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Full text of "Vigouroux, Dictionnaire de la Bible"

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DICTIONNAIRE 



DE LA BIBLE 



TOME CINQUIEME 

PREMIERE PARTIE 

PE — RUTH 



ENCYCLOPEDIE 

DES 



SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES 

RÉDIGÉE PAR 

LES SAVANTS CATHOLIQUES LES PLUS ÉMINENTS 

Ï>E FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



1° DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 

Publié par F, VIGOUROUÏ, prêtre de Saint-Sulpice 

Ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, Secrétaire de la Commission biblique 



2° DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE 

Commencé sons la direction de A. VACANT, prof, au Sém. de Nancy, 
Continné sous celle de Eng. MANGENOT, professeur à l'Institut catholique de Paris. 



3° DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 

ET DE LITURGIE 

Publié par le R ms dom Fern. CABROL, abbé de Farnborough et dom H. LECLERCQ. 



4° DICTIONNAIRE D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

Publié par Mgr Alfred BAUDRILL ART, recteur de l'Institut catholique de Paris, 
Albert VOGT, docteur es lettres, et Urbain ROUZIÈS. 



5° DICTIONNAIRE DE DROIT CANONIQUE 

(En préparation) 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



CONTENANT 

TOUS LES NOMS DE PERSONNES, DE LIEUX, DE PLAINTES, d'aNTMAUX 

MENTIONNÉS DANS LES SAINTES ÉCRITURES 

LES QUESTIONS THÉOLOGIQUES, ARCHÉOLOGIQUES, SCIENTIFIQUES, CRITIQUES 

RELATIVES A l' ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT 

ET DES NOTICES SUR LES COMMENTATEURS ANCIENS ET MODERNES 



PUBLIE PAS 



F. VIGOUROUX 



â 



HETRE DE SAINT-SULPICE 



AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 



DEUXIEME TIRAGE 



TOME CINQUIÈME 



PREMIERE PARTIE 



PE — RUTH 



CÂfcA^ 




PARIS 

LETOUZEY ET ANE, ÉDITEURS 

76 bis , RUE DES SAINTS-PÈRES, 76 bis 



1912 



TOUS DROITS HESERVES 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



PÉ, s, dix-septième letlre de l'alphabet hébreu. Son. 
nom signifie « bouche s, cf. le grec LU, mais les formes 
primitives de ce caractère dans l'alphabet sémitique 
n'ont rien qui rappelle la forme de la bouche. Celte 
lettre a toujours eu chez les Hébreux une double pro- 
nonciation, l'un aspirée, comme celle du ç grec par 
exemple dans vsin, 'Ofir, Ophir, et celle du p, ainsi 
que l'attestent les transcriptions grecques des mots 
îtfi'îB, niXXaÇ, « concubine; » nsur>, iâaraç, « jaspe; » 

DBns, xàpnaToç; Dn3, Perse. Les Massorètes distinguent 

le Phé aspiré, s, du Pé, par un daguesch doux, s. Saint 
Jérôme transcrit le p dur comme le plié par ph dans les 
noms propres, Phihahiroth, Phithom, au lieu de Pi- 
hahîrôt, Pithom, etc., excepté dans le premier élément 
du nom de Putiphar (Septante : nsTsçpvic) dans Palse- 
stini, Exod., xxin, 31, etc., paradUus, pascha, Persa, 
Perses, Persis. 

PEARCE Zacharie, théologien anglican, né à Lon- 
dres le 8 septembre 1690, mort à Little-Ealing le 
29 juin 1774. Ses premières études se firent à West- 
minster, puis il alla au collège de la Trinité à Cam- 
bridge. Il s'appliqua tout d'abord à l'étude des clas- 
siques et se distingua comme philologue. Il puhlia une 
édition du traité De subliniitate de Longin et des deux 
ouvrages de Cicéron De oratore et De officiis. Entré 
dans les rangs du clergé anglican, il fut chapelain du 
lord chancelier Parker. Après avoir rempli divers minis- 
tères il devint en 1739 doyen de Winchester, puis en 
1748 évêque de Bangor et en 1756 de Rochester et doyen 
de Westminster. Le seul ouvrage que nous ayons à 
mentionner de cet auteur est le suivant : A Commen- 
tary ivith notes on the four Evangelists and the Aets 
of the Apostles, together loith a neio translation of St. 
Paul's first Epistle to the Corinlhians, with a para- 
phrase and notes to which are added other theological 
pièces, 2 in-4°, Londres, 1774. En tête de cet ouvrage 
se trouve une vie de L. Pearce par Jean Derby. — Voir 
W. Orme, Bibliotheca biblica, p. 343. 

B. Hedrtebize. 

PEARSON Jean, théologien anglican, né en 1613 
à Great Snoring dans le comté de Norfolk, mort à 
Chester le 16 juillet 1686. Il étudia au collège d'Eton 
puis à Cambridge et entra dans les ordres en 1639. Il 
obtint une prébende à Salisbury et devint chapelain du 
lord chancelier Finch, puis ministre à Thorrington 
dans le comté de Suffolk, et à Saint-Clément de Lon- 
dres. Dans ce dernier poste il prononça une série de 
sermons publiés sous le titre de Exposition of the 
Creed qui le rendirent célèbre. Charles II le combla 

DICT. DE LA BIBLE. 



d'honneurs. En 1660 il avait une prébende à Ely, puis 
devenait archidiacre du Surrey, maître du collège de 
la Trinité à Cambridge, et en 1673 évêque de Chester. 
Outre son Exposition of the Creed, in-4°, Londres, 
1659, on a de J. Pearson des Annales Paulini ou disser- 
tation critique sur la vie de saint Paul, ouvrage publié 
après sa mort dans ses œuvres posthumes, in-4°, Londres, 
1688. Une édition en a été publiée sous le titre : An- 
nales of St. Paul, translated with geographical and 
critical notes, in- 12, Cambridge, 1825. — Voir W. 
Orme, Bibl. biblica, p. 343; Chamber's Encylopsedia, 
t. vu (1901), p. 828. B. Heurtebize. 

PEAU (hébreu : 'ôr, et une fois, Job, xvi, 16 : géléd; 
Septante : Sspjia; Vulgate : cutis, pellis), membrane 
appliquée sur la surface du corps de l'homme et d'un 
grand nombre d'animaux. 

1° La peau de l'homme. — Dieu a revêtu l'homme 
de peau et de chair. Job, x, 11. La peau de l'homme a 
sa couleur propre, suivant les races, et l'Éthiopien ne 
saurait changer la couleur de sa peau. Jer., xm, 23. 
Job, xvi, 16, a cousu un sac sur sa peau, c'est-à-dire ne 
fait plus qu'un avec le deuil et la souffrance. La mala- 
die fait que les os sont attachés à la peau et à la chair et 
que l'on n'a que la peau sur les dents, Job, XIX, 20, 
expressions qui indiquent une excessive maigreur. 
Dans le même sens, l'épreuve use la chair et la peau. 
Lam., m, 4. La faim la rend brûlante comme un four, 
Lam., v, 10, à cause de la fièvre qu'elle engendre. 
Cicéron, Pro leg. agrar., n, 34. 93, dit que l'affamé est 
macïe torridus, brûlé, desséché de maigreur, et Quin- 
tilien, Declam., 12, parle de Yignea famés, une faim 
brûlante. Michée, m, 2, 3, accuse les riches cupides et 
injustes d'arracher la peau du corps aux pauvres gens. 
Le prophète emploie ici cette expression dans le sens 
figuré, pour montrer qu'on enlève aux faibles ce qui 
leur appartient le plus indiscutablement, ce qui fait 
partie de leur propre substance. Les Assyriens se plai- 
saient à écorcher en réalité leurs ennemis vaincus; ils 
ont plusieurs fois reproduit sur leurs monuments ce 
cruel spectacle (fig. 1). Cf. Botta, Le monument de 
Ninive, t. n, pi. 120. Voir aussi t. I, fig. 66, col. 990, 
des chefs élamites écorchés vifs après la bataille de 
Toulliz, d'après Layard, The monuments of Nineveh, 
t. il, pi. 47. D'après une légende, l'apôtre saint Bar- 
thélémy aurait été écorché vif. Voir Barthélémy, 
t. I, col. 1472. Job, xix, 26, affirme sa certitude d'être 
un jour de nouveau revêtu de sa peau et de voir son 
vengeur vivant. — Après avoir éprouvé Job dans ses 
biens extérieurs, Satan explique sa constance en disant : 
n Peau pour peau ! L'homme donne tout ce qu'il pos- 

V. - 1 



PEAU — PÊCHE 



sède pour conserver sa vie. » Job, n, 4. La locution 
proverbiale « peau pour peau » signifie donc ici que 
l'homme tient à sa vie, « à sa peau, » comme on dit 
vulgairement, plus qu'à tout le reste, mais que, quand 
il sera permis de toucher à ce bien, Job changera d'atti- 
tude. Satan demande que la peau, la vie même de Job 
soit attaquée. 

2° La peau des animaux. — 1° Elle sert de vêtement 
à l'homme. Après leur péché, Adam et Eve sont revêtus 
de tuniques de peau. Gen., m, 21. Rébecca couvre de 
peau velue de chevreau les mains et le cou de Jacob, 
afin qu'Isaac le prenne pour Ésaû. Gen., xxvn, 16. 
Parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui durent 
errer âv jj.sî.toraïç, in melotis, « dans des peaux de 
brebis » et « dans des peaux de chèvres ». Heb., xi, 37. 
— Pour dissimuler l'absence de David, Michol plaça 
dans le lit une peau de chèvre à l'endroit de sa tête, 




1. — Yaloubid de Hamath écorché vif. D'après Botta, 
Monument de Ninive, pi. 120. 

avec une couverture par-dessus, un téraphim figurant 
le reste du corps. I Reg., xix, 13. — Les peaux servant 
pour le vêtement ou l'ameublement pouvaient contrac- 
ter certaines souillures ou une sorte de lèpre. 11 fallait 
alors les purifier. Lev., xr, 32; xn, 48; xv, 17; xyi, 27. 

— 2° On a employé les peaux d'animaux à recouvrir 
le Tabernacle et l'Arche. On utilisa pour cet usage des 
peaux de béliers teintes en rouge, et les peaux d'un 
mammifère marin, commun] dans la mer Rouge, le 
tahas, le dugong. Voir Dugong, t. n, col. 1511. Ces 
dernières, plus épaisses et plus résistantes que les 
autres, étaient placées par-dessus. Exod., xxv, 5; xxvi, 
14; xxxv, 7, 23; xxxvi, 19; xxxix, 33; Num., îv, 6-14. 

— Les tentes étaient souvent faites avec des peaux. De 
là vient que les versions parlent de peaux quand il est 
question de tentes. II Reg., vn, 2; I Par., xvn, 1 ; Ps. civ 
(cm), 2; Cant., i, 4; Jer., iv, 20'; x, 20; xlix, 29; 
Hab., m, 7. — La peau du crocodile est si dure qu'on ne 
peut la percer de dards. Job, xl, 26 (31). — 3° Dans les 
sacrifices, on commençait par enlever la peau des vic- 
times. Lev., i, 6. Les prêtres devaient s'acquitter de ce 
soin ; mais, quand les victimes étaient par trop nom- 
reuses, les lévites les suppléaient. II Par., xxix, 31; 



xxxv, 11. La peau de la victime offerte en holocauste 
appartenait au prêtre qui célébrait le sacrifice. Lev., vu, 8. 
liais on brûlait la victime tout entière avec sa peau 
dans le sacrifice pour le péché, Lev., IV, 11; xvi, 27, 
dans le sacrifice pour la consécration des prêtres, 
Lev., vm, 17; ix, 11, et dans le rite de la vache rousse. 
Xum., xix, 5. — Les victimes étaient égorgées dans le 
Temple, puis écorchées. Pour faciliter cette opération, 
on avait élevé au nord de l'autel huit colonnes de 
pierre qui supportaient des traverses de cèdre. Les 
victimes étaient suspendues à ces traverses par les pieds 
de derrière. La peau suivait le sort de la chair des 
victimes, et, en conséquence, elle était soit brûlée avec 
la chair, dans les sacrifices énuinérés plus haut, soit 
attribuée aux prêtres, dans les holocaustes et les autres 
sacrifices dont les victimes devaient être mangées par 
les prêtres, soit laissée à ceux qui avaient apporté la 
victime, dans les sacrifices de moindre importance. Cf. 
Siphra, f. 20, 2; f. 82, 1; Zebachim, xn, 3. Au nord du 
sanctuaire, à côté de la chambre du sel, il y en avait une 
autre où l'on salait les peaux, afin de les empêcher de 
se corrompre. Cf. Gem. Pesaehim, 57, 1; Reland, Anti- 
quitates sacrée, Utrecht, 1741, p. 52, 163. — 4° Les peaux 
des animauxfurent encore utilisées comme matière pre* 
pre à recevoir l'écriture. Au il" siècle avant Jésus-Christ, 
sous le roi Eumène II, à Pergame, on perfectionna 
beaucoup, si on ne l'inventa pas alors, la préparation 
des peaux d'animaux pour suppléer au papyrus. On se 
servait surtout des peaux de bouc, de chèvre et de che- 
vreau, d'âne, de veau et d'agneau. Les peaux ainsi pré- 
parées furent connues sons le nom de pergamena ou 
parchemins. Saint Paul écrivait sur des parchemins. Il 
demande à Timothée de lui envoyer de Troade son man- 
teau, ses livres et surtout ns(jiëp:xvotç, membranas, c< ses 
parchemins .» II Tim., iv, 13. Josèphe, Ant. jud., III, 
xi, 6; XII, n, 11, parle aussi de peau apprêtée, SiçGspa, 
dont les Juifs se servaient pour écrire, quelquefois 
même en lettres d'or. Voir Livre, t. iv, col. 302. 

H. Lesétre. 

PÊCHE (hébreu : dûgâh; Luc, v, 9 : aypa i/Oûwv; 
Vulgate : captura piscium), emploi de moyens appro- 
priés pour prendre des poissons. Le mot hébreu dûgâh, 
dérivé de dàg, « poisson, » comme tous les autres mots 
qui se rapportent à la pêche, ne se lit que dans Amso, 
lv, 2 : « On enlèvera vos enfants avec des sîrôt dûgâh, 
épines de pêche » ou hameçons. Voir Hameçon, t. ni, 
col. 408. Les versions ne rendent pas le mot dûgâh. 

1» Différents procédés étaient employés pour la pêche. 
1. La ligne, terminée par un hameçon qui portait l'ap- 
pât, était usitée partout, en Egypte, en Assyrie, voir 
t. m, fig, 97, 98, col. 407, et en Palestine. C'est avec la 
ligne à hameçon que saint Pierre prend dans le lac de 
Tibériade le poisson porteur du statère. Matth., xvn, 
26. Isaïe, xix, 8, parle de ceux qui pèchent à la ligne 
dans le Nil. Habacuc, i, 14, 15, suppose l'emploi de la 
ligne à la mer. Amos, iv, 2, compare les ennemis d'Is- 
raël à des pêcheurs qui prendront les enfants à l'ha- 
meçon. — 2. La nasse et le harpon sont à l'usage des 
pêcheurs égyptiens. Les monuments représentent des 
pêcheurs qui relèvent la nasse, au milieu de nom- 
breuses scènes de pêche (fig. 2). Cf. l'aspero, Histoire 
ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1895, 
t. i, p. 61, 297. — 3. Le filet de. différentes espèces. 
Voir Filet, t. n, col. 2248-2249. L'homme, qui ne con- 
naît pas son heure, est comparé au poisson que le filet 
saisit à l'improviste. Eccle., IX, 12. Les Chaldéens 
prennent les Israélites comme des poissons dans leurs 
filets; ils sont si enchantés de ces filets qu'ils les 
traitent comme des divinités, leur sacrifient el leur 
offrent de l'encens. Hab.,i, 14-17. Les Apôtres péchaient 
au filet dansle lac de Tibériade. Du haut de leurs bar- 
ques, ils jetaient leurs filets en forme d'éperviers ou 
enfermaient les poissons dans une seine pour les trai- 



PÊCHE 



6 



ner jusqu'au rivage. Matth., IV, 18; xm, 47; Luc, v, 4; 
Joa., xxi, 6. Aujourd'hui, « le filet employé est ordi- 
nairement l'épervier; dans les endroits profonds, il est 
lancé de la barque; ou bien, s'il y a peu d'eau, le 



ne prissent rien du tout, quand les poissons se tenaient 
enfoncés dans les profondeurs. Luc., v, 5; Joa., xxi, 3. 
Il est vrai aussi qu"alors le lac était sillonné de bar- 
ques de pèche, tandis qu'aujourd'hui, à Tibériade, il 




- La pêche en Egypte. Musée Guimet. 



pêcheur descend sur le rivage, entre dans le lac jus- 
qu'à mi-jambes, et jette alors le filet sur les bandes de 
poissons qui se trouvent autour de lui. Ce bassin est si 
peuple que, dans l'espace de quelques minutes, nous 



n'en existe plus que quelques-unes. — L'Évangile fait 
plusieurs fois allusion aux pèches des Apôtres, Matth., 
iv, 18; Marc, l, 16; Luc, v, 2; Joa., xxi, 3; de plus, 
il relate deux pêches miraculeuses. Une première 




3. — La pêche sur la côte de Syrie. D'après une photographie de M. L. Heîdet. 



nvons vu chaque jour notre bateau rempli jusqu'au 
bord par des milliers de poissons de toute grandeur. » 
Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1884, p. 506. 

2» A l'époque évangélique, la pêche n'était pas toujours 
aussi fructueuse. Il n'était pas rare que des hommes du 
métier, travaillant pendant la nuit, qui est cependant 
le moment le plus favorable pour la pêche à l'épervier, 



fois, le Sauveur voit au bord du lac deux barques dont 
les pêcheurs lavent leurs filets. Il monte dans l'une 
d'elles, de là, prêche au peuple, puis commande d'aller 
au large et de pêcher. La pêche est si abondante, après 
toute une nuitinfructueuse, que les poissons remplissent 
les deux barques. Luc, v, 2-7. Une autre fois, après la 
résurrection, Jésus, de la rive du lac, ordonne aux 



PÊCHE — PÉCHÉ 



8- 



Apôtres de jeter le filet. Ceux-ci, qui n'ont rien pris 
la nuit précédente, obéissent et, d'un coup de filet, 
prennent cent cinquante-trois grands poissons. Joa., xxi, 
6-11. Une parabole évangélique fait allusion, Matth., xm, 
47-48, à un genre de pêche qu'on voit encore fréquem- 
ment pratiquer sur la côte de Syrie. Les pêcheurs, re- 
produits dans la figure 3, tirent le filet (sagena) qu'avec 
un bateau on a étendu à une assez courte distance dans 
la mer, et lorsqu'il arrive sur le rivage, les pêcheurs re- 
jettent dans l'eau le mauvais poisson. — La pêche mari- 
time n'était pas pratiquée par les Israélites, qui n'ont 
jamais été marins. Les Phéniciens au contraire s'y 
livraient avec activité; l'une de leurs principales villes 
porte le nom de Sidon, c'est-à-dire « pêcherie ». Voir 
Sidon. H. Lesètre. 

PÉCHÉ (hébreu : l.iêlë, h.âtd'âh, liattâ'âh, fyaud't, 
ma' al, 'dvôn, pesa, sêt, segî'âh, tahâlâh; chaldéen : 
hâtây, 'ivyâ', 'avyd'; Septante : àpxçizîa., àvo.ui'a, ôvd- 
[Mipia, itapouirtipia; Vulgate : peccatum, culpa, iniqui- 
tas, offensa, offensio, délie tum, scelus), transgression 
volontaire de la loi divine, naturelle ou positive. 

1° Sa genèse. — '1. Le péché apparaît pour la pre- 
mière fois au paradis terrestre, sous la forme d'un 
acte de volonté humaine en opposition avec la volonté 
souveraine du Créateur. Dieu défend un acte sous 
peine de mort. Ce qui a été dit de l'homme créé à 
l'image de Dieu, Gen., i,26, 27, la notion d'un Dieu puis- 
sant, sage et juste, qui ressort des premiers récits du 
Livre sacré, et la défense imposée à l'homme par ce 
Dieu souverainement bon et parfait, supposent néces- 
sairement que l'homme jouit d'une volonté libre, intel- 
ligente et par conséquent responsable. Malgré la 
défense divine, un acte extérieur est accompli. Bien 
que le récit sacré ne raconte que ce qui se voit, dans 
cet acte et ses conséquences, il va de soi qu'il faut 
aller ici au delà de la lettre. Le mal n'est pas dans 
l'acte extérieur, mais dans la volonté qui désobéit; le 
coupable n'est pas la main qui exécute, mais l'âme 
libre qui commande aux organes. Cette conclusion 
ressort clairement du châtiment imposé au coupable. 
Pour encourir un pareil châtiment de la part d'un 
Dieu juste, il a fallu qu'il y eût dans le péché, non 
seulement un acte extérieur, mais encore et surtout 
un acte intérieur, celui d'une volonté consciemment et 
librement en opposition avec la volonté du Maître tout- 
puissant. Il est vrai qu'un autre être intervient pour 
incliner dans le sens de la désobéissance la volonté de 
la femme et, par elle, celle de l'homme. Mais celte 
influence, si perverse et si forte qu'elle soit, n'a d'ac- 
tion sur la volonté libre qu'autant que celle-ci le veut 
bien. Elle peut diminuer sa responsabilité, elle ne la 
supprime pas, parce que la volonté de l'homme est 
restée suffisamment maîtresse d'elle-même. C'est ce 
qu'il faut encore conclure de la sentence de condamna- 
tion, mitigée et laissant la porte ouverte à l'espérance 
du pardon, mais cependant sévère et supposant une 
culpabilité grave chez les deux coupables. Gen., ni, 1- 
19. — 2. Après avoir ainsi fait son apparition dans 
l'humanité, le péché s'y perpétue, par des actes volon- 
taires, à travers toutes les générations. Le meurtre 
d'Abel par Caïn a sans doute été précédé par bien 
d'autres fautes moins graves. Toujours est-il qu'avant 
son crime le meurtrier reçoit un avertissement qui 
marque l'atlitude que doit avoir l'homme en face du 
bien et du mal, quelles que soient la fureur de ses 
passions et les sollicitations de la tentation : <; Si tu 
fais bien, ne seras-tu pas agréé? Et si tu ne fais pas 
bien, le péché ne se tient-il pas à ta porte? Son désir 
se tourne vers toi; mais toi, tu dois dominer sur lui. » 
Gen., rv, 7. Le premier phénomène se passe dans la 
conscience de l'homme, quand il a cessé de faire le 
bien, c'est-à-dire de conformer sa volonté à celle de 



Dieu. Il sent qu'il n'est plus agréable à son Créateur,, 
qu'il ne peut plus lever la tête vers lui avec assurance. 
Déjà le péché est à la porte, comme une bête fauve qui 
cherche à forcer l'entrée; il veut contracter une sorte- 
d'union avec l'homme; mais celui-ci reste le maître, il 
peut et doit dominer. Sa liberté reste suffisante, sa 
volonté demeure assez armée pour se défendre et 
triompher. Caïn ne sut pas faire triompher sa volonté. 
— 3. Saint Jacques, i, 13-15, analyse l'acte ordinaire 
du péché, tel qu'il se produit dans l'homme. « Que 
nul, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me 
tente. Car Dieu ne saurait être tenté de mal et lui- 
même ne tente personne. » On sait qu'Adam avait es- 
sayé de faire remonter jusqu'à Dieu la responsabilité 
de son péché, en disanl : « La femme que vous m'avez 
donnée pour compagne m'a présenté le fruit de l'arbre. » 
Gen., m, 12. L'excuse est vaine et injurieuse à Dieu. 
L'apôtre ajoute : « Chacun est tenté par sa propre con- 
voitise, qui l'amorce et l'entraîne. Ensuite la convoitise r 
lorsqu'elle a conçu, enfante le péché, et le péché, 
lorsqu'il est consommé, engendre la mort. » Ainsi, il y 
a tout d'abord, issu du fond même de la nature hu- 
maine, un désir immodéré et désordonné, qui se- 
porte ver3 une apparence de bien créé. Ce désir prend 
peu à peu une forme précise et consentie, bien que 
reconnue répréhensible par la conscience; la volonté 
s'ébranle et veut positivement ce bien apparent, qui 
est un mal réel. Dès cet instant, il y a péché et l'âme est 
frappée à mort. La tentation peut se produire, prove- 
nant des êtres extérieurs; le péché n'est possible que 
si la convoitise intérieure entre en ligne et décide la. 
volonté. C'est ce qui permet à saint Augustin, De Gen. 
ad lit., xi, 30, t. xxxiv, col. 445, et à saint Thomas r 
Sum. tkeol., I, q. xliv, a. 4, ad l u!n , de dire que la ten- 
tation n'aurait pas eu de prise sur Eve si celle-ci n'avait 
péché au préalable par un amour coupable de sa propre 
excellence. — 4. Le récit de la Genèse, m, 5, montre 
que cette pensée de complaisance personnelle fut d'ail- 
leurs aidée par l'habile tentateur : « Vous serez comme 
Dieu! » De là, à la source de tout péché, l'orgueil, la 
pensée de l'indépendance, l'idée que la créature peut 
se suffire à elle-même et entend mieux son bien propre- 
que le Créateur. 

L'orgueil commence quand l'homme se sépare du Seigneur, 
Et quand le cœur s'éloigne de celui qui l'a fait : 
Car le commencement de l'orgueil, c'est le péché, 

ou, d'après la Vulgate : 

Le commencement de tout péché, c'est l'orgueil... 
Le malheur de l'orgueilleux est sans remède, 
Car la plante du péché a jeté en lui ses racines. 

Eccli., x, -15; m, 30. 

En réalité, orgueil et péché sont corrélatifs et s'appellent 
l'un l'autre. Cf. Is., xm, 14. — 5. Cet orgueil lui-même, 
qui est le premier instigateur de la convoitise et du 
péché, a sa cause dans la nature de l'être créé, alors 
même qu'il n'est pas encore déchu. La Sainte Écriture 
ne le dit pas formellement; mais, avant de raconter la 
chute, elle commence par montrer que l'homme est un 
être créé. Or, plus un être créé a reçu de dons de la 
munificence du Créateur, plus il a de motifs pour se 
complaire en ce qu'il est et en ce qu'il a, si sa volonté 
vient à dévier de la rectitude parfaite. Ainsi a pu se 
produire le péché des anges et ensuite celui de l'homme. 
Voir Mal, t. rv, col. 598-600. 

2° Sa nature. — 1. Le péché consiste essentiellement- 
dans l'opposition de la volonté de l'homme à la volonté 
de Dieu. C'est ce que montrent les textes précédents. 
Le péché n'est donc pas dans l'acte extérieur, tel que le 
voient les hommes; il est dans l'âme, tetle qu'elle ap- 
paraît aux yeux de Dieu. I Reg., xvi, 7. Par conséquent, 
les sentiments et les pensées peuvent être coupables. 



"9 



PECHE 



10 



Le dernier précepte du Décalogue proscrit les simples 
convoitises mauvaises, Exod., xx, 17, et Notre-Seigneur 
déclare que du cœur sortent les pensées mauvaises. 
Matth., xv, 19; Marc, vu, 21. Il aftirme en outre que 
certains désirs sont coupables, comme les actes eux- 
mêmes. Matth., v, 28. Ainsi les actes extérieurs ne suffi- 
rent pas à constituer le péché. Dans leur confession 
négative, qui forme le chapitre cxxv du Livre des 
Morts, cf. W. Pleyte, Étude sur le chapitre cxxv du 
Rituel funéraire, Leyde, 1866 ; Maspero, Histoire 
ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 
1895, t. i, p. 189, les Égyptiens ne savent s'accuser 
-que de fautes extérieures d'ordre moral, social ou par- 
fois purement liturgique. Les Babyloniens ont une 
confession analogue, où il est question d'adultère, 
d'homicide, de vol, d'autres fautes contre la morale ou 
la liturgie, mais sans allusion aux actes intimes de la 
conscience. Cf. Zi/nmern, Beitràge zur Kenntniss der 
babylonischen Religion, Leipzig, 1901, Surpu, n, 1. 47- 
-5i; Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, 
Paris, 1905, p. 225, 226; Revue .fiiblique, 1906, p. 657. 
Cf. Ézéchiel, xvm, 14-17. Autrement significative est la 
confession qui se lit dans Job, xxxi, 4-37. L'auteur y 
énumère les principales fautes contre la morale qui se 
pouvaient commettre dans son milieu. Mais il y joint 
ici et là des remarques comme celles-ci : 

Dieu ne connaît-il pas mes voies, 

Ne compte-t-il pas tous mes pas? 

Si mon cceur a suivi mes yeux... 

Si j'ai mis dans l'or mon assurance... 

Si, en voyant le soleil jeter ses feux, 

Kt la lune s'avancer dans sa splendeur, 

>Ion cœur s'est laisse séduire en secret... 

Si j'ai été joyeux de la ruine de mon ennemi... 

Si j'ai, comme font les hommes, déguisé mes fautes, 

Et renfermé mes iniquités dans mon sein... 

— 2. En effet, la conscience morale, telle que la sup- 
pose la religion du vrai Dieu, obéit à cette règle posée 
à Abraham : « Marche devant ma face et sois irrépro- 
chable. » Gen., xvn, 1. C'est devant la face du Seigneur, 
sous son regard auquel rien n'échappe, qu'on est cou- 
pable ou irréprochable, et, si l'on est coupable, c'est 
tout d'abord dans i'àme elle-même que le péché existe. 

Dieu, tu connais ma folie, 

Kt mes fautes ne te sont pas cachées. Ps. lxix. (lxviii), 6. 

€f. Ps. x, 15; Eccli., xv, 21. — 3. Le péché outrage 
toujours Dieu, alors même qu'il semble viser exclusi- 
vement le prochain. Num., v, 6. 

Je reconnais mes transgressions, 

Et mon péché est constamment devant moi ; 

C'est contre toi seul que j'ai péché, 

J'ai fait ce qui est mal à tes yeux, 

dit le Psalmiste, Ps. li (l), 5-6, avouant que ses trans- 
gressions de toute nature ont avant tout offensé Dieu. 
De même le prodigue, qui a tant outragé son père, se 
reconnaît coupable contre lui, mais avant tout « contre 
le ciel ». Luc, xv, 18. « En péchant contre vos frères 
et en violentant leur conscience encore faible, vous 
péchez contre le Christ, » dit saint Paul. I Cor., vin, 
12. — 4. Le péché est un acte par lequel l'homme 
s'écarte et s'éloigne de Dieu, en mettant sa volonté en 
opposition avec celle de Dieu, connue soit par la con- 
science, soit par la loi positive, qui rend mauvais des 
actes qui ne le seraient pas toujours par eux-mêmes. 
Rom., ni, 20; vu, 7, « Être infidèles à Jéhovah et le 
renier, nous retirer loin de notre Dieu, » voilà comment 
Isaïe, lix, 13, caractérise le péché. Cette idée d'éloigne- 
■ment de Dieu par le péché revient souvent. Deut., xi, 
16; xxxii, 15; Jos., xxn, 16; Job, xxi, 14; xxo, 17; 
-Sap., m, 10; Bar., m, 8; Dan., ix, 5, 9, etc. En consé- 
quence, la sagesse qui vient de Dieu ne peut habiter 



dans un être soumis au péché, Sap., i, 4, et cet être, 
ainsi séparé de Dieu, ne peut manquer d'agir parfois 
par l'inspiration du démon, I Joa., m, 8, et d'en faire les 
œuvres, qui sont des œuvres de péché. Joa., vm, 41. Si 
Dieu hait tant le péché, Ps. v, 5, 7, c'est parce qu'il y voit 
nécessairement un attentat contre sa souveraineté inalié- 
nable. — 5. Saint Jacques, n, 10, dit que « quiconque 
aura observé toute la loi, s'il vient à faillir en un seul 
point, est coupable de tous ». Ce texte fait l'objet d'une 
consultation adressée à saint Jérôme par saint Augustin, 
Ep. cxxxi, t. xxn, col. 1138-1147. Ce dernier propose 
sa solution en ces termes, col. 1145 : « Celui qui trans- 
gresse un précepte est coupable envers tous, parce 
qu'il agit contre la charité de laquelle dépend toute la 
loi. Il est coupable de tout parce qu'il agit contre celle 
dont tout dépend. » Saint Jérôme, Ep. cxxxiv, t. xxn, 
col. 1161, s'excuse de ne pas répondre et dit qu'il n'a 
rien à reprendre à la solution proposée. Saint Thomas, 
Sum. theol., I» D>, q. lxxiii, a. 1, adl» m , explique que 
l'Apôtre parle ici des péchés, non par rapport à l'objet 
vers lequel ils portent et qui est variable, mais par 
rapport à celui dont ils détournent et qui est toujours 
Dieu. Tout péché comporte le mépris de Dieu. Quand 
on faillit en un point on est coupable de tous en ce 
sens qu'on encourt le châtiment que mérite le mépris 
de Dieu, mépris et châtiment communs à tous les pé- 
chés. Les péchés demeurent donc distincts, bien que 
le principe et les conséquences de tous soient les 
mêmes, et l'on peut en commeltre un sans commettre 
les autres. La pensée de saint Jacques revient à ceci 
que, quand on transgresse un commandement, on est 
svoj(_oc, passible de la peine qui châtie toutes les autres 
transgressions, non en quantité, mais en qualité, car 
dans tous les cas, c'est l'auteur même des lois qui est 
offensé et qui est obligé de sévir. — 6. Tous les péchés 
ne sont pas mis sur le même rang dans la Sainte Écri- 
ture, bien que tous supposent l'opposition de la volonté 
de l'homme avec celle de Dieu. Il y a des péchés plus 
particulièrement graves, l'adultère, Gen., xx, 9; xxvi, 
10; l'apostasie, Exod., xxxii, 21 ; la profanation du sacer- 
doce et le scandale, I Reg., n, 17; l'idolâtrie, Jer., xix, 
11; le péché contre le Saint-Esprit, Matth., xn, 31 ; Marc, 
m, 28; la trahison du Fils de Dieu, Joa., xix, 11, etc. 
Notre-Seigneur note lui-même une gradation entre cer- 
, tains péchés contre la charité. Mallh., v, 22. Il y a des 
péchés qui sont commis par ignorance, sans pleine 
conscience ou sans volonté complète. Lev., iv, 2, 27; 
v, 17; Num., xv, 27, etc. Saint Paul s'excuse sur son 
ignorance des persécutions qu'il a exercées contre les 
chrétiens. ITim., 1,13. Mais, dans la SainteÉcriture, on ne 
trouve pas mention de ces culpabilités inconscientes et 
fatales, s'attachant inéluctablement à des êtres qui n'ont 
rien fait pour les encourir, ainsi que cela se rencontre 
dans les religions païennes, ni de ces fautes commises 
sans connaissance et sans volonté dont les idolâtres se 
croyaient si fréquemment coupables dans le culte de 
leurs dieux, par l'omission de formalités insignifiantes 
ou puériles. — 7. Puisque rien n'échappe aux regards 
de Dieu et que Dieu hait le péché, la conséquence 
s'impose : «. Tous les jours de ta vie, aie Dieu présent 
à ta pensée, et garde-toi de consentir jamais au péché. » 
Tob., iv, 6; cf. i, 10. 

Fuis le péché comme le serpent, 

Car, si tu en approches, il te mordra. Eccli., XXI, 2. 

Et pour déterminer sa volonté à s'éloigner du mal, 
l'homme doit songer à la fin de sa vie et au compte 
qu'il devra rendre à Dieu, Eccli., vu, 40, sans se lais- 
ser tromper par les charmes du présent ni par la pa- 
tience divine, car 

La voie des pécheurs est pavée de pierres, 

Mais à son extrémité est l'abîme de l'Hadès. Eccli-, xxr, li. 



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PÉCHÉ — PÉCHÉ ORIGINEL 



12 



■ 3» Ses conséquences . — 1. Le péché'sépare l'âme d'avec 
Dieu. Is., lix, 2. Si l'homme meurt dans son péché, 
/Ezech., m, 20; xn, 43; Joa., vin, 21, etc., cette sépara- 
tion devient définitive. « La justice du juste ne le sau- 
vera pas au jour de sa transgression,... le juste ne 
pourra pas vivre par sa justice le jour où il péchera. » 
Ezech., xxxin, 12. — 2. Par suite de l'affaiblissement 
moral que cause l'éloignement de Dieu, celui qui com- 
met le péché finit par devenir esclave du péché, et il a 
de plus en plus de difficulté à se soustraire à sa tyrannie. 
Joa., vin, 43; Rom., vi, 17. « Le méchant est saisi par 
les liens de son péché. » Prov., v, 22; Eccli., XXI, 3. 
Le trouble et le malaise régnent dans son âme. 
Ps. xxxviii (xxxvn), 4, 19. Ainsi «ceux qui commettent 
le péché et l'iniquité sont leurs propres ennemis ». 
Tob., "xii, 10. Le péché peut se généraliser dans une 
nation. 

La justice élève une nation, 

Mais le péché est l'opprobre des peuples. Prov., xiv, 34. 

— 3. Dieu menace et poursuit le péché des rigueurs de 
sa justice. Exod., xxxn, 34; Lev., XX, 20; Num., xxxn, 
23; Jos., xxiv, 19 : «Jéhovah est un Dieu saint, un Dieu 
jaloux : il ne pardonnera pas vos transgressions et vos 
péchési... il se retournera, vous maltraitera et vous 
consumera. » Ps. lxxxix (lxxxvih), 33; Prov., xxir, 
8; Ezech., xvm, 4; Dan., ix, 11; II Mach., vu, 18, etc. 
La justice de Dieu contre Je péché s'exerce d'ailleurs 
par différents moyens, par les épreuves dans la vie 
présente, Jer., v, 25, etc., voir Mal, t, iv, col. 601, par 
les satisfactions volontaires, voir Pénitence, et par les 
sanctions de l'autre vie. Sap,, v, 2-14. Voir Enfer, 
t. il, col. 1792; Purgatoire. — 4. Le péché a de plus 
une répercussion prévue sur les générations qui suivent 
celui qui l'a commis, de même que la fidélité a la 
sienne. Dieu le fait répéter plusieurs fois : « Je suis 
Jéhovah, ton Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité 
des pères sur les enfants, sur la troisième et sur la 
quatrième génération à l'égard de ceux qui me haïssent, 
et qui fais miséricorde jusqu'à mille'générations à ceux 
qui m'aiment et qui gardent mes commandements. » 
Exod., xx, 5-6; cf. xxxiv, 7; Num., xiv, 18; Deut,, v, 
9; Jer., xxxn, 18j Lam., v, 7, etc. Cette répercussion, 
que l'expérience justifie fréquemment encore, ne fait 
pas porter aux enfants une peine injuste. Elle suppose 
que ces derniers imitent les péchés de leurs pères, ou 
constitue pour eux une épreuve temporelle destinée soit 
à les ramener au bien, soit à perfectionner leur vertu 
et à augmenter leur mérite définitif. Dieu se réservait 
d'appliquer cette sanction; mais il n'a pas autorisé les 
hommes à châtier les enfants à cause de leurs pères. 
Deut., xxiv, 16; IV Reg., xiv, 6; II Par., xxv, 4. Le 
prophète Ézéchiel, xvm, 10-20, explique la conduite de 
Dieu en cette matière : impie lui-même, le fils de l'im- 
pie mérite d'être châtié; vertueux et fidèle, il vit et ne 
porte pas le châtiment qu'ont attiré les crimes de son 
père. 

4» Sa rémission. — Dieu est un juge sévère, mais il 
n'est pas un père inexorable. Voir Miséricorde, t. iv, 
col. 1131. Il veuthien pardonner le péché. Job, vu, 21 ; 
Ps. xxv (xxiv), 11; xxxn (xxxi), 1; lxxix (lxxviii), 9; 
lxxxv (lxxxiv), 3; Sap., xi, 24; Is., xliii, 25; Jer., xxxi, 
34, etc. — 2. Cependant, pour pardonner le péché, 
Dieu exige certaines conditions, et tout d'abord l'aveu. 
Lev., xxvi, 40; II Esd., ix, 2; Job, xxxi, 33, 34; 
Matth., m,6; Marc, i, 5; I Joa., i, 9, etc. Voir Confes- 
sion, t. il, col. 907. — 3. Il veut ensuite le regret sin- 
cère. Joël., il, 13, etc. Voir Pénitence. — 4. Certaines 
œuvres obtiennent le pardon de Dieu et rachètent le 
péché. Voir Aimône, t. i, col. 1252; Charité, t. n, 
col. 591 ; Jeûne, t. m, col. 1528; Sacrifice. —5. Dans le 
Nouveau Testament, les péchés sont remis au nom du 
Père, Matth., vi, 14 15; Marc, xi, 25; Luc, xi, 4, par 



le Fils, Matth., ix, 2-6; Marc, n, 5-10; Luc, v, 20-49; 
etc., qui envoie ses Apôtres prêcher cette rémission, 
Luc, xxiv, 27; Joa., xx, 23, et qui leur donne le pou- 
voir de l'accorder dans le sacrement de pénitence,. 
Joa., xx, 23, et dans celui d'extrême-onction. Jacob., v, 
15. — 6. Le pardon du péché est accordé en vertu de la 
rédemption opérée sur la croix. Daniel, IX, 24, avait 
annoncé que le Messie mettrait fin au péché, c'est-à- 
dire à son influence irréparable. Jésus-Christ, par sa 
croix, obtint à l'homme le pardon du péché. Matth., I, 
21 ; xxvi, 28; Joa., i, 29; Rom., vi, t3; I Cor., xv, 3; 
II Cor., v, 21; Gai., I, 4; Eph., 1, 7; Col., i,14;Heb., ix, 
28; I Pet., m, 18; I Joa., i, 7; Apoc, i, 5, etc. Ce 
pardon peut même atteindre les âmes dans l'autre vie, 
au purgatoire. II Mach., xn, 46. — 7. Les écrivains 
sacrés et Notre-Seigneur se servent de différentes ex- 
pressions caractéristiques pour marquer la réalité de 
la rémission du péché : « pardonner, » par conséquent 
ne plus tenir rigueur, II Reg., xn, 13; III Reg., vm, 
3i; Tob., ni, 13, etc.; « remettre, » par conséquent ne 
plus rien exiger à ce sujet, Ps. xxxn (xxxi), 1 ; 
Matth., ix, 2; Luc, vu, 48, etc.; 'c ne pas imputer, » 
ne pas mettre au compte du pécheur repentant, Num., xn, 
11; Rom., iv, 7, 8. etc.; « ne plus se rappeler, » tenir 
pour non avenu, Ezech., xxxm, 16; « couvrir, » de 
manière qu'on ne le voie plus, Ps. lxxxv (lxxxiv), 3; 
« fermer les yeux, » parce qu'on ne veut plus voir, 
Sap., xi, 24; « effacer, purifier, laver, » comme une 
tache que l'on veut faire disparaître, Ps. li (l), 4; 
Is., xliii, 25; « enlever, » Is., vi, 7; faire disparaître 
comme de la glace qui se fond, Eccli., ni, 17, comme un 
nuage qui se dissout, Is., xliv, 22; « ne plus trouver, » 
comme une chose qui n'existe plus, Jer., l, 20; 
« d'écarlate, rendre blanc comme neige, s c'est-à-dire 
remplacer la tache du péché par quelque chose qui en 
est l'opposé, Is., i, 18; «jeter derrière son dos, » comme 
une chose qu'on dédaigne et qu'on ne reverra plus, 
Is., xxxviii, 17; « mettre sous ses pieds, » comme une 
chose méprisable qu'on veut détruire, et « jeter au fond 
de la mer », comme ce qui doit périr définitivement. 
Mich., vu, 19, etc. Ézéchiel, xxxm, 14-16, exprime 
sans figure et de la manière la plus positive l'effet de 
la rémission du péché : « Lors même que j'aurai dit au 
méchant : Tu mourras! s'il se détourne de son péché et 
fait ce qui est juste etdroit,... on ne se rappellera plus 
aucun des péchés qu'il a commis : il a fait ce qui est 
droit et juste, il vivra. » La réalité objective de la rémis- 
sion du péché est d'ailleurs démontrée par la conduite 
de Dieu à l'égard de grands pécheurs, Adam, Sap., x, 
1, David, Marie-Madeleine, saint Pierre, saint Paul, etc. 

H. Lesêtre. 

PÉCHÉ ORIGINEL, péché commis par Adam, à 
l'origine de l'humanité, et par suite duquel tous ses 
descendants naissent dans un état de déchéance et de 
péché. 

1» La faute initiale. — 1. Le récit de l'épreuve im- 
posée à Adam, de la tentation, de la chute et du châti- 
ment, est consigné dans la Genèse, ni, 1-19. Ce récit 
peut être interprété avec une certaine largeur, à condi- 
tion de respecter la réalité du fait. Voir Adam, t. i, 
col. 175; Eve, t. n, col. 2119. Les Pères l'ont générale- 
ment entendu dans son sens littéral, mais l'Église n'a 
pas condamné le cardinal Cajetan qui l'a expliqué allé- 
goriquement. In Sacram Scnpluram Cotiimentarii,. 
5 in-f°, Lyon, 1639, 1. 1, p. 22, 25. Voir Vigouroux, Manuel 
biblique, 12 e édit., t, i, pi. 564. — 2. Rien dans le récit 
n'avertit formellement que le premier homme ait agi 
comme représentant de toute sa race. Il est seulement 
le premier de tous les hommes. Mais c'est de lui que 
les autres recevront la vie, et, étant données les lois 
ordinaires de la nature que l'auteur sacré suppose 
connues de ses lecteurs, il fallait s'attendre à ce qu'Adam , 
avec la vie et ses conditions essentielles, transmit à ses 



13 



PÉCHÉ ORIGINEL 



14 



descendants quelque chose de ce qu'il était devenu lui- 
même, par l'abus qu'il avait fait des dons extraordi- 
naires de son Créateur. Toutefois ce n'esY pas tocs la 
concupiscence que consiste à proprement parler le péché 
originel, mais dans la privation de la grâce. L'avenir 
de l'humanité est indiqué dans l'inimitié annoncée 
entre la postérité de la femme et celle du serpent et 
dans les conditions de vie imposées à Adam et à Eve, 
et par là même à leurs descendants. Du récit de la 
Genèse, les théologiens ont déduit que nos premiers 
parents avaient été élevés à un état surnaturel, et 
qu'ayant perdu par leur faute l'intégrité primitive, ils 
"étaient déchus de leur état et avaient transmis leur 
déchéance à leurs enfants. 

2° Dans l'Ancien Testament. — 1. Les écrivains ins- 
pirés de l'Ancien Teslament ne parlent du péché origi- 
nel qu'en fermes généraux. Job, xiv, 4, à propos de 
l'homme né de la femme, que Dieu, semble-t-ii, ne 
peut citer en justice sans s'abaisser lui-même, remarque : 
« Qui peut tirer le pur de l'impur? Personne. » La 
Vulgafe traduit un peu différemment : « Qui peut 
rendre pur celui qui a été conçu dans l'impureté? 
N'est-ce pas vous seul? » Les Septante ajoutent au texte 
les premiers mots du verset suivant : « Qui peut être 
pur de souillure? Personne, pas même celui dont la vie 
n'est que d'un jour sur la terre. » Les Pères ont com- 
menté le texte ainsi formulé. L'idée principale est que 
l'homme appartient à une race pécheresse et impure, 
et que l'on ne doit pas s'étonner qu'il soit si peu digne 
de l'attention divine, ayant hérité d'ancêtres pécheurs. 
— Au Psaume li (l), 7, on lit ces paroles : 

Je suis né dans l'iniquité, 

Et ma mère m'a conçu dans le péché. 

Comme pour le passage précédent, la doctrine du 
péché originel, sans être formulée d'une façon tout à fait 
explicite, donne seule à ces paroles tout leur sens. — On 
trouve ces autres paroles dans l'Ecclésiastique, xxv, 33 : 

C'est par une femme que le péché a commencé, 
C'est à cause d'elle que nous mourons tous. 

Le texte accuse avec raison Eve d'avoir commencé la 
première à pécher et d'élre la première cause de la 
mort de tous. Mais Adam, et non pas Eve, était le chef 
dé l'humanité, et par lui ont été transmis le péché et ses 
conséquences. — Il n'y a pas à s'arrêter au texte 
d'Isaïe, xi.ni, 27, disant à Israël : « Ton premier père a 
péché; » car il s'agit ici de Jacob. Cf. Ose., xn, 3-5. — 
L'auteur de la Sagesse, vin, 18-20, prenant le person- 
nage de Salomon, s'exprime dans des termes dont on 
pourrait s'étonner, s'il fallait les prendre absolument à 
la lettre : « J'étais un enfant d'un bon naturel, et j'avais 
repu en partage une bonne ùme, ou plutôt, étant bon, 
je vins à un corps sans souillure. » Cette affirmation ne 
peut porter que sur la vie purement naturelle. Un 
autre texte paraît plus significatif : « Vous saviez bien 
qu'ils sortaient d'une souche perverse,... car c'était une 
race maudite dès l'origine. » Sap., xn, 10, 11. Toute- 
fois, comme il s'agit ici des Cbananéens, il est clair 
que la malédiction dont parle l'auteur sacré est celle 
qu'encourut Chanaan. Gen., ix, 25. — 2. Mais si les 
textes sont peu explicites, on sent que, pour ainsi dire, 
tout le poids du péché originel pèse sur l'Ancien Tes- 
tament. Souvent les auteurs sacrés constatent le règne 
général du. péché. « Tous sont égarés, tous sont perver- 
tis; pas un qui fasse le bien, pas un seul! » Ps. six 
(xiii), 3; lu (lu), 4. « Qui dira : J'ai purifié mon cœur, 
je suis net de mon péché? » Prov., xx, 9. L'autre vie, 
dont l'attente aurait du réjouir les justes, ne leur appa- 
raît que sous de sombres couleurs. Ils se rendent 
compte que, même dans le sche'ûl, la paix ne sera pas 
encore faite entre eux et Dieu, parce que, dans le 
passé lointain de l'humanité comme dans ses généra- 



tions successives, il y a quelque chose qui empêche 
une réconciliation complète et définitive. Cette réconci- 
liation, les anciens l'attendent dans la personne du 
Messie futur. Au lieu de porter leurs regards vers 
ceiui qui fut l'origine de l'humanité, ils les tendent vers 
celui qui, dans l'avenir, en sera le réparateur et le 
Sauveur. N'ayant qu'une idée confuse du péché originel 
et de ses suites, ils sont peu capables par là même 
de se faire une notion exacte de ce que sera la rédemp- 
tion. Néanmoins cette attente du Messie libérateur est, 
dans l'Ancien Testament, la forme la plus concrète et 
la plus positive sous laquelle on puisse reconnaître la 
tradition du péché originel. 

3» Dans l'Évangile. — Quelques passages de l'Évan- 
gile font allusion au péché originel; mais cette allu- 
sion ne peut être comprise que si l'on a présente à 
l'esprit la notion de la chute et de ses conséquences. 
Ainsi la lumière du Yerbe « luit au milieu dés 
ténèbres », Joa., i, 5; le Sauveur vient éclairer ceux 
« qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la 
mort ». Luc, i, 79. Saint Jean-Baptiste présente Notre- 
Seigneur comme « l'Agneau de Dieu, celui qui enlève 
le péché du monde », Joa., i, 29, c'est-à-dire ce péché 
dont les conséquences pèsent sur le monde entier. « Si 
on ne renaît de nouveau, on ne peut voir le royaume de 
Dieu. » Joa., m, 3. C'est donc que la vie transmise par 
Adam ne suffit pas pour conduire l'homme au salut. 
Les justes de l'ancienne loi en font l'expérience dans 
le sche'ôl; mais « l'heure vient où ceux qui sont dans 
les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et 
ceux qui ont fait le bien en sortiront pour ressusciter 
à la vie >;. Joa., v, 25, 28, 29. Le Sauveur fait annoncer 
■ que « le royaume de Dieu approclae », laïc., "X., 9, cm 
conséquent que l'état de choses antérieur, même sous 
le régime de la Loi, n'était pas le royaume de Dieu, la 
vraie voie du salut. Il dit aux Juifs, qui se glorifiaient 
d'être enfants d'Abraham : « C'est seulement si le Fils 
vous délivre, que vous serez vraiment libres. » Joa., 
via, 36. Une servitude générale s'imposait donc à tous 
les hommes. Enfin, par deux fois, Joa., m, 3L; xw, 30, 
le Sauveur appelle Satan le « prince de ce monde ». 
Satan y règne en maître, en effet, depuis sa victoire sur 
le premier homme; mais « il va être chassé dehors », et 
d'ailleurs il n'a rien à lui en Jésus, qui a pris la des- 
cendance mais non la servitude d'Adam. — On ne peut 
tirer aucune conclusion, touchant le péché originel, 
du texte de Joa., ix, 2. Voir Mal, t. iv, col- €01, 
4°. Quand les pharisiens disent à l'aveugle guéri qu'il 
est « né tout entier dans le péché », ils ne songent 
pas au péché originel, car ils ne s'appliquent certes 
pas cette remarque à eux-mêmes. Joa., IX, 34. 

4° Dans saint Paul. — 1. Saint Paul dégage la notion 
du péché originel avec précision dans son Épître aux 
Romains. Pour faire ressortir toute la signification de 
la rédemption, il établit un parallèle entre Jésus-Christ 
et Adam, et il écrit : « Ainsi donc, comme par un seul 
homme le péché est entré dans le monde, et par le 
péché ]a mort, ainsi la mort a passé dans tous les 
hommes, parce que (è?'w) tous ont péché (Yulgate : 
in quo, « en qui » ou « en quoi » tous ont péché)... 
Par la faute d'un seul, tous les hommes sont morts.. 
Le jugement a été porté à cause d'une seule faute pour 
la condamnation... Par la faute d'un seul, la mort a 
régné par ce seul homme... Par la faute d'un seul, la 
condamnation est venue sur tous les hommes... Par la 
désobéissance d'un seul homme, tous ont été constitués 
pécheurs. » Rom., v, 12-19. Cet enseignement de 
l'Apôtre éclaire le récit de la Genèse. Au paradis ter- 
restre, Adam était donc, dans la pensée de Dieu, le 
représentant de l'humanité, représentant dont l'huma- 
nité serait mal venue à se plaindre, puisqu'il jouissait 
de l'innocence et de tous les dons divins. Adam subis- 
sait l'épreuve au nom de toute sa postérité. Seul il a 



15 



PÉCHÉ ORIGINEL — PÊCHEUR 



16 



péché personnellement, mais en lui et par lui, tous 
ont péché, tous ont désobéi, tous ont encouru la mort 
et la condamnation. En cela, Adam a été la figure de 
celui qui doit venir, t-jtios toû héXXovtoç, forma futtiri, 
Rom., v, 14; il a été pour l'humanité, au point de vue 
du péché et de la condamnation, ce que Jésus-Christ a 
été au point de vue de la réconciliation et de la vie. Con- 
formément à cette doctrine, l'Église enseigne que « la 
prévarication d'Adam a nui, non à lui seul, mais à sa des- 
cendance; qu'il a perdu à la fois pour lui et pour nous la 
sainteté et la justice qu'il avait reçues de Dieu; que 
souillé lui-même par son péché de désobéissance, il a 
transmis à tout le genre humain, non seulement les 
peines du corps, mais aussi le péché qui est la mort de 
l'âme ». Conc. Trid., sess. v, De j)ecc. or'ig., 2. — 




- Pêcheurs du tombeau de Rahotep à Meidoum. 
Caprès FJinders Pétrie, Meidum, in-4% Londres, 1892, pi. xn. 

2. Dans d'autres passages, saint Paul se réfère à la 
même doctrine. Il appelle « vieil homme » l'homme 
tel qu'il descendait d'Adam. Rom., vi, 6; Eph., IV, 22; 
Col., m, 9. Il écrit aux Corinthiens que « par un homme 
est venue la mort ». I Cor., xv, 22. Aux Éphésiens, il, 2- 
3 : « Vous étiez morfs par vos offenses et vos péchés, 
dans lesquels vous marchiez autrefois selon le train de 
ee monde, selon le prince de la puissance de l'air, de 
l'esprit qui agit maintenant dans les fils de la désobéis- 
sance... Nous étions par nature enfants de colère, 
comme les autres. » Fils d'Adam prévaricateur et 
volontairement soumis au prince de ce monde, les 
hommes ne peuvent qu'être désagréables et antipa- 
thiques à Dieu. 

Le péché originel, qui souille tout homme venant en 
ce monde, n'a pas atteint le Fils de Dieu incarné. 
I Pet., n,22; I Joa., m, 5; Joa., vin, 46. L'Église a 
défini que la Sainte Vierge, en vue des mérites de son 
divin Fils, a été préservée de cette souillure, et n'a 
pas cessé d'être un seul instant « pleine de grâce » 
aux yeux de son Créateur. Luc, i, 28. — Sur l'inter- 
prétation des Pères, à propos du péché originel, 



voir Turmel, Histoire de la théologie positive, Paris, 
1904, p. 87, 226, 412. H. Lesètre. 

PÉCHERESSE de l'Évangile. Luc, vu, 37, 39. Voir 

MâRIE-MADELEINE, t. I, Col. 810. 

PÊCHEUR (hébreu : davvdg, ctayyâg; Septante : 
âXiEÛ? ; Vulgate : piscator), celui qui fait métier de 
pêcher des poissons. — 1» Isaïe, xix, 5-8, décrit la déso- 
lation des pêcheurs égyptiens lorsque le châtiment 
frappera leur pays, que le fleuve et les canaux tariront 
et que la pêche deviendra impossible. Les pêcheurs 
égyptiens faisaient de superbes captures. Sur une pein- 




5. — Pêcheurs de nos jours, à Aïn Tabagha, sur les bords 
du lac de Tibériade. — D'après une photographie de 
M. L. Heidet (1899). 

ture de Meidoum, on voit trois pêcheurs; deux d'entre 
eux transportent un latus presque aussi grand qu'eux 
(fig. 4). Sur un tombeau de Beni-Hassan, un pêcheur 
lient deux poissons qu'il a piqués d'un seul coup de 
fourche, cf. Rosellini, Monumenti civiU, pi. xxv, 1, et 
sur le tombeau de Ti, six pêcheurs montés sur deux 
barques sont occupés à relever une nasse. Voir Pèche, 
fig. 2, col. 5. Jéhovah appelle contre les Israélites infidèles 
« des pêcheurs pour les pêcher », c'est-à-dire des enne- 
mis pour s'emparer d'eux et les tenir en captivité. Jer., 
xvi, 16. Ézéchiel, xlvii, 9-10, prédit que, dans la nouvelle 
Terre Sainte, les eaux de la mer Morte seront assainies, 
qu'il y abondera des poissons de toute espèce, que des 
pécheurs se tiendront sur ses bords et qu'ils jetteront 
leurs filets d'Engaddi à Engallim. Cela signifie que, 
dans le royaume du Messie, il n'y aura point de pays 
deshérité et abandonné, mais que la vie de la grâce 
se répandra partout. — 2» Plusieurs des Apôtres 
exerçaient le métier de pêcheurs sur le lac de Tibériade 
(fig. 5) quand le Sauveur les appela à sa suite. Tels 
étaient André, Pierre, Joa., i, 40-41, Jacques le Majeur 



17 



PÊCHEUR — PECTORAL 



18 



•et Jean. Matth., iv, 21.- Pendant la vie publique de 
Notre-Seigneur, et même après sa résurrection, ils 
continuèrent à pêcher quand l'occasion s'en présenta. 
Matth., iv, 18; Marc, i, 16; Luc, v, 2; Joa., xxi, 3. — 
-3° En les appelant à lui, Notre-Seigneur leur signi- 
fia qu'il voulait faire d'eux des pêcheurs d'hommes. 
Matth., iv, 19; Marc, i, 17. Les Apôtres devaient donc 
consacrer à la conquête des âmes un labeur, une adresse, 
une patience analogues à ce qu'exigeait d'eux la pêche 
des poissons. En souvenir de cette mission, les pre- 
miers chrétiens représentèrent, dans les catacomhes, 
saint Pierre sous la figure d'un pêcheur dont la ligne 
lire de l'eau un poisson (fig. 6). Quant à l'anneau du 




6. 



Saint Pierre, pêcheur d'âmes. Cimetière de Saint-Calliste. 
D'après AUard, Rome chrétienne, pi. vi. 



pêcheur, dont se sert le Souverain Pontife, on ne com- 
mence à en faire mention qu'au xni e siècle. Cf. Dict. 
d'archéologie chrétienne, t. i, col. 2210. 

H. Lesètre. 

PÉCHEUR, PÉCHERESSE(hébreu : lialla, posim, 
hattâ'âh; Septante : à\i.a.ç,ïui\6z; Vulgate : peccator, 
peccalrix), celui ou celle qui commet habituellement 
le péché et y persévère. 

1° Il y a différentes sortes de pécheurs : celui qui est 
perverti dès le sein de sa mère, Ps. lviii (lvii). 4; celui 
qui fait le mal pendant une longue vie de cent ans, 
ls., lxv, 20; celui qui entasse péchés sur péchés, 
Eccle., vin, 12; Eccli., ni, 29; v, 5, 6; vu, 8; celui qui 
boit l'iniquité comme l'eau, Job, xv, 16; celui qui se rit 
du péché, Prov., xiv, 9; Eccli., xxvn, 14, et se glorifie 
de ses passions, Ps. x, 3; celui que la vue du juste fait 
entrer en fureur, Ps. cxu (cxi), 10; celui qui fait com- 
mettre le mal aux autres, III Reg., xv, 34; xvi, 19; voir 
Scandale; celui qui abuse de la patience de Dieu en 
disant : « J'ai péché, que m'est-îl arrivé de fâcheux? » 
Eccli., v, 3; celui qui se vante de sa prospérité, 
Ps. xciv (xcm), 3, 4; voir Impie, t. m, col. 846; le pé- 
cheur hypocrite qui a sur les lèvres les préceptes, 
Ps. l(xlix), 16, ou la louange de Dieu, Eccli., xv, 9; 
le pécheur impénitent, Joa., vin, 21, etc.; le pécheur 
persécuteur, Matth., xxvi, 45; Marc, xiv, 41 ; Luc, xxiv, 
7; et d'autre part le pécheur humble et pénitent, 
Luc, v, 8; xviii, 13, alors même que sa pénitence est 
tardive. Il Reg., xn, 13; Luc, xxm, 42, etc. — 2° Le 
pécheur, haï de Dieu à cause de son péché, Eccli., xn, 
7, peut fleurir comme l'herbe, il sera exterminé à 
jamais, Ps. xcn (xci), 8; le péché même le fera périr, 
Ps. xxxtv (xxxiii), 22; Prov., xm, 6, 21, et des maux 
de toutes sortes s'abattront sur lui. Ps. xxxn (xxxi), 
10; i.xxv (lxxiv), 9; xci (xc), 8; cxxix (cxxvin), 4; 
cxlvi, 6; Prov., xi, 31; Eccli., v, 7; XL, 8; ls., i, 28; 
Am., ix, 10, etc. Le Psaume xxxvn (xxxvi), 12-34, décrit 
longuement le sort malheureux qui attend le pécheur. 
Le livre de la Sagesse, h, 1-25; m, 10-13; iv, 16-20; 
v, 1-14, met en scène les pécheurs d'abord dans leurs 
joies coupables sur la terre, ensuite dans leur déses- 
poir de l'autre vie. — 3° Le juste ne doit pas fréquenter 



le pécheur. Ps. I, 1; Tob., îv, 18, etc. Ils ne sont pas 
plus faits pour aller ensemble que le loup et l'agneau. 
Eccli., xm, 21. Aussi mieux vaut habiter sur le seuil de 
la maison de Dieu que sous les tentes des pécheurs. 
Ps. lxxxiv (lxxxih), 11. — 4" Dans l'Évangile, Notre- 
Seigneur, sans cesser de condamner le péché, prend 
compassion du pécheur dont il veut sauver l'âme. Il 
permet aux pécheurs de venir à lui, Matth., ix, 10; 
Luc, xv, 1; mange avec eux, Matth., ix, 11; Marc, II, 
15, 16; Luc, v, 30; xv,2; xix, 7; se laisse appeler leur 
ami, Matth., xi, 19; Luc, vu, 34; déclare qu'il est venu 
pour les sauver, Matth., ix, 13; Marc, n, 17; Luc, v, 
32; I Tim., i, 15, et que leur conversion cause grande 
joie au ciel. Luc, xv, 7, 10. Traité lui-même comme 
un pécheur par les Juifs, Joa., îx, 16, il est défendu 
avec beaucoup d'énergie et de bon sens par l'aveugle 
qu'il a guéri. Joa., ix, 30-33. 11 appuie lui-même ses 
déclarations en faveur des pécheurs par la conduite 
qu'il tient envers la Samaritaine, Joa., iv,l-42; Matthieu, 
Matth., ix, 9-17; Marc, n, 13-22; Luc, v, 27-39; la 
pécheresse, Luc, vu, 36-50; la Chananéenne, Matth., xv, 
21-28; Marc, vu, 24-30; la femme adultère, Joa., vm, 
2-11 ; Zachée, Luc, xtx, 1-10; le bon larron, Luc, xxm, 
43; Pierre, Joa., xxi, 15-18; Paul. Act., IX, 3-6, etc. 
Tous les hommes sont pécheurs, à des degrés divers, 
Rom., v, 8, 19; Gai., n, 15 17; mais la volonté du Sau- 
veur est que tous soient sauvés. I Tim., n, 4. 

H. Lesêtre. 
PECTORAL (hébreu : hosén, et plu s habituellement: 
hoSén /tam-mispal; Seplanle : ).oy*îov tûv v.ptcrswv, et 



l 



rêâ'H 



^e**^'i:r f frmpT "tf rr - r P/*Wf 




7. — Pectoral égyptien en ci', avec un scarabée bleu au milieu 
et un encadrement de pierres précieuses. Musée du Louvre. 

une fois, Exod., xxvm, 4; Ttîpiavrfi:ov : Vulgate : ratio- 
nale /udiciï), ornement que le grand-prêtre portait sur 
sa poitrine quand il devait entrer dans le sanctuaire. 
On l'appelle aussi en français le rational. — 1° L'origine 
du mot hosén est incertaine. D'après l'arabe hasan, 
« être beau, » il pourrait avoir le sens d' « ornement »; 
mais les versions ne favorisent pas cette étvmologie. 
Dans le premier passage où il soit question du hosén, 
Exod., xxv, 7, l'auteur sacré en parle, sans aucune 
explication, comme d'une chose bien connue et suffi- 
samment désignée par son nom. Comme l'objet parait 
être d'origine égyptienne (fig. 7), il est assez probable 
que le nom l'est aussi. Beaucoup de personnages de 
l'ancienne Egypte sont représentés avec un pectoral 
(fig. 8), sorte d'ornement trapézoïdal qui se porte sus- 
pendu au cou. Cf. Lepsius, Das Todlenbitch der Aegyp- 
ter, Leipzig, 1842, c 125, pi. l; Mariette, Monuments 
divers recueillis en Egypte et en Nubie, Paris, 1872, 
pi. 24, 74, 92; Maspero, Histoire ancienne des peuples 
de l'Orient classique, Paris, 1895, t. i, p. 239. Le pec- 
toral trouvé sur la momie de la reine Aah-Hotep, mère 



19 



PECTORAL 



2a 



du premier roi de la XVIII e dynastie, antérieur à Moïse, 
est ainsi décrit par Mariette, Xotice des monumeûls du 
musée de Boulaq, p. 263-264 : « La forme générale du 
monument est celle d'un petit naos... Au centre, Amo- 
sis est représenté debout sur une barque. Deux divini- 
tés, Ammon et Phré, lui versent sur la tête l'eau de pu- 
rification. Deux éperviers planent au-dessus de la 
scène, comme des symboles du soleil vivifiant. Le tra- 
vail de ce monument est tout à fait hors ligne. Le 
fond des figures est découpé à jour; les figures elles- 
mêmes sont dessinées par des cloisons d'or dans 
lesquelles on à introduit des plaquettes de pierres dures: 
cornalines, turquoises, lapis, pâte imitant le feldspath 
vert. Ainsi disposée, cette sorte de mosaïque, où cha- 
que couleur est séparée de celle qui l'avoisine par un 




8. — Grand trésorier égyptien portant le pectoral. 
Statue du Musée égyptien du Louvre. 

brillant filet d'or, donne un ensemble aussi harmonieux 
que riche. » Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes 
modernes, 6 e édit., t. n, p. 513; Les Livres Saints et la 
critique rationaliste, 5 e édit., t. m, p. 123. Dieu vou- 
lut que le grand-prêtre de son peuple portât un orne- 
ment analogue à celui qui distinguait les grands per- 
sonnages égyptiens. Les versions grecques l'appellent, 
Septante : Xofstov, sans doute de lôyos, « parole, » et 
Ttsptarvjfkov, « ce qui eatoure la poitrine; » Josèphe, 
Ant, jud., III, vu, 5, et les autres versions grecques : 
Xôftov, « oracle; » Symmaque : Sôjaov, « réceptacle. » 
Ces noms sontjustifiés par la destination même du pec- 
toral qui, placé sur la poitrine du grand-prêtre, ren- 
fermait l'Urim et le Thummim, au moyen duquel Dieu 
faisait connaître ses oracles. Le mot rationale, adopté 
par la Vulgate, vise à traduire Xofsîov, en le dérivant 
de ),ôvo;, « raison, » au lieu de Xôyo?, « parole. » A 
hoSén s'ajoute le mot ham-mispât, « du jugement, » 
parce que Dieu rendait ses jugements ou ses décisions 
au moyen de ce que contenait le pectoral. — 2° Le texte 
sacré donne une description minutieuse de ce que doit 
être le pectoral. Il faut qu'il soit artistement travaillé 
et du même tissu que l'éphod, comprenant l'or, la 
pourpre violette et rouge, le cramoisi et le lin. Voir 
Éphod, t. h, col. 1865. Il a la forme quadrangulaire, 



mais pas nécessairement celle d'un carré parfait; il est 
double, c'est-à-dire replié sur lui-même de manière à 
former une sorte de poche renfermant l'Urim et le 
Thummim; sa longeur et sa largeur sont d'un zéret ou 
empan, mesure comprise entre les extrémités du petit 
doigt et du pouce étendus. II porte quatre rangées de 
pierres précieuses, toutes différentes et au nombre de 
trois par rangée. Chacune de ces pierres, enchâssée 
dans une rosette d'or, représente une des douze tribus 
d'Israël dont le nom est gravé sur elle (fîg> 9). L'or- 
dre dans lequel ces noms étaient disposés n'est pas 
indiqué. Josèphe, ibid., pense que l'ordre suivi était 
celui de la naissance, et c'est en effet ce qui parait fe 
plus naturel. Des chaînettes et des anneaux d'or ser- 
vaient à fixer le pectoral, deux en haut et deux en 
bas, aux épaulettes de l'éphod, de manière qu'il fût 




9. — Pectoral du grand-prêtre juif. Essai de restitution d'après- 
Schuster, dans Fillion, Atlas archéolog., 2" édit., pi. cvi, flg. 12. 

maintenu au-dessus de la ceinture de l'éphod. Josèphe, 
ibid., dit que le pectoral remplissait ainsi sur la poi- 
trine l'espace laissé libre par l'éphod (fig. 10). Le grand- 
prêtre ne pouvait entrer dans le sanctuaire sans porter 
ainsi sur son cœur les noms des fils d'Israël, « en sou- 
venir perpétuel devant Jéliovah. » Exod., xxyiii, 15-29; 
xxxix, 8-21 ; Lev., vin, 8. Voir Grand-prètre, t. m, fig. 64. 
col. 296. — Dans l'Ecclésiastique, xlv, 12, 13, le pectoral, 
est mentionné parmi les ornements d'Aaron. Le texte 
hébreu dit que Dieu lui fit porter « le pectoral du juge- 
ment, l'éphod et la ceinture, ouvrages tissés de cramoisi, 
fes pierres précieuses sur le pectoral, gravées comme- 
dès cachets pour l'inauguration (d'Aaron), chaque pierre 
ayan t une écriture gravée en souvenir, suivant le nombre 
(des tribus) d'Israël ». Les Septante rendent bemillu'im, 
« pour l'inauguration, » par 'ipyut XiOoûpyo'j, « oeuvre 
du graveur. » Le texte hébreu est d'ailleurs peu sûr dans 
ce passage, et le premier des deux versets est rendu 
par les versions avec des variantes assez considérables.. 
— 3° Les matières qui entrent dans la fabrication du 
pectoral, or, fils richement teints et pierres précieuses, 
symbolisent la dignité du grand-prêtre et surtout la 
royauté suprême du Dieu dont il est le ministre. Aaron 
porte le pectoral « sur les deux épaules » et « sur le 
cœur », Exod., xxxin, 12, 30, « en souvenir perpétuel 



21 



PECTORAL — PEINTURE 



22: 



devant Jéhovali. » comme pour représenter devant le 
Seigneur tout le peuple qui lui est consacré. Les pierres 
précieuses reflètent la lumière du ciel, dont Jéhovah 
est aussi le souverain. Elles sont disposées sur le pec- 
toral quadrangulaire à peu près comme les lsraélistes 
eux-mêmes le sont dans leur camp. Voir Càsip, t. il, 
col. 95, Il est évidemment impossible de déterminer 
quelle relation symbolique pouvait exister entre chaque 
pierre et la tribu dont elle portait le nom. Il n'y en 
avait pas moins là une expression saisissante de cette idée 
que, dans ïa personne du grand-prêtre, les douze tribus 
étaient présentes pour rendre hommage à Jéhovah et 
recevoir ses oracles. — Cf. Braun. De vestitn sacerdo~ 




10, — Le pectoral et l'épliod. — Essai de reconstitution 
d'après les monuments égyptiens, par V. Ancessi, Atlas 
biblique, in-4°, Paris, 1876, pi. vi. 



tum Hebrseorum, Leyde, 1680, n, 6, 7; Balvr, Symbolik 
des mosaischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. n, p. lOi- 
110, 127-136. H. Lesêtre. 

PEIKHART François, commentateur autrichien, 
né à Vienne le 14 janvier 1684, mort dans cette ville le 
29 mai 1752. Il entra dans la Compagnie de Jésus en 
1698 et fut longtemps professeur et prédicateur. Nous 
avons de lui, en allemand, de longs commentaires sur 
les quatre Évangiles : Erklàrung der Evangelischen 
Besehreibung der IV Evangelischen. Ils parurent 
d'abord à Vienne en 1752-1754, puis à Munich et à In- 
golstadt en 1753. L'édition de Munich est en 4 in-f°. 

P. Bliard. 

PEINES, châtiments. Voir Pénalités. 

PEINTURE, art d'imiter, à l'aide des couleurs appli- 
quées sur une surface, l'apparence naturelle des êtres 
vivants ou des objets. — La loi qui proscrivait toute 
image taillée et toute figure d'être animé, Exod., xx, 4, 



fut toujours prise par les Hébreux dans le sens le plus 
strict. Ils s'en inspirèrent dans leurs monuments. De 
plus, étant donnée la nature des matériaux employés 
dans leurs grandes constructions et leur caractère suffi- 
samment décoratif, on peut dire que la peinture leur fut 
à peu près étrangère. Aussi, pour exprimer l'idée de 
« peindre », sont-ils obligés de se servir du verbe hâqâh 
qui veut surtout dire « sculpter » et « graver ». Il est 
bon néanmoins d'avoir quelque idée de ce que fut la 
peinture chez les Égyptiens, les Assyriens, les Perses,, 
et les Grecs, à cause de quelques allusions bibliques et 
aussi des illustrations qu'on en tire pour l'explication 
du texte sacré v 

1° Chez les Egyptiens. — Les statues étaient souvent 
complètement peintes des pieds à la tète. Dans les bas- 
reliefs, les personnages et les figures étaient enluminés, 
sur un fond laissé à l'état naturel. Pour exécuter ces 
peintures, on se servait de couleurs dont la variété 
s'accuse de plus en plus avec le temps. Les couleurs trop 
coûteuses se remplaçaientpar des imitations plus simples, 
comme le bleu du lapis-lazuli par du verre coloré et réduit 
en, fine poussière. On délayait la couleur dans de l'eau 
additionnée de gomme adragante, et on l'étatait à l'aide 
d'un calame ou d'une brosse. Pour les surfaces planes, 
sur lesquelles on tenait à fixer des scènes plus ou 
moins compliquées, on commençait par dégrossir la 
paroi à décorer et l'on appliquait sur la muraille encore 
rugueuse un crépi d'argile noire et de paille hachée 
menu, mélange qui produisait un enduit analogue à la 
composition de la brique. La peinture fixée sur les sur- 
faces ainsi préparées constituait de l'enluminure 'beau- 
coup plus que de la peinture. L'artiste procédait par 
teintes plates, juxtaposées mais non fondues. Tout en- 
obéissant à l'inspiration de la nature, il ne s'écartait 
pas cependant de certaines formules de conventio'ri qui 
caractérisent les procédés égyptiens de la première â 
la dernière époque. On indiquait dans les ateliers la 
couleur qui convenait à tel être ou à tel objet, et l'on 
s'en tenait à cette donnée traditionnelle. Ainsi l'eau est 
toujours d'un bleu uni ou strié de zigzags noirs. Les 
chairs sont brunes chez les hommes et d'un jaune clair 
chez les femmes, sauf un certain nombre d'exceptions 
qui ne se constatent guère qu'à de rares et courtes pé- 
riodes. Voir 1. 1, fig. 616, col. 1932; t. n, fig. 384, col. 1067. 
La perspective est à peu près inconnue. Les objets 
représentés sont là, mais à leur place conventionnelle, 
un canal, par exemple, à mi-hauteur du tronc des pal- 
miers qu'il traverse, un bassin avec les plantations 
dressées perpendiculairement sur les quatre faces, 
des masses de soldats figurées par la reproduction, 
multipliée et identique du même individu, les diffé- 
rentes "scènes d'une même action juxtaposées ou super- 
posées pour ne négliger aucun détail, etc. L'artiste lais- 
sait au spectateur le soin d'interpréter, ce qui d'ailleurs 
était facile, puisque tous connaissaient parfaitement la 
convention traditionnelle qui réglait l'œuvre des pra- 
ticiens. La représentation de l'être humain ne s'écar- 
tait qu'assez rarement de certaines lois artistiques en 
contradiction avec celles de la perspective, mais per- 
mettant de caractériser facilement les principales 
parties du corps. Ainsi presque toujours la tête, munie 
d'un œil de face, se présente de profil, le buste de face, 
le tronc de trois quarts et les jambes de profil. « Les 
maîtres égyptiens continuèrent jusqu'à la fin à déformer 
la figure humaine. Leurs hommes et leurs femmes sont - 
donc de véritables monstres pour l'anatomiste, et cepen- 
dant ils ne sont ni aussi laids ni aussi risibles qu'on est 
porté à le croire, en étudiant les copies malencontreuses 
que nos artistes en ont faites souvent. Les membres 
défectueux sont alliés aux corrects avec tant d'adresse 
qu'ils paraissent être soudés comme naturellement. 
Les lignes exactes et les fictives se suivent et se com- 
plètent si ingénieusement qu'elles semblent se déduire 



23 



PEINTURE — PÈLERINAGES 



24 



nécessairement les unes des autres. La convention une 
fois reconnue et admise, on ne saurait trop admirer 
l'habileté technique dont témoignent beaucoup de mo- 
numents... Chaque mur est traité comme un tout, et 
l'harmonie des couleurs s'y poursuit à travers les re- 
gistres superposés : tantôt elles sont réparties avec 
rythme et symétrie, d'étage en étage, et s'équilibrent 
l'une par l'autre, tantôt l'une d'elles prédomine et 
détermine une tonalité générale, à laquelle le reste 
est subordonné. L'intensité de l'ensemble est toujours 
proportionnée à la qualité et à la quantité de lumière 
que le tableau devait recevoir. Dans les salles entière- 
ment somhres, le coloris est poussé aussi loin que 
possible; moins fort, on l'aurait à peine aperçu à la 
lueur vacillante des lampes et des torches. Aux murs 
d'enceinte et sur la face des pylônes, il atteignait la 
même puissance qu'au fond des hypogées; si brutal 
qu'on le fit, le soleil en atténuait l'éclat. Il est doux et 
discret dans les pièces où ne pénètre qu'un demi-jour 
voilé, sous le portique des temples et dans l'antichambre 
des tombeaux. La peinture en Egypte n'était que 
l'humble servante de l'architecture et de la sculpture.» 
Maspero, L'archéologie égyptienne, Paris, 1887, p. 170, 
198., Pendant leur séjour en Egypte, les Hébreux avaient 
eu l'occasion de contempler certaines de ces peintures 
d'un caractère fréquemment idolâtrique et dans les- 
quelles les dieux étaient habituellement représentés 
avec des têtes d'animaux. Il était donc utile de les pré- 
munir contre toute idée d'imitation. Plus tard, l'auteur 
de la Sagesse, xv, 4, se moquera de ces idoles qui ont 
« une ligure barbouillée de diverses couleurs, vain 
travail d'un peintre ». 

2° Chez les Assyriens. — Les Assyriens enduisaient 
leurs maisons d'un stuc blanc, fait de plâtre et de 
chaux, et assez souvent le décoraient de peintures en 
détrempe, à teintes plates et sans modelé dans les 
figures. Cf. Perrot, Histoire de l'art, t. n, p. 291. Plu- 
sieurs de ces peintures remontent à la plus haute anti- 
quité chaldéenne. On a retrouvé d'élégantes rosaces 
formées par l'application sur le stuc de couleurs très 
tranchées, des bordures décoratives avec taureaux 
peints en blanc sur fond jaune et silhouettes accusées 
par une large bande noire, créneaux bleus et festons 
multicolores, etc. Les tours à étages ont les degrés 
peints, à partir du bas, en blanc, noir, rouge, jaune, 
vermillon, argent et or. A l'intérieur des salles, les bas- 
reliefs eux-mêmes étaient décorés en couleur, de sorte que 
les stucs ornés de peintures paraissaient en être la conti- 
nuation et le prolongement, ce qui évitait un contraste 
choquant entre la blancheur des sculptures et ta colo- 
ration des stucs. Cf. Babelon, Archéologie orientale, 
Paris, 1888, p. 126. La brique émaillée entrait aussi 
pour beaucoup dans la décoration des édifices. Voir Émail, 
t. H, col. 1712. Dans une de ses visions, au pays des 
Chaldéens, Ézéchiel, vm, 10, songe à ces peintures, 
imitées par des Israélites infidèles, quand il décrit, dans 
une salle retirée, « toutes sortes de figures de reptiles et 
d'animaux immondes, et toutes les idoles de la maison 
d'Israël dessinées sur la muraille tout autour. » Dans 
une autre vision, il voit Ooliba, c'est-à-dire Jérusalem, 
brûlant d'amour pour les fils de l'Assyrie représentés 
en peinture sur la muraille avec une couleur vermillon. 
Ezech,, xxiii, 14. Déjà Jérémie, xxn, 14, avait stigma- 
tisé les mauvais rois de Juda qui s'élevaient de vastes 
maisons couvertes de cèdre et peintes en vermillon. 
D'après les versions chaldaïque, syriaque et arabe, il 
s'agirait ici non pas seulement de vermillon, sdsar, 
mais de figures, sammâkin. Toutefois le sdsar désigne 
bien levermillon, [u'Xtoc, sinopis. Cf. Pline, H. N., xxxv, 
6, 13. ' 

3° Chez les Perses. — A Suse, la décoration poly- 
chrome à l'extérieur des monuments se composait de 
briques émaillées aux vives couleurs, avec des sujets 



en relief pour imiter la sculpture assyrienne. « L'inté- 
rieur de l'apadâna parait avoir été simplement colorié à 
l'aide d'un stuc rouge monochrome que dissimulaient 
d'ailleurs, à peu près complètement, les riches tapis 
et les draperies brodées dont les parois de toutes les 
salles étaient tendues. » Babelon, Archéologie orientale, 
p. 184. Le livre d'Esther, i, 6, mentionne ces tentures, 
et non des peintures, comme traduisent les versions. 
4° Chez les Crées. — La polychromie des édifices et 
des maisons était en grand honneur chez les Grecs. 
L'influence s'en fit naturellement sentir en Palestine à 
l'époque des Séleucides. On en a une preuve dans une 
remarque faite en passant par l'auteur du second 
livre des Machabées, il, 30 : « De même que l'architecte 
d'une maison nouvelle doit embrasser dans sa pensée 
tout l'ensemble de la construction, tandis que celui qui 
se charge de la décorer et d'y peindre des figures doit 
se préoccuper de ce qui regarde l'ornementation... » 
En tous cas, cet art ne pénétra jamais dans le Temple, 
où la couleur ne figurait que dans les tapisseries 
brodées ou, à l'état naturel, dans les riches matériaux 
plus ou moins ouvragés qui entraient dans la construc- 
tion, pierre, cèdre, bronze, or, etc. Josèphe, Bell.jud., 
V, v, 2, note que même dans l'ornementation des por- 
tiques du Temple, aucun peintre de figures, ÇwypciiyO::, 
n'avait eu à travailler. La peinture décorative, la seule 
dont il puisse être question, était donc exclue de l'édi- 
fice sacré. Différents textes semblent, au moins dans les 
versions, se rapporter à la peinture. Il Beg., vi, 29, 32; 
Prov., vu, 16; Jer., iv, 30; Ezech., XL, 6; Eccli.,xxxvm, 
28. En réalité, il n'y est question que de sculpture ou 
de teinture. H. Lesêtre. 

PEIRCE James, controversiste protestant, né à 
Londres en 1673, mort à Exeter le 30 mars 1726. 11 étu- 
dia en Hollande, à Utrecht et à Leyde. De retour en 
Angleterre, il prêcha à Londres, et en 1713 devint mi- 
nistre d'une église non conformiste à Exeter. Cinq ans 
plus tard il devait renoncer à ce poste à cause de ses 
doctrines sur la Trinité; mais peu après il ouvrait un 
nouveau temple dans la même ville. Prédicateur cé- 
lèbre, il eut de longues discussions avec les anglicans 
et presque tous ses écrits ont trait à ces controverses. 
Nous devons cependant mentionner l'ouvrage suivant : 
A paraphase and notes on the Epistles of Si. Paul to 
the Colossians, Philippians and Hebreivs, after the 
manner of Mr. Locke to ivich are annexed crilical dis- 
sertations on particular texts of Scripture. With a pa- 
raphrase and notes on the three last chapters of the 
Hebrews, left unfinished by Mr. Peirce; and an essay 
to discover the autor of the Epistle, and language in 
with it was ivritten, by Joseph Hallet, 2 a édition, in-4», 
Londres, 1733. Cet ouvrage, dont la l re édition avait 
paru en 1725-1727, fut traduit en latin par Michaëlis en 
1747. — Voir Walch, Biblioth. theologica, t. IV, p. 675, 
736; W. Orme, Biblioth. biblica, p. 344. 

lî. Heurtebize. 

PELAGE (hébreu : l.iâbarburôt ; Septante : uoixiltiara; 
Vulgate : varietates), la robe d'un fauve, dont les poils 
diversement colorés donnent un aspect spécial à chaque 
espèce. — Le mot hébreu, exactement rendu par les 
versions, désigne les taches noires qui sont dissémi- 
nées sur le dos jaune du léopard. L'Éthiopien ne peut 
pas plus changer sa peau que le léopard les taches de 
son pelage. Jer., xm, 23. Voir Nègres, t. ix, col. 1563. 

— Sur le procédé employé par Jacob pour obtenir des 
brebis tachetées de différentes nuances, Gen., xxx, 37- 
43, voir Brebis, t. i, col. 1918. H. Lesêtre. 

PELERINAGES, voyages que les Israélites étaient 
obligés de faire à Jérusalen aux trois fêtes principales. 

— 1° La Loi obligeait tous les hommes à se présenter 
trois fois l'an devant Jéhovah, Exod., xxm, 17; xxxiv, 



25 



PELERINAGES 



PELICAN 



26 



23, à la fête des azymes ou Pàque, à la fête des se- 
maines ou Pentecôte et à la fête des Tabernacles. La 
loi ajoutait qu'en ces occasions il ne fallait pas venir 
les mains vides, mais que chacun devait apporter ses 
offrandes selon les bénédictions que Dieu lui avait 
accordées. Deut., xvi, 46-17. Cf. II Par., vin, 13. Voir 
Fêtes juives, t. Il, col. 2218. — Sur la manière dont les 
pèlerins se rendaient à Jérusalem, voir Caravane, t. n, 
col. 249. 

2° L'obligation légale ne visait que les hommes. Pra- 
tiquement, on déclarait exempts de cette obligation les 
sourds, les faibles d'esprit, les enfants, les orphelins, 
les femmes, les esclaves, les estropiés, les aveugles, les 
malades, les vieillards, et en général tous ceux qui ne 
pouvaient faire le chemin à pied. Cf. Chagiga, I, 1. Par 
enfant, on entendait, d'après Schammaï, celui qui ne 
pouvait plus être transporté de Jérusalem au mont des 
Oliviers que sur les épaules de son père, et d'après Hillel, 
celui qui n'aurait pu faire ce chemin en tenant la main 
de son père. Du récit de saint Luc, H, 42, il ressort 
que l'enfant n'entreprenait le pèlerinage qu'à sa dou- 
zième année. Encore faut-il tenir compte de la dis- 
tance à laquelle il se trouvait de Jérusalem. Les 
docteurs étaient plus sévères pour la fête des Taber- 
nacles. Les femmes, les esclaves et les enfants en 
étaient exempts. Mais, parmi ces derniers, l'obligation 
s'imposait à ceux qui pouvaient se passer de leur mère 
et qui étaient capables d'agiter le rameau de la fête ou 
lulab. Cf. Sukka, n, 8;iii, 15. Les Israélites de l'étranger 
ne se dispensaient pas de ces pèlerinages; ils venaient 
à la ville sainte au moins de temps en temps. Ils arri- 
vaient par milliers de tous les points cardinaux, les 
uns par terre, les autres par mer. Cf. Philon, De 
monarch., n, 1, édit. Mangey, t. n, p. 223. Cf. Josèphe, 
Ant. jud., XVII, il, 2; XVI11, ix, 1; Yoma, vi, 4; 
Taanith, 1, 3. 

3" Un mois avant chacune de ces trois fêtes, on com- 
mençait à instruire le peuple de tout ce qui concernait 
la solennité. Quinze jours plus tard, ou procédait à la 
déçimation des troupeaux, on recueillait le montant de 
l'impôt et l'on tirait du trésor du Temple ce qui était 
nécessaire à l'usage commun pendant la fête. Cf. Sche- 
kalin, m, 1. Tout était préparé dans le pays pour 
l'utilité et la sécurité des pèlerins, les chemins remis 
en état, les puits débarrassés de leurs pierres, les 
sépulcres reblanchis, les ponts consolidés, les places et 
les rues de Jérusalem laissées à la disposition de ceux 
qui devaient y camper. Là où il y avait lieu de le faire, 
on donnait l'eau de jalousie à boire aux femmes sus- 
pectes d'adultère (voir t. n. 1522), on immolait et on 
consumait la vache rousse (voir t. n col. 407) et l'on 
perçait les oreilles des esclaves (voir t. iv, col. 1857). 
Deux ou trois jours avant la fête on purifiait soigneuse- 
ment les vases et les ustensiles qui devaient servir ce 
jour-là. 

4° Dans la Mischna, le traité Chagiga s'occupe de 
l'obligation d'aller à Jérusalem aux trois grandes fêtes 
et des devoirs qui s'imposaient alors à l'Israélite; le 
traité Moed katan a pour objet les jours intermédiaires 
de la fête, et le traité Beza ou Yoni tob indique ce 
qu'il est permis de faire les jours de fête' ou de 
sabbat. On voit dans ces traités que les Juifs recon- 
naissaient six jours de fête majeure, appelés yâmîm 
tobîm, « jours bons » ou « grands jours » : le premier 
et le septième de la Pàque, celui de la Pentecôte, le 
premier et le huitième des Tabernacles, et le premier 
de tischri ou commencement de l'année civile. Cf. Rosch 
haschana, I, 1. En ces jours, le travail était défendu, 
mais moins strictement qu'au jour du sabbat, car il était 
permis de cuire les aliments préparés la veille. 
Cf. Gem. Jerus. Yebamoth, 8, 4. Sur ces six jours, il 
y en avait quatre, le premier de la Pâque, celui de 
la Pentecôte, le huitième des Tabernacles et le 



premier de tischri qui se distinguaient des autres 
par les sacrifices qu'on offrait et les festins aux- 
quels on se livrait. Saint Jean, vu, 37, remarque 
que le dernier jour de la fête des Tabernacles était 
« le jour le plus solennel ». Les jours intermédiaires de 
la Pàque et de la fête des Tabernacles étaient moins 
solennels. Saint Jean, vu, 14, fait encore allusion à l'un 
de ces jours. On y pouvait terminer les travaux qui ne 
seraient pas restés en souffrance sans inconvénient ou 
dommage. Cf. Sota, ix, 10. Il était également permis 
de se livrer à des travaux d'utilité publique et immé- 
diate, comme le blanchissage des sépulcres à la chaux, 
ou à d'autres œuvres urgentes, comme l'arrosage d'un 
champ desséché, etc. 

5° On profitait de ces fêtes pour offrir un grand nom- 
'bre de sacrifices, qu'on réservait jusqu'à cette occasion, 
comme ceux qui étaient prescrits aux femmes devenues 
mères, à ceux qui étaient atteints de flux, etc. Cf. Joa., 
xi, 55 (ut sanciificarent seipsos). De plus, la Loi or- 
donnait expressément de ne pas se présenter les mains 
vides devant le Seigneur. Exod., xxm, 15; Deut., xvi, 
16. 17. Chacun se faisait donc un devoir d'offrir un 
holocauste pendant le cours la fête, et, le premier 
jour, un sacrifice pacifique dont on pouvait manger 
ce jour-là, la nuit et le jour qui suivaient. Ces 
sacrifices prenaient le nom de hagîgàh, ou sacrifices 
de la fête. Celui qu'on offrait le 14 nisan pouvait 
être mangé avant l'agneau pascal. Si ces deux sacri- 
fices n'avaient pas été offerts dès le premier jour, on 
pouvait les offrir les autres jours de la fête, et, pour 
la fête de la Pentecôte qui ne durait qu'un jour, pen- 
dant les six jours suivants. Cf. Moed katon, ni, 6; 
Chagiga, i, 6. 

6° A ces sacrifices devaient s'ajouter des festins de 
joie et de reconnaissance. Deut., xxvn, 7. L'Israélite 
devait inviter, au moins à la fête de la Pentecôte, outre 
son fils, sa fille, son serviteur et sa servante, Je lévite, 
l'étranger, l'orphelin et la veuve. Deut., xvi, 11, 14. 
On y mangeait ce qui avait été offert dans les sacri- 
fices pacifiques de la fête et même ce qui provenait de 
la dime des animaux. Les prêtres célébraient leurs fes- 
tins avec ce qui leur revenait de ces sacrifices. On re- 
gardait les femmes comme obligées à prendre part à 
ces festins. 

7» On profitait de l'affluence amenée par ces fêtes 
pour exécuter les criminels, afin d'inculquer à tous 
une crainte salutaire. Deut., xvn, 13; xix, 20. Cf. 
Sanhédrin, xi, 4. On ne procédait cependant à l'éxecu- 
tion qu'avant le commencement de la fête, comme il 
fut fait pour Notre-Seigneur, ou après son dernier jour, 
comme Hérode Agrippa se le proposait pour saint 
Pierre. Act., xn, 4. Cette afiluence et ces festins 
n'allaient pas sans occasionner parfois certains dé- 
sordres, surtout à l'époque de la domination romaine. 
Cf. Josèphe, Bell, jud., I, ni, 2-4; Matth., xxvi, 5. Aussi 
les procurateurs avaient-ils coutume d'être eux-mêmes 
présents à Jérusalem pendant les fêtes avec toute leur 
garnison, et même ils postaient une cohorte en armes 
sous les portiques du Temple afin de maintenir l'ordre 
et d'obvier à toute tentative de troubles. Cf. Josèphe, 
Ant. jud., XX, v, 3. — Reland, Antiquilates sacras f 
Utrecht, 1731, p. 224-228; Iken, Anliquilales hebraicœ, 
Brème, 1741, p. 305-307. — Sur les voyages entrepris 
pour porter les prémices à Jérusalem, voir Prémices. 

H. Lesëtre. 

PÉLICAN (hébreu : qâ'at; Septante : TrsXexâv; Vul- 
gate : pellicanus, onocrotalus), oiseau palmipède, type- 
de la famille des pélécanidés (fig. 11). — Le pélican 
est un oiseau dont la taille atteint quelquefois deux 
mètres. Son bec seul a près de cinquante centimètres; 
il est droit, large, déprimé, avec une mandibule infé- 
rieure composée de deux branches osseuses qui servent. 
de soutien à une grande poche nue et dilatable, dans 



■27 



PÉLICAN — PÉLUSE 



28 



laquelle l'oiseau amasse une forte quantité d'eau et de 
poissons. Le pélican fréquente les bords des fleuves, 
des lacs et de la mer. Il nage avec une merveilleuse 
habileté et est en mesure de faire une chasse très 
active aux poissons qui composent sa nourriture. Le 
nom scientifique d'onocrotalus a été attribué au pélican 
à cause d'une certaine ressemblance entre son cri et 
le braiment de l'âne. Sur le bord du lac de Tibériade, 
on trouve fréquemment « le pélican, pelecanus ono- 
crotalus, qui se tient ordinairement en troupes nom- 
breuses de plusieurs centaines d'individus, près de l'en- 
droit où le Jourdain forme un estuaire. Ces gros oiseaux 
se placent en cercles immenses sur un seul rang 
d'épaisseur, et, ainsi régulièrement disposés et espacés, 
se livrent à une pêche active, la tête toujours dirigée 
vers le centre du cercle. Ils sont trop sauvages pour se 




11. — Le pélican. 

laisser voir de près, mais avec la longue-vue nous 
avons pu souvent examiner leurs manœuvres singu- 
lières. Lorsque la pêche a été fructueuse et leur poche 
cervicale convenablement remplie de poissons, ils se 
retirent au milieu des roseaux, dans quelque golfe 
désert, pour se livrer alors en paix au travail de la 
mastication et de la digestion ». Lortet, La Syrie 
■d'aujourd'hui, Paris, 1884, p. 511. Le pélican dégorge 
les provisions qu'il a amassées en pressant sa mandi- 
bule inférieure contre son ventre. Il semble alors les 
vomir, d'où son nom hébreu de qtfat, tiré du verbe 
qô', « vomir. » Il agit ainsi, soit quand il est alarmé et 
que, pour fuir plus aisément, il se débarrasse du far- 
deau qui retarderait sa course, soit quand il veut 
■donner à manger à ses petits. D'une observation incom- 
plète de la manière dont se comporte le pélican, on a 
conclu qu'il s'ouvrait lui-même le ventre pour nourrir 
ses petits. Saint Augustin, In Ps. ci, 8, t. xxxvii, col. 1299, 
enregistre la légende sous la forme suivante : l'oiseau 
tue ses petits à coups de bec et ensuite porte leur deuil 
dans son nid pendant trois jours; au bout de ce temps 
la mère se fait à elle-même une grave blessure et ré- 
pand son sang sur ses petits, qui aussitôt reprennent 
la vie. Ce sang qui rend la vie serait l'image du sang 
du Sauveur. La légende et son application se sont géné- 
ralisées au moyen âge et ont pris place dans l'iconogra- 
phie chrétienne. Le pélican est alors représenté entouré 



de ses petils et les nourrissant au moyen d'une bles- 
sure qu'il s'est faite. Saint Thomas, dans l'hymne 
Adoro te, appelle Jésus-Christ « compatissant pélican »; 
mais, dans le développement de cette idée, il reste 
fidèle à la donnée de saint Agustin et considère l'acte de 
l'oiseau symbolique comme destiné à purifier et à vivi- 
fier au moyen du sang et non à nourrir. — La Sainte 
Écriture parle du pélican pour défendre de l'employer 
dans l'alimentation. Lev., xi, 18; Deut., xiv, 17. De fait, 
sa chair n'est pas mangeable. Un Psalmiste, en proie 
à de dures épreuves, se compare au pélican du désert 
et au hibou des ruines. Ps. eu (ci), 7. Le pélican au 
repos a un air grave et mélancolique qui figure bien 
les apparences du chagrin. Le désert qu'il habite est 
naturellement situé sur le bord des eaux, puisque cet 
oiseau ne vit que de poisson. La présence du pélican 
dans des endroits précédemment habités indique que 
ces lieux sont devenus déserts et en ruines. Il en sera 
ainsi du pays d'Édom, dont les torrents seront dessé- 
chés, Is., xxxiv, 9, l\, et de Ninive. Soph., il, 14. A 
Ninive, les pélicans trouveront à vivre dans les eaux 
du Tigre. Ils sont nombreux en Egypte sur les bords 
du Nil et dans les marécages du Delta. En Humée, ils 
n'auront à leur disposition que les eaux de la mer 
Morte et du golfe Élanitique. Mais il faut observer 
qu'ici le prophète Isaïe prend Édom comme type de 
toutes les nations condamnées par la justice divine et 
attribue à leurs territoires en général les signes de 
désolation qui ne conviennent qu'à certains d'entre 
eux. Les Septante traduisent qâ'at dans Isaïe par 
opveov, « oiseau, » et dans Sophonie par j;a l u.oa>iov, 
« caméléon. » II. Lesêtre. 

PELLEGR1N1 Alexandre, commentateur italien, né 
à Matelica en 1600, mort à Rome en 1647. Il entra au 
noviciat de la Compagnie de Jésus en 1621 et remplit 
diverses charges dans son Ordre. Il nous reste de lui 
un commentaire assez long et assez original : Evange- 
Uum secundum Matlhseum paradoxis ilhtstvaium. Il 
comprend deux volumes parus le premier a Rome en 
1638 et le second à Lorette en 1745. P. Bliard. 

PÉLUSE (hébreu :Sin; Septante: Sâïv, X^tÎvïj), ville 
d'Egypte. — I. Nom et site. — Le nom que la Vulgate 
rend par Péluse est Sin en hébreu. Les Septante le tra- 
duisent parSâïv, Ezech., xxx, 15, et Su^vï], 16. Le Codex 
Alexandrinus porte Tâviv au lieu de Sâïv, leMarchalia- 
nus a Sais aux deux endroits. Cela semble indiquer que, 
pour les Septante, ou du moins pour les copistes des 
plus anciens codices, le mot Sin n'offrait rien de précis 
et qu'on était embarrassé pour l'identifier. Evidemment 
Su-^VT] est ici fautif : il ne traduit pas Sin, mais Sevê- 

nêh, Ezech., xxix, 10, xxx, 6, laR.3fe>.^, Soun des 

Égyptiens, la ccnf*.iT des Coptes, la Syène des Romains, 
l'Assouan des Arabes. Il faut en dire autant de Tdtviç 

qui est le nom grec de ) çs,Zân ou Djan, en hébreu 

Sô'an. Ezech., xxx, 14. Cf. Is., xix, 4; Ps. xlvii (xlviii), 
12, 43. C'est la moderne San el-Haggar. Quant à Edci'v, ce 
pourrait être l'accusatif de Siï;_, et alors nous aurions la 

ville de ? Tk.©> Sa, Sais, aujourd'hui Sa el-Haggar, 
capitale de la xxvi« dynastie et située sur la branche de 
Rosette, dans le Delta occidental. Mais le contexte 
d'Ezéchiel nous interdit de songer à une pareille iden- 
tification. Contre les ennemis qui doivent venir de l'Asie, 
Sin est désignée comme « la force » ou « le rempart de 
l'Egypte », xxx, 15, et cela vise de façon assez claire la 
frontière orientale du Delta. C'est en cet endroit qu'il 
nous faut la chercher. Sàïv pourrait encore à la rigueur 
être un mot indéclinable et, dans ce cas, rendre tant 
bien que mal Sin qui relève du dialecte chaldaïque et 
devient Seyân dans le dialecte aramaïque. Or Sin, Seyân, 



29 



PELUSE 



30 



emporte le sens de « boue », tout comme ïlr{).o-Ji ! .ai 
qui en serait alors l'équivalent grec. Péluse était située 
à l'extrémité nord du Delta orienta], à la bouche même 
■de la branche du Nil à laquelle elle donna son nom, la 
Pélusiaque. Les marais et les fondrières l'entouraient. 
« Son nom, dit Stnibon, XVII, i, 21, lui vient précisé- 
ment de la boue et des marais : wvôu.a<rrat b'àizo to-j 
7:;;Xoi v.x\ toiv Tc).[j.àtwv. » C'est appuyé sur cette analo- 
gie, peut-être aussi sur quelque texte plus pur des 
Septante et sur quelque tradition juive, que saint Jérôme 
aura rendu Sin par Péluse. On n'a guère contesté cette 
assimilation de noms, assimilation que rappelle encore 
aujourd'hui la dénomination de Tinéh, «boue, » donniie 
parles Arabes à un fort en ruines de Péluse. Cf. d'An- 
viïfe, Mémoires sur l'Egypte ancienne et moderne, 
1766, p. 96-97; Steindorff, Beitràge xur Assyriologie, 
t. r, 1890, p. 589; Griffith, art. Sin, dans Hastings, Dic- 
tionary of the Bible, t. iv, p. 336. 

II. Sox importance. — Doublement importante était 
Péluse, comme station commerciale et comme poste 
militaire. Par la mer arrivaient à elle les' vaisseaux 
phéniciens, cypriotes et grecs. De là ils pénétraient dans 
l'intérieur du pays, surtout depuis Psammétique I er 
(&63-609 avant J.-C.) qui avait favorisé l'établissement 
des Grecs dans la région extrême de la brandie pélusia- 
que. Hérodote, u, 151. Par terre, six à sept jours de 
marche seulement séparaient Péluse de Gaza : elle 
était donc le confluent des caravanes et un point central 
du trafic entre l'Asie et l'Afrique. En conséquence, elle 
était aussi le poste le plus exposé aux ennemis de l'est : 
Péluse prise, les conquérants tenaient la clef de l'Egypte, 
et la route de Memphis s'ouvrait devant eux. Mais sa 
ceinture de marais la rendait difficilement abordable. 
« On s'explique par cette disposition des lieux comment 
l'entrée de l'Egypte est si difficile du côté du Levant, 
c'est-à-dire par la frontière de Phénicle et de Judée, 
seule route pourtant que puisse prendre le voyageur qui 
vient du pays des Nabatcens, bien que cette partie de 
l'Arabie, la Nabatée, soit elle-même contiguô à l'Egypte, 
'l'ont l'espace compris entre le Nil et le golfe Arabique, dont 
Péluse se trouve former le point extrême, appartient en 
offet déjà à l'Arabie et n'offre qu'un désert ininterrompu 
qu'une armée ne saurait franchir. » Strabon, XVII, i, 
21, traduction Amédée ïardieu, t. m, y. 420. C'est 
pourquoi les Pharaons qui se souvenaient des campagnes 
d'Asarhaddon et d'Assurbanipal durent mettre à profit 
cette situation avantageuse, ce chemin nécessaire des 
envahisseurs, et en faire le boulevard contre lequel, 
dans leur pensée, viendrait se briser la vague des 
peuples asiatiques. Quelques années après la première 
campagne de Nabuchodonosor (583), Amasis en éloigna 
même les mercenaires grecs et leurs colonies par 
crainte de les voir faire cause commune avec l'ennemi, 
et les remplaça par des troupes plus sûres. Hérodote, 
n, 154. Nabuchodonosor menaçait de nouveau l'Egypte. 
Dès 571, Ézéchiel, xxix, 1, avait annoncé le retour du 
Chaldéen. Malheureusement les documents égyptiens 
que l'on possède nous laissent ignorer jusqu'au nom de 
Péluse. Hérodote nous permet d'y suppléer. Il a connu 
la branche pélusiaque, ir, 17, 15i; il nous raconte l'en- 
trée en Egypte de Cambyse en 525, sous le règne de 
Psammétique III. Le Pharaon vint attendre le Grand- 
Roi à Péluse, mais ne put empêcher la ville d'être em- 
portée après une journée de lutte. Memphis ouvrit 
bientôt ses portes et la Haute-Egypte se plia docilement 
au joug du vainqueur. Hérodote, m, 10-13. C'est à peu 
près ce qui dut se passer quarante ans plus tôt, en 568, 
dans la deuxième campagne de Nabuchodonosor. Voir 
A t o-Amon, t. IV, col, 1652, 3". A n'en pas douter, Péluse 
était déjà ce que nous la voyons être sous Psammétique 
III. Quelques années avant cette même date, Dieu par 
la bouche d'Ézéchiel pouvait donc mettre Péluse en 
parallèle avec Memphis et Thèbes, et dire en toute 



vérité : « Je verserai mon indignation sur Péluse, la 
force de l'Egypte, j'exterminerai la multitude de No 
(Thèbes). Et je mettrai le feu dans l'Egypte. Péluse 
sera à la torture comme une femme en travail. No 
(Thèbes) sera détruite et Memphis sera chaque jour 
dans l'angoisse. » Ezech., xxx, 15-16. Après Nabuchodo- 
nosor et Cambyse, d'autres envahisseurs venus par la 
route d'Asie devaient montrer encore, dans l'ère an- 
cienne, qu'au sort de Péluse était lié d'ordinaire le sort de 
Memphis etdeia Haute-Egypte. Qu'il suffise de rappeler 
Xerxès I er , en 490, Artaxèrxes I Br en 460, Artaxerxès III 
ou Ochus en 341, Alexandre en 331, Gabinius et son 
lieutenant Marc-Antoine en 55, Octave en 30. C'est en 
vue de Péluse que Pompée fut lâchement assassiné (48). 
III. La fin de Péluse. — A l'époque romaine, Péluse 
devint la métropole de l'Augustamnique. Lequien, 
Orient Chrislianus,\. ir, p. 310. Longtemps encore elle 
compta parmi les places principales du Delta, bien que 
dès lors l'attention se portât surtout vers l'occident de 
l'Egypte. Au rv e siècle, ses monastères eurent du renom. 
Saint Isidore le Pélusiote (350-435 environ) nous a 
laissé un nombre considérable de lettres d'où l'on 
pourrait tirer le piquant tableau d'une ville gréco- 
romaine d'Egypte. Pour les Coptes, elle s'appela 
TiepeJULOfK' Parmi les évêques d'Éphèse, on rencontre 
Eusèbe de Peremoun, en grec n^XmxTÎov. Labbe, Sacro- 
sancta Concilia, t. m, col. 1084. Comparant le copte 
Peremoun avec l'égyptien Am, capitale du XIX e nome 
de la Basse-Egypte, Brugsch crut avoir retrouvé dans 
ce dernier le nom de Péluse par l'entremise de OMG 
« boue ». Dictionnaire géographique de l'Egypte an- 
cienne, Supplément, 1880, p. 1091; Die Aegyplologie, 
1891, p. 452. Mais en 1886 les fouilles de Tell-iVebeshéh 
ont révélé le site de Am à cinquante-cinq kilomètres 
environ à l'ouest de Péluse et à mi-chemin entre Taniset 
Salahieh. Cf. Pétrie, Tanis, Part, n, Tell-Nebesheh, 1888, 
p.[l-37 (V e Mémoire de VEgypf Exploration Fund). Pour 
les Arabes, Péluse (utEl-Fermâ ou Farmâ. «La liste des 
évêchés coptes donne l'égalité suivante : neAcifcicy = 
nepeM-O-yii = El-Fermâ. » Amélineau, La géographie 
de l'Egypte à l'époque copie, 1893, p. 317; cf. d'Anville, 
loc. cit.; Quatremére, Mémoires géographiques et his- 
toriques sur l'Egypte, 1811, t. i, p. 259-260; Champol- 
lion, L'Egypte sous les Pharaons, 1811-1814, t. n, p. 
82-87. — Renouvelant les exploits des Assyriens et des 
anciens conqnérants, les troupes de Chosroès prirent 
Péluse en 616; Amrou s'en empara en 640. Baudouin I er 
la brûla en 1117. Il n'en est plus question après le xn e 
siècle. La branche pélusiaque abandonnée à elle-même 
finit par s'envaser; la mer que l'eau du fleuve ne refou- 
lait plus pénétra dans les marécages, y détruisit les 
bandes cultivées et rendit la région déserte. « La plaine 
saline de Péluse... vaste et unie comme la surface des 
eaux d'un lac tranquille, dont elle offre une parfaite 
image, est formée d'un sable humide et gras à la marche. 
Toutes les parties n'en sont pas également fermes; car 
il en est de fangeuses et de mouvantes, dans lesquelles 
il serait dangereux de s'engager. » J.-M. Lepère, Mé- 
moire sur le canal des deux mers, dans Description de 
l'Egypte, t. xi, 2« édit. 1822, p. 334. A partir de Port- 
Saïd, sur une longueur de trente kilomètres, le canal 
de Suez sépare aujourd'hui cette plaine du lac 3Ienzaléh. 
Au-dessus de la morne étendue seules deux grandes 
buttes persistent, dont l'une, celle de l'ouest, s'allonge 
à deux kilomètres de la mer, à vingt stades, comme 
Strabon, XVII, i, 21, le disait de Péluse. Elle lui est 
parallèle et porte les débris d'un temple dans une large 
enceinte de briques rouges. Ce sont des ruines d'époque 
romaine ou byzantine qui recouvrent la vieille cité égyp- 
tienne. Leur éloignement de tout centre habité, la diffi- 
culté de s'y ravitailler ont empêché jusqu'à ce jour d'y 
entreprendre des fouilles. Ces fouilles cependant 
peuvent seules, dans un sens ou dans l'autre, lever les 



31 



PÉLUSE — PÉNALITÉS 



32 



doutes que la version des Septante laisse malgré tout 
subsister dans notre esprit au sujet de l'identification de 
Sin avec Péluse. C. Lagier. 

PENIBLE Guillaume, théologien anglais, puritain, 
né vers 1591, mort en 1623. Il étudia à Oxford au col- 
lège de la Madeleine et se fit promptement remarquer 
comme théologien et comme prédicateur. Dans ses 
œuvres publiées à Londres, in-f°, 1635, on remarque : 
Salomon's recantation and repentance, or the book of 
Ecclesiastes explained ; The period of the Persian mo- 
narchy wherein sundry places of Eira, Kehemiah 
and Daniel are cleared; A short and sweet Exposi- 
tion upon the first nine chapters of Zecharia. — Voir 
Walch, Bibliolh. theologica, t. îv, p. 479, 480; TV. 
Orme, Biblioth. biblica, p. 345. 

B. Heurtebize. 

PÉNALITÉS (hébreu : biqqorét, pequddâh, tûke- 
liâh, tokahat; Septante : litioxomî, eXsyh°«, ëXeyx°c> 
Vulgate : castigatio, increpatio, plaga), sanctions por- 
tées contre les transgresseurs d'une loi. 

I. Pénalités mosaïques. — 1° Comme toutes les lois, 
la loi mosaïque avait pour sanction des châtiments des- 
tinés à punir le coupable qui n'avait pas eu assez de 
fermeté dans la conscience et la volonté pour recon- 
naître le caractère impératif de la loi et s'y soumettre. 
L'application du châtiment servait en même temps de 
leçon aux autres ; sollicités par les avantages apparents 
de la transgression, ils devaient être retenus par les 
conséquences onéreuses qu'elle entraînait. Dieu lui- 
même a voulu donner le premier l'exemple d'une péna- 
lité annexée à un précepte. Au paradis terrestre, il dé- 
fendit aux premiers êtres humains de toucher à un 
fruit sous peine de mort. Gen., il, 17. L'homme, sur- 
tout quand il était dans l'état d'innocence, pouvait obéir 
au commandement par le seul amour du bien. Dieu 
jugea pourtant que, même alors, la crainte du châti- 
ment n'était pas inutile pour maintenir la volonté hu- 
maine dans la rectitude. Cette crainte elle-même fut 
loin de suffire toujours. — 2» La nation hébraïque est 
constituée en théocratie. Il suit de là que les lois reli- 
gieuses sont lois d'État au même titre que que les lois 
civiles et qu'à leur transgression sont attachées des 
pénalités analogues. Aussi Dieu intervient-il directe- 
ment, soit pour prescrire ces pénalités, soit pour les 
appliquer au besoin. Exod., xxn, 18 ; Num.,xxv, 4, 11; 
xxxv, 41; Lev., xx, 2, 4; Deut., xvn, 5, etc. — 3° Tout 
le peuple est intéressé au châtiment du coupable, afin 
que le mal soit été d'Israël. Deut., xvn, 7, 12, etc. 
Comme un crime ne peut rester sans auteur responsa- 
ble et sans châtiment, si le coupable est inconnu, les 
hommes du pays où le mal a été commis doivent se 
disculper publiquement et offrir une expiation. 
Deut., xxi, 1-9. La pénalité infligée au coupable doit 
servir d'exemple à tout le peuple. Deut., xvn, 7; xix, 
20; xxi, 21. — 4° En principe, la responsabilité est 
personnelle et les enfants ne sont pas punis pour les 
fautes des pères. Deut., xxiv, 16; IV Reg., xv, 5; IlPar., 
xxv, 4. Cependant, en certains cas, l'iniquité des pères 
était punie dans les fils, soit par une pénalité précise, 
Num., xvi, 27, 32; Jos., vu, 24; IV Reg., x, 7, soit par 
une malédiction divine qui entraînait le malheur d'une 
famille. Exod., xx, 5, etc. Il s'agissait surtout alors 
de crimes commis contre Dieu. Le code d'Hammourabi 
est beaucoup moins humain sous ce rapport. Il permet 
de mettre à mort la fille d'un injuste agresseur qui a fait 
périr une femme libre (art. 210), le fils d'un architecte 
dont la négligence a causé la mort du fils d'un proprié- 
taire (art. 230), etc. Chez les Perses, on avait gardé la 
coutume de faire mourir avec certains condamnés toute 
leur famille. Deut., vi, 24; Esth., ix, 7-10. 

II. Différentes pénalités. — Les pénalités prévues 
par la loi mosaïque sont les suivantes : — 1° Peine de 



mort, contre le blasphème, Lev., xxiv, 15,16; cf. ïlï 
Reg., xxi, 10, 13; Matth., xxvi, 65, 66; la profanation 
du sabbat, Exod., xxxi, 14; xxxv, 2; Num,, xv, 32-36; 
la pratique de l'idolâtrie par les sacrifices aux idoles, 
la divination, la nécromancie, etc., Exod., xxn, 18, 20; 
Lev., xx, 2, 27; Deut., xui, 6, 10, 15; xvn, 2-7; la 
prétention illégitime à la prophétie, Exod., xxn, 18 r 
Lev. xx, 27; Deut., xm, 5; xvm, 20; I Reg., xxvni, 9; 
— les coups ou la malédiction sur les parents, 
Exod., xxi, 15, 17; l'adultère, Lev., xx, 10; Deut., xxn, 
22; cf. Joa., vm, 5; la fornication découverte après le 
mariage, Deut., xxn, 21, commise par une fiancée, 
Deut., xxn, 23, ou la fille d'un prêtre, Lev., xxi, 9; le 
rapt, Deut., xxn, 25; l'inceste et les fautes contre na- 
ture, Exod., xxn, 19; Lev., xx, 11, 14, 16; l'homicide, 
Exod., xxi, 12; Lev., xxiv, 17; la vente de son semblable, 
Exod., xxi, 16; Deut., xxiv, 7; le faux témoignage con- 
cluant à la mort de l'innocent. Deut., XIX, 16-19. — 
Tous ces crimes étaient graves, soit au point de vue 
religieux, soit au point de vue moral. Plusieurs d'entre 
eux, même parmi ceux qui ne se rapportent pas aux de- 
voirs religieux, n'encourent pas la mort dans nos légis- 
lations modernes. Par contre, le code d'Hammourabi 
est beaucoup plus rigoureux que celui de Moïse. Il con- 
damne à mort le sorcier malveillant (art. 1), le témoin 
injurieux (art. 3), le voleur et le receleur (art. 6-8), 
celui qui a favorisé la fuite d'un esclave (art. 15, 16), le 
brigand pris en flagrant délit (art. 22), l'architecte homi- 
cide par imprudence (art. 229), etc. La loi de Moïse 
avait plus de respect pour la vie humaine ; elle ne la 
sacrifiait que quand le cas était vraiment grave au point 
de vue de la religion, de l'intérêt familial ou social et 
des mœurs. — Sur l'application de la peine de mort, 
voir Goel, t. in, col. 260; Lapidation, t. iv, col., 89; 
Pendaison, Supplices. 

2» Retranchement, sorte d'excommunication, c'est-à- 
dire exclusion du peuple de Dieu et perte des droits 
religieux et civils. Celui qui n'appréciait pas suffisam- 
ment l'honneur d'appartenir au peuple de Dieu et con- 
trevenait à certaines lois graves imposées à ce peuple, 
méritait bien d'en être exclu. Le retranchement était 
prononcé dans les cas suivants : omission de la circon- 
cision, Gen., xvn, 14; Exod., iv, 24; omission de la 
Pâque, Num., IX, 13; omission de la fête de l'Expiation 
ou travail exécuté ce jour-là, Lev., xxni, 29, 30; man- 
ducation de pain levé pendant les Azymes, Exod., xn, 
15, 19; occision d'un animal, à l'époque de l'exode, 
sans l'amener à l'entrée du Tabernacle, Lev., xvn, 4,9; 
manducation de la graisse des sacrifices ou du sang des 
animaux, Lev., vu, 25, 27; xvn, 14; manducation d'une 
victime après le second jour, Lev., vu, 18; xix, 7, 8; 
manducation d'une victime pacifique sans être en état 
de pureté, Lev., vu, 20; contact des choses saintes par 
un prêtre qui est impur, Lev., xxn, 3; usage profane 
de l'huile sainte et du parfum de l'autel, Exod., xxx, 
33, 38; omission de la purification après le contact d'un 
mort, Num., xix, 20; travail exécuté le jour du sabbat, 
Exod,, xxxi, 14; consultation des devins et des nécro- 
manciens, Lev,, xx, 6; mépris habituel des préceptes 
divins, Num., xv, 30, 31; — quinze cas d'unions pros- 
crites par la Loi. Lev., xvm, 29; xx, 9-21. — Au retran- 
chement se rattache la menace de mourir sans enfants, 
Lev., xx, 21; cette peine est appliquée directement par 
Dieu, et elle aboutit au retranchement d'une famille à 
courte échéance. — Sur le retranchement, voir Aka- 
thème, t. i, col., 545; Excommunication, t. h, col., 2132. 

3° Talion, peine consistant à subir un mal semblable 
à celui qu'on a infligé à un autre. Exod., xxi, 24, 25. 
A'oir Talion. 

4° Flagellation, imposée pour certaines fautes de 
moindre gravité. Voir Flagellation, t. n, col. 2281. 

5° Amende, ou compensation en argent pour le tort 
causé. Comme il n'y avait pas de fisc hébraïque, 



33 



PENALITES 



PENDAISON 



34 



l'amende se payait à la personne lésée. Voir Amende, 
t. i, col. 476; Dommage, t. n, col. 1482. Le débiteur 
insolvable était sujet à la saisie de ses biens ou même 
pouvait être réduit en esclavage, lui et ses enfants. 
Toir Dette, t. h, col. 1395. 

6° Prison, non en usage chez les anciens Hébreux, 
et employée seulement à l'époque des Rois. Voir 
Prison. 

7° Sacrifice expiatoire, à la suite de certains délits. 
Voir Sacrifice. 

En somme, la loi mosaïque était relativement douce 
dans ses pénalités. Elle ne connaissait ni la torture, 
destinée à provoquer les aveux du coupable, ni ces 
supplices atroces que les autres peuples infligeaient 
sans pitié, les mutilations de toute nature, la perfora- 
tion des yeux, l'écorchement, le pal, l'exposition aux 
bêtes, la crucifixion, le travail des mines, la déporta- 
tion, etc. Quand ils infligeaient la peine de mort, les 
Hébreux ne cherchaient pas à prolonger ni à augmenter 
les souffrances du condamné; ils s'appliquaient au 
contraire à l'exécuter le plus rapidement possible, 



PENC1NI Innocent, théologien dominicain, né à 
Venise vers 1621, mort en 1689 ou 1690. Entré dans 
l'ordre des frères-Prêcheurs, il fut, en 1644, â l'âge de 
23 ans, choisi pour professeur de philosophie à l'uni- 
versité de Padoue. Il a publié parmi d'autres écrits . 
Nova veteris Legis mystico-sacra Galaxia Scripturse 
in cselo angelici prxceptoris Ecclesiseque doctoris D. 
Thomse Aq. phœbeo signato excursu, cingulo pressa 
lacteo, gemmis instrata stellis, h. e. luculenta Com- 
mentaria in Genesim, Exodum, Leviticum, Numéros, 
Deuteronomium, in quibus potissima, quse ubivis dis- 
persit altis sapientisi sporades decuriatim in coaetas 
phalanges candicant et collucent, litteralis, ntoraîis, 
allegoricus, anagogicus micant sensus; controversia- 
rum qusestionum coit lumen, in-f°, Venise, 1670; 
Nova evangelicee legis mystico-sacra Galaxia, Scrip- 
turse... h. e. luculenta commentaria in Matthseum, 
Marcum, Lucam et Joannem..., 2 in-f°, Venise, 1678- 
1685 : l'ouvrage demeuré inachevé devait avoir 4 vo- 
lumes; Commentarius in Cantica canticorum sub 
i nomine B. Thomœ Aq. e ms. codice primum tupis 




12. — Criminels auxquels on met la corde au cou pour Les pendre. D'après Rosellini, Monum. civili deW Egitto, 1834, pi. cxxrv. 



comme on le remarque dans leur manière de faire mou- 
rir par lapidation, le supplice presque exclusivement 
usité chez eux. Voir t. iv, col. 90. 

III. Dans le Nouveau Testament. — 1° Plusieurs 
des pénalités mosaïques sont rappelées, la lapidation, 
Joa., vni, 5, le retranchement, Joa., ix, 22, la flagella- 
tion. Matth., X, 17, etc. — 2» 11 y est aussi question de 
pénalités étrangères à la législation juive, la décapita- 
tion, Marc, vi, 27; Act., xn, 2, etc. ; la crucifixion, 
Matth., xxvn, 35, etc.; l'exposition aux bêles, I Cor., xv, 
32; II Tim., iv, 17; différents supplices infligés par 
les païens, Heb., xi, 35-38; la prison pour dettes, 
Matth., v, 25; xvm, 34; la prison préventive, Act., îv, 
3; v, 18; xn, 4; xvi, 23, etc.; la garde militaire, 
Act., ixviii, 16; les coups. Matth., xxiv, 51; Luc, xn, 
46-48, etc. — 3» Enfin, il y est fait allusion à diffé- 
rentes peines spirituelles, temporelles ou éternelles, 
devant servirde sanction aux prescriptionsévangéliques, 
la dénonciation à l'Église et l'excommunication du 
coupable opiniâtre, Matth., xvm, 17; I Cor., v, 2-5, 9-1'i ; 
I Tim., i, 20; Tit. , ni, 10; la géhenne du feu pour l'in- 
sulteur de son frère, Matth., v, 21, 22, voir Géhenne, 
t. m, col. 155; les ténèbres extérieures dans lesquelles 
les coupables sont jetés pieds et poings liés, Matth., xxil, 
13; xxv, 30, ténèbres qui figurent les supplices de 
l'autre vie ; la non-rémission des péchés à certains 
pécheurs, Joa., xx, 23, et l'irrémissibilité du péché 
contre le Saint-Esprit, même en l'autre monde, 
Matth., xn, 31,32; l'enfer, Luc, xvi, 22, avec son sup- 
plice éternel. Matth., xx'v, 46. De plus, en conférant 
à ses Apôtres le pouvoir de lier, Matth., xvi, 19; 
xviii, 18, Xotre-Seigneur a autorisé son Église à 
instituer des pénalités spéciales pour le bien spirituel 
de ses enfants. H. Lesètre. 

DICT. DE LA BIBLE. 



editus, in-f°, Lyon, 1652. — Voir Echard, Scriptores 
Ord. Prssdicatorum, t. n, p. 726. 

B. Heurtebize. 
PENDAISON (hébreu : tâldh, « pendre, » yâqa' ; 
Septante : xpEu-.âo-9o-i; Vulgate : suspendo, crucifigo), 
suspension d'un corps humain à un poteau, une 
potence, une branche d'arbre, etc. — 1» La pendaison 
était ordinairement un supplice. Elle est infligée au 
chef des panetiers du pharaon, qui se trouvait en 
prison avec Joseph, mais elle est précédée pour lui de 
la décapitation, Gen., XL, 19; xli, 13, de sorte qu'elle 
servait surtout à exposer aux regards le cadavre du 
coupable. En Egypte, « la pendaison était le supplice or- 
dinaire pour la plupart des grands crimes. » Wilkinson, 
Manners and Customs of the ancient Egyptians, 
2» édit., t. i, p. 307. On voit sur les peintures des 
criminels auxquels on met la corde au cou (fig. 12). 
Eosellini, Monumenti civili, pi. cxxrv. — Au désert, 
Dieu ordonne de pendre les chefs du peuple qui 
avaient commis le mal avec les filles de Moab. Num., 
xxv, 4. Il est probable que les coupables furent aupara- 
vant percés 'du glaive et que leurs cadavres furent 
ensuite pendus pour l'exemple. Ainsi le comprennent 
les Septante : itapaSciTiiâTio-ov, « montre en exemple. » 
La suspension dut avoir lieu « à la face du soleil », 
c'est-à-dire pendant le jour. Plus tard, une loi défendit 
de laisser des cadavres à la potence après le coucher 
du soleil, car le pendu était l'objet de la malédiction de 
Dieu, à cause du crime qui lui avait mérité le châti- 
ment. Deut., xxi, 23; Gai., ni, 13. Les Hébreux n'em- 
ployaient pas la pendaison pour donner directement la 
mort; ils se contentaient de suspendre le cadavre du sup- 
plicié pour l'exposer aux regards et inspirer aux specta- 
teurs de salutaires réflexions. Deut., xxi, il, 22. Voir 

V. - 2 



35 



PENDAISON — PENDANTS D'OREILLE 



36 



Lapidation, col. 90; Potence. — Josuéfait pendre à un 
arbre jusqu'au soir le roi d'Haï, Jos., vm, 29, puis, 
après les avoir frappés de l'épée, les cinq rois pris 
dans la caverne de Macéda. Jos., x, 26. — Les Philis- 
tins pendent aux murailles de Bethsan les cadavres de 
Saûl et de son fils. I Reg., xxxi, 10-12. — Quand 
Réchab et Baana apportent à David la tête d'Isboseth 
qu'ils ont tué, le roi les fait mettre à mort, puis on 
les pend, pieds et mains coupés, au bord de l'étang 
d'Hébron. II Reg., iv, 12. — Les Gabaonites pendent 
sur la montagne « devant Jéhovah », c'est-à-dire en 
exécution de la loi de Jéhovah, cf. Num., xxv, 4, deux 
fils et cinq petits-fils de Saùl, et Respha, mère des 
deux premiers, veille sur leurs cadavres pendant toute 
une saison pour empêcher les bêtes de les dévorer. 
II Reg., xxi, 8-10. — Jérémie dit que les Ghaldéens 










■M 



13. — Pendants d'oreille égyptiens. Musée du Louvre. 

pendirent de leurs propres mains les chefs d'Israël. 
Lam., v, 12. Il s'agit sans doute des fils de Sédécias et 
des grands de Juda que Nabuchodonosor avait fait 
égorger, Jer., xxxix, 6, et aux cadavres desquels il 
infligea ensuite l'ignominie de la pendaison. — A Suse, 
les deux eunuques qui ont comploté contre le roi sont 
pendus. Esth,, II, 23. Quelque temps après, Aman est 
pendu à une potence de cinquante coudées qu'il avait 
fait préparer pour Mardochée, Esth., vu, 10, et les 
Juifs obtiennent que les dix fils d'Aman soient pendus 
comme leur père. Esth., ix, 13-14. La suspension au 
gibet est mentionnée par Hérodote, \i f 30; vu, 238, 
comme étant pratiquée chez les Perses. — En Pales- 
tine, p3ndant la persécution d'Antiochus, on suspend au 
cou ou aux mamelles de leurs mères les enfants qui ont 
été circoncis, et on précipite celles-ci du haut des 
murailles. I Mach., i, 64; II Mach., vi, 10. — 2» La 
pendaison est accidentelle pour Absalom, dont la che- 
velure se prend dans les branches d'un térébinthe, 
pendant qu'il fuyait sur son mulet. Le révolté se trouve 
ainsi suspendu sans pouvoir se dégager, et Joab vient 
le tuer en le perçant de trois traits. II Reg., xvm, 9-14. 
— 3°' La pendaison est un suicide pour Judas. Le traître 
se met la corde au cou et se pend à un arbre, ilatth., 



xxvii, 5, puis « il tombe en avant, rompt par le milieu 
et toutes ses entrailles se répandent ». Act., i, 18. La 
corde ou la branche d'arbre cassent sous le poids, 
probablement quand Judas est déjà mort, que son 
ventre se gonfle et que la putréfaction a déjà commencé 
son œuvre. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant 
que, par suite de la chute, la peau déjà entamée se 
rompe et laisse échapper les entrailles. 

H. Lesêtre. 
PENDANTS D'OREILLE (hébreu : 'âgîl, netîfôt, 
nézém; Septante : Ivomov; Vulgate : inauris), orne- 





14. — Pendants d'oreille assyriens. Moules assyriens pour les 
pendants d'oreille en or et en argent trouvés à Koyoundjik et 
à Nîmroud. D'après Layard, Discoveries in Nineveh and 
Babylon, 1853, p. 597. 

ment qui se suspend aux oreilles (fig. 13). — Les 
pendants d'oreille, comme toutes les autres parures, 
ont de tout temps été du goût des Orientaux. Les 
Égyptiens en portaient. On en voit aux oreilles des 
personnes assises à un festin, voir t. Il, fig. 649, 
col. 2214. La reine Nofrîtari, femme de Ramsès II, 
porte des anneaux aux oreilles. Cf. Lepsius, Denk- 
mâler, m, 189 b. En Babylonie et en Assyrie, les 
pendants d'oreille étaient familiers , même aux 
hommes. Sargon et son premier ministre en ont de 
considérables. Cf. Botta, Le monument de Ninive, t. i, 
pi. 12. Il en est de même pour Assurbanipal, t. i, 
fig. 312, 319, col. 1146, 1157. Les Phéniciens fabriquaient 
pour le commerce des pendants d'oreille dont un 
certain nombre de modèles ont été conservés. Cf. Ba- 
belon, Archéologie orientale, Paris, 1888, p. 310. — 
Les formes de pendants d'oreille étaient très diverses 
(fig. 14). On suspendait aux oreilles tantôt un anneau, 



37 



PENDANTS D'OREILLE 



PÉNITENCE 



38 



voir t. i, fig. 28i, col. 1058; t. n, fig. 619, col. 2009, 
tantôt des bijoux plus compliqués (fig. 15). Avant de 
se rendre à Béthel, Jacob se fit remettre les dieux 
étrangers qui se trouvaient dans sa famille et les 
anneaux que ses gens avaient aux oreilles et il enfouit 
le tout sous un chêne, à Sichern. Gen., xxxv, 2-4. 
Ceci donne à supposer que ces anneaux présentaient 
un caractère idolâtrique ou superstitieux. Pour fa- 
briquer le veau d'or, Aaron demanda les anneaux 
d'or qui étaient aux oreilles des femmes d'Israël, de 
leurs fils et de leurs filles. Exod., xxxn, 2-3. — Les 
Israélites possédaient aussi de vrais pendants d'oreille. 
Ils en trouvèrent dans le butin fait sur les Madia- 
nites, Num., xxxi, 50, et les offrirent à Jéhovah. Il 
y en eut également dans un autre hutin fait sur les 
mêmes Madianites par Gédéon. Jud., vin, 26. Isaïe, 
m, 20, nomme les netîfôf dans son énumération des 
bijoux des femmes de Jérusalem. Dans Ézéchiel, xvi, 
12. Jéhovah rappelle à Jérusalem les soins dont il l'a 




lu. — Pendants d'urcille assyriens. Musée du Louvre. 

entourée. 11 a mis un nézëm à ses narines et des 
'âgilim à ses oreilles. Les versions traduisent à tort ici 
nézém par » pendants d'oreille » et le second mot par 
« boucles ». Le premier mot désigne certainement la 
parure du nez et le second celle des oreilles. Judith, 
x, 3, avait des pendants d'oreille. — Dans quelques 
autres passages, les versions appellent « pendants 
d'oreille » des anneaux de nez, Gen., xxiv, 22, 30, 47, 
ou des anneaux dont l'usage n'est pas déterminé. 
Exod., xxxv, 22; Jud., vm, 24, 25; Job, xlii, 11, 
Prov., xxv, 12; Ose., n, 13. Cf. K. Hadaczeh, Der Ohr- 
schmuck der Griechen und Etrusker, dans les Abhand- 
l-ungen des arch.-epigr. Seminars der Unversitàt Wien, 
xiv, Heft, in-4°, Vienne, 1903. II. Lesêire. 

PÉNITENCE (hébreu : nôham, sûbâh, « conver- 
sion; » Septante : jjsrivo'.a; Yulgate : psenitentia), 
regret intérieur et effectif du mal que l'on a commis. 

I. Appels à la pénitence. — 1° Dans le Temple. — 
Au jour de la consécration du Temple, Salomon adressa 
une prière solennelle au Seigneur pour lui demander 
de pardonner à son peuple toutes les fois que, châtié à 
cause de ses péchés, il viendrait dans ce Temple im- 
plorer son pardon et ferait pénitence. III Reg., vm, 
33-52; Il Par., vi, 24-39. Le Seigneur daigna s'engager 
à pardonner quand le peuple serait sincèrement péni- 
tent. II Par., vu, 13-15. 



2» Par les prophètes. — Isaïe, xliv, 22, invite 
Israël à revenir au Dieu qui l'a racheté, en lui assurant 
que, s'il se tourne vers lui, il sera sauvé, Is., xlv, 22, 
et que Dieu fera grâce au méchant qui se convertira. 
Is., lvii, 7. Jérémie, m, 14; iv, 1; xvm, 11, renouvelle 
l'appel divin. Il déclare que si la nation revient de sa 
méchanceté, Dieu se repentira du mal qu'il voulait 
lui faire. Jer., xvm, 8. Ézéchiel, xiv, 6; xvm, 21, 30; 
xxxiii, 14, appelle le pêcheur à la pénitence en disant 
que, s'il se repent, il vivra et ne sera pas maltraité. 
Dieu dit par sa bouche : « Prendrai-je plaisir à la 
mort du méchant? N'est-ce pas plutôt à ce qu'il se 
détourne de ses voies et qu'il vive? » Ezech., xvm, 23, 
32; xxxin, 11. Le prophète a reçu mission de prêcher 
la pénitence au pécheur, et il sera responsable de la 
perte de ce dernier s'il ne parle pas pour le détourner 
du mal. Ezech., n, 18, 19; xxxm, 8, 9. Osée, xrv, 2; 
Joël, n, 12, 13, et Zacharie, i, 4, répètent la même 
invitation aux pécheurs. 

3» Par les saints personnages. — Tobie, xm, 8, 
exhorte les pécheurs de son temps à faire pénitence. 
Judith, v, 19, remarque que le Seigneur a toujours 
aidé les Israélites repentants, et que, comme il est 
patient, il pardonnera si on fait pénitence avec larmes. 
Judith, vin, 14. Le Psalmiste pénitent s'engage à en- 
seigner les méchants pour qu'ils se convertissent au 
Seigneur. Ps. u (l), 15. Dans le livre de l'Ecclésias- 
tique, on lit qu'il ne faut pas tarder de se convertir 
au Seigneur, Eccli., v, 8, que Dieu ménage un large 
pardon à ceux qui reviennent à lui, Eccli., xvn, 28, et 
qu'il est beau de se repentir quand on a été repris. 
Eccli., xx, 4. L'auteur de la Sagesse dit que Dieu 
ferme les yeux sur les péchés des hommes pour les 
amener à la pénitence, parce qu'il aime toutes ses 
créatures, et qu'il pardonne à tous parce que tout est 
à lui et que les âmes sont l'objet de son amour. Sap., 
xi, 24-26. Il ne punit que par degrés, pour laisser le 
temps de faire pénitence et ne pas désespérer ses 
enfants. Sap., xn, 10, 19. 

4° Par saint Jean-Baptiste. — Le précurseur 
prêche dans le désert le baptême de pénitence, c'est-à- 
dire le repentir et la purification du cœur dont son 
baptême est le symbole. Matth., m, 2; Marc, i, 4; 
Luc, m, o. Il invite les hommes à faire de dignes fruits 
de pénitence, par conséquent à témoigner par une 
conduite nouvelle la sincérité de leur repentir. Matth. 
m, 8; Luc, ni, 8; cf. i, 16; Act, xm, 24; xix, 4. 

5» Par Jésus-Christ. — Le Sauveur lui-même 
appelle les hommes à la pénitence. Matth., iv, 17; 
xvm, 3; Marc, i, 15. Il est venu pour appeler les pé- 
cheurs à la pénitence, Luc, v, 32; déclare que tous 
périront s'ils ne font pénitence, Luc, xm, 3, 5; parle 
de la joie que cause au ciel la pénitence d'un seul 
pécheur, Luc, xv, 7, 10; ordonne à chacun de par- 
donner à son frère repentant, Luc, xvn, 3, 4; invite à 
la pénitence par ses. paraboles de la brebis perdue, 
Luc, xv, 1-7, de la drachme égarée, Luc, xv, 8-10, 
de l'enfant prodigue, Luc, xv, 11-32, du pharisien et du 
publicain, Luc, xyin, 9-14, et par l'accueil qu'il fait aux 
pécheurs, voir Pécheur, col. 18; et enfin, après sa ré- 
surrection, il envoie ses Apôtres dans le monde pour y 
prêcher la pénitence. Luc, xxrv, 27. 

6° Par les Apôtres. — Initiés à cette prédication 
par leur divin Maître, Marc, vi, 12, les Apôtres pro- 
clament la nécessité de la pénitence. Act., il, 38; m, 
19, 26; vin, 22, etc. Ils montrent comment le Sauveur 
est venu pour aider les hommes à faire une pénitence 
salutaire. Act., v, 31; xi, 18; xvn, 30. Saint Paul 
exhorte à la pénitence. Act., xx, 21; xxvi, 20. Il parle 
de la bonté de Dieu amenant les hommes à se repentir, 
Rom., il, 4, et rappelle que le devoir des ministres 
sacrés est de conduire leurs frères à la pénitence. 
II Tim., n, 25. Saint Pierre dit que si Dieu patiente 



39 



PÉNITENCE 



40 



c'est pour que les hommes fassent pénitence. II Pet., j 
m, 9; cf. Act., xi, 18. Saint Jacques, v, 20, enseigne 
que celui qui convertit un pécheur sauve son àme et 
couvre la multitude des péchés. Enfin saint Jean 
multiplie les appels à la pénitence. Apoc, il, 5, 16, 
21, 22; m, 3, 19. 

II. Conditions de la pénitence. — 1° La pénitence 
comporte toujours, pour celui qui y est soumis, 
quelque chose d'afflictif. On le voit par les exemples 
de nos premiers parents, Gen., m, 16-19; de David 
II Reg., xii, 11-14; xxiv, 10-14, etc. — 2« Mais elle 
implique nécessairement un acte de la volonté qui a 
péché en se détournant de Dieu et qui ne peut se 
repentir efficacement qu'en se retournant vers Dieu. Le 
Seigneur promet son pardon à celui qui remplira 
quatre conditions : s'humilier, prier, chercher sa face 
et se détourner du mal. II Par., vn, 14. Judith, voi, 
14-17, engage ses compatriotes qui veulent obtenir 
leur pardon à s'humilier et à prier avec larmes. Dans 
l'Ecclésiastique, xvn, 20, 21, les conditions de la péni- 
tence sont ainsi indiquées : 

Tourne-toi vers le Seigneur et quitte tes péchés, 
Prie devant sa face et diminue tes offenses, 
Reviens au Très-Haut, détourne-toi de l'injustice 
Et déteste fortement ce qui est abominable. 

Iî ne suffit donc pas de quitter le mal, il faut le 
détester et donner comme preuve de repentir les efforts 
qui aboutissent à une diminution des offenses. — 
3° Le prophète Joël, H, 12-17, énumère les conditions 
que doit remplir le peuple coupable qu'il appelle à la 
pénitence : 

Revenez à moi de tout votre cœur, 

Avec des jeûnes, des larmes et des lamentations ; 

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements.w 

Que les prêtres, ministres de Jëhovah, pleurent 

Entre le portique et l'autel, 

Et disent : Jéhovah, épargnez votre peuple. 

Une vraie contrition doit saisir le cœur et le déchirer; 
le jeûne et la prière achèveront l'œuvre de la péni- 
tence. Sans doute, il existait sous l'ancienne loi des 
sacrifices pour le péché. Mais ni les sacrifices, ni les 
œuvres extérieures, comme le jeûne, ne constituaient 
une pénitence valable sans les sentiments du cœur et 
le renoncement au mal. 

Le Très-Haut n'agrée pas les offrandes des impies, (chés... 
Ce n'est pas sur la quantité des victimes qu'il pardonne lés pé- 
L'homme qui jeûne pour ses péchés, s'il va les renouveler, 
Qui entend sa prière, que lui sert son humiliation ? 

Eccli., xxxv, 19, 26. 

Aussi le Psalmiste termine-t-il son cantique de péni- 
tence en disant, Ps. li (l), 18, 19 : 

Tu ne désires pas de sacrifices, je t'en offrirais, 

Tu ne prends pas plaisir aux holocaustes ; 

Le sacrifice à Dieu, c'est un esprit brisé ; 

O Dieu, tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. 

Rien n'est aussi étranger que ces sentiments inté- 
rieurs aux Psaumes de pénitence babyloniens. Les 
suppliants ne savent guère qu'y manifester leur peur 
des maux que. peut leur causer une divinité irritée 
et implorer d'elle les biens qui contribuent au bon- 
heur de la vie. Cf. Scheil, Psaume de pénitence 
chaldéen, dans la Revue biblique, 1896, p. 75-77; 
Dhorme, Deux textes religieux assyro-babyloniens, 
dans la Revue biblique, 1906, p. 274-285; Fr. Martin, 
Textes religieux assyriens et babyloniens, l re sér., 
Paris, 1903, p. 57. — 4° La prière est indiquée comme 
condition nécessaire à la pénitence. Dieu, en effet, 
n'impose pas son pardon; il convient qu'on le lui 
demande, * Fais-moi revenir, et je reviendrai, » dit 



Éphraïm au Seigneur. Jer., xxxi, 18. « Faites-nous 
revenir et nous reviendrons, s disent les Juifs de Jéru- 
salem. Lam., v,. 21. « Ayez pitié de moi qui suis un 
pécheur, » dit le publicain. Luc, xvm, 13. « Remettez- 
nous nos dettes, » c'est-à-dire « pardonnez-nous nos 
offenses », nous fait dire le divin Maître. Matth., vi, 
12. — 5° Dans la parabole de l'enfant prodigue, Luc, 
xi, 21, Notre-Seigneur montre quelles sont les condi- 
tions de la vraie pénitence '. le malheureux prodigue 
rentre en lui-même, regrette la perte des biens de la 
maison paternelle, prend la résolution d'aller retrouver 
son père, de lui faire l'aveu de son crime et de se 
soumettre ensuite au sort le plus humiliant, abandonne 
effectivement la vie indigne à laquelle il se trouvait 
réduit, reprend le chemin qui ramène à son père, lui 
fait son aveu et implore son pardon. — 6° Ce qui 
montre que la pénitence est véritable, ce sont les 
« dignes fruits » qu'elle porte. Matth., m, 8. Parmi ces 
fruits, saint Jean-Baptiste indique aux foules la pratique 
de la charité, aux publicains et aux soldats la justice et 
la fidélité dans l'accomplissement de leurs devoirs 
d'état. Luc, m, 10-14. Notre-Seigneur recommande de 
ne plus pécher. Joa., v, 14; vin, 11. 

III. Exemples de pénitence. — 1» Adam fit pénitence 
de son péché, Sap., x, 2, probablement en supportant 
avec humilité et résignation l'épreuve à laquelle il fut 
condamné. — Enoch fut pour les nations un exemple 
de pénitence. Eccli., xliv, 16. — Au temps de Noé, il 
y eut des esprits rebelles qui firent pénitence à la vue 
du châtiment, puisque le Christ put, après sa mort, 
leur prêcher dans la prison où ils étaient détenus. 
I Pet., xix, 20. — 2° L'époque des Juges fut pour les 
Israélites une succession d'infidélités à Dieu et de repen- 
tirs. Jud., m, 9; iv, 3; vi, 7; x, 10, etc. — Job fit péni- 
tence dans la poussière, après avoir reconnu sa pré- 
somption. Job, xlu, 6. — 3° A la suite de son double 
crime, David resta près d'une année sans écouter la 
voix de sa conscience; mais ensuite il se repentit sin- 
cèrement à l'appel de Nathan. II Reg., xii, 13; xvi, 
12. — Josias amena la nation au repeutir. Eccli., 
xlix, 3. — Captif à Babylone, Manassé s'humilia et 
demanda pardon au Seigneur. II Par., xxxm, 12, 13. 
— 4° Pour obtenir leur délivrance, les Juifs se 
livrèrent à des actes de pénitence à Suse, sur la 
demande d'Esther. Esth., rv, 16. — A la prédication de 
Jonas, le roi de Ninive se soumit avec ses sujets à une 
pénitence rigoureuse comprenant un jeûne absolu 
pour tout être vivant, homme ou bête, l'usage du sac 
et de la cendre, la prière instante adressée à Dieu et le 
renoncement au mal. Jon., m, 5-9. — 5° Une longue 
protestation de repentir fut signée par les principaux 
personnages et acceptée par tout le peuple, au temps de 
Néhémie. II Esd., ix, 1-38. — 6» Dans le Nouveau 
Testament, on trouve les exemples de pénitence des 
Juifs à la prédication de saint Jean-Baptiste, Matth., 
m, 7, Luc, m, 7; de la pécheresse Reliez Simon le 
pharisien, Luc, vil, 37, 38, 48; du publicain, Luc, 
xvm, 13; de Zachée, Luc, xix, 8; de saint Pierre pleu- 
rant amèrement après son reniement, Matth., xxvi,75; 
Marc, xiv, 72; Luc, xxir, 62; du bon larron se repen- 
tant sur la croix, Luc, xxm, 40-42 ; des Juifs qui par- 
tirent du Calvaire en se frappant la poitrine. Luc, 
xxm, 48. — 7° Notre-Seigneur lui-même donne l'exemple 
de la pénitence, à son jeûne du désert, Matth., rv, 2; 
Luc, iv, 2; pendant son ministère évangélique, n'ayant 
pas toujours le temps de prendre sa nourriture, Marc, 
ru, 20, ni où reposer sa tête, Matth., vin, 20; Luc, IX, 
58, et surtout pendant sa passion. — 8» Plusieurs 
milliers de Juifs font pénitence à la voix de saint 
Pierre. Act., n, 38, 41. — Saint Paul se convertit et, 
pendant le reste de sa vie, accepte en esprit de péni- 
tence l'accomplissement de la prédiction du Sauveur à 
son sujet : « Je lui montrerai tout ce qu'il doit souffrir 



41 



PÉNITENCE 



42 



pour mon nom. » Act., IX, 16. — A l'appel des Apôtres, 
on fait pénitence à Lydda et à Saron, Act., ix, 35; à An- 
tioche, Act., xi, 21; à Éphèse, où l'on brûle une multi- 
tude délivres de superstition, Act., xix, 18, 19; xx, 21; 
à Corinthe, II Cor., vu, 9, 10. Cf. I Pet., n, 25. 

IV. Exemples d'impénitence. — 1° Beaucoup de pé- 
cheurs se sont refusés à faire pénitence. Tels furent 
Caïn, Gen., iv, 10-13; la plupart des contemporains de 
Noé, Gen., vi, 5, 6; les habitants de Sodome et des 
villes coupables, Gen., xix, 12, 13 ; le pharaon d'Egypte 
qui se repentait un moment pour s'obstiner ensuite, 
Exod., Vin, 25, 32, ix, 27, 35; x, 16, 20, 24, 27; xn, 31; 
xiv, 5; les Israélites révoltés qui furent condamnés à 
périr au désert, Num., xiv, 27-33; les fils d'Hé)i,IReg.,rv, 
11; Saûl, I Reg., xm, 14; xvi, 35; les contemporains 
du prophète Élie, Eccli., xlviii, 16; les rois et le peuple 
d'Israël, IV Reg., xvn, 7-18-; une grande partie des rois 
et du peuple de Juda. IV Reg., xxrv, 3, 4. En vain 
Jérémie multiplia ses appels à la pénitence; on ne vou- 
lut pas se convertir. Jer., m, 1-22; v, 3; vm, 6. — Plus 
tard, le roi persécuteur, Antiochus Épiphane, frappé 
par la justice de Dieu, sembla vouloir se repentir du 
mal qu'il avait causé; mais sa pénitence n'était ni sin- 
cère ni désintéressée, II Mach., ix, 11-29. 

2° A plusieurs reprises, il est dit que Dieu endurcit 
le cœur de ceux qui ne veulent pas se convertir. 
Exod., iv, 21; vu, 3; ix, 12; x, 1, 20, 27; xiv, 4, 8, 17; 
Deut, il, 30; Is., lxih, 17; Rom., ix, 18. D'autre part, 
on lit dans Isaïe, vi, 10 : « Appesantis le cœur de ce 
peuple, rends ses oreilles dures et bouche-lui les yeux, 
en sorte qu'il ne voie point de ses yeux, n'entende 
point de ses oreilles, ne se convertisse point et ne soit 
point guéri. » Cet oracle est répété par Notre-Seigneur, 
Matth., xm, 15; Marc, iv, 12; Joa., xn, 40, et par saint 
Paul. Act., xxviii, 27. A prendre les termes à la lettre, 
Dieu semble ainsi l'auteur de l'impénitence qu'ensuite 
il châtie. — Mais il y a là une manière de parler des- 
tinée à faire comprendre avec quelle certitude Dieu 
prévoit l'endurcissement et lui donne occasion de se 
produire en vue d'un bien supérieur. Saint Augustin, 
Quœst. in Heptat., n, 18, t. xxxiv, col. 601-602, expli- 
que ainsi le cas du pharaon : « La malice qui est au 
cœur d'un homme, c'est-à-dire sa disposition au mal, 
tient à sa propre faute et n'existe que par le fait de 
sa volonté libre. Toutefois, pour que cette disposition 
mauvaise agisse dans un sens ou dans l'autre, il faut des 
causes qui mettent l'espri t en mouvement. Or il ne dépend 
pas du pouvoir de l'homme que ces causes existent ou 
non; elles proviennent delà providence cachée, mais très 
juste et très sage, du Dieu qui règle et gouverne l'uni- 
vers qu'il a créé. Si le pharaon avait un cœur tel que la 
patience de Dieu le portât, non à la religion, mais bien 
plutôt à l'impiété, c'était par sa propre faute. Mais si 
les événements se produisirent de telle manière que 
son cœur, si mauvais par sa faute, résista aux ordres de 
Dieu, ce fut le résultat de la sagesse divine. » Pour 
expliquer le passage d'Isaïe, vi, 10, saint Jérôme, In 
Is., m, 6, t. xxix, col. 100, s'appuie sur la doctrine de 
VEpitre aux Romains, ix, 14-18, et dit que l'aveugle- 
ment volontaire des Juifs a procuré l'illumination des 
autres nations : « Ce n'est pas par cruauté, mais par 
miséricorde, que Dieu permet la perte d'une nation 
pour le salut de toutes les autres. Une parlie des Juifs 
n'ont pas vu clair, pour que le monde entier pût voir. » 

3° D'autres exemples d'impénitence se rencontrent 
dans le Nouveau Testament. Les villes de Gorozaïn, 
JBethsaïde et Capharnaùm ont refusé de se convertir, 
dans des conditions qui auraient décidé Tyr et Sidon à 
faire pénitence. Matth., xi, 20-24; Luc, x, 13-15. La 
génération contemporaine du Sauveur a montré le 
même endurcissement, alors que Ninive s'est convertie 
à la voix de Jonas. Matth., xn, 41; Luc, xi, 32. Jérusa- 
lem s'est dérobée aux appels du Sauveur qui voulait 



rassembler ses enfants comme la poule rassemble ses 
poussins sous ses ailes. Matth., xxm, 37. Après avoir 
refusé d'obéir, les pécheurs ont fait pénitence; après 
avoir promis fidélité, les Juifs ont refusé de faire péni- 
tence. Matth., xxi, 28-32. — Même si un mort ressusci- 
tait, certains pécheurs ne se convertiraient pas. Luc, xvi, 
31. — Juda fut saisi de repentir, mais sa pénitence fut 
dépourvue de confiance en Dieu et ne le sauva pas. 
Matth., xxvn, 3-10. — La résurrection du Sauveur 
laissa dans l'impénitence la plupart des Juifs. Matth., 
xxviii, 11-15. — La pénitence de Simon le magicien fut 
intéressée et sans valeur. Act., vin, 13, 18-24. — Beau- 
coup de pécheurs ont continué à refuser la pénitence. 
II Cor., XII, 21; Apoc, ix, 20-21; xvi, 9, 11. 

V. Le sacrement de pénitence. — 1» Jésus-Christ 
dit à saint Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume 
des cieux : tout ce ^rae tu lieras sur la terre sera lié 
dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre 
sera délié dans les cieux. » Matth., xvi, 19. Il dit en- 
suite à tous ses Apôtres en général : « Tout ce que vous 
lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que 
vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Matth., 
xvm, 19. Les Apôtres reçoivent par là le pouvoir d'éta- 
blir ou de supprimer dés obligations dans le domaine 
spirituel. Voir Lien, t. iv, col. 248. Le soir même dé sa 
résurrection, le divin Maître, qui vient de payer sur la 
croix la rançon du péché, applique à un point spécial 
le pouvoir qu'il a précédemment accordé : « Recevez le 
Saint-Esprit. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils 
leur seront remis; et ceux à qui vous les retiendrez, ils 
leur seront retenus. » Joa., xx, 22, 23. Les Apôtres re- 
çoivent donc ce jour-là, de celui qui a le pouvoir de 
remettre les péchés, Matth., ix, 5, la transmission de ce 
pouvoir. Saint Paul l'entend bien ainsi quand il dit : 
« Dieu nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et 
nous a confié le ministère de la réconciliation. » II Cor., 
v, 18. Ce ministère de la réconciliation, c'est l'ordre et 
le pouvoir de remettre les péchés dans le sacrement de 
pénitence. Le Concile de Trente, Sess. xiv, can. 2, 3, a 
défini que les paroles dites parle Sauveur le jour de sa 
résurrection doivent s'entendre du pouvoir de remettre 
et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence, 
comme l'Église catholique l'a toujours entendu depuis 
l'origine, et qu'on ne peut les détourner contre l'insti- 
tution de ce sacrement en les appliquant au pouvoir de 
prêcher l'Évangile. 

2» Le sacrement de pénitence précise et facilite les 
conditions nécessaires à la rémission du péché sous la 
Loi ancienne. 1. La contrition réclame toujours les 
même qualités qu'autrefois; il faut qu'elle soit au fond 
du cœur, qu'elle soit sincère et détache effectivement 
la volonté [du péché. Voir col. 39. Un nouveau motif 
s'ajoute aux précédents pour la faire naître dans le 
cœur; c'est la pensée de la rédemption et de tout ce 
que le Sauveur s'est imposé de souffrances pour l'expia- 
tion du péché. — 2. La confession prend une forme 
plus précise, dont l'obligation se déduit des paroles 
mêmes qui instituent le sacrement. Voir Confession, 
t. il, col. 907-919. — 3. La satisfaction demeure néces- 
saire comme autrefois, même après la rémission du 
péché, du moins pour l'ordinaire. Cf. Num., xx, 12; 
Deut., xxxn, 49-51; II Reg., xn, 14, etc. Saint Paul 
déclare qu'il « complète en sa propre chair ce qui 
manque aux souffrances du Christ, pour son corps, 
qui est l'Église ». Col., i, 24. — 4. Enfin Yabsolution 
est une grâce nouvelle que l'Ancien Testament ne con- 
naissait pas. Nathan put bien exceptionnellement dire 
à David : « Jéhovah a pardonné ton péché. » II Reg., xn, 
13. Les autres pécheurs, si repentants qu'ils fussent, 
ne pouvaient présumer leur pardon. Notre-Seigneur, 
qui dit lui-même à plusieurs pécheurs : « Tes péchés 
te sont remis,» Matth., ix, 2; Luc, v, 20; vil, 47, 48, 
donna à ses Apôtres, en vertu des paroles de l'institu- 



43 



PENITENCE 



PENSÉE 



M 



tion, le pouvoir non seulement de déclarer les péchés, 
remis, mais de les remettre effectivement : « Ceux à 
qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. » 
Leur pouvoir s'étend donc plus loin que celui de Na- 
than, qui ne fit que déclarer à David que son péché 
était pardonné. — Cette rémission comporte l'effet 
déjà énoncé dans divers passages de la Sainte Écriture 
comme directement opéré par Dieu. Le péché, en vertu 
de l'absolution, est « couvert », Ps. lxxxv (lxxxiv), 3, et 
« non imputé », Num., xn, 11; Rom., iv, 7, 8, non pas 
seulement en ce sens qu'il existe toujours, quoique 
Dieu daigne n'en plus tenir compte. Il est réellement 
effacé, enlevé, radicalement détruit, comme le déclarent 
les autres textes inspirés. Voir Péché, 4°, col. 11 . En un 
mot, en vertu des paroles évangéliques, il est « remis », 
comme une dette qui n'existe plus et ne peut plus 
revivre, quand le créancier a rendu au débiteur le titre 
qui liait ce dernier. 

3° Le pouvoir conféré par Notre-Seigneur à son Église 
n'est pas limité par sa déclaration sur le péché contre 
le Saint-Esprit. Matth., xn, 82; Marc, m, 28. Voir 
Blasphème, t. i, col. 1809. — On lit aussi dans PÉpître 
aux Hébreux, vi, 4-6 : « Il est impossible pour ceux qui 
ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, 
qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la dou- 
ceur de la parole de Dieu et les merveilles du monde 
à venir, et qui pourtant sont tombés, de les renouveler 
une seconde fois en les amenant à la pénitence. » De 
ce texte, plusieurs Pères, Clément d'Alexandrie, Strom., 
2, 13, t. vin, Col. 293; Tertullien, De pœnit., 7, 9, t, I, 
col. 1241, 1243; Origène, In Levit., Hom. xv, 2, t, xn, 
col. 565; S. Ambroise, De pmnit., Il, 95, t. xvi, 
col. 520 ; S. Augustin, Ep. cliii, 7, t. xxxiii, col. 656, 
ont conclu, sans justifier autrement leur assertion, 
qu'il n'y a qu'une pénitence, comme il n'y a qu'un 
baptême. Novatien et ses partisans s'appuyaient même 
sur ce texte pour nier la possibilité du pardon des 
péchés graves. Cf. Socrate, H. E.. i, 10, t. lxvii, 
col. 69, Au moyen âge, on l'entendit de la pénitence 
solennelle, qui en effet n'était jamais réitérée. Cf. Tur- 
mel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1904, 
p. 461. Il est évident que l'auteur de l'Épitre n'a guère 
pu songer à la pénitence publique. On explique assez 
souvent son texte de la difficulté et même de l'impossi- 
bilité morale qui empêche pratiquement l'apostat de 
se repentir avec efficacité. Mais plusieurs Pères pré- 
fèrent une autre explication. Ils font porter l'idée prin- 
cipale de l'auteur sur le mot « renouveler » ; il est im- 
possible, disent-ils, qu'une âme soit renouvelée par la 
pénitence comme elle l'est par le baptême. « Il n'exclut 
pas les pécheurs de la pénitence, mais il montre qu'il 
n'y a dans l'Église catholique qu'un baptême, et non 
deux... Celui qui fait pénitence cesse de pécher, mais 
il garde les cicatrices de ses blessures, tandis que celui 
quj est baptisé dépouille le vieil homme et est renou- 
velé par la grâce du Saint-Esprit qui lui donne une 
naissance supérieure. » S. Athanase, Epist. IV ad Sera- 
pion., 13, t, xxvi, col. 656. D'autres pensent que l'écri- 
vain sacré veut seulement montrer qu'il n'y a pas dans 
l'Eglise, comme chez les Juifs, plusieurs baptêmes 
successifs pour purifier des souillures. Cf. S. Thomas, 
Sum. theol., III, q. cxxxiv, a. 10, ad l ura . En toute hy- 
pothèse, le texte en question n'apporte donc aucune 
restriction à la rémissibilité des péchés. 

VI. Le repentir de Dieu. — La Sainte Écriture dit 
que Dieu s'est repenti d'avoir fait l'homme sur la terre, 
Gen., vi, 6; d'avoir établi roi Saûl, I Reg., xv, 11, 35: 
d'avoir voulu faire du mal à son peuple infidèle, 
Jer., xxvi, 3, 13, 19, et aux Ninivites coupables. Jon., ni, 
10. D'autres fois, on annonce que Dieu ne se repentira 
pas. Ps. ex (cix), 4; Jer., iv, 28; xx, 16. Ce sont là de 
purs anthropomorphismes, des locutions qui prêtent à 
Dieu la manière de parler et d'agir des hommes, mais 



qui présentent sous une forme relative ce qui est 
absolu en Dieu. Le repentir est impossible à Dieu, 
parce qu'il a tout prévu à l'avance, le bon ou mauvais 
usage que l'homme ferait de ses dons et la conduite 
qu'il tiendrait lui-même en conséquence. Samuel 
exprime ce qu'il y a d'immuable dans la volonté de 
Dieu, quand il dit à Saûl : « Celui qui est la splendeur 
d'Israël ne ment point et ne se repent point, car il 
n'est pas un homme pour se repentir. » I Reg., xv, 29. 
Et saint Paul, parlant des anciennes promesses faites 
aux Juifs, dit que « les dons et la vocation de Dieu 
sont sans repentance ». Rom., xi, 29. 

H. Lesêtre. 
2, PÉNITENCE D'ADAM, livre apocryphe. Voir Apo- 
cryphes, t. i, col. 710. 

PÉNITENT1AUX (PSAUMES), nom donné aux 
sept Psaumes, vi, xxxi, xxxvn, l, ci, cxxix et cxliii, à 
cause des sentiments de pénitence qu'ils expriment. 
L'usage de réciter ces Psaumes pour demander à Dieu 
pardon de ses péchés est très ancien dans l'Église. 

PENSÉE (hébreu : hâgût, de hâgâh, « parler dou- 
cement, méditer; » zammâh, niezimmâh, de zàmam, 
même sens; yesêf, deyâsar, « former ;» 'astûl, 'ésfonôt, 
de 'dsat, « former, imaginer ; » rêa', de re'âh, « penser; » 
Sêah, de sîah, « parler, méditer; » séiffim, se'iffîm, 
de sâ'af, « diviser; » sar'affîm; chaldéen : harhor, de 
hârâh, « concevoir; » ra'iôn, de re'âh, « penser; » 
Septante : 8ia),oyc<x|Jw5î, Siâ'joia, ëvvota, àvO-j^vi;, \xi)ixi] ; 
Vulgate : cogitatio, cogitalus, consilium), combinaisoii 
d'idées formée intérieurement par l'intelligence. — 
Cette combinaison peut être spontanée ou voulue, 
mais rapide; c'est la pensée proprement dite. Elle est 
exprimée extérieurement par la parole. Voir Parole. 
L'intelligence peut s'y arrêter avec attention, c'est la 
réflexion, ou même faire effort pour examiner la pensée 
plus longuement et sous divers aspects, c'est la médi- 
tation, èîhâh, (j.e).£T7j, meditatio. La pensée peut ensuite 
passer dans le domaine de la volonté, pour devenir 
projet, dessein ou résolution, et être communiquée à 
d'autres, sous forme de conseil, pour les diriger. — 
Dans le langage biblique, le cœur est habituellement 
considéré comme le siège de la pensée. Voir Cœur, 
t. il, col. 823. 

1» Les pensées de Dieu. — Elles sont d'une profondeur 
qui déconcerte l'homme. Ps. xcn (xci), 6. Elles ne 
sont pas celles des hommes, Is., lv, 8, et les dépassent 
autant que le ciel est au dessus de la terre. Is., lv, 9. 
Personne ne peut changer la pensée de Dieu. Job, xxni, 
13. Dieu a des pensées de paix à l'égard de son peuple. 
Jer., xxix, 11. Les nations ne connaissent pas ses pen- 
sées. Mich., iv, 12. 

2° Les pensées de l'homme. — 1. Dieu les connaît 
toutes; il les sonde, I Par., xxvm, 9; Ps. xciv (xciu), 
11; cxxxix (cxxxvm), 3; Sap., vi, 4; Eccli., xlii, 20; 
Is., lxvi, 18; Ezech., xi, 5; I Cor., m, 20; Heb., iv, 12; 
il les juge, Sap., i, 9, et les révèle. Luc, II, 35. Il a 
horreur des pensées mauvaises, Prov,, xv, 26, et son 
Esprit s'éloigne de celles qui manquent de sens. Sap., î, 
5. Xotre-Seigneur lisait dans les cœurs les pensées de 
ses interlocuteurs, et les étonnait profondément en les 
leur révélant. Matth., ix, 4.; xn, 25; Marc, il, 6, 8; 
Luc, v, 22; vi, 8; IX, 47; xi, 17; xxiv, 38. — 2. L'esprit 
de l'homme a des pensées multiples. Sap., IX, 15. Ces 
pensées sont incertaines, Sap., ix,14, et parfois causent 
grand trouble à l'homme. Dan., iv, 16; v, 6; vu, 28. 
Il ne faut pas s'élever dans ses pensées, Eccli., vi, 2, 
mais demander à Dieu qu'il en donne de bonnes, car, 
sans son inspiration, nous ne sommes pas capables de 
concevoir quelque chose par nous-mêmes, au moins 
dans l'ordre du salut. II Cor., ni, 5. — 3. Les bonnes 
pensées se rencontrent chez le juste. Ps. xlix (xlviii), 



45 



PENSEE — PENTAPOLE 



46 



4 ; Prov., su, 5. En lui, la charité ne pense pas le mal, 

I Cor., sm, 5. Lui-même pense à Dieu dans toutes ses 
voies. Prov., ni, 6. Le chrétien doit s'armer de la pen- 
sée de Jésus crucifié. I Pet., rv, 1. En dehors de là, 
l'objet ordinaire de ses pensées sera « tout ce qui est 
honorable, juste, pur, de bonne renommée, conforme 
à la vertu et digne d'éloge ». Phil., iv, 8. — 4. Les mau- 
vaises pensées, que fuit le juste, Job, xxxi, 1, sont 
celles des méchants : pensées impies contre Dieu, 
Sap., m, 14; pensées idolâtriques, Ezech., xx, 32; 
pensées égoïstes, Deut., xv, 9; pensées intéressées, 
Act., vin, 22; pensées d'erreur, Sap., n, 21, d'injus- 
tice, Jacob., n, 4, d'adultère, Dan., xm, 28, d'orgueil 
Dan., n, 29, 30, d'homicide, Gen., xxxvn, 18; I Reg., 
xxiv, il; pensées perverses de toute nature. ;Is., lv, 
7; lix, 7; I Reg., xvm, 25; Judith, v, 26; Sap., m, 10; 
xviii, 5; II Esd., vi, 2; Esth., ix, 24; Matth., xv, 19; 
Marc, vu, 21. Depuis la chute des premiers parents, 
toutes les pensées de l'homme inclinent vers le mal. 
Gen.. vi, 5; vm, 21. Les philosophes eux-mêmes n'ont 
abouti qu'à des pensées vaines. Rom., I, 21. En se con- 
duisant au gré de leurs pensées, Is.,lxv, 2; Jer,, xviii, 
12; Eph., n, 3, les méchants se séparent de Dieu, Sap., 
i, o\ se couvrent de honte, Sap., n, 14, attirent sur 
eux le malheur, Jer., vi, 19, et se préparent de terribles 
remords pour l'autre vie. Sap., iv, 20. — 5. L'insensé 
n'a que des pensées volages, qui se succèdent sans 
réflexion. 

L'intérieur de l'insensé est comme une roue de chariot, 
Et sa pensée comme un essieu qui tourne. Eccli., XXXlii, 5. 

II y a certaines pensées qu'il faut garder pour soi. 

Même dans ta chambre ne dis pas de mal du puissant; 
Même dans ta pensée ne maudis pas le roi. 
L'oiseau du ciel emporterait ta voix 
Et le volatile publierait tes paroles. Eccle., x, 20. 

— 6. La Sainte Écriture loue comme « une pensée 
sainte et pieuse » celle qui porta Judas Machabée à 
faire offrir des sacrifices pour les morts, et qui lui fut 
inspirée par ■< la pensée de la résurrection ». II Mach., 
xii, 43, 45. 

3» La réflexion. — 1. Tout homme agit avec ré- 
flexion. Prov., xin, 16. La réflexion doit précéder 
toute aclion, si l'on ne veut pas avoir à se repentir. 
Eccli., xxxii, 24; xxxvn, 20. Il est bon de fréquenter 
ceux qui réfléchissent. Eccli., xxvn, 13. L'enfant pense 
en enfant. I Cor., xm, 11. — 2. Les pharisiens réflé- 
chissent à ce qu'ils répondront à Notre-Seigneur. 
Matth., xxi, 25; Marc, xi, 31; Luc, xx, 5. Caïphe dit 
aux membres du sanhédrin qu'ils ne réfléchissent pas 
que la mort d'un seul est avantageuse à tout le peuple. 
Joa., xi, 50. — 3. Le juste réfléchit quand il est néces- 
saire. Judith, x, 13; II Esd., v, 7; II Mach., vi, 23; 
etc. Marie réfléchit aux paroles de l'ange, Luc, i, 29; 
Joseph, à ce qu'il doit faire par rapport à Marie, 
Matth., i, 20; les Apôtres, aux paroles que leur a dites 
le Sauveur, Matth., xvi, 7, S; Marc, ,'vni, 16, 17; saint 
Pierre, à sa vision de Joppé. Act., x, 19. — 4. Le cœur 
du juste médite sur ce qu'il doit répondre. ;Prov., xv, 
28. Cependant, Xotre-Seigneur recommande à ses dis- 
ciples de ne pas réfléchir sur ce qu'ils répondront de- 
vant les tribunaux, parce que l'Esprit de Dieu le leur 
nspirera. Matin., x, 19. 

4° La méditation. — 1. On médite sur ce qui inté- 
resse la vie présente. Dans la maison du deuil, le vivant 
médite sur sa destinée. Eccle., vu, 3. Isaac sortait dans 
les champs pour méditer, d'après la Vulgate. Gen., 
xxiv. 63. On a beau méditer et s'ingénier, on ne 
peut allonger d'une coudée sa taille, ou plutôt la durée 
de sa vie. Matth., vi, 27; Luc, xn, 25. Le riche fermier 
médite sur les moyens de serrer sa récolte abondante, 
Luc, xn, 17; l'architecte, sur les ressources qu'il lui 



faut pour achever son édifice, Luc, xiv, 28; le roi, sur 
les forces dont il dispose pour entreprendre la guerre. 
Luc, xiv, 31. En général, la méditation habituelle des 
gens de métier porte sur Ve-xécution de leur travail. 
Eccli., xxxvm, 24-34. — 2. Le méchant médite le mal 
sur sa couche, Ps. xxxvi (xxxv), 5, et ne songe qu'à 
tendre des embûches. Ps. xxxvm (xxxvn), 13. Il ferme 
les yeux pour méditer la tromperie. Prov., xvi, 30. — 
3" Il faut méditer jour et nuit sur la loi du Seigneur, 
Jos., I, 8, sur ses commandements, Eccli., VI, 37, sur 
la sagesse, Sap., vi, 16; vin, 17. Sur sa couche, pendant 
ses veilles, le juste médite sur Dieu et sur ses œuvres. 
Ps. Lxm (lxii), 7, 13; lxxvii (lxxvi), 7. Son cœur s'en- 
flamme à la méditation de la fragilité de la vie. Ps. xxxix 
(xxxvm), 4. Heureux qui médite ainsi! Ps. 1,2; Eccli., xiv, 
22, 28. L'auteur du Psaume cxix (cxvm) revient jus- 
qu'à douze fois (16, 27, 47, 70, 77, 92, 97, 99, 117, 143, 
148, 174) sur cette idée que la loi de Dieu est l'objet 
assidu et très aimé de sa méditation. — Marie conser- 
vait et méditait dans son cœur tout ce qu'elle voyait et 
entendait au sujet de l'enfant Jésus. Luc, il, 19, 51. La 
vierge n'a pas d'autre souci que de songer aux choses 
de Dieu. I Cor., vu, 34. Saint Paul recommande à 
Timothée de méditer sur les conseils qu'il lui a donnés. 
I Tim., IV, 15. 

5° Les projets. — Souvent on dit qu'on 'pense à une 
chose pour signifier qu'on a le dessein de l'exécuter. 

1. Ainsi Dieu a ses pensées, c'est-à-dire ses projets sur le 
juste, Sap., iv, 17; contre l'Assyrie, Is., Xiv, 26, et en 
face de ses desseins, ceux de l'homme ne tiennent pas. 
Prov., xxi, 30. Saint Paul a annoncé aux Éphésiens 
tous les desseins de Dieu. Act., xx, 27. Quand les 
Apôtres persistent à prêcher Jésus-Christ, Gamaliel dit 
au sanhédrin que si cette idée vient de Dieu, elle s'exé- 
cutera malgré eux. Act., v, 38. Salomon pense à bâtir 
une maison à Jéhovah. ill Reg., v, 5; vm, 18; I 
Par., xxvni, 2. Le navigateur pense à prendre la mer. 
Sap., xiv, 1. Beaucoup d'autres pensées ne sont autre 
chose que des desseins qu'on veut exécuter. Cf. Judith, 
n, 3; Esth., xn, 2; Ps. v, 11; xxxm (xxxn), 10; lvi 
(lv), 6; Prov., xvi, 3; xix, 21; Is., xxix, 16; etc. — 

2. Très fréquemment, ces desseins sont mauvais. 
Kxod., x, 10; Ps. x, 2; xxi (xx), 12; xli (xl), 8; 
Jer., xviii, 11, 18; xlviii, 2, etc. Tels sont en particu- 
lier ceux de se révolter contre le Seigneur, Ps. il, 1 ; 
Act., iv, 25; de s'emparer du Sauveur, Matth., xxvi, 4; 
de le mettre à mort, Joa., xi, 53; de traiter de même les 
Apôtres, Act., v, 33, etc. Zacharie, vu, 10; vm, 17, re- 
commande de ne pas méditer le mal les uns contre les 
autres. Un jour, du reste, Dieu manifestera tous les 
desseins des cœurs. I Cor., lv, 5. 

6» Le conseil (hébreu : timmâh, 'ésâh, tûsiyâh; 
Septante : poiAr,; Vulgate : cogitatio, consihum). — C'est 
la manifestation de fa pensée, pour la direction des 
autres. Des conseils, bons ou mauvais, sont souvent 
donnés. II Reg., xvn, 7; III Reg., xx, 25; Esth., i, 20; 
Ezech., xi, 2, etc. Il faut chercher conseil auprès des 
hommes sages. Tob., iv, 19; Prov., xix, 20. La sagesse 
est avec ceux qui se laissent conseiller. Prov., xm, 10. 
Grâce aux conseils reçus, leurs projets s'affermissent. 
Prov., xx, 18. Les conseils de l'amitié réjouissent le 
cœur. Prov., xxvn, 9. Mais, même les conseils de l'étran- 
ger ne sont pas dédaignés de l'homme de sens. 
Eccli., xxxn, 22. — Saint Paul conseille la virginité. 
I Cor., vu, 25. Voir Conseils évangéliql'es, X. n, 
col. 922. H. Lesétre. 

PENTAPOLE (grec : LUvraitô'/iî, « les cinq villes ») 
désigne, Sap., x, 6, la région où étaient Sodome et les 
autres villes qui furent condamnées par la justice di- 
vine à disparaître, à cause de leurs iniquités. 

1° Les cinq villes. — Dans les divers passages où il 
est fait allusion à la catastrophe, Sodome et Gomorrhe 



47 



PENTAPOLE 



sont le plus souvent nommées ensemble à l'exclusion 
des autres villes; ainsi Gen., xm, 10; Deut., xxxn, 32; 
Is., I, 9; m, 19; Jer., xxm, 14; xlix, 18; L, 40; Amos, 
iv, 11; Soph., it, 9; Math., x, 15; Rom., ix, 29; Juda, 
7. Ségor est désignée comme une des villes coupables 
et condamnée, mais épargnée à cause de la prière de 
Lot. Gen., xix, 18-23, 29-30. Les deux autres Adama et 
Séboïm sont citées avec Sodome et Gomorrhe, Deut., 
xxix, 23, et seules, Ose., xi, 8. Sodome est parfois pré- 
sentée seule, soit parce qu'elle était la principale 
d'entre les cinq par son importance ou sa suprématie 
ou bien parce qu'elle fut la plus coupable. Cf. Is., m, 9; 
Thren,, iv, 6; Ezech.,xvi; Matth.,xi,23. Les autres villes 
sontappeléesic les filles », benêt, de Sodome, Ezech.,xvi, 
46, 48, 49, 53, 55, expression qui, dans la Bible, in- 
dique la dépendance et les suppose dans une même 
région. Cette situation réciproque est attestée d'ail- 
leurs, Jer., xlix, 18; L, 40, où ces villes sont toutes 
appelées « voisines »; Juda, 7, où elles sont dites 
« villes des alentours », par rapport à Sodome et 
Gomorrhe. 

2° Situation, étendue et description de la région. — 
La Pentapole appartenait à la terre du Kikkâr, c'est-à- 
dire au bassin du Jourdain. Gen., xix, 28. Cf. Jourdain, 
t. ni, col. 1712. Les anciens commentateurs ont assez 
généralement cru à l'identité de la Pentapole avec « la 
vallée de Siddîm, vallis Silvestris, qui est la mer 
Salée », Gen., xiv, 8, 10, où les cinq rois des cinq 
villes se rangèrent en bataille pour soutenir l'attaque 
de Chodorlahomor et de ses alliés; ils ont admis, en con- 
séquence, qu'elle occupait tout le territoire recouvert 
aujourd'hui par les eaux de la mer Morte. Celte con- 
clusion dépasse certainement les données bibliques. 
La vallés de Siddîm où les cinq rois s'assemblèrent 
pour attendre leurs ennemis n'est pas présentée comme 
identique à la Pentapole ni même comme en faisant 
partie, puisque les rois « sortent » pour s'y rendre, 
Gen., xiv, 8; et si la vallée est devenue partie de la 
mer Salée, la Pentapole au contraire « est une terre 
brûlée par le soufre et le sel, inapte à être semée et où 
rien ne germe plus, et où l'herbe ne pousse plus ». 
Deut., xxix, 23; c'est une terre déserte et fumante, 
produisant des fruits étranges, où est demeurée une 
stèle de sel, monument attestant l'incrédulité de la 
femme de Lot. Sap., x, 7. Cf. Jer., xlix, 18; L, 40; 
Soph., il, 9; Amos, iv, 11. La vallée de Siddîm, appe- 
lée par Josèphe « la vallée des puits de Bitume », 
faisait, suivant lui, partie du territoire de Sodome, 
xocrà SôSoiia, et devint le lac Asphaltite, mais ne se 
confondait pas avec la Pentapole. Celle-ci, désignée par 
l'historien sous le nom de Sodomitide, subsistait encore 
de son temps, mais privée de sa splendeur passée et 
de sa fertilité, ne produisant que des fruits inutilisables, 
portant les indices du feu qui l'avait frappée et ne gar- 
dant plus que des restes informes des villes brillantes, 
riches et heureuses et qui en avaient été la gloire. Bell, 
jud., IV, vin, 4; Ant. jud., I, ix, xi, 3. Cf. Tacite, 
Hist-, v, 7; Solin, Polyhistor, 38; Reland, falsestina, 
p. 254. Les géologues modernes sont unanimes d'ail- 
leurs à affirmer la préexistence de la mer Morte à la 
catastrophe de la Pentapole, sauf à reconnaître qu'une 
partie de son territoire a pu postérieurement être en- 
vahie par les eaux du lac, à la suite d'un affaissement 
du sol. Voir Morte (Mer), t. iv, col. 1303-1307. 

Mais si l'espace recouvert par les eaux de la mer 
Morte ne peut avoir été, en général du moins, le terri- 
toire de la Pentapole, où faut-il chercher celui-ci? Une 
partie, celle qui en fut la principale, où se trouvait la 
métropole Sodome, occupait certainement la région qui 
s'étend au sud de la mer Morte. C'est là, au sud-est du 
lac, que Josèphe indique Zoara d'Arabie, identique avec 
Ségor ou Zoar de la Bible. Bell, jud., IV, vin. Cf. Moab, 
t. iv, col.' 1158, et Ségor. Cette ville où Lot arrivait au 



lever du soleil, en venant de Sodome qu'il avait quitté 
aux premières heures du jour, Gen., xix, 15, 23, 
fixe le site de cette rivière, non loin et dans la même 
région méridionale. Le nom de Sodome reste encore 
attaché, c'est ce que l'on reconnaît généralement, à une 
petite chaîne de collines, le Djebel Esdoum,qui s'étend 
à l'extrémité sud-ouest du lac, en face du ghôr Sâfiéh, 
où l'on doit chercher le site de Ségor. La ville elle- 
même, on n'en peut douter, se trouvait dans le terri- 
toire voisin de la montagne. Tandis que le Ghôr Sâfiéh 
n'a presque jamais cessé, jusqu'à nos jours, de former 
une riante et riche oasis, avec des plantations de pal- 
miers et diverses autres cultures, toute la région qui 
s'étend depuis le djebel Esdoum, à l'ouest, jusqu'aux 
abords de ce ghôr, sur une largeur de sept kilomètres 
et une longueur de dix depuis l'extrémité sud de la mer 
Morte, n'est qu'une plaine désolée dont le sol est une 
marne mélangée de sel et fangeuse connue sous le nom 
de Sebkhah, « terre salsugineuse . » Les abords du 
djebel Esdoum, le ghôr Sâfiéh, et la partie de la 
Sebkhah s'étendant entre les deux, ont nécessairement 
été une portion de la Pentapole, mais jusqu'où se déve- 
loppait-elle au delà? 

Outre l'ancienne opinion voyant dans la mer Morte 
la Pentapole recouverte, par les eaux, trois autres hypo- 
thèses ont chacune leurs partisans. — 1. Les explorateurs 
anglais croyant qu'on pourrait reconnaître le nom de 
Gomorrhe dans celui de 'Amr porté par une vallée 
située au nord-est de la mer Morte, celui de Zoar dans 
celui du Tell eé-Saghûr que l'on trouve à l'est du Tell 
er-Raâméh, dans les anciennes Araboth à quelques mi- 
nutes de Moab, et le nom Adama, dans celui de Damiéh 
donné à des ruines qui se voient non loin de l'embouchure 
du Zerqâ (Jaboc), inclinent à localiser ainsi la Pentapole 
tout entière au nord de la mer Morte, Cf. Armstrong, 
Wilson et Conder, Names and places in the Old Testa- 
ment, Londres, 1887, p. 4, 71, 178, 186; Conder, Hand- 
book to the Bible, Londres, 1887, p. 238-241—2. M. Cler- 
mont-Ganneau, au contraire, pense quele nom de Ghamr 
étymologiquement identique à celui de Gomorrhe, men- 
tionné par la géographie arabe d'El Moqaddasi (Géogra- 
phie, édit, Goije, Leyde, 1873, p. 253) sur la route de Suq- 
qariéh à AHah, à deux journées de marche au nord de 
cette dernière, et que l'on retrouve aujourd'hui encore 
dans celui de 'aïn Ghamr, à quatre-vingts kilomètres en- 
viron au sud de l'extrémité méridionale de la mer Morte, 
propose de prolonger la Pentapole, fort loin vers le sud, 
dans YArâbah. Cf. Id., Recueil d'archéologie orientale, 
Paris, 1888, t. i, p. 163. — 3. Pour Guérin et d'autres, 
la Pentapole se développait autour de Sodome dont le 
djebel Esdoum est, de l'avis générai, le représentant 
incontestable. Elle comprenait, dans ses limites, au 
sud, la Sebkab, peut-être entière ; au nord toute la pointe 
méridionale de la mer Morte, depuis la presqu'île du 
Lisân, sur une longueur de 17 kilomètres et une lar- 
geur de 13, avec les terrains qui bordent l'une et 
l'autre à l'est et à l'ouest. Cette partie inférieure de la 
mer Morte est une lagune dont la plus grande profon- 
deur dépasse à peine sept mètres. Les terrains se 
seraient affaissés à la suite de la catastrophe et auraient 
été postérieurement envahis par les eaux de la mer 
Morte. Dans cette partie devait se trouver la vallée de 
Siddîm devenue partie intégrante du lac et c'est dans 
son voisinage que se voyaient les diverses villes de la 
Pentapole. Cf. V. Guérin, Samarie, p. 291-298; Adama, 
t. i, col. 207; Gomorrhe, t. m, col. 273; Morte (Mer), 
col. 1307, 1308. 

La première opinion a le tort de ne pas tenir compte 
des traditions onomastiques et historiques locales, les 
premières sources d'information après la Bible, qui 
n'ont cessé de voir le nom de Sodome dans celui du 
djebel Esdoum et de montrer presque jusqu'à nos jours 
Ségor et « le pays du peuple de Lot », diyâr qum Lot, 



49 



PENTAPOLE 



PENTATEUQUE 



50 



c'est-à-dire des Sodomites, au sud-est et au sud de la 
mer Morte. Cf. Guy Le Strange, Palestine tmder ihe 
Moslems, Londres, 1890, p. 286-292. Dans la seconde 
hypothèse, le territoire de la Pentapole est prolongé 
beaucoup plus loin au sud que ne le comportent, sem- 
ble-t-il, les données de la Bible et la conformation du 
sol : Ségor était, en effet, de ce côté la limite de la 
région arrosée par les eaux du Jourdain, choisie par 
Lot pour son habitation. Gen., xm, 10-12. Et au delà 
de la Sebkhah, le sol se relève et commence le seuil 
devant lequel le Jourdain devait s'arrêter. Les diverses 
locutions par lesquelles sont indiquées les relations ou 
la position des autres villes par rapport à Sodome, 
dont elles sont les « filles, les voisines, les villes du 
pourtour », déterminent aussi le rayon du cercle dans 
lequel on peut les chercher. La troisième opinion ne 
paraît pas sortir de ces limites. On pourrait seulement 
lui contester, admise la préexistence de la mer Morte 
jusqu'à la hauteur du Lisân, la possibilité pour le 
Jourdain de conserver ses eaux aptes pour l'arrosage 
des cultures de la Pentapole. Mais si les raisons sur 
lesquelles elle s'appuie sont incontestables comme il le 
semble, elle demeure inébranlable et elles font de 
cette possibilité une certitude ou sont la preuve de la 
formation ultérieure de la mer Morte; c'est la question 
des origines de ce lac. 

3° Histoire. — En principe, la Pentapole apparaît ha- 
bitée par des peuplades chananéennes de race ou d'as- 
similation. Gen., x, 19; Num., xm, 30. Arrosée par le 
Jourdain, jusqu'à Ségor, elle ressemblait alors à l'Egypte 
et formait un jardin divin; sa beauté et sa fertilité ten- 
tèrent Lot, qui la choisit pour sa résidence, quand 
Abraham lui proposa de se retirer chacun à part. Gen., 
xm, 8-13. Vers ce temps ou peu avant, les cinq rois de 
la Pentapole avaient été vaincus, dans une bataille livrée 
dans la vallée de Siddim par Amraphel, roi de Sennaar, 
Arioch, roi d'Ellasar, Chodorlahomor, roi d'Élam, et 
ïhadal, roi de Goïm (Gutium). Ils avaient subi leur joug 
pendant douze ans, quand, fatigués de le porter, la trei- 
zième année, ils avaient repris leur indépendance. L'an- 
née suivante, Chodorlahomor et ses alliés, après avoir 
ravagé tous les pays des alentours, s'avancèrent de nou- 
veau contre les rois de la Pentapole. Ceux-ci avaient 
rangé leur armée en bataille dans la vallée de Siddim. 
liattus cette fois encore et obligés de fuir, leurs troupes 
tombèrent dans les puits de bitume, nombreux dans la 
région. Ceux qui purent échapper gagnèrent les monta- 
gnes. La Pentapole fut livrée au pillage et la popula- 
tion emmenée en captivité. Parmi les captifs se trou- 
vait Lot. Averti, Abraham se mit à la poursuite de 
l'armée victorieuse. Il tomba sur elle à l'improviste, la 
mit en déroute, reprit tout le butin et ramena les pri- 
sonniers. Gen., xiv. Dans l'oisiveté et les jouissances de 
la table que leur permettait l'abondance de tous les 
biens produits presque spontanément par le sol le plus 
fécond, aveuglés par les richesses et l'orgueil, les habi- 
tants de la Pentapole étaient descendus au dernier degré 
de la perversion morale et s'étaient livrés aux dé- 
sordres les plus infûmes. Gen., xm, 13; xvnr, 20; xix, 
14-21 ; Ezech., xvi,49. Le Seigneur les punit en anéantis- 
sant la Pentapole avec ses habitants. Gen., xvm, 20-xix, 
30; Deut., xxix, 23, etc. — Cette terre riante et fortunée 
devint un désert inhabitable. Des monts de Judée, elle 
apparaît, pendant l'été surtout, par suite de l'èvapora- 
tion extraordinaire de la mer Morte, semblable à une 
contrée fumante et plongée dans les brouillards. Les 
quatre villes brûlées n'ont plus jamais été relevées. Si 
on en voyait encore les débris au temps de l'historien 
Josèphe, aujourd'hui on ne sait plus même où les 
chercher. La statue de sel à laquelle les auteurs sacrés 
fout allusion, Gen., six, 26, et Sap., x, 6, aurait existé 
encore au premier siècle de l'ère chrétienne, s'il faut 
en croire Josèphe qui assure l'avoir vue. Ant. jud., I, 



xi, 4. On la montrait longtemps après encore et aujour- 
d'hui même un bloc de sel du Djebel Esdoum est 
appelé bent Seik Lout, « la fille (au lieu de la femme) 
de Lot. » Il est douteux que ce soit le même dont par- 
laient les anciens. Voir Loi (La. femme de), t. m, col. 
365. L. Heidet. 

PENTATEUQUE, nom donné aux cinq premiers 
livres de la Bible. 

I. Noms. — 1° De la collection. — Le nom de Penta- 
teuque n'est pas original. Il suppose la division en 
cinq livres qui, elle-même, n'est pas primitive. Sa plus 
ancienne attestation se trouve dans Philon, De Abra- 
hamo,\, Opéra, Paris, 1640, p. 249; cf. De [migratione 
Abrahami, 3, ibid., p. 390, et dans Josèphe, Cont. 
Apion., i, 8, Opéra, Amsterdam, 1726, t. n, p. 441. 
Quelques critiques l'attribuent aux Septante, voir t. rv, 
col. 313-314; d'autres pensent qu'elle leur était anté- 
rieure. Saint Jérôme, Epist. Lit, ad Paulin., 8, 
t. xxn, col. 545, croyait, mais sans raison suffisante, 
semble-t-il, que saint Paul, I- Cor., xrv, 19, y faisait 
allusion. Elle résulte peut-être de la distribution d'un 
rouleau trop volumineux en cinq rouleaux ou en cinq 
codices plus petits, à peu près d'égale dimension. Le 
premier emploi du nom grec irev-catfjxoi;, signifiant 
littéralement « cinq étuis i> (-nvyaç, étant l'étui dans 
lequel on plaçait chaque rouleau), se rencontre dans 
la lettre du valentinien Ptolémée (vers 150-175) à Flora. 
S. Épiphane, Hier., xxxin, 4, t. xli, col. 560. On 
croyait l'avoir rencontré dans un passage de saint Hip- 
polyte, édité par de Lagarde, Leipzig et Londres, 1858, 
p. 193, dans lequel le Psautier, divisé en cinq livres, 
était dit xod aÙTÔ à'XXov TrevrâTeuxav. Mais ce passage 
est de saint Épiphane. Hippolytus, dans Die grieschi- 
schen Schriftsteller der ersten drei Jahrhunderte, 
Leipzig, 1897, t. i, p. 143. Origène, Comment, in Ev. 
Joa., tom. il (fragment), t. xiv, col. 192, emploie 'ce 
nom, et ibid., tom. xm, n. 26, col. 444, il parle de tiic 
IlsvTaxeû-xou Mwjaéw;. Saint Athanase, Epist. ad Mar- 
cellin., 5, t. xxvn, col. 12, s'en sert. Saint Épiphane 
l'emploie plusieurs fois. De mens, et pond., 4,5,t.XLin, 
col. 244. Kn latin, ce nom apparaît pour la première 
fois sous la forme masculine : Pentateuchus, dans Ter- 
tullien, Adv. Marcion., i, 10, t. n, col. 257. Il a la forme 
neutre : Pentateuchum, dans saint Isidore de Séville, 
Etym., VI, n, 1, 2, t. lxxxii, col. 230. Les cri- 
tiques ne s'accordent pas sur le point de savoir si, à 
l'origine, il était un adjectif, qualifiant (3têi.oç ou liber 
sous-entendu, ou bien un substantif, ayant par lui-même 
la signification d'ouvrage en cinq volumes. Voir t. iv, 
col. 314. Quoi qu'il en soit, les anciens employaient des 
termes analogues, formés d'une manière identique. 
Ainsi Eusèbe, Prsep. evang., i, 10, t. xxi, col. 88, men- 
tionne un écrit d"OaTâv/|i;, intitulé : 'OxTa-re-Jxo;. Cer- 
tains manuscrits, contenant les huit premiers livres de 
la Bible, furent aussi désignés plus tard par le nom 
d"OxTo«EUxoç. Pitra, Analecta sacra, Frascati, 1884, 
t. n, p. 412; de Lagarde, Septuagintastudien, Gœttin- 
gue, 1892, t. il, p. 60. Ce nom est employé couramment 
aujourd'hui pour désigner les manuscrits grecs conte- 
nant huit livres. Swete, An introduction to the Old 
Testament in Greek, Cambridge, 1900, p. 148-154. Des 
noms analogues étaient usités chez les Latins pour dé- 
signer des manuscrits contenant les sept ou huit premiers 
livres de la Bible. Saint Ambroise, In Ps. cxvm expo- 
sitio, serm. xxi, 12, t. xv, col. 1506, parle d'un Hep- 
tateuchus, comprenant Genèse-Juges. Le canon de 
Cheltenham, de 359, après les Juges, signale les livres 
précédents comme formant une première collection : 
Fiunt libri Vil. Sanday, dans Studio biblica et eccte- 
siastica, Oxford, 1891, t. in. p. 222. Les critiques mo- 
dernes donnent le nom i'Hexateuque aux livres do 
Pentateuque en y joignant le livre de Josué, qu'ils re- 



51 



PENTATEUQUE 



gardent comme faisant partie de la même œuvre unique. 
Les Juifs anciens n'ont ni connu ni employé le nom 
de Pentateuque. Les rabbins l'ont adopté équivalemment 
plus tard quand ils ont appelé les livres de Moïse les 
« cinq cinquièmes de la Thora »,'min~ fi - a*n nrà", 

ou « les cinq cinquièmes », B'tfo'.n nwon. Les anciens 

se servaient d'autres dénominations. Comme les livres 
de Moïse sont en grande partie législatifs, les Juifs en 
nommaient le recueil, d'après la partie principale du 
contenu, minn, « la Loi, » Jos., vin, 34; I Esd., x, 3; 

II Esd., vin, 2, 14; x, 35, 37; II Par., xxv, 4, et plus 
tard min, « Loi, » sans article. Voir t. iv, col. 329. Quand ils 
considéraient le législateur ou le rédacteur de cette loi, 
ils disaient nata min, « Loi de Moïse, » Jos., vm, 32; 
1 (III) Reg., il, 3; Il (IV) Reg., xan, 25; Dan., ix, 11; 

I Esd., m, 2; vil, 6; II Par., xxm, 18; xxx, 16; ou 
plus clairement encore, minn isd, « livre de la Loi, » 

T 

Jos., i, 8; vin, 34; II Esd., vin, 3; on nwn min isd, 

« livre de la Loi de M'oïse ». Jos., vm, 31; xxm, 6; 

II (IV) Reg., xiv, 6; II Esd., vin, 1; ou plus brièvement, 
rwa isd, « livre de Moïse », I Esd., vi, 18; II Esd., xm, 

I ; II Par., xxv, 4; xxxv,12. Mais, lorsqu'on avait en vue. 
l'origine divine et la révélation de la Loi mosaïque, on 
la nommait nin» min, « Loi de Jéhovah, » I Esd., vu, 

10; I Par., xvi, 40; II Par., xxxi, 3; xxxv, 26; ou bien 
□iri^N min, « Loi d'Élohim, » II Esd., vm, 18; x, 29, 
30; ou nim min ISD, « livre de la Loi de Jéhovah, » 

II Par., xvn, 9; xxxiv, 14; ou a>fibN niin isd, « livre 
de la Loi d'Élohim, » Jos., xxiv, 26; II Esd., vin, 18; ou 
encore D'rfttf ou ni"» min ":sd, « livre de la loi de Jého- 
vah Élohim. » II Esd., ix, 3. Les Septante ont traduit 
ees passages par é vàjio; ou vôp.o; sans article. Dans le 
Nouveau Testament, les livres de Moïse sont désignés 
aussi parles mots 6 v6(io;, Matth.,v,17;Rom.,n, 12, etc., 
ou bien 6 vo[io; Mwja^wç, Luc, n, 22; xxiv, 44; 
Act., xxvm, 23; cf. Joa., i, 17; ou bien Siêloç MuO'o-éwc, 
Marc, xn, 26; ou simplement Mn'io^ç. Luc, xxiv, 27; 
Act., xv, 21. Dans le Talmud et chez les rabbins, les 
livres de Moïse sont nommés m'n nsc, « le livre de la 

Loi. » Buxtorf, Lexicon chaldaicum talmudicum rab~ 

binicum, p. 791 ; Levy, Chaldàisches Wôrlerbuch, 

p. 268. Le nom araméen de la collection est NnitN, 

t : - 

« loi. » Buxtorf, op. cit., p. 983; Levy, op. cit., p. 16; 
Aicher, Das alte Testament in der Mischna, Fri- 
bourg-en-Brisgau, 1906, p. 16. 

2° De chaque livre. — Les Juifs de Palestine et 
d'Alexandrie ont donné à chacun des cinq livres des 
noms différents. Dans la Bible hébraïque, les premiers 
mots du texte ont servi à désigner chaque livre : le 
premier est nommé n'tfsis, le 2 B , niais- û'îni ou nic^, 

le 3", *np»i, le 4 e , i.s-pt, et le 5 e , D'ia^n rrt« ou c>13~. 

Cf. Origène, InPs. I, t. xn, col. 1084; et dans Eusèbe, 
H. E., vl, 25, t. xx, col. 580; S. Jérôme, Prologus gaiea- 
tas, t. xxviii, co). 552; S. Isidore de Séville, Etym., 
1. VI, ci, n. 4, t. lxxxii, col. 229. A'oir Biblische 
•Zeitschrift, 1905, t. m, p. 149-150. Les rabbins ont 
cependant donné aux trois derniers de ces livres des 
noms qui résument leur contenu : ainsi ils appelaient 
Je 3 e , s'Jn's m'n, « loi des prêtres, »le4 e , =nv>s- -sih, 

« livre des recensements » (selon la transcription d'Ori- 
gène, loc, cit., et dansEusèbe, H.E., vi, 25, t. xx, col. 580, 
'A(j. ¥ u.5a'j)sxw6e['[i), ou encore ~.z~zz, « dans le désert, » 

et le 5 e , min nJ™'^, « répétition de la Loi, » d'après une 
T .... 

fausse interprétation de Deut., xvn, 18, qui parle seule- 
ment d'Un exemplaire de cette loi, c'est-à-dire duDeu- 



téronome, désigné sous le nom de m* ri. On a aussi 

T 

considéré*ce livre comme une mischnah, une Se'jïépto- 
<r;; to-j voiioO, une récapitulation de la législation pré- 
cédente. Cf. Jos., vm, 32. Les titres : n->x> nsc, « livre 

de la création, » et f'p'Tj, « dommages, « ne dési- 
gnaient pas, comme on l'a cru parfois, le premier et le 
second des cinq livres, mais seulement des sections 
particulières, à savoir le récit de la création et les lois. 
Exod., xxi, xxii. Voir J. Fùrst, Der Kanon des A. T. 
nach den Ueberlieferungen im Talmud und Midrasch, 
Leipzig, 1868, p. 5-6; Buxtorf, Lexicon chald., p. 671. 

Les Juifs alexandrins dans la version à leur usage, 
dite version des Septante, ont désigné les cinq livres 
par des noms qui conviennent, sinon à tout leur con- 
tenu, du moins au sujet traité au commencement du 
livre. Ainsi le 1 er est désigné par son début fév^tç 
y.oano'j, ou simplement Téveatç; le 2» de même "EijoSo; 
AtyjTiTou ou "E?oSo; seulement; le 3 e A&veiTty.dv ou 
AsuiTMov; le 4 e 'Api8(ioi, et le 5 e AeuTepoviijieov. Philon 
nomme les trois premiers : .ylvsatç, lEayMyï] ou é?o5oç, 
Asumxdv ou Asuitcxt) pc'gXo;. Les chrétiens ont adopté 
ces noms; les Latins ont cependant traduit àpt9[W par 
Numeri. Cf. Origène et S. Jérôme, loc. cit.; les Philo- 
sopkoumena, vi, 15-16, t. xvi, col. 3215, 3218. Xhéo- 
dulfe, évêque d'Orléans, les a expliqués en vers. Car- 
mina, II, I, t. cv, col. 299. Ils ont passé dans toutes 
les langues par l'intermédiaire des versions faites sur 
la Vulgate latine. — Sur les sections massorétiques du 
texte hébreu, voir t. n, col. 559. 

II. Analyse. — Le Pentateuque, dans son ensemble, 
est un livre en partie historique, en partie législatif, 
qui raconte l'histoire du peuple d'Israël depuis la 
création du monde jusqu'à la mort de Moïse et qui re- 
produit la législation civile et religieuse de ce peuple 
au cours de la vie du législateur lui-même. En tenant 
compte du sujet traité et même partiellement de la 
forme littéraire, le Pentateuque se diviserait tout natu- 
rellement en trois parties. La Genèse, avec ses subdi- 
visions généalogiques, sert d'introduction aux quatre 
autres livres, et raconte l'histoire juive des origines 
jusqu'à la sortie d'Egypte. Le Deutéronome, composé 
principalement de discours, contient la récapitulation, 
faite au pays de Moab, de la législation du Sinaï et ter- 
mine l'histoire d'Israël sous la conduite de Moïse: 
L'Exode, le Lévitique et les Nombres, dits les trois 
livres du milieu, présentent les mêmes caractères : ils 
racontent les pérégrinations d'Israël dans le désert et 
contiennent la législation donnée aux Hébreux. Ce plan 
général présente donc une indéniable unité d'ensemble 
Cf. F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique ratio- 
naliste, 5« édit., Paris, 1902, t. m, p. 17-25. 

1° Genèse. — Ce livre est construit suivant un plan 
particulier, qui a été remarqué pour la première fois 
par Kurtz, Die Einheit der Genesis, Berlin, 1846, 
p. lxvii-lxviii. Il se partage en dix sections d'inégale 
longueur et d'inégale importance, qui débutent par une 
formule identique ; niVrn n)«, il, 4; v, 1 ; VI, 9; x, 1; 

xi, 27; xxv, 12; xxv, 19;xxxvi, 1; xxxvn, 2. La variante : 
hVtVh isû ht, v, 1, qui est synonyme de la précédente, 

et le double emploi, xxxvi, 1, 9, dans la notice d'Ésaû, 
dont le second n'est qu'une transition, ne changent pas 
le résultat, qui a été voulu et recherché pour lui-même. 
Le contenu des sections sert à indiquer le sens de tôldôf. 
Ce mot signifie étymologiquement générations ; il a 
une autre signification dans les titres des sections de la 
Genèse. Si ces titres n'étaient suivis que de la généa- 
logie des personnages nommés, le mot pôldôp signi- 
fierait seulement table généalogique. Mais comme la 
plupart des sections contiennent plus que de simples 
énumérations de noms, le sens réel du mot est plus 
compréhensïf. On pense généralement que de la signi- 



53 



PENTATEUQUE 



54 



fication dérivée : généalogie, l'auteur a passé à celui 
d'histoire. Le titre de ces récits indique dpnc leur 
genre littéraire. Non pas qu'il signifie : « histoire rela- 
tant des traditions populaires, » comme l'a prétendu 
le P. de Hummelauer, Exegetisches zur Inspirations- 
frage, dans les Biblische Studien, Fribourg-en-Bris- 
gau, 1904, t. ix, fasc. 4, p. 26-32 ; mais bien histoire, 
fondée sur les généalogies, développées par des récits, 
parce que les généalogies constituaient la partie prin- 
cipale et le cadre de l'histoire primitive*. Cf. abbé de 
Broglie,Les généalogies bibliques, dans le Congrès scien- 
tifique international des catholiques, Paris, 1889, t. i, 
p. 94-101. Voir t. m, col. 160. Le sens d'histoire une 
fois admis, l'auteur l'a appliqué même aux choses ina- 
nimées, auxcieux et à la terre, n,4, dont il racontait la 
création. 

Après une introduction sur la création du monde en 
six jours, i, l-ii, 3, voir t. u, col. 1034-1054, la Genèse 
se divise donc en dix sections, débutant par le même 
titre : 1° Histoire du ciel et de la terre, ir, 4-iv, 26. 
Après le titre, u, 4, cette section raconte la création 
spéciale de l'homme et de la femme, il, 5-25; la ten- 
tation et la chute d'Adam et d'Eve, leur expulsion du 
paradis terrestre, m, 1-24;** la naissance de Caïn et 
d'Abel, les caractères différents de ces deux fils d'Adam, 
le meurtre d'Abel par Caïn et la punition du meurtrier, 
iv, 1-16; l'histoire de la postérité de Caïn et la nais- 
sance de Seth, iv, 17-26. — 2° Histoire d'Adam, v, 1-vi, 8. 
Cette section donne la généalogie des dix patriarches 
antédiluviens depuis Adam jusqu'à Noé, v, 1-31, et ra- 
conte la perversion de l'humanité primitive, perver- 
sion qui attire sur la terre les châtiments de Dieu, vi, 
1-8. — 3° Histoire de Noé, VI, 9-ix, 29. Noé, parce qu'il 
est juste, trouve grâce devant Dieu qui lui ordonne de 
construire une arche, destinée à le sauver du déluge, 
lui, sa famille et un couple de chaque espèce d'ani- 
maux, vi, G-22. Il entre dans l'arche, vu, 1-9. La pluie 
tombe pendant quarante jours et quarante nuits et les 
eaux qui couvrent et détruisent tout demeurent sur la 
terre durant 150 jours, vu, 10-24. Après la cessation de 
la pluie, les eaux diminuent progressivement et Noé 
sort de l'arche, vm, 1-14. Voir Déllge. Il offre un sa- 
crifice à Dieu qui le bénit et fait alliance avec lui, vm, 
15-ix, 17. Il plante la vigne, maudit Cham, bénit Sem 
et Japlieth, et meurt, îx. 18-29. — 4» Histoire des fils de 
Noé. x, 1-xi. 9. Elle se réduit à la table des peuples 
issus de Japheth, de Sem, x, 1-32, à laquelle est joint 
le récit de la construction de la tour de Babel et de la 
confusion des langues, xi, 1-9. — 5° Histoire de Sem, 
xi, 10-26. C'est la répétition de la généalogie de Sem et 
sa continuation jusqu'à Tharé, père d'Abraham. — 
6° Histoire de Tharé et d'Abraham, xi, 27-xxv, 11. La vie 
de Tharé et de ses enfants ayant été résumée, XI, 27- 
32, l'histoire spéciale d'Abraham commence par le récit 
de sa vocation et de sa migration de Haran au pays de 
Chanaan, xfi, 1-9, et par celui de son séjour en Egypte 
et de la préservation de Sara, son épouse, xii, 10-20. 
Revenu en Chanaan, Abraham se sépare de Lot, son 
neveu, xin, 1-13. et Dieu promet de donner le pays à sa 
postérité, xni, 14-18. Quatre rois confédérés envahissent 
la Pentapole et emmènent Lot qui habitait à Sodome, 
xiv. 1-12; Abraham poursuit les envahisseurs et leur 
ravit le butin qu'ils avaient enlevé. Alelchisédech bénit 
Abraham et celui-ci rend au roi de Sodome tout son 
bien, xiv, 13-24. Dieu conclut une alliance solennelle 
avec Abraham, à qui il prédit les destinées de sa race, 
xv, 1-21. Abraham épouse Agar, qui enfante lsmaèl, 
après avoir fui au désert pour échapper aux mauvais 
traitements, que Sara, sa maitresse, lui infligeait, xvi, 
1-16. Dieu change le nom d'Abram en celui d'Abraham, 
renouvelle ses promesses, institue la circoncision et 
prédit la naissance d'un fils de Sara, xvn, 1-22. Abra- 
ham se circoncit et avec lui toute sa famille, xvn, 



13-27. Trois anges lui apparaissent, lui renouvellent 
l'annonce d'un fils de Sara et le préviennent de la ruine 
de Sodome et de Gomorrhe, qu'ils vont accomplir 
malgré l'intervention d'Abraham, xvm, 1-33. Récit 'du 
crime des Sodomites et de la délivrance de Lot, xix, 
1-29; naissance incestueuse de Moab et d'Ammon,xrx, 
30-38. Aventure de Sara chez Abimélech, roi de Gérare, 
xx, 1-18. Naissance d'Isaac et expulsion d'Ismaël, xxi, 
1-21. Alliance d'Abraham avec Abimélech, xxi, 22-34. 
Abraham se dispose à immoler Isaac sur l'ordre de 
Dieu, qui, satisfait de sa bonne volonté, arrête sa main 
et renouvelle les promesses précédentes, xxn, 1-19. 
Postérité de Nachor, xxm, 20-24. Mort et sépulture de 
Sara dans le champ d'Éphron, xxm, 1-20. Abraham 
envoie un de ses serviteurs en Mésopotamie chercher 
une femme à Isaac, xxiv, 1-9; prière de ce serviteur 
qui rencontre Rébecca, xxiv, 10-28; il la demande en 
mariage pour son jeune maître, xxiv, 29-54, et la ra- 
mène, xxiv, 55-61. Mariage d'Isaac, xxiv, 62-67. Abra- 
ham épouse Cétura, partage ses biens entre ses enfants, 
meurt et est enseveli avec Sara, xxv, 1-11 — 7° Histoire 
d'Ismaël, xxv, 12-18. Elle se réduit à l'indication de sa 
postérité et au récit de sa mort. — 8° Histoire d'Isaac, 
xxv, 19-xxxv, 29. Naissance d'Ésaù et de Jacob, xxv, 19- 
26. Ésaû vend son droit d'aînesse, xxv, 27-34. Au temps 
d'une famine, Isaac va chez Abimélech, reçoit des pro- 
messes divines et fait passer Rébecca pour sa sœur, 
xxvi, 1-11. Ses richesses excitent l'envie des habitants, 
qui bouchent les puits qu'il a creusés, xxvi, 12-22. 
ABersabée, Dieu lui apparaît de nouveau, et Abimélech 
vient contracter alliance, xxvi, 23-33; double mariage 
d'Ésaù, xxvi, 34, 35. Jacob obtient la bénédiction de 
son père à la place d'Ésaù, xxvn, 1-29; Ésaù est béni à 
son tour, xxvn, 3040. Jacob va en Mésopotamie pour 
échapper à la colère de son frère et pour chercher une 
femme de sa race, xxvn, 41-xxvm, 5. Ésati épouse une 
troisième femme, xxvm, 6-9. Sur le chemin de Haran, 
Jacob a une vision à Béthel, xxvm, 10-22. 11 rencontre 
Rachel, fille de Laban; il l'épouse ainsi que Lia, sa 
sœur, xxix, 1-30. Naissance de onze fils et d'une fille, 
x.xix, 31-xxx, 24. Jacob fait avec Laban des conventions, 
et il s'enrichit habilement, xxx, 25-43. Parce que les fils 
de Laban le jalousaient, il quitte furtivement Haran et 
Laban le poursuit, xxxi, 1-24. Ils contractent ensemble 
une alliance, xxxi, 25-55. Jacob envoie des présents à 
Ésaii'xxxn, 1-21; il lutte avec un ange, xxxii, 22-32. 
Ésafi lui fait bon accueil, xxxiii, 1-17. Jacob passe à 
Salem et achète le champ d'Hémor à Sichem, xxxiii, 
18-20. Enlèvement de Dina par les Sichémites et ven- 
geance de ses frères, xxxiv, 1-31. Dieu apparaît de 
nouveau à Jacob et lui ordonne de lui élever un autel 
à Béthel, xxxv, 1-7. Mort de Débora, nourrice de Ré- 
becca, et changement du nom de Jacob en celui d'Israël, 
xxv, 8-15. Naissance de Benjamin et mort de Rachel, 
xxxv, 16-20. Inceste de Ruben, liste des fils de Jacob 
et mort d'Isaac, xxxv, 21-29. — 9° Histoire d'Ésaù, 
xxxvi, 1-42. Elle n'est que le tableau généalogique de 
sa postérité. — 10° Histoire de Jacob, xxxvn, 1-L, 25. 
Joseph, le fils préféré de Jacob, est jalousé par ses 
frères, xxxvn, 2-11. Envoyé pour les rejoindre à Do- 
thain, il est vendu par eux à des Ismaélites qui le re- 
vendent à Putiphar, xxvn, 12-36. Les fils de Juda, spé- 
cialement à la suite de ses relations avec Thamar, sa 
bru, xxxviii, 1-30. Joseph chez Putiphar'; accusé par la 
femme de son maître, il est jeté en prison, xxxix,1-23. 
Il interprète les songes du panetier et de l'échanson 
du Pharaon, XL, 1-23; puis ceux du Pharaon lui-même, 
xli, 1-36; c'est pourquoi il est mis à la tète de l'Egypte, 
XXI, 37-46. Les sept années de fertilité; naissance des 
fils de Joseph, xli, 47-52. Commencement de la famine, 
xli, 53-57. Jacob envoie ses fils en Egypte; Joseph les 
reconnaît, retient Simëon en captivité et renvoie les 
autres à leur père, xlii, 1-25. Leur retour; Jacob re- 



55 



PENTATEUQUE 



56 



îuse àe \a\sser partir Benjamin, xui, 26-38. Contraint 
par la famine, il consent au départ de Benjamin, XLin, 
1-15. Ses fils sont reçus par le chef de la maison de 
Joseph, puis par Joseph lui-même, xliii, 15-34. La coupe 
de Joseph est mise à dessein dans le sac de Benjamin ; 
Joseph veut punir le ravisseur; Judas s'offre à la place 
de son jeune frère, xliv, 1-34. Joseph se fait reconnaître 
et veut faire venir son père en Egypte, xlv, 1-28. Arri- 
vée de Jacoh en Egypte, et liste de ses enfants et petits- 
enfants, xl vi, 1-27. Rencontre de Joseph et de son père, 
xlvi, 28-34. Joseph obtient de Pharaon la terre de Ges- 
sen, xlvii, 1-12. Les Égyptiens achètent des vivres, 
xlvii, 13-26. Après 17 ans de séjour en Egypte, Jacob 
fait à Joseph ses dernières recommandations, xlvii, 27- 
31. Devenu malade, il adopte les deux fils de Joseph et 
les bénit, xlviii, 1-22. Il bénit tous ses fils et meurt, 
xlix, 1-32. Joseph le fait ensevelir en Chanaan, l, 1-12. 
Ses frères lui demandent pardon; il leur promet ses 
bonnes grâces. Sur le point de mourir, il demande que 
ses ossements soient un jour emportés au pays de Cha- 
naan. Il meurt et il est enterré en Egypte, L, 13-25. 

On a prétendu que, dans la pensée de l'auteur, le 
nombre des dix sections avait une valeur symbolique 
et signifiait l'universalité ou la perfection de l'histoire 
primitive de la théocratie. Mais cette idée symbolique, 
imaginée par les critiques modernes, n'est probable- 
ment jamais entrée dans l'esprit de cet auteur. 

Le « schématisme », comme on dit, de la Genèse ne 
se manifeste pas seulement dans ce sectionnement en 
dix parties ayant le même titre ; on le remarque encore 
dans la disposition des sections et dans le procédé, 
identiquement suivi pour chaque section. Les tôldôt sont 
disposées dans l'ordre de leur importance. Il y en a de 
deux sortes, en effet, celles de la ligne directe d'Adam 
à Jacob, et celles des lignes latérales, au nombre de 
trois, à savoir, celles des enfants de Noé, d'Ismaël et 
d'Ésaù. Ces dernières, qui ont moins d'importance, 
sont plus courtes et elles précèdent toujours les branches 
parallèles delà ligne principale. Elles sont donc inten- 
tionnellement placées en avant et peu développées en 
raison de leur moindre importance. Les branches secon- 
daires sont ainsi éliminées, et ne reparaissent plus qu'ac- 
cidentellement, quand elles sont mêlées à l'histoire 
de la branche principale. Du reste, ce procédé d'éli- 
mination est employé dans tout le livre, dont le con- 
tenu se restreint toujours de plus en plus. L'histoire, 
d'universelle qu'elle était au début, se particularise 
progressivement pour n'être plus que l'histoire reli- 
gieuse d'Israël. Caïn et sa race sont éliminés dans 
l'histoire d'Adam; les descendants"de Seth, sauf Noé, à 
partir de l'histoire de ce dernier; Cham et Japheth 
disparaissent de l'histoire de Sem; les autres fds de 
Sem sont exclus de l'histoire de Tharé et d'Abraham. 
A partir d'Ismaël, les branches secondaires, qui forment 
des sections spéciales, sont vite laissées hors d'obser- 
vation et avec les tôldôt de Jacob commence l'histoire 
du peuple élu, du peuple théocratique. 

D'autre part, l'écrivain suit un ordre déterminé dans 
les développements de chaque section. Le titre est 
suivi d'ordinaire d'une" récapitulation de la section pré- 
cédente. Ainsi Gen., il, 4, résume l'introduction, i, 1-n, 
3; v, 1, répète i, 27; xxv, 12, résume xvi, 1, 3, 15, 16; 
xxv, 19, condense xvn; xxi, 2-5. Au début des autres 
sections, il y a un point de repère avec ce qui précède : 
VI, 10-12, répète les noms des fils de Noé, v, 32, et les 
causes du déluge, xi, 1-5; x, 1, est la répétition de ix, 
18, 19; xi, 27, reproduit le verset qui termine la section 
précédente; xxXvi, 2, 3, récapitule les noms des femmes 
d'Ésaii, xxvi, 34; xxvm, 9; xxxvn, 1, est la répétition 
de xxxv, 27. Ce procédé récapitulatif, remarqué par 
Raban Maur, Comment, in Gen., 1. II, c. xn, t. cvn, 
col. 531-532, donne l'explication des répétitions signa- 
lées par les critiques comme indice de la diversité des 



sources. Les fôldôf d'un patriarche emhrassent toujours 
tout le développement qu'a pris sa maison de son 
vivant. Ainsi celles d'Abraham comprennent l'histoire 
d'Ismaël et d'Isaac, qui sont réunis pour ensevelir leur 
père, xxv, 9; celles d'Isaac racontent l'histoire d'Ésaû, 
qui, lui aussi, se joint à Jacob pour ensevelir Isaac, 
xxxv, 29; celles de Jacob comprennent l'histoire de ses 
fils jusqu'à sa mort, l, 12, et à celle de Joseph, L, 25. 
La vie du patriarche est plus ou moins développée. 
Elle est réduite parfois à quelques mots, v, xi; ou à 
quelques lignes, xi, 28-31 ; pour Noé, Abraham et Jacob, 
elle raconte de nombreux faits. Quand elle est détaillée, 
elle se termine d'une manière à peu près uniforme : 
l'écrivain indique la durée totale de la vie du héros et 
sa sépulture avec ses ancêtres, ix, 29; xi, 32; xxv, 7; 
xxxv, 28; xlvii, 28. Le total des années des patriarches 
est aussi indiqué au c. v; mais il ne l'est pas au c. xi, 
10-26. 

Ce plan suivi est indéniable et prouve que la Genèse 
a été rédigée dans un but déterminé et d'après un ordre 
fixé. Les critiques modernes l'attribuent au rédacteur 
définitif du Pentateuque qui, selon eux, aurait emprunté 
au code sacerdotal le cadre généalogique et le schéma- 
tisme, lesquels seraient Une des caractéristiques de 
cette source. Il montre, à tout le moins, l'unité actuelle 
de ce livre, compris comme un vaste tableau généalo- 
gique, embrassant les détails connus de l'histoire pri- 
mitive et de l'histoire patriarcale. Cf. P. Delattre, Plan 
de la Genèse, dans la Revue des questions historiques, 
juillet 1876, t. xx, p. 5-43; Id., Le plan de la Genèse 
et les générations du ciel et de la terre, dans la Science 
catholique^ du 15 octobre 1891, t. v, p. 978-989; P. de 
Broglie, Élude sur les généalogies bibliques, dans le 
Congrès scientifique international des catholiques de 
1888, Paris, 1889, t. i, p. 94-101; P. Julian, Étude cri- 
tique sur la composition de la Genèse, Paris, 1888, 
p. 232-250. 

A ne considérer que le contenu de la Genèse, on a 
proposé des divisions logiques en deux ou huit parties. 
Dans le premier cas, le livre raconte : 1° l'histoire de 
l'humanité depuis la création jusqu'à la vocation 
d'Abraham, n, 4-xi, 26; 2° l'histoire des patriarches 
Abraham, Isaac et Jacob, ancêtres du peuple juif, jus- 
qu'à la mort de Jacob et de Joseph en Egypte, xi, 27-L, 

25. Chacune de ces parties principales se subdiviserait 
en cinq sections, commençant par tôldôt. Cf. R. Cor- 
nely, Introductio specialis in historicos V. T. libros, 
Paris, 1887, t. n, p. 8-10. Beaucoup de critiques mo- 
dernes acceptent cette division et séparent l'histoire pri- 
mitive, i, 1-xi, 9, de l'histoire des patriarches, xi, 28-L, 

26, reliée à la première par la généalogie de Sem, xi, 
10-27. Dans le second cas, on distingue : 1° la création 
du monde et de l'homme, i, 1-in, 24; 2» l'histoire de 
l'humanité jusqu'au déluge et l'alliance conclue entre 
Dieu et Noé après le cataclysme, IV, 1-ix, 17; 3° les 
trois fils de Noé considérés comme pères de l'humanité 
postdiluvienne, ix, 18-x, 32; 4° la séparation des 
hommes au point de vue des langues, la formation 
des nations, et la généalogie de Sem, xi; 5° l'histoire 
d'Abraham, père du peuple de la promesse, xn, 1-xxv, 
11; 6° la généalogie d'Ismaël, xxv, 12-18, et l'histoire 
d'Isaac, xxv, 19-xxxv, 39; 7» la généalogie d'Ésaù, xxxvi; 
8° l'histoire de Jacob, xxxvii-l. 

2° Exode. — Après la mort de Joseph, l'histoire du 
peuple d'Israël ne procède plus par généalogies. Israël 
est devenu un peuple et son histoire, squs la conduite 
de Moïse, est celle de sa constitution nationale et reli- 
gieuse. Elle se poursuit dans les quatre autres livres du 
Pentateuque, qui sont à la fois historiques et législa- 
tifs. La séparation des trois livres du milieu est un peu 
arbitraire; elle n'a eu peut-être d'autre raison, comme 
nous l'avons déjà dit, que la nécessité de diviser en 
parts à peu près égales un rouleau qui, autrement, 



57 



PENTATEUQUE 



58 



aurait été trop -volumineux. Les faits qu'ils racontent 
se suivent et se complètent. On peut néanmoins consi- 
dérer chacun d'eus comme un tout séparé. 

L'Exode, après un court préambule, i, 1-7, qui est 
comme la récapitulation des fôldôp de Jacob, peut se 
diviser en trois parties très distinctes : la première partie 
raconte les événements qui ont précédé et préparé la 
sortie d'Egypte, I, 8-xn, 36, à savoir, l'oppression des 
Israélites par un nouveau Pharaon, qui n'avait pas 
connu Joseph, i, 8-22; l'histoire de Moïse avant sa voca- 
tion, II, 1-25; la vocation de Moïse comme sauveur de 
son peuple, son retour en Egypte et l'accueil que lui 
font les Israélites, m, 1-iv, 31; les premières tentatives 
de Moïse et d'Aaron auprès du roi d'Egypte, v, 1-vi, 
13; une généalogie des fils de Kuben, Siméon et Lévi, 
précédant et préparant la généalogie de Moïse, vi, 14- 
30; une nouvelle mission divine de Moïse et la descrip- 
tion des neuf premières plaies d'Egypte, vin, 1-x, 29; 
la prédiction de la dixième plaie, XI, 1-10; l'institution 
et la célébration de la première Pâque, xn, 1-28, la 
mort des premiers-nés des Égyptiens et les préparatifs 
de la sortie d'Egypte, 29-36. La seconde partie rapporte 
les faits accomplis depuis la sortie d'Egypte jusqu'à 
l'arrivée des Israélites au pied du Sinaï, xn, 37-xviu, 
27. Le récit du départ des Israélites est suivi de la 
législation concernant la Pâque future, souvenir et 
anniversaire de la première et la consécration des 
premiers-nés, xn, 37-xni, 16. Viennent ensuite le récit 
des premiers campements des Israélites, la poursuite 
de l'armée égyptienne, qui serre les fugitifs sur les 
bords de la mer Rouge, xm, 17-xiv, 14. Les Israélites 
passent la mer à pied sec, et les Égyptiens sont englou- 
tis dans les Ilots, xiv, 15-31. Cantiques de Moïse et de 
Marie, sa sœur, xv, 1-21. Les stations dans le désert 
sont ensuite spécifiées avec les événements qui s'y 
rattachent : à Sur, à Mara, à ÉHm,xv, 22-27, au désert 
de Sin avec l'envoi des cailles et de la manne, xvi, 1- 
36, à Raphidim, où l'eau sort du rocher, xvn, 1-7, et 
où les Israélites battent les Amalécites, 8-16. La visite 
de Jéthro, beau-père de Moïse, sert d'occasion à l'institu- 
tion des juges du peuple, xvm, 1-27. La troisième 
partie débute par le voyage de Raphidim au pied du 
Sinaï, xix, 1, 2. A cette longue station se rattache une 
portion de la législation mosaïque, de sorte que l'ou- 
vrage, d'historique qu'il était, devient code législatif. 
Moïse monte au sommet du mont Sinaï, où Dieu lui 
indique les préparatifs, puis, trois jours après, les dis- 
positions extérieures de la promulgation de ce qu'on a 
appelé son alliance avec Israël, xix, 3-25. Suit la pro- 
mulgation du Décalogue et des conditions de l'alliance 
qui forment le livre de l'alliance, xx, 1-xxiu, 33. Ce 
livre, ainsi nommé, xxiv, 7, comprend la loi de l'autel, 
xx, 24-26, des lois sur les esclaves, xxi, 1-11, sur l'homi- 
cide et les rixes, 12-27, sur les dommages causés par 
les animaux, 28-36, sur les voleurs, xxn, 1-4, les damni- 
ficateurs, 5, 6, les dépositaires négligents, 7-13, sur le 
prêt, 14, 15, sur des points de morale ou de religion, 
xxn, 16-xxiii, 9, sur l'année sabbatique et le sabbat, 
10-12, et les trois fêtes annuelles, 13-19. Des promesses 
sont attachées à l'observation de ces lois, 20-33. Voir 
t. i, col. 388. L'alliance, fondée sur ces conditions, est 
conclue entre Dieu et Israël, xxiv, 1-8. Dieu se manifeste 
aux anciens du peuple, puis à Moïse seul qui, pendant 
quarante jours et quarante nuits au sommet de la mon- 
tagne, reçoit du Seigneur une description précise de 
l'arche d'alliance, de la table des pains de proposition, 
du candélabre à sept branches, du tabernacle et de 
l'autel des holocaustes, des vêtements sacerdotaux, des 
rites de la consécration des prêtres, diverses lois, la 
désignation des constructeurs du tabernacle et une loi 
relative à l'observance du sabbat, xxiv, 9-xxxi, 18. Le 
récit historique reprend. Pendant l'absence prolongée 
de Moïse, le peuple adore le veau d'or. Dieu s'en irrite; 



Moïse intercède pour le peuple, brise les tables de la 
loi, renverse l'idole, punit les coupables, intercède de 
nouveau auprès du Seigneur, qui fait grâce au peuple 
repentant, xxxn, 1-xxxin, 6. Moïse transporte le taber- 
nacle hors du camp et Dieu propose de renouveler 
l'alliance rompue par l'infidélité des Israélites. Moïse 
taille de nouvelles tables, reçoit une seconde fois de 
Dieu les conditions de l'alliance, après 40 jours de 
séjour au sommet du Sinaï, rapporte les tables de la 
loi, gravées de sa propre main, et reparaît le visage 
resplendissant de la gloire divine, xxxiii, 7-xxxiv, 35. 
Les ordres divins au sujet de la construction du taber- 
nacle et des instruments du culte s'accomplissent : les 
Israélites apportent leurs dons; les ouvriers désignés 
les emploient à la construction du tabernacle, de l'arche, 
de la table des pains de proposition, du candélabre, 
des autels et des vêtements sacerdotaux, xxxv, 1-xxxix, 
29. Tout le travail achevé est béni par Moïse. Dieu or- 
donne d'ériger le tabernacle, de vêtir et d'oindre les 
prêtres. Ses ordres sont exécutés, et la nuée du Sei- 
gneur couvre le tabernacle, xxxix, 30-XL, 36. 

3° Lévitique. — Ce livre est presque en entier légis- 
latif et continue l'exposé des lois, données par Dieu à 
Moïse au Sinaï. Les nombreuses lois qu'il contient sont 
codifiées sans ordre logique. Il y a cependant certains 
groupements de dispositions concernant le même sujet. 
Une première section, i-vn, est consacrée aux sacrifices : 
holocaustes, i, 1-17; oblations, n, 1-16; sacrifices paci- 
fiques, ni, 1-17; sacrifices pour le péché involontaire, 
iv, 1-v, 13, et pour le délit volontaire, v, 14-vi, 7. Sui- 
vent les préceptes concernant les prêtres dans l'offrande 
de ces divers sacrifices, vi, 8-10, puis de nouvelles pres- 
criptions au sujet des sacrifices pacifiques entrecou- 
pées par la défense réitérée de manger la graisse et le 
sang, vu, 11-34, et terminées par une conclusion géné- 
rale, 35-38. Une seconde section raconte en détails la 
consécration d'Aaron et de ses fils, vm, 1-36, et l'inau- 
guration de leurs fonctions, ix, 1-24. Suit l'épisode de 
la punition de Nadab et d'Abiu, coupables d'un man- 
quement dans le service divin, x, 1-27. Enfin vient la 
défense faite aux prêtres de boire du vin et des liqueurs 
enivrantes, et une prescription relative à la manduca- 
tion des restes du sacrifice, x, 8-20. Une troisième 
section réunit les lois de la pureté légale, xi-xv : les 
animaux purs el impurs, xi, 1-47; la purification de la 
femme en couches, xn, 1-8; la lèpre des hommes, xm, 
1-46, des habits, xm, 47-59; la purification du lépreux, 
xiv, 1-32; la lèpre des maisons, 33-53; récapitulation, 
54-57; les impuretés sexuelles, xv, 1-33. Une quatrième 
section expose les rites de la fôte annuelle de l'expia- 
lion, xvi, 1-34. Après une loi spéciale sur l'immolation 
des victimes et la défense de manger le sang et les 
bêtes mortes, xvn, 1-16, une cinquième section groupe 
les lois concernant la pureté extérieure et inté- 
rieure, xvm, 1-5, à savoir les mariages interdits, xvm, 
6-30; les devoirs envers Dieu et le prochain, xix, 1-18, 
et différents préceptes de même nature, xix, 19-37. Des 
peines sévères sont portées contre les violateurs de ces 
dispositions, xx, 1-27. Lois spéciales sur la sainteté des 
prêtres, irrégularités sacerdotales, xxi, 1-24. Conditions 
à remplir par les prêtres et les membres de leurs 
familles pour pouvoir manger les choses saintes, xxn, 
1-16. Qualités que doivent avoir les victimes des sacri- 
fices, 17-30. Conclusion, 31-33. Liste des fêtes à célébrer, 
xxm, 1-44. Loi sur l'huile du tabernacle et les pains 
de proposition, xxiv, 1-9. A l'occasion d'un fait parti- 
culier, peine portée contre les blasphémateurs, xxrv, 
10-23. L'année sabbatique et le jubilé, xxv, 1-55. Pro- 
messes et menaces pour l'observation ou la violation de 
la loi divine, xxvi, 1-45. Loi sur les vœux et les dîmes, 
xxvn, 1-34. 

4° Nombres. — Ce livre reprend le récit du séjour 
des Israélites dans le désert, récit qui avait été inter- 



59 



PENTATEUQUE 



60 



rompu par l'exposé de la législation donnée par Dieu à 
Moïse sur le Sinaï. Il le reprend au départ du Sinaï, 
au second mois de la seconde année après la sortie 
d'Egypte, et il le conduit jusqu'au onzième mois de la 
quarantième année du séjour dans le désert. Mais 
l'histoire de ces 38 années n'est pas racontée en détail ; 
seuls, les événements du début et de la fin de cette 
période sont rapportés. Des lois nouvelles sont insérées 
dans la trame des faits. Les Nombres peuvent donc se di- 
viser en trois parties : — l re partie. Événements qui se 
sont produits depuis les préparatifs du départ du Sinaï 
jusqu'à la condamnation divine du peuple révolté, i-xiv. 

— Elle se subdivise en deux sections : — l re section. 
Préparatifs du départ : 1» recensement du peuple d'où 
le livre a pris son nom, et office des lévites, i, 1-54; 
2° ordre des campements, n,l-34; 3" généalogie, office, 
recensement et place des lévites, m, 1-39; recense- 
ment des premiers-nés que remplacent les lévites, 40- 
51; offices de chaque famille de lévites, iv, 1-33; réca- 
pitulation, 34-49; 4» lois particulières, dont la première 
concerne la pureté du campement, v, 1-vi, 27; 5° re- 
tour en arrière et récit de ce qui s'est passé au premier 
mois de la seconde année, lors de l'érection du taber- 
nacle, cf. Exod. xl, 1 ; offrande de chariots pour porter 
le tabernacle, et autres offrandes des princes de chaque 
tribu, Num., vu, 1-89; loi relative au candélabre, vin, 
1-4; consécration des lévites et durée de leur ministère, 
vin, 5-26; la Pâque de la seconde année, avec une 
Pâque extraordinaire, IX, 1-14; signaux de la levée du 
camp, la nuée lumineuse et le son des trompettes, IX, 
15-x, 10. — II e section. Départ du Sinaï jusqu'à la dé- 
faite des Israélites par les Amalécites : le 22 du second 
mois de la deuxième année, levée du campement et 
ordre de la marche, x, 11-28; Moïse invite Hobab à le 
suivre, 29-32; après trois jours de marche, murmure 
du peuple puni par l'incendie d'une partie du camp, xi, 
1-3; le peuple venu d'Egypte, las de la manne, veut de 
la viande; Dieu donne à Moïse des aides pour gouverner 
et envoie des cailles, xi, 6-34; reproches d'Aaron et de 
Marie contre Moïse; Marie est couverte de lèpre, xn, 
1-15. De Pharan, Moïse envoie au pays de Chanaan des 
explorateurs dont le récit, à leur retour, provoque une 
sédition du peuple, xm, 1-xiv, 10; Dieu fait périr les 
explorateurs coupables et condamne les Israélites ré- 
voltés à séjourner quarante ans dans le désert, xiv, 11- 
38; le peuple prend les armes, mais est battu par les 
Amalécites, xiv, 39-45. — II e partie. Quelques épisodes 
des quarante ans du séjour dans le désert. — Lois di- 
verses, xv, 1-31; un violateur du sabbat lapidé, xv, 32- 
36; loi des franges aux vêtements, xv, 37-41. Révolte 
de Cpré, de Dathan et d'Abiron, xvi, 1-40; punition des 
murmures du peuple, xvi, 41-50; la verge d'Aaron 
fleurit, xvn, 1-13. Offices, droits et charges des prêtres 
et des lévites, xvm, 1-32; immolation de la vache 
rousse, et lois de purification, xix, 1-22. — III e partie. 
Derniers événements de la fin du séjour dans le désert. 

— Après la mort de Marie, révolte à Cadès; Moïse frappe 
deux fois le rocher, xx, 1-13; ambassade au roi d'Édom 
qui refuse le passage sur ses terres, xx, 14-21; mort 
d'Aaron à Hor, xx, 22-30; victoire remportée sur le roi 
Arad, xxi, 1-3; les Israélites contournent l'Idumée, se 
plaignent de Moïse et sont punis par des serpents de 
feu, xxi, 4-9; itinéraire suivi jusqu'à l'Arnon; chant de 
l'Arnon et chant du puits, xxi, 10-20; expédition contre 
Séon et chant d'Hésébon, xxi, 21-30; victoire remportée 
sur Og, xxi, 31-35. Dans les champs de Moab, bénédic- 
tions et oracles de Balaam, xxii, 1-xxrv, 25; crime des 
Israélites, zèle de Phinées et ordre d'exterminer les 
Madianites, xxv, 1-18. Nouveau recensement du peuple, 
xxvi, 1-65. Loi sur les filles héritières à l'occasion des 
filles de Salphaad, xxvn, 1-11. Josué est institué suc- 
cesseur de Moïse, xxvn, 12-23. Lois sur les sacrifices, 
les fêtes et les vœux, xxvin, 1-xxx, 17. Victoire sur les 



Madianites, xxxi, 1-54. Attribution du pays situé à l'est 
du Jourdain aux tribus de Ruben et de Gad et à la 
demi-tribu de Manassé, xxxii, 1-42. Résumé des stations 
des Israélites dans le désert, xxxm, 1-49. Ordre donné 
par Dieu d'exterminer les Chananéens, xxxm, 50-56. 
Limites de la Terre Promise et noms des hommes qui 
feront le partage du pays conquis, xxxiv, 1-29. Villes 
lévitiques et villes de refuge, xxxv, 1-15. Lois sur 
l'homicide volontaire et involontaire et sur le mariage 
des filles héritières, xxxv, 16-xxxvi, 12. Conclu- 
sion, f. 13. 

L'analyse précédente, qui est tout à fait objective, 
montre clairement que si, dans les livres du milieu, 
Exode, Lévitique et Nombres, le récit historique se 
développe d'une façon assez cohérente pour l'ensemble, 
dans un cadre à la fois chronologique et géographique, 
tracé par les stations ou campements successifs des 
Israélites dans le désert, et que si la législation sinaï- 
tique s'y insère naturellement à sa date, cependant les 
lois sont souvent groupées en codes ou recueils distincts, 
qui sont juxtaposés plutôt que coordonnés, et les pres- 
criptions elles-mêmes de chaque code ne sont pas tou- 
jours logiquement distribuées ; beaucoup semblent être 
des lois complémentaires ou explicatives des précé- 
dentes. Il y a donc, dans ces livres et dans leurs 
parties, un certain ordre; mais il n'est pas toujours 
apparent, et la disposition actuelle trahit certaines 
répétitions, qui proviennent de la manière dont la loi 
mosaïque a été promulguée. Elle n'a pas été faite d'un 
seul coup, mais progressivement et au jour le jour. Le 
législateur est revenu plusieurs fois sur les mêmes 
sujets, en expliquant ou complétant ses premières 
ordonnances. Voir t. iv, col. 337-339. Pour les divisions 
logiques de la législation mosaïque, voir t. îv, col. 327- 
332. 

5° Deutéronome. — Ce livre a, dans le Pentateuque, 
une physionomie à part. Il ne se rattache pas aux 
Nombres comme ceux-ci aux deux livres précédents, et 
il se distingue des autres parties du Pentateuque en 
ce qu'il se compose principalement, non de récits, 
mais de discours prononcés par Moïse dans les plaines 
de Moab, le onzième mois de la 40 e année du séjour au 
désert. D'autre part, il forme, dans l'ensemble, un tout 
complet. Son plan est simple. Indépendamment du 
titre, I, 1-4, il comprend quatre discours. — Le pre- 
mier, i, 6-iv, 43, sort d'introduction au livre entier. On 
y distingue : 1° un résumé historique des faits qui ont 
suivi la promulgation de la Loi au Sinaï, i, 6-m, 29; 
2° une exhortation à observer cette Loi, IV, 1-40. Ce 
premier discours est suivi de deux enclaves : 1» un 
fragment historique sur les villes de refuge situées à 
l'est du Jourdain, iv, 41-43; 2° un préambule historique 
préparant le discours qui va suivre, IV, 44-49. — Le 
second discours, v-xxvi, fait le fond du livre. Il débute 
par un rappel de la Loi sinaïtique et il reproduit le 
décalogue, v, 1-vi, 3. Il se subdivise ensuite en deux 
parties : la première, vi, 4-xi, 32, est parénétique ; elle 
expose les motifs que les Israélites ont d'obéir à la loi 
et elle les exhorte à l'obéissance. On a signalé, x, 6, 7, 
un passage qui semble être une interpolation. Le ver- 
set 8 fait naturellement suite au verset 5. Même consi- 
dérés comme une parenthèse, les versets 6 et 7 ne 
s'expliquent guère et rompent très malencontreusement 
le résumé historique, au milieu duquel ils sont intro- 
duits. La seconde partie du discours, xn, 1-xxvi, 15, 
contient un code de lois,essentiellementmorales et reli- 
gieuses, qu'on a diversement groupées : 1° Lois reli- 
gieuses: unité du culte, xn, 2-27; interdiction de l'ido- 
lâtrie, xn, 28-xm, 18; prohibition de quelques usages 
païens et distinction des animaux purs et impurs, xiv, 
1-21; paiement de la dîme, xiv, 22-29; l'année sabbatique, 
xv, 1-18; offrande des premiers-nés des troupeaux, xv, 
19-23; les trois fêtes annuelles, Pâque, Pentecôte et 



61 



PENTATEUQUE 



62 



Tabernacles, xvi, 1-17; 2° institutions publiques : les 
juges, xvi, 18-xvn, 13; le roi futur, xvn, 14-20; les 
prêtres et les lévites, xvill, 1-8; les faux et les vrais 
prophètes, xvill, 9-22; 3° la justice criminelle : les 
villes de refuge, XIX, 1-13; le déplacement des bornes 
des champs, xix, 14; les témoins, xix, 15-21; 4» la 
guerre, les exempts et la manière de traiter les enne- 
mis, xx, 1-20; 5° meurtre dont les auteurs sont incon- 
nus, xxi, 1-9; 6° traitement des femmes prises à la 
guerre, xxi, 10-14; 7° droit privé : droit d'aînesse, xxi, 
15-17; conduite à l'égard d'un fils rebelle, xxi, 18-21; 
coupables punis de mort, xxi, 22, 23; animaux et objets 
perdus, xxn, 1-4; vêtements, nids d'oiseaux, construc- 
tion des maisons, mélanges disparates, franges, xxir, 
5-12; des vierges, xx/r, 13-30; de ceux qui ne peuvent 
faire partie d'Israël, xxiil, 1-8; hygiène des camps, 
xxm, 9-14; esclaves fugitifs, prostituées, usure, vœux, 
droit de prendre dans les vignes et les moissons, xxm, 
15-25; divorce, xxiv, 14; le nouveau marié, 5; droits 
des pauvres, 6-22; la flagellation, xxv, 1-3; le bœuf qui 
foule l'aire, 4; loi du lévirat, 5-10; poids et mesures, 13- 
16; extermination des Amaléciles, 17-19; les prémices 
et les dîmes, xxvi, 1-15. Péroraison : exhortation à 
observer ces lois, 16-19. — Dans le troisième discours, 
xxvii-xxvm, Moïse ordonne aux Israélites, lorsqu'ils 
auront passé le Jourdain, d'élever un autel sur lequel 
ils graveront le Deutéronome, et il leur trace les béné- 
dictions et les malédictions à prononcer ce jour-là, 
xxvn, 1-26. Moïse prononce lui-même les bénédictions 
réservées aux observateurs de la loi et les malédictions 
qui frapperont les rebelles, xxvni, 1-68. Le verset 69 
de l'hébreu (Vulgate, xxix, 1) sert de conclusion à ce 
discours. — Un quatrième discours, xxix, 1 (Vulgate 2) 
x.nx, 20. résume les bienfaits de Dieu envers Israël, 
exhorte à observer l'alliance jurée et à ne pas y être in- 
fidèle, annonce le pardon aux coupables, montre que la 
loi est facile à observer et réitère les bénédictions et les 
malédictions. 

Le recueil de ces quatre discours est complété par 
une conclusion historique, relatant les derniers événe- 
ments de la vie de Moïse, xxxi-xxxiv. Moïse choisit 
Josué comme son successeur, ordonne de lire la loi au 
peuple tous les sept ans et d'en déposer le texte dans 
l'arche, x.xxi. 1-27; il fait rassembler les anciens et 
récite son cantique, 'xxxi, 28-xxxn, 47; il contemple de 
loin la Terre Promise, xxxn, 48-52. Il bénit les tribus 
d'Israël, xxxin, 1-29. Sa mort, sa sépulture, son éloge, 
xxxiv, 1-2. Ces derniers chapitres ne sont pas très 
étroitement rattachés l'un à l'autre et sont comme des 
appendices ajoutés au Pentateuque entier. 

III. AtriiESTiciTÉ. — Nous revendiquons l'authenti- 
cité mosaïque du Pentateuque et avec la tradition juive 
et chrétienne nous pensons que Moïse est l'auteur du 
livre qui porte son nom. Mais, avant de faire la démons- 
tration de cette thèse et de résoudre les objections 
qu'on lui oppose, il est bon de déterminer dans quel 
sens nous entendons maintenir l'authenticité mosaïque 
du Pentateuque et d'indiquer la part que Moïse a prise 
à la rédaction du livre. 

/. SATIRE DE L'ACIUEXTICITÉ 3I0SAIQUE. — D'abord, 

nous ne disons pas avec Josèphe, Philon et quelques 
rabbins juifs, dont les témoignages seront rapportés 
plus loin, que Moïse a personnellement écrit ou dicté 
le Pentateuque entier, y compris le récit de sa mort. 
Deut., xxxiv, 5-12. Déjà, des Juifs dans le Talmud attri- 
buaient à Josué les huit derniers versets de la loi. Au 
rapport d'Abenesra (y 1167), le rabbin Isaac ben Jasus 
(7 1057) soutenait que Gen., xxxvi, 31, avait été écrit 
sous le règne de Josaphat. Abenesra lui-même disait en 
termes voilés que les passages, Gen., xn, 6; xxn, 14; 
Deut., 1, 1, 5; m, 11; xxxi, 9, étaient des additions faites 
au texte primitif ou en contenaient. Cf. B. Spinoza, 
Tract, theolog. polit., c. vin, dans Opéra, 2° édit. Van 



Vloten et Land, La Haye, 1895, t. 11, p. 56-58; Richard 
Simon, Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclé- 
siastiques, Paris, 1730, t. m, p. 195-221. André Masius, 
Josuse imperatoris historia illustrata, Anvers, 1574, 
praef., p. 2, dans Migne, Cursus completus Script. 
Sac, t. vu, col. 853, affirma que le Pentateuque avait 
été expliqué et complété longtemps après Moïse et il 
signala le nom d'Hébron, substitué à Cariath-Arbé, 
comme un exemple de ce travail d'adaptation posté- 
rieure. Les jésuites Benoît Pereira, Comment, et disp. 
in Gen., Lyon, 1594, t. 1, p. 13-14; Jacques Bonfrére, 
Pentateuchus, Anvers, 1625, p. 93-94 ; Tirin, Comment, 
in V. et N. T., cité dans Jean de la Haye, Bibiia 
maxima, Paris, 1669, t. m, p. 582, reconnaissaient 
dans le texte actuel des additions, faites par des scribes 
inspirés après Moïse, et ils citaientGen., xiv, 14; Num., 
xn, 3; xxi, 14, 15. Jansénius, évêque d'Ypres, Penta- 
teuchus, Louvain, 1685, prœf., p. 2, admettait aussi 
quelques additions de cette nature. Corneille de la 
Pierre, Comment, in Pent., arg., dans Comment, in 
V. et N. T., Lyon, 1732, t. 1, p. 18, émit même l'hypo- 
thèse que Moïse avait rédigé le Pentateuque par ma- 
nière de journal et d'annales, et que Josué ou un autre 
avait mis en ordre ces annales en y insérant quelques 
additions, telles que le récit de la mort de Moïse, son 
éloge, Num,, xn, 3, et en modifiant ou complétant 
certains détails, comme Gen., xiv, 14; Num., xxi, 14, 
15, 27. Au siècle suivant, un autre jésuite, le P. Veith, 
Sacra Scriptura contra incredulos propugnata, part. I, 
sect. 1, q. m, n. 8, 9, dans Migne, Cursvs completus 
Script, sac, t. iv, col. 22, note; 2" édit., col. 195-196, 
est du même sentiment que Corneille de la Pierre, 
Bellarmin, Controversiss, Milan, 1721, t. 1, p. 166, 
attribuait à Esdras une revision du Pentateuque, com- 
prenant l'addition du dernier chapitre du Deutéronome 
et l'insertion de quelques détails dans le texte. Dom 
Calmet, Commentaire littéral, l' édit., Paris, 1724, 1. 1, 
p. 9; t. n, p. 401, admettait, avec l'addition finale, 
l'introduction de quelques gloses dans le texte origi- 
nal. C'est devenu au xix e siècle l'enseignement des 
exégètes et des théologiens catholiques que l'œuvre de 
Moïse a subi des changements de noms propres et des 
altérations de nombres, des additions et des modifica- 
tions de détails, et même qu'elle a reçu peut-être dans 
sa partie législative certaines dispositions complémen- 
taires, llaneberg, Histoire de la révélation biblique, 
trad. franc., Paris, 1856, t. 1, p. 222-223; J.-T. Lamy, 
Comment, in Mb. Geneseos, Malines, 1883, t. 1, p. 36- 
39; F. Kaulen, Einleitung in die heilige Schrift, 
2» édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 172-179; F. Vi- 
goureux, Manuel biblique, 12 e édit., Paris, 1906, t. i, 
p. 463-477; Ch. Pesch, Apparatus ad historiam cose- 
vam doctrines inspirationis pênes catholicos, Rome, 
1903, p. 75; F. Prat, Le code du Sinaï, Paris, 1904, 
p. 46-60; Hôpfl, Die hôhere Bibelkritik, Paderborn, 
1902, p. 35. Voir t. IV, col. 337-339. Quelques-uns de ces 
critiques ont, en outre, admis que Moïse s'était servi 
de documents antérieurs pour la rédaction de la Genèse, 
et d'autres ont renouvelé encore l'hypothèse de l'emploi 
de secrétaires, choisis par Moïse et contrôlés par lui, 
sinon personnellement inspirés, comme l'avait pensé 
Richard Simon. J. Brucker, Authenticité des livres de 
Moïse, dans les Études, 1888, t. xxm, p. 327-340; card. 
Meignan, De l'Éden à Moïse, Paris, 1895, p. 68-77; 
Id., David, roi, psalmiste, prophète, Paris, 1889, intro- 
duction, p. XXXIV-LXV. 

M. Hoberg, t'eber négative und positive Pentateuch- 
kritik, dans Biblische Studien, Fribourg-en-Brisgau, 
1901, t. vi, fasc. 1 et 2, p. 7-9; Moses und der Penta- 
teuch, Fribourg-en-Brisgau, 1905, p. 47-69, étend davan- 
tage le champ des additions historiques et législatives 
faites au Pentateuque postérieurement à Moïse. Il signale 
au nombre des premières la conclusion du Deutéro- 



63 



PENTATEUQUE 



64 



nome, xxxi-xxxrv, ajoutée peut-être par Josué; des listes 
complétées, telles que celle de Gen., xxxvi, poussée jus- 
qu'au temps de David ou de Salomon ; Exod., xxxvi, 8- 
xxxix, 43, qui ne serait qu'une répétition retouchée 
d'Exod., xxv, 10-xxxm, 43; Exod., xxx; Num., x, 29- 
32, 35, 36; xxvu, 14; Deut., m, 86, 11, 14; iv, 41-43; 
peut-être aussi Gen., xxii, 14 6; certainement Deut., x, 
6-9; xxi, 4; peut-être les deux chants, Num., xxi, 13 6- 
15; 16 6-18; certainement les introductions, Deut, i, 
1-5; iv, 44-49. Il est plus difficile de discerner les ad- 
ditions législatives. Quelques exemples de transforma- 
tions paraissent admissibles : ainsi la loi sur la dime 
qui se présente sous cinq formes différentes. Exod., 
xxii, 28; Num., xvm, 21-32; Deut., su, 6, 11, 17; xrv; 
22-29; xxvi, 12-15. Toute disposition qui suppose une 
habitation fixe, comme Lev., xxv, 32-34, est vraisem- 
blablement, selon M. Hoberg, d'origine postérieure à 
Moïse. D'autre part, les réflexions générales, les titres et 
les conclusions des sections appartiendraient rarement 
au texte original. Moïse n'a donc pas écrit chaque mot, 
chaque phrase du Pentateuque; il en est l'auteur; mais 
son œuvre a pu recevoir au cours des siècles quelques 
additions et modifications, depuis le temps de sa com- 
position jusqu'après le retour en Palestine des Juifs 
captifs à Babylone. 

La Commission biblique a reconnu la légitimité de 
cette manière d'envisager l'authenticité mosaïque du 
Pentateuque. Le 27 juin 1906, Pie X approuvait les solu- 
tions qu'elle avait données à quatre questions soumises 
à son examen. Elle maintient d'abord l'authenticité de 
ce livre; les trois autres réponses en expliquent la 
nature : II. Vtrum mosaica authentia Pentateuchi 
talemnecessario postulet redactionem totius operis,ut 
prorsus lenendum sit Moysen omnia et singula manu 
sua scripsisse vel amanuensibus dictasse ; an etiam 
eorum hypothesis pérmitti possit qui existimant eum 
opus ipsum a se sub divinee inspirationis afflatu 
conceptum alteri vel pluribus scribendum commisisse, 
ita tamen utsensa sua fideliter redderent, nihil contra 
suam voluntatem scriberent, nihil omitterent ; ac tan- 
dem opus hac ratione confectum, ab eodern Moyse 
principe inspiratoque auctore prolatum, ipsiusmet 
nomine vulgaretur? Resp. Négative ad primant par- 
te m, affirmative ad secundani. — III. Vtrum absque 
prssjudicio mosaicee authenlise Pentateuchi concedi 
possit Moysen ad suum conficiendum opus fontes ad- 
hibuisse, scripta videlicet documenta vel orales tradi- 
tiones, ex quibus, secundum peculiarem scopum sibi 
propositum et sub divines inspirationis afflatu, non- 
nulla hauserit eaque ad verbum vel quoad sententiam, 
contracta vel amplificata ; ipsi operi inseruerit? Resp. 
Affirmative. — IV. Vtrum, salva substantialiter 
mosaica authentia et integritate Pentateuchi, ad 
mitti possit tam longo sseculorum decursu nonnullas 
ei modificationes.obvenisse, uti : addimenta post Moysi 
morlem vel ab auctore inspirato apposita, vel glossas 
et explicationes textui interjectas, vocabula qusedam 
et formas sermone antiquato in sermonem recentio- 
rem translatas ; niendo sas demum lectiones vitio ama- 
nuensium adscribendas, de quibus fas sit ad normas 
artis criticse disquirere et judicare? Resp. Affirma- 
tive, salvo Ecclesise judicio. 

C'est sous la triple réserve : 1° de l'emploi de secré- 
taires, choisis et contrôlés par Moïse, qui aurait publié 
sous sa garantie personnelle le travail commandé et 
surveillé par lui; 2" du recours à des documents écrits 
ou à des traditions orales, reproduits ou utilisés par 
lui dans son œuvre personnelle et pour les événements 
antérieurs à son époque; 3° de quelques modifications 
postérieures, introduites après coup dans le Penta- 
teuque achevé, que nous soutiendrons l'authenticité 
mosaïque de ce livre.. Pour attribuer à Moïse le Penta- 
teuque, nous ne tenons donc pas comme nécessaire 



qu'il ait écrit lui-même ou dicté mot à mot à des co- 
pistes tout le contenu; il suffit que tout ait été publié 
sous sa responsabilité et reproduise fidèlement et exac- 
tement ce qu'il avait ordonné à ses secrétaires d'écrire 
en son nom. De même encore, les additions, telles que 
le récit de la mort de Moïse, des gloses introduites 
dans le texte, soit pour expliquer des usages anciens, 
soit pour remplacer des termes archaïques par des 
formes plus récentes, enfin, les fautes de transcription 
ne nuisent pas plus à l'authenticité qu'à l'intégrité sub- 
stantielle du Pentateuque. Nonobstant ces additions et 
modifications, le Pentateuque reste l'œuvre de Moïse 
auteur responsable et inspiré, ayant peut-être fait rédi- 
ger par ses secrétaires une partie de ses récits ou de 
ses lois. 

//. PREUVES DE L'AUTBENTJCITÉ MOSAÏQUE DU PENTA- 
TEUQUE. ,— Que Moïse ait écrit le Pentateuque, qui 
porte son nom, c'est un fait attesté : 1" par différents 
témoignages bibliques; 2» par le sentiment perpétuel 
des Juifs; 3° par la tradition constante de l'Église ca- 
tholique ; et 4° confirmé par des indices fournis par le 
livre lui-même. 

1° Témoignages bibliques de l'activité littéraire de 
Moïse. — Si on ne lit nulle part dans la Bible l'affir- 
mation explicite et formelle que Moïse a rédigé le Pen- 
tateuque entier, il y a cependant, en différents livres 
des deux Testaments, des indications et des affirmations 
desquelles il résulte que Moïse a écrit des faits, des lois 
qui sont contenus dans.le Pentateuque. —1. Témoignage 
du Pentateuque lui-même. — Le livre entier ne se pré- 
sente pas expressément comme ayant été composé par 
Moïse. Outre qu'il contient, dans son état actuel, le récit, 
évidemment postérieur, de la mort de Moïse, il raconte 
la vie du législateur hébreu à la troisième personne et en 
style indirect, et les quatre derniers livres n'ont pas la 
forme littéraire de Mémoires du héros dont ils font 
l'histoire. Toutefois le caractère impersonnel du récit 
peut fort bien se concilier avec la rédaction par Moïse. 
On peut dire que la formule : « Dieu dit à Moïse, » 
si souvent employée, en tête des lois, qui prouve l'ori- 
gine divine ou la révélation faite à Moïse, de cette légis- 
lation, ne signifie pas nécessairement que Moïse lui- 
même a codifié dans le Pentateuque les lois qu'il a 
promulguées. Mais le Pentateuque cependant donne 
des indications formelles sur l'activité littéraire de 
Moïse. Après la bataille contre les Amalécites à Raphi- 
dim, le chef des Hébreux reçut de Dieu l'ordre suivant : 
s Écris cela en souvenir dans le livre et inculque-le 
dans les oreilles de Josué. » Exod., xvn, 14. L'ordre 
divin est certainement restreint à la victoire sur Ama- 
lec, dont Israël devait garder le souvenir, Deut., xxv, 
17-19, et dont le récit fut rédigé par Moïse afin de con- 
server la mémoire de l'événement. Selon la leçon mas- 
sorétique, ibes, Dieu ordonne à Moïse d'écrire dans le 

livre, c'est-à-dire [comme on l'interprète communément 
dans un livre déjà commencé et connu, dans un registre 
ou journal où Moïse notait les faits mémorables de 
l'histoire d'Israël. En ponctuant ainsi le texte, les mas- 
sorètes eux-mêmes voulaient vraisemblablement dési- 
gner, non pas le livre des justes, F. de Hummelauer, 
Exodus et Leviticus, Paris, 1897, p. 182; Deuterono- 
mium, Paris, 1901, p. 152, mais le Pentateuque lui- 
même. Cependant les Septante ne lisaient pas l'article dé- 
fini, puisqu'ils ont traduit ce mot : etç (iiëX/ov ou èv (3i- 
8>icj>. Le texte, à leur sentiment, désignait donc un livre 
indéterminé. J. Kley, Die Pentateuchfrage, Munster, 
1903, p. 217, a prétendu que cette dernière signification 
exigerait la leçon nsD Sy, employée dans ce sens. Deut., 

xvn, 18; xxxi, 24; Is., xxx, 8; Jer., xxx, 2; xxxvi, 2. 
Néanmoins la leçon massorétique, fût-elle originale, ne 
désignerait pas nécessairement le Pentateuque com- 
mencé; elle conviendrait suffisamment à un livre, dans 



■65 



PENTATEUQUE 



66 



lequel Moïse aurait joint ce récit à des récits précé- 
dents et qui serait reproduit dans le Pentateuque. Plus 
loin, Exod., xxiv, 4, il est dit que Moïse écrivit toutes 
les paroles de Jéhovah. Or il ne s'agit naturellement 
pas de toutes les révélations "faites par Dieu à Moïse, 
«puisqu'elles n'étaient pas terminées, ni même de toutes 
les communications divines antérieures, mais seule- 
ment des paroles qui précèdent immédiatement et qui 
contiennent les conditions de l'alliance conclue entre 
Dieu et les Israélites, Exod., xx-xxm, du « livre de 
l'alliance », que Moïse lut au peuple. Exod., xxiv, 7. 
■Cf. Heb., ix, 19, 20. 

Les deux témoignages précédents prouvent déjà que 
Moïse avait rédigé un récit historique et un code légis- 
latif, celui de l'alliance. Un autre petit code de l'alliance 
•est encore expressément attribué à Moïse. De nouveau, 
Dieu ordonna au législateur d'écrire les paroles qu'il 
vient de prononcer, Exod., xxxiv, 10-26, et qui con- 
tiennent les bases de l'alliance proposée à Israël, Exod., 
xxxiv, 27, et Moïse écrivit les dix paroles de l'alliance 
■sur deux tables qu'il avait préparées, Exod., xxxiv, 1, 
4, qu'il tenait en mains à la descente du Sinaï et dont 
il imposa le contenu aux Israélites. Exod., xxxiv, 28, 
29, 32. Le pelit livre de l'alliance, comprenant le Déca- 
logue, Exod., xxxiv, 10-26, a donc été rédigé de la main 
<\e Moïse. 

Un autre ordre de Dieu impose à Moïse de décrire 
les marches et les slations d'Israël dans le désert. 
Num., xxxiii, 1, 2. On a interprété cet ordre de deux 
laçons différentes. Selon les uns, Dieu aurait ordonné à 
Moïse d'écrire le récit de l'exode, en suivant l'ordre 
des stations et des campements des Israélites. Dans 
cette interprétation, Moïse serait l'auteur de la narra- 
tion détaillée dont la liste des campements dressée, 
Num., xxxiii, 3-49, ne serait que le résumé. Mais comme 
■cette liste ne résume pas la narration précédente, puis- 
qu'elle indique un plus grand nombre de stations, dont 
quelques-unes sont différentes, il vaut mieux, semble- 
t-il, avec d'autres, restreindre cet ordre à la liste elle- 
même des stations qui, suivant cette explication, serait 
4'œuvre de Moïse. 

Parce que les témoignages précédents n'attribuent 
pas explicitement à Moïse la rédaction du Pentateuque 
entier, et ne lui en rapportent que des portions seule- 
ment, les critiques modernes veulent en conclure 
qu'ils restreignent la composition mosaïque à ces par- 
ties et qu'ils excluent celle du tout. Mais cette conclu- 
sion n'est pas légitime. La rédaction des passages men- 
tionnés est toujours exécutée par ordre divin. En 
ordonnant à Moïse d'écrire le récit des événements les 
plus notables pour en garder le souvenir et les dispo- 
sitions fondamentales de son alliance avec Israël, Dieu 
ne lui interdisait pas de relater l'histoire entière des 
Israélites au désert ni de rédiger toutes les lois qu'il 
l'avait chargé de porter. Son ordre de mettre par écrit 
les faits et les lois les plus importants est loin d'exclure 
la relation des autres événements et des autres disposi- 
tions législatives. 

Le Deutéronome, composé de discours prononcés par 
Moïse, nous fournit une indication sur l'activité litté- 
raire de Moïse dans l'épilogue, xxxi. Sur le point de 
mourir, Moïse, après avoir institué Josué son succes- 
seur, remet aux prêtres et aux anciens cette loi-ci qu'il 
avait écrite et il leur ordonne de la faire lire tous les 
sept ans au peuple assemblé pour que tous en con- 
naissent et en observent les préceptes, 9-13. Ayant 
achevé d'écrire « les paroles de cette loi dans un livre », 
il ordonne aux lévites de porter ce livre auprès de 
l'arche d'alliance, pour qu'il serve de témoignage contre 
■ceux qui en violeront les dispositions, 24-26. On ne peut 
pas affirmer avec certitude que cette loi est le Pentateuque 
-entier, car elle peut n'être que celle à laquelle le 
c. xxxi est rattaché : la législation du Deutéronome 

DICT. DE LA BIBLE. 



Ce livre se donne comme une législation spéciale pro- 
mulguée par Moïse au pays de Moab, iv, 1-40, 44-49; 
v, 1 sq. ; xn, 1 sq. Au début de leur régne, les futurs 
rois d'Israël devaient recevoir des prêtres ;< un exem- 
plaire de cette loi-ci »,xvil, 18, 19, pour qu'ils la lisent 
et l'observent, et les termes de la recommandation sont 
identiques à ceux de Deut., xxxi, 12, 13. La même loi, 
ou au moins une de ses parties, est encore visée dans 
l'ordre donné aux anciens de la transcrire sur la pierre, 
lorsqu'ils renouvelleront l'alliance à l'ouest du Jour- 
dain, xxvn, 1-8. De même encore, « les paroles de 
cette loi-ci qui sont écrites dans ce volume, » xxviii, 
58, qui comprenaient les malédictions et les peines, 
portées en ce chapitre contre les violateurs de la loi, 
cf. f. 61, et rappelées de nouveau, xxix, 20,21, 27, aussi 
bien que les bénédictions qui y sont jointes en faveur 
des observateurs de la même loi, xxxii, 46, 47, dési- 
gnent le Deutéronome. Ce livre législatif est donc de 
la main de Moïse. On attribue encore à Moïse la com- 
position d'un cantique que Dieu lui avait ordonné 
d'écrire, Deut., xxxi, 19, et qui est cité, xxxii, 1-43. 

Des commentateurs catholiques concluent de Deut., 
i, 5, où il est dit que Moïse va expliquer la loi, que la 
législation antérieure, dont le Deutéronome n'est qu'une 
explication et une répétition, est d'origine mosaïque. Mais 
toutefois la loi que Moïse va expliquer ou mieux re- 
commander paraît être plutôt, non celle qui précède et 
qui est contenue dans les livres du milieu, mais celle qui 
suit et qui est promulguée au delà du Jourdain. Il faut 
reconnaître, du reste, que si l'introduction avait la si- 
gnification qu'on lui donne, elle affirmerait, non pas 
que la législation précédente a été rédigée par Moïse, 
mais seulement qu'elle a été promulguée par lui. Or, 
de la promulgation de la législation hébraïque par 
Moïse on ne peut conclure rigoureusement à sa rédac- 
tion par Moïse dans l'état ou elle se trouve actuelle- 
ment dans le Pentateuque. Celle-ci est possible, vrai- 
semblable même, mais elle n'est pas démontrée par le 
seul fait de la promulgation mosaïque. 

2. Témoignages des autres livres de l'Ancien Testa- 
ment. — Le livre de Josué parle à plusieurs reprises 
d'une loi, provenant de Moïse. D'abord, Dieu ordonne 
à Josué d'observer lui-même et de faire observer aux 
autres la loi de Moïse et il lui recommande de méditer 
le volume de cette loi. Jos., i, 7-8. Si les termes de 
cet ordre ne disent pas explicitement qu'il s'agit de 
tout le Pentateuque, ils ne l'excluent pas non plus. Le 
renouvellement de l'alliance, accompli conformément 
aux ordres de Moïse tels qu'ils sont écrits dans le livre 
de la loi de Moïse, Jos., vin, 30-35, vise directement 
les prescriptions de Deut., xxvit, 1-8, avec les bénédic- 
tions et les malédictions contenues Deut., xxvn, 9- 
xxvm, 68; mais la manière dont parle l'auteur sacré 
suppose qu'il y a aussi autre chose dans le livre de la 
loi. Avant de mourir, Josué exhorte les Israélites à 
observer tout ce qui est écrit dans le volume de la loi 
de Moïse, Jos., xxm, 6, ce qui désigne, en le prenant 
dans le sens le plus restreint, le Deutéronome. Enfin, 
après l'alliance solennelle conclue à Sichem, Josué 
dressa un statut et une ordonnance, et il écrivit toutes 
ees paroles « dans le livre de la loi de Dieu ». Jos., 
xxiv, 25-26. Ce texte signifie que Josué a ajouté ses 
ordonnances en les écrivant à la suite du livre où 
étaient contenues celles de Moïse. La législation de 
Moïse était donc écrite et révélée par Dieu. Voir Ho- 
berg, Veber den Ursprung des Pentateuchs, dans Bi- 
blische Zeitschrift, 1906, t. iv, p. 340, qui pense que 
ce volume de la loi de Dieu est le Pentateuque. Il 
désigne au moins le Deutéronome. 

Les livres des Juges et de Samuel ne parlent pas en 
propres termes du Pentateuque, mais ils supposent 
son existence. Voir Jud., i, 5, et Exod., xxxm, 2, 
xxxiv, 11; Deut., vu, I, etc.; Jud., u, 1-3, et Exod.; 

V. - 3 



67 



PENTATEUQUE 



m 



xxxiv, 1243; Deut., vu, 2, 5; Exod., xxm, 32; Deut., 
xii, 3; Num., xxxm, 35, etc.; Jud., xi, 15, et Num.,xx, 
14-21; xxi, 21-24, etc. ; I Reg., i, 3; n, 13, et Deut., xvm, 
3; 1 Reg., xv, 29, et Num., xxm, 19; I Reg., xn, 3, et 
Num., xvi, 15; Lev., v, 13, etc. Les livres des Rois (III 
et IV) composés vers l'époque de la captivité, parlent 
plusieurs fois de la loi de Moïse et c'est sans raison 
suffisante qu'on veut restreindre cette expression au 
Deutéronorne seul. I (III) Reg., n, 3; x, 31. L'auteur 
remarque qu'Amasias, quand il fit périr les meurtriers 
de son père, épargna leurs enfants « selon ce qui est écrit 
dans la loi de Moïse ». II (IV) Reg., xiv, 6. Les étran- 
gers, exportés à Samarie, n'observaient pas les ordon- 
nances que Dieu avait données aux fils de Jacob. Le 
prêtre Israélite qui fut envoyé pour les instruire leur 
prêcha l'observance des lois écrites que Dieu avait im- 
posées aux Israélites. II (IV) Reg., xvn, 34-39. Les 
habitants du royaume de Juda ont été séduits par Ma- 
nassé, leur roi idolâtre, et n'ont pas tenu compte des 
magnifiques promesses que Dieu avait faites à David et 
à Salomon si leurs sujets observaient fidèlement toute 
la loi que Moïse avait ordonnée. II (IV) Reg., xxi, 8. 
Cf. I (III) Reg., ix, 6-9. 

La 18 e année du règne de Josias (621), en restaurant 
le Temple de Jérusalem, on retrouva -"iïFin isc, II (IV) 

Reg., xxil, 8, 11, cf. xxm, 24, appelé encore nnsn ibd, 

xxm, 2, et c'est conformément à cette loi retrouvée 
que le roi accomplit une importante réforme religieuse. 
II (IV) Reg., xxm, 1-24. Voir t. m, col. 1680-1681. Or 
cette loi était la loi de Moïse, puisqu'il est dit, xxm, 25, 
qu'aucun roi ni avant ni après ne ressembla à Josias 
pour l'observation complète de celte loi. Mais quelle 
était cette loi mosaïque retrouvée au Temple? Plusieurs 
Pères de l'Église ont remarqué, justement semble-t-il, 
que estait le Deutéronorne. S. Athanase, Epist. ad 
Marœllin., 32, t. xxvil, col. 44; S. Jérôme, Adv. Jo- 
vinian., 1, 5, t. xxm, col. 217; Comment, in Ezech., 
I, 1, t. xxv, col. 17 ; S. Chrysostome, In Matth., 
hom. IX, 4, t. lvii, col. 181; In 1 Cor., hom. -vu, 
3, t. lxi, col. 58; Procope de Gaza, Comment, in 
Deut-, xvn, 18, t. lxxxvii, col. 916. La plupart des 
critiques modernes reconnaissent aussi dans ce code le 
Deutéronorne tout entier, ou au moins en partie. Les 
points sur lesquels s'est faite la réforme : 1° l'abolition 
des cultes étrangers et de leurs infiltrations dans le 
culte de Jébovah; 2° la centralisation du culte de Jé- 
bovab au Temple de Jérusalem ; 3» la célébration cor- 
recte de la fête de Pàque, sont spécialement recom- 
mandés par le Deutéronorne, xii, 2-32; xvi, 1-8. En 
outre, bien que ce livre ne soit pas nommé « livre de 
l'alliance », il a été rédigé en vue de renouveler 
l'alliance contractée à l'Horeb entre Dieu et le peuple 
d'Israël, v, 2, 3; xxvi, 17-19; xxix, 8, et les termes de 
l'alliance renouvelée par Josias, II (IV) Reg., xxm, 3, 
sont des expressions deutéronomiques. Enfin, la ré- 
ponse de la prophétesse Holda vise les malédictions, 
Deut., xxviii ; le contenu législatif du livre retrouvé 
est désigné par les termes usités Deut., iv, 45; vi, 20,, 
et l'éloge du roi est fait aussi en termes deutérono- 
miques. Le livre retrouvé était donc bien le Deutéro- 
norne, nommé la loi de Moïse. F. de Hummelauer, 
Deuteronomium , Paris, 1901, p. 46-60, 83-87. Cepen- 
dant, quelques exégètes catholiques, Clair, Les livres 
des Rois, Paris, 1884, t. ii, p. 557-558; Hoberg, Moses 
und der Pentatsucfi , Fribourg-en-Brisgau, 1905, p. 17- 
8 ; Ueberden Vrsprung desPenlateuchs, dansBiblische 
Zeilschrift, 1906, t. IV, p. 338-340, pensent que le livre 
retrouvé était le Pentateuque entier. Ils s'appuient sur 
le' récit parallèle, II Par., xxxiv, 8-xxxv, 19, qui certai- 
nement parle du Pentateuque entier (voir plus loin), 
sur ce que les particularités de la réforme décrites, 
xxni, 24, ne conviennent pas seulement à Deut., xvm, 



10-11 , mais aussi à Lev. , xix, 31 ; xx, 6, 27 ; sur ce que le 
style de ce verset ressemble à celui de Lev., xix, 31; 
xx, 6, 27; Gen., xxxi, 19, 34, 35, et enfin sur le senti- 
ment de Josèphe, Ant. jud., X, iv, 2, dans Opera r 
Amsterdam, 1724, t. n, p. 517, qui dit que Helcias 
èTuyx« VEV "«'» iepaï; [Jt'6>.oc5TO'j Mio'juéwî. Ces preuves ne- 
sont pas décisives. L'auteur des Paralipomènes a dé- 
crit les rites de la Pâque d'après les livres du milieu. 

Les prophètes antérieurs à la captivité ne parlent pas 
de la loi écrite de Moïse. Ils parlent souvent, il est vrai,, 
de la loi de Dieu. Visent-ils un code écrit et notam- 
ment le Pentateuque? Beaucoup d'exégètes le pensent 
et signalent toute mention de la loi divine par les pro- 
phètes comme un indice certain de l'existence du Pen- 
tateuque. Mais il faut se rappeler la double signification 
du mot tôrâh. Son sens propre est celui d'instruction 
révélée et désigne strictement toute expression de la 
volonté divine. Ce n'est que par extension que ce terme 
a servi à nommer les cinq premiers livres de la Bible, 
dans lesquels l'élément législatif prédomine. Or, on ne 
sait pas au juste à quelle date cette seconde significa- 
tion est entrée dans l'usage, et c'est précisément ce 
qu'il faudrait fixer. Il faut donc étudier les cas parti- 
culiers. Amos, II, 4, 5, parle une fois et d'une façon- 
générale de la loi de Jéhovab et de ses commandements, 
dont la violation attirera sur Juda les punitions divines. 
Osée, vin, 2, reproche aux Israélites d'avoir transgressé 
l'alliance divine, cf. vi, 7, et violé la loi; ils en seront 
punis, et Dieu ne leur écrira plus de multiples lois qui 
leur demeurent étrangères, f. 12. Il est évidemment 
question de nombreuses lois divines écrites, et on a le- 
droit d'y voir une allusion au Pentateuque. Pour Isaïe, 
la loi est sa propre prophétie, i, 10; v, 24-, vm, 16, 20;. 
la loi de Dieu est la parole des prophètes, xxx, 8-11, ou, 
la révélation future aux temps messianiques, n, 3. Cf. 
Mich., IV, 2. La transgression des lois divines et la vio- 
lation de l'alliance, reprochées v, 24; xxiv, 5, ne con- 
cernent pas nécessairement des lois écrites; s'il avait 
en vue un code, le prophète ne dit rien de son origine 
mosaïque. Sophonie, m, 4, reproche aux prêtres de sont 
temps d'avoir violé la loi. Jérémie n'envisage que la. 
parole de Dieu en général, vi, 19, et la prédication 
prophétique, xxvi, 4-5. Mais il parle d'une loi divine 
et de préceptes, violés par ses contemporains et leurs 
ancêtres, ix, 13; xvi, 11, 12; xxxn, 23; xliv, 10, 23; 
d'une loi que les prêtres tenaient dans leurs mains, 
il, 8; xviii, 18; et d'une loi écrite, qu'il oppose à la 
plume mensongère des scribes, vm, 8. Il rappelle aussi 
l'alliance contractée par les Israélites avec Dieu après- 
la sortie d'Egypte, xi, 2-8; mais elle n'imposait pas- 
l'offrande des holocaustes et des sacrifices, vu, 21-25. 
Elle sera remplacée par une alliance nouvelle, dans- 
laquelle Dieu éerira sa loi dans les cœurs, xxxi, 31-33. 
II y a ici encore opposition à une loi écrite, qui ne 
peut être que celle de Moïse. 

Pendant la captivité, Baruch, n, 2, 28, nomme 
expressément la loi écrite par Moïse; les termes dont 
il se sert correspondent assez bien au Deutéronorne, 
xxviii, 15, 53, 62-64, sans toutefois lui convenir exclu- 
sivement, et on y trouve des allusions aux autres malé- 
dictions contenues dans le Pentateuque. Le même 
prophète, m, 9-14, 35-iv, 4, fait l'éloge de la sagesse con- 
tenue dans le livre des' préceptes de Jéhovah, en des 
traits analogues à ceux du Deutéronorne, xxx, 11-14. 
Cf. F. de Hummelauer, Deuteronomium, p. 101-102.. 
Ézéchiel, qui, en vue de la restauration future d'Israël, 
rédige une loi cérémonielle, fait peu d'allusions à une- 
législation antérieure. Comme Jérémie, xvm, 18, il 
prédit que les prêtres laisseront périr la loi qu'ils ont 
dans les mains, vu, 26; U accuse les prêtres de Jérusa- 
lem d'avoir méprisé la loi de Dieu, d'avoir souillé les 
sanctuaires, de n'avoir pas su distinguer entre les choses- 
profanes et les choses sacrées, les puretés et les impu- 



69 



PENTATEUQUE 



70 



retés, et d'avoir détourné le peuple de la célébration du 
sabbat, xxn, 26. Daniel parle de la loi divine, promul- 
guée par les prophètes et violée par Israël; il ajoute 
que cette violation de la loi a attiré sur les coupables 
la malédiction écrite dans le livre de Moïse, rx, 10-13. 

Après la captivité, Zacharie, vu, 12, mentionne la loi. 
Malachie reproche aux prêtres d'avoir rompu le pacte 
conclu entre Dieu et Lévi et d'avoir négligé la connais- 
sance de la loi et le devoir delà faire observer, u, 4-9; 
il reproche aussi à Juda d'avoir transgressé l'alliance 
divine et le menace des châtiments divins, u, 10-16. 
Mais il fait davantage; il rappelle le souvenir de la loi 
de Moïse, donnée par Dieu sur le mont Horeb, loi qui 
contenait des préceptes et des ordonnances pour tout 
Israël, iv, 4 (hébreu, m, 22). Josué et Zorobabel, rentrés 
à Jérusalem, y élevèrent un autel pour offrir des holo- 
caustes conformément aux dispositions écrites de la loi 
de Moïse, et ils célébrèrent la fête des Tabernacles 
comme il est écrit de le faire. I Esd., m, 2, 4. Quand 
le Temple fut rebâti et consacré, on établit les prêtres 
et les lévites dans leurs fonctions, comme il est écrit 
dans le livre de Moïse. I Esd., vi, 18. Esdras, au témoi- 
gnage d'Artaxerxès lui-même, rapporta à Jérusalem le 
livre de la loi de Dieu. I Esd., vu, 14. Néhémie, à la 
cour d'Artaxerxès, fait à Dieu l'aveu des prévarications 
de ses pères, qui n'ont pas observé les préceptes, les 
cérémonies, ordonnées par Moïse; il rappelle aussi la 
menace contre les prévaricateurs, et la promesse de 
les rétablir, s'ils se convertissaient et pratiquaient les 
préceptes, menace et promesse faites à Moïse. II Esd., i, 
7-9. La réforme d'Esdras fut entreprise à la suite de la 
lecture et de l'explication du livre de la loi de Moïse, 
et la fête des Tabernacles fut célébrée conformément 
aux dispositions écrites dans cette loi. II Esd., vm, 
1-18. On continua la lecture du volume de la loi de 
Jéhovah. II Esd., ix, 3. Le renouvellement de l'alliance 
fut fait aussi conformément à la loi divine, donnée par 
Moïse, II Esd., x, 29, ainsi que la fourniture du bois 
destiné aux sacrifices. II Esd., x, 36. Plus tard, Néhé- 
mie régla encore la question des mariages mixtes en 
conformité avec ce qu'il avait lu dans le volume de 
Moïse. 11 Esd.. xm, 1-3. Or, ce volume n'était pas seu- 
lement le code sacerdotal, comme le prétendent les 
grafiens, c'était le Pentateuque entier, puisque le livre 
contenait des prescriptions du Lévitique, xxm, et du 
Deutéronome, vri, 2-4 ; xv, 2. Enfin, Esdras et Néhémie, 
par les désignations qu'ils donnaient de ce livre, ne 
voulaient pas parler seulement du volume qui conte- 
nait la législation divine, promulguée par Moïse, mais 
bien le livre de la loi de Dieu, écrit par Moïse. C'est 
l'interprétation la plus naturelle et la plus commune 
de leurs écrits. 

L'auteur du livre des Paralipomènes, qu'on regarde 
généralement comme le rédacteur des livres d'Esdras 
et de Néhémie, a utilisé le Pentateuque pour dresser ses 
généalogies. I Par., i-ix. Voir Paralipomènes. Toutes 
ses descriptions du culte divin concordent avec les 
prescriptions du Pentateuque. Il signale explicitement 
cette conformité avec ce qui est écrit dans la loi de 
Jéhovah, I Par., xvi, 40; dans la loi de Moïse. II Par., 
xxm, 18; xxxi, 3. Il parle évidemment de la loi de 
Dieu, écrite par Moïse. Cf. II Par., xxv, 4. Cependant 
l'expression nr~T3, qu'il emploie, II Par., xxxm, 8, 
ne signifie pas nécessairement que Moïse a rédigé la 
loi de sa propre main, puisque, dans d'autres passages, 
où il est question de la loi mosaïque, Lev., xxvi, 46; 
Num., xxxvi, 13, elle désigne une disposition prise par 
Moïse, sans indication de rédaction écrite. Cf. I Par.,xxu, 
13. Mais il est tout naturel de l'entendre ici de la légis- 
lation écrite par Moïse. De même, dans le récit de la 
loi retrouvée au Temple sous le règne de Josias, le livre 
de la loi de Moïse, II Par., xxxiv, 14; xxxv, 12, pour- 
rait à la rigueur désigner seulement le livre qui conte- 



nait la législation promulguée par Moïse, dans le même 
sens que « les paroles que Jéhovah a dites par l'inter- 
médiaire de Moïse ». Il Par., xxxv, 6. Mais le sens 
naturel est que cet écrivain entendait parler du Penta- 
teuque rédigé par Moïse. 

Enfin, l'auteur de l'Ecclésiastique, xxiv, 33; lxv, 6, 
ne parle de Moïse que comme législateur; mais son 
petit-fils, dans la préface qu'il mit en tète de sa traduc- 
tion grecque, nomme à trois reprises la Loi, qu'il place 
à côté des prophètes et des autres livres et qu'il consi- 
dère ainsi comme un recueil distinct; il désigne sous 
ce nom les cinq livres du Pentateuque. L'auteur du 
second livre des Machabées, vu, 6, cite le cantique de 
Moïse, Deut., xxxii, 36, comme œuvre de Moïse. 

Ainsi, les premiers témoignages de l'Ancien Testa- 
ment attribuent explicitement à Moïse la composition de 
quelques parties du Pentateuque actuel, récits ou lois, 
et notamment le Deutéronome. Esdras, Néhémie et l'au- 
teur des Paralipomènes lui reconnaissent formellement 
la rédaction du Pentateuque entier. La tradition juive la 
plus ancienne a donc signalé le législateur hébreu 
comme auteur du Pentateuque. 

3. Témoignages du Nouveau Testament. — Notre- 
Seigneur et ses Apôtres ont parlé à diverses reprises 
de Moïse comme écrivain et de la Loi comme son œuvre. 
Lorsque les sadducéens interrogent Jésus sur la résur- 
rection, ils citent la loi du lévirat comme écrite par 
Moïse. Matth., xxh, 24; Marc, xn, 19; Luc, xx, 28. 
Jésus n'examine pas cette affirmation, émise incidem- 
ment et comme moyen de preuve ; il se borne à réfuter 
par l'Écriture, Matth., xxn, 29; Marc, xn, 24, l'erreur 
de ses interrogateurs, et il cite un passage du livre de 
Moïse. Matth., xxn, 31; Marc, xn, 26; Luc, xx, 37. 
Son affirmation porte directement sur le caractère 
scripturaire plutôt que sur l'origine mosaïque de ce 
passage. Notre-Seigneur emploie plusieurs fois l'ex- 
pression usuelle « la Loi » pour désigner le Pentateuque ; 
son apposition à la désignation technique : « les Pro- 
phètes, » le montre bien. Luc, xiv, 16, 17. Dans la pa- 
rabole du riche et de Lazare, c'est « Moïse » qu'il place 
à côté des « prophètes », et il entend bien Moïse et les 
prophètes dans leurs livres. Luc, xvi, 29,31. De même, 
pour montrer aux disciples d'Emmaûs que sa passion 
et sa mort avaient été prédites, il commença par 
« Moïse » et continua par « tous les prophètes », inter- 
prétant toutes les Écritures qui parlaient de lui. Luc, 
xxiv, 27. Dans ses dernières recommandations aux 
Apôtres, il leur rappelle qu'il était nécessaire que s'ac- 
complît tout ce qui était écrit de lui dans la loi de 
Moïse, les prophètes et les Psaumes; il leur ouvrit l'in- 
telligence pour comprendre les Écritures et il leur dit 
qu'il était écrit que le Christ devait souffrir et ressus- 
citer le troisième jour. Luc, xxiv, 44-46. Dans tous ces 
passages, Notre-Seigneur se bornait à désigner ce livre 
par les dénominations ordinaires. De plus, il ne visait 
pas expressément tout le contenu du livre, mais seule- 
ment ses prophéties messianiques. Mais ailleurs, il 
envisage plus directement l'écrit de Moïse. Dans une 
discussion avec les Juifs qui niaient sa divinité, il en 
appela aux Écritures qui lui rendaient témoignage. 
Joa., v, 39. Si donc ses adversaires demeurent incré- 
dules, Moïse, le législateur en qui ils ont mis leur espé- 
rance, sera leur accusateur auprès du Père. Joa , v, 45. 
« Si, en effet, continue-t-il, vous croyiez à Moïse, vous 
croiriez peut-être à moi aussi, car il a écrit sur moi. 
Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croi- 
riez-vous à mes paroles? » Joa., v, 46, 47. Jésus met 
donc en parallèle ses propres paroles avec le livre de 
Moïse, avec ce que Moïse, le législateur d'Israël, a écrit 
sur lui : les écrits de ce législateur rendent témoignage 
à Jésus que les Juifs repoussaient; si les Juifs ne 
croient plus au témoignage écrit, rendu par leur légis- 
lateur, il n'est pas étonnant qu'ils ne croient pas à la 



PENTATEUQUE 



72 



parole de Jésus. Notre-Seigneur parle de Moïse comme 
écrivain, au sujet des prophéties messianiques conte- 
nues dans le Pentateuque. S. Irénée, Cont. hser., rv, 
2, n. 3,4, t. vu, col. 977-978; Origène, In Num., hom. 
xxvi, n. 3, t. xii, col. 774; Euthymius, Panoplia dog- 
matica, tit. xxiv, t. cxxx, col. 1225. 

Les Apôtres ont parlé aussi de Moïse écrivain. Phi- 
lippe annonce à Nathanaël qu'il a rencontré en Jésus 
le Messie sur lequel Moïse a écrit dans la Loi et dont 
parlent les prophètes. Joa., i, 45. Saint Pierre, Act., 
m, 22, cite Deut., xvm, 15, comme parole de Moïse. 
Saint Jacques rappelle qu'on lit Moïse le samedi dans 
les synagogues. Act., xv, 21. Saint Paul relate le même 
fait. Il Cor., m, 15. Le même apôtre nomme ailleurs 
la Loi de Moïse. Act., xm, 33; I Cor., ix, 9. 11 prêche 
Jésus d'après la Loi de Moïse et les prophètes. Act., 
xxvin, 23. 11 cite différents passages du Pentateuque 
eomme paroles écrites de Moïse. Rom., x, 5-8, 19. 
L'Apocalypse, xv, 3, parle du cantique de Moïse. 

Si quelques-uns des témoignages précédents peuvent 
être restreints aux prophéties messianiques du Penta- 
teuque, il reste établi que Jésus et ses Apôtres, pour 
parler du livre entier, ont employé les désignations 
usuelles à leur époque et par suite ont parlé, indirec- 
tement au moins, de la Loi comme étant l'œuvre de 
Moïse. Ils parlageaient donc la croyance commune de 
leurs contemporains au sujet de l'origine mosaïque du 
Pentateuque et ils Tout manifestée, sinon par des affir- 
mations directes et formelles, du moins indirectement 
et en termes équivalents. Toutes les fois qu'ils ont eu 
à parler de l'auteur du Pentateuque, ils l'ont attribué à 
Moïse. La critique n'exige pas et ne peut pas exiger, 
pour établir que la tradition a attribué un écrit à un 
auteur déterminé, que les écrivains qui l'ont cité aient 
cité un ouvrage tout entier, mais il lui suffit qu'ils lui 
aient attribué les parties dont ils ont eu occasion de 
faire usage. On n'a pas le droit d'exiger de Notre- 
Seigneur et des Apôtres ce qu'on n'exige pas des auteurs 
profanes. 

2° Le sentiment perpétuel du peuple juif '. — La dis- 
cussion précédente des textes de l'Ancien Testament a 
prouvé que la plus ancienne tradition d'Israël, repro- 
duite dans le Pentateuque lui-même et dans les livres 
suivants, rapportait à Moïse au moins la rédaction de 
certains récits et de certaines lois, qui sont contenus 
dans le Pentateuque. Le livre des Rois, rédigé pendant 
la captivité, attribue à Moïse le Deutéronome, découvert 
dans le Temple du temps de Josias. En revenant à Jé- 
rusalem, Esdras rapportait le livre de la Loi, qu'il lit 
et présente comme l'œuvre de Moïse. Néhémie, Mala- 
ohie, l'auteur des Paralipomènes regardaient Moïse 
comme l'auteur du Pentateuque entier. Les auteurs 
juifs de la version grecque dite des Septante partageaient 
cette conviction. Voir col. 52. Tous les contemporains 
de Notre-Seigneur, à quelque secte qu'ils appartinssent, 
admettaient cette tradition, dont Jésus se sert pour 
convaincre les sadducéens. Jésus et ses Apôtres, en 
employant les dénominations usitées de leur temps, 
ont bien admis le sentiment commun de leurs coreli- 
gionnaires juifs. La tradition ancienne, qui attribue à 
Moïse la composition du Pentateuque, s'est perpétuée 
dans la Synagogue jusqu'à nos jours, sauf de très rares 
et toutes récentes exceptions. 

Pour le I er siècle de notre ère, Josèphe et Philon re- 
présentent les deux fractions du judaïsme, palestinien 
et alexandrin. L'historien Josèphe, qui était de Pales- 
tine, place en tête des vingt-deux livres que les Juifs 
reconnaissent comme divins et inspirés, les cinq livres 
de Moïse qui contiennent l'histoire des origines et de 
l'humanité depuis la création jusqu'à la mort de l'au- 
teur. Cont. Apion., I, 8. Dans ses Antiquités judaï- 
ques, I, Procem., 4, il se propose de résumer les livres 
de Moïse à partir de la création du monde. A la fin de 



son exposé, IV, vm, 3-48, il rapporte que Moïse > 
avant de mourir, remit aux Israélites qu'il avait tirés 
de l'Egypte le livre qui contenait la législation divine 
et qu'il avait écrit lui-même. Or, au sentiment de Jo- 
sèphe, il ne s'agit pas seulement du Deutéronome, 
mais bien du Pentateuque entier, puisque le résumé 
logique qu'il en donne comprend toutes les lois du 
Pentateuque. II attribue même explicitement au légis- 
lateur hébreu le récit de son trépas. « Craignant, dit-il, 
qu'on ne prétendit qu'à cause de sa grande vertu Dieu 
ne l'avait ravi auprès de lui, il raconta lui-même dans 
les Livres saints sa propre mort. » Le philosophe 
alexandrin Philon cite constamment le Pentateuque 
comme étant de Moïse. La Thora est de tous les Livres 
saints celui qu'il cite le plus souvent. Elle possède à 
ses yeux une valeur exceptionnelle et il proclame 
Moïse son auteur, le prophète par excellence, un archi- 
prophète. Les écrits qu'il a composés comprennent 
des récits historiques et des lois. L'histoire mosaïque 
remonte à la création du monde. De vita Mosis, 1. II, 
Opéra, Genève, 1613, p. 511. Philon raconte la vie de 
Moïse d'après les écrits de son héros, et parvenu au 
terme de son ouvrage, 1. III, p. 538, il rapporte comme 
une merveille que Moïse, sur le point de mourir, fit 
par inspiration divine le récit prophétique de sa mort. 
Une beraïlha du Talmud de Babylone, traité Baba- 
Bathra, voir t. il, col. 140, reproduit l'enseignement 
des Juifs demeurés au pays de la captivité : « Moïse, 
dit-elle, écrivit son livre (c'est-à-dire le Pentateuque) et 
la section de Balaam et Job. Josué écrivit son livre et 
huit versets de la Loi, » ceux qui font le récit de la 
mort de Moïse. Deut., xxxiv, 5-12. Les rabbins, dont 
l'opinion est ici reproduite, jugeant que le récit de la 
mort de Moïse n'avait pu être rédigé par le défunt, 
l'attribuaient à son successeur. C'était notamment le 
sentiment de Rabbi Juda. Cette opinion est répétée, 
traité Makkôth, fol. lia; traité Menachôth, fol. 30a. 
Mais au rapport d'une autre beraïtha du même traité, 
c. Kama, Rabbi Siméon objectait qu'il ne pouvait man- 
quer une seule lettre au livre de la Loi. Aussi con- 
cluait-il que jusqu'à. Deut., xxxiv, 4, « Dieu dictait, 
Moïse répétait et écrivait; à partir de là, Dieu dictait, 
et Moïse écrivait en pleurant. » L. Wogue, Histoire de 
la Bible et de l'exégèse biblique jusqu'à nos jours, 
Paris, 1881, p. 21 ; G. Wildeboer, De la formation du 
canon de VA. T., trad. franc., Lausanne, s, d., p. 44. 
Le Talmud de Jérusalem mentionne seulement l'attri- 
bution des cinq livres du Pentateuque, avec mention à 
part de la section de Balaam et de Balac, mais sans 
allusion au récit de la mort de Moïse. Traité Sota, 
•v, 5, trad. Schwab, Paris, 1885, t. vu, p. 290. D'ailleurs, 
les rabbins, en disant : « la loi de Moïse, » en regar- 
daient Moïse comme le rédacteur; aussi l'appelaient-ils 
lui-même « le grand écrivain d'Israël ». Tous les doc- 
leurs d'Israël sont demeurés fidèles à cette tradition de 
leurs pères, et ont unanimement reconnu que, sauf les 
douze derniers versets ajoutés par Josué, Moïse a écrit 
le Pentateuque sous l'inspiration divine. J. Fùrst, 
Ver Kanon des Alten Testaments nac.h den Ueberlie- 
ferungen xm Talmud und Midrasch, Leipzig, 1868, 
p. 7-9. Seuls Isaac ben Jasus, au XI e siècle, et Abenesra, 
au xri", ont admis dans les livres de Moïse quelques 
additions postérieures. Voir col. 61. A la même époque 
Maimonide énonça en ces termes le huitième article de 
la foi juive : « Il faut croire que la loi que nous possé- 
dons est la loi qui nous a été donnée par Moïse... 
Moïse écrivit ce qui lui fut dicté sur l'histoire et sur 
les lois. » Comment, in tr. Sanhédrin, c. IX, cité par 
Abarbanel, Sépher Rosch 'Amanah, c. i, trad. de Vors- 
tius, in-4», Amsterdam, 1638, p. 6. Cf. Surenhusius, 
Mischna cum commentants integris Maimotiidis et 
Bartenorse, Amsterdam, 1702, t. îv, p.264. Auxiif siècle. 
R. Becchai admettait que Moïse avait écrit la loi depuis 



73 



PENTATEUQUE 



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le premier mot de la Genèse jusqu'au dernier duDeuté- 
ronome. Joseph Karo enseignait aussi que le Pentateu- 
que entier venait immédiatement de Dieu et que Moïse 
n'en avait écrit aucune parole de lui-même. Au 
xv s siècle, Abarbanel répétait la même chose et rejetait 
le sentiment de ceux qui attribuaient à Josué les douze 
derniers versets du Deutéronome. Cf. Richard Simon, 
Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques 
de E. Dupin, Paris, 1730, t. m, p. 215-220. Le premier 
parmi les Juifs, Baruch Spinoza, au xvn e siècle, rejette 
l'authenticité mosaïque du Pentateuque qu'il déclare 
bien postérieur à Moïse, puisque Esdras en est peut- 
être l'auteur. Tractatus theologico-politicus, c. vnr, 
édit. laucbnitz, t. m, p. 125; trad. Saisset, 2" édit.. 
Paris, 186/, t. H, p. 154-173. Quelques Juifs modernes 
ont admis plus ou moins complètement les conclusions 
des critiques modernes. S. Munk, La Palestine, Paris, 
1881, p. 132-142, attribue la Genèse, sauf un petit 
nombre d'interpolations, à Moïse qui en a puisé le fond 
dans des documents antérieurs, émanés de difiérents 
auteurs: il lui attribue aussi toute la législation du 
Pentateuque, qui formait peut-être le « livre de l'al- 
liance », bien que sa rédaction ait pu, avec le temps, 
subir quelques modifications. Le reste du Pentateuque, 
à savoir les parties historiques des quatre derniers 
livres, est formé de documents qui étaient postérieurs à 
Moïse, mais dont il est impossible de fixer l'âge avec 
précision. « Le recueil a dû être achevé et exister dans 
sa forme actuelle à l'époque de Josias, et c'est à cette 
même époque qu'il a pu être reçu par les Samaritains. 
Le Pentateuque peut donc être appelé avec raison un 
livre mosaïque, bien qu'il ne soit pas émané en entier 
de Moïse. S'il manque d'unité dans le plan et la méthode, 
il y a unité dans l'idée, » p. 142. Les Juifs croyants ont 
donc ioujours admis et admettent encore l'authenticité 
mosaïque du Pentateuque. La tradition était si stricte 
qu'elle a porté les rabbins à accepter même des exagé- 
rations et des fables pour la défendre. 

3° La tradition perpétuelle de l'Église catholique. 
— La tradition juive, introduite par Jésus et ses Apôtres 
dans l'Eglise, s'y manifeste de bonne heure et se couti- 
nue sans interruption de siècle en siècle jusqu'à nos 
jours. Il suffit de constater son existence dans les pre- 
miers siècles, car personne ne nie sérieusement sa 
persévérance et son unanimité. Les Pères apostoliques 
citent assez souvent des passages du Pentateuque 
comme paroles d'Écriture inspirée, sans nommer l'au- 
teur, conformément à leur manière habituelle de citer 
la Bible, mais ils ne sont pas cependant tout à fait muets 
sur l'activité littéraire de Moïse. Ainsi le pseudo-Bar- 
nabe, s'il rapporte, Epist., x, 1-12, dans Funk, Patres 
apostolici, 2= édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 66-70, plu- 
sieurs lois, et xn, 2-9, p. 74-76, plusieurs paroles de 
Moïse, ne considère pas ce personnage exclusivement 
comme législateur et comme chef d'Israël. Il cite sous 
le nom du prophète Moïse une parole prononcée par 
Dieu lui-même, Exod., xxxm, 1, 3, parce que le prophète 
l'avait entendue et relatée dans son récit. Epist., vi, 8, 
10, 13, p. 54, 56. De même encore le jeûne de Moïse sur 
le mont Sinaï est cité comme une parole du prophète. 
Epist., xvi, 2. p. 80. Saint Clément de Rome cite, lui 
aussi, plusieurs passages du Pentateuque comme Écri- 
ture sainte. Il affirme une fois que xi ô gisxspio; lua-tcK 
6&pi— ùiv £v fj'i.fjù Toi oTxfTi MurJrT-7,- -ri ôiaTZyuiva: aÙTÛ 
— ivTa irrr.jiE'.aiçaTû £v ti:; iîpatî fiio/.o::. 1 Cor., XLI, 1, 
ibid., p. 152. 

Les Pères apologistes apprennent aux païens, à qui ils 
s'adressent, que Moïse a écrit sous l'inspiration divine, 
qu'il est le premier des prophètes et le plus ancien de 
tous les écrivains et qu'il a raconté par l'esprit pro- 
phétique la création dn monde. S. Justin, Apol., i, 59, 
t. VI, col. 416; Cohort. ad Grxc, 28. 30, 33, 34, ibid., 
col. 293, 296-297, 361; S. Théophile, Ad Autol., m, 23, 



ibid., col. 1156. Saint Justin, Apol., i, 32, 54, ibid., 
col. 377, 409, cite la prophétie de Jacob, Gen., xlix, 
10, comme écrite par l'esprit prophétique. Il rappelle 
à Tryphon, Diah, 29, ibid., col. 537, que Moïse a écrit 
dans les lettres juives. L'auteur delà Cohort. ad Grsecos, 
9, ibid., col. 257, prouve l'antiquité du prophète et 
du législateur juif par le témoignage des philosophes 
grecs. Moïse a écrit au sujet du tabernacle, ibid., 29, 
col. 296; et Platon a fait des emprunts à sa divine his- 
toire, ibid., 33, col. 301. Si les origines de l'humanité 
nous sont connues, c'est que le Saint-Esprit nous les a 
apprises, lui qui a parlé par Moïse et les autres pro- 
phètes, de sorte que nos lettres sont plus anciennes 
que tous les écrivains et tous les poètes. S. Théophile, 
Ad Autol., il, 30, ibid., col. 1100. Aussi tous les apo- 
logistes s'accordent-ils à dire que les philosophes et 
les législateurs païens ont fait des emprunts à Moïse 
et lui ont volé leur sagesse. 

Tous les Pères subséquents citent le Pentateuque 
sous le nom de Moïse. Ils affirment aussi à l'occasion 
que Moïse a composé le Pentateuque. On retrouve de 
ces témoignages formels dans toutes les Églises chré- 
tiennes. Saint Irénée, Cont. hser., I, II, 6, t. vu, 
col. 715-716, attribue à Moïse le récit de la création du 
monde. Cf. n, 22, n. 3, col. 783. A Rome, saint Hippo- 
lyte commentait Deut., xxxi, 9, 24, 25, qui attribue à 
Moïse la rédaction de ce livre. Achelis, Arabische Frag- 
mente zum Pentateuch, dans Hippolylus, Leipzig, 1897 
t. i, p. 118. Cf. Philosophoumena, vin, 8; x, 33, t. xvi, 
col. 3350, 3449. A Carthage, Tertullien provoquait Her- 
mogène ad originale instrumentum Moysi, à propos 
de la création du monde. Adv. Hermogenem, xix, t. il, 
col. 214. Cf. Adv. Marcion., iv, 22, ibid., col. 414. 
A Alexandrie, Origène tenait Moïse non seulement 
comme législateur, mais aussi comme écrivain, puisque 
les lettres qu'il employa pour écrire ces cinq livres, 
tenus pour sacrés chez les Juifs, sont différentes des 
lettres égyptiennes. Cont. Cels., m, 5-6, t. xi, col. 928. 
Il parle des écrits de Moïse, livres clairs et sages, que 
Moïse ou plutôt l'Esprit divin qui était en Moïse et 
dont l'inspiration l'a fait prophète, a écrits. Ibid., iv,55, 
col. 1120. Cf. In Gen., hom. xm, n. 2, t. xn, col. 231; 
In Num., hom. xxvi, 3, ibid., coi. 774. Eusèbe de Césa- 
rée parle du grand Moïse, le plus ancien de tous les 
prophètes, qui a décrit sous l'inspiration divine la créa- 
tion du monde et l'histoire des premiers hommes. H. E., 
i, 2, t. xx, col. 56; cf. 3, col. 69. Saint Eusthate d'An- 
tioche, De cngastrinrylha contra Origenem, 21, t. xvm, 
col. 656, reproche à Origène d'appeler fables ce que Dieu 
a fait et ce que le très fidèle Moïse a consigné par écrit. 
Cf. pseudo-Eusthate, In Hexaemeron, ibid., col. 708 
Marius Victorin, De verbis Script., Faatum est, 1 ; 
t. vin, col. 1009, déclare que Moyses nos docuit libre 
Geneseos. Saint Athanase, Epist. ad Marcellin, 5, 32, 
t. xxvn, col. 17, 20, 44, rappelait que Dieu avait 
ordonné à Moïse d'écrire un cantique et le Deutéro- 
nome tout entier. Diodore de Tarse déclare que Moïse a 
écrit le récit de la création. Fragmenta in Gen., 
t. xxxm, col. 1561-1562. Didyme d'Alexandrie, De Tri- 
nitate, II, vu, 3, t. xxxix, col. 565, expliquant .• Fa- 
ciamus hominem âd imagineni nostram, dit que 
Moïse dans la Genèse par la personne du Père et du 
Fils parle au Saint-Esprit. Saint Grégoire de Nysse 
attribue à Moïse les deux premiers chapitres de la 
Genèse qui, de prime abord, paraissent contraires. In 
Hexaemeron, proœm., t. xliv, col. 61. Saint Ambroisa, 
Tlexaemeron, VI, il, 8, t. xiv, col. 245, déclare que 
Moïse, quoiqu'il fût instruit dans toute la sagesse des 
Égyptiens, a méprisé, parce qu'il était inspiré, la 
vaine doctrine des philosophes et a décrit la création 
du monde. Saint Épiphane, Uxr., xxvr, 3, t. xll, 
col. 337, dit que ce législateur était inspiré pour rédi- 
ger la loi contre les parricides, et xxxm, n. 9, col. 572, 



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PENTATEUQUE 



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pour écrire fout ce qu'il [a écrit. Fauslin, De Trinitate, 
c. i, 5-7, t. xiii, col. 41, 42, attribue à Moïse le début 
de la Genèse, et fait des emprunts aux livres de Moïse. 
Saint Hilaire de Poitiers, De Trinitate, i, 5, t. x, 
col. 28, parle des livres, qucs a Moyse alque prophe- 
tislscriptos esse Hebrxorum religio Iradebat. Saint 
Chrysostome, In Gen., hom. n, 2-3, t. lui, col. 27, 28, 
reconnaissait dans le début de la Genèse les paroles du 
bienheureux Moïse qui, pour se faire comprendre des 
Juifs, parlait, comme plus tard saint Paul, un langage 
grossier. Il attribuait aussi à Moïse le récit du déluge 
et il expliquait comment cet écrivain n'a rien dit des 
soixante-dix premières années de Noé. Ad Stagirium a 
dsemone vexalum, n, 6, t. xlvii, col. 457. Saint Jérôme 
dit expressément que le Pentateuque est de Moïse. Prse- 
falio in lib. Josue, t. xxvm, col. 461; Prologus galea- 
ius, ïbid., col. 548. Il énumère les cinq livres : Genèse, 
Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome comme 
étant de Moïse ainsi que les onze Psaumes lxxxix- 
xcix. Epist. cxl, 2, t. xxii, col. 1167. La parole sou- 
vent citée contre l'authenticité du Pentateuque : Sive 
Moysen dicere volueris auctorem Pentateuchi, sive 
Esdram ejusdem instauralorem operis non recuso 
(De perpétua virginitate B. Mariai liber advenus 
Helvidium, n. 7, t. xxni, col. 199), ne concerne pas 
le livre entier, mais seulement la glose : usque in 
hodiernum diem, Gen., xxxv, 4; Deut., xxxiv, 6 (selon 
les Septante), que le saint docteur refuse de rapporter 
soit à Moïse soit à Esdras. Saint Augustin voit les cinq 
livres de Moïse figurés par les cinq pierres que David 
choisit dans le torrent pour en armer sa fronde, 
Serm., "xxxi, c. s, \h, t. xxxro\, col. 198, 199, et dans 
les cinq portiques de la piscine de Bethsaïde. Serm., 
cxxiv, c. m, ibid., col. 687. Il enseigne que le récit de 
la création, dont le sens l'a préoccupé durant toute sa 
vie, a été écrit par Moïse. Conf., xi, 3; xn, 14, 30, 
t. xxxn, col. 811, 832, 843; De Gen. ad lit., VIII, ni, 7; 
IX, xili, 23, t. xxxiv, col. 375, 402; Decivitate Dei, XI, 
IV, 1, t. xli, col. 319. Théodore de Mopsueste tient 
Moïse pour l'auteur de la Genèse. Sachau, Theodori 
Mopsuesleni fragmenta syriaca, Leipzig, 1869, p. 8, 9. 
Cf. Kihn, Theodor von Mopsuestia und Junilius Afri- 
canus als Exegelen, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 98. 
Saint Cyrille d'Alexandrie, Cont. Julian., I, t. lxxvi, 
col. 524-525, prouve que Moïse a précédé tous les sages 
de la Grèce qui l'ont connu et estimé, et il explique 
que le contenu de ses récits est admirable, parce que 
l'écrivain était inspiré de Dieu. Saint Isidore de Péluse, 
Epist. ,\. IV, epist. CLxxvi, t. lxxviii, col. 1268, explique 
pourquoi Moïse a fait précéder sa législation d'un récit 
historique. Théodoret, In Malach., arg., t. lxxxi, 
col. 1960, .déclare que Moïse, le grand législateur, est le 
premier qui nous ait laissé par écrit des oracles divins. 
Procope de Gaza, In Gen., prolog., t. lxxxvii, col. 24, 
affirme que le livre qu'il entreprend de commenter est 
de Moïse. Les explications qu'il donne montrent bien 
qu'il regardait la législation, contenue dans les livres 
du milieu, comme rédigée par cet écrivain. D'ailleurs, 
il déclare expressément que le Deutéronome, résumé 
des livres précédents, est de la main de Moïse. In Deut-, 
ibid., col. ,893-894. Junilius, De partibus divinse legis, 
1. I, c. vin, t. lxviii, col. 28; cf. Kihn, op. cit., p. 480, 
sait, ex traditione veterum, que Moïse a écrit les cinq 
premiers livres historiques de l'Ancien Testament, bien 
que leurs titres ne contiennent pas son nom, et que 
lui-même ne dise pas : Dixit Doniinus ad me, mais, 
comme s'il parlait d'un autre : Dixit Dominus ad 
Moysen. De son côté, saint Isidore de Séville est très 
explicite dans les attributions du Pentateuque à Moïse. 
Eîym.,~Vl, i, 4; n,l, t. lxxxii, col. 229, 230. Il indique 
même le temps mis par Moïse à rédiger le Deutéronome. 
Quœst. in V. T., in Deut., I, 2, t. lxxxiii, col. 359. 
Il est inutile de multiplier les citations. On a conti- 



nué dans l'Église à admettre l'authenticité mosaïque 
du Pentateuque. Pour le moyen âge et les temps mo- 
dernes, voir Hoberg, Moses und der Pentaleuch, p. 72- 
73. Personne jusqu'au xvi c et au XVII e siècle n'a émis 
le moindre doute à ce sujet. Nous exposerons plus 
loin les doutes et les négations des critiques modernes. 
La masse des exégètes et des théologiens catholiques 
aussi bien que des fidèles est demeurée attachée à 
l'ancienne tradition, et aujourd'hui encore, nonobstant 
le travail de la critique, admet l'authenticité mosaïque 
du Pentateuque. L'enseignement traditionnel a été vé- 
ritablement unanime, ininterrompu et perpétuel dans 
l'Église catholique. 

4° Critères internes ou caractères mosaïques du 
Pentateuque. — Ils sont tirés du fond même ou de la 
forme littéraire du livre. Par eux-mêmes, ils sont in- 
suffisants à prouver l'authenticité mosaïque du Penta- 
teuque, mais ils confirment la tradition juive et chré- 
tienne. — 1. Caractères mosaïques du fond. — a) 
L'auteur du Pentateuque connaît exactement les 
choses d'Egypte. — Bien que les nombreux documents 
hiéroglyphiques de l'ancienne Egypte, déchiffrés ré- 
cemment, ne fournissent aucune preuve directe des 
faits racontés par Moïse dans l'histoire de Joseph, la 
venue des Israélites en Egypte, leur séjour au pays de 
Gessen, leur oppression et leur exode, ils donnent ce- 
pendant des preuves indirectes de la vraisemblance et 
de l'exactitude des récits qui rapportent ces événe- 
ments. Sur le voyage d'Abraham en Egypte, voir F. Vi- 
gouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6 9 édit., 
Paris, 1896, t. i, p. 453-480; pour l'histoire de Joseph, 
voir op. cit., t. n, p. 1-213; Echanson, t. n, col. 1558- 
1559; Joseph, t. m, col. 1657-1669; pour le séjour des 
Israélites en Egypte, leur oppression et leur exode, voir 
op. cit., t. il, p. 215-439; Brique, t. i, col. 1931-1934; 
Gessen, t. m, col. 218-221; Corvée, t. h, col. 1030-1031. 
Les plaies d'Egypte, sans perdre leur caractère miracu- 
leux, sont conformes aux phénomènes naturels de la 
contrée et sont des maux propres au pays. La couleur 
égyptienne de ces récils est indéniable. Or, elle ne 
prouve pas seulement leur véracité; elle montre aussi, 
au moins indirectement, leur aulhenticité mosaïque, 
Tous les détails sont si exacts, si égyptiens, qu'ils n'ont 
pu être inventés après coup, qu'ils ont dû plutôt être 
relatés par un Israélite qui, comme Moïse, avait été 
élevé en Egypte, La tradition, eût-elle reçu dès l'origine 
une forte empreinte égyptienne, aurait perdu de sa 
fraîcheur et de son coloris, si elle avait été conservée 
longtemps dans la mémoire du peuple avant d'être 
consignée par écrit. Un rédacteur postérieur, fût-il 
bien au courant de la situation particulière de l'Egypte, 
de ses usages et de ses coutumes, n'aurait pu rendre sa 
narration aussi conforme, dans les plus petits détails, 
à la réalité historique que les découvertes égyptolo- 
giques nous ont révélée. Seul, un Israélite, ayant vécu 
longtemps en Egypte, a été capable de donner au récit 
l'exactitude minutieuse qu'on y constate. 

Les critiques modernes ne contestent guère cette 
couleur égyptienne des récits, et ils reconnaissent que 
l'auteur du document qu'ils appellent élohiste était très 
au courant des choses égyptiennes. Il reproduit deux 
mots égyptiens fortement sémitisés : abrek, voir t. i, 
col. 90-91, et sâfenat pa'enêah, nom égyptien donné à 
Joseph. Gen., xli, 43, 45. Il nomme Putiphar, Gen., 
xxxvn, 36, etc., Séphora et Phua, les sages-femmes 
égyptiennes, Exod., i, 15, les villes de Phithom et de 
Ramessès, Exod., i, 11, et la mer Rouge. Exod., xnr, 
18; xv, 22. Il connaît exactement la constitution de 
l'armée égyptienne. Exod., xiv, 7. Paul de Lagarde et 
Steindorff s'appuyaient sur une interprétation contes- 
table du nom égyptien de Joseph, du nom de saJemnae 
Aseneth et de celui de Putiphar pour rapporter l'his- 
toire de Joseph dans le document élohiste à l'époque 



77 



PENTATEUQUE 



78 



de la seconde dynastie saïte, après Psammétique I er 
(655-610). Mais M. Naville a réfuté les explications don- 
nées. Proceedings of the Society of biblical Archœo- 
logxj, mars 1903, p. 157. Cf. t. i, col. 771, 1082-1083; 
t. m, col. 1668. La conclusion qu'on en tirait relative- 
ment à la date tardive du document élohiste n'est donc 
pas fondée. Les autres critiques qui la remontent plus 
haut ne dépassent pas l'époque des rois d'Israël, et ils 
pensent que l'auteur avait eu personnellement à cette 
époque une connaissance directe de l'Egypte à la suite 
•des alliances des rois d'Israël avec les Pharaons. Ils en 
•concluent qu'on ne peut discerner dans ses descriptions 
ce qui convient à l'époque des faits de ce qui se rap- 
porte à son temps. Mais la couleur égyptienne n'est pas 
spéciale aux récits du soi-disant document élohiste; 
elle se remarque dans l'ensemble du Pentateuque,sans 
•distinction des sources ; elle est tout aussi réelle pour 
les plaies d'Egypte, par exemple, dans les parties du 
récit que les critiques attribuent au document jéhoviste, 
•et plusieurs traits ne sont justes que pour l'époque des 
événements et ne conviennent pas à l'Egypte des Pha- 
raons, contemporains des rois et des prophètes d'Israël. 

On a constaté, en effet, que l'Egypte, décrite dans 
l'histoire de Joseph, du séjour des Israélites et de leur 
•exode, est l'Egypte du xv 8 siècle avant notre ère. Ce qui 
est dit de l'état du pays, des principales villes de la 
frontière, de la composition de l'armée, est vrai de 
l'époque des Ramsès. Ce pays y apparaît comme un 
royaume unique, placé sous le gouvernement d'un 
seul roi; elle n'est pas encore morcelée en douze petits 
États, comme elle l'était au temps d'Isaïe, xix, 2. Voir 
t. H, col. 1612. Les villes de Phithom et de Ramessès, 
bâties par les Israélites, Exod., i, 11, ont eu réelle- 
ment Ramsès II, sinon comme premier fondateur, du 
moins comme restaurateur. Il n'est parlé ni de Migdol 
ni de Taphnès et on n'y relève aucun des noms sémi- 
tiques de villes qui furent usités sous la dynastie buba- 
liste contemporaine de Salomon. L'armée est composée 
de chars de guerre. Exod., xiv, 7. Voir t. H, col. 567- 
570. Elle ne comptait pas encore de mercenaires étran- 
gers, pareils aux Lubirn, qui en faisaient partie plus 
tard. Jer., xlvi, 9; II Par., xn, 3. Voir t. l, col. 992- 
991; t. iv, col. 238-241. Les relations de l'Egypte avec 
les pays étrangers supposent aussi une époque ancienne. 
Il n'est parlé ni du royaume d'Ethiopie qui dominait 
l'Egypte sous le règne d'Ézéchias, ni des rois assyriens 
qui conquirent l'Egypte sous la dynastie éthiopienne. 
Voir t. il, col. 1612. Cf. R. S. Poole, Ancient Egypt, 
dans la Contemporary Review, mars 1879, p. 757-759. 
De cet accord entre le Pentateuque et les anciens do- 
cuments égyptiens on peut conclure que les récits ont 
été rédigés peu après les événements et à l'époque où 
le souvenir des faits était encore récent. 

Cette conclusion est confirmée par la ressemblance, 
purement extérieure il est vrai, mais très réelle, des 
institutions rituelles et sacerdotales, établies par Moïse 
au désert avec les rites égyptiens. Voir t. iv, col. 335. 
L'arche d'alliance, placée dans le tabernacle, ressem- 
blait en quelque chose au naos des temples égyptiens. 
Voir t. i, col. 912. Le tabernacle présentait lui-même, 
dans son ensemble, les mêmes dispositions que ces 
temples. Les divergences provenaient de la diversité 
des matériaux employés et de la nécessité d'avoir, 
durant le séjour au désert, un temple portatif. Le ratio- 
nal d'Aaron est pareil au pectoral des prêtres égyptiens. 
Le sacrifice des colombes, Lev., i, 14-17, se rapproche 
du sacrifice des oiseaux en Egypte. F. Vigouroux, La 
Bible et les découvertes modernes, 6'édit., Paris, 1896, 
t. H, p. 529-547; Les Livres Saints et la critique 
rationaliste, Paris, 1902, t. m, p. 86-99; Sayce, La 
lumière nouvelle apportée par les monuments an- 
ciens, trad. Trochon, Paris, 1888, p. 77-98; J. Heyes, 
Bibel und Aegypten, Munster, 1904, p. 142. Cer- 



tains usages pharaoniques sont mentionnés dans le 
Deutéronome : l'arrosage avec les pieds, vi, 10, mode 
d'irrigation particulier à l'Egypte, voir, t. m, col. 926- 
929; les soterim, xx, 5, dont le nom lui-même sa 
rapproche de celui des scribes égyptiens ; la bastonnade, 
iniligée à la mode égyptienne, xxv, 2, voir, t. i, 
col. 1500; les pierres enduites de chaux, dont on se 
sert pour écrire, xxvn, 1-8. De tout cet ensemble il 
résulte manifestement que l'auteur du Pentateuque 
connaissait les mœurs de l'Egypte, ses usages, ses 
coutumes, d'une manière si parfaite qu'il a dû vivre 
longtemps dans ce pays et précisément à l'époque des 
événements qu'il raconte. 

b) L'auteur a écrit son livre pour les Israélites, 
sortis de l'Egypte et n'occupant pas encore le pays 
de Chanaan. — Le souvenir de l'Egypte est fréquem- 
ment rappelé aussi bien dans les lois que dans les 
récits historiques des quatre derniers livres du Penta- 
teuque. L'oppression que les Israélites y avaient subie 
était un motif souvent indiqué de ne pas retourner 
dans un pays où l'on avait tant souffert et la délivrance 
de la servitude est un événement récent et très impor- 
tant pour Israël. Le récit de ces événements est écrit 
sous le coup de l'impression profonde qu'ils avaient 
laissée. L'anniversaire de l'exode est célébré par une 
fête solennelle, la fête de la Pàque, qui en rappelle 
les circonstances historiques. La consécration des 
premiers-nés au Seigneur se rattache aussi à la dixième 
plaie d'Egypte, dont les Israélites avaient été exemptés. 
La fête des Tabernacles est destinée à remémorer aux 
Hébreux que leurs ancêtres ont habité sous la tente 
dans le désert, quand Dieu les tira de la terre 
d'Egypte. Lev., xxtn, 43. Quand les Israélites se 
révoltent et murmurent contre Moïse, ils regrettent la 
vie facile qu'il menaient en Egypte comparativement 
aux privations qu'ils subissent au désert, et ils vou- 
draient retourner dans ce pays d'abondance. Moïse 
lutte constamment contre ces désirs insensés du 
peuple, et il cherche à éloigner le plus possible les 
Israélites du pays de leur servitude. Pour répondre à 
leurs plaintes, il déclare que ce n'est pas lui, que c'est 
Dieu qui les a fait sortir d'Egypte. Il recommande de 
de pas agir conformément aux usages de l'Egypte. 
Lev., xviii, 3. Tour calmer Dieu irrité contre Israël, 
Moïse fait valoir l'opinion des Égyptiens. Num., xiv, 
13, 14. Plusieurs dispositions législatives sont portées 
à cause de l'Egypte qu'on vient de quitter. La loi sur 
l'étranger, qu'il ne faut ni contrister ni affliger, est 
motivée par le fait que les Israélites ont été étrangers 
en Egypte. Exod., xxn, 21. L'Israélite ne sera pas 
esclave de ses frères à perpétuité, parce que Dieu a 
affranchi tout Israël de la servitude de l'Egypte. 
Lev., xxv, 42, 55. Les sculptures sont interdites, de peur 
qu'elles ne séduisent et n'entraînent à l'idolâtrie le 
peuple choisi, tiré par Dieu de l'Egypte. Deut., iv, 
15-20. On recommande au roi futur, qui régnera en 
Israël, de ne pas ramener son peuple en Egypte. 
Deut., xvn, 16. La délivrance de la servitude égyptienne 
est un des plus puissants motifs, invoqués et répétés 
dans le Deutéronome pour inciter les Israélites à 
observer fidèlement les prescriptions données par le 
Seigneur qui avait sauvé Israël. Si les Israélites sont 
fidèles aux prescriptions divines, ils ne souffriront 
aucun des maux que Dieu a infligés aux Égyptiens. 
Exod., xv, 26; Deut., vu, 15. S'ils sont infidèles, ils 
subiront comme châtiment les mêmes maux dont ils 
avaient déjà été affligés en Egypte. Deut., xxvm, 27, 60; 
XXIX, 25. L'exode est donc pour le narrateur comme 
pour le législateur un fait récent, dont le souvenir est 
encore très vivant et très capable de produire une 
forte impression. Écrit longtemps après les événements, 
le récit n'aurait pas eu un accent si saisissant, et la 
sortie d'Egypte n'aurait pas été le seul et unique 



79 



PENTATEUQUE 



80' 



bienfait divin, rappelé à la mémoire des descendants 
d'Israël. Celait de ceux-là mêmes qui avaient été oppri- 
més en Egypte et qui venaient d'être délivrés que 
l'auteur ravivait des souvenirs récents et communs. 
Leurs descendants éloignés n'auraient pas pu êire 
frappés à ce point par la mémoire de faits, dont ils 
n'avaient pas été les témoins oculaires. 

D'autre part, rien clans le Pentateuque n'indique que 
les Israélites aient déjà occupé définitivement le pays 
de Chanaan. Leurs ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, 
qui avaient quitté la Chaldée, n'y ont vécu qu'en 
nomades et en étrangers. Dieu leur avait seulement 
promis de donner à leur postérité la terre où ils 
vivaient. Les promesses réitérées, faites aux patriarches, 
sont mentionnées pour rappeler les droits d'Israël à la 
possession future de la Terre promise. Si Jacob vient 
en Egypte pendant la famine, c'est avec le dessein de 
retourner en Chanaan. Gen., xlvi, 4. Il demanda d'être 
enseveii avec ses pères au champ d'Ephron, Gen., xlix, 
29-31, et son désir fut accompli. Gen., L, 4-13. Joseph 
demanda aussi que ses ossements fussent emportés par 
ses frères, lorsqu'ils retourneraient au pays de la 
promesse. Gen., L, 23-24. Dieu confia à Moïse la mission 
de faire sortir son peuple de l'Egypte et de le conduire 
dans la terre des Chananéens. Exod., m, 8; VI, 2-8. 
Quand, irrité contre Israël, il veut l'exterminer tout 
entier, Moïse lui rappelle la promesse faite aux pa- 
triarches et obtient ainsi la grâce des coupables. 
Exod., xxxii, 13; xxxiii, 1. Le Seigneur promet la pos- 
session de Chanaan aux Israélites, s'ils pratiquent fidè- 
lement ses lois. Lev., xx, 24. Cette promesse est fré- 
quemment rappelée dans le Deutéronome. Les livres du 
milieu sont le récit de la marche d'Israël vers la Terre 
Promise. Moïse y conduit son peuple et il compare la 
terre, qu'il faudra conquérir, à l'Egypte. Deut., xi, 10. 
Dieu l'avait caractérisée comme une terre où coule le 
lait et le miel, Exod., m, 8, 17, et les espions, de retour 
de leur exploration, décrivent le pays par ce trait. 
Num., xiii, 28. Les Israélites sont donc en route vers la 
Terre Promise. Une des plus grandes préocupations de 
Moïse est de les déterminer à y entrer et à en faire la 
conquête. Ils devaient gagner rapidement le pays. S'ils 
séjournent quarante ans au désert, c'est en punition de 
la révolte qui suivit le retour des espions envoyés en 
Palestine. Le délai écoulé, Moïse conduit le peuple 
jusqu'aux frontières, et choisit, avant de mourir, Josué 
comme chef de l'armée, et le charge de faire la conquête, 
Cf. F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique ratio- 
naliste, Paris, 1902, t. ni, p. 28-46. 

Le récit n'est pas composé, comme on l'a prétendu, par 
un écrivain qui habite à l'ouest du Jourdain, c'est-à-dire 
dans la Palestine où Moïse n'a jamais pénétré. En effet, 
l'expression be'êber hay-yardên ne désigne pas néces- 
sairement la contrée située sur la rive gauche du Jour- 
dain. La signification doit être déterminée par le con- 
texte, et dans le même verset, Num., xxxii, 19 (hébreu), 
elle désigne successivement les deux rives. F. Vigouroux, 
Manuel biblique, -12= édit., Paris, 1906, t. i, p. 467-468. 
On ne constate dans le Pentateuque aucune allusion 
certaine à la situation historique qui a suivi la conquête. 
Rien ne fait supposer que le peuple habite dans des 
villes et dans des maisons; la législation convient à des 
nomades, vivant au désert et sous la tente. 11 n'est parlé 
ni de Jérusalem ni de la royauté comme existante. Les 
allusions, signalées par les critiques, notamment dans 
les morceaux poétiques et prophétiques, visent l'avenir, 
et c'est le plus souvent par un préjugé contre la pro- 
phétie qu'on y voit un indice du passé. Les lois sacer- 
dotales de l'Exode et du Lévitique ont l'empreinte du 
désert, à un degré tel que leur rédaction à une autre 
époque et en un autre lieu est hautement invraisem- 
blable. Leur cadre invariable est le camp d'Israël. Le 
Tabernacle, par exemple, est portatif et répond à la 



situation de nomades, qui ne peuvent avoir de sanctuaire- 
fixe. Prétendre, comme le font les critiques, qu'il- 
n'est qu'une projection du Temple de Jérusalem 
dans le passé, c'est une hypothèse, qui est commandée 
par les besoins de la cause et qui ne rend pas compte- 
de tous les détails de la construction et du service. 
D'ailleurs, il faut pour cela attribuer à l'auteur du code- 
sacerdotal, qui l'aurait construit de toutes pièces, une 
imagination créatrice qui ne répond guère aux caractères^ 
qu'on lui prête. On prétend aussi que la couleur locale 
des lois du désert est l'œuvre du même auteur, qui se 
reportait en esprit à l'époque mosaïque. Le principal 
argument, sur lequel on appuie cette explication, est la 
promulgation de la plupart de ces lois sacerdotales au- 
pied du Sinaï. Or, à ce moment, rien n'était plus étran- 
ger à la pensée de Moïse que la prévision d'un séjour 
prolongé d'Israël au désert. Moïse n'a donc pu rédiger 
les lois sinaïtiques en vue d'une situation qu'il ne 
prévoyait pas encore. Mais la rédaction définitive de 
ces lois a bien pu être faite après la révolte dont le 
séjour dans le désert pendant quarante ans fut la puni- 
tion; elle aurait par suite été rendue conforme à cette 
situation nouvelle. Aussi, quand le temps de l'épreuve 
est écoulé, quand la législation, temporaire et locale,, 
du désert touche à sa fin, Moïse promulgue à la généra- 
tion nouvelle qui va traverser le Jourdain et conquérir 
le pays de Chanaan, des lois appropriées à la vie 
sédentaire et agricole qu'elle va mener dans la Terre 
Promise. Du reste, à vrai dire, seules les lois qui 
concernent les campements et le transfert de l'arche et 
du tabernacle, présentent ce caractère temporaire et 
provisoire. Primitivement, elles ne devaient être appli- 
quées que pendant le voyage. Le législateur, parvenu 
au pays de Chanaan, les aurait abrogées et remplacées 
par des dispositions nouvelles. La révolte des Israélites 
après le retour des espions a changé la situation, et des- 
prescriptions, portées pour une durée fort limitée, ont pu* 
être appliquées pendant quarante ans. Celles qui regar- 
daient la descendance et les sacrifices pouvaient être- 
pratiquées partout et en tout temps, hors du camp aussi 
bien que dans le camp. Il n'y a plus donc, de ce chef,. 
de> difficulté, et l'empreinte du désert que conservent 
les lois du culte israélile demeure un indice de la date- 
de leur promulgation et de la rédaction du code qui 
les contient. F. Vigouroux, Les Livres Saints et la cri- 
tique rationaliste, t. m, p. 79-89; R. Cornely, Inlroduc- 
tio specialis in hist. V. T. libros, part. I, Paris, 1887,. 
p. 57-60. 

D'ailleurs, la forme elle-même de la législation du 
Pentateuque témoigne de son origine mosaïque. Il n'y 
a pas d'ordre rigoureux dans la disposition des lois. 
L'auteur les enregistre à l'occasion, en racontant les- 
faits qui les ont amenées. Elles ne constituent pas un- 
code systématique. Elles ont été prises au jour le jour, 
suivant les occurrences. En dehors de la loi morale et 
religieuse, révélée par Dieu d'un seul coup, ou à des- 
dates fixes, beaucoup de règles civiles sont le résultat 
de consultations adressées à Moïse. Des cas spéciaux 
exigent des solutions nouvelles et précisent l'applica- 
tion des lois générales. Des lois complémentaires, des 
retouches, des répétitions dépendent de circonstances 
parfois imprévues. Les premières lacunes sont ainsi 
comblées. Néanmoins la législation n'est pas complète. 
L'organisation politique n'est pas réglée. La loi sur la 
royauté est pleine de lacunes et ne vise qu'un avenir 
éloigné. Aussi Israël, après la conquête de la Palestine, 
n'aura pas de chef commun; chaque tribu sera, pour 
ainsi dire, isolée et indépendante. Josué n'est chargé 
que de conquérir et de partager la Terre Promise. Ces- 
caractères de la législation du pentateuque ne peuvent 
convenir qu'à Moïse et au temps du séjour d'Israël au 
désert. Ils confirment donc l'origine mosaïque des Iois- 
israélites et du livre qui les contient. F. Vigouroux,. 



81 



PENTATEUQUE 



82 



op. cit., t. m, p. 69-79; R. Cornely, loc. cit., p. 64-66. 
2. Caractères mosaïques de la forme littéraire. — 
La langue du Pentateuque, malgré l'immobilité relative 
de l'hébreu, présente des particularités, qui ne se ren- 
contrent déjà plus dans le livre de Josué. Ce sont des 
mots ou des formes qui ont vieilli et sont tombés en 
désuétude ou ont été modifiés. On y reconnaît donc des 
archaïsmes, indices assurés de l'antiquité du livre. Voir 
t. i, col. 911. Ce sont le pronom masculin hiï, employé 
155 fois sur 206 pour la forme féminine hî' ; na'ar, au 
masculin, pour désigner une jeune fille; les pronoms 
hd'él au lieu de 'ellêh, et hallêzéh. R. Graffin, Étude 
sur certains archaïsmes du Pentateuque, dans le 
Compte rendu du Congrès scientifique des catholiques, 
Paris, 1888, t. i, p. 154-165; F. Vigouroux, Manuel bi- 
blique, 12e édit, Paris, 1906, t. i, p. 434-435; Les Livres 
Saints et la critique rationaliste, Paris, 1902, t. m, 
p. 122-126. Les critiques ont cherché à échapper à cet 
argument linguistique de différentes façons. La plupart, 
rencontrant les archaïsmes dans le code sacerdotal, la 
source la plus récente, selon eux, du Pentateuque, pré- 
tendent que, fussent-ils réels, ils ne prouvent pas l'an- 
tiquité du document qui les contient; un écrivain récent 
peut à dessein, par amour de l'archaïsme et pour vieillir 
son œuvre, employer des expressions anciennes, tombées 
de son temps en désuétude. Mais d'autres ne reconnais- 
sent pas même dans ces particularités du Pentateuque 
des archaïsmes réels, ils n'y voient que des singularités 
d'orthographe et d'écriture, introduites par les massorètes 
dans leur édition du texte du Pentateuque. Ainsi pen- 
dant longtemps la voyelle du pronom Nin n'était pas 
écrite, de telle sorte que, dans tous les livres de la Bible, 
on avait pour les deux genres les simples lettres Nn; 
seule, la lecture différenciait le masculin du féminin. La 
présence du i dans le pronom féminin n'est pas an- 
cienne, et les quiescentes i et > n'ont été ajoutées qu'à 
une époque assez récente. En transcrivant le Nin fémi- 
nin, les massorètes ont marqué sous le n le point de la 
voyelle i; ils lisaient donc hî' et non hû'. S'ils ont con- 
servé l'anomalie Nin, c'est par un respect exagéré pour 
l'unique manuscrit du Pentateuque qu'ils ont transcrit 
et ponctué, et la leçon de leur manuscrit s'explique par 
le fait que, vers le commencement de notre ère, l'écri- 
ture hébraïque ne mettait que peu ou pas de différence 
entre le i et le ». Ces affirmations sont loin d'être cer- 
taines, voir t. m, col. 504-505; rien ne donne droit 
d'accuser les massorètes d'être des faussaires. Les 
massorètes, au rapport du Talmud de Jérusalem, traité 
Taanith, iv, 2, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 179- 
180, consultèrent trois manuscrits du Pentateuque et 
maintinrent les onze exceptions de la forme féminine 
N>n sur le témoignage de deux de ces manuscrits. 
L'emploi du masculin -iyj pour le féminin mva pourrait 

bien n'être aussi, dit-on, qu'une simple irrégularité 
d'orthographe; à supposer qu'il soit un idiotisme .ancien, 
il ne serait pas à lui seul une marque de haute anti- 
quité. Les pronoms archaïques ne seraient non plus 
que des différences orthographiques. A. Loisy, Histoire 
antique du texte et des versions de la Bible, dans 
L'enseignement biblique, Paris, 1892, t. i, p. 51-56. 
Comment se fait-il donc qu'ils n'existent que dans le 
Pentateuque? 

En outre des formes archaïques, on signale encore 
dans le Pentateuque des mots anciens, tels que ?~n 
'.rtzi et B.iP, Gen., i, 2, et la tournure pt»n rvn, Gen., 

t : " T t - - 

i, 25, des expressions et des phrases plus tard inusitées : 
'dbîb,« épi, » et le premier mois de l'année, voir t. I, 
col. 46; bdnàh, dans le sens de concevoir; kibsan, 
i four; » kâsas, « compter; » mékés, « somme comp- 
tée; » miksdh, n compte ; » yê'dsef 'el-'ammav, « être 
réuni à ses peuples, » ou simplement yê'dsef, « être 
réuni. » Certaines phrases poétiques, telles que « cou- 



vrir l'œil de la terre », Exod., x, 5, 15; Num., xxn, 5 T 
11, signifiant couvrir la surface de la terre, sont très- 
antiques. Les mots 'ômér et 'issdron ne se lisent aussi 
que dans le Pentateuque. Voir t. m, col. 273. Enfin, en 
plus des mots égyptiens déjà mentionnés, on trouve 
dans le Pentateuque des expressions hébraïques qui 
ne sont que des transcriptions de mots égyptiens. 
Ainsi fêbâh, désignant l'arche de Noé et la nacelle- 
dans laquelle Moïse fut exposé sur le Nil, est l'égyptien 
tba, ou teb, tep, qui signifie « coffre, bateau, berceau ». 
Les roseaux dont était faite la lêbâh de Moïse sont 
appelés goméh; c'est l'égyptien kam, qui est la même- 
chose que gam, « jonc. » L'enfant fut exposé sur la 
« lèvre du Nil » ; or la lèvre exprimait métaphorique- 
ment en égyptien le rivage. Yeor est le nom même du 
Nil. Les vaches grasses du songe de Pharaon paissaient 
des aftu, expression égyptienne qui signifie « verdure, 
roseaux ». Joseph est revêtu de lin, seS, mot usité dan& 
la Genèse comme sur les monuments hiéroglyphiques. 
Voir t. ni, col. 1668. Le roseau que les Israélites em- 
ploient pour fabriquer des briques est nommé de son 
nom égyptien qas. Sur les hartummîm, voir t. n r 
col. 1443-1444. L'arbuste dans lequel Moïse voit Dieu à 
l'Horeb est appelé senéh, qui est le sent des inscrip- 
tions et des papyrus de la XIX 5 dynastie. Le tambour, 
tof, dont Marie, sœur de Moïse, se sert, porte un nom 
égyptien, teb, tep. Le vase, dans lequel on dépose la 
manne, sinsénet, les pots de viande, que regrettent les 
Israélites, sîr, sont des mots égyptiens sennu, seri, 
qu'on ne retrouve plus dans les autres livres de la 
Bible. La corbeille destinée à contenir les prémices, 
téné', est la tena, « corbeille, » des Égyptiens. F. Vi- 
gouroux, La Bible et les découvertes modernes,!}' édit.,. 
Paris, 1896, t. n, p. 586-591. Toutes ces particularités, 
lingaistiques réunies sont des indices évidents de l'an- 
tiquité du Pentateuque; elles confirment par suite 
l'authenticité mosaïque de ce livre. 

III. OBJECTIONS CONTRE L'AUTHENTICITÉ MOSAÏQUE 

du pentateuque. — 1° Histoire de ces objections. — 
1. Les précurseurs des critiques modernes. — Les 
gnostiques, qui rejetaienttoutl' Ancien Testamentcomme 
étant l'œuvre du mauvais principe, ne niaient pas 
l'authenticité mosaïque du Pentateuque, ils soutenaient 
seulement que le mauvais principe avait trompé Moïse. 
Ptolémée, disciple de Valentin, distinguait dans la 
législation mosaïque les lois divinement révélées, les 
lois portées par Moïse de sa propre autorité et les lois 
promulguées par les anciens du peuple. Il ne niait 
pas explicitement que cette législation ait été rédigée 
par Moïse. Lettre à Flora reproduite par saint Épiphane, 
User., xxxin, 8, t. xli, col. 560-561. D'après le même 
saint, Hssr., xvin, 1, ibid., col. 257, et saint Jean 
Damascèue, Hxr., xix, t; xciv, col. 689, les nazaréens 
prétendaient que les livres de Moïse avaient été fabri- 
qués et que la loi, donnée aux Juifs par ce législateur, 
différait de celle du Pentateuque. Au m» siècle, l'auteur 
des Homélies clémentines , hom. m, 47, t. n, col. 141, 144, 
faisait dire à saint Pierre que la loi, donnée par Dieu 
à Moïse, avait été confiée oralement aux anciens, mise 
par écrit après la mort de Moïse, perdue, retrouvée et 
enfin brûlée au temps de Nabuchodonosor. Le récit d& 
la mort de Moïse n'ayant pu être écrit par le défunt, le 
Pentateuque qui le contenait était par suite d'une 
autre main. A part cette dernière observation qui est 
vraie, les objections des hérétiques n'ont rien de scien- 
tifique et sont de pures inventions sans valeur. 

Il faut passer jusqu'au temps de la Réforme pour 
rencontrer de nouveaux doutes sur l'authenticité mo- 
saïque du Pentateuque. Carlstadt, De canonicis Scrip- 
turis libellus, Wittemberg, 1520, en vint par le même 
raisonnement que l'auteur des Homélies clémentines^ 
à douter que Moïse ait rédigé les récits historiques du 
Pentateuque. Moïse n'a pu raconter sa mort. Or le 



83 



PENTATEUQUE 



sujet de celte narration est identique à celui des récits 
précédents. Tous ces récits sont donc d'une même 
main, qui n'est pas celle de Moïse, ni celle d'Esdras, 
mais celle d'un inconnu. La législation venait de Moïse, 
■et le Pentateuque n'en demeurait pas moins le plvfs 
saint de tous les livres de la Bible. Au XVII e siècle, les 
doutes se multiplièrent. Le philosophe anglais Hobbes, 
Leviathan, 1. III, c. xxxiii, Londres, 1651, déclarait 
■d'abord que le titre : « les. cinq livres de Moïse, » ne 
voulait pas dire que Moïse en était l'auteur, mais seu- 
lement qu'il en était le sujet principal. Le récit de la 
mort de Moïse est une addition postérieure. L'ensemble 
■du Pentateuque est plus récent que Moïse, qui en a 
cependant rédigé quelques parties, notamment Deut., 
xi-xxvn. Isaac de la Peyrère, Syslema theologicum ex 
Prseadamilarum hypothesi, 1. IV, s. 1., 1655, p. 173- 
182, ne regardait pas non plus le Pentateuque actuel 
comme l'œuvre originale de Moïse. Les derniers ver- 
sets du Deutéronome, certains passages, Num., xxn, 
14-15; Deut., i, 1; m, 11, 14, sont des additions; les 
détails sur Séir, Deut., n, conviennent à l'époque de 
David; les obscurités, les confusions, les lacunes et les 
altérations du texte actuel ne proviennent pas de 
Moïse. Celui-ci cependant avait écrit l'histoire des Juifs 
à partir de la création du monde et rédigé sa propre 
législation; mais son livre a été abrégé, retouché et 
modifié, comme le prouve l'étude du texte. Ce n'est pas 
encore la négation de l'origine mosaïque du Penta- 
teuque. 

Baruch Spinoza (1634-1677), Traclatus theologico- 
politicus, c. vin, IX, dans Opéra, 2 e édit. de Van Vlo- 
ten et Land, La Haye, 1895, t. n, p. 56-69, rejette 
l'authenticité mosaïque du Pentateuque. Il reproduit 
les objections d'Abenesra et il les interprète dans le 
sens de la négation de l'authenticité mosaïque. Il y 
joint ses observations personnelles : 1° Il est parlé de 
Moïse à la troisième personne, Num., xn, 3; xxxi, 14; 
Deut., xxxiii, 1, tandis que Moïse parle à la première 
personne de la loi qu'il avait promulguée et écrite. 
Deut., ii, 1-17, etc. A la fin du Deutéronome, le récit 
reprend à la troisième personne; ce qui prouve que le 
livre dans son état actuel est d'une autre main que de 
celle de Moïse. 2° Le récit de la mort, de la sépulture 
et du deuil de Moïse, l'éloge de ce prophète supérieur 
aux autres prophètes, faits au passé, témoignent d'une 
époque postérieure de rédaction. 3° Certaines localités, 
telles que Dan, Gen., xiv, 14, portent les noms qu'elles 
■eurent longtemps après Moïse seulement. 4° Parfois le 
récit historique dépasse la vie de Moïse. Ainsi, la ces- 
sation de la mandueation de la manne, Exod., xvi, 14, 
n'eut lieu qu'à l'arrivée des Israélites aux frontières du 
pays de Chanaan. Jos., v, 12. Les rois iduméens 
nommés Gen., xxxvi, 31, vont jusqu'à David, qui sub- 
jugua leur royaume. II Sam., vin, 14. De tout cela il 
ressort plus clair que le jour que le Pentateuque a été 
rédigé par un écrivain postérieur à Moïse. Moïse tou- 
tefois a écrit des livres, mentionnés dans le Penta- 
teuque et différents de ce livre, à savoir : 1° le livre 
des guerres de Dieu, Num., xxi, 14, qui contenait 
sans doute le récit de la défaite d'Amalec, Exod., xvn, 
14, et toutes les stations décrites par Moïse, Num., 
xxxin, 2; 2» le livre de l'alliance, Exod., xxi, 4, 7, ré- 
duit aux lois, Exod., xx, 22-xxm, 33; 3° un livre 
d'explication de toutes les lois mosaïques, Deut., i, 5, 
lois qu'il avait imposées de nouveau, Deut., xxix, 14, 
livre qu'il avait écrit en y relatant la rénovation de 
l'alliance, Deut.,xxxi, 9; c'est le « livre de la loi », 
augmenté par Josué, Jos., xxiv, 25, 26, livre perdu, 
mais inséré partiellement dans le Pentateuque, avec le 
cantique. Deut., xxxn. Quoiqu'il soit vraisemblable que 
Moïse ait écrit d'autres lois, on ne peut cependant 
l'affirmer, car les anciens pouvaient les avoir rédigées 
eux-mêmes et l'auteur de la vie de Moïse les avoir in- 



sérées dans son livre. Quant au Pentateuque, il n'a 
formé d'abord qu'un écrit avec Josué, les Juges, Ruth, 
les livres de Samuel et des Rois, œuvre d'un historien 
qui racontait l'histoire juive depuis la création jusqu'à 
la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor. Son auteur 
est probablement Esdras, le seul scribe dont le zèle 
pour la Loi soit mentionné dans l'Écriture. Esdras a au 
moins rédigé le livre de la Loi ou le Deutéronome, qu'il 
a lu et fait expliquer au peuple. II Esd., vin, 9. Plus 
tard, Esdras prit soin d'écrire l'histoire complète des 
Juifs, en y insérant le Deutéronome à sa place. Peut- 
être même a-t-il intitulé les cinq premiers livres de 
cette histoire « livres de Moïse », parce qu'ils conte- 
naient surtout la vie de ce personnage. Mais Esdras n'a 
pas mis la dernière main à cette histoire. Faisant une 
simple compilation de documents antérieurs, il les a 
seulement transcrits, sans les ordonner. C'est pourquoi, 
dans le Pentateuque, les lois et les récits historiques 
sont mélangés sans ordre logique ou chronologique; 
les mêmes faits sont répétés, et parfois diversement. 
Cf. P. L. Couchoud, Benoît de Spinoza, Paris, 1902, 
p. 102-104. Les additions et recherches dans l'œuvre 
de Moïse sont faciles à expliquer comme un complé- 
ment apporté dans la suite des temps à l'ouvrage pri- 
mitif. Les autres assertions de Spinoza ne reposent 
sur rien de positif. 

Pour répondre aux objections de Spinoza et défendre 
l'autorité historique et divine des livres de Moïse, 
Richard Simon a émis des hypothèses nouvelles sur la 
composition du Pentateuque. Il attribuait à Moïse per- 
sonnellement toute la partie législative de ce livre. Quant 
aux récits historiques, il reconnaissait que ce législa- 
teur lui-même avait rédigé, mais d'après d'anciens 
mémoires, la Genèse entière. L'histoire de son temps, 
il ne l'avait pas écrite de sa main; il l'avait fait écrire 
par des scribes publics, dont l'existence est constatée 
plus tard et qui étaient chargés officiellement de rédi- 
ger les Annales d'Israël. Bien que leur institution par 
Moïse ne soit pas mentionnée dans le Pentateuque, elle 
est néanmoins vraisemblable. Au sentiment de Richard 
Simon, ces scribes publics étaient inspirés pour abré- 
ger, en les ordonnant, les modifiant et les complétant, 
les Annales officielles. Comme ils résumaient celles-ci, 
ils ont laissé dans leurs abrégés des répétitions en vue 
de ne pas trop modifier les actes publics. Ayant été 
exécuté par ordre de Moïse, leur travail pouvait légi- 
timement être attribué à ce dernier. Certaines incohé- 
rences du texte actuel proviennent, en outre, d'un 
déplacement de feuillets, opéré à l'époque où les livres 
de la Bible avaient la forme de rouleaux. Elles ne 
prouvent rien contre l'autorité divine et l'origine 
mosaïque du Pentateuque. Voir Histoire critique du 
Vieux Testament, préface non paginée, et le 1. 1, c. i-vi, 
Rotterdam, 1685, p. 1-45; Réponse au livre intitulé : 
Sentimens de quelques théologiens de Hollande, c. vi- 
IX, Rotterdam, 1686, p. 55-94; De l'inspiration des 
livres sacrés, etc., Rotterdam, 1687, p. 20-34. 114-125, 
137-147, 150 sq.; Lettres choisies, lettres xxvni-xxx, 
2= édit., Paris, 11730, t. m, p. 206-236; Critique de la 
Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1730, 
t. n, p. 449; t. m, p. 154-247. Cf. A. Bernus, Richard 
Simon, Lausanne, 1869, p. 78-80, 83-89; H. Margival, 
Richard Simon et la critique biblique au ir/i' siècle, 
dans la Revtte d'histoire et de littérature religieuses, 
1897, t. n, p. 540-545. 

L'arminien Jean Leclerc, sous le voile de l'anonyme, 
attaqua Richard Simon et nia l'authenticité mosaïque 
du Pentateuque. II signalait dans les livres de Moïse des 
détails et des chapitres entiers qui, d'après lui, 
supposent une époque postérieure à Moïse. Dans son 
état actuel, le Pentateuque est une compilation,- non 
pas d'ouvrages officiels, extraits des archives publiques, 
mais bien d'écrits privés, dont quelques-uns, comme 



85 



PENTATEUQUE 



86 



■celui des guerres de Dieu, Num., xxi, 14, étaient anté- 
rieurs à Moïse. Celui-ci n'a rédigé que la partie princi- 
pale des livres que la tradition lui a attribués. L'auteur 
du Pentateuque, si au courant des choses chaldéennes, 
-a dû vivre en Chaldée. Or, les Juifs. n'avaient pas passé 
l'Euphrate avant la captivité. L'auteur a donc vécu 
après 722; mais il n'est pas Esdras, puisque les Sama- 
ritains possédaient auparavant le Pentateuque. C'est 
plutôt le prêtre Israélite, envoyé par le roi d'Assyrie 
aux Samaritains, IV Reg., xvn, 24-28, qui a composé le 
livre de la loi pour leur instruction. Son travail a été 
■commencé après la découverte de la loi dans le Temple 
sous Josias. Plus tard, les prêtres de Jérusalem ont mis 
leur loi d'accord avec le Pentateuque samaritain. Sen- 
timens de quelques théologiens de Hollande sur l'His- 
toire critique du Vieux Testament, Amsterdam, 1685, 
p. 107-129; Défense des Sentimens de quelques théolo- 
giens de Hollande, lettre vn c , Amsterdam, 1686, p. 166- 
188. Plus tard, Leclerc atténua son premier sentiment. 
Tout en maintenant que le Pentateuque dans son état 
actuel était postérieur à Moïse, il déclarait que les addi- 
tions étaient si peu considérables qu'on ne pouvait refu- 
ser à Moïse la composition du livre. Genesis sive Mosis 
prophétie liber prinius, proleg., diss. lit, Amsterdam, 
1693. En 1686, Antoine Van Dale soutint qu'Esdras 
était l'auteur du Pentateuque, mais qu'il avait utilisé le 
livre de la loi, découvert au Temple, et d'autres écrits, 
historiques et prophétiques. 

2. Hypothèse documentaire. — La première systé- 
matisation de la composition du Pentateuque consista 
dans la supposition de sources diverses, compilées et 
utilisées par l'auteur. Jean Astruc, Conjectures sur les 
mémoires originaux dont il parait que Moïse s'est 
servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles 
(Paris), 1753, détermina le premier le contenu et la 
nature des mémoires antérieurs que Moïse avait em- 
ployés pour rédiger la Genèse, et les parties du récit 
actuel qui leur avaient été empruntées. Les répétitions 
et les divergences des récits lui servirent de point de 
départ dans le discernement des sources, et la diversité 
des noms divins, Élohim et .féhovah, lui fit désigner les 
deux principales sources combinées par Moïse, l'une 
élohiste et l'autre jéhoviste. Une troisième nommait 
Dieu Jéhovah-EIohim. Astruc distinguait encore neuf 
autres sources, qui n'étaient que fragmentaires. Il 
supposait enfin que Moïse avait disposé sur quatre 
colonnes les matériaux préexistants, et que les copistes 
avaient mêlé et confondu ces quatre récits; de là pro- 
venaient les répétitions et les incohérences de la Genèse 
actuelle. Voir t. i, col. 1196-1197. Eiehhorn, Einleitung 
in das A. T., Leipzig, 1780, t. I, étendit la distinction 
des sources élohiste et jéhoviste aux deux premiers 
chapitres de l'Exode. Il a, en outre, caractérisé ces 
sources, non seulement par l'emploi des noms divins, 
mais encore par leur contenu et leur style. Il ne se 
croyait pas en mesure de déterminer leur origine. Il 
pensait d'abord que Moïse avait rédigé la Genèse et le 
début de l'Exode, en les combinant; plus tard, il ne 
parla plus que d'un rédacteur. Le reste du Pentateuque, 
sauf quelques interpolations, comprenait la législation 
et le journal de voyage de Moïse. Charles David Ilgen, 
Die Vrkunden des jerusalemischen Tempelarchivs in 
ihrer Vrgestalt, Halle, t. I (seul paru), distingua trois 
documents, deux élohistes et un jéhoviste, ayant leur 
genre propre de rédaction. En les combinant, le rédac- 
teur a dû les modifier pour les mettre d'accord. Aussi 
n'est-il pas facile d'en discerner dans le texte actuel 
tous les éléments constitutifs. 

3. Hypothèse fragmentaire. — Un nouveau courant 
se dessina bientôt, suivant lequel le Pentateuque était 
un conglomérat de fragments détachés et disparates. 
Alexandre Geddes (voir t. m, col. 145), prêtre catholique 
interdit, The holy Bible or ihe Books accounted sacred 



by Jews and Chrislians, Londres, 1792 ; Critical remarks 
on the Hebrew, Londres, 1800, t. i, parla le premier de 
nombreux fragments plus ou moins étendus, divergents 
et même contradictoires, réunis et mis en ordre par 
un rédacteur pour former le Pentateuque actuel. Ces 
fragments se groupaient en deux séries, caractérisées 
parles noms divins, Élohim et 3é\\ova\\. Vater, Commen- 
ta)- ùber den Pentateuch, 3 in-8», Halle, 18024805, 
répandit cette nouvelle hypothèse en Allemagne. Moïss 
a bien pu rédiger quelques-uns des fragments, entrée 
dans la composition du Pentateuque; mais il n'est pas 
le compilateur du recueil. Celui-ci n'a fait que juxtapo- 
ser dans l'ordre chronologique des fragments d'époques 
différentes, qui sont demeurés disparates. Les lois en par- 
ticulier avaient été promulguées selon les occurrences. 
La première collection, le Deutéronome, existait déjà 
au temps de David et de Salomon; on la retrouva sous 
Josias. Les fragments historiques et législatifs, compo- 
sés dans l'intervalle, y furent joints. Le Pentateuque 
avait été terminé à une date inconnue, peut-être dans 
les derniers temps du royaume de Juda. De Wette se 
rallia à cette hypothèse. Dissertatio critica qua aprio- 
rïbus Deuteronomium Pentateuchi libris diversum 
aliud cujusdam recenlioris auctoris opus esse mons- 
tratur, in-4°, Iéna, 1805; Beitrâge zur Einleitung in 
das A. T., Halle, 1807, t. n. Pour lui, la Genèse et 
l'Exode sont l'épopée nationale des Israélites, formée, 
comme les œuvres d'Homère, de fragments mythiques 
divers. Voir t. iv, col. 1377. Le Lévitique est le recueil 
des lois attribuées à Moïse et soi-disant' données au 
Sinaï. Les Nombres forment un appendice, sans plan, 
ajoutés aux trois premiers livres qu'ils continuent. Le 
Deutéronome comprend des lois postérieures, censées 
promulguées par Moïse au pays de Moab et différentes 
de la législation sinaïtique. La collection des cinq livres 
est postérieure à la découverte du Deutéronome sous 
Josias. Plus tard, il fixa au temps de la captivité à 
Babylone la composition du Deutéronome et la dernière 
rédaction du Pentateuque. Lehrbuch der historisch- 
kritische Einleitung in A. T., 3 e édit., Berlin, 1829. 
Pour L. Berthold, Historisch-krilische Einleitung, 
Erlangen, 1813, part. III, p. 768-842, quelques frag- 
ments, dont le Pentateuque est composé, pouvaient être 
de Moïse lui-même ou, au moins, étaient de son temps. 
La plupart ont été rédigc-s au commencement du règne 
de Saûl. Les recueils se sont formés progressivement 
par le travail de quatre ou cinq écrivains. La collection 
complète n'a été faite que sous Salomon. Hartmann, 
Historisch-krilische Forschitngen ûber die Bildung, 
das Zeitalter und der Plan der fùnf Bûcher Moses, 
Rostock, 1831, p. 552-700, prétendait que Moïse ne 
savait pas écrire et que les Israélites n'avaient Connu 
l'écriture que sous les Juges. Selon lui, les plus an- 
ciennes parties du Pentateuque sont postérieures à Sa- 
lomon, et les recueils écrits de lois appartiennent aux 
derniers temps de la royauté. Les éléments les plus 
importants du Pentateuque existaient à l'époque de 
Jérémie et d'Ézéchiel. On n'y fit plus tard qu'un petit 
nombre d'additions, d'ailleurs bien reliées au reste. 
L'état actuel du texte est contemporain de la captivité 
à Babylone. P. von Bohlen, Genesis, Kœnigsberg, 1835, 
introduction, adopta les conclusions de Hartmann avec 
cette seule différence qu'il regardait le Deutéronome, 
découvert sous Josias, comme la partie la plus ancienne 
du Pentateuque. 

4. Hypothèse complémentaire. — L'hypothèse frag- 
mentaire n'eut guère de succès. Par réaction contre 
l'émiettement des fragments, on en arriva à considérer 
le Pentateuque comme l'œuvre d'un premier écrivain, 
complétée plus tard par un rédacteur, comme une his- 
toire complète et suivie à laquelle on rattacha en guise 
de suppléments des lambeaux de toute sorte. Kelle, 
Verurtheilsfreie Wùrdigung der mosaischen Sehrif- 



87 



PENTATEUQUE 



8& 



ten, Freyberg,18i2, soutint que la Genèse était un livre 
primitivement bien ordonné, mais dont les récits avaient 
été déformés et le plan disloqué par des interpolations 
successives. H. Ewald, Die Komposition der Genesis, 
Brunswick, 1823, en raison du plan, de l'unité du 
style et de l'origine du fond, soutint que la Genèse était 
l'œuvre non pas de Moïse, il est vrai, mais d'un seul 
auteur qui n'avait recouru ni à des documents ni 
même à des fragments antérieurs. Le même critique, 
rendant compte de l'ouvrage de Stàhelin, Kritische 
Untersuchung ûber die Genesis. 1830, favorable à l'hy- 
pothèse documentaire, déclara que le Pentateuque en- 
tier avait à sa base un écrit unique, élohiste, compre- 
nantquelques morceaux antérieurs tels que leDécalogue 
et le livre de l'alliance, et dans lequel un rédacteur 
inséra comme compléments des extraits d'un écrit jé- 
hoviste postérieur. Sludien nnd Kriliken, 1831, p. 595- 
606. F. Bleek, abandonnant l'hypothèse documentaire, 
enseigna que l'écrit élohiste primitif avait été complété 
par un rédacteur jéhoviste au moyen de ses propres 
récits et d'autres compléments. Le Deutéronome est 
plus récent et a été joint à l'écrit primitif complété 
sous le règne de Manassé dans la première moitié du 
vn e siècle. De libri Geneseos origine atque indole his- 
torien observa tiones, 1836. 

Le principal tenant de l'hypothèse complémentaire 
fut F. Tuch. Commantar ûber die Genesis, Halle,1838. 
A son sentiment, l'élohiste est le Grundschrift, « écrit 
fondamental, » comprenant toute la partie législative et 
les principaux récits historiques et dérivant de sources 
écrites. Il a été complété par le rédacteur jéhoviste, 
peut-être d'après un autre document, mais certaine- 
ment d'après la tradition orale et des sources écrites. 
L'élohiste est antérieur à Salomon, et le jéhoviste con- 
temporain de ce roi. De Wette accepta cette hypothèse 
dans les 5 e et 6 e éditions de son Einleitung, 1840,1845. 
Stàhelin l'adopta aussi et l'appliqua à tous les livres 
nommés dans le titre de son ouvrage. Kritische Unter- 
suchungen ûber den Pentateuch, die Bûcher Josua, 
Richter, Samuelis und der Kônige, Bàle, 1843. Il rap- 
portait l'élohiste au commencement de l'époque des 
Juges et le jéhoviste au règne de Saùl. C. von Lengerke, 
Kanoan, Volks und Religionsgeschichte Israels bis 
zum Tod des Josua, Koenigsberg, 1844, modifia les 
dates, rapportant l'élohiste au début du règne de Salo- 
mon et le jéhoviste à l'époque des rapports de Juda 
avec l'Assyrie, vers le règne d'Ézéchias. Franz Delitzsch, 
Die Genesis, Leipzig, 1852, se rallia aussi momentané- 
ment à cette hypothèse. 

5. Nouvelle hypothèse documentaire. — Cependant 
l'ancienne hypothèse des sources avait été reprise. 
Gramberg, Libri Geneseos secundum fontes rite di- 
gnoscendos adumbratio nova, 1828, et Stàhelin, Kri- 
tische Untersuchung ûber die Genesis, 1830, distin- 
guaient dans la Genèse deux documents élohiste et 
jéhoviste, compilés plus tard. F. Bleek, Beitrâge zu den 
Forschungen ûber den Pentateuch, dans Studien und 
Kriliken, 1831, p. 488-524, prétendit que l'Hexateuque 
actuel avait eu au moins deux rédacteurs : l'auteur de 
la Genèse qui, avant le schisme des dix tribus, avait 
rédigé, selon le plan de l'Hexateuque, une histoire dans 
laquelle il avait reproduit littéralement des chants, des 
narrations et des lois antérieurs, en les combinant avec 
les données de la tradition orale; l'auteur du Deutéro- 
nome qui, vers la fin du royaume de Juda, a inséré 
son œuvre dans le premier récit, qu'il modifiait et 
complétait surtout dans la partie qui forme le livre 
actuel de Josué. H. Ewald, abandonnant l'hypothèse 
fragmentaire, distingua cinq documents : a) le livre 
des alliances, écrit historique, rédigé au temps de 
Samson, qui allait d'Abraham à l'époque des Juges; 
ê) le livre des origines, le Grundschrift élohiste, œuvre 
d'un lévite du début du règne de Salomon, qui conte- 



nait l'histoire depuis la création jusqu'à la consécration- 
du Temple de Salomon; y) un récit composé par uns 
Éphraïmite dn x« ou du IX e siècle, contemporain d'Élie 
ou de Joël, qui racontait l'histoire de Moïse d'après- 
le premier document; 8) un récit de la fin du ix= ou 
du commencement du vm e siècle; s) un écrit jéhoviste r 
œuvre d'un judéen de la première moitié ou du milieu, 
du "VII e siècle, sous Osias ou Joatham. Ce dernier est le 
rédacteur de l'Hexateuque. Le Deutéronome formait un 
livre à part, rédigé dans la première partie du règne- 
de Manassé par un juif qui vivait en Egypte et com- 
plété sous Josias par la bénédiction de Moïse, xxxiv.. 
Geschichte Israels, Gœttingue, 1843, 1845, t. i, p. 60- 
164; t. il, p. 1-25. Dans les éditions suivantes, 2 e , Gœt- 
tingue, 1851, 1853, t. i, p. 80-175; t. n, p. 14-45; 3%. 
Gœttingue, 1864, t. I, p. 94-193, le Deutéronome de 1» 
fin du vif siècle a été retouché par le dernier rédac- 
teur de l'Hexateuque, qui y a ajouté la bénédiction de- 
Moïse. Seul, Michel Nicolas, Études critiques sur la 
Bible. Ancien Testament, Paris, 1862, p. -46-94, a 
adopté une partie des conclusions d'Ewald. 

Les vues de Knobel n'ont pas eu plus de succès. Ce 
critique distinguait trois documents : a) le Grundschrift 
élohiste, composé sous Saûl au moyen de sources anté- 
rieures; b) le livre du droit, Rechtsbuch, moins com- 
plet que le précédent et fait d'après lui, contenant des 
lois morales et la législation théocratique, œuvre d'un 
lévite du royaume du nord, qui vivait à l'époque où ce 
royaume a été détruit par les Assyriens; c) le livre 
des guerres, Kriegsbuch, ainsi nommé en raison de ses 
nombreux récits de bataille, composé d'après le livre 
du juste et le Grundschrift. Ce dernier document n'a 
jamais eu une existence séparée. Son auteur qui em- 
ployait le nom de Jéhovah, un judéen du temps de Jo- 
saphat, un lévite probablement, a complété l'ouvrage 
entier par des traditions et des légendes populaires 
pour l'histoire primitive et à l'aide de documents pour 
l'histoire patriarcale. Le Deutéronome, qui est un ou- 
vrage distinct, est plus récent, son auteur a vécu sous 
Josias et sa langue ressemble à celle de Jérémie. Kri- 
tik des Pentateuch und Josua, p. 489-599. 

H. Hupfeld, Die Quellen der Genesis und die Art 
ihrer Zusamniensetzung, Berlin, 1853, a fait entrer 
l'hypothèse documentaire dans une voie nouvelle, que 
les critiques ont depuis lors généralement suivie. Il a 
distingué dans la Genèse trois documents indépendants: 
a) le premier, élohiste, qui est l'ancien Grundschrift, 
au moins dans son ensemble; b) un second, élohiste, 
qui raconte l'histoire des patriarches; c) le jéhoviste 
dont le contenu se rapproche beaucoup du précédent. 
Un rédacteur les a réunis et harmonisés de façon à for- 
mer une histoire complète et suivie. E. Bbhmer a con- 
firmé les vues de Hupfeld, son maître. Liber Geneseos 
pentateuchicus, Halle, 1860; Das erste Buch der 
Thora, 1862. Étendant ses recherches au Pentateuque 
entier, Th. Nôldeke, Untersuchungen zur Kritik des 
A. T., Kiel, 1869, p. 1-144; Histoire littéraire de l'A. 
T., trad. franc., Paris, 1873, p. 17-59, distingua quatre 
documents : le jéhoviste, un second jéhoviste plus 
ancien, le Grundschrift (élohiste), et le Deutéronome 
le plus récent des quatre. Les quatre premiers livres 
du Pentateuque et Josué avaient été formés avant la ré- 
daction du Deutéronome. E. Schrader, Einleitung de 
de Wette, 8 e édit., Berlin, 1869, ne reconnaissait que 
deux documents principaux : a) l'élohiste ou Grund- 
schrift, œuvre d'un prêtre de Juda contemporain de 
David; b) le second, élohiste, composé par un Israélite 
du nord peu après le schisme des dix tribus. Le jého- 
viste les réunit en les remaniant et en y ajoutant de 
nouveaux morceaux, entre 825 et 800, sous le règne de 
Jéroboam II. Le Deutéronome, iv, 44-xxvni, 69, formait 
un ouvrage spécial, rédigé peu avant sa découverte au 
Temple par un écrivain qui touchait de très prés à Je- 



■89 



PENTATEUQUE 



90 



*-émie. Pendant ]a captivité, il fut joint aux quatre pre- 
miers livres ; il subit alors des retouches et reçut des 
.additions. 

Un revirement d'opinion modifia ensuite les dates 
attribuées à deux de ces documents : le Grundschrift, 
■considéré comme le plus ancien, passa pour le plus 
récent et le Deutéronome ne tint plus la dernière place. 
La théorie du développement religieux en Israël, pro- 
posée par Reuss en 1830 et 1834, puis par Vatke, Die 
Religion des A. T. nach den kanonischen Bùchern 
entwickelt, Berlin, 1835, t. i, et par George, Die alte- 
ren jïtdischen Feste mit einer Krilik der Gesetzge- 
bung des Pentateuchs, Berlin, 1835, fut reprise par 
■Graf, Die geschichtlichen Bûcher des A. T., Leipzig, 
1865, 1866, et dans Merx, Archiv fur ivissenschâftliehe 
Erforschung des A. T., Halle, 1869, t. i, p. 366-477, 
■et appliquée à la critique littéraire de l'Hexateuque. 
Elle a donné naissance au système des quatre docu- 
ments qui est aujourd'hui prédominant parmi les cri- 
tiques, adversaires de l'authenticité mosaïque du Pen- 
tateuque. En voici le résumé : 

a) Document élohiste, E. — Nommé ainsi, parce que 
son auteur s'abstient systématiquement, avant la révé- 
lation de Jéhovah à Moïse au Sinaï, d'employer ce nom 
révélé, et désigne Dieu sous le nom d'Élohim, ce docu- 
ment est le moins étendu et le moins important des quatre. 
Il n'a été inséré dans l'Hexateuque que par lambeaux, 
et par suite on a discuté sur son point de départ. On 
pense généralemeut qu'il rie contenait pas d'histoire 
des origines et qu'il débutait par l'histoire des patriar- 
ches. On lui attribue Gen., xx, 1-17; xxi, 6-32a; xxil, 
1-14, 19; xxviii, 11, 12, 17, 18, 20-22; xxix, 1, 15-23, 25- 
28, 30; xxx, l-3«, 6, 8, 17-20a, 21-23; xxxi, 2, 4-18a, 19- 
45, 47, 51-55; xxxn, 1-3, 146-22, 24; xxxrn, 186-20; 
xxxv, 1-8, 16-20; xxxvn, 26, 5-11, 14a, 15-18a, 19, 20, 
22, 236, 24, 28a, 29, 30, 31 b, 32a, 34, 36 ; XL, 1-XLii, 37 ; 
xliii, 14, 236; xlv, 1-xlvi, 5a; xlvii, 12; xlviii, 1, 2, 
8-22; l, 15-26; Exod., i,15-u,14; m, 1-6, 9-15,21, 22;iv, 
17, 18, 206, 21; vu, 206, 21a, 24;ix,22, 23a, 35; x,8-13a, 
20-27; xi, 1-3; xn, 31-36, 376-39; xv, 1-21; xvn, 3-6, 
8-xvin, 27; xix, 26-19; xx, 1-21; xxi, 1-xxhi, 33; xxiv, 
3-8, 12-15a, 186; xxxi, 186-xxxn, 8, 15-xxxm, 23. Dans 
le livre des Nombres, le partage entre l'élohiste et le 
jéhoviste est si difficile à opérer que les plus récents 
critiques renoncent à le faire et se bornent à attribuer 
à JE les passages qu'ils distinguent du code sacerdo- 
tal, à savoir Num., x, 29-xn, 15; xiu, 176-20, 22-24, 266- 
31, 326, 33; xiv, 3, 4, 8, 9, 11-25, 31-33, 39-45; xvi, 16, 
2a, 12-15, 25, 26, 276-32a, 33, 34; xx, 16, 3a, 5, 14-21; 
xxi, 1-3, 46-9, 12-35; xxn, 2-xxv, 5; xxxn, 1-17, 20-27, 
38-42. Quelques versets du Deutéronome, x, 6, 7; xxvn, 
5-7a; xxxi, 14, 15, 23;xxxm, 1-28; xxxrv, 5, 6, provien- 
draient de E, et xxxiv, 10-12, de JE. Certains critiques 
retrouvent un élohiste dans les livres de Josué, des 
Juges, de Samuel et des Rois. Son récit irait jusqu'à la 
mort de Saûl (Cornill) ou même jusqu'au temps d'Achab 
(Bacon). 

C'était donc un livre historique, commençant à Abra- 
ham et racontant l'histoire de Moïse et de la conquête 
de la Palestine d'après une tradition différente de celle 
qu'a reproduite le document jéhoviste. Elle comprenait 
le Décalogue et le livre de l'alliance, comme législation 
donnée à Moïse sur le mont Horeb. Ses récits seraient 
très objectifs et très précis. L'auteur, qui était au cou- 
rant des choses égyptiennes, était déjà dominé par les 
vues religieuses des premiers prophètes d'Israël. Il ré- 
digeait une histoire théocratique plutôt qu'une histoire 
nationale. Il employait des expressions spéciales, et son 
style paraît uni et coulant, quoique parfois peu châtié. 
Comme presque toutes les traditions qu'il rapporte se 
rattachent à des localités du royaume d'Israël, on pense 
généralement qu'il était de ce royaume. O. Procksch, 
Dos nordhebrâisches Sagenbuch. Die Elohimquelle, 



Leipzig, 1906. Quelques critiques ont nié l'unité litté- 
raire de son œuvre et distingué plusieurs élohistes, 
deux au moins, sinon trois, E 1 , E 2 , E 3 . Dans l'école de 
Wellhausen, on prétend que l'élohiste est plus récent, 
d'une centaine d'années, que le jéhoviste. Les traditions 
de celui-ci paraissent, dit-on, plus fraîches, plus simples 
et plus naïves. Mais d'autres critiques, Dillmann,Kittel, 
Kônig et même Winckler, pour des raisons différentes, 
soutiennent la priorité de E. Les dates proposées sont 
donc divergentes; elles s'échelonnent du IX e au vin" siè- 
cle avant notre ère. Toutefois, l'auteur aurait inséré 
dans son œuvre des documents antérieurs : morceaux poé- 
tiques, tirésdu livre des guerres de Jéhovah, Num., xxxi, 
14, 15, et du livre du juste ou des justes, Jos., x, 12, 13, 
voir t. m, col. 1873—1875, à savoir le chant du puits, 
Num., xxi, 17, 18, voir t. i, col. 1548, et le chant d'Hé- 
sébon, Num., xxi, 27-30, voir t. m, col. 660, et peut-être 
aussi le cantique de Moïse après le passage de la mer 
Rouge, Exod., xv, 1-18, voir t. iv, col. 1211-1212; en 
outre, les oracles de Balaam,Num., xxm, xxiv (au moins 
en partie), etla bénédiction des tribus d'Israël parMoïse, 
Deut., xxxiii, voir t. îv, col. 1213-1214; lois morales, le 
Décalogue, Exod., xx, 1-17; lois civiles et rituelles, le 
livre de l'alliance, Exod., xxi, 1-xhu, 33, voir t. i, 
col. 388, code israélite le plus ancien, dit-on, qu'on a 
rapproché du code d'Hammourabi, récemment décou- 
vert. Voir t. iv, col. 335-336. 

6) Document jéhoviste, J. — On lui a donné ce nom, 
parce que son auteur a constamment employé le nom de 
Jéhovah, même avant sa révélation sur le Sinaï. C'est 
encore un livre historique; mais il remonte jusqu'aux 
origines de l'humanité, et après l'histoire primitive, il 
raconte l'histoire des patriarches, ancêtres d'Israël, et 
du peuple juif au moins jusqu'après la conquête de la 
Terre Promise. On lui attribue les passages suivants 
du Pentateuque : Gen., u, 46-IV, 26; v, 29; vi, 1-8; vu, 
1-5, 7-10, 12, 166, 17, 22, 23; vm, 26, 3a, 642, 136, 20- 
22; ix, 18-27; x, 8-19, 21, 24-30; xi, 1-9, 28-30; xn, l-4a, 
6-20; xiii, 1-5, 7-llct, 126, 20-22; ix, 18-27; x, 8-19, 21, 
24-30; xi, 1-9, 28-30; xn, l-4a, 6-20; xm, 1-5, 7-lla, 
126-18; xv; xvi, 16, 2, 4-14; xvm, 1-xix, 28, 30-38; xxi, 
la, 2a, 33; xxn, 15-18; xxiv, 1-xxv, 6, 116, 18, 21-26a, 
27-xxvi, 33; xxvn, l-45;xxvin, 10, 13-16, 19; xxix, 2-14, 
31-35; xxx, 36-5, 7,9-16, 24-xxxi, 1, 3, 46, 48-50; xxxn, 
3-13a, 22, 24-xxxiii, 17; xxxiv, 26, 3, 5, 7, 11, 12, 19, 
25, 26, 30, 31; xxxv, 14, 21, 22a; xxxvn, 3, 4, 12, 13, 
146, 186, 21, 23a, 25-27, 286, 31a, 326, 33, 35; xxxviii; 
xxxix; xlii, 38; xliii, 1-13, 15-23a, 24-xliv, 34; xlvi, 
28-xlvii, 6, 13-27a, 29-31; xlix, 16-28a; l, 1-11, 14; 
Exod., i, 6, 8-12; n, 15-23a; m, 7, 8, 16-20; iv, 1-16, 
19, 20a,22-vi, 1; vu, 14-18, 23, 25-29; vin, 4-lla, 16-ix, 
7, 13-21, 236-34; x, 1-7, 136-19, 28, 29; xi, 4-8, 21-27, 
29, 30; xm, 3-22; xiv, 5-7, 10-14, 19, 20, 216, 24, 25, 
276, 30, 31; xv, 22-27; xvi,4; xvn,16, 2, 7; xix, 20-25; 
xx, 22-26; xxiv, 9-11; xxxn, 9-14; xxxiv, 1-28. Pour les 
Nombres, la part du jéhoviste est si étroitement mêlée 
à celle de l'élohiste qu'on ne peut les distinguer avec 
certitude, voir col. 89. Dans le Deutéronome, on 
n'attribue au jéhoviste que xxxiv, 16-4. Le jéhoviste 
racontait aussi l'histoire de la conquête de la Palestine, 
si même il ne parlait pas des Juges. J. Lagrange, Le 
livre des Juges, Paris, 1903, p. xxm-xxxn. 

Ce document envisageait les faits qu'il rapportait au 
point de vue religieux et moral, et l'histoire qu'il con- 
tient est à la fois nationale et religieuse. Pour la période, 
primitive, il a reproduit la tradition populaire et quel- 
ques chants de l'âge héroïque : le chant de Lamech, 
Gen., il, 23, 24, voir t. iv, col. 41-42, et la bénédiction 
de Jacob mourant. Gen., xlix. Cf. J. Lagrange, La pro- 
phétie de Jacob, dans la Revue biblique, 1898, t. vu, 
p. 539-540; FI. de Moor, La bénédiction de Jacob, 
Bruxelles, 1902. L'histoire des patriarches est foncière- 
ment la même que dans l'écrit élohiste; elle ne se 



91 



PENTATEUQUE 



92 



diversifie que par quelques particularités. De plus no- 
tables divergences sont signalées dans l'histoire de 
Moïse et de la conquête de Chanaan. L'auteur reproduit, 
Exod., xxxiv, 11-26, une forme, exclusivement religieuse 
et rituelle, du Décalogue, révélé au Sinaï, ou au moins 
un fragment d'un écrit législatif. Dans le récit des faits, 
cet historien suit l'ordre chronologique. Il se plait à 
indiquer l'étymologie des noms de personnes et de 
-lieux, et il rapporte des détails qui lui sont propres. Il 
envisage l'histoire de l'humanité et d'Israël en confor- 
mité avec les idées religieuses et morales des prophètes. 
Jéhovah est le Dieu du monde entier, le Dieu tout-puis- 
sant, la providence de son peuple de choix. Les critiques 
déclarent que le jéhoviste est le meilleur narrateur de 
tout l'Ancien Testament. Son livre est une sorte d'épo- 
pée nationale. Parce que le théâtre des événements 
dont on lui attribue le récit est souvent Hébron ou ses 
environs, on regarde généralement l'auteur comme un 
judéen. Toutefois, on s'est demandé si l'ouvrage était 
d'un seul jet, et plusieurs critiques ont cru y recon- 
naître des traces d'au moins deux mains différentes, 
J 1 etJ 2 . Voir lCuenen, Histoire critique des livres de 
l'A. T., trad. franc., Paris, 1866, t. i, p. 151-158, 162- 
163; Budde, Die biblische Urgeschichte, Giessen, 1883, 
p. 521-531; Corail], Einleitung in das A. T., 3 e et 
4 e édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1896, p. 43-46; 
C. Bruston, Les deux jéhovisles, Montauban, 1885. 
Quant à la date de la composition, on la fixe commu- 
nément au IX e siècle" vers 850, au moins pour J 1 . Quant 
à J a , pour ceux qui admettent son existence, il serait 
du vm e ou du vn= fièole. 

c) Le Deutéronome, D. — Les critiques ont longuement 
discuté sur le contenu primitif de cette législation qui 
se présente comme ayant été promulguée par Moïse au 
pays de Moab avant l'entrée des Israélites dans la Terre 
Promise. Considérant le caractère disparate du contenu, 
visible malgré l'unité apparente du livre, ils ont pensé 
que le Deutéronome actuel n'est pas une œuvre homo- 
gène, mais qu'il comprend un fond primitif, complété, 
remanié et finalement arrangé pour servir de conclu- 
sion au Pentateuque. Les plus modérés conservent au 
Deutéronome primitif, D, l'ensemble des c. i-xxxi, re- 
touchés par un rédacteur, Rj. Cf. F. Montet, Le Deuté- 
ronome et la question de VHeccateuque, Paris, 1891, 
p. 49-116; Driver, Einleitung in die Literatur des 
A. T., trad. allemande, Berlin, 1896, p. 98-103; Deute- 
ronotny, Londres, 1895; A. Van Hoonacker, L'origine 
des quatre premiers chapitres du Deutéronome, Lou- 
vain, 1889. D'autres restreignent le noyau à v-xxvi, 
avec iv, 45-49, comme introduction, et une conclusion, 
qui varie selon les individus (Kuenen, Kônig, Reuss, 
Renan, Westphal). Cf. Bertholet, Deuteronomium, 
Tubingue, 1899. Un troisième groupe le réduit à xii, 
1-xxvi, 19. Wellhausen, Die Composition des Hexa- 
teuchs, Berlin, 1889, p. 189-210, pensait qu'on en avait 
fait plus tard deux éditions différentes, comprenant, la 
première, 1, 1-rv, 44; xii-xxvi; xxvn, et la seconde, iv, 
45-xi, 39; xii-xxvi; xxvm-xxx, finalement combinées 
par le rédacteur qui a inséré le Deutéronome dans 
l'Hexateuque. Cornill, Einleitung, p. 27-28, a disposé 
un peu autrement la part de chaque édition. Wilde- 
boer, Die Literatur des A. T., 2« édit., Gœttingue, 
1905, p. 177 ; Holzinger, Einleitung in den Hexateuch, 
Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1893, p. 274-275, et 
L. Gautier, Introduction à l'A. T., Lausanne, 1906, 1. 1, 
p. 79-84. L. Horst, Éludes sur le Deutéronome, dans 
la Revue de l'histoire des religions, 1887, t. xvi, p. 28- 
65, a considéré le code lui-même, xn-xxvi, comme un 
recueil ou plutôt une compilation d'éléments préexis- 
tants, réunis sans ordre et souvent comme au hasard. 
Staerk, Das Deuteronomium, Leipzig, 1894, et Steuer- 
nagel, Der Hahmen des Deuteronomium, Halle, 1894; 
Die Enstehung des deuleronomischen Gesetzes, Halle, 



1896, ont isolé, mais d'une façon divergente, dans le- 
code les passages dans lesquels le législateur emploie 
le singulier [tu) et ceux où il se sert du pluriel (vous)- 
Cf. Steuernagel, Deuteronomium und Josua, Gœttingue, 
1900, p. m-vi. Tous les critiques admettent par suite, 
non pas un seul écrivain deutéronomiste, mais toute 
une école, animée du même esprit. Ils discernent donc, 
en dehors du Deutéronome primitif, D 1 , des couches,, 
secondaires, D 2 , D 3 , qui ont pénétré aussi dans le livre 
de Josué. Cf. F. de Hummelauer, Josue, Paris, 1903, 
p. 57-60. 

Le Deutéronome dépend des documents précédents- 
et pour l'histoire et pour la législation. Dans les intro- 
ductions historiques et dans les allusions que contien- 
nent les exhortations, il résume les faits racontés dans 
Pélohiste et le jéhoviste. Cf. Fr. de Hummelauer, 
Deuteronomium, Paris, 1902, p. 149-158. Les détails- 
nouveaux qu'il donne proviennent peut-être des frag- 
ments perdus de ces deux histoires. Il n'impose pas- 
non plus une législation nouvelle. H exhorte ses audi- 
teurs à pratiquer fidèlement la législation donnée par 
Dieu au Sinaï ou à l'Horeb, iv, 9-15, à garder l'alliance 
contractée avec Dieu et à observer le Décalogue, v, 1-33. 
Le code lui-même s'inspire du livre de l'alliance, en 
développe les dispositions, en tire les conséquences et 
y ajoute des ordonnances nouvelles, parce qu'il est 
adapté à une situation différente. Toutefois, c'est plus- 
qu'une mise au point de l'ancien droit religieux; c'est 
aussi une réaction contre le passé et l'introduction d'un 
esprit nouveau dans les mœurs et les pratiques popu- 
laires. 11 va à rencontre du livre de l'alliance, et s'ij 
s'en rapproche, c'est pour prendre sa place. Il se 
donne comme le code complet et homogène, promul- 
gué par Moïse au pays de Moab, comme le code de 
l'avenir que les Israélites devront observer quand ils 
seront établis en Chanaan. Le livre de l'alliance repré- 
sente aux yeux de son auteur le culte ancien de 
l'époque où chacun faisait ce qui lui semblait bon. 
Tout en sanctionnant quelques usages d'autrefois, il 
s'écarte fortement du passé par la centralisation du 
culte, à laquelle il rattache et la célébration des fêtes- 
et les fonctions des ministres sacrés. S'il n'est pas une 
fiction pure, il est ou bien un précipité et une cristal- 
lisation des idées des prophètes précédents, qu'il con- 
dense et codifie en les attribuant, en toute bonne foi, à 
Moïse, le premier des prophètes, ou bien la codifica- 
tion des coutumes anciennes, ayant reçu par l'usage force 
de lois, ou enfin, pour quelques critiques, l'utilisation 
de sources écrites antérieures. Le seul élément nou- 
veau consiste dans l'exhortation ou parénèse à observer 
la loi, surtout dans les motifs d'obéir à Dieu : la fidé- 
lité à garder l'alliance contractée avec Dieu et l'amour 
de ce Dieu, qui a tant aimé son peuple choisi. L'écrivain 
a aussi ses expressions propres et un style très carac- 
téristique. Les locutions spéciales correspondent, du 
reste, au contenu et au genre littéraire. Le Deutéro- 
nome est un code de lois, exposé et expliqué dans une 
homélie; c'est une série de discours prononcés pour 
encourager à la pratique de la loi divine. Les ordon- 
nances portent des noms techniques, et l'homéliste a 
des formules préférées qu'il répète constamment et qui 
sonnent comme des refrains. C'est un prédicateur qui 
exhorte avec onction et persuasion. Il parle clairement 
pour être compris du peuple; il s'insinue doucement 
dans l'esprit de ses auditeurs et il ne se lasse pas 
d'insister sur l'observation fidèle de la loi divine. Son 
exhortation traîne même en longueur; il veut toujours 
arriver au fait et il n'y parvient jamais. 11 revient en 
arriére et répète ce qu'il a dit. Son style n'est pas con- 
cis, et l'uniformité des formules finit par le rendre 
fastidieux. 

Quant à la date de la composition du Deutéronome, 
ella est très diverse selon les divers critiques. Le point 



93 



PENTATEUQUE 



94 



de départ de sa détermination esl le fait de la décou- 
verte de ce livre au Temple de Jérusalem, à la 18 e année 
du règne de Josias. II Beg., xxn, 3-xxm, 23. Quelques 
critiques français ont dénié toute valeur historique au 
récit de ce fait et prétendu qu'il avait été fabriqué 
d'après le Deutéronome, dont ils rabaissaient la publi- 
cation après le retour de la captivité, sinon même sous 
la domination perse. L. Havet, Le christianisme et ses 
origines, Paris, 1878, t. m, p. 137-157; G. d'Eichthal, 
Éludes sur le Deutéronome, dans ses Mélanges de 
critique biblique, Va.r\s, 1886, p. 85-108; Hoort, Études 
sur le Deutéronome, dans la Revue de l'histoire des 
religions, 1888, t. xyii, p. 11-22; t. xvni, p. 320-334; 
M. Vernes, Une nouvelle hypothèse sur la composition 
du Pentateuque. Examen des vues de M. G. d'Eichthal, 
Paris, 1887; Précis d'histoire juive, Paris, 1889, p. 795. 
Mais la vérité historique du récit est démontrée, 
cf. Piepenbring, La réforme et le code de Josias, dans 
la Revue de l'histoire des religions, t. xxix, et admise, 
pour le fond au moins, par tous les critiques. Ils en 
concluent que D 1 est antérieure 621, puisqu'il a été re- 
trouvé cette année-là. Mais le désaccord le plus profond 
règne sur la date précise de sa composition. La plupart 
des critiques de l'école de Wellhausen ne la remontent 
guère avant 621. Selon eux, la trouvaille n'a été ni for- 
tuite ni imprévue; elle a été préméditée et faite en vue 
de réaliser une réforme religieuse. Le livre avait donc 
été rédigé dans ce dessein, caché et présenté comme 
l'œuvre de Moïse. Du reste, il apparaît comme un com- 
promis entre le parti prophétique et le parti sacerdotal 
ou, au moins, comme le programme religieux et poli- 
tique du parti prophétique du temps. Mais si le code 
avait été fabriqué en vue de la réforme, il ne devrait 
contenir que les lois propres à amener la réforme. Or 
il comprend beaucoup d'ordonnances qui n'ont aucun 
rapport à ce projet. Cf. P. Martin, De l'origine du 
Pentateuque (lithog.), Paris, 1887-1888, t. ir, p. 243-270. 
Aussi Cornill et Bertholet tiennent-ils le Deutéronome 
pour un produit et un résumé de l'enseignement des 
prophètes, comme un précipité et une cristallisation de 
leurs vues. Colenso et Renan en attribuaient la pater- 
nité au prophète Jérémie. Mais les critiques pensent 
plutôt que Jérémie a connu le Deutéronome, dont il a 
partiellement pris l'esprit et imité le style. Voir t. ni, 
col. 1278. Pour quelques-uns, le livre serait pourtant 
du temps de ce prophète. D'autres, rejetant l'hypothèse 
d'une fraude et de la fabrication intentionnelle du 
Deutéronome, pensent que ce code a été réellement 
perdu de vue à la fin du VIII e siècle et qu'il aurait été 
rédigé au cours de ce siècle sous les règnes d'Ézéchias 
ou de Manassé. Pour exclure le temps d'Ézéchias, plu- 
sieurs constatent l'absence de points de contact et 
d'affinité entre le Deutéronome et le prophète Isaïe, 
contemporain et conseiller de ce roi. Le Deutéronome 
tend plutôt à réaliser les vues d'Osée et d'Isaïe. On y 
voit dès lors un programme de réforme religieuse éla- 
boré sous le long règne de Manassé par réaction contre 
l'idolâtrie introduite par ce roi en Juda. Voir t. iv, 
col. 642. Quelques-uns néanmoins ont pensé à la ré- 
forme d'Ézéchias, II Reg., xvm, 4-6, quoique, en dehors 
de la suppression des hauts-lieux, elle ne présente au- 
cun caractère deutéronomiste. Voir t. n, col. 2142-2144. 
Klostermann a reconnu le Deutéronome dans le livre 
lu au peuple sous Josaphat. II Par., xvzi, 9. Mais ce 
pieux roi n'a pas détruit les hauts-lieux, I Reg., xxn, 
44; aussi d'autres critiques pensent-ils que le livre de 
l'alliance fut 2a règle de sa réforme. Voir t. m, col. 1648. 
Kleinert rapportait le Deutéronome à la fin de l'époque 
des Juges. 

d) Le code sacerdotal, P. — C'est l'ancien élohiste 
ou premier élohiste ou encore le Grundschrift, nommé 
enfin par Wellhausen Priestercodex (d'où le sigle P) ou 
* code sacerdotal », parce qu'il contenait la législation 



sacerdotale et rituelle des livres du milieu. Cette déno- 
mination ne convient qu'à la partie principale du do- 
cument, qui est à la fois un livre historique et un code; 
elle a été néanmoins adoptée. Ce document, qui a 
fourni au dernier rédacteur le cadre de l'Hexateuque, 
a été conservé en entier, sauf de rares lacunes; aussi, 
reconstitué à part, forme-t-il un tout suivi et coor- 
donné. On attribue à son auteur la division de la Genèse 
en tôldôt, ou tableaux généalogiques. Voici la part qui 
lui revient dans la Genèse : i, 1-n, 4a; v, 1-28, 30-32; 
vi, 9-22; vu, 6, 11, 13-16 a, 18-21, 24; vin, l-2a, 3b-5, 
13a, 14-19; ix, 1-17, 28, 29; x, 1-7, 20, 22, 23, 31, 32; 
xi, 10-27, 31, 32; xn, 46, 5; xm, 6, U6-12a; xvi, la, 
3, 15, 16; xvn ; xix, 29; xxi, 16, 26-5; xxm; xxv, 
7-lla, 12-17, 19, 20, 266; xxvi, 34, 35; xxvn, 46- 
xxvih, 9; xxix, 24, 29; xxxi, 18 6; xxxni, 18a; xxxiv, 
1, 2a, 4, 6, 8-10, 13-18, 20-2i, 27-29; xxxv, 9-13, 15, 226- 
xxxvn, 2a; xlvi, 5b-27; xlvii, 7-11, 27 6, 28; XLvni, 
3-7; xlîx, la, 286-33; L, 12, 13. Dans la suite, Exod.. i, 
1-5, 7, 13, 14; n, 236-25; vi, 2-vn, 13, 19, 20a, 216, 
22; vin, 1-3, 116-15; ]x, 8-12; xi, 9-xn, 20, 28, 37a, 
40-xm, 2; xiv, 1-4, 8, 9, 15-18, 21a, 21c-23, 26, 27a, 
28, 29; xvi, 1-3, ô-xvn, la; xix,l, 2a; xxiv, 1,2, 156- 
18a; xxv, l-xxxi,18a; xxxiv,29. — Num., x, 28(y com- 
pris le Lévitique); xm, 1-17 a, 21, 25, 26a, 32a; xiv, 
1, 2, 5-7, 10, 26-30, 34-38; xv, 1-xvi, la, 26-11, 16-24, 
27a, 326, 35-xx, la, 2, 36, 4, 6-13, 22-29; xxi, 4a, 10, 
11; xxn, 1 ; xxv, 6-xxxi,54; xxxn, 18, 19, 28-33; xxxm, 
1-xxxvi, 13; Deut., iv, 4143; xxxn, 48-52; xxiv, la. 
Le récit de P se poursuivait dans le livre de Josué. 
S'il fournissait peu de détails sur la conquête, il était 
plus étendu sur le partage du pays de Chanaan. 

Dans ce document, la législation est plus développée 
que l'histoire; celle-ci, d'ailleurs, n'est que le cadre 
historique des institutions religieuses d'Israël. Elle re- 
monte jusqu'aux origines et présente les premiers 
temps de l'humanité comme les débuts du peuple théo- 
cratique, dont l'institution commence à la sortie 
d'Egypte. Elle n'est pas très détaillée : les événements 
principaux sont longuement racontés; mais pour les 
faits intermédiaires, l'auteur procède par tableaux gé- 
néalogiques ou se borne à indiquer les stations d'Israël 
au désert. La préparation de l'histoire de Moïse com- 
prend trois alliances de Dieu avec Adam, Noé et Abra- 
ham. Si on y joint l'histoire de Moïse, qui rapporte 
l'alliance du Sinaï, le code se divise en quatre périodes,, 
qui lui ont fait donner par Wellhausen le nom de Vier- 
bundesbuch, « le livre des quatrealliances. » La quatrième 
alliance embrasse toute la législation mosaïque. Celle-ci 
est essentiellement sacerdotale et rituelle, et elle a 
pour but d'établir le peuple saint par excellence (hiéro- 
cratie) et la société religieuse en Israël. Voir t. iv, 
col. 330-332. Bien que le code sacerdotal règle princi- 
palement les manifestations extérieures du culte, il 
n'exclut pas les lois morales, dont il suppose l'obser- 
vation exacte. Sa terminologie est très nettement carac- 
térisée, et elle comprend naturellement de nombreu- 
ses expressions techniques qui désignent les choses du 
culte. L'auteur répète souvent les mêmes formules dans 
ses récits aussi bien que dans ses recueils de lois. 
Quelques-unes sont stéréotypées. Il a le souci de l'exac- 
titude et de la précision, mais il tombe dans la prolixité. 
Son style est peu imagé, et sa langue est abstraite. 

Le code sacerdotal était lui-même une compilation. 
L'enchaînement des matériaux parait brisé par de 
longues additions intercalées; certaines lois sont répé- 
tées ; quelques dispositions sont divergentes. Tous les 
morceaux cependant ont le même esprit, le même ca- 
ractère général et le même style; s'ils viennent de la 
même école, ils ne sont pas de la même main. Aussi 
les critiques ont-ils distingué dans le code trois couches 
différentes : a) un écrit historique et législatif, appelé 
priesterliche Grundschrift, « l'écrit fondamental sacer- 



95 



PENTATEUQUE 



96 



dotal, » P 1 ou Ps, parce qu'il fait le fond du code ; 
p) un recueil particulier des lois, que Klostermann a 
nommé Heiligeitsge$elz, « loi de sainteté, » H, P 2 ou 
P*>, Lev,, xvii-xxvi, parce qu'il traite spécialement de 
la sainteté lévitique, code plus ancien (contemporain 
d'Ézéchiel, ou un peu postérieur, sinon même, selon 
quelques-uns, l'œuvre de ce prophète), incorporé pos- 
térieurement dans l'écrit fondamental sacerdotal; 
yj des parties secondaires, P 3 , P*, P», selon Jïuenen, 
P s ou P 1 selon d'autres critiques, retouches et addi- 
tions qui proviendraient peut-être de couches superpo- 
sées et seraient l'œuvre d'nne école plutôt que d'une 
seule main. Bertholet et Baentsch ont distingué, en 
outre, deux recueils de lois : a) un rituel de sacrifices, 
Opferthora, P», Lev., i-vh; p) des préceptes; relatifs à la 
'pureté légale, Reinheitsvorschriflen, V', Lev., xi-xv, 
qui auraient été insérés dans HPg réunis, avant que le 
travail de P s ait commencé. 

Selon les partisans de la première hypothèse docu- 
mentaire, le Grtmdschrift, qui correspond presque 
entièrement au code sacerdotal, passait pour la partie 
la plus ancienne du Pentateuque. C'était le livre du 
mosaïsme, le document qui reflétait le mieux l'esprit 
de Moïse, son auteur. Quelques critiques cependant, tels 
queC. Bruslon, Vhistoiresacerdotaleel le Deutéronome 
primitif, Paris, 1906, et A. Dillmann, Uebsr die Com- 
position des Heocateuch, dans Die Bûcher Numeri, 
Deuteronomium und Josua, 2 e édit., Leipzig, 1886, 
tiennent le code pour antérieur au Deutéronome et pla- 
cent sa composition au moins au milieu du vin» siècle, 
à une époque où les deux royaumes de Juda et d'Israël 
étaient encore puissants. Le comte de Baudissin rabaisse 
sa date vers la moitié du vn e siècle. Vie Geschichte der 
alttestamentlichen Priesterthums, 1889; Einleitung 
in die Bûcher des A. T., Leipzig, 1901. Mais la plu- 
part des critiques font du code sacerdotal le docu- 
ment le plus récent qui soit entré dans la composition 
de l'Hexateuque. Ils prétendent qu'aucun des livres 
bibliques, rédigés avant ou pendant la captivité, n'a 
connu la législation si compliquée de ce code. Les 
institutions religieuses ou les pratiques rituelles, que 
signalent ces livres, prouvent bien l'existence d'un 
•culte organisé; mais elles n'ont point de rapport avec le 
rituel minutieux de P. Quelques-unes même, telles que 
l'offrande des sacrifices en tout lieu, et par d'autres 
personnes que pav des çrêVres, sont opposées aux 
prescriptions formelles du code et en particulier à la 
■concentration du culte qu'il règle et sanctionne. Si le 
code existait, on le violait sans scrupule, et les histo- 
riens sacrés n'ont pas un mot de blâme pour ces viola- 
tions de la loi. Ce silence s'explique par la non-exis- 
tence du code, animé, d'ailleurs, d'un autre esprit que 
celui qui. se manifeste dans ces livres. Les premiers 
rapprochements de fond et de forme avec le code se 
remarquent dans Jérémie; mais la ressemblance, lors- 
qu'elle existe, n'est pas complète, et il est plus vrai- 
semblable que l'auteur du code a fait des emprunts au 
prophète. 11 en est de même, dit-on, avec Ézéchiel. 
Pour ne parler que du nouveau culte organisé par ce 
prophète, xliv, 10-xlvi, 15, il tient, sous le l'apport du 
sacerdoce, des fêtes et des sacrifices, le milieu entre D 
■et P, puisque ses descriptions sont plus détaillées que 
celles du Deutéronome et plus simples que celles du 
•code. Il en résulte que le programme du prophète, ré- 
digé en 573 ou 572, voir t. n, col. 2152, est antérieur 
au code qui est plus complet et plus perfectionné. On 
a cherché à confirmer cette conclusion par l'étude de la 
langue de P, qui serait plus récente et contiendrait des 
aramaïsmes. Mais de bons juges, Driver, Journal of 
■phïlology, t. xi, p. 201-236; Einleitung, p. 145-146, 
168-170, ont reconnu qu'on n'en pouvait rien conclure 
.au sujet de l'âge du code. Quant à la date précise de sa 
rédaction, au moins pour Pa, l'accord n'est pas fait. 



Les disciples de Wellhausen la fixent après le retour 
de la captivité. Certains indices, tirés du contenu du 
livre, la comparaison du code avec la législation reli- 
gieuse d'Ézéchiel et avec les prophètes qui ont suivi ce 
retour, tendent, à leur jugement, à reporter le code après 
le retour des Juifs à Jérusalem. Esdras en particulier 
aurait lu au peuple le code sacerdotal, II Esd., IX, 1-x, 
39, qu'il avait apporté de Babylonie et dont il serait, 
sinon l'auteur unique, du moins le principal inspira- 
teur. Cf. G. Wildeboer, De la formation du canon de 
l'A. T., trad. franc., p. 78-79. Donc Pa a été composé 
au plus tôt à la fin de la captivité à Babylone, sinon 
même en Palestine après le retour. Mais les critiques 
qui pensent avec raison qu'Esdras a lu au peuple le 
Peutateuque entier, voir col. 69, estiment que !e code 
avait été rédigé antérieurement, après Ézéchiel, mais 
avant le retour des premiers captifs (536). 

Si le code est de date si tardive, à quelles sources 
ont été puisés les matériaux mis en œuvre? Tous les 
critiques reconnaissent que, pour ses récits historiques, 
l'auteur dépend de J et de E, probablement déjà com- 
binés. Il en a extrait des tableaux généalogiques et son 
schème historique jusqu'à la sortie d'Egypte; mais, 
selon les disciples de Wellhausen, il a manipulé les 
matériaux employés conformément à son but et à son 
plan. Holzinger, Einleitung in den Hexateuch, Fribeurg- 
en-Brisgau, 1893, p. 358-376. Dillmann et Driver 
pensent toutefois que l'auteur a recouru à d'autres 
sources historiques que JE; qu'il n'a pas inventé les faits 
qu'il est seul à rapporter et qu'il n'a pas non plus fal- 
sifié de parti-pris la tradition israélite. Quant à la 
législation spéciale de P, l'école de "Wellhausen la 
regarde comme la constitution a priori de la hiérocra- 
tie juive, tracée pour servir de règle à la restauration 
religieuse qui suivit le retour à Jérusalem, projetée 
dans le passé et attribuée à Moïse. Mais d'autres cri- 
tiques pensent que les auteurs du code n'ont pas créé 
de toutes pièces leur système liturgique, qu'ils y ont 
introduit un grand nombre d'éléments empruntés au 
culte ancien et qu'ils ont ordonné systématiquement 
les usages préexistants en les développant et en les 
adaptant à une situation nouve^e. La tradition orale 
fut codifiée à l'aide sans doute de règlements écrits 
avant la captivité. 

e) Les rédacteurs et la composition définitive. — Ces. 
quatre documents, qui sont entrés dans la trame de 
l'Hexateuque, n'ont pas été mêlés et combinés par une 
seule main; plusieurs rédacteurs y ont travaillé et, à 
en croire les critiques, sauf Dillmann qui a un système 
spécial, la rédaction du texte actuel a passé par trois 
stades principaux : a) Un premier rédacteur jéhoviste, 
Ri e ou Ri, a combiné J et E, en les remaniant pour 
les harmoniser et les adapter au point de vue prophé- 
tique, à l'époque deutéronomiste, avant ou plus ou 
moins longtemps après la rédaction du Deutéronome. — 
P) Quand le Deutéronome eut été complètement achevé, 
c'est-à-dire pendant la captivité (vi e siècle), un rédacteur 
animé du même esprit que ce livre R d , incorpora D à 
JE, en faisant subir à ce dernier quelques modifications 
nécessaires pour accorder ses récits avec la loi deuté- 
ronomique. Probablement même, plusieurs écrivains 
de la même école travaillèrent à cette rédaction. — 
Y) Un dernier rédacteur, pénétré de l'esprit et de la 
lettre du code, Rp, combine JED avec P, en retouchant 
les deux écrits pour les raccorder. Le nombre et 
l'étendue des retouches, la nature des remaniements ne 
sont pas déterminés avec certitude. La table des peu- 
ples, Gen., xiv, quelle que soit sa date, aurait étéintro- 
duite alors pour la première fois dans le Pentateuque. 
Selon Kuenen, la division en cinq livres aurait été 
faite par ce rédacteur, qui est le dernier et définitif 
rédacteur du Pentateuque. Ce travail, œuvre d'une 
école de scribes plutôt que d'un seul individu, serait, 



97 



TENTATEUQUE 



98 



pour les disciples de Wellhausen, postérieur à la pro- 
mulgation du code par Esdras en 444, et aurait été 
terminé à la fin du V e siècle. D'autres critiques, nous 
l'avons dit déjà, pensent que le code d'Esdras était le 
Pentateuque actuel (hormis quelques additions posté- 
rieures), formé par son école et sous sa direction en 
vue d'harmoniser tous les documents législatifs d'Israël 
et de constituer un code complet et unique. La der- 
nière rédaction du Pentateuque aurait donc été exécu- 
tée en Babylonie, peu avant le retour à Jérusalem et 
en vue de la restauration prochaine. 

En outre des ouvrages cités, voir Reuss, L'histoire 
sainte et la loi, Paris, 1879, t. m, de La Bible; Driver, 
Einleitung in die Literatur des alten Testuments, 
trad. Rothstein, Berlin, 1896, p. 1-170; Cornill, Ein- 
leitung in das A. T., 3 a et 4 e édit., Fribourg-en-Bris- 
gau, 1896, p. 16-79; A. Westphal, Les sources du 
Pentateuque, 2 in-8», Paris, 1888, 1892;' Holzinger, 
Einleitung in das Hexateuch, 2 in-8°, Fribourg-en- 
Brisgau, 1893; Wildeboer, Die Literatur des A. T., 
Gœttingue, 1895; 2 e édit., 1905, passim; Addis, The 
documents of the Hexateuch, 2 in-8°, Londres, 1892, 
1893; Briggs, The higher criticism of the Hexateuch, 
2" édit., New-York, 1897; Steuernagel, Allgemeine 
Einleitung in den Hexateuch, Gœttingue, 1900; 
Carpenter et Harford-Battersly, The Hexateuch, 2 vol., 
Londres, 1900; Carpenter, The Composition of the 
Hexateuch, Londres, 1902; Gautier, Introduction à 
l'A. T., Lausanne, 1906, 1. 1, p. 53-253; Strack, Einleitung 
in das A. T., 6« édit, Munich, 1906, p. 15-67. Cf. E. Man- 
genot, L'authenticité mosaïque du Pentateuque, Paris, 
1907, p. 16-201. 

2° Réponse aux principales objections critiques. — 
Il est impossible et inutile de discuter ici en détail 
toutes les difficultés que les critiques modernes ont 
accumulées contre l'authenticité mosaïque du Penta- 
teuque. Plusieurs, du reste, ont déjà été ou seront 
résolues dans des articles spéciaux de ce Dictionnaire, 
auxquels nous renverrons. Après avoir dit un mot de 
la méthode et des conclusions des critiques, nous exa- 
minerons les principaux arguments généraux ou parti- 
culiers contre l'origine mosaïque du Pentateuque. 

1. Méthode suivie et incertitude des conclusions. — 
Les critiques modernes ne tiennent aucun compte de 
la tradition juive et chrétienne, qui attribue à Moïse 
la composition des cinq livres de Pentateuque, quoique 
la tradition et l'histoire ne puissent sur ce point être 
négligées. C'est au livre lui-même et à son contenu 
seul qu'ils demandent l'explication de son origine. Ils 
analysent minutieusement le texte, relèvent et exa- 
gèrent les inconséquences, les contradictions apparentes 
et les répétitions pour conclure à la diversité des 
sources. La méthode suivie est juste en principe, et 
rien ne s'opposeà la distinction de documents différents 
que Moïse aurait réunis et combinés pour rédiger 
l'histoire antérieure à son temps, contenue dans le 
livre de la Genèse. Mais les critiques étendent la dis- 
tinction des sources à l'Hexateuque entier et pré- 
tendent que ces livres dans leur état actuel sont formés 
de documents postérieurs de beaucoup à Moïse. Ils 
s'appuient sur -les anomalies du texte actuel, anomalies 
la plupart du temps insignifiantes, qui disparaissent à la 
simple lecture du texte et qui ne peuvent être des signes 
certains de documents distincts. Aussi, d'accord pour 
nier l'origine mosaïque du Pentateuque, ils ne peuvent 
s'entendre, l'histoire de leurs travaux en fait foi, sur la 
distinction des sources elles-mêmes, sur leurs caractères 
et la date de leur apparition. Les solutions les plus diver- 
gentes ont vu le jour et se sont succédé rapidement. 
Chacun abondait dans son sens et proposait avec assu- 
rance une explication nouvelle, qu'un autre déclarait 
bientôt inacceptable et insuffisante. Les disciples d'une 
même école sont assurément d'accord sur quelques 

DICT. DE LA BIBLE. 



résultats qu'ils croient acquis ; leur consensus est très- 
restreint et ils se séparent les uns des autres sur un 
plus grand nombre de points particuliers, parce que 
leurs principes de critique sont arbitraires et leurs- 
appréeiations subjectives. La nouvelle théorie docu- 
mentaire, malgré la fière assurance avec laquelle on 
l'affirme démontrée, n'a pas rallié tous les suffrages,, 
et des esprits indépendants, même en dehors du catho- 
licisme et dans la catégorie des hébraïsants, en sont 
les adversaires résolus. J. Halévy, L'histoire des ori- 
gines d'après la Genèse, dans les Recherches bibliques,. 
Paris, 1895 et suiv., t. i et h; Green, The higher Criti- 
cism of the Pentateuch, 1895; Rupprecht, Die Kritik 
nach ihren Recht und Vnrecht, 1897; B. Jacob, Der 
Pentateuch. Exegetisch-kritische Forschungen, Leip- 
zig, 1905; Oit, The problem of the Old Testament, 
Londres, 1906. 

Sur la part qui revient dans le texte actuel à chaque 
document, sur la date des diverses sources et sur le 
travail des rédacteurs, il y a presque autant de senti- 
ments que de critiques. On a renoncé à distinguer 
l'élohiste du jévohiste dans une partie des récits des- 
Nombres; leur part d'attribution est moins nettement 
délimitée que les indications données plus haut le laissent 
supposer; nous avons dû nous borner aux conclusions 
principales. La continuité des documents n'est pas non 
plus démontrée; il reste des lacunes, des trous qui ne 
sont pas comblés. Les critiques reconnaissent n'être 
d'accord qu'en gros et pour l'ensemble; mais les diver- 
gences sont plus notables qu'on le dit; les tables d'Hol- 
zinger, auxquelles on en appelle, en font foi. Sur l'âge 
des documents, les manières de voir sont très divergentes. 
Sans doute, les critiques placeront tous D après E, mais 
ce sera le seul point où l'accord sera parfait. Su* 
l'autorité de E et de J, sur celle de D et de P, les avis 
demeurent partagés. Cf. W. de Baudissin, Einleitung 
in die Bûcher des A. T., Leipzig, 1901, p. 72-77, cité 
par M. Vigouroux, Manuel biblique, 12 e édit., Paris, 
1906, t. i, p. 440-444. Les parties dites rédactionnelles 
sont plus discutées encore. A peine s'entend-on à les 
discerner; mais on ne sait le plus souvent à qui les 
attribuer. Stàhelin et Kitlel ont supprimé le pre- 
mier stade de rédaction de l'Hexateuque et ont 
attribué au rédacteur deutéronomiste, R d , la réunion 
simultanée de J, de E et de D. A. Dillmann a proposé 
trois autres stades de rédaction du Pentateuque : 
a) union de Pa avec E et J ; b) union de PsEJ avec D ; 
c) union de PaEJD avec P h . Toutes ces divergences, 
que les critiques cherchent à atténuer, prouvent à 
l'évidence que les conclusions ne sont pas certaines et 
que la théorie documentaire n'est qu'une hypothèse, 
très savamment échafaudée, incapable cependant d'in- 
firmer et de remplacer la tradition constante des Juifs 
et des chrétiens en faveur de l'authenticité mosaïque du 
Pentateuque. 

2. Les arguments généraux contre l'antiquité et 
l'unité du Pentateuque ne prouvent pas la non-authen- 
ticité mosaïque de ce livre. — a) Il n'est plus nécessaire 
aujourd'hui de démontrer contre les anciens critiques, 
l'existence de l'écriture à l'époque de Moïse, ni même 
la connaissance que les Hébreux en avaient et l'usage 
qu'ils en faisaient à l'époque de leur sortie d'Egypte. 
Voir t. il, col. 1574-1575. — Mais, en dehors du Deuté- 
ronome, dans lequel le discours direct, placé dans la 
bouche de Moïse, est un simple procédé littéraire, le 
Pentateuque, dit-on, ne se présente pas comme l'œuvre 
de Moïse; le style y est impersonnel, et il y est parlé d& 
lui comme du héros de l'histoire d'une façon objective. 
Exod., vi, 26, 27; xi, 3; Num., xv, 22, 23; Deut., xxxm, 
4. Son éloge, Num.,xn, 3, provient d'une plume étran- 
gère; il est fait en des termes qui ne peuvent convenir 
à une autobiographie. On répond que Moïse, écrivant 
des Annales plutôt que ses Mémoires, aurait fort biea 

V. - 4 



99 



PENTATEUQUE 



100 



pu parler de lui-même à la troisième personne, dresser 
sa généalogie comme celle d'un étranger et se louer en 
termes modérés. Mais ces particularités peuvent bien 
aussi être attribuées aux scribes ou secrétaires qui écri- 
vaient sous sa direction. 

b) Quant aux indications historiques et géographi- 
ques, qui seraient des anachronismes au temps de 
Moïse, quelques-unes, déjà signalées par Abenesra, sont 
regardées par beaucoup d'exégètes comme des gloses 
insérées plus tard dans le récit de Moïse, par exemple 
Gen., xo, 6; xm, 7; xix, 37-38; Deut., m, 11, 14. 
Voir col. 61. Elles ne prouvent pas la composition tar- 
dive du Pentateuque; avant l'invention de l'imprimerie, 
les additions et la mise au point de certains détails dans 
la transcription des manuscrits était chose facile et na- 
turelle. On pense généralement aussi que la liste des rois 
d'idurnée, Gen., xxxvi, 31, a été continuée jusqu'à 
l'époque de David. Voir t. m, col. 834. La cessation de 
la manducation de la manne, Exod., xvi, 35, qui n'arriva 
qu'après le passage du Jourdain, Jos., v, 12, a bien pu 
être mentionnée par Moïse, peu avant sa mort, alors 
que les Israélites étaient déjà sur les confins de la 
Palestine. Les livres des guerres de Jéhovah et du Juste 
étaient des anthologies de poèmes. Commencés avant 
Moïse, qui y fit des emprunts, ils ont été enrichis de 
pièces plus récentes, telles que l'élégie de Saùl et de 
Jonathan par David. II Reg. (Sam.), 1, 18. Les noms an- 
ciens de plusieurs localités ont été remplacés par ceux 
qu'elles eurent après la conquête du pays de Chanaan. 
Ainsi Dan, voir t. il, col. 1244-1245, et Cariath-Arbé, 
voir t. i, col. 884; t. in, col. 554. Dans le cantique de 
Moïse, Exod., xv, 16-17, le pays de Chanaan n'est pas 
expressément désigné sous le nom de terre des Hébreux, 
et sa possession par les Israélites n'est que future. 

c) Les doubles récits de la Genèse, s'ils étaient cons- 
tatés, prouveraient seulement que Moïse aurait utilisé 
des documents différents, par exemple pour la création 
et le déluge. Voir t. il, col. 1345. Mais l'existence de 
tous ceux que les critiques signalent est loin d'être 
démontrée. Ainsi on affirme gratuitement que les 
relations d'Abraham et d'Isaac avec Abimélech, roi de 
Gérare, ne sont que le même fait dédoublé; les circons- 
tances différentes des récits prouvent la distinction des 
deux événements, répétés dans des situations analogues 
pour le père et pour le fils. Voir 1. 1, col. 54. II en est de 
même des deux enlèvements de Sara, voir 1. 1, col. 19, et 
du cas analogue survenu à Rébecca. La fuite d'Agar ne 
peut être comparée à son expulsion. Voir t. i, col. 262. 
La promesse d'un fils fut réitérée par Dieu à Abraham 
dans des occasions différentes. Voir t. i, col. 78. Les 
prétendues étymologies multiples des noms propres 
de personnes ou de lieux s'expliquent aisément. 
Voir Bersabée, t. i, col. 1629-1638; Béthel, col. 1672- 
1674; Galaad, t. m, col. 45; Mahanaim, t. iv, col. 571; 
Issachar, t. m, col. 1005-1006; Joseph, col. 1655; 
Zabulon. Il en est de même dans l'Exode et les 
Nombres. Les prétendus doubles récits concernant des 
faits qui se sont réellement produits deux fois, tels 
que le double envoi des cailles, voir t. u, col. 33, et le 
double miracle du rocher frappé. D'autres, comme la 
double vocation de Moïse et la double révélation du nom 
de Jéhovah, Exod., m, 2-14; vi, 2-13, voir t. m, 
col. 1230-1231, 1233; la double désignation d'Aaron 
comme interprète de son frère, Exod., rv, 14-16; vi, 30- 
vii, 2, ne sont que des répétitions faites par Dieu des 
mêmes promesses. Pour l'organisation successive des 
anciens et des juges au désert, voir t. i, col. 554-555. 
Quant aux diversités de détails qui prouveraient la 
distinction des récits, la plupart sont desimpies anoma- 
lies, qui ne sont pas inconciliables et qui n'empêchent 
pas une heureuse harmonisation de l'ensemble. Sur les 
femmes d'Ésaû, voir Ada, t. i, col. 165; Basemath, 
col. 1492; sur le beau.père-de Moïse, voir Hobab, t. ni, 



col. 725-726 ; Jéthro, col. 1521-1522. De même, certaines 
lois qu'on oppose comme provenant de codes différents, 
se sont que des dispositions successives et complémen- 
taires. Voir t. iv, col. 338. 

3. Arguments particuliers tirés de la législation 
hébraïque qui prouveraient et la diversité des codes et 
leur promulgation postmosaïque. —Les critiques ont 
cherché à établir la distinction des trois codes hébraïques : 
livre de l'alliance, Deutéronome et code sacerdotal, par 
la diversité de leurs principales dispositions religieuses, 
et leur succession dans cet ordre par la progression 
successive de ces dispositions et leur observance tardive 
de la part des Israélites. Sans parler de la loi morale 
ou du Décalogue, qu'on trouve sous trois formes 
spéciales : censé, d'après eux, promulgué au Sinaï dans 
le document élohiste, Exod., XX, 1-17, puis dans le 
document jéhoviste, Exod., xxxiv, 14-26, enfin promulgué 
à l'Horeb, 'Deut., v, 6-18, les institutions religieuses 
d'Israël auraient passé par trois phases et se seraient 
développées, non pas dans l'intervalle des 40 années du 
séjour au désert, mais bien au cours des âges et sous 
des influences variées, notamment sous l'action des 
prophètes, qui épuraient et spiritualisaient progressive- 
ment les idées de leur peuple. Passons en revue à ce 
point de vue les principales dispositions législatives, 
dans lesquelles le progrès serait le plus nettement 
marqué. 

a) La pluralité des autels et l'unité de sanctuaire. — 
Le livre de l'alliance permettait de dresser des autels 
en tout lieu où Dieu avait manifesté son nom, pourvu 
que l'autel soit de terre ou de pierres brutes et non 
taillées, et à la condition aussi qu'il n'ait pas de degrés 
de peur que le sacrificateur, en les gravissant, ne dé- 
couvre sa nudité en présence de Dieu. Exod., xx, 24-26. 
Si les Israélites n'ont pas la liberté d'ériger des autels 
partout où il leur plaît, puisqu'il est nécessaire que le 
lieu ait déjà été sanctifié par une intervention divine, 
cependant il n'y a ni sanctuaire unique ni lieu fixé 
pour tous. L'unité de sanctuaire est imposée soi-disant 
par Moïse et pour l'avenir seulement, quand Israël aura 
pénétré dans le pays de Chanaan et que Dieu aura 
manifesté, le lieu unique où il veut être honoré. 
Deut., xn, 5. Enfin, cette unité que le Deutéronome 
présentait comme un but à réaliser est supposée dans 
le code sacerdotal comme ayant toujours existé. Elle 
n'est pas prescrite explicitement ; mais toute l'organi- 
sation du culte autour du tabernacle exige sa réalisation, 
puisque ce code ne soupçonne pas qu'un sacrifice pût 
être offert aïtteviTS. L'histoire d'Israël confirme par les 
faits cette superposition de lois relatives à l'autel. A 
l'époque des Juges, nonobstant l'existence du sanctuaire 
de Silo, où l'arche est déposée, I Sam. , i, 9 ; ni, 2, 3, 15 ; 
.Ter., vu, 12, on offre ailleurs des sacrifices. Jud., VI, 
26-28; xi, 11, 31; xm, 15-23. Michas a une maison de 
Dieu, xvn, 5. Les Danites établissent un sanctuaire à 
Laïs qu'ils ont conquise, xvni, 11 sq. Après que l'arche 
eut été prise par les Philistins, on sacrifiait en diverses 
localités, à Masphath, à Ramatha, à Galgala, etc. I Sam., VI, 
•14, 15; vu, 9, 17; ix, 12; xi, 15; xm, 9, 12; xvi, 2, 3; 
xx, 29; xxi, 1, 6; xxn, 10, 13; II Sam., vi, 12, 13, 17, 
18; xxiv, 18-25. Même après la construction du Temple 
de Jérusalem, on sacrifiait sur les hauts-lieux en Juda, 
I (III) Reg., ni, 2-4; xv, 14; xxn, 44; II (IV) Reg., xn, 
3; xrv, 4; xv, 4, 35, et dans le royaume d'Israël, à Béthel 
età Galgala. I (III) Reg., xn, 26-33; Amos,ni,14;iv,4,5; 
v, 5; vu, 13; Ose., iv, 13; IX, 15; xn, 11. Élie et Elisée 
ne réclament pas contre la pluralité des autels; ils 
blâment seulement le culte idolâtrique qui est accompli 
sur les hauts-lieux. Élie se plaint de Ja destruction des 
autels de Jéhovah, I (III) Reg., xix, 10, 14; il dresse lui- 
même un autel de pierres au CarmeJ, xyin, 30, 32, et 
Elisée sacrifie chez lui, xjx, 21. La loi de l'unité de 
sanctuaire n'a été observée à Jérusalem qu'après la 



101 



PENTATEUQUE 



102 



chute de Samarie et en application de la loi deutéro- 
nomique. Elle n'est donc pas mosaïque. Telle est 
l'objection. 

La succession des ordonnances relatives à l'autel 
s'explique et s'harmonise avec les faits de l'histoire 
Israélite, sans qu'elles cessent d'avoir été portées par 
Moïse. Au pied du Sinaï, avant que le tabernacle n'ait 
été dressé, Moïse avait permis d'élever à Dieu des 
autels simples et sans degrés en tout lieu où le Sei- 
gneur manifesterait son nom. Après l'adoration du 
veau d'or et quand le tabernacle eut été érigé, pour 
prévenir les rechutes dans l'idolâtrie, Moïse avait 
ordonné aux Israélites d'offrir des sacrifices et d'im- 
moler, même les animaux destinés à la boucherie, 
auprès du sanctuaire unique du désert. Lev., xvn, 3-9. 
Voir Chair des animaux, t. n, col. 491-498. Cette loi 
n'a pu être pratiquée qu'au désert, à l'époque où Israël, 
réuni au camp, pouvait aller facilement au tabernacle. 
Elle n'a pu être imaginée au temps d'Esdras, alors qu'il 
n'y avait ni camp ni tabernacle. Sur le point d'introduire 
Israël au pays de Chanaan, le sage législateur abrogea 
l'obligation d'immoler tous les animaux auprès de 
l'arche, en maintenant pour l'avenir la loi du sanc- 
tuaire unique au lieu que Dieu devait choisir. En atten- 
dant que Dieu eût fait choix de Jérusalem, il n'était 
pas interdit de lui offrir des sacrifices en dehors du 
sanctuaire où reposait l'arche. Voir Hauts-lieux, t. ni, 
col. 453-454. Même après l'érection du Temple de Jéru- 
salem, la loi de l'unité du sanctuaire n'était pas si ri- 
goureuse qu'il ne fût permis d'ériger d'autres autels et 
d'y offrir des sacrifices légitimes. Au Temple, se faisait 
le service régulier, quotidien, prescrit par la loi mo- 
saïque. Dans les circonstances extraordinaires, on pou- 
vait dresser des autels; les prophètes et les rois les 
plus pieux le faisaient sans scrupule et ne pensaient pas 
manquer à une loi divine qui n'avait pas une significa- 
tion si absolue et si restrictive qu'on le prétend. Voir 
Autel, t. i, col. 1266-1268. Il n'est donc pas nécessaire 
de soutenir avec M. Poels, Examen critique de l'his- 
toire du sanctuaire de l'arche, Louvain, 1897, t. i 
(seul paru), en dépit de la géographie, que le haut-lieu 
de Gabaon est identique à Masphath, à Kiriath-Jarim et 
à Nob, cf. Poels, Le sanctuaire de Kirjath Jearim, 
Louvain, 1894, ni avec M. Van Hoonacker, Le lieu dti 
culte dans la législation rituelle des Hébreux, dans le 
Muséon, avril-octobre 1894, t. xm, p. 195-204, 299-320, 
533-541 ; t. xiv, p. 17-38, de distinguer dans les trois 
codes un sanctuaire unique servant de demeure à 
Jéhovah et de centre exclusif du culte public et natio- 
nal, et des autels multiples, consacrés au culte privé et 
domestique pour l'immolation ordinaire du bétail, 
accompagnée de rites religieux que tout Israélite pou- 
vait accomplir. Le Deutéronome ordonnait de détruire 
seulement les hauts-lieux ayant servi au culte des idoles. 
Sans doute, cette prescription ne fut pas observée fidè- 
lement, Jud., il, 2, 3, et les hauts-lieux détruits furent 
relevés, parce que les Israélites retombèrent fréquem- 
ment dans l'idolâtrie. De même, le culte de Jéhovah 
sur les hauts-lieux, quoique illicite après la construc- 
tion du Temple de Jérusalem, continua, non seulement 
dans le royaume schismatique d'Israël, mais même 
dans celui de Juda. L'usage en était tellement invétéré 
que les rois les plus pieux durent le tolérer. On y mêla 
même parfois des pratiques idolàtriques au culte de ' 
Jéhovah. Les prophètes s'élevèrent avec vigueur contre 
ce culte mixte, et leur enseignement finit par faire 
abolir tardivement tous les hauts-lieux, conservés 
malgré la loi et au détriment de la pureté du culte. 
Voir Hauts-lieux, t. iv, col. 455-457; Idolâtrie, 
col. 810-813. L'histoire de la multiplicité des autels et 
du sanctuaire unique de Dieu en Israël ne prouve donc 
rien contre la législation mosaïque qui les concerne. 

b) Les sacrifices. — Le livre de l'alliance exigeait 



les prémices des fruits de la ferre et les premiers-nés 
des bestiaux, ainsi que le rachat du premier-né de 
l'homme. Exod., xxn, 28-29 (hébreu, xxiii, -19). Il deman- 
dait qu'aux jours de fête, quand il se présentait devant 
Dieu, Israël ne vint pas les mains vides. Exod., xxiir, 
15. On ne devait mélanger rien de fermenté aux sacri- 
fices ni rien conserver des victimes pour le lendemain. 
Exod., xxiii, 19. Les sacrifices paraissent donc être une 
oûrande spontanée des biens de la terre au Seigneur 
et leur cérémonial est réduit au minimum. Le Deuté- 
ronome précise et développe les lois sur les premiers- 
nés des animaux, xv, 19-23, les prémices, xxvi, 1-11, 
et les dîmes, xxvi, 12-15. L'offrande des prémices est 
rattachée au souvenir de la sortie d'Egypte et de la prise 
de possession du pays de Chanaan, et elle présente, 
comme celle de la dîme, le caractère d'une œuvre de 
bienfaisance pour les pauvres, les veuves, les orphe- 
lins et les lévites. Le code sacerdotal enfin distingue 
différentes espèces de sacrifices et décrit minutieuse- 
ment tous leurs rites. A l'holocauste et au sacrifiée 
d'actions de grâces il joint la simple oblation et les sa- 
crifices pour le péché et le délit. Il introduit encore 
l'offrande de l'encens. L'idée du sacrifice est elle-même 
changée : au lieu de l'offrande familiale, spontanément 
faite à Dieu, du repas joyeux auquel prennent part les 
pauvres, il est une institution officielle et publique, un 
service commandé, soumis à des rites minutieux. Or, 
ce rituel détaillé du Lévitique n'apparaît nulle part 
observé avant la captivité. On offrait assurément des 
sacrifices, des holocaustes, mais librement et simple- 
ment pour honorer Dieu et se le rendre favorable. On 
ne se préoccupait pas de savoir quelle victime devait 
être immolée, quand, où, par qui et comment elle de- 
vait être offerte. Bref, le code sacerdotal n'était pas 
observé, par la raison bien simple qu'il n'existait pas 
encore. 

Les faits ne répondent pas à la théorie, et les livres 
historiques ne sont pas muets, comme on le prétend, 
sur l'offrande publique et solennelle des sacrifices. Ils 
mentionnent en particulier des holocaustes. Voir t. ni, 
col. 732. S'ils ne parlent pas du sacrifice quotidien, 
s'ils ne décrivent pas les rites, on n'est pas en droit 
de conclure de leur silence que ce service ne se prati- 
quait pas et que les rites n'étaient ni observés ni 
appliqués. On peut légitimement supposer que le ser- 
vice ordinaire se faisait régulièrement à Silo, et plus 
tard à Jérusalem, auprès de l'arche. Il y avait là un 
sacerdoce en permanence. Les historiens n'enregistrent 
que les faits, supposant les rites connus de tous. D'ail- 
leurs, si les prophètes les plus anciens, Amos et Osée, 
protestent si énergiquement contre le formalisme 
excessif des pratiques rituelles de leur temps et prê- 
chent le culte en esprit et en vérité, c'est une preuve 
péremptoire que les rites se pratiquaient alors, puisque 
les prêtres et le peuple y attachaient plus d'importance 
qu'aux dispositions intérieures. Si Dieu blâme les sa- 
crifices réitérés à Béthel, c'est que leur offrande n'em- 
pêche pas l'impiété et la multiplication des péchés. 
Amos, iv, 4, 5. S'il hait leurs fêtes, leurs holocaustes 
et leurs vœux, Amos, v, 21, 22, c'est parce que les 
Israélites sont coupables. La maison d'Israël ne lui a- 
t-elle pas offert des victimes durant les quarante années 
de son séjour au désert? Amos, v, 25, et pourtant elle 
a été punie, parce qu'elle était infidèle. Ou mieux peut- 
être faut-il lire ce verset difficile ainsi : « Avez-vous, 
alors que vous m'offriez des sacrifices dans le désert 
pendant quarante ans, porté aussi Sakkout et Kion? » 
Le crime actuel des Israélites est plus grand que leur 
rébellion au désert; elle sera punie, nonobstant les 
sacrifices qu'ils offrent au Seigneur. Cette interpréta- 
tion suffit à enlever la prétendue opposition qu'on 
trouve entre cette parole du prophète et le code sacer- 
dotal, qui mentionne l'offrande quotidienne des sacri- 



103 



PENTATEUQUE 



104 



fices au désert. A moins encore qu'Amos ne fasse 
allusion à l'apostasie d'Israël à Cadès. Voir t. iv, 
col. 1203-1204. De même, la parole de Jérémie, vu, 21- 
23, suivant laquelle Jéhovah, à la sortie d'Egypte, 
n'aurait pas exigé d'holocaustes et de sacrifices, ne 
prouverait pas la non-existence du code sacerdotal. Le 
prophète fait peut-être simplement allusion à la propo- 
sition que Dieu fit aux Israélites en Egypte de les dé- 
livrer de la servitude, proposition qui ne contenait pas 
encore la mention des sacrifices et qui fut d'abord re- 
jetée. Exod., vi, 6-9. Ou bien, sans nier la loi sur les 
sacrifices, le prophète, par un contraste saisissant, 
insiste sur l'obligation de la loi morale, et sur la fidé- 
lité à cette loi, dont l'inobservation sera châtiée, malgré 
l'observance des rites qui, sans elle, ont peu de valeur 
aux yeux, de Dieu. 

L'holocauste et le sacrifice pacifique ont donc tou- 
jours été en usage, quoique leurs rites ne soient pas 
décrits dans les livres historiques. Le sacrifice pour le 
péché n'a pas été imaginé par Ézéchiel, xlv, 22-25. 
Osée, iv, 8, et Michée, vi, 7, le nomment expressément, 
puisque manger le hatla't signifie clairement manger 
les victimes offertes pour le péché ; il est aussi men- 
tionné dans le Ps. xxxix (xl), 7. L'idée en avait été 
exprimée bien auparavant. I Sam., m, 14. Le sacrifice 
pour le délit n'est pas toujours nettement distingué du 
sacrifice pour le péché. Il l'est formellement toutefois 
dans le passage relatif aux revenus des prêtres sous le 
règne de Joas. II (IV) Reg., XII, 16. Déjà, à l'époque 
des Juges, les Philistins, punis pour s'être emparés de 
l'arche, renvoyèrent cette arche avec des 'âsâm pour 
obtenir le pardon de leur faute. I Sam., vi, 3-15. Le 
sacrifice pour le délit est aussi nommé dans Isaïe, 
lui, 10. Les quatre espèces de sacrifices étaient donc 
connues en Israël avant Ézéchiel, et si le code sacer- 
dotal les distingue pour la première fois, c'est qu'il a 
été promulgué par Moïse au désert. 

c) Les fêtes. — Le livre de l'alliance, Exod., xxin, 
14-17, ordonne la célébration dé trois fêtes annuelles : 
la fête des azymes, qui dure sept jours et qui est déjà 
rattachée au souvenir de la sortie d'Egypte, mais sans 
être encore la Pâque; la fête de la moisson et celle de 
la récolte des fruits. Ces deux dernières ont un carac- 
tère nettement et exclusivement agricole, et on peut 
penser que la première, qui a lieu au printemps, se 
rapportait aussi à l'agriculture. La durée de celles-ci 
n'est pas non plus fixée. Le Deutéronome, xvi, 1-17, ne 
connaît encore que trois fêtes annuelles, qui doivent 
être célébrées au sanctuaire unique. La première réunit 
la solennité de la Pâque à la fête des azymes. La célé- 
bration de la seconde est fixée à sept semaines après la 
première! La troisième est nommée « fête des taber- 
nacles », et sa durée est de sept jours. Leur caractère 
est différent : ce sont des fêtes de joie, de reconnais- 
sance et de charité fraternelle. Dans le code sacerdotal, 
ces trois fêtes rentrent dans un cycle plus complet de 
cinq solennités, dont les rites sont minutieusement dé- 
crits. Lev., xxiii, 4-44. Il ajoute la fête des trompettes 
et celle du grand-pardon, et il modifie le caractère des 
fêtes de la Pentecôte et des tabernacles, en les ratta- 
chant à un souvenir historique. Toutes sont célébrées 
au sanctuaire unique; leur date, leur durée et leurs 
cérémonies sont fixées dans les moindres détails. Enfin, 
la célébration de ces fêtes n'est pas signalée dans les 
livres historiques les plus anciens. Une fête, solennisée 
par des danses de jeunes filles, avait lieu chaque année 
à Silo. Jud., xxi, 19. Les parents de Samuel allaient 
chaque année honorer Dieu en ce sanctuaire. I Sam., 
1, 3, 7, 21 ; à, 19. Jéroboam I er établit dans son royaume 
au huitième mois une fête pareille à celle qui avait 
lieu en Juda. I (III) Reg., xn, 32, 33. Les anciens pro- 
phètes, Amos et Osée, parlent plusieurs fois de fêtes 
religieuses, mais sans les désigner par des noms par- 



ticuliers. Après la découverte du Deutéronome, la Pâque 
est célébrée pour la première fois conformément aux 
rites prescrits dans ce livre. II (IV) Reg., xxm, 21-23. 
Pendant la captivité, Ézéchiel, xlv, 18-25, ne connaît 
encore que trois solennités, avec un sacrifice d'expia- 
tion au premier jour du premier et du septième mois. 
Le code sacerdotal avec ses cinq fêtes est donc posté- 
rieur à la captivité, concluent les critiques négatifs. 

Les anciennes fêtes ne sont mentionnées dans les 
livres historiques que quand les circonstances en ont 
fourni l'occasion, et l'on ne peut arguer de la rareté de 
leur mention contre leur non-existence. Leur périodi- 
cité régulière n'avait pas besoin d'être signalée par les 
historiens qui relatent seulement les circonstances ex- 
traordinaires, comme celle de la Pâque sous le règne 
de Josias. La coutume de monter à Jérusalem offrir 
des sacrifices existait à l'époque du schisme des dix 
tribus, puisque Jéroboam I er élève des autels à Dan et 
à Béthel, pour empêcher ses sujets d'aller à Jérusalem, 

I (III) Reg., xn, 26-31, et il établit au moins une fête 
pour remplacer celles de Juda. Plusieurs commenta- 
teurs ont pensé qu'après l'établissement des Hébreux 
au pays de Chanaan, l'usage s'était introduit de ne 
faire qu'un seul pèlerinage chaque année au sanctuaire 
du Seigneur. Voir t. n, col. 2219. Osée, xu, 9, fait allu- 
sion à la fête des Tabernacles et à sa signification histo- 
rique; Isaïe, xxix, 1; xxx, 29, parle du cycle des fêtes. 
Ézéchiel rappelle seulementles trois fêtes qui exigeaient 
l'assemblée religieuse de tout Israël au Temple. Voir 
t. i, col. 1129-1130. La fête de l'Expiation n'est pas men- 
tionnée dans l'Ancien Testament en dehors du Penta- 
teuque, voir t. n, col. 2139, et sa célébration n'est relatée 
par Josèphe que sous Jean Hyrcan ou Hérode. En faul- 
il conclure qu'elle n'avait pas lieu auparavant, au 
moins depuis le retour des Juifs en Palestine? Le si- 
lence des anciens écrivains ne prouve pas davantage sa 
non-célébration. 

d) Les prêtres et les lévites. — Le code de l'alliance, 
promulgué avant l'institution du sacerdoce aaronique, 
ne parle pas, objecte-t-on, de prêtres, et l'alliance dont il 
contient les dispositions est conclue par des sacrifices, 
immolés par de jeunes Israélites. Exod., xxiv, 5. Le 
Deutéronome mentionne fréquemment les prêtres et 
les lévites. Il établit leurs droits, xvm, 1-8, mais il ne 
reconnaît pas de distinction hiérarchique entre eux. 

II ignore le grand-prêtre. Il distingue seulement, f. 7, 
le lévite qui habite dans le pays du lévite attaché au 
service du sanctuaire unique. Le premier est ordinaire- 
ment classé avec la veuve, l'orphelin, l'indigent et 
l'étranger pour recevoir les largesses du pieux Israélite. 
Les lévites, éloignés du sanctuaire, n'avaient donc pas 
encore de revenus fixes. Dans le code sacerdotal, le sa- 
cerdoce est une institution sociale, hiérarchisée, dont les 
droits et les fonctions sont déterminés très exactement. 
La hiérarchie comprend le grand-prêtre, fils aîné et 
successeur d'Aaron, et les lévites, membres de la tribu 
de Lévi. Les prêtres sont richement dotés. Les lévites, 
n'ayant pas eu de domaine distinct dans le partage de 
la Palestine, habitent des villes spéciales et sont entre- 
tenus, eux et leurs familles, par le prélèvement des 
prémices et le paiement de la dîme. En tout cela, ce 
code est manifestement en progrès sur le Deutéronome; 
il lui est donc postérieur. 

D'autre part, on prétend que l'histoire d'Israël con- 
firme cette, progression de la législation sacerdotale. 
Dans les documents élohiste et jéhoviste, Aaron n'ap- 
paraît comme prêtre que dans l'épisode du veau d'or, 
Exod., xxxn, 5, 6, et la tribu de Lévi, qui punit les 
coupables,,n'y a pas de droits spéciaux. A l'époque des 
Juges, il n'est fait mention d'aucun prêtre; il est ques- 
tion de lévites dans deux épisodes, racontés en appen- 
dice. Jud., xvii-xxi. A Silo, il y a cependant une 
famille sacerdotale, celle d'Héli, I Sam., i, n, mais 



105 



PENTATEUQUE 



106 



sans lien avec Aaron. L'arche renvoyée par les Philis- 
tins est reçue par les lévites, I Sam., vr, 15; mais 
Éléazar, fils d'Abinadab, est consacré pour la garder 
dans la maison de son père. I Sam., vu, 1. Samuel, 
fils d'un Éphrai'mite, joue un rôle sacerdotal. Il offre 
des sacrifices, aussi bien que les rois Saiil, David et 
Salomon,saos prêtres. Absalom en offre aussi. II Sam., 
xv, 12. A la cour de David, il y avait des prêtres, Sadoc 
et Abiathar. II Sam., vm, 17; xx, 25. Les fils de David, 
II Sam., vin, 18, et le Jaïrite, II Sam., xx, 26, men- 
tionnés comme prêtres, ne faisaient pas partie du sacer- 
doce, si la leçon massorétique kôhên n'était, comme on 
l'a pensé, qu'une altération de sôkên, désignant un chef 
ou un officier. Is., xxn,15. Salomon destitua Abiathar. 

I (III) Reg., Il, 26, 27. A la dédicace du Temple, c'est 
le roi qui sacrifie, bénit l'assemblée et prononce la 
prière de la consécration; les prêtres et les lévites 
portent simplement l'arche et les ustensiles sacrés. I 

"(III) Reg., vin, 3, 4. Jéroboam I er établit dans le 
royaume d'Israël des prêtres pris parmi le peuple et 
n'appartenant pas aux fils de Lévi. I (III) Reg., xn, 31. 

II y avait donc des prêtres et des lévites, mais pas 
encore de grand-prêtre. Plus tard, Joïada, ordinaire- 
ment qualifié « prêtre », II (IV; Reg., xi, 9, 15, 18; 
xil, 2, 7, 9, est dit « grand-prêtre » une seule fois. II 
(IV) Reg., xo, 10, Sous Achaz, Urie est dit aussi sim- 
plement prêtre. II (IV) Reg., xvi, 10-16. Sous Josias, 
Helcias est appelé « grand-prêtre », II (IV) Reg., xxu, 
4, 8; xxiit, 4, et « prêtre » tout court. II (IV) Reg., 
xxu, 10, 12, 14. Saraia est nommé « premier prêtre ». 
II (IV) Reg., xxv, 18; Jer., lu, 24. Auprès d'Helcias, 
figurent des « prêtres en second », II (IV) Reg., xxm, 4, 
et à côté de Saraia, Sophonie, « prêtre en second. » 
II (IV) Reg., xxv, 18; Jer., lu, 24. Durant la captivité, le 
prêtre Ézéchiel distingue les prêtres, fils de Sadoc, des 
prêtres lévitiques; mais cette distinction est faite en vue 
de l'avenir; c'est une innovation introduite pour des 
raisons historiques. Les lévites seront des prêtres dé- 
gradés de leurs fonctions anciennes en punition de 
leur idolâtrie ; ils seront réduits au rôle de serviteurs 
des prêtres et de portiers du nouveau Temple. Ezech., 
ïiiï, 10-14. Les prêtres et les lévites, fils de Sadoc, 
qui sont demeurés fidèles, continueront leurs fonctions 
et seront astreints à des règles de pureté déterminées. 
Ils n'auront pas de propriété, vivront de l'autel, rece- 
vront les prémices et habiteront des domaines tracés 
au cordeau au milieu de la Terre Sainte. Ezech., xliv, 
15-xlv, 5. Le prophète ne connaît pas encore le grand- 
prêtre. Le code sacerdotal avec sa hiérarchie à trois 
degrés, avec sa distinction des prêtres et des lévites 
dès l'origine, Num., m, 5-13, est postérieur à Ézéchiel. 
Sa législation détaillée sur les fonctions et les revenus 
des deux classes est en progrès sur le prophète orga- 
nisateur de l'avenir. Ses villes lévitiques remplacent 
les domaines imaginés par Ézéchiel. 

On a démontré ailleurs, voir t. îv, col. 200-203, qu'il 
y eut en Israël dès l'origine du peuple une tribu de 
Lévi, à qui Dieu fit attribuer les fonctions sacerdotales 
■en récompense de sa fidélité lors de l'adoration du veau 
d'or. Exod., xxxn, 26-29. On a prouvé aussi, ibid., 
■col. 203-205, que cette tribu comprit deux catégories de 
ministres sacrés : les prêtres et les simples lévites. On 
a raconté enfin, ibid., col. 208-211, l'histoire des des- 
cendants de Lévi jusqu'à la fin de la captivité. Quant 
au plan de restauration religieuse d'Ézéchiel, voir t. n, 
-col. 2155-2156, était-ce une réforme pratique ou seu- 
lement une restauration purement idéale, irréalisable 
et irréalisée? Si l'on admet la seconde alternative, qui 
ne peut même être niée, il en résulte que le prophète 
n'est pas l'auteur de la distinction entre prêtres et 
lévites. Loin de la créer, il la suppose existante; il lui 
emprunte le cadre de ses institutions futures. S'il dé- 
.grade les prêtres coupables d'idolâtrie, ce n'est pas en 



créant une caste inférieure, exclusivement composée 
d'eux; il les réduit au rang de simples lévites, de ces 
lévites, dont le nom et les fonctions étaient connus et 
déterminés par la tradition. Ézéchiel, xlviii, 11, dis- 
tingue ces deux classes, et il avait mentionné aupara- 
vant, xl, 45, des gardiens du temple, et des ministres 
de l'autel, XL, 46. Les fils de Sadoc, à qui il réserve 
les fonctions sacerdotales à cause de leur fidélité, étaient 
eux-mêmes des fils de Lévi, xlui, 19; xliv, 15. Quand 
il élabore son programme de restauration future, il en 
emprunte le cadre aux institutions existantes, mais il y 
introduit des matériaux de sa création. Il maintient 
donc les deux grandes classes des ministres du culte; 
mais divisant ceux-ci sous te rapport de leur fidélité à 
Dieu, il n'admet au ministère de l'autel que les prêtres 
demeurés fidèles, en les désignant comme fils -de Sa- 
doc, et il réduit au simple rang de serviteurs des 
prêtres les anciens ministres infidèles. Le caractère 
idéal de la réforme laissait au prophète la liberté d'ex- 
clure les lévites et d'omettre le grand-prêtre, comme 
la fête de la Pentecôte sans nuire à leur réalité histo- 
rique. A. Van Hoonacker, Les prêtres et les lévites dans 
le livre d'Ézéchiel, dans la Revue biblique, 1899, t. vin, 
p. 180-189, 192-194. Voir t. n, col. 2155, 2156, 2161. 
Quant au grand-prêtre, il est mentionné dans les livres 
historiques, chaque fois qu'il est intervenu dans les 
affaires publiques. Son institution remonte à Aaron et 
n'est pas une création artificielle de l'auteur du code 
sacerdotal. Voir 't. nr, col. 295-308. 

Les redevances, versées aux prêtres et aux lévites, 
ne sont pas non plus une invention récente. On pré- 
tend bien que les prêtres n'avaient primitivement 
aucun droit à recevoir une part de la victime des 
sacrifices, ceux-ci étant des repas sacrés auxquels les 
particuliers qui les offraient invitaient les prêtres du 
sanctuaire où avait eu lieu l'immolation. Le Deutéro- 
nome, xvm, 1-8, leur attribua des parts déterminées. 
Le code qu'on appelle sacerdotal les augmenta notable- 
ment et distingua ce qui revenait au grand-prêtre, aux 
prêtres et aux lévites. Lev., vu, 28-34; Num., v, 8-10; 
xvm, 8-32. Quant aux villes lévitiques, Num., xxxv, 1- 
8; Jos., xxi, 1-40, l'idée en a été suggérée par É/.échiel, 
xlviii, 10-14. En fait, les livres historiques mentionnent 
en quelques circonstances les redevances dues aux 
prêtres. Les fils d'Héli n'étaient prévaricateurs qu'en 
ce qu'ils n'observaient pas les prescriptions légales et 
dépassaient leur droit en s'atlribuant ce qui leur plai- 
sait des victimes offertes. I Sam., n, 12-17. Et l'homme 
de Dieu qui reproche à leur père sa faiblesse, règle 
quels seront à l'avenir les revenus des prêtres de Silo. 
Ibid., 36. Sous le règne de Joas, les revenus des prê- 
tres se payaient en argent. II (IV) Reg., xn, 4-16. A la 
réforme religieuse de Josias, les prêtres infidèles 
furent privés des revenus du culte et ne gardèrent pour 
vivre qu'une partie de leurs droits. II (IV) Reg., xxm, 
9. Sur la dime, voir t. u, col. 1.432-1435, et sur les 
villes lévitiques, t. iv, col. 216-221 . 

e) Loi sur les bêtes mortes. — Le livre de l'alliance 
interdit absolument aux Israélites, qui forment un 
peuple saint, de manger les bêtes mortes, et ordonne 
de les abandonner aux chiens. Exod., xxu, 31. Le Deu- 
térononae, xiv, 21, autorise à les donner ou à les ven- 
dre aux étrangers. Le code sacerdotal ne voit plus dans 
l'acte de manger une bête morte qu'une impureté lé- 
gale, exigeant une simple ablution. Lev., xvn, 15-16. 
Ces dispositions diverses ne s'excluent pas. La prohi- 
bition, fondée sur la sainteté spéciale des Israélites, 
demeure, nonobstant les remarques successives qui s'y 
ajoutent. Quand, au désert, il n'y a pas d'étranger au 
milieu d'Israël, il faut laisser aux chiens toute bête 
morte; lorsque Israël aura au milieu de lui ou à côté 
de lui des étrangers, qui ne sont pas obligés à la sain- 
teté spéciale des Israélites, on pourra leur donner ou 



107 



PENTATEUQUE 



108 



leur vendre, selon les cas, les bêtes mortes. Enfin, 
l'Israélite qui aura manqué à cette prescription n'aura 
encouru qu'une impureté légale que l'ablution fera 
disparaître. Les ordonnances différentes visent des cas 
différents et ne constituent pas des codes successifs. 

f) Loi sur les esclaves. — Selon le livre de l'alliance, 
l'esclave hébreu ne peut être acheté que pour six 
années; il est nécessairement libéré pour la septième; 
et s'il veut se lier à perpétuité, une cérémonie spé- 
ciale doit le constater. Exod., xxi, 2-6. Le Deutéro- 
nome, xv, 12-18, reproduit cette loi, mais l'explique, 
. en obligeant le maître à faire des présents à l'esclave 
libéré et en spécifiant que ces dispositions s'appliquent 
à la femme esclave. La loi nouvelle du prétendu code 
sacerdotal, Lev., xxv, 39-46, ne fixe qu'un cas particu- 
lier. En déterminant les privilèges de l'année du ju- 
bilé, elle règle que, cette année-là survenant, tout es- 
clave hébreu est libéré, même si les six années de son 
engagement ne sont pas révolus. Voir t. m, col. 1750- 
1854. Jérémie, xxxiv, 8-22, annonce seulement la puni- 
tion encourue par la violation d'une loi de libération, 
imposée après la délivrance de la servitude d'Egypte. 
Voir t. ii, col. 1921-1923. 

4. Arguments philologiques invoqués en faveur de 
la diversité des documents. — Nous ne reviendrons 
pas sur la diversité des noms divins, Élohim et Jého- 
vah, qui a servi de point de départ à la distinction des 
documents élohiste et jéhoviste. Elle a perdu beaucoup 
de son importance. première et elle n'est plus aujour- 
d'hui pour les critiques qu'un des nombreux exemples 
de la variété du vocabulaire des écrivains qui ont rédigé 
les sources de l'Hexateuque. Voir d'ailleurs Élohim, 
t. ii, col. 1701-1703, et Jéhovah, t. ni, col. 1230-1234. 
Au sentiment des critiques, chaque document a ses 
expressions propres, ses tournures spéciales et son 
style distinctif. Voir E. Mangenot, L'authenticité 
mosaïque du Pentateuque, Paris, 1907, p. 56-58, 85-87, 
111-115, 144-147. Mais il importe de remarquer par 
quelle méthode on les a déterminés. On a choisi un 
certain nombre de morceaux qui présentaient des diffé- 
rences de langue plus marquées; on a étudié leurs 
particularités lexicographiques et grammaticales, et on 
a discerné ainsi les termes soi-disant caractéristiques, 
qui ont servi à reconnaître les autres morceaux appar- 
tenant à la même source. Le procédé a paru quelque 
peu arbitraire. On range dans une série tous les pas- 
sages qui présentent les mêmes caractères linguistiques 
et dans une autre ceux qui ont d'autres caractères. Les 
deux séries sont par suite différentes. Mais, on ne tient 
pas compte d'un nombre plus considérable d'expres- 
sions communes, employées partout. Quant à l'appré- 
ciation des expressions dites caractéristiques, il faudrait 
considérer la diversité des matières et du genre litté- 
raire. Un code législatif ne se rédige pas dans les 
mêmes termes qu'un récit historique ou qu'un discours 
parénétique. La Genèse et les parties narratives des 
livres du milieu sont naturellement différentes de la 
législation. Le législateur n'emploie pas les mêmes 
mots qu'un historien ou un prédicateur. Ainsi, il n'est 
pas étonnant que la législation mosaïque ait des termes 
techniques, concernant les choses du culte, qui ne se 
retrouvent pas ailleurs. On peut admettre toutes les 
particularités de vocabulaire et de style, remarquées 
dans le Deutéronome, sans qu'elles prouvent que les 
discours, qui composent ce livre, n'ont pas été rédigés 
par Moïse lui-même. Le genre littéraire choisi et le ton 
parénétique exigeaient ces différences. Cf. P. Martin, 
Introduction à la critique générale de l'A. T., Paris, 
1886-1887 (lithog.), t. i, p. 576-604. Les critiques ont 
renoncé à démontrer la modernité du code sacerdotal 
par sa langue propre; l'étude de cette langue apprend 
comment l'auteur écrivait, elle n'indique pas la date du 
livre. Du reste, la diversité du style s'explique tout na- 



turellement dans l'hypothèse que, pour composer le 
Pentateuqup, Moïse a employé différents secrétaires ou 
scribes écrivant sous sa direction. Chacun d'eux avait 
son style propre, et la diversité du langage n'est pas 
surprenante dans une œuvre à laquelle plusieurs mains 
ont collaboré. Pour la Genèse en particulier, certaines 
particularités de style et de lexique peuvent aussi pro- 
venir des sources utilisées et reproduites sans retouches. 
Enfin, le texte hébreu actuel ne représente pas absolu- 
ment l'original; il a pu être remanié, et toutes les par- 
ticularités linguistiques ne peuvent fournir un argu- 
ment certain de la prétendue diversité des documents. 
Cf. F. de Hummelauer, Beuteronomium, Paris, 1901, 
p. 138-144. Ainsi expliqué, l'argument philologique, 
qui ne prouve rien à lui seul, perd toute sa force 
probante en faveur de la distinction des sources du 
Pentateuque. 

L'authenticité mosaïque du Pentateuque a été soute- 
nue par de nombreux critiques et défendue contre les 
attaques des adversaires. Nous signalerons en terminant 
les principaux ouvrages ou articles consacrés à cette 
démonstration ou à la polémique avec les critiques 
allemands : Hengstenberg, Die Bûcher Moses und 
Aegypten, Berlin, 1841 ; AV. Smith, The Book of Moses 
or the Pentateuch in ils authorship, credibility and 
civilisation, 2 in-8°, Londres, 1868; Gh. Schœbel, Dé- 
monstration de l'authenticité du Deutéronome, Paris, 
1868; Démonstration de l'authenticité mosaïque du 
Lévitique et des Nombres, Paris, 1869; Démonstration 
de ï 'authenticité "mosaïque de l'Exode, Paris, 1871 ; 
Démonstration de l'authenticité de la Genèse, Paris, 
1873; Le Moïse historique et la rédaction mosaïque 
du Pentateuque, Paris, 1875 (ces travaux ont paru d'abord 
en articles dans les Annales de philosophie chrétienne, 
1867-1875); Knabenbauer, Der Pentateuch und die un- 
glàubige Bibelkritik, dans Stimmen aus Maria-Laacli , 
1873, t, iv ; Bredenkamp, Gesetz und Prop/ieten, Erlan- 
gen, 1881; C. Elliot, Vindicalion of the Mosaic au- 
thorship of the Pentateuch, Cincinnati, 1884; E. C. Bis- 
sel, The Pentateuch,ils origin and structure, New-York, 
1885; F. Vigouroux, Manuel biblique, 12» édit., Paris, 
1906, t. ï, p. 397-478; Les Livres Saints et la critique 
rationaliste, Paris, 1902, t. m, p. 1-226; t. îv, p. 239- 
253; 405-415; Ubaldi, Introductio in Sacram Scriplu- 
ram, 2 e édit., Rome, 1882, t. ï, p. 452-509; R. Cornely, 
Introductio specialis in historicos V. T. libros, Paris, 
1887, p. 19-160; J. P.P. Martin, Introduction à la cri- 
tique générale de VA. T. De l'origine du Pentateuque, 
3 in-4", Paris, 1886-1889 (lithog.); G. Vos, Mosaic 
origin of the Pentateuchal codes, Londres, 1886; 
YV. II. Green, Moses and the Prophels, New-York, 
1883; The Hebrew Feasts, New-York, 1885; The Penta- 
teuchal question, dans Mosaica, Chicago, 1889-1892, 
t. v-xm; The higher Crilicism of tlie Pentateuch, 
New-York, 1895; The unily of Uie book of Genesis, 
New- York, 1895; cardinal Meignan. De l'Éden à Muïse, 
Paris, 1895, p. 1-88; Lex mosaica, or the Lan: of Moses 
and the higher crilicism (Essais de Sayce, Rawlinson, 
Trench, Lias, Wace, etc.), Londres, 1894; Baxter. 
Sanctuary and sacrifice, Londres, 1896; Ed. Bôhl, 
Zum Gesetz und zum Zeugniss, Alenne, 1883; A. Zahn, 
Ernste Blicke in den Wahn der nwdeiiien Kritïk des 
A. T., Gûtersloh, 1893; Das Deuteronomium, 1890: 
lsraelïtische und jiidische Geschichte, 1S95; Ed. Rup- 
precht, Die Anschauung der krit.Schule Wellhausen's 
vom Pentateuch, Leipzig, 1893; Vas Râlhsel des Fûnf- 
buehesMose und seine falsche Lôsung, Gûtersloh, 1894; 
Das Râthsels Lôsung oder Beitrage zur richligen Lo- 
sung des Pentaleuchrût hsels , 3 vol., 1S97; Die Kritik 
nach ihrem Rechl und Unrecht, 1897; abbé de Broglie, 
Questions bibliques, édit. Piat, Paris, 1897, p. 89-169; 
J. B. Pelt, Histoire de l'A. T., 3= édit., Paris, 1901, 1. 1, 
p. 291-326; J. Kiev, Die Pentateuchfrage. lhre Ge- 



109 



PENTATEUQUE 



lia 



schichte undihre Système, Munster, 1903; J. Thomas, 
The organic wiily of the Penlateuch, Londres, 1904; 
G. H. Rouse, The Old Testament in New Testament 
light, Londres, 1905; H. A. Redpath, Modem criticism 
and the book of Genesis, Londres, 1905; G. Hoberg, 
Moses und der Pentateuch, Fribourg-en-Brisgau, 1905; 
H. 51. Wiener, Studies in biblical Law, Londres, 1904; 
J. Orr, The problem of the Old Testament considered 
u'îtft référence to récent criticism, Londres, 1906. 
Cf. H. Hopfl, Die hbhere Bibelkritik, Paderborn, 1902, 
p. 1-96. 

III. NOTE THÉOLOGIQUE DE L'AUTHENTICITÉ MO- 
SAÏQUE du pentateuque. — L'authenticité mosaïque 
du Pentateuque reposant principalement sur le témoi- 
gnage des écrivains inspirés, sur la parole de Jésus- 
Christ et des Apôtres et sur la tradition catholique, il 
y a lieu de se demander si, étant affirmée par l'Écriture 
et la tradition ecclésiastique, elle rentre dans le do- 
maine de la révélation divine, ou bien si, n'étant pas 
formellement enseignée par Dieu aux hommes, elle 
n'a pas été révélée et par suite peut librement être 
discutée par les catholiques et abandonnée sans détri- 
ment pour la foi qui ne sera pas en cause. 

Depuis 1887, un certain nombre d'exégètes et de 
critiques catholiques, prêtres séculiers ou religieux, 
avaient exprimé publiquement, avec la tolérance de 
leurs supérieurs et sans avoir été, avant 1906, blâmés 
ou repris par l'autorité ecclésiastique, que la thèse 
de l'authenticité mosaïque du Pentateuque ne s'impo- 
sait pas à la foi des chrétiens et pouvait être librement 
débattue ou contestée, parce qu'elle ne faisait pas partie 
de la révélation divine. A leur sentiment, l'origine 
mosaïque du Pentateuque n'est pas formellement 
révélée dans l'Écriture ni enseignée par l'Église comme 
certaine. 

Les théologiens qui n'admettent pas ce sentiment ne 
sont pas cependant d'accord entre eux. Pour les uns, 
l'authenticité mosaïque du Pentateuque, bien que n'étant 
pas explicitement révélée, l'est implicitement et for- 
mellement, exprimée qu'elle est dans la révélation en 
termes équivalents, puisqu'elle se tire des formules ré- 
vélées par simple explication et sans qu'il soit besoin de 
recourir à une déduction proprement dite. La négation 
de cette vérité serait donc une erreur, et la contradic- 
toire serait erronea in fiole. Méchineau, L'origine mo- 
saïque du Pentateuque, p. 34. Pour les autres, l'authen- 
ticité mosaïque du Pentateuque est seulement une 
vérité certaine (theologice certa), parce qu'elle se 
déduit nécessairement des textes bibliques et parce 
que la tradition catholique appuie et confirme cette 
conclusion. Elle n'est énoncée dans la révélation que 
virtuellement; on l'en tire par déduction ou raisonne- 
ment. Par suite, conformément à l'enseignement 
commun des théologiens, elle ne s'imposerait pas à 
l'adhésion comme de foi divine. Mais rattachée à la 
révélation, enseignée par l'Église, dans son magistère 
ordinaire, elle est certaine théologiquement, et sa 
négation pourrait être dite erronée, ou au moins 
téméraire ; elle ne serait pas hérétique, puisqu'elle 
n'a pas été jusqu'ici condamnée expressément comme 
telle par l'Église. J. Brucker, Authenticité des livres 
de Moïse, dans les Études, mars 1888, p. 327. Cf. ibid., 
janvier 1897, p. 122-123; E. Mangenot, L'authenticité 
mosaïque du Pentateuque, p. 267-310. 

IV. Texte. — Le texte original de .Moïse ne nous est 
pas parvenu dans toute sa pureté première, il a subi des 
retouches de diverse nature. Voir plus haut, col. 63. 
La seule comparaison du texte massorétique avec le 
Pentateuque samaritain et la version des Septante suf- 
firait à le démontrer. On sait que ces trois recensions 
présentent entre elles des différences nombreuses. Les 
plus saillantes concernent les chiffres de l'âge des pa- 
triarches antédiluviens, Gen., v, 1-31, et postdiluviens, 1 



Gen., XI, 10-26; elles ont donné lieu à trois chronolo- 
gies différentes de l'histoire primitive, sans qu'il soit 
possible de déterminer laquelle des trois se rapproche 
le plus de l'original. Voir Chronologie, t. n, col. 721- 
724. Mais les nombres ne sont pas seuls divergents dans 
ces trois recensions. Le Pentateuque samaritain con- 
tient, en outre, des additions et des modifications, dont 
les trois plus célèbres substituent Garizim à Hébal. 
Exod., xx, 17; v, 21; xxvn, 4, 5. Voir t. m, col. 461 ; 
t. iv, col. 1270, 1274. Or, on ne peut décider si ce sont 
des interpolations faites par les Samaritains dans l'in- 
tention d'autoriser le culte célébré à leur temple de 
Garizim, ou si les Juifs auraient changé Garizim en 
Hébal, Deut., xi, 29, dans un but polémique. B. Kenni- 
cott, The State of the printed hebrew Text of the 
Old Testament considered, 1753-1759, t. i, p. 21-117, a 
donné la préférence au texte samaritain; mais Gesenius, 
De Pentateuchi samaritani origine, indole, auctori- 
tate, Halle, 1815, le croyait plus altéré que le texte hé- 
breu et rejetait en bloc toutes ses leçons propres. 
Cependant le Pentateuque samaritain a probablement 
quelques bonnes leçons. 11 a, du reste, des rapports 
étroits avec le texte grec des Septante et tous deux 
représentent certainement un texte hébreu ancien et 
différent du texte massorétique; ce qui s'expliquerait 
si le texte samaritain ne remontait guère plus haut 
que l'époque d'Alexandre le Grand, quand les Samari- 
tains, ayant rompu définitivement avec les Juifs, orga- 
nisèrent leur culte sur le mont Garizim. Voir Garizim, 
t. m, col. 111-112. Cf. L. Gautier, Introduction, t. n, 
p. 556-557. De son côté, la version des Septante, com- 
parativement au texte massorétique, présente des addi- 
tions, des omissions, des transpositions, des lectures 
différentes, qui ne sont pas toutes le fait des traducteurs, 
mais qui proviennent souvent de l'état antérieur du 
texte hébreu. Voir Swete, An Introduction to the OUI 
Testament in Greek, Cambridge, 1900, p. 234-236, 243, 
442, 446. Enfin, le texte massorétique, quoique tradi- 
tionnel dans sa vocalisation, ne représente pas absolu- 
ment l'original; il a reproduit, du reste, dans les hèri 
un certain nombre de variantes antérieures, voir t. rv, 
col. 856, 858, et il conserve dans sa teneur actuelle des 
indices d'altération, par exemple, Deut., x,6, voir Mo- 
Séb A, ibid. , col. 1318; Exod., xi, 3, et des transpositions, 
comme Exod., xxx, 1-10, qui devrait être plutôt après 
Exod., xxvi, 35. De cet état des trois recensions, il faut 
conclure que le texte du Pentateuque a subi, au cours 
séculaire de sa transmission, des retouches et des altéra- 
tions. Or, celles-ci ne semblent pas être exclusivement 
l'œuvre des copistes, mais parfois de reviseurs. Nous 
n'avons donc plus le texte du Pentateuque dans sa pureté 
complète; il nous est parvenu remanié, retouché dans 
des détails qui, sans atteindre à la substance du fond, 
permettent aux critiques modernes de reconnaître dans 
le texte actuel des gloses et des modifications. P. Mar- 
tin, Introduction à la critique générale de VA. T., 
Paris, 1886-1887 (lithog.), t. î, p. 17-129; J. Brucker, 
Authenticité des livres de Moïse, dans les Études, 
1888, t. xlix, p. 332-338. 

V. Style. — Le style du Pentateuque, nous l'avons 
déjà remarqué, n'est pas uniforme, et il n'y a en cela 
rien de surprenant si, comme il est légitime de le sup- 
poser, Moïse a reproduit des documents antérieurs et 
a pu confier à des secrétaires la rédaction d'une partie 
de son œuvre. 

On peut distinguer dans ce livre, sous le rapport du 
style, trois sortes de passages. Il y a d'abord des 
tableaux statistiques et des recueils de lois, qui n'exigent 
que de l'exactitude et de la précision. On ne reprochera 
pas à l'écrivain la sécheresse des généalogies, de la 
table ethnographique, de la liste des stations du désert, 
et autres morceaux analogues. Pareillement, les lois 
étaient formulées en termes juridiques, clairs, précis, 



411 



PENTATEUQUE 



112 



•et codifiées dans des cadres ressemblants, sinon iden- 
tiques. Le législateur n'a d'autre souci que la précision 
•et la clarté. 

Le narrateur est ordinairement simple et naturel, 
mais il a aussi les qualités du conteur oriental. Les 
récits sont vivants et saisissants. Il excelle à peindre 
ie caractère des personnages; il exprime leurs senti- 
ments intimes, multiplie les dialogues. Il aime la 
mise en scène, et il décrit les événements en quelques 
traits bien frappés. Son histoire est le plus souvent 
«necdotique. Elle renferme de fort belles pages. Sans 
parler du récit delà création, qui a une forme spéciale, 
on a admiré de tout temps l'achat du champ d'Hémor 
par Abraham comme une scène pittoresque des mœurs 
patriarcales, l'histoire si émouvante de Joseph et en 
particulier sa reconnaissance par ses frères, la narra- 
tion dramatisée des plaies d'Egypte et de la délivrance 
des Israélites. 

Le Deutéronome appartient à un genre littéraire 
spécial. C'est un corps de lois, exposé et expliqué 
dans ilne série de discours. Si la législation a sa forme 
particulière, les exhortations dans lesquelles elle est 
encadrée ont leur style propre. L'orateur ne se borne 
pas à rapporter les prescriptions législatives; il veut 
surtout porter ses auditeurs à les pratiquer. Il les 
justifie donc et y joint souvent les motifs de les obser- 
ver. C'est un prédicateur et un hoxnéliste. Il expose 
longuement son sujet, en phrases pleines et riches, 
«n périodes bien remplies. Il aime à revenir sur les 
recommandations qu'il répète, et les mêmes manières 
de dire se pressent constamment sur ses lèvres. Les 
formules spéciales, très caractéristiques, qui font partie 
de ce que les critiques nomment le style deutérono- 
miste, reparaissent continuellement, et constituent des 
sortes de refrains. Ses longues périodes ne s'achèvent 
pas toujours, et on a signalé des anacoluthes, vi, 10-12; 
vin, 11-17; IX, 9-11; xi, 2-7; xxiv, 1-4. Moïse ici a le 
ton du prédicateur. Ses qualités dominantes sont l'onc- 
tion et la persuasion. Quoiqu'il né manque pas d'éner- 
gie, il n'a pas là véhémence des prophètes. Il s'exprime 
avec clarté pour être compris du peuple auquel il 
s'adresse. Il s'insinue doucement dans l'esprit de ses 
auditeurs, et il ne se lasse pas d'insister sur l'observa- 
tion fidèle de la loi divine. L'abondance de son 
exhortation tourne parfois en longueurs. Il remonte 
«n arrière et répète ce qu'il vient de dire. 

VI. Prophéties messianiques. — Le Pentateuque 
contient les plus anciennes prophéties messianiques. 
— 1° Le protévangile. — La première a été promulguée 
au paradis terrestre par Dieu lui-même à Adam et à 
Eve après leur péché. Elle est renfermée dans la mys- 
térieuse sentence, prononcée contre le serpent séduc- 
eur : « J'établirai une inimitié entre toi et la femme, 
entre ta descendance et sa descendance; celle-ci te bri- 
sera la tête et tu lui briseras le talon. » Gen., m, 15. 
Ces paroles ne s'adressent pas au serpent et elles ne 
signifient pas l'aversion naturelle, instinctive, des 
hommes pour les serpents. Le serpent avait servi 
d'instrument à un être intelligent et méchant, à un 
esprit mauvais qui l'avait fait parler avec perfidie et 
perversité. Les Juifs ont reconnu en lui le démon ten- 
tateur de la femme. Sap., n, 24; Apoc, xii, 9; xx, 2; 
Heb., n, 14. Voir t. h, col. 1368, 2119. Aussi la sen- 
tence divine s'étend-elle plus loin que le serpent visible 
et atteint-elle directement l'esprit tentateur. Un jour, 
Dieu établira entre lui et la femme une inimitié mo- 
rale, telle qu'elle peut exister entre deux êtres raison- 
nables ennemis l'un de l'autre, Num., xxxv, 21, 22, 
«ntre Dieu et l'homme. Ezech., xxv, 15; xxxv, 5. Cette 
inimitié, qui diffère de l'horreur naturelle que les 
hommes éprouvent pour les serpents, régnera entre le 
démon et la femme, non pas le sexe féminin en géné- 
ral, quoique l'expression hébraïque, rrwNn, avec l'ar- 



ticle, puisse avoir ce sens, mais une femme déterminée, 
et d'après tout le récit biblique, dans lequel le mot 
femme précédé de l'article désigne constamment Eve, 
la femme séduite par le serpent, plutôt qu'une femme 
future, présente seulement à la pensée divine, une 
femme unique en son genre et très excellente, la mère 
du Messie. La même inimitié, Dieu l'établira aussi 
entre la descendance du serpent et la descendance de 
la femme. Puisqu'il s'agit d'une inimitié morale, on 
doit exclure la postérité du serpent. Appliquée au 
démon, l'expression « descendance » est nécessaire- 
ment métaphorique. Elle désigne ou les esprits mau- 
vais, dont Satan est le chef, ou les hommes pervers, 
qui se sont mis sous l'empire du démon. Matth., xxm, 
33; Joa., vin, 44. Si telle est la descendance du ser- 
pent séducteur, la rigueur du parallélisme semble 
exiger que la « descendance » de la femme ait aussi un 
sens collectif et désigne la postérité de la femme, qui 
sera en haine et en lutte avec la lignée du serpent, le 
genre humain, qui sera un jour victorieux du démon. 
Mais plusieurs exégètes, s'appuyant sur l'autorité des 
Pères qui ont reconnu dans la femme, figurée par Eve, 
la mère du Messie, S. Justin, Dial. cum Tryph., 100, 
t. vr, coi. 709-712; S. Irènée, Cont. hier., JU, xxjjj, 
7; V, xix, 1; c. xxi, 1, t. vu, col. 964, 1175-1176, 
1179; S. Cyprien, Testim. adv. Judssos, II, ix, t. iv, 
col. 704; S. Épiphane, Hser., lxxvh, 18, 19, t. xlii, 
col. 729; S. Léon le Grand, Serm., xxn, t. liv, 
col. 729; pseudo-Jérôme, Episl. VI, ad amicum ssgro- 
tum de viro perfecto, t. xxx, col. 82-83; S. Isidore 
de Péluse, Epist., 1. I, epist. ccccxxvi, t. 'lxxviii, 
col. 417; S. Fulbert de Chartres, Serm. IV, de nat. 
S. V., t. cxli, col. 320-321; S. Bernard, Boni,, n, 
super Missus est, 4, t. clxxxiii, col. 63, l'entendent 
d'un « rejeton » unique, le Messie. Ils observent que, 
lorsque y-iî présente un sens collectif, le pronom qui 

s'y rapporte se met régulièrement au pluriel. Gen., xv, 
13; xvn, 8, 9, etc. On ne signale que trois exceptions 
à cette règle. Gen., xvi, 10; xvn, 17; xxiv, 60. Or ici le 
pronom est au singulier. Le nom signifie donc un re- 
jeton en particulier, sens qu'il a Gen., IV, 25; II Heg., 
vu, 12, 13; I Par., xvn, 11, 12-. 

Le résultat final de cette inimitié sera une lutte, 
diversement décrite dans la Vulgate et le texte hébreu. 
Tandis que la Vulgate, après les Septante, attribue la 
victoire sur le démon à la femme : Ipsa conteret caput 
luum, le texte original la rapporte à sa descendance 
(postérité ou rejeton). La leçon latine est fautive et on 
l'explique souvent par une erreur de copie. Tous les 
manuscrits hébreux sauf trois, les anciennes versions, 
tous les Pères grecs et la plupart des latins ont le mas- 
culin ipse. Le premier verbe hébreu est d'ailleurs à la 
troisième personne du masculin, et le pronom suffixe du 
second verbe est aussi masculin. Le pronom j*',n se rap- 
porte donc à 711 et non à ntfa. En outre, dans le texte 

hébreu, la lutte est exprimée par le même verbe, ré- 
pété dans les deux membres de phrase. La signi- 
fication de ce verbe *\ni a été discutée. Il ne se rencontre 
qu'ici et Job, ix, 7; Ps. cxxxix, 11. On le traduit ou 
bien « briser, écraser », ou bien « dresser des embûches, 
observer, épier, chercher à atteindre ». Les Septante, 
les Pères grecs qui ont cité leur version et Onkelos ont 
adopté la seconde interprétation, généralement acceptée 
par les critiques modernes. Quoique saint Jérôme, Li- 
ber qusest. hebr. in Genesim, t. xxn, col. 943, préférât 
la signification : eonterere, il a traduit le second verbe 
par insidiaberis. Suivant cette interprétation, les com- 
battants s'observent, s'épient et s'apprêtent à s'attaquer 
conformément à leur nature. La race de la femme cherche 
à écraser la tête du serpent, car c'est lui, et non sa des- 
cendance, qui est attaqué, et le serpent, qui rampe sur 
la terre, visele talon de l'homme etchercheàle mordre. 



113 



PENTATEUQÙE 



114 



Suivant la première interprétation, la descendance de la 
femme brisera donc la tète du serpent et celui-ci lui 
mordra le talon. L'expression est évidemment métapho- 
rique. Bans l'Écriture, iriser la tête de quelqu'un 
signifie briser ses forces, sa puissance, le rendre inca- 
pable de nuire, le vaincre. Amos, h, 7; Ps. lxvii, 22; 
Cix, 6. La postérité de la femme brisera donc la puis- 
sance de Satan et détruira son empire tyrannique. La 
métaphore est continuée dans la suite du verset. Le 
serpent, écrasé par le pied de son adversaire, se re- 
tournera contre lui et l'attaquera au seul endroit 
qu'il puisse atteindre encore, au talon qu'il cherchera 
à atteindre par ses morsures venimeuses. Dans les suites 
•de la lutte, il y a toute la différence d'un talon blessé et 
d'une tète broyée. Les commentateurs catholiques, qui 
reconnaissent dans la descendance de la femme un re- 
jeton spécial, qui est le Messie, voient dans l'écrasement 
■de la tête du serpent la victoire définitive remportée par 
le Fils divin de la Vierge Marie, qui, par sa mort sur la 
«roix, a véritablement brisé la tête du serpent infernal, 
Joa., xh, 31; Col., n, 15; I Joa., m, 8, et dans la mor- 
sure du serpent au talon du Christ, la mort sur la croix, 
œuvre des suppôts de Satan, mais cette morsure, 
quoique mortelle, est suivie de la résurrection du vain- 
queur du démon. Calmet, Commentaire littéral sur la Ge- 
nèse, 2«édit., Paris, 1724, t. ] a, p. 39-40; Patrizi, Bibli- 
■carum qusestionum decas, Rome, 1877, p. 47-53; Id., De 
Nin, hoc est de immaeulata Maria Virgine a Deo prse- 
dicta, Rome, 1853; C. Passaglia, De immaculato Dei- 
parse conceptu, Rome, 1853, t. H, p. 812-954; Ms r Gilly, 
Précis d'introduction, Nimes, 1867, t. H, p. 345-356; 
Ma r Lamy, Comment, in Genesim, Malines, 1883, t. i, 
p. 235-236; F. Vigouroux, Manuel biblique, 12 e édit, 
Paris, 1906, t. i, p. 567-571; Fillion, La sainte Bible, 
Paris, 1888, t. i, p. 32; E. Mangenot, Les prophéties 
messianiques. Le prolévangile, dans Le prêtre, Arras, 
1894-1895, t. vi, p. 802-808. Pour eux, le protévangile 
est messianique au sens littéral. Pour d'autres, il ne 
l'est qu'au sens spirituel; la prophétie vise directe- 
ment Eve et sa descendance, qui sont des figures du 
Messie et de sa mère, vainqueurs du démon. Les targums 
d'Onkelos et de Jérusalem avaient compris le sens mes- 
sianique général de cette prophétie. Clément d'Alexan- 
drie, Cohort. ad génies, i, t. vm,. col. 64, y avait vu 
seulement l'annonce prophétique du salut. Saint Chry- 
sostome, Hom., xvn, in Gen., n. 7, t. lui, col. 143; 
saint Augustin, De Genesi contra manichseos, 1. II,. 
c. xvin, t. xxxiv, col. 210; saint Jérôme, Liber quœst. 
hebr. in Gen., t. xxm, col. 943; saint Éphrem, Opéra 
syriaca, Rome, 1732, t. i, p. 135; saint Grégoire le 
Grand, Moral, in Job, 1. I, c' xxxvi, n. 53, t. lxxv, 
col. 552, l'ont entendue de la lutte des hommes avec le 
serpent infernal et de leur triomphe par leurs bonnes 
<euvres sur les perverses suggestions de Satan. Cor- 
neille de la Pierre, Comment, in Gen., Lyon, 1732, 
p. 66-67; Hengstenberg, Christologie des A. T., Berlin, 
•1829, t. 1, p. 26-46; Reinke, Beitrâge sur Erklàrung 
des A. T., Giessen, 1857, t. n, p. 272 sq.; Corluy, 
Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, t. i, 
p. 347-372; card. Meignan, De l'Éden à i\foïse,.Paris, 
1895, p. 165-192; Crelier, La Genèse, Paris, 1889, 
p. 54-56; F. de Hummelauer, Comment, in Genesim, 
Paris,. 1895, p. 159-167, ont vu dans Eve et sa postérité 
les figures du Messie et de sa mère. Que la signification 
messianique du protévangile soit littérale ou spirituelle 
seulement, le trait initial qui commence à donner la 
physionomie du Messie, c'est qu'il sera un fils d'Eve, un 
descendant de la femme coupable, un membre de cette 
humanité qu'il arrachera à l'empire du démon. 

2» La bénédiction de Sem. Gen., ix, 26, 27. — Après 
avoir maudit Cham, son fils irrespectueux, dans la 
personne de Chanaan, voir t. n,col. 513-514, 532, Noé 
bénit Sem et Japheth, ses fils respectueux. La béné- 



I diction de Sem est exprimée sous forme optative : 
« Béni soit Jéhovah, l'Élohim de Sem! Que Chanaan 
soit son esclave ! » jéhovah, le Dieu de la révélation, 
de la grâce et du salut, est appelé l'Élohim de Sem. 
C'est la première fois que, dans l'Écriture, Jého- 
vah est dit l'Élohim d'un homme. Plus tard, il se 
nommera lui-même l'Élohim d'Abraham, d'Isaac et de 
Jacob. Gen., xxvm, 13; Exod., m, 6. Cette dénomination 
exprime les rapports tout particuliers de Dieu avec ces 
patriarches : il est le Dieu de leur famille; il a con- 
tracté alliance perpétuelle avec eux et il leur réserve à 
eux et à leur postérité des bénédictions spéciales. Or, 
ces bénédictions ne sont qu'une conséquence de celle 
de Sem. Le fait que Jéhovah est dit l'Élohim de Sem, 
signifie donc que ce fils de Noé aura comme apanage 
d'avoir avec Dieu des relations spéciales et de conserver 
la vraie religion. De sa race viendra le salut et le ré- 
dempteur promis à l'humanité pécheresse. 

3° Promesses faites aux patriarches Abraham, Isaac 
et Jacob. — Deux promesses faites par Dieu à Abraham 
et renouvelées par lui à Isaac et à Jacob, avaient une 
portée messianique. — 1. Promesse d'une nombreuse 
postérité. — Après avoir ordonné à Abraham d'émigrer 
au pays de Chanaan, Dieu promit au patriarche de faire 
sortir de lui un grand peuple. Gen., xn, 2. Les réitéra- 
tions de cette promesse divine en ont précisé le sens, 
puisque la postérité d'Abraham devait être aussi nom- 
breuse que la poussière de la terre, Gen., xnr, 16, et 
les étoiles du ciel. Gen., xv, 5. Aussi le nom d'Abram 
est-il changé par Dieu en celui d'Abraham, « père de 
la multitude. » Dieu rendra le patriarche chef de nations 
et fera sortir des rois de lui. Gen., xvn, 4-6. Cette nom- 
breuse postérité lui viendra non d'Ismaël, mais d'Isaac, 
fils de Sara. Gen., xvn, 16; xvm, 10-15; xxn, 17. Cf. Heb., 
xi, 12. Cette promesse est réitérée presque dans les 
mêmes termes à Isaac, Gen., xxvi, 4, et à Jacob, Gen., 
xxvm, 14, et elle a été réalisée par la nombreuse lignée 
d'Isaac. Mais plusieurs Pères ont pensé que la promesse 
divine n'avait pas son accomplissement parfait, si l'on ne 
considérait pas dans la postérité d'Abraham, son rejeton 
le plus illustre, Jésus-Christ, Matth., i, 1, et les fils qu'il 
lui a engendrés par la foi. Rom., IV, 16, 17. Cf. S. Iré- 
née, Cont. hier., IV, vu, 1, 2, t. vu, col. 991-992; 
S. Ambroise, De Abraham, I, ni, 20-21, t. xiv, 
col. 428; S. Cyrille d'Alexandrie, Glaph. in Gen., 
III, 2, t. lxix, col. 113; Raban Maur, Comment, in 
Gen., n, 12, 17, t. cvn, col. 533, 541 ; Rupert, De Tri- 
nitate et operibus ejus, xv, 10, 18, t. cxlvii, col. 375, 
383. — 2. Promesse d'être une source de bénédictions. 
— Elle est exprimée dans le texte hébreu en ces 
termes : « Sois bénédiction. » Gen., xn, 2. L'impératif - 
a le sens du futur. Elle est expliquée par le verset sui- 
vant : « Je bénirai ceux qui te béniront ; je maudirai 
ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre 
seront bénies en toi. » Elle s'est réalisée du vivant même 
d'Abraham : Lot, Gen., xiv, 16, Ismaël, Gen., xvn, 20, 
sont bénis à cause de lui; Pharaon, Gen., xn, 17, et 
Abimélech, Gen., xx, 7, 17, ont été châtiés par Dieu à 
son occasion. Elle devait enfin être universelle. On a 
voulu, il est vrai, la restreindre aux tribus chananéennes 
et aux populations voisines, qui étaient en relations 
avec le patriarche. Mais rien ne justifie la restriction, et 
la réitération de cette promesse n'a fait qu'accentuer sa 
portée universelle. D'autre part, elle ne se réduisait pas 
à des bénédictions temporelles. Le verbe bâraq est em- 
ployé ici à la forme niphal ou passive. Plusieurs 
commentateurs, après saint Chrysostome, In Gen., 
hom. xxxi, n. 4, t. lui, col. 288, l'entendent comme 
s'il était à la forme hithpahel ou réfléchie, employée 
Gen., xxn, 18; xxvi, 4 : « Toutes les tribus de la terre 
désireront pour elles ton sort henreux. » Les Septante, 
les targums, la version syriaque, la Vulgate, les Pères 
grecs et latins maintiennent le sens passif, cité par 



115 



PENTATEUQUE 



116 



saint Pierre, Act., m, 25, et par saint Paul. Gai., ni, 8. 
La préposition 2, unie à la forme passive, désigne l'au- 
teur ou l'instrument et signifie ici en toi ou par toi, de 
sorte que la bénédiction divine, qui se répandra sur 
les familles de la terre sera en la personne d'Abraham 
ou viendra par son intermédiaire. Saint Paul a expli- 
qué le sens de cette promesse. Gai., m, 7-9. Abraham 
ayant été justifié par la foi, Gen., xv, 6; Rom., iv, 3; 
Jac, H, 23, tous les croyants sont ses fils. Rom., îv, 11, 
12. Or l'auteur de l'Écriture, décidant de justifier les 
gentils par la foi, a annoncé d'avance à Abraham que 
toutes les nations seront bénies en lui, si elles ont la 
foi et bien qu'elles ne pratiquent pas la loi mosaïque. 
Il en résulte donc que tous les gentils, qui sont fils 
d'Abraham parce qu'ils partagent sa foi, auront part à 
sa bénédiction. Cf. J. Boehmer, Dos bibliscke « Im 
Namen », Giessen, 1898, p. 50. Le P. Cornely, Com- 
ment, in Epist. ad Cor. altérant et ad Gai., Paris, 
1892, p. 480, l'étend à tout le salut messianique. Or, 
cette bénédiction les gentils la recevront par Abraham 
et le Christ son rejeton. 

4° La bénédiction de Jacob mourant à Juda. Gen., 
xlix, 8-10. — Elle est certainement dans la bouche de 
Jacob une prophétie en même temps qu'un testament. 
Juda obtient la prééminence, refusée à Ruben, à Si- 
méon et à Lévi, ses frères aînés, à cause de leurs 
fautes. Voir t. m, col. 1073; t. iv, col. 201. Le premier 
en Israël, il aura gloire, force et souveraineté. Il don- 
nera des rois à son peuple à partir de David. « Le 
sceptre ne sortira pas de Juda, ni le bâton de com- 
mandement d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne 
« celui auquel il appartient », à qui est (due) l'obéissance 
des peuples! » f. 10. La première partie du verset est 
claire. Il s'agit du bâton de commandement et du bâton 
de justice, qui sont les symboles de l'autorité civile et 
judiciaire de la tribu de Juda. Les Égyptiens et les Assy- 
riens avaient de ces longs bâtons entre les pieds. "Voir 
t. i, col. 1510-1512. Seule, la seconde partie du verset 
est obscure, au moins dans le texte massorétique. La 
leçon rïW, Silo, n'a aucune signification pour la 
tribu de Juda, qui ne s'est jamais établie en ce lieu. 
Voir Silo. Ce n'est que par pure conjecture qu'on a 
substitué à ce nom celui de Salem, qu'aucun texte n'a 
conservé. .D'ailleurs, la liaison locale avec le premier 
membre de la phrase n'a pas de sens; on ne compren- 
drait guère que le sceptre que Juda tient entre ses 
pieds n'en sorte pas jusqu'à ce qu'il soit arrivé en un 
lieu, puisqu'il est au repos et pas en marche. Cette 
leçon, entendue dans le sens de « paix », ne se justifie 
guère au point de vue philologique et elle ne s'harmo- 
nise pas avec le contexte, car Juda, déjà au repos après 
le pillage, ji. 9, ne peut pas perdre le sceptre, en s'éta- 
blissant pacifiquement sur son territoire. Il ne reste- 
rait, si l'on maintient la leçon rft'tf, qu'à en faire un 
nom symbolique du Messie, signifiant « le pacifique ». 
Mais la leçon rVîtf, appuyée par tous les anciens, sauf 
par saint Jérôme, paraît préférable. On la traduit, en 
sous-entendant NW : « celui à qui le sceptre appartient. » 
Ézéchiel, xxi, 32 (Vulgate, 27), a une formule analogue, 
quofque plus explicite. Le sens est ainsi très clair : 
Juda conserve le sceptre jusqu'à ce que vienne celui à 
qui il est destiné et à qui les peuples rendront obéis- 
sance. Celui-là est vraisemblablement un rejeton de 
Juda, qui prendra le sceptre, conservé longtemps dans 
sa tribu, et qui régnera sur les peuples. Cette pro- 
phétie a été réalisée par l'empire universel de Jésus- 
Christ; le Messie, sorti de Juda, a vraiment conquis 
l'obéissance de tous les peuples. Voir t. m, col. 1770- 
1771. Cf. Reinke, Die Weissagung Jacobs, Munster, 
1849; F. "Vigouroux, Manuel biblique, 12 e édit., Paris, 
1906, 1. 1, p. 733-739; Patrizi, Biblicarum qusestionum 
decas, p. 69-118; A. Lëmann, Le sceptre de la tribu de 



Juda, Lyon, 1880; Corluy, Spicilegium dogmatico- 
biblicum, t. i, p. 456-474; Lamy, dans le Dictionnaire 
apologétique de la foi catholique de Jaugey, col. 1624- 
1649; card. Meignan, De l'Éden à Moïse, p. 435-464; 
Lagrange, La prophétie de Jacob, dans la Revue bi- 
blique, 1898, t. vu, p. 530-531, 540; F. de Hummelauer, 
Comment, in Gen., p. 592-597. 

5» La prophétie de Balaani. —r Voir t. i, col. 1392- 
1397. Cf. Patrizi, Biblicarum qusestionum decas, p. 118- 
160; F. Vigouroux, Manuel biblique, t. i, p. 775-779; 
card. Meignan, De Moïse à David, Paris, 1896, p. 194- 
282. 

6° Le prophète annoncé par Moïse. Deul., xvm, 15- 
19. — Moïse, parvenu au terme de sa vie, rappelle aux 
Israélites la promesse que Dieu lui avait faite de sus- 
citer du milieu d'eux un prophète semblable à lui. Ce 
prophète ne peut être Job, comme l'ont prétendu 
quelques rabbins, ni Josué quiétaitpeut-êtredéjà institué 
comme successeur de Moïse, Num., xxvii, 18-23, pour 
conduire Israël, mais pas pour continuer sa mission 
prophétique. Les commentateurs catholiques se sont 
partagés en deux camps dans l'interprétation de cet 
oracle messianique. Le plus grand nombre s'appuyant 
sur la tradition juive qui, au temps de Jésus, recon- 
naissait dans ce prophète le Messie lui-même, Joa., i, 
21; vi, 14; vu, 40, devant annoncer aux hommes toutes 
choses, Joa., iv, 25; cf. Deut., xvm, 18, prédit par 
Moïse, Joa., i, 45, v, 45, 46; sur l'interprétation de 
saint Pierre, Act., m, 22, 23, de saint Etienne, Act., vu, 
37, et de la plupart des Pères, l'ont entendu du Messie 
seul et de sa mission prophétique. Patrizi, Biblicarum 
qusestionum decas, p. 161-175; F. Vigouroux, Manuel 
biblique, t. i, p. 779; Corluy, Spicilegium dogmatico- 
biblicum, t. i, p. 447-455. Mais, à partir de Nicolas de 
Lyre, un autre courant s'est produit, qui voit dans cet 
oracle l'annonce prophétique de toute la série des pro- 
phètes d'Israël, y compris le Messie, le dernier des 
prophètes et l'objet principal des oracles messianiques 
de ses devanciers. Moïse, en effet, quand.il prononça 
cet oracle, voulait montrer aux Juifs qu'ils ne devaient 
pas consulter les devins, puisque Dieu leur avait promis 
une suite continue de véritables prophètes, qui leur 
feront connaître les volontés divines et leur annonce- 
ront toutes choses. Si les contemporains de Jésus et 
ses Apôtres appliquent cet oracle au Messie seul, c'est 
que la série des prophètes antérieurs, qui l'avaient 
préparé, était close ; c'est que le Messie était vraiment 
le dernier des prophètes, dont on attendait alors la 
venue prochaine. Act., m, 22-26. Corneille de la Pierre, 
Comment, in Deul., Lyon, 1732, p. 764; Calmet, Com- 
mentaire littéral, t. i b, p. 497-498; card. Meignan, 
De Moïse à David, p. 292-313; F. de Hummelauer, 
Comment, in Deut., Paris, 1901, p. 371-377. Dans les 
deux interprétations, le sens est identique : le Messie 
sera un prophète israélite, pareil à Moïse, qui annon- 
cera aux hommes toutes les volontés divines. 

VII. Commentaires. — Ils sont très nombreux; nous 
n'indiquerons que les principaux. — 1» De l'époque 
patrislique. — 1. Pères grecs et syriens. — S. Hippo- 
lyte, Fragmenta in Hexaemeron (Gen., Num.), t. x, 
col. 583-606 ; dans Die Griechischen christlichenSchrif- 
testeller, Leipzig, 1897, t. i, p. 51-119 (chaîne arabe); 
Bonwetsch, Die georgisch erhaltene Schriften von 
Hippolytus : Der Segen Jakobs, der Segen Moses, etc., 
dans Texte und Untersuch., Leipzig, 1904, t. XI, 
fasc. 1, p. 1-78 ; Origène, Selecla in Genesim, t. xii, 
col. 91-145; Homilim in Genesim, ibid., col. 145-262; 
Selecta et Homiliae in Exod., Lev., Num. et Deut., 
ibid., col. 263-818; Fragmenta, t. xvn, col. 11-36; 
S. Basile, Homilisein Hexaemeron, t. xxix, col. 3-208; 
S. Grégoire de Nysse, In Hexaemeron, t. xliv, col. 61- 
124; De hominis opificio, ibid., col. 124-297; De vita 
Moysis, ibid., col. 297-430; S.Jean Chrysostome, Bomi- 



417 



PENTATEUQUE 



448 



lise Lxvirm Genesini, t. lui, liv, col. 23-580; Sermones 
IX in Genesini, t. liv, col. 581-630; Sévérien de Gabales, 
Orationes in mundi creationem, t. lvi, col. 429-500; 
Homilia de serpente, ibid., col. 499-516 ; S. Éphrem, 
Comment, in Pentateuchum, dans Opéra syriaca, t. I, 
p. 1-115; le commentaire qui suit, p. 116-295, a été revu 
par Jacques d'Édesse ; S. Cyrille d'Alexandrie, De ado- 
ratione in spiritu, t. lxvih, col. 133-1125; Glaphyra, 
t. lxix, col. 13-677; Théodoret, Queestiones in Gen., 
Exod., Lev., Num., Deut., t. lxxx, col. 76-456; Diodore 
de Tarse, Fragmenta in Gen., Exod., t. lxvl, col. 633- 
648; Procope de Gaza, Comment, in Octateuchum, 
t. lxxxvii, col. 21-992; Photius, Amphilochia, t. ci, 
col. 48 sq.; Nicéphore, Catena in Octateuchum et li- 
bros Begum, Leipzig, 1772. Sur les chaînes grecques 
du Pentateuque, voir Faulhaber, Die Katènenhand- 
schriften der spanischen Bibliotheken, dans Biblische 
Zeitschrift, 1903, t. i, p. 151-159, 246-247. 

2. Pères latins. — S. Ambroise, In Hexaemeron, 
t. XIV, col. 123-274; De paradiso terreslri, ibid., 
col. 275-314; De Caïn et Abel, ibid., col. 315-360; De 
Noe et arca, ibid., col. 361-416; De Abraham, ibid., 
col. 419-500; De lsaac et anima, ibid., col. 501-534; 
De Joseph patriarcha, ibid., col. 641-672; De benedi- 
ctionibus patriarcharum, ibid., col. 673-694 ; S. Jérôme, 
Liber hebraicarum quiestionum in Genesim, t. xxm, 
col. 935-1010; S. Augustin, De Genesi contra Mani- 
cheos libri duo, t. xxxiv, col. 173-220; De Genesi ad 
litteram imperfectus liber, ibid., col. 219-246; 1. XII, 
ibid., col. 245-486; Quses tiones in Heptateuchum (pour 
le Pentateuque), ibid., col. 547-776; Paulin, De bene- 
dictionibus patriarcharum libellus, t. XX, col. 715-732; 
Ru/ïn, De benedictionibus partriarcharum libri duo, 
t. xxi, col. 295-336; pseudo-Jérôme, De benedictionibus 
Jacob patriarches, t. xxm, col. 1307-1318; S. Isidore de 
Séville, Qusestiones in V. T. Pentateuch., t. lxxmi, 
col. 207-370 ; S. Patère, Expositio V. et N. T., t. mxxix., 
col. 685-784 (pour le Pentateuque); S. Bède, Hexaeme- 
ron, t. xci, col. 9-190; In Pentateuchum commentarii, 
ibid., col. 189-394; De tabernaculo et vasibus ejus et 
uestibus sacris, ibid., col. S9S-498', pseudo-Bède, De sex 
dierum creatione, t. xcin, col. 207-234; Qusestiones su- 
per Pentateuchum, ibid., col. 233-416; Alcuin, Inter- 
rogations et responsiones in Genesim, t. c, col. 515- 
566; Baban Maur, Comment, in Gen., X. 'cvu, col. 443- 
670; Comment. inExod., Lev., Num. et Deut., t. cvm, 
col. 9-998; Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, t. cxm, 
col. 67-506 (pour le Pentateuque); Angelome, Comment, 
in Gen., t. cxv, col. 107-244. 

2° Du moyen âge. — S. Bruno d'Asti, Expositio in 
Pentateuchum, t. clxiv, col. 147-550; Rupert de Deutz, 
De SS. Trinitate et operibus ejus, t. clxvii, col. 197- 
1000 (pour le Pentateuque); Hugues de Saint-Victor, 
Adnotationes elucidatoriœ in Pentateuchum , t. clxxv, 
col. 29-86; Honorius d'Autun, Hexaemeron, t. clxxii, 
col. 253-266; De decem plagis JEgypti, ibid., col. 265- 
270; Abélard, Expositio in Hexaemeron, t. clxxviii, 
col. 731-784; Ernaud, Tractatus in Hexaemeron, 
t. clxxxix, col. 1515-1570; Hugues de Rouen, Frag- 
menta in Hexaemeron, X. cxcii, col. 1247-1256; Tho- 
mas, Postilla seu expositio aurea in librum Geneseos, 
Opéra, Paris, 1876; t. xxxi, p. 1-194; Hugues de 
Saint-Cher, Postilla, Venise, 1588, 1. 1; Nicolas de Lyre, 
Postilla, Rome, 1471, t. i ; Tostat, Opéra, Venise, 1728, 
t. i-iv; Denys le chartreux, Comment, in Pentateuchum, 
Opéra omnia, Montreuil, 1896, 1897, t. i, il 

3° Des temps modernes. — 1. Protestants. — Sans 
parler des commentaires de Luther et de Mélanchthon 
sur la Genèse, de Calvin sur le Pentateuque, etc., 
notons ceux de J. Gerhart (-}-1637), In Gen., Deut.; 
d'Abraham Calov, In Gen., de Jean Drusius, Louis de 
Dieu, Louis Cappel, Coccéius et Grolius, au XVII e siècle; 
de Jean-Henri Michaelis, Jean Le Clerc (1710 et 1735), 



de Rosenmuller, Sckolia in V. T., dont les deux pre- 
miers volumes concernent le Pentateuque; 3 e édit., 
1821, 1824; Scholia in V. T. in compendium redacta, 
1828, t. i (Pentateuque). Au xix e siècle, le Pentateuque 
a été souvent commenté par les protestants, dont plu- 
sieurs ont entièrement versé dans le rationalisme. — En 
Allemagne, Tuch, Commenlar ûber die Genesis, Halle, 
1838; 2 e édit. par Arnold et Merx, 1871; Baumgarten, 
Theologischer Commentai- zum A, T., Kiel, 1843-1844, 
t. i; dans le Kurzgefasstes exegetisches Handbuch zum 
A. T., Leipzig, A. Knobel avait expliqué la Genèse, 
1852, l'Exode et le Lévitique, 1857, les Nombres, le 
- Deutéronome et Josué, 1861; à partir de la 3 e édition, 
la Genèse fut refondue par A. JDillmann (6 e édit., 1892); 
trad. anglaise, 2 vol., Edimbourg, 1897; une 2 e édition 
de l'Exode et du Lévitique fut faite par le même, 18S0, 
et une 3 e par Ryssel, 1897; une 2 e édition des Nombres, 
du Deutéronome et de Josué par Dillmann parut en 
1886. Le Theologisch-homiletisches Bibelwerk, édité à 
Bielefeld et Leipzig, contient un commentaire de la 
Genèse, par Lange, 2 e édit., 1877, de l'Exode, du Lévi- 
tique et des Nombres par le même, 1874, du Deutéro- 
nome, par Schrôder, 1866; 2 e édit. par Stosch, 1902. 
Le Biblischer Commenlar ûber das A. T., de ICeil et 
de Franz Delitzscb, contient la Genèse et l'Exode com- 
mentés par Keil, 3° édit,, Leipzig, 1878; du Lévitique, 
des Nombres et du Deutéronome, par le même, 2 e édit., 
1870; trad. anglaise, 3 in-8», Edimbourg, 1881, 1885; le 
Kurzgefasster Kommentar zu den heiligen Schriften 
A. und N. T., de Strack et de Zôckler, Munich, com- 
prend l'explication des quatre premiers livres du Pen- 
tateuque par Strack, 1894 (la Genèse a paru à part en 
2 e édition, en 1905), et celle du Deutéronome, de Josué 
et des Juges par Œttli, 1893. Le Handkommentar zum 
A. T. de Nowack, publié à Gœttingue, contient la Ge- 
nèse de Gunkel, 1901; 1" édit., W02; l'Exode, le Lé\'\- 
\ tique et Ves Nombres de Baeiitsth, "VàO'à, e*c le "DevAêro- 
nome de Steuernagel,1900. Le Kurzer Hand-Kommentar 
zum A. T., de Marti, édité à Fribourg-en-Brisgau, ren- 
ferme les commentaires de la Genèse, 1898, de l'Exode, 
19Q0, des Nombres, 1903, par Holzinger; du Lévitique, 
1901, et du Deutéronome, 1899, par Bertholet. Com- 
mentaires spéciaux de la Genèse, par Franz Delitzscb, 
Leipzig, 1852; 4e édit., 1872; 5 e édit. sous le titre • 
Nette»* Commenta?" ûber die Genesis, 1887 ; Gossvau, 
Commentar zur Genesis, Halberstadt, 1887; Schultz, 
Das Deuteronomium erklàrt, Berlin, 1859; J. Bohmer, 
Das ersteBuch Mose, Stuttgart, 1905. —En Angleterre, 
The Holy Bible according to the authorized Version, 
éditée par Cook à Londres, contient le Pentateuque en 
2 in-8°, Londres, 1877, t. i et n. The Pulpit Commen- 
tarij, édité par Spence et Exell à Londres, contient la 
Genèse, par Whitelaw; l'Exode, par Rawlinson; le Lé- 
vitique, parMeyrick; les Nombres par Winterbotham, 
et le Deutéronome par Alexander, 1897. The Exposi- 
tor's Bible, de Londres, renferme la Genèse de Dods, 
1887, l'Exode de Chadwick, 1890, le Lévitique de Kel- 
logg, 1891, Ves Nombres de Watson, 1889, et le Deuté- 
ronome de Harper, 1895. La Cambridge Bible for 
Schools and Collèges et The Century Bible n'ont pas 
encore de commentaires du Pentateuque. The interna- 
tional critical commentary on the Holy Scriptures of 
the Old and New Testaments, d'Edimbourg, comprend 
déjà les Nombres de Gray, 1903, et le Deutéronome de 
Driver, 1895. Commentaires particuliers : Wright, The 
book of Genesis in hebrew, Londres, 1859; 2 e édit. 
1896; G. V. Garland, Genesis with notes, Londres, 1878; 
Spurrell, Notes on the hebrew text of the book of Ge- 
nesis, Oxford, 1887; 2« édit., 1896; Driver, The book of 
Genesis, Londres, 1904; Leviticus, Leipzig, 1894; Gins- 
burg, The third book of Moses, called Leviticus, Lon- 
dres, 1884; Howard, The books of Numbers and Deu- 
teronomy according to the LXX with critical notes, 



119 



PENTATEUQUE — PENTECÔTE 



120 



Cambridge, 1857; Maclaren, The books of Exodus, Le- 
viticus and Numbers, Londres, 1906; Id., Books of 
Deuteronffmy , etc., Londres, 1906. — En France, Ed. 
Reuss, L'histoire sainte et la loi, 2 vol., Paris, 1879, 
dans La Bible, traduction nouvelle avec introduction 
■et commentaires. — En Hollande, Het Oude Testament, 
par Kuenen, Hosykaas, Kosters et Oort, 2 vol., Leyde, 

1900, 1901. 

2. Juifs. — Les commentaires de Raschi (1040-1150), 
Abenesra (1092-1167) et de David Kimchi (1160-1235) sur 
le Pentateuque sont réunis dans les Bibles rabbiniques. 
Celui d'Abarbanel a été édité à Venise, l'an 5539 du 
monde (1579 de l'ère chrétienne, in-f», voir t. i, 
col. 16). S. Cahen a traduit le Pentateuque hébraïque 
en français, Paris, 1831; Kalisch, Historical and cri- 
tical commentary on the old Test, with a new transla- 
tion, Londres : Genèse, 1885; Exode, 1855; Lévitique, 
1867, 1872; Hirsch, Der Pentateuch ûherselzt und 
erlàutert, 2 e édit, 2 in-8°, Francfort-sur-le-Main, 1893, 
1895; Hoffmann, Das Buch Leviticus ûbersetzt und 
erklàrt, Berlin, 1906. 

3. Catholiques. — Cajetan, Commentarii in quinque 
mosaicos libros, in-f°, Rome, 1531 ; Jérôme Oleaster, 
Comment, in Pentaleuchum, 4 in-f°, Lisbonne, 1556; 
Aug. Steuchus d'Eugubio, V. T. ad hebraicam verita- 
tem recognitio, sive in Pentaleuchum annotationes, 
in-4", Venise, 4529; Santé Pagnino, Calena argentea j 
in Pentaleuchum, in-f», Anvers, 1565; Louis Lippo- / 
man, Catena in Genesim, Paris, 1546; in Exodum, 
Paris, 1550; G. Hammer, Commenlaliones in Genesim, 
in-f», Dillingen, 1564; Benoît Pereira, Comment, et 
■disputationes in Genesim, in-f°, Rome, 1589; Dispu- 
tationes centum viginti septem in Exodum, Ingolstadt, 
1601 ; Asorius Martinengus, Glossse magnse in Genesim, 

■2 in-f°, Padoue, 1597; Jean Lorin, Comment, in Levi- 
ticum, Lyon, 1619; in Numéros, Cologne, 1623; in 
Deuteronomium, Anvers, 1625; J. Tirin, Comment, 
in V. et N. T., Anvers, 1632; Corneille de la Pierre, 
Comment, in V. et N. T., Lyon, 1732, t. i; réédité par 
Migne, Cursus complelus Scriplurx sacrse, t. v-vn; 
Corneille Jansénius, Pentaleuchus , Louvain, 1641; 
J. Bonfrère, Pentateuchus Mosis commentario illu- 
s tr atus, in-f", Anvers, 1625; Cl. Frassen, Disquisitiones 
in Pentaleuchum, in-4°, Rouen, 1705; Calmet, Com- 
mentaire littéral sur tous les livres de l'A. et du N. T., 
2 e édit., Paris, 1724, t. I et n; Brentano, Dereser et 
Scholz, Die heilige Schrift des A. und N. T., Franc- 
fort-sur-le-Main, 1820, t. i-iii; La Sainte Bible, édi- 
tée à Paris, contient la Genèse par Crelier, 1889; 
l'Exode et le Lévitique, par le même, 1886; les Nombres 
•et le Deutéronome, par Trochon, 1887, 1888. Le Cursus 
Scriptural sacrx des jésuites allemands, édité à Paris, 
contient un commentaire du Pentateuque par le P. de 
Hummelauer : in Genesim, 1895; in Exodum et Levi- 
ticum, 1897; in Numéros, 1899; in Deuteronomium, 

1901. Commentaires particuliers : Fr. de Schranlt, 
Commentarius litteralis in Genesin, 1835 ; Th. J. Lamy, 
Comment, in librum Geneseos, 2 in-8°, Malines, 1883, 
1884; A. Tappehorn, Erklârung der Genesis, Paderborn, 
1888; G. Hoberg, Die Genesis nach dem Literalsinn 
erklàrt, Fribourg-en-Brisgau, 1899; B. Keteler, Das 
Buch Genesis der Vulgata und des hebraisches Textes 
ùbersetzt und erklàrt, Munster, 1905; Fillion, La Sainte 
Bible, Paris, 1888, t. i. E. Mangenot. 

PENTECOTE (grec : itevTjjxoaTTi; Vulgate : Pen- 
tecoste), la seconde des trois grandes fêtes des Juifs. 

1° Noms. — La fête est appelée fyag haq-qâfir bik- 
kûrë, èopTï) Oepiffuoï irpwrofEvvriuiiTto.v, solemnitas 
messis primitivorum, « fête de la moisson et des pré- 
mices, » Exod., xxm, 16; hag ëâbu'ôt, hoprr\ sëSo[Juiô<i>Vj 
solemnitas hebdomadarum, « fêté des semaines, » 
_Exod., xxxiv, 22'; Deut., xvi, 10; yom hab-bikkûrim, 



•niiÉpa Tôv véwv, dies primitivorum, « jour des prémi- 
ces. » Num., xxvni, 26. Le mot ni'iTipLoarri, supposant en 
hébreu htamisHm, « cinquante » ou « cinquantième », 
est employé de différentes manières, dans Tobie, n, 1 : 
■f) âopxïj usvtrixo<TtT ; , « la fête (de) Pentecôte; » dans 
II Mach., xii, 32; I Cor., xvi, 8, et dans Josèphe, Bell, 
jud., II, ni, 1 : ■j[evtt)xo<ttt|) « Pentecôte ; » dans les 
Actes, II, 1; xx, 16 : foiça. tt); rUvrïixoirnjç, « jour de 
la Pentecôte. » — Les Juifs ont ensuite appelé plus 
communément la Pentecôte 'âséréf, en chaldaïque 
'âsarfâ', .dans Josèphe, Ant. jud., III, x, 6, àaapôâ, 
« nom qui signifie Pentecôte. » Cf. Erachin, xi, 3; 
Midr. Koheleth, 110, 2, etc. Ce nom vient de 'âsar, qui 
signifie « clore » et « rassembler », d'où le sens de 
« clôture » ou d' « assemblée » pour 'âséréf. Gesenius, 
Thésaurus, p. 1059, soutient que le mot veut toujours 
dire assemblée, comme Jer., ix, 2; Jos., i, 14; I Reg., 
x, 20, etc. Cependant les Septante l'ont traduit plu- 
sieurs fois par éÇ65iov, « dénouement, clôture, » Lev., 
xxm, 36, Vulgate : cœtus, « assemblée; » Num., xxrx, 
35, où la Vulgate ne traduit pas 'âsérét; Deut., xvi, 8, 
Vulgate : collecta, «assemblée. » Toujours est-il que les 
docteurs juifs ont pris ce mot dans le sens de «. clôture » 
et l'ont consacré à désigner spécialement la Pentecôte, 
considérée surtout comme la clôture du temps de la 
Pàque. 

2° Date. — D'après la Loi, la date de la Pentecôte 
était ainsi fixée : à partir du lendemain du sabbat de 
la Pâque, oii l'on avait offert la gerbe nouvelle, on 
comptait cinquante jours, et, le lendemain de la sep- 
tième semaine, on offrait une oblation nouvelle. 
Lev., xxm, 15, 16. Les Caraïtes entendaient par ce sab- 
bat celui qui tombait dans le cours des fêtes de la 
Pâque. D'après leur manière de comprendre le texte, 
les sept semaines de la Pentecôte pouvaient donc com- 
mencer du second au huitième jour après la Pâque. 
Les sadducéens professaient la même opinion. Cf. 
Menachoth, x, 3; Schûrer, Geschichle des judischen 
Volkes in Zeit. J. C, Leipzig, t. n, 1898, p. 413, 4l4. 
D'après l'interprétation la plus commune, qui pratique- 
ment a prévalu parmi les Juifs, ce sabbat n'était autre 
que le 15 nisan. Le lendemain du sabbat ou 16 nisan 
commençaient lès septsemaines au lendemain desquelles 
on fêtait la Pentecôte. De la sorte, il y avait sepl se- 
maines pleines entre la Pâque et la Pentecôte. Pour 
les Caraïtes, la Pentecôte tombait toujours le lende- 
main du sabbat. Cf. Chagiga, n, 4; Siphra, f. 248, 1. 
Elle ne coïncidait avec celle des autres Israélites que 
quand la Pâque tombait un vendredi. 

3° Le rituel de la fête. — 1. Ce jour-là, il y avait 
assemblée du peuple et le travail, sauf celui de la pré- 
paration des aliments, était interdit, comme au premier 
et au septième jour de la Pâque. L'offrande caractéris- 
tique de la Pentecôte était celle de deux pains levés. On 
y ajoutait en holocauste sept agneaux d'un an, un jeune 
taureau et deux béliers, et en plus un bouc et deux 
agneaux d'un an en sacrifice pour le péché. Lev., xxm, 
15-21. D'après les Nombres,, xxvin, 26-31, l'holocauste 
se composait de sept agneaux, deux jeunes taureaux et 
un bélier. — 2. En principe, la fête ne durait qu'un 
jour. Mais, depuis la captivité, les Juifs qui résidaient 
hors de la Palestine la célébraient deux jours de suite. 
Cf. Gem. Pesachim, 52, 1; Gem. Bosch haschana, 5, 
1. Peut-être agissaient-ils de la sorte dans la crainte de 
se tromper sur le vrai jour de la fête. Josèphe, Ant. 
jud., III, x, 6, dit qu'on immolait ce jour-là en holo- 
causte trois jeunes taureaux, deux béliers et quatorze 
agneaux, ce qui représente, à un bélier près, le total 
de ce que prescrivent chacun de leur cçté le Lévitique 
et les Nombres. Les victimes indiquées par les 
Nombres étaient offertes à titre supplémentaire. 
Cf. Menachoth, iv, 2. — 3. Les deux pains à offrir 
devaient être faits avec de la farine de froment nouveau 



121 



PENTECÔTE 



122 



récolté en terre israélite. Sur le soir de la Pentecôte, 
ou, si le jour suivant était le sabbat, après la fin du 
sabbat, on achetait aux frais du trésor trois mesures de 
froment, on les passait à la meule et ensuite à travers 
douze cribles. On retirait deux dixièmes d'éphi de 
farine, on y ajoutait de l'eau chaude et du levain et 
l'on confectionnait les deux pains. Ils devaient avoir 
sept palmes de long, sept palmes de large et, aux extré- 
mités, des cornes de quatre doigts. Le matin du jour 
suivant, à la suite des sacrifices publics, on offrait les 
deux pains à l'est du parvis intérieur, mais on ne les 
portait pas jusqu'à l'autel, à cause du levain qu'ils 
renfermaient. L'un des deux pains était ensuite donné 
au grand-prêtre, s'il le voulait; l'autre se partageait 
entre les prêtres, qui le mangeaient dans le Temple. 
Ces deux pains constituaient des prémices. A partir de 
leur présentation, il était permis d'apporter au Temple 
des offrandes provenant des récoltes de l'année. 
Gf. Menachoth, xi, 9; Erachin, n, 2. — Sur le céré- 
monial suivi pour présenter les prémices au Temple, 
voir Prémices. — 4. Après l'offrande des différents sa- 
crifices prescrits, le peuple était invité à se réjouir 
dans des festins, auxquels on invitait les lévites et 
tous ceux qui vivaient dans l'entourage du chef de la 
famille. Deut., xvi, 11. — 5. La fête de la Pentecôte 
était célébrée partout par les Israélites, même hors de 
Jérusalem et de la Palestine. Tob., n, 1 (texte grec). 
On omettait alors naturellement ce qui était spécial à 
la liturgie du Temple. Judas Machabée rentra à Jéru- 
salem avec son armée victorieuse pour célébrer la fête 
des semaines ou Pentecôte. II Mach., xn, 30. La 
Pentecôte qui suivit la résurrection de Notre-Seigneur 
avait amené à Jérusalem «. des hommes pieux de toutes 
les nations qui sont sous le ciel », c'est-à-dire des 
divers pays ensuite énumérés. Act., n, 5-11. Du temps 
de saint Paul, on fêtait encore la Pentecôte à Éphèse. 
I Cor., xvi, 8. — Cf. Reland, Antiquitates sacrai, 
Utrecht, 1741, p. 237-240; Iken, Antiquitates hebraicœ, 
Brème, 1741, p. 316-319. 

4° La Pentecôte et la loi du Sinaï. — 1. Partis de 
l'Egypte le quinzième jour du premier mois, Exod., 
xii, 26-34, les Hébreux arrivèrent au Sinaï le premier 
jour du troisième mois, Exod., xix, 1, et trois jours 
après, Exod., xix, 16, Dieu commença à manifester sa 
présence sur le Sinaï, par des nuées, des éclairs et des 
tonnerres. Il s'écoula donc quarante-huit ou quarante- 
neuf jours entre la Pâque d'Egypte et la promulgation 
de la Loi au Sinaï. Malgré cette coïncidence entre la 
promulgation de la Loi et la fête de la Pentecôte, les 
textes qui prescrivent la célébration de la fête ne font 
jamais allusion aux événements du Sinaï, et même, 
dans le rituel mosaïque, rien n'est destiné à commé- 
morer ces événements. Philon et Josèphe n'établissent 
nulle part aucune corrélation entre la fête et le don 
de la Loi. La promulgation de la Loi nouvelle à la 
fête de la Pentecôte donna probablement aux chrétiens 
l'idée de rattacher à la même fête le souvenir de la 
promulgation du Sinaï. Saint Jérôme, Ep., lxxviii, 12, 
ad Fabiol., t. xxn, col. 707, établit la coïncidence 
entre l'événement du Sinaï et la Pentecôte, qui en 
célèbre le souvenir. Saint Augustin, Cont. Faust., 
xxxn, 12, t. xlii, col. 503, affirme la même relation et 
voit dans la promulgation de la Loi au Sinaï la figure ■ 
de la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte. 
Saint Léon, De Pentecost., serm. l, t. liv, col. 400, 
pense comme les précédents. Les auteurs juifs posté- 
rieurs ne connaissent pas plus que leurs anciens la 
célébration d'une fête pour rappeler la manifestation 
du Sinaï. Ils admettent la coïncidence signalée par 
saint Jérôme. « La fête des semaines est le jour où la 
Loi "fut donnée. Ce qui constitue l'honneur de ce jour, 
c'est que sa date dépend de la fête solennelle précé- 
dente, la Pâque. » Maimonide, More nevochim, m, 41. 



Mais ils ajoutent : « La Loi divine n'a pas besoin d'un 
jour saint dans lequel on rappelle avec honneur son 
souvenir. Le motif de la fête des semaines est le com- 
mencement de la moisson du froment... Il est indiscu- 
table que la Loi a été donnée le jour de la fête des 
semaines, mais il n'a pas été institué de fête pour la 
rappeler. » Abarbanel, In Leg., f. 262. Cependant, les 
auteurs juifs plus modernes n'hésitent pas à attribuer 
à la Pentecôte un sens historique et à célébrer ce 
jour-là la promulgation de la Loi. Cf. Munk, Pales- 
tine, Paris, 1881, p. 188. Pour beaucoup même, cette 
idée devient d'autant plus prééminente que l'objet pri- 
mitif de la fête a moins de raison d'être dans les pays 
où ils vivent dispersés. Dans l'enseignement populaire, 
on s'exprime ainsi : « La Pentecôte ou fête des 
semaines est célébrée le cinquantième jour à compter 
du second jour de la Pâque, le six du mois de sivan 
(troisième mois). C'est l'anniversaire de la promulga- 
tion de la loi sur le mont Sinaï. Cette fête dure deux 
jours. » Wogue, Catéchisme, Paris, 1872, p. 59. 

5° Symbolisme de la fête. — 1. La Pentecôte con- 
sacre solennellement la fin de la moisson, qui avait été 
inaugurée le lendemain de la Pâque. Elle est ainsi 
comme une suite de la solennité précédente, de 
laquelle elle dépend par sa date. Elle rappelait à l'Israé- 
lite que le Dieu qui l'avait tiré de la servitude d'igypte 
avait promis de le conduire « dans une terre fertile et 
spacieuse, dans une terre où coulent le lait et le 
miel », Exod., m, 8, que ce Dieu avait tenu sa pro- 
messe, et que chaque année il donnait à son peuple 
l'abondance des moissons et des bénédictions ter- 
restres. C'était donc une fête d'actions de grâces. — 
2. La caractéristique de la fête consistait dans l'offrande 
de deux pains levés. A la Pâque, on avait offert les 
prémices d'une moisson qui commençait, mais qu'on 
ne pouvait guère encore utiliser pour l'alimentation de 
l'homme. A la Pentecôte, la moisson se terminait et 
l'on pouvait en présenter à Dieu le résultat définitif^ 
tel que l'industrie humaine le traitait pour l'approprier 
à la nourriture. On apportait au sanctuaire deux pains 
levés, mais par respect pour la loi qui ne permettait 
pas l'introduction du levain dans le culte du Seigneur, 
voiv Levmn, col. 198, ou ne \es offrait pas sur l'autel. 
— 3. Les pains, au nombre de deux, n'étaient sans 
doute pas sans rapport avec les deux jours de fête dont 
l'un commençait et l'autre terminait le temps de la 
moisson; les deux jeunes taureaux ou les deux béliers 
représentent la même idée, tandis que les sept agneaux 
se rapportaient aux sept semaines du temps de la mois- 
son. Le jeune taureau ou le bélier, seul de son espèce, 
pouvait rappeler l'idée du Dieu unique auquel était 
offert l'holocauste. Cf. Bàhr, Symbolik des mosaischen 
Cultus, Heidelberg, 1839, t. h, p. 645-652. 

6° La Pentecôte du Nouveau Testament. — 1. C'est 
le jour même de la Pentecôte juive, à la troisième 
heure, c'est-à-dire vers neuf heures du matin, que le 
Saint-Esprit descendit sur les Apôtres et les disciples 
rassemblés au nombre de cent vingt. Act., Il, 15. Des- 
phénomènes extérieurs analogues à ceux du Sinaï 
signalèrent sa venue et furent remarqués par la multi- 
tude qui se trouvait dans la ville. Act., n, 6. Le Saint- 
Esprit apparut sous forme de langues de feu. Voir 
Langue, t. iv, col. 74. Il communiqua aux Apôtres le 
don des langues. Voir Langues (Don des), t. îv, 
col. 74-81. — 2. L'ancienne Pentecôte était la fête de la 
moisson; avec la nouvelle commence la moisson évan- 
gélique, et dès le jour même saint Pierre fait une 
récolte d'environ trois mille âmes. Act., n, 41. La Loi 
nouvelle est promulguée ce jour-là, cinquante jour* 
après la rédemption, comme l'avait été jadis la loi du 
Sinaï, cinquante jours après la délivrance de la servi- 
tude d'Egypte. C'est ce qui fait dire à saint Jérôme, 
Epist. lxxviii, 12, ad Fabiol., t. xxil, col. 707, qu' « on. 



123 



PENTECOTE — PERCNOPTÈRE 



124 



•célèbre la solennité de la Pentecôte et qu'ensuite le 
mystère évangélique reçoit son complément dans la 
descente du Saint-Esprit ». Cf. J. C. Harenberg, De 
tniraculo pentecostali, dans le Thésaurus de Hase et 
Iken, Leyde, 1732, t. h, p. 569-594; Kellner, Heortolo- 
gie, Fribourg-en-B., 1901, p. 72-75. 

H. Lesêtre. 

PEQOD (hébreu : Peqôd), nom qui se lit dans deux 
passages de la Bible : Jer., l, 1\, et Ezech., xxm, 23. 
Les anciens commentateurs en ont fait généralement 
un nom commun. Ils ont traduit ce mot dans Jérémie 
dans le sens de « Visitation » divine, c'est-à-dire de 
châtiment, et ont cru que le prophète appelait ainsi 
symboliquement Babylone pour annoncer le châtiment 
que Dieu allait lui infliger. Dans Ézéchiel, ils ont donné 
à Peqôd le même sens que pâqîd, « chef, préfet. » 
II Esd., xi, 9; xrv, 22; xil, 42. La Vulgate a traduit, dans 
Jérémie, Peqôd par visita, et dans Ezéchiel par nobiles 
Dieu dit dans Jérémie au futur vainqueur de Babylone, 
d'après saint Jérôme : « Monte contre le pays des Do- 
minateurs et visite (châtie) ses habitants. » — Depuis 
que les documents cunéiformes nous ont mieux fait 
connaître la géographie assyro-babylonienne, on ne peut 
plus douter qu'il ne faille traduire ainsi ce passage : 
« Monte contre la terre de Merâtaim (région du sud 
de la Babylone, Frd. Delitzsch, Wo lag das Parodies, 
p. 41, 182), et contre les habitants de Peqôd. » — Dans 
Ézéchiel, d'après la Vulgate, Dieu dit à Ooliba, person- 
nification de Jérusalem et du royaume de Juda : « Je 
susciterai contre toi... les fils de Babylone et tous les 
Chaldéens, nobles, rois et princes. » Il faut traduire 
l'hébreu : « Je ferai venir contre toi les fils de Baby- 
lone et tous les Chaldéens, Peqôd, Sô'a et Qô'a (Sutu 
ou Su et Qutu, ou qu, tribus voisines de la Babylonie, 
Frd. Delitzsch, Wo lag das Parodies, p. 233). » La ver- 
sion des Septante, qui avait pris les noms propres pour 
des noms communs, dans Jérémie, de même que la 
Vulgate, a reconnu ici des noms propres qu'elle a trans- 
crits par «fcaxoiix {Alexandrinus : xort *ouS), Soui et 
'Txoui. Symmaque et Théodotion avaient fait de même : 
<ÊaxoùS y.al Souè xoù Kous. Origène, Hexapl., Ezech., 
xxm, 23, t. xvi, 3, col. 2557. Saint Jérôme a suivi dans 
la traduction de ce passage la version d'Aquila et s'il n'a 
pas accepté l'interprétation des Septante et des autres 
traducteurs grecs, c'est, dit-il, In Ezech., xxm, 23, 
t. xxv, col. 219, parce qu'on ne trouve pas les noms de 
Phacud, Sue et Cue comme noms de peuples dans 
l'Écriture; ce qui n'est pas exact pour Peqôd et ne 
peut rien prouver d'ailleurs contre l'existence de ces 
tribus orientales, la Bible n'ayant pas eu occasion de 
les nommer ailleurs. 

Peqôd est le nom d'une tribu de la Babylonie méridio- 
nale et de la contrée où elle habitait, près de l'embou- 



avec les Élamites, leurs voisins, et les rois d'Assyrie, 
Sargon et Sennachérib, leur firent plusieurs fois la 
guerre. Les inscriptions cunéiformes appellent cette 
tribu Puqûdu. E. Schrader, Keilinschriften und Ge- 
schichtsforschung, 1878, p. 108, 111,113; Frd. Delitzsch, 
Wo lag das Parodies, p. 182, 195, 240. La tribu de 
Puqùdu dut être soumise à la domination de Nabucho- 
donosor et lui fournir des soldats quand son armée 
assiégea et prit Jérusalem, ainsi que l'annonce Ézéchiel. 
Plus tard, quand Gyrus s'empara de Babylone, Peqôd 
dut être soumise aux Perses et punie, selon la prédic- 
tion de Jérémie, du mal qu'elle avait fait aux Juifs dans 
l'armée de Nabuchodonosor. F. Vigouroux. 

PERCNOPTÈRE (hébreu : râhâm ; Septante : 
5topçv)p(wv ; Vulgate : porphyrion), espèce de vautour, 




16. — Le percnoptère. 

rangé parmi les oiseaux impurs. Lev., xi, 18; Deut., xiv, 
17. — Les versions font du râhâm un porphyrion, 
espèce d'oiseau qui appartient à l'ordre des échassiers. 
Voir Porphyrion. Mais ce nom désigne le vautour 




17. — Percnoptère planant et tenant deux chasse-mouches dans ses serres. 
D'après Masp«ro, Histoire ancienne de VOrient, 1. 1, p. 791. 



chure du fleuve Uknu. Les gens de Peqôd étaient de 
race araméenne ; ils s'allièrent en diverses circonstances 



d'Egypte, vultur ou neophron percnopterus, « à ailes 
noires, a connu des Arabes sous le nom de rahmah. 



125 



PERCNOPTÈRE 



PERDRIX 



126 



Cet oiseau, long d'une soixantaine de centimètres, a le 
plumage blanc mêlé de brun et de roussâtre, les 
grandes plumes des ailes noires, les pieds jaunes; la tète 
est dénudée et de couleur jaune clair (fig. 16). Le 
percnoptère et moins fort que les autres rapaces de son 
. espèce ; aussi évite-t-il de se mêler à eux. Il vit ordinai- 
rement par paires et sa ponte est de deux œufs, rare- 
ment de trois. Ce qui distingue surtout cet oiseau, c'est 
son genre d'alimentation. Il se nourrit de cadavres 
d'animaux et de détritus de toute nature, débarrassant 
ainsi le sol de tout ce qui pourrait empester, et, à ce 
titre, méritant la protection dont l'homme l'entoure. 
On le trouve dans les parties chaudes de l'ancien 
monde, des Pyrénées au sud de l'Inde, et dans presque 
toute l'Afrique. Il est très commun en Egypte; on le 
voit représenté sur les monuments (fig. 17). En Pales- 
tine, on le "rencontre en été, jamais en hiver. Il y vit 
familièrement dans le voisinage de l'homme et s'abat 
sans crainte jusque dans les villages, pour chercher sa 
nourriture dans les tas d'immondices. On comprend 
que le percnoptère, malgré les services qu'il rend, ait été 
rangé parmi les oiseaux impurs. Cf. Trislram, The natu- 
ral .history of the Bible, Londres, 1889, p. 180. — 
Michée, i, 16, dit à sa nation : c< Fais-toi chauve comme 
le nésér, car (tes enfants) s'en vont en captivité loin de 
toi. » Le mot hébreu désigne ordinairement l'aigle ; mais 
c'est un nom générique qui a une signification géné- 
rale et ici il se rapporte au vautour percnoptère, qui 
seul est chauve; il en est de même dans Job, xxxix, 
27; Prov., xxx, 17, où il est dit qu'il se nourrit de 
cadavres. Cf. Buhl, Gesenius' Handwôrt., p. 550. 

H. Lesètre. 
PERCY Thomas, théologien anglican, né à Bridg- 
north en 1728, mort à Dromore le 30 septembre 1811. 
D'une condition modeste, il prit ses grades à Oxford et 
entra dans les ordres. Chapelain du duc de Northum- 
berland et du roi, il devint doyen de Carlisle en 1778, 
et quatre ans plus tard, évêque de Dromore en Irlande. 
Parmi ses écrits on remarque : The Song of Salomon 
newly translatée from the original Hebrew : with a 
commentary and annotations, in-12, Londres, 1764; 
et un manuel souvent réimprimé qui a pour titre : A 
Key of the New Testament giving an account of the 
several books, their contents, their authors, and of the 
times places and occasions, on which they were wrï- 
ten, in-12, Londres, 1765. — W. Orme, Siblioth. bi-~ 
blica, p. 346. B. Heurtebize. 

PERDRIX (hébreu : qorê' ; Septante : mépSi?; Vul- 
gate : pérdix), oiseau de l'ordre des gallinacés, que 
caractérise l'absence d'ergots, remplacés par une simple 
• saillie tuberculeuse du tarse. L'espèce perdrix comprend 
les perdrix proprement dites, les cailles (voir t. n, 
col. 34), les francolins, etc. 

1° Description. — Les perdrix proprement dites (fig. 18) 
ont à peu près la taille du pigeon. Elles portent un 
plumage gris, mélangé de diverses couleurs, ont la 
tête petite, le corps ramassé, les ailes courtes, se nour- 
rissent d'herbes, de graines, d'insectes, de vermisseaux, 
d'œufs de fourmis, etc., vivent en compagnies de plu- 
sieurs individus, nichent à terre, ordinairement dans 
les sillons, et y pondent de douze à vingt œufs que la 
femelle est seule à couver. Elles sont timides et défian- 
tes et, d'un vol saccadé et bruyant, changent continuel- 
lement de séjour, bien qu'elles n'entreprennent que 
rarement de longs voyages. Elles font entendre un cri 
guttural, dur et sec. Ce cri a valu à la perdrix son 
nom hébreu de qorê', du verbe qârâ', « crier. » La per- 
drix est activement chassée par les oiseaux de proie, 
les renards et l'homme, qui la recherche à cause de 
ses qualités comestibles. A l'approche de l'ennemi, le 
mâle s'envole d'un côté pour attirer l'attention; la 
femelle part d'un autre, puis revient en courant auprès 



de ses perdreaux pour les rassembler en lieu sûr. — 
La perdrix grecque ou bartavelle, caccabis saxatilis, 
abonde en Palestine, dans les régions rocheuses du 
désert de Judée et dans les gorges de la forêt du Carmel. 
Elle se plaît dans les pays montagneux. On en trouve 
aussi très fréquemment dans les parties sauvages de la 
Galilée, courant par compagnies, comme des poules 
domestiques, au milieu des rochers. Les bandes en sont 
nombreuses en automne; elles se dispersent en hiver, 
sans doute pour se procurer plus facilement leur nour- 
riture. La grosse perdrix rouge, perdix schukkar, s'en- 
vole ou court rapidement devant les cavaliers, qui la 
poursuivent à fond de train et arrivent à la tuer quand 
elle est fatiguée. La perdrix du désert, ammoperdix 
heyii, a des nuances plus délicates. Elle est grosse à 
peu près deux fois comme une caille, et a le plumage 
d'un gris jaunâtre, le mâle seul portant aux joues une 
sorte de col d'un blanc de neige. « Cette perdrix a 
tellement la couleur du sol environnant, qu'on lui 
marche presque sur le corps avant de l'apercevoir... 
Ces perdrix, fort peu sauvages, constituent un manger 
délicat... On parvient à les prendre avec la main en les 




18. — La perdrix. 

poursuivant dans les trous des rochers où elles vont se 
retirer. Lorsqu'elles sont ainsi pourchassées pendant 
quelques instants, elles restent parfaitement immobiles 
en cachant leur tête et souvent même une partie de 
leur corps entre deux pierres ou dans la fente d'un 
rocher... Cet oiseau, qui est loin cependant d'être inin- 
telligent, croit évidemment ne plus être vu parce qu'il ne 
peut plus voir ce qui se passe autour de lui. Cette 
manière d'agir est une exception pour les espèces de 
ce groupe. » Lortet, La Kyrie d'aujourd'hui, Paris, 
1884, p. 403, 406, 469. On rencontre ce genre de per- 
drix dans l'Arabie pétrée, le bassin de la mer Morte, le 
désert de Judée et surtout les environs de la grotte 
d'Odollam. Comme tous les autres oiseaux, elles 
aiment à se réfugier à l'abri des tamaris et des zizy- 
phus. Dans les riches plaines de Génézareth, d'Acre et 
de Phénicie, le genre perdrix est principalement repré- 
senté par le francolin, francolinus vulgaris, bien 
connu dans l'Inde et dans quelques rares régions du 
sud de l'Europe. Le mâle est un bel oiseau, avec sa 
poitrine noire, ses flancs largement mouchetés de 
blanc et son collier châtain frangé de taches noires et 
blanches. Le francolin se cache dans les herbes épaisses 
et dans les cultures des plaines marécageuses, de telle 
sorte qu'il est bien plus aisé de l'entendre que de l'aper- 
cevoir. — Au nom hébreu de qorê" se rattache aussi 
un autre gallinacé, le coq de bruyère des sables, ptero- 
cles, très abondant dans les districts arides de la 
Palestine. Cet oiseau ressemble assez au pigeon et 
fréquente par myriades les terrains sablonneux de 



127 



PERDRIX — PERE 



128 



l'Asie et de l'Afrique. On en voit jusque dans le nord 
de l'Espagne et dans les Landes françaises. Le coq des 
sables commun, pterocles arenarius, le khudry des 
Arabes, se trouve dans le désert de Judée. Une autre 
espèce, le pterocles setarius, le kata des Arabes, se 
montre de temps en temps par milliers dans les parties 
découvertes de la vallée du Jourdain et dans le désert 
qui est à l'est. Le désert de Judée et les abords de la 
mer Morte sont encore fréquentés par deux autres 
espèces, le pterocles exustus et le senegalensis, dont le 
plumage présente, avec des traits délicats, une tonalité 
générale enharmonie avec celle du terrain. Delà vient 
que les oiseaux du genre perdrix échappent si facile- 
ment à la vue de leurs ennemis. Cf. Tristram, The 
natural history of the Bible, Londres, 1889, p. 224-229. 
2° La perdrix dans l'Écriture. — La Sainte Écriture 
fait trois fois mention de la perdrix. David constate que 
Saùl le poursuit « comme on poursuivrait une perdrix 
dans les montagnes ». I Reg., xxvi, 20 Cette comparai- 
son est parfaitement justifiée. On a vu plus haut 
comment les perdrix des différentes espèces communes 
en Palestine sont poursuivies à travers les rochers et 
finissent par se laisser prendre, quand la fatigue les a 
harassées. Ainsi Saùl comptait épuiser les forces de 
David par une poursuite acharnée et finir par s'emparer 
de lui. — On lit dans l'Ecclésiastique, xi, 32 (28) : 

Comme la perdrix de chasse dans sa cage, 
Ainsi est le cœur de l'orgueilleux, 
Et comme l'espion il guette la ruine, 
Changeant le bien en mal, il dresse des pièges. 

Cette perdrix de chasse, jtlpSiS 0-/jpeutt,ç, est celle qu'on 
. employait comme appeau. On dressait pour cet usage 
des alouettes, des linottes, des pigeons, des cailles et 
surtout des perdrix. Celles-ci étaient ensuite placées 
dans une cage qu'on dissimulait en partie au moyen 
d'un couvert de feuillage. En avant de la cage, un filet 
manœuvré par un chasseur caché, pouvait s'abattre sur 
les oiseaux qu'attiraient les cris des perdrix prison- 
nières, ou les empêtrer de telle sorte qu'il était ensuite 
aisé de les prendre à la main. Cf. Tristram, The natu- 
ral history, p. 163-164. L'orgueilleux méchant et per- 
fide est comparé à l'oiseau qui sert d'appeau ; il 
attire auprès de lui, mais pour perdre et faire tomber 
dans ses pièges. — Enfin, Jérémie, xvn, 11, emprunte 
aux mœurs de la perdrix cette autre comparaison : 

Une perdrix couve (des œufs) qu'elle n'a pas pondus; 
Tel est l'homme qui acquiert des richesses injustement; 
Au milieu de ses jours, il doit les quitter, 
Et à sa fin il n'est plus qu'un insensé. 

Ce texte semble supposer que la perdrix va s'emparer 
d'œufs d'oiseaux d'une autre espèce, qu'elle les couve et 
qu'ensuite les poussins abandonnent celle qui n'est pas 
leur mère. Cette dernière se trouverait alors dans le 
cas de la poule qui a couvé des œufs de canards, 
comme on dit proverbialement en français. Le chaldéen 
traduit : « Voici, comme la perdrix rassemble des œufs 
qui ne sont pas à elle, et en les chauffant couve des 
poussins qui pourtant ne la suivent pas, ainsi en est-il 
de tout méchant qui possède des richesses mal acquises.» 
On lit dans les Septante : « La perdrix a crié, elle a 
rassemblé ceux qu'elle n'a pas engendrés, » et dans la 
Vulgate : « La perdrix a couvé ceux qu'elle n'a pas 
engendrés. » Saint Ambroise, qui a toute une lettre 
sur les mœurs de la perdrix, Ep. xxxil, t. xvi, col. 1069- 
1071, accepte le fait de la perdrix s'emparant d'œufs 
étrangers. Cf. Hexaem., vi, 3, t. xiv, col. 246. Saint 
Jérôme, In Jer,, m, 17, t. xxiv, col. 789, pour justifier 
celte assertion, s'appuie sur les auteurs d'histoire natu- 
relle, qu'il, cite d'ailleurs assez vaguement. Saint Augus- 
tin, Cont. Faust., sur, 12, t. xur, col. 289, explique le 
même texte, mais sans s'arrêter au rapt des œufs 



étrangers. Il est à remarquer que le texte hébreu ne 
suppose nullement que des œufs soient pris par la 
perdrix à d'autres oiseaux. D'ailleurs les faits ne justi- 
fient pas cette affirmation. Le coucou va porter ses 
œufs dans le nid d'un autre oiseau qui les couve à 
son insu, mais on ne cite pas d'oiseau qui aille s'empa- 
rer des œufs d'un autre pour les couver lui-même. Le 
texte hébreu dit seulement : qorê' dâgâr velô' yàlâd, 
« la perdrix a couvé et n'a pas engendré. » En suppo- 
sant les deux termes de la phrase unis par un pronom 
relatif, « la perdrix a couvé (ce qu'elle) n'a pas engen- 
dré, » il suffirait, pour justifier l'assertion, de dire, non 
pas que la perdrix a pris des œufs, mais qu'on lui en 
a mis à couver qu'elle n'avait pas pondus, et que ces 
œufs, appartenant à des oiseaux qui n'étaient pas de 
son espèce, ont donné des poussins qui l'ont abandonnée 
pour se livrer à leurs allures propres. Ainsi l'homme 
acquiert injustement des richesses qui, à un moment, 
l'abandonnent et sont perdues pour lui, par un juste 
retour des choses. Le verbe dâgâr veut dire « amasser » 
pour couver, quand il s'agit des oiseaux. Mais sa signi- 
fication ne s'étend pas jusqu'à l'idée d'aller chercher des 
œufs ailleurs que dans le nid où ils sont déposés. 
Quant au verbe yâlâd, il signifié « engendrer » et 
« pondre »,en parlant des oiseaux; Mais comme ce pas- 
sage de Jérémie est le seul où yâlâd soit employé à 
propos d'oiseaux, on ne voit pas pourquoi ce verbe ne 
pourrait pas signifier « engendrer » dans le sens de 
« faire éclore », d'où la traduction possible : « La per- 
drix a couvé et n'a pas fait éclore, » c'est-à-dire n'a pas 
mené à terme sa couvée. Cf. Vatable, dans le Script. 
Sacr. cursus compl. de Migne, Paris, 1841, t. xix, 
col. 175. « Sur ce passage de Jérémie, écrit Tristram, 
The natural history, p. 225, on a proposé, plusieurs 
commentaires ingénieux, dont quelques uns sont con- 
traires aux faits. On a affirmé que la perdrix dérobe 
les œufs d'autres oiseaux, les couve pour son propre 
compte, d'où la traduction du passage : Elle rassemble 
des œufs qu'elle n'a pas pondus. Mais il n'est pas vrai 
que la perdrix dérobe les couvées des autres. Il n'y a 
qu'une vraie interprétation. La perdrix pond un très 
grand nombre d'œufs. Une fois, j'ai trouvé un nid de 
trente-six œufs dans désert de Judée.' Mais elle a beau- 
coup d'ennemis, parmi lesquels l'homme n'est pas le 
moindre, qui recherchent son nid et lui dérobent ses 
-œufs. Les œufs de perdrix sont assidûment recherchés 
par les Arabes qui en font leur nourriture. Ils sont aisés 
à trouver et la quantitédétruite annuellement estsurpre- 
nante. Durant un printemps, en Palestine, près de huit 
cents œufs de perdrix grecque, caccabis saxatilis, ont été 
apportés à notre camp; nous avions l'habitude de les utili- 
ser chaque jour, encore tout frais, pour faire des ome- 
lettes. Autrefois on les ramassait sansdoute dans le même 
but. La pensée du prophète est donc que l'homme 
devenu riche par des moyens injustes n'aura guère la 
jouissance de sa prospérité mal acquise, mais qu'il la 
perdra prématurément, comme la perdrix qui commen- 
ce à couver, mais est rapidement dépouillée de tout 
espoir de couvée. » La comparaison porterait ainsi, non 
sur la manière dont les richesses injustes sont acquises, 
mais sur la rapidité avec laquelle elles disparaissent. 
Il faudrait donc traduire : 

La perdrix couve, sans mener à ferme ; 
Ainsi l'homme qui acquiert des richesses injustement. 

H. Lesêtre. 
PÈRE (hébreu : 'ab; Septante : rcrriip; Vulgate : 
paler), celui qui a engendré des enfants avec le concours 
de la mère. Le nom de père est employé par la Sainte 
Écriture dans des sens divers, tantôt par rapport aux 
hommes tantôt par rapport à Dieu. ' 

I. Par rapport aux hommes. — 1» Père au sens 
naturel, Gen., H, 24; IX, 18, etc. — Sur les droits du 
père, voir Famille, t. H, col. 2170. Les devoirs envers 



129 



PERE 



130 



sont souvent rappelés aux enfants. Exod., xx, 12; 
Matth., xv, 4; xix, 5; Marc, vu, 10; x, 19; Luc, xvm, 
20; Eph., vi, 2, etc. Les coups ou les malédictions 
adressés au père étaient punis de mort. Exod., xxi, 15, 
17. Voir Mère, t. iv, col. 995. 

2° Grand-père. — Ahraham est appelé père de Jacob, 
bien qu'Isaac sépare l'un de l'autre. Gen., xxvut, 13. 
Jacob appelle pères Abraham et Jsaac. Gen., xlix, 29*. 

3» Ancêtres. — Gen., xlvi, 34; Num., xiv, 18, etc., 
et particulièrement ceux d'un peuple. Très fréquem- 
ment, il est parlé aux Israélites de leurs pères, c'est-à- 
dire des premiers hommes de leur race qui ont reçu les 
promesses divines et ont été témoins des merveilles 
de la puissance de Dieu. Exod., ni, 15; xm, 5; Num., 
xx, 15; Ruth, IV, 17; III Reg., xiv, 15; IV Reg., xiv, 3; 
, xvm, 3; Tob., m, 13; Judith, v, 7; Ps. xxii (xxi), 5; 
xliv (xliii), 2; Is., li, 2; xliii, 27; Jer., xvi, 11, 12; 

I Mach., x, 52; II Mach., i, 25; Joa., vu, 22; Act., m, 
13, etc. Quelquefois, on donne le nom de père à un 
ancêtre très éloigné. Adam est le père commun de tous 
les hommes. Eccli., XL, 1 ; xlix, 19. David est le père 
du roi Asa, III Reg., xv, 11, et ensuite du Christ. Luc, 
i, 32. — Rejoindre ses pères, dormir avec ses pères, 
c'est mourir et passer dans une autre vie où l'on re- 
trouve les ancêtres. Gen., xv, 15; xlvii, 30; Deut., xxxi, 
16; II Reg., vu, 12; III Reg., n, 10; xiv, 20; xvi, 6; 
xxii, 40; IV Reg., xxi, 18; I Mach., n, 69, etc. Le roi 
Antiochus Eupator exprime cette idée sous la forme 
païenne quand il écrit que son père a été « transféré 
parmi les dieux ». II Mach., xi, 23. 

4° Souche d'un peuple. — Sem est le père de tous 
les fils d'Héber, Gen., x, 21; Abraham, celui d'une 
multitude de nations, Gen., xvil, 4; Eccli., xliv, 20; 
Moab, celui des Moabites, et Ben-Ammi, celui des 
Ammonites, Gen., xix, 37; Esaù, celui des Iduméens. 
Gen., xxxvi, 9, 43, etc. Ézéchiel, xvi, 3, dit que le 
père des Israélites était un Amorrhéen, afin de signifier 
que les fils de Jacob sont partis de Ghanaan pour aller 
en Egypte, où ils sont devenus un peuple. Les Israélites 
revendiquent souvent comme pères, c'est-à-dire 
comme fondateurs de leur nation, Abraham, Matth., 
m, 9; Luc, i, 73; m, 8; xvi, 24; Joa., vin, 39, 53, 56; 
Act., vu, 2; fiom., iv, 1, 12, 16; Jacob., n, 21; Isaac, 
Rom., IX, 10; Jacob, Joa., iv, 12, et même David. 
Marc, xi, 10; Act., iv, 25. 

5° Instituteur d'un genre de vie. — Jabel est le père 
de ceux qui habitent sous la tente et au milieu des 
troupeaux, Jubal le père de ceux qui jouent des instru- 
ments. Gen., IV, 20, 21. Jonadab, fils de Réchab, est 
le père des Réchabites, qui s'abstiennent devin. Jer., 
xxxv, 6, 8. Phinées est le père de ceux qui se montrent 
zélés pour la cause de Dieu. I Mach., n, 54. 

6» Maître. — Michas demande à un lévite d'être son 
père et son prêtre. Jud., xvn, 10; xvm, 19. David 
appelle Saûl son père. I Reg., xxiv, 12. Elisée donne 
ce nom à Élie, IV Reg., n, 12, et lui-même le reçoit 
du roi d'Israël, IV Reg., vi, 21; xm, 14, et du roi de 
Syrie. IV Reg., vm, 9. Les serviteurs de Naaman l'ap- 
pellent père. IV Reg., v, 13. Les relations de maître à 
disciple sont assimilées aux relations de père à fils. 
Voir Fils, t. n, col. 2252. Saint Paul dit aux Corin- 
thiens qu'ils pourraient avoir dix mille maîtres, mais 
qu'ils n'ont qu'un père, l'apôtre qui les a engendrés 
en Jésus-Christ. I Cor., iv, 15. 

7» Bienfaiteur. — Job, xxix, 16, a été le père des 
pauvres. L'homme de bien doit être comme un père 
pour les orphelins. Eccli., IV, 10. Razias était « ap- 
pelé le père des Juifs à cause de sa bienfaisance. » 

II Mach., xiv, 37. Jiliacim, intendant d'Ézéchias, devait 
être un père pour les habitants de Jérusalem, Is., xxii, 
21, mais il ne sut pas conserver sa situation. 

8» Conseiller. — 1. En Egypte, Joseph est constitué 
père du pharaon. Gen., xlv, 8. « Les traducteurs de ce pas- 

DICT. DE LA BIBLE. 



sage, à commencerpar les Septante, ontcru yreconnaitre 
le mot hébreu deab, «père ». Ce sont les textes égyptiens 
qui nous informent que, loin d'être hébreu, le titre de ab 
en pirâo désigne un inspecteur ou intendant royal atta- 
ché tout spécialement à la maison pharaonique. Plu- 
sieurs des précieux papyrus historiques du temps de la 
XIX e dynastie, dont les textes, sous forme de simples let- 
tres et communications, ont été composés par des scribes 
et employés de la cour, se rapportent à ces ab en 
pirâo, ces officiers supérieurs du pharaon dont le haut 
rang est clairement indiqué par le style plein de res- 
pect de la part de ces scribes de rang inférieur. » ; 
Brugsch, L'Exode et les monuments égyptiens, 1875, 
p. 17. On ne voit pas que le titre de « père » ait été 
employé dans le protocole égyptien. Il y avait seulement, 
à la cour du pharaon, des rokhou ou « commis » du roi, 
qui pouvaient traiter avec lui sans intermédiaire et qui, 
descendants éloignés des princes et des princesses de 
jadis, étaient plus ou moins apparentés au souverain 
régnant; puis des samîrou ou « amis », anciens com- 
pagnons du prince dont ils avaient partagé l'éducation 
et les jeux. Cf. Maspero, Histoire ancienne de l'Orient 
classique, 1. 1, p. 280, 281. On peut s'étonner que Joseph 
ait pris, vis-à-vis de ses frères, un titre purement égyp- 
tien et probablement inconnu d'eux; mais ce titre était 
suffisamment expliqué pour eux par ceux qui suivent, 
'âdôn, « seigneur », et mosêl, « prince », de toute 
l'Egypte. Le Samaritain traduit ici 'âb par rê'éh, 

« ami, conseiller ». En égyptien, I I -f- , àb, voulant dire 

« cœur », on pourrait expliquer le titre dans le sens d'ami. 

Mais, ? ( àb, signifie aussi « préposé, inspecteur »; pe 

abu n pirao, « les inspecteurs royaux, » Papyrus Anas- 
tasi, v, 24; ce qui convient à la fonction de Joseph. — 
2. Le roi Assuérus appelle Aman son « second père », 
c'est-à-dire son ministre et son conseiller. Esth., xm, 6. 
— 3. La même appellation était en usage à la cour des 
rois syriens. I Mach., xi, 32. Matathias mourant recom- 
mandait à ses fils d'avoir confiance en leur frère Simon, 
homme de conseil et destiné à être pour eux un père. 
I Mach., n, 32. 

9» Auteur. — Job, xxxvui, 28, parle du père de la 
pluie, c'est-à-dire de celui qui l'a créée. Les chefs 
d'Israël, devenus idolâtres, disent au bois : « Tu es mon 
père, » et à la pierre : « Tu m'as mis au monde, » Jer., 
Il, 27, c'est-à-dire attribuent leur existence aux idoles 
de bois ou de pierre. 

10° Père adoptif. — Saint Joseph est appelé père de 
Jésus, en ce sens qu'époux de Marie, il a été appelé à 
remplir les fonctions de père adoptif auprès du divin En- 
fant. Luc, 11,33,48. Les Juifs ont adopté le diable pour 
père, en se comportant à son égard comme des enfants 
dociles et en obéissant à ses inspirations. Joa., vin, 44. 

11» Vieillard. — A raison de son âge, il doit être 
traité comme un père. I Tim., v, 1. — La Vulgate 
ajoute à Bacchus le nom de père, qui ne se lit pas 
dans le texte grec. II Mach., xiv, 33. — Dans Job, 
xxxiv, 36, 'âbi ne signifie pas « mon père », comme 
traduit la Vulgate; c'est un mot de sens douteux ou 
une simple interjection dont les Septante n'ont pas 
tenu compte. — Le mot 'âb entre dans la composition 
de beaucoup de noms propres. Voir Ab, t. i, col. 12. 

II. Par rapport à Dieu. — Dieu est le père par ex- 
cellence et toute paternité a en lui son origine. Eph., 
m, 15. Mais Dieu est père à des titres divers. — 
1° Père de tous les hommes. — Cette idée n'apparait 
qu'aux temps voisins de l'Évangile. « O Père, c'est votre 
Providence qui gouverne » le vaisseau sur la mer. 
Sap., xiv, 3. Notre-Seigneur apprend aux hommes à 
reconnaître le Père céleste, le Père qui est dans les 
cieux, Matth., v, 16, 48, etc., qui s'occupe de tous et 
fait lever son soleil sur les méchants comme sur les 



131 



PERE —PEREE 



132 



bons. Matth., v, 45. Il leur enseigne à l'invoquer en 
l'appelant « notre Père ». Matth., vi, 9; Marc, si, 25; 
Luc, xi, 2, 13. Il veut qu'on ne donne à personne le 
nom de père, c'est-à-dire en l'entendant dans le sens 
de créateur et de souverain Maître, parce que les 
hommes n'ont qu'un seul Père, celui qui est dans les 
«eux. Matth., xxm, 9. — 2° Père des Israélites. — 
Jéhovah est le père et le créateur d'Israël. Deut., 
xxxii, 6. Les prophètes le rappellent, Is., lxiv, 8; 
Jer., ni, 4; xxxi, 9, parfois pour reprocher aux Israé- 
lites de ne pas faire honneur à cette paternité. Mal., i, 
6. Isaïe, lxiii, 16, va jusqu'à dire, en s'adressant à 
Dieu : « Vous êtes notre père; car Abraham nous 
ignore et Israël ne nous connaît pas, n ce qui signifie 
que la paternité d'Abraham et de Jacob est absolument 
négligeable en regard de celle de Dieu, et que d'ailleurs 
les patriarches ne peuvent rien pour leurs descendants. 
— 3° Père du juste. — David invoque Dieu comme son 
père. Ps. lxxxix (lxxxviii), 27. Jéhovah promet d'être 
un père pour Salomon, si ce prince lui est fidèle. 
II Reg.,vn, 14;I Par., xvn, 13. Le fils de Sirach s'adresse 
à Dieu comme au souverain Maître de sa vie. Eccli., 
xxm, 1, 4. Il lui dit : « Seigneur, tu es mon père ! » 
ce que les versions traduisent par : « Seigneur, père de 
mon Seigneur. » Eccli., li, 10. Dans la Sagesse, n, 16, 
les impies constatent que le juste se glorifie d'avoir 
Dieu pour père. — 4° Père du chrétien. — Dieu est 
un père pour le chrétien, en vertu de l'adoption divine 
méritée par le Fils et opérée par le Saint-Esprit, Rom., 
vin, 15; Gai., iv, 6, par conséquent dans un sens bien 
supérieur à celui de la paternité qui s'exerce envers 
les hommes en général, les Israélites ou les justes de 
l'ancienne Loi. — 5° Père de son Fils éternel. — Vis-à- 
vis de ses créatures, Dieu est père, sans distinction de 
personnes divines, par droit de création, de conserva- 
tion, d'élection, de rédemption et d'adoption. Mais, 
au sein même de l'auguste Trinité, l'une des personnes 
a le titre de Père vis-à-vis d'une autre personne qui a 
le titre de Fils et qui est éternellement engendrée par 
la première. Notre-Seigneur est ce Fils du Père, et sa 
filiation éternelle n'est en rien modifiée par son incar- 
nation. Il parle du Père céleste, qui exerce sa puissance 
et sa bonté sur toutes les créatures en tant que Dieu 
unique et indivisible; mais il nomme aussi très sou- 
vent un être divin qu'il appelle « mon Père », devant 
lequel il s'abaisse en tant qu'homme, Joa., xvn, 4; 
Matth., xxvi, 39; Marc, xiv, 36; Luc, xxii, 42, etc., 
mais avec lequel il revendique, en tant que Dieu, les 
droits d'égalité. Joa., x, 30; xiv, 9; Matth., xxvm, 19, 
etc. Notre-Seigneur parle continuellement de son Père 
dans ce sens qui lui est personnel. Matth., xxiv, 36; 
xxvi, 39, 42; Luc, n, 49; x, 21; xxn, 29; xxm, 34, 
46; Joa., i, 14; h, 16; m, 35; v, 17; vm, 27; xiv, 6, 9, 
etc. Les Juifs le comprenaient si bien en ce sens qu'ils 
lui reprochaient de « dire que Dieu était son père, se 
faisant lui-même l'égal de Dieu. » Joa., v, 18. Voir 
Fils de Dieu, t. n, col. 2254; Jésus-Christ, t. in, 
col. 1501-1503. Cf. Lepin, Jésus Messie et Fils de Dieu 
d'après les Évangiles synoptiques, Paris, 1905, p. 267- 
337. H. Lesêtbe. 

PÉRÉE (lUpaîa), « région au delà » et à l'est du 
Jourdain, nom d'une province de Palestine au temps 
<lu Sauveur. 

I. Nom et acceptions. — Employé par Josèphe, 
Bell, jud., III, m, 3, ce nom correspond à la locution 
itépav toO 'IopSâvou, « au delà du Jourdain », commu- 
nément usitée dans les Septante pour traduire l'expres- 
sion 'êber hay-Yardên du texte hébreu, souvent em- 
ployée pour désigner toute la région orientale occupée 
par les Israélites. Dans l'Ancien Testament en général 
et parfois dans le Nouveau, comme Joa., I, 28, m, 26; 
x, 40 et Math., iv, 15, où l'Évangéliste reproduit le mot 



d'Isaïe, vm, 23- (Vulgate, ix, 1), la locution est prise 
comme un véritable nom propre équivalant au nom de 
Pérée, ou Transjordane, de l'historien juif. Elle rem- 
place, depuis la captivité, le nom de Galaad, pour dé- 
signer de même que dans les temps anciens toute lapartie 
orientale de la terre d'Israël. Dans l'énumération des 
régions dont les populations accouraient pour écouter 
fa 'parole de Jésus, la « Transjordane » ou Pérée est 
citée après la Galilée, la Décapole, Jérusalem et la Judée. 
Matth., iv, 25; cf. Marc, m, 7-8. 

IL Limites et étendue. — Josèphe recense la Pérée 
avec la Judée, la Samarie et la Galilée, comme une des 
quatre grandes divisions de la terre d'Israël. Elle est 
beaucoup plus vaste que la Galilée, mais aussi plus 
accidentée et plus sauvage, quoiqu'encore abondante 
en fruits, couverte d'arbres, spécialement de vignes, 
d'oliviers, de palmiers et bien arrosée par des sources et 
des cours. d'eau permanents. Elle s'étend en longueur 
du sud au nord, de Machéronte (Menkour) ou de la 
Moabitide et de PArnon à Pella, et du Jourdain, à 
l'ouest, à la frontière d'Arabie ou jusqu'à Hésébon 
(Elesbân), Philadelphie ('Amman) et Gérasa (Djéras), 
à l'orient. Bell, jud., III, m, 3. Ainsi limitée, la Pérée 
comprend seulement la partie méridionale extrême de 
la Décapole, si même elle ne l'exclut pas tout entière. 
Il s'agit sans doute de la Pérée politique, telle qu'elle 
fut quand Pompée déclara libres les principales villes 
de la Décapole, ou quand, à la mort d'Hérode l'ancien, 
Auguste les annexa à la province de Syrie. Cf. Ant. 
jud., XIV, iv, 4; XVII, xi, 4; Bell, jud., I, vu, 7. La 
Pérée était en cette condition au temps du Sauveur. 

Cependant l'historien juif, en appelant Gadara la 
métropole de la Pérée, Bell, jud., IV, vu, 3, en recule 
ainsi la frontière septentrionale jusqu'au Yarmouk, 
aujourd'hui le Serî'at el-Menâderéh, limite du terri- 
toire de Gadara (Umm-Keis). Dans ces limites, outre 
cette dernière ville, étaient enclavées Pella (Fahêl), 
Dion (Khirbet) et Capitoliade (Beit er-Râs), et Gérasa 
[Djéraè), c'est-à-dire la moitié des villes de la Déca- 
pole. C'était à peu près tout le territoire des anciennes 
tribus de Gad et de Ruben, le pays de 'Adjloûn actuel 
et la Belqd septentrionale au nord de Youadi Môdjib, 
l'ancien Arnon, divisé en deux parties à peu près 
égales par la Zerqd, l'ancien Jaboc. Les Talmuds, qui 
considèrent la Perée au point de vue des observances 
légales, y font entrer encore plusieurs localités du Hau- 
ran et du Djédour, comme Nève (Ndoua), Édréi (ed- 
Dera'a) et quelques autres qui appartenaient à la tribu 
de Manassé orientale. Cf. Mischna, Baba Batra, III, 2; 
Ketouboth, xm, 9; Tosiftha, même traité à la fin; 
Talmud Bab., Sanhédrin, n, b, etc. Cf. A. Neubauer, 
Géographie du Talmud, in-8», Paris, 1868, p. 56, 241- 
251. Voir la carte de Gad, t. m, col. 28. 

III. Population. — Au temps du Sauveur, la Pérée 
était occupée par les races les plus diverses. — Les 
Moabites, qui avaient profité de la scission du royaume 
d'Israël pour se réinstaller dans la partie située 
entre l'Arnon et le Jaboc, ne l'avaient plus quittée. 
Les Ammonites s'étaient avancés vers l'ouest, et au 
temps des Machabées ils occupaient Jaser et les alen- 
tours. I Mach., v, 6-9. A eux s'étaient mêlés les Nabu- 
théens et diverses autres branches ismaélites ou arabes. 
Cf. I Mach., x, 25; ix, 35,36; Ant. jud., XII, iv, 11, etc. 
Après la déportation en Assyrie des tribus orientales 
d'Israël, les Syriens de Damas avaient pu occuper 
complètement la contrée. Josèphe, Bell, jud., xvm, 1, 
nous les montre peuplant les villages de la Pérée,tant 
au sud qu'au nord du Jaboc, et son récit les suppose, si- 
non formant le fond de la population, du moins nom- 
breux dans les principales villes du pays,' à Philadelphie 
ou 'Amman, à Hésébon, à Gérasa, à Pella, à Gadara. — 
A ces éléments purement orientaux et sémites, était 
veau se joindre lors de l'invasion gréco-macédonienne 



133 



PÉRÉE — PERGAME 



134 



l'élément occidental ou japhétique. ' Pella de Pérée, 
comme son homonyme d'Apamée, doit sans doute son 
origine à des soldats de l'armée d'Alexandre qui, s'étant 
arrêtés au pied des monts de Galaad, et non loin au nord 
du Carith (ouadi Yâbis), avaient voulu donner à leur 
ville le nom de la patrie de leur maître. Elle aurait pour 
fondateur, ainsi que Dion, s'il faut en croire Etienne 
de Byzance, Alexandre lui-même (332 avant J.-C). Cf. 
Reland, Palsestina, p. 736-737. Les autres villes de la 
Décapote dont les noms sémitiques indiquent une ori- 
gine plus ancienne durent être relevées ou agrandies et 
embellies, pour recevoir des colonies de même genre. 
Vers la même époque, les Juifs trop à l'étroit dans la 
Judée étaient revenus dans cette Transjordane que leur 
avait donnée Moïse. Devant la fureur des autres popu- 
lations toutes païennes, les Machabées avaient dû ra- 
mener leurs frères dans la terre de Juda, I Mach., v, 
45. Après les conquêtes, en cette région, de Jean Hyrcan 
(135-107), d'Alexandre Jannée (106-39) et de son fils Hyr- 
can (79-40), les Juifs s'établirent de nouveau dans un 
grand nombre de villes de la Pérée où se trouvaient 
des Syriens et en relevèrent un grand nombre d'autres 
qui avaient été ruinées. Josèphe, Ant. jud., XIII, 4. 
De gré ou de force, une multitude de païens embras- 
sèrent alors la religion des Juifs. Cf. Ant. jud., XIII, 
xv, 4; Bell, jud., II, xvm, 1. Pompée, en 63, soustrait 
Gadara, Pella, Dion à la domination des Juifs et déclare 
leurs habitants autonomes. Ant. jud., XIV, iv, 2, 4. 
C'était sans doute le même motif qui détermina plus 
lard Auguste, après la mort d'Hérode (404), à enlever 
Gadara à Hérode Antipas (4-39), et à la rattacher à la 
Syrie, parce que cette ville était « grecque ». Ant., 
XVII, xi, 4. Elles étaient toutefois plus grecques, par 
leur caractère extérieur et la religion, que par le nom- 
bre de leurs habitants hellènes, puisque l'historien, 
Ant., XIII, xv, 4, nomme Gadara même une ville « de 
Syrie » et qu'au commencement des troubles de Judée 
(61), les Juifs se jettent sur elle pour venger, par le 
massacre des Syriens, leurs frères traités de même à 
Césarée. Bell, jud., II, xvm, 1. — Telle était la popu- 
lation de la Pérée quand le Christ commença la pré- 
dication de l'Évangile. Les foules qui accouraient de là 
et de la Décapole pour l'entendre étaient, sans doute, 
pour le plus grand nombre, des Juifs de la région et 
« des judaïsants » ou convertis. Voir Reland, Pal&stîna, 
Utrecht, 1714, p. 197-200. Cf. Décapole, t. n, col. 1333- 
1336; Galaad, t. in, col. 45-59; Moab, t. iv, col. 1138- 
1178. L. Heidet. 

PEREIRA DE FIGUEIREDO Antonio, théologien 
portugais né au bourg de Macao, le 14 février 1725, 
mort à Lisbonne, le 14 août 1797. Il fit ses études au 
collège des Jésuites à Villa- Viçosa et entra en 1744 à 
l'Oratoire de Lisbonne, où il enseigna la grammaire 
(1752), la rhétorique (1755), et la théologie (1761). Dans 
le conflit qui s'éleva entre le Portugal et le Saint-Siège 
il défendit d'abord l'Église, mais Pombal le gagna à sa 
cause et le combla d'honneurs. Il quitta l'habit reli- 
gieux et attaqua violemment le Pape et les doctrines 
romaines dans une foule de publications. Nous n'avons 
à mentionner parmi ses écrits que sa traduction des 
Écritures : O Velho e Novo Testamento em Portuguez, 
23 in-8", Lisbonne, 1778-1790. Les notes qu'il a jointes 
à sa version ne sont pas toujours orthodoxes. Voir 
Portugaises (Versions) de la Bible. 

PEREYRA Benoît, exégète espagnol, né vers 1535, 
près de Valence, mort à Rome le 6 mars 1610. Il entra 
au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1552, professa 
longtemps la philosophie, la théologie et l'Écriture 
Sainte et "se fit une grande réputation par son savoir et 
son érudition. Nous lui devons : 1° Un long commen- 
taire et diverses dissertations sur la Genèse, en 4 in-f° : 



Ben. Pererii, Valentini, commentariorum et dispu- 
tationum in Genesim tomi quatuor. Cet ouvrage 
d'abord imprimé à Rome, 1591-1595, le fut ensuite plu- 
sieurs fois à Lyon et à Cologne. — 2° Un commen- 
taire sur Daniel, en 16 livres, dédié au cardinal Caraffa, 
in-f°, Rome, 1587 : Ben. Pererii, Valentini, commen- 
tariorum in Danielem prophetam libri sexdeeim. Il 
fut réimprimé à Lyon l'année suivante, à Anvers en 
1594. Les éditions de Trêves (1618 et 1625) ne donnent 
que la 4 e partie de ce travail. — 3° Des Dissertations 
considérables sur l'Exode, Ingolstadt, in-4°, 1601 ; Lyon, 
1602 et 1607; sur l'Évangile de S. Jean, Lyon, in-4«, 
1608 et 1610; sur l'Apocalypse, Lyon, in-4°, 1606; Ve- 
nise, in-8°, 1607; sur YÉpître aux Romains, Ingolstadt, 
in-4°, 1603; Lyon, 1604; Ben. Pererii, Valentini, sele- 
ctarum disputationum in Sacram Scripturam tomi 
quatuor. Ses autres ouvrages d'exégèse restés manus- 
crits sont : 1° In B. Matthsei et B. Lucie Evangelia 
commentarii ; 2° Passio secundum IV Evangelistas 
explicata; 3° Explicatio aliquot capitum S. Evangelii 
secundum Matthseum et Lucam; 4° Prolegomena in 
Epistolam Divi Pauli ad Romanos; 5° Exposilio 
Evangelii S. Joannis; 6° Diverses dissertations sur des 
points spéciaux. P. Bliard. 

PEREZ DE VALENCE Jacques, théologien espa- 
gnol, né à Ayora, diocèse d'Orihuela, mort en 1490 ou 
1491. Religieux augustin, il occupa les premières char- 
ges de son ordre avant de devenir évêque de Chrysopolis 
et suffragant de Frédéric Borgia, cardinal de Valence, 
plus tard pape sous le nom d'Alexandre VI. On a publié 
de Jacques Perez : Expositio in caput m Threnorum, 
in-f°, Paris, 1482; Centum et quinquaginta Psalmi 
cwm diligentissima etiam titulorum omnium expo- 
sitione, in-f°, Valence, 1484; Expositio in Cantica 
canticorum, in-f°, Venise, 1498; Expositio in Exodum, 
in-f», Paris, 1533. — Voir N. Antonio, Biblioth. Bis- 
pana vêtus, t. i, p. 329. B. Heurtebize. 

PERGAME (grec : rb népfa|j.ov, t\ Ulpfaiioç; ce 
nom n'apparaissant qu'au datif et à l'accusatif dans le 
Nouveau Testament, sans article, on ignore quel genre 
lui attribuait l'écrivain sacré), ancienne capitale de la 
Mysie, dans le district de Tèuthranie, région accidentée 
et montagneuse; puis métropole de la province romaine 
de VAsia propria, en Asie Mineure. Aujourd'hui, 
Bergamo ou Bergama (tig. 19). Pergame est mention- 




19. — Monnaie de Pergame. 

Têtes affrontées de Tibère et de Livie. CEBACTOI Em IIETP[Q- 

Nior].— q. 0EON CEBACTON IIEPrAMHNOi. Temple d'Auguste. 

née en deux endroits du Nouveau Testament : 1° Apoc, 
i, 11, dans la liste de sept Églises d'Asie Mineure 
auxquelles saint Jean reçut l'ordre d'adresser le récit 
de ses visions de Patmos; 2° Apoc, il, 12, en tête de 
la troisième des sept lettres écrites par l'Apôtre à ces 
mêmes Églises, de la part de N.-S. Jésus-Christ. 

I. Topographie. — Au dessus d'une plaine ondulée, 
traversée par deux cours d'eau, se dresse une colline 
très remarquable, haute d'environ 300 mètres, à la 
forme arrondie, qui, vue d'en bas, ressemble à un cône 
de pin et que les anciens surnommaient pour ce motif 
aTpoêiXosiSéç. Strabon, XIII, iv, 1. C'est au sommet de 
cette masse de trachyte que fut bâtie la cité primitive 
de Pergame, avec une citadelle ou acropole extrême- 



135 



PERGAME 



136 



ment forte. Plus tard, une ville beaucoup plus considé- 
rable s'étala peu à peu au pied de la montagne. 

Le Kétéios (aujourd'hui KesteUtchaï) et le Sélinos 
(Bergama-tchaï), venant tous deux du nord, coulent 
dans des ravins profonds et abrupts. Le premier longe 
simplement la ville; comme autrefois, le second la 
traverse sur une étendue d'environ 800 mètres. Pline, 
H. N., v,126. Ils vont se jeter, l'un et l'autre, à quelques 
Kilomètres au sud de Pergame, dans le Caïcos, aujour- 
d'hui Bakyr-lchaï, la rivière principale de la région, 
qui arrose une vallée d'une grande beauté, large et 
fertile, Strabon, XIII, IV, 2, et qui a son embouchure à 
environ 25 kil. (120 stades) de Pergame, dansla mer Egée, 
près de l'ancienne ville d'Élaîa, aujourd'hui Tchanderlik. 



thère (284-263); Eumène I" (263-2M); Attale 1" (241- 
197); Eumène II (197159); Attale II (159-138); Attale 
III (138-133). Nous ne relèverons que les traits princi- 
paux de leur histoire, en tant qu'elle peut intéresser 
leur capitale. 

Après la mort d'Alexandre le Grand, Pergame tomba 
sous la domination de Lysimaque, l'un de ses généraux 
et successeurs. La ville ne consistait alors qu'en une 
citadelle, bâtie, avec un certain nombre de maisons, au 
sommet de la montagne isolée qu'enserrent le Kétéios 
et le Sélinos. Lysimaque y mit en sûreté son riche trésor 
de 9 000 talents (environ 44 000 000 de francs), dont il 
confia la garde à l'eunuque Philétère. Celui-ci, mettant 
à profit les troubles politiques qui régnaient alors, 




20. — Vue de l'Acropole de Pergame. D'après une photographie. 



Le Caïcos était autrefois navigable. A Pergame, le Kétéios 
est presque toujours à sec; le Sélinos a un peu d'eau, 
qui arrose quelques jardins. Du sommet de l'acropole, 
la vue s'étend jusqu'à la mer et jusqu'à Mitylène. 

II. Histoire de Pergame. — 1« A l'origine. — Anté- 
rieurement à la dynastie qui établit la puissance de 
Pergame, cette ville n'a qu'une histoire assez obscure, 
ou presque toute légendaire. Elle paraît avoir été fondée 
par des colons grecs, qui, d'après la tradition la plus 
vraisemblable, étaient orignaires d'Arcadie. Voir Hessel- 
meyer, Die Vrprùnge der Stadt Pergamos in Kleina- 
sien, .1885; E. Chrœmer, Pergamos, Leipzig, 1888. La 
première mention faite de Pergame dans un texte his- 
torique ne remonte qu'au début du rv e siècle avant 
J.-C. Xénophon, Anabas., VII, vm, 8; Hellenic, III, 
I, 6. Les plus anciennes monnaies qu'on ait d'elle 
. datent des années 420-400 avant notre ère. 

2° Sous les princes de la famille des Attales. — Au 
commencement du ni e siècle avant J.-C, Pergame 
acquit tout à coup une grande célébrité, grâce à ses 
princes et rois, les Attalides, dont voici la liste : Philé- 



réussit à s'emparer du trésor'etjde] la citadelle, qu'il 
transmit à son neveu Eumène, petit dynaste des environs, 
fondateur de la brillante famille des Attalides. Attale I er 
reçut d'Eumène un territoire considérablementagrandi, 
grâce à des victoires remportées soit sur Antiochus de 
Syrie, soit sur les Gaulois, ou Galates, qui envahirent 
l'Asie Mineure en 279. Il prit le titre de roi, après avoir 
battu à son tour ces derniers (240); et voyant l'avantage 
qu'il y aurait à profiter de l'amitié des Romains, dont 
l'influence commençait à se faire sentir en Asie Mineure, 
se fit leur fidèle allié. Sous son règne, Pergame devint 
non seulement la capitale d'un royaume considérable 
et l'une des villes les plus importantes de l'Asie anté- 
rieure, mais aussi un grand centre commercial et artis- 
tique, et une métropole d'une magnilience vraiment 
royale. La prospérité et la splendeur de la cité s'ac- 
crurent encore sous Eumène II, Strabon, XIII, IV, 2, qui 
y multiplia les monuments somptueux, sacrés ou pro- 
fanes. Il l'enrichit notamment d'une bibliothèque 
admirable pour l'époque, où l'on comptait plus de 
200 000 volumes ou rouleaux; grâce à elle, Pergame fut 



137 



PERGAME 



138 



aussi le centre d'un grand mouvement littéraire et 
scientifique. Elle fut transportée plus tard à Alexandrie, 
Antoine en ayant fait présent à Cléopàtre. Pline, H. N., 
m, 2. Eumène donna également aux arts une impul- 
sion considérable, et établit à Pergame une école de 
sculpture très illustre, qui posa la base de l'art dit 
pergaménien. La ville avait alors, comme autre source 
de richesses, la fabrication des parfums et des coupes 
d'argile, le travail de l'ivoire, la taille des pierres fines, 
et surtout la préparation des parchemins. A cette époque, 
en effet, on n'exportait pas encore les papyrus d'Egypte, 
et l'on se servait en Asie, pour les livres, de peaux de 
moutons, de chèvres et de veaux, auxquelles on faisait 
subir une préparation spéciale. Comme l'art de préparer 
ces peaux atteignit à Pergame une perfection particu- 
lière, on ne tarda pas à leur donner le nom de charta>. 
pergamense, qui subsiste encore sous la forme de 
« parchemin. » A la mort d'Eumène II, son frère 
Attale II prit les rênes du gouvernement, comme tuteur 
du jeune Attale III, fils du roi défunt. Il est question 
d'Attale II au premier livre des Machabées, xv, 22. 
Voir Attale II, t. i, col. 1227-1228. Attale III mourut 
sans héritier en 133, après avoir légué son royaume 
aux Romains, par un testament que Salluste soup- 
çonne d'avoir été simulé, Histor., v; cf. Horace, Od., II, 
xvin, 5, mais dont on reconnaît aujourd'hui la sincérité. 
— Ces divers princes battirent successivement monnaie, 
et Pergame continua ensuite, jusqu'à la fin du III 8 siècle 
de notre ère, d'user de ce privilège. Ses monnaies les 
plus courantes sont les cistophori, ainsi nommées 
parce qu'elles portaient gravée la cista mystica, avec 
d'autres objets rappelant le culte de Bacchus. On y voit 
aussi les insignes des trois autres grandes divinités de 
Pergame : Zeus, Athéné, Esculape. 

3» Sous la domination romaine. — Après la mort 
d'Attale III, le royaume de Pergame fut incorporé à 
J'empire romain, sous le nom d'Asia propria, et, pen- 
dant deux siècles encore (jusqu'en 129 de l'ère chré- 
tienne), la ville demeura la capitale de la province. 
Strabon, XIII, vi, 23, l'appelle litiçavii; noXi;. Cf. Pline, 
H. N., v, 30. Elle était le siège d'un tribunal su- 
prême; elle avait à sa tête, comme d'autres villes 
d'Asie, un asiarque, sorte de magistrat municipal indé- 
pendant, qui présidait les fêtes civiles et religieuses. 
On y avait installé une école de médecine, dont sortit 
le célèbre Galien. Les Romains continuèrent les tradi- 
tions artistiques des Attalides, et contribuèrent aussi 
beaucoup à orner soit l'acropole, soit la ville basse, qui 
leur durent de beaux monuments. Pergame ne demeura 
donc pas alors sans gloire, bien qu'Éphèse et Smyrne se 
fussent développées à ses dépens et l'eussent peu à peu re- 
jetée dans l'ombre. Vers la fin du premier siècle après 
J.-C, à l'époque où fut composée l'Apocalypse, Éphèse 
lui ravit même, sinon officiellement, du moins dans l'ap- 
préciation populaire, son titre de capitale de la province; 
c'est pour cela sans doute que Pergame n'est citée qu'au 
troisième rang parmi les sept églises, à la suite 
d'Éphèse et de Smyrne. Apoc, n. Voir W. M. Ramsay, 
dans le Diction, of the Bible de Hastings, t. m, p. 750- 
751. Au second siècle de notre ère, elle avait encore 
120000 habitants; mais, plus tard, elle dépérit graduel- 
lement, surtout sous les empereurs byzantins. Elle 
compte aujourd'hui environ 14 500 habitants, Turcs, 
Grecs, Arméniens, etc. 

III. PEHGA.ME ET LE CHRISTIANISME. — NOUS ignorons 

dans quelles circonstances spéciales le christianisme 
avait pénétré à Pergame. Ce fut peut-être dès l'époque 
de saint Paul. Cf. Act., xix, 10. Bu moins, le passage 
de l'Apocalypse qui la concerne suppose qu'elle possé- 
dait, à la fin du premier siècle, une chrétienté considé- 
rable, fervente et parfaitement organisée, bien que, 
malheureusement, la secte impure des Nicolaïtes, voir 
Njcolaïtes, t. îv, col. 1616-1617, y eût un certain nom- 



bre d'adhérents, comme à Éphèse. Apoc, II, 6. — Les 
interprètes se demandent, sans pouvoir se mettre 
entièrement d'accord, pourquoi, dans la lettre de saint 
Jean à « l'ange » de Pergame, cette ville est appelée à 
deux reprises, Apoc, il, 13, « le trône (ou l'habitation) 
de Satan. » La pensée générale est claire : ces mots 
signifient évidemment que l'évêque de Pergame exerçait 
son ministère dans un endroit qui présentait des difficul- 
tés particulières; mais il est difficile d'indiquer avec 
certitude le motif pour lequel Satan était censé avoir 
son siège à Pergame plutôt qu'ailleurs. — 1° D'après 
d'assez nombreux commentateurs, cela viendrait de ce 
que l'esprit de persécution, qui est vraiment un espri 
satanique, Apoc, n, 10, faisait alors rage à Pergame 
plus que dans aucune autre ville d'Asie; un passage de 
la lettre, Apoc, n, 13, mentionne le martyre du « témoin 
fidèle » Antipas. — 2° Une autre interprétation se rattache 
au culte vraiment extraordinaire dont le dieu Esculape 
fut l'objet à Pergame, à toutes les époques de son his- 
toire, mais surtout sous la domination romaine. C'est, 
en effet, sous les Romains que fut bâti, dans la ville 
basse, aux frais de l'Asie entière, Philostrate, Apoll.,i\,i, 
le célèbre Asclépéion ou temple d'Esculape, dont les 
dépendances étaient considérables, et qui jouissait du 
droit d'asile. Les malades y accouraient de très loin, dans 
l'espoir d'obtenir des guérisons miraculeuses ; ils atlen- 




21. — Monnaie de Pergame. 
Tète d'Esculape à droite. — fy Serpent. ACKAEIIIOr [CQTH]P0C. 

daient que le dieu leur dictât en songe des ordonnances 
infaillibles. Tacite, Ann., m, 63; Pausanias, III, xxvi, 
8. Esculape était, d'après Martial, IX, XVI, 2, le per- 
gamenus deus par excellence. Or, ce dieu avait pour 
emblème le serpent, comme on le voit par de nom- 
breuses monnaies de l'antiquité (fig. 21). D'un autre 
côté, Satan est, dans la Bible, le t. serpent antique ». Cf. 
Gen., in,l sq. ; Apoc, xn, 9 ; xxii, 2, etc. — 3« Selon 
d'autres, l'allusion porterait spécialement sur ce fait que 
Pergame était devenue, dès le règne d'Auguste, un 
centre du culte rendu à Rome et aux empereurs. — 
4° On a pensé aussi tout spécialement à l'autel gigantes- 
que qui fut érigé en l'honneur de Zeus Soter sur le 
plateau de l'acropole, par les soins d'Eumène II, entre 
les années 183 et 174 avant J.-C. Il était tout entouré de 
colonnades, et avait près de 35 m. de longsur37m.de 
large. Sa façade extérieure était ornée d'un haut-relief 
qui représentait la lutte des géants avec les dieux, en 
souvenir des victoires que les Attalides avaient rem- 
portées sur les Galates (fig. 22). — 5° Enfin, et telle est 
peut-être l'interprétation la plus naturelle, on a supposé 
quesiPergame estappelée le « trônede Satan», ce n'est 
pas seulement pour un de ces motifs particuliers, mais 
surtout parce qu'elle était devenue chaque jour davan- 
tage, depuis le commencement du m' siècle avant notre 
ère, un centre général d'idolâtrie. A côté du culte rendu 
à Rome et à l'empereur, à Esculape et à Jupiter, il y 
avait celui qu'on offrait à Athéna Polias Niképhoros, à 
Bacchus, â Vénus, etc., comme l'indiquent encore les 
ruines de vingt temples divers, échafaudés sur la mon- 
tagne et éparpillés dans la ville basse. Par ce culte et 
par les orgies qui s'y associaient, Pergame était vrai- 
ment devenue le trône de Satan. 

IV. Etat actuel des monuments de Pergame. — 
Jusqu'aux vingt dernières années du xix e siècle, les 



139 



PERGAME — PERGÉ 



140 



ruines de Pergame, malgré leur étendue considérable, 
ne disaient presque rien aux peu nombreux voyageurs 
qui allaient les visiter. Mais le gouvernement prussien 
entreprit en 1878, sous l'habile direction de MM. Hu- 
mann, Bonn, Conze, etc., des fouilles importantes, qui 
durèrent jusqu'à l'année 1886. Elles nous ont livré le 
plan complet des monuments de l'acropole et de la ville, 
en même temps qu'elles mettaient à jour des débris 
très précieux d'architecture, de sculpture, etc. En bas 
de la colline, on voit les restes plus ou moins bien con- 
servés des remparts, d'un aqueduc souterrain, de quais, 
de ponts, d'un stade, de thermes, d'un théâtre, d'un 
amphithéâtre, de l'Asclépéion, etc. En haut, sur les 
quatre terrasses superposées du plateau de l'acropole, 
on admire les restes d'un gymnase, de l'autel de Jupiter, 
de plusieurs des temples mentionnés ci-dessus, d'un 
pslais royal, de la bibliothèque d'Eumène II, d'un 
théâtre, etc. De nombreuses sculptures, statues, etc., 
sont devenues les richesses opimes du musée de Berlin. 



Amazonengruppe des AttalischenWeihgeschenks, eine 
Studie zur Pergamenischen Kunstgeschichte, Berlin, 
1896; J. L. Ussing, Pergamos, dens Historié og Monu- 
menten, Copenhague, 1897 ; Corne, Pro Pergamo, 
Berlin, 1898; E. Schweizer, Grammatih der Pergame- 
nischen lnschriften, Beilràge zur Laut-und Fiexions- 
lehre der gemein-griechischen Spi'ache, Berlin, 1898, 
E. Pontremoli et M. Colignon, Pergame, restauration 
et description des monuments de V Acropole, Paris, 1900 ; 
W. Dorpfeld, Der sûdliche Thor von Pergamon, 
Berlin, 1901, dans les Abhandlungen der kônigl. 
preussisch. Akademie der Wissenschaften ; Conze, Die 
Kleinfunde aus Pergamon, dans le même recueil, 
Berlin, 1902; G. Cardinali, 11 regno di Pergamo, Ri- 
cerche di storia e di dirittp pubblico, Rome, 1906; 
enfin la grande publication artistique Altertùmer von 
Pergamon, dont les parties suivantes ont été publiées : 
t. il, Das Heiligtum der Athena Polias Nikèphoros, par 
R. Bohn, Berlin, 1897; t. m, 1« partie, 3. Schram- 




22. — Autel de Jupiter à Pergame. Reconstitution. 
D'après Baumeiater, Denkmàler des klassischen AUertums, t. u, p. 1216, flg. 1404. 



V. Bibliographie. — 1" Auteurs classiques : Strabon, 
xiii, 4; Martial, ix, 17; Pline, H. N., XXXV, îv, 10; 
Tite-Live, XXXII, xxxm, 4; Polybe, xvi, 1; xxxn, 23; 
Ptolémée, V,n,14;Josèphe, Ant.jud.,XlY. — ^Auteurs 
modernes : "Macfarlane, Visit to the seven Apocalyptic 
Churches, 1832; Arundell, Discoveries in Asia Minor, 
t. Il, p. 302-307; von Prokesch-Osten, Denkwûrdig- 
keiten und Erinnerungen aus dent Orient, Stutt- 
gart, 1836-1837, t. m, p. 304 sq. ; von Schubert, Reise 
in's Morgenland, 2« édit., Erlangen, 1840, 1. 1, p. 316- 
318; Van Capelle, Commentatio de regibus et anli- 
quitatibus Perganienis, Amsterdam, 1842; Welcker, 
Tagebuch einer griechischen Reise, Berlin, 1865, t. n, 
p. 193 sq. ; Ergebnisse der Ausgrabungen zu Perga- 
mon, trois rapports publiés sur les fouilles allemandes 
par MM. Humann, Conze et Bohn, en 1880, 1882 et 1888, 
dans le Jahrbuchder kônigl. preussischen Kunstsamm- 
ït«ragren;Thiersch, Die Kônigsburg von Pergamon, Stutt- 
gart, 1883; Urlichs, Pergamon, Geschichte und Kunst, 
Leipzig, 1883; E. Reclus, Nouvelle géographie univer- 
selle, t. ix, L'Asie antérieure, Paris, 1884, p. 598-612; 
Humann, Fûhrer durch die Ruinen von Pergamon, 
Berlin, 1885; Fabricius et Trendelenburg, l'article 
Pergamon dans les Denkmàler des klassischen Al- 
tertums de Baumeister, t, n, p. 1206-1287, Berlin, 
1889; U. Pedroli, Il regno di Pergamo, S tudi e ricer- 
che, Turin, 1896; E. Le Camus, Les sept Églises de 
l'Apocalypse, Paris, 1896, p. 247-264; G. Habich, Die 



men, Der grosse Altar, der obère Markt, Berlin, 1906; 
t. iv, Die Theater-Terrasse, par R. Bohn, Berlin, 1896; 
t. v, 2 e partie, Das Trajaneum, par H. Stiller, Berlin, 
1895;- t. vin, Die lnschriften von Pergamon, par 
Max Frânkel, avec la collaboration de E. Fabricius et 
C: Schuchhardt, Berlin, 1895. L. Fillion. 

PERGÉ (Grec : Tlipm, Vulgate : Perga), ville de 
Pamphylie, située à l'ouest du Cestrus, à environ 
60 stades (12 kil.) de l'embouchure. Strabon, XIV, IV, 2 
(fîg. 23). Saint Paul et saint Barnabe dans leur pre- 
mière mission viennent de Pàphos à Pergé en remon- 
tant le fleuve. Act., xm, 13-14. Les Apôtres y séjour- 
nèrent probablement peu et ne paraissent pas y avoir 
prêché. Conybeare et Howson, The Life and Epistles of 
St. Paul, in-8°, Londres, 1891, p. 131, suivis par 
C. Fouard, S. Paul et ses missions, in-8°, Paris, 1892, 
p. 26-28, croient que saint Paul et ses compagnons 
arrivèrent à Pergé à l'époque où les habitants fuient 
les plaines malsaines du rivage pour se réfugier sur 
les hauteurs du Taarus; W. Ramsay, The Church in 
the Roman empire, 1893, p. 16-18, croit au contraire 
que cette migration est de date récente et qu'elle n'est 
pas antérieure aux Turcs. C'est à Pergé que Jean Marc 
quitta saint Paul et s'en retourna à Jérusalem. Act., xm, 
13. Voir Jean Marc, t. m, col. 1166. A leur retour de 
Pisidie, saint Paul prêcha à Pergé. Act., xiv, 24. 

Pergé était la seconde ville de Pamphylie, le centre des 



141 



PERGÉ — PÉRIBOLE 



142 



indigènes, tandis qu'Attalie était une colonie grecque. 
A Pergé se trouvait un temple célèbre d'Artémis, la 
même divinité que l'Artémis d'Ephèse. Les monnaies 
lui donnent le titre de reine de Pergé, rivaum, en 




23. — Monnaie de Pergé. — Tête laurée d'Artémis à droite. — 
^. APTEMIi 1 KEPrAI. Artémis en chiton court, debout à 
gauche, le carquois sur l'épaule, appuyée sur un sceptre et te- 
nant une couronne de laurier. A ses pieds une biche ; dans 
le champ I. 

dialecte pamphylien et plus communément celui d'Ar- 
témis de Pergé. C. Lankoronski, Les villes de Pam- 
vhylie et de Pisidie, in-f», Paris, 1890-1891, t. î, 
p. 17-37, 39, 49, 62. Inscription, n. 33 et 36, p. 172-173. 
W. Ramsay dans le Journal of hellenic StudieSj 1880, 
p. 147-271 ; Hill, Catalog. of Brilish Muséum, Pam- 
phylia, in-8», Londres, 1897, p. 129-131. Le temple d'Ar- 
témis était situé près de la ville sur une hauteur. On 




24. — Plan de Pergg 
D'après Lankoroski, Les villes d*Patnphyit 174 

y tenait chaque année une grande assemblée. Strabon, 
XFV, iv, 2. Il en reste quelques ruines. Le temple et 
son enceinte avaient droit d'asile. Arch. Epigraph. 
Mittheilungen aus Oesterreich, 1897, p. 67; C. Lanko- 
ronski, Les Villes de Pamphylie, 1. 1. p. 174, n. 39; Hill, 
Catalogue of tke Greek coins of Lycia, Pamphylia, 



1897, p. 119-142. Pergé porte aujourd'hui le nom de 
Murtana. E. Beurlier. 

PÉRIBOLE (hébreu : gédér, « mur; » Septante : 
itsp(it<XTa;, irEpEëoio;; Vulgate : peribolus), enceinte, mur 
formant enceinte. — Ézéchiel, xlii, 7, 10, parle d'un mur 
extérieur, long de cinquante coudées et parallèle aux 
chambres du Temple, de manière à laisser un espace 
vide entre les chambres et le mur. Les Septante tra- 
duisent par îrcpfcaToç, s lieu où l'on se promène, » ce 
qui convient à l'espace vide et non au mur. La Vul- 
gate emploie le mot peribolus, de irepigoio;, qui veut 
toujours dire « enceinte » ou « clôture ». — Sous 
Simon Machabée, on grava sur des tables d'airain le 
récit de ce qui avait été fait pour l'indépendance et 
la gloire de la nation, et on plaça ces tables sur le pé- 
ribole du Temple, en un lieu apparent. I Mach., xiv, 
48. Il est à croire que le mot péribole ne désigne pas 
ici le mur même du Temple, à distance duquel étaient 
tenus les gentils, mais un mur d'enceinte donnant 
sur le parvis des gentils et ménageant le lieu apparent 
qui permettait à tous de lire l'inscription. — Dans le 
Temple d'Hérode, le parvis des gentils contenait un 
péribole, ou mur d'enceinte, probablement à la place 
du péribole machabéen. Josèphe, Bell, jud., V, v, 2, 
en parle en ces termes : A l'intérieur des portiques, 
« tout l'espace à ciel ouvert était dallé de pierres de 
toutes sortes. Quand on se rendait par là au second 
Temple, tout autour s'élevait une barrière en pierre, 
SpiiçoxTo? XfOtvoc, de trois coudées de hauteur, fort 
élégamment construite. A intervalles égaux, se dres- l 
saient des colonnes pour rappeler, les unes en 
caractères grecs, les autres en latins, la loi de pureté 
en vertu de laquelle il n'est permis à aucun étranger 
d'entrer dans l'ftyiov (le saint), car le second Temple 
était appelé Sytov (le saint). » Pareille défense était 
déjà en vigueur au temps d'Antiochus le Grand, 
puisque ce prince reconnaît « qu'il n'est permis à 
aucun étranger de pénétrer dans le péribole du Temple, 
interdit aux Juifs eux-mêmes quand ils n'ont pas été 
purifiés conformément à la loi de leurs pères. » 
Josèphe, Ant. jud., XII, m, 4. L'historien juif dit 
ailleurs, Ant. jud., XV, xi, 5; Bell, jud., VI, n, 4, que 
l'infraction à cette défense comportait la peine de mort, 
et que l'autorité romaine avait sanctionné l'application 
de cette loi même à des Romains. Cf. Philon, Légat, 
ad Caium, 31, édit. Mangey, t. il, p. 577; Middoth, 
n, 3; Kelimj 1, 8. On a révoqué en doute l'assertion 
de Josèphe concernant la peine de mort infligée aux 
étrangers qui franchissaient le péribole. Mais, en 1871, 
la vérité de l'assertion a dû être reconnue, lorsque 
Clermont-Ganneau, Revue archéologique, nouv. sér., 
t. xxm, 1872, p. 214-234, 290-296, pi. x, retrouva une 
colonne de pierre portant, en grec, l'une des inscrip- 
tions mentionnées par Josèphe. Cette inscription, 
actuellement à Constantinople, au musée Tschnili- 
Kiôschk, et dont le musée judaïque du Louvre possède 
un moulage, est ainsi conçue : 

M H EN A AMOTENH ÏA1TVO 
PEYEXQA* ENIOX T<y< Y\E. 
PI TO IEPON TPYq>AKTOY KA1 
riEPIBOAOY OZ A AN AH 
4>0H EAYTQl AIT102 El 
TAI AIA TO EÏAKOAOY 
©EIN OANATON 

« Que nul étranger ne pénètre au dedans de la barrière 
qui entoure l'Upôv (les parvis réservés) et du péribole ; 
celui qui serait pris serait cause pour lui-même que 
la mort s'ensuivrait. » Cf. Schûrer, Geschichte des jû- 
dischen Volkes im Zeit. J. C, Leipzig, 1. 11, 1898, p. 271- 
275. En conséquence de cette défense, les Juifs surveil- 
laient avec soin les entrées du péribole. Aussi s'émurent- 



143 



PÉRIBOLE — PERLE 



144 



ils violemment quand ils crurent que saint Paul avait 
fait franchir l'enceinte sacrée à un gentil, Trophime 
d'Éphèse. Ils entraînèrent l'Apôtre hors du Temple dont 
ils firent aussitôt fermer les portes. Act., xxi, 29, 30. 
Le péribole était appelé soreg et l'on donnait le nom 
de hel à l'espace compris entre cette barrière et les 
bâtiments du Temple lui-même. Cf. Middoth, h, 3. 
Ce traité de la Mischna n'attribue à la barrière que dix 
palmes (0 m 67) de hauteur; l'indication de Josèphe, 
Bell, jud., V, v, 2, parlant de trois coudées (1 ,1, 5'7), 
paraît plus vraisemblable. L'espace circonscrit par le 
péribole s'élevait de quelques degrés au-dessus du 
terre-plein du parvis des gentils. Cf. Josèphe, Ant. 
jud., XV, xi, 5. Treize portes donnaient accès dans le 
hel et devant chacune se dressait l'une des colonnes 
mentionnées plus haut. Saint Paul semble faire al- 
lusion à ce mur de séparation, médium parietem 
macerise, dans son Épitre aux Éphésiens, H, 14. Voir 
Temple. H. Lesêtre. 

PÉRIL (grec : -/(vovvoc; Vulgate : periculum), 
risque de perdre la vie. — L'hébreu n'a pas de mot 
particulier pour rendre l'idée de péril. Il se sert des 
locutions benéfés, « pour la vie », au risque de la vie, 
II Reg., xviii, 13 (qéri); xs.m, 17; III Reg., n, 23; 
Lam., v, 9; Prov., vu, 23, et berâ'sênû, « pour notre 
tête », au risque de notre tête. I Par., xn, 19. L'Ecclé- 
siastique, xxxiv, 13, dit qu'il a été plusieurs fois en 
péril de mort, mais qu'il en a été tiré par son expé- 
rience, Vulgate : « par la grâce de Dieu ». Dans deux 
autres passages de ce livre, on peut recourir au texte 
hébreu pour y trouver ce qui correspond à l'idée de 
péril. On lit dans les Septante et la Vulgate, m, 27 : 
« Qui aime le péril y périra. » Il y a dans l'hébreu : 
« Qui aime les richesses, tôbôt, soupirera après elles. » 
Plus loin, xliii, 26, les versions traduisent : « Ceux 
qui naviguent sur la mer en racontent le péril. » Il y 
a dans l'hébreu : « Ceux qui descendent sur la mer en 
raconteront l'extrémité, qdsàh, » diront, s'ils le peuvent, 
jusqu'où elle s'étend. Tobie, iv, 4, rappelle à son fils les 
périls que sa mère a courus pendant qu'elle le portait 
dans son sein. Esther, xiv, 1, 4, en péril de mort, de- 
mande à Dieu son assistance. Plusieurs fois, il est ques- 
tion des périls affrontés par les princes Machabées 
et leurs compatriotes. I Mach., xi, 23; xiv, 29; II Mach., 
i, 11; xi, 7; xv, 17. — Les Apôtres étaient en péril 
sur la barque pendant la tempête. Luc, vm, 23. Saint 
Paul a été en péril à toute heure. I Cor., xv, 30. Il 
énumère tous ceux par lesquels il a passé. II Cor., xi, 
26. Dieu l'en a délivré. II Cor., i, 10. D'ailleurs au- 
cun péril ne le détachera de l'amour du Christ. Rom., 
vm, 35. H. Lesêtre. 

PERIPSËMA (grec : 7rspM/r]|ia), qualificatif que se 
donne saint Paul, I Cor., iv, 13 : « Nous sommes comme 
les 7teptx«flap[iaT« du monde et le nep^r^a de tous. » 
Le mot 7teptxa9«p|iaTa désigne le produit d'un nettoyage 
complet, les balayures d'une maison, et le mot 
ireptywi, de roepti^ôiw, « frotter tout autour, » le résidu 
ou la raclure d'un objet qu'on a remis en état. L'Apôtre 
voudrait donc dire qu'il est traité par la plupart des 
hommes comme la balayure et le rebut de l'humanité. 
Cf. "Is., Lin, 3. Cependant les deux mots grecs sont 
susceptibles d'un autre sens. Le premier est un 
composé de xà6ap|x.«, nom donné à des misérables que 
l'on entretenait à Athènes aux frais de l'État, pour en 
faire des victimes expiatoires en cas de malheurs 
publics. Cf. Aristophane, Plut., 454; Eq., 1133; Dôllin- 
ger, Paganisme et Judaïsme, trad. 3. de"P., Bruxelles, 
1858, t. i, p. 315. Dans l'ancienne Italique, icepixôOaptia 
était rendu par luslramentum, pour lustramen, 
« objet expiatoire. » Cf. S. Ambroise, In Ps. cxvni, 
vm, 7, t. xv, col. 1297. Dans les Proverbes, xxi, 18 : 



« Le méchant sert de rançon pour le juste, » les Sep- 
tante rendent kofér, « rançon, » par Tcepraâflap|x.a. Le 
mot irspf^TjtJLa se prête également à un sens analogue. 
Dans l'édition sixtine du livre de Tobie, v, 18, on lit : 
« Que l'argent devienne le irepî<lï]a<x de notre enfant, » 
c'est-à-dire sa rançon. D'après Hesychius et Suidas, 
les Athéniens jetaient à la mer l'homme dont ils fai- 
saient leur victime expiatoire en disant : « Sois notre 
Ttïpfyy)\>.a. » Cf. Cornely, 1 Epist. ad Cor., Paris, 1890, 
p. 111. Dans l'idée de saint Paul, les Apôtres seraient 
donc comme des victimes expiatoires, rejetées par le 
monde et associées au Christ pour compléter ce qui 
manqué à ses souffrances. Col., i, 24. Leur abjection 
participerait ainsi à celle du Messie, dont il est dit 
dans Isaïe, Ein, 3, 5 : 

Il était méprisé et abandonné des hommes... 

Mais c'étaient vraiment nos maladies qu'il portait... 

11 a été transpercé à cause de nos péchés. 

Saint Paul serait à la fois « balayure et rebut » et en 
même temps « rançon et victime expiatoire », à 
l'exemple du Messie. Le second sens est rendu pro- 
bable par la gradation que suit l'Apôtre : les prédica- 
teurs de l'Évangile sont traités « comme les derniers 
des hommes, comme des condamnés à mort »; après 
le dénuement, les coups, les malédictions, les persécu- 
tions, les calomnies, l'idée d'expiation parait se pré- 
senter plus logiquement que celle du mépris et de 
l'humiliation. I Cor., îv, 9-13. H. Lesêtre. 

PERKINS Guillaume, théologien calviniste, né en 
1558 à Warton dans le comté de Warwick, mort en 
1602. Il étudia à l'université de Cambridge. Ministre 
calviniste, il acquit une grande réputation comme 
prédicateur. Dans ses œuvres publiées à Londres, 1616, 
3 in-f", on remarque : A digest or harmonie of the 
old and new Testament; Exposition of Galatians, 
Exposition of C hrist's sermon on the Mount; Commen- 
tary on Rebr. xi; Exposition of Jude ; Exposition of 
Révélation J, il, and. m. — Voir W. Orme, Bïbliotheca 
biblica, p. 347; Walch, Biblioth. theologica, t. iv, 
p. 701, 758, 857. B. Heurtebize. 

PERLE (grec : (jLapyapiTï) ; Vulgate : margarita), 
substance qui se forme dans l'intérieur de plusieurs 
espèces de coquilles marines. — 1° Un certain nombre 
de coquilles sont tapissées mtéiieurement par une 
substance calcaire argentée, sécrétée par le manteau du 
mollusque, comme la coquille elle-même dont la com- 
position chimique est identique. Cette substance s'ap- 
pelle nacre. Parfois, â la suite d'une blessure faite au 
mollusque par la piqûre d'un petit ver, par un grain de 
sable ou un petit corps étranger introduit et enfermé 
dans la coquille, il se produit une concrétion isolée 
de matière nacrée, sous forme ronde, oblongue ou irré- 
gulière. C'est la perle. Elle est généralement adhérente 
à la coquille, mais peut aussi se sécréter à l'intérieur 
du manteau et des organes. D'abord très petite, elle 
s'accroît par couches annuelles. Ce qui fait son prix, 
c'est sa grande dureté, sa dimension et surtout son 
éclat chatoyant qui reproduit celui de la nacre. Sa colo- 
ration va du blanc azuré au blanc jaunâtre, au jaune d'or 
et au noir bleuâtre; on trouve même des perles roses, 
bleues et lilas. Les principales coquilles perlières sont 
l'avicula margaritifera (fig. 25), la meleagrina mar- 
garitifera, appelée aussi printadine ou mère-perle, la 
pinna marina, Vunio margariti férus, mulette oumou- 
lette perlière, etc. On trouve aussi des perles dans les 
huîtres et les moules ordinaires; mais elles sont ternes 
et sans valeur. Les Chinois et les Indiens font produire 
des perles d'un certain prix à des moules et des 
huîtres, en introduisant dans le manteau de ces bivalves 
de petits corps durs qui déterminent la sécrétion nacrée. 



145 



PERLE — PERSANES (VERSIONS) DE LA BIBLE 



146 



Les anciens recueillaient les coquilles perlières dans la 
mer Rouge, dans la mer des Indes, cf. Pline, H. N., ix, 
54; xxxiv, 48; Strabon, xv, 717, et dans le "golfe Per- 
sique, aux environs de l'île de Tylos. Cf. Pline, H. N., 
vi, 32; Strabon, ivi, 767; Athénée, m, 93; Élien, Hist. 
animal., x, 13. Les perles ont été estimées à très haut 
prix dans l'antiquité. Pline, H. N., ix, 54, dit qu'elles 
occupent le sommet parmi les choses précieuses. 
Cf. Pline, H. N., vi, 24; îx, 56, 58; xxxin, 12; xxxiv, 
48; xxxvn, 6. Les Romains en faisaient grand cas. La 
femme de Caligula, l'impératrice Lollia Paulina, en 
possédait dans sa parure pour 40 millions de sesterces 
(près de 10 millions de francs). On en mettait à toutes 
les parties du costume. Cléopâtre, dans une fête donnée 
par Marc-Antoine, en avala une qui valait des centaines 
de mille francs. Horace, Sat., II, ni, 238-240, parle 
d'un personnage qui prit une perle à l'oreille de Métella 
et la fit dissoudre dans du vinaigre, pour avaler tout 
d'un trait un million de sesterces (près de 250000 francs). 
Le goût de ces objets coûteux s'était également répandu 
en Grèce et en Orient. 
2» Les perles ont été certainement connues en Pales- 



3° Dans le Nouveau Testament, la mention des perles 
est très claire. Notre-Seigneur compare le royaume 
des cieux à un marchand qui trafique sur les perles- 
En ayaDt rencontré une de grand prix, il vend tout ce 
qu'il a pour l'acheter. Matth., xm, 45, 46. Il ne craint 
pas d'engager momentanément toute sa fortune, parce 
qu'il est sûr de revendre la perle avec gros bénéfice à 
quelque riche amateur. Saint Paul recommande aux 
femmes chrétiennes d'éviter le luxe dans leur parure 
et de savoir se passer de perles. I Tim., il, 9. La femme 
qui représente la grande Babylone est ornée de perles. 
Apoc, xvii, 4; xvni, 16. Babylone faisait commerce de 
ces précieux objets. Apoc, xvm, 12. — Le Sauveur 
défend de jeter les perles devant les pourceaux, qui les 
fouleraient aux pieds. Matth., vu, 6. La doctrine et la 
grâce de l'Évangile ne doivent pas être communiquées 
à des âmes indignes qui les profaneraient. 

PERSANES (VERSIONS) DE LA CIBLE. - 

1" Sous les rois de Perse, Cyrus et ses successeurs, 
un grand nombre de Juifs s'établirent dans toutes les 
parties de leur empire, et il est à croire que dans les 



jïM* 





25. — Avicula Margaritifera. 



tine, au moins depuis l'époque de Salomon. Mais on ne 
sait pas d'une manière certaine quel mot pouvait les 
désigner. Le mot gâbis est le nom du cristal, probable- 
ment du cristal de roche, et non des perles. Voir 
Cristal, t. n, col. 1119. Les penînîm ne sont que des 
pierres précieuses, d'après les versions. Prov., m, 15; 
vin, II; xx, 15; xxxi, 10. Ces pierres précieuses peuvent 
sans doute être des perles, puisque ces dernières sont 
des sécrétions calcaires; elles pourraient être aussi du 
corail rouge ou une substance analogue. Voir Corail, 
t. n, col. 957. A Suse, il y avait dans le palais royal 
un dallage fait avec de l'émeraude et du dar. Esth., i, 
6. Le mot dar est le nom des perles en arabe. Les Sep- 
tante traduisent par Xi'Ôoç nfovivoc.g pierre de pinne, » 
de pinna marina, ce qui indiquerait une incrustation 
de nacre provenant des coquilles du mollusque perlier. 
La Vulgate rend dar par lapis parius, « pierre de Paros,» 
marbre. Il est assez probable en eflet qu'il s'agissait de 
marbre translucide et nuancé comme les perles ou la 
nacre. Dans le Cantique, i, 10, on dit à l'Épouse : 
« Nous te ferons des tôrîm avec des hârûzîm. » D'après 
les versions, il s'agit de « chaînes d'or marquetées d'ar- 
gent ». Il est possible que les deux mots hébreux 
désignent des colliers dans la composition desquels 
entraient les perles, le corail et les pierres précieuses. 
Ils ne se rencontrent pas ailleurs, et ce sens leur con- 
vient bien, par comparaison avec les termes arabes 
correspondants. Cf. Buhl, Gesenius' Handwôrterbuch, 
p. 278, 885. 



synagogues on expliqua les Écritures dans la langue du 
pays. Nous savons du moins par le Talmud, Sota, 
49 b , que les Israélites qui habitaient en Perse, en par- 
laient la langue en même temps que l'hébreu. Mais s'il 
a existé des traductions persanes de l'Écriture à leur 
usage, il ne nous en est rien parvenu. On ne possède 
rien non plus des anciennes versions du Nouveau Tes- 
tament, qui ont dû être faites d'assez bonne heure, 
puisque le christianisme se répandit en Perse dès les 
premiers siècles. Saint Jean Chrysostome, Hom. il, % 
in Joa., t. lix, col. 32, dit expressément que de son 
temps l'Évangile de saint Jean était traduit en persan, 
et Théodoretde Cyr, Grsec. affect. curât., IX, t. lxxxiii, 
col. 1045, dit que les Perses « vénèrent les écrits de 
Pierre, de Paul, de Jean, de Matthieu, de Luc et de 
Marc, comme venant du ciel, » ce qui semble indiquer 
qu'ils étaient traduits en leur langue. De toutes ces 
versions primitives, rien n'a survécu. 

2" Le Pentateuque. — Maimonide parle d'une 
traduction persane du Pentateuque antérieure à Maho- 
met. L. Zunz, Die gottesdienstlichen Vortràge der 
Juden historisch entwickelt, Berlin, 1832, p. 9. Celle 
que nous possédons est bien moins ancienne. Elle a été 
imprimée pour la première fois à Constantinople en 
1546, en caractères hébreux, et réimprimée, en carac- 
tères perses, dans la quatrième partie de la Polyglotte 
de Walton. Elle a pour auteur Rabbi Jacob ben- Joseph 
Taous (« le Paon »), qui vivait à Constantinople dans 
la première moitié du xvi B siècle. Quelques critiques 



147 



PERSANES (VERSIONS) DE LA BIBLE 



448 



ont voulu la faire remonter plus haut, mais il est 
impossible de lui donner une origine antéislamique, 
parce qu'elle est écrite en néo-perse et abonde en 
mots arabes, ce qui ne se rencontre que dans les 
livres écrits depuis la conversion de la Perse au maho- 
métisme. De plus, Babel, Gen., x, 10, est traduit par 
« Bagdad i ; or Bagdad ne fut bâtie qu'en 763 (l'an 
145 de l'Hégire). A. Kohut, Kritische Beleuchtung der 
persischen Pentateuch-Uebersetzung des Jacob Ben- 
Joseph Tavus unter stetiger Rûcksichtsname auf die 
àltesten Bibelversionen, in-8», Leipzig et Heidelberg, 
1871, de même que Lorsbach, dans le Ienaer AU. Lit. 
Zeitung, 1816, n, 58; Zunz, dans Geiger Wissenschaft- 
liche Zeitschrift, 1839, t. iv, p. 391, et Munk, Notice 
sur Rabbi Saadia Gaon, Paris, 1838, p. 62-87, s'ac- 
cordent à faire naître R. Jacob vers 1510. La traduc- 
tion, faite sur l'hébreu, est d'une littéralité excessive : 
Taous évite les anthropomorphismes et emploie des 
euphémiswes; il se sert du Targum d'Oiikelos et de la 
version arabe de Saadia, des commentaires de Kimchi 
et d'Aben Ezra ; dans plusieurs passages, il laisse 
l'hébreu sans le traduire. Gen., vu, 11; xn, 6, 8, etc.; 
Exod., m, 14; xvn, 7; Num. xxi, 28, etc., Deut., m, 
10, etc. Son œuvre a peu de valeur critique. « L'auteur 
de cette traduction, étant juif, dil Richard Simon, Hi'st. 
critique du vieux Testant., p. 307, a affecté partout 
les hébraïsmes, et c'est ce qui fait qu'elle ne peut 
pas être d'un grand usage, si ce n'est dans les 
synagogues des Juifs de Perse. » 

3° Manuscrits de diverses traductions persanes de 
livres de l'Ancien Testament. — \\ existe en manuscrit 
des traductions persanes de plusieurs livres de l'Ancien 
Testament. La Bibliothèque nationale de Paris en possède 
plusieurs. Le Catalogue des manuscrits Mfcreua:, Paris, 
in-4°, 186 1 ), signale les suivants (cf. Catalogus codicum 
manuscriptorum Bibliothecœ regix, in-f°, t. î, Paris, 
1739, Codices hebraici, p. 4-5) : — N° 70 (ancien 34), 
Genèse et Exode, renfermant l'hébreu original et, après 
chaque verset, la version persane, de même que le 
n° 71 (ancien 35) qui contient le Lévitique, les Nombres 
et le Deutéronome, Cette version persane, écrite en 
caractères hébreux, reproduit la paraphrase chaldaïque 
d'Onkelos; elle est différente de celle qui a été impri- 
mée dans la Polyglotte de Constanlinople et dans le 
t. vi de la Polyglotte de Walton. — N» 90 (ancien 38), 
Josué, les Juges, Ruth, Esdras etNéhémie, en caractères 
hébreux. Traduction très littérale sur l'hébreu. Écrit en 
1601. — N» 91 (ancien 39). Livres de Samuel, des Rois 
et des Paralipomènes, en caractères hébreux. Écrit 
dans la ville de Lâr, comme le précédent, en 1601. — 
N° 97 {ancien 44). Isaïe, Jérémie et Ézéchiel, en carac- 
tères hébreux. Ézéchiel s'arrête au ch. x, 4. La version 
est faite sur le texte massorétique, d'après la paraphrase 
chaldaïque de Jonathan. Écrit au commencement du 
xvi e siècle. — N° 100 (ancien 25). Jérémie, en carac- 
tères hébreux. La version est très différente de celle du 
n° 97; elle a été faite sur la paraphrase chaldaïque. — 
N« 101 (ancien 47). Lamentations et les douze petits 
prophètes, en caractères hébreux. Traduction faite sur 
le texte hébreu, mais avec de nombreux contre-sens. — 
N»- 116 (ancien 43). Proverbes, Cantique des Can-, 
tiques, Ruth, Ecclésiaste, Esther, texte hébreu ponctué 
accompagné verset par verset de la traduction persane, 
faite sur l'hébreu et écrite en caractères hébreux. — 
N° 117 (ancien 113). Proverbes, Ecclésiaste et Cantique 
avec traduction persane, suivant verset par verset, 
l'hébreu qui est ponctué. Elle est écrite en caractères 
hébreux. En général, elle s'accorde avec celle du 
n° 116, mais avec beaucoup de variantes. C'est le ma- 
nuscrit dont s'est occupé Hassler, dans les Theolo- 
gische Studien und Kritihen, 1829, p. 469-480. — 
N° 118 (ancien 40). Job et les Lamentations, texte 
hébreu ponctué avec traduction persane, verset par 



verset, en caractères hébreux. — N» 1S0 (ancien 42). 
Job, du même traducteur, mais avec de nombreuses va- 
riantes. Hébreu et persan comme au n° 118. — N° 132 
(ancien 41). Job (incomplet). La traduction est presque 
toujours d'accord avec la précédente. — N° 121 (ancien 
224), Esther, texte hébreu ponctué, suivi verset par 
verset de la traduction persane, en caractères hébreux. 
En tête du manuscrit se trouve un calendrier litur- 
gique qui finit à l'année 1523. — N° 128 (ancien 45). 
Daniel, avec une histoire apocryphe de ce prophète 
(cette histoire a été publiée en caractères hébreux avec 
une traduction allemande par Zotenberg, dans Ad. Merx, 
Archiv fur wissénschaftliche Erforschung des Alten 
Testamentes, 1869, t. i, p. 385-427. — N° 129 (ancien 
46). Daniel. Cette version s'accorde avec celle dun°128. 
— N° 130 (ancien 236). Livres deutérocanoniques, en 
caractères hébreux. La traduction de Tobie est faite 
d'après le texte hébreu publié pour la première fois à 
Constantinople en 1516 et reproduit dans le t. îv de la 
Polyglotte de Londres. Judith est traduit d'après le texte 
hébreu publié à Venise vers 1650, Bel et le dragon, 
d'après l'hébreu contenu dans le même volume où se 
trouve l'hébreu de Judith. 

Parmi les manuscrits persans, écrits en persan, la 
Bibliothèque nationale, Catalogue des manuscrits per- 
sans de la Bibliothèque nationale de Paris, in-8°, 
1905, possède les traductions suivantes de livres de 
l'Ancien Testament : N° 1. Une traduction persane des 
Psaumes, d'origine juive, copiée en 1316 sur un manus- 
crit judéo-persan du Làr, avec les variantes de deux 
autres manuscrits. — N° 2. Proverbes, Ecclésiaste, Can- 
tique des Cantiques, Esther, Ruth. Écrit à Agra en 1604 
d'après un manuscrit judéo-persan. — N° 3. Proverbes, 
Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Esther (non achevé). 
La traduction est la même que la précédente, avec 
quelques variantes. — N° 4. Isaïe, Jérémie, Lamentations 
(deux versions), Baruch. Copié en 1606 à Hamadan 
d'après un manuscrit judéo-persan. — N° 5. Judith, 
traduit sur la Vulgate, par le P. Gabriel, capucin (com- 
mencement du xvn» siècle). 

La Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg pos- 
sède aussi plusieurs versions persanes qui faisaient 
partie de la collection du karaïte Abraham Firkowitz 
et de la société d'Odessa. Cf. A. Harkavy et H. L. Strack, 
Catalog der hebraïschen Bibel-Handschriften in 
St-Petersburg, in-8°, Saint-Pétersbourg et Leipzig, 
1875. — N» 139. Petits prophètes, contenant Michée, 
i, 13, jusqu'à Malachie, m, 2. — N° 140. Haphtaroth, 
en hébreu ponctué, avec la traduction persane; la ver- 
sion persane est écrite en caractères arabes.— N° 141. 
Pentateuque hébreu et persan. L'hébreu est ponctué, 
mais d'une. façon particulière. La version est écrite en 
petits caractères et suit l'original verset par verset, 
mais elle est très différente de la version de R. Jacob 
Taous. — N» 142. Fragments de Job. 

Walton, dans les Prolégomènes de sa Polyglotte, xvi, 
9, p. 694. mentionne deux Psautiers manuscrits traduits 
sur la Vulgate. 

La bibliothèque du British Muséum à Londres pos- 
sède (voir Margoliouth, Catalogue of the Hebrew and 
Samaritan tnanuscripts in the British Muséum, in-4°, 
Londres, part. I, 1899) : N° 159, version persane des 
Psaumes par Baba ben Nurial, faite à Ispahan vers 
1740, par ordre de Nadir Chah. Cette traduction est 
précédée du texte hébreu du Pentateuque et suivie de 
divers poèmes en caractères persans rabbiniques. — 
N° 160, même version persane des Psaumes. Carac- 
tères rabbiniques persans du xvin 9 ou xix e siècle. 

La Bibliothèque bodléienne d'Oxford possède trois 
exemplaires (N» s 1827-1829) de la traduction persane 
des Psaumes faite par un religieux portugais, le P. Juan, 
1610; deux exemplaires (un incomplet) d'une autre 
traduction différente des Psaumes (N» s 1830-1831); 



149 



PERSANES (VERSIONS) DE LA BIBLE — . PERSE 



150 



une traduction de Judith, d'après la "Vulgate (N° 1833). 

4° Traductions persanes des Évangiles. — 1. Impri- 
mées. — Xes chrétiens des provinces occidentales de 
la Perse, se rattachant à l'Eglise syriaque, se servirent 
d'abord de la Peschito. Aussi une des premières traduc- 
tions des Évangiles qui fut faite en persan dérive-t-elle 
de la Peschito. Elle a été publiée dans la Polyglotte de 
Walton, d'après un manuscrit appartenant à Pococke et 
écrit en 1341, avec une traduction latine de Sam. Clericus 
et de Thom. Grovius. La traduction latine a été réimpri- 
mée par Bode, in-4°, Helmstadt, 1751, avec une préface 
historique et littéraire. Une seconde traduction des 
Evangiles, faite sur le texte grec, fut publiée d'après deux 
manuscrits, l'un de Cambridge, l'autre d'Oxford; avec 
les variantes du manuscrit de Pococke traduit d'après 
la Peschito, p"ar un professeur arabe de Cambridge, 
Abraham Wheloc, et parPierson. Quatuor Evangeliorum 
versio persica, in-f°, Londres, 1652-1657. Elle est accom- 
pagnée d'une traduction latine. — Nadir Schah fit faire 
en 1740, par les jésuites ûuhan et Desvignes, une nou- 
velle traduction persane des quatre Évangiles, qui a été 
publiée par Dorn à Saint-Pétersbourg en 1848. Voir 
Dorn, dans Hall. Allg. Literaiurzeitung, 1848, t. n, 
p. 464. — Colebrooke a fait imprimer à Calcutta en 1804 
une version des Évangiles. De même L. Sebastiani à 
Sérampore en 1812. H. Martyn a éditée Londres en 1821 
The New Testament, translated from the (jcreek into 
Persian. — La société biblique a publié depuis diverses 
traductions persanes complètes ou partielles des Écri- 
tures. 

2. Manuscrites. — Le fonds persan de la Bibliothèque 
nationale de Paris contient les manuscrits suivants : 
N° 6. LesquatreÉvangiles. Traduction anonyme, copiée 
en 1756. — N° 7. Traduction des quatre Évangiles, 
dont il est parlé plus haut, faites par des missionnaires, 
et des docteurs arméniens sur la Vulgate par l'ordre 
qu'en donna le roi de Perse Nadir Schah, en 1736. Copie 
de l'original, faite par les soins de P. Lagarde (f 1750). 
— N° 8. Autre traduction des Évangiles; faite sur le grec, 
écrite pour le roi Louis XIII en 1616, par un mission- 
naire franfais. — N° 9. Même traduction avec quelques 
légères divergences. Écrite en 1631. — N° 10. Évangile 
de saint Matthieu. Copié sur un très ancien manuscrit du 
Vatican. Cette version se rapproche beaucoup de celle 
qui est contenue dans le n° 9. - N° W. Autre copie 
(incomplète) de l'Évangile de saint Matthieu, faite sur 
le manuscrit précédent. — N" 13. Évangéliaire pour le 
commun du temps. Copié en 1374. 

La Bibliothèque bodléienne possède le Nouveau Tes- 
tament traduit par le R. H. Martin, deux exemplaires 
(N» s 1833-1834) et plusieurs traductions plus ou moins 
complètes des Évangiles (N os 1835-1840). Voir Sachau et 
Ethè, Catalogue of the Persian manuscripts in the 
Bodleian Library, in-4», Oxford, 1889, col. 1050-1056. 

La Bibliothèque de Berlin possède le manuscrit d'une 
traduction persane de l'Évangile de saint Matthieu 
(N° 1096) qui est pour le fond la même que celle qui 
a été publiée à Londres par Whelock, in-f», 1657. Le 
N" 1097 contient entre autres choses la traduction des 
douze premiers chapitres de saint Matthieu, faite en 
1799. Voir W. Pertsch, Verzeichniss der persischen 
Handschrifien, t. iv des Handschriften Verzeichnisse 
der k. Bibliothek zu Berlin, in-4°, Berlin, 1888, 
p. 1043-1045. 

Voir Rosenmûller, De versione Pentateuchi persica 
comment., in-4», Leipzig, 1813 ; J. Fûrst, Bibliotheca 
judaica, t. m, p. 453; J. M c Clintock et J. Strong, Cyclo- 
pxdia of Biblical Literature, t. vu, New-York, 1889, 
p. 984 ; The Bible of every Land, in-4», Londres, 1860, 
p. 64-71. F. Vigouroux. 

PERSE (hébreu; Paras; Septante : Ilepat;; Vul- 
gate : Persis), contrée d'Asie. Le nom de la Perse est, 



dans les inscriptions cunéiformes, Pârça, en perse, 
Pars et Fdrs, en arabe, Fâris. 

I. Géographie. — La Perse proprement dite (fig. 26) 
occupait primitivement la partie la plus méridionale de 
la grande chaîne de montagnes qui s'étend de la mer 
Noire au golfe Persique tout le long de la rive gauche 
du Tigre. Le pays était borné au sud et au sud-ouest 
par le golfe Persique, au nord-ouest et au nord par la 
Susiane et la Médie, à l'est par de grands déserts. La 
région qui avoisine la mer se compose de bancs d'ar- 
gile et de sable parallèles au rivage; elle a été modi- 
fiée sur plusieurs points par le travail des alluvions. 
Le sol est tantôt marécageux, tantôt rocheux et mal 
arrosé, partout malsain, et stérile. Cf. Pline, H. N., xn, 
20. Au delà, plusieurs chaînes de hauteurs s'élèvent 
graduellement l'une derrière l'autre, dans toute la 
longueur du pays, pour atteindre le plateau. Cette 
région moyenne est ordinairement boisée et fertile en 
céréales, sauf dans plusieurs cantons du nord et de 
l'est. Cf. Strabon, xv, 727. Quelques rivières seulement, 
l'Oroatis, l'Araxès, le Bagradas, parviennent à traver- 
ser les hauteurs et les sables et à se jeter dans le golfe. 
D'autres n'ont pas d'écoulement; leurs eaux forment 
au fond des vallées des lacs dont le niveau varie avec 
les saisons. La partie montagneuse se découpe en pics 
aigus, couverts de neige, séparés par des ravins aux 
parois presque verticales, au fond desquels se préci- 
pitent de furieux torrents. Le sommet le plus élevé, le 

Kouh-i-Dina, au nord, atteint 5200™; au sud, le 
Djebel Boukoun monte jusqu'à 3230" 1 . 

Sur le haut plateau, le climat se ressent de la séche- 
resse du sol et de l'absence de rivières. La pureté de 
l'atmosphère est telle qu'on peut distinguer à l'œil nu 
les satellittes de Jupiter; la planète elle-même y jette 
de si vifs rayons qu'elle porte une ombre très nette sur 
une surface claire. On s'explique ainsi le goût des 
anciens mages pour l'observation des astres et le culte 
qu'ils rendaient à certains d'entre eux. Voir Mage, 
t. îv, col. 544. Par contre, comme cette pureté de 
l'atmosphère n'oppose aucun obstacle aux rayons 
salaires et au rayonnement nocturne, on peut passer, 
en moins de quelques heures, de 7 à 62 degrés centi- 
grades. En hiver, avec des tourbillons de neige, la 
température peut descendre à — 30°. 

La race était endurcie à la fatigue par la vie dans la 
montagne. Élancés et robustes, la tête fine sous leur 
épaisse chevelure et leur barbe bouclée (fig. 27), les 
Perses étaient intelligents et passionnés pour la guerre. 
Plusieurs tribus se partageaient le pays : les Pasa- 
gardes, les Maraphiens et les Maspiens, qui exerçaient 
la prépondérance, les Panthialéens, les Dérousiéens et 
les Carmanes, qui menaient la vie sédentaire, les 
Daens, les Mardes, les Dropiques et les Sagartiens, 
qui préféraient l'état nomade. De gros villages avaient 
été bâtis sur le bord de la mer, Armouza, Sisidôna, 
Apostana, Gogana et Taôkê, ce dernier possédant un 
palais royal. Cf. Hérodote, i, 125; Néarque, dans 
Arrien, Hist. indic, xxxvn, 5, 7, 8; xxxix, 3; Strabon, 
XV, m, 3. A l'intérieur s'élevaient les villes de Carma- 
na, au nord-est, cf. Ptolémée, vi, 8, de Gaboe, au nord, 
avec un palais, cf. Plotémêe, vi, 4; Strabon, XV, m, 
3, de Persépolis et de Pasagardes, au centre du pays. 
Cf. E. Reclus, Géographie universelle, t. ix, p. 168-187; 
Maspero, Histoire ancienne, t. m, p. 456-459. 

II. Histoire. — Les Perses ne sont pas nommés dans 
la table ethnographique, mais ils étaient, comme les 
Mèdes, japhétites et de race iranienne. Gen., x, 2. Pri- 
mitivement confinés dans leurs vallées ardues, ils 
avaient dû s'étendre au nord-ouest aux dépens de 
l'Élam, au moment où ce pays avait été affaibli par la 
puissance assyrienne. Voir Élam, t. n, col. 1638. Ils 
élisaient leurs rois dans la famille d'un de leurs chefs 
primitifs, Akhâmanisch, l'Akhéménès des Grecs, dont 



151 



PERSE 



152 



la légende s'est emparée. Cf. Élien, Var. hist., xn, 21. 
Tchaispi oa Téispès, son successeur et peut-être son 
fiis, profita de la ruine de Suse par Assurbanipal pour 
s'emparer de la partie orientale de l'Élam. C'était le 
pays d'Ansân, et lui-même prit dès lors le titre de roi 
■d'Ansân, Cf. Hérodote, vu, 11, et l'inscription de Bé- 
histoun, col. i, lig. 5, 6. Ce titre est attribué à Cyrus 
et à ses trois prédécesseurs par les monuments babylo- 
niens de Cyrus, Cylindre, lig. 20, 21, dans les Bei- 
tràge zur Assyriologie, t. n, p. 20, 21, d'où l'on con- 
clut que la conquête du pays d'Ansân est bien l'œuvre 
de. Téispès, et qu'il n'existe pas de lacune dans la série 
chronologique entre ce dernier et Akhéménès. 

Phraorte, roi des Médes (647-625), qui songeait à 



lig. 18. Dans la Bible, Daniel parle toujours des Mèdes 
et des Perses, Dan., v, 28; vi, 8, 12, 15; le livre d'Esther, 
I, 3, 14, 18, 19, nomme au contraire les Perses et les 
Mèdes, sauf dans nn endroit où il est question du livre 
des rois de Médie et de Perse, Ksth., x, 2, qui conte- 
nait les annales du royaume commencées sous les 
anciens rois. Voir Cyrus, t. il, col. 1191-1194. — Les 
rois de Perse se succédèrent dans l'ordre suivant, 
jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand : 

Cyrus 550 Artaxerxès I" 465 

Cambyse 529 Darius II 424 

Smerdis le Mage. . . . 522 Artaxerxès II Mnémon . 405 

Darius I" ...... . 521 Artaxerxès in Ochus . . 359 

Xerxes I" ...... . 435 Darius m Codoman 336 




26. 



Carte de la Perse. 



l'attaque de l'Assyrie, commença par s'annexer ses voi- 
sins, et soumit les Perses, dont les princes devinrent 
■désormais vassaux de la Médie. Cf. Hérodote, 1, 102. 
Il fut vaincu et périt dans son attaque contre les Assy- 
riens. Son fils Cyaxare (624-585), pour s'assurer la vic- 
toire, réorganisa son armée, composée de Mèdes et de 
Perses. Cf. Hérodote, vu, 62. Ces derniers prirent part 
à la lutte contre Assurbanipal, à la prise de Ninive, 
et aux diverses campagnes du roi des Mèdes. Voir 
Médie, t. iv, col. 919. 

A Téispès avait succédé Cambyse, et à Cambyse son 
fils Cyrus, vers 559. Celui-ci pensa que les Perses, au- 
trefois dominés par les Mèdes, pouvaient et devaient à 
leur tour exercer la souveraineté dans l'empire médo- 
perse. En 553, il se révolta contre Astyage, fils et suc- 
cesseur de Cyaxare ; il le défit, s'empara d'Ecbatane et 
substitua une administration perse au gouvernement 
mède. L'empire n'était pas changé estépieurement; 
mais tandis que les rois précédents avaient été les chefs 
des Mèdes et des Perses, Cyrus et ses successeurs 
furent rois des Perses et des Mèdes. Voir l'inscription 
de Béhistoun, col. 1, lig. 34, 35, 40, 41, 46, 47; col. H, 



Sur ces rois, voir Médie, t. iv, col. 920; Cambyse, 
t. 11, col. 89; Darius I«, col. 1299; Assuérus (Xerxès 
I er ), t. 1, col. 1141; Artaxerxès I w , col. 1039; Darius H, 
1. 11, col. 1306; Artaxerxès II, 1. 1, col. 1042; Darius III, 
t. 11, col. 1306. — Alexandre le Grand, roi de Macé- 
doine, conquit l'empire des Perses en 331 . Voir Alexan- 
dre le Grand, t. I, col. 345. Après sa mort, la Perse 
fit partie du royaume de Syrie, gouverné par les Séleu- 
cides. Voir Syrie. Mais ensuite les rois Parthes la 
disputèrent à ces derniers et Arsace VI finit par s'en 
emparer en 138. Voir Arsace, t. 1, col. 1034. Les Arsa- 
cides y régnèrent jusqu'en 226 après J.-C. 

III. Mœurs et coutumes des Perses. — Hérodote, 1, 
131-140, fournit quelques détails sur la manière de 
vivre des Perses. Les Perses pratiquaient la polygamie, 
épousant plusieurs femmes et ayant en outre des 
concubines en grand nombre. Ils se faisaient gloire 
d'avoir beaucoup d'enfants; mais les hommes ne s'en 
occupaient qu'à l'âge de cinq ans; jusqu'à vingt, ils 
leur apprenaient à monter à cheval, à tirer de l'arc et 
à dire la vérité. Assez sobres du côté de la nourriture, 
ils l'étaient beaucoup moins dans l'usage du vin et 



153 



PERSE 



154 



s'enivraient à tout propos, même quand il s'agissait de 
délibérer sur des choses sérieuses. Les grands festins 
donnés par Xerxès I" répondaient parfaitement au 
goût de ses sujets. Le vin royal y était servi en abon- 
dance. Esth., i, 5-11. Le texte sacré remarque que « le 
vin avait mis la joie au cœur du roi, » et, s'il observe 
que « chacun buvait sans que personne lui fît violence, « 
c'est que sans doute l'utilité de cette violence ne se 
faisait nullement sentir. Curieux des usages de l'étran- 
ger, ils adoptaient tout ce qui pouvait contribuer à 
leurs plaisirs. Aussi leurs mœurs s'efféminèrent au 
point que, malgré leur nombre et leurs ressources, ils 
furent incapables de tenir tête aux Grecs. S'estimant 
eux-mêmes au-dessus de tous les autres peuples, ils 
méprisaient ces derniers à proportion de leur éloigne- 
raient. On s'explique ainsi qu'ils se soient montrés si 
outrés de la conduite des Grecs à leur égard et se 
soient imaginé qu'ils les réduiraient aisément. 
Leur législation ne permettait à personne, pas même 




27. — Perses de Persépolis. 
D'après G. Rawlinson, The flve great Monarchies, t. v,p. 179, 191. 

au roi, de faire mourir un homme pour un seul crime. 
Le mensonge leur était odieux et ils trouvaient hon- 
teux de faire des dettes. Ils se donnaient des marques 
de respect proportionnées à la condition de chacun. Us 
ne pouvaient supporter les lépreux, dont ils attribuaient 
la maladie à un péché commis contre le soleil. Cf. 
Ctésias, Res persic, 41. On sait par la Bible, Dan., vi, 
8; Esth., vm, 8, qu'un décret signé de l'anneau royal 
était irrévocable, et que, pour l'empêcher d'avoir son 
effet, il fallait un autre décret qui rendit le premier 
impraticable. Esth., vm, 10, 11. Cf. I Esd., vi, 11. Hé- 
rodote, ix, 108, 110, montre Xerxès se refusant à révo- 
quer une parole donnée, malgré le plus grave incon- 
vénient, et ajoute que la loi ne permet pas au roi de 
refuser les grâces qu'on lui demande le jour du festin 
royal. Sur les courriers des rois de Perse, voir Anga- 
rier, t. i, col. 575. Les archives du royaume étaient 
tenues avec grand soin. I Esd., IV, 15, 19; Esth., vi, 1 ; 
x, 2. Sur l'écriture perse, voir Vigouroux, La Bible et 
les découvertes modernes, 6 e édit., t. i, p. 137-146. Sur 
la monnaie, voir Darique, t. Il, col. 1294. Sur l'àdmi- 
nistration.provinciale, voir Satrape. 

Les rois perses tenaient à habiter dans de magni- 
fiques palais. Le site austère de l'antique Pasargades et 
la simplicité de la demeure royale de Cyrus ne conve- 



naient plus à leurs goûts raffinés. Ils s'y rendaient 
pour ceindre la couronne, après la mort de leur pré- 
décesseur, cf. Plutarque, Artaxerxes, 3, mais ils n'y 
demeuraient pas. Darius I= r préféra le séjour de Persé- 
polis; il développa la ville, y éleva de splendides bâti- 
ments et tint même à ce que son tombeau fût creusé 
dans les rochers à pic des environs, où plusieurs de 
ses successeurs vinrent le rejoindre (fig. 28). Cf. 
M. Dieulafoy, L'art antique de la Perse, t. n, pi. x ; 
flandin-Coste, La Perse ancienne, pi. 173-176. Voir 
Persépolis. Xerxès I er agrandit et orna le palais de 
Persépolis. Artaxerxes I er préféra Suse. Il y édifia un 
palais plus vaste que tout ce qu'on avait fait jusqu'alors. 
Cf. Dieulafoy, L'acropole de Suse, p. 274-358. 

Les rois perses recevaient leurs vassaux et les am- 
bassadeurs étrangers sur leur trône d'or, au fond de 
leur apadana ou salle de réception. Voir Palais, t. iv, 
col. 1972. On ne les apercevait qu'un instant. Ils por- 
taient une robe de pourpre avec des broderies d'or. 
Plutarque, Artaxerxes, 24, estime un de ces vêtements 
à 12 000 talents (70 millions de francs). Une bandelette 
bleue et blanche formait diadème autour de la kidaris 
du roi. On ne l'entrevoyait lui-même qu'à l'ombre d'un 
parasol et au vent d'un chassernouches. Il ne parais- 
sait d'ailleurs en public qu'à cheval ou sur son char, 
entouré de sa garde. Les hommes de sa famille et des 
six anciennes familles princières pouvaient l'aborder à 
toute heure et composaient son conseil. Esth., i, 14. 
Une lettre d'Artaxerxès à Esdras mentionne ces sept 
conseillers. I Esd., vu, 14. Ce droit conféré à six fa- 
milles venait de ce que sept Perses s'étaient concertés 
pour tuer Smerdis le Mage et faire désigner l'un d'eux 
pour roi, à condition que chacun des six autres aurait 
toujours libre accès auprès de l'élu et que celui-ci ne 
pourrait prendre femme que dans la famille de ses 
compagnons. Ce fut Darius qui devint roi et la conven- 
tion fut observée. Hérodote, m, 76,84. La fréquentation 
de leur harem, la chasse et quelquefois la guerre occu- 
paient le temps de ces monarques. Cf. Maspero, His- 
toire ancienne, t. m, p. 736-746. 

Sur la religion des Perses, voir Mage, t. iv, col. 544; 
Médie, col. 921; Michel, col. 1069. Il ne faut pas juger 
de cette religion, à l'époque des Achéménides, par la 
forme systématique et philosophique qui lui a été im- 
posée par Zoroastre ou les réformateurs désignés sous 
ce nom, et n'a triomphé que bien des siècles plus tard. 
D'après Hérodote, I, 131, 132, les Perses ne représen- 
taient pas les dieux; mais, sur le sommet des mon- 
tagnes, ils offraient des sacrifices à la divinité suprême, 
qui est le ciel, au soleil, à la lune, à la terre, au feu, à 
l'eau et aux vents. Ils y joignirent ensuite la déesse 
Mylitta des Assyriens. Ils sacrifiaient, sans autel ni feu, 
et coupaient la victime par morceaux qu'ils faisaient 
bouillir, ils invoquaient le dieu, avec le secours 
d'un mage, pour la prospérité du roi et celle de 
tous les Perses en général, et disposaient ensuite de la 
victime. 

Les Achéménides étaient certainement polythéistes. 
On les voit invoquer Ormuzd, le dieu bon, Mithra, 
Anahata, et aussi Ahiïman, le principe du mal concré- 
tisé pour eux sous forme du dieu malfaisant. C'est 
parce que les fourmis, les serpents et d'autres reptiles 
ou volatiles étaient l'œuvre de ce dieu, que les mages 
les tuaient de leurs propres mains. Hérodote, 1, 140. 
Les Perses croyaient à la survivance de l'âme. Après la 
mort, l'âme se trouvait exposée à des dangers, contre 
lesquels les vivants pouvaient la défendre par des sa- 
crifices offerts aux dieux protecteurs. Plus tard, ces 
dangers se spécialisèrent dans un jugement subi sur 
le pont Cinvât, et à la suite duquel les âmes étaient 
envoyées au bonheur, ou à l'enfer, ou à un état inter- 
médiaire. A la fin du monde, tous ressuscitent, 
subissent une nouvelle épreuve qui purifie les pécheurs 



155 



PERSE 



156 



et arrivent enfin à être sauvés, à l'exception d'Ahriman 
et de quelques autres. 

Les Perses connaissaient aussi certains cas d'impu- 
reté; il leur était défendu de souiller l'eau, parce que 
l'impureté se communique surtout par elle. Ils ne vou- 
laient pas non plus souiller la terre avec le contact des 
cadavres. Ils laissaient dévorer ceux-ci par les oiseaux 
et les chiens, ou ne les inhumaient qu'enduits de cire 
pour empêcher le contact, cf. Hérodote, i, 140, et plus 
tard les déposaient dans les tours du silence. Ces pra- 
tiques se conciliaient avec leur foi à la résurrection. 
^On a souvent cherché à établir des relations d'influence 
réciproque ou de dépendance sur certains points entre 
la religion des Perses et celle d'Israël. Ces relations 
sont difficiles à préciser et surtout à justifier. « En 
fait, presque tous les points où l'on croit voir des rap- 
ports étroits, même la résurrection, appartiennent 
selon nous à la réforme. Que si l'on compare le judaïsme 



tions a quelque lieu d'étonner, surtout dans le premier 
passage. Les Lydiens d'Asie Mineure et les Libyens du 
nord de l'Afrique étaient en communication facile avec 
Tyr par mer. Les Perses au contraire auraient eu à 
traverser là" Médie, la Babylonie et la Syrie pour 
atteindre cette ville. Aussi se pourrait-il que le mot 
paras désignât, dans le premier texte, les Pharusiens, 
de l'île de Pharos, à l'embouchure du Nil, qui étaient 
d'excellents archers. Dans le second texte, il s'agit 
d'une armée idéale, dans laquelle la présence des 
Perses étonne moins à côté des Scythes, des Armé- 
niens, des Ethiopiens et des Libyens. Pourtant, comme 
les Perses sont associés à ces deux derniers peuples 
africains, on peut douter qu'ici encore paras désigne 
la Perse. 

3» Daniel, v, 28, annonça à Baltasar que son royaume 
allait être donné aux Mèdes et aux Perses. La nuit même, 
Cyrus prit la ville. Le prophète se trouva ensuite en 




28. — Vue des ruines de Persépolis. D'après F. Justi, Geschichte des alten Persiens, p. 102. 



à la réforme elle même, l'influence des Perses ne sau- 
rait être antérieure aux environs de l'an 150 avant J.-C. 
Or il est constant qu'à cette époque le judaïsme était 
déjà dans une fermentation extraordinaire, en possession 
de toutes les idées qu'on dit empruntées au mazdéisme. » 
Lagrange, La religion des Perses, Paris, 1904, p. 45, 46. 

IV. Les Perses dxns la Bible. — 1» Dans son cantique 
de victoire, Judith dit que « les Perses ont frémi de sa 
vaillance et les Mèdes de son audace. » Judith, xvi, 12. 
Les faits racontés dans le livre de Judith doivent se pla- 
cer vraisemblablement sous les règnes d'Assurbanipal. 
en Assyrie, et de Manassé, en Juda. Voir t. m, col. 1830, 
A cette époque, Phraorte, roi des Mèdes, s'apprêtait à 
entrer en campagne contre le monarque assyrien. 
Judith parle donc des Perses et des Mèdes, non comme 
de vassaux, mais comme de rivaux des Assyriens. Elle 
nomme ceux-ci au troisième rang, les Mèdes au second 
et les Perses au premier, ce qui donnerait à penser que 
le cantique a été composé à une époque où l'Assyrie 
avait été soumise par les Mèdes et où ceux-ci subissaient 
la domination des Perses. 

2° Ezéchiel, xxvu, 10, dit que les Perses, les Lydiens et 
les Libyens servaient dans l'armée de Tyr et étaient ses 
hommes de guerre. Ailleurs, xxxvm, 5, il met dans 
l'armée de Gog des Perses, des Éthiopiens et des 
Libyens. La présence des Perses dans ces énuméra- 



rapport avec Darius le Mède, qui gouvernait la Babylo- 
nie au nom de Cyrus le Perse, mais d'après la loi des 
Mèdes et des Perses, plusieurs fois invoquée. Dan., vi, 
8, 12, 15, 28. Voir Darius le Mède, t. h, col. 1298. — 
Dans une de ses visions « pour le temps de la fin, » 
c'est-à-dire ici pour le temps qui doit aboutir à l'époque 
messianique, le prophète voit successivement un bélier 
à deux cornes, qui figure l'empire des Mèdes et des 
Perses, et un bouc velu, qui figure la monarchie 
grecque. Dan., vm, 20-22. — La troisième année de 
Cyrus, roi de Perse, le prophète a une autre vision sur 
les destinées du peuple d'Israël. Cette vision a lieu 
deux ans après l'édit qui a autorisé le retour des Israé- 
lites en Palestine. I Esd., i, 1-3, Daniel n'a pas profité 
de l'autorisation et la plupart des exilés sont demeurés 
volontairement en Babylonie. L'ange qui lui apparaît 
lui dit : < Le chef du royaume de Perse m'a résisté 
vingt et un jours, et Michel, un des premiers chefs, est 
venu à mon secours, et je suis demeuré là auprès des 
rois de Perse. » Dan., x, 13. L'ange 'qui parle au pro- 
phète est probablement Gabriel, qui s'était déjà montré 
à lui. Dan., IX, 21. Le chef du royaume de Perse n'est 
pas un homme, mais un sar, comme Michel, tandis que 
les rois sont appelés malké Paras. S'il résiste vingt et 
un jours, c'est qu'il souhaite que tous les Israélites ne 
quittent pas le royaume de Perse, où leur présence est 



157 



PERSE — . PERSÉPOLIS 



158 



avantageuse. Michel, qui est le protecteur du peuple de 
Dieu, vient cependant en aide au premier ange pour 
faire cesser l'opposition de l'ange des Perses. Voir 
Michel, t. iv, col. 1068-1069. Cf. Rosenmûller, Daniel, 
Leipzig, 1832, p. 348-351. L'ange révèle ensuite au pro- 
phète les destinées de la Perse : « Il y aura encore 
trois rois en Perse; le quatrième posssèdera de plus 
grandes richesses que tous les autres, et quand il sera 
puissant par ses richesses, il soulèvera tout contre le 
royaume de Javan. Et il s'élèvera un roi vaillant, qui 
aura une grande puissance et fera ce qui lui plaira... » 
Dan., xi, 2, 3. Ces trois rois qui doivent suivre Cyrus 
sont Cambyse, Darius I er et Xerxès I er , en négligeant 
l'éphémère Smerdis. Le quatrième, à partir de Cyrus, 
est Xerxès I er , puissant par ses richesses et qui mit 
tout en mouvement contre la Grèce. Les cinq autres 
rois ne sont pas nommés dans la prophétie; mais avec 
eux la Perse perdit peu à peu de sa puissance. Deux 
grands princes sont surtout mis en relief : Xerxès I €r 
qui alla porter le défi aux Grecs jusque chez eux, 
Alexandre le Grand qui releva le défi au cœur même de 
l'empire perse. Voir Daniel, t. h, col. 1275. 

4» La délivrance des Israélites exilés fut l'œuvre de 
Cyrus, roi de Perse, dès la première année de son 
arrivée au pouvoir souverain. II Par., xxxvi, 22, 23; 
I Esd., 1-11. Le livre d'Esdras raconte ensuite ce qui 
. fut fait par les rois de Perse au sujet des Juifs : l'au- 
torisation de rebâtir le Temple, I Esd., m, 7; îv, 3; 
les tentatives hostiles des ennemis des Juifs auprès de 
Xerxès et d'Artaxerxès, I Esd., îv, 7; la lettre d'Ar- 
taxerxès interdisant la restauration delà ville, I Esd., iv, 
18-22; l'édit de Darius confirmant l'autorisation donnée 
par Cyrus de rebâtir le Temple'et assignant des redevances 
pour les sacrifices, 1 Esd., \i, 6-12; le retour d'Esdras 
sous Arlaxerxès, I Esd., vil, 1-6, et, en général, la 
bienveillance dont firent preuve les rois de Perse. 

I Esd., ix, 9. Néhémie remplissait les fonctions d'échan- 
son auprès d'Artaxerxès, quand il obtint de revenir à 
Jérusalem pour en relever les murailles. II Esd., n, 
1-10. 

5° Tous les événements rapportés dans le livre d'Esther 
se passent à Suse et dans le royaume des Perses, sous 
le règne de Xerxès. Voir Assuérus, t. i, col. 1141; 
Esther, t. il, col. 1973; Mardochée, t. iv, col. 753. 

6° La victoire d'Alexandre le Grand sur Darius, roi des 
Perses et des Mèdes, est rappelée I Mach., i, 1. On 
raconte ensuite comment Néhémie, renvoyé en Judée 
par le roi de Perse, retrouva une eau épaisse à l'en- 
droit où l'on avait jadis caché le feu sacré, que cette 
eau, répandue sur le sacrifice, s'était enflammée, et que 
le roi de Perse, informé de l'événement, fit enclore le 
lieu où l'on avait trouvé l'eau et ainsi le rendit sacré. 

II Mach., i, 19-35. Voir Naphthar, col. 1597. — En 
Perse s'élevaient les temples que les deux rois Antio- 
chus III et Antiochus IV cherchèrent en vain à piller. 
I Mach., vi, 1-4; II Mach., i, 13-16; ix, 1,2; voir Nanée, 
t. iv, col. 1473. — Enfin, c'est de Perse que les Mages 
arrivèrent pour adorer l'enfant Jésus. Matth., il, 1-12. 
Voir Mage, t. iv, col. 543-545. — Les Perses ne sont 
pas nommés dans le Nouveau Testament, mais seule- 
ment les Mèdes. Act., h, 9. 

Bibliographie. — Hérodote, I; Xénophon, Anabasis, 
Hellenica, Cyropsedia ; J. Gilmore, Fragments of the 
Persika of Ctesias, in-8°, Londres, 1889; J. Malcolm, 
History of Persia from the earliest Ages to the pré- 
sent Times, 2 in-4°, Londres, 1815; B. Brisson, De 
regio Persarum principatu, 1691; in-8°, Strasbourg, 
1710; J. H. G. Kern, Spécimen historiarum continens 
scriptores grmcos de rébus persicis Achsemenidarurn 
monumenlis collatos, in-8°, - Liège (1855); M. Dieu- 
lafoy, L'art antique de la Perse, 2 in-f°, Paris, 
1884-1889; G. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans 
l'antiquité, t. vi, Perse, 1890, p. 403-897; G. Rawlin- 



son, The five great monarchies of the anclent eastern 
World, fifth Monarchy, t. IV, 1867; G. W. Benjamin, 
Persia, in-12, Londres, 1388; F. Justi, Geschichte des 
alten Persiens, in-8°, Berlin, 1879; A. von Gutschmid, 
Geschichte Irans und seiner Nachbarlànder von 
Alexander dem Grossen bis zum Vntergang der Ar- 
saciden, in-8°, Tubingue, 1888; Ker Porter, Travels in 
Georgia, Persia, ivith numerous engravings, 2 in-4°, 
Londres, 1821-1828; Flandin et P. Coste, Voyage en 
Perse [Perse ancienne), Paris, texte, in-8°; planches, 
in-f», 1843-1854. H. Lesêtre. 

PERSÉE (grec : rispcrsOç), le dernier roi de Macédoine 
(fig. 29). La Vulgate l'appelle : Persen Cetœorum regem. 
Il succéda à Philippe V, qui passait pour son père, mais 
on ignore s'il était son fils légitime ou illégitime ou 
supposé (179 avant J. C). En 171, il fit la guerre avec 
plus de bravoure que de succès. Il la soutint d'abord 
habilement, mais en 168 il fut défait à Pydna, près de 
l'Azam actuel, sur la côte occidentale du golfe de 




29. — Monnaie de Persée, roi de Macédoine. 

Tête de Persée à droite, diadémée. — H). Dans une couronne* 
aigle éployé, tenant un foudre. Dans le champ : BAEi | AEQE 
iiep [ eeql et un monogramme. 

Salonique, par L. ^Emilius Paulus. Il se rendit, avec sa 
famille, à Samothrace, entre les mains du vainqueur 
qui l'emmena à Rome et le fit figurer à son triomphe. 
Avec lui finit le royaume de Macédoine. Après un court 
emprisonnement, il fut autorisé à se retirer à Albe où 
il mourut. Le bruit de sa défaite arriva jusqu'en Pales- 
tine et contribua à donner aux Juifs une haute idée 
de la puissance militaire des Romains. I Mach., vin, 5. 

PERSÉPOLIS (grec : UtpaiTïo\ii), une des capitales 
du royaume de Perse sous les Achéménides. Elle est 
nommée une fois, II Mach., ix, 2, d'après un grand 
nombre de commentateurs. Antiochus IV Épiphane, à 
court d'argent, tenta de piller le temple de cette ville, 
d'après ces commentateurs, mais les habitants le forcèrent 
à fuir honteusement. — Alexandre le Grand avait déjà 
mis le feu à Persépolis, lors de sa guerre contre les 
Perses, pour venger, dit-on, la prise d'Athènes par 
Xerxès. Clitarque, dans Athénée, sin, p. 576; Diodore 
de Sicile, XVII, lxxi,2,3; Lxxn,6;Plutarque,Atea;and v 
38; Quinte-Curce, v, 7, 3. D'après Diodore de Sicile, 
loc. cit., et quelques autres, Arrien, m, 18, 11; Pline, 
H. N., vi, 26, la ville entière aurait été la proie des 
flammes; d'après Strabon, XV, m, 6, et Plutarque, 
loc. cit., le palais royal aurait été seul détruit. Une 
partie de ses monuments avait certainemsnt échappé à 
la destruction. Ptolémée, vi, 44; vu, 5, 13. On y voit 
encore des mines importantes. Strabon, XV, m, 6, dit 
que Persépolis était, après, Suse, la plus riche des villes 
de Perse, quand elle fut incendiée par Alexandre, et ses 
ruines attestent encore son ancienne splendeur; il est 
douteux, malgré les suppositions contraires, qu'elle se 
soit relevée jamais de ce désastre. 

Persépolis était située près de la plaine de Merdascht, 



159 



PERSEP0L1S — PESTE 



160 



au confluent de l'Arase (Bendamir) et du Médus 
(Pulouan), à 40 kilomètres environ de Pasargades, la 
capitale primitive de la Perse, avec laquelle on l'a au- 
trefois confondue à tort. Darius, fils d'Hystaspe, fut le 
premier roi qui y établit sa cour. D'après Athénée, Deip- 
nosoph., xn, p. 513, les rois de Perse résidaient à Per- 
sépolis pendant trois mois en automne, mais son affirma- 
tion n'est pas confirmée par les autres écrivains anciens. 
Xénophon, Cyrop., vm, p. 22; Plutarqne, De exil., XH, 
édit. Didot, t. iv, p. 730; Zonaras, in, 26. Quoi qu'il en 
soit de ce point, il est certain que Persépolis, depuis 
Darius I er , fut avec Suse une des résidences royales. La 
magnificence de ses ruines (fig. 28, col. 155), remplit les 
voyageurs d'admiration. Elles portent aujourd'hui le nom 
de ChelMinar « les quarante colonnes ». On y voit en- 
core les restes de deux superbes palais élevés par Darius 
lils d'Hystaspe et par son fils Xerxès, en même temps 
que le reste d'autres édifices. — Voir M. Dieulafoy, L'art 
antique de la Perse, in-f°, t. m, 1885; G. N. Curzon, 
Persia, 2 in-8°, Londres, 1892, t. n, p. 115-196. 

La ville de Persépolis est-elle réellement la ville dont 
parle l'auteur du second livre des Machabées?Il y a des 
raisons d'en douter. Le premier livre des Machabées, 
VI, 1, place l'événement qui est rapporté II Mach., ix, 
2, en Elymaïde, et non dans la Perse proprement dite 
où se trouvait Persépolis. On peut traduire le nom de Per- 
sépolis « ville ou capitale des Perses » et entendre par là 
Suse. Voir Élymaïde, t. n, col. 1712. Le temple que voulait 
piller le roi séleucide était dédié à Nanée. II Mach., ix, 2. 
Nanée était une déesse élamite qui devait être honorée 
à Suse et non à Persépolis. Voir Nanée, t. iv, col. 1473. 

PERSIDE (grec : Hsp<n'ç, féminin de IIep<roc6{, 
« Perse » ; Vulgate : Persis), chrétienne de Rome, saluée 
par saint Paul, Rom., xvi, 12: « Saluez Perside, la bien- 
ainiée, qui a travaillé beaucoup pour le Seigneur. » 
On ne sait plus rien sur elle. Le nom de Persis se lit 
comme celui d'une affranchie, Corpus inscript. Int., 
t. VI, n. 23959. 

PERSONNE (hébreu : pânêh; Septante mpôawTiov; 
Vulgate : persona), tout être intelligent, divin ou hu- 
main. — L'idée abstraite de personne est étrangère à 
l'hébreu. On y emploie le mot pânêh, « face », pour 
désigner uue personne en particulier. La face de 
Jéhovah est prise pour sa personne même. Exod., xxxih, 
14; Deut., iv, 37; Ps. xxi (xx), 10; lxxx (lxxix), 17; 
Lam., iv, 16; Is., lxiii, 9. Saint Paul pardonne « à la 
face » du Christ, c'est-à-dire à cause de la personne du 
Christ. II Cor., n, 10. — D'autres fois, le mot panai, 
« ma face », se prend dans le sens de « ma personne ». 
II Reg., xvii, 11; Is., ni, 15, etc. Une seule fois le mot 
personne se lit avec le sens que nous lui donnons en 
français. II Cor., i, 11. — Le plus souvent, les versions 
se servent du mot Tipdswnov, persona, pour rendre les 
locutions hébraïques ndsa'' pânîm, « lever la face », 
hikkir pânim, « regarder la face », gûr mip-penê, 
« craindre devant la face », qui signifient en réalité : 
juger quelqu'un d'après l'extérieur et se laisser influen- 
cer plus que de raison par les apparences. Les versions 
traduisent un peu servilement par (JXe'rceiv t\<; itpôo-wTtov, 
respiœre personam, « regarder au visage », Xot[iëâvsiv 
itpôo-uTtov, accipere personam, «recevoir la personne». 
Il est vrai que les deux mots grec et latin désignent 
originairement la figure et le masque, et se rapprochent 
ainsi du sens de pânêh. Les auteurs sacrés rappellent 
fréquemment que Dieu ne juge pas les hommes selon 
les apparences, ou, comme nous traduisons en français, 
« ne fait pas acception » des personnes, ûeut., x, 16; 
II Par., xix, 7; Job, xxxiv, 19; Sar., vi, 8; Act., x, 34; 
Rom., H, 11; Gai., il, 6; Eph., vi, 9; Col., m, 25; 
I Pet., i, 17. On voit que les Apôtres reviennent sou- 
vent sur cette idée pour l'opposer soit aux prétentions 



des Juifs qui se regardaient comme des privilégiés, 
soit à l'erreur des païens qui refusaient à l'esclave les 
droits de l'homme libre. Les ennemis de Notre-Seigneur 
reconnaissent eux-mêmes qu'il ne juge pas les hommes 
sur leur extérieur. Matth.,xxn, 16; Luc, xx, 21. Il est 
prescrit de ne porter aucun jugement en tenant compte 
de l'extérieur des personnes, de leur puissance, de leur 
richesse, etc. Lev., xix, 15; Deut., i, 17; xvi, 19; 
Job, xxxii, 21; Prov., xvin, 5; xxiv, 23; Jacob., n, 1, 9. 
Par contre, il faut avoir égard à la personne du vieillard 
pour le respecter. Lev., xix, 32. H. Lesêtre. ' 

PESCHITO. Voir Syriaques (Versions) de la Bible. 

PESTE (hébreu : débér, gétéb, qotéb, mâvéf, réUf; 
Septante : quelquefois /oipi;, mais presque toujours 
BâvaTOç, « mort » ; Vulgate : pestilentia, pestis), mala- 
die épidémique qui se propage rapidement dans une 
population et fait périr les hommes en grand nombre, 

I. Nature de la peste. — 1° Son origine. — La peste 
est due à un bacille très court, à bouts arrondis, qu'on 
trouve dans le pus des bubons pesteux, dans le foie, 
la rate et le sang des pestiférés. Ce bacille à été décou- 
vert en 1894, à Hong-Kong, par "ïersin, de l'Institut 
Pasteur. Cf. Yersin, Ann. de l'Institut Pasteur, Paris, 
sept. 1894, p. 662; Netter, La peste et son microbe, 
Paris, 1900. Il ne résiste pas à une dessiccation prolon- 
gée pendant trois ou quatre jours, ni aune température 
de 58» pendant quelques heures ou de 100» pendant 
quelques minutes, ni à l'action des désinfectants habi- 
tuels., 

2° Sa transmission. — La peste est une maladie 
contagieuse qui se transmet par le contact direct avec 
la malade ou avec des objets infectés par lui. L'air ne 
transporte pas le germe infectieux, sinon à très faible 
distance; l'isolement est donc une cause d'immunité. Le 
sol conserve le bacille, mais en atténuant sa virulence. 
Certains animaux contractent et transmettent facile- 
ment la peste. Les rats et les souris sont les premiers 
atteints et succombent en masse à la veille ou au début 
d'une épidémie. Puis viennent les buffles, les porcs, 
les chiens, les poules, etc. Les mouches paraissent être 
des agents directs de transmission Le bacille pesteux 
pénètre dans l'économie surtout par les lésions de l'en- 
veloppe cutanée, mais aussi en partie par les voies res- 
piratoires et le tube digestif. Il s'attaque à toute l'hu- 
manité, sans distinction de race, de sexe ou d'âge. Sa 
propagation est favorisée par la famine, la misère, la 
malpropreté, le manque d'hygiène, les excès, l'encom- 
brement qui multiplie les points de contact. L'altitude 
et la température n'ont que peu d'influence sur le déve- 
loppement et la durée des épidémies. 

3° Son développement dans l'organisme. — Après 
une période d'incubation de trois à dix jours, quel- 
quefois de vingt-quatre heures seulement, la maladie 
débute par des frissons, un violent mal de tête et une 
fièvre intense, accompagnée de délire et d'accablement. 
Au bout de deux ou trois jours, si le cas est bénin, la 
convalescence commence. Le plus souvent, la fièvre, 
le délire et l'insomnie augmentent. Les bubons, ou 
gonflements ganglionnaires, apparaissent à l'aine, puis 
à l'aisselle et enfin au cou; ils grossissent et suppurent 
du huitième au dixième jour. En même temps ou peu 
après, les charbons, ou tumeurs gangreneuses entou- 
rées d'une zone très rouge, se montrent et se développent, 
de préférence aux jambes et au cou. La mort peut 
arriver à cette période. La durée de la maladie est 
d'environ huit jours, bien que la mort se produise par- 
fois dès le deuxième ou troisième jour, ou même plus 
tôt. La prédominance des bubons fait donner à la mala- 
die le nom de peste bubonique. Elle devient peste 
pneumonique si le mal se localise surtout sur l'appareil 
pulmonaire. Des hémorragies sous-cutanées peuvent 



161 



PESTE 



162 



produire des taches noires sur la peau; c'est alors la 
peste hémorragique ou mort noire. Quand les symptômes 
de dépression s'accentuent, la maladie ressemble à 
une grave fièvre typhoïde et prend le nom de peste 
typhoïdique. 11 y a donc différentes variétés de pestes, 
les unes malignes, les autres bénignes et moins conta- 
gieuses. La peste est souvent foudroyante, notamment 
au début des épidémies; ejle tue alors ses victimes en 
quelques heures. Parfois, au contraire, elle est si at- 
ténuée que les malades peuvent continuer à vaquer à 
leurs occupations. C'est alors la peste ambulatoire. 

4° Ses ravages. — La peste est, avec la fièvre jaune, 
la plus meurtrière des maladies. Au début de l'épidé- 
mie, presque personne n'échappe; on estime qu'ensuite 
la mortalité est en moyenne de 50 à 60 pour cent, pou- 
vant aller cependant à 90 ou 95 pour cent. La période 
d'activité de l'épidémie est de huit mois environ ; 
«nsuite la mortalité baisse lentement. Depuis la peste 
d'Athènes, décrite par Thucydide, Bell. Pelop., Il, 48, 
l'histoire a enregistré un certain nombre de pestes très 
meurtrières. La peste noire, qui sévit en Asie et en 
Europe de 1346 à 1361, coûta la vie à 24 millions 
d'hommes en Europe, et probablement à un plus grand 
nombre en Asie. Quelques détails empruntés à la des- 
cription de la peste de Marseille, en 1720, donneront 
une idée de ce qui devait se passer dans les villes de 
l'antiquité quand l'épidémie les visitait. « Marseille 
présente alors le plus épouvantable spectacle; cent 
mille personnes se craignent, veulent se fuir et se 
rencontrent partout. Les liens les plus sacrés sont 
rompus. Tout ce qui languit est déjà réputé malade, 
tout ce qui est malade est regardé comme mort. On 
s'échappe de sa propre maison, où quelques parents 
rendent le dernier soupir; on n'est reçu dans aucune 
autre. Les portes de la ville sont encombrées d'une 
foule empressée de se dérober au souffle empoisonné. 
Les gens du peuple campent sous des tentes... lien est 
qui vont chercher un refuge sur le sommet des collines 
ou dans le fond des cavernes. Les marins se croient 
plus heureux parce qu'ils vivent dans des barques sur 
le port. Mais la mer et les ruisseaux, les collines et 
les cavernes ne protègent point contre les atteintes de 
la contagion... Toutes les boutiques fermées, le com- 
merce arrêté, les travaux interrompus, toutes les rues, 
toutes les places, toutes les églises désertées; ce n'est 
encore là qu'un premier coup d'œil de la dévastation 
de Marseille. Quelques jours après, l'aspect de Marseille 
était effrayant. De quelque côté qu'on jette les yeux, on 
voit les rues jonchées des deux côtés de cadavres qui 
s'entretouchent et qui, étant presque pourris, sont 
hideux et effroyables à voir. Comme le nombre des 
forçats qu'on a pour les prendre dans les maisons est 
beaucoup inférieur pour pouvoir dans tous les quartiers 
les retirer journellement, ils y restent souvent des se- 
maines entières et ils y resteraient encore plus long- 
temps, si la puanteur qu'ils exhalent et qui empeste 
les voisins ne les déterminait, pour leur propre conser- 
vation, de faire un effort sur eux-mêmes et d'aller les 
retirer des appartements où ils sont pour les traîner 
sur le pavé. Ils vont les prendre avec des crocs et les 
tirent de loin avec des cordes jusqu'à la rue; ils font 
■cela pendant la nuit pour être libres de les traîner le 
plus loin qu'ils peuvent de leurs maisons et de les 
laisser étendus devant celle d'un autre qui frémit, le 
lendemain matin, d'y trouver ce hideux objet qui 
ï'infect&et lui porte l'horreur et la mort. On voit tout 
le cours, toutes les places, tout le port, traversés de ces 
cadavres qui sont entassés les uns sur les autres. Sous 
chaque arbre du cours et des places publiques, sous 
l'auvent de chaque boutique, on voit entre tous ces 
cadavres un-nombre prodigieux de pauvres malades et 
même des familles tout entières, étendus misérablement 
snr un peu de paille ou sur de mauvais matelas, s 

DICT. DE LA BIBLE. 



A. Boudin, Histoire de Marseille, cité par L. Laruelle, 
La peste dans l'état actuel de la science, dans la Revue 
des questions scientifiques, Bruxelles, juillet 1897, 
p. 41-43. Voir tout l'article, p. 39-73, et E. Deschamps, 
Peste, dans le Traité de médecine de Brouardel, 
Paris, 1903, t. il, p. 52-58. Tel était le spectacle que 
devaient présenter équivalemment les villes anciennes 
quand la peste y éclatait. Les rares victimes de la 
peste qui échappent à la mort demeurent languissantes, 
plus ou moins paralysées et atteintes dans leur intelli- 
gence. La peste, qui se répandait dans tout l'ancien 
monde, est aujourd'hui confinée dans quelques foyers, 
en Afrique, la Cyrénaïque, et en Asie, l'Assyrie, l'Irak- 
Arabie, la Perse, le Turkestan, l'Afghanistan, l'Hindous- 
tan et la Chine. Elle ne détermine pas toujours, dans 
les endroits où elle est endémique, les mêmes désastres 
qu'autrefois en Europe. Mais elle a eu de temps en 
temps des réveils terribles, et l'on a pu constater que 
sa virulence ne s'était pas atténuée avec les siècles. En 
1894, elle fit à Canton, en quelques semaines, 60 000 
victimes. En revanche elle n'a jamais envahi l'Améri- 
que. — Voir H. F. Mûller, Die Pest, in-8», Vienne, 1900. 

II. La. peste dans la Bible. — 1° Ses caractères. — 
La peste apparaît dans la Bible comme un mal qui 
effraie par sa soudaineté et ses ravages. Sa nature 
infectieuse ressort de ce faitqu'elle accompagne souvent 
la famine dans les villes assiégées, où toute hygiène 
est rendue impossible. Mais les écrivains sacrés ne 
fournissent aucun détail permettant d'identifier la peste 
dont ils parlent. Les noms qui la désignent en hébreu 
sont des termes généraux, impliquant l'idée de mort, 
mais convenant à diverses calamités. Pour rendre ces 
différents termes, les Septante n'ont guère que le mot 
8àvaxo;, « mort », dont la signification est très étendue. 
Cf. Ose., xiii, 14. Il est donc à croire que les termes 
du texte hébreu visent des affections morbides assez 
diverses, n'ayant de commun que leur caractère viru- 
lent, leur extension rapide et la multiplicité de leurs 
ravages. Le typhus, la peste noire, le choléra, et d'autres 
épidémies analogues ont donc pu sévir sur les Israé- 
lites et leurs voisins, sans qu'il soit possible de préci- 
ser, en aucun cas, la nature spécifique du mal. Cf. 
W. Ebstein, Die Medizin im Alten Testament, Stutt- 
gart, 1901, p. 100-101. 

2» Pestes mentionnées dans la Bible. — 1. Après la 
peste du bétail, qui constitue la cinquième plaie 
d'Egypte, Exod., ix, 3-6, un autre genre de peste 
s'abattit, sous forme de pustules, sur les hommes et 
les animaux. Exod., îx, 8-11. Ce fut la sixième plaie. 
Voir Pustules. Sur le mal épidémique qui frappa les 
Philistins détenteurs de l'Arche, voir Ofalim, t. iv, 
col. 1757. — 2. La peste signalée sous David, à la suite 
du dénombrement, dura trois jours et fit périr 70 000 
hommes. Reg., xxiv, 15; I Par., xxi, 12-14. L'exécution 
de la sentence divine est alors confiée à un ange, « qui 
promène la mort dans tout le territoire d'Israël. » 
Cette peste est présentée comme un châtiment divin, 
que David lui-même préféra à une famine de trois ans 
et aune guerre de trois mois. Elle commence et elle 
s'arrête sur l'ordre de Dieu. Il y a donc là une épidé- 
mie qui peut être naturelle en elle-même et analogue 
à celles qui sévissaient de temps en temps, mais qui 
fut surnaturelle dans ses circonstances. — 3. Sous le 
roi Ézéchjas, l'ange de Jéhovah fit périr en une nuit 
185000 hommes de l'armée de Sennachérib, aux environs 
de Jérusalem. IV Reg., xix,35;Is., xxxvn, 36. Josèphè, 
Ant. jud., X, i, 5, attribue ce ravage à une peste, 
Xot(jtixTi vôctoç. Mais les textes ne donnent aucun détail 
permettant de reconnaître le genre de maladie. Il ne 
serait pas impossible que l'agent employé par Dieu ait 
été le typhus, qui se distingue de la peste par l'absence 
de bubons et de charbons, mais dont on a observé 
fréquemment le développement au milieu des armées. 

V. -6 



163 



PESTE — PETAU 



164 



en campagne, au point de lui faire donner le nom de 
typhus des camps. « Le typhus est une des affections 
les plus graves, les plus meurtrières. La proportion de 
mortalité ne saurait être calculée; elle varie essentielle- 
ment suivant les lieux, les circonstances au milieu 
desquelles la maladie éclate. Ainsi, dans quelques épi- 
démies, presque tous les malades succombent, ou bien 
la mortalité en enlève la moitié, les deux tiers. » 
Grisolle, Traité de pathologie interne, Paris, 1874, t. i, 
p. 71. L'intervention de Dieu aurait rendu le mal parti- 
culièrement meurtrier pour les soldats de Sennachérib. 
Hérodote, h, 141, confirme le fait, tout en le dénatu- 
rant. D'après cet historien, l'armée assyrienne campait 
devant Péluse, dans le delta du Nil, quand une multi- 
tude de rats rongèrent dans le cours d'une nuit les 
carquois, les arcs et les courroies des soldats, si bien 
que, devenus incapables de se servir de leurs armes, 
les Assyriens n'eurent plus qu'à prendre la fuite le 
lendemain. Cette invasion de rats est curieuse à noter. 
Peut-être pourrait-elle être l'indice d'une peste à 
laquelle, comme il arrive d'ordinaire, ces rongeurs au- 
raient succombé les premiers. — Sur la maladie du roi 
Ézéchias, voir Ulcère. — 4. Amos, iv, 10, mentionne 
une peste qui sévit de son temps, sous le roi Jéroboam 
II, bedérék, « à la manière » de la peste d'Egypte, et 
non iv i&&, in via, « sur le chemin » de l'Egypte, comme 
traduisent les versions, qui ont pris dérék dans son 
sens ordinaire de « route ». Le prophète fait également 
allusion à la puanteur des camps montant jusqu'aux 
narines, ce qui permet de penser que l'épidémie s'éten- 
dit surtout sur les armées de Jéroboam. — Bien d'au- 
tres pestes que celles-là se produisirent sans nul doute 
dans le cours de l'histoire d'Israël. La plupart furent 
limitées, moins meurtrières et dues à des causes pure- 
ment naturelles. Josèphe, Ant. jud., XV, vu, 7, cite 
une peste qui, au temps d'Hérode, fit périr beaucoup 
d'hommes du peuple et de courtisans. Quelques années 
plus tard, la disette fut accompagnée d'une nouvelle 
peste; le double mal se prolongea durant deux ans et 
causa de grands ravages. Ant. jud., XV, ix, 1. Notre- 
Seigneur avait prédit que des pestes et des famines 
précéderaient la ruine de Jérusalem. Matth., xxiv, 7; 
Luc, xxi, 11. Pendant lé siège de la ville, la peste ne 
put manquer de se joindre aux autres maux, quand il 
fallut laisser les cadavres sans sépulture dans les rues, 
dans les maisons et autour des murailles. Cf. Josèphe, 
Bell, jud., V, xn, 3; xhi, 7; VI, î, 1, etc. 

3° Lesmenaces de peste. —1. Le Seigneur menace les 
Israélites infidèles de trois fléaux : l'épée, c'est-à-dire la 
guerre, la peste et la famine. Lev., xxvi, 25. Après une 
révolte du peuple au désert, Jéhovah veut le détruire par 
la peste et ne pardonne que sur les instances de Moïse, 
en stipulant cependant qu'aucun des coupables ne verra 
la Terre Promise. Num., xiv, 12, 23. La menace de la 
peste et de toutes sortes de maladies est encore rappelée 
dans le Deutérbnorae, xxvm, 21-26. Dans son cantique, 
Moïse y joint la mention de la famine, des bêtes féroces 
et de l'épée. Deut., xxxn, 24, 25. Cette menace répondait 
à une crainte déjà ancienne parmi les Hébreux. Quand 
Moïse se présenta pour la première fois devant le pha- 
raon, il lui demanda l'autorisation d'emmener son 
peuple à trois jours de marche dans le désert, « pour 
offrir des sacrifices à Jéhovah, afin qu'il ne nous frappe 
pas de la peste ou de l'épée. » Exod., v, 3. — 2. Des 
prières sont adressées au Seigneur dans le Temple de 
Salomon, pour qu'il préserve les Israélites de la peste 
et des autres fléaux, III Reg., vin, 37; II Par., vi, 28, 
et le Seigneur promet de les exaucer. II Par., vu, 13. 
Ces prières sont réitérées sous Josaphat. II Par., xx, 9. 
Du reste, la peste est le châtiment de l'infidélité ; quant 
au juste, qui met sa confiance dans le Seigneur, il est 
à l'abri « de la peste funeste », mid-débér havvôt, et 
non mid-dâbâr, àirè X<S-j ou Tap*-^û8oyç, a verbo aspero, 



« de la parole funeste », comme ont lu les versions. 
Il n'a à craindre, Ps. xci (xc), 3, 6 : 

Ni la peste (débér) qui marche dans les ténèbres, 
Ni la contagion (qétéb) qui ravage en plein midi. 

Deux prophètes, Jérémie et Ézéchiel, reviennent fré- 
quemment sur la menace de la peste. Ils joignent ordi- 
nairement trois fléaux : l'épée, la famine et la peste. 
Jer., xiv, 12; xxi, 7, 9; xxiv, 10; xxvn, 8, 13; xxix, 17- 
18;xxxn, 24, 36; xxxiv, 17; xxxvm, 2; xui, 17, 22; 
xuv, 13 ; Ezech., vu, 15; xii, 16. Dans une ville assié- 
gée, les trois fléaux s'appellent l'un l'autre. L'ennemi 
empêche le ravitaillement et souvent .accapare les 
sources; la famine et les maladies infectieuses sont 
bientôt la conséquence du siège. C'est là ce dont les 
prophètes menacent Jérusalem. Ézéchiel, xxvm, 33, 
appelle contre Sidon la peste et l'épée; il ne parle pas 
de famine, parce que la ville pouvait se ravitailler par 
mer. Une autre fois, faisant écho à la menace de Moïse, 
il annonce l'envoi contre Jérusalem de « quatre châti- 
ments terribles, l'épée, la famine, les bêtes malfaisantes 
et la peste. » Ezech., xiv, 19, 21. La mention des trois 
principaux fléaux s'est perpétuée dans l'Église. L'une 
des invocations des litanies des Saints demande encore 
que les fidèles soient préservés a peste, famé et belle. 

4° La veste des animaux. — Jérémie, xxi, 6, prédit 
qu'à Jérusalem Dieu frappera dé. la peste hommes et 
bêtes. Les animaux d'Egypte furent atteints par les pus- 
tules de la sixième plaie, ix, 9-10. La plaie précédente 
avait été particulière à ceux qui se trouvaient dans les 
champs, chevaux, ânes, chameaux, bœufs et brebis. 
Exod., ix, 3, 6. Les animaux domestiques ont toujours 
été extraordinairement nombreux dans les champs de 
la Basse-Egypte et parfois les épizooties y exercent de 
prodigieux ravages. Cf. Vigouroux, La Bible et les 
découvertes modernes, 6 e édit., t. n, p. 329. Le texte 
sacré ne permet pas de préciser le genre de peste qui 
constitua la cinquième plaie. Le typhus du gros bétail, 
la fièvre charbonneuse, la péripneumonie contagieuse 
ou d'autres causes infectieuses ont pu facilement entrer 
en activité sur l'ordre de Dieu, tout en résultant natu- 
rellement de la putréfaction engendrée. par les ca- 
davres des grenouilles de la seconde plaie, ou des pi- 
qûres envenimées des cousins et des mouches des deux 
plaies suivantes. Cette plaie n'atteignit du reste que les 
animaux laissés dehors, dans les champs. Cf. S. Augus- 
tin, In Heptat., il, 33, t. xxxiv, col. 608. Les autres 
devaient être frappés par la sixième plaie, sans cepen- 
dant en périr. C'est ce qui permit ensuite au pharaon 
de pouvoir atteler sa charrerie pour la mettre à la 
poursuite des Hébreux. Exod., xiv, 6-9. — 5° Les ver- 
sions parlent quelquefois de pestilence, Ps. i, 1, et 
d'homme pestilent, Prov., xv, 12; xix, 25; xxi, 11; 
xxix, 8; I Mach., x, 61; xv, 3, 21, dans des passages 
où il n'est question que d'impiété ou d'impies. Les 
Juifs appellent saint Paul « une peste », tbv avSpa 
toûtov ).oi|j.ôv, hune hominem pestiferum, Act., xxiv, 5, 
c'est-à-dire un homme qu'ils jugent dangereux comme 
la peste. H. Lesêtre. 

PÉTASE (grec : nhanoi), chapeau à fond bas et à 
larges bords dont était coiffé le dieu Mercure. II Mach,, 
iv, 12, dans le texte grec. Voir Mercure, 2", t. iv, col. 992. 

PETAU Denis, théologien français, né à Orléans 
en 1583, mort à Paris le 11 décembre 1652, entré au 
noviciat de Nancy en 1605, professa d'abord la rhéto- 
rique puis, pendant 22 ans, la théologie dogmatique au 
collège de Clermont à Paris avec un rare succès. 
Petau n'appartient à l'exégèse que par la paraphrase en 
vers grecs de tous les Psaumes de David et des can- 
tiques de la Bible : Aïowufov toO LTsTaêtou... nxpa- 
opâut; e|/.tUTpo; àirévTwv twv to0 àxvŒox) W<x.\\iû>v, mal 



465 



PETAU — PÉTRA 



166 



•uûv iv rai? Ispai; 6iëXoi;; cette paraphrase est accom- 
pagnée d'une sorte de traduction latine pour la commo- 
dité de ceux qui ne savent pas le grec. In-12, Paris, 
1637. —On peut signaler aussi ses commentaires sur 
Job et Osée restés manuscrits, ainsi qu'une paraphrase 
en vers grecs sur les Lamentations de Jérémie et des 
remarques sur Jérémie, Ézéchiel et Daniel. 

P. Bliard. 
PETERSEN Jean Guillaume, théologien protestant 
et visionnaire allemand, né à Osnabruck en 1649, mort 
près de Magdebourg le 31 janvier 1727. Après avoir 
étudié à Lubeck, à Giessen et à Rostock, il fut nommé 
pasteur à Hanovre, puis surintendant dans le diocèse 
de Lubeck. Ministre à Lunebourg, il fut accusé de 
renouveler les erreurs des Millénaires etforcé, en 1692, 
de renoncer à la prédication. On lui reprochait en outre 
de regarder toutes les religions comme également 
bonnes. 11 se retira alors près de Magdebourg, conti- 
nuant avec l'aide de sa femme à propager toutes ses 
erreurs. Nous citerons parmi les écrits de ce vision- 
naire : Psalmen Davids, nach dem Maas der ertheilten 
Gabe Christi, in dem reichesten prophetischen Sinne, 
durch den Schlussel Davids aufgeschlossen, in-4°, 
Francfort et Leipzig, 1719; Zeugniss Icsu aus dem ko- 
niglichen Propheten Iesaia durch den Geist der 
Weissagung, von Capitel zu Capitel erklàrt, worin- 
nen gezeiget wird, dass der Geist Goltes nebst der 
vergangenen, auch auf die gegenwàrtige, ingleichen 
auf die nachfolgende Zeit nach seinem vôlligen Sinn 
gedeutet hab'e, in-4», Francfort, 1719; Zeugniss leSu 
in dem Propheten Ieremia, in-4 ., Francfort, 1719; 
Zeugniss lesu aus dem Propheten Ezéchiel, durch 
den Geist der Weissagung dargethan, in-4°, Franc- 
fort, 1719; Sinn des Geistes in dem Propheten Daniel, 
in-4°, Francfort, 1720 ; Apostolischer Zusammenhang, 
darinnen das verklàrte Evangelium so wohl in der 
Apostelgeschichle : alsin allen Epîsteln Paulli, Pétri, 
loannis, lacobi and ludse in der Connexion, dis dem 
Schlussel der ivahren Eœegesis und Erforschung des 
Sinnes und des Geistes hervorleuchtet und gezeiget ist l 
in-4°, Francfort, 1722; Erklârung der zwôlf kleinen 
Propheten, in-4°, Francfort, 1723. Erklârung des Ho- 
henliedes Salomonis, m-8°, Budingen, 1728. J.-G. Pe- 
tersen écrivit lui-même sa biographie : Lebensbe- 
schreibungj. W. Petersen's, derheiligen Schrift Doc- 
toris, vormals Professons zu Rostock, in-8», Halle, 1717, 
et sa femme deux ans plus tard l'imita en publiant : 
Leben Frauen J, E. Petersen, Gebohrner von und 
zu Merlau, Hernn D' J. W. Petersen's Eheliebsten, 
in-8°, s. 1. (Halle), 1719. — Voir en outre Walch, 
Biblioth. theologica, t. iv, p. 496, 528, 538, 545, 552, 
557, etc. C. Heurtebize. 

PETHOR (hébreu : Petôr; Septante : <£>a6oupâ ; 
Alexandrinus : Ba6ovpâ), ville de Mésopotamie, patrie 
de Balaam. La Vulgate a traduit ce nom de lieu par 
ariolum, « devin, » dans Num., xxn, 5, tandis que les 
Septante l'ont conservé comme nom propre. Dans le 
second passage où le texte hébreu mentionne cette ville, 
Deut., xxui, 4 (Vulgate, 5), il est omis par les Septante et 
par saint Jérôme. C'est à Pethor que Balac, roi de Moab, 
envoya chercher Balaam, afin de lui faire maudire les 
enfants d'Israël. Voir Balaam, t. i, col. 1319. Le Deuté- 
ronome nous apprend que Pethor était une ville d'Aram 
Naharaïm ou Mésopotamie et les Nombres, qu'elle était 
située sur «. le fleuve du pays des fils de son peuple » 
(Vulgate par erreur : des tils d'Ammon) c'est-à-dire de 
l'Euphrate. Le nom de cette ville, en assyrien Pitru, se 
lit sur l'obélisque de Salmanasar. Voir Eb. Schrader, 
Keilinschriften and Geschichtforschung, 1878, p. 140, 
220, 231. Elle était située sur le haut Euphrate, au 
confluent de ce fleuve et du Sagur, qui vient de l'ouest, 
à une centaine de kilomètres au nord-est d'Alep, a plus 



de 600 kilomètres- de la Palestine. Thothmès III s'était 
déjà emparé de Pethor, lors de ses conquêtes dans l'Asie 
antérieure, comme on le voit sur les listes de Karnak 
où le pharaon enumère ses victoires. H. Brugsch, Ge- 
schichte Aegyptens, 1877, p. 454, n. 280 ; W. M. Mûller, 
Asien und Europa nach altâgyptischen Denkmâlem, 
1893, p. 291. Cf. J. Menant, Annales des rois d'Assy- 
rie, 1874, p. 98; Eb. Schrader, Keilinschriftliche Bi- 
bliothek, t. i, p. 133, lig. 37-40; p. 163, lig. 36; p. 173, 
lig. 85-86. C'est à tort que J. Marquart, Fùndamente 
israelitischer und jùdischer Geschichte, 1896, p. 74, 
et H. Winckler, dans Schrader, Keilinschriften und 
das alte Testament, 3 e édit., p. 148, prétendent que 
Pethor était en Egypte. 

PETRA (hébreu : iho; Séla\ « pierre »; employé 

parfois sans article, Is., xvj, 1 ; xlii, 11, quelquefois avec 
l'article, ybDn, has-Séla', Jud., i, 36; IV Reg., xiv, 7; 
Septante : IléTpa, *i riétpa; Vulgate : Petra), ville de 
l'Idumée (fig. 30). Voir Ed. Robinson, Biblical Resear- 
ches, 2 e édit., 1856, t. n, note xxxvn, p. 521-524. D'après 
le sentiment général des interprètes, il est question de 
cette ville dans les quatre passages bibliques cités plus 
haut, et probablement aussi II Par.,xxv, 12, texte paral- 




30. — Monnaie de Pétra. 
Buste d'Hadrien à droite, tête laurée, épaules drapées. Aïro- 
KPATMP. — ^. Pétra assise sur un rocher tenant daus la main 
gauche un trophée. Dans la droite un patère. nETPAMHTPO- 
nOAlC. 

lèle à IV Reg., xtv, 7. — Le texte, Jud., i, 36, mentionne 
simplement Pétra comme formant la limite du territoire 
des Amorrhéens. — IV Reg., xiv, 7, il est dit qu'Amasias, 
roi de Juda, « battit 10000 Iduméens dans la vallée du 
Sel, » c'est-à-dire de la mer Morte, et qu' « il s'empara 
de Séla' » ou Pétra. — II Par., xxv, 11-12, nous lisons 
qu'après cette victoire d'Amasias, ses troupes se saisi- 
rent d'un grand nombre d'Iduméens, qu'ils menèrent 
sur la hauteur de Pétra (hébreu, Séla' ; Vulgate : ad 
prxruptum cujusdam petrse), d'où ils les précipitèrent. 

— Isaïe, xvi, 1, suppose idéalement que les Moabites, bat- 
tus par les Hébreux et réfugiés à Pétra, envoient de là le 
tribut au roi de Jérusalem, pour faire leur soumission; 
xlii, 11, le même prophète invite les habitants de Séla" 
à chanter avec tout l'univers la gloire du Dieu d'Israël. 

— Le prophète Abdias fait au moins allusion à Pétra 
aux ji. 2-4 de sa prophétie : 

[Édom], je te rendrai petit parmi les nations... 
L'orgueil de ton cœur fa égaré, 
Toi qui habites le creux des rochers (sé(a'), 
Qui t'assieds sur les hauteurs, 
Et qui dis en toi-même : 
Qui me précipitera jnsqu'à terre? 
Quand tu élèverais ton aire comme l'aigle, 
Quand tu la placerais au milieu des étoiles, 
Je t'en précipiterai, dit Jéhovah. 

I. Identification. — Il n'y a pas de doute que l'an- 
cienne Sêla' ne corresponde à la Pétra des Grecs et 
des Romains. Les passages de la Bible qui la mention- 
nent la placent tous dans l'Idumée et font d'elle une 
ville importante de cette région. Les caractères de Pétra 
conviennent fort bien à ce que les écrivains sacrés 



167 



PÉTRA 



168 



nous disent de Séla' : aussi est-ce d'une manière à 
peu prés unanime qu'on a identifié de tout temps les 
deux localités. Voir Eusèbe, Onomastica sacra, Gœttin- 
gue, 1870, p. 147, 286. L'ancien nom hébreu de Pétra 
semble avoir été conservé sous la forme Sal% que l'écri- 
vain arabe Yalkoût emploie pour désigner une forteresse 
située précisément dans l'ouadi Mouça, sur l'empla- 
cement de Pétra. Nôldeke, Der arabische Name von 
Petra, dans la ZeiCschrift der deutschen mprgenlân- 
dischen Gesellschaft, 1871, t. xxv, p. 259-260. Les ruines 
de Pétra sont situées dans la vallée que les Arabes ap- 
pellent Ouadi Mouça, « Vallée de Moïse, s> et ils lui ont 
attribué ce nom parce qu'ils placent en ce lieu l'un des 
rochers qui, frappés par Moïse, fournirent aux Hébreux 
une eau miraculeuse durant leur marche à travers le 
désert. « Le fond de la cuvette où était autrefois la ville 
elle-même, est bossue, mamelonné; l'ouadi Mouça la 
coupe sensiblement par le milieu en allant de l'est à 
l'ouest. Ce nom de Ouadi Mouça a été donné par les 
Arabes à l'ensemble de Pétra et à son débouché vers 
l'Arabah. » J. de Kergorlay, Pétra, dans la Revue des 
deux mondes, 15 avril 1907, p. 902. — Pétra a donné 
son nom à l'Arabie Pétrée; en effet, l'épithète « Pétrée » 
n'a pas le sens de pierreuse, rocheuse; il s'agit du dis- 
trict de l'Arabie dont Pétra était la capitale : i\ xaxà 
néxpoiv 'Apaêfa. Agathemerus, Géographie exposilio 
campendiara, vi, 21, dans C. Mûller, Geographi grxci 
minores, édit. Didot, t. h, p. 499. 

II. Situation géographique. — Pétra était située par 
30° 19 de latitude N. et 35° 31 de longitude E., au cœur 
<!es montagnes d'Édom, à peu près à mi-chemin entre 
l'extrémité sud de îa mer Morte et la pointe nord du 
golfe d'Akabah. Voir la carte, t. m, col. 330. On compte 
cinq jours de marche pour la première partie, six pour 
la seconde ; environ 100 til. à partir de la pointe d'Aka- 
bah. Pétra se trouvait à 500 milles romains de Gaza, 
Pline, H. N., vt, 22, au pied du mont Hor, Josèphe, 
Ant. jud., IV, iv, 7, sur les contreforts orientaux de la 
longue et profonde vallée, nommée Arâbah, qui unit la 
mer Morte à la mer Rouge. Elle appartient maintenant 
à la province du Hedjaz. Elle était comme isolée du 
reste du monde par la ceinture de rochers gigantesques 
qui l'entourait. « A l'est, à l'ouest, se dressent des 
parois abruptes; au nord, les hauteurs découpées par 
des ravins parallèles limitent l'horizon d'une arête 
continue; au sud, les pentes sont plus douces, mais 
là aussi une muraille de grès forme le rebord du bas- 
sin. ». E. Reclus, Nouvelle géogr. universelle, t. ix, 
1884, p. 797. Le cirque au milieu duquel s'étalaient les 
habitations et les monuments de Pétra n'est aisément 
abordable que de deux côtés. On peut y pénétrer 
par le sud-ouest, en suivant un sentier de montagne 
rude et escarpé. L'entrée la plus naturelle, comme 
aussi la plus pittoresque, est du coté de l'est; elle 
consiste dans un long défilé, qui porte le nom arabe 
de Sîk. Rien n'est plus saisissant que cette gorge 
étroite et sinueuse, aux parois perpendiculaires, haute 
de 80, 100 et 200 mètres, qu'on suit pendant plus d'une 
heure, en longeant le cours d'eau principal de Pétra, 
auquel le Sîk sert de lit. Strabon, XVI, rv, 21, et Pline, 
H. N., vi, 32, mentionnent aussi cet étrange couloir, 
où parfois deux chameaux chargés ont de la peine à 
passer de front, et dont mainte portion est inaccessible 
au soleil. Les tombes et les temples taillés dans le roc 
y font leur apparition assez longtemps avant qu'on 
n'arrive à Pétra. 

En sortant du Sîk, on se trouve dans le bassin où 
était bâtie la ville. Sa forme est à peu près quadran- 
gnlaire. D'après Pline, H. N., vi, 32, : sa largeur 
était de deux milles romains ; ce qui correspond assez 
exactement aux mesures indiquées par les voyageurs 
les plus récents. : de 1500 à 1800 m. du S. au N. ; de 
1000 à 1200 de l'E. à l'O. La nature est déchirée, tour- 



mentée; les moindres ravins sont des précipices. Les 
rochers nus qu'on voit de toutes parts consistent parfois 
en calcaire; mais le plus habituellement en grés, et 
ces grès ont des colorations merveilleuses, dont les 
visiteurs parlent avec enthousiasme : le rouge et le 
jaune dominent; mais on rencontre toutes les nuances, 
depuis le rouge presque noir jusqu'au rose tendre, et 
depuis le jaune foncé jusqu'au jaune citron; au lever 
et au coucher du soleil ces teintes sont très agréables 
à contempler. Autrefois, la vallée était cultivée avec 
soin; elle est maintenaut sans culture aucune, quoique 
l'eau y soit abondante. Sur les pentes, les restes de 
murs de soutènement prouvent qu'on avait des jardins 
en terrasses. 

Le grès est très friable de sa nature ; aussi les mon- 
tagnes de Pétra n'ont-elles pas échappé à l'érosion du 
temps, et elles continuent de se désagréger chaque 
jour; en s'effritant ainsi, elles prennent les formes les 
plus variées, les plus bizarres. Lorsque d'en haut on 
jette un coup d'œil sur le sommet des rochers, on 
dirait une mer étrange, dont les vagues se seraient 
figées. Emplacement singulier, sans doute, pour y ins- 
ta'ler une ville importante. L'histoire de Pétra va nous 
faire comprendre pourquoi il fut choisi. 

III. Histoire de la ville. — Un profond mystère 
enveloppe la fondation de Séla', qui se perd dans les 
temps les plus reculés. A l'origine, les habitants de 
la contrée étaient les Horréens (voir Horréens, t. m, 
col. 757-758), c'est-à-dire des Troglodytes, lis sont men- 
tionnés Gen., xiv, 6, à l'époque d'Abraham etde Chodor^ 
lahomor. C'est par eux que doivent avoir été creusées 
les premières grottes de Pétra, qui n'étaient encore que 
de grossières cavités. Plus tard, les Horrhéens furent 
supplantés par les Édomites, qui descendaient d'Ésaù, 
Deut. il, 12, 22. Grâce à ceux-ci, Séla' acquit alors une 
importance nouvelle, bien qu'elle ne fût pas leur capi' 
taie; cet honneur appartenait à Bosra. Voir Bosra 1, 
1. 1, col. 1859. Vers la fin du ix e siècle avant notre ère, 
elle fut conquise par Amasias de Juda, qui la détruisit 
en partie et lui donna le nomdeJectéhel. VoirjECTÉHEL, 
t. m, col. 1216. Aussi n'est-il plus question d'elle pen- 
dant quelque temps dans les saints Livres. Amos, i, 
12, ne mentionne pas Séla' parmi les villes du pays 
d'Édom. Toutefois, elle était trop bien située, pour ne 
pas redevenir une ville très importante. 

C'est aux Nabuthéens qu'elle dut la période la plus 
florissante de son histoire. Ce petit peuple d'origine 
sémitique, voir Nabuthéens, t. iv, col. 1444, venu 
d'Orient on ne sait pas au juste à quelle époque, était 
beaucoup plus trafiquant que guerrier. Il possédait des 
richesses énormes, et il avait besoin, sur l'un des che- 
mins fréquentés par les caravanes, d'un endroit sûr, 
difficilement accessible, à l'abri d'un coup de main des 
maraudeurs arabes, qui pût servir d'entrepôt à ses mar- 
chandises, et de résidence aux vieillards, aux femmes 
et aux enfants, durant ses déplacements commerciaux. 
Pétra convenait admirablement pour ce but. D'un côté, 
par sa situation même, elle était facile à défendre contre 
une invasion ; de l'autre, elle se trouvait au centre des 
routes les plus fréquentées d'alors par le commerce : 
route d'Egypte à Damas, route de Gaza, route d'Akabah, 
route du golfe Persique, etc. Pline, H. N., vi, 32. De 
nombreux marchands romains et étrangers s'y étaient 
installés à l'époque de Strabon, loc. cit., et Diodore de 
Sicile, xix, 98, compare à des armées les caravanes qui 
traversaient ces parages. Vers l'an 300 av. J.-C, et 
même un peu plus tôt, Pétra nous apparaît donc tout à 
coup comme la capitale des Nabuthéens, qui s'en 
étaient emparés à leur tour, peut-être au V e ou au 
IV e siècle. A deux reprises au moins, les Séleucides, 
qui gouvernaient alors la Syrie, essayèrent de la réduire, 
car ses richesses les tentaient; mais ils furent repous- 
sés vigoureusement. Diodore de Sicile, xix, 95. Josèphe 



169 



PÉTRA 



170 



nous apprend que, vers l'an 70 avant notre ère, elle 
servait de résidence à l'un des princes arabes nommés 
Arétas, et qu'elle fournit ensuite un refuge à Hyrcan II, 



siècle plus tard, 105 après J.-C, Trajan l'incorpora à 
l'empire; il l'agrandit et l'embellit considérablement. 
Dion Cassius, lxviii, 14. Son successeur, Adrien, la prit 




roi de Jérusalem. Josèphe, Ant. jud., XIV, u, 3; Bell, 
jud., I, vi, 2. 

A l'époque de Pompée, Pétra devint tributaire de Rome, 
comme tout le reste du territoire des Nabuthéens. Un 



en affection singulière, lui donna son nom, « Hadriana », 
et tailla dans ses énormes rochers de nouveaux édi- 
fices. Mais, peu de temps après, le commerce se détourna 
^ers Palmyre; les Nabuthéens cessèrent d'avoir le 



171 



PETRA 



172 



monopole des transports et la décadence de Pétra 
commença. Sous les empereurs byzantins, ce n'était 
plus qu'une simple bourgade. Les Arabes achevèrent 
sa ruine au vn c siècle, lorsqu'ils en furent devenus 
maîtres, et elle devint bientôt un lieu de désolation 
complète. Au moyen âge, entre les années 1260 et 
1277, elle reçut la visite du sultan d'Egypte Bibars, qui 
fut frappé, lui aussi, de la coloration de ses rochers et 
de ses monuments taillés dans le roc. Voir Quatre- 
mère, Mémoire sur les Nabatéens, dans le Journal 
asiatique, 1835, t. xv, p. 31-34. Puis on la perdit 
complètement de vue. Elle n'a été retrouvée qu'en 1812, 
par le célèbre explorateur allemand Burckhardt. Ce 
furent deux Français, L. de Laborde et Linant de Bel- 
lefonds qui levèrent, en 1830, le premier plan exact 
des ruines; non sans péril, car les Bédouins qui habi- 
tent ou fréquentent ces parages sont agressifs, supers- 
titieux et pillards. On compte les visiteurs qui s'y sont 
succédé à d'assez rares intervalles. Voir leur liste dans 
Libbey, The Jordan Valley, t. n, p. 325. L'antique 
Séla' n'est plus habitée aujourd'hui que par quelques 
misérables familles, qui vivent dans les tombes. Elle 
a eu sa part de la malédiction lancée contre l'Idumée. 
Cf. Jer., xlix, 14-19. — Au commencement du V e siècle 
de notre ère, Pétra était un siège métropolitain, qui 
dépendait du patriarcat de Jérusalem. On ignore à 
quelle époque et dans quelles circonstances le christia- 
nisme y avait pénétré. La tradition d'après laquelle 
saint Paul serait venu à Pétra lorsqu'il se retira en 
Arabie après sa conversion, cf. Gai., i, 17, pourrait 
bien n'être qu'une légende. 

IV. État actuel. — Bien que Pétra ne soit plus 
aujourd'hui qu' « un immense tombeau », E. Reclus, 
loc. cit., p. 797, ses ruines comptent parmi les plus re- 
marquables que nous ait léguées l'antiquité. 

De la cité même, bâtie dans la vallée, il ne reste à 
peu près rien. Elle a été « tellement bouleversée, 
qu'en certains endroits il est difficile de retrouver les 
traces des rues, des places ou des carrefours. Un grand 
temple bien délabré, les débris des décorations qui 
ornaient la voie triomphale sur les bords d'un oued 
lesséché, des culées de ponts, quelques colonnes et 
des dizaines d'hectares de pierres culbutées pêle-mêle, 
sous lesquelles s'abritent des légions de serpents et 
de scorpions, voilà, à l'heure présente, l'antique ville » 
de Pétra. Voir la Revue des deux mondes, avril 1907, 
p. 824. 

Dans la partie méridionale de l'emplacement de la 
cité, on distingue en particulier une plate-forme qui 
paraît avoir été l'agora ou le forum, les restes d'un 
temple, un arc de triomphe et surtout, tout à fait à 
l'ouest, le Qasr Fir'aoûn ou « Château de Pharaon », 
vaste édifice carré qui était probablement un temple. 
C'est l'édifice le mieux conservé de la ville proprement 
dite; mais son style n'a rien d'extraordinaire, et il date 
sans doute d'une époque relativement tardive. Au sud-est 
an admire, entièrement taillé dans le roc, un amphi- 
théâtre qui a jusqu'à 33 rangées de gradins, et qui pou- 
vait contenir 3000 spectateurs. Dans la partie septen- 
trionale, au nord de la rivière, spécialement du côté 
8e l'est, on voit quelques-uns des monuments les plus 
somptueux de Pétra. Ce sont des tombeaux également 
creusés et sculptés dans le rocher : entre autres, une 
grande tombe à trois étages de colonnes — on en 
compte jusqu'à dix-sept au second étage — une tombe 
corinthienne, un autre tombeau muni d'une terrasse 
et de nombreuses colonnes doriques. Dans toutes les 
directions, et particulièrement au nord et à l'ouest du 
parallélogramme formé par la vallée, les. montagnes 
qui entourent Pétra sont remplies de tombes plus sim- 
ples, taillées elles aussi dans le rocher et ne présen- 
tant aucun ornement extérieur. On peut les compter 
par milliers. Les tombes plus riches sont élégamment 



ornées de façades, de colonnes ou de pilastres, de fron- 
tons, etc. Le tout est monolithe, le grès se prêtant aisé- 
ment, par la souplesse de son grain, à toutes sortes de 
sculptures. L'architecture de ces divers édifices est 
extrêmement variée : on y trouve les styles égyptien, 
syrien, grec, romain. Les tombes sont souvent super- 
posées et elles atteignent presque les sommets les plus 
élevés des montagnes; on avait pratiqué des escaliers 
dans le roc, pour arriver jusqu'à elles. En un endroit, 
on voit un vrai colombarium. Quelques tombeaux ont 
10, 15, 20 m. de hauteur. Parfois, la chambre sépulcrale 
était de dimensions considérables; une entre autres, 
qui a de 10 à 12 m. de haut et 18 m, de large. 

Quelques-uns des monuments de Pétra sont en dehors 
de son enceinte. Dans le Sik, à une certaine distance 
de la ville, on aperçoit tout à coup, avec une légitime 
admiration, à un tournant du défilé, le Kaznéh Fir- 




32. — Kaznéh Firaoùn. D'après une photographie. 

aoûn ou « trésor de Pharaon », taillé dans la paroi 
rose du rocher et orné de deux rangées de colonnes 
superposées, avec des bas-reliefs dans l'intervalle ; il 
est dans un état de conservation remarquable, et c'est 
une véritable merveille dans ce désert {fig. 32). C'est 
une tombe d'ordre corinthien; les salles intérieures 
sont très simples. Dans la direction opposée, au nord- 
est et environ à une heure de marche de la ville, on 
trouve le Deir, le « couvent », qui reproduit en grand et 
avec moins de grâce le plan du Kaznéh. Ses propor- 
tions sont colossales : 45 m. de développement sur 40 
de hauteur; l'église de la Madeleine à Paris n'est pas 
aussi grande. Ainsi qu'il a été dit plus haut, quelques- 
unes des tombes remontent vraisemblablement jusqu'à 
l'époque lointaine des Horréens. Deux Hauts-Lieux, 
découverts récemment, l'un au sommet d'une montagne 
qui domine la vallée de Pétra, l'autre à l'ouest, du 
côté du mont Hor, sont pareillement très anciens. Sur 
le premier, voir Palestine Exploration Fund Quarlerly 
Statement, octobre 1900; Mittheilungen des deutsch. 
Palàstina Vereins, 1901, n. 2, p. 21, et surtout la Revue 
biblique internationale, t. xn, avril 1903, p. 280-288. 
La plupart des édifices proprement dits ne datent que 
du dernier siècle antérieur à notre ère ou des deux 
premiers siècles après J.-C. 



173 



PÉTRA — PETROPQLITANUS (CODEX) 



174 



V. Bibliographie. — Reland, Palsestina ex monu- 
nienlis veteribus illtistrata, 1714; Burckardt, Reisen 
in Syrien, 1823, t. n, p. 703-708; Léon de Laborde et 
Linant de Bellefonds, Voyage dans l'Arabie Pétrée, 
\ Paris, 1830-1834; E. Robinson, Palsestina und die sud- 
lich angrenzenden Lânder, Halle, 1842, t. m, p. 60, 
128, et 760; J. Wilson, The Larids of the Bible visi- 
ted and described, Edimbourg, 1847, t. I, p. 291-336; 
A. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1860, p. 87-98 ; 
K. Ritter, The comparative geography of Palestine and 
the Sinaitic Penihsula, trad. angl., Edimbourg, 1866, 
t. J, p. 421-425, 434-451 ; E. H. Palmer, The Désert of 
Exodus, Londres, 1871, t. n; duc de Luynes, Voyage 
d'exploration à la mer Morte et sur la rive gauche du 
Jourdain, à Pétra, etc., Paris, 1871, p. 274; Visconti, 
Viaggio in Arabia Petrea, 1872; Ebers et Guthe, 
Palsestina in Bild und Wort, nebst der Sinaihalbin- 
sel..., Stuttgart, 1884, t. n, p. 233-250; V. Guérin, La 
Terre Sainte, 2« partie, Paris, 1884, p. 313-323; E.Hull, 
Mount Seir, Sinai and Western Palestine, dans le 
Palestine Exploration Fund Quarterly Statement, 
Londres, 1886; H. E. Hart, Some Account of the 
Fauna and Flora of Sinai, Petra and Wady Arabah, 
Londres, 1891; G. Dahnan, Petra und seine Felshei- 
ligthûmer, in-8", Leipzig, 1908.; F. Buhl, Geschichte 
der Edomiter,"Leipzig, 1893; A. Sargerton-Galichon, 
Sinaï, Ma'ân, Pétra : sur les traces d'Israël et chez les 
Nabatéens, Paris, 1904; Brunnow et von Domoszweski, 
Die Provincia arabica, t. i, Strasbourg, 1904; W. Lib- 
bey, The Jordan, Valley and Petra, New- York, 1905. 

L.'Fillion. 
PÉTREL,oiseaudemer.VoirMoBETTE, t.iv, col.1327. 

PETRI, PEETERS Barthélémy, théologien belge 
catholique, né vers 1547 à Op-Linter près Tirlemont, 
mort à Douai le 26 février 1630. Après avoir pendant 
dix ans enseigné la philosophie à Louvain, il fut forcé 
en 1580 par les guerres de chercher un refuge à Douai 
où il fut pourvu d'un canonicat dans l'église Saint-Amé 
et d'une chaire de théologie où il enseigna jusqu'à sa 
mort. Il publia : Actus Apostolorum a S. Luca con- 
scripti et in eosdem Actus commentarius perpeluus, 
in-4°, Douai, 1622. Il termina après la mort de Guillaume 
Estius la publication des commentaires de ce théolo- 
gien sur les Épitres : In omnes divi Pauli et septem 
catholicas ApostolorumEpistolas comtnentarii, 2 in-f°, 
Douai, 1614-1616. Les notes sur le chapitre v delà pre- 
mière Épître de saint Jean et sur les deux autres Épitres 
de cet Apôtre sont de Barthélémy Pétri. Voir Paquot, Mé- 
moires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, 
t. vin, p. 76; Valère André, Bibliotheca Belgica, p. 109. 

D. Heurtebize. 

PETRIN (hébreu : miS'érét), ustensile dans lequel 
on pétrit la farine (fig. 33). — Les grenouilles de la 
deuxième plaie d'Egypte montèrent jusque dans les fours 
et les pétrins. Cf. Exod., vn,28(Vulgate, vin,3). Les Égyp- 
tiens se servaient de pétrins plus longs que larges. Voir 
t. iv, fig. 512, col. 32, un autre pétrin dans lequel deux 
hommes à la fois pétrissaient le pain avec les pieds. Il 
était facile aux grenouilles de s'introduire dans ces 
pétrins posés à terre. Les Septante rendent les mots 
hébreux par çvpct|x<xxa xai xli6àvoi, « les masses de 
pâte et les fours », et la Vulgate par « les fours et les 
restes d'aliments ». — Au départ d'Egypte, les Hébreux 
emportèrent leur pâte avant qu'elle fût levée, serrèrent 
dans leurs manteaux les pétrins qui la contenaient et 
les mirent sur leurs épaules. Exod., xn, 34. Il s'agit 
ici évidemment de ces pétrins plus petits, de forme 
ronde, qu'on posait sur un support et dans lesquels un 
seul homme debout pétrissait avec les mains. Voir 
1. 1, fig. 590, col. 1891. Tous ces pétrins paraissent fa- 
briqués en jonc ou en osier, comme les corbeilles ordi- 
naires. Dans ce second passage les versions ne rendent 



pas .le mot miS'érét et font envelopper directement la 
pâte dans les manteaux. — Suivant la conduite des ' 
Israélites, Dieu bénira ou maudira leur téné' et leur 
mis'éréf, c'est-à-dire leur corbeille à provisions, cf. 
t. n, col. 963, et leur pétrin. Deut., xxvm, 5, 17 (dans les 
Septante : « tes magasins et tes restes », et dans la 
Vulgate : « tes greniers et tes restes »). Les versions 
n'ont compris, dans aucun des quatre passages, la 
signification du mot mis'éré{. Ce mot, d'ailleurs, ne 
se retrouve plus en dehors de ces passages. Les Israé- 




33. — Pétrin égyptien. Tombeau de Rekhmara. 
« Au-dessus d'un vase de farine, on lit : cuisson des pains. Un 
homme délaie la farine avec une pelle » dans le pétrin; c un 
autre verse l'eau (?) avec une outre (?). L,a pâte est déposée 
en forme de cube sur une planche épaisse. Deux hommes, 
assis sur des escabeaux, la pétrissent sur des planches en 
fopme de pains coniques. » Ph. Virey, Le tombeau de Rekh- 
mara, p. 47. 

lites ont continué sans nul doute à se servir de pétrins ; 
mais les auteurs sacrés n'ont plus eu l'occasion de les 
mentionner. H. Lesêtre. 

PÉTRINISME. Voir Ba.ur, t. i, col. 1523. 

PETROPOL1TANUS (CODEX). Deux manus- 
crits, l'un de l'Ancien Testament, l'autre du Nouveau, 
sont généralement connus sous ce nom. 

1. Le premier est un palimpseste de 88 feuillets in- 
octavo : les feuillets primitifs au nombre de 44 ont été 
plies en deux. Il contient des fragments du Livre des 
Nombres selon la version des Septante : i, 1-30; i, 40- 
ii, 14; n, 30-m, 26; v, 13-23; vi, 6-vn, 7; vu, 41-78; 
vm , 2-16 ; xi , 3-xm, 1 1 ; xin, 28-xrv, 34 ; xv, 3-28 ; xv, 32-xvi, 
31; xvi, 44-xviu, 4; xvm, 15-26; xxi, 15-22; xxn, 30- 
41; xxiii, 12-27; xxvi, 54-xxvn, 15; xxvm, 7-xxix, 36; 
xxx, 9-xxxi, 48; xxxn, 7-xxxiv, 17; xxxvi, 1-13. Tis- 
chendorf qui l'a édité dans ses Monutnenta sacra ined., 
nova coll., 1. 1, Leipzig, 1855, l'attribue au vi e siècle, à cause 
des abréviations qu'il renferme, bien que l'écriture ait 
un aspect plus archaïque. On le désigne en critique 
par la lettre H. 

II. L'autre Petropolitanus' consiste en un seul 
feuillet arraché à la couverture de bois d'un manuscrit 
syriaque. 11 est du vu 8 siècle et contient Âct., n, 45-m, 
8. Tischendorf dans sa huitième édition du Nouveau 
Testament l'appelle G (lettre qui désignait autrefois le 
manuscrit des Actes de la Bibliothèque Angelica, 
désigné maintenant par L). Von Soden lui attribue 
le symbole a 1002. F. Prat. 



175 



PEUPLIER 



PEVERELLI 



176 



PEUPLIER (hébreu : libnéh; Septante : pà6Soç 
arvpaxivr,, Gen., xxx, 37; Aeûxij, Ose., IV, 13; Vulgate : 
poputea, populus), un des grands arbres de la Palestine. 

I. Description. — Les Peupliers composent avec 
les Saules toute la famille des Salicinées, arbres 
et arbrisseaux caractérisés par les fleurs dis- 
posées en chatons dioïques. Les graines, à la maturité, 
s'échappent en grand nombre d'une capsule bivalve, 
emportées par le vent sous la forme de flocons blancs 
grâce aux poils soyeux dont elles sont revêtues. Les 
Peupliers se distinguent par leur taille franchement 
arborescente, leurs feuilles à limbe élargi et porté sur 
un pétiole comprimé suivant le plan médian, leurs 
étamines enfin plus nombreuses dans chaque fleur. 

Dans aucun autre genre, peut-être, le dimorphisme 
sexuel n'est plus accentué, au point que le vulgaire 
donne souvent des noms différents aux pieds mâles et 
femelles de la même espèce. Les premiers sont aussi 
préférés et presque exclusivement propagés par \a cul- 
ture à cause de leur croissance rapide, de leur tige plus 
élevée, de leur végétation de tout pointplus vigoureuse 




34. — Populus alba. 
Rameau, fleurs et chatons dioïques ; graines. 

les feuilles paraissant plus vite au printemps, et tombant 
plus tard en automne. En outre, ils n'ont pas l'inconvé- 
nient passager mais très réel des plantes fructifères au 
moment où se dispersent les semences cotonneuses. 

Les espèces de Palestine se répartissent en trois séries 
distinctes. 1° La plus commune au bord des eaux dans 
toute la plaine littorale de Syrie, l'Ypreau, Populus alba 
de Linnée (flg. 34), est facile à reconnaître au feutre 
couleur blanc de neige qui revêt les jeunes rameaux et 
le dessous des feuilles. Dans la région montagneuse du 
Nord on trouve aussi le Tremble, Populus tremula, 
de la même section des Peupliers blancs, pour les 
squames ciliées de ses chatons, mais à feuilles vertes 
sur les deux faces, et, en plus, une race intermédiaire 
entre les deux précédentes, dont elle est probablement 
un produit hybride, le P. canescens ou Grisaille, à bois 
tenace, tronc élancé, et feuillage cendré. 2° Le curieux 
Peuplier de l'Euphrate, si remarquable par le polymor- 
phisme de ses feuilles, tantôt larges et deltoïdes, tantôt 
étroites au point de simuler un Saule, est un arbre de 
la région désertique à rameaux étalés avec une cime 
glauque, disséminé depuis l'Afrique septentrionale 
jusqu'à l'Himalaya, mais surtout abondant dans la 
dépression du Jourdain et en Mésopotamie. Il ressemble 
aux Peupliers blancs par ses bourgeons velus et ses 
squames lanciniées, mais possède les étamines indéfinies 
de la section suivante. 3° Dans les vallées du Liban le 
Peuplier noir est aussi répandu, surtout sous la forme 
pyramidale, que dans l'Europe moyenne, quoique de 



spontanéité douteuse. Les jeunes rameaux et les feuilles 
sont glabres, comme chez toutes les espèces de la sec- 
tion Aigirus, avec les bourgeons visqueux et les éta- 
mines au nombre de "12 à 30. F. Hy. 

II. Exégèse. — Les anciens et les modernes sont 
également partagés sur le sens du mot libnéh : les uns 
y voient le styrax officinalis, l'aliboufier; les autres le 
peuplier blanc. L'étymologie ne saurait trancher le dif- 
férend. Libnéh vient de la racine Idban, « être blanc. » 
Ce nom peut s'appliquer au styrax comme au peuplier. 
L'aliboufier donne une sorte de lait blanchâtre qui se 
coagule et forme la gomme ou résine de styrax. Cette 
résine blanche aurait pu donner son nom à l'arbre lui- 
même, comme en arabe où ( _j->-j£, lobna, désigne l'ali- 
boufier et son produit. Le nom de libnéh convient aussi 
et mieux encore au peuplier, à cause de la blancheur 
de ses jeunes rameaux et du dessous de ses feuilles- 
Parmi les traductions anciennes on trouve une grande 
divergence à'YùtocprélalvïR. Si cour Gen., xxx, 37, les 
Septante, suivis par l'arabe de Saadias et par l'éthiopien,, 
traduisent par piêSo; crrupaxîvri branche d'aliboufier; 
dans Ose., îv, 13, ils rendent libnéh par >sûxt), le peu- 
plier. La Vulgate traduit dans les deux endroits par 
populus, populea, peuplier. Les exégètes modernes 
comme Gesenius, Thésaurus, p. 740 ; Michaëlis, Supplé- 
ment, ad Lexica hebraica, t. u, p. 1404; E. Fr. C. Rosen- 
mùller, Bandbuch der biblischen Alterthumskunde, 
in-8°, Leipzig, 1830, t. îv, p. 261, préfèrent la traduction 
styrax, à cause du rapprochement de l'hébreu libnéh 
avec l'arabe lobna. D'autre part 0. Celsius, Hierobo- 
tanicon, in-8», Amsterdam, 1748, t. I, p. 292; H. B. Tris- 
tram, The natural History of the Bible, in-12, 
Londres, 1889, p. 389, préfèrent la traduction peuplier 
blanc. Le contexte est plutôt en faveur de ce dernier 
sentiment. Dans Gen., xxx, 37, « Jacob prit des ba- 
guettes vertes de libnéh, d'amandier et de platane. U 
y pela des bandes blanches, en mettant à nu le blanc 
des baguettes; puis il plaça les baguettes ainsi pelées 
en face des brebis dans les rigoles. » Sans doute des 
rameaux d'aliboufier pouvaient servir aussi bien que 
des branches de peuplier à cet usage. Mais près des 
deux grands arbres mentionnés, l'amandier et le pla- 
tane, un grand arbre comme le peuplier blanc semble 
plus naturellement placé qu'un arbuste comme le 
styrax officinalis. Le second passage, Ose., îv, 13, est 
plus décisif encore. 11 s'agit de l'idolâtrie d'Israël. 
« Ils offrent, dit le prophète, des sacrifices sur les 
sommets des montagnes; ils brûlent de l'encens sur 
les collines sous le chêne, le libnéh, et le térébinthe,, 
parce que l'ombrage en est bon. » Le chêne et le- 
térébinthe sont de grands arbres à l'ombrage épais, près 
desquels on serait étonné de trouver mentionné un 
arbuste comme l'aliboufier, tandis que le beau et large 
peuplier blanc trouve une place naturelle. Peut-être 
que les exégètes qui ont préféré traduire libnéh par 
l'aliboufier, en rejetant le peuplier, ont-ils pensé sur- 
tout au port élancé et peu touffu du peuplier pyramidal. 
Mais le peuplier blanc a tout un autre port et n'est pas 
déplacé près du chêne et du térébinthe aux frais om- 
brages. Aussi préférons-nous traduire libnéh par 
peuplier blanc. Voir Stykax. E. Levesqtje. 

PEUR. Voir Frayeur, t. u, col. 2399. 

PEVERELLI Barthélemi, exégète italien, né à Vé- 
rone en 1695, mort à Modène le 22 octobre 1766, entra 
au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 29 octobre 1713, 
enseigna d'abord les humanités puis l'Écriture Sainte à 
Modène. Ses leçons sur les Actes des Apôtres : Lezioni 
sacre e morali sopra il santo lïbro de gli Atti Aposto— 
lia, Vérone, 1766-1777, 2 in-4°, sont tout à la fois une 
œuvre de science et une œuvre de piété; elles s'adressent 
à l'intelligence et au cœur. P. Blurd. 



177 



PEZRON — PHACÉE 



178 



PEZRON Paul, savant chronologiste de l'ordre de 
Clteaux,'né en 1639 à Hennebont en Bretagne, mort a 
Chessy le 10 octobre 1706. Il fut admis dans l'ordre de 
Cîteaux à l'abbaye de Prières et y exerça les fonctions 
de maître des novices. En 1677 .il fut nommé sous- 
prieur du collège des Bernardins à Paris, où il se fit rece- 
voir docteur. Il enseigna ensuite la théologie jusqu'en 
1690 et fut alors choisi comme visiteur de son ordre. 
En 1697 il fut élu abbé de la Charmoye; mais quelques 
années plus tard, en 1703, il se démit de cette charge 
afin de pouvoir se livrer plus facilement à la prière et 
à l'étude. Il a publié : Essay d'un commentaire 
littéral et historique sur les Prophètes, in-12, Paris, 
1693 : l'auteur entreprend d'y expliquer les prophètes 
selon l'ordre, chronologique; Histoire évangélique con- 
firmée par la Judaïque et la Romaine, 2 in-12, Paris, 
1696. Dom Pezron est surtout connu par son ouvrage : 
L'Antiquité des temps rétablie et défendue contre les 
Juifs et les nouveaux chronologistes, où l'on prouve 
que le texte hébreu a été corrompu par les Juifs, avec 
un canon chronologique depuis le commencement du 
monde jusqu'à Jésus-Christ, in-4», Paris, 1687. Dom 
Pezron y rétablit la chronologie du texte des Septante. 
Ses conclusions furent attaquées par dom Martianay, 
de la congrégation de Saint-Maur et par Le Quien- 
Il leur répondit par la Défense de l'antiquité du temps 
contre le P. Jean Martianay ; où l'on soutient la tra- 
dition des Pères et des Églises contre celle du Talmud 
et où l'on fait voir la corruption de l'Hébreu des Juifs, 
in-4», Paris, 1691. Dom Pezron publia en outre dans 
les Mémoires de Trévoux : Dissertation touchant l'an- 
cienne demeure des Chananéens et de l'usurpation 
qu'ils ont faite sur les enfants de Sem, 1704, p. 15; 
Dissertation sur les anciennes et véritables bornes de 
la terre promise, 1705, p. 1015. — Voir D. François, 
Biblioth. générale des écrivains de l'Ordre de S. Be- 
noit, t. il, p. 387. B. Heurtebize. 

PFAFF Christophe Matthieu, exégète protestant, né 
à Stuttgart le 25 décembre 1686, mort le 19 novembre 
1760. Docteur et professeur de théologie à Tubingue, 
il fut chancelier de l'Université de cette ville et membre 
de l'Académie des sciences de Berlin. Parmi les nom- 
breux écrits de cet auteur on remarque : Notas exege- 
tiese in Evangelium Matthmi quibus sensus ejusdem 
litteralis perspicue breviterque evolvitur, in-4», Tubin- 
gue, 1721. — "Voir C. P. Leporin, Verbesserte Nachrichi 
von CM. Pfaffen's Leben, Controversien und Schrif- 
ten, in-4», Leipzig, 1726; Walch, Bibl. theologica, t. iv, 
p. 390, 637, 915, 917. B. Heurtebize. 

PFEFFINGEft Daniel, théologien protestant, n 
vers 1661, mort le 24 novembre 1724. Professeur de 
théologie et de langues orientales, il publia : Notes in 
prophetiam Haggai, in-4», Strasbourg, 1703; Disser- 
tationes in Epistolam ad Epkesios, in-8», Strasbourg, 
1721. — Voir J. Wieger, Programma in J. D. Pfeffingeri 
obitum, in-f», Strasbourg, 1724; Walch, Bibl. theolo- 
gica, t. iv, p. 591, 702. B. Heurtebize. 

PFEIFFER Auguste, théologien et orientaliste pro- 
testant, né à Lauenbourg le 27 octobre 1640, mort à 
Lubeck le 11 janvier 1698. Archidiacre de l'église Saint- 
Thomas à Leipzig, professeur de langues orientales et 
de théologie, puis surintendant des églises de Lubeck, 
Auguste Pfeiffer publia un grand nombre d'ouvrages, 
parmi lesquels nous devons citer : Commentarius in 
Obadiam, prseter genuini sensus evolutionem et colla- 
tionem, interpretum exhibens versionem latinam et 
examen commentarii 1s. Abarbanelis Judsei doctis- 
simi, sed christianis infensissimi et inter alia abster- 
gens indignissimam Judseorum calumniam, christia- 
nos esse ldumseos eosque manere pœnas Idumeeis in 



sacro Codice denuntiatas, in-4», Wittenberg, 1666; Prse- 
lectiones in prophetiam Jonse recognitse et in justum 
commentarium redactse, quibus emphases vocum 
eruuntur, verus Sacrée Scripturss sensus exponitur, 
sententise varix et Judseorum et christianorum addu- 
cuntur, falsœ refelluntur et qusestiones dubise resol- 
vuntur, in-4», Wittenberg, 1671; Dubia vexala Scrip- 
turse Sacrse, sive loca difficiliora Veteris Testamenti 
succincte decisa, in-4», Dresde, 1679; Critica sacra de 
sacrï Codicis partitione, editionibus variis, lingui? 
orientalibus, in-8», Dresde, 1680; Theologia mystica 
Veteris Testamenti per typos rariores promulgala et 
ad hisloriam Novi Testamenti adplicata, in-8», Stral- 
sund, 1727. — Voir J. E. Pfeiffer, Memoria A. Pfeifferi, 
theologi Lubecensis, in-4», Rostock, 1700; Walch, Bibl. 
theologica, t. IV, p. 233, 577, 581, 791. 

B. Heurtebize. 

PHACÉE (hébreu : Peqah; Septante : *<xjceé), 
dix-huitième roi d'Israël (759-739, ou 750-731). Phacée 
était fils de Romélie, personnage inconnu ou peut-être 
décrié, comme le donnerait à supposer l'affectation avec 
laquelle Isaïe, vu, 4, 5, 9; vui, 6, appelle le roi d'Israël 
simplement « le fils de Romélie ». Phacée n'entra 
d'ailleurs dans l'histoire que par la porte du crime. Il 
était officier de Phacéia, salisô, « son officier », par 
conséquent attaché à sa personne. Il ne tarda pas à 
conspirer contre lui pour le faire disparaître et prendre 
sa place, comme avaient fait récemment, dans ce mal- 
heureux royaume d'Israël, Sellum pour Zacharie, et 
Manahem, père de Phacéia, pour Sellum. Phacéia ne 
régnait que depuis deux ans, quand Phacée réussit à 
le frapper à Samarie, dans la tour de la maison royale. . 
Avec le roi périrent deux de ses officiers fidèles, Argob- 
et Arié. Pour réussir dans son entreprise criminelle,, 
le meurtrier s'était assuré le concours de cinquante' 
Galaadites. D'après la Vulgate, ces derniers sont au 
contraire du parti de Phacéia et périssent avec lui. 
Leur nombre précis indique des conjurés plutôt que 
des victimes. Josèphe, Ant. jud., IX, xi, 1, on ne sait 
sur quelle donnée, dit que le crime eut lieu au milieu 
d'un festin. IV Reg., xv, 25. 

Devenu roi dans de telles conditions, Phacée ne 
pouvait que favoriser en Israël les habitudes idolâtriques 
mises en honneur par ses prédécesseurs. Il n'y manqua 
pas. IV Reg., xv, 28. Il régnait depuis deux ans à Sa- 
marie, quand, à Jérusalem, un jeune prince de vingt- 
cinq ans, Joatham, succéda à son père, Ozias, qui avait 
régné cinquante-deux ans. D'autre part régnait en Syrie 
Rasin II, qui jadis, en même temps que Manahem, 
avait été obligé de prêter hommage au roi d'Assyrie, 
Téglathphalasar III, quand celui-ci avait soumis la 
Syrie septentrionale. Phacée et Rasin, au lieu de 
s'entendre avec le roi de Juda pour faire face ensemble 
aux incursions assyriennes, préférèrent comploter tous 
les deux contre leur voisin du sud. Dès le temps de 
Joatham, f leurs entreprises hostiles se dessinèrent. 
IV Reg., xv, 37. Cependant elles ne prirent corps que 
quand un jeune roi de vingt ans, Achaz, fut monté sur 
le trône de Jérusalem, la dix-septième année de Phacée. 
Rasin et ce dernier se portèrent ensemble contre la 
capitale de Juda pour l'attaquer. Leur projet n'allait 
à rien moins qu'à détrôner Achaz pour mettre à sa 
place le fils de Tabéel, personnage inconnu, peut-être 
Rasin lui-même, en tous cas un prince tenu par la 
Syrie dans une étroite dépendance. Is., vil, 6. Voir 
Tabêel. L'armée syrienne s'avançait à travers le ter- 
ritoire d'Éphraïm. A l'approche des ennemis, Achaz 
et tout son peuple furent saisis d'épouvante. Le pro- 
phète Isaïe s'efforça de les rassurer contre les menaces 
de Rasin et du fils de Romélie, « ces deux bouts de 
tisons fumants », dont le dessein ne devait pas avoir 
d'effet, et sur lesquels allaient s'abattre bientôt les 
fureurs de l'Assyrie. Is., vu, 1-9; viii, 1-4. Malgré leurs. 



179 



PHACÉE — PHADAÏA 



180 



efforts, les rois de Syrie et de Samarie ne purent 
vaincre Achaz à Jérusalem. Ils se tournèrent alors 
chacun de leur côté. Rasin alla s'emparer d'Élath, sur 
la mer Rouge et fit dans le royaume de Juda un grand 
nombre de prisonniers qu'il déporta à Damas. IV Reg., 
xvi, 6; II Par., xxvm, 5. Phacée, opérant pour son 
compte, battit l'armée d'Achaz et lui tua cent vingt 
mille hommes en un jour. Zéchri, guerrier d'Ephraïm, 
mit à mort Maasias, fils du roi, Eyrica, intendant de la 
maison royale, et Elcana, le premier ministre. En 
toutes ces rencontres, les Israélites firent à leurs frères- 
deux cent mille prisonniers, femmes, fils et filles, 
qu'ils emmenèrent à Samarie avec un butin considérable. 
II Par., xxvm, 6-8. Sur la valeur de ces chiffres, voir 
Nombre, t. îv, col. 1682-1683. 

Dieu ne permit pas cependant que des frères se 
traitassent comme des étrangers. L'armée israélite 
revenait à Samarie avec ses captifs et son butin, quand 
un prophète de Jéhovah, nommé Oded, se présenta au- 
devant d'elle et lui reprocha la fureur avec laquelle elle 
avait tué tant d'hommes de Juda. On allait maintenant 
réduire en esclavage des milliers de survivants. Mais 
Éphraïm, lui aussi, n'était-il pas coupable envers 
Jéhovah? Le prophète concluait au renvoi des prison- 
niers, si l'on voulait échapper à la colère de Dieu. Son 
observation était trop juste pour ne pas éveiller la pitié 
dans l'âme des vainqueurs. Quelques-uns des chefs 
d'Ephraïm appuyèrent énergiquement les paroles 
d'Oded. L'armée abandonna ses captifs et son butin. 
Par les soins des chefs, on fournit aux prisonniers des 
vêtements et des chaussures; on les fit manger et boire, 
on les oignit, on fit monter sur des ânes ceux qui 
défaillaient et on les reconduisit tous à Jéricho, où on 
les remit aux mains de leurs compatriotes. II Par., 
xxvm, 9-15. Ce jour-là, grâce à l'initiative du prophète 
et à l'intelligence des chefs, un grand acte de frater- 
nité fut accompli en Israël. L'intervention de Phacée 
n'apparaît pas dans cet événement. Peut-être tout se 
fit-il à son insu, ou du moins n'osa-t-il pas s'opposer à 
un mouvement qui entraînait tout son peuple. 

Les choses n'en restèrent paslà. Achaz, effrayé de la cam- 
pagne menée si rudement contre lui par les deux alliés, 
prit alors un parti désastreux pour l'indépendance natio- 
nale. Il envoya des messagers à Téglathphalasar pour 
lui dire : « Je suis ton serviteur et ton fils ; monte et 
délivre-moi de la main du roi de Syrie et de la main 
du roi d'Israël, qui se sont levés contre moi. » IV Reg., 
xvi, 7. Il faut ajouter que les Iduméens et les Philis- 
tins avaient attaqué Judaà leurtour, lui avaient emmené 
des captifs et pris des villes. II Par., xxvm, 16-18. Le 
roi d'Assyrie se hâta d'acquiescer à une demande qui 
répondait merveilleusement à ses ambitieux projets. En 
vain Isaïe chercha-t-il à faire tomber les illusions d'un 
peuple qui « se réjouissait au sujet de Rasin et du 
fils de Romélie », menacés par l'Assyrien. En vain 
prédit-il que ce sauveur deviendrait pour Juda un 
envahisseur et un conquérant. Is., vm, 6, 7. Téglath- 
phalasar descendit et s'abattit d'abord sur le royaume 
d'Israël, sans que le roi de Syrie osât venir au secours 
de son allié. Arrivant par la vallée de l'Oronte, du 
Léontès et du haut Jourdain, il prit successivement 
les villes d'Ajon, d'Abel-Beth-Machaa, de Janoé, de 
Cédés, d'Asor, puis Galaad, la Galilée et tout le pays de 
Nephthali, c'est-à-dire toute la partie septentrionale du 
royaume d'Israël, et il en déporta les habitants en 
Assyrie. II Reg., xv, 29. Il est dit ailleurs, I Par., v, 
26, que Téglathphalasar emmena captifs les Rubénites, 
les Gadites et la demi-tribu de Manassé, et qu'il les 
conduisit à Hala, à Chabor, à Ara et au fleuve de Gozan. 
Après les Israélites, le roi d'Assyrie tomba sur les 
Philistins, ces autres ennemis de Juda, et sur les 
Syriens, contre lesquels il fit deux campagnes. Tous ces 
événements se passèrent dans les années 734-732. Le 



roi de Juda eut ensuite son tour, comme il fallait.s'y 
attendre et comme Isaïe l'avait annoncé. II Par., 
xxvm, 20. 

Une des inscriptions de Téglathphalasar, Cuneiform 
Inscriptions of Western Asia, t. m, pi. x, 2 ; cf. . 
Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
6 e édit., t. m, p. 522, 523, raconte la campagne contre 
la terre de Pilasta, la Palestine. Parmi les villes prises 
à l'entrée de la terre de Bêt-Ilu-wm-ri, maison d'Amri 
ou d'Israël, on a cru reconnaître celles de Galaad et 
d'Abel-Beth-Maacha (Abiilakka). Mais il est possible 
qu'il faille lire plutôt Galza et Abilakka. Cf. Rost, Die 
Keilschrifttexte Tiglat-Pilesers III, t.i, p. 78-79. L'ins- 
cription ajoute, lig. 26-28 : « La terre de Bêt-Hu-um-ri... 
la totalité de ses habitants, avec leurs biens, je trans- 
portai en Assyrie. » 

Phacée avait échappé à la déportation, probablement 
en se cachant dans les montagnes. Il ne survécut 
guère au désastre. Parvenu à la royauté par l'assassi- 
nat, il fut assassiné à son tour par Osée, fils d'Éla, qui 
régna à sa place. II Reg., xv, 30. L'inscription de Té- 
glathphalasar relate le fait. Voir Osée, t. iv, col. 1905. 
Ce qui se dégage de ces récits, c'est que Phacée fut un 
ambitieux sans scrupule, qui ne recula pas devant l'al- 
liance avec les étrangers pour l'oppression de ses frères 
de Juda, mais qui ne sut et ne put rien faire pour la 
défense de son propre royaume, qu'il vit le premier 
très sérieusement entamer par les conquérants assyriens. 

H. Lesêtre. 

PH ACÉI A (hébreu : Peqafryâh ; Seplante : Q>«.v.solai) , 
dix-septième roi d'Israël (761-759, ou 752-751). 11 était 
fils de Manahem, à la mort duquel il devint roi. Son 
règne de deux ans se résume en ces mots, si souvent 
redits au sujet des rois d'Israël : « Il fit ce qui est mal 
aux yeUx de Jéhovah et ne se détourna pas des péchés 
de Jéroboam, fils de Nabat, qui avait fait pécher Israël. » 
II Reg., xv, 24. Il est possible que le tribut payé 
naguère au roi d'Assyrie, et que Manahem avait fait 
peser sur les riches, ait indisposé ces derniers contre 
son fils. Un des officiers du roi le mit à mort et frappa 
avec lui deux personnages dont le nom a été conservé, 
Argob et Arié, fidèles à Phacéia et, à ce titre, partageant 
probablement son impopularité. II Reg., xv, 25. Voir 
Phacée, col. 178. H. Lesêtre. 

PHADAÏA (hébreu : Pedâyàh, une fois Pedâ- 
ydhu; « Jéhovah rachète ou délivre »), nom de six ou 
sept Israélites. M. Bliss a trouvé au sud de la colline 




■ j 



35. — Cachet d'un Phadaïa. 
inns bOTOW», IHma"el Pedayahu. 

d'Ophel, à Jérusalem, un cachet scarabéoïde qui porte 
le nom de Phadaïa écrit en hébreu ancien (fig. 35). 
Voir Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 
Comptes rendus, 23 juillet 1897, p. 374. 

.1. PHADAÏA (Septante : $a8«i'a; Aleœandrinus : 
EkSSda), père de la reine Zébida, mère du roi Joakim. 
Il était originaire de Ruma. IV Reg., xxm, 36. 

2. PHADAÏA (Septante : *a8ataç), fils du roi de Juda 
Jéchonias et père de Zorobabel. I Par., m, 18-19. Le 
Vatieanus et VAlexandrinus, I Par., m, 19, indiquent 
Salathiel comme père de Zorobabel, comme le font 
d'ailleurs Agg., i, 1, etc.; I Esd., m, 2, etc.; Néhé- 



181 



PHADAÏA 



PHALEG 



182 



mie, II Esd., xh, i; Matth., i, 12; et Luc, m, 27; il 
est ainsi le neveu, non le fils de Phadaïa. Il faut donc 
ou que le texte I Par., in, 27, soit altéré ou, comme on 
l'a supposé, que Zorobabel fût le fils de Phadaïa et de 
la femme de Salathiel qui serait devenue son épouse 
après la mort de son frère, en vertu de la loi du lévi- 
rat. Voir Zorobabel. Phadaïa était probablement né à 
Babylone où son père avait été emmené en captivité. 

3. phadaïa (hébreu : Pedâyâhû; Septante : $a8aVa), 
père de Joël. Joël fut mis par David à la tête de la 
demi-tribu de Manassé cisjordanique. I Par., xxvir, 20. 

4. PHADAÏA (Septante : *a8aia), fils de Pharos qui, 
du temps de Néhémie, travailla à la reconstruction des 
murs de Jérusalem. II Esd., m, 25. 

5. PHADAÏA (Septante : $aSat«ç), Israélite qui se tint 
à la gauche d'Esdras, lorsque celui-ci fit au peuple la 
lecture de la loi à Jérusalem. II Esd., vm, 4. Quelques 
interprètes le confondent avec Phadaïa 4, d'autres avec 
Phadaïa 7. 

6. PHADAÏA (Septante : *a8aia), fils de Colaïa, de la 
tribu de Benjamin, ancêtre de Sellum qui habita à Jéru- 
salem au retour de la captivité. II Esd-, xi, 7. Dans 
I Par., ix, il ne figure pas parmi les ancêtres de Sel- 
lum. 

7. PHADAÏA (Septante : $a8aia), lévite à qui Néhé- 
mie confia, en même temps qu'à quelques autres 
Israélites, la garde des magasins qui contenaient le pro- 
duit de la dlme du blé, du vin et de l'huile. II Esd., 
xiii, 13. Divers commentateurs pensent que ce Phadaïa 
est le même que Phadaïa 4 ou Phadaïa 5, mais on ne 
peut ni l'affirmer, ni le nier avec certitude; quoi qu'il 
en soit, Néhémie avait choisi Phadaïa comme repré- 
sentant des lévites et défenseur de leurs intérêts. 

PHADASSUR (hébreu : Pedâkçûr, «[celui que] le 
rocher délivre »; Septante : <ï>a8ix<ro\)p, Qa&aaaovp), 
chef d'une famille de la tribu de Manassé et père de 
Gamaliel, du temps de l'exode. Num., i, 10; h, 20; vu, 
54, 59; x, 23. Voir Gamaliel 1, t. m, col. 102. 

PHADON (hébreu : Pddôn, « délivrance »; Sep- 
tante : $aS<!)v), chef d'une famille de Nathinéens, qui 
revint en Palestine avec Zorobabel après la captivité 
de Babylone. I Esd., n, 44; II Esd., vu, 47. 

PHAHATH MOAB (hébreu : Pa^af Mô'ab, « gou- 
verneur de Moab »; Septante : <I>aà9 Mio<£6), chef 
d'une des principales familles de la tribu de Juda. On 
explique ordinairement ce nom comme signifiant 
« gouverneur (ou pacha) de Moab ». Pour expliquer 
cette signification, on a fait toutes sortes d'hypothèses, 
dont aucune. n'est pleinement satisfaisante. La plus na- 
turelle, si le nom n'est pas altéré, consiste à supposer 
que le chef de la famille exerça réellement un certain 
pouvoir dans le pays de Moab. II est question, I Par., 
lv, 21-22, des descendants de Séla, fils de Juda, qui 
« dominèrent sur Moab ». Quoi qu'il en soit, les des- 
cendants de Phahath-Moab formaient une des princi- 
pales familles juives au retour de la captivité de Baby- 
lone : elle est nommée la quatrième dans les deux 
listes de captifs qui revinrent en Palestine du temps de 
Zorobabel, I Esd., h, 6; II Esd., vu, 11; et le cinquième 
dans la liste des compagnons d'Esdras, I Esd., vm, 4; 
son chef signa le second l'alliance du temps de Néhé- 
mie parmi les chefs du peuple. II Esd., x, 14. Elle était 
aussi très Importante par le nombre de ses membres, 
la plus nombreuse après celle de Sénaa le Benjamite. 
Celle-ci comptait près de 4000 membres, I Esd., n, 35; 



II Esd., vu, 38; celle de Phahath Moab en avait 2818. 
II Esd., vu, 11 (2812, d'après I Esd., n, 6). Elle se 
composait de deux branches, celle de Josué et celle de 
Joab, comme on le lit expressément, II Esd., vu, 11, 
« fils de Josué et de Joab » (la conjonction et manque 
dans II Esd., h, 6, mais on doit très vraisemblablement 
l'y suppléer). Nous ignorons ce qu'étaient ce Josué et 
ce Joab ; nous connaissons seulement un Joab descen- 
dant de Juda, nommé I Par., iv, 14, cf. n, 54, sans 
pouvoir dire si c'est celui dont il est parlé dans Esdras 
et dans Néhémie. Esdras, à son retour en Palestine, 
emmena avec lui 218 hommes « des fils de Joab », 
I Esd., vm, 9; il les énumère à part, après avoir 
compté plus haut, au f. 4, deux cents hommes de 
Phahath-Moab. 

Tout ce que nous savons des descendants de Phahath 
Moab, lorsqu'ils furent revenus dans leur patrie, se ré- 
sume dans ces trois points : — 1" Esdras obligea huit 
d'entre eux qui sont nommés par leurs noms, à répu- 
dier les femmes étrangères qu'ils avaient épousées. 

I Esd., x, 30. — 2° Hasub, qui était probablement un 
des chefs de la famille, travailla à la réparation d'une 
partie des murs de Jérusalem et de la tour des Four- 
neaux ou des Fours (t. n, col. 2344). Quelques com- 
mentateurs confondent cet Hasub avec celui qui répara 
une autre partie des murs de Jérusalem, II Esd., m, 
23, mais c'est sans raison. — 3° Lorsque les principaux 
d'entre les Juifs signèrent avec Néhémie l'alliance que 
le peuple fit avec Dieu, le représentant de la famille 
de Phahath Moab signa après Pharos, le second sur 
quarante-quatre parmi les chefs du peuple. II Esd., x, 
14. 

PHALAIA (hébreu : Pelâ'yâh, « Jéhovah fait des 
choses admirables » ; Septante : 4>sXia, omis dans 

II Esd., vm, 7), un des lévites qui aidèrent Esdras à 
expliquer la loi au peuple, II Esd., vm, 7, et qui 
signèrent plus tard, avec Néhémie, l'alliance contractée 
entre Dieu et son peuple. II Esd., x, 10. — Un fils 
d'Élioénaï, de la race royale de David, appelé Peldydh 
dans le texte hébreu, porte le nom de Phéléia dans la 
Vulgate. I Par., m, 24. 

PHALANGE, ordre de bataille usité chez les Grecs, 
consistant en la disposition des troupes par colonnes, 
en files espacées pour la marche, rapprochées pour la 
charge et serrées pour l'attaque. La Vulgate a traduit par 
ce mot « phalanges », I Reg., xvn, 8, l'hébreu ma'arkof 
(Septante : napâtaÇiç), qui désigne l'armée d'Israël rangée 
en ordre de bataille par Saûl contre les Philistins et contre 
Goliath. — Sur la manière dont les Syro-Macédoniens 
disposaient leur ordre de bataille, voir I Mach., vi, 
35. 

PHALÉA (hébreu : Pilha'; Septante : ^ayXat), un 
des chefs de famille qui signèrent l'alliance entre Dieu 
et son peuple au temps de Néhémie. II Esd., x, 24. 

PHALEG (hébreu : Pélég, « division »; Septante : 
•ÊâXêx; Josèphe, Ant. jud., I, xi, 5), descendant de 
Sem, fils d'Héber, frère aîné de Jectan et père de Réiï, 
un des ancêtres d'Abraham. Gen., x, 25; xi, 16, 17, 18, 
19; I Par., i, 19, 25. Il fut appelé Phaleg, dit la Genèse, 
x, 25, « parce qu'en ses jours la terre fut divisée. » On 
a donné de cette phrase les explications les plus diverses. 
Les uns l'ont entendue de la dispersion des peuples 
dont parle la Genèse à propos de la construction de la 
tour de Babel, xi, 9; d'autres, du partage de la terre par 
Noé entre ses petits-fils ou bien de la séparation des en- 
fants d'Héber dont les uns seraient allés en Arabie, 
pendant que les autres demeuraient en Babylonie. Ces 
explications sont peu vraisemblables, de même que l'opi- 
nion de ceux qui voient dans cette division une allusion 



183 



PHA.LEG — PHANUEL 



184 



à une catastrophe terrestre, tremblement de terre, érup- 
tion volcanique, au commencement de la canalisation 
en Babylonie,-etc. Les expressions du texte sacré sont 
si vagues qu'on ne peut aujourd'hui en préciser le sens 
avec certitude : si elles semblent plutôt faire allusion à 
la dispersion du peuple, Gen., XI, 9, il faut remarquer 
que la Genèse, xi, 4, 8, 9, emploie le verbe pus, « dis- 
perser », et non le verbe pâlag, « diviser », pour marquer 
tfcWt ^ys$«s < h$^. — Divers commentateurs ont voulu 
sans raison suffisante prendre le nom de Phaleg comme 
un nom ethnographique ou un nom géographique et 
ils l'ont rapproché de celui de la ville de Phaliga, 
mentionnée par Isidore de Charax comme située au 
confluent du Chaboras et de l'Euphrate, mais il n'est 
nullement question de cette ville avant cet auteur, qui 
vivait seulement au III e siècle avant J.-C. — Phaleg en- 
gendra Réû à l'âge de 30 ans et mourut à l'âge de 
239 ans, laissant des fils et des filles. Gen., xi, 18-19. Il 
est nommé dans la généalogie de Notre-Seigneur en 
saint Luc, m, 35. 

PHALEL (hébreu : Pâldl, « [Dieu] juge »; Septante : 
<&a\âx; Alexandrinus : $oXâf), fils d'Ozi. Du temps de 
Néhémie, il rebâtit une partie des murs de Jérusalem, 
« vis-à-vis de l'angle et de la haute tour qui fait saillie 
en avant de la maison du roi, près de la cour de la 
prison. » II Esd., m, 25. 

PHALET (hébreu : Pélét, « délivrance, évasion »; 
Septante : <£>a>ix; Alexandrinus : $«Xér, I Par., il, 47), 
nom de deux Israélites, dans le texte hébreu. Dans la 
Vulgate, le nom de l'un des deux est écrit Phallet, 

I Par., xii, 3. Le Phalet de notre version latine était 
de la tribu de Juda et de la famille de Caleb l'Hesro- 
nite, le quatrième des six fils de Johaddaï.I Par., n,47. 

PHALETH (hébreu : Pélét ; Septante : *a>é9), nom 
de deux Israélites, dans le texte hébreu. La Vulgate 
écrit le nom de l'un d'eux Phéleth, Num., xvi, 1. Celui 
qu'elle écrit Phalet était de la tribu de Juda, fils de 
Jonathan, de la descendance de Jéraméel. I Par., Il, 33. 

PHALLET (hébreu : Pélét; Septante : 'ImcoaXÉT; 
Alexandrinus: ^a).).^), fils d'Azmoth et frère de Jaziel, 
de la tribu de Benjamin. Les deux frères sont comptés 
parmi les gibborîni de David. Ils étaient allés se joindre 
à lui à Siceleg. I Par., xii, 3. 

PHALLONITE (hébreu r hap-Pelôni, I Par., xi, 27, 
36; xxvil, 10; Septante : <5 «ÊeXuvî: I Par., x, 27; 6 «Êdi- 
\uv(,,f. 36; ô èx $aXXouç; Vulgate: Phallonites, I Par., 
xxvn, 10; Phalonites, I Par., xi, 27; Phelonites, f. 36), 
originaire de Bethphalefh, d'après un certain nombre 
de commentateurs. Deux des gibborîm de David, 
Hellés ou Hélés (t. m, col. 567), I Par., xi, 27; xxvii, 
10, et Ahia 1 (t. i. col. 291), I Par., xi, 36, sont dits 
Phallonites ou Pélonites. Cette dénomination semblerait 
désigner une ville de Péloni ou Pélon, mais comme 
on ne connaît aucune ville de ce nom et que dans 

II Reg., xxiii, 26, Hélés est appelé hap-Paltî, « le 
Phaltite » (Vulgate : de Phaltï), beaucoup de critiques 
croient que la leçon de II Beg. est la meilleure et que 
hap-Paltî veut dire que Hélés était originaire de 
(Beth)phaleth (t. i, col. 1709), ville du Négeb au sud de 
la Palestine, dans la tribu de Juda. Il y a cependant 
contre cette identification une difficulté sérieuse qui 
n'est pas résolue : c'est que Hélés était Éphraïmite, 
d'après II Par., xxvil, 10, et que Bethphaleth était une 
ville de Juda, nom d'Éphraïm. On a imaginé d'autres 
hypothèses, mais toutes sont purement conjecturales. 

PHALLU (hébreu : Pallû' ; Septante : *aU6«, $a\- 
Xoôç), second fils de Ruben, le fils aîné de Jacob. Gen., 



xlvi, 9; Exod., vi, 14: Num., xxvi, 5; I Par., v, 3. Il 
eut pour fils Éliab et devint le chef de la famille des- 
Phallonites. On compte parmi ses descendants Dathan 
et Abiron. Num., xxvi, 5, 8. 

PHALLUITES (hébreu ; hap-Pallu'î; Septante ': 

St\\loi; toO *aX).out; Vulgate : Phallwitse), descendants- 
de Phallu. Num., xxvi, 5. - 

PHALONITE, dans la Vulgate, I Par., si, 27. "Voir 
Phallonite. 

PHALTI (hébreu : Paltî; Septante : *«/.ti), nom de 
deux Israélites et nom ethnique. Phalti, nom d'homme, 
signifie « (Dieu) est mon libérateur ». 

1. PHALTI, fils de Raphu, de la tribu de Benjamin. 
Il fut l'un des douze espions que Moïse envoya dans la 
terre de Chanaan pour l'explorer. Num., xm, 9. 

2. PHALTI, fils de Laïs, de Gallim. Saùl lui donna en 
mariage sa fille Michol qu'il avait déjà mariée avec- 
David. I Reg., xxv, 44. Après la mort de Saùl, David se 
fit rendre Michol par Abner. Phalti la suivit en pleu- 
rant jusqu'à Bahurim où Abner l'obligea de retourner 
chez lui. II Reg., m, 15. Dans ce dernier passage, Phalti 
est appelé Phaltiel, ce qui est la forme complète de son; 
nom, El (Dieu) étant sous-entendu dans Phalti. 

3. PHALTI, pour Phaltite. II Reg.. xxm, 26. Hélés est 
désigné dans ce passage comme étant « de Phalti » ,. 
selon la traduction de la Vulgate. Ailleurs il est dit 
Phellonite. Voir Phallonite. 

PHALTIAS (hébreu : Pelatyâh, « Yah est mon libé- 
rateur; » Pelatyâhû, sous une forme plus complète dans- 
Ézéchiel, XI, 1, 13), nom de quatre Israélites dans le 
texte hébreu. 11 ne diffère que par le nom divin, qui est 
ici exprimé, de Phalti et de Phaltiel ou Phalthiel. 
Dans la Vulgate, deux de ces noms sont écrits Phaltias 
(dans quelques exemplaires Phalthias), le troisième est 
écrit Pheltias, Ezech., xi, 1, 13, et le quatrième Pheltia. 
II Esd., x, 22. 

1. PHALTIAS (Septante : «ÊaXeTTi'a), descendant de 
David, fils d'Hananiaset père de Jésaïas. I Par., itl,21. 

2. PHALTIAS (Septante : *a).asTx£a), le premier 
nommé des quatre fils de Jési, de la tribu de Siméon. 
Ils se mirent à la tête de cinq cents hommes de leur 
tribu, pour aller combattre dans la montagne de Séir 
les restes des Amalécites qui s'y étaient réfugiés et, les 
ayant vaincus, s'y établirent à leur place. I Par., iv, 42-43. 

1PHALTÎEL (hébreu : PaltVêl, voir Phaltia ; Sep- 
tante : *aXnv))), nom de deux Israélites. 

1. PHALTIEL, fils d'Ozan, chef de la tribu d'Issa- 
char, qui fut choisi par Moïse pour représenter sa tribu 
dans le partage de la Terre Promise. Num., xxxiv, 26. 

2. phaltiel, le même que Phalti, le mari de- 
Michol. II Reg., m, 15. Voir Phalti 2. 

PHANUEL(hébreu : Penû'êl, « face de Dieu; » Sep- 
tante: $avour É i),nom de trois Israélites et nom de lieu. 

1. PHANUEL, fils d'Hur et petit-fils de Juda. Il fut le 
père de Gédor. I Par., iv, 4. = 

2. PHANUEL, le dernier nommé des onze fils de Sésac, 
de la tribu, de Benjamin, qui s'établirent à Jérusalem- 

1 Par., vin, 25. 



185 



PHANUEL 



PHARA 



186 



3. PHANUEL, de la tribu d'Aser, père de la prophé- 
tesse Anne. Luc, n, 36. Voir Anne, 5, t. i, col. 630. 

PHANUEL (hébreu : Penî'él, « face de Dieu, » 
On., xxxh, 30, 31; Penû'èl, ibid., 32; Jud., vin, 8, 17; 
I (III) Reg., XH, 25; Septante : e'So? ©soû, Gen., xxxn, 
30; eISo« toû ©eov, 32; <î>avouii>, partout ailleurs), lo- 
calité située sur les rives du Jaboc où Jacob lutta avec 
l'ange et où s'éleva une ville du même nom. Elle est 
mentionnée sur les monuments égyptiens sous la forme 

\ I JS Jt& , Penualu. W. M. Muller, Asien und 

Europa, p. 168. 

I. Identification et description. — Phanuël était à 
l'est du Jourdain et de Socoth, puisque Gédéon fran- 
chit le fleuve et passa par Socoth avant d'arriver à 
Phanuël. Cf. Jud., vin, 4, 5, 8. Il était' sans doute en 
vue et non loin du Jourdain, dont Jacob disait en arri- 
vant au Jaboc : « J'ai passé ce Jourdain. » Gen., xxxn, 
10. Le même arrivant de Galaad et Mahanaïm qu'il faut 
chercher au nord du Jaboc, la rive opposée, où il allait 
passer le lendemain et rencontrer l'ange, est néces- 
sairement la rive gauche ou méridionale du Jaboc, 
aujourd'hui le Nahr-Zerqâ. Cf. Gen., xxxn, 13, 21-23. 
Phanuël parait être oubliée depuis longtemps, car 
VOnomasticon se contente de l'indiquer « prés du Ja- 
boc », et les anciens écrivains juifs n'en font plus men- 
tion. Les savants anglais pensent qu'on doit chercher 
ce lieu probablement sur les pentes septentrionales du 
Djebel OSa\ Armstrong, Wilson et Conder, Names and 
Places in the Old Testament, Londres, 1887, p. 138; 
Conder, Heth and Moab, Londres, 1887, p. 177-179. 
Rich. von Riess le croit plutôt sur la rive septentrionale 
du Jaboc, c'est-à-dire du côté opposé. Bibel-AtUxs, Fri- 
bourg-en-Brisgau, 1887, p. 231. M. Merill, East of Jour- 
dan, 2 e édition, New- York, 1883, p. 384, le suppose au 
Teloul ed-dehab, au nord de la rivière et non loin de 
sa sortie des montagnes. M. Gotl. Schumacher préfère 
Medouar-Nôl, village situé à une heure et quart au nord- 
est d'un excellent gué de la Zerqd, se trouvant au nord 
de Ain es-Zerqâ. Dans Miitheilungen und Nachrichten 
des deutschen Palâstina-.Vereins, 1901, p. 2. Quelques 
autres auteurs ont proposé, quoique en hésitant beau- 
coup, le Tell Der'alla. Cf. Buhl, Géographie des 
alten Pdlâstina, Leipzig, 1896, p. 260. La similitude de 
ce nom avec Tar'éldh identifiée dans les Talmuds avec 
Succoth, a fait penser qu'il s'agit de la même localité. 
Ibid. Cf. A. Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 
1860, p. 218-219; Schumacher, loc. cit., 1889, p. 21; 
Armstrong, etc., loc. cit., p. 166. L'identification de 
Der'alla avec Tar'elâh n'est pas sans vraisemblance, 
mais celle de Tar'éldh avec Socoth est contestable. 
L'itinéraire de Gédéon poursuivant les Madianites, 
Jud., vin, 4-5, parait indiquer cette localité tout près 
du Jourdain et Phanuël, où « il monta » de Socoth, 
plus à l'est et plus près de la montagne. Il semble tou- 
tefois qu'il y ait là un souvenir des faits racontés 
Gen., xxxn. Cette identification, si elle n'est pas d'une 
certitude absolue, parce que les données positives font 
défaut pour désigner ce tell, me semble d'une très 
grande probabilité. Les diverses indications bibliques 
s'appliquent parfaitement à lui et on ne trouve d'autres 
sites ou d'autres vestiges de villes auxquels on puisse 
les rapporter de même. 

Le Tell Der'alla est un grand tell au sommet aplati, 
s'élevant de sept à huit mètres au-dessus de la plaine 
environnante, où l'on constate des restes d'anciennes 
constructions, et semblable à tous ces anciens tell que 
l'on a reconnu être formés de débris d'anciennes cités. 
U est à deux kilomètres et demi environ vers le sud 
d'Abou 'Obeidah, où les musulmans vénèrent le tom- 
beau du général de ce nom, compagnon deMahometjàla 
lisière orientale du GMr, et à deux ou trois cents mètres 



seulement des montagnes d'où sort le Zerqâ, sur le 
chemin qui monte de la vallée aux montagnes, se 
dirigeant vers Sait, Djebéhat et Amman, voie que dut 
prendre Gédéon poursuivant les Madianites et les 
Benê-Qédem. Ce qui parait avoir fait hésiter les pales- 
tinologues, c'est que le nahr ez-Zerqâ passe à un 
kilomètre au sud du tell, alors que la Bible indique 
Phanuël au sud de la rivière; mais son cours actuel 
est un cours nouveau que l'eau s'est frayé à travers les 
siècles. L'ancien lit de la rivière, large de vingt mètres 
et profond de cinq ou six, se voit au nord du tell qui 
est immédiatement sur la rive méridionale. De là on 
aperçoit à trois kilomètres vers l'ouest et non loin du 
Jourdain un autre tell de même forme. C'est à celui-ci, 
semble-t-il, qu'il faut placer Socoth. 

II. Histoire. — Jàcob, venant de Mésopotamie et - 
ayant quitté Mahanaïm pour s'avaûcer vers le Jourdain, 
était arrivé sur la rive du Jaboc, où il avait établi son 
campement. De là il envoya en avant ses serviteurs 
avec les présents destinés à apaiser son frère Ésaû 
qui s'avançait à sa rencontre. S'étant levé pendant la 
nuit, il fit passer le gué du Jaboc à toute sa famille et à 
ses troupeaux, et le passa après eux. Resté seul sur le 
bord de la rivière, un personnage mystérieux, que 
la Genèse appelle un homme, 'U, xxxn, 23, et le pro- 
phète Osée, xn, 3-4, un ange, se présenta et se mit à 
lutter avec lui jusqu'au lever de l'aurore. En quittant 
Jacob, l'ange lui donna le nom d'Israël, et Jacob en 
souvenir du fait appela l'endroit Phanuël, disant : 
« Jai vu mon Dieu face à face et mon âme a été sauvée. » 
Gen., xxxm. Levant les yeux, Jacob vit son frère Ésaû 
qui s'avançait vers lui. De là, il se retira à l'endroit 
qu'il appela Socoth et où il s'établit avant de monter 
vers Sichem. Gen., xxxm. — Dans le partage de la Terre 
Promise, Phanuël dut échoir, avec Socoth et toute la 
partie orientale de la vallée du Jourdain, à la tribu de 
Gad. Cf. Jos., xin, 27. — Phanuël était devenue une 
ville forte au temps de Gédéon. Le libérateur d'Israël 
poursuivant les Madianites, ayant franchi le Jourdain, 
demanda aux habitants de Socoth du pain pour ses 
hommes fatigués, afin de pouvoir continuer la pour- 
suite de l'ennemi. Ceux-ci refusèrent en ajoutant à 
leur refus le mépris et l'injure. Les habitants de Phanuël 
firent de même. « Quand je reviendrai victorieux, 
j'abattrai cette tour, » jura Gédéon. A son retour, il tint 
son serment et mit à mort les principaux habitants 
de la ville. Jud., vm, 4-17. — Jéroboam I er , après avoir 
restauré Sichem, fit de même pour Phanuël. III Reg., 
xn, 25. D'après Josèphe, Ant. jud., VIII, vin, 4, il s'y 
fit construire un palais. U n'est plus question depuis 
de Phanuël. L. Heidet. 

PHARA, nom d'un Israélite et d'une ville. 

1. PHARA (hébreu : Purâh, « rameau »; Septante : 
«fapâ), serviteur de Gédéon. Il alla pendant la nuit avec 
son maître dans le camp des Madianites. Jud., vu, 10-11. 

2. PHARA (Septante : <I>ap«6(i>v/), ville de Judée, for- 
tifiée par Bacchide pendant la guerre contre Jonathas. 
I Mach., ix, 50. Le nom de cette ville est douteux. La 
Vulgate distingue deux villes, Thamnatha et Phara ; de 
même Josèphe, Ant* jud., xm, i, 3, ©ct[*va6à x«t 3>a- 
pa8<o; et aussi la version syriaque. Les Septante ne font 
qu'une seule ville de zrp ©anvaôà *apa6wv(. Si la leçon 
du grec était la véritable, ce qu'on peut contester, nous 
n'aurions dans l'Écriture aucune autre trace de l'exis- 
tence de Phara, mais si l'on admet la distinction de 
Tamnatha et de Phara ou Pharathon, nous retrouvons 
le nom de cette dernière dans le livre des Juges, xn, 13. 
15, et dans l'histoire des rois. II Reg., xxm, 30; I Par., 
xi, 31; xxvn ; 14. Sur cette identification et sur la ville 
même, voir Pharathon, col. 204. 



187 



PHARAÏ 



PHARAN 



188 



PHARAI (hébreu : Pa'urai; Septante : 0-àpaeosp-/i, 
par corruption de «Êaapai o 'Apëî), un des vaillants sol- 
dats de David. II Reg., xxm, 35. Dans I Par., xi, 37, il est 
appelé Naaraï. Voir Naaraï, col. i428. Il était d'Arab, 
ville de la tribu de Juda, de Arbi, dit la Vulgate. 
II Reg., xxni, 35. Voir Arbi, t. i, col. 886. 

PHARAM (hébreu : Pir'dm; Septante : <Mwv; 
Alexandrinus : $£paà[i), roi amorrhéen de Jérimoth, 
du temps de Josué, qui avec trois autres rois du sud de 
la Palestine répondit à l'appel d'Adonisédec roi de Jéru- 
salem et marcha avec eux contre les Gabaonites qui 
s'étaient soumis aux Israélites. Jos., x, 3. Ils furent tous 
battus par Josué devant Gabaon et s'étant enfuis, ils se 
réfugièrent dans la caverne de Macéda, mais ils y 
furent pris et mis à mort, après qu'on leur eut mis le 
pied sur le cou (voir Pied), par ordre du vainqueur, 
puis pendus à cinq poteaux et enfin ensevelis dans la 
caverne. Jos., x, 10, 20-27. 

PHARAN (hébreu : Pâ'rân; Septante : 4>apâv), 
nom d'un désert de l'Arabie Pétrée, d'une chaîne de 
montagnes et, d'après certains commentateurs, d'une 
localité. 

1. PHARAN (DÉSERT de) (hébreu : midbâr-Pd'ran, 
Gen., xxi, 21; Num., x, 12; xm, 1, 4, 27 (hébreu : xu, 
i6; xm, 3,26);1 Reg., xxv, 1; Septante : èprijjio; $apâv, 
Num,, xm, 4, 27; to-3 <t>apàv, Num., x, 12; xm, 1; Gen., 
xxi, 21; Septante : <ï>apàv AîyÛtitou), désert de l'Arabie 
Pétrée, appelé aujourd'hui Badiet-et-Tih, « désert de 
l'Égarement », parce que les Israélites y errèrent plu- 
sieurs années. Num., xiv, 32-33. 

I. Identification. — Le désert de Pharan est formé 
par le large plateau de l'Arabie Pétrée qui est borné à 
l'est par la partie de la vallée de PArabah, s'étendant 
du sud de la mer Morte au golfe Élanitique (voir Ara- 
bah, t. i, col. 821); à l'ouest par le désert de Sur, Gen. 
xvi, 7 (voir Sur); au sud par le Djebel et-Tih, et au 
nord par les montagnes des Amorrhéens, c'est-à-dire 
par la frontière méridionale du pays de Chanaan, 
Deut., i, 19-20, ou de la Palestine, aux environs de 
Bersabée. Voir H. S. Palmer, Hinai from the fourlh 
Egyptian dynasty to the présent day, Londres, 1878, 
p. 198, 205; E. H. Palmer, The désert of the Exodus, 
1831, t. n, p. 508-510. 

IL Description. — Le Badiet et-Tih est un grand 
plateau désert qui compte environ deux cent quarante 
kilomètres de longueur, du sud au nord, et à peu près 
autant de largeur. Dans sa longueur il est coupé par 
l'ouadi el-AHsch, qui le divise ainsi en deux parties. 
La partie orientale, plus élevée que la partie occiden- 
tale, est un plateau calcaire d'une surface irrégulière, 
une contrée montagneuse coupée de grands et de petits 
ouadis dont beaucoup se dirigent vers le nor.d. Le côté 
méridional se termine en un long escarpement, abrupt 
vers le sud et s'abaissant doucement vers le sud-est. 

La surface du plateau est aride, sans physionomie 
marquée, et son aspect n'est relevé que par quelques 
groupes isolés de montagnes. La contrée est presque 
sans eau, à l'exception de quelques sources, entourées 
de tamaris et d'acacias et fréquentées par les gazelles 
dans les grands ouadis ; l'eau ne s'obtient souvent dans 
le lit des ouadis qu'en creusant de petits puits, thémail, 
et en la puisant avec la main. A peu près partout, le 
terrain est très dur et recouvert de petits cailloux. 
Malgré l'aridité du sol, une grande quantité d'herbes 
brunes et desséchées sont éparses à la surface, et four- 
nissent un combustible pour le campement. Pendant la 
plus grande partie de l'année, le terrain semble brûlé 
et mort; mais il arrive, avec la pluie', à une vie sou- 
daine. Dans les ouadis, la végétation est beaucoup 
plus abondante que dans les plaines. Là, il y a toujours 



des pâturages suffisants pour les chameaux; çà et là 
même, quelques endroits sont susceptibles de culture. 
E. H. Palmer, The Désert of the Exodus, t. n, p. 327- 
348. 

III. Histoire. — 1» Le nom de Pharan est mentionné • 
pour la première fois dans la Genèse, xiv, 6. L'auteur 
sacré indique dans son récit la limite septentrionale 
du désert et l'extrême point sud qu'atteignit l'expédition 
de Chodorlahomor et de ses alliés contre les rois de 
la Pentapole et les pays voisins. Après avoir battu les 
Raphaïm, les Zuzim et lesÉmim, les confédérés battirent 
aussi « les Chorréens ou Horréens, dans les montagnes 
de Séir, jusqu'à 'Êl-Pdrân, qui est près du désert. » La 
Vulgate traduit 'Êl-Pdrdn, par campestria Pharan, 
« plaine de Pharan », les Septante, par ri xepéëevOoç toû 
$apdtv, « le térébinthe de Pharan ». Plusieurs savants 
modernes croient que 'Êl-Pâràn désigne la ville d'Aila 
ou Élath. Voir Élath, t. n, col. 1643. Le texte est trop 
peu précis pour qu'on puisse trancher la question avec 
certitude. D'Êl-Pdrân, les envahisseurs n'ayant rien à 
piller dans le désert de Pharan, ne poussèrent pas plus 
loin vers le sud; ils se dirigèrent vers la fontaine de 
Masphath ('En Mispât), qui est le même lieu que Cadès, 
Gen., xiv, 7, situé dans le désert de Pharan. Cadès 
est placé plusieurs fois dans le désert de Sin, Num., 
xx, 1; xxvii, 14; xxxui, 36; Deut., xxxn, 51, mais Sin 
était le nom particulier de la partie septentrionale du 
désert de Pharan. Cf. Num., xm, 27 (26). Voir Cadès 1, 
t. il, col. 21. — 2» Dans le désert de Pharan habita Is- 
maël, fils d'Abraham et de sa servante Agar, que Sara 
fit chasser afin qu'Isaac devînt seul héritier des biens 
paternels. Gen., xxi, 10, 21.-3° Mais le désert de Pha- 
ran doit sa principale renommée à ce que les Israélites 
y ont erré pendant trente-huit ans : il a été ainsi le 
théâtre des événements les plus remarquables de l'his- 
toire du peuple de Dieu pendant cette période. Voici les 
principaux. Mais tout d'abord, comme semblent l'exiger 
les textes bibliques, prenons le désert de Pharan dans 
un sens moins restreint et étendons-le jusqu'au massif 
du Sinaï. — Le premier épisode saillant est l'incendie 
d'une partie du camp d'Israël à Tab'êrâh, Num., xi, 1-3, 
en punition des murmures du peuple contre Dieu et 
contre Moïse. Voir Embrasement, t. n, col. 1729, et In- 
cendie, t. m, col, 864. Plusieurs sont d'avis qu'on pour- 
rait l'identifier avec la station Qibrôt-Hattaâvah. Cf. La- 
grange, L'itinéraire des Israélites, dans la Revue bi- 
blique, 1900, p. 275. — Qibrôt-Hattaâvah était en tout 
cas dans le voisinage. Cette localité fut ainsi appelée, 
« Sépulcres de concupiscence », comme traduit la Vul- 
gate, à cause des nombreux Israélites qui y furent 
frappés par la main de Dieu, à la suite de leurs mur- 
mures contre la manne, lors du second envoi des 
cailles. Num., xi, 4-6, 31-34. Voir Sépulcres de con- 
GUPISCENCÉ. — De Qibrôt-Hattaâvah les Hébreux se 
mirent en marche pour Haséroth, autre endroit du 
désert de Pharan, pris dans un sens plus large. Voir 
Haséroth, t. m, col. 445. C'est là que Marie, sœur de 
Moïse, de concert avec Aaron, parla contre son frère. 
Frappée de la lèpre, elle fut séquestrée sept jours hors 
du camp, et le peuple dut attendre sa guérison pour se 
remettre en voyage. Num., xu. — Partant d'Haséroth 
les Israélites gagnèrent le sommet du plateau d'et-Tih, 
et allèrent planter leurs tentes dans le désert de Pha- 
ran, au sens strict du mot, c'est-à-dire dans la partie 
de cette solitude qui renfermait Cadès (Aïn-Qadis). Il 
ne fallut pas moins de dix-neuf étapes pour atteindre 
ce terme final. Les dix-neuf stations, dont plusieurs 
nous restent inconnues, sont énumérées Num., xxxih, 
17-36. Cf. Lagrange, L'itinéraire des Israélites, dans la 
Revue biblique, 1900, p. 277; L. de Laborde, Commen- 
taire géographique sur l'Exode et les Nombres, in-f°, 
Paris, 1841, p. 120-127. A Cadès, située dans la partie 
septentrionale du désert de Pharan qu'on appelle aussi 



189 



PHARAN — PHARAON 



190 



quelquefois désert de Sin, Moïse reçut de Dieu l'ordre 
d'envoyer dans la Terre Promise, les douze espions 
chargés de l'explorer, Sur \a route qu'ils suivirent, 
cf. E. H. Palmer, The Désert of the Exodus, t. n, 
p. 510-513, 351. Voir Espion, 2», t. n, col. 1966. A leur 
retour, le rapport décourageant qu'ils firent au peuple 
provogua une révolte, Dieu la punit en condamnant 
tous les Israélites âgés de vingt et un ans lors de leur 
sortie d'Egypte, à mourir dans le désert. Caleb et Josué 
furent seuls exceptés de cette peine. Le peuple, cons- 
terné de cette sentence et passant alors de l'abattement 
à la présomption, voulut, malgré Moïse, envahir le pays 
de Chanaan et il se Ht tailler en pièces, par les Ama- 
lécites et les Chananéens dans les environs d'Horma. 
"Voir Horma i, t. in, col. 755. Il fut refoulé sur Cadès. 
Num., xm-xiv. Alors commença pour les enfants d'Is- 
raël, du côté de la mer Rouge, cette vie errante de 
trente-huit ans, dans le désert. 

Les derniers incidents du séjour des Israélites dans 
le désert de Pharan, depuis que la génération cou- 
pable y eut semé ses ossements, eurent encore lieu à 
Cadès. Marie, sœur de Moïse y mourut; Moïse donnant 
suite aux plaintes amères du peuple à cause du manque 
d'eau, y frappa le rocher et en fit jaillir une source 
abondante d'eau, qu'on appela Mê-Merîbâh ou « Eaux 
de contradiction ». Voir Eaux de contradiction, t. H, 
col. 1523. De Cadès, Moïse envoya des messagers au 
roi d'Édom pour obtenir la permission de traverser 
son territoire, 'afin de gagner ainsi les frontières de la 
Terre Promise : mais Édom refusa formellement. Quel- 
que temps après, se rapprochant de la Terre Promise 
dans la direction de l'est, les enfants d'Israël quittèrent 
définitivement le désert de Pharan. Num., xx, 1-22. 

Le nom de Pharan ne paraît plus que deux fois dans 
l'histoire sainte. David, persécuté par Saûl, se réfugia 
dans le désert de Pharan, après la mort de Samuel, 
I Reg., xxv, 1, d'après le texte hébreu, le Codex 
Alexandrinus et la Vulgate. Le Codex Vaticanus lit 
Maon, à cause de la suite du récit. Voir Maon, t. îv, 
col. 703. — Adad l'Iduméen, fuyant devant Joab, tra- 
versa avec ses hommes le désert de Pharan et emmena 
avec lui plusieurs habitants du pays qui l'accompa- 
gnèrent en Egypte où il se réfugia. III Reg., m, 18. 

A. Molini. 

2. PHARAN (hébreu : 'Êl-Pd'rân; Septante : zspéêiv- 
6o? toS *apàv; Vulgate : campestria Pharan, Gen., 
xrv, 6), l'extrême point méridional de l'expédition de 
Chodorlahomor contre les rois de la Pentapole. Êl- 
Pharan, d'après les Septante et la Vulgate, était dans 
le désert; d'après l'hébreu, près du désert. L'appellation 
de Pharan lui vient probablement du désert du même 
nom, dont il aurait été dans des temps très reculés la 
dernière limite orientale. D'après les Septante, 'êl dési- 
gne un térébinthe qui était connu et célèbre dans le 
pays. Beaucoup de commentateurs croient que cette 
traduction est exacte. D'après d'autres, 'êl serait le nom 
antique de la ville d'Élath, mais ce n'est qu'une con- 
jecture. Voir plus haut, col. 188. 

A. Molini. 

3. PHARAN (MONTAGNE DE) (hébreu : har Pâ'rân; 
Septante : opoç $apâv), montagne du désert de Pharan. 
Elle est nommée dans deux passages de l'Écriture : 
Deut., xxxm, 2; Hah., m, 3. L'un et l'autre font allusion, 
en langage poétique, aux merveilles opérées par Dieu 
à l'époque de la sortie d'Egypte. Dans l'exorde du can- 
tique où il bénit les tribus d'Israël, Moïse s'écrie : 

Jéhovah est venu du Sinaï, 

Il s'est levé pour eux de Séïr, 

II a resplendi des montagnes de Pharan, 

Il est sorti du milieu des saintes myriades. 

De sa droite jaillissaient sur eux des jets de lumière. 

Habacuc, ta, 3, supplie Dieu de renouveler l'œuvre 



de miséricorde et de justice acccomplie dans le passé en 
se montrant de nouveau à son peuple : 

Dieu vient de Théman 

Et le Saint de la montagne de Pharan. 

Les données de ces textes sont trop vagues pour 
nous permettre d'établir avec certitude l'identité des 
monts de Pharan. D'où la divergence d'opinion parmi 
les savants. Les uns les identifient avec le Djebel 
Moukrah (1050 mètres d'élévation) à 46 kilomètres au 
sud A'Aïn-Qadis, à 80 kilomètres à l'ouest d'Édom, et à 
200 kilomètres au nord du Sinaï. Le Djebel Moukrah 
occupe la partie méridionale du plateau accidenté 
qu'habitent aujourd'hui les Arabes AzdziméhW. Schultz, 
Das Deuteronomium erklért, 1859; Palmer, The Désert 
of the Exodus, p, 510, 288, 344-345. — D'autres, au 
contraire, retrouvent lés montagnes de Pharan dans la 
chaîne qui du Sinaï se projette vers le nord-est, tout 
le long de la côte ouest du golfe Élanitique jusqu'à 
Édom. Driver, Deuteronomy, Edimbourg, 1902, p. 391. 
— Har-Pâ'rdn peut signifier aussi « la région monta- 
gneuse et sauvage qui est située au sud de la Pales- 
tine. » L.-Cl. Fillion, Bible commentée, t. vi, p. 520. 

A. Molini. 

I. PHARAON (hébreu : Pare'ôh; Septante : *a- 
paw), titre des rois d'Egypte. — I. Signification. — Le 
sens du terme pharaon n'est point douteux dans la Bible : 
c'est le nom générique des rois d'Egypte, au temps d'Abra- 
ham, de Moïse et de l'Exode, des rois et des prophètes. 
Gen., xii, 15-20 ;Exod., vi, 41; III Reg., ix, 16; Is., xxxvi, 
6, etc. Pour deux d'entre eux seulement le nom géné- 
rique se rencontre à côté du nom propre : « Pharaon 
Néchao » et « Pharaon Ephrée », de la XXVI e dynastie. 
Quatre autres sont désignés simplement par leur nom 
propre, dont deux de la XXII e dynastie, Sésac et Zara; 
et deux de la XXV e , Sua et Tharaca. Voir ces noms. 
Ces exceptions n'infirment en rien l'usage général et 
l'on peut dire que pour les auteurs sacrés tout roi 
d'Egypte s'appelait Pharaon, de la même manière que 
plus tard toute reine d'Ethiopie s'appela Candace, que 
dans les temps modernes tout empereur de Russie 
s'appelle tsar. 

II. Étymologie. — L'origine du mot pharaon est 
égyptienne. 'O 3><xpa(iv koct' AiyuTCTfou; (3aot).£a ctï)[aou- 
vsi. Josèphe, Ant. jud., vin, 6, 2, nous en avait déjà 
prévenus. Rosellini, Monumenli storici, 1832, i, p. 116- 
117; Lepsius, Die Chronologie der Aegypter, 1849, 
p. 336, et Chabas, Le papyrus magique Harris, 1860, 
p. 1860, p. 173, note 2, ont proposé successivement 
comme origine du mot pharaon l'expression égyptienne 

^Él ? \, pa râ, « le soleil, le dieu Râ ». Avec plus 

d'apparence de raison, Stem, Koptische Grammatik, 
1880, p. 92, et Zeitschrift fur âg. Sprache, t. xxii, 1884, 
p. 52, a affirmé que Pharaon était identique à ^L/III' 
pa our àa, « le grand prince ». Mais ce titre fréquent, 
qu'on rencontre en particulier dans le traité entre 
Ramsès II et les Khétas et dans une stèle du temps de 
Scheschanq IV, « était celui que la chancellerie égyp- 
tienne donnait aux princes asiatiques ou africains, soit 
qu'ils reconnussent, soit qu'ils ne reconnussent pas la 
suzeraineté des Pharaons. » Maspero, Sur deux stèles 
récemment découvertes, dans Recueil des travaux re- 
latifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et 
assyriennes, t. xv, 1893, p. 85. De bonne heure cepen- 
dant, E. de Rougé, Note sur le mot Pharaon, dans le 
Bulletin archéologique de l'Athéneum français, 1856, 
p. 66-68, avait indiqué l'étymologie vraie de ce mot en 



le dérivant de 



m 



per âa, « la grande maison, le 
palais ». Il se rencontrait avec l'oïxoç uiY a î de la tra- 
dition grecque conservée par Horapollon, Hierogly- 
phica, i, 61, édit. Leemans, 1835, p. 58. Cf. Maspero, ; 



191 



PHARAON 



192 



Histoire ancienne de l'Orient classique, t. i, 1895, 
p. 263, note 4. Pour les autres appellations royales, 
voir Erman, Aegypten und âgyptisches Leben, édit. 
anglaise, 1895, p. 58, et Maspero, loc. cit., p. 263-264. 
Aujourd'hui tout le monde est d'accord que Pharaon, 
Pare'ôh, est la forme hébraïsée de per àa, comme le 

f-*']*— »-w.4**~-| t:i ||| e= i Pi-ir-'-w de Sargon parait 
en être la forme assyrianisée. Cf. Oppert, Mémoire sur 
les rapports de l'Egypte et de l'Assyrie, 1869, p. 15. 
L'étude des textes égyptiens de plus en plus nombreux 
nous a fourni sur l'expression per àa et sur son évolu- 
tion dans la langue des données d'un haut intérêt pour 
la Bible. 

III. Historique. — Ici nous avons pour guide principal, 
sans nous y astreindre de tous points- et sans nous dis- 
penser de recourir aux sources, un remarquable article 
de Griffith : Chronological value of Egyptian mords 
found in the Bible, dans les Proceedings ofthe Society 
of biblical archseology, t. xxm, 1901, p. 72-76. Sous 
l'Ancien Empire où les inscriptions officielles sont 

les seuls témoins de la langue, le mot "" _ est pris au 
sens littéral de « grande maison », palais du souverain : 
■h— sL , per âa n souten. Mariette, Mastabas, C 1, 

p. 112. Il entre surtout en composition avec toute une 
série de titres : « Ami unique dé la faveur de la 
grande maison », ibid., C 25, p. 160; « connu de la 
grande maison », ibid., D 51, p. 314; « médecin de la 
grande maison », ibid., D 11, p. 203 ; « surintendant 
du jardin » ou « domaine de la grande maison », In- 
scription d'Ouni, dans E. de Rougé, Recherches sur 
les monuments qu'on peut attribuer aux six pre- 
mières dynasties, pi. vil, lig. 9. Dans tous ces titres 
nous voyons per àa s'écarter de son sens primitif, 
une métonymie s'ébauche, si bien que partout nous 
pourrions le traduire par « roi ». Pourtant ce n'en est 
pas encore le synonyme adéquat, ce n'en est qu'une 
paraphrase respectueuse, quelque ehose comme le 
Saint-Siège pour le pape, la Sublime Porte pour le 
sultan. Cf. W. M. Muîler, art. Pharaoh, dans Cheyne, 
Encyclopedia biblica, t. III, col. 3687. — Au moyen 
empire, XII e -XVII e dynastie, avec les papyrus nous 
sortons des textes officiels et de leurs artifices. Désor- 
mais c'est l'idiome populaire, plus fidèle interprète de 
la nature du langage et de ses particularités, qui va 
nous fournir des exemples. Là encore per àa se mon- 
tre tantôt avec un sens franchement littéral, tantôt 
avec un sens plus vague derrière lequel se cache le 
roi. Ainsi, à la XII e dynastie, il est question de taxes 
sur le bétail pour « la grande maison ». Griffith, Hie- 
ratic Papyri from Kahun and Gurob, 1898, pi. xvi, et 
p. 30. A la XIII e dynastie on parle de « la porte de la 
promenade du roi dans la grande maison ». Mariette, 
Papyrus égyptiens du musée de Boulaq, t. n, 1878, 
n. XVIII, pi. xxx ; de « provisions envoyées à la grande 
maison », ibid., pi. xxxm. Dans un document qui est 
pour le moins de la fin du moyen empire, nous lisons 
encore : « la cour de la grande maison », Erman, Die 
Mârchen des Papyrus Westcar, 1890, pi. vin et p. 10. 
Deux remarques sont à faire sur les textes de cette 
période : 1° Le mot per âa s'y trouve ordinairement 

au duel, , per(oui) àa(oui), « les deux grandes 

maisons », particularité qui tient à ce que l'Egypte fut 
de tout temps divisée en deux terres, la terre du Sud 
et la terre du Nord. L'union des deux terres se faisait 
dans la personne du roi, qui devenait ainsi le. double 
roi, le roi de la Haute et le roi de la Basse-Egypte, et, 
par suite, ce qui se rapportait à lui revêtait un carac- 
tère de dualité pour répondre à sa double personnalité. 
Ainsi « la Maison Blanche (magasin royal) » était c la 
double Maison Blanche », le Palais était « la double 



grande maison ». Cf. Erman, Aegypten, loc. cit., et 
Maspero, Les contes populaires de l'ancienne Egypte, 
3 e édit. (1905), p. 14, notel. 
2° Per âa à cette époque est presque toujours suivi 

du souhait royal par excellence + i II, ânk oudja senb, 

« vie, santé, force! » ce qui est un signe, dans le fond, 
que la métonymie prend corps de plus en plus, que le 
nom du palais marche vers une personnification et va 
être attribuée au maître lui-même du palais. En effet, 
la personnification est un fait accompli sous le nouvel 
empire. — A la XVIII e dynastie, une lettre, adressée 
à Aménophis IV (Khounaton), porte en suscription 

per âa ânk oudja senb Neb : « Pharaon v. s. 



Ml»- 



f. ! le Maître ! » tandis qu'à l'intérieur la titulature 
complète du roi remplit les trois premières lignes. 
Griffith, Hieratic Papyri, etc., pi. xxxvm et p. 92. A la 
XIX e dynastie, per àa prend le déterminatif personnel 

*" J + J I, « Pharaon v. s. f ! » et devient une ex- 
pression courante pour désigner le roi, comme dans le 
Conte des deux frères, écrit au temps de Ramsès II. 
Birch, Select papyri, t. n, 1860, pi. x, lig. 8, 9, 10; 
pi. xi, lig. 1, 3, 4, etc. Et, remarque importante, le mot 
« Pharaon » se présente toujours sans être accompagné 
du nom royal jusqu'à la XXII e dynastie. A cette époque 
seulement on commence à le faire suivre du nom du 
roi. De ce fait l'un des Scheschanq (Sésac) est le premier 

exemple, dans une stèle hiératique : J J T I I 

imiV^V^V^lf 1 '" le P h " aon v - s - f - 

Shashaka v. s. f. ». Spiegelberg, Eine Stèle aus der Oase 
Dachel, dans Recueil des travaux, t. xxi, 1899, p. 13. A 
la XXV e dynastie abondent les documents légaux et dans 
les dates des papyrus de l'époque de Taharqa on trouve 
per àa précédant le nom royal. Revillout, Quelques textes 
démotiques archaïques, papyrus 3228 du Louvre. A 
partir de ce moment jusqu'à la fin de la période païenne, 
tous les rois en démotiques sont intitulés « Pharaon », 

FH) i i ou avec I e cartouche ( p^ I. — Chez 

les Coptes, l'ancien per âa perdit le a'in et devint nepo, 
Griffith, Stories of the high priest of Memphis, 1900, 
p. 73, note 7; puis le n initial, considéré à tort comme 
l'article, disparut à son tour et il resta epo, ppo, cs-pto. 
Steindorff, Zeitschrift fur âg. Sprache, t. xxvii, 1889, 
p. 107; Sethe, Das âgyptische Verbum, 1. 1, 1899, p. 22. 
IV. Le mot pha.ra.on et la critique de la Bible. — 
On a voulu tirer contre l'authenticité du Pentateuque 
une objection de la manière dont y figure le mot Pha- 
raon. Les uns ont dit: « Delà part d'un homme (Moïse) 
élevé à la cour du roi, nous aurions pu nous attendre... 
à des renseignements plus précis sur les noms propres. . . 
Il y en a si peu que, dans toute cette histoire (l'Exode), 
il est toujours question du roi Pharaon, qu'il s'agisse 
de celui dont la fille recueillit l'enfant dans le fleuve, 
ou de celui devant lequel le vieillard octogénaire se' 
présente pour demander la liberté de son peuple. Le 
rédacteur n'éprouve pas le moindre besoin de distinguer 
par leurs noms des personnages si importants. La no- 
tice qu'il survint un autre roi qui ne savait rien de Jo- 
seph... n'est pas précisément l'indice d'un témoignage 
immédiat. » Reuss, L'histoire sainte et la loi, t. n, 
1879, p. 80-81. Sans nous arrêter à relever l'expression 
inexacte « roi Pharaon », cf. Vigouroux, Les Livres 
Saints et la critique rationaliste, t. IV, 1902, 5 e édit., 
p. 375-376, il nous suffira de remarquer, qu'en ne dési- 
gnant le roi que par son titre générique de Pharaon 
Moïse est en parfait accord avec les usages d'Egypte à 
son époque. Il nomme le roi comme on le nommait du 



193 



PHARAON D'ABRAHAM 



194 



temps de Ramsès II, comme faisait, par exemple, l'au- 
teur du Conte des deux Frères, On ne peut donc lui 
demander une meilleure mise au point. « Ce fut surtout 
au temps des Ramsès, quand le peuple d'Israël était 
prisonnier en Egypte, que ces mots (per àa) servirent à 
dénommer le roi du Delta et de la Thébaïde... Lorsque 
nous donnons aujourd'hui à Ramsès le nom de Pha- 
raon, nous employons l'expression même dont se ser- 
vaient ses contemporains pour le désigner. » V. Loret, 
L'Egypte au temps des Pharaons, 1889, p. 18. Par 
cette simple observation nous voyons aussi le cas qu'il 
faut faire de cette autre affirmation, au sujet du séjour 
d'Abraham en Egypte, Gen., xii, 15 sq. : « Le récit 
contient une pâle représentation des choses d'Egypte; 
il ne connaît ni le nom du Pharaon ni le nom de sa 
capitale, » Gvmkel, Genesis, 1901, p. 156. Smis doute, 
au temps d'Abraham, per àa n'était pas encore devenu 
l'expression usuelle pour désigner le roi. Mais rappe- 
lons-nous que Moïse vit, écrit et meurt en pleine 
époque ramesside. Voudrait-on qu'il eût fait de l'ar- 
chaïsme ou du style de basse époque! Et précisément, 
ce qui fait que le Pentateuque, en ce qui concerne le 
mot Pharaon — seul point en question ici — est pour 
nous l'œuvre de Moïse, c'est que le mot Pharaon reste 
indéterminé sous sa plume. Le préciser par l'adjonc- 
tion d'un prénom serait nous rejeter au moins à la 
XXII dynastie, c'est-à-dire après l'an 1000. C'est juste- 
ment pour placer la composition du Pentateuque vers 
cette date que d'autres ont émis des conjectures d'ap- 
parence plus scientifique. Us veulent bien que le titre 
« Pharaon » soit employé familièrement dans la litté- 
rature populaire du Nouvel-Empire. Mais c'est plus 
tard seulement, affirment-ils, qu'il devient le mot usuel 
pour « roi » et se substitua aux anciennes expressions 
comme honef, « sa majesté », et sotiten. Par conséquent 
les Hébreux ne purent le recevoir qu'après l'an 1000 
avant J.-C. W. M. Mùller, art. Pharaoh, loc. cit. M. W. 
M. Mûller oublie que l'évolution du mot per àa est 
complète sous la XVIII e dynastie, témoin l'adresse de 
la lettre à Aménophis IV. Pharaon est donc dès lors le 
mot usuel, le terme courant et à la portée de tous qu'un 
historien emploiera de préférence. Et pourquoi les Hé- 
breux vivant en Egypte et mêlés aux Égyptiens, pour- 
quoi Moïse surtout, élevé dans le palais royal, auraient- 
ils ignoré ce fait et parlé autrement que les gens qui 
les entouraient? Ce raisonnement garde toute sa valeur 
même dans l'hypothèse peu recevable de ceux qui 
veulent faire coïncider l'Exode avec les temps troublés 
d' Aménophis IV. W. M. .Mûller, loc. cit., prétend tirer 
une confirmation de son dire dans le fait qu'en Asie, au 
xiv« siècle, le mot Pharaon est absent des Lettres cunéi- 
formes de Tell Amarna adressées à Aménophis III et à 
Aménophis IV de la XVIII e dynastie. Mais on ne peut 
établir de parité entre les auteuus de ces lettres, des 
roitelets syriens, vivant en dehors de la vie égyptienne, 
et les Hébreux habitant la terre même des Pharaons, 
et Moïse surtout « instruit dans toute la sagesse des 
Egyptiens », Act., vu, 22, et auquel nous ramène à 
chaque instant, comme à l'auteur du Pentateuque, ce 
que nous révèle l'égyptologie. Cf. Heyes, Bibel und 
Aegypten, i$0b, p. 24. C. Lagier. 

2. PHARAON D'ABRAHAM. — 1° C'est le premier que 
mentionne la Bible. Gen., xn, 15. Avec Ebers, Aegypten 
und die Bûcher Mose's, t. i, p. 256-258, et d'autres, ce 
Pharaon doit-il être cherché parmi les Aménémhat ou les 
Osortésen de la XII e dynastie, c'est-à-dire aux environs 
de l'an 2000? Il n'y aurait pas d'hésitation possible si 
nous devions admettre comme certaine la récente chro- 
nologie basée- parEd. Meyer, Aegyptische Chronologie, 
dans les Abhandlungen der kbniglichen preussischen 
Akademie, 1904, sur un lever de Sothis découvert dans 
un papyrus de Kahun par Borchardt. Zeitschrift fur 

DICT. DE LA BIBLE. 



àg.Sprache, t. xxxvii, 1899, p. 99-101. J. H. Breasted, 
A history of Egypt, in-8», New-York, 1905, et Ancient 
Records of Egypt, t. I, 1906, p. 25-39, accepte de con- 
fiance cette chronologie. Mais ainsi que le- remarque 
Maspero, Revue critique, nouvelle série, t. I,xn, 1906, 
p. 142, « lors même qu'on admettrait l'authenticité des 
calculs élevés sur cette observation, la réduction systé- 
matique du nombre de siècles assignés aux dynasties 
antérieures à la XVIII<> n'est qu'une affaire de senti- 
ment. M. Borchardt ayant à choisir pour l'époque delà' 
XII e dynastie entre deux périodes sothiaques dont l'une 
le reportait au début du troisième millénaire avant 
J.-C;, et l'autre au début du quatrième, a choisi la 
première a priori parce que l'autre ne lui convenait 
pas, et Ed. Mayer s'est rangé à cette façon de penser 
sur Vautorité de Borchardt : en lionne critique ils au- 
raient dû se borner à poser l'alternative et à indiquer 
leur opinion personnelle sans l'ériger en axiome ne 
varietur. » Voir dans Archssological Report, 1904-1905, 
de VEgypt Exploration Fund, p. 43-44, un résumé de 
la question et des discussions qu'elle a soulevées 
entre Allemands. Faut-il maintenant avec d'autres 
retarder l'arrivée d'Abraham en Egypte? C'est en parti- 
culier l'opinion de Sayce, The Egypt of the Hebrews 
and Herodotos, 3 e édit., 1902, p. 16 sq. Il faut l'en 
croire si l'on accepte les calculs de Flinders Pétrie, 
Researches in Sinai, Londres, 1906, c. xn, p. 163- 
185. Celui ci reprend résolument la période sothiaque 
abandonnée par Borchardt et Ed. Meyer, tâche de 
l'étayer à l'aide de dates trouvées au Sinaï, et assigne 
comme origine à la XII e dynastie l'an 3459. Reste alors 
l'espace suffisant pour caser entre la XII e dynastie (3459- 
3246) et la XVIII 6 , qu'on admet de part et d'autre com- 
mencer vers 1580, pour caser, dis-je, la longue XIII e dy- 
nastie et les suivantes qui comprennent la période des 
Hyksos. Reste aussi pour les dynasties XIII-XVII, si 
peu connues,* assez de jeu dans la chronologie relative 
de l'Egypte pour que, dit Maspero, loc. cit., nous y 
puissions ranger les faits nouveaux sans être obligés à 
démolir et à reconstruire un système rigoureux à 
chaque découverte d'un règne inconnu.» Étant données 
ces incertitudes de la chronologie générale, qui 
s'aggravent encore dans les détails, il n'est donc pas 
possible actuellement d'identifier le Pharaon d'Abraham 
ni même la dynastie contemporaine. Mais ce Pharaon 
n'en rappelle pas moins la vallée du Nil. Quoi qu'on en 
ait dit, il agit et parle en roi égyptien. L'exactitude de 
l'écrivain sacré et la confiance qu'il mérite ressortént 
pleinement du récit. 

2° Le pharaon, dit la Genèse, xu, 16, fit bon accueil à 
Abraham. Ce n'était pas la première fois que des Sémites 
trouvaient faveur en Egypte. Le tombeau de Khnoum- 
hotep à Beni-Hassan nous fournit un tableau d'immigrants 
asiatiques qui peut servir d'illustration â la descente 
d'Abraham, des enfants de Jacob et de Jacob lui-même 
en Egypte. Voir t. il, la planche entre les colonnes 
1067-1070. La caravane compte, hommes, femmes, en- 
fants, trente-sept personnes. Quand même l'inscription 
ne le dirait pas, on ne peut se tromper sur la race à 
leurs traits, à leurs vêtements multicolores, à leurs 
armes. Ils ont le nez fortement aquilin, la barbé des 
hommes est noire et pointue, leurs armes sont l'arc, la 
javeline, la hache, le casse-tête et le boumerang. Si la 
plupart des hommes n'ont pour vêtement que le pagne 
bridant sur la hanche, le chef porte un riche manteau, 
les femmes, de longues robes de bon goût et de belle 
élégance, le tout rayé, chevronné, quadrillé de dessins 
bleus sur fond rouge ou rouges sur fond bleu, semé de 
disques blancs centrés de rouge. Des ânes portent le 
mobilier. Un autre âne est muni d'une sorte de selle à 
bords relevés où sont assujettis deux enfants.. G'est le 
grand veneur Néferhotep qui a rencontré ces Amoii, le 
scribe royal Khéti les a aussitôt inscrits et, en les pré- 

V. - 7 



195 



PHARAON DE JOSEPH 



196 



sentant à son maître, il lui transmet la requête du chef 
de la tribu, Abescha. Celui-ci demande à s'établir sur les 
terres de Pharaon. En signe de soumission, il offre les 
produits du désert, du feob.1, un bouquetin et une 
gazelle. Knoumhotep le reçoit, lui et les siens, avec 
le cérémonial usité pour les personnages de distinc- 
tion. Ceci se passait sous la XII e dynastie, en l'an VI 
d'Osortésen II, avant la venue d'Abraham en Egypte. 
Cf. Newberrj, Beni-Hasan, part, i, pi. xxxi, xxxvm et 
p. 69 (Mémoire i de YArchxological Survey). 

3° Abraham avait une raison de plus d'être bien 
traité : il était accompagné de Sara,'remarquable par sa 
beauté, et qu'il faisait passer pour sa sœur. Les sujets 
du Pharaon en préviennent aussitôt leur maître. Et 
Sara enlevée est placée dans le harem royal. En Egypte, 
comme dans tout l'Orient, le roi, outre l'épouse prin- 
cipale, avait un harem où il s'arrogeait le droit d'in- 
troduire toute femme libre à sa convenance. Un grand 
officier en était le gouverneur. Il avait sous lui un 
scribe et divers fonctionnaires. Cf. Erman, Aegypten 
und âgyptisches Leben, édit. anglaise, p. 74. Tout ce 
monde était attentif à prévenir les désirs et les passions 
de leur seigneur, comme les courtisans du Conte des 
deux Frères. Une boucle de cheveux parfumés a été 
apportée par le Nil. Les scribes et les sorciers s'écrièrent 
aussitôt : « Cette boucle de cheveux appartient à une 
fille de Phra-Armachis qui a en elle l'essence de tous les 
dieux! a Des messagers à la hâte se mettent en cam- 
pagne et l'on amène la personne que le Pharaon salue 
grande favorite. Maspero, Les contes populaires de 
l'ancienne Egypte, 3» édit. (1905), p. 13-14. Mais les 
préférences des Égyptiens allèrent de tout temps aux 
filles de l'Asie. Dans VOstracon 2262 du Louvre nous 
voyons le prince Samentou, fils de Ramsès II, accepter 
dans son harem une fille sémite de basse naissance, 
« suivant une ancienne coutume pratiquée par les Pha- 
raons comme par les sujets. » Spiegelberg, Ostraca 
hiératiques du Louvre, dans Recueil des travaux, 
t. xvi, 1894, p. 64-65. Les roitelets syriens pour se faire 
bien venir du Pharaon, sous la XVIII e dynastie, ne man- 
quent pas de le pourvoir de femmes esclaves et se pré- 
valent du présent. C'est ainsi qu'Abkhiba de Jérusalem 
rappelle qu'il a envoyé au Pharaon vingt et une esclaves. 
Winckler, Die Thontafeln von Tell-el-Amarna, n. 181, 
p. 309. Aménophis II admit dans son harem au moins 
trois princesses sémites, dont l'une, comme suite, 
n'amena pas moins de trois cent dix-sept compagnes 
choisies. Pétrie, A history of Egypt, t. n, 3 S édit., 
1889, p. 181-182. Ces quelques exemples que l'on pour- 
rait multiplier, suffisent à prouver que l'enlèvement de 
Sara était un geste vraiment pharaonique. On sait ce 
qui en résulta. « Et Pharaon appela,AJjraham et lui 
dit : Qu'est-ce que tu as fait? Pourquoi ne m'as-tu pas 
fait savoir que c'était ta femme ? Pour quel motif m'as- 
tu dit qu'elle était ta sœur, de telle sorte que je la 
prisse pour femme? » Gen., xh, 18-19. Il semble que les 
grandes plaies dont Dieu frappa le Pharaon à cause de 
Sara aient réveillé dans son cœur la crainte de l'adul- 
tère. Tout défunt avait en effet à répondre à ses juges 
sur cet article et la porte du séjour des dieux lui était 
fermée s'il ne pouvait dire : « Je n'ai pas eu commerce 
avec une femme mariée. » Pierret, Le Livre des morts 
des anciens Égyptiens, c. cxxv, p. 374. 

4° Sara fut donc rendue à Abraham et celui-ci avec 
tons ses biens et les présents qu'il avait reçus remonta 
« vers la région méridionale... Et il était très riche et 
possédait beaucoup d'or et d'argent. » Gen., xm, 1,2. 
Cet or ne lui venait pas de la terre de .Chanaan qui 
n'en produisait pas, mais de la munificence du Pharaon. 
De tout temps l'or abonda en Egypte apporté par les 
Nomades, et le Pharaon en était l'unique dispensateur. 
Il y abonda surtout à partir de la XII» dynastie lorsque 
les limites de l'empire furent reportées par la conquête 



à la seconde cataracte, jusqu'à Semnéh, et que les 
districts de l'or furent ouverts aux expéditions annuelles. 
Nous apprenons par la tombe d'Améni que cet officier 
dirigea deux expéditions aux mines de l'Etbaye, suivi la 
première fois d'une escorte de quatre cents, la seconde 
fois de six cents hommes. A chaque fois il ramena au 
Pharaon Osortésen I er tout l'or qui lui avait été 
demandé. Newberry, loc. cit., pi. vm, p. 21-26. Au 
retour d'une de ses campagnes en Nubie, Osortésen 
III délégua à Abydos son trésorier Ichernefret pour 
orner le sanctuaire d'Osiris, ses barques et tout le mobi- 
lier avec l'or rapporté. Stèle 1204 de Berlin, publiée 
par H. Schaefer, dans les Untersuchungen zur Ge- 
schichte und Alterthumshunde Aegyptem de Sethe, 
t. iv, fascic. 2, 1905. Les prodigieux trésors découverts 
à Dahchour par M. de Morgan confirment cette abon- 
dance de l'or sous la XII e dynastie. Fouilles à Dahehour, 

1894, pi. xv-xxv et p. 60-72; Fouilles à Dahchour, 1894- 

1895, pi. v-xm et p. 51-53, 58-65, 67-68.. Sous la XVIII» 
dynastie cette richesse excitera Vauri sacra famés des 
roitelets syriens. Il leur faut de l'or, de l'or pur, ils y 
reviennent sans cesse dans leur correspondance. « Que 
mon frère, écrit l'un d'eux à Aménophis III, m'envoie 
de l'or en grande quantité, sans mesure; qu'il m'en 
envoie plus qu'il n'a fait à mon père. Cardans la terre 
de mon frère l'or est aussi commun que la poussière. » 
Winckler, loc. cit., n. 25. 

Quant à l'objection tirée de la présence du chameau 
parmi les dons du Pharaon à Abraham, voir Chameau, 
t. n, col. 524-525. Ajoutons que les études et les fouilles 
récentes confirment sur ce point les données de la Bible. 
Le musée de Berlin possède un vase en terre cuite re- 
présentant un chameau accroupi, chargé de quatre 
jarres et monté par son conducteur. Von Bissing, Zur 
Geschichte des Kameels, dans la Zeilschrift fur âg. 
Sprache, t. xxxvm, 1900, p. 68-69! estime que cet objet 
remonte aux derniers Ramessides, 1100-1000 avant J.-C. 
Plinders Pétrie, dans ses fouilles de 1907, Gizeh and 
Rifeh, p. 23, a trouvé aux environs d'Assiout, dans une 
tombe de la XIX e dynastie, la représentation bien au- 
thentique d'un chameau. Le même Flinders Pétrie, 
Abydos, part, il, 1903, pi. x, n. 224 et p. 27, 49 (Mé- 
moire xxiv de VEgypt Exploration Fund) avait déjà 
trouvé en Abydos une tête de chameau en terre cuite, 
contemporaine des objets de la I rc dynastie. 

C. Lagier. 

3. PHARAON DE JOSEPH. — 1° En admettant, comme 
on le fait généralement aujourd'hui, que l'Exode eut 
lieu dans les premières années de Menephtah qui com- 
mença de régner vers 1225, et en ajoutant à ce chiffre 
les 430 ans que les Hébreux passèrent en Egypte, 
Exod., XII, 40, nous obtenons la date approximative de 
1655, époque de leur arrivée dans la terre de Gessen, 
époque aussi des Hyksos égyptianisés, mais à leur dé- 
clin. Cela concorde avec la tradition. Jean d'Antioche, 
dans Hist. grœc. fragm., fragm. 30, édit. Didot, t. îv, 
p. 555. Or, parmi les derniers rois Hyksos, XVI e ou 
XVII e dynastie, se trouvent les Apapi, et c'est précisé- 
ment sous un Apapi, d'après la tradition encore, que 
Joseph devint vizir d'Egypte : Xéfoviffi tivsî... t<5 retàptc;) 
era tîjç PauXeia; aO-roS TAçoçt;) tôv 'Iio<jt)9 ÈXfteïv ilç 

Afy'JTtTOV 80ÛXOV. OiïOÇ XaTSOT71<Je TOV 'Ih>TT|Ç XUpCOV 

AtyyTtTO'j xat tox<it|ç tîjç pa<nXe[aç avroû t<5 i£' ïzti xt\i; 
àp;£T|; aû-roû. Syncelle, Chronographie, édit. Dindor/, 
1829, p. 204. L'un des Apapi, peut-être le second, serait 
donc le Pharaon de Joseph. Voir Joseph, t. ni, col. 1657. 
Contre ce calcul on a invoqué la stèle de Menephtah. 
Voir Menephtah, t. iv, col. 956-957. En l'an V de Me- 
nephtah, disent quelques-uns, les Hébreux sont en 
Palestine où ils se trouvent en conflit avec les Égyp- 
tiens, ce qui permet à Menephtah d'affirmer qu' & Israël 
est déraciné; qu'il n'y en a plus de graine » ou « de 
postérité ». W. Mûller, loc. cit., col. 3688; Steindorff, 



197 



PHARAON DE JOSEPH 



198 



ZeitschriftfûrdieAlttestamentlicheWis$enschaft,t.xv, 
■1896, p. 330, etc. A cela on a fait deux réponses princi- 
pales : — a) Les troupes de Ménephlah, si tant est qu'elles 
poussèrent jusqu'en Palestine, purent y trouver des 
Israélites, mais non ceux de l'Exode. Jacob en effet des- 
cendit en Egypte seulement avec ses fils et leur famille, 
au nombre de soixante-dix personnes, Gen., xlvi, 27; 
mais une partie de la tribu, de cette tribu qui avait 
déjà fourni à Abraham trois cent dix-huit hommes pour 
combattre Chodorlahomor, Gen., xiv, 14, resta au pays. 
D'autres Israélites durent revenir dans l'intervalle. Tout 
ce monde campait dans la région d'Hébron, autour du 
tombeau d'Abraham où Joseph avait ramené le corps de 
son père. Gen., l, 13. Pendant que les Israélites de 
Gessén poursuivaient leur marche au désert, c'est dans 
ce lieu de ralliement des groupes épars que Menephtah 
put écraser les Hébreux restés dans le pays ou revenus 
d'Egypte soit après la fin de la disette, soit lors du 
voyage de Josepli, soit à d'autres époques. Cf. Daressy, 
Bévue archéologique, 3° série, 1898, t. xxxm, p. 262- 
266. — b) « Il me semble, dit Edouard Naville, que nous 
avons là une allusion très courte au fait que l'Exode a 
eu lieu, » que nous avons aussi « la version égyptienne, 
ou plutôt le nom que les Égyptiens donnaient à cet 




36. — Anneau (sceau) portant le nom d'Apapi I", le « bon roi 
Aaouserra, donnant la vie ». Le chaton, en stéatite vernissée 
dé vert, est taillé en forme de scarabée avec'une tête d'homme, 
et sertie dans une légère monture d'or. Sur la base du chaton 
est gravée en intaille et dans un cartouche le nom du roi. Un 
fil d'or fixe le chaton à la monture. D'après Newbervy, Sca- 
rafos, frontispice. 

événement : l'anéantissement des Israélites. Je ne vois 
rien là qui aille à l'encontre de l'ancienne idée qui 
plaçait l'Exode au commencement du règne de Me- 
nephtah, c'est-à-dire peu avant le moment où la stèle a 
été gravée. Les Israélites étaient dans le désert mar- 
chant vers la Terre Promise... Pour les Égyptiens ils 
n'existaient plus, ils avaient disparu dans le désert et 
ils n'avaient laissé derrière eux aucune postériié. Cette 
explication me semble en harmonie avec le langage 
habituel des Pharaons. Dans la bouche du roi d'Egypte 
ou de ses écrivains officiels, la sortie des Israélites ne 
pouvait être que leur destruction». Les dernières lignes 
de la stèle mentionnant les Israélites, dans Recueil 
des travaux, t. xx, 1898, p. 37. Cf. Revue égyptolo- 
gique, t. ix, 1900, p. 111. Le Pharaon de Joseph était 
donc probablement Apapi II (fig. 36). Qu'il soit égyp- 
tianisé, il le montre par sa manière de faire. En 
effet: 

2° Ce pharaon célèbre le jour de sa naissance. Gen., xl, 
20. Les théogamies des temples, expression d'une tra- 
dition antique et commune à tous les Pharaons, nous 
disent de reste qu'un pareil jour devait être tout à la 
joie. Ne rappelait-il pas le jour où les déesses accou- 
cheuses avaient reçu dans leurs bras le pharaon « dès 
l'œuf», le dieu nouveau -né, et l'avaient présenté à son 
père selon le sang, Ra ou Amon, tout le ciel étant 
dans la jubilation ? Cf. A. Moret, Du caractère religieux 
de la royauté pharaonique, 1902, p. 48-55, 66-67 ; 
Prisse d'Avennes, Monuments de l'Egypte, pi. xxi, 
lig. 3-4. Les Ptolémées, gardiens des croyances et des 



coutumes pharaoniques, fêteront de même & le jour de 
la naissance du dieu bon s Épiphane, Pierre de Ro- 
sette, texte hiérogl. lig. 10, « la fête de la nouvelle' 
année — tx f&tiVkia — de Sa Majesté, » le dieu Éver- 
gète I CT . Décret de Canope, lig. 3. Et ces jours solennels 
sont une occasion de faveurs pour leurs sujets, Pierre 
de Rosette, lig. 47, comme pour l'échanson du Pha- 
raon de Joseph, Gen,, xl, 21, comme pour les prison- 
niers à l'avènement de Ramsés IV, Maspero, Notes sur 
quelques points de grammaire el d'histoire, dans 
Recueil des travaux, t. n, 1880, p. 115-117, ou ceux de 
la Pierre de Rosette, lig. 1 i. Ce dernier passage semble 




lj^&£i 



V* 




37. — Aménothès, architecte sous Aménophis III, célèbre surtout 
dans la science des formules magiques et de ce chef devenu 
plus tard dieu ptolémaïque. Il était à ce double titre conseiller 
de son maître. — Musée du Caire. — Découvert & Karnak par 
M. Legrain en 1901. 

exclure des faveurs certains coupables. Le grand pane- 
tier devait avoir à se reprocher un grand crime, car le 
Pharaon le condamne à la décapitation, comme Horem- 
heb plus tard, à côté d'autres criminels châtiés moins 
sévèrement, condamnera au même supplice le receveur 
qui avait enlevé à un homme de peine la barque et le 
chargement qu'il convoyait pour le service d'un maître. 
Revue égyptologique, t. vlit, 1898, p. 120-121. Puis, 
en exemple, on suspendit à un gibet le cadavre du 
panetier, Gen., xl, 19, 22, comme fera Aménophis II 
pour sept chefs syriens révoltés, tués de sa main, 
et suspendus l'un aux murs de Napata, les autres 
aux murs de Thèbes. Maspero, Histoire ancienne, 
t. n, p. 292. Cf. Capart, Note sur la décapitation 
en Egypte, dans Zeitschrift fur âgyptische Sprache, 
t. xxxvi, 1898, p. 125-126. Sur les plus anciens monu- 
ments de l'Egypte se trouvent des exemples de décapita- 



199 



PHARAON DE JOSEPH 



200 



tion. Quibell, Bierakonpolis, part, i, 1900, pi. xxix. 

3° Deux ans après, le pharaon eut le double songe des 
sept vaches grasses et des sept vaches maigres, des 
sept épis pleins et des sept épis desséchés. L'esprit 
« frappé », il convoque ses conseillers, comme cela 
arrive dans toutes les grandes circonstances : les sages - 
et les magiciens. Gen., xli, 1-8. C'est ainsi qu'Osorté- 
sen I er , songeant à reconstruire le Temple d'Héliopolis, 
assemble son conseil et expose son plan que tous 
approuvent. L. Stem, Urkunde ûber den Bau des 
Sonnentempels zu On, pi. i, lig. 1-17, dans Zeitschrift 
fur àg. Sp. t. xii, 1874, p. 85 sq. C'est ainsi encore 
que Ramsès II, d'après la stèle de Kouban, sollicité 
d'assurer l'eau aux caravanes des mines d'or, s'inspire 
de ses conseillers pour la construction de nouvelles 
citernes. Prisse d'Avennes, loc. cit., pi. xxi. Si le cas 
était ardu, ce n'était plus seulement les sages ou 
hakamim qu'on appelait en délibération, mais aussi les 
magiciens ou hartumim. Voir Divination, t. h, col. 1443- 
1444; Magie, t. iv, col. 563. « La sorcellerie avait sa place 
dans la vie courante aussi bien que la guerre, le com- 
merce, la littérature, les métiers qu'on exerçait, les di- 
vertissements qu'on prenait... Le prêtre était un magi- 
cien... Pharaon en avait toujours plusieurs à côté de lui... 
et qui étaient ses sorciers attitrés. » Maspero, Les contes, 
préface, p. xlvi. Ils possédaient les secrets de Thot, gar- 
daient soigneusement les écrits hermétiques par lesquels 
ils avaient puissance sur la nature. Cf. Maspero, loc. cit., 
p. 102-103, et Histoire ancienne, 1. 1, p. 145-146, 279-280. 
Ce sont ces mêmes conseillers, sages ou devins (fig. 37), 
dont le prophète raillera plus tard l'impuissance à 
sauver le pharaon et l'Egypte des Assyriens. Is., xix, 
11-13. Le pharaon de Joseph ne lit donc, en convo- 
quant les sorciers, qu'agir suivant la pratique courante. 
C'est, d'après la tradition, ce même Apapi qui ayant 
construit un temple à Soutek rêva d'imposer aux Thé- 
bains le culte de son dieu, Les grands ou sages ne 
purent lui dire quel moyen employer, tandis que le 
collège des devins et des scribes trouva un expédient 
qui lui plut. Maspero, Les contes, p. 238-242. Mais cet:e 
fois les devins furent impuissants à résoudre le cas. 

4° L'échanson rétabli dans sa charge se souvint alors 
de Joseph qui expliqua le double songe. « Puisque 
Dieu t'a montré tout ce que tu as dit, tu seras établi 
sur ma maison et au commandement de ta bouche 
tout le peuple obéira, je ne serai plus grand que toi 
que par mon trône, » dit le Pharaon à Joseph. Gen., xli, 
39-40, Le fait d'appeler Joseph à une si grande charge 
n'a rien que de très naturel de la part d'un roi 
Hyksos, puisque sous les dynasties indigènes la même 
chose se présente. A la cour de Ménephta,h, le Chananéen 
Ben-Matana est le premier porte-parole du Pharaon. Ma- 
riette, Abydos, t. n, pi. l; Catalogue général des monu- 
ments d'Abydos, p. 422, n. 1145. Nésamon et Néferka- 
ram-per-Amon, sous leurs noms égyptianisés, sont deux 
esclaves arrivés à être l'un, surintendant des domaines 
d'Amon-Ra, l'autre, procureur du Pharaon. Papyrus Ab- 
bot, pi. iv et passim. Ce qui avait lieu pour des esclaves 
pouvait à plus forte raison avoir lieu pour des étrangers 
de marque. A la cour de Thèbes, sous la XVIII e dynas- 
tie, étaient élevés à l'égyptienne et comblés d'honneurs 
les fils des princes syriens, qu'on renvoyait ensuite à 
l'occasion commander dans leur pays. Mariette, Karnak, 
pt. xvli. Un chef de Gaza, Yabitiri, avait été conduit 
tout jeune en tgypte par un inspecteur égyptien. « Je 
m'attachai au roi mon maître, écrit "Yabitiri au Pharaon 
et je demeura^ à la porte du roi mon maître... Le joug 
du roi mon maître est à mon cou et je le porterai. » 
Winckler, Die Thontafeln von Tell el-Amarna, n. 214. 
Ce sera plus tard le cas de Hadad l'Iduméen qui, nous 
l'avons vu, épousa la sœur de la reine et dont le fils 
fut élevé parmi les princes du sang. Jéroboam sera 
accueilli de même par Sésac. III Reg., xi, 40. 



5° Quand la Bible fait dire à Joseph par le Pharaon : 
« De ta bouche dépendra tout mon peuple, » elle ne 

fait que traduire un titre égyptien "~"" Y vv , ra-heri 

ou ro-heri, « bouche supérieure. » Le fonctionnaire 
qui portait ce titre était le premier intermédiaire "entre 
les fonctionnaires et le Pharaon : toutes les affaires 
passaient par lui. Un certain Rahotep était « la bou- 
che du roi de la Haute-Egypte et l'oracle du roi de 
la Basse-Egypte ». Brugsch, Wôrterbuch, t. vi, p. 671. 
Tenouna de la XVIII e dynastie s'intitule « grande bou- 
che supérieure du pays tout entier ». Id., Recueil des- 
monuments, pi. lxvi a. Avant d'être roi, Ramsès III 
fut élevé par son père à la dignité de « grande bouche- 
supérieure de tous les pays d'Egypte ». Chabas, JRe- 



SHilSiâ^iS!!4 




38. — Tradition du sceau. — Au nom de Toutankhamon, le grand 
chancelier remet au prince Houi le sceau de gouverneur ou 
vice-roi d'Ethiopie. XVIII* dynastie. L'inscription se traduit : 
« Kemise du sceau de la dignité de royal fils par le grand 
chancelier, afin que prospère la dignité du royal fils de Kousch 
Houi. » (Son commandement) va de Nekhen (El-Kab) à Keri 
CDjébel Barkal). — D'après Newberry, Scarabs, pi. n. — L'an- 
neau et son chaton sont colorés en jaune pour indiquer qu'ils 
sont en or. Les deux personnages portent la robe de fin lin. 
„ Tombe de Houi à Thèbes. Colline de Kôurnet Mourai, près du 
petit temple de Deir el-Medinet. 

cherches sur la XIX' dynastie p. 14, 27. Mais cette 
fonction n'entraînait pas nécessairement avec elle celle 
de vizir. Même dans le Papyrus Hood-Wilbour, lig 14, 
elle ne vient qu'après la fonction de maréchal de la 
cour. Cf. Maspero, Études égyptiennes, t. n, p. 25-26. 
C'est pourquoi après avoir établi Joseph sur toute sa 
maison, le Pharaon qui veut faire mieux encore dit de 
nouveau : « Voici que je t'ai établi sur toute la terre 
d'Egypte. » Et en même temps il lui fait la tradition 
du sceau royal et de la robe de fin lin que nous 
voyons portée par Rekhmara, vizir de Thothmès III, 
dans l'exercice de ses fonctions. Chez Newberry, The 
life of Rekhmara, pi. xii, Rekhmara est assis dans 
la longue robe de vizir; pi. xii et xxm, il fait scel- 
ler les provisions du temple d'Amon, et il nous dit, 
pi. xvu, lig. 3, que lui-même il scelle de son sceau les 
portes du Trésor. Dans une tombe thébaine, Toutan- 
khamon nommait Houi à la dignité de vice-roi de Chus 



201 



PHARAON DE JOSEPH 



202 



•et lui remettait en grande pompe le sceau royal sous la 
forme d'un anneau d'or massif (fig. 38). Joseph reçoit 
de plus un collier d'or. Voir Collier, t. n. flg. 308, 
col. 837. C'était la récompense royale par excellence. 
La scène se reproduit souvent dans les tombeaux des 
grands fonctionnaires et les inscriptions ne manquent 
pas de noter Je nombre de fois que le Pharaon gratifia 
de la sorte le défunt. Ahmès d'El-Kab, le bras droit de 
son homonyme Ahmès I er dans l'expulsion définitive 
des Hyksos, reçut jusqu'à sept fois l'or de la vaillance. 
E. de Rougé, Mémoire sur le tombeau d' Ahmès, 1849, 
p. 61. Il suffira de renvoyer à Newberry, Rock Tombs 
of el-Amarna, part, n, 1905, pi. xxxm et p. 36-37 
(Mémoire xiv de Y Archeological Survey), où Mérira est 



aujourd'hui encore les sais des équipages cairotes. 
Cf. en particulier Newberry, The rock tombs of el- 
Amarna, loc. cit., pi. xiii, xv, xvi, xvii, où Khounaton 
sur son char est suivi de la reine et de ses filles éga- 
lement sur leurs chars. — Sur abrek, du héraut de 
Joseph, cf. Spiegelberg, Aegyptologische Randglossen 
zum Alten Testament, 1904, p. 14-18, et voir Abrek, 
t. i, col. 90; sur le nom donné à Joseph, voir Çafnat 
Pa'nêah. En changeant le nom de Joseph, le Pharaon 
se conformait à une coutume égyptienne. Plus haut 
nous avons déjà rencontré portant des noms égyptiens 
plusieurs étrangers. Un certain Sarebibina, grand- 
prêtre d'Amon et prêtre de Baal et d'Astarté, sous Amé- 
hophis IV, s'appelait en égyptien Abaï. Lepsius, Denk- 




■39. — Triomphe d'Aménophis III. Stèle découverte dans le temple funéraire de Mënephtah. Musée du Caire 1377. — Le tableau est 
double. La partie de gauche, incomplète ici, montre le pharaon sur son char marchant sur les Syriens. — La partie de droite est 
complète : le pharaon foule sous son char les vils Éthiopiens dont les chefs sont liés sur les chevaux. En légende, on lit : 
a (Le Dieu bon) maître du glaive, puissant à les enchaîner (ses ennemis du Sud) ; détruisant la face de la vile KouS, ame- 
nant leurs chefs en prisonni ers vivants. » 



accablé d'or littéralement, et à la stèle C i33 du Louvre 
où Séti I er de son balcon tend les mains vers son favori 
Horkhem pendant qu'on passe au cou de celui-ci le 
collier d'or. Cf. Vigouroux, La Bible et les décou- 
vertes modernes, 6 e édit. t. n, p. 128-129. 

6» Il fallait que le peuple qui devait, obéir à Joseph 
connût aussi son élévation, et c'est pourquoi Pharaon 
le fait monter sur son second char. Gen., xli, 43. Ce 
n'était plus la litière des anciens temps portée à épaules 
d'hommes ou assujettie entre deux ânes, mais le vrai 
char asiatique introduit en Egypte avec le cheval par 
les Hyksos. A partir de cette époque les monuments re- 
présentent partout le Pharaon paradant, combattant et 
triomphant sur un char enlevé par de grands chevaux 
(fig. 39). Il en est de même pour les hauts fonction- 
naires. Naturellement la hiérarchie des chars suivait la 
hiérarchie des personnages, et comme Joseph était 
établi le premier après le roi, il devait marcher immé- 
diatement après lui. Cf. Heyes, Bibel und Aegypten, 
ï fasc, p. 250-253. Grâce aux tombes de Tell el-Amarna, 
il n'est pas difficile de reconstituer Pharaon sur son 
char et son cortège, s'avançant au vent des grands éven- 
tails, précédé de ses coureurs que nous rappellent 



màleraus Aegypten und Aethiopien, publiés par Naville, 
Sethe et Borchardt, t. ï, p. 16-17. Un chef des orfèvres, 
Kertana, devint Nefer-renpit. Naville, Das âgyptische 
Totenbuch der 18-30 Dynastie, 1886, Introduction 
p. 64. Ben-Matana, que nous connaissons, fut pour 
tous les Égyptiens Ramsès-m-per-ra, « Ramsès dans le 
temple de Ra » avec le surnom de Mer-on « aimé 
d'Héliopolis ». La princesse héthéenne qu'épousa Ram- 
sès II ne nous est connue que par le nom égyptien 
que lui imposa le Pharaon : Our-ma-neferou-ra, « la 
grande qui voit les beautés de Ra ». Maspero, Histoire 
ancienne, t. n, p. 405-406. 

7» Quant au mariage de Joseph avec une fille d'un 
prêtre d'Héliopolis, il était des plus honorables. Le 
sacerdoce d'Héliopolis occupait J'undes premiers rangs 
par son antiquité et parla qualité de son dieu. A défaut 
de ses filles, le Pharaon alliait ses favoris à des filles 
de prêtre. Lui-même ne croyait pas déroger en choisis- 
sant parmi elles son épouse principale. La femme 
d'Amasis, la mère de Psammétique III, était de race 
sacerdotale. Wiedemann, Aegyptische Geschichte, 1880, 
p. 659. 

8" On ne pouvait entrer en Egypte ou en sortir sans 



203 



PHARAON DE JOSEPH — PHARATHON 



204 



l'assentiment du Pharaon. Aux immigrants autorisés à 
s'y établir était. assignée la place qu'ils devaient habiter. 
Nous avons vu les Amou du tombeau de Khnumhotep 
demander à se fixer en Egypte. ïte^Schasou au temps 
de Menephtah ne pénètrent avec leurs troupeaux dans 
les pâturages laissés libres par le départ des Hébreux 
qu'avec l'autorisation des gardes qui veillaient à la 
frontière, et aussitôt le Pharaon en est prévenu. Anas- 
tasi VI, pi. vi, 4. Dans le traité entre le roi héthéen 
Khétasar et Ramsès II, les contractants s'engageaient 
réciproquement à se rendre les transfuges. Lig. 22-25, 
dans Records of the past, 1™ série, t. iv, p. 30. L'Égyp- 
tien Sinouhit réfugié chez lès tribus voisines du Sinaï 
ne peut rentrer en Egypte que sur l'invitation du Pha- 
raon alors régnant. Maspero, Les contes, p. 71-73. Nous 
ne sommes donc pas surpris de voir le Pharaon de 
Joseph autoriser Jacob et sa famille à demeurer en 
Egypte et leur désigner un territoire, Gen., xlvii, 1-6, 
pas plus que nous ne serons surpris de voir Menephtah 
résister au départ des Israélites jusqu'à la dixième 
plaie. C. Lagier. 

4. PHARAON DE L' (( OPPRESSION ». Exod., I, 
10, etc. Voir Ramsès II. 

5. PHARAON DE L'EXODE. Voir MENEPHTAH, t. IV, 
col. 955-957. 

6. PHARAON (FILLE DU). — I Par., iv, 18. Dans une 
généalogie, il est question d'une fille de Pharaon : Bi 
autem filii Bethiee filise Pharaonis quam accepit Me- 
red. Mered avait peut-être rendu de grands services au 
Pharaon. Dans l'histoire de l'Egypte, il n'est pas rare 
de voir le roi récompenser ses serviteurs en les mariant 
à l'une de ses nombreuses filles. Bethia serait-elle une 
fille de Ramsès II ? Convertie à son mariage, elle aurait 

Teçu un nom nouveau, n'ru, Bîtyah, « la fille de Jého- 
vah », nom d'autant plus auguste que son rang était 
plus élevé. Voir Bethia, t. i, col. 1686; Judaïa, t. m, 
col. 1778; Méred, t. iv, col. 996. 

7. LE PHARAON CONTEMPORAIN DE DAVID. — 

Quand l'armée de David battit les Iduméens, Àdad, de 
la race royale d'Edom chercha un refuge auprès du 
Pharaon. III Reg., xi, 15-22. Ce Pharaon était probable- 
ment Psousennès II. Voir Adad 3, t. i, col. 166. 

8. LE PHARAON BEAU-PÈRE DE SALOMON. — Un 

Pharaon donna à Salomon sa fille en mariage. III Reg., 
m, 1 . Voir Salomon. 

9. LE PHARAON DE JÉROBOAM ET DE ROBOAM. 

— Voir Sésac. L'Écriture lui donne le titre de roi et 
non celui de Pharaon. 

10. LE PHARAON ENNEMI D'ASA. — Il est appelé 
« roi d'Ethiopie », II Par., xiv, 9, mais il était sans 
doute aussi roi d'Egypte. Voir Zara. 

11. LE PHARAON CONTEMPORAIN D'OSÉE, ROI 
D'ISRAËL. — Il est appelé roi d'Egypte. IV Reg., xvn, 
4. Voir Sua. 

12. LE PHARAON CONTEMPORAIN D'ÉZÉCHIAS, 

ennemi de Sennachérib. Is., xxxvi, 6. Voir Tharaca. 

13. LE PHARAON CONTEMPORAIN DE JOSIAS. — 

Voir Néchao, col. 1547. 

14. LE PHARAON CONTEMPORAIN DE SÉDÉCIAS, 

dont il est question dans Jérémie et dans Ézéçhiel. 
Voir Éphrée, t. », col. 1882. C. Lagier. 



PHARATHON (hébreu : Pir'âfôn ; Septante : *oc- 
paôeiv; Alexandrinus : «PpaaOwv), ville d'Éphraïm, 
patrie du juge Àbdon, fils d'IIlel, où il fot enseveli. 
Jud., xn, 13-15. De là fut aussi Banaïas, un des vaillants 
chefs de l'armée de" David. II Reg., xxiii, 30; 1 Par., 
xi, 31 ; xxvii, 14. Cette ville était bâtie sur la montagne 
d'Amalec. Voir Amalec, t. i, col. 427. Elle fut plus tard 
fortifiée, munie de murs élevés, de portes et de serrures, 
par Bacchide, général de l'armée d'Antochius. I Mach., 
ix, 50. Quelques commentateurs ont douté si la <I>«pa- 
8wvc des Machabées (Alexandrinus et Sinaiticus 2 : 
*apa6eûv; Vulgate : Phara; Josèphe, Ant. jud., XIII, 
i, 3 : "PapaOti) était identique à la Pharathon des 
Juges, parce que les villes fortifiées par le général 
gréco-syrien sont attribuées à la Judée. Mais la phrase 
peut s'interpréter différemment : Il bâtit des villes fortes 
en Judée et [en outre] les forteresses de Jéricho, etc. ; 
ou bien la Judée est prise ici dans l'acception plus géné- 
rale qui lui a été souvent attribuée de « pays d'Israël ». 
Thamnata et Thopo (Taphua [?]), citées en ce passage, 
n'appartiennent pas non plus à la province de Judée. 
Pharatha, d'après le rabbin Estôri ha-Parchi (xui 8 siècle), 
était située « à environ six heures de Sichem, à l'ouest 
déclinant un peu au sud et appelée Fer'a((â'. » Caflor 
va-Phérach, édit. Luncz, Jérusalem, 1897-1899, p. 288. 
Fer'atâ' est aujourd'hui un petit village de moins de 
deux cents habitants, à douze kilomètres environ à 
l'ouest-sud-ouest de Naplouse, l'ancienne Sichem. On 
s'y rend de cette ville par deux sentiers escarpés, dif- 
ficiles et formant de nombreux détours; et ce sont sans 
doute ces difficultés qui ont induit l'écrivain juif en 
erreur sur la distance réelle entre ces deux localités, 
car on ne peut contester qu'il ne désigne la même loca- 
lité. Fer'atâ' s'élève sur une colline de 555 mètres 
d'altitude au-dessus du niveau de la mer Méditerranée. 
Les belles pierres, régulièrement taillées que l'on voit 
dans les murs des habitations modernes ou que l'on 
trouve éparses aux alentours, attestent que le village ac- 
tuel, s'il s'agit de Thamna d'Éphraïm, comme permet 
de le croire l'ordre des villes procédant du sud au nord, 
a succédé à une localité antique de quelque importance. 
On rencontre aussi des sarcophages en pierre de 
style grec et des tombes antiques. A sept ou huit cents 
mètres, au nord-est du village, un petit sanctuaire, 
musulman dédié à Youély Abou-Djoud est en grande 
vénération dans le pays. L'identification d'Estôri repro- 
duite par le rabbin Jos. Schwarz, Tebuoth ha-'Arez, 
édit. Luncz, Jérusalem, 1900, p. 187, a été adoptée par 
Ed. Robinson, beue biblische Forschungen in Palâstina, 
Berlin, 1887, p. 175; Guérin, Samarie, t. n, p. 179-180, 
et la plupart des palestinologues. Cl. R. Conder cepen- 
dant identifie Far'affâ' avec Éptira, Jud., vi, 11, et 
propose de voir Pharathon dans Fir'aûn. The sur- 
vey of Western Palestine, Memôirs, t. n, p. 162-163, 
164. Cf. Armstrong, Wilson et Conder, Names and 
places in the Old Testament, Londres, 1887, p. 137. 
Fir'aûn est un grand village de sept à huit cents habi- 
tants, situé à trois kilomètres au sud de Tûl-Karem, sur 
une des collines qui bordent )a plaine côtière méditer- 
ranéenne. Son nom procède sans doute de la même 
étymologie que Fer'atâ' ; mais tandis que celui-ci con- 
serve la forme historique arabisée du nom de Fer'atôn, 
comme 'Anâtâ, par exemple, celle de 'Anafôt, on 
s'expliquerait difficilement comment contrairement au 
fait le plus constant dans la modification des noms 
anciens en Palestine, ce serait le t intermédiaire qui 
aurait disparu tout en laissant subsister la syllabe 
finale on. La Chronique samaritaine (XII e siècle) 
connaît déjà le nom de Fer'atâ dans sa forme actuelle 
et en fait remonter l'origine à l'époque des Juges. 
Suivant un récit légendaire, le lieu aurait été ainsi 
appelé, de la racine fâra', parce que là, à l'occident 
du mont sacre de Garizim, les Israélites dissidents par 



PHARATHON — PHARISIENS 



206 



rapport à eux, se seraient retirés et « multipliés à 
l'instar des rameaux d'un arbre touffu ». Chron. sa- 
marit., ch. xli, édit. Juynboll, Leyde, 1848, p. 41. 

L. Heidet. 
PHARATHONITE (hébreu : ' hap-Pir'd{ônî; Sep- 
tante : 6 $ocpa6n>vÎT>]s; 6 "tapotfltovj), originaire de Pha- 
rathon. Un des juges d'Israël, Abdon, Jud., xm, 13, 15, 
et Banaïas, un des vaillants soldats de David, II Reg., 
xxm, 30; I Par., xi, 31; cf. xxvn, 14, étaient de Phara- 
thon. Voir Pharathon. 

PHARES, nom, dans la Vulgate, de deux Israélites 
qui ont des noms différents dans le texte hébreu. 

1. PHARES (hébreu : Pérès, « brèche »; Septante : 
«tapé;), fils de Juda et de Thamar et frère jumeau de 
Zara. Voir Thamar. Au moment de la naissance, Zara 
présenta le premier la main et la sage-femme y attacha 
un fil cramoisi, mais il retira la main et son frère, qui 
fut appelé pour cela Phares, sortit le premier. Gen., 
xxxviu, 28-30. Ces détails sont donnés par la Genèse, à 
cause de l'importance des droits d'aînesse. Ces droits pa- 
raissent avoir été donnés à Phares, car il est toujours 
nommé le premier dans les listes généalogiques. Gen., 
xl vi, 1-2; Num., xxvi, 20; I Par., h, 4; Matth., i, 3. Ses 
descendants furent bénis de Dieu, selon le souhait des 
parents de Booz, Ruth, iv, 12, ils devinrent très nom- 
breux; Phares fut la tige de la mission royale de David 
et l'ancêtre de Notre-Seigneur. Matth., î, 3; Luc, m, 33. 
La postérité de Juda forma quatre familles principales, 
et Phares fut la souche de deux d'entre elles, celle des 
Hesronites et celle des Hamulites, par ses deux fils 
Hesron et Hamul. Num., xxvi, 20. Les deux autres fils 
de Juda ne furent chefs que d'une famille chacun, Séla 
de celle des Sélaïtes, et Zaré de celle des Zaréites. Num., 
xxvi, 20. La généalogie des descendants de Phares est 
donnée, Ruth, iv, 18-22, jusqu'à David, et plus en détail, 
I Par., h, 5, 9-m, 24, jusqu'après la captivité de Baby- 
lone. Outre les rois de Juda, tous descendants de 
Phares, les livres historiques de l'Ancien Testament 
nous font connaître parmi les Pharésites, les généraux 
de David, Jesboam, I Par., xxvii, 3, ainsi que Joab et 
ses frères, Abisaï et Azaël. fils de Sarvia, sœur de 
David, I Par., h, 16, qui descendaient de Phares au 
moins par leur mère; leur père n'est nommé nulle 
part dans l'Écriture. Du temps de Zorobabel, 468 des 
fils de Phares habitèrent Jérusalem. II Esd., xi, 4-6. 
Cf. I Par., ix, 4. 

2. PHARES (hébreu : Péréë ; Septante : $apsç), le 
premier nommé des fils que Machir eut de Maacha. Il 
était de la tribu de Manassé. I Par., vu, .16. 

3. PHARES, un des mots prophétiques qui furent 
écrits sur la muraille de la salle du festin de Baltassar. 
Voir Baltassar 2, t. i, col. 1421-1422. 

PHARÉSITES (hébreu hap-Parsî ; Septante^ : Stjiio; 
ô «fcapein; Vulgate : Pharesitse), descendants de Phares, 
fils de Juda. Num., xxvi, 20. Voir Phares, 1. 

PHARIDA (hébreu : Perîdâ', IIEsd., ix, 57 ; Peràdâ', 
I Esd. ,n, 55; Septante : *epi8â, II Esd., ix, 57; 4>a8oupâ, 
I Esd., H, 55), éponyme d'une famille de « serviteurs de 
Salomon » qui retournèrent de la captivité de Babylone 
en Palestine avec Zorobabel. I Esd., n, 55; II Esd., ix, 
57. Dans le premier passage, ta Vulgate écrit Pharuda, 
conformément à l'orthographe du texte original. Les 
« serviteurs de Salomon » étaient des Nathinéens. 
Voir Nathinéens. t. iv, col. 1486. 

PHARISIENS. — I. Les sources. — Tout ce que 
nous savons des pharisiens — ou à peu près — nous 



vient de Josèphe, du Talmud et du Nouveau Testament. 
Josèphe parle souvent des pharisiens et les passages 
qui suivent sont surtout à étudier : Bell, jud., II. 
vm, 14; Ant. jud., XIII, v, 9; XIII, x, 5-6; XVII, 
h, 4; XVIII, i, 2-4; Vita, 2, 38. Le portrait qu'il nous 
en trace est doublement précieux, parce qu'il est d'un 
contemporain et d'un homme qui fut quelque temps 
affilié au pharisaïsme. Malheureusement, l'historien 
juif, désireux d'être compris de ses lecteurs païens, 
nous les présente comme une école philosophique, les 
assimilé aux stoïciens et les met constamment en oppo- 
sition avec les sadducéens et les esséniens, qui seraient 
d'après lui des sectes (a!pi<reiç) du même genre. Ces 
réserves faites, les détails qu'il nous donne sont fort 
instructifs et trouvent dans les faits leur confirmation. 
— Le Talmud contient, de nombreux détails sur les 
pharisiens, principalement dans leur contraste avec 
les sadducéens et le vulgaire Çam hâ'-ârès). On trou- 
vera dans Schùrer, Geschichte des jûdischen Volkes, 
2» édit., t. il, Leipzig, 1898, p. 384-388, les textes de la 
Mischna à ce sujet. Bien que la Mischna n'ait été 
rédigée dans son état actuel que vers la fin du second 
siècle, par Juda le Saint, beaucoup de parties sont an- 
térieures et supposent l'existence du temple. Mais ce 
qu'il y a dans le Talmud (Mischna, Ghemara et Mi- 
drasch) de plus intéressant que les textes particuliers, 
c'est l'esprit pharisaïque dont il est imprégné d'un 
bout à l'autre. Non seulement le Talmud est l'œuvre 
des pharisiens, mais il peut être regardé comme 
l'image vivante et l'incarnation du pharisaïsme. — Les 
allusions du Nouveau Testament aux pharisiens ne 
sont qu'accidentelles et les informations qu'elles nous 
fournissent ne sont le plus souvent qu'indirectes. Mais 
les pharisiens jouent un tel rôle dans l'histoire évangé- 
lique et apostolique que cette source de renseigne- 
ments devient pour nous d'une très haute importance. 
Les récits et les discours de l'Évangile éclairent d'un 
jour très vif les données étrangères et trouvent aussi en 
elles leur commentaire et leur explication. 

II. Les noms des pharisiens. — Le mot « pharisiens » 
est en hébreu n>tfns, en araméen ptfns, état empha- 
tique nwis, d'où vient le grec «Sapiaaîot. C'est donc 
le participe passif de wns, paras, « séparer » ; et la seule 
question est de savoir si les pharisiens sont ainsi appelés 
parce qu'ils s'éloignent des choses impures, capables 
de produire une souillure légale, ou parce qu'ils se sé- 
parent des personnes dont le contact et le commerce 
les souilleraient. Une raison d'adopter le premier sens 
pourrait être que le dérivé fvtfHs ou rwHS signifie 
l'éloignement des choses impures, l'exemption de toute 
impureté. Mais des raisons plus puissantes militent en 
faveur du second sens. D'abord l'éloignement des choses 
impures entraine nécessairement l'éloignement des 
personnes impures, c'est-à-dire de celles qui n'observent 
pas les prescriptions relatives aux aliments ou aux 
contacts impurs. Ensuite toute l'histoire des pharisiens 
nous les montre séparés du vulgaire et formant entre 
eux une sorte de cercle fermé. Enfin les écrivains an- 
ciens adoptent unanimement cette acception. Clémen- 
tine hom., xi, 28, t. h, col. 296 (les pharisiens et les 
scribes ot elaiv àjKopKT(iévot); Origène, In Matth., xxm, 
2, t. xm, col. 1611 (dividunt seipsos quasi meliores a 
multis... qui interpretantur divisi et segregati) ; In 
Matth., xxm, 23, t. xm, col. 1626 ; lbid., xxm, 29, t. xm, 
col. 1633 (recte Pharisaei sunt appellati, id est prsecisi) ; 
In Joa., vi, 13, t. xiv, col. 240 (5uipr,(i£vo'. tivs- 
xai araatwêsi:); lbid., xm, 54, t. x'iv, col. 504; 
Pseudo-Tertullien, Contra hser., à la fin du De prse- 
script., t. il, col. 61 [additamenta quœdam legi ad- 
struendo a Judseis divisi sunt) ; S. Épiphane, Cant. 
hœr., xvi, 1, t. xli, col. 249 (sXsfovTO lï "tapiaaîm 
Stoc tô àfopc<7(tévou< eîvat aûroù; àna tôv 3).)*>v); S. Je- 



207 



PHARISIENS 



208 



rôme, Adv- Luciferian:, 23, t. ssiii, col. 178 (Pharisaei 
a Judseis divisi, propter quasdam observatiohes super- 
fluas, nomen quoque a dissidio susceperunt); Jn 
Matth., xxn, 23, t. xxvi, col. 163 (unde et divisi vocaban- 
tur a populo). Le Talmud donne de l'étymologie du 
nom des pharisiens la même explication. On peut voir 
les passages dans le Lexique de Buxtorf et la définition 
des pharisiens dans l'Aruch. — Le sens du mot « pha- 
risien » étant « séparatiste », il n'est guère probable 
que les pharisiens eux-mêmes se soient donné ce nom; 
ils finirent par l'accepter; mais tout porte à croire qu'il 
leur fut attribué d'abord par leurs adversaires. En effet, 
selon toute apparence, les pharisiens apparaissent pour 
la première fois dans l'histoire sous le nom de a>TDn, 
hàsîdîm, « les hommes pieux », lors du soulèvement des 
Machabées, Le nom de pharisiens est encore relativement 
rare dans la Mischna et presque toujours (sauf deux 
fois), il est mis dans la bouche des sectes hostiles. En- 
fin nous savons que les pharisiens s'appelaient entre 
eux nnan, hâbêrîm, « associés ou compagnons ». — Un 
fait très digne de remarque et trop peu remarqué, c'est la 
synonymie apparente, dans le Nouveau Testament, entre 
scribes et pharisiens. Non seulement les scribes et les 
pharisiens sont très souvent nommés ensemble comme 
une classe à part, mais ce qu'un Évangile attribue à 
un pharisien est par un autre Évangile attribué à un 
scribe ou réciproquement. C'est que, à l'époque néo- 
testamentaire, les scribes appartenaient en général au 
parti pharisien; aucun scribe sadducéen n'a laissé un 
nom dans l'histoire et cela n'est pas pour surprendre, 
car les sadducéens rejetant toute tradition, le métier de 
scribe était chez eux presque réduit à rien. Tous les 
pharisiens n'étaient pas scribes, puisqu'on distinguait, 
même parmi les pharisiens, l'ignorant (îs'uin) et le sa- 
vant (nsn), mais à peu près tous les scribes étaient 

TT 

pharisiens. Cependant les Evangélistes ont conscience 
que les mots « scribes » et « pharisiens » ne sont pas 
pleinement synonymes, puisque, assez souvent, ils men- 
tionnent les pharisiens à côté des scribes, Matth., xn,38; 
xv, 1; xxm, 2, 13, 14, 15, 23, 25, 27, 29; Marc, vn, 1, 
5; Luc, v, 21, 30; vi, 7; xi, 53; xv, 2; cf. Act., v, 34. 
Ils signaient même quelquefois les scribes appartenant 
auparti pharisien, Marc, il, 6 (oi ypocfifiateîç t<5v <3>apt- 
ffat'wv); cf. Luc, v, 30. Saint Jean ne parle pas des 
scribes, sauf une fois dans l'épisode de la femme adul- 
tère, vm, 3. Saint Luc emploie le mot -fpoc[j.[j.3(Teij; con- 
curremment avec vo[uxô; et vofio8i8â<7xaXo;. Voir ScRI- 
bes et Sadducéens. 

III. Historique. — 1° Origine des pharisiens. — 
L'esprit de séparation, si caractéristique des pharisiens, 
commence à se manifester chez les Juifs revenus de 
l'exil de Babylone avec Zorobabel et Esdras. Dès cette 
époque, la terminologie usitée dans la suite entre en 
vigueur, quoique dans un sens différent. Obéissant aux 
exhortations d'Esdras et de Néhémie, les Israélites dé- 
vots se séparent des habitants du pays ('am hâ'ârés), 
c'est-à-dire des païens ou des Juifs infidèles qui étaient 
restés en Judée après la déportation. I Esd., VI, 21; 
IX, 1; x, H; II Esd., ix, 2; x, 29. Mais les pharisiens 
proprement dits, qui se séparent de la masse du peuple 
trop peu zélée pour l'observation rigoureuse de la loi, 
ne remontent pas si haut. Leur première apparition a 
lieu lors de la grande persécution entreprise par les 
rois de Syrie en vue d'helléniser la Palestine. En mon- 
tant sur le trône (175 avant J.-C), Antiochus Épiphane 
avait juré d'exterminer la religion juive, et il fut puissam- 
ment secondé dans ce dessein par la lâcheté et l'ambition 
d'un certain nombre de personnages influents apparte- 
nant au sacerdoce, entre autres les grands-prêtres 
Jésus, surnommé Jason, etMénélas.EnlTO, lé monarque 
"sacrilège avait pénétré dans le lieu saint et enlevé le 
trésor du Temple. Peu de temps après il interdisait la 



circoncision, la célébration du sabbat, les sacrifices, en 
un mot tout le culte judaïque. Le 15 du mois de cas- 
leu, un autel de Jupiter Olympien remplaça dans le 
Temple l'autel de Jéhovah, et le 25 du même mois on y 
immolait des victimes. Cette profanation fit éclater le 
soulèvement des Machabées qui trouvèrent bientôt un 
ferme appui dans un parti qui s'était formé un peu 
auparavant pour résister à l'hellénisme et pour mainte- 
nir intacte la religion mosaïque. Les Assidéens, amen, 
oi 'AfftSaïoi, « les hommes pieux » — c'est ainsi qu'on 
les nommait et qu'ils s'étaient peut-être nommés eux- 
mêmes — sont les ancêtres des pharisiens ou pour 
mieux dire ils ne se distinguent pas, au nom près, des 
pharisiens. Depuis Wellhausen, Die Pharisâer und 
die Sadducâer, Greifswald, 1874, p. 78-86, l'identité est' 
généralement admise. Cf. I Mach. î, 65-66; n, 42; vu, 
12-13; II Mach. xiv, 6. Cohen, Les Pharisiens, t. i, 
p. 106, émet l'hypothèse que les assidéens, en dispa- 
raissant, donnèrent naissance aux deux sectes des pha- 
risiens et des esséniens : « Une fraction (les assidéens) 
restant fidèle à la tradition naziréenne, se réfugia, 
contre les orages de ces temps malheureux, dans un 
ascétisme obstiné. L'autre fraction (les pharisiens) — et 
ce fut la plus nombreuse — se séparant de ses frères 
en doctrine et les laissant dans la retraite, marcha en 
avant d'un pas résolu, aspirant ouvertement à diriger 
dans les voies nouvelles le judaïsme réformé. » Si l'ori- 
gine assignée aux esséniens est très contestable, la 
descendance des pharisiens du vieux parti assidéen 
semble établie. 

2° Les pharisiens sous les Asmonéens. — C'est sous 
le roi Jean Hyrcan] (135-105) que les pharisiens appa- 
raissent pour la première fois dans l'histoire sous là 
dénomination de pharisiens. Voici comment Josèphe, 
Ant. jud., XIII, x, 5-6, raconte l'anecdote. Dans un 
festin, où les principaux d'entre les pharisiens étaient 
invités, le roi pria les convives de ne pas lui ménager 
leurs conseils. Pendant que les autres se récriaient, 
en exaltant à l'envi les vertus du monarque, un des 
assistants, nommé Éléazar, lui dit que ce qu'il aurait 
de mieux à faire pour plaire à Dieu serait de se dé- 
mettre du souverain pontificat. Comme ■ le roi en de- 
mandait la raison : « C'est, ajouta l'autre, qu'au rap- 
port des anciens ta mère a été captive. » Un saddu- 
céen, présent à la scène, lui insinua alors que pour 
sonder les véritables sentiments des pharisiens à son 
égard il n'avait qu'à leur demander quel supplice mé- 
ritait l'insolent. Tous opinèrent, non pas pour la mort, 
mais poor la pfison ou la peine du fouet; et le roi 
jugeant par là qu'ils lui étaient hostiles et qu'ils pre- 
naient secrètement parti pour le coupable, se déclara 
désormais contre eux et se jeta dans les bras des sad- 
ducéens. D'après le Talmud de Babylone le fait se 
serait passé sous Alexandre Jannée (104-76). Sur l'avis 
d'un sadducéen du nom d'Éléazar, le roi aurait feint de 
vouloir se démettre du pontificat afin de savoir ce que 
les pharisiens pensaient de lui. Un pharisien, donnant 
dans lefpiège, lui aurait dit : « roi, contente-toi de la 
couronne royale et laisse la couronne des pontifes aux 
descendants d'Aaron. » A ces mots, Alexandre Jannée 
aurait fait mettre à mort tous les pharisiens. Des deux 
anecdotes la dernière est certainement la plus invrai- 
semblable. Voir E. Montet, Le premier conflit entre 
pharisiens et sadducéens d'après trois documents 
orientaux, Paris, 1887. Ces récits légendaires peuvent 
contenir un fond de vérité. Les pharisiens ne pou- 
vaient pas voir de bon œil les Asmonéens usurper et 
retenir dans leur maison le souverain pontificat. Les 
visées profanes et les ambitions mondaines de Jean 
Hyrcan n'étaient point pour leur plaire. Les cruautés 
de ses deux fils et successeurs immédiats, Aristobule 
et Alexandre, n'étaient pas non plus de nature à les 
concilier et ils avaient contre ces deux princes un grief 



209 



PHARISIENS 



210 



nouveau, celui d'avoir ajouté à la qualité de pontife le 
titre de roi que Jean Hyrcan n'avait pas osé prendre. 
A la mort d'Alexandre Jannée, les pharisiens rentrèrent 
en faveur. Ici encore il fout, dans le récit de Josèphe, 
faire la j>art de la légende. Sur le conseil du monarque 
expirant, sa femme Alexandra se serait livrée aux 
mains des pharisiens, leur permettant de réparer à leur 
gré les injustices de son mari, sans épargner sa 
mémoire ni même son cadavre. Touchés de ces 
avances, les pharisiens auraient accordé au roi défunt 
de magnifiques funérailles et pris sous leur protection 
ses deux enfants Aristobule et Hyrcan qui lui succé- 
daient, celui-ci comme roi, celui-là comme pontife. 
Ant. jud., XIII, xv, 5; xvi, 2 ; Bell, jud., I, v, 1-2. 
Mais les pharisiens, abusant de leur pouvoir, tirèrent 
une terrible vengeance de tous ceux dont Alexandre 
Jannée s'était servi pour les persécuter. Les massacres 
et les exils arbitraires leur aliénèrent bientôt lescœurs 
et furent pour beaucoup dans la révolution qui fit pas- 
ser le sceptre des mains d'Hyrcan II à celles d'Aristo- 
bule et qui amenèrent, avec l'intervention de Pompée, 
la perte de l'autonomie juive. Dans les temps troublés 
qui suivirent on n'entend plus parler des pharisiens. 
Ils rentrent en scène à l'avènement d'Hérode auquel 
six mille d'entre eux refusent le serment de fidélité. 
Frappés d'une forte amende et plusieurs même punis 
de mort, ils restent en défaveur durant tout ce règne; 
mais leur crédit auprès du peuple n'en devenait que 
plus grand. Ant. jud., XVII, n, 4. A partir d'ici les 
pharisiens, grâce au Nouveau Testament et au Talmnd, 
apparaissent en pleine lumière historique; mais toute' 
la période précédente est fort obscure, parce que les 
pharisiens, qui par leurs scribes et leurs légistes se 
trouvaient maîtres de la littérature, ont enseveli dans 
un silence systématique la dynastie des Asmonéens. 
Judas Machabée lui-même est à peine nommé dans le 
Talmud et l'on ne fait exception que pour le chef de 
la famille Matathias. Voir Gaster, The Scroll of the 
Hasmonseans (Megillath Bene Hashmunai), dans Trans- 
actions of the ninth internat. Congress of Orienlalists, 
t. il, Londres, 1893, p. 3-32. 

IV. Doctrines des pharisiens. — 1» Les pharisiens 
et les traditions. — Les pharisiens, dit Josèphe, se 
faisaient remarquer par leur exacte interprétation de 
la Loi, Bell, jud., II, vm, 14 : oî (ircà àypiëei'a? Boxoîv- 
xeç é$7|Ysï<T6a! zk vô;j.t|xa. Cf. Yita, 38; Ant. jud., XVII, 
II, 4. Nous le savions déjà par saint Paul qui s'ex- 
prime presque dans les mêmes termes. Act., xxn, 3; 
Xxvi, 5; Php., m, 5. Mais ce qui les distinguait des 
sadducéens, c'était l'admission de la tradition orale qui 
interprétait et au besoin complétait la Loi, tandis que 
les sadducéens, en principe du moins, refusaient de 
rien reconnaître en dehors de la Loi écrite. Josèphe, 
Ant. jud., XIII, X, 6 : Notifia tsvoi TrapéBoaav tw frrîu.fj> 
ot «tapiuafoi èx naTÉptov SiaBovJjç, âitep oùx âvaY^YP*' nTOt ' 
lt toîç MwuTÉwç v(S|i.oi(. Les Évangélistes mettent aussi 
en relief ce caractère des pharisiens. Matth,, XV, 2; 
Marc, vir, 3. Le Talmud va jusqu'à dire qu'on est moins 
coupable en allant contre la Thora qu'en rejetant les 
prescriptions des scribes. Sanhédrin, XI, 3; cf. Abolh, 
m, 11; v, 8. Repousser ces traditions c'était rompre 
ouvertement avec les pharisiens. Ant. jud., XIII, 
Xvi. 2. Geiger, Sadducàer und Pharisàer, dans Jud. 
Zeilschrift, t. n, 1863, est donc bien mal inspiré lors- 
qu'il prétend que le pharisaïsme était l'image anticipée 
du protestantisme. — Les traditions se divisaient en tra- 
ditions juridiques (Halacha) et en traditions historiques 
(llagada). Voir Midrasch, t. iv, col. 1078-1079. Sur les 
unes et sur les autres on peut consulter Schûrer, Ges- 
chichte des jûdischen Volkes, 3 e édit., t. m, 1898, p. 330- 
350. Pour constater à quelles minuties puériles descen- 
dait la casuistique des pharisiens, il n'y a qu'à parcourir 
l'ouvrage de J. de.Pauly et Neviasky, Rituel du judaïsme, 



Orléans, 1898-1901, surtout fasc. vi : Des aliments pré- 
parés par un païen. De la vaisselle d'un païen. 

2° Les pharisiens et la théologie. — Les pharisiens 
et les sadducéens étaient en désaccord sur trois points 
principaux : l'immortalité de l'âme, la résurrection des 
justes et le libre arbitre. — A) L'immortalité de l'âme. 
— Les sadducéens étaient matérialistes : ils n'admet- 
taient ni anges, ni esprits. Act., xxm, 8. Ils affirmaient 
que l'âme périt avec le corps. Josèphe, Bell, jud., II, 
vin, 14; Ant. jud., XVIII, i, 4: SaSôouxaîoiç toç ipuxàç 6 
Xriyo; ouvafœvsïs! toi; ow|jiaTtv. Les pharisiens au con- 
traire étaient spiritualistes : ils admettaient la survi- 
vance des âmes, celles des méchants comme celles des 
bons. Josèphe, Ant. jud., XVIII, i, 3: 'AOàvarov îa-xùv 
zaXi <|'U)C a 'C otttc; aÙTOÏç sïvai. — B) La résurrection 
des justes. — Il est évident que pour les sadducéens il 
ne pouvait être question de résurrection, puisque l'âme 
ne survivait pas. Matth., xxn, 23; Marc, su, 18, Luc, XX, 
27; Act., xxiii, 8. Les pharisiens, de leur côté, ensei- 
gnaient bien que les méchants sont punis dans l'autre 
monde, mais ils réservaient aux justes seuls le privi- 
lège de la résurrection. Josèphe exprime cela en 
termes qui rappellent la métempsychose des platoni- 
ciens (mais non pas celle des pythagoriciens), Bell, 
jud., II, Vin, 14 : 'J^CT 7 t5"*v nèv ctçOapTov (leTaêatveiv 
SI sïî ÊTepov aw(i.x ttjv ifaHCiv p.ôvr)V, zhç & xwv çaiXwv 
iï'Siui Tijxwpi'a xoXàÇsaôai. Mais ce texte est mis en lu- 
mière par le rapprochement de Ant. jud., XVIII, i, 3, qui 
présente le dogme de la résurrection sous un jour 
orthodoxe, le seul qui cadrât avec les idées juives. — 
C) Le libre arbitre. — Ici la description de Josèphe 
est des plus confuses, parce qu'il revêt les concepts 
sémitiques d'une terminologie hellénique. A l'en croire, 
les esséniens auraient fait tout dépendre du destin; les 
sadducéens, tout rapporté au libre arbitre; les phari- 
siens, partie au libre arbitre et partie au destin, Ant. jud-, 
XIII, V, 9 : Tivà xat où navra ttiç d[iapiiévï)ç spyov eïvai 
XéYouotv Tivà 6'ètp' Ioutoî-ç iicapxeiv aujiëaiveiv ts xoù (jlti 
yivca-Sat. Sans même parler de ce schématisme suspect, 
la notion du destin est tellement contraire aux idées 
sémitiques qu'il est difficile de deviner ce que Josèphe 
a voulu dire. Peut-être se rapprocherait-on de la vérité 
en remplaçant le destin par la grâce et le secours de 
Dieu ou encore par la providence et la prédestination. 
Que tel soit bien le sens, le passage suivant le prouve, 
Bell, jud., II, vm, 14 : sinap|jilvT) xe xal Weôi irpouàn- 
Toycn TcavTJt, xal tô ^èv 7rpaTre[v rot ôt'xata xa\ ^tj *arà 
zh jtXsïïxov éiti zoXç àvpOwiroiç X£îa6at, (HotiBeïv Bè elç 
É'xaaxov xal t^v stjj.apjAlvi'iv. D'après cela, les esséniens 
auraient été fatalistes ou mieux prédestinationistes, les 
sadducéens auraient été rationalistes et précurseurs de 
Pelage, les pharisiens auraient tenu le juste milieu et 
sauvegardé le libre arbitre de l'homme tout en recon- 
naissant la nécessité du concours divin. Mais, encore 
une fois, il convient de se défier de ce schématisme. 

3° Les pharisiens et la politique. — Aux yeux des 
pharisiens la religion primait tout : aussi ne furent-ils 
jamais, à proprement parler, un parti politique. Les 
assidéens, leurs ancêtres, s'étaient ralliés aux Macha- 
bées aussi longtemps que l'indépendance de la patrie 
fut une condition essentielle de la liberté religieuse. 
Ce résultat obtenu, ils se retirèrent peu à peu de la 
lutte et ne suivirent jamais les Asmonéens dans leurs 
visées ambitieuses de domination et d'agrandissement. 
Il n'est pourtant pas tout à fait exact de dire que les 
pharisiens, par principe et comme parti religieux, fai- 
saient abstraction de la politique. Il y eut toujours 
parmi eux deux courants opposés : les uns acceptaient 
le fait accompli et se soumettaient à la domination 
étrangère, comme à un châtiment divin, aussi longtemps 
que la liberté religieuse leur était accordée, n'attendant 
un sort meilleur que d'un événement providentiel; les 
autres, regardant le joug de l'étranger comme essentiel- 



211 



PHARISIENS 



212 



lement contraire à la théocratie judaïque et aux privi- 
lèges d'Israël, épiaient toutes les occasions de révolte 
et comptaient parmi les zélotes les plus ardents. On vit 
ces deux tendances rivales se manifester lors de l'avè- 
nement d'Hérode et au moment du grand soulèvement 
national de l'an 66 de notre ère. 

V. Les pharisiens et l'Évangile. — 1° Prélude aux 
hostilités entre Jésus et les pharisiens. — A) Saint 
Jean-Baptiste. — Jaloux de conserver leur influence, les 
pharisiens étaient les ennemis-nés de quiconque ga- 
gnait l'estime ou les sympathies du peuple. Leur atti- 
tude à l'égard du Baptiste fut une sourde défiance et 
peut-être une hostilité déclarée. Pendant que toutes 
les classes de la société accouraient en masse au Jour- 
dain pour y recevoir le baptême du Précurseur, les 
pharisiens et les sadducéens s'y rendaient aussi, mais 
pour l'épier et le prendre en faute. C'est du moins 
l'impression laissée par le récit de saint Matthieu rap- 
portant les paroles sévères que leur adresse Notre-Sei- 
gneur, m, 7 : « Race de vipères, qui vous a enseigné à 
fuir la colère imminente? Faites donc de dignes fruits 
de pénitence. » Dans saint Luc, m, 7, ces paroles sont 
adressées à la foule en général ; mais le premier Évan- 
gile nous montre qu'elles visaient principalement les 
pharisiens et les sadducéens. Nous ne voyons pas ce- 
pendant qu'ils aient trempé dans le complot contre la 
vie du Baptiste : les rancunes d'Hérode Antipas et la 
haine d'Hérodiade prévinrent leur vengeance. 

B) Origine du conflit entre Jésus et des pharisiens. 
-r Le solennel témoignage que Jean rendit à Jésus 
dut rendre celui-ci suspect aux pharisiens; mais il 
n'était pas besoin de cela pour exciter leur antipathie. 
Ils ne pouvaient manquer de s'apercevoir que la popu- 
larité du nouveau thaumaturge amoindrissait leur 
influence et que sa doctrine était le contrepied de leur 
enseignement. Le discours sur la montagne contient 
déjà la condamnation de leur formalisme, v, 20 : « Je 
vous le dis, si votre justice n'est pas plus abondante 
que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez 
pas dans le royaume des cieux. » L'autorité avec la- 
quelle Jésus enseignait faisait l'admiration des foules 
qui ne pouvaient s'empêcher de la mettre en contraste 
avec la manière sournoise et embarrassée des scribes 
et des pharisiens. Matth., vu, 18-29; cf. Marc, i, 22. 
Ceux-ci avaient dû remarquer dans tout le Sermon sur 
la montagne, en particulier dans le parallèle entre 
l'ancienne et la nouvelle loi, Matth., v, 17-48, un anta- 
gonisme latent dirigé contre eux, et la déclaration de 
Jésus qu'il n'était pas venu abolir la loi mais l'accom- 
plir ou la compléter, n'était pas faite pour les rassurer. 
Le conflit, désormais inévitable, éclata à l'occasion de la 
guérison du paralytique. Avant de lui rendre la santé 
du corps, Jésus lui avait dit : « Mon fils, tes péchés te 
sont remis. » Et les pharisiens présents de s'écrier 
aussitôt : « Celui-là blasphème : qui peut remettre les 
péchés si ce n'est Dieu seul ?» A la vérité, saint Matthieu, 
vin, 3, et saint Marc, n, 6, ne mentionnent en cet endroit 
que les scribes, mais saint Luc nomme expressément les 
scribes et les pharisiens, v, 21 , ou ce qui est pour lui la 
même chose les pharisiens et les docteurs de la loi 
(vo[Ao8i8â<Tx«Xo0t et il ajoute qu'ils étaient venus de la 
Galilée, de la Judée et de Jérusalem, v, 17, sans aucun 
doute dans des vues malveillantes. 

2» Lutte ouverte entre Jésus et les pharisiens. — 
A) Les griefs des pharisiens. — Les trois griefs princi- 
paux sont rapportés par les Synoptiques dans le même 
ordre et rattachés aux mêmes circonstances extérieures ; 
mais comme saint Matthieu intercale, entre les deux 
derniers, divers événements, il n'est pas sûr que les 
Évangélistes entendent marquer une succession chro- 
nologique. — a) Premier grief : rémission des péchés. 
La guérison du paralytique amena le premier conflit 
entre Jésus et les pharisiens. Quand Jésus dit à l'infirme : 



n Confiance, mon fils, tes péchés te sont remis, » ils 
s'écrièrent : « Celui-là blasphème ! » et le miracle fait in- 
continent par le Sauveur ne leur dessilla point les yeux. 
Matth., ix, 1-8; Marc, n, 1-12; Luc, v, 11-26. Saint Mat- 
thieu et saint Marc attribuent cette réflexion aux scribes ; 
-saint Luc, aux scribes et aux pharisiens : la variante 
est sans importance. — 6) Deuxième grief : fréquen- 
tation des pécheurs. Peu de temps après, Jésus et ses 
disciples assistaient au festin donné par saint Matthieu 
récemment converti. Les pharisiens se scandalisèrent 
de les voir en compagnie de païens et de publicains ; 
mais Jésus leur ferma la bouche par ces paroles : « Ce 
ne sont pas les hommes. bien portants qui ont besoin 
du médecin, mais les malades... Je suis venu- appeler 
les pécheurs (à la pénitence) et non pas les justes. » 
Matth., ix, 9-13; Marc, n, 13-17; Luc, v, 27-32. Ici 
saint Matthieu ne nomme pas les pharisiens; les deux 
autres Synoptiques nomment les pharisiens et les 
scribes. Dans la même occasion, on fit un grief à Jésus 
de ne pas jeûner, lui et ses disciples. Saint Matthieu, 
il est vrai, ix, 14, attribue ce reproche aux disciples de 
Jean-Baptiste; mais la manière dont le grief est for- 
mulé montre que ces disciples de Jean-Baptiste étaient 
de connivence avec les pharisiens ou qu'ils étaient pha- 
risiens eux-mêmes. En effet, Marc, n, 18, et Luc, v, 33, 
mentionnent expressément les pharisiens. — c) Troi- 
sième grief : violation du sabbat. Il est très vraisem- 
blable que les pharisiens, si pointilleux sur l'observa- 
tion exacte du sabbat, incriminèrent souvent la con- 
duite de Jésus. Les Synoptiques rapportent à ce sujet 
deux faits caractéristiques, qu'ils racontent dans le 
même ordre et à peu près dans les mêmes termes. Un 
jour de sabbat, les disciples traversant un champ de blé 
presque mûr arrachaient quelques épis pour apaiser leur 
faim et les mangeaient après les avoir broyés dans leurs 
doigts. Aussitôt les pharisiens de crier à la violation du 
repos sabbatique. Ils ne se scandalisent pas de voir les 
disciples cueillir quelques épis dans un champ étran- 
ger — car l'usage et la Loi elle-même le permettaient 
— mais de les voir préparer leur nourriture un jour 
de sabbat, contrairement à leur absurde interprétation 
de la Loi. Jésus leur répond qu'ils ne comprennent 
rien à l'esprit de la législation : Miseric'ordiam volo 
et non sacriflcium ; que la Loi n'est pas faite pour les 
cas de nécessité, comme le prouve l'exemple de David 
consommant les pains de proposition; que d'ailleurs 
le Fils de l'Homme est maître du sabbat et peut en dis- 
penser qui il veut. Matth., xn,l-8; Marc,n, 23-28; Luc,, 
vi,.l-6. — L'autre fait met encore plus en relief l'aveugle 
prévention des pharisiens. Jésus allait guérir un para- 
lytique : il lui suffisait pour cela d'une parole et 
d'un acte de volonté. Or, les pharisiens s'indignaient 
d'avance de cette prétendue violation du sabbat. Le Sau- 
veur les confond en leur rappelant qu'ils n'hésitent 
pas eux-mêmes à relever une brebis tombée dans un 
fossé. Combien plus est-il permis de soulager un 
malheureux. Matth., xii, 9-14; Marc, m, 1-6; Luc, vi, 
6-11. 

B) Les embûches des pharisiens. — Plusieurs fois les 
pharisiens, soit seuls soit unisaux sadducéens, essayèrent 
de prendre Jésus en défaut et de le faire tomber dans 
un piège. Après le miracle de la multiplication des sept 
pains, ils lui demandent « un signe dû ciel ». Marc et 
Matthieu notent expressément que c'était pour le 
« tenter ». Marc, vm, 11 (îtsipdtïovTeî aîiriv); Matth., 
xvi, 1. Jésus, qui accomplissait sous leurs yeux prodige 
sur prodige, refusa de satisfaire leur curiosité malveil- 
lante et mit aussitôt en garde ses disciples contre « le 
levain des pharisiens et d'Hérode », comme parle Marc, 
vin, 15, ou contre « le levain des pharisiens et des 
sadducéens », comme s'exprime Matthieu, xvi, 6, ce 
qui montre que les ennemis du Sauveur s'étaient déjà 
coalisés. Ils espéraient, si Jésus ne faisait pas droit à 



213 



PHARISIENS 



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leur requête, persuader aux foules que c'était un faux 
prophète^incapable de prouver sa mission divine. — La 
seconde embûche fut encore mieux tendue . Ils lui deman- 
dèrent s'il était possible de renvoyer sa femme pour 
n'importe quel motif. Ils étaient sûrs de sa réponse né- 
gative et par conséquent assurés de le mettre en con- 
tradiction avec la loi de Moïse qui avait autorisé le 
divorce, Marc, x, 2-11 ; Matth.. xix, 1-9; Jésus répéta 
ce qu'il avait dit dans son sermon sur la montagne, 
Matth., v, 31-32; cf. Luc, xvi, 18, rejetant la tolérance 
du divorce sur l'imperfection de la loi mosaïque et sur 
la dureté de cœur des Juifs. — La conspiration la mieux 
ourdie fut cependant la troisième. Fallait-il ou non 
payer le tribut à César? Matth., xxu, 15-22; Marc, xn, 
13-17; Luc, xx, 20-26. En disant non, Jésus se posait 
en adversaire de l'ordre de choses établi et devenait 
criminel politique ; en disant oui, il s'aliénait les sym- 
pathies d'un grand nombre de ses auditeurs. On pourrait 
deviner, alors même que saint Matthieu, xxu, 16, et 
saint Marc, xn, 13, n'en feraient pas mention expresse, 
que les partisans d'Hérode étaient ici de concert 
avec les pharisiens. Mais les sadducéens eux-mêmes 
n'étaient pas loin; car ils vinrent à la rescousse dès 
que Jésus eut fermé la bouche à ses autres adversaires 
et essayèrent de l'embarrasser sur le dogme de la ré- 
surrection en lui posant le cas d'une femme qui aurait 
eu successivement sept maris. Matth., xxu, 34-40; Marc, 
xn, 28-34; Luc, xx, 39-40. Presque aussitôt après, un 
scribe ou légiste voulut savoir quel était le plus grand 
des commandements. Le récit de saint Marc, xn, 28, 34, 
ne fait pas supposer d'intentions malveillantes, mais 
celui de saint Matthieu, xxu, 35-40, note le dessein de 
prendre Jésus en défaut (raipdtÇwv aiktfv). A partir de 
ce jour les scribes et les pharisiens cessèrent de « ten- 
ter » Jésus. Matth., xxu, 46. Mais la mesure de leurs 
iniquités était comble et leur condamnation était prête 
à fondre sur eux. Cf. Luc, xvni, 10-14. 

3° Le dénouement de la lutte. — A) Le grand dis- 
cours contre les pharisiens. — Ce fut seulement deux 
ou trois jours avant sa passion, que Jésus prononça le 
terrible réquisitoire enregistré par les Évangélistes. Ce 
discours est placé par les trois Sypnoptiques en con- 
nexion avant la dernière tentative des pharisiens; mais 
tandis que saint Marc et saint Luc se contentent de 
l'indiquer sans le reproduire, Marc, xn, 38-40, Luc, 
xx, 45-57, saint Matthieu lui donne un développement 
et une forme schématique, où l'on ne peut nier le des- 
sein de résumer et de coordonner les principales ac- 
cusations du Sauveur contre ses perfides ennemis. Sept 
fois Jésus renouvelle ses objurgations en commençant 
toujours par la formule : « Malheur à vous, scribes et 
pharisiens hypocrites. » Matth., xxm, 13, 15, 23, 25, 27, 
29. Une seule fois, f. 16, la formule change : Vse vobis 
duces cseci. Le huitième vas qui se trouve dans la Vul- 
gate et dans un certain nombre de manuscrits grecs, 
j>. 14, est très probablement interpolé d'après Marc, xn, 
20, et Luc, xx, 47; en effet, non seulement il fait défaut 
dans les meilleurs manuscrits, mais il interrompt évi- 
demment la suite des idées. — Jésus-Christ reproche 
aux Pharisiens : 1» de fermer aux autres le royaume 
des cieux, c'est-à-dire l'accès de l'Église, sans y entrer 
eux-mêmes; 2° de parcourir la terre et les mers à la 
recherche d'un prosélyte pour en faire un fils de per- 
dition; 3° d'enseigner que le serment fait par le 
Temple ou par l'autel est invalide et que le serment 
fait par l'or du Temple ou par la victime posée sur 
l'autel est valide; 4» de payer exactement la dime de la 
menthe, de l'anis et du cumin et de négliger la justice 
et la miséricorde ; 5° de laver soigneusement les vases 
et les ustensiles et de compter pour rien l'impureté de 
l'âme; 6" de ne faire attention qu'à l'extérieur et aux 
dehors et d'être, au fond du cœur, comme des sépul- 
cres blanchis; 7° d'élever aux prophètes de ma- 



gnifiques tombeaux et de les persécuter ou de les 
mettre à mort. Il termine par cette accablante apos- 
trophe : « Serpents, race de vipères, comment échap- 
perez-vous à la condamnation de la géhenne? » On 
peut lire dans les commentaires de Knabenbauer, de 
Schegg ou de Schanz, les textes rabbiniques justifiant et 
expliquant ces imputations du Sauveur. Voir M c Klin- 
tock, Cyclopsedia of biblical... Literature, t. vm, 1889, 
p. 69-70, des détails curieux sur les cas d'impureté lé- 
gale et le payement des dîmes. 

B) La revanche des pharisiens. — Une circonstance 
assez significative c'est que, dans les jours qui précèdent 
immédiatement la passion, les pharisiens cessent de se 
montrer. Dans le récit même de la passion, les Évangé- 
listes ne les nomment plus (sauf Jean, xvm, 3, pour 
l'expédition nocturne de Gethsémani et Matthieu, xxvn, 
62, quand il s'agit de faire garder le sépulcre). Il les 
remplacent par -, les scribes, c'est-à-dire par les repré- 
sentants des pharisiens au sein du sanhédrin. U est 
remarquable que les sadducéens s'effacent aussi et que 
les princes des prêtres, c'est-à-dire les chefs du parti 
sadducéen, qui entraient dans le sanhédrin, prennent leur 
place. Maintenant les scribes et les princes des prêtres 
sont pleinement d'accord contre leur commun adversaire. 
Ils ont su gagner les anciens, les notables qui ne sont 
ni scribes ni prêtres et qui forment un tiers du san- 
hédrin. La coalition des adversaires de Jésus datait de 
loin. Dès le début du ministère public, les pharisiens 
s'étaient concertés avec les hérodiens sur les moyens de 
le perdre. Matth., xxu, 16; Marc, m, 6; cf. xn, 13. Pour 
atteindre ce but, les pharisiens et les sadducéens ou- 
bliaient leurs rivalités et leurs querelles. Matth., xvi, 
1, 6, 11, 12; xxu, 34. Mais, en ce moment, leur entente 
est parfaite et leur plan arrêté. « Les princes des prê- 
tres, dit saint Luc, xix, 47-48, et les scribes et les pre- 
miers du peuple cherchaient à le perdre ; mais ils ne 
savaient comment faire, car tout le peuple était sus- 
pendu à ses lèvres. » Désormais les trois fractions du 
sanhédrin marchent toujours ensemble. Luc, xx, 1; 
xxu, 66; Marc, xiv, 43, 53; Matth., xxvn, 41. Mais on 
voit que l'aristocratie sacerdotale joue le rôle principal 
et dirige l'action. 

4° Les pharisiens et l'Eglise naissante. — La mort 
de Jésus semble avoir assouvi les rancunes des phari- 
siens, tandis que la haine des sadducéens, loin de 
s'apaiser, ne cessait de croître. Ceux-ci, vivant du temple 
el de l'autel, étajent profondément remués, nonobstant 
l'indifférentisme religieux d'un grand nombre d'entre 
eux, par tout ce qui menaçait la religion nationale. Les 
disciples n'eurent pas d'ennemis plus irréconciliables. 
Dans le contlit qui ne tarda pas à se produire, ce fut un 
pharisien, Gamaliel, qui prit publiquement la défense 
des Apôtres et fit entendre raison à leurs persécuteurs : 
au contraire, l'aristocratie sacerdotale, composée de 
sadducéens (Act., v, 17 : Princeps sacerdotum et omnes 
qui cum Mo erant; quse est hxresis Sadducœorum ; cf. 
v, 24), avait pris l'initiative des mesures de rigueur. 
Act., v, 17-42. Plus tard saint Paul, poursuivi pour in- 
fraction à la Loi qui interdisait d'introduire des étran- 
gers dans le Temple, s'appuya résolument sur le parti 
des pharisiens et se fit gloire d'avoir été jadis pharisien 
lui-même. Act., xxm, 6-10; cf. xxu, 3. Il ne faut pas 
méconnaître ce qu'il y avait de sérieux dans le phari- 
saïsme. Si le zèle des pharisiens était souvent aveugle 
ou mal éclairé, il n'en était pas moins sincère. Les con- 
victions fortes au service de la passion sont plus faciles 
à tourner au bien qu'un scepticisme armé d'indifférence. 
Saint Paul dépassait tous ses compatriotes par l'ardeur 
de son pharisaïsme : malgré cela — ou plutôt à cause 
de cela — la grâce divine eut vite raison de lui. Il est 
à croire qu'une partie de l'église-mère de Jérusalem 
se recruta au sein des pharisiens. Ainsi s'explique l'at- 
tachement aux pratiques de l'ancienne Loi qui la carac- 



215 



PHARISIENS 



216 



. térisa si longtemps. Act., n, 46-47; ni, 1 ; xxi, 20, etc. 
Ce fut un 1res grand danger pour l'Église au berceau. 
On s'aperçut bientôt que les pharisiens, en embrassant 
la religion du Christ, n'avaient pas dépouillé le parti- 
cularisme qui était leur caractère dominant. L'assem- 
blée des Apôtres à Jérusalem fut rendue nécessaire grâce 
à. leurs agissements; tout fait penser que le conflit 
d'Antioche fut provoqué par eux, et l'on peut sans té- 
mérité les soupçonner d'être entrés dans les complots 
qui essayèrent d'entraver l'œuvre de Paul et l'admission 
des Gentils dans l'Église. Act., xv, 5. Cf. J. Thomas, 
L'Eglise et les judaïsants à Vd'ge apostolique, dans les 
Mélanges d'histoire et de littérature religieuse, in-8°, 
Paris, 1899, p. 1-196. 

VI. Traits caractéristiques du pharisien. — « En- 
veloppée comme d'un étroit réseau par les six cent 
treize prescriptions du code mosaïque renforcées de 
traditions sans nombre, la vie du pharisien était une 
intolérable servitude. Les purifications rituelles pres- 
crites à la suite des souillures que causait le seul con- 
tact d'objets impurs, remplissent plusieurs traités du 
Talmud : par exemple tout le sixième et dernier seder 
de la Mischna intitulé Teharôth et comprenant douze 
traités. Impossible de quitter sa maison, de prendre de 
la nourriture, de faire une action quelconque, sans 
s'exposer à mille infractions. La peur d'y tomber para- 
lysait l'esprit et oblitérait le sens supérieur de la mo- 
ralité naturelle. Toute la religion dégénérait en un 
formalisme mesquin. L'homme était tenté de se croire 
l'artisan de sa propre justice; il ne devait rien qu'à 
lui-même; il devenait le créancier de Dieu. A quoi bon 
le repentir, la prière ardente et humble, les soupirs 
vers le ciel du pécheur et du publicain? N'était-il pas, 
lui, le juste qui jeûnait deux fois par semaine, le lundi 
et le jeudi, selon la coutume de sa secte, qui payait 
exactement la dîme de la menthe, de l'anis et du cumin, 
qui n'oubliait jamais aucun rite traditionnel? Le pha- 
risaïsme nourrissait l'amour-propre, la présomption et 
l'orgueil. Il fomentait aussi l'hypocrisie. L'idéal du pha- 
risien était élevé, mais il n'avait pour l'atteindre que son 
orgueil. Ce mobile ne suffisant pas, sa seule ressource 
était dedissimuler ses défaillances et de les tourner 
en vertus devant le vulgaire ('am hâ-ârés), objet de ses 
craintes et de ses mépris. Quels stratagèmes decasuiste 
retors pour tempérer la rigueur du jeûne, pour modérer 
l'incommodité du repos sabbatique ! Ainsi le traité Eru- 
bin permet de placer un domicile fictif au terme du 
voyage autorisé un jour de sabbat pour le prolonger 
d'autant et d'unir fictivement plusieurs domiciles pour 
porter des aliments de l'un dans l'autre, sans enfreindre 
la loi du repos. » Voir F. Prat, Théologie de saint Paul, 
t.jtP- 33-34, et comparer Bousset, Die Religion des Juden- 

l tums, Berlin, 1903, Vie Frommen, p. 161-168. Les pré- 
tentions exclusives des pharisiens à la justice légale, 
leur suffisance, leur présomption, leur ostentation, leur 
orgueil en un mot, ne sont guère contestés. Sur ce 
point, les accusations de l'Évangile et le réquisitoire de 
saint Paul (surtou t Rom . , IX, 31-32 ; x, 1-4) se tro uvent plei- 
nement justifiés. Mais il s'est trouvé des auteurs pour 
nier la sincérité du portrait que l'Évangile nous trace de 
leur hypocrisie. Il ne sera donc pas hors de propos d'en 
appeler à l'autorité du TalmUd qui est, comme nous 
l'avons dit, l'œuvre de pharisiens. Le Talmud de Jéru- 
salem, aussi bien que celui de Babylone, distingue sept 
espèces de pharisiens dont la dernière seulement, ou 
tout au plus les deux dernières, sont exemptes de du- 
plicité. Voici d'abord le passage du Talmud de Jérusa- 
lem, d'après M. Schwab, Traité des Berakholh, Paris, 
1871, p. 171 : « Il y a sept pharisiens : 1° celui qui 
accepte la loi comme un fardeau ; 2° celui qui agit par 
intérêt; 3° celui qui se frappe la tête contre le'murpour 
éviter la vue d'une femme; 4° celui qui agit par osten- 
tation; 5» celui qui prie de lui indiquer une bonne 



action à accomplir; 6° celui qui agit par crainte et 
7» celui qui agit par amour.' En voici une explication 
plus détaillée : le premier ressemble à quelqu'un qui 
chargerait les commandements divins sur les épaules 
pour les transporter; le deuxième à celui qui dirait: 
prêtez-moi de l'argent pour que j'accomplisse le pré- 
cepte; le troisième : je vais accomplir ce dévoir reli- 
gieux, puis me permettre une transgression légale et 
les contrebalancer l'un par l'autre; le quatrième semble 
dire : je me rends compte de tout ce que j'ai et c'est 
par bonne volonté que j'obéis à la religion :. le cin- 
quième qui a conscience de ses devoirs, tâche d'effacer 
ses péchés par sa bonne conduite ; le sixième agit par 
crainte comme Job; le septième paramour comme Abra- 
ham et ce dernier degré est le meilleur de tous. » Les 
explications du Talmud de Babylone, Sota, 22 6 et les 
définitions de l'Aruch diffèrent très sensiblement. Voir 
Lightfoot, Horse hebraicse et talmudicee, sur Matth., m, 
7, Works, Londres, 1684, t. n, p. 125. Les énonciations 
sibyllines des deux Talmuds sont diversement inter- 
prétées. Le nom de la première classe, par exemple, 
>D2îf tus, est dérivé par le Talmud de Babylone de osir, 
« Sichem », et non de ddit, sekéni, « épaule », et expliqué : 
« qui accomplit la loi à contre-cœur,;comme les Sichémi- 
tes, Gen., xxxiv, 10, reçurent la circoncision. » La se- 
conde »spa whs, « le pharisien qui hésite », désignerait 
le pharisien qui dirait à celui qui demande un ser- 
vice : « Attendez un peu; je suis occupé à faire une bonne 
action. » La cinquième classe voudrait dire d'après 
YAnich : « Personne ne peut me montrer que j'ai mal 
agi. » Quoi qu'il en soit de ces commentaires, nous pou- 
vons conclure de ces textes que beaucoup de ceux qui 
se disaient pharisiens obéissaient à des mobiles peu 
avouables. 

Les jugements des auteurs sur les pharisiens sont 
assez divergents. Pour certains, le pharisaïsme aurait 
représenté l'orthodoxie juive. « Les Pharisiens reflé- 
taient fidèlement les aspirations, les idées du peuple, 
et d'un autre côté ils exerçaient, par leur enseignement 
et leur autorité, sur ces mêmes idées une influence 
très grande. Toutes les faces du caractère national, 
favorables et défavorables, toutes les nuances de l'es- 
prit public se retrouvaient en eux. » Dôllinger, Paga- 
nisme et judaïsme, trad. franc., Bruxelles, 1858, t. iv, 
p. 130. Selon d'autres, les sadducéens auraient été les 
conservateurs tandis que les pharisiens auraient incarné 
l'idée de progrès. Kohler, dans The Jewish Encyclopœ- 
dia, t. ix, 1905, p. 662-665, Ces vues en apparence con- 
tradictoires ne sont pas inconciliables. Sur beaucoup 
de points, les sadducéens, s'attachant à la lettre de la 
Loi, pouvaient passer pour plus conservateurs; tandis 
que les traditions pharisiennes, entendues au sens large 
comme enseignement ou opinion des sages, avaient l'air 
d'innovations. Dans le droit criminel par exemple, les 
sadducéens étaient plus rigoristes; ils appliquaient, 
sans distinction et sans miséricorde, la peine du talion : 
les pharisiens tempéraient cette rigueur et admettaient 
des compensations pécuniaires. Comparez Josèphe, 
Ant. jud., Xlll, X, 6 : "AXito; te xa\ çiioei Ttpbç ià; xo- 
Xà<T£t; â7netxwç e^ouatv ot 4»aptaaîot. Bell, jud., II, vin, 
14 (les sadducéens sont moins sociables et plus rudes 
dans leurs rapports); Ant. jud., XX, ix,l : sîui (oîSao- 
Suxaîot) itep\ rà; xpt'aôi'c liaoi raxpà Ttâvxas tous 'IouSaîouç. 
— D'un autre côté, les pharisiens faisaient appel à leurs 
traditions pour atténuer l'incommodité du repos sab- 
batique et pour écarter l'obligation des visites au Temple 
prescrites par la Loi. Leur but était de transformer 
le jour du Seigneur en jour de fête et en jour de joie. 
Les fictions dont nous avons parlé plus haut étaient 
destinées à les y aider. En tout cela, les sadducéens, 
préoccupés surtout de la fréquentation et du service 
du Temple, voulaient qu'on s'en tint à la lettre de la 
Thora. 



217 



PHARISIENS — PHAROS 



218 



VII. Bibliographie. — Ugolini, Trihatresium sive 
dissertatw de tribus sectis Judœorum (dans Thésaurus 
ântiq. sacr., t. xxil), et Triglandius, Trium scriptorum 
illustriwm de tribus Judseorum sectis syntagma, 
1703, ont recueilli un certain nombre d'anciennes dis- 
sertations sur les pharisiens; Carpzov, Apparatus hi- 
storico-çriticus antiquitatum sacri Codicis, Helmstedt, 
1748, p. 173-215, en donne la bibliographie. Parmi les 
monographies plus récentes on peut citer : Grossmann, 
De Pharisxismo Judseorum Alexandrino, Leipzig, 
1816-1850; De collegio Pharisœorum, Leipzig, 1851; 
Biedermann, Pharisâer und Sadducâer, Zurich, 1854; 
Wellhausen, Die Pharisâer und Sadducâer, Greifs- 
wald, 1874; Cohen, Les Pharisiens, 2 in-8», Paris, 1877; 
Montet, Essai sur les origines des partis sadducéen et 
pharisien et leur histoire jusqu'à la naissance de 
Jésus-Christ, Paris, 1883; Narbel, Étude sur le parti 
pharisien, son origine et son histoire, Paris, 1891 ; 
Elbogen, Die Religionsanschauung der Pharisâer, 



Encyclopsedia, t. IX, 1905, p. 661-666. — Comme ar- 
ticles de revues, nous devons nous .borner à signaler: 
Montet, Le premier conflit entre Pharisiens et Saddu- 
céens, dans le Journal asiatique, 1887, p. 415-423; 
Hanne, Die Pharisâer und Sadducâer als politische 
Parteien^dans Zeitschrift fur wissensch. Theol., Halle, 
1867 ; Mûller, Pharisâer und Sadducâer oder Judais- 
mus und Mosaistnus, dans les comptes'rendus de l'Acad. 
de Vienne, philos, et hist., t. xxx\, 1860, p. 95-164; Gei- 
ger, Sadducâer und Pharisâer, dans Jud, Zeitschrift, 
t. n, 1863, p. 11-54; Krùger, Beitràge zur Kenntniss 
der Pharisâer und Essener, dans Theolog. Quartal- 
schrift, Tubingue, 1894, p. 431-496. F. Prat. 

PHARMACIEN (hébreu : rôqêah; Septante : ô 
u.upsty6ç; Vulgate : unguentarius), celui qui prépare les 
remèdes (fig. 40). Le nom est le même que celui du 
parfumeur, à cause des préparations à l'huile dont l'un 
et l'autre s'occupaient principalement. Le mot rôqêah 




40. — Préparation et administration des remèdes. — Une peinture découverte dans la maison des Vettii à Pompéi représente 
sous la forme à'Amorini, le medicus qui chez les anciens préparait et administrait les remèdes. — A droite est un pres- 
soir d'où jaillit l'huile médicinale dans un petit bassin circulaire. De chaque côté deux Amorini tiennent un gros marteau 
dont ils frappent des coins de bois qui, en pénétrant au dedans, font descendre les planches mobiles du pressoir, lequel écrase 
les matières d'où est extraite l'huile médicinale. — Plus loin, une Psyché assise remue avec une longue cuiller l'huile posée sur 
un trépied dans un petit bassin. Deux Amorini debout en font autant. — A gauche un petit Amorino est au comptoir et tient une 
grosse bouteille. Sur le comptoir est placée une balance. Sur le côté postérieur du comptoir est un rouleau de papyrus contenant 
le formulaire. A côté est une armoire avec des vases de verre et une. statuette d'Apollon, dieu de la santé. — A gauche est une 
Psyché dont le maintien indique une malade. Un Amorino, tenant un vase et une cuiller, va lui administrer le remède qui y 
est contenu. Derrière Psyché est la servante de la malade. Voir Domus Vettiorum, in-f", Naples, 1898, p. 6, pi. xiii. 



Berlin, 1904. — En dehors des monographies, les 
quatre ouvrages suivants donnent des renseignements 
précieux : Geiger, Urschrift und Uebersetzungen der 
Bibel, Breslau, 1857, p. 101-158; Weber, Jûdische 
Théologie auf Grund des Talmud und verwandten 
Schriften, Leipzig, 1890, p. 10-14, 44-46 (seconde édition 
d'un ouvrage publié d'abord sous un autre titre); 
Schùrer, Geschichte des jùdischen Volkes im Zeitalter 
Jesu Chris ti, 3« édit., t. n, Leipzig, 1892, p. 380-419; 
Bousset, Die Religion des Judenthums, Berlin, 1903, 
•p. 161-168. — Toutes les encyclopédies bibliques ont sur 
les pharisiens des articles d'importance et de valeur 
inégale : Twisleton, dans le Dictionary of the Bible de 
Smith; Ginsburg, dans Cyclopxdia of biblical Litera- 
ture de Kitto; Reuss, dans Real-Encyclop. de Herzog, 
1™ édit.; Sieffert, lbid., 2 e et 3° édit.; Daniel dans 
Allgemeine Encyclop. de Ersch et Gruber; Hamburger, 
dans Realencycl. fur Bibel und Talmud; Kaulen, dans 
Kirchenleocieon, l re et 2 e édit. ; Hausrath, dans Bibel- 
lexikon de Schenkel; J. Strong, dans Cijclopsedia of 
biblical, theological and ecclesiastical Litefature, 
New- York, t. vin, 1894, p. 68-76; Eaton, dans Hastings, 
Dictionary of the Bible, Edimbourg, t. m, 1900, 
p. 821-829; Prince, article Scribes and Pharisees, 
dans Encyclopmdia biblica, Londres, t. iv, 1903, 
col. 4321-4329; Kaufmann Kohler, dans The Jewish 



ne se trouve que dans le texte hébreu de l'Ecclésias- 
tique, xxxvin, 8, avec le sens de pharmacien. On lit 
en effet dans ce passage : 

Le Seigneur fait produire à la terre ses remèdes, 

Et l'homme sensé ne les dédaigne pas... 

H a donné aux hommes la science 

Pour qu'ils se fissent un nom par ses dons merveilleux. 

Par eux l'homme procure la guérîson 

Et il parvient à enlever la douleur. 

Le pharmacien en fait des médicaments, 

Et son œuvre est à peine achevée 

Que par lui la santé se répand sur la terre. 

Eccli., xxxvm, 4-8. 

Cf. Ezech., xxx, 21. Le pharmacien n'était pas d'ordi- 
naire distinct du médecin. — Sur les remèdes employés 
par les pharmaciens israélites et cités dans Ja Sainte 
Écriture, voir Médecine, t. iv, col. 912, 913. 

H. Lesêtre. 
PHARNACH (hébreu : Parnâh; Septante : #ocpvax), 
zabulonite, père d'Élisaphan. Celui-ci était le chef de 
la tribu de Zabulon du temps de Moïse, un des douze 
Israélites qui furent chargés de présider au partage de 
là Terre Promise. Num., xxxiv, 25. 

PHAROS (hébreu : Par'ôë, « mouche » ; Septante : 
<&op6<;; dans I Esd., n, 3, *apé;), chef d'une famille dont 



219 



PHAROS — PHASËLIDE 



220 




4i. — Pierre gra- 
vée au nom de 
Pharos. 



les descendants au nombre de 2172, IEsd., u, 3; II Esd., 
vu, 8, retournèrent de Babylonie en Palestine avec 
ZoroJbabel. Un autre groupe, comprenant 150 hommes, 
sous leur chef Zacharie, revint plus tard en Judée avec 
Esdras. I Esd., vin, 3. Sept des « fils 
de Pharos » avaient épousé des fem- 
mes étrangères et Esdras les obligea 
à les répudier. I Esd., x, 25. — Pha- 
daïa « fils de Pharos », répara une 
partie des murs de Jérusalem . II Esd . , 
m, 25. — Parmi les chefs du peuple 
qui signèrent l'alliance que Nëhémie 
fit renouveler entre Dieu et les 
Israélites, le premier nommé est 
Pharos, probablement le représen- 
tant de la famille de ce nom. II Esd., 
x, 14. Un sceau antique en cornaline porte le nom de 
Pharos gravé en lettres phéniciennes (fig. 41). Voir 
W. von Landau, Beitrâge zur Altertumskunde des 
Orients, t. îv, in-8°, Leipzig, 1905, p. 43. 

PHARPHAR (hébreu : Parpar; Septante : ifapçâp; 
Alexandrinus : «tapçapà), la seconde des rivières qui 
arrosent la ville de Damas. Elle est mentionnée par 
Naaman, qui, dans IV Reg., v, 12, répond au prophète 
Elisée, lorsque celui-ci lui conseille d'aller se laver 
dans le Jourdain pour se guérir de la lèpre : « L'Abana 
et le Pharphar, les rivières de Damas, ne sont-ils pas 
meilleurs que toutes les eaux d'Israël? » — Le Phar- 
phar s'appelle aujourd'hui Nahr el-Aouadj, voir Aba- 
na, t. I, col. 14, et un de ses affluents porte encore 
le nom de Barbar. Il a deux sources principales, 
l'une sur la pente orientale de l'Hermon, au-dessous 
du pic central; l'autre, à quelques kilomètres au sud, 
près du village de Beit Djann. Les deux cours d'eau 
se réunissent près de Sasa et, par un lit profond 
creusé au milieu des rochers, vont se jeter dans la direc- 
tion de l'est dans un lac marécageux, le Bahret Hidja- 
néh, à six kilomètres environ au sud du lac où débouche 
le Barada, l'ancien Abana. L'Aouadj ne passe pas à Da- 
mas même, mais à douze kilomètres de la ville ; il mérite 
néanmoins le nom de fleuve de Damas, parce qu'il 
arrose toute la plaine qui porte le nom de la ville, et, 
par d'anciens canaux, ses eaux en arrosent les champs 
et les jardins presque jusqu'aux murailles de la cité. 
Le cours du Nahr el-Aouadj est d'une soixantaine de 
kilomètres et son volume- d'eau est à peu près le quart 
de celui du Barada. — Voir J. L. Porter, Five years in 
Ddmascus, 3 in-12, Londres, 1855, t. i, p. 299, 311-312, 
318-321, 389; t. n, p. 12-14, 247-248; Id., The Rivers 
of Damascus, dans le Journal of sacred Literatvre, 
t. v, octobre 1853, p. 45-57; Ed. Robinson, Notes on 
biblical Geography, the A'waj, dans la Bibliolheca 
sacra, t. vi, 1849, p. 366-371. F. Vigouroux. 

' PHARSANDATHA (hébreu : Parsandâtd' ; Sep- 
tante : «Êapiravvé;; Alexandrinus : 4>apaavEaTÔv), le 
premier nommé des dix fils d'Aman qui furent mis à 
mort à Suse par les Juifs le 13 du douzième mois 
appelé Adar après la chute et l'exécution de leur père. 
Esther, ix, 7. Le nom de Pharsandatha est en perse, 
d'après certains philologues, Fraçna-data, « donné par 
prière ». Cf. J. Oppert, Commentaire du livre d'Esther, 
1864, p. 21. 

PHARUDA. I Esd., n, 55. Voir Piiarida, col. 205. 

PHARUÉ (hébreu : Pavùah; Septante : *ouauoOS; 
Alexandrinus : "Êappou; Lucien : Bapottovy), père de 
Josaphat. Salomon chargea Josaphat de la levée des 
tributs sur la tribu d'Issachar. III Reg., rv, 17. 



PHARURIM (hébreu : Parvdrim; Septante : *aipou- 
pifi), partie des dépendances du Temple. IV Reg., xxiii, 
11. L'auteur sacré raconte dans ce passage que le roi 
Josias « fit disparaître les chevaux que les rois de Juda 
avaient dédiés au soleil à l'entrée de la maison de 
Jéhovah, près de la chambre de Nathanmélech, l'eunuque 
qui était à Parvarîm ». Au premier livre des Parali- 
pomènes, xxvi, 16-18, nous lisons au sujet des portiers 
du sanctuaire : « A Séphim et à Hosa [échut la garde 
du] côté de l'occident, avec la porte Salléhéf sur Je 
chemin montant (Vulgate : juxta portant quse ducit ad 
viam ascensionis)... Il y avait... au Parbâr, à l'occi- 
dent quatre [lévites] sur le chemin, deux au Parbâr. » 
(Virlgate : In cellulis quoque janitorum ad occidenlem 
quatuqr in via, binique per cellulas.) Le Parbâr dont 
il est question ici, d'après le contexte, était situé à 
l'ouest du Temple, près de la porte appelée Sallékéf 
(dejectio), à l'endroit peut-être où est la Bab Silsilis 
actuelle. Le chemin mentionné conduisait du Temple 
à la colline appelée aujourd'hui le mont Sion, en tra- 
versant la vallée du Tyropœon. — On ne s'entend pas 
sur la signification précise du mot parbâr. La plupart 
croient que ce mot est le même que celui de parvarîm 
(au singulier parvâr), les deux ne différent entre eux 
que par une lettre, 3, 6, et i, v. La Vulgate a traduit 
parbâr par « cellules ». Gesenius, Thésaurus, p. 1123, 
entend par parvarîm des portiques ou des colonnades 
ouvertes qui entouraient le Temple; il rapproche ce 
mot du perse farouar, « maison d'été, kiosque ». 
D'autres ont traduit parbâr par « faubourgs », parce 
que c'est le sens donné par les Targuens et le Talmud 
aux mots paryârin et parvilîn. Buxtorf, Lexicon chal- 
daicum, 1640, p. 1804, 1805. Cf. Josèphe, Ant. jud., 
XV, xi, 5, qui dit que deux des portes du Temple 
d'Hérode débouchaient à l'ouest eîç tô îipodcinretov, dans 
le faubourg de la ville. Voir Temple. — Les six portiers 
dont parle I Par., xxvi, 16, avaient leur poste, quatre 
probablement en dehors de la porte, du côté du chemin, 
et deux à l'intérieur de la porte. — Pour les chevaux du 
soleil qui étaient à Pharurim, voir Nathanmélech, 
col. 1485. 

PHASE, nom donné à la Pâque, dans la Vulgate, 
dans tous les livres de l'Ancien Testament, Exod., xii, 
11, etc., excepté Ezech., xlv, 21, et I Esd., VI, 19, 20, où 
cette fête est appelée Pascha, comme dans tout le Nou- 
veau Testament, lorsqu'elle n'est pas désignée par son 
autre nom de « fête des Azymes ». Voir PaQDE, t. iv, 
col. 2094, et Azymes, 2», t. i, col. 1313. 

PHASÉA (hébreu : Paséah, « boiteux »; Septante : 
^aarj), chef d'une famille de nathinéens qui retourna 
de captivité en Palestine avec Zorobabel. I Esd., n, 49; 
III Esd., vu, 51. Un des membres de cette famille 
appelé Joîada restaura avec Mosollam la porte Ancienne 
de Jérusalem. II Esd., m, 6. Certains commentateurs 
font cependant de Phaséa « père de Joîada » un per-, 
sonnage distinct du chef de la famille nathinéenne. — 
Le texte hébreu mentionne un descendant de Juda qui 
porte le même nom, mais la Vulgate l'a écrit Phessé. 
I Par., n% 12. 

PHASËLIDE (grec : $a<n\\lç), ville de l'Asie Mineure, 
située sur les confins de la Lycie et de la Pamphylie 
(fig. 42). C'était une colonie dorienne. Hérodote, n, 
178. Sa position était tros favorable pour le commerce. 
Bâtie dans un isthme, elle n'avait pas moins de trois 
ports. C'était la première terre qui apparaissait au na- 
vigateur dans le voyage de Cilicie à Rhodes. Tï.te Live, 
xxxvji, 23; Cicéron, Verr., iv, 10 (22). Dès le II e siècle 
avant J.-C, sous le règne d'Amasis, elle avait à Naucra- 
tis, en Egypte, une part dans PHellénium, qui était une 
sorte de bonrse de commerce pour les Grecs. Hérodote, 



221 



PHASÉLIDE — PHASGA 



222 



il, 178. Son trafic était très considérable. Straion, XIV, 
m, 9; Thucydide, h, 69; vm, 88; Polybe, xxx, 9. Le 
mont Solyme, au-dessous duquel elle était située, ser- 
vait comme de phare aux navires qui se dirigeaient 
vers Phasélide. « Sur la côte orientale de Lycie, dit 
Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle, t. v, 
1884, p. 480, se dresse, à 2375 mètres, la montagne de 
Takh talou, le Solyma des anciens, à la base entaillée 
de gorges, aux pentes moyennes couvertes d'arbrisseaux; 
c'est sur le versant méridional de ce pic superbe que 
brûle jour et nuit la Chimère dont parlent les géogra- 
phes grecs et romains et qui adonné lieu à tant de fables 
La source du feu, le Yanar ou Yanar-tach, jaillit d'une 
ouverture profonde d'un mètre environ, au-dessus de 
laquelle s'élèvent les débris d'un temple. Aucune fumée 
n'accompagne la flamme; à quelques mèlrës de dis- 
tance, la roche serpentineuse d'où s'élance le feu 
mystérieux n'a pas une température supérieure à celle 




42. — Monnaie de Phasélide. 
Poupe de galère; dans le champ *AEH. — Éj. Minerve Proma- 
chos. A droite un monogramme dans un cercle, à gauche <ï>. 

des terrains environnants; des arbres croissent dans 
le voisinage et un ruisseau serpente sous l'ombrage... 
Une autre ouverture du rocher, semblable à celle du 
Yanar, est maintenant éteinte. » — Phasélide à l'époque 
des Romains, devint un repaire de pirates. P. Servilius 
les attaqua et détruisit la ville. Cicéron, Verr., iv, 10 : 
Elle perdit son indépendance en 72-75 avant J.-C. Elle 
fut restaurée, mais elle ne recouvra jamais sa première 
prospérité. On y voit encore des ruines de ses anciens 
monuments; son port est devenu un marais d'où s'exha- 
lent des miasmes délétères. Elle porte aujourd'hui le 
nom de Tekrova. 

C'est à l'époque où la piraterie ne prédominait pas 
encore à Phasélide que les Romains écrivirent aux habi- 
tants de cette ville et de quelques autres, situées la plu- 
part sur la route que suivait le commerce maritime de 
la Lycie en Italie, pour leur demander de porter aide 
et appui à Simon Machabée et aux Juifs. I Mach., xv, 
23. Phasélide avait donc une colonie juive vers 139 avant 
notre ère. — Voir Fr. Beaufort, Karamania or descrip- 
tion of the south Coast of Asia minor, in-8», Londres, 
1817, p. 53-65; Ch. Texier, Asie Mineure, in-12, Paris, 
1862, p. 697-699; G. F. Hill, Catalogue of Greek, Coins 
in the Brit. Muséum, Lycia, 1897, p. lxvii. 

F. Vigourotjx. 

PHASÉRON (grec : "Êamptôv), nom d'une tribu na- 
buthéenne, « les fils de Phaséron, » qui fut battue par 
Jonathas Machabée, I Mach., ix, 66, dans les environs 
de Bethbessen. Cette tribu est inconnue. 

PHASGA (hébreu : Pisgdh), montagne du pays de 
Moab. Dans le texte hébreu, ce nom est toujours pré- 
cédé de l'article : hap- Pisgâh. Il n'est jamais employé 
seul, mais précédé tantôt de rô'S,a. sommet duPhasga», 
tantôt de 'asdôf, mot qui est diversement interprété. 
On n'est pas d'accord sur le point de savoir si Pisgâh 
est un nom propre ou un nom commun; les deux opi- 
nions ont des partisans. La Vulgate l'a toujours consi- 
déré comme un nom propre; les Septante l'ont rendu 
tantôt comme an nom propre et tantôt comme un nom 
commun : $a<r{â dans Deut., m, 67; xxxiv, 1; Jos., 
XII, 3; xiii, 20; et xopuçri toO Xe>aÇeu|iévou, « sommet 
du (mont) taillé », escarpé, dans Num., xxi, 20; xxiii. 



14. Saint Jérôme, Onomast., édit. Larsow, 1862, p. 73 
et 227, explique aussi le sens de Phasga par abscissum 
et eœcisum. On peut l'interpréter par « section, partie ». 
Gesenius, Thésaurus, p. 1114. — Sur les 'asdôf Pisgdh, 
mentionnées Deut., m, 17; iv, 49; Jos., xii, 3; xm,20, 
voir Asédoth, t. i, col. 1076. 

1° L'Écriture dit expressément que le Phasga est dans 
le pays de Moab, Num., xxi, 20; vis-à-vis de Jéricho, 
Deut., xxxiv, 1, et du désert de Jésimoth, Num., xxi, 
20, à l'est de la pointe septentrionale de la mer Morte. 
Deut., iv, 49; Jos., xii, 3. — Le mont Phasga fait partie 
de la chaîne des Abarim. Deut., xxxn, 19, comparé avec 
xxxiv, 1. Les monts Abarim s'étendent du nord au sud, 
à l'est de la mer Morte, depuis l'ouadi Hesban jusqu'au 
Zerka Maïn. Voir Abarim, t. i, col. 17. Le mont Nebo 
était un des pics des Abarim. Voir Nébo 2, t. iv, col. 1544. 
Phasga est-il un autre nom de la chaîne ou d'une partie 
de la chaîne des Abarim, ou bien un des pics du mont 
Nébo ou bien enfin simplement un nom commun, 
désignant le sommet du mont Nébo? Dans ce der- 
nier cas, la phrase du Deutéronome, xxxiv, 1, « Moïse 
monta sur le mont Nébo, au sommet du Phasga, » 
devrait se traduire : « Moïse monta sur le mont 
Nébo, au sommet de la hauteur. » On peut alléguer 
en faveur de cette version, outre les passages des 
Septante rapportés plus haut, le Targum de Jéru- 
salem et celui du Pseudo-Jonathan qui rendent inva- 
riablement Pisgâh par ramafa, « colline, élévation », 
et ne le regardent pas comme un nom propre. Cette 
explication est difficile à concilier avec les textes qui 
représentent le Phasga comme une montagne au pied 
de laquelle campèrent les Israélites, cf. Num., xxm, 14 
et xxiv, 2, et d'où jaillissaient des sources d'eau. Deut., 
m, 17; îv, 49; Jos., xii, 3; xm, 26. Les divers passages 
dans lesquels l'Ecriture nomme le mont Phasga semblent 
s'expliquer plus commodément en admettant que c'était 
une montagne de la chaîne des Abarim distinguée, par 
ce nom propre, des autres parties de la chaîne. C'est du 
mont Nébo que Moïse, Deut., xxxn, 49, contemple la 
Terre Promise avant de mourir. Or nous lisons, Deut., 
xxxiv, 1, « Moïse monta des plaines de Moab sur le 
mont Nébo, au sommet du Phasga ; » ce dernier som- 
met paraît donc bien n'être qu'un pic du Nébo, mais, 
à cause de son élévation, il désignait sans doute aussi 
toute la montagne. — Les voyageurs modernes n'ont pas 
trouvé de traces du nom de Phasga dans la Moabitide. 
Quelques-uns d'entreeux identifient le Phasga avecie Dje- 
bel ou Rds Siaghah, C. R. Condër, Palestine, 1889, p. 259, 
mais le Djebel Neba, à l'est du Siaghah est plus élevé. 

2° Le mont Phasga est nommé pour la première fois 
dans les Nombres, xxi, 20. En s'approcha nt de la Terre 
Promise pouren faire la conquête, les Israélites allèrent 
camper « de Bamoth (voir Bamoïh-Baal, 1. 1, col. 1423) 
à la vallée qui est dans le pays de Moab au sommet du 
Phasga, en vue du désert (de Jésimon) ». De là, Moïse 
fit demander à Séhon, roi des Amorrhéens, qui régnait 
à Hésébon, dans le voisinage, l'autorisation de traverser 
pacifiquement son territoire. Séhon ne l'accorda point, 
mais, au contraire, attaqua Israël. Il fut battu et les 
Israélites allèrent camper sur la rive orientale du Jour- 
dain vis-à-vis de Jéricho. — Balac, roi de Moab, ne se 
sentant pas de force à les arrêter, eut recours à Balaatn, 
et lui demanda de maudire ses ennemis, afin qu'il pût 
ainsi les mettre en fuite. Balaam prononça son second 
oracle, au sujet d'Israël, du champ de ?ofim (Vul- 
gate : « d'un lieu élevé, » in locum sublimem), au som- 
met du Phasga. Num., xxm, 11-24. — Le Phasga est 
nommé ensuite plusieurs fois comme marquant la fron- 
tière orientale de la Terre Promise qui doit s'étendre à 
Test « jusqu'à la mer de sel ou mer Morte » au pied de 
'Asdof hap-Pisgdh. Deut., ni, 17; iv, 49; Jos., xii, 3. 
— Moïse donna 'Asdôf hap-Pisgdh à la tribu de Ruben. 
Jos., xm, 20. — Enfin Moïse, sur l'ordre de Dieu, 



223 



PHASGA. — PHATURÈS 



224 



« monta des plaines de Moab sur le mont Nébo, au 
sommet du Phasga. » Deut., xxxiv, 1. C'est là qu'il 
contempla la Terre Promise et qu'il mourut. — Quant 
à la vue dont on jouit de cette montagne sur la Pales- 
tine, voir Nébo, t. iv, col. 1544. 

PHASHUR (hébreu : Pashûr; Septante : $aa-so-jp), 
chef d'une famille sacerdotale. II Esd., vu, 41. Son 
nom est écrit Pheshur I Esd., il, 38; x, 22; II Esd., 
x, 3, dans la Vulgate. « Les fils de Phashur » retour- 
nèrent de Babylonie en Palestine avec Zorobabel au 
nombre de 1247. I Esd., il, 38; II Esd., vu, 41. Six 
d'entre eux sont nommés par leur nom dans I Esd., x, 
22, comme ayant épousé des femmes étrangères, 
qu'Esdras les obligea à répudier. —Phashur (Pheshur), 
ou le chef de la famille de ce nom, signa du temps de 
Néhémie l'alliance contractée entre Dieu et son peuple. 
II Esd., x, 3. — Dans le texte hébreu, plusieurs autres 
Ismaélites sont nommés aussi Pashûr. La Vulgate écrit 
les noms de trois d'entre eux qui furent contemporains 
de Jérémie Phassur (voir ce mot) et Pheshur, dans 
II Esd., xi, 12, celui qu'elle appelle Phassur dans I Par., 
ix, 12. — Certains commentaires identifient le Phashur 
dont les fils revinrent à la captivité avec un des Phas- 
sur nommés par Jérémie : ce n'est pas impossible, mais 
peu probable. Voir Phassur 2. 

PHASPHA (hébreu : Pispâh; Septante : $oc<Ttpà), 
second fils de Jéther, un des principaux chefs de 
famille de la tribu d'Aser. I Par., vu, 38. 

PHASSUR (hébreu : PaShûr), nom de six Israélites. 
La Vulgate écrit le nom de deux d'entre eux Phashur 
et Pheshur. Voir ces deux noms. 

1. PHASSUR (Septante : llaax^?), prêtre, fils d'Em- 
mer. Un des oracles de Jérémie, xx, 1-6, est dirigé 
contre lui. Phassur était inspecteur en chef (hébreu : 
pâqû nàgîd; Vulgate : princeps) ou intendant du temple 
de Jérusalem. Ayant entendu Jérémie prophétiser la 
ruine de Jérusalem et du Temple, il le frappa et le fit 
mettre aux ceps dans le Temple à la porte Haute de 
Benjamin. Il ne le délivra que le lendemain. Jérémie 
lui dit alors : « Jéhovah ne t'appelle plus Phassur 
(étymologie incertaine; Gesenius, Thésaurus, p. 1135, 
l'explique par « sécurité tout autour »), mais Mâgôr 
Missâbîb (terreur tout autour), parce que voici ce que 
dit Jéhovah. « Je te livrerai à la terreur toi et tous tes 
amis. » Tous ses amis seront frappés par l'ennemi, 
Juda sera livré au roi de Babylone, et Phassur et les 
siens seront emmenés en captivité. Jérémie, f. o\ ter- 
mine sa prophétie en reprochant au fils d'Emmer 
d'avoir prophétisé des mensonges. Il devait donc avoir 
prédit que Juda serait délivré des attaques des Chal- 
déens. Le texte sacré ne nous dit rien de plus sur le 
sort de Phassur et de sa famille, mais on ne saurait 
douter que la prophétie qu'il avait faite contre eux n'ait 
été réalisée. — Phassur, fils d'Emmer, peut être le 
même que Phassur, père de Gédélias. Voir Phassur 3. 

2. PHASSUR (Septante : IlaaxtSp), Aïs de Melehias, 
contemporain de Jérémie comme le précédent, prêtre 
selon les uns, cf. I Par., îx, 12, prince du peuple, selon 
les autres. Il fut mêlé à deux événements de la vie de 
Jérémie. Le roi Sédécias l'envoya auprès du prophète 
avec le prêtre Sophonie pour lui demander de consulter 
Jéhovah au sujet de la guerre que lui faisait les Chal- 
déens, dans l'espoir d'en obtenir une prédiction favo- 
rable, mais Jérémie annonça la prise de Jérusalem. 
Jer., xxi, 1. — Plus tard, nous retrouvons le fils de 
Melehias, Jer., xxxvni, 1, parmi les grands de la cour 
qui, ayant entendu Jérémie prophétiser la ruine de 
Jérusalem, pendant qu'il était dans la cour de la prison, 



pressèrent le roi de le faire mettre à mort et obtinrent 
_de lui de le jeter dans la citerne boueuse de Melehias 
d'où il fut retiré par l'eunuque éthiopien Abdémélech. 
Jer., xxxviii, 1-13. — Ce Phassur est peut-être le même 
que le « Phassur, fils de Melehias », qui est nommé 
I Par., ix, 12, et II Esd., xi, 12, comme aïeul d'Adaïas, 
lequel figure parmi les prêtres qui habitèrent Jéru- 
salem au retour de la captivité, mais on ne peut établir 
qu'il soit le chef éponyme des « fils de Phashur » qui 
revinrent de captivité avec Zorobabel. Voir Phashur, 
col. 223. — Quelques commentateurs croient aussi que 
le fils de Melehias est le père de Gédélias, Jer., xxxvm, 
1, mais ce n'est guère vraisemblable, Gédélias « fils de 
Phassur » étant nommé dans ce f. 31, avant « Phassur, 
fils de Melehias », et sans l'indication d'aucun lien de 
parenté. Le nom de « Phassur, fils de Melehias », 
manque, il est vrai, dans les Septante, mais il se lit 
dans l'hébreu comme dans la Vulgate. 

3. PHASSUR (Septante : Tlaaxûp), père de Gédélias. 
Gédélias fut un des ennemis de Jérémie. Jer., xxxvili f 
1. Certains commentateurs confondent ce Phassur avec 
l'un des précédents. Voir Phassur 1 et 2. 

4. PHASSUR (Septante : «fcasxwp), père de Jéroham, 
aïeul d'Adaïas et fils de Melehias. I Par., ix, 12. Quelques 
commentateurs le prennent pour un personnage diffé- 
rent de Phassur 2, mais la distinction des deux n'est 
pas certaine. Le livre de Néhémie, II Esd., xi, 12, 
mentionne aussi Phassur (dont elle écrit le nom Peshur), 
fils de Melehias, comme ancêtre du prêtre Adaïa, fils 
de Jéroham. Seulement dans ce passage la généalogie 
est plus complète; elle contient quelques noms qui 
sont omis dans I Par., ix, 12. 

PHATAÏA (hébreu : Petahyâh, « Jéhovah délivre »; 
Septante : ieéeîa), un des Lévites qui avaient épousé 
une femme étrangère. Esdras l'obligea à la répudier. 

I Esd., x, 23. Nous le retrouvons dans II Esd., IX, 5, le 
dernier de ceux des Lévites qui du temps de Néhémie 
adressèrent à Dieu une longue prière pour le renou- 
vellement de l'alliance entre lui et son peuple. Dans ce 
passage, les Septante omettent son nom et la Vulgate 
l'écrit Phathahia. — Le texte hébreu mentionne deux 
autres Petahyâh qui sont appelés dans notre version 
latine Phétéia, I Par., xxiv, 16, et Phathahia, Il Esd., 
xi, 24. 

PHATHAHIA (hébreu : Petahyâh), nom de deux 
Israélites dans la Vulgate. Voir Phataïa. 

1. PHATHAHIA (Septante omettent son nom), lévite. 

II Esd., ix, 5. C'est le même que la Vulgate appelle 
Phataïa. I Esd., x, 23. 

2. PHATHAHIA (*a6ai'a), fils de Mesézebel, descen- 
dant de Zara, de la tribu de Juda, contemporain de 
Néhémie. Il était « sous la main du roi » Ârtaxerxès, 
c'est-à-dire son représentant ou son mandataire ou son 
conseiller pour toutes les affaires qui concernaient les 
Juifs. II Esd., XI, 24. 

PHATHUEL (hébreu : Pefiïêl; Septante : B*6owiX), 
père du prophète. Joël Joël. I, 1 . On ne connaît que 
son nom, et encore ce nom est-il diversement écrit dans 
les manuscrits grecs et dans les versions. Voir Joël 15, 
t. m, col. 1582. 

PHATURÈS, PHATHURÈS, PHÉTROS (hébreu : 
Patrôs; Septante : yï| IlaGoup^; et y 5 ! $a8oup^;; Vul- 
gate : Phatures, dans Jérémie, xuv, 1, 15; Phat hures, 
dans Ézéchiel, xxix, 14; xxx, 14; Phetros, ls., xi, 11), 
la Haute Egypte. 



225 



PHATURÈS 



226 



I. Étymologie et signification. — Phathurès ou Phé- 
tros est un mot égyptien hébraïsé. Il se décompose de 

l'avis généra], enpo ta risi, it 7TT JL Y ,ou P-to-res, 

« la terre du sud », et il désigne la Haute Egypte, la 
Thébaïde des Grecs, le Sàïd des Arabes, par opposition 

à pa ta mehit, X. * * * \\ > ou P-to-mehet, « la terre 
du nord », la Basse Egypte, le Delta. Pour ces noms et 
leurs variantes, voir Brugsch, Dictionnaire géogra- 
phique de l'ancienne Egypte, Supplément, 1880, 
p. 1399. La plus ancienne histoire de l'Egypte est una- 
nime à nous montrer la division du pays en deux 
terres et en même temps son union dans les mains 
d'un seul chef. Déjà les rois des premières dynasties 
font l'union des deux terres et la figurent par le sam-tooui, 
c'est-à-dire la ligature du lotus, emblème de la Haute 
Egypte, et du papyrus, emblème de la Basse Égvpte. 
Quibell, Hierakonpblis, part. I, 1900, pi. xxxvii-xxxviii 
et p. 11. Chaque région avait sa couronne propre, cou- 
ronne blanche pour la Haute Egypte, couronne rouge 
pour la Basse Egypte. Les deux couronnes réunies for- 
maient le pschent (fig. 43). Le royaume du sud com- 




43. — Couronnes d'Egypte. 
1. Couronne blanche. — 2. Couronne rouge. — 3. Pschent. 

mençait plus ou moins loin de Memphis, suivant les 
époques, et se terminait à Bigeh et à Philse. Dès l'An- 
cien Empire, il eut ses gouverneurs dont la résidence 
ne paraît pas avoir été fixe. Ouni, que Mérenra de la 

VI» dynastie nomma à la dignité de — V * == ' 4>, 1)atj- 

à mer res, « chef gouverneur du midi », résidait à la 
cour. Le territoire de la province méridionale descen- 
dait alors jusqu'à Memphis. E. de Rongé, Recherches 
sur les monuments qu'on peut attribuer aux six pre- 
mières dynasties, p. 135. Hirkhouf qui eut le même 
honneur après Ouni était gouverneur d'ÉIéphantine. 
J. de Morgan, Catalogue des monuments et inscrip- 
tions de l'Egypte antique, t. i, p. 172. Quand plus tard 
Thèbes eut obtenu la suprématie et fut devenue Nout- 
Risit, « la ville par excellence du sud », la grande 
capitale, c'est là que résida le gouverneur du midi. A 
une époque où les Hébreux vivaient encore tranquilles 
en Egypte, Rekhmara, nomarque de Thèbes, vizir de 
Thotmès III, etc., joignait à ses autres charges celle de 

gouverneur du midi. Mais alors 2. , Besit, la région 

du -midi, si elle allait toujours jusqu'à Bigen, ne 
descendait plus que jusqu'à Siout, puisque c'est dans 
ces limites que Rekhmara perçoit les taxes de son 
commandement. Newberry, The life of Rekhmara, 
1900, pi. v-vi et p. 26. Après les Ramessides et la 
disparition des rois prêtres, les Bubastites de la 
XXII 8 dynastie firent de la Thébaïde déchue un apa- 
nage royal et la maintinrent de la sorte sous leur dé- 
pendance, avec des alternatives toutefois. Cf. Maspero, 
Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 6 e édit., 
1904, p. 476. Elle ne tarda pas de tomber aux mains 
des Éthiopiens et, sous ces derniers, vers la fin du 
vm e siècle, puis sous les Saïtes, vn e et vr= siècles, elle 
devint une principauté théocratique régie par des 
femmes de sang royal. Toutes ces péripéties contribuè- 

DICT. DE LA BIBLE. 



rent politiquement à rendre réelle, de nominale qu'elle 
était auparavant, la démarcation déjà si tranchée par la 
nature elle-même, entre la Haute et la Basse Egypte. 
Le nom d'Egypte ou Mesraîm se restreignit à la dernière. 
II. La terre du sud chez les prophètes. — 1" Isaïe, 
xi, 11, prophétisant la venue du Messie, annonce qu'il 
apportera au inonde le règne de la justice, et spéciale- 
ment qu'« il éteudra de nouveau sa main », comme il 
avait déjà fait pour la sortie d'Egypte, et qu'« il rappel- 
lera le reste de son peuple » dispersé aux quatre points 
cardinaux. Il le rappellera en particulier du sud, c'est- 
à-dire de l'Egypte, de Phétros et de l'Ethiopie. On ne 
s'explique pas que les Septante lisent ici àm> Baguî.wvt'a; 
pour a Phetros, contrairement au texte hébreu suivi 
par la Vulgate. Quoi qu'il en soit, Phétros est le même 
mot que Phaturès. Jer., xliv, 1, 15. Isaïe est pleinement 
d'accord avec l'état de choses existant en Egypte de son 
temps, lorsqu'il distingue la terre du sud de Mesraîm 
devenue au sens restreint l'Egypte proprement dite. De 
plus il suit l'ordre géographique, allant du nord au sud 
jusqu'à l'ithiopie, jadis soumise à l'Egypte, maintenant 
indépendante d'elle et parfois la dominant. Asarhadon 
ne fait pas autrement quand il se déclare « le roi des 
rois d'Egypte (Musur), de la Haute Egypte (Paturisi) et 
de l'Ethiopie (Kusi). » Budge, The hislory of Esarad- 
don, n° 5, p. 16 19. — 2» Jérémie, xliv, 1 : « Parole 
qui fut transmise par Jérémie à tous les Juifs qui habi- 
taient le pays d'Egypte, à Magdal, à Taphnès et dans 
Memphis, et dans la terre de Phaturès. » il. 15 : « Et, 
'tout le peuple de ceux qui habitaient en Egypte (et) à 
Phaturès, répondirent à Jérémie... » Jérémie suit aussi 
l'ordre géographique et met en parallèle Mesraîm et 
Phaturès, soit qu'il annonce aux Juifs réfugiés et dis- 
persés en Egypte le châtiment de leur idolâtrie par la 
main de Nabuchodonosor, soit qu'il cite la réponse de 
ces mêmes Juifs opiniâtres dans leur incrédulité. Tous 
ceux de Mesraîm et ceux de Phaturès (f. 15), Dieu les 
atteindra en Mesraîm où ils occupent trois villes, Mag- 
dal à la frontière orientale, Taphnis un peu plus haut 
dans les terres et enfin Memphis à la pointe de Delta ; 
il les atteindra pareillement en Haute Egypte (f. 1) ; d'un 
mot, dans les deux régions distinctes où s'étend la dis- 
persion. Cf. Ézéchiel, xxx, 13-14, où l'on voit la même 
opposition entre Mesraîm et Phaturès. — 3° Dans Ézé- 
chiel, xxx, 14, le Seigneur prédit la dispersion de la 
terre de Phaturès. Au chap. xxix, 12-13, le Seigneur vient 
de dire : « Je disperserai les Égyptiens parmi les na- 
tions, et je les séparerai dans tousles pays... Après qua- 
rante ans je rassemblerai les Égyptiens du milieu des 
peuples parmi lesquels ils avaient été dispersés. » Il 
ajoute, f. 14 : « Je ramènerai les captifs d'Egypte; je les 
placerai dans la terre de Phaturès, dans la terre de leur 
naissance, et ils y feront un royaume humilié. » Dans 
l'état actuel de nos connaissances, la réalisation de cette 
prophétie reste obscure par plus d'un côté. Ni les docu- 
ments assyriens et égyptiens, ni Josèphe et les autres 
écrivains ne font la lumière sur ces quarante années 
suivies du rétablissement de l'Egypte dans un royaume 
limité à la terre du sud. Cf. W. M. Mùller, art. Pathros, 
dans Hastings, Dictionary of the Bible, t. m, p. 693. 
Une seule chose est certaine : après les invasions des 
Assyriens, l'Egypte était frappée à mort, et malgré son 
renouveau sous Amasis, elle était bien « un royaume 
humilié ». Les Perses allaient venir. Peut-être est-ce 
dans la période qui va d' Amasis aux Perses (570-525) 
qu'il faudra placer la restauration signalée par le pro- 
phète? Il y eut là, semble-t-il, un moment d'accalmie 
et de paix relative, surtout dans la Haute Egypte déli- 
vrée des Éthiopiens. Mais il est un point de la prophétie 
où nos connaissances nous permettent de vérifier l'exac- 
titude d'Ézéchiel. Il dit expressément que Phaturès est 
la terre d'origine des Égyptiens, terra nativilatis 
suse. En cela il est d'accord avec la tradition égyptienne 

V. -8 



227 



PHATURÈS — PHÉNIGIE 



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consignée par Hérodote n, 4, 15, et Diodore n, 50, 
Thinis, ^~ ] , Theni, dans la Haute-Egypte, fut en 

effet le berceau et la première capitale de l'Egypte, Menés, 
le premier roi historique, en était originaire, les deux 
premières dynasties sont appelées thinites. Brugsch, 
Histoire d'Egypte, i™ partie, 2» édit., Leipzig, 1875, 
p. 29-30. De plus, les inscriptions attestent la priorité 
du sud en le plaçant toujours avant le nord ; ainsi, par 
exemple, le Pharaon est constamment en premier lieu 
roi de la Haute Egypte. Enfin Amélineau a découvert 
(1895-1898) les tombes des plus anciens rois à Abydos, 
nécropole de Thinis, et cette découverte est venue 
donner à la tradition la plus éclatante confirmation. 
Cf. Pétrie, The royal Tombs, 2 in-8», 1900-1901 (Mé- 
moires XVIII et XXI de l'Egypt Exploration Fund). 
Venus d'Asie par la mer Rouge et l'ouadi Hammâmât, 
suivant l'opinion la plus probable, les Égyptiens s'éta- 
blirent donc dans les environs d'Abydos. Ce fut là 
qu'ils naquirent en quelque sorte comme peuple et 
d'où ils s'étendirent au sud et au nord sur toute la 
vallée du Nil._ Cf. J. de Morgan, Recherches sur les 
origines de VÉgypte, t. u, 1897, p, 214 sq. 

C. Lagier. 
PHAÙ (hébreu: ws, Pâ'û, Gen.,xxxvi,39; >7B, Pâ'i, 
I Par., i, 50; Septante : "^(ofiip), ville d'Idumée où 
résidait Àdar (appelé Âdad I Par., i, 50), roi d'Édom. 
Le site de cette ville est inconnu. U. J. Seetzen, Reisen 
jiurch Syrien, Palàstina, t. ni, Lund, 1835, p. 18, pro- 
pose de reconnaître Phaû dans Phau'ara. F. Buhl, ' 
Geschichle der Edomiter, 1893, p. 38, combat cette 
identification. 

PHÉ, lettre hébraïque. Voir Pé, col. 1. 

PHEDAEL (hébreu : Pedâh'êl « Dieu délivre »; 
Septante : $aSa-ri>.), fils d'Ammiud, de la tribu de Neph- 
thali. II fut chef de sa tribu et Moïse le chargea de la 
représenter dans le partage de la Palestine, avec les 
chefs des autres tribus israéVites. ÏVvim., raxw, Î.8. 

PHEGIEL (hébreu : Pag'î'êl, Septante : $o-(ct.i-r{>., 
«Êa-fe-r^), fils d'Ochran, chef de la tribu d'Aser, du 
temps de Moïse. Il oiîrit au Tabernacle les mêmes pré- 
sents et les mêmes sacrifices que les autres chefs de 
tribus. Num., i, 13; h, 27; vu, 72, 77. Il marchait à la 
tête des Asérites. Num., x, 26. 

PHELDAS (Pildâs; Septante : «SctASé;), le sixième 
des huit fils de Nachor, frère d'Abraham et de Melcha, 
sa nièce. Gen., xxn, 22. Le nom îurrbs a été trouvé 
dans les inscriptions nabuthéennes. M. A. Levy, Ueber 
die nabatâischen lnschriften, dans la Zeitschrift der 
deutschen movgenlàndischen Gesellschaft, t. xiv, 1860, 
p. 440. 

PHÉLÉIA (hébreu : .Prfd'yâfcfvoirPHALAïA, col. 182]; 
Septante : $a8ats; A lexandrinus : QoXvda.), troisième 
fils d'Elioénaï, de la race royale de David. I Par., m, 

24. 

PHÉLELIA (hébreu : Pelalyâh, « Jéhovah juge »; 
Septante : «JaXaXîâ), prêtre, fils d'Amsi et père de 
Jéroham qui était lui-même père d'Adaïa, contempo- 
rain de Néhémie. II Esd., xi, 12. C'était un des des- 
cendants de Pheshur ou Phassur, fils de Melchias. 

PHÉLETH (hébreu : Pélét; Septante : $aXI6), père 
de Hon, de la tribu de Ruben. Hon prit part à la ré- 
volte de Coré et des deux autres Rubénites Dathan et 
Abiron contre Moïse et Aaron, Num., xvi, 1. Les Sep- 
tante et le texte samaritain appellent Phéleth fils de 
Ruben. — Un descendant de Jéranjéel de la tribu de 



Juda, qui est aussi appelé Pélét dans le texte hébreu, 
est appelé Phaleth, dans la Vulgate. I Par., u, 33. 

PHÉLÉTHIENS (hébreu : hap-Pelêti; Septante : 
ô $e).£80> gardes du corps du roi David. II Reg., vm, 
18; xv, 18; III Reg., i, 38, 44; IPar., xvin, 17. La Vul- 
gate nomme aussi les Phéléthiens, IV Reg., xi, 19, 
parmi les gardes qui accompagnèrent le roiJoas lors de 
son intronisation, mais l'hébreu et les Septante n'en 
font pas mention et parlent seulement des Céréthiens. 
Dans tous les autres passages cités plus haut, les Phé- 
léthiens sont toujours joints aux Céréthiens et nommés 
à leur suite. On croit communément que leur nom 
n'est qu'une variante de celui de Philistin. Cf. 
Ezech., xxv, 15; Soph., n, 5. Voir Céréthiens, t. n, 
col. 441. 

PHÉLONITE. I Par., xi, 36: Voir Phallonite, 
col. 183. 

PHELT1 (hébreu : Pillai; Septante : ^eltu), repré- 
sentant de la famille sacerdotale de Miaminet Moadiadu 
temps du grand-prêtre Joacim. II Esd., xii, 17. Voir 
Miamjn 3, col. 1058. 

PHELTIA (hébreu : Pelatyâh [voir Phaltias, 
col. 184]; Septante : ^aX-cid), un dés chefs du peuple 
qui du temps de Néhémie signèrent l'alliance entre 
Dieu et les Israélites. II Esd., x, 22. 

PHELTIAS (hébreu : Pelatyâh et Pelatyâhû [voir 
Phaltias, col. 184]; Septante : ^aXxtâç), fils de Banaïas, 
contemporain d'Ézéchiel, un des chefs du peuple. Le 
prophète, dans une vision, xi, 1-13, fut transporté à la 
porte orientale du Temple de Jérusalem et il vit là 
vingt-cinq hommes au milieu desquels étaient Jézonias, 
fils d'Azur, et Pheltias. Dieu lui ordonna de prophétiser 
contre eux et comme il prophétisait, Pheltias mourut. 

PHENENNA (hébreu : Peninnâh,n corail ou perle; » 
Septante : $evvava), seconde femme d'EIcana, père de 
Samuel. Elle avait des enfants et Anne, la première 
femme et la femme préférée d'EIcana, n'en avait point. 
Phénenna, jalouse sans doute de la préférence que mon- 
trait son mari, reprochait sa stérilité à Anne qui était 
humiliée et blessée de ses reproches. I Reg., i, 1-8. 
Quand ses prières lui eurent obtenu de Dieu un fils qui 
fat Samuel, Anne s'écria dans son cantique, à l'adresse 
de Phénenna, I Reg., h, 5 : 

La stérile enfante sept fois, 
Et celle qui avait beaucoup de fils est flétrie. 

PHÉNICE (grec : <J>oïvt£; Vulgate : Phœnice), port 
de Crète. Act., xxvn, 12. Voir Phœnice. 

PHÉNIC1E, nom donné à la cote de Syrie et au terri- 
toire compris entre le mont Liban à l'est et la mer Mé- 
diterranée à l'ouest. Sa longueur a été très différente 
selon les diverses époques. Elle s'étendait depuis Gébal 
ou Byblos jusqu'à Dor ou Tantourah, mais on l'a pro- 
longée aussi jusqu'à Joppé et même Rhinocolure, à la 
frontière de l'Egypte, avant l'établissement des Philistins 
dans la Séphélah. Jamais elle n'a désigné un État unique, 
gouverné par un même chef; elle fut toujours divisée en 
un certain nombre de villes possédant chacune un terri- 
toire particulier et une domination pi us ou moins étendue . 

I. Nom. — 1° Le nom de Phénieie nous vient des Grecs 
et non des Phéniciens eux-mêmes. La forme grecque 
est <E>otv:Vr], Odys., iv, 83; Hérodote, m, 5; Thucy- 
dide, n, 69; Strabon, XVI, n, 21; Ptolémee, v, 15, 21, 
et la forme latine, Phœnice. Cicéron, Acad., ir, 20; 
Tacite, Rist., v, 6; Pomponius Mêla, i, 12; Pline, 
H. N., v, 13. Les auteurs latins plus récents écrivirent le 



229 



PHÉNICIE 



230 



nom Phœnicia et cette forme a prévalu parmi les mo- 
dernes, mais elle ne se trouve pas dans l'Écriture. Ce 
nom ne se lit que dans les livres écrits en grec, 
puisqu'il est d'origine grecque, c'est-à-dire dans le se- 
cond livre des Machabées, m, 5, 8; iv, 4, 22; vin, 8; x, 
11, et dans les Actes, xi, 19; xv, 3; xxi, 2; xxvn, 12 : 
«Êoivnai etPhœnice. Saint Marc, vu, 26, mentionne une 
Syro-phénicienne Evpotpofvtffda, Syrophœnissa. 

2° L'Ancien Testament, en dehors de II Mach., ne 
désigne pas autrement la Phénicie que par le nom 
général de terre de Chanaan. Gen., x, 19; Is, , xxm, 
11; Abd., 20. Cf. Matth., xv, 22, appelant « Chana- 
néenne » la femme que saint Marc, vu, 26, appela 
Syro-phénicienne, et les Septante rendant (quelquefois 
à tort), Jos., v, 12, la locution « terre de Chanaan » par 
?! $oivîxt] ou t( -/wpa twv $otvi'xwv. Exod., xvi, 3, 5; Jos., 
v, 1; Is., xxm, 2; Job, XL, 15 (30). Cf. Deut., m, 9. 
Voir Chanaan 2, t. h, col. 537. Mais il faut observer 
que ce nom de Chanaan n'est pas réservé seulement à 
la Phénicie; il est plus étendu et s'applique à des ter- 
ritoires et à des peuples qui n'étaient pas phéniciens. 
L'absence d'un nom général pour la Phénicie provient 
de ce que les cités phéniciennes étaient indépendantes 
les unes des autres et n'étaient unies par aucun lien 
politique. La table ethnographique de la Genèse, x, 15- 




44. — Monnaie de Laodicée du Liban. 
Tête diadémée et radiée d'Antiochus, à droite. — R). BAEIAEQ5 

ANTioxor. Zjo/,44 fi &> &'W%''-i'-i' Neptune, de- 
bout, de face, drapé aux trois quarte dans sa chlamyde, tenant 
une patère de la main droite et le trident de la main gauche. 
Dans le champ à gauche, A. A (pour Laodicée); à droite, un 
monogramme. 



18, énumère séparément Sidon, l'Aracéen, l'Aradien, le 
Samaréen, et les écrivains hébreux ne désignent jamais 
les Phéniciens par un nom ethnique spécial, mais par 
les noms des villes auxquelles ils appartiennent : les 
gens de Sidon, les gens de Tyr, I Esd., ni, 7; les 
Giblites, III Reg., v, 18; les gens d'Arad, Ezech., xxvn, 
11; les Aracéens, les Sinéens, les Samaréens, Gen., x, 
17, 18; les habitants d'Acho, d'Achzib et d'Aphec. Jud., 
i, 31. En englobant d'ailleurs la Phénicie dans la terre 
de Chanaan, les écrivains hébreux parlaient comme les 
Phéniciens eux-mêmes. Une monnaie de Laodicée du 
Liban (fig. 44), frappée au nom d'Antiochus IV Épi- 
phane, nous montre que, à cette époque encore (175- 
164 avant J.-C), on donnait au pays le nom de Cha- 
naan. On y lit en effet ^yjsa ™ xs-mbb, « De Laodicée, 
mère (métropole) de Chanaan. » Gesenius, Phœnicise 
monumenta, t. il, p. 267. Etienne de Byzance, De 
urbibus, édit. Dindorf, Leipzig, 1835, t. i, p. 464, dit 
formellement ; Xvà, ovtok ■?; "foivi'xï] ÊxaXeïTo. Cf. la 
citation de Philon de Byblbs dans Eusèbe, Prmp. 
evang., I, 10, t. xxi, col. 84 : 'ASeXço; Xvà toû rcptito-j 
u.tTovop.acr9ÉVTOc <&ocvixo;. Chna est une forme apocopée 
de Chanaan. Dans le papyrus Harris, i, 9, lig. 1 et suiv., la 
Phénicie est appelée aussi Kanaan. Voir W. M. Mùller, 
Asien und Europa, 1893, p. 181. Saint Augustin nous 
apprend que de son temps les paysans carthaginois, en 
latin, Pœni, dénomination qui n'est pas différente de 
Phœnices, s'appelaient eux-mêmes Chanani : Interro- 
gati rustici nostri quid sinl, dit-il, In Rom, inch. 
Expos., 13, t. xxxv, col. 2096, punice respondentes 



Chanani... Cf. Gesenius,' Thésaurus, p. 696; Schrô- 
der, Die phônizische Sprache, in-8°, Halle, 1869, p. 6 
(et les citations, ibid.). Sur le nom Chanaan-Phénicie, 
voir W. M. Mùller, Asien und Europa, p. 205-208. 
Le nom géographique de Chanaan ne désigne pas direc- 
tement le peuple qui habitait sur la côte, mais le pays 
lui-même d'après son caractère physique. Chanaan 
signifie « le pays bas », qui longeait la Méditerranée, 
par opposition au pays haut, Aram ou la Syrie, formée 
par les montagnes qui s'élevaient à l'ouest. Cur 
dicta sit terra Chanaan interpretatio hujus nominis 
aperit. Chanaan quippe interpretatur Humilis, 
dit saint Augustin, Enarr. in Ps. cir, 7, t. xxxvn, 
col. 1394. 

3° L'étymologie du mot grec d>oîvi£ est controversée. 
Le nom de la Phénicie paraît tiré, d'après les uns, du 
nom de ses habitants. Les Grecs les appelèrent djoïvixeç, 
d'où les Latins tirèrent Phœnices et Pœni, à cause de la 
couleur rouge-brun de leur peau (çoivôj). R. Pietsch- 
mann, Geschichte der Phônizier, Berlin, 1889, p. 13. 
D'après d'autres, les Hellènes antérieurs à Homère 
donnèrent au pays situé à l'ouest du Liban le nom de 
«Êoivtxr], parce que ce qui les frappa le plus, quand ils 
le visitèrent, ce fut le palmier qui y est indigène et 
élève sa couronne de palmes au-dessus de l'olivier, du 




45. — Monnaie de Tyr. 

Tête diadémée d'Antiochus IV, adroite. - 
ANTioxor. Un palmier. 



R). BAEIAEflE 



figuier et du grenadier; Phénicie veut dire le pays des 
palmiers, <poïvi? signifiant « palmier » en grec. G. Raw- 
linson, History of Phœnicia, 1889, p. 1. Cet arbre 
figure sur des monnaies de Tyr (fig. 45) et de plu- 
sieurs autres villes phéniciennes. Babelon, Les rois de 
Syrie, Paris, 1890, p. xcix, 75 (n° 577, 578), pi. xm, 
n» 12. Voir, pour d'autres monnaies phéniciennes re- 
produisant le palmier, Schrôder, Phônizische Sprache, 
pi. xvm, fig. 11, 12, 14. 

II. Origine des Phéniciens. — La table ethnogra- 
phique de la Genèse, x, 15-18, fait descendre les Phé- 
niciens de Chanaan, fils de Noé. Elle énumère parmi 
les fils de Chanaan, Sidon, son premier-né, l'Aracéen, 
le Sinéen, l'Aradien et le Samaréen, c'est-à-dire que 
Sidon, Arca (voir Aracéen, t. i, col. 866), Arad ou 
Arvad et Simira, qui comptaient parmi les principales 
villes de Phénicie, furent fondées et habitées par les 
descendants de Chanaan. Sidon fut en effet tout d'abord 
la ville la plus florissante du pays, et Tyr, qui n'est pas 
nommée dans le Pentateuque et n'apparaît que dans le 
livre de Josué, xix, 29, n'acquit que plus tard la préé- 
minence. Voir Tyr, Sidon. 

On croit généralement que les Phéniciens ont émi- 
gré des bords du golfe Persique sur les rives de la 
Méditerranée environ 3000 ans avant notre ère. Héro- 
dote, i, 1 ; vu, 89; Strabon, XVI, m, 2; Justin, XVIII, 
m, 2. Ce dernier, abréviateur de Trajan Pompée, dit : 
te La nation syrienne fut fondée par les Phéniciens, qui 
étant troublés par un tremblement de terre, quittèrent 
leur pays d'origine et s'établirent d'abord sur les bords 
du lac Assyrien (probablement le Bahr Nedjif, dans le 
voisinage de Babylone) et puis sur les bords dé la 
Méditerranée, où ils bâtirent une ville qu'ils appelèrent 
Sidon, à cause de l'abondance du poisson, car les Phé- 
niciens appellent le poisson sidon », Ces affirmations 



231 



PHENIGIE 



232 



ont été contestées, mais le fond paraît exact. G. Rawlin- 
soft, History of Phœriicia, p. 54. Quel a été leur ber- 
ceau primitif? Nous l'ignorons. On en fait assez générale- 
ment aujourd'hui un peuple sémitique, surtout à cause 
de sa langue, qui diffère très peu de l'hébreu et est 
apparentée aux autres langues sémitiques, mais il ne_ 
résulte pas de là nécessairement que les Phéniciens 
fassent des descendants de Sem et que l'origine chami- 
tique qui leur est attribuée par la Genèse soit controu- 




46. — Carte de la Phénicie. 

vée. Les Phéniciens, commerçants par goût et par tem- 
pérament, ont pu adopter la langue des nations et des 
tribus avec lesquelles ils étaient en affaires. Il est pos- 
sible aussi que Sémites et Chamites aient parlé long- 
temps la même langue et que les Phéniciens vivant au 
milieu des Sémites aient toujours parlé un idiome 
semblable à celui de leurs plus proches voisins. Cf. Th. 
J. Ditmar, Ueber das Vaterland der Phônizier, in-12, 
Berlin (1889). 

III. Le pays. — 1° Etendue. — La longueur de la 
Phénicie a varié aux diverses époques et les anciens 
géographes n'ont eu qu'une idée assez vague de ses di- 
mensions. Si on l'étend du cap Possidi à Rhinocolure, 
elle eut en ligne droite, environ 610 kilomètres de lon- 
gueur, mais, en général, les Phéniciens n'ont pas de 
beaucoup dépassé le mont Carmel. Pomponius Mêla, 



Chorogr., t, 11-12, édit. Teubner, p. 15-16, en remon- 
tant du sud au nord la fait commencer à Joppé (fig. 46). 

De la frontière d'Egypte au mont Carmel, sur une 
longueur de 240 kilomètres, on ne rencontre aucun 
promontoire, aucune baie digne de ce nom. Du Carmel 
qui s'avance assez avant dans la mer et offre un refuge 
aux navires, jusqu'à Beyrouth, pendant 146 kilomètres, 
la côte est presque régulière. Ce n'est qu'au nord de 
Beyrouth que la ligne de côtes devient accidentée. De 
cette ville à Tripoli, elle est coupée par plusieurs pro- 
montoires et plusieurs baies. A partir de là, de Tripoli 
à Tortose (Antaradus), la mer fait une forte échancrure 
dans les terres. J usqu'au delà de Gabala, la côte remonte 
vers le nord avec peu de sinuosités, mais ensuite, jus- 
qu'au cap Possidi, elle est très irréguliére; les monts 
Bargylus et Casius se prolongent dans (a mer et forment 
des promontoires dont le cap Possidi est le plus remar- 
quable. 

La largeur du territoire occupé par les Phéniciens 
sur le rivage de la Méditerranée variait de 12 à 15 kilo- 
mètres à 50. La frontière orientale était l'arête monta- 
gneuse qui sépare les eaux qui se déversent dans la 
mer à l'ouest,, de celles qui se déversent à l'est dans 
l'Oronte, le Litany et le Jourdain. Entre ces montagnes 
et la mer, on trouve des plaines d'alluvion et sur le 
rivage même une bande de sable blanc, plus ou moins 
large, qui se distingue par sa finesse et par son excel- 
lente qualité siliceuse, spécialement dans le voisinage 
de Sidon et au pied du mont Carmel. 

2° Plaines et montagnes. — Les plaines les plus 
remarquables sont celles de Saron, d'Accho, de Tyr, de 
Sidon el de Marathus. Les montagnes qui appartiennent 
ou se rattachent à la Phénicie sont le Carmel, le Casius, 
le Bargylus et le Liban. Voir Carmel 2, t. u, col. 290, et 
Liban, t. iv, col. 1277. Le Bargylus des anciens, Ansay- 
riéh ou Nasariyéh des modernes s'étend de l'Oronte 
près d'Antioche à la vallée de l'Éleuthérus. L'eau y 
abonde et là prennent naissance le Nahr-el-Kebir qui 
a son embouchure près de Latakiéh, le Nahr-el-Melk, 
le Nahr-Amrit, le Nahr-Kublé, le Nahr-el-Abratb, etc. 
Le Liban était la chaîne la plus importante, la défense 
naturelle la plus forte de la Phénicie ; les armées étran- 
gères n'osaient guère s'aventurer à l'ouest de ses cimes. 

3° Climat. — Le climat de la Phénicie est très varié, 
à cause de l'étendue de ses côles et de la diversité des 
altitudes. Pendant l'hiver, les tempêtes sont nombreuses 
et la pluie abondante, la navigation, interrompue et 
même impossible, mais de mai à octobre, le baromètre 
varie fort peu, le ciel est sans nuage et sans pluie. 

4» Productions. — Le sol produit le palmier qui, 
autrefois surtout, était très abondant, le sycomore, le 
pin maritime, le platane, sur la côte; et dans les mon- 
tagnes le cèdre, « la gloire du Liban », le pin d'Alep, le 
cyprès, etc., le chêne, le noyer, le peuplier et le ca- 
roubier. Les arbres fruitiers indigènes dans le pays 
sont l'olivier, la vigne, le dattier, le noyer et le figuier. 
Voir ces mots. On trouve sur la côte les coquillages 
dont les Phéniciens tiraient la couleur pourpre. Voir 
Pourpre. 

5° Villes principales. — Les principales villes de 
Phénicie, depuis Laodicée au nord jusqu'à Joppé au 
sud, étaient au nombre de vingt-cinq : Laodicée, 
Gabala, Balança, Paltos; Arad on Arvad, Gen., x, 18; 
Ezech., xxvn, 8, avec Antaradus, Marathus, Simyra, 
Orthosiade et Arca; Tripoli, Calamus, Triéris et Botrys; 
Gébal (Byblos), Ezech., xxvn, 9; III Reg., v, 18 (32); 
Aphaca; Béryte, voir Béroth, t. i, col. 1625; Sidon, 
Sarepta et Ornithopolis ; Tyr et Ecdippe ; Accho et Por- 
phyrîon; Dor et Joppé. Sarepta est nommée dans 
l'Écriture, III Reg., xvn, 9-24; Abd., 20; Luc, IV, 26, 
ainsi qu'Orthosiade, IMach., xv, 37, Accho, Dor, Joppé 
et surtout Tyr et Sidon. Voir ces mots. La plaine de 
la Phénicie dans le sens strict s'étendait du Promonto- 



233 



PHÉNIGIE 



234 



rium Album des anciens (Rds el-Beyad ou Abyad des 
modernes), à huit kilomètres environ au sud de Tyr 
jusqu'à l'ancien Bostrenus (Nahr el-Auly des modernes) 
à deux kilomètres au nord de Sidon, Robinson, JBibli- 
cal researches, 2 e édit., 1856, t. n, p. 473, occupant une 
plaine ondulée de 450 kilomètres de longueur. 

IV. Le commerce. — Les Phéniciens sont surtout cé- 
lèbres par leur commerce, leur industrie et leurs navi- 
gations. Doués du génie du négoce, leur trafic nous 
explique toute leur histoire. Il leur avait procuré de 
grandes richesses qui les avaient rendus célèbres. 
Cf. Ps. xliv (xlv), 13; lxxxvi (lxxxvii), 4; Ezech., 
xxvii; Ose., ix, 13;Zach., ix, 2-3. 

« Ce petit peuple, attaché à la frange d'un littoral, 
possédait le monopole des grandes navigations dans la 
Méditerranée et fournissait à 
tous ses voisins les objets pré- 
cieux importés des extrémités 
du monde, aussi bien par les 
voies de terre où cheminaient 
les caravanes, que par les voies 
de mer, pratiquées des navi- 
res. Les Phéniciens avaient 
acquis des ports sur la mer 
Rouge, afin de s'élancer vers 
l'océan des Indes et de visiter 
les côtes de l'Afrique, de l'A- 
sie, même de l'Insulinde, 
=^. r -_ s^ki ainsi qu-'en témoignent nom- 

pi--- i^ïï^Et ^re d'inscriptions phénicien- 

feî" * "-^SWs: nés trouvées à Rejang, dans 
l'île de Sumatra, et datant de 
vingt-deux à vingt-trois siè- 
cles... Pour aller chercher 
l'étain qu'ils vendirent d'abord 
aux Égyptiens, puis aux Hel- 
lènes, de la Petite et de la 
Grande Grèce, les Phéniciens 
avaient même osé franchir les 
portes d'Hercule, et s'aventu- 
rer sur la « mer Ténébreuse ». 
Enfin, devançant de vingt siè- 
cles les Diaz et les Vasco de 
Gama, n'avaient-ils pas, par 
ordre du roi d'Lgypte, Né- 
chao II, accompli la circum- 
navigation complète du con- 
tinent d'Afrique ? Lé récit des 
navigateurs affirmant qu'ils 
avaient vu le soleil d'abord à 
leur droite, puis à leur gau- 
che, pendant ce long périple, 
entraîne Hérodote à douter de l'authenticité de ce voyage 
et c'est précisément ce dire sur lequel s'appuient main- 
tenant les géographes pour conclure à la réalité de 
l'événement. » Elisée Reclus, LaPhénicie et les Phéni- 
ciens, in-8°, Neuchatel, 4900, p. 15-16. 

Les Phéniciens firent leur apprentissage de la navi- 
gation lorsqu'ils habitaient sur les bords du golfe Per- 
sique, en voyageant au moyen de radeaux d'une île à 
l'autre, selon la tradition antique. Pline, H. N., VII, 
lvi, 206, édit. Teubner, 1870, t. n, p. 52. Quand ils se 
furent établis sur le territoire qu'on a appelé de leur 
nom, ils perfectionnèrent peu à peu leurs moyens de 
transport. La situation du pays le rendait très favorable 
pour le commerce. Pomponius Mêla, I, 12; J. Kenrick, 
Phœnicia, Londres, 1855, p. 186-187. Le Liban leur 
fournissait en abondance mi excellent bois de construc- 
tion pour les navires; Chypre, tous les matériaux néces- 
saires pour le grément du vaisseau, de la quille jusqu'aux 
voiles. Nous ne connaissons pas en détail le navire 
phénicien, mais nous savons qu'il faisait l'admiration 
des Grecs. DansXénopbon,i£ , cono)i! v vin, Ischomachos 




47. — Flacon de verre phé- 
nicien, à parfums, trouvé 
à Gamiros, dans l'île de 
Hhodes. — D'après Perrot 
et Chipiez, Histoire de 
l'art, t. m, fig. 522, p. 741. 



dit qu'il n'avait jamais vu de navire mieux disposé qu'un 
vaisseau phénicien. Voir Navire, t. iv, fig. 405, col. 2427. 
Ézéchiel, xxvii, a tracé un tableau célèbre du commerce 
de Tyr, qui était celui de tous les Phéniciens. Cf. Is.. 
xsiii, 2-8. Ils fournissaient à l'ancien monde des pro- 
duits textiles renommés. Damas et l'Arabie lui ven- 
daient la laine à tisser. Ezech., xxvii, 18, 21. Leurs 

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48. — Peigne phénicien en ivoire, trouvé en Espagne. 
Musée du Louvre. 



tissus étaient estimés par-dessus tous les autres, lliad., 
vi, 290, à cause de la beauté et de l'éclat de leurs cou- 
leurs et aussi, souvent, à cause de la délicatesse et de la 
richesse de leurs broderies. Voir Perrot, Histoire de 
l'art, t. in, p. 877. Leurs étoffes de pourpre jouissaient 
d'une grande réputation. Voir Pourpre. 
Le verre était avec les tissus un des principaux objets 




49. — Buste de femme ornée de ses bijoux. Sculpture gréco- 
phénicienne, trouvée à Elché (ancienne Ilici) en Espagne 
Musée du Louvre. 

du commerce des Phéniciens. Voir Verre. Les Égyp- 
tiens le connaissaient avant eux, mais quoiqu'ils n'aient 
pas été les premiers à le connaître, ils l'exploitèrent 
sur une large échelle et avec le plus grand succès. Sidon, 
Tyr et Sarepta se distinguèrent par leurs manufactures. 
Il fut exporté dans tout le monde ancien et l'on en a 
retrouvé de très beaux échantillons, transparents ou 
demi-transparents et diversement colorés (fig. 47). 

L'art céramique en Phénicie fut loin d'égaler celui 
du verre, mais ils fabriquaient de. la poterie à bon 
marché et la répandirent ainsi très loin. Strabon, III, y, 



235 



PHÉNICIE 



236 



11 ; Scylax, Periplus, 112, dans Geogr. min., édit. Di- 
dot, t. r, p. 94. Ils fabriquaient aussi des objets de toi- 
lette, comme le peigne en ivoire qui a été retrouvé en 
Espagne (fig. 48), et des bijoux de toute sorte (%. 49). 
Les ouvriers phéniciens étaient aussi habiles en mé- 
tallurgie, comme ils le montrèrent dans la fabrication 
des deux colonnes du temple de Salomon, voir III Reg., 
vu, 21 ; et des ustensiles en bronze destinés au service, 
du même temple, III Reg., vu, 14; II Par., h, 14. Ils 



l'Assyrie, la Mésopotamie (Haran), l'Arménie (Thogor- 
mah), l'Asie Mineure, l'Ionie, Cypre, l'Hellade (Javan), 
l'Espagne (Tharsis). Avec les uns, les Phéniciens fai- 
sant leur commerce par terre; avec les autres, par mer. 
Grâce à leurs découvertes géographiques et à leurs dé- 
couvertes astronomiques qui leur permirent de navi- 
guer en pleine mer, sans s'astreindre à longer seule- 
ment les côtes, ils élargirent sans cesse le cercle de 
leur commerce. Ils établirent un peu partout des 




50. — Coupe de travail phénicien, trouvée dans l'Ile de Chypre. Musée du Louvre. 



fabriquaient pour l'exportation de nombreux objets en 
métal, statuettes, coupes, patères, etc., et les vendaient à 
l'étranger (fig. 50). ZKad.,xxm, 740-744; Odys., iv, 615; 
xv, 115. Leur art est de qualité inférieure; c'est une 
imitation un peu gauche et maladroite de l'art assyrien 
et surtout de l'art égyptien, mais ces œuvres n'en fai- 
saient pas moins leur chemin à travers le monde qui, 
en dehors des bords de l'Euphrate et du Nil, ne con- 
naissaient rien de mieux dans ces temps antiques. Voir 
G. Perrot, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. m, 
p. 403-439, 518-535; Clermont-Ganneau, - L'imagerie 
phénicienne, Paris, 1880, p. 2. 

Ézéchiel, dans son chapitre xxvn, énumère une partie 
des pays avec lesquels trafiquait la ville de Tyr : la Syrie 
Damas, la Palestine, l'Egypte, l'Arabie, la Babylonie, 



comptoirs qui facilitèrent leur négoce. Voir A. Daux, 
Recherches sur les emporta phéniciens, dans le Zeugir 
et le Bysacium, in-8», Paris, 1869. 

Les Phéniciens achetaient en Palestine les chênes de 
Basan, pour en faire des rames, Ézech., xxvn, 6, le 
froment de Mennith (voir Mennith, t. iv, col. 972), le 
baume, le miel, l'huile et la résine, f. 17, les ceintures 
fabriquées par les femmes israélites, Prov., xxxi, 24, et 
sans doute toutes les productions du pays. Cf. Joël, 
in, 3-6, En échange, ils donnaient les étoffes et les 
bijoux de leurs artistes (fig. 51); les Tyriens allaient 
vendre leur poisson jusqu'à Jérusalem, avec toute espèce 
de marchandises, omnia venalia, et ce ne fut pas sans 
peine que Néhémie les obligea à respecter le repos du 
sabbat. II Esd., xih, 16-21. . 



237 



PHÉNICIE 



238 



Les Phéniciens n'exercèrent pas toujours leur com- 
merce sans violer les lois de la justice. Ils s'étaient 
souvent rendus odieux par leurs pirateries et par leurs 
rapines. Ils enlevaient par la ruse et la violence tous 
ceux qu'ils pouvaient surprendre, hommes, femmes, 
enfants, pour les vendre comme esclaves. La fraude, 
«7tan)}.ia, Odyss., xiv, 883, était pour eux, en même 




51. — Bijoux phéniciens sur une statue de femme drapée, trou- 
vée dans les ruines du temple de Gurium en Chypre. Pierre 
calcaire. Le vêtement forme des plis très marqués. La tête 
manque. Autour du cou, une petite chaîne à laquelle était sus- 
pendu un objet brisé. Au-dessous un collier à gros grains; 
plus bas, deux autres grands colliers auxquels sont suspendus 
des ornements en forme de glands; enfin, traces d'un qua- 
trième collier qui paraît porter un ornement en forme de tête 
de taureau. Une longue chaîne, travaillée avec beaucoup d'art, 
descend du cou jusqu'au-dessous de la main droite; quatre 
anneaux sont attachés à l'ornement en forme de lyre que deux 
têtes d'aspic nouent à la chaîne. Aux bras, un bracelet. — 
D'après di Cesnola, Atlas, in-f", part. 2, pi. ex, fig. 588. 

temps que la vente de leurs marchandises, un moyen 
de s'enrichir. Hérodote, II, 56; v, 58; Odyss., xiv, 290; 
xv, 415-484; Cicéron, De Rep., m, 36; Thucydide, i, 8. 
Le mensonge leur était familier pour dissimuler leurs 
voyages et las sources de leurs profits. Le ^£û<tu;« 
<{>oiv!xtx6v "était devenu proverbial. Strabon, III, v, 5, 
Étymologic. Magn., édit. Craisford, Oxford, 8, 48, 
p. 797. Gf. Hérodote, m, 107, HO, 111, 115. Un capi- 
taine phénicien, qui allait de Cadix au pays de l'étain 
(Cassitérides), s'étant aperçu qu'il était suivi par uu 
navire romain, n'hésita pas à aller briser le sien sur la 



côle pour ne pas révéler le pays où il allait s'approvi- 
sionner. L'État le dédommagea de sa perte volontaire. 
Les Phéniciens réussirent ainsi à conserver longtemps 
l'empire de la mer. On comprend sans doute que ce 




52. — Buste supposé de Melkarth. Musée du Louvre. 

peuple de marchands ne négligeât rien pour cacher à 
ceux qui seraient devenus leurs conçu rrents les routes 
qui leur servaient à faire fortune, mais il eût été dési- 
rable pour leur honneur qu'ils n'eussent employé que 
des moyens honnêtes dans leur trafic. Il faut d'ailleurs 
reconnaître qu'ils rendirent aussi de véritables services. 
Malgré leur rapacité et leurs pillages trop fréquents, 
les marchands phéniciens étaient ordinairement reçus 
avec bienveillance par les pays qu'ils visitaient et à qui ils 
vendaient des objets estimés, qu'ils étaient seuls à four- 
nir. Ils méritaient ce bon accueil, parce qu'ils achetaient 




53. — Autel phénicien de Hagiar Kim. Malte. 
D'après Perrot, Histoire de l'art, t. m, p. 304, fig. 229. 

aux indigènes leurs produits, qu'ils les intéressaient et les 
instruisaient par les récits plus ou moins fabuleux de 
leurs voyages et leur apportaient un luxe et des élé- 
ments de bien-être inconnus. Le premier vaisseau, a-t- 
on dit, qui partit du port de Sidon pour aller trafiquer 
à l'étranger, emportait dans ses flancs la civilisation et 
le progrès. Progrès très relatif, il est vrai, mais progrès 



239 



PHENICIE 



240 



cependant, quoique matériel surtout. Quand ils inven^ 
tèrent l'écriture alphabétique et la communiquèrent aux 
Grecs, ils devinrent les bienfaiteurs de l'humanité et 
ils supplantèrent peu à peu toutes les écritures impar- 
faites imaginées jusque-là. "Voir Alphabet, 1. 1, col. 402. 
Ils ne nous ont guère laissé d'ailleurs que quelques 
inscriptions, la plupart religieuses, et point de littéra- 
ture, absorbés qu'ils étaient par leurs opérations mer- 
cantiles. L'existence de Sanchoniaton est révoquée en 
doute, Philon de Byblos et les autres écrivains anciens 
qu'a produits la Phénicie ne sont pas antérieurs au 
commencement de notre ère. 
V. Religion. — La religion des Phéniciens eut une 




54. — Prêtre carthaginois. Musée Lavigerie à Carthage. 

grande influence sur les Israélites, à toutes les époques de 
leur histoire et particulièrement à l'époque d'Achab, où 
la reine Jézabel, Phénicienne d'origine, et fille d'Ithobal, 
grand-prêtre d'Astarthé (Ménandre d'Éphèse, fragm. 1, 
dans les Hist. grssc. fragm., édit. Didot, t. iv, p. 446), vou- 
lut la faire dominer par la force dans le royaume des 
dix tribus. Le voisinage et la prospérité de la Phénicie 
ne pouvaient manquer d'exercer une fâcheuse influence 
sur les Israélites, déjà enclins par eux-mêmes à l'ido- 
lâtrie. Aussi adorèrent-ils les dieux de Tyr et de Sidon 
et pratiquèrent-ils les rites de leur religion. Jud., x, 6. 
A la tête du panthéon phénicien étaient le dieu Baal 
et sa compagne, la déesse Astarthé ou Astoreth. Voir 
Baal, t. î, col. 1315, et Astarthé, col. 1180. Chaque 
ville eut son Baal; de là les Baalim, Jud., il, 11 ; m, 7; 



x, 6, etc., Baal-samin ou des cieux, Baal des mouches, 
voir Béelzébub, t. i, col. 1547, etc. Les autres prin- 
cipales divinités phéniciennes furent El, Melkarth 
(fig. 52), Dagon, t. n, col. 1204; Hadad, t. m, col. 391. 
Adonis, voir Thammuz, Sydik, Eschmûn, les Cabires. 
Onca, Tanith, Tanata ou Anaïtis, Baalith, Baaltis ou 
Beltis. On honorait ces divinités par des sacrifices et 
par des hymnes, des processions et des offrandes votives. 
On élevait des temples et des autels en leur honneur 
(fig. 53). Des prêtres (fig. 54) et des prêtresses (fig. 55) 
étaient attachés à leur service. Leur culte était désho- 
noré par des sacrifices humains, Porphyre, De abstin., 




i-j 



55. — Prêtresse carthaginoise. Musée Lavigerie à Carthage. 

il, 56; Quinte Curce, rv, 15; cf. ,1er., xix, 4-5; Mich., vi, 
7; IV Eeg., m, 27; xvi, 3; xxi, 6, et par des pratiques 
licencieuses. Ovide, Metam., x, 240; Hérodote, I, 199; 
Justin, xvm, 5; Eusèbe, Vita Const., m, 55, 3, t xx, 
col. 1120; Lucien, De Dea Syra, 50-52; Corpus inscript, 
semit., t. i, fasc. 1, p. 92. Les Phéniciens n'avaient 
qu'une idée vague de l'immortalité de l'àme, mais ils fai- 
saient des provisions pour la vie d'outre-tombe. « Après 
la pluie le soleil brille de nouveau, » lit-on sur une in- 
scription funéraire. Gesenius, Monum., p. 147. Us 
étaient très religieux à leur façon et ils faisaient fré- 
quemment des vœux à leurs dieux, comme le prouvent 
spécialement les nombreuses stèles votives trouvées à 
Carthage, voir Corpus inscript, semit., part, i, t. i, et 
les ex-votos trouvés en grande quantité en Chypre, où 
le temple de Golgi a fourni à ceux qui l'ont fouillé 228 



241 



PHENIGIE 



242 



statues votives, et une seule chambre du trésor de Cu- 
rium plus de trois eents^ objets consacrés, en argentou 
argentés. Di Gesnola, Cyprus, p. 146, 325, 306-334. 

VI. Histoire. — i. caractère de leur gouverne- 
ment.— Les villes phéniciennes étaient autonomes, lors-~ 
qu'elles apparaissent dans l'histoire, et sous le gouver- 
nement d'un roi; pendant la période de la prépondé- 
rance égyptienne, de 1600 à 1350 environ, aucune d'elles 
ne paraît avoir prédominé sur les autres. Elles tenaient 
surtout à la liberté de leur commerce; le reste semble 
leur avoir importé peu; elles n'ont jamais eu le goût 
des conquêtes; elles se soumettaient même sans trop 
de difficulté aux rois d'Egypte et d'Assyrie plus forts 
qu'elles et leur payaient tribut, quand ils faisaient cam- 
pagne contre leur territoire. Une inscription égyptienne 
antérieure à Moïse est à ce sujet très significative. 

Sur le tombeau de Rekhmara qui fut préfet de Thèbes 
sous Thothmès III (XVIII e dynastie), on voit le défunt 
recevant au nom du Pharaon les hommages des nations 
tributaires. Parmi elles sont représentés les Phéniciens 
(fig. 56). « Viennent, dit l'inscription, et sont les bien- 
venus les princes de Phénicie et des îles qui sont au 



und Europa, p. 208-212, nie que les Fenh = Fenkhu des 
textes hiéroglyphiques soient lesPhéniciens mais, quoi 
qu'il en soit de ce nom, les guerres des Pharaons contre 
le pays sont historiques. 

m. suprémat[e de siBON. — Ce qu'ils faisaient à 
l'égard des Égyptiens, auxquels ils payaient tribut dans 
l'intérêt de leur commerce, les Phéniciens le firent à 
l'égard de presque tous leurs vainqueurs, à toutes les 
périodes de leur histoire. Après avoir été à peu près 
égales entre elles, les cités phéniciennes acquirent ce- 
pendant plus ou moins d'importance. Aradus (Arvad) 
et surtout Sidon exercèrent d'abord une certaine supré- 
matie. Du temps d'Homère, tous les marchands de Phé- 
nicie n'étaient connus que comme Sidoniens. Itiad., 
xxhi, 743-748; mi, 290-295; Odys., iv, 613-619; xv, 460. 
Avec le déclin de la puissance égyptienne, après 
Ramsès II, du temps de Moïse, Sidon se fit connaître 
comme « Sidon la grande ». Jos., xi, 8; xix, 28. Son 
territoire s'étendit jusqu'à Laïs (Dan). Jud., xvm, 
7-8. Ce fut sans doute la crainte qu'inspirait son pou- 
voir qui empêcha les Hébreux, lors de la conquête de la 
Terre Promise, de s'emparer de villes qui n'auraient 




56. — Phéniciens apportant leur tribut en Egypte. Tombeau de Rekhmara. 
Mémoires de la mission du Caire, t. v, fasc. i, pi. v. 



milieu de la Grande Verte (la mer), à l'état de courbés 
et d'inclinés pour les volontés de sa majesté le roi du 
midi et du nord, Ramenkheper, vivificateur éternelle- 
ment. Ses victoires sur tous les pays [ont porté] chez 
eux le dégoût [de combattre (?)]. Leurs apports sur leur 
dos, ils présentent l'hommage [pour que leur soient 
donnés] les souffles de vie, comme désireux de subsister 
par l'émanation de sa majesté... » Ph. Virey, Le tom- 
beau de Rekhmara, dans les Mémoires de la mission 
du Caire, t. v, fasc. 1, p. 38. Les Égyptiens avaient de 
bonne heure envahi la Phénicie. 

u. la phénicie sous les ÉGYPTIENS. — La plus an- 
cienne inscription égyptienne qui mentionne la Phé- 
nicie la nomme Dahé ou Zahi. W. Max Mûller, Asien 
und Europa, p. 176-182. D'après ses calculs, entre 1587 
et 1562 avant notre ère, Aahmés atteignit son territoire. 
Il nomme des Fenkhu qui travaillaient dans des car- 
rières. Thothmès I er , vers 1541-1516, envahit toute la 
Syrie jusqu'à l'Eupbrate. Thothmès III, vers 1503-1449, 
mentionne la 23 e année de son règne une victoire sur 
les Fenkhu et les autres habitants de la Syrie ; la 29 e an- 
née, il fait une campagne contre les Rutennu, Tunep, 
Arvad et Zahi et s'empare d'un riche butin ; sa 30 e an- 
née, il prend Cédés, Simyra et Arvad; sa 34 e année, il 
fait payer tribut au pays de Zahi, de Rutennou et d'Asi 
(Cypre). Aménophis III, vers 1414-1379, tient sous sa 
domination la Phénicie et la Syrie tout entière. Les let- 
tres de Tell el-Amarna nomment les gouverneurs de Tyr, 
de Béryte, de Simyra, de Gebal, d'Accho, de Sidon, etc., 
qui représentaient le Pharaon dans ces villes à cette 
époque. Voir Keilinschrifiliche Bibliothek, t. v, 1896, 
p. 131, 133, 151, 267, 271, etc. Ramsès II envahit à son 
tour le pays et une inscription de lui se voit encore près 
du Nahr-el-Kelb (le Lycus). — M. W. M. Mûller, Asien 



pu leur résister par leurs propres forces, Accho, Acha- 
zib, Aphec, Jud., I, 31; cf. Eccli.,XLVi, 21, et qui avaient 
été attribuées à Aser, lors du partage de la Terre 
Sainte. Cf. Jos., xix, 26. 

Les cités du voisinage de Sidon, Sarepta, Heldun, 
peut-être Béryte (Beyrouth), Ecdippe et Accho acceptèrent 
sa suzeraineté. Elle se distingua particulièrement pen- 
dant cette période par ses progrès dans les arts, dans la 
guerre et dans la navigation. Les premiers navigateurs 
grecs les rencontrèrent dans toutes les parties de la 
Méditerranée où ils s'aventuraient, et l'on savait qu'ils 
fréquentaient de plus des régions inconnues à l'Héllade. 
Une guerre qu'ils eurent à soutenir contre les Philis- 
tins, qui s'étaient établis au sud de leur pays sur les 
rives de la Méditerranée, leur mérita une grande répu- 
tation d'audace, mais elle fut pour eux un échec fatal 
à leur puissance. Les Philistins, conduits par le chef 
des Ascalonites, assiégèrent Sidon par terre, la bloqués 
rent et voulurent la forcer à se rendre, mais ses habi- 
tants se sauvèrent par mer et se réfugièrent à Tyr, Jus- 
tin, Hist.P/uHpp., xvm, 3. Avant cette défaite, à l'époque 
des Juges et antérieurement à la judicature de Jephté, 
les Sidoniens avaient opprimé les Israélites, Jud., x, 
12, mais nous n'avons aucun détail à ce sujet. 

iv. suprématie de tyr. — L'hégémonie passa alors 
à Tyr. C'était vers 1250 avant notre ère. Voir J. Kenrick, 
Phœnicia, p. 343. Elle dura jusqu'en 877. Du temps de 
Josué, Tyr est appelée « une ville forte », Jos., XIX, 29 
et elle ne le cédait probablement alors qu'à Sidon en 
importance. L'arrivée dans ses murs des Sidoniens 
vaincus lui assura la suprématie. Dans le Voyage d'un 
Égyptien, trad. Chabas, 1866, p. 169, vers 1350, elle est 
mentionnée comme un port « plus riche en poissons 
qu'en sable ». Vers 1130, la colonisation de Gadés 



243 



PHÉNIGIE 



244 



(flg. 57), au delà des colonnes d'Hercule, sur le rivage 
de l'Atlantique, marque un nouvel élan et une hardiesse 
plus grande qu'auparavant dans les entreprises commer- 
ciales et dans le rayon d'action de la Phénicie. Ce fu- 
rent les Tyriens qui effectuèrent les plus longs voyages, 
Hérodote, i, 1, et qui cherchèrent à nouer le plus de 
relations pour ouvrir à leur commerce toute espèce de 
débouchés. L'histoire sainte nous en fournit des exem- 
ples remarquables. Lorsque David fut acclamé roi à 
Hébron, Abi-Baal occupait le trône de Tyr (flg. 58). Dius, 




57. — Monnaie de Gadès. 

Tête d'Alexandre le Grand. — S|. Meba'alé Agadir. 

« Des citoyens de Gadès ». Deux poissons. 

Fragm. n; Ménandre, Fragm. i, dans Histor. Grœc. 
fragm., édit. Didot, t. iv, p. 398, 446. Cf. Josèphe, 
Cont. Apion., I, 17, 18. Il eut pour successeur son 
fils Hiram, âgé de dix-neuf ans. lbid. Celui-ci semble 
avoir discerné promptement les hautes qualités de Da- 
vid et le profit qu'il pourrait tirer de son alliance, Peu 
après la prise de Jébus par le jeune roi, il lui envoya 
des ambassadeurs avec des cèdres du Liban, des maçons 
et des charpentiers pour lui bâtir un palais. I Par., xiv, 
1. Cf. II Reg., Vil, 2. Les bonnes relations durèrent 




58. — Sceau en sardoine ayant appartenu bï3 >3!<S à « Abi-Baal. » 
Musée de Florence. Grossi au double. 



pendant tout leur règne. III Reg., v, 1. Lorsque David 
prépara les matériaux pour la construction du temple 
de Jérusalem, les sujets d'Hiram, Sidoniens et Tyriens, 
« lui apportèrent beaucoup de cèdres. » I Par., xxn, 4. 
Sous son fils Salomon, les rapports devinrent encore 
plus étroits. A la mort de David, Hiram lui envoya une 
ambassade. III Reg., v, 1; Josèphe, Ant. jud., VIII, 
n, 6, et Salomon en profita pour lui demander son 
concours dans l'œuvre de la construction du Temple. 
Josèphe reproduit les lettres qu'il dit avoir été échan- 
gées entre les deux monarques en cette circonstance; il 
assure qu'elles étaient conservées dans les archives de 
Tyr et de Jérusalem. Ant. jud., VIII, n, 7-8. Il leur 
fut facile de s'entendre. Les Phéniciens avaient tout in- 
térêt à vendre leur bois du Liban et à recevoir en 
x échange les denrées qui abondaient en Palestine, et dont 
la -Phénicie avait besoin pour sa nombreuse popula- 
tion. L'accord fut conclu à ces conditions : Salomon 
fournirait annuellement ,pendant la durée du contrat, 
20000 cors d'orge, autant de froment, 20000 baths 
d'huile et la même quantité de vin. III Reg., v, 3-12. 



Les Phéniciens donneraient en échange les bois néces- 
saires et les ouvriers qui dirigeraient et exécuteraient 
les travaux de construction et de décoration. Hiram 
avait fait élever lui-même des temples à ses dieux, 
Melkarth et Astoreth, Ménandre, Fragm. i, p. 44<5; il 
envoya au roi d'Israël un excellent architecte qui s'ap- 
pelait aussi Hiram. 

La construction du temple de Jérusalem et au palais 
royal dura vingt ans. III Reg., vi, 38; vu, 1; cf. ix, 10. 
Quand tout fut achevé, Salomon, pour reconnaître les 
services que lui avait rendus Hiram, lui céda de son 
propre gré vingt villes de Galilée, dans le voisinage 
d'Acho, qui faisait probablement partie du royaume de 
Tyr. A cause de ce voisinage, elles semblaient donc 
devoir être à la convenance du roi phénicienn, mais 
elles étaient placées sur un plateau nu et désolé, qui 
déplut au prince tyrien; il exprima son mécontente- 
ment en donnant au territoire le nom de Chabul, « re- 
but, balayures. » III Reg., ix, 10-13. Voir Chabul, t. n, 
col. 473. Leur amitié mutuelle n'en fut pas d'ailleurs 
rompue pour cela. Saint Justin, Dial. curn Tryph., 34, 
t. xi, col. 549, reproche â Salomon d'avoir adoré les 
idoles à Sidon. Ménandre, Fragm. Il, p. 447 (dans 
Clément d'Alexandrie, Strom. i, 21, t. vin, col. 840), 
raconte que le roi de Tyr lui donna une de ses filles en 
mariage. Cf. III Reg., xi, 1 (Sidoniennes). Quoi qu'il 
en soit de ces faits, il est certain que les deux rois 
s'entendirent pour aller faire un commerce fructueux à 
Ophir. Voir Ophir 2, col. 1289. Les Phéniciens étaient 
les maîtres de la Méditerranée, mais il ne l'étaient pas 
de la mer Rouge. Ils fournirent des matelots au roi de 
Juda qui mit à profit leur habileté dans le golfe Per- 
sique, III Reg., ix, 26, ce qui les enrichit les uns et les 
autres. 

Hiram mourut à l'âge de 53 ans, après un règne de 
33 ans. Il eut pour successeur son fils Baléazar. Ménandre 
Fragm. i, p. 446. Après lui, le trône fut occupé par 
Abd.-Asboreth, qui périt de mort violente. Dans l'espace 
de 34 ans, trois rois moururent assassinés et la dy- 
nastie régnante fut changée trois fois, Ithobal ou Eth- 
Baal, en montant sur le trône, y ramena la tranquil- 
lité. Il était en môme temps grand-prêtre d'Astoreth. 
Il fit alliance avec Achab, roi d'Israël, et lui donna sa 
fille Jézabel en mariage. III Reg., xvi, 31. Ménandre lui 
attribue la fondation de Botrys, sur la côte, au nord de 
Gebal. Fragm. iv, p. 447. En fondant cette ville, Ithobal 
avait peut-être pour but de se défendre contre l'Assy- 
rie qui était alors pour la Phénicie une menace per- 
pétuelle. 

Ithobal eut pour successeur son fils Balezor ou 
Baal-asar, et celui-ci, son fils Matgen ou Mattan. Tyr 
était alors divisée entre le parti aristocratique et le 
parti populaire. Justin, Hist. Phil., xviu, 5. Mattan 
craignait que le parti populaire ne l'emportât. Pour 
l'empêcher, il donna sa fille Élisa à son frère Si- 
charbas, grand-prêtre de Melkarth, qui épousa ainsi 
sa nièce et de la sorte devint l'héritier présomptif du 
royaume. A sa mort, Mattan laissait un fils appelé 
Pygmalion, âgé de 8 ou 9 ans. Le parti populaire le 
choisit pour son roi, et Sicharbas et Élisa rentrèrent 
dans la vie privée. Au bout de sept ans, le jeune Pyg- 
malion fit tuer son beau-frère, qui était en même temps 
son oncle. Élisa (Didon), sa sœur, réussit à lui échap- 
per et se sauva avec une flotte d'abord en Chypre, puis en 
Afrique où elle bâtit la ville devenue si célèbre sous le 
nom de Carthage, 143 ans après la construction du 
temple de Jérusalem, raconte Josèphe, "pont, Apion., i, 
18. Sur ce récit, cf. la critique de O. Meltzer, Gesckichte 
der Karthager, 1870, p. 111-141; G. Rawlinson, Phœni- 
cia, p. 122-126. 

Voici la liste des rois de Tyr depuis Hiram jusqu'à 
Pygmalion, avec les années de leur règne, d'après Piet- 
schmann, Geschichte der Phônizier, p. 299. Ménandre, 



245 



PHÉNIGIE 



246 



d'où sont tirés ces chiffres, loc. cit., ne les donne que 
jusqu'à Pygmalion. 

Avant J.-C. 

Hiram 969-936 

Baalbazer 935-919 

Abdastart 918-910 

Metuastart 909-898 

Astharymos . 897-889 

Phellés (8 mois) — 888 

Ithobaal 887-856 

Baalazar. . • 855-850 

Mettenos 849-821 

Pygmalion 820-774 

v. la phénicie sous les AssrRiENS. — Quand les 
Phéniciens avaient été affranchis des invasions égyp- 
tiennes, ils n'avaient pas tardé longtemps à avoir à re- 
douter celles des Assyriens. Il est possible que vers l'an 
1140, Nabuchodonosor I er , roi de Babylone, ait fait déjà 
une incursion en Phénicie. Cf. Winckler, Geschichte 
Babyloniens und Assyriens, 1892, p. 95 et notel8,p. 329, 
mais les Assyriens devaient être pour ce pays un ennemi 
bien plus à craindre. Théglathphalasar I er , vers 1100, 
poussa ses troupes jusqu'à la Méditerranée près d'Arvad. 
Au IX e siècle, vers 877, sous le règne d'Ithobal, Assurbani- 
pal pilla le pays. Eb. Schrader, Keilinschriftliche Biblio- 
thek, t. i, 1889, p. 122. La Phénicie n'eut pas moins à 
souffrir qu'Israël sôus les successeurs de ce prince. 
Parmi les tributaires de Salmahazar II figurent Tyr, 
Sidon, Gebal, et Arvad, de même que Jéhu d'Israël. 
Mattanbaal d'Arvad combattit contre les Assyriens avec 
Achab d'Israël à la bataillé de Karkar (854 avant J.-C). 
Au vm e siècle, Théglathphalasar III, qui ravagea Israël, 
reçut aussi le tribut d'Arvad, de Tyr et de Gébal, à qui 
il fit plusieurs fois la guerre. Voir Pietschmann, Ge- 
schichte der Phônizier, p. 299 sq., Salmanasar IV, 
d'après un fragment de Ménandre, dans Joséphe, Ant. 
jud., IX, xiv, 2, assiégea Tyr pendant cinq ans. Les 
ennemis les plus redoutables d'Israël et puis de Juda. 
Sargon, Sennachérib, Asarhaddon, Assurbanipal tinrent 
la Phénicie sous leur joug. Au vi e siècle, le vainqueur 
de Jérusalem, Nabuchodonosor^H, assiégea Tyr et Sidon. 
Sidon fut prise après avoir perdu par la peste la moi- 
tié de ses défenseurs. Ezech., xxvm, 21-23. Tyr résista 
pendant treize ans. Ménandre, loc. cit. Cf. Ezechiel, xxvi, 
2, 8-12, 17-18, vers 585. Les prophéties contre la grande 
ville phénicienne commençaient ainsi à s'accomplir. 

Les habitants de la Palestine avaient eu plus d'une fois 
à se plaindre de la cupidité et des violences des Phéni- 
ciens. Ps. lxxxii (lxxxhi), 8; Ezech., xxvi, 2; Joël, m, 
3-6; Amos, i, 9; I Mach., v, 15; II Mach., vin, 10. Les 
prophètes avaient prédit le châtiment que Dieu infligerait 
à Tyr et à Sidon. Is., xxm, 1-17; Jer., xxv, 22; xxvii, 
3; xlvii, 4; Ezech., xxvi-xxvm; Ose., ix, 13-15; Joël, m, 
4-8; Amos, i, 9-10; Zach., ix, 3-7. Ces menaces ne de- 
vaient cependant s'exécuter complètement que plus tard. 
— La Phénicie passa du joug de Babylone sous celui de 
Cyrus, vainqueur de Nabonide et de Baltassar. 

VI. LA PHÉNICIE SOUS LA DOMINATION PERSE ET 

grecque. — Les Phéniciens n'eurent pas alors à se 
plaindre de la domination perse. Cyrus ne les inquiéta 
pas. Cf. Hérodote, m, 19, 44. Vers cette époque ils 
purent fournir des matériaux aux Juifs pour la recon- 
struction du temple de Jérusalem, I Esd., m, 7, et ils 
furent payés en blé et en vin. Cambyze les comprit 
dans la même satrapie que la Palestine, la Syrie 
et Cypre, et il eut recours à leur marine. Héro- 
dote, m, 19. Il n'essaya pas de les forcer à le 
servir contre Carthage. Leurs marins aidèrent les 
Perses contre les Grecs, jusqu'en 351 où Sidon se ré- 
volta. Ochus les soumit bientôt. — Ils conservèrent leurs 
rois jusqu'après la bataille d'Issus (333), où ils furent 
asservis par Alexandre le Grand, qui infligea un long 
siège et un dur châtiment à Tyr. Voir Tyr. Après la 



mort d'Alexandre, la Phénicie échut à Laomédon, en 
320 à Ptolémée Lagus, en 314 à Antigone. En 287, elle 
fut de nouveau soumise à Ptolémée Lagus, et elle de- 
meura pendant près de. 70 ans sous la domination des 
Lagides qui les gouvernèrent avec sagesse, jusqu'au 
règne de Philopator. Ce roi monta sur le trône en 222, et 
se montra faible et mauvais administrateur. Antiochus III 
en profita. En 219, il chassa les Égyptiens de Séleucie, 
le port d'Antioche, et prit possession de Tyr et d'Accho 
qui avait reçu alors le nom de Ptolémaïde. En 198, à la 
suite de la victoire d'Antiochus sur Scopas, Polybe, xvi, 
18; Joséphe, Ant. jud., XII, m, 3, la Phénicie devint 
définitivement la possesion des Séleucides. La fonda- 
tion d'Alexandrie l'avait rendue jalouse de l'Egypte ; 
elle s'accommoda fort bien du gouvernement des rois de 
Syrie, qui la traitèrent avec faveur, participèrent à ses 
fêtes, Il Mach., iv, 18, visitèrent ses principales villes, 
II Mach., iv, 44-50. Elle les paya de retour. Tite 
Live, xxvu, 30. Pendant le règne d'Antiochus Épiphane, 
ce prince, ayant condamné injustement à la mort, à Tyr 
même, les Juifs qui avaient dénoncé les crimes de Mé- 
nélas, voir t. iv, col. 964, les Tyriens touchés de leur 
sort, leur donnèrent une sépulture honorable, II Mach., 
iv, 49, mais il n'en avait pas toujours été ainsi. Ils 
s'étaient joints aux ennemis des Juifs au commencement 
de la persécution. I Mach., v, 15. Plus tard, entraînés 
par leur avidité mercantile, ils acceptèrent les propo- 
sitions des généraux d'Antiochus, quand ils leur offrirent 
de leur vendre à bas prix les prisonniers qu'ils espé- 
raient faire dans la guerre contre Judas Machabée, ce qui 
leur assurerait, en les revendant, un gain considérable. 
_ II Mach., vin, 11. Ils accoururent en foule à la suite de 
l'armée syrienne, I Mach., ni, 41, apportant avec eux 
une grande quantité d'or et d'argent. Nicanor avait 
compté payer avec le bénéfice de la vente des esclaves 
juifs les deux mille talents d'argent que son maître 
Antiochus devait payer aux Romains. II Mach., vin, 10. 
Voir Antiochus IV, t. i, col. 698. Il fut complètement 
battu par Judas Machabée. Les cupides marchands 
phéniciens eurent la vie sauve, mais il leur fallut don- 
ner au vainqueur l'argent qu'ils avaient apporté. 
II Mach., vin., 25; Joséphe, Ant. jud., XII, vu, 4. 
C'est le dernier événement dans lequel les Phéniciens 
se trouvent mêlés à l'histoire juive. — Ils s'hellénisèrent 
de plus en plus sous le gouvernement des Séleucides. 
Leurs monnaies portèrent des légendes grecques à côté 
des légendes phéniciennes, les noms grecs devinrent à 
la mode. Antipater et Apollonius, philosophes stoïciens 
de Tyr, Strabon XVII, n, 22, Philon de Byblos, Dius, 
Théodo.te, Philostrate, Boëthus et Diodote, péripatéci- 
ciens de Tyr, Hermippe de Béryte étudièrent la phi- 
losophie grecque, Strabon, XVII, n, 22; leurs littéra- 
teurs écrivirent leurs ouvrages en grec. 

Vil. LA PHÉNICIE EST SOUMISE AUX ROMAINS. — 

Le royaume des Séleucides prit fin l'an 83 avant J.-C. 
et la Phénicie dut alors se soumettre à Tigrane, le roi 
d'Arménie contemporain de Lucullus et de Pompée. Ce 
ne fut pas pour longtemps. Les Romains attaquèrent 
Tigrane en 69 et ne tardèrent pas à le déposséder de 
la Syrie et de la Phénicie. Ce fut alors la fin pour tou- 
jours de son indépendance. La Phénicie fit partie de la 
province de Syrie sous un proconsul ou un propréteur. 
Cependant Tyr, Sidon et Tripoli restèrent cités libres. 
Les Actes, xn, 20-23, supposent cette autonomie relative. 
Ils nous apprennent qu'Hérode Agrippa était en dis- 
cussion l'an 44 avec Tyr et Sidon et que ces deux villes 
lui envoyèrent une ambassade à Césarée pour calmer sa 
colère. Hérode ne leur aurait point cherché querelle, si 
ces cités avaient été complètement gouvernées par Rome, 
car autrement il aurait eu sur les bras les Romains 
eux-mêmes, ce à quoi il n'aurait eu garde de s'exposer. 
vin. le christianisme en phénicie. — Le chris- 
tianisme ne tarda pas à s'implanter en Phénicie, comme 



247 



PHENICIE 



PHERATH 



248 



l'avaient prédit les prophètes. Ps. lxxxvi (lxxxvii), 4; 
cf. Zach., ix, 4. Notre-Seigneur avait daigné visiter le 
pays deTyr et de Sidon, dont il avait déclaré l'incrédu- 
lité moins coupable que celle des Juifs, Matth., xi, 21-22 ; 
Luc, x, 13-14, et il avait guéri la fille de la Ghananéenne 
qui était possédée. Matth., xv, 21 ; Marc, vu, 24-31. Des 
Phéniciens avaient été témoins de ses miracles, Luc, vi, 
17. Quelques-uns des nouveaux chrétiens qui avaient 
quitté Jérusalem après le martyre de saint Etienne se 
dispersèrent en Phénicie et y prêchèrent la foi aux 
3uiîs qui habitaient le pays. Âct., xi, 19. Quand 
saint Paul, lors de son troisième voyage de mission 
(an 58), se rendant en Palestine à son retour de Grèce 
et d'Asie Mineure, débarqua à Tyr, il y trouva une église 
déjà établie et y séjourna pendant sept jours, bien ac- 
cueilli par les nouveaux, chrétiens, hommes, femmes 
et enfants. Act., xxi, 3-6. Le christianisme fut florissant 
dans cette ville pendant les deux premiers siècles. 
Origéne s'y retira vers 250 et c'est là qu'il mourut. 

VII. Bibliographie. — Corpus inscriptionum semiti- 
carum, in-f°, part. I, t. i, Paris, 1881-1889; Scylax, Peri- 
plus, dans C. Mùller, Geographi minores, édit. Didot, 
in -4°, Paris, 1855-1861, t. i;Falconer, Voyage of Hanno, 
Londres, 1797; F. C. Movers, Die Phbnizier, 2 tomes en 
4in-8°, Bonn, 1841-1856; Walpole, Ansayrii, in-8», Lon- 
dres, 1851; John Kenrick, Phœnicia, in-8°, Londres, 
1855 ;W. Gesenius, Scripturse linguseque Phœnicim mo- 
numenla, 3 in-4°, Leipzig, 1857; E. Benan, Mission de 
Phénicie, in-4 , Paris, 1864; Voyage d'un Egyptien 
en Syrie, en Phénicie, traduit par Chabas, in-4°, Paris, 
1866; Hans Prutz, Aus Phônizien. Geographische 
Skizzen und historische Studien, in-8°, Leipzig, 1876; 
di Cesnola, Cyprus, in-8°, Londres, 1877 ; !d., Salanxi- 
nia, in-8», Londres, 1882; G. Perrot et Chipiez, Bistoire 
de l'art dans l'antiquité, t. m, 1885; G. Rawlinson, 
History of Phœnicia, in-8°, Londres, 1889; Id., Phœ- 
nicia, dans Story of the Nations, in-8°, Londres, 1889; 
B. Pietschmann, Geschichteder Phônizier,'\xi-% a y Berlin, 
1889; A. Mayr, Aus den phônischen Nekropolen von 
Malta, in-4°, Munich,1905'; W. von] Landau, Die Beden- 
tttng der Phônizierim Vôlkerleben, in-8", Leipzig, 1906. 

F. Vigouroux. 

PHÉNIX, oiseau fabuleux, dont les auteurs anciens 
font souvent mention. Cf. Métrai, Le Phénix, Paris, 
i82i. D'après Hérodote, n, 73, le phénix arrivait d'Ara- 
bie, tous les cinq cents ans, apportait avec lui le corps 
de son père, enveloppé de myrrhe, et le déposait dans 
le temple du soleil. Lucien, Hermot-, 53; Pline, B. N., 
x, 2; Ovide, Amor., n, 6, 54; Metam., xv, 391; Clau- 
dien, Laud. Stil, il, 417; Horapollon, H, 57, etc., font 
aussi mention du phénix. Tacite, Annal., vi, 28, rap- 
porte différentes traditions à son sujet, en concluant que 
<t tout est incertain et augmenté de fables », mais que 
du moins « il est sûr qu'on voit quelquefois cet oiseau 
en Egypte. » On a voulu reconnaître le phénix dans 
l'oiseau d'Osiris, le bonau; mais cet oiseau est un van- 
neau ou une espèce de héron. Cf. Maspero, Histoire 
ancienne des peuples de l'Orient, t. i, p. 131, note 2. 
Les premiers écrivains ecclésiastiques ont fait grand 
état de la fable du phénix, parce qu'ils y voyaient un 
symbole de la résurrection. "Voici la forme que prend la 
fable dans la Dicfascalie, 20, trad. >!au, Paris, 1902, 
p. 108 : Le phénix se est unique, car s'il avait une fe- 
melle, les hommes en verraient bientôt beaucoup, 
tandis que maintenant on n'en voit qu'un qui entre en 
ngypte tous les cinq cents ans, et va à l'autel qui est 
appelé du Soleil. Il rassemble du cinnamome, puis, 
priant vers l'orient, le feu s'allume de lui-même, le 
brûle et le réduit en cendre; puis, de cette cendre, il 
se forme un ver, qui croit semblable à lui et devient un 
phénix parfait; puis il s'éloigne et retourne d'où il est 
venu. » Cf. lbid., p. 166. La même légende se retrouve 
dans S. Clément, / Cor., 25, t. i, col. 261; les 



Constitutions apostoliques, v, 7, t. i, col. 846 ; Tertul- 
lien, De resur. carn., 13, t. n, col. 811; S. Ambroise, 
De excès, fralr., h, 59, t. xvi, col. 1331, etc. Ces au- 
teurs font séjourner le phénix en Arabie ou dans l'Inde; 
il n'apparaît en Egypte que pour y périr et y renaître. 
— Dans un passage où il parle de ses espérances de 
longue et heureuse vie, Job, xxix, 18, s'exprime ainsi : 

Je disais : Je mourrai dans mon nid, 
J'aurai des jours nombreux comme le hôl. 

Le mot hôl, fréquemment employé dans la Bible 
hébraïque, y a toujours le sens de « sable », et la com- 
paraison du sable est usitée pour donner l'idée d'un 
peuple nombreux, Gen., xxn, 17; Jos., xi, 4; I Reg-, 
xm, 5; I*, x, 22, etc., et aussi d'un petit nombre 
d'années que l'on assimile à un grain de sable. Eccli., 
xvn, 8, 9. Dans ce dernier passage, cent ans sont com- 
parés à un grain de sable ; Job, au contraire, se pro- 
mettait des jours nombreux comme le sable. Cependant 
les massorètes ont noté ici le mot h.ôl d'un signe indi- 
quant qu'il n'a pas le même sens que dans les autres 
passages. Les Septante l'on traduit primitivement par 
çoîviE, qui veut dire à la fois« palmier» et « phénix ». 
Comme le palmier se nomme en hébreu tdmâr et non 
pas })ôl, les Septante avaient donc eu en vue tout d'abord 
le phénix. Pour corriger l'amphibologie du mot grec, on 
substitua ensuite l'expression are/e^oç çbfvcxoç, « trône 
de palmier ». Les talmudistes assurent que dans ce 
passage de Job il est question du phénix, Sanhédrin, 
fol. 108, 2, et les commentateurs rabbiniques affirment 
la même chose. D'après eux, le phénix serait le seul 
de tous les animaux qui aurait refusé de partager le 
fruit défendu avec Eve, et plus tard Noé aurait souhaité 
au phénix une vie sans fin. Cf. Buxtorf, Lexic. lalmud., 
col. 720. Le phénix aurait été appelé holi par les Égyp- 
tiens, si l'on en croit les hiéroglyphes interprétés par 
G. Seyffarth, dans la Zeilschrift der deulsch. morgenl. 
Gesellsch, t. m, p. 64, et lés mots allôê ou alloê, repro- 
duisant Ifôl, sont traduits dans les glossaires coptes- 
arabes par semendel ou semendar, noms communs 
aux deux animaux qui échappent à l'action du feu, la 
salamandre et le phénix. L'idée d'oiseau parait appelée 
dans le texte de Job par celle du nid, mentionné au 
vers précédent, et le phénix était dans l'antiquité le 
symbole de la longue vie; on disait proverbialement : 
cpofvtxoi; ety) pioOv, « vivre les années du phénix ». 
Lucien, Hermot., 53. Il faut observer cependant qu'au 
lieu de qinnî, « mon nid », les Septante, Saint Éphrem 
et Barhebrseus ont lu qdnai pour qânéh, « roseau », 
dans le premier vers, ce qui rendrait moins probable 
la mention d'un oiseau dans le second. Rosenmûller, 
Jobus, Leipzig, 1806, t. H, p. 694; Welte, Das Buch Job, 
Fribourg-en-B., 1849, p. 288; Delitzsch, Das Buch lob, 
Leipzig, 1876, p. 381-383; Knabenbauer, In Job, Paris, 
1886, p. 342, etc., regardent comme possible ou même 
probable la désignation du phénix par le mot hôl. Elle 
ne peut étonner de la part d'un auteur familier avec les 
choses de l'Egypte et de l'Arabie. La mention d'un 
mythe, pris comme simple terme de comparaison par 
un écrivain sacré, ne soulève pas non plus de difficulté, 
cette mention n'impliquant à aucun degré la réalité du 
mythe allégué. Cependant cette explication ne s'impose 
pas. D'autres interprètes se contentent d'entendre le 
mot hôl dans son sens habituel de « sablé», adopté 
par la Vulgate. Cf. Gesenius, Thésaurus, p. 454; Le 
Hir, Le livre de Job, Paris, 1873, p. 354. 

H. Lesêtre. 

PHERATH (hébreu : Peràfâh, avec le hé local ; 
Septante : EOippomriç; Vulgate : Euphrates),' lieu ou 
Jérémie, sur l'ordre de Dieu, alla cacher dans le creux 
d'un rocher la ceinture neuve qu'il venait d'acheter, où 
il la trouva ensuite toute pourrie. Jer., xm, 1-7. Les 
anciens interprètes et commentateurs ont généralement 



249 



PHERA.TH 



250 



cru qu'U était là question du fleuve de l'Euphrate. 
Bochart cependant, Geographia sacra, 3" édit., Opéra, 
1692, t. i, col. 956, et quelques autres après lui, y ont 
vu plutôt la petite ville d'Éphrata. Cf. Knabenbauer, In 
Jer., 1889, p. 183-186. Les palestinologues modernes 
contes'ent l'ancienne identification et voient le Pherath 
ou plutôt Phârah (le n, f, n'étant que le n transformé 
par la présence du n local) de Jérémie dans VOuadi 
Fdrak, ou vallée de Phârah, avec l'article haf-Fârah 
(Septante: *apc<; Vulgate, Aphara). Jos., xvm, 23. Voir 
Aphara, t. I, col. 721._Sur une trentaine de fois que les 
auteurs nomment l'Euphrate, à l'e.xception de deux ou 
trois cas isolés, c'est presque toujours « le fleuve d'Eu- 
phrate », où sa nature est déterminée par le contexte : 



I Reg., xm, 6, et auxquelles faisaient allusion ces en- 
nemis d'Israël, xrv, 11, en voyant Jonathas monter de 
la vallée qui est sous Machinas, c'est-à-dire de l'Ouadi- 
Soueinît, l'un des affluents de YOuadi-Fârah, qu'il re- 
joint un peu plus bas. C'est probablement dans l'une 
d'elles que Jérémie cacha sa ceinture. Les juifs fidèles, 
au temps de la persécution d'Antiochus, durent cher- 
cher avec Mathathias et ses fils un refuge dans cette 
même vallée et les circonvoisines. Cf. I Mach., i, 56; 
n, 26, 31. Au temps de la guerre de Judée, Simon ben 
Gioras ne trouvait pas de cachette plus sûre que ces 
grottes, pour y renfermer ses trésors, et que la vallée 
pour y séjourner avec ses partisans. Bell, jud., IV, IX, 
4. Josèphe appelle l'endroit Pharan, mais le n est sans 







59. — Vue de l'ouadi Far&h, au nord-est de Jérusalem, non loin d'Anatoth. D'après une photographie de M. L. Heidet . 



en Jérémie, xm, sur quatre fois que le nom est répété 
de suite, non seulement cet appositif ne lui est pas ad- 
joint, mais c'est celui de « rocher » ou « région ro- 
cheuse ». « Prends la ceinture que tu as achetée et qui 
ceint tes reins; lève-toi et va à Perâtha et cache-la dans 
un creux du rocher, » binqîq has-sâla'. Jer., xm, 4. 
Quand le Seigneur veut instruire le peuple par un 
symbole prophétique, pour frapper davantage- son atten- 
tion, c'est toujours sous ses yeux qu'il le fait exposer; il 
serait étrange, en ce cas, qu'il envoyât Jérémie à une 
distance de près de trente jours de marche. 

Formé par la jonction de l'ouâd' er-Redeiddh et de 
l'ouad' ibn 'Idd, appelé encore ouâdi-Anâtâ, parce 
qu'il passe sous cette localité qui est l'antique Ana- 
thoth, patrie de Jérémie, Vouadi-Fârah commence à 
trois kilomètres au nord-est de 'Anâtâ (fig. 59). De 
chaque côté de la vallée s'élèvent, à une hauteur de 
plus de cent mètres, de gigantesques rochers percés 
d'innombrables grottes, les unes naturelles, les autres 
artificielles. Plusieurs d'entre elles sont sans doute de 
celles où se cachèrent les Israélites fuyant devant 
les Philistins, aux premiers temps du règne de Saûl, 



doute le signe de l'accusatif. En ces mêmes lieux, où 
les Assidéens avaient accueilli les Machabées et les 
fugitifs d'Israël plutôt qu'ils ne s'étaient joints à eux, 
I Mach., n, 42, et II Mach., xiv, 67, les âmes redoutant 
les dangers du monde vinrent, au V e siècle de l'ère 
chrétienne, y reprendre la vie de mortification des 
Esséniens, comme sous l'ancienne loi. C'est à Fàrah, à 
six milles à l'ouest de Jérusalem, que les Chariton, les 
Euthyme, les Théoctiste, les pères de la vie cénobitique, 
l'inaugurèrent en Palestine. Cf. Cyrille Scyth., Vita 
S. Euthijmii, n. 12, 41, 114, 184; Acta sanct., ja- 
nuarii t. n, p. 668, 672, 688, 691; Vita S. Charitonis, 
ibid., septembris t. vu, p. 576. 

A cette époque, la ville de Phara, qui avait vraisem- 
blablement pris son nom de la vallée, le portait encore, 
à quelques stades en aval des grottes qui formaient la 
Laure de Phara ou Pharan; ses ruines sont connues 
aujourd'hui sous le nom seulement de Khirbet el- 
Qoreini. Au pied des grands rochers, jaillit une source 
pure et abondante qui se déverse dans des bassins 
naturels où se jouent de nombreux petits poissons, des 
crabes et des grenouilles et forme un ruisseau qui va 



251 



PHERATH — PHICOL 



252 



s'unir, environ six kilomètres plus bas, au Nahr el- 
Kelt. Au-dessus de la fontaine, des moines russes ont jeté 
en 1905, là où se voient les restes de l'ancienne église, les 
fondements d'un nouveau monastère et occupent les an- 
ciennes grottes. —Voir Schick, dans Zeitschrift des deut- 
schen Palàstina Vereins, t. m, p . 6 ; Buhl , Géographie des 
alten Palàstina, in-8», 1896, p. 99-100. 

L. Heidet. 
PHÉRÉZÉEN (hébreu : ha-p-Perizzi ; Septante : 
^speÇaïot, dans la Genèse en général et en quelques 
endroits; plus communément $tpiZatt>i, au sing. ; 
correspondant à l'hébreu qui conserve partout ce 
nombre. La Vulgate emploie quatorze fois Pherezseus 
et huit fois Pheressei), peuplade du pays de Chanaan 
dont le territoire fut promis à Abraham et conquis par 
les Israélites. Le Phérézéen est nommé seul avec le 
Ghananéen, Gen., xm, 7; xxxrv, 30, et Jud., i, 4, pour 
désigner avec ce dernier toutes les populations du pays. 
Serait-ce pour spécifier une classe particulière d'entre 
elles? Selon Gesenius, Thésaurus, p. 1126, Perizzi a la 
même signification que Perâzi, « campagnard, paysan ». 
Ce nom serait ainsi l'équivalent de celui de fellah, fel- 
lahin, employé aujourd'hui pour désigner la classe des 
cultivateurs par opposition à toutes les autres classes. 
Quelle que soit la signification étymologique du nom, on 
ne peut cependant admettre que dans les cas précités 
le Phérézéen désigne ainsi une catégorie, tandis que 
le Ghananéen représenterait la population des villes ou 
celle exerçant les professions industrielles et libérales. 
Dans la plupart des cas le Phérézéen est cité parmi 
toutes les autres populations comme une d'entre elles, 
c'est-à-dire comme une tribu ou une nation. De plus, 
s'il désignait ainsi toute une catégorie, il devrait repré- 
senter les « campagnards » de toute la Terre Promise, 
ceux de la plaine comme ceux de la montagne, ceux 
de la région septentrionale comme ceux du midi, 
tandis qu'il est expressément donné pour une des 
peuplades de la montagne seulement, in montants, 
Jos., XI, 3, et de la partie méridionale, in meridie, 
ibid., xii, 8. L'opposition du Phérézéen au Ghananéen 
ne l'indiquerait-elle pas plutôt comme le représentant 
des populations autochtones, tandis que le Chananéen 
représenterait la race conquérante et dominatrice, 
comme le fellah représente aujourd'hui la race abori- 
gène et le turc l'étranger dominateur? Si aucune indi- 
cation positive n'appuie cette conjecture, on peut re- 
marquer toutefois que le Phérézéen n'est pas nommé 
dans la table ethnographique de la Genèse, x, 6-20, 
parmi les tribus descendant de Chanaan ou de Cham. 
La population phérézéenne parait avoir été concentrée 
dans la partie montagneuse qui devint le partage des 
fils de Joseph, Éphraïm et Manassé, c'est-à-dire dans la 
contrée qui forma plus tard la province de Samarie. 
Jacob étant encore à Sichem, disait à Siméon et à Lévï, 
ses fils, qui venaient de massacrer les habitants de la 
ville : « Vous me mettez dans le plus grand embarras, en 
me rendant odieux aux habitants de ce pays, aux Cha- 
nanéens et aux Phérézéens. » Gen., xxxiv, 30. Quand 
les fils de Joseph, d'Éphraïm et de Manassé se plai- 
gnaient de manquer d'espace pour s'établir, Josué leur 
répondait : « Puisque vous êtes un peuple nombreux, 
montez à la forêt et faites-vous là de l'espace dans le 
pays des Phérézéens et des Raphaïm, puisque la mon- 
tagne d'Éphraïm est étroite pour vous. Jos., xvii, 14- 
16. Abraham les avait trouvés établis jusqu'aux alentours 
de Béthel. En parlant de la rixe survenue entre les 
pasteurs du patriarche et de Lot son neveu, alors 
établi entre Béthel et Haï : « En ce temps, fait remar- 
quer l'auteur sacré, le Ghananéen et le Phérézéen ha- 
bitèrent ce pays. Gen., xm, 7. Les fils de Juda et de 
Siméon, trouvèrent les Ghananéens et les Phérézéens 
devant eux quand ils faisaient la conquête de leur ter- 
ritoire particulier. Jud,, i, 4-5. Il est possible toutefois 



qu'en ce passage le nom de Phérézéen ait une signifi- 
cation générique pour désigner les autres habitants de 
la contrée, distincts des Chananéens proprement dits, 
car ce sont ordinairement les Amorrhéens qui sont pré- 
sentés comme les habitants du territoire qui deviendra 
celui de Juda et dé Siméon. Cf. Gen., xrv, 7, 13; Deut., 
i, 7, 19, 27, 44; Jos., x, 5, 6, 12; Jud., i, 36. — Les 
Phérézéens furent vaincus avec les autres peuplades 
de Chanaan et en partie exterminés par Josué et les 
Israélites. Jos., m, 10; ix, 1; xi, 3, 8; xn, 8; xxiv, 11; 
Judith, v, 20. Ce qui en resta fut soumis au tribut et à 
la corvée ; on les retrouve dans cette condition sous le 
règne de Salomon, travaillant aux constructions élevées 
par ce roi. III Reg., ix, 20; II Par., vm, 7. Ils sont 
signalés encore en général avec les éléments chana- 
néens, après la captivité, et on reproche aux Juifs peu 
fidèles à la loi de prendre de leurs filles en mariage- 
I Esd., îx, i. L. Heidet. 

PHERMESTA (hébreu : Parmastâ'; Septante : Map- 
Haomâ), le septième des fils d'Aman, qui fut mis à mort 
par les Juifs de Suse. Esther, ix, 9. D'après J. Oppert, 
ParmaSta' est le perse Paramaistâ, « celui qui se met 
au premier rang. » Commentaire du livre d'Esther, 
1864, p. 22. 

PHESDOMIM (hébreu : Pas Dammîm; Septante : 
$aaoSa(jn'v; Alexandrinus : $a<ro8oiit), localité de Juda. 
IPar.,xv,13. Le nom complet est'Éfés Dammîm, comme 
il se lit I Sam. (I Reg.), xvn, 1 (Vulgate : in finibus Dom- 
mim). L'aleph initial de ce nom propre paraît avoir 
disparu devant l'article dans I Par., xi, 13 : D23, bap- 

Paz, pour be-hap-Paz. Voir Dommim, t. n, col. 1483. 

PHESHUR. I Esd., n, 38; x, 22; II Esd., x, 3. Voir 
Phashur, col. 223. — II Esd., xi, 12. Voir Phassur 4, 
col. 224. 

PHESSÉ (hébreu ; Paséah [voir Phaséa, col. 220]; 
Septante : Beaaîje; Alexandrinus : Qccari), second fils 
d'Esthon, de la tribu de Juda et de la famille de CaJeb. 
I Par., IV, 12. 

PHÉTÉI A (hébreu -.Petahydh [voir Phataïa, col. 224J ; 
Septante : ■Ssxaîa), prêtre, contemporain de David, chef 
de la dix-neuvième famille sacerdotale. I Par., xxiv, 16. 

PHÉTHROS (hébreu : Patrôs), la Haute Egypte. 
Is., xi, 11. Les Septante traduisent dans ce passage Ba- 
ëuXwvia, mais ils ont rendu ailleurs le mot hébreu par 
«ÊaOcopîJ!;, de même que la Vulgate l'a rendu par Pha- 
turès. Voir Phaturès, col. 224. 

PHÉTRUSIM (hébreu : Patrusîm; Septante : Haipo- 
<rwvi£in), descendants de Mesraïm. Gen., x, 13-14; 
I Par., i, 12. La forme plurielle du mot indique qu'il 
s'agit ici d'un nom ethnique désignant une collectivité 
d'hommes. Phetrusim « est évidemment formé avec le 
mot Patros où l'on a reconnu depuis longtemps p-to- 
res, « le pays du midi », la Thébaïde. » E. de Rougé. 
Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer 
aux six premières dynasties, p. 8. Les Phetrusim sont 
donc les habitants de Phaturès ou Phetros, la terre du 
sud, la Haute Egypte. Voir Phaturès. 

C. Lagier. 

PHICOL (hébreu : Pvkôl; Septante : $ix6X et $txwX), 
chef de l'armée d'Abimélecn, roi de Gérare. L'étymolo- 
gie de ce nom est inconnue ; il est probablement chana- 
néen. On ne sait si c'est un nom propre ou un titre de 
dignité. Si l'on admet avec beaucoup de commentateurs 
que la Genèse parle de deux Phicol, et non d'un seul, 
il est plus naturel de supposer que ce mot est simple- 
ment le titre du général qui commandait les soldats d'Abi- 



253 



PHIGOL — PHIHAHIROTH 



254 



mélech. La Genèse, xxv, 22, dit que Phicol ou le Phicol 
accompagna le roi de Gérare, lorsqu'il alla trouver Abra- 
ham pour faire alliance avec lui. Nous retrouvons les 
deux mêmes personnages ou deux personnages dési- 
gnés par le même nom, Gen., xxvi, 26, qui vont faire 
alliance avec Isaac. Si PAbimélech du temps d'Isaac 
était le fils de celui qui avait fait alliance avec Abraham, 
il est vraisemblable que le Phicol de Gen., xxvi, 26, 
était le successeur de celui de Gen.; xxi, 22, et c'est le 
sentiment le plus vraisemblable. Voir Abimélech 1 et 2, 
t. i, col. 58, 54. 

PHIGELLE, chrétien d'Asie. II Tim., i, 15. Voir 
Phygelle. 

PHIHAHIROTH (hébreu, Pi Hah,îrô\ t; Hahirôt; 
Septante : 'Eiupwfl, ÉJpiifl, gitoevAiç), localité d'Egypte. 

I. De Ramessès a Phihahiroth. — Réunis à Rames- 
sès, quelque part à l'entrée de l'Ouadi Toumilat, les 
Israélites s'engagèrent dans l'Ouadi le long du canal 
et vinrent camper à Socoth dans les environs de Phi- 
thom. Voir Phithom. Exod., xn, 37. Là ils touchaient 
à l'extrémité nord du lac Timsah et au désert. Deux 
routes s'ouvraient devant eux : la route du nord, la 
plus courte, longeant d'abord les terres cultivées, puis 
le bord de la Méditerranée, et de là, courant en droiture 
au pays des Philistins et à la côte syrienne, la route du 
sud, plus longue et plus difficile, à cause des montagnes 
qu'il faut traverser, route que suivaient encore les Bé- 
douins avant le percement de l'isthme. C'est par cette 
seconde route que les Hébreux devaient marcher. « Par- 
tis de Socoth, ils campèrent à Etham, aux confins 
extrêmes du désert. » Exod., xm, 17, 18, 20. Voir 
Etham, t. h, col. 2002-2003. Maintenant, comme l'armée 
de Pharaon approche, et que Dieu veut sauver son 
peuple, et le sauver par un prodige capital dans l'his- 
toire des Juifs, il lui fait abandonner la route d'Etham 
qui contournait vraisemblablement le lac Timsah par 
son extrémité septentrionale, et le ramène en arrière 
sur le bord occidental et vers le sud pour placer la mer 
entre lui et le désert. Il le fit camper à Phihahiroth, entre 
Magdala et la mer, vis-à-vis de Béelsephon. Exod., xiv, 
1-2. C'était une folie au point de vue humain, puisque 
les Hébreux allaient être pris entre la mer, les mon- 
tagnes et l'armée de Pharaon. Mais Dieu avait ses vues. 

II. Le nom et le site. — 1° On a cherché l'étymolo- 
gie de Phihahiroth du côté de l'hébreu. Le Targum et 
la Peschito regardent 's, pi, dans ce nom comme l'état 

construit de ns, péh, << bouche », tandis que pour le 

premier mm, hirôt, signifie montagne ou rocher, et pour 
le second, « fossé » ou « canal ». Cf. S. Jérôme, Epist. 
lxxviu, ad Fabiolam, t. xxn, col. 702. Mais Phihahiroth 
étant unnom égyptien,il faut nous en tenir à l'égyptien. 
Dans ses fouilles de Tell el-Maskhouta, Na ville a ren- 
contré sur une stèle de Ptolémée Philadelphe le nom de 

>© 

serpent sacré ». Store-City of Pithom, 4 e édit., 1903, 
pi. vin, IX, lig. 7, x lig. 26. Pikeheret était un sanctuaire 
d'Osiris dans la terre de Socoth. Il joue un rôle impor- 
tant dans la stèle. Les listes géographiques des temples 
donnent aussi Pikeheret sous la forme Askeheret, 

I S . E.-J. de Rougé, Inscriptions et notices re- 
cueillies à Edfou (Haute Egypte), t. u, pi. cxlv. Elles 
la nomment alternativement avec Pi-tum et parlent de 
son serpent sacré, Dûmichen, Geographische Inschrif- 
ten, t. m, pi. xxxin, et, comme la stèle de Philadelphe, 
la placent dans la région de Socoth. Il y avait donc 
deux temples dans le VIII e nome", proches l'un de 
l'autre, Pi-tum et Pikeheret, ce dernier dans le voisi- 
nage de la mer. Sans doute Pikeheret ne se rencontre 



8 K , Pikeheret ou Pikerehet, « la demeure du 



que sur des monuments ptolémaïques. Mais on peut 
croire que, là comme ailleurs, les Grecs n'innovèrent 
pas; ils restaurèrent un ancien culte, agrandirent ou 
reconstruisirent le temple, respectant une tradition 
locale et antique. Par suite, il reste probable qu'Osiris, 
dès la plus ancienne époque, eut un sanctuaire à Pike- 
heret, Store-City of Pithom, p. 30. Et Pikeheret sem- 
blerait être le même mot que la Phihahiroth de la 
Bible. 

2° Mais où placer Phihahiroth? Ici la Bible ne nous 
fournit qu'un point de repère : la retraite des Hébreux 
vers le sud par le bord occidental du golfe arabique. 
Mais dans l'Exode station et jour de marche n'étant 
pas synonymes, nous ne savons combien ils marchèrent 
dans cette direction. De plus, nous ne savons pas da- 
vantage la position de Magdala et de Béelsephon. Les 
théories sur l'étendue de la mer à l'époque de la 
XIX e dynastie viennent encore compliquer la question. 
Certains savants veulent que la mer ait alors commu- 
niqué non seulement avec les lacs Amers, mais aussi 
avec le lac Timsah, au moins par intermittences, ce 
qui permettrait de chercher Phihahiroth sur les bords 
de ce dernier lac et Béelsephon en face sur le bord 
oriental où se trouve la colline actuelle de Toussoum : 
c'est la théorie de Naville. D'autres, et c'est le grand 
nombre, nient qu'on puisse attribuer cette extension 
aux temps historiques; ce serait dans la pré-histoire 
que la mer en se retirant aurait laissé derrière elle le 
lac Timsah, peut-être même les lacs Amers, suivant 
quelques-uns. Par conséquent, Phihahiroth serait à 
reculer vers le sud, jusqu'au seuil de Chalouf, Lecoin- 
tre, La campagne de Moïse pour la sortie d'Egypte 
(1882); et même jusqu'à Adjroud qui n'est pas sans 
rappeler vaguement Phihahiroth. Ebers, Durch Gosen 
zum Sinai, 2 e édit., 1881, p. 509. 

III. Hypothèse de M. Naville. — 1» Le savant égypto- 
logue regarde comme difficile de ne pas admettre qu'au 
temps de Ramsès II, le golfe s'étendît beaucoup plus au 
nord qu'aujourd'hui. La mer Rouge ne comprenait pas 
seulement les lacs Amers, mais aussi le lac Timsah. Il 
appuie son dire du témoignage des anciens, confirmé 
suivant lui par les études géologiques des modernes. 
En conséquence, l'ancien canal aurait été borné à 
l'ouadi Toumilat, ou à peu près. Tout d'abord Strabon, 
xvn,3, 20, place Héroopolis à l'extrémité du golfe ara- 
bique. Pline, H. N., VI, xxxm, 2, dit que sur le golfe 
d'^Eant (arabique) se trouve Héroum. Tous les écri- 
vains de l'antiquité, même les plus récents d'entre eux, 
parlant d'Héroopolis, semblent supposer le voisinage 
de la mer. Agathémère fait commencer le golfe ara- 
bique à Héroopolis : 'Apafit'oç xôXtioî.., apxeTat àirô 
'Hptiuv TtoXétoç. Muller, Geographi grxci minores, 
édit. Didot, t. il, p. 465. Artémidore affirme que les 
navires partaient d'Héroopolis pour la terre des Troglo- 
dytes, dans Strabon XVI, rv, 5. D'où l'on peut sûre- 
ment conclure que non seulement au temps de l'Exode, 
mais même sous les Romains, le golfe s'étendait jusque 
dans le voisinage d'Héroopolis, à l'ouest d'Ismaïliah. 
Store-City of Pithom, p. 10, 25-26. Nous verrons tout 
à l'heure ce qu'il faut penser de ces textes. 

Ce point lui semblant acquis, M. Naville cherche à si- 
tuer en conséquence Pikeheret-Phihahiroth. Parla stèle 
de Philadelphe et par les textes géographiques, on a vu 
que Pikeheret était un sanctuaire d'Osiris. Les Grecs, 
par suite, durent l'appeler Sérapéum, Or, l'Itinéraire 
d'Antonin, édition Wesseling, p. 170, mentionne un 
Sérapiu ou Sérapéum à dix-huit milles d'Ero ou Héroo- 
polis, et ce ne peut être que Pikeheret, puisque c'est 
le seul sanctuaire d'Osiris que l'on connaisse dans le 
voisinage d'Héroopolis. Si l'on cherche maintenant la 
place qu'il a dû occuper, elle nous est indiquée au pied 
du Djebel Maryam, falaise plate qui forme comme le 
fond du lac Timsah sur la rive occidentale. A sa base 



255 



PHIHAHIROTH 



' • 256 



et sur les bords du canal se trouve un vaste emplace- 
ment romain, en partie recouvert par les lagunes. Il 
ne concorde pas tout à fait avec la distance de l'Itiné- 
raire, mais l'Itinéraire ne mérite 'pas une confiance 
absolue. Là seulement put être le Sérapéum, et non à 
huit kilomètres plus loin, endroit que les ingénieurs 
français ont appelé de ce nom. Ce dernier endroit por- 
tait bien une stèle de Darius, mais s'il y a place pour 
une tour de garde, un migdol, il n'y a pas trace d'ha- 
bitations. Store-City of Pithom, p. 25. Que ce soit bien 
là la situation de Pikeheret, les textes égyptiens et la 
version des Septante le confirment. La stèle de Phila- 
delphe parle de taxes annuelles en chevaux ou en bé- 
tail affectées au sanctuaire de Pikeheret, pi. x, lig.17-20. 
D'autre part, le Papyrus Anastasi VI, pi. iv, nous a 
appris que sous Ménephtah les Shasou d'Atuma deman- 
dèrent à conduire leurs troupeaux dans les pâturages 

qui appartenaient au domaine ou à la ferme I 8 C3 

ah, de Pharaon, dans la terre de Socoth. Ce mot ah 
désigne un domaine avec pâturages où l'on élève et 
nourrit les chevaux et tout bétail. Si nous passons 
maintenanl à l'Exode, nous trouvons que les Septante 
ont rendu vis-à-vis de Phihahiroth, de l'hébreu et de 
la Vulgate, par ânevàvti ttjç litauXéo);, c< devant le do- 
maine, la ferme », l'équivalent exact de l'égyptien ah. 
Ainsi, tandis que l'hébreu donne le nom propre du 
sanctuaire d'Osiris, les Septante nous parlent du do- 
maine que le Papyrus Anastasi VI nous a fait connaî- 
tre comme étant dans la terre de Socoth où se trouve 
Pikeheret. Nous avons ainsi le cadre du campement des 
Israélites : au nord-ouest, Phihahiroth-Pikeheret sur 
le lac Timsah, non loin de Phithom, proche de l'actuel 
Djebel Maryam ; au sud-est, Migdol ou Magdala, la butte 
marquée par la stèle des Perses, à peu de distance de 
l'actuelle station du Sérapéum sur le canal ; à l'est, la 
mer et, au delà, sur la rive asiatique, Béelsephon, 
l'actuelle colline de Toussoum. Voilà ce qui semble 
probable à M. Naville. Store-City of Pithom, p. 31. 

2° La géographie de l'isthme, selon M. Naville, a 
contre elle le témoignage d'Hérodote qui vit l'Egypte 
sous les Perses. A lui tout seul cet auteur suffit à 
ruiner la thèse que nous venons d'exposer. Il dit du 
canal qu'il avait « quatre journées de navigation... On 
commença à le creuser, poursuit-il, dans cette partie 
de la plaine d'Egypte qui est du côté de l'Arabie. La 
montagne qui s'étend vers Memphis, et dans laquelle 
sont les carrières, est au-dessus de cette plaine et lui 
est contiguë. Le canal commence donc au pied de 
la montagne; il va d'abord pendant un long espace, 
d'occident en orient, il passe ensuite par les gorges 
de cette montagne et se porte au midi dans le golfe 
d'Arabie. » n, 158. « La signification du passage et 
l'intention de l'auteur sont visibles : Hérodote décrit 
les deux directions du canal, l'une de l'ouest à l'est 
dans le sens de l'Ouadi Toumilat, l'autre de l'est au sud, 
dans le sens des lacs Amers. La montagne dont il parle 
est le versant méridional delà chaîne qui longe l'Ouadi, 
et la gorge de cette montagne correspond à l'ouverture 
septentrionale du bassin qui contient les lacs Amers. 
La topographie de l'historien ne s'accorde en aucune 
façon avec la carte de M. Naville qui place l'ancien ri- 
vage de la mer Rouge entre Pikeheret et le lac Timsah, 
ne laissant ainsi aucun moyen de tracer le coude dé- 
crit par le canal de l'est au sud, ni de comprendre en 
outre, comment les vingt lieues de l'Ouadi Toumilat 
auraient exigé quatre jours de voyage, quand la journée 
de navigation, en Egypte, était de treize à quatorze 
lieues. — On remarquera que la description d'Hérodote 
est confirmée de plusieurs manières, et notamment 
par les traces du canal creusé ou recreusé par les 
Perses depuis les lacs Amers jusqu'aux environs de 
Suez. Entre ces deux points la Commission d'Egypte a 



découvert des ruines et des inscriptions, surtout dans 
le voisinage de Chalouf, près de l'ancien canal (appelé 
aujourd'hui canal des Pharaons), qui fut retrouvé par 
le général Bonaparte. » E. Lefébure, Les fouilles de 
M. Naville à Pithom, dans la Revue des religions, t. xi, 
1885, p. 322. Les traces de ce dernier canal semblent 
montrer que cinq cents ans avant J.-C. les lacs Amers et 
le lac Timsah étaient séparés et ne différaient guère de 
ce qu'ils sont aujourd'hui. — Strabon, XVII, i, 26, fait 
franchir au canal les lacs Amers : êtappet il y-où Sià twv 
urapôiv xaXou|iév<i)v Xifivwv. Et il nous k représente ces 
lacs comme dessalés par le canal soit qu'il prenne 
quelque partie pour le tout, soit qu'il confonde les lacs 
avec le canal lui-même, qui était large et poissonneux. » 
E. Lefébure, loc. cit., p. 323. — Pline, qui suit Strabon 
et d'autres auteurs, compile sans bien comprendre et 
semble même faire partir le canal de la mer Rouge 
pour venir aboutir aux lacs, usque ad fontes amaros. 
H. N., vi, 33. Quoi qu'il en soit, Strabon et Pline nous 
montrent le canal se prolongeant bien plus loin que 
l'Ouadi Toumilat à travers des lacs qu'ils distinguent 
de la mer Rouge. Philadelphe, dans la stèle de Phi- 
thom, parle du « Grand lac noir », Kemour,et du « lac 
du Scorpion » (Timsah actuel) comme étant navigables et 
communiquant par le canal avec la mer Rouge, ce 
qui permettait aux marchandises du pays des Troglo- 
dytes de venir débarquer dans le lac Timsah, pi. x. 
On ne peut donc accorder à M. Naville que le canal 
se soit borné à l'ouadi Toumilat. Les lacs Amers de 
Pline et de Strabon ne peuvent se placer que dans le 
site actuel de ce nom et ils correspondent, semble-t-il, 
au grand lac noir de Ptolémée II. Par conséquent, si 
plus loin Strabon, XVII, m, 20, dit qu'Héroopolis est 
sur le golfe arabique, si Pline le répète avec lui, loc. 
cit., nous ne devons pas les prendre à la lettre, pas 
plus que nous ne prenons à la lettre Josèphe disant 
que la mer Rouge s'étend jusqu'à Coptos, qui est sur 
le Nil. De Bell, jud., IV, x, 5. « Les Anciens, qui 
appelaient nier toute grande étendue d'eau, ont regardé 
les lacs Amers et leur canal tantôt comme faisant 
partie et tantôt comme ne faisant pas partie de la mer 
Rouge. On ne peut même comprendre autrement le 
passage où Aristote dit que Sésostris, le premier, essaya 
de canaliser la mer Rouge, T-qv ÊpuSpàv Qâlavzav 2nsi- 
piôri Siopijttîiv. Metereolog. i, 14. Les lacs Amers 
étaient une mer intérieure à peine séparée de l'autre, 
si bien que l'on pouvait les réunir toutes les deux sous 
un même nom, quand le sujet n'exigeait pas une pré- 
cision d'ailleurs peu conforme aux habitudes de l'anti- 
quité. » E. Lefébure, loc. cit., p. 324. Quant aux auteurs 
qui avec Artémidore font partir les navires d'Héroo- 
polis pour la terre des Troglodytes, cela ne préjuge en 
rien la question des lacs. Héroopolis était la dernière 
ville d'Egypte, la plus connue, que l'on rencontrait 
avant de s'engager dans les lacs reliés à la mer Rouge. 
On pouvait donc dire que la navigation commençait à 
cette place. Il n'y a pas d'autre conséquence à en tirer. 
On ne peut rien tirer non plus du Clysma que la se- 
conde inscription latine de Phithom place à neuf 
milles d'Ero. Clysma signifie port et pouvait convenir 
à bien des localités différentes, comme les mots Migdol 
et Sérapéum. Ce Clysma était quelque part sur le lac 
Timsah et différait de l'autre Clysma que l'Itinéraire 
d'Antonin place sur la mer Rouge à soixante huit 
milles d'Héroopolis. Reste le texte d'Agathémère qui 
pourrait recevoir la même explication que les autres 
textes. Mais il faut remarquer de plus que cet auteur 
copie Eratosthène. Celui-ci, dans Strabon, XVI, iv, 4, 
dit que l'on a à sa droite la Troglodytique quand on 
longe la côte depuis Héroopolis : oirsp !<rtiv âv 8eEi3 
.aTroiiXéo'jffiv àno 'Hpwwv uôXeoiç. 11 fait donc simple- 
ment Héroopolis le point de départ de la navigation, 
tandis qu'Agathémère change les mots concernant 



257 



PHIHAHIROTH — PHILADELPHIE 



258 



Héroopolis dont il fait le commencement du golfe 
arabique. Son témoignage en perd toute sa valeur. 

Mais peut-être que la géologie donnera raison à M. Na- 
ville? Linant de Eellefonds lui est tout entier favorable 
et il s'en prévaut à plusieurs reprises. Store-City of 
Pithom, p. 25, 26, etc. Partant d'un point communé- 
ment admis, savoir que la mer Rouge et la mer Médi- 
terranée ont communiqué dans lestempspréhistoriques, 
il signale trois atterrissements successifs intervenus 
entre les deux mers. Le premier est antérieur à l'his- 
toire, c'est celui qui existe entre les lagunes les plus 
au sud du lac Menzaleh et le lac Timsah, nommé seuil 
de Gisr. Le second se trouve entre le lac Timsah et les 
lacs Amers, c'est le seuil du Sérapéum. Le troisième 
est situé entre les lacs Amers et le fond du golfe actuel, 
c'est le seuil de Chalouf. Selon l'auteur, l'atterrissement 
du Sérapéum s'est produit après Moïse, à plus forte 
raison celui de Chalouf, et il explique dans ce sens les 
textes des anciens. Linant, Mémoires sur les princi- 
paux travaux d'utilité publique exécutés en Egypte 
depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, 
Paris, 1872-1873, p. 178-194, surtout p. 195-197, où l'au- 
teur se résume. Les autres géologues sont moins affir- 
malifs. Ils s'accordent en général pour dire que la 
mer Ronge n'a pas dû dépasser le Sérapéum depuis les 
temps historiques. Mais ils admettent par contre que 
les lacs Amers, à une époque récente, n'ont fait qu'un 
avec la mer Rouge. Cf. Lecointre, La campagne de 
Moïse pour la sortie d'Egypte (1882), p. 37-38. La dif- 
ficulté glt donc tout entière dans le seuil de Chalouf, 
Par sa nature, il est hors de doute qu'il est bien an- 
térieur à Moïse, puisqu'il est d'origine tertiaire. Cf. 
0. Fraas, -4ms dern Orient : geologische Beobachtun- 
gen am Nil, auf der Sinai-Halbinsel und in Syrien, 
1867, p. 170-173; O.Ritt, Histoire de l'Isthme de Suez, 
p. 5. Mais ce seuil a pu être soulevé par les modernes 
tremblements de terre ou les mouvements du sol. 
C'est l'opinion de M. Ritt, loc. cit., p. 4-5. Il n'insiste 
pas et passe à des preuves d'un autre ordre, aux 
mesures données par les anciens sur la largeur de 
l'isthme. « Hérodote, dit-il, rapporte que la dislance 
du mont Casius, formant cap sur la Méditerranée, à la 
mer Erythrée était de mille stades, c'est-à-dire d'envi- 
ron cent kilomètres, ie stade unitaire employé par le 
savant historien dans toutes ses observations équivalant 
à peu près à cent mètres. Or, d'après l'examen de la 
carte, la distance du cap Casius à la mer Rouge est un 
peu supérieure à la plus petite largeur de l'isthme. Il 
résulte donc de l'assertion d'Hérodote, que l'isthme de 
Suez n'avait pas plus de quatre-vingt-dix à quatre-vingt- 
quinze kilomètres de large, il y a deux mille ans," c'est- 
à-dire que la mer Rouge devait faire, à cette époque, 
une pointe d'environ cinquante kilomètres dans l'inté- 
rieur de l'isthme. Loc. cit., p. 5. Cf. Linant, loc. cit., 
p. 161-165. M. Vigouroux répond que M. Ritt « suppose 
que le stade d'Hérodote n'était que de trois cents pieds; 
en réalité, il était du double, c'est-à-dire de six cents, 
comme nous le lisons formellement dans la description 
du lac Moeris, où il est dit que le stade équivaut à 
cent oryges et l'oryge à six pieds. Hérodote, n, 149. Le 
stade était donc de six cents pieds. Par conséquent la 
distance du mont Casius au golfe de Suez, était, non 
pas de quatre-vingt-quinze, mais de cent quatre-vingt- 
cinq kilomètres : c'est plus que la distance actuelle, la- 
quelle ne dépasse pas cent treize kilomètres environ, s 
La Bible et les découvertes modernes, t. n, 6 e édit., 
1896, p. 397-398 et p. 390-396, utilisées ci-dessus. C'est 
même, trop, et nous restons perplexes sur la nature du 
stade employé ici par un auteur qui change à ce sujet 
d'une page à l'autre. Lecointre, loc. cit., p. 93-99. Les 
chiffres d'Hérodote, répond-on, confirmés par ceux de 
Strabon, XI, i, 5, 6; XVII, 1, 21, de Pline, H. N., v, 
2, de l'Itinéraire, s'appliquent sans doute à la route 

DICT. DE LA BIBLE. 



suivie, et c ette route avait ses circuits et ses détours 
Nous aurions ainsi l'explication dé la différence entre 
ces distances et celles des modernes qui mesurent en 
ligne droite. Vigouroux, loc. cit., p. 399. 

V. Conclusion. — Que conclure maintenant par rap- 
port à Phihahiroth? Évidemment, il faut reculer cette 
station plus au sud que ne le fait Naville, que ne le 
suppose Linant. Mais combien plus au sud la reporter? 
En admettant qu'au temps d'Hérodote, c'est-à-dire au 
v s siècle avant J.-C, la largeur de l'isthme ait répondu 
à peu près à ce qu'elle est aujourd'hui, s'ensnit-il qu'au 
temps de l'Exode, c'est-à-dire au XIII e siècle avant J.-C, 
il en ait été de même? Le seuil de Chalouf, par son 
origine tertiaire, semble nous l'assurer. Mais ce seuil 
est un soulèvement, de l'avis de tous les géologues ; et, 
suivant l'ingénieur Lecointe, ce soulèvement qui corres- 
pond à un affaissement du côté de la Méditerranée, se 
poursuit toujours, puisque le fond du canal recreusé 
par Amrou est resté par places, à Chalouf spécialement, 
« dans un état de conservation vraiment merveilleux ; 
les talus sont réguliers, les arêtes vives, le fond de 
cailloux et d'argile parfaitement plat et sans trace d'en- 
sablement... Sa cote est de 17 m 76, tandis que celle de la 
hauteur de la mer Rouge est de 18<J6 : il n'aurait 
donc plus aujourd'hui que soixante centimètres à demi 
marée, et resterait toujours à sec à marée basse : par 
suite le canal serait hors de service. » Loc. cit., p. 38. 
Le même auteur en déduit que le seuil a dû se relever, 
au minimum, de quatre mètres vingt depuis Ptolémée 
Philadelphie et « qu'à l'époque de Moïse, il devait être 
profondément submergé ». Loc. cit., p. 39. Il s'en faut 
que tous se soient ralliés à cette opinion. Le dernier 
mot sur la question, controversée entré savants qui ne 
cherchent pas à supprimer le caractère miraculeux du 
passage de la mer Rouge, le dernier mot est aux fouilles 
nouvelles et à leurs révélations. En attendant, on peut 
penser avec les uns que Phihahirot se trouvait en face 
des lacs Amers, avec les autres, qu'elle était vers 
Adjroud, en face de la mer Rouge proprement dite. 
Cette dernière opinion repose sur la tradition juive 
alexandrine, acceptée par les premiers chrétiens, et 
qui peut n'être qu'une accommodation aux conditions 
géographiques de l'époque. Peut-être encore nous 
forcerait-elle à reporter trop haut Phihahiroth pour 
que son identification si séduisante avec Pikeheret n'en 
souffrît pas. Pourtant, qui sait? L'innombrable multi- 
tude des Hébreux avec leurs troupeaux et leurs bagages 
occupait une immense place et le « vis-à-vis de Phiha- 
hiroth » peut nous donner de la marge. 

C. Lagier. 

PHILADELPHIE (grec : $0Mnl<?la), ville ancienne 
de Lydie, en Asie Mineure, sur la rive méridionale du 
Kogamos, affluent de l'Hermus, actuellement Alachehr, 




£0. — Monnaie de Philadelphie (dernière partie du i" siècle de 
notre ère). => Tête de Diane, à gauche, avec un carquois. — 
H). Apollon jouant de la lyre : *L\AAEA*EaN EPMinnoC 
APXIEPEÏC. 

c'est-à-dire « la bigarrée », dans le vilayet d'Aïdîn, 
dans le pachalik d'Anatolie, à 118 kil. de Smjrne, qui 
lui est reliée par une ligne de chemin de fer. Elle était 
bâtie sur les derniers contreforts du mont Tmolus, au 
bord du haut plateau central de l'Asie Mineure 
(fig. 60). Voir la carte de Lydie, t. iv, col. 448. Elle est 
mentionnée deux fois dans le Nouveau Testament : 
Apoc, i, 11, dans la liste des sept Églises de l'Asie 

V. - 9 



259 



PHILADELPHIE 



260 



proconsulaire auxquelles saint Jean devait envoyer le 
livre de ses visions; Apoc, m, 7, en tête de la lettre 
adressée à l'ange, c'est-à-dire à l'évêque de la ville. Elle 
fut fondée par Attale HPhiladelphe (voir Attale II, 1. 1, 
col. 1227-1228), roi de Pergame entre les années 159- 
138 avant J.-C., auquel appartenait son territoire et 
dont le surnom servit à la désigner. En 133 avant J.-C, 
elle passa sous -la domination romaine, avec tout le 
royaume de Pergame. Voir Pergame, t. rv, col. 137. 
Située tout auprès de la région volcanique nommée 
Katakékauméné, « district brûlé, » qui est très exposé 
aux tremblements de terre, elle eut beaucoup à souf- 
frir de ce fléau ; elle était presque en ruines à l'époque 
de Strabon, XIII, iv, 10. Mais elle ne tarda pas à se 



sur laquelle elle se dresse est couverte de jardins et 
d'arbres; la plaine est un champ immense, bien cul- 
tivé, que traversent de nombreux canaux d'irrigation. 
La population s'occupe beaucoup d'agriculture, comme 
au temps de Strabon, qui comparait son sol à celui de 
Catane, en Sicile, sous le rapport de la fertilité. 
Cf. Strabon, xn, 8; xm, 4. Son vin était déjà très 
renommé dans les temps anciens, Virgile, Georg., n, 98, 
et elle en exportait de grandes quantités ; ses monnaies 
portaient souvent, pour ce motif, la tête de Bacchus ou 
celle d'une bacchante. Les ruines de l'ancienne cité 
sont peu nombreuses; elles consistent dans les restes 
d'un théâtre, d'un stade, de deux enceintes, etc. Mais 
nous devons à Philadelphie une lettre de l'Apocalypse 




61. — Vue d'Alachehr. D'après une photographie. 



relever. Elle porta pendant quelque temps, au i« siècle 
de l'ère chrétienne, le nom de Néocésarée, qu'on lit 
sur des monnaies contemporaines des règnes de 
Tibère, de Caligula et de Claude. Sous Vespasien, elle 
reçut l'épithète de Flavia. On lui donna aussi , à l'époque 
de sa plus grande prospérité, le titre de « petite 
Athènes », à cause du grand nombre de ses temples 
et de ses fêtes. Cf. J. G. Droysen, Geschichte des Hel- 
lenismus, 2 e édit., 3 vol., in-8°, Gotha, 1878, t. m, 
2 e partie, p. 276. A l'époque byzantine, c'était encore 
une ville grande et peuplée, qui faisait un commerce 
considérable. Philadelphie eut la gloire de ne tomber 
au pouvoir des Turcs qu'en 1390, après huit années de 
vigoureuse résistance, alors que toutes les autres villes 
d'Asie Mineure étaient déjà entre leurs mains. 

Alachehr (fig. 61), qui a succédé à la cité antique, 
est à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et domine 
une vaste et fertile plaine. De loin, elle a un aspect 
imposant; mais elle est mal bâtie et très malpropre, 
comme la plupart, des villes orientales. Son activité 
commerciale est encore très importante. La terrasse 



III, 7-13, qui ne mourra jamais. Son évêque y reçoit 
de grands éloges, comme celui de Smyrne, Apoc, n, 8- 
11, et pas un seul reproche. La communauté chrétienne- 
qu'elle abritait était peu considérable encore, Apoc. 
m, 8, et les Juifs essayaient de la troubler, Apoc, m, 
9; mais pasteurs et fidèles résistaient vaillamment à 
cette « synagogue de Satan ». Notre-Seigneur n'a 
donc qu'à les louer, à leur promettre une brillante 
récompense et à leur recommander de conserver avec 
soin le don précieux qu'ils ont reçu. Apoc, m, 10-11. 
Dans l'épître intéressante qu'il leur écrivit quelques 
années plus tard, saint Ignace d'Antioche met égale- 
ment les chrétiens de Philadelphie en garde contre 
les juifs. Cf. Funk, Die apostolischen Vàler, in-8°, 
Tubingue, 1901, p. 98-102. Aujourd'hui encore, l'élé- 
ment chrétien est de beaucoup prépondérant parmi 
la population d'Alachehr; la bénédition du Christ 
a porté bonheur à cette Église comme à celle de 
Smyrne. 

Nous ne savons pas dans quelles circonstances spé- 
ciales le christianisme avait pénétré à Philadelphie. 



261 



PHILADELPHIE — PHILÉMON (ÉPITRE A) 



262 



D'après les Constitut. Apost., vu, 46, t. i, col. 1053, son 
premier évêque, nommé Démétrius, aurait été institué 
par saint Pierre lui-même. L'apologiste saint Miltiade, 
dans Eusèbe, H. E., v, 17, t. xx, col. 473, mentionne 
une prophétesse, nommée Ammia, qui aurait appar- 
tenu à l'Église primitive de Philadelphie. Durant la 
période byzantine, cette ville était le siège d'un évêché 
qui dépendait du centre métropolitain de Sardes. — 
Voir Arundell, Discoveries in Asia Minor, in-8°, t. i, 
p. 34; Curtius, Nachtrag zu den Beitràgen zur Ge- 
schichte und Topographie Kleinasiens, dans les 
Abhandlungen der Berliner Akademie, 1873; Ramsay, 
Historical Geography of Asia Minor, in-8°, Londres, 
1890, p. 86; Id., Cities and Bishoprics of Phrygia, 
2 in*, t. i, p. 196; t. n, p. 353; Mot Le Camus, Les 
sept Églises de l'Apocalypse, in-4», Paris, 1896, p. 203- 
216. L. Fillion. 

PHILARQUE (grec : à çuXâpxis; Vulgate : Philar- 
ches), chef de tribu, chef de troupes comme çuXâp xoç. 
Cf. £ïpt8ctf>x'"]Ç> I Mach., x, 65. Nos éditions de la Vul- 
gate donnent ce mot comme un nom propre, et beaucoup 
de commentateurs acceptent cette interprétation, mais 
la phrase grecque : rèv Se ipuXâpxijv t&v Ttepi TijidOeov, 
s'entend plus naturellement du « commandant ou chef 
de ceux qui étaient avec Timothée », c'est-à-dire de ses 
soldats. II Mach., vm, 32; cf. f. 30. Le texte sacré nous 
dit que Judas Machabée ayant battu Timothée et Bac- 
chide, les vainqueurs mirent à mort le philarque, 
« homme très pervers, qui avait fait aux Juifs beaucoup 
de mal. » 

1. PHILÉMON (grec, ^iX^mm), riche chrétien de 
Colosses à qui saint Paul écrivit une de ses lettres. 
Le nom qu'il portait était très répandu en Phrygie, 
comme le témoignent Ovide, Metam., vm, 631 ; Aristo- 
phane, Aves, 762, et de nombreuses inscriptions. 
Wieseler, Chron. des Apost. Zeitalt., 1884, p. 452, 
a prétendu conclure d'un passage de l'Épître aux 
Golossiens, iv, 7, que Philémon était originaire de 
Laodicée, et que la lettre qui lui est adressée était celle 
que l'Apôtre envoya, par les soins de Tychique, à cette 
dernière Église, Col. iv, 16. Mais il est plus naturel de 
supposer que Philémon habitait, comme son esclave 
Onésime, Col., iv, 9, « l'un d'entre vous, » la ville de 
Colosses. On y montrait encore sa maison au temps de 
Théodoret, InEpist. adP hi lem.,Procem.,t. xxvi, col. 601, 
et les Constitutions apostoliques, Iv, 46, t. i, col. 1053, 
en font l'évêque de cette cité. D'après les Menées 
grecques du 22 novembre, il aurait subi là le martyre 
en compagnie d'Appia, d'Archippe et d'Onésime. J.-B. 
Lightfoot, The Apostolic Fathers, lgnatius, Londres, 
1884, t. n, p. 535. Saint Paul n'ayant jamais été à Co- 
losses, il est probable que Philémon et les siens l'avaient 
connu dans un voyage à Éphèse. Act., xix, 26; I Cor., 
xvi, 19. En tout cas, c'est à l'Apôtre lui-même, qu'il 
devait sa conversion, f. 19. 

Philémon parait avoir joui d'une certaine fortune : 
il a des esclaves; il reçoit de nombreux amis dans sa 
maison, f. 22; il est connu par sa libéralité envers les 
pauvres, f. 5-7; la communauté chrétienne se réunit 
chez lui, % 2. L'épithète de cruvEpyrfç, que lui donne 
Paul, % 1, laisse entendre qu'il servait avec zèle la 
cause de l'Évangile parmi ses compatriotes. C'était une 
âme généreuse, droite, loyale, toute dévouée à la per- 
sonne de l'Apôtre, f. 13, 17, 22. — Les traditions le 
présentent tantôt comme prêtre, tantôt comme évêque 
ou comme diacre; les martyrologes grecs l'appellent 
simplement « un saint apôtre' ». Lightfoot, lgnatius, 
il, p. 535. Philémon semble avoir été marié : sa femme 
est sans doute cette Appie qui figure avec lui, dans 
l'adresse de l'Épître à côté d'Archippe lequel, vraisem- 
blablement, était leur fils. C. Toussaint. 



2. PHILÉMON (ÉPITRE A). — Cette lettre se distin- 
gue des autres Épitres de l'Apôtre par des caractères 
tout particuliers. C'est d'abord la plus courte : elle n'a 
que quelques lignes. Elle semble, de plus, avoir été 
écrite tout entière de la main de Paul, f. 19, cas fort 
rare pour les Épitres de saint Paul. Enfin elle n'est 
adressée ni à une église, ni à un chef d'église comme 
les lettres pastorales, mais à une famille, plus exacte- 
ment encore, à un ami personnel, pour une affaire 
d'ordre' privé. 

I. Contenu de l'Épître. — Malgré son peu d'étendue, 
ce billet présente les divisions habituelles des grandes 
épîtres : préambule, corps du sujet, épilogue.— \« Préam- 
bule, f 17. — Il se compose de l'adresse et de l'action de 
grâces. L'adresse mentionne en première ligne Philé- 
mon, le chef de famille, à qui la lettre est principa- 
lement destinée. Elle y ajoute les noms d'Appia sa 
femme et d'Archippe son fils. Les autres membres de 
la famille du riche Colossien sont désignés par ces 
mots « l'église qui se réunit dans ta maison ». L'action 
de grâces, en louant, d'une façon délicate, la foi et la 
charité de Philémon, prépare la requête que l'Apôtre 
va lui présenter, f 1-7. 

2° Corps de l'Epître, f. 8-21. — Saint Paul y sollicite 
le pardon d'Onésime, avec un art consommé. L'Apôtre 
n'aborde son sujet qu'avec mille précautions. 11 n'é- 
nonce pas de suite l'objet de sa demande. Il rappelle 
d'abord à Philémon quel est celui qui la lui adresse, 
f 8-9, c'est Paul lui-même. Au besoin, il pourrait 
commander, il aime mieux, par amour, le supplier 
et demander, comme service personnel, ce qu'il pour- 
rait exiger comme apôtre. Comment Philémon pour- 
rait-il refuser cette grâce à celui qui passe sa vie 
au service des gentils, qui endure, en ce moment 
même, toutes les souffrances de la captivité, et qui est 
arrivé à l'âge de la vieillesse ? A ces motifs, Paul joint 
ceux qu'il trouve dans la personne de son client, f 10- 
16. Celui en faveur de qui il intercède est son « fils 
spirituel », qu'il a enfanté dans sa prison; c'est cet 
Onésime qui, jusqu'ici, il est vrai, n'a guère justifié la 
signification de son nom (Onésime, en grec, signifie 
« utile » ) mais qui, désormais, en est tellement digne, 
que Paul l'aurait volontiers gardé auprès de lui pour 
l'aider dans l'œuvre de l'Évangile et faire pour lui tout 
ce que Philémon ferait lui-même s'il était.'présent, mais 
Paul n'a voulu devoir cette précieuse assistance qu'à la 
bonne volonté de Philémon lui-même. De plus, celui 
pour qui parle l'Apôtre n'est plus un simple esclave, 
c'est « un frère »et un frère pour l'éternité, frère aimé 
de Paul et, à plus forte raison, de Philémon qui l'avait 
aimé autrefois comme maître, en sorte que si Onésime 
a été séparé de Philémon pour un temps, c'est afin 
qu'il le recouvre pour l'éternité, non plus comme un 
esclave, mais comme un frère bien-aimé. L'Apôtre pro- 
nonce alors le mot décisif : «Reçois-le, f. 17-21, comme 
tu me recevrais moi-même < » Il est vrai qu'Onésime ne 
s'est pas enfui seulement de chez son maître, mais qu'il 
lui a causé quelque grave dommage. Mais Paul s'offre 
pour le réparer. Il s'engage, par écrit, à indemniser 
Philémon, bien qu'au fond celui-ci soit son débiteur 
puisqu'il lui doit son salut. Cette idée remplit l'âme de 
Paul de confiance. Il reproduit sa prière, au f. 20, sur 
un ton qui écarte jusqu'à la possibilité d'un refus. Bien 
plus, au verset suivant, il attend de Philémon quelque 
chose de mieux encore. Quoi donc ? Le tour de phrase 
est général et laisse aux interprètes la place à diverses 
hypothèses. Les uns supposent un bienfait quelconque 
en plus du bon accueil réservé à Onésime, d'autres 
(De Wette, Oltramare, Reuss, Godet), l'affranchissement 
pur et simple. 

3» Épilogue, 22-25. — L'Apôtre prie Philémon de lui 
préparer un logement, car il espère suivre de près 
Onésime à Colosses. Les autres versets contiennent les 



263 



PHILÉMON (ÉPÎTRE. A) 



264 



salutations des compagnons de Paul, ce sont les mêmes 
noms que dans l'Épltre aux Colossiens, à part celui de 
Jésus Justus qui probablement n'était pas connu de 
Philémon. Par contre, Êpaphras est mentionné le pre- 
mier de tous, étant l'ami personnel de Philémon. Il 
était alors à Rome et partageait l'appartement que le 
prisonnier Paul avait loué. Col., îv, 10-12. 

II. LlEK ET DATE DE LA COMPOSITION DE L'ÉPÎTRE. — 

De l'aveu de presque tous les critiques, l'Épltre à Phi- 
lémon a été rédigée en même temps que les Épîtres aux 
Colossiens et aux Éphésiens. «. Ces trois lettres, dit 
Sabatier, forment un groupe distinct dans l'ensemble 
des Épîtres de la captivité et ne doivent point être 
séparées. Écrites en même temps, portées en Asie 
Mineure par les mêmes messagers, elles gardent des 
traces frappantes de cette parenté d'origine. Philem., 
10, et Col., iv, 9; Philem., 23, 24, et Col., rv, 10, 12, 14; 
Philem., 2, et Col., iv, 17. Ces Épîtres, en effet, se sup- 
posent l'une l'autre. A. Sabatier, L'Apôtre Paul, 3« édit., 
1896, p. 233. D'après leur contenu, elles ont été certai- 
nement écrites durant une des deux captivités de Paul. 
Mais est-ce celle de Rome ou celle de Césarêe? Les 
exégètes modernes ne sont point d'accord sur ce point. 
Voir leurs arguments, pour ou contre, à l'article Co- 
lossiens (ÉpItre aux), t. il, col. 867. 

III. Authenticité. — On ne trouve pas de traces cer- 
taines de l'Épltre à Philémon chez les Pères aposto- 
liques. Br. F. Westcott, Canon of the N. T., 1884, 
p. 48. Les premières citations formelles de l'Épître à 
Philémon viennent d'Origène qui l'attribue à Paul et 
en extrait plusieurs passages. In Jerem., nom. xix, 2; 
Comm. séries in Matth., § 66, 72, t. xin, col. 501, 1707, 
1715. Tertullien, Adv. Marc, v, 11, t. n, col. 254, re- 
marque que la brièveté de cet écrit l'a mis à l'abri 
des falsifications de Marcion. D'après saint Épiphane, 
Hser., xlii, 9, t. xli, col. 708, la lettre à Philémon occu- 
pait dans le recueil de Marcion l'avant-dernière place, 
après les Épîtres aux Colossiens et aux Laodicéens et 
avant celle aux Philippiens, tandis que, d'après Tertul- 
lien, elle venait après celle-ci, comme la dernière. On 
la trouve mentionnée dans le canon de Muratori, à côté 
des trois Épîtres pastorales. Voir t. n, col. 170. Les 
deux anciennes versions syriaque et latine la conte- 
naient. Saint Jérôme, Comm. in Epist. Philem., 
Proœm., t. xxvr, col. 601, observe pourtant que plu- 
sieurs ne la croyaient pas écrite par saint Paul ou que, 
si elle était de luj, elle n'était pas inspirée, car elle ne 
contenait rien pour l'édification : c'était plutôt Une 
lettre de recommandation qu'une lettre doctrinale. A 
quoi l'illustre exégète répondait : on trouve, dans toutes 
les lettres de Paul, des détails se rapportant aux choses 
de la vie, par exemple, II Tim., îv, 13, où l'Apôtre 
donne l'ordre de lui rapporter son manteau et ses livres, 
et d'ailleurs jamais cette lettre n'aurait été reçue par 
toute l'Église, si l'on n'avait pas cru qu'elle fût de Paul. 
Saint Chrysostome, In Philem. Prol., t. lxh, col. 702, 
reproduit à peu près les mêmes raisons contre ceux qui 
considéraient cette Épître au-dessous de la dignité du 
grand Apôtre. A partir de ce moment, l'authenticité de 
notre Épître n'a laissé aucun doute dans les esprits. 
Elle n'a été mise en question que par Christian Baur 
qui lui dénia son origine paulinienne, opinion plus ou 
moins adoptée par "Weizsàcker, Pfleiderer, Steck, von 
Manen. Pour ces critiques, l'Épltre à Philémon est l'em- 
bryon d'un roman chrétien analogue à celui des Réco- 
gnitions clémentines, destinées à mettre en exemple la 
telle idée chrétienne que chaque fidèle se retrouve lui- 
même dans chacun de ses frères- Cette hypothèse n'a 
aucun fondement. 

La lettre à Philémon est d'une telle originalité et l'âme 
de Paul l'a si bien marquée de son empreinte ineffaça- 
ble, qu'on ne peut douter de son authenticité. Voir 
P. Sabatier, L'Apôtre Paul, 3 e édit., p. 235, 236; Re- 



nan, Saint Paul, 4869, introd., p. xi. Von Soden, dans 
le Hand-Commentar z-um N. T., t. m, part, i, Fribourg- 
en-B., 1893, p. 73, admire, dans cette lettre, un témoi- 
gnage charmant de la délicatesse et de l'humour de 
l'Apôtre, et tout à la fois de l'élévation de sentiment et 
de langage avec laquelle il savait traiter les choses con- 
crètes de la vie. Les objections tirées du vocabulaire 
de l'Épltre méritent à peine de retenir l'attention. Les 
sept âiraS AeY<5[<.eva qu'on y signale, âva7i![i.7ieiv, dtitOTÎ- 
veiv,a)y»)crTOç, iitniaaeii, ijevt'ot, ôvivaurôoti, itpocrotpe&eiv, 
n'enlèvent pas l'impression générale que le style de 
l'Épître ne soit celui de Paul, en particulier celui des 
autres Épîtres de la captivité. On retrouve, en effet, 
plusieurs des expressions favorites de Paul :è7ti'-fvw<"î> 
itappiimoi, 7tapâxX?)<nc. La belle métaphore 8v èy£vvr|<Toc 
èv toi; Ssiriioiç, jt. 10, rappelle I Cor., i\, 15, l'adverbe 
Tà^a, f. 15, l'Épître aux Romains, v, 7. Il y a, en outre, 
nombre de coïncidences verbales avec les Épîtres aux 
Colossiens, aux Éphésiens, aux Philippiens, par exem- 
ple, 8é<T|iioç Xpio-coO 'Ir|<ToO,ll, 1, 9; Eph.,ni, 1; iruvep-fiSî 
et (nj<rrpaTiMTr|Ç, v, 1, 2; Phil., n, 25; dtvrixov, v, 8; 
Eph., v, 4; Col., m, 18; (ruvaixndcXuTo;, v, 23; Col.,rv, 
10; àStlfoç àYa7niT<îç, v, 16; Eph., vi, 21; Col., iv, 7. 

IV. Mérite littéraire. — Tous les critiques s'accor- 
dent à reconnaître, dans l'Épître à Philémon, un vrai 
petit chef-d'œuvre de l'art épistolaire. Érasme, In Phi- 
lem., 20, défie même Cicéron de dépasser l'éloquence 
de ces quelques lignes. On ne sait ce qu'il faut le plus 
admirer dans cette page, unique en son genre parmi 
les écrits de Paul, la finesse, la grâce, la délicatesse de 
sentiment et de langage, les tournures heureuses, les in- 
sinuations habiles, les sous-entendus pleins de tact et 
d'à-propos. Cette Épître nous révèle la souplesse du 
génie de Paul. « Ce ne sont, dit Sabatier, que quelques 
lignes familières, mais si pleines de grâce, de sel, d'affec- 
tion sérieuse et confiante, que cette courte Épître 
brille, comme une perle de la plus exquise finesse, 
dans le riche trésor du Nouveau Testament. Jamais 
n'a mieux été réalisé le précepte que Paul lui-même 
donnait à la fin de sa lettre aux Colossiens : « Que votre 
« parole sorte toujours revêtue de grâce, assaisonnée de 
« sel, de manière à savoir comment vous devez répondre 
« à chacun. Col., rv,6 .» L'Apôtre Paul, 3 e édit., p. 234, 
236. La conservation de cette Épître est due sans doute 
au respect, à l'affection, au culte de la famille de Phi- 
lémon pour tout ce qui émanait de J'Apôtre Paul. 

V. La question de l'esclavage. — On a parfois re- 
proché à Paul d'avoir renvoyé Onésime à son maître 
au lieu de prendre occasion de cet incident pour pro- 
clamer, au nom de l'Évangile, l'émancipation des 
esclaves. Il faut, au contraire, louer l'Apôtre de ne 
s'être point posé en Spartacus imprudent et d'avoir 
traité avec une si grande sagesse un point de doctrine 
si grave et si délicat. On doit lui savoir gré d'avoir 
tracé la ligne de conduite que le christianisme devait 
prendre à l'égard d'une institution qui tenait, par tant 
de liens intimes, à la vie politique, sociale, économique, 
des sociétés anciennes. En renvoyant l'esclave à son 
maître, Paul reconnaît, respecte l'institution existante 
mais il ne lui donne pas, comme on l'a prétendu, une 
sorte de consécration qui la rende intangible. Il pose, 
au contraire, les principes qui doivent, dans un avenir 
plus ou moins rapprochera faire disparaître du monde 
civilisé. Par le fait qu'il fait de l'esclave chrétien le 
frère de son maître et qu'il efface dans le Christ toutes 
les différences sociales, il ruine, par la base, cette 
oppression de l'homme par l'homme. Voir Onésime, 
t. iv, col. 1812. 

VI. Bibliographie. — J.-B. Lightfoot, S. Paul's 
Epistles to the Colossians and to Philémon, in-8", 
Londres, 1892; H. K. von Soden, Die Briefe an die 
Kolosser, Epheser, Philémon, Fribourg, 1893, p. 73; 
Meyer, Comment, ùber die Briefe an die Kolos. und 



265 



PHILÉMON (ÉPITRE A) — PHILIPPE II HÉRODE 



266 



Phil., t. vin, ix; H. Oltramare, Comment.^ sur les 
Ëpîtres de saint Paul axix Colossiens, aux Éphésiens 
et à Philémon, ia-8», Paris, 1891; Vincent, dans 
Intem. Critic. Commentary, Epist. io the Philip, and 
to Philémon, p. 157, Edimbourg, 1897; Holtzmann, 
Der Brief an Philémon, kritisch untersucht dans 
Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, 1873, 
p. 428-441. C. Toussaint. 

PHILÈTE (grec : ^iX^toç, « aimé »), chrétien" infi- 
dèle à sa foi qui partagea l'hérésie d'Hyménée, en disant 
que la résurrection était déjà accomplie. II Tim., h, 
17-18. Voir Hyménée, t. m, col. 391. On ne sait rien 
autre chose de certain sur sa vie. Ce qu'on lit dans le 
Pseudo-Abdias, Apostolicx historiée, iv, 2-3, dans J. A. 
Fabricius, Codex apocrypJius Novi Testamenli, 1719, 
t. Il, p. 517-520, sur ses rapports avec l'apôtre saint 
Jacques, fils de Zébédée, est fabuleux. On trouve sépa- 
rément les noms d'Hyménée et de Philète parmi ceux de 
la maison de César dont les cendres avaient été dépo- 
sées dans des Columbaria de Rome. Voir J. G. Walch, 
De Hymenseo et Philelo, dans ses Miscellanea sacra, 
Amsterdam, 1744, p. 81-121; J. Ellicott, The Pastoral 
Epistles of St. Paul, 4« édit., Londres, 1860, p. 133-134. 

PHILIPPE (grec : «SD.nraoç, « ami des chevaux »), nom 
de deux rois de Macédoine, d'un oncle d'Antiochus 
Épiphane, de deux Hérodes, d'un apôtre et d'un diacre. 

1. PHILIPPE II, fils d'Amyntas (fig. 62) roi de Macé- 
doine (350-336 avant J.-C), et père d'Alexandre le Grand. 




62. — Monnaie de Philippe II, roi de Macédoine. 

Tète de Jupiter laurée, à droite. — i^. *IAinnor. Cavalier 

marchant à droite et portant une palme. 

C'est seulement en cette dernière qualité qu'il est 
nommé I Mach., i, 1; VI, 2. 

2. PHILIPPE V, roi de Macédoine (220-179 avant 
J.-C.) (fig. 63). Il était fils de Démétrius II, et lui ;suc- 
céda sur le trône. Voulant agrandir son royaume, il 
entra en conflit avec les Romains pendant qu'ils 
étaient en guerre avec Carthage et profita de la cir- 




63. — Statère de Philippe V, roi de Macédoine. 

Tête de Philippe V, diadémée, à droite. — tf. BASlAEQ[r] 
■MAinnOï. Hercule debout, à gauche, portant sa massue et 
une corne d'abondance. 

constance pour consolider son pouvoir. Mais lorsque 
la victoire de Zama -eut permis aux Romains de 
l'attaquer à. leur gré, en 200, il ne put leur résister 
longtemps, malgré sa bravoure. Il lutta contre eux 
""jusqu'en 198, où l'arrivée de T. Q. Flaminius lui fut 
filiale. Celui-ci le battit en 197 à Cynoscéphale en 



Thessalie et lui imposa uue paix humiliante. Philippe 
termina sa vie en vains efforts pour regagner une partie 
de sa puissance perdue. Le premier livre des Macha- 
bées, vin, 5, rappelle la défaite de Philippe V et celle 
de Persée comme une preuve de la grande force des 
Romains. 

3. PHILIPPE, « Phrygien d'origine, » et par caractère 
plus cruel qu' Antiochus IV Épiphane lui-même qui 
l'avait nommé gouverneur de Jérusalem, 170 avant J.-C. 
II Mach., v, 22. Il fit brûler dans les cavernes des en- 
virons de Jérusalem les Juifs qui s'y étaient réfugiés 
pour célébrer le sabbat et qui ne se défendirent point 
pour respecter le repos de ce jour. II Mach., vi, 11. 
Plus tard, effrayé de la résistance et des progrès de 
Judas Machabée qui avait battu Apollonius et Séron, 
généraux d'Antiochus, Philippe demanda des secours 
contre lui à Ptolémée, gouverneur syrien de la Cœlé- 
syrie et de la Phénicie, qui lui envoya Nicanor, fils de 

■Patrocle et Gorgias. Voir Nicanor, t. iv, col. 1613, et 
Gorgias, t. m, col. 277. II Mach., vin, 8-9. 

Philippe était frère de lait, (rjvTpotpoi;, collactaneus, 
d'Antiochus IV Épiphane. II Mach., ix, 29. Le pre- 
mier livre des Machabées, vi> 14, l'appelle s un des 
amis » du roi. Sur ce titre, voir Ami 2, 7», t. i, col. 480. 
Quand Antiochus IV entreprit sa campagne en Perse, 
il voulut emmener son familier avec lui. Là, sentant sa 
fin approcher, il le chargea de la régence et lui remit 
son diadème, ses insignes royaux et son anneau, afin 
qu'il les transmît à son fils, Antiochus, encore mineur 
(163 avant J.-C). I Mach., vi, 14-15. Mais à la nouvelle 
de la mort d'Épiphane, Lysias qui était en Syrie s'em- 
para du pouvoir au nom du jeune Antiochus qui n'était 
qu'un enfant et dont il était le tuteur (voir Antiochus V, 
t. I, col. 700) et lui donna le nom d'Eupator. IMach., vi, 
17. Philippe, qui ne se sentait pas le plus fort, n'osa 
pas revenir aussitôt à Antioche. Il se rendit en Egypte, 
emportant avec lui le corps d'Antiochus IV, auprès de 
Ptolémée Philométor, afin de lui demander appui contre 
Lysias. II Mach., IX, 29. Il réussit sans doute dans ses 
démarches et pendant que Lysias faisait la guerre en 
Judée contre Judas Machabée, Philippe, avec l'aide des 
troupes syriennes qui étaient revenues de Perse "et de 
Médie, occupa Antioche. I Mach., vi, 56; II Mach., xm, 
23. Lysias, informé de cet événement, s'empressa de 
faire la paix avec les Juifs (voir Lysias 1, t. iv, col. 458) et 
de retourner avec son armée en Syrie"; il reprit Antioche, 

I Mach., vi, 63, et d'après Josèphe, Ant. jud., XII, IX, 
7, s'empara de la personne de Philippe et le fit mettre 
à mort. — Un certain nombre d'historiens distinguent 
le frère de lait d'Antiochus Épiphane de Philippe le 
Phrygien, mais plus communément on admet que c'est 
un seul et même personnage. Quelques critiques veu- 
lent révoquer en doute le voyage de Philippe en Egypte, 

II Mach., ix, 29, parce qu'il n'est pas mentionné 
I Mach., vi, 56. La prétérition de I Mach., vi, 56, ne 
prouve nullement que le voyage n'ait pas eu lieu. — Tite 
Live, xxxvii, 41, mentionne un Philippe qui avait le 
commandement des éléphants dans l'armée syrienne à 
la bataille de Magnésie (190 avant J.-C), mais rien 
n'autorise à l'identifier avec celui dont parient les livres 
des Machabées. 

4. PHILIPPE I er HÉRODE, premier mari d'Hérodiade 
et père de Salomé. Les Évangélistes ne le désignent que 
sous le nom de Philippe. Matth., xiv, 3; Marc, vi, 17; 
Luc, m, 19. Voir Hérode 4, t. m, col. 6i9. 

5. PHILIPPE il HÉRODE, tétrarque de Trachonitide 
et d'Iturée. Luc, m, 1. Il rebâtit l'ancienne Panéas, 
qui prit de lui son nom de Césarée de Philippe. 
Matth., xvi, 13; Marc, vm, 27. Voir Hérode 5, t. m, 
col. 649-650. 



267 



PHILIPPE (SAINT) APÔTRE 



268 



6. PHILIPPE (saint), un des douze Apôtres (fig.6i). 

I. Saint Philippe d'après les Évangiles. — Il était 
originaire de Bethsaïde en Galilée, comme Simon Pierre 
et André, Joa., i, 44; xii, 21. Cette communauté d'ori- 
gine explique comment il était particulièrement lié 
avec saint André. Joa., xii, 22; vi, 5-8. C'était aussi un 
ami de Nathanaël ou Barthélémy. Joa., i, 45-46. Saint 
Philippe est nommé le cinquième dans toutes les listes 
des Apôtres et les trois Évangélistes nomment immé- 
diatement après lui son ami Barthélémy. Matth., x, 3; 
Marc, m, 18; Luc., vi, 14; cf. Açt., i, 13. Cet apôtre 
est donc placé immédiatement après les deux frères 
Pierre et André et les deux fils de Zébédée, et ce rang lui 
revient historiquement, parce qu'il fut un des premiers 
disciples du Sauveur. Lorsque saint Jean-Baptiste eut 




64. — L'apôtre saint Philippe. Type traditionnel. 
D'après Albert Durer. 

révélé à André, qui était son disciple, ce qu'était Jésus, 
André s'empressa de communiquer la grande nouvelle 
à son frère Simon et il l'annonça aussi sans doute à 
son ami Philippe qui était probablement comme lui 
disciple de Jean-Baptiste. Ces faits se passaient à Bétha- 
nie au delà du Jourdain. Joa., i, 28. Le lendemain Jésus, 
ayant rencontré Philippe, lui dit : « Suis-moi, » Joa.,i, 
43, et l'heureux élu se mit aussitôt à sa suite, ayant été 
appelé directement le premier de tous les Apôtres. Il ne 
tarda pas à faire part de son bonheur à son ami Na- 
thanaël et l'amena à son nouveau Maître. Joa., i, 45,48. 
La manière dont Philippe parle à Nathanaël du « pro- 
phète » qu'avait prédit Moïse et qu'il venait de rencon- 
trer semble indiquer que la venue du Messie avait été 
déjà auparavant un sujet d'entretien entre les deux 
amis. Comme Nathanaël était de Cana, Joa., xxt, 2, on 
est porté à croire que c'est à son arrivée dans cette 
ville que Philippe rencontra Nathanaël. Cf. Joa., n, 1. 
Celui-ci ne put croire d'abord que quelque chose de 
bon pût venir de Nazareth : « Viens et vois, » lui dit 
Philippe, et son ami fut bientôt convaincu. Joa., i, 46- 
49. Philippe avait d'ailleurs mal renseigné, son ami, 
n'étant pas encore bien instruit lui-même, eu lui par- 
lant de Jésus comme fils de Joseph et originaire de 
Nazareth. Joa., i, 45. 
Les trois synoptiques se contentent de nommer Phi- 



lippe dans leur catalogue des Apôtres, mais saint Jean, 
né comme lui sur les bords du lac de Tibériade, nous 
fournit sur sa personne, outre le récit de sa vocation, 
quelques renseignements particuliers propres à inté- 
resser ses lecteursjl'Asie Mineure. Philippe assista aux 
noces de Cana, car il doit être compris parmi « les 
disciples » qui y avaient été invités avec Jésus. Joa., n, 
2. Clément d'Alexandrie, dans ses Stromates, m, 4, 
t. vin, col. 1129,£le nomme [comme étant le disciple à 
qui Jésus aurait dit : « Laisse les morts ensevelir leurs 
morls », Matth., vin, 22, quand ce disciple, que l'Évan- 
géliste ne désigne pas par son nom, lui aurait demandé 
d'aller ensevelir son père. Le Maître aurait voulu le 
former ainsi au détachement nécessaire à un apôtre, 
mais nous ignorons sur quel fondement Clément 
d'Alexandrie appuie son identification. 

Ce qui est certain, c'est que Notre-Seigneur voulut 
lui inspirer pleine confiance en lui, lors du miracle de la 
multiplication des pains. A la vue de la foule qui l'en- 
tourait, Jésus lui demanda ; « Ou achèterons-nouc du 
pain, pour que ce monde puisse manger? » Jésus, ajoute 
l'Évangéliste, « disait cela pour l'éprouver, car il savait 
ce qu'il allait faire. » Philippe s'attendait si peu à un mi- 
racle, qu'il lui répondit : « Deux cents deniers de pain 
ne suffiraient pas pour que chacun en eût un mor- 
ceau. » Joa., VI, 5-7. Saint Jean Chrysostome conclut 
de là que Philippe avait particulièrement besoin des 
instructions du Sauveur. Hom. xlii, 1, in Joa., t. lix, 
col. 239. Tentât /idem Philippi, consilium petere mi- 
nime indigens, dit J. Corluy, Comment, in Ev. Joan- 
nis, 2 e édit, Grand, 1880, p. 135. Des commentateurs 
modernes ont supposé, en se plaçant à un point de vue 
plus positif, que si Philippe avait été interrogé directe- 
ment, c'est parce qu'il était chargé des provisions et 
que s'il avait parlé de deux cents deniers, c'est parce 
que c'était la somme qui était alors dans la possession 
des Apôtres. Cl, Fillion, Évangile selon saint Jean, 
1887, p. 118. 

Saint Jean nous a conservé dans son Évangile deux 
autres épisodes où l'apôtre Philippe joua un rôle. Parmi 
les pèlerins qui s'étaient rendus à Jérusalem à l'occa- 
sion de la fête de Pâques, il y avait des prosélytes grecs 
qui désiraient voir Jésus. Attirés peut-être par le nom 
grec de Philippe ou hien le connaissant auparavant, ils 
s'adressèrent à lui afin qu'il les présentât au Maître. 
Philippe semble n'avoir pas osé le faire lui seul. Il 
appela son ami André qui était moins timide et les 
deux ensemble prévinrent Notre-Seigneur qui adressa 
à la foule un discours, confirmé par une voix du ciel. 
Joa., xii, 20-30. — Une autre fois, et c'est la quatrième 
où saint Jean parle nommément de saint Philippe, dans 
le discours après la Cène, Jésus dit à ses Apôtres 
qu'ils avaient vu son Père. Philippe ne comprit pas ce 
que le Maître entendait par là, qu'ils avaient vu le Père 
dans le Fils qui est un avec lui, et attachant à ces 
paroles un sens matériel, il répondit à Jésus dans l'es- 
poir de voir quelque théophanie comme les patriarches. 
ce Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit. » 
« 11 y a longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as 
pas connu? » répliqua le Sauveur (d'après le texte grec). 
«Philippe, celui qui m'a vu a vu aussi le Père. Comment 
peux-tu dire : Montrez-nous le Père. Ne crois-tu pas que 
je suis dans le Père et que le Père est en moi? » 
Joa., xiv, 7-10. La demande faite par Philippe avec la 
simplicité de son caractère fournit ainsi à Jésus-Christ 
l'occasion de donner à ses Apôtres sur son union avec 
son Père céleste une leçon profonde qui resta profon- 
dément gravée dans la mémoire de saint Jean. 

Philippe étant natif de Bethsaïde et, lié comme il 
l'était avec les fils de Zébedée et Nathanaël, dut être l'un 
des deux disciples anonymes, Joa., xxi, 2, à qui Jésus 
ressuscité apparut sur les bords de la mer de Galilée ;. 
ce n'est toutefois qu'une hypothèse. — Cet apôtre n'est 



269 



PHILIPPE (SAINT) L'ÉVANGÉLISTE 



270 



nommé qu'une autre fois dans le Nouveau Testament, 
avec les dix autres qui étaient rassemblés dans le Cé- 
nacle, après l'Ascension, Act., i, 13, et il reçut avec eux le 
Saint-Esprit le jour dé la Pentecôte. Act., ir, 1-3. 

II. Saint Philippe d'après la tradition. — A partir 
de ce moment nous ne savons plus rien sur cet apôtre 
que par les témoignages de la tradition qui ne sont 
pas en tout concordants. Les plus anciens écrivains 
ecclésiastiques ne l'ont pas toujours distingué exacte- 
ment de l'Evangéliste Philippe, un des sept diacres. 
Voir Philippe 7. Eusèbe lui-même, H. E., m, 31, 
t. xxi, col., 281, les confond ensemble. 

Ce qui se dégage avec le plus de certitude des tradi- 
tions anciennes, c'est que saint Philippe évangélisa la 
Phrygie. D'après le Bréviaire romain et plusieurs marty- 
rologes, il avait évangélisé d'abord la Scythie et la Lydie. 
Tous les monuments sont d'accord pour lui faire passer 
les dernières années de sa vie à Hiérapolis en Phrygie, 
Polycrate, évêque d'Éphèse dans la dernière partie du 
II e siècle, qui avait tous les moyens d'être bien informé, 
dit dans sa lettre au pape Victor dont un fragment 
nous a été conservé par Eusèbe, H. E., m, 31, t. xx. 
col. 280 : « ...Philippe, qui fut'un des douze Apôtres, et 
mourut à Hiérapolis, ainsi que deux de ses filles qui 
avaient vieilli dans la virginité. Son autre fille... fut 
enterrée àtphèse. » Cf. Théodoret de Cyr, InPs. cxvi, 
i, t. lxxx, col. 1808; Nicéphore, H. E., h, 44, t. cxlv, 
col. 880; dans les œuvres de S. Jérôme, De vitis 
apost., t. xxiii, col. 721. D'après tous ces auteurs à 
rencontre de Cai'us, voir Philippe 6, l'apôtre saint Phi- 
lippe fut marié et eut trois filles, dont deux restèrent 
vierges et dont la troisième mourut à Éphèsé où elle 
était probablement mariée. Papias, qui fut évêque 
d'Hiérapolis, connut les filles de l'apôtre et apprit d'elles, 
au rapport d'Eusèbe, qu'un mort avait été ressuscité de 
son temps, par leur père sans doute. Eusèbe, H. E., m, 
39, t. xx, col. 297; Nicéphore, H. E., m, 2, t. cxlv, 
col. 937. Cf. Clément d'Alexandrie, Strom., m, 6, t. vm, 
col. 1156. L'antique nécropole d'Hiérapolis, dont les 
nombreux tombeaux ont été conservés par les eaux pé- 
trifiantes de la ville, au milieu desquelles ils sont in- 
crustés, contient une inscription où il est fait allusion à 
une église dédiée à saint Philippe, en souvenir de son 
apostolat : toC eùSôfjou 'AitomiXou ti'i ^€o\6yo\j «PtXmrou. 
W. M. Ramsay, The Cities und Bishoprics of Phrygia, 
Londres, 1895-1897, p. 552. Les restes de l'Église qu'on 
voit encore à Hiérapolis, au nord à l'entrée de la grande 
nécropole, près des anciens tombeaux, sont peut-être 
ceux de l'Eglise qui avait été consacrée à la mémoire 
du saint apôtre. Voir E. Le Camus, Voyage aux sept 
Églises de l'Apocalypse, in-4», Paris, 1896, p. 189-190. 
Cf., dans le Dictionnaire, le plan d'Hiérapolis, fig. 147, 
t. m, col. 705. 

La mort de saint Philippe est racontée de façons très 
diverses. Clément d'Alexandrie, Strom., rv, 9, t. vm, 
col. 1281, dit faussement que les apôtres Matthieu, 
Philippe et Thomas moururent de mort naturelle. Le 
Pseudo-Hippolyte, De duodecim Apostolis, t. x, col. 952, 
et la plupart des documents anciens disent que 
saint Philippe fut martyrisé sousDomitien à Hiérapolis, 
et qu'il fut crucifié la tête en bas. Il devait avoir envi- 
ron 87 ans. Voir Acta sanctorum, maii t. i, p. 10. 
Sa sœur Marianne et ses deux filles qui étaient avec lui 
à Hiérapolis furent enterrées plus tard à côté de lui, 
d'après les Ménologes grecs. Dans un sermon attribué 
à saint Jean Chrysostome, Hom. de XII Apost., t. lis, 
col. 495, on lit que « Philippe conserve Hiérapolis par 
ses miracles ». Les reliques du saint ont été depuis 
transportées à Rome dans l'église des Saints-Apôtres, 
où elles sont placées avec celles de saint Jacques le 
Mineur," fils d'Alphée, sous le grand autel. L'Église 
latine célèbre la fête de ces deux Apôtres le 1 er mai. — 
Il existe des Actes apocryphes de saint Philippe qui ne 



contiennent guère que des fables. Voir Actes apocryphes 
des apôtres, vu, Acta S. Philippi, 1. 1, p. 164. Sur un 
prétendu Évangile de saint Philippe, voir Évangiles 
apocryphes, ii, 50, t. m, col. 2117. 

F. Vigouroux. 

7. PHILIPPE (SAINT) L'EVANGÉLISTE (grec : $0urc- 
ito; ô EîJavve).i<irTi«), un des sept premiers diacres. Il 
est nommé pour la première fois dans les Actes, vi, 5, 
le second des sept diacres que les Apôtres chargèrent 
de s'occuper des veuves des juifs hellénistes convertis à 
la foi. Il est distingué de l'apôtre du même nom, dans 
le livre des Actes, xxi, 8, par le titre d'évangéliste. 
Voir Évangéliste, t. il, col. 2057. Ce fut, après 
saint Etienne, celui des sept diacres qui joua le rôle le 
plus important. Il annonça le premier l'Évangile aux 
Samaritains et baptisa le premier Gentil. 

La persécution qui suivit la lapidation de saint Etienne 
l'obligea à quitter Jérusalem. Act., vu, 1. Il se rendit à 
la ville de Samarie, y prêcha Jésus-Christ et y opéra 
de nombreux miracles. Il fit de nombreuses conver- 
sions et conféra le baptême à beaucoup de Samaritains, 
hommes et femmes, et aussi à Simon le Magicien. Les 
Apôtres, ayant appris à Jérusalem qne Samarie avait 
reçu la parole de Dieu, Pierre et Jean s'empressèrent 
d'aller administrer aux nouveaux fidèles le sacrement 
de confirmation. Simon le Magicien toutefois se montra 
indigne de la grâce en offrant à saint Pierre d'acheter 
pour de l'argent le pouvoir de conférer le Saint-Esprit. 
Act., vm. 5-24. 

2° Un ange du Seigneur commanda alors au diacre 
Philippe de se diriger vers le midi de la Judée, sur la 
route de Jérusalem à Gaza. Là, il rencontra l'eunuque 
de Candace, reine d'Ethiopie. Voir Candace, t. h, 
col. 131. Tous les détails de la rencontre sont donnés 
par les Actes, vm, 26-29. Saint Luc avait pu les appren- 
dre de la bouche même du diacre évangéliste, pendant 
le séjour qu'il fit plus tard dans sa maison avec 
saint Paul à Césarée, et il les dépeint au vif. L'Éthio- 
pien, assis sur son char, lisait le chapitre lui d'Isaïe, 
mais il ne le comprenait pas. Philippe l'accoste, monte 
avec lui sur le char, lui explique le sens messianique 
de la prophétie, l'évangélise, et arrivé auprès d'une 
fontaine, sur la demande du néophyte, lui confère le 
baptême. Une tradition identifie celte fontaine avec 
celle A'él-Haniéh, entre Aïn Karîm et Bethléhem; et on 
l'appelle la Fontaine de saint Philippe. Liévin, Guide 
Indicateur de la Terre Sainte, 4 e édit., 1897, t. il, 
p. 29-30. Cf. V. Guérin, Judée, t. I, p. 109. «. La tradi- 
tion qui rattache à l'Aïn-el-Haniéh les souvenirs (de 
saint Philippe) est, je l'avoue, dit V. Guérin, Judée, 
t. m, p. 293-294, depuis longtemps consacrée, en quel- 
que sorte, par les témoignages presque unanimes de 
tous les pèlerins qui l'ont visitée... Mais cette tradi- 
tion, qui ne paraît pas remonter à une époque anté- 
rieure à celle des Croisades, doit évidemment céder le 
pas, pour tout esprit impartial, à la tradition primitive, 
telle qu'elle est consignée dans le Pèlerin de Bordeaux, 
dans Eusèbe et dans saint Jérôme (qui placent la fon- 
taine de saint Philippe à l'Ai» ed-Dirouéh) au-dessous 
de Bethsur, Onomast., édit., Larsow et Parthey, 1862, 
p. 104, 105, (et qui sont)... les plus sérieuses autorités 
que l'on puisse consulter en pareille matière... En outre, 
les circonstances elles-mêmes du récit des Actes des 
Apôtres relativement à ce baptême semblent s'opposer 
matériellement à l'hypothèse qui .place à l'Aïn el-Ha- 
niéh le lieu de cet événement. Le texte sacré nous dit 
que l'eunuque de la reine d'Ethiopie étaitsur un char... 
Or la route qui passe près de l'Aïn el- Haniéh ne pa- 
rait pas avoir été jamais carrossable. Au contraire, 
la route à côté de laquelle coule l'Ain ed-Dirrouéh 
conserve encore çà et là, les traces d'un ancien passage. » 
Saint Jérôme, dans l'Épitaphe de sainte Paule, t. xxii, 
col. 886, dit qu'elle visita la fontaine sur la fc vieille 



271 



PHILIPPE (SAINT) L'ÉVANGÉLISTE — PHILIPPES 



272 



route » qui mène à Gaza. « L'épifhète de vêtus, vieille, 
donnée par saint Jérôme à la route conduisant à Gaza 
par Hébron explique très bien, ditV. Guérin, p. 293,1e 
sens que l'on doit donner à celle de déserta, déserte, 
employée dans les Actes'pour désigner la même voie. Il 
ne faut pas prendre ce dernier mot à la lettre et croire 
que cette route était réellement déserte, puisqu'elle 
traversait des villes et des villages; elle était seulement 
abandonnée alors par la plupart de ceux qui se ren- 
daient à Gaza, lesquels en prenaient une autre plus 
occidentale, comme le font encore les caravanes 
d'aujourd'hui. » 

La fontaine d'Ain ed-Dirrouéh est sur le bord de la 
route actuelle de Jérusalem à Hébron, au bas de la 
colline sur laquelle sont les restes de l'antique Bethsur. 
L'eau de la fontaine s'écoule à un mètre environ au- 
dessus de la chaussée, à l'est, par un bloc de marbre 
rouge cannelé, dans un réservoir fait en partie de sar- 
cophages. Le filet d'eau est assez abondant. Les femmes 
des environs vont y puiser de l'eau dans des outres et 
laver leur linge dans le réservoir. Les ruines d'une 
vieille église bâtie au-dessus de la source conservent le 
souvenir du baptême de l'eunuque éthiopien. L'eau 
est absorbée sur place dans la terre comme l'observe 
saint Jérôme. Onomast., p. 105 (Notes prises sur les lieux 
en mars 1888). Après que l'eunuque eut été baptisé, le 
nouveau converti et l'apôtre se séparèrent. Les fonctions 
que l'Éthiopien remplissait à la cour de la reine Can- 
dace font croire qu'il était réellement eunuque. Le 
langage des Actes ne permet pas de supposer que c'était 
un juif né en Ethiopie ; il devait être un prosélyte de 
la porte, Is., li, 4-5, son état l'empêchant d'être un 
prosélyte de justice. Deut., xx.ui, 1. Ce fut, comme le 
remarque Eusèbe, H. E., n, 1, t. xx, col., 137, itpwro? 
è? êOvôv, « le premier des gentils converti » et à ce 
titre l'acte de saint Philippe est particulièrement mé- 
morable. Il remplit bien en cette circonstance ses 
fonctions d'évangéliste. En conférant le baptême à un 
descendant de Cham, à un homme de cette race mé- 
prisée, à un eunuque et à un Éthiopien, cf. Amos, ix, 
7, il montrait que Jésus-Christ était le Sauveur de tous 
les hommes et qu'il n'excluait personne de son royaume. 
Cet événement accompli sans témoins, et en faveur d'un 
prosélyte qui quitta aussitôt la Palestine, eut moins 
d'éclat que plus tard la conversion du centurion Cor- 
neille, mais elle en était comme le prélude. De retour 
en Ethiopie, le néophyte, d'après la tradition, y prêcha 
l'Évangile et convertit la reine elle-même. Eusèbe, 
H. E., il, 2, t. xx, col. 137; S. Jérôme, In. Is., lui, 
t. xxiv, col. 509; Nicéphore, H. E.,\i, 6, t. cxlv, col. 769. 
Quant à Philippe, « l'Esprit du Seigneur le ravit à la vue 
de l'eunuque, » Act., vin, 39, et il prêcha l'Évangile à 
Azot, dans les villes philislines et sur toute sa route 
jusqu'à Césarée, f. 40, où habitait probablement sa 
famille. 

3° Saint Philippe reçoit, saint Paul à Césarée. — 
Nous ne retrouvons le diacre Philippe que plusieurs 
années plus tard, et c'est la dernière fois qu'il est nom- 
mé dans les Actes, xxi, 8. Saint Paul venant de Ptolé- 
maïde et allant à Jérusalem, à la fin de sa troisième 
mission, reçut chez lui l'hospitalité comme chez une 
ancienne connaissance. L'apôtre des gentils devait 
s'entendre pleinement avec celui qui avait baptisé le 
premier gentil.. Il demeura plusieurs jours à Césarée 
avec ses compagnons .dans la maison du diacre Philippe 
et c'est là que le prophète Agabus annonça à saint Paul 
sa prochaine captivité. Saint Luc nous apprend, Act., xxi, 
9, que leur hôte avait quatre filles « qui prophéti- 
saient », et qui instruisaient sans doute ceux qui vou- 
laient se convertir au christianisme, aidant leur père 
dans son œuvre d'évangéliste. C'est la mention de ces 
quatre filles qui a amené la confusion des traditions 
relatives à Philippe l'apôtre et à Philippe l'évangé- 



liste. Les témoignages anciens qui attribuent trois filles 
à l'apôtre et le font évêque d'Hiérapolis, ont été rap- 
portés plus haut. Voir Philippe 6, col. 269. Un passage 
de Caïus, cité par Eusèbe, H. E., ni, 31, t. xx, 
col. 281, attribue au diacre Philippe ce qui regarde en 
réalité l'Apôtre du même nom. Cet écrivain ecclésias- 
tique était contemporain du pape Zéphyrin (202-219). 
Eusèbe, H. E., n, 25, col. 208. D'après l'Histoire litté- 
raire de la France, t. i, 1, p. 356, il était originaire de 
la Gaule. Il eut à Rome'une discussion publique avec 
le montaniste Proclus. qu'il publia plus tard sous le 
titre de AiâXoyoç T.pbz Hç>6x\ov; c'est dans ce dialogue 
que nous lisons : « Après cela les quatre filles de Phi- 
lippe furent prophétesses à Hiérapolis en Asie, où l'on 
voit leur tombeau et celui de leur père Philippe. » Ce 
nombre de quatre et le titre de prophétesses montrent 
qu'il faut entendre par là Philippe l'Évangéliste. 
Act., xxi, 8. Caïus est la seule autorité ancienne qu'on 
puisse citer en faveur de cette opinion, qui compte en- 
core aujourd'hui des défenseurs. Cependant la plupart 
des critiques reconnaissent que le témoignage de Caïus 
n'a pas la valeur de celui de Polycrate qui écrivait avant 
lui et vivait non loin d'Hiérapolis. Voir J.-B. Lightfoot, 
St. Paul's Epistles to the Colossians and to Philemon, 
Londres, 1875, p. 45. 

Un Ménologe grec, dans Lipsius, Die apokryphen 
Apostelgeschichten, 1889-1890, t. in, p. 3, appelle les 
quatre filles de saint Philippe Hermione, Charitine, 
Irais et Eutychiane. D'après les traditions les plus an- 
ciennes, leur père devint évêque de Tralles et il y mou- 
rut de mort naturelle. Acta Sanctorum, junii 1. 1, p. 609- 
Des martyrologes plus récents le font mourir à Césarée. 
Du temps de saint Jérôme, on montrait encore dans 
cette dernière ville, la maison où le diacre Philippe 
avait reçu saint Paul et les chambres de ses quatre filles. 
Le saint docteur raconte que sainte Paule y fit un 
pèlerinage. Epist. cvin, 8, t. xxn, col. 82. L'Église 
célèbre la fête de l'évangéliste saint Philippe le 6 juin. 

F. Vigouroux. 

PHILIPPES (grec : $fXnra:)i; Vulgate, Philippi), 
ville très ancienne et citadelle très forte de la Macé- 
doine (fig. 65). Elle était située entre les monts Hémus 




65. — Monnaie de Philippes. 
TICLAUDIUS CAESAR. AUG. PM. TRP. IMP. Tète de l'em- 
pereur Claude, à gauche. — ^. COL AUG IUL PHILIP. Entre 
deux cippes, statues de Jules César et d'Auguste, placées sur 
un piédestal sur lequel on Ht DIVUS AUG. 

et Pangée, à l'est du fleuve Strymon, prés de la fron- 
tière de Thrace et de la rivière Gangès ou Gangitès, sur 
une colline élevée (fig. 66). Cf. Appien, De bellis civ., 
iv, 106. Elle dominait une vaste plaine, d'une grande 
fertilité, mais dont quelques parties sont marécageuses. 
Elle n'était séparée de la mer Egée que par environ 
trois heures de marche, et avait pour port la petite 
ville de Néapolis Datémon, aujourd'hui Cavalla. Voir 
Néapolis, t. iv, col. 1542. Ce fut d'abord une colonie 
fondée par les habitants de l'île de Thasos, située non 
loin de là. Elle porta en premier lieu le nom de 
Krenid.es, ou « Fontaines », à cause des sources très 
abondantes qui l'arrosent. En 356 avant J.-C, elle fut 
conquise par Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre 



273 



PHILIPPES 



-274 



le Grand, qui l'agrandit considérablement, la fortifia 
et lui donna son propre nom. Sa situation stratégique 
était fort importante, car elle commandait tout à la 
fois les routes de Grèce et de Thrace. De plus, on avait 
découvert des gisements très riches d'or et d'argent 
dans la montagne voisine, le Pangëe, et ces deux 
motifs réunis avaient excité la convoitise du roi Phi- 
lippe. La recherche de l'or fut la grande affaire de 
toute la région pendant plusieurs siècles, et la ville 
en obtint un redoublement de prospérité. 

Dès l'année 168 avant J.-C, elle tomba sous la domi- 
nation de Rome. C'est dans sa vaste plaine qu'en 42 
avant notre ère Octave et Antoine, héritiers d'e César, 



l'année 53. Appelé en Macédoine par une vision surna- 
turelle, Act., xvi, 9, l'apôtre des gentils traversa la mer 
Egée, et vint en droite ligne à Philippes, avec 
Silas, Timothée et saint Luc. Durant un séjour rapide, 
il réussit à fonder une chrétienté vaillante et généreuse, 
malgré l'opposition des Juifs et des autorités romaines. 
Voir Paul (Saint), t. iv, col. 2209. C'était la première 
fois que Paul annonçait l'évangile en Europe. La per- 
sécution qui éclata après son départ contre les néophytes 
ne fit qu'exciter davantage leur zèle. I Thess., Il, 2. 
Saint Paul fit à Philippes une seconde visite plus pro- 
longée, pendant son troisième voyage, vers l'année 58, 
après avoir quitté Éphèse. Act., xx, 1-2. Cette fois, la 




66. — Vue de la plaine de Philippes. D'après une photographie de M. H. Cambournac. 



remportèrent une victoire décisive sur Brutus et Cassius, 
les derniers défenseurs de la république. Devenu em- 
pereur, Octave établit à Philippes une colonie de vété- 
rans, et lui donna le nom de Colonia Augusta Julia 
Philippensium. Cf. Pline, H. N., îv, 18; Act., xvi, 
12. Ce fut un quatrième élément apporté à la popula- 
tion, qui se composait déjà de Macédoniens, de Grecs 
et de Thraces. Après la bataille d'Actium, 31 avant 
J.-'C, d'autres vétérans furent envoyés à Philippes. 
Cf. Dion Cassius, LI, iv, 6. Il n'est donc pas étonnant 
qu'on ait trouvé sur l'emplacement de la ville de nom- 
breuses monnaies et inscriptions latines (fig. 66). Phi- 
lippe reçut alors le « jus italicum », qui accordait à ses 
habitants des droits et des privilèges presque égaux à 
ceux des citoyens de Rome. Voir Marquardt, Rômische 
Staatsverwaltung, 2 in-8°, Leipzig, t. i, 1873, p. 187. 
Les débuts du christianisme à Philippes sont ra- 
contés tout au long, dans les termes les plus drama- 
tiques, au" livre des Actes, xvi, 12-40. Rien de plus 
modeste, et aussi rien de plus touchant. C'était pen- 
dant le second voyage apostolique de saint Paul, vers 



ville n'est pas mentionnée nommément par l'historien 
sacré ; mais le texte suppose de la façon la plus évi- 
dente que Paul vit alors toutes les chrétientés de Ma- 
cédoine. Il y revint encore une troisième fois, de 
Corinthe, pendant ce même voyage, Act., xx, 3-6, vers 
la Pâque de l'année 59. De Rome, à la fin de sa pre- 
mière captivité, il écrivit aux Philippiens une de ses 
lettres les plus intimes, voir Philippiens (ÉpIthe aux), 
qui montre à quel degré il leur était attaché et combien 
il était payé de retour. Cf. Phil., i, 1 ; u, 12; iv, 3, 10; 
II Cor., xi, 8-9. 

Un passage des Actes, xvi, 12, relatif à la ville de 
Philippes, a de tout temps créé quelque difficulté aux 
interprètes. Le texte présente en cet endroit plusieurs 
variantes, qui prouvent qu'on ne le comprenait pas 
très bien et que les copistes cherchaient à le rendre 
plus clair. On lit, d'après la leçon la plus commune, 
qui est vraisemblablement la meilleure : eîç $[),itctcouc, 
■îjTt; êutVv xpion) ttjç (ispiSo; TrjçMaxsSovîaç tuoXiç, xoXo>- 
vta. Vulgate : Philippos, quse est prima partis Hac&- 
doniœ civitas, colonia. Le Codex B supprime l'article 



275 



PHILIPPES 



276 



devant (tspiêoç; le Codex D substitue xEfaXiij, « capitale, » 
aux mots irpii-n) -riji (iepî5o<. Cf. E. Nestlé, Novi Testa- 
ments supplementum, in-8°, Leipzig, 1896, p. 60. Ce 
passage peut avoir deux sens, auxquels se ramènent 
les principales interprétations des commentateurs : 
1° Philippes était une ville macédonienne de premier 
rang; 2" c'est la première des villes de Macédoine 
qu'atteignit saint Paul. Le premier sens serait contraire 
à l'histoire, si l'on prétendait, avec quelques auteurs, 
que Philippes était alors la capitale de la province de 
Macédoine : c'est Thessalonique qui possédait ce privi- 
lège. D'autres interprètes se sont souvenus que, dès l'an- 
née 167 avant J.-C, la Macédoine avait été distribuée en 
quatre districts, dont les inscriptions mentionnent clai- 



1895, h. h, lit rcpÛTrjc au lieu de itp<iT»i rij; : « Ville de 
la première région de la Macédoine. » MM. Westcott et 
Hort, The New Testament in the original Greek, Cam- 
bridge, 2 in-12, 1882, t. h, p. 96-97, transforment 
jiapfôo; en IlsepiSoç : « Ville chef-lieu de la Macédoine 
Piéride. » On nommait ainsi la région à laquelle appar- 
tenait Philippes. Cf. Hérodote, vu, 212; Thucydide, n, 
99. Mais ce ne sont là que de simples conjectures. 
D'autres, spécialement W. Meyer dans son commen- 
taire de ce passage, Kritisch-exegetisch. Commentai* 
ûber dos Neue Test., part, in, Die Apostelgeschichte, 
8° édit., in-8°, Gœttingue, 1899, p. 278, 280, rattachent 
le mot tcoXi'ç à xoXom'a, et traduisent : « La première 
ville colonie fondée dans ce district. » Mais cette asso • 




67. — Ruines du Direkeir à Philippes. D'après une photographie. 



rement l'existence, voir Macédoine, t. iv, col. 475 — 
MaxéêovMV ■kpârm, M. Seu-rÉpa;, M. texâpTuc, c'est-à-dire 
(monnaie) des Macédoniens de la première, de la 
seconde, de la quatrième (division) — et ils ont dit 
que Philippes était la première ville, le chef-lieu de 
la Macedonia prima, dont elle faisait partie. Mais 
cela aussi est inexact, car la métropole officielle de ce 
district était Amphipolis. Cf. Tite-Live, xlv, 29-30. Peut- 
être pourrait-on, avec quelques commentateurs, regarder 
les mots itp<irï) rift iJiEpîêoç... comme un de ces titres 
d'honneur que les villes grecques convoitaient alors 
si ardemment et qu'elles aimaient à se faire octroyer 
par les Romains; dans ce cas, le sens serait : Philippes 
était une ville importante, jouissant de grands privi- 
lèges, etc. Cf. C. T. Kuinoel,