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$,(o2Lf(o.S3..s 



l^arbarU College liorarg 

FROM THE BEOJJEST OF 

MRS. ANNE E. P. SEVER 

I 
OF BOSTON 

Widow of Col. Jambs Warren Sever 

(Class of 1817) 

1 

A fund of $20,000, established in 1878, the income { 

of which is used for the purchase of books j 



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WALLONIA 

XIII 



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WALLONIA 

Archives Wallonnes 

D'AUTREFOIS, D£ NAGUERE ET D'AUJOURD'HUI 



RECUEIL MENSUEL FONDE PAR 



0. COLSOX. Jos. DKFRECREl'X .v (l. WILLAMF. 



ET DIRIGE PAR 



Oscar COLS ON 



XIII 



1905 



LIEGE 

Bureaux : 10, RUE HENKART 

LlfcOC - IMP. iNDUSTBieLLE & COMMCROIALC, SOC. An. 



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'■£.■: 

b 



XHP annee - N° I. Janvier 1905. 



' i 



SOMMAIRE 

George DELAW. — Herbeumont, notes et croquis in6dits. 
Pierre DELTAWE. — Une enqudte sur lhabitation rurale en 
Belgique. 

CHRONIQUE WALLONNE 

Bibliographie : Les livres (Ernest Closson, O. C. 

et D. Brouwers). — Bulletin et Annales (E. 

Fairon et D. Brouwers). — Revues et journaux 

(Oscar Grojean). 
Faits divers. 



BUREAUX : 
LltGE, 10, RUE HENKART 



Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs — Le n' SO cent 
La Revue parait chaque mois, sauf en aout. 



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SUPPLEMENT 

Nos abonnes trouverout encartee dans oe uumero la couverture 
g6n£rale du tome XII (1904). 

ABONNEMENTS 

Les abonnes de lWanger seront bien obligeants de nous adresser, 
avant le 15 ftvrier, un mandat international de SIX FRANCS NET, 
dont le talon servira de quittance pour 1905. lis voudront bien 
reconnaitre que ce mode de paieinenl est le moins onereux, et que le 
d£lai fix6 leur evitera lout retard dans la reception de la revue. 



Sommaire du dernier Numero 

Oscar COLSON. — A propos du Wallon et de l'enseignement 

du Frangais en Wallonie. 
Joseph RULOT. — Quelques mots sur la Peinture wallonne. 
Henri BRAGARD. — Le Folklore de la Wallonie prussienne : 

La NoSl k Malm6dy. 
Documents et Notices. — Sur l'antiquit6 du Cr&miguon. (D r 

ALEXANDRE). 

CHRONIQUE WALLONNE 

Bibliographie : Les livres (Louis Dumont-Wil- 
den, D. Brouwers et O. C). — Revues et 
journaux (Oscar Grojean). 

Faits divers : Paris (Albert Mockel), Mons (A 
Carlot), Li6ge (Ch. D). 



Table des matures du tome XII. 



Libraires-correspondants. 

Berlin : Asher et C««, 13, Unter den Mons . Jean Leich rue R0 £ ier . 

Linden. Namur : Roman, rue de For. 

Bruges : Geuens-Willaert, 5, place Nivelles': Godeaux, 2. Grand'Plare. 

S*-Jean. Paris : (]. Klincksioek. II, rue de 

Bruxelles : Falk Ills, 15-17, rue du Lillo.-^leicher Ireres, 15, rue des 

Parchemin. — Oscar Lamberty, S l8 -Peres. -G.-E. Stechert. 76, rue 

70. rueVeydt (Quartier- Louise).— de R ennos> 

Lebegue et C»\ 46, rue de la Made- Spa . Laurent Legrand, 15, rue des 

l e,ne - Ecomines. 

Charleroi:GustaveHoudez,23,rue Tournai . Vasseur-I)elm6e. Grand' 



du College. 



place 



Hannut : Hubin-Mottin. Verviers : Guill. Davister, 115, rue 

Huy : de Ruyter, rue Fouar*e. (lu Marteau. 

Li6ge : Jules Henry et G le , 21, rue ; 
du Pont-d'Iie. 



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La Semots en aval d'Herbenmont, et lee Pr6> de Danacau. 

HERBEUMONT 

NOTES ET CftOQUIS 



A mon ami Ch. Houin, 
mon compaffnon de route. 

L'Oppressante Foret 

14 aout. 

La houle harraonieuse des forets qui nous guettent, a remplac£ 
les cultures polychromes et multi formes — les gais semis de petits 
bois de la campagne frangaise. 

Le cercle sombre des sept Forets d Ardenue se referme sur 
nous; nous entrons sous le couvert des arbres. 

(Test la Belgique. 

La pluie, d6s la frontiere, s'est mise k tomber; il a fallu relever 
la capote de la voiture. 

Et, par le cadre Gtroit, que r6tr6cit encore le dos passif du 
cocher, nous allons goiiter, durant des heures, le charme hypnotique 
des forets fauch^es par les a verses inlassables... 

Monotonie grise de la pluie, sur la monotonie verto des arbres 
qui passent... 

L'immense ciel gris couvre rimmense foret mouillee. 

A de longs intervalles, sur la route droite, une maison passe. 

Une maison foresttere... une auberge... 

T. XIU, n» 1. Janv^r 1905 



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jQoglei 



G WALLONIA 

Puis, la voiture continue de rouler, avec le dos immobile du 
cocher, au trot berceur des deux chevaux — entre les arbres. 

De petits arbres, % pas d^coratifs, coupes trop jeunes — presque 
tous hetres et chenes — qui n*arrivent & vous impressionner que 
par la continuity de leur rempart feuillu, le long de cette route 
horizontale aux zig-zags rectiiignes. 

A TAuberge du Cerf-d'Or — carrefour — halte obligatoire. 

Tabac, btere et jambon. 

C'est une ferme trapue, blanche et confortable, ou bifurquent 
les routes et ou s'arrete la foret. 

Des clochers, parmi les terras labourees. 

Au loin, l'horizon fran<jais dentelG par les arbres de la route 
de Pure. 

On eprouve ici une sensation de bien-etre, apres les obs6dants 
sous-bois. 

Mais, il nous faut aussitdt rentrer dans la foret de Sainte-C6cile, 
sous les grands sapins qui font planer sur nous une voute triste et 
somptueuse. 

Et, tournant le dos h la lumineuse dclaircie, cette entree sombre 
emprisonne 1 &me, serre le coeur. 

Toujours, sur notre chemin, serons^nous effleurGs par d'inexpli- 
cables nostalgies, que nous ne ferons que sentir, sans avoir le temps 
de les comprendre ? 

La pluie avail cess6 : un peu de fraiche lumiere nous ravivait, 
comrae elle ravivait le paysage. Puis, la lumiere se degrade .. et le 
mystere qui tombe de ^et arbre, nous afflige comme un ev6nement 
douloureux... 

De queiles affinity snmmes-nous le jouet? 

Sans doule, nous avons subi. Toppression de l'6norme forSt, la 
majesty Scrasante de Timmuable Regne V6g6tal. 

Et maintenant qu'il nous 6treint de nouveau, il nous semble que 
nous devons rouler ainsi jusqu'a la fin des Temps, sous la pluie tiede, 
dans le monotone d6fil6 des Arbres... 

Herbeumont. 

16 aout. 

De la pluie encore pour toute la journee, aujourd'hui. 
Des petites loques de brumes s'accrochent aux branches et s'y 
d6chirent; le ciei est matelass£ d^encombrantes nu6es grises. 



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WALLONIA 



La-bas, il y a uue longue 6charpe qui rampe le long du bois, 
com me un serpent de mousseiine. 

Certains jours, quand elles vont vite ces brumes, on croirait un 
troupeau de locomotives, glissant sileneieusement derriere le rideau 
des arbres... 

— Bonjour, Hortense ! 

— Ah !... bonjour cousin ! 

Toute la tristesse du ciel ourdit sa trame humide autour du 

vieux moulin. 

Felicien, jambes nues, 
6pluche ies pommes de 
terre roses et son frere 
Armand estbien attentif 
a d6vorer le morceau de 
pain de seigle. tarlinG de 
myrtilles. 

Dans lesdemi-teintes, 
la chambre m'apparait 
telle qu'elle 6tait Tan 
pass6. 

Sous la me, voici les 
trois marmites, sur leurs 
trois pieds, align^es en 
rang de taille, ayant 
comme un ceil pensif — - 



I.e monlin « du Detenu > 



. Herbeumont. 



cHacuue sur leur ventre de fonte, le reflet 
du jour malade. 

N'ayant plus rien a faire. depuis la mort des « feux ouverts » 
elles remachent leur ennui de la flam me, 
de TAtre, pays de leur en fa nee ; triste> 
comme des commergants qui se sont re- 
tires des affaires... 

Et, comme la pauvre grive s'ennuie dans 
sa cage ! 

Elle est immobile, la plume sale, et n'a 
le coeur a rien. 

Hortense voudrait qu elle chanle et Ten- 
toure des plus grands soins. Mais la grive 
s'obstine a se (aire, car son comr est plus 
navr£ que la pluie... Elle se lient toujour* 
dans, le coin le plus rapproelie de la 
fenetre, c'est-i-dire le plus rapproch6 de la lumiere, des lointains 
bois perdus... 




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8 WALLONIA 

Maintenant, malgre la pluie, Arniand et F61icien vont conduire 
les vaches aux p&turages de Taut re cote de la riviere, et Hortense, 
tout en cassant du bois, me fait un cours d'Herboristerie populaire. 

J'6coute, et j'apprends comment on guerit le mal St-Qu61in, ou 
Ton trouve la plante gu^risseuse portant les stigmates de la plaie. 

Elle parle aussi du mal St-Antoine ; de la bardane qui « clarifle » 
le sang ; de la calmusse qui le « rechauffe ». 

— La calmusse ? dis-je. 

— Oui, cousin ; oe sornt les moines qui en ont sem6 lout le long 
de la Semois ; on la melange avec du p6ket.. . et, savez-vous cousin, 
ce qu'il y a de meilleur pour la jaunisse L. c'est l'Herbe de Claire !.. 

— Ah !... l'Herbe de Claire ? 

— Oui, cousin ; j'en ai lu la recette sur le papier des Moines.... 
qu'ils avaient donn6 au grand'p^re de mon papa ; 6crit k la main, 
vous savez !... qu'on mettait dans ce temps la des f pour «ies s !... 



Le Temps des Moines... 

Derrtere les sapins de la route qui conduit a Muno au bord de la 
riviere, dans la prairie qu'enclave l'immense mer des Sept-Forets, 
6mergent, corame un ilot blanc, les maisons de Conques, qui fut 
d'abord Prieure, puis moulin et scierie et maintenant (fini de rire !) 
propri6t6 particuliere. 

Le domaine, malgr6 le deslin cruel, a cependant conserv6 un 

air de rusticity ro- 
buste ; et ses epaisses 
rauraiiles,badigeon- 
n6es de chaux, se- 
niles de volets verts 
ont une mGlancolie 
confortable dont le 
cadre austere leur 
sait gr6. 

Mais, de l'antique 
Prieurfi ou Ton ho- 
norait autivfois la 
c6te de St-Hadelin, 
ilnerestequed'inap- 

Hcrbfumont, rue de la Pobte. pr&UableS VeStigOS. 

En aval, au pied de la cdte d'Herbeuvanne, il y a un barrage, 
appete : la Pdcherie de Conques. II y en a un autre en amont, dans 




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WALLONIA 9 

la partie la plus sauvage peut-^tre de toute la valine de la Semois — 
entire la Roche du Tch&t et 1'endroit oil le ruisseau de Relogne se 
trace un estuaire parini les menthes et les grands senegons jaunes : 
c'est la Vanne des Moines. 

Seuls, ces deux lieux-dits solitaires rappellent que le PrieurG de 
Conques fut Tune des 99 fermes de l'opulente abbaye d'Orval, qui s'y 
approvisionnait de beurre, de gibier et de poisson. 

On rencontre aussi dans le bois de Conques, des pierres 6nigma- 
tiques, sous des sapins couverts de lichens. 

L'admirable parasite en a ourle chaque aiguille comme d'un 
givre, et le sapin meurt de cela « en beauts » dans un suaire d'argent. 

Ces pierres Granges portent, grav6 dans la mousse qui les 
mange, un tres myst£rieux point d'interrogation... Elles gtaient pour 
raarquer la separation entre les bois d6pendant du Prieur6 et la 
Foret domaniale. 

Et, ce signe qui ressemble a un point d'interrogation c'est 
rimage de la crosse abbatiale. 

Le bois — tout en dGclivitds rapides — tombe sans berges et sans 
prairies, a la rivtere d6serte — ourl£e de grandes fleurs jaunes.. 

Chaos v^g^tal de hetres, de foug6res g^antes et de roches. 

Taillis trop £pais, d'oii surgissent, sous les pas, de gros oiseaux 
surpris qui partent avec un bruit inqutetant de machine a coudm... 

les 6nigmatiques vieilles pierres sous les sapins qui meurent ! 

Le lichen qui (Houffe Tarbre, la mousse qui use la pierre... 

Maintenant le « temps des Moines » c'est quelque chose d'extrd- 
meinent lointefn, envelopp6 d'oubli ; et que symbolisent d6ja, les 
etranges runes creus6s dans ces homes perdues au fond du bois 
obscur... 

Maintenant, je remonte au village, sous la pluie douce qui zebre 
les bois de Danseau. 

Au tond du val, m'apparaissent les deux vaches du inoulin, le 
veau et, derriere, Ykne pensif revenant des paturages, de la mdine 
allure tranquilie que par un beau soleil. Deux petits capuchons noirs 
les accompagnent, trottinant plus vite... c'est Armand et F61icien. 
On dirait deux petits satis (*). 

Bientot leur silhouette fantastique se dissoud dans le paysage 
fig6 et sombre. Seule, la vache blanche met encore une tache p&le 
sur la lande grise qui s'6teint... 

(l)Sati, nom local des nains legendaires. Voy. Wallonia XI (1903) p. 176. 



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10 



WALLONIA 



Le vieux Pre. 

17 aout. 
Me voici allongG sur le triclinium de bruyeres oil verdoyait 
jadis le Hetre des Satis. 

Les Pr6s de la Petite Danseau Gvasent a cent pieds plus bas 
leur estuaire, en pente douce vers la riviere. 

La Petite Danseau! Je ne sais ce qu'il veut dire, ce noin, mais 
je m'imagiue qu'il est celui d'une jolie fartadetie sautillante portant) 
une clochette a sa collerette de genets. 

Danse, petite Danseau, avec ta petite clochette!... 

La Semois, ennemie de la ligne droite, sinue a travers les 
variantes de l*6terno.l Motif en vert majeur. 

II y a, dans le bois, un oiseau qui a l'air de battre le briquet. 

Et cet autre?... on dirait qu'il se gargarise avec de petits 
cailloux. 

II y en a un autre encore, tres aga^ant, qui passe son temps a 
promeuer une minuscule scie d'argent dans un morceau de crsie. 

Et ces bruits clairs sont comme brodGs sur le theme en sourdine 
d'un orchestre immense. L'Ordre des Insectes (Families et Groupes) 
— myliades de violoncelles — qui s'en donnea coeur joie... 

Le Pr6, tout en bas, est un tapis fan6, a peine vert, dans Ten- 
clave de la foret. 

(rest une vieille eloffe, us6e jusqu'a la oorde. 

Une longue orniere, inachevee, du ineme vert d6color£, y 
sinue, en diagonale — comme une balafre 
exsangue sur un tres vieux \ r isage... 

Cela vous a des allures de grand Pare, 
mais d'un Pare qui serait a 1'abandon depuis 
los Temps de la Prehistoire, et Ton imagine 
que oette orniere verte a ete creusee la par 
le Chariot d'un Roi Inconnu — attelG de 
Dinoth^riums... 




La Donette. 
vieille orporteusu d'Herbeumont 



Et voici, qu'une demi lune d'or parait 
dans la clart6 calme du crepuscule. 

Le bleu pale du ciel, en passanl par des 
nuances inappr£ciables se fond dans des oranges roses, encore lumi- 
neux, sur quoi tremit trislement le dechiquetement noir des bois. 

Les violoncelles se sont tus... seul, l'oiseau bizarre continue de 
battre le briquet pour rallumer quelle mysterieuse petite pipe? 



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T^- 



WALLONIA 



11 



Et, dans le Pr6 antique, maintenant, une lumtere est descendue. 
Elle s'est doucement pos6e sur I'herbe. 

Et elle scintille avec Teclal d'une 6toile de premiere grandeur. 
C'est ie feu des patres du moulin. 

Leurs r sonores. quand ils causent, raontent avec le son grele 
d'une clochette... 

Danse, Petite Danseau, danse avec la petite clochette!... 



Dans la vallee des Ardoisieres. 

22 aouL 
Les verdures (Meintes des landes onduleuses — vert-de-gris et 

lies de vin — s'etalent comnie de tres anciens et Ires precieux tapis, 

jet6s sur le dos de la vieille petite montagne. 

La vieille petite montagne d'Ardenne, qui emergea de la Mer 

d£vonienne avant l'Alpe et l'Himalaya. Montagne d^truite par le 

temps ; montagne en mines, rabot^e par les miltenaires... 

Cela explique pourquoi, avec cette faiblesse d'altitude elle 

conserve ce caractere de haute m&ancnlie ; son histoire est £crite 

sur la lande et sa physionomie est le reflet de son vertigineux 

pass£... 

Nous so mmes descendus au pied de la colline sauvage, entre les 
deux bois, la ou le haut £peron de Wilbauroche, tout fleuri de 
bruyeres, saille de la mer feuillue, com me un promontoire violet. 

La vieille petite montagne, par ici, s'assombrit et strangle : 
elle devient sinistre et meurtriere. 

Toute troupe d'aflreux tunnels, tres bas, au fond desquels vol- 
tigent comme des feux-follels, de petites 
flammes rouge&tres, sans rayons, qui 
sont des lampes d'ardoisiers. Et ce sont, 
ces tunnels, les gueules du Monstre qui 
happe les homines, sous la protection 
do Sainte-Barbe dont la pauvre image a 
6te plac£e a I'entr6e des cloaques indus- 
triels, comme le crucifix au pied de la 
guillotine pour encourager « les homines 
de la fosse » a mourir. 

Bien sur. messieurs les patrons, cela 
n'est pas mal que Sainte Barbe veille 
sur les ardoisiers Bien sur, les pauvres 
diables qui mettent leur foi en elle, en beneficient d'une auto-sug- 
gestion salutaire. Mais ne lui laissez pas toute la besogne ! 



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Mon cousin Joseph, artioisier-fcndour 



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12 WALLONIA 

La tache de la brave Sainte serait all6g6e, si les propri&aires 
de ces bagnes Taidaient un peu et fournissaient aux ouvriers qui les 
enrichissent des 6chelles moins vermoulues et un peu plus de 
lumtere. 

On sait qu'h Haybes, par exeinple, on descend au fond des nom- 
breuses fosses par des escaliers creus£s dans le roc, et que c'est 
eclair^, partout, a l'61ectricit6. 

Sainte-Barbe ne verrait aucun mal a cela. 

Les Saiutes sont les amies des F6es, leurs gentilles Aieules; il 
faut les aimer et les respecter pour ce qu'elles nous ont donn6 de 
r4ves et de joie. 

On les a odieusement explores sous couleur de religion ; et 
l'ouvrier dup6 commence d6j& k les prendre en haine. 

C'est la faute des mauvais bergers, trop avares et trop 6goistes 
pour leur preter un peu main-forte. lis ont tu6 l'Ange gardien, en 
meme temps que, bient6t, leur Poule-aux-CEufs d'or. Ce sera leur 
punition et ce sera justice ! 

On serait tente de supposer que ce metier redoutable et triste 
ait influence a la longue, sur Tesprit du pays. L'homme d'Herbeu- 
mont est volontiers taciturne, soucieux, m^content : il ne se porte 
pas bien. 

Apr6s avoir donn6 toute sa jeunesse a la nuit et a la peine, 
quand « la maladie de TArdoisi6re » l'a contraint en pleine maturity 
k quitter la fosse, il se r6signe a venir trainer dans les auberges du 
village les quelques annees qui lui restent & vivre. 

La r6signation caustique du peuple a cr66 un mot 6tonnant pour 
designer ce malheureux : on dit que c'est « un fort vieillard. » 

La pluie d'6t6 glisse le long des feuilles... 

Apaisement d&s yeux, douce lumiere des sous-bois. 

Mais l'ecrasante sensation de solitude ; le mystere lourd qui 
rcgne dans les pgnombrcs tiedes vous strangle bientot. 

Dans chaque repli bois6 ecu rent des gouttelles rapides ('). 

La pluie d'6te fait un peu le bruit flu ruisseau, et le ruisseau 
fait un peu le bruit de la pluie. 

Harmonies monotones, soeurs de l'6ternel silence. 



(1) Le Ruisseau d'Aise, qui se jette dans la Semois, a la scierie de Lenglez, et 
qui suit toute la route des Ardoisieres, recoit a gauche la gouttelle Husson, ia 
gouttelle des Prige. la gouttelle des Colards, etc. 



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!! !! II I I 



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WALLONIA 13 

II semble que les histoires qui se passent a leur ombre d6teignent 
sur le caractere des ForGts. 

Ici, rien que les taciturnes ardoisiers, qui remontent au village, 
avec leur petite lanterne... 

Des trous d'anciennes ardoisieres dans les verdures ; leur verti- 
cals noire 6peure rimagination. 

Des ruines hagardes, dans Therbe de clairteres tragiques ; la 
For6t qui repousse au milieu des chambres vides. 

Des sources qui chantent tristement sur Thorreur stup^ftee des 
pauvres pierres, vStues de silence, enduites d'abandon... 

Et la-bas, toute seule, dans la cendre verte du soir, la Croix du 
Garde — la Croix Vasseur — rappeiant un drame obscur dont furent 
seuls t6moins les hetres muets, un apr6s-midi, d6j& lointain, d'As- 
cension. 

De Herbeumont k Saint-Hubert. 

17 septembre. 

Nous partons, ce matin, pour St-Hubert. 

La station de St M&lard, ou nous devons prendre le train est a 
deux heures de route d'ici, en coupant au court par la Croix-Madjo 
et le « chene du Bon-Dieu ». 

Nous partons a la fraicheur gaie du matin. 

L'heure est encore feerique : Le village semble d6coupe dans une 
feuille de brouillard, et les gens qui passent l&-bas, ont aussi des 
silhouettes plates, d6coup6es dans la meme grisaille que les maisons. 

L'6gouttis de la ros£e nocturne sonne de feuille en feuille. Des 
vaches, ombres chinoises sur le chemin, sont frottees le long de 
l'tehine d'un peu de poudre d'aurore. — Les brumes tegeres, dans 
les vergers, fument, comme de mystiques cassolettes. — Encens du 
Matin vers Notre-Dame l'Aube ! 

Puis, toutes ces formes blanches reculent, reculent... le paysage 
devient soudainemcnt normal et precis. Et quand nous arrivons sur 
le Terme, elles sont toutes rassembl^es dans les valines, comme 
absorb6es par la Riviere et ses gouttelles. 

La-bas, dans les gorges de la Semois, Topaque et neigeux image 
semble couper par la base le massif des Danseau dont les cretes 
bois^es surgissent, baign6es de ciel bleu, comme une fantastique 
He de Lupata... 

Et, de tous les fonds ou sinuent des gouttelles, tout autour de 
nous, stagnent d'6pais flots de ou'ate qui paraissent compacts comme 
des glaciers et d'ou emergent les cimes verdoyantes de tout un 
archipel a^rien. 



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14 



WALLONIA 




Mai Hon da Tennc. 



Et puis, cela s'6vanouit. 

«r Le soleil grandit, monte, delate et bruie en paix ! ». 

Les vastes plateaux sont animes d'une vie bourdonnante. Sup le 
chemin monotone, tatou£ par les lourdes seoielles des ardoisiers, rien 
que le Poteau t616graphique, contemplaleur solitaire de la Lande. 
Que fait-il la, ce Mal-Plante. ce moderne bout-de-bois parmi 

les genets antiques? Et 
comment n'arrive-t-il 
pas k contraster d'avan- 
tage avec la virginity 
geologique de Tentour? 
Apparemment, son a me 
preMentieuse de civilise^ 
asubi rinfluencedecette 
sauvagerie douce. Sur 
le fil conducteur, « l'o- 
ronde » en habit k queue, 
et gilet blanc, plas- 
tronne. 

A quoi songe-t-il le 
poteau t616graphique? 
Avec son petit isolateur de porcelaine pendu au coin de sa 
bouche, on dirait qu'il fume la pipe!... 

Sur le plateau rose et vert, seme de pineraies, voici la herde 
des chevres. 

Voici, quelle s'engage — le caberti en tete — dans les hauts 
genets lustres. 

On dirait qu'elle sejetle a la nage pour traverser une petite mer 
de sargasses. On ne voit que les letes rornues, intelligentes et d£mo- 
uiaques — et le poi trail, fendant com me une proue, la houle verte. 

Maintenant, nous traversons la Foret — les Gternelles et 
modestes hetraies de l'Aidenne. 

D'un cot£, la valine sinistre des Ardoisieres — de Tautre une 
valine plus elements car elle est plus solitaire — e'est la gouttelle 
du... . Cul de TErmite (!) oil revenait jadis le Jacques-Sauvage, le 
Charretier-fantome. Dans la uieme vallee, la gouttelle d'Archifon- 
taine et la gouttelle des Corbeaux, tributaires du ruisseau d'Antrogne. 

Des hetres, des belies, des hetres! 

Le Hetre, que les Allemands nomment « la Nourrice du Bois », 
Essence meme de TArdenne, disent les iorestiers, bien qu'il nuise, 



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WALL0N1A 



15 



selon quelques-uns, a l'epanouissement du chene, « arbre de 
lumiere », 

Quoiqu'il en soit.on.se rend bien eompte de la preponderance du 
hetre, en conside- 







•***t~w- ^^ ^ %% .tfcy, 



Moulin at sclerie A Lenglez. 



rant le nombre 
des- villages aux- 
quete il a donne 
son nom. 

« Fays » — de 
fagus, nom latin 
du hetre — a don- 
ne Petit - Fays, 
Gros-Fays, Haut- 
Fays, Fays-Fa- 
menne, Fays-les- 
Veneurs, etc. 

Cependant, pres 
de la sortie du 
bois, il y a un Arbre; le seul remarquable de ces parages, qui a, 
par miracle echappe a la rapacity de V Administration forest ifere, et 
qui n'est pas un hetre. 

Sous la hetraie declive, oil le soleil s'amuse a (aire des ronds 
daiis Tombre, pres de la source, ce vieil infirme, convulse comme 
une pieuvre, vous regarde venir avec eon gros ceil de bois. 

L'esprit, droit et simple du peuple qui ne saisit pas « 1'Horrible 
esl beau > de Shakespeare l'a baptise « Le Laid Charme ». 

Parlez-lui plutot d'un tronc bien droit dans lequel il pourra 
tailler une echelle !... . . . - 

Nous voici de nouveau au milieu des landes — les landes enso- 
leiliees du Bochaban — vaste cirque de genets et de bruyeres, seme 
de « cailloux blancs ». 

Assez frequents par ici, ces blancs cailloux, qui sont des roches 
de quartzite, et dont la physionomie explique bien la legende de je 
ne sais quel village de TArdenne, oil le Berger, pour avoir refuse a 
boire k Jesus peicrin, se voit, avec son troupeau, mue en pierres. 

Li-bas, a cote du remblai banal, une petite construction qui 
rissole au soleil — la station de S'-Medard et quelques auberges 
autour. 

(Test la fin de la region de la Semois. 

En face, s'echelonnent jusqu'a I'horizon lointain vi plat, les 
courbes riantes d'un pays de cultures - immense natte verte et 
jaune, semee de villages blancs. 



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16 



WALLONIA 




Orgeo. 



Chope et pipe, k lauberge triste — oh ! l'atroce image repr^sen- 
tant le bapteme du prince Leopold ! — et, devant la porte, la voiture 
du brasseur, qu'on rencontre partout, charg6e de cannettes vides. 
II est I'heure du train. 

Le temps de bailler un instant dans la salle d'attente. — Eiles 

arborent toutes, 
par ici, depuis 
qu'on essaye 
d'acclimater les 
r6sineux en Ar- 
denne, des affl- 
ches colori6es 
repr6sentant les 
insectes nuisi- 
bles:THylobedu 
sapin, la Pyrale 
de la lysine, le 
Bombyx-moine. 

En route pour S l -Hubert; le petit train familial nous emmene. 
Au loin. S'-M&lart, Biourge, Orgeo qui s'est amus6 a tracer avec ses 
maisons une longue ellipse dans la prairie, avec la Vierre pour 
corde. 

Des maisons blanches dans Therbe, et du linge blanc sur les 
haies. 

A Bertrix, changement de train; nous montons vers les horizons 
sobres de la foret de Luchy ou se sont r6fugi6s, dit-on, les derniers 
loups. 

Et les petits £pic6as attristent les crates. 

L'6pic6a, qui a conquis en Ardenne droit de cit6, ou plut6t droit 
de plateau, n'est pas, on le sait, un indigene. 

(Test un exotique que les forestiors ont implants pour boiser la 
haute fagne. 

Cet envahisseinent ne remonte pas a plus de cinquante ans ; et, 
aujourd'hui d£ja, avec les autres r6sineux, il couvre le tiers de la 
superficie garnie par la flore t'orestiere. 

Les col lines sont seniles de ses vastes rectangles sombres. 

II collabore, pour sa bonne part, au paysage. II lui donne sa 
nuance et son caractere; il apporte & TArdenne m61ancoiique le 
sentiment austere de son pays d'origine. 

dependant, malgre son temperament robuste et sa v6g6lation 
rapide, il semble regretter les regions du Nord et la haute montagne; 



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WALLONIA 1 i 

il souflre, ce Deracine, sur les vieilles petiles colli lies ardemiaises 
de Nostalgies nombreuses et graves. L'une d'eiles porte uu nom 
redoutable : c'est ia Pourriture rouge... 

Neuvillers, Rossart,... a Recogne nous atteignons Taltitude de 
500 metres. 

A Libramont — qui est surtout unegare — une heure de longue 
attente b£te — car rien que de d&estables aspects dans le pays — en 
face des rails. Vne dame r6cite son chapelet. Une autre trempe, 
dans un oeuf a la coque, une mouillette tartin^e de confitures; nous 
sommes bien en Belgique ! 

Et voici le premier chapeau haut de forme — la premiere 
« haute tiare de soie noire » comme dit sans rire Paul Adam — que 
j'aie aper$u depuis un mois. 

Enfin, nous roulons de nouveau. TraversGede la foret d'Hatrival 
ou scintille la Lomme qui s'entorlille autour de la voie ferine, et la 
station de Poix-St-Hubert, un peu nurembergeoise, adoss^e a un 
haut 6cran de sapins. 

Encore quelques zigzags d'un petit chemin de fer local a travers 
pr6s, Clangs et bois d'une verdoyante vallee jolie; une derniere halte 
devant une auberge, pour permeltre au chauffeur de boire une 
chope (ca se passe en famille) et enfin, l&-bas dans la br^che de 
Thorizon, une Ville ! 

Douce et bonne Illusion, enveioppe quelques instants encore 
l'id^al des pauvrcs chasseurs de Reves! 

La Ville approche; St Hubert! la Ville quasi sainte, oil l'6cri- 
teauaux Lettres d'or lomba aux pieds de la Reine Plectrude, dans 
les Temps Carolingiens !... 

Et bien, voyons ? Descendons, puisque le train est arr6t6... 

V raiment nous sommes arrives ? nous sommes a Saint-Hubert ? 

Une rue monte. 

Des.maisons d'une froideur repoussante — le confortable sem- 
blant s'&tre fait aujourd'hui le complice du mauvais gout. 

Rue de cafes, de charcuteries k pelerins, de petits bazars de 
pieuseries. 

Des femmes s'^lancent de ces cavernes iucratives : araignees sou- 
riantes vers les mouches que nous sommes, et persuad£es, bien 
entendu, que nous venons en pelerinage. 

- Vous n'achetez rien pour faire b6nir?... (et, devant notre 
silence)... ou une tasse de bon cafe ?... ou autre chose? 

La ville, sans horizon, enferm6e tout de suite dans les replis des 
campagnes verdoyantes, est chevauch6e par l'6glise c616bre. 



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WALLONIA 



Malheureuseinent, l'admirable vaisseau gothique est compl^te- 
ment masqu6 parune fagade d'une laideur remarquable, d'une inouie 
pauvretG d'imagination ; desert de pierres vertical, plat coinme la 
main et uu comme un ver. 

Aussi, pour voir l'eglise, faut-il en faire le tour, c'est-^-dir^ sortir 
de la ville, qui se termine la par une i uelle d£serte. C'est a croire 
que Tabsurde locality est honteuse de ce qu'elle possede de mieux. 

Quant a 1'antique Abbaye dont ies 34 cloches furent bris6es, sur 
le pav6 de la place voisine, le 2 Prairial de l'An V, il ne faut pas 
songer a en 6voquer les vestiges sous les nombreux d£guisements qui 
Tont affubtee successivement en tribunal, ecole, et en dernier lieu 
pGnitencier. 

Vivement, regagnons la station ; dare-dare, a travers les cafes 
et les charcuteries k pelerins ; faisons tout de meme empiette de 
quelques petits souvenirs pour les cousines et mettons le tout dans la 
grande sacoche aux disillusions, avcc le reste. 

Saint Materne, dormez en paix ! 

Sainte B6r6gise, priez pour nous ! 

Douce Reine Plectrude, dormez en paix ! 

Amen !... 

Petite faune populaire d'Herbeumont. 

23 septembre. 
Rougne. — La rougne est un reptile tach6 uoir et or, deux 
nuances trop vives pour la contr^e, et contrastant sur les tapis 
neutres des bois. Elle ressemble au lezard. 

Mais sa demarche est pesante et son cri singulier. C'est un chant 

tres doux, que 
Ton pergoit de 
tres loin, le soir. 
On dirait une 
petite sonnette. 
C'est ce chant, 
peut-etre qui a 
fait de la rougne 
une bete de sor- 
tilege dont les 
petits vachersat- 
tard6s ont peur. 
La rougne est 
unesalamandre. 
sentir » le lait et 




Herbeumont. 



Veitibule d'uno vieille run i son. 



Tdte-de-vatche (Lizard). — On Taccuse de 



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WALLONIA 19 

de teter les vaches. De la, son surnom. On accuse du meme d61it la 
couleuvre et la « miserette ». 

Maquette (Tetard). — La « maquette » est un des noms 
comiques que Ton donne a la tete des en (ants. 

Hosse-que (Hoche-queue). — Le « hosse-que » est « la compagnie 
des betes et des gens ». 

Oronde (Hirondellei. - On dit que renfant qui prend une 
hiroudelle ne peut plus s'en d£barasser ; et que les g rifles de l'oiseau 
restent accroch£es a ses doigts. 

Cornaye (Corneille). - Quand les cornailles « craaquant » c'est 
signe de pluie. Formulette des enfants sur la corneille : 

Cornaye aux pouyes 
Le feu est a ta maison ! 

Ploriet. — Oiseau de proie, « bete a poules ». 
Heurette (Hulotte). — Oiseau de mauvais augure. 
Marticot (Hanneton). — Les enfants chantent : « marticot qui 
ferraille ». 

Wape (Guepe). 

Marguerite du bon Dieu (Goccinelle). — Formulette des 
enfants : 

Marguerite du bon Dieu 

Si tu n'veu* pas voler 

J'te prendrai tes plus belles annSes 

J'te lairai les plus laides. 

La sauterule (saulerelle) et le Tohantr6 (grillon). — Le grillon 
porte bonheur et son chant veut dire : Riche, riche, riche ! 

Mouch&tes (moucherous). — Le premier dimanche de Careine, 
les enfants quetent de porte en porte en chantant : 

Bailie 

la paille 

pour bruler la bourrique 

a Dominique ! 

et vont ensuite faire le grand feu sur « les horlees * (') de la colline. 

Dans les maisons, l'usage veut qu'on fasse la « wule » ( crepe). 
Ceux qui ne la font pas sont menaces d'etre « manges des mouchettes » 
toute l'annGe. 

Marchaus. — « Petites noires betes » qui d'apres le conteur, res- 
sembleraient a la coccinelle, mais leur tele, quand on les prend par 
la « panse » se tire en avant, et ils en « frappent » l'espace. Ce qui 
leur a donn6 leur nom. 

1 1) Horlee, mot intraduisible qui n'a en francais que le banal equivalent : 
accident de terrain. 



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20 WALLONIA 

Crapaud-volant (engouleveut). — La croyance au crapaud- 
volant est tr6s teuace a Herbeumont. II prend sileucieusement son 
vol « a la petite brunette » a la mdme heure que la « tch6p-sere » 
(chauve-souris). 

Cependant une vieilledu pays m'assure l'avoir vu en plein jour. 

« II ont leu langage, comme les autres, dit-elle ; i groulent, i 
rdguient... mais, un si laid ramage ! Is faisant peur ! » 

J'ajoute que mon grand oncle Nonnon Bontemps a trouvG « des 
oeufs de crapaud-volant » aux crdtes de Djerniri, et que ces oeufs 
6taient rouges ! 

Petits feux dans la Foret. 

24 septembre. 

Au coeur de la Foret d'Herbeumont, monte, comme un intermi- 
nable fjord, une etroite pelouse de 2000 metres de longueur — oasis 
6gay6 d'un grelot de gouttelle - que Ton appelie les Simougnes. 

Les petites et les grandes Simougnes. 

A mi-chemin, la clairtere bifurque, et dessine au Sud, une rade 
plus petite : la clos Jean-Jacques, qui est, disent les gens du pays, 
€ la vraie place des cerfs ». 

Au fond du fjord, la oil les sentiers n'existent plus, est une 
vasque de feuilles mortes d'ou sort une source. 

C'est dans cet Eden silencieux que vivaient autrefois des 
Biicherons Ermites, appeles les Freres Gilles-Gouty. 

La tegende s'est em parte de l'existence un peu mysterieuse de 
de ces inoffensifs sauvages « v6lus de loques et les cheveux sur le 
dos » d'une force hercultenne et qui apprivoisaient les cerfs et les 
biches. 

Et Ton cite, encore aujourd'hui, un arbre sous lequel Tain6 de 
ces Solitaires venait fumer sa pipe. 

C'est € le H6tre du vieux Gonty. » 

Cette Foret d'Herbeument semble (Hre aujourd'hui plus dteerte 
qu'elle ne le ful jamais. 

On salt, en effet. que les vieux potiers de l'6poque celtique ont 
mante Targile sous ces arbres il y a vingt siecles ; on sait qu'il s'y 
rencontre des vestiges de verreries. 

Plus pres de nous, les feux dune forge disparue se refl6terent, 
il y a 300 ans, dans les eaux du ruisseau d'Antrogne. II n'en reste 
rien, que des pierres noires dans l'herbe muette... 

Sur la cote d'Herbeuvanne, un sentier s'appelle toujours « le 
Pase des Forgerons. » Pasi % c'est-a-dire sentier, passage. Lechemin, 



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sans doute, que les ouvriers de la torge prenaient pour rentrer au 
village : le lieu-dit est toujours le dernier survivant d'une his- 
toire !... 

Et puis, le silence milienaire des Forets a recommence. La 
Roche du Chat — que Ton pourrait surnommer le Toit de la Foret, 
n'a plus doming depuis lors qu'un Desert de feuilles enlacG par les 
courbes de la riviere harmonieuse. A son tour, le feu que des char- 
bonniers y allumerentquelques soirs, s'^teignit. En haut du rugueux 
Observatoire, le sol est demeure noirci, rappelant leurs veillGes con- 
templatives... 

Et l'immense for&t est demeur^e la proie des forestiers. Le bruit 
de la cogn6e y r^pond seul, k la plainte des derniers chats sau- 
vages... 

Le soleil luit... 

Le 25 septembre. 

Le soleil luit... ce matin frais et bleu. 

Assagi par la longue p£riode brumeuse, il 6pand une clart6 
douce, repos6e, corarae une clarte d'automne. 

Vraiment, on commengait a Toublier, le soleil ; on se faisait k 

l'id6e qu'il nedevait jamais reve- 
nir, et jamais je n'ai ressenti de 
cette fa^on combien, du m^me 
paysage, pouvaient se d6gager de 
sentiments divers — selon qu'il 
est 6clair6 d'une lumtere difft- 
rente. 

C'est ainsi qu'une marche mi- 

litaire, 6gay6e par la traduction 

de cuivres 6clatants et clairs, 

Mature a wiibauroche. verra fondre son altegresse, si 

elle est moulue dans le sentimental engrenage d'un orgue de 

Barbarie. 

Done, nuances gaies des avoincs pales au bord de Thorizon, sur 
r&sran bleu frais du ciel. 

Par dessus le village, passe l'appel de la trompette en fer-blanc 
du «caberti», allant de porte en porte, et la chanson adoucie 
nous arrive, de la Semois, sur le barrage. 

Pourtant, en d£pit de la gait6 que nous d^sirons, quelque chose 
d'invisible passe dans Tatmosphere calme, avec l'appel de la trom- 
pette et la chanson lointaine de l'eau sur le barrage, passe dans la 




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WALL0N1A 




caresse faible de la brise; et cela, que nous voulions croire agitable 
d'abord, est, presqu'i notre insu, p^nible — indGfinissablement. 
Le soleil n'est plus le meme. 

Et puis, les petits bruits de la campagne, les gens qui causent 

dans les champs; la son- 
nail lerie des grelots de 
la malle qui vient de 
Bortrix, out une sono- 
rity plus grele, une net- 
tet6 u n peu aigre d'au- 
tomn'e... d'automne! ah, 

Masure, route de Gribomont. Qui; c < egl ypa ^ c ' est ce | a J 

c'est le Doigt de l'Automne qui a touche le Paysage!... 

Et je remarque alors, en surploinb de la « Vieille Riviere », un 
petit arbre malade — tout seul encore, inais d6ja si melancolique — 
qui brille com me une flamme jaune aux flancs de la haute tapis- 
serie verte. 

neteorologie. 

26 seplembre. 
— Quand « la couronne St-Jean » (l'Arc-en-ciel) a « les pieds 
dans l'eau > c'est signe qu'il 
pleuvra. 

— Quand « la Famenne est char- 
g£e » c'est signe de mauvais temps. 

— Quand St-Gilles est beau, 
c'est signe que l'arri6re-saison 
sera bonne. 

— Une bonne femme poss£- 
dait une vache et un « bouvet ». 
Quand vint le mois d'Avril, elle se 
trouva si heureuse que ses betes 
eussent pass6 l'hiver sansencombre 
qu'elle s'ecria imprudemment : 

Malgre Mars et Marcelet 

J'ai passe* ma vatche et m* bouvet 1 

Mars entendit ces paroles, et 
malicieusement it « preta » a son collegue Avril, trois jours qui 
ramen^rent telle froidure que les pauvres betes p^rirent. 

Ge sont ces trois mauvais jours qui s'appellent, dans le pitto- 
resque calendrier du Peupie. les trois jours de la Bonne Femme. 




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Le Christ a Cugnon. 

27 septembre. 

On dit que le Christ, passant a Cugnon, n'y trouva personne qui 
le voulut loger. 

Le Christ poursuivit son chomin, mais a la sortie du village 
inhospitalier, il se retourna et pronon^a ces paroles : « Cugnon tu 
es, Cugnon tu resteras ! » 

Et voili pourquoi Cugnon — Tun des plus anciens villages de la 
Semois, cependant — ne s'est pas agrandi. 

(Raconte par B. Breny, 32 ans). 

Clair de lune. 

28 septembre. 
Avec ses maisons cr^pies de neuf, sous le clair de lune, le 

village est blanc comme un linge. 

Accoude a la petite balustrade qui s£pare le jardin du bois — 
balcon rusHqne pencil sur la valine sauvage — je me trempe dans 
le myst6rieux ciair de lune. 

La riviere coule au pied des roches, mais les arbres m'em- 
pechent de la voir ; et je n'apercois que les pr6s pales de la rive, en 
face, derriere la mousseline du brouillard qui se 16ve. 

Je ne vois pas la riviere dans la valine... je ne la vois, ni 
ne l'entends . . . 
elle dort... tout 
en marchant 
comme les che- 
vaux sur une 
route tres fa- 
miliere... e'est 
la riviere dor- 
mante... 

Cependant, 
quand un peu de 
brise derange le 
rideau muet des 

feuillages, par l?s d^chirures, j'aper^ois un plat d'argent au fond 
de la riviere : e'est le reflet de la lune. 

Le Village est stup6fi6 sous le suaire fil6 de lune, au bord du bois. 
Avec ses maisons r6cr6pies, dans la nuit calme, le "Village est 
blanc comme un Mort... 




Herbeummt. 



Kue de la Roche. 



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WALLONIA 



Puis la lune se met a luiserner ; le brouillard s'6paissit, il efface 
les bois, et les fonds sont ensevelis. 

Seule, de l'inondation blanche, surnage une mince crete sombre ; 
la crdte de la Petite Danseau. 

C'est ainsi qu'apparaitrait, je songe, aux passagers d'un aerostat 
fantdme, une terre signage au large dans les parages d'un archipel 
a6rien. 

Rapidement, il montede la riviere, ce brouillard, et maintenant 
le Sournois tourne autour de la montagne, il jette sa poudre humide 
sur les maisons... 

... Et le Village, doucement, se d6sagr6ge. 

Une chanson dans la nuit. 

29 septembre. 

Oh, la nuit oppressante autour de la petite maison qui est en 
dehors du village, tout au bord du bois... 

Le grelottement humide de toute la foret... 

Des lieues de feuilles secou^es par le vent... 

Le fourmillement des gouttes et les 6crasants rideaux de nuages 
qui tombent... 

Oh ! la nuit, quand il pleut... quand le vent incline la foret! Le 
village an^anti, happ6 par l'obscur... 

Quel refuge alors, la lumiere calme de la lampe dans la chambre 
close, apres TeflTarement de ces grands frissons noirs du dehors... 

Le parfum de la galetle aux'pommes de terre traverse la cloison; 
et la-haut « dans le plantchi* le balancement d'un berceau nous 
rass6r6ne et une voix chante ; 



J 6s us s'habille en pauvre 
Charite va demander. 

Va frapper a la porte, 

A la porte du vieux richard. 

« Bonhomme a la bonne table, 
Faites-moi la charity. 

— Que veux-tu que j' te donne ? 
Je n'ai rien a te donner. 

J'ai d' la viande sur ma table, 
Mais.j' la garde pour mon chien. 

Mon chicn m'apporte des lievres, 
Mais toi, tu n'jn'apportes rien. » 

Va frapper a la pnrte, 

A la porte de la bonne femme, 

« BonneTemme, k la fenetre, 
Faites-moi la charity ! 



— Entrez, entrez. pauvre homme. 
Avec moi vous souperez. » 

Au bout de six ann6es, 
Le richard vient a mourir, 

Va frapper k la porte, 
A la porte du Paradis. 

« Descends, descends, S^Pierre, 
Va voir qui est-ce qui frappela. 

— C'est TAme du vieux richard 
Qui demande le Paradis. 

— Fermez. fermez la porte 
Afin qu'i n' puisse pas rentrer. » 

Au bout de six ann6es. 

La bonne femme vient a mourir, 

Va frapper a la porte, 
A la porte du Paradis. 



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WALLONIA 



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€ Descends, descends, S'-Pierre, 
Va voir qui est-ce qui frappe la. 

— C'est TAme de la bonne femme 
Qui demande le Paradis. 



— Ouvrez, ouvrez la porte. 
Pour qu'elle puisse bien rentrer, 

Elle chant' ra les louanges, 
Les louanges du Seigneur. » 



C'est la voix de la m6re redisant pour la millidme fois, le mGme 
chant populaire qui Tendormit elle aussi autrefois... 

Et, elle a, pour psalmodier ces vieilles chansons, une voix de 
l'ancien temps, naive et sans appret, qui s'adapte tout a lait a ces 
vers souvent sans rimes. 

Vieilles 16gendes, vieilles chansons ! 

On vous « recueille » maintenant — on vous « 6crit ! > signe 
ind6niable de votre decadence — vous voila devenues objets de 
curiosity pour I'historien, le poete, et le snob. 

Vous voila fix6es, 6tiquet6es d&ja, com me des bibelots de mus6e, 
dans les livres : ces vitrines de la Literature. 

Avec Elles, meurent les dernieres fleurs inestimables qui refleu- 
rissaient de mere en fille dans le Jardin Bleu, depuis les vieux temps 
du monde. 

Elles meurent tristement, presque m6pris6es par une generation 
inconsciente et niaise. 

C'est un enterrement de pauvre ; un corbillard de derniere 
classe, suivi seulement — la bizarre chose ! — par quelques Messieurs 
dtrangers, qui viennent de la Ville — qui sont nous autres, les 
amateurs de folk-lore — et qui ont voulu pour Elles, une jolie 
tombe.... 



Herbeumont, aout-septembre 1904. 



Georges DELAW. 




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Documents et Notices 



Une enqu£te sur Thabitation rurale en Belgique. — Meme 
pour qui l'observe superficiellement, 1'habitation rurale, envisag^e 
dans les diflferentes parties du pays, ne pr6sente pas partout le meme 
aspect. Mais, tandis qu'apres uu examen attentif, certaines fermes, 
situ^es dans des locality souvent tres rapprochees, restent tres 
dissemblables, d'autres, prises dans des points tout-a-fait opposes, 
pr^sentent, malgre leurs divergences, un air de famille qui permet 
de les rattacher a la meme technique. 

Une forme dhabitation, en efFet, evolue sous l'influence de deux 
ordres de facteurs. dont les uns, traditionnels, assurent la conserva- 
tion du type dans ses grandes lignes, les autres tendant a faire 
d^vier.la forme du type originel. 

Ce sont : la nature du sous-sol. qui fournira a l'habitant tels ou 
tels mat^riaux de construction; celle du sol bois6 ou non, plus ou 
moins fertile, propre a telle culture partieuliere. ou favorable a 
l^levage et amenant la necessite de batiments sp^ciaux, d6veloppant 
faisance chez les cultivateurs, et, par suite, la recherche du confort. 
D'une maniere generate, la multiplicity des besoins inspire tout 
naturellement la modification et le developpement plus ou moins 
vari£s!du type primitif. 

Cependant, il ne faudrait pas s'imaginer d'apres cela que la 
forme d'une habitation depend uniquement des conditions ext^rieures 
et qu'il faille s'attendre, dans deux provinces, dont le milieu physique 
differe^a trouver des types opposes. L'on est surpris de rencontrer 
dans des endroits £loign6s, la Franconie et les Hautes-Fagnes, par 
exemple,jpays dift^rents et par la nationality et par les conditions 
gGographiques, des formes d'habitation qui se ressemblent singuliere- 
ment, tandis'que Ton trouve dans deux villages voisins, parfois dans 
le meme'village, des formes tout-a-fait differentes. 

(Test ici que se pose un probleme a la fois historique et ethno- 
graphique des plus intGressants : Quelle est la cause de ces ressem- 
blances et de ces differences ? 

Les recherches faites a F6t ranger, en Allemagne, en Autriche et 
en Suisse notamment, perinettent de donner une reponse generate. II 
semble que, dans chaque race, un type dhabitation s'est fix6 de 



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»_. __l 



WALL0N1A Xi 

bonne heure, qui a suivi la race dans ses peregrinations, en se traus- 
formant sous l'influence k la fois des besoins nouveaux que creaient 
les nouvelles conditions d'habitalion. et, d'autre part, par voie d'imi- 
tation en s'appropriant les details des habitations des voisins, qui 
pr£sentaient plus d'avantages et de commodity. 

On comprend, d6s lors, combien est importante pour l'6tude 
s£rieuse de la population d'un pays, la connaissance des habitations 
rurales ; outre qu'elle nous donne de pr6cieux renseignements sur 
l'aire de dispersion des populations dont certaines habitations sont 
caract6ristiques. elle nous pennettra d'appr£cier la valeur relative 
des diffterents facteurs qui tendent au maintien ou k la modification 
des types eiementaires. 

En Belgique, rien ou presque rien n'a £t£ fait k ce sujet. La 
revue le Cottage a bien attire I'attention sur divers types d'habita- 
tioas rurales, mais c'est plutdt au point de vue esthetique et architec- 
tonique, et non au point de vue de leur plan interieur et materiel, 
qui, il faut bien le dire, correspond rarement dans tout le detail aux 
necessites de la vie bourgeoise. 

Si Ton se place au seul point de vue ethnographique, une etude 
plus rainutieuse s'impose et Turgence est marquee par le fait que de 
plus en plus les anciennes fermes disparaissent et le mode de con- 
struction rurale tend a se modifier essentiellement. 

(Test ce qui a determine la Society d'anthfopologie de Bruxelles 
a proposer une enquete k ce sujet, par voie de questionnaire. Pour 
produire tous ses fruits, cette enquSte doit porter sur le plus grand 
nombre possible de locality. C'est pourquoi il a ete Jemande k 
WaHonia de la signaler & ses lecleurs. Nous le faisons bien volon- 
iiers, en renvoyant pour le surplus au tr&s interessant questionnaire 
dresse par la ^ocietc. On en obtiendra communication en s'adressant 
a Bruxelles, soit au si&ge de la Societe, 36, rue de Ruysbroeck ; soit 
a M. Fiebus, 6, rue d'Albanie. 

Pierre Deltawe. 



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Chronique Wallonne 



Bibliographie 

LES LIVRES : 

Collection complete des CEuvres de Gr6try, publiee par le Gouver- 
nement beige. — XXXI me livraison : Le Magnifique. — Leipzig, 
Breitkopf et Hartel. — In-4 8 , xxm-239 pp. 

Le Magnifique est loin de compter par mi les oeuvres maitresses de 
Gretry. mais il ne pouvait naturellement manquer dans la collection 
complete publiee sous les auspices du Gouvernement, — ce qui reste, en 
definitive, la meilleure facon de glorifler un maitre. Le Magnifique se par- 
ticularise, parmi les oeuvres du maitre li6geois, par ce fait qu'il est la pre- 
miere ecrite par lui en collaboration avec Sedaine, lequel devait devenir 
par la suite son collaborateur prefere. Le sujet, Sedaine l'avait emprunte 
a un conte passablement salace de La Fontaine, qui lui-meme l'avait 
emprunte a Boccace. 

L'opera de Gretry et Sedaine fut repr6sente pour la premiere fois a 
la Comedie Italienne le 4 mars 1773. 

Dans une note liminaire, M. Ed. Fetis nous conte la fortune de l'ou- 
vrage, son succes spontane, grace surtout a une scene, dite « de la rose », 
vitedevenue Teprouvette du talent de comedienne des actrices du temps. 
Dans son Commentaire critique, M. AJf. Wotquenne, avec la minutie et 
la surete d'information qui lui sont habituelles, analyse de pres la musique 
du Magnifique et signale les nombreuses erreurs qu'il lui a fallu redresser 
dans la partition originale ; il y joint quelques particularity historiques et 
releve notamment, d'apres Wallonia, les interessants details revolts par 
M. Danet des Longrais concernant les origines de notre musicien (*). 

La partition du Magnifique a et6 gravee par Breitkopf et Hartel avec le 
raeme soin et dans les memes conditions que les oeuvres de Roland de 
Lattre dont nous avons recemment entretenu le lecteur. Une idee excel- 
lente consiste dans Tadjonction, sous les portees reservees a I'orchestration, 
d'une reduction pour piano a deux mains, a l'usage des personnes peu fami- 
liarisees avec la lecture de la partition d'orchestre. 

Ernest Closson. 



(1) Cf. ci-dessus, t. XII (1904) p. 29. — Nous apprenons avec plaisir que 
M. Danet des Longrais completera prochainement dans un article de WalUnia, 
les renseignements precede mment donnes sur les origines de la famille de Gretry. 



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WALLONIA 29 

Bibliographic des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes, publics 
dans V Europe chretienne de 1810 a 188^. par Victor Chauvin, profes- 
seur a I'Universite de Liege. Ouvrage couronne par l'Acad6mie des 
Inscriptions et Belles-Lettres prix Delalande-Guerineauj et subven- 
tion neparla « Deutsche morgenlandische Gosellschaft ».— VIII Synti pas. 
— Un vol. in-8° de IV et 219 pages. Liege, Vaillant-Carmanne. Leipzig, 
O. Harrassowitz. — Prix : 6 fr. 50. 

Par la publication de ce volume, notre collaborateur acb&ve les Mille et 
une Nuits en donnant ici la bibliographie des Sept Vizirs et d'autres collec- 
tions analogues. Nous signalerons a nos lecteurs quelques sujets que 
l'auteur a trails avec detail : Les amazones, p. 55; Fridolin, p. 143; les 
enfants de Hameln, p. 155; Rhampsinite, p. 1«5 ; Virgile, p. 188; Amicus 
et Amelius, p. 194; Shylock, p. 200; les Cygnes, p. 206, et la Matrone 
d'Ephese, p. 210. 

Quatd, avec le prochain volume, l'auteur nous aura donne la biblio- 
graphie qu'il nous a promise des contes de Pierre Alphonse et Secundus, il 
aura acbeve I'examen des contes arabes qui rentrent dans son cadre. O. C. 

Notice historique sur la paroisse de Spa depuis les temps les plus 
reculesjusqua nos jours, par l'abb6 F. X. Georges, 2* edition, in 8° de 
54 pages. Verviers, L. M. Leonard, editeur. 

C'est une rendition d'une ancienne plaquette relative a fhistoire de la 
Communaute religieuse de Spa depuis les temps les plus recules jusqu'a nos 
jours. Naturellement tres bref pour les s»ecles anterieurs a la fondation de 
la paroisse de Spa (1574), l'auteur fait une histoire des cures qui s'y sont 
succ6d£ depuis cette 6poque, rappelant les principaux episodes qui s'y sont 
passes, l'etablissement des Gapucins au XVII 6 siecle, Thistoire de ce couvent; 
il rappelle la fon iation des differentes chapelles, l'achat des cloches, etc. 
Enfin, il raconte longuement I'histoire de Spa pendant la pe>iode revolution- 
naire de 1789 a 1799, d'apres les chroniques de Houyon et de Rousseaux, 
signalees par M. A. Body dans son Histoire et Bibliographie de Spa, 
t. I, p. 126 et suiv. D. Brouicers. 

Kinderspel en Kinderlust in Zuid-Nederland, door A. de Cock en Is. 
Teirlinck, met schema** en teekeningen van Herman Teirlinck. 
Bekroond door de Koninklijke Vlaamsche Academic. Vierde deel. — 
Un vol. in-8° de 360 p. — Gand, A. Sifler, edit. Prix, 4 fr. 

Nous signalons a la toute particuliere attention des folkloristes I'ou- 
vrage de MM. de Cock et Teirlinck, dont le 4 e vol. vient de paraitre. 
Resultat d'une enquete approfondie et minutieuse ; c'est un recueil de 
materiaux en nombre considerable, et classes suivant un plan excellent ; 
contribution copieuse a ce que les Anglais appellent le Childlore, c'est un 
excellent modele pour des travaux de l'espece. Mais l'oeuvre ne sera pas 
moins interessante a un point de vue pedagogique, aux yeux de toutes les 
personnes convaincues que, par la force des ehoses, on en arrivera a rendre 
au jeu dans Teducation physique de Tenfant la place qui lui est due. 
Ajoutons que l'ouvrage est soigneusement edite, illustre de croquis precis 
et clairs, avec la notation musicale des chansons et chanson nettes. O. C. 



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30 WALLONIA 

La Roulotte. la tr&s originate revue de nos compatriotes wallons Emile 
Legomte et Louis Moreau est en train de se venger tres spirituellement 
d'un m6compte materiel assez fa>heux. Elle avait voulu conqu6rir La 
capitale : de bi-inensuelle et litteraire qu'elle etait a Soignies, elle avait 
voulu devenir a Bruxelles, hebdomadaire et theitrale. Malgr6 des efforts 
consciencieux, l'experience n'a pas reussi. 

La Roulotte vient de reparaitre r^cemment sous sa forme ancienne, pour 
annoncer urbi el orbi l'edition d'une serie de « numeros sp6ciaux ». Les 
deux premiers de ces n os se sont suivis de pres. Le premier est consacr6 a 
Van Lerberghe (extraits <le louvre, vers in6dits, opinions, portrait superbe). 
Le second est un Almanack de Poeles beiges, tres joliment illustre par 
notre collaborateur Auguste Donnay, et du a la collaboration de toute une 
s6ri<* d'ecrivains les plus notoires, Edmond Picard et Verhaeren en tete. Gela 
fait deux superbes brochures in-4° coquille tres 6legantes et dignes d'eloges 
a tous les points de vue. On les vend chez Lacomblez a 1 fr. et fr. 1.25. La 
serie des 6 n os speciaux de la Roulotte est fournie en souscription a 4 fr. 
Elle se eomplelera par des plaqucttes de luxe conferees a Gregoire Le Roy, 
Georges Rodenbacli, les conteurs beiges, et Louis Moreau. 

Ouvrages re$us. — Edmond Glesener, Le C(p,ur de Tranrois Remy, 
roman. Un vol. in-8° de 308 p. Paris, Juven. Prix : 3 fr. 50). — George 
Delaw, So?uiez les niatines, chansons de jeu et rondes enfantines, har- 
monies de Gabriel Piern6, preface en vers de M me Edmond Rostand, images 
en couleurs de George Delaw. Album cartonnC. {Adrien Sporck, edit. 
Paris. Prix : fr.) — Joseph Brassinne. Les purois.ses de I'ancien Concile 
de Saint-Remade it Liege. Broch. in-8° do 97 p. avec 4 cartes en couleurf . 
Extr. du Bulletin de la Soc. d'Art et d'Histoir* 4 du diocese de Liege, t. XIV. 
(Liege, Cormaux, edit.; — Paul Gourmand. Le role des faces latines et la 
Tdehe du xx e siecle. Plaq. in-8° de 33 p. Naples, Revue franco-italienne 
et du Monde latin, 6dit.) — Jules Lemoine, La Corporation des Boulangers, 
et le Pain a trovers rhistoire el la tradition populaire, conference. Plaq. 
in-8° de 16 p. (Frameries, Dufrane-Friart). 

BULLETINS ET ANNA LES : 

Institut arch^ologique ltegeois. — Bulletin, tome XXXIV. Premier 
fascicule. 

1. L. Renard. Rapport sur les travaux de I' Institut pendant Vannee 
1903 (pp. 1 a XXIV). 

2. J. E. Demarteau, L' Ardenne belgo-romaine. Etude d'histoire et 
d'archeologie (pp. 5 a 249). — Nous signalons tout particulierement a l'atten- 
tion des lecteurs de Wallonia. l'excellent travail de M. J. E. Demarteau. 
lis y trouveront la synthese des dillerentes monographies locales, des com- 
mentaires des inscriptions et des nombreuses fouilles operees dans TArdenne 
et concernant la civilisation romaine, et une hi^toire tenant compte des 
conclusions les plus nouvellos de la science historique pour la periode a 
laquelle nous devons notre vieux langage. L'auteur nous d6crit d'abord 
TArdenne ancienne et ses vastes forets, puis donne une breve histoire de la 
conquete de J. Cesar. II nous fait ensuite connaitre les principaux rouages 



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WALLONIA . 31 

de Tadministpation romaine : les hauts fonctionnaires commc les gouver- 
neurs, les proconsuls, les legats consulages et pretoriens, le systeme des 
impots, l'exploitation du domaine fiscal, I'importanoe des villes frontieres. 
la construction des chaussees. I'organisation des legions casernees en Bel- 
gique et des corps de troupes beiges servant a 1'iMranger. Apres ces notions 
generates, il nous promene a travers le pays de Liege, la valine de la Meuse, 
le Condroz, la vallee de la Lesse, le Luxembourg, le pays d'Arlon et de 
Treves, le Grand-Duche de Luxembourg et r Eiffel, en nous d6crivant les 
trouvailles d'antiquites romaines faites dans chacune de ces contrees. En 
exposant les r6sultats de telle on telle fouille, I'erudit professeur est entraine 
dans des considerations generates du plus haut intcret. Tels sont ses entre- 
tiens sur le role de la cavalerie dans la conquete de I'Ardenne; sur le regime 
6conomique de la vaste foret ardennaise appartenant :oute entiere au 
domaine fiscal sous les rois francs commc sous les Romains ; sur les tremors 
de monnaies et les precieuses indications qu'ils apportent a l'histoire des 
invasions des Barbares ; sur les caracteres generaux des villas et des forti- 
fications romaines ; sur les divinites indigenes introduces dans la mytho- 
logie romaine et sur leur survivance dans les superstitions des Chretiens 
du moyen age ; sur la splendeur de Tart romain en Tr6virie ; sur Tantique 
Economic rurale de 1' Eiffel ; sur les causes de la chute du pouvoir romain ; 
et enfln sur la constitution de la frontiere linguistique entre les pays germa- 
niques et wallons. 

Tous ces differents points sont exposes avec la vaste erudition et le 
solide bon sens qui distinguent M. I). Nous aurions toutefois voulu, dans 
ce beau travail, un plan plus systematique : la lecture en aurait 6te, nous 
semble-t-il. plus aisee. L'ordre adopts par M. I). convenait admirablement 
dans une conference, mais dans le travail ecrit, il a parfois fait disperser a 
des endroits fort eloignes des idees qu'il cut fallu grouper ou a oblige 
I'auteur a se repeter quelquefois. Neanmoins, nous pensons que l'ouvrage 
de M. D. est une des meilleures oeuvres de Thistoriographie li^geoise, que 
doivent lire tous les Wallons soucieux de connaitre leurs origines. Nous 
en felicitons chaleureusement I'auteur, ainsi que l'lnstitut archeologique. 
qui a pu en obtenir la publication et s'est fort a propos souvenu, en 
accueillant des travaux commc celui de M. 1)., que Li£ge est la capitale 
de la Wallonie et que rien de ce qui est Wallon ne doit lui etre etranger. 

Ajoutons que ce fascicule est edite d'une facon superbe, orne de huit 
belles planches et d'une carte statistique de I'Ardenne belgo-romaine. 

3. Th. Gobert. La lolerie a Liege dans les sickles passes fpp. 251 a 
291). — (Test une histoire a vol d'oiseau de la loterie a Liege dans l'ai'cien 
temps. Apr&s avoir rappele que la loteric eut beaucoup de sucees chez les 
Hebreux, les Egyptiens, les Romains, puis a la fin du moyen-age chez les 
Italiens et les Francais, M. Gobert nous apprend qu'elle fut introduite pour 
la premiere fois en Belgique. a Bruges, en 1445. Elle fut connue a Li6ge 
vers la fin du xv e siecle et son usage resta longtemps liraite a des.jeux 
forains conous sous le nora de blancs et noirs. Les pouvoirs publics qui, 
des le xiii 9 siecle, avaient pris des mesures contre les tremelleurs n'etaient 



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32 WALLONIA 

guere bien disposes pour les loteries ou rifflages. Aussi les deux grandes 
loteries organisees au xvi e siecle, Tune par les Freres Lollards en Voliere, 
Tautre par le Conseil de la Cite echouerent-clles lamentablement, et on ne 
les renouvela pas avant la fin du xvii 9 siecle. A ce moment, la fievre du jeu 
etait generale en Europe. Pourtant la grande loterie de 300.000 ecus orga- 
nises en 1717 par le Gonseil de la Cite ne donna pas non plus de brillants 
resuitats. Mais les petites loteries vulgairement appeiees rafl^s et les lote- 
ries etrangeres pullulerent si bien qu'il fallut bientot les intrrdire complete- 
ment. Le prince n'autorisa plus que la seule loterie des Etats qui fut elle- 
meme supprimee en 1784. La revolution franc.ai.se les ramena pour quelque 
temps, mais a partir de 1797, on nt» tolera plus que la Loterie nationale de 
TEtat, appel6e sous I'empire Loterie imperiale et sous le regime hollandais 
Loterie de Belgique. La revolution de 1830 supprima radicalement les lote- 
ries comme etablissant un impot immoral et onereux pour le peuple. Gomme 
on le voit, le travail de M. G. est plutot une causerie qui se contente 
d'effleurer un sujet ou il y aurait beaucoup a glaner pour reconomiste et 
le folkloriste. Nous serions heureux de voir Tauteur approfondir ses 
recherehes et donner a cette interessante question les developpements dont 
elle est digne. E. Fairon. 

Societe archeologique de l'arrondissement de Nivelles. — Annates, 
tome VIII, l re livraison. 

1. H. Nimal, V Kg Use de Villers. — Le B. H. Nimal s'efforce, dans ce 
travail, de demontrer par des arguments historiques que M. de Prelle de 
la Nieppe et M Schuermans font erreur en pretendant que l'Est de Teglise 
a ete commence par saint Bernard lui-meme et acheve avant 1200, et que 
le Nurd a ete construit avant 1300. II joint a sa demonstration la reproduc- 
tion d'un manuscrit inedit formant un recueil des epitaphes de fabbaye de 
Villers. Dans une courte riposte, M. Schuermans maintient la verite de sa 
these. 

2. E. de Prelle de la Nieppe. Les sceaux et les armoiries de la ville 
et du chapitre de Nitetles. — La ville de Nivelles n'a pas pos^ede de sceaux 
qui lui fut propre avant la flu du xv e siecle;. elle se servit jusqu'a cette 
fipoque du sceau de I'abbesse ou du chapitre de la ville. Les Nivellois, re- 
voltes en 1263 contre Fautorite de I'abbessc. se donnerent bien un sceau 
particulier, mais ils durent le briser aussitot que leur tentative d'insurrec- 
tion eut ete reprimee. Quant aux sceaux du chapitre, on en connait trois 
differents : le plus ancien du xir siecle, de forme oblongue, represente 
Sainte-Gertrude tenant un livre de la main droite et un rameau de la main 
gauche; un autre represente la facade de I'eglise Saintc Gertrude ; enfln, 
il y a le « sceau aux causes, » petit sceau rond oti est figure un personnage 
assis sous un dais. K. Fairon. 

Cercle hutois des sciences et beaux-arts. — Annates, t. XIV, 
3 e livraison. 

1. Poesies, par le comte d'ARS^HOT. 

2. a) Devastations commises par les troupes etrangeres au quarlier de 



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WALLONIA 33 

Moha, en 156S. b) Ordonnance du prince-eveque Gerard de Groesbeech, 
relative au commerce et au transport des grains, du 31 aoiit 1566. — Deux 
actes interessants pour rhistoire du pays de Huy, publies par le D r F. 
Tihon, qui les a extraits des registres scabinaui de l'ancienne cour de 
Wanze. 

3. Un meurtre a Vinalmont en 1547. Enquete faite par les 6che- 
vins de la cour de Wanze au sujet du meurtre commis sur un Masset de 
Vinalmont, ancetre des Vinalmont de Jalhay, qui ont jou6 un role impor- 
tant dans cette locality. Acte public par le I) r F. Tihon. 

4. La Cour byzantine. Conference faite par H. Gr6goire. 

D. Brouioers. 
REVUES ET JOURNA UX : 

Tartarin... expression wallonne! — On lit, sous ce titre, dans la 
Ligue artislique du 3 decembre 1904, Tarticulet suivant, signe* Willem 
Delsaux : 

« Le Midi va pleurer — ce n'est pas lui qui a invente Tartarin et e'est 
encore moins Daudet. Ce sont les Dinantais ou mieui, e'est leur chantre 
Jehan d'Outremeuse, qui, le premier, a employ^ le sonore vocable dans le 
iccit qu'il fait de la lutte homerique des gens de Ciney contre les « Coperes », 
le 4 mai 1328. 

Oyez plutot : « Cheaz de Dynant en ametent cheaz de Gynee qui s'en 
» voient excusseir; mains chu ne les valut riens, car les Dyonantois sont 
» arraeis et vinrent devant Gynee, le quart jour de may, mains cheaz de 
» Cynee sont fours issus, si que Tartarins, droit a soleal levant, et corurent 
» sus les Dyonantois; la oit estour mult fort ou ilh oit des morts et des 
» navreis a planteit. > 

Voici la traduction : « Ceux de Diuant en accuserent (du pillage fait 
par le bailli du Condroz et 30 lances) ceux de Ciney qui nierent, mais cela 
ne servit a rien, car les Dinantais s'armerent et vinrent devant Giney le 
quatrieme jour de mai. mais ceux de Giney sortirent bors les murs, tels 
que des Tar lav ins ^ juste au soleil levant et coururent sus aux Dinantais : 
ce fut la un grand combat ou il y eut des morts et des blesses en quan- 
tity. » (Jean d'Outkemeuse, Manuscrit n° 10456, fol. 262. Biblioth. de 
Bourgogne.j 

Que va dire Tarascon ? » 

Nous en sommes bien marri, mais Tarascon ne dira rien. 

Le passage cit6 se trouve au troisieme livre du Myror des His tors ; il 
a 6te assez mai copie par M. Delsaux (dont nous corrigeons les erreurs de 
transcription) dans le manuscrit 10456, anc. fol. 262 recto ^nouv. 251 r.) de 
la Biblioth&que royale, ou, plus probablement, emprunte au tome VI, 
page 418, de I'&iition de la chronique. publiee par M. Stanislas Bormans. 

Quant a Tartarin, il signifle tout bonncment « habitant de la Tartarie»; 
Jean d'Outremeuse parle des Tartares a une foule d'endroits (V. Edition 
citee, table analytique des matieres, p. 482) ; dans notre passage, si que 
Tartarins veut dire comme des Tartares, comme des sauvages. Le heros 
de Daudet n'a rien a voir dans l'affaire. 

Dormons tranquilles : le Midi ne bougera pas ! Oscar Grojean. 



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34 WALLONIA 

Pour la Langue franchise {L* Express, 4-1-05). — A propos du 
Congres international pour la culture et l'expansion de la Langue frangaise, 
qui se tiendra a Liege a l'occasion de l'Exposition, Bertholet, ecrit ; 

« La lutte pour la vie existe entre les langues comme entre les hommes. 
Dans tous les pays polyglotes, on voit les langues se disputer la preemi- 
nence et 1'hegemonie. Le reveil des nationalites a menie amene la revives- 
cence artistique des patois, et de tous cot6s, il est reconnu que Toppression 
linguistique, l'une des plus sensibles pour un peuple, amene naturellement 
les memes effets revolution naires que I'oppression materielie. 

» Nous voyons cependant tres bien en Beigique, a cet egard, que les 
lois et les deereis ne servent pas plus a enrayer l'expansion d'une langue 
qu'a assurer celle d'une autre. Tout au plus, la politique peut-elle donner 
a un mode d'expression une apparence d'autorite que peuvent d£mentir 
les effets de besoins incoercibles. En pareille matiere, le plus sage et le 
plus sur serait de laisser faire le temps. 

» Quoi qu'il en soit, les langues se defendent tres bien contre la concur- 
rence, par une production litteraire plus ardente, et elles savent aider a 
leur expansion dans I'enseignement a tous les degres. Elles assurent deja le 
maintien de leurs positions par l'etude de leur passe et la demonstration de 
leur valeur civilisatrice. Elles temoignent en tout cas de leur vitalite par 
l'attention avec laquelle elles se defendent contre la contamination et I'in- 
vasion, et elles y arrivent par un retour sur elles-memes, qui leur donne 
une meilleure conscience de leurs caracteres propres. 

» L'etude de la philologie et de I'histoire de la langue, la demonstration 
de sa valeur civilisatrice dans le pass£ et le present, enfin Tenseignement 
par I'^cole et I'exaltation des productions litteraires, voila en resume, le 
programme qui s'imposait aux initiateurs d'un mouvement international 
pour la culture et l'expansion de la langue frangaise, dont l'expression est 
la celebre Alliance franraise, qui compte actuellement, dans le monde 
entier, un ensemble d'environ 200,000 adherent?. 

» Internationale et meme intermondiale, puisquVlle a des sections 
puissantes aux Etats-Unis, r Alliance frangaise est par le fait degagee de 
toute politique de partis et de peuples. Son ideal n'a rien de patriotique 
ment frangais, puisqu'elle recrute a l'etranger ses adherents chez les 
nationaux de tout ordre. 

» Que n^anmoins elle serve a assurer la penetration des elements de 
civilisation qu'entraine a\ec elle Tune des langues mondiales, rien de plus 
salutaire au progres general. 

» Chose curieuse, cette Association n'a jusqu'a present aucun groupe 
ment en Beigique. Nous n'aurons rien perdu pour attendre si, comme on 
peut le pmser et I'esporer, I'organisation d'un Congres pour l'expansion de 
la langue lrangaise stimule a cet egard la conscience publique. 

...« Grace au concours de personnalites eminentes, ce Congres apparait 
comme vraiment digne de son noble but. 

» Tout intellectuel et th6orique qu'il soit, degage de preoccupations 
materielles et actuelles, il est de ceux qui, n6anmoins, auront une reper- 
cussion certaine et prolongee sur l'esprit public. » 



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WALLONIA 35 

A la gloire del taute ! — Un confrere, au souvenir des grandes du- 
caces, chante, en un enthousiaste couplet, la tarte de l'Entre-Sarnbre-et- 
Meuse : 

« Dans le pays d'Entre-Sambre et Meuse, on fait de la tarte (our toutes 
les ceremonies : aux banquets obligatoires, baptemes, communions, ma- 
nages, fetes de leurs genivs et a toutes intentions. Car les Watlons de ce 
beau coin sont des retards comme il y en a peu, qui ne laissent passer 
aucune occasion de mettre du soteil dans leur vie. Et la tarte sur la table 
est un beau soleil ! 

» Gette fagon de vivre. le bon air aidant, les rend jovials, accorts, 
sinceres. Seuls, les mauvais estomacs sont maussades et voicnt tout en 
noir. On peut done physiologiquement a (firmer que le gout de la bonne 
tarte et que l'abondance de tartes chez un peuple sont I'expression de ses 
sentiments genereux et de sa bonne situation physique. On peut rire a son 
aise de cette gaie deduction ; mais, en regardant a cote de soi on verra 
qu'elle n'a rien de paradoxal. 

» Gouvin est loin de venir a la queue des endroits ou Ton adore la 
tarte. 

» 11 existait anciennement en cette ville des fours ou chacun portait ses 
tartes a cuire moyennant cinq centimes par tarte. Aujourd'hui, ces fours 
appartiennent a des partieuliers, boulangers de profession. 

» A partir du jeudi qui precede la fete, ces fours cuisent des tartes nuit 
et.jour. C'est, dans le quartier de la Falaise, un caquetage de femmes et un 
encombrement de claies indescriptibies ! 

» Les tartes se recounaissent au moyen de petits batonnets places soit 
au milieu, soit au bord de la tarte, soit d'une autre facon. Cost la classique 
broquele. Au moment ou Ton defourne, on n'entend plus que des cris 
bizarres pour les non inities : Broquele sus Vdemnl ! Broquele sus Vcosle ! 
Broquele au milan I Et les tartes passent de mains en mains sur les claies, 
faisant parfois demi-tour sur le sol, dans Tempressement, et y laissant des 
traces dont se pouriechent les bambins accroupis !... » 



Faits divers. 

Un laur6at. — Au cours d'une r6cente session, la Libre Academic 
de Belgique a d6cern6 son prix annuel, ou prix Picard, a un jeune 
6crivain wallon de tres grand talent, M. Edmond Giesener, pour le roman 
de haut interet qu'il vient de publier : Le Ca>ur de Frangois Rem//. 

Tous ceux qui lisent applaudiront a cette excellente decision. Par une 
just* consecration, elle recompense de son long et talentueux effort l'auteur 
d'une oeuvre singulierement riche, forte et sincere, qui comptera parmi les 
productions les plus accomplies de notre jeune litterature. 

On sait que M. Edmond Giesener a passe* sa prime jeunesse a Liege. 
11 a garde a notre ville et au pays wallon un culte fervent qui se traduit 



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36 -WALLONIA 

dans son livre par un sentiment filial d'une rare fraicheur. Les nombreux 
amis qu'il a laisses chez nous se rejouissent de l'honneur si dignement 
merite qui lui est decerne. 11 met en lumiere, aux yeux du grand public, 
le nom d'un artiste probe dont le labeur nous promet d'opulentes realisa- 
tions qui feront notre orgueil et notre joie. 

La journee Sainte-Beuve a Liege. — Les ceremonies qui ont eu lieu 
en France et a Lausanne a I'occasion du centenaire de Sainte-Beuve ont 
eu un legitime echo a LiGge ou le ceiebre critique en 1848-49, avait 
professe a I'Universite. M. Gustave Lanson, un eminent professeur 
parisien conferencia, sur Sainte-Beuve; on alia en critique apposer une 
plaque commemorative sur la maison qu'il avait habitee, et, le soir, en un 
banquet preside par le Recteur de TUniversite, on dedia a sa memoire de 
tres nobles paroles. 

On reparlera ici du passage de Sainte-Beuve a Liege. Pour le moment, 
il sufflra de dire que la c6r6monie liegeoise fut tres digne de son but et 
vraiment reussie. 

Sur le commerce des imprimis en Belgique. — Le tableau general 
du commerce fournit d'interessantes statistiques sur Tactivite intellec- 
tuelle de la Belgique. Mais il n'en est pas de plus suggestive que celle des 
importations et exportations en livres, brochures, journaux , revues et 
autres periodiques. Voici, pour 1903, quelques chiffres offlciels, qui accusent 
en g6n6ra! sur 1902 une augmentation de 15 a 25 °/ . 

Importation en Belgique 

France, 3.328.408 kilog. valant 10.817.933 fr. 

Allemagne, 625.050 kilog. » 2.284.400 fr. 

Pavs-Bas, 209.376 kilog. » 1.071.171 fr. 

Angleterre, 110.376 kilog. » 500.186 fr. 

Exportation de Belgique 

France, 827.293 kilog. valant 4.256.31-2 fr. 

Allemagne, 428.944 kilog. » 2.286.629 fr. 

Angleterre, 152.880 kilog. » 1.042.072 fr. 

Pays-Bas, 101.247 kilog. » 742.284 fr. 

On voit que Tintercommunication inteilectuelle de la Belgique et de 
la France est sup^rieure a toute autre, et que, notamment, nos commu- 
nications avec les Pays-Bas sont infiniment moins sensibles. Neanmoins, 
les Flamingants ne cesscnt d'afflrmer que la Belgique est en majorite 
flamande. 

Qu'ils aient ou non raison, il est clair que la preponderance des rela- 
tions intellectuelles de la Belgique avec la France est en raison, non 
seulement de ^excellence de la civilisation franchise aux yeux de nos 
compatriotes de toute langue, mais aussi de la valeur de l'intellectualite 
et de la langue franchises pour la propagation de la civilisation generate 
— meme en pays flamand. 



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Principal!* collaborateurs 



MM. Victor Chauvin, professeur a l'Universite de Liege ; Alfred 
Duchesne, prof, de Litterature francaise, Leipzig; Jean Haust, prof, a 
TAthenee royal de Liege; A. Marechal, prof, a 1' Athene royal de Namur; 
H. Pirenne, prof, a l'Universite de Gand; Maurice Wilmotte, prof, a 
rUnWersite de Liege. 

MM. Albin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adjoint des Archives de TEtat a Liege; A. Carlot, attache aux Archives de 
TEtat a Namur; Emile Fairon, attache* aux Archives de i'Etat a Liege; 
Oscar Grojean, attache a la Bibliotheque royale de Bruielles ; Emile 
Hublard, conservateur de la Bibliotheque publique de Mons; Adrien Oger, 
coDservateur du Musee archeologique et de la Bibliotheque publique 
de Namur. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Musee archeologique de Liege ; 
A. Boghaert Vache, archeologue et publicists Bruxelles; Leopold Dbvil- 
lers, president du « Gercle archeologique » de Mons; Justin Ernottb, 
archeologue a Donstiennes-Thuillies; Ernest Matthieu, archeologue a 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soci^te archeologique », Nivelles. 

MM. Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Louis Dumont-Wildbn, 
litterateurs a Bruielles ; Charles Delchevalerie, Olympe Gilbart, littera- 
teurs a Liege ; Hubert Krains, litterateur a Berne ; Albert Mockel, 
litterateur a Paris. 

MM. Henri Bragard, president du «Club wallon », Malmedy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm; Edmond Jacquemottb, Jean Lejeune, 
auteurs wallons a Jupille; Jean Roger, president de r « Association des 
Aut»urs dramatiques et Ghansonniers wallons », a Liege ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Liege ; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Closson, conservateur-adjoint du Mus6e instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxelles; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire royal de musique, Liege. 

MM. George Dblaw, dessinateur, a Paris; Auguste Donnat, artiste 
peintre, professeur a l'Academie royale des Beaux-Arts de Liege ; Paul 
Jaspar, architecte, a Liege ; Armand Rassenfossb, dessinateur et graveur, 
a Liege ; Joseph Rulot, sculpteur, professeur a l'Academie royale des 
Beaux-Arts de Li6g* ; Gustave Skrrurier, ingenieur-decorateur, Liege. 

MM. Y. Dankt des Longrais, g^nealogiste-heraldiste, a Liege ; Pierre 
DJ5LTAWE, publiciste, a Li6ge ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt; Oscar 
CoL£op, etc. 



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Archives Wallonnes 

D'AUTREFOIS, DE NAGU&RE ET DAUJOURD'HUI 
mensuelles, illustrtes 

RECUEIL FONDE EN DECEMBRE 1893 PA* 

O. Colson, Jos. Defrecheux & G. Willame 

Publie des travaux originaux, Etudes critiques, relatioas et 
documents sur tous les sujets qui interessent les Etudes wallonnes, 
Ethnographic et Folklore, Arch^ologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le compte rendu du Mouvement wallon g6n6ral. 
Recueil impersonnel et independant, la Revue reste ouverte & 
toutes les collaborations. 

Directedr : Oscar COLSON, 10, rue Henhart, Lidge 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn^s recoivent les n°*paru8 de l'annee courante. 



E<DILILliC¥!l®W m WAUOMIA 

Tomes I k X, 1893 a 1902 inolus. 

Chacune des anuses de Wallonia forme un volume complet, 
in-8° raisin, broch6 non rogne., avec faux-titre, titre et table 
systematique des inatieres. Les 8 premiers volumes comptent 
chacun plus de 200 p. ; les volumes suivants plus de 300 p. ; 
total 2400 p. environ. Chaque tome est illustre. de dessins origi- 
naux, vignettes, photogravures, planches et facsimiles, et contient 
de nombreux airs notes. Le tome V ;1897) est accompagne d'une 
premiere table quinquennale analytico-alphabetique ; au t. X (1902) 
est aunex^e uue seconds table quinquennale semblable. 

Tome onzieme. 

1QAQ ^ es tasc ^ cu ' es de ' a onzieme annee. tome XI de Wallonia, 
JLuUO forment un elegant volume broche, de plus de 300 pages, 
qui contient de nombreux airs not6s, dessins originaux, planches, 
portraits, etc. Prix : 5 francs. 

La collection complete, 11 volumes : 33 fr. net. 

Avec l'abonnement 1904, ensemble : 37 francs. 

La fourniture des volumes s£par£s n'est pas prarantie ; mai9 des 
conditions sp&nales seront faites, taut que le permettra l'Gtat de 
la reserve, aux abounds qui d^sireront completer leur collection. 



Imp. Industrielle ct Comtae.nnale 

socMti anonyme 

rue St-Jean-Baptiste, 13, Litge 

T616phone 1814. 



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5t"ivfc.~ 



J3-X. 



XIII e annee — N° 2. FSvrier 1905. 



SOMMAIRE 

Oscar COLSON. — Las Sortileges et les Mal6fices dans la 
tradition populaire wallonne (Premier article). 

Luoien ROGER. — Chansons populaires recueillies k Prouvy- 
Jamoigne et k Von6che, pr6s Beauraing (airs notes). 

Charles DELCHE VALERIE. — Les albums de George Delaw 
(avec portrait et bibliographic). 

Joseph HENS. — Un almanach pour 1905. 

CHRONIQUE 'WALLONNE 

Bibliographie : Les livres (Hubert Krains) avec un 
portrait. —Bulletins et Annales'(A. Carlot). — 
Revues et journaux [Paul Scharff]. 

Faits divers : La mort de « la Marmite ». Une 
revue historique k Tournai (O. C). 



BUREAUX : 
LltGE, -IO, RUE HENKART 



Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs — Le n* 50 cent 
La Revue parait chaque mois, sauf en aout. 



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SUPPLEMENT 

Nos lecteurs trouveront, encarte dans le present numero, un 
avis relatif au Mercure de France. 

E R RATA 

Dans le dernier numero! Page 35, ligne (V : au lieu de « lenrs 
genres > lisez « torn genres ». Page 30, ligne lO : au lieu de « on 
alia en critique » lisez a on alia en cortege ». 



Sommaire du dernier Numero 

George DELAW. -- Herbeumont, notes et croquis inedits. 
Pierre DELTA WE. — Une enqudte sur l'habitation rurale en 
Belgique. 

CHRONIQUE WALLONNE 

Bibliographie : Les livres (Ernest Closson, O. C. 
et D. Brouwers). — Bulletin et Annales (E. 
Fairon et^D.^Brouwers). — Revues et journaux 
(Oscar Grojean). 

Faits divers. 



Libraires-correspondants. 

Berlin : Asher et C ,e , 13, Unter den I Mons . j ean r, e ich, rue Rogier. 

Linden. Namur : Roman, rue de Fer. 

Bruges: Geuens-Willaert, 5, place Nivelles : Godeaux, 2, Grand'Plane. 

S*-Jean. j p ar is : C. Klincksirck, 11, rue de 

Bruxelles : Falk flls, 15-17, rue du ; j,jn e . _ Schleicher freres, 15, rue 

Parchemin. — Oscar Lamberty, d es s^-Peres. — G. E. Stechert, 

70, rue Veydt (Quartier- Louise).— , 76? rue de Rennes. 



Lebegue et C le , 46, rue de la Made- 
leine. 



Spa : Laurent Legrand, 15, rue des 
Ecomines. 



Charleroi : Librairiel L. Surin, 6-4, Tournai : Vasseur-Delm6e, Grand' 

passage de la Bourse. place. 

Hannut : Hubin-Mottin. i Verviers : Guill. Davister, 115, rue 

Huy : de Ruyter, rue Fouarge. du \i ar teau. 
Li6ge : Jules Henry et C u , 21, rue 

du Pont-d'Ile. 



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Supplement a la Waltonia, n° de Fevrier ic>o5 




1>E 



FRANCE 

Seiziime Annee 
Paralt le l cr et le 15 de ofaaque mois 



DIHECTtLK 



ALFRED VALLETTE 

PARIS-VI* 
SOCIETY DV MERCVRE DE FRANCE 

XXVI^ RVK DE CQNPE, XXVI r . 



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LE 



I 



■fflttywnXA$(jMC& 



Depuis que notre revue existe, nous nous sommes constam- 
ment etforcls, souvent 4 Pencontre de notre interet immediat, 
d'y apporter des ameliorations esgentieJles, Nous n'avons qua 
nous en louer : nous.avous la satisfaction de compter encore 
parmi ses abonnes la plupart de nos premiers lecteurs, elle a 
peu 4 peu peneHre* dans tops les mondes et sa diffusion a 
Tetranger s'accroft d'annee en annee. 

La premiere livraison de la s£rie actuelle du Me retire de 
Franee parut en Janvier 1890, sur '62 pages. La revue ^tat 
fondle par quclques ^crivains dans Tunique but de s'y expri- 
mer librement, et nul d'entre _eqx, le dire est superflu, ne 
voyaitl4 une entreprise financiere, ni pour le present, ni pour 
Tavenir. 

Mais on t^tait 4 l'^troit dans 3a pages mensuelles, et des 
j8()o les fascicules de 48 pages alternerent avec ceux de 32. 
Les numdros furent de 96 pages en 1891, puis successivement 
de 128, 192,288 et plus. Gette progression s'ope>ait en raison 
de ^augmentation du nombre des lecteurs, et le Merrure de 
Franee, en employant a s'ameliorer la totalite des ressources 
acquises, leur rendait ainsi tout ce qu'ils lui donnaient. 

II parait maintenant deux fois par mois. Cette modification 
de periodicite lui fut impos^e par son developpement m£me. 
II occupe, en effet, dans la presse franchise une place unique. 
Les journaux quotidlen$, don,t la j>lu,part des chroniques, 
£chos, et jusqu'aux faits divers, sont de simples reclames, au- 
ront perdu demain, ont perdu d£j4 ce qu'on y trouvait jadis : 
Topinion d^sinteressee de r^dactfturs.sachant ce qu'ils disent. 
D'autre part, les revues ne sont pas des revues, mais des re- 
cueils de matieres imprimees 14 sans necessite, puisque ces 
m^mes matieres paraissent en Volumes aussit6t apr6s. Or, le 



mmtm 



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_^J 



■DE'RNIERS SOMMAIKE3 

SQM^AJRE PU No 48.1- 

Alfred Vallette Le • Mercure de France » bimensuel. 

Adolphe Rette Sainte-Benve . 

Henri de Re<;nier Trois Poemes en prose. 

P. Verlaine, Edm. de 

GoNCOURt, A. Glati- 

c.ny,Poulet-Malassis, 

Ph. Burty, Baude- 
laire Let tr est inedites a Felicien Rops. 

SruAHT Merrill Dans le Pare ancien, poeme. 

Remy i>b Gourmont.... Les Enqudtcs litteraires. 

Paul Souchon , Frederic Mistral. 

Laurent Evrard Le Soupcon (II-ITI, fin). 

Chroniqfues : Remy de Gourmont : Epilogues : Arislogiton et {Education 
des files. Dc la confusion en matiere scientijfique. — Pierre Quillard : Les 
Poemes. — Rachilde : Les Romans. — Jean de Gourmont : Litteraturc. — Louts 
Weber '.Philosophic. — Carl Siger : Questions coloniafes. — R. de Bury : 
Les Journaux. — A. -Ferdinand Herold : Les Theatres. — Jean Marnoi.d : Mnsi- 
que. — Tristan Leclere : Art ancien. — Yvanhoe Rambosson : Publications 
a" art. — Henri Albert : Lett res allemandes. — E. Gomez Carrillo : Lettres 
espagnoles . — Marcel Montandon : Lettres roumaines. — P.-G. La Cresnais : 
Lettres scandinaves . — Jacques Daurellb : La Curiosite. — Mercvre : Publica- 
tions recentes. Echos. 

SOMMAIRE DU N° 182. 

Tei-San Note* sur PArt japonais : Les Sources d' inspiration de 

VArl japonais. 

Guy-Charles Cros Poesies. 

Feli Galtier Documents sur Baudelaire (Lellres dc Baudelaire, du 

general ct de M m " Aupick, de M ,uc de Banviile, etc. 

Jean Marnold Hector Berlioz « musicien ». 

Jean Norel Le Siege de Port-Arthur . 

Charlotte Chabrier- 

Rikder L Entourage feminin de Schopenhauer. 

Gliroiliques : Remy de Gourmont : Epilogues : La prediction du temps. 
V Administration des postes. Port-Arthur. L'affaire Syveton. — Rachilde: Les 
Romans. — Edmond Barthklemy : Histoire. — Henri Mazel : Science sociale. — 
Gaston Danville: Psychologic. — Charles-Henry Hmsnit : I^es Revues — R. de 
Bury: Les Journaujc. — A.-Ferdlnand Herold: Les Thedtres. — Jean Marnold: 
Musique. — Charles Mo rice : Art moderne. —Georges Eekhold: Chronique 
de Bruxelles. — Henry-D. Dayray : Lettres anglaises. — E. Semenoff: Lettres 
russes. — William Ritter : Lettres, tcheques. — Fernand Caussy : Varieles : 
Sur la re forme de for t hog raphe. — Jacques Dalrelle : La Curiosite. — Mer- 
cvre : Publications ricentes. Echos. 

SOMMAIRE DU No 183. 

Feli Gautier Documents sur Ma udela ire (Lettre de Baudelaire, du 

f general et de M» e Aupick, de M ms de Banviile, etc. ) 
Francis dk Miomandre.. Etetnir Bourges et le cutte des Heros. 
Sebastien-Charles Le- 

cokte t . Les Barbares a Sals, poeme. 

Jean Marnold Hector Berlioz « musicien » (fin). 

E. Gomez Carrillo. . . . Les Me moires d'EcJteoaray* 

Maurice Boissard A la Gomedie-Francaise. 

Lluen Rolmer Madame Fornoud et ses He'ritiers. (I-V). 

Chroniques : Remy de Gourmont : Epilogues : Les Civilisations pauvres. 
— Pierre (juillard : -Les Poemas . — Racuilde : Les Romans. — Jeah de Gour- 
mont : Litterature. — Georges Pqlti : Litterature dramatique. — Louis lb 
Cardonel : Questions morales et religieuses. — Charlcs Merki : Archeologie, 
Voyages. — Jacques Bribu : Esoteri&me et Spiritisms. — R. db Burt : Les Joar- 
nauje. — A. -Ferdinand Herold : Les Theatres. — Yvanhoe Rambosson : Pu- 
blications a n art. — Henri Albert : Lettres allemandes. — Riccioto Canudo : 
Lettres italiennes. ~r Michel Mutermllch : Lettres ]>ohnaises. — H. Misset*: 
Lettres neerlandaixea . — Jacques Daurelle : La Curiosite. — Mkrcvrs : Publi- 
cations recentes. Echos. 



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MERGVRE DE FRANCE 

26, rue de Conde, Paris 

Paratt le lef et le 15 de chaque mois 

ett forme dans l'a^nee six volumes 

hittttatn**, PWilfl Theatre, Muslque, Peinture, Sculpture 
Philosophic MHistoire, Sociologie, Science*, Voyages 
» .S i ? Uophille » Sciences occultes 
Critique, Xitteratuxe etrang&re, Revue de la Quinzaine 

La Revue de la Quinzaine s'alimente a rctrai^er autantqu'en France- 
elle offrc un nombre considerable de documents, ct constitue une sorte d' « en- 
cyclopedic au jour le jour » du rapuFement universe! des idces. Ellc se compose 
des rubriques suivantes : wi** F ^^ 



Epilogues (actdalite); Hemy de Gour- 

monl. 
Les Poemes : Pierre Qrallard. 
Les liomant : Hachilde. 
Litterature : Jean de Gourmont. 
Litterature dramatique : Georges 

ffistoire : Marcel Golliere, Edmond 

Barthelemy. 
Questions morales et religieuses : 

Louis Le Cardonnel. 
Science soeiale ; Henri Mazel. 
Philosophie ; Louis Weber. 
Psychologic : Gaston Danville. 
Sciences : D r Albert Prieur. 
Archeologie, Voyages : Charles Merki. 
Ethnographies Folklore ; A. Van 

Gennep. 
Questions coloniales : Carl Siger. 
7>hilologie : Remy de Gourmont. 
Esoterisme et Spiritisms : Jacques 

Brieu. 
Chronique universitaire ;L. Belugou. 
Les Bibliotheques : Georges Kiat. 
Les Revues : Charles-Henry Hirsch. 
Les Journaux : R. de Bury. 
Les Theatres .-A. -Ferdinand Herold. 
Musiqae : Jean Marnold. 
Art moderns : Charles Morice. 
• Tristan Leclere 



Publications d'art : Y. Rambbsson 
Chronique du Midi : Paul Souchon . 
Ckronigae de Bruxelles : G. Eekbond . 
Lett res allemandes : Henri Albert 
4 Lettre* anglaises : Henry.-D. Davrav 
Lettres jtaliennes : Ricciotto Canudo. 
Lettres espagnoles : Gomez Carrillo. 
Lettres portugaises : PbileasLebejgue. 
Lettres hispano-americaines : Eu§re- 

nio Diaz Romero. 
Lettres brisiliennes : Figueiredo Pi- 

meotel. 
Lettres neo-grecqaes : Giorgios Lam- 

beletis. 
Lettres roumaines : Marcel Mont an - 

don. 
Lettres russes : E. Semenoff. 
Lettres polonaises : Michel Muter- 
milch. 
Lettres nSerlandaises : II . Messet 
Lettres scandinaves : P. G. La Ches- . 

nais. 
Lettres hongroises : Zrinyi Janos. 
Lettres tchkgues : William Ritter. 
La France jugee a C Stranger :Luci\e 

Dubois. 
Varietei r.-.X... 

La Curiosite : Jacques Daurclle. 
Publications re'centes : Mercure. 
Echos : Mercure. 



Art ancien , «,«.«,• . „*^ 

PRIX DUNUM^RO 

France : 1 fr. 25 net. | fitranger : 1 fr. 50 

ABONNEMENT 

Les abonnements partent du premier des mois de Janvier, avril 
juillet et octobre * 



France 

Uw an... 25 fr 

Six mois 14 1 

Trois mois ,. . . . 8 



Stranger 

Un an 30 fi. 

Six mois „ 17 » 

Trois mois 10 d 



l£5^^ **" i^^t au rem- 

1 „ Frai ? ce : 6 ^ fr. I fitranger : 80 fr. 

La prima conaute : io en une induction du prix de I abonnement • ?• en la UnAt* A'*rh. 
poraitre. aui prn absolarnent aets auivanta (ei*balUgr e 6 I port compris) • 

France : 2 fr. 25 | fitranger : 2 fr. 50 

deFrlnc?™ ' *** dcmandc ' du cala,0 & uc complet des Editions du Mercure 



Poitiers. - Imprimerie du Mercure de France. BLAIS et ROT, 7, rue Victor-Hugo." 

— 6 — 



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GaaJ 



Les Sortileges et Malefices 

dans la tradition populaire wallonne 




^^ortileges et malefices sont attribues par le peuple a 
Faction plus on moins occulte des sorciers, des magi- 
ciens et des sorcieres. Toutes les € males gens » sont 
expertes en magie raalfaisante, mais les sorciferes 
sont mateficiantes par nature. 

Les sorciers et magiciens causent plutdt des 
« magies » que des « maux, » des desagr^ments et 
des mesaventures que des maladies. lis sont ordi- 
nairement peu dangereux, mais ils peuvent, dans certaines cir- 
constances, causer des sortileges, des charmes, des apparitions. 
C'est a quoi Ton s'expose, par exemple, quand on les contrarie, on les 
froisse, on les insulte. II est rare qu'on les accuse d'etre la cause de 
maladies, 6pid6mies ou epizooties. 

Quant aux sorcieres, nous n'avons plus k insister sur ieur carac- 
tere foncierement mechant : le peuple est sur ce point absolument 
affirmatif ( 1 ). Elles ne font rien que de n&aste, et leur puissance est 
illimitee. II sufflt, dit-on, « d'avoir l'air » de se defier d'elles; de les 
mal accueillir ; de laisser supposer qu'on ne les aime pas ; ou simple- 
ment d'eviter, d'oublier de leur etre agreable, pour 6tre imm&Iiate- 
ment l'objet de leurs malefices. Plus elles avancent en age, et plus 
elles deviennent dangereuses et malfaisantes : les pauvresses les plus 
ag6es et les plus laides sont celles k qui Ton ne doit jamais refuser 
l'aumdne. 

Ce n'est pas seulement par vengeance que les sorcieres font le 
mal, mais souvent par plaisir. Causer du mal, faire du tort, mal6fi- 
cier, c'est leur fonction. Comme cette fonction a quelque chose 
d'automatique, il arrive qu'elles oublient avoir caus6 tel ou tel 



(i> Sur la mechaneete des sorcieres, voy. ci-dessus, t. Vi (1898), $2. 



T. XIII, no 2. 



F6rri«»r 1905. 



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38 Wallonia 

malefice ; c'est ce qu'on voit quand on veut les obliger « a defaire ce 
qu'elles ont fait, » a dejouer leur propre magie : dies nir-nt alors avec 
un tel accent de verite qu'on serait tent6 de les absoudre, si Ton 
n'etait parfaitement sur du fondemcnt de l'accusation. Or, on est 
toujours siir!... 

La croyance aux maleflces est extrdmement repandue. On la 
retrouve en quelque sorte dans Unites les classes de la soctete, comme 
embusqute au noeud des conjonctures mysterieuses. Chez bien des 
person nes qui se pretendent affranchies de la superstition, on constate 
la conviction que, par des moyens occultes, on peut iviter certaines 
especes de maladies, parti culierement les aflections consomptives 
chez les enfants ; chez d'autres, on observe rest i me plus ou moins 
avoute des poi te-bonheur et des amuiettes ; ailleurs encore, r6gne la 
conviction inebranlable que certaines aflections qui rteistent aux 
efforts de la Faculte, peuvent 6tre gueries par des moyens magiques 
ou par Intervention d'un sorcier, d'un « spirite, » etc. II arrive 
assez frdquemment que voire interiocuteur, haussant tout d'abord les 
6paules au sujet des maleflces, affirmant du reste qu'tl ne croit k rien, 
en arrive neanmoins, dans la suite de la conversation, a citer des 
cas mysterieux, de nature k prouver, seion lui, l'existence, chez cer- 
taines personnes, d'une force occulte capable de causer des maladies 
ou de guerir les malades. 

L'examen des diverses manifestations d'une foi plus ou moins 
consciente et plus ou moins d^reglee en la magie et les pouvoirs 
occultes, conduirait a explorer pr^sque tous les domaines de la 
superstition. Car, en pareilles matiferes, tout se lie, des transitions 
insensibles unissant les ordres d'idees th&mquement les plus 61oignte. 

Dans un memoire sur la sorcellerie propre, il ne peut cependant 
s'agir que de faits rtellement attribute a Taction des sorciers ou des 
sorcieres. Telies sont les limites ou Ton s'efforcera de rester ici. 

Quant au fond, on ecartera, de propos delibere, toute discussion 
qui n'est pas purement objective. Parmi les savants qui s'int&ressent 
a la magie et a la sorcelierie, d'aucuns pretendent que certains sorti- 
leges ou mal6flces sont r6ellement dus a une action occulte, s'exer- 
$ant a la faveur de ce qu'ils appellent « les forces inconnues. » 
D'autres les attribuent, soit a une force ectenique propre au pretendu 
sorcier, soit a un automatisme psychologique ou pathologique du 
sujet. D'autres enfln, les savants catholiques, disent que certains cas, 
d6flnis dans les canons de l'Eglise, sont seulement susceptibles d'une 
interpretation religieuse. 

Dans les articles qui vont suivre, on a class6 les faits et on les a 
expliqute suivant I'opinion que le peuple lui-mdme afflrme. Le lecteur 



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WALLONIA .'ft) 

est done libre de tirer, pour co qui le concerne, telles conclusions 
qu'il jugera convenir. 

Nous examinerons successivement la prophylaxie g6n6rale du 
malefice, ensuite ses formes et .«es rdsultats, et enfln sa th6rapeutique 
traditionnelle. 



I 
Prophylaxie. 

Certaines circonstances sont defavorables a l'ensorcellement, ou 
sont de nature k l'empecher. D'autres ont l'effet contraire et favo- 
risent la realisation du malefice. Enfin, on cite un grand nombre de 
moyens prophylactiques propres k entraver la volont6 de la sorciere 
ou a protoger contre elle les personnes de bonne foi. 

1. — Immunitis et predispositions. 

Tout horame qui a la conscience pure n'a rien a craindre des 
sorcieres. Le meilleur moyen de resister a leur magie est done de se 
mettre en etat de gr&ce, e'est-a-dire de puissance reactionnelle, par la 
communion. Tant qu'on reste en pareil etat, on est immunise ; mais 
un peche mortel vous remet en danger. 

Tout homme qui a prete serment (comme t6moin au tribunal) est 
€ fort contre les sorcieres, » tant qu'il n'a pas commis de p6ch6. Elles 
sont egalement sans pouvoir sur les fonctionnaires dans i'exercicc 
de leu is fonctions ( 1 ). 

L'assurance, la fermet6, la loyaute, sont Egalement des sauve- 
gardes. € Quand on est bien franc, on n'a rien a craindre des sor- 
cieres. » (*) € L'honndte homme n'a nuile peur k avoir » (Li6ge). 

La science, 1'instruction immunisent. « Personne n'a de pouvoir 
sur les gens qui sont instruits assez » ( 3 ). Pour beaucoup de paysans, 
certaines personnes du village, l'instituteur, le notaire, Tavocat sont a 
l'abri des macrales : ils tirent des livres un pouvoir qui ecarte les 
esprits malins. C'est pour cela, dit le peuple, que ces gens disent ne 
pas croire aux sorcieres. Quant au cure, le mystere qui s'attache a 
ses fonctions contribue k iui faire attribuer une puissance magique, 
a laquelle on recourt, a l'occasion, en vue de reagir contre Taction 
des sorcieres. 

(1) Li ace Sprimont. Communication de M. Henri Simon. 
{2) Nivelles (Brabant). Communic. de M. Georges Willamk. 
(3) Henri Simon, li Neurepoye, aote I, sc. 14. 



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10 WALLONIA 

II va sans dire que lcs guerisseurs, qui sout gcneralemcnt consi- 
deres comme magiciens, les bergers, les serruriers et mar6chaux, 
les persoanes de tout autre profession qui, aux yeux des gens du 
peuple, entraine generalement la capacite magique, sont, de par 
leur pouvoir occulte, a I'abri des sortileges ( 1 ). 

Dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ('), on dit : Gelui qui. le dimanche, 
arrive k l'offlce du matin pour la distribution de l'eau benite, se met 
a couvert, pour toute la semaine, de Tinfluence des sorciers et 
sorcieres; si c'est le premier dimanche du mois, Timmunite s'6tend 
a tout le mois. Ceux qui assistent a la messe missies ( 3 ) le jour de la 
Noel de grand matin sont sauvegardes des sorts pendant toule 
Tannic; le paysan raconie que c'est parcc qu'a l'evangile, le pretre 
dit en latin : « Sorciers, sorcieres, auteurs de inatefices >. 

On dit partout que pendant les nuits de Noel, de P&ques et de la 
Saint-Jean, les routes et les sentiers son* interdits aux males gens. 
Par contre les nuits qui s'6coulent entre le lendemain de la Noel et 
le premier Janvier sont particulioremeut critiques. Les jours de 
sabbat et de danses sont naturellement dangereux. 

Nous avons entendu dire que I'anniversaire du jour de la nais- 
sance 6lait aussi un jour critique. Mais cette croyance est, croyons- 
nous, fort pcu repandue. 

Autrefois, on croyait qu'il ne fallait pas laisser s'eteindre le feu 
de Tatre, sinon les sorcieres auraient des droits chez vous : 

D'vins les mohones sins feu 
Les m&les djins ont dreut. 

* II nst de croyance g^nerale que les gons qui vivent retires, isoles, 
sans relations, sont particulierement sujets aux malefices — & moins 
qu'ils ne soient eux-memes des sorciers. 

II y a, comme on dit & Ferrieres, des gens qui sont d'nes (qui 
sont « do nnos », qui sont nes) pour l'ensorcellement : ce sont ceux 
qui sont venus au moude la nuit entre douze et une heure : a note 
heure, « & aucune heure >. 

Les mawales ont dreut, « elles ont droit » dans les maisons des 
francs-magous, des protestants, des m6cr6ants, des /Asses crustins 
« des faux Chretiens ». Ne vous y hasardez pas. 

(1) Sur les professions etla sorcellerie, voy. ci-dessus t. VI (1898), p. 73. 

(2) Jules Lemoine, la Sorcellerie dans VEntre-Sambre-et-Meuse, Charleroi, 
1891, p. 24-25 

(3j « La premiere messe celebree le jour de la Noel. Elle est nominee commu- 
nement la mo^se des voyageurs. Les rouliers qui y assistaient se croyaient a l'abri 
de la mort violente pendant qu'ils accomplissaient ieurs longues peregrinations. » 



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WALLONIA 41 

Toute circonstance de nature a diminuer la force physique ou 
la force morale, est plus ou moins favorable a l'ensorcellement. 

L'honnete homme qui a commis une faute grave perd de son 
assurance et acquiert une grande sensibility aux sortileges. Li ci 
qu'est m&lhonSte est tot ponou (est tout pondu) po les macrales, 
dit-on en Hesbaye. 

L'homme pr^occupe, li ci qu'est tracassi so ineafaire ou Vaute, 
est sujet k bien des mesaventures, qui sont attributes a Taction des 
sorcteres. Celui qui est dans Tattente un ev6nement grave est 
particulierement soumis aux influences magiques. 

La peur produit un affaiblissement de la conscience qui est 
favorable au mal6fice. C'est pourquoi les sorci^res cherchent, sous 
forme d'apparitions, de hantises, de mirages, a vous mettre hors 
d'esprit. C'est aussi pourquoi les apparitions se presentent souvent 
dans les cimetieres, aux environs des charniers, pres des maisons ou 
il s'est passe quelque crime, e'est-a-dire aux endroits qui par eux- 
memes inspirent d6j& des idees lugubres. Qioand v's estez bin fou 
(V vos les macrales ont hhky « quand vous etes hors de vous, les 
sorci^res ont toute facility > disent les vieilles gens. La peur desarme. 

Les vieilles gens ont conscience du danger qu'il y a de laisser 
quelqifun sous l'influence d'une peur subite. En pareil cas, on 
conseille aux enfants de pihi so V ramon « d'uriner sur le balai ». 

Les personnes, les animaux a jeun sont particulierement sensibles 
k la magie, II ne faut pas quitter la maison sans avoir bien mang£, 
sinon vous rencontrerez, vous verrez toutes sortes de choses, vous 
serez hantd. Les personnes sujettes a cc qu'on appelle la faim canine, 
li fain (Ttchin sc plaignent souvent de rencontres, d'apparitions, de 
hantises dues a des sortileges. 

Les femmes sont particulierement sensibles aux matefices lors de 
leurs indispositions p^riodiques. 

Le temps de la grossesse est toujours une periode critique, et plus 
la d^livrance est proche, plus le danger est grand. 

II est bon que la femme enceinte porte sur elle des priferes 
imprimees ou manuscrites, des images benites, des m&lailles, etc. 
Si elle rencontre une personne de son sexe, elle agira sagement en 
faisant le signede la croix ; elle peut, si elle craint d'etre vue, tracer 
ce signe avec le doigt dans sa poche, le faire en tournant la pointe de 
la langue contre les dents, etc. Elle doit eviter d'attirer les regards 
d'autres femmes sur son ventre, de peur du mauvais ceil. Dans un but 
de preservation, elle se ceint a peau nue d'une bande de toile qui a 
touch6 des reliques, ou qui a ete b^nite en 1'honneur de St-Crucifix, 
de St-Amable, de Ste-Anne, de Ste-Marguerite. 



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42 WALLONIA 

Le temps de l'accouchement est favorable k l'ensorcellement tant 
de l'enfant que de la mere. II est frequent qu'une femme du peuple 
declare avoir vu ou enlendu, en ses moments de r6pit pendant le 
travail, des choses extraordinaires. 

La « musique » que font entendre le cortege des sorcieres traver- 
sal les airs, est surtout remarqu6e par les accouch^es lorsqu'elles 
enfantent pendant la nuit : telle est du moins, dit un auteur, la 
conviction exprim^e par nombre de femmes <Ju peuple. Une de nos 
voisines, ajoute-t-il, nous affirme avoir entendu Torchestre diabolique 
certaine nuit, au-dessus de sa maison : peu de temps apres elle 
mettait au monde une fille ('). 

Le mari ne se hasardera pas la nuit, a aller seul chercher l'accou- 
cheuse. La presence d'un tiers lui donnera de Tassurance. II aura 
soin de se signer avant de sortir du logis, et son compagnon ne 
manquera pas de l'imiter; il se munira d'une lampe (ine lanpe a 
veule), la lumifcre £cartant les esprits; avant de sortir de chez lui il 
donnera de Teau benite a toutes les personnes presentes (mere, grand'- 
m6re, voisines obligeantes) afin de s'assurer qu'aucune d'elles n'est 
sorciere. Inutile d'ajouter que, dans un but de preservation, on 
aspergera aussi la femme au lit. 

De son c6t£ la sage-femme, si elle est crgdule, sachant que les 
sorciers cherchent en ce moment a profiter de Temoi general, aura 
soin de mettre a Tenvers son bas gauche ou de retourner sa poche 
gauche dans le but de conjurer les sorts. Si elle n'est pas supers- 
titieuse, elle saura calmer les craintes des autres en s'aspergeant 
d'eau benite avant de se mettre en route. Les personnes qui sont 
venues la chercher Tattendront pour l'accompagner. Si Ton ne 
prenait pas cette precaution, elle serait l'objet de sortileges. Par 
exemple, on dit a Soignies qu'elle serait suivie par un mouton blanc 
qui lui ferait perdre le chemin et l'6garerait si bien qu'elle ne 
pourrait arriver k temps au logis ou elle est attendue (*). 

Les influences n^fastes attendent l'enfant des sa naissance, et 
elles sont d'autant plus k craindre que T6tat de la mere, est, aux yeux 
du peuple, un element favorable a Taction des sorcieres. 

On se garde de laisser 1'accouchee seule avec l'enfant, et Ton ne 
retarde pas volontiers la cerdmonie du bapt£me. 

Pour le cas ou l'enfant a u rait ete « tenu » des avant sa naissance, 
on s'empresse de donner an uouveau-ne del dignity. Cela se fait en 

(\) Jules Lkmoine, la Sorcellerie dans rEntre-S>mbre-et-Meuse. In-8° 
Charleroi 1891, p. 14-15. — Sur la «musique * des sorcieres, voir ci-ue^sus t. IX 
(1901) p. 168-170. 

(2) Communication Ue M. Ame Dkmkuldre. 



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WALLONIA 43 

lui passant au cou un scapulaire special, qui se vend a Liege chez les 
Dames b6n&lictines. On emploie aussi un Agnus dei, ou une medaille 
de la Sainte-Enfance. Parfois, on attache au cot6 droit de l'enfant une 
priere manuscrite. 

On evite de faire connaitre au public le nom de l'enfant avant 
son bapt&ne : ce detail peut servir k l'ensorceler. Avant la cer6- 
monie, on ne laisse voir l'enfant qu'aux gens qui ont bon visedje 
« bonne mine, » et Ion craint specialement les vieilles femmes. 

Quand on porte l'enfant au bapteme, on doit lui couvrir la figure 
et ne ie laisser voir a personne durant le trajet. On ne le d6couvre 
que devant le pretre. 

Certaines femmes qui ont accouche restent neuf jours sans se 
peigner, sans se laver, et sans se regarder dans un miroir, par crainte 
des sorcieres. On rencontre partout des matrones qui conseillent cela, 
et qui expliquent : vous ne devez pas vous peigner parce que les che- 
veux peuvent servir k op6rer des matefices et que, si soigneuseoient 
qu'on les tire du peigne, il est difficile qu'il n'y reste tout de mSme on 
fi/erfin « un menu morceau ; » vous ne devez pas vous laver* parce 
que l'eau qui vous a touch6e peut aussi servir a vous maleficier ; enfin 
vous ne devez pas vous regarder dans la glace, parce qu'en tout 
temps, c'est mauvais de le faire, on risque d*y voir le diable ! Ge luxe 
de precautions montre bien que, dans l'esprit du peuple, l'6tat de 
Taccouchee la rend particulierement vulnerable. 

Son etat de faiblesse physique se complique, du reste, d'un 6tat 
d'inferiorit6 morale, auquel l'Eglise rem6die par les Relevailles. 
Cette c^remonie liturgique est, en effet, en mfime temps qu'une action 
de reconnaissance, un acte de purification. Le fait que, durant la c6r6- 
monie, le pretre tient Tetole au-dessus de la tdte de la femme, par le 
raeme geste qu'il l'impose lors de la ceremonie de l'exorcisme, con- 
flrme le peuple dans l'id6e qu'il se fait de I etat moral de Taccouchee. 

La premiere sortie de l'accouchee est due k i'eglise de la paroisse, 
ou se pratique la ceremonie purificatoire. Quand une femme doit aller 
si fer ramessi, elle se gardera de faire connaitre le jour et l'heure 
de la ceremonie. Elle doit prendre son enfant avec etle. En vue de le 
prot^ger durant le trajet, elle ne sort pas sans Fa voir asperg6 d'eau 
b6nite, comme elle doit faire pour eile-m^me. Elle se gardera de 
parler k quiconque dans la rue, et elle aura soin de ne pas devoiler 
l'enfant avant d'etre dans T6glise. 

L'etat d'affaiblissement des malades les rend propres a souffrir 
des maiefices, et le danger menace egalement les personnes qui les 
soignent et celles qui vivent sous le meme toit. Si les gardes- malades 



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44 WALLONIA 

savent tant de secrets magiques et de sombres histoires, c'est d'expe- 
rience personnelle : elles ont vu des maladies que les m6decins ne 
connaissaient pas, elles ont constate des gu6risons singulieres et des 
morts mysterieuses, elles ont entendu les malades raconter leurs 
visions et d^voiler la myst6rieuse origine de leurs maux... 

L'homme du peuple rdpugne a faire savoir qu'il a un malade 
dans la maison : il craint d'altirer Tattention des miles djins. 

Le fait suivant, qui est du meme ordre, date de quelques annees. 
Une vieille jeune fille, illettree, demeurant rue des Tawes, a Liege, 
vivait seule, fort retiree, avec sa m6re qui etait vieille et fort 
caduque. Cette femme tomba malade, resta dans cet etat pendant une 
huitaine de jours et mourut, sans que la fille eut averti qui que ce 
fut. Pour comble de precautions, elle ensevelit sa m6re elle-meme et 
la veilla seule pendant trois jours consecutifs. Le troisieme jour, 
la journaliere entrevit des chandelles allum^es dans la chambre a 
coucher ; £tonn6e de ce fait, la jeune fllle ne s'etant pas trahie, elle 
lui fit remarquer qu'elle avait oublie d'etendre la lumifere. L'orphe- 
line, jusqu'alors impassible, repondit : Bin awd, c'est m'pauve mame 
qu'est-essevleye. « Et bien, oui, c'est ma pauvre mere qui est ense- 
velie » elle fondit en larmes, en ajoutant : Surtout, ne le dites a 
personne. La servante eut toutes les peines du monde a la convaincre 
qu'elle devait faire la declaration officielle et recevoir la visite d'un 
medecin. 

Au moment ou un moribond rend r&me, il se passe toujours 
€ quelque chose » dans la chambre mortuaire, ou ailleurs dans la 
maison. On entend des craquements ou des frappements, on voit des 
chiens, des chats, quelque chose de noir qui rode. Cela arrive surtout 
si le malade a rendu Y&me dans un moment ou il 6tait seul. Pareils 
faits sont, a present, presque toujours attribues a Taction occulte des 
sorci6res, qui cherchent a proflter du desarroi pour se transporter 
sur les lieux afin d'y jeter leurs sorts sur les assistants. Aussi, des que 
le malade a rendu le dernier soupir, il se trouve toujours quelqu'un 
qui songe tout d'abord a apporter et a placer en evidence dans la 
pi6ce un objet benit. 

Tant que le mort n'est pas enseveli, on ne previent de l'evene- 
ment que Tune ou l'autre personne sure, quelque parent, ou une 
voisine connue de longue dale si tant est qu'elle n'ait pas deja et6 
requise ou accueillie. L'ensevelissement s'accompit ires rapidcmenl, 
car le temps de cette operation est encore paiticulierement critique. 
On entoure ensuite le mort d'objets benits, crucifix, eau benite, 
cierges. Apres le depart du cercueil, les cierges restent allumds 
jusqu f & 6puisement, et parfois on garde de la lumtere, jour et nuit, 



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WALLONIA 45 

dans la suite, durant un temps variable suivant les usages locaux. La 
lumiere empeche les malefices comme elle ecartc les esprits. 

2. Moyens priventifs ou preservatifs. 

Les objets ayant par eux-memes un caractere sacre, ou l'ayant 
acquis par la b£u6diction du pretre, sont des preservatifs tout d6si- 
gnes : crucifix, medailles, statuettes de Jesus, de la Vierge ou des 
Saints, livre de priferes, scapulaires, etc. Les populations wallonne? 
etant en g6neralit6 catholiques, pareiis objets se trouvent dans toutes 
les maisons. Neanmoins, des sortileges s'accomplissent encore. Cela 
tient a ce que la preservation n'est assuree qu'i la favour d'une 
intention positive de la part de l'operateur. La seule presence d'un 
objet benit ne sufflt pas. II faut qu'on en u.-e comme d'une amulette 
ou d'un talisman. Exemple : le crucifix qui est sur la cheminee 
n'empechera pas la sorciere d'entrer chez vous; mais si, a Tapproche 
de cette femme, vous lui pn'isentez cet objet, elle devra sen aller ; et 
si vousavez en cachette, place Je crucifix sous la table, comme on le 
recommande dans nos faubourgs, la sorciere ne pourra rien contre 
vous. De meme, il ne suffira pas que vous ayez fait le signe de la 
croix, en disant votre priere du matin, pour etre preserve des sorti- 
leges pendant la journee ; mais, quand il so presente une sorciere, si 
vous failes ce signe (dans ce cas particulier il est bon de le laire trois 
fois coup sur coup), elle partira des qu'elle l'aura vu, ou, si vous le 
lui avez cache, elle sera quand meme reduite a l'impuissance. 

En resume, c'est l'intention active de l'operateur agissant dans 
un cas determine, qui donne a l'objet ou an geste toute sa puissance. 
Une vieille servante dv Lize-Seraing (*) nous disait : Tot gou qui 
pwete bonheur, paref, mossieu, i f&t s'enne siervi tot espres sorlon 
riddye qu'on a : adon, vos polez conpter d'sus( s ). Cette observation 
s'applique done egalement a toutes les amulettes religieuses et 
laiques, a tous les talismans. Si c'est a votre insu que vous portez 
Tamulette, elle acquiert uue grande force : c'est que l'intention de la 
personne qui vous en a nanti reste effective, tandis que votre igno- 
rance n'a aucune action en sens contraire. 

Le joueur qui veut gagner la grosse partie, touche au bon 
moment le porte-bonheur dont il s'est muni ; au moment de tirer au 
sort, le couscrit prend en main son talisman ; s'il est mecreant, sa 

(1) CitSe ci-dessus, t. I (1893), p. 23. 

(2 « Tout ce qui porte bonheur voyez-vous, monsieur, il faut s'en servir 
tout expres (a uYssein), suivant l'idee qn'ori a (le but que Ton se propose). Alors, 
vous pouvez compter dessus (compter sur son pouvotr.) » 



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46 WALLONIA 

mere aura cousu, en cachette dans la doublure de son vetement, la 
ham'lete de rigueur ('). Toute la theorie plus ou moins consciente des 
amulettes est resumee dans ces trois faits. 

Inutile de donner ici une nomenclature des amulettes : trefle k 
quatre feuilles, clou de la noix, pifece de monnaie trouee, dent de 
herse, etc., etc. En Ardenne on apprecie beaucoup la peau du front 
d'un jeune loup. 

On s'immunise encore, dit le peuple, en buvant, au saut du lit, 
« de l'eau benite contre les macralea ». Cette idee de boire de l'eau 
benite pour se sanctifler est assez rationnelle, des qu'on croit a la 
saintete de cette eau. Mais le peuple a pouss6 sa foi tres loin. On 
raconte partout cette histoire d'un paroissien qui, se croyant poss6d6, 
avait a vale un grand verre d'eau benite ; ne se sentant pas soulage, 
il en parle a un camarade qni lui dit : « Et bien, fais-toi administrer 
un lavement de la meme eau. Le diable sera pris entre deux feux, et 
il faudra qu'il saute ! » Ce conte est maintenant raconte en fac&ie par 
les esprits-forts ; il n'y a pas de raison pour que le moyen en 
question n'ait et6 autrefois employe tres serieusement. 

Dans plusieurs regions, on dit encore : Pour n 'avoir rien k 
craindre des sorcieres, il faut savoir dire ses paters k rebours. Cette 
capacite est parfois la caracteristique des magiciens. Similia, similibus 
curantur. 

Une chance heureuse pour le voyageur est de porter a son insu 
Tun de ses bas a Ten vers. II n'est pas de sortilfege qui prevaut contre 
cet effet du hasard ( 2 ). 

Sur les chemins, la nuit, la lumiere ecarte les mauvais esprits. 
C*est pourquoi beaucoup de vieux campagnards n'iraient pas faire 
une course sans prendre avec eux une lampe portative, ine lanpe 
a veule. 

Le sel joue un grand role dans la croyance a la sorcellerie. Les 
sorcieres sont adversaires du sel. Le sel les ecarte. La premiere 
chose qu'on transporte dans un nouvoau logis, c'est, avec Teau benite, 
uno pincee de sel. C'est dans le meme but, disent les paysans, qu'on 
en met sur la langue des enfants au baptenie, qu'il est d'usage d'en 
donner aux veaux des les premiers moments de la naissance et que, 
du moins a Ltege, on en seme quelques grains dans les langes d'un 
nouveau-n£. Aux yeux de certaines personnes, l'eau benite tire une 
grande part de son pouvoir, du sel qu'on y a verse. La nuit de Noel, 

(1) Sur li hamHite, voy. ci-dossus, t. HI (1895), p. 28-29. 

(2) Rouvkrot, le Petit bossu. 



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WALLONIA 47 

on entoure la maison d'une trainee d'eau, un peu avant minuit : 
cette eau se trouvant b6nie naturellement a l'heure de la naissance 
du Christ, possede des vertus speciales contre les sorcieres et la trace 
en restera siirement ( l ). 

Pour preserver un enfant des malefices, on le fait passer entre les 
rais d'une roue de charrette ; Toperation doit se faire le jour ou 
Tenfant va entrer dans 1'age de raison, c'est-a-dire le jour ou il atteint 
la septieme annee (Moha, Wallonia, III, 15). Quand elles voyaieut, 
devant la maison du charron, un essieu muni de ses deux roues, les 
m6nageres faisaient passer leurs enfants par dessous l'essieu po les 
asw&dji des m&vas sdrts « pour les garantir contre les mauvais sorts » 
(Houtain-St-Sime'on). Dans les deux cas. il fallait que Ton eut affaire 
a.des attirails ayant deja servi. 

L'emploi des amulettes est particulierement usite en vue de 
defendre l'entree du logis. Dans ce but, on dispose Tobjet au-dessus 
de la porte d'entree. C'est ainsi qu'autrefois, dans tout le pays de 
Li6ge, on clouait, la croix en bas, un aidan de St-Lambert, sorte de 
monnaie (Hock, 285). A Milmort, on disposait des briques en croix 
Tune sur l'autre. On suspend une cruche en grcs contenant de Teau 
benite et quelques brindilles de bois benit (Entre-Sambre-et-Meuse : 
. Wallonia, I, 105). On place un bout du coton cire que le cure" a benit 
a l'eglise le jour de la Purification ; ce bout de coton est dispose en 
croix (Gembloux : Wallonia, I, 106; Pays de Namur) ; il est tourn6 
en spirale et cloue dans cette forme (Ferrieres : M. Jules Leroy) ; il 
est dispose en croix equilaterale avec les pointes tournees en spirale 
dans le meme sens (Vaux-Borset) ; on colle les nules recues, grandes 
hosties que les enfants distribuent corame 6trennes, contre pourboire, 
durant la matinee du Jour de Tan (Liege, Wallonia, IV, 5). On cloue 
des cl&s d'sttche, « des clous de siege » : ce sont les clous empruntes 
a quelque vieille planche inferieure d'un cercueil ; les fossoyeurs 
recueillent, parait-il, ces vieux bois et vendent les clous (Ardennes). 
Un clou de fer a cheval, trouv£ inopinement dans la rue, doit egale- 
ment etre cloue" au-dessus de la porte (Liege). Au meme endroit, on 
suspend encore un bouquet de millepertuis cueilli la veille de la Saint- 
Jean et qui a 6t6 passe au feu (Milmort) ou se"che a la chaleur de 
T&tre (Wihogne). Un plan de camomille vulgaire peut servir de la 
meme facon, cueilli le jour de la Purification (Fexhe-Slins). 

La terre de cimetiere est egalement un preservatif repute : c'est 
cette terre- qui doit remplir la fosse et que le pretre asperge d'eau 
benite en m6me temps que le cercueil au cours des dernieres prieres. 

(1) Ce m6me procede est employe pour ecarter les souris : Hock, Croy. et 
rem., p. 197. 



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48 WALLONIA 

II est tr6s difficile de la recueillir, parce quelle doit etre prise en 
cachette, avant d'etre reintegree dans la fosse (M. Dans certains vil- 
lages, elle passe en heritage, on la pr6te aux voisins ( 2 ). Contre les 
soi cteres, elle est employee de diverses manieres. On la met dans un 
petit sachet qu'on suspend au-dessus de la porte d'enlr^e dee habita- 
tions ou dans une petite boite qu'on enlerre sous la pierre du seuil ( 3 ); 
on en introduit dans la serrure de la porte comrae on fait aussi avec 
un clou du cierge pascal ( 4 ); quand on sait qu'une personne suspecte 
doit venir, on en depose un peu sur le seuil : cela sufflt a T6carter 
si elle est sorctere ( 5 ). Pour faire un talisman infaillible contre les 
sorcteres, il faut faire prendre par une jeune fille pure (c'est-a-dire 
vierge) un peu de cette terre dans trois cimetieres diff6rents ; la 
mettre dans un petit sac de toile, avec un clou de fer a cheval 
trouve, du sel et de I'eau benite. Le sac est enfoui sous la pierre du 
seuil (Liege). 

Si vous dressez derriere la porte un balai tote en l'air (Li6ge) ou 
deux balais en croix (Hainaut) ou deux batons croises /Entre-Sambre- 
et-Meuse) aucune soiviere ne pourra p^netrer dans la raaison. Dans 
toute la Wallonie, le balai couche en traversde Tentreede la maison, 
est une barriere que les sorci6res ne chercheront jamais & franchir. 
M. Body raconte (Willonia IX, 278) qu'exeursionnant avec un ami 
aux bords de FAmbleve, il logea dans une ferme; tot leves, descen- 
dant avant que la fermiere ne fut lev6e, ils trebuchferent dans 
l'escalier sur des manches a balais que cette femme avait disposes la, 
afin que les sorciers ne vinsent pas la trouver pendant la nuit. 

Pour empScher une sorci6re d'entrer dans la maison ou elle a 
aec&s, on trace a son intention une croix a la craie ou avec de Teau 
benite, ou avec del tule « de la sanguine > sur le seuil ou au-dessus 
de la porte d'entree (Hesbaye ; Hautes-Fagnes). A Liege, on recom- 
roande la croix faite avec du beurre au-dessus de la porte. 

En ville, chez les gens qui habitent des appartements il est 
d'usage de faire une croix a la craie sous le paillasson, d'y placer une 
feuiile de buis benit, d'y jeter quelques goutles d'eau b6nite. 

Quand une personne suspecte a acces dans une maison, pour s'en 
defaire, il faut, uu peu avant son heure, tracer en Tair des croix 
obliques, dites creus de dia J e, en francais croix de Saint-Andre 

(1) Sur un autre emploi maffique de la terre du cimetiere, voy Wallonia, 
VI (1898) p. 83 et suiv. 

(2-3) Ferrieres, Ardenne. Communications de M. Jules Lkroy. 
(4) Marbais, Hainnut. A. Harou, dans la Tradition, 1903. p. 129 
(5; Jules Lbmoine, loc. cit. 



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WALLONIA 49 

(Vottem). Ou repandre un peu de oire do la chaudelle qui a 6te b6nite 
le jour de la Chandeleur (Filob). Ou mettre Je pain sur la table en 
sorte que la partie entamee soit en Fair : des que la sorciere, le 
voit, elle fait brusquement demi-tour (Couvin). 

Si, le soir, la porte s'entrouve, ne manquez pas de dire : Intrez, 
si c 9 riest ni V didle (Nivelles). Et si Ton frappe do voire porte, 
rtpondez de meme : € Entrez, et dites Jesus > (Ltege, Hock). II est 
certain que dans ces conditions, le nouvel arrivant ne pourra pas 
vous nuire. 

Si, enfln, malgr6 tant de precaution minutieuses, il s'introduit 
chez vous quelque sorciere malfaisante, il iraportera de la reduire a 
l'impuissance par Tun des multiples procedes que nous signalerons 
plus loin. 

Le paysan n'a pas seulement k proteger sa iamille et lui-meme. 
II doit aussi songer aux animaux domestiques. Le betail de la ferine 
est lobjet d'une attention particuliere que le folklore revile. 

Le premier jour de mai, on suspend aux portes des ^tables des 
branche d'aune destinies & preserver toute Tannee les bestiaux des 
sortileges (Ardennes). Pour ^carter les oiseaux de proie des fermes, 
on en clone un quelconque, ailes ouvertes, sur la porte d'entr£e de 
la grange ou de Triable : il sort d'exemple aux autres. Ge raoyen est 
aussi, iit-on a present, excellent contre les mal^fices, surtoul s'il 
s'agit d ! une chouette, d'une pie, d'un hibou, d'uno chauve-souris, tous 
animaux familiers aux sorcieres. 

Une dent de herse trouvee par hasard et pri?e sans qu'on vous 
voie, vous servira d'excellente amulette, surtout pour le betail : vous 
la suspendrez au plafond de ratable, juste au-dessus des b6tes. 

Quand un paysan trouve un rognon de silex perfor6 [ailleurs, 
une pierre de gr&s troupe], il a soin de suspend re cet objet au beau 
milieu de son etable ; on croit que cette pierre arrete les mauvais 
sorts, qui rcstent dans les trous de la pierre et ne font aucuu 
mal aux bestiaux ( l ). A Ferrieres on pend au-dessus de la porle 
d'entr6e de Tetable, ou & sina au-dessus de i'echine des bfites, dos 
pierres trouees, qu'on doit avoir trouvees par hasard, sans avoir 
cherche apres (') ; on les suspend aussi au-dessus des portes a 
rint6rieur : les sorcieres sont obligees de passer au travers ( 3 ). A 
Linc£, la pierre trouee est suspendue dans Tetable : la sorciere passe 

(1) Rouverot, le Petit bossu, V ed. Liege, 1864, p. 89 ou 102. — Hock, 
Croyances et Remedes popuiaires au pays de Liege, 3° 6d. Liege 1888, p. 264. 
(2-3) Communications de MM. Jules Leroy et Julien Tromme. 



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50 WALLONIA 

et repasse dans le trou et ne pout plus atteindre les animaux ( 1 ). Dans 
quelques localites de Tarrondissement de CharJeroi, on suspend dans 
les etables des pierres trouees qui ont la propriete d'eloigner les 
sorcieres (*). M6me region : on trouve dans les chemins, surtout pr6s 
des sablonnioies des pierres roulees percees dun trou natu- 
rellement ; reunies en chapelet et suspendues aux greniers ou dans 
les stables, elles ontle pouvoird'annihiler la puissance des sorcieres( 3 ). 
Memo region : a defaut de la pierre de silex ou de gres, on emploie 
Jans le meme but une piece de monnaie trouee ( 4 ). En Hesbaye, la 
piorre trou6e 6carte aussi le cauchemar : on la suspend dans ce but 
au-dcssus de son lit ( 3 ). Suivant la regie, le talisman qui a 6te trouvi 
par hasard est le plus precieux ; cependant, de divers endroits, on 
signale que les cantonniers vendent des silex performs ou des gres 
t roues, recherch^s dans les tas de pierres qu'ils sont charges de casser 
et de r6pandre sur les routes publiques. 

Lorsqu'un fermier fait Tacquisition d'un cheval. d'une vache, 
d'un pore, etc., il craint que cet animal n'apporte un sortilege qui 
infecterait ratable. II se livre alors & diverses c6r6monies 
preservatives. 

Des que l'achat est conclu, le fermier fait en cachette une croix 
avec le pouce sur lechine de la bute ( 6 j ; il la fait sortir de ratable a 
reculons ( 7 ). Certaines personnes disent que ces moyens sont utiles 
pour que Tanimal marche bien durant le trajet, on « pour qu'il 
profite » ; mais ce ne sont \k que des feintes, ou des rationalisations 
recentes. 

Aussit6t de retour, le fermier donne a Tanimal de Teau benite ( 8 ). 
A lentr^e de Tetable, on crache devant lui ( 9 ). On le fait entrer a 
reculons, en le faisant passer sur une piece de monnaie posee sur le 
seuil (Oinal, Fumal, Rocour) ; on lui frotte la patte gauche avec la 
piece C'ondroz) ; on lui tourne la piece autour du front (Wavre, 
Jodoigne, Trembleur, Stavelot, Vottem) ; en mdme temps, on lui 
jette de Toau benite sur le front (Beaufays). La piece de monnaie doit 

(1) Communic. de M. Sluse. 

(2) Documents et Rapports de la Societe paleontologique de CharUroi> V, 66 ; 
voy. aussi id. VI, 466. 

<3> Jules Lemoine, loc. cit p. 23. 

(4) Louis Loiseau, dans Wallonia, I, 106. 

(5) Grenson dans Bull, de la Soc. lieg. de litter, wall. 12* annee 1868 p. 74 
(6 1 Hock, Croy. et rem. p. 286. 

(7-8) Lince. Communication de M. Fern. Sluse. 
(9) Ferrieres Communic. de M. Lkrot 



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WALLONIA 51 

etre ensuite donnee au premier mendiant qui se presentera (Partout). 
[Nous devons remarquer que l'usage de faire sortir, de faire entrer 
l'animal a reculons repose sur une idee independante des matefices, 
et qui est encore parfois accusee, du reste, par les operateurs. Le 
peuple a remarque que les animaux que Ton donne ou que Ton vend 
k autrui sont souvent indociles a suivre leur nouveau maitre ; que les 
chiens et les chats, par exemple, ont une tendance k s'enfuir pour 
retourner en leur ancien logis. C'est alors, aux yeux du peuple, qu'ils 
connaissent les chemins et meme, puisqu'on les emporte, du moins 
les chats, dans des paniers 6troits (paniers a pigeons, ou banstes, 
paniers des m^nageres), que ces animaux devinent, sentent les routes. 
Pour ddsorienter les chats et les chiens, on leur fait faire le trajet la 
tete en avant dans leurs paniers. C'est en vertu d'un raisonnement 
analogue qu'on fait sortir et entrer a reculons Panimal qu'on achete.] 

Lorsqu'on parle des sorcieres, ou d'une personne r6put6e sorci&re, 
il faut 6viter de dire son nom, sans quoi elle aurait barre sur vous. 
Leur nom les appelle, leu no les houque, dit le peuple du pays de 
Li6ge (*). Dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, on explique qu'il faut eviter 
de les citer parce que, en les faisant connaitre, vous risquez de les 
faire traduire en justice : de \k leur ire. Quoi qu'il en soit, on est 
d'accord pour dire qu'il y a danger k prononcer le nom des personnes 
qui « font avec le Mauvais ». On emploie alors des formules : € celle 
qui fait le mal », « la belle », c la mauvaise femme », li m&fe djins, € le 
mauvais esprit », ou quelque silrnom imagine en famille et qui n'est 
pas connu au dehors. 

On sait (ci-dessus t. VI, 82-83) que les sorcieres confondent les 
noms des jours de la semaine, ne se souvenant que du vendredi, jour 
de leurs danses ; ce jour elles le considerent comme le dimanche, et 
changent en consequence, d6s leur initiation, le nom des autres jours. 
Ce fait a dicte un moyen de detourner i'attention occulte des sorcieres 
quand on parle d'elles. On doit, au debut du discours, nommer le jour 
courant; par exemple c'est houye (aujourd'hui) m&rrii (Ferrieres, 
Li6ge), ou bien nos estans hoUy m&rdi ; qui Vbon Diu nos preserve 
(Hesbaye). A Braine-le-Comte, quand on va parler de sorciers ou de 
sorcieres, on evite les mal&ices en pronongant prealablement cette 
formule ipar exemple le lundi) : « Aujourd'hui lundi, demain mardi, 
apres demain mercredi-Sain^. > En general, dans la nuit du vendredi, 
il y a danger k € faire chanter les oreilles » des sorcieres. 

(1) On se rappelle (voir ci-dessus p. 43) que l'ocoultation du nom des 
nouveau i nfe est un des moyens employes pour les preserver des male flees. 



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52 WALLONIA 

Quanrl on est en presence de la sorciere, pour se garantir de tout 
malefice, on relourne sa poche (Ardennes) on son bonnet (Pays <le 
Herve) ; on dit trois fois en se frappant la poitrine : et verbum caro 
/actum est et habilavit in nobis (Luroche. Feller) ; on dit en se 
frappant la poitrine : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa 
(Stavelot, Detrixhe). Tout cela doit se faire en cachette. 

En pareil cas, pour reduire la sorciere a l'impuissance, on fait, 
aux environs de Ltege, un geste particulier qui consiste a introdaire 
le pouce entre l'index et le majeur puis a feriner la main : c'est le 
geste bien connu de la figue, signe de Tenergie feminine. Partbis 
aussi on se contente de plier le pouce sous la paume et de fermer la 
main : c'est ce qui se dit prinde li pdce &s tanse di s'main ('). II est 
clair que ces gestes acqui^rent d'autant plus de force s'ils sont faits 
des deux mains. lis sont eminemment vexants, surtout le premier. 
Maintenaut que la foi sen va, le geste de la figue est souvent 
employe dans le bas peuplc, soit pour faire discretement une propo- 
sition speciale, soit pour insulter une femme; il est merae usite, de la 
part des petits gar^ons, a Tadresse des fillettes qui en sont offusqu6es 
et furieuses, y voyant plut6t, du reste, une figuration d'ordre 
masculin. 

Le caractere blessant de ces gestes fait considerer commc dange- 
reux leur usage contre les sorcieres : il faut, en effet, eviter de vexer 
les males gens, qui savent toujours se venger. Aussi les vieil lards 
conseillent de faire ces gestes en cachette. 

Le geste de croi^er les ponces des mains jointes pendant la priere 
passe aussi. aux yeux de certaines personnes, comme un pr^servatif 
contre les malefices. 

Le signe de la croix dirige contre les sorcieres doit 6tre fait a 
trois reprises difterentes (Wallonia, V, 46). II devient plus puissant, 
si vous avez pr6alablement trempe le doigt dans l'eau b^nite, ou 
touchd du sel — ou, a defaut de sel, moui!16 le doigt avec de la 
salive ( 2 ). 

On empeche encore Taction des sorcieres en marchant sur leurs 
pas (Li6ge). 

Lorsque vous voyez vcnir a vous une personne que vous savez 
ou que vous croyez etre sorciere, il faut brandir le balai : elle devra 
danser ou partir. Si vous lui jetez de l'eau benite, si rous allumez le 
cierge pascal, si vous brandissez un scapulaire ou le christ, ou une 
image, une statuette religieuse, elle vous demandera en grace de cesser 

(1) DBL4R6E. dans Annuairede la Soc. lieg. de litt. wall., 1868, p 82. 

(2) Pays de Dinant. Conte* par M. Jaz. 



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WALLONIA 



53 



ou de Tautoriser a partir. Si vous touchez ou deplacez un de ces 
objets, elle se levera et sortira precipitamraent. II en sera de merae si 
vous touchez ostensiblement un morceau de fer, si vous crachez par 
terre devant elle, si vous mettez la saliere sur la table. 

Pour esb&rer « interloquer » la sorctere, et la r&luire a Fimpuis- 
sance, il faut lui dire a brule pourpoint : Nos estans houy vinrdi 
« nous sommes aujourd'hui vendredi > (HuyJ : vendredi est le « jour 
des macrales ». Ou bien il faut lui dire brusquement en la regardant 
bien droit dans les yeux : € Je sais qui vous etes, je connais votre 
numero ; » sur ce mot, elle est esb&reye, elle balbutie, elle marmotte 
et s T en va. — Ces paroles sont k rapprocher du fameux cri que les 
gamins lancent aux masques de Garnaval : il est riknohou € il est 
reconnu ! » L'idee d'dtre d^couvert en leur feinte est de nature a 
vexer les masques ; mais les enfants qui poussent ce cri le font peut- 
etre autant pour se donner quelque assurance que pour ennuyer 
autrui. 



(A suiv7 % e.) 



Oscar COLSON. 




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Chansons populaires 

Racuellllas a Prouvy-Jamoigne et a Vonfiohe, prea Beauraing. 

i. 
Le fiance dupe 



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±=±=*z 



i 



Dj'a - vous 'ne me - tresse a Dam - pi 



#• 

con; Dje l'a-lous 



vwar pres-qud tous les 



E^zf=El 



:is: 



=*cz 



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djous. Dje n'atous 



mi in grand d^pen 




i 



dje n*a • vous ja - ma wd 



d' sous 



fourbou 



mmm^m 



:Jz 



laye Dj'an' a - vous pou pas - ser ma djour 
1. 
Dfavous 'ne me tresse a Dampicou, 
Dje Valous vicar presque tous les 

[djous. 
Dje n'atous mi in grand depensou, 
Aid dje n'avous jama tod aV sous. 
Avec une fourbouldye 
Dj' an 1 avous pou passer ma djour* 

[ndye. 
2. 
Quand c'est v'nu Vlundi U au matin 
Dj'd rencontre el gros Martin ; 
I m'e dit : Ou c' que V Va vas f 
Prends tes so leys el s' les ?net' zous 
Ca Ves bin assurdy [V bras, 

Qui ta me tresse es 1 va mariydy. 



naye. 
1. 
J'avais une fiancee a Dampicourt, 
J'ailais la voir presque tous les jours. 

Je n'etais pas un grand d6pensier, 
Mais je n'avais jamais gu&re de sous. 
Avec une fourboulee ( l ) 
J'en avais pour passer ma journGe. 

2. 
Quand c'est venu Le Lundi tout au 
J'ai rencontre le gros Martin ; [matin 
II m'a dit : Ou vas-tu? 
Prends tes souiiers et mets-les sous 
Gar tu es bien assure [ton bras. 

Que ta flancde va se marier. 



(1) Plat de pommes de terre cuites a l'eau. 



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WALLONIA 



3. 

Quand dfd v'nu sus V Haut-des-Pos- 
Dfd % dfd j oye dos viyolons [sons 
Is s % an 1 alint et regniyignint 
Et s yn'avant dit : Boudjou, cousin I 
Entrey a la mdjon 
V drez % ne boune trantche ed 1 djam- 

[bon ! 

4. 
Is m'anl fd assir au culot 
Et $ m'anl aporte don magot 
Ele m'erwdlouty dje la r'wdtous 
Ele soupirout, dje soupirous 
Dfavous V gordjon si debrolay 
Qui df n'a savous pus avaldy. 

5. 
Is yn'avant moune dansi 
Mas df ri avous ponl d' sous pou 
Avu mes gros soleys {p&yi> 

Dj wind us au cou coume des coleys, 
Dfd dil qu' c'alout la faule don 

[her ay 
Que ma metresse atoul mariydye. 

6. 
Is m'avant moune coutchi sus V fon 
Pou don soumey die nriavous ponl. 
Is s'avant v'nu coutchi d'lez mi 
Is riant cesse qu de s' debarbouyi f 1 ) 
Dfd, dfd bin' oyi a-z-6 dijdy 
Que ma melresse atoul mar y dye. 



3. 
Quandjesuisarrivesurie...(^6?</-fii7j 
J'ai, j'ai (*) entendu deux violons; 
lis s'en allaient et... (onomalopee) 
Et m'ont dit : Bonjour, cousin ! 
Entrez a la maison 
Vous aurez une bonne tranche de 

[jambon. 

4. 
lis ( 3 ) m'ont fait asseoir pres de I'atre, 
Et st m'ont apporte du magot ( 4 ) 
Elle me regardait, je la regardais ; 
Elle soupirait, je soupirais. 
J'avais la gorge si barbouillee 
Que je n'en savais plus avaler. 

5. 
lis m'ont mene danser 
Mais je n'avais pas d'argent pour 
A.vec mes deux souliers [payer 

Joints au cou comme des cols, 
J'ai dit que c'etait la faute du cure 

Que ma fiancee etait mariee. 

6. 
lis m'ont mene coucher sur le foin, 
Pour du sommeil je n'en avais point, 
lis sont venus se coucher pres de moi, 
lis n'ont fait que se remuer. 
J'ai bien entendu a leur conversation 
Que ma fiancee etait mariee. 



Gette chanson, qui m'a ete chantee par J. -J. Marchal, lequel l'a apprise 
dans le pays de Dampicourt, a ete longtemps populaire a Prouvy. Elle 
est fort ancienne. On trouve quelques vers d'une piece analogue dans 
Oberlin, Essai sur le Patois lo.rrain des environs du Comte du Ban 
de la Roche. In-12. Strasbourg, 1775. Page 156. On chante encore cette 
chanson par-ci, par-la dans les Vosges. Jouvb, dans ses Chansons 
Vosgieymes, (in-8°, Epinal, 1876) donne le texte de Gerardmer (p. 51 et 
52). De Puymaigrk en donne encore deux variantes et il y en a 
peut-etre d'autres ailleurs. 

(1) Var. iri degugni, « me cogner ». 

i2) Cette repetition est, aux yeux da chanteur, necessitee par la musique. 
On voit un autre exemple a>j couplet 6*. 

(3) Les gens de la maison. 

t4) Magot, termo facetieux pour designer « l'estoaiac ». Ici, par une figure 
hardie, le mot designe ce qu'on y introduit, la nourriture. 



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II. 



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Jesus-Christ s'habille en pauvre 



Jesus -Christ s'ha-bille en 



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pauvre : 

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« Faites-moi la cha - ri - 



te. 



Jesus-Christ 9'ha-bille en 



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Faites moi la cha - ri 



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Des mi-ettes de vo-tre 



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Je fe - rai bien mon di 



Jesus-Christ s'habille en pauvre : « Faites-moi la charite 
Des miettes de votre table, je ferai bien mon diner ». 

— « Les miettes de notre table, les chiens les mangeront bien : 
» lis nous rapportent des lievres et toi tu ne rapportes rien. 

— » Madame, qui etes en fendtre, faites-moi la charite. 

— » Ah ! montez, montez bon pauvre, un bon souper vous trouverez ». 

Apres qu'ils eurent soupe, il demande a se coucher 

« Ah ! montez, montez bon pauvre, un bon lit frais vous trouverez p. 

Gomme ils montaient les degres, trois beaux anges les eclairaient 
« Ah! ne craignez rien, mad a me, c'est la iune qui parait. 

« Madame, dans trois jours, vous mourrez ; en paradis vous irez 
Et votre mari, madame en enfer ira bruler. 

Chants par ma mere. Prouvy. 
III. 

L'Madelone 



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WALLONIA 



57 



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(Test on si bia p'tit djone home Mere dj'el vores 



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53 



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bin a - we ! Di>pu qu'il a s'roulche marone Dji n' fais pout d'bin 



1 



quand dj'el yes. 
1. 



Zbi vores W*i f ma mere, 

Dji vores bin rrC marie; 

Avu mi p' tit conpere, 

Mais dji rC sais comint fe. 

Cest on si bia p'tit djone home! 

Mere, dfel vores bin awe... 

Dispu qu'il a s' rovtche marone 

Dji ri fais pout d' bin quand dfel 

[ves! 
o 

— « Est-ce po ses routches marones 
Qu' vos vorez s' conpere-la? 
Ca po-z-awe on' home 
V's astoz trop djone po pa. 
Vos n' as to z dja quone may aye 
Vos causoz dja <Vvos marie. 
Sondjoz a gangni ix»s hades : 
Vola c' qui vos dCvoz pinse. 

3. 
» Vos n' savoz nin fe V soupe, 
Vos n y savoz nin file, 
Ni lin, ni tchene. ni sloupe, 
Qui vos porloz dja d'vos marie. 
Vos n' savez nin seuVmint Mad' lone 

Rakeude in boton a s* marone. 
A insi, a qwe voloz pinse 
Quand vos porloz d % vos marie. 

4. 
// est co tinps, ma mere, 
D'aprinde a fe tot gola : 
Ah! si djaves m' covpere, 
Cest la V moins d' mes embaras. 



1, 
Je voudrais bien, ma mfcre, 
Je voudrais bien me marier; 
Avec mon petit compare, 
Mais je ne sais comment faire. 
Cest un si beau petit jeune homme ! 
Mere, je voudrais bien Tavoir... 
Depuis qu'ii a sa culotte rouge 
Je ne fais plus de bien quand je levois ! 



— « Est-ce pour ses pantalons rouges 
Que vous voudriez ce compere-la ? 
Car, pour avoir un homme, 
Vous §tes trop jeune pour cela. 
Vous n'etes encore qu'une femmelette 
Vous parlez d£j& de vous marier. 
Pensez a gagner vos hardes : 
Voila ce que vous devez penser. 

3. 
» Vous ne savez pas faire la soupe, 
Vous ne savez pas filer 
Ni lin, ni chanvre, ni 6toupe, 
Et vous parlez d6ja de vous marier. 
Vous ne savez pas seulement, Ma- 

[delone, 
Recoudre un bouton a sa culotte. 
Des lors, a quoi pensez -vous 
Quand vous parlez de vous marier. 

4. 
II est encore temps, ma m6re, 
D'apprendre a faire tout cela. 
Ah ! si j'avais mon compere, 
Cest la le moindre de mes embarras. 



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WALLONIA 



/ fait tot c qui put po m plain'. 
Tos les djous, igangne deus skeltns 
Ah! dji ri saures dire li contraire : 
Avou li, dji vikres f wart bin! 



II fait tout ce qu'il faut pour roe plaire. 
Chaque jour, il gagne deu\ escalins. 
Ah! je ne saurais dire le contraire : 
Avec lui, je vivrai fort bien! 



— Dji vos va scrire, mi /eye, 

Qu'i gangne deus skelins par djou. 
A c'te heure, li grain est tcher : 
Ci riest nin % ma /we, trap po tot. 
Vos n" savoz qui dins /' manatche, 
I manque coci. i manque cola. 
Ratindoz, nC /eye, soyoz satche : 
Vos auroz aute tchose qui ca. 

6. 

— Dji n' saures pus ratinde : 
La, i nC faut Djan-Francwes! 
I ria ni cinse. ?ii rinte, 

Dj'el vous bin tel qu'il est. 
Heyer al nule, eslant stanpe sus 

[V uche, 
Tot en s' balangant, i nia (lit 
Qui s' feume qu'i /alel qui dji fuche, 
Et bin, mi, dj' li ai dil qu'oyi! 

7. 

— Ah! taijoz-vos, mi /eye, 

Tos vos contes mi frinl bin rire. 
Aloz houkivoss conpere, 
Dijoz-li qu'i vegne droci. 
Et mi dfirai houki vosse pere, 
Et puis tot $ola s'ret dit, » 



— Je vais vous 6crire, ma fille, 
Qu'il gagne deux escalins par jour. 
Maintenant, ie grain est cher : 

Ge n'est pas, ma foi. trop pour tout. 
Vous ne savez que dans le menage 
11 manque ceci, il manque cela. 
Atte^dez, ma fille, soyez sage : 
Vous avez autre chose que cela. 

6. 

— Je ne saurais plus attendre. 
La, il me faut Jean-Francois! 
II n'a ni ferme, ni vente, 

Je le veux bien tel qu'il est. 

Hier soir, etant campe sur le seuil, 

En se dandinant, il m'a dit : 
Qu'il fallait que je fusse sa femme, 
Et bien, moi, je lui ai dit que oui ' 

7. 

— Ah ! Taisez-vous, ma fille, 

Tous vos contes me feraient bien rire. 
Allez appeler votre compere, 
Dites-lui qu'il vienne ici. 
Et moi, j'irai appeler votre pere, 
Et puis tout sera dit ». 



Chant4 par M"' J. Remade- Dussaucy, VonSche. 



Lugien ROGER, 
Instituteur communal, Voneche. 




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t ^-f^ s 



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Les albums de George Delaw 



Les lecteurs de Wallonia ont eu plusieurs fois deji, et tout 
r£cemment encore, Toccasion d'apprdcier Tart si d&icatement savou- 
reux et si sincerement, si spontanement original de notre compatriote 
wallon George Delaw. lis le connaissent par ses notes de vacances en 
Ardenne, par ces pages familieres ou son talent gracieux en m&me 
temps que robuste, et doublement ^vocateur, de dessinateur et 
d'6crivain, s'atleste dans cc qu'il a de plus grave et de plus intirae. 

lis trouveront un Delaw plus riant, moins s£v6rement nostal- 
gique dans les albums que ce verve ux artiste, si superieur a la plu- 
part des caricaturistes de l'heure presente, orne des prestiges de sa 
fantaisie et dont il rehausse les croquis des sourires floraux de la 
couleur. 

Le norabre s'accroit, chaque annee, des volumes, pleins d'art 
primesautier, que son genie infiniment inventif et spirituel composa 
pour la joie des petits, et qui charment tout aulant les grands, les 
amusent et les font souvent penser. Les deux premiers disaient — 
avec quelle malicieuse bonne humeur ! — les vicissitudes de la vie 
de college dans une petite ville, et s'intitulaient la premiere annie 
(Vetudes cVIsidore Torticole et les Mille et un tours de Placide 
Serpolet : puis l'alerte crayon de M. Delaw parait de ses trouvailles 
le plaisant recit des Aventures de Til VEspiegle. II creait ensuite, 
de toutes pieces, son ravissant cahier des Contcs de nourrice et His~ 
toires de brigands, dont le texte aussi bien que les images prouvent 
les dons exquis d'un hnmoriste double d'un poete, apte a trouver 
dans la poussiere des intimites anciennes les elements d'une inspira- 
tion dont la sinceiiteet, pour tout dire, la profondeur, assurent a ses 
visions je ne sais quelle fraicheur inconnue. 

Au surplus, depuis ses premiers dessins du Rire jusqu'a ses 
grandes pages r6cenles du Figaro illusive, au cours d'une produc- 



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60 



WALLONIA 



tion extremement touffue, M. Delaw n'a cesse de cultiver avec ferveur 
les terres fecondes du folklore. La tradition, la legende, le lyrisme 
oral, candide et secrete fleur de l'esp*it des races, toutes les voix de 
jadis enfin, nous savons, en cette maison de Wallonia, de quel coeur 
religieux il les ecoute, et quels subtils conseils de gr&ce et de beauts 
elles chuchotent a son oreille attentive. Noire artiste aime les vieilles 
choses, mais elles le lui rendent bien. A son appel, elles s'animent : 
elles se font, sous sa main, vivantes et parlantes... 

Aussi bien, si les accessoires 
du d6cor s'emeuvent a son vou- 
loir, il n'evoque pas avec un 
moindre bonheur, dans ses des- 
sins, le multiforme paysage des 
regions natales. Sites d'Ardenne, 
montueux et tourmentes, ven- 
ules d'air salubre, rivieres si- 
nueuses ou la colonnade des peu- 
pliers se mire dans un reflet de 
ciel, bourgades proprettes, aux 
perspectives plaisamment desor- 
donnees, va lions etroits, ruines 
abruptes et pathetiques, lisieres 
de forets, grand'ioutes, arbres 
aux silhouettes humaines, clo- 
chers qui ressemblent a d<* petits 
vieux loustics, toute une con tree 
saine, vivace, eveillee, labo- 
rieuse et cordiale, revit forte- 
ment dans les nombreux croquis semes au long des pages, et qui 
n'ont pourtant d'autre pretention que d'encadrer une farce d'^colier, 
une bluette teerique ou la musique d'une ronde d'enfants... 

Les rondes d'enfants ! il se devait d'exprimer, en des interpreta- 
tions nettement divinatrices, leur indicible charme archaique. II s'y 
est appliqu^ avec la comprehension native, si pure, si exempte d'arti- 
flce k litteraire^qui le caract^rise et l'apparente frequemment, pour 
nous, 'a quelqu'un de ces anonymes esprits en lesquels se cristallisa, 
sous sa radieuse^parure en perles de rosee, la poesie eclose, dans 
les 6poques de simplicity au trefonds meme de Ykme populaire. 

Deux autres albums marquent a cet egard sa delicate maitrise. 
Le choix de leurs titres est deja savoureux : Voyez com we on da use 
et Sonnez les Matincs. Le dernier vicnt de paraitre a Paris chez 
T6diteur Sporck. Comme le precedent, il contient, outre de jolis 




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WALLONIA 61 

vers de M me Edmond Rostand, un choix de chansons harmonises par 
M. Gabriel Pierne avec le gout erudit qu'on lui connait. 

Pour notre part, ce sont les dessins de M. Delaw qui nous 
captivent dans le s&iuisant recueil nouveau. D'un trait si d6cisif, si 
personnel, si Regainment d^sin volte qu'on reconnait un de ses 
croquis entre mille, il y prodigue les richesses d'une inspiration qui 
sait indeflniment se renouveler, et sa science innee de la composition 
— nourrie aux meilleures sources — s'y joue de la difficult^ au point 
de la laisser iguorer, de faire croire au badinage espifegle de quelque 
lutin vouea I'imagerie. 

Nous y retrouvons, a la faveur des rondes assemblies, ses 
decors compliques, naifs et spirituels, ses personnages expressifs et 
sommaires, et tout c#la s'agite en une feerie delicieusement bariotee, 
tout cela s'impose a notre m&noire par cent details precis, ingenieux 
et suggestifs, dont chacun est le signe d'une personnalite opulente et 
franche. 

....Descendant la c6te qui les ramene au village, voici les trois 
fillettes qui n'iront plus au bois, et voici, defilant entre leurs 
concitoyens 6baubis, devant la classique Hotellerie du Grand 
Monarque, les couples falots de la uoce de Cadet Rousselle. II pleut, 
berg&re... et tandis que l'averse secoue les arbres du verger ou 
paissaient lesblancs moutons, l'idylle fleurit sous l'ancestral parapluie. 
Puis c'est la mere Michel qui se lamcnte, les gardes francaises 
partant, d'un pas allegre, a l'assaut de la Tour - prends - garde, 
le Juif-Errant chantant sa complainte, et la chevauch^e nocturne des 
compagnons de la Marjolaine. Et, apres vingt autres petits chefs- 
d'oeuvre, 1'album — qui s'^tait ouvert sur l'image du bon Frere Jacques 
qui s'en court, dans le vent frisquet, sonner matines au rnoutier 
voisin — se clot sur la vision de raou ami Pierrot, pechant la lune 
imprudente qui se mirait dans la riviere, k l'ombrc d'un peuplier 
fallacieux.... Toutes ces charmantes inventions sont d'un art 
minutieux et raffine, d'une imagination qui ravit par son heureuse 
fertility. 

Une rare conscience artistique s'avere en ces divers albums que 
d'aueuns, en raison de la modestie de leur auteur et du public pu^ril 
auquel il semble s'adresser de preference, pourraient tenir pour des 
oeuvres mineures. lis n'auront pourtant pas a les etudier de bien pr6s 
pour y constater une d6pense de talent, un apport de nouveaute, 
une vigueur et une sinc&ute de temperament, une siirete d'ex6cution, 
bref, un ensemble de dons precieux que pourrait enWer plus d'un 
« cher raaitre » dont le uom flamboie k la cimaise des musses. 

Charles DELGHEVALERIE 



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62 WALLONIA 



Bibliographic 



La premiere annee de college d* Isidore Torlicole. Texte et 
dessins par George Delaw. — 1 vol. cartonne, in-4° (24 c m . x 32), 76 p. 
Illustrations en couleurs. — Paris, Juven, s. d. [1900] Prix : 5 francs. 

Les mille et an tours de Placide Serpolet. Nouvelles scenes de la 
vie de college. Par George Delaw. — 1 vol. cartonne, in-4° 
(24 c m . X 32), 76 p. Illustrations en couleurs. — Paris, Juven, 
s. d. [1901]. — Prix : 5 francs. 

Les aventures de Til VEspiegle. Texte et dessins de George 
Delaw. — 1 vol. cartonite, in-4° (24 c m . x 32), 74 p. Illustrations en 
couleurs. — Paris, Juven, s. d. [1902]. — Prix 5 francs. 

Voyez comme on danse. Chansons de jeu et rondes enfantines. 
Harmonies de Gabriel Pierne. Images de George Delaw. Preface de 
M me Edmond Rostand. — 1 vol. cartonn^, format oblong (28 c m . x 24), 
42 p. Airs notes, illustrations en couleurs. - Paris, Adrien Sporck, 
s. d. [1902]. — Prix : 6 francs. 

Coxites de nourrices et Histoires de brigands [textes et dessins] 
par George Delaw. Accompagnes de Berceuses harmonis^es par 
Vincent d'Indy. — 1 vol. cartonn^ oblong (31 c m . x 24), 49 p. Airs 
not6s. Illustrations en couleurs. — Paris, Adrien Sporck, s. d. [1903]. 
— Prix : 7 francs. 

Sonnez les matines. — Chanson de jeu et Rondes enfantines. 
Harmonies de Gabriel Piern£, images de George Delaw, preface de 
M me Edmond Rostand. — 1 vol. cartonn6 oblong (28 c m . x 22.5). 
Airs notfe, illustrations en couleurs. — Paris Sporck, editeur, s. d 
[1904]. — Prix : 6 francs. 

O. G. 



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Documents et Notices 



Un Almanach pour 1905. — Quand revient le moment d'acheter 
un nouvel almanach, le citadin prend un « Illustr6 » quelconque, et les 
Wallons. ceiui des Qwate-Matis : les campagnards;. ardennais. eux, 
resteot fideies, qui au Matbieu Laenbergh ou au « Grand Almanach de 
Li6ge », qui a « 1' Almanach populaire des bons conseils pour Tan de 
grace » etc... 

J*ai dit les campagnards, je devrais dire la majority des campagnards, 
car on trouve, de-ci de-la, des cultivateurs qui s'arrangent un almanach a 
eux; et ils ont, comme Matt, tout un clan prisant haut leurs provisions. 

Un de ces cultivateurs, un vieux camarade, M. Paul Keip de Priesmont, 
a bien voulu m'expliquer comment ils s'y prennent : Je transmets la chose 
aux lecteurs de Wallonia, ainsi que les provisions pour 1905. 

Si le contr6ie, tr&s facile, leur est favorable, nos lecteurs pourront 
pendant le cours de leur vie, en se servant de la m6thode, se gausser des 
pronostics de Jules Capr6 et du Vieux Major. 

Les 12 jours compris entre la Noel et la fete des Rois, du 25 dOcembre 
au 6 Janvier, reprGsentent pour certains croyants les 12 mois de Tann6e qui 
suit, et ils les decomposer) t de la facon suivante : 

Le 25 d6cembre, de minuit a midi, correspond a la premiere quinzaine 
de Janvier, et de midi a minuit, a la derniere quinzaine de d£cembre. 

Le 26 dGcembre, a la seconde quinzaine de Janvier et a la premiere de 
d£cembre. 

Le 27 d6cembre, a la premiere quinzaine de tevrier et a la seconde de 
novembre, et ainsi de suite. 

Pendant ces jours, on note la direction de la bise ou du vent, la pre- 
sence ou 1'absence de nuages. 

Lorsque la bise (ou le vent) vient du soleil couchant ou du Nord, on 
indique pour la quinzaine correspondante gel6e ou neige. 

Les nuages qui marcher) t dans le sens contraire du vent marquent la 
pluie ; les gros nuages : Forage ; deux nuages qui se croisent : pluie ; un 
nuage qui tournesur lui-m6me : orage ; le beau temps : beau temps. 

D'OU, LES PREVISIONS SUIV ANTES POUR 1905. 

Janvier, premiere quinzaine : temps plutot sec, 16geres pluies. Seconde 
quinzaine : mouill6e. 

FGvrier, a peu pr&s la merne chose. 

Mars, temps cbangeant : pluie au matin et soleil au soir, et vice-versa. 
Walts dChivier (nivaye) qui ri tinront nin. 

Avril, idem. 



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64 WALLONIA 

Mai, premiere quinzaine : passable ; secoode quinzaine : temps chaud ; 
vers le 20 des orages. 

Juin, fortes chaleurs et orages. 

Juillet, idem. 

Aout, premiere quinzaine : pluie. Seconde quinzaine, un peu meilleure, 
mais mauvaise quand meme pour la rentr^e des recoltes : li tinps ni 
s' sewre nin. 

Septembre, premiere quinzaine : bone po fe Caout. Seconde quinzaine : 
gave la gave a ces qui n* Vdront nin fail, is seront co mouyis. 

Octobre, premiere quinzaine : pluie et gel6e. Seconde quinzaine : temps 
sec avec gelees (des djalts) et ondes de neige. 

Novembre : pluies (des pleuves.) 

Decembre : pluie, et sur la fin, gelee et neige. Joseph Hens. 

Vielsalm, 15 Janvier 1905. 



Chroniqoe Wallonne 



Bibliographic 

LkS L1VRES : 

Le coeur de Francois Remy, roman ; par Edmond Qlksknkr. Un vol. 
in-8° de 368 p. — Paris, Juven. Prix : 3,50. ( l ) 

En cnati&re de critique, a ecrit quelque part Baudelaire, l'ecrivain qui 
est en retard sur ses confreres n'a plus guere d'autre role que celui de 
returner les debats. Lorsqu'il s'agit d'un livre comme celui que vient de 
publier M. Edmond Glesener, r6sumer les d6bats c'est simplement constater 
I'eclatant succes de I'ouvrage. A vrai dire, ce succes n'a gu&re etonn6 que 
ceux qui n'avaient pas lu, il y a six ans, le premier roman de i'auteur : 
Aristide Truffaut. Ge livre est loin d'avoir l'ampleur du Cceur de Frangois 
Remy, mais on y trouve cependant deja extremement d6veloppees toutes 
les qualites fondamentales de I'ecrivain : une observation tres penetrante 
et tres sure, un style precis, correct et solide, le don de la vie, l'amour 
sincere et intelligent de la nature, ainsi qu'une sensibilite tres vive 
dissimulee sous un leger voile d'ironie. 

Francois Remy est le flls d'un modeste artisan comme on en rencontre 
asspz souvent au pays de Li6ge, un brave homme sans ambition ni malice, 
qui porte dans le eerveau une petite fleur bleue qui le rend sensible k tous 
les petit* bonheurs que sa main peut toucher et les lui fait exprimer par de 

(1) [Nous devons le portrait qui illustre cet article a la bonne oblige a nee de 
notre distingue* confrere M Alfred Ruhkmann. direoteur-fondateur de Texcellente 
gazette tii-hebdomadaire LeJour illustr<% do Pruxelle9.J 



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WALLONIA 65 

petites chansons. Chez Francois, la fleur bleue prend un d6veloppement 
exage>6, sensibilise son coeur a Texces, en fait un timide et ruine sa volonte. 
Encore tout enfant, il sufflt que deux yeux de fillette se posent avec douceur 
sur les siens pour conqu6rir son ame aimante et le rendre inquiet et 
malheureux. La mort pr6matur6e de ses parents agrandit ce besoin 
maladif d'affection. Malgr6 I'interet et la sympathie que lui t6moigne un 
ami de son pere, qui le recueille et le tiaite en enfant gate dans le petit 
village des Ardennes ou il s'est retir6 apres avoir quitte Liege, Francois 
souffre ; il souffre d'avoir abandonne* sa ville natale, il souffre de nepas. 
connaitre l'amour, il souffre surtout de porter trop de reves dans son 
faible cerveau. Aussi quand une jeune fille voudra bien s'arreter pour 
l'6couter, elle le subjuguera sans difficulty et se I'attacherac omme un chien 
fldele. Pour la suivre, Fran- 
cois abandonnera i'existence 
tranquille que lui assure son 
protecteur, il deviendra un 
vannier ambulant, il vivra au 
jour le jour dans une marin- 
gote entre un vieillard aca- 
riatre, paresseux et rapace et 
un jeune vaurien doubl6 d'un 
Roger Bontemps et d'une 
bete de proie. 

Ceci est la trame du roman, 
le fll conducteur, la partie 
sentimentale.Mais il y a aussi 
une panie pittoresque el po6- 
tique qui 6toffe le sujet, le 
prolonge et donne a Toeuvrp 
une magistrate envergure. 
M. Glesener a d6crit avec 
une precision m6ticuleuse les 
mceurs des petites gens de la 
Wallonie, et de la roulotte 
qui trimbale les melanco- 
liques amours de Frangois 
Remy il a fait un observatoire 

ou il s'est install^ pour peindre la terre wallonne sous tous ses aspects. 
Quand il entre dans un int6rieur, rien n^chappe a la perspicacity de son 
regard. II voit tous les objets qui s'y trouvent et fixe la valeur de chacun 
d'eux par rapport a leur propri6taire. Puis il analyse celui-ci. II le fait 
aller et venir, il le fait parler. Et Tame se decouvre, le caractere se dessine, 
la personnalite apparait li6e aux choses qui Tentourent, envelopp6e de son 
atmosphere naturelle. II ne cherehe pas a faire de la poesie ; elle nait d'elle- 
meme sous Tinfluence de la sinc6rit6 et de l'exactitude qui president tou- 
jours aux descriptions. La meme conscience s' observe dans la peinture des 



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66 WALLONIA 

paysages. I/Ardenne, le Condroz, la Hesbaye, tous les endroits que la 
roulotte parcourt se montrent toujours avec les lignes et les couleurs 
qu'ils revGtent suivant ies heures et les saisons. Toujours et partout le& 
battemeots du coeur de la terre repondent aux battemeots du cceur des 
person n ages. 

Le roman de M. Glesener est une fresque, peinte non pas a larges traits, 
mais par touches menues, ce qui ne l'empeche pas de revetir ud caractere 
de reelle grandeur. Gela provient de ce que Tart de la composition n'a pas 
de secret pour l'ecrivain. Lorsqu'il dessine la moindre scene, son oeil reste 
fixe sur l'ensemble du sujet. II ne s'egare point et ne s'embrouille pas dans 
la multiplicite des details. Chacun de ceux-ci est a sa place, il a sa raison 
d'etre, il projette de la lumiere ou accentue une impression. Le pere 
Lombard, pour ne citer qu'un exemple, ne profere pas une parole, ne fait 
pas un geste qui ne precise sa nature de vieux ruse et de vieux ladre. 
Quant aux episodes qui se greffent sur le sujet principal, aucun ne fait 
reflet d'un hors d'ceuvre ; tous se rattachent a l'ensemble avec une 
harmonie et une solidite remarquables. Quelques-uns sont, dans leur genre, 
de petites merveilles : telle la scene dramatique de contrebande ; telle 
encore la seance de lutte ou passe un souffle d'epopee. 

Le seul reproche qu'on ait adresse a l'auteur, c'est de s'Gtre inspire un 
peu trop directernent de la maniere de Gustave Flaubert. Ce reproche n'est 
pas tout a fait ^ans fondement. L'ombre du celebre auteur de Madame 
Bovary plane un peu trop visiblement sur le livre. Mais la tare est inflme 
et n'affecte guere que la premiere partie de l'ouvrage. Et puis, qu'importe ! 
Pour avoir ete ecrite, elle aussi, sous l'influence de Flaubert, Boule de Suif 
de Maupassant n'en est pas moins un chef-d'oeuvre. Get exemple ne 
manquerait que je feliciteiais encore M. Glesener de s'etre plac6 sous le 
patronage de Termite de Groisset. II lui doit d'avoir retrouve des qualites 
qui se font de plus en plus rares dans la literature : la perseverance dans 
l'effort, l'amour du style clair et solide, la patience qui sait laisser a I'oeuvre 
le temps de murir et cette conscience dans le travail qui rejette les « a peu 
pres » et ne se trouve satisfaite que quand le sujet est epuise. Le Cceur de 
Frangois Remy est une ceuvre achevee a tous les points de vue. Elle 
traduit avec justesse Tame wallonne, l'ame de la terre et celle des gens, et 
elle la traduit avec tant d'art, d'une facon si virile, si po6tique et si franche 
qu'elle deborde du cercle un peu etroit ou la critique a l'habitude de fa ire 
tenir la literature r^gionale pour s'elever a la hauteur des oeuvres les plus 
emouvantes et les plus charmantes de la Jitt6rature universelle. 

Hubert Krains. 

Ouvrages rectus. — Albert Tuonnar : U Industrie du tissage de la 
laine, Pays de Yertiers et Brabant tralUm. Extr. de « "Les industries a 
domicile en Belgique », tome VI. Publication du Ministere de I'lndustrie et 
du Travail. In 8° de 180 p. avec pi. hors teste (Brux., Goemaere, 1904). — 
Edouard Laloire : Medailles ltistoriques de Belyique, 1904. Plaquette, 
de 15 p. et 3 pi. (Brux., Goemaere). — D. Brouwers : Contribution a Vhis 
toire des Eiats du Duche de Limboury au X VIII 9 siecie. Ex « Bulletin 



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WALLONIA 67 

de Tlnstitut archeologique liegeois, » t. 34. Broch. in-8 # de 31 p. (Liege, 
Imprimerie Liegeoise). — Oscar Colson : Le « Cycle » de Jean de Nivelle; 
chansotis. dictions, legendes el type populaire. Seconde edition, augm. et 
refondue. Ex « Annales de la Societe archeologique de l'Arrondissement 
de JNivelles, » t. VIII. Un vol. in-8° de pp. 107 a 235, pagination originelle. 
Figg. airs notes. (Nivelles, Lanneau et Despret. Prix : 2.50.) 

BULLETINS ET ANN ALES : 
Cercle Archeologique de Mons. — Annates, tome XXXIII. 

1. (P. 1 a k.) F. Hachez. La Chapelle de Notre-Dame de Salut, a 
Hornu. —Courie notice, aceompagnee de la reproduction d'une estampe, sur 
un oratoire disparu. 

2. (P. 5 a 128.) E. de la Roche Marchiennes. Nolice sur Harvengt et 
ses seigneuries. — Apres quelques notes plus que br&ves sur le village de 
ce nom et son eglise, Tauteur nous renseigne tres longuement sur les 
differentes families (d'Harvengt, d'Enghien, de Luxembourg, Carondelet, 
Jacquot. de Harven et Hanot d'Harvengt) qui ont successivement possede 
cette seigneurie du comte de Hainaut. II s'occupe ensuite du flef de 
Marchiennes relevant de la seigneurie d'Harvengt et fait defiler les de 
Marchiennes, les Fourn^au, les Bourlez de Virelles, les Bruneau, les de la 
Roche, seigneurs de Marchiennes, de 1410 a nos jours. Quand j'aurai dit 
qu'il y a la pour des genealogies, une foule de renseignements pr6cieux 
qui ne sont pas mis en oeuvre, et que la lecture de cet article est rendue 
tres aride par une division en chapitres completeraent incomprehensible et 
un nombre considerable de notes placees dans le teste, au lieu d'etre 
renvoyees au bas des pages, il ne me reste qu'a ajouter ceci : cette publica- 
tion sera continuee dans le volume suivant. 

3. (P. 129 a 240.) E. Poncelet. Sceaux el armoiries des Villes, 
Communes et Juridictions du Hainaut ancien et moderne. — Mettre au 
service de l'histoire du Hainaut, tout ce que la sigillographie communale 
peut lui apporter de secours : tel (Hait le but de l'auteur et Ton peut 
affirmer sans crainte que ce secours est considerable, quand un travail est 
aussi complet que celui-ci. L'introduction traite de Timportance des sceanx 
sous l'ancien regime, de leur caractere a la fois seigneurial et communal, 
des changements, de la matiere, de la forme et des types des sceaux, des 
blasons et emblemes les plus frequemment usites dans le Hainaut, des 
sceaux sous les divers regimes qui se sont succ6de depuis la Revolution, et 
enfln des recueils relatifs a la sigillographie hennuyere. 

M. Poncelet d^crit minutieusement les sceaux et armoiries qui sont 
conserves au depot des Archives de l'Etat, a Mons, tant dans la collec- 
tion sigillographique que dans les greffes scabinaux et autres fonds. 
II adopte I'ordre alphabetique des noms de lieux et dessine la plupart des 
sceaux, en regard de leur description. L'article s'arrete au mot Bermeries, 
et la suite paraitra au volume suivant. J'exprimerai ici un vif etonnement 
de ce que le Cercle Archeologique de Mons n'ait pas, pour cette fois, rompu 
avec la deplorable habitude de scinderen deux ou trois morceaux, celles de 



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68 WALLONIA 

ses publications qui sont vraiment dignes de Ja belle reputation de cette 
compagnie. Outre que cet interessant travail sera difficilement consulte, 
par suite de ce qu'il sera r^parti entre deux ou trois volumes, le bon renom 
du Gercle n'aurait pu que s'accroitre par le fait d'une publication en un 
seul tome ou meme en un volume hors serie. 

4. (P. 241 a 254.) Dom Ursmer Berliere. Pierre de Viers, abbe de 
Lobbes. — Etude savamment ecrite sur un abb6 duxiv e sieole, quel'auteur 
n'avait pu identifier dans Particle qu'il a publie sur la cbronologie des abbes 
de Lobbes, dans les memes Annates, t. XXXII. 

5. (P. 255 a 272.) A. Gosseries. Un concordat pour la conservation des 
bois de Chimay et de Coumn au xvni* siecle. — Le consciencieux chercbeur 
qu'est M. G. expose avec soin les nombreux difterends qui s'61everent entre 
le prince eveque de Liege et le prince de Chimay au sujet de leurs domaines 
forestiers contigus et auxquels mit fin le concordat de 1750. 

6. (P. 273 a 284.) V. Bernard. Epitaphier oVHerchies. 

7. (P. 285 a 304.) E. Matthieu. Notice sur un manuscrit de Vabbaye 
de BeLMeem ou de Belian, a Mesvin. — C'est une addition tres ina porta nte 
a la monographic de cette abbaye, Ecrite par G. Decamps. (Annates, 
t. XXXII.) 

8. (P. 305 a 315.) Varietes. Verriere donnee a F eg Use oV Havre par les 
archiducs Albert et Isabelle % par M. Ernest Matthieu. Pour un lulrin, 
par M. Gonzales Decamps. Pauvres honteux de la ville de Mons f par 
M. L. Lemaire. A. Carlot. 

REVUES ET JO URN A UX : 

La question du wallon (par Paul Scharff, dans La Metis e du 
22-12-04). — « La question des dialectes est irritante et con tro verse 1 e. 
Faut-il les proteger ou faut-il travailler a leur extinction comme nuisibles 
au progres general ? 

» Disons en principe que parallelement aux langues mondiales, toutes 
('galement riches, belles, sonores pour ceux qui les parlent, il existe des 
langues sccondaires moins savantes et plus intimes, auxquelles les masses 
restent fiddles, quoi qu'on lasse. 

» Flit il possible, par un geste divin, de donner a rhumanite" un seul 
langage, vite elle se mettrait a fabriquer des dialectes eperdument, et 
parmi ces dialectes formes par des forces £l£mentaires irresistibles et 
fatales, ceux partes par des groupements ethniques plus intelligents et 
plus forts se hausseraient a la digniie de langues nationales et litteraires. 
Ge serait a peu pres la situation actuelle. 

» Done, quand meme, au point de vue strictement utilitaire, la dis- 
parition des dialectes serait desirable, elle est impossible par la force des 
choses. les influences de milieu, de races, de sol et de climat. C'est une 
situation de fait. 

» Les langues litteraires s'evanouiront, les dialectes resteront ; autres 
certes, modifies, boulevers^s par Taction de mille facteurs, mais ils sur- 



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WALLONIA 09 

vivront a tous les bouleversements comme la vegetation tenaee surgit sur 
toutes les mines. 

> L'extinction ou la suppression des dialectes sont done des utopies. 
Bannis des couches superieures, ils se maintiennent dans le peuple d'ou 
ils rentrent par une infiltration subtile, mais continue, dans la Jangue 
litteraire, artificielle, a iaquelle ils reviennent donner des muscles et 
des nerfs. 

» Ils seraient mal inspires ceux qui, non seuleinent se refuseraient a 
reconnaitre aux dialectes une vertu civilisatrice, mais de plus les croiraient 
un obstacle au progres. Au contraire, il est indispensable de raaintenir, a 
cdte* de la langue litt^raire principale, une seconde langue litte'raire, une 
espece de dialecte superieur canalisant, resumant les divers parlers 
rggionaux et affirmant la cohesion d'une race. La premiere raison en est 
de donner satisfaction a un besoin irrepressible des horames qui les pousse 
a s'elever au-dessus du terre-a-terre des preoccupations journalieres d'une 
vie uni forme et terne. 

» Dans les campagnes surtout, une literature du terroir, simple, 
familiere, intime peut seule atteindre ce but, e'est la seule qui soit a U 
porter de tous, la seule qui parvienne a remuer les fibres ataviques des 
ames frustes. (Test en me me temps une preparation, un assolement en vue 
d'une culture plus intense. 

y> En second lieu, le culte d*un dialecte central oppose une digue 
salutaire a la force centrifuge des innombrables dialectes locaux se rami- 
flant a I'infini. G'est encore un acheminement vers une culture superieure. 

» La dissipation des forces morales et intellectuelles d'une race est 
enray6e ;, pareille a une racine forte et nourriciere, elle amene la seve et 
la vie a Tarbre superbe, symbole de la patrie. En meme temps, la langue 
regionale vient enrayer les tendances trop centralisatrices de la grande 
langue litteraire, force centripede excessive qui atrophierait la peripheric 
Le premier devoir des autorites est de soutenir de nobles aspirations 
dignes de toutes les sollicitudes et hautement respectables. 

» II est chim6rique de craindre que la langue regionale nuise a reman- 
cipation intellectuelle et fasse tort a la langue generate. Le contraire est 
vrai. Comme Anthee touchant la terre reprenait une nouvelle vigueur, 
recrivain se retrempe dans son parler natif comme dans une fontaine de 
Jouvence. L'^tranger qui ne connait pas de dialecte ne saura jamais a fond 
la langue litteraire en depit d'un sejour prolong^ : le principe createur, 
l'intime communion avec Tame meme de la langue lui fera toujours defaut. 
Dans les villes, e'est l'argot, la langue verte qui remplace le dialecte. C'est 
la revanche des puissances generatrices reprimees. II est hors de doute que 
le monde litteraire et savant, en se detachant du parler populaire, a prive 
la langue francaise de la meilleure part de sa force creatrice. Le resultat de 
ce dedain sont les monstres linguistiques greco- latins qui font du franca is 
la langue la plus artificielle et la plus pedante qui soit. 

» Au point de vue scientifique et philosophique, une oeuvre wallonne, 
par exemple, a plus de prix intrinsfcque qu'une oeuvre francaise de meme 



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70 WALLONIA 

envergure. Celle-ci vient s'ajouter sans grand profit a un tr6sor national 
immense, celle-la est une contribution pr^cieuse a un patrimoine modeste, 
une affirmation nouvello de la vitality d'une race, dont elle rendra temoi- 
gnage dans les ages futurs. Fritz Reuter, 6crivant en langue litteraire, 
eiit peut-6tre 6te un classique respectable. Aujourd'hui, c'est I'unique, le 
glorieux representant du peuple bas-allemand, qui a tressailli d'indigna- 
tion quand, tout rGcemment, on parlait de traduire son po&me en allemand 
litteraire. 

» Mistral, qui vient d'obtenir le prix Nobel, n'aura rien enlev6 au sen- 
timent national francais, ni a l'^clat des lettres franeaises, en travaillant a 
la glorification du Languedoc, de la langue et de la race provengale. » 



Faits divers. 



La mort de « La Marmite. » — Le plus ancien des journaux wallons 
du pays, La Marmite, cesse de paraitre, apres 22 ann6es d'existence. 

La Marmite fut fond6e en 1883 par M, L. Godenne, qui n'a cesse* de 
l'6diter depuis lors. C'6tait une entreprise extremement bardie pour 
Tepoque, et qui r6ussit cependant des le premier jour. M. Godenne venait 
de s'etablir comme imprimeur. II publiait alors un petit journal portant le 
titre La Reclame, dans les colonnes duquel il eut l'idee d'ins£rer, en guise 
de « bons mots » ou de « mots de la fin », comme on dit a present, des 
fac6ties en wallon, qu'il intitula un peu audacieusement, mais suivant 
l'usage jusqu'alors... oral, couyonades walones ; la chose et le mot ont 
aujourd'hui fait fortune ; mais, des la premiere heure, personne n'y trouva 
a redire : c'Gtait dans la note, et du reste les lecteurs des journaux wallons 
depuis lors en ont vu bien d'autres. Bref, l'innovation de M. Godenne fut 
du gout des Namurois, le tirage du journal s'en ressentit, et l'editeur fit 
alors un coup de maitre : le 25 mars 1883, parut le premier numSro de 
la Marmite dont le succ&s fut colossal. On s'arracha la gazette, des vendeurs 
sp£ciaux parcoururent la bonne ville de Namur, annoncant la Marmite 
dans les rues en son nan t de la clochette. Le second numero fut tir6 a 5,000 
exemplaires ; au 5 e , le tirage avait atteint 15,000 ! La gazette fut vendue et 
cri^e dans les rues a Liege, a Bruxelles, dans tous les coins de la Wallonie : 
des depots r£guliers furent etablis jusqu'a Paris et a Londres, ou les 
Wallons attendaient avec impatience Tapparition du numero hebdomadaire. 

Durant la premiere an nee de la Marmite. l'editeur n'eut d'autre 
collaborateur que Pierre Tasnier (Pierre del Marmite), espece d'original 
et de boheme, d'un tour d'esprit tres curieux. La seconde ann6e, Tasnier 
abandonna la gazette, laissant Godenne seul a la tache. Gelui-ci suscita 
autour de lui des collaborateurs pour le genre couyonades, mais il fit mieux. 
Il interessa son public aux productions litteraires du terroir et ouvrit ses 
colonnes aux jeunes ecrivains : Aug. Vierset, Louis Loiseau, Berthalor, 
ZGphir Henin, et bien d'autres flrent ainsi sous les yeux d'un grand public 
leurs premieres armes. 



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WALL0N1A 71 

Au cours de si iongues annees. M. Leopold Godenne, et son frere et 
associe Alexandre, n'ont cess6 d'encourager ies auteurs du terroir namu- 
rois, soit en leur ouvrant les colonnes de la gazette, soit en lancant leurs 
oeuvres, soit en leur facilitant la publication de leurs ecrits. L'un de ces 
ecrivains, Berthalor, rend a cet egard a MM. Godenne, dans le dernier n° 
de la Mai-mite, un hommage parfaitement merits. Nousconnaissons, quant 
a nous, depuis longtemps aussi, la parfaite obligeance de MM. Godenne, et 
nous en eumes recemmert une preuve nouvelle lorsqu'ils ont bien voulu 
rechercher et envoyer a Wallonia, qui en avait besoin, une collection de 
la Mai-mite contenant plus de 150 n os choisis. 

Une gazette aussi speciale et particuliere que La Marmite n'a pas 
v6cu pr&s d'un quart de siecle saus avoir, comme on dit, des hauts et 
des bas, et sans rencontrer des difficulty materielles que seul, un reel 
d6sinteressement pouvait faire surmonter. Mais Tamour de la vieille 
langue est de tradition dans la famille qui crea la Marmite. Les Godenne 
comptent plusieurs ecrivains wallons de reel talent. Au reste, le nom 
memo de ces editeurs n'est-il pas wallon et du terroir namurois ? 

De Namur, ou la Marmite fut fondee, elle suivit MM. Godenne a 
Gouillet, puis enfln a Malines, ou ils sont etablis depuis douze ans, et 
oix Ton vit cette chose assez bizare, d'un journal wallon imprime en terre 
tlamande et souvent compose par des typographes flamands. 

De 1883 a 1894, la Marmite fut dirigee par L. Godenne. De 1895 a 
1897, sous la direction de Louis Loiseau, le journal, dont la vogue avait ftni 
par diminuer, reprit une vigueur nouvelle, et son tirage atteignit presque 
Timportance qu'il avait eue a ses debuts. Louis Loiseau eut Tidee originale 
de recueillir et de noter sans relache,au cours de ses nombreuses peregrina- 
tions dans le pays, les legendes, les dictons et surtout les innombrables 
traits d'humour populaire qu'il excelle a conter et qu'il s'amusait alors 
a r^diger. On vit cependant la Marmite publier, a cote de ces faceties 
pleines de salacite qui furent de tout temps sa speciality bruyante, des 
chansons nouveiles avec musique notee et meme des poesies tendres, 
qui temoignaient chez M. Loiseau et ses amis d'un talent qui n'est pas 
oublie. Lorsque Loiseau, encombre d'autres soins, dut abandonner son 
ceuvre. la direction de la Marmite fut reprise, de 1900 a 1902, par le 
Gercle litteraire et dramatique Nameur po lot, de Bruxelles. Plus tard, 
MM. Godenne cederent encore la redaction de leur journal, mais cette 
fois, avec moinsjie bonheur. 

Et voici que la vieille gazette namuroise, ancetre de nos feuilles 
wallonnes, trouve qu'elle a fait son temps. Elle cede la place a qui la 
veut prendre. 

On trouvera difficilement un editeur capable d'ambitionner la ^suc- 
cession de MM. Godenne — capable surtout d'assumer, pour de simples 
raisons de sentiment, les sacrifices que peut occasionnellement entrainer 
une publication s'adressant a un public aussi inconstant que le public 
wallon. 0. C. 



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72 WALLONIA 

Une revue historique a Tournai. — tin groupe de fervents de I'his- 
toire locale vient de former le projet de fonder a Tournai un bulletin 
p^riodique sous le titre do Revue Tournaisienne. (Test M. A. Hocqubt. 
cunservateur des Archives et de la Bibliotheque communales, et M. L6o 
Verriest , archiviste-paleographe, qui viennent de faire connaitre au 
public cet excellent projet. 

Le champ que la Revue Tournaisienne se propose d'exploiter est 
vaste. Tournai — classe deflnitivement parmi les villes d'art celebres — 
ne le cede en rien a d'autres pour le nombre et la valeur de ses monuments 
civils et religieux, et ses archives, d'une tres grande richesse, p roc lament 
hautement la gloire de son passe politique. Mais ces triors ne sont ni 
connus, ni appr£ci£s comme ils le m6ritent et, malgre les travaux tout 
a fait remarquables dont d'erudits chercheurs nous ont dotes, il reste 
encore une mine fecoude a explorer. Cest a cette entreprise que la publi- 
cation se consacrera entierement. 

La Revue Tournaisienne s'occupera de toutes les questions se rattachant 
a l'tiistoire et a I'archeologie locales, a la restauration des monuments, aux 
rausees, au folklore, etc... Elle s'attachera a T6tude des annales glorieuses 
de I'antique cite et fera connaitre tout ce qui interesse ses vieilles institu- 
tions civiles, religieuses, politiques et sociales. Des notes retrospectives, 
des questions et des r6ponses seront jointes, s'ii y a lieu, a la chronique ; 
les revues, generates ou sp^ciales, seront depouillees, les travaux recents 
analy?es ou signales, etc. Enfln, une rubrique speciale sera consacree au 
Townaisis. 

Tel est, esquiss6 a grands traits, le programme que les fondateurs se 
sont trace. A tous ceux qui veulent bien s'interesser a cette ceuvre de leur 
accorder un bienveillant appui. Nous applaudissons a Toeuvre regionale 
entreprise par MM. Hocquet et Verriest, et nous esperons qu'elle sera 
largement encouragee. 

La Revue Tournaisienne paraitra tous les mois, a raison de 16 pages 
in-i par numero. Si les ressources le permettent, on illustrera le texte et 
Ton publiera une matiere plus abondante. Le prix de Tabonnement est nx6 
a 6 francs par an. M. Leo Verriest, 17, rue Royale, a Tournai, est charge 
de prendre note des adhesions. 

P. S. — Le premier n° de la Revue tournaisienne vient de paraitre 
on fevrier. L'appel lance par MM. Hocquet et Verriest a done 6te 
entendu. Ge premier fascicule, tres bien compose, et edite avec soin, nous 
convainc que le nouveau recueil s'eflbrcera de rempiir, pour la region ou 
il parait et dont il porte le nom, le meme programme que Wallonia : i'Hi.s- 
toire, l'Ethnographie et les Arts, le Passe et le Present du Pays y seront 
l'objet d'une 6gale attention. 

Nous nous en re\jouissons et nous exprimons le voeu que i'exemple si 
excellemment donne par la Revue tournaisiemie soit suivi a bref deiai 
dans les autres regions wallonnes. 0, C. 



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Principaux collaborated 



MM. Victor Chauvin, professeur a l'Universite de Liege ; Jules Dbwert, 
prof, a TAthen^e d'Ath ; Alfred Duchesne, prof, de Literature franchise, 
Leipzig ; Jean Haust, prof, a l\\th£n6e royal de Liege ; A. Marechal, 
prof, a l'Ath6n6e royal de Namur ; H. Pjrennb, prof, a l'Universite de 
Gand ; Maurice Wilmotte, prof, a l'Universit6 de Ltege. 

MM. Albin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adjoint des Archives de l'Etat a Liege; A. Carlot, attache aux Archives de 
l'Etat a Namur; Emile Fairon, attache aux Archives de l'Etat a Li6ge; 
Oscar Grojean, attache a la Biblioth&que royale de Bruxelles ; Emile 
Hublard, conservateur de la Bibliotb&que publique He Mons; Adrien Oger, 
conservateur du Mus6e archeologique et de la Bibliotheque publique 
de Namur. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Musee archeologique de Li6ge; 
A. Boghaert Vache. archeologue et publiciste, Bruxelles; Leopold Devil- 
lers, president du «Cercle archeologique » de Mons; Justin Ernotte, 
archeologue a Donstiennps-Thuillies; Ernest Matthieu, archeologue a. 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soctete" archeologique », Nivelles. 

MM. Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Louis Dumont-Wilden, 
litterateurs a Bruxelles ; Charlqs Delchevalerie, Olympe Gilbart, littera- 
teurs a Li6ge ; Hubert Krains, litterateur a Berne; Albert Mockel, 
litterateur a Paris. 

MM. Henri Bragabd, president du « Club.wallon », Malra£dy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm ; Edmond Jagquemotte, Jean Lejeune, 
auteurs wallons a Jupille; Jean Roger, president de V « Association des 
Aut°urs dramatiques et Ghansonniers wallons », a Lie*ge ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Li6ge; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Glosson, conservateur-adjoint du Musee instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxelles; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire royal de musique, Liege. 

MM. George Delaw, dessinateur, a Paris; Auguste Donnay, artiste 
peintre, professeur a FAcadGmie royale des Beaux Arts de Li6ge ; Paul 
Jaspar, architecte, a Liege ; Armand Rassenfosse, dessinateur et graveur, 
a Li£ge ; Joseph Rulot. sculp.teur, professeur a TAcad6raie royale des 
Beaux-Arts de Lteg*» ; Gustave Serrurier, ingenieur-d£corateur, Li6ge. 

MM. Y. Danet des Longrais, gonealogiste-heraldiste, a Liege ; Pierre 
Dbltawe. publiciste, a Liege ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt ; Lucien 
Roger, instituteur communal a Voneche ; Oscar Colson. etc. 



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Archives Wallonnes 

D'AUTREFOIS, DE NAGUfeRE ET DAUJOURD'HUI 

mensutllts, illustrtes 

RECUEIL FONDE EN D&CEMBRE 1892 PAR 

O. Colson, Jos. Defrecheux & G. Willame 

Publie des travaux originaux, Etudes critiques, relations et 
documents sur tous les sujets qui interessent les Etudes wallonnes, 
Ethnographie et Folklore, Arclteologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le com pte rendu du Mouvement wallon g6n6ral. 
Recueil impersonnel et ind^pendant, la Revue reste ouverte k 
toutes les collaborations. 

Directeur : Oscar COLSON, 10, rue Henhart, Lidge 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn6s regoivent les n°*parus de l'annge courante. 



Tomes I k X, 1893 k 1902 Indus. 

Ghacune des ann6es de Wallonia forme un volume complet, 
in-8° raisin, broclte non rogite, avec faux-titre, titre et table 
systeinatique des matteres. Les 8 premiers volumes comptent 
chacun plus de 200 p. ; les volumes suivants plus de 300 p. ; 
total 2400 p. environ. Chaque tome est illustr6 de dessins origi- 
naux, vignettes, photogravures, planches et facsimiles, et contient 
de nombreux airs notes. Le tome V (1897) est accompagn6 d'une 
premtere table quinquennale analytico-alphabGtique ; au t. X (1902) 
est annex^e une seconde table quinquennale serablable. 

Tome onzi&me. 

1QAQ ^ es tasc * cules de ^ a onzteme ann6e, tome XI de Wallonia, 
luUO forment un £tegant volume broclte de plus de 300 pages, 
qui contient de nombreux airs notes, dessins originaux, planches, 
portraits, etc. Prix : 5 francs. 

La collection complete, 11 volumes : 33 fr. net. 

Avec Tabonnement 1904, ensemble : 37 francs. 

La fourniture des volumes s6par6s n'est pas garantie ; mais des 
conditions sp6ciales seront faites, tant que le permettra l'dtat de 
la reserve, aux abonnes qui d6sireront completer leur collection. 



rmp.'lndwttrielle et Gommercinle 

sociHi anonyme 

<-nr St- Jen n- Baptist*. 13, LUge 

T*l*phone 1814. 



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H±yL . 33, 



Xiil c annee-N 3. Mars 1905, 

SOMMAIRE 

Jules DEWERT. — Les Ronds du Hainaut, d'apr^s le 

chroniqueur Jacques de Guyse. 
J. HEYLEMANS — Le Cheval Bayard, prds du Moulin de 

Walzin. Croquis d'apr&s nature. 
Maurice des OMBIAUX. — Un peintre de Meuse : Eugene 

Verdyen. 
N.rcUVELLIEZ. — M*t6orologie rustique. 
E. M ATT HIE U. — Le Roi des radis, k Kain. 

CHRONIQUE WALLONNE 

« Pro Wallonia » (la Direction). 

Le Congr6s Wallon : Expose des Motifs, Comity, 

Programme. 
Bibliographic : Les livres (A. Mar6chal, Ch. Del- 

chevalerie, D. Brouwers).- -Bulletins et Annales 

(E. Fa iron). 
Faits divers. — - Martille (Ernest Closson . — 

Jacques Fauconnier (Jean Roger) avec portrait. 



BUREAUX : 
Ll£G£, 10, RUE HENKAftT 



Oh an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs — Le n* 50 cent. 
La Revue pa rait chaque niois, saui' on aout. 



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SUPPLEMENT 

Nos lccteurs trouveront, encarte dans le pr6sent numero, un 
avis relatif a un ouvrage musical wallon de M. Pierre Van Damme. 



Sommaire du dernier Num6ro 

Oscar COL SON. — Les Sortileges et les Maldflces dans la 
tradition populaire wallonne (Premier article). 

Lucien ROGER. — Chansons populaires recueillies k Prouvy- 
Jamoigne et k Von6che, pr6s Beauraing (airs notes). 

Charles DELCHEVALERIE. — Les albums de George Delaw 
(avec portrait et bibliographie). 

Joseph HENS. — Un almanaoh pour 1905. 

CHRONIQUE WALLONNE 

Bibliographie : Les livres (Hubert Krains) avec un 
portrait. —Bulletins et Annales (A. Carlot). — 
Revues et journaux [Paul Soharff]. 

Faits divers : La mort de « la Marmite ». Une 
revue historique k Tournai (0. C). 



Llbraires-correspondants. 

Berlin : Asher et C !i , 13, Unter den | Mons : Jean Leich, rue Rogier, 

Linden. Namur : Roman, rue de Per. 

Bruges : Geuens-Willaert, 5, place 

S»-Jean. 
Bruxelles : Falk flls, 15-17, rue du 

Parchemin. — Oscar Lamberty, 

70, rue Veydt (Quartier- Louise).— 

Lebegue et C ie , 46, rue de la Made- 



Nivelles : Godeaux, 2, Grand'Plaoe. 
Paris : G. Klincksieck, 11, rue de 
Lille. — Schleicber freres, 15, rue 
des S u -P6res. — G.-E. Stechert, 
76, rue de Rennes. 
Spa : Laurent Legrand, 15, rue des 
leine. Ecomines. 

Charleroi : Librairie L. Surin, 6-4, Tournai : Vasseur-Delm6e, Grand 1 

passage de la Bourse. place. 

Hannut : Hubin-Mottin. ; verviers : Guiil. Davister, 115, rue 

Huy : de Ruyter, rue Fouarge. j du Marteau. 

Li6ge : Jules Henry et G u , 21, rue ! 
du Pont-d'Ile. 



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Les Ronds du Hainaut. 



[Dans son Histoire d'Ath, dont il fut rendu compte ici avec de justes 
eloges, notre collaborateur M., Jules Deioert a publie d'apres Jacques 
de Guyse, I* episode histovique connu sous le nom de Les Ronds du Hai- 
naut. Cel episode, comme le dit M. D. est Ires populaire a Alh et aux 
environs. Cependant, tres peu de personnes en ont lu le recit. Par son 
cote traditionnel et hislorique, la Guerre des Ronds interesse les lecleurs 
de Wallonia. Nous nous soinmes done propose de reproduire le texte de 
M. Deioert, et a cetle occasion, Vauteur a ecrit une savanle notice , que 
nous sommes heureux de publier, et oil il etudie la vraisemblance du 
recit de Jacques de Guyse. — N. D. L. R.] 



I. 

La Guerre des Ronds, 

D'APRfes LE CHRONIQUEUR JACQUES DE GUYSE. 

Aussit6t apr&8 la mort de Guillaume de Dampierre, Marguerite, 
comtesse de Flandre et de Hainaut, r6voqua tous les ofticiers du comt6 de 
Hainaut, principalement ceux qui 6taient n£s dans le pays. Apr&s avoir 
d6pouill6 de leurs charges le grand bailli, ainsi que les autres baillis, tous 
les pr6v6ts, les chatelains, et meme les sergents du comt6, elle les rempiaca 
par des Flamands splon son caprice ; ensuite elle surchargea de tailles les 
gens de toute condition, mit un impot exorbitant sur toutes les marchan- 
dises, et, ce qui etait encore plus intolerable que tout le reste pour le pays, 
elle cboisit dans toute la Flandre trois cents flamands, les plus avides, les 
plus m6chants, les plus sanguinaires qu'elle put trourer, et leur donna 
la libert6 avec de grands avantages. D'abord elle les prit sous sa sauvegarde 
avec leurs biens meubles et immeubles et leurs families. Elle donna a 
leurs maisons et aux lieux qu'ils habitaient ce privilege remarquabie, 



T.XIH, n» 



Man 1905. 



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74 WALLONIA 

que tous les habitants du Hainaut, qui s'y rGfugieraient pour quelque 
crime que ce fut, y seraient en surete comme s'ils eussent cherche un 
asile a Gand ou a Bruges. 

Ges trois cents hommes n'6taient justiciables que de la cour de Pamele 
pres d'Audenarde, et ne pouvaient §tre cites ailleurs. Six fois par an, ils 
etaient obliges d'y comparaitre, et, moyennant six deniers ordinaires, 
monnaie de Hainaut, qu'ils donnaient aux juges pour se racheter de tous 
leurs crimes et d6lits, iis etaient quittes envers tout le monde, sauf le cas 
de convocation g6n6rale. La comtesse voulut que lorsqu'un de ces trois 
cents venait a mourir, on le remplacat aussitot ; et elle ordonna qu'ils 
fussent appel6s les vassaux de la comtesse de Flandre. Elle leur distribua 
tous les emplois du comte : les uns furent faits gardiens des champs, des 
bois, des eaux, des chemins, des bourgs ou des villages ; d'autres referen- 
daires, d'autres, receveurs, et on leur donna de meme les autres charges. 
Si bien qu'au bout d'un an et demi, tout le pays, les campagnes et les 
villages, ainsi que les bonnes villes, les nobles, les pr£tres, les marchands, 
les 6glisos furent entierement 6puis6s. Les barons se plaignaient, les bour- 
geois, les marchands pleuraient, et le peuple invoquait le Seigneur ; car il 
ne trouvait de refuge que dans le Dieu du ciel. Ni Tempereur, ni i'£v§que 
de Li£ge, ni m&me Jean d'Avesnes, heritier du Hainaut, dont le coeur 6tait 
navr£ de douleur, ne pouvait rien pour les secourir. Dans ce temps-U les 
g£missements, les larmes, les inquietudes, les soucis assaisonnaient triste- 
ment les repas des habitants du Hainaut. 

Les trois cents oppresseurs furent disperses par Marguerite dans la 
terre de Leuze seulement et dans toute la partie du Hainaut qui est entre 
la riviere de Haine et les confins de la Flandre et du Brabant, en commen- 
cant a la limite de Grammont, passant par la chatellenie d'Ath, prfcs de 
Ghievres, par la terre d'Enghien, les pr£vot£s de Mons, de Binche et de 
Beaumont jusqu'k l'6vech6 de Li£ge. Sur toute l'etendue de ce territoire, 
le bailli de Hainaut, par ordre de la comtesse, les etablit a leur choix dans 
les villages, aux embranchements des routes, ou dans les lieux plus riches 
selon le grade de chacun d'eux ; et la, tout ce qu'ils purent prendre pour 
leur nourriture leur fut accord^, a condition qu'ils ne le vendraient point ; 
car la vente des vivres leur 6tait interdite, sous la meme peine que le vol. 

Dans ce temps-la, un boucher de Ghievres, nomm6 Gerard le Rond, 
vint a la foire d'Ath, un certain jeudi avant la Toussaint, pour chercher un 
marchand qui eut du betail a vendre. II y trouva en effet un marchand de 
Ghislenghien, qui avait un boeuf fort gras et fort beau ; mais ne sachant 
qu'en faire, parce qu'il avait peur des vassaux de la comtesse de Flandre, 
il disait qu'il donnait ce boeuf pour vingt pieces d'or. Gerard s'approcha 
pour le voir, en offrit seize pieces et finit par 1'obtenir. lie lendemain, 
vendredi, etant revenu avec de l'argent et deux enfants pour conduire le 
boeuf a Ghievres, il paya et partit. Lorsqu'il eut traverse un petit village 
appele le Loe, neuf vassaux qui avaient apergu le boeuf s'approcherent de 
G6rard, et lui demanderent de quel droit il avait eu la t£m£rite d'entrer sur 
leur territoire pour achetcr les provisions de la comtesse de Flandre. 



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WALLONIA 75 

« Nous gardions ce boeuf, ajouterent-ils, jusqu'a Noel, pour Toffrir a cette 
epoque a notre dame Marguerite. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il faut nous 
le remettre. » Gerard repondit respect ueusement qu'il avait achete cet 
animal et qu'il avait droit d'en disposer ; que cependant ii leur donnerait une 
piece d'or pour acheter du vin, s'ils voulaient le laisser passer. lis refuserent 
en disant qu'ils voulaient avoir le boeuf. Gerard repliqua qu'il defendrait 
loyalement un bien qu'il avait loyalement acquis. Bref, des paroles on en 
vint aux coups. Les neuf vassaux tuerent Gerard, emmenerent le boeuf a 
Ath et le vendirent moyennant douze pieces d'or au chatelain, qui etait ne 
dans le comte d'Alost, et qui 6tait un des leurs. 

dependant les deux jeunes domestiques de Gerard le Rond etaient 
arrives a Chievres et avaient annonce en pleurant la mort de leur maftre. 
Les six flis de ce malheureux, tous bouchers, en apprenant la fin ignomi- 
nieuse de leur pere, prirent aussitot les armes, et ils coururent, pleins de 
rage, avec leurs serviteurs et quelques parents, au village de le Loe pour 
chercher les meurtriers. lis parcoururent les chemins detournes jusqu'aux 
portes d'Ath, et les villages environnants. Ils revinrent aupres du corps de 
leur pere ; apr&s Tavoir place sur un brancard, ils le porterent, en pleurant 
et en poussant des cris de douleur, au milieu du marche de Ghievres, sous 
les yeux des seigneurs de la ville, et demanderent justice de ce forfait. 

Six chevaliers gouvernaient alors temporellement la ville de Ghievres : 
c'etaient Gerard de Jauche, Gerard de Lens, Rasson de Gavre, Nicolas de 
Rumigni, Othon d'Arbre et Jean de Paluel. Quant a Gossuin de Hove et 
Jean de la Brongnarderie, ils n'eiaient point comptes parmi les seigneurs 
de la ville, quoiqu'ils demeurassent dans le Sart. Ges seigneurs, au r6cit et 
a Taspect d'un crime si odieux, eussent couru aux armes sur-le-champ, si 
Rasson de Gavre n'eut modern leur ardeur. (II leur conseiila d'attendre 
trois jours pour savoir si Ton ne ferait pas connaitre le crime a Tune des 
oours de justice du Hainaut avec les noms des criminels ; et d'ici-la de 
s'occuper des funerailles de la victime). 

Get avis obtint Tassentiment general. Les obseques faites et les trois 
jours ecoules, les seigneurs de Chierres s'informerent a Mons, a Ath, et enfin 
aupres de la cour de Pamele, si un homicide, avec de telles circonstances, 
n'avait pas ete denonce a la justice. La reponse fut negative, et le quatrieme 
jour apres la mort de Gerard, ses six fils, apres avoir dispose, le mieux 
qu'ils purent, de ce qu'ils possedaient, et d*apres le conseil des seigneurs de 
Ghievres, rSunirent leurs parents et amis avec leurs serviteurs, au nombre 
de soixante personnes, qui s'armerent de tout ce qu'elles purent trouver 
chez eiles ou chez leurs voisins, arcs, fleches, 6p6es, lances ou epieux, et 
sortirent le mardi suivant de la ville de Ghievres. La troupe se dispersa dans 
plusieurs villages, et apres avoir passe le jour et la nuit a chercher les iieux 
ou se trouvaient les vassaux, et a observer leur maniere de vivre, elle se 
reunit au bout de deux jours dans le bois de Willehourt [bois du Renard), 
La, apres avoir pris secretement conseil dans Tobscurit6 de la nuit, on 
resolut d'attaquer les vassaux, et on se pourvut d'echelles, de leviers, de 



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76 WALL0N1A 

fenetres etde portes en guise de boucliers, enfln de tout ce qui etait 
necessaire pour un assaut. 

Quelques-uns d'entre eux dirent qu'ils connaissaient trois villages oft 
plusieurs vassaux de la comtesse devaient se reunir pour diner la veille de 
Saint-Martin, savoir : a Melin, a Arbre et a Lens, et ils indiquerent les 
maisons ou ces reunions auraient lieu. On convint unanimement d'envahir 
dans la nuit ces trois villages et point d'autres. Gette resolution fut exe- 
cutee. La veille de Saint-Martin, au commencement de la nuit, ils descen- 
dirent a M61in, entourerent une maison dont la porte etait assez solide pour 
register, quoiqu'elle ne fut que de bois, et chercherent a pen&rer dans Tin- 
t6rieur par escalade. Dix vassaux qui Gtaient dans cette maison se leverent 
de table precipitamment, devinant bien que cette attaque furieuse avait 
pour but de venger la mort du boucher, que quelques uns dVntre eux 
avaient tue. Ils tirerent leurs epees, car ils etaient tous armes, et soutinrent 
vaillamment le premier choc, precipitant les uns du haut des £chelles, ot 
blessant les autres grievement. Mais ils ne purent register longtemps aui 
efforts des assaillants, et ceux-ci ftnirent par se rendre maitre de la porte. 
Alors ils tuerent irapitoyablement tous les vassaux qui etaient dans la 
maison, ainsi que trois domestiques, et jeterent leurs cadavres par les 
fenetres. Ils laisserent la vie a six temmes qu'ils trouverent avec eux ; mais 
apres leur avoir coupe le nez, les levres, une oreille ou le menton, ou bien 
arrache les yeux, ils les conduisirent a Ath et les mirent entre les mains des 
juges de Pamele, en disant que les Ronds de Hainaut avaient fait cela pour 
venger la mort de leur pere. 

De la, ils allerent a Arbre et n'y rencontrerent dans Thotellerie que six 
vassaux avec leurs maf tresses. Ils se jeterent sur eux, les massacrerent et 
deflgurerent les femmes, comme celles de Melin, en ne leur faisant de 
bltssures qu'au visage. D'Arbre, ils se rendirent a Lens, ou les vassaux 
venaient de se disperser apres avoir pris leur repas. lis n'en trouverent que 
trois dans une taverne ou ils etaient venus passer la nuit, et les tuerent. 
En sortant de Lens, ils voyagerent pendant toute la nuit pour arriver a 
Thuin, dans l'ev§che de Liege, ou on leur donna un asile, et le lendemain ils 
6crivirent une lettre au bailli de Hainaut. 

(Dans cette lettre signee : de la part de toute la societe des Ronds de 
Hainaut, ils rappelaient tout ce qui precede et promettaient de mettre a 
mort tout le reste des vassaux, jusqu'a ce qu'ils eussent obtenu vengeance 
et indemnity des assassins de leur pere). 

Trois jours apres avoir envoy6 cette lettre, ils sortirent de Thuin, 
entrerent dans le Hainaut, et se tenant caches pendant trois semaines dans 
les forets et dans les lieux 6cart£s pour epier les vassaux, ils en tuerent un 
grand nombre, et s'emparerent de leur b6tail, comme boeufs, vaches, pores 
et raoutons, qu'ils conduisirent par les bois a la ville de Thuin. 

Surcesentrefaites, Jean de Rosoi, seigneur d'Audenarde, envoya contre 
eux des hommes d'armes parce qu'ils avaient tue douze vassaux a Papijrni, 
a Acre, a Audenove et a Bracle. Ces hommes d'armes entrerent dans le bois 
de la Respailles, mais n'ayant trouv6 personne ils s'en retournerent. En 



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WALLONIA ii 

meme temps, le bailli de Hainaut envoya aussi dans les bois une multitude 
de gens arm6s, et en forma plusieurs troupes qui se partag^rent les diverses 
contrGes du Hainaut. 

(Un jour, douze cavaliers furent entour6s au milieu d'un bois par les 
Ronds. Geux-ci leur firent comprendre qu'ils en voulaient seulement aux 
vassaux de la comtesse Marguerite et que les seigneurs du Hainaut avaient 
grand tort de prendre les armes contre eux qui voulaient seulement la 
d6livrance de leur patrie. Puis iis les remirent en iibert6). 

Depuis ce jour, tout le monde, dans le Hainaut, commenga a favoriser 
en secret les Ronds, et on cessa de les attaquer. lis pourchasserent si bien 
les vassaux de la comtesse de Plandre, depuis la Saint-Martin, que le jour 
de Saint-Thomas, apotre, il n'en restait plus un seul dans tout le Hainaut. 
lis en avaient tu6 quatre-vingt-quatre. Les autres s'echapperent et all6rent 
se presenter a la comtesse, le jour de Noel, dans la ville de Gand. lis se 
plaignirent violemment des habitants du Hainaut, en exag^rant les faits, et 
dirent qu'ils ne retourneraient jamais dans ce pays. En meme temps, leurs 
femmes et leurs maitresses d6figur£es demandaient vengeance a la 
comtesse. Marguerite., touch^e de ce spectacle, leur dit que, si elle n'eut 
point 6t6 en guerre avec la Hollande, et occup^e a r6unir des hommes 
d'armes et a faire de grands pr^paratifs, elle n'aurait point fait attendre le 
chatiment dti a cet attentat ; mais que, quand elle aurait triomph6 des 
Hollandais, elle incendierait tout le Hainaut, et imposerait, bon gr6 mal 
gre\ a ses habitants les plus lourdes charges. 

La soci6t6 des Ronds revint a Thuin vers la fete de Noel. lis resterent 
paisiblement dans T6vech6 de Li£ge, jusqu'au Careme. A cette 6poque, 
G6rard de Jauche et Nicolas de Rumigni les enrolerent tous sous leurs 
banni&res pour aller rejoindre le comte de Hollande avec Jean d'Avesnes 
qui avait 6t6 invite par son beau frere Guillaume, roi des Romains, a 
d^fendre les terres qu'on lui avait donn^es, car Marguerite, sa m&re, Gui 
et Jean, ses freres, et les Fiamands, avaient rassemble une arm6e de cent 
cinquante mille hommes pour lui enlever son heritage. Dans cette guerre, 
les Ronds, comme les Allemands, donnerent les preuves d'une valeur 
Gclatante. Charges des d£pouilles des Fiamands, ils revinrent au pays de 
Li£ge ou ils furent recus avec honneur. En revenant de Hollande, ils 
etaient au nombre de cinq cent soixante, portant tous les insignes de la 
soci6t6 : un O couronnG, cousu sur le capuchon ou sur la tunique. 



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78 WALLONIA 

II. 

Notice historique. 

La traduction qu'on vient de lire de l'6pisode de la Guerre des 
Ronds est Toeuvre du marquis de Fortia d'Urban ( ! ). Elle est 
empruntee au tome XV, pages 110 a 143 et renferme les chapitrcs 
133 k 137 inclus du livre XX de l'oeuvre originate. Nous avons 
resume et place enlre parentheses certains passages qui constituent 
des repetitions. 

L/auteur des Annates historic^ illustrium principum Han- 
nonice, Jacques de Guyse, 6tait un franciscain, qui enseigna, au 
xiv e siecle, la th6ologie, la philosophie et les mathematiques dans 
plusieurs couvents do son ordre. II appartenait k une des premieres 
families du Hainaut. II s'occupa k iassembler tout ce qui avail et6 
ecrit sur I'histoire de ce pays. II mourut en 1399, a Valenciennes ( 2 ). 

Son oeuvre est une compilation de toutes les chroniques fabu- 
leuses remontant jusqu'a la guerre de Troie, ce qui Ta fait laxer 
d'inexaetitude. Mais les parties qui se rapprochent de son 6poque 
ont ete mieux traitees, surtout si Ton eonsidere, comme le fait 
remarquer M. Charles Duvivier ( 3 ), qu'il ne parle pas en contem- 
porain des evenements, mais ecrit plus d'un siecle apr£s qu'ils ?e 
sont passes. 

L^pisode des Rands de Hainaut a 6te rejete par A. Wauters, 
qui le qualifie de romanesque et lui reproche de n'etre que la repro- 
duction d'un poeme sur les Ronds, que Ton n'a pas retrouve (*). 

Jacques de Guyse commence, en effet, cet episode en nous 
apprenant qu'il l'a emprunte a un< petit poeme en langue vulgaire, 
de deux mille vers environ, qui lui 6tait inconnu et qu'il n'a pu 
rencontrer depuis. II avait pour titre : Livre de la Society des Ronds 
de Hainaut, sans nom d'auteur, et contenait, apres un pr^ambule, 
des r^cits de faits curieux, puis des discours » ( 5 ). 

(1) Histoire du Hainaut, par Jacques de Guyse, traduite en francais avec le 
texte latin en regard, et aeeonipagnee de notes. 15 volumes et 2 volumes de tables. 
A Paris, ehez Paulin, lihraire. A Bruxelles, ehez Arnold Lacrosse. M dccc xxxiii. 

(2) Biog. nation. VIII, 548, et E. Matthieu, Biog. du Hainaut. 

(3) f.a quereUc des d'Avesnes et des Dow pier re, par Charles Duvivier, profes- 
seur a rL'niversite de Bruxelles. avocat pros la Cour de cassation. Bruxelles, 
Muquardt: Paris, Alph. Pieard, 1894. Tome, p. 8. 

(4) A. Wauters. Table chronologique des chartes et diplomes im primes. 
T. V, p. 50, ou il rejette comme apoery plies trois lettres intercalees dans le reeit ; 
t. VI, Introduction, n. xxvu, ou il se moque de ceux qui ont eu la bonhomie do 
prendre ce recit au serieux ; t. VII, Introduction, p. xc. 

(5) Fortia dVrhvw t. XV, p. 111. Lib. XX. cap. exxxm. — Son continuateur, 
Jean Lefkvre, ne semble pas Tavoir connu. (Ibid. XV, PJ3, note.) 



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WALL0N1A 79 

M. Duvivier reconnait que ce pocine n'est pas un document de 
premier ordre, mais qu'il n'est pas a d&Jaigner, et que les faits y 
relates, ramen&> a leur juste vraisemblance, n'ont ricn qui doivent 
le faire rejeter (') 

Dans d'autres ouvrages, A. Wauters ne se montrait pas aussi 
radical. En 1862, il se demande « si l'episode des Ronds n'est 
pas un tableau des d^sordres qu'amenerent les exactions de la 
Noire Dame » (*). En 1875, il ecrit : « Que ce recit soit base sur 
un 6veneraent reel, c*est-&-dire qu'il y ait eu en Hainaut un abus 
d'autorite dans le genre de celui dont Gerard le Rond fut la victime, 
puis une prise d'armes des parents de G6rard, cela n'a rien d'im- 
possible ( 3 ). > Ce qu'il trouve inadmissible, c'est la couleur donnee au 
recit, la haine d&nesur^e de Marguerite envers ses sujets inoffensifs, 
les enjolivements de l'historiette des Ronds, l'emphase de ce style 
ampoule. Nous n'y contredirons pas, tout en reraarquant que cette 
euflure est bien naturelle dans une oeuvre empruntee a un poeme et 
qu'elle n'est sans doute que l'expression, accrue avec les annees, 
de la colore produite chez les Hennuyers par les exactions des 
Flamands. 

Si A. Wauters n'ose rejeter d'une (agon absolue le fond m6me 
du recit, un eminent historien et qui connait a fond Thistoire du 
Hainaut et surtout celle de cette epoque, M. Charles Duvivier le 
trouve « fort vraisemblable et constate que beaucoup de revolutions 
ont commence par des incidents de ce genre » (*). II ne voit rien de 
suspect dans les documents que Wauters rejette comme apocryphes, 
Table Chrotiologique, t. V. p. 50. ( 5 ). 

Nous sommes completement de Tavis de M. Duvivier, quant k la 
vraisemblance du recit, et bien que Wauters aflirme qu'il n'a jamais 
<He continue par le moindre indice ( 6 ), nous nous eflbrcerons d'^tayer 
notre opinion de quelques arguments. 

1° Lieu de naissance de J. de Guyse. — On faisait naitre notre 
historien a Mons, probablement sans preuves convaincantes. 
M. Gonzal6s Decamps place le lieu de sa naissance k Chievres 



(1) Duvivier, loc. cit. I, 9. 

(2) A. Wauters, Le due Jean I et le Brabant sous le r&gnt de ce prince, 
p. 265. 

(3) A. Wauters, Henri III, due de Brabant, , dans Bulletin de l'Acad. royale. 
2* serie, tome 39, 1875, p. 154. 

(4) Duvivier, loco citato, I, 215. 

(5) Ibid. II, 294, note 1. 

(6) Table chronoloyique, t. VII, p. xc. 



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80 WALLONIA 

meme ( l ), et bien que son opinion n'ait pas ete consid6r6e comme 
decisive, M. E. Matthieu, dans sa Biographie da Hainaut, a laisse 
subsister le doute, en n'indiquant pas ou est ne notice annaliste. 

Jean de Buisseret a publiel'6pitaphe d'Estievenart ou Etienne de 
Guise, en l'6glise de Chievres, 1404 ( 2 ), d'apr^s un epitaphier general 
du Hainaut ( 3 ). C'etait un tableau d'autel place dans la chapel le de 
Notre-Dame de la Fontaine, en 1588, par les bailli, mayeur et £che- 
vins de cette ville, en remplacement dune 6pitaphe existant depuis 
longtemps d6j& en Teglise de Chievres et rappelant la fondation dune 
chapel le 61evee en l'honneur de St-Etienne, son patron, par Estie- 
venart de Guise ( 4 ). On y voit repr^sente, outre les autres membres 
de la famille d'Etienne de Guise, son frere, « Jaquemes de Guise, 
maistre en dignite » en qui M. de Buisseret, M. G. Decamps et 
M. L. Descamps voudraient voir notre annaliste. Bien que les 
archives de Chievres n'aient fourni aucun Element pour la solution 
de ce probleme, il parait bien que Jacques de Guyse est ne a Chievres 
ou y a eu des parents. Dans ces conditions, il connaissait bien les 
lieux ou se passe Tepisode des Ronds ; nous pensons m£me que son 
poeme des Ronds pourrait n'etre que la tradition populaire recueillie 
dans le pays m6me. C'est ainsi que dans le voisinage, a Attre, le 
souvenir d'un meurtre commis en 1790, est encore bien vivace a 
Theure actuelle. 

2° Le nom de la -victim e. — A l'appui de ceux qui defendent la 
sincerite du recit de la Guerre des Ronds, M. G. Decamps releve 
Texistence a Chievres, en 1428-1429, d'un Colarl le Ron, descendant 
probable du boucher Gerard ( 5 ). En outre, M. Louis Descamps a 
relev^ dans les comptes de la chapelle de Guise les noins de Pirarl 
le Rand et Thirl le Rand, entre 1441 et 1471, dc Jehan le Rond, en 
1445, 1450, 1459 ( 6 ). Nous ajouterons celui de Jehan le Ron, probable- 
ment aussi de Chievres, qui, en 1489, 6tait receveur de Monseigneur 
de Mastaing, a Brugelette ( 7 ). Le meme est cite en 1473. 

3° Le lieu du meurtre. — On s'est demande en vain jusqu'a ce 

(1) G. Decamps, Sur le lieu de naissance de Jacques de Guyse, auteur des 
Chroniques du Hainaut. 

(2) Bull, du C. arch, de Mons, 4* serie, p. 144. 

(3) Manuscrit du fonds Goethals. 

(4) Louis Descamps, La chapell' de Guise en Veglise Saint-Martin de Chi&vres, 
dans Annates du C. arch, de Mons, t. XXIX, 1900, p. 231. 

(5) Gonzales Decamps, Un episode du droit d'asile d Chievres, dans Annates 
du Cercle areheologique de Mons, t. XVI, pp. 740-743. 

(6) L. Descamps, I. c, p. 237. 

(7) B. C. R. H. t. 15, p. 285, et E. Matthieu, La pairie de Silly et ses fiefs, 
p. 33. 



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WALLONIA 81 

jour ou etait situe le village le Loe ou Gerard le Rond fut assassin^, et 
Ton a etc d'autant plus dispose k rejeter la ivalite du r6cit. L'insucces 
provient sans doute de ce que Ton s'est attach^ trop etroitement k la 
traduction de Fortia d'Urban. 

Un marchand de Ghislenghien vint a la foire d'Ath, un jeudi 
avant la Toussaint. C'est, de temps immemorial, le jour du 
march^ hebdomadaire ; Tannaliste ne s'est pas trompe sur ce detail. 
II avait un boeuf fort gras et fort beau, dout il ne savait que faire, 
« parce qu'il avait peur des vassaux de la comtesse de Flandre. > 
Gerard-us accessit ad videndum, Gerard s'approcha pour le voir, 
traduit Fortia d'Urban. Quelle vraisemblance que ce marchand qui 
avait peur des vassaux de la comtesse, cut ose amener son boeuf de 
Ghislenghien a Ath, au risque de devoir encore Yy ramener? Quelle 
vraisemblance aussi qu'il ait loge a Ath, avec son boeuf, jusqu'au 
vendredi ? Et pourquoi Gerard ne l'a-t-il pas reconduit a Chievres 
immediatcment, meme avec l'assistance du vendeur ? II faut plutdt 
traduire : Gerard alia le voir [a Ghislenghien] et revint le vendredi 
avec Targent et deux enfants pour lc conduire a Chievres. Ce n'est 
done pas d'Ath a Chievres, soit. vers Maffle, oil on l'a cherche iuutile- 
meut, qu'il faut placer Le Loe, mais entre Ghislenghien et Chievres, 
le long d'un chemin direct qui existe entre ces deux villages depuis 
tres longtemps ( l ). L'autre faute de traduction, selon nous, consiste 
a interpreter : inllulam die lam Le Loe, par : petit village, voire par : 
petit hameau, comme Ta fait Chotin ( 2 ). II s'agit lei d'une petite ferme. 

Que signifie le mot Le Loe ? Prononcez Le Laue, faisant entendre 
Ye final, et non Le Lo6 ; le trema qu'on trouve parfois indique qu'il 
faut detacher Ye de Yo. Par une serie de transformations nous aurons 
La Loe, Laloue, (cf. boe pour boue), laloux, l'aloux, l'alleud. Le Loe 
designe done un alleu et a pu, comme nous le verrons plus loin, 
s'appliquer a une personne : Jakemes de le Loe, absolument comme 
si Ton disait : Jakemes de le Haye ( 3 ). 

Comme on rencontre, dans les anciennes ordonnances du Hainaut , 
les formes Laluet, allues, allicetiers, alloeliers, alloet pour alleu et 
alleutiers, j'avais cru retrouver le Loe, dans le Champ de UAlouette, 
indique au cadastre de Meslin-l'Eveque. II se trouve sur le terri Loire 

(1) De Boussu (Histoire de la ville d'Ath, Mons, chez J.-B. J. Varret, 1750) 
dit, p. 113 : <c Gerard le Rond, retournant chez lui avec quelques bestiaux, aehetes 
a Ghislenghien. » 

(2) Chotin, Etudes itymologiques sur le Haiiviut. Casterinan, Tournai, p. 83. 

(3) Laloux, lieu dit a Bousval, se trouve eerit sous les formes I/Aloux et 
La Loue, Lalou (1465). A Marbais, la maison de Laloez ou I'alleu, ec z n'est que la 
forme de 1'* final, comme dans Jacquez; e>st done Laloes. (A. Walters, les Com- 
munes beiges, canton de Genappe, p. 95 et p. 67.) 



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82 * WALLONIA 

de Meslin, entre ce village et Gibecq, a proximite de Ghislenghien et # 
le long du chemin de cette localite a Chievres. En 1699, il est d6sign6 
en ces termes dans un obituaire : « du cot6 de Grandchamp vers la 
grande alloete des pauvres » et « sur la couture de l'allowette ». Par 
suite de lhabitude, a Ath et aux environs de faire entendre fortement 
le / final (pot, potto), ce lieu-dit, si defigur^ par le cadastre, signifie a 
toute evidence un alleu. 

A demi satisfait de ma decouverte, je feuilletais le « Livre de 
cartes des biens appartenants & Messieurs les abb6 et religieux de 
l'abbaye de Liessies situe sur la chatelenie d'Ath fait et mesur^s par 
Philippe Joseph Decant arpenteur jur6... etc. » conserve aux archives 
d'Ath, execute en 1774, lorsque j'eus la chance d'y rencontrer notre 
lieu-dit ecrit d'une fagon identique parmi les terres appartenant a 
l'abbaye sur le village de Mevergnies. Voici textuellement la mention : 
« La cense nominee commun6ment la cense Delloe, jardin, terre et 
pature contenant un Bonnier deux journeaux quatre vingt quatres 
verges demy occupee par Francois Dugniolle... 684{ verges >. 
Frangois-Joseph Dugniolle, filsde Jean-Baptiste et de Marie-Christine 
Vifquain, n6a Mevergnies, le 11 avril 1725, y mourut le 9 juillet 1793. 

La cense Delloe (on connait encore aujourd'hui le nom a Mever- 
gnies) n'existe plus depuis le milieu du xix e si6cle. Elle se trouvait 
le long du chemin de Ghievres a Ghislenghien, k peu pres k la 
limite de Mevergnies et d'Attre en un hameau nomine les Trieux 
(les Triaux, sur la carte de l'Etat-Major.) 

L'endroit situe k une demi-lieue de Chi6vres, & un coude du 
chemin, entoure alors de bois qui existent encore en partie, et de 
terrains vagues (trieux) etait bien choisi pour y attaquer le boucher 
Gerard. Le lieu dit correspond bien egalemcnt au terme rillula et se 
trouve k peu de distance de Ghievres, Arbre, Meslin et Lens cit6s 
dans le r^cit. Ajoutons que, situe a la limite de Mevergnies du cot6 de 
Ghislenghien, il corrobore l'opinion tie M. Duvivier suivant laquelle 
le meurtre de Gerard serait la consequence d'une querelle parce 
qu'il refusait de s'acquitter du peage ou tonlieu. 

Le mdme Frangois Dugniolle etait locataire de tout ce que 
poss&lait l'abbaye de Liessies sur Attre et M6vergnies, soit 28 pieces 
de terre et pr6s. 

II faut montrer que ce nom de lieu a pu persister du xm e siecle 
a nos jours. Nous procederons d'abord par analogic : Baschlen tpro- 
noncons Basghien) est un alien de douze bonniers, dont Burchard, 
eveque de Cambrai, confirme la possession a l'abbaye de Liessies, 
en 1128. II avait el£ donne k l'abbaye, par l'intermediaire de l'abbe 
Wedric, par Ivetthe, Spouse de Bernard d'Ath, du consentement de 



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WALLONIA 83 

son fr£re Wautier. Furent temoins, entre autres, Thierry de Chikvres, 
H^ribrand de Ligne, Guillaume, fermier de l'abbaye, a Ath. Le pape 
Innocent II confirme, en 1131, le 28 mars, la possession de 1'alieu de 
Basthien (sic) et d'un alien a Meurengien (Mevergnies). Ce lieu-dit, 
rest6 inconnu a M. Duvivier et plus recemment au pore M. Jacquin (*) 
se trouve sur Attre. II y avait 1& en 1774 une dizaine de terreset pres 
mesurant environ les douze bonniers cit^s plus haut et dont quelques- 
unes longeaient le ruisseau Basgaien. Ce ruisseau, travesti en ruis- 
seau du Bois d'Enghien sur la carte de TEtat-Major, porte encore le 
nom de rieu Basgaien. 

Voila done un lieu-dit qui n'a pas change jusqu'a notre epoque. 
En est-il de memo de : Le Loe ? Remarquons que les possessions de 
l'abbaye, k Mevergnies, sont designees uniquement par le terme 
allodium, alleu, ce qui confirme notre interpretation du mot 
Le Loe (*). Le 25 octobre 1180, le pape Alexandre III confirme k 
l'abbaye de Liessies la possession de ses biens ( 3 ). Oh y trouve 
« omnes terras quas rationabiliter possidetis lam de allodio de Haat 
quam de allodus ceteris in vicino positis, Bevengiis videlicet et 
Lohia. » Ce Lohia, qui est un alleu dans le voisinage d'Ath, et qui 
est inconnu de M. Duvivier, me parail etre le Loe. II est vrai qua la 
page precedente, on cite V allodium de Merergin, Fallen de Mever- 
gnies. Mais corame on ne cite pas l'alleu de Baschien, e'est probable- 
ment de celui-ci qu'il s'agit ( 4 ). 

De 1434 a 1439, fut abbe de Liessies Jean Le Moytuier, alias 
de iMe ( 5 ), e'est-a-dire le Metayer, peut-etre originaire de notre 
m^tairie ou alleu. 

Le nom de le Loe, appliqu^ aux personnes, se retrouve dans la 
meme region et Ton peut supposer qu'il designe des individus origi- 
naires de notre alleu de Mevergnies. On lit dans le cartulaire de 
Cambron, edit£ par de Smet, les noms de Jehans de le Loe, homme 
de fief de Cambron, en 1315 (p. 189, p. 193, p. 194), en 1317 (pp. 197 
et 199) ; de Stievenart de le Loe, homme de fief de Cambron, en 1317 
(p. 199) ; de Jakemont de le Loe, homme de fief, en 1347 (p. 274) ; 

(1) Duvivier, Recherches sur le Hainaut ancien. dans Memoires de la Soci£t6 
des sciences, des lettres et des arts du Hainaut, IP serie, t. IX, 1884, pp. 547 et 550. 
Jacquin, Etude sur Vabbaye de Liessies (1095-1147), dans B. C. R. H. t., t. LXXI, 
n e 4, 1903, pp. 370 et 374. 

(2) Duvivier, I. c, 550, 637. 

(3) Id. 638. 

(4) A propos de Lohia, of. Moreri : Le Loot, en latin Loo, petite riviere de 
France qui eoule dans la Beauce. 

(5) Chronicon to f dense, dans Monuments pour servir a Thistoire des pro- 
vinces de Hainaut, Xamur et Luxembourg, i. VII, 430. 



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84 WALL0N1A 

de Jaquemars de lc Loe, honime de fief de Teglise de Cambron, en 
1338 (p. 251) ; de Willaumes de le Loe, moine de Cambron, en 1339 et 
1346 (pp. 245, 261, 262). En aout 1325, Cholarsou Nicolas de le Loe 
c6de a Tabbaye de Cambron Irois journels de terre sis au Jonquoit, 
a Maffic (p. 211). 

Nous croyons avoir montre l'exactitude des renseignements 
fournis par J. de Guise sur les personnes et les lieux. M. Duvivier a 
prouve qu'on n\v trouve rien a reprendre au point de vue juridique. 
Le recit de rannaliste nous parait done des plus vraisemblables. 

Ath, fevrier 1905. 

Jules DEWERT. 



Le Chrval Bayard, pros <lu Moulin do Walzin. 
Croquisu"apres nature, par J. IIeylenans. 



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UN PEINTRE DE MEUSE 

Eugene VERDYEN 



Qui osera pr6tendre encore que notre beau fleuve wallon n'ins- 
pire pas les peintres et les meilleurs parmi nos peintres? 

En voici encore un qui nous fut r^cemment r6vel6. Mais, h61as ! 
comrae il arrive souvent pour les meilleurs aussi, ce u'est qu'apres 
sa mort que l'attention, non seulement du public, mais aussi des 
arlistes, s'est portee sur lui. C'est Eugene Verdyen. 

II y a trenle ans, Verdyen faisait de rimpressionnisme avant 
tout autre chez nous. On connait son Chemil Mart, son Mercredi 
des Cendres, sa Procession, baign&s d'une atmosphere bleue, mar- 
quant une originality nette. 

L'artiste s'est Iib6r6 de toute influence acad6mique, de toute 
inspiration d'ecole; il est uniquement pr6occup6 d'exprimer une 
vision fraiche et neuve de la nature et de la vie. 

Dans son Mardi-gras et ses Masques, on constatera qu'il fut 
s6duit, avant Ensor, par les droleries carnavalesques et la joie 
macabre des travestis et des visages peints. 

Ce fut un pr6curseur. 

Mais il eut, en outre, le sentiment de la dignity d'homme et 
d'artiste. Une fiert£ trop grande cr6a du silence autour de lui. Car 
il *ne se contenta pas de mSpriser les moyens par lesquels beaucoup 
de ses confreres se font connaitre au public, moyens qui n'ont rien 
de commun avec la valeur des oeuvres, mais il se refusa meme & 
montrer des toiles ailleurs que dans quelques rares Salons triennaux. 
L'horreur du puffisme le jeta dans un exces de modestie, la peur 
d'un mal le conduisit dans un pire : celui de priver le public de 
tableaux de premier ordre. II v6cut d'une vie mediocre, pour avoir 
le droit de poursuivre son reve hautain, loin du tumulte et des agi- 
tations raesquines des petits c^nacles. 

II peignit la rue. II peignit la mer et la dune et le reflet du 
soleil sur les sables. II peignit la campagne flamande et ses canaux, 



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86 WALLONlA 

et la course d6sordonn6e des images dans des ciels iinmenses. Mais. 
apros de grands voyages, la Meuse, notre admirable fleuve, le 
s6duit, 1'ensorcelle et lui revele d'adorables secrets. 

Par un curieux ph6noinene d'atavisme, la claire Wallonie 
mosane se met tout k coup a chanter dans le coeur du peintre. II 
faut dire qu'il 6tait 116 a Liege meme, d'une mere wallonne, d'une 
Lemonnier, la soeur du pore de Camille Lemonnier, notre grand 
6crivain. Ge reveil de Tame wallonne endormie en lui-m6me, 
comme la princesse dans le chateau de la 16gende, £panouit le talent 
de I'artiste et, alors, c'est non seulement le monde visible qui existe 
pour lui, selon l'expression de ThGophile Gautier, mais aussi le 
monde interieur. 

II peut s'6tablir un parallele entre Verdyen et celui que nous 
avons pr6c6deinment appelG « peintre de Meuse » : Theodore Baron (*), 

Baron, disions-nous, est austere; ses paysages donnent rimpres- 
sion de liturgies; ce sont des psaumes oil il est parte du principe 
meme des choses et de l^ternite. L'eau, les cieux, les rochers, la 
foret ont, sous son pinceau, la solennitG des temoins de la genese. 
lis savent des secrets si extraordinaires et si profonds que le poeme 
des saisons passe sur eux sans y laisser de sa joie et de ses ivresses. 
L'homme n'y figure point, car il serait 6cras6 par la presence invi- 
sible du dieu farouche et crGateur des premiers ages. La puissance 
primordiale qui, au temps ou le monde 6tait en formation, creusa 
de larges ou de profondes valines, entassa Tune sur l'autre des 
montagnes, 6rigea des rochers k pic et d6chaina les masses d'eau, 
fut, pour le peintre, l'objet d'un culte incessant. 

Tout autre est Verdyen. Pour lui, la Meuse n'a rien d'apre, ni 
de farouche; au contraire, c'est une vierge dans toute la gr&ce de 
sou 6veil. Le mystere charmant des matins Tenveloppe. Elle est 
par6e de brouillards roses, blancs et nacr6s, qui accompagnent la 
fraicheur de l'aube. A travers des brumes iris6es, on apergoit les 
lignes harmonieuses des horizons bleus, les verdures voitees de bleti, 
tandis que tout en haut les cimes chantent en rose dans le soleil. 
C'est Theure ou les f&es folatrent encore dans Taiguail des prairies 
et boivent la ros6e aux calices des fleurs. 

Verdyen est aussi tendre que Baron est rude. Celui-ci installe son 
chevalet dans la vallee pour peindre le rocher ou la colline, dans 
sa hauteur, avec un tournant de lieuve. Verdyen travaille sur les 
sommets. Reveur hautain, il vent embrasser du sujet la plus vaste 
Gtendue. La Meuse a depuis longtemps disparu qu'on la devine 

(1) Wallonia, t. XI (1903), p. 209. 



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WALLONIA 87 

encore entre les monis bleus qui s'effacent dans le lointain, ou ils 
n'apparaissent plus sur l'azur qu'en des gris immateriels. II peint 
aussi les mauves et les lilas des crGpuscules, quand l'ombre des 
montagnes s'allonge dans la valine et que les fuin6es montent lente- 
ment des toits des chauinieres. Les rochers sohisteux prennent alors 
des tons de carmin mouilte, le brouillard s'essore des pr6s, une 
tendre m6lancolie impregne les choses. 

Tandis que Baron conserve la maniere de peindre des artistes 
de sa g6n6ration, Verdyen, nous Tavons dit, s'est affranchi du 
bitume. II est clair, aussi clair que le plus clair des impression- 
nistes. Sa vision est aussi affranchie que celle d'un Heynians ou 
d'un Claus. Mais ses tons sont moins appuyds que les leurs. II est 
plus 16ger, plus envelopp£. La materiality lui r^pugne. D'une fiertG 
et d'une probity d'art absolue, il n'abandonne sa toile que quand 
touty est bien fini. Mais ce fini ne nuit jamais & la po6sie de Tim- 
pression, car il sait s'arr&er avaut que le tableau ne sente la fatigue 
ou le labeur. 

Eugene Verdyen est un poete. A regarder ses paysages de Meuse, 
on se sent fr616 par des caresses de berceuses, de rondes, de canti- 
lenes. Dans les voiles blancs, dans les vapeurs uacr^es qui flottent 
sur l'eau, ne devine-t-on point, parmi les cygnes, les filles de Meuse 
qui modulent la radieuse chanson de l'aube fleurie? N'entend-on pas 
aussi les dames de Hurges, Marie d'Agimont, Midone de Bioulx, 
les demoiselles de Grevecoeur et la d6esse lunaire, la chasseresse 
Diane, qui, d'apres la 16gende, vint donnor son nom k Dinant? 

Le peintre affectionna surtout la Meuse k Ghooz lez-Givet et k 
Dave, pres de Namur. II aima aussi les gorges encaiss^es de la 
Vesdre. G'est a Dave que tut peint le tableau acquis r^cemment par 
le Mus6e Moderne. Les maisons, tout au bas de la cote, se pressent 
autour de la petite 6glise comme les poussins aupr6s de la couveuse, 
les barques ninabGes de brouillard flottent sur le fleuve et, au loin, 
les oollines d6roulent leurs cimes infinies. Notre incomparable 
Meuse y est exprimee avec une poesie ineffable, une dolicatesse 
exquise, une maitrise hautaine et fiere. 

Les Wallons y retrouveront leur reve avec une joie infinie. 

G'est le 26 avril 1904 qu'une exposition Verdyen, au Gercle 
artistique de Bruxelles, r6v61a la grandeur de Toeuvre de ce grand 
peintre. Depuis lors Testime dont sa m^moire est honor6e n'a fait 
que grandir, et il nous est permis d'inscrire d&initivement le 
nom de ce haut et tier artiste au Pantheon de nos gloires nationales 
wallonnes. 

Maurice DES OMBIAUX. 



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Documents et Notices 



M6t6orologie rustique. — Dans le dernier mim6ro de Wal- 
Ionia, M. Joseph Hens indiquait le moyen original qu'emploient 
certains cultivateurs du pays de Vielsalni pour etablir ieurs provi- 
sions m6teorologistes. 

II existe un autre proc&Ie — moins r6pandu, il est vrai — auquel 
on a recours dans le m&me coin de l'Ardenne. 

(Test la nuit de Noel qu'on fixe les pronostics pour Tann6e sui- 
vante. Et voici comment. On coupe en deux un oignon ; on enieve 
a chacune des moities six tuniques, — ou plutot six demi-tuniques. 
Avant de partir k la messe de minuit, on dispose celles-ci sur l'appui 
exterieur d'une fenetre, et ce, dans un ordre bien d6termin6 : 
d'abord, six d'entre elles, plac^es par ordre de grandeur d^crois- 
sante, qui correspond ront aux six premiers mois de TannGe; les six 
autres, rangOes de la meme fagon que les premieres, repr6seuterout 
les six autres mois. Gela fail, on dispose un grain de sel dans chaque 
pelure. 

La nuit se passe, et le lendemain matin, on examine la manifere 
dont le sel a fondu dans les tuniques : est-il rest6 intact dans Tune 
d'elles, le mois correspondant sera tres sec ; s'est-il entterement 
r6duit en eau dans une autre, on peut en int^rer que, durant tel 
mois, la terre sera copieusement arros6e ; et, en g6n6ral, on juge du 
degr6 d'humiditO des mois, d'apres la quantity d'eau que contiennent 
les tuniques. 

On voit que le proc&d6 est a la port^e de toutes les bourses et 
n'exige pas une attention bien soutenue de la part de l'observateur. 
On peut iui reprocher peut-etre un certain manque de precision : 
mais n'est-ce pas la son principal merite ? Et ne pourrait-on pas dire 
en Toccurence que la certitude est en raison inverse du degr£ de 
precision? 

N. Cuvelliez. 

Le roi des radis k Kain. — Le joli village de Kain, dans la 
baulieue de Tournai, au pied du Mont de la Trinity, constitue par 
ses cultures maraicheres le jardin potager de Tournai. La reputation 
des asperges de Kain est connne d'ailleurs de tous les gourmets. 



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WALLONIA 89 

Le jour de l'Ascension s'y intronise de lemps immemorial le Roi 
des radis. Un Gcrivain tres prolixe, le fameux Hoverlant, dans son 
Ess a I chronologique pour servir a Vhistoire de Tournai, t. XCIIII, 
3? partie, p. 1075 et s., rappelle cette fete traditionnelle, niais en 
Tentremelant d'observations politico-philosophiques qu'il est superflu 
de reproduire textuellenient. 

Apres avoir constate le renversement des tr6nes par les r6publi- 
cains frangais, Hoverlant ecrit : 

« Ces tout-puissans jacobins n'ont pas cependant d6trdn6 le roi des 
radis au village de Kain, ni l'intronisation annuelle de cette rurale Majesty 
qui a lieu le jour de l'Ascension. 

... » La royautG des radis a Kain ne s'accorde qu'au me>ite et qu'a un 
paysan de ce village, qui a cultivG le raifort le plus remarquable par son 
ob&ite et son ampleur. 

» Cette c6r6monie a attire cette ann6e 1822, dans i'apres-midi de 
l'Ascension, au royaume des radis, a Kain, plusieurs milles curieux pro- 
meneurs, buveurs, danseurs, danseuses, etc., etc. 

» Sa Majesty est le plus paisible et le plus d£bonnaire des princes, 
point d'impots dans ses 6tats, parce qu'il n'a ni cours ni partisans a solder, 
la, ses Equipages, tres modestes, se bornent a un brave baudet et une 
charrette, qui voiture toutes les semaines a Tournai ou des asperges, des 
radis, des raifors, des oignons, des choux, des carottes, des petits pois, des 
navets et hiu hiu baudet, que Sa Majest6 radicale vend aux tourn6siens a 
juste prix. » 

Hoverlant ajoute qu'il a envoy£ un article sur cette fete k un 
journal de Gourtrai, article qui fut reproduit a Gand et k Londres. 

On doit regretter que cet 6crivain n'ait recueilli aucun souvenir 
sur l'origine et i'anciennet6 de cette i'dte traditionnelle. 

Elle continue k se c616brer dans le village et y attire fouie de 
promeneurs de la viile et des environs. 

E. Matthieu. 



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Chronique Wallonne 




Pro " Wallonia „ 

ans sa seance du 2 Janvier dernier, le Conseil com- 
munal de la ville de Liege, apres examen du projet 
de budget de Wallonia pour 1905, a accorde un 
subside de 300 francs pour aider a la publication de 
la revue pendant Tannee courante. 
Nous avons exprime et nous reiterons a MM. les 
President et Membres du Conseil, au nom des collaborateurs et des 
amis de Wallonia, Texpression de notre vive gratitude. 

II nous est agreable de noter que le Conseil communal a voulu 
manifester son encouragement sous une forme meilleure encore et 
que nous n'avions pas prevue. 11 a, en eflfet, exprim6 le desir 
qu'un certain nombre d'abonnements pour 1903 fussent fournis gra- 
tuitement a l'Administration, qui se chargera de les repartir dans 
les bibliotheques de ses principaux etablissements d'instruction. 

On voit que le Conseil communal ne s'est pas decide pour des 
motifs theoriques, mais en raison de la nature des travaux que publie 
la Revue et du talent de ses collaborateurs. • 

C'est avec un vif plaisir que nous felicitons ces derniers pour 
rhommage qui leur est accorde par le Conseil communal de la 
Capitale wallonne. 

La Direction. 



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WALLONIA 91 

Un Congres Wallon 



A ^occasion de V Exposition unioerselle et interna lionale de 
Liege en 1905 se tieadra en cette mile un Cong res wallon. ll en a 
dejd die question dans lapresse, sans qu'd cet igard rien de dd/initif 
ait encore M publie. Au moment oil il est perm is a Walloaia de 
faire connailre les details essentiels et definitifs de V organisation, 
nous apprenons que le Gouvemement vient d'accorder son patro- 
nage a ces assises patriotiques, dont ^importance recoil, par le fait, 
une nouvelle confirmation. 

En nous resercant de revenir sur cet important sujet, notes 
ptjfblions aujourdliui rExpose des motifs, la composition du Comite 
d'organisation, et le Programme prooisoire du Congres wallon. 

Expose des Motifs 

L'Exposition universelle et Internationale de Li6ge marquera 
dans les aanales de la Belgique en offrant la constatation solenneile 
du brillant essor 6conomique atteiut par ce pays durant ces dernieres 
ann£es. Elle manitestera aussi l'union de nos deux races nationales, 
cimentee par le pacte de 1830. 

Une des particularity de notre vitality nationale reside pr6cis6- 
ment dans les sentiments de security et de liberty qui ont permis 
aux Fianiands et aux Wallons de poursuivre un d6veloppement 
intellectuel et moral paraltele. 

Or, depuis quelques ann6es, la situation respective des Wallons 
et des Flamands a 6t6 visiblement modifiee, notamment au point de 
vue administratif, par l'adoption de la langue flamande couime 
langue oflicielle k cote du fran^ais. La question de l'6galite des 
laugues a 6t6 debattue autrefois dans certains Congres. Depuis qu'elle 
a ete consacr£e par la legislature, les habitants de ce cote de la 
frontifere linguistique n'ont pas encore eu Toccasion, en des assises 
de Tesp^ce, de I'envisager sous toutes ses faces et dans toutes ses 
consequences. Elle a cependant des rapports evidents avec l'union 
de nos deux races nationales. C'est repondre a un vceu souvent 
exprim6 que de la soumettre k l'exanien de tous les Wallons. 

Tel est, au point de vue des intftrets materiels de nos populations, 
le but du Congres qui s'organise. 

Mais un autre ordre d'id6es doit, par la meine occasion, u6cessai- 



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92 WALLONIA 

rement etre aborde, qui jusqu'i present n'a pas encore fait Tobjet 
(Tune etude systematique. 

En nos provinces, depuis une trentaine d'ann6es, on a vu des 
artistes de tout ordre et des litterateurs aujourd'hui en renom sus- 
citer une renaissance et une efflorescence harmonieuse des vieilles 
traditions esthetiques de la race wallonne. En rn^me temps, les So- 
cietes historiques r6gionales eiaboraient une ceuvre considerable 
d'exploration dans notre glorieux passe, tandis que des Gercles artis- 
tiques locaux assuraient une decentralisation profitable au progres 
general de la nation. D'anciens centres intellectuels, un instant som- 
nolents, ont pu, grace k cet 61an admirable, afflrmer une vitality 
nouvelle, dont les progres s'accentuent sous nos yeux. Actuellement, 
le nom wallon resplendit a retranger dans tous les ordres de Tacti- 
vite intellectuelie, comme il brille avec eclat dans Tordre industriel 
et commercial. 

II est de Tint6ret etde Thonneur de la Belgique que le sentiment 
de ferveur patriotique, qui orne ce vaste mouvement wallon, con- 
tinue a en rehausser les diverses manifestations. 

L'Exposition qui se prepare dans la Gapitale wallonne, coinci- 
dant avec la celebration du 75 e anniversaire de I'iudependance de la 
Belgique, offre aux Wallons Toccasion solennelle de manifester leurs 
sentiments patriotiques, de prendre une meilleure conscience de leur 
originality de race, et de fixer les moyens les plus propres k d6ve- 
lopper en Wallonie les ceuvres nationales. 

Comite ^organisation : 

President : M. Julien Delaite, president de la Ligue wallonne de Liege et 
de la Ligue nationate wallonne, secretaire de la Societe liegeoise de 
Litterature wallonne et de la Commission dramatique provinciate 
wallonne, a Liege. 

Vice-presidents : MM. Adrien Oger, conservateur du Musee archeologique 
et de la Bibliotheque communale, Namur. 

Jules Decleve, president de la Sociele des auteurs dramatiques et 
chansonniers montois, et de la Commission dramatique provin- 
ciate, k Mons. 

Henri tiachez, ancien president de la Sociele de Propagande 
wallonne de Bruxelles. 

Joseph Hens, auteur wallon, membre correspondant de la Societe 
liegeoise de Litterature toallonne, k Vielsalm. 
Jules Keybets, president du Cercle dramatique le Sillon, Verviers. 

Secretaire : M. Olympe Qilbart, docteur en philosophic et lettres, critique 
d'art, publiciste, a Liege. 



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WALLON FA 93 

Trksorier : M. Henri Mug, president du Gercle dramatique wallon le Perron 
Liegeois, tr6sorier de la federation xoallonne, a Li£ge. 

Membres : MM. Theophile Bovy, auteur dramatique, directeur du journal 
Li Clabot, a Liege. 

Oscar Colson, president honoraire de la federation xoallonne litle- 
raire et dramatique de la province de Liege, directeur de la revue 
Wallonia, a Li6ge. 

Jean Roger, industriel, president de V Association des Auteurs dra- 
matiques et chansonniers wallons, Liege. 

Joseph Rulot, sculpteur, professeur k l'Acad^mie royale des Beaux- 
Arts, Liege. 

Arthur Snyers, architecte, membre du Comit6 executif de la Ligue 
wallonne de Liege, Liege. 

Programme provisoire du Congres. 

1™ Section 

Comite provisoire. — President : M. Jean Roger. Secretaire : M. A. Snters. 

/. — Lorigine des Wallons. 

2. — Les Wallons dans Vhistoire. 

3. — Situation morale et materielle du peuple Wallon. 

4. — Recherche (Vune formule equitable dont V application garantisse 

les droits des races en Belgique. 

5. — Extension a donner aux organismes de propagande xoallonne. 

2 e Section 

Co mite provisoire.— President : M. Oscar Golson. Secretaire, M. Th. Bovy. 

1. — VAme xoallonne et VAme flamande, caracteres communs, carac- 

teres distinctifs. V Ame beige. 

2. — La Renaissance xoallonne actuelle dans la Litterature et les Arts. 

Ses origines, ses caractfoes, son efflorescence. 

3. — VArt wallon. Le sentiment xoallon dans les arts (litterature, 

sculpture, peinture, architecture, musique). 

4. — Encouragements des pouvoirs publics a la Litterature xoallonne. 

Institutions propres au developpement de cette litterature. 

5. — La creation oVune Academie Wallonne est-elle necessaire ? 

6. — Les Federations litteraires el dramatiques xoallonnes ; leur utilite ; 

leur avenir. 

7. — Vencoxiragement de la litterature frangaise en Belgique. 

8. — Les socie'tes historiques, scientifiques, artistiques en pays xoallon et 

leurs institutions (musees, expositions, etc.). Encouragement des 
pouvoirs publics a Poeuvre de ces societes. 



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1)4 WALLONIA 

Bibliographic 

LES LIVRES : 

Dictionnaire wallon-francais (dialecte namurois), par L6on Pirsoul. 
Tome II, M a Z, et Supplement. — Un vol. in-8° de 364 p. Malines, 
L. et A. Godenne, 6dit. Prix : 3.50. 

Nous avons rendu compte pr6c6demment {Wallonia t. XI, p. 132) du 
l ir tome de cet interessant ouvrage ; l'examen du second tome n'a, pour 
ainsi dire, pas modifle notre premiere appreciation. Nous ne recommence- 
rons done pas a critiquer le contenu du livre en general, nous nous bor- 
nerons a presenter quelques observations particulieres. 

L'ceuvre lexicologique de M. P., consciencieuse et solMe dans son 
ensemble, offre rarement une solution satisfaisante pour les questions dif- 
flciles. S'agit-il de deflnir un de ces termes tombes en desuetude et a peu 
pres oubli^s, une de ces locutions d'autrefois, si savoureuses, que les 
ecrivains soucieux de la purete de la langue devraient s'efforcer de 
ranimer ( l ) ? On ne trouve sou vent dans le Dictionnaire de M. P. 
qu'une explication insufflsante, sans precision, et i'on regrette Tabsence 
de phrases-types propres a mettre le vocable en lumiere, a en faire con- 
naitre Tusage. Prenons quelques exemples. 

1. — Marimince est traduit « farce, espieglerie », on peut ajouter 
agacerie : ainsi M. A. Vierset, dans les Poetes Namurois p. 61 parle avec 
a propos d'£crivains qui « flrent parfois marimince a la Muse». Mais cela 
s'emploie aussi en mauvaise part, pour: « causer des ennuis, molester, 
tourmenter ». 

Portant si nosse ban prince 

Aureuve saquants cKnapans 

Qui li frinn marimince. . (Cols. 214). 

J n' faut jamais fe marimince aus biesses. (Laor. 171). 

La signification que M. P. ajoute : « habitude, coutume d'une per- 
sonne », nous parait impossible. 

2. — Si ra/ti est bien interpret^ : « se re\jouir d'avance, se faire une 
fete, un plaisir de. » Tout ce qui suit, a part les exemples, est inutile et 
ne peut qu'affaiblir Tidee precise donn6e d'abord. 

3. — Si ragra nsi est-ii parfaitement synonyme de si rafii? D'aucuns 
pretendent que non. 

4. — Certes mawi et mossi ne se confondent pas : celui-ci veut dire 
macher, celui-la machonner lentement et longtemps a la manure des 
vieillards. 

5. — Plocon est traduit flocon (e'est vague !) et le sens pucei^on connu 
de nos jardiniers, atteste par un passage de Colson : 

Quand les roses ont des bias botons^ 
Poquoi avdiz des plocons f (p. 218). 

n'est pas m6me indique. 

(1) Tels sont maraie, m'trgouyni, marimince, miscoder % maufiant, mive\ nile % 
nonsiince, nouli, ode, }>elo$ia, petron y pevoion, poroii, post, etc. etc. 



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WALLONIA 95 

6. — LTarticle riper est aussi Gnigmatique. Interrogoons un paysan : 
il nous dira que riper on pre c'est trainer un carr6 de lattes entrem§16 de 
grandes Opines et pressG par une grosse pierre pour Ggaliser la prairie, 
rabattre les taupinieres. (Gette espece de herse sans dent s'appeile ripwe.) 

7. — L'article reche est incomplet : il ne signale pas i'acceplion pre- 
miere <y sortir » en parlant des animaux, surtout des pigeons : 

A deus ans dj'alais cTcfja fe reche 
Et, come on grand, causer pidjons. 

Wer. Li Minteur, 4* o. 

Pauve pitite biesse qui v'neuve^ contint, di reche 
Fou do ferant po n J y pus r'bouier Vjrid. 

A. Demanet Su Vvipont d'Sambe 
fragm. cite" par Borgnet, Prom. p. 177. 

8. — Sankenaiwe n'a qu'un sens propre et un sens flgur6 : En nage- 
fin frech di tchaud comme quelqu'un qui a couru. — On dit en plaisan- 
tant : Watte que sankenaiwe ! d'un homme veule ou sans force. 

Ainsi plus d'un mot ancien, tendant a disparaitre, qui devait &tre l'objet 
de tous les soins du coliectionneur, n'est pas traite avec assez d'egards. 

I^es expressions d'un usage courant sont mieui partagees, cela va de 
soi. Cependant l'exactitude rigoureuse qu'on est en droit d'exiger, fait 
parfois defaut. Les definitions deringui, sauie, sopresse (fe — )... laissent 
quelque peu a desirer. La mastele namuroise ne se reconnait guere a la 
definition qu'en donne M. P. : c'est plutot un petit pain croquant, en 
forme de rondelle amincie au milieu, fait avec la meilleure farine, du lait, 
du beurre, du sucre et de Tanis. On entend dire : rond come one mastele, 
setch come one mastele, ca fond dins Clacia come one mastele. Le matoufet 
du Diet, ne repond pas du tout a la recette que m'en donne un connaisseur. 
Je ne trouve aucune mention des canadas petes , ni des neujes di boledji 
cheres aux vieux Namurois (il en est question dans la fameuse chanson du 
chan. Dethy: Vive Nameur po tot.) 

D'autres mots, en grand nombre, sont nettement d^finis, comme rawji, 
saucier, splossi, trepouyi, trimachi..., mais n'ont pas le cortege d'exemples 
n6cessaire : il sufflrait presque d'y ajouter un nom, leur complement ordi- 
naire, ou de citer un passage de vieille chanson, pour les Gclairer, leur 
donner la vie : Rawji one awe, saucier les petr dies, splossi des pwes... 

Li martchand qu'vout trop gangni. 

Qui trimache et v's epoesonne... (Wer. Li boeis d'Erpint. 6* o.) 

Pour trepo uyi voyez Cols. 153, ou Lagr. 135. 

D'autres encore u'ont pas dans le Diet, leur equivalent veritable : 
posinet signifie auget ; si spepi — s'6plucher ; spepieu = 6plucheur ; 
uree = berge. Pu d'paysan est exactement le fruit de Peglantier ; blanke 
sipene = aub6pine ; noire sipene --— prunellier ; Hesse di sau = tetard ; 
vatche se dit aussi pour colchique. ( ! ) 

(1) Plusieurs noms de plantes manquent : tiesse di tchet, rile, surale di 
Ste-Bdrbe, malete di bierdji (comme a Liege, v. Forir), etc. Antilice (Suppl.) est 
sans doute fanthyllis. 



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9tf WALLONIA 

Mais il serait injuste d'attacher trop d'importance a des minuties k 
propos d'un auteur qui s'est attel6 r6solument k une t&ehe aussi ardue. 
Nous reconnaissons que les mots bien dGfinis sont de beaucoup les plus 
nombreux et que ceux dont on se sert tous les jours, sont munis en g6n£ral 
d'exemples bien choisis. 

A d'autres points de vue Poeuvre est egalement serieuse. L'ortbographe 
est simple et claire. Si elle n'est pas toujours conforme aux principes 
adopts a Ltege, c'est que le Diet. 6tait presque acnev6 lorsque parut le 
magistral trait6 d'ortbographe wallonne de M. Feller. Remarquons toute- 
fois dans le systeme de M. P. quelques inconsequences, comme paupi et 
rapopi, dissouder et soder, dissouler et soler, moir-sou mais so, et Pemploi 
abusif de s pour ss entre voyelies : rosete, splosi, toser, losint, en d£sac 
cord avec moussi, massale, displossi... 

Nous voudrions toucher encore deux ou trois points auxquels M. P. 
aurait dti songer, s'il etait possible de songer a tout dans une mati&re aussi 
Gtendue. Quand un mot pr6sente plusieurs formes dialectales, ne convenait- 
il pas de choisir pour le Diet. Namurois-frangais celle usit^e dans la ville 
de Namur, par respect pour sa quality de chef-lieu et de centre litteraire 
plus actif ? II nous semble qu'au lieu de onzere, paran'moin, pti'aude, ( l ) 
pruster, prusti, runin, il etit 6t6 pr6f6rable d'6crire ozere, paralmoin, 
poui'aude, prister, presti, renin I*). 

M. P. admet dans son Diet, des mots qu'on n'emploie jamah a Namur 
ni dans les neuf dixiemes de la province : jivau, size, toumer ( 3 ) usit^s a 
peine dans quelques localites voisines de la province de Li6ge. II n'y a pas 
grand mal a eela. Mais il faudrait admettre a plus forte raison des mots ou 
formes tres r6pandus, comme mindjik l'Ouest et au N.-O., dej& a Floriftoux 
et Temploux, euwe et niut dans le val de la Sambre etc. La leviire, a 
Namur des lidjes, s'appelle, selon les cantons, lies, guesses, djes ou leveres. 
Notre ipe devient ailleurs one yesse. Le vulgaire locet se nomme dans le 
N. et TO. scoupia, cheupia, m6me sicoupe. Et que de mots interessants, 
inconnus a Namur, on pourrait relever dans les diverses regions de la 
province, a Sombrelfe, a Walcourt, a Gouvin, a Dinant, a Beauraing, etc. ! 
Ges mots, aujourd'hui rel6gu6s dans un coin de la Wallonie, sont des restes 
de Tancien patrimoine commun et pourraient servir k combler des vides 
dans les patois voisins. 

Enfln M. P. n'auraiMl pu rGserver une petite place a quelques mots 
flamands, d'introduction moderne sans doute, moins v6n6rables que les 
vieux verbes stitchi, screper et autres, mais populaires et recus par nos 
maitres chansonniers : dank, fourt\ bos' (maitre de maison)... ? 

(1) Corrigez puiaute a la p. 138. Les fautes d'impression sont tres rares dans 
le volume. Lisez a leur place alphabetique nir&u (et non narieu), remoinrner (et 
non remoinrer). — P. 24, 1. 2 Tropeolac^es. — Ecrivez Stratmann et retrunchez de 
ses ceuvres li Colchessi, qui est de J. Suars. 

(2) La f-irrae scoissere est suspecte Gg. donne pour Namur scassoire v' cheseute ; 
Fosse dit scassoere, Charleroi escassoere (Bernus, 71) 

(3) Cette remarque et la suivante ne s'appliquent pas seulement au 2* vol. de 
M. P., n ais a Toeuvre entiere. 



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WALLONIA 97 

En somme le Dirt, de M. Pirsoul, malgr6 ses points faibles et ses lacunes, 
sera toujours un livre de vaieur, tr6s utile a consulter. Les pbilologues 
savent qu'on n'fipuise pas un tel sujet. Si Tauteur n'a pas completement 
atteint le but, il a du moins d£blayG le terrain et rendu la route plus facile 
a ceux qui le suivront. Son travail deja estimable devra eervir de base pour 
une £tude ulterieure, plus approfondie, du dialecte de Namur. 

A. Marechal. 

Nouveaux Contes a Marjolaine, par George Garnir. — Un vol. in-8° de 
258 p. Felix Juven, editeur, Paris. Prix : 3 fr. 50. 

On connait a M. George Garnir plusieurs incarnations ggalement bril- 
iantes. Journaliste, il s'est signal^ par la verve franche, par l^criture 
6i6gante et coloree de ses articles de reportage autant que par Thumour 
desin volte de ses chroniques fantaisistes. Au theatre, outre un acte dllicat, 
la Defense du bonheur, cr6e au theatre Sarab Bernhardt , et divers 
livrets adroitement construits, il a fait representer nombre de revues 
alertes, ingenieuses et spirituelles, ou son tact sut rehausser souvent de 
jolies trouvailles la grosse gait6 d'un genre d^bride par essence. 

Mais le Garnir qui a nos preferences est celui du livre, celui du conte 
et du roman. A celui-la, nous devons quatre volumes imprggngs a chaque 
page de la saine odeur de la terre wallonne. Le dernier en date, les Nou- 
veaux Contes a Marjolaine, nous apporte une s6rie de ferventes Evocations 
du pays condruzien. Et c'est merveille de voir avec quelle native fraicheur 
les vallons famiiiers sont decrits par un «d£racin£» p6riodiquement astreint 
a faire evoluer sous l'artificiel soleil des frises, entre des arbres de toile 
peinte, ces entites dgcolletges qui ont nom le Mont des Arts, le Peril jaune, 
la Carte iliustree ou le Service personnel. En v£rit£, le poete «mort jeune* 
que cache, au fond de soi, tout professionnel de recritoire, r6v&le, chez 
M. Garnir, une vitality particulierement tenace. Des g6n6reux entbou- 
siasmes d'une expansive jeunesse — qui nagu&re se traduisit littgrairement 
en strophes nombreuses — notre ficrivain n'a rien perdu. Sa prose actuelle 
se caract^rise par une aisance et une abondance d'ordre lyrique. En d6pit 
de ramertume qui plane sur telles pages, il a garde une rare juvgnilite de 
sentiment et de sensations ; bref, il est demeur6 «6tudiant» dans ce que 
cette epithete comporte d'eian loyal et spontang. 

(Test dire que les contes qu'il nous offre aujourd'hui sont singulifcre* 
ment vivants. lis se recommandent aussi par leur plaisante variete. 

11 en est de malicieux comme la Legon, le Justicier, les quaV Blancs t 
le cure Taupois, les Vrais Echos du Hoyoux; de m61ancoliquement 
attendris comme Conte Blanc, la Servanle, I Inutile Tendresse, la Prome- 
nade; de sobrement dramatiques comme r Hotel de la Misere et Madame 
Henoumonl; de nostalgiques comme le Nuton, la Petite title inconnue, 
Choses et Gens de La-Bas, Vieilles Cloches. 

Aussi bien, r6p£tons-le, par la nuance m£me de son humanity pro- 
fonde, ce livre viril, all&gre et probe nous s6duit deiicieusement. Avec une 
pi6t6 parfois lancinante, il eetebre le cuite de la « douce et vaillante 



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1)8 WALLOXIA 

Wallouie. » En des tableaux brefs, precis, lestement cnleves, d'une notation 
vive et neuve, au pittoresque heureux et sur, I'auteur esquisse, ga et la, 
les sites de predilection oil se meuvent ses heros familiers. Et, dans une 
emouvante dedicace aux ancetres, il exprime excellemment quelques-unes 
des raisons sentimentales qui motivent la religion de la petite patrie, 
reservoir de courage et de sante morale : 

« Des hommes qui ne connaissent pas notre Coudroz m'ont dit, en 
levant les epaules, que les gens « de ce pays-la » ne sont pas meilleurs que 
ceux d'ailleurs, qu'ils n'ont ni moins de vices ni plus de vertu. C'est qu'ils 
ne font point connu, grand-pere; c'est qu'ils n'avaient pu appreudre a 
t'aimer, et avec toi, la chere maison, le cher pays. Gar pourquoi, si toi, la 
maison et ie pays n'etiez pas dill'erents des autres hommes, des autres 
maisons, des autres pays, pourquoi 6prouverais-je un pincement au coour 
rien qu'a songer a vous? Pourquoi ton image, grand-pere, toi qui ius cou- 
rageux et fraternel, simple et doux avec ton air d'ami, coexisterait-elle 
ainsi av£c moi, a travels la vie bonne et mauvaibc? Pourquoi les seuls 
noms de nos villages m'6mouvraient-ils de tierte nostalgique? Pourquoi le 
souvenir de tel arbre du verger, de tel coin de la ferine lamiliale me p6ne- 
trerait-il ainsi d'une sensation bienfaisante? 

» Ah ! qu'il est profond et qu'il est ennoblissant, le culte de la terre 
natale ! Qu'elle est fraiche et qu'elle est pure la source ou la bouche des 
aieux allait boire a longs traits ! » 

Nous sommes en droit d'attendre d'abondantes et prestigieuses mois- 
sons de ceux en qui s'eternise aussi vivace, aussi filiale, aussi aigue 
la ferveur envers les ediftantes magies du sol natal, et le conteur si riche- 
ment doue qu'est M. Garnir s'est trop avan tageusement class6 parmi nos 
ecrivains de terroir pour nous decevoir a cet 6gard... 

Charles Delchevalerie. 

Inyentaire analytique des libri obligationum et solutionum des 

Archives vaticanes, au point de vue des anciens dioceses de Cambrai, 

Liege, Therouanne et Tournai, par D. Ursmek Berliere, 0. S. B. — 

Publication de VInslitut hislorique JJelye de Rome, Rome 1904. 

Le savant directeur de cet Institut beige de Rome dont Inauguration 

officielle vient d'avoir lieu, annonce dans la preface de ce volume que, 

repondant au but de cette institution, il a entrepris l'inventaire systema- 

tique des dilTerents fonds des Archives vaticanes, dans lesquels se trouvent 

des documents relatiis a notre histoire nationale. 

Mais, avant de parler de cet inventaire, disons quelques mots de ce 
nouvel etablissement scientiflque, puisque aussi bien il est dirige par des 
Wallons. 

Dom Berliere a raconte lhistoire de 1'ouverture des Archives vati- 
canes par Leon X11I et de la londation des dill'erents Iustituts qui ont et6 
etablis dans la Ville Eternelle par les grandes puissances de TEurope (*). 

Depuis 1879, cet enorme depot, ou les siecles ont accumule des ren- 
seignements de premier ordre pour l'histoire de tous les pays, est visits 

f ' (1) Revue bentdictinCi 1903, pp. 132-171. 



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WALLONIA W 

et frequente assidument par des savants francais, alleniands, aulricliiens, 
anglais, beiges, hollandais, memo japonais. Ges archives si importantes se 
divisent en cinq groupes principaux : la chancellerie pontiticale, la chambre 
apostolique, la secretairerie d'Etat, les archives du chateau Saint Ange et 
les accroissements successes. Deja avant 1880, plusieurs savants etaient 
parvenus a prendre connaissance de quelques-unes de ces collections ; mais 
a la suite de la decision de Leon XIII, les academies organberent a Rome 
des missions « dont quelques-unes devaient avoir un caractere durable et 
donner lieu a la creation d'lnstituts historiques permanents. » 

Tout d'abord la France, qui, en 1873, cr£ait a Rome une sorte de suc- 
cursale de l'Ecole franchise d'Ath^nes, constituait deflnitivernent, deux ans 
apres, une Ecole franchise qui eut pour directeur M. Aug. Geffroy, puis 
M. Le Blant, et depuis 1885, le savant iMgr Duchesne. 

L'Institut historique autrichien date de 1880 et est organist a peu pres 
de la nienie fagon que l'Ecole francai&e. 

En 1889, ce fut le tour de la Prusse qui. d'ailleurs, etait depuis long- 
temps en relations historiques suivies avec Rome ; car, depuis 1829, elle y 
possedait un Institut archeologique. Le but du nouvel Institut est do faire 
dans les depots litteraires d'ltalie des recherches sur l'histoire d'Allemagne 
et de fournir les renseignements qui lui sont demandes par la voie offl- 
cielle. 

A cote de ces etablissements officiels, il y a des Instituts prives qui 
poursuiveut un but identique : celui de la Soci6te cathoiique de Goerres, 
qui public des articles dans VHulotisches Jahrbuch et le Romische Quar- 
talschrijt, etc., le groupe de savants envoy 6s par la Leo-Gesellschaft, 
d'Autriche, Tlnstitut hongrois, du a l'initiative du haut clerge de Hongrie, 
I'ecole anglaise de Rome cr6ee avec Tappui du haut clerge anglican et des 
prol'esseurs des Universites. Enfln, des pays comme la Pologne, le Dane- 
mark, la Suede, chargerent des savants de missions scientiflques, et meme 
un docteur de ] 'University de Tokyo y prepare une histoire des missions 
catholiques au Japon. 

La Belgique ne pouvait rester en arriere dans ce mouvement scienti- 
fique. D^s 1892, au retour d'une mission aux Archives vaticanes, M. le prof. 
Cauchie signalait i'importance de ces collections au point de vue de notre 
histoire, et esquissait les grandes lignes de I'organisation d'une Ecole 
beige ( l ). Trois ans apres, il pr6cisait son projet dans une communication au 
Congres archeologique de Tournai. Grace* a l'appui de notre ministre 
aupres du Saint-Siege, M. le baron d'Erp, des negotiations furent entamees 
entre notre gouvernement et le Vatican. Et en 1902, le savant Ben6dictin, 
Dom U. Berliere, etait envoye a Rome pour y etudier les ecoles institu6es 
par la France, la Prusse et TAutriche et soumettre au gouvernement un 
projet pour I'organisation d'un Institut beige analogue. Au mois d'octobre 
suivant, le meme erudit — un Wallon de Gosselies — 6tait plac6 a la t6te 
du nouvel etablisscment, et un collaborateur zele lui <Hait donne en la per- 

(l) Bulletin de la Com. roy. d' histoire, 5* serie, t. II. 



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100 WALLONIA 

sonne de M. Am. Fayen, de Herve, docteur en sciences historiques de 
TUniversite de Liege, et attache a la Bibliotheque de TUniversite de Gand. 
Quoique les ressources p6cuniaires des premiers moments fussent plutot 
precaires, les deux savants beiges se mirent a la besogne et, au bout de 
quelques mois, decouvraient les elements de plusieurs volumes dont le pre- 
mier vient de paraitre. 

Terminons cette petite notice en exprimant deux voeux : tout d'abord 
que les particuliers et les Societes d'archeologie ot d'histoire provinciales 
de notre pays aient a cceur d'envoyer leurs publications pour completer la 
Bibliotheque du nouvel Institut de Rome, et ensuite que le gouvernement, 
apres avoir fourni les premiers fonds et etabli notre Ecole dans ses meubles 
par une ceremonie offlcielle qui a eu lieu le 11 decerabre dernier, n'hesite 
pas a la subventionner d'une maniere suftisante, afin de permettre a ses 
savants de tirer tout le fruit possible des recherches precieuscs de Dom 
Berliere et de son collaborateur. 

Abordons a present Texamen de la premiere oeuvre publiee par l'lns- 
titut beige de Rome. 

Parmi les diffe>entes sections des archives pontiflcales, il en est une ou 
le travailleur beige peut largement puiser : e'est la Ghambre apostolique, 
qui comprend les livres de comptabilite generate de la curie, les comptes 
des differents employ6s de la curie, les regis tres (T obligations souscriles 
par lesprelats pouwus de benefices et les livres des quittances des sommes 
dues pour ces provisions, les comptes des collecteurs charges de recueillir 
les dimes dans les divers pays de la chretiente, etc. Cette comptabilite qui 
remonte a la fin du xm e siecle, fournit des renseignements sur les preiats, 
eveques ou abbes et autres b6n6flciers, sur Thistoire des paroisses et sur la 
geographie des anciens dioceses. De plus, Thistoire politique, artistique et 
sociale trouve a glaner amplement dans cette volumineuse collection : on y 
trouve des documents sur les guerres, les relations de la Papaute avec les 
Eglises de toute la chr6tiente, sur les rapports de Rome avec les souverains 
ct les Etats, sur les missions, sur les ordres religieux. 

G'est Tinventaire analytique des livres aux obligations et aux paye- 
ments que vient de publier le savant directeur de l'lnstitut beige de Rome ; 
il les a etudies, bien entendu, au point de vue des eveches qui etendaient 
leur juridiction sur la Belgique : Gambrai, Li6ge, Therouanne et Tournai. 
Il a laisse de cote ce qui concernait Treves et Utrecht, parce que les parties 
de notre territoire qui en relevaient sont peu importantes et qu'elles feront 
l'objet des recherches de TInstitut historique piussien et d'une mission his- 
torique hollandaise. 

Le savant auteur du Monaslicon beige — le meilleur ouvrage relatif a 
Thistoire monastique de Belgique, dit M. Pirenne — commence son travail 
par une etude historique sur les divers revenus du Saint-Siege, qui se ren- 
contrent dans son inventaire : ce sont le cens apostolique, pay6 par cer- 
taines institutions religieuses en retour de la protection accordee par le 
Saint-Siege, les services ou taxes impos6es aux preiats pourvus d'un bene- 
fice, les pelerinages et visites des eveques et abbes de notre pa/s au Pape, 



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WALLONIA 1(M 

les annates (revenus de la premiere ann6ed'un b6n£flce,r6serv6 k laChambre 
apostolique), les d6pouilles des clercs d6c6d6s en curie, les d6cimes pergus 
sur certains benefices ecctesiastiques, les subsides caritatifs, les procura- 
tions. 

L'inventaire comprend des analyses trfcs bien faites et concues d'une 
facon tr6s complete des acles relatifs k notre pays. On y trouvera des ren- 
seignements tre* curieux sur l'histoire des Gveques, des abb6s, de leurs 
relations avec la curie pontificate, et I'histoire monastique de nos contr6es. 
A la suite, l'Grudit B6n6dictin a publte 30 actes in-extenso du xiv # au 
xvi e siecle, dont plusieurs sont relatifs k des corporations religieuses de 
l'ancien pays de Ltege. Enfln, une excellente table analytique des noms de 
lieux et de personnes, termine Fouvrage qui rendra, nous en sommes 
assures, d'6normes services k nos historiens. 

Ge beau commencement nous fera soubaiter que les trois autres volumes 
an nonces voient bientot le jour et ainsi le gouvernement sera k meme de 
juger que son argent a 6t6 bien placG et que Dom Ursmer Bbrli4rb saura 
atteindre le but qu'il s'est lui-meme flx6 dans Tarticle signate plus haut. 

Z). Brouwers. 

Ouvrages recus : 

Belmont, Henri. Le Liwe et V Amour (po6sies). Li6ge, Mathieu Thone, 

6dit., 1905. In-8° (12.5 x 19.5), 199 p. Prix, ft. 3-50. 
Colson, Arthur. Heureux Temps. Neuf nouvelles. Ltege, Imprimerie 

industrielle et commerciale. In-8° (12.5 x 19), 97 p. Prix, fr. 2-50. 
Linden (vander), Fritz. Mon confrere Asmodee. Mons, 6dit. de « La 

Verveine. » In-8°(13 x 19), 43 p. Frontispice de Leveque, reproduit en 

rouge k la couverture. 
Magnette, F. Documents relatifs a Vhistoire de Malmedy pendant les 

annees 1192 et 1793. Extr. des « Bull, de la Comm. roy. d'Histoire de 

Belgique, » t. 73, n° 2. Brux., Weissenbruch , 6dit. In-8° (14 X 22\ 

64 pages. 
Mockel, Albert. Victor Rousseau. Paris, editions de « La Plume, » 1904. 

In-8° (18 x 25), 23 p. Frontispice et 7 grav. Tirage a 310 exempl. — 

Toy. ci-dessus, t. XII (1904) p. 249.] 
Ombiaux (des), Maurice. Guidon oVAnderlecht, roman. Paris, Juven. Un 

vol. in-8' (12.5 x 18.5), 221 p. Prix, fr. 3-50. 
Rousseau, Henry. Les Fonts baptismaux de Saint- Bar thelemy a Liege. 

Court-Saint-Etienne, Chevalier, 1905. In-8° (13 x 19), 15 p. et 3 grav. 

BULLETINS ET ANNA LES : 

Institut arch^ologique liegeois. — Bulletin, Tome XXXIV 2 e fascicule. 

L. Renard, Note sur une statuette en bronze de Vepoque romaine 
provenant de Tongres et conservee au Musee de Leyde. (p. 293 a 299). — 
Cette statuette d'un caractere un peu special constitue, d'aprfcsM. R..., 
un des plus beaux bronzes decouverts jusqu'& ce jour en Belgique. 

R. Dubois, U election et le couronnement de Vempereur Mathias (1612). 
(p. 301 k 332.) — C'est la relation du voyage et du s6jour faits a Francfort 
par le prince-6veque de Ltege, Ferdinand de Bavtere, qui, en quality 
d'61ecteur du S'-Empire, prit part a Election et au couronnement de 



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102 WALLONIA 

Tempereur Mathias. Ce r6cit est extrait du manuscrit de Henri d'Eynatten, 
seigneur de Tilloy et Ab6e, conserve aux archives de ia ville de Huy. 

J. Fraipont, Les origines de la sculpture, de la gravure et de la 
peinture chez Vhomme fossile. (p. 333 a 338). — Les premieres manifesta- 
tions artistiques chez Thomme remontent a la seconde moitie de la pe>iode 
quaternaire. EUes consistent surtout en pieces d'os ou de corne gravies au 
burin de silex, en objets sculptes en ivoire de mammouth. Les sujets 
traites sont ou des dessins g^ometriques ou des representations d'animaux. 
L'homme fossile de Tage du renne connut meme la peinture, car on a 
decouvert sur les parois de quelques cavernes des peintures a Tocre rouge* 
que des indices certains permettent de faire remonter jusqu'aux epoques 
prehistoriques. 

D. Brouwers, Contribution a Vhistoire des Etats du duche de Lira- 
bourg au XVIII 9 siecle. (p. 339 a 365.) — C'est Thistoire des demotes que 
les Etats du duche de Limbourg et ceux des pays d'Outremeuse eurent 
avec le gouvernement central autrichien et avec le haut drossard du 
duche. Marie-Therese aurait voulu apporter plus d'uniformite et plus de 
regularity dans l'administration compliquee des Etats limbourgeois, mais 
toutes ses mesures furent chaque fois longuement combattues par Tesprit 
obstinement conservateur de ces assemblees. 

Th. Gobert, Les archives communales de Liege, (p. 367 a 439.) — 
Elle est singulierement attachante et instructive la notice que consacre 
aux archives communales de la Cite Tinfatigable et erudit auteur des Rues 
de Liege. En effet,' rappeler le sort de ces precieux documents c'est refaire 
Thistoire des jours les plus critiques de la ville. 

Des I'origine de la commune, c'est-a-dire des le xn e siecle jusqu'en 1684, 
les chartes et les privileges les plus precieux furent abrites dans Teglise de 
Tabbaye de St-Jacques, qui etait en quelque sorte Teglise officielle de la 
Cite. EUes y etaient conserves dans des coffres munis de 34 serrures dont 
les clefs etaient gardees par les deux maitres de Liege et par un officier de 
chacun des 32 bons metiers. A deux reprises, ces garanties des libertes 
communales furent conflsquees : en 1408, apres la bataille d'Othee, et en 
1467, apres la de7aite de Brusthem.* EUes furent chaque fois restitutes 
apr^s un intervalle assez court ; malheureusement aussi, chaque fois quel- 
ques documents furent retenus ou egares. Les Ltegeois flrent dans la suite, 
notamment sous Erard de la Marck, puis en 1564, en 1697, en 1772 et 
meme en 1875 de frequentes recherches pour decouvrir les pieces perdues, 
mais sans jamais reussir completement. 

Une autre partie des archives communales, composee surtout des 
registres aux proces-verbaux des seances du Gonseil et aux comptes de la 
ville, beaucoup plus lr£quemment consultes, reposaient a THolel communal. 
Gelles-la dispfarurent dans I'efTroyable catastrophe de 1468 et dans les incen- 
dies allumes par les soudards du Tem6raire. En 1684, Maximilien-Henri dc 
Baviere, apres avoir vaincu la democratic liegeoise, ordonna de deposer 
les archives de la cit6 et des metiers dans le local du Conseil priv£ au palais 
episcopal. Gette confiscation les sauva sept ans plus tard d'une perte totale, 



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WALLONIA 103 

car. pendant le bombardement de la ville par les Francais en 1691, la 
Maison communale fut entierement detruite par I'incendie. Les successeurs 
de Maximilien de Baviere restituerent a la cite une partie de leurs archives, 
mais jusqu*a la revolution francaise la plus grande partie fut retenue au 
Palais. Les graves ev^nements de la fin du xvni® siecle provoquerent 
raneantissement ou la dispersion des archives des diflferents corps de PEtat 
et de toutes les communautes religieuses. 

Aprfcs la balaille de Neerwinden, les Francois conduisirent une partie 
des documents de la ville a Lille, puis a Paris. D'autre part, les Autri- 
chiens, quand ils apprirent Tissue dela bataille de Fleurus, s'empresserent 
d'emporter ce qui restait des archives jusqu'au fond de TAllemagne. C'est 
ainsi qu'une partie des archives de la ville fureat retrouvees a Hambourg, 
avec celles du Gonseil prive et renvoyes en 1804 et 1807. D'autres registres 
enleves par les bourgmestres furent retrouv6s a Cologne. 

En terminant, M. Gobert s'eleve avec raison contre Torganisation 
actuelle des archives communales qui decourage la bonne volont6 de nos 
erudits locaux. Une partie est en effet conservee au depot des archives de 
TEtat, une autre dans les collections de FUniversite, une troisieme a l'hotel- 
de-ville meme. II faudrait un local special ou seraient centralises tous les 
documents de la ville et un service serieusement organise comme en 
possedent d'autres chefs-lieux de province. Si j'osais risquer un plaidoyer 
pro domo, je dirais que la ville realiserait le mieux ces desiderata en 
confiant la totalite de ses collections de documents au depot des archives 
de TEtat qui en possede la plus grosse partie depuis la remise des archives 
du Bureau de bienfaisauce et de la Commission des hospices civils. 

J. Alexandre, La Bastree (pp. 441 a 446). — Tous les fervents du 
Vieux-Liege sauront gre k M. Alexandre d'avoir perp^tue par son interes- 
sante notice, le souvenir de cette maison caracteristique que la pioche des 
demolisseurs vient d'atteindre. 

L. Renard, Rapport sur les recherches et les fouilles faites en 1904 
par VInstitut archeologique liegeois (pp. 447-458). E. Fairon. 

Soci6t6 Vervi^toise d'Arch6ologie. — Bulletin. Cinquieme volume. 

DD. Brouwers, Histoire du chapitre noble de Sinnich (pp. 5 a 210). 
L'abbaye de Sinnich, situee sur le territoire de Teuven, fut une puissante 
communaute religieuse qui pendant plus de six siecles donna asile aux 
fllles de la noblesse limbourgeoise. Son origine remonte au couvent de 
femmes qui s'etablit a cot^ de l'abbaye des chanoines Augustins de Rolduc 
et qui fonda vers 1140 des prieurGs a Marienthal et a Schaarn. En 1243 tous 
les prieur6s de femmes dependant de l'abbaye de Rolduc furent reunis en 
un seul 6tablissement a Sinnich. C'est done par erreur qu'on a fait remonter 
la fondatiou de ce chapitre noble a I'annee 1151, en se basant sur une 
charte fausse et fabriqu^e au xvn e siecle, ainsi que Tetablit notre collabo- 
rateur dans un chapitre special de son travail qui constitue un veritable 
modele de critique diplomatique. 

L'histoire du chapitre se resume surtout dans les incessants con flits 



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104 WALLONIA 

que les chanoinesses soutinrent contre les abb£s de Rolduc qui pretendaient 
soumettre les religieuses k leur discipline spirituelle, et dans Fexpos6 de la 
situation gconomique pendant le Moyen-Age et les temps modernes. Le 
couvent dont la suppression fut un instant agit6e sous Joseph II, fut 
conflsquG par les Francois et ses difffcrentes d6pen dances vendues comme 
biens nationaux en 1798. M. B. a aussi consacrG un chapitre a la description 
des batiments du chapitre a Sinnich. II publie aussi en appendice l'inven- 
taire des cent-quatre-vingt-quatre chartes de Sinnich et des registres et 
liasses conserves au d6pot de Ltege, un inventaire des objets et meubles 
appartenant au chapitre en 1782 et la liste de toutes les chanoinesses. 

Ge travail, illustr6 de trois photographies de l'abbaye, est une excel- 
iente contribution k l'6tude des grands 6tablissements religieux du Limbo urg 
et la critique savante Ta partout accueilli avec beaucoup de faveur. 

J. Feller, Les noms de lieu en ster (pp. 213 k 356). Le travail de 
de M. Feller est k tous les points de vue digne des plus grands 61oges et 
nous ne saurions assez le recommander a Inattention des lecteurs de 
Wallonia. lis y trouveront, dans un langage 6l6gant auquel les tra- 
vaux d'6rudition ne nous habituent pas souvent, le module le plus parfait 
d'une 6tude toponymique. Ge genre de travail, inaugurG jadis pour notre 
pays par Gh. Grandqaqnage et remis en honneur par le beau livre de 
M. G. Kurth sur la Frontiere linguistique, est peut-6tre le plus difficile de 
tous parce qu'il exige a la fois une connaissance approfondie de la m&hode 
et des sources historiqnes ainsi que des philologies classique, romane et 
germanique. On pouvait avoir toute conftance dans Tun des plus savants 
parmi les promoteurs du Projet de Diction naire W&llon. Je dirai meme que 
M. Feller a encore d6pass6 nos esp^rances. J'insisterai sur le mode de 
demonstration du travail parce que c'est ce qui m'a le plus s£duit. En 
conservant Tordre analytique des recherches, Tauteur associe a son travail 
le lecteur qui dGbrouille et 6claircit avec lui les donn6es confuses du 
probleme, et qui, arrive a la solution, 6prouve comme la joie d'avoir fait 
une dGcouverte person nelle. 

M. Feller inontre d'abord que, dans ster, le 5 appartient au sufflxe et 
non au premier composant. Si loin que Ton remonte dans les chartes, les 
noms de lieux en ster apparaissent avec leur finale et Ton ne peut par con- 
sequent en constater directement Torigine. Quant au premier composant, 
c'est presque toujours un n«>m de person ne d'origine germanique, mais 
ayant pris une forme wallonne, Gomme cette romanisation n'est pas ant6- 
rieure au xm e si&cle, on peut avancer avec certitude que les noms en ster 
sont parmi les derniers venus de la toponymie g6ographique. Ges noms 
sont tr6s nombreux dans la region qui s'etend de Stavelot a Liege et de la 
frontiere linguistique du Luxembourg jusqu'a Waremme, mais ils sont 
rares k Touest de Li6ge : G'est ik une forte preemption de germanicite 
pour le sufflxe ster. On a pourtant, en se fondant sur des exemples de 
Ducange, propose les origines romanes de statio ou stare. Mais le stare 
substantif cit6 par Ducange est plutot un terme cr6£ pour exprimer en latin 



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WALLONIA 105 

un mot ster de la langue vulgaire. Les lois phonetiques s'opposent d'ail- 
leurs k I'assimilation de ster et de stare. 

Ster est done un sufflxe germanique, qu'on ne retrouve pas, il est vrai, 
dans'la region germanique voisine de notre pays. Mais,apres avoir passG en 
revue les diflferents suffixes germaniques qui renferment le groupe st, 
M. Feller conclut que ster correspond aux suffixes sted, stay, stat, dont 
I'origioe est le vieux mot gothique staths signifta.nt place ou 6tablissement. 
Le sufflxe ster a donne les variantes stere, stert, stier, ste* st et sta. 

Ainsi aucun des noms en ster ne remonte au delk du xn e Steele. lis 
sont tous, a Torigine, relatifs a des lieux sans importance, e'est-k-dire k des 
6tablissements fond 6s dans les terres ingrates apres la formation des loca- 
lites connues. lis doivent etre rapproch6s des d^frichements tardifs qui 
commenc&rent au xi e stecle dans la foret ardennaise. 

M. Feller a fait suivre sa belle 6tude d'un lexique. des noms en ster 
comprenant plus de 400 noms. 

Nous souhaitons a la Soctete Vervi6toise d'archGologie do recevoir sou- 
vent des travaux comme ceux de MM. Brouwers et Feller, qui la classent 
au premier rang des SocietSs historiques beiges. 

W. Del Court tot Krimpen. Un inventaire de biens meubles cTun 
praticien de Verviers au XVI 9 Steele (pp. 355 a 375). C'est la copie de Tin- 
ventaire fait devant les 6chevins de la Cour de justice de Verviers le 
15 avril 1575 des meubles et objets d£laiss6s par feu Laurent del Court, 
chirurgien et ancien 6chevin de la ville. Ce travail vaut surtout par les 
notes et les commentaires ins6r6s par M. Feller, qui a expliqu6 le sens de 
certains mots purement wallons employes pas le notaire. 

C. Leclere. Chronique de la Societe pendant Vannee 1903-1901 
(pp. 375 a 390). E. Fairon. 



Faits divers. 

Martille, drame lyrique en deux actes, texte de M. Edmond Cattier, 
musique de M. Albert Dupuis. Premiere representation au « Th6&tre 
Royal de la Monnaie », a Bruxelles, le 3 mars 1905. 

C'est la ducace, dans un village riverain de la Semois. Etienne, 
brave et honnete gar^on, est mari6 a une femme 16gere et coquette, Betsy, 
6namour6e d'un brutal Don Juan de village, Pierre. Etienne Gprouve un 
amour profond pour Martille, qui de son cot6 Taime sans Toser montrer. 
Mais Pierre, d6daigneux de Betsy, aime, lui aussi, Martille, qui le repousse. 
On voit les conflits imminents de ces amours malheureux. Pour se d6bar- 
rasser d'Etienne, son rival aupres de Martille, Pierre ne trouve rien de 
mieux que de lancer contre lui sa propre femme, Betsy. II feint done 
d'aimer cette derniere : qu* Etienne disparaisse, et Pierre sera k sa veuve 
Afln d'amener la perte du jeune homme, Pierre et Betsy font croiie au 
braconnier J6rome que c'est Etienne qui l'a d6nonc6 au garde : Jerome va 



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106 WALLONIA 

se venger terriblement, mais Martille intervient et, pour sauver Etienne, 
declare que c'est chez elle, « sa maitresse », que se trouvait celui-ci, au 
moment ou Jerome posait ses collets. Fureur de Pierre, qui menace Mar- 
tille de tuer lui-meme Etienne, si elle ne renonce a lui. G'est ici le moment 
psychologique du drame : sous la menace de Pierre, Martille est obligee de 
declarer a Etienne qu'elle ne l'aime plus, que c'est Pierre son prefere. 
Etonnement douloureux d'Etienne. Mais Betsy, qui a tout entendu, 
s'avance furieuse et, croyant reellement que Martille lui a vole son Pierre, 
elle la frappe de ses ciseaux. Martille meurt, en revelant la verite a 
Etienne, en lui disant qu'elle a menti pour lui sauver la vie, que c'est lui 
seul qu'elle aimait. 

Gette action, un peu surchargee de peripeties pour une pi&ce en deux 
actes seulement, est assurement attachante et dramatique, faite pour 
inspirer un musicien. M. Gattier, qui a fait spirituellement le compte- 
rendu de son propre ouvrage dans la Gazette, y a raconte l'histoire de ce 
livret, inspire d'une nouvelle anglaise, d'abord situe dans la vieille 
Angleterre et complique de meetings, de greves, etc., puis r^duit sur la 
demande du musicien, I'intrigue transplantee enfin sur les rives de notre 
pittoresque riviere ardennaise. 

On pourrait dire que l'episode principal, ou Martille repousse Etienne 
en lui disant que c'est Pierre qu'elle aime, est un peu force ; il est difficile 
d'admettre que la jeune fllle n'aurait pu (Pierre etant sorti, non loin il est 
vrai) donner a deviner la verite, pour calmer tout au moins le desespoir 
d'Etienne. La langue meme du livret parait assez cherchee, pour des paysans 
ardennais, d'expression si elementaire... 

Nous n'avons plus a presenter aux lecteursde Wallonia M. Albert Dupuis 
dont nous les avons entretenus longuement a propos de son ravissant opera 
liegeois Jean-Michel (*). Nous avons dit alors ses qualites et ses tendances, 
telles qu'elles nous semblaient manifestes dans cette oeuvre qui fait epoque 
dans l'histoire du theatre lyrique en Belgique. 

Celle-ci se rattachait directement, a notre sens, a la tradition 
lyrique francaise renovee avec un si eclatant succes par Charpentier, 
consideree en opposition avec 1'ecole franckiste-wagnerienne qui s'aflirme 
dans les oeuvres theatrales de d'Indy et Ghausson. 

Martille nous parait attester une Evolution resolue du compositeur dans 
le sens wagnerien. On ne saurait, je crois, Ten feliciter, car le fait avoue 
l'attenuation d'une personnalite que nous espe>ions voir se degager entiere- 
ment, apres les debuts si allegres et si prometteurs de Jean Michel. Nous 
avons celebre, ici, l'abondance melodique, la spontaneite d'expression 
dont ruisselle eel ouvrage, ou il y avait assez de musique pour faire une 
demi-douzaine d'operas. Martille temoigne des memes qualites ext6rieures, 
affinees encore : la legerete et la variete de I'orchestratioh, la consistance 
et I'originalite coustante de l'harmonie, une maitrise particuliere dans le 

1) Cf. Wallonia, XI (1903), p. 114. 



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WALLONIA 107 

maniement des parties chorales, traitees avec une maestria et une inde- 
pendance melodique et rythmique du plus heureux effet ; enfin, et surtout, 
uo sens intime et profond du theatre, des valeurs, plans et perspectives si 
speciales de Toptique scenique, grace a laquelle, ici, tout s'equilibre et 
s'enchaine dans un ensemble harmonieux et coherent, sans heurt, sans 
«c trou »... 

Au point de vue de Fexpression, M. Dupuis t6moigne encore une fois 
du sentiment dramatique le plus juste. Mais ce n'est plus la sensibility 
ingenue et communicative de Jean Michel. Dans Martiiie, I'expression 
parait plus voulue et plus re*fl6chie (partant moins communicative) et, 
comme nous le disions tantot, tres wagnerienne. 11 serait difficile de citer 
un theme ou une harmonie de Wagner formellement reproduits ; mais 
failure generate des themes, des harmonies, meme des timbres, baigne 
Toeuvre entiere d'une athmosphere tres nettement bayreuthienne et en tous 
cas d6nuee d'originalite. — Ge qui n'empeche pas la figure de Martiiie d'etre 
dessin6e avec beaucoup de charme, et celle de Pierre de revetir toute la 
brutality sinistre qui convient. Nous avons dit I'interet de la partie chorale : 
Les scenes populaires sont fort bien reussies, quoiqu'on eut pu d^sirer, 
pour les danses du debut du deuxieme acte, plus de fraicheur et a la fois 
de simplicity : ce n'est plus la superbe « fete du cochon » de Jean Michel, 
dans Tatelier de maitre Hubert ! 

MM. Kufferath et Guide ont entoure Martiiie des soins les plus 
attentifs. L'interpretation reunit les meilleurs elements de la troupe ; il 
suffit, pour se dispenser de faire leur 6loge, de citer Mmes Dratz-Barat 
(Martiiie), Paquot-D'Assy (Betsy), MM. Laffitte (Etienne), D'Assy (Pierre). 
Le lieu de Taction a fourni a nos merveilieux decorateurs Toccasion d'offrir 
k nos yeux un veritable regal. C'est bien la Semois, le joyau liquide de nos 
Ardennes, avec ses meandres capricieux, ses schistes violaces sous les 
coteaux ma melon nes de taillis, ses lointains bleus. 

En somme, une encourageante et heureuse soiree pour l'art wallon. 

Ernest Closson. 

Jacques Fauconnier. — Le monde litteraire et dramatique wallon de 
Liege et de la region, solennellement rassembl^ nagu^re au coquet 
theatre de la Renommee, a c6lebr6 en plein enthousiasme un jubile reten- 
tissant, celui du 25 e anniversaire des debuts artistiques de Jacques 
Fauconnier. 

Voici, de fait, un quart de si6cle que Texcellent artiste parut, pour la 
premiere fois, sur les planches, dans une piece de DD. Salme : Pris d'vins 
ses leces. 

Que de chemin parcouru depuis cette date d6jk lointaine, ou maints 
indices laissaient prevoir Tefflorescence admirable qui permit k notre 
savoureux idiome de conqu6rir enfin sa place au soleil ! Et Fauconnier fut 
parmi ces vaillants de la premiere heure, qui s'enllammerent d'un beau 
zele pour une cause jusqu'alors tant meconnue. 

Infatigable, on le trouva sur la breche, apportant a la poussee generate 



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108 WALLONIA 

le precieux et formidable appoint de son talent si fougueux et si personnel. 
Ses quahtes exception nelles rimposerent et en flrent rapidement un acteur 
de premier plan que les Societes dramatiques se disputerent. Fauconnier 
paya du reste de sa personne avec entrain. 

Ses creations sont nombreuses et inoubliables ; elles sont autant de 
triomphes et partout oft a passe ce talentueux artiste, la forte empreinte de 
sa puissante originalitejest restee vivante et ineffacable. 

Nous ne connaissons pas, 
chez les Wallons, de talent 
aussi souple et aussi varie 
que le sien. Tous les genres 
sont traites par lui avec un 
egal succes, un constant souci 
de la verite et une reelle 
preoccupation artistique. 

La diction est pure, claire 
et agreable ; elle sait donner 
habilement au mot qui porte 
le relief necessaire. Le ;geste 
est sobre, mesure et d'une 
ponctuation discrete. La mi- 
mique est frappante d'expres- 
sion, le jeu, admirable d'ai- 
sance. 

Se mouvant sur une scene 

plus vaste et dans un cadre 

moins restreint , une telle 

perfection dans la technique, unejjscience scenique aussi complete, auraient 

promptement assur6 une notoriete universelle a 1'artiste revelant d'aussi 

brillantes qualites. 

C'est le sentiment que M. Tilkin, president de la « Federation wal- 
lonne, » traduisit ainsi ,dans son beau discours : « Si vos aviz djowe es 
» (ranees, Dj&cques, si el piece de oVner vosse drive oVdrtisse a nosse x>i 
» xoalon, vos aviz tchuzi on ling adje pus aconpte et qui monne pus Ion, 
» on dj&z'reut houy di vos tot avd V Europe come on dj&ze des grands 
» drtisses f ranees,.... » 

Disons en terminant que, chez Fauconnier, i'artiste est double d'un 
philantrope, dont le concours devoue s'est toujours spontanement offert au 
service de nos oeuvres de charite ou d'emancipation inteliectuelle. 

Jacques Fauconnier s'est incontestablement acquis des droits a la 
reconnaissance et a l'admiration de tous les Wallons. 

Jean Roger. 



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Principaux collaborateurs 



MM. Victor Ghauvin, professeur a TUniversite de Liege ; N. Cuvelliez, 
regent a l'Ecole moyenne de Quievrain; Jules Dewert, prof, a rAthCnee 
cTAth ; Alfred Duchesne, prof, de Literature francaise, Leipzig ; Jean 
Haust, prof, a TAthen6e royal de Liege; A. Marechal, prof, a I'Ath^n^e 
royal de Namur ; H. Pirenne, prof, a l'Universite de Gand ; Lucien 
Roger, instituteur communal a Von6che ; Maurice Wilmotte, prof, k 
l'Universite de Liege. 

MM. Albin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adjoint des Archives de l'Etat a Liege; A. Carlot, attache aux Archives de 
l'Etat a Namur; Emile Fairon, attache aux Archives de l'Etat a Liege; 
Oscar Grojean, attache & la Bibliothfcque royale de Bruxelles ; Emile 
Hu^lard, conservateur de la Bibliotheque publique de Mons ; Adrien Oger, 
conservateur du Musee archeologique et de la Bibliotheque publique 
de Namur. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Mus6e archeologique de Liege ; 
A. Boghaert Vache, archeologue et publiciste, Bruxelles; Leopold Devil- 
lers, president du «Cercie archeologique » de Mons; Jus*in Ernotte, 
archeologue a Donstiennes-Thuillies ; Ernest Matthieu, archeologue a 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soci6te archeologique », Nivelles. 

MM. Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Louis Dumont-Wilden, 
litterateurs a Bruxelles ; Charles Delchevalerie, Olympe Gilbart, littera- 
teurs a Liege ; Hubert Krains, litterateur a Berne ; Albert Mockel, 
litterateur k Paris. 

MM. Henri Bragard, president du «Club wallon », Malmedy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm; Edmond Jacquemotte, Jean Lejeune, 
auteurs walions a Jupille; Jean Roger, president de 1' « Association des 
Auteurs dramatiques et Ghansonniers walions », a Liege ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Liege ; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Closson, conservateur-adjoint du Musee instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxelles ; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire royal de musique, Liege. 

MM. George Delaw, dessinateur, a Paris; Auguste Donnay, artiste 
peintre, professeur a FAcademie royale des Beaux-Arts de Liege ; Paul 
Jaspar, architecte, k Liege ; Armand Rassenfosse, dessinateur et graveur 
a Liege ; Joseph Rulot, sculpteur, professeur a TAcademie royale des 
Beaux-Arts de Lieg* ; Gustave Serrurier, ingenieur-decorateur, Liege. 

MM. Y. Danet des Longrais, gen6alogiste*heraldiste, a Liege ; Pierre 
Delta we, publiciste, a Liege ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt ; Oscar 
Colson, etc. 



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■VT-^-LLOIsri^L 

Archives Wallonnes 

D'AUTREFOIS, DE NAGU&RE ET D'AUJOURD'HUI 

Recueil mensuel, illustri, fond* en dticembre 1892 par 0. Cotson, 
Jos. Oefrecheux et 6. Willarae; honors d'une soascriptien da Qouveraement, subsidii par la Proviica 

et par ia villa de Litge. 

Publie des travaux originaux, Etudes critiques, relations et 
documents sur tous les sujets qui int6ressent les Etudes wallonnes, 
(Elhnographie et Folklore, Arch^ologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le compte rendu du Mouvement wallon g6n6ral. 
Recueil impersonnel et independant, la Revue reste ouverte k 
toules les collaborations. 

Directeur : Oscar COLSON, 10, rue Henhart, Liege 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn6s recoivent les n 0, parus de Tann6e courante. 



Tomes I k XII, 1898 k 1904 lnolus. 

Depuis sa fondation, Wallonia a public chaque ann6e un volume 
complex in-8° raisin, brochG non rogn6, avec faux-titre, titre en rouge et 
noir, et table des matieres. A la fin du tome V (1897) et du tome X (1902) 
sont annexGes des Tables quinquennales aualytico-alphab6tiques, qui cons- 
tituent le repertoire id6ologique de la publication. 

Cheque volume, 6l6gaminent 6dit6, est abondamment illustrt de des- 
sins originaux, portraits, etc., et contient de nombreux airs notes. Les huit 
premiers volumes comptent chacun plus de 200 pages ; les quatre volumes 
suivants, plus de 300 pages ; total, pour les 12 volumes, 3,000 p. environ. 

CONDITIONS DE VENTE 

Les volumes terminus sont en vente au prix de 5 francs l'un. La four- 
niture % s6paree des premiers tomes ne peut etre garantie, mais des conditions 
speciales seront faites, tant que le permettra l'Gtat de la reserve, aux 
abonnes qui d6sireront completer leur collection. 

En vue de faciliter aux uouveaux souscripteurs Tacquisition de tout 
ce qui a paru, les prix suivants ont 6t6 Gtablis : 

La collection complete, 12 volumes : 37 fr. net. 

Avec Tabonnement 1905, ensemble : 40 francs. 

Un certain nombre d'exemplaires des deux Tables quinquennales 
(32 et 24 p. a 2 col. de texte compact) sont a la disposition des travailleurs 
au prix total de 1 franc. 



Imp, lndustrielle et Commercial* 

sociild anonyme 
fup StJp.an-Haptiste, 13 s LUge 
T61*phone 1814. 



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6.3 \ 



Oscar GROJEAN. — Le baron de Lambermont (avec portrait). 
Olympe 6ILBART. — Un peintre de FOnrthe : Richard Heintz 

(avec portrait et deux reproductions). 

GHRONIQUE WALLONNE 

Les M6dailles de l'Exposition de Li6ge (Oscar 
Grojean) avec six reproductions. 

Bibliographie : Les livres (O. Colson). — Bulle- 
tins et Annales (E. Fairon). — Revues et 
journaux. 

Faits divers : Pierre Delta we. Glotier. 



BUREAUX : 
L.I&GE, AO, RUE HENKART 



Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : G francs — Le n* 50 cent 
La Revue parait chaque mois, sauf en aout. 



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Sommaire du dernier Num6ro 

Jules DEWERT. — Les Ronds du Hainaut, d'aprAs le 

chroniqueur Jacques de Guyse. 
J. HEYLEMANS. — Le Cheval Bayard, pr&s du Moulin de 

Walzin. Groquis d'apr&s nature. 
Maurice des OMBIAUX. — Un peintre de Meuse : Eug&ne 

Verdyen. 
N. GUVELLIEZ. — M6t6orologie rustique. 
E. MATTHIEU. — Le Roi des radis, k Kain. 

CHRONIQUE WALLONNE 

- Pro Wallonia * (la Direction). 

Le Congr&s Wallon : Expose des Motifs, Comit6, 

Programme. 
Bibliographie : Les livres (A. Marshal, Ch. Del 

che valerie, D. Brouwers).- -Bulletins et Annales 

(E. Fair on). 
Faits diver 8. — Martille (Ernest Closson . — 

Jacques Fauconnier (Jean Roger) avec portrait. 



Libraires-correspondants. 



Berlin : Asher et C u , 13, Unter den 
Linden. 

Bruges : Geuens-Willaert, 5, place 
S'-Jean. 

Bruxelles : Falk tils, 15-17, rue du 
Parchemin. — Oscar Lamberty, 
70, rue Veydt (Quartier-Louise). — 
Lebegue et C le , 46, rue de la Made- 
leine. 

Charleroi : Librairie L. Surin, 6-4, 
passage de la Bourse. 

Hannut v : Hubin-Mottin. 

Huy : de Ruyter, rue Fouarge. 

Li6ge : Jules Henry et G u , 21, rue 
du Pont-d'Ile. 



Mons : Jean Leich, rue Rogier. 
Namur : Roman, rue de Per. 
Nivelles : Godeaux, 2, Grand'Place. 
Paris : C. Klincksieck, 11, rue de 

Lille. — Schleicher freres, 15, rue 

des S u -Peres. — G.-E. Stechert, 

76, rue de Rennes. 
Spa : Laurent Legrand, 15, rue des 

Ecomine8. 
Tournai : Vasseur-DelmGe, Grand* 

place. 
Verviers : Guili. Davister, 115, rue 

du Marteau. 



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Le grand citoyen a qui la Belgique vient de faire de si magni- 
fiques fun6railles, etait peu connu de la foule. Sans l'apotheose qui a 
termine sa vie modes te et calme, combien de Beiges ignoreraient 
encore les merites eclatants de ce diploniate Eminent qui, pendant 
soixante-trois annees, rendit a son pays des services inappr6ciablcs et 
ininterrompus ! 

Le baron Auguste Lambermont est ne a Limelette-Rofessart 
(Wavre) (*), le 25 mars 1819. Entre a l'administration centrale des 
affaires 6trangeres le 19 fevrier 1842, il ne l'a plus quittde depuis et, 
nomm6 secr6taire-gen6ral d&s 1860, il a eu la carriere la plus 
longue, la plus brillante, la plus utile et la plus couronn6e d'hon- 
neurs qu'ait jamais parcourue un fonctionnaire, dans notre pays. 

C'est en 1863 que le baron Lambermont joua pour la premiere 
fois un role important sur la sc6ne politique de TEurope. C'est a ce 
moment, en effet, qu'aboutirent les laborieuses et d&icates n6gocia- 
tions, entam6es par lui des 1853 pour l'affranchissement de l'Escaut. 
Avec une patience et une perseverance infinies, il avait — pour 
cr6er un precedent — pousse au rachat des phages du Sund et de 
Stade. Apres avoir reussi a r^aliser ce projet, il parvint k conclure 
un trait6 qui, moyennant le versement d'un capital de 36 millions 
(chiffre dans lequel la Belgique intervenait pour 13 millions), enlevait 
a la Hollande le droit que lui reconnaissait le Traite des vingt-quatre 
articles, de percevoir un florin et demi par tonneau pour tout navire 
arrivant a Anvers : le developpement de notre metropole commer- 
ciale n'etait plus entrave. ( 2 ) On jugera du resultat obtenu si Ton songe 
que la rente annuelle que nous devrions payer actuel lenient depasse 

(1) La famille Lainbermont est, parait-il, etablio a Rofessart depuis le 
XVI* siecle. 

(2) C'est apres ce maitre debut que Lambermont recut le titre de baron. 

T. XIII, no 4 Avril 1905 



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t* T^B Vs»* T1V"' *>:*V 



v ! uj ii j s- ^wigpipppppiHtr 



'MS WALLONIA 

qui devait s'assigner com mo un domaiuc personnel la passive souf- 
f ranee des ages. 

Ce n'e<t que vers le temps de la vie oil les autres, satures de 
malurite, se reposent dans lVeuvre accomplie, qu'il prend conscience 
de lui-meme. Un sejour aux agglomerations usinieres et minieres du 
« Pays jioir », aijisi qu'au frontispice d'un cahier d'eaux-fortes, 
pieusetnent memoratives du labour paternel, le denomma son fils 
Karl, lui livre Tacces du monde inconmi vers lequel a . c on in*u 
lorientait son effort anterieur. Comme par des baies ouvertes sur de 
profonds horizons, aussitot afflue la clarte qui va lui reveler un sens 
de beaute encore inexplore. 



Phot. Ren£ Pardon. 

C'est pour le solitaire et contemplatif artiste la sure initiation : 
il penfetre au coeur d'un peuple have et nu, il erre aux pentes 
cabossees des [terres volcaniques, ils descend aux souterraines et 
mugissantes gehennes qui lui restituent le forcenement extenu6 des 
Sisyphes et des Ixions. La, il lui semble toucher aux origines, a la 
douleur sacr^e de la genese. Dans les vapeurs sulfureuses, parmi les 
lacs de fontes, aux schistes des tenebreux era teres ramifiant les 
effrois du monde primitif, se meuvent des formes contemporaines du 
troglodyte des cavernes. Parallelement une forme d'humanit^ s'ela- 
bore dans sa pens^e, adamique et simple, adaptee a un aspect inddit 
du travail des races. Desormais l'archetype est eugendr£ ; il ne se 
d^partira plus de ce naturisme grandiose qui lui fit entrevoir I'homme 
comme la force abr^gee de lTnivers. 

Dans l'histoire des morphologies, l'ouvrier de Meunier se classe 



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WALLONIA 139 

moins comme un etre specialise par un servage determine que 
comme une forme de vie et derivativement comme le signe vivant des 
predestinations qui vouent au travail la totality des hommes. G'est \k, 
en mfinie temps, que la beauts materielle de sa creation, la significa- 
tion latente qui Tassocie aux directions de la pens6e philosophique de 
ce siecle. Par ce cote, ses visages taciturnes et fronces sont bien les 
atlantes qui supportent Tentablement des soctetes nouvelles. Toute- 
fois, ils contiennent une parcelle d'immuabilite qui en fait des types 
g6n£raux plus encore que Timm^diate expression sociale exclusive 
d'une 6poque. Ainsi, ils se soustraient k toute idee de categorie. Ils se 
proposent comme des symboles humains dans leurs rapports avec les 
forces cosmiques. Si un sens de douleur s'en suscite, si un maitre rude 
et cordial, en leur donnant le souffle, ecouta des dilections fraternelles, 
ils caracterisent surtout Tendurance des races k travers les fatalites 
du labeur. L'art ne dogmatise ni ne catechise, mais telle est sa 
puissance qu'en n'excedant pas ses limites il cree des courants pro- 
fonds ou passent les remous de retat social. 

Sitot qu'il s'est pergu lui-meme dans sa v6rit6 de nature, 
Constantin Meunier prend rang parmi les autochtories et les absolus. 
Comme tous les simples et les forts, il se d6nonce d6s lors un primi- 
tif, e*est-&-dire un esprit renouvelant la loi de beaute. II nest pas 
d'autre sens k la primitivite ; elle s'applique aussi bien a retat de 
connaissance avancee qu'a la p^riode ingenue de formation. Elle se 
mesure a Tapport de seve vierge qui etend et diversifie les aspects de 
Tart. Meunier suscita une forme d'invention nouvelle ; il m&uta 
ainsi de figurer k cote des deux maitres qui assumferent le plus 
intendment rintellectualite de la fin de ce sifecle : Puvis par le reve 
infini des &ges, Rodin par le paroxysme nerveux de la passionnalite. 

Le double outil, en outre, lui confere une plenitude d'artiste 
integral. Peinture et sculpture ne sont, entre ses mains, que les 
modes com piemen taires par lesquels une m6me kme, dans un accord 
supreme des puissances multiples de la vision, communique au 
dehors la vie. Leur emploi alterne lui permit de seiectionner le 
g£n6reux trdsor de ses sensations selon la mati£re qui s'y prete 
le mieux. Rappelez-vous les paysages farouches, h6risses de char- 
pen tes et de chemin^es, les fuiigineux horizons coupes de pouts, 
barr^s de gibets, rencognes de lourdes carcasses de verreries et de 
hauts-fourneaux, toute cette deformation sinistre et violente d'une 
contree aux mamelles pustuieuses et ravagees qu'il prodigua en ses 
fusains, ses pastels et ses huiles, etalant k nu l'effrayant squelette 
d'un paj r s sans verdure et sans sfeve. (Test le decor tragique oil, dans 
Taube humide, sous le raffalement des fum6es, il aggloni6re le trou- 



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1 i() WALLONIA 

peau devolu a Hiolocauslo, oil, la nuit, sous rechevelement rouge 
des torches, parmi l'eclat blafard des projections electriques, il jonche 
au fond dun hall funebre, a la garde des vei Ileuses cousant les 
suaires, l'hecatombe moissonnee par les coups de grisou. El voici 
qu'ensuite, aux patines vermeilles et vert-de-grisees du bronze, 
s^veillent les correspondances de cette terre homicide avec les 
rythmes pesants et resign6s de ses patiras. 

Ce ne sont la toutefois que des types fragmentaires et episodiques 
dans Tampleur de sa creation : celle-ci doit etre envisagee sous sa 
forme de syn these, dans sa beaute compacle et totale. Alors, une 
clarte admirable se d^gage : on est devant une Epopee humaine ; la 
Legende de vie survit, essehtielle et profonde. Et un symbole magni- 
fique formule la loi qui voue an travail et a la douleur l'humaiiite 
encore elcmentaire que nous sommes. 

Quel quo soit le gesle, un principe de force et de beaute s'en 
exteriorise, aecorde aux elements, a la glebe, au mecanisme souve- 
rain de TUnivers. II se ineut par les siecles, il dresse a l'horizon des 
&ges Ytme impavide des races maitrisant la nature rebelle. La gran- 
deur simple des besognes ru rales, la violence mesur^e des labours 
industriels sont d'egales formes de Taction par lesquelles le noble 
artiste promulgua sa comprehension de la vie et son ideal plastique. 
Des moissonnenrs et des semeurs procedent par la plaine d'un rite 
religieux d'ambarvalies. Le saerificateur morne des abattoirs vise 
d'un maillet prudent le front proslerne du boeuf. Le torse nu et 
calcine, une equipe de briquetiers, en des orbes balances et gym- 
niques, se passe de main en main le combustible qui coherera la 
glaise. Ensemble, ils complement le cycle oil s'afllne le ge>te precis 
du verrier, oil se brusque la mimiqye rude du tapeur a la veine, oil 
se leve et cogne le pic du carrier. Et chacun est Touvrier d'une force 
inconnue qui le mene dans la grande aventure obscure du monde. 

G'est le groupe des caria tides que j'evoquais hier, en pensee, 
supporlant le poidsde ce cercueil, lourd de gloire, qui s'en allait, par 
les rues aux candebibres voiles, sous le jardin fleuri des symboles... 
Des maitres etaient venus de partoul, de France, d'Allemagne, de 
Hollande, pour vtinerer jiisqu'au bout rhomine qui avait fait le 
miracle de renouveler l'art de son tem])s et de tous les temps. 

Camille LEMONNIER. 



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WALLONIA 'MI- 



LES Puddleurs (Haut-relief). 



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II. 

Sa Vie 

Dans l'admirable monographie que Camille Lemonnier a con- 
sacree k Meunier, etude qu'une fraternelle amiti6 a rendue particu- 
lierement lucide et dans laquelle il s'eleve constamment a la hauteur 
de son modele, Teminent ecrivain qui nous fait le grand honneur de 
placer un article en tete du modeste hommage de Wallonia au genial 
artiste defunt, a raconte prestigieusement la Vie que mil, mieux que 
iui, n'a connue. 

« Constantin Meunier, 6crit-il, oait a Etterbeek, faubourg de Bruxelles, 
le 12 avril 1831 ; il a une jeunesse difficile. Je connais un petit portrait de 
lui, oil la tete lourde, aux yeux pales et malades, semble entrainer le corps. 
Le reve, une sensibility pr&coce, chargent le front d'angoisse et d'inconnu. 
A quinze ans, il trame des membres debiles, Tame sourdement tressaillante 
d'une peine qu'on ignore. Autour de lui, on s'inquiete pour cet enfant qui 
ne peut se decider a vivre comme les autres, toujours silencieux et solitaire. 

» Dans le demi silence provincial du Bruxelles d'autrefois, presque a 
Tangle de Tancienne place des Sablons, telle qu'elle 6tait avant d'avoir 6t6 
mu£e en un impression nant Gampo Santo peupl£ de statues, vivait l'honnete 
et laborieuse famille. Le p&re 6tait receveur des contributions ; les soeurs 
avaient un commerce de modes. La mere, tendre et simple femme. veillait 
au manage. Quelquelois, k la veill^e, on parlait encore des trois oncle3, 
les fils du forgeron, que les tambours de Napoleon faisaient partir pour la 
guerre. L'aieule, au matin, en montant a leur chambre, voyait les lits 
vides, et droite, sans pleurer, se rappelait le jour oil, pour la premiere fois, 
ses mains vainement avaient tat6 par les draps. 

» D'ailleurs, dans Tascendance, aucune trace d'art. II y a bien un 
Tilmont, un neveu de M me Meunier la mere, qui fait de la peinture d'his- 
toire et qui est le frere d'un autre Tilmont, poete, celui-la, et li6 avec 
Alfred de Musset. Mais il ne semble pas que son exemple ait retenti dans 
la famille. L'initiateur veritable, celui qui fait Colore Tart dans la maison, 
c'est Jean-Baptiste, l'ain6 des fils, l'admirable graveur de plus tard. II va a 
TAcad^mie de dessin : il apprend la gravure chez Calamatta. II sera le 
premier maitre de Constantin. Un soir, il le prend par le bras et Temmene 
avec lui a la classe de moulages. L'ame monotome du jeune homme 
s'exalte ; une destin6e l'appclle. II se met a dessiner avec passion. C >mme a 
quelque temps de la il se pr^sente a Tatelier du sculpteur Fraikin, ce petit 
bomme heureux, qui avait trouve le succ&s en modelant V6nus d'apres 
Canova, lui dit : « A La bonne heure, vous savez dessiner, vous ! » Et pour 
lui t6moigner le cas qu'il fait de ses aptitudes, il Toccupe a allumer les 
feux et a mouiller ses terres. 

> Les dresses qui alimentaient Tindustrie du patron n'6meuvent pas 



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WALLONIA 143 

sensiblement le n6ophyte. Un instinct des rythmes v6ridiques Tavertit 
qu'une simple fllle de ferme accomplissant un des rites 6ternels du travail, 
est plus conforme a la notion de la beauts dans Tart que ies graces fraudu- 
leuses des demoiselles de l'Empyree. II d£laisse les mythologies comme il 
a d6laiss£ la pose classique du modele de l'Acad^mie. Chez ce timide, un 
gout de fronde et d'ind6pendance s'est fait jour. II aspire a la nature vraie. 
au modele qui ne pose pas. II entre a l'atelier Saint-Luc, un des ateliers 
libres comme il y en avait alors a Bruxelles et qu'a deniers communs, pour 
se procurer le modele et la lumiere, entretenaient des groupes d'artistes. 
La, il rencontre F61icien Rops qui d6ja, dans ses fusains gras comme des 
estampes, modelait nerveusement des nus poch6s d'ombre et bord6s de 
listels noirs. On voyait venir aussi un petit homme souffreteux aux yeux 
nostalgiques sous un haut front tourment6. C'6tait cet emouvant Charles 
de Groux, si misGricordieux aux d6nu6s, et qui dans son art s'6tait r6v6l6 
l'annonciateur de la souffrance humaine. 

» Une sympathie bientot les lia, flliale de la part du plus jeune, frater- 
nelle cliez Taulre. Meunier, chez le peintredesplebes, trouva des analogies 
avec ses propres idiosyncrasies... 

De cette epoquo datent la Goer re des Paysans, qui se trouve au 
Musee de Bruxelles, et nombrc de tableaux religieux : Saint-Etienne 
apres la lapidation, qui figure au Musee de Gand, et des toiles qu'on 
retrouverait dans les eglises, a Louvain, a Chatelineau et daus la 
province de Liege. 

En cette periode, il demandait sa subsistance a enluminer des 
vitraux pour un specialiste bruxellois, Capronnier, qui etait aussi le 
patron de De Groux. 

D'une visite au couvent de La Trappe, Constantin Meunier rap- 
porta un impressionnant tableau, YEnterrement d'un Trappiste. 
Envoye ensuite en Espagne par le gouvernenient pour y copier une 
oeuvrc de maitre ancien, il profita de son sejour outre-Pyrenees 
pour brosser quelques toiles violentes d'une couleur locale savou- 
reuse : la Fabrique de TaOacs, qui est au Musee Moderne, un Com- 
bat de Coqs, un Cafe-Concert, etc. 

Mais e'est apres 1880 seulenient, e'est k dire apres avoir double 
le cap de la ciuquantaine, qu'il 6prouve le grand frisson qui doit 
changer sa destinee. II parcourt le Pays noir, requis par la vie des 
humbles qui l'a toujours interesse. 

Camille Lemoimier a raconte en cos termes cette premiere con- 
frontation de l'arliste avec ses iuturs modeles : 

« Le Borinage ! J elais venu la un jour avec Constantin Meunier. 
Ce n'gtait pas la premiere ibis que je le visitais, mais jc n'avais pas 
encore ete touche en mes racines par rextraordinaire bcaute brusque 
et souffrante qui se degage de ses aspects. On n'aime pas toujours 



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144 WALLONIA 

tout de suite ce qu'on doit continue!* a aimer pour la vie. Celui qui 
devait devenir le pensif et sensible introducteur des plebes dans Tart, 
a peine lui-meme connaissait le Pays noir qui ailait devenir pour lui 
la cause nouvelle d'une expression d'humanite. » 

Un confrere evoquait nagufere, dans un journal bruxellois, ces 
souvenirs sur « Meunier au Pays noir » : 

« Quelqu'un me l'a depeint, qui l'a vu a Quaregnon, lors de la 
catastrophe du puits de la Boule. Une explosion de grisou avait fait 
cent et treize cadavres. Pendant huit jours, on ramena des debris 
humains. Parmi la ville noire, sur la terre devoratrice, par la foule 
des desoles, Constantin Meunier ailait et venait, s'emplissant decette 
douleur qu'il devait magnifier, se plongeant, se noyant sans hesiter 
dans le grand deuil humain. 

» Je lui parle de ces jours noirs. Ces souvenirs sont restes precis. 
II voit encore une mere qui rode comme une chienne autour des 
puits, reclamant son fils, et rimpression de tristesse aigue qu'il avait 
recherchee, l'horreur, le dechirement furent tels que bien des jours 
s'ecoulerent avant qu'il osAt fixer ses souvenirs. 

» II me mene devant une toile : « Voyez-vous, j'ai passe la nuit 
avec eux... » — Et je vois des cadavres nus, des jambes, des corps, 
des membres dont le feu aflame a fait deji des choses imprecises, 
comme s'il avait subitement manque de materiaux pour sa besogne 
transformatrice ; pres des cadavres manges hier par le feu, a present 
rougis par la nuit, des femmes cousent des linceuls. » 

Puis ce fut la periode de formidable labeur, les vingt-cinq ann^es 
au cours desquelles le maitre accumula inlassablement les chefs- 
d'oeuvre. Mais la gloire est lente a venir. Pour faire vivre les siens, 
il sollicite la place de directeur de TEcole des Beaux-Arts de Louvain 
et l'obtient. 

C'est a Louvain qu'il installe aloi's son atelier, dans l'ancien 
amphitheatre ou s'entassaient jadis, pour les cours universitaires de 
dissection, les cadavres des hopitaux. Durant huit annees, il y tra- 
vailla sans repit, puis il rentra enfin dans la capitale. 

I^a renommee commencait pour lui. Mais c'est dans ces quinze 
derniei*es annees seulement qu'il fut vraiment illustre. 

Pierre Dellaice. 



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WALLONIA 145 



III. 

Opinions 

Sur son caractere. 



Le trait essentiel de i'homme £tait la Bonte. Son regard, savoix, ses 
gestes, — tout etait inflniment bon. II y a bien longtemps que je le vis pour 
la premiere fois. C'etait a Lou vain, il y aura tantot seize ans. Le souvenir 
qui me restc le plus present de cette rencontre, c'est moins la vision 
inattendue de ses premiers mineurs, de ses premieres hiercheuses — grands 
fu sains dresses a la muraille circulaire de ['amphitheatre desaffecte' ou 
Meunier travaillait, — c'est moins cette revelation, impenetrable a ma 
jeunesse, que la vue du maitre, le soir, dans la vieille maison qu'il adorait, 
parmi ses amis et ses proches. Je garde intacte Timage du patriarche qu'il 
Gtait des lors, et je le revois ecoutant avec indulgence les bavardages 
passionnes des jeunes gens rassembles par ses flls. Je ne sais si Louvain se 
souviendra beaucoup de la grande ame qui habita ses vieux logis; mais je 
sais que Meunier parlait toujours avec tendresse de la vieille ville oil son 
labeur avait connu des instants d'inflnie plenitude. 



La Moisson. 

Je le revis a Paris, a cette exposition de ses opuvres chez Bing, qui fut 
le point de depart de soo immense notoriete. 11 etait parmi ses bronzes, 
vetu de son 6ternel manteau a pelerine, simple, bon, modeste, inaccessible a 
la griserie de la Gloire. Et pourtant elle venait de se lever brusquement, 
avec cette foudroyante et brulante splendeur que Paris prete aux renom- 



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146 WALLONIA 

mees qu'elle consacre. Nul ne s'attendait a une telle emotion, et le public 
s'abandonnait a la joie de la decouverte. Meunier souriait, toujours indul- 
gent. Gomme la foule peu a peu s'ecoulait, je pus enfln dire mon enthou- 
siasme. J'y mettais sans doute de la literature ; j'essayais de definir cc que 
ses figures evoquaient en moi, quel sens elles prenaient en mon esprit 
et quelle ame je leur croyais. 

— Mon Dieu, me dit Meunier, vous etes tres gentil de me dire ca. 
Mais au fond, j'ai sculpte ccs hommes tout simplement parce que je les 
aimais. 

La bo rite ne fut done pas seulement sa maniere d'etre dans la vie; elle 
fut Tinspiration de son art. Toutes ses forces aboutissaient a r Amour. Et 
son coeur tendre d'ailleurs il Ta prete a tout son monde d'ouvriers, ou la 
resignation, la force lourde et machinale, la stupeur de vivre se penetrent 
toujours d'un rayon de douceur... 

Etje revissouvent Meunier a Bruxelles. Je ne le connus pas mieux, 
car e'etait toujours de la Bonte, et encore de la Bonte que Ton rencontrait 
en son coeur. Mais ici il m'apparut avec sa definitive grandeur morale. 
Je Tavais vu a Louvain a la tete d'un petit groupe — et Ton sait qu'il 
y laisse un eleve cher et digne de lui — ; je Tavais vu a Paris soudainement 
illustre; je le revoyais a Bruxelles, en son milieu natal, toujours patriarche, 
toujours bon, — mais chef d'une grande ecole. Car e'est ainsi sans doute 
qu'il apparaitra devant l'avenir. II sera le chef de nos sculpteurs — 
bien qu'il ait debute apres le cher et grand Paul de Vigne, apres Vincotte, 
Vander Stappen et Dillens. II sera le chef et le pere, parce que son art fut 
viril entre tous, parce qu'il faut bien que la legende se mele toujours 
un peu a I'histoire, et surtout parce qu'il fut bon. Ge n'est pas Tune des 
moindres forces de notre ecole sculpturale que la saine entente qui unit 
ses representants ; ils forment une famille et le vieux mot reprend ici toute 
sa clarte morale. S'il est vrai que Tart se passe de vertu, il est vrai aussi 
qu'une belle vie double merveilleusement sa grandeur. Et e'est bien pour 
sa noblesse morale, que Meunier — le biave Meunier, comme nous disions 
tous et comme nous repetons aujourd'hui da:> nos larmes, — e'est pour sa 
Bonte qu'on se sera habitue a voir en lui le Maitre des maitres. 

(Le Samedi du 8.4.05J Fierens-Gevaert. 

Sur son Art 



En songeant avec une profonde emotion a la disparition du grand et 
s ; mple homme que fut Gonstantin Meunier, a Timmcnse portee de son 
oeuvre en tant qu'cxemple de probite d'art, et a Tinitiateur qu'il fut pour 
s'etre exprim6 si directement par des chefs-d'oeuvre qui restcnt, aujourd'hui, 
incomparablement eloquents, non seulement aux yeux des artistes, mais 
aussi de tous ceux qui pensent et ressentent toute la vie et qui ont cherche 
le reflet adequat a leurs sensations dans une manifestation superieure, 
exprimee en cet esprit de synthese et de grandes simplifications qui con- 



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WALLONIA 147 

stitue le langage dcs plus grands, je me rappelais ces paroles du maitre : 
« Oui, me disait-ii un jour, comme on met du temps a voir la vie, toute la 
vie, la decouvrir dans une attitude, la surprendre dans le geste initial ou 
sur un visage, la retenir dans ce qu'elle a d'essentiel et la transporter toute 
vibrante d'emotion dans l'ceuvre revee. Mais voila ! on n'ose jamais assez, 
comme si la naivete n'etait aussi de l'eloquence et la sincerite une grace 
particuliere qu'il est bon de ne pas negliger; il faut avoir bien vieilli pour 
le savoir. » 

Je me suis souvent rappele ces nobles paroles et l'expression de tristesse 
qui les accompagnait, car elles disaient clairement ses lutteF, ses desirs 
d'exprimer plus fort, de decouvrir plus loin, de creuser toujours plus 
profondement le sillon nouveau qu'il s'etait trace et d'ou, cependant, 
montait une fioraison feconde, des plus belles qui soit. J'ai souvent pens6 
depuis lore, au grand artiste qui n'exercait certes pas une profession d'apres 
des recettes certaines, mais avec l'inquietude dans Tame et l'energie au 
front, de vaincre la matiere et d'en faire jaillir le frisson nouveau. Et j'ai 
mieux compris aussi ce que c'6 tait que Tart et quelle rare puissance pouvait 
etre un bomme lorsqu'il s'y voue tout entier. 

Personne mieux que Gonstantin Meunier ne pouvait, en effet, ftgurer 
la tragedie du travail et exprimer la race de Gain, selon la belle expression 
d'Aug. Vermeylen. Gar nul sculpteur ne se pencha plus flevreusement et 
avec plus de douleur sur le pauvre coeur humain que le gonial auteur du 
Grisou, du Debardeur et de tant d'autres silhouettes d'hommes qu'il modela, 
oh il nous laisse deviner leurs affres plus nombreuses que leurs joies, leurs 
passions tumultueuses mais contenues, et dont le corps tout entier en 
frissonne et reflete le drame interieur, malgre Taction vehemente du corps 
qui se tend en un rythme plastique du plus beau realisme. C'est ce reflet 
interieur combine avec ce qu'il y a de plus aprement £mouvant dans la 
structure de rhomme qui produit Temotion, la male beauts toute moderne 
de la plupart des ceuvres de ce grand artiste. Psychologie toute moderne, 
en effet, celle des Millet, des Puvis de Chavannes, que les vaines discus- 
sions profession nel les n'expliqueront guere, car il ne s'agit point ici, ni du 
beau metier, ni de belle forme dans toute I'acception du mot. Et cependant, 
qui construisit mieux que Meunier une figure, au sens large du mot, et en 
surprit avec plus de justesse et de verite l'accent de vie dans ses rapports 
de lignes agissantes et ou la simplicity soit la seule regie qu'il s'est donne ; 
qui, avant lui, avec une telle energie, inscrivit jamais une cause de beaute 
aussi generate et plus humaine, parce qu'independante des moyens tech- 
niques auxquels d'ordinaire cet art s'assujettit pour atteindre une perfec- 
tion ? La perfection, voila un mot qui n'6veilla jamais grand' chose chez ce 
maitre a qui l'expression seule apparaissait infinie et digne de le passionner. 

Crest dans le sentiment de la nature combine avec la pensee creatrice 
(car son oeuvre atteste un genie inventif extraordinaire) que se trouve le 
secret d'une creation d'art aussi person nelle. 



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148 WALLONIA 

Ce qu'il y a de plus inattendu dans une telle conception n6e du sentiment 
le plus pur, c'est qu'elle soit si monumentalement d'un bloc, que cette 
puissance soit impr£gn£e dc tendresse, et que le souffle de large humanity 
exprim^e dans le bronze en une sonorite si aprement tragique soit pro- 
voque par un rythme d'une noblesse presque sereine. Ge sont la les plus 
purs secrets du g6nie, mais pour qui connut le doux et grand artiste, cette 
rare et sublime puissance pouvait se surprendre toute entifcre dans la sen- 
sibility rayonnante de l'homme, qui, malgre les annges, avait su garder 
une verdeur toute juvenile qui emerveillait les jeunes qui en approcherent. 
Au rGcit de ses nombreux projets ou bien lorsqu'il so plaisait a rappeler sa 
belle vie lointaine, ses yeux, ses profonds yeux bleus amoureux de toutes 
choses, brillaient alors d'un incomparable eclat. On sentait que la vie de 
Tame avait grandi demesurCment a travers les orages de sa longue exis- 
tence, et qu'une fraicheur de sentiment l'avait garde jeune jusqu'au 
moment ou la mort vint apposer sur ses yeux, le sceau du repos et de 
l'immortalite. 

(Le Samedi, n° du 8.4.05.J Victor Rousseau. 

* 

* * 

...Si l'oeuvre de Meunier est si emouvante et significative, c'est qu'elle 
est tout en profondeur. On l'a d£ja dit, c'est une oeuvre de maturity. Elle 
fut r6alis£e par son auteur entre cinquante et soixante-quatorze ans. Au 
premier essai qu'il tenta dans la voie decisive, il apporlait l'appoint de 
trente ans de meditations. Alors, du jour au lendemain, il fut un maitre. 
Scrutateur silencieux et inftniment pitoyable des detrcsses ot des inquie- 
tudes, anime toutefois du fervent espoir qui fait £clore les oeuvres salu- 
taires, il accumula les merveilles. 

...En des contours simples et g6n6raux qui racontent, non des anec- 
dotes, mais des types de vie synthetique, il exalte le travail manuel, que 
nul n'avait pense a magnifier. Ce sera sa jrloire, on ne pourrait trop 
le repeter, d'avoir donne" le sceau d'eternite aux attitudes des anonymes 
dont la pantelante cohue qui s'6vertue au fond de la mine, du port ou de 
l'atelier, cree quotidiennement des merveilles inconnues. 

II nous interesse, par les prestiges d'un talent fraternellement divina- 
teur, a la noblesse sociale de l'effort physique. II r<W&le a notre compre- 
hension, desormais inquiete d'eiucider toutes les enigmes, ce qu'il y a 
d'heroisme tranquille, d'indefcctible energie, de fruste, de probe, d'anxieuse 
et lente montee vers les lointains de lumiere dans la sombre stature de 
Thomme qui, selon les antiques maledictions de la Genese, peine a la sueur 
de son front. 

Et son oeuvre de bonte clairvoyante glorifle, sous ces aspects tragiques, 
la force pacifique et feconde. Ses puddleurs, ses verriers, ses moissonneurs, 
ses debardeurs, toute cette epique tribu de tacherons grandioses. il nous la 
montre souvent extenu£e, car elle depense royalement, dans l'assaut quoti- 



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WALLONIA 149 

dien, ses puissances de vie; il ne nous la montre jamais vaincue. Un 
formidable espoir nait de la vue de ces colosses arcboutes dans les besognes 
geantes ou courbes par la fatigue. Leurs prunelles sont mornes au fond des 
orbites creuses, ils ont l'air de ne point penser. Mais dans leurs muscula- 
tures noueuses git l'inconsciente et secrete reserve des races qui domptent 
le destin, ils sont ie peuple innombrable qui jadis batissait les Pyramides et 
qui realise aujourd'hui, fourmillant et silencieux, des prodiges plus utiles 
et non moins merveilleux. 

... C'est tout I'hymne du travail a travers le temps qui chante dans 
cette oeuvre d'inedite beaute et de tardive justice. Requis d'abord par les 
tragedies de la Mine et de i'Usine, Meunier se tourne aussi vers le Port, 
ou s'active la fourmiliere bumaine, vers la Mer labouree chaque jour par 
les stoiques pecheurs pour de perilleuses conquetes, vers les Champs ou les 
ruraux, sous les fecondes ardeurs de Fete, preparent la subsistance du 
monde dans les rudes travaux de la moisson. Partout, il trouve des sujets 
dignes d'inspirer son coeur magnanime, et son Monument du Travail 
s'erigera commc un rerum6 colossal et pathetique, comme une selection 
barmonieuse et puissante d'une oeuvre qui defle le temps, entierement 
vouee a la noblesse de l'Effort. En des rythmes qui ne doivent rien aux 
graces transitoires, mais qui recreent miraculeusement le jeu des formes 
en action, il dresse une statue nouvelle qui nous restitue, sous son aspect 
d'6ternite\ l'Homme de notre temps, dont elle ieguc aux jours a venir 
Timage douloureuse et virile. D&? aujourd'hui, nous la pouvons confronter 
sans apprehension avec les plus beaux souvenirs plastiques de la Grfcce et 
de la Renaissance. 

... Pour nous, Wallons, nous ne devons pas oublier que Meunier 
8'6veilla a la conscience de ses destinees dans les noires bourgades de notre 
laborieuse Wallonie. C'est notre peuple de mineurs et de verriers qui lui 
revela le Peuple, qui fit le premier tressaillir ses fibres d'artistc epris de 
democratie. Des houilleres du Borinage aux verreries du Val Saint-Lambert, 
il fit chez nous Inattentive moisson des symboles... 

(UExpress, n° du 6.4.05J Charles Delgiievalerie. 

Sur sa Philosophie. 

Michel-Ange a vu dans riiomme un colosse. Son type tavori est un 
geant, avec des muscles d'acier, des os de fer, une immense poi trine et 
un vaste front. C'est I'homme devant qui une nouvelle clarte vient de 
luire, riiomme de la Renaissance, dou6 d'un cerveau solide, d'un casur 
puissant. C'est le Titan, c'est Promethee qui se rel&ve et qui va reprendre 
sa lutte contre le destin. IL est plein de confiance en lui-meme, sOr de sa 
force, pret k aborder les taches les plus difficiles et les plus rudes. Pendant 
quatre sifccles, il accompli t des merveilles. II conquiert la terre, vole sur 
les mers, scrute les astres, dompte les forces les plus secretes de la nature 
et s'eo fait des auxiliaires dociles. IL secoue tous les esclavages, tue les 



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150 WALLONIA 

prejuges, efaranle les religions. II s'analyse lui-meme fibre par fibre; k 
Theure qu'ii est, il est charg6 de trophees, de science et de gloire. 

Mais ses conquStes, il ne les domine point. 11 semble, au contraire, 
6cras6 par elles. S'il a recul6 les tenebres qui I'enveloppaient, il ne les a 
pas dissipees. II meurt com me autrefois, avec le meme « pourquoi » sur les 
levres. Materiellement, il est aussi mecontent qu'autrefois. Moralement. il 
est aussi indigent et aussi malbeureux qu'autrefois. 

De meme qu'il avait trouve un grand artiste pour sculpter ses traits 
quand il s'est mis k l'oeuvre, dans la joie claire d'un matin de soleil, il a 
rencontre un autre grand artiste pour fixer son image, lorsque le soir venu, 
epuise et las, Toutil lui est tombe des mains. Get artiste, c'est Constantin 
Meunier. En sculptant l'ouvrier moderne, Meunier, dans ses oeuvres les 
plus caracteristiques, a dresse l'effigie de l'homme moderne, tel que Tont 
vu Schopenhauer et Nietzsche. C'est toujours un colosse qu'il nous montre, 
mais c'est un colosse demoli. Plus de chairs copieuses, plus de paquets de 
muscles, plus d'os puissants jouant avec aisance sous la peau. Les chairs 
sont fondues, les muscles uses, les os rouilles. La tete emaciee tombe 
tristement sur la poitrine creuse; la jambe plie sous le poids du corps; la 
main entr'ouvertc est immobile et sans force. L'homme do Meunier ne se 
lamente pas avec celui de Schopenhauer et il ne sc maudit point avec 
celui de Nietzsche. Aucun mot ne profane la majesty de sa douleur. Grave 
et sombre, il est celui qui ne se souvient pas et qui n'espere plus. Son 
ceil p£lc ne regarde que la terre, la petite place qu'occupera tout k l'heure 
son corps brise, le trou par oil il disparaitra dans une nuit, derriere laquelle 
sa pensee ne veut plus voir aucune aurore. 

(La Plume, 1903 J Hubert Krains. 

Sur son Esth6tique. 

... Je m'emerveille de voir le grand Constantin Meunier si souvent 
d6sign6 dans la presse comme un realisle. Quoi done ? A-t-il le faire k ce 
point minutieux? Prend-il un souci pueril de l'exactitude et l'a-t-on vu 
s'ingenier k copier la nature jusque dans les cors aux pieds qu'elle sculpte 
sur nos orteils. Vive Dieu, voil& bien pourtant le realisme dans toute sa 
splendeur. 

Inclinons-nous devant cette ecole d'art, nous qui savons ce qu'on doit 
aux trepass6s et decouvrons-nous avec respect en face de sa depouille 
mortelle. Le moment est venu, jc crois, de nous retirer en silence « penible- 
ment impressionnes. » 

Constantin Meunier est si peu r6aliste qu'il echoue presque toujours 
a rendre la nature lorsqu'il vient se contraindre a la representer servile- 
menty sans rie?i changer en elle. S'il sculpte un portrait, il fait ordinairement 
un energique effort pour que la ressemblanco y soit precise et fidele ; pour 
cela, il tord le cou a son aigle rebelle, il se met une visiere sur le front 
pour eviter de regarder trop haut — et le voiU, le pauvre grand homme, 
raisonnablement terre a terre dans la plus pitoyable des confusions : 



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Le Marteleur ((bronze). 



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152 WALLONIA 

la glaise colle a ses doigts, les 6bauchoirs s'engluent, le batis se 
delraque — bref, il sort de tout cela de fort mauvais ouvrage. L'un des 
rares portraits de Meunier qui soient a peu pr&s dignes de lui, est celui de 
Camille Lemonnier : on y voit lo talent de l'artiste plutot que son g6nie, 
mais il fit cette fois une ocuvre expressive et vivante, parce qu'il s'agissait 
d'un vieil ami dont il connaissait bien les livres, et qu'il modela la face selon 
les harmonies de I'esprit sans trop se pr6occuper de copier un modele. 

Son ascendance wallonne parle en lui comme elle parlait en Patinir et 
en Bles, comme elle parlait en Rops. Ce Gelte romanise aime et comprend 
la nature, mais il la doue d'une ame et l'imagine selon lui-meme. Bles a 
cre6 un paysage ; Rops, un type de la fille ; Meunier cr6e a son tour une 
forme humaine, une forme puissante et rude, qui ne ressemble a rien de 
ce que nous connaissons. Cette forme, il pourra la modifier legerement 
selon les exigences expressives de l'oeuvre, mais elle gardera toujours en 
elle quelques grandes lignes fondamentales et invariables. (Test un etre 
nouveau qui est entre dans la vie. II existe desormais une certaine creature 
virile, au masque energique et saisissant, qui appartient a Tart de Meunier 
et que Ton reconnait aussitot, de meme que Ton reconnaft les femmes de 
Masolino, de Signorelli et de Leonard ; de meme qu'il y a une madone de 
Delia Quercia, un adolescent de Donatello, une figure symbolique de 
Desiderio, et meme un ange d'Agostino Duccio. 

Pour Meunier, la nature est toujours le point de depart, comme il sied, 
mais je dis le point de depart et non le point d'arriv£e et e'est la, au vrai de 
la question, le fond de tout le debat entre les copistes et les interpretes. 
Aller vers la nature, e'est rcchercher la fidelite" des formes reproduces, e'est 
encore s'efforcer vers ce qui est individuel, et si Ton va tres loin, e'est en 
faire l'analyse. Mais partir de la nature, e'est, comme Meunier, y enfoncer 
de profondes racines pour s'elever au dessus d'elle ; e'est choisir entre les 
sues de la terre ceux qui forment la sere et nourriront le feuillage ; e'est, 
de tout le detail analytique de la vie, faire naitre une puissante synthase. 

Gertes, cet art est aussi loin que possible de l'art academique puisqu'il 
innove sans cesse. Mais cent fois plus que les Academies, il se rattache a la 
grande lignee des maiires antiques, et, s'il n'en imite point les formes, s'il 
n'en singe point les proc6des, e'est pour agir selon I'esprit meme qui les a 
guides. Gonstantin Meunier cherche le caractere, mais il ne s'arre'te jamais 
au trait individuel qui lVxprime. L'aspect du modele se transforme aussitot, 
et le sculpteur le hausse au dessus de lui-meme pour faire chanter par 
toutes ses lignes la force de l'attitude et la stable jouissancede la structure. 
11 souligne avec 6nergie lei trait d^cisif, creuse une fosse, affermit la cam- 
brure d'un nez ou la rude courbe d'une machoire, mais une logique sup6- 
rieure l'a guide\ qui regie tout cela selon la grandeur expressive de la 
proportion, et il donne a son ceuvre ce divin equilibre des mouvements 
qu'on appelle harmonie. 

Ainsi compris, le caractere devient aussi le style et I'individu disparait 
pour se transformer en un type. 

Toute chose, dans la nature, evolue vers son type; il en est de meme 



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WALLONIA 153 

daos cette nature idgale que peuplent les creations de Tart. Cette Evolution 
est pour Tart le secret de la vie et du renouvellement. Mais combien elle 
est lente et par quels efforts successes elle procede. Je ne parle pas seule- 
ment des actions et des reactions bien connues, — de celles, par exemple, 
qui conduisirent les nobles statures de Phidias a s'attendrir d'un charme 
feminin sous Praxilete, et a se contorsionner avec F6cole de Rhodes, pour 
£tre ramen£es ensuite presque a leur point de depart a T6poque d'Hadrien. 
Mais, puisque j'en suis aux Grecs, quel long espace de la durfie il a fallu 
pour cr6er peu a peu les figures classiques d'Appolon, d'Ath^na, d'Artemis, 
et pour transformer les pauvres AstartG de terre cuite, de Ph^nicie et de 
Chypre, en cette fl&re et voluptueuse merveille de la V6nus de Gnide ou 
celle de Milo ! 

Et puis les Grecs n'ont invents leurs types que par degr6 et, pour 
ainsi dire, un a un. Les athletes sont venus aprfcs les dieux, et, apres les 
athletes, les amazones avec les barbares. L'art s'y reprend a maintes fois 
avant d'exprimer toute la nature ; il semble qu'il s'effraie de la t&che et 
s'Studie a bien choisir. Beaucoup de choses aussi demeurent pour lui tres 
longtemps sans clartG. Le paysage n'existe pas pour les Grecs, — et ils 
n'ont pas connu l'ouvrier. 

Et voila justement ce qu'il y a de plus surprenant dans Meunier : c'est 
qu'il a cr66 soudain, et en lui donnant du premier coup toute sa vivante 
puissance, une Figure que Tart n'avait pour ainsi dire jamais vue depuis 
les vieux temps de TEgypte. En sculpture, l'ouvrier riexistait pas encore 
— car on ne peut gufcre compter d'indigentes tentatives, od quelque tra- 
vailleur trouva place parfois a titre d'acccssoire, ou pour symboliser la 
munificence de l'Etat envers les mis6rables. Parlera-t-on s&ieusement de 
Dalou lui-meme lorsque voici Meunier? 

Chose 6trange assbr^ment que cet oubli complet de l'ouvrier, jug6 sans 
doute indigne de la ronde bosse. 

Gela vaut bien la peine qu'on s'y arrSte un peu. Done, la Gr&ce n'y 
songea point ; et Rome, qui s'en a visa sur le tard, ne trouva rien de mieux 
que le bas-relief plutdt documentaire de la colonne Trajane. Les r£alistes 
du moyen age ont connu l'homme du peuple, mais jamais que je saqhe ils 
n'ont 6tudi6 l'ouvrier en tant qu'ouvrier, pour Gterniser dans la pierre la 
grande attitude du Travail. 

Et voila la Renaissance, avec son faste d&icat, sa noblesse, et bientot 
l'emphase de son Eloquence... Cr6er un type de travailleur? elle s'en 
garderait comme de la peste, — oui, et meme en peinturc : les magons de 
Benozzo, a Pise, ne sont que les figurants harmonieux d'un d6cor. 

Gar, si la sculpture le nGgligeait, qui done, autrefois en peinture, a 
compris l'ouvrier? Non, pas m§me Van der Goes; il n'a vu que des paysans 
pieux, — comme Rembrandt n'a vu que le Pauvre, Callot le Gueux et les 
Espagnols le Mendiant. Et, pourtant, fait unique peut-etre dans l'histoire 
de Tart, e'est ici la peinture qui devait devancer la sculpture. 

Je crois bien que le premier essai notable de flgurer l'ouvrier, non 
plus comme un personnage anecdotique ou esquissant un mouvement 



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151 WALLONIA 

consacrG, maia en l'6tudiant dans le geste meme de son labeur, doit se 
trouver dans les toiles de Leonard Defrance, artiste ltegeoi?, qui peignit k 
la flnUu xvin e siecle quelques scenes du travail des usines. 

Elles sont au Mus£e de Li£ge, ou Ton peut les regarder d'ailleurs avec 
plus d'intfiret que d'enthousiasme. Apres cela, il faut attendre le plus 
grand 6lan de 1 6cole franchise, le Casseur de pierres, de Courbet ; le 
Semeur et les Glaneuses, de Millet ; puis Roll nous mene dans les chan- 
cers ; Raffaelli nous montre l'ouvrierdes banlieues, — et de tout cela, sauf 
Millet, que restera-t-il peut-etre dans cinquante ans? 

Millet, oui ! Millet qui renait k present dans Meunier, Millet sans qui 
Meunier n'eut pas sans doute approfondi si tot le secret de son art ; Millet, 
trfcs proche de Meunier, si Ton regarde Tensemble d'une attitude telle qu'ils 
la congoivent tous les deux, mais presque aux antipodes de Meunier si Ton 
examine les dessins de ces deux maitres : les formes, minutieusement cher- 
ch6es, les petits traits presses et precis du peintre qui veut arrondir un 
relief, et, d'autre part, les touches violentes et d6cidees du sculpteur qui 
saisit la forme et la maitrise. 

Non, certes, Millet n'est pas Meunier. pas plus que Thomme des 
champs, avec le vaste horizon qui Tentoure et la terre qui le porte, n'est 
pareil au debardeur des quais ou au marteleur de Tusine ; — et, par dessus 
tout, il y a cette difference decisive que le pinceau ne parle point la mSme 
langue que l'6bauchoir. Constantin Meunier est et restera le cr£ateur du 
type de Touvrier. 

Tandis qu'il innovait ainsi avec une hardiesse formidable et ingenue, 
il est curieux de voir le maitre sculpteur se rapprocher, sans le vouloir, 
d'un art qu'il n'a peut-etre jamais beaucoup 6tudi6. Gomme les Egyptiens 
des premieres dynasties, Constantin Meunier a le sens de la nature. 
Comme eux aussi 4a silhouette le s£duit avant tout, la structure lin£aire 
de l'ensemble — et comme eux il est puissant et stable. Mais il y a chez lui 
beaucoup plus de mouvement suspendu ; ses formes immobiles restent 
promptes k Taction et les muscles de ses figures expliquent plus directe- 
ment la force. 

On sent qu'il est venu apr&s Antonin Pallaiolo — apr&s la lutte d'Ant^e 
et le « combat des hommes nus » — et Ton devine aussi, k voir la solidity 
statique et la puissance contenue de ses attitudes, qu'il a longtemps m£dit6 
sous le plafond de la chapelle Sixtine. C'est pourtant k de la sculpture plus 
ancienne que je songe k propos de lui, et j'imagine que s'il lui fallait 
trouver des exemples et des maitres, il les chercherait instinctivement 
tres loin. 

Si la source de son art nous ramene malgrg nous jusqu'& 1'Egypte, 
son art lui-meme, en son melange de naturalisme, de caract&re, et aussi de 
style, nous reporte plutot a la premiere renaissance de la sculpture 
grecque, lorsque la statuaire rGpudia tout-&-coup les th6£trales grimaces 
de Laocoon, et redevint plus simplement puissante sans cesser d'etre avant 
tout pr6occup6e d'expression. Nous avons beau nous d£battre, c'est tou- 
jours k Tantique qu'il faut en revenir a la fin pour chercher des points de 



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I VJVIbiMi - 



WALLONIA 155 

comparaison lorsqu'il s'agit des tr6s grands, qui cr6ent eux-memes leur 
forme ; et c'est ainsi que Tart de Gonstantin Meunier nous reporte a 
FGpoque du Torse d'Hercule au Belv6d&re. Mais, devant le marteleur de 
Tartiste wallon, je pense invinciblement a un autre chef-d'oeuyre moins 
parfait que le premier et assur6ment fort lointain en apparence, je veux 
dire Tadmirable bronze du Mus6e des Thermes, a Rome : cet athlete assis 
qui repose sur ses genoux un bras aux veines gonfl6es, et rel&ve sur ses 
puissantes 6paules une tete au front brutal, aux rudes machoires, aux 
regards stup6fi6s, oil. comme chez les h6ros de Meunier, toutes les forces 
latentes et les volontes engourdies ressemblent au repos formidable des 
lions. 

(La Plume, 1903). Albert Mockbl. 



IV 

Bibliographie 

Reproductions d'oeuvres de Constant! n Meunier. 

1887. Le Mori, par Camille Lemonnier. Dessin de Constantin 

Meunier. 

Paris, Alph. Piaget, 1887. — 1 vol. in-12, 272 p. 

1888. La Belgique, par Camille Lemonnier. Outrage contenant une 

carte et 323 grams/res sur bois, (dues a quarante-six artistes, 
parmi lesquels Constantin Meunier). 

Paris, Hachette, 1888. — 1 vol. in-4°, 745 p. 

Seconde edition, revue et modi flee, contenant 400 



gravures sur bois. 

Bruxelles, Castaigne, 1903. — 1 vol. in-4°, 792 p. 

1893. Constantin Meunier, gravd a Ueau-forte par Karl Meunier. 

Au Pays noir. Notice de Camille Lemonnier. 

Bruxelles, Edmond Deman, s. d. [1893]. — 1 album de 9 
pi. in-fol. Tirage a 150 exemplaires numerotes. 

1894. La Villa Bon Accueil, par Ph. Audebrand, Henri de Bornier, 

Charles Canivet, EtienneCARJAT, Jules Claretie, Francois 
Coppee, Alphonsc Daudet, G. Delon, M. Desmoulins, 
Hector France, Gonzague-Privat, Ludovic Halevy, Georges 
Lefevre, Camille Lemonnier, Hector Malot, Edouard 
Montagne, Nadar, Marie-Louise Neron, Edmond Picard, 
Emile Pouvillon, Tony Revillon, Aurelien Scholl, Jules 



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15(t WALLONIA 

Simon, Andre Theiriet, Emile Zola. Portrait de Leon 
Cladel dessine par Gonstantin Meunier. 

Paris, Paul Ollendorff, 1894. — 1 vol. in-16, 408 p. 

1896. L'ceuvre de Constantin Meunier, peintre et sculpteur. Notice 
de Camille Lemonnier. 

Bruxelles, Becker-Holemans, 1896. — 1 album in-folio 
(« Les Maitres de l'Art contemporain », I.) 

1902. Le Borinage, par Camille Lemonnier, Marius Renard, Gon- 

zales Decamps, Valentin van Hassel, et Oscar Ghilain. 
iUustre par Constantin Meunier et Marius Renakd. 

Hornu, Imprimeries r^unies, Renard et Vilain, 1902. — 
1 vol. in-4°, 120 p. 

Seconde Edition en 1903 (145 p.) 

1903. Camille Lemonnier. Le Mort. Illustrations en lac-simile des 

fusains de Constantin Meunier. 

Paris, Soctete d'6ditions d'art « Le LivreetTEstampe », 
s. d. [1903]. — 1 vol. in-8°, 106 p. 

Monographies et articles de revues 

1896. Georges Lecomte. Preface au Catalogue de TExposition Bing. 
Paris 1896. 

1898. Constantin Meunier, von Georg. Treu. Mit xxxiv Tafeln. 

Dresden. E. Richter, 1898. — 1 volume in-8°, X-26 p., 
34 pi. en photogravure. 

1901. Trois contemporains : Henri de Braekeleer, Constantin 
Meunier, Felicien Rops, par Eugene Demolder. 

Bruxelles, Edmond Deman, 1901. — 1 vol. petit in-4°, 
125 p., portr. hors texte. 

1901. Constantin Meunier. Etude par Eugene Demolder. 

Bruxelles, Edmond Deman, 1901. — 1 vol. pet. in-4°, 
32 p., planches. — [Cette etude est extraite du volume cite 
pr^cedemment]. 

1902. Constantin Meunier. Studie von Eugene Denwlder. Autori- 

sierte Uehersetzung von Hedwig Neter-Lorsch. 

Strassburg, J, H. Ed. Heitz, 1902. — 1 vol. in-12, 31 p. 
(« Ueber Kuust der Neuzeit », VIII). — [Traduction de 
Tetude prec&Lente]. 



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WALLONIA 157 

1903. Constantin Meunier, von Karl Scheffler. Mit elner Helio- 
gravure und neun Vollbildern in Tondtzung. 

Berlin, Bard, Marquardt u. C'\ s. d. [1903J. — I vol. 
in-12, 67 p., planches. (« Die Kunst. Sammlung illustrirter 
Monographien herausgegeben von Richard MuthGr, XXV). 

1903. Constantin Meunier, von Walther Gensel. 

In : « Velhagen und Klasings Monatshefte », XVII 
Jahrgang, Heft 5. Januar 1903. Pages 545-550. 

1903. Constantin Meunier, Vhomme et sa vie, par Cam. Lemonnier. 

In : « La Grande Revue », de Paris, 27 e volume, l re 

livraisoir; 7 e annee, n° 7, l er juillet 1903. Pages 28 k 53. 

[Etude reprise, comme premiere partie, dans l'ouvrage du 

m6me auteur, &lite par Floury en 1904]. 

1903. Constantin Meunier et son ceuvre, par Leon Bazalgette, 

Raymond Bouyer, Eugene Carriere, Eugene Demolder, 
Jules Destree, Louis Dumont-Wilden, Fagus, Andrd Fon- 
tainas, Gustave Geffroy, Mecislas Golberg, Edmond Joly, 
Hubert Krains, Marius-Ary Leblond, Maurice Le Blond, 
Tristan Leclere, Camille Lemonnier, Maurice Maeter- 
linck, Roger Marx, Octave Maus, Charles Morice, Mau- 
rice des Ombiaux, Edmond Picard, Edmond Pilon, Sander 
Pierron, Auguste Rodin, Jens Thus, Gustave van Zype, 
Emile Verhaeren. [Le nom de M. Albert Mockel a ete oublie 
dans ce sommaire, au titre]. Trente-neuf reproductions 
d'arucres du Maitre. 

In : « La Plume ,», supplements aux n os de juillet a 
decembre 1903. Reunis en broch. avec portrait et auto- 
graphe. [1905]. 90 p. in-8°. 

1904. Constantin Meunier, par Paul Vitry. 

In : « L'Art decoratif », VI e annee, n° 64, Janvier 1904, 
p. 24-32. Quatorze illustrations. 

1904. Constantin Meunier, scalpteur et peintre, par G. Lemonnier. 
Paris, H. Floury, 1904. — 1 vol. pet. in-4«\ 439 p., 
figures hors texte et dans le texte. (« Etudes surquelques 
artistes originaux»). 

1904. L'CRuvre de Constantin Meunier. Album de 14 planches re- 
produites d'apres ses ceurres. Notice de A. Vermeylen. 

Anvers, J.-E. Bnschmann, s. d. [1904J — 1 br. de 11 
pages de texte et 8 p. d'illustrations. (Edition speciale de la 
revue « l'Art flamand et hollandais »). 



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158 WALLONIA 

1905. Conslantin Meunier, par A. Vermeylex, professeur d'histoire 
de I'Art a rUnlversite de Bruxelles. 14 planches hors texte 
d'apres les ceuvres du Maitre. 

Bruxelles, G. Van Oest et Cie, s. d. [1905]. — [Repro- 
duction de l'otude qui precede]. 

1905. D6sire Horrent. Conslantin Meunier. 

Seraing, Martino, s. d. [1905]. 1 br. in-8°, 14 p. (Edi- 
tion de « l'Eveil »). 

1905. Constantin Meunier (1831-1905) par Tristan Leclere. 

In : « Revue Universelle » n° 133, l er mai 1905 (5° annee , 
t. v.), p. 261 a 263. Avec portrait et 6 reproductions. — [A 
la fin decet article on trouvera Tindication des citations de 
Constantin Meunier qui ont 6te faites ant6rieurement dans 
la « Revue Universelle » et dans la « Revue encyclop&lique 
Larousse. »] 

1905. Quelques notes et souvenirs sur Conslantin Meunier, par Al- 
fred Delaunois. 

In : « Le Samedi litt^raire et artistique », 6 mai 1905, 
2° annee, n° 17, p. 5 a 8. 

1905. Constantin Meunier, par Charles Morice. 

In « Mercure de France », 15 mai 1905, n° 190, tome LV, 
p. 161 a 176. 

1905. Constantin Meunier, von Henri Hymans. 

In « Zeitschrift fiir bildende Kunst », mai 1905, neue Folge 
XVI, 40 Jahrgang, p. 205-214, planches. 



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In faux miracls a Ham-snr-Heare 



La commune d'Ham-sur-Heure, canton de Thuin en Hainaut, a 
Thonneur d'avoir donne le jour au Bienheureux Pere Richard de 
Sainte-Anne, de son vrai nom Lambert Trouv6, dont le proces en 
canonisation sera bientot, espere-t-on, introduit en cour de Rome. 

La vie de ce Bienheureux est resumee dans la 16gende ci-apr6s 
qui so trouve au, bas d'un tableau plac6 dans l'^glise d'Ham-sur- 
Heure, ou il est repr6sent6 au milieu d'un bucher en flammes, tandis 
qu'un ange vient lui d6poser sur la t6te la couronne de martyr : 

« Le B. P6re Richard de Ste-Anne n6 k Ham-sur-Heure en 1585. II 
j> fit professe come F. Recollet a Nivelle le 13 avril 1605. Sacr6 Pretre aux 
» lies Philippines, martirisG a Nacasaq [Nagasaki] au Japon le 30 septembre 
» 1622 aiant 6t6 brul6 a petits feux. 

> Gete tableau a 6t6 fait a Gharleroy par P. R. De Blocq peintre 
> Tan 1768. » 

Le bref de la beatification comme Bienheureux fut donne par le 
Pape Pie IX le 7 mai 1867. A cette occasion, des fetes sp£ciales 
furent c£lebr6es en Teglise d'Ham-sur-Heure les 13, 14 et 15 octobre 
de la merae annee. 

Le 13, une procession se rendit a Tancienne demeurc du Pere 
Richard, situee k Beignee (hameau d'Ham-sur-Heure), oil la messe 
fut chantee en plein air dans le vaste verger qui y est contigu et qui 
appartenait jadis aux parents du heros. 

Apres la messe et le sermon de circonstance, les pterins visitr- 
rent la maison (') qui scrvit de berceau au Bienheureux et tailla- 
derent les portes et les escaliers pour en emporter un morceau 
comme relique. 

Quelques jours plus tard des personnes trouverent dans le dit 

(1) Cellc-ci existe encore. Bien qu'ayant deja 6te restauree a deux reprises 
ditferentes, deux de3 pieces qui la couiposent et qu'occupait prineipalement le 
Pdre Richard, rfont encore, assure-t on, subi aueun chan"cmcnt. 



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1()0 WALLONIA 

verger, sous le chene contre lequel Tautel avait et6 dress6, des feuilles 
porlant l'empreinte d'une croix. Le bruit de cette trouvaille se re- 
pandit bientot aux-alentours et le mot de miracle ne tarda pas a etre 
prononce. A plusieurs reprises, le meine fait fut constate, non seule- 
ment sur ies feuilles tombees, mais aussi sur d'autres encore attachees 
aux branches. 

Deja les etrangers affluaient (il vint notamment des groupes de 
Bonne-Esp6rance) pour trouver des feuilles miraculeuses qui se 
vendaient jusque 50 centimes la piece. Des pourparlers furent en- 
gages, dit-on, pour l'6rection d'un couvent de Recollets sur l'empla- 
cement de Tancienne demeure du P. Richard. 

L'aflaire paraissait done bien lancee et assez lucrative — aussi, 
ce qu'on confectionnait de ccs feuilles ! Car, il faut Tavouer, les 
croix qui coinmenQaient a r6volutionner le monde croyant des 
alentours, etaient tout bonnement Toeuvre de quelques farceurs. 
Au moyen de cartes a jouer performs ct d'une vulgaire brosse, ils 
allaient, le soir, pocher les feuilles qui etaient trouv^es le lendemain! 

Gependant, des habitants de Beignee qui connqdssaient la fraude 
et qui etaient indignes de voir exploiter les iHrangers de la sorte, 
previnrent charitablement ces derniers que les feuilles Etaient pr&- 
par6es par des gars du village et n'avaient rien de surnaturel. Mais 
le resultat obtenu fut le contraire de celui desire. Loin d'etre remer- 
cies, ils furent injuries et traites d'impies. Finalement la verit6 fut 
connue de tons et la plupart en rirent. 

Le but de nos farceurs 6tait de faire croire a un miracle du au 
Bienheureux Richard, ce qui aurait donn6 lieu a Terection d'une 
eglise, organisation d'un pelerinage, etc., le tout au grand profit du 
commerce local... 

Jules Vandereuse. 



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La Litterature wallonne 



< Un patois, disait un jour Sainte-Beuve ( l ), c/est une ancienne 
laugue qui a eu des malheurs, ou encore une langue toute jeune qui 
n'a pas fait fortune. > Le wallon ( 2 ) a souffert de longs et injustes 
malheurs et u'a guere counu les brillantes destinees de son frere, le 
francais, ce glorieux parvenu. 

Comme le francais, le wallon est fils de Rome. II est ne de revo- 
lution reguliere du latin, apporte par les 
colons et les soldats romainssur une term 
qu'oecupaient des populations eeltiques ( 3 ) 
et sur laquelle, plus tard, au v° siecle, 
passa rinvasion t'ranque. Les Colt es lati- 
nises se sont, aloi*s, legereinent melanges" 
de Germains. Puis, les circonstances poli- 
tiques out assure aux habitants du sud et 
de Test de la Belgique actuelle une his- 
toire independante. En dehors de lin- 
fluence franchise, ils out vecu sous le 
sceptre des princes-eveques de Liege ou 
des comtes de Namur et do Luxembourg. 
Leur vie sociale, lours nioeurs reveliront iienn simo* 

des formes originales. Leur langue, a 

cause de leur situation excentrique, se diftereneia du francais plus 
nettement que les autres patois qui fleurissaient sur le sol de l'an- 

(1) Cauteries du lundi, t. IV, p. 321. 

(2) Sur le wallon, son histoire et sa litterature, on peut consulter le livre, 
interessant mais non sans pani pris, de M. J. Demarteac, le 1\'<iUon (Li7»gt\ 1889), 
et le savant ouvrage de M. Wilmotte, le Wallon (Bruxelles, 1893), qui s'am-te a la 
fln du xviii* siecle. 

(3) Cf. G. Kurth, la Frontlere linguistiqiir en Be.lyique. (Bruxelles, t. T [1896], 
pp. 472, 528, et t II [1898], p. 5). 



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162 WALLONIA 

cienne Gaule. Mais, en somme, la Wallonie a constitu6 de tout temps 
le poste avanc^ de la civilisation gallo-romaine; le wallon (*) puise 
sa s6ve au vieux tronc latin. 

La literature wallonne a ses titres de noblesse. Un des plus 
anciens textes romans, la cantilene d'Eulalie (ix a siecle), est probable- 
ment wallon. Un des chefs-d'oeuvre du moyen age, la d^licieuse 
chantefable d'Aucass<'n et Nicolele ('), fut 6crit chez nous au xn e 
siecle ( 3 ). Et jusqu'au Sonnet de 1622, par exemple, e'est-a-dire 
durant cette longue p6riode qui va des balbutiements de la literature 
frangaise jusqu'au merveilleux £panouissemcnt de l^ge classique, le 
wallon ne cesse de vivre et de produire. 

Cependant, tres tot, les documents sont rares et m&Iiocrcs ; ces 
ceuvres, que nous recueillons pieusement, ont surtout un int^ret 

philologique et historique. L'isolement 
oil il est confine, le malheur des temps 
et les progres du francais sont, dfes le 
xvr siecle, nefastes au wallon qui ne vit 
plus que d'une vie obscure et chetive, 
rcduit au rang de patois. 

11 renaitia a la dignite litteraire a un 
moment impr^vu. A l'heure meme, en 
effel, ou le francais ach^ve son insolente 
conquete de TEurope cultivee, e'est k 
son modeste rival que des grands sei- 
gneurs ltegeois, tres aristocrates d'edu- 
cation et d'esprit, demandent d'exprimer 
non seulement le pittoresque des moeurs 

Joseph VbIXDTS . . -i-i 

populaires, mais encore les ridicules 
d'une soctete 61£ganle. Li Voyedje (voyage) di Tchaudfontaine, farce 
pleine de gait£, se fait applaudir par un public tres raffing, au mois 
de Janvier 1757 ; peu de temps aprfes, le Lidjwes egadji transporte sur 
la sc6ne un curieux tableau de moeurs locales, et, dans un d6cor mon- 
dainjes Hypocondes promenent leurs manies de malades imaginaires. 
Et ainsi, au particularisme de quelques tres authentiques grands 

(1) On appelle communement wallon. par opposition au flamand, tous les 
parlers romans de Belgique, bien que le dialecte de Mons et de Tournai soit le 
picard. et celui du Luxembourg meridional le gaumais. Sur les limites du wallon 
et du picard, voy. J. Simon dans Melanges wnllom (Liege. 1892), et sur le gaumais 
voy. Feller et Liegeois dans Bulletin de. la Socie'li liegeoise de literature toal- 
lonne, t. XXXVII (1897). 

(2) Une adaptation en francais inoderne a ete publiee naguere par M. O. 
Michaut, avec une preface de M. J. Bedier (Paris, 1901). 

(3) C'est Topinion de M. Wilmotte, et celle de M. Foerster (voy. Zeitschrift 
fur romanische Philologie, t. XXVIII, p. 492). 



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Qna 



WALLONIA KM 

seigneurs, MM. de Cartier, Fabry, de Harlez, de Vivario, le theatre 
wallon doit ses premieres productions, pieces charmantes, naturelles, 
expressives, qui ne sont pas loin d'etre de petits chefs-d'oeuvre ( 1 ). 

Ce meme particularisme inspire k Charles Simonon, en 1822, un 
beau po£me ou il cetebre l'antique cloche de la cathedrale de Saint- 
Lambert (li Cdpareye) et ravive les souvenirs de la patrie ltegeoise (*). 

Avec un instinct non moins sur, api^s la revolution de 1830, a 
laquelle les Wallons coop6r6rent avec tant de vaillance et d'ardeur, 
lorsque la race, ayant enfln reconquis la liberte, aura pris une ciaire 
conscience d'elle-mdme, quand cette Belle au bois dormant se rdveil- 
lera, c'est en wallon qu'elle chantera ses plus 6mouvantes chansons( 3 ). 

* 

Nous sommes aux environs de 1850. Dans toute l'Europe, Tid6e 
des revendications nationales va trioinpher. On se prend d'une singu- 
liere sympathie pour les patois qui, comme autant de Cendrillons 
longtemps d61aissees, se parent soudaiu de graces inconnues. En 
Ecosse, Burns, en Allemagne Hebbel, out dej& remis en honneur la 
po^sie dialectale. En Provence, les felibres marchent sur leurs 
traces. Dans les Flandres, Conscience apprend a lire au peuple, et 
Ledeganck & chanter. Le moment semble propice pour le wallon. 

En 1850, k Toccasion du 25° anniversairc de l'av6nement de 
Leopold I er , la Socidtd des vrais Liegeois ouvrit un coucours de 
« cr&mignons > ( 4 ) L'oeuvre couronn^e lut L'ares-c* ceyou passer t 
Un vrai poete se rev^lait, capable de (aire vibrer Tame populaire, de 
Texprimer dans des chants simples et delicats. Jamais ou n'eut cru 
que le wallon pouvait atteindre a tant de pofisie. On 6tait surpris et 
ravi. Bientot, le nom de Nicolas Defrecheux tut eel^bre dans toute la 
Wallonie. 

L'impulsion etait donnee : le mouvement ne s'arreta plus. 
Frederic Diez venait de fonder la philologie romane : a Liege, 
Grandgagnage (*) appliquait au dialecte les methodes de la science 

(1) Vov. Theatre liegeois, edition Bailleux, Cafitaine, Stecher et Helbig 
(Liege, 1854). 

(2) Simonon (Charles-Nicolas). n6 a Liege en mai 1774, y niourut le 20 Janvier 
1847. (Euvres : Poesies en patois de Lie'ge pre'cedees a" une dissertation grammati- 
cal* sur ce patois (Liege, Oudart, 1845). 

(3) Voy. Anthologie des poetes wallotis, par Charles Defrecheux, Joseph 
Defrecheux et Charles Oothier ^Liege, 1895). 

(4) On sail que le cramignon est une espece de farandole, aceompagnee de 
chant, qui correspond a Tancienne tresque franeaise (cf. Gaston Paris, Journal des 
saoants, 1892, p. 409). 

(5) Voy. la notice de M. Auguste Doutrepont, Annuaire de la Soc. litg. de 
litt. icall., X. XVI (1903). 



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l()i WALLONIA 

nouvelle. D'autro part, on etudiait, un peu partout, avec une curiosity 
passionnee, les coutumes, les usages, les croyances, les traditions 
anciennes. Enfin, lc succes etonnant de la poesie patoisanteaulorisait 
les plus grandes espGrances et legitimait les enthousiasmes les plus 
genereux. Le 27 decembre 1856, la Societe lidgeoise de litterature 
wallonne se fonda ( 1 ). Elle groupait des lettros, des erudits, des ecri- 
vains, des (blkloristes. CTetaient Grandgagnage, Francois Bailleux, 
Ulysse Capitaine, Adolphe Le Roy, le cur6 Duvivier, Augusle Hock, 
le chanoine Henrotte, Adolphe Picard, Joseph Dejardin. 

LTarticle I or des statuts stipulait que la Societe etait constitute 
« dans le but d'encourager les productions en wallon liegeois ; de 
propager les bons chants populaires ; de conserver la purete a 
l'antique idiome, d'en fixer autant que possible l'orthographe et les 
regies, et d'en montrer les rapports avec les autres branches de la 
langue roraane. » La tache etait audacieuse et iourde. Ce n'est que 
dans ces derniers temps que Tepineuse question de l'orthographe a 
ete resolue ( 2 ) ; c'est tout recemment que le projet d'uii Dictionnaire 
gen&ral de la langue ivallonne ( 3 ) est entr6 dans la voie de la reali- 
sation. Mais les Bulletins et les Annuaires ( 4 ) d-e la Societe ont publie 
sans interruption un choix imposant d'oeuvres lilteraires et, dans le 
domaine de la lexigraphie et du folklore, une foule de travaux et de 
compilations considerables ( 5 ). Al "heure qu'il est, la Societe lidgeoise 
de litterature wallonne compte cinq cents membres et, si le feu sacre 
du debut a semble, a certains moments, s'assoupir, son activity a 
pris, sous rirnpulsion d'elements plus jeunes et mieux formes aux 
m&hodes scientifiques, un essor nouveau. 

Un des modes d'action de la Societe etait — et est encore — 
Fattribution de prix annuels destines a recompeuser les meilleures 
oeuvres soumises a son jugement. Par une fortune rare et inesperee, 
le premier concours fit surgir, en 1857, une piece qui merita les 
suffrages des censeurs les plus difiiciles. Et du Galant del siervante, 
d'Andre Delchef, on peut dater la renaissance du theatre wallon. 

Depuis cet age heroique, si nous osons ainsi dire, et pour une 
part importante sous l'influence de TAcademie wallonne (com me on 

(1) Voy. Eugene Duchesne, Revue de Belgique, 15novembre 1890. 

(2) Voy. Jules Feller, Essai d'orthographe wallonne {Bull, de la Soc. lie'g. de 
lift, wall./x. XLI, 1901); Regies d'orthog raphe wallonne (Bull., t. XLI, 1902); 
A propos de l'orthographe wallonne (Annuaire, t. XVIII, 1905). 

(3) Voy. Projet de Dictionnaire general de. la langue wallonne (Liege, 1904). 

(4) En 1905 a paru le t. XLV du Bulletin et le t. XVlll de VAnnuaire. 

(5) On y remarque une collection de glossaires com me il n'en existe nulle 
part ailleurs. 



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WALLONIA 165 

aimerait a l'appeler), le mouvement a grandi, sinon en intensite, du 
moins en ampleur. 

II n'est pas reste exclusivement liegeois( 1 ) : lairequ'il embrasse 
s'est etendue de Malm&ly ( 2 ) a Charleroi, de Ts'ivelles a Virion ( 3 ). Et 
sur ce champ 61argi, une abondante floraison a pousse. Un chiffre 
eloquent le prouvera : V Association des auteurs dramatiqices et 
chansonniers wallons ( 4 ), fondee en 18S1 par un auteur applaudi, 
M. Alphonse Tilkin, a un repertoire de mille pieces ( 5 )! 

Cette floraison est variee. Tous les genres ont et6 abordes, et 
dans la masse enorme des ceuvres, qui surpassent en nombre celle 
des fdlibres, on trouve a cote de poemes purement lyriques des 
poemes ^piques, a cote de vaudevilles des drames, a cote d'ephemeres 
chansons de circonstance des romans qui visent a la duree. Passer en 
revue toutes les oeuvres, souvent mediocres et insignifiantes, comme 
on doit fatalement s'y attendre, serait fastidieux, et nous ne pouvons 
nous astreindre a quelque rebutant catalogue. II sied plutot (et, aussi 
bien, c'est probablement cela que le lecteur requiert) d'essayer de 
degager les caracteres et les tendances de cette vaste et multiforme 
production litteraire. 

* 

La litterature walloune est une literature populaire, democra- 
tique meme. Elle n'a rien des complications d'une litterature de 
mandarins* rien des deliquescences maladives des vieilles litera- 
tures, et, si elle ne deteste pas le lieu commun, elle ignore les 
artifices ratlines des rheteurs. Elle est saine comme un beau fruit. 
Elle est fraiche comme les lilas en avril. Elle est faite pour charmer 

(1) A dire vrai, d'ailleurs, meme au debut de la Soeie'te liegeoise de litterature 
icollonne, ce mouvement n'etait pas exclusivement liegeois. Marche avait quelques 
pieces wallonnes (voy. U Pechon d'avri, d'Alexandre, dans le t. II des Bulletins). 
Et on trouverait sans* doute que le cas n'est pas isole, si Ton eonnaissait mieux les 
productions locales. 

(2) A Malmedy, de tout temps, on a joue au carnaval des « roles ». c/est-a-dire 
des sortes d'atellanes. L'esprit local a toujours ete vivace dans cette ville. Un Club 
teallon. cree recemment et qui est tres florissant, sVilbrce a le maintenir intact 
(vov. Nicolas Pietkin, la Germanisation de la Wallonie prussiemw, dans Wal- 
Ionia, 1004). 

(3) A Virton, on a represent^, Tan dernier, une pochade de M. Outer, in Saint- 
l\jan liatisse. 

(4) l'n arret e royal du 30 juin 1S02 a mis Tart drauiatique wallon sur le meme 
pied que Tart drauiatique I'raneais et llamand, au point de vue de l'attr'hution des 
subsides gouvernementaux. In Comite.de lecture, compose de cinq membres et 
d'un secretaire, a ete institue par arrete du 16 juillet de la meme annee. 

(5) La Federation wallon ne de la province de Liege, fondee par M. Oscar 
Colson en 1894, compte trois societes de litterature patoise et soixante-dix societes 
dramatiques wallonnes. 



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16<) WALLONIA 

des coeurs simples et naifs, pour emouvoir des ames frustes et can- 
dides. Elle est corame l'instinct de la foule epanoui. 

C'est la pasqueye ( J ), qui rythme le labeur de I'atelier, accom- 
pagne le bruit de la lime ou du rabot ; le crfimignon, qui, aux fetes 
de paroisses, par les beaux soirs d'ete, met un sourire sur les levres 
des fiances et quelque emoi dans leurs coeurs ingfoms ; le spot, qui se 
moque el qui raille ; la farce, qui dechaine la grosse gaite des audi- 
toires benevoles ; la comedie, qui pique et morigene ; le drame, qui 
allume les sentimentalites promptes a s'enflammer. 

I^es auteurs sont peuple. Defrecheux, le plus connu d'entre eux, 
fut boulanger; Vrindts, son successeur dans la maitrise, a ete cor- 
donnier. D'auires sont typographes, lampistes, armuriers, tailleurs. 
lis sortent du peuple et ne s'en distinguent que par la puissance de 

la reaction intime et le don de la crea- 
tion artistique. On songe, en les ecou- 
tant, aux troiiveres et aux jongleurs du 
inoyen &ge, si pen gens de lettres, pour 
qui la gloire litteraire representait si 
mince chose, dont Tart, malgre ses de- 
faillances et ses gauches tatonnements, 
est si expressif, si vivant, si humain. 
Comme certains d'entre eux, Moreau, 
Haserz, out ete des chanteurs ambu- 
lants; tel an ten r estime de Theure pre- 
sente, un Tilkin, un Bovy, s'improvisant 
impresario, metteur en scene, directeur 
de troupe, promene et representee ses 
Ab« Michel renahu. oBuvres d'un bout a l'autre de la Wallo- 

nie. Et il n'est pas jusqu'a tel Caveau provincial (*) qui ne rappelle 
les con.freries de bourgeois poetes, qui fleurirent au xnr siecle, k 
Arras. 

Comme la literature francaise du moyen age, qui va des subti- 
lites de la lyrique courtoise a la grossierete des fabliaux, la litera- 
ture wallonne oscille entre deux tendances, tendances eternelles, 
mais qu'elle colore de nuances originates. C'est, d'une part, une 
idealite fine, de l'autre, un realisme un peu gros. 

(1) Pasqueye est devenu le nom generique de la chanson. 

(2) Le Caveau Uegeois fut fonde en mai 1872 ; \e Caveau vervietois est mort en 
1899, au bout de plus de vingt annees d'existence ; tous deux ont publie un Bulletin 
annuel, oil Ton remarque les noms de MM. J. Vrindts, L. Wesphal, V. Carpentier, 
Ch. Bartholoinez, J. Willern, G. Halleux, G. Thiriart pour le Caveau Itegeois; 
M. Pire, Ch. Remion, H. Raxhon, H. Bonhomme, Th. Chapelier, F. Remacle, 
A. Ramet, M. Lejeune pour la section wallonne du Caveau vervietois. 



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WALLONIA 167 

Sentimentalite delicate, sensibilite elegiaque teintee de quelque 
romantisme, m^lancolie, celtique ou gerinanique d'essonce, qu'aiguise 
la finesse latine, tendresse emii3 pour les etres et les choses, une 
musicalite chantante et fluide, des ligues trausparentes, des courbes 
molles, comme en figurent les paysages do la Meuse ou de l'Ardenne 
souvent baignfe d'une lumiere limpide, presque immaterielle, mais 
parfois embues dun brouillard d'or ( l ). 

Eu m6me temps, une verve frondeuse, caustique et bon enfant, 
une ironie legere, petillante ou gouailleuse, un don d'observation 
peu ordinaire, 11119 independance chatouilleuse et entetGe, un pen- 
chant narquois a la satire, une gaite familiere et entrainante, une 
vulgarite drue et vivace, un gros bon sens, une predilection pour les 
choses quotidiennes, une sensuality courte autant qu'imperieuse, le 
gout de la plaisanterie grasse, la plusgrande franchise dans la pensee 
et dans Texpression. 

Voila les contrastes que la literature laisse deviner. 

A ces deux tendances oil la race wallonne trahit d'un cote ses 

appetits, de Tautro ses aspirations, repondent, du moins en gros, 

deux genres, egalement feconds et seuls vraiment representatifs : la 

pofeie lyrique et le th&itre (*). 

♦ 
* * 

La lyrique a ses themes immuables : les joies, les peines, le vin, 
la jeunesse, Tamour. II ne manque pas de poetes pour les exploiter 
(Houy, s'ecrie Tun d'eux, M. Jean Bury, on rC conpte pus les feus 
d' pasqueyes! 3 ) et ils s'en acquitment avec des m^rites divers. 

Aucun n'a des accents plus prenants que n'en a eu Nicolas 
Defrecheux ( 4 ). Dans des pieces courtes, peu compliquees, d'une 
langue souple et d'un metier sur, elaborees avec la devotion lente 
que devaient apporter a leur tache les « imagiers » d'autrefois ( 5 ), il a 
enferme les emotions d'un coeur sentimental, Elegiaque et tendre. Son 
inspiration est banale presque a force d'etre simple, mais elle est 

(1) Ces caracteres distinguent les ecrivains wallons de langue francaise, et 
empechent de confondre un Severin, un Mockel avec un Verhaeren ou un Eekhoud. 

(2) Le roman wallon fort bien inaugure par D. Salme en 1888 (li Houlo) et 
1890 (Pichete), n'a pas. jusqu'a present, produit un grand nombr* d'ceuvres carac- 
teristiques au menie titre que ces deux autres genres, encore qtfon en puisse men- 
tionner de fort honorables. comme li Pope d'Anvers (1890), de J. Vrindts (roman 
legendary) ; li Famille Tassin (1900), d'A. Tilkin (roman historique); Aiidri 
Mdldhe (1904), de Lucien Colson (roman d'observation menue et de sentiment). 

(3) Dans nos citations, nous avons reetifl£ Torthographe, souvent fantaisisto, 
des auteurs. 

(4) Defrecheux (Nicolas), ne a Li«^ge le 10 fevrier 1825. dt'-cede a Herstal le 
26 d^cembre 1874. Ses ceuvres ont etc publiees en 1877, et reeditees en 1896. Cf. E. 
Laveille, Un PoHe populaire, Nicolas Defrecheux (Liege, 1904). 

(5) II a mis dix mois a polir Tot hossant. 



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11)8 



WALLOXIA 



cruiKj saine morale. II a chante la vie journaliere, la famille, la 
patrie, la charite. II s'est attendri sur leufant : 



Pus rose qui Vfrut di nos frevi 
Et pus blanc qui leu fleur. 



Plus rose que le fruit de nos fraisiers 
Et plus blanc que leur fleur. 



... Le petit pays 
Oix ma m&re m'a berc6 ! 



11 a exalte le petit pays : 
... Li p* tit pay is 
Wis 1 qui rrCmere m J a hossi! 

II s'est apitoye (et ses actes fureut d 'accord avec ses paroles) sur 
les malheureux : 

Ca si Die done, c'est po quon done come lu. 

Gar si Dieu donne, c'est pour qu'on donne comme lui. 

II a pleure la mort d'uue chaste amante, dans une complainte 
d'une beaute lamartinienue oil sauglote une douleur discrete (Leyiz- 
nie plorer !) : 



Ses p' tiles mains avit Vminme blan- 

[kiheur 

Qui nos feus-oVlis, 
El ses deus lepes eslil pus ros % qui 

Di nos rosis ; [V fleur 

M&y nole f&bile na fail oyi comme 

[leye 

Des tchants si dous. 
Leyiz-me plorer ; tote mi veye est 

Dji Va pierdou ! [g&teye : 



Ses petites mains avaien^la me me 
[blancheur] 

Que les p^tales des lys, 
Et ses deux levres etaient plus roses 

De nos rosiers ; [que la fleur 
Jamais nulle fauvette n*a fait 

[ouir comme elle 

Des chants si doux. 
Laissez-moi pleurer ; toute ma vie 

Je Tai perdue ! [est fl&rie : 



Dji rC pous roiivi qu'el saison des 

Elle mi d&rit : [violetes 

« Louk ces ouhes apistes sol cohete : 

Si fies let-is ! 
Va, qicand on s'inme, los les djous 
[aVine anneye 

So?it des bes djous. » 
Leyiz-me plorer; lole mi veye est 

Dji V a pierdou ! [g&leye : 



Je ne puis oublier qu'a la saison des 

Elle me dit : [violettes 

« Vois ces oiseaux perches sur la 

Se cajolent-ils ! [ramille : 

Va, quand on s'aime, tous les jours 

[d'une ann6e 

Sont de beaux jours. » 
Laissez moi pleurer; toute ma vie 

Je l'ai perdue ! [est flGtrie : 



II a dit l'eveil du premier amour, dans une piece admirable de 
grace juvenile , de sentiment eleve et conteuu (L'avez-v' veynu 
passer ?). Et je ne sais pas de plus rafraichissante idylle : 



Ses ouys es lit pus bleu s qui V cir d'on 
djoii d\>ste, 
Elle aveut comme les andjes les 

{tch'vets d'on blond dore. 
Ha ! ha ! ha ! dihez-me. Vavez-ve 
[teyou passer? 



Ses yeux etaicnt plus bleus que le 

[ciel d'un jour d'<H6, 

Elle avait comme les anges les che- 

[veux d'un blond dorG. 

Ah ! dites-moi, Tavez vous vu 

[passer ? 



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WALLONIA 



169 



Elle ftreiU (Vine p&quete IchSssi les 
[p'lits solers 
Nolle hiebe n'esleut coukeye icis 1 

[qu* elle aveul rote. 
Ha ! ha ! ha ! dihez-me, Vavez-ve 

[veyou passer f 



Elle aurait d'une communiante 

[chausse les petits souliers, 

Nuile herbe n'etait couchee oil eilo 

[avait marche. 

Ah ! dites-moi. l'avez-vous vu pas- 

[ser? 



Sa po£sie est le miroir d'une arae sincere et digne. Toujours 
pure, elle s epanche et se donne comme une source. 

Elle est comme la voix naturelle de la terre et du peuple ( 1 ). 
Heureux les poetes qui peuvent douner un corps aux aspirations de 
leur race et imposer leur reve dans des strophes qu'on n'oubliera pas! 

Plus tecond, plus spontane mais plus inegal, plus profond et plus 
penetrant, Joseph Vrindls ( 2 ) charme par la meme sincerite. 

Ecoutez avec quelle familiarite plebeienue et candide, ce Chretien 
parle a l'antique crucifix, devant lequel priait sa mere. (Li vis 
crnc'fis dl m' mere). 



Pauve vis source bon Diu, ti hosses 

Comme si Vestahe on djone efant ! 
Ti creus d* bices rC tint pus pece 

[essonne ; 
Les viers ont v'nou fe des tros 

[d'vins, 
Et so V mesbrudji cicerps, sovint 
Ine niyeye di mohes si rassonne 
Pozelelchi V cad&ve, m&gre 
Qui dji V riheure tos les dimegnes. 
Ti maigue visedje di keuve fait 

[ne he.gne 
Comme onh qu % est tot pret 1 a plorer. 

Ciete, ti n'deus ninl essefxcerl binfrhc 
Di V veyi r'claice so n % creus d 1 bices 
Avou queques cl&s ef sabot. Ma fice\ 
Ji conprinds qui C es m&l a ti-dhe 
D" esse atele come ti Ves. Mins 
T as f.hdbitude de ic&rder V posse, 
Et ti ses bin, tice\ cou qu'i cosse 
Po supwerter les deitrs toitrmints. 



Pauvre vieux et desseche bon Dieu, 
[tu branles 
Comme si tu etais un jeune enfant ! 
Ta croix de bois ne tient plus; 

Les vers sont venus y faire des trous, 

Et sur ton corps maltraite\ souvent 
Une nichee de mouches se rassembie 
Pour macuier ton cadavre, bien 
Que je te reoure tous les dimanches. 
Ton maigre visage de cuivre fait une 

[grimace 
Comma quelqu'un qui est tout pr£t a 

[pleurer. 
Certes, tu ne dois pas etre fort satisfait 
De te voir clou6 sur une croix de bois 
Avec quelques clous de sabot. Ma foi, 
Je comprends que tu es mai a ton aise 
D'etre Ioti comme tu Tes. Mais 
Tu as Thabitude de garder le poste, 
Et tu sais bien, toi, ce qu'il en coilte 
Pour supporter lesdurs tourments( 3 ). 



(1) Le monument Defreeheux, la belle oeuvre du seulpteur Rulot, qu'on pro- 
jette d'elever a Li^ge, a une signification plus haute qu'un simple hommage rendu 
a un poete. 

(2) M. Vrindts est ne a Liege le 7 avril 1855. — (Euvres lyriques : Bouquet tut 
fait (1893), Pdhutes rimes (1897), Lingadje et ahsegnance. des fleurs et pUmtes 
(1898), T'fr L&(/e (1901). 

(3) Pdhules rimes, p. 71. 



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170 WALLONIA 

Quelle verite ! C'est avec des mots pareils que Villon ecrivait 
a la requete de sa mere son admirable ballade a la Vierge. 

C est ce qui donne a toute une part de Toeuvre de Vrindts une 
humanite poignaute. Une ame neuve sy depeint, pleined'emerveille- 
menls, d'exallations etde ricfaillances. Une philosopliie indulgente et 

resignee, pitoyable et douce aux hum- 
bles, y sourit d'un sourire inelancolique 
et touehant. 

(!e philosophe est aussi un artiste, 
amoureux de pittoresque, soucieux de la 
forme. 11 a des bonheurs depression 
elonnants. II a dessine de petits croquis 
de la rue dun trait ferme et precis. 11 a 
evoque, avec un realismesans lourdeur, 
les seductions defuntes du vieux Liege 
ou la vie grouillante du poj uleux quar- 
ter d'Outre-Meuse ( 1 ). 

Le sens de la forme (si | eu commun 
dans toutes Us litteratures patoises, oil 
Kicoi«. DfFHECErx. ( .; est le deiayageet la facilite insipides 

qui setalent le plus souvent), ce sens necessaire est egalement 
Tapanage de Henri Simon (*). 11 lui a fait ciseler avec amour de 
delicieux poemes a forme (ixe. Ainsi, cehii qu'il intitule VAregne 
(VAraignee) : 

Inte les les djones frisses cohctes, Entre les jeunes et fraiehes ramilles, 
So V vele hdt/e, lot linpe h ?natin, Sur la haie verte, de grand matin, 
Varegne, so rin de monde di tinps, L'araignSe, en un rien de lemps, 
Vint (V tehe si leule. Elle si va mete Vient de tend re sa toile. Elle va se 

[mettre 

A Vaicete des pauves moheles A Taffut des pauvres mouchettes 

Qui n" pinsel trere qu'on les ratind Qui ne se doutent guere qu'on les 

[attend 
Inle les djones frisses coheles, Entre le« jeunes et fraiehes ramilles, 

So /' vele h&ye, lot tinpe & matin. Sur la haie verte, de grand matin. 

(1) Li vis Molin (Houquet tot fait, p. 9}, qui est le chef-d'oeuvre du poete, 
exprime a inerveille, en meme temps que sa veneration pour la ville qu'il aime, 
son attitude morale et son temperament d'artiste. 

(2) M. Simon est ne a Liepe, le 2 fevrier 1856. Outre quelques poemes diss£- 
mines dans diverses publieations, il a donne au theatre : Li lileii Bihe (1887), 
Coiir d'of/fion (1888), Setclie i lietrhe il890\ Li neiire Poye (1893', JHrique et mwerti 
(1894), A chaque Marihd scld (1892). 



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WALL0N1A 171 

Louki, vos 'nne cial ine troklele Voyez ! en voici trois 

Qui, tot zunanty v'net d&rer (Vvins. Qui, tout en bourdonnant, vienneot 

O'y jeter. 
Uarcgne heut s' teule, et so leus rins L*araign£e secoue sa toile, et, sur 

[leur rein 
Ni fait quine hope (Val ft copete, Ne fait qu'un bond de tout la-haut, 

Inte les djones frisses cohetes D'entre lesjeuneset fraiches rainillos. 

Un bon orfevre parnassien revendiquerait non sans fiert6 ces 
petits bijoux d'un metal solide, finement ouvrage*. 

* * 

De la lyrique au theatre (dontj'ai dit qu'ils so partageaient la 
faveur du public et des ecrivains), M. Simon nous fournit une tran- 
sition naturelle. Car il a compose des ouvrages dramatiques que les 
conuaisseurs placent au premier rang ( l ). 

Ses pieces sont des chefs-d'oeuvre, petits ou grands. Li Bleti 
Bihe, dont le heros est un pigeon fameux dans les Tastes colombo- 
philes, ne manque ni d'esprit, ni d'observation, ni d'action rapide et 
bien mene'e. 11 est foncieremeut Wallon. Et des qualites analogues 
se rctrouvent dans Coitr d'ognon, etude de l'inconstance feminine, 
dans Seiche, i betche, dans Brique et mwcrti, dans A chaque marihh 
s'clli, qui, tous, comme li Bleu Bihe, sont bien de leur terroir. 

(Test la I'originalite, mais aussi l'ecueil du theatre wallon. Les 
personnages sont bien de chez eux, saisis dans la re'alite immediate, 
lis sont des documents fideles, mais, trop souvent, ils manquent 
d'humanite ge*nerale. Nous voyons defiler, avec leur silhouette 
exacte, leurs signes particuliers, les types populaires que nous cou- 
doyons dans la rue, tous les jours. Mais e'est l'exterieur surtout que 
Tecrivain a mis en relief, phi tot qu'il n'a disseque les conurs, demonte 
les rouages compliques des ames. Trop faci lenient, comme la comedie 
plautinienne, a laquelle on peut, a taut d'egards, la comparer, la 
comedie wallonne exhibe des types sempilernels : la petite bour- 
geoise, TArdennais, le Flamand, Fe'tudiant, le policier, le soulard, le 
cabaretier remplacent le soldat fanfaron, rentremetteur de la 
comedie latine. La foule, satisfaite de les voir figures, meine avec un 
peu de rudesse caricaturaie, n'exige pas davantageet si, par surcroit, 
on n'a point menage le sel des plaisanteries, elle rira. Elle pieurera, 
avec une identique complaisance, a quelque drame d'une sensiblerie 
m6me vulgaire. Mais si, chaque fois, l'auteur y trouve son profit, ce 
n'est pas l'art qui y gagne. 

(1) Et je n'oublie pas qu'il est, en outre, folkloriste et lexicographe. 



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172 WALLONIA 

J'ai rappele rontbousiasme qu'excita, lorsqu'elle pa rut, la pre- 
miere piece d'Andre Delchef ( ! ). Elle en etait digne : on y goute une 
intrigue simple, rentente de la scene, de 1'entrain, des situations 
plaisantes, une psychologic avertie, une laugue savoureuse et a la 
bonne franquelte. Les Deiis Neve us, Pus vis ptis sot, Pitlts bordjeus 
sont de la meme veine. 

Les comparses habituels de la eomedie bourgeoise telle qu'elle se 
fixa an xvn° siecle : la soubrelte an franc parler, Mascarille, Agnes, 
le barbon grognou et gjnereux, V « honnete honime » y revivent, 
transposes avec les modifications que leur impose un milieu difie- 
rent, et renouveles. Dans Pauline Closson, l'anecdole se hausse meme 
aux proportions dun conflit de passions et un peu de I'ardeur roman- 
tique brule dans cette mere qu'on nous monlre incapable dc se 
resoudre a s immoler devant sa propre fi lie. 

Depuis les debut d'Andre Delchef, bien des talents sont nes a la 
vie litteraire (*). Bien des pieces out vu le jour. Beaucoup n'ont dure 
qu'un soil-. Mais a Tune d'elles il a etc donne d'avoir line carriere 
longue et glorieuse; de trouver un interprete incomparable dans un 
artisan improvise acleur, Toussaint Quintin; d'etre joue? partout en 
Wallonie, a Malmddy, a Paris meme, et son succes n'a pas et6 sans 
influer sur le prodigieux developpement du theatre wallon. C'est 
Tall rPeriqui (Francois le perruquier), d'Edouard Remouchamps( 3 ). 

Elle met en scene un modcstc perruquier qui, croyant avoir 
gagne le gros lot dc 100,000 francs lache la bride a ses desirs de luxe 
et de vie fastueuse, a ses ambitions politique?, a tous ses roves de 
parvenu vaniteux, pour ne decouvrir son erreur qu'aprcs force m6sa- 
ventures, que lui cause un orgueil immodere. Autourde luievolucnt 
de plaisants acolytes : Toulon, une Dorine liegeoise au bon sens 
vigoureux, Matrognard, ivrogne et parasite, l'Ardennaise, ignorante 
et finaude, Nonard, le neveu egoiste. 

lis vivent d'une vie singuliere. Les scenes sont prestos; une gait£ 
intense les anime, une bonne humeur bouflbnne les eutraine. La 
langue est merveillcuse de saveur, claire, pleine ; le dialogue est 
alerte, seme de proverbes, de comparaisons, de locutions populaires, 

(1) Andre Delchef, no a Lie<je le 15 mars 1*35. y est deecde le 4 juillet 1902. 
(Euvres : Li Gala nt del sieevante (1857), les Deus Xereus (18(30), Pus vis pus sol 
(1863), Pitits bordjeus, Pauline Closson. 

(2) Qw'W sulliso de eiter : a Lii ; #t\ MM. Bartlioloniez, Bovy, Carpentier, 
Thiriart, Tilkin ; a Naraur. MM. Bcrthalor, Leon Pirsoul, A. Souldo, Louis Loiseau ; 
a Verviers. MM. Huherty, Hurard: a Jotloipno, leu Edmond Ktienne; a Nivelles, 
M. G. Willame;a Dinarit, feu Collard; a Charleroi, MM. Clement Deforeit, Jules 
Vandereuse, ete. 

(3) Ne a Liege le 14 mai 183H, deeede le 2 novembre 1000. — Li Savti (1858), 
tcs Amours da Gem' (1875), Tali CPeriqui (1884). 



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WALLONIA 173 



dc spots, de traits piquants. Et quand, a Ja fin du troisi&me acte, TSti 
dgsillusionne, reveuu de ses foJles cliimeres, ordonnc a sa soeur 
d'aller repcndre Fenseigne qui, autrefois, signalait sa boutique aux 
chalands, on n'a pas en le temps de s'apercevoir que la fable est, 
apres tout, banale et sommaire, que les personnages pourraient etrc 
pins fouilles : ils vous out emporte dans leur mouvement rapide ; on 
n'a 6te atlentif qu'a les regarder vivre et a s'£tonner de les trouver 
si vrais. 

* 

Jusqu'ici, je n'ai mentionne que dos auteurs ltegeois. Encore que 
les let I res wallonnes y brillent d'un eclat plus vif qu'ailleurs, Li6ge 
n'est pourtant pas le seul foyer. Chaque 
ville de Wallonie, en cflTet, tient a lion- 
neur de protege r et garder pure la 
flamme de l'esprit de terroir (*); eha- 
cune repetc avee un plaisir jamais las 
les cbansons favorites des poetes du 
clocher. 

Namur, a la gaillarde devise, con- 
serve le souvenir des poemes ou We- 
rbtte ( 2 ) a condense le meilleur de son 
humeur joviale, de sa bonhomie nar- 
quoise, dc ses moeurs provinciales. Kilo 
redit les couplets guillerels on, com me 
autrefois a Nevers,maitre Adam Billaut, 

, Kdouard Rf.moi champs. 

son poete a chante les pots : 

Frechi ses ouys, e'est del nio7iiole : Mouillor ses yeux, e'est de la folic : 
I vaulbin mia frechi s % gosi. II vaut bien mieux mouiller son go- 

[sier. 

Elle repetc les chansons oil, comme dans Ml p' tit ere ton, il a 
peint sans fard 1'amour delure de ses filles. Et e'est pour elle que 
Bosret a marie les tons du Bin Bouquet ( :< ). 

Nivelles, qui fut la ville des abbesses, n'oublie pas que le bon 

(1) L'amour du vieux langage ehez le populaire, et rueme dans la bourgeoisie, 
y est entretenu par des gazettes redigees en wallon et qui sont tres lues: telles sont : 
le Spirou et le Clabot, a Liege; la Mar mite et le Cottarneti, a Namur; le Tru d' sotais 
et le Fre Cougnou, a Verviers; le Mohon, a Spa; VAirdir, a Dison ; le Saucrrdia, 
a Jodoigne; le Tonii et le Vrequion, a Charleroi ; le Itopieur, a Mons. En outre, 
beaucoupde journaux public's en franeais font souvent une place au wallon. 

(2) 5 mare 1795 — 24 avril 1870. Cf. Aiguste Vierset, Irs Pokes namurois 
(Liege, 1888). 

(3) A cOte d'eux on-peut eiter Colson, Lagrange, Suars, Metten, Mandos, 
Loiseau, Bodart. 



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174 WALLONIA 

abbe Michel Renard (*) c^lebra ses gloires. Grace a lui, en effet, 
Djan d' Niveles, « el flls de s' p£re », les grants Largayon et sa femme 
Largayone recoinmencent sous uos yeux leur existence 6pique, et, 
pour que Tame puerile et riante des grands enfants qui les efferent 
fut satisfaite, leur historiographe a bariol^ de teintes crues le milieu 
oil leur 16gende se deroule, m6Ie des scdnes rustiques aux episodes 
t'abuleux et colore leurs aventures d'une couieur rabelaisienne, avec 
une robustesse joyeuse et saine. 

* 

* * 

Telle est, dans ses apparences varices, la literature wallonne 
contemporaine. 

II la faut consid^rer non point comme un acces passager et 
superrtciel de particularisme, ni corame la supreme revolte et le 
dernier soubresaut dinstincts hereditaires qui meurent, ni merae 
comme une protestation legitime contre des revendications hostiies k 
l'esprit qu'elle exprime ; il faut l'envisager comme une des manifes- 
tations d'un mouvement large et complexe, k la fois historique, artis- 
tique et litteraire (*) qui marque le reveil de Intellectuality et de 
l'activit£ provinciale dans la Belgique romane. 

J'ai lach6 de faire voir le sens de cette literature patoise. 11 
serait t^m^raire et vain de prophetiser son avenir. Quoi qu'ii en 
arrive, elle aura aid£, elle aidera encore le peuple a mieux gouter 
les magiques prestiges de la petite patrie, a renouer avec le pass6, k 
s'enraciner, a prendre conscience de son genie. Rien qu'a ce titre, 
elle n'est pas sterile ( 3 ). 

Oscar GROJEAN. 



il) Ne a Braine-l'Alleud, le 18 septembre 1829, decede a Bruxelles, le 10 
juin 1904. — (Euvres : Djan (VXicelle.t (1857), Largayon (1903). 
(2) WaUonia s'eflbrce ifcn etre le iniroir fldele. 

(3i [Cette etude de notre collaboratcur est empruntee au beau rccueil, la Patrie 
beige, que le journal le Soir, de Bruxelles, publie a l'occasion du 75" anniversaire 
de notre independance. Nous reuiercions notre confrere de nous avoir tres obligeam- 
inent prete les cliches des portraits qui Tillustrent. — N. D. L. R.] 



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Chronique Wallonne 



Faits divers 

Une oeuvre de Constantin Meunier pour le Mus6e de Li6ge. — 
Dans l'etude de M. Charles Delchevalerie , citee ci-dessus, p. 148, 
l'auteur remarque en terminant que, des houilleres du Borinage aux 
verreries du Val-Saint- Lambert, Constantin Meunier fit en Wallonie Inatten- 
tive moisson des symboies. Or, le Musee de la metropole wallonne ne 
possede ricn de lui. Et l'auteur ajoute : 

« Nous demandons formellement que cet inexcusable oubli soit bientot 
repare, et nous esperons qu'a bref delai la vue d'une ou de plusieurs des 
oeuvres de celui que pleure I'Art universei permettra a ceux d'entre nous 
qui Tignorent encore d'apprendre a honorer sa raemoire de toutes les 
forces d'une gratitude qui comprend, qui admire et qui aime. » 

Dans un autre article du meme journal [V Express, 6.5.05), notre 
confrere reprend et precise son desir en ces termes : 

« Avant de detainer nos impressions sup les admirables toiles qui 
ornent le salon d'honneur du compartiment national (Exposition des Beaux- 
Arts), formulons un voeu. Au centre de ce Salon sc dresse un admirable 
Mineur assis, de notre glorieux et regrette* Constantin Meunier, le maitre 
souverainement comprihensif des laborieuses plebes wallonnes. Quelle 
noblesse, quelle grandeur, quelle simple et virile emotion dans cette sombre 
statue d'ouvrier las et pensif ! Repetons a son sujet le souhait fervent que 
nous exprimions au lendemain de la mort du gonial sculpteur: il n'est 
point de specimen de Tart de Meunier au Musee de Liege ; pour que la 
metropole wallonne puisse apporter au grand createur disparu l'hommage 
quotidien de son admiration, demandons au gouvernement, qui fait a 
chaque Salon de multiples achats, de doter notre Musee de cette oeuvre si 
hautement humaine et pour nous si fraternelle, de cette oeuvre sentie en 
Wallon et qui magnifte si bellement le labeur wallon. » 

II va sans dire que nous nous associons de toutes nos forces a ce vceu. 
Mais est-il necessaire que Tinitiative vienne du Gouvernement? La ville de 
Liege ne pourrait-elle prendre les devants ? 

Precisement, a Toccasion du 75 e anniversaire de Tindependance du 
Pays, on se propose, en di verses regions, de glorifler le Travail et I'lndus- 
trie qui ont assure a la Belgique, la superbe vitalite qui fait Tadmiration 
du monde entier. Un mouvement intense se dessine dans cette voie, 
notamment au .pays de Charleroi, ou des listes de souscription, pour 
l'erection d'un monument au Travail et de l'lndustrie, circulent dans tous 
les mondes avec un admirable succes. 

La ville de Liege a l'occasion de s'associer pour son compte a ce 
mouvement ; elle peut du meme coup rendre un hommage solennel a 
Constantin Meunier. Nous avons la conviction qu'elle n'y manquera pas. 

0. C. 



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176 WALLONIA 

Le8 Cours de Vacances, a Ltege. — Une institution scientiflque et 
philanthrtfpique fonctionne depuis quelques annees a TUniversite de 
Ltege sous le titre do Cours de Vacances, ayant pour but d'offrir, moyen- 
nant unc retribution minime, Faeces des sources locales destruction et un 
enseignement agreable et autorise sur des sujets choisis. 

La Commission de ces Cours a d£cid6 d'organiser cette an nee deux 
series de cours et conferences, ayant chacune une dur£e de trois semaines. 

La i re serie commencera le lundi 17 juillet pour flnir ie samedi 5 aotit ; 
la 2« serie durera du lundi 17.aoiit au samedi 2G aotit. Chaque s6rie com- 
portera un certain nombre de cours et de conferences se rapportant a la 
Litterature franchise et nationals a I'Histoire de Tart, a I'Histoire de la 
Belgique, a la Linguistique, et a d'autres sujets analogues. En outre, des 
cours theoriques et pratiques de Langue et de Litterature allemandes et 
anglaises seront organises pendant la 2 f se>ie. 

Les Cours de Vacances s'adressent surtout aux etudiants Strangers, 
ddsireux de se perfectionner dans la connaissance litteraire et pratique des 
langues. Grace a la maniere dont ils sont organises, ces cours produisent de 
remarquabjes fruits ; ainsi s'explique la vogue de cet enseignement d'etc 
dans les pays voisins, et a Liege meme. 

Outre les eludiants strangers qui se rendront nombreux, on peut 
l'assurer, a l'invitation du Comite" organisateur liGgeois, il est permis de 
compter sur la presence de l'elite des personncs instruites, jouissant chez 
nous do quelques loisirs, et particuiiercment des instituteurs et des insti- 
tutrices beiges. Ceux-ci mettront a profit une occasion unique de perfec- 
tionner leurs connaissances litteraires. 11 est a soubaiter que les adminis- 
trations pubiiques les aident, de Ieur cote, dans ce dessein louable, en 
subventionnant les maitres et maitresses qui seraient disposes a sojourner a 
Liege pendant la periode de leurs vacances. 

Les participants auront, en outre, cette ann6e, Tavantage de prendre 
part a de nombreuses visites aux diflterentes sections de l'Exposition univer- 
selle et internationale de Liege, visites que rendront plus instructives 
encore des conferences donnees par des specialistes. 

En un mot, rien ne sera neglige* pour que les participants trouvent a 
Liege un accueil sympathique, des conditions de vie avantageuses, des 
distractions variees, bref l'eraploi a la fois le plus utile et le plus agreabie 
de leur temps de vacances. 

Le programme complet des cours sera public prochainement, en distri- 
bution chez le Secretaire, rue Wazon, 78, Liege. 

La Commission est composee de M. H. Francotte, professeur a la 
Faculte de Philosophic et Lettres, President, de MM. Parn£entier, Walt- 
zing et Wilmotte, professeurs a la meme Faculte, de MM. Dejace et Orban, 
professeurs a la Faculty de Droit, et de M. J. Brassinne, sous-bibliothe- 
caire de l'Universite, Secretaire. 

Pierre Deltaice. 



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Principaux collaborateurs 



MM. Victor Chauvin, professeur k TUniversite de Liege ; N. Cuveluez, 
regent a TEcole moyenne de Quievrain ; Jules Dewert, prof, k T Athene^ 
d'Ath ; Alfred Duchesne, prof, de Litterature francaise, Bruxeiles ; Jeao 
Haust, prof, a TAthenee royal de Liege; H. Fierens-Gevaert, prof, a 
TUniversite de Lidge ; A. Marechal, prof, a TAth6n6e royal de Namur ; 
H. Pirenne, prof, a TUniversite de Gand ; Lxicien Roger, instifuteur 
communal a Von6che ; Maurice Wilmotte, prof. & TUniversite de Li6ge. 

MM. Albin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adjoint des Archives de TEtat k Ltege; A. Garlot, attache aux Archives de 
l'Etat a Mons; Emile Fairon, attache aux Archives de TEtat a Li6ge; 
Oscar Grojean, attache k la Bibliotheque royale de Bruxeiles ; Emile 
Hublard, conservateur de la Bibliotheque publique de Mons ; Adrien Oger, 
conservateur du Musee archeologique et de la Bibliotheque publique 
de Namur. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Musge archeologique de Ltege ; 
A. Boghaert Vache, archeologue et publiciste, Bruxeiles; Leopold Devil- 
lers, president du «Cercle arch6o}ogique » de Mons; Justin Ernotte, 
archeologue a Donstiennes-Thuillies ; Ernest Matthieu, archeologue k 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soci^te* archeologique », Nivelles. 

MM. Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Louis Dumont-Wilden, 
Camille Lemonnier, litterateurs a Bruxeiles ; Charles Delghevalerie, 
Olympe Gilbart, litterateurs a Liege : Hubert Krains, litterateur k 
Berne; Albert Mockel, litterateur k Paris. 

MM. Henri Bragard, president du «Club wallon », Malm6dy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm; Edmond Jacquemottb, Jean Lejeune, 
auteurs wallons a Jupille; Jean Roger, president de T « Association des 
Auteurs dramatiques et Ghansonniers wallons », a Li6ge ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Li6ge ; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Closson, conservateur-adjoint du Mus£e instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxeiles; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire rdtyal de musique, Liege. 

MM. George Delaw, deesinateur, a Paris; Auguste Donnay, artiste 
peintre,' professeur k TAcad6mie royale des Beaux-Arts de Liege ; Paul 
Jaspar, architecte, a Liege ; Armand Rassenfosse, dessinateur et graveur 
a Li6ge ; Victor Rousseau, sculpteur, Bruxeiles ; Joseph Rulot, sculpteur, 
professeur, a TAcademie royale des Beaux-Arts de Liege ; Gustave 
Seprurier, ingenieur-d^corateur, Li6ge. 

MM. Y. Danet des Longrais, g6nealogiste-heraldiste, a Liege ; Pierre 
Deltawe, publiciste, a Li6ge ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt ; Oscar 
Colson, folkloriste, etc. 



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Archives Wallonnes 

D' AUTREFOIS, DE NAGUfeRE ET D'AUJOURD'HUI 

Recueil nensuel, iUustri, fondi en dtcenbre 1892 par 0, Colsaa, 
Jos. Oefrecheux at 8. Wiliame; honort d'une sooscriptioo dv Gouvernement, subside par la Praviaca 

at par la villa da Liage. 

Publie des travaux originaux, Etudes critiques, relations el 
documents sur tous les sujets qui int^ressent les Etudes wallonnes, 
(Ethnographic et Folklore, Arch6ologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le compte-rendu du Mouveraent wallon g6n6ral. 
Recueil impersonnel et ind^pendant, la Revue reste ouverte a 
toutes les collaborations. 

Directeur : Oscar COLSON, 10, rue Henkart, Ltige 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn6s recoivent les n°*parus de TannSe courante. 



CmKTMl M WALIKDMIIA 

Tomes I k XII, 1893 ft 1904 inclus. 

Depuis sa fondation. Wallonia a public chaque annee un volume 
complet in-8* raisin, broche non rogne, avec faux-titre, titre en rouge et 
noir, et table des matieres. A la fin du tome V (1897) et du tome X (1902) 
sont annexes des Tables quinquennales analytico-alphab6tiques, qui cons- 
tituent le repertoire ideologique de la publication. 

Chaque volume, elegamment edite, est abondamment illustr6 de des- 
sins originaux, portraits, etc., et contient de nombreux airs notes. Les huit 
premiers volumes comptent chacun plus de 200 pages ; les quatre volumes 
suivants, plus de 300 pages ; total, pour les 12 volumes, 3,000 p. environ. 

CONDITIONS DE VENTE 

Les volumes terminus sont en vente au prix de 5 francs Tun. La four- 
niture s6paree des premiers tomes ne peut etre garantie, mats des conditions 
speciales seront faites, tant que le permettra l'etat de la reserve, aux 
abonnes qui desireront completer leur collection. 

En vue de faciliter aux nouveaux souscripteurs l'acquisition de tout 
ce qui a paru, les prix suivants ont 6t6 etablis : 

La collection complete, 12 volumes : 37 fr. net. 

Avec l'abonnement 1905, ensemble : 40 francs. 

Un certain nombre d'exemplaires des deux Tables quinquennales 
(32 et 24 p. a 2 col. de texte compact) sont a la disposition des travailleurs 
au prix total de 1 franc. 



Imp. Industrielle el Commercial* 

sociile anonyme 

rue St~ Jean- Baptiste, 13 , Liigt 

T*l*phone 1814. 



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XIII C annee — N 05 6 et 7. Juin et Juillet 1905. 



SOMMAIRE 

FIERENS-GEVAERT. — Le r61e des maitres wallons dans la 
premiere Renaissance des Valois. Jean-P6pin de Huy, Jean 
de Li6ge, Andr6 Beauneveu (xiv e siecle). 

Albert MOCKEL. — Literature d* chez nous : La petite F6e 
de la Meuse (avec une photograph ie). 

Joseph HENS. — Pourquoi les Moines ont quittd Stavelot. 
Gonte fac6tieux de Vielsalm. (Texte waJlon avec traduction 
francaise.) 

Documents et notices. — Les grandes marguerites de la Saint- 
Jean (N. Cuvelliez). Sur deux mots (Louis Delattre). Une 
soci6t6 de jeunes gens en Hainaut : « Les compagnons » de 
Marquain (Ernest Matthieu). 

CHRONIQUE WALLONNE 

Le Mus6e arch£ologique de Namur (par 0. Col son). 
Bibliographie. — Bulletins et Annales (par Jean 

Haust, A. Carlot et D. B.). Les Livres (par DD. 

Brouwers et 0. C.) Revues et Journaux. 
Faits divers (par Joseph Rulot, Pierre Deltawe. etc.). 
Un scandale (Wallonia). 



bureaux : 

LltGE, -IO, RUE HENKART 

Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs — Ce n* 75 cent. 
La Revue parait chaque mois, sauf en aout. 



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AVIS 



1. Une suite de circoustances ind^pendantes de notre volonte 
out caus6 le retard considerable de la presente livraison. Nous prions 
les lecteurs de bien vouloir nous excuser. 

2. Ce num6ro est accompagne de trois supplements , relatifs : 
a) a un important ouvrage que vient de faire par&itre notre colla- 
borateur M. Ernest Glosson ; b) a de recentes creations de la maison 
Serrurier et C ie , visibles k TExposition de # Lieire ; c) a un projet de 
Bibliographie wallonne, 61abore par MM. Grojean et Colson, sous 
les auspices de la Societe liegeoise de Litterature wallonne. 



Li braires-correspondan ts . 



Berlin : Asher et C u , 13, Unter den 
Linden. 

Bruges : Geuens-Wiliaert, 5, place 
S'-Jean. 

Bruxelles : Falk fils, 15-17, rue du 
Parchemin. — Oscar Lamberty, 
70, rue Veydt (Quartier-Louise). — 
Lebague et C l % 46, rue de la Made- 
leine. — Misch et Thron, 68, rue 
Roy ale. 

Charleroi : Librairie L. Surin, 6-4, 
passage de la Bourse. 

Hannut : Hubin-Mottin. 

Huy : de Ruyter, rue Fouarge. 



Li6ge : Jules Henry et G t# , 21, rue 

du Pont-d'Oe. 
Mons : Jean Leich, rue Rogier. 
Namur : Roman, rue de Fer. 
Nivelles : Godeaui, 2, Grand'Plaoe. 
Paris : C, Klincksieck, 11, rue de 

Lille. — Schleicher freres, 15, rue 

des S u -Peres. — G.-E. Stechert, 

76, rue de Rennes. 
Spa : Laurent Legrand, 15, rue des 

Ecomines. 
Tournai : Vasseur-Delmee, Grand' 

place. 
Verviers : Guill. Davister, 115, rue 

du Marteau. 



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Projet de Dictionnaire general de la Langue wallonne, public par 
la « Societe <6geoise de Literature wallonne*. Liege, impr. Vaillant- 
Carmanne, 1<>03-1904. Broch. in-8° (27 sur 18), 36 p. Prix : 2 fr. 

L'article 5 c u Reglement de la Societe liegeoise de Litterature wal- 
lonne, fondee en 1856, porte notamment que la Societe s'occupera de r6unir 
les materiaux du Dictionnaire de la Langue wallonne. A diflerentes reprises, 
la question de IVlaboration de ce dictionnaire fut abordee au sein de ses 
Gonseils, et toujours elle fut remise a des temps meilleurs. C'est que la 
Societe ne cessait de se rendre compte de l'etendue enorme de la tache, par 
. le fait que, chaque annee, elle etait appelee a publier de nouveaux 
memoires lexicologiques, des glossaires, des vocabulaires richement fournis 
de mots nouveaux et surtout deceptions innombrables. Ses publications 
contiennent actuellement une soixantaine de ces copieux m6moires. parmi 
lesquels brillent particulierement ceux de notre collaborateur M. Aibin 
Body, et la bibliotheque de la Societe possede en manuscrit un nombre 
peut-etre egal de recueils de mots. Ces documents ayant etc* dernierement 
depouilies ont donne un total d'environ 60,000 fiches ! 

L'accumulation de pareilles richesses, le sentiment que la Societe aurait 
pu en recueillir dix fois autant, par des enquetes systematiques dans tout 
le pays, donnaient a reflechir sur le danger d'une mise en oeuvre prema- 
ture. Avant ces derniers temps, du reste, la Societe ne possedait point 
dans ses conseils un groupe sufflsamment compact de specialistes qui 
unissent une education philologique romane a des connaissances approfon- 
dies en dialectologie wallonne. 

Or, Tidee d'un dictionnaire wallon, dont nous annoncions il y a six ans 
la reprise au sein de la Societe icallonne, vient de faire un grand pas. La 
Societe a public un specimen do ce dictionnaire tantattendu et tant desire, 
elle a commence ses enquetes dialectologiques, et enfln, dans une de ses 
plus recentes seances, elle a constitue definitivement, pour la direction et 
Telaboration de son Dictionnaire, une Commission sp6ciale, composee de 
M. Auguste Doutrepont, professeur de philologie romane a I'Universite" de 
Liege ; Jules Feller et Jean Haust, professeurs aux athenees de Verviers 
et de Lifcge, — les memes qui, avec le pr£cieux concours de M. Julien 
Delaite, avaient assume la tache de dresser un Projet de cette oeuvre. 

Ce Projet, annonce en 1903, a paru Tan dernier en une brochure d'im- 
pression compacte, qui fait l'objet de la pr£sente notice. 

L'eiaboration d'un tei specimen n'est pas elle-meme une petite oeuvre. 
II fallait, en effet, non pas traiter quelques mots pris au hasard ou n£gli- 
gemment choisis parmi les plus faciles, mais, au contraire, aborder tous les 
genres de difficultes pou~ donner, au point de vue scientiftque, une idee 
adequate de ce que devait 6tre le futur Dictionnaire; il fallait aussi montrer 
au public la variete extreme des documents a r6unir, pour justifler un 
appel pressant a la collaboration materielle de tous les wallonisants. 



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- 2 — 

Dans cette brochure, apres un Avertissement (que Wallonia a fait 
connaitre a ses lecteurs par de larges extraits ci-dessus t. XII, p. 187), les 
auteurs donnent un paragraphe specimen d'elude sur la formation de la 
langue. lis ont choisi un sufflxe original et bien wallon, le sufflxe a dans 
vinta, spawta, vierna, hagna, etc., dont ils etablissent l'etymologie et 
montrent la formation, avant de dresser, a titre d'exemples de son empioi, 
une liste de 84 mots termines par ce sufflxe. ( ! ) 

Les specimens du Dictionnaire proprement dit portent sur plus d'une 
centaine de mots choisis en vue de la plus grande variete. II y a des articles 
ou domine la grammaire, comme a preposition, I adverbe; des articles ou 
les procedes d'etymologie et de comparaison sont surtout visibles, tels 
chour, choice, herlege, ho, inse, sorfa, vierlete; des vocables dont la 
dialectologie est abondante, tels sure, pan, consire; des specimens ou la 
partie semantique est riche et les exemples abondants, comme ewe, tchin. 
II fallait, bien entendu, du liegeois et de i'exotique : les Wallons hors 
Liege seront rassures sur ie caractere « general » du travail par des 
specimens tels que aregne. choi7r, s'lanbran, ranteuge, eicihas', ehoine, 
etc., etc. II fallait aussi de Tancien a cote du moderne : de la ins, inse\ 
fag, fagit. On trouve meme des termes rares comme sorfa, et meme des 
termes a significations multiples et doutcuses comme vierlete. II importait 
encore d'eviier de choisir tous les articles ou leur plus grand nombre dans 
la meme categorie grammaticale : les auteurs ont done traite des substantifs 
et des adjectifs, mais aussi des verbes comme diblaver, remidrer, sure, des 
particules, des articles contractus, voire des suffixes toponymiques. 

II n'est done aucun genre de difficultes que les auteurs n'aient abord£, 
apparemment avec une sorte de coquetterie, mais plutot en pleine cons- 
cience des difficultes d'une demonstration qui s'adresse a tout le public, et 
non a une elite vite convaincue et deja favorablement impressionnee par 
un Avertissement substantiel et precis. 

Certes, les auteurs n'ont pas eu l'ambition de dire d'un coup le dernier 
mot sur des termes inconnus ou reviles seulement par quelque exemple 
enigmatique, mais de montrer quels genres de problemes souleve le plus 
interessant des parlers romans. On peut comparer leurs articles avec les 
articles correspondants du Dictionnaire etgmologique de Grandgagnage 
pour s'assurer du progres realise. II suffit encore de confronter tel article 
du Dictionnaire wallon avec celui qui lui correspond dans le bel ouvrage 
de Hatzfeld-Darmesteter-Tiiomas, qu'on a pris comme modele, pour voir 
avec quel sens penetrant du wallon les auteurs ont suivi les indications de 
leur documentation. 

Sur ce specimen deja si bien compose et traite con amore, on peut 
augurer a tous les points de vue tres favorablement de Tieuvre fraternelle- 

(1) M. A. Thomas, dans lo oompto-romlu si favorable qu'il a fait <lu /'rojrt dans 
Romania (KK)5, 1 r trim.), a eru qifil no s'agissait quo (Tun travail sur les suffixes : 
o'ost bien un Traite, <1e la formation du icdlon qu'on prrparo, eoneu sur lo iiiodolc 
du Traite que Hatzkeld et Darmesteter ont plaoe en tote do lour Dictionnaire 
yeneral de la Langue franydsv. 



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— 3 — 

ment entreprise par les trois savants, si, com me on en a la conviction, ils 
sont activement servis par tous les wallonistes. 

Nous- faisons des voaux pour qu'une intervention g6n6reuse des pou- 
voirs publics assure la'mise en oeuvre immediate des enquetes et publica- 
tions que MM. Doutrepont, Feller et Haust ont projet6es,/sous les 
auspices de la puissante Societe icallonne. 

On se souvient qu'a la stance de la Ghambre^des repr6sentants, du 
10 aout 1895, M. Schollaert, alors ministre de I'interieur, aujourd'hui 
president de la Chambre, s'est declare favorable a "une entreprise analogue, 
en pays wallon, a celle que le Gouvernement subsidie avec raison (depuis 
4852) pour la partie Uamande du pays, sous le nom de Woordenboek der 
Nederlandsche taal. 

Le Dictionnaire general de la Langue icallonne* que veut publier 
notre Acad6mie, ne le c£dera en rien comme|valeur.Jscientinque et comme 
utility pratique a ce Woordenboek public en^Hollande. 

Nous sommes done convaincu que l'honorable M. de Trooz, le suc- 
cesseur actuel de M. SciroLLAERT, tiendra a agir, en*cette circonstance, en 
faveur des Etudes wailonnes, comme Teut certainementffait tr&s largement 
son honorable pr£dGcesseur. 0. Colson. 

Extrait de Wallonia* XIII* annee (1905), nuinero d'avril, pp. 122 a 124. 



Extraits d'autres comptes-rendus 

Ge Projel a 6t6 61abore par MM. J. Delalte, A. Doutrepont, J. Feller 
et J. Haust. Nous en appelons de tous nos voeux l'ex6cution, car il est fort 
bien eoncu, et les specimens qui en sont publics dans cette brochure 
t6moignent que les pays wallons qui, depuis le Glossaire etymologique de 
Grandgagnage, termine par Scheler, occupent une place d'honneur dans la 
philologie francaise, possedent aujourd'hui une phalange de savants capables 
de faire une ceuvre scientifique, sinon definitive, au moins tres recom- 
mandable. 

{Romania* Janvier 1905, p. 174.) Antoine\Thoma$, 

Professeur tie philologie rornane a la Sorbonne. 

L/entreprise est vaste et les auteurs du Projel* se rendant compte des 
difficulty qu'ils rencontreront au cours de leur travail, les ont heureuse- 
ment pr6vues dans leur plan et se sont avisos d'ores et d£ja des moyens de 
les vaincre. Leur plan est congu avec une r£elle rigueur scientifique ; 
les specimens qu'ils donnent de leur m<Mhode font bien augurer de leur 
oeuvre, et nous faisons des voeux pour sa prochaine realisation. 

(Revue biblxogr. beige, 31 d£c. 1904.) Edw. Corem.ans. 

Chef do division au ministerc de rinterieur. 



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Ce specimen nous promet une oeuvre de haute valeur scientiftque en 
meme temps que du plus vif inte>et et du plus reel agrement pour tous 
ceux qui aiment et goutent la fraiche et savoureuse beaute de nos patois. 

(M usee beige, 15 oct. 1904.) Georges Doutrepont, 

Professeur de philologie romane a rUniversite de Louvain. 

II faut savoir gr6 a cette vaillante et savante Societe de I'effort admi- 
rable qu'elle n'a cesse de produire et qui va aboutir maintenant a une 
oeuvre magnifique. Le Projet est des plus ediflants : il fait bien augurer 
de la science et de la conscience avec lesquelles le travail sera accompli. 

[Meuse, 2 aout 1904.) Olympe Gilbart, 

Docteur en philologie romane. 

Nous nous f&iciterons de voir se realiser cette entreprise a la fois 
scientiftque et patriotique, et nous souhaitons qu'elle rencontre les sympa- 
thies du public lettre en meme temps que les encouragements et Tappui 
des pouvoirs publics. Oscar Grojean, 

(Soir, 23 d£cembre 1904.) Docteur en philologie romane. 

Voici enfln qiTon nous annonce une cBUvre bien walionne, de patrio- 
tisme local et de science exacte, que les mesquines pretentions de l'e^prit 
de clocher ou le melange des hostility politiques aux questions de linguis- 
tique ne semblent pas devoir deparer. D'apres les exemples donnes, l'oeuvre 
offrira un caractere scientiftque incontestable... Souhaitons aux auteurs, 
autant de concours d'abord, autant de succes ensuite, qu'en meritent la 
science, Timpartialit6 et le large patriotisme dont ce fascicule-type les 
montre penetres. 

{Gazette de Liege, 14 aout 1904.) Joseph Demarteau. 

Le wallon entre done decid£ment dans le mouvement scientiftque qui 
se remarque dans plusieurs dialectes romans. La Societe liegeoise de litte- 
rature walionne, en reclamant Tencouragement des savants Strangers pour 
ce Projet, presente assez de garanties scientiflques pour qu'on puisse dire 
que son oeuvre est en bonne voie... Le travail est en bonnes mains, et la 
Societe ne manque ni de phiiologues consciencieux et methodiques, ni de 
materiaux abondamment rassembies. Les specimens d'articles que contient 
ce Projet permettent de juger de la documentation et du soin des auteurs. 
Ajoutons que, s'ils sont parfaitement in formes du vocabulaire wallon, ils ne 
sont pas moins au courant des derniers r6sultats de la philologie romane 
en general, et la partie etymologique ne sera pas la moins importante. 

(Zeitschrift fur franz. Sprache und Litteratur, de Beiirens, 1905.). 

Albert Counson, 
Docteur en philologie romane. 



Imp. Indu«thieu.e* Commehoiale. Soo.An. a. St-Jean-Baptistc.I3.tel. 1814 
Imprirneur du Gouvemeiiiont provincial. 



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T. XIII, n M 6 et 7. Juln-Juillet 1905. 



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JulQ-Juillet 1905. 



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Le role des maitres wallons dans 

la premiere Renaissance des Valois 

Jean-P4pln de Huy. — Jean de Liege. — Andre Beauneveu. 
(XIV« 5IECLE) 



On sait que Tillustre Courajod a constats une veritable 
« Renaissance » dans Tart du xiv e si&cle. Elle fut en grande partie 
Toeuvre des iraagiers wallons qui, entre tous les maitres d'alors, 
s'imposerent avec £clat dans les milieux artistiques et princiers de 
France. J'ai essaye dans ces pages de rassembler ce que Ton sait des 
trois plus grands d'entre eux : Jean-Pepin de Huy, Jean de Li6ge et 
Andre Beauneveu. 

* * 

Les etudes de Courajod ont eu particuli6rement potir objet la 
sculpture. II reconnait les premiers symptomes du Renouveau dans 
les monuments funeraires. La figure jusque la impersonnelle du 
gisant devint un portrait. Pour perp6tuer le mort on fit appel a la 
vie. Rien u'etait change aux traditions ; seule la face empruntait 
une beaute plus r^elle a la creature vivante. Le premier portrait 
apparait avec la statue de Philippe III execute par les imagiers 
Pierre de Ghelles et Jean <T Arras. S'ils ne sont point < beiges >, ils sont 
gens du Nord. Tout de suite d'ailleurs, a leurs cdtes, nous trouvons, 
& Paris meme, un sculpteur autrement puissant et qui est bien des 
notres : c'est Jean-Pepin de Huy — parfois appel6 P6pin de Huy, 
Jean de Huy ou de Wit ( 1 ). II s'intitulait tombier et bourgeois de 
Paris. Ses clients £taient de choix. II ex^cuta un grand nombre 
d'ouvrages en albatre que polychromaient les peintres en vogue. Ses 

(1) Cf. J.-M. Richard. Mahaut comtesse d'Artois, etc. Paris, 1887, 8% p. 312 
et suiv., et Courajod, Lecom, t. II, p. 36 et suiv. 



T. XIII, n" 6 et 7. Juln-Juillct 1903. 



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J 78 WALLONIA 

principales oeuvres funeraires lui furentcommandees par la comtesse 
Mahaut d'Artois. En 1311, il sculpta le tombeau d'Othon comte de 
bourgogne, inari defunt de la comtesse. Le monument etait en 
albdtre et le socle s'animait de pleureurs, comme on eu vit plus 
tard autour des celeb res tombeaux de Dijon. En 1315, maitre Jean 
de Huy executa la tombe de Jean d'Artois et en 1317 celle de Robert 
d'Artois, tous deux fils de la comtesse Mahaut. Le mausolee de 
Robert place autrefois dans l'eglise des Coideliers de Paris, est 
aujourd'hui conserve dans l'eglise de Saint-Denis. Jean-Pepin y 
travailla avec d*a litres sculpteurs de 1328 a 1330. On ne sait ce qu'est 
devenue une armature de fer surmontee dun dais qui prot^geait 
autrefois le lombeau. Olui-ci se compose actuellement d'une simple 
dalle et de refllgie du mort. Robert d'Artois respire une exquise 
puret6 de fleur chevaleresque exhalant un parfum supreme avant de 
mourir. L'art golliique se serai t reconnu dans Tidealite pieuse du 
gisant, dans la large simplification des mains joinles, dans le bouclier 
fleuri de lis royaux, dans la cotte d'armes engainant de plis rigides 
une longue chemise de mailles. Mais les traits juveniles de la face 
correspondent a l'age du defunt ; des boucles fines, r6elles, encadrent 
la tete d'une coupe a la mode. C'est un timide essai ; la francisation 
du maitre est trop puissante ; son emotion ne peut que balbutier les 
mots nouveaux. L'ceuvre neanmoins est la plus belle que montre le 
premier tiers du siecle precurseur. Et comme pour souligner ce que 
ce premier courant doit aux provinces seplentrionales, il se trouve 
que r&offage polychrome d'un grand nombre d'oeuvres de Jean de 
Huy fut execute par un peintre enlumineur qui s'appelait Pierre 
de Bruxelles. 

* 

Vers le milieu du xiv* siecle, la sculpture traverse en France 
une seconde phase. Les teles s'individualisent de plus en plus et pen 
k peu tout le corps, sans perdre absolument ses rythmes gothiques, 
voit s'^vanouir la noblesse ideale de ses draperies dans une recherche 
de lignes moins conventionnolles. Telle est ropinioa do Courajod (*). 
II y a sans doute lieu de remarquer ici que Tidealit6 des draperies 
gothiques est plutot remplacee par des combinaisons de plis, tout 
aussi conventionnelles, imaginees par les manteristes parisiens : 
volutes sous le bras, contrastes entre les pelits plis colle> sur le buste 
et les larges sillons creuses sur les jambes, etc. Quant aux portraits, 

(1) Lecons, v. II, p. 82. 



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WALLONIA 179 

ils se multiplient avec un sentiment de plus en plus vif de la res- 
semblance. 

Annonce par la statue de Philippe, comte d'Evreux et roi de 
Navarre (f 1343), par les divers monuments de Jeanne de France, 
reine de Navarre (f 1349), par Tefflgie de Guillaume de Chanac, 
6veque de Paris (f 1348), ce second courant nouveau s'exprime 
dans les chefs d'oeuvie sous le regne de Charles V et successive- 
ment s'incarne en deux maitres wallons : Jean de Liege et Andr6 
Beauneveu. 

Jean, Jehan ou Hennequin de Ltege, ( ] ) que les documents 
appellent parfois Hennequin de la Croix, 6tait employ6 k Paris 
par les comtes de Flandre et jouissait d'un grand credit k la cour 
de. France. Les textes anciens qui le concernent parlent surtout 
des travaux qu'il ex^cuta pour Charles V. Le roi le pr6f6rait 
semble-t-il a tous les imagiers et « faiseurs de tumbes > contempo- 
rains et lui confia la part d'honneur dans la decoration sculpturale 
de la Vis du Louvre. Cet escalier monumental que Viollet-le-Duc 
essaya de recr6er dans un dessin hypoth&ique, s'ornait de diverses 
effigies princteres et royales placGes dans des niches que gardajent 
des statues de gens d'armes. Une pleiade de maitres fut requise pour 
la « taille > de ces effigies : Jean de Saint-Romain, particulterement 
fameux, Jacques de Chartier, Guy de Danipmartin, Jean de Launay, 
tous fran$ais. On y joignit un beige : Jean de Ltege. Quelles statues 
pensez-vous que Ton reserv&t k cet etranger ? Celle des gens d'armes ? 
Non point. Celles du roi lui-meme, de Charles V et de son Spouse 
Jeanne de Bourbon. Cette commande n'6puisa point la faveur 
royale. Charles V, qui avait 6t£ due de Normandie, souhaita que son 
coeur fut d6pos6 dans la cathedrale de Rouen, et a cette intention fit 
executer de son vivant un tombeau d'alb&tre et de marbre par Jean 
de Liege. Le mausol^e montrait la figure 6tendue du souverain gran- 
deur naturelle, recouverte de vcHements royaux, tenant d'une main 
le sceptre fleurdelis6, de i'autre un coeur. 

Le tombeau du fou de la cour, Th^venin de Saint-Leger (f 1340) 
fut egalement commande a l'artiste li^geois et pay6 largemenL 

La cour de Flandre, d'autre part, employa le maitre au tombeau 
de Jeanne de Bretagne, et cette oeuvre, ornee de cuivre, entourGe de 
fcrrures et de treillis, fut placee dans Teglise des Dominicains 
d'Orteans. II ne reste, h£las ! aucun vestige de tous ces importants 
travaux et les creations du sculpteur ornemanistc Jehan de Li^ge, 

(1) Cf. Dehatsxes, Histoire de VArt dans les Ftandres, VArtois Le Hai- 
naut, etc., nombreuses mentions; Courajod, t. II. p. 117 et suiv,, et Sauval, 
Recherohes sur les Antiquites de la oille de Paris, t. I. 



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180 WALLONIA 

eraployd plus tard a la Chartreuse de Dijon, ne doivent pas 6tre 
confondus corame l'a fait le chanoine Dehaisnes avec la sculpture 
iconique du maitre tombier des cours de Franco et de Flandre. 
Courajod n'etait pas 61oigne d'attribuer au portraitiste de Charles V 
le cGlebre Couronnemcnt de la Vierge de la Fecte-Milon. II se 
demandait, en outre, si le grand imagier wallon n'£tait pas 1'auteur 
des statues de Charles V et de Jeanne de Bourbon, dites des Celestins, 
qui furent si vivement admirees a Imposition des Primitifs francais. 
L'hypothese'n'est point gratuite en ce qui concerne ces deux derniers 
chefs d'oeuvre, maitre Jehan ayant sculpte les figures du roi et de la 
reine pour la Vis du Louvre et etant en outre signale pour des tra- 
vaux k l'eglise des G61estins ( ! ). 

Une jolie page de Christine de Pisan parle de ces deux statues 
sans en reveler raalheureusement 1'auteur mais en louant fort le 
roi, b&tisseur et Mecene de haut vol : « En effet, que notre roy 
» Charles fut sage artiste, se demontra vray architecteur, deviseur 
» certain et prudent ordeneur, lorsque les belles fondations fist faire 
» en maintes places, notables edifices beaulx et nobles, lant d'eglises 
» comme de chasteauls et a litres bastiments, a Paris et ail leu rs ; si 
» comme assez pivs de son hostel de Saint-Paul, l'eglise tant belle et 
» notable des Celestins, si comme on la peut veoir,couverte d'ardoises, 
» et si belle, et la porte de cette eglise a la sculpture de son ymage 
» et de la royne s'espouse, moult proprement faite. » En citant cet 
hommage au protecteur de la premiere Renaissance frangaise, 
Courajod constate que pour etre d'un auteur inconnu, les deux 
statues n'en sont pas nioins celebres depuis longtemps. La critique 
conteste unauimemeiit aujourd'hui que Jean de Liege soit cet 
anonyme ; l'auteur de ces chefs d'oeuvre ne saurait etre qu'un fran- 
Qais et Ton avance un noni, celui de Jean de Saint-Roruain, imagier 
de la Vis du Louvre. Mais si Courajod basait son hypothese sur des 
arguments raisonnables, on plaide sans preuve aucune pour Jean de 
Saint-Romain (*). 

11 est incontestable que l'auteur des deux statues est penetre de 
l'esprit frangais. Mais nos maitres s'assimilaient les methodes pari- 
siennes avec une remarquable aisance; et n'est-ce point ici 1'occasion 
de rappeler aux erudits de France que Liege n'est point une ville 
flamande, qu'on est assez mal venu de parler a son propos de la 
lourdeur et de la force vulgaires des Flandres, et que parmi les 
artistes liegeois qui lirent carriere a Paris a brill6 Tun des genies les 

(1) Courajod, Lc/ons, p. 103. 

(2) Cf. Catalogue des Primitifs fran?ais, p. 118. 



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VVALLONIA 181 

plus spirituels et les phis essenticllement frangais du xvm e siecle : 
Gretry ? Au surplus, entre Jean de Liege et Jean de Saint-Romain 
nous ne trancherons pas. Avouoris de bonne grace que le fait decisif 
nous manque. Admirons plutot les statues. 

Pour le portrait de Jeanne de Bourbon, rappelons ce que dit 
Gourajod : « La reine est mortem quarante ans, en 1377. C'etait une 
» fern me intelligente, adoree du roi Charles V, d'une bonte prover- 
> biale. Elle n'est pas embellie, au contra ire, elle est vieillie en 
» quelque sorte. Ge sont les cotes de bonhomie et de vulgarite que le 
» sculpteur a mis en avant. Quelle opposition avec l'art du xnf siecle ! 
» Mais quelle preface de l'art du xv e ! » ( 2 ) 

On a fort bien remarque, pour la statue du roi, ce que la draperie 
logique et simple devait a la tradition franchise; il est bien vrai aussi 
que certains rois de Reims ont prete leur. noble port de tete & Charles 
le Sage. Mais les plis du manteau sont ramenes sous le bras droit 
avec une 16gerete nouvelle, etsurtout l'expression bienveillante de la 
face ou sourit une bouche paternelle et fine, atteste d'admirables 
decouvertes pour la verite intime du portrait. Quel que soit Tauteur 
de ces deux images, celui-la est un maitre et parmi les plus puissants 
prophMes de la beaute moderne. 

Andre Beauneveu (*), « maistre ouvrier de thombes », imagier, 
peintre, miniaturiste et enlumineur de statues, appele tantot Bieau- 
neveu, tantot Beaunepveu, est ne dans le Hainaut suivant un c^lebre 
t^moignage de Froissart. Parlant d'un sejour que le frere de 
Charles V, Monseigneur Jehan, due de Berry, fit au chateau de 
Mehun-sur-Yevre, pres de Bourges, le grand chroniqueur nous 
apprend qu'il y c devisoit au maistre de ses ouvriers de taille et de 
» peinture, maistre Andrieu Beaunepveu a faire de nouvelles images 
» et peintures; car en telles choses avoit-il grandement sa fantaisie 
» de toujours ouvrer de taille et de peinture; et il £tait bien adress^, 
» car dessus ce maistre Andrieu n'avoit pour lors meilleur ni de 
» pareil en nulles terres, ni de qui tant de bons ouvrages fussent 
» demeures en France ou en Hainaut, dont il etait de nation, et au 
» royaume d'Engleterre. » Done au dire de Froissart, Jeaii de Berry 
s'entretenait k Mehun-sur-Yevre avec le directeur do ses travaux de 
peinture et de sculpture, maitre Andre Beauneveu; Monseigneur 

(1) Legons, T. II, p. 102. 

(2) Cf. Dehaisnes : Op. cit. Nombreuscs mentions. Pinchart : Archives des 
Arts. 1860 et 1863. Courajod : Lecons. T. II, p. 120 et suiv. Edm. de Busscher : 
Biographie nationalc, art. Beauneveu. T. II, p. 62 et 63. 



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182 WALLONIA 

songeait a de nouveaux travaux et ne pouvait mieux s'adresser qu'a 
maitre Andre; aucun artiste n'^tait sup^rieur ni 6gal a Beauneveu et 
ses wuvres abondaient en Angleterre et dans le Hainaut dont il etait 
originaire. Telle est la pr6cieuse information artistique quo nous 
transmet le grand chroniqueur. 

Froissart devenant critique d'art pour tailler en passant a son 
compatriote une chaude reclame — comment dire autrement? — 
a-t-il un peu grossi la v6rite? II ne semble pas. Le temoignage 
d'autres documents anciens nous montre maitre Andr6 tres occup6 et 
admired G'est dans les comptes de Valenciennes que son nom parait 
pour la premiere fois en 1361. Nous le trouvons ensuite au service de 
Charles V et un mandement royal nous fixe sur l'importance de 
Tartiste. « Nostre aim6 Andr6 Beauneveu notre ymager », dit le 
mandement, est charge de tailler les tombes de Philippe VI, de 
Jeanne de Bourgogne, de Jean II, de Jeanne de Bourbon et celle du 
roy Charles V lui-meme — oeuvres pour lesquelles « nostre aim6 » 
recoit des sommes tr6s 61eve"es. Apres quoi le maitre s'en retourne 
probablement dans son pays natal. En 1374 il est k Valenciennes, et 
il y execute en 1374 des peintures pour la Halle des jures. La meme 
annexe, Louis de M&le ayant decide de se fa ire eriger un mausolee 
dans la chapelle de Sainte-Catherine a reglise de Notre-Dame de 
Courtrai, manda Beauneveu, a Gand, en meme temps que Jean de 
Hasselt, peintre. Co dernier couvrit de portraits les parois de la 
ohapelle et dessina le tombeau que devait tailler maitre Andre. 
En 1377 Beauneveu est k Ypres oil il sculpte une Vierge pour le cote 
sud du Beffroi. En 1390 il est au service de Jean, due de Berry et 
dirige au chateau de Mehun-sur-Yevre les ouvriersde taille, peinture 
et enluminure de Monseigneur. C'est la qu'il produisit les images et 
peintures que les hyperboles legitimes de Jean Froissard signalent a 
la posterity. Les merveilles de Mehun furent d'ailleurs immediatement 
celebres puisque des l'annee 1393, le due de Bourgogne Philippe le 
Hardi envoya pour les admirer une mission speciale composed de son 
peintre Jean de Beaumetz et de son imagier, un artiste qui promettait : 
Claes Sluter. Au dire de Froissart, Beauneveu aurait travaille* egale- 
ment pour TAngleterre; on le rencontre aussi k Cambrai donnant 
son avis sur la construction du Dome et il n'est pas impossible qu'il 
ait travailte k Malines . II vivait encore en 1402 ; il 6tait mort 
en 1413. 

* * 

Des sculptures de Beauneveu il reste les statues de Philippe VI, 
Jean II et Charles V, placets k Saint- Denis sur de nouveaux sarco- 
phages. Voici comment k leur propos M. Gonse apprecie Tart du 



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WALLONIA 183 

grand imagier : « Les statues de Saint-Denis earacterisent nettement 

> le vigoureux individualisme de sa maniere et son magistral senti- 
» men t de nature. Beauneveu etait un artiste personnel entre Ions; 

> il metlait dans 1'accent des teles une conviction qui ne va pas sans 

> une certaine lourdeur, qui touche parlois a la triviality, raais qui, 
» lorsqu'on Tanalyse vous donne cette sensation de force, de gran- 
» deur et de verity que sen les possedent les productions des grands 

> anatomistes de la physionomie humaine. Les oeuvres de Beauneveu 

> semblent d^border de realisme, d'uue sorte de real ism e epais, 
» violent, impiloyable, a la flamande. La statue de Charles V est 
» particuliferement significative; la tete ne manque pas de noblesse 

> et elle a dans tous les details un caractere de sincerite tout k fait 

> curieux. Les cheveux qui portent encore des traces de coloration, 
» tombent droit et encadrent vigoureusement le visage; les mains, 
» chargees de veines sont ^tudiees avec un soin.presque pueril ; le 

> mouvement en est fort beau, ainsi que celui du bras qui releve le 
» manteau. » (') L'impitoyable preconception du naturalisme flamand 
n'est point sans laisser de traces dans ce jugement. Beaneveu etait 
wallon, hennuyer, et on nous parle de son realisme epais, a la 
flamande. D'autre part ces exees de realisme n'empfichent point le 
critique cTaccorder au sculpteur le sentiment du geste et de I'expres- 
sion nobles. D'ailleurs dans le masque de Charles V, le modele est 
ample, exlraordinaiiement large. Nous sommes en presence d'un 
portrait, mais oil la reproduction fiddle des moindres accidents de la 
physionomie prGoccupc beaucoup moins le sculpteur que l'interpr^- 
tation des caracteres g^neraux. Ce realisme ne Va pas sans un certain 
choix ; il est classique. 

Aussi je reviens tres volontiers, pour ma part, k l'hypothese du 
chanoine Dehaisnes, qui voyait en maitre Andr6 l'auteur d'un puis- 
sant et elegant chef-d'oeuvre : la sainte Catherine de marbre de la 
chapelle des Comtes de Notre-Dame de Courtrai ( 2 ) Nous avons vu 
que dans cet oratoire comtal devait s'elever le tombeau de Louis de 
M&le commande par le comte de Flandre a Beauneveu ; on ne sait ce 
qu'est devenu le mausolee, ni mgine si Beauneveu l'acheva jamais, 
Louis de Male ayanl et£ finalement enseveli a l'^glise Saint-Pierre de 
Lille. Mais la chapelle des Comtes a Notre-Dame de Courtrai etait 
d6dicac6e k sainte Catherine. La statue de la sainte n'est-elle point un 

(1) L. Gonse : L'Art Gothique. H. May. p. 435. 

(2) Cf. Dehaisnes : Histoire de VArt pp. 249 et 250. Jean Rousseau : La sculp- 
ture flamande el wallonne du XI" au XIX' siecle (hull, des commis. roy 9 d'Arl et 
d'Arch. 1877) et H. Rousseau : La Vierge de Hal et la sainte Catherine ei Courtrai. 
(Bull, des Musees royaux, deeembre 1904) 



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184 WALLONIA 

souvenir du passage de Beauneveu a Courtrai ? Codrajod h^site k 
l'attribuer a 1 artiste wallon parce que la tete est trop id^ale. Et 
certes, voici bien avouons-le, de quoi d^concerter les historiens de 
Tart. Ne dirait-on pas que ce visage matronal, souriant et grave, au 
galbe r6gulier et plein, dont le tragique apais^ s'encadre si noblemen t 
de boucles et d'6toffes tegeres, appartient k quelque patricienne de 
Rome ? Et la disposition antique de la draperie sur le bras gauche 
n'est-elle point pour accentuer cette impression ? Les vetements 
moelleux ou le ciseau laisse comme la trace d'une caresse, ce 16ger e>t 
souple dehanchement, ces mains fines et longues dont Tune s'appuie 
sur la poign6e d'un glaive sans lame, les larges coulees verticales, 
enfin cette accumulation artificielle de plis fluides multipliant a 
gauche leurs ondes serpentines, tous ces 61ements trahissent un artiste 
nourri de la tradition francaise. 

II en fut de Beauneveu comme de Jean-P6pin de Huy, de Jean 
de Liege ; ils se franciserent dans une large mesure. Ces enroule- 
ments mievres et charmants de ]'£toffe sont une creation des imagiers 
parisiens remplagant la convention gothique par une autre. On 
retrouve ces memes volutes dans les miniatures de Beauneveu. On 
les constate m&ne dans la statue de Charles V. Comment le maitre 
de Valenciennes manifestait-il son individuality parmi ces tradi- 
tions ? En errant des portraits quand il s'agissait de representor des 
contemporains, et des figures ideales quand il sculptait des Vierges 
etdes Saintes, — lesquelles gardaient lout de meme une robustesse, 
une r^alite tout k fait remarquables dans la structure generate, si 
nous pouvons choisir pour type la sainte Catherine. Ce marbre, je 
ne saurais assez y insister. est un exceptionnel chef-d'oeuvre. Aucun 
critique ne le conteste, ni Courajod, ni M. Gonse qui letrouve supe- 
rieur aux autres creations du maitre, ni M. Kcechlin qui voit en lui 
«le chef-d'ceuvre incontestable de la statuaire beige au xiv^siecle. » (1) 
Nous ne lui connaissons k cette epoque aucun morceau rival sur 
notre sol. II est d'un maitre au dessus duquel surement « n'avait 
pour lors meilleur'ni le pareil en nulles terres » S'il n'est de Beau- 
neveu, que lest done le mysterieux g^nie qui « oeuvra > pour la chapelle 
des Comtes en mSme temps que maitre Andre ? Qu'on le decouvre. 
Nous nous en rejouirons tous. Notre opinion ne changera point sur 
la merveilleuse statue, et nous constaterons que le bon Froissart gas- 
connait un peu en faisant du sculpteur de Jehan de Berry le plus 
grand tailleur d'images de son temps. 

II ne reste rien des sculptures executes par Beauneveu a 

(1) R. K(BCHLiN. La sculpture beige et les influences francaises, etc., p. 19. 



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WALLONIA 185 

Mehun-sur-Yevre, rien de ses peintures monumen tales, mais nous 
avons de lui des miniatures authentiques. 



Maitre Andre est l'auteur d'un Psautier conserve a la Biblio- 
theque nationale de Paris et que mentionna en 1401 Finventaire de la 
librairie Jehan de Berry : « Un psautier escrist en latin et en fran- 

> gois, tres richement enlumind, ou il y a plusieurs ystoires au com- 
» mencement de la main de maistre Andre Beaunepveu. » Les his- 
toires trait^es en grisailles se composent de vingt-quatre figures 
disposees deux par deux, a droite un apotre, a gauche un prophete 
de TAncien Testament. Les tetes, avec des carnations discretes, res- 
pirent une grande r6alite ; de fluides draperies montrent (mais pas 
avec une persistence absolue) les spirales cheres aux manteristes 
fran^ais. Tous les personnages sont assis sur de « larges stalles k 
» decorations architectoniques... les unes roses cornine dans les 

> tableaux italiens ; les autres vertes, violettes. » (*) Le style de 
maitre Beauneveu — syst£me des draperies et invention decora- 
tive — se rapproche fort de celui qu'adopta Jean de Bruges pAur les 
grandes figures de V Apocalypse d' Angers. Mais Beauneveu ajoute 
aux physionomies un sentiment de vie individuelle. Son David res- 
pire une s^renite suave et Ton pourrait presque dire musicale. Dans 
le meme Psautier, un admirable saint Philippe tient « un livre 
» ouvert sur Tune des pages duquel sa main met une croix, avec les 
» mots : Inde mnturw est judicare vims et morluos ». ( 3 ). Le siege 
est italien ; la draperie garde des enroulemeats convontionnels dpns 
le bas, sans tomber cette fois dans le systeme des volutes multiplees. 
La tete surtout est remarquable, d'un pathetique tout moderne dans 
sa souffrance resignee. Le Christ du Parement de Narhonne offre le 
prototypede cette physionomie que nous avons rcmarquee aussi dans 
le Calvaire de Bruges( 3 ); et Ton voit reparaitre ce meme visage plein 
d'angoisses reelles, mais que la douleur memo idealise, chez les 
maitres de la peinture bourguiguonne : Jean Malouel et Henri 
Bellechose. 

Andr6 Beauneveu passe pour etre Tauteur de deux admirables 
grisailles qui ouvrent un Livre d'heures conserve k la Biblioth6que 
royale de Bruxelles : « les Tr6s belles heures tres richement enlu- 

(1) Courajod : Legons, T. II, p. 152. 

(2) Dehaisnes : Op. cit., p. 255. 

(3) Eglise Saint-Sauveur, vers 1390. 



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186 WALLONIA 

minees du due de Berry. » (') L'une d'elles represents la Vierge avec 
I 'enfant Jesus ; la Madone, assise sur un siege complique, d'aspect 
meridional, nionlre une tete petite, individuelle, encadr^e d'une 
aureole d'or ; la volute chere aux manierisies se multiplie au-del& de 
toute mesure dans cette composition. Le manteau de J6sus, la robe 
et la banderolle de la Vierge, ses cheveux memes, tout ondule, ser- 
pente, se recourbe. 

Dans l'aulre grisaille on voit le due en priere, vetu d'un manteau 
a camail et accompagnG de saint Jean-Baptiste et saint Andre. Le 
systeme de plis est ici plus calme; les ondulations n'apparaissent que 
dans un coin du manteau de saint Jean-Baptiste qui relive le bras 
gauche pour soutenir l'Agneau mystique. Le fond de ces deux enlu- 
m inures, pour etre con ventionnel, n'en est pas moins remarquable. 
Certains Tappellent dcangelique. Pour la Vierge e'est une tenture 
rouge-amaranthe ou se pressent dans un ciel invisible des anges 
chanteurs et musiciens, portant violes, flutes, orgues et monocordes, 
d^ployant des philactferes oil se lisent les paroles des Cantiques. Les 
figures du due et de ses patrons s'enlevent sur un tapis d'azur seme 
de fleurs. La couleur de ces deux fonds, malgre sa douceur, tranche 
vivement avec la transparence ivoirine des visages rehauss£s de rose 
dans les carnations. 

La gloire acquire par maitrc Andre a la Gour de Berry montre 
que Paris ne jouissait plus alors d'un prestige exclusif et tyrannique. 
Mais jusqu'aux environs de l'anneo 1400, la capitale du royauine 
resta le point sonore du monde artist ique septentrional. Sur un fond 
franca is sillonne d 'afflux italiens et germaniques se developpait un 
art un peu hyLride, mais pratique par des maitres sinceres, cher- 
cheurs, im patients de decouvrir leurs propres voies, et parmi les- 
quels les maitres do Fiandre plus particuli -rement peintres, et les 
maitres wallons presque toujour s sculpteurs, se tiennent sans conteste 
au premier rang. Et leur superiority tend plutot a s'accentuer lorsque, 
apres la inort de Charles V, les residences des rogents deviennent des 
foyers rivaux de Paris. Nous avons rencontrd Andr£ Beauneveu a 
Mehun-sur-Yevre. Nous verrons briller Jacquemart de Hesdin et les 
freres Limbourg a Bourges; k Dijon s'assemblera une pleiade incom- 
parable avec les Jean de Beaumetz, les Jean de Mareville, les Jean 
Malouel, les Bellechose. le genial Claes Sluter et son neveu Claes 
Van de Werve comme tetes de groupe. lis sont wallons, flamands, 

(1) J. van den Gheyn : Catalogue des manuscrits de la Bibliotheque royale de 
lielgique. T. I, n° 719, p. 445 et 446. Ce Livre d'heures contient en outre vingt 
grandee miniatures paginates attributes a Jacquemart de Hesdin. 



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^^m**m 



w mm^m 



WALLONIA 187 

hollandais. La plupart nous font penetrer dans le xv e siecle; mais 
leurs origines appartiennent au siecle precedent et leur art, au 
moment oil le siecle du Renouveau expire, vient mettro sur cette ere 
giorieuse une couronne imperissable qui doit a la Wallonie quelques- 
uns de ses plus beaux fleurons. ( ! ) 

FIERENS GEVAERT. 

Professeur d'Esth^tique et d'Histoirc de I'Art 
a TUniversite de Liege. 



(1) Cette etude, dont l'auteur a bien voulu reserver la prinieur a Wallonia, 
fait partie d'un ouvrage du savant professeur de Liege, qui paraitra prochainement 
a Bruxelles : La Retiaissance septentrionale, G. van Oest & C'\ editeurs. 



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LITTERATURE DE CHEZ NOUS 



La petite Fee de la Meuse 




^ans les solitudes aux grands arbres veloutes de 
] mousse, et par les romanesques allies qu'habite la 
\ melancolie, vaguait a l'aventure la petite fee de la 
Meuse. Elle n^tait vetue que de son ing6nuite; mais 
ses boucles, lorsqu'elle courait en descendant des 
bois, fremissaient comrae un drapeau d'or, et lorsque 
Tenfant s'etait arretee elles formaient autour d'elle 
un manteau de lumiere. 

La petite lee etait certainement tr&s pauvre, puisqu'elle n'avait 
point d'autre robe; mais elle etait belle, et de noble race, car sa 
grace la faisait pareille aux Vivianes et aux Melusines qu'on voit 
dans le pays de France, et par sa chevelure doree elle ressemblait 
aux nixes qui hantent les bords du vieux Rhin. 

La vierge de la Meuse laissait muser sa reverie parmi les chenes 
qui font une verte parure aux collines de la valine; et le soleil, qui 
connait tout, la voyait passer aussi le long des rives sous les hauts 
peuplicrs du pare de Cerfontaine. Parfois m6me, plongeant dans les 
eaux son corps svelte et nu, elle allait s'ebatlre aux gazons des deux 
lies, et elle s'emerveillait d'y trouver une ombre si profonde qu ? on 
eut dit deux forels nees de l'effort des flots. 

Mais des barrteres terribles s'etaient peu a peu dresst*es autour 
d'elle. En amont du fleuve, vers Seraing, trois monstres crachant 
flamme et fumee ! lui donnaient- le dugout des sites ou elle avait 
grandi ; et du cot6 de Ltege sa course vagabonde s'arretait loin de la 
ville, car il y a la-bas un lourd pont de pierre, et les trains qui 



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WALLONlA 189 

passent par dessus sont des betes effrayantes quand ils se mettent k 
crier en soufflant de la vapeur. 

Certes, il y avait encore des merveilles dans son domaine ! II y 
avait le grand pare, et le fleuve oil les branches se mirent, et puis 
encore mille coins ignores dans les bois, et les belles iles vertes ou 
Ton entepd brtiire le courant qui se hate vers la me;'. Mais c^tait 
une etroite patrie que celle-li ! et par les belles nuits claires la 
F6e connaissait la tristesse quand elle laissait ses yeux errer vers 
Thorizon. 

La-bas, au loin, les feux des hauts-fourneaux ^clataient avec 
violence; et tandis que leurs flammes mouvaient leurs reflets dans les 
cieux, elle pensait que ces gerbes de pourpre 6taient de la couleur du 
sang, et que cette beaut6 ressemblait k la mort. 

Peu k peu les solitudes se peuplerent. D'acres fumees jaillirent 
de nouvelles maisons rang^es en une raide sym&rie; des cris d'en- 
fants et des chamailleries de feinmes couvrirent la voix confuse des 
ruisseaux qui lancent des chansons coupees de rires en bondissant de 
la montagne. En face de Tile de Renory encore endormie dans la 
Meuse, un peuple de Iravailleurs se debaltait avec une inexplicable 
furie. II y eul, durant des mois, un fourmillement de petits-etres 
diaboliques qui allaient, venaient, couraient de mille sortes, et bicnlot 
les silences de rile furent meurtris par un relrntissant fracas. 
G'etaient des marteaux qui frappaient, de rugissantes locomotives, 
des machines gringantes aux hurlements aigus... et tout cela s'agitaii 
dans la carcasse d'un colossal enfer ou des flammes enclaves £taient 
tortures par les hommes. 

Sur Taut re rive aussi des constructions s'6taient dressees : des 
charbonnages salis d'un noir envolement de poussiere, des aleliers 
bruyants d'ou suintaient des odeui\> de graisse chauff'6e. Et la vierge 
de la Meuse n 'avait plus rien a elle, plus rien que le Pare et les Iles 
ou volaient tristement les derniers des oiseaux chanteurs, parmi les 
echos des fabriques soufflant et criant au loin. 

Sous l'ombrage des hetres et des peupliers, dans le pare, la petite 
fite errait encore k Taventure ; mais d'all£e en all^e, sa course Tavait 
vite amende aux frontieres de son 6troit royaume. Ainsi chass£e de 
partout comme une &trang6re, elle n'osait plus sourire. M6connue 
et sans cesse outrag£e, elle ne comprenait point qu'on osat dGchirer 
cette Terre qui etait sienne. II lui semblait parfois que sa propre 
chair blanche 6tait Iivr6e aux mains grossieres des bourreaux, et des 
frissons la faisaient fr6mir d'une secrete horreur. 



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190 WALLONIA 

Un jour, de gros blocs de images passerent. Non pas ce glisse- 
ment doux et blanc qui ressemble a un vol de cygnes, mais une 
course agit&e, bousculee et pesaute, corame s'il y avait eu dans le 
fleuve celeste on ne sait quelle efirayante debacle. Et alors Fouragan 
accourut. 

Hurlant, se precipitant de toutes parts, les cavaliers de la Tem- 
pete bondirent tout a coup en une charge furieuse, et les eaux se 
souleverent par larges nappes bris^es qui s'envolaient en pousstere. 
Des vagues aflbl6es s'abattaient sur les rives ; d'invisibles lanieres 
cinglaient brutalement toutes choses ; raille fouets sifflaient dans 
le vent... 

Durant un jour entier, ce fut le regne de la terreur. 

La F6e criait d'angoisse dans ce tumulte immense. En un 
soubresaut do revolte elie baisait le sol meurtri, et tout aussitot 
relevee elle courait qa et la, tordant vainement ses mains. Elle vit des 
plantes, arrach^es, voler en troupes dperdues et se noyer dans le 
fleuve; elle vit les mousses 6cras6es se crisper sous le poids des 
branches rompues. Les vieux chenes et les hauts peupliers luttaient 
certes bravement contre les chocs de la teinpete ; mais leur formidable 
stature fut elle-meme vaincue. Lentement, tres lentement, avec la 
majesty des vieux sages qui meurent, la fee les vit s'incliner un k un, 
et toucher de leur front d'ancetre la Terre qui trembla sous leur chute. 

L'ouragan s'enfuit ; THomme arriva. La cogn£e ahattit les restes 
des nobles avenues de Cerfontaine. Lorsque le paj^c fut d6pouill6, 
une usine y jeta sos laitiers et ses cendres qui bientot s'amoncelerent ; 
et la noire et sterile montagne, s'etendant peu a peu comme une b3te 
6norme, devora les derni&res solitudes ou le mystere avait survGcu 
au silence. 

La petite F6e assistait en frissonnant a cette agonie. L'lle de 
Renory fut bientot depouillee do sa haute chevelure foresttere, et la 
grande ile en amont, ravagee par la malignite des hommes, vit 
s'enfuir les corneilles qui y lenaient leurs graves assemblies. Deja 
des bateaux de fer arrivaient, suivis par une armee fourmillante et 
fouillante de pics et de pioches. La petite vierge les examina long- 
temps, effrayee et surprise, ne devinant point ce qu'on allait faire. 
Lesfbateaux raclaient et creusaient en soulflant de la fum£e ; les 
hommes criaient, juraient, s'agitaient tous ensemble sur les gazons 
d6chiquet6s et'fletris... 

— Quoi done, sedisait-elle, cherchent-ils un tresor? 

Mais elle comprit enfin que Tile de R6uory allait etre tranche 



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WALLONIA 191 

sans pitie- H61as, c'6tait vrai ! On prit des morceaux vivants de la 
terre pour en combler un bras du fleuve, — et tout cela qui ver- 
doyait nagu^re, tout cela qui avait fleuri et chants devinl une chose 
hideuse corarae un cadavre, un araas fangeux et sans forme encombre 
decailleux. 

Alors Tenfant quitta pour ton. jours ses retraites d£vast6es ou elle 
se sentait mourir. Par les bois des collines qu'on nomme Sart- 
Tilmant, ellegagna une vailee qifelle connaissait bien pour y avoir 
joue souvent sur les prairies des rives, et saute de caillou en caillou 
avec les ruisseaux de Sainval et de Colonstere. 

Cette vailee de TOurthe est noble et profonde. et 1'ondine imagina 
d'abord qu'elle y pourrait vivre toujours. 

Mais une fois, qu'eile s'etaitaventuree un peu loin, elledecouvrit 
une grande plaie qui rongeait la montagne. La encore les hommes 
fai«aient rage. D'intatigables bras d£chiraient la roche avec des fers 
pointus, et les detonations ebranlaient les vieilles assises du sol... 
La petite vierge de la Meuse fut terriftee. Ainsi done partout, toujours, 
toujours les hommes ! — Fille des eaux et des bois, elle n'aimait pas 
a etre vue, n'6tant point tres brave en son simple costume d'or. Plus 
loin, plus loin, elle s'enfuit encore, et deraanda a TAmbleve 
d'accueillir son exil. 

Une sorte de d61ice se melait ici a sa douleur, car l'Ambleve est 
Ires belle. A demi deflor6e, elle garde une grace sauvage Elle sait en 
mille jeux courber ses bras souples; ou bien elle fr^mit doucement, 
toute nue allongee au soleil sous le chateau de Remouchamps, et 
Ton dit m£me que vers Quarreux elle danse avec uno joie farouche 
parmi les rocs, parmi T^cume, parmi les fordts des montagnes ! 

L'Ambleve semblait si fiere, que l'enfant cut voulu d'abord se 
joindre a elle comme une soRur. Mais a Roanne elle la vit s'unir sans 
r^volte au plus ignoble monstre engendre par les hommes. Aceroupi 
sur des jambes lourdement magonn6es de briques rouges, la tenant 
toute serr£e sous lui, il l'enlagait encore de son horrible bras d'acier. 
D'autres betes de fer qu'on appelle « locomotives », ses parasites sans 
doute, parcouraient Techine du hideux animal, et Ton enteudait les 
cris essoufftes de la violence satisfaite. 

Honteuse comme si elle eut elle-meme subi Tetreinte sans nom, 
la fee s'enfuit une fois encore, et par TEau-Rouge gagna la supreme 
solitude des Ardennes, la ou les Fagnes etendent leur majestueux 
desert. Alors, songeant aux sites qu'avait vus son enfance, revoyant 
les collines que longeait le beau fleuve, les prairies perdues de 
Renory et la noble eianc^e des arbres de Gerfontaine, elle s'arrdta, le 
front tristement baisse. Sa chevelure toute paree de rayons s'etait 



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* 1 , ' V P[ ■ J» ^ i-" 



192 WALLONIA 

r^pandue sur son col, et ses boucles 6taient comme une rivi6re d'or 
ou reposait sa t6te, avec la grace de sa virginity et sa jeunc fiert6 
de ddesse. 

Mais la fiile du beau fleuve pleurait, et ses larmes melees de 
sang tomb6rent sur le sol patrial, ou elles reparaissent encore chaque 
6t6 dans les touffes de la bruyfere fleurie. 

1886-1896. Albert MOGKEL. 



lie chateau de Uerfontaine, A Uugreo, pendant »a demolition. 

D'apre* one photographic, 1877 on 1878. 




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Poorqooi les Moines oat qaitte Stavelot 

CONTE FACETIEUX DE VIELSJLLM 



I-gn-avut in' home a Somagne adri Stavleut qui vikut tran- 
quirmint avou s' feume : c'estiit on bon payisan et i t'nut ine bressine. 
Si feume mora et i d'mana veuf avou *ne feye d'on qwinze ans, 
qu' estut tote simpe d'teprit : Si pere li d'hut todis qu'ele n'avut nin 
pus d'esprit qu'on v&. 

On djour, il estint po r*m6te ol fowire li tchar do pored; li p6re 
diha : « Vola on b6 boquet, ci sere pol Noy6 >. 

Qu6ques djours apres, les monnes do covint di Stavleut fizint leu 
ronde ; Somagne estut so leu teritwere. Is savint qui V b&c6le del 
bressine estut tote bablou, et is li avint dja djowi pus d'on mavas 
tour. Is v'nint ol manhon et is d'mandint s'i-gn-avut rin por zels. 

Come il avint dedja avou leu dime, li bacele responda : « Neni, 
mins i-gn-a on be boqu6t d' tchar pol Noye. — « Ah ! bin, e'est mi 
qu'est T Noye, d'ha onk des monnes. > Et i purda ine tcheyire po 
monti ol fowire po keri apres V pus be boquet. 



Stavelot doit son origine a une abbayc de benedictins, etablie par Saint- 
Reraacle en 655, a qui Sigebert, roi d'Austrasie, fit don d'nn vaste douoaine appele 
Stabto ou Stahulum. Cette abbaye, jointe a eelle de Maimed y (detlnitiveinent 
en 1071) constitua an moyenage une principaute du Saint-Empire, qui disparut par 
l'annexion francaise en 1792 et fut abolie en 1801. L'ecole de Stavelot jouil d'tine 
grande celebrity dans les Pays Bas et en Allemagne, surtout aux ix' et x' sieele. Ses 
archives sunt aiijourd'hui dispersees ; la majeure partie est eonservee a Dusseldorf. 
Un bon inventaire en a ete- dresse en 1897 par J. Halkix (Rull. de la Comw. ro\j. 
d'hisl. de Belyique, 5' serie, t. VII). L/abbaye fut detruite de fond en cow bio par le 
feu iors de Tinvasion des vandales francais en 1790 : il n'en reste que les ruines 
du clocher. 

Le conte fallacieux que nous publions est une preuve frappante de la caducite 
des faits historiques dans la menioire du people, ou cependant subsiste le souvenir 
vivace des moines, de Tabbaye et de I'organisation politique sous Taneien regime. 
11 wontre aussi comment des elements anterieureinent populaires se juxtaposent 
dans l'elaboration des legendes locales. Enfln, il est une preuve de la liberte et 
ineuie de la licence, avec laquelle le folklore traite souvent les moines et les eleres. 
Parallelement, des legendes et des contes sc sunt conserves, ou les vertus clerieales 
sont hautement honorees et nieine exaltees. Les extremes se touchent. 0. C. 



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194 WALLONIA 

1 n'arivut nin haut assiz ; i m6ta s' pid so V crama, et V dj6ne 
feye pola v6ye ine saqw6 qui 1' monne li f'za creure qui c'6stut 
d' 1'esprit. « Adai, dist-ele, dinoz-m'e on pau, ca m' papa dit todis 
qui dj' n'a niu pus d'esprit qu'on v6 ! » Li monne dihinda fou del 
fowire et li d'na d' 1'esprit. Puis is 'nn' allint et V p6re rivna. 

Leye, tot drut qu'61e li veya : « Ha ! ha ! pere; vos n' diroz pus 
qui dj' n'a nin d' 1'esprit, ca gn-a on monne qui m'6nn' a d'ni bramint. » 

Li pfere s'indforma kimint qu'i li avut d'ni d' 1'esprit et gou qu'il 
avint v'ni f6. Ele li espliqua et ele li d'ha qu'il avint v'ni keri 1' boquet 
pol Noye. 

Et T pere, bin mavas d' veye qu'ele avut stou atrapi comme goula, 
d'ha : 

< Pes si biesse qu'i f&t qu' les cwerbas ti betchehent on djour 
les us fou del tiesse. Po t' penitince, fires pwerti 1' setch a molin. » 

Et i li ala keri on p'tit setch di grains. Et vo-l-la e-voye. 

Qwand qu'ele fout dizo Somagne, al cwene do bw6s l'Abeye, les 
cwerbas, qui criyint et volint todis, qwand qu'is veyint passi les 
djins, si metteint a cwaksi. Et leye pinsutqui c'estut po li v'ni betchi 
les us fou del tiesse. 

Ele si tape so s' dos et elle meta s' sfetch so s' tiesse. 

Les monnes qu'avint fini leu tourui a Somagne et Henoumont 
vinvrint a r'passi po la. 

« Ha ! dist-i ci qu'avut pris 1' bon boquet d* tchar, vo-re-la co 
nosse drdle, dinans-li c'on pau d' T6sprit. » Li monne kimin^a. 
« Ha ! b6tche-mu tant qu' ti vous, dist-ele, ti n' mi b^tchrus dja les 
us fou d£l tiesse po la ! » 

Qwand qu'ele rivna d'a molin, si p6re diha : « Dji n' vikrus dja 
pus avou ti, i fat qu'dji m' rimareye. » Et i purda ine bele feume di 
Stavleut. 

Qwand qu'i fout maryi, comme les monnes allint todis la po 
k'mandi leu bire, is d' mandint chaque cop al feume po-z-ali 
dwermi avou leye. Po fini, ele li conta a si-home. « Sote, dist-i, fais 
martchi avou z61s ; dji d'raeurre vola et nos l's Arans todis bin 
6-voye ; dimande les i bramin. » 

Li feume convna avou les monnes qui c' serut po V djudi, li 
prumi po hut heures k V nute mins qu'il apwertahe on lowis d'or, 
on djanbon et deus boteyes di vin. Li deuzime, ele li fza trovi k 
nouf heQres, avou deus lowis d'or, on djanbon et deux botfeyes. 

L'home rivna et d'ha : « Sote, ti d'mandes trop po, dimande 
16zi pus, c'est zels qu'ont tot Tor et tot l'ardjint » 

Ele dimanda a truzime dis lowis d'or, on djanbon et do vin, po 
v'ni a dih' heures. 



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WALLONIA 195 

Li djudi arivi, Thome diha a ses varlets qu'is d'vint ali dw^rmi 
tot twet, ca qu'i ialfit qu'on fouhe 16vi & matin po te del bire po les 
monnes. 

« C'est coula, dit onk, qui les monnes ont tant v'ni Sdjourd'hu 
Tola. — Aye, is 'nne ont pus, dit T inaisse. » 

A hut heures djusse, nost' home estut catchi d'vins T pitite piece 
k costi. Vola T prumi monne qu 1 arrive avou s' lowis, s' djanbon et 
s' noret plein d' boteyes; ol piece di deus', i 'nne avut plein d' totes 
les sors. 

Li feurae, tot fzant Takwance di s' dibiyi, diha : «Dibiyoz-v' 
todis, dji m' vas beure on v£re et dji v's ire trovi. > 

Li maisse qu'avut moussi fou po podri et qu'avut rivni sol 
finiesse, kimin^a a crir comme on pestiferi qu'on li drovahe k couse 
Touhe, qui les voleurs li pors6wint. 
. « Wis' f&t-i moussi? » dit T raonne. 

€ Vinoz' a couse vola », d'hat-ele, et ele li tchoqua ol tchaudire 
wis' qu'on cuhuL T bire. Et ele rimeta 1' covra. 

L'homme rintra et is buvint on p'tit vere avou s' feume, et is 
sayint T djanbon po vey s'il 6stut bon.On r'meta Taute des resses 
o Tarroa po qu'on nel veyahe nin. 

Et lu s'ala r'm6te a s' catch6te. 

A nouv' heures, vola 1' deuzime monne qui vint tot d'hant : 
« Vola m' djanbon, mes boteyes di vin et mes deux lowis d'or. » 

< Ah ! bin, dibiyoz-v' todis, moussoz o lit, dji m' vas beure on 
p'tit cop et dji v's ires trovi. » 

Li monne fout bin vite o lit et Thome moussa a couse fou et 
v'na bouhi sol finiesse tot d'hant qu'on li d'vut drovi ; i br6yut co pus 
fwert qui T prumi c6p qui les voleurs corint apres lu. 

Li monne qu'estut o lit bin sberi, criya : 

« Wis' fat-i moussi ? > 

< Moussoz a couse vola >, d'hat-ele tot li drovant T covra del 
tchaudire al bire. 

Et T monne sautla d'vins et leye rimeta T covra. 

L'home et T feume buvint co queques bons p'tits veres et ma- 
gnint on p'tit boquet d' djanbon. 

Puis Thome e-rala o s' pitite catchete po rawardi T diferin 
monne. 

A dih' heures, vo-le-la qiTarive bin tch^rdji avou on gros djanbon, 
qwate boteyes di vin et les dis lowis d'or. I les meta so T tave et lfeye 
diha : 

< Dibiyoz-v* tod is et moussoz o lit. > 

€ Dji m' vas d'moussi qwand dj'are bu on vere. » 



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|96 WALLONIA 

Li monne n'i fout si vite qui v'la i'home qui r'vinv' a V finiessc 
tot djurant come on po^sedi, tot d'hant : 

« Drouve-m6 k coiisse l'ouhe ca dj'vas esse towi, les voleurs mi 
s6wet. > 

Li monne criyut lu : 

< Wis' fftt-i moussi ?... Wis' fat-i moussi ? > 
« Moussoz a cousse vola >, d'hat-ele. 

Et 61e li drova V covra del tchaudire. Et v' les la los les triis' 
ol Ichaudire. Qui s' racontint-is, on n'e sit rin !... 

L'horae et 1' feume buvint qudques bons p'tits vdres tot sayant 
leus noves djanbons. 

« Ah ! bin va, dit l' feume, nos avans bin a magni po quinze 
djours ! j> 

« Vas-e, sole, t'e d'vus co d'mander pus', ti veus bin qu'is 
d'net tot gou qu'on l's i d'mandc !... » 

I] alint dwermi b6-z-et tard ; k matin is s'fordwerniint et 
qwand qu'is s'dispiertint : 

« Qu'allans-dj' fe avou nos monnes ? » 

II alint v6ye avou chaque ine bone trique mins les v&rlets qui 
n'avint nin rouvyi gou qui V maisse avut dit, avint fait do fu et 
les trus monnes estint stofis. 

< Qu alans-dj' fe avou, dit V feume, nos serans k'nohous ! > 

< Ci n'est rin va, dji m'6 tirre bin, dist-i lu, dji m'vas houki 
Dj'han V cwep'hi. » 

II fevoya les varlets aute p&rt tot d'hant qu'on n' friit dja d61 
bire ci djour-la, puis i fza houki Dj'han 1* cwep'hi qu'estut l'prumi 
buveiir d'&tou di Stavieut. 

1 li fza beure qu^ques grandes gotes di bon vis pequet : 

€ C'est do bon, hein valet, ciia ? T6nne &r6s tant qu'ti vores, 
mins i fat qui ti m' rindes on service. > 

« Ah !... bin volti si dj'e pous v'ni djus. » 

« T'6 vinr6s bin dju. I m'a arivi in' acsidint V nute passi ; 
i-gna on monne qu'a volou v'ni dwermi avou m'feume et ol piece 
il a stou toumi ol tchaudire al bire. II est mw(5rt : i f&rut qui 
t' 1' ir6s tapi ol v&ne do vis molin dizeu 1'covint. > 

« Dj'ire po 'ne courone, dist-i. > 

« Tares on lowis dor et deus boteyes comme cisse-la, loque... 
Et vo-les-la >, dist-i tot metant li lowis d'or so 1' tave et 'ne boteye 
k l'copete. 

I T w&rda ol manhon tot li fzant beure des v&res disqu'a ves 
hut', nouv' heures del size. Et puis a nouv' heures vola Dj'han qui 
prind V monne et qui 1' pwete ves V vis molin. 



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WALLONIA 197 

Tot passant k covint : « Arete! » dit 1' pwerti, on gArd qu'estut la. 

— On n'ar&e pas les homes come mwa, dist-i. 

— Qui es-tu ? 

— Le diabe. 

— Que port's-tu la ? 

— Un mwinne. » 

II ala d'hierdji s* paquet o l'ewe, puis i r'tourna so Somagne po 
z'aveur ses deus boteyes di pequet et s' lowis d'dr^ 

— Et tos m' rila, dist-i. 

— Kiinint t'a-t-i stou ? 

— Oh, i m'a bin stou. 

— Ah ! bin, vine, nos irans v6y si c'est veur qui t' l'as trans- 
pdrti. > 

Qwand qu'il arrivint ol piece, li monne 6stut stindou la tot 
come li prurai c6p. 

— Ti t'as moqui d' mi, dit Tmaisse ; ti n' l'as nin pwerti, ca il est 
co vola. Ti n'&res nin les boteyes ni V lowis d'or si ti n'el pwetes nin. 

— Dj'61 pwetres. 

L'home e r' va o s' tchambe et 1' cwephi prind V monne so si 
spale, et lu, hay 6s-voye ! 

Qwand qu'i vint d'vant V covint : — « Ar6te ! > dist-i V pwerti. 

— On n'arotc pas les homes come mwa. — Qui es-tu ? — Le diabe. 

— Que p6rtes-tu la ? — Un mwinne ! » 

I va d' hierdji s' f&rde ol vene et il e r' va. 
Qwand qui r'vint la, il avut bin tchaud. 

— Res-es-la, valet? pa! t'as tchaud, ti beures bin on v&re. 
1 li fait co beure, deus', trus bons vdres di vis pequet. 

— Ah! bin, djans-se vey si t' l'as pwerti, qui t'&yes ti 
paymint. 

Arivis ol piece, li monne 6stut la so s* dos, qu'estut co pus 
gros ! 

< Oh ! bin, c' c6p-la, ti t'moques di mi, ti l'as nin pwerti, dis-ti 
l'bresseur. > — « I fat qu'il e-vasse, ca i tat qu' dj'el pw6te... et 
dji r'vinre pus rate. » 

I prind 1' monne qu'estut pus gros qu' les autes et tot 'nne alant: 
« I m' sene qu'il est pus pesant qui t' t-a-1'heure ! > — « II a bu 
d' l'frwe, dit Thome. > 

Arivi d'vant r covint, li pwerti li cri : « Ar6te. — On n'ar^te 
pas les homes come mwa! — Qui es-tu? — Je suis le diabe. — Que 
port's-tu la ? — Un mwinne. — Diab', tu en port's bien, d' ces 
mwinnes-la ? — J'en port'ra, ^apre nom d'un mi lie ! aussi longtemps 
qu'i-gn-en aura un dans 1' couvent ! ! > 



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198 WALLONIA 

Di fwece qu'il avut cri fwert, i dispierta tos les monnes. Li 
pwerti les meta a couraat d' l'affaire. On fza I'apel, et i gn'avut 
trus' trop po ! 

Vola les monnes qui s' ramassint tortos po s' s&vi. I gn'avut 
onk qu'avut 'ne male djambe et i monta so on b&det. 

Arivi sol pont, Dj'han V cw&p'hi qui v'nut d' tapi V gros 
monne o l'ewe li veut : « Te r'vas d'vant mi a badet! > I tape monue 
et badet o l'ewe. 

I s' ritoune po rivni, et i veut ine aute qu'estut so on dj'vo. 
« Ah ! dji n' mi merveye nin qui ti corus pus rate qui mi, t'e r'vas 
k dj'vo et mi k pid ; ci cop-chal dji sere la d'vant ti. » I raye li 
monne d'ju do dj'vo, i 1* tape o l'ewe et i monte so li dj'vo disqu'a 
T bressine. 

« Dji n* mi merveye nin, dist-i a bresseur, qu'il 6stut pus rate 
qui mi : i v'nut h dj'v6 et mi 4 m' pid. Mins vos-me-ri-la. Tins, vola 
li dj'vo, mi dji n'a nin do foredje. Ti, i t' vinrc bin po mini tes bires. 

— Ah ! bin, vinez, fares tes deus boteyes et fares co deus lowis 
d'or. » 

Qa fait qu' les monnes s'ont trovi fou di Stavleut les onques 
neyis, les autes sav^s. 

Et on n'a jam&y polou saveur d'ou qu'il 6stint es-voye. 

Conte par M. Paul Keip, nc le 6 mai 1830, 
cultivateur a Priesmont-Vielsalm. 

Traduction 

II y avait, a Soumagne prds Stavelot, un cultivateur ais6, qui, en outre, 
etait brasseur. Sa femme mourut, le laissant avec une fllle de quinze ans, 
qui 6tait assez simple d'esprit. 

Un jour, qu'ils placaient dans la chemin6e (pour la fumer) la viande 
d'un pore, le pere dit : « Voila un beau morceau, ce sera pour la Noel. » 

Quelques jours apres, les moines de Stavelot faisaient leur ronde ; ils 
savaient que la ftlle du brasseur 6tait simplote et ils lui avaient deja jou6 plus 
d'un mauvais tour. Ils vinrent et demanderent s'i) n'y avait rien pour eux. 

Gorame ils avaient d6ja eu leur dime, la .jeune fllle rGpondit : « Non, 
mais il y a un bon morceau de viande pour la Noel. — Et bien, dit un des 
moines, e'est moi qui suit le Noel. » (M Et il prit une chaise pour prendre le 
bon morceau. 

Gomme il n'arrivait pas assez haut, il mit le pied sur le cramail. II fit 
croire a la jeune ftlle que ce qu'elle aper^ut alors 6tait de Tesprit. — « Ah ! 
dit-elle, donnez-m'en un peu, mon pere dit toujours que je n'ai pas plus 
d'esprit qu'un veau. » Le moine descendit et lui donna de I'esprit. Puis ils 
partirent ( 2 ). 

(1) Jou do mots : pol Noyd peut signifler « pour la Noel » et « pour le Noe [ou 
Noel] », nom de la feto rcligieuse et noin d'un houime. 

(2) [Cette premiere partie du conte a unevariante dans Wallonia, t. 1, p. 152! 
(Test po Caousse, recueilli par M. Ch. Bartholomez. Les dossiers de la Revue pos- 



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WALLONIA 199 

Le pere 6tant revenu et mis au courant par la solte, s'ftcria : « Tu es si 
b&te qu'il faut [expression consacree] qu'un jour les corbeaux te becquetent 
les yeux de la t6te. Pour ta penitence, tu iras porter le sac au moulin. » 

Quand elle fut au coin du bois de I'Abbaye, les corbeaux se mirent a 
croasser. Pour eviter le raalheur, elle se coucha sur le dos et mit le sac sur 
la t6te. Les moines, revenant par l&, la reconnurent et lui donnerent encore 
de Fesprit. — « Ah ! becquetes-moi tant que tu veux, dit elle, tu ne pourras 
pas me tirer les yeux. » 

Au retour, son pere, furieux dit : « Je ne pourrais plus vivre avec toi, 
il faut que je me remarie. » Et il prit une jolie femme de Stavelot. (*) 

Gomme les moines, en allant commander la biere, faisaient toujours des 
propositions a cette nouvelle epouse, celle-ci, un jour, sur le conseil de son 
mari, feignit de les accueillir et invita individuellement trois moines pour 
le jeudi suivant, chacun devant apporter vin, jambons, louis d'or. Au 
jour dit, ils se presentment chacun a son heure, et chaque fois, le mari, 
cachG dans la piece voisine, s^tant mis a crier qu'on lui ouvrit, la femme 
fit en toute hate passer le moine dans la cuve & la biere, sans oublier, a la 
fin, de fixer le couvercle. 

Femme et mari, bombance faite, se coucherent tard et laisserent passer 
l'heure habituelle du lever. Les varlets, ne se doutant de rien, flrent du feu 
et les trois moines furent asphyxies. 

Le mari renvoya ses hommes, puis il appela Jean le Gordonnier qui 
4tait un bon buveur et il lui dit : « Un moine est venu hier pour voir ma 
femme ; seulement il est tombe dans la chaudiere. Tu dois aller le jeter k 
l'eau a la vanne du grand moulin. » Ayant bien bu, et alleche par la pro- 
messe d'un louis d'or et d'une bouteille, Jean accepta. La nuit venue, il 
partit avecle moine. Gomme le portier du couvent Tarretait, il T6carta en 
lui disant qu'il etait le diable et qu'il portait un moine. Au retour, il trouva 
le second moine qu'on lui fit prendre pour le premier. La meme scene se 
reproduisit une deuxieme, puis une troisiemo fois encore. Le portier du 
couvent, etonne, s'6cria : « Tu en portes beaucoup ! — J'en porterai, dit-il, 
tant qu'il y en aura ! » Gette parole fut entendue des moines, qui, mis au 
courant par le portier, r^solurent de fuir. L'un d'eux, monte sur un ane, 
etant rencontre par Jean, celui-ci crut que c'6tait encore son moine qui 
revenait : il le jeta a i'eau avec Tane. Au retour, il en rencontre encore un, 
a cheval cette tois. II jette le moine a l'eau et pour etre sur d'etre enfln de 
retour avant son moine, il enfourcha le cheval et revint en toute hate. 

Le meunier lui donna sa recompense. 

Cest ainsi que Stavelot s'est trouve quitte de ses moines, les uns etant 
noyes, les autres s'etant enfuis. Et on n'a jamais pu savoir ou ils £taient 
alles. 

Joseph HENS. 

sedent en manuscrits deux autres textes de ce conte, dont le ton se rapproche 
da vantage de celui du conte de Vielsalm. Quant a la suite, c'est une version remar- 
quable d'un conte eelebre, dont les textes arabes sont connus surtout sous le titre de 
« Les trois Bossus de Bagdad. »(Cf. Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes..., 
t. VII, p. 72.) Recemment, ce conte a eircule dans les gazettes wallonnes sous 
les titres de « Histoire des trois Bossus » et « Les quatre Moines. » Voy. notamment 
V Tonnia cT Charlerwet, n" du 27 2-04 ; Fre Cowjnou, dc Verviers, n oi des 6-2-04 
et 10-2-04; La Mar mite, n n du 21-8-04, et Aurmonaque del Mar mite, annee 1905, 
p. 97 a 99. — O. C] 

(1) Ainsi parlent les villageois : les femmes de la ville leur paraissent toujours 
jolies, plus joiies que les paysannes. 



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Documents et Notices 



Les grandes marguerites de la Saint-Jean 

Voici que les grandes marguerites etoilent partout la verdure 
des pr£s de leur coeur d'or cercle de blauc ; c'etait autrefois Toccasion 
d'un touchaut et naif usage pour les enfants de certains villages de 
la vallee de la Salm. 

Quand arrivait le 24 juin, jour de la Saint-Jean, fillettes et 
gargons s'en allaient par les prairies en qu&te de ces fleurs, qui, 
haut perchees sur leurs tiges deltees, semblaient inviter a les cueillir ; 
les enfants en avaient t6t fait une ample moisson ; privees de leurs 
p&loncules, elles etaient alors enfilees — tels les grains d'un chapelet 
— et formaient des couronnes ou Ton n'apercevait gu&re que les 
languettes blanches qui, tres vite, se passaient sous Tardeur du 
soleil. 

Les bambins allaient alors se poster dans le village, aux endroits 
les plus fr&juentes ; quand arrivait un piston, ils se portaient a sa 
rencontre, et, tendant devant lui leurs couronnes, a la fa^on dont on 
tient un 6cheveau de laine quon divide, ils barraient le passage en 
disant : — Arete ! Arete ! On n' passe nin d'vant Vcourone di Saint- 
Tch'han sins payi ! 

Si le passant, g6n6reux, y allait d'une piece de menue monnaie, 
il fallait voir le bonheur briller dans les yeux des mioches ! Mais 
quelle mine piteuse si toute obole leur 6tait refusee ! 

Et je m'imagine que ces enfants qui s'etaient, pour un jour, faits 

mendiants, devaient etre plus tard secourables aux mis^reux : ils 

connaissaient par experience la joie que procure une aumoue k qui 

la regoit, et aussi Tinfinie d^tresse qui doit etreindre le coeur des 

mis6rables qui se voient rebut^s ! 

N. GUVELLIEZ. 



Sur deux mots 



Un litterateur d'origine tournaisienne, etabli k Bruxelles, 
M. Bousin vient de ("aire paraitre un petit volume de lecture agreable 
sous le titre, (Jontes de VEcrenne, bien fait pour piquer la curiosity 
d'un wallonisant. Quel Wallon du Nord Hainaut n'entendit en ettet de 



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WALLONIA 201 

quelqu'une de ses aieules, en Tune ou l'autre ferme abritee de ces 
hauts et doux peupliers, le joli mot : c A scraine... Quand j'allais k 
scraine !...» Et cela semblait, chez la bonne femme, rappeler le cycle 
infini des contes tendres et innocents d'une Gpoque ou chacun 6tait 
conteur... et personne journaliste ! 

Or quel n'est pas I'gtonnemeut du lecteur des Contes de 
M. Bousin, lorsque feuilletant la preface dont M. Franz Deseure a 
aimablement orn6 ce volume qui n'avait d'ailleurs pas besoin de ce 
dernier luxe, — on y trouve explique le titre par une etymologie 
aussi savante qu'inatteudue. Ecrenne pour l'introducteur, viendrait 
du Salique screnna, et signifierait : foyer, gynecee, sanctuaire de la 
maison. 

Encore que Ton me dise que cette explication a sa source dans 
Sigart (1866), lat. screuna. all. schrein, coflre, et par extension : 
hutte, il m'est impossible d'accepter cette derivation sans exposer au 
prgalable les difflcult^s que lui suscitent le langage encore courant 
de nos paysans hennuyers et maints auteurs autorises. Or pour eux, 
pour moi, Vdcrenne, la screnne, ne designent pas la maison, mais 
Taction, dans la maison ou ailleurs, de sdrancer. 

Le s^ranQage, mot parfaitement frangais, consistait a gratter, 
peigner, d&neler le chanvre ou le lin red u its en filasse. On seran?ait 
ces fibres pour faciliter le filage, au moyen du seran. Tous ces mots 
sont ercore dans Littre. Kt Buffon, tome. II, de la grande edition 
page 617, a l'article du Herisson, dit : « Leur chair nVst pas bonne a 
manger, et leur peau, dont on ue fait maintenant aucun usage, 
servait autrefois de vergette et de f rottoir pour s^rancer le chanvre. » 

Dans son ing^nieux et charmant Thedtre (V Agriculture \oi\k 
comment Olivier de Serres, seigneur du Pradel, tome II, p. 425, 
« Estant sorti de l'eau, le chanvre est port6 s6cher au soleil ; finale- 
ment est assorti, pour les divers ouvrages ou Ton le destine; et selon 
iceux, braie, seranc^, peigne, file, et converti en toiles et cordages. » 

Enfin le livre c&ebre du Seigneur des Accords ou Tabourot en 
1585 r&init ses € Touches » malicieuses et gaillardes, porte, en sous 
titre, « avec les Apophtegmes du sieur Gaulard et les Escraignes 
dijonnaises. > 

Nul doute, s^rancer est un bon et authentique mot du terroir 
frangais. D'ailleurs son origine serait, dit Dikz, allemande : schrant- 
zen ou schrenzen, € d^chirer ». 

Mais nos grand'meres villageoises iTavaient cure de ce fatras. Les 
soirees d'hiver, le souper avale, le feu couvert et « plaque #, leur 
Scours plein de filasse, elles couraient chez la voisine dont c'^tait le 
tour de preter le grasset. Li, r6unies autour du po61e, jabotant, 



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202 WALLONIA 

coolant, riant, elles faisaient la veil lee en serangant. La t&che etait 
facile; pas un mot, pas un coup de laugue n'elaienl perdus. Et quand 
on avail tout dit, on avait aussi tout fait. Aller a screnne fut done, 
pour nosWallonnes aussi plaisaut que, pour nosWallons, aller jouer 
an piquet. Et Ton continua daller h screnne longtemps apres qu'on 
ne fila plus le chauvre a la maison ; parce que le Wallon est un etre, 
male ou femelle, qui vit en societe et aime a causer, a se donner, 
k se livrer. 

Voila Fe'tymologie que je propose de son titre, a notre auteur 
tournaisien, plutot que celle de son prefere Perd-il au change ? 

S'il hesite, je lui citerai done quelques-uns des plus beaux vers 
du vieux et substantifique langage frangais, ou screnne est presque 
nommement cite, puisqiron y parle du seran. lis sont extraits du 
Testament de Jean Clopinel, dit de Meung, qui finit le Roman de 
la Rose, de Guillaume de Lorris : 

« Conscience le foule, Conscience le froisse ; 
Conscience le point plus que serans no broisse. » 

Ainsi nos provinces wallonnes sont comme un vivant diction- 
naire ou nos vieux auteurs'francais trouvent leur confirmation. II y 
a peu de choses plus douces, pour si peu lettre qu'on soit, que ces 
bribes d'une litterature que tant de mauvais professeurs out rendue 
detestable, et qu'on retrouve, achevant leur destin, dans la paix de 
nos villages! Villon, Rabelais, Montaigne sourient dans nos 
vallees ! 

Parler de la morphologie du fran^ais par les grands chemins, 
suivre la vie des mots comme on contemple au plein air des champs 
les autres fruits de la terre, quoi de plus naturel cependant? 

L'autre jour, j'etais a Namur, vaguant, musant, par les venelles 
et les quais. A une petite vitrine de cabaret meubl6 de blanches 
tables de bois frotte, je lis : Escareche. Ma bouche me m6ne et 
j'enti'e : C'etait plus fort que moi. Ce mot et une terrine ou 
baignaient, dans une geloe, des poissons frits, me rappelaient le 
bouhomme qui, dans sa cahute, au bord de la Sambre, rotissait la 
friture quand j'etais gainin ; ot je voulais aujourd'hui manger de 
cette chose quejadis je n'aimais pas; j'en voulais en souvenir de 
mon enfance ! 

Esc^ivfeche ! Or, demandez aux dictionnaires, demandez aux plus 
authentiques Namurois, aux plus savants des enfants du Port de 
Grognon. Que veutdire ce mot?... D'ou arrive-t-il a expliquer une 
friture dans de la gelee au vinaigre ! Emile Boisacq lui-meme, 
prix Gantrelle pour Te^tymologie ! n'en sait rien et demaode huit 



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WALLONIA 203 

jours de r£pit pour remonter jusqu'au latin, et propose : Escaveche, 
de 6veche, episcopalufm), qui veut dire par consequent : la nourri- 
-ture poissonnee, esc(a)m, piscata(m). 

Et moi, en ma naivete d'ignorant coureur de routes litteraires, 
voila qu'il me semble que e'est tout simple! Escaveche, veut dire : 
poisson en terrine, exactement. Du moins je le propose en Unite 
modestie, et j'essaie de le d&nontrer ainsi : LTescaveche est un mets 
fabrique, sur les boi*ds de la Meuse ou de la Sambre, d'un poisson 
choisi entre tous, pour la ferrnete de sa chair blanche et la raideur 
qu'il conserve, des semaines durant, dans sa daube. Du poisson de 
Hollande, me disait la marchaude, deux jours apres avoir ete mis en 
terrine, se brise en morceaux ; la « roussotte » de Meuse bien au 
contraire, se garde intacte. Quoi d^tonnant a ce que le langue alle- 
mande ait fait les frais de retiquette d'uue preparation qui a du 
s'apprendre sur la grande ligne commerciale et routiere : Cologne, 
Liege, Namur?... Asch, < pot ou terrine >; fisch. « poisson », ou bien 
encore : Scharbeisen « tailloir, terrine »; fisch, « poisson ». Mettez 
ces deux mots dans la bouche d'un Wallon, ils feront d'une part : 
scharfisch, scaveche, escaveche, ou bien d'autre part : asquefiche, 
escacheve, tout aussi suremeut. 

Mais, il faut pour que mon hypoth6se subsiste, que rescaveche 
soit exclusivement servie eu terrine. Or, elle Test. Et dans une 
terrine, d'une terre brune vernie, si particuliere de forme, et cein- 
tur^e d'une bande de papier si speciale, qu'encore aujourd'hui 
Texposition a la fen&tre d'un cabaret d'uu de ces recipients annonce 
le poisson au vinaigre et aux oiguons aussi clairement que le 
buisson, le « bouchon > de feuillage avertit qu on y donue h Ixjire. De 
plus, je ferai remarquer, pour ceux qui pcnsent au mot provencal 
escabessar, escab^cher, decapiter, que Fescaveche n'enleve pas du 
tout la tete du poisson, ni non plus ne le conserve dans la saumure, 
comme la sardine. 

Voila les deux voies qui, part-ant de la merae chose a repre- 
senter, sont arrivees au meme mot fran^ais. Mais, en supposant que 
mon etymologie soit plausible, je ne pourrais specifier lequel des 
deux sentiers y a mene. J'ajouterai pourtant que l'etrangete du mot : 
tailloir, en regard du plus ordinaire : terrine , ne doit pas sufiir a 
faire rejeter, k mon sens, la route : scharfisch, au premier examen. 
Tailloir et terrine ne font qu'un. Une tailloir u'est pas seulemeut 
comme dit Littre, un plat ou se taille les viandes ; mais aussi comme 
nous Texpose l'histoire du frangais, et comme nous le inontre 1' usage 
actuel en Wallonie : un recipient creux, pro fond et assez vaste, et 
dans lequel il serait certes impossible de tailler la chair, avec un 



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204 WALLONIA 

couteau. Dans Joinville, on lit que : « Le Roi des Tartarins fist 

> aporter un grand tailloiier d'or charge de joiaus a pierres pre- 

> cieuses. » — Et dans nos fermes du Hainaut, dans des caves nettes 
comme l'oeil, on voit encore dormir, au creux des c tailloirs > de gre 
brun, les larges faces p&les du lait qui s'£cr6me. On dit : tailler les 
mouches, tailler les ruches, pour en recueillir le raiel. Pourquoi 
n'aurait-on pas dit : tailler le lait; d'ou : tailloir? Mais ceci, c'est 
pour un autre join 4 , et pour un autre probleme. 

Pour aujourd'hui, voili pour l'etymologie d'escaveche les deux 
propositions que je soumets. De dire pourtant si, entre deux selles, je 
ne suis pas le derriere par terre, c'est l'aflaire des autres !... 

Louis DELATTRE. 



L ne Societe de jeunesgens en Hainaut. 

(( Les compagnons » de Marquain. 

A T6tude que nous avons publiee dans Wallonia (t. X, p. 158, 
et t. XI, p. 237), sur l'organisation de la Jeunesse, association tradi- 
tionnelle, en Hainaut, viennent s'ajouter des particularites sur \ine 
Socidte de jeunes gens qui s'6tait form^e a Marquain, dans le Tour- 
n6sis, sous le titre : « Les Compagnons. > 

Nos renseignements sont empruntes k un rapport adress^ le 
12 juillet 1785 au gouvernement par Delhaye, bailli de Marquain (*); 
on y trouve quelques particularites sur les divertissements populaires 
en usage dans cette localite. 

Rappelons d'abord que Marquain est un village de Tarrondisse- 
meut de Tournai, a 5 kil. de cette ville, et qu'il d^pendait avant 1794 
du Tourn6sis. 

Le bailli Delhaye fait l'exposG suivant : 

« En ma quality de principal offlcier de police du village de 
» Marquain, distant de trois quarts de lieues de Tournai, 6tant bailli 
» de ce lieu depuis six ans, je crois ne pouvoir mo dispenser de porter 
» k la connoissance de V. M. un desordre et un abus qui se renou- 

> velle tous les ans dans cet endroit le jour de la d&licace ou 
» carmesse (qui est le second dimanche de septembre), le lenderaain 
» et le jour du renclos d'icelle qui est trois semaines apres et qui peut 
» avoir des suites funestes parce qu'il ne fait qu'augmenter. 

» II subsiste depuis longtemps une Soci£t6 de jeunes gens, com- 

> muniment appelee les Compagnons , compos^e aujourd'hui de 

(1) Archives generates du royaume, a Bruxelles, Conseil prive, carton 1289. 



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WALLONIA 205 

» trente k quarante personnes, la. pluparl couvreurs en ville et les 
» autres journaliers, qui, ce jour de la dedicace de la paroisse, 

> s'atlroupent le matin pendant la grand'messe et se rendent a la fin 

> d'icelle sur le cimetiere, munis d'armes a feu, dont ils font une 

> decharge gen6rale pendant la benediction, sept a liuit autres en 

> accompagnant la procession ; une autre a sa rentr6e et une succes- 

> sive a la sortie du peuple de Teglise pour voir le divertissement 
» sur la place, en prenant la main de leur maitresse, au pied du 
» cimetiere, pour la conduire a la danse ; et au lieu de tirer avec les 
» armes eievees, ils le font assez souvent vers la terre, prenant plaisir 
» d*6pouvanter les curieux sans prendre egard s'ils leur portent la 
» bourre aux jambes, ce qui arrive quelquefois, et les armes sont 
» tellement chargees que plusieurs sautent de la main et qu'il arrive 

> quelquefois qu'elles crevent. » 

Le bailli ajoute que, deux ans auparavant, en 1783, il avait 
vainement d6fendu de tirer lors de la sortie de la procession, mais 
« la jeunesse soutenue et souffl6e par une partie du peuple » avait 
mepris£ sa prohibition. 

Le rapport contient les details suivants sur les festivit6s de 
Marquain : 

« Depuis trois ou quatre ans, [les jeunefc gens] introduisent 
» encore un autre abus en allantdanser et se divertir pendant quatre 

> jours entiers de la dedicace, c est-a-dire le dimanche et les trois 
» jours suivants, au lieu de deux jours... 

» D'ailleurs, ecrit encore le bailli, les divertissements ne sont 

> d6j& que trop frequents dans cet endroit, puisque, outre ceux de la 

> dedicace, ils ont encore lieu le jour des Rois, celui du patron, qui 

> est le six de fevrier, et le lendemain, la seconde fete de Paques, 
» qui sont une esp6ce de petite dedicace, ainsi que le lundi et le 
» mardi de la Pentecote, fete des couvreurs, et duient meme une 

> partie de la nuit. > 

Outre l'existence de cette Societe de jeunes gens, le rapport du 
bailli de Marquain signale quelques particularites sur les coutumes 
locales, que nous pouvons noter. 

L'6glise 6tait d6diee a saint Amand, dont la fete se ceiebre le 
6 fevrier. 

La majeure partie des artisans de cette localite exer^aient et 

exercent encore le metier de couvreurs ; leur (ete patronale se solen- 

nise le lundi et le mardi de la Pentecote, usage qui s'est conserve 

encore de nos joure. 

Ernest MATTHIEU. 



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Chronique Wallonne 



Le Musee archeologique de Namur 



Nous attirons, sur le Mus^e de Namur, rattcntion de nos lecteurs 
de retranger et, particulierement, de ceux qui se proposent de passer 
par la Belgique k Toccasion de TExposition de Liege. 

Ge Musee est une vraie curiosite scientifique, trop ignoree encore 
de ceux qui ne s'adonnent pas directement aux etudes archeologiques ; 
les Wallons, de leur cote, peuveut le considerer k bon droit corarae 
une des institutions les plus honorables pour leur pays. 

Entreprise desint6ress6e et eminemment patriotique de quelques 
personnes devours qui, en 1845, unirent fraternellement leurs elVorts 
et persdvererent malgre l'apathie des pouvoirs publics, les railleries 
et les deceptions de toutes sortes — le Mus6e dut son organisation a un 
savant aussi modeste qu'6minent, dont les publications sont univer- 
sellement connues, M. Alfred Bequet, president de la Societe archdo- 
logique de Namur. 

G'est en 1853 seulement, que 1* Administration locale voulut bien 
accorder aux collections dej& nombreuses de la Societe, une partie 
restrein le de limmeuble qu'elles occu pent encored present. En meme 
temps, r Administration, sur la demande de la Societe, lui confia la 
garde et le classetnent de quelques milliers de volumes et manuscrits 
jusqifalors abandoning sans surveillance dans les greniers de Thotel 
de ville. Ce n'est qu'apras de longues demarches qu'en 1868, la 
jouissance du local entier fut acconiee aux collections et k la Biblio- 
theque. Depuis lors, les collections n'ont cesse de s'accroitre, et elles 
constituent acluellement, dans leur ensemble et dans leur organisa- 
tion, une omvra considerable, originate, essentiellement scientifique 
et du plus vivant interet, memo pour les profanes. Ces collections 
sont actuellement tenues a la disposition du public par le bibliothe- 
caire-archiviste de la ville, M. Adrien Oger, conservateur du Musee 
archeologique, un artiste de talent et archeologue tres averti, qui est 
l'obligeance meme, et qui conuait admirablement son musee et sa 
bibliotheque. 

Dans rorganisation du Mus^e, la Soci&e, sur Tinitiative de 
M. Bequet, s'est inspiree de dispositions entierement nouvelles 



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WALLONIA 207 

Une note que M. Bequet a bien voulu nous coinmuniquer et qui 
est destined k paraitre dans les Bulletins de la SociiU archdologique, 
renseigne k cet 6gard en des termes tres precis : 

Dans la pens6e que des collections d*antiquit6s doivent venir puissam- 
ment en aide a 1'Histoire, la Soci6t6 a donn6 a son Mus6e uo caraetere 
suggestif par rexposition, aux yeux du public, de nombreux tableaux 
explicatifs destines a attirer son attention et a mettre en valeur la synthese 
qui se degage de l'etude des antiquitGs exposees. 

La modicitg des ressources ne pouvait permettre a la Soci6t6 ['acquisi- 
tion de chefs-d'oeuvres de Tantiquite classique ou de pr6cieux specimens de 
Tart du moyen age ; elle rGsolut done de iimiter son champ de recherches 
a la Province de Namur et de ne rassembler dans ses loc.au i que des 
monuments historiques*, archeolojriques ou artistiques concernant cette 
contr6e. Si dans ce cadre restreint elle ne pouvait espGrer recueillir des 
oeuvres de valeur, elle savait cependant que son sol rec£lait en abondance 
des richesses archeologiques d'une autre nature, mais non moins pr6cieuses 
pour T6tude de noire histoire. 

Un succes complet a couronn6 les efforts de la Soci6te et lui a permis 
de realiser le programme d'ensek'nement qu'elle s'£tait trace>. D'innora- 
brables fouilles, conduites avec une veritable met bode scientiflque, ont 
permis la creation d'un Musee ou F6colier aussi bien que le savant 
apprennent rapidement a connaitre les origines, la civilisation et les arts 
industriels des peuples qui ont habite la Belgique mGridionale. Dans 
Torganisation du Musee, la Soci6te s'est bien gard6e d'adopter pour Tarran- 
gement des vitrines la me"thode employee par les collection neurs et la 
plupart des Musees, de placer les objets de fouilles a la file et par catego- 
ries, suivant leur forme ou destination. Au Musee de Namur, tous les objets 
d'une meme fouille restent grouped et chaque fouille est classee chronolo- 
giquement. L'emploi de^cette m?thode a seuPconduit^a des.d6ductions de 
la plus haute importance pour Thistoire sociale et e*conomique de nos 
origines. 

Nous n'aurions rien k ajouter k cette note s'il ne fallait insister 
sur rexceptionnel int6r& que pr^sente, pour les regional istes, cette 
oeuvre d'un musee extremement riche et cxclusivement provincial. 
Les travaux de M. Bequet donnent un relief puissant aux collections 
du Musee. Mais celui-ci est lui-meme un livre de claire langue, et 
dont Tillustration mat£rielle est con<tammont sous les yeux. Alors 
que les musees apparaissent g6n6ralement com me des « collections » 
dont chaque objet n'a que son interet particulier, ici la valeur et la 
signification de chacun [concourt k une ideVd'ensemble, k une 
synthese frappante qui, exprim^c en les quelques phrases lumi- 
neuses de la notice appendue en tete de la vitrine, comme un 
sommaire en tete d'un chapitre, excite rimagination du leeteur et le 
guide cependant avec surete dans son analyse detaillee, dont il lui 
laisse tout le profit avec'tout le plaisir. 

Nous rep^tons que la visite de ce musee est passionnante^autant 
qu'instructive. Et^nous ne doutons pas que les'artistes, les litterateurs 
et les simples curieux, qui auront Hd£e de visiter le Mus6e arch6olo- 



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208 WALLONIA 

gique de Namur, emporteront de leur passage une impression aussi 
forte, quoique d'autre nature, que celle qifont exprini6e avec 
admiration tant de savants historiens et archeologues. 

0. Golson. 



Bibliographic 

BULLETINS ET ANN ALES: 

Societe des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. — Memoires 
et Publications, VI e serie, tome VI. Mons, Dequesne-Masquilier. 

1. (Pages 1 a 148) Jules Decleve. Le Walton montois et le vieux fran- 
cais. Le glossaive de Philibert Delmotte. 

« Recueillir la litterature orale et tout ce qui concerne les patois 
» destines a disparaitre devant la langue nationale. co n server tous leslivres 
> ecrits en patois, composer le vocabulaire des differents idiomes », tel est 
en substance le vo3U qu'adoptaen 1797 le Comite destruction publique de 
la Convention nationale. Pour y repondre, Philibert Delmotte, avocat et 
bibliothecaire a Mons, entreprit, en 1812, le glossaire wallon dont le man us- 
er it vient d'etre exhume des archives de sa ville natale. 

Comment concut il son travail ? 

II lut des fabliaux, des contes du raoyen-age et d'autres ouvrages de 
fancienne litterature franchise qui lui rappelerent bon nombre dVxpressions 
et de tournures de phrases encore vivantes dans son patois ; il fut ainsi 
amene a demontrer la these mentionnee dans le titre copioux dont il a orne 
son manuscrit : « Essai d'un glossaire wallon, qui peut servir a demontrer 
» que cet idiome, tel qif il se parle encore aujourd'hui dans la province de 
» Hainaut, if est que le roman ou francais des xi e , xn e , xm e , xiv e et xv # siecles 
» peu corrompu et melange d'un fort petit nombre de mots Strangers. » 

M. Decleve, a qui reviont le merite d'avoir tire de l'oubli cet ouvrage 
interessant, loue Ph. Delmotte de no pas s'etre borne a dresser une liste 
de mots, d'en avoir fait un choix judicieux et d'avoir puise, dans la littera- 
ture du moyen-age, des citations typiques. Sans vouloir d'ailleurs diminuer 
la valeurdu lexicographe montois ni raeconnaitre ce que sa these pouvait 
avoir d'original pour son epoque, nous sommes plutot enclin a regretter 
semblable procede. 

Ce glossaire aurait bien plus de prix a nos yeux si l'auteur s'etait 
applique a noter, — sans faire de choix, meme judicieux, — la langue telle 
qu'on la parlaitautour de lui et a etoffer ses articles, non d«» citations d'an- 
cien francais, mais de phrases du terroir, nous donnant de la sorte un tableau 
fldele et complet du parler de Mons au debut du xix* siecle. Tel quel cepen- 
dant, l'ouvrage a du prix et Ton doit feliciter M. Dkcleve d'en avoir signale 
l'existence. 

Dans V Introduction (41 pages) qui precede son edition du glossaire, 



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WALLONIA 209 

M. Decl&ve traite de Futility de I'etude du Ian gage populaire, de sa parente 
avec le vieux francais, des premiers souvenirs litteraires de Mons ; il donne 
une nomenclature de publications se rapportant aux patois voisins du 
montois, dissertesur les origines du wallon t expose la these de M. Cenac- 
Moncaut sur Tancienne langue gallo-belge, juxtapose les vues de Sioart, 
de Hbnnebert, de Corblet, de Maurice Wilmotte, de Gaston Paris, de 
Scheler et de Kurth — dont il resume copieusement le savant ouvrage sur 
la Brontiere linguistique en Belgique, — pour parier enfin, et trop brie- 
vement, du premier glossaire de Mons et de son auteur Ph. Delmotte. Tout 
cela forme une dissertation quelque peu hete>ogene, ou se succedent noms 
propres, dates et citations parfois mai reliees. II n'y faut pas chercher de 
vues personnelles ; au surplus, Tauteur n'entend faire qu'une 03uvre de 
vulgarisation. 

Par son Edition du Glossaire, M. Decleve « a voulu faire connaitre au 
» public lettre un manuscrit qui rattache d'une facon claire et probante, 
» notre pittoresque patois a ses origines ». II reprend, comme on voit, la 
these du lexicographe de 1812, these d'allure bien naive aujourd'hui, dont 
paraft s'etre inspiree toute )a dissertation pr61iminaire ; seulement, au lieu 
de nous donner une edition complete de ce manuscrit, en supprimant au 
besoin les citations d'ancien francais que Ton peut si aisement trouver dans 
le dictionnaire de Godefroy entre autres, il y a « glane un certain nombre 
» de mots encore usites a Mons et les a fait suivre de citations de Fauteur 
> et aussi d'exemples tres nombreux puises dans divers auteurs, » Froissart, 
Marot, etc. Ges citations nouvelles proviennent, les unes du dictionnaire de 
Godefroy, — on ne nous le dit qu'incidemment, v° engeler ; — les autres, 
des archives montoises (v° nuit), d'autres enfln, et ce sont les plus pr6cieuses 
a nos yeux, sont d'anciens proverbes, des expressions du dialecte montois 
(v° malette), ou des details folkloriques (v° chasser, p. 56). Ges additions ne 
sont pas toujours clairement indiqu6es ; par ex., v° affique, on ajoute, sans 
prevenir le lecteur, le sens de « porte-aiguille a tricoter ». Les articles 
lumecon et surnom, entre autres, donnent pretexte a longues dissertations 
et citations ou vous ne reconnaitrez pas facilement ce qui appartient a i'au- 
teur et a T6diteur. — Sept pages sur la Metaphore dans le wallon montois, 
qui n'ont pu trouver place ailleurs, terminent le volume : Metaphore et 
comparaison y sont contondues ; on se contente d'ailieurs d'y aligner force 
citations piquantes empruntees a des auteurs modernes. (*) 

Jean Haust. 

(1) Nous nous faisons un devoir de signaler a nos locteurs la publication com- 
plete du Glossal re montois de Ph. Delmotte, que la redaction de la gazette wallonne 
de Mons, le Kojrieur, a eu l'heureuse idee d'entreprendre. Cette edition, qui est 
confiee aux soins intelligent* de M. Gaston Talaite, fera connaitre To?uvre entiere 
du modeste bibliothecaire de Mons. Combine avec les dictionnaires de Sigart et de 
Letkllier, — qui ne paraissent pas avoir connu le manuscrit do leur predecesscur, 
— le Glossaire de 1812 constituera une base solide pour l'tHude du dialecte montois. 
L'ouvrage comprendra 2 vol. d'environ 350 p. ahacun. Le prix, parsouscription, qui 
est de 7 l'r. 50, est payable en trois t'ois : la publication, tiree a part du Ropieur, 
durera en effet plus d'un an. 



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210 WALLONIA 

2. E. Dont. Le Village de Bourlers pp. 149 a 250). L'auteura modes- 
tement qualifie de notice historique son travail qui peut, sans exaggeration, 
pr^tendre au titre d'Histoire de Bourlers. On peut, en effet, afflrnier que 
M. D. a mis en oeuvre tous les documents de nos depdts d'archives et meme 
ceux des fonds particuliers, sans oublier ce que nos afnes ont ecrit sur ie 
pays deChimay, et qu'ii les a utilises en historien de metta*. 

Apres une rapide description du village actuel et line courte histoire 
des premiers seigneurs de Chimay t Tauteur traite de facon magistrale la 
question ardue de la naissance de la ville neuve de Bourlers, cr66e entre 
1166 et 1169 par Gilles de Ghimay, au milieu de vastes for6ts, pour fa vo- 
riser le defrichement de ces solitudes. Donne en alleu a Tabbaye b^nedictine 
de St-Michel pres d'Hirson, Bourlers etait soumis a la regie de droit cou- 
tumier appelee loi de Liege. M. D. montre le pays de Chimay. dont 
Bourlers £tait Tune des neuf villes, expose aux terribles maux des guerres 
et des pestes du xv° siecle. Venant aux institutions communales, il nous 
decrit les divers sceaux dont des exemplaires existent encore et particulie- 
ment le plus ancien, de 1534, execute selon Tobligation port6epar la charte 
du chef-lieu de Mons. L'auteur n'oubtie jamais de signaler les noms des 
sergents de loy, mansards et autres fonctionnaires de lui connus et nous 
apprend les noms des mayeurs et 6chevins presque sans interruption, 
depuis 1472. Au xvn* siecle, Bourlers est a maintes reprises impost par les 
gensde guerre : les comptes fournissent sur ce point de prGcieuses indica- 
tions. M. D. parle ensuite de Teglise mentionnee des 1606 et de Instruction 
manifestement organised des 1680, et aborde la question des bois commu- 
naux qui donnerent lieu a tant de proces entre les princes et les communes. 
Ce n'est qu'au debut du xix # siecle que de3 industries s*6tablirent a Bourlers 
et plus tard, la saboterie et la poterie y acquirent leur importance actuelle. 
En terminant, Tauteur rappelle quelques traditions locales et d6crit minu- 
tieusement les nombreux lieux-dits du village. Une carte tres bien traced 
accompagne I'ouvrage et aide merveilleusement le lecteur. 

Apres la lecture de cette monographic, que M. D. a neglige de diviser 
en chapitres, on ne peut que souhaiter de le voir 6crire avec autantde soins 
et de methode I'histoire des autres villages de cette region, a lui si familiere, 
et esp6rerque son exemple sera suivi par d'autres erudits qui n'osent que 
trop rarement entreprendre des travaux d'aussi longue haleine. 

3. H. Lonay. Analyse coordonnee des Iravaux relatifs a Vanalomie 
des teguments seminaux(pp. 251 a 310). Ce travail, dont la suite paraitra 
au volume suivant, traite de questions trop 6trangeres a notre revue pour 
qu'il en soit parle longuement ici. Le me rite scientifique reconnu de l'au- 
teur est un garant que le spGcialiste y trouvera matiere a de fructueuses 
recherches. A. Car lot. 

Annales archeologiques de Namur, tome XXV, 1" livraison, Namur, 
Wesmael-Charlier, 1905, 1 broch. in-8°, 136 p. 

Ce nouveau volume de la Society de Namur comprend la premiere 
partie du travail de M. Radigues : les Echevins de Namur. Ce travail est 



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WALLONIA 211 

base sur de longues et patientes recherches dans les archives de Namur. 
et l'auteur montre egalement quil est tres au courant de la bibliographie 
historique de la province. II a consults tous ics ouvrages qui ont pu lui 
fournir des renseignements. Les plus anciens echevins de Namur qu'ii 
connaisse, datent de 1213. Depuis cette epoque, il en a dresse une iiste 
complete jusqu'a i'annee 1476. L'auteur donne surchacun d'eux des details 
geneaiogiques et biographiques, il 6numere leurs proprietes, leurs fonda- 
tions ; et nous nous permettrons de faire une iegere critique a cette concep- 
tion du travail. N'y aurait-il pas eu possibility d'etre plus explicite sur le 
role de quelques echevins qui ont joue un role politique ou administratis 
comme par exemple, Jacquemes Branche, Henri de Rerin, Henri de 
Nameche, Jacquemin du Pont, etc.? Un resume de la notice de Borgnet sur 
Jean de Fleurus, dit Taillefer, ne m'aurait pas paru deplace dans ce tra- 
vail (p. 78). Enfln, une derniere question : n'y aura-t : il pas une introduc- 
tion historique, dans le genre decelle que M. de Borman a miseen tete de 
son beau travail des Echevins de la souveraine justice de Liege ? 

D. B. 

LES LIVRES : 



Les Paroisses de l'ancien Concile de Saint-Remacle, k Liege, par 
Joseph Brassinne. (Extrait du « Bulletin de la Societe d'Art et d'His- 
toire du diocese de Liege », t, XIV.) Liege, Cormaux, 1 vol. in-8° de 
97 p. et 4 cartes. 

Continuant ses interessantes recherches sur les paroisses de Tancien 
diocese de Liege, M. B. aborde, dans une publication aussi erudite et 
aussi bien menee que la precedente f 1 ), I'histoire des paroisses de Yancien 
Concile de Saint-Remacle. Ge concile. constituant la partie orientale de 
Tarchidiacone de Condroz, comprenait a peu pres toute la partie de la pro- 
vince de Liege qui s'etend entre la Meuse. l'Ourtheet l'Ambleve, ainsi que 
quelques communes de la frontiere prussienne. L'auteur etudie tres con- 
sciencieusement i'origine et l'etendue des paroisses primitives de Jupille 
(qui date du vn e siecle), Herstal (vm e !, Hermalle (vm e ), Avroy (ix e ), TilfT (ix e ), 
Sprimont (ix*), Louveigne (ix e ), Sougne (xi fl ), Theux (ix e ). Baelen fix 9 ), Wal- 
horn fix 6 ), Lontzen (viu e ), Petit-Rechain (ix*), Soiron (xi fl ). Soumagne (vm e ), 
ainsi que les changements qu'elles subirentaucours des siecles ; les demem- 
brements successifs sont resumes dans un tableau. 

Voici un resume des conclusions de cette contribution a I'histoire 
eccl6siastique de notre pays, contribution precieuse k plusieurs points de 
vue ; car elle nous eclaire tout autant sur i'histoire economique, la geogra- 
phie historique, la colonisation et Tevangelisation de notre contree. 

M. Brassinne constate la ressemblance parfaite entre la paroisse 
primitive et la circonscription civile du haut moyen age ; done survivance 

(1) J. Brassinne, Les paroisses de Vancien Concile de Hoze'mont (Bull, de la 
Soc. d'Art et d'Histoire, t. XII, p. 241-2S4 et a par.) Cl\ comptoiendu dans U'allo- 
nie, IX (1901), p. 36. 



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d'un ancien domaine, au centre duquel furent batis le chateau et Feglise 
paroissiale. Le pays qu'il etudie, fut colonise assez tard; alors qu'a Tepoque 
carolingienne, il comprenait a peine 15 paroisses, il y en avait 36 en 1568, 
et aujourd'hui 124, avec 385,000 habitants. 

A la fin de son travail, Tauteur publie le pouiilede Tancien Goncile de 
Saint-Remacle en 1558. Ajoutons que. comme la pr£c6dente etude, celle-ci 
est ornee de quatre superbes cartes, dont trois sont consacrees au Concile 
de Saint-Remacle au ix e siecle, au xvi e et au xx e , tandis que la derniere 
nous montre l'etendue du domaine carolingien dans I'Kst de la province de 
Li6ge. 

Souhaitons, en terminant, que M. B. fasse bientot paraitre la suite 
de ses interessantes etudes sur Thistoire des autres Gonciles de Tancien 
6v6ch6 de Li6ge. 
t DD. Brouicers. 

Panorama de la Belgique, album photographique du Touring-Club de 
Belgique. Format oblong 30.5X42. Bruxelle>, Passage de la Biblio- 
tbeque, 4. Prix : fr. 9-50. 

Cette luxueuse publication, Tun des plus beaux panoramas qu'on ait 
encore edites, vient de se terminer. Elle compte douze livraisons, parmi 
lesquelles celies qui concernent ies provinces wallonnes sont particuliere- 
ment interessantes. Chaque fascicule s'ouvre par un article de Jean 
d'Ardenne, ou ce maitre ecrivain, dans le style concret et elegant qu'on lui 
connait, 6voque synth£tiquement Taspect de la region caracteristique dont 
un defile" de gravures excellemment choisies va detainer le pittoresque. Les 
photographies ont 6te emprunt^es a I'inepuisable collection de la maison 
Edouard Nels, et les cliches sont de Jean Malvaux : dans les deux sens, 
c'est la perfection. Admirablement tire sur papier couche, le Panorama du 
Touring-Club constitue une collection unique de documents re^unis avec 
gout, choisis avec scrupule, et qui donnent une id6e extraordinairement 
vivante des beautes du pays. Nous la recommandons sans reserve. 

O. C. 

Ouvrages recus : 

Blemont, Emile. Le Genie du Peuple. Paris, Lemerre. 1 vol. in-18 (18X12), 

342 p. Prix : 3 fr. 50. 
Castiaux, Paul. Au long des Terrasses [poesies]. Lille, edition du «Beffroi». 

In-18 (19X13), 176 p. Prix : 3 fr. 50. 
Dk Cock, A., et Teirlingk, Hermann. Kinderspel en Kinderlust in Zuid- 

Nederland. Vijde deel. Gand, Siffer. In-8° (26X17), 284 p. Publication 

de TAcad^mie flamande. Prix : 4 fr. 
Dumont-Wilden, Louis. Coins de Bruxelles. Brux., s< Association des Ecri- 

vains beiges ». In-8° 20.5X15), 165 p. Illustrations de MM. Henri 

Meunier, H.-F. Hendrick, F. Beauck, etc. 
Grojean, Oscar. Sainte-Beuve a Liege. Lettres et documents inedits. 

Bruxelles, Misch et Thron ; Paris, Fontemoing. In-8* (20X16), 66 p. 

Prix : 4 fr. 



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WALLONIA 



213 



Hannat, A., Les maclotles, ancienne danse du pays, pour piano. Souvenir 

du Vieux Liege. Brux., Katto. In-fol. (36.5X27), 4 p. Couverture ill. 

d'une photogravure. Prix : 3 fr. (= 1 (v.). 
Hennebicq, Jose. Numero special de La Roulotte litteraire et artistique, 

trimestrielle, consacre a Jose Hennebicq : Portrait, Autographe, Notes 

bio-bibliographiques. Proses et Poemes, Opinions. Brux., Lacomblez. 

In-8° (24.5X19), 28 p. Prix : 1 franc. Hors texte : reproduction d'un 

tableau de Nestor Outer. LAbonnement aux 6 n M consecutifs, dont 3 ont 

paru : 4 fr.] 
Lemonnibr, Gamille. La Vie beige. Paris, Charpentier. In-12 (18.5X12), 

292 p. Prix : 3 fr. 50. 
Urbain, Fernand. Poemes fervents. Liege et Paris, «TEdition artistique ». 

In-8 8 (18X12), 110 p. Prix : ... 
Zuylen (de) de Nyevelt, Helene. & Impossible Sincerite, roman. Paris, 

Calmann-Levy. In-18 (18.5X22), 318 p. Prix : 3 fr. 50. 

Revues nouvelles. — Trois periodiques ont recemment lance leurs 
premiers numeros. Nous leur souhaitons de tout coeur la bienvenue. 

Antee, revue mensuelle de Litterature, paraissant le i m de chaque 
mois. Bruxelles, Oscar Lamberty, edit., rue Veydt, 70. In-8° (20X15). 
Premier n° date du l er juin, prix : fr. 0-60. Abonnement annuel : 6 fr. 

La Revue moderne. publiee mensueliement par «rEdition artistique*. 
Directeur : L3on Wauthy, 35, rue de Vise, Liege. In -4° (24X18). Premier 
n date de mars, prix : 0-30. Un an : 3 fr. 

La Terre wallonne, revue mensuelle d'Art, de Litterature et de Cri- 
tique. Gomite de redaction : Emile Cornet, Edmond Doumont, Pierre 
Wuille. Bureaux : 55, rue du Pont de Sambre, a Auvelais. In-8* (22X14). 
Premier n° date de juin, prix : fr. 0-25. Un an : 2 fr. 50. 

REVUES ET JO URN A UX 



Flamands et Flamingants. — M. Edouard Ned publie dans le Journal 
de Bruxelles et son edition reduite le Petit Beige une serie d'articles rela- 
tifs aux realisations obtenues dans tous les domaines, au cours des soixante- 
quinze dernieres annees, par Tactivite nationale. En vue de se documenter, 
M. Edouard Ned a interviewe diverses personnalites, notamment le sculp- 
teur wallon, Victor Rousseau, dont nous avons reproduit (ci-dessus. p. 130) 
d'eloquentes paroles. 

Recemment, M. Ned rapportait Tentretien qu'il avait eu, au sujet du 
mouvement flamand, avec M. Aug. Cuppens, cure de Loxbergen, ecrivain 
de tres grand talent, directeur de la revue Dielsche Warande en Belfort. 
Nous detachons de cette interview le fragment suivant : 

< Gezelle, Stijn Streuvels, Van de Woestyne, sont, nous dit-il, de vrais 
flamands, 

» — Flamands, oui. Mais sont-ils Beiges? 

» — Eh oui, ils sont Beiges. C'est une erreur de quelques-uns de croire 
la Fiandre encore tournee vers la Hollande. Nos ecrivains sont Beiges 
parce qu'iis paiticipent grandement a la culture franchise. A preuve 
Conscience. Gezelle aussi, qui a la chaleur du Sud, la vision francaise, 



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214 WALLONIA 

le raffinement latin. Vous dirai-je queGezellea toujours conseille^ d'eludier 
la litterature wallonne, afln d'y surprendre Tame populaire, le tempera- 
ment commun ? Tenez, voila ies oeuvres de Defrecheux, ses pofoies, ses 
cramignons. Je les ai moi-meme etudies avec infiniment de plaisir et de 
profit. 

» — Gependant (et je ne me^hasarde que timidement sur un terrain 
que je crois sem6 d'6pines) cependant, les flamingants? 

» — Mais les 6crivains flamands sont pour la plupart en dehors du 
flamingantisme. 

» — Ah bah ! vous m'6tonnez. 

» — Voulez-vous que je vous dise? Les flamingants sont des gens inte- 
ressGs qui cherchent des places lucratives. lis ne veulent que cela. En 
general, ils sont meme d'une ignorance crasse de leur langue, et ils 
n'achetent pas un livre flamand. Voila les flamingants ! » 

A peine cet article eut-il paru, que certains journaux flamingants 
crierent au scandale. M. le cure" Cuppens Gcrivit alors a son interviewer 
M. Ned, en vue de completer sa pensee. Sa lettre tut ins6r6e dans le 
n* du 14 mars : 

« Je vous parlais de certains braillards farouches qui s'intitulent les 
flamingants officiels, et dont tout I'amour de la langue flamande et du 
peuple se demontre par la devise : In Vlaanderen vlaamsch, crtee a propos 
de tout et de rien, devise qu'ils se gardent bien de m6diter et d'appliquer 
a leur propre conduite. Gar ces hurluberlus ou ces finauds — car ll y en a 
de deux sortes : les malins et les imbeciles — rendent ridicule ou haissable 
la vraie cause flamande que les « 6crivains » flamands servent avec amour 
et respect comme une cause sacr6e. En famille, ces « flamingants » parlent 
un francais detestable (on les reconnait a ce signe!); dans leurs reunions 
tapageuses, ils degoisent un patois flamand aussi detestable que leur 
« francais » et ils se d6sint6ressent parfaitement des lettres et de l'art 
flamand, du developpement du caractere national. Demandez-leur s'ils 
connaissent lei livre, telle revue, ils vous regardent avec un ebahissement 
stupide ou avec un faux sourire de malin gene... Mais dans les mee- 
tings !.... 

« II s'en trouve beaucoup de cette espece, surtout a Bruxelles et a 
Anvers, dans la politiquaille des differents partis. G'est d'eux que je parlais, 
et je vous citai meme quelques noms... M. Aug. Vermeylen, le critique et 
poiemiste si distingue des Verzamelde opstellen, a fustig6 ces flamingants-la 
de main de maitre. 

» Mais il y a d'autres flamingants ou... des « Flamands tout court » et 
je m'honore d'en avoir At6 depuis mes vingt ans. Ils travaillent avec amour 
au rel&vement de leur belle langue qu'ils aiment profondement, en lui 
ereant une litterature ; ils tachent de faire rayon ner le soleii de beauts sur 
la Flandre et son peuple, de faire sentir au peuple flamand qu'il est 
quelqu'un au soleii de Dieu, qu'il doit §tre lui-meme, developper de plus 
en plus ses dons originels, son caractere propre. lis veulent 6tre, comme le 
dit si bien Vermeylen, « des Flamands pour devenir des Europeans » et 
gard«»r ou reconquerir dans leur pays bilingue les droits de la langue « que 
Dieu leur a donn^e », comme chantait Gezelle, tout en respectant scrupu- 
leusement les meraes droits de leurs freres Wallons, qu'ils aiment plus que 
les Hollandais. parce que plus freres, depuis toujours. 

» Et ces Flamands-tout-court sont plus dangereux a la cause frans- 
quillonne (si elle existe encore chez des « Beiges ») que ceux de tantot, les 
fameux flamingants-a-goedendag de fer-blanc. Je me deuonce pour en 
6tre ! » 



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WALLONIA 215 

Nous ne voulons retenir qu'une chose de cette interview : c'est que 
Imminent ecrivain flamand, M. Cuppens, opere avec insistance entre les 
Fiamands conscients et genereux et les Flamingants violents et sectaires la 
meme distinction, qui fut opere^e ici-meme, tome X, p. 222. 

Sur le mouvement wallon. — M^ Edouard Ned a interviews sur le 
mouvement wallon le directeur de Wallonia. Gette interview a paru dans 
le Petit Beige et le Journal de Bruxelles du 10 mai ; elle fut reproduite 
dans plusieurs journaux de Liege, V Express du 12 mai et la Meuse, n° du 
matin 13 mai. 

Aprfcs avoir rappel6 que « le mouvement wallon actuel est un epa- 
nouissement, non seulement dans les Lettres, mais aussi dans les autres 
domaines de Tart, ou nombre d'artistes se reciament de la race wallon ne », 
et qu' « au debut, ce fut uniquement un mouvement inspire par l'amour de 
la vieille langue, » Tinterviewe indique les differentes epoques et les grands 
noms de la Litterature wallon ne — que nos lecteurs connaissent mieux par 
Texcellente et complete etude de M. Grojean publiee dans le dernier 
numero de Wallonia. 

Llntervieweur a demande eosuite a M. Colson ce que les Wailons 
pensaient du mouvement flamand. II rend compte en ces termes de cette 
partie de Tentretien : 

— « Ce que nous en pensons ? Certains, chez nous, et ils sont aussi 
detestables que les flamingants, certains sont adversaires du flamand et ne 
comprennent pas que la langue d'un peuple est une chose sacree que Ton 
doit respecter. D'autres sont partisans de l'egalit6 des langues. 

Que les Fiamands veuillent cultiver Tame flamande, en penetrer le 
sentiment, la formuler dans une langue epuree, s'enraciner dans leurs tra- 
ditions, rien de plus juste, rien de plus respectable. De meme, nous voulons 
exalter notre Wallonie avec son langage, ses coutumes, ses rochers ou ses 
plaines, perfection ner notre sensibility racique, plonger les racines de notre 
ame jusqu'au cceur des ancetres. 

» Les Fiamands et les Wailons sont unis par une longue suite de 
siecles de vie et d'aventures presque toujours communes. Et je suis de ceux 
qui redoutent ce que d'aucuns ont souhaite, la separation administrative. 
L/union nous a donne la force. Restons unis, si nous le pouvons. 

» II ne faudrait pas cependant que nous fussions sacrifles aux revendi- 
cations exagereos des flamingants, ni que, en raison de la theorie du 
bilinguisme, les Fiamands pussent se conduire chez nous comme des etran- 
gers en pays conquis. 

» On parle beaucoup a present de l'expansion de la Belgique. Dans cet 
ordre d*id6es j'estime que les Fiamands out plus besoin de la culture fran- 
caise ou de la culture allemande et des langues mondiales qui en sont le 
vehicule, que nous. Wailons, n'avons besoin de la culture et de la langue 
flamandes. La civilisation dont nous participons le plus directement et 
naturellement, c'est celle de France. Les Fiamands, pour ce qui les con- 
cerne, ont le choix. Mais que les flamingants cessent done d'exprimer avec 
cette violente persistance i'intention de nous desorienter. Ils font le plus 
grand tort au mouvement flamand, que je trouve, pour ma part, hautement 
legitime et que j'admire. 

» — Et Tame beige ? 

» — C'est un mythe, dont Tidee a soulev6 en Wallonie des protesta- 



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216 WALLONIA 

tions unanimes. II n'y a pas cTame beige, et notre pays n'a pas besoin du 
nationalisme pour faire parler de lui dans le monde. II y a en Belgique 
deux races distinctes, deux petites patries que nous devons cultiver et 
aimer pour nous apprendre k aimer la Grande Patrie qui nous reunit, et je 
Tai deja dit, les resultats de cette union furent tres heureux. 

» Nous devons rester allies, unis dans Teffort commun qui a fait de la 
nation beige, malgre le peu d'etendue de son territoire, une grande nation. 
Mais nous devons aussi conserver harmonieusement nos qualit^s originates 
et provoquer une efflorescence nouvelle des beautes de nos deux races : la 
race flamande et la race wallonne. 

» Cultivons notre sensibilite. plongeons-la dans notre terre et dans nos 
morts, comme dit Barres, et nous agirons en vrais patriotes. » 

De dialecto dorica Wallonum. — Wallons, mes freres, on vous 
trompe! Des philologues pedants, qui etaient d'habiles imposteurs, vous 
ont laiss6 croire que les vocables dont vous usez vous venaient des Romains 
de Cesar. Moi-meme, naguere encore, je me suis fait l'echo de ces theories 
fallacieuses. Que je le regrette aujourd'hui ! 

II est temps de dessiller vos paupieres jusqu'ici fermees au jour de 
la verite : nous parlons grec. 

Nous parlons grec, ma chere ! Rejouissons-nous dans notre coeur, car 
le baron de Ring Tafflrme ! 

II Tafflrme. Ah, pour 1'amour du grec, souffrez que je l'embrasse! 
Souffrez aussi que je rapporte ses paroles ailees. 

Voici ce que proclame cet homme, plus savant que Nestor plein de 
sagesse (Journal des Debats, 18 avril 1905J : « Les mots de forme grecque 
sont innombrables dans le francais, surtout dans le vieux francais et dans 
nos patois, ou dialectes. Or, chose curieuse, iis ne sont nulle part plus 
abondants que dans le parler wallon. Que conclure de ces faits? (Test qu'ils 
appartenaient dejk a la langue de nos ancetres gaulois, dont la race etait 
sans doute apparentee de tr6s pr6s a celle des Grecs par le rameau 
dorien. » 

Nous n'avons rien de commun avec les fils de la louve romaine. En 
revanche, nous avons quelque titre & faire notre priere sur TAcropole ; 
nous pouvons saluer Helene du doux nom de soeur ; Tchantchet est le 
frere du subtil Ulysse ! 

C'est entendu : nous parlons dorien. Pourquoi n'avons-nous pas le 
profil grec ? II nous est du. Gr. 

La chanson de S. Leger. — Si les philologues sont unanimes a faire 
remonter au X°siecle le »S. Leger, le plus ancien poeme francais en vers 
reguliers qui nous soit parvenu, ils ne sont pas d'accord sur Tendroit oil il 
a vu le jour. Gaston Paris l'assignait a la region bourguignonne. Dans un 
des memoires offerts a M. A. Mussafla a l'occasion de ses soixante-dix ans 
(Bausteine zur romanischen Philologie. Festgabe flir AdoUo Mussafla 
zum 15 Februar 1905. Halle, Niemeyer, 1905, gr. 8°, pp. 6(31-669), 
M. Hermann Suchier, reprenant une these qu'il a defendue autrefois, 
etablit que ce poeme a pour patrie la region wallonne, ou le culte de 



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WALLONIA 217 

S. L6ger fut tres populaire. L'oeuvre aurait et6 composee au couvent de 
Brogne, au sud-ouest de Namur (commune actuelle de Saint Gerard). Ge 
couvent avail 6t£ fonde par S. Gerard (n6 a Stave, pr&s de Florennes, mort 
le 3 octobre 959), et on y conservait des reliques de S. L6ger, qui y avaient 
et6 apport£es probablement en 926. L'examen des formes dialectales montre 
que la langue du poeme est ie wallon. Gr. 

Etymologies.— Dans le meme recueil (Festgabe filr Adolfo Mussa/ia, 
pp. 77-89), M. D. Behrens recherche, entre autres, l'etymologic d'un cer- 
tain nombre de mots wallons. Ge sont : by, pic; chique, bille a jouer ; hanet, 
nuque ; heder, s'interposer entre vendeur et acheteur (flam, scheden) ; 
iviei'{e), neige (lat. hibernum); oirselfe, warsele, noir de fumee; rie, grappe 
(n^erl. rije = all. Reihe) ; rite, rivis, fcglefln (rinfis = Rheinfisch, ; sina, 
fenil {cenaculum). 

De plus, continuant dans la Zeitschrift fiir franzosische Sprache und 
Litteratur la serie de ses etudes ant6rieures (Voy. t. XXVI, 1904), le meme 
auteur (t. XXVIII, 1905, p. 82 et p. 298 sqq), s'occupe des mots wallons 
qui suivent : 

Ringuele (cf. fr. rencle = all. Rengel) ; wopete, haricot (n6erl. krui- 
pen) ; (h)anzin (lat. hamum) ; humier; guitire. £poque fcf. fr. Hide — n6erl. 
getijde) ; hike, instant (fl. kijken)\ leuwd, brosse de bateau (n6erl. lui- 
wagen) ; nohete \ nounette, epingle; ponsson, ponton (lat. punclionem) ; 
rindte, crevette (fl. gernaat) ; ver, toison (m. neerl. wer = mouton) ; 
teas tar de. 

Geux qui s'interessent a Thistoire du wallon consulteront avec profit 
ces erudits articles du savant professeur de Giessen. Gr. 

Un Liegeois musicien Anglais. — De I' Art modern e : Le Gaity- 
Theitre de Londres est, on le sait, la sc&ne d'operettes la plus purement 
britannique qui soit. C'est de la que s'envolent les refrains up to date que 
fredonnent dans toute TAngleterre, et jusqu'au fond de ses plus lointaines 
colonies, lesjolies misses — et meme les autres. 

Ge n'est pas sans surprise qu'on apprendra qu'un des principaux four- 
nisseurs de musique de la maison, M. I wan Caryl, chef d'orchestre du 
Theatre, et dont le dernier succes, Spring-Chicken, ne le cede en rien aux 
precedents, n'est autre qu'un de nos compatriotes, M. Felix Tilkin, de 
Li6ge ! 

Un poete de Wallonie apprecie en France. — M. Augustin Filon, 
Imminent critique des Lekat$ % a recemment public dans ce journal une 
serie d'articles sur les poetes francais de l'etranger Gdites a Paris par 
M. Georges Barral. Nous en extrayons l'appreciation que voici, sur un 
auteur vervietois, dont le livre, au reste, plein de poSsie charmante et de 
notations tres fines, merite absolument de retenir Inattention : 

« J'ai une predilection toute particuliere pour Adolphe Hardy, le 
dernier-ne de la collection Barral. Gelui la n'est pas dGgoute de la vie ; il 



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218 WALLONIA 

la savoure en maffre et la rend appetissante k ses lecteurs. J'avoue que je 
soupconne souvent les poetes d'etre des citadins deguises en bergers qui 
feignent de n'Gtre heureux qu'au fond des hois et au bord des sources, mais 
qui rodent, onze mois sur douze, dans le passage Choiseul aux environs de 
la boutique de Lemerre. lis croient que cela ne se voit pas, mais cela se 
voit parfaitement. Vous ne sentirez rien de parcil si vous suivez avec 
Adolphe Hardy la Route enchanlee ( l ). Celui-la est un rural authentique et 
un artiste exquis. Donnez4ui un coin de basse-cour, un vieux petit jardin 
de village, uue masure, un porche moussu, une salle de cabaret, et, avec 
ces humbles choses, il vous donnera une jouissance, une emotion. Pour- 
quoi ? Parce qu'il sera precis et vrai, parce qu'il vous fera voir et sentir ce 
qu'il voit et sent lui-merae tous les jours. Avec lui, Dieu merci ! vous n'etes 
pas en « deplacement », en « villegiature », vous etes k la campagne.Tenez. 
voici en dix vers le croquis d'une maisonnette qui se dresse au bord du 
chemin : 

La bicoque, chaume et torchis, rit sous la roche. 

Entre la route en pente et la riviere proche 

Une source est derriere ; un courtil est devant. 

Sur des cordes, du linge use clapote au vent, 

Au toit, quelques pigeons dorment. roules en boules. 

Par les trous de la haie entrent, sortent des poules. 

Au vieux tuyau de fer de la source, un fll d'eau 

Coule entre rouille et mousse et dcborde d'un seau 

Tandis qu'assise a Tombre, une fllle superbe. 

En coiffe a ba volet, plume un canard dans Pherbe. 

« Je ne sais si je ne me trompe, mais je ne me souviens pas d'avoir lu 
dix vers aussi pleins de choses, et de choses qui torment un tableau gai, 
vrai, familier, harmonieux, nettement visible et plaisant a Poeil. 

» Quand je vois ces petites esquisses. si rapides et pourtant si fines, si 
achevSes, je suis tent6 de croire que je sens enfln ce gout de terroir, inutile- 
ment cherche jusqu'ici chez nos poetes de Belgique ; mais, au moment de 
saluer un des dons les plus precieux de 1'art flamand, si bon observateur 
de tous les details de moeurs, de costume, d'habitation qui en cad rent la 
personne humaine, je me rappelle qu*Adolpbe Hardy est Wallon, Tun des 
repr^sentants les plus francs, les mieux caracterises de cette race qui 
combat pour la tradition francaise con t re les pretentions et les ambitions, 
un peu exagerees, un peu folles, de I'esprit flamand aussi bien que contrc 
les empietements germaniques. 

» Le pays wallon, berceau des Garolingiens, est la « marge » intellec- 
tuelle et litteraire de la France ; le peuple qui Thabite a toutes les energies 
et les vaillances des populations-frontieres. Courage, amis , nous vous 
regardons et nous applaudissons a vos efforts... » 

(1) Hardy, Adolphe. La Route enchantee. [Poemes. Preface et Presentation de 
l'Auteur par Georges Barral]. Paris, Fischbac-hcr, 1904. In-8° (18.5 X 12.5), 
XX + 187 p. Deux portraits et un autographe. Prix : fr. 3-50. 



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WALLONIA 219 

Faits divers. 



Sur « le8 Trois Graces », sculpture ltegeoise du XVIIP siecle. — 
L'Etat vient de nous gratifier d'un raoulage du groupe des Trois Graces, 
de la fontaine du Perron, par le sculpteur Jean Delcour. Et a present que 
ceprecieux document est installe" a l'Academie royale des Beaux-Arts, on 
peut apprecier de quelle facon originate l'artiste a su interpreter un sujet 
si sou vent traite. 

Gette oeuvre est non seulement un pur joyau de notre art patrial, elle 
est aussi d'un enseignement admirable. Les grands principes du d£cor 
sculptural y sont magistralement formules, le bel art de sculpter y parle 
son clair langage. 

Gette oeuvre r^unit les qualites inseparables de toute sculpture, le bloc, 
la couleur et la ligne. Le respect du bloc, l'economie heureuse de la ma- 
tiere, cette loi inviolable, qui fut l'acte de foi des grands golhiques, qu'im- 
posa le fougueux Micbel-Ange a sa violente maitrise, et dont Rodin de nos 
jours, dans la marche ascension nelle de son genie, poursuit la realisation 
d'un vouloir inlassable, Delcour l'a ici, plus que dans toute autre de ses 
oeuvres. appliquee avec sa science consommee. 

Par la disposition savante des vides et des pleins, I'oeuvre a la grande 
lumiere devient admirablement coloree. Par son heureux balancement et la 
variete des attitudes, elle satisfait aux exigences de la ligne, on admirera 
par exemple cette figure qui, dans la grace toute feminine d'une torsion du 
dos, double d'un bras l'effort de sa compagne, tandis que de I'autre embras- 
sant la taille de sa voisine, elle imprime a tout l'ensemble un rythme lent 
et presque solennel. 

Dans cet art essentiellement latin, la sculpture, Delcour fut un de ceux 
qui brillerent le plus a son epoque. 

Riche de dons, il revient d'ltalie. son savoir agrandi, le cerveau hante 
de beaute. Et lui, le latin du Nord, l'admirable impulsif, ne conserve de 
son sejour a I'etranger que ce qui devait l'aider a, exprimer les sensations de 
sa race. On put le voir, au seuil de l'extreme vieillesse, tailler dans le 
marbre ces trois nobles creatures, dont le geste harmonieux semble exalter, 
d^puis deux siecles, l'ame musicale de la Cite. 

Devant ce bienheureux moulage, devant cette oeuvre a moiti^ sauv6e, 
que le temps n'a guere respect6e, on reve de quelle fraicheur l'avait impre- 
gn^e un ciseau epris desaine beaute, et il nous vient le regret de ne pas 
voir le sort de ce noble debris definitivement assure. 

L'etranger qui vient nous visiter redira les beaut^s qui nous restent 
d'un patrimoine si douloureusement amoindri. Saurons-nous mediter, 
saurons-nous, en remuant les cendres de nos mines, sauver les preeieux 
debris de ce qui fut notre juste orgueil et qui serait demain notre reconfort? 

Joseph Rulot. 



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220 WALLONIA 

Une Fdte des Arbres. — Un de nos confreres, le defeat poete et 
spirituel chroniqueur Leon Souguenet, grand ami de la nature, 
avait, Tan dernier, propose d'instituer dans un cadre champetre une fete 
des arbres. Exaltation du decor feuillu de nos paysages, protestation contre 
les vandales qui ne les respectent point, telle devait etre la signification de 
cette solennite familiere. 

L'id6e de notre confrere a seduit les ediles d'Esneux, et e'est en ce joli 
village qu'a eu lieu, le 21 mai, cette fete charmante. 

A Theure dite, les habitants du village et les villegiateurs, de\ja nom- 
breux, avec, aux premiers rangs, les enfants des ecoles, etaient masses sur 
la place, autour d'un arbre v6nerable, pres de Tendroit ou se dressait le 
jeune conifere qu'il s'agissait de baptiser. Et dans cette foule singulierement 
recueillie, on put constater avec joie la presence de tres nombreux artistes, 
ecrivains, esthetes, ami6 des arbres, venus des quatre coins du pays. Au 
premier plan, L6on Dommartin, Edmond Picard, Leon Souguenet. 

La ceremonie fut idyllique et cependant pleine d'eloquence. Au bourg- 
mestre d'Esneux, qui prononca un petit discours d'une sincerite pen&rante, 
succeda, avec de nobles paroles, Leon Dommartin, oui, le Jean d'Ardenne 
qui lut de Tepoque hero'ique ou quelques Beiges aveutureux decouvrirent la 
Belgique, et qui reste Texplorateur intrepide de nos Ardennes et le vigilant 
protecteur de nos pay sages. Puis M. Jules Carlier, president de la Societe 
nationale pour la Protection des sites, et M. Crahay, inspecteur des Eaux 
et ForGts, d61egu6 du Ministre de l'Agriculiure, s'associerent en excellents 
termes aux sentiments exprimes et a Toeuvre entreprise. 

On est confus de Tavouer : ce renouveau d'un vieux culte qui honorait 
la beaute sylvestre et enseignait le respect de la parure fremissante de la 
Terre, en etait cbez nous a sa premiere manifestation, alors qu'en plusieurs 
pays, la Fete des Arbres est depuis longtemps redevenue populaire. 

Une Ligue pour la Protection des arbres s'est fondee en cette circon- 
stance ; et comme Telite des amants de la nature etait la, sans melange de 
snobs ou de puffistes, on peut6tre convaincu que cette Ligue tonctioDnera. 
Non seulement la fete du 21 mai aura ses lendemains, mais on croit, sans 
crainte de s'abuser, qu'une 6nergie nouvelle va s'employer a Tavenir contre 
les monstrueux abattages qui, sans excuse, ont deflgure" deja de nom- 
breux sites wallons. 

Cette note 6tait 6crite depuis un mois quand la Ligue des Amis des 
Arbres, constitute deflnitivement sous la presidence de Jean d'Ardenne, 
manifesta tout-&-coup son activite d'une facon vraiment sensationnelle. En 
commemoration de PExposition de Liege et de Tanniversaire que fete la 
Belgique, la Ligue imagina de planter, au pied d'une stele a inscription, 
un arbre dans l'Exposition elle-raeme. On en proflta pour tracer une sorte 
de programme de la Fete universelle des Arbres, qui if est peut-etre pas 
loin de se propager en Belgique si Ton en juge par Tintention manifested en 
diverses communes : Huy, Spa, Dolembreux, Lummen, etc., de reprendre 
Tinitiative des exiles d'Esneux. 



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WALLONIA 221 

La Fete de Liege a eu ce qu'oo appelle en style de reporter un succes 
fou. Une foule immense y a assiste. Le President du Gomite executif fit un 
tres beau discours, auquel repondit le President de la Ligue des Arbres. 
Puis des enfants allerent en groupe cherch^r le petit arbre aux branches 
enrubannees, quils planterentdans un trou creuse a favance. C'est eux qui 
pietinerent la terre tout autour. Des fillettes s'en vinrent danser sur la 
pelouse des cramignons d6licieux. Enfin, non loin de la, au haut d'un 
perron, une porte s'ouvrit : M Ile Roch, de la Gomedie-Francaise — la Muse 
— descendit lentement, tout de blanc habill^e, vers Tarbre nouvellement 
plants. Elle declama d'une voix admirable, un poeme : I' Arbre, de Victor 
Hugo. Apres quoi un orchestre d'elite joua a ravir la Chanson du Prin- 
temps, de Mendelsohn. 

Ge fut tout a fait ravissant. Pierre Deltawe. 

Les jeux de la Saint- Jean, & Malm6dy. — Les rondes enfantines et 
les trehes de la Saint-Jean, dont Wallonia a parle* ci-dessus, t. VII 
(1899), p. 109-111, ont fait ici l'objet d'une interpellation a la seance du 
Gonseil de Ville du mardi 18 juillet. 

Voici en quels termes le journal local, La Semaine, rapporte ce petit 
incident : 

« M. Bindels demande s'il est vrai que les farandoles de la Saint-Jean 
» aient ete interdites par ordre de la police, comme le bruit a circule en viile? 
» L'interpellateur ajoute que les trehes de la Saint-Jean constituent un vieil 
» usage local, que tout Malm6dien regretterait de voir supprimer. — M. le 
» Bourgmestre rGpond qu'il n'en a pas eu connaissance et que cette rumeur 
» ne peut reposer sur aucun fondement. » 

En faisant cette declaration, le Bourgmestre etait de bonne foi. Cepen- 
dant, le fait qu'il ait et6 interdit ce jour-la, aux enfants enrubannes et 
couronnes de fleurs, de chanter dans les rues, n'en est pas moins reel. 
Seulement, c'est un pandore, bien connu des automobilistes liegeois, qui a 
formule* cette defense motu proprio, sous pretexte, parait-il, que ce n'etait 
pas le moment de rire et de chanter, alors qu'on allait avoir la guerre a 
cause de Taffaire du Maroc. Gette boutade a provoque cette reflexion d'un 
sceptique : Quand on veut battre son chien, on trouve toujours un baton... 

Interim. 

Protestation legitime. — V Association des Ecrivains beiges, sous la 
presidence de M. Octave Maus, dans sa recente assemblee generate, a 
vote k Funanimite Tordre du jour suivant, qu'elle nous communique, et 
auquel nous nous associons entierement : 

« L* Association des Ecrivains beiges, selon les intentions de ses fonda- 
teurs, est completement 6trangere a tout parti politique. Elle exclut d'une 
maniere absolue la politique de ses preoccupations. 

» Mais indGpendamment de toute consideration de cette nature, elle 
regrette que le gouvernement et les provinces n'aient donne aucune place 
a la litterature dans les programmes des fetes jubilaires. 

» Les ouvrages de nos ecrivains comptent parmi les productions les 
plus interessantes des vingt-cinq dernieres ann^es de notre vie nationale ; 
il est regrettable que les pouvoirs publics ne s'en soient pas aper^us. » 



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222 WALLONIA 

N6crologie. — Wallonia a perdu receinment un de ses collaborateurs 
d'occasion, M. Henri Schuermans, premier president honoraire de la 
Gour d'appei de Liege. 

M. Schuermans, qui ftt dans la magistrature une briilante carriere, 
elait un juriste de tre* haute valeur, dont les travaux font autorite. Tra- 
vailleur i n fa ti gable, il s'adonna de bonne heure & l'archeologie. Doue d'une 
Erudition tres vaste et de connaissance bibliographiques immenses qu'il 
agrandissait encore tous les jours, M. Schuermans joignait une grande 
penetration k un esprit reste tres jeune. II fit des decouvertes tres impor- 
tantes, et publia de n ombre ui travaux, ecrite dans un style alerte et tres 
vivant. Parmi ces travaux, l'un des meilleurs est son livre sur les Haules- 
Fagnes de TArdenne. M. Schuermans fit k Wallonia Thonneur de lui 
donner trois articles sur le nom et la nature des Nains 16gendaires (ci-dessus, 
t. X, p. 89, 219 et 246), oil il soutint avec un vrai luxe de citations et de 
deductions ingenieuses, une these difficile et tres interessante. 

Esprit genereux et affable, M. Schuermans no cessa de s'interesser k 
notre revue, et il parla maintes fois avec bienveillance dc cette ceuvre 
collective, dont il suivait les progres avec une attention flatteuse. 

Pro Wallonia. — Dans sa seance du 6 juillet dernier, le Conseii pro- 
vincial de Liege, oui le rapport fait par M. Eymael sur examen des 
comptes de la revue, a renouvele au budget de 1906 le subside de 300 francs 
qui nous avait ete precedemment accord e. 

C/est la quatrieme annee que pareille faveur est accordee a Wallonia. 
Or, par un concours de circonstances evidemment fortuites, et neanmoins 
remarquables, I'examen de la question a ete successivement con fie, par la 
Commission competent?, a des conseillersappartenantaux diverses nuances 
politiques representees dans Tassemblee. Un conseiller catholique a succede 
k un conseiller socialists puis e/a ete le tour d'un liberal modere, et enfln 
celui d'uu liberal avance. Inutile de rappeler que chaque fois Tunanimite 
du Gonseil fut acquire, sans discussion, aux propositions presentees par ces 
bienveillants rapporteurs. 

(Test Tacoord patriotique des partis, que Ton reclame souvent en vain 
pour la solution des grandes questions qui passionnent Topinion publique. 
Qu'il se produise avec une telle regularitG a propos de notre Revue, c'est 
vraiment un honneur 



J^~. 



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Un Scandale 



Au moment ou nous allons mettre sous presse le present nuni6ro, 
parait a Bruxelles, sous le beau titre de la Belgique, — qui appar- 
tient litterairement et legalement a M. Camille Lemonnier, — 
un fort volume grand in-8* de 870 pages, imprime sur papier couche 
et illustr6 de nombreuses planches et figures. II fait partie des publi- 
cations de Minist6re de l'lndustrie et du Travail, et a 6t6 imprim6 du 
16 Janvier au 19 juillet 1905, pour le Commissariat g6n6ral du 
Gouverneraent pr6s TExposition universelle et internationale de 
Ltege, sous la direction de M. Jean Mommaert, directeur au Minis- 
tere de l'lndustrie et du Travail, par M. Goemaere, imprimeur du 
Roi, a Bruxelles. 

Cet ouvrage est destin6, dans la pens6e de ceux qui l'ont congu, 
a donner l'idte la plus exacle et la plus complete de notre activite 
intellectuelle, industrielle et commerciale. Un chapitre est naturelle- 
ment consacr6 aux Sciences et letlres; il occupe les pages 115 a 138. 
Rien de mieux. 

Cependant, si Ton parcourt ces pages, en y cherchant ce que 
promet leur titre, on ne sera pas m&Iiocrement etonne. On y passe 
bien en revue les diflerentes institutions qui ont pour but de favoriser 
les science* et les arts dans notre pays ( Academies, ''Observatoire, 
Bibliotheque royale, etc.) mais qu'y lit-on sur les Lettres en Bel- 
gique? Deux pages sur la literature flamande (§ XX, p. 137-138). 
M. Mommaert a cru bon de donner les portraits de Henri Conscience 
et de Guido Gezelle, de faire reproduire la fagade du Th^atrejflamand 
d'Anvers. Mais il a jug6, ce satrape, que ni la literature d'expres- 
sion franchise, ni la literature wallonne n'avaient jamais existe. II 
les a supprim6es. Tout simplement. 



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224 



WALLONIA 



Que depuis vingt ans, les Giraud, les Lemonnier, les Maeterlinck, 
les Severin, les Verhaeren aient produit des oeuvres qui font Tadmi- 
ration de l'etranger, le Gouvernement beige n'en a cure ! 

Qu'a cote de la brillante floraison des lettres franchises ait 
grandi une raoisson abondante et variee d 'oeuvres patoises, le Gou- 
vernement beige l'ignore ! 

Sans doute, il serait facheux qu'il ne fut point parle de la litte- 
raturt; flamande. Mais, qu'on ne parle que d'elle, dans un ouvrage 
qui a pour but de r^sumer pour l'cHranger Tettort intellectuel de 
notre pays tout entier, voila qui est exag^re. 

Que, dans une publication offigielle, publi^e a Toccasion de 
l'exposition de Liege, capitale de la Wallonie, on laisse systemati- 
queraent dans l'ombre, et les lettres franchises de Belgique, et les 
lettres wallonnes, c'est un deni de justice que nous ne saurions assez 
vivement c^noncer ! 

Wallonia. 




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Principaux collaborateurs 



MM. Victor Ghauvin, professeur k FUniversite de Liege ; N. Cuvblliez, 
regent k i'Ecole moyenne de Quievrain ; Jules Dewbrt, prof, k TAth6n6e 
d'Ath ; Alfred Duchesne, prof, de Literature francaise, Bruxelles ; Jean 
Haust, prof, a i'Ath6n6e royal de Liege; H. Fierens-Gevaebt, prof, k 
PUniversite de Liege ; A. Marechal, prof, a TAthenSe royal de Namur ; 
H. Pirenne, prof, a l'Universite de Gand ; Lucien Roger, instituteur 
communal a VonSche ; Maurice Wilmotte, prof, k rUniversit6 de Liege. 

MM. Albin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adjoint des Archives de l'Etat a Li6ge; A. Garlot, attache aux Archives d»* 
l'Etat k Mons; Emile Fairon, attache aux Archives de l'Etat a Liege; 
Oscar Grojean, attache a la Bibliotheque royale de Belgique ; Emile 
Hublard, conservateur de la Bibliotheque publique de Mons; Adrien Oger, 
conservateur du Musee archeologique et de la Bibliotheque publique 
de Namur. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Musee archeologique de Liege ; 
A. Boghaert-Vache, arch6ologue et publiciste, Bruxelles; Leopold Devil- 
lkrs, president du «Cercle archeologique* de Mons; Jus*in Ernotte, 
archeologue a Donstiennes-Thuillies; Ernest Matthieu, archeologue k 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soci^te archeologique », Nivelles. 

MM. Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Louis Dumont-Wilden, 
Canaille Lemonnier, litterateurs a Bruxelles; Charles Delchevalerie, 
Olympe Gilbart, litterateurs k Ltegc : Hubert Krains, litterateur k 
Berne ; Albert Mockel, litterateur k Paris. 

MM. Henri Bragard, president du « Club wallon », Malmedy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm; Edmond Jacquemotte, Jean Lejeune, 
auteurs wallons k Jupille ; Jean Roger, president de V « Association des 
Auteurs dramatiques et Chanson niers wallons », a Liege ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Liege ; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Closson, conservateur-adjoint du Musee instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxelles ; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire royal de musique, Liege. 

MM. George Delaw, dessinateur, a Paris; Auguste Donnay, artiste 
peintre, professeur a TAcademie royale des Beaux-Arts de Liege ; Paul 
Jaspar, architecte, a Liege ; Armand Rassenfosse, dessinateur et graveur 
a Liege ; Victor Rousseau, sculpteur, Bruxelles ; Joseph Rulot, sculpteur, 
professeur k TAcad6mie royale des Beaux-Arts de Liege ; Gustave 
Serrurier, ingenieur-decorateur, Liege. 

MM. Y. Danet des Longrais, genealogiste-heraldiste, k Ltege ; Pierre 
Deltawe, publiciste, k Liege ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt ; Oscat 
Colson, foikloriste, etc. 



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Archives Wallonnes 

D' AUTREFOIS, DE NAGUfcRE ET D'AUJOURD'HUI 

Recueil mensuel, illustrt, fond* en dtcembre 1892 par 0. Colson, 
Jos. Oefrecheux et 6. Willame; honort tf'une souscription du Gouvernament, subside par la Province 

et par la villa de Li6ge. 

Publie des travaux originaux, etudes critiques, relations et 
documents sur tous les sujets qui int^ressent les Etudes wallonnes, 
(Ethnographie et Folklore, Arch^ologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le compte-rendu du Mouveraent wallon g6n6ral. 
Recueil irapersonnel et ind^pendant, la Revue reste ouverte k 
toutes les collaborations. 

Directeur : Oscar COLSON, 10, rue Henkart, Ltige 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn6s recoivent les n 0, parus de l'annee courante. 



Tomes I k XII, 1893 a 1904 inclus. 

Depuis sa fondation, Wallonia a public chaque annee un volume 
complet in-8° raisin, broche non rogne, avec faux-titre, titre en rouge et 
noir, et table des matieres. A la fin du tome V (1897) et du tome X (1902) 
sont annexees des Tables quinquennales analytico-alphabetiques, qui cons- 
tituent le repertoire ideoiogique de la publication. 

Chaque volume, elegamuient edite, est abondamment illustr6 de des- 
sins originaux, portraits, etc., et contient de nombreux airs notes. Les huit 
premiers volumes comptent chacun plus de 200 pages ; les quatre volumes 
suivants, plus de 300 pages ; total, pour les 12 volumes, 3,000 p. environ. 

CONDITIONS DE VENTE 

Les volumes termines sont en vente au prix de 5 francs Tun. La four 
niture s^paree des premiers tomes ne peut 6tre garantie, mais des conditions 
spSciales seront faites, tant que le permettra Tetat de la reserve, aux 
abomies qui desireront completer leur collection. 

En vue de faciliter aux nouveaux souscripteurs Tacquisition de tout 
ce qui a paru, les prix suivants ont 6t6 etablis : 

La collection complete, 12 volumes : 37 fr. net. 

Avec Tabonnement 1905, ensemble : 40 francs. 

Un certain nombre d'exemplaires des deux Tables quinquennales 
(32 et 24 p. a 2 col. de texte compact) sont a la disposition des travailleura 
au prix total de 1 franc. 



- Imp. Inoustriclle & Commercial* Soc An. 
h.St-Jcan-Baptibtc. l3.TfL.f8l4 



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2 £>2<U.33, 2. 



XIH e annee — IN 08 8 et 9. Aout et Septembre 1905. 



SOMMAIRE 

Jules VANDEREUSE — La Marche Saint-Eloi k Laneffe 

(canton de Philippe ville). 
Jules LEMOINE. — Gontes populaires du Hainaut : I. Dieu 

vous b6nisse. II. La Vierge d'or. 
Jules DEWERT. — Les sonneries de cloches pendant les 

orages. 
Fernand BLONDE AUX Literature de chez nous : Sidou 

(conte in&lit). 
O. COLSON. — Le Parjure des Trois Rois, chanson religieuse. 
Emile fOISACQ. — A propos d'une 6tymologie d'« escavdche ». 

CHRONIQUE WALLONNE 

Bibliographie : Les Livres (F61ix Magnette). Revues 

et Journaux. 
Faits divers : M6dailles (A. Carlot). A propos d'un 

« landdag » flamand (0. C.) Un congr6s de la 

Presse p&riodique beige. 



BUREAUX : 
LI&QE, 10 f RUE HENKART 

Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs -Unn'SO cent. 
La Revue parait chaque mois, sauf en aout. 



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Sommaire du dernier Numero 



FEERENS-GEVAERT. — Le rdle des maitres wallons dans la 
premiere Renaissance des Valois. Jean-Pepin de Huy, Jean 
de Liege, Andre Beauneveu (xiv e siecle). 

Albert MOCKEL. — Literature de chez nous : La petite Fee 
de la Meuse (avec une photograph ie). 

Joseph HENS. — Pourquoi les Moines ont q*iitte Stavelot. 
Conte facetieux de Vielsalm. (Texte wallon avec traduction 
fraiicaise.) 

documents et notices. — Les grandes marguerites de la Saint- 
Jean (N. Cuvelliez). Sur deux mots (Louis Delattre). Une 
societe de jeunes gens en Hainaut : « Les compagnons » de 
Marquain (Ernest Matlhieu). 

CHRONIQUE WALLONNE 

Le Musee archeologique de Namur (par 0. Colson). 
Bibliographie. — Bulletins et Annales (par Jean 

Haust, A. Carlot et D. B.). Les Livres (par DD. 

Brouwers et 0. G.) Revues et Journaux. 
Faits divers (par Joseph Rulot, Pierre Deltawe, etc.). 
Un scandale (Wallonia). 



Libraires-correspondants. 



Berlin : Asher et C le , 13, Unter den 
Linden. 

Bruges : Geuens-Willaert, 5, place 
S*-Jean. 

Bruxelles : Faik fils, 15-17, rue du 
Parchemin. — Oscar Lamberty, 
70, rue Veydt (Quartier-Louise). — 
Lebegue et C te , 46, rue de la Made- 
leine. — Misch et Thron, 68, rue 
Roy ale. 

Charleroi : Librairie L. Surin, 6-4, 
passage de la Bourse. 

Hannut : Hubin-Mottin. 

Huy : de Ruyter, rue Fouarge. 



Liege : Jules Henry et G le , 21, rue 

du Pont-d'Ile. 
Mons : Jean Leich, rue Rogier. 
Namur : Roman, rue de Fer. 
Nivelles : Godeaui, 2, Grand'Place. 
Paris : G. Kiincksieck, 11, rue de 

Lille. — Schleicher freres, 15, rue 

des S^-Peres. — G.-E. Stechert, 

76, rue de Rennes. 
Spa : Laurent Legrand, 15, rue des 

Ecomines. 
Tournai : Vasseur-Delmee, Grand' 

place. 
Verviers : Guill. Davister, 115, rue 

du Marteau. 



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La flarche Saint-Eloi a Laneffe 



Canton de PH1L1PPEV1LLE-NAMUR. 



I. 



La March e. 




Le dimanche suivant le 25 jnin, a lieu, a Laneffe, 
la traditionnellema rche Sainl-Kloi. Colte procession 
mi-religieuse, mi-profane, ne diffcre gtiere de celles 
tauten vogue dans l'Entre-Sanibre-et-Mcuse que par 
le grand nonibre de cavaliers qui y pronnent part. 
Elleestorganisee par la « Confrerie Saint-Eloi » sur 
laquelle nous reviendrons tantot. 
A partir de 7 heures, lcs rues presentent une 
animation inaccoutumee. Partout on ne rencontre que cavaliers, 
soldats, tambours et musiciens qui se dirigent vers la place. 

Tandis que les « Compagnies » se torment, les cavaliers, au fur et 
mesure de leur arriv6e, font, tete nue, trois ibis le tour exterieur de 
Teglise, ce qui constitue < le petit tour». Dans leur marche ils 
rencontrent : 

1° le « premier charitable » (') installs dans une chapelle en 
taillis vert qu'il a prepare la veille, pros de la fontaine( 2 ) et ou, 
moyennant une offrande, il presente un ?eau d'eau a boire aux 
chevaux et leur arrose ensuite le flanc droit et le poitrail ; bien des 
personnes se lavent les mains ou la figure avec cette eau, il y en a 
qui en boivent ; 



(1) Voyez plus loin la composition do la Confrerie. 

(2) Depuis 1898, un batinient carre Tahrite. L'eau qui L'alimchte provient 
d'une sourco voisine appolee- « fontaine al cloke », parce que, assure-t-on, a 
Tepoque de la bataiile de Fleurus, en 1794, les habitants y allerent cacher les 
cloches de Tdglise. 



T. XIII, n- 8 et 9. 



Aoiil-Scptombre 1905. 



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2*20 WALLONIA 

2° le « prevot », abrite comine son ollegae, marque los chevaux 
d'uno croix au front et h la poitrine avec un marteau en argent et 
delivre ensuite, contre une nouvelle offrando, une ou deux 
« bannieres Saint-Eloi » (*) que les cavaliers attachent au.K 03ill6res 
de leur monture. 

Pendant ce temps, le « l er mayeur » se tient en permanence dans 
l'eglise, pres de Tautel Saint-Eloi, ou il recoit les pelerins qui en 
font egalement trois fois le tour ; il delivre, toujours moyennant 
oflfrande, des « bannieres > et des « petits pains > ( 2 ) il presente ensuite 
une relique a baiser. 

Mais la grand'messe est finie. Los « Compagnies « font le tour de 
la place treS lentement.Avant de se mettre en marche pour le « grand 
tour », elles ex^cutent, k tour de role, un feu de peloton et leur seule 
ambition est de tirer ayec ensemble. Elles sont precedees d'un groupe 
important de cavaliers et suivies du clerge avec les saints. Apres 
avoir contourne la moitie du village et foul6 le sol de Somzee, le 
cortege arrive au lieu dit « Galvaire >, k la chapelle Saint-Eloi erigee 
en 1864, ou le « deuxieme mayeur » est post6 pour allumer les chan- 
delles offertes par les pelerins et recevoir leurs offrandes. Ici les 
cavaliers font encore trois fois le tour de cette chapelle. 

Apr6s un nouveau feu de peloton, les compagnies rompent les 
rangs, car l'heure de se re poser a sonne. La prairie contigue est 
envahie par tous les cabaretiers du village qui sont venus avec des 
tables, des tonneaux de bi^re, des liqueurs, des couques, etc. Les 
femmes ont apporte la nourriture de leur seigneur et maitre. 
Chacun s'assied sur l'herbe et se met en devoir de se reconfor.ter et 
surtout, de se desalterer. 

A ce moment, le tableau est curieux k observer : les zouaves, 
sapeurs, grenadiers, musiciens, femmes, enfants, chevaux, etc., 
forment un m£li-melo original. 

* 

Profltons de cet arret de 2 hcures environ pour nitrograder un 
peu ce qui permettra d'entrer dans quelques details. 

(1) Elles ont la forme d*un triangle rectangle et inesurent 0*30 de base sur 
0*2l) de hauteur. A I'interieur d'un encadrement se trouvent trois dessins, repr£sen- 
tant S'-Eloi, un clival dans un travail et une eglise. Les membres de la Confrerie 
fes eonfeetionnent ensemble quelques jours avant la procession a l'aide d'un ancien 
bois tres use. Beaucoup de personnes attachent ces bannieres dans leur ecurie 
au-dessus de la tete de leurs chevaux. 

(2) Ces petits pains, « symboles do l'amitie et de la paix fraternelle qui est 
entre eux», sont confectionnes exelusivement par le «prev6t», a qui la Confre>ie 
delivre la farine, etc. Us ont la grosseur (Tun oeuf de poule et peuvent, assure-t-on, 
se conserver indeflniment sans se gater. 



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WALLONIA 227 

Environ trois semaiues avant la marche, une reuuionest organis^e 
dans un cabaret quelconquo pour distribuer les grades qui sont mis 
aux encheres et adjuges aux plus offrants. L'argent re<?u a cette 
occasion est depose dans une assiette qui se trouve au milieu de la 
table et sert k payer des boissons aux soldats. L'acharnement est 
toujours tres grand entre les competiteurs. C'est ainsi que ceux qui 
« marcheut offieiers », selon Texpression consacree, payent souvent 
jusque 40 francs leur place, sans compter les frais de location de la 
tenue qui peuvent etre evalues de 15 a 20 francs. A cela il faut 
encore ajouter qu'ils sont quasi forces de payer a boire aux hommes 
sous leurs ordres. Goinme on le voit, le plaisir de parader quelques 
heures est assez couteux. 

G6neralement, le dimanche pr^cedant la « marche > les compa- 
gnies fontune sortie d'essai en vue de s'habituer aux commanderaents 
et aux mouvements d'ensemble. 

II est a noter que Tinfluence moderne s'infiltre visiblement dans 
ces antiques phalanges, provoquant l'exhibition d'^quipements k la 
mode, francisant les eommandeinehts et les depouillant ainsi de cetle 
savoureuse originality du terroir qui en conslitue tout le charme. 
J'ai entendu, pourtant encore, an hazard des ordres qui se succedaieut 
et retentissaient avant le depart : « Au pas, Bert, n. d. D. ! > « Alons, 
les homes, wetez d'vos mete au port d'arme ! >. 

Ainsi que les archives (') de la confrerie nous l'apprennent, la 
marche Saint-Eloi etait jadis suivie par de noinbreuses compagnies 
a cheval. Une mention speciale y est faite pour Fosses qui, le 
premier, avait fait present d'un guidon. 

« Le 30 juin 1726 la compagnie k cheval de Fosse a fait present et 
donnez a Saint Eloy un gui^bn rouge qui at 6tez b6nit par le v6n6rable 
curez de ce lieu de la Neflfe et laissez te vieu* qui if est plus en Stat de 
service et qui 6tait le premier qui at 6tez donnez par les dits de Fosse peu 
apr&s... (un mot iilisible] de cette confrairio et ainsy ils sont les premiers 
pour marcher a la procession qui est le dimanche apres le 25 juin de 
chasque annGe. » 

Cette liberalite a etc suivie par d'autres. G'e>t ainsi que nous 
voyons qu'un guidon a et^ offert par Florennes le 29 juin 1727, un 
guidon bleu par Thuin en 1728, un bleu par Pry en 1750, un blanc 
par Walcourt en 1752, un blanc et rouge par Nalinnes en 1775. etc. 

Depuis une dizaine d'ann6es seulement, il n'y a plus de com- 
pagnie a cheval. 

(1) Elles se composent de deux gros registres inanuscrits et sont conserves par 
le mamboiirg aetuel : M. Trigaux, forgeron a Lanefte, qui les a mis ties obligeam- 
iaent a ma disposition, ce dont je tiens a le reniercier. 



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228 WALLONIA 

Ccs memes archives renseignent, depuis 1652, la liste des per- 
soanes qui participaient a la marche. Tous les villages, a 5 lieues a 
la ronde, etaient represents, ce qui fait supposer que cette marche 
avait beaucoup de vogue jadis. 

Actuellement, il n'y a plus que 2 ou 3 compagnies qui y prennent 

part. 

* 
* * 

Mais voici les tambours qui battent le rappel. Les fifres — 
complement indispensable de chaque compagnie — prennent place 
k leur cote. Petit a petit, les soldats se rangent derri^re eux, les 
rangs se reforment et se remettent en marche pour rentrer a l'6glise. 
A proximite de celle-ci, les milices s'arretent et forment la haie 
pour laisser passer le pretre et les saints. 

Apres avoir defile et execute une derniere decharge, tous les 
soldats des compagnies etrangeres entrent dans l'eglise ou il leur est 
delivre une < banniere » et un « petit pain >. lis forment ensuite un 
bataillon carr6 sur la place. 

Un bal populaire cloture celte journee. 

Le lundi matin, les compagnies de Laneffe assistent a la messe. 
Quand elle est terminee, les soldats se placent sur deux rangs pour 
laisser passer le cure, ils presentent les armes et lui rendent les 
honneurs. Apres cela, ils entrent dans l'eglise ou ils re^oivent 
chacun un « petit pain » et une « banniere >. Ils vont ensuite rendre 
les honneurs a chaque officier, c'est-4-dire executer une decharge 
en face de leur demeure. 

II. 

Origine, regies et composition de la Confrerie. 

La Confrerie Saint-Eloi de Laneffe, erig6e en 1635, rfest en 
quelque sorte qu'une filiale de la Confrerie des Charitables de 
Saint-Eloi de Bethune et de Beuvry. 

Aiusi que nous Tapprend un petit opuscule ('), 1'origine de 
l'institution de cette derniere remonte a plus de sept stecles. 

«Ge fut Tan de notre Seigneur mil cent quatrc-vingt-huit qu'a Bethune, 
ville du comt6 d'Artois, et aux environs on sentit le p6sant fl6au d'uae 
sanglante 6pidemie, et contagion mortelle. Les Ghartes ne nous en disent 

(1) R. Pere Antoine Des Lions. Hisioire de V institution, regies, exercices et 
privileges de VAncienne et Miraeuleuse Confrerie des Charitables de saint Eloi. 
Charleroi, imprimerie De Lelong, libraire. Cot opuscule ne porte aucune date 
d'editton, mais certaines lettres d'approbation qu'il contient sont datees de 1643. 



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WALLONIA 229 

la cause, mais elles nous assurent qu'elle fut si furieuse qu'elle emportoit 
soudainement les hommes et les animaux. 

Ed cc terns ii se trouva deux MarSchaux, grandement hommes de bien 
et singulterement d6vots a S* Eloi, Tun nomm6 Germon, demeurant a 
Beuvry, Fautre Gautier, a Saint-Prix, faubourg de B6thune. 

Or comme ils avoient une extraordinaire conflance dans les m6rites de 
leur bon Avocat et Patron Tuteiaire, qu'ils invoquoient souvent parmi ces 
afflictions publiques : le saint PrGlat revetu d'habits Pontiflcaux daigna 
bien se montrer plusieurs fois a eux pendant la nuit. En particulier 
s'addressant a Germon il le pressa d'aller trouver Gautier, et avec lui 
d'6tablir une Charity ou Confr6rie, et de former une chandelle sous I'invo- 
cation de son nom pour la gu6rison g6n6ralement des malades. Lors que le v 
feu saint Elme paroit sur la poupe du navire, les matelots laissent de 
craindre la tempete et attendent la s6r6nit6 : aussi les eclats de cette benite 
Chandelle, et la promesse du Saint, les assura du bonheur prochain, qui les 
devoit en bref accueillir. 

Gautier ayant a la meme heure, et a diverses reprises le bien d'une 
pareille visite, et m6me avis de trouver Germon, par la providence de 
Dieu, ne sachant rien l'un de l'autre, ils se rencontrerent aupr&s de la fon- 
taine de Quenty, qui est entre Bethune et Beuvry. La s'entre-saluant 
amiablement au nom de Dieu, de la bienheureuse Vierge Marie, et de tous 
les Saints, ils s'enquirent Tun de I'autre du sujet de leur voyage. A quoi le 
Feure de Beuvry r6pondant qu'il alloit pour le trouver, et celui de saint 
Prix ajoutant pareillement qu'il avoit la m§me pens6e pour lui, ils se 
mirent a conter ce qu'ils avoient vu, et le commandement que saint Eloi 
leur avoit fait. Le r6cit fut suivi d'une grande joie et abondance de larmes, 
d'embrassement, et de force soupirs, qui entrecouperent leurs paroles 
jusques a ce que revenant a eux ils s'assirent pour d6iib6rer ensemble avec 
qui ils pourroient communiquer une affaire de telle importance. 

Jamais le Giei n'inspire une entreprise, qu'il n'en ouvre le chemin 
pour la mener a chef. 

Gautier done gclairci d'en haut dit qu'il connoissoit Rogon prieur de 
saint Prix Religieux de Glugni et grand homme de bien, et de bon conseil. 
Allons de par Dieu le trouver, ce fit Germon, et jettons nous a ses pieds le 
priant qu'il nous veuille assister. 

Leur esp6rance ne fut pas vaine : car celui-ci pareillement illumin6 de 
Dieu entendant le narr6 d'une si grande merveille se mit a pleurer de joie 
et de tendresse : puis les louant et exhortant a la poursuite d'une si bonne 
ceuvre son avis fut d'effectuer ponctuellement le tout selon que le saint 
Ev&jue avoit ordonn6 : et que la chandelle fut d'une Gire vierge a l'honneur 
de Dieu, et de saint Eloi. » 

Apres que les deux Marechaux eurent entendu Tavis du v6n6rable 
Rogon, ils se rendirent a Bdthume et recueillirent des aumones 
destinees k la confection d'un cierge. Ils s'occupereut easuite d*int6- 
ressera leur projet les plus vertueux et honorables de la ville. 

La confrerie placee sous les ordres d'un « Prevot > et de quatre 
« Mayeurs », avait pour but principal de porter les corps des 
pestiferes au tombeau. 

€ La veille du renouvellement qui se doit faire le dimanche apres le 
jour de saint Eloi 25 de juin se distribuent par les maisons de la Ville, et aux 
environs autant de plombs ou mereaux, qu'il y a de personnes (de quelque 
age qu'ils soient) qui honorant saint Eloi pour leur P6re veuillent venir le 



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230 WALLONIA 

lendemain a sa Chapelle recevoir un pain de sept onces, qui est le simbole 
de ramitie, et de la paix fratemelle, qui est entre eux. » (*) 

L'eiection terminer « la solennit6 se conclut par la distribution de 
» pains, savoir : huit au Pr6vot. quatre a chaque Mayeur et deux en parti 
» culier aux autres Officiers. »( 2 ) 

A ce propos, un debat remarquable out lieu en 1573. II s'agissait 
de savoir de quelle condition devaient etre les Prerots. Certains 
soutenaient que ce devaient etre des mareehaux vu que depuis 
Torigine jusque alors ils avaient seuls exerco celte charge a l'exclu- 
sion de tous. D'autres opinaient qu'elle pouvait etre confiee indiffe- 
remment a toute sorte de condition, d'autant plus que le choix se 
trouvait limite a un seul marshal. L'affaire fut soumise au magistrat 
qui, apres avoir pris Tavis de « Messire Francois de Richardot, 
» Evfique d'Arras, et de plusieurs autres Theologiens, Predicateurs 

> et Religieux, repondit quails eussent a laisser desormais Election 

> libre, attendu qu'il n'y avait rien dans leschartes qui lar^trecit a 
» ce metier ; mais au contraire que le choix de quelques autres 
» personnes qualifiers pourroit donner plus d'eclat et d'autorite. A 

> quoi ne voulant acquiescer les Marechaux, ils intenterent proces 

> au Conseil Provincial d'Artois, dont Tissue fut par sentence 

> definitive, datee du pe^nultieme d'avril 1571, qu'ils etoient mal 
» fond^s, et non recevables en leur complainte. > ( 3 ) 

Dans les regies de la Confrerie toute la marche a suivre pour le 
transport des morts est bien sp^cifiee. C'est ainsi, notaminent, qu'il 
est dit que « ceux qui portant les corps en terre, ou assistant aux 

> funerailles diront des paroles deshonnetes, ou feront choses mes- 

> seantes, payeront pour amende deux sols. > D'un autre cote « s % il 
» arrivoit que les corps tombassent a terre par la faute ou negligence 

> des Confreres (ce qui seroit un inconvenient fort scandaleux), ceux 

> par qui tel cas seroit arrived ou du moins les deux du cote desquels 

> ils seroient tombes, payeront chacun trois sols. » Enfin, des 
amendes de 8, 4 ou 2 deniers, selon qu'il s'agit du Prevot, des 
4 Mayeurs ou des 16 hommes charges de porter les corps au torn- 
beau, sont inflig^es a ceux qui ne sont pas presents a la levee du 
corps. 

Comme on le voit, cette confrerie n'a 6t6 cre'te que dans un but 
charitable. 

* * 

Toutes ces regies qui regissent la confr6rie de Bethune sont 
egalement appliquees a celle de Laneffe. 

(1) R. Pere Antoine Des Lions, loc. cit. t p. 7 et 8. 

(2) Ibidem, p. 9. 

(3) Ibidem, p, 9 et 10. 



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WALLONIA 231 

Les membres de cette derniere doivent, en outre, se conformer 
aux dispositions speciales ci-apres : 

Le jour de la procession-marche, ils sont tenus de se rendre k 
6 heures a l'eglise pour recevoir la benediction et faire benir les 
pains et bannteres. Ils vont ensuite, en corps, benir 6galement la 
fontaine St-Eloi : Chaque membre doit tenir sa banniere en main, 
le « Prevot > le marteau en argent, le « Mambourg > le cierge, 
tandis que le clerc porte la croix. 

Ces ceremonies n'ont pas lieu le 25 juin quaud il tombe un jour 
de semaine, pour eviter des pertes de salaires, etc., aux 21 confreres 
qui doivent obligatoirementy assister. 

Si par suite de maladie, d'epidemie, de peste, etc. se declarant 
dans la commune de LanefVe, des malaxles sont abandonn6s, le 
« prevot » se consulte immediatement avec le « mambourg > et 
designe les membres qui doivent leur porter secours. Ces membres 
sont remplaces jour et nuit. En cas de deces, ils doivent les 
eusevelir, les mettre en biere et les porter au cimeti&re apres avoir 
rempli toutes les formal ites nGcessaires. 

La meme marche est suivie lorsqu'il s'agit d'uu membre de la 
Confrerie, excepte que le matin du jour des funerailles, ils doivent 
tous, sans exception, aller au cimetiere creuser la fosse de leur 
regrette confrere; ils sont, en outre, obliges d'assister a Tenterre- 
ment en pantalon blanc. Si run d'eux en est enipech^ par un cas de 
force majeure, il doit se faire rempiacer a ses frais. 

* * 

La Confrerie se compose : 1° de 21 membres effectifs se renou- 
velant par tiers tous les ans; 2" du « mambourg » ou secr&aire- 
tresorier dont Temploi est inamovible et her&litaire et 3° du clerc 
qui remplit l'office de commissionnaire. 

Les 21 membres effectifs se repartissent comme suit : 1 pr6vot; 
2 premiers mayeurs; 2 seconds mayeurs; 8 premiers charitables; 
8 seconds charitables. 

Le membre outre d'abord comme second charitable, il passe 
premier charitable la 2° an nee,' second mayeur la 3% premier 
mayeur la 4 C , prevot la 5% second charitable la 6 a , premier chari- 
table la 7 e . Apr6s a\oir parcouru cette etape, il est sortant et ne 
peut etre read mis dans la Confrerie qu'un an apres pour recom- 
mencer la filiere sauf, toutefois, que le grade de prevot ne lui est 
plus accessible. 

II est, en effet, formellement interdit de confier les fonctions 
de prevot k une meme personne, deux ans en sa vie. 

Les archives de la Confrdrie contiennent la liste des membres 



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232 WALLONIA 

depuis 1660, ainsi que tous les renouvellemcnts qui ont eu lieu 
depuis lors. 

* * 

Comrae nous l'avons vu plus haut, la Confrerie St-Eloi de 
Laneftea 6te erigee en 1635 par l'autorite des Ordinaires. Depuis le 
pape Urbain VIII l'approuva par une Bulle datee au 20 juillet 1640, 
et Ken rich it de grandes indulgences. ( l ) 

Le li avril 1613, M. Remy de Terne, Pasteur de la Neffe et 
M. Henry de Campene, Seigneur du memo lieu, 6crivirent h 
MM. les Prevots, Mayeurs et Gharitables de Tancienne et mira- 
culeuse Confrerie de saint Eloi a Bethune et a Beuvry pour solliciter 
Thonneur de leur association. ( 2 ) 

Dans cette lettre il est dit : 

.... « Ayant depuis un an ( 3 ) en notre Eglise Paroissiale de la Neffe, 
Diocese de Ltege, une confrerie de saint Eloi qui va croissant de jour en 
jour.... Nous avons jug6 que, pour maintenir Tun et Tautre, il seroit fort a 
propos de la joindre a la votre, comme un membre a son Chef.... le Pasteur 
b6nit chaque ann6e une tontaine en faveur des p6lerins qui y abreuvent 
par devotion leurs chevaux pour etre preserves de mal£flces et de maladies 
par les m6rites de saint Eloi » ( 4 ) 

Le 26 juillet 1643, les Prevots et Mayeurs de Bethune et de 
Beuvry repondirent que du consentement de tous leurs membres, 
ils recevaient, unissaient et incorporaient pour toujours la Confrerie 
de Laneffe k la leur. Ils joignirent en ineme temps copie de leurs 
anciens originaux. 

« Ges Lettres furent port6es par deux Peres de la Compagnie dc J6sus 
a la Neffe, et lues publiquement le 13 de septembre a l'Offertoire de la 
Messe : la Predication s'y fit sur le bonheur de cette Association, et a la fin 
se chanta le Te Deum laudamus. Apres midi on alia a la Procession, et 
puis le Cur6 b6nit une fontaine sous le nora de saint Eloi. Dela on choisit 
un PnSvot, des Mayeurs et des Gharitables, et la conclusion fut de donner 
le nom d'Eloi a tous les ain6s de chaque famille. La solemnity s'6toit ter- 
minee en cette fagon heureusement, quand il leur vint en pens6e de 
reconnaitre les obligations qu'ils devoient a Messieurs les Gharitables de 
B6thune et de Beuvry. A cet effet ils pri^rent les deux susdits Peres de ce 
faire en leur nom. Ge qu'acceptant, ils allerent a B6thune et y offrirent un 
Etandart de Damas rouge, ou se voyoit d'un cotG saint Eloi en habits 
Pontificaux ; de Tautre Gautier et Germon Mar6chaux, qui unissoient les 
coeurs de B6thune et de la Neffe ensemble : et cette devise en bas. Geminis 

E CORDIBUS UNUM. » f 5 ) 

Jules VANDEREUSE. 

(1) R. Pere Antoine Des Lions, loc. cit. p. 44. 

(2) Ibidem, p. 50. 

(3) Done depuis 1042, tandis que plus haut e'est I'annee 1635 qui est renseignee 
oomme date de Percelion de la Confrerie. 11 y a la une contradiction inexplicable. 
A noter que cette lettre ajoute : « le Pasteur benit chaque annee une fontaine... » 
done depuis un certain temps deja. 

(4) Ibidem, p. 51 et 52. 

(5) Ibidem, p. 56 et 57. 



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Contes populaires du Hainaut (1) 




Dieu vous benisse ! 

n jour, Jean, le charpentier, revenait de son ouvrage. 
II aimait le bon vin et la forte- bifere houblonn^e ; 
tres sou vent il rentrak au logis, plein com me une 
andouille. 

Ce jour-la, par extraordinaire, Jean n'6tait pas 
ivre, mais il avait grand'soif, et il pensait s^rieu- 
sement au rnoyen de s'humecter le gosier. 
II songeait, en pleine campagne, a s'arreter au cabaret prochain 
de la vieille Genevieve lorsque, soudatn, un nain sortant du bois, 
s'arr&a devant lui, tenant en main une grande coupe d'or, pleine de 
vin frais et parfum6. 

— Bois, dit le nuton, c'est pour toi ! 
Jean prit la coupe et, d'un trait, la vida. 

— C'est dix sous, dit le nain. 

— Je n'ai rien, r^pondit le charpentier; si je faisais le poirier 
ici sur le pre, sois-en sur, il ne tomberait rien de mes poches. 

Et retournant celles-ci, il n'en retira que son briquet, son tabac 
et sa pipe. 

— Eh bien alors, fit le nain, demain matin tu viendras sur le 
bord de l'&ang. J'y serai. Si tu ne m'obeis pas, jl t'arrivera malheur. 

— C'est convenu, dit le charpentier. 

Et tout ragaillardi par son ample lippee,il s'61oigna en chantant : 

EsMl rien de si drdie 

Parfantere, pertinguette et congreu, 

Qu'un gargon charpentier. 

(1) Voir au tome VI, 1898, une premiere serie de contes populaires du Hainaut, 
recueillis par M. Jules Lemoine. 



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234 WALLONIA 

S*en vont scier d'la bruyfcre 
Pour faire des chevrons. 

Des chevrons de bruyere 
Pour faire des maisons. 

Et sa voix se perdit dans l'61oignement. 

Le lendemain matin, Jean trouva le nain sur le bord de l'6tang. 

II lui dit d'aller cueillir deux des plus beaux roseaux qui 
se trouvaient sur le bord.de l'eau, d'en enfourcher un et de lui 
donner l'autre. 

Jean alia les couper et les apporta au nuton. 

Jean passa son roseau entre ses jambes et, jugez de son etonne- 
ment, lorsqu'il se trouva perch6 sur la croupe d'un grand cheval 
brun, risquant a tout moment de tomber, tandis que son petit compa- 
gnon etait sur un beau coursier blanc. 

Jean aurait 6t£ beaucoup plus a son aise sur la maitresse poutre 
de la charpente d'une maison. 

Le petit homme lui dit : 

— J'ai mille ans, et il est grand temps que je me marie. 

— Te marier a mille ans ! Quelle jeunesse as-tu done pass6e? 
r6pliqua le charpentier. 

— Ecoute, repondit le nain et ne m'interromps pas. Nous allons 
nous rendre dans une maison qui se trouve a quatre kilometres 
d'ici. La fille de la se marie aujourd'hui et je veux arriver avant 
que les noces ne soient terminees. Quand la marine aura 6ternu6 
trois fois, si personne, dans ^assistance ne r6pond : Dieu vous 
benisse! eh bien! aiors, la fille sera pour moi. 

— C'est dit, fit le charpentier : 

Dieu te benisse ! 
Et en lui-m^me, il ajouta : 

Que le diable Vapice ! ( l ) 

lis chevauch6rent encore longtemps sans rien dire; Jean songeait 
qu'il allait a cette noce pouvoir mettre son gosier a la ducace, ce 
qui le remplissait d'aise. 

lis arriv6rent enfin pr6s d'une vaste maison solitaire. 

lis descendirent de leurs chevaux, les mirent a l'6curie et 
entrerent dans la maison par le grenier, d'oii ils pouvaient observer 
tout ce qui se passait dans la salle. 

(1) Wallon : t*enleve. 



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WALLONIA 235 

Jean put voir les invites et au milieu de ceux-ci, la jeune 
marine, belle comrae le jour, avec son mari. 

Le nez de Jean remuait d'aise a la vue des coupes de vin, 
aussitot remplies que videes. 

Tout k coup, la marine fit atchi! dins son mouchoir de batiste 
blanche. 

Personne ne lui rGpondit. 

Un quart d'heure apres, elle £ternua une nouvelle fois, sans que 
les invites y fissent la moindre attention, n'ayant point assez de temps 
pour boire et manger. 

Jean, cependant, se demandait s'il n'6tait pas cruel de voir une 
si belle fille devenir la femme d'un si vilain bout d'homme. 

Tandis qu'il se iivrait k ces r6flexions, la marine 6ternua une 
troisteme fois. 

— Dieu vous b6nisse ! s'6cria Jean, en bousculant le nain, qui, 
en jurant, prit la fuile et disparut. 

Et Jean descendit dans la salle ou il apparut devant les invites 
stup6faits. II raconta Thistoire. 

Et la marine, qui 6tait si belle, Tembrassa pour le remercier. 

L'on apporta de grands brocs de vin, que Jean vida tout son 
saoul, jusqu'au moment ou il roula sous la table. 

Le lendemain, il but encore toute la journ6e et fit de m&nfc 
huit jours durant. 

Maintenant, quand il entend quelqu'un 6ternuer : Atchi! 
Atchi! il ne manque jamais de dire : Dieu vous b&risse! Dieu vous 
bfriisse! 

II. 
La Vierge d'Or. 

II y avait une fois une pauvre femme qui avait deux enfants : 
un petit gar^on de cinq ans et une petite fille de huit ans. 

lis s'appelait Pierre et Marie. 

lis avaient Thabitude d'aller dans la forfit pour y ramasser du 
bois mort. 

Un jour, la pauvre femme 6tait en train de laver petit Pierre, 
et il n'y avait plus rien k la maison. 

Elle envoya sa fille recueillir du bois mort, en lui recommandant 
de ne pas s'attarder pour porter ensuitei diner a son p6re. 

Quand Marie fut partie, la pauvre mere mit cuire son fils dans 
la mat mite pour en faire du bouillon. 



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236 



WALLONIA 



Le potage etait cuit a point quand la petite rentra, chargte de 
branches seehes et de broussailles. 

— Oil est mon petit frere? demauda-t-elle. 

— II est alle a ta rencontre, ma fiile. Va-t-en vjte porter le diner 
k ton pere et ne t'amuse pas en chemin, car il est grand temps et la 
route est longue. 

Pendant que le p6re mangeait, la petite fille ramassait les os au 
fur et a mesure qu'il les jetait. 

— Pour qui ramasses-tu ces os, Marie? lui demanda son pere. 

— Je ne sais, papa, repondit-elle, tout pleurant. 
Lepere n'ajouta rien. 

En revenant au logis, la petite Marie cotoyait la riviere. 
Eile vit sur Teau un beau bateau sur lequel se trouvait une belle 
dame toute couverte d'or et de diamants. 

— Qu'as-tu dans ta marmite, Marie ? demanda la dame. 

— Ge sont des os, Madame, r^pondit la petite en sanglotant. 

— Ne pleure plus, ma fille ; va au plus vite pros de ton p6re et 
dis-lui qu'il vienne aupr&s de moi. 

La petite courut et bientot elle revint avec son pere. 

— Je suis la Vierge d'Or, dit la dame couverte d'or et de 
diamants, et ces os sont ceux de ton flls que ta femme a fait cuire. 

Elle toucha lesos de sa baguette d'argent et petit Pierre revint k 
la vie. 

La mere rnourut et le pauvre pere v^cut heureux avec ses deux 
petits enfants, petit Pierre et petite Marie. 

Jules LEMOINE. 




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Les sonneries de cloches pendant les orages 



II est certain que la sonnerie des cloches afin d'ecarter la foudre 
a 6te usitee partout autrefois dans nos provinces, et des folkloristes 
afflrment que cet usage dangereux est encore assez repandu dans 
certains villages & la fin du xix* siecle ( 1 ). Gette coutmne etait 
souvent fatale au sonneur, soit que l^branlement des couches d'air 
attir&L la foudre qui trouvait eu la corde un facile conducteur, soit 
plus simplement que la station du sonneur sous le clocher le clesignat 
comme victime, le tonnerre atteignant plus frequemment ces edifices 
k cause de leur elevation. Plus d'une fois nous avons rencontre dans 
des registres d'etat-civil la mention de sonneurs foudroyes pendant 
1'orage, au moment de leur sonnerie. 

L'usage toutefois persistait, consacr^ par la liturgie de l'Eglise. 
Les cloches, objets sacres, portant exterieurement l'image de la 
croix, jetaient Tcffroi parmi les demons et invitaient les fideles a la 
•pri^re. La formule de leur consecration marquait bien qu'ellcs 
^taient destinees a repousser les demons ennemis qui excitent les 
tempfites, la grele, le tonnerre — et non a produire par leurs sons un 
effet physique en dissipant les images amasses sur les moissons ou 
les villages. 

Cette destination des cloches etait parfois indiqu^e dans les 
inscriptions qu'elles portaient. M. Fernand Donnet ( 2 ) en donne huit 
exemples empruntes a Tltalie, a la France, a la Suisse, a l'Alle- 
magne, k la Flandre. Mais son ouvrage en ren ferine d'autres, comme 
la devise du Chant de la cloche, de Schiller, empruntoe par le poete 
a la cloche du monastere de Schaffhausen : Vivos roco, mortuos 

(1) Is. Teirlinck, Le folklore fiamand, p. 78. Bruxelles, Rosez, £diteur. 

(2) F. Dovnet, Les Cloches chez nos peres, dans Annales de l'Acaddmie rovale 
d'Archeol. de Belgique, LI, 1898, pp. 511-513. 



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238 WALLONIA 

plango, fulgura frango ( l ) et qu'on est assez surpris de retrouver 
textuellementsur une cioGhe de l'eglise St-Georges, a Anvers, fondue 
a Louvain, chez Alph. Beullens et C\ en 1894. La voilA hien, la 
persistence de la tradition ! 

Une cloche de Bois-l$-Duc, datee de 1462, porte entre autres les 
vers suivants : 

fulgera nk: populus noceant, aut .edibus altis, 
arceo, demonibus obvia saepe sonof 1 ) 

A l'eglise de St-Laurent, a l'Escurial, Jehan L'Hermite nota, 
en 15 ( )7, lors de son voyage, les inscriptions de certaines cloches 
evidem merit en levees a notre pays. En voici une qui a trait k notre 
sujet : 

orno dies festos, tero fulmina, fuxera ploro, 
Jan- Tolhws me fecit 1549 ('). 

De parcilles indications peuvent etre relevees dans le pays 
wallon et voici l'inscription qu'on lit sur une cloche de l'eglise de la 
Madeleine a Tournai : marie sui quy sonne au lever jhdxrs, je 

SERS COT. L'ORAGE Q DE L r AIR TONE ET* 1ST. AU MOIS DE MARS NOTROIS 

o no posa ceas e la xvj avec xnu c . Ce qui veut dire : « Je suis 
Marie qu'on sonne au lever Jesus-Christ (c'est-a-dire Televation) ; je 
sei's contre Forage qui tonne et fend les airs. Au mois de mars nous 
trois on nous posa ceans en Tan 1416. > Sa principale mission, k 
1'exemple de la moyenne cloche de St-Jacques, etait de sonner 
pendant l'orage ( 2 ). 

Meme ayant conscience du danger, le sonneur n'aurait pu se 
so istraire a ce devoir perilleux de sonner la clocln nsadant Forage. 
II y etait ohlige par son conlrat. Ainsi nous lisons dans les 
Ordinances et statuts des dewirs des clercs el fossicrs, garde 
d'autels, orgaalste e f batleleur de la parolsse St-Quentin (k Tournai) 
le 28 mat 1742 : 

« L^ l cr fossier sera tenu et ohlige tons les dimanches et festes 
» sonii"! 1 grand-messe et vepres, selon la coutume, el les jours 
» solennels les malines, et pendant le tonnerrc tant qu'on enlend 
> le bruit. > (). 

(1) Ibid., p.. 28 note 1, p. 103, -p. 53, p. 183. 

(2) Dans Meinoires do la Soc. hist, et lilt, de Tournai, t. XVII, 1882 : Notice 
sur li pnroisse de Stc-Marie-Magdeleine a Tournai, par M. Cloquet, p. 387 ; Les 
Cloches de Tournai, par le D r F. Desmons, p. 138, dans Ann. de 1' Academic royale 
d'Archeol. de Belgique, LV1I, 1905. 

(3) Desmons, L c, p. 130. 



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WALLONIA 239 

Non moins caracteristique est le document suivant que nous 
avons copie aux archives paroissiales de la cure de Rebaix (canton 
d'Ath). On y voit que les sonneurs avaient un emploi olficiel allenn^ 
pour six ans par les maj r eur et echevins, et qu'ils etaient ienus non 
seulement de sonner « k messe et aux vepres » mais de le faire e-rale- 
ment pendant les orates, moyennant une retribution speciale. 

« On fait savoir que les mayeur, 6chevins du village et pairie de 
Rebaix, ensuite de billets d'affiche, sons de cloche, exposent a Tenehere et 
dernier enchGrisseur pour le terme de six ans conseeutifs a commencer 
cejourd'hui vingt-neuf mai 1771 le sonnage des cloches dudit Rebaix con- 
sistantes en cinq cordes tirantes. Conditionn6 cependant que a les deux 
plus grosses cloches au moins il devra avoir deux accordeurs, un a chaque 
cloche, aftn qu'ils fussent en 6tat de les bien sonner a l'accord, pour co qu'il 
n'arrive aucun accident auxdites cloches. Serons tenus lesdits prenneurs 
de sonner a messe et aux vepres tous les jours nataux ( l ) et au moins tous 
les premiers dimanches du mois ; parmis quoy satisfaire, ils proflterons des 
Emblumens ordinaires des fondations et services et outre qu'il se fera a la 
mort d'un chaqu'un comme de coutume et a proporlion des grands et petits 
services qu'ils se ferons. Devrons les dits prenneurs sonner pendant les 
orrages qu'ils arriverons chaques ann^es depuis le commencement jusqu'a 
la fln desdits orrages; parmys quoy cependant, ils aurons pour cetle retri- 
bution chaque jour d'orrage, deux pots et demis de bierre qui serons a la 
charge de la communaut6 ; de meme que l'huile pour engraisser lesdites 
cloches et les cordes pour les sonner leurs serons aussy furnise ; serons 
cependant tenus a les racomoder quand elles casserons. * 

Les acquits suivants etaient annexes a cotte piece : 

1° « Les sonneurs de Rebaix ont fait la d6pence de cinq canettes de 
bierre pour un orage du matin le trente de Juliet mille sept cent septa ute 
neuf. 

2° Les sonneurs du village de Rebaix ont fait la depence de cinq 
cannettes de bierre pour avoir sonnez pour I'orage au mois d'aoust 1779. 

3* Le premier de may vers le soir les sonneurs ont fait la defence de 
cinq cannettes de bierre pour avoir sonnez pour I'orage 1780. De la meme 
nuit, le matin du 2 de may 1780, les sonneurs ont fait la defence de cinq 
cannettes de bierre pour avoir sonnez pour I'orage. » 

Des pots de biere pour salaire ! Ce n'est pas sans raison qu'on 
disait : boire comme ten sonneur ! ! 

Atb, aoM 1905. 

Jules DEWERT. 

(1) Les grandes fetes'de Tannic, par extension sans doute du natalis dies, jour 
de Noel. A Ath, on dit encore par corruption : les fetes datnuxl 



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LITTERATURE DE CHEZ NOUS 



Sidou 



— Bonsoir, Sidou. 

— Bonsoir, m'n 6fant. 

Et toutes les rides do la vieille femme se plissaient en un sourire 
de bon accueil. Je m'asscyais sur un petit escabeau, k cot£ de la che- 
minee. Sidou, que mon entree ne derangeait pas de son travail, 
continuait k faire danser les fuseaux sur le metier k dentelles. 

— A-t-on bien joue, bien couru ? 

— Oui, Sidou. 

— Et Ton s'est beaucoup fatigu6 ? 

— Oui, Sidou. 

Un silence. Pr6s de moi, la pot£e de pomraes de terre et de lard 
chantonnait dans la marmite suspendue a la cr^maillere. La flamme 
sifflait en courant le long des buches vertes. Imitant le bruit du 
gr^sil sur les vitres, sautillaient les fuseaux, glissant entre les doigts 
agile-. lis Gtaient pourtant bien maigres, ces doi rt* d'octogenaire ! 
Maigres, effiles, d£charn6s corame tout ce pauvre corps de vieille, 
comme sa figure auxjouescreuses, au front ride, aux cheveux blancs 
dont quelques meches, au coin des tempos, sortaient de dessous le 
bonnet vieillot, mais propre. 

Je restais immobile, les coudes poses sur les genoux, le menton 
dans les mains, snivant du regard la danse eudiablee des doigts et 
des fuseaux. Je ne disais rien, sachant bien que ma vieille amie se 
doutait du motif de ma visite. Et, de fait, elle relevait bieutot les 
yeux par dessus ses besides, retomb6es sur le nez ; le sourire plissait 
son visage et, tandis que se tremoussaient sur le metier les petits 
danseurs de bois, elle commenQait : 

— C'etait du temps des grandes guerres, du temps que j'allais 
sur mes quinze ans... 



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WALLONIA 241 

Un frisson de plaisir me secouait tout le corps; je me pelotonnais 
avec delices sur mon dur escabeau ; j'avangais la t6te et j'6coutais, 
j'^coutais sans perdre un mot, retenant mon souffle quand la conteuse 
savait naivement exciter mon interet. 

Ah ! combien de soirees j'ai pass6es de la sorte, dans la petite 
maison de Sidou ! Gette maison se dressait, presque en face de ceile 
que nous habitions pendant les vacances; k Textr^mite du village. 
B&tie en grosses pierres grises du pays, cimentees sans art, elle 
n'avait pas d'£tage. Son toit de chaume lui faisait une sorte de grand 
chapeau pointu, fleuri sur les bords d'une vegetation aussi folle 
qu'inattendue. Une seule chambre k Tint^rieur, aux dalles bleuatrcs, 
aux solives enfumees, aux murailles crepies k la chaux. En face de 
la cheminee, dont ie large manteau 6tait garni d'i mages et de 
statuettes religieuses, s'ouvrait l'alcove, une profonde alcove aux 
rideaux rouges et sur laquelle Sidou refermait les deux battants 
d'armoire qui la cachaient pendant la journee. Une table de bois, 
quelques chaises, des escabeaux, et un bahut difficilement equilibr6, 
faute d'un pied bris6 depuis des annees, tei 6tait Tameublement de 
cet humble logis. Humble logis ou, gvkce aux rfecits de la vieille 
femme, j'ai pourtant vecu des r6ves d'h^roisme, traverse des cauche- 
inars de legende et senti parfois Tenveloppante caresse de la po&>ie, 
quand les simples paroles de la dentelliere m'evoquaient des 
paysages d'autrefois, des fetes rustiques tomb£es on desuetude, des 
coutumes jolies et na'ives, tout un monde oubli6 et dont je garde 
depuis lors la nostalgie. 

Dans mon imagination d'enfant — j'avais tout au plus sept ou 
huit ans k cette epoque — Sidou avait flni par prendre des propor- 
tions legendaires. Et, bien souvent, a l'6couter, il m'est arrive 
d'accomplir des chevauch^es sans but, k travers des for&ts enchantees, 
vers un manoir rempli de tr^sors fantastiques. J'oubliais alors la 
chaumi^re, le foyer fumant, les coins enten6br6s, et la dentelliere 
courb^e sur son metier; sa voix chevrotante me semblait douce 
comme une chanson de ruisseau, ou bien elle s'enflait, grondant 
comme Tappel des guerriers et toujours. toujours, le babil des petits 
fuseaux Taccompagnait en sourdine. 

Mais ils se turent, heias! les petits fuseaux bavards! Un matin, 
voyant la porte close, une voisine p6n6tra dans la maison et trouva 
Sidou, geignant, toussant, se d6battant contre une mauvaise fievre 
qui Tavait saisie, pendant la nuit. Dans ce corps us6, la maladie 
avait fait de rapides progr£s. L« docteur, appele sans retard, d£clara 
que la visille femme ne supporterait pas celte crise. 

J'6tais k dejeuner, quand on vint nous annoncer cette nouvelle. 



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1 



242 WALLONIA 

Ob! le bon dejeuner aux croustillantes galettes couvertes de confi- 
ture, le bon dejeuner dans la grande chambre du rez-de-chaussee oil 
penetrait, par la porte large ouvcrie, la lumineuse douceur d'un 
clair matin de septembre! Je revois tout, comme si cela datait d'hier, 
la table rondo, les chaises alignees le long des niurailles, le poele 
reluisant et, dans son annoire au bois jauni, l'antique horloge. 
. J'entends encore aller et venir, sur les dall6s eclatantes de proprete, 
les pas inemes de grand'mere. Soudain, une tache d'ombre au 
milieu de la baie de lumtere: et une voix essoutliee jette cos mots : 

— » Save be 1' nouvelle ? Sidou ne passera pas le jour ! 
Hepondaut a un geste de surprise, la inline voix, plus aftermie, 

reprend : 

— » G'est quasiment comme si ce s'rait d'ja fait! 

Puis c'est une avalanche de phrases, conversation semee d'helas! 
et de Jesus-Maria! conversation oil je n'ai rien compris de bien net, 
sinon que Ton parle de ma vieille amie. Un mot m'eclaire enfin : 
la mort! Je frissonne, tandis que, dans mon esprit, se lient ces 
deux idoes et qu'une involontaire conclusion s'en degage. Mon 
appiitit est brusquement coupe; ma tasse reste fumante. ma galette 
inachev^e et je sens de grosses larmes me mouiller les yeux. 

Uans l'embrasure de la porte, une femme vient d'apparaitre : 

— » Que malheur, hein ! 

Soutenant dans sa main gauche le coude de son bras droit, elle 
avale, a lcntes gorgees, un grand bol de cafe oil trempe un quignon 
de pain. Et j'entends s'echanger entre les trois interlocutrices les 
inemes mots, les raemes exclamations qui me causent une iud6fi- 
nissable amertume. Je n'acheve pas mon dejeuner; je suis seul, 
grand'mere ayant aceompagne les deux femmes au logis de la 
malade. Avec mi lie precautions, craignant d'etre vu, je m'approche 
d'une fenetre et, a Pabri des rideaux, je risque un regard vers le 
toit doqt les chaumes seintillent au soleil. La maison de Sidou prend 
soudain pour moi un aspect farouche, et je me represente, au lieu 
de la paysanne au sourire maternel, quehpie chose d'insoup^onne, 
d'ineonnu, de terrible derriere ces niurailles grises, encore humides 
de la fraicheur de la nuit. 

Tout le jour, je reste assis dans un coin, refusant de prendre part 
aux jeux de mes petits camarade*. J'ai v&guemeut compris que, 
xev^ le soir, il se passera quelque chose d'anormal dans la maison oil 
j'aper(;ois, de ma fenetre, des allees et venues de voisines aflair^es. 
A mcsiuv que les hen res s'eeouient, une anxiete grandissante 
m'etreint, je voudrais eterniser cette journee, ne jamais voir l'oinbre 
envahir peu a peu le ciel. Elle vient cependant, et mes regards 



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WALLONIA 243 

engoisses la suivent, la voieat descendre le long des toils et des 
murailles, emplir la rue, se glisser dans la chambre, que ma terreur 
commence a peupler do fantomes. Insensiblemeut, je me suis 
rapproche do la chaise de grand'mire. Nous restons sileucieux et, 
dans la reverie de l'aieule, je devine des choses tristes, si Iristes que 
mes yeux se voilent de larmes refoulees avec peine. 

Cost l'heure oil j'avais coutume de traverser le ehemin en 
courant. de pousser la porte branlantc.... 

— Bonsoir, Sidou... 

Mon ame enfantine ne comprend pas bien ce mystere de la mort 
et pourtant j'en subis Tinconsciente amertune. Je songe que e'en est 
fait des soirees au coin de I'atre, dans la chambre entenebree, que 
jamais plus je n'entendrai les contes merveilleux de la dentelliere et 
que les fuseaux se reposeront longtemps, longtemps sur le metier 
abandonne. Mors, pendant quelques minutes, il me semble que j'ai 
vieilli et qu'avec 1'age m'esl devolu le triste privilege de com prendre 
la soulfrance; un coin de mon voile d'insouciance se deehire et 
j'eprouve, pour la premiere fois, la peur de la vie. 

Le bruit d'un pas rapide sur les cailloux de la rue me fait 
tressaillir. A Tappel de son nom, grand'mere sort et j'eutends une 
discussion a v r oix basse : 

— Veux-tu venir dire bonsoir a Sidou ? Elle s'etonne de ne pas 
t'avoir vu, comme tous les jours. 

Un grand tremblement m'agite; une peur atroce me saisit. 
Je veux crier, refuser; mais l'cmotion m'etreiut la gorge. 

— Viens, tu feras plaisir a ta vieille amie. 

Plus mort que vif, je me laissc emmener. Tout me semble 
lugubre, hostile. La rue est noire; quelques claries trouent les 
tenebres, derriere les petites fenetres bien closes. Cependant, je 
parviens a dominer ma frayeur. Nous approchons; j'apergois deja la 
masse sombre de la maison de Sidou. Oserai-je entrer?... Nous 
entrons. Je m'accroche aux jupes de grand'raere; je tremble de tout 
mon corps; une odour pharmaceutique me coupe la respiration et, 
d'un mouvement involontaire, je tourne les yeux vers le coin ou, 
chaque soir,... Helas ! le coin est vide. Un feu brule dans la che- 
min^e; mais ce n'est plus le clair brasier d'autrefois, qui jetait de 
grands reflets joyeux aux murailles. Des chuchotements, des pas 
etoufies appellent mon attention et j'entrevois une robe noire, une 
cornette blanche inclinees sur le lit vers lequel on m'enlraine. Ma 
peur s'^vanouit; je sens des larmes me mouiller les yeux; pour la 
seconde fois, la sensation d'une souffraiice morale jusqu'alors ine- 
prouv6e d^chire mon dme d'enfant. 



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244 WALLONIA 

Et j'apergois la malade. Je distingue avec peine sur les draps 
blancs une figure que je ne reconnais pas tout d'abord, la figure de 
Sidou ou les rides se sont creusees davantage depuis hier. II me 
semble la voir sourire ; son regard vitreux me contemple ; elle 
s'efforce de soulever sa main posee sur la couverture. Je reste petrifid, 
repris par une terreur invincible et je voudrais fermer les yeux. 
Mais je me sens pouss6... 

— Donne la main a Sidou. 

Donner la main, sentir le contact de celte peau qui me parait 
glacee, frissonner sous Tetreinte mourante de ces doigts raidis, de 
ces doigts entre lesquels j'ai vu sautiller si souvent les petils fuscaux 
de bois ! Non ! non ! je me recule, je crie d^pouvante. Au moment 
ou Ton m'emmene, mon regard rencontre celui de la moribonde... 
Jamais je n'oublierai le douloureux reproche, l'amere disillusion de 
ce supreme regard de ma vieille amie. 

Ellc mourut le lendemain, tandis que le village se r^veillait au 
milieu du brouillard d'automne. Je fus malade des suites de cette 
commotion et Ton dut abrfeger mon sejour. Je revins souvent, je 
revins chaque annee, mais je ne franchis jamais plus le seuil de la 
maisonnette au toit de chaumeet souvent j'eus Tillusion d'apercevoir, 
a riieure de midi, la coiffe blanche de la vieille femme assise a 
l'ombre, devant sa porte, d'entendre sa voix enrouee me conter les 
histoires qui enchanterent mon enfance, d'assister a la danse endia- 
bl£e des petits fuseaux et des doigts amaigris, ces pauvres doigts 
dont j'avais repouss6 le supreme adieu. 

Pauvre Sidou ! pauvre vieille dont la maison vient de s'ecrouler 
sous la pioche des ouvriers, dont le metier a denlelles est brise 
depuis longtemps, enseveli dans un grenier poussiereux ; pauvre 
Sidou ! dont le souvenir presque entierement 6teint jette ce soir 
dans mon &me une lueur melancolique, lueur grace a laquelle 
j'apenjois au fond du passe le sourire de la vieille dentelliere et le 
reproche helas ! de son dernier regard ! 

Fernand BLONDEAUX. 



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Le Par jure des Trois Rois 

CHANSON RELIGIEUSE 

Sous ce titre, Wallonia, dans son t. VI (1898), p. 118, a publi6 
avec la musique et un accompagnement de piano une chanson en 
13 couplets recueillie par la voie orale, et qui est encore populaire 
dans le Pays de Herve et le pays de Malmedy, ( l ) rattachee k une 
curieuse coutume regionale de FEpiphanie que nous avons d^crite 
dans Farticle precite. 

Depuis lors, nous avons trouve une variante ancienne de cette 
chanson, publiee sans musique, dans deux recueils anonymes dont 
voici les notices : 

1680. Chansons spiritvelles de Noel, composes de plusieurs autheurs 
en Thonneur de la Nativity de J6sus-Christ et de la B. Vierge Marie 
sa sacr6e Mere. Nouvellement reveues et augment6es pour la 
consolation et recreation de tous Catholiques. 

A Liege, chez Henry Hoyoux, 1680. 

In-8° oblong, 55 feuiliets. 

[Un exempl. demi-rel. (10.5X15.5) a ia Bibliothfcque Ulysse 
Capitaine a Li6ge, n° 5923 du catalogue imprim6. Notre chanson 
est aux feuiliets 6 recto et verso et 7 recto.] 

1716. Chansons spirituelles de Noel, compos6es de plusieurs autheurs en 
Thonneur de la Nativity de J6sus-Christ et de la B. Vierge Marie 
sa sacr6e M6re. Nouvellement revues et augmentees pour ia conso- 
lation et recreation de tous Catholiques. 

A Li6ge. Chez la vefve J. N. Dupont, 1716. 

In-8° oblong, 192 p. 

[Un exemplaire demi-rel. (10 cm. XI 5) & la bibliothfcque de la 
Soci6t6 li6geoise de Literature Wallonne, a Li6ge. Cote B. 6. Get 
ouvrage est une r66dition augments du pr6c6dent. Notre chanson 
est aux p. 11 a 13.] 

Le texte qu'on va lire est donne dans le premier de ces ouvrages 
sous le titre de « Chanson nouvelle de F Adoration des Trois Rois > ; 
dans Fautre recueil, le mot « nouvelle » a disparu. II n'y a pas d'in- 



(1) Pour Malm6dv, vovez : Olivier Lebierre, 
partie. Malmedy, 1901. hi-4\ N° 18 p. 36. 



Lyre Mdmediene, Premiere 



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246 



WALLONIA 



dication de timbre. On remarquera que Tair public precedemment 
ici est du mode (k>lien et semble vraiment fait pour la chanson. 
Ajoutons qu'on n'a retrouv6 jusqu'a present, ni Fair ni les paroles 
en dehors de la Wallonie. (*) 

O. COLSON. 



CHANSON DE L'ADORATION DES TROIS ROIS. 



Chretiens avec allegresse 
Quittons maintenant I'ennuy 
Remercions en liesse 
Jesus notre vray appuy : 
Chantons to us joyeusement 
A cette digne journee 
Les Trois Rois ont fait present 
A Jesus Roy de Jud6e 



Une Etoille tres-luisante 
Vers Orient se montra 
Qui par lueur eclairante, 
Ud grand signal demontra : 
Quand les trois Rois Font appergA 
lis ont fait leur assemblee, 
S'ont-ils rendus graces a Dieu 
Qui a fait cette Rosee. 



lis ont demande passage, 
Pour aller honnetement, 
Un chacun d'un bon courage 
Gbeminoit allaigrement : 
Et droit en Jerusalem 
La its ont fait leur entree 
Bien et gracieusement, 
Avec leur grande Armee. 



Quand Herodes scflt la nouvelle, 
Qui gueres bien ne luy plaisoit : 
II eut mal en la cervelle, 
Quand les trois Rois appercoit, 



Si leurs a t'il demande, 
Que querrez en ces contrees 
Qu'est-ce qu'ici vous cbercbez, 
Dites moy votre pensee ? 



Nous vous demandons passage 
Pour servir le Roy des Rois, 
Qui est d'un si grand lignage, 
Plus que nous cent mille fois : 
11 est ne nouvellement 
C'est au Pays de Judee 
Nous le scavons vraiment : 
Verite est approuvee. 

6. 

Herodes les fit conduire 
Du tout a sa volonte 
Par trabison leur va dire 
Quand Tenfant aurez trouve; 
Mandez-moy pour le servir, 
Car j'en ay tres-grande en vie : 
C'etait pour Jesus trahir, 
Et pour luy oter la vie. 

7. 

L'Etoille qui luisoit tant claire, 
Dans la terre se cacba, 
De peur qu'Herodes vipere, 
N'eut quelque doute en cela 
Quand les trois Rois furent passez, 
L'Etoille s'est remontree, 
Droit a Thuis du nouveau ne : 
La elle s'est arretee. 



(1) CI. Ernest Glosson, Chansons populaires de provinces beiges. Bruxelles, 
Schott litres (1905). In 4\ N° 141, p. 150. 



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WALLONIA 



247 



8. 

Les trois Rois par ordonnance, 

En Bethleem sont entrez, 

lis ont trouvez la Vierge franche, 

Et sod Fils Jesus mal log6 

L'ont salu£ devotement, 

Luy presentaot pour victime, 

Bien et gracieusement 

Trois dons de tres-grande estime. 

9. 

Quand la Vierge debonnaire 

A appereii ces nobles Rois, 

Et Thonneur quits luy vont faire, 

Leur dit d'une douce voix : 

Voila mon Dieu mon Createur, 

Voila ma dignc portGe, 

Voila mon Roi mon Redempteur 

Baisez-le je vous Tagr6e. 

10. 

Les trois Rois courtois et sages 
Humblement le vont baiser, 
Un chacun d'un grand courage 
Commence* it a larmoier 
lis ont offerts leurs presens 
Avec leur couppe dor6e 
En pleurant bien tendrement 
Ed pay ant leur bien all£e. 



11. 

Retournant remplis de joye 
L'Ange de Dieu leur a dit : 
Retournez par une autre voye 
Craignant ce traiste maudit. 
lis ont pris un autre chemin 
Pour aller en leur contree 
Le bon Jesus tres benin 
Leur a son amour donn6e. 

12. 

Herode plein de malice 
Se trouvant ainsi tromp£, 
Mit son coeur a rinjustice, 
Comme un diable forcen6, 
Fit decoller les Innocens 
A la pointe de T6p6e, 
Dont il sortit bors des sens 
Et son ame fut damnge. 

13. 

Nous prierons Dieu de gloire 
Qu'il nous vueille tous sauver, 
Et nous mettre en la memoire 
Et nos pechez pardonner, 
A fin qu'avec les trois Rois 
Notre ame au Giel fasse entree 
Et que nous y puissions voir 
La Vierge tres honor6e. 



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*MMmmtm^Mtt£ 



Documents et Notices 



A propos d'une etymologie d' « escaveche » 

(Voyez ci-dessus, p. 200 a 204) 

M. le D r Louis Delattre est un docteur subtil et k nul autre 
pareil ; sa methode curative est aussi simple qu'agr^able ; il guerit 
par le fou rire. Je m'en suis apergu, — et bien trouv£, — par deux 
fois au moins. La premiere, c'etait par un certain mardi-gras, il y a 
de cela quelque six ans, quand il me r6vela les procedes de compo- 
sition d'un de ses freres de lettres. La seconde, c'etait Tautre jour, 
dans Wallonia (*) . Marquons les stapes de ce d6bat aussi imprevu 
que saugrenu. 

Le 6 mai dernier, Lowike, qui n'avait point de •• rose a la 
bouche* ce soir-la, me demande a brule-pourpoint quelle est I'ety- 
mologie du mot wallon namurois escaveche ; je l'ignorais, mais lui 
promis de lui fournir une r^ponse affirmative ou un proc6s-verbal 
de carence. 

Le 11 mai, je lui 6crivais « namurois pechon a r escaveche (ou 
escamchde ?) « poisson conserve daus la gelatine » [CF. evSque < (*) 
lat. episcopu(ni) dveche < episcopdtu(m)] < lat. esca(m) piscdtam 
= « la nourriture poissonn^e > ; dire « poisson a Tescaveche > c'est 
dire deux fois la meme chose. » 

Je ne croyais guere k mon etymologic II y avait une difficulty 
semantique autant que phonetique : dans le meme mot, oudans la 
juxtaposition intime de deux mots, esca(m) ne pouvait en m6me 
temps donner esca- et pisca- donner vesche. 

Mais cela n'avait pas d'importance ; je pensais avoir par la 
assouvi la fringale etymologique du neophyte, et je ne soupgonnais 
guere qu'ii se servirait de sa « roussette » ou de son brochet pour 

(1) Voir ci-dessus les deux dernieres lignes de la page 202 et les trois premieres 
de la page 203. 

(2) Ce signe < indique conventionnellementdanstous les livres de linguisUque 
Torigine ; = « vient de ». 



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WALLONIA 249 

s'offrir, dans Wallonia, ma <cabeche». II a eu tort de choisir cet 
organe, parce que c est dans la queue qu'est le poison et non dans la 
tete ; il va lapprendre. 

1° Le delicieux auteur des « Croquis d'6colier > saura d6sormais 
qu'une etymologie, fausse ou exacte, appartient a son auteur, et non 
point a rainiiteur ou au correspondant, qui n'a nullement le droit de 
la publier, moins encore de l'estropier. 

2° Le tout charmant rddacteur des < Contes de mon village » 
apprendra que Gantrelle, grand-ducal, n'a jamais songe a encourager 
Tetymologie wallonne ; — que je suis ne sur la rive gauche de la 
Sambre, sous le clocher de Saint-Jean-Baptiste, et non sur la rive 
droite d'icelle ou sur la rive gauche de H Meuse (erreur de topo- 
graphie) ; — que le latin s'enseigne encore, et qu'on peut l'6tudier, 
et qu'en l'6tudiant on finit par decouvrir que C F. est une abr^viation, 
une sigle, voulant dire confer, « comparez » ; or, comparaison n'est 
pas raison, encore raoins equivalence ; — que Vdvechd n'a rien'a 
voir avec le poisson, meme a l'escaveche, et que si episcopdtu(m) 
donne eceche, esca(m) PiscATA(m) peut donner escavECHE. Je n'ai 
rien dit de plus. 

3° Le succulent ^crivain des Miroirs de Jeunesse a conserve, 
precieuse, sa fleur d'adolescence, car il vous procree des mots germa- 
niques inattendus comme d'autres a son age procreentde petits m&les 
et de gentes donzelles : scharfisch est nouveau, et son etymologie n'a 
pour le moment qu'un tort, c'est de ne pouvoir encore se tenir sur 
ses petites jambes. 

4° Le costumier mignon des Marionnettes Rustiques en a 
oubli6 une dans sa collection, et, k ce sujet, je rappellerai au fin 
lettre qu'est Louis Delattre un passage, qu'il a certainement lu au 
moins dans la traduction de Littr6, de Pline le Naturalists (Histoire 
naturelle, livre XXXVI, 10, 5) ; je le resume : 

« Le peintre Apelle tenait fort au jugement, eclair^ ou non, de 
ses contemporains. II exposa un jour un de ses chefs-d'oeuvre, et se 
cacha derriere le tableau; de la il 6coutait les critiques des bons 
bourgeois qui d&ilaient devant le panneau. Un cordonnier nota 
qu'une anse manquait au lacet de la chaussure ou crepide. Le lende- 
main, Apelle avait corrige l'erreur. Le cordonnier remarqua le 
detail, en fut fieret, mu par un temeraire courage, se mit verbeuse- 
ment a critiquer le galbe du genou. Alors, Apelle, pas content du tout, 
sortit de sa cachette, et s'ecria, probablement, en grec : « Me ho 
shyiem hyper tes hrepklosf », ce que Pline rend par : « Ne sutor 
supra crepidam > ; « que le cordonnier ne s'61eve pas au-dessus 
de la chaussure ! » 



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250 WALLONIA 

Proverbe d&icieux et utile, et que des m6decins ont parfois 
oublte. 

Mais la « Loi de P6ch6 > impose la mis6ricorde. (Test pourquoi, 
en remerciant Louis Delattre de son interessante communication, 
comme aussi les deux correspondants anonymes du Petit Bleu, qui 
ont coup6 dans le pont Delattre, Tun en affirmant que le poisson (?) 
perdait la tete avant d'etre mis dans une sauce au vinaigre qui n'est 
jamais devenue le poisson lui-meme (*), l'autre en nous parlant 
de perdreau ou de pierrot a Tescaveche, dans le Midi (oh ! ce midi !), 
je lui exprime cordialement, comme toujours, ma vive admiration 
pour sa nouvelle coquecigrue, qui, parions-le, ne sera pas la 
derniere. 

La joie wallonne serait d6soI6e qu'il en fut ainsi et qu'il nous 
boudat (oh ! mon Sanskrit !). 

Ixelles, 13 septembre 1905. Emile BOISAGQ. 



Le CongrSs Wallon et Wallonia 



Wallonia ayant offert sa publicite au Congres Wallon, a eu 
Phonneur d'etre d6sign6e comme organe de ce Congres par le 
Comity organisateur. 

Nos lecteurs ont pu lire pr£c6demment (ci-dessus p. 91) les 
documents pr6paratoires. 

Nous publierons incessamment les Rapports prepares, ainsi que 
le Gompte-rendu officiel de la session, qui s'ouvre (in septembre. 



(1) Ce mot escav&che porte la guigne : Grandgagnage. et aussi Pirsoul s'y 
trompent et confondent la sauce avec le poisson lui-meme; un homard a Tameri-- 
caine ne devient jamais une miss, pourtant, ni un hareng au vin blanc un Cham- 
bertin ou un Chateau- Yquem ! 



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Chronique Wallonne 



Bibliographie. 



LE S LIVRES: 

Notger de Ltege et la Civilisation au X e siecle, par Godefroid Kurth. 
Paris, Picard ; Bruxelles, Schepens ; Liege, L. Demarteau, 19Q5. — 
2 vol. 8° de XXI + 391 et 87ipages, avec 1 carte. 

Avouer, a propos de Notger, que les renseignements dignes de foi sont 
peu nombreux et peu circonstancies, que les sources directes sont a peu 
pres totalement perdues, qu'il y a autant de legendes a detruire que de 
verites a faire apparaitre, et pourtant consacrer a ce prince-ev6que, tout 
un gros volume, c'est bien la la contradiction dont M. Kurth a paru claire- 
ment se rendre compte des la premiere ligne de sa preface, et c'est ce qui 
etonne a premiere vue le lecteur. 

Un commentaire semblable avait ete emis lors de la publication d'un 
precedent ouvrage de Tauteur, Clovis ; et, effectivement, la maniere dont 
notre savant historien a compose son livre sur celui qu'il intitule « le second 
fondateur de Liege », rappelle exactement ceile qu'il a employee naguere, 
quand il s'est agi pour lui de retablir dans sa verite historique la grande 
figure du fondateur de la monarchie franque. Nous voulons dire que de 
part et d'autre il a reserve une large part, — a defaut de certitudes — aux 
conjectures raisonnees, a des discussions critiques; qu'il s'est vu force, pour 
atteindre a la vraisemblance dans les hypotheses et combier les lacunes 
innombrables du su.jet, d'avoir recours a des comparaisons perpetuelles ; 
qull a du, en cours de route, deblayer le terrain d'une foule d'obstactes qui 
rencombraient, nous voulons dire de maintes legendes a la vie dure, parmi 
lesquelles il faut surtout ciler la celebre tradition de la prise de Chevremont 
par Notger, grace a des stratagemes plutot malhonnetes. D'autre part, 
comprenant que, pour apprecier sainement le role important qu'il veut assi- 
gnerason « heros», il fallait faire connaitre le monde dans lequel celui-ci 
allait pouvoir deployer son activite pendant pres d'un demi-siecle, il a 
cru devoir, dans cette intention, composer des chapitres dont Tobjet, pour 
n'etre plus du tout particulier a Notger, ne le cede en rien, au contraire, 
en interet a ceux qui visent specialement la personnalite du prince-eveque 
liegeois. 



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252 WALLONIA 

Tels sont les passages ou M. Kurth esquisse la situation brillante du 
royaume d'Allemagne au x e siecle, au moment ou Notger va prendre place 
au milieu des iilustres prelats dont surent s'entourer les souverains germa- 
niques ; — les chapitre II « L'Etat liegeois avant Notger » et IX « Formation 
de la prineipaute de Liege » qui, combines comme ils auraient du Tetre, 
ieur sujet etant commun et identique, fournissent un resume, parfait de 
clarte et de verite, des origines assez complexes de la principaute-eveche ; 
— le chapitre XII, « la Prineipaute », tableau des diff£rents organismes 
publics en fonction des cette epoque : le chapitre cathedral, les avoues, les 
vassaux, la chancellerie, Techevinat, le corps de la Cite, ou du moins ce en 
quoi M. Kurth croit, peut-etre abusivement, deviner les premieres traces 
de la Commune de Liege. — Une autre section de Touvrage, le cha- 
pitre XIII, « le Diocese », donne a Tauteur Toccasion de nous instruire tres 
utilement de Torganisation religieuse au temps de Notger, de la division en 
doyennes, des archidiacres, des synodes dioc^sains, des conflits territoriaux 
surgissant entre abbayes ou entre dioceses, etc. — II n'est pas jusqu'aux 
chapitres V, VI, VII, VIII (p. 56 a 115) qui, en nous faisant connaitre de 
pre*, un Notger devenu, au service des rois de Germanie, Otton L II, III et 
Henri II, Tun des personnages les plus actifs, les plus ecoutes, les plus 
influents de I'Allemagne, constituent en meme temps un resume de This- 
toire des rapports des chefs du Saint-Empire avec les grands feudataires de 
la Lotharingie, et des rivalites entre la France et I'Allemagne aux x e et 
xi e siecles. — Enfln, voulant insister sur Tinfluence exercee par le succes- 
seur d'Eracle sur le relevement des etudes et la renaissance de la vie 
artistique dans les pays mosans, I'historien de Notger ne peut s'abstenir de 
nous fournir tous les renseignements possibles sur Instruction publique 
en general dans TEurope occidentale et plus particulierement dans le pays 
de Ltege, ainsi que sur le developpement qu'avait pu prendre a cette 
Epoque les differents arts. 

Et, faut-il le dire, ces divers chapitres, oil Tauteur a mis toute sa surete 
d'informations et son talent d'exposition abondante et lumineuse, ne consti- 
tuent pas la partie la moins interessante, la moins instructive du livre. 
Aussi le fait d'avoir innste sur cette « superposition » d'etudes, en quelque 
sorte, ne doit pas 6tre envisage comme un blame. Au contraire : d'abord 
un souci de saine critique faisait a M. Kurth une obligation de ne pas 
detacher Notger de son milieu et de le situer a son rang dans la serie des 
successeurs de Saint-Lambert ; et puis nous devons a cette circonstance 
que le Notger de Liege devient surtout un tableau de la Civilisation au 
pays de Liege a une epoque fort reculee. Et c'est a ce titre-la que la der- 
niere production scientiflque du savant professeur de nojre Universite 
meritait d'etre signalee ici. 

L'bistorien de profession s'arretera de preference devant tous les nom- 
breux passages du livre qui sont comme autant de chapitres de critique 
historique du meilleur aloi, bien que la conjecture soit parfois poussee un 
peu loin ; et dans le tome II, reser/e a la discussion plus fouillee de ques- 
tions sp6eiales controversies (Les trois biographies de Notger — L'enceinte 



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WALLONIA 253 

notgerienne de Li6ge — La cathedrale notgerienne de Li6ge — Poss^dons- 
nous les restes de Notger? — Saint-Bern ward de Hildesheim ne doit-il rien a 
Tart mosan? — Catalogue des actesde Notger), il retrouvera le maftre dont 
les lecons, — reserves faites pourses conceptions generates en matiere de 
philosophic et d'histoire, — etaient des modeles d'enseignement fecond 
autant qu'attachant. 

Le lecteur ordinaire, le Ltegeois, le VVallon particulierement, ne lira pas 
d'autre part sans un r6el interet ni sans profit tout ce qui concerne les plus 
anciennes 6glises de notre antique cite, Fenceinte tracee par Notger, les 
premiers dereloppementsdela «Git6» vers 1' «Ile» ; il apprendra combien 
in tenses devaient etre, des cette 6poque, la vie politique et la vie religieuse 
au sein de la principaute ; il sera etonn6 de saroir que Ltege, des avant 
toute autre ville lotharingienne, formait un veritable foyer intellectuel et 
que la race wallonne manifestait deja une singuliere vitality dans tous les 
domaines. 

Certes, a ce point de vue, I'epoque de Notger meritera d^sormais de 
retenir serieusemeut Inattention de nos futurs historiens nationaux. Certes 
aussi, Notger fait grande figure dans le pass6, surtout quand on vient de 
lire M. Kurth. Mais celui-ci n'est-il pas un peu victime de cette tendance 
que Ton a a grandir les personnages dont on entreprend de retracer la 
carriere? Ne voit-on pas que M. Kurth lui-meme, qui voue cependant a ses 
heros tant d'ad miration sympathique, est comme oblige\ par la nature 
meme des faits qu'il etudie, de citer a tout instant avec 61oge le nom d'un 
Eracle, d'un Balderic, d'un Wazon : si bien qu'on a Timpression que, si 
Notger a 6t6 un prince et un prelat aux capacity remarquabies, son siecle, 
tout pres de lui, en avait vu naitre d'autre-?, ([ill meriteraient eux au? si de 
trouver en M. Kurth un historien aussi gGnereux qu'erudit. Toutes choses 
seraient ainsi mises en place. Et nos concitoyens seraient de la sorte tout 
6tonnes et tout fiers de trouver dans le passG de leur patrie tant de 
Notgers ! 

Felice Magnet le, 

Ouvrages recois : 

Bonjean, Albert. Legendes et Profits des Hautes-Fagnes. Autouv de la 

Baraque Michel. Verviers, Ch. Vinche, 1905. In-8° (21X14), 253 p., 

1 pi. et gravures. Prix : 2 fr. 
Colson, Arthur et Lucien. Bertine, drame en trois actes. Ouvrage prime 

par le Gouvernemeht. Li£ge, Imprim. industr. et commerciale. 1905. 

In-8° (18X12), 85 p. 
Doumont, Edmond. Roses aVaube (poemes). Li^ge- Paris, « l'Edition artis- 

tique », 1905. In-8° (18X12) nori pagine, 4 feuilles. 
Felleb, Jules. Regies d'orlhographe wallonne adoptees par la Societe 

liegeoise de Litlerature wallonne. Deuxieme edition. Li6gc, VailUnt- 

Carmanne, 1905. In-8° (24X16), 72 p. Prix : fr. 0,50. 
Fiebrns-Gey \EKT.Jordaens, biographie critique illustr. de 24 reproductions. 

Paris, Laurens, s. d. In-8° (22X16), 127 p. Prix : broche fr. 2,50. 



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254 WALLONIA 

Liebrecht, Henri, et Morisseaux, F. -Charles. Miss Lilli, comedie en trois 
acles, en prose, representee pour la premiere fois a Bruxelles, sur 
la scene du Theatre royal du Pare, le 12 avrii 1905. Paris-Li6ge, 
« I'Edition artistique », 1905. In-8° (18x12) 156 p. Prix : 3 fr. 50. 

Maeterlinck, Louis, Ville de Gand, Musee des Beaux- Arts ; Catalogue, 
precede d'un plan des salles et d'une notice historique. Gand, Meyer- 
van Loo, 1905. In 8" (19X13), 67 p., 54 ill. 

Matthieu, Ernest. Rapport annuel du Comite provincial de la Commission 
rnyale des monuments, adresse a M. le Gouverneur du Hainaut. 
Frameries, Dufrane-Friart, in-8° (22X14) non pagine, 4 feuilles. 

Mich a, Alfred. La Gravure, ses origines, ses differents genres, Discours 
prononce a la ceremonie de la distribution des recompenses aux eleves 
de TAcadeinie des Beaux-Arts de Liege. Liege, Aug. Benard, 1905" 
In-8° (21,5X14), 18 p. 

Peuteman, Jules. Un pensionnaire oVArchis, Jean-Simon Renier. Verniers, 
edition du « Farfadet », 1905. ln-8° (17,5X11), 32 p. Prix : fr. 0,50. 

RE VUES ET JO URN A UX 



Sur le Patriotisme. — Dans le journal socialiste Le Peuple, de Bru- 
xelles, n° du 12 septembre, M. Louis Pierard publie un article intitule < la 
Patrie beige » ou il constate les differences profondes entre Wallons et 
Flamands quant a la langue et quant au caractere et aux coutumes, et il 
se declare convaincu qu'un patriotisme absolument beige et unitaire 
n'existe pas. 

Sur la question du patriotisme, il ecrit : 

« S'il est vrai que la meilleure patrie est celle « ou Ton vit le mieux », 
celle « dont les institutions donnent le plus d'avantages politiques et sociaux 
a ses membres », il appert, d'autre part, qu'un prol'ond amour de la patrie 
dont il est le flls, peut subsister au cneur du plus miserable des spolies. 
Pourquoi ? Parce qu'il I'aime a travers tout, pour son passe, sa tradition, 
la raerveilleuse diversity de ses aspects parmi laquelle il se retrouve tou- 
jours proche d'elle pour a jamais. 

« Evidemment, pour nous, socialistes, un prole aire a Gand est un 
proletaire au meme titre qu'un mineur borain, un homme a relever au 
meme titre qu'un moujick russe. 

« Mais longtemps, nous avons parle* d'internationalismc, sans trop pr6- 
ciser notre pensee. Les temps sont changes : nul d'entre nous ne contestera 
bientot plus que sous l'egide d'un internationalisrae paciflcateur, il convient 
d'aider a Tefllorescence des originalitCs nationales. Nul ne niera qu'un 
respect profond est du a tout patriotisme sincere, culte de la terre natale et 
des a'leux; qui correspond a une ame traditionnelle bien deftnie, a une 
comraunaute aussi grande que possible, de race, de langue, de coutumes, 
de souvenirs historiques. Jamais cela n'impliquera dans nos esprits Taccep- 
tation de ce chauvinisme agressif, a qui Ton doit deja tant d'aventures 
deplorables. » 

Sur l'influence franca ise en Belgique. — Un journal parisien, le 
Steele, a ouvert une enquete fort interessante sur « la Force morale des 
grands peuples ». M. Albert Mockel, soilicite d'y apporter sa contribution, 
a donne un important article, publie le 20 aout, ou apres avoir delimite la 



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WALLONIA 255 

part qui revienta TAllemagne et a TAngleterre dans le domaine de la phi- 
losophic et des arts contemporains, il a rendu un hommage enthousiaste a 
Tinfluence francaise : 

« Quant au credit ideologique, celui de la France vaut sans doute a lui 
seul celui de toutes les nations reunies ; une idee francaise est deux fois 
viable. (Test qu'ily a en ce peuple le double genie de Tuniversalite et de la 
generosite. La pensee vraiment francaise n'est .jamais etroitement, egoiste- 
ment nationaliste ; elle est par nature largement humaine et elle rayonne 
par la persuasion. La belle et ingenue Allemagne de naguere, aujourd'liui 
brutale et prussienne, pretend commander ; TAngleterre pratique veut 
acquerir. Seule, la France sait donner. » 

M. Mockel, etudiant ensuite, pour repondre aux questions du Steele, 
Taction morale exercee par les grandes puissances sur les petites, s'en tient 
precis^menta la Beigique, e'est-a-dire au Pays flamand et k la Wallonie. 

« Dans la region flamande, Tinfluence de TAllemagne est a Anvers 
presque irresistible. A Gand, a Bruges, dans les campagnes du Nord et de 
TOuest, le parti flamingant a une puissance extreme ; il est hostile a la 
France, a sa culture et surtout a sa langue, v6hicule des idees «r6volution- 
naires ». Le caractere d'universalitG de Tide"ologie frangaise, repugne au 
nationalisme flamingant, et la culture germanique lui pa rait, non sans 
raison, je crois, s'adapter mieux aux qualites de la race. Sans avoir pour la 
France une sympathie tres decidee — elles pencheraient peut-etre pour 
TAllemagne a Gand, et pour TAngleterre a Bruges, mais avec une ten- 
dance marquee au particularisme national — les classes instruites 
du peuple flamand participent assez largement a la culture francaise. II 
existe meme a Gand une Association militante pour la vulgarisation du 
francais dans les Flandres. Quant a la ville de Bruxelles. elle cultive avec 
des succes divers Tinfluence franchise et meme la parisienne. 

« En Wallonie, il est vraiment superflu de mes*urer les sympathies 
franpaises, puisqu'on est ici en France meme, & Tournai, k Mons, a Char- 
lerbi, a Namur, a Arion, a Verviers comme a Liege, on ne parle et Ton n'a 
jamais parle que le francais depuis que le francais existe. La principaute de 
Liege fut un etat ecclesiastique autonome sous la vague suzerainete 
de Tfimpire, jusqu'a ce qu'elle se donnat de plein gre a la France, a la 
Revolution. 

« Aujourd'hui la plupart des Wallons acceptent sans arriere-pensee le 
mariage de raison qu'ils ont conclu avec la Flandre, pour former la 
Beigique ; ils se satisfont d'un regime qui, s'il les exploite ftnancierement 
en faveur des populations clericales et flamingantes, leur assure du nioins 
presque toutes les libertes politiques et Tespoir de reconquerir un jour 
Tegalite des charges et profits dans la communaute. 

€ L'administration fait de grands efforts pour creer une « ame beige ». 
On force les Wallons a apprendre le flamand s'ils postulent un emploi ; on 
le leur impose k Tecole s'ils vont dans la capitale; les textes officiels ne leur 
sont offerts qu'avec une traduction flamande. Dans les colleges on supprime 
ou on mutile Thistoire de la Wallonie, comme revolutionnaire sans doute et 
deplorablement francaise ; on exalte celle de la Flandre qui fut particula- 
riste et Ton glorifie les dues de Bourgogne, en oubliant qu'ils furent un 
^pouvantable fl£au pour le pays de Liege. Rien n'y fait. L'ame beige pre to 
a sourire en Wallonie, parce qu'on y a Tame wallonne, e'est a-dire 
frangaise. 

« L'exposition universelle de Li6ge a donne k ces sentiments, trop long- 
temps contenus, Toccasiou de se manifester ; dans la ville, le drapeau rouge 



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256 WALLONIA 

et jaune de Tancienne principality flotte partout a cote du drapeau offi- 
ciel. Sans La moindre hostility pour la Flandre, raaisen r6ponse aux menses 
flamingantes, on tentera d'etablir le bilan moral d'un petit peuple qui fut, 
en Occident, le premier a conquerir les libertes modernes, et qui, dans la 
musique. la sculpture et leg arts du dessin, vient de nous donner C6sar 
Frank, Constantin Meunier et Felicien Rops. Fait plus significaiil encore, 
le Congres wallon sera precede, le 10 septembre, d'un Congres international 
pour V extension et la culture de la langue francaise ou des repr£sentants 
de France, du Canada, de l'Alsace-Lorraine, de la Suisse et de la Wallonie, 
rassembies pour la premiere fois exaltcront ensemble le langage qui forme 
leur commun patrimoine. » 

Echo de la Fete des Arbres. (Journal de Liege, 8 septembre). — 
« Lors de la Fete des Arbres a Esneux, M. Jules Garlier, president de la 
Commission des Sites, promit a la commune, au nom des Usines Cockerill, 
une plaque de bronze qui commemorerait t'evenement du jour. Le soin de 
faire de cette plaque une oeuvre d'art, a ete confie a M. Oscar Berchmans, 
l'excelleut sculpteur, auteur de tant d'oeuvres d£ja, originates et savantes a 
la fois, et M. Oscar Colson, le directeur de Wallonia, a redige, pour qu'elle 
y fut graved, une epigraphe qui est tout un joli poeme d'un caractere pieux : 

I/an 1905. li 21 de meus d'may 

cist-3be a stu plants 

po-z-acsegni les p'tits, po fer tuser les grands, 

et po dire a turtos : 

Ainmez 16s Sbes, respectez-les 

pol bet6 et l'honeur de Payis. 

Qui qu'vos sey6sse, les Sbes ont ahoute 
Vos djeus d'efant, vos amours di d.jonesse, 

Vosse ripwes bin gangni. 
II ont veyou totes vos djoyes, totes vos ponnes. 

I d'meurront co. qwand vos 3rez passe, 

Po d'ner o leu-z-ombe. leus fleurs, leus fruts, 

As cis qui vinront apres vos. 

A qui les set louqui, is d'net des bons eximpes : 

I sont solides, honetes, et dous. 

I d'net leu frut sorlon tot leu pouvwer 

Sins qweri po qui c'&st, et s'on I'acomptret mSy 

I fet leu d'vwer, qu'on l'sepe ou nin. 

On hourle passe : i rindet Tbin pol ma. 

Li djou qui tot Tmonde fr& come zels 

Li tere toun're pus joyeus'mint ! ( ! ). 

(*) Traduction. — I/an 1905, le 21 da mois de mai | eel arbre a etc planto | 
pour eusoigner les pel its, pour lain* penser les grands | et pour dire a tous : | 
AiiiH-z Irs arbres, respeetez les | pour la boaute et riionneur du pays. | Qui que 
vous soy«'z, les arl>res ont abrite | Vos jeux d'enfant. vos amours de jeunesse | 
Voire repos bien gagne. | lis ont vu toutes vos joies, toutes vos peines. | lis demeu- 
reront eneore, quand vous aurez passe | Pour donner leur ombre, leurs fleurs, lours 
fruits | A ('(Mix qui viendront apres vous | A qui les sait regard or, ils donnent de 
bons exemples : | lis snnt solides. honnetes et doux. | lis donnent lour fruit solon 
tout leur pouvoir | Sans ehereher pour qui o'ost, et si on le prisera jamais. | lis font 
leur devoir, qu'on le saehe ou non. | line rafale passo : ils rendent le bien pour le 
mal. | Le jour ou tout le monde fera eomme eux | La terre tournera plus joyeu- 
sement ! 



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WALLONIA 257 

Un Mus6e des Mines.— Rendant compte dans la Gazette (n° du 24 aout) 
de l'exposition du Syndicat des charbonnages liegeois, M. Edmond Gattier 
emet le vceu de voir creer au pays wallon un Musee des Mines. L'idee est 
interessante et vaut d'etre retenue. 

« Le Syndicat a fait de son exposition quelque chose d'extiaordinaire- 
ment interessant, d'expressif et de parlant, qui fait saisir sur le vif la vie des 
charbonnages — et aussi les merveilles des grand travaux souterrains, les 
procedes de la iutte que Tingenieur engage, a plus d'un kilometre de pro- 
fondeur, contre la pression des terres et de Teau. 

II a voulu instruire et faire comprendre : et ii y a admirablement reussi. 
Quel dommage que tout ce qu'il a rassemble la doive disparaitre apres 
l'Exposition, que cela ne soit pas destine a devenir le noyau d'un Musee des 
Mines, qui pourrait se completer, se developper, et dont la place a Liege 
ou dans un autre grand centre d'expioitation charbonniere serait si bien 
indiqu^e ! » 

Une invention liggeoise. — Le Bulletin de TUnion de la Presse 
periodique beige, n° de septembre, p. 153, ecrit : 

« On sait que, a notre 6poque, c'est par la publicity que la presse gou- 
verne. C'est la reclame qui lui a permis de se developper d'uue fayon 
foudroyante, d'abaisser le prix des journaux, de p^netrer j usque dans la 
maison de Touvrier. Ge qu'on ne sait pas, peut-6tre, c'est que l'exploitation 
methodique et systematique de la quatrieme page est une invention beige. 
Ge fut, en eflet, la Gazette de Liege qui l'introduisit dans les moeurs jour- 
v nalistiques, imit6e bientot par les journaux de Bruxelles, par ceux de 
Londres et de Paris, qui en virent aussitot tous les avantages. Le resultat 
a ete foudroyant. II y a un siecle, VOracle, de Bruxelles, un des journaux 
les plus importants du pays pour ce temps-la, tirait a.... mille exemplaires. 
Aujourd'hui, plusieurs journaux de Bruxelles tirent a 100,000 ; les jour- 
naux de province qui debitent 20,000, 50,000 exemplaires, ne sont pas 
rares, et certaines feuilles de Paris arrivent au tirage d'un million dYxem- 
plaires. » 

Tout cela, c'est le resultat de la reclame, invention wallonne. Et Ton 
dit que les Wallons ne sont pas pratiques ! 

Pour Max Waller. — Notre confrere Le Thyrse an nonce que, 
desireux de propager le souvenir de Max Waller, il a cru qu'il serait inte- 
ressant pbur le public de posseder un temoignage de l'importance de la 
renaissance des lettres d'expression francaise due a i'initiative de Max 
Waller et de La Jeune Belgique. L'exceilent romancier Paul Andre a done 
ecrit dans ce but une etude interessante et detaillee de cette periode de 
notre histoire litteraire. Groupant autour de Max Waller les autres 
ecrivains qui formerent La Jeune Belgique, Paul Andre a pu tracer de 
Max Waller un portrait dehnitif grace a des documents importants et 
inedits dont il lui a ete donne de faire usage. Gette etude paraitra le 
15 octobre prochain aux editions du Thyrse. Elle formera un beau volume 
de 150 pages, abondamment illustre de portraits, d'autographes et de dessins 
qui augmenteront l'interet du texte et feront de ce livre un ouvrage indis- 
pensable pour tous ceux qui sont desireux de connaitre notre histoire 
litteraire. Le Thyrse a decide de mettre ce volume en souscription des a 
present au prix modique de 1 fr. 50. 



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258 WALLONIA 

Le Musee Wiertz k Dinant. — M. Henry Carton de Wiart dGveloppe 
dans VArt moderne, n° du 17 septembre, unc proposition originate de 
nature a rejouir les Coper es : 

« Vous connaissez le Mus6e Wiertz? Quelque opinion que Ton ait du 
talent de ce peintre romantique et grandiloquent, on conviendra que la 
collection de ses oeuvres occupe, dans la serie des richesses artistiques de 
notre bonne ville de Bruxelles, un rang... plutot accessoire. Rei6gu6 aux 
conflns des faubourgs d'lxelles et d'Etterbeek, dans un quartier d'acces 
difficile, ce Mus£e est ignore de beaucoup de nos concitoyens, et sa clientele 
est essentiellement assur6e par les caravanes de Tagence Cook, qui ne 
manquent pas d'y faire une station, entre un peierinage a Manneken-Pis et 
une visite a notre GIGphantesque Palais de Justice. II convient d'ajouter que 
jusqu'en ces dernieres ann6es, le Mus6e Wiertz jouissait d'un privilege qu 1 
lui conciliait des sympathies sp6ciales dans le monde des Lettres beiges. 
Sous pr6texte de conservation, l'Etat y installait a demeure un ecrivain 
«autoris6», pour qui ce poste devenait Yotium cum dignitate rev6 par tout 
poete, — voire par tout prosateur. Potvin jouit iongtemps, tr&s longtemps, 
de cette confortable sinecure. Mais depuis sa mort, aucun de nos 6crivains 
— quelque effort qu'on ait fait, — n'a paru digne de le remplacer... Et le 
Mus6e Wiertz se conserve tout seul. 

» Que diriez-vous du projet de transporter a Dinant, ou Antoine Wiertz 
naquit en 1806, et ou son souvenir est pieusement conserve, ce Salon qui 
appartient a l'Etat, en vertu d'une convention pass6e en 1850 entre l'artiste 
et M. Charles Rogier, ministre de l'int6rieur? 

» A cette id£e, les Ixellois feront peut-etre tout d'abord la grimace. 
Mais les Dinantais seront si contents ! 

» Calmons d'abord les Ixellois pratiques. Le Mus6e Wiertz — j'entends 
i'ensemble des batiments qui le constituent — est a proprement parier un 
« bouchon ». Ce bouchon fait depuis longtemps obstacle a la mise en valeur 
d'un quartier auquel de nouvelles et meilleures voies de penetration et de 
communication sont n^cessaires. Quant aux Ixellois esthetes, ne pourrait-on 
les d£dommager en d£cidant que Tune des toiles-maitresses de Wiertz : La 
Belle Rosine % par exemple, ou le Portrait de V artiste par lui-meme, serait 
d6tach6e de la collection et plac6e au « Mus6e communal » ? En guise de 
consolation plus noble, n'auraient-ils pas, d'ailleurs, I'honneur d'un beau 
geste fraternel ? 

» Quant a la bonne cit6 des « Coperes », voila de tr6s longues ann£es 
qu'elle est en travail d'un monument Wiertz. Elle avait tout d'abord voulu 
6riger a la cime de ses plus hautes roches et dans des proportions gran- 
dioses, un groupe dont Wiertz avait congu le plan et choisi le titre : Le 
Triomphe de la Lumiere. Ce projet a 6chou£ a cause de la p6nurie des 
souscriptions. 

» Pourquoi ne pas y substituer — avant meme qu'il prenne corps — 
i'id£e d'6difier a Dinant, dans le simple et joli style mosan, une grande salle 
ou i'oeuvre de Wiertz, logiquement pr6sent£e et congrument annonc6e par 



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WALLONIA 259 

les mille voix de la reclame, attirerait sans r6pit les curieux d'art et les 
bandes aibionesques, recompensant ainsi les Dinantais de leur fld£lite au 
culte d'un giorieux concitoyen? L/emplacement de ce Musee est tout indi- 
que. II est aujourd'hui marque par une abominable fabrique de « merinos » 
qui deshonore le coude forme pair le fleuve en amont du pont, et qu'un 
arret6 d'expropriation tres opportun ne tardera guere sans doute a 
jeter bas. 

» La mode est a la decentralisation. Elle est aussi aux voyages. Pour- 
quoi les M usees 6chapperaient-ils a la loi commune ? » 



Faits divers. 



M6dailles. — Le salon d'art organise a Liege, a l'occasion de I'Ex posi- 
tion, a et6 l'occasion, comme tous ses pareils, d'une ample distribution 
de medaiiles, dites « recompenses. » II est permis de n'etre pas trfcs 
entbousiaste de la facon-dont sont le plus sou vent distributes ces « recom- 
penses. > Elles ont du moins Tavantage de renforcer Tattention publique, 
sans toujours convaincre les connaisseurs. 

Gette fois, cependant, le jury a rendu une justice eclatante et meritee 
a un artiste a la fois modeste et du plus grand merite, en accordant une 
premiere medaiile pour la gravure a Tartiste montois, Charles Bernier ( ! ). 

Gette distinction n'est accordee par le jury de Liege qu'a des maitres 
emineuts et elle met le jeune graveur sur la meme ligne que les Storm de 
Oravesande, les Bauer, les Danse qui la partagent avec lui pour la gravure, 
de meme que, pour la peinture et la sculpture, elle echoit egalement a des 
sommit6s artistiques : Glaus, Laermans, Rousseau, etc. 

C'est done une recompense particulierement brillante que vient de 
conquerir le jeune aquafortiste et comme elle est due non seulement a son 
don personnel d'artiste mais aussi a un labeur consciencieux et continu, il 
faut Ten ieliciter doublement. 

La carriere de Gh. Bernier, malgre son age peu avanc6, est deja iongue 
et marquee de succes artistiques nombreux. 

Prix de Rome en 1891, il obtient trois ans apres une medaiile d'or a 
TExposition d'Anvers. II est successivement recompense a Paris, Bruxelles, 
Munich, etc. II fut cinq fois laureat du concours des aquafortistes de 
Belgique. En 1901, le gouvernement le designe comme membre du jury du 
concours de Rome. En 1903, il obtient une medaiile a TExposition de Saint- 
Louis. Gette annee, a Liege, le ministre des beaux-arts de France, 

(1) Ne a Angre, Charles Bernier est le flls de M. Theodore Bernier, bien eonnu 
des archeologues pour ses belles etudes sur le Hainaut aneien. 



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260 WALLONIA 

M. Dujardin-Baumetz, et TAcad^mie royale de Belgique firent Tacqui- 
sition de plusieurs de ses eaux-fortes, paysages et portraits. 

L'oeuvre gravee de Ch. Bernier est considerable, tant en interpretation 
d'oeuvres picturales qu'en eaux-fortes originales. Nous ne pouvons songcr 
a citer des titres ; la liste serait trop longue et le public connaft, du reste, 
quelques-unes des meilleures planches de l'excellent artiste. Son talent 
personnel et primesautier a bris6 le cadre de la vieille gravure ; sa facture 
est large, enlevee et vivante. 

La haute distinction que le gouvernement vient de lui accorder est la 
consecration d'un talent remarquable et original. Elle range deftnitivement 
Charles Bernier parmi les maitres de notre ecole de gravure. 

A. Carlo t. 

Apropos <Tun « landdag » flamand. — A Tannonce du Gongres 
wallon qui s'organise a Liege, certaine3 gazettes flamingantes ont 
jete feux et flammes et ont profere, a Tadresse des Wallons, quelques am6- 
nites de haut gout, dont la reedition n'avait rien d'etonnant de leur part. 
En m£me temps, elles annoncaient un grand landdag de protestation. 

Des « communiques », publics dans les premiers jours d'aoilt, ont fait 
connaitre Tesprit de ce Gongres. On y devait parler des sujets suivants : 
La Flandre et son passe, les Arts plastiques en Flandre, la Literature 
flamande, le Mouvement musical flamand, les Sciences en Flandre, la Loi 
sur I'empioi des tongues, la Situation sociale du peuple flamand, la Valeur 
de la langue flamande, TAvenir de la Flandre. Les rapporteurs sont des 
savants, des litterateurs, des hommes politiqucs bien conn us. 

Ce programme etait precede, notamment dans le Matin, d'Anvers 
(n° du 4 aotit), de l'expose suivant : 

« Dans I'esprit de ses auteurs, cette manifestation est destinee a montrer 
» que les Flamands sont sincerement attaches a la patrie beige, et qu'ils 
> desirent vivre en bonne intelligence avec ieurs frfcres Wallons, tout en 
» demeurant fideles a Tensembie des traditions de leur race. » 

Remplacez dans cette phrase les mots Flamands et Wallons Tun par 
Tautre, et vous pouvez Tappliquer au Gongres wallon. On ne pouvait done 
mieux dire, a notre sens. 

Seulement, on nous permettra bien d'ajouter que e'est la premiere fois, 
sous la plume de Flamingants, qu'on trouve cette expression de « freres 
wallons ». Jusqu'alors, on ne parlait presque jamais des Wallons que pour 
les conspuer avec violence et les insulter grossierement. 

Cela menagait de devenir parfaitement odieux. 

Des Flamands senses ont vu le danger. Rien de mieux. Du moment 
qu'on se reprend a traiter les Wallons sur un ton de bonne compagnie 
et meme de fraternite politique, on peut esperer que la lutte des races en 
Belgique, qui s'annonQait vioiente de ce cote, comme elle le fut presque 
constamment de i'autre, se transformera en une emulation salutaire. 

0. C. 



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Principaux collaborateurs 



MM. Victor Chauvin, professeur a l'Universite de Liege ; Albert 
Counson, Lecteur a l'Universite de Halle a/Sale; N. Cuvelliez, regent a 
TEcole moyenne de Quievrain ; Jules Dbwert, prof, a r Athene^ d'Ath ; 
Alfred Duchesne, prof, de Litterature francaise, Bruxelles ; Georges 
Dwelshauvers, prof, a l'Universite libre, Bruxelles ; Jean Haust, prof, a 
TAthenee royal de Liege; H. Fierens-Gevaert, prof, a l'Universite de 
Lie>e ; Jules Lemoine, directeur des Ecoles, a Marcinelle ; Felix Magnette, 
prof, a l'Athenee royal de Liege ; A. Marechal, prof, a l'Athen6e royal 
de Namur ; H. Pirenne, prof, a l'Universite de Gand ; Lucien Roger, 
instituteur communal a Voneche ; Maurice Wilmotte, prof, a l'Universite 
de Liege. 

MM. Aibin Body, archiviste de Spa; D. Brouwers, conservateur- 
adioint des Archives de i'Etat a Liege; A. Carlot, attache aux Archives de 
l'Etat a Mons; Albert Delstanche, attache a la Bibliotheque royale de 
Belgique; Emile Fairon , attach^ aux Archives de I'Etat a Liege; 
Oscar Grojean, attache a la Bibliotheque royale de Belgique ; Emile 
Hublabd, conservateur de la Bibliotheque pubiique de Mons; Adrien Oger, 
conservateur du Musee archeologique et de la Bibliotheque pubiique 
de Namur ; Victor Tourneur, attache a la Bibliotheque royale de Belgique. 

MM. le D r Alexandre, conservateur du Mus6e archeologique de Li6ge ; 
A. Boghaert-Vache. archeologue et publiciste, Bruxelles; Leopold Devil- 
lbrs, president du «Cercle archeologique » de Mons; JusMn Ernotte, 
archeologue a Donstiennps-Thuillies; Ernest Matthieu, archeologue a 
Enghien ; D r F. Tihon, archeologue a Theux ; Georges Willame, secretaire 
de la « Soctete archeologique », Nivelles. 

MM. Paul Andre, Arthur Daxhelet, Louis Delattre, Maurice des 
Ombiaux, Louis Dumont-Wilden, Camille Lemonnier, litterateurs a 
Bruxelles; Fernand Blondeaux, Charles Delchevalerie, Olympe Gilbart, 
litterateurs a Liege : Hubert Krains, litterateur a Berne ; Albert Mockel, 
litterateur a Paris. 

MM. Henri Bragard, president du « Club wallon », Malm6dy ; Joseph 
Hens, auteur wallon, Vielsalm; Edmond Jacquemotte, Jean Lejeune, 
auteurs wallons a Jupille; Jean Roger, president de 1' « Association des 
Aut^urs dramatiques et Chansonniers wallons >, a Li6ge ; Joseph Vrindts, 
auteur wallon a Liege; Jules Vandereuse, auteur wallon a Berzee. 

MM. Ernest Closson, conservateur-adjoint du Musee instrumental au 
Conservatoire royal de musique, Bruxelles; Maurice Jaspar, professeur au 
Conservatoire royal de musique, Liege. 

MM. George Delaw, decsinateur, a Paris; Auguste Donnay, artiste 
peintre, professeur a l'Academie royale des Beaux- Arts de Li£ge ; Paul 
Jaspar, architecte, a Liege Armand Rassenfosse, dessinateur et graveur 
a Ltege ; Victor Rousseau, sculpteur, Bruxelles ; Joseph Rulot, sculpteur, 
professeur a l'Acad6mie royale des Beaux-Arts de . Li6g<* ; Gustave 
Serrcrier, ingenieur-d6corateur, Li6ge. 

MM. Y. Danet des Longrais, genealogiste-heraldiste, a Liege ; Pierre 
Deltawe. publiciste, a Li6ge ; Nicolas Pietkin, cure de Sourbrodt ; Oscar 
Colson, folkloriste, etc. 



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"VT^j^niiniiOisrij^ 

Archives Wallonnes 

D' AUTREFOIS, DE NAGU&RE ET DAUJOURD'HUI 

Recueil raensuel, illustrt, fond6 en dtcembre 1892 par 0. Colson, 
Jos. Defrecheux et 8. Willarae; honorti d'one souscriptlon du Bouwnement, subsidii par la Province 

et par la vide de LI6ge. 

Publie des travaux originaux, Etudes critiques, relations et 
documents sur tous les sujets qui int^ressent les Etudes wallonnes, 
(Ethnographic et Folklore, Arch^ologie et Histoire, Literature et 
Beaux-Arts) avec le compte-rendu du Mouvement wallon g6n6ral. 
Recueil impersonnel et ind^pendant, la Revue reste ouverte k 
toutes les collaborations. 

Dirkcteur : Oscar COLSON, 10, rue Henhart, Lidge 



Abonnement annuel : Belgique, 5 francs. — Etranger, 6 francs. 
Les nouveaux abonn6s recoivent les n og parus de Tann6e courante. 



mUMKUW IIS WALLDiUA 

Tomes I k XII, 1893 a 1904 inclus. 

Depuis sa fondatiori. Wallonia a public chaque ann6e un volume 
complet in-8° raisin, brochG non rogne, avec faux-titre, titre en rouge et 
noir, et table des matieres. A la fin du tome V (1897) et du tome X (1902) 
sont annexees des Tables quinquennales 3"alytico-alphab6tiques, qui cons- 
tituent le repertoire idGologique de la publication. 

Chaque volume. 6l6gaminent 6dit6. est abondamment illustr6 de des- 
sins originaux, portraits, etc., et contient de nombreux airs notes. Les huit 
premiers volumes comptent chacun plus de 200 pages ; les quatre volumes 
suivants, plus de 300 pages ; total, pour les 12 volumes, 3,000 p. environ. 

CONDITIONS DE VENTE 

Les volumes terminer sont en vente au prix de 5 francs Tun. La four 
niture separ6e des premiers tomes ne peut etre garantie, mais des conditions 
sp6ciales seront faites, tant que le permettra T6tat de la reserve, aux 
abonnes qui desireront computer leur collection. 

En vue de faciliter aux nouveaux souscripteurs Tacquisition de tout 
ce qui a paru, les prix suivants ont 6t6 6tablis : 

La collection complete, 12 volumes : 37 fr. net. 

Avec Tabonnement 1905, ensemble : 40 francs. 

Un certain nombre d'exemplaires des deux Tables quinquennales 
(32 et 24 p. k 2 col. de texte compact) sont a ia disposition des travailleurs 
au prix total de 1 franc. 



- Imp. Inoustrielle & Commercials. Sec. An. 
r.3t-Jean-Baptibtf. IS.tel. 1SI4 



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; Z.L ?-*(>. 33. 

W\LLONIA 



XIII* annee — N° 10. Octobre 1905. 



SOMMAIRE 

Ce numero est consacre aux 
Rapports prepares pour le Congres 
Wallon de Liege. 

(Voir la Table a la V page de ce fascicule) 



BUREAUX : 
LltGE, >IO. RUE HENKART 



Un an : Belgique, 5 francs — Etranger : 6 francs - Un n' 50 cent 
La Revue pamit rihaquc mois, sauf eu aouU 



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Chansons populaires des provinces beiges 

ANTHOLOGIE 

INTRODUCTION, HARMONISATION ET NOTES 

l>ar 
Ernest CLOSSON 



Bruxelles, Schott Freres. 1 vol. in-8* (30 X 21) 223 p. Prix : 6 fr. net. 



LE FOLK-LORE DE FRANCE 

par 
Paul SEBILLOT 



Tome I : Le del et la Terre. — Tome II : La Mer et les Eausr 

Paris, Guilmoto, Rditeur, 0, rue <Ie Me.zieres, Paris 
2 vol. in-8 a (25 X 16.5) 491 et 478 p. Chacun : 16 fr. 

Sainte-Beuve a Liege 

LETTRES ET DOCUMENTS INEDITS 

par 
Oscar GROJEAN 

Bruxelles. Misch et Thron. Paris, Fontemoing. 
1 vol. in 8 a (20 X 16), C£ p. Prix : 2 fr. 



j 



Le Congres Wallon 



Le Gongr6s Wallon a tenu ses assises a Ltege les 30 septembre, 
l' r et 2 octobre derniers. Les seances ont etc suivies par un tres 
nombreax public appartenant a toutes les classes do la societe. 
Le Congres avait reuni pres de six cents adherents. 

Wallonia publiera prochainement un compte-rendu detail^ des 
importants debats de la Session. 

Comme nous l'avons annonce, nous donnons aujourd'hui la 
reproduction integrale des Rapports prepares; ils ont ete revus par 
leurs auteurs, et plusieurs ont recu des additions importantes, 
notamment ceux de MM. Erne>t Closson et Joseph Closset (n 08 10 
et 19 ci-apres). 

On trouvera au verso la liste de ces documents avec le nom de 
leurs auteurs, ainsi que les pages ou Ton peut les retrouver dans 
ce nuniero de Wallonia. 



T. XIII, n* 10. Octobre 1905. 



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TABLE 

t 
DES 

RAPPORTS DU CONGR&S WALLON 



PAGES 



1. Julien Fraipont. Les origines des Wallons 263 

2. Laurent Dechesne. Rapport sur la situation morale et materieile 

des provinces wallonnes 266 

3. Jean Roger. La situation morale et materieile du peuple walion . 287 

4. Gomte Albert du Bois. Des relations entre la France et ia Wallonie 

au point devue postal 300 

5. Julien Delaite. Les droits des races en Belgique 304 

6. Henry Odekerke. Rapport sur TExtension a donner aux orga- 

nismes de propagande wallonne 329 

7. Olympe Gilbart. A propos de I'Ame beige 334 

8. Paul Jaspar. Le Sentiment walion dans TArt de i'Architecture . 339 

9. Joseph Rulot. Le Sentiment walion en Sculpture ...... 343 

10. Ernest Closson. Le Sentiment walion en Musique 347 

11. Auguste Donnay. Quelques idees sur le Sentiment walion en 

Peinture 355 

12. Charles Delchevalerie. Notes sur le Sentiment walion dans la 

Litterature depression francaise 360 

13. Maurice des Ombiaux. La Literature et le Folklore 366 

14. Theophile Bovy. Rapport sur les encouragements a TArt et a la 

Litterature dramatiques 371 

15. Eugene Fortin. Note concernant les primes destinees a encourager 

TArt et la Litterature dramatiques 378 

16. Jules Feller. La Philologie wallonne 382 

17. Julien Delaite. Le Walion est-il une langue? 390 

18. Victor Ghauvin. Rapport sur la creation d'une Academie wal- 

lonne 395 

19. Joseph Clo8set. Les Federations wallonnes litteraires et drama- 

tiques; leur utilite, leur avenir 399 

20. Oscar "Colson. Les Soci6t6s scientiflques et artistiques en pays 

walion 408 

21. Charles Didier. Musses regionaux et locaux 420 

22. Charles Didier. Un premier pare national en Wallonie .... 427 



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'1 



I. 



Les origines des Wallons 

PAR 

Juiien FRAIPONT, 

professeur a rUniversitS de Ltege. 



Le peuple beige actuel est le produit du croisement a tous les 
degr^s de toutes les races qui se sont etablies sur notre sol depuis le 
debut de l'6re quaternaire jusqu'aujourd'hui. 

Cependant, deux types ethniques y predominent et donnent a 
nos populations leur physionomie spGciale : c est le type wallon et le 
type flamand. 

Le type wallon est de petite taille, trapu, a tete ronde (brachy- 
c6phale); il a le nez large et court, les yeux fonc6s, les cheveux cha- 
tains, quelquefois noirs. 

Le type flamand est de plus grande taille; ila la tete allong^e 
(dolichocephale), la figure 6troite et le nez plus long; les machoires 
un peu proiiminentes, les cheveux, les yeux et la carnation clairs. 

Les deux types sont egalement tr6s difftrents au point de vue du 
temperament et du caractore. 

Les Beiges appartenant au type wallon ont conserve en predo- 
minance les caracteres ethniques des anciennes peuplades prehisto- 
riques qui ont habits le pays aux debuts de 1'ere actuelle. Ces 
peuplades vinrent se superposer, a l'origine de la p^riode dite de la 
pierre polie ou neolithique, aux anciennes populations de nos regions 
qui appartenaient deja a deux ou trois races fossiles connues. 

Lorsque les N^olithiques pen&rerent chez nous, ils etaient deja 
metissds et tbrmaient des populations a caracUsres ethniques mixtes, 
qui ont ete etudiees par le professeur Houz6 ( l ) et par moi ( 2 ). Ces 
peuplades sont en partie restees sur notre territoire depuis cette 

(1) E. Houze. Les Neolithiques de la province de harnur. (Compte-rendu du 
Congres d'arch. et d'hist. do Dinant, 1893.) Namur, 1904. 

(2) J. Fraipont. Les Neolithiques de la Meuse. (Bui. Soc. d'ant. de Bruxelles, 
t. XVI, 1898.) Bruxelles, 1900. 



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2i)i WALLONIA 

epoque lointaine, et une portion de nos populations actuelles en sont 
les descendants directs. 

Les Beiges appartenant au type flamand ont leur souche parmi 
les peuples qui envahirent FEurope a partir de l^poquedu fer et qui 
constituent, au point de vue anthropologique, le type de Hallstadt de 
Houze, qui devint plus tard le type germanique. 

Les premiers essaims de ces peuplades sont arrives dans notre 
pays plusieurs .siecles avant notre ere. Longtemps, ils constituerent 
chez nous Taristocratie militaire et religieuse, tandis que les descen- 
dants des N6olithiques formaient le peuple. 

De merne que les Neolithiques ont penetre chez nous par pous- 
sees successive^, de raeme les enfants des Hallstadtiens pen6trerent 
dans notre pays aux differentes periodes de THistoire, par une serie 
de pouss6es, tantot se superposant aux autochtones, tantot les 
repoussant ou les detruisant en partie. Ge sont les Barbares de 
l'Histoire, a l'exception des Huns; cc sont les Francs ou M6rovin- 
giens, k partir du quatri&me siecle. Leurs descendants, plus ou moins 
ra6tiss6s, constituent encore aujourd'hui une parlie du fond de nos 
populations, appartenant au type flamand. 

On peut diviser, avec le professeur Houze, la Belgique actuelle en 
trois regions ethniques : 

1° La zone flamande, comprenant le Limbourg, les deux 
Flandres et la province d'Anvers ; 

2° La zone wallonne, comprenant le Luxembourg, le Hainaut, 
les provinces de Namur et de Li^ge ; 

3° La zone mixte, comprenant le Brabant. 

C'est dans le Limbourg que Ton rencontre le type germanique le 
moins alt^re comme taille, conformation du crane, couleur des che- 
veux, des yeux et de la peau. On voit ces caracteres s'attenuer de 
l'Est a l'Ouest dans la zone flamande, depuis le Limbourg jusqu'a la 
Flandre Occidentale, en passant par la province d'Anvers et par la 
Flandre Orientale. Le metissage est plus accentue et plus fondu dans 
ces dernieres,l'el6ment envahisseur ayant trouv6 une population bra- 
chyc^phale dense. 

Le professeur Houze a fait le relev6 de la taille moyenne pour 
les levies de milice de trois annees, sur 35,416 hommes. La zone fla- 
mande donne une moyenne de taille de \ m Q&\, et dans celle-ci, le 
Limbourg tient la tele avec une moyenne de 1*666; tandis que dans 
la zone wallonne, cette moyenne tombe a l m 648, pour se relever a 
l m 660 dans la zone mixte. 

Les descendants des Brachyc^phales noolithiques ont mieux 
r6>iste en Wallonie que dans le reste du pays, k Tinfluence des 



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WALLONIA 265 

envahisseurs du type germanique, grace a la topographie meme de la 
region, et malgr6 le long contact des Francs dans la vallee de la 
Meuse et de se^ affluents. II y eut \k juxtaposition et moins de 
melange. Au surplus, la province de Namur donne la moyenne pour 
toute la Belgique, au quadruple point de vue de la forme de la t6te, 
de la couleur de la peau, des cheveux et des yeux. 

La province du Luxembourg offre une forte proportion d'indi- 
vidus de taille relativement 61ev6e, a tete arrondie; c'est le m^me 
type croise qu'en Lorraine. 

Le Hainaut a donne au D r Houze le minimum de taille. II y a 
trouv6 59,11 °A> de tailles en-dessous de la moyenne du royaume, 
qui est de l m 655, alors que le Limbourg en a 55,00 °/ au-dessus. 
II y a recueilli 26,50 °/ de taille en-dessous de l m 60, tandis que pour 
toute la Wallonie, il y en a seulement 21,68 °/ . Cet abaissement de 
la taille n'est pas ici un caractere ethnique, mais resulte, vraisem- 
blablement du travail premature des enfants dans les milieux 
industriels. La st&tistique donnera probablement d'autres chiffres, 
apres quelques generations, en suite de Tapplication de nos lois sur 
la reglementation du travail des femmes et des enfants. 

D'autre part, il y a plus d'exemptions par defaut de taille dans 
la zone flamande que dans la zone wallonne, ou cependant la taille 
moyenne est plus petite. Ici encore, ce ne serait pas un caractere 
ethnique, mais le r£sultat physiologique des conditions 6conomiques 
plus mauvaises, telle qu'une alimentation insufflsante. 

Enfin, le Brabant forme une zone mixte avec deux arrondisse- 
ments flamands, un wallon, et sa capitale cosmopolite. 




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s rvag. «* .*V¥ s rvsr v fvss s ^y s *>>v J J/Zr* <t v^ *» J #V* s 'IZr* * yy? * 7 <v? v 



II. 



Rapport sur la situation materielle et morale 
des provinces wallonnes 



PAR 



Laurent DECHESNE, F. R. E. S. 

Docteur special en 6conomie politique, correspondant de 

YOffice international du Travail, professeur a l'Ecole des hautes Etudes 

commerciales et consulaires de Liege. 



Lorsque mon ancien et excellent ami, M. Julien Delaite, presi- 
dent de la Ligue wallonne de Lidgc, me demaada un rapport sur ce 
sujet, je fus d'abord fort embarrasse. Je m'imaginais qu'on no pou- 
vait d6cemment presenter k un Congres wallon un rapport ou Ton 
d6crirait la situation materielle et morale des Wallons comme 
inferieure k celle des Flamands. Or, j'avais beau creuser ma memoire, 
feuilleter des documents, je ne decouvrais point de quoi me convaincre 
que la race wallonne fut sup^rieure a la race flamande. 

Je me h&te d ajouter que cette superiority ne m'apparaissait pas 
davantage iu cot6 des Flamands. 

Je retrouvai bien des documents publics dans YAnnuaire statis- 
tique de la Belglque, d'ou il ressortait que les phenomena de natality 
et de mortality se pr^sentaient, dans les provinces flamandes, dans 
des conditions telles, qu'on pouvait les considerer comme los indices 
d'un siade de civilisation inf&rieur k celui des Wallons. Mais aussitfit 
la critique me r^pondait imperturbable : la meme difference, quant 
a la mortality et k la natality, se constate entre les Allemands et les 
Frangais, entre la classe moyenne et la classe riche. Pourra-t-on en 
conclure simplement a rinteriorite des premiers, a celle des Alle- 
mands par rapport aux Fran^ais a celle de la classe moyenne, qui 
renferme tant d'616ments laborieux et productits, par rapport k celle 
des riches. 



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Gods 



WALLONIA 267 

Si je parcourais la statistique des exemptes du service militaire 
pour cause physique, je constatais que certaines provinces flamandes 
offrent un pourcentage tres eleve, tandis que d'autres pr^sentent une 
proportion tr6s faible, et entre les provinces wallounes, je relevais 
des differences analogues. 

Si raugmentation de la population due a l'excedent des naissances 
sur les d£ces apparaissait, malgre un taux tres elev6 de mortalite, 
corame plus considerable dans les provinces flamandes que dans les 
provinces wallonnes, je constatais, par contre, chez les Wallons, une 
puissance d'assimilation telle des elements flamands, qu'apr^s tres 
peu de generations, non seulement le caractere et Tesprit des 
immigr6s s etaient wallonnises, mais merae la conformation physique 
du crane. 

Je voyais Men, chez les Flamands, un plus grand nombre de 
personnes de tres haute taille que chez les Wallons, mais j'y voyais 
aussi un nombre plus considerable d'individus de tres petite taille, 
tandis que la stature des Wallons oscillait autour d'une moyenne 
plus constante. Done, moins de disproportion, d'anomalies chez les 
Wallons que chez les Flamands. Toulefois, cette excessive in£galit6 
de taille ri'empechait pas les Flamands, pris dans leur ensemble, de 
Pemporter legerement sur les Wallons par la moyenne generate de 
leur taille. Voulait-on y voir, dans ledomaine physique, un signe de 
la superiority des Flamands, qu'aussitot surgissait a la pens^e leur 
inferiorite inlellectuelle, la Wallonie renfermant une proportion 
d'illettr^s moindre que les Flandres. Du moins, en moyenne, car ni 
les provinces du Nord, ni celles du Sud n'avaient le monopole des 
arrondissements les plus instruits ni celui des arrondissements les 
plus ignorauts. 

En somme, un tableau complexe de faits sociaux s'imposait a 
moi, un louillis inextricable d'indices contradictoires favorables, 
tantot aux uns, tantot aux autres, mais il n'apparaissait nettement 
aucun signe, aucune preuve d'une superiority toute simple, generate 
et incontestable, qui permit de proclamer, en faveur d'une race, en 
tant que race, le droit a l'h£gemouie sur Tautre. 



D'autres raisons d'un ordre elev6 et certainement fort respec- 
tables ra'emp^chaient de prendre parti dans une dispute de langue et 
de race. II n'en pouvait sortir, a mon sens, que des dissentions intes- 
tines, peut-etre les maux dime guerre civile sans issue. Or, les 
guerres de races constituent, avec les luttes de religion et de classe 
sociale, le pire fleau qui menace la civilisation contemporaine. Nc 



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268 WALLONIA 

convient-il pas, des lors, d'eviter soigneusement tout ce qui pourrait 
aiguiser une antipathic de race. Comment perdre de vue cet eternel 
et sublime ideal de paix et de fraternite universelles que presentent 
k Thumanite ses grands inspires, ses grands philosophes de tons les 
temps, >es moralistes et ses sociologues de l'heure presente, id&al a 
la realisation duquel nous convient les mobiles les plus Aleves, les 
plus purs du coeur et de l'esprit, le meilleur meme de notre ame ! 

En Belgique surtout, les animosites de race, ce ferment de dis- 
corde civile, apparaissent comme particuli&rement dangereuses, 
funestes, condamnables. La Belgique est dej& un si petit pays ! Sa 
population totale depasse a p3ine celle de la ville de Londres. Son 
essor economique, intellectuel et moral souffre de Tetroitesse de ses 
frontieres. Cependant, les groupements nationaux vont s'61argis^ant 
sans cesse afin de s'adapter aux conditions de vie nouvelles, particu- 
lteremcnt dans Tordre technique et economique. De grandes nations 
se sont ainsi developpees r£unissant Tune, 130 millions d'habitants — 
la Russie — l'autre, 80 millions — les Etats-Unis. Les anciennes 
nations europ£ennes, hier les plus puissantes, n'apparaissent plus 
aujourd'hui, en proportion de celle-l&, que comme de petits pays ; 
et elles ressentent a tel point leur faiblesse, qu'elles cherchent a se 
fusionner en une vaste federation europeenne. Et ce serait en ce 
moment que la Belgique, la petite Belgique, la microscopique 
Belgique, prendrait, au mepris de la loi devolution progressive 
des pays modernes, une attitude capable d'entrainer une scis-ion 
politique et un nouvel amoindrissement des frontieres ! Comment 
ne pas condamner comme insense, comme funeste tout ce qui 
pourrait rendre possible semblable eventuality ! 

* 

II me semble done — et Ion pourra s'en convaincre par la suite 
de cet essai — qu'on ne peut pas d^montrer, en Belgique, la supe- 
riority de Tune des races flamande ou wallonne. C'est choisir un 
mauvais principe de division, que de vouloir grouper les Beiges en 
Flamands et Wallons. Ce qui distingue les divers groupes qui cons- 
tituent la nation beige, ce ne sont point les conditions ethniques qui, 
a mon sens, sont negligeables, mais surtout les facteurs 6conomiques. 
Ceux-ci distribuent inclement la richesse et le bien-6tre dans les 
diverses parties du pays, sans que la race y ait la moindre part, de 
telle sorte que les Beiges, flamands ou wallons, qui appartiennent a 
la mdme classe sociale, a la meme profession, se ressemblent bien 
plus que des Flamands ou des Wallons de condition sociale ou de 
profession diffe rentes. Au reste, les traits psychiques des Wallons 



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WALLONIA 269 

et des Flamands tendent biea plus a les rapprocher et a les distinguer 
des peuples etrangers qu'a les separer les uns des autros. Enfin, il 
importe de ne pas oublier que les Beiges, tous les Beiges, ont un 
int^ret primordial a ue point user leurs forces en luttes intestines, 
a ne point se separer les uns des autres, mais a reagir plutot contre 
ce particularisme excessif qui les caracterise aussi bien Flamands 
que Wallons. 



Gependant, n'y a-t-il vraiment rien a faire, rien a dire ? Serait-il 
done sans int6ret d'examiner la situation m^terielle et morale de la 
Wallonie comparee au reste du pays, de se rendre compte de la 
place qu'elle occupe dans rens< j mble de Tteonomie nationale ? 

Get intenH n'apparait malheureusement que trop clairement 
quand on constate I'ardeur, le fanatisme de certains propagandistes 
flamingants. L'un d'eux n'a-t-il pas etc jusqu'& prononcer ces paroles 
incroyables : « Ne sommes-nous pas, s'est-il eerie en parlant des 
Flamands, la majorite dans le pays ? N'avons-nous pas & tous egards 
un passe plus brillant que le votre ? Nous sommes plus instruits 
que vous. Les insanites collectivistes n'ont pas pris^ sur nous ! 
Notre histoire est plus glorieuse que la votre ? Quand nos popu- 
lations flamandes avaient le courage de se soulever contre la 
tyrannie de nos seigneurs, les comtes et les dues, vous acceptiez, 
vous, Wallons, tous les jougs et vous vous faisiez trop souvent 
contre nous les serviteurs de l'6tranger ! » Et ces paroles ont ete 
prononcees dans une assemblee de gens bien Aleves, instruits, qui 
remplissent une fonction des plus importantes : le gouvernement de 
la nation ; elles sont sorties de la bouche d'un depute beige, un 
citoyen qui, conformement a la regie de nos institutions, est charge 
de la defense des interets de tout le pays sans distinction de lieu ou 
de race. Comment ne point voir dans ce fait l'indice d'un mal profond, 
plus grave que beaucoup ne se limaginent, capable de creer un 
veritable p6ril pour la paix int^rieure et rint£grit£de la nation, pour 
peu qu'on le laisse se repandre ? 

Faut il vraiment approuver les Wallons qui consid6rent ce 
danger avec dedain et indifference disant : les Flamands ont bien 
plus d'interet a connaitre le frangais, qui les met en rapport avec le 
monde civilise, que le Neerlandais, dont la connaissance ne peut les 
mener nulle part ; et si certains d'entre eux ne veulent pas le com- 
prendre, ce n'est point nous qui en patirons, mais eux-memes.; s'ils 
veulent absolument travailler k leur malheur, apres tout, c'estleur 
affaire ! Au pis aller, leur compagne aboutissant a une guerre de 



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270 WALLONIA 

race et a une separation administrative ou autre, que nous importe : 
ne sommes-nous point superieurs par la riehcsse, la civilisation et la 
laugue, ne pouvons-nous pas nous passer d'eux, bien plus ais&nent 
qu'ils ne peuvent se passer de nous ? Ne serait-co pas plutot tout profit 
pour nous d'etre debarrasses d'un frere pauvre, peu instruit ! 

Quelqu'excuse qu'on puisse faire valoir en faveurdes Wallons 
qui s'expriment ainsi, apres avoir ete trop vivement prisa parliepar 
certains f re res flamauds entraines par lenthousiasme et l'imagina- 
tion, il est difiieile cependant d'approuver une complete indifference, 
un desinteressement absolu (levant un probleme aussi important au 
point devue national. Non seulement eette indifference peut paraitre 
peu courtoise, pen fraternelle, mais elle ne s'aecorde guere avec le 
souci de Finteret general. C'est vers des groupements politico- 
economiques de plus en plus vastes, que se fait Involution progressive 
du monde moderne et non vers le morcellement des nationality 
existantes. Le particularisme de race doitetre, non point favorise. ou 
simplement ignore, mais combatlu. Loin depermettre que Fintegrite 
de la nation beige soil compromise il faut, au contraire, la defendre, 
en attendant le jour ou la petite Belgique pourra prendre place par mi 
les Etats-Fnis d'Europe. Qu'on n'oublie point quelle n'y pourra 
tro uver de situation convenable, favorable k son essor materiel et 
moral, que pour autant qu'elle n'y entre point corame une quantite 
nogligeable. Or il enserait certainement ainsi, si elle allaits'amoin- 
drir encore par une lutte de race. 

C'est done faire oeuvre d'interet general que de mettre en garde 
ses compatriotes contre le> exces de quelques demagogues bruyants 
qui, ayanl enfourche le cheval sauvage des haines de race, sont 
partis & la eonquete d'une popularity vulgaire. 

Qu'il soit permis, dans un intent de conservation sociale, de 
rappeler a certains de no* freres flamands ce que .ions sommes, ce 
que nous valons, afin qu'ils cornprennent quel prejudice la nation 
eprouverait en nous perdant. Faisant ici oeuvre exclusivement natio- 
nale, on s'adresse done aux Beiges de toute langue, qu'ils soient 
Flamands, Wallons, Allemands ou d'origine etrang^re, bref, a tous 
les bons patriotes. 

* 

* * 

La situation materielle d'une region depend de ses ressources 
naturelles et de ses industries. Examinons a ce double point de vue 
les provinces wallonnes. Cet examen nous permettra de verifier 
Fexaetitude des deux propositions que nous avons formulees : 1° que 
les (inferences qu'on reieve dans sa situation des diverses provinces 



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WALL0N1A 271 

beiges sont determines beaucoup moins par des facteurs ethniques 
que par des facteurs economiques ; 2° que les provinces wallonnes, 
abstraction faite des differences tres prononc^es qui existent entre 
elles, presentent cependant , envisages dans leur ensemble, une 
situation de fait, meilleure, que le reste du pays. 

Le territoire de la Belgique, malgre ses limites etroites, com- 
prend plusieurs zones fort diflerentes. Si, quittant la cote et se diri- 
geant vers I'interieur, on franchit Tetroite bande de dunes qui defend 
le territoire contre les envahissements de la mer, on rencontre 
d'abord une region sablonneuse : les polders des Flandres, tres 
fertiles, et la Campine anversoiseet limbourgeoise, sterile et pauvre, 
peu habitue. Vient ensuite une region sablo-limoneuse qui occupe le 
centre de la Belgique, egalement propre a toute espece de culture. 
Plus avant dans les terres, on p6n6tre dans la Hesbaye, region limo- 
neuse qui s^tend au Nord de la Sambre et de la Meuse, propre sur- 
tout a la culture de la betterave. G'est, contrairement aux Flandres, 
le pays des grandes cultures. Au Sud de" la Meuse et de la Sambre, 
commence la region montagneuse : le Condroz, avec ses cultures 
diverses ; le pays de Herve, tout couvert de paturages ; les Ardennes, 
peu fertiles et peu peuplees, oil Tavoine et le seigle ec surtout les 
for&s, remplacent le froment ; enfin, tout au Sud, la vallee de la 
Semoy, qui, jouissant d'un climat tres doux, produit surlout des 
fruits. 

On remarquera que, ni les provinces wallonnes, ni les provinces 
flamandes, n'ont la sp6cialit£ des regions riches on des regions 
pauvres. La nature a fortsagement distrihu£ ses faveurs aux paysans 
beiges sans se preoccuper de la langue qu'ils emploient. Si les Fla- 
mands peuvent se vanter de leurs cultures intensives des Flandres, 
les Wallons peuvent s'enorgueillir de leurs grandes cultures de 
Hesbaye, et des paturages du pays de Herve, celfebres depuis des 
stecles par son beurre et son fromage ; et si les uns out & deplorer la 
st^rilite des sables et des bruyeres de Campine, les autre* ne peuvent 
que regretter i'aridit6 de leurs rochers ardennais. Si les Flamands 
out leurs asperges de Malines et leur tabac d'Harlebeke, les Wall&ns 
ont aussi leurs asperges d'Herstal et leur labac de la Semoy ! La 
nature semble avoir voulu pousser le souci de Fegalit^ jusque dans 
dans les agr^ments de la vie : aux uns, une plage maritime admi- 
rable on a pu se developper l'une des villes de bains les plus fr6- 
quentees qui soient au monde et quantite d'autres, plus mode>tes, 
non moins charmantes; aux autres, des sites montagneux ravissants, 
les valines de la Meuse, de TOurthe, de la Vesdre, de la Semoy, de la 
Sambre, Spa et ses eaux ferrugineuses celebres, des grottes fameuses. 



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272 



WALLONIA 



II peut parailre interessant de savoir si les provinces flamandes, 
prises dans leur ensemble, rem portent, par leurs cultures, sur les 
provinces wnllonnes. Au premier abord, on serait ten to de repondre 
affirmativement. Les Flandres sont surtout agricoles, la Wallonie 
est industrielle, semble-t-il a premiere vue. Cependant, la reality est 
loin de permettre un jugement aussi simple, une affirmation aussi 
categorique. 

Yoyons comment se repartissent, sur le territoire du Royaume, 
les plantes dites de grande culture : cereales, plantes industrielles, 
fourrages, etc., en d'autres termes, celles qui occupent presque la 
totalite des terres cultivees. Voici les surfaces qu'clles occupaienten 
1895, en milliers d'bectares : (') 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



An vers 

Flandre occidentale 
Flandre orienlale . 
Limbourg .... 



137.1 
264.0 
224.2 
126.9 

752.2 



Hainaut 268.3 

Liege 177.6 

Luxembourg 168.7 

Namur 203.2 



817.8 



Si tant il est vrai qu'on puisse paiier ici de superiority, celle-ci 
se trouverait done, en matiere de culture, plutot du cote des Wallons 
que des Flamands, les premiers possedant 65,000 hectares de culture 
de plus que les autres. Mais ec chiffre ne presente gufere qu'une 
trentaine de grandes exploitations au sens russe ou americain ; elle 
n'est pas suflisante pour qu'on puisse conclure qu'une purtie du pays 
soit plus agricole que I'autre. 

Si Ton voulait parlager la Belgique en diverses regions selon le 
developpement des cultures, il faudrait abandonner tout a fait les 
divisions de race ; ceci ressort nettement du tableau qu'on obtient 
en*rangeant les provinces beiges d'apres Tetendue des surfaces 
cultivees : on arrive en effet a les placer dans 1-ordre suivant : 

1° Le Hainaut, avec 268,000 hectares. 

2° La Flandre Occidentale, avec . . . 264,000 » 
3° La Flandre Orientale, avec .... 224,000 » 

4° Namur, avec 203,000 > 

5° Liege, avec 177,000 » 

(1) En omettantle Brabant, mi-flamand, mi-wallon, et qui renferme la capitale 
dont le caractere ethnique serait difficile a determiner. 



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WALLONIA 



273 



6° Le Luxembourg, avec 168,000 hectares. 

7° Anvers, avec 137,000 » 

8° Limbourg, avec. 126,000 

Ain^i done, ni les Flamands, ni les Wallons ne Temportent par 
Timportance de leurs cultures. S'ils se partagent les deux provinces 
qui viennent en tete, ils se parlageut aussi ies quatre dernieres ; et 
les deux provinces qui restent, celles oil la culture a pris un deve- 
loppement moyen, sont, Tune flamande, l'autre wallonne ! 



Procedons a un examen analogue au sujet des forits. Envisa- 
geons d'abord les surfaces boisees, ensuite, le revenu de ces forets. 

En 1895, les proprietes boisees, non comprises les broussailles 
et les pepinieres, occupaient, en miiliers d'hectares, en pays flamand 
et en pays wallon, respectivement : 



Provinces Flamandes 


Provinces Wallonnes 


Anvers ....... 

Flandre occidentale . . . 
Flandre orientate . . . 
Limbourg 


50.9 
12.1 
13.3 
42.3 


Hainaut 

Liege 

Luxembourg 

Namur 


46.0 

60.7 

162.2 

104.1 




118.6 


373.0 



Ici, la superiority des provinces wallonnes par leurs richesses 
forestieres, est manifeste. Non seulement, elles l'emportent par le 
total des surfaces boisees,. ma is les provinces qui en comprennent 
les plus grandes etendues sont, sauf une, des provinces wallonnes. 

On se demandera peut-etre si ce n'est point la qu'une superiority 
purement apparente et si Ton n'obtiendrait pas un tableau different 
en envisageant le revenu de ces forets. 

En 1880 ( 1 ), le revenu des bois et forets s'elevait aux valeurs 
suivantes, exprim^es en millions de francs : 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Flandre occidentale ... 1.7 

Flandre orientaie .... 0.9 

Anvers 1,5 

Limbourg 1.0 



5.1 



Hainaut 3.3 

Ltege 1.6 

Luxembourg 4.1 

Namur 5.2 



14.2 



(1) L'Annuaire slntistique ne nous fournit pas fie chiffres plus re'eents. 
(V. rAnnuaire pour 1904, publ. en 1905). 



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274 



WALLONIA 



Ici, apparait encore la superiority des provinces de Wallonie. 

A cette conclusion, fesprit de clocher, l'inguistique inspirera 
peut etre cette reponse : le hel avantage, que de posseder beaucoup 
de forets; ne vaudrait-jl pas mieux que ces forets fussent converties 
en terres de culture, bien plus productives? Et Tautre clocher de 
repliquer : ce qui vaut moins encore que des forets, ce sont des 
broussailles, des sables, des dunes et des marais. Nous avons autant 
de cultures que vous, siuon davantage, et de plus, nous poss&ions 
beaucoup de forets, ce qui vaut mieux que des sables et des mare- 
cages ! 

Mais, laissons \k cette dispute oiseuse et ridicule? 



Voyons plutot ce que nous apprend la topographic de Ytievage 
dans les limites du Royaume. En 1895, les chevaux et les bestiaux 
se r^partissaient comme suit entre les Flandres et la Wallonie, en 
milliers de tetes : 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Anvers 306 

Flandre occidentale . . . 493 

Flandre orientale. . . . 554 

Limbourg 250 



1,603 



Hainaut 392 

Li6ge 355 

Luxembourg 266 

Namur 277 



1,290 



En mati6re d'61evage. la superiority des Flamands apparait 
cette fois d'une maniere incontestable. Notons cependant que r&cart 
n'est pas aussi considerable que cclui qu'on vient de constater au 
sujet des forets. 

En resume, les branches de production paysanne prises dans 
leur ensemble ne peuvent etre considerees comme la specialit6J[de 
Tune des deux princi pales races beiges. En matiere de culture, ni les 
uns, ni les auires n^ peuvent se prevaloir d'une notable superiorite, 
et si les provinces wallonnes l'emportent par leurs forets, les pro- 
vinces flamandes leur sont superieures par l'elevage. Une autre 
conclusion se degage encore de cet examen, cVst que, s'il s'agissait 
d'6tablir un groupement des provinces beiges au point de'vue de 
leurs ressources paysa lines, il faudrait abandonner completement la 
division elhnique des provinces et en adopter une autre, toute 
differente. 



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WALLONIA 275 



* 
* * 



Passons maintenant aux industries. L'atlas annexe au recen- 
sement industriel de 1896 va nous fournir des indications precieuses 
sur leur topographie. 

Quand on examine la carte consacree & Tensemble des industries, 
on constate Texistence, en Belgique, tout Ie long du bassin houiller, 
d'une region particulierement industriel le. Elle comprend une bande 
de territoire qui traverse le pays dans la direction E.-N.-E. - O.-S.-O. 
en suivant les vallees de la Sambre et de la Meuse. Parrni les prin- 
cipals localites de cette region, on rencontre, en commengant par 
l'Est : Herstal, Li6ge, Namur, Charleroi, Gourcelles, La Louvtere, 
enfln les environs de Mons avec Quaregnon. 

Une autre zone industrielle, beaucoup moins bien dessin&j, 
coupant la prec6dente k peu pros a angle droit, va du Sud au Nord 
en remontant la Meuse jusque Namur, pour suivre ensuite le canal 
de Charleroi et setendre jusque Bruxelles et Anvers. 

En soinme, la region la plus industrielle de la Belgique presente 
k peu pres la forme d'une croix dont les deux bras auraient leur 
point d'intersection a TOuost de Namur. Ajoutons que cette region 
renferme les courants de circulation les plus intenses pour le trans- 
port par eau de la houille, savoir : du Sud au Nord, la Meuse jusque 
Namur et le canal de Charleroi et, de TOuest a l'Est* la Sambre et 
la Meuse depuis Namur. 

On remarquera que la plus grande partie de cette zone indus- 
trielle se trouve sur le territoire wallon. Cependant, une notable 
partie occupe aussi la region flamande ; d'ailleurs, celle-ci renferme 
6galement des centres induslriels moins importants dess6mines sur 
le territoire qui, a partir du centre du pays, s'etend vers le Nord- 
Ouest. 

L'atlas du recensement permet aussi de constater que la repar- 
tition des endroits les moins inditstriels ne laisse point apparaitre 
de preference bien tranchee ni pour les provinces wallonnes, ni 
pour les provinces flaniandes. Les lieux presque completement 
d£pourvus d'industrie, c'est-&-dire les communes ne poss^dant aucun 
atelier d'au moins dix ouvriers, se rencontrent non seulement dans 
la Flandre Occidentale, dans le Sud de la Flandre Orientale et le 
Limbourg, mais aussi, en Wallonie, dans le Luxembourg et les 
plateaux des provinces de Liege, Namur et Hainaut. 

Envisageons maintenant, en particulier, quelques industries 
importantes. 

L'industrie charbonntere, qui alimente presque toutes les autres 



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276 WALLONIA 

et n'occupe pas moins de 130,000 ouvriers, se pratique le long de la 
Meuse et de la Sambre. Elle est done comprise dans la partie wallonne 
du pays. Mais il ne faut pas oublier que le bassin houiller nouvelle- 
ment decouvert entre Maestricht et Anvers et qui parait avoir une 
importance egale k celle du bassin exploits actuellement, occupe, pap 
contre; le territoire flamand ( 1 ). D'ailleurs, avec I'abaissement des 
frais de transport par eau, la proximite du charbon a beaucoup perdu 
de son influence sur la localisation des industries ; et des viiles 
flamandes, telles que Anvers et Bruges, pouvant recevoir ais6ment, 
par voie de mer, combustible, minerai et autre matiere premiere, 
presentent, de nos jours, des conditions moins d^favorables qu'aulre- 
tois pour la production industrielle. 

L'exploitation des marbres et des pierres occupe k peu prfrs la 
m&me zone que le charbon. Cependant, cette zone est plus large et 
deborde vers le Nord et vers le Sud, particulierement dans les pro- 
vinces de Hainaut et de Namur. 

Quoique Tindustrie m^tallurgique soit susceptible d'acquerir, k 
l'avenir, dans les provinces flamandes, plus d'extension quelle n'en 
a prise jusqu'& present, e'est actuellement dans les provinces wal- 
lonnes qu'elle se concentre surtout, e'est-a-dire k peu pres dans les 
mfimes limites que l'exploitation de la houille. En commengant par 
l'Est, elle occupe la valine de la Meuse depuis Herstal et Li6ge 
j usque Chokier; plus en amont, elle r6apparait dans la region namu- 
roise, puis, sur la Sambre dans les environs de Mens et de Charleroi. 
Toutefois, les provinces flamandes renfermeut aussi des centres 
importants d'industrie siderurgique, tels que Louvain, Willebroeck, 
Anvers, Gand et Bruges. 

Les grandes industries du verre et du zinc sont localis6es en 
Wallonie, mais celle des ceramiques se pratique dans toutes les 
provinces «?t celle du tabac, surtout dans les regions flamandes. Les 
industries textiles se pratiqueut £galement dans leNord et le Sud. 

De meme que pour les occupations paysannes, on ne peut done 
pas affirmer que l'industrie soit la speciality des Flandres ou de la 
Wallonie. 

Cependant n'est-elle pas, en somme, beaucoup plus d£velopp£e 
dans cette derniere region ? C'est ce que, que nous allons examiner. 
M. Waxweiler dans l'analyse du Recensemcnt general des industries 
et des metiers qui se rapporte aux deux premiers volumes, nous 
fournit les donnees du tableau suivant. 



(1) Cf. raon Industrie du charbon en Delgique et le nouveau bassin de la 
Campine, Revue d'economie politique, 1904. 



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WALL0N1A 



277 



1896. — 



Nombre de personnes occupies dans Vindwtrie en 
Belgique. — Milliers de personnes. 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Flandre orientale .... 166 

Flandre occidentale . . . 107 

Anvers 101 

Limbourg 18 

392 



Hainaut 261 

Liege 188 

Namur 53 

.... 18 



Luxembourg 



523 



On voit, par ces chiffres, que la difference n'est pas aussi pro- 
noncee que pourraient s'y attendre ceux qui declarent simplement 
que les provinces wallonnes sont industrielles et les provinces 
flamandes, agricoles. La Wallonie n'occupe en fait douvriers 
industriels qu'un tiers de plus que les Flandres. D'un autre cote 
on remarquera que si les deux provinces qui viennent an premier 
rang par le nombre de leur population industrielle (Liege et Hainaut) 
sont wallonnes, deux des trois provinces qui occupent, la derniere 
place le sont aussi, les provinces flamandes, apart le Limbourg, 
occupant une situation intermediate. 

Toutefois, on va voir se caracteriser la difference qui separe la 
Wallonie des Flandres au point de vue industriel. On va constater 
que Tindustrie wallonne emploie proportionnellement bien plus de 
moteurs que Tindustrie flamande. Celle-ci est done surtout manuelle, 
celle-la, mecanique. 

Chewux-rwoteurs (vapeur, gaz au petrole) 1896. — Milliers. 



Provinces Flamandes 


Provinces Wallonnes 




Flandre orientale . . . 
Flandre occidentale . . 

Anvers 

Limbourg 


. 62 
. 31 
. 55 
. 6 


Hainaut 

Liege 

Namur ,..,... 
Luxembourg ... 


229 

169 

20 

4 




154 


422 



Tandis que les provinces wallonnes occupent seulement com me 
population industrielle, un tiers de plus que les provinces flamandes, 
elles emploient done trois fois plus de chevaux-moteurs. 

Au reste, Tindustrie a domicile est relativement bien plus 



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278 WALLONIA 

developpee en Flandre qu'en Wallonie. On sait que cette forme de 
production pr&lomine dans les diverses industries de rhaoillement : 
confection, lingerie, etc. Ges industries, conformement k la regie 
generate, se localisent surtout dans les grandes vilies ou dans leur 
voisinage. Mais, de plus, dans les Flandres, eiles sont 6galement fort 
dovelopp6es dans quelques loealites d'importance moyenne. (Test la 
aus^i que se pratique surtout la fabrication des dentelles k domicile 
et a la main. II est vrai que Tindustrie liegeoise armuriere, dont 
limportance est connne, se pratique aussi principalement sous 
forme de production a domicile. Tontefois elle n'entraine pas ici des 
salaires excessivement bas et un niveau d'existence inferieur comme 
la fabrication des dentelles. 

Parmi les principales industries bulges, nous rencontrons clles 
des mines, du fer, de la fonte et de Tacier, du zinc, du verre, la 
filature et le tissage. Or, ce sont la des productions fixees presque 
toutes en Wallonie. 

On conslate aussi que c'est surtout la Wallonie qui renferme 
les principales industries d'exportation. On sen convaincra aisement 
en parcourant le tableau suivant ou nous avons reuni par ordre 
d'imporlance les articles qui figurent a Texportation avec les sommes 
les plus considerables, industriels etautres. 

1903. — Exportation^ beiges. — Commerce spdciaL — 
Millions de francs. 

Acier, fer, fonte, bruts et ouvres 180 

Houille et coke 104 

Laine brute 102 

Lin 102 

Voitures pour voies ferries et autres machines . . 100 

Verreries de toute espece 89 

Filsdelin 88 

Grains de toute espece , 80 

Engrais 70 

Zinc non ouvr6 61 

Fils et tissus de laine 58 

Peaux brutes . . . . , 57 

Caoutchouc . , 45 

Fils et tissus de coton 45 

Produits chimiques 41 

Teintures et couleurs , . . . . 35 

Pierres brutes ou tail lees , . , - . 30 

Armes 16 

Tissus de lin, de chanvre et de jute 15 



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WALLONIA 



279 



En resume, sous le rapport des ressources productives mises en 
valeur, la Wallonie est plus favorisee que los Flandres, car si la 
premiere peut avantageusement supporter la comparaison au sujet 
des branches de production paysanne — agriculture, £levage et 
forets — elle tire de plus, do son territoire, des riches>es conside- 
rables en fait de combustibles et de minerals ; eufin, ses industries de 
transformation l'emportent par le nombre des ouvriers, la forme de 
production, la valour produite et exportee. Au moins en est-il ainsi 
•actuellement. Car les richesses charbonnieres de la Campine, encore 
inexploitees, l'epuiseraent des mines m^tailiques de Wallonie et, 
d'autre part, en Flandre, le voLsinagedes ports maritimes, paraissent 
r6server pour Tavenir, aux industries de cette derniere region, une 
situation meilleure. 



Ce qui contribue a faire apparaitre sous un jour favorable les 
ressources productives de Wallonie, ce sont les salaires relative- 
meat dleves tju'elles permettent de distribuer a la classe ouvriere. 
Les industries wallonnes sont des industries a hauts salaires et la 
remuneration des ouvriers agricoles y atteint aussi un taux plus 
61ev6 qu'en Flandre. 

Salaires des ouvriers agricoles du sexe masculin en 1895. 



Provinces Flamandes 


Provinces 


Wallonnes 


| sans | avec 




sans I avec 


! nourriture 


nourriture 


Flandre occidentale . 1 1 .68 
Flandre orientale . j 1.63 

Anvers 1.62 

Limbourg . . . .1.44 


0.94 
0.84 
1.00 

0.84 


Hainaut. . . 
Li6ge . . . 
Namur . . . 
Luxembourg . 


' ' 


2.20 
2.23 
1.62 
2.40 


1.36 
1.40 
1.00 
1.5i 


Tolaux ... 6.37 


3.62 


8.51 


5.30 



Qu'il s'agisse de salaire sans nourriture ou de salaire avec nour- 
riture, le taux de remuneration de l'ouvrier agricole est done plus 
elev6 en Wallonie qu'en Flandre. Ceci ressort de la comparaison des 
sommes que toucheraient, d'une part, une brigade composed de 
quatre ouvriers recrutes dans chacune des provinces flamandes et, 
d'autre part une brigade de quatre ouvriers pris dans chacune des 



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^ *■*■■ ' -». -*,_^ 



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280 WALLONIA 

provinces wallonnes. Ici, la. localisation des hauts salaires en 
Wallonie est assez nettement tranchee, puisque les trois provinces 
ou la moyenne des salaires est le plus Glevee sont comprises dans 
cettc region. 

Quant aux salaires de rindustrie, le dernier recensemeut ayant 
ete fait avec une methode beaucoup plus compliquee que celle des 
moyennes generates, il ne nous est pas possible de traduire d'une 
maniere aussi frappante, la difference qui separe, sous le rapport de 
la remuneration des ouvriers, les diverses provinces du pays. 

Gependant, la conclusion que le taux des salaires est en general 
plus bas dans les Flandres qu'en Wallonie, se d6gage nettement des 
documents recueillis dans le Recensement de 1896. 

Eile ressort notamment des cartogrammes inseres dans le volume 
consacre a YExposd general des mellwdes et des resultals 

D'ailleurs, le rapporteur declare a la page 308, que « les regions 
a bas salaires se rencontrent exclusivement dans la partie flamande 
du pays : la Flandre Occidentale, le Nord de la Flandre Orientate, le 
Limbourg et Tarrondissement de Turnhout.. > 

Et ce fait se constate malgr£ Tinfluence de la grande industrie, 
dont Taction est cependant favorable a la hausse des salaires. 

C'est ce que le rapporteur fait lui-meme observer. II continue en 
ces termes : 

« Ce n'est point que, dans ces regions, la grande industrie 
n'existe pas : il s'y rencontre a coup sur des etablissements impor- 
tants, mais ils appartiennent en general a ce groupe d'industries 
dont les bas salaires ont deja et(3 signales, a savoir, les industries 
textiles du lin et du coton>. On a vu, d'ailleurs, que l'industrie a 
domicile, avec aes bas salaires et son niveau d'existence inferieur 
fleurit surtout dans les Flandres. 



Le bien-6tre semble done plus r£pandu parmi le peuple Wallon 
que parmi les habitants des Flandres. Ce qui confirme cette conclu- 
sion, c'est aussi le tableau de la misere, pour autant qu'on puisse 
Tetablir au moyen de la statistique des personnes assist6es par les 
Bureaux de bienfaisance. 

Le rapport de la Commission speciale institute par le gouverne- 
ment pour examiner la question de la reforme de la bienfaisance, 
publie en 1900 ( J ), contient un releve du chiffre moyen des personnes 
assistees par les Bureaux de bienfaisance pour la p^riode quinquen- 

(1) A propos de ce rapport, voir dans la Revue de Belgique de 1901 : La 
Question de Bienfaisance. 



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WALLONIA 



281 



nale comprise entre 1890 et 1894, 6tabli par province. En rappro- 
chant ces chiffres, de la population totale de chaque province en 
1903, on obtient le resultat que voici : 

Personnes assistees par centaine d'habitants. 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Flandre occidentale ... 10 

Flandre orientale .... 7 

Limbourg 4 

Anvers 3 



Hainaut. . 
Namur . . 
Li6ge . . . 
Luxembourg 



4 
4 
3 
1 



Les provinces qui presentent les taux d'assist6s les plus eleves 
sont done les deux Flandres, tandis que les provinces de Luxem- 
bourg et de Liege figurent parmi celles dont le taux est le plus 
modeste. Au reste, on remarque encore ici que les differences entre 
les provinces du merae groupe ethnique sont enormes, au point 
qu'il est bien malaise de considerer le paupGrisme comme un carac- 
tere propre a Tune ou l'autre des deux races. 

Toutefois, puisque le point de depart de cette 6tude a et6 de 
comparer les provinces wallonnes et les provinces flamandes, s'il 
fallait tirer de cet examen une conclusion generate, on aboutirait, 
avec les reserves exprimees deja a plusieurs reprises sur Topportu- 
nite d'une semblable division, a cette proposition, que le peuple 
wallon a plus de ressources productives explores et jouit d'un 
meilleur niveau d'existence materielle que le peuple flamand. 



Vn autre moyen de mesurer la richesse relative des divers 
groupements d'un pays, c est de comparer le revenit des impots dans 
chacun d'eux. Quoique l'impot proportionnel au revenu n'existe pas 
encore en Helgique sous sa forme la plus moderne, au moins comme 
contribution aux finances de TEtat, on ne peut nier cependant qu'il 
n'y ait une certaine relation entre la fortune privee des contribuables 
et les sommes qu'ils payent au fisc en fait de contributions directes, 
de droits d'enregistrement, de succession, d'hypotheque et autres 
droits analogues. 

Voyons, par consequent, dans quelle mesure les provinces 
wallonnes ou flamandes contribuent, par voie d'imposition, au 
revenu de TEtat. A cet effet, nous avons reuni les chiffres suivants 



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282 



WALLONIA 



empiun es au Compte general de V administration des finances. Ces 
chiflres se rapporlent au compte d^finitif de l'annee 1898, la date la 
plus reeente pour laquelle il nous ait ote possible de trouver a Liege 
un document offlciel. 

Examinons d'abord le revonu des contributions directes, c'est- 
a-dire la contribution fonciere (t personnel le, les droits de patente 
et les redevances sur les mines. En additionnant les chiflres aflerant 
k ces di verses rubriques, on obtient : 

1898. — Revenu des contributions directes. — Millions de francs : 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Anvers 7.3 

Flandre occidental ... 5.5 

Flandre orientale .... 6.9 

Limbourg 1.3 

21.0 



Hainaut 8.8 

Li6ge 6.5 

Luxembourg . . , . . 1.0 

Namur 2.6 



18.9 



Quant au revenu des droits d'enregistrement, y compris les 
droits de justice, d'hypotheque de succession et de timbre, on obtient 
le rdsultat suivant : 

1898. — Revenu de Venregistrement. — En millions de francs : 



Provinces Flamandes 



Provinces Wallonnes 



Anvers 7.3 

Flandre occidental ... 5.0 

Flandre orientale .... 7.1 

Limbourg 1.2 

20.6 



Hainaut 6.9 

Liege 5.9 

Luxembourg 1.4 

Namur .... . . 2.4 

16.6 



II ressort de ces chiffres que les sommes payees par les provinces 
flamandes sont notablement sup6rieures a celies que payent les 
provinces wallonnes. En eflet, en reunissant le revenu des contri- 
butions directes et ceiui de Teuregistrement, nous obtenons un total 
de 40.0 millions de francs fournis par les Flandres et une somme 
globale de 35.5 millions pay£e par la Wallonie. Mais si Ton veut 
avoir une base de comparaison, il convient dc tenir compte de la 



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WALLONIA 283 

difference du nombie d'habilants des deux regions du pays-. En 1903, 
les provinces flamandes considerees comptaient trois millions d'habi- 
tants et les provinces wallonnes 2.6 millions. En d'autres termes. la 
population flamande envisagee depasserait de 15 °/ , la population 
wallonne. Or, on constate que la difference des contributions fournies 
au revenu de l'Etat par les impots examines correspond a celle des 
populations : elle est seulement de 11 °/ . En d'autres termes, par 
habitant, les flamands payeraient done autant d'impots directs que 

les Wallons. 

* 
* * 

Ce r^sultat infirme-t-il celui auquel ont est arrive^ pr^cexlemment 
a propos des salaires et de la misere? — On ne pourrait raisonna- 
blement admettre que la statistique des salaires et de Tassistance 
publique aboutissent, k des re'sultats completement errones. La 
verite est que celle-ci ne nous renseigne que sur la condition des 
salaries et de la classe pauvre, tandis que la statistique des contri- 
butions directes nous eclaire sur la condition des citoyens qui suppor- 
tent seuls, ou a peu pres, ce genre d'impot, e'est-i-dire la classe 
riche et la classe moyenne. Ce rapprochement conduit done k cette 
conclusion interessante : la condition mat^rielle de la classe ouvrierc 
et de la classe inferieure est meilleure en pays wallon qu'en pays 
flamand, taudis que celle de la classe moyenne et de la classe riche 
e>t sensiblement identique dans les deux parlies du pays. En d'autres 
termes, les Flandres presentent une repartition de la fortune privee 
plus inegale que la Wallonic 

Quant a la situation morale, il n'est pas possible de se livrer ici 
a un examen aussi details que celui qu'on a consacre a la situation 
materiel le. 

Cependant, arretons-nous un instant a Tindice pre'eieux que 
fournit la slatistique de Yinstricction la plus rudimentaire. 

Si Ton envisage le nombre de personnes let treses par centaine 
d'habitants &g6s de 8 ans au moins, on arrive, en suivant Tordre 
des taux les plus eleves a ranger les quatre provinces flamandes et 
les quatre provinces wallonnes dans Tordre suivant : 

1000. — Personnes Mtries par 100 habitants de 8 ansaumoins : 

Luxembourg 80 

Namur 78 

Li6ge 74 

Anvers 70 



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284 WALLONIA 

Limbourg 68 

Hainaut 67 

Flandre Occidentale . 61 

Flandre Orientale 61 

En sojnme, les provinces wallonnes apparaissent comine pos- 
sedant une population moins ignorante que les provinces flamandes. 
Remarquons toutefois le tau% tres raodeste de la province de Hainaut. 

Au reste, ce qui tend ici plutot a rapprocher qu'k s^parer les 
Flamands et les Wallons, c'est le taux excessivement eleve d'illettrds 
que presente encore au xx e siecle la population beige. 

II y a plus d'un siecle et demi, parmi les soldats que le Roi de 

Prusse recrutait dans la Principaut6 de Liege, il n'y en avait qu'un 

tier.> qui fussent incapables de signer leur engagement ( , ). On voit 

que le progres accompli n'est pas enorme ! 

• 
* • 

II serait certes fort interessant d'examiner avec quelque soin les 
caracteres psychiques qui distinguent les Flamands et les Wallons. 
En procedant k cet examen, qu'on ne peut malheureusement aborder 
ici, on devrait abouiir, a mon avis, k cette conclusion que la diffe- 
rence des caracteres est beaucoup moindre qu'on ne se Timagine 
sou vent de prime abord. 

Au contraire, si on prenait la peine d'examiner les traits psy- 
chiques communs aux deux races beiges on serait peut-etre fort 
etonn6 de voir combien ils sont nombreux et dans quelle large 
mesure ils distinguent les Beiges de toute race, des autres peuples. 
Non moins interessante serait l'etude de leur passe. Gelle-ci nous 
montrerait Tidentite de destinee historique des deux races et elle 
nous fournirait en raeme temps l'explication de ces traits de carac- 
t6re qui distinguent le Beige des autres peuples. Ces caracteres distinc- 
tifs ne peuvent apparaitre qu'a celui qui a frequente suffisamment 
les citoyens d'autres nations, qui a vecu assez longtemps a Tetranger, 
qui s'est impregne en quelque sorte de sa litterature, de sa science, 
de sa conception de Texistence. A celui-la, les traits propres du 
caractere beige ne pourront pas echapper, pour peu qu'il soit obser- 
vateur et psychologue. 

Qu'on me permette d'insister sur deux de ces traits qui me 
paraissent particulierement saillants : un amour de Tindependance 
individuelle pousse jusqif& l'indiscipline et une conception de la vie 
peu idealiste. 

(1) Exactement 50 sur 140 et encore plusieurs d'entre oux savaient ils lire, 
vraisemblableuient. V. Brouwers, Relations entre la Prusse ct le pays de Liege % 
dans le Bull, de VInstit. archtologique liegeois, t. XXXV, pp. 75, suiv. 



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WALLONIA 285 

Le Beige aime beaucoup la liberty. Mais il s'en fait une id6e 
toute particuliere. Elle ne lui apparait point corame un ensemble 
d'avantages positifs, comme une somme de bien-etre materiel et 
moral. Pour lui, c'est plutot un amour instinctif d'ind£pendance, 
Timpatience de toute contrainte, de toute discipline; il la goncoit un 
peu a la maniere des vagabonds et des r^fractaires. Et ce besoin 
d'une liberty purement negative, il le satisfera, memc au prix de 
grands avantages materiels. 

Ge trait du caractere national parait devoir surtout s'expliquer 
par Thistoire du peuple, histoire agitee, pleine de luttes et de miseres. 
II r^sulte d'un morcellement politique plusieurs fois seculaire, d'une 
grande autonomie locale, et surtout d'une succession de gouverne- 
ments strangers qui cherch6rent tour a tour a imposer a la popu- 
lation des institutions exotiques, opposees au milieu social, par 
consequent, vexatoires etqui entretinrent a Tetat chronique de levain 
de la r^volte. 

Aussi le Beige, le Wallon, ainsi que le Flamand, apparait-il, 
encore aujourd'hui, meme dans les limites minuscules de ses fron- 
tieres, comme extremement particulariste. Son ame collective ne 
s'est guere developp^e. Elle est encore bornee, depassant a peine les 
amis, le milieu voisin. Comme au Moyen Age, Tesprit local est tres 
vif, le patriotisme ne s'utendant guere au dela de la cite : on est 
Liegeois, Vervi£tois, Namurois, Gantois, Tournaisien, Anversois, 
Brugeois ou Bruxellois, beige, aussi, sans doute, mais k un beaucoup 
moindre degr6. Ici se retrouve l'oeuvre de Thistoire : jamais les 
diverses petites provinces qui coustituaient les Pays-Bas ne subirent 
Taction d'une energique centralisation; mais elles conserverent 
chacune separement leur autonomie, leur physionomie, leurs interets 
particuliers. 

II s'cnsuit que le champ visuel du Beige est reste fort restreint 
dans Tespace et le temps : pas de point de vue eleve dans sa concep- 
tion de la vie, mais des aspirations ideales des plus modestes. 

Encore de nos jours, les gandes affaires sont le plus souvent 
concues et lancees par des etrangers : a Anvers, le grand commerce 
d'exportation et les transports maritimes ; partout, le grand com- 
merce de detail. 

On comprend que les Beiges se deflent un peu des grandes 
conceptions : celles-ci impliquent la confiance en une certaine stabi- 
lity du milieu social, politique ; cette stability a toujours fait defaut 
avant le xix e siecle, et encore aujourd'hui, la situation commerciale 
des industries depend en grande partie du marche exterieur, c'est-a- 
dire des changements de politique douaniere de T^tranger. 



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286 WALLONIA 

Ajoutons que l'agrement de la vie dans im beau pays, au climat 
vivifiant, Ives frSquente par les Strangers dans les moments de ville- 
giature et de joie, ainsi que le bon marche de l'existence, stimulent 
peu l'enepgie poup la conquete d'un avenip meilleup et poptent plutot 
a jouip simplement des biens presents. 

Conception peu 6levee, peu idealiste, sans doute, mais d6fen- 
dable, appes tout : vaut-il mieux s'extenucp, la vie durant, a la 
poupsuite (run bon hen p qu'on n'atteindra peut-etre jamais, que de 
jouip paisiblement de celui qui s'offpe sup sa poute et peut suffire aux 
ambitions modestes. De ces deux alternatives, c'est la derniere que 
le Beige a choisie sous la ppession des cipconstances : celle de 
Yaurea mediocritas. 



Continuons toutefois a aimep la libepte individuelle. Elle a 
ppoduit de gpandes choses. Les Anglais ont montpe ce qu'elle peut 
donner. II est vpai que les Anglais ne se font pas de la liberte une 
conception en tout point confopme a la notre. On a dit qu'ils raiment 
avec paison, tandis que les Beiges raiment avec passion. Mettons un 
peu moins de passion dans notre amour de la liberte et un peu plus 
de paison. Apppenons a ceder moins facilemcni, a cot esprit paplicu- 
lapiste qui a deja fait tant de mai a nos provinces. On en trouve 
plus d'un exemple dans l'histoire des communes flamandes et j'ima- 
gine qu'on en trouverait aussi dans celle des provinces wallounes si 
celle-ci 6tait mieux etudiee et mieux connue. Faisons treve aux 
dissentions intestines et ne nous laissons pas en trainer surtout par 
le mauvais genie des haines de race, qui papait malheupeusement 
avoip s^duit quelques-uns de nos concitoyens. 

R6agissons contpe le mal maintenant qu'il en est temps encore. 
La conservation de la patrie et de sa prosperity le bonheur des 
freres wallons et flamands ne sont possibles qu'a ce prix. Sinon, 
affaiblis par la discopde, cpaignons de devenir, dans le concert des 
peuples, une quantito tout-a-fait negligeable, pipe encopc, un element 
de tpouble poup la paix du monde, que les grandes nations auront 
bientot fait de sacrifier a l'interet general de l'Europe. Alors, crai- 
gnons que Ton n'ait bientot a ecrire le dernier chapitpe de notre 
histoire nationale avec, comme tilre : Finis patriae belgicce et, 
comme morale, des enseignements dont nous aurions k rougir. 



>^r> 



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III. 

La situation morale et 

materielle du peuple wallon 

PAR 

Jean ROGER 

Industrie! k Liege, president de V Association des Auteurs dramatiques 
et Chansonniers wallons. 



Cost dans une pens6e de haute utility que le Comite organisateur 
de ce Congres a voulu soumettre a vos deliberations lexamen de la 
situation morale et materielle du Peuple wallon. 

II a pense que le bilan des progres realises depuis Tepoque de 
notre emancipation politique, serait pour beaucoup de Wallons 
qu'ont rarement sollicites ces questions d'ordre general, la revelation 
de notre importance economique et de notre valeur morale. 

Vaincre Tindifference des uns, galvaniser Tapathie des a litres, 
reveiller les energies somnolentes, inculquer a tous une conscience 
profonde de notre force, tel est le but. 

Conscience de sa force et confiance en soi-meme! Cesont la deux 
elements inseparables de tout succes, quel qu'il soit, deux principes 
consacres par la sagesse des nations dans ce proverbe : « Pour se 
bien porter, il faut se bien connaitre ». 

Apprenons done k nous connaitre et, dans cet esprit, etudions les 
effets de notre surprenante activite et de notre extrordinaire expan- 
sion. Le travail auquel je vous invite est formidable si ce chapitre de 
notre hi<toire doit etre traite avec toute l'ampleur qu'il justifie, Ce ne 
peut etre la, malheureusement, la tache d'un jour, et le cadre relati- 
vemeut restreint qui m'est assigne ne m'a permis, en raison raeme 
de la complex! te de cette question, d'en envisager les phases les plus 
interessantes que d'une fagon rapide et sommaire. 

Quoi qu'il en soit, si les constatations que j'ai eu la joie de 
recueillir ne constituent qu'une faible partie du palmares que nous 



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288 WALLONIA 

sommes en droit de d^cerner au Peuple wallon en ces assises solcn- 
nelles, tout au moins seront-elles sufRsantes pour asseoir dans vos 
esprits la conviction du prodigieux essor pris par not re race au cours 
de soixante-quinze annees d'une paix ininterrompue, et des progres 
considerables qu'el lea su realiserdans tous les domaines de l'activite. 

* 

Je vous parlais tantot des effets de notre expansion. Avant 
d'aborder ce point, il conviendrait pourtant, a mon sens, d'en 
examiner rapidement les causes. 

Ces causes sont en nous-memes. Elles derivent des aptitudes 
natu relies de notre race. 

Sentinelle avancee des peuples latins dans les pays du Nord, le 
Wallon possede au plus haut degre les merveilleuses qualites 
ethniques de la grande famille dont il est sorti. II est franc, vaillant, 
g£n6reux et enthou^iaste. Profond&nent attache au sol natal, il a, 
du sentiment familial, une conception tres elev6e en raerae temps 
qu'un sens tres large de la liberte. Sa glorieuse histoire est une lutte 
obstinee, incossante pour le respect de ses franchises et la defense de 
ses droit-. Sa vaillance est proverbiale : « respectez-le, c'est un 
Wallon ! », dit le poele allemand ( 1 ). Et si le t6moignage de Cesar, 
le proclamant les plus brave des Gaulois, avait besoin d'une conse- 
cration, ne la trouverions-nous pas dans ce fait qu'il faut remonter a 
la defense des Termopyles par les 300 Spartiates, pour relcver dans 
Thistoire du monde un acto d'heroisme comparable au devouement 
des 600 Franchimontois ! 

Dans l'ordre pacifique, le Wallon aime le travail, source de tout 
bien-etre. De tout temps il a su tirer le profit le plus large de la situa- 
tion geographique et de la constitution geologique de son domaine. 
N'est-ce pas ici, a Liege meme, que la legende place '.a decouverte de 
la houille ou charbon de terre ? 

Doue d'un esprit vif, pratique et laborieux, il a fait de sa patrie, 
par l'exploitation de ses richesses minieres, une des contrees les plus 
riches et les plus prosperes du monde. Et lorsque la diplomatie 
de 1815, en creant les Pays-Bas, lia ses destinees a celles du Peuple 
flamand, on le vit s'appliquer, avec la meme ardeur constante, a 
magnifier la patrie nouvelle. 

Mais void 1830. La Belgique se reveille. Le vieux levain de 
liberte a raisou de Foppresseur et le nouvel Etat donne une fois de 

(1) Schiller, W aliens tein, aetc 1, scene XI. 



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WALLONIA 289 

plus a FEurope surprise, le spectacle de deux races differentes par 
leur langue, leur genie, leurs gouts, leurs moeurs meme, s'unissant 
pour le maintien dune liberte commune, cherement conquise. 

G'est a Fombre de cette liberty que Wallons et Flamands, 
donuant l'essor a leur activite propre et a leurs qualites particulieres, 
ont pu se developper parallelement. lis l'ont fait dans une sorte 
d emulation qui devait donner des resultats admirables pour Fen- 
semble, quoique fatalernent inegaux pour les deux races, en raison 
meme des differences qu'elles presentent dans leurs facult6s d'expan- 
sion et d'assimilation. 

II suffit, en effet, d'un rapide coup d'oeil sur les diagrammes 
donnant, dans les divers domaines de Feconomie nationale, les 
courbes devolution des deux fractions du peuple beige, pour se 
pen^trer de cette in^galite qui ailirme, pour le surplus, la superiority 
de nos provinces. 

Et si Ton nous reconnait, en tant que Beiges, le droit de nous 
enorgueillir du gigantesque effort qui plaga la Beigique au premier 
rang des puissances economiques, on ne peut a coup sur nous denier, 
comme Wallons, l'incontestable droit de nous prevaloir d'une coope- 
ration preponderate a ce travail formidable. 

II est aussi loin de notre esprit de refuser aux Flamands la part 
d'influence qu'ils ont mise au service de la cause commune, qu'il ne 
peut etre en notre pouvoir de meconnaitre les progres qu'ils ont 
accomplis. Mais nous estimons qu'en pareille matiere surtout, le vieil 
adage « Rendez a Cesar ce qui est a Cesar », doit trouver toute son 
application. 

A chacun la justice qui lui est due. 

Personne, au demeurant, ne s'en plaindra si Ton admet que 
Thonnetete est une vertu commune aux deux races nationales. 



Etant ainsi bien fixes quant aux causes naturelles de Tactivite 
remarquable des populations wallonnes, nous pourrons, les compre- 
naut beaucoup mieux, en examiner les divers effets. 

Les comparaisons s'imposeront d'elles-memes. 

Les yeux sur le diagramme de notre evolution, nous ne pourrons, 
au surplus, nous desinteresser de 1 evolution flamande, dont les mou- 
vements s'inscrivent en meme temps que les notres. Et les elements 
qui autorisent une comparaison juste, serieuse, cxeinpte de toute 
base arbitraire, sont peut-etre ici uniques au monde. En etlet, les 
neuf provinces beiges comprennent : 



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290 WALLONIA 

1° Un groupe de quatre provinces purement flamandes : les deux 
Flandres, An vers et Limbourg; 

2° Un groupe de quatre provinces purement wallonnes ou peu 
s'en faut : Hainaut, Liege, Namur et Luxembourg ; 

3° Enfin, le Brabant. 

Cette derniere province est d'un classcment difficile, tant par le 
cosmopolitisme de la capitale que par la separation a peu pres 6gale 
du restant de son terriloire entre les deux races. 

Mes comparaisons seront done etablies entre le groupe flamand 
et le groupe wallon a lexclusion de tout autre element. Nous so in mes, 
autorises b proceder ainsi, etant donne que la population des deux 
groupes est sensiblement egale, avec une difference de quelque dix 
pour cent en faveur du groupe flamand. 

Ce desavantage, loin de nous gener, ne donnera qu'un relief plus 
accuse a notre evidende superiorite. 

Au reste, voici les chiffres au 31 decembre 1901. 

a) Groupe des provinces flamandes : 

2,943,(367 habitants ; 

b) Groupe des provinces wallonnes : 

2,564,214 habitants. 



En 1831, la population totale de la Beigique etait de 3,785,814 
habitants. 

Au 31 de>enibre 1901, elle est de 6,799,999 individus, soit done, 
en soixante-dix ans, une augmentation de 3,014.185 habitants ou 
80 pour cent. 

Voici dans quel ordre seclassent les provinces dans le calcul de 
cette moyenne d'accroi^sement. 

1. Anvers 140 °/ 

^?. Brabant 130 °/ 

3. Liege 125 °/ u 

4. Hainaut 90 ° 

5. Namur , . 63 % 

6. Limbourg 53 °/ 

7. Flandre orientale 40 % 

8. Luxembourg 37 % 

9. Flandre occidental 34 °/ 

Si nous etabli-sons le bilan separe des deux groupes flamand et 
wallon, nous obtenons : 



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WALLONIA 291 

a) Groupe flamaad : 

Anvers 140 °/o 

Limbourg 53 °/ 

Flaudre orientale 40 / o 

Flandro occidentale 34 °/ u 

Soit une moyenne de 6 > 3 / 4 pour cent. 

b) Groupe wallon : 

Li'ge 125°/- 

Haiuaut 90 °/° 

Namur 63 °/ 

Luxembourg 37 °/ 

Soit uue moyenne de 78 3 / 4 pour cent ! 

L'accroissement de la population a done ete de 12 °/ plus elev6 
dans les provinces walonnes. 

Cette statistique est pr6cieuse. 

Elle met & n6ant la l^gende de la proltxite flamandc en raeme 
temps que celle du neo-malthusianisme wallon ! 

Et, remarque curieuse, e'est au coeur memo de la Flandre que 
l'accroissement de la population est le plus lent. 



Sous le rapport linguistique, la Belgique se partage entre le 
wallon (officiellement le frangais) et le flamaud. 

L'allemand, parle par environ 3*3,000 individus, est consid^re 
dans les calculs de statistique comme quantite negligeable. 

Lorsdu recensement da 31 decerabre 1900, 41 pour cent de la 
population ont declare ne parler que le frangais. Ce chiffre 6tait en 
augmentation de 11 °/ en vingt ans. 45% de la population ont declare 
ne parler que le tfamand. Ce chiffre etait, en vingt ans, en augmen- 
tation de 10 °/ . 

A ce sujet, il n est pas hors de propos de rappeler comment, & 
Bruxelles meme, on 6tablissait ces listes : Un eufant ne le 8 tevrier, 
declaraitle31 decern bresuivant ne parler que le flamand ! Un autre, 
ne leO decembre, afflrmait, 25 jours plus tard, s'exprimer exclusive- 
mentcn moedertaal ! On pourrait multiplier lesexemples. 

Le chiffre de 45 °/ cit6 plus haut est done incontestablement 
faux. Par contre celui de 41 °/ pour le frangais est plutot on-dessous 
de la r6alite. 

En 20 ans, le nombre des habitants parlant les deux langues a 
augmente de 65 °/© pour tout le pays. Sur quelle langue porte suitout 
cet accroissement ? C'est ce que je vais examiner. 



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292 WALLONIA 

Dans les 4 provinces flamandes, raugmentation est de 3* °/ . 
Dans les 4 provinces wallonnes. elle n'est que de 16 °/ , ce qui prouve 
clair comme le jour : 

1° Les progres considerables du frangais en d^pit de la propagande 
et du bluff fiamingants ; 

2° Que ce n'est pas le Wallon qui apprend le flamand, mais le 
Flamand qui apprend le frangais, obeigsant en ceci a une necessite 
primordiale. Cette constatation est du reste tout a l'honneur de 
I'esprit pratique de nos fWsres Germains et nous les en felicitons. 

[/instruction d'un peuple 6tant la source de sa prosp^rite, a dit 
quelque part une tres haute personnalite du pays, examinons. sous 
ce rapport, l'etat de nos populations. 

A fin decerabre 1900, 68°/ des Beiges savaient lire et 6crire. 

Pour etre juste, il faut cependant deduire de la population, 
consideree a ce point de vue special, les enfants en dessous de 8 ans. 

La proportion des lettres est alors de 81 °/ pour tout de pays, ce 
qui nous laisse encore un formidable d6chet de 19 °/ de Beiges ne 
sachant ni lire ni ecrire ! 

Voyons comment se comportent ici les 2 groupes de provinces, 
wallonnes et flamandes. 

Le pourcentage n'est, malheureusement, base que sur la popu- 
lation totale, c'est-a-dire comprenant les enfants en-dessous de 8 ans : 

La groupe flamand donne : 

Anvers 68 °/ 

Limbourg . , 68 °/ 

Flandre occidentale 61 % 

Flandre orientale 61 % 

Soit une moyenne de 65 G / 10 °/ de lettres. 
Le groupe wallon donne : 

Luxembourg 80 •/<> 

Namur 79 °/ 

Liege 74 °/ 

Hainaut 67 °/ 

Soit une moyenne de 74 % de lettres. 

En 1902, les miliciens ne sachant ni lire ni ecrire se repar- 
tissaient comme suit : 



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WALLONIA 293 

Groupe wallon : 

Hainaut 12.84 •/. 

Li6ge 4.85 •/. 

Luxembourg 1.85 / o 

Namur 2.87 •/• 

Soit une moyenne de 5 6 / 10 °/.. 

Groupe flamand : 

Anvers 7.78 °/ 

Flandre occidentale 11.00 /o 

Flandre orientale 15.12 °' 

Limbourg 6.65 •/, 

Soit une moyenne de 10 u /io d'illettres. 

A part le Hainaut, ou la mine enleve malhcureusement trop tot 
les jeunes gens a l'ecole, les provinces de Luxembourg, Namur et 
Li6ge tiennent la t6te avec une avance considerable sur les provinces 
fiamandes. 

La proportion parrai les homines incorpor6s se mainlient et en 
1901 nous trouvons 10 °/ d'illettres wallons contre 15 °/ dlllettr6s 
flamands. 

Pour bien comprendre cet etat de choses, il sufRt du reste 
d'examiner les statistiques relatives aux Gcoles primaires du royaume 
en 1901. 

Le groupe des provinces flamandes compte 1,022 ecoles offlcielles 
avec 152,100 el&vcs ; soit une proportion de 148 eleves par 6cole. 

Le groupe des provinces wallonnes comple 2,274 6coles offlcielles 
avec 224,700 Aleves ; soit une proportion de 99 eleves par 6cole. 

Le groupe flamand comprend 1,305 ecoles libres ou adoptees avec 
202,700 eleves ; soit une proportion de 155 eleves par ecole. 

Le groupe wallon compte seulement 858 6coles libres o;i 
adoptees ; avec 78,500 616ves ; soit une proportion de 91 eleves par 
6cole. 

Nous pouvons done 6tablir, toute appreciation restant sauve, le 
tableau general ci-apres : 

Ecoles officielles N ombre Proportion 

et adoptees d'eleves par ecole 

Groupe flamand 2,327 354,800 152 

Groupe wallon 3,632 303,200 83 

Ges chiffres pourraient se passer de com men ta ires. 

II ne peut cependant nous deplaire de constater que les condi- 
tions hygteniques de l^cole en pays wallon sout autrement favorables 



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294 WALLONIA 

qu'en pays flaraand. Ici une 6cole pour 83 Aleves. La une 6cole pour 
uue masse de 152 petiots. On comprend ais^ment que memo sans 
examiner la valeur intrins^que de Fenseignement et malgr6 ses 
50,000 Aleves de plus, provenant de TexcSdent de sa population, le 
groupe flamand en arrive a un chiffre d'illettr^s parfois double de 
celui du groupe wallon. 

Terminons eel expo>e par un releve des 6coles d'adultes : 

Ecoles d'adultes Ecoles d'adultes Total 

officielles adoptees 



Groupe flamand, 238 

Groupe wallon, 1,413 383 1,796 

La superiority de nos provinces est encore ici 6crasante. 

La statistique des bibliotheques populaires est de son cote des 
plus int^ressantes. 

Le groupe flamand compte 192 bibliotheques populaires, avec 
632,814 volumes (Flandre orientale avec Gand qui y entre pour 
400,000) et 31,535 lecleurs. 

Le groupe walon compte 313 bibliotheques avec 827,113 volumes 
(dont 500,000 pour la province de Ltege) et 45,819 lecteurs. 

Quelques chiffres curieux quant aux tendances des lecteurs dans 
les deux groupes. 

Nombre d'ouvrages pris en lecture en 1901. 

Ouvrages relatifs k : 

Industrie Romans Sciences morales Sciences physiques 
Commerce Litterature et administratis et mathematiques 

Groupe flamand, 3,178 165,730 15,712 12^577 

Groupe wallon, 23,769 345,145 26,045 41,945 

Comment resister a l'6ioquence de pareils chiffres ? 

Et ne se comprenncnt-ils pas mieux encore si Ton considere 
qu'en 1000 les quatre provinces flamandes ont d'*pense809,402 francs 
pour Tinslructiou publique, tandis que les provinces wallonnes con- 
sacraient 1,613,609 francs (exactement le double) a l'£ducation de 
leurs enfants ? 

Qui voudrait ne pas ftetrir, comme elle le m^ritc, cette parci- 
monie coupable des administrations flamandes k regard d'une des 
premieres necessity sociales : Tinstruction du peuple? Et voyez 
quelles tristes consequences peut avoir une tactique tenant pour 
lettre morte les exigences intellectuelles et hygteniques d'une bonne 
education. 

Le docteur Charbonnier, dans un discours prononc6 a la Soci&d 



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WALLONIA 295 

de propagande wallonne de Bruxelles, en mai 1897, constatait que la 
mortality qui atteignait 16 pour 1,000 en Wallonie, 6tait de 26 pour 
1,000 en pays flamand. 

II notait aussi que deux tiers des individus condafnnes pour 
crimes apparti<mnent aux quatre provinces du Nord, un tiers seule- 
jnent aux provinces wallonnes. 

Sur 690 crimes commis de 1830 a 1885, 400 le sout par les Fla- 
mands. A elle seule, la Flandre orientale a autant de criminels que 
les quatre provinces wallonnes. 

Voyez aussi les asiles d'alten^s qui abritent 8,000 Flamands 
contre 4,000 Wallons! La Fiandre orientale en comple un tiers de 
plus que tout ie pays wailon. et la ville de Gand k elle seule en a 
autant que toute la province de Hainaut. 

Voici Tordre dans lequel so classent les provinces dans la statis- 
tique donnant le nombre de condamnes pour 1,000 habitants : 

1. Flandre Occident ale .... 14.05 par mille 

2. Flandre orientale 12.70 » 

3. Brabant 12.70 

4. Anvers 12.27 » 

5. Limbourg 11.80 » 

6. Hainaut ,.. 11.70 > 

7. Namur 10.45 > 

8. Luxembourg 10.13 » 

9. Liege 7.20 > 

* 

La negligence de ces administrations se manifesto au surplus 
tout aussi bien dans le domaine materiel et ne notons, comme preuvc, 
que lear pou de souci de l'hygiene de l'habitation, ce facteur primor- 
dial encore, de la prosperile el de la saut6 publiques. 

En 1880, le nombre d'habitants par 100 maisons est do 520 pour 
la Belgique entiere. 

En 1900, ce chiffre est tomb6 a 503, ce qui denote une ameliora- 
tion deja sensible des conditions hygi^niques de la vie. 

Voyonsd'ou provient ce mouvementde diminution et examinons 
les chiffres donn6s par les deux groupes : 

a) Group? flamand : 

Anvers : le nombre d'habitants par 100 maisons « augmente > 
de5°/ ! 

Flandre occidentale : ce nombre diminue de 1 ° . 
Flandre orientale, diminution de 1 °/ . 
Limbourg, diminution de 1 °/ . 



- - ——.-..._. >.•! -.-- 



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296 WALL0N1A 

Soit au total une augmentation moyennc de 1/2 •/„ dans le nombre 
d'habitants par 100 maisons, c'est-a-dire une aggravation des condi- 
tions d^fectaeuses de l'habitat. 

b) Groupe des provinces wallonnes : 

Hainaut, diminution de 5 °/ . 
Li6ge, diminution de 5°/ p . 
Namur, diminution dc 5 °/ . 
Luxembourg, diminution de 1 °/ . 

Soit au total une diminution moyenne de « 4 °/ > dans le nombre 
d'habitants par 100 maisons. 

L'am&ioration des conditions hygieniques de l'habitat porte 
done, et il faut noter pr6cieusement le fait, exclusivement sur les 
provinces wallonnes ! 

La vieestinconte^tablcment plus aisde et plus confortable dans 
les provinces ni6ridionales du Royaume. Fn faudrait-11 une preuve 
plus ecrasante que celle des chiffres de l^pargne scolaire ? 

Au 31 d^cembre 1899, les Aleves des 4 provinces flamandes pos- 
s6daient en livrets de la caisse d'epargne fr. 2,320,029-14. 

A la mSuie date, les Aleves des 4 provinces wallonnes avaient 
£conomis6 fr. 4,751,263-92, plus du double ! 

Dins ce dernier chiffre, nos braves populations industrielles du 
Hainaut entrent pour fr. 2,574,938-06, soit 55 °/ , et Liege pour 
fr. 1,331,629-32. 

* 

Le rencensement des en t reprises industrielles et des metiers vous 
donnera une id6e de Tactivite et de Tesprit laborieux des populations 
be'ges tant flamandes que wallonnes. 

Le dernier releve que j'ai pu consulter date de 1896. II constate 
qu'il existe en Belgique 330,000 entreprises privies, occupant 
1,134,000 personnes et utilisant 630,000 chevaux-vapeur. 

Dans ces chiffres, la part des 4 provinces wallonnes est de 
113,700 cntreprisos avec 539,500 ouvriers et 425,500 chevaux-vapeur. 
Et ceci nous am6ne a examiner le developpement de Tindustrie en 
gJ*n6ral dans le pays wallon. 

Nous n'insisterons gufere sur l'industrie agricole que Ton con- 
sider, a tort ou a raison, plus r^pandue dans les provinces 
flamandes. II est cependant piquant de remarquer en passant qu'en 
1880routillage agricole des 4 provinces flamandes ne comportait que 
2,867 machines diverses, contre 7,443 utilisees par les 4 provinces 
wallonnes ! 



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WALL0N1A 297 

Le contraste entre les taux des salaires payes aux ouvriers 
agricoles est aussi plein d'enseignement. En voici le tableau : 

1° Provinces flamandes : 

Moyenne des salaires payes par jour 
en 1846 en 1895 

Hommes 1-03 1-59 

Femmes 0-67 1-05 

2° Provinces wallonnes : 

Hommes 1-26 2-33 

Femmes 0-77 1-41 

Le salaire a augments jie moitte en pays flamand. — II a double 
en wallonie. 

Passons a l'examen de la situation industrielle de nos provinces. 
Nos chiffres datent de fin d^cembre 1901. 

1° Mines de houille. 

A cette 6poque, l'industrie houillere est representee par 119 
exploitations actives. 

El les ont produit 22,213,410 tonnes de combustible pour une 
valeur de 338,274,000 francs. 

Les salaires payes ont et6 de 169,916,009 francs, soit une 
moyenne de 1,267 francs par ouvrier mineur, chaque ouvrier ayant 
produit en moyenne 166 tonnes. 

2° Mines melalliques. 
Fer Pyrite, Calamine, Plomb, Manganese. 
Production : 234,715 tonnes de minerai. 
Valeur : 1,541,050 francs. 

3° Usines sidirurgiques. 

a) Hauts-Fourneaux : 46actifs. 
Production :764,180 tonnes fonte. 
Valeur : 47,254,000 francs. 

b) Fabriques de fer : 416 actives. 
Production : 671,220 tonnes. 
Valeur ; 55,176,000 francs. 

c) Acteries. 

Production aciers divers ; 1,142,730 tonnes. 
Valeur : 134,711,000 francs. 

4° Fonderies de minerals de zinc. 
Usines actives : 12 avec 524 fours, 
Production : 127,170 tonnes. 
Valeur : 53,378,000 francs. 



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298 WALLONIA 

5° Fabriques de plomb et argent. 
Usines : 4 avec 60 fours. 
Production : plomb, 18,760 tonnes. 
Valeur : 5,860,000 francs. 
Argent : 169,450 kilogr. 
Valeur : 19,735,000 francs. 

6° Verreries et cristalleries. 
Usines : 52 avec 93 fours. 
Valeur des produits : 65,912,000 francs. 

7° Carrieres. 
Explores : 1747. 
Production : 53,883,980 francs. 

La valeur totale de la production de ces 7 branches de Tindustrie 
wallonne est de pres de 800,000,000 de francs. 

Ces chiffres ne concernent et ne peuvent concerner que la grande 
Industrie dont la production en masse se prete au controle. Mais que 
dire de la petite et de la moyenne industrie, dont le travail 6chappe 
a nos investigations ? 

Je terminerai par le tableau suivant des exporlations en 1901 
de certaines branches de Tindustrie wallonne. 

Armes 17,060,000 francs 

Houille 90,381,000 > 

Cokes 19,823,000 

Machines et outils .... 89,551,000 > 

Minerals brute 56,579,000 > 

Metaux divers 213,211,000 » 

Papiers 17,031,000 > 

Pierresbruts et tailtees . . . 36,316,000 > 

Verreries 80,699,000 > 

Soit un total de . . . . 620,651,000 francs 



Ainsi que je le disais au d6but, j'aurais voulu vous presenter un 
travail plus complet. Ndanmoins, les quelques releves que j'ai pu 
vous soumettre vous d^montrent k sufflsance T£tat prosp^re de nos 
cheres provinces wallonnes et la place pr6pond6rante que nous 
occupons dans la patrie beige. 

N'en tirons point vanit6. 

Ayons simplement conscience de notre valeur et plaignons de 
tout notre coeur ceux-l& qui, ayant encore tant k faire chez eux pour 



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WALLONIa 299 

61ever leurs fr6res, dont ils disent defendre les interets, au niveau 
moral des populations wallonnes, se d6robent& ce devoir patriotique. 

Fletrissons-les surtout quand, au lieu de consacrer leur vie a 
cette ceuvre humanitaire et vraiment nationale, ils s'escriment a 
jeter dans la famille bolge ce brandon de discorde qu'est la question 
des langucs. 

Fous et criminels, ils le sont assez pour rever de rejeter hors 
de nos frontieres cet admirable instrument d^mancipation qu'est la 
langue frongaise ! 

Pourquoi et dans quel but veulent-ils cela ? 

Pour la soi-disant defense dune langue locale que personne 
n'altaque, langue aussi respectable que la notre certes, et que nous 
sommes au surplus les premiers & respecter dans ses manifestations 
intimes, Mais aussi, langue k laquelle nous denions, dans l'interdt de 
la Patrie Beige, le droit de s'imposer pour la satisfaction d'un vain 
cbauvinisme et qui, nous devons bien le constater, ne peut sans se 
couvrir de ridicule, pretendre tenir un role egal a celui de la langue 
frangaisc dans Teconomie mondiale ou m6me simplement nationale. 

VoWk la tendance que nous devons combattre sans treve ni 
merci, jusqu'a la victoire. 

Et nous ne serons bien armes pour cette lutte, dont depend peut- 
etre l'avenir de la Belgique, qu'en perfectionnant encore notre outil- 
lage intellectuel ! 

R6clamons de nos legislateurs Instruction obligatoire afin de 
r^duire k z6ro les 10 °/ d'illettres que nous avons encore dans nos 
provinces wallonnes. En pareille mature, il ne faut pas trop craindre 
de restreindre une liberte dont, a bon droit, nous sommes jaloux. 11 
y va de la vie de la nation. 

Eflbrgons-nous aussi de diriger Tactivit6 de nos mandataires 
vers Amelioration des conditions hygieniques de Inhabitation et de 
la vie en g6n6ral. 

II serait hors de propos de tracer ici les details d'un programme 
de Tespece, qu'au surplus, vous avez tous devant les yeux et qui se 
resume en cette formule : 

INSTRUCTION ET HYGIENE ! 

Dans leur simplicity, ces deux mots sont comme la synthese de 
tous les besoins des peuples modernes. Ils devraient se trouver a la 
base de toute politique vraiment nationale. 



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Des relations entre la France et la Wallonie 

Au point de vue postal 



PAR 

le oomte Albert du BOIS 

Homme de lettres a Nivelles 



I. 



L'&me frangaise de la Wallonie aurait le plus grand intdrct a 
pouvoir communiquer sans entraves avec les autres Ames franchises, 
et rien ne serait plus monstrueux que de prGtendre elever des bar- 
rteres entre ces ames qui sont si profondelment soeurs, que la frontidre 
qui les s^pare coupe en deux le sol du pays wallon — car je 
n'apprendrai a personnc qu'Avesnes et Valenciennes sont des villes 
du Hainaut, aussi bien que Mons et Chimay. 

Pour songer a exlifier de telles barrieres entre ces ames qui ne 
sont en somme qu'une seule et raeme ame, il faudrait etre un de ces 
esprits absurdemont retrogrades qui contestent aux hommes le droit 
de penser librement. De nos jours, s'il existe encore des infortunes 
qui professent de telles theories, il n'en est plus qui oseraient se 
r^clamer d'elles au grand jour. 

Je ne crois pas que le stagiaire bruxellois le plus convaincu de 
Texistence dune « ame beige », je ne crois pas que l'historien le plus 
persuade que, d&s l'epoque tertiaire, les anlhropophages qui hantaieut 
les marexages flamands et ceux qui habitaient les forets des Ardennes 
ne se regalaient les uns des autres qu'avec une horreur fratricide, je 
ne crois pas que ces fidfeles et devoues defenseurs des institutions qui 
nous regissent, aient jamais song6 a empecher les Wallons d'echanger 
avec leurs fibres de France, leurs pensees, leurs reves, leurs aspira- 
tions, les manifestations de leurs sentiments. 



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WALLONIA 301 

Et bien cet echange de pens6es et de sentiments, cette manifesta- 
tion respectable entre toutes de la vie intellectuelle de la Wallonie, 
est grev6e d'un impdt trfes on^reux ! 

Grev6e d'un impot que rien ne n6cessite ! 

Grev6e d'un impdt qui constitue une injustice ! 

II. 

J'ai affirm^ d'abord que Techange de pens6es et de sentiments 
dont il s'agit est greve d'un impot lr6s on6reux. 

Que se passe-t-il en effet k la frontiere ? 

Toutes les marchandises qui transitcnt de France en Belgique et 
et r^ciproquement, sont grev£cs d'un droit, qui s'61eve en general 
a 10 °/o de la valeur. L'exception la plus notoire qui soit faite a ce 
tarif est celle qui se produit au detriment de l'£change de nos 
pensces : ^change qui s'opere par les lettres, les journaux et les 
revues. 

Cet impot, qui prend insidieusement forme de remuneration 
d'un service de transport eflectud par l'Etat, s'eleve pour les lettres 
a 150 pour cent de la remuneration exig6e dans rinlerieur du pays, 
pour les cartes postales a 100 pour cent, et pour les journaux et 
revues de 25 a 30 °/ * 

On me dira — et j'ai hate de rencontrer cette objection — qu'en 
echange de la sommc payee, l'Etat nous rend le service de se charter 
du transport de ces lettres, de ces journaux et de ces revues. Mais si 
le service rendu est appreciable il n en coute pas moins a l'Etat, par 
lettre transported, une somme si minime qu'elle ne correspond qu'a 
une fraction de notre plus petite unite monetaire et que tout le 
surplus, c'est-a-dire presquc toute la taxe acquittee, constitue bcl et 
bien un veritable impot. 

Que cet impot, dans le cas de nos rapports avec la France, soit 
particulierement ou^reux pour ceux qui lisent et qui pensent, qu'il 
entrave considerablement la circulation dans notre pays des publi- 
cations qui 6manent du seul centre d'ou rayonne la pen see frangaise, 
cVst-a-dire notre pensee a nous autres Wallons, cela n*a pas besoin 
d'etre demontr^, et il est a peine besoin de faire remarquer, combien 
c'est la une situation contraire aux veritables interets du public 
wallon, qui se trouve ainsi empeche de suivre librement les evolu- 
tions de Tame et de la pensee du reste de la race. 



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302 WALLONIA 

III. 

Cet impot si onereux est-il justifte par quelque raison financiere ? 

Sans enlrer dans le detail de chiffres fastidieux et de statisliques 
auxquelles on fait dire lout ce que Ton veut, il suffit de signaler 
deux faits qui montrent k levidence, non seulement combien la taxe 
perdue est hors de proportion avec le service rendu, mais encore a 
quel point le veritable interet des finances des deux pays exigerait 
la suppression de cette taxe. 

Le premier fait, e'est que Ton paie le meme prix pour transporter 
une lettre de Paris a Liege — e'est-a-dire beaucoup moins loin quede 
Paris a Lyon on a Bordeaux — on paie, dis-je, le meme prix de Paris 
a Liege, que de Paris an fond de la Chine, ou de l'Oceanie. 

En realite les pays qui ont adhere a l'Union Postale Universelle 
par la Convention de Berne, ont fixe le laux de 25 centimes pour 
l'affranchissement des lettres au-dessous du poids de 15 grammes, 
comme un maximum qui couvre — et tres largement — les frais de 
voyage d'unc lettre eutre les points les plus distants du globe. 
Lorsqu'il s'agitde points voisinset eutre lesquels les communications 
sont de la plus grande facility, cette taxe est exorbitante et demesuree. 

Qu'elle soit exorbitante et demesuree, e'est-a-dire nuisible en 
somme aux veritables interets de TEtat considere comme entrepre- 
neur de transports, c'esl ce qui est encore demontr^ par l'adoption 
par l'Angleterre du taux dun penny (ce qui correspond a dix centi- 
mes) pour prix de I'aflfranchissement des lettres a destination de tout 
point de l'empire Britannique. De Loudres a Calcutta, & Sydney, a 
Vancouver, toute lettre adress^e d'un point a un autre de TEmpire 
Britannique n'a a subir qu'une taxe d'affranchissement uuiformede 
dix centimes. Depuis quelques annees que ce taux a 6t£ adopts, 
l'augmentation des rapports entre les diflterentes parties de l'empire 
anglais a subi une telle progression, que le leger deficit qui avait 
d'abord 6t6 cause dans le budget du MinistTe des Postes a 6t6 
largement combte. 

C'est une remarque qui a <H6 faite maintes fois : tout abaissement 
de tarif postal entraine aussitot un accroissement de correspondance, 
qui comble imm6diatement le deficit creuse dans les premiers temps 
qui suivent l'adoption d'une telle mesure. 

IV. 

J'ai dit enfin que cet impot constitue une injustice. Nous 
payons vingt-cinq centimes pour expedier nos lettres en France, mais 
nos assocife Flamands, plus habiles et plus forts que nous, ont exige 



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WALLONIA 



303 



du Gouvernement qu'il leur facilit&t les comraunications avec leurs 
freres de la Neerlande, et Taffraachissement des lettres & destination 
de notre voisine du Nord, n'est plus que de vingt centimes. Je me 
hate de dire que ce n'est \k sans doute qu'un premier pas II est pro- 
bable que ce taux de vingt centimes sera prochainement abaisse. 
G'est tou jours la meme politique qui, par des stapes insensibles, par 
des mesures en apparence insignifiantes, arrivera a releguer au 
second plan notre langue, notre race, notre influence, dans ce pays 
dont la Wallonie, par son travail et son g6nie, fait la prosperity et la 
gloire. 

II serait peut etre utile que les merabres du Congres Walton 
exprimass^nt le voeu — destine a etre transmis aussi bien au Ministre 
des Postes et T61egraphes de Belgique, qu'au Ministre des Postes de 
la Republique Franchise — de voir la franchise postale dans les com- 
munications entre la France et la Belgique, ramenee a un taux iini- 
forme, qui, puisque les deux Etats ont, ou vont avoir, des tarifs 
semblables, pourrait etre celui de leur tarif interne. 

II ne faut pas que nous laissions abatardir Tame frangaise de la 
Wallonie. 




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V. 



Les droits des races en Belgique 



Julian DELAITE 

President de la Ligue Wallonne de Liige 



La question des langues, en Belgique, n'a pas jusqu'a present 
suscite de conflits violents. 

Les deux races principales, fiamandes et wallonncs, qui se 
partagent son torn to ire en deux parties presque egales, n'ont pas, 
dans leur quasi unanimite, de sentiments de haine Tune contre 
I'autre. 

A peine, de temps en temps, signale-t-on des rixes d'ouvriers, 
Flamands contre Wallons, ou le couteau et le revolver jouent uu 
role, mais ou Talcool, bien plus que la race, est en cause. 

En periode d'efiervescence, romme cellc qui prec6da, en 1898, le 
vote de I'inutile loi Coremans-de Vrien It, les Flamingants poiutus 
menae,aient bien de descendre dans la rue et de recevoir les Wallons 
a coups de fusils, au cri de : Wcg meldat Walenras ! Wat Waulsch 
is ralsch is! (une parodie d'un mot de Van Maerlant) et autres 
amenit^s, cris auxquels les Wallons repondaient par ceux de : 
Flaminds d'potince ! Flaminds d'galc ! Qwareyes tiessesJ et, avec le 
poete : 

Flam inds ! Flam in ds ! 

Vest d'vins rosse songne qui nos lav'rans nos maim ! 

Mais ces menaces 6taient toutes superficielles et j'ai la certitude 
que leurs auteurs eussent 6te tres embarrasses de les mettre alors a 
execution : its n'auraient pas etc suivis par la masse de la popu- 
lation. 

Cependant Tame des foules est bizarre et changeante. 

On est, certos, d'accord pour dire que la Belgique est un trop 
pelit pays pour se diviser. Economiquement, patriotiquement elle a 
un interet primordial a couserver intact le pacte d'alliance scelle 



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WALLONIA 305 

en 1830 entre les provinces da Nord et belles du Sud. Mais personne ne 
niera qu'il y ait un danger immense a toujours raviver des querelles 
intestines, a faire jouer, sciemment ou lacitement, le spectre de la 
separation administrative, a vouloir donner a une langue, le flamand, 
la supr6matie intellectuelle a laquelle elle n'a jamais eu droit, 
meme en Flandre. 

C'est le but et le devoir du Congres ivallon de d£noncer enfln 
solennellement les vexations dont les Wallons sont victimes etd'indi- 
quer la voie dans laquelle ils desirent voir la Belgique s'engager pour 
son bien etre present et sa prosperity future. 

* 
* * 

A la disparition du regime despotique du roi Guillaume en 
matiere de langues, le Gouvernement provisoire edicta, le 16 no- 
vembre 1830, un arrete donnant a chaque citoyen « la faculty de so 
servir de I'idiome qui lui couviendrait le mieux » et decretant que* le 
frangais serait la seule langue ollicielle. Un mois apres, un autre 
arrets supprimait les chaires de langue et de literature hollandaises 
dans les Universites. 

Ce regime ne donna lieu a aucune critique serieuse durant plus 
de quinze ans, ce qui prouve qu'il correspondait dans une large 
mesure a I'etat d'esprit des Beiges, tant Flamandsque Wallons. 

Cependant, il laissait un peu a desirer, nous sommes le premier 
a le reconnaitre : il ne tenait pas assez compte des besoins d'une 
fraction de la population qui n'entendait pas le frangais. et dont les 
interets pouvaient a certains egards etre meconnus. Mais,en pratique, 
par une sage adaptation aux circonstances, la m^connaissance de ces 
interets etait exceptionnello. 

C'est tellement vrai, que les premieres manifestations d'un 
niouvement de revendications « flamingantes » qui se firent jour 
en 1850, dans un rapport au Roi de M. P. de Decker, visaient non 
pas \n\e lesion d'interets particuliers, mais surtout le moyen d'arriver 
a Tunifoi'mit^ de la langue flaniande, dans un but de culture litteraire 
et d'amour propre national chatouille par les anciennes gloires de la 
Flandre. 

Pourtaut, des cette epoque, s'agitait la question de la defense 
des inculpes devant les tribunaux r6pressifs. Cette question est celle 
qui frappe le plus Tesprit de nos compatriotes et celle que les 
Flaminganls nous lancentle plus volontiers a la face comme argument 
supreme : « il faut que le prevenu soit defend u dans la langue qu'il 



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306 WALLONIA 

comprend ». Mais, qui le nie, parmi nous ? Et n en est-il pa?, en 
somme, ainsi a l'heure actuelle et depuis longtemps, en Belgique ? 

La loi de 1873 donue toute satisfaction aux populations fla- 
raandes et la loi de 1889 en aggrave la portee, au detriment meme 
des Wallons, comme nous allons le demontrer en quelques mots. 

Tout d'abord, si les lois de 1873 et de 1889 proclament que le fla- 
mand doitetre la regie en pays flamand, elles ne disent pas que le 
frangais doit etre la regie en pays wallon, ce qui constitue une 
injustice. 

Elles ne tiennent pas compte des droits du Wallon 6gar6 en 
Flandre, qui doit s'asseoir sur le banc d'infamie a cote d'un co-accuse 
flamand et qui assiste, sans en rien sai?ir, k des d6bats judiciaires 
ou son honneur et sa liberty sont en jeu. 

Elles ignorent completement la langue wallonne, que des een- 
tainesd'accuses emploient journellement pour leur defense devant nos 
tribunaux et que trop souvent les magistrats ne comprennentpas, au 
mepris de toute bonne justice. 

Elles empSchent un recrutement Equitable de la magistrature, en 
favorisant indument la nomination de certains juges, meme en pays 
wallon, au detriment d'autres plus anciens ou plus capabies, sous 
le fallacieux pr&texte que les premiers connaissent quelques bribes 
de flamand. 

Elles donnent lieu a chaque instant k des appreciations diverses 
de la part des Lribuuaux et libre cours aux burlesques interventions 
d'avocats flamingants, qui, sous pr&exte d'user de leur droit, 
comme dans le proces Josson, exc&ient les tribunaux et entravent 
Taction rapide de la justice, quand ils n'en faussent pas Implication. 

C'est d'ailleurs la caracteristique de la majorite des lois flamin- 
gautes actuelles de ne pas ivpondre a un besoin reel des populations. 
Elles ne sont, p)ur la plupart, que le rdsultat de ces id£es particula- 
ristes, savamment attisees par un petit groupe remuant et queman- 
deur et qu'un faux amour prop re national, ou bien un mesquin 
calcul politique fait defend re par des gens distmgu&s, aux id£es 
souvent larges et saines. 

Une preuve, au sujet de la loi de 1839, nous en est fournie par le 
discours du Ministre de la justice d'alors, M. Le Jeune, en seance du 
29 deccmbre 1888, ou il s'exprime ainsi : 

« On a dit que la loi de 1873 pouvait sufflre et que les Ghambres 
auraient pu se dispenser de la remanier et de ramplifler... Je ne 
parle plus des revendicalions legitimes auxquelles il etait urgent de 
faire droit. (Je le crois bien, on y avait fait droit a sufflsance par la 



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WALLONIA 307 

loi de 1873). Je vais droit au grand r^sultat que, en dehors du 
progres accompli dans le domaine de la legislation, l^laboration de 
la loi et le mouvcment d'opinion qui Ta accompagne auront produit. 
La loi de 1873 ifavait p^s et£ prise au s^rieux (sic! et elle 6tait 
cens6e (aire droit & des revindications legitimes !), en ce sens qu'on 
ne s'etait pas assez accoutum^ a y voir l'expression d'une grande 
pensGe nationale. II est permis d'afflrmer que la loi nouvelle sera 
prise au serieux et, avec elle, la question flamande... L'ere des 
quolibets a l'adresse du flamand est definitivement close. » 

L'aveu est dgpouille d'artifices. On ne fait pas des lois de l'espece, 
en Belgique, pour repondre a un besoin de la population, mais pour 
imposer, par des mesures coercitives, nullite des acles judiciaires et 
autres, uue id^e impopulaire en soi. Un inouvement qui, pour se 
defendre, use de pareils procedes est jug£. 

Nous constatons le meme esprit dans la discussion du projet de 
1898 sur la promulgation offlcielle du texte flamand des lois, projet 
qui a souleve le magnilique mouvement de protestation, dont le 
resultal a ete de faire cchouer une premiere fois la loi au Senat. 

11 s'agissait encore ici d'une « satisfaction platonique* — le mot 
a ete dit a la Chanibre — a donner aux Flamands. Cette loi etait 
inutile, elle ravivait les haines de race, le peuple beige eut pu 
parfaitement s'en passer ; mais on voulait, pour des raisons speciales, 
politiques surtout, se manager de precieux allies. 

Nous avons le droit de traiter de sectaires des lois de l'espece. 

Je propose done au Congres de reclamer la revision de la loi 
de 1889 dans un sens plus favorable aux Wallons et de demander au 
gouvernement de ne plus nommer, en pays wallon. que des magis- 
trats qui auront donne des preuves de la connaissance du wallon, 
langue tres souvent seule con uue des inculpes et des temoins qu'ils 
sont journellement appeles a interroger ; de lui demander aussi de 
ne pas preter l'oreille aux reclamations de la petite chapelle flamin- 
gante, qui voudrait elargir encore la procedure flamande. 

II serait, en outre, a souhaiter qu'il y eut des traducteurs jur6s 
counaissant le wallon pr6s les tribunaux flamands. 

Avant de quitter le domaine judiciaire, nous donnerons encore 
une id£e de ce que les Flamingants pr&endenl etre Vigalitd, en fait 
de nominations. La loi du 10 avril 1890 prescrit : « A partir du 
l er Janvier 1895, mil ne pourra etre nomme a des fonctions judi- 
ciaires dans la Flandre occidentale et orientale, dans le Liinbourg et 
la province d'Anvers, s'il ne justifie, par un examen, qu'il est a 



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308 WALLOWA 

nieme de se conforraer, quant a l'emploi de la langue flamaude, k la 
loi du 3 inai 1889. > 

Cette prescription pai ait juste au premier abord et r^poudre a 
cette id6e que le niagistrat doit connailre la langue de Taccuse. Mais 
que fait-on des magistrals wallons ? La Flandre leur ferme ses portes, 
mais les magistrats flamands envahissent la Wallonie. Si c'est la ce 
qu'on appelle 1 '£galit& ! Le principc qui parait equitable serait de ne 
nommer les magistrats flamands qu'en Flandre et les magistrats 
wallons qu'en Wallonie. Mais il consacre, une fois de plus, la sepa- 
ration du pays en deux fractions opposees, et c'est la le beau resultat 
de la majority des lois flamingantes. 

Mais il y a plus : il existe, en plein pays wallon des chambres 
flamandes; il fallait bien caser quelques aimables allies. Je ne sache 
pas qu'il existe en pays flamand des chambres frangaises proprement 
dites reconnues par la loi; l'accus6 qui demande a etre defendu en 
fran^ais peut l'otre, il est vrai, mais on sait que les farouches 
Flamiugants exigent qu'en Flandre toute l'administration, judicial re 
ou autre, se serve ordlnairemeat et exctusi cement de la langue 
flamande. Taut pis pour les Wallons : ils n'ont qu'a apprendre le 
flamand ! c'est grotesque ! 

Exiger des magistrats qui out fait leurs 6tudes en fran^ais de 
s'approprier la procedure flamande dans ses minuties, (en admet- 
tant qifelle soit bien stable,) et la connaissance approfondie de la 
langue neerlandaiseetde ses multiples dialectes, dont les tours et les 
idiotismes ont parfois tant d'importancc dans uue bouche populaire, 
c'est demander 1'impossible. 

Dans l'etat actuel deschoses, les lois flamingantes empecbantnos 
magistrats d'emigrer en Flandre, il faut que les magistrats flamands 
restent chez eux. Tant pis pour eux, les Flamiugants laurout voulu. 



Dans Tadministralion generate, nous retrouvons la m&me tendance 
a la separation du pays en deux tron^ons. La loi du 22 mai 1878 
exigeait que, dans les provinces flamandes, les avis et les communica- 
tions de radministration se Assent dans les deux langues; mais cette 
disposition equitable Cut aneantie dans ses effets par l'arrete du 
4 juillet 1881, qui imposa l'obligation du flamand avec traduction, 
si c'est necessairc. 

On en arrive a cette iniquite que des Wallons re^oivent une 
citation, ua avis de l'huissier ou du receveur des contributions dans 



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WALLONIA 309 

une langue qu'ils ne comprennent pas et sonl passibles, sans s'en 
douter, des rigueurs de la loi. 

Aussi est-il urgent de rapporler cet arrSt6 odieux, en exigeant 
la traduction frangaise de toute piece administrative au pays flamand. 

La reciproque est-elle vraie pour le Flamand fix6 en pays wallon? 
Aucunement. II r&sulte clairement des statistiques que les Flamands 
fix^s en pays wallon et ignorant le frangais sont une infime minorite. 
C'est une constatation de fait qui resulte de l'interet qifont les 
Flamands a apprendre le frangais et que n'onl pas les Wallons k 
apprendre le flamand. 

Que resulte-t-il de cette obligation de la connaissance du flamand 
en matiere administrative, cest que les Wallons sont encore exclus 
des emplois publics en pays flamand, et que les Flamands leur font 
concurrence sur leur propre terrain. 

Gela est si vrai que les piaintes abondent. 

Nous citerons, comme exemple, celles des douaniers wallons, 
que leurs collegues flamands devancent dans l'ordre d'anciennete. 
II resulte des petitions envoy^es par eux au Ministre competent, 
que le propose flamand, signale au choix, est promu sous-brigadier 
apres dixans et brigadier apres dix-sept ans ; tandis que le prepos6 
wallon n'est sous-brigadier qu'apres quinze ans et brigadier apres 
vingt-cinq ans. C'est une criante inegalite a laquelle il importe de 
mettre fin. 

Les employes des postes etaient dans le m6me cas ; leurs collogues 
connaissant le flamand etaient nomuies en pays flamand avant eux 
et, en revenant au pays wallon, leur passaient sur le corps. La Ligue 
Wallonne de LUge a du dernierement intervenir en leur faveur et 
elle l'a fait avec un certain succos. 

Les verificateurs et les controleurs des douanes et des contribu- 
tions ont aussi fait valoir leurs doleances a plusieurs reprises et 
beaucoup d'autres fonctionnaires wallons se plaignent amerement de 
cette obligation intempestive et inutile du flamand. 

11 paraitrait, mais les stalistiques sont diffieiles i\ dresser, que 
radministration ne compterait actuellement qu'un quart environ de 
Wallons. 

Tou jours est-il qu'en 1902, une statistique portant sur le per- 
sonnel de Bruxelles-Nord constate que sur 43 chefs gardes, on trouve 
10 Wallons ; sur 30 gardes ft. de chefs, 5 Wallons ; sur 131 gardes, 
15 Wallons ; sur 24 gardes a l'essai, 3 Wallons ; enlin sur 6 gardes 
temporaires, tous Flamands. Au total, sur 234 agents, il y a 33 Wal- 



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IMG WALLONIA 

Ions et 201 Flamands. Et Bruxelles ville bilingue est la capitale de 
tous les Beiges ! 

Cette situation desavantageuse s'expliquerait par les facility 
accordees aux Flamands, nolamment pour les examens d'entree dans 
certaines admiuis! rations. II ya un examen pour les Flamands, ud 
autre pour les Wallons et la moitie des places est accordee aux uns, 
la moitie auxautres, ce qui parait equitable, au premier abord. 
Mais, en examinant de plus pros, on s.'apenjoit que les candidats a 
l'exameu franca is sont beaucoup plus nomb:eux que les autre* ; il y 
a done beaucoup plus d'evinces. En outre, peu de Wallons aflrontent 
l'exameu flamand, landis que les Flamands connaissaut le fran^ais 
disputeut encore en grand noinbre aux Wallons les places qui leur 
destinies. La balance est ici de nouveau faussee. 

D'autre p-art. on sait la tendance a faire entrer dans l'adminis- 
tration les anciens militaires; la majorite des volontaires a primes 
etant des Flamands, ils occupent par le fait un nombre considerable 
de places au detriment des Wallons. 

Ajoutez qifen matiere administrative, comme en matiere judi- 
ciaire ou d'enseignement, les lois flamingantes tiennent trop pen 
compte des situations acquises, de ce fait, notamment, que beaucoup 
de fonctionnaires d'un certain age n'ont pas ete a meme de profiter 
d'un enseignement du flamand, dont on ne parlait pas dans leur 
jeuuesse, et vous avouerez qu'il y a 14, au point de vue de la repar- 
tition des emplois publics en Belgique, une situation hautement preju- 
diciable aux Wallons. 

La situation ne fera quVmpirer, si Ton en juge par les decla- 
rations flamingantes qui se r£sument en ce cri d'un 6goisme lamen- 
table : «/n Vlanderen Vlaamsch!* La Flandre aux Flamands, auquel 
ils join iront bientot, si on ne les arrete, cet autre : <La Wallonie 
aux... Flamands ! > 

Aussi le Congres demandera-t-il que Ton renonce a l'obligation 

de la eonnabsance du flamand pour* les fonctionnaires qui, en pays 

flamand, ne sont pas en rapport avec le public; que Ton impose la 

connaissance du wallon aux fonctionnaires du pays wallon qui 

sont en rapport avec le public et que l'ordre d'anciennet^ ne soit 

pas modifie dans Tavancement par le fait de la connaissance ou 

non du flamand. 

* 
* * 

C'est dans le domaine de Tenseigneraent public que les lois 
flamingantes ont fait le plus de ce que je n'hesite pas a qualifier de 
ravages. Non contentes d'exclure les tils des Wallons des fonctions 



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WALLONIA 311 

d'instituteurs ou de professeurs ea pays flamand, elles portent encore 
atteinte & la Uberte dti pere de famille, flamand ou wallon, qui desire 
pour son enfant une education franchise. 

Cost aussi dans ce domaine que les Flamingants apportent le plus 
d'acharnement, sachant que Paction sur la jeunesse des ecoles est la 
plus puissante pour les revendications futures. 

Aussi les lois et les arretes sur la matiere sont nombreux. 

La loi du 23 septerabre 1812 garantissait l'enseignement de la 
langue maternelle a l'ecole primaire, ce qui est logique. 

Mais en 1869 se manifesterent des tendances nouvelles. 

Jusqu'alors, les populations flamandes, habituees depuis long- 
temps au frangais et aux facilites que leur accordait la loi de 1842, 
n'eprouvaient pas d'autres desirs. On voulut alors reglementer 
l'enseignement du flamand dans l'enseignement moyen ; mais lelles 
etaient la situation et Timportance de la langue frangaise, que les 
professeurs capables d'enseigner le flamand (irent defaut. Le Gouver- 
nement, en 1839, exigea un exainen en frangais et en flamand pour 
etre admis a donner l'enseignement dans les ecoles moyennes du 
pays flamand et, en 1871, il modifia dans ce sens les conditions 
d'ad mission a l'ecole normale de Bruges. 

A la suite des victoires qu'ils remporterent en mature judiciaire 
et administrative, les Flamingants s'attaquerent alors furieusement a 
lenseignement. 

lis obtinrent l'arrete du 30 juin 1881 qui garantit, en pays 
flamand, un nombre d'heures egal pour les deux langues. 

Puis la loi du 15 juin 1883, qui permet l'instruction exclusivement 
en flamand dans les ecoles oflicielles des provinces flamandes, au 
mepris de la Gonstitulion qui garantit au pere de famille le droit 
d'userdela langue qui luiconvieut ; la nouvelle loi l'obligea a envoyer 
ses enfants dans les (Hablissements prives ou en Wallonie pour lui 
fa ire 6tudier le frangais. 

Yoici comment s'exprime, en 1883, M.Olin, rapporteur de la 
Commission parlementaire, apres avoir constate une Ibis de plus la 
difficulty pour la race latine de s'initier an genie des langues gcrma- 
niqucs, la facilite que possedent les Flamands d'appivndre le 
frangais et le desir de beaucoup de parents flamands de voir leurs 
enfants etudier cette langue : « Les partisans les plus determines 
de la cause flamanle n'ont pas reussi a entrainer les peres de famille 
dans une croisade contre renseignement de la langue franchise. 
Jamais un petitionnement serieux n'a reclame la prescription de cette 
langue de nos ecoles. Jamais celles-ci n'ont etc desertees parce que ce 



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312 WALLONIA 

cours figurait au programme. D'ailleurs, si tel avait ete le voeu des 
populations, n'aurait-on pas vu ce regime s'implanter depuis long- 
temps dans les etablissements prives qui, grace a nos liberty 
constitutionnelles, sont maitres de regler comme ils Tentendent la 
concurrence qu'ils dirigent contre les institutions officielles ! 

» Preuons garde, au contraire, de pactiser avec les ennemis de 
1'enseignement public, en donnant a ceiui-ci une organisation que se 
gardcrait d'iniiter les etaMissements rivaux. Celte consideration a 
une importance capitalc et elle suffirait a elle seule pour justifier la 
section contrale de n'avoir pas suivi les auteurs de Tun des amende- 
menls qui, obeissant a des idees exclusives, voulaient defendre Ten- 
seignement du fran?.*is dans les ecoles moyenncs flamandes pendant 
les deux premieres ann^es. > 

Malheureusement, les sages avis de M. Olin ne furent pas suivis 
et la loi fut vot£e. 

On sait que, r£cemment, les ecoles libres ont refus6 avec 
ensemble la loi Coremans qui tendait a leur appliquer le regime 
flamand. En 1883, comme a present, c'est bien la le pouls de 
I'opinion publique. 

Peu apres, on constate que Ton manque de professeurs et on se 
hate d'introduire le flamand obligatoire dans les Ecoles normales de 
l'Eta . Le 31 aout 1887, un arrets fixe l'emploi de la langue nderlan- 
daise, — c'est la premiere fois que le mot nderlandais est employ^ 
sans vergogne par l'Etat, — a l'^cole normale de Gand. 

Un arrete de 18S8 rend obligatoire l'enseignement du flamand 
dans les Ather^es et les Ecoles moyennes de l'Etat en pays wallon et 
oblige d'y consacrer six a huit heures par seraaine. Le flamand 
obligatoire en Wallonie ! 

En 1888, le flamand estjrendu obligatoire a l'Ecole militaire. 

Pour renseignement sup^rieur, on cree, dans les Universites de 
l'Etat, un cours de langue et de litterature flamandes, cours qui avait 
ete aboli avec ostentation en 1830, au lendemain de la Revolution et 
on reve, chose absurde, de faire de l'Universite de Gand une 
University flamande, au risque d'en consacrer la ruine. 

Le loi de 1895, actuellement en vigueur, reproduisant les dispo- 
sitions des lois de 1842, 1879 et 1881, porte ce qui suit : « L'ins- 
truction primaire comprend necessaircmenl les Elements de la 
langue franchise, flamande uu allemande, selon les besoins des 
localites », en tenant compte des voeux des peres de famille. Mais 
comme l'a fait ressortir mon excellent ami M. Maurice Anciaux, 
professeur a rUniversite de Bruxelles, au Congres pour Vextension 



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WALLONIA 31;] 

et la culture de la langue frariQaise, c'est, en fait, Tad ministration 
communale qui decide. M. Anciaux m'a transmis une int£ressante 
statistique (*), que voici : 

Nombre d'ecoles primaires 6,966 

Enseignement en frangais 3,974 

Enseignement du frangais facultatif . . . 2,720 

Enseignement en flamand ou en allemand . 272 

d'ou il ressort que, malgre la pression flamingante il n'y a pas 
300 6coles sur 7,000 ou le flamand soil exclusivement enseigne, ce 
qui est d'ailleurs encore trop. Par contre, il y a 3,000 ecoles ou le 
fran^ais n'est pas la langue vehiculaire ou maternelle et ou il n'est 
pas obligatoire, ce qui est pitoyable. 

Inutile d'ajouter que l'obligation du flamand 6carte systemati- 
quement les Wallons des ecoles flamandes et raeme de certaines 
ecoles speciales, comme celle des cadets de Namur. 

L'ostracisme est d'ailleurs general : 

La loi du 10 avril 1890 ferme pour ainsi dire le pays flamand 
aux notaires de W^llonie et a certains doctours en philosophie et 
lettres, professeurs d'histoire et de geographic et de langues gerrna- 
niques. 

Un arrete royal du 27 juin 1902 modifie l'arrete du 2 septembre 
1896 relatif a Tentree des ingenieurs au corps des mines, de facon a 
favoriser sans vp.rgogne les candidats flamands; pour ceux-ci. 
on considere dorenavant le flamand. leur langue maternelle, comme 
langue 6trang6re, et on exige des candidats wallons le flamand, 
Tallemand ou l'anglais, alors que les etudes se sont failos pour les uns 
et les autres en frangais. Nous formons le voeu de voir rapporter cet 
arrete inique. 

C'est la guerre aux Wallons dans toute sa splendeur. Le Weg 
met dat Walenras des meneurs flamingants mis en pratique. C'est le 
retour au regime linguistique despotique et vexatoire du roi 
Guillaume contre lequel tons les Beiges se sont insurges en 1830. 

Cependant Tattitude de ces tarouches defenseurs de la moeder- 
taal est vacillante. La purete de leurs sentiments laisse quelquefois 
a d&irer. 

Lorsqu'il s'est agi, par exemple, d'appliqucr aux etablissements 
prives destruction moyenne le regime flamand, pour des raisons 
politiques, exclusivement, ces Tiers Sicambrcs orit ete obliges de 
mettre les pouces. Adieu les glorieux Lamldagen, les « Pas de 

(1) Rapport triennal sur la situation dc Instruction primaire en Belgique. 



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~H 



314 WALLONIA 

compromission ! » les < Bataille des Eperons d'or », les Schild en 
Wacht et autres ferblanteries des grands joirs ! Le llamingantisme 
est devenu dans son essence un mouvement politique et il n'a plus 
pour but le redressement de pretendus abus, dont il n'existe plus 
l'orabre depuis longtemps. 



Nous croyons avoir de^montre que Ton a fait droit a satiete aux 
justes et meme aux injustes griefs que les Flamingants pouvaieut 
avoir. Les derui >res satisfactions qu'ils ont obtenues sont des satis- 
factions de pur amour propre. II est cependunt utile d'insister et de 
rem&morer ces griefs depuis qu'ils furent denonces a la seance de la 
Chambre du 10 decembre 1858. 

M. Coomans, le predecesseur de M. Coremans, defendant une 
petition flamingante, demandait : 

Que tout fonctionnaire dans le pays flamand sut le flamand et 
s'adressat en flamand aux administres et aux contribuables : satisfac- 
tion a 6te donn6e par la loi de 1878 et rarrdte de 1884 ; 

Que la literature flamande fut mise a peu pres (sic) sur la meme 
ligne que la literature franchise : elle est mise sur un pied sup6rieur, 
au point de vue des subsides, et elle a une academie ou les litterateurs 
sont admis ; 

Que Ton repoussat les monnaies a inscriptions flamandes : elles 
sont frappees malgre Tavis de M. Coomans ; 

Que les accuses fussent defendus dans leur langue : les lois de 
1873 et de 1889 donnent et au dela satisfaction. 

On a accorde aux Flamingants des traductions inutiles et cou- 
teuses du Moniteur, des indicateurs de chemin de fer, des noms des 
localites, des billets de banque, etc. 

On a vote en 1898 une loi de pur<? .facade sur la promulgation 
des textes legaux, que divers orateurs ont trailee a la Chambre de 
ridicule, de detestable, de peu loyale, d-amrrc de niauvaise foi et de 
tyrannic de loi de tendance, de loi de race et contre laquelle quatre 
ministres de la justice, la Cour de cassation et plusieurs Cours 
d'appel ont proteste. 

La tendance est de rendre flamandes les localites bilingues, afin 
d'y appliquer en mature judiciaire. peda^ogique et administrative 
le regime flamand : on engage dans ce but les populations a falsifier 
les statistiques en cachant, dans leur reponse, la connaissance qu'elles 
ont du francais. On vent, entre autres. mettre la ville de Bruxelles 
dans ce cas. alors que Frere-Orban citait dans uu de ses discours, 
comme exemple, un recensement au cours duquel sur 61.000 bulletins 



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WALLONIA 315 

de renseignement rediges dans les deux langues, on obtint 60 700 
reponses frangaises et 300 flamandos se.dement. 

A Bruxelles, comrae le disait encore les jours derniers le 
journal La Chronique, tout an plus cinq pour cent des cnfants de la 
bourgeoisie savent le flamand en entrant a l'ecole. On les frustreaux 
concours de l'euseignement raoyen da second degr£. 

On prefere aux Wallons les consuls connaissant le flamand, 
estimaut sans doute que cette langue est necessaire a Ketranger, en 
France, par exemple ! 

La loi de 1897 introduit les commandements flamands dans la garde 
civique, sans qu'il y ait la moindro utilite pratique, mais plutot un 
vrai danger, en temps de guerre, a en agir ainsi. A la suite d'un 
referendum fait a Louvain, 12 homines sur 900 demanderent a subir 
le nouveau regime. Partout les cadres d'officiers capables de com- 
mander en flamand se reorutent diflicilement. 

La tendance, contre laquelle heureusement 1'autorite superieure 
resiste, car ce serait la disorganisation de notre armSe nationale, 
la tendance est de diviser cette armee en deux corps, un flamand, 
l'autre wallon. 

Inutile de dire que Ton a exige de nos offieiers la connabsance 
du flamand, alors que, sur cent miliciens flamands incorporfe, 
quatre-vingt-dix-ne if au moins apprennent le franrais. Parmi les 
Wallons, quelques uns seulement etudient le flamand dans un but 
utilitaire immediat, celui d'entrer, apres le temps de service, dans 
une administration publique. 

On a introduit le flamand aux Chambres, oil les Flamands ont 
six ministres sur hint, (M. Gousebant d'Alkemade etant douteux), 
alors que tous nos deputes sauf un, — et encore ! — et tous nos 
senateurs parlent le franrais. Pure satisfaction d'amour propre de 
nouveau donnee aux Flamingants dans un but electoral. Car 1'emploi 
d'une langue ignor£e de plus de la moilie de ceux a qui Torateur 
s'adresse ne peut 'ju'entravec les debats ct prejudicier hautement aux 
r£sultats des deliberations ( J ). 

Ajoutez que cet usage coute fort cher au pays. En effet, en 1900, 
I' Analytique flamand a rapporte 5,064 fr., le franca is 23,956 fr. Mais 
tandis que le service franrais coute 31,000 fr., le service flamand 
coute plus de 45.000 fr., soil, pour le flamand, le joli deficit de pres de 
40,00(. fr. C'est encore un exemple des sinecures flaminganles. 

Ce n'est pas le seul, car le Bureau de la Chambre exige, parait- 
il, la connaissance approfondie du flamand pour une fonction quel- 

(1) Voir ma brochure Le flamand aux Chambres, Vaillant-Carmanne 1895. 



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316 WALL0NIA 

conque dans cette assemblee, ce qui est inique, puisque tout le monde 
comprend le frangais. 

En matiere artistique, le meme ostracisme sevit. On nous vole 
nos grands artistes wallons, que Ton afl'uble de noms flamands, 
comme de la Pasture- van der Weyden. 

On exclut les professeurs et les eleves wallons des Conserva- 
toires et des Academies des Beaux- Arts du pays flamand, par une 
s6rie de vexations relatives a l'emploi de la langue. 

Les Flamands ont une academic les Wallons pas ; ceux-ci ont du 
lutter pour voir encourager leur litterature dramatique par des 
subsides offlciels. Jusqu'en 1898, les auteurs flamands empochaient 
tous les subsides, une maigre part etant laissce aux auteurs depres- 
sion frangaise, part qui ne s'est guere am^lioree depuis. Aujourd'hui 
encore, la literature flamande est en general favorisee. 

En fait de travaux publics, M. Warnant a demontr& qu'en dix- 
huit ans, on a d£pen$6 545 millions pour les provinces flamandes et 
224 millions seulement pour les provinces wallouncs. 

Et ces agissements ne sont pas pres de finir, si Ton en juge par 
les deliberations des Landdagen flamingants. 

On reclame la reconnaissance du flamand comme langue ofli- 
cielle unique pour tout ce qui regard e l'administration en pays 
flamand : 

La connaissance obligatoire du flamand pour les fonctionnaires 
dans les provinces flamandes et wallonnes ! 

Introduction integrate du flam;;nd en matiere judiciaire, et 
notamment la procedure flamande, si une seule des parties lademande: 

L'enseignement du flamand a Texclusion du fran^ais dans l'ensei- 
gnement moyen en pays flamand ; 

L'universite et les ecoles d'enseignement superieur flamandes ; 

L'introduction du flamand a la Banquenationale, oil les questions 
de chiffres sont trop dedicates pour tenter de les embrouiller encore ; 

La garde civique et l'armee flamandes, le flamand au Congo 
(un comble !) etc., etc.; en somme, le flamand partout et le fran^ais 
expuls6 des provinces flamandes ! 

Heureusement des esprits clairvoyants se sont emus, en Flandre 
memo, de cette bouliraie incon-ideive et funeste. lis out fonde 
V Association flamande pour la vulgarisation dc la langue fran$aise, 
qui s'inspire des saiues traditions des ancetres et sauvera, nous en 
sommes convaincu. le peuple flamand de la d^cheance ou on veut 
Tentrainer. 

Elle repousse cette muraille flamingante qui isole la region 



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WALLONIA 317 

flamande au nord et au midi; au nord, parce que les journaux et les 
livres de la Hollande protestante sonttres peu lu dans notre pays, 
au midi, par le fait de la langue. 

Elle est et deviendra plus encore dans l'avenir la barriere 
opposde a l'envahissement flamingant. Elle peut, avec les Wallons, 
constituer une enorme majority dans le pays. 

Si, d'autre part, les Wallons se rendent un compte plus exact 
de la grandeur du prejudice qu'ils encourent, s'ils unissent leurs 
efforts dans les Ligues qui d^fendent leurs droits en p6ril,s'ils crient, 
enfin, fermement a Tenvahisseur : vous n'irez pas plus loin ! Con 
sera fait d'un mouvement qui trouble la paix publique et menace 
Tint^grite de notre petite, mais vivante patrie beige. 



Le grand argument de nos adversaires, & qui Ton d&nontre que 
les Wallons sont 16s6s dans leurs interets, puisqu'on leur ferme, pour 
ainsi dire dans tous les domaines, Facets du pays flamand, est 
celui-ci : mais apprenez done notre langue ! 

Et pourquoi faire, s'il vous plait? Les Flamingants r6pondent : 
e'est la clef des langues du Nord ; les Wallons seront plus instruits, 
quand ils connaitront la seconde langue nationale ; nous devons bien 
apprendre le frangais et autres cliches. 

La clef des langues du Nord ? Mais qu'avons nous besoin de clef? 
Que les Flamands ignorant le frangais apprennent done le wallon, 
ils auront la clef des langues du Midi ! Depuis quand, pour Tetude 
d'une langue, doit-on passer par T6tude d'une autre? Exige-t-on la 
connaissance du portugais pour apprendre l'espagnol, du suedois 
pour apprendre I'allemand ? Le jeune Wallon s'attaquera imm6- 
diatement et sans perte de temps a la langue qu'il desire connaitre, 
a Tallemand, k l'anglais, qui lui seront d'une utility autrementgrande 
que le flamand. 

On Ta dit et j'aime a le repeter, avec le francais. l'allemand 
ou l'anglais, on fait le tour du raonde, avec le flamand, on ne peut 
meme faire le tour de la Belgique. 

Si Ton en excepte l'etat passager d'inferiorite ou les lois 
flamingantes ont mis les Wallons dans ces dernieres anuses et prove- 
nant de la difficulty pour eux d'occuper des emplois dans la parlie 
flamande de leur propre pays, nos compatrioles n'ont aucun inieret 
pratique a s'assimiler le flamand. 

A peine pourrait-on invoquer de rares relations commerciales 
secondares avec les paysans du Limbourg ou des Flandres. L'in- 
dustrie est surtout wallonne, le grand commerce se fait exclusive- 



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318 WALLONIA 

ment en francais. II est interessant de signaler k ce sujet, un rapport 
presente en 1898, a Anvers, par M. P. Kreglinger, directeur de la 
Banque centrale anversoise au Longres international de I'enseigne- 
ment commercial, ou Ton peut lire ces lignes edifiantes d'un homme 
competent : 

« Qu'il me soit permis, en raison de l'interet capital de ce point, 
de toucher en passant a line question qui n'a pas ete sans soulever 
dans no? re pays dos discussions passionnees. Je veux parler de Tim- 
portance croissante de l'enseignement de la langue flamande. Je n'ai 
garde de m'aventurer sur un terrain etranger a notre sujet : je sais 
que Ton fait valoir, en faveur de la tendance regnante, des conside- 
rations morales, qui, bien que beaucoup d'esprits distingue"s ne s y 
soient pas rallies, peuvent etre defendues et sont dans tous les cas 
hautement respectables. 

» Ayons seulement le courage i'avouer que, en raison de ces 
considerations, nous souraeltons notre jeunesse a un sacrifice reel et 
important. La langue flamande, a laquelle nos ecoles consacrent des 
heures nombreuses, ne lui sera d'aucunc, mais absolument d'aucune 
utilite dans la carriere commercials De \k une inferiorite marquee 
inflige^e a nosjeunes gens par rapport a leurs concurrents anglais, 
allemands et frangais. 

» La connaissance des principales langues etrangeres sera toujours 
des plus utiles, et souvent indispensable. Sans elle, pas d'emplois 
dans les departements oil se traitent les grandes affaires internatio- 
nales. J'ajouterai que le jeune homme qui parle bien Tanglais ou 
l'allemand sera tente de completer son instruction commerciale en 
se rendanta l'etranger. II s'y initiera a bien des affaires qu'il n'aurait 
point Tues s'il elait reste dans son pays. A cause meme de ses con- 
naissances linguistiques, il y trouvera des emplois lucratifs et 
instructifs ; il s'y creera des relations, y etablira peut-etre des 
comptoirs et contribuera k donner a notre commerce international 
la grande allure que nos voisius d'outre-Rhin out su si bien imprimer 
au leur. » 

Pour leur instruction morale et scientifique, les Wallons ont 
la langne frangaise, ce merveilleux instrument de la ponsee, ce vehi- 
cule gracieux et facile de toutes les idees nobles et genereuses, 
qui seme, partout oil elle penetre, les germes bienfaisantsdu progres 
social. S'ils veulent communiquer plus intimement avec les grandes 
nations, ils ont l'italien et l'espagnol qui offrent avec leur langue 
les analogies les plus avantageuses, et ils peuvent s'adonner direc- 
tement a l'allemand et a Tanglais, langues universelles et completes, 



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WALLONIA 319 

qu'ils n'ont pas plus de peine a cultiver que le flamand, peu repandu 
et sans avenir. 

Le Wallon a de tous temps ete rebelle a l^tude du flamand. 

Voici, k ce propos, une statistique citee par Frere-Orban au 
cours d'un de *-es discours : 

« Je ne sais qu'elle est la situation de fait aujourd'hui au depar- 
tement des finances; mais a I'epoque ou je dirigeais cette administra- 
tion, il y avait des employes ne sachant que le flamand. Au moment 
oil j'ai cesse mes fonctions de ministre des finances, il y avait, dans 
Tadministration des contributions, douanes et accises, 310 Flamands 
ne sachant que leur langue, 2,309 connaissant les deux langues, 
2,554 Wallons ne sachant que le fran^ais, 334 sachant les deux 
langues. lis etaient respectivement employes dans les parties du 
pays dont la langue leur etait familiere >. 

Et personne ne reclamait. II en etait certainement de meme 
dans les autres administrations. 

La ville de Liege a instaure des cours facultatifs de flamand dans 
les 5 e et 6 e annees de ses ecoles primaires et ce, dans le but de pallier 
dans une certaine mesure aux effets nefastes des lois flamingantes, 
qui exigent le flamand pour Tentree de ces jeunes gens dans les 
ecoles moyennes et dans Tad ministration ; or en fin d'annee scolaire 
1905, il ne re>taitque 300 inscrits sur une population de 1350 Aleves. 
Si le flamand n'etait pas obligatoire a l'ecole moyenne, ce nombre 
diraiuuerait sans mil doute considerablement. Et Liege, avec Mons, 
est une des rares communes oil ces cours sont organises. 

D'ou nous vient cette antipathie pour la langue flamande ? 

Elle est historique. La frontiere linguistique sYst conservee 
intacte, en Belgique, depuis des siecles ; quand elle a change, cYst, 
en general, en faveur de la langue wallonne. La langue et la culture 
franca ises on t en vahi la Flandre, comme nous le demontrons plus 
loin ; la langue flamande n'a jamais fait d'adeptes en Wallonie. 

En dehors de Tinstinctif esprit de race et du principe utilitaire, 
ou plutot « inutilitaire », ou peut fai^e valoir d'autres raisons. 

Une langue s'apprend surtout par Toreille et non pas a l'ecole, 
surtout avec les anciennes methodes. Certaines institutions l'ont 
compris et enseignent la langue par la langue. 

En Wallonie, le flamand est une langue morte. 

Et puis, quel flamand enseignera-t-on aux jeunes gens ?Ce ^era 
sans nul doute le neerlandais litteraire, fort different des formes 
dialectales parlees en Belgique. II leur arrivera ce qui est arrive au 
president du tribunal de Gand, lors du proces Vanderauwera, cost 
de ne pas comprendre une servante d'uue localite voisine, Ostende. 



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320 WALLONIA 

Qu'est-il besoin, d'ailleurs, de deux langues aux Beiges pour 
communiquer entre eux. Une seule ne sufflt-elle pas amplement? 
A laquelle doit-ou s'adresser, sinon a la plus utile, k la plus repan- 
due, a la plus vehiculaire, enfin ? 

Ajoutons que, surtout dans les campagnes, le wailon est la 
langue ordinairement parlde. Les eleves doivent done apprendre 
d'abord le frangais ; il est difficile de leur imposer Tetude d'une 
langue etrangere en plus, au risque de les surmener, corame le 
craignait r^cemment M. le professeur Chalon, dans la revue pedago- 
gique YEcole nationale. 

La situation n'est pas la memo dans la majeure partie du pays 
flamand. La, les Aleves out des occasions norabreuscs d'entendre du 
frangais, surtout dans les agglomerations un peu importantes ; ils 
ont tout interet a l'apprendre, ne fut-ce que pour gagner plus tard 
leur vie, soit en France, soit dans Findustrie, en pays wailon, ou, 
plus gen6ralement, par un besoin d^mancipation intellectuelle bien 
legitime. 

Et ils ont toute facility pour cela, car la majorite des grands 
journaux les plus lus en Belgique sont r£dig£s en francais, memo 
dans les Flandres, alors qu'a notre connaissance, il n'existe pas un 
journal important r&lige en flamand dans la region wallonne. 

D'une part, l'immense majorite des livres beiges paraissent en 
francais, et la France, d'autre part, nou* envoie un contingent plus 
important encore. 

En outre, les ecrivains flamands les plus celebres sont ceux 
d'expression frangaise; les autres, comme Conscience, nesontconnus 
et, nous osons le dire, en general lus que dans la traduction. 

Par contre, les livres et les journaux hollandais sont pour ainsi 
dire ignores du public beige. 

II existe, enfin, des theatres francais dans la plupart des grandes 
villes flamandes. 

De sorte que le jeune Flamand a mille moyens d'etudier pratique- 
ment le francais qui font defaut au jeune Wailon vis-a-vis du 
n£erlandais. 

Est-ce a dire que celui-ci soit plus refractaire a l^tude des langues 
que son compatiiote de Flandre. Nous ne le croyons pas, bien que 
le genie des langues germaniques soit pour lui d'une assimilation plus 
difficile. Le$ r^sultats des concours g6n6raux prouvent cependant que 
le jeune Wailon peut briller en langues modernes. 

Mais admettons que, malgre ces difficultes, un 41evc sache ce que 
Ton peut apprendre de flamand a l'ecole jfrimaire et k l'6cole moyenne. 
II se presente au concours contre de jeunes Flamands d'origine, 



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WALLONIA 321 

connaissant lour langue maternelle mieux que lui ; il leur sera 
Evidemment inferieur et Echouera tres souvent. 

A tous 6gards, je considere I'Etude du flamand par nos popula- 
tions wa'lonnes comme une duperie et je consens, avec Talleraand et 
l'anglais, a etre le « Beige incomplet >. le € Beige incapable », dont 
quelques Honorables ont parle a la Chambre. 

Dans tous les cas ou le choix est possible, je conseille a nos jeunes 
Wallons de preferer T6tude de Tallemand a celle du flamand, dans 
I'intEret meme de leur avenir. 



II e*t quelques esprits distingu&s, en Flandre, qui suivent avec 
une certaine sympathie et parfois encouragent le niouveinent fla- 
mand sEparatiste. 

Beaucoup d'entre eux obeissent, il faut bien le dire, k des raisons 
Electorates momentan^es. En sacrifiant aux revendicntions flamin- 
ganles, ils esperent conserver ou ainener a leur parti politique, 
quel qu'il soit, des sympathies populaires. Nous avons la profonde 
conviction que deux de ces partis, tout au moins, le libEralisme 
et le socialisme, font fausse route. 

Le peuple flamand n'adhErera en nombre a leu rs doctrines que 
s'il regoit, par la France, le grand afflux des idEes nouvelles. 

Convaincus de la justesse de cette affirmation, certains Flamands 
de marque, partisans de Emancipation par la France des classes 
ouvrieres et rurales de la Flandre, protendent qu'il faut commen- 
cer a les Emanciper dans leur langue maternelle, la seule qu'elles 
comprennent, pour les amener, par apres, a etudier la langue 
frangaise ct k s'assimiler ainsi la civilisation brillante qu'elle apporte. 

C'est la se payer de mots. Ge serait vrai, si tous les Flamands 
continuaient leurs etudes moyennes; mais il faut bien avouer 
qu'en nEgligeant meme le grand nombre d'illettr&s que Ton ren- 
contre chez eux, la plupart des autres n'achevent que leurs Etudes 
primaires. S'ils les font exclusivement en flamand, ils sont con- 
damnEs pour longtemps a ignorer le frangais et les benefices intel- 
lectuels qu'il procure. 

Non, \k n'est pas la solution. Elle se trouve, croyons-nous, dans 
Tinstruction obligatoire et, nous Tavons dit plus haut, dans Ins- 
truction primaire bilingue en pays flamand. 

Mais les Flamands, a-t-on dit, font fi de la civilisation frangaise ; 
ils la traitent de pourrie, et, a tout prendre, en admettant qu'ils ne 
veuillent pas se contenter de l'appui de la NEerlande trop petite, 
ils prEfereraient mille fois s'adresser k TAllemagne, plutot qu'a la 
France. 



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322 WALLONIA 

Ge ne sont pas les Flamands qui pensent ainsi, mais la petite 
chapelle des Flamingants pointus qui n 'out jamais manque l'oceasion 
de froisser la Franco, com me a Waterloo, eu 1891, et tout recLMiimenl, 
lors de la celebration de l'anniversaire de la bataille des Eperons d'or. 

Beaucoup d'entr'eux collaborent d'ailleurs a un journal flamand- 
allemand, la Germania, qui se publie a Bruxelles, et qui semble etro 
un organe du pangermanisme. 

Mais chose a noter, il n'y a, en Belgique; que 

42,839 habitants parlant l'allemand, le frangais et le flamand, 
(des Beiges surtout) ; 

66,447 parlant l'allemand et le francais, (des Allemands surtout, 
fix^s en Belgique) et 

7,328 seulement parlant l'allemand et le flamand. 

C'est maigre ! II resulte e^alement de la que plus de 90 0l „ des 
Allemands fixes en Belgique prefrrent le frangais au flamand. Ce 
n'est pas a l'houneur des allies pangermains. 

L'hostilite contre la France se marque a chaque pas du mou- 
vement flamingant. 

En 1901, le Bien Public — qui se publie en frangais ! — 
imprimait : « Personne ne contestera que nous soyons sympathique 
au flamand, notre langue maternelle, que nous considerons comme 
une barriere pour notre bon peuple contre Tinfluence absorbante de 
la France ». G'est l'aveu ! 

Voulez-vous entendre la voix d'un Flamand de race, la voix de la 
raison ? Je la trouve dans un article publie, en 1898, par la Flandre 
liberate : 

t Messieurs les Flamingants eprouvent de la resistance dans lours 
tendances particularisms, et c'est bien naturel : on ne remonte pas le 
couranl du prog res. Les Flamands sentent tons, instinctivement, 
qu'ils ne peuvent aller loin, ni apprendre grand chose, ni developper 
leurs ailaires, ui sortir de leur milieu mesquin, s'ils ne savent que 
leur propre langue. Aussi tons cherchent-ils a en apprendre une 
autre, et leur choix va tatalement vers celle qui est a leur portee, 
qu'ils entendjnt sans cesse parler autour d'eux par les gens ayant 
quelque instruction, vers la langue qu'ils apprennent d'eux-memes, 
en ecoutaut et lisant co qui se dit partout, vers la langue franchise 
en un mot. 

> La langue frangaise a si profondement p£n6tre dans notre 
pays depuis plusieurs siecles, que nos compatriotes Tapprennent 
presqu'en jouant. 

» Et non seulement le Flamand apprend facilement le fran- 
Qais, 7nais il desire ardermnent I'apprendre el bien I'apprendre. 



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VVALLONIA • 323 

> Une langue n'est pas, en pratique, un objet d'art ou die vene- 
ration senlimentale. C'est le v6hicule des idees, de la science, du 
progres humaiu. Pourquoi refuser a ce peuple un moj r en facile de 
s'elever dans reshalle de la civilisation, de s'assimiler tout ce que 
produit d'utile, de grand, de beau, une des nations initiatrices du 
inonde. Notre vieille langue nationale, dont je sals le premier a 
admirer la valeur litteraire, n'a pas de valeur d f echange, parce 
qu'elle est confinie dans un trop petit marchi intellect uel. 

> Les classes moyennes, bourgeoises, devraient, dit-on, apprendre 
la langue du peuple et aller a lui pour la lui parler. Helas ! ici encore 
une fois, on ne remonte pas le courant. Les classes moyennes parlent 
de plus en plus lo frangais, qui leur parait indispensable, de moins 
en moins le tlamand, dont i'utilite semble douteuse. 

» On ne favor ise pas Vigaliti sociale en appauvrissant les riches ; 
ce systeme n'aboutit qu'd Vegalite dans la misere. De mime, on ne 
favorise pas Vegalite des langues dans un pays en oOligeant ceux qui 
parlent une des grandes langues du monde a apprendre une petite 
langue, dans un but purement philanthropique ; on ne conduit pas 
les hommes par la philanthropic; l'6galite, en cette matiftre sp6ciale 
corame en sociologie, ne s'obtieat qu'en elevant les petits jusqu'aux 
grands, c'est-a-dire en enseignant la grande langue & ceux qui ne 
connaissent que la petite. » 

* 

Tout le passe politique et historique de notre pays proteste contre 
de pareilles tendances anti-frangaises. 

Et disons-le tout de suite : dans ce qui suit, il n'y a aucune 
pensee desobligeante pour nos voisins de TEst ; ce sont des confuta- 
tions historiques et rien de plus. La langue allemande n'a jamais eu, 
a aucune p6riode de notre histoire, d'importance en Belgique. 

II en est tout autrement du frangais que Ton peut affirmer 6tre 
notre veritable langue nationale depuis des siecles. 

Peut-on en dire autant du nierlandais, — le mot nierlandais a 
ete employe offlciellement dans l'arr6te royal du 31 aout 1887, — 
encore appele flamand o/ftciel, langue en quelque sorte artificielle, 
qui a servi a uniformiser les patois liamands de Belgique ? 

Le nierlandais de Hollande est une langue etrangere ; notre 
nierlandais de Belgique ou flamand ofliciel existait tellement peu 
comme langue nationale, qu'il a fallu, par arrets royal du 25 Janvier 
1864, nommer une Commission sp6ciale pour en fixer Torlhographe, 
dont les regies ont ete adoptees par le Gouvernement le 24 novembre 
suivant. 



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324 WALLONIA 

Cette Jangue, parfois bizarre, fait souvent la joie des puristes 
n^erlandais et le desespoir des traducteurs offlciels et c'est elle que 
Maurice Maeterlinck, uu Flamand illustre, a fustigee, en nieme 
temps que ses auteurs, dans le virulent pamphlet que void, publie a 
propos de l'anniversaire de la bataille des Eperons d'or. 

« Uu parti qui depuis longtemps s'efforce de repandi^e en Brabant 
et clans les Flandres — sans y trouver le moindre echo — la haine 
de la France, s'est empare de l'evenement et voudrait y trouver 
le premier et formidable £clat d'une guerre de races qu'il esp^re 
rallumer. Ge parti, qu'on appelle le parti flamingant, est assez 
m^prise aux lieux memes ou il intrigue. 

> II se compose d'une poign^e d'agitateurs que leur naissance 
obscure au fond des fermes ot une Education tardive ont rendus 
incapables d'apprendre le frangais. Leur ignorance naturellement 
envieuse s'est tournee en rancune ; et, detestant une langue qui les 
rend ridicules quand ils tentent de la parler ou de r^crire, ils ont 
tire — pour se congratuler entre eux — des divers patois populaires 
une sorte de jargon offlciel et artificiel, pr^tentieux, baroque et 
mort-n6, qui n'est merae pas compris du peupleauquel ils se flatteut 
de Timposer comrae langue maternelle, et que les v^ritables ecrivains 
flamands — il en est quelques-uns — et les Hollandais accablent de 
sarcasmes merits. 

> G'est dans cet informe et vaseux jargon qu'ils pretendent 
retremper Tame de la Flandre et c est a le remuer malproprement 
pour en faire sortir de la haine qu'ils s'evertuent. Bien qu'ils soient 
depourvus de toute literature, l'agitation qu'ils provoquent est plus 
litWraire que reelle et serait des longtemps retombee dans l'abime de 
son propre neant si deux forces peu avouables. mais obstin£es, ne 
s'epuisaient a rentretenir dans le vide. D'une part, le clergy liamand 
— le plus ignorant des clerics — la protege. Gr&ee a Texclusif et 
impenetrable baragouin qu'il preconise, il maintient sous sa domina- 
tion plus de deux millions de paysans que nulle lumiere du dehors ne 
peut atteindre. D'autre part, le mouvement nourrit plantureusement 
ceux qui le dirigent. Abusant habilement du prestige que de grands 
mots qui represented de petite* chose* exercent sur l'esprit trop 
cr&lule des foules, ils ont su acquerir une certaiue influence politique 
dont ils profilent pour s'assurer d'opulentes sinecures. Sitot la 
bouche pleine, ils s'apaisent. renoncent a leur parler herm6tique et 
s'attachent a apprendre, sinon le frangais trop rebelle, du moins le 
beige qui trouve en eux la plus abondantc et la plus bizarre de ses 
sources. » 



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WALLONIA 325 

Voili, proprement caract6ris6s , le nierlandais beige et ses 
auteurs ! 

Le frangais, au contraire, est la langue des spheres 6clairees et 
moyeanes de la Belgique depuis les temps les plus recules, aussi bien 
dans la partie flamande que dans la partie wallonne du pays. Pour 
etayer cette affirmation, je me contenterai de eiter l'opinion de 
Teminent historien, M. Goiefroid Kurth, qui dit : 

« Des deux langues vulgaires qui devaient so partager l'heritage 
du latin dans nos provinces flamandes, le frangais etait incompara- 
blemont mieux prepare a le recueiliir que le fiainand... 

» Ghaque Ibis done qu'en pays germanique on voulait se passer 
du latin, e'est au frangais, e'est a dire au seul instrument intellectuel 
alors maniable, qu'on recourait le plus souvent. 

> On peut done dire que pendant la periode la plus brill ante de 
sou histoire, depuis le commencement du xn e siecle jusqu'au com- 
mencement du xvi e , ce furent des princes frangais et une cour 
frangaisequi pr^siderent aux destinees de la Flandre flamingante, 

»On n'exagerera done pas en concluant de tous ces faits que, des 
le xiii e siecle, le frangais itait en Flandre comrne une nouvelle 
langue 7nalernelle ou, si Von V3ut une seconde langue nalionale, 
d'ordre plus releve qne la premiere, et qui etait consideree comme, 
la vraie langue de la bonne societe et des gens cultiv^s (*). » 

Cette opinion est d'ailleurs corroboree par d'autres historiens, 
comme M. H. Pirenne, dans son Histoire de Belgique. 

Dans l'administratiou centrale, au xvr e , xvir et xvin e siecle, 
tout se passait en frangais ; dans radministration subalterne, on 
employait le flaraand ou le frangais en pays flamand, le frangais en 
pays vvallon. On parle d'ecoles frangaises en Flandre et pas d'ecoles 
flamandes en Wallonie. 

S'il arrivait, au temoiguage de Hemricourt, au xiv e siecle, 
que certains nobles du pays de Liege envoyassent parfois lears 
enfants dans le Limbourg pour apprendre la langue tiexhe, il etait 
courant, pendant tout le Moyen-Age, que les enfants des families 
aiseesdes Flandres apprissent le frangais (Kurth. loc. cit. ). 

D'ailleurs, nos adversaires eux-memes lvconnaissent cette 
influence predominante du frangais. Hamelius, dans son Histoire du 
moueement flamand, 6crit : « Une infiltration lenle, agissant surtout 
par les livres, mit le frangais a la mode dans les classes iustruites a 
partir du xvn e siecle et fit graduellement abandonner le fiainand 

(1) Kurth. La frontiere linguistique en BL'lgiqu • et dans le Nord de la France, 
t up. 17 et 31. 



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326 WALLONIA 

corame langue de culture. » Et plus loin : € La langue flamande perd 
du terrain dans le courant du xvm e siecle et finit vers 1794 par &tre 
d'un usage moins frequent que le frangais. » 

Si sous le Gouvernement autrichien l'usage facultatif des langues 
etait reconnu en Belgique, sous la domination de la France, on en 
vinta l'usage otficiel exclusif du frangais, et cela parait s'dtre fait 
sans grandes secousses. 

Un arreti du Gouvernement g£n6ral des allies du 18 juillet 1814 
retablit l'usage facultalif des langues, mais avec l'obligation de 
joindre aux actos une traduction frangaise, obligation qui disparait 
par arrete du Prince souverain, le i cr octobre suivant. 

En 1819, le roi Guillaume fait une premiere tentative pour intro- 
duce uno langue naiionale unique, le neerlandais, dont il etablit en 
quolque sorte, en 1822, l'obligation pour tous les Beiges, en ne faisant 
que € tolArer » le frangais et que, trop tard, sous la menace de la 
revolution, il rendit a nouveau facultative le 4 juin 1830. 

Nous avons vu que le premier acte du Gouvernement provisoire 
fnt de maintenir en partio ce regime de liberte, mais en d^cretant 
sagement que le frangais serait en Belgique la seule langue ofllcielle. 

Peu apre>, la Constitution etablit que « l'usage des langues est 
facultatif ; il ne peut etre regl6 que par la ioi en mati6re d'autorite 
et en matiere judiciaire », et le frangais conserva la predominance 
qu'il avait toujours eue depuis le xm e siecle et que des tentatives 
maladroites, funestes et dans tous les cas steriles en resultats pratiques 
veulent lui faire perdre aujourd'hui. 



Ces tentatives sont malheureusement encouragees par ce fait que 
le mouvement flamingant, primitivement lilteraire, s'est introduit, 
comme nous l'avons dit, dans la politique. Or les classes ouvrieres 
et ru rales du peuple flamand, chez lesquelies l'instruction et la 
connaissance uu trangais avaient fait le moins de progres, constituent 
une force electorate, depuis l'avenement du suffrage universel mitige 
que nous possedons. II s'agit de les prendre par le sentiment, par 
l'amour sacre que tout homme ressent pour la langue qui a berc6 sa 
prime jeunesse et par l'appat des avantages imm&diats que Ton fait 
miroiter a leurs yeux. Les politiciens le savent : ils sacriflent au 
dieu nouveau et ils « semballent » — permetlez-nous l'expression — 
pour une langue frusle que beaucoup d'entr'eux ignorent ou ont 
encore beaucoup de peine a bien parler. 

Ils devraient, nous semble-t-il, mieux se rend re compte qu'en 
Belgique, la question de langue, la question de race n'ont jamais 



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WALLONIA 327 

suscite de conflits graves, comme le constate l'Histoire ; les princi- 
palis Etats y etaient d'ailleurs bilingues, comine la Principality do 
Liege, le Brabant et meme la Flandre. (Test qu'il n'y avait qu'une 
seule langue offlcielle superieure, le frangais et que la politique ne 
s'elait pas emparee de cette question. 

lis devraient tous so rallier a une formule equitable bien simple 
a etablir : en revenir aux anciens errements, qui pendant des siecles 
ont maintenu, a ce sujet tout au moins, Taccord entre les Beiges ; cYst 
de r&nt£grer le frangais dans sa situation de langue olficielle uuique, 
qu'il a toujours occup^e chez nous et de lui reconnaitre la sup iriorite 
dans tous les domaines, comme langue nationale et comme langue 
v£hiculaire, tout en tenant compte des droits sacres de la langue 
flamande et de la langue wallonne. 

Les Flamands senses sont avec nous, notamment les adherents 
toujours plus nombreux a V Association flamande pour la culgarisa* 
(ion de la langtie /'ran?aise, association qui fait tache d'huile en 
Flandre. 

Lorsque les partis politiques auront bifle de leurs programmes 
cette utopie, cette nuisance de Yegalite des langues, les elements de 
discorde entre deux races, qui doiveut necessairement sentendre 
dans le domaine economique, auront a jamais disparu pour le plus 
grand bien de la Patrie beige. 



VCEUX 

A. — En matiere judiciaire. 

1. Reviser la loi de 1889 dans un sens plus favorable au Wallons, 
en tenant compte des griefs articules. 

2. Exiger des magistrals la connaissance du wallon des localiles 
oil lis sont appeles a sieger. 

3. Exiger des traducteurs jures la connaissance de la langue 
wallonne devant les tribunaux du pays flamand. 

4. S'opposer a l'extension de la procedure flamande. 

B. — EX MATIERE ADMINISTRATIVE. 

5. Exiger la traduction franchise de toute piece administrative 
en pays flamand. 

6. Ne pas exiger le flamand des fonctionnaires, qui, en pays 
flamand, ne sont pas en rapport avec le public. 



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.^28 WALLONIA 

7. Exiger la connaissance de la langue wallonne des fonction- 
naircs qui, en pays wallon, sont en rapport avec le public. 

8. Voir respecter l'ordre d'anciennete pour Tavancement sans 
s'inquieter de la question des langues. 

C. — En matiere d'enseignement. 

9. Exiger qu'un nombre egal d'heures soit affects dans les 
ecoles primaires du pays flamand a renseignement du frangais et k 
celui du flamand. 

10. Etablir une ecole frangaise a cote de lecole bilingue, si 
un certain nombre do pores de famille le demandent. 

11. Demander : a) que le eours de flamand ne soit pas organise 
dans les communes wallonnes oil l'element destine k poursuivre ses 
etudes a lecole moyenne e>t une quantito negligeable. 

b) que, dans les autres communes, cet ensoignemont soit orga- 
nise, si on le juge necessaire ( l ), en cours particuiier facultatif et 
accessible aux eleves du degre superieur, voire mdme de la deuxieme 
annee du degre moyen. 

(Voeu du Gercle pedagogique du Hainaut. Journal des Institu- 
teurs, 14 avril 1904.) 

12. Inviter l'instituteur a se servir la langue wallonne pour 
rende plus vivant renseignement de la langue frangaise. 

(Rapport de M. Oscar Colson au Cong res pour V extension et la 
culture de la langue frangaise, 10-17 septembre 1905). 

1.3. La langue frangaise doit rester la langue vehiculaire exclusive 
de lYnseignement moyen. 

14. Supprimer Tobligation du flamand dans renseignement 
moyen en pays wallon, pour l'entree, ou bien au cours des etudes. 

15. A lTniversite de Gand et aux ecoles speciaies d'enseigne- 
ment superiour, les cours doivent continuer k se donner en frangais. 

D. — V(EU GENERAL. 

16. Supprimer Y£galit6 des langues des programmes politiques et 
donner a la langue frangaise la suprematie dans tous les domaines, 
tout en tenant compte des droits sacres des langues flamandes et 
wallonnes. Reviser dans ce sens la loi de 1898 sur la promulgation 
des toxtes legaux et les autres lois qui porteraient atteinte k ce 
principe. 

(1) Nous ajouterons : concurremment avec un cours d'allemand ou d'anglais. 



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VI. 



Rapport sur I'Extension a donner 
aux organismes de propagande wallonne 



PAR 



Henry ODEKERKE, 

homme de lettres a Liege. 



L'esprit de ce Congres a 6te suffisamment precise et les aspi- 
rations legitimes des Wallons doivent etre & notre session assez 
nettement definie, pour que Ton puisse apprecier, des lors, ce qu'il 
convient d'entendre quand on parle de propagande wallonne. Evi- 
demment, ce doit etre avant tout l'organisation d'une action perma- 
nente dans la voie si heureusement tracee par notre programme : 
« Aider les Wallons a prendre une meilleure conscience de leur 
originalite de race, formuler et grouper les di verses revendications 
wallonnes, attester l'existence et la vitalite d'un sentiment national 
en Wallonie. > 

Ainsi pos^e, la question se d$gage tout de suite du sens un peu 
6troit qui a ete donne parfois, a ces mots de propagande et de reven- 
dications wallonnes. Le but doit etre, surtout, de fortifier et d'exalter 
le sentiment propre du peuple Wailon, de dire bien haut la place 
que nous tenons dans le pays. II est a peine besoin de rep6ter que 
cette propagande ne doit comporter aucune pen see d'antagonisme, 
encore que nous ayions le devoir de protester contre tout abus ou 
exagoration flagrante. Aussi, je me demande si l'idee qui a preside a 
l'organisation de nos ligues wallonnes ne gagnerait pas a etre 
sensiblcment amende. II ne faut pas risquer de nous faire taxer 
d'inj ust ice, k notre tour, et je crois — ceci n'est, evidemment, 
qu'une opinion personnelle — je crois que certains d'entre nous ont 
tort de vouloir contester aux Flamands le droit d'etre regis, chez 
eux, par leur langue maternelle. 



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330 WALLONIA 

Un autre 6cueil a 6viter, poirla propagande wallonne, serait 
de s'absorber trop uniquement dans le souci de defendre des interdts 
raateriels. II va do s>i quo le point de vue prali jue n'est pas un 
objectif njgligeable, mais lout ne se reduit pas a une question de 
places ni de subsides. II y a a vantage pour la cause wallonne a 
placer son drapeau plus haut, a proclamer partout, en toule occasion, 
la grandeur, la beauts, les gioires, et Tart et la pensee de notre 
Wallonie. 

Ge sont la des revendications que nous soraraes toas fond6s a 
faire valoir, celles qui doivent attirer tout d'abord l'attention des 
organisateurs de nos ligues locales. Ainsi ont fait en France les 
felibres, quand ils ont tente de restaurer le genie savoureux de la 
Provence. De ineme ils ont du se defendre de toute idee de s6paratisme 
et Tun des plus illustres a pu dire : « Notre seule pretention, c'est 
de rester nous-memes. Sans doute, nous sommes et voulons rester 
Frangais, non par la force des choses, mais de notre libre volonte. 
Nous voulons un mariage d'amour ! > 

Nous aussi, nous voulons rester nous-memes. Et ce sera le 
meritedes Ligues Wallonnes d'avoir engage d(\]k le bon combat par 
la propagande. Seulement, il y aurait probablement davantage a 
obtenir d'elles par une organisation plus coherente et plus active. 
II faudrait t&eher de constituer partout, dans chaque ville, dans 
chaque village meme, des sections qui seraient en meme temps des 
society d'agrement et destruction, s'occuperaient d'art dramatique, 
donneraient des conferences, fonderaient des bibliotheques cir- 
culantes. On pourrait, siuon en creer de nouvelles, interesser au 
mouvement les Soci6t£s existantes ; en conservant neanmoins leur 
aulonomie particuliere, tous ces groupcments de Wallons seraient 
mis en relation directe et frequente avec la Ligue Nationale, dont le 
siege pourrait etre fixe k Li^ge, comme capitale de la Wallonie. La 
direction serait confine a un Comit6 central, compo-6 d'une vingtaine 
de membres et d'un president, nomraes par un Congres annuel, 
lequel se tiendrait chaque fois dans une ville differente. 

II ne manque pas d'exemples destitutions semblables qui fonc- 
tionnent parfaitement, en d'autres domaines. II y a, notamment, a 
Rome, une ligue nationale, « La Dante Alighieri, > dont les sections 
ne so compteut plus en Italie autant qu'a l'etranger ; n*eut-elle que 
dix adherents, toute nouvelle reunion s'affilie aussitot au conseil 
federal e\ collabore a la grande oeuvre commune : encourager et pro- 
teger partout le progrfes de la langue et de la culture iialiennes. Sol 
per il dolec name di nostra terra. Rien que pour le doux nom de 
notre terre natale ! 



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WA1L0NIA .531 

La Ligue Nationale Wallonae trouverait egalement plus de 
cohesion et de force a etre renovee d'apres un pareil programme. 
Comme dans la ligue itaiieune, le fonds social du comity central 
serait constitu^ par le preUevement d'un tantieme sur les cotisations 
des membres des sections locales. Ce comite serait consults dans 
toutes les questions d'interet general, dont les plus importantes 
viendraient en discussion, chaque annee, devant le Gongies. 

Ainsi serait assur^e la continuation de notre t&che d'aujourd'hui, 
et Taction de cette federation nationale serait des plus efficaces en 
bien des circonstances. 

Ge principe de la federation a deja favorise, d'ailleurs, la 
creation d'un autre groupement qui dispose d'un moyen de propa- 
gande de premier ordre : je veux parler du theatre. Dans la province 
de Ltege, tout au moins, les socidtes dramatiques se sont en quelque 
sorte syndiquGes, depuis plus de dix ans, et cette organisation est 
certainement fort int^ressante. Elle ne tend pas uniquement, comme 
on a pu le croire, a la repartition de primes ou de subsides entre les 
troupes d'amateurs. Ceci nest, en r^alite, qu'un des moyens qui 
assureut la vitalite de la Federation dramatique wallonne. Mais son 
veritable but fut plutotde regenter, au nom de Tart, l'exploitation des 
scenes vvallonnes et d'epurer le gout du public en meme temps que 
celui des inlerpretes. L'institution d'un Comite de lecture charge de 
constituer le repertoire fut, a cet egard, une tentative curieuse et si 
Ton peut voir la, par certains cotes, une restauration de la censure, 
le bon motif la rend assurement tres excusable ! 

Au surplus, cette question des federations dramatiques et iitte- 
raires fait l'objet d'une etude speciale inscrite au programme du 
Congres. Mais au seul point de vue de la propagande, qui ne voit 
combien cette puissante influence du theatre a pu servir la cause 
wallonne ! Ici, en effet, la forme dramatique a son originality propre, 
elle est tres souvent l'expression sincere, emouvante parfois, pitto- 
resque toujours. du sentiment et du caraetere de la race. Tandis que 
nos ecrivains dramatiques de langue franchise ne se sont pas encore 
affranchis, pour la plupart, de la tutelle de Paris, nos auteurs 
wallons font parler vraiment Tame du terroir. A Namur, a'Tournai, 
k Nivelles, aussi bien qu'a Liege, le peuple s'empresse autour des 
< djouweus d ? comedeyes. » Et ceux-ci n'hesitent pas a s'en aller au 
loin, a Bruxelles, a Anvers meme. pour rejouir le coeur des Wallons 
exiles. Tati V Periqui, de glorieuse memoire, ne fut-il pas, un jour, 
jusqu'a Paris ! 

L'organisation de nos federations dramatiques a done une reelle 
importance. II conviendrait d'examiner si des institutions de ce 



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332 WALLONIA 

genre ne pourraient etre creees dans chaque province wallonne et 
se fusionner, elles aussi, sous une direction g6n6rale. Ce serait le 
plus sur moyen d'encourager le developpement des societes drama- 
tiques, dont Taction est surtout precieuse dans les campagnes. La 
propagande wallonne no doit done perdre aucune occasion de les 
recommander a la soilicitude des pouvoirs publics. 

Dans le meme ordre d'idees, l'Association des Auteurs 
dramatiques et Chausonniers Wallons coopere a Poeuvre de la fagon 
la plus favorable. Depuis sa fondation, qui date dej& de 1882, ellc a 
groupS le uiouvement de la production litteraire et favorisS dans une 
large mesure l'efflorescence de Tart au Ih&itre. En meme temps, elle 
sauvegarde autant que possible les interets des auteurs, a-sure la 
la perception des droits, r&gle les questions de procedure. J'imagine 
que les fondateurs de cetle association ont dti s'inspirer quelque peu 
de l'exemple de Torganisation des Auteurs dramatiques frangais, en 
ce qui concerne la defense de la proprtete littdraire. Et il y aurait 
a vantage, sans doute, a constituer, ici encore, une association 
nationale. Quoiqu'il en soit, cette union des auteurs, qui compte, 
en soinme, T61ite de nos Wallons wallonisants, trouverait peut- 
etre un autre Element de prospSrite dans la pratique de la mutuality. 
Elle pourrait arriver — qui sail ? — a donner des secours a ses 
malades, Stablir une caisse de retraite, a creer enfin une solidarity 
plus etroite entre ses membres. 

Cos considerations que nous suggere Torganisatiou des forces 
wallonnes a Liege doivent s'etendre necessairement a tousles groupes 
formes dans chaque centre important de la Wallonio. Societes 
d'agrSment, Cercles dramatiques, Clubs, Caveauxet Ligues, doivent 
s'efforcer vers Tunion. C'est done avec joie que nous retrouvons, 
parmi les adherents a ce Congros, des Wallons de tous les coins du 
pays, d'Arlon jnsqu'a Ostende. Dans la composition du Comity de 
patronage, nous voyons meme le nom du president de ce vaillant 
cercle de Paris, « La Wallonne > qui ne compte pas moins de 18 ans 
d'existence et est deveuu, la-bas, la providence de tant de freres 
malheureux. 

A cote de ces Wallons de France, qui se proclament de coeur 
avoc nous, il y a aussi ceux de Malmedy, qui sont des notres a tant de 
titres. Car, si le Congres pour la langue fran^aise s'en est alle 
fraterniser, a la fronttere prussienne, avec les derniers d^fenseurs du 
« haut langage », c'est en wallon que ceux-ci ont protest^ contre le 
parler tudesque des oppresseurs. 



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WALLONIA 1333 

« Que nom voront-is don dCner Quels noms voudraient-ils done 

[donner 

A nos vot/es, e leu djdrgon ? A nos chemins, dans leur jargon ? 

S*is r fusel, d'vins queques dnees S'ils le faisaient, dans quelques 

[annees 

On rirutrouvret pus smanhon ! » On ne retrouverait plus sa maison • 

N'esl-ce point la une eloquente affirmation du sentiment wallon ? 
Cet exemple saisissant du pouvoir de la tradition a toute la saveur 
de la litterature du terroir, il atteste combien Tame populaire tronve 
son expression dans notre vieux langage. C'est pourquoi nous avons 
le droit de r6clamer le respect de ce patrimoine de notre race. Nous 
n'ignorons pas que Tidiome wallon finira peut-etre un jour par ceder 
la place a la « langue v^hiculaire », mais il n'empeche que l'oeuvre 
de nos poeles, de nos chansonniers, de nos auteurs dramatiques, ne 
soit encore d'un excellent enseignement pour nous aider, selon le 
programme. « a prendre conscience de nous-memes ». 

Ce sera, j'aime a le croire, la mission de lecole, de faire 
apprecier a nos enfants tous le charme, et la grace et la sensibilite de 
nos vieilles « pasqueyes ». Aussi, je me plais a rendre hommage a 
ceux qui sont deja entres dans cotte voie. C'est la de la bonne, 
de la meilleure propagande wallonne. 

Mais pour le combat de tous les jours, des qu'il s'agit d'afflrmer 
sans treve le droit et la pens^e wallonnes, nous devons nous souvenir 
que nous sommes « les derniers Latins du Nord », comme la dit 
notre ami Charles Delchevalerie. A ce titre, nous avons pour £clairer 
ceux qui ne veulent pas voir, ce flambeau de lumiere qui s'appelle la 
langue frangaise. Sachons nous en servir, au sein de toutes ces 
Societes dont j'ai parle, pour organiser des conferences et animer la 
vie intellectuelle en Wallonie. 

Nous disposons aussi de cette force puissaute, la presse, acquise 
d'avance a toute idee d expansion francai>e et wallonne. 

Nous savons que nous pouvons compter sur son incessant 
concours pour protester contre toute pretention qui leserait nos 
droits legitimes. Et c'est par Taction de nos journaux sur Topinion 
que nous parviendrons a donner a tous les organismes <Ie la propa- 
gande wallonne Tessor et la cohesion que nous leur avons souhaitees. 



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^^^^^^^A^^^^ 



VII. 

A propos de l'Ame beige 

PAR 

Olympe GILBART 

Docteur en philologie romane, 
Publiciste a Li&ge 




Ceci n'est pas un rapport; c est a peine une communication. 

Depuis le jour oil la fantaisio de M. Edmond Picard, grand 
amateur de paradoxes decreta, rexistence de Tame beige, on a 
copieusemont discute autourde cette ahurissante trouvaille. Dans les 
revue-, dans les journaux maints articles parurent, les uns c61£brant 
avec enthousiasme Tinvention d'une ame nouvelle et nationale, los 
autres s'effbrgant de demontrer que Tame beige n'existe que dans 
riniagination fertile du fougueux auteur de tant de livres verveux. 

II a paru aux organisateurs de ce Congres wallon que cetle 
question de Tame beige devait etre agitee devant un auditoire com- 
post de personnes qu'aninie la chaleureuse ferveur du sentimeut 

II a paru aux organisate irs de ce Congres wallon que cette 
question de Tame beige devait etre agitee devant un auditoire com- 
pose de personnes qu'anime la chaleureuse ferveur du sentiment 
wallon. Car, sous les apparences speciales et so'ennelles dont les 
deTenseurs de lame beige revetent leur theorie, il y a autre chose 
qu'un simple pretexte a dissertations plus ou moins ing^nieuses. 
Nous voyons, quant a nous, dans cette tendance k vouloir confondre 
le< deux races qui se partagent la Belgique, un veritable danger qui 
menace dans leur essence deux sensibilites profondes et originales. 

On aura beau a grands renforts d'arguments historiques tenter 
de donner figure a V&me beige. Dans une question comme celle-ci, 
question qui est avant tout sentimenlale, les faits, en tant que fails, 
ne component pas de signification decisive. 

II s'agit, en Tespece, de deux sensibilites differentes, qui, en art, 
ont des expressions bien distinctes, et tous les raisonnements du 
monde n'empecheront pas ces deux sensibilites de se manifester 
chacune avec son entiere ind6pendance. 



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WALLON I A ;i35 

II nous semble, et nous disons ceci avec toute la d6ference a 
laquelle adroit le grand talent de M. Picard, que M. Pica n J, en 
inventant Vkme beige, a fait de la psychologie beige avec un esprit 
bruxellois. II ne suffit pas, en s'exaltant, d'ailleurs fort tegitimement, 
sur la magnifique prosperity de notre pays, de conclure a l'existence 
n^cessaire d'une ame commune, pour que celle-ci anime en fait les 
Flandres et la Wallonie. 

Avant cela il faut connaitre les differences qui caract^risent la 
race flamande et la race wallonne. II faut s'etre impr6gne profon- 
deraent de la vie wallonne, Tavoir aimee dans son art et dans ses 
artistes pour sentir la distance qui separe Tame d'un wallon de 
lame d'un flamand. 

R^cemment dans un leader-article paru dans Le Peuple sous la 
signature de M. Louis Pierard, article dont je ne puis approuver 
toutes les tendances, et qui peut-etre n'est pas 6crit avec une surii- 
sante rigueur, j'ai constate une fois de plus combien rantinomio 
qui existe entre flamands et wallons est fonciere. Cet article 
emane d'un sensitif qui est amene par le controle meme de sa 
sensiiilit6 a no'.er les differences capitales auiant qu'evidentes qui 
marquent les gens de Flandre et de Wallonie. 

Ah ! sans doulc, une ame beige existe, si on entend par la une 
kme administrative. Nous vivons sous un meme regime politique, — 
pour ne pas dire que les exagerations des revendications flamingantes 
irritent souvent les Wallons — nous avons a compter avec la meme 
administration, nous sommes juges par les memes tribunaux, nous 
payons — pas toujours — les memes impots ; si c'est cet etat special 
que Ton veut appeler ame beige, je \Yy contredirai pas. 

Mais si Ton touche au temperament meme des liommes, a ce qui 
fait la quintessence meme de leur vie et de ieur force, a leur sensi- 
bilite intime, a leurs traditions propres. a leurs vertus cardinales, il 
n'y a pas d'ame beige, il y a une ame flamande et une ame wallonne. 

Voici comment M. Albert Mockel, en une page superbe, a deTini 
ces deux ames. On ne pourrait mieux dire : 

« Le Oallo-Franc, ou Wallon, de meme sang que les Fran^ais 
des Ardennes, a de l'ardeur, de Tenergie, et, malgre cela, une 
certaine paresse. II est certainement homme d'action, mais un 
si ngulier penchant vers la reverie le d^pouille de ce patient esprit 
de continuity qui fait la force des Flamands. Le ddfaul le plus grave 
du Wallon, et sa qualite la plus haute d'oii proviennent toutes les 
autres, c'est une sensibilite nerveuse, delicate a l'extreme chez les 
hommes cultives, et dont on retrouve les traces avec etonnement 
jusque dans le peuple des campagnes. Elle donne a ces grands 



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336 WALLOW A 

hommes brims ou chatains un 61an de tendresse secrete pour toutes 
choses, et par elle, ils communient interieurement avecla nature; mais 
on peut dire qu'elle cause a la fois la chaleur traditionnelle des 
< Tetes de houille » liegeoises et la dispersion de leur effort. Le 
Wallon est inventif, mais prompt au de^couragement lorsqu'il s'agit 
de r6aliser. Sou vent intellectuel, analyste parfois k Texces et un peu 
raisonneur, on dir ait aussi qu'il songe trop subtilement sur son 
travail au lieu de travailler siniplement au gve de ce qu'il songe, 
comme le Flamand. II peut etre sculpteur, dessinateur, avec de la 
force expressive et du style, et il comprend fort bien Tart de la 
decoration, car a tout cela les facultGs d 'abstraction out beaucoup 
de part. Mais il £choue en general, dans la peinture de chevalet, 
faute d'etre coloriste. Son pays montagneux, voile sou vent d'une fine 
vapeur bleuatre, ne lui offre pas l'atmosphere etonnamment limpide 
et les mols contours de la plaine flamande, ou la lumiere peut se 
jouer a l'aise. Mais outre ce motif d'ordre materiel, il en est un 
moral qui sans doute en procede : c'est que le plus souvent, l'artiste 
wallon possede les choses par le sentiment, au lieu de les bien saisir 
par les sens. Ce nerveux regoit trop vite la repercussion mcntale 
d'une sensation pour gouter toute la joie de son 6panouissement 
physique. Un Flamand sait longuement et sainemeut s'e^merveiller 
des groupes de couleurs d'un paysage, l'artiste wallon songe tout de 
suite a cote. II penetre la nature plutot qu'il ne la voit. Cette quality 
mentale nuit au faste de ses pinceaux, mais le fait exceller dans la 
musique. Sa sensibilite nerveuse devient ici le plus pr6cieux des dons; 
sa subtilite s'exeree a merveille sur les harmonies entrelacees, lesens 
des proportions, qu'il tient des influences latines, se retrouve dans 
l'ordonnance qu'il distribue aux masses sonores, et l'on s'emerveille 
vraiment de voir, depuis Roland de Lassus, la i uirlande fieurie 
continuer sans interruption jusqu'a Ce-ar Frank et aux compositeurs 
d'aujourd'hui. 

» Le Flamand ne s'est exeree que depuis peu d'annees a la 
musique, et il y parait depayse. Du moins, il n'y temoigned'aptitudes 
remarquables que pour les genres descriptifs, et en particulier, le 
pittoresque. Cela tient. sans doute, a ce que dans la musique pure 
la part de la logique surpasse celle de l'instinct : et le Flamand est 
avant tout un merveilleux instinctif. II est puissant, parce qu'il est 
moralement tres simple : la Flandre ne produit pas de veritables 
psychologies. Mais s'il analyse moins, I'homme des Flandres songe 
parfois tres loin; et, comme en t6moignent les oeuvres de M. Maeter- 
linck, c'est avec une sorte de tranquillite religieuse qui lui devoile 
Texisteuce du mystere, sans le perdre dans la complexity de ses 



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WALLOXIA 837 

attributs. Cette simplicity de la pensee peut devenir, en art, une 
quality inappreciable; elle donne au reve toute son ampleur, et c'est 
parce qu'il est simple que le Flamand sait « faire grand ». 

» Ainsi que le Wallon, le Flamand comprend la nature, mais 
c'est de tons ses sens qu'il la possede, et surtout par les yeux. De la 
pierre ou du metal jaillit par ses mains une vie luxuriante, son 
crayon a des traits savoureux et gras. Nulle recherche dc style, il 
e4 vrai. Qu'il sculpte ou dessine, il s'attachcra surtout a restituer 
fidelement l'aspect de la nature, sfir qu'elle-meme saura chanter le 
pojme *ternel de ses formes. Par le pinceau, par l'ebauchoir, il dit 
ce qu'il a vu, ce qu'il a ressenti en voyant, sans plus, mais il le 
dit parfois avec genie. 

» En Flandre, on saisit la nature directement, et avec une grande 
force sincere. La sensibilite nerveuse du Wallon disparait ici, rem- 
placJep iv une sensualite qu'on a vue eclater en exub Frances grossi^res 
aux truculentes ripailles d'un Teuiers, mais qui, chez les artistes, 
devient une quality delicate et tres rare. Elle les aide a aimer les 
formes vivantes qu'ils aper^oivent, done a les comprendre, eta les 
reproduire en les douant d'une secrete cha!eur. Les Flamands sont 
avec les Hollandais lours freres, Holbein le Jeune et deux ou trois 
primitifs de l'ecole de Cologne, les seuls Germains de Germanie qui 
aient connu l'ivresse de la lumiere, goiite la saveur des belles masses 
coloives. Metzys, Breughel, Rubens, Jordaens, cent noms glorieux 
ont affirm* la magnificence thioise, et depuis plus de trois stecles, 
sur ce morceau de terre, l'hymne a la vie est chante par d'infatigables 
pinceaux. Le Flamand est moins fin que le Wallon, mais il a un 
sens pratique tres pr6cieux, ne peut-etre de ce qu'il raisonne moins 
sur les choses, de ce qu'il en saisit plus immediatcment les aspects. 
II l'emporteen force de travail sur son rival gaulois. Gelui-ci concoit 
aisement une^bauche et so degoule lorsqu'il doit, pour la realise r, en 
venir aux mains avec la matiere. Le Flamand realise avec puissance ; 
il travaille d'un bras sur, et maitrise superbemeut la matiere, peut- 
etre parce qu'il fait jaillir d'elle-meme magnifiquement son reve, au 
lieu de lui imposer arbitrairement ce qu'il a songe loin d'elle. » 

Voila caracte>ises avec precision, justesse et impartiality le 
flamand et le wallon. Apivs cela il serait dilfieile de vouloir soutenir 
encore qu'une kme beige existe. 

Et j'entends 1'objection; mais, a ce compte, que faites-vous de 
la nationality beige? 

Je repondrai;en travaillant & developper separement la sensi- 
bilite flamande et la sensibility wallonne, on contribue plus a la 
grandeur et k la prosp^rit* de la patrie qu'en voulant fusionner ces 



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338 WALLONIA 

sensibilites pour en faire un produit de serre chaude que Ton denomme : 
I'Ame beige. 

Vouloir porter atleinte a roriginalite merae d'une de ces deux 
sensibilites, c'est comproinettre l'existence de la patrie beige qui n'a 
atteint son miraculeux degre de dGveloppement que grace a Femu- 
laiion feeonde et fraternelle de deux races 6galement puissantes et 
expressives. 

Qu'on ne nous parie done pas d'ame beige ! Et du reste qu'on 
nous cite un livre, une oeuvre d'art, qui soit une oeuvre « beige -, au 
sens oil veuleut Tentendre ies d6fenseurs de ce prod lit nouveau. 

Que ies flamands cultivent leur sensibilite, qu'ils l'enrichissent, 
qu'ils la developpent ; que de leur cote, Ies wallons sachent rester 
eux-memes et se manifestent devant la vie avec une energie toujoui-s 
plus grande, et la nation beige ne pourra que gagner en 6panouis- 
senient. 

Au surplus, Ies ethnologues diront encore quels sont Ies 
caracteres dominants des types flamand et wallon. lis montreront 
qu'il y a entre eux des dissemblances physiques frappante<. 

Et nous serons alors convaincus que si v raiment une sensibilite 
commence a se manifester, cette sensibilite est toute de surface et 
n'inspirera jamais la creation d'une oeuvre originate et belle. 

Restons plus que jamais chacun de nctre race ; gardons jalouse- 
ment, avec une conviction exemptede tapage, nos vertus anceslrales; 
evitons Ies melanges sterilisants et nous aurons ainsi, mieux que par 
de vaines declamations, bien m6rit£ de noire pays. 



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VIM. 

Le Sentiment Wallon 

dans 1 Art de {'Architecture 



Paul JASPAR, 
architecte a Li6ge 



II est un fait inclinable et vous pourriez me traiter de La Palisse, 
si nous n'etions ici pour dire la verite et rendre la verity evidente: 
Les races sont issues de leur terroir; elles ont des caractferes parti- 
culiers qu'elles doivent a ce terroir. 

Un plaisant a bien remarque que le pays des montagnes ont des 
femmes... plates, tandis que les pays de plaines en ont de... monta- 
gneuses.... Mais c'etait un plaisant! 

Par contre, un de nos 6minents professeur de l'Universite de 
Li6ge disait que, de la geologie d'un pays, Ton peut d&Iuire la 
structure, le squelette, la chair m6me de ses habitants : « les pays 
riches en phosphate, en calcaire, produiront des races au squelette 
robuste, ceux pauvres en ces sels ne donneront que des &tres faibles, 
petits, rachitiques... > 

Si la geologie influe sur la sante du corps, sur sa robustesse, 
elle influera aussi sur l'etat psychologique, sur la comprehension, 
sur la vision, sur Tart. Et quand je dis la geologie, je pourrais 
dire la geographie, car la geographie physique d'un pays r^sulte de 
sa geologie. 

Si les hommes sont eux-memes sortis du sol en mangeant, en 
buvant ses produits, ils ont cree leur art en travaiilant, en £difiant 
leurs oeuvres avec ses materiaux : sable, argile, pierre on bois. 

Si la n^cessite a fait sortir du sol les reserves g^ologiques, on 
peut d&luire la geologic d'un pays de Taspect de ses monuments. 



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4^40 WALLONIA 

Nos races beiges, la Flamandc et la Wallonne, confirment-elles 
ce qui precede ? 

Le premier des arts (j 'en tends le premier cree, car Ton pourrait 
me dire : « vous etes orfevre ») est celui de construire. 

Que met la nature a la disposition de nos races? 

D'une part de I'argile en Flandre, un peu de pierre en Brabant, 
de tout en aboudance en Wallonie. 

La Flandre construit en briques qu'elle fait de son argile. Elle 
va chcrcher ai Hears a grand frais ce qui lui manque : la pierre et le 
bois. Elle empioie ces materiaux couteux parcwianieusement. 

La Wallonie construit en moellons, en pierres, en briques, en 
bois, mettant le tout en oeuvre largement. 

Le Brabant (est-il Flamand, est-il Wallon?) avec sa pierre de 
Gobertmge, de petit appareil, reste aussi personnel, et Mtit avec 
elle ses hotels-de-ville et ses cath6drales. 

La Flandre veut utiliser sa brique a la decoration; elle la 
taille — et la encore, c'est la quality de la terre employee, qui lui 
permet ce que la terre wallonne refuserait. Elle empioie peu de 
cette pierre si couteuse; pour les necessites du transport, elle la veut 
de faible echantillon; elle la met en belle lumi6re, elle la soigne, la 
cisele, la travaille & jour, en dentelles, et la met en valeur de facjon 
merveilleuse. 

La Wallonie empioie beaucoup de moellons grossiers, en murs 
6pais; la pierre de grand appareil est jetee a profusion; les mou- 
iures en sont simples, la sculpture large, monumentale, exempte de 
fioritures. Helas, le choix de la pierre so ressent de son abondance ! 
Beaucoup de nos monuments seraient intacts, si plus de soin avait 
et& apporte au choix des matSriaux. Le Flamand paie cher sa pierre 
et le veut belle en consequence; le Wallon, qui peut la remplacer si 
facilement, la gaspille et no la choisit pas... 

Le systeme hybride, briques et pierres, n6 do la necessite en 
Flandre, n'est guere suivi en Brabant, oil Ton construit tout en 
Gobertang<*; le petit appareil de cette pierre et de la brique exige la 
voute pour les grandes porlees. Aussi la voute est ftvquente et bien 
faite en Flandre et en Brabant, rare et souvent mal faite chez nous. 

Mais la mode nous fait parfois copieF des formes sans les ana- 
lyser et c'est ce qui justifie chez nous les linteaux decor6s d'arcatures 
simulant des voutes. 

Cependant la decoration sculptee est toujours prise dans un seul 
bloc et accentue ce bloc, tandis que chez nos voisins, non seulement 
la ligne architectnrale mais la decoration sculpt6e est prise dans 
plusieurs pierres, consequence du petit appageil employ^. 



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WALL0NIA 341 

En Flandre la charpente en bois rappelle souvent la construc- 
truction navale; on y voit des bois courbes ou sciGs en courbe. II n'y 
a de charpente que pour soutenir les toitures; ou n'y voit pas ce 
systeme de murs, dits pan de bois si frequents, jadis, en notre pays 
et si justify par Pabondance des fordts sur uos collines. Cette abon- 
dance du bois et de la pierre a peut-etre rendu notre race plus apte a 
faire et a compreudre la sculpture, laissant aux Flamands la pein- 
ture, qu'ils ont rendue si c61ebre. Peut (Hre aussi cette predisposition 
a peindre est elle justifi&e par leurs beaux ciels et par une lumiere 
prestigieuse. 

La vie moderne a change Tart de batir. Non seuleinent on vit 
autremcnt, mais on exploite autrement, a meilleur march6; on 
transporte presque gratuitement la pierre; on met a la portee de 
tout le monde, le fer, le bois de toute provenance, ct au m£me prix 
pour tous. 

Et cependant le temp^ramment des races so maintient encore. 

L'on a dit souvent : II n'y a pas de j-tyle moderne. 

C'est possible. 

Pourtant, qui peut pretendre, que, transporte dans un quartier 
neuf, a Gand, a Bruxelies, a An vers, a Liege, on n'y trouve pas de 
difference? Qui confondrait ces quatre villes? Qui, parmi les artistes, 
ne reconnaitra a Bruxelies, telle maison faite par un Li6geois, a 
Liege, telle maison faite par un Bruxellois? 

A Ostende, il y a, a la digue, des maisons, ou Tame wallonne 
huric d'etre a la mer, ou Bruxelies regrette son Avenue Louise ! 
II y a un kursaal qui estd'un modernisme 6chevel6, et qui cependant 
sent son elegance fraugaise de loin. 

A Ostende, il y a une eglise neuve, toute en pierre wallonne, 
moellons de gres et calcaire de la Meuse, qui par la nature de ses 
materiaux est a cinquante lieues de la Flandre, et qui par sa ligne, 
lourde pourtant, son petit appareil, sa sculpture, la ciselure mievre 
de ses parements, reste flamande. 

Peut-etre les habitudes de vivre devonant [)lus uniformes, les 
races se croisaut, rechauge des materiaux se faisant plus fivquent, 
la mauiere de construire perdra son caracteiv, deviendra veule et 
uniforme. 

Peut-etre le beton arrae, ce nouveau materiel qui e*t un peu 
compose comme nous — d'un squelette en fer et d'une chair qui est 
de la pierre broyee et du ciment — le belon arme, dis-je, donnera-t-il 
sa forme definitive? Tuera-t-il les autres modes de batir? Jusqu'a 
present, cette forme semble plutot basee sur des facility de ritise en 



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oA2 WALLONIA 

ueuvre; le beton se moule dans des caisses en bois dont la forme la 
plus economiqueinent realisable est le prisme a angles droits. Mais 
si l'economie est un facteur important, ce n'est pas un id^al. 

La forme propre du b6ton sera-t-elle la negation de tout autre 
forme ? 

II faudrait pour cela concevoir une autre forme qui ne put 
s'appliquer a aucun matoriaux connu : un arc de pont en b6ton 
srrait trop 16ger pour etre congu en pierres, trop lourd pour du 
fer 

Et, alors la personnalite do Tartiste et de sa race se d^gagerait, 
car le monument qu'il ferait, serait le fait de sa conception seule, de 
son etat d'aine, et ne r^sulterait plus directement de la g^ologie de 
son pays. 

* 

On s'etonnera peut-etre qu'appele a parler du Sentiment wallon 
en architecture, je n'aie parle que de Tart de batir, que des caracl£- 
ristiques materielles de 1'architecture wallonne. 

C'est que le sentiment dans Tart de batir existe k peine; e'est que 
ce sentiment est noye au milieu de tant d'autres 616ments, qu'il 
drcoule absolument de ces elements. 

Ce sentiment n'est lui-meme que le resultat de fart de b&tir. 
Ghaque ligne, chaque moulure, chaque sculpture n'est possible que 
si die est executable, non par celui qui la congoit, mais par Tun de 
ses nombreux collaborateurs. 

Kt celui qui conQoit, doit pensor k cette execution, aux difficult&s 
tie cette execution, aux habitudes, aux us et coutumes, aux m^thodes 
de conslruire de la localite oil s'erigera son ceuvre, aux mat^riaux 
employes, elc. II doit penser a tout cela au moment oil il concoit, 
done a tout moment. 

S'il est Wallon, s'il construit en Terre wallonne, son sentiment 
sera wallon, — malgre lui. 



3) 



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IX. 



Le Sentiment wallon en sculpture 



Joseph RULOT 

Sculpteur 
professeur a l'Acade'mie des Beaux-Arts de Liege 



Parler nettement de la sculpture wallonne parait de prime 
abord assez malais6 ; la raison en est que la documentation nous fait 
sou vent defaut. 

Gependant, les etudes et les recherches faites depuis uu certain 
lemps, notamment le> travaux de Courajot et tout recemment ceux 
de M. Fierens-Gevaert (') ont demonlre qifune veritable sculpture 
wallonne originale et forte existe, confondue trop longteraps dans 
l'artflamand ; qu'elle en est absolument differenle ; que nos artistes 
sont restes individuels, ct que sils ont pu s'assimiler les tendances du 
Midi, e'est en raison de leurs affinit^s latines. 

Dans ce simple expose, je m'en tiendrai aux seules provinces 
wallonnes beiges. 

Notre art emane directement du sol, pour la raison que notre 
terre, dans ses aspects mouvementes, varies, est toute en lignes ; la 
nature m&ne des materiaux qui s'offraicnt k la mise en oeuvre, tout 
devait profondement influer sur la vision des artistes et sur le carac- 
t6re de leurs oeuvres. 

Quoiqu'ayant a leur disposition, des terres plastiques excellentes, 
nos sculpteurs ont loujours eu une pr6f6rence marquee pour l'emploi 
des materiaux durs : ceux-ci, chez nous, le sont a l'extivme. 

Les granits, les porphyres, les marbres et le; bois du pays sont 
rudes a travailler ; etcettedidlcultea, semble-t-il, imprime a tous les 
travaux de nos statuaires cette sobriete, cette ampleur parfois sche- 
matique, cette franchise d'allure et cette carrure qui sont la marque 
ext^rieure de notre art. 

(1) Voy. Le role des Maitres icallons dans la premiere Renaissance des Valois, 
par Fierens-Gevaert, dans Wallonia, 1. XIII (11H)3), p. 177 ct suiv. 



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H 



344 WALLONIA 

L'artiste wallon est un cerebral, il ^eve de son oeuvre et il reve 
encore devant son oeuvre, il a la volupte, la joie sereine de creer de 
la beaute. Et qu'ils soient du Hainaut ou des bords de la Meusc, tous 
ces rudes tailleurs damages, ces allegres batteurs de cuivre, ciseleurs 
de bronze ou ouvriers du bois a la gouge emport^e, tous possedent, 
la tendre fleur d'ideal, qui fleurit vraiment en leur &me. 

Latins, ils sont impulsifs. S'ils psssedent I'&an, le Nord semble 
leur avoir donne le sens de la mesure. Ils revent de beaute et ils sont 
humains, la nature ne les abandonne jamais. Qu'ils s'appellent 
Beauneveu, Jean de Huy, Hennequin, Jean de Wespin, ou Renier 
de Huy, ils sont cleves toujours, souvcnt grandioses, rarement 
tragiques. Leur ait va de la grandeur a l'intimite, de la science 
certaine a la pure naivete; notre &me se manifeste en eux, et si, 
relev^e de ses dfeastres, la race reprend ses claires chansons, Tart 
dun Delcour sera un long cri d'all^gresse. 

Je m'arrete un instant a Jean Delcour qui, par son caractere, ses 
gouts et son art, c'est le type par excellence de l'artiste wallon. 

II est, si Ton peut dire, place entre deux &ges. Par la robustesse 
de son execution, il est le digne continuateur des vieux imagiers, ses 
aieux; et par la noblesse et la grace de sa vision il est absolument 
moderne, il devance son si6cle et quand on l'observe bien il est 
encode en nous. II est dans notre sang, et il nous incarne, corame 
Donatello et Michel-Ange incarnent l'ltalie, comme Germain Pilon 
et Jean Goujon restent les maitres accomplis de la sculpture fran^aise 
par la clarte et la grace fiere de leur g6nie. 

Delcour va se perfectionner en Italie et vient regenerer un art 
sculptural qui se mDurait chez nous. En revenant au pays il s'arrete 
en France oil Ton ne peut gu6re le retenir, malgr6 les oftres les 
plus brillantes. 

II revient par amour filial, il est vrai, mais sans doute aussi 
sollicite par le secret d6sir de vivre dans ce coin de terre aime des 
les premiers ans, et qu'il devait illustrer. 

11 est de gouts tros simples, il est un fils pieux, un tendre frfere, 
un maitre genereux. Sa joie, toute son oeuvre le d^cele, est de 
produire des travaux magnifiques. 

Get exemple de vie admirable, combien n'en aurions nous point 
de semblables, bien moins connus encore, a citer aujourd'hui, si 
le nom m£me de nos grands artistes d'autrefois n'etait si souvent 
a decouvrir ! 

Esp^rons que les Etudes commencees avec tant de succes seront 
ardemment poursuivies. II serait a desirer aussi qu'il se creat dans 
les centres wallons de- collections ou les oeuvres de nos vieux 



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WALLONIA 345 

maitres attesteraient la grandeur de leur effort. Ed les etudiant, en 
les comparant avec les productions d'autres regions, nous pour- 
rions apprcndre comment ils furent souvent des novateurs, meles 
toujours aux grands courants d'art qui animerent TEurope centrale 
— et comment, meme eloigne des siens, l'artiste wallon sait con- 
server son individuality. 

Aux grands noms des Borset do Jupiile, des Renier, des Beaune- 
veu, des Gampin, des Jean de Huy, des Henncquin de Li6ge, des 
Delcour, des Hans de Grivegnue et des Varin, ii faut que nous 
puissions en ajouter d'autres aussi glorieux. Nous devons recher- 
cher les auteurs de tant d'oeuvres anonymes. Que, dans les collections 
ou se trouvent leurs travaux, le mot Ecole wallonne s'inscrive. 

Si nous admirons et respectons les gloires d'autrui, il est juste 
que nous ayons le culte des notres, 

Puissions-nous prouver notre droit a Texistence dans le grand 
domaine de Amotion et de la pens6e. 

Ce serait un moyen puissant de creer chez nous un peu d'6mu- 
lation. 

Si nous sommes des emballes souvent faciles a emouvoir, nous 
sommes an fond peu enthousiastes. Si notre sol a ete prodigue en 
natures g>nereuses, toujours elles out du se creer une seconde patrie : 
elles ont ainsi agrandi les tresors d'autres pays, chose flatteuse pour 
notre amour-propre, il est vrai, mais dont notre ecole a singuliere- 
ment souffert. 

Les artistes qui ne nous ont pas quitte ont langui : lo seul 
Delcour fut une exception, et il se manife-ta d'ailleurs chez nous a un 
moment unique: nous etions an siecle de Louis XIV et sous l'im- 
pression de Versailles — et ce moment fut le Steele d'or de nos 
sculpteurs. 

Par contre Tadmirable Halleux vecut ici de nos jours pauvre et 
meconnu. 

Qui se souvient d'un autre sculpteur, Bertin, l'auteur de la belie 
statue d'Ambiorix a Tongres? 



II n'y a pas de saine emulation, semble-il, sans l'estime des 
meritcs d'autrui. 

La Flandre a eu des artistes toujours : a cote de chaque metier 
de tis^eran'd, un chevalet de peintre etait plante, et le travailleur 
manuel et celui de Tidee furent toujours £galement respects, 
confondus dans cette meme pensee que tout effort agrandit une race. 

Si, apres l'eclipse presque totale de l'Ecole d'Anvers on put voir 



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346 WALLONIA 

ressurgir de nos jours des maitres tels que Leys et de Brackeleer, 
c'est que la Flandre cut toujours foi en elle et conferva le culte de 
ses artistes. 

Imitons-la ; epions si, parmi nos admirables tailleurs de pierre, 
parmi nos ouvriers du bois, il ne se trouve pas quelquc Jean de Huy, 
quelque Delcour ignore. 

Depuis trois quarts de siecle l'industrie wallonne a pris un essor 
merveilleux, grace a Tart de nos ingenicurs coinme k Intelligence 
et au courage de nos ouvriers et de nos artisans ; cependant, feignant 
d'ignorer notre effort, la Flandre nous oppose fierement ses intel- 
lectuels. 

Que notre fievre de machini^me ne nous egare pas, r^flechissons. 
Que Tartiste ne soit plus chez nous un etre batard, sachons nous 
dire qu'il e4 indispensable dans l'effort humain ; qu'il est un rude 
travailleur et que plus d'une oeuvre qui nous procure des joies 
sereines a ele petrie avec des larmes. Qu'il sait enfm rendre au 
centuple en sante morale le peu de bien materiel qui lui est c6de. 




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X. 



Le Sentiment wallon en musique 



Ernest CLOSSON 

Conservateur-adjoint du Muse's instrumental au Conservatoire 
royal de musique de Bruxelles. 



Depuis les origines de Tart musical occidental, les provinces 
composant la Wallonie beige actuelle n'ont cess6 de contribuer a son 
evolution par une succession ininterrompue de theoriciens, de com- 
positeurs et d'instrumentistes, dont quelques-uns illustres. Ce sont 
deux Hennuyers, Gilles Binchois, de Binche, et Guillaume Dufay, 
de Chimay (xv mc siecle), que Ton considere comme les fondateurs 
de cette merveilleuse ecole neerlandaise qui, durant pros de deux 
siecles, devait revolutionner et dominer le monde musical, enseigner 
Tltalieet installer ses representants dans toutes les cours et toutes les 
maitrises du monde civilise. C'est un Hennuyer encore, Josquin 
Desprds, < le prince des musiciens», comme le d^noinmerent scs 
contemporains, qui marque l'apogee de la meme £cole. Et un peu 
plus tard, le premier reprrsenlant dans les pays septentrionaux de la 
reaction contre le contrepoint vocal pousse a l'extreme, I'emulo de 
Pale Irina, c'est le Montois Lassus (Roland de La ttre), dont le genie 
fecond s'affirme dans plus de 2,000 compositions de tous genres. 

Cela sans parlor des theoriciens, Hucbald de Saint-Ainand, le 
reglementateur de l'organum (ix lne siecle), Francon de Cologne, qui 
passe presque toute sa vie a Liege, et Tincloris, de Poperinghe, ni 
des aulres grands maitres presumes de meme race que Lassus et 
Despres, comme Busnois el Pierre de la Rue; tandis que quantite de 
chantres, d'instrumentistes et de facteurs wallons vont au loin 



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348 WALLONIA 

exercer leur art, que les maitrises de Tournai et de Soignies four- 
nissent de ninos et de roix d'hommes la chapeUo des rois d'Es- 
pagne Q). 

Plus tard, ce sont les Liegeois Renaud del Melle, qae son talent 
de madrigaliste entraine en Italie et au Portugal, et H. Dumont, 
maitre de musique do la chapelle de Louis XIV; le theoricien tour- 
naisien P. Maillard; le violistc hulois Ch. Hackart, qui promene en 
Hollande ses compositions appreciees pour la basse de viole; le 
luthier tournaisieu Ambroise Decomblc, le seul en Belgique qui ait 
reellement marqu6 dans Tart de la lutherie ; Jean-Noel Hamal, de 
Liege, dont les quatre partitions wallonnes : Li Voyege di Tchaud- 
fontinne, li Lidjwes egadji, li Fiesse di Houte-s'i-Plout, les Hipo- 
contes (1757-1758), constituent les premieres oeuvres lyriques patoises, 
lesquelles, nonobstant leur grand intenH, ne sont pas encore toutes 
6dit6es ( ? ). Enfin, deux des figures les plus marquantes de la p^riode 
correspondant a la preparation et a Taccomplissement du renouveau 
social, Gossec, de Vergnies, l'emule de Haydn dans la formation defi- 
nitive de la symphonie, le Tyrthee revolutionnaire, organisaleur, 
comme tel, des premiers grands ensembles instrumentaux et vocaux 
de plein air, et Modeste Gretry, le fondateur de TopSra-comique 
frangais. 

Voil& pour le classicisme. II est superflu deciter, au xix m, si6cle, 
parmi les musiciens wallons les plus remarquables, Fr. Fetis (histo- 
rien et theoricien), Ad. Samuel, Th. Radoux, Em. Mathieu, Erasme 
Raway. Si quelques-uns des musiciens de ce groupe ne signalent pas 
l'extreme abondance productive que manifeste l'ecole flamande du 
meme temps, avec Grisar, Gevaert, Benoit, Blockx, Tinel et d'autres. 
nous y rencontrons de bonne heure une person nalite exception- 
nellement importante par son genie, sa forte caracteristique natio- 
nale et son influence renovatrice, la plus feconde depuis Wagner : 
C6sar Franck. 

* 

Cette Enumeration rapide, pour banale et oiseuse qu'elle 
paraisse, 6tait nGcessaire pour nous permettre de formuler quelques 

(1) La predominance incontestable, dans les cours et les chapelles etrangeres, 
de l'clement flamand, est la raison pour laquelle les Wallons qui s'y tr«'uvent 
passent g^neralement inapercus. C'est ainsi que dans les releves du personnel de la 
chapelle de Madrid, les artistes wallons, tels que Jean de Naraur, chantre et com- 
positeur estime, sont uniformement classes parmi les membres de la Capilla /la- 
mincn (chapelle flamande). 

(2) Deux le sont : Li Voyedje di Tchaudfontinne, par Leonard Terry, en 
1867. 2* edition, et Li Lidjwes egadji, par M. J.-Th. Radoux, en 1898. Muraille, 
editeur, Liege. 



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WALLONIA 319 

remarques. Elle justifie notamment notre constatation premiere sir 
Fimportance du role joue par les Wallons dans l'histoire de Tart 
musical. C'est eux que Ton trouve a l'origine de l'ecole neerlandaise, 
de l'opera-coraique frangais ( 1 ), de la « jeune ecole » fransaiss. 
De Lassus et Despr6s a Cesar Frauck, leur influence s'exerce d'une 
fagon presque indiscontinue sur l'ecole congeniale frangaise ; cVt 
un artisan wallon, Pascal Taskin, de Theux, qui, a Paris, donne au 
clavecin, avec un regain de vie, son supreme eclat ; ce .-ont deux 
Wallons — Gretry et Gossec — qui president a Torganisatiou de 
l'enseignement musical offlciel a Paris, comme Fetis en fut le pre- 
mier organisateur dans la Belgique independante, comme Felix 
Delhasse, de Spa, tut le fondateur chez nous d'une presse musicale 
qui contribua vivement a la formation du gout musical en Belgique 
depuis 1830. 

Mais consid6rons a present la repartition des maitres dont les 
noms precedent entre les diverses regions de la Wallonie. 

Gelles du Sud, le Luxembourg et le pays de Namur, n'y sont 
citees k aucune periode ; Pactivite se partage entre le pays de Liege 
et le Hainaut. Fait plus digne de remarque : ce dernier Pemporte 
pendant toute la periode classique, a laquelle il fournit uue pleiade 
de maitres illustres. De nos jours, le centre parait deplace, Fetis 
(auquel le don de creation fut d'ailleurs refuse) et Em. Mathieu ( 2 ) 
demeurent provisoirement les plus recentes personnifications mar- 
quantes du g6nie hennuyer. On dirait que Hamal et Gretry ont 
fecond6 le vieux terreau liegeois, d'oii Cesar Franck devait faire 
jaillir aujourd'hui une merveilleuse et luxuriante floraison de 
talents. 



Pour estimer la valeur de l'ecole musicale wallonne comme 
expression nationale, il importe de preciser tout d'abord par quels 
moyens Tame d'une race pent s'exprimer musicalement. 

Ces moyens sont au nombre de deux, Pun exterieur et conscient, 
Pautre tout inl^rieur et inconscient. Le premier, le plus specifique- 
ment musical, consiste dans la paraphrase, la transfiguration 
artistique des elements du folklore musical (chansons et danses 
populaires), ou dans des creations originales empruntant les parti- 

(1) Si Gretry eut le chagrin de se voir eclipse sur le tard par Cherubini el 
Mehul, qui se trouvaient en possession d'une technique plus appropriee au gout du 
jour et au progres de Tart, le succes ne devait pas tarder a revenir aux qualites 
plus subs tan tielles du g6nie de Gretry ; en fait, c'est le genre cive par lui qu'on 
retrouve, rajeuni, dans l'opera-comique francais du xrx* siecle. 

(2) Ne a Lille, d'origine montoise. 



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350 WALLOMIA 

cularites caracteristiques de ces memes el&nents. Le second, plus 
profond et moins evident, resulte simplement de l'6panchement, 
dans Tceuvrc d'art, d'une psychologic d'artiste ou s'amalgament les 
aspirations, les sentiments et les caracteres dominants de sa race. 

Ceci dit, r616mont folklorique, auquel on doit la naissance des 
ecoles nationales, si interessantes et si vigoureusement tranchees, 
scandinave, russe, tcheque, ospagnole, est-il susceptible de rendre 
aux artistes wallons un service analogue? On peut le nier hardiment, 
pour cette raison percmptoire que la chanson populaire wallonne, 
outre qu'elle ne comporte aucune des caracteristiques musicales 
saillantes qui signaient sans erreur possible celle des races sus- 
dites ( 1 ), n'est pas meme particuliere k notre race, puisqu'elle se 
confond entierement (saufde minimes details d'expression) avec la 
chanson provincial frangaise ( 2 ). Hatons-nous d'ajouter que, dans 
notre esprit, Tidentite du folklore musical wallon et fran^ais n'im- 
plique aucunement une origine exclusivement franchise des memes 
traditions. A vrai dire, il n'est possible de situer le point de depart 
d'aucune des chansons dont Torigine artistique n'a pu etre d6ter- 
min6e ( 3 ). Jusqu'a plus ample information, il parait presumable que 
la Wallonie a eu sa part proportionnellement 6gale dans la consti- 
tution du richo patrimoine de la tradition musicale gauloise. 

Toujours est-il qu'on ne saurait parler serieusement d'une « 6cole 
wallonne » fondee sur des chansons populaires c wallonnes », qui 
sont chantees tout autant dans la province franchise, de la Lorraine 
a l'Angoumois, jusqu'au Canada. 

Ceci n'exclut certcs aucunement la possibility d'une expression 
de Tame wallonne dans la paraphrase folklorique (t[iii inspira a 
quelqucs-uns de nos compositeurs leurs pages les plus emues), mais, 

(1) Rappelons nolammcnt : certaines modulations, d'une morbidesse toute 
orientale, familieres a la chanson slave ; les rythmes particuliers des chansons 
espagnoles et hongroises, le majeur-iuineur frequent de ces dernieres ; les chutes 
melodiques du septieme au cinquieme degrc, caracteristiques de la chanson scan- 
dinave. Nous avons pratique et nous aimons autant que personne les chansons 
populaires wallonnes de provenance diverse, mais nous ne pensons pas qu'il soit 
possible d\v discerner quelque caracteristique musicale specialc. 

(2) La chanson flamande, qui possedc sur le folklore musical wallon cette 
superiority d'etre origiwtlc (dans le sens ctymologique du mot), £tant absolument 
pro pre a la race, se trouve ce pendant dans le meme cas que la chanson wallonne, 
quant a rincapaeite de fournir une base d'expression musicale nationale. Com me 
celle ci, elle manque de caracteristiques speciales, et son expression lyrique se 
confond avec celle des races cong<miales, hollandaise et allemande, dans le vaste 
ensemble du folklore musical germanique. 

(3) Certaines chansons sunt communes a la Wallonie, la Flandre, la France et 
l'Allemagne. Tel est le cas du cramignon Soldat qui revient de la guerre, auquel le 
grand nombre des variantes flamandes a seul permis d'assigner une origine neer- 
landaise. ... ... 



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WALLONIA 351 

dans ce cas, elle se ramene au second mode signale d'expression 
musicale nationale et r6sulte non de la matiere thematique elle- 
m&me, mais du caractere des d^veloppements qu'on pn tire; cest- 
a-dire, par exemple, qu'en paraphrasant deux airs populaires ange- 
vins, Lekeu n'en deineure pas raoins ce qu'il est, c'est-a-dire 
essentiellement wallon. 

* 
* * 

La manifestation musicale de cette entite psychologique collec- 
tive justement d6sign6e sous le nom d'< arae nationale » se condi- 
tionne naturellement tout d'abord de Tcxistence de cette ame, avec 
Tensemble de caracteristiques determines qu'elle comporte. En ce 
qui nous concerne, il est inutile de nous appesantir sur une question 
que Thistoire de la Wallonie, corame son pass 6 litteraire et artistique, 
s'accordent a resoudre afflrmativement. Ce sera done ici que nous 
trouverons la solution de notre probleme. Mais auparavant il nous 
faut encore faire des reserves et op6rer des distinctions. 

On a vu que Thistoire musicale de nos provinces patoises, consi- 
der6e par les sommets, se concentre dans le pays de Liege et le 
Hainaut, ce dernier (grace peut-etre a sa situation mito.venne entre 
la Flandre et la France, peut-etre aussi a une culture plus orientde 
vers les choses de Tart musical) gardant pendant toute la periode 
classique une superiority marquee. Or, il est inutile d'insister sur 
les disparates profonds entre le temperament liegeois, ardent et 
passionn6 (nous aurons k l'envisager tout a l'heure) et celui des 
Wallons du wSud-Ouest, que Ton s'accorde a rapprocher du caractere 
picard, avec son positivisme lucide, son esprit pratique et son 
humour a froid. Geux-ci demeurerent indemnes de l^lement germa- 
nique, dont s'impregna de bonne heure le genie de ceux-la. 

II suit de \k qu'il serait arbitraire et pu^ril de vouloir chercher, 
dans Y< ensemble > des oeuvres produites de tous temps par des musi- 
ciens de langue franchise en Belgique, autre chose qu'une caract£i is- 
tique latine dans l'acceptation la plus generate du mot. II faudrait plus 
que de Tingeniosite pour etablir entre Lassus et Gr6try, Gretry 
et Franck, un lien plus inlime, alors que des dissemblances profondes 
se manifestent dan^ le morae cercle entre des maitres d'origine, 
d^poque et d^cole presque communes, comme Despres et Lassus : en 
effet, tandis que celui-ci oppose aux Neerlandais de la periode imme- 
diatement anterieure une dart' 4 , une grace spirituelle et legere, 
r^ellement latines, celui-la personnifiait au contraire r apogee des 
complications contrapuntiques propres a ces memes maitres. Po lr 
Gretry encore, son origine wallonne doit suffire a notre orgueil, car, 



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352 WALLONIA 

bien qu'il attribue lui-meme k cette origine sa « sensibilite domes- 
tique, si naturelle a rhomme ne dans le pays des bonnes gens*, il 
paraitrait difficile de determiner dans son art quelque chose de bien 
speciflquement wallon. 

L'expatriation, naguere traditionnelle chez nos meilleurs musi- 
ciens (*), dispersant les impressions du terreau natal susceptibles 
d'expression musicaie ; le d^faut d'un 6tat social ou se condensat 
Tame eparse de la race et ou celle-ci prit conscience d'elle-meme ; 
les conditions memes du style musical d'avant Beethoven, avec ses 
formules conventionnelles limitant la confidence du sentiment 
intime : autant de causes, generates ou particulieres, qui ont diffiSre 
jusqu'a notre epoque la fondation de toutes les ecoles « nationales > 
aujourd'hui classees et qui rendent notamment oiseuse toute recherche 
retrospective d'une « expression musicaie wallonne ». 

L'avons-nous aujourd'hui ? Oui — et d'une merveilleuse et pro- 
fonde po6sie, et d'une fecondit6 pleine de promesses. 

L'avenement do l'ecole franckiste, comme de chacune des Ecoles 
proprement dites, comme de toutes les manifestations en general de 
Tart et de la litterature modernes, restait subordonne a l'avenement 
du romantisme, qui sonna le reveil de rindividualite, aiguisa la 
sensibilite en exaltant les ames et, dans notre art plus que partout 
ailleurs, fit pr&Iominer l'expression sur la forme. Car 1'ambiance 
qu'il cr6a s'^tend et dure bien au-dela de la Symphonie fantastique, 
d'Hernani et du Massacre de Scio. Au fond, romantiques nous soiu- 
mes restes : romantiques, Wagner, Richard Strauss et meme Hugo 
Wolff; romantique, C6sar Franck, avec les tresors d'emotion et 
d'ineflable mysticisme qu'il nous dispense. 

Nous touchons au point le plus difficile et le plus delicat de notre 
essai : I'isolement des Elements nationaux dans cet ensemble harmo- 
nieux qu'est l'inspiration artistiquo. Pour qui est Wallon ou pour 
qui « s^nt > la psychologie si caracterisee de cette race ltegeoise 
essentiellement musicaie, le sentiment wallon anime chacun des 
accents de Tart de Franck et des musiciens de meme race qui suivent 
sa trace — Lekeu surtout, puis Theo Ysaye, Albert Dupuis, Joseph 
Jongen, Vreuls et d'autres, malgre les nuances de rindividualite. 

II suffira, pour appeler l'attention sur lours correspondantes 
sonores, de rappeler ici les caractores saillants de Fame nationale. 

(1) Lassus voyagea a Paris, a Anvers et passa la majeure partie de sa vie en 
Baviere, comme Gretry vecut la sienne a Paris. 



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WALLONIA 353 

C'est une sensibilite profondc, presque maladive ; une finesse et une 
distinction naturelles qui relevent jusqu'aux manifestations vul- 
gaires du sentiment populaire ; une recherche d'individualile et 
d'originalite poussee a l'extreme; des oppositions saisissantes d'energie 
et de langueur, de ealme grave et meditatifet do tbugue impulsive 
qui met dans la joie raeme une sorte de febrilite impatiente ; par- 
dessus tout, chez le po6te et rartiste, un certain mode d'id^alisme 
d'une aspiration enorme, d'une religieuse ardeur, d'une tension 
lancinante, p6nible et douloureuse, vers on ne sait quel au-deli du 
sentiment. 

Tout ce que nous venons de dire, on le trouve, sous des formules 
et dans des proportions diverses, chez tous les musiciens wallons 
d'aujourd'hui ; — mais le dernier trait surlout est caracteristique. 
C/est lui qui, dans la musique de chambre de Franck et de Lekeu, 
donne a lels allegros leur essor vertigineux ; c'est lui qui sanglote 
dans les 61ans eperdus de lels adagios et met une inquietude latente 
jusquc dans la contemplation. La musique franchise contomporaine 
n'oflre rien de semblable ; elle conserve toujours, meme dans la jeune 
ecole, oil la tradition frauckiste se milige encore d'influence wagn6- 
rienne, son harmonieuse unite de sentiment et sa lucide clarto de 
conception. Le lyrisme germanique lui-meme trouve dans son 
idealisme robuste et conscient ce'.te sorte d'assurance imperturbable 
qui marque sus plus vifs elans ( l ). Mais cette poesie trouble et par la 
si profondement emouvante qui emane des pages les plus caract6ris- 
tiques de nos musiciens liegeois contemporains est unique dans ce 
langage universei des sons, soul apte a traduire Tinexprimable. Et 
cette mantere de sentir n'aurait-elle pas sa source dans le douloureux 
et permanent conflit interieur d'el^menls psychologiques latins et 
germaniques qui signale la race : le gout de la clarte, le sens aigu 
des realites exterieures d'une part, de l'autre le « reve jusque dans 
Taction », la tension permanente vers Fau-dela mystique des choses ? 

(\) Peut etre est-ce pour cola que le violon, le plus path&ique, le plus nos- 
talgique des instruments et qui exige une sensibilite exacerbee, ne trouve pas de 
virtuoses transcendants dans cette Allemagne a laquclle la musique doit ses 
maitres les plus glorieux : le seul violoniste allemand renomme est Auguste 
Wilhelmy (Joachim £tant hongrois, non allemand). On no connait pas non plus de 
grand violoniste flamand et, d'une maniere generale, on ne trouve parmi tous les 
peuples germaniques, outre Wilholmy, que le norwegien Ole Bull. Tous les maitres 
du violon (et ils sont nombreux) smt de race latino ou slave. 11 est a peine neces- 
saire de rappeler que, des le xviii' siecle, avec Kennis. Liege constitue une veritable 
pepiniere de violonistes eminents et que les representants aujourd'hui les plus 
autorises de cette branche de la virtuosite instrumental sont. avec Joachim, deux 
Liegeois, Eugene Ysaye et Cesar Thomson. Enfln, o'est dans la musique pour ins- 
truments a archet que nos musiciens se livrent avec le plus d'abandon — comme 
dans la monumentale sonate de Franck, pour violon el piano, qui reste le prototype 
de la sonate moderne. — Faut-il envisager tout ccci comme des indices de plus a 
Tappui de nos observations ? 



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354 WALLONIA 

II nous parait inutile cTinsister sur une conception que les mots 
n'expriment qu'avec peine, comme toutes les abstractions du senti- 
ment. Pour toute oreille comprehensive, I'existence objective d'une 
« expression musicale wallonne » ne saurait faire de doute. Ceci 
devrait certes, pour bien faire, etre appuy6 du temoignage precis de 
V analyse musicale. Nous n'aimons guere nous-meme le vague des 
appreciations piutot litteraires trop souvent admises, chez nous, 
comme de la « critique » musicale. Mais nous nous trouvonsici sur un 
territoire a peine explore encore du vaste domaine de Testhetique 
musicale (') et oil, en dehors des risques d'erreurs personnelles d'in- 
terpretation, on encourt celui de n'etre pas compris de la generality 
et, partant, ridicule : nous voulons dire la port£e expressive, la 
correspondante sentimentale des divers Elements de Texpression 
musicale, intervalles, ligne ni^lodique, rythmes, harmonie, sonorites. 

Qu'il nous sutflse done d'avoir suggere ce qui, suivant nous, 
constitue les principaux aspects de la question. Nous avons essaye 
de d&nontrer que la paraphrase d'61ements folkloriques insuffisam- 
ment caracteristiques et non uniquement propres a la Wallonie ne 
suffisait pas, comme dans d'aulres 6coles nationales, a marquer de 
Tetampe wallonne une composition musicale. Cette caract^ristique 
r^sulte bien piutot de la communication sonore d'une psychologie 
vraiment wallonne concrete dans Inspiration cicatrice. II y a la 
une originalite autrement essentielle, a laquelle les rappels folklo- 
riques sont impuis<anls a se substituer, mais dont ils favorisent 
Texpression. 

Telle est la mission, dans l'oeuvre d'art, de nos chansons wal- 
lonnes, dont la m£lodie delicate, fine et deliee fait vibrer, chez le 
musicien wallon qui la formule, le sentiment national latent et lui 
suggere les harmonies, les rythmes et les timbres par lesquels il se 
communique. 

(1) A Hausegger appartient l'honneur cTavoir <kudie, le premier, ces manifes- 
tations iroublantes de la psychologic auditive, dans son ouvrage Musik als Ausdt*uck 
(La musique comme expression, 1885). 



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XI. 



QUELQUES IDEES 

SUR 

Le Sentiment wallon en peinture 



Augusta DON NAY 

Artiste peintre, 
Professeur a l'Academie royale des Beaux-Arts de Liege. 



II est de mode actuellement d'attacher quelque mepris a rintellec- 
tualite en manure de peinture, le peintre devient, grace k Tinfluence 
dorainante de la critique flamaude, uniquemcnl un ceil sensible aux 
manifestations de la couleur, et ricn de plus. 

De la couleur, de la couleur et rien de plus. 

Est-il besoin de prouver Tinanite charmante d'une affirmation 
dont Tenvers serait plus amusante a ddmontrer : la couleur est 
absolument n^gligeable en peinture. 



On pourrait peut-etre interroger Rembrandt ? 



La couleur et la ligne — deux routes parall61es, selon les uns — 
mais si pav^es de mauvaises intentions qu'elles ftechissent toujours 
vers les carrefours de Tinutile discussion. 



Est-il un artiste wallon qui peignit jamais pour le plaisir de 
juxta poser des taches de couleurs ? 



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356 WALLONIA 

Tous ces vieux peintres ignorerent la nature morte qui est Men 
de la peinture pour de la peinture — uniquement. Une tomaie, un 
pot vert, un chaudron de cuivre ; ou bien un sucrier et une entrecote 
constituent pour beaucoup de peintres flamands les materiaux suffi- 
sant a un tableau. 

Chez les Wallons trouvez-moi I'arliste que des accessoires 
eulinaires int^ressent ? 



Les premiers, ils regardent sous le del, la grande nature ; ils 
deviennent paysagistes pour le plaisir de rend re le paysage. 
Ils out invente le paysage en art. 



Un pays bleu oil s'aper^oit apais6e la manifestation des forces 
du commencement — oil apparait visible la structure de la Terre 
— ou la stratification des roches perpendiculaires, horizontals ou 
tourmentees raconte les merveilles de la transformation lente. 

La creature humaine est perdue dans ces paysages, elle ny est 
point necessaire ; complement infime aux lignes sinueuses des som- 
mets, elle disparait dans la vallee. 

Patenter et Bles, le<* premiers, comprirent cela. Ils inventerent 
Taspect de la Terre, et leur geologic l&gendaire n'est que Tadmirable 
synthese d'une vision pensive et refl^chie. 

Ils entendirent parler la grande ame de la Terre qui retient la 
vie eparse des hommes. 

— « Lorsque je peins, je ne pense pas, » fait dire a un peintre 
flamand cerlain critique (iamand. 

— < Lorsque je veux peindre, je pense trop, » dirait un artiste 

wallon 

* 

Les aspects de la terre wallonne, si rapidement diflerents et 
changeant vite selon la lumiere, no sont point pour la tranquillite et 
la regularite d'une seule idee. 

L'artiste wallon doit penser. 



La vision du paysage chez Leonard de Vixci est parallele ou 
plutot identique a celle de Patenier et de Bles. 

Y aurait-il la, sim-plcment, un hasard quelconque ? 



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WALLONIA o57 



Albert Durer a dessine Tintelligeute figure de Patenier, il le 
norarae « le bon peintre de paysage ». 
Cela a bien quelque valeur. 



Le superbe portrait de Lambert Lombard. 

Dans la force de Tage ; une tete qui est plus dun savant, d'un 
medecin, dun rheteur que d'un peintre. 

Une bont6 bourrue, le geste parleur avec, au bout des doigts, 
negligeamment... une loupe. 

Oui, la lentille a cnveloppe de corne, lamiliere encore aux 
botanistes, aux numismates — aux graveurs aussi, pour relever la 
valeur d'une taille. 

Et ce scientifique cristal a bien ici de certifier un besoin 
de recherche, de nettete, de precision — l'esprit d'aualyse qui 
inquiete Tame wallonne... ? 



Des tableaux qui sont des accords de tons rares et fins, des 
nuances et non de la couleur, avec, tres souvent, comme dominante, 
une note bleue, — d'un bleu superbe et tres particulier et qui joue 
le role de la taehe de vermilion qui eclabous>e presque toujours les 
tableaux flamands — il me semble que beaucoup d'aneiens tableaux 
wallous laissent cette impression. Ou bien serait-ce simplement 
particulier a Douffet * 

■k 
¥ * 

Pas unseul rouge, pasunecouleur, mais les tons les plus distingues, 
les plus varies, les mieux opuses les uns aux autres — un dessiu 
d'un merveilleux savoir, une composition qui musMe la critique — 
un art pondere, raisonnS, matheniatique — l'emolion habillee d'une 
hautaine science — uu table.ni point aussi bien que Ton pout peindre 
— e'est : la Calomnle, de ce savant pjintre Gerard de Laikesse ; au 
musee de Liege. 



La douce, un pen triste et reveuseet seeptique legeroiiienl, figure 
de (Earlier — peintre qui pekrnit bien robustement de robuste- et 
admirables tableaux. II semble que toute la sentimentality d'une race 
compliqu6e par trop de fortunes diverges revit dans cette pensive 
etfigie. 



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358 WALLONIA 

Dans la principaute de Li6ge, les ma^nanimes conquerants, les 
doux guerriers et les meneurs de pauples agireat tant a leur aise et 
avcc im soucis perp^tuel des formes d'art ! 

— « Dansons la gigue, ines bons Mages... j'ai brule mille tableaux 
aujourd'hui !!! » 

Un pays a l'envers de la terre des Flandres, et qui est tout en 
bosse et eu ronde-bosse ferait, choso etrange, uniquement des artistes 
jongleirs de lignes! — Cependant que la plaine plane produirait 
plutot des peintres en haute couleur, on haut en couleur. 

— Pourquoi ? 



Cependant il faut [admettre que nos vieux artistes sont to us 
mordus au talon d'une 61 range tarentule lilteraire. 
Lne id6e d'abord, le tableau ensuite. 



Copier la Nature ? — On copie l'ecriture d'un manuscrit, oui. 

L'artiste interprets et plus son interpretation s'eloigne logique- 
ment d'une impossible copie, plus certainement il est artiste. 

Le Fildquet, de Lambert Lombard — une tete miserable 
d'idiot ha tissue par le peintre a la grandeur d'une tres hautaine et 
admirable oeuvre d'art. 

Des ecoles ? une exole ? 

Tenez-vous tant que cela a faire partie d'une 6cole ? 

Eeole suppose actuellement une reunion d'individus quiadmettent 
et suivent les memos regies. 

Notre education nous a fait eslimer ce phenomena : des gens qui 
se plient a la m6me discipline d'une fagon candide et moutonniere. 

Ne serait-il pas meilleur d'admirer des artistes vivants sur uu 
meme territoire, mais libe>6s les uns des autres ? 

La Terre wallonne qui varie infiniment d'aspect, qui cstd'aspects 
independants les wis des autres, devait uniquement produire des 
artistes independants. 

Actuellement au reste, le Wallon encore d^teste la scholastique, 
la regie, la formule. 

Mais il ne d^teste pas — et e'est son faible — de formuler des 
id£es scholastiques. 

Des idees, mais non des dop;mes. 



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WALL0NIA 859 



Pour Stre quelque peu affirmatif, pour pouvoir determiner a peu 
pres exactement la valeur de ces curieux arlistes l£gendaires et si 
vrais, ~ la legende n'etaut que la verite habillee. il faudrait avoir 
vu tous ces tableaux 6parpilles en Europe el autre part. 

A cette presque impossibility, s'oppose cette possibilite de reunir 
line complete collection de bonnos photographies de tous ces tableaux. 
La photographic a toute les qualiles d'exaclitude desirable. 

Et ces fac-simile scienlifiques et rigoureux des ceuvres dispersecs 
et differentks des artistes wallons, mieux que toute litterature, 
devoilerait la beauts originate et personnelle d'un art longtemps 
m6connu. 

Notre eongres devrait demander cela. 



"^"^s^ 



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XII. 

Notes sur le Sentlmont wallon dans la litttrature 
d'expresslon franpaise 

PAR 

Charles DELCHEVALERIE 

horn me de lettres, a Liege. 



Qu'il rae soit permis, en commengant, d'insister sur le titre de 
« Notes » donne h cette communication. Le sujet qui m'a 6L6 confie 
coinporle, en eflet, une etude approfondie : sur ce point, je crois que 
nous serons tous d'accord. Cette etude, je n'avais, pour l'entre- 
prcndre, ni la competence, ui le loisir n^cessaires. Je n'en tends 
apporter ici que les inflexions incompletes et rapides d'un lecteur de 
bonne volonte, et je m'en excuse d'avance. 

II serait outrecuidant de vouloir reveler aux membres d'un 
Congres wallon la notion du sentiment qui fait, a lours yeux, la pre- 
cieuse et savoureuse originality des ecrivains de langue wallonne. 
Chacuue des varices du dialecte populaire s'illustre des oeuvres de 
plusieurs poetes, en qui se res'ime le meilleur esprit de leur region : 
a Namur, il faut citer les chansonniers Charles Werotte et Louis 
Loiseau ; dans le Hainaut, ceux du contour Letellier, du chansonnier 
Pierre Moutrieux, du fabuliste Bern us, s'imposent a la memoire, 
cependant que le Brabant s'enorgueillit de l'humoriste Michel Renard 
et du po.Uo Georges Willame. Dans cette province mSme, le pays 
vervietois nous olTre la gerbe des eeuvres de Jean-Simon Renier, 
d'Autoine Remade, du regrette Martin Lejeune ; enfin, a Li6ge, 
apres avoir salu6 Taucetre aux poeinos spontanes, delicats et pro- 
fonds, Nicolas Defrecheux, il sied de re rid re hommage aux inter- 
preter inspires et fiddles de lame locale que sont Vrindts, Henri 
Simon, Lucien Colson, Francois Renkin. 

Tous ces ecrivains sont aimes non seulement pour la beaute de 
leur.> creations, mais plus encore peut-etre pour ce qu'elles reddent 



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WALLONIA 361 

d'expressif : les uns ont traduit en spirituelle jovialite cetle philo- 
sophie qui est une des fleurs ingenues do la sante de la race, les 
autres ont, en rythmes empreints des plus lines nuances sentimen- 
tales, exprime le songe epars dans l'atrnosphere des coteaux mosans. 
On sait combien ils sont representatifs el ce n'est pas Tinstant de 
le redire. Au surplus, le dialecte meine dont ils so servent ajoute 
sa verdeur et sa simplesse aux prestiges de leur intimo pensee 
d'enfants du peuple, puissamment attaches au sol de la petite patrie. 

* 

De ces ecrivains qui formulent en langue wallonne le sentiment 
wallon, je no parlerai pas. Je craindrais de repeter fort mal ce que 
vous savez beaucoup mieux que uioi. Je domande la permission de 
m'en lenir a la breve revue de quelques ecrivains wallons de 
langue franchise. Je crois dailleurs qu'il sied, en une reunion comme 
celle-ci, de tenir leur effort pour particulierement mdritoire. En effet, 
le fait de s'exprimer en franca is montre qu'ils sont deja plus Sloignes 
de :e peuple qui est le reservoir bouillonnant des forces vives de la 
race. D'autre part I'cmploi de la vieill ? eL noble langue franchise 
leur coute, pour traduire avec souplesse les particulates de leur 
milieu et les nuances de leur esprit, un travail autrement conscient, 
c'est-a-dire douloureux, que celui des exquis aedes rest6s fideles 
au patois familier. 

II y aurait a faire un interessant travail prealable. II consislerait 
a rechercher les premieres manifestations — a vrai dire assez rares et 
souvent nebuleuses — du sentiment wallon choz les Ecrivains do 
langue franchise qui precederent les contemporains. On ferait 
d'emouvantes decouvertes a relire Toeuvre oubliee de tels romanciers, 
de certains lyriques, des fabulistes et des chansonniers qui sacri- 
fierent, sur notre sol, au d^mon de l'dcritoire. On retrouverait de 
penetrants Evocations de Liege dans les pieuses strophes du recueil 
que le poete Etionne Henaux, en 1842, decora de ce titre nostalgique 
et charmant : lo Mal du Pays... Dans les pages phiiosophiques 
d'Octave Pirmez, parmi ces hautes pensees a la noble plastique, il 
n'est point malaise de discerner aussi la fagon de sentir et d'exprimer 
particuliere a notre race. 



Mais c'cst surtout chez les ecrivains de Theure actuelle que le 
sentiment wallon a pris nettemeut conscience. II a trouve enfin les 
artistes capablcs de le servir avec lucidite, de le. definir et de lo 
magnifier. 



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362 WALLONIA 

La Wallonie posskle aujourd'hui des pontes, des romanciers, 
des conteurs, des critiques qui. par l*originalitd recounue de leurs 
talents divers, ont su s'imposer a rattention, voire, pour certains 
d'entrc eux, a la Tranche admiration du public lettre. Dans la 
mosaique bigarree de la literature frangaise, cpportent-ils une 
nuance inedite, et quelle cst-elle? Se dislinguent-ils, indiscutable- 
ment, par le sentiment qui anime leurs creations, des ecrivains 
frangais nes sur d'autres terres ? 

Latins de temperament, l'antique voisinago des pays germains 
les a toutefois influences, et ce que Tun d'eux, Albert Mockel, a 
appele le grand songe celtique, a souvent embrume leurs esprits de 
sa m^lancolie. Deux races contradictoires s'affirment en eux, s'y 
combattent et s'y harmonisent, et le conflit vaut aux mieux doues 
d'entre eux une personnalite singulierement riche, atlachantc et 
curieuse, en raison des contrastes raSmes qu'elle reunit. 

Gette diversite de leurs dons leur assure la souplesse de pensee 
et la finesse de sensation qui sont le propre des intellectuality 
compliquees. Et comme leur sante est absolue, comme leur ferveur 
d'art est profonde, comme leur probite est native et essentielle, ils 
ont la chance inestimable d'etre simples et spontan6s en meme temps 
qu'ils sont subtils. Comme les gestcs d'un enfant, leurs inventions 
sont ingenues et d^licates. 

Mais si la gr&ce frangaise apporte ses prestiges au rythme de 
leur prose ou de leurs vers, nos ecrivains savent, en homraes du 
Nord, traduire le langage de ce qui ne parle pas. Le silence, 1'ombre 
et la lumiere, la multiforme nature sont, dans les aventures qu'ils 
nous content, des personnages familiers et d^cisifs. Qu'on Use les 
subjectives reveries d'un po<He ou les recits d'observation d'un 
conteur, on sent vivre, dans les unes et dans les autres, cette Ame 
des Ghoses que M. Hector Ghainaye honora jadis d'un culte special 
en lui dediant un livre de poemes. 

Ainsi s'atteste, en literature comme dans les autres arts, 1 'ex- 
treme sensibility de la race. L'ame des Ghoses! Elle vivifie de jene sais 
quel panth&sme mystdrieux, d'une force interne, faite de sympathies, 
de correspondances brusquement revelees, toutes les belles pages de 
nos auteurs de langue fra'agaise. Certes, on peut nous objector qu'elle 
regut des hommages ailleurs que chez nous. Mais ce qui fait l'ori- 
ginalite de nos ecrivains, et ce qui peut faire leur orgueil, c'est qu'ils 
traitent la nature avec d&sinteressement, c'est qu'elle vit en eux- 
memes, c'est qu'ils la regardent avec des yeux qui peuvent encore 
s'emerveiller, c'est qu'ils lui ont fait d'avance ce don de soi que 
Fernand Severin a si heureusement appele le Don d'enfance. 




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WALLONIA 363 

Et vrairaent notre litterature est ueuve. ingenue, juvenile. 
Elle est ravie, elle est eprise, coraine au temps de la premiere idylle 
et des bouquets de mai. 

Elle trouve pour d^crire le d6cor les phrases malicieuses et pri- 
mesauttfres d'un Louis Delattre, qui semblo se promener, une rose a 
la bouche, dans un sentier eternellement emperle des rosees du matin, 
et c'est encore avec des seductions d'adolescence qu'elle ressuscite le 
passe ou qu'elle evoque les heures graves de la vie. Car, chez les 
race> qui ont garde la sante morale et la piet6 des origines, la sensa- 
tion ne s'emoussc pas. Gomme le dit Albert Mockel au seuil de sa 
Chantefable : 

« Dans les petites maisons branlantes, qui songent sous leur 
pa tine de passe, 

» Dans les vieilles petites maisons vit une petite Fee suave qui 
est Ykme des petites maisons .. » 

Cette fee, qui est lame raeme de la race, nos 6crivains lui 
doivent le plus pur de leurs seductions. La sincere ferveur avec 
laquelle ils la v6uerent leur vaut la force expressive, la verve et 
la grace. 

Ils se plaisent, et il faut les en feliciter chaleureusement, a 
puiser aux sources populaires. Ils sont intimistes avec volupt6. Ils 
s'^meuvcnt aux grands souffles venus de rinconscient, et pour dire 
leurs lancinantes no*>talgies, ils trouvent des accents d'une harmonie 
delicate et profonde. Mais leur joie est de se mirer dans la fraicheur 
inconnue de la nature familiere, de chanter Tinnocente humilite des 
choses qui, de se sentir si chaudement aiinees, n'hesitent plus a 
leur con Tier les secrets que recelent leur mutisme et leur immo- 
bility... 



Cependant, la beaute, telle qu'ils la congoivent, est eurythmique 
et discrete. Leurs poemes ne comportent pas ces empatements de 
couleur, ces ruti lances flamboyantes, leur prose n'a pas les mate- 
rialities qui distinguent tels auteui s de langue frangaise n6s hors de 
Wallonie. Leur 6criture est legere, nuancee, de ligne souple, irisee 
et comrac prismatique. Elle scintille de mi lie reflets, elle porte en 
elle sa lumiere au lieu de se parer doripeaux bigarres. Elle conserve 
dans les opulences de la description une purete toute cerebrale, et si 
— com me dans tels contes rabelaisiens dont M. des Orabiaux tira 
('argument du Iresor du folklore — elle touche a la farce truculente, 
c'est sans lourdeur, avec une malice d6>involte qui la fait altegre- 
inent empanachee et permet aux d&icats de la savourer. 



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1 



364 WALLOXIA 

Finesse et vivacite de la sensation, don du pi Moresque, lucide et 
vivante evocation du paysage, tels sont quelques-unes des qualites 
que nos ecrivains d6pensent, le> uns avec abondauce, lesautres avec 
concision. lis n'ont pas tous, en effet, dans une i-gale mesure, le >ens 
latin de la proportion, mais les plus assures d'approcher de la reali- 
sation harmonieuse sont a mon avis ceux qui savent se contenir dans 
les strides limites de la nouveile, du conte ou du poeme. 

II est difficile de leur impose? le joug d'une ideutiqae formula, 
et nous devons nous en rejouir. La r.chesse do l'a 'Auelle floraison 
litteraire est due a cette dissemblance des efforts et des comprehen- 
sions. 

Tels — je n'ai pas la pretention de les citer tous — sont roman- 
ciers et s'astreignent aux rudes jeux de l'analyse et de l'observation, 
comme Krains, conime Glesener; leur preoccupation est de dresser 
des individualites representatives, a ceux-la, I'etude tenace de la vie 
concrete a donne des choses une notion plus nette, plus sobre et 
plus apre, mais si leur pessimisme est sans misericorde, sa virilite 
meme est un reconfort. D'autres sont plus specialemeut contemns et 
s'attachent a peindre la vie pittoresque d'un microcosme f'amilier, ce 
sont les chant res du terroir, les glorifieateurs de nos sites et de nos 
traditions. C'est Maurice Des Ombiaux, c'est Louis Delattre, c'est 
Chot, c'est Garnir, c'est Arthur Colson, c'est Marius Renard. Des 
poetes traduisent en musiques ailees leur conception du monde et de 
l'homme; ils s'appellent Moekel, Severin, G£rardy, Adolphe Hardy ; 
enfin, sur la lisiere des genres, d'autres ecrivains habiteut encore : 
Demblon, Jules Destree, Aug. Donnay, Georges Delaw; les proses 
adventices, ingenieuses et spontanees de ces deux derniers artistes 
ne sont pas les moins purs parmi les menus joyaux de notre ecrin 
litteraire. 

Les poetes et les prosateurs de notre race out su conquerir un 
domaine qui leur appartient d£sormais sans conteste. Ils sont dument 
et foncierement eux-memes : on ne confondra jamais une phrase de 
Delattre ou de Krains avec une phrase d'Eekhoud ou de Demolder, 
on ne prendra pas une strophe de Severin pour une strophe de 
Giraud. Qu'ils s'objectivent dans la contemplation evocatoire des 
moeurs et des paysages de tel coin elu du beau pays wallon, ou qu'ils 
nous disent les £mois de leur esprit amical et de leur coeur fra'ernel, 
ils trouvent pour s'exprimer des modalites qui sont le rythme meme 
du cneur de la race. La ferveur, le desint^ressement et le besoin 
d'indepeudance qui la caracterisent se reflelent dans leur effort : leur 
individualisme est intransigeant et probe. 



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WALLONIA 365 

Leur conception de la beaute des ehoses est originate par la 
quality de sa ferveir. ellc est faite de spirituality amoureuse et 
lucide, leur sentimentalite est pieuse et secrete, ils out innove^ la 
notion d'un pantheisme intime,d % une communion cordiale de l'honune 
avee la nature dont la tradition remonte pout etre a nos vieux Noels 
si humbl^miit ^mus, si pinetrJs d'humanite profonie. Leur eeuvre 
est tout natirollement fraiche, matinale, par6e des prestiges de la 
neuve intellectuality. Telles pages de notre grand Camille Lemonnier 
— dans Cornnie va le Ruisseau, notamment — si fines, si claires, ^i 
cristallines, nous vont au coeur parce qu'elles furent senties en veri- 
table Wallon. 

Que le maitre d'Un Mdle et du Mart ait contribue a elucider le 
sentiment wallon, ^cela est evidemment glorieux pour nous. Mais nos 
ecrivains n'avaient pis attendu cet encouragement pour manifester 
leur originalite. Elle s'afflrme depuis plusieurs lustres, et nous 
promot pour Tavenir dans le champ de la litterature rationale, 
des moissons de jour en jour plus copieuses et plus belles. Notre race 
s'eveille a paine au soleil des lettres franchises, et notre foi doit 
souhaiter qu'elle connaisse bientot, dans ce domoine et dans les 
autres, la periode triomphale. 




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XIII. 

La Litterature et le Folklore 

PAR 

Maurice des OMBIAUX 

Litterateur a Bruxelles. 



Un des plus purs ^crivains fran$ais du xix mc siecle, Gerard de 
Nerval, disait : 

« Des chefs-d'oeuvres, les tins, produits spontanes de leur epoque 
ou de leur sol; les autres, nouveaux et forts rejetons de la souche 
antique, tous so sont abreuves a la source des traditions, des inspi- 
rations primitives de leur patrie. 

> Ainsi, que personne ne dise a Tart : Tu n'iras pas plus loin ! 
au siecle : Tu ne peux depasser les siocles qui font precede !... C'est 
la ce que pretendait I'antiquite en posant les bornes d'Hercule : le 
moy en-age les a meprisees et il a dScouvert un monde. 

» Peut-etre ne reste-t-il plus de mondes a decouvrir, peut-etre le 
domaine de l'inlelligence est-il au complet aujourd'hui et peut-on en 
faire le tour comme du globe; mais il ne suftit pas que tout soit 
decouvert; dans ce cas meme, il faut cultiver, il faut perfectionner 
ce qui est reste incultc ou imparfait. Que de plaines existent que la 
culture aurait rendue (econdes ! Que de riches materiaux, auxquels 
il n'a manque que d'etre mis en oeuvre par des mnins habiles ! que 
de r. lines de monuments inacheves... Voila ce qui s'ofl're a nous et 
dans notre patrie meme, a nous qui nous elions bornes si longtemps 
a dessiner magnifiquement quelques jardins royaux, a les encombrer 
de plantes et d'arbres strangers conserves a grands frais, a les sur- 
charger de dieux de pierre, h les decoror de jets d'eau et d'arbres 
tail les en portique>.... > 

Cos paroles peuvent s'appliquer a nous, les Wallons, autant et 
peut-etre meme plus qu'a tous aulres. 

Que de richesses sWrent a nous, dans notre patrie meme, qui 
sont a peine cultivees, que dis-je, qui sont toujours en friche et pour 
ainsi dire encore ignorees. 

Ce mal ne nous est pas propre. Un ecrivain allemand envisageait 
ainsi les destinecs de la po^sie francaise : 



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WALLONIA :W7 

Si la poesie pouvait plus tard refleurir en France, je crois que 
cela ne serait point par 1'imitation des Anglais ni d'aucun autre 
peuple, mais par un retour a l'esprit poetique en general et en parti- 
culier a la literature francaise des anciens temps. L'imitation ne 
conduira jamais la poesie d'une nation a son but defiinitif, et surtout 
limitation d'une lilterature etrangere parvenue au plus grand dove- 
loppemenl intellectuel et moral dont elle est susceptible; mais il 
suffit k chaque peuple de remont-er a la source de sa poe>ie efc a ses 
traditions populaires pour y distingucr ce qui lui appartient. 

Les ecrivains francais ont entendu ce sage avis. 

Deja George Sand avait compris le parti que Ton peut tirer des 
traditions, populaires. 

Hugo dans les Chansons des rues et des bois en eut l'intention. 

Nerval recueillit le romancero de Tile de France, et Theuriet, 
apres lui, la poesie Sparse sur les coteaux de son pays, a 1'oree des 
bois, le long des terres a bles, des ruisseaux et des rivieres; et 
Verlaine donnant la main & Francois Villon par dessus quelques 
siecles, rajeunit le lyrisme par un retour au genie populaire. 

Depuis, les jeunes poetes dont on cite les noms, se sont retrempes 
dans cette eau de Jouvence. 

Chez nous on a commence, heureusement, a se debarrasser des 
influences exterieures et de l'esprit d'imitation. 

Nos ecrivains, tant d'expression patoisc que d'expression fran- 
Caise, se sont effbrces a exprimer la personnalite wallonne. Ceux-ci, 
qui . c e servent d'une langue parvenue au plus haut leveloppement, 
peuvent evidemment s'aflranchir de la race et du terroir pour ne 
s'occuper que de l'&me humaine debarrassee de tou to contingence, 
si tant est que cela soit, mais pour les poetes qui usent de l'idiome 
de leur contr&e, c'est une question de vie ou de mort que d'en respecter 
l'esprit. 

Gependant les auteurs wallons et les meilleurs meme, ont sou- 
vent eu le tort de pasticher les poeles francais au lieu de chercher 
leur inspiration dans leur sol et leurs origines. Des ce moment ils 
cessaient d'avoir la moindre saveur. Charmants, exquis, originaux 
quand ils d^crivent la vie des leurs et leurs moeurs, ils devienneut 
insipides d6s qu'ils veulent rendre des nuances qui ne s'adaptent pas 
au g&iie de leur langue. Quelques-uns de nos ecrivains d'expression 
frangaise sont cntr£s r^solument dans la bonne voie. lis se sont dit 
qu'on ne peut-etre original qu'en peignant ce que Ton a vu, ce que 
Ton a senti, qu'on ne devient un ecrivain qu'en se racinant fortement 
et que la plus petite parcelle d'originalite est plus durable et vaut 
mieux que les developpements les plus brillantset les plus ingenieux 



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368 WALLONIA 

que Ton fait sur les themes connus. Mais il importe que cette 
tendance s'accentue encore. 

Malgre les talents nombreux, puissauts et varies qu'il contient, 
le mouvement wallon n'a pas, en Wallonie meme, toute la notortete 
qu'il merite. C'est que les efforts, non seulemeut divergent, mais se 
contrarient sans ces>e. Le Wallon est entete, tenace, irr6ductible. 
Les siecles, les lemons de Thistoire ne l'ont pas change. Chaque 
auteur, qui a manifesto sa sensibilite, qui a depeiut sou milieu, croit 
avoir dit toute Tame walionne. Son clan aflirine que les autres n'ont 
ecrit que des charges grossieres. Or, le caract^re wallon varie 
intiniment suivant chaque controe. Le Liegeois differe de TArdennais, 
qui differe du Hutois, qui differe du Hesbiguoa, qui differe du 
Gondruzien, qui differe du Namurois, qui differe du Dinantais, qui 
differe des gens de Sambre, des Borains, des Nivellois, des Montois 
et des Tournaisiens. 

Nos auteurs sont comme nos petit seigneurs d'autrefois qui se 
combattaient, s'entretuaient pour les querelles les plus futiles, 
n'ayant aucune notion de l'interet comraun, n'apercevant pas 
I'ennemi qui s'avancait pour les mettre tons d'accord en les absorbant. 

C'est qu'en general ils ne connaissent pas encore suffl^amment 
toute la Wallonie avec ses differents dialectes, ses moeurs, ses tradi- 
tions. Le sol de nos provinces n'a pas encore et6 assez fouille par eux. 
Les points de notre sensibilite n'ont pas encore 6t6 suffisamment 
degag6s. 

Jusqu'a present ceux qui ont voulu definir le Wallon n'ont 
montre que quelques gens de leur ville et de leur controe, on bien 
sont restes dans de telles generality qu'on ne voit pas ce qui le 
distingue de n'importe quel homme d'Occident. 

D6gageons nous de ces pu6rilit6s. 

N'ayons pas la pretention d'etre plus wallon que tel ou tel de nos 
confreres. 

Pour qu'une litterature devienne nationale il faut que les ecri- 
vains aillent au peuple qui seul est la nation. 

C'est par la seule etude des traditions populaires que Ton pent 
reconnaitre ce qui est propre a une nation ou ce qu'elle possede en 
commun avec ses soeurs. 

Pour interesser le peuple il faut exprimer son &me et ce n'est 
qu'en fouillant ses moeurs, ses coutumes et son genie poetique que 
Ton y parviendra. 

II faut qu'on nous montre notre ame dans le temps et le milieu, 
il faut qu'on nous serve du pain fait avec le froment qui a pouss^ sur 
nos terres. II nous faut sentir notre terre, reconnaitre nos ruraux, 
entendre la voix de notre sang. 



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WALLONIA 369 

Secouons desormais toute timidite. 

Soyons d'abord de notre village, r&>oIument; mais sachons y 
faire passer tous les grands sentiments humains. Les memes passions 
agitent tous les homines, quelqu'ils soient. Les sept peches capitaux 
rodent partout; les vertus cardinales ne fleurissent pas uniqueinent 
dans les grands centres de civilisation et Tamour et la inort viennent 
trouver le bouvier dans la lande ou rotable au^si bien que Thornine 
des villes dans les demeures fastueuses. 

La litteraturo wallonne a sa tradition qui remonte bien anle- 
rieurement aux trouveres de la cour de Bourgogne. Longtemps avant 
le Temeraire, le pays de Li6ge fut un foyer de po&ie. Quant aux 
fabliaux, faceties, farces, moralites, qui se transmettaient oralement 
lorsque nos folkloristes n'etaient pas encore la pour les recueillir, 
ils sont d'une richesse incomparable. Cette po'sie est reitee fraiche 
et simple. Elie ignore la vanile, elle n'a guere connu d'autre cour 
que celle des miracles et son humilite en rend le charme plus d61i- 
cieusement intime. 

C'est par elle, j'en suis persuade, que nous aurons une littera- 
ture nationale quand nos auteurs n'auront plus leurs regards exclu- 
sivement tournes du cote de l'£tranger. 

Au lieu de nous conformer a des modes ephemeres, au lieu de 
nous ebahir de ce qui vient de loin, au lieu de nous defter de 
nous-memes au point de nous laisser domiuer par le genie des autres, 
au lieu de n'emprunter le langage populaire que pour op6rer des 
transpositions d'art frangais, ayons foi en la richesse de notre 
Wallonie. Entons sur le vieux tronc national; il tire sa seve du 
coeur de notre terre. Entons dans son ecorce rugueuse, et bientot il 
se couronnera d'une verdure luxuriante. 

J'ai hi a Dieupart, pres d'Aywaille, au cours d'une promenade 
sur l'Ambleve, sur une grosse pierre qui soutient un petit bon dieu 
de fer, cette inscription : 

POUR DIED 
ET 

NOS TRADITIONS 

Que ce soit pour les auteurs wallous un enseignement. Cultivons 
nos traditions retrouvons-les, recherchons-en le sens. El les ont 
ete crepes par la vie et par ce que nos aieux avaient de sens poetique. 

Pour d^gager des gangues qui la cachent, la poesie wallonne, 
nous ne saurions avoir de guides meilleurs, ni plus surs. 



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XIV. 

Rapport sur les enceuragoments 

a I'Art ot a la Literature dramatiques 



PAR 



Thtophiie BOVY 

Auteur dramatique wallon, Directeur de la Gazette wallonne Li Clabot 



II est, heureuseraent, hors de doute, k present, que Tart drama- 
tique wallon et la Literature wallonne sontdignes de tous les encou- 
ragements des pouvoirs publics. Les nombreux et eclatants succes 
remportes partout par nos artistes et nos auteurs out fini par cou- 
vaincre les plus pessimistes, et, par un reglement general du 
24 deccmbre 1883, mis en rapport avec les dispositions d'un arrete 
royal du 30 juin 1892, nos Ecrivains en langue wallonne furent 
admis a concourir a chance egale, comme les ecrivains beiges d'ex- 
pression frangaisc et les 6crivains beiges d'expression neerlandaiso, 
pour l'obtentiou des encouragements accordos par notre Gouverne- 
ment a I'Art et a la Literature dramatiques en Belgique. 

Bien que cette mesure sot, en elle-meme, l'application Equitable 
des principos de la plus elementaire justice, les ecrivains beiges de 
langue wallonne no sen doivent pas montrer moins reconnaissants 
aux l^gislateurs courageux qui out bien voulu s'attacher a la defense 
de leurs interets demeures si longlemps meconnus. 

Le Theatre Wallon, theatre populaire par essence, qui penetrc 
le plus facilement dans la masse, nous parait, pour cette raison 
surtout, digue de toute la sollicitude des pouvoirs publics. Et le 
principe de 1'egalite des langues etant admis, nous ne voyous pas ou 
Ton pourrait prendre la justification des megaliths qui perdurent 
dans la fa<;on de trailer en Belgique les ecrivains des di verses langues 
parlees par le peuple beige. 

Nous ne prendrons pas sur nous d'expliquer, par exemple, pour- 
quoi les <euvres wallonues ne sont pas appelees a concourir ponr 



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»«■ «T« 



WALLONIA 371 

l'obtention tie prix triennal et quinquennal, mais le fait est qu'elles 
en sont encore ecart^es. 

Tout recemment, le Gouvernement organisait un concours pour 
l'obtention dun reeueil do chants pa triotiques destines aux enFants de 
nos ecoles primaires; seuls les ecrivains de langue wallonne n'y 
purent prendre part. Et cependant, nos cramignons, nos chants 
walions sont chantes dans nos Ecoles de Wallonie, notamment a 
Li6ge, ou nos echevins de instruction, MM. lleuleaux, Digneffe et 
Micha, ont puissamment contribu6 a repandre parmi la population 
scolaire le gout de la chanson wallonne. L'enfant a qui Ton a appris 
des oeuvres belles et morales continue de les chanter. Le resultat 
ioimediat est que Ton entend moins dans les rues de ces chansons 
obscenes qui, si elles choquent toujours les personnes de gout, pro- 
duisent une impression vraiment douloureuse lorsqu'elles sortent de 
la bouche de l'enfant. 

Les encouragements oiUciels sont plus indispensables a nos 
auteurs walions parce que ceux-ci ne sont, pour la plupart, que des 
artisans et des ouvriers. II y avait done, pour le Gouvernement, une 
raison de plus de ne pas oublier nos litterateurs en cette circons- 
tance. 

* * 

Nous signalions tout-^-rheure le progres, dans la voie du mieux, 
realise par l'admission des (Euvres wallonnes au benefice des 
primes institutes par le Gouvernement pour V Encouragement a l'Art 
et a la Literature drama tiques. 

Cependant Ton ne peut pas dire que tout est pour le mieux dans 
le meilleur des reglements et — loute chose etant perfectible — nous 
nous permettrons quelques critiques qui, pour poller sur des ques- 
tions de detail, nous paraissent neaumoins assez itnportantes pour 
etre signalees ici : 

Uu Comite d'examen (Comite de Lecture), compose de cinq 
membres, dit le reglement a sou article 10, fonctionne pendant une 
periode de trois anuses th&Urales cons^cutives. 

Ge Comil6 apprecie le m&rite litteraire des oeuvres qui lui sont 
soumises et l'auteur apprend par une depeche du Ministere de l'ln- 
terieur que le dit Comite a emis sur son o'uvrage un avis favorable, 
ou un avis d^favorable. 

Dans le premier cas, il ne reste plus k l'auteur qu'a (aire jouer 
sa piece qui sera a nouveau appreciee par le Comite provincial, 
compost egalement de cinq membres ; mais, dans le second cas, le 
malheureux auteur qui apprend, par une note tres laconique, que 



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372 WALLOW A 

sod ouvrage est refuse, ignore ce qu'il lui convient le mieux de faire : 

ou de contiauer a ecrire des pieces qu'on peut tres bien contiauer a 

lui refuser— puisqu'on ne lui dit pas ce qui leur manque pour etre 

acceplables — ou de renoncer a la carrtere des lettres et briber une 

plume inutile. 

Le reglement dit bien : « Les rapports des Comit^s sont motives > 

mais ils ne sont jamais communiques aux auteurs, les principaux 

pour ne pas dire les seuls reel lenient interess^s a les connaitre, afin 

de se meltre a meme d'acquerir pour des oeuvres nouvelles les qualites 

indispensables a leur admission. 

* 
* * 

A c6t6 des Comites de lecture, le reglement du 24 decerabre 
1883 a cre6 des Gommissions provinciates, composees egaiement de 
cinq membres, proposes par le Gouvorneur de la province et nomraes 
par le Ministre pour une p^riode de trois ann6es th6atrales. 

Le role de ces Commissions est excessivement important, car 
elles sont charges d'apprecier a la scene — leur veritable destina- 
tion — l'effet produit par les oeuvres litteraires dramatiques. 

11 est des lors tout-a-fait indispensable de faire pour ces Gom- 
missions un choix de personnes specialement compstentes d'abord, 
puis tres devou6es a Tart dramatique wallon ensuite, car le travail 
qu'on exige d'elles u'est pas mince : il leur faut, par tous les temps 
— rarcment favorables Thiver ! — se rendre dans les plus petits 
villages, dans les plus petites salles qui souvent sont insufllsamment 
chauffees, puis revenir la nuit par des chemins tels qu'ils sont 
encore trop nombreux dans les campagues, tortueux el boueux et 
cela... par pur d6vouement. 

II n'est pas etonnant, dans ces conditions, que chez certains 
membres, le zele so ralentisse au point de confiner bientol a Tindiffe- 
rence ou a Tiuerlie la plus complete. 

Nous estimons done que e'est trop demander au devouement des 
membres de ces Commissions, et l'honneur d'avoir ele choisis pour 
juger de la valeur des oeuvres dramatiques de ses contemporains ne 
nous apparait pas comme etanl une suffisante compensation. 

Le reglement dit que trois delegues au moins de la Commission 
provinciate doivent avoir assiste a la representation d'une oeuvre 
pour emetire sur la valeur de celle-ci un rapport utile. 

On voit qu'il est necessaire de ne confier la qualite de membre 
de ces Commissions qu'a des personnes que rien n'empeche d'exercer 
avec regularity la delicate mission que leur confere leur mandat. 

Un autre point nous paralt egaiement digue de retenir un instant 



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WALLONIA 373 

l'attention : les representations d'oeuvres primees, pour fitre valables 
quant aux subsides, doivcnt etre donn6es sur des th&tres r£guliers. 
C'est parfait. Seulement pourqoi exiger que la demande de recon- 
naissance offlcielle soit renouvelSe chaque annSe ; le fait qu'une salle 
de spectacle a reuni les conditions nScessaires pour obtenir le titre 
de theatre regulier ne pourrait-il sufflre ? La negligence des tenan- 
cies de salles qui parfois comprennent mal leur interet et negligent 
le renouvelleraent des formalites impo>6es fut souvent prSjudiciable 
a nos auteurs. 

Dans le ra£mc reglement, les art. 7 et 8 prSvoient que des sub- 
sides speciaux peuvent etre accordes aux directeurs de theatres et 
aux Societes dramatiques : 1° pour couvrir en partie les frais de mise 
en scene exceptionnelle d'une piece subsidise ; 2° pour des services 
rendus k la literature nationale. 

Nous ignorons dans quelle mesure sont appliques ces deux 
articles ; mais nous savons que les frais que n£cessitent une mise en 
sc6ne convenable, Tachat d'accessoires nornbreux sont parfois consi- 
derables, et ce serait encourager ulilement, et Tart dramatique et la 
literature, qu'appliquer dans le sens de la generosite la plus large, 
les articles 7 et 8 du susdit reglement. 

Mais le Gouvernement n'a pas ete le seul & reconnaitre le mSrite 
de nos auteurs et de nos artistes wallons ; le Couseil provincial et 
Conseil communal de Liege ont parfaitement compris quels etaient 
leur devoir ; nous les voyons depuis nombre d ann6es dejk accorder 
Jeurs subsides aux Soci6t6s litt6raires wallonnes, aux societes 
dramatiques et depuis deux ans Li6ge possede son Theatre Communal 
Wallon officiel. 

L'Edilite liSgeoise a compris que la capitale de la Wallonie se 
devait a elle-meme de donner Texemple aux autres villes wallonnes 
et a vot6 le principe de l'&lification a Liege d'un Th6atre Communal 
Wallon. Cependant, pour donner pleine et entiere satisfaction aux 
craintes des plus pessimistes, il fut d6cid6 qu'un essai serait tente 
d'abord, un essai de trois annees; et dans ce but l'Administration 
communale a loue le Ca>ino Gretry ou, depuis deux ans, sous 
Tintelligente direction de M. Guillaume Lonciu, une troupe d'artistes 
de talent a interprets le repertoire de fagou a rassurer les plus 
timores. 

On peut le declarer d'ores et dej& bien qu'une ann6e nous 
separe encore de la fin du bail : Tessai impost par la ville a obtenu 
des rSsultats concluants ; nous demeurons convaincus que TAdmi- 
nistration communale de la capitale de la Wallonie saura se 
penStrer de ses devoirs en presence d'un semblable succes, et que 



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374 WALLONIA 

bientot, nous en avons le fermc espoir, nous verrons s'edifier, en 
notre bonne Ville de Liege, un Temple pour l'Art dramatique wallon. 
digne du brillant repertoire de notre Litterature populaire, digne des 
talentueux artistes qui savent si bien la mcttre en valeur. 



De multiples arguments d'ordre moral et autres plaident 
d'ailleurs tres eloquemment en faveur de Textension a donner aux 
encouragements officiels a la Litterature et a l'Art dramatiques 
wallons. M. Julien Delaite, en une communication an III Gongres 
de l'Art Public (4* section) les a parfaitement rencontres etdefinis. 

D'autres moyens d'encourager nos litterateurs et nos artistes 
existent encore et meritent un plus grand developpement : tels les 
concours litteraires dramatiques contre lesquels certains s'elevent 
cependant. A la v6ri«6 leur organisation doit etre l'objet de bien des 
soins, sinon on risque fort d'atteindre un but contraire k celui qu'on 
poursuit. 

La composition de* Jurys de concours de ce genre doit donner 
toutes les garanties desirables de competence et, sans se montrer 
d'une s6v6rite outree, sans exiger des chefs-d'oeuvres de chaque 
concurrent, les jures doivent cependant se garder d'avoir trop dc 
complaisance, pour 6viter ainsi que des pieces rt'une m6diocrite 
flagrante trorapent k la fois en se presentant com me « (Euvres 
couronnees > et la confiance des soctetes dramatiques et celle du 
public. 

Cependant, nous pensons qu'on doit encourager les societes 
organisatrices de concours litteraires, parce que ceux-ci sont un 
stimulant et ils ont du reste provoqu6, plus d'une fois, l'eclosion 
d'oeuvres de grande valeur. 

A cot6 de concours litteraires, les concours dramatiques 
s'indiquent aussi comme un moyen efflcace de diffusion. G'est 
Toccasion pour nos jeunes societes de travailler sous la direction 
d'un regisseur de talent, ce qui leur est toujours eminemment 
profitable. 

II serait meme a desirer qu'elles pussent s'adjoindre en tout 
temps ce bon regisseur qui, grace a ses connaissances du metier, 
dirigerait leur choix uniquement par mi les oeuvres de m6rile et 
6viterait ainsi qu'eiles marchent k leur perte et travaillent k 
lencontre des int&rets de notre Literature. 

Mais l'organisation de ces concours dramatiques exige beaucoup 
de tact, de prudence de la part des organisateurs. Ici egalement la 
composition du jury doit etre l'objet de tous leurs soins ; le r&gle- 



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WALLONIA 375 

raent des concours 61abor6 lentement, minutieusement, afln d'eviter 
les critiques, le plus possible. Cost en donnant aux societes 
draraatiques les garanties d'impartialit^ necessaires qu'on leur 
inspirera confiance et que nous pourrons voir se multiplier ces luttes 
artistiques si utiles a leur d^veioppement. 



Enfin et nous terminerons par 1&, les retentissants succes de 
notre scene communaie wallonne, sa vogue grandissante, sa popu- 
larity si solidement quoique si rapidement etablie, n'ont pas laissG 
que de nous inspirer, en meme temps qu'une grande joie et un 
legitime sentiment de fierte, quelques craintes aussi, quelques 
apprehensions. Les artistes de talent qui composent actuellement la 
troupe si homogene qui fait nos deuces ne subira-t-elle point un 
jour quelque amputation ? Le nier serait temeraire, et la seule raison 
que nous sommes tous soumis a certaines lois impitoyables de la 
nature, suffirait a 6veiller notre attention. 

Ce n'est pas en un mois, ce n'est meme pas enunanqu'un 
amateur peut acquerir les quality qui distinguent les coraediens de 
notre troupe wallonne ollicielle. Lorsque le directeur se trouve dans 
l'obligationd'adjoindrea celle-ci un ou plusieurs elements nouveaux, 
nous avous constate maintes fois que cette homogeneite artistique 
6tait souveut rompue. La valeur de Interpretation d'un repertoire 
qui s'accroit sans cesse et qui ose aborder tous les genres, se trouve 
ainsi constammeut menacee. 

C'est ce qui nous amene a penser qu'une Ecole wallonne de 
Diction aurait une grande utility. En deux ou trois anuses d'6tude, 
par des cours du soir, un professeur et son adjoint — ils ne neces- 
siteraient pas une si grosse d^pense qu'elle doive nous effrayer — 
formeraiont des artistes dont la legitime ambition serait de debuter 
au Theatre Communal Wallon. 

Notre Academie Wallonne de Musique ne pourrait-elle accorder 
a l'Art dramatique wallon l'hospitalite d'une de ses si nombreuses 
sal les ? 

Nous aurions ainsi sans bien grands frais, presqu'un conserva- 
toire qui produirait des artistes pour notre scene wallonne. Chaque 
annee, cette classe de declamation aurait ses concours qui, comme 
tout concours, passionneraient certes le public ; la vitality du 
mouvement litleraire et dramatique wallon n'en pourrait que 
s'aceroitre encore. 

Et pourquoi, se demande-t-on tout naturellement ensuite, afin de 
consolider l'institutiou qui nous est si chere, le Theatre Communal 



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376 WALL0N1A . 

Wallon ne pourrait-il se coastituer sous le patronage de TEdilite 
li6geoise, en une society sorte de Com6die Wallonne, comme Paris 
a la Com&lie frangaise et qui aurait, elle aussi, ses artistes soci£- 
taires, ses artistes pensionnaires et son admmistrateur. 

Nous pensons qu'il y a \k autre chose qu'un reve et que la 
realisation d'un tel projet ne pr6sente pas des difficulty bien 
insurmontables. 

La stability de leur situation nepourrait qu'augmenter le z61e 
et l'dnergic de nos artistes. Societaires de la Comedie wallonne et 
conscients qu'ils ont a defendre la reputation artistique de notre 
premiere scene de comedie, qu'ils doivent etre un modele pour tous 
ceux qui s'occupent d'art dramatique, ils feraient tendre de plus en 
phis leurs efforts vers la toujours lointaine mais accessible perfec- 
tion. 

Ges quelques considerations, presentees un peu k batons-rorapus 
ce dont nous nous excusons auront, nous osons l'esperer quel- 
qu'int6r6t pour le Congres. N'auraient-elles pour r6sultat que de 
provoquer la discussion qui engendre la lumiere, que nous nous 
d£clarerions completement satisfait. 

En consequence et pour nous resumer, voici les desiderata au 
sujet desquels nous proposons au Congres d'6mettre un voeu : 

1° Les oeuvres des 6crivains beiges de Jangue wallonne prendront 
part, comme les oeuvres beiges d'expression fran^aise et neerlan- 
daise, a des concours triennaux etquinquennaux. 

2° Les rapports motives sur les oeuvres dramatiques soumises a 
nos Gomites officiels d'examen seront ofllciellement communiques 
aux auteurs. 

3° On pourvoira, d6s la deuxieme ann6e qui suivra leur nomi- 
nation, au reraplacement des membres des Commissions provinciales 
qui, pour des raisons quelconques se trouvent dans Timpossibilite de 
remplir convenablement leur mandat. 

4° Des indemnity en rapport avec le travail et les deplacements 
qu'on exige d'eux seront allouSes sur les fonds de TEtat, aux 
membres des Commissions dramatiques provinciales. 

5° Les salles de spectacles, une fois reconnues convenables, 
seront definitivement consid£r6es comme telles, pour autant qu'au- 
cune modification ou changement ne leur soit apporte. 

6° Les conseils provinciaux et communaux des villes wallonnes 
de la Belgique sont invites k suit* re l'exemple qui leur est offert par 
de Gonseil provincial et le Conseil communal de la ville de Li6ge 
dans Tencouragement de la literature et de Tartdramatique wallons. 



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WALLONIA 377 

7° Organisation de concours litteraires et drama tiques nombreux 
subsidies par les ])OUvoirs publics. 

8° Les societes dramatiques travailleront aussi souvent que pos- 
sible sous la direction d'un bon r6gisseur. 

9° Creation a Li6ge d'abord, d'une classe de declamation 
wallonne. 

10° Installation, au sein du Th&ktre Communal Wallon, d'une 
soctete & fonder sur les bases de la Com6die Frangaise de Paris. 




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XV. 



Note ooncernant les primes destinies a 
encourager I'Art et la Litterature dramatiques 



PAR 

Eugene FORTIN, 

litterateur wallon a Bruxelles. 



Actuellement ( l ), le systeme adopte pour encourager Tart et la 
literature dramatiques, consiste h allouer aux auteurs et aux com- 
positeurs beiges des subsides sous la forme de « primes par 
representation ». 

L'ouvrage pour lequel on demande le benefice de ce^ primes est, 
d'abord, soumis k un comite de lecture qui presente un rapport 
motiv6 a M. le Ministre de l'lnterieur et do Instruction publique. 

Si ce comity approuve l'ouvrage examine, la commission provin- 
cial fait un rapport sur la premiere representation. Kile donne son 
avis sur le merite draraatique de Toeuvre et sur la hauteur de la 
prime k accorder. 

II est prescrit que cette commission doit deleguer au nioins trois 
de ses membres pour assister a la premiere representation. 

Pour controler les pieces d6ja primees, la presence d'un seul 
membre sufflt. Dans les localites oil ne si6ge pas de commission 
provincial^ le controle des pieces primees est fait par des delegues 
du Gouvernement. 

Kn ce qui concerne Tallocation des primes, le r^glemeut prescrit 
ce qui suit : « Les subsides sont payes pour chacune des olnq pre- 
> mieres representations dans la local ite on l'ouvrage a ete monte la 
» premiere fois (art. l er d r alinea). — Lorsque, apres avoir ete joue 
» pour la premiere fois sur un theatre en Belgique, l'ouvrage est 
» transports sur la sc6ne d'une autre locality du pays, il est accorde, 

(1) Regleuient du 24 decembre 1883 mis en rapport avec TarrSt^ roval du 
30 juin 1892. 



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Good, 



WALLONIA 379 

> pour chacune des cinq premieres representations dans chaque ville 

> ou commune, un subside 6gal a la moitie de celui qui a &t& allou6 au 
» dit ouvrage en vertu de Tart. l er (art. 2). — Dans les locality ou la 
» population est inferieure a 15,000 habitants il ne pourra etre alloue 

> de subside dans la merae anuee que pour deux representations 

> de chaque ouvrage prime (art. 3, 2* alinea). — Le droit de parti- 

> ciper aux subsides cesse pour les traductions en memo temps que 
» pour les ceuvres originates (art. 1. d r alinea). — Les subsides sont 

> acquis pour chaque ouvrage pendant une periode de trots annees 
» consecutives, a partir de la date de la premiere representation k 
» laquelle out assiste les delegues de la commission provinciate.... 
» (art. 5, l re phrase).* 

Ce syst6me a 6t£ souvent critique. Les remarques ordinaires ont 
6te expos£es tant de Ibis, qu'il e*t su perdu de les rappeler en cette 
circonslance. Quant aux considerations speciales justifiant les inno- 
vations exposes ci-dessous, elles seront developpees decant la 
seconde section du Congres toallon. Cette courle note se propose 
done simplement, de fournir une base determinee a une discussion 
sur les modifications, qu'il serait desirable de voir apporter a la 
reglementation critiquee. 



REFORMES 



Les subsides pour encourager Tart et la litterature dramatiques 
ont n^cessairement pour but de faire connaitre les ouvrages d'auteurs 
beiges. 

L^s re formes que je propose sont uniquement inspirees par ce but. 

Ces r6formes sont de deux ordres. Elles concernent : 1° Torgani- 
sation du mecanisme d'examen et de contrdle, 2° Tallocation des 
primes dramatiques. 

1. — Mecanisme d'examen et de contrdle. 

Pour simplifier le mecanisme, il faudrait supprimer les commis- 
sions provinciates, ainsi que la multitude des d6tegues du Gouverne- 
ment, et les remplacer par un delegue et un delegue suj>pleant pour 
chaque arrondissement judiciaire. Comme les membres de la com - 



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380 WALLONIA 

mission provinciate actuelle qui se deplacent, ils toucheraient des 
frais de route et de sejour. Kt ils seraient remun6r£s, en outre, au 
moyen d'une indemnite par representation. 

Ils se reuniraient en conference, deux fois par an, pour examiner 
la situation de Tart dramatique et pour etablir des regies d'appre- 
ciation. Le Coraite de lecture serait le bureau de ces conferences. Un 
rapport serait publie. II contiendrait des conseils aux auteurs drama- 
tiques, aux directeurs de the&tres et aux societes dramatiques. 

2. — Primes dramatiques. 

Apres l'examen par le Comity de lecture et sans attendre Tappr6- 
ciation de la premiere representation, il serait allou6 a Tauteur un 
subside, une fois donne, qui lui permettrait de faire imprimer 
Touvrage. Celui-ci doit evidemment etre hi avant d'etre represents. 
Est-il nScessaire d'ajouter que Timpression en favorisera largement 
la lecture ? 

Pour les representations, les primes seraient allouees aux 
directeurs de thefttres et aux societes dramatiques. La loi du 
22 mars 1886 met Tauteur a merae de faire valoir ses droits. 

La hauteur de la prime par representation d6pendrait de la 
valeur de la piece, de la valeur de Texecution, du nombre d'actes 
et du nombre de spectateurs. 

11 n'y aurait plus de distinction entre la localite ou a lieu la 
premiere representation et les localites ou sont donnees les represen- 
tations suivantes. 

La piece pourrait etre representee pendant trois ans dans des 
salles reconnues sans limiter le nombre de representations prim6es 
par localite. Mais les primes ne seraient allouees que pour les trente 
premieres representations en totalite. 

Pour la traduction, le droit de participer aux primes ne cesserait 
egalement que trois ans apres la premiere representation de la 
piece dans sa nouvelle forme ; mais les primes ne seraient allou6es 
que pour vingt representations. 



Si ces reformes etaient admises, on pourrait supprimer le 
l mr alinea de Tarticle 3, ainsi congu : « Les subsides, mentionnes dans 
« les dispositions des art. l #r et 2, ne peuvent etre alloues que pour 



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WALLONIA 



381 



« des representations donn^es par des troupes ou des societGs qui ont 
leur siege ians la locality... >. II serai t, en effet, peu utile de 
le maintenir, puisque la limitation du nombre total des represen- 
tations primees ne permettrait plus la multiplication excessive des 
primes, par le deplacemont d'une compagnie dramatique. 

Au surplus, pareil deplacemeut n'a jamais pu nuire an resultat 
vise par restitution des primes dramatiques, attendu que ces subsides 
ont toujours eu pour but de faire connaitre les ouvrages d'auteurs 
beiges. 



g>£&L^]££gs 



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XVI. 



La Philologie wallonne 



Jules FELLER 

Professeur a TAthenee roval de Verviers. 



A cot£ de Tart wallon, do la litteraturc wallonne, il est juste de 
faire une place a la philologie, a la critique, a l'histoire, au folklore 
de notre pays, a toutes ces branches d'etude qui se servent, a la 
verite, du frangais comrae languc vehiculaire indispensable, — de la 
nieme fagon que la science du moyen-age empruntait le latin, — 
rnais que la Wallonie doit revendiquer comme siennes, puisqu'elles 
out pour objet le peuple wallon, ses gestes, ses moeurs, ses oeuvres, 
son langage. 

Je ne me suis charge en cette occasion que de retracer le passe 
et le present de la philologie wallonne ; mais je croirais faire oeuvre 
trop parlielle si je n'evoquais pas, au moins dans le lointain, si je 
lie saluais pas, au moins collectivemeut, avant de passer a mon sujet 
propre. tant d'oeuvres et d'hommes qui ont com men te et magnifie 
notre pays. Dans ces rapports officieux etrangeme: t tronques ou Ton 
vante la Belgique intellectuelle en cet anniversaire de 1905, avec 
quelle desinvolture on oublie nos historiens, nos critiques, nos folk- 
loristes, nos philologues, comme aussi cet admirable effort de nos 
societes arch^ologiques provinciales pour exhumer du sol ou des 
archives les institutions, les moeurs et lt-s graudes figures du passe ! 
Nous avons des historiens qui appartiennenta l'histoire internationale. 
mais d'autres savants meritent notre hommage, qui se sont cantonues 
volontairement dans l'etude d'une province, d'une ville, d'un ordre 
de faits particulier. Leur valeur est inscrite dans ces bulletins etces 
annates de nos sooietes dont la seule table de> matieres serait un 
livre d'or d'une richesse insoupeonive. L'histoire economique et 
politique de la Wallonie est la en monographies patienles, jamais 
trop minutieuses pour des yeux amoureux deThorizon natal. 



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WALLONIA 383 

L'&ude des manifestations si varices de l'esprit populaire, du 
sentiment populaire s'est surtout concentree dans Wallonia. Cette 
revue, qui existe depuis plus de douze ans, elargissant peu a peu son 
cadre, a fait place a la critique litteraire et artistique. On y a done 
vu, chose nouvelle chez nous, des etudes sur nos sculpteurs, nos 
peintres, nos auteurs, par des critiques de noire pays. Constantin 
Meunier, Rassenfosse, Jaspar, Krains, Severiu, l'electricien Gramme 
etbeaucoup d'autres ont eu les honneurs de ces archives wallonues. 
On y a montre ce que valaient nos poetes du terroir : nul n'a mieux 
parle du lyrisme de Vrindts que M. 0. Gilbart ; nul n'a mieux defini 
Defrecheux et Henri Simon que M. 0. Grojean ; nul n'a plus finement 
analyse le sentiment wallon ni raisonn6 de la terre wallonne avec 
plus de tendresse que M. Mockel dans Wallonia ; nul no pouvait 
mieux y raconter cette lutte dramatique entre wallon et allemand 
dans la Wallonie prussienne que M. le cure Pietkin; et nul ne s'y est 
plus g6n6reusement depense en excellents travaux de toute esp6ce que 
son directeur M. Oscar Golson. 

Mais venons-en a la philologie. 

II n'y avait point de philologie wallonne avant Grandgagnage. 
Tout au plus peul-on citer avant lui le liegeois Simonon, qui fut 
scientitique par instinct, mais plus original que pratique dans la 
recherche d'une ortographe (1845). Le namurois H. Chavee, selon la 
mode de 1810, se perdit dans les speculations de Tetymologie abstraite 
au lieu d 'observer avec patience les phenoinenes existants ; et si, en 
1857, il publia une esquissede grammaire wallonne namuroise sous 
le tilre Frangais et wallon, ce fut sans doute entraine par l'exemple 
de Ch. Grandgagnage. L'annee suivante, Chavek init une preface 
orthographique k la troisi6me edition des Chansons wallonnes de 
Charles Werotte, et il donna au Bulletin de la Society liegeoise de 
Utterature wallonne (t. Ill, melanges, pp. 27-31) un court article, 
d'une legerete de ton qui n'exclut pas la pedanterie, sur une 
maladie chronique dt la langtte wallonne ; il s'agissait tout simple- 
merit dans cette prose inedicale de l'epaississement en consonnes 
fortes des douces qui suivent la voyelle tonique (rotche pour rodje, 
&pe pour hbe). C'est peu de chose en comparaison du travail perse- 
veraut, ardu et souvent perspicace de Grandgagnage. 

Grandgagnage a trouve dans M. Auguste Doutrepont un 
biographe competent et sympathique(l). < Ce fut, dit-il, uu savant, 



(1) Pour ne pas multiplier inutilement les references bibliographiques, aver- 
tissons le lecteur qu'il les trouvera sans difficulte dans la Table de J. Dejardin, 
t. 33 du Bulletin de la Societe liegeoise. 



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384 WALLONIA 

au sens serieux et solide du mot... A l'etranger, il etait com me 
Tincarnation, la personnification des etudes wallonnes. C'Stait, par 
excellence, le philologue wallon, le linguiste ltegeois auquel l'Europe 
airaait k rendre hommage. La meilleure preuve, d'ailleurs, de sa 
valeur scientifique, c'est que son oeuvre lui a surv^cu, et que, tout 
insufflsante qu'elle soit devenue pour nous, nul ne s'est encore senli 
de force k la reprendre pour la mettre au niveau de la science 
actuelle. Son Erudition solide, sa critique ing6nieuse le firent remar- 
quer par les savants les plus^minents de France et d'Outre-Rhin. Ce 
fut pour r^compenser ses travaux de linguistique que le Due de 
Saxe-Cobourg-Gotha le nomma officier de l'ordre de la Branche 
Ernestine de Saxe. Les plus brillants repr6sentants de la philologie 
en Allemagne, Diez, Pott, Diefenbach, Forstemann. le tenaient en 
singultere estime et le citent comme une autorite en linguistique. II 
6tait en relations avec eux : Forstemann Tappelle son ami ; Laurent 
Diefenbach inscrit son nom en tete de ses Origines europaeae, et, 
d6s 1856, Tillustre Fr&I6ric Diez, le fondateur de la philologie 
romane, Tappelle un maitre, et il lui dedie, en 1865, ses Altroma- 
nische Glossare. » Les divers travaux de Grandgagnage sont trop 
connus pour qu'on ait besoin de les citer ici. Ajoutons encore ce trait 
k son 61oge, qu'il porta son attention sur Tonomastique et la topo- 
nymie en meme temps que sur la langue wallonne proprement dite, 
ce qui n'est pas une mince preuve de sa clairvoyance et de Tetendue 
de son esprit. Enfin il fut, en d^cembre 1856, un des fondateurs de la 
Socidtd liegeoise de lifterature wallonne, qu'il pr^sida pendant plus 
de vingt ans. 

A partir de celte 6poque Thistoire de la philologie wallonne en 
Belgique se confond presque avec Thistoire de cette Soctete jusque 
vers 1885. 

A la SocidU Liegeoise, Grandgagnage avait k ses cotes Francois 
Bailleux, Ulysse Capitaine, Ad. Stappers, Aug. Hock, Ep. Martial, 
Alph. Leroy, Jean Stecher, St. Bormans Ce fut une periode 
d'ardeur, de creation, d'excellente besogne. 

Bailleux Sditait des pifeces anciennes, entreprenait la premiere 
consultation phon^tique de la Belgique romane en faisant traduire la 
Parabole de I'Enfanl prodigueen 56dialectes, etudiait le pluriel des 
substantifs et des adjectifs dans une note fameuse qui a longtemps 
fait autorite et que Grandgagnage, on ne sait pourquoi, ne combattit 
point. 

Ulysse Capitaine, bibliographe erudit, sans cesse k l'affdt du 
livre rare, cr6a la bibliotheque de la Society, Tenrichit infatigablement 
et publia annee par annee dans le Bulletin la liste des acquisitions 



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WALL0NIA 385 

nouvelles. Sans cesse il battait le rappel pour que chaque auteur 
envoy&t a la soctete ces productions 6phemeres de la verve wallonne, 
ces feuilles volantes exposees a disparaitre sans laisscr de trace. 

Aug. Hock versait dans les Melanges du Bulletin des notes et 
des souvenirs de folklore et de paremiologie. « Un trait de moeurs un 
peu saillaut, disait le president en inaugurant les Melanges, une 
m£taphore un pen originate, uji dicton traditionnel un peu narquois, 
quelque vieux refrain expose a l'oubli, une etymologic piquante ou 
curieuse, quelquefois merae une simple question, un point d'inter- 
rogation a propos dun sujet local,... tout est susceptible d'interet. 
Ne sont-ce pas la,. en efFet, les marques dislinctives de notre indivi- 
duality ? » Gette exhortation etait sage, et Aug. Hock, N. Defrecheux. 
Jean Stecher donnJreut Texemple, qui trouva plus tard des imitateurs 
dans Joseph Defrecheux et J. Dejardin. 

Des 1859, Alph. Leroy proposait la redaction de glossaires 
technologiques, Ep. Martial proposait la traduction dans les divers 
dialectes wallons de la parabole de V Enfant prodigue, pour faire 
suite a l'ouvrage de Snakenburg sur les patois de France ; J.-H. 
Bormans proposait de dresser une carte de la fronti^re linguistique 
wallonne. Ainsi le programme s'elargissait peu a peu. 

En 1861 parait la premiere edition du Dlctionnaire des spots 
de Dejardin. En 18 >3, le vice-president de la Society, J.-L. Michiels, 
publie une Grammalre eldmentaire Uegeoise. Jean Stecher, profes- 
seur a l'Universite, le plus liugeois des flamands, dans ses rapports, 
ses discours, ses prefaces, ses contributions etymologiques toujours 
tres 6tudi6es, fait oeuvre de linguiste et plus encore de promoteur. 
Stanislas Bormans se reveiait historien et lexicographe dans son 
ouvrage sur le mdtier des tanneurs, son vocabulaire des houilleurs 
liegeois, son metier des draplers. Apres la mort de Bailleux, Ch. 
Grandgagnage reprend la mise au point orthographique des versions 
wallonnes de la Parabole, et cette publication difficile, qui a toujours 
et6 faite avec soin, sinon selon toutes les exigences de la critique 
moderne, a certainement rendu de grands services aux linguistes 
etrangers. Enfin, dans le tome VIII, M. Albin Body inaugure la s6rie 
de ses precieux lexiques par celui des Menuisiers, charrons et 
charpentiers. A partirdece moment les vocabulaires se suivent 
d'ann^e en ann6e. Ainsi se constituait, a cote des oeuvres litteraires, 
un tresor tr6s riche, unique dans Tespece, de glossaires technolo- 
giques. Les auteurs furent St Bormans, Mathelot, Ach. Jacquemin, 
Kinable, Lezaack, J. Defrecheux, J. Delaite, Semertier, Marchal, 
Vertcourt, J. Bury, F. Sluse, J. Closset, Vict. Willem, A. Bouhon, 



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386 WALLONIA 

Martin Lejeune, Jean Lejeune, G. Paulus, A. Rigali et E. Jacque- 
motte. 

A partir de 1867, le feu so, ralentit. L'age heroique de la 
philologie wallonne est passe; Grandgagnage lui-mome est isole et 
doeourage. La Society assise surde fortes bases, continuait a exercer 
uno salutairv influence par ses concours, mais le travail actif lui 
vient trop exclusivement du dehors. Grandgagnage, qui n'avait 
point publie le second volume de son Dic.'ionnaire etymologique, 
ne designa ni un wallon ni un de ses collegues de la Society pour 
achever son oeuvre : co fut Auguste Soheler qui eut cet honneur, et 
il s'en acquitta avec un soiu pieux, et il y mit tout ee qu'il put de s;i 
science. Celte periode dura, a noire avis, jusquVn 1892. 

On peut compter, dans 1'intervalle, outre les glossairos dont 
nous avons parle, un essais curieux d'orthographie wallonne par 
J. DelbcBuf, une etude tres minutieuse et tres erudite sur les wallo- 
nismes du puriste I. Dory, des recherches £tymologiquos sur divers 
mots wallons par Dory, par le D r Jorissenne, par Alph. Marechal ; 
une etude personnelle et instructive sur les noras de famille par 
Albin Body, un article d'Emmanuel Pasquet sur les mots goupil et 
renarl. Uody publie une edition critique des A lives dl Tongues, 
J. Defrecheux un Recueil de comparaisons populaires. A cote de ces 
bons travaux, la Societe avail la faiblesse d'imprimer dans son 
Bulletin un soi-disant Glossaire d'anciens mots wallon? tenant du 
latin et dont Vemploi lend a disparaitre, lepiel ne contenait pour 
ainsi dire que des mots communs dont la vie n'etait pas du tout 
menacee. 

A l'etranger, sous rinfluence de la science allemande et fran- 
chise, oneludiait les patois roinans. Grace a Grandgagnage, a Sigart, 
a Scheler, et en depit d'une documentation assez trouble puisee a nos 
mauvais dictionnaires wallons et a des tcxtes d'une ortbographe 
decevanle, le wallon commencail i\ prendre rang dans la philologie 
romane. Trois ou quatre e:irent la chance de pouvoir se renseigner 
a une source orale : Sturzinger etudia ainsi la conjugaison wallonne 
dans le dialeele de Malmedy, Horning out a sa disposition une per- 
sonne de Seraing, Allenburg put (aire son enquete phon&ique 
presque sur place \ x ). 

A la fia de 1S8I3, un jeuue liomme qui venait de passer brillam- 
ment son doclorat en philosopbie et lettres a Liege, alia se mettre a 

(1) J. SriiRZiNGKR. Remarks o/i the conjugation of the icaUonian dialect, dans 
Transaction of the mot/em language Association in America % I. 204. — HORNING, 
dans la Zeitsrh rift fur Horn. }>hil., IX. — Altenburg, Versuch einer DarsUllung 
der tcallonisch- n MunCart. Kupen, 1SH0. 



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WALLON I A 387 

l'ecole de Gaston Paris, de Paul Meyer et d'autres savants renomm^s 
dans la philologie et la critique. A son rctour a Liege, il fut nomme 
maitre de conferences a l'Ecole Xormale des Humauitcs, et bientot, 
a la suppresion de celle-ci, professeur de philologie romane a 
rUniversite de Liege. En meme temps qu'il popularisait le wallon 
au dehors dans la Romania, dans la Revue des Patois Gallo-romans, 
dans le Moyen-dge et ailleurs, M. Wilmotte formait des eleves. II 
sut les attirer des le debut et les interes>er hautement par des etudes 
vivantes de cos ch'ers patois dedaignes ; il fit des promenades 
linguistiques avec? eux ; il les initia aux inetholes d'observation et de 
notation; bref il fit ce que d'autres autour de lui n'avaient jamais 
reussi ou songe a faire : il fit aimer la philologie en general et en 
particulier la philologie wailonne. Son attention se portait meme sur 
d'autres Aleves que les siens propres ; il recevait chez lui tous les 
jeunes gens de bonne volonte et les initiait aux methodes scienti- 
fiques ; et cette influence s'etendait par ceux-ci de proche en proche. 

Les fruits de cet enseignement se montrerent bientot. Des 1887, 
Aug. Doutrepont publiait une transcription phonetique des Noels 
wallons dans la Revue des patois gallo-romans ; en 1890, Paul 
Marchot publiait des Vocables couvinois y des Notes sur le patois de 
Saint-Hubert dans la Revue de philologie frangaise et provengale, 
des etudes phonetique sur les patois du Luxembourg central et du 
Luxembourg meridional dans la Revue des patois gallo-romans. 
M. Georges Doutrepont consacre sa these de l'Ecole Normale, en 
1890, a une 6tude linguistique sur Jacques de Remricourt et son 
dpoque, en meme temps qu'il presentait aux concours de la Societe 
wailonne une remarquable 6tude morphologique et phonetique sur le 
verbe en wallon. Cette etude, publiee en 1892 dans le Bulletin, est 
le prelude d'une periode nouvelle. A la meme epoque paraissait le 
Bulletin de Folklore wallon sous la direction d'Eugene Monseur, et 
un groupe d'eleves et d'ainis oflraient a Maurice Wilmotte les 
Melanges wallons , recueil de linguistique et de folklore. 

Des lors l'elan est rendu aux etudes philologiques. Le Bulletin 
de 1895 publie une phonetique comparative dugaumais et du wallon, 
en meme temps que parait le premier lexique regional, le lexique 
du patois gaumet de M. Liegeois. La serie de ces vocabulaires dialec- 
taux, plus utiles au point de vue de la phonetique et de la morpho- 
logie que les vocabulaires technologiques, se continuera plus tard par 
le Complement de M. Liegeois (1902), par le Vocabulaire du dialecte 
de Stavelot, de M. Haust (1904), par le Vocabulaire du dialecte de 
Penoez que MM. Dory et Haust ont annexe aux Poesies de l'abbe 
Courtois (1905). Nous avons meme a signaler un travail de phon6- 



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388 WALLONIA 

tique pure : la Carte Unguistique de Varrondissement de Naynur par 
M. Alph. Marechal (1900) (>). 

En meine temps, de jeunes savants strangers, influences par la 
faveur dont jouissaient chez nous les etudes de linguistique wallonne, 
publient des notes et des monographies excellentes sur nos patois. 
Ainsi Z&iqzon etudia la phonetique de la Wallonie prussienne ; 
Niederlander profita de son alliauce avec une famille namuroise 
pour etudier sur place, et tres profondement, la phonetique du patois 
de Namur. 

Toutes ces etudes convergaient vers un but. La Sociitd en effet, 
sous Timpulsion d'616ments nouveaux, et bien secondee par son 
president, M. N. LequarrG, meditait Tex6cution d'un grand diction- 
naire g6n6ral des patois romans de Belgique. II fallait done souger 
a cr^er un systeme d'orthographe assez pratique pour convenir 
aux ecrivains wallons, assez scientifique pour ne pas jeter le wallon 
en dehors des traditions romanes. De la VISssai d'orthographe 
wallonne (t. 41, fasc. I ; 1901), de la les Regies d'orthographe 
wallonne (t. 41, fasc. II, 1902 ; 2? edition en aout 1905) et plusieurs 
belles pol6miques sur cette question. Aujourd'hui que la querelle 
parait definitivement videe, la Societe s'est attel6e au Bictionnaire. 
En meme temps qu'elle etendait et systematisait pour le dehors la 
serie de ses concours annuels, qui embrassent maintenant toutes les 
manifestations littSraires et philologiques, elle reorganisait en dedans 
ses ditferents services, notamment celui des publications et celui de 
la bibliotheque, elle chargeait une Commission de lui presenter un 
projet specimen du Dictionnaire de la langue wallonne. Ge projet a 
paru (1901), il a regu l'approbation de M. Wilmotte au Congres de 
Mons (aout 190 is dc M. A. Thomas, professeur de philologie a la 
Sorbonne, dans Romania (Janvier 1905) et de beaucoup d'autres 
autorites. La Coiumission nominee ddflnitivement continue ses 
enquetes et ses travaux preparatoires. Composee de purs wallons 
en possession chacuii de trois ou qualre dialectes, consacrant leurs 
vacances a parcourir les villages du pays wallon, pour etudier sur 
place, pour recruter de> adherents et des correspondants, cousacrant 
leurs loisirs depuis vingt-cinq ans a la linguistique et a la recolte de 



(1) II feud rait signaler encore une oeuvre importante, qui n'a pas et£ imprimee, 
YEtude comparee de la syntaxe wallonne et de la syntaxe fran^aise depuis U 
XVW siecle, these presentee en 1899 par M. A. Charlier, a la faculte de philosophic 
et lettres de Liege en section romane, puis l'annee suivante a la Sociite Liegeoise de 
litte'rature wallonne* qui la couronna. 

(2) Zeliqzon. Die franz. niundart in derpreuss. Wallonie, dans la Zeitschrifl 
fur rom. phil., XVII. — J. niederlaender, die mundart von Namur, ibid, XXJV. 



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WALLONIA 389 

materiaux en vue de cette oeuvre, elle est capable de mener l'ouvrage 
ft bonne fin. 

Mais, pour la continuer largement et dignement, ils demandent 
l'appui de la Wallonie, Tappui de la Belgique et des pouvoirs publics. 
Nous avons quelque droit a l'afflrmer : il existe une 6cole de philo- 
logie wallonne qui merite d'etre encourag6e dans ses travaux. Cette 
branche si importante de la philologie romane ne doit pas 6tre 
abondonn^e aux mains des savants strangers. II y va de l'lionneur 
du pays, nous semble-t-il, de la faire fleurir dans la capitale merae 
du monde wallon. 

Quant a la question de creation d'une Acad^mie wallonne, n'est 
elle pas aux trois quarts resolue? Elle existe, cette academie ; elle est 
meme en possession du nom, il n'y manque vraiment que la recon- 
naissance offlcielle. Bieu plus, la Sociele wallonne la poss&Ierait 
aujourd'hui, n'avait ete f opposition d'un membre influent, frondeur 
par caraetere, le regretto J. Delbo&uf, qui pensait beaucoup de ma I 
des Academies Pius p^netrj de> devoirs et des suj&ions attaches a ce 
titre que de 1'avantage moral que la Sociele en retirerait, Delboeuf 
combattit les propositions offlcieuses faites par M. de Burlet. Aujour- 
d'hui, nous pensons que l'opposition de J. Delboeuf resterait sans 
echo. Non pas que le titre d'aeademicien nous eblouisse, mais, s'il 
peat contribuer k Tunite, 4 la grandeur, au triomphe du mouvement 
litteraire et scientifique wallon, il faut en user. 



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XVII. 

Le wallon est-il une langue ? 

PAR 

Julien DELAITE, 

President de la Ligue Wallonne de Liege. 



La fagou d'exprimer la peasee porte differents noms synonymes, 
mais particulierement definis, suivant qu'on Tenvisage dans ses 
attributs spGciaux ou g6n6raux. 

Ces noms sont la langue, le dialecte, I'idiome, lepatoU, le jargon 
el Vargot. 

La langue est le parler parfait ; c'est le parler d'une nation. 
Elle sous-entend une culture scientifique et litteraire complete. 

Le dialecte est 1*> parler d'une province, parler qui ne s'est que 
mediocrement, parce que populairement developpe, au sens scienti- 
fique, mais qui a pu acqu^rir une culture litteraire tres avancee. 

Avant le xiv° stecle, il n'existait, dans le monde roman, que des 
dialecles ou si Ton veut raeme, des especes dialectales. Insensible- 
ment, une de ces especes a pris, sous Taction de circonstances 
multiples, un developpement que Ton pourrait qualifier d'anormal. 
Elle s'est peu a peu substitute aux especes d'alentour, de fa^on a 
devenir predominante et seule v^hiculaire. L'esp^ce parisien % 
nominee frangais, en est l'exemple type. Les autres espfeces dialec- 
tales ont eu deux sorts : ou bien elles out dechu au rang de patois, 
parler populaire, grossier, sans culture d'aucune espece, ou bien 
elles ont continue a se developper lentement, normalement, d'aprfes 
des lois phon^tiques constantes et se sont peu a peu cr£e une culture 
litteraire tros complete. Dans certains cas, celle-ci leur permet, si le 
d^veloppement s'accentue, de revendiquer le nom de langue, au sens 
litteraire, et ni&me, jusqu'a un certain point, au sens scientifique du 
mot, a l'exclusion du sens pratique. 

Tel a ete le cas pour le wallon. 



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30gl&— -, 



WALLON I A 391 

Je ctefinis done le wallon : « Un dialecte tres omplet, en passe 
de deoenir une langue, au sens litliraire du mot. > (*) 

II est bien cnteadu quo nous ne voulons pas faire de notre 
wallon une langue vdhiculaire. Nous avons a notre portee un instru- 
ment trop parfait, la langue frangaise, pour que pareille idee puisse 
nous venir. 

Mais nous voulons que, une fois sa grammairo et son dictionnaire 
etablis sur des bases solides (et on y travaille), on donne a notre 
wallon le norn de langue, qifil merite d6ja par la valeur et le nombre 
considerable de ses productions. 

Le wallon est une langue re^suscitee; e'est un dialecte qui prend 
sa revanche, qui opere sa renaissance, a I'exemple de la gueuse flere 
parvenue de langue frangaise, mais dans un cadre plus restreint, si 
non ausst digne d'interet. 

II est done aussi absurde qu'anti-scientifique d'appeler notre 
wallon un patois, au sens pGjoratif du mot. 

Je dois cependant ajouter qu'en philologie, le mot patois est trte 
souvent employe au lieu du mot dialecte ou du mot idiome. Mais le 
sens pejoratif attache au mot patois me fait engager les Wallons a ne 
pas s'en servir. 

D'ailleurs, je dirai avec M. le professeur Chauvin, dans son 
rapport sur V Academic icallonne fait au present Congres, que « la 
questiou de savoir si le wallon est ou non une langue n'importe 
guere a une epoque ou, dans tous les pays du monde, on etudie les 
patois avec plus de zele encore que les langues. » 

Mais il s'agit encore la de philologie. 

Une brJve definition suffira pour les autres modes dexpression 
de la pensee. 

Uidiorne est le parler considere dans ses traits caracteristiques, 
grammaticaux, par exemple ; on dira aussi bien Vidiome franqais, 
que Vidiome bourguignon, ou Vidiome toallon. 

Le jargon est le laugage corrompu d'un homme parlant mal une 
langue 6trangere, ou d'un homme sans instruction parlant la langue 
litleraire. 

ZyV/r^o/estsp6cialeinenl le parler conventionnel des malfaiteurs, 
qui ont inlenH a ne pas etro compris. G'est aussi le parlor de conven- 
tion de certaines classes de la soci^te; car il est perinis de dire : 
Vargot des sportmen, V argot des savants, etc. 

Le wallon n'est ni un jargon, ni un argot. II est done juste de 
lui donner son titrc exact de dialecte, on meme de langue. 

(1) Cette these a ete defendue par l'auteur au Congres wallon de Xaraur, 
en 1893. 



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392 WALLONIA 



Pour determiner ce titre (Tune fagon plus certaine, il sufflt de 
suivre cette langue depuis sa constitution en taut que dialecte distinct 
jusqu*& nos jours. 

Cette partie de notre these demanderait de longs details et des 
citations, que je dois necessairement omettre. 

Jusqu'au ix e siecle, on n'a pas de documents a produire pour 
l'histoire do la langue romane en general et pour celle du wallon en 
parliculier; a peine, de ci, de-la, quelques citations d'auteurs latins 
permettent d'affirmer que le peuple parlait uue langue a soi, carac- 
terisque et differente, sauf en ses traits essentiels, pour chaque 
province determine. 

Jusqu'au xn e siecle, l'histoire du wallon se confond avec celle 
de la langue romane, et il est permis, en philologie wallonne, de 
tabler sur les documents de celle-ci. (Serment du ix e siecle, cantilene 
de Ste-Eulalie, x e siecle, plus de nombreux documents des xi p et 
xn e siecles.) 

Ce n'est qu'a la fin du xn e siecle, ou au commencement du xm% 
qu'apparait un document wallon important * e'est le Voeme moral de 
plus de 2000 vers que M. Wilinotte a reconnu wallon. 

Au xnr siecle, les documents wallons commencent a se produire 
plus nombreux; ce sont les chartes, publiees en partie par la Societe 
Liegeoisc de Litterature wallonne (Bulletin IV, l re s6rie, p. 59 et V, 
p. 389, par U. Capitaine et St. Bormans, en partie dans Romania, 
t. XVII, p. 568), ainsi que les gloses wallonnes de Darmstadt publiees 
par M. Wilmolte. (Etudes romanes dediees a Gaston Paris, 1891.) 

Deux auteurs principaux et consequents, Hemricourt et Jean 
d'Outremeuse, se partagent le xtv e siecle; mais leur langue se diffe- 
renciedeja nettement de celle du peuple. Des renseignements utiles se 
trouverontaussi dans les chartes de cette epoque, dans les testaments 
publics par Bormans (B. IX, l re serie, 407 et VI, l" 5 serie, 96.) 

A dater du xv° siecle, il existe un veritable hiatus entre le 
roman wallon, et le wallon veritable qui ne commence, documen- 
tairement parlant, quavec le xvn° siecle. La Renaissance fraucaise 
assigne la premiere place au dialecte de Tile de France. Les autres 
dialectes s'eclipsent devant lui. Le phenomene se conjstate pour le 
wallon dans les documents des xv e et xvr siecles. La langue popu- 
laire primitive n'est plus cultivee et le frangais r6gne en maitre, du 
moins sur les beaux esprils. 

Mais petit bonhomme vit encore; le wallon qui se parlait, mais 
s'ecrivait peu, reapparait brusquement a la vie litteraire avec le 
xvn e siecle. 



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WALLON I A 393 

Le l er document wallon connu (les autres 6tant consideres comrae 
romans-wallons) est lode a Mathias Navaeus (B. I, l re s6rie, p. 136.) 

Le wallon commence alors a prendre son essor. On compte une 
vingtainc de pieces au xvir siecle, plus de deux cents au xvm e , ot 
actuollement la litterature wallonne est tr6s florissante : un repertoire 
flramatique recemment dress6 accuse, rien que poui' Liege et les 
environs, deux cents auteurs ayant £crit neuf cent cinquante pieces, 
soit treize cents actes, et ce repertoire ifest pas complet. Plusieurs 
romans interessants out vu le jour el les poesies et les ocuvres 
diverse* sont innombrables; actuellement, chaque jour amene sa 
production nouvelle. Tous les dimanches, on joue du wallon dans 
toute la province de Liege. Au point de vue scientifique, le wallon 
est etudie par toute une serie d'hommes distingu^s qui Tont d<ja 
fouille dans maints recoins. On travaille a la grammaire et an 
dictionnaire englobant et conipletant les neuf dictionnaires wallons 
qui existent. 

La Society Liegeoise de litterature wallonne en arrive a son 
50 6 bulletin annuel. Enfin, le wallon est actuellement dans une 
periode d'epanouissement et de vie remarquables et ses productions 
aussi nombreuses que puissanles en font plus qu'un dialecte, au sens 
restreint que Ton donne a ce mot : elles font de lui une langue, au 
sens litteraire du mot; e'est la le titre que Ton accorde sans dis- 
cussion a la langue proven^ale. 

Notre devoir a tous, e'est d'imposer cetle qualification & notre 
wallon, et de faire les plus grands efforts pour Ten rendre digue. 

Mais ici surgit une objection que Ton a deja souvent presentee 
aux ecrivains wallons et aux person nalites qui les encouragent. 
Pourquoi se servir, a-t-on dit, d'un idioine forcement incomplet et 
peut etre fatalement condamne a disparaitre, quand on possede a son 
service une langue riche et brillante, en puissance d'une pleine 
culture scientifique et litteraire ? 

La question ainsi posee est insidieuse. Le wallon est la langue 
du peuple. Si nos auteurs n'eerivaient pas en wallon, ils ne pour- 
raient, pour la plupart, le faire en fran^ais. Pour ceux qui le 
peuvent, Tobjection n'a pas de rai>on d'etre. 

Mais la majorite de nos auteurs, ouvriers ou artisans, font de 
Tart wallon un objet de delasseme.it ; et Tartest le plus noble plaisir, 
quel que soit le cadre ou il se revele. L'art est Texcitateur par excel- 
lence de rintelligence huuaine, avec la science, et e'est presque une 
naivete de dire que tant vaut la culture intellectuelle dun peuple, 
tant vaut sa puissance et tant est grande sa prosp6rite. 



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394 WALLONIA 

Que si, d'ailleurs, I'auteur wallon mieux doue veut un champ 
plus vaste k son activite et a son talent, la langue frangaise est 
toujours la qui s'offre; par Tetude primordiale du wallon, cet auteur 
pourra acqu^rir Toriginalite propre qui est le sceau du veritable 
talent. 

En encourageant Fart wallon, nous gagnons a la cause de Intel- 
ligence un plus graud nombre d'esprits qui, s'ils n'etaient excites, 
resteraient voues a f indifference finale et s'obscurciraient. 

Nous croyons ainsi faire oeuvre sociale et humanitaire et bien 
meriter de la pa trie. 



Je propose done au Gongr6s d'^mettre le voeu de voir les 
Wallons se servir desormais des mots langue wallonne, en parlant 
de leur vieux dialecte. 



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XVIII- 

Rapport snr la Creation d'une Academie Wallonne. 



PAR 

Vleter CHAUVIN 

Professeur a TUniversit^ de Li6ge 



Dans tous les pays civilises, d6s que la langue ou les langues 
qu'on y parle arrivent a une certaine maturite et donnent nais- 
sance a une litterature, les pouvoirs publics comprennent qu'il est 
de leur devoir de creer des academies, dont la mission est de favo- 
riser le developpement de la vie intellectuelle du pays. En Belgique 
aussi on a compris ce devoir et, des les premiers temps de notre 
ind^pendance, on a r^tabli k Bruxelles une acad&nie. Escomptant 
raeme l'avenir, on y annexa une section flamande, par deference pour 
une fraction importante de la population du royaume. C'etait plutot 
une anticipation, car le pcuple flamand, comme nous le dit Tinscrip- 
tion de la statue de Henri Conscience, ne savait pas encore lire. 

Mais, quand ce grand et noble initiateur eut paru, ii s'ouvrit 
une ere de splendeur pour les lettros flamandes et, nombreux, des 
talents se produisirent, qui font honneur a notre pays. Et alors, 
comme la section flamande n'avait guere fait parler d'elle, les 
Flamands, dans leur defiance, au lieu de demander qu'on lui donnat 
plus d'extension, r6clamerent la creation d'une academie. lis la 
r6clamerent et ils Tobtinrent. Car, quand les Flamands poursuivent 
quelque grand interet, ils savent, pour s'unir, faire taire les rivalites 
et le-* jalousies personnelles; ayant foi en eux-memes, ils vont coura- 
geusement de Tavant et alteignent leur but, conscients qu'ils sont 
qu'en Belgique la souverainete appartient a la nation et qu elle n'a 
qu'& parler haut pour qu'on doive lui obeir. 

Et ils n'ont pas admis qu'on leur jetat quelque maigre subvention 
comme un os a ronger ; c'est une dotation, et une dotation serieuse 
qu'ils ont exigee. 



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396 WALLONIA 

Voici, en effet, ce que porte le budget du Ministere de Tinterieur 
et de l'instruction publique pour Texercice 1905 (p. 64). 

Academie royale flamande de langue et de literature. 

a) Traitements et salaire du personnel ; traitements de disponi- 
bilite : 

Secretaire perpetuel fr. 5,000 

Attach^ au secretariat > 1,500 

Concierge » 900 

Augmentation de traitement > 100 

> 7,500 

b) Jetons de presence fr. 7,000 

c) Frais d'impression ; prix des concours. . . » 11,670 

d) Chauffage, eclairage et frais d'entretien des 

locaux ; frais divers > 730 

e) Publication des anciens monuments de la 

literature flamande > 5,000 

Soit un total de 31,900 francs, auquel il faudrait ajouter le loyor 
des locaux de r Academie. 

Grace a cette rente annuelle de plus de trente mille francs, quo, 
seul, un peuple de beotiens pourrait trouver trop elevee, r Academie 
flamande a ete mise a meme de faire, en peu d'ann6es, de nombreuses 
et importantes publications. Pour Thonneur qui en rejaillit sur noire 
commune patrie, remercions nos freres flamands. 

Et remercions les aussi de l'exemple qu'ils nous donnent. 
Eclaires par leurs succos, nous pouvons, nou^ devons nous demander 
si le moment n'est pas venu de reclamer, a notre tour, soit la creation 
d'une annexe wallonne a TAcademie de Bruxelles, soit celle d'une 
Academie ind6pendante. 

Pour qu'une langue ait droit & un etablissement de ce genre, il 
faut qu'elle ait produit une litterature vivante et importante et que, 
d'autre part, il soit utile de l'etudier au point de vue scientifique. 

Est-il besoin de demontrer que le wallon remplit ces deux 
conditions? 

Quel Beige qui se pique d'etre au courant de la vie iutellectuelle de 
son pays peut ignorer nos grands poetes et nos feconds dramaturges? 
Qui n'a entendu parler de Nicolas Defrecheux ? Qui ne sait, grace a 



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WALLONIA 397 

une rdcente publication ( l ), qu'en 1901 cent quatre-vingt-dix-sept 
auteurs avaient deja ecrit neuf cent quarante-trois pieces, formant 
treize cent treize actes au moins ? Et que, depuis, la production 
dramatique ne s'est pas ralentie ? Or, ces pieces se joueut parlout 
avec succes devant des publics nombreux, dans des theatres qui font 
leurs frais, meme quand les pouvoirs publics no leur aceordent que 
de faibles subventions. Et, parmi ces pieces si nombreuses, s'il y en 
a, tout naturellement, de faibles ou de mauvaises, il en est beaucoup 
qui feraient honneur aux litteratures les plus parfaites. 

Inutile, d'ailleurs, d'insister, puisqu'un arrete ro\ r al du 30 juin 
1892 a donn6 a cette litterature sa consecration ofticielle en admettant 
les pieces wallonnes au benefice des primes destinees a Tencoura- 
gement de Tart dramatique, au meme titre que les pieces franchises 
et les pieces flamandes. 

Mais la langue meme qui a donne le jour a une litterature si 
vivante,presente-t-elleun interet scientifiqueassez grand pour meriter 
d'etre etudiee de plus pr6s? Si Ton en doute, qu'on s'adresse a Littre, 
a Diez, a Grandgagnage,aM.le professeur Wilmotte,a tant de savants 
allemands ou su&lois qui s'occupent du wallon. Ou meme, sans alter 
si loin, qu'on se rappelle ce que, parmi nous, nos compatrioles ont 
fait. 

lis ont cree la Societe de Litterature wallonne(27 d^cembre 1856), 
qui, pendant ce demi-siecle d'existence qu'elle va bientot achever, a 
produit ou provoque de si nombreux et si remarquables travaux. 

Citons, avant tout, le Dictioanaire des Spots de Dejarlin, dont 
la premiere Edition a ete publiee en 1863 (in-8 a de vm et 628 pa^es) 
et dont la seconde,d'une etendue presque double, a paru en 1891-18)2 
(deux volumes de lxvi-456 et 534 pages); un eminent romaniste, 
dont les eleves enseignent dans plusieurs universites allemandes, 
M.Wilmotte, a dit de la premiere edition deja que e'est un irritable 
monument ( 2 ). 

Une autre oeuvre, unique en son genre, e'est l'importaute collec- 
tion de glossaires speciaux et techniques que la Societe a formee 
peu-a-pcu en en couronnaut un presque chaque annee et qui va servir 
de base au vaste dictionnaire wallon, dont les travaux preparatoires 
sont acheves : la Societe en a publie un specimen, qui a re^u, dans le 
monde savant, Taccueil le plus chaleureux. 

Nous ne voudrions pas abuser de la patience du lecteuren citant 

(1) Repertoire dramatique wallon, public par le Comite de propagande du 
Theatre communal wallon de Liege. Avril 1901. Liege, Imprimerie Vaillant- 
Carmanne. 8, rue St-Adalbert. In-8* de 54 pages. 

(2) Revue des tongues romanes, xxxm, 627. 



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398 WALLONIA 

encore d'au tres importants tra vaux de la Society et nous nous bornerons, 
pour terminer, a rencontrer une objection assez futile, que pourrait 
fairequelque personneincomp^tente. «Le wallon n'est pas une langue, 
dira-t-elle peut-etre, et ne merite done pas d'etre 6tudi6. > La ques- 
tion de savoir si le wallon est ou non une langue, dirons-nous, 
n'importe guore k une epoque, ou, dans tout les pays du raonde, on 
otudie los dialectos et les palois avec plus de zele encore que les 
langues e' c'e>t faire preuve d'un rare pedantisme que de ne daigner 
s'occuper que des langues proprement diles. 

Victor GHAUVIN. 



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XIX. 



Les Federations wallonnes litteraires ei 
dramatiques ; leur utilite, leur avenir 



PAR 



Joseph CLOSSET, 

secretaire general de la Ficttration %oallonne y de Liege. 



Le mouvement fed^raliste des soctetes wallonnes litteraires et 
dramatiques date de 1894. 

II prit naissance k un moment particulierement propice, alors 
que, jusque 14, les groupements d'auteurs, d'artistes ou d'amateurs, 
constitu^s en soci6t6s d'education mutuelle avaient 6te abandonnes k 
leurs propres moyens d'action et d'existence par suite de rindiffe- 
rence decourageante des pouvoirs publics. Malgre les preuves de 
vitality donn^es pendant plus de vingt ans par nos cercles wallons 
dans le domaine littdraire et dramatique, t^moignages irrecusables 
d'une activity incessante doublee d'un desint^ressementabsolu, digue 
d^tre signal^ ici, les nombreuses soctetds particulieres auxquelles on 
est redevable en grande partie de l'admirable essor pris par l'art et 
la literature dramatiques n'avaient pu r6ussir encore k obtenir les 
encouragements offlciels des pouvoirs constitute. C'est a peine si, de 
temps k autre et dans des circoustances toutes exceptiounelles, Tune 
ou Tautre d'entre elles parvenait a imprimer une secousse, vite 
rGprimee du reste, k la manne budg&aire. Les soci^tte dramatiques 
notamraent, laiss^es leurs propres efforts, fonctionnaient p6nible- 
ment, sans aucune direction, n'ayant comme recompense pour le 
travail int6ressant de leurs membres que les alea des entreprises 
tent^es dans la mesure de leurs moyens. 

A cette 6poque aussi, plusieurs groupes d'auteurs et d'artistes 
r6clamaient d6j& avec insistance restitution d'une scene wallonne 
olficielle — dteir r6alis6 aujourd'hui — qui, de l'avis g6n6ral, repon- 



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400 WALLONIA 

dait a des exigences de jour en jour plus pressantes et communi- 
querait vraisemblablement une direction salutaire a la litterature et 
a Tart dramatique wallons. 

Aussi, lorsque, sans la parole persuasive et reconfortante d'un 
vaillant champion des revendications wallonnes — j'ai nomine 
M. Oscar Colson, le devoue president de cette section du Congres, a 
qui revient rhonneur d'avoir dote les societes wallonnes d'un orga- 
nisme de la plus haute utility — lorsque, dis-je, l'idee de creer une 
federation des cercles wallons fut developpee pour la premiere fois, 
elle regut un accueil plus que prometleur aupres de tous les ecri- 
vaihs, artistes et amateurs. 

Vn nombre respectable de societes, dont les plus autorisees, 
repondirent k l'appel de rhomme d'initiative qui fut le promoteur 
de cette noble idee et se grouperent immediatement pour jeter les 
bases d'une association iraternelle en vue de la culture d'interets 
communs. 

Le federalisme en matiere d'art litteraire et dramatique wallons 
etait ne ; il ne devait pas tarder a se developper et a produire des 
resultats particulierenicnt teconds a tous points de vue. 

L'historique des Federal ions wallonnes petit se resumcr aux actes 
du premier organisme du genre cree, Te 9 juin 1891, sous le litre de 
Federation du Theatre national wallon. 

Le reglement elabore par les representants des cercles artilies 
erigeaitce theatre en institution, sous la direction de la Federation 
wallonne des societes lilteraires et des societes drama! iques. II etait 
constitue dans le but de developper la litterature et Tart dramatique 
et les cercles 6taient appeles sur la scene federate aux chances d'une 
meme reussite et aux monies avantages moraux et materiels. II 6tait 
stipule que le Theatre national wallon fonclioimera:! immediatement 
et, au cas oil la Federation n'aurait pas la jouissance immediate d'une 
salle de spectacle, les societes federees s'engageaient a jouer dans 
leur local habituei sous le litre indique plus haut. Ce reglement 
porlait encore que la direction du nouveau theatre etait conflee a un 
Conseil d'adminislratiou, nomine par rassembhe generate, el pre- 
conisait la creation d'un Coniite de lecture charge d'etablir le reper- 
toire des oeuvres dramatiques, d'un coniite d'exfeution charge 
d autoriser ou d'ajourner les executions publiques et dun conseil 
d'ordre devant intervonir dans les cas d'infractions aux dispositions 
regl omenta ires. En outre, il pr6voyait l'obtention de subsides destines 
a etre repartis entre les societes federees au prorata de leurs travaux. 

Des ce moment la Federation wallonne du Theatre national'wallon 



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WALLONIA 401 

poupsuit un double but : restitution d'une scene offlcielle accessible 
a toutes les soctetes et Fallocation de subsides en leur faveur. 

Profitantdes elections provinciates de 1894, la Federation wal- 
lonne dressa un programme de ses revendications et, sans se departir 
d'un caractere de neutrality qui fait encore sa force actuelle, elle 
provoqua une consultation publique des candidats aux Elections 
appartenantaux difTerents partis politiques en presence. La reunion 
eut lieu le 26 octobrc ; elle out un succes et un retentissement enormes. 
Les candidats de tons les groupes se prononcerent en faveur du pro- 
gramme pr^senle et le resullat de ce meeting ne devait pas se faire 
attendre. 

En eftet, le23 novembre suivant, le Conseil provincial de Liege 
vota un subside de trois mille francs en faveur des soeietes de litera- 
ture et ses soeietes dramatiques wallonnes. 11 cliargea la Federation 
wallonnc de faire telles propositions qu'elle jugerait utile en vue 
d'une repartition equitable de celte allocation. 

Depuis, ce subside a et6 continue regulierement chaque annee 
et les propositions de repartition fournies par la Federation wallonne 
out ete adoptees ne varietur. 

Le federalisme rem porta done un premier et eclatant succes 
aupres du Conseil provincial de Li£ge. 

La Federation du Theatre national wallon entreprit alors une 
propagande aupres du Conseil communal de Liege et, a l'occasion 
des elections de 1895, elle con via encore une fois les candidats a un 
meeting public. L'ordre du jour comprenait entre autres points : 

1. Cr6ation a Ltege d'un theatre wallon permanent et officiel accessible 
sans frais a toutes les soc;6tes et dont i'administration sera confine a un 
Conseil nomme par l'assemblGe federate. 

2. Allocation de subsides en faveur des soci6t6s litt6raires et drama- 
tiques wallonnes. 

Cette seconde reunion, comme la precedente, fut couronnee 
d'un plein succes et le Conseil communal de Ltege, donnant suite 
immediate au second article ci-dessus specifie, accorda un subside 
de quinze cents francs pour etre r^parti, sur les bases proposees, 
entre les Cercles federes a titre litteraire ou dramatique. Cette 
allocation fut egalement continuee a la Federation. 

L'efFet moral produit par cette nouvelle et decisive victoire, due 
au federalisme, fut considerable. 

Coup sur coup, a l'instigation de leur ainee de Liege, deux autres 
Federations furent fondees la meme annee ; la premiere, a Verviers, 



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402 WALLONIA 

sous le titre de Fdddration UtUraire et dramatique de Varrondisse- 
merit de Verviers, la seconde, a Namur, regut le titre de Federation 
wallonne do la province do Namur. L'organisation de ces deux 
groupements fut calqu^e exactement sur celle de leur devanciere. 

L'entr^o du Theatre wallon, dirige par feu V. Raskin, au sein 
de la Federation wallonne, en 1893, fut Toccasion de modifier les 
bases de Torganisaiion du Theatre national wallon reclame par les 
SocLHes. Celles-ci comprirent que ce nouvel appoint permettait de 
donncr line solution immediate au probl&me pos6, et, faisant abstrac- 
tion de lours ambitions personnelles, donnant ainsi un bel exemple 
de solidarity, el les adopterent unanimement un projet de fondation 
d'un Theatre wallon officiel sur les bases suivantes : 

1. Troupe unique ; 

2. Direeteur nomine par le Gonseil communal sur la proposiiion du 
Conseil d'adrainistration du theatre ; 

3. Gonseil d'administration nomrne par la P6d6ration wallonne ; 

4. Subsides spGciaux n'attrignant pas le droit des Soctetes aux encou- 
ragements officials. 

5. Le theatre aurait le caractere d'une 6cole pour les membres actcurs 
et auteurs dramatiques des Soci6t6s fed6r6es. 

La retraite inaltendue de la troupe de M. Raskin, causee par de 
regrettables malentendus, empecha le projet d'aboutir. 

N6anmoins, la Federation d i Theatre national wallon, qui avait 
enlretemps modifi6 son titre et etait devenue la F«kl6ration wallonne 
litteraire et dramatique de la province de Liegj, continua a pour- 
suivre v^solument Hnstauration d'une scJne officielle et cc fut encore 
sur son initiative que fut constitue, il y a quatre ans, un Comite de 
propagande dont les efforts soulenus aboutirent a la creation du 
Theatre communal wallon actuel. 

Tels sont, brievemont resumes, les retroactes du federalisme. 

* 

La plus aucicnne et la plus imporlante institution de Tespece 
est la Federation Wallonne de la province de Liege. 

Ses buts exclusifs sont, aux tennesdca stituts, le developpement, 
le perfectionnomcnt de l'art wallon et la protection des interets 
moraux ot materiels des societes alliliees. Gelles-ci conservent leur 
autonomic particuliere et *ont engages A ne produire, sous l'egide 
de la Federal ion, que des travaux consciencieux ainsi qu'a condamner 
toute tendance eventuelle, dans Tart wallon, a rimmoralit6 ou a la 
grossierete des moeurs. Les soci^tes se tieunent h ce point de vue 



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WALLONIA 403 

sous le contrdle permanent du Comite qui n'a, toutcfois, aucun droit 
de censure prealable. 

Un « Conseil d'ordre », 61 u par l'assembiee federate, a pour 
mission de regler tous les differends particuliers entre les societes. 
Dans chaque cas, il lui est adjoint un detegue de chacun des groupes 
in Presses. 

La Federation peut s'allier a des organismes semblables etablis 
dans dautres provinces, pour agir de commun accord en faveur des 
memes int6rets. Sa direction est confine k un Conseil d'ad ministration 
compost de delegues des societes litteraires wallonnes, des societes 
dramatiques ayant leur siege a Li6ge, et des cercles appartenant aux 
quatre arrondissements de Liege, Verviers, Huy et Waremme. 

Chaque soctete se fait representer a la Federation par deux 
d61egues fondes de pouvoirs. 

La Federation sollicite cbaque annee des pouvoirs publics la 
liquidation & son profit des subsides d 'encouragement accordes k la 
litterature et a Tart dramatique wallons. Elle les distribue en primes 
aux Societes au prorata de leurs travaux nteritoires, d'apres les bases 
suivantes : 

a) Socidtds dramatiques. — Les representations dramatiques 
subsidiables sont apprectees comme suit : une creation compte pour 
3 points par acte, une reprise (*) pour 2 points par acte et une 
r6execution pour 1 point par acte. La cote de repartition que produit 
Tune ou Tautre representation s'obtient en inultipliant le nombre 
d'actes par le nombre de points etabli ci-dessus. 

Des Comites de lecture, nommes par l'assembiee generate et 
composes chacun d'un critique d'art, d'un auteur dramatique, d'un 
litterateur et de deux artistes choisis dans les troupes wallonnes, 
ont pour mission de constituer le repertoire dramatique de la 
Federation. 

n) Socidtds litteraires. — Une Commission litteraire federate 
examine les travaux publtes par les Societes de litterature. Les 
recueils annuels produits par les Cercles d'auteurs sont apprecies 
en accordant 1,2 ou 3 points pour l'oeuvre de chaque auteur diffe- 
rent, membre effectif de la soctete. Les travaux extraordinaires 
(concours, publications speciales, etc.) sont cotes de commun accord 
suivant leur valeur a leur importance. 

Chaque annee, a la fin de l'exercice, Tassembtee federate des 
detegues examine contradictoirement les travaux produits par les 

(1) On entend par reprise la representation (Tune piece qui a ete cr6ee ailleurs, 
mais qui n'a pas encore &t& jouee par la soci6t6 inte>essee. 



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404 WALLONIA 

societes; elle etablit les cotes de repartition pour chacun des Cercles 
et le total des points obtenus, tant pour les societes litteraires que 
dramatiques, sert de diviseur au montantde l'allocation a distribuer. 
Le quotient determine ainsi la valeur du point. 

Une innovation particulierement honorable, dont on a fait grand 
usage depuis dans les entreprises artistiques, est encore due a 
l'oeuvre nouvello. 

La Federation Wallonne de la province de Liege, sacrifiant ses 
premiers efforts — elle etait toujours a ses debuts — en faveur de la 
vulgarisation d'une litterature et d'un artessentiellement populaires, 
organisa, deux annees de suite, au Theatre Royal de Liege, une 
representation drainatique entierement gratuite. Toutes les places 
etaient mises a la disposition du public qui, moyennant un droit de 
location tres minime,' variant de cinq a cinquante centimes, pouvait 
faire numeroter les billets distribues. Ces deux spectacles, composes 
avec un soin qui les rendit particulierement interessants, furent 
donnas avec le concours completement desinteresse de Societes fede- 
rees et regurent un accueil enthousiaste de la foule qui, inutile de le 
dire, emplissait le vaste vaisseau de la premiere scene de Liege. 

Le but poursuivi par les organisateurs de ces soirees gratuites 
etait, non seulenumt d'associer la classe laborieuse a des manifesta- 
tions d'art wallon, mais aussi d'oflrir aux cercles aftilies, a defaut 
d'ecole dramatique oil ils auraient pu s'instruire, des modeles 
d'execution a imiter. 

Cetle initiative devait produire d'heu reuses consequences. 

En effet, la Deputation permanente du Conseil provincial de 
Liege revetit de son estampille offlcielle Tidee congue par la Federa- 
tion Wallonne et lui donna une autre forme en ddcidant que tout 
octroi de subside pour les representations organises par les Societes 
dramatiques serait subordonne a l'admission gratuite du public k un 
certain nombre de places. 

lmmediatement, la Federation Wallonne donna une signification 
plus democratique a cclte decison en stipulant que les seuls b6nefi- 
ciaires nalurels de la gratuite etaient les indigents de la commune 
et fixa a dix le minimum des places a distribuer. Le chiffre devait 
forcement elre reslreint eu egard a la situation des Societes rurales 
qui ne disposent generalement que de salles exigues ; mais la Fede- 
ration n'a cesse de recommander a ses Societes de se montrer 
genereuses dans la distribution des entrees gratuites. 

Le programme des instructions que les Societes doivent observer 
quant a la subsidiabilite de leurs representations dramatiques porta 
ce qui suit, en ce qui concerne le principe de la gratuite : 



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WALLONIA 405 

La Society doit cboisir pour son distributeur une person ne de la com- 
mune, ne faisant pas partie du Cercle, qui ne soit ni nggociant, ni cabare- 
tier et qui jouisse a la fois d'une certaine independance et d'un certain 
caractfcre offlciel ; par exemple, commissaire de police ou garde-champ£tre, 
maitre de pauvres, membre du Bureau de bienfaisance, cure ou desservant, 
president de syndicat ouvrier, chef d'6tablissement industriel, etc. II est 
toujours loisible a la Societe de changer de distributeur, si le titulaire ne 
fait pas convenablement son service. Par exemple, s'il distribue des cartes 
a des person nes notoirement connues comme sufflsatnment ais6es pour se 
payer ies piaisirs d'une representation wallonne. 

Lorsqu'une Societe organise un concert, elle doit remettre de la main 
a la main a son distributeur, au moins huit jours a I'avance, den cartes 
d'entr6e en nombre fix6. Dans ce but, elle use des cartes qu'elle a fait 
imprimer elle-meme pour la representation dont il s'agit. 

Les Society qui ne font pas imprimer de cartes sont priees d'en avertir 
le secretariat qui leur enverra, en nombre sufflsant, des bons d*entr6e. 
Quand le stock sera 6puis6, il suffira d'en demander le renouvellement 

En meme temps que Ton remet les cartes au distributeur, on le prie 
de signer un r6cepiss6. Ge re<?u est renvoye immediatement pour faire foi 
aupres des autorit6s. Ces r6c£pisses sont delivr6s gratuitement aux Societes 
et sur leur demande par le secretaire general. 

On voit, par les extraits ci-dessus, que le service des entrees 
gfatuites fait 1'objetd'un controle serieux de la part de la Federation 
Wallonne, a qui revient Thonneur d'avoir, la premiere, rendu le 
delassenaent des spectacle^ accessibles aux deshcrit^s. C'est par 
dizaines de milliers que se comptent les indigents qui, depuis Tinsti- 
tution de cette Federation, ont benefici^ des entries de faveur 
distributes dans touted les communes de la province de Liege. 

L'edilite liegeoise a egalement compris la haute portee d'une 
semblable mesure et, depuis plusieurs ann£es, le cahier dos charges 
nigissant Texploitation du Theatre Royal oblige le concessionnaire 
a donner, chaque mois , une representation a prix extremement 
r6duits. 

Comme on le voit par Texpose succinct de Torganisation fede- 
rate, les societes aflilieos, quels que soient lour caraclei\j et leur 
importance, jouissent des memes droits qui leur sont garantis par 
des statuts admirablement etudirs. 

C'est, sans aucun doute, k ce rouage morveilleux que Foil dut le 
developpement considerable pris rapidement par les Federations 
wallonnes. 

L'organisme provincial de Liege qui complait, lors de sa fonda- 
tion, 13 societes de Liege et 1 hors ville est actuellement composre de 
73 societes, dont 26 appartiennent a la Ville et 47 a la Province. 



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406 WALLONIA 

Le total des subsides distribues a ce jour par les soins ou sur les 
propositions de ceLte Federation s'eteve a 40.500 francs pour la 
Province et 15.000 francs pour la Commune, soit en tout 55.500 
francs, qui ont ete distribues en primes d'encouragement aux societes 
litteraires ou dramatiques depuis leur groupement en Federation. 

Le caractere d'utilite des Federations wailonnes litteraires et 
dramatiques ressort suilisamment du simple expose ci-dessns pour 
qu'il ne me soit pas besoin d'insister longuement sur ce point. 

Les enormes avantages obtenus par les societes atflli6es sutffcent, 
a eux seuls, a justifier la necessity du federalisme qui, par son action, a 
suscite une remarquable recrudescence d'activite au sein des groupes 
d'auteurs, d artistes ou d'amateurs dramatiques. 

Depuis la creation des organismes federaux on a pu constater 
une augmentation considerable du nombre des pieces wailonnes 
interpretees par les Cercles dramatiques. Ainsi, pour la province de 
Liege, le nombre d'actes walions annuellement jou6s, qui etait de 
450 en 1894, s'est eieve a 656 en 1904, soit un accroissement de plus 
de cinquante pour cent. II semble aussi que les societes drama- 
tiques s'efforcent de choisir de preference des pieces nouvelles pour 
composer leurs spectacles. C'est ce qui resulte des statistiques 
dressees et s'explique ais6ment, du reste, par Tinteret que les cercies 
ont a preferer, au point de vue de l'importance de la prime qui sera 
la recompense de leur travail, une creation a une reprise ou a une 
reexecution. 

IVautre part, e'est encore au federalisme que Ton doit une 
augmentation notable du nombre de societes et de salles reconnues 
par le Gouvernement en vertu de iarrete royal du 30 juin 1892. De 
quelques-unes qu'elles etaient en 1894, elles ont atleint Tan dernier, 
pour la province de Liege, les chiffres de 83 en ce qui concerne ies 
societes et 62 pour les salles de spectacle. 

Cette situation favorable a permis aux litterateurs dramatiques 
walions de trouver plus facilement des debouches pour leurs ouvrages 
admis au benefice des primes du Gouvernement accord£es par le 
reglement du 24 d6cembre 1883, ouvrages qui, malgre tout leur 
merite, etaient deiaisses auparavant et tombaient fatalement dans un 
oubii regrettable. 

Gr&ce au federalisme, les societes dramatiques n'ont cesse de 
perfectionner leurs travaux et ieur repertoire; les cercles de moindre 
importance ont acquis, par leur contact avec les societes d'eiite, 
l'experience et les connaissances qui leur manquaient et Ton peut 
afflrmer, d'une maniere generate, que le niveau artistique des repre- 
sentations a progresse constamment gr&ce k restitution federale. 



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WALLONIA 407 

Les soci&es de literature, de leur cote, se scmt efforcees 
d'affermir leur reputation en donnant a leurs publications un 
caractire plus litteraire encore. Certains de ces Cercles possedent 
raeme un Gomite de censure charge d^purer les envois des membres 
destines a etre insures dans les recueils annuels de ces soctetes. 

Fait digne de remarque : le controle incessant des Federations 
sur les travaux de leurs society, Tinstauration de co mites de lecture et 
de censure, qui pouvaient etre considers comnie des entraves a la 
bonne marche des organismes, n'ont apporte jusqu'a present aucune 
difficult^. II sernble que le federalisme doive encore donner, ici, un 
dementi a la legende g6neralement accreditee suivant laquelle les 
Wallons manqueut d'union et d'entente. C'est que de nobles etg£ne- 
reux sentiments fraternels out guide de tout temps les soci£tes 
Avallonnes dans leurs relations au sein des Federations. Elles ont 
eompris que leur existence, leur developpeinent, leur avenir etaient 
assujettisa une union etroite, indissoluble, pour la recherche et la 
defense de leurs interets. 

L'oeuvre federate est de celles que Ton doit encourager parce 
qu'elle r^pond k une necessite des temps. 

Quel est Tavenir reserve aux Federations wallonnes litteraires 
et dramatiques ? 

L'exemple de la Federation de la province de Liege, particu- 
lierement florissaute, devrait rassurer les plus sceptiques. II n'en est 
pas de meme malheureusement des deux autres organismes existants 
dont les sieges sont k Verviers et a Namur. Placees dans des condi- 
tions d'existence differentes de celle de leur ainee de Liege, ces 
deux Federations paraissent avoir subi un arret dans leur pro- 
gression. Le federalisme par arrondissement, existant a Verviers 
notamment, ne se justifie d'ailleurs guere, a mon avis, Tarrondisse- 
ment etant une circonscription administrative purement convention- 
nelle, comrae le canton. Les Federations provinciales et communales 
ont mieux leur raison d'etre. 

Neanmoins, je pense que le mouvement federal iste peut encore 
etre etendu ; il sufflrait pour arriver a un resultat ellicaoe de fa ire 
ressortiraupres de> interesses, au moyen d'une propaganda active 
par la voiede la presse, renvoi de notices et de statistiques, l'organi 
sation de conferences, etc. les nombreuxavanlages indiques tantot. 

J'exhorte vivement, en consequence, les Soci»Hes wallonnes a 
entrer au sein des Federations la ou ellcs existent, et j'emets le voeu 
qu'une extension soit donnee aux institutions de ce genre alin 
d'etendre a toutes les Societes litteraires et dramatiques de la 
Wallonie les bienfaits de 1' union et de la solidarite. 



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XX. 

Les Soci6t6s sciontifiques ot artistiques du pays 
walion at lours institutions (1) 

PAR 

Oscar COLSON, 

Directeur de la revue Wallonia. 



Rien ne serait plus malaise que de rendre corapte, meme 
sommairement, des travaux de uos Societies scientifiques, litt6raires 
et artistiques. La matiere est reraarquablement vaste, et sa variety 
tres grande. 

On en jugera par la liste de ces societds, dont la premiere, 
fondle presque a l'aurore de HndGpendance de la Belgique, est 
encore en pleine activity ; dont ia plus r^cente s'est d6ja fait remar- 
quer par l'interet de ses travaux et la valeur de sa propagande 
artistique locale; dont la plupart publient regulierement des recueils 
de memoires, d'etudes et de travaux divers, des Annales, un Bulletin 
ou autre periodique; dont plusieurs enfin out cree des musses, ont 
entrepris de fructueuses expositions d'art, etc. 

1839. Society des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. 

1847. Institut arch^ologique du Luxembourg. 

1849. Society arch^ologique de Namur. 

1849. Soci6t6 historique de Tournai. 

1850. Institut arcb6ologique ltegeois. 
1856. Gercle archSologique de Mons. 

1856. Soci6t6 U6geoise de Litt6rature wallonne. 

1864. Soci6t6 pal^ontologique de I'arrondissement de Charleroi. 

1875. Gercle butois des Sciences et Beaux-Arts. 

1879. Soci6t6 arch6ologique de l'arrondissement de Nivelles. 

1880. Gercle archGologique d'Enghien. 

(1) L'abondance des Rapports et communications rccus jusqu'au dernier 
moment pour le Congres walion n'a pas permis I'impression prealablede ce travail 
et sa distribution aux membres de la Session. 11 a ete hi en seance. Nous le publions 
tel qifil avait etc prepare. 



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WALLONJA 409 

1881. Soctete d'art et d'histoire du diocese de Ltege. 
1894. Gercle arch6ologique du canton de Soignies. 

1894. Les Amis du Vieux-Li6ge. 

1895. Gercle des Beaux- Arts de Li6ge (organe : « Art et critique ».) 

1898. Society vervi^toise d'archeologie et d'histoire. 

1899. Gercle artistique et scientiflque « I'Eveil » de Serai ng-sur-Meuse. 
1899. Gercle artistique « TEssor >> de Huy. 

Nous ne citons dans cette liste que les Soci6t6s qui publieut. Les 
autres ont leur utility parfois tres grande, mais ce sont des cercles 
plus fermes, ot dont ractivite est moins constante et r^guliere; au 
reste, ce que nous dirous de celles-la s'applique a celles-ci. Nous 
passons 6galement sous silence les nombreux corcles litleraires et 
dramatiques wallons, dont Taclivite est bien connue ( 1 ), et qui 
reclameraient une etude particuliere. 

Les Societes dont nous voulons plus specialement parler sont, 
comme on la vu, de plusieurs especes : il en est dartistiques, il en est 
d'historiques, il en est qui unissent dans leur programme Tart et la 
science. 

Les unes recrutent la matiere de leurs publications dans les 
travaux de leurs propres membres. Les autres, comme la Socidtd des 
Sciences du Hainaut et la Societede Literature wallonne, s'adrcssent 
au public, ouvrent des concours, et distribuent des distinctions dont 
la plus prisee est l'hospitalite que la Societe oflfre, dans ses Bulletins, 
aux travaux les plus imporlants. Non seulement la generality des 
travailleurs de bonne volonte ambitionnent cette faveur, mais il est 
arriv6 que de notables savants soumettaient en toute confiance leurs 
memoires a ces jurys provinciaux, considerant comme un honneur et 
un avantage de publier dans des recueils de province. Cela s'est 
vu autrefois, et cela se voit souvent encore. 

II est a peine necessaire d'ajouter que le role des Societes pro- 
vinciales a et6 maintes fois loue par des savants ofliciels et acade- 
miques. 

Au reste, on peut se demauder ce qui differencie, sinon l'aire 
geographique plus ou moins graude, ces Soci6l6s des Academies 
ofllciellas. Les unes et les autres entretiennent dans le pays l'esprit 
scientifique et artistique ; elles publieut, avec le developpement qui 
convient, des travaux d'un ordre determine, passe au crible d'une 
saine critique dans le sein meme de l'asso^iation. De tout temps, elles 

(1) Voir les renseignements que public rogulierement le Bulletin wallon, 
trimestriel. organe de la Federation wallonne de Liege. Imprimerie Victor 
Carpentier, a Bressoux-Li£ge. 



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410 WALLONIA 

ont pratique, avec un desinteressement parfait, la cooperation 
intellectuelle, bien avant que le mot fut 'invente. Les unes, pour 
la region ou elles se sont cr66es, les autres pour le pays tout entier, 
en un mot sur une echelle plus ou moins grande, pour un public ou 
tres group6, ou tr6s diss6mine, elles operent sur le fonds regional ou 
national, pour le plus grand bien de la Patrie. 

Mais que disons-nous ? C'est la banalite meme que ce parallele. 

II y a beau temps qu'on en a fini des plaisanteries plus ou moins 
bien appliqu6es aux Academies de province : ces jeux d'esprit ont 
fait leur temps, depuis que la culture a acquis une force de disper- 
sion qui la fait p6n&rer jusque dans les derniers recoins du monde, 
depuis que ces Academies de chef-lieu ont, avec plus de liberte 
parfois que les institutions des Etats, accueilli les « nouveaut^s » au 
moment de leur invention ou de leur decouverte. C'est la province, 
ne l'oublions pas, qui, avant les Capitales, a signale avec respect et 
enthousiasme Tart des Maeterlinck et des van Lerberghe ; c'est en 
province wallonne encore que Ton a cree le musee archeologique 
regional le mieux ordonne et le plus surement instructif pour la 
masse comme pour les intellectuals. 

Le pouvoir central reconnait Tutilile des Soctetes de province, 
puisqu'il leur dispense souscriptions et subsides. Et les Academies 
de l'Etat, dont les publications seraient evidemment insuffisantes a 
la production de tout le pays, font une place d'honneur, dans leur 
propre bibliotheque, aux publications de leurs consoeurs provin- 
ciales. Dirai-je qu'elles ne se font pas faute de leur emprunter leurs 
savants pour se les associer comme collaborateurs et comme membres 
effeclifs? Le president de XAcademie royale tV Archeologie de Bel- 
gique est cette ann6e notre collegue du Congres wallon, l'honorable 
M. Soil de Moriame, president de la Socidte historique de Tournai. 
C'est dans le sein des societes provinciales que le Gouvernement 
recrute le plus souvent les membres de ses Commissions des monu- 
ments. L'Echevin des Beaux-Arts de Liege 6lait naguere encore 
secretaire, puis president du Cercle des Beaux- Arts de cette ville. 
Des professeurs de lTniversite de Liege, et notamment un professeur 
de philologie romane, sont les collegues de plusieurs d'entre nous, 
travailleurs libres, auteurs wallons, etc., au sein de la Societe de 
Literature wallonne. On voit un savant comme M. Kurth s'affllier 
des la premiere heure k une societe regionale d'Art et d'Histoire, et 
lui i^server la primeur de travaux de la plus haute importance. On 
voit des bibliothecaires et des archivist es officials consid^rer comme 
utile & la science et a eux-memes de s'inscrire parmi les membres et 
les collaborateurs des socicHus de la region oil ils sont appeles a 
exercer leurs fonctions. 



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WALLONIA 41 1 

Bref, on pourrait multiplier ces examples qui montrent la valeur 
de ces 6coles (Tart et do science ou des hommes de bonne volonte 
mettent en commun leurs competences et leurs travaux, dans un but, 
on ne saurait trop le redire, absolument d6sint6resse et de pur 

devouement. 

* 
* * 

Mais ce n'est pas pour insister sur la valeur evidente de ces 
associations regionales que la question qui nous occupo a 6t£ pos6e. 
Et ce n'est pas non plus pour voir rend re un patriotique mais 
banal hommage a leurs travaux qu'on les a conviees k ce Congrfes, 
ou elles sont si dignement representees. 

(Test, disons-le franchement, pour dormer a quelqu'un 1 'occasion 
de dire ce que beaucoup pensent, de la situation ambigue dans 
laquelle ces soci£t&s et leurs institutions se trouvent vis-&-vis de 
I'Etat, et du peu d'encouragement materiel et moral qu'elles re^oivent 
souvent dans leur region et dans leur propre ville. 

Elements essentiels de la vitality intellectuelle du pays, entrete- 
nant dans les provinces une activity et un esprit scientifique et 
artistique, elles sont cependant, en fait, m£connues des pouvoirs 
publics, a peine encouragees par les administrations, toujours trop 
peu estim£es du grand public. 

Les provinces, les communes, jouissent en Belgique dune large 
autonomic administrative et politique. Au point de vue moral et 
inlellectuel, il n'en est pas de meme, parce que les pouvoirs locaux 
et provinciaux n'ont pas toujours conscience de leurs devoirs k cet 
egard et parce que I'Etat cherchc insidieusement & profiter de leur 
incurie au lieu de les en tirer. 

Telles soci^tes artistiques des petits centres comme Huy et 
Seraing ont organist de fructueuses expositions d'art, sans le moindre 
appui offlciel. Telles socteles archeologiques out cree des musees 
reraarquables auxquels on n'aflectc meme pas de local. Telles encore, 
recoivent des subsides derisoires de I'Etat, calcules sans aucun 
rapport avec leurs besoins toujours grandissants, alors que cette 
an nee, par exemple, de plantureux subsides ont ete distribu^s, dans 
un but patriotique que nous sommes les premiers a reconnaitre et 
estimer, mais pour des entreprises privees d'une duree ephem^re, et 
donl le m£rite n est pas Evident pour tout le monde. 

* 

Nous avons ete charge par le Comite organisateur du Gongr^s 
d'ouvrir une enquete sur la situation materiel le des Soctetes provin- 
ciates et, dans ce but, nous avons adress6 a un certain nombre de 



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412 WALLONIA 

personnes un questionnaire visant quelques points precis, dont l'en- 
semble nous semblait suffisant pour apprecier la question a un point 
de vue general. 

Voici le r^sultat de notre enquete. 

Les subsides accordes aux SociGles sont calcules arbitrairement 
suivant l'importance que r Administration attribue a leur oeuvre. Que 
cette oeuvre se developpe, les subsides restcut ndanmoins les memes. 
lis sont gen^ralement juges insutfisants. II en est de ineme des subsides 
accordes par les provinces et les communes. On doit croire que les 
Soctetes jugent impartialement la question, parce qu'elles n'out pas 
int^ret a enrichir leurs budgets respectifs de sommes dont elles ne 
pourraient justifier l'emploi. On sait que, par une mesure tr6s sage, 
les pouvoirs publics ne liquident les subsides accordds que sur 
production des comptes detailles et justifies. 

Gertaines entreprises telles que des expositions d art, ou des 
fouilles archeologiques urgentes ; certaines ^ventualites telle que la 
mise en vente publique d'une piece de mus^e, peuvent de temps b 
autre justifier des demandes de subsides supplementaires. A la ques- 
tion desavoir, si, en pareils cas, les sommes necessaires sont facile- 
ment obtenues, on repond que ces subsides extraordinaires sont 
rarement sollicites. On devine pourquoi. Quand il y a lieu, les 
societes recourent gen^ralement a des emprunts personnels ! 

Nous avons pose k nos honorables correspondants des questions 
particulieres, relatives aux oeuvres de leurs societes : publications, 
biblioth6ques, fouilles, musses, etc. 

De Tenqufite il r^sulte d'abord que les Soci6t6s ne peuvent 
accorder aucune indemnity aux collaborateurs de leurs publications, 
ce qui les met en etat d'inferiorite vis-a-vis des Academies. 

Le public beige admet trop gen^ralement que le travail physique 
et les risques financiers sont seuls dignes de remuneration. II est 
entendu que ie labeur intellectuel, produit en dehors de TAdminis- 
tration, est un travail de luxe, qu'on duit faire seulement pour 
Thonneur, raalgre les frais oil il entraine, et la depense de savoir et 
de temps — malgr6, tout aussi bien, les acquisitions pr^cieuses qu'ii 
apporte a l'intellectualite publique. 

L'Etat, en tolerant que les savants provinciaux ne touchent 
aucune indemnity pour leur labeur si honorable et si utile, confirme 
l'esprit public dans l'opinion que nous venous de signaler. Quant 
aux administrations provinciates et communales, il est fort a parier 
qu'elles jetteraient de hauts cris si, dans les budgets des Soci£t6s, 
elles voyaient au poste libelle pour indemnites de collaboration ou 
frais de redaction. 



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WALL0N1A 413 

Telle est la situation. Si des exceptions sont possibles, elles 
confirment la rfegle. 

Les Soci&es oflrent k l'instruction de leurs raembres des biblio- 
th6ques qu'elles ont crejes. C<3S bibliotheques saugmentent constam- 
ment d'ouvrages et de publications obtenus par voie de dons ou 
d'echanges. Elles s'alimentent a des sources internationales, grace 
aux relations qu'entretiennent les soci6t£s int6ress6es avec les 
associations similaires des Deux-Mondes. Ainsi s'explique que les 
publications provinciales prouvent une competence toujours k jour. 

Le Rfeglement de chaque Soci6t6 stipule qu'en cas de dissolution, 
la bibliotheque sociale deviendra la propria de la ville ou elle 
est etabiie. 

Gette decision devrait rendre attentifs les pouvoirs publics k 
l'oeuvre des societes. En reality, dans la presque total ite des cas, les 
bibliotheques dont il s'agit ne regoivent de dons offlciels que du 
Gouvernement — et par voie d'echange, bien entendu ! 

Presque toutes les societes archeologiques operent des fouilles 
dans la region oil elles sont etablies. Celle de Namur, qui peut 6tre 
prise corame modeledans ce genre de travail, a operedepuis cinquante 
ans d'innombrables fouilles dans toute la province : elle emploie a 
ces travaux delicats deux ouvriers durant dix mois do Tann6e. 
L'lnstitut archdologique liegeols opere en moyenne cinq a six fouilles 
par an, — et ces fouilles durent parfois, commo on sait, plusieurs 
semaines, et mSme plusieurs mois. 

Nombre de fouilles op^rees par ces societes ou par d'autres 
sont c61ebres par la rarete, par la valeur artistique ou scientifique des 
objets mis au jour. G'est grace a ces fouilles qu'ont pu ctre cr6es les 
Musees archeologiques de Namur, de Ltege, de Charleroi, etc. Les 
fouilles sont Tobjet d'un compte-rendu dans les publications, qui font 
ainsi connaitre les richesses souvent precieuses pour la science, 
parfois d'une valeur inestimable, que rec^lait le sol wallon. Ce sont 
des travaux de cette nature qui out fait connaitre des savants tels que 
MM. Bequet et de Pdydt. Les fouilles de la Villa dVntee dans la 
province de Namur sont c^lebres dans le monde entier, et il ne se 
passe point de saison que des savants strangers de tout premier ordre 
ne passent par la Belgique pour aller a Namur admirer et etudier les 
magnifiques collections de bijoux recueillis sur Templacement de 
cette villa gallo-romane. 

La valeur du mus^e de Namur est inestimable. C'est une des 
curiosit6s scientifiques les plus honorables de la Belgique, et ce 



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414 WALLONIA 

Musee, realise dc toutes pieces, k grand'peine et k grands frais, par 
un groupe dhommes devoues et d6sinteresses, est le type meme du 
mus6e archeologique consacre aux richesses d'une raeme region. 

II ne dependait point des soci6t6s analogues d'arriver k cons- 
titu3r des collections d'aussi haute valeur. Des circonstances locales 
sont en grande partic la raison de leur peu de developpement. Le 
Musee de Ltege fonde vers 1850 entasse encore ses collections dans un 
local exigu et rilicule, qui est sous les combles de THotel provincial, 
pendant que des sculptures admirables, qui n'auraient pu y trouver 
place, ache vent de s'effriter, au grand d^sespoir de nos archeologues, 
au beau milieu de la cour interieure du raerae hotel. II a fallu l'ent£- 
tement personnel de l'Echevin actuel des Beaux-Arts de cette ville 
pour obtenir qu'un local convenable flit enfin promis aux admirables 
collections de Ylnslitut Itegeois. 

Tous les musses du pays contiennent des pieces tres importantes, 
qui auraient ete irremediablement perdus, ou definitivement enle- 
vees par T6tranger au patrimoine de la nation, s'il ne s'^tait trouve, 
dans les environs, au moment ou on les a decouvertes, des hommes 
devoues et competents pour les sauver, les definir et les conserver. 

Ainsi une grande partie des richesses archeologiques du pays 

doit a l'existence des societes regiouales d'etre a la disposition du 

monde savant, des artistes et du public. 

* 
* * 

On voit, par ces details gen^raux trop succincts, quelle e<t 
l'importance materielle de Voeuvre de ces society wallonnes. Nous 
nous sommes tout naturel lenient etendu, k leur sujet, parce que la 
valeur de leurs travaux et de leurs oeuvres est moins connue que 
celles des society artistiques et litteraires, parce que leurs publi- 
cations p6u6trent moins dans le grand public — et parce qu'elles 
dedaignent, bien a tort, ce qu'on appellc vulgairement la reclame. 

Un musee archeologique dans une ville est une curiosite locale 
a I'egal d'un grand monument public, d'une bibliotheque cetebre. 
C'est un Element de vitalite intellectuelle autour duquel se groupent 
les savants et des erudits. C'est aussi une oeuvre destruction publique 
de laquelle les Administrations out paribis le tort de ne rien ou pres- 
que rien lirer. Pour n'en dire que cela, ses enseignements, mis a la 
port^e de tous, seraient un aliment pr6cieux pour l'amour du sol et 
des anc&tres, fondement du patriotisme le plus salutaire. (*) 

(1) II y aurait beaucoup a dire sur la question des Musees rcgionaux. lis sont 
non-seulenient trop negliges en Belgique, ruais certainement trop peu nombreux. 
Notre collegue du Congres, M. Tarchiteete Didier, a fait rapport sur la creation d'un 



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WALLONIA 415 

Les Pouvoirs publics se doivent pour toutes ces raisons, d'encou- 
rager largement les institutions de cette esp6ce comme les Societes 
qui. apres les avoir crepes, les soutiennent encore de leurs deniers et 
les enrichissent de leurs trouvailles et de leurs etudes. 

Certes l'Etat accorde, nous l'avous dit, des subsides a ces Societes, 
a ces Musses. Mais, fusseut-ils doubles, que ce mode d'encourage- 
ment serait encore insufflsant. L'Etat doit mieux que son aide pecu- 
niaire : il doit une protection eflicace contre sa propre Adminis- 
tration qui, d'autre part, fait aux musses provinciaux unc concur- 
rence pour ainsi dire de tous les instants. 

II existe k Bruxelles des Musees nationaux, admirablement 
diriges, ou les objets sont mis en pleine valeur par d eminenls 
savants, et qui sont une des richesses les plus considerables du pays. 

L'existence de ces Musees nationaux se justifie par trop d'argu- 
ments pour qu'il soit necessaire d'approuver les dotations consi- 
derables qu'on leur accorde genereusement. 

Mais Texistence des Musees regionaux n'est pas moins neces- 
saire, et l'Etat le reconnait, en principe, en les subsidiant. 

En maintenant ses subsides, malgre le deveioppement tou jours 
grandissant des Mus6es nationaux, l'Etat agit de la memo maniere 
que vis-a-vis des depots provinciaux d'archives, qu'il a lui-meme 
crees dans les anciennes capitales a cote des Archives particulieres 
des Provinces et des Communes. 

Lorsque des documents nouveaux propres k enrichir l'Etat sont 
decouverts et mis en vente, il s'en rond acquereur et les distribue, 
suivaut leur nature, entre ces divers depots, reservant seulement 
pour les Archives centrales ce qui est relatif au royaume ou aux 
institutions generates, Dans les graudes ventes de documents 
d'archives, on ne voit jamais l'Etat entrer en concurrence d'encheres 
avec les pouvoirs communaux et provinciaux : il nese sublitue aux 
autres pouvoirs que pour suppleer a leur negligence ou a leur indi- 
gence, enfin 6viter que les pieces mises en vente ne passent k 
Vetranger. 

Celte conduite est trop logique pour meriter des eloges. Nean- 
raoins, elle doit etre louee lorsque Ton voit d'aulre part, r Admi- 
nistration centrale entrer constamment et par principe en concurrence 
sur leur propre terrain avec les societes archeologiques provinciales. 

genre de musees de la plus haute utilite. Sur un autre cdte de la question, on con- 
sultera avec profit un excellent mernoire sur V Utilite des collections d'histoire 
naturelle rtgionale, par Emile Hublard, dans les « Me'inoires et Publications de la 
Society des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut », V serie, t. VII. Mons, 
1894. Pages 241 a 267. 



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416 WALLONIA 

N'est-il pas extraordinaire qu'un musee comrae celui de Namur 
n'ait jamais regu ni dons ni depdts de l'Etat ? Serait-ce parce que 
la socidte namuroise n'a pas de caractere officiel ? Nous demandons- 
alors ce que I'admiuistration provincialo ou locale, ceque l'Etat lui- 
raeme aurait pu faire de mieux que cette compagnie savante — 
surtout pour le m(5me prix, c'est-a-dire pour rien ? 

Gela cest Viniifference de l'Etat. II y a inieux, nousl'avons dit : 
il y a sa concurrence. 

Cette concurrence sVxerce au grand jour. Les musses do 
Bruxelles, institution de l'Etat, ontd^s convspondants par tout le 
paj's. Lorsqu'une trouvaille importante leur est signalee, un d<Megu6 
de r Administration s'cmpresse de venir sur place surencherir ct 
enlever lesobjets qui sont ainsi ravis a leur destination naturelle. 

Plusieurs personnes, en.reponse au questionnaire que nous avons 
distribu6, s'elcWent avec energie contre cette concurrence, que Tune 
d'entre elles n'hesile pas a qualifier de deloyale. « Cest en cflet, dit- 

> ello, gr&ce a leurs revenus enormes que les musses de l'Etat 

> peuvent enlever ce que, parfois, nous avons nous-memes d6cou- 
» verts, et ce qu'en tous cas, nous payerions gen^ralement beaucoup 
» moins cher. » Un autre de nos convspondants ajoule en termes 
dont le pittoresque n'exclut pas une certaine logique : « Ces mes- 

> sieurs les hauts fonctionnaires hesitent d'autant moins que ce n'est 
» pas leur argent qui danse ! » D'autre part on signale ce fait : « On 
» soudoie les ouvriers carriers et il ne nous est plus guere possible 

> d'obtenir un objet trouve dans nos fouilles. On paie d'aulant plus 

> facilement qne c'est avec 1'argent de l'Etat ; cette concurrence est 
» cependant ilK'gilime, puisque 1'argent de< contribuables c'est le 
» notre!» Ail leurs on se plaint dans les termes suivants : « Nous 
» n'osons plus entreprendre de fouilles, quoique no\n soyons en 
» excellente situation pour en faire, parce qu'il faut absolument 
» passer par les exigences de ces messieurs. L)u reste, its ne se genent 
» guere. S'ils apprennent qu'il pour/ait y avoir quelque chose 
» quelque part, ils arrivent, ils s'installeut et fouillent sans nul 

> souci de la Society locale et de son mus£e. » 

Enfin, un autre corrcspondant s'exprinie on these geuerale de la 
maniere suivanle : 

En ce qui concerne la littera D de la 3 e question, nous blamons, dc 
la facon la plus 6nergique, la concurrence faite aux mus6es locaux par les 
mus6es gouvernementaux de Bruxelles. 

En un moment oil Ton etudie d'une facon tres approfondie les histoires 
locales, ou Ton veut deccntraliser, c*est-a dire appliquer a I'histoire, a 
rarcheologie, la melhode analytique, ou Ton veut connaitre a fond les 



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WALLONIA 417 

caracteres, les moeurr, le passe special de chaque r6gion, la centralisation 
a Bruxelles est des plus funestes est des plus condamnables. 

Les objets d^couverts dans chaque region devraient demeurer dans ces 
regions parce qu'ils font connaitre, d'une facon sure, comme des t^moins 
authentiques, I'etat de culture, 1'avanceraent des arts, I'ethnographie du 
passe\ les influences etrangeres de ces regions. lis sont plus caracteristiques, 
out plus de valeur documentaire aux lieux ou ils ont 6te decouverts, que 
dans des musees ou ils sont perdus au milieu d'autres sans autre rapport 
avec eux que, partois, des rapports artistiques, etant devenus, simplement, 
des objets de curiosity, au lieu d'etre ce qu'ils seraient sur les lieux, des 
documents d'etude. 

On pourrait citer mille exemples de ce pillage, c'est le seul mot qui 
convienne, execute* par les musses de la Gapitale, au moyen des grosses 
sommes d'argent dont ils disposent, au detriment des musees provinciaux, 
organismes prives et generalement poss6dant des ressources tres restreintes. 

On le voit, il y a li un mal g6n6ralement constats, dout on doit 
s'emouvoir, tant au point de vue de la stricte justice que pour des 
raisons de sentiment et de patriotisme local. 

On donne pour raison a de pareils errements que nos mus6es 
regionaux ne peuvent avoir d'imporlance, a cause du manque de 
ressources. On entre ainsi dans un cercle vicieux. t Si l'Etat, 
riposte-t-on, se montrait un peu plus large envers nos Societes, elles 
pourraient tout aussi bien que les fonclionnaires acheter les objets 
que maintenant elles doivent abandonner a la rapacitede Tadminis- 
tration centrale. » 

On dit encore : la science a intereti favoriser les grands dep6ts, 
les grands musees. Mais alors, il faut aller jusqu'au bout, et, dans 
l'interet de la science, qui n'est d'aucune patrie, pousser a la sup- 
pression des musees nationaux en faveur de I'institution d'un Grand 
Musee Indo-europeen — en attendant mieux ! 

Nous disons, au contraire : Plus on distribuera dans le pays les 
richesses artistiques et scientifiques qui appartiennent a tous, plus 
on repandra la lumiere. 

En princip8, les richesses d'une region doivent revenir k son 
mus6e. Si les musses de Bruxelles trouvent certains objets interessants, 
ils n'ont qu'a s'en payer le moulage. Ils sont admirablement outill6s 
pour cela, ils font des moulages qui iniitent admirablement la nature 
— et l'Etat en ferait payer les exemplaires aux soci6t6s qu'il a 
spoli6es ! C'est l'ironie supreme. 

Nous trouvons que c'est un attentat a la propriGte naturelle que 
de soustraire a un musee public un objet trouve! dans sa region. 

Un seul mus6e, etabli dans la capitale, appauvrit inutilement 
les provinces, et soustrait k la partie de la nation & qui elle pourrait 
6tre directement utile, uue matiere d'inslruction publique, une source 
d'inspiration esthetique ou scientiflque. 



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418 WALLONIA 

Aussi nous u'h&sitons pas a proposer au Congres de voter la 
condamnalion tres nette des erremeots syst^matiques de Tadminis- 
tration centrale. 

Oli ! nous savons ce que les d£fenseurs de l'^tat de choses peuvent 
ri'pondre ! lis peuvent repondre que les institutions que nous deman- 
dons de prot^ger ont un caractere prive. C'est le grand argument. 
Est-ce a litre priv6, cependant, que les Societes ont cre6 leurs mus6es > 
Mais ils sont publics, et leur propriete se transmettra iufailliblement 
un jour a l'administration locale ! Et puis, qui empeche qu'on 
declare d'utilite publique, par une bonne loi, ces Societes et leurs 
institutions ? 

Qu'on leur accorde done la personnalite civile leur permettant de 
poss&ler, d'ester en justice — et au besoin de s'&ever juridiqueinenl 
contre les pretentions abusives des Administrations. 

Beaucoupd'arguments ont ete fournis par nos correspondants en 
faveur de cette mesure de justice et d'equite, sur laquelle leur atten- 
tion se trouvait attiree. Certains inconvenients de la situation actuelle 
sont excellemment resumes dans la note suivante : 

Oui, il y aurait lieu, a notre avis, de demander a la legislature la per- 
sonnalite civile pour les societes artistiques et scientiflques, et ceci pour 
plusieurs raisons. Je parle specialement en ce qui concerne les societes 
archeologiques qui, g6n6ralement, possedent un mus6e. En efTet, les Societes 
n'etant pas persojines morales, ne possedent pas au sens juridique du 
mot. Elles torment des associations momentanees, >ans aucune valeur 
juridique; et si elles ont un ?nusee, des objets acquis au moyen de deniers 
communs ou donnes, la possession de ces objets par l'as.^ociation est ties 
discutable. Sont-ils la propriete indivise de tous les raembres, sont ils la 
propriete de ceux qui faisaient partie de la societe au moment oil les objets 
ont 6t6 acquis, ou sont ils simplement res ?iullius? La consequence la plus 
grave est que, si un objet ei>t derobe, la poursuit edu voleur et la demande 
de restitution sont juridiquement impossibles. 

De plus, les societes en question, bien que possedant des objets de 
grande valeur, ne peuvent les faire assurer contre I'incendie : 1° parce que 
la question de propri6l6 peul etre discutee ; 2° parce que pcrsonne dans la 
societe n'a quality pour faire assurer. Sans doute on assure, mais juridi- 
quement, le central d'assurance n'a aucune vak*ui : la society d 'assurance 
pourrait refuser, en cas de sinistre, de payer I'indemnite, sous pretexte que 
personne. dans la Societe n'est sufllsamment qualitle pour lui donner 
quittance et decharge valable. 

Enfln, au cas ou une personne voudrait. apres deees, faire don a ces 
societes d'objets de valeur, la donation est impossible juridiquement. On 
doit remettre ces objets a une tierce personnalite : administration publique 
ou particulier qui execute le depot sans aucune garantie ni pour le defunt. 
ni pour le beneficiaire defimlif du logs. Les mus6es arch6ologiques se sont 
vus prives, par cette disposition legale, de nombreux legs qui leur auraient 
6t6 faits si fexistence legale des societes scientifiques avaitGte reconnue. 

Gomme on le voit l'idee est dans l'air. Tot ou tard, on verra ces 



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WALLONIA 419 

associations se transformer en soci6t6s anonymes ou en societes 
cooperatives. L'Etat ferait oeuvre sage en prenant les devants. 

Les Administrations locales et provinciates ne pourraient voir 
que d'un bon oeil toute mesure tondant a proteger ce qui constituera 
plus tard leur proprieto, ct a en voir assurer los accroissements — 
bien qu'elles se montrent trop souvent elles-memes d'une parcimonie 
scandaleuse. 

En attendant, nous le repetons, il appartient a tous ceux qui 
s'interessent aux societes scientifiques et artisliques de la Wallonie 
d'emettre un voeu energique on leur faveur. 

G'est pourquoi nous proposons au Gongres les resolutions 
ci-dessous : 

VCEUX 

I. 

Gonsiderant Tutilite sociale des society scientifiques, litteraires 
et artistiques r6gionales et de leurs institutions ; 

Gonsiderant qu'elles contribuent puissamment a entretenir et k 
developper dans le pays l'esprit scientiflque et artistique ; 

Gonsiderant qu'elles sont parfaitement desint6ressees ; 

Le Congres 6met le voeu : 

1°) Que la Loi accordea ces societes la personnification civile; 

2°) Que les administrations locales, provinciales et centrale leur 
aident par de larges subsides, et qu'elles accordent gratuitemont los 
locaux necessaires, convenables et honorables aux bibliotheques, 
musses, expositions, etc., crees ou entrepris par ces societes; 

3°) Que les administrations provinciales interviennent aussi 
souvent que de besoin, a la requete des societes archeologiques, pour 
favoriser par tous les moyens en leur pouvoir, les fouilles entreprises. 

II. 

Gonsiderant en outre que les Mus6es regionaux existants ont un 
droit naturel a la propriety de toutes les trouvailles archeologiques 
op^rees sur leur territoire respectif ; 

Le Gongrfes emet le voeu : 

1°) Que Tadministration centrale 6vite d'entrer en concurrence 
avec ces societes pour Tachat de ces objets, et qu'au contraire les 
pouvoirs publics leur accordent tout appui et au besoin tous subsides 
necessaires pour aider k l'achat ; 

2°) Que les objets achetes par l'Etat dans le pays ou a retranger, 
provenant d'une region determinee, soient deposes par lui dans le 
mus£e de la region. 



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XXI. 

M usees regionaux et locaux 

PAR 

Charles DIDIER 

Directeur de la revue Le Cottage, a Bruxelles. 



D'autres diront, et mieux que je ne pourrais le faire, ce que 
furent dans les temps passes, les arts an pays wallon; ils diront 
surlout ce que sera leur nouvelle floraison; car, au moment ou dans 
toute rEurope se produit un mouvenient si intense de retour aux 
belles traditions ancestrales, k Tart r&gional et populaire par oppo- 
sition au ddprimant et sterile internationalisme des Academies, il 
n'est pas possible que la Wallouie reste insensible a ce renouveau, k 
cette veritable Renaissance contemporaine. 

Je voudrais seuleraent signaler a Tattention du Congres le moyen 
que je considere comme le meilleur pour provoquer dans Tame du 
peuple — seule source de Tart sincere et vrai — le bosoin du Beau : 
ce inoyeu, c'est la creation de Musees regionaux et inline locaux. 

Le pavilion de l'Art ancien a I'Exposition, aura certainemeut et£ 
pour la plupart de nos coinpatriotes une vraie revelation : beaucoup 
se seront etonnes de ce que les merveilles qu'il contient aient pu etre 
cr^ees par des hoinines qui furent de notre sang, de notre race. II y a 
la uotamment des meubles et d'autres objets d'usage journalier, 
oeuvres d'artisans inconnus, qui sont d'un charme et d'une elegance 
que rien ne depasse, et qui semblent un reproche discret aux abonii- 
nables mobiliers de bazar qui deshonorent Timmense majorite de nos 
interieurs modernes. Ce pavilion de l'Art ancien fut ^videmment le 
clou de rExposition ; mais demain tous ces objets vont retourner 
chez leurs proprietaires, collectionneurs et autres, et le magnifique 
effort qui a 6te fait ne se renouvellera probablement plus dMci 
longtemps. Une aussi belle < legon dechoses» doil-elle <Hre perdue? 
Ce serait vraiment dommage. 

Je pense qu'il faut au contraire profiter de cette occasion, et 
voici ce que je me permettrai de conseiller. J'ai preconis6 il y a 



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WALLONIA 421 

quelques mois la formation on Belgique d'une Societe d'art populaire 
et regional semblable a celle qu'a cre£e en France mon excellent ami 
le po6te Jean Lahor. J'anncxe & ce rapport la note que j'avais £crite a 
ce moment : elle explique assez en detail le but que poursuivrait la 
society a fonder. Jai 6te assez heureux pour recevoir de chaudes et 
sinceres adhesions comme celles de Charles Buls, Am&Lee Lynen, 
Max Elskamp, Louis Cloquet, Jean d'Ardennk, CAssiKRset cinquante 
autres personnalit^s : mais c'est surtout dans le pays wallon que 
l'id6e a 6t6 bien accueillie notamment par MM. Oscar Colson, Paul 
Jaspar, Polain, Delhaxhe, Comblen, Mockel, Henri Simon, Paul 
Themon, j'en passe et des meilleurs. 

Gette Societe, qui devrait faire de la decentralisation a outrance, 
ne serait en realite que le 111 qui unit une s6rie de groupes locaux, 
absolument autonomes, qui manifesteraient leur activite en errant 
chacun un musee, exclusivement consacreaux meilleures productions 
d'artisans anciens et modernes de la localite meme ou des villages 
voisins. 

On ne verrait pas dans ces musees des momies egyptiennes, ou 
des tiares de Saitapharnes; lout cela serait reserve pour les grands 
musees nationaux. Mais on essayerail, dans chacune des localites ou 
se formerait un groupe, d'amenager soit une ancienne maison, soit un 
coin de batiment communal ; (ainsi par exemple, ily a a Stavelot 
une vieille tour, qui faisait partie de l'abbaye; on y remise aujour- 
d'hui du bois et des sacs de farine, je crois ; on ferait la a pen de frais 
un mus^e original et charmant !) Et lous ces musses varieraient 
suivant les occasions oflertes dans chaque endroit, suivant les metiers 
d'art qui y furent florissants, ou qui subsislent encore. 

Une fois le local trouv6, il s'enrichirait de dons (souvent objets 
sans valeur chez les particuliers ou ils sont isoles), de legs de collec- 
tionneurs, d'achats, si les fonds le permettent, d'echanges avec des 
musses correspondants, elc, etc. 

II y aurail certainement une belle et interessante emulation 
entre tous ces musees en miniature. J'ai la conviction profonde que 
tres rapidemenl ils produiraient des effets extremement encoura- 
geants, et que bien des communes flniraient meme par leur attribuer 
des subsides, en reconnaissant leur influence eslhelique >urtout sur 
les jeunes generations. 

Enfin, aujourd'hui que l'automobile el la bicyclette font visiter 
les coins les plus perdus par une lbule internationale, ne serait-il 
pas charmant et instructif de pouvoir trouver ainsi paitoutde ces 
petits musees locaux, sans pretention, mais ayant chacun une note 
sp6ciale ? Cela ne vaudrait-il pas mieux que ces SocieHes d'attrac- 



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422 WALLONIA 

tions, qui £n g£n6ral emanent de cabaretiers soucieux surlout de Tart 
d'Ecouler des bocks et du schnik ? 

Dans une note aussi ecourt^e quo celle-ci, il n'est guere possible 
de d^velopper tous les cotes de ce projet, celui-ci doit evidemment 
etre eclaire par une discussion que je serais tr6s heureux d'avoir pu 
provoquer. 

L'ART POPULAIRE ET REGIONAL 

Un grand proces se plaide actuellement devant le tribunal de 
l'opinion publique, celui de l'Art regional contre le soi-disant Art 
nouveau. L'afTaire est assez coinpliquEe, les adversaires ne s'eu- 
tendent m&me pas tres bien sur leurs appellations respectives ; si le 
Modern-style s'intitule partbis Art nouveau, Style esthetique, etc., 
d'autre part le plaignant se pr^sento comme Etaut l'Art national, ou 
regional, ou populaire, ou le Style, tout court ; bref, on ne s'y 
retrouve guere. 

Voici les faits de la cause. Le Modern-style a Evidemment fait 
fail lite : il a pris des engagements qu'il n'a pu et ne pouvait tenir. 
Attendu comme le Messie par tous ceux que d^goiitait la servile et 
st&rile imitation des anciens styles dans laquelle s'est trante tout le 
xix e stecle, l'Art nouveau a manque des qualites essentielles qui 
auraient assure son existence : la simplicity, la logique, le bon sens, 
la bonhomie, la sinc6rite. Faisant table rase du pass6, il a voulu tout 
d^molir, tout ce qui etait bon aver ce qui ne valait rien, a la fa^on 
des anarchistes. 

NEanmoins, il aura etc tres utile, car il aura, a l'Evideuce, 
demontre que Ton ne pent, que Ton nc doit pas rompre avec 
la tradition. 

L'art d'un peuple, d'une race, est en effet un produit multi- 
seculaire, d'une essence tellement subtile qu'elle echappe a l'analyse. 
Comme I'enfant de Boherne qui n'a jamais connu de loi, il lui faut la 
liberty absolue, integrate. II est semblable encore a une plante 
robuste et vivace, mais qui ne prospere que dans le sol natal, dans 
Tatmosph^re natale, et qui meurt des qu'on la veut transplanter. 

Et c'est parce que Ton a m6connu ces v6rites que l'Art est mort: 
successivement partout ou a sevi le nefaste internationalisme, uni- 
ficateur, niveleur. L'Art a disparu pour faire place k la Mode , 
aujourd'hui les modeles dc toilettes de femmes, les robes, les cha- 
peaux, etc., s'^laborent dans les offlciues des faiseurs de Paris, et de 
la rayonnent et se repaudent dans l'univers entier, d'un pole a 
Tautre, toujours plus extravagants et plus grotesques. De meme 



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WALLONIA 423 

fagon, la mode s'impose aujourd'hui, pour les arts, la litterature, la 
musique : les faiseurs sont autres, le proced6 reste le raeme. 

II semble done, que dans nos pays pr&endument civilises la 
source meme de l'Art soit tarie. 11 y a bien des artistes, et meme 
quelques-uns sont tres grands, mais il n'y a plus d'arts nationaux. 
L'art frangais, Tart allemand, ou anglais, ou am6ricain ? Des mots ; 
tout cela n'existe pas ou n'existe plus. Les expressions politiques- 
g£ographiques actuelles ne correspondent plus du tout a des natio- 
nality v^ritables, aux races qui, malgre tout, k travers le temps et 
Tespace, perdurent et conservent leur genie particulier. Ainsi, 
pourrait-on parler d'un art austro-hongrois dans la mac&Ioine de 
peoples r^unis comme par hasard dans cette monarchie heteroclite? 
L'art provengal a-t-il la moindre attache avec l'art breton ? Dans un 
petit pays comme la Belgique, deux races (qui s'entendent fort bien 
politiquement), la Flamande et la Wallonne, ne sont-elles pas totale- 
ment differentes dans leurs fagons d'exprimer la beauts des choses. 

Et an point de vue de la decheance de l'Art, la Belgique oft're 
precisement un exemple bien caracleristique. Ce fut jadis la terre 
detection de metiers merveilleux, qui sont aujourd'hui morts ou a 
peu pres : Morte, la tapisserie qui rendit fameux les noms d'Aude- 
narde et de Bruxelles ; morte, la diuanderie qui depuis le xnr siecle, 
produisitdes chefs-d'oeuvres connus jusqu'au fond de la Scandinavie; 
rnort, Tart du vilrail dont les derniers temoignages flambbient encore 
dans les vieilles cathedrales ; arretees k jamais, les presses de cette 
imprimerie id&Ue : le musee Plantin ; disparus, les graveurs sur 
bois, les imagiers, tites par les IVoids procedes photo-mecaniques ; 
eteintes, ces generations d'ouvriers-artistes qui de pere on fils 
travaillaient amoureusement le bois, le verre, la pierre, la faience, 
mettant un peu de leur ame a la fois fine et naive dans tout ce qui 
sortait de leurs mains ; mourante, I'industrie des tees dentellieres. 
D£saffectees de leur fonction primitive et logique, qui est la decora- 
tion des edifices publics et prives, la peiuture et la sculpture beiges 
produisent des quantit&s effroyables de morceauxji'expositions et de 
non valeurs que d'ail leurs personne n'achete. Et l'architecture, elle- 
meme, le premier de tous les arts, qu'a-t-elle produit en Belgique 
depuis un siecle ? Des habitations d'une banalite et d'une pretention 
invraisemblables, des monuments, parfois gigantesques mais d'une 
vulgarite flagrante des qu'on les compare a ceux qu'ont laiss£s les 
anciens. 

La cause de cette decheance de Tart, non seulement en Belgique, 
mais partout, e'est que le sens artistique du public contemporain est 
fauss^, du haut en bas de 1 echelle, radicalement fausse ; ce sens, dit 



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424 WALLONIA 

Maeterlinck « est inferieur a ce qu'il fut jamais. Cela est probable- 
montattribuable a la diffusion plus facile,par rimprimerie,lesimages, 
etc., de ce qui n'est pas beau.» On pourrait ajouter que la production 
intensive de notre temps a fait perdre a tous les objets usuels qui 
nous entourent en qaalite ce qui a 6te gagn6 en quantite : est-ce bien 
la un progres ? 

line autre cause de la decheance des industries d'art, c'est que 
nous vivons, comme le dit fort justement Lucien Magne, « a une 
epoque ou Tart a cesse d'etre l'expression vive des idees populaires, 
et n'est plus que le luxe d'une elite pour laquelle la fortune tient 
lieu de tout. > De spontane, de sincere qu'il etait, Tart contemporain 
estdevenu conventional, 6triqu6, ou extravagant ; ou bien, enserr6 
dans les formules etroites des Academies, des programmes offlciels, 
ou, par antithese, excentrique, acrobatique, ce qui nous a valu, dans 
tous les domaines, les elucubrations les plus funambulesques, les 
deliquescents, les impressionnisles, les styles esthetiques, et toutes 
sortes d'ceuvres de toques, d'incapables,... ou de roublards, exploitant 
Tinsondable et eternelle betise humaine. Bref. aujourd'hui, on 
fabrique de Tart, et des artistes, (comme on fabriquc des rails, du 
verre a vitre etc.) k l'usage des parvenus et des snobs. 

II est grand temps que Ton se ressaisisse : aussi de toutes parts 
une reaction de simple bon sens se produit. Si quelques-uns, d6cou- 
rag6s par I'echec de l'art nouveau, se remettent a copier, comme 
Bouvard et P&mchet; si le public retourne aux Styles Renaissance, 
Louis XV et Louis XVI, d'autres, et non des moindres, ont compris 
que ce n'est pas la qu'il faut chercher une solution definitive. 

Ce qui importe, et avant tout, c'est de renouer la tradition, 
brutalement abolie dans nos provinces par I'autocratie de Napoleon, 
qui ne vit dans Tart qu'un moyen de glorification personnelle. Ren- 
voyons done a l'arch^ologie toute la d^froque grecque et romaine, qui 
n'est pas faite a notre aune ; puis, sans remonter au deluge, ni raeme 
au moyen-age, tachons de reconstituer les debris de notre antique 
patrimoine ; que cbaque province d'Europe fasse I'inventaire de ses 
richesses, et se remette a cultiver son propre champ, son fonds 
populaire, sans chercher a empieter sur celui du voisin. Comme le 
disait naguere, dans un beau discours fort independant, Charles Buls, 
l'ancien bourgmestre de Bruxelles : « Ecrivains et artistes vont 
aujourd'hui s'abreuver aux sources vivifiantes jaillies du sol de la 
patrie et s'inspirent de la vie des humbles, du paysan, de l'artisan, 
du pecheur, rebelles a la livree inlernationale des mondains et a leur 
existence artificielle. » 



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WALLONIA 425 

L'internatiofialisme on art est nne absurdite, c'est la negation 
meme de l'art. Reeemment a propos d'une querelle qui faillit s'enve- 
nimer, Edmoad Picard ne montrait-il pas, avec sa verve coutumiere 
rinanito d'uu art international. Et l'exemple du grand succes obtenu 
par Galle et 1'ecole de Nancy, n'est-il pas frappant ? 

L'art sera national, ou il ne sera pas. 

Mais ce mot de national doit etre compris dans le sens de « parli- 
fculier a une race ». Or, corame les divisions politiques de 1* Europe 
ne correspondent plus du tout a des divisions ethnographiques 
reelles, national ne convient d&udement plus ; il faut done le rem- 
placer par le terme, d'ailleurs adopts aujourd'hui, de regional, qui 
est fort clair et explicite. 

Cetle idee du rdgionalisme artistique, et, partant, de la decen- 
tralisation, a fait depuis quelques anndes un ehemin Snorme ; chaque 
jour lui amene de nouveaux partisans. 

En France, le poete Jean Lahor s'est fait depuis longtemps le 
protagoniste de ces idees et il est parvenu k fonder la Socidtd d'Art 
populaire et d'hygiene, groupant autour de lui des homines comme 
Mistral, le grand poSte, cr6ateur du MusSe populaire d'Arles, 
Cheret, Dufrene, Grasset, Riviere, Lalique, Besnard, Aubert, Fustor, 

Theuriet, Uzanne, Charles Richet, A. Robin, Chirles-Brun, etc 

— En France encore une serie de groupemenls iV^ionalistes se sont 
formes, et a leur tour grnipes entre eux sous le titre de : Fiddration 
regionalize frartQaise. T T ne sociSte encore plus speciale s'est fondee 
Tan dernier sous le titre : « I' Art rtistique », due a l'initialive du 
sculpteur Pierre Roche, qui veut, par des expositions, des musses, 
« faire connaitre ce qui survit des aits populaires et rendre justice 
aux qualitSs de simplicity, de bon marche,de logique, qui distinguent 
le plus souvent, ou distinguaient, les travaux du peuple. » — Outre 
le rausej Arlaten, il y a ddja d'autres musses frangais d'Art popu- 
laire, a Quimper, k Honfleur notamment. 

En Suisse, des musSes semblables existent aussi, a Berne, a 
Fribourg. 

En Allemagne, le in usee Gennanique, de Nuremberg, contient 
une serie superbe de salies speciales consacrSes a 1'Art populaire; de 
meme le mu see de Hamhourg. — Une exposition extremement 
intSressante a eu lieu rScemment a Berlin, provoquee par le Deut- 
scher Verein fiir landliche Wohlfahrts- und Heimatspflege. [/expo- 
sition qui se tint dans les locaux du musSe d'art industriel, rSunit 
une foule de documents de l'art des paysans dans di verses parties de 
TAllemagne, photographies de fermes anciennes, vieux interieurs, 
mfcubles, objets divers, costumes, etc., etc... Une serie de personna- 



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426 WALLOKJA 

litems allemandes se passionnent, pour cette question, Schultze- 
Naumburg, 0. Schwindrazheim, J. Brinckman, H. Sohnrey, la 
comtesse de Bismarck-Bohlen, E. Kuhn, Hartmann, R. Kempf; en 
Baviere surtout l'architecte Zell, Deininger, etc... Des 6diteurs 
corame Seeman de Leipzig, Gerlach de Vienne, ont publie des livres 
exquis sur l'Art des paysans. 

En Angleterre, en Hollande, en Bosnie-Herzegovine, dans la 
Russie meme des Koustari, partout enfin, on se preoccupe de ce 
renouveau de l'Art populaire et traditionnel. 

En Belgique il est evident que de norabreuses personnes s'inte- 
ressent a ces questions, mais elles sont eparses de ci de la, sans lieu 
entre elles; il n'y a guere de relations qu'entre celles qui s'occupent 
de Folklore, ainsi par exemple lcs lecteurs de Texcellente revue 
Wallonia. Deux Musees d'Art populaire sont pourtant en formation, 
tres embryonnaires il est vrai, Tun a Liege, l'autre a Anvers. II 
est a souhailer que leurs fondateurs n'en fassent pas des « prisons de 
de l'Art » comme (lit tres bien de la Sizeranne en parlant des 
musees en general; il taut, absoiument que ces musses aient un but 
pratique et servent a renouer la tradition perdue. Et il est a souhaiter 
aussi que bientot une Socidte dWrt populaire et regional soit cr6ee 
en Belgique : ce sera pour ce pays, que nous avons pris comme 
exeraple, le premier pas dans la bonne voie, celle qui, a la fois, 
rendra la sincerite qui lui manque a l'Art contemporain, eten meme 
temps r6veillera ces beaux metiers d'art, qui pourtant ne sont pas 
morts, mais qui dorment ; d'eux aussi Ton peut dire, avec 
Ch. de Coster : 

« Est-ce qu'on enterre Uilenspiegel, V esprit 
et Nele, le coeur de la Mere Flandre ? » 

ou avec cet eveque, qui en Tan 1468, disait avec admiration en 
parlant de Li6ge, la Ville Ardente qui renaissait de ses cendres 
apres le sac que lui fit subir Charles le Temeraire : 

« En vdrite, elle ne rent point mourir! 

L'Art populaire ne veut pas, ne peut pas mourir; depuis un 
Steele, il a 6t£ nteconnu, dedaigne, ignore^; mais nous assistons a 
une veritable renaissance, k un reveil international de l'Art national, 
ou regional, populaire, (rustique si Ton veul, bien que cette der- 
niere expression soit assez (Hroite). Et nous devons sincerement 
nous en rejouir, et faire de notre mieux pour que rien ne vienne 
entraver ce mouvement de belle renovation. 

G. D. 



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XXII 

Un premier Pare national en Wallonie 

PAR 

Charles DIDIER 

Directeur de la revue Le Cottage, a Bruxelles. 



Etant la partie la plus industrielle d'un pays intens^ment 
industries la Wallonie a fatalement beaucoup souffert de cette 16pre 
speciale aux regions oil poussent les usines : terris noirs qui semblent 
des tombes .gigantesques, coulees sanguinolentes et blafardes de 
scories et de detritus, fum^es &cres qui, (on 1'ignore trop !) erapoi- 
sonnent sou vent la vegetation k des lieues a la ronde, eaux r6siduaires 
qui polluent les rivieres et les fleuves jusqu'& la mer. Nos grandes 
valines wallonnes, de la Meuse, la Sambre, et la Vesdre, qui durent 
pourtant etre si belles il y a quelque cent ans, sont aujourd'hui 
abominablement abimSes et mutil6es, parfois meme elles sont 
devenues sinistres. 

El maintenanl, oic s'elageaient les maisons claires, 

Et les vergers et les arbres allumes d'or 

On aperQoit, a Vinfini, du Sud au Nord, 

La noire immensite des usines rectangulaires ( l ). 

Peut-etre un jour viendra ou Tindustrie ne sera plus forcement 
salissante et souillante ; peut-etre un jour verrons nous se d&velopper 
chez nous ce raouvement, ne d'hier aux Etats-Unis, en faveur 
de rembellissement de Tusine, du milieu meme ou tant de centaines 
de milliers d'ouvriers passent la plus grande partie de leur existence. 
On peut voir k ce sujet au stand de V Institute for Social Service, dans 
la section des Etats-Unis k TExposition de Li6ge, les tres inWres- 
santes photographies de nombreuses usines americaines am&iorees 
dans ce sens, notamment par une profusion de verdure. 

Une usine ne doit pas etre n^cessairement un objet de laideur, 
elle ne doit pas necessairement detruire Tharmonie d'un paysage : 

(1) Verhaeren. 



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428 WALLONIA 

Ainsi la fabrique d'aluminium de Xeuhausen (SchafThouse) gate 
certainement moins le superbe panorama des chules du Rhin que les 
stupides et pr6tentieux grands hotels qui sonl en face. 

Peut-6tre cette transformation tant desiree de I'industrie se 
fera-t-elle par lemploi generalise de Teleclricitd et de la houille 
blanche, et YUsine-Club deviendra-t-elle la regie ? 

En attendant, il n;y a rien a faire dans les regions d6ja atteintes 
de notre pays, et il faut, c'est le cas de le dire, faire ici la part du 
feu. Mais, au moins, ne pourrait-ou pas arriver a localiser cette 
grande industrie, a l'empecher de s'etendre ind^finiment et d'atteindre 
toute la Wallonie ? 

Pour arriver indirectement k ce resultat, ne pourrait-on pas 
reserver, nationalise/* certaines des parties du pays, celles dont la 
beaute, universellement reconnue, est le patrimoine de tous. Les 
Americains ont leur splendide pare national du Yellowstone, 
pourquoi ne suivrait-on pas, en l'adaplant bien eutendu, Tintelligente 
et artistique legon quils nous ont donn^e ! Dans un pays, d6ja trop 
peuple comrae le notre, il importe qu'il reste au moins quelques 
« espaces libres ». 

Voici une de nos plus belles valines, une des saules qui soient 
encore plusou moins intactes, TAmbleve, que le vandalisme attaque 
de tous les cotes a la fois, la menagant d'une destruction complete. 
On aurait pu croire qu'on allait emp&cher un developpement excessif 
des carrieres qui rongent l'Ambleve k sa jonction avec l'Ourthe. 
II n'en est rien. L'aun6e derntere on a entame les superbes rochers 
que Ion voit sur la gauche en arrivant k Aywaille par la route de 
Liege. Or, sait-on quel est le barbare qui detruit cette forteresse de 
grants que Ton croirait dessin6e par un Gustave Dor6 ? La commune 
meme d' Aywaille a qui ces rochers appartiennent ! Singuli&re faoon 
d'attirer les touristes et le public des vill^giatures! Plus loin, k la 
Gleize, on a permis d'affubler le sanatorium de Borgoumont d'une 
immense toiture criarde ecarlate, a allures de cafe-concert, et cela 
dans un site d'une majestueus3 severity. A Coo, tout contre la 
Cascade, un nouvel hotel a et6 eoustruit, en briques jaunes et 
rouges, d'une architecture urbaine vraiment saugrenue. A Trois- 
ponts, qui, il y a dix ans k peine 6tait encore une locality charmante, 
la batisse pousse « comrae un champignon ven^neux » : une sorte 
d'immense caserne ouvri&re y donne l'impression p6nible des 
impasses de grandes villes. Et ainsi tout au long ; k des centaines 
d'endroits, les d^blais, les talus du chemin de fer ou de la grande 
route, qu'il serait pourtant si facile de recouvrir d'un peu de verdure. 
restent la com me dos plaies beantes. 



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WALL0N1A 429 

Par une inconsequence etonnante, les pouvoirs publics et les 
particuliers rivaliseut, d'autre part, dans leurs appels aux touristes 
nationaux et etrangers. L'administration des chemins de fer fait 
imprimer a grands frais des affiches, des itineraires illustres, quo 
sais-je encore ! Tous cherchent a exploiter corninercialement cette 
beaute de l'Ambleve, aucun ne se preoccupe de preserver la vallee 
meme contre les vandales destructeurs (ou construoteurs, qui parfois 
sont pi res). Lorsque l'Ambleve sera devenue un &gout collecteur 
comme la Vesdre, on constatera qu'il est trop tard, irr^mediable- 
ment. 

Pourquoi ne ferait-on pas un essai, en demandant aux Chambres 
de decider que la vallee de rAmbleve, de Martinrive k Trois-ponts, 
est « pare national ». On poserait le principe que la beaute meme de 
Remouchamps, des Fonds de Quareux, des panoramas superbes de 
Stoumont et de La Gleize, constitue une richesse nationale, desormais 
intangible. C'est, en effet, une richesse que Ton pourrait apprecier 
en francs et centimes. Ainsi, Ton a calcule qu'en Suisse les voyageurs 
strangers laissent chaque annee dans ce pays plus de cent millions 
de francs aux hotels, chemins de fer, magasins, etc. ; l'industrie 
hoteliere de la Suisse occupe plus de 26,000 individus auxquels sout 
pay6s chaque annee plus de 20 millions de salaires. Inutile d'insister; 
d'ailleurs, eel argument mercantile est secondaire. 

Le principe de Intervention de l'Etat pour assurer la conser- 
vation de la beaute d'une valine est absolument legitime et il est 
urgent qu'on le reconnaisse. La question a ete longuement et magis- 
tralement 6tudi6c dans un rapport que vient de presenter au Congres 
de l'Art public M. le depute Carton de Wiart. Je me bornerai done 
a renvoyer a cette remarquable etude ceux que ce point special de 
droit pourrait int^resser. (Rapport cite, page 12 et suivantes.) 

Encore dans cet ordre d'idees, MM. Carton de Wiart et Destree 
viennent de d^poser un projet de loi qui obligeiait les exploitants de 
carri6res, mines, etc., k r^parer la beaute du paysage qu'ils auront 
abime, en les fortjant a planter des arbres et arbusles pour cacher les 
remblais, d6blais, excavations, destines a subsister. 

MM. Beernaert et de Smet de Naeyer ont montie, effectivement, 
de leur cote, que pour eux ce droit de preserver la beaute d'un pay- 
sage est indiscutable. 

Mais peut-6tre pensera-t-on qu'il est impossible d'appliquer le 
principe de la conservation legale de la beaute a toute uno vallee. Jy 
repondrai par un exemple. Les voyageurs qui ont parcouru la 
Tamise sup^rieure ont certainement 6t6 emerveill6s de la facxm dont 
on a conserve a cette charmante vall6c (qui pourtant ne vaut pas 



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430 WALLONIA 



l'Ambleve !) son caractere original, si naivement rustique ; non 
moins certainement ils so seront demande comment la chose a 6te 
possible, k un pas du Londres grouillant d'industriels, de sp^culateurs. 
C'est que depuis longtemps les Anglais ont, intentionnellement, fait 
de cette Tamise sup&rieure une sorte de reserve nationale, un pare 
de recreation, de canotage, pour cette immense population london- 
nienne, aussi nombreuse a elle seule que celle de toute la Belgique. 
La Thames Conservancy Corporation veille avec un soin jaloux a ce 
que rien ne puisse venir enlaidir la riviere, sous quelque pretexte 
que ce soit. 

Voici un detail qui monlre l'esprit qui dirige cette corporation. 
Sur la riviere ont voit deci-dela, ancres aux endroits pittoresques, des 
house-boats, litteralement maisons-bateaux, qui sont parfois de petits 
palais ou leurs proprietaires (ou locataires) passent la belle saison. 
II est strictemont d&eadu a leurs occupants (corame a tout le monde 
d'ailleurs) de jeter a Teau des dechets de cuisine, bouteilles vides, 
boites a conserve etc., etc. ; des amendes severes atteindraient les 
contrevenants. A van I de recevoir l'autorisation de circuler sur la 
riviere, les H