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Full text of "Abecedario de P. J. Mariette et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes"

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ARCHIVES 



DB 



L'ART FRANÇAIS 



XII 



IMPRIMERIE DE F1LLT.T FILS ÀINÉ^ RUE DES GRANDS -ÀUGUSTINS^ 5. 



ABECEDARIO 



Dl 



P. J. MARIETTE 



ET iOTSIS HOTES INÉDITES DE CET IIATEDB 



SUR 



LES ARTS ET LES ARTISTES 



OnyRAqE PUBLIÉ 
D*APlléS LES MANUSCRITS AUTOGRAPHES CONSERVÉS AU CABINET DBS ESTAMPES 

DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE, ET ANNOTÉ 

PAR MH. 

Ph. de GHENNEVIÈRE8 et A. de MONTAIBLON 

- i . -« r. *- 






TOME SIXIEME 

¥A1V SAi^EN '^ KCIHIIO. 

APPENDICES ET SUPPLÉMENT 



PARIS 
J. B. DUMOULIN, QUAI DES AUGUSTINS, 13 

1869-1860 




AUG 1937 



DE P. J. MARIETTE 

ET 

AUTRES NOTES INÉDITES 

SUR LES 
TIRÉES DE SES PAPIERS 

Consenés à la Bibliothèque Impériale. 



VAN SANTEN (theodore}. G'etoit un excellent enlumi- 
neur hoUandois, qui a vécu dans le dernier siècle en Hol- 
lande. Il 7 a loin de ce talent à celui de la peinture; mais 
quiconque se distingue dans sa profession autant que ce- 
lui-ci Y à fait dans la sienne, mérite de la considération et que 
son nom ne tombe pas tout à fait dans Toubli. 

VAN SCHOOTEN (georges), peintre hoUandois, cité par 
Corn, de Bie^ p. 373. On voit une estampe gravée d'après ce 
maistre, par J. 6. Van Vliet 

VAN SGHUPPEN (pierre), d'Anvers, graveur ordinaire du 
roy et de son Académie royale de peinture. 

— Pierre Van Schuppen, ayant appris l'art de la gravure 
à Anvers^ lieu de sa naissance, et y ayant travaillé pendant 
T. VI. a 



2 

quelques années, yiôt s'étatilir pour tqqjquTS à Paris, où Ro- 
bert Nanteuil jouissoit pour lors de sa plus f^rande réputa- 
tion. Il s'attacha à ce graveur ; résolu de suivre le même 
genre de grave^re^ il ae qii}, comm^ luy, k faire 46S por- 
traits, et, comme il avoit pour le moins une aussy b^le cou- 
leur de burin, ce qu'il grava dans ce genre fut reçeu avec le 
même applaudissement. L'on ne l'appela plus que le petit 
Nanteuil. Il entreprit aussy de dessiner des portraits d'après 
nature^ et il le fit avec d'autant plus de succès qu'ayant été 
destiné à la peinture dès sa plus tendre jeunesse, |1 avoit ac- 
quis la pratique de dessiner avec une grande précision. Per- 
sonne n'étoit plus soigneux que luy de son ouvrage ; il l'étoit 
même à l'excès; chaque planche l'occupoit un temps consi- 
dérable, et il aimoit mieux en pfrayer peu que de rien laisser 
sortir de ses mains oti il parût quelque chose de négligé, et 
où il n'eût pas cru avoir donné l'entière perfection. Ainsi ses 
ouvrages semblent peu nombrew par rapport aux années 
qu'il a vécu, et cependant il auroit été difficile de trouver un 
artiste plus assidu. On ne pouvoit le distraire de son travail, 
et il avouoit luy mesme qu'il ne trouvoit point de plaisir qui 
approch&t de celui qu'il goutoit renferipé dans son cabinet, 
n mourut à Paris, y ayant plusieurs années qu'il avoit été 
reçu de l'Académie royale de peinture et de sculpture. 

— Ce graveur étoit d'une propreté extraordinaire, et qui 
alloit même à l'excès; il l'étoit non seulement dans ses ou- 
vrages, mais dans tout ce qui dépendoit de son travail: table, 
burin, pierre à hutle, coussin, tout ce qui étoit chez luy 
étoit de la dernière propreté, ce qui luy prenoit un grand 
temps, car, avant de se mettre à l'ouvrage, il perdoit beau* 
coup de temps à tout arranger de la sorte. 

n étoit si exact qu'il n'a presque point gravé de planche, 
du moins en France, où il n'ait marqué la date, et même, 
pour une plus grande précision, je remarque qu'il a fait sui- 



yre la date d'un chiffre, 1, 2, etc., jusques à 12, ce qui ex- 
prime, à ce que je ne doute point, le mois où la planche a été 
finie. Le 1 exprime janvier, 2 février, et ainsi des autres suc- 
cessivement. 

Ce graveur n'a point de variété? il n'a qu'une manière; 
ses tailles sont toujours prises de la même façon ; il est très 
propre et son burin est d'une couleur fort douce et fort belle, 
mais sans esprit et sans âme. Les portraits que'j'ay veu de 
luy, dessinés à la pierre noire sur du velin, l'étoient avec un 
grand soin, mais il n'y a voit point de touches; on dit qu'il 
les faisoit fort ressemblants. Du reste, il avoit un fort mau- 
vais goût de dessiner, et on peut dire qu'à l'exception d'une 
tête, il ne sçavoit même pas dessiner, témoin tout ce qu'il a 
gravé et qui n'est pas portrait. 

— En 1682 Van Schuppen étoit à Bruxelles, ainsy qu'on 
l'apprend de l'inscription au bas du portrait du baron de 
Meerbeck, chancelier de Brabant. — Le chiffre après la 
date veut peut-être designer le mois; 1, janvier, 2, février, 
3, mars, etc. 

— Dessein* de Pierre Tan Schuppen. 
Son portrait dessiné par luy mesme. 

Caries Maurice Le Tellier, archevesque et duc de Rheims, 
dessiné en 1676. C'est sur ce dessein qu'a été gravée l'es- 
tampe. 

Portrait anonyme d'un ministre ou conseiller d'Étal, dont 
il n'y a que la tête d'achevée. 

Dominique de Ligny, evesque de Meaux, dessiné en 1659. 

Portrait anonyme d'un abbé, dessiné en 1659. 

Antoine Chasse, grand prieur du monastère de S* Vast 
d'Arras, dessiné en 1680. C'est d'après ce dessein que l'es- 
tampe a été gravée. 

Portrait anonyme d'un abbé ou evêque des Pays Bas, des- 
siné en 1682. 



Louis XIV, roi|de France. C'est sur ce dessein, fait en 1660, 
que P. Yan Schuppen a exécuté son estampe. 

François Fouquet, surintendant des finances; il n'y a seu- 
lement que la tête d'achevée. 

Portrait anonyme d'un homme d'affaires, en rabat de 
point; il n'y a encor dans ce portrait que la tête de terminée. 

Deoys Talon, avocat général et conseiller d'État; l'estampe 
a été gravée sur ce dessein. 

N... Le Yeau, fameux architecte, dessiné en 1659. 

J. B. Christian, baron de Meerbeck^ chancelier de Brabant ; 
l'estampe de ce même portrait a été faite d'après ce dessein. 

Desseins faits à la plume par P. Van Schuppen^ d'après des 
estampes. 

Un en lant Jésus couché entre les bras de sa mère, d'après 
une estampe de Yan Dyck, dont il y a une copie faite sous la 
conduite de P. Yan Schuppen. 

Jésus Christ apparoissant à la Magdelaine sous la forme 
d'un jardinier, en demy corps, d'après une estampe gravée 
par G. Sadeler, sur le dessein de Barthélémy Spranger. 

La S* Yierge embrassant l'enfant Jésus, qui est assis sur 
ses genoux ; en demy corps, d'après une estampe de Raphaël, 
gravée par Gilles Sadeler. 

Sigismond Bathori, prince de Transylvanie, d'après un 
portrait gravé par G. Sadeler. 

Deux pèlerins, d'après une estampe de J. Callot. 

Une teste de femme, presque de profil ; une autre teste de 
vieillard ; dans des ovales ; d'après des estampes de Rim- 
brandl, gravés par J. Yan Vliet. 

Une teste de femme, dont les cheveux retroussés sont or- 
nés de fils de perles. Dans un ovale, d'après l'estampe d'H. 
Goltzius. 

Portrait de l'archiduc Ferdinand, d'après l'estampe gravée 
par J. Sadeler. 



Celuy de Gaspar Gevartius, d'après uq des portraits d'An- 
toine Van Dyck, gravé par Paul Pontius, 
. — Vierge tenant sur ses genoux l'enfant Jésus endormi, 
accompagnée de S. Joseph et de S* Jean Bapliste. En hau- 
teur, in folio, d'après Grayer, 1653. — Les premières épreu- 
ves de cette pièce portent la date 1653 et une dédicace 
adressée par Grayer même à Tarchiduc Leopold, Guillaume, 
qui apprend que le tableau sur lequel cette estampe a été 
gravée étoit dans l'oratoire de ce prince à Bruxelles. — La 
même avec armes à la place de l'écrit et avec la date 1662. 

— Mariage de S* Gatherine, où Jésus, assis sur les genoux 
de la Vierge, met un anneau au doigt de la sainte. Gravé par 
Blotelingh et retouché par Van Schuppen. — La date 1665 
est au bas de la planche, mais gravée si légèrement à la 
pointe qu'il faut l'examiner de près pour la découvrir. Ainsi 
Blotelingh étoit à Paris en 1665. 

— Portrait d'un homme à demy corps, d'après J. Dieu, 
en 1657. Au bas sont des armes, dans lesquelles sont trois 
gerbes et une bande d'or au croissant de gueules. — Pierre 
Bordier. intendant des finances, qui a fait bâtir le Baincy. 
C'est le premier portrait que Van Schuppen ait gravé à Paris. 
— M. Pinson (1), qui avoit fort connu Van Schuppen, m'as- 
suroit que le portrait de P. Bordier étoit le premier qu'il avoit 
gravé à Paris. En elfect, je n'en vois point avec une date an- 
térieure. 

— Le chevalier François Joseph Burrus, de Milan, d'après 
J. Ouens. — Borri, Italien, chimiste, qui a été longtemps de- 
tenu à Bome, dans le château S^ Ange, pour cause de l'in- 
quisition. 



(1) Voir cet ÀhecêdaHo, III, 375. 



6 

— Le portrait du premier président de Harlay, qui est 
dans le livre des Hommes illustres de Perrault, est gravé, a 
tête par Van Schuppen, et les habits par Du Flos. C'est Du 
Flos luy même qui me l'a fait remarquer. 

— Puget de la Serre, homme de lettres, en pied. — Je 
crois, à n'en point douter, gravée par Lombartdans le même 
temps que la suivante. La teste a esté effacée et refaite de- 
puis par Van Schuppen. — J'en ay veu une épreuve où 
M. Pinson avoit écrit au dos : Puget de la Serre; la tête de 
Van Schuppen. — Le portrait du même, attaché dans un 
ovale au dessus de la bibliothèque des livres qu'il a com- 
posés. Gravé par Van Schuppen; le reste de l'estampe est 
gravé par Lombart, d'après Huret. 

— Portrait en hauteur, in 4°, du fils d'uti président à mor- 
tier. Au bas il y a des armes avec cette inscription : Post fu- 
nera vivo; en i664. — D'un premier président de Pau, sui- 
vant M. Pinson. — N , fils de Thibault de la Vie, premier 

président du parlement de Pau; cela est certain. — De la 
Vie, fils d'un président de Bordeaux , mort fort jeune. Ce 
portrait est rare ; la planche a été envoyée à Bordeaux, et 
l'on n'en trouve que très peu. — Gabriel de la Vie, avocat 
gênerai à Bordeaux; puis maître des requêtes; mort à Paris 
le 29 janvier 1691, âgé de 47 ans. Cette inscription manu- 
scrite est au bas d'une épreuve qui est dans la collection de 
M. Clément, chez le roy, mais je doute un peu de son au- 
thenticité. 

— Isaac Louis le Maîstre de Sacy. Buste dans une forme 
quarrée. Notre épreuve est sans inscription, et je ne sais pas 
mesme si jamais il en a été mis à cette planche, pas mesme 
le nom du graveur. 

— Louis XIV, roy de France, 1660, d'après Nocret. — 
C'est le portrait de Monsieur, et non du Boy. 

— Jules, cardinal Mazirin, debout, gravé par Il n'y 



a que la tête qui soit gravée par Yan Schuppen. 11 n'a pas 
mis son nom sur cette planche, et il ne s'y trouve d'autre 
inscription que quatre vers français, qui commencent par : 
Qu'il soit grand de renom, etc. Je crois qu'elle a été faite 
pour P. de la Serre; examiner si ce n'est pas par Lombard, 

— Portrait sans lettre d'un homme de guerre en fraise. 
Au bas sont ses armes^ autour desquelles sont les colliers des 
ordres de S. Michel et de N. D. du Mont Carmel. — Philbert 
de Nerestaog, grand maitre de l'ordre de 8* Lazare. Ce por- 
trait est rare^ n^ayaot pas encor paru. U doit paruistre dans 
l'histoire de N. D. du Mont Carmel et de St Lazare. Je le sçay 
de M' Pinson, qui a fait graver ce portrait. 

— François de Noailles, evêque d' Acqs, en 1680. Buste dans 
un ovale, sans aucune inscription ; c'est un des derniers ou- 
vrages de Yan Schuppen. Pas mesme son nom. 

— Portrait en rond d'une dame de qualité, en 1659, d'a- 
près Juste. — Madame la duchesse de Boquelaure, à ce que 
dit M. Pinson. — Charlotte Marie de Daillon du Lude, du- 
chesse de Roquelaure. 

— Portrait d'une femme dans une niche, aux côtés de la- 
quelle sont deux termes, dont l'un représente Apollon et 
l'autre Minerve. — Ce portrait se trouve à la tête d'un vo- 
lume in folio, imprimé à Londres en 1668, dont voicy le 
titre : Play s never belore printed, wrilten (by) the duchess 
of Newcastle, London, 1668.— 11 y a unlivreenangloi^i inti- 
tulé : Principes de la philosophie naturelle^ par Marguerite, 
duchesse de Newcastlè, imprimé à Londres en 1668, folio, et 
il se pourroit fort bien faire que ce fût ici le portrait de celte 
Marguerite de Golchester, duchesse de Newca^tle, épouse de 
Guillaume Cavendish , duc de Newcastle, d'-autant plus que 
dans les vers anglois qui sont au bas du portrait, elle est 
traitée 4e femme savante. — C'est certainement son portrait. 

— Portrait d'une femme assise dans un fauteuil, à côté 



8 

d'une table au devant de laquelle est une balustrade, et au 
dessus d'elle est un dais sous lequel sont quatre enfans^ dont 
deux la couronnent. D'après Diepenbek. — Celle-ci me pa- 
roit encor être le portrait de la duchesse de Newcastle. — 
Est bien plus rare que le précèdent. 

VAN 8CHUPPEN (jacques), fils de Pierre Van Schuppen, 
graveur célèbre, naquit à Paris en 1669. Son père avoit des- 
sein d'en fdire un graveur ; mais, persuadé qu'on ne réussit 
dans cet art qu'autant qu'on a acquis quelque connoissance 
dans la peinture^ parce qu'on a presque toujours des tableaux 
jà graver, il le plaça auprès de M' deLargiUiere. G'étoit mal 
s'y prendre, car la peinture paroissoit dans cette école avec 
tant d'éclat que quiconque y entroit ne pouvoit se refuser à 
se consacrer tout entier à elle. Et c'est ce qui arriva au jeune 
Van Schuppen. Il ne pensa paâ à la gravure, quelques re- 
montrances que lui fit son père, étudia sérieusement pour 
devenir peintre, et il fut reçu en celte qualité dans l'Acadé- 
mie royale en 1704. Comme son maître, il se consacra prin- 
cipalement au genre du portrait; il y acquit quelque répu- 
tation, mais pas assez pour effacer ni pour aller de pair avec 
ses maîtres. Ainsi il ne lui fut pas difficile d'accepter l'offre 
qui lui fut faite de passer en Lorraine, où le duc le prit à 
son service et le déclara son premier peintre. Apres être de- 
meuré plusieurs années à cette cour, las de s'y morfondre, 
il passa à celle de Vienne, et il fit si bien par ses pratiques 
et par le moyen du comte d'Althon, qui gouvemoit l'esprit 
et les bàtimenis de l'empereur, qu'il fut admis à peindre les 
portraits de Leurs Majestés Impériales. J'ignore si l'on en fut 
content, je scais seulement que le peintre se plaignoit hau- 
tement de la recompense. Il se retourna d'un autre côté, et, 
profitant toujours de la faveur du comte d'Althon, il pro- 
posa comme le moyen le plus sûr de fahre fleurir les arts à 



9 

Vienne, d'y établir une académie à l'instar de celle de Paris ; 
ce qui ayant été fait, il en fut établi le chef en 1725. H l'etoit 
déjà lorsqu'il fit un voyage à Paris en 1721. — Je l'ai fort 
connu dans le séjour que j'ai fait à Vienne; c'etoit un esprit 
pesant et son pinœau n'etoit pas plus léger. Il dessinoit mal 
et c'est ce qui liaisoit que ses testes n'étoient presque jamais 
ensemble. Mais ce n'est pas ce qui fait les portraits res- 
semblants aux yeux de la multitude, pourvu qu*on y trouve 
certains traiiscaracterisans qui fassent dire : voila le portrait 
d'un tel, cela leur suffit, et dans ce cas là Van Schuppen aura 
fait beaucoup de portraits ressemblants. Je luy ay vu faire 
le portrait du gênerai Bonneval. Je l'ai vu en liaison avec le 
poète Rousseau : de semblables connoissances auroient dû 
influer sur son caractère, si un caractère fait pouvoit chan- 
ger. Il est mort fort vieux à Vienne, le 28 février 1751, âgé 
de 82 ans. 

VÂN SOMER (JEAN) etoit établi à Amsterdam. On a de lui 
plusieurs gravures en manière noire , et dans le nombre 
quelques portraits qui sont exécutés pesamment et peu pro- 
pres à donner une idée favorable de ses talens. (Notes $ur 
WalpoU.) 

VAN STALBANT (admen), ou Stalbempt, né à Anvers le 
12» juin 1580, a gravé une suitte de 6 paysages de son in- 
vention; il éStoit peiotre et vivoit encore ea 1661. Corn, de 
Bie a donné sa vie en flamand, p. 228. 

VAN STAREN (dietekich). Voici comment cette marque 
est figurée D'V, et elle fait allusion au nom de l'auteur. C'est 
proprement un logogriphe, car le nom de ce maistre est 
Dieterich Van, ou Vander Staren, et Staren en allemand si- 
gnifie une etoille. Je crois reconnottre dans sa gravure l'ou- 
vrage d'un peintre en miniature ; j'y trouve plus de soin et 



10 

de proprelé que de goût. Ses pièces, qui presque toutes por- 
tent des dattes, nous apprennent qu'il a vécu et gravé depuis 
1522 jusqu'en 1544. J'ai trouvé une ou deux gravures à Teau 
forte. 

— Je n'ai encore vu aucune estampe de Dieterich Yander 
Staren avec la marque DV (en monog.), telle que l'indique 
ici le P. Orlandi, et j'aprebende fort que ce soit un plat de 
son métier. (Voir BnMiotj ^ partie^ n<'2825.) 

VAN SWANEVELT (hermann). Herman a peint de très 
beaux paysages daos les lambris du cabinet de l'Amour, à 
l'botel du président Lambert, et sur l'un de ces tableaux il 
a mis son Dom et la date 1640 ou 1646. Il étoit alors à Paris, 
l'inscription le dit aussi. Dans ces paysages on voit qu'il 
cherche à imiter, pour les sites, la manière de Both d'Italie, 
et pour les effets de lumière celle de Claude le Lorrain, fioth 
et Pâtel ont travaillé avec lui dans le même cabinet. 

— Ermano Scavemmfeld,..i. Herman Schwanenfeld de 
Wurde, suivant Sandrart, ou pltistost Hermati van Swane- 
velt^ puisqu'on le trouve écrit ainsy de sa main sur ses ou- 
vrages, fut surnommé l'Hermite, parce qu'on le trouvoit 
continuellement dans les ruines et les lieux les moins fré- 
quentés de Rome et des ènvltons, dessinàtit d'a{)rès le tatu- 
rel, de qui le rendit très habile dans le talent de pêindfe des 
ruines el des paysages, et luy acquit de la réputation. Ge^ 
pendant il ne négligeoit pas de fréquenter les accàdemies de 
Rome et d'y venir dessiner le nud d'après le modèle, avec la 
mesme assiduité ({u'aucun autre peintre de figures; cela luy 
donna la facilité d'enrichir ses coojpositions de paysages de 
petites figures, qui y font toujours un heureux effet lors- 
qu'elles s'y trouvent placées avec intelligence. Ce peintre 
faisoit au reste tant de cas de ceux qui dessinent la figure 
avec correction, qu'il disoit souvent qu'une, main bien des- 



il 

sinée étoit préférable à toutes les compositions de paysages. 
Saodrartypage 311. — Herman a imité la manière de peindre 
de Claude le Lorrain, et il a comme luy introduit dans ses 
tableaux des accidents de lumière qui en relèvent beaucoup 
le mérite ; les sites en sont assez bien contrastés» et les de- 
vans en sont presque toujours iort riches ; il y a mis ordi- 
nairement des plantes et des troncs d'arbres garnis de grosses 
ecorces et de mousse, ce qu'il traittoit très bien ; mais, autant 
qu'il estoit riche et varié daos les devans de ses tableaux, 
autant a-t-il été pauvre dans les compositions de ses loin- 
tains, qui sont presque toujours les mesmes. Il a gravé plu- 
sieurs paysages et des ruines pendant son séjour à Rome, et 
mesme, à ce que je croy, depuis son retour à Paris; il s'y 
trouve le mesme faire et la mesme intelligence que dans ses 
tableaux. — Corneille de Bie fait mention de ce peintre, 
p. 259, et Felibien, t. 2, p. 477. Il estoit de Woerden ; Hou- 
braken, t. 2, p. 352. J. B. Passeri, qui a écrit la vie de ce 
peintre, lui kit abandonner Rome et mourir peu de temps 
après à Venise en 1649, âgé environ de 50 ans. 

—11 me semble qu'il y a des planches gravées par Herman 
en 1654, pour Israël ; la date de sa mort donnée par J. B. 
Passeri est donc fausse. 

— L'amour de ce peintre pour sa profession et son assi- 
duité à dessiner toutes choses d'après le naturel l'ont rendu 
un des plus habiles peintres de paysages. On le trou voit con- 
linueilement dans les ruines de Rome, occupé à dessiner, et, 
quoyque ce ne fût pas son talent de peindre la figure, il fré- 
quenloit avec la même assiduité l'académie du modèle. Il 
s'attacha surtout à suivre la manière de Claude le Lorrain. 
De retour de Rome, il vint s'établir à Paris, qui est le lieu 
oîi il a le plus travaillé. Il a gravé luy même avec beaucoup 
d'esprit la plus grande partie des pièces qui composent son 
œuvre* 



VAN THIELEN (jean Philippe), seigoeur de Gouwen- 
berch, né à Malines en 1618. 11 est parlé de ce peintre dans le 
livre de Coroeille de Bie, à la page 344, ou l'on trouve son 
portrait gravé par Richard Gollin, 

VÀN THULDEN (theodore), peintre, disciple de Pierre 
Paul Rubens. 

— Théodore Van Thulden, disciple de Rubens, a peint 
plusieurs tableaux dans Teglise des religieux Mathurins à 
Paris, qui montrent du génie. J'estime surtout celui qui re- 
présente le martyre de S** Barbe, Il est agréablement peint 
et l'on y retrouve une assez juste application des principes 
de Rubens. Ce qu'il a peint cependant de plus considérable 
dans cette église est la vie de St Jean de Matha, petits ta- 
bleaux encastrés dans la menuiserie servant de lambris aux 
stalles des religieux. 11 les a gravés lui-même, car Van Thul- 
den, qui avoit une pointe facile, se plaisoit à graver^ ainsi 
qu'on le peut voir par ses planches de la galerie d'Ulisse, 
peinte par le Primatice à Fontainebleau, les décorations pour 
l'entrée de l'archiduc à Anvers, exécutées sur les desseins de 
Rubens^ etc. Van Thulden etoit à Paris en 1632. Il est né à 
Bois-le-Duc, ainsi qu'il a été remarqué par de Bie dans son 
Cabinet doré, p. 242. J'ay son portrait gravé , ou je pense 
qu'est marqué son âge; on y trouve au haut la marque de 
Van Thulden TVT ; d'un coté on lit M, et de l'autre 24, et 
au bas, aux deux coins de la pi. AN'^ — 1631, et par consé- 
quent il faut placer sa naissance en 1607. 

— Les travaux d'Ulysse représentés en une suite de 58 piè- 
ces^ sans compter les frontispices, lesquelles ont été dessinées 
et gravées à l'eau forte par Théodore Van Thulden, d'après 
les tableaux qui ont été peints è fresque dans une des galle- 
ries du chftteau de 'Fontainebleau, par Nicolo dell' Âbbate^ 
sur les dessins et sous la conduite de François Primatice. — 



i3 

Le frontispice où sont représentées les armes du cardinal de 
Richelieu, accompagnées de Mars et de Minerve. Cette pièce 
inventée et gravée en 1632 j^r Théodore Van Thulden, qui 
avoit pour lors dessein de dédier son ouvrage au cardinal de 
Richelieu; — c'étoit à M. de Bâssompierre et non au cardi- 
nal de Richelieu (1) ; — il la supprima et il y substitua Tan- 
née suivante l'autre frontispice, qui représente les armoiries 
de M. le duc de Liancourt dans un cartouche (2)/ 
Bf — La vie du bienheureux Jean de Matha, fondateur de 
Tordre de la Sainte Trinité de la rédemption des captifs, re- 
présentée en une suite de plusieurs tableaux qui ont été 
peints par Th. Yan Thulden, dans le chœur de Téglise des 
Mathurins à Paris, et ont été ensuite gravés à Teau forte par 
luy mesme, en 1633. — Ces tableaux sont placés dans les 
lambris au dessus des stalles. — Ces deux sujets (celui où 
Ton donne la sépulture au bienheureux Félix de Valois, et 
celui où plusieurs malades recouvrent la santé en s'appro- 
chant du lieu où repose son corps) ne sont plus dans le 
chœur des Mathurins ; je ne sçay où ces tableaux ont été 
transportés depuis qu'on accommoda la menuiserie des for- 
mes du chœur. 

YAN TOL (DOMINIQUE), peintre hoUandois, qui a mis dans 
ses ouvrages le même terminé que Gérard Douw dans les 
siens. Trois de ses tableaux, qui représentent une ouvrière 
en dentelle, une faiseuse de beignets et un jeune garçon te- 
nant une souricière^ sont décrits dans le catalogue des ta- 



(i) Tous deux avaient pour armes trois chevrons. 

(S) La chalcographie du Louvre a acquis il y a quelques années 
ces précieuses planches, seul souvenir d'uue admirable galerie, 
dont il a déjà été question dans cet AbecedariOf [Y, 212-213. 



14 

bleaux de M. S. H. Van Hamkerk, dont la vente s'est faite à 
la Haye en 1770, et j'ai un pressentiment que c'est un pein- 
tre de nos jours, que je ne trouve nommé ni dans Houbraken 
ni dans Yan Gool. 

VAN DDEN (LUC), d'Anvers, né le 18 S^re 1595, peignoit 
assez bien le paysage et le dessinojt dans la manière de Ru- 
bens. Il en a gravé quelques uns h l'eau forte d'après le Ti- 
tien, d'autres d'après Rubens, et d'autres sur ses propres des- 
seins, Felibien fait mention de luy, mais il se trompe lorsqu'il 
dit qu'il estoit Romain. Son portrait peint par Yan Dyck a 
été gravé par Luc Yostermann ; c'est \m de ceux qui compo- 
sent la suitte des 100 portraits. Voyez Corn, de Rie, p. 240. 
Pelibien, t. II, p. 290. L'on pi'a assuré qu'il estoit disciple 
de Fouquier. 

— J.es paysages de Yan Uden sont des portraits fidèles des 
campagnes du Rrabant. Ce peintre, qui avoit appris sous 
Rubens les règles du clair obscur, se contente d'imiter ce 
qu'il voU et de le rendre avec intelligence. Cette simplicité 
naïve ne vaut-elle pas la richesse de cx)mpositions plus bril- 
lantes, mais moins naturelles? {Catalogue Crozat.) 

VAN UYTENRROUCK (moyse), peintre et graveur, nommé 
en France le petit Moyse. — Cet auteur composoit ses sujets 
dans )^ manière de Corneille Poelembourg; il y mettoit une 
grande intelligence du clair obscur, et généralement tout ce 
qu'il a gravé est très estimé. 

— Moyse Yan Wtenbrouck, surnommé le petit Moyse, a 
peint des .paysages où se trouvent des figures dans la ma- 
nière de Corneille. Polembourg. L'on voit de luy plusieurs 
estampes gravées avec autant d'art que d'intelligence; il 
mourut en 1650. Voyez ce qu'en dit Felibien, t. II, p. 236. 
n etoit imitateur de la manière d'Adam Elsheimer et de celle 



15 

de Corneille Polemburgh. Ses premières estampes sont gra- 
vées en 1620. 

— Moyse Van Utenbrouck a gravé les figures qui se trou- 
vent dans le livre intitulé : Tabacologia, hoc est tabaci, seu 
Nicotian» descriptio medico-chirurgico-pbarmaœutica, vel 
ejus praeparatio et usus in omnibus ferme corporis humani 
incommodis, per Joan. Neandrum. Lugduni Batav. 1626, 4». 
Ces figures sont premièrement le titre, la manière de cueillir 
les feuilles du tabac , de le faire sécher, de le filer et de le 
presser, ce qui est représenté en trois pièces en travers dans 
des compositions de paysages. Elles ont 4» 3' h. 6" tr. et sont 
gravées à l'eau forte , mais ce ne sont pas des meilleures 
choses de ce maître. Elles sont dans le goât de Thistoire 
d'Argus, de celle de Tobie, et de quelques autres pièces dont 
j'aj fait mention dans le catalogue de ses ouvrages. Il a mis 
à celles cy son nom écrit de celle manière : M. V. V. Brovck. 
Apollon et Diane sont représentés debout dans le frontispice, 
aux cotés de Texposé du titre, et dans le haut Ton voit la 
Médecine assise au milieu de deux femmes représentant la 
Chimie et la Gonnoissance des simples. 

— Le petit Moyse paroil avoir eu en vue d'imiter Corneille 
dans le tour et la disposition de ses figures, et Adam dans la 
disposition de son paysage. A l'égard de la graveure il a eu 
deux manières, la première, qui esl celle de 1620, est moins 
recherchée pour le clair obscur ; elle est presque toute à l'eau 
forte, sans être beaucoup retouchée au burin, au lieu que 
les planches gravées en 1646 ou aux environs font un excel- 
lent effet de clair obscur ; le fond de la graveure est à l'eau 
forte, mais elles sont tellement retouchées au burin qu'on 
l'aperçoit difficilement. Cet artiste avoit bien peu de pratique 
du burin, mais il s'embarassoit peu de l'arrangement des 
tailles, pourvu que la planche fît son effet. Il dessinoit assez 
bien, mais, ne sachant pas manier le burin, il alléroit sou- 



16 

Teot ses contours. Il a mis son nom à plusieurs de ses piè- 
ces ; il se trouve à toutes celles des premières manières et à 
quelques uoes des dernières, et à celles cy son nom est ordi- 
nairement suivi de celuj de Ma. 7. Wtenbrotu^ tx.^ qui 
étoit sans doute un de ses parens qui avoit les planches. 

— Un paysa{;e où Ton voit sur le devant un homme qui 
fait marcher devaot luy un asne. — A l'eau forte et presque 
point de burin. 

— Une suite de six paysages, dans ehacun desquels sont 
représentées des veues de quelques endroits de Rome, tels 
que la tour de Conti, le temple du Soleil, celuy de Mi- 
nerve, etc., mais dont cependant le peintre n'a pris que ce 
qui luy a paru convenir à la cx)mpositioD de son tableau. 

VAN VEEN {OTHON) ou ViENlVS, Le porlrait d'OthonVan 
Veen, peintre, natif de Leyde, en deray corps, peint par 
Gertrude Van Veen, sa fille, et gravé au burin par Gilles 
Ruchol. — De la suite des portraits de Meyssens. 

— La vie de St Thomas d'Aquin, de Tordre des Frères 
prêcheurs, représentée ea une suite de trente une planches, 
en y comprenant le frontispice et le portrait du saint, qui 
iO^i à la teste. Elles ont été gravées au burin sous la con- 
duite du peintre, par G. Boel, Egbert Van Panderen, Guil- 
laume Swanenburg, Corneille Galle, et mises au jour à An- 
vers en 4610. — C. Boel a gravé la 1, 2, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 
11, i% 13, 16, 17; Egbert Van Panderen, qui écrit icy son 
nom : E. Van Paenderen, a gravé la 3, 5, 15, 19, 20, 21, 22, 
25, 26, 27, 28, 29 et 30. G. Swanenburg n'en a gravé que 
deux, la 14* el la 24% et Corneille Galle deux autres, la 18* 
et 23*. Les noms des graveurs sont à toutes les planches, 
hors le titre, que je crois de Boôl. 

— Les divers evenemens de la guerre des Romains contre 
les Bataves, représentés en une suite de trente six pièces gra- 



17 

yées à Teau forte en 1611, par Antoine Tempeste, sur les 
desseins d'Othon Van Veen. — Le nom de Vœnius ne se 
trouve sur aucune des planches, mais seulement celuy de 
Tempeste à la première. 

r— Fonteius Gapito, gouverneur pour les Romaios chez les 
Bataves, envoyant à Rome Claude Civile, l'un des principaux 
de cette nation, après avoir lait mourir Julius Paulus^ son 
frère, accusé, comme luy, du crime de rébellion Gravé au 
burin par Guillaume du Mortier. — G. D. M. C'est la mar- 
que du graveur qui a écrit tout du long son nom après la 
dédicace qu'il fait de cette pièce aux magistrats de la ville 
de Douay : Guillielmus du Mortier Duacensis. 

— L'histoire des sept Infans de Lara, représentée en une 
suite de 40 pièces gravées à l'eau forte par Antoine Tem- 
peste, d'après les desseins d'Olhon Van Veen. — Il n'y a à 
aucune le nom du peintre, mais il se trouve marqué dans un 
titre imprimé, qui se met ordinairement à la tête de cette 
suite. Ce titre marque qu'elle a élé imprimée à Anvers, 
en 1612, chez Ph. Lisaert. 

— Les emblèmes de l'amour profane, représentées par une 
suite de 125 planches, qui, à l'exception de la première, 
sont toutes de forme ovale celles sont gravées au burin par 
C. Boel. — Le trait de toutes est à Téau forte, et le nom du 
graveur ne se trouve qu'à la première de celles qui sont en 
ovale. 

— Celles de l'amour divin, en une autre suite de 60 plan- 
ches gravées au burin par C. Boel, Egbert Van Panderen, et 
autres graveurs, dont s'est servy Othon Van Veen pour exé- 
cuter ses desseins. — 11 n'y a à aucune de ces pièces le nom 
du graveur, et comme ceux qui ont gravé les pièces d'Othon 
Vœnius ont eu presque tous une manière fort semblable, il 
est bien difficile de reconnoltre la manière particulière de 
chacun d'eux. — Diverses emblèmes morales, tirées des œu-> 

T. VI. • 



18 

vres d*Horace, au nombre de 103 \ gravées au burio sur les 
dessins d'Otbon Yaa Yeea, par les mêmes graveurs qui ont 
gravé ses autres ouvrages, tels que G. Boel, G. Galle, P. de 

« * 

Jode, Egbert Panderen, etc. — 11 n'y a à aucune le nom des 
graveurs. Le? bonnes éditions de ce livre sont celles d'An- 
vers, en 1607, aux dépens de Tauteur. 

— Gette critique des emblèmes d'Otho Vœnius paroitra 
sans doute trop sévère à ceux qui conooissent les estampes 
dont parle M. Walpole avec tant de mépris. Je me mets du 
nombre, et j'avoue que j'y trouve beaucoup d'esprit et au- 
tant de justesse que ces sujets en comportent. Je ne suis point 
surpris que Rubens s'en soit affecté, ni de|ce qu'il a fait pas^ 
ser dans ses tableaux une partie de ces agréables images. Si 
elks sont permises à la poësie, pourquoi les refuseroit-on à 
la peinture, qui est sa sœur. {Noies de Walpole.) 

VAN VEEN (gisbert). Jean de Bologne, Flamand, archi- 
tecte et sculpteur fameux, en buste d^ns un ovale. Gravé au 
burin à Venise, par Gisbert Vœnius, en 1589. Venetis G* V. F. 
— Gette pièce n'est pas de l'invention d'Otho Vœnius (1). 

— Le portrait du Tintoret, en buste dans une forme ovale, 
acxx)mpagné de figures allégoriques représentant Atlas à qui 
la Peinture aide à supporter le globe eeleste. Gravé par Gis- 
bert Vœnius, d'après Louis Pozzosarata, — en flamand Toe- 
put (2). — Dédié à Alexandre Vittoria, sculpteur et archi- 
tecte, par L. Pozzosarata. Le Tintoret étoit âgé de 70 ans pour 
lors. 



(1) Probabiement diaprés la peinture du Bassao, qui est main- 
tenant au musée du Louvre. Livret de Técole itdienne, 5* édition, 
É» 807. 

(2) Cf. IV, i06. 



i9 
VAN YELDE (adrien et Guillaume). Voir t. V, p. 368. 

YAN VELDE (jeav), disciple de Jacques Malham, et qui, 
comme lui, est, à ce que je crois, natif de Harlem, travailloit 
dans cette ville dans toutes les premières années du 17* siè- 
cle. Dans le peu de morceaux qu'il a gravés et qui représen- 
tent des nuits^ il paroit avoir eu dessein d'imiter la netteté 
de gravure et les effets du comte Goudt. On a de lui plusieurs 
portraits^ et ce n'est pas ce qui lui fait le moins d'bonneur. 
Ceux de ces portraits, dont on fait avec raison le plus de cas^ 
sont ceux qui viennent d'après des tableaux peints par Fr. 
Hals« n luy est arrivé, comme à Suyderhoef, d'avoir été sou- 
tenu par la touche hardie de ce peintre. L'un et l'autre, en 
la transportant dans leur gravure, autant que celle-ci pou voit 
le comporter, se sont trouvés obligés, pour l'exprimer et le 
foire mieux sentir, de rompre leurs tailles, et, comme ]e 
peintre avoit un pinceau extrêmement gras, il leur a fallu 
mettre la même pftte dans leurs gravures, et cela leur a si 
bien réussi, surtout à Suyderhoef, que sa gravure semble de 
la peinture. 11 n*y manque que la couleur. Sa manœuvre, 
dans son espèce, est la même que celle du peintre dans le 
sien. Mais Van Yelde lui est, à mon avis, fort inférieur en ce 
qu'il est plus léché et que sa touche est moins expressive. Il 
B'ose prendre le même vol. 

Je crois pourtant qu'il a précédé Suyderhoef dans la car- 
rière où il marchoit, car, par les dates qu'il a mises à plu- 
sieurs de ses planches, je crois qu'il a commencé à graver 
en 1616, et qu'il a continué jusqu'en 1634, au lieu que Suy- 
derhoef n'a guères travaillé que vers le milieu du siècle, et 
alors il se pourroit qu'il eût gravé sous Van Yelde, et qu'il 
fût son disciple. Tous deux ont travaillé à Harlem, ville qui, 
dans ce moment, a été une pépinière d'excellents graveurs. 
P. Soutman, qui s'y étoit établi, les dirigeoit le plus sou- 



20 

vent et fiisoit passer dans leur burin ce goût de couleur et 
cette intelligence de clair obscur qu'il avoit puisé dans l'école 
de Rubeils , mais on pouvoit peut-être lui reprocher d'en 
faire la charge. Je trouve des paysages en petit nombre avec 
le nom d'Esaïe Van Velde. J'en vois d'autres avec celui de 
Jean, et tous sont de même manière: ils sont aussi de même 
époque, G'^la demande d'être examiné et d'être mis au clair. 
Esaïe est annoncé dans les livres comme peintre, et l'étoît 
en effet; il a pu graver quelques morceaux. Jean, qui est 
peut-être son frère, a gravé de préférence, mais je ne dirois 
pas qu'il n'eût aussi manié le pinceau, et ce qui me le feroit 
soupçonner, c'est le petit nombre de pièces gravées qtf on 
voit de lui. Les cinq livres de paysages publiés par Glas 
Yiscber sont de l'année 1616, les Quatre saisons en 1617, et, 
dans cette année, ont été pareillement publiés sur ses des- 
seins une suite de ruines. Je trouve des pièces avec les dates 
1621, 22, 23, 26, 28, 29, 30 et 31. Ce fut dans cette der- 
nière année qu'il grava le portrait de J. Matbam, son mattre, 
et peut-être est-ce le dernier morceau qu'il ait fait. Deux de 
ses meilleurs ouvrages, r Aurore ei la Sorcière, sont des an- 
nées 1622 et 16*26. Il ne me paroit guère probable que Jean 
Van Velde, en seize ans de temps, ait mis au jour un si petit 
nombre de planches, dont la pluspart, gravées légèrement à 
l'eau forte, lui dévoient coûter peu de temps. Il n'y avoit pas 
de quoi le faire vivre, nouveau sujet de présomption que la 
gravure n'étoit pas ce qui l'occupoit davantage, et aussi 
voit- on que d'autres ont gravé d'après ses desseins, et qu'ainsi 
on ne risque rien de le mettre ainsi qu'Isaïe au nombre des 
peintres hollandois. 

Il a eu pour disciples un W. Akersloot et un Nicolas Pou- 
welzoon. (A le bien prendre, la manière de l'un et de l'autre 
rentre dans celle d'Adam Elsheimer qui avoit pris beaucoup 
de faveur.) 



21 

Je trouve plusieurs morceaux qu'il a gravés ou fait graver 
d'après Moyse Yao Wytenbrock, et je remarque beaucoup de 
conformité dans sa manière de traiter le paysage, et celle de 
ce fameux peintre, plus connu sous le nom du petit Moyse (t), 
d'où je conclurois qu'il étoit son disciple, ou du moins le 
sectateur de sa manière de composer, et peut-être de peio- 
dre. (Je trouve des gravures du petit Moyse en 1620.) 

VAN VIANEN (chrétien) etoit d'Utrecht et fils d'Adam 
Van Vianen, qui lui même s'est distingué par des ouvrages 
d'orfèvrerie, ^ont on admire encore l'exécution, mais non 
les formes, qui sont aussi bizarres qu'elles sont peu régu* 
lières et d'un goût qu'on peut nommer barbare. L'on en a 
des gravures par Th. Van Ketter, qui en a gravé 48 plan- 
ches, qui forment trois parties, et ce livre est recherché par 
les HoUandois. 11 a été publié par Chrétien Van Vianen, et 
l'on y trouve le portrait de l'auteur. [N&ies sur Walpole.) 

VAN VIANEN (paul). Celte estampe est mal indiquée; elle 
n'est point gravée par Paul Vianen, et ce n'est point le por- 
trait d'Adrien Van Vianen, peint par Jean Van Aken, qui 
y est représenté. C'est tout le contraire. Une inscription la- 
tine, qu'on lit sur cette estampe, nous dit que c'est Paul 
Vianen qu'on y voit occupé à peindre le portrait de Van 
Âken ; la troisième tête qui occupe une place dans la même 
composition passe pour être celle d'Adam Vianen. La gra- 
vure, qui est à l'eau forte, est de Jacques Lutma, et le car- 
touche, qui renferme- les portraits, du dessein du vieux Jean 
Lutma. Voici comment eàt conçue l'inscription : In hâc 



MM 



(1) Voir ce volume même, p. 14-16. 



tabula, qui pingitur Joannen^v. Akm, qui pingit Paulus 
Yianensis, uterque arte celeberrimus, J. Van Âcken et Paul 
Vianen étoieot, comme on le voit, contemporains desLutma; 
ils étoient comme eux orfèvres et vivoient dans le milieu du 
dernier siècle à Amsterdam, en réputation d'excellents ar- 
tistes, et je ne doute pas que le Vianen d'Angleterre ne Ml 
de la même famille et oe sortît de la même école. Quelques 
ouvrages d'orfèvrerie, du dessein d'Adam et de Paul Vianen, 
ont été gravés par M. Mosyn dans une suite qui en contient 
d'autres, de l'invention de J. Lutma et de Gebrand Vander 
Eckbout, en francois Du Chêne, qui sont tous deux dans le 
même goût et qui montrent combien ces artistes s'elfor- 
çoient de mettre de la bizarrerie dans leurs formes et d'en 
bannir cette noble simplicité, qui seule a le don do plaire. 
On ne voit pas qu'ils tissent usage de feuillages ; ils cher- 
choient, autant qu'ils pouvoient, à rendre la surface de leurs 
ouvrages raboteux; on les eût pris pour des pièces d'orfè- 
vrerie bosselées avec art, mais le coup de oiselet y étoit 
admirablement bien donné , et cela les rendoii précieux. 
(Notes sur Walpole.) 

VAN VïTEL, né en 1653 à Amberfort, près d'Utrecht, s'etoit 
déjà exercé dans le dessein sous Mathias Withoos, peintre de 
paysages, de fruits et de fleurs en Hollande, lorsqu'il vint à 
Rome en 1679. 11 y continua d'étudier avec grande applica- 
tion sous Corneille Meyer et Abraham Genoels, Flamand, et, 
s'étant ensuite mis à peindre d'après nature, il est devenu un 
des meilleurs peintres de veues qui ayent encore paru tant 
à huile qu'à guasse. 11 est d'une justesse et il entre dans des 
détails qui causent une véritable admiration ; ausâ ses td- 
b(eaux sont-Hs extrêmement recherchés. On le nomme com- 
munément Gasparo degli Occhiali. Il est mort à Rome le 
13 7^^ 1736, et a laissé uti fils célèbre architecte. 



23 

VAN VLIET (j. G.) est nommé parle père Orlandi Jacques 
Grand'homme Van Vliet; mais, comme je ne sç/iis d'où il 
Ta tiré^ je n'ay pas voulu bazarder de le dire. Au reste ce 
graveur a fait plusieurs choses d'apiès Rheimbrandt, et il a 
cbercbé à eo imiter la manière; il a marqué quelquefois ses 
estampes J. G. (en monog.), mais le plus souvent /. G. (eo 
monog.) Van Vliei. Il dessinoit très mal, toucboit sans esprit 
et sans intelligence. 

VANNI (FRANÇOIS). Yanius, ou pIutAt le cavalier François 
Vanni^ de Sienne, né en 1565, mort en 1609. 

— Arcbange Salimbeni etoit son beau père, c'est à dire qu'il 
avoit épousé \a mère de Vanni. Vanni naquit en 1565.. Son 
epitaphe^ que ses enfants ont fait mettre dans l'église de 
S* Georges à Sienne, et (jue j'ai fait copier, ne donne point 
Tannée de la naissance ni celle de la mort de Vanni. Elle est 
cependant faite pour leur faire bonneur et exécutée précisé- 
ment dans ]a même manière que le fameux pavé de Sienne, 
c'est a dire que le marbre peint représente exactement et rend 
un dessein fait a la plume et lavé d'aquarelle. On y apprend 
que le fils de Vanni, Micbel-Ange, celui qui avoit pris le soin 
de faire ériger le monument en 1656, etoit entré dans une 
des meilleurs maisons de Sienne, en épousant Catherine Pic- 
colomini. Le portrait de François Vanni, gravé par Bern. Ca- 
pitelli, son compatriote, en 1634, place sa mort en 1609, et 
le fait alors âgé de 46 ans. Il etoit donc né en 1563 et non 
en 1565, comme le dit le père Azzolini, qui met sa mort le 
25 9^ 1609. Les dattes données par le Bagiioni sout fausses. 

— Ce peintre gracieux, sans avoir été le disciple du Bar- 
rocbe, en a pris toute la manière ; il s'est, comme lui, ren^ 
fermé dans des sujets de piété, et il a eu la même attenlion 
à terminer ses ouvrages^ et singulièrement ses desseins. Ceux 
qui sont ici ont appartenu à M. de 4a Nout, 4ameiix curieyuxi 



et c'est à leur occasion que le comte d'Ârondel se détermina 
à faire un voyage à Paris, ainsi que je l'ai rapporté (1) dans 
une lettre qui est imprimée à la tète d'un recueil de charges 
de Léonard de Vinci. {Catalogue Crozat.) 

— La Se Vierge adorant l'enfant Jésus endormy. En demy 
corps. Gravé au burin par Corn. Galle. Celte estampe est une 
des plus gracieuses que l'on puisse voir et l'une des plus 
rares de l'œuvre, surtout lorsqu'on en trouve des épreuves 
avant que la planche eût été retouchée. Celle-cy est pure, et 
celle d'au dessous est retouchée, mais elle ne laisse pas ce- 
pendant d'estre fort considérable par la beauté de l'impres- 
sion : Matbeo Florimi ex. — Il y en a une très belle estampe 
gravée en clair obscur. — M. Crozat a le dessein. 

— La S* Vierge ayant entre ses bras l'enfant Jésus au mail- 
lot, à qui elle donne de la bouillie qui luy est servie par un 
ange, et dans le fon 1 est S. Joseph qui tient des cerises. Fi- 
gures en demy corps. Celte charmante estampe est ce que 
Vanni a fait de plus beau^ et ce que Corn. Galle a le mieux 
exécuté. Elle est fort rare à trouver bien imprimée. — 
M. Crozat a le dessein original parfaitement beau, qui a servi 
à graver cetle estampp. • 

— La S* Vierge tenant sur ses bras l'enfant Jésus au dessus 
d'un croissant. En demy corps dans un ovale. Gravé au bu- 
rin — peut-être à Venise, car elle est dédiée par Sadeler à la 
femme d'un magistrat vénitien, ou noble — par Raphaël 
Sadeler. 

— La fuite en Egypte. La S« Vierge, accompagnée de 
S* Joseph, tient par la main l'enfant Jésus, qui est à pied et 
porte dans un panier les instrumens de charpentier. Un peu 



(i) Cf. cet Àbecedario, III, 161» note 1. 



S5 

plur loin est le jeune S^ Jean en acte d'adoration^ et sur le 
devant les corps morts de trois enfans tués par ordre d'He* 
rode, étendus par terre. Cette estampe, qui est exécutée au 
plus mal, est gravée à Veau forte par François Leoncini de 
S. Greminien, d'après Fr. Yanni, en 1622 ; cette date se trouva 
sur la terrasse. — Le tableau est dans l'église de S. Quirico» 
à Sienne. — M. Grozat en a un fort beau dessein du Yanui, 
et qui fait déplorer la manière pitoyable dont cette estampe 
a été exécutée. 

— ^ La S* Yierge, s'évanouissant à la vue de J. G. couronné 
d'épines et revêtu d'un manteau de pourpre. Gravé au burin 
par Pierre de Jode. G'est une fort belle estampe gravée avec 
art et bien dessinée. — Matheus Florimus excudit. — M. Grozat 
a le dessein original à la sanguine, très beau, sur quoy l'es- 
tampe a été gravée. — J'ay actuellement ce dessin. 

— Le dessein, de Yannius, du Ghrist à la colonne, que j'ai 
eu à la vente Grozat, vient originairement de la collection de 
M. de la Noue. M. Grozat l'avoit numéroté 8. Gelui du mar- 
tyre de S« Luce, recevant la communion, étoit venu d'Angle- 
terre à M. Grozat, et portoit le numéro 20. Il avoit marqué 
au bas que le tableau étoit à Sienne dans l'église de la con- 
frérie de S* Luce, et avoit, cité : Bcddinticcij fol. 144, appa- 
remment dans la vie de Yannius. 

— La S« Yierge en pleurs, rencontrant J. G. chargé de sa 
croix. Gravé au burin par Juste Sadeler. — 11 y a une autre 
planche de ce même dessein, qui est, suivant toutes les ap- 
parences, l'originale de celle cy. Elle est gravée en bois, et 
beaucoup mieux dans le goût de l'auteur. L'on n'y trouve 
point le nom de Yannius comme à celle de Sadeler, mais seu- 
lement, sur la terrasse, en assez petits caractères, la marque 
d'André Andréani, et au bas de la planche la même inscrip- 
tion qu'à celle de Sadeler, qui commence par ces mots : Qui 
non accipitj etc. — La planche en bois est tournée de l'autre 



GOté que eelle en cuivre. Il y en a une épreuve chez le roy, 
daus l'œuvre de Yannius. 

— Jésus Christ attaché sur la croix, adoré par S. François 
et S* Catherine de Sienne, qui sont accompagnés de la 
8« Vierge. Gravé au burin par Compile Galle, d'après F. 
yanius. C'est assez de nommer le peintre et le graveur pour 
rendre cette estaa)pe fort estknable , sans ajouter racore 
qu'elle est très rare. Yanni avoit un talent particulier pour 
les sujets de devolion. Sa manière est vague et gracieuse, et 
elle approche fort de cdle du Baroche, qu'il s'est toujours 
proposé d'imiter. De son coté, Corneille Galle, ayant sans 
doute l'imagination échauffée par les beaux objets qu'il avoit 
devant les yeux, s'est surpassé dans tout ce qu'il a fait en 
Italie. L'on y voit une touche et une sublimité de goût, à la- 
quelle il n'a pu atteindre depuis. Il en est de même de P. de 
Jode, qui estoit Flamand aussy bien que C. Galle, et vivoit 
dans le même temps, et ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que 
ces deux graveurs, déjà habiles dans leur profession lorsqu'ils 
vinrent en Italie, s'y soient perfectionnés à ce point là, et 
que, de retour chez eux, ils n'ayent pu y rien faire que de 
fort inPMeur. — Matheo Florimi exe. — Ce tableau est à 
Sienne, je pense dans l'église de S. Georges. C'est, à mon 
avis, un des plus beaux tableaux de Yanius ; — il me fit un 
grand plaisir. — Le dessein original est chez M. Crozat. 11 
vient, ainsi que tous les beaux desseins qu'il a du Vanni, de 
la collection de M. Desneux de la Noue, excellent curieux. 

— La S® Yierge, reyne des anges, assise dans le ciel, au 
dessus du frontispice d'une église qui luy est dédiée. Autour 
une bordure, où sont des festons d'instrumens de musique. 
Getlè pièce est très rare et très bien exécutée. L'on n'y voit 
pas le nom du graveur, mais l^on ne doute pâs cependant 
qu'elle ne soit de Pierre de Jode, — A Rome, en 1690. C'est 
le frontispice d'un livre de musique dont voicy le titre t-Tem* 



•7 

pio armonico, overo canzoni spirituali, délia beatissima Yir- 
gine N. S. fabricatoli per opéra del R. P. Giovenale A. F. P. 
(AnciDa Fozzanese, prête) ddla congregatione delF Oratorio, 
poi vescoYO di Sanizzo. Prima parte a tre voei. Stampata in 
Roma da Nicolo Mutii, 1599. CTest dans ce même livre que 
se trouvent deux pièces de P. de Jode, où le père Giov^ale 
est représenté à genoux devant la S« Vierge dans l'une, et 
dans l'autre devant S* Luc. — La planche étant tombée entre 
les mains de N. Van Aelst, marcfaaed d'estampes à Rome, 
pour la rendre vendable, il fit effacer te titre du livre et met- 
tre à la place : Santa Maria de gli angeU, 

— Une copie de cette même pièce, gravée au burin par J. 
Boulanger. Ce graveur y a représenté au bas la veue de la 
diapeile de Notre Dame des Anges, qui est dans la forêt de 
Livry, près Paris. 

— La S« Vierge assise près de S* Catherine de Sienne, qui 
tient amoureusement entre ses t^as l'eniant Jésus endormy. 
&* Jean Baptiste dort d'un autre coté, et sur le devant est re- 
présenté l'apostre S* Pierre, revêtu du pallium et des autres 
ornemens pontificaux. Cette pièce, gravée au burio par Phii- 
lippe Thomassin en 1597, est une de ses plus belles choses, 
et qu^il est difficile de trouver aussi Nen imprimées que 
celle-ci. — Les premières épreuves portent le nom de Tho- 
massin et de Jean Turpin, ai^sociés. La société s^étant dis- 
soute, iis partagèrent leurs planches, et ceile-cy échut à Jean 
Turpin ; ainâ les secondes épreuves ne portent que son nom. 

— S* François d'Assise, S* Catherine, martyre. S* Cathe- 
rine de Sienne et S^ Bonaventure invoquans la S« Vierge, 
qui est couronnée dans le ciel par la sainte Trinité. Gravé au 
burin par Pierre de Jode. L'on conjecture qu'il Ta fait d'après 
un dessin de F. Vanni ; il se pourroit aussi qu^elle fûtd^af)iès 
un des disciples de ce peintre. — Petrus de Jode excudit, 
mais je ne doute cependant pas qu'elle ne soit gravée de luy. 



— Certainement d'après Vanius ; il a peint ce tableau à ..;.., 
et M. Grozat en a le dessin. 

— Les quatre docteurs de l'Église latine : St Grégoire, S^ Am- 
broise, St Augustin et St Jerosme ; en deooy corps dans des 
ovales. Gravés au burin par un maitre inconnu. Hateo Plo- 
rimi lonnis. — Seroit-ce Jean Florimi qui seroit le graveur? 

— S. Bartole de St Géminien, célébrant le sacrifice de la 
messe, pendant lequel J. G. luj apparoist dans l'hostie, sous 
la forme d'un crucifix. Gette pièce et tous les sujets de la vie 
de ce même saint, qui l'environnent, sont gravés au burin 
par Dominique Falcini; l'exécution en est assez médiocre, 

'mais la manière de Pr. Vanni y est assez bien conservée. Gette 
estampe est très rare. — Dom^o Falcini formis, con privil. di 
S. A. L (cioè del Ducadi Firenza.) — Elle est gravée dans 
la même manière que le saint Jean Gualbert. Domenico Fal« 
cini s'y nomme le graveur, au lieu qu'icy il ne paroist que 
le marchand. Quoyqu'il en soit, je vois tant de conformité 
de manière en ces deux pièces, que je ne doute nullement que 
l'une et l'autre ne soit gravée par le même D. Falcini à 
Sienne. 

— St Biaise, évêque et martyr, tenant des peignes de fer, 
instrumens de son supplice ; en demy corps. Gravé au burin 
en 1590, par François Yillamène. Matheus Florimus DDD. 
F.V.F. — M. Grozat en a le dessin original, qui est très beau. 

— S^ François tombant en extase au son d'un instrument 
touché par un ange. En demy corps. H n'y a guères d'estam- 
pes où l'on puisse mieux juger de Thabileté de Fr. Vanni; 
aussy l'a-t-il gravée luy mesme avec beaucoup d'art. Se 
peut-il rien de plus beau que l'expression du saint extasiéî 
Le Garrache en a été si fort touché qu'il â pris la peine de la 
copier. — Une copie de cette pièce faite au burin en 1595, 
par Augustin Garrache^ mais avec quelques différences. Il y 

changé entièrement la figure de l'ange qui joue du violon, 



t9 

pour y en subslitaer une autre de son invention, d'un bien 
meilleur goût, et il y a ajouté un fond de paysage qui est 
touché avec un grand art. Que si l'on compare cette belle 
copie avec Toriginalede Vanni, celle cy remportera toujours 
pour la beauté de l'impression, quoy que dans celle du Ga- 
rache l'on trouvera plus de précision , plus de fermeté et 
même plus de correction de dessin. — Une autre copie laite 
d'après la planche originale de Yaani, par Raphaël Sadeler, 
ou peut-être par quelques uns de ses enfaDS,soussa conduite. 

— S. François adorant l'enfant Jésus, que la S* Vierge vient 
de luy remettre entre les bras. Cette estampe est sans con- 
tredit une des plus parfaites de l'œuvre de Vanius. Corneille 
Galle, qui en est le graveur, l'a exécutée d'une manière qu'elle 
mérite justement la grande réputation qui y est attachée. On 
ne la trouve que très difflciiement. Matheo Florimi D. D. — 
M. Crozat a le dessein original sur lequel la planche a été 
gravée. Yaoni etoit curieux de faire luy même des desseins 
très arrêtés de ses tableaux qu'il faisoit graver, et il a été heu- 
reux de rencontrer de très bons graveurs. — Le tableau ori- 
ginal est à Lyon, dans l'église des religieux observantins. à 
la chapelle des Luquois. 

— Le beau tableau de ce peintre, qui est dans la chapelle 
des Luquois, dans l'église des Observatins, à Lyon, et qui re- 
présente la Ste Vierge et St François, dont on en a une es- 
tampe gravée par Camille Galle, a été donné par le cardinal 
Bonvisi en 1599. Deicription des peintures qui sont à Lyon^ 
par Bombourg. 

— St François joignant les mains et priant devant un cru- 
cifix. En demy corps ; gravé au burin par un fort médiocre 
graveur, je crois de nation française. Son nom y étoit, mais 
on l'a gratté. 

— S. Georges assis au milieu de deux femmes qui repré* 
sentent, l'une la Prière et l'autre la Pénitence. Gravé au burin 



à Yeaise, par Lucas Kiliao eo 1603. — Dédié à Maainâieiii 
archiduc d'Autriche, ip9X Dominique Castes. F. YAN. SEN. 
INY. L. KIL. Scdp. Tenet* — Pant à fresque au dessus de 
la porte de IVglise de S. Georges à Sieme, dans laquelle le 
Yanni a sa sépulture. 

—Le bienheureux Fra Jacopone de' Benedetti^da Todi« re- 
ligieux (raocisquain , fondant en pleurs en embrassant un 
crucifix. En demy corps; gravé au burin en 1596 par Pierre 
Paul Sensini. — Il y a au bas une dédicace faite au cardinal 
Gasano, par P. P. Sensini, datée de Todi, le 24 fibre 15%. n 
y est dit qu'il y a mis cette estampe en lumi^, mais il n'y 
parott pas que ce soit luy qui en soit le graveur. U y a cette 
marque PST (en monog.) F, ce que j'interprète Phil. Sensini 
Formis, ^- ou plutôt Philippus Thomassin [fedî). — - Il n'en 
&ut pas douter, cette marque e;t celle de Philippe Thomassin, 
qui, dans la même année, a gravé pour le même Sensini une 
{danche qui r(>présenle les saints protecteurs de la ville de 
Todi« sur le dessin de Perau Finzoni^de Faenza, qu'il dédia à 
Angelo Gesi, evèque de Todi, qui avoit foit la translation des 
reliques de ces saints patrons et les avoit fait mettre dans une 
cbftsse, et qui en avoit fait autant des reliques du B. H« Jaco-^ 
ponOé Yoyez ÏUgheUii t. 1, p^ SfôO. — L'on a des poésies 
italiennes de ce Jacopone, qui sont. célèbres. Yoyez le Grès- 
cimbeni, Histoire de la poésie italienne j t. S. — Je ne crois 
point cette pièce du dessein du Yanni. Je la crois faite d'après 
quelque ancien monument, dessiné peut-être par Ferao 
Finzoni. 

— S. Jean Baptiste assis dans le désert. Autour de ee sujet 
principal il y en a treize autres où est représentée la vie de 
ce saint* Cette pièce^ quoyque médiocrement bien éiéculée^ 
ne laisse pas de conserver du goût de Fr. Yanni, d'après qui 
elle est. L'on n'y voit aucun nom de graveur ; l'on conjec- 
ture seulement qu'elle pourroit être de César Bassan^qui en 



ai 

a gravé cfuelqttes auHes daas la méoie manièfe. — Ifatheo 
Ftoriœi formis. L'en n'y voit pas même le nom de Yaoiua; 
aiûsi ce n'esl que parce qu'elle est dans sa manière que l'on 
\A met dans son œuvre/Qui^sçait si le dessein n'en seroit pas 
de quelques uns de ses disciples? Ma conjeclure pour le Bom 
du graveur est fondée sur le S^ Jerosme; le nom du Bassan 
j est^ et il me semble que cette pièce et celle vj sont dans la 
même manière. Je crois même que ce Bassan a gravé pcfur 
Floîîmi plusieurs de ces pièces où il n' j a aueuns nemd de 
graveurs. 

— S^Romuald^ fondateur des camaldulesi adorant Jésus 
Ghrist assis dans le ciel à côté de la S" Vierge ) autour de oe 
sujet principal l'on en a disposé plusieurs autres qui repré- 
sentent quelques actions de la vie de ce saint et les portraits 
de quatre saintsde son ordre. L'on range ordinairement oette 
pièee parmy les ouvrages de Fr. Vanni ) cependant dom 
Thomas de Minis^ Florentin^ religieux camaldule^ qui sera 
sans doute un de ses disciples^ s'en attribue l'honneur ; elle 
est fort rare et l'on n'en connoît pas le graveur. — Peut-être 
aussi que ce moine, qui se nomme inventer ^ n'est que Tin- 
tentexur du sujets et que Yanius en est le peintre. Je me sou^ 
viens que Sadeler s'est dit quelquefois l'inventeur d'estampes 
dont d'autres avoient donné le dessein, parce que c'esloit luy 
qui avoit fourni l'idée du sujetiQuoyqu'il en soit^ le graveur 
me paroist un disciple de Yillaminei 

— Un saint hermite priant les mains jointes^ en se pro- 
menant dans sa solitude. Mon père^ Jean Mariette, qui a graté 
oe petit morceau d'après un dessein , et que j'estime être de 
Fr. Yanni, l'a baptisé S< Elye, et l'a inséré dans la suite des 
g.S« P<P» du désert) avec l'abrégé de leur vie^ volume in 12 
qu'il a imprimé. 

— La vie de Se Catherine de Sienne, en douze pièces ; 
gravé au burin par Pierre de Jode en 1997. Cette suite est 



oertainemeot ce qui est de plus considérable dans Toeuvre de 
Fr. Yanoi, et l'oo y découvre mieux que partout ailleurs son 
génie fécond et gracieux, et sa belle manière de draper sim- 
ple et vague. Elle est très rare, surtout à en rencontrer des 
exemplaires bien conditionnés. Hatteo Florimi formis.-'— 
P. de Jode, de retour à Anvers^ regiava ou fit graver sous sa 
conduite de nouvelles planches^ même grandeur que les ori- 
ginaux. — G. Galle les a aussi copiés en petit, mettant chaque 
sujet sur une planche particulière. Gette petite suite n'est pas 
commune. 

— Plusieurs sujets de la vie de S* Gécile, vierge et mar- 
tyre, dans des cartouches, au milieu desquels est le tombeau 
de cette sainte et la situation dans laquelle on trouva son 
corps à Rome^ en 1599. Gette pièce est pleine d'esprit. Cor- 
neille Galle l'a gravée au burin en 1601. — La figure cou- 
chée de S« Gécile, qui est dans le milieu, est dessinée d'après 
la statue de marbre qui est sur le tombeau de la sainte et 
qui a été exécutée par Stefano Mademo. 

— S* Cécile renversée par terre près de deux hommes qui 
recueilleut son sang. Gravé au burin. — Le tableau est à 
Rome dans la chapelle basse^ ou confession^ de l'église de 
S« Cécile, au dessus de l'autel élevé sur le tombeau de cette 
sainte. 

— Portrait de la mère Pasitea Crogi, fondatrice du cou- 
vent des capucines à Sienne, sa patrie ; D. A. XXX, ce que 
j'explique ainsi : Di anni irenia. Elle est représentée en 
demie figure, les bras croisés sur la poitrine, et teoant de la 
main droite un chapelet. On ne peut rien voir de plus mal 
gravé. Sur l'épreuve que j'ai je trouve écrit au bas pat une 
main italienoe : Cavcd. Francescho Vanni, pitiare Sanege^ et 
je ne doute pas que la pièce ne soit de son dessein. Elle est 
très rare. 

— Les armes d'un cardinal Justiniani, dans un cartouche, 



33 

au milieu de deux femmes, dont Tune représente la Prudence 
et l'autre la Justice. Gravé au burin en 1598, par Dom Epi- 
phane de Âltiano, religieux do Tordre de Vallombrose. Cette 
pièce est des plus singulières de l'œuvre. — Les noms des 
peintre et graveur y sont. 

•— Une décoration d'architecture au milieu de laquelle 
sont placées les armes d'un cardinal, et, de chaque coté, dans 
des niches, deux figures hierogliphiques qui représentent la 
Sagesse et la Vertu. Cette pièce est gravée au butin par Jean 
Florimij Ton en attribue Tinvention à Fr. Yanni. — Elle est 
dans le goût de l'école de Sienne^ mais je croirois autant 
d'après un des disciples de Yanni que d'après ce peintre. 
— Le cardinal est Alexandre Petruzzi, archevêque de Siemie 
en 1615, mort en 1628. 

— La Religion et la Piété aux costés des armes d'un cardi- 
nal, placées dans un cartouche, gravé au burin par Pierre de 
Jode ; cette pièce est fort rare. — Ce cardinal porte pour 
armes un bœuf rampant, en chef les armes Âldobrandines. 
La Piété est désignée par une femme armée, ayant un coq 
sur son casque et à ses pieds une cigogne. Le nom de Yanni 
y est et celui de Pierre Jode. — François Marie Tarusius, créé 
par le pape Clément YIIl, archevêque de Sienne en 1597, 
mort en 1608. Il estoit très lié d'amitié avec le cardinal Ba- 
ronius; l'un et l'autre étoient de l'Oratoire et disciples de 
S. Philippe de Neri, et furent inhumés dans le même tom- 
beau. Tarusius s'est illustré par sa piété. Il étoit zélé prédi- 
cateur. 

— P. Teius, Siennois, fondateur de la congrégation des 
doux, surnommé le père des pauvres. Mort à Sienne en 1601. 
Dans un ovale; gravé au burin d'après Fr. Yanni. — Je crois 
par C. Galle. — Aux meilleures épreuves on lit : Fran. 
Vann^ fil^ amanU. F. Yanni étoit lui même très chariiable et 
tellement affectionné au père Tejus qu'il voulut être enterré 

T. VI» c • 



u 

dans relise de S. Georges à Sienne, qui est celle des reli- 
gieux de la congr^ation des doux. 

— Plan de la ville de Sienne, au dessus duquel Fr. Yanni 
a lepiésenté dans une •gloire les saints qui en sont originai- 
res. C'est une de ses plus belles choses et des mieux gravées 
au burin par Pierre de Jode. Cette pièce est fort rare. — En 
quatre grandes feuilles. Dédié au-grand^ue Ferdinand par 
Yanius» — H. Crozat a une partie du dessin de la gloire. 

— Pièce emblématique sur la perfection chrétienne et le 
chemin pour j arriver. L'on j voit au milieu les armes de 
la congrégation du Mont Olivet ; ce sont trois montagnes, 
surmontées d'une croix et de deux branches d'olivier, qui 
sont placées dans une niche décorée de pilastres d'ordre do- 
rique et de plusieurs figures hiéroglifiques qui désignent la 
Foy, la Charité, l'Espérance, l'Humilité et le& autres vertus 
chrétiennes, et plus bas, d'un coté est le pape, représenté à 
genoux à la têle du clergé, et de l'autre coté le roy d'Espagne 
accompagné des autres princes chrétiens. Cette pièce, qui 
est très rare, est tout à fait dans la manière de Fr. Yanni. 
Sans doute que le père Léonard , de Naples, religieux du 
mont Olivet, qui s'en dit l'inventeur, estoit un de ses disci- 
ples. Elle est gravée au burin fort artistement en 1599. — 
Cette pièce, dédiée par ce moine de la congrégation du mont 
Olivet, qui se nomme l'inventeur^ pourroit pourtant' bien 
estre de Yanni ; c>ar c'est une allégorie dont l'invention peut 
convenir au moine, et peut être est-ce la seule chose dont il 
est rinventeur. Je ne connois pas le graveur^ à moins que ce 
ne soit ce Dc^minique Falcini, dont on a veu cy dessus quel- 
ques pièces, ou bien Cesare Bassani; mais je suis moins 
porté pour ce dernier. 

YÂNNl (610 battista). Il a aussi gravé une pièce d'après 
Bamboche. Le Baldinucci en parle à la fin de la vie de Chris- 



38 

tophe Âllorij 11 avoit dessein d'écrire sa yie, oe qu'il n'a pas 
exécuté. Il le fait FiarerUino. 11 se trouvoit à Venise en 1637. 
H s'etoit mis dans la teste qu'il pourroit aohetter pour le 
grand duc le tableau de Paul Yeronese, qui est dans le réfec- 
toire de St Georges majeur, mais les offres furent rejettées 
comme l'avoient déjà été celles du roj de Pologne. 11 fallut 
se contenter de dessiner le tableau et de le graver. Il étoit de 
retour à Florence en 1642 de son voyage dans la Loœbardie, 
et il j grava la coupole du Gorrege à Parme, qu'il avoit des- 
sinée sur le lieu. 

^ VÂNNI (raphael). Le triomphe de la Pénitence. Gette 
vertu est assise dans un char entre des épines. Elle en est 
couronnée, et elle tient des fouets et des disciplines. La Mort 
et le Tems sont enchaînés au char et le conduisent. Au haut 
le titre Triumphtiê Penitentiœ. Gravé par Thérèse del Po, à 
l'eau forte, d'après le chevalier Raphaël Vanni ^ pièce très 
médiocre^ et dont la composition ne fait pas honneur au 
peintre. 

VARIN (JEAN). J'ay toujours ouy dire que Warin (car c'est 
ainsi qu'il ecrivoit son nom et nonpasVarin) (1) avoit été ac- 



(1) Mariette a parfaitement raison, et c*est ainsi que notre artiste 
a signé son testament, publié dans le premier volume des ArcM- 
vet; mais ses contemporains, Perrault, son jugement de décharge 
publié dans le sixième volume, les notaires mômes qui rédigent 
son testament, s'en tiennent à la prononciation et écrivent Varin, 
de sorte que, la faute étant consacrée, nous laissons son article à 
la seule place où on le cherchera. — Les annotations données dans 
les Documents nous dispensent d'en mettre ici ; nous leur ajoute- 
rons néanmoins, et à cause de Toccasion, cette raillerie des petits 
marchands rencontrée dans un Ana : 

« Parce qu'ils ne manient guère que de la petite monnoie, 
une pièce de quatre pistoles, dont on peut acheter toute leur bou- 



36 

cusé et prévenu d'avoir fabriqué de la fausse monoye, crime 
qui le conduisoit à une mort infamante, mais que son habi- 
leté lui sauva la vie; celte affaire fut assoupie; on lui donna 
un tour favorable, et^ ce qui est de plus fort, Warin fut con- 
servé dans ses charges, sans qu'on put s'apercevoir qu'il eut 
prevariqué en rien. Il faut lire son éloge dans ceux des hom- 
mes illustres du règne de Louis XIY, par Perrault, t. II, p. 85. 
Cet auteur a dit que les médailles de Warin alloient de pair 
avec ce que l'antiquité nous offre de plus parfait et que quel- 
quefois elles ont la supériorité sur celles des anciens. Il n'a 
rien avancé que de vrai. J'ai une médaille en or, où d'un 
coté est le portrait de Louis XIV jeune, et de l'autre celui 
d'Anne d'Autriche, sa mère. C'est un chef d'œuvre et dont 
rien n'approche dans le même genre ; finesse de touche, élé- 
gance de dessein, beauté de travail, tout y est porté à un tel 
point qu'il n'est pas possible d'aller au delà. — Il naquit à 
Liège en 1604, et mourut à Paris en 1672. 

— Il s'est quelquefois hasardé de faire des desseins de com- 
position dont il étoit l'inventeur. Il s'en trouve trois, dont une 
porte son nom dans la suite des vertus et des vices, c'est celle 
qui représente le supplice de Promethée, les deux autres sont 
le Tantale et l'Ixion, dont les planches sont gravées par Bloe- 
maert, mais je ne crois pas qu'il se soit souvent essayé sur de 
pareils sujets. Il ne s'y seroit pas aussi distingué qu'il l'a fait 
en s'en tenant à la gravure des médailles. — Warin prit une 
charge de secrétaire du roy du grand collège en 1658, qu'il 
résigna en 1659, peut être à cause de son affaire. Il y a beau- 



tique, les épouvante, et ils ne se plaisent qu'à recevoir des pièces 
de trente sous, car ils ne connoissent que le coin de Yarrin, sans 
regarder k la solidité de la matière. » 
Sorberiana, éd. de 1695, p. 245. 



37 

coup de choses à reformer dans l'éloge de Warin qu'a écrit 
Perrault. li ne succéda points cornue il le dit, à un René Oli- 
vier dans l'office de tailleur gênerai des monnoy es de France : 
premièrement Olivier, qui étoit directeur d'une nouvelle mon- 
noye établie dans l'isle du Palais, se nommoit René et non 
Pierre, et il vivoit fort antérieurement à Warin, puisque son 
portrait, gravé de son vivant par L* Gautier, est de 1581 ; 
2» celui qui étoit pourvu de cet office avant que Warin l'eût 
obtenu, étoit Jean Davaiane, dit TOrfelin, lequel en 1648 eut 
la permission de graver des poinçons de la grandeur d'un 
ecu pour le service de la royne Christine, lesquels furent en- 
voyés à la monnoye de Stockolm ; — 3* l'office de tailleur 
gênerai des monnoyes de France avoit été créé en 1547, et la 
personne qui en a été pourvue se nommoit Marc de Bechoi; 
— 4® avant l'Orfelin, la charge en 1639 étoit entre les mains 
d'un Pierre Régnier. J'ai extrait tout ceci du traité de la cour 
des monnoyes de Constant, et peut être l'ouvrage de Route- 
roue donnera t il quelques autres particularités ; — 5® Nicol. 
Rriot, l'inventeur de la &brication des monnoyes au burin, 
différente apparemment de celle dont René Olivier avoit Tin- 
tendance en 4581, étoit aussi pourvu de l'office de graveur 
gênerai lorsqu'il quitta la France pour aller porter ses ma- 
chines en Angleterre. 

<— Comme WalpoU met ce court et curieux article : a Ce 
notn d'artiste se trouve sur quatre morceaux que M.^ West 
comerve dans son cabinet. Le premier est un grand médaillon 
jette en dre fondue avec cette légende : GuiL fiL Rob. Dacy 
mil. et Baronet^ œtatis suœ 21, 1626, et les trois autres sont 
des médailles, awsijettées en sable, de Phil. Howard^ cardinal 
de Norfolk, d'Endymion Porter, âgé de i8 ans en 1635^ et de 
Marguerite, sa femme, âgée de 25 ans en 1633 » Mariette 
ajoute : Cet artiste est le célèbre Jean Warin, graveur général 
des monnoyes de France, qui, sous les règnes de Louis XllI 



38 

et de Louis XIV, s'est illustré par un très grand nombre de 
chefS'd'œuvres. Il étoit né à Liège en 1604^ et il est mort à 
Paris en 1672. On ignoroit qu'il eût fait ses premières preuves 
en Angleterre, où il a du séjourner près de dix années, en 
parlant d'après les dates des médailles produites par M. Wal- 
pole, à qui nous avons l'obligation de cette anecdote^ sans 
que cela diminue en rien de la surprise où l'on doit être de 
le trouver si peu instruit sur le compte d'un artiste aussi re- 
nommé que celui-ci. 11 en eut dit davantage s'il eût consulté 
les éloges des hommes illustres du siècle de Louis XIV, par 
Pçrrault; il y eut trouvé celui de Warin à la page 85 du 
tome deuxième. (Notes sur Waipole.) 

VÂRIN (QuiifTiif), natif d'Amiens, peignoit à Paris avec 
succès vers le milieu du siècle passé. Son principal ouvrage 
est le tableau du maistre autel des Carmes déchaussés, qui 
représente la présentation au temple et qui a du estre peint 
vers l'année 1636, puisque c'est le temps que l'autel a été 
construit. Il a peint aussy, dans le temps du ministère de 
M' Desnojers, le tableau du maistre autel de l'église parote- 
siale de Fontainebleau^ dont le sujet est J. G. guérissant le 
paralytique. L'on ne sache point d'autres ouvrages publics 
de ce peintre^ digne sans doutte d'une plus grande réputa- 
tion, s'il est \ray que le tableau des Carmes déchaussa soit 
de luy. Car celui de Fontainebleau est non seulement fort in- 
férieur, mais dans une manière toute différente, et j'ai assez 
de peinne à croire que celui qui a fait l'un ait fait l'autre. 
D'ailleurs j'ay ouy dire à M' Halle que ce Varin etoit un pein- 
tre qui entreprenoit des ouvrages et qui tenoit chez lui de 
jeunes peintres. Sur ce pied là il se pourroit faire que quel- 
que peintre habile, mais dont le nom n'étoit pas encore fait, 
se seroit trouvé chez Varin, et que celui ci lui aiant fait pein* 
dre le beau tableau des Carmes, l'auroit ensuite donné comme 



39 

de lui. Gène seroit pas la première fois qu'une pareille chose 
seroit arrivée (1). 

La peinture doit M' Poussin h ses conseils; ce fut hiy qui 
le détermina à embrasser cet art, et Felibien asseure mesme 
qu'il luy en avoit donné les premiers éléments. Voyez Bel- 
lori, p. 408; Felibien, 1. 11, p. 178, 311; le Maire, descrip- 
tion de Paris, t !•», p. 413; Brice, t. III, p. 106; Merveilles 
de Fontainebleau, p. 328. 



(1) L*nn de nous a parlé en délail de ce curieux artiste dans le 
premier volume des Peintres provinciaux, p. 217-36. Le lecteur 
pourra s'y reporter ; il est seulement bon de rappeler ici, pour 
Topposer à Fassertion de Halle, celle de Pierre Louvet dans son 
Supplément à l'histoire du Beauvoisis : « Ce qui était cause qu'il 
ne ^gnait pas tant, est qu'il voulait tout faire lui-même à ses ta- 
bleaux. » 

Un fait important à ajouter, c'est que Tarin laissa une fille hèri • 
tière de ses talents. Voici ce qu'en dit le P. Daire, et dans son His- 
toire éPÂmiens, 1757, in-4<», II, p. 319, et dans son Tableau histo- 
rique des sciences, belles-dettres et arts en Picardie, 1768, in-12, 
p. 197-8. L'église des Ursulines d'Amiens, commencée en 1624, fut 
consacrée en 1628, et ce fut la mère Canterel de saint Augustin, 
seconde supérieure, qui, songeant à décorer do peinture cet édi- 
fice, employa à cet ouvrage la sœur sainte Magdeleine, fille de 
Qnintin Yarin, mais la mort l'enleva avant qu'elle eût fait autre 
chose que les dessins. Ceux-ci furent exécutés par les sœurs Fran- 
çoise Becquerel, dite de sainte Marie des Anges, Marguerite Can- 
teraine, dite de sainte Agathe, et Françoise du Croquet, di^ de 
saint Augustin. Le crucifix de la voûte oc dont la perspective est 
charmante, » — Yarin avait dans la perspective une réputation 
particulière, — était de la façon de la mère Françoise Becquerel 
des Anges, native d'Amiens. 

Enfin M. Gandar, dans un récent article sur la jeunesse de Pous- 
sin, publié par la Gazette des beaux-arts, a signalé et décrit de 
nouveaux tableaux de Yarin, et à ce propos qu'on nous permette 
d'exprimer le désir de voir rentrer au Louvre sa Présentation, qui 
se trouve aujourd'hui à Saint-Germain des Prés. Elle n'en vient pas, 
ne peut que s'y perdre, et, lorsqu'il donne à la rieille basilique les 
belles décorations murales de H. Hippolyte Flandrin, l'Etat peut 
bien sans injustice reprendre ce qu il a donné ; dans l'église ce 
n'est qu'un tableau, au Louvre ce serait un document important et 
curieux pour l'histoire de l'art français. 



40 

YAROTÂRI (alexandbe), surDommé le Padouanin. Il laissa 
un fils nommé Darius, comme son ayeul, et qui suivit de si 
près la manière de peindre de son père, que les ouvrages de 
l'un sont confondus quelque fois avec ceux de Tautre. Vedi 
il nuovo Boschini, p. 33. 11 n'est point né à Vérone, mais à 
Padoue. Voyez l'auteur du liv. Délia pitt. Venez., p. 364. Il y 
est parlé de ce peintre avec éloge, et l'on y fait connottre sa 
manière de peindre en homme éclairé et capable d'en bien 
juger. 

VASSÉ (ANTOINE FRANÇOIS), de la ville de la Seine en Pro- 
vence, — la Seine est située dans la rade et près de Toulon, 
— est mort à Paris en 1736, âgé de 53 an«. Il étoit alors dans 
l'Académie royale, ou il avoit été admis en 17.. (i). Il ne vit 
jamais l'Italie et ses ouvrages le disent assez. On n'y voit que 
de la gentillesse, et rien de ce goût solide et m&le qui doit 
être le véritable caractère de la sculpture, et que donne seule 
l'étude du bel antique. Son principal ouvrage est la figure 
en marbre sur l'autel de la chapelle de la Vierge à N. D. de 
Paris. Vassé étoit décorateur et c'étoit principalement dans 
cette partie qu'il brilloit. On a beaucx)up admiré les orne* 
mens de toute espèce qu'il a pratiqués dans la galerie de 
l'hôtel de Toulouse, et il est vrai que l'exécution en etoit sur- 
prenante. Us sont sculptés en bois ; la dorure dont on les a 
couverts les a gâtés. Je ne scais si ce fut la recompense de cet 
ouvrage, mais Vassé avoit la même place de sculpteur des 
galères du roy qu'avoit eu Puget. Il a laissé un fils qui se 
distingua dans la même profession (2). 

VASSÉ (louis Claude), mort en décembre 1772, âgé de 



(1) En 1723, mais seulement comme agréé. 

[2) Cf. les Archives^ tome VI, p. 269-272. 



41 

56 ans^ étoit depuis 1761 professeur dans TÂcademie royale 
de peinture et de sculpture, où il avoit été admis en 1751. II 
étoit né avec d'heureux talents dont il auroit pu profiter da- 
vantage, si dans les premières années qu'il se donna à la sculp- 
ture il se lût appliqué avec plus de zèle à l'étude de son art 
et qu'il eût su profiter des leçons que lui donnoit Bouchardon, 
dont il fréquenta l'attelier pendant quelque temps. 11 ne le 
quitta que pour aller à Rome, à la prière du roy. On peut 
dire qu'il se fia trop à la facilité avec laquelle il operoit. U 
mettoit de la grâce et de la légèreté dans son travail, mais 
quand on venoit à l'examiner on n'y trouvoit rien d'assez 
solide. Je ne scais quel tort il avoit avec Bouchardon, mais 
celui ci ne pouvoit le souffrir et voyoit avec chagrin que 
H' de Caylus lui accorda sa protection. Yassé le devoit à la 
complaisance avec laquelle il se plioit à tout ce que cet ama- 
teur exigeoit de lui, et ce ne devoit pas être sans effort de sa 
part, car Yassé étoit né fier et peu traitable. J'eus toutes les 
peinnesdu monde à déterminer Bouchardon à consentir qu'il 
lui succéda dans la place de dessi Dateur de l'Âcad. des belles 
lettres. Mais il auroit eu encore plus de peinne qu'il eût été 
choisi pour terminer son ouvrage de la statue équestre, et 
ce fut ce qui le détermina à jetter les yeux sur Pigal avec le- 
quel il n'avoit aucune relation. Yassé en fut extrem^ piqué, 
et sans raison il m'en fit la moue^ comme si c'étoit moi qui 
avois inspiré cette idée à Bouchardon. Son ressentiment alla 
plus loin; il eut l'imprudence de produire des mémoires con- 
tre Pigal, et se fil fort de faire l'ouvrage à un prix fort au 
dessous de celui auquel on étoit convenu avec ce sculpteur, 
qui s'en plaignit hautement à l'Académie et demanda justice. 
On étoit prêt de la lui accorder et de punir Yassé en lui fai* 
sant perdre la place d'académicien. U para le coup et chanta 
les palinodies; il fit des excuses, s'humilia et ne s'en récon- 
cilia pas davantage avec ses confrères qui, de ce moment, ces- 



serent de le regarder d'un bon œil. Il ne mauquoit pas de gé- 
nie. Il a paru è sa Tente , faite après sa mort,'des desseins qu'il 
faisoit au coin de son feu ; ce sont de véritables songes, mais 
qui n'en sont pas moins spirituels. Ce fut à la protection de 
M' de Caylus qu'il dut le travail qu'il fit pour la Russie, je 
veux dire le tombeau de la princesse Galitzin, née Trubetz- 
koï, et morte à Paris, que lui ordonna le gênerai Bestki, on- 
cle de cette dame. Il pria en partant M' de Caylus de veiller 
sur l'ouvrage, et à son défaut ce devoit être moi qui seroit 
chargé de celte inspection ; heureusement pour moi il n'en a 
pas été besoin 

YASSELLI (alessandro), nato in Cesena l'anno 1637, ar- 
rivato in Roma si pose in casadi H' Bentivogli, quale l'acco- 
modè nella scuola di Pier. Franc. Mola, che l'amè come figlio 
e lo tenue sino alla morte, doppo la quale passé in quella di 
Giacinto Brandi. Ms9 Pio. M' Crosat avoit son portrait des- 
siné qui venoit de Pio. 

VÂSSILACCHI (ANTONIO)^ car c'est ainsi que le Gigli, au- 
teur contemporain, écrit son nom, et voici l'idée qu'il donne 
de sa manière de peindre... 

Che col 8U0 polito e gracile operare 
Ogn* altro i^gaaglîa. 

VAUQUIER (ROBERT), mort à Paris en 1670. 

YECCHIETn (lorenzo). Altare majus(ecclesiœcathedralis 
Senensis) ciborio pulcherrimo omatur, ex œre^ artifice Lau* 
rentio Yecchietti, anno 1472. Angeli quoque duodecim œnei 
artificio sunt singulari, peritissimis fabris. Diarium italicum 
p. Montfaucon, p. 344, 



43 

VECELLIO (nziAifo). Il étoit à Padoue en 1511. Voyez ce 
que j'en ai dit à Tarticlede Dom. Gampagnola (1). 

YELASQUEZ (diego) ; c'est d'après luy que Paul Pontius 
a gravé ce be^u portrait du comte Olivarès, dont Rubens a 
dessiné les accompagnemens. Il nacquit à Seville en 1594 et 
apprit la peinture de Fr, Pacheco. Peu de peintres ont fait 
une fortune aussi brillante que celui-ci. Il mourut à Madrid 
en 1660^ comblé d'honneurs et de richesses. Son principal 
talent fut de peindre les portraits. J'en ai vu d'un pinr^u 
léger que Van Dyck n'auroit pas désavoué, et d'autres tou- 
chés avec une hardiesse inconcevable, et qui, à leur distance, 
faisoient un effet surprenant, et qui alloi^t jusqu'à produire 
une illusion parfaite. Le Palomino a écrit dans un grand dé- 
tail la vie de cet artiste. 

VELU (benedetto). Il fit un tableau qui trouva place dans 
les magnifiques décorations pour l'entrée de la grande du* 
chesse Christine à Florence en 1588. 

VELLY (de), graveur, actuellement à Pétersbourg. 

VENTURïNl (gaspabd), peintre ferrarois. Le P. Orlandi, 
p. 97, article de Benvenuto Garofolo, le nomme et le range 
parmi les peintres de Ferrare. Il le fait vivre en 1612. Il y a 
apparence que ce n'étoit qu'un médiocre artiste, car l'auteur 
de la description des peintures de Ferrare se contente de citer 
quelques uns de ses tableaux qui sont dans les églises de 
Ferrare, et en demeure là. Il n'en fait aucune mention daos 



(1) Cf. tome I, p. 29i, et sur Titien, V^ 30l*34()» 



u 

la notice des principaux peintres de Ferrare, qu*il a mise à 
la tête de sa description. 

YERBRUGGEN (Gaspard pierre), qu'on soupçonne être le 
fils de Pierre Verbruggen, directeur de T Académie de pein- 
ture de la ville d'Anvers^ y est né en 1668, et son talent etoit 
de peindre des fleurs et des fruits. Il en formoit des compo- 
sitions agréables et y mettoit une liberté de touche qui fai- 
soit que ses tableaux tenoient plus tost de la manière de Bap- 
tiste Honoyer que de celle de Yan Huysum. C'est en faire 
reloge. 11 trouva de fréquentes occasions d'exercer son pin- 
ceau en Hollande^ où il passa vers Tannée 1706^ et Mathieu 
Terwesten se l'associa souvent en lui faisant peindre des fleurs 
dans des plafonds et dans plusieurs autres grandes composi- 
tions qu'il eut à peindre. Sur la fin de sa vie, Yerbruggen se 
retira à Anvers et y mourut en 1720. Oq vante beaucoup un 
tableau de fleurs qui se voit dans les salles de l'Académie de 
peinture à Anvers, et qui est son morceau de réception. 
Descamps, t. i, p. 122. 

VERDIER (FRANÇOIS) est mort à Paris en 1730, âgé de 
79 ans. Ses commencements avoient été fort brillants : il 
montroit un génie riche et qui paraissoit inépuisable ; mais 
ce n'étoit qu'un génie d'emprunt qui, formé dans l'école de 
le Brun, rapportoit à la manière de ce mattre tout ce qu'il 
produisoit, tenoit tout de lui^ et qui peu a peu s'éclipsa au 
point que, devenu l&che et sans saveur, il ne fit plus rien de 
supportable et fut absolument abandonné. Le peu de con- 
duite de sa femme, nièce et héritière de madame le Brun, le 
réduisit sur la fin de sa vie presque à la mendicité, et cela 
acheva d'éteindre toutes les facultés de son ftme. Jamais il 
n'eut de couleur. 

VERDOT (gijiude)i peintre. 



45 

VERDUN (louis de). Louis de Beaucbamp, en buste dans 
un ovale. Gravé par Michel Lasne. Sans nom. — A cette 
épreuve cy il n'y a encore point de nom^ mais il y a des ar- 
moiries ouest représenté un cheval passant devant un arbre. 
— J'en ay veu une épreuve avec cette inscription : Louis de 
Verdun, architecte du roy (1). 

VERELST (heeman). On a le portrait de madame Con- 
stance Hère, gravé en manière noire d'après H. Verelst ; elle 
est représentée tenant des fleurs dans $on giron, et sur ce 
portrait on est en droit de prononcer que le peintre étoit un 
aussi mauvais dessinateur qu'un compositeur insipide. {Nth- 
tes sur Wàlpok.) 

VERKRUYS (theodoee). S* François d'Assise montrant un 
crucifix, objet de son adoration, gravé au burin pour Carie 
Haratte, et sur son dessin, par Théodore Verkruys, qui dans 
la suite a italianisé son nom et s'est fait appeller ddla Croce. 

VERHEYEN. Jan Comelisz, c'est à dire fils de Corneille, 
Vermeyen^ en latin Majus, a gravé plusieurs morceaux, près- 
que tous intéressants, et entre autres le portrait du cardinal 
Everard de la Marck, celui aux intrigues duquel Charles V 



(i) Cette inscription dont parle MarieUe ne se trouve que dans 
la suite d'Odieuvre, fort sujet à caution, et le portrait est bien 
celui de Lotiià de Beauchamp, dont les armes étaient parlantes, 
puisqu'on y voil un cheval courant, c'est-à-dire prenant au cbamp. 
De l'un des deux portraits du même individu , gravé par Michel 
Lasne, je veux dire du plus grand, daté de 1629, la Bibliothèque 
possède une épreuve qui ne porte dans la bordnre ovale que le 
nom de LOVIS, à la suite duquel on lit très- bien de Beaucliamp^ 
légèrement indiqué à la pointe sèche, pour donner les distances au 
graveur qui devait graver lés lettres au burin. 



dut la cottitmoe impériale. Sa pointe, qui est extrêmement 
l^re, est Gne et expressiye. Etant ai Espagne, à la saite de 
Tempereur, il grava une yeae du palais royal à Madrid, et 
celle des fameux aqueducs de Segorie. Tout ce qu'il a grayé 
est rare. Lorsque j'étois à Bruxelles on y retrouva les cartx»s 
qu'il avoit peints, et dans lesquels étoient représentées les 
conquêtes de Charles Y. On les mit en tapisseries, et, n'en 
connaissant pas l'auteur, on n'hésita pas de les attribuer au 
Titien, et véritablement il y avoit des parties dignes du pin- 
ceau de ce grand peiotre* La longue barbe de Vermeyen en 
faisoit un homme extraordinaire, et cette singularité, dont 
les princes s'amusent volontiers, ne nuisit point à sa fortune. 
On a soD portrait dans la suite de portraits des anciens pein- 
tres flamands, et j*ai rapporté à la fin de ce volume le mo- 
nogramme qui lui étoit particulier. 

— Jean Malus, dont le nom flamand est Jean Vermeyen, 
étoit peintre de Charles Quint, empereur, n l'avoit suivy dans 
son expédition d'Afrique, et il avoit peint les principaux eve- 
nemens de cette expédition pour être exécutés en tapisseries. 
J'en ay veu à Bruxelles quelques morceaux, car on en avoit 
retrouvé les cartons, que l'on croyoit du Titien et que l'on 
exécnitoit de nouveau en tapisseries pour l'empereur, tou- 
jours dans cette croyance. Eo eftect, quoyqu'ils fussent en 
mauvais estât, on ne laissoit pas d'y trouver des testes par- 
faitement bien peintes. M. de Piles avoit vu ces tapisseries en 
Portugal, sans doute celles qui avoient été exécutées du vivant 
de Tauteur, et il en faisoit beaucoup de cas. 

Il me restoit à.m'éclaircir si ce peintre avoit en effet gravé 
les pièces où est la marque IC (en monog.) et le portrait du 
cardinal de fiouillon — où est son nom au long. — J'avois 
là dessus quelque doute, mais je n'en ay plus présentement 
aucun. 11 m'est veau entre les mains une autre pièce de ce 
peintre, gravée certainement par luy meaner à l'eau fartent 



AI 

dans la même manière que ce que j*avois défà teu de luj, 
Ainsy il n'y a plus à doutter qu'il a gravé et qu'il se soit 
servy de cette marque IC pour se designer, c'est à dire Joan- 
nés Cameliif nom sous lequel il estoit connu, comme l'etoit 
Iheoiorus Bemardi et tant d'autres. Cette pièce, que j'ay eu 
depuis peu, est un plan ou veue — d'oyseau — de la ville de 
Bougie en Afrique, assiégée par l'armée de Ferdinand Y, 
roy d'Espagne, commandée par le cardinal Ximenès ; elle 
fut gravée en 1551, ainsy qu'on l'apprend de l'inscriptiou qui 
est au bas : Anno Domini 1504, ab Hisp. rege catholica Fer- 
dinando y , fortiter expugnata fuit BYGIA, urbs mari lima 
Africas, duce arcbiepiscopo Toletano, cujus typum Joan. 
Mai^ Car. Y^ Imp. Ro. Hisp. régis pictor expressit an* 1551. 
Ce qu'elle repr&ente la rend singulière. La touche eu est 
spirituelle. 

A l'égard du portrait du cardinal de Bouillon, il est bien 
dessiné, gravé de chair^ et les ombres placées avec intelli* 
gence. C'est im des beaux portraits qui ayent été gravés. 

-^ Ce peintre Jean Maius est celuy dont on voit le portrait 
dans la suite de Jérôme Cock. Yan Mander et après luy San- 
drart en font mention sous le nom de Jean de Corneille Yer- 
meyen. Son nom étoit Jean, celuy de son père étoit Cor- 
neille, ce qui £edt qu'on le nommoit Jean de Corneille, et que 
Yasari ne le nomme pas autrement. Giovanni Comelis, d'Am- 
sterdam, t. 3, p. 269. Cependant il n'estoit pas d'Amsterdam^ 
mais d'un lieu auprès d'Harlem, appelé Beverwick. Yermeyen 
est son nom de famille, que Lampsonius a traduit en latin 
Majus. Ce peintre avoit accompagné l'empereur Charles Y à 
l'expédition de Tunis. Yan Mander, Sandrart et de Piles rap- 
portent plusieurs particularités de sa vie, mais aucun ne 
parle de ce qu'il a gravé. Cependant il est constant qu'il n'y 
a qu'un peintre qui ait pu graver ce beau portrait qui est ûe 
grandeur naturelle, et l'inscription qui est au bas semble ne 



laisser aucun lieu de clouter que ce ne soit Jean Haius, à 
moins qu'après ces mots per Jo. Majum^ on veuille seulement 
sous entendre picius^ ce qui n'auroit pour lors rapport qu'au 
tableau. Ce qui est très certain c'est qu'il est gravé dans la 
mesme manière, et certainement par le m6me maistre que 
ces deux pièces qui .sont dans ce recueil et portent la marque 
et la datte 15 IG (en monog.) 45, temps auquel vivoit 
nostre peintre. J'avois cru que ce pouvoit estre la marque de 
Jerosme Cock^ et cela n'est pas mesme hors de yraysem- 
blance ; or il a gravé des paysages qui tiennent de cette ma- 
nière pour le maniement de la pointe ; mais je remarque en 
même temps qu'il a toujours fait commencer son nom de 
baptesme par un H, de cette sorte : H. Cock^ ou Hieronimui 
Cocky au lieu que cette marque cy est composée d'un J et 
d'un G, ce qui voudra apparemment exprimer le nom de 
baptesme de Vermeyen, qui est Jean ou Joannes, et le G ce- 
luy de son père Gorneille, sous lequel il estoit connu dans 
les Pays Bas. J'ay observé que cela s'est pratiqué ainsy à 
l'égard de plusieurs autres artistes, et Vasari, comme je l'ay 
déjà fait remarquer, ne le nomme pas autrement, luy qui 
écrivoit sur les mémoires que luy avoit envoyé Lampsonius. 

— 15 IG (en monog.) 45. G'est ici le monogramme qu'a 
employé sur quelques unes de ses gravures à l'eau torte Jean 
Gorneille Vermeyen, en latin Majus, peintre des Pays Bas, 
qui étoit au service de Gharles Y, et qui l'accompagna dans 
son expédition en Afrique. Ge qu'il a gravé est curieux. Il 
travailloit, comme l'on voit,, en 1545 et jusqu'en 1551. 

— Je connois encore quelques pièces singulières de ce J. 
Haius^ entr'autres deux portraits-de femmes ; la veue du pa- 
lais de Madrid, tel qu'il étoit au milieu du 16« siècle ; la veue 
de l'aqueduc de Segovie; le portrait de Philippe, roy d'An- 
gleterre et prince d'Espagne: c'est Philippe II, il est en buste, 
yeu de face, et gravé par J. Mayus, quoyque son nom ni sa 



49 

marque ne s'y trouvent pas; celuy de don FemaDd de GoDza- 
gue, ministre de Charles Y, avec cette inscription : Don Fer^^ 
nando — de Ganzaga. Il est aussy de Maius, quoyque son 
nom ny sa marque ne s'y trouvent pas; ce portrait est en 
demie figure, les mains jointes; il est vêtu d'une pelisse et a 
le collier de l'ordre de la Toison. 

VERMONT (hyacinthe golun de). Voir tome II, p. 1-2. 

YERNANSAL (louis de). Il faut qu'il se soit arrêté pen- 
dant du temps à Padoue, car le Rossetti, auteur de la des- 
cription des peintures de Padoue, fait mention de plusieurs 
tableaux de cet artiste qui se trouvent répandus dans les 
églises de cette ville, et il y a apparence qu'il les fit à son 
retour de Rome, oîi je pense qu'il etoit un des pensionnaires 
que le roi y entretient. Il est François, et Rossetti, p. 106, le 
dit Parisien. 

— Guide Louis Yernansal, peintre, disciple de le Brun, 
né à Fontainebleau, mert à Paris en 1729. firice. 

VERNER TAM (francois) est regardé par les Allemands 
comme un second van Huysum. Ses tableaux sont d'un plus 
grand fini. Il peignoit également bien les animaux, les fruits 
et les fleurs. Les galeries des princes d'Allemagne sont rem- 
pliesde ses peinturesqui ne sont pas d'une grande étendue ni 
chargées de beaucoup d'ouvrages^ maisdontonnepeut assez 
priser la belle touche et la parfaite intelligence qui y ré- 
gnent. Il naquit à Hambourg le 6 mars 1658^ et étant ^Ué h 
Rame dans l'intention de suivre le genre de l'histoire, il se 
prit d'affeciion pour des tableaux de Carlo di Fiori, ot se 
consacra au même talent. Il mettoit alors plus de hardiesse 
et de fermeté dans sa touche. Dans la suite la veue aes ta- 
bleaux de Van Huysum luy fil changer de système. Il sacrifia 

T. VI. d 



80 

lout au grand termioé, et il n'en plut que davantage aux cu- 
rieux qui le faisoient travailler. 11 s'étoit établi à Vienne d'où 
il sortit sur la fin de sa vie pour revoir sa ville natale ; il n'y 
demeura (|ue peu d'années; il revint à Yienoe et il y a ter- 
miné sa carrière le 19 juin 1724. Son portrait, peint par 
Kupetzki, se trouve encore à Vienne. Ëclaircis. hist., p. 202. 
11 y a deux de ses tableaux dans la galerie de Dresde. 

VERNET (JOSEPH)^ né à Avignon en 1715, le 15 aoust, se 
distingua dans le talent de peindre des paysages et des ma- 
rines. 11 a demeuré longtemps en Italie, et c'est en étudiant 
d'après nature et eu travaillant avec la plus grande applica- 
tion qu'il s'est fait une si belle touche, et qu'il a su rendre 
avec tant de vérité les differens effets de la lumière, et ce 
que produisent dans l'air les vapeurs qui sortent de la terre 
ou de l'eau^ et que le soleil a tiré à lui. Je ne connais aucun 
peintre, pas même Claude le Lorrain^ qui les ait mieux ren- 
dues. Il n'a pas moins bien imité la limpidité de l'eau, et, si 
c'est une tempête qu'il représente, ou la voit avec toutes ses 
horreurs. On ne finiroit pas s'il falloit le suivre dans toutes 
les différentes situations de l'atmosphère dont ses tableaux 
donnent une image fidèle. Ses commencemens furent diffi- 
ciles, mais, sa réputation s étant accrue, il eut une si grande 
vogue, surtout de la part des Ânglois, qu'il ne pouvoit pas 
suffire à la quantité d'ouvrages qui lui etoit nt ordonnés. Ce 
fut dans ces circoristances que le roi l'appela et qu'il lui fut 
ordonné d'aller dans les principaux ports de mer du royaume 
en prendre des veues et en faire des tableaux, qui au 13** en 
sont restés là faute d'argent. Cela lui a du être assez indiffè- 
rent et est même tourné à son avantage, car il n'a pas man* 
que d'amateurs qui se sont empressés de le faire travailler et 
qui ont rempli ses poches d'argent. M. de la Borde s'est sur- 
tout distingué. Il lui a fait faire pour sa terre de la Fertéhuit 



tableaux qui lui ont été payés quarante mille livres et qui 
ont été faits en un clin d'œil, et peut être un peu trop à la 
hftte. Notre peintre, s'il en faut dire mon avis^ montre un 
peu trop de confiance dans son pinceau et dans une pratique 
de faire qu'il s'est acquise, et qui, s'il n'y prend garde, dé- 
générera en pratique et pourra lui nuire. Quand il etoit sou- 
tenu par la veue de la nature^ il n'avoit pas ce malheur à 
craindre. 11 est peut être le seul d'entre les peintres qui ait 
vu vendre ses tableaux au poids de l'or. Tel de ses ouvrages 
dont il n'avoit pu avoir, étant à Rome, plus de cent écus, en 
a été vendu mille. La mode y est, on se les arrache. Dans le 
temps qu'il etoit à Rochefort et qu'il en peignoit une veue, le 
commandant de la flotte angloise qui croisoit dans ces pa- 
rages en fut informé et l'invita de se rendre à son bord, où 
il lui fit un accueil digne de l'estime que meritoient ses talens. 
— M. Yernet, qui scavoit déjà manier le pinceau, sortit 
d'Avignon et vint trouver à Aix le père du peintre Viali qui 
peignoit le paysage et des marines avec assez de succès. On 
est curieux en Provence d'avoir des chaises à porteur fort 
ornées, et Viali etoit un de ceux qui etoient le plus employés 
a les enrichir de peinture, Yernet se trouva en état de lui 
aider, et c'est ainsi qu'il est entré dans une carrière où il 
s'est si fort distingué. Il sentit que, pour y faire de plus grands 
progrès, le voyage d'Itolie lui etoit nécessaire ; il y passa en 
1733. U vint à Rome, d'où se détachant de temps en temps 
il faisoit des incursions dans les campagnes et sur les côtes 
maritimes, et partout il etudioit la nature et ses effets, et les 
rendoit ensuite sur la toile dans la plus grande vérité. La 
veue des paysages de Salvator Rosa ne contribua pas peu à 
le diriger et à lui faire acquérir une touche précieuse et bril- 
lante. Il voulut voir lui même les lieux que ce fameux pein- 
tre avoit consultés; il fit le voyage de Naples et il en retira 
beaucoup de fruit. Sa réputation s'accrut avec ses ouvrages 



5S 

qui det lurent nombreux par sa grande facilité d'opérer, et 
le» Anglois, amateurs du genre de tableaux auquel il s'etoit 
consacré, ne contribuèrent pas peu à accroitre sa réputation. 
Il passa de tes tableaux en France, lis furent donnés pour la 
première fois au public dans l'exposition du salon de 1746, 
et l'on désira d'en voir de plus près l'auteur. Le roi le manda, 
et H. de Harigny qui l'avoit connu étant à Rome n'y contri- 
bua pas peu par le bon témoignage qu'il rendit de ses ta- 
lons. Ce fut alors à qui auroit de ses ouvrages. Il ne sçavoit 
auquel entendre. Il en força le prix, et il eut la satisfaction, 
que peu de ses confrères ont eu, devoir revendre ses tableaux 
des prix énormes, de sorte qu'un tableau qu'il avoil fait au- 
trefois pour cent écus romains fut payé jusqu'à cinq mille 
livres (1). 

VERRIO (ANTOINE)^ Napolitain, né à Lecce, ville de la terre 
d'Otrante, en 1639, fut un de ces peintres praticiens qui ne 
trouvent aucune difficulté à couvrir de figures les plafonds et 
les murailles de la plus vaste étendue^ mais qui, mauvais 
coloristes et encore plus méchants dessinateurs, ne sçauroient 
sortir d'une manière commune et triviale qu'ils se sont faite. 
C'est l'idée qu'en donne M. Walpole, bien différente de celle 
qu'en a pris le peintre Domenici, en voyant ce que cet artiste 
a peint dans le plafond de l'apoticairerie de la maison des 
Jésuites à Naples, appellée il Giesu vecchio. Ce morceau, dont 
on trouve une fort ample description dans la vie des peintres 



(1) L'un de nos collaborateurs et amis, M. Léon Lagrange, a pu- 
blié dans la Revue universelle des arts et tiré à part, Bruxelles, 
1858, in-8<> de 195 p., une monographie de Yernet faite avec les 
papiers conservés à Avignon; nous ne pouvons que renvoyer à son 
travail , qui est excellent, et qui le sera encore davantage dans la 
seconde édition qu'il en prépare. 



83 

napolitains par le Domenici, porte le nom de Tauteur^ celui 
de sa patrie et Tannée dans laquelle il Ait exécuté, qui est 
Tan 1661. Yerrio n'étoit alors âgé que de S2ans. 11 avoit 
déjà vu Venise, où il avoit été prendre des leçons de pein- 
ture, et il avoit enrichi sa patrie de plusieurs ouvrages qui 
commencèrent sa réputation. Le goût pour les voyages lui 
fit entreprendre celui de France. 11 s'arrêta à Toulouse, où il 
mit dans l'église des Carmes un de ses tableaux. Charles se- 
cond^ roy de la Grande Bretagne, en remontant sur le trône 
de ses pères, voulut bien s'occuper du rétablissement des 
arts dans son royaume, et, ayant jeté les yeux sur Verrio, il 
le fit venir, lui fit peindre quantité de plafonds dans le chA- 
teau de Windsor, et le combla de biens qui n'étoient jamais 
capables de satisfaire le goût que son peintre avoit pour la 
dépense, et qui le mettoient continuellement à l'étroit. Le 
roi Guillaume auroit souhaité l'employer, mais Yerrio, atta- 
ché par reoonnoissance h la maison des Stuarts, eut toutes 
les peines du monde à se prêter aux volontés de ce prince et 
le fit de fort mauvaise gr&ce. La reyne Anne, touchée de le 
voir privé de la vue, lui accorda une pension, dont il jouit 
peu longtemps, étant mort en 1707. Domenici raconte sa 
mort fort différemment, mais il étoit mal instruit, et tout 
ce qu'il a dit i ce sujet est fabuleux. Voyez M. Walpole, 
Anecdoteg de peinture, t. 3, p. 34, et Domenici, Vies des 
peintres napolitains, t« 3, p. 173. 

— Antoine Verrio est né à Lecce, ville episcopale de la 
terre d'Otrante. Ce peintre l'a écrit lui même sur le tableau 
qu'il a peint a Naples dans le plafond de l'apoticairerie del 
Giesu nuovo; c'étoit en 1661. 11 n'avoit alors que 22 ans, 
ainsi que l'a fait imprimer le Domenici dans son ouvrage 
sur les Vies des peintres napolitains. Mais, quant à tout ce 
que cet auteur racionte de son changement de religion et de sa 
mort funeste, qu'il regarde comme la punition de cette de- 



u 

sertioD à Teglise romaine, c'est une pure fable qui doit être 
redressée par ce qu'oD eo raconte ici. On y entre dans des 
détails concernant les diiférens ouvrages qu'il a fait en An- 
gleterre , qu'on ne trouve point ailleurs; et è l'égard du 
temps et à la manière dont il a uni ses jours à Londres, ce 
sont des faits certains qu'on ne peut révoquer en doute* (No- 
tes sur WalpokJ) 

— On en a l'estampe grayée par Yanderbanc (d^une petn- 
ture pour Vornemeni de la salle de Windsor^ oà le roi mange 
en puNtc), lequel a pareillement gravé le plafond de la cham- 
Dre à coucher du roi de ce même palais de Windsor. A en 
juger oar ces gravures, la manière de dessiner du peintre est 
lourde et sans goût, et ses compositions n'ont rien qu'on ne 
trouve dans celles des peintres qui se sont, comme celui-ci, 
livrés à la pratique et oot soumis l'étude à un faux brillant 
de génie (1). 



(i) Hatnptoncourt est encore plein des peintures de Yerrio. Le 
grand escalier du roi est tout rempli d*un immense Olympe, auquel 
le petit guide français de E. Roberts (Windsor, 1851, in-12) con- 
sacre toute une page. Dans la chambre à coucher de Guillaume III, 
se voient au plafond la Nuit et le Matin; dans le cabinet de toilette, 
Mars, Vénus et TAmour; dans le salon de la reine, la reine Anne 
sous le caractère de la Justice. Mais tout cela est si nul de pensée, 
si commun de composition, si lâché comme dessin, si ruiné de 
couleur, que le souvenir fait peu de différence entre le pinceau 
d*un artiste qui 8*abandonnait avec cet orgueil à toutes les fai- 
blesses d'une improvisation impuissante et celui d'un peintre en 
bâtiments; le mur est couvert et voilà tout. Aussi^ au lieu de se 
souvenir trop longtemps de cet affadissement banal qui caractérise 
tous les machinistes du dernier ordre, j*aime mieux citer un pas- 
sage de la préface que Palaprat a mise à sou théâtre ; elle nous 
montre Verrio dans son milieu et même aux côtés d*un homme 
dont le souvenir n'est jamais indifférent : « Ce n'est pas seulement 
auprès de ces seigneurs que j'appris des particularités de notre 
ancienne comédie. Je soupai tous les samedis en très-bonne com- 
pagnie chez un peintre italien nommé Varie, tant que dura l'hiver 
de cette année 1671, hiver qui fut plus riant qu'un printemps pour 



55 

VERROCHI (andbea). H y a eu ud peintre florentin du 
méoie nom, et plus moderne que celui dont il est parlé ici, 
qui mourut à Venise où il avoit été travailler h la statue 
équestre de Barthelemi Colleone. Cet autre vivoit en 1588, et 
dans cette année il peignit un tableau pour l'entrée de la 
grande duchesse Christine de Lorraine à Florence. On en voit 
l'estampe et on en lit la description dans le récit de cette 
leste^ qui a été imprimé à Florence en 1589. 

VERSCHAFELT (pietro), sculpteur flamand, que j'ai vu à 
Paris, et qui y a travaillé pendant deux ou trois années aux 
ouvrages de Bouchardon. Celui-ci le regardoit comme un 
excellent praticien, ce qu'il a de commun avec tous les ar- 
tistes de sa profession qui sortent de Flandres. Il retourna 
en Italie, où M. Bouchardon l'avoit connu, et je vois, par la 
nouvelle édition du Tili, qu'il y est employé. — Il est ac- 
tuellement (en 1784) en Allemagne, et s'y distingue. L'élec- 
teur Palatin l'a pris à son service. Il est né à Gand. 

VEYRIER (cheistophe), élève de Puget, nacquit à Tretz, 
petite ville de Provence, peu éloignée d'Aix, vers l'année 1630. 



la ville de Paris, parce que le roi Ty passa tout entier. LMllastre 
M. Riquet.. . avait fait venir Yario de Florence pour orner de plu- 
sieurs belles peintures sa maison charmante de Bonrepos. Cest là 
où i^avais lié une grande amitié avec Yano pendant les deui ou 
trois années qu*il y avait travaillé. Mon Florentin, — nous Tappel- 
lions Berrio et ailouffions Vio, par Thabitude que nous avons d'es- 
tropier les noms et de donner au B et au Y Tusage de Tun à Tautre, 
— était venu à Paris, et il n'y avait pas été plutôt établi qu'il était 
devenu grand ami, cousin, camarade et compère de tous les ex- 
cellents acteurs de ce temps-là ; elle jouait au Palais-Royal et avait 
ses jours marqués sur le môme théâtre avec la troupe de Molière . 
(Théâtre de Brueys et Palaprat, Paris, Briasson, 1755, in-18, 1. 1, 
p. xxa.) 



86 

Attaché à ce grand artiste de la façon la plus intime, il ne le 
quitta point du moment qu'il fut entré dans son école ; il 
resta auprès de lui jusqu'à sa mort, et travailla dans tous les 
ouvrages de sculpture qui sortirent des mains du Puget. 
G'etoit lui qui les ébaucboit, et cela lui fit prendre une si 
bonne manière de tailler le marbre, que peu de nos artistes 
y ont aussi bien réussi que lui. 11 n'en a pas pour cela ac- 
quis plus de réputation. On ne Ta regardé que comme un 
simple compagnon sculpteur; ses talens ont été éclipsés par 
ceux de son maître. Une trop grande timidité, jointe au peu 
de bonne opinion qu'il a voit de lui même, a outre cela em- 
pêché qu'on ne connût tout ce qu'il valoit ; mais ceux qui 
ont voyagé en Provence, et qui y ont vu les sculptures qu'il 
y a fait entièrement de sa main, sans l'aide de Puget, sca- 
vent lui rendre justice et le regardent avec raison comme un 
sculpteur d'un rare mérite, et qui marche d'assez près sur 
les traces de son maitre. 11 est mort à Toulon vers l'année 1696, 
où la place de dessinateur des galères et vaisseaux du roi, 
dans laquelle il venoit de succéder à Puget, lui avoit fait 
prendre un établissement. Il eut un cousin nommé Lazare 
Veyrier, qui fut pareillement sculpteur, et qui termina plu- 
sieurs ouvrages que Christophe avoit commencés et qu'il 
laissoit imparfaits. 

VEZZO (vffiGiNiE de), de Yelletri, dessinoit agréablement, 
peignoit en miniature et pouvoit travailler d'après ses pro- 
pres compositions. Simon Vouet, étant à Rome, en fit sa 
femme et fit entrer avec elle le bonheur et la joye dans sa 
maison; car outre les talens cette femme avoit un bon esprit. 
Elle suivit son mari en France, lorsque celui-ci y fut rappelé 
par son prince. Elle le fit père de plusieurs enfans et mourut 
Agée seulement de 32 ans, en 1638. Elle s'etoit tellement fait 
aimer et estimer à Paris, que le roi« par une grâce singulière 



J 



57 

et sans exemple, lui assura le logement que son mari avoit 
aux galeries du Louvre > au cas qu'il mourût avant elle* 
Mem.mss(l). 

YIÂLI (louis rené), de Provence^ a appris de H. Bigaud 
et s'est pareillement attaché au portrait. Il a fait celui de don 
Philippe^ Infant d'Espagne, duc de Parme, qui a été gravé 
par Balecbou, et c'est lui, je pense, qui a mis le pinceau en- 
tre les mains de M. Vernet, qui en a conservé de la recon- 
noissance, car l'on voit chez Viali, qui vit encore en 1764, 
plusieurs de ses tableaux dont il lui a fait présent. C'est aussi 
auprès de lui que Balecbou a pris les premiers enseignemens 
du dessein; peut être que sans ses conseils il n'auroit jamais 
exercé la gravure. Voilà deux grands presens qu'il a fait à 
l'art. Il est mort au commencement de 1770, âgé de près de 
Mans. 

VIANINO (ANTOINE marie), de Crémone. Le Gigli en parle 
dans son poëme Délia pittura trionfante, imprimé en 1615, 
et il y a apparence qu'il étoit vivant. Il faut que sa réputa- 
tion ne se soit pas soutenue, ou qu'il soit mort jeune, Câr il 
n'est fait mention de lui nulle part. — 11 en est parlé dans 
plus d'un endroit de la description des peintures de Mantoue, 
par le Cadioli, et particulièrement à la page 30, où l'on ap- 
prend qu'il fut appelé à Mantoue par le duc Vincent, en 1598, 
et qu'il y exerça l'architecture avec réputation. 



(1) L*un de doqs a réuni tous les témoignages relatifs à cette pre- 
mière femme de Vouet, d'abord dans le catalogue raisonné de 
Tœuvre de Claude Mellan, Abbeviile, 1856-7, p. 193-4, et aussi 
dans an article de la Revue univertelle des arts^ Bruxelles, t. VI, 
1857, p. 249-251. 



88 

VIGEGOMITE (frangb8G0), peintre en miniature, qui po»- 
sedoit le secret des plus beaux émaux et qui contrefaisoit, à 
s'y tromper, les pierres gravées en les imitant en p&te de 
verre. G^sare Gesariani dans son Commentaire eur VOruve^ 
lib. 2, cap. 7. 

VICENTINO (ÀNDRÉ)^ Vénitien, disciple de Jacques Pakne 
le jeune. 

— Je:ius Ghrist honorant de sa présence les nopces de 
Gana ; gravé à Teau forte par NoelGochin, d'après le tableau 
qui est à Venise dans Tjeglise de tous les saints. — Une autre 
estampe, beaucoup plus grande, de cemesme tableau, gravé 
au burin par un anonyme à Venise, en 1694. — Assez mal 
gravée, et cependant paroist avoir été faite sous les yeux du 
peintre, puisque c'est luy qui en fait la dédicace. La marque 
du graveur, que voicy : MP (en monog.) F, y est, mais je 
ne la connois pas. Elle est de 4 feuilles. 

VIGENTINO (lorenzo), scoUore molto excellente. Palladio 
en parle en ces termes dans la seconde partie do son livre 
d'architecture, p. 18. Il avoit fait les statues pour la décora- 
tion d'un palais baty par Palladio^ aux portos de Vicence, 
pour monsignor Paul Âlmerico. 

VICENTINO (marco), flls d'André et son eleve^ a marché 
sur ses traces et n'a guères fait qu'un peintre maniériste. 
Délia piUura Feneisiana, p. 335. 

VICENTINO (vALERio).Le Vasari,qui a écrit la vie de Va- 
lerio Vicentini,etqui s'est beaucoup étendu sur ses ouvrages, 
ne lui iait point faire le voyage d'Angleterre, et, quelqu'as- 
surance que W Walpoln mette dans son récit, je tiens pour 
certain qu'il n'y a jamais mis le pied. Gomment auroit-il pu 



»9 

y graver le portrait de la reyne Elisabeth, lui qui est mort 
eo 1546, douze ans avant que cette princesse fut montée sur 
le trosne. L'anachronisme est démontré et je défie M' Wal- 
pole de se tirer de ce mauvais pas. Je croirois plust o que 
les gravures dont on parle ici sont des ouvrages de Goldoré, 
excellent graveur en pierres fines, qui a été au service de 
Henri lY, et dont le véritable nom est Julien de Fontenay. 
Il passe pour constant dans ce pays-ci qu'il a travaillé en 
Angleterre. Je l'ai avancé sur la foi publique dans mon 
Traité des pierres gravées^ pag. 136. J'ai même cité, pour 
appuyer cette opinion, un très beau portrait en relief de la 
reyne Elisabeth, qui est aujourd'hui dans le cabinet de M' le 
duc d'Orléans, et qui, pendant tout le temps que l'a possédé 
M. Crozat, n'a cessé d'être regardé eomme une production 
de Coldoré. Je suis sûr que, si M» Walpole avoit eu connais- 
sance de cette anecdote, et il ne tenoit qu'à lui d'en être 
instruit, il en auroit fait usage et se seroit épargné le désa- 
grément de tomber dans une de ces erreurs grossières dont 
il est si difficile de se garantir, quand on s'en rapporte aveu- 
glement à des bruits et à des mémoires infidèles, et qu'on 
néglige de recourir aux véritables sources. [Notes sur Wal' 
pale. — Sur ce Yicentino, voyez I, 111-112.) 

VIGO (enëi). Parmesan. 

— Enée Vico, ou, comme quelques uns l'appellent, Vighi, 
étoit natif de Parme en Italie, et vivoit à peu près dans le 
même temps que François Mazzoli, de la même ville de 
Parme, se iaisoit si fort distinguer dans la peinture. Le goût 
et la manière de cet excellent maistre ont toujours été telle- 
ment suivis par Vico que Ton pourroit conjecturer de là 
qu'il auroit pu être un de ses disciples. Quoyqu'il en soit, on 
le met avec justice au rang des meilleurs graveurs d'Italie ; 
car, outre qu'il inventoit et dessinoit avec beaucoup de grâcç 



60 

et lie légèreté, il n'y en avoit encore eu aucun avant luy qui 
eût manié le burin avec tant de politesse et de propreté. On 
pourroit toutesfois luy reprocher qu'il a presque toujours été 
sec et maniéré dans ses ouvrages, et qu'il s'y est souvent né- 
gligé. Il excelloit à faire des portraits; ceux qu'il a gravés le 
sont avec beaucoup d'art, et ce n'est pas une des moindres 
parties de son œuvre. Au reste, ce sçavant artiste joignoil à 
tous ces talens une grande connoissance de l'antiquité ; on 
luy est redevable de plusieurs traités qu'il a composés sur 
les médailles, et qui sont fort estimés. 

— Sa gravure étoit faite pour tirer nombre d'épreuves sur 
une même planche. 

— Je ne doute nullement que Vicus n'ait appris à graver 
chez Salamanque. Suivant son epitaphe, il est né en 1519 et 
mort en 1563, âgé de 44 ans. 

«* Je serdis assez porlé h croire que Martin Rota seroit son 
disciple. 

— Voir l'appendice de : Vari soggetti Parmigiani, che, 
per bonta di vita, o per dignita, o per dottrina sono molti 
celebri ed illustri, 1642, 4"*; Bibliotb)eca nummaria Cl. Ban- 
duri ; Yetustissimam tabulam aeneam Egyptiorum lilteris cce- 
latam commentariis illustravit Ëneas Yicus, Yenetiis, anno 
1559, folio. 

— Voyez, au sujet des estampes qui portent le nom de 
Medaglie del Doni, deux lettres que lui écrit Paul Jove, et 
qui se trouvent imprimées dans le tome V des Letiere sur la 
pittura; ce sont celles qui portent les numéros 35 et 36. 

— La S" Vierge écoutant avec étonnement Tange Gabriel 
qui luy annonce le mistère de l'incarnation, gravé en 1548. 
Vasari assure qu'elle est d'après le Titien. — Mon père pré- 
tendoit qu'elle étoit diaprés le Parmesan, mais je crois qu'il 
se trompoit ; aussi la crois-je gravée à Venise. (B. 3.) 

— La S^ Vierge assise au pied de la croix, regardant avec 



douleur le corps mort de J. C, qui est étendu sur ses gê« 
noux. Elle est accompagnée des saintes femmes, d'un pape, 
de S^ Maurice et de plusieurs autres personnages que le pein- 
tre a pris licence d'introduire dans sa composition. Il a aussi 
mis un jeune ange qui tient un livre ouvert^ où est écrit le 
commencement de la généalogie de J. C. Ce tableau est tout 
à fait dans la manière de Técole florentine ; ainsy Ton croit 
qu'il pourroit estre de Georges Vasari — ou plutôt de Sal- 
viati. — Sans aucuns noms d'artistes. Cette remarque est de 
moy ; il faudra s'en informer avec mon père. •— Ce morceau 
est tout à fait dans le style de l'école florentine, et je ne 
doute nullement que l'invention n'en soit du frère Jean An* 
gelo Montorsoli, sculpteur^ que Michel Ange a fait travailler 
et qui jouissoit d'une réputation. Ce sera le dessein, — je 
n'en doute même pas, — dont il est fait mention dans une 
lettre du Doni, adressée à Eoée Yico, qui se trouve imprimée 
à la fin du livre intitulé : Disegno del Doni. Le Montorsoli 
Favoit envoyé à ce dernier en le chargeant de le présenter à 
Vico pour le graver. L'auteur n'avoit point mis son nom sur 
son dessein; il ne se voit point non plus sur l'estampe. 
(B. 9.) 

— Enéas Vicus. Le Doni lui adresse une lettre datée de 
Venise le dernier août 1547, et l'accompagne d'un dessein 
de Jean Âgnolo^ — frère Jean Aogelo Montorsoli (Cf. IV, 
p. 10-11) — qui, ayant été religieux servi ta ainsi que le 
Doni, étoit resté son ami. Ce dessein éloit envoyé à Vicus, 
afin qu'il le grave, et, pour mieux l'y engager, le Doni se ré- 
pand en louanges, et, après avoir remis sous les yeux du 
Vicus les meilleures estampes et lui avoir rappelé les mé- 
dailles qu'il lui avoil gravés, et une estampe de la conver- 
sion de S^ Paul, il Télève jusqu'au ciel. Ce dessein sera sans 
doute celui qui a servi à graver la descente de croix, remar- 
quable par le livre que tient un ange et qui contient le com- 



meûcanent de la généalogie de J. G. Voyez celte lettre dans 
le livre : Ditegno dd Donij p. 52. 

— 8. Geoi^çes combattant à cheval contre un dragon qu'il 
perce de sa lance. Gravé en 1542, d'après don Jules Glovio 
— qui, étaot Croate de naissance, est nommé sur la planche 
Gorvatinus. — Vasari dit que ce sont de ses premières choses 
de graveure. (B. 12.) 

— S. Jérôme en pénitence dans le désert; il tient d'une 
main un crucifix et de l'aulre une pierre ; ua Ijon est près 
de sa personne. — Gravé en 1542; on iguore d'après qui et 
j'en fais peu de cas. (B. 10.) 

— La conversion de S. Paul (B. 13). Gravé en 1545 d'après 
un dessein d'un disciple du Salviati nommé François, et que 
Ton conjecture être François del Prato. Ce lut Cosme de Me- 
dicis, depuis grand duc, qui fit la dépense de cette planche. 
— D'après un dessein de François Salviati. — Voicy l'inscrip- 
tion de celte planche : Francisci Flor. Jo. Car. Salviati alumni 
inventum, Eneas Parmensis incidebat 1545^ ce qui signifie : 
Francisci {mpple de' Bossi, qui étoit le nom de famiile du 
Salviati) Fiorentini, Joannis cardinalis Salviati alumni, in- 
ventum. L'on peut voir, dans la Vie du Salviati écrite par le 
Vasari, que ce peintre avoit été au service du cardinal Sal- 
viati, et que c'est ce qui luy fil donner le nom de Cecchino 
del Salviati. — La pièce est considérable; le graveur y est 
parfaitement entré dans la manière du peintre. 

— Deux pèlerins, dont l'un, qui est couché par terre, pré- 
sente à boire à son compagnon qui est assis près de luy. 
Gravé en 1542 d'après Georges — Vasari — d'Arezzo. — 
Elle est curieuse en ce que l'on ne connoit que rès peu de 
morceaux gravés d'après le Vasari. (B. 40.) 

— Les amours de Léda et de Jupiter changé en cigne, dans 
un ovale, gravé en 1542. — Vasari fait mention d'une Leda 
gravée par E. Vico, d'après Michel Ange. Seroit-ce celle-ci? 



63 

— On estime celte pièce du dessein de Perin del Vaga. -*- 
N. B. Suivant ma conjecture propre. (B. 25.) 

— Jupiter changé en cigne, jouissant de Leda. Gravé en 
1546 d'après Michel Ange Buonaroti. — Fameux tableau, que 
ce grand artiste destiuoit pour le duc de Ferrare, et qui vint 
en Pranre, où il a eu le sort d'ôtre mis en pièces sous le mi- 
nistère de Desnojers. (B. 26.) 

— Venus s'essuyaut au sortir du bain, gravé en 1546 
d'après un dessein fort gracieux, que l'on conjecture estre 
de Raphaël d'Urbin — et que le graveur n'a pas tellement 
suivi qu'il n'y ait fait passer des iocorrections. — N'est-ce 
pas un groupe qui se trouve dans une des pièces de la Psiché? 

— Elle est accroupie et a près d'elle l'Amour, qui tient des 
draperies. (B. 19.) 

— Vulcain et ses Gyclopf s forgeant des flèches pour les 
amours (B. 31). Cette pièce, qui esl une des plus belles 
d'Enéas Vicus, est du dessein de François Primatice, et c'est 
sans raison que le Vasari en fait inventeur le Rosso. — Il y 
en a une gravée par G. Ruggieri, où est le nom de S^ Martin 
de Bologne. (Cf. lY, p. 215.) 

— Les trois Grâces se tenans par la main, gravé par Enéas 
Viens T- 1542, E. V. — d'après le même bas relief qui l'avoit 
déjà été par Marc Antoine. Cette estampe est assez mal exé- 
cutée pour la gravure, mais le dessein en est d'une propor- 
tion fort svelte. — Avec ce faux énoncé : a Exemplar chari- 
tum ex Policleti opère marmoreo sumptum. »(B. 20.) — Une 
copie de l'estampe qu'avoit grâvé Marc Antoine : a Sic Romœ 
charités niveo ex marmore sculptuœ. » Elle est sans la mar- 
que ni le nom de, Vicus^ et n'en est pas moins de lui. 

— Trois amours en portant un quatrième en triomphe : 
FR. PAR. INVENTOR. Quoyqu'on ne voye point sur cette 
pièce le nom de Vicus ni sa marque, elle n'est pas moins 
de lui et de son meilleur temps. Ce qui en fait le lointain 



est misérablement gravé. On n'en sçavoit pas alors davan*- 
tage. 

— La Fortune promettant à un jeune homme de le rendre 
heureux dans ses amours, s'il veut estre hardy et entrepre- 
nant, ce qui est signifié par le cheval sur lequel ce jeune 
homme est appuyé. L'on ne connoit pas le nom du peintre 
d'après qui est cette estampe, sinon qu'elle a beaucoup de la 
manière de l'école de RaphaëL On en a attribué la graveure 
à Enéas Yicus, et on la met ordinairement parmy ses ou- 
vrages; ce n'est pas qu'on ne puisse la contester. — Sans 
nom d'artiste. Avec ces deux vers au bas : 

Jo son Fortuna baona; ho meco Amore ; 
Se mi conosci» ti faro signore. 

— Je suis fort convaincu que ce n'est rien moins qu'une 
production de Yicus, mais je ne puis nommer celui qui l'a 
gravé. (B. XV, page 369.) 

— Dd cartouche renfermant un emblème qui représente 
deui lions, dont l'un déchire un taureau, et l'autre, au con- 
traire, flatte un agneau, avec ces mots : Parcere subjectis et 
debellare superbos. — Je pense que cette pièce est une de 
celles dont Yicus dit, dans la préface de son livre des Mé- 
dailles, qu'il s'occupoit et qui dévoient entrer dans un livre 
des devises de sa façon, ouvrage qui n'a pas eu lieu. {B. 34.) 

— Tarquin voulant violer Lucrèce, d'après Raphaël d'Ur- 
bin. Augustin Yénitien avoit déjà gravé ce tableau en 1524. 
Celle-cy, qui est tf Eoeas Yicus, est gravée avec beaucoup 
de soin, et c'est une des pièces de son œuvre des plus esti- 
mées et des plus rares à trouver. — Même sens que dans 
l'original ; la planche un peu plus grande. — iEneas Yicus 
restituit, et, sur le manteau de la cheminée : Raphaël Urbin 
inven. — Tarquin tient un livre à la main. Je ne sçais trop 



65 

pourtant si c'est cette histoire^ car il y a dans le fenS un 
homme qui accourt au bruit^ et il me semble que Tite-Iive 
ne dit rien de cela. (B. 14.) 

— Pierre Âretin avec la dédicace : Âl nobiliss. ingegno 
H. Enea Vico Parmigianino amico singulariss. -— Plein de 
feu, l'on s'aperçoit qu'il a été fait pour un ami. (B. 238.) 

— tf. Mantua Benayidius^ jurisconsulte. Buste dans un 
ovale placé au centre d'un cartouche^ accompagné de figures, 
dans le même goût que ceux qui ont été employés par Vicus 
dans ses livres de médailles, ce qui peut faire croire que cette 
planche, qui est sans nom ni marque d'artiste, pourroit être 
de lui. (B. 362.) 

— Le portrait de l'empereur Charles V, dans un ovale, 
placé au milieu d'un frontispice d'architecture d'ordre dori- 
que, orné de statues et de figures allégoriques sur les vic- 
toires de ce princa Cette pièce est de l'invention et du des- 
sein d'Eneas Vicus. Il l'a gravée en 1550 dans le tems de sa 
plus grande force, et Yasari assure que l'on en fut si content 
à la cour de Charles V, que cet empereur luy fit donner une 
grande récompense. L'épreuve qui est ici est des plus par- 
faites. — Le Doni en a fait imprimer une explication qui 
vient de reparoitre dans le tome Y des Lettere piUoriche. Il 
se pourroit que le Doni eût fourni les sujets de l'allégorie. — 
Yicus dit lui même dans Tepitre dedicatoire de ses discours 
sur les médailles, adressé à Cosme de Medicis, que Sa Maj. 
Imp. la trouva fra le cose mepiu care, (B. 255.) 

— Charles Y, empereur, dans un ovale au milieu d'yne 
décoration d'architecture. — Thomasius de Saloniho excu- 
debat. Le nom d'Enéas Yicus n'y est pas (B. 251). — Seroit-ce 
Thomas Barlacchi qui se seroit désigné par le nom de la ville 
qui lui avoit donné la naissance, Salone en Dalmatie. -- Je 
le présume. 

— L'armée de l'empereur Charles Y traversant l'Elbe, près 

T. V. e 



66 

de tfulberg, à la veue de reoDemi. Cet événement, Tun des 
plus glorieux du règne de cet empereur, est représenté dans 
un ovale, au haut duquel paroissent assises deux femmes qui 
désignent 1^ valeur et l'activité de Sa Majesté Impériale. — 
Le nom de Vicus tout au long, et l'année. On les trouve aux 
picils de chacune des deux fig;ures qui désignent la grandeur 
de courage et la prévoyance de l'empereur. D'un coté on lit : 
AVTOR AENEAS — VIGVS PAR, et de l'autre coté ; SGVLP. 
ANNO — MDLI — cum privileg. — 11 y en a des épreuves 
avec cette marque au bas de l'ovale : D. B, et d'autres avec 
cette autre marque : IBM, en place de la précédente marque. 
— C'est un des plus beaux ouvrages de Vicus, et qui lui fait 
infiniment d'honneur. On lit en haut : Imp. Caroli V, Altis. 
apud Milburgum felicissimo numine trajectio. — Ëneas Vicus 
s'en déclare l'auteur ainsi que le graveur, et, si cela est^ il 
peut à bon droit prétendre une place parmi les meilleurs 
dessinateurs. J'ai pourtant quelques scrupules là dessus. Il 
se peut qu'il se soit contenté de donner le sujet, et que le 
dessein ait été fait par quelque peintre plus exercé qu'il ne 
devait l'être dans la partie de la composition. J'y crois trou- 
ver quelque chose de la manière du Salviati, de Venise. Mais 
pourquoi cette marque D.B. qu'on voit sur la terrasse, au 
bas de la planche dans les premières épreuves. La même 
marque a été employée par un Flamand qui demeuroit avec 
le Titien, et qui s'en est servi sur des paysages qu'il a gravé. 
Il se nommoit en flamand Dieterich Barents qui, traduit en 
latin, ropond au nom Tbeodorus Bernardin sous lequel il est 
plus connu (1). Rst-ce que ce seroit lui qui auroit donné le 
dessein d'après lequel Vicusa gravé la planche? Mais pourquoi 
cette marque dans les épreuves postérieures a-t*elle disparu 



(1) Cf. cet Âbecedario, I, 6S-8, V, 332-334. 



67 

pour donner place à celle-ci : I.B.M., qui est celle de Jean 
Baptiste Hantouao? C'est ce que je ne puis résoudre. Quant 
à l'estampe en elle même, j'en fois d'autant plus de casqu'io- 
dépeudamment de ce qu'elle est très bien exécutée, oo y voit 
rendu avec fidélité le local et la disposition des deux armées 
au moment du passage du fleuve, qui fut suivi de la bataille 
où le malheureux Frédéric, électeur de Saxe, fut débit et 
lait prisonnier en 1547, près de Mulberg. Cela aura été ad- 
ministré à Eneas Vicus, saus doute par ordre de Charles V, 
et par quelqu'un qui y avoit été présent. Ou a pris la hcence 
de diminuer le fleuve de largeur, afin de pouvoir, oans l'es- 
pace étroit qui étoit à remplir, ne rien obmettre de ce qui 
étoit du sujet, et,siroQ y prend garde, on reconnoitra sur un 
des premiers plans ce jeune homme qui vint à l'armée et qui 
enseigna l'endroit où le fleuve étoit guéable, et, au centre 
de Tarmée, sur le bord du fleuve, Charles V à cheval, tel que 
les historiens nous l'ont dépeint dans cette journée mémo* 
rable. Yicus a gravé cette belle planche en 1551. (B. 18.) 

— Hippolyte de Gonzague, fille de Ferdinand If, duc de 
Molfette et prince de Guastalla, laquelle épousa Fabrice Co- 
lonne, et en secondes nopces Antoine Caraffe, prince de Sti* 
gliano. Âgée de 17 ans ; gravé d'après un médaillon où elle 
est représentée de profil ; la tête est de grandeur naturelle. 
Vicus n'y a pas son nom^ mais la gravure me parolt être in* 
contestable de lui. 

— Come de Medicis n'étant encore que duc de Florence* 
Son buste, imité d'après une sculpture, est posé dans une 
niche ovale qu'environne une composition d'architecture où 
dominent les ornemens qui s'employent dans l'ordre dori- 
que, et des deux cotés de la niche sont deux figures de femmes 
debout, représentant, l'une la science ou l'art de gouverner, 
et l'autre Minerve, déesse des arts. Celte pièce est de l'inven- 
tion d'Enéas Vicus, et ce qu'il a gravé de plus terminé. Elle 



68 

est peu commune. — Ce portrait se trouve à la tète d*uû 
livre composé par Eoeas Yicus sur la connoissance des mé- 
dailles, publié en 1555. (B. 239.) 

— Yasari fait mention : d'un portrait de Cosme de Medicis 
le jeune, armé de toutes pièces et qui est du dessein de Bacce 
Bandinelli ; — c'est une erreur de Yasari, jamais Enéas Yicus 
n'a gravé ce portrait, mais N. délia Casa ; — du portrait du 
dit Bacce Bandinelli ; — il se trompe aussi à celui ci qui est 
de:N.D.laGasa f; —delà généalogie deseinpereurs(B. 256); 
de celle des marquis et ducs d'Est et de Ferrare. Ces pièces 
ne se trouvent pas dans cette œuvre cy . 

— Le portrait sans nom d'un homme barbu, vu de profil, 
vêtu d'un habit à bandes de velours, et sur le devant de la 
poitrine duquel pend à une double chaîne uoe médaille où 
l'on voit imprimée une croix. Ce doit être l'auteur d'un livre 
qui peut-être n'a jamais existé, et dont on trouve pourtant 
le titre sur cette planche, car on lit, dans une table qui tient 
lieu de frise à une porte^ le mot : DICERIE, et, sur la bor- 
dure ovale dont est environné le portrait qui occupe le vide 
de la porte : SOPRÂ LE MEDAGLIE DEL DONI. L'ovale est 
soutenu par deux enfants nuds et posé sur un piedouche, 
sur le devant duquel est écrit : SIC VOS NON YOBIS, et les 
premières lettres du nom du graveur : AEN. Y. P. F. Il s'y 
estdoimé tous les soins dont il étoit capable, et c'est en même 
temps un des morceaux rares de son œuvre (B. 244). — Au- 
tant que j'en puis conjecturer, ce doit être le portrait de Jean 
Urtado de Mendoza, ambassadeur de Charles Y auprès de la 
république de Yenise, à qui le Doni, ainsi qu'il nous l'ap- 
prend dans une épitre dedicatoire à la tête de son livre inti- 
tulé : // DùegnOf publié en 1549, avoit présenté en manu*- 
scrit le livre Delk Dicerie^ qui n'auroit jamais été imprimé, 
mais qui, dans le manuscrit, pouvoit et devoit être accom- 
pagné de l'estampe dont il est question ici. -- Sans doute le 



69 

père d'un autre Jean Urtado Mendoza, dont Martin Hota a 
gravé le portrait en 1574. 

— - Gipriano Morosini. C'étoit un des protecteurs du Doni, 
ainsi que cet écrivain nous l'apprend dans une lettre adressée 
audit Morosoni, qui est insérée dans son livre Del Disegno. 
(B. 249.) 

— Marie d'Aragon, dans la 38* année de son âge. Elle est 
représentée en buste, vue de profil, au derrière duquel profil, 
dans le champ de l'ovale qui le renferme, est une couronne. 
L'ovale, autour duquel on lit : MÂBIÂ ABÂ60NÂ, est ac- 
compagné de deux femmes debout, dont une lève un voile 
qui lui couvroit le visage, et l'autre tient un gouvernail. On 
lit sur une table au fond de l'ovale : iETATIS SYM ANNO 
XXXVm. — A un coin de la planche : AEN. VICVS PARM. 
F. — il n'a rien fait de mieux et c'est un morceau rare 
(B. 233). — Cette Marie d'Aragon^ dont le portrait a été gravé 
par Eneas Yicus, étoit une beanié. Elle étoit fille de Ferdi- 
nand d'Aragon, duc de Montalto, l'un des fils naturels de 
Ferdinand I^ roi de Naples, et sœur d'Isabelle d'Aragon, 
femme d'Ascagne Colonne, prince de Tagliacozzo, que son 
courage a rendu célèbre dans le XVi* siècle. Sa sœur Marie 
avoit épousé Alfonse d'Avalos, marquis du Guast, fameux 
capitaine. C'est la même dont on voit le portrait dans un ta- 
bleau qu'a peint le Titien, en compagnie du marquis del 
Guast, son mary, et dont on voit l'estampe gravée par Na- 
taUs. (Cf. V, 328.) 

— Desseins des habillemens usités par les peuples des di- 
verses contrées de l'Espagne, au nombre de 56 pièces. — J'en 
ay veu une suite avec un frontispice qui porte la date 1558. 
— M. V. Mon père a bien remarqué que celte marque a été 
adjoutée après coup, mais ce n'est pas, comme il le dit, ny 
comme le dit aussi Yasari, les habits des nations, mais seu- 
lement ceux d'Espagne. (B. 134 à 203.) 



70 

^ Divers babillemens des nations de l'Afrique, de l'Asie, 
de la Tartane, etc., en onze feuilles dessinées et gravées par 
Eneas Yicus, avec beaucoup d'esprit et de légèreté. — Taj 
ajouté celles cy ; le nom d'Eneas Yicus n'y est pas, mais je ne 
doute pourtant pas qu'elles ne soient de luy et de ses belles 
choses. Je ne crois pas la suite complète, et je crois que ce 
sera de celle là dont a voulu parler leVasari. (B. 204 à 232.) 

— - Un rinocéros gravé par Eneas Yicus en 1548, sur un 
dessein envoyé de Portugal, — où cet animal avoit été ap- 
porté de l'Inde à Emmanuel II. — C'est une copie exacte de 
celui qu'Albert Durer avoit gravé en bois en 1513, et qui, 
suivant l'inscription allemande qu'il mit au haut de sa plan- 
che^ avoit été gravé sur un dessein qui lui venoitde Portugal. 

— Une suite de 14 vases antiques, tant de marbre que de 
bronze, dessinés et gravés en 1543 d'après les monumens 
étant à Rome. —Ce sont des copies de ce qu'avoit gravé Aug. 
Yénitien, mais qui valent les originaux. (B. 420-433.) 

— Desseins de quatre chandeliers ou candélabres^ en qua- 
tre feuilles dessinas et gravées à Rome en 1552. — D'après 
des ouvrages modernes. Chaque pièce est cotée depuis 1 jus- 
qu'à 4. — Je crois que c'est le marchand qui a adjouté Romae 
1552. Le nom d'Eneas Yicus n'y est pas, mais c'est sûrement 
de lui et de son beau temps. (B. 491-4.) 

YIEN (JOSEPH marie) est né à Montpellier en 1710, et les 
premières années de sa vie se sont passées dans des exercices 
qui n'étoient guères propres à le faire entrer dans le chemin 
de la peinture, où il étoit dit qu'il devoit marcher avec tant 
de succès. L'ingénieur de sa province l'employa à lever des 
plans, et peut être ne fut il point sorti de ce genre d'occupa- 
tions s'il n'eût trouvé dans son pays un peintre nommé Gi- 
ralde^qui venoit de Paris, où il avoit étudié sous la Fosse, et 
qui lui mit le pinceau à la main. Il lui parla des beaux ou* 



74 

vrages qui se faisoient dans les lieux qu'il venoit de quitter; 
il enflamma soo courage et son zèle, et ce fut dans ces heu- 
reuses dispositions que M. Yien arriva à Paris en 1740. 

On comprend aisément que^ n'étant point attendu et 
n'ayant pas fait encore de grands progrès, il ne rencontra 
pas dans les commencements des occasions fort brillantes de 
s'exercer. Il fut obligé, pour subsister, de travailler à vil prix 
pour les marchands de tableaux du poot Notre Dame, et cela 
dura jusqu*en 1743, qu'il entra chez M. Natoire, où bientôt 
il fit preuve de ses talens et mérita, après avoir remporté le 
prix de l'Académie en 174., d'être envoyé à Rome à la pen- 
sion en 1744, et là, se livrant à l'étude avec plus d*ardeur 
que jamais^ il n'eut plus qu'à se maintenir dans ce qu'il avoit 
acquis, et, pour n'en rien perdre,* il prit la ferme résolution 
de prendre en toute occasion la nature pour guide et à ne 
rien faire de pratique. 

Après un voyage de cinq années à Rome, il revint en 
France en 1749. En passant par la Provence, il rencontra une 
occasion de se faire connottre. On lui demanda pour Tarascon 
quelques grands tableaux, dont on eut lieu d'être content. Il 
lui en restoit un à faire, qui fut le premier ouvrage dont il 
s'occupa à son arrivée à Paris. C'est celui qui fut exposé au 
salon en 1750, et je me souviens que M. Bouchardon conçut 
sur ce tableau une très bonne idée de l'auteur, etflu'il augu- 
roit bien du succès s'il continuoit à travailler dans les mêmes 
principes. Le tableau étoit largement peint et excellement 
composé. Ce fut à peu près vers ce temps là que je lui fis 
faire, pour servir de modèle à la bannière de S^ Germain 
TAuxerrois, ce beau tableau qu'on voit à l'autel de la cha- 
pelle de ladite église où est le tombeau du comte de Caylus, 
et je doute qu'il aille jamais plus loin. Il est tout à fait dans 
le style des meilleurs maîtres de l'école lombarde. 
Il en a exécuté beaucoup depuis, et, dans les intervalles 



72 

que ces grandes machines lui laissoientdesmomensderestey 
il s*est souvent occupé de tableaux de chevalet qui» traités 
dans le goût de l'antique et peints avec le plus grand soin» 
ont eu une très grande vogue. H°^* Geofirin lui en fit faire 
quatre, qui firent désirer à nos curieux d*en meubler pareil- 
lement leurs cabinets, et, pour captiver davantage leur suf- 
frage, M. Yien les étudia et les termina comme Tauroit pu 
faire l'Âlbane, mais ce ne sont pas ceux qui me plairoieot le 
plus. Je les trouve un peu trop froids et trop léchés. C'est 
ainsi que pour plaire on court souvent risque de se perdre. 

M. Vien a fait une excellente acquisition en épousant 
jftiie Reboule, qui peint des animaux et des fleurs dans le 
goût de M^Ue Basseporte, et qui est avec cela une femme ver- 
tueuse et tout à fait estimable. M. Yien a des amis et se fait 
considérer. Il faut lui souhaiter, ainsi qu'à son épouse, une 
meilleure santé ; mais tous deux n'en jouissent pas d'une 
très parfaite et je crains fort pour la suite (1). 

11 a exposé au salon en 1769 le tableau qu'il a fait pour la 
ville de Paris, et qui, n'étant pas dans son genre, n'a pas 
manqué d'essuyer des critiques, tandis que celui qui avoit 
été exposé au précédent salon^ et qui étoit dans son genre, a 
mérité de grands éloges. Cela fait voir la nécessité* de se con- 
noKre. En 1771 il a obtenu la place de directeur de l'école 
des élevés protégés qu'avoit M. Louis Michel Yanloo. 

YIEBI (piETRO). 11 y a apparence que c'étoit un des élèves 
d'Alexandre Allori, dit le Bronzin. Je le présume de ce qu'il 
fut employé dans les décorations de la porte del Prate à Plo- 



(1) Vien et sa femme en ont fort rappelé, puisqu*il n'est mort 
qu en avril 1806, quelques mois seulement après elle, morte en 
décembre 1805. 



73 

rence^ dont le Bronzin avoit donné le dessein et qu'il s'étoit 
chargé de faire exécuter par les peintres de son école. Vieri 
en fit un des tableaux qui a été gravé dans la descrip- 
tion de rentrée de la grande duchesse Christine de Lorraine 
à Florence en 1588. 

VIGARANI (gâsparo); l'un des meilleurs machinistes qu'il 
y eut alors en Italie, et qui avoit un talent pailiculier pour 
les décorations des scènes de théâtre et autres spectacles, tels 
que pompes funèbres, carrousels, ballets^ etc., fut appelé en 
France en 1659, après avoir donné à Modène, dans cette 
même année^ des preuves de son génie dans les décorations 
de la pompe funèbre de François d'Ëst^ premier du nom^ 
duc de Modène. C'est dans la description qui en a été im- 
primée que j'ai trouvé écrit ces paroles : Gasparo Yigarani^ 
ingegniere, chiamato (nel 1659] alla corte di Francia, ove im- 
piega^a forza deile sue sceniche e prodigiose machine. Il 
avoit sans doute été appelé pour remplacer ]e Torelli, qui, 
quatorze ans auparavant^ en 1645, avoit ordonoé sur le théâ- 
tre du Petit-Bourbon les décorations du premier opéra italien 
qui fut représenté en France devant le roi et sa cour ; c'étoit 
la Finta pazza. Vigarani resta au service du roy jusqu'au 
temps que LuUy le prit, et, ayant fait une société avec lui^ 
ils jettèrent les fondements de l'opéra, tel que nous l'avons à 
Paris. 

— Haltasia, dans la table des noms des peintres dont il a 
fait mention dans le cours de son ouvrage, avance que Gas- 
pard Vigarani, architecte au service du duc de Modène, étoit 
père dé Charles Vigarani, qui, lorsqu'il ecrivoit ceci, en 1678, 
étoit au service du roi de France, avec des appointements 
considérables, et qu'il avoit un second fils nommé Ugolotto. 
Est-ce que Gaspard et Charles auroient tous deux été appelés 
en France, et se seroient sûaédés dans l'emploi de machi- 



74 

nistes de S. H.? — Jacques Torelli (1), de Fano, y avoit tra- 
vaillé avaot eux. 

— 11 est fait mention de Yigarani, gentilhomme modenois, 
daos la description de la feste des plaisirs de l'Ile enchantée, 
donnée à Versailles en 1664. 11 y est dit que ce fut lui qui en 
iul l'ordonnateur. 

VIGNALI (JACOPO). Ce peintre, né à Ponle-Vecchio, dans 
le Gosentino.en Toscane, l'an 1592, n'est jamais sorti de Flo- 
rence et y a fait un très grand nombre de tableaux, princi- 
palement dans les églises, car c'étoit un peintre religieux et 
qui ne se permeltoit aucun ouvrage qui pût tant soit peu 
blesser la (uodestie. 11 étoit disciple de Mathieu Rosselli, et 
tellement attaché à ce mattre que celui-ci avoit eu inten- 
tion d'en faire son neveu et son héritier en lui faisant épou- 
ser sa nièce. Le peu de goût que Vignali avoit pour le ma- 
riage lui fit refuser un parti si avantageux, et le Rosselli, 
connoissant le motif de son refus, ne lui en sut pas mauvais 
gré ; ils n'en demeurèrent pas moins bons amis. A en juger 
par un dessein que j'ai de ce mattre^ et qui m'a été envoyé 
de Florence, Vignali composoit bien ; je ne sçais pas s'il pei- 
gnoit aussi parfaitement que le veut faire entendre l'auteur 
de sa vie, mais je ne crois pas qu'il dessinât de fort grande 
manière. G*est du moins l'idée que j'en puis prendre sur son 
dessein que j'ai cité. Il est le mattre de Carlo Dolce, et, si le 
maitre ressemble au disciple, ce doit être un peintre froid ; 
je ne suis pas éloigné de le croire. Il mourut d'apoplexie à 
Florence en 1664, fort considéré de tous ceux qui l'avoient 
connu et emportant avec lui la réputation d'un grand homme 



(1) Gf, eet Àb^edario^ tome Y, pa([. 34i»9, 



75 

de bien. Voyez sa vie par Sébastien Benoit Bartolozzi^ im- 
primée à Florence en 1753, in 4"*, 

VIGNON (CLAUDE), de Tours, peintre de TAcadémie royale 
de peinture et de sculpture. La manière de Claude Yignon, 
pour ce qui concerne Tinvention et le dessein, luy est tout à 
fait particulière ; il ne paroist pas en avoir pris l'idée dans 
les ouvragps d'aucuns peintres qui l'ayent précédé. Sa façon 
d'opérer ne luy estoit pas moins propre, car il travailloit avec 
une merveilleuse promptitude, ce qui faisoit briller dans ses 
tableaux beaucoup de feu et une grande légèreté de pinceau. 
Il avoit aussy une assez bonne intelligence de clair obscur, 
qui pouvoit être le fruict du voyage qu'il avoit fait en Italie. 
Il y avoit surtout appris à juger des ouvrages des peintres ; 
cette étude l'avoit rendu sçavant dans la connoissance des 
manières, et, lorsque l'on doutoit de l'originalité d'un ta- 
bleau, c'estoit è luy presque toujours à qui l'on avoit recours 
pour en décider. Comme Vignon se distinguoit, entre les au- 
tres peintres de son temps, qu'il produisoit sans beaucoup 
de peine, et qu'il étoit d'un bon commerce et fort traitable, 
la pluspart des graveurs, profitant de ces facilités, luy fai- 
soient faire des desseins pour les graver, et luy même il en a 
gravé quelques uns à l'eau forte, qui, quoyque fort légers 
d'ouvrages, ne laissent pas de faire de l'effect. Ses deux fils 
suivirent sa même profession, l'aisné peignit l'histoire, et le 
plus jeune des portraits. Ils furent, comme leur père, de 
l'Académie royale de peinture et de sculpture. 

— Claudio Vignon fut admis dans la communauté des 
peintres en 1616, et entra dans les charges en 1627. Il eut 
deux fils, Nicolas et Philippe, qui ont été peintres comme 
leur père, mais il y a apparence qu'ils sont restt^s dans la mé- 
diocrité, puisque leur nom n'a pas percé. Leur sœur, nommée 
Charlotte, réussissoit à peindre des Qeurs. L'abbé de Villç^ 



76 

loin, qui a fait mention de toute cette lignée dans son 
article des peintres, p. 30, dit, en parlant de Claude Yignon 
le père, p. 9, qu'il fut beaucoup employé pour l'Espagne et 
que ses ouvrages y étoient en grande estime (1). U loue aussi 
son amour pour le travail et la promptitude de son pinceau. 
Son caractère le reodoit aimable. 

— J. G. attaché sur la croix, au pied de laquelle est la 
S* Vierge, St Jean et S* Magdelaine. Gravé à l'eau forte d'après 
Vignon. — G. Y. à un cx)in de la planche, et au bas le nom 
du graveur — Des Hayes. — L'abbé de Villeloin dans son 
Paris en vers, p. 33^ l'appelle Nicolas (2). 

— S* Pierre pleurant son péché, représenté en demy corps. 
Gravé au burin par René Lochon. — Première manière de 
Lochon, qui a assez de la première manière de Lombart. 

— St Pierre pleurant ses péchés, en demy corps, dans une 
attitude différente ; St André attaché en croix, en demy corps. 
Inventés et gravés à l'eau forte par Gl. Yignon. — Le tableau 
(du premier) est à Paris, dans l'église St Paul. — Le tableau 
(du second) est au dessus de l'œuvre des marguillers dans 
l'église St André à Paris. 

— St Philippe baptisant l'eunuque de la reine Gandace. 
Inventé et gravé à l'eau forte par Gl. Yignon. — G'est le may 
de Notre Dame peint par Yignon, et un de ses meilleurs ta- 
bleaux. 

YILLAUÈNE (pbancois). — F. Y. F. — Fr. YiUamena As- 



(1) Claude Vignon, connu, mérite que l'on raime; 
L^Bspagne en fit état, elle en eut du sujet. 

(Edition de la MliotMque €l%émrienne, p. 35, 26, 35, 47, 51 , 65.) 

(3) Jean Perissin, Fatoure et Nicolas des Hayes. 

(Ed. de la Bibliothèque êMviriennif p. 55.) 



77 

sisias. Pr. Villa amena. -—Voyez sa vie dans le Baglime^ Vite 
dei pittori, 4'>. 

— L'histoire de la Genèse, gravée par Villamène d'après 
Raphaël, n'a été mise au jour qu'après la mort de ce gra* 
veur^ en 1629. Baglioni dit que le frontispice, que les héri- 
tiers de Villamène firent mettre à la teste de cette suite^ fut 
gravé par Luc Giamberlan. J'en ay veu une suite où^ après 
le frontispice gravé, étoit une feuille imprimée en lettres ; 
c'étoit une épitre dedicatoire adressée au cardinal Aldobran- 
dini par Caterine Villamène, veuve du graveur. Elle y dit 
qu'en luy présentant cet ouvrage, elle exécute les dernières 
volontés de son mary, que son intention étoit de graver toute 
la suite de ces histoires saintes que Raphaël a peint dans le 
Vatican, c'est à dire dans les Loges, qu'il en avoit fait tous 
les desseins et gravé même une partie, lorsque la mort le 
surprit Elle implore pour elle et pour ses enians la protec* 
tion du cardioal. 

— Moyse élevant le serpent d'airain dans le désert, gravé 
en 1597 d'après Ferrau Finzoni. — Je crois que c'est la date 
du privilège et non celle de la gravure, ce qui doit s'enten- 
dre de toutes les pièces qui portent cette date 1597. 

— Le massacre des innocents, des premières manières de 
Fr. Villamène. — Luca Morreletti excuditl627; aparemment 
la planche luy est tombée entre les mains dans ce temps là, 
car elle est gravée bien plus anciennement. 

— L'ange annonçant à la S* Vierge le mistère de l'incar- 
nation, d'après Raphaël d'Urbin. — Cette pièce est retouchée 
par Fr. Villamène sur la planche originale de Marc de Ra- 
venne. — Je croyois cette pièce de Mathieu Greuter, parce 
qu'il y a dans l'ombre, au bas de l'ange, trois lettres qui me 
paroissQient M. 6. P., mais en l'examinant de plus près j'y 
ai trouvé du goût de Villamène, et peut-être est-ce les trois 
lettres M. C. E. qui voudroient dire Marc CM. exe. Ce mar- 



chand a eu plusieurs planches des premières manières de 
Yillamène. Au bas il y a Ramœ (quoy qu'il en soit, il sera 
bon de sVn enquérir); au haut il y a Tenfant Jésus pointillé, 
qui tient sa croix et est monté sur le S. Esprit. 

— La S» Vierge ayant près d'elle St Jean Baptiste, qui 
montre l'enfant Jésus qu'elle tient entre ses bras et qu'elle 
présente à S« Elisabeth, gravé à Rome en J602 d'après Ra- 
phafil d'Urbin. — La même pièce gravée pour la seconde 
fois en 1611. Fr. Villamène s'y est corrigé de quelques né- 
gligences qui lui étoient échappées dans la première ; mais 
cependant il s'en faut beaucoup qu'elle soit aussy bien dans 
)e goût de Raphaël, et elle est infiniment moins rare. — Au 
bas de la première est écrit Neapoli. Cette première est rare; 
Neapoli est le lieu où se conservoit ce tableau ou dessein, car 
dans la dédicace de la deuxième, il ne la nomme que à Raph. 
olim delineatam. — Ny l'un ni l'autre ne sont dans la ma- 
nière de Raphaël, et^ tout bien considért^^ je ne sçais à la- 
quelle je donnerais la pr(^ference^ indépendamment de la 
rareté. (Cf. IV, 279.) 

— La S» Vierge accompagnée de S* Jérosme et de S* Mag- 
delaine qui adore l'enfant Jésus. Cette composition, qui est 
de l'invention d'Antoine Correge, est gravée en 1586 par Vil- 
lamène, d'après l'estampe originale gravée, dans cette même 
année 1586, par le célèbre Aug. Carrache. — Bened. de Claro 
Florentinus formis Rom». — Il faut que cette belle estampe 
du Carrache aye eu une grande réputation et un grand cours 
dès le moment même qu'elle parut, puisque dans la même 
année Villamène, et, je crois, C. Cort^ en firent des copies qui 
ne furent entreprises que pour satisfaire à l'empressement 
de ceux qui recherchoient ce beau morceau. On peut compter 
qu'une chose est excellente lorsque tout d'un coup il en pa- 
rait Bomhre de copies. 

'^ J. C. apparoissant à la Magdelaine sous la figure d'un 



19 

jardinier après sa résurrection. Gravé en 1609, d'après Fed. 
Baroccio (Cf. 1, 71), par Lucas Ciamberlan sous la conduite 
de Fr. ViUamène. — J'en doute ; je n'y vois aucun travail de 
Villamène. Ciamberlan étoit un homme fait alors. ViUamène 
avoit la planche ; c'est la seule part qu'il y avoit, à ce que je 
crois. 

— Divers sujets de la vie de S* François d'Assise, au nom- 
bre de quarante huit pièces, y compris le frontispice, inven- 
tées et gravées par Fr. Villamène. — Il doit y en avoir molto 
piu. Vedi la nota ch'o fatto davanti il partilo mio da Parigi. 

— S* Jean l'Evangeliste et S* Pétrone, patrons de la ville 
de Bologne , dans un ovale. — Archiconf raternitatis Bono- 
niensis écrit autour de l'ovale ; ceste confrérie est établie à 
Ronoe, dans l'église de S^ Jedu des Bolognois. 

— S* Marie Magdelaine en prières devant un crucifii dans 
le désert. Gravé à Rome. — Il y en a des épreuves avec le 
nom du peintre : Giova batisla hnbardeUi — iffoentor^ ce 
qui a été effacé depuis pour y mettre : Cum prmlegioy etc. 

— Le jugement universel, inventé et peint par Michel Ange 
Bonaroti, dans la chapelle Sixte au Vatican ; l'on prétend 
que cette petite pièce est gravée par Fr. Villamène dans ses 
premières manières, ou du moins qu'il l'a retouchée. — Elle 
est de Villamène, à ce que l'on prétend , mais c'est de ses 
moindres choses et faite très légèrement. Remarque mes. de 
mon pire. — Elle me paroist fort apocriphe. 

— Des femmes formans ensemble un concert de musique 
et chantant les louanges de Pierre , cardinal Aldobrandin, 
dans un jardin, au devant d'un portique d'architecture orné 
de iontaines^ — C'est le théâtre de la vigne Aldobrandine à 
TivoU. 

— Les armes de la maison de Cordoue, placées au milieu 
d'un arc de triomphe et accompagnées de figures allégori- 
ques qui tiennent chacqu'une les dlf&reA(«s pièces qui en- 



80 

trentdans la composition du blazoD de ces armes. Cette pièce 
est dédiée — par son fils dom Ferdinand — à dom Antoine 
de Gardonne et de Ck)rdoue9 duc de Suesse, — qui étoit pour 
lors ambassadeur d'Espagne à Rome; — elle est gravée par 
Fr. Villamène. — Je la crois du dessein du cavalier Gaspare 
Gelio. 

— Frère Hugues de Loubenx, graod maistre de l'ordre de 
Malthe, dans un ovale, au milieu de la Religion et de S^ Geor- 
ges qui terrasse un dragon. — Le nom de ce grand maistre 
n'y est pas; il est seulement nommé Hugo dans les vers qui 
sont au bas, mais il est incontestable que c'est luy. Villamène 
n'y a pas mis non plus son nom. 

— Un bomme tenant un burin, en demy corps, dessiné 
par Fr. Villamène en 1621, et gravé en 1624 par Jean Bap- 
tiste Gostanlin. Il y a grande apparence que ce portrait est 
celuy même de François Villamène, d'autant plus qu'il est 
gravé par un de ses disciples, et qu'il tient un burin, qui est 
l'instrument dont se servent les graveurs. — Maroles, p. 27 
de son catalogue, 8*, dit formellement que c'est je portrait 
de Villamène. 

— Portrait d'un homme à demy corps, qui tient son cha- 
peau à la main et un instrument que je crois un burin, ce 
qui me feroit croire que ce portrait pourroit bien être celuy 
de Villamène. 11 est gravé en 1624 par Jouan. Bapt. Constan- 
tin, sur le dessein du Villamène, fait le 12 avril 1621. Rare (1). 

— Le frontispice qui est à la tête du livre intitulé : Arehit- 
tettura délia basilica diSan PietrOy etc., Roma^ 1620^ est une 
grande pièce que je crois gravée par Valerien Regnart, ou 
quelqu'autre disciple de Villamène, sur le dessein et la con- 



(1) Cette note se trouve dans on cahier à part, qui porte pouf 
titre : « OEuwre de FrançoU Villamène. Pièces que je n'ay plus.» 



81 

duite de ce dernier, qui a^ je pense, présidé à la condaite de 
la gravure de tout c^ qui €St de figures dans le reste de l'ou- 
vrage. Je crois aussi qu'il a gravé lui même le trait des figures 
qui sont répandues dans ce frontispice. C'est du moins toute 
sa manière, et il se pourroit aussi qu'il en eût fourni le des- 
sein. C'est un frontispice décoré de coloones et de pilastres 
d'ordre ionique, et terminé par un fronton qui couronne un 
attique, dans lequel sont placées les armes du pape Paul V, 
auquel cet ouvrage fut dédié par M^ Costaguti, lorsqu'il parut 
pou? la première fois^ car, lorsque son neveu en donna la 
seconde édition, il fit effacer ces armes et mettre en place 
celles du pape Innocent XI, auquel il dedioit cette nouvelle 
édition* Ce frontispice est enrichi de diverses figures allégo- 
riqueS; dont les principales représentent la Justice, la Force, 
la Sculpture, la Peinture, etc. 

VlLLAMENAi( FiAVu). J'ai veu chez M. Gravelle, dans 
un des volumes où il a rassemblé toutes les estampes qui ont 
des marques de graveurs, une estampe singulière, non pas 
pour son exécution, car elle est fort mauvaise, mais à cause 
du nom qu'elle porte. C'est une S* Cécile qui touche de l'or- 
gue et qui est accompagnée d'un enfant tenant un violon et 
un archet ; elle est en hauteur et de la grandeur d'un |)etit 
iB folio. C'est sans doute le coup d'essay de la personne qui 
l'a gravée au burin, et sans doute aussi qu'elle en est de- 
meurée là, car on ne voit plus rien d'elle. Dans celte pièc^ 
on remarque quelqu'un qui ne sçait pas encor manier le 
burin, mais qui paroit cependant avoir été conduit par un 
habile homme, et cet habile homme je crcnrois que ce seroit 
Mellan , qui, étant arrivé à Rome, s'y éloit mis sous la con- 
duite de Villamène» et qui, s'étant afieetionné à la famille de 
ce célèbre graveur, se sera fait un plaisir de conduirelà inain 
d'uBe de ses filfe^^qi^paioîasoit avob qtu^ùes dispdsitioiK 

T. VI. 



82 

à devenir graveur, mais qui en aura été détournée par d'au- 
tres occupations. J'ay toujours ouy dire à mon grand père 
que Hellan avoit travaillé chez Yillamène^ et que ce qu'il avoit 
apporté en France de plus belles estampes venoit de ce gra- 
veur, qui, comme Ton sçait, étoit grand curieux. On lit au 
bas de l'estampe de la S® Cécile le nom de Giuseppe Manci* 
nelli^ à qui la pièce est dédiée, et celuy de Fîavia Yillafnena 
$culp. et DD. Romœ sup. perm. 

VILLEQUIN (ETIENNE), de Ferriere en Brie, né en 1619, 
mort en 1688, etoit de TAcademie royale de peinture. C'est 
un peintre lourd et d'un génie assez froid. Il reussissoit à 
dessiner des charges et figures grotesques. J. le Pautre en a 
gravé une d'après luy, qui est fort bien ; c'est le petit bon- 
homme. 

— Etienne Villequin, de Brie, n'étoit ny sans réputation 
ny sans mérite; il se plaisoit à dessiner des charges et des 
Qgures grotesques. C'etoit à quoy il reussissoit le mieux. Il 
étoit de l'Académie royale de peinture. 

VILLEBME (JOSEPH), de Saint Claude en Franche Comté, 
ai^rès avoir travaillé de sculpture pendant un certain nombre 
d'années à Paris, aux Gobelins, et mérité l'approbation de 
H. le Brun, vint s'établir à Rome, où il est mort vers l'année 
1720, — peut être en 1723, qui est l'année que son portrait 
a été gravé. — Par un esprit de piété et d'humilité il s'éloit 
consacré à ne faire que des crucifix, mais aussi L'on peut 
dire, à sa louange, que personne n'y a mieux réussi, et que, 
dans ce talent qui paroit borné, il a quelquefois été jusqu'au 
sublime. 

Pour mieux connottre la situation d'un corps attaché sur 
la croix, il avoit fait des études multipliées, il avoit consulté 
le naturel, et, dans une de^^es op6ratk)its qu'il avoit fait sans 



83 

assez de précautions, il avoit pensé perdre la vie. H avoit ob- 
tenu un corps mort d'un hôpital, et ce corps étoit celui d'un 
homme mort d'une fièvre excessivement maligne, et dont 
tous les viscères étoient déjà corrompus. Il prend cependant 
ce cadavre avec confiance, il le met dans la situation d'un 
crucifié^ et, quand il a disposé tous les membres suivant qu'il 
a imaginé le mieux^ il s'empresse de le mouler. Hais bienlost 
la charge de plâtre qu'il est obligé de mettre sur le corps en- 
traîne et déchire la peau qui couvre le ventre, et toutes les 
entrailles gangrenées s'ecbappent et inondent le sculpteur 
qui, ne pouvant en soutenir l'infection, tombe à demi mort 
et laisse pendant quelque temps douter s'il en reviendra. 
C'est à luy même à qui j'ay entendu faire ce récit qui fait 
frémir. 

J'ay vu aussi entre ses mains, dans le temps que j'étois à 
Rome, plusieurs crucifix, d'y voire ou de buis, qui, par la 
correction, le beau travail et la nouveauté des attitudes, m'ont 
paru dignes de toute admiration. Le marquis Pallavicini en 
avoit quantité, dont il avoit orné une petite galerie, mais peu 
de geos l'ont imité, peu de gens se sont empressés de faire 
valoir le talent de Villierme, et je l'ay vu avec toute son ha- 
bileté presque mourir de faim. Aussi me disoit-il qu'il sen- 
toit bien qu'il avoit embrassé un genre peu favorable pour 
sa fortune, mais il trouvoit sa consolation dans la religion, 
et c'est en la pratiquant, et en menant même une vie très 
austère, qu'il a fourni une carrière des plus édifiantes. Les 
religieux minimes de la Trioité du Mont, avec lesquels il 
éloit fort en liaison, luy donnèrent la sépulture dans leur 
église, et M. Robert, qui étoit son amy, a gravé son portrait 
en 1723. Il pouvoit bien avoir 60 ans quand il est mort. Il 
est remarquable que nos deux meilleurs sculpteurs de cru- 
cifix en yvoire étoient de St Claude, car Jaillot (cf. III, 2) en 
étoit aussi. 



84 

YINÂGHE (JEAN JOSEPH), mort à Paris, le dimanche 1 dé- 
cembre 1754, âgé d'environ 58 ans. C'étoit un pauvre sculp- 
teur, et qui ne fut admis dans l'Académie royale de peinture 
et de sculpture que par charité. Il ût entendre que sans cela 
le roi de Pologne, électeur de Saxe, ne le prendroit point à 
son service et qu'il manqueroit sa fortune, n est vrai qu'il j 
avoit eu des paroles de portées et qu'il étoit même attendu à 
cette cour; mais, quand il fut une fois reçu à l'Académie, il 
changea d'avis et demeura à Paris, où ce qu'il retiroit d'un 
breuvage purgatif, dont son père lui avoit laissé la recette, lui 
rapportoit, je pense, davantage que ce qu'il pouyoit faire de 
sculpture. 

VINCI (LÉONABD db). Voycz in, 138-76. 

YINCIDOR (THOMAS). L'assemblée des dienx dansTOlimpe, 
gravé par G. Cort aux Pays Bas, d'après un plafond en rond 
de Tomaso Vincidor de Bolonia. — Mon grand père avoit 
écrit derrière cette estampe : St Martin à Fontainebleau, et 
effectivement elle est fort dans sa manière; au reste, je ne 
connais pas ce peintre qui y est nommé. Cock. txe. — J'en 
ay veu une épreuve postérieure où estoit gravé le nom de 
Cort, en place de celui de Cock exe. 

— Thomas Vincidor, peintre bolognois, étoit établi aux 
Pays Bas, et s'étoit apparemment retiré sur la fin de ses jours 
à Breda, car, lorsque Hubert Goltzius y passa en 1556, il y 
trouva ses héritiers qui avoient une collection de médailles 
qu'ils avoient sans doute trouvé dans la succession de leur 
parent. 

—Voici comment s'exprime H. Goltzius : Hœredes Thomœ 
Vincidoris de Bononia^ pictoris itali. 

— On ne le trouve nommé dans aucun auteur, et l'on a 
une estampe d'une assemblée des dieux, en plafond» qu'a 



gravé Corn. Cort et qui porte le nom de ce peintre, quoyqu'î! 
soit constant que ce soit une composition qui appartient au 
Primatice, et qui même étoit peinte dans un des comparti- 
mens du plafond de la galerie d'Ulisse. J'en ai le dessein ori- 
ginal du Primatice. D'où cela vient-il? Je n'en sçais rien. 
CTest aussi d'après ce Thomas Vincidor qu'a été gravé par 
Stock un portrait d'Albert Durer. Il n'y a pourtant pas d'ap- 
parence qu'il ait veu ce peintre, qui vivoit en Allemagne et 
est mort, suivant toute apparence, avant que Th. Vincidor 
mît le pied en Allemagne. 

— Je me trompe ; ce peintre est plus ancien que je ne le 
supposais. D'abord il étoit à Anvers en 1520 lorsqu'il dessina 
le portrait d'Albert. L'inscription qu'on lit au bas de la plan- 
che le dit formellement, ainsi qu'une pareille inscription qui 
est au bas dudit portrait dessiné, qu'Abraham Ortelius a mis 
à la tête de cette belle œuvre d'Albert qu'il avoit rassemblé 
et que je possède, et j'ai tout lieu de croire que c'est même 
le dessein original sur quoi la gravure a été faite en 1629, 
car la collection a été rassemblée bien auparavant que partit 
l'estampe ; elle est du XVI« siècle. 

— Que faisdkp à Anvers? Avoit-il la direction des tapisse- 
riesqui se travailloicnt à Anvers sur des cartons de maîtres ita- 
liens?Celasepeut, mais, quoy qu'il en soit, voilà bien des choses 
qui deviennent problème et qu'il sera difficile d'éclaircir (1). 

YïOLA (gio. battista); Suivant le Masini, le Viole étoit 
mort à Rome le 9 août 1609, âgé de 50 ans, mais l'erreur est 



(1) Aujourd'hui elles sont éclaircies par le curieux travail que 
H. Pinchart a publié dans la Revue universeUe des arts (Bruxelles, 
août 1858), et qui apporte les preuves de la supp^siLion de Marieue. 
Il est reproduit^ en partie dans le Raphaël de M. Passavant, Re- 
neuard, I, pages 556-64. 



M 

manifestei car le cardinal Ludovise, dont il étoit la créature, 
n'a reçu la pourpre qu'en 1621. Il fit la fortune du Viole en 
^le déclarant son guarderobe, et lui faisant avoir une pension 
qtic lui accorda Grégoire XY, son oncle. Mais cette bonne 
fortune ne fut pas de longue durée, à ce qu'a écrit le Ba- 
glione. Elle De dura qu'une année; le Viole mourut en 
août 1622, et, s'il étoit né, ainsi que l'assure Malvasia, en 1576, 
il n'étoit âgé que de 46 ans, et Don de 50^ que lui donue le 
Baglione. Ses paysages sont dans le goût des Carraches et 
tiennent encore davantage de celui de l'Albane. Je n'ai en- 
core rien trouvé de bien certain pour connottre sa façon de 
dessiner et de toucher le paysage, mais j'ai pourtant un pres- 
sentiment que des desseins de paysages qui me sont passés 
par les mains^et qui étoient attribués au Dominiquain, étoient 
du Viole. 

VTTE (timoteo delle), ou plutôt Viti, à ce qu'il me sem- 
ble, étoit uo excellent dessioateur. L'oo voit beaucoup de ses 
desseins à la plume^ que l'on donneroit à Raphaël, si l'on ne 
sçavoit pas qu'ils sont incontestablement de Timothée. Sa 
plume est moelleuse, coulante et eo même tegjps fort légère. 
M. Crozat a apporté d*Urbin un bon nombre oe desseins ori- 
ginaux de. ce peintre qui étoient encore entre les mains de 
ses descendans. Raphaël avoit une si grande considération 
pour Timolhée, et celui-ci une si grande admiration pour 
son mattre, qu'il conserva avec grand soin pendant sa vie 
une suite de très beaux desseins de Raphaël, que ce peintre 
lui avoît sans doute donnés. Ils étoient encore chez ses des- 
cendans à Urbio, lorsque M. Crozat y passa et qu'il fit l'ac- 
quisition de ce riche dépôt, qui fait un des principaux objets 
de sa collection. (Cf. le catalogue Crozat^ p. 18.) 

— Nel palazzo d'Urbino vi è uno studio, dove sono alcuni 
spazi, ne' quali per mano di Timoteo Viti, £amoso pittore di. 



quei tempi^ sono dipinti una Pallade oon Tegida» un ApoUo 
COD la lira, e le nove Muse, ciascuna col suo proprio instru- 
mento. Baldi, Memorie concernenti la cita d'Urbino^iD Roma, 
1724, loi» p. 57- 

VITRUVE. Faire mention du Vitruve, qui a baty le tem- 
ple dé Jupiter à Tenacina (1). 

YIVÂHINO (ÂinroNio]^ da Murano. Le Rossetti, dans son 
livre Pitture di Padova, prétend que c'est bien à tort que le 
RidolQ place la mort de cet artiste en 1440, et cela sur la foi 
d'un tableau qui est dans l'église de S. François à Padoue, 
et qui^ peint conjointement avec le frère d'Antoine, nommé 
Barthélémy, porte cette inscription : Anno MGCCCLI Anto- 
nius et Bartholomeus fratres di Murano pinxerunt hoc opus. 
C'est donc aussi par erreur que le Ridolfi, suivi en cela par 
' le P. Orlandi, donne au frère d'Antoine le prénom de Jean. 

VIVARINO (BARTHELEMY). Le Ridolfi, qui le compte pour 
le dernier de la famille, lui donne la préférence sur tous les 
autres, et j'y souscris volontiers. Il falloit donc que le P. Or- 
landi en fit la remarque et qu'il fît pareillement observer 
qu'on trouve de ses ouvrages où on lit son nom et la date 
1473 et 1475- 

YIVARINO (GIOVANNI). Le Ridolfi fait en effet mention de 
Jean Vivarieo, et le joint à Antoine dont il dit qu'il étoit le 
frère. J'ai démontré, à l'article d' Antonio Yivarino, que cet 



(1) Ce n'est pas le Vitruvias Pollio, si connu par son traité d*ar^ 
cbitecture, éar il parait n*avoir été quMngénieur^ et surtout ingé- 
nieur militaire. Cf. Junius, De piclura veierum, p. 2âl, et Sillig^ 
Catalogus arlificum^ p. 445. Peut-être le Yilruvius Cerdo d'une 
inscription de Gruter, éd. de 1707, page 186, n*" 4; Sillig, p. 485. 



Anteiiie avoit pour frère Barthélémy» et qu'Os awiratmAiM 
travaillé ensemble daos le même tableau eu 14&1» ce qui a 
été ignoré du Ridolfl. Est-ce que les VlTarini étoieat tous 
Irèrest Gela est possible. 

VIYIANI (AKTOilK)), il sordo d'UrbiDO. J'ai trouvé écrit 
par H. Grozat que ce peintre étoît âgé de 73 ans lorsqu'il 
mourut (en 1616). Je ne sçais où il a pris cette date. 

VIVIEN (JOSEPH) s'est rendu recommandable par ses beaux 
portraits en pastel. Il n'a pas traité ses pastels avec la même 
légèreté que H^« Rosalba^ mais il leur a sçu donner beau- 
coup de force, et généralement ses portraits sont mieux des- 
sinés que ceux de cette habile fille. Lorsqu'elle vint à Paris, 
elle !»çut luy rendre la justice qu'il méritoit. Ge qu'il y a 
d'assez singulier , c'est que les pastels de Vivien sont plus 
forts de couleur que ses tableaux à huile, car il a aussi beau- 
coup peint à huile, et, entr'autres, un grand tableau dans le- 
quel il avoit représenté, par ordre de l'Electeur de Bavière, 
toute la famille de ce prince, réunie après là paix de Rastadt 
en 1715. Ge tableau , auquel il avoit donné beaucoup de 
temps, — car il l'avoit commencé en 1715, mais^ la mort de 
l'Electeur étant survenue, il s'étoit contenté d'y travailler tan- 
tôt dans un temps, tantôt dans un autre, — étoit à peine 
achevé que M. Vivien se résolut de le porter luy même à la 
cour de Bavière, quoyque dans un Age fort avancé. Ce que 
ses amis avoient prévu arriva ; il ne put résister aux fatigues 
d'un si long voyage ; il mourut à Bonn, à la cour de l'Elec- 
teur de Cologne, dans le mois de décembre 1734, — le 5' dé- 
cembre, — âgé de 77 ans, d'une fluxion de poitrine. — Ce 
peintre étoit d'un caractère fort aimable. Il recevoit avec 
plaisir ses amis et passoit tranquillement une partie de. 
l'aimée dans uBe maison de campagne qu'il avoit au village 



dlTry. Ce fut là qu'il peignit le grand tableau de la famille 
Electorale de Bavière. Il étoit depuis longtemps, lorsqu'il 
mourut, conseiller dans l'Académie royale de peinture. L'E- 
lecteur de Bavière, dernier mort, au service duquel il avoit 
été pendant plusieurs années, le coosidéroit iort. 

-^ Personne n'a, ce me semble, Tait des pastels en plus 
grand volume que H. Vivien. Il a peint de cette manière le 
portrait de l'Electeur de Bavière Maximilien, figure entière, 
grande comme nature. Il étoit venu jeune à Paris ; la pein*^ 
ture l'y avoit attiré (1) 

YLEUGHELS (Philippe)^ né à Anvers, fut attiré à Paris 
par Philippe de Champagne, et hit reçu dans l'Académie de 
peinture en 16(63). 11 mourut à Paris le 22 mars 1694, âgé de 
74 ans. Il est père de Nicolas Yleughels^ et il me semble que 
le portrait étoit son principal talent (2). 

YLEUGHELS (nigolas)^ mort à Rome le 10 décembre 1737, 
où il étoit directeur de l'Académie royale de peinture que 
le roi y entretient. M. le duc d'Antin Tavoit nommé à cette 
place en 1724, du vivant même de H. Poerson. Yleughels 
partit de Paris le 14 mai de cette même année, et remplit ce 
poste important avec beaucoup de dignité, faisant parfaite* 
ment les honneurs de la nation. Le roi l'a voit décoré de l'or- 
dre de Saint-Michel. II étoit âgé d'environ 70 ans, de 68 ans, 
selon son epitaphe^ que sa femme, sœur de celle de Jean* 
Baptiste Pannini, lui a fait ériger d^QS l'église de Saint- 
Louis-des-François, à Rome (3). Il étoit fils de Philippe Yleu- 



(1) Cette note pas été achevée. 

(2) Les Mémoires des académiciens, 1, 354-62, ont publié la cu- 
rieuse vie de Philippe Yleughels^ écrite par son fils. 

(9} QL ici8 Po«oum«nti»4 V, 31-32. 



90 

ghels, peintre flamand, que Philippe de Ghampaigne, son 
compatriote et son ami, avoit attiré à Paris, et qui n'y brilla 
pas beaucoup. Le fils, à la mort de son père, arrivée en 1694, 
s'attacha à Pierre Mignard, qui pendant quelque temps le 
dirigea dans ses études. Il passa ensuite en Italie^ et il y fit 
un assez long séjour, tant à Rome qu'à Venise. Mais appa- 
remment que ses dispositions pour Tart qu'il avoit embrassé 
tfétoientpas aussi décidées que celles de Tesprit, qui dévoient 
lui acquérir de la considération dans le monde. Il ne parut 
pas, à son retour^ que sa manière se lût enrichie ni perfec- 
tionnée. A peine savoit-il dessiner; il ne peignoit guère 
mieux : il avoit pourtant le secret de faire des petits tableaux 
qui plaisoient ; c'est qu'il ne traitoit que des sujets agréa- 
bles, et que ses figures, ainsi que ses compositions, avoient 
quelque chose de flatteur. Tout le monde n'étoit pas obligé 
de savoir qu'il les avoit pillés dans les œuvres des grands 
maitres qui l'avoient précédé. Il ne faisoit aucune difficulté 
d'en copier des morceaux entiers et de les reporter dans ses 
tableaux. On le trouvoit continuellement entouré d'estampes 
où il fourrageoit^ et personne ne lui en demandoit aucun 
compte. Ses confrères le craignoient, les gens de lettres le 
considéroient ; un certain ton qu'il avoit pris faisoit imaginer 
qu'il avoit de l'érudition, qui pourtant étoitdes plus minces ; 
mais que ne fait-on pas, armé d'un peu de charlatanerie? Il 
étoit ami de Watteau, et pendant quelque temps ils héber- 
geoient ensemble dans la même maison. 

VOLGAERTS (DmiCH), d'Harlem. Vasari, t. 3, p. 270, le 

met au nombre des graveurs qui travailloient dans les Pays 
Ras, dans le même temps que Lambert Suavius de Liège. Ce 
Dirich Volcaerls est le même que Dieterich ou Théodore Vol- 
carl Gornhert. Voyez son article au mot Théodore Gornhert. 

YOLPATi (jsAN BAPTISTE)^ peintre, né et établi à Bassan, 



I 



91 

j vivoit au commencement de ce siècle, et joignoit à la pra- 
tique de son art une connoissance de la théorie à laquelle il 
s'étoit singulièrement appliqué, et dont il avoU fait un traité 
qui restera sans doute manuscrit, par les raisons que j'en ai 
apportées à l'endroit où il en est fait mention dans le cata- 
logue des livres qui traitent de la peinture qu'on trouvera cy 
après (1). Voyez ce qu'il est dit sur ce peintre dans le livre 
Vita del FerracinOj p. 83. On y parle avantageusement de ce 
qu'il a peint dans l'église archipresbitérale de Bassano. Mais 
il ËLuàroit l'avoir vu pour en être convaincu. 

YORSTERMANS (luc], d'Anvers. De Gueldres, graveur à 
Anvers; au bas de son portrait gravé par Van Dyck il y a 
cette inscription : Lucas Vorstermans calcographus Antuer- 
piaB in Gueldria natus. 

— LV {en monog.). Marque de Luc Vorsterman sur plu- 
sieurs petites planches qu'il a gravé pour Lasnier d'après les 
desseins de Polidore, Parmesan, Carraclie et autres. Il y en 
a quelques unes, dans la même suite, qu'a gravé Lanier ; 
elles sont seulement marquées d'un L. 

— La S« Vierge adorant l'enfant J&us, gravé par Luc 
Vorsterman, et non pas par Bolswert, comme il est écrit au 
basde la planche, d'après François Mazzaoli, dit le Parmesan. 
— A. Bonenfant excud. Bolswert fecit, mais c'est certaine- 
ment une faute. Ce n'est point là la nanièrede Bolswert; 



(1) La note manque à la page 462-3, où die devrait se trouver. 
Je remarquerai seulement que Mariette a corrigé dans le texte 
d*Orlandi le mot Venezia in Vieenza^ et, daui la phrase : Ai curion 
di ptllitra, a ajouté chesi dileUano di fdUura. Cependant, comme la 
note italienne donne des raisons de celte non-publication, ne pour- 
rait-on pas conclure que, si même Mariette fa pas fait toute cette 
bibliographie des livres d'art, il a peut-être entoyé des notes à Tabbé 
Oriandi» qui» comme on sait» a dédié son livre à Grozat. 



(fest toute celle de L Voisterman. EUe y est mfime si leooo^ 
noissable que Von ne peut pas douter de la méprise. 
' — Autre, assise dans un paysage, offrant à Dieu son flb 
unique, et ayant auprès d'elle S. Joseph occupé à la lecture. 
Cette pièce est de Tinvention du Parmesan ; elle est, comme 
la précédente, gravée par Luc Yorsterman ; c'est par méprise 
que l'on y voit au bas le nom de Bolswert. 

— La Sainte Famille, ou la S* Vierge est représentée as- 
sise près de S* Elisabeth, et ayant sur ses genoux l'en&nt 
Jésus, auquel S« Jean Baptiste apporte des fruicts ; d'après 
Raphaël d'Urbin. — Bemardo Campmans canonî. B. Mari» 
de Dunis prœsuli D. D. L. Vorstermans. Elle n'est point du 
tout dans le goût ce Raphaël, et n'est pas même fort bien 
gravée. Aussy n'est-elle peut-être que gravée sous la conduite 
de Vorstermans, et ensuite retouchée par liiy mesme. 

•— L'Ëcce Homo, oi l'homme de douleurs, couronné d'épi- 
nes et revêtu par mépris* d'un manteau de pourpre, en demy 
corps d'après un maître dont on ignore le nom. — L. Vor* 
sterman excud. Bien exécuté ; peut-estre d'après le Segers. 

— L'agneau de Dieu adoré dans le ciel par les vingt-quatre 
vieillards. Inventé et gravé par Luc Vorsterman en t646* — 
Cette pièce se seot de la vieillesse de Luc Vorsterman. Je 
crois que c'est une de ses dernières. 

— La sainte Vierge ordonnant à S. Dominique de distri- 
buer le rosaire à des chrestiens qui le demandent avec em- 
pressement. Le prélat qui est représenté dans ce tableau est 
Antoine Triest^ evesque de Gand, qui le fit faire à Rome par 
Michel Ange de Caiavage^ pour l'église des Dominiquains 
d'Anvers , où il se voit encore à présent avec admiration. 
— L. Vorsterman l'a dédié à Ant. Triest; c'est une de ses 
meilleures pièces, ef des plus chères. 

— S. François d'Assise tombé en extase; en demy corps. 



93 

-« Joanoi Vander Qoes D. D. L. VoTsterman. De ses bonnes 

choses; elle est peut*4tre d'après le Segers* 

— S. Ignace de Loyola priant devant un crucifix. En demy 
corps. Gravé en 1621. — Il y a grande apparence que c'est 
d'après un dessein de Rubens. Il est dédié par Yorsterman à 
Jean del Rio, doyen d'Anvers. 

— S^ Michel combattant contre les anges rebelles, gravé 
au burin par Luc Yorsterman. G*est un des plus parfaits ou- 
vrages de cet habile graveur et l'une des plus heureuses 
compositions de Rubens. La lumière et les ombres y sont 
distribués avec un grand artifice, et tel qu'on le peut désirer 
pour faire un bel effet en graveure. Rubens prît un soin ex- 
trême à conduire le travail de son graveur, et celuy cy le fit 
avec tant d'application que son esprit s'en affoiblit très con- 
sidérablement. — Philippe lY Hispan. régi Lucas Yorster- 
man sculpter D. D. cum privilegiis Régis Christianissimi, 
Principum Belgarum et Ord. Rataviœ, Â^ 1621. Je préjuge 
que celte date, qui se trouve à quantité d'estampes de Yor- 
sterman, et mesme aux plus belles^ est celle des privilèges et 
non pas le temps de la graveure. — J'en ay une première 
épreuve sans lettre de toute beauté. Il y en a une très belle 
copie par Rugœ (?) ; elle est tournée en sens contraire. 

— Deux pèlerins invoquans à genoux la sainte Yierge qui 
porte entre ses bras l'enlant Jésus, d'après un des plus beaux 
tableaux de Michel Ange de Caravage, qui est à Rome dans 
l'église de Saint Augustin. — L. Yorsterman excud. C'est de 
ses bonnes choses, et des mieux exécutées. 

— Le berger Acante exprimant sa flamme à son insensible 
maitresse. Frontispice de livre gravé en 1633. — Plaintes 
d' Acante et autres œuvres du S' de Tristan. A Anvers, 1633. 
A un coin de la planche la marque LY {en numog.). 

— Des paysans se battent après avoir fait la débauche; 
d'après Pierre Breugel« dette pièce est très bien exécutée dans 



le goût du peintre. — On dit que Rubens en a eu la con- 
duite, et je ne suis pas éloigné de le croire. (Cf. Y^ 137.) 

YORSTERMÂN (lug jemilius}. J^sus Christ faisant sa 
prière dans le jardin des Oliviers, d*aprës un tableau du ca- 
binet de Charles premier, roy d'Angleterre. Jussu Caroli 
magoœ Britannise — régis in œre expressit L i£ Yorsterman, 
id est : Lucas iEmilius Yorsterman. — Luc iEmilius Yorster- 
man seroit-il le fl's de Luc, et celui qui, sur quelques plan- 
ches^ prend la qualité de Yorsterman mnior,ei qui a traYaillé 
en Angleterre? Je le pense ainsy. 

YOS (corneille de), de Hulst, peintre de portraits à An- 
vers. Son portrait dans la suite des cent portraits de Van 
Djck. Corneille de Bie a écrit son éloge en flamand, p. 104. 
Il a peint des portraits dignes d'être mis auprès de ceux que 
Rubens et Yan Dyck ont exécutés avec le plus de succès, et 
Ton dit que souvent Rubens l'àdressoit à ceux qui venoient 
pour se faire peindre^ les assurant qu'ils ne perdroient rien 
à passer par les mains d'un si habile homme. 

YOS (GUILLAUME de), d'Auvers, etoit fils de Pierre, et ainsy 
neveu de Martin.de Yos. 11 avoil appris la peinture chez son 
père. Baldinuai, parte II, sec. 4, p. 84. Son portrait se trouve 
dans la suite des cent portraits de Yan Dyck. Corneille de Bie 
lait mention de luy, p. 413. 

YOS (MARTIN ns) mourut en 1 603,au mois de décembre, âgé 
de 72 ans. Yan Mander, dans l'appendix. L'on a son portrait 
gravé à Rome par Gilles Sadeler, d'après Gilles Heintz, Mar- 
tin de Yos étant pour lors âgé de 60 ans. 11 avoit pour devise 
un renard qui tient une bèche^ simbole du travail, et qui 



95 

porte sur le dos une colombe, avec ces paroles : Puro astu 

et labore. 

VOS (PAUL de), de Hulst en Flandres, peintre de chasses à 
Anvers. Sod portrait dans la suite des cent portraits de Yan 
Dyck. Voyez aussi ce qu'en dit Corn, de Bie^ p. 236, et qu'il 
faudra traduire. 

VOS (piEBRE de) le père, fut le premier maitre de Martin 
de Vos, SOD fils. 11 fut reçeu dans la compagnie des peintres 
d'Âovers en 1519^ et non en 1559, comme le dit Baldinucci ; 
c'est une méprise. Van «Mander, dans son appendix, dit 
qu'il estoit boUandois et qu'il le croit natif de Goude. Idem, 
p. 181 b; Baldioucci, parte % secolo 4, pag. 83. 

VOS (pierre de), d'Anvers, frère de Martin de Vos et son 
disciple. Baldinucci, parte 11, secolo IV, p. 83. 

VOS (sniON de),' peintre à Anvers. Son portrait de la suite 
des cent portraits de Van Dyck, au bas duquel est cette ins- 
cription : Simon de Vos, pictor in humanis ûguris majoribus 
et midoribus Antuerp. Voyez ce qu'en a écrit en flamand 
Corn, de Bie, p. 237. Il a merveilleusement bien peint le por- 
trait. — Il en a fait qui le disputoient aux plus beaux qu'ont 
fait Bubens et Van Dyck. L'on assure même que Bubens, ne 
pouvant suffire aux diflerens ouvrages dont il s'éloit sur- 
chargé, renvoya plus d'une fois à Simon de Vos des person- 
nes de considération qm avoient voulu être peintes par lui, 
en leur disant que ce peintre le valoit et qu'il feroit tout aussi 
bien qu'il le pourroit faire. — - Et cela étoit vrai, mais ce que 
je remarque ici né doit-il pas plutôt être mis sur le compte 
de Corneille de Vos? C'est ce qu'il faudra vérifier. 

— Jean de Wael et sa femme ont eu leur sépulture dans 



l'église de S« André à Anvers, et sur leur épitaphe sont lettts 
portraits peints par Simon de Vos, dignes du pinceau de 
Van Dyck. Voyez Descamps, dans le Voyage pittoresque, et le 
Peintre-amateur, Je n'ai pas de peine à le croire, car Simon 
de Vos étoit un homme admirable pour la fraîcheur de son 
coloris et la beauté de son pinceau. Il avoit mérité l'estime 
de Rubens qui, lorsqu'on venoit à lui pour avoir son por- 
trait, renvoyoit souvent les gens à de Vos, en les assurant 
qu'ils seroient aussi satisfaits de ce qu'il feroit poUir eux qu'ils 
pouTOieut se le promettre do lui-mesme. 

VODET (simon). Il y a en Italie deux grands tableaux d'au- 
tel qui donnent une grande idée du mérite de ^ cet habile 
peintre : l'un, qui est dans la chapelle des chanoines dans 
l'église de S. Pierre du Vatican, et où sont représentés S. Jean 
Ghrisostome, S. François d'Assise et St Antoine dô' Padoue, 
avec un chœur d'anges, a été peint en 1626 ; l'autre, qui est 
dans l'église de Lorette, représente N. S. célébrant la cène 
avec ses disciples. 

— En voulant enlever le tableau de Vouet de dessud la 
muraille où il étoit peint> dans la chapelle des chanoines de 
S. Pierre, il est tombé en morceaux sans qu'on en ait pu 
rien conserver. On avoit dessein de le mettre en mosaïque. 
Peut-être que, si c'eût été l'ouvrage estimé de quelque peintre 
italien, on auroit apporté plus de précautions et qu'on au- 
roit évilé ce malheur. Il a Mu en recommencer un autre, qui 
a été peint par Pietro Blanchi. 

— Comme Walpole dit que Vcuet dans sa jéuneise aUa à 
Londres faire le portrait d'une dame y et que Charles I^toulut 
Vy attirer de fumveau^ Mariette ajoute : VoUet fit seulement 
pour le roi d'Angleterre un grand tableau qui a été gravé, et 
qui, suivant qu'il est marqué sur l'estampe, a servi de pla- 
fond d#ns le palais de OaUand^ Le sâjet est une all^^ô sur 



97 

le mariage de Charles avec une fille de France. (Naiu iur 
Waipole.) 

— Youet étoit à Gènes en 1620 et à Venise en 1697. — - Il 
est mort à Paris le 30 juin 1649 ; il comptoit 59 ans 5 mois 
22 jours ; en conséquence il étoit né en 1590 (1). ' 

— Le tableau qui est dans l'église du village de Groissî, 
près Chatou, et qui représente un crucifix^ a été fait pour 
H. Patrocle, seigneur de ce lieu, en 1644. Il est bien dessiné 
et agréablement peint (2). 

VODET (AUBIN) étoit le frère cadet de Simon Vouet. Il pei- 
gnoit dans la même manière et n'étoit pas im peintre me* 
prisable. Il avoit été son disciple et Tavoit accompagné en 
Italie. Il étoit né à Paris en 1599, et mourut à Paris en 
may 1641 (3). 

YOUILLEUONT (SEBASTIEN]. Jésus Christ chassant les mar* 
chauds hors du temple. Gravé à l'eau forte par Sebastien 
Youillemont. L'épreuve qui étoit icy étoit sans lettres, mais 
le graveur y avoit ^crit luy même son nom et celuy du Tîn- 
toret, de sorte que je ne doute pas que Ton n'en trouve des 
épreuves où ces deux noms soient gravés. Ce qui est de vray, 
c'est que la manière du Tintoret y est bien déguisée. 

YRÂNX (SEBASTIEN). Yoy. FRANCK, tome n, 268. 

YBIES (ADRIEN de]. Adriano Frisio, scultore — • et statuario 



(1) Les Documents ont publié son acte de décès (VI, 220) après 
avoir publié Tactede son transporta Saint-Gervais, V, 215-6. 

(2) Virginie de Vezzo, la première femme de Vouet, a eu un ar- 
ticle séparé dans ce volume même, p. 56-57. 

(3) Cf. Documents, V, 3i6, et VI, 220. 

T. VI. g 



08 

éd Du€a di Savoia. Lomazzo, Idea del teiopio délia Pittura, 
p. 102. Le placer au V; voir ci contre. 

-^ BaldiQUCci le nomme, parmi les disciples de Jean de 
Bologne, à la fin de la vie de ce grand sculpteur et l'appelle 
simplement Adriano Fiammingo. il tenoit beaucoup de la 
manière de son maitre. Un groupe de bronze, de sa façoD^ 
qui est dans les jardins hauts de Marly et qui représente 
Mercure portant Psyché , qui tient la boëte de beauté , est 
d'une si belle ordonnance, d'une manière si noble el si svelte, 
et d'une exécution si parfaite, qu'on ne fait point de difficulté 
de le faire passer sous le nom de Jean de Bologne. Cependant 
l'on en a des estampes qui le représentent dans trois aspects 
différents, et qui en asseurent l'invention à cet habile homme^ 
qui travaiUoit en Allemagne pour l'empereur Rodolphe se* 
cond. Ces estampes^ et plusieurs autres gravées d'après ses 
modèles ou d'autres ouvrages en bronze de sa façon, sont 
gravées par Huiler, qui étoit son beau frère, dans le tems 
même que vivoit Jean de Bologne; ainsi nulle apparence de 
supposition. — 11 étoit de La Haye, et son vrai nom étoit de 
Yries, et il mérite bien qu'on fasse quelc[ues recherches pour 
le faire connottre plus particulièrement. 

— Mercure enlevant Psyché, ce qui forme un groupe de 
bronze, que l'empereur Rodolphe second fit faire à Prague 
par Adrien de Vries. Les trois estampes qui sont icy le re- 
présentent veu de trois aspects différons; elles ont été gravées 
par Jean Muiler en 1593. — Harm. Muller exe. In gratiam 
Ad. Yries cognati sui clariss. sculp. Joan. Hullerus. — Cet 
Adrien de Vries étoit disciple de Jean de Bologne, et habile ; 
les estampes de Muller lui font tort ; elles en font un sculp- 
teur maniériste ; ses ouvrages ne sont point tels. Quoyque 
secs, manière qu'il avoit prise chez Jean de Bologne^ ils sont 
légers et délicats. J'en juge ainsi sur ce groupe qui est eq 
bronze à Marly, et qui est très beau. Il est dans les jardins 



90 

hauts ; il passe mtme pour être de Jean de Bologne, et moy 
même je le croyois ainsi^ mais un plus grand examen m'a 
étrompé (1). 

— On vante, et arec mson, les trois belles fontaines qu'on 
mt à Augsbourg, et qui sont enrichies de flgures en bronze 
de sa façon. On en a des estampes qui en donnent une grande 
idée. Le portrait de cet artiste vient d'être gravé par Eilian 
au simple trait. 

VROOM. N'y a-t-il pas un portrait de Vroom dans la suitP 
des cent portraits de Van Dyck? — Non. Mais le portrait de 
Vroom, d'après lequel M. Walpole a fait graver celui qu'il a 
inséré dans son ouvrage, fait partie de la suite des portraits 
des peintres des Pays Bas, gravée par H. Hondius.— Vérifier 
dans Van Mander s'il est effectivement vrai que ce fût un 
peintre florentin, qui devint le beau père de Vroom, que ce^ 
luv-ci eut pour maitre; si cela est, ma note deviendroit inu- 
tile* {N(^s sur WalpoU.) 

— Le beau père de Vroom étoit Hollandais et peignoit sur 



(l)Dans un articld de YÂthenœum français^ du 11 décembre 1832, 
Tun de nous avait, d'après cet article alors inédit de Mariette^ si- 
gnalé et développé cette excellente rectification qui a été acceptée 
par le livret du musée du Louvre. Un passage de Piganiol (Descrip- 
tion de Versailles et de Marly, 1701, p. 395} donne toute rhistoire 
de cette statue en France : «Le jardin haut de Marly est encore orné 
de quatre groupes de bronze. Le premier représente Fenlèvement 
de Pandore par Mercure. Ce groupe a été modelé et jeité en bronze 
par Jean de Boulogne. La reme Christine en fit présent à M. Ser- 
vien, et M. de Sablé, son fiis« en vendant Meudon à M. de Louvois, 
s^accommoda de ce groupe avec M. Colbert, qui le fit transporter & 
Sceaux, où il éloit, quand M. de Seignelay, toujours magnifique et 
toujours attentif à tout ce qui pouvoit faire plaisir au grand roy qu*il 
avoit rhopneur de servir, pria S. M. de vouloir bien Taccepter. » 
De nos jours il a été à Saint-Cloud, et se trouvait au c6té droit da 
bassin du Fer à Cheval; c'est là qu'il a été pris pour être porté au 
Louvre. 




100 

la fayeDce; H' Walpole, en faisant de ce peintre un Floren- 
tin, est tombé dans une erreur qu*il faut lui passer. Il n'au- 
roit certainement pas usé de la même indulgence si elle fût 
échappée à un François ; il oublie aussi de remarquer que le 
père de notre artiste se nommoit Corneille, fils de Henry, et 
que celui-ci avoit un frère qui est mort sculpteur et archi- 
tecte de la ville de Dantsick. Il auroit pu charger encore cette 
vie de plusieurs particularités qu'on trouve dans Yan Mander. 
Elle n'en seroit devenue que plus intéressante. (Noies mr 
Walpole.) 

VDIBERT(remy), peintre, disciple de Youet^ etoit de Troyes. 

WADDER (u)ms de), de Bruxelles, peintre de paysages ; 
il en a gravé quelques uns; ils sont dans la manière de Luc 
Van Uden. Gom. de Bie a écrit des vers à sa louange^ p. 98. 

WAEL. Il y a plusieurs de Wael, Jean de Wael le père, 
mort en 1633 (cf. 95), Luc de Wael, son fils aine, peintre de 
paysages, Corneille, son autre fils, qui peignoit des batailles 
et autres sujets. 11 y a aussi un Jean Baptiste de Wael qui 
gravoit d'après Corn, de Wael en 1658, et qui a aussy gravé 
à Rome une suite de pastorales de fort bon goût ; personne 
n'a fait mention de luy ; il étoit apparemment le fils de Cor- 
neille de Wael. 

WAEL (corneille et lug de). Ils étoient fils d'un peintre 
d'Anvers, nommé Jean (Sandrart, p. 299), qui leur enseigna 
la profession qu'il exerçoit et qu'il avoit appris de François 
Franck, de Herentals, On a son portrait dans la suite des cent 
portraits de Yan Dyck, et ce portrait est celui d'un vieillard, 
ce qui se rapporte avec ce qu'a écrit sur ce peintre Corn, de 
Bie, p. 108 ; car il nous apprend que Jean de Wael mourut 



. ^ ^ •« * •• 

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V • • .^ i' •* ■* 






iOl 

en 1633, âgé de 75 ans. Gomment Descamps a-t-il pu dire, 
1. 1, p. 227, que cet artiste étoit mort jeune. Quant à ses deux 
fils, ils ont passé la plus grande partie de leur vie en Italie^ 
et surtout à Gênes. Van Dyck les y trouva et demeura chez 
eui. Il devint leur ami, et les peignit Tun et Tautre dans un 
même tableau qui a été gravé par Hollar. L'inscription de 
Testampe nous apprend qu'ils avoient été disciples de leur 
père, que le talent de Luc étoit de peindre des batailles, et 
celui de Corneille de représenter des sujets champêtres. Corn, 
de Bie^ qui leur a donné place dans son livre, p. 229, dit que 
Luc, qui s'étoit retiré à Anvers dans le tems qu'il écrivoit, 
vers 1661, avoit pour lors 69 ans, et que dans sa jeunesse il 
avoit pris des leçons de Jean Breughel. Son frère cadet. Cor- 
neille, vivoit pour lors à Rome, et avoit 68 ans lorsqu'il s'y 
retira. Descamps place la naissance de Luc en 1591, et celle 
de Corneille en 1594; 1. 1, p. 200 et 207. Voyez ci après à 
l'article de J. Bapt. de Wael. 

— Une suite de dix pièces représentans pour la pluspart 
des forçats sur des ports de mer, gravées en partie à l'eau 
forte et en partie au burin par un anonyme en 1647, d'après 
Corn, de Wael. — Dédié par Corn, de Wael à Jaques Cacho- 
pin de Laredo. — Il y en doit avoir douze, à ce que je crois. 
Cette même suite de pièces a été copiée en 1648 par M. Schaep, 
et dédiée par lui à D. Jean d'Erasso, envoyé de Sa Majesté 
catholique, -— on ne dit pas où, — et elle est de 12 pièces. 
— Pour que la suite soit complète , il faut qu'elle soit de 
12 morceaux, y compris le titre. 

WÂEL (jEAK BAPTISTE DE). J'ai uu pressentiment que cet 
artiste est le même qui peignoit de petites figures dans les 
tableaux de paysages de Barthélémy del Rosa, disciple de 
Salvator Rosa, auquel le Baldinucci donne le nom de Antoine, 
ce qui est, je crois, une méprise de sa part. Ce Jean Baptiste 



102 

de Wael, à en juger par une fort jolie suite de pastorales 
qu'il a inventé et gravé étant à Rome, étoit imitateur de la 
manière de Jean Miel^ et les planches que je cite ont du mé- 
rite. Si j*ai rencontré juste, et que le Baldinucci ait écrit sur 
des mémoires sûrs, sa mort aura été occasionnée par un coup 
de tonnerre qui le vint frapper dans son lit, étant.à Rome. 
On doit supposer qu'il étoit jeune, car on voit peu de choses 
de lui. Voyez Baldinucci, Décade V, parte I del secolo IV, 

p. 591. 

— * Jean Baptiste de Wael étant à Gènes en 1658, y grava la 
vie de l'enfant prodigue, en une suite de (..) planches, d'après 
les desseins de Corneille de Wael, auquel il appartenoit, 
j'ignore à quel degré de parenté. 

— La parabole de l'enfant prodigue, représentée en une 
suite de cinq pièces gravées à l'eau forte en 1658 par Jean 
Baptiste de Wael, d'après Corneille de Wael. — Aux deux 
dernières, c'est à dire à l'enfant prodigue qui garde des pour- 
ceaux et qui vient retrouver son père, le nom de Corn, de 
Wael inv. et celuy de Jan Baptista de Wael fecit 1658 ; ce 
sont de fort jolies pièces. 

WAGNER (JEAN GEORGES), ucvcu du peintre Dieterich et 
son eleve, a peint des gouaces qui ne seroient pas desavouées 
par son oncle. Ce sont de petits paysages d'un goût de cou* 
leur excellent, et dans la pluspart desquels on trouve des ac- 
cidens de lumière et une touche large et précieuse qui n'est 
qu'à lui. Son oncle, à force de le tourmenter, lui rendoit la 
vie si dure que, pensant s'affranchir de cette espèce de ty- 
rannie, il avoit pris la resolution de quitter le pays et de 
venir à Paris, où il savoit que plusieurs de ses ouvrages, qui 
y avoient été apportés, y avoient été très bien reçus. Tout 
étoit prêt pour le départ, et il goutoit déjà le plaisir d'être 
libre et de jouir de sa réputation lorsque la mort le surprit 



103 

inopinément et renversa ses projets. La veiQe du jour auquel 
il avoit fixé son voyage, il alla, suivant sa coutume, recueil- 
lir à la campagne quelques uns de ces effets piquants dont 
il sçavoit si bien embellir ses tableaux, et qu'il avoit l'art de 
varier à l'infini et d'imiter avec tant de vérité; il en revenoit, 
rempli de l'idée flatteuse dont il étoit entièrement occupé^ 
lorsque^ rentrant à la maison^ il se sentit subitement frappé 
d'un coup mortel, et le lendemain il n'étoit plus. G'étoit en 
176(.). Il avoit au plus 21 ans. Je le tiens de M. Hall^ le pein- 
tre en miniature, qui étoit lié d'amitié avec lui. M. Boucher 
fut un des premiers à rendre justice à ses talens. 11 n'eut pas 
plustost veu de ses gouaces qu'il en fit emplette de plusieurs, 
et je lui en ai entendu parler avec le plus grand éloge. La 
mère de Wagner se mesie aussi de peindre à gouace et d'imi- 
ter la manière de son fils, mais il s'en faut beaucoup qu'dle 
en approche, et cependant j'ai vu de ses ouvrages qu'on fai- 
soit passer pour être de son fiils. Ses desseins sont devenus 
rares. 

WALKER (bobert). Ne seroit-ce pas d'après un des por- 
traits de Gromwell peints par Walker que Lombart auroit 
gravé celui que nous connoissons de lui? (Noies mr Walpole.) 

WALPOLE (HORACE). 11 y a, dans ce mémoire dressé par 
un artiste (Jean de Crite) auqud il étoit permis de s'énoncer 
en mauvais termes, plusieurs mots qu'im Anglois a peine à 
entendre. M. Walpole m'en a assuré, et j'ai souligné dans 
ma traduction quelques expressions que j'ai deviné avec lui. 
{N^es sur Walpok.) 

— Suivant un ancien usage, qui n'a été aboli que par le 
prince qui occupe aujourd'hui le trône, le roi d'Angleterre 
tenoit jeu la nuit de la fête de l'Epiphanie, et c'étoit tou- 
jours aux dés que l'on jouoit. Je tiens cette particularité de 



104 

M. Walpole. (Nitiei iur WalpoUf article du chevalier Jac« 
ques Palmer.) 

— Que peDser du goût de H' Walpole lorsqu'à l'occasion 
des deux peintres de son pays, qu'il s'eiforce en vain de tirer 
de l'oubli, il se perd ainài en vaines conjectures et nous ac- 
cable de cette longue et fastidieuse énumération des peintres 
anglois, presque tous incoonus, que lui fournit un écrivain 
assez téméraire pour oser les comparer avec les plus fameux 
artistes de la Grèce, et assez ignorant pour ne pas savoir que 
Lusippe et Praxitèles ont été de grands sculpteurs, et non pas 
des graveurs I Quel nom donner à de telles anecdotes I (Noies 
iur Walpole.) 

WALS (gdffrbde). g. W. Marque de Goifirede Wals« pein* 
tre de paysages dans la manière d'Adam Elsheimer. Elle se 
trouve sur une planche de sa façon, qui est dans une forme 
ronde. 

WASER (âhite), née à Zurich en 1679, y est morte en 1713, 
âgée de 34 ans, dans la réputation de bien peindre le por-- 
trait en miniature. Fûsli a donné sa vie dans le tome 3 de ses 
7ie$de$ peintres suisses. Quelqu'un pourra quelque jour m'en 
donner la traduction, car l'ouvrage est écrit en allemand. 

WATEAU(AinoiiiE)jnéàValenciennes en 1684(1), est mort 



(i) En octobre. II. Arthur Dinaax a trouvé Facte de naîssaiice 
dans les registres de la paroisse de Sainl-Jacaues de Valeneiennes, 
et en a publié le texte dans sa notice sur Waiteau, Valeneiennes, 
i8d4 ; a Le 10 ociobre i68i fut baptizé Jean Antoine, fils légitime 
de Jean Philippe Wateau et de Michelle Lar^enois, sa femme. Signé : 
le parin , Jean Antoine Baichp, la marène, Anne Maillion. » — Je 
renvoie à la notice de M. Dinaux et aux catalogues des musées de 



105 

en 1721. Après être sorti de chez GiUot, il entra chez Claude 
Audran» célèbre peintre d'omemens, qui, en qualité de con- 
cierge, demeuroit au Luxembourg( 1) , et qui se servit utilement 
de Wateau pour enrichir de ses figures les agréables compo- 
sitions d'ornemens dont il iournissoit les desseins, et, pen- 
dant ce tems là, Wateau eut occasion de voir et d'étudier les 
peintures de Rubens qui sont au Luxembourg, d'en connoi- 
tre la magie et de la faire passer dans ses tableaux. Alors il 
put se produire et montrer tout ce qu'il valoit. Son genre 
de peindre fut goûté ; il fut reçu avec applaudissement à 
l'Académie ; chacun s'empressa pour avoir de ses ouvrages. 
M. Crozat lui proposa de peindre un appartement chez lui, 
et Wateau l'accepta d'autant plus volontiers qu'il crut ne de- 
voir pas perdre une si belle occasion qui le mettoit à portée 
de puiser de nouvelles connoissances dans les desseins et les 
tableaux des grands maîtres dont cette maison étoit remplie. 
U n'y demeura pourtant pas longtemps. Son inconstance lui 
faisoit changer de domicile à chaque instant. Il demeuroit 
avec Wieughels dans la maison du neveu de M. Le Brun, sur 
les fossez de la Doctrine chrétienne, lorsque des idées de for- 
tune le firent passer à Londres, où il travailla peu, et dont 
il revint traînant avec lui l'ennui et le dégoût qui l'accom- 
pagnoient partout. Une santé absolument délabrée, le spec- 
tacle affreux d'une mort prochaine aggravèrent ses maux. 
Il se retira chez un ami, au village de Nogent, près Yincenaes, 
et il 7 mourut. Une des personnes avec laquelle il fut le plus 
intimement lié fut H. de Julienne (2), qui, pendant un temps. 



Lille et de ValeBcîennes pour les Wateaa qui ont peint dans toute 
la durée du dix-buitiëme siècle. Il y en avait encore un à Tépoqne 
de la révolution. 

(i) Cf. cet Abecedario, I, 38-39. 

(2) M. Duclos, à Paris, celui qui possède de Boucher le portrait 
en pied de madame de Pompadour, conserve de Watteau un por- 



iOO 

posséda à lui seul i»resque tous les tableaux qu'avoit peints 
Wateau. Ce peintre mettoit de la finesse dans son dessein, 
sans avoir jamais pu dessiner de grande manière. La touche 
de son pinceau, de même que celle de son crayon, est des 
plus spirituelles, les tours de ses figures des plus agréables, 
ses expressions assez communes maïs gracieuses, son travail 
léger. Il eut un malheur, ce fut celui de se dégoûter trop ai- 
sément de ce qu'il avoit fait. On lui a vu effacer des parties 
de tableaux heureusement pensées et aussi heureusement 
exécutées, pour leur substituer quelques fois d'autres choses 
fort inférieures. 11 n'étoit point curieux de peindre avec pro- 
preté; et cela, joint au trop grand usage qu'il fit d'huile grasse, 
a beaucoup nui à ses tableaux (1) . Presque tous ont perdu ; ils 
ne sont plus du ton qu'ils avoient lorsqu'ils sont sortis de ses 
mains. 

— David atlentit aux inspirations divines. Gravé par Jean 
Baptiste Scotin le jeune. — Pour le volume des Pseaunui de 
la bible de Galmet. 

— Vertumne et Pomone. Gravé par Boucher, d'après le 
tableau de Wateau qui a servi pendant quelque temps de 
montre à la boutique d'un peintre du pont Notre Dame à 
Paris, et qui est présentement dans le cabinet de M. de Jul- 
lienne* 



trait de M. de Julienne, de grandeur naturelle, debout et jusqu'aux 

{fenoux, esquisse très-vigoureuse, el d'une force de vie et de cou- 
sur incomparables. 

(i) Tous ceux de ses contemporains qui ont parlé de lui ont in- 
sisté sur ce point, et M. de Julienne et Gersaint, dont on verra le 
texte plus loin, et encore plus M. de Caylus^ dans Féloge dont celui 
de Lemoyne avait appris Vexistence (Mémoires des académiciens, 
1, xxxni), et dont BIM. de Concourt ont heureusement trouvé un 
manuscrit qu'ils ont publié dans le premier volume de leurs Por- 
traits intimes du dix-hvilième siècle. Paris, Dentu, 1857, in-ie, 
p« 206-61. 



107 

— L'Ile de Gythère. Gravé, sous la conduite de N.de Lar- 
messiD, d'apiès le tableau qui est dans le cabinet de H. de Jul- 
lienne (1). •— La planche avoit été commencée, et mal, par le 
fils de J. B. Poilly, et Larmessin Ta rachevée. 

— Le concert champestre. Gravé par Benoist Âudran le 
jeune^ d'après le tableau tiré du cabinet de M. Bougi, qui y 
est représenté — - jouant de la basse de viole. 

— La game d'Amour. Gravé par Jean Pierre le Bas, d'après 
le tableau qui est dans le cabinet du sieur Denys Mariette, 
libraire. 

— • Les quatre saisons de l'année, représentées dans quatre 
compositions d'ornemens pour un paravent. Les planches en 
sont gravées par F. Boucher. -«- Elles sont terminées au burin 
par L. Gars. 

— Le plaisir pastoral. Gravé par Nicolas Tardieu, d'après 
un excellent tableau de Wateau qui est dans le cabinet du 
& Mariette le fils. 

— Feste bacchique, gravé par J. Moyreau, la Balanceuse 
par J. P. le Bas, la Partie de chasse par G. Scotio, et le May 
par P. Aveline. Ces quatre grandes et riches compositions 
d'ornemens ont été peintes par Watteau sur les lambris du 
cabinet de M. Ghauvelin, garde des sceaux de France et mi- 
nistre d'État. 

— La Musette. Gravé par J. Moyieau, d'après le tableau 
qui est dans le cabinet de M. Stiemar, peintre de l'Académie 
royale. 

— La diseuse d'aventure. Gravé par Laurent Gars, d'après 
le tableau original tiré du cabmet de M. Oppenort, architecte 
de M"" le duc d'Orléans. 



(1) Ce n'est pas rembarquement du Louvre, qui est son morceau 
de réception. 



108 

— Les plaisirs du bal. Gravé par Gérard Scotin le jeune, 
d'après le tableau qui passe avec justice pour un des plus 
beaux de Wateau, lequel est dans le cabinet de M. Glucq. 
conseiller au parlement. 

— La Finette, ou une femme en habit de bal, jouant de la 
guitare, gravé par Benoist Âudran le jeune. L'Indifférent, ou 
un homme qui danse, gravé par Gérard Scotin le fils. — Du 
cabinet de M. Massé (1). 

— Le Lorgneur, gravé par Gérard Scotin, d'après le tableau 
qui est présentement dans le cabinet de M. Coypel, premier 
peintre de M. le duc d'Orléans. 

—La Surprise, gravé par Benoist Âudran le jeune, d'après 
le tableau tiré du cabinet de M' de JuUienne. — 11 avoit été 
peint originairement pour M' Henin (2), et c'est un de ses 
plus beaux tableaux. 

— L'accord parfait. Gravé par & Baron^ d'après le tableau 
tiré du cabinet de H. de Julienne. — - Celui-ci est le pendant 
du précédent, et avoit été peint pareillement pour M. Henin. 

-— Les jaloux. Gravé par Gérard Scotin le jeune, d'après le 
tableau qui est dans le cabinet de H. de JuUienne, et sur le- 
quel Wftteau fut agréé à l'Académie de peinture. 

— L'occupation selon l'âge. Gravé par Dupuis, d'après le 
tableau qui est dans le cabinet de M. Halle , chevalier de 
St Michel, cy devant premier commis du trésor royal. — 
Scavoir lequel des Dupuis? 

— Une bande d'enfans, dont il y en a un qui se joue avec 
l'épée d'Arlequin. Gravé par Nicolas Tardieu. — Le tableau 
est chez madame de Verue. 



(1) Tous les deux chez M. Lacaze, à Paris, qui possède aussi le 
grand Gilles, merveilleux tableau de grandeur naturelle, qu'il a 
acheté à la vente Oenou. 

(2) Cf. cet Abecedano, 11, 351-3. 



109 

— Retour de chasse. Gravé par Benoist Audran le jeune. 
Ce portrait de femme en habit de chasse est celui d'une des 
filles du sieur Sirois, chez qui Wateau vint demeurer lorsqu'il 
arriva pour la seconde fois à Paris, après son voyage de 
Flandres. 

—Camp volant. Gravé par Charles Nicolas Cochin, d'après 
le tableau que Wateau avoit peint pour le sieur Sirois, peu 
après sa seconde arrivée de Flandres. — Retour de campagne. 
Ce tableau, qui a été peint dans le même temps que le précé- 
dent et pour lui servir de pendant, a pareillement été gravé 
par Charles Nicolas Cochin. — ^ H a été peint le premier. 

— Escorte d'équipages. Gravé par Laurent Cars, d'après 
un merveilleux tableau de Wateau, qui est dans le cabinet 
de M. de Jullienne. 

— Louis XIV donnant le cordon bleu à monsieur le duc 
de Bourgogne, père de Louis XV, roy de France régnant. 
Gravé par Nicolas de Larmessin, d'après le tableau qui est 
dans le cabinet de M. de Jullienne. — Wateau peignit ce ta- 
bleau pour M' Dieu, qui avoit entrepris de peindre toutes les 
actions de la vie du Roy pour estre exécutées en tapisserie, ce 
qui n'a point eu son effet. 

— Au bas d^une estampe gravée par AP [Arthur Pond), en 
1739, qui est un fac simile tun dessin de Watteau, représen- 
tant un médecin ridictUe au milieu d^ un cimetière , F épreuve de 
Mariette porte de sa main le nom du D' Misaubin, et cette note 
au-dessous : C'étoit un chirurgien f rançois, réfugié en Angle- 
terre, grand charlatan^ qui se vantoit d'avoir des pilules, 
remède immanquable contre la vérole; lui seul en étoit per- 
suadé, car avec ses pilules qui dévoient fâire^ à ce qu'il di- 
soit, la fortune de sa famille après sa mort, notre docteur 
étoit misérable et perissoit de faim. Wateau, qui peut-être 
avoit éprouvé l'insuffisance du remède , dessina cette charge 
dans un caffé pendant son séjour à Londres. 



110 

— L'Abreuvoir. Le Marais. Ces deux veues^ qui ont été 
peintes par Wateau d'après nature, dans le temps qu'il de« 
meuroit aux PorcheroDs, ont été gravées par L. Jacob. 

— La Perspective. Gravé par Crespy le fils, d'après le ta- 
bleau qui est dans le cabinet de M. Guenon, menuisier du 
Roy. Le fond de ce tableau représente une veue du jardin de 
H. Crozat à Montmorency (Cf. 1, 50). 

— Wateau malade se dérobant à la médecine, en fuyant 
les médecins et leurs remèdes. Gravé à l'eau forte par M. le 
comte de Caylus, et terminé ensuite au burin par François 
JouUain. Il y en a ici deux épreuves, Tune sortant de l'eau 
forte, et l'autre terminée au burin. 

— Deux suites de diverses figures chinoises et tartares, au 
nombre de trente planches, dont il y en a douze gravées par 
Jeaurat, douze autres par Boucher, et les six autres par Au- 
bert. Toutes ces figures sont peintes par Wateau dans les 
lambris du cabinet du Roy, au château de La Muette (1). 

— Les beaux-arts ont fait une grande perte vers la fin du 
mois dernier, en la personne du sieur Watteau, professeur 
de l'Académie royale de peinture, qui est mort d'une mala- 
die du poumon, seulement âgé de 37 ans, âge iatal à la pein- 
ture. Le fameux Raphaël d'Urbin et Eustache Le Sueur sont 
morts à cet âge là. 



(1) Les Archives^ Documents^ tomoIT, p. 208-13, ont publié des 
leUres de Watteau à Gersaint et à M. de Julienne. Pour ks eom- 

aéter, nous ajouterons anx notes de Mariette ce que le Mercure, 
. de Julienne et Gersaint ont donné sur Wattean; ce sont propre- 
ment des témoignages, et ils en sont j^ar là d'autant plus utiles à 
réunir et à avoir d'un coup sous la main. Un seul reste en dehors, 
c'est le curieux éloge qu'en a laissé Caylus» et que MSf . de Goncourt, 
oui Pont retrouvé, ont publié d'abord dans leurs Portraits intimes 
du dix-huitième siècle ; ils viennent de le réimprimer à Lyon^ chez 
M. Perrîn, dans un charmant in-4<^ orné de spiriluels7ac-5imt/e, et 
leur publication est trop récente pour no pas en respecter la primeur. 



111 

Le gracieux et élégant peintre, dont nous annonçons la 
mort, étoit fort distingué dans sa profession, et sa mémoire 
sera toujours chère aux vrais amateurs de la peinture. Rien 
ne le prouve mieux que le prix excessif auquel sont aujour- 
d'hui ses tableaux de chevalet en petites figures. Il n'en a fait 
que de cette espèce, dans le goût flamand» mais dont le co« 
loris approche fort de celui de Rubens. Il avoit beaucoup 
étudié cette école. Il a laissé ses desseins et ses études à 
M. Tabbé Harancher, son ami, chanoine de S. Germain 
l'Âuxerrois, qui aime les bons tableaux et qui en a des meil* 
leurs maîtres dans son cabinet. 

M. Watteau étoit natif de Valenciennes, et d'une très hon- 
nête famille. D'un naturel doux et affable, ses mœurs furent 
toujours simples et sa probité égala son mérite. Exact obser- 
vateur de la nature, il s'ouvrit par elle un nouveau sentier 
pour arriver aux perfections les plus délicates et les plus pi- 
quantes de son art. 

On fait tout à la fois son éloge et celui de l'Académie royale 
de peinture, en racontant de quelle manière il y fut agrégé. 
Watteau, sans être connu ni protégé de personne, fit un ta- 
bleau pour être présenté aux académiciens dans l'intention 
seulement d'obtenir d'eux leurs suffrages pour aller sous 
leurs auspices étudier à Rome dans l'Académie que le roy y 
entretient pour former de jeunes élèves sur les grandes com- 
positions des plus célèbres peintres. Sur ce même tableau, 
Watteau, qui ignoroit seul son talent et sa capacité, obtint 
bien plus qu'il ne le demandoit; il fut reçu professeur (1) de 




lantes, 

notice de VVatteau publiée 
extrait du procès-verbal de la réception de Watteau, tiré des re- 
gistres de rAeadëroie à la date du ^8 août 1717 : «L'Académie, 



112 

l'Acadétnie royale de peinture à Paris. Quel mérite ce trait 
de sa vie ne prouve- t*il pas en lui ? et quelle lumière et quelle 
équité ne nous moutre-t-il pas dans les membres qui com- 
posent cette célèbre compagnie? 

Le génie de cet habile artiste le portoit à composer de pe- 
tits sujets galants, noces champêtres, bals, mascarades, fêtes 
marines, eta La variété des draperies, des ornemens de têtes 
et des habillemens font surtout grand plaisir dans ses com- 
positions. On y voit un agréable mélange du sérieux, du gro- 
tesque, et des caprices de la mode irançoise, ancienne et 
moderne, surtout le précieux talent de la gr&ce dans les airs 
de têtes, principalement dans les femmes et les enfans^ qui se 
fait sentir partout. Sa touche et la wguezze de ses paysages 
sont charmantes. Sa couleur est pure et vraye ; ses figures 
ont toute la délicatesse et toute la précision qu'on pourroit 
souhaiter. Les ciels de ses tableaux sont tendres, légers et 
variez; les arbres sont feuilles, disposés et placés avec art; 
les sites de ses paysages sont admirables et ses terrasses (1) 
d'une vérité naïve, aussi bien que les animaux et les fleurs. 
La carnation de ses figures est animée et douillette ; les étof- 
fes de ses draperies sont plus simples que riches, mais elles 
sont moelleuses, avec de beaux plis et des couleurs vives et 
vrayes. 

11 avoit été élève de M. Gilot (2]^ de l'Académie de pein- 



après avoir pris les suffrages en la manière accoutamée, elle a reçu 
ledit sieur Walteau académicien, pour jouir des privilèges attachés 
à cette qualité, et qu'il a promis en prêtant serment entre les mains 
de M. Coypel, ëcuver, premier peintre du roi, et de S. A. R. mon* 
seigneur le duc d'Orléans, président^ étant à Tassembléd. Quant au 
présent pécuniaire, il a été modéré à la somme de 100 livres. » 

(1) C'est-à-dire les terrains; on a souvent vu ce mot employé 
dans le même sens par Mariette. 

(S) Sur Gillot, Toir cet Abecedario, II, 306-7, et le Catalogue de 



113 

tare, ce g^nie fécond et singulier qui manie avec tant d'art 
le pibceau et le burin. {Le Mercure d'aoust 1721, p. 81-83.) 
— Voici maintenant la notice, mise par M. de Julienne en 
tête de sa belle et rare publication : a Figures de différents ca- 
ractères de paysages et d'estudes dessinées d'après nature 
par Antoine Watteau... Gravées à l'eau forte par des plus 
habiles peintres et graveurs du temps, tirées des plus beaux 
cabinets de Paris. A Paris, chez Audran, graveur du roy« en 
son hôtel royal des Goblins^ et chez F. Chereau, graveur 
du roy, rue 8* Jacques, aux deux pilliers d'or. » Ces deux 
beaux fHjIumes ont été tirés, dit-on, à cent exemplaires, et la 
notice n* est pas imprimée, mais gravée comme le titre. 

Antoine Watteau naquit àValenciecnes. Ses parents, quoi- 
que d'une fortune et d'une condition médiocres, ne néglige^ 
rent rien pour son éducation. Ils ne consultèrent même que 
son penchant dans le choix de la profession qu'il vouloit em- 
brasser; ainsi, comme il avoit déjà donné des marques de 
rindination naturelle qu'il avoit pour ja peinture, son père, 
qui n'avoit aucune connoissance de cet art, mais qui vouloit 
seconder Tenvie que son fils avoit de s'y appliquer, le mit» 
pour en apprendre les premiers principes, chez uti assez 
mauvais peintre de la même ville. 

Watteau, qui n'avoit pour lors que dix à onze ans, étudia 
avec tant d'ardeur qu'au bout de quelques années, son maî- 
tre luy paroissant peu capable de remplir ses idées et de le 



Lorangère, p. 26-9. -«- En rapprochant ces deux faits que Watteau 
à peint le portrait d'Aptoiue La Roque^ le directeur du Mercure^ 
et que celui-ci, né en 1672 et mort en 1744, a eu le privilège du 
Mercure, dont il publia 321 volumes, précisément en 1721, il est 
peu douteux que cette Bote sur la mort de Watteau ne soit due à 
son amitié pour le peintre, et cette origine ajoute à ce qu'elle a de 
juste une qualité personnelle et touchante qu'on est heureux d'avoir 
à lui reconnaître. 

T. VI. h 



114 

porter jusques au point où il pouvoit atteindre, il fit con- 
Doissance avec un autre peintre, qui se donnoit pour habile 
dans les décorations de théâtre^ et qui, sur celte réputation, 
fut mandé en 1702 pour l'Opéra de Paris. Le jeune Watteau, 
qui ne desiroit rien tant que de se perfectionner, jugeant que 
le séjour de cette grande ville étoit le seul capable de luy pro- 
curer les moyens de s'avancer, obtint de son nouveau maître 
de l'y accompagner. Il travailla d'abord sous luy à ce genre 
d'ouvrage (1); mais ce peintre, qui ne reussissoit pas dans 
ses affaires comme il se Tétoit imaginé, fut contraint de s'en 
retourner dans son païs, où sou élève ne jugea pas à propos 
de le suivre. 

Quoique Watteau montrât alors des dispositions admira- 
Ues pour son art , cependant , comme il étoit encore trop 
jeune pour les faire bien connoltre, il fut obligé, pour pou- 
voir subsister, de s'accommoder avec un maître peintre qui 
travailloit pour les marchands de ces tableaux communs 
. qu'on vend à la douzaine, qui luy donna de l'ouvrage, mais 
si peu d'argent qu'il n'osoit le dire qu'en confidence, et, pour 
comble de malheur, il se voyoit contraint de copier les misé- 
rables productions de ce mattre. En6n, lassé d'un travail 
aussi dégoûtant qu'infructueux, il le quitta et fit connois- 
sance avec Gillot, peintre nouvellement agréé à l'Académie (2). 

Celuy cy , ayant vu quelques desseins et quelques tableaux 



(i) H. Lacaze possède un grand fragment de décoraUoDy pein- 
ture en détrempe fixée à Tessence, si mon souvenir ne me trompe 
pas, qui est bien de ee temps et pourrait bien être de Watteau, 
auquel elle est depuis longtemps attribuée et au nom duquel elle 
doit certainement d'avoir été conservée. 

(2) Gillot fut reçu le 27 avril 1717, mais la liste des académi- 
ciens ne donne malheureusement pas la date des agréments, qui 
serait cependant si importante. Dans tous les cas, V^Tatteau a connu 
Gillot bien avant 1717, époque à laquelle il avait déjà trente-trois 
ans, et ce doit même être avant 1709^ date de son prix. 



115 

de sa main qui luy plurent, l'invita à venir demeurer avec 
luy. Cette proposition faisant plaisir à Watteau, il l'accepta, 
et dès lors il commença à travailler avec un peu plus de com- 
modité et d*agrement. n profita de telle sorte des lumières 
de cet habile homme qu'en peu de tems il prit beaucoup de 
sa manière, et l'on peut dire que, dès les commencements 
mêmes, il a inventé et dessiné dans lé goust de Gillot, dont 
il traitoit à peu'près les mêmes sujets ; mais il faut convenir 
que, s'il a eu du goust pour les festes champestres, les sujets 
de théâtre et les habMs modernes, à l'imitation de son mattre^ 
il n'est pas moins vrai de dire que dans la suite il les a trai- 
tés d'une manière qui luy étoit propre, et telle que la nature, 
dont ira toujours été adorateur, les luy faisoit apercevoir. 

Quelque temps après, soit que Gillot ne fût poussé que 
d'une généreuse envie de rendre service à [son disciple, soit 
qu'ayant été jusqu'alors l'unique dans ce genre de peindre, 
il regardât cet imitateur d'un œil jaloux et comme un rival 
que ses rapides progrès dévoient luy faire craindre, il le sé- 
para de luy pour le faire entrer au Luxembourg, chez M. Au- 
dran, excellent peintre d'ornemens, qui l'occupa là faire des 
figures dans ses ouvrages, et dont le bon goust ne contribua 
pas peu à luy donner de nouvelles lumières, 

Watteau, porté de plus en plus à l'étude et échauffé des 
beautés de la galerie de ce palais, peinte par Rubens (1), al- 
loit souvent étudier le coloris et la composition de ce grand 



(t) « Ce fut encore là qu'il dessinoit sans cesse les arbreft de ce 
beau jardin, qui, brut et moins pei|çné que ceux des autres mai- 
sons royales, lui fournissoit des points de vne inGnis, et que les 
seuls paysagistes trouvent avee tant de variété dans le même lieu^ 
tantôt par la différence des aspects et des endroits où ils se pla- 
cent, tantôt par la réunion de plusieurs parties éloignées^ tantôt 
par les différences que le soleil du soir ou du matin apporte dans 
les mêmes places et sur les mômes terrains. » Gaylus^ p. ât7. 



116 

inattre, ce qui, en peu de tems, luy fit prendre un goust bien 
plus naturel et bien différent de celuy qu'il avoit contracté 
chez Gillot. 

Ce fut environ dans ce tems là qu'il composa pour le prix 
que l'Académie royale propose tous les ans, dont il remporta 
le second (1) ; on vit briller, dans le tableau qu'il fit à ce su- 
jet, les étincelles de ce beau feu qu'il fit paroître dans la suite. 

Après un tel honneur, on auroit cru que Watteau se seroit 
déterminé à rester à Paris pour s'y faire connoître de plus 
en plus et y perfectionner les talents qu'il avoit pour la pein- 
ture. Cependant, comme sa fortune n'avoit encore été qu'au 
dessous du médiocre, et qu'il voyoit que ses ouvrages ne 
prenoient point faveur par le peu de connoissance qu'on 
avoit de son nouveau genre de peindre, il se dégoûta de Paris 
et prit la resolution de s'en retourner dans son païs. Mais, 
soit qu'il n'y trouvât pas ce qu'il cherchoit, soit par un effet 
de l'inconslance qui luy étoit naturelle, il n'y demeura pas 
longtemps, et, après y avoir fait quelques tableaux, entr'au- 
tres plusieurs éludes de camps et de soldats d'après nature, 
il revint h Paris, oîi il s'occupa à travailler pour quelques 
amis qui connoissoient son sçavoir. 

Quelque temps après son retour, l'Académie royale de 
peinture se proposa de choisir les plus capables d'entre les 
jeunes gens qui avoient remporté des prix, pour les envoyer 
à Rome en qualité de pensionnaires du roy (2). Watteau, 
qui tendoit toujours à la plus haute perfection, et qui regar- 



(1) En 1709. Sur le sujet de David accordant son pardon à Abi* 
gaii, qui lui apporte des vivres. Il n*y eut pas de premier prix. Do- 
cuments, V, â85. 

(S) Ce n'est qu'à partir de notre siècle que le voyage à Rome est 
un droit pour les grands prix; au dix-huitième, ce n'était jamais 
qu'une faveur personnelle accordée par le'ministère, qui ne lad on* 
nait pas toujours et quand il raccordait, la faisait souvent attendre. 






117 

doit le voyage d'Italie comme très utile à son avancemeût^ 
présenta y comme les autres, des desseins et des tableaux à 
Messieurs de rÂcadémie, qui en furent si surpris qu'on luy 
fit entendre que, son mérite le distinguant de ses compéti- 
teurs^ bien loin de l'envoier à Rome pour y étudier, on le 
lecevroit dans cette illustre compagnie» s'il vouloit faire les 
pas nécessaires pour y être agréé. Il les fit et fut reçu à\Lc 
tous les agrémens imaginables. Ce fut pour lors qu'il se for- 
tifia dans la belle manière dont on peut dire qu'il est l'in- 
venteur, et devint si habile qu'il n'y avoit point de curieux, 
ny même personne de l'art qui ne souhaitât avoir quelques 
tableaux de luy. GiUot ne put alors s'empescher de recon- 
noltre sa supériorité. Il luy céda non seulement la première 
place, mais^ luy laissant le champ tout à fait libre, il quitta 
le pinceau pour se renfermer dans la gravure et le dessin. 

Un témoignage aussi glorieux et aussi autentique que celuy 
que l'Académie venoitde rendre au mérite de Watteau, aug- 
menta considérablement le nombre de ses admirateurs., ce 
qui luy attira de si fréquentes visites qu'à peine luy restoit il 
du tems pour travailler ; mais luy, qui étoit naturellement 
froid et indifférent pour les personnes qu'il ne connoissoit 
pas, se degousta bien tost d'une telle importunité (1). Ainsi, 
M. Groizat luy ayant proposé de prendre un logement chez 
luy, il profita d'autant plus volontiers de cette offre qu'il es- 
peroit pouvoir travailler plus tranquillement et puiser dans 
les trésors de son beau cabinet tout ce que la peinture et la 
sculpture ont de plus excellent, et surtout voir les rares des- 
seins dont, entre autres beautés, H. Groizat est possesseur (2). 



(1) Voir dans Gaylus la jolie histoire du miniaturiste se faisant 
donner un tableau et le rapportant pour le corriger à Watteau, qui 
le lui efface sous le nez; elle est des plus amusantes et des plus 
spirituelles. 

(2) « M. Crozat, qui aimoit les artistes, lui offrit sa table et un 



118 

Et eo effet il faut convenir que, depuis ce tems lit, les tableaux 
de Watteau se ressentirent des lumières qu'il avoit été à por- 
tée de prendre dans ce cabinet précieux. Au sortir de cette 
maison, il fut loger avec H' Yleughels, son ami, qui est à 
présent directeur de l'Académie de peinture et sculpture que 
le^roi entretient à Borne (1), et qui vient d*être honoré de 
Tordre de Saint Michel (2). Le il travailla avec beaucoup' de 
succès jusqu'en 1718. 

La réputation de Watteau étoit alors des plus grandes ; elle 
luy avoit acquis pour amis plusieurs personnes de considé- 
ration, et il pouvoit se flater de se faire en peu de tems un 
établissement avantageux, s'il avoit voulu demeurer à Paris. 
Mais il donna encore un trait de son instabilité en quittant 
une seconde fois toules ses espérances pour passer en Angle- 
terre. Ce voyage ne luy fut pas heureux, car, comme il étoit 
d'un tempérament très délicat, le changement de climat^ joint 
à l'intempérie de l'air qui est fort épais dans ce pais là, altéra 
si fort sa santé qu'il y fut presque toujours malade. Il jie 
laissa pourtant d'y faire quelques tableaux qui luy attirèrent 
l'admiration des connoisseurs. 

Après une absence d'environ un an, il revint à Paris, où il 
ne fit plus que traîner une vie languissante et ennuyeuse; il 
n'avoit presque pas un jour de santé, mais, quoique ses in- 



logement chez lui; il les accepta... Ce fut là que nous lui prépa- 
rions, M. Henin, cet ami dont j*ai parlé, et moi, un nombre infini 
de desseiijs d'après lès études des meilleurs maîtres flamands et 
de ces grands païsagistes, et que nous avancions assez pour qu*ea 
y donnant quatre coups il en avoit Teffet. G'étoil le servir selon 
son inclination^ car il aimoit en tout à Favoir promptement. C*étoit 
aussi la par lie de la peinture à laquelle il étoit le plus sensible. » 
Caylns, p. 235. 

(1) Il le fut de 1724 à 1737. Cf. ce volume même, p. 89. 

(2) La planche 128 porte dans le précieux exemplaire que i*aî 
sous les yeux cette note écrite à la main : a Portrait de Yleughels, 
peintre de FAcadémie, » suivie du nom de Gars, comme graveur. 



119 

finnités contîDuelles ne luy laissassent pas un moment d'in*- 
tervalle , il travailla néanmoins de tems en tems, ce qu'il 
continua de iaire iusques à ce qu'enûn il mourut à Nogent, 
près de Paris, le 18 juillet 1721, âgé d'environ 37 ans. 

Watteau étoit de laille moyenne et de constitution foible; 
il avoit l'esprit vif et pénétrant, et les sentiments élevés; il 
parloit peu, mais bien, et écrivoit de même; il meditoit 
presque toujours^ grand admirateur de la nature et de tous 
les mattres qui l'ont copiée. Le travail assidu l'avoit rendu 
un peu mélancolique, d'un abord froid et embarrassé, ce qui 
le rendoit quelquefois incommode à ses amis, et souvent à 
luy même; Il n'avoit point d'autre défaut que celuy de l'in- 
différence et d'aimer le changement. On peut dire que jamais 
peintre n'a eu plus de réputation que luy, aussy bien pen- 
dant sa vie qu'après sa mort ; ses tableaux, qui sont montez 
à un très haut prix, sont encore recherchés aujourd'huy avec 
beaucoup d'empres^ment ; on en voit en Espagne, en An- 
gleterre, en Allemagne, en Prusse, en Italie, et dans beau- 
coup d'endroits de la France, surtout à Paris. Aussi faut-il 
convenir qu'il n'y a point de tableaux de cabinet plus agréa- 
bles que les siens ; ils renferment la correction du*dessein^ la 
vérité de la couleur et une finesse de pinceau inimitable ; il 
a très bien entendu le paysage; non seulement il a excellé 
dans les compositions galantes et champestres, mais encore 
dans les sujets d'armée, de marches et de altesde soldats, dont 
le caractère simple et naturel rend ces sortes de tableaux très 
précieux; il a même laissé quelques morceaux historiés, dont 
le goust excellent faitassés connoistre qu'il eût également 
réussi dans cette partie, s'il en eût fait son principal objet (1). 

Quoique la vie de Watteau ait été fort courte, le grand 



(1) « Une Vierge, qu'il a peinte, et quelques autres sujets d'his- 
toire, font présumer qu'il auroit pu réussir dans ce genre. Le goût 



iSO 

nombre de ses ouvrages pourroit faire croire qu'elle auroit 
été très longue, au lieu qu'il montre seulement qu'il étoit 
très laborieux. En eifet, ses heures même de récréation et de 
promenade ne se passoient point sans qu'il étudi&t la nature^ 
et qu'il la dessin&t dans les situations où elle luy paroissoit 
plus admirable. 

La quantité de desseins qu'a produit son étude, et dont on 
a fait choix pour les graver et en former une œuvre^ est une 
preuve de celte vérité. 

La page suivante est occupée par une pièce sans signature : 
Wateavi pictoris epitaphium, en 38 vers elegiaques, qui sont 
de Vabhi Fraguier (1) sur un canevas de Caylus^ au rédt du- 
quel je renvoie^ p. 255-8; il n'est pas utile de donner ici la 
pièce latine , mais seulement la traduction française , amsi 
anonyme, qui se trouve sur Içt page suivante, avec ce titre : 

Epitaphe de Watteau, peintre flamand. 

Si Taimable vertu pour ton cœur eut des eharmeSy 
8i de Tart du pinceau tu connus les attraits, 
Du célèbre Watteau considère les traits 
Et les honore de tes larmes. 



qu'il a suivi est proprement celui des bambocbades et ne convient 
pas au sérieux ; tous les babillemens en sont comiques, propres 
au bal, et les scènes sont ou thefttrales ou cbampétres; sa ser- 
vante, qui etoit belle, lui servoit de modèle; il Ta peint en dan- 
seuse avec un fond de paysage très-frais. » Û^Àrgenville^ IV, 408. 
— oc Ses draperies étoient bien jettées; Tordre des plis étoit vrai, 
parce qu*il les dessinoit toujours sur le naturel et qu*ii ne s*est ja- 
mais servi de mannequin. » Gaylus, p. 234. 

(1) On les peut voir dans le recueil de Tabbè d'Olivet : Poetarum 
ex Academiâ Gallicà qui latine aut graece scripserunt Carmina, 
Paris, Boudet, 1738^ in-12, p. 242-3; il y en a une édition diffé- 
rente : Recentiores poetaelatini et graeci sêlectiquinque,curisJose- 
phi Oliveli coUecli ac editi. Editio auclior et correctior, Leyde, 
Francfort et la Haye, 1 743, in-8°. L'épitaphe de Watteau s'y trouve 
p. 226-7 ; mais aucune des deux éditions ne donne la version fraa- 
^se. 



421 

Nobte dans ses contours, correct en ses desseins, 
Il seul rendre à nos yenx la nature vivante; 
Tel, autrefois, Apelle à la Grèce sçavante 
Montra ses chefs d*œuvres divins. 

Heureux, en s*ecartantdu sentier ordinaire. 
Sous des groupes nouveaux il fit voir les amours» 
Et nous représenta les nymphes de nos jours 
Aussi charmantes qu*à Gythère. 

Sous les habits galants du siècle où nous vivons, 
Si tost qu'il nous traçoit quelques danses nouvelles, 
Les GrAces, à l'envy, de leurs mains immortelles 
Venoient conduire ses crayons. 

Avec quelle élégance, au fond d'un paysage, 
Plaçoit-il les forests, les grottes, les hameaux; 
On crovoit voir encor ces fertiles coteaux 
Si chers aux Dieux du premier Age. 

Quelque nom qu'il s'acquit par ces rares talents, 
Ge nom, par ses vertus, fut encor plus illustre ; 
A peine à la moitié de son huitiesme lustre 
La mort vint terminer ses ans. 

Son esprit plein de feu, dès sa tendre jeunesse, 
A de longues douleurs assujettit son corps ; 
Une noire phtisie en usa les ressorts 
Et mesla ses jours de tristesse. 

Hais que sert de former d'inutiles regrets? 
Il vit dans ses amis, il vit dans ses ouvrages. 
De ma vive amitié ces vers seront les gages; 
Je les luy consacre à jamais. 

Enfin^ ks quelques lignes qui suivent servent de préface aux 
dessins : 

Où ne s'est guères avisé de faire graver les études des 
peintres. La plus part de l^urs desseins sont faits avec trop 
de vitesse pour être terminés ; ils ne consistent qu'en des 



122 

figures presque toujours détachées et imparfaites; leur raport 
avec l'histoire dont ils font partie fait souvent leur plus grand 
mérite, et par conséquent ils ne peuvent plaire qu'aux per- 
sonnes de l'art. Cependant on espère que le public veira d'un 
œil favorable les desseins du célèbre Watteau qu'on luy pré- 
sente ici. Ils sont d'un goust nouveau ; ils ont des grâces tel- 
lement attachées à l'esprit de Fauteur qu'on peut avancer 
qu'ils sont inimitables. Chaque figure sortie de la main de 
cet excellent homme a un caractère si vrai et si naturel que 
toute seule elle peut remplir l'attention et n'avoir pas besoin 
d'être soutenue par la composition d'un plus grand sujet. 
D'ailleurs la réputation qu'il s'est acquise, tant en France que 
dans les pais étrangers, fait croire avec raison que les moin- 
dres morceaux qu'il a produits sont précieux et ne peuvent 
être recherchez avec trop de soin (1). 

La personne qui met ce recueil en lumière n'a rien négligé 
pour joindre aux desseins qu'il avoit reçus du S' Wateau, 
qui étoit son ami, tous ceux qu'il a pu trouver dans les ca- 
binets des curieux, et pour que les habiles graveurs qui les 
ont exécutez ne leur fissent rien perdre du feu et de l'esprit 
de l'auteur, et les rendissent avec toute la justesse et la pré- 



Ci) « Jamais il n*a fait ni esquisse, ni pensée pour aucun de ses 
tableaux, quelque légères et quelque peu arrêtées que ç*a pu être. 
Sa coutume étoit de dessiner ses études dans un livre relié, de 
façon qu'il en avoit toujours un grand nombre sous sa main. Il 
avoit des habits galants et quelques uns de comiques dont il revé- 
toit les personnes de Tun et de 1 autre sexe, selon qu'il en trouvoit 
qui vouloient bien se tenir, ei qu'il prenoit dans les altitudes que 
la nature lui présentoit, en préférant volontiers les plus simples 
aux autres. Quand il lui prenoit en gré de faire un tableau, il avoit 
recours à son recueil. Il y choisissoit les figures qui lui conve* 
noient le mieux pour le moment. Il en formoit ses groupes le plus 
souvent en consec|uence d'un fonds de paysage qu'il avoit conçu 
ou préparé. Il étoit rare môme qu*il en usât autrement. » Caylus^ 
p. 239. 



123 

cision possible. On croit que cette recherche, qui [formera 
une œuvre" des plus considérables, pourra satisfaire les con- 
noisseurs. 

— Une autre notice aiusi tris pricieusef est celle de Ger- 
saint, parce qu'elle émane^ comme celle de M. de Julienne, (Tun 
contemporain et d'un ami; aussi les mettons à la suite V une de 
Vautre; elles se complètent et se font valoir réciproquement* 
Celle-ci a paru en 1744 dans le catalogue Quentin de Loran* 
gère. 

Gillot a été le seul mattre que l'on puisse véritablement 
donner à Watteau, si le peu de temps qu'il a demeuré chez 
lui peut lui avoir acquis la qualité de son disciple ; mais la 
manière de peindre et de dessiner du disciple est toute difié- 
rente de celle du mattre, et l'on y reconnott beaucoup mieux 
le goût des grands peintres qu'il a toujours regardés comme 
ses modèles, et dont il a copié avec attention les ouvrages 
toutes les fois que l'occasion s'en est présentée. 

J'ai vécu assez longtemps avec Watteau, et nous étions as- 
sez amis pour avoir appris quelques particularités dont je 
ferai part au public avec plaisir. 

Watteau naquit à Yalenciennes en 1684. Il étoit fils d'un 
maître couvreur et charpentier de cette ville. Le goût qu'il 
eut pour l'art de la peinture se déclara dès sa plus tendre 
jeunesse ; il profitoit de tous ses instans de liberté pour aller 
dessiner sur la place des différentes scènes comiques que 
donnent ordinairement au public les marchands d'orviétan 
et les charlatans qui courent le pays. Voilà peut-être ce 
qui occasionna le goût qu'il a eu longtemps pour les sujets 
plaisans et comiques, malgré le caractère triste qui dominoit 
en lui. Son père connut cependant l'inclination marquée 
qu'il avoit pour le dessein, et il le mit quelque tems pour le 
perfectionner chez un maître» de Yalenciennes, assez mau- 
vais, mais il tf y resta pas longtemps. Le père, homme natu- 



424 

rellement dur, et outre cela malaisé dans sa fortune» se lassa 
bientôt de la petite dépense que cela lui occasionnoit; il té* 
moigna à son fils qu'il n'avoit qu'à prendre par la suite son 
parti, ne se trouvant pas en état de pouvoir fournir à ces 
frais. Watteau, fatigué déjà d'une domination qui ne conv&- 
noit point à son génie libre et volontaire, et» outre cela, animé 
du désir de s'avancer dans cet art dont il commençoit déjà à 
ressentir les premiers élémens, quitta la maison paternelle 
sans argent et sans bardes, dans le dessein de se réfugier à 
Paris chez quelque peintre pour pouvoir y faire quelque 
progrès. 

Le hasard le fit tomber chez un nommé Métayer^ peintre 
médiocre, qu'il quittif bientôt, faute d'ouvrage, pour entrer 
chez un autre, inférieur encore à ce premier, et qui n'étoit 
occupé qu'à des tableaux communs pour les marchands en 
gros. 

On débitoit dans ce tems là beaucoup de petits portraits et 
de sujets de dévotion aux marchands de province^ qui les 
achetoient à la douzaine ou à la grosse. Le peintre chez le- 
quel il venoit d'entrer étoit le plus achalandé pour cette sorte 
de peinture, dont il faisoit un débit considérable; il avoit 
quelquefois une douzaine de misérables élèves qu'il occu- 
poit comme des manœuvres. Le seul mérite qu'il exigeoit de 
ses compagnons étoit la prompte exécution ; chacun y avoit 
son emploi ; les uns faisoient les ciels, les autres faisoient les 
tètes, ceux-ci les draperies, ceux-là posoieut les blancs; enfin 
le tableau se trouvoit fini quand il pouvoit parvenir entre les 
mains du dernier. 

Watteau ne fut alors occupé qu'à ces ouvrages médiocres; 
il fut cependant distingué des autres, parce qu'il se tfouva 
propre à tout et en même temps d'expédition ; il répétoit 
souvent les mêmes sujets; il avoit surtout le talent de rendre 
si bien son saint Nicolas, qui est un saint que l'on demandoit 



125 

souvent, qu'on le reservoit particulièrement pour lui : « Je 
sçavois, me dit-il un jour^ mon saint Nicolas par cœur, et 
je me passois d'original (1). jd 

11 s'ennuyoit de ce travail desagréable et infructueux, mais 
il falloit vivre. Quoiqu'occupé toute la semaine, il ne rece- 
voit que trois livres le samedi, et, par une espèce de charité, 
on lui donnoit de la soupe tous les jours. Voilà la vie dure 
qu'il mena pendant quelque tems. Quoiqu'il ne fût occupé 
qu'à ces misérables ouvrages, le désir de s'avancer et l'amour 
du travail lui faisoient mettre à profit les momens de liberté 
qu'il avoit, tant les soirs que les jours de lêtes, et qu'il em- 
ployoit à dessiner d'après nature tout ce qui lui tomboil sous 
la main; c'est ce qui lui a acquis celte grande facilité qu'il a 
toujours eue pour le dessein, et qui est la partie dans laquelle 
il a le plus excellé. 

Watteau se lassa cependant de pareilles occupations, qu'il 
sentoit à merveille être au dessous de ses forces ; il chercha à 
sortir d'une si pauvre école, et se présenta chez Gillot, qui le 
reçut d'abord avec plaisir, et qui avoit remarqué en lui beau- 
coup d'intelligence et de facilité; il n'a guères puisé chez ce 
maître qu'un certain goût pour le grotesque et le comique, et 
aussi pour les sujets modernes dans lesquels il a donné par 
la suite. Il faut cependant avouer qu'il se débrouilla totale- 



(1) Une fois môme « sur le midi, il n*éioit point eDcore venu 
demander rori^nal, car la maîtresse avait grand soin de Tenfer-* 
mer tous les soirs. Elle s'aperçut de sa négligence, elle l*appella; 
elle cria plusieurs fois, toujours inutilement, pour le faire descen- 
dre du grenier où depuis le matin il travailloit, et où en effet il 
avoit fini de mémoire Toriginal en question. Quand elle eut bien 
crié, il descendit, et, d'un grand sens froid accompagné d'un air 
doux qui lui éloit naturel, il le lui demanda pour y placer, dit-il, 
les lunettes, car c'étoit, je crois, une vieille d'après Gérard Douw. » 
Caylus, p. 212. 



iS6 

ment chez lui, et qu'il commença alors à dooner des marques 
plus sûres d'un talent qu'il devoit pousser plus loin. 

Jamais caractères et humeurs n'eurent plus de ressem- 
blance ; mais, comme ils avoient les mêmes défauts, jamais 
aussi il ne s'en trouva de plus incompatibles; ils ne purent 
vivre longtemps ensemble avec iôtelligence; aucune faute ne 
. se passoit ni d'un côté ni d'autre, et ils furent enfin obb'gés 
de se séparer tous les deux d'une manière assez desobligeante 
des deux parts. Quelques uns même veulent que ce fût une 
jalousie mal entendue, que Gillot prit contre son disciple, 
qui occasionna cette séparation ; mais, ce qui est vrai, c'est 
qu'ils se quittèrent au moins avec autant de satisfaction qu'ils 
s'étoient auparavant unis (!]. 

Watteau entra ensuite chez M. Audran, du Luxembourg, 
qui se trouvoit fort occupé à des camayeux et à des arabes- 
ques dans lesquels on donnoit beaucoup dans ce tems là, et 
que Ton plaçoit tant dans les plafonds que sur la boiserie 
des grands cabinets. Il se procura chez lui une vie plus 
douce, et M, Âudran, qui trouvoit son compte dans la faci- 
lité et l'exécution prompte du pinceau de notre jeune pein- 
tre, lui rendit la vie plus aisée à proportion du bénéfice que 
ses ouvrages lui occasionnoient. Ce fut chez lui qu'il prit du 
goût pour les omemens, dont nous avons plusieurs échan- 
tillons dans les morceaux de ce genre que l'on a gravés 



(i) a Un rapport de goût, de caractère et d'humeur, produisi- 
rent d'abord 1 intimité du maître et de Télève; mais ce môme rap- 
port, joint aux talens qui se développoient dans le dernier, les 
empocha de vivre longtemps ensemble. Ils se quittèrent mal, et 
toute la reconnoissance que Watteau ait pu témoigner à son mat* 
tre pendant le reste de sa vie s*est bornée à un profond silence. 
Il n*aimoit môme pas qu'on lui demandât des détails sur leur 
liaison et leur rupture ; car, pour ses ouvrages, il les vantoit et ne 
laissoit point ignorer les obligations qu'il lui avoit. » Caylus, p. 2t5. 



127 

d'après lui. Watteau cependant, qui ne vouloit pas en de- 
i^eurer là ni pasaer sa vie à travailler pour autrui, et qui se 
sentoit en état d'imaginer, hazarda un tableau de génie^ qui 
représente un départ de troupes et qu'il fit à ses temps per- 
dus. Il le montra au sieur Âudran pour lui en demander son 
avis; ce tableau est un de ceux que H. Cochin le père a gra- 
vés; le sieur Audran^ habile homme et en état de juger 
d'une belle chose, fut effrayé du mérite qu'il avoit reconnu 
dans ce tableau; mais la crainte de perdre un sujet qui lui 
étoit utile, et sur lequel il se reposoit assez souvent pour l'ar- 
rangement et même pour la composition des morceaux qu'il 
avoit à ^exécuter, lui conseilla légèrement de ne point passer 
son temps à ces sortes de pièces libres et de fantaisies, qui 
ne pourroient que lui faire perdre le goût dans lequel il 
donnoit. , 

Watteau n'en fut point la dupe; le parti ferme qu'il avoit 
pris de sortir, joint à un petit désir de revoir Valenciennes, 
le déterminèrent totalement ; le prétexte d'aller voir ses pa- 
rens lui servit de moyen honnête. Mais comment faire? L'ar- 
gent lui manquoit, et son tableau devenoit son unique res- 
source ; il ignoroit comment il f alloit s'y prendre pour s'en 
procurer le débit. Dans cette occasion, il eut recours au sieur 
Spoude, actuellement vivant, peintre à peu près des mêmes 
cantons que lui et son ami particulier (!]. Le hasard condui- 



(1) Je fais peu de doule que dans ce Spoude il ne faille recon- 
naître la vraie prononciation contemporaine du J. J. Spoede, conna 
par le portrait caricaturé de Bolureau, le doyen des matlres peifi' 
trety qui a été gravé par Guélard. J'ai vu autrefois de ce peintre, 
à l'exposition de la vente Govillard (avril 1849), un tableau de na- 
ture morte, représentant un lièvre, une sarcelle et des légumes* 
Le catalogue n"" 129 en indiquait ainsi la signature : /. B. Spoede^ 
1724; c'est une erreur, il y avait : /. J. Spoede, 1725. Le tout était 
d'une bonne couleur, solide, bien empâtée, et faisait honneur à ce 



12^ 

sit H. Spoude chez le sieur Sirois, mon beau père, à qui il 
montra ce tableau ; le prix étoit fixé à 60 livres et le marché 
fut conclu sur le champ. Watteau vint recevoir son argent; 
il partit gayement pour Yalenciennes, cqpme cet ancien sage 
de la Grèce; c'étoit là toute sa fortune, et sûrement il ne 
s'étoit jamais vu si riche. 

Ce marché fut l'origine de la liaison que feu mon beau 
père a toujours eue avec lui jusqu'à sa mort, et il fut si sa- 
tisfait de ce tableau qu'il le pria iustamment de lui en faire 
le pendant, qu'il lui envoya effectivement de Yalenciennes ; 
c'est le second morceau que le sieur Cochin a gravé ; il re- 
présente une halte d'armée; le tout en étoit d'après nature; 
il en demanda 200 livres, qui lui furent données. Ces deux 
tableaux ont toujours passé pour deux des plus belles choses 
qui soient sorties de sa main. 

Le caractère inconstant de Watteau, joint au peu d'ému- 
lation qu'il trouvoit à Yalenciennes, où il n'avoit rien devant 
les yeux qui fût capable de Tanimer et de Vinstruire, le dé- 
terminèrent à revenir à Paris; sa réputation commençoit à 
s'y établir ; les deux tableaux que mon beau père possedoit 
furent vus des plus curieux qui désirèrent en acquérir, et en 
peu de temps son mérite éclata et fut connu de tous les con- 
noisseurs. 

L'occasion favorable qu'il eut ensuite d'entrer chez H. de 
Grozat lui convint d'autant mieux qu'il sçavoit les grands 
trésors en desseins que possedoit ce curieux ; il en profita avec 
avidité et il ne connoissoit d'autres plaisirs que celui d'exa- 



matire très-inconnu, et qui est digne de tenir sa place parmi les 
ancêtres de Chardin. On trouve son nom dans les livrets des ex- 
positions de Saint-Luc faites à TArsenalen 1751 , 175i et 1753. Il 
y est qualifié de recteur. ^ 



nmet coi^nueSemeot, et même de copier tous les morceaux 
des plus grands maîtres^ ce qui n'a pas peu contribué à lui 
donner ce grand goût que Ton remarque dans plusieurs de 
ses ouvrages. 

L'amour de la liberté et de l'indépendance le fit sortir de 
chez M. de Grozat. Il voulut vivre à i^a fantaisie, et même ob- 
scurément ; il se retira chez mon beau père, dans un petit 
logement, et défendit absolument de découvrir sa demeure à 
ceux qui la demanderoient (1). 

La façon singulière avec laqueUe il fut reçu à l'Académie 
royale de peinture et sculpture est fort honorable. Il eut 
quelque envie d'aller à Rome pour y étudier d'après les 
grands maîtres, surtout d'après les Vénitiens dont il aimoit 
beaucoup le coloris et la composition. 11 n'étoit pas en état 
de faire sans secours ce voyage; c'est pourquoi il voulut sol- 
liciter la pension du roi, et, pour en venir à bout, il prit un 
jour la resolution de faire porter à l'Académie les deux ta- 
bleaux qu'il avoit vendus à mon beau père, pour tacher d'ob- 
tenir cette pension . il part , sans autres amis ni protection , 
que ses ouvrages, et les fait exposer dans la salle par où pas- 
sent ordinairement Messieurs de l'Académie de peinture et 



(i) « Il n'étoit pas sitôt établi dans un logement qu'il le prenoit 
en deplaisance. 11 en changeoit cent et cent fois, et toujours sous 
des prétextes que, par honte d'en user ainsi, il s'étudioit à rendre 
spécieux. Là où il se ôxoit le plus, ce fut en quelques chambres 
que j'eus eu diferens ({uartiers de Paris, qui ne nous servoient qu'à 
poser le modèle, à peindre et à dei<siner. Dans ces lieux^ uniquement 
consacrés à l'art, dégagés de toute importunité, nous éprouvions, 
lui et moi, avec un ami commun que le même goût entrainoit 
(M. Henin), la joie pure de la jeunesse jointe à la vivacité de l'ima- 
ginaiion, l'une et l'autre unies sans cesse aux charmes de la pein- 
ture. Je puis dire que ce Watteau, si sombre^ si atrabilaire, si 
timide et si caustique parfois, n'étoit plus alors que le Watteau de 
ses tableaux, c'est à dire i'auieur qu'ils font imaginer agréable, 
tendre, et peut-être un peu berger, n Gaylus, p. 231. 

T. VI. I 



130 

de sculpture, qui tous jettent les yeux dessus et en admirent 

le travail sans en connottre l'auteur. M. de La Fosse, célèbre 
peintrede ce temps là(l), s'y arrêta même plus que les autres, 
et, étonné de voir deux morceaux si bien peints, il entra dans 
la salle de l'Académie et s'informa par qui ils avoient été faits. 
Ces tableaux avoient un coloris vigoureux et un certain ac- 
cord qui les faisoit croire de quelqu'ancien maître. On lui 
répondit que c'etoit l'ouvrage d'un jeune homme qui venoit 
supplier ces Messieurs de vouloir bien intercéder pour lui, 
afin de lui laire obtenir la pension du roi pour aller étudier 
en Italie. 

M. de La Fosse, surpris, donne ordre que l'on fasse entrer 
ce jeune homme; Watteau paroit; sa figure n'étoit point 
imposante ; il expose modestement le sujet de sa démarche, 
et prie avec instance qu'on veuille bien lui accorder la grâce 
qu'il demande, s'il a assez, de bonheur pour en être cru di- 
gne. — a Mon ami, lui répond avec douceur M. de La Fosse, 
vous ignorez vos talens et vous vous méfiez de vos forces ; 
croyez-moi, vous en sçavez plus que nous; nous vous trou- 
vons capable d'honorer notre académie; faites les démarches 
nécessaires; nous vous regardons comme un des nôtres, d II 
se retira, fit ses visites et fut agréé aussitôt (2). 

Watteau ne s'enfla point de sa nouvelle dignité et du nou- 
veau lustre dont il venoit d'être décoré. Il continua à vouloir 



(i) Les Quatre Saisons, demi-nature, qu*il peignit dans la salle 
à manger de Crozat, Tont été diaprés des esquisses de La Fosse 
(Gaylus, 292). — La Fosse, mort en 1716, dans la maison de Crozat 
où il demeuroit, y avoit terminé en 1 707 le plafond de la galerie 
{AbecedariOy II, 52). En 1712, il pouvoit donc avoir déjà connu 
Watteau chez Crozat. 

(2) Ce fut en 1712. CayluSy 222. c Ce fut quelque temps, après 
cette justice que l'Acadëmie rendit à Watteau, que je fis connais- 
sance avec lui, » p. 224. 



vivre <iaBS Fobscijirifé, et, loin de se eroiredu mérite, il s'ap- 
pliqua encore plus à l'étude, et deviot encore plus mécontent 
de cequ'il faisoit. J'ai été souvent le témoin de son impatience 
et du degoAt qu*il avoit pour ses propres ouvrages. Quelque- 
ims je Vai vu effacer totalement des tableaux achevés, qui luy 
déplaisoient, croyant y apercevoir des défauts, malgré le prix 
honnête que je lui en offrois, et même je lui en arrachai un 
des mains, contre son gré, ce qui le oïortifia beaucoup. 

Depuis ce temps jusques au voyage qu'il fit en Angleterre 
en 1720, la légèreté de son caractère le fit changer très sou- 
vent de demeure, ne se plaisant pas longtemps dans les en- 
tlroits qu'il choisissoit par préférence, et qu'il avoit désirés 
avec a«leur. Il fut fort occupé pendant le séjour qu'il fit en 
Angleterre; ses ouvrages étoient courus et bien payés ; c'est 
là où il commença à prendre du goût pour l'argent, dont il 
n'avoit fait jusques alors aucun cas, le méprisant même jus- 
ques à le laisser avec indifférence, et trouvant toujours que 
ses ouvrages étoient payés beaucoup plus qu'ils ne valoient. 
eette façon de penser est rare et peu remplie d'amour-pro- 
pre; elle n'en est cependant pas moins vraie, et son désinté- 
ressement étoit si grand que plus d'une fois il s'est fftcfaé 
vivement œntre moi, pour lui avoir voulu donner un prix 
raisonnable de certaines choses que par générosité il refu- 
sât (1). 

Le mauvais air qui règne à Londres, à cause de la vapeur 
du ebarbon de terre dont on fait usage, et qui est fort dan- 
gereux pour les poitrinaires, obligea Watteau de revenir à 
Paris; mais il étoit déjà attaqué si vivement de la maladie, 
qu'on nomme dans ce pys là consomption, que depuis il n'a 



(i) L*hîstoire de la perruqae, si agréablement racontée par Cay- 
lus, p. Sâ7-8, en est une autre preuve. 



132 

(dus traioé qu'une vie languissante ^ et qui insenûblemeDt 
l'a conduit au tombeau. 

A son retour à Paris, qui étoit en 1721 dans ies premières 
années de mon établissement, il vint chez moi me demander 
si je Youlols bien le recevoir et lui permettre, pour se dégour- 
dir les doigts^ ce sont ses termes, si je voulois bien, dis-je, 
lui permettre de peindre un plajond que je devois exposer 
ea dehors. J'eus quelque répugnance à le satisfaite, aimant 
mieux l'occuper à quelque chose de plus solide ; mais, voyant 
que cela lui feroit plaisir^j'y consentis. L'on sçait la réussite 
qu'eut ce morceau ; le tout étoit fait d'après nature ; les atti- 
tudes en étoieot si vraies et si aisées, l'ordonnance si natu- 
relle, les groupes si bien entendus, qu'il aiiiroit les yeux des 
passants, et même les plus habiles peintres vinrent à plu- 
sieurs fois pour l'admirer. Ce fut le travail de huit journées, 
encore n'y travâilloit-il que les matins, sa santé délicate, ou 
pour mieux dire sa loiblesse, ne lui permettant pas de s'oc- 
cuper plus longtemps. C'est le seul ouvrage qui ait un peu 
aiguisé son amour propre ; il ne fit point de difficulté de me 
l'avouer. M. de Julienne le possède actuellement dans son 
cabinet, et il a été gravé par ses soins. 

La langueur dans laquelle il vivoit alors, occasionnée par 
un tempérament délicat et usé, lui firent appréhender, au 
bqut de six mois, de m'incommoder s'il restoit plus leag- 
temps chez moi. Il me le témoigna et me pria en même 
temps de lui chercher un logement convenable. J'aurois ré- 
sisté inutilement ; il étoit volontaire et il ne fallut pas répli- 
quer. Je le satisfis donc, mais il ne jouit pas longtemps de 
cette nouvelle demeure ; sa maladie aug^nenta, son ennui 
redoubla, son inconstance se ranima. Il crut qu'il seroit beau- 
coup mieux à la campagne; l'impatience s'en mêla, et enfin 
il ne devint tranquille que quand il apprit que M' Le Febvre, 



133 

alors intendant des Menus (1), lui avoit accordé dans sa mai- 
son de Nogent, au dessuf^ de Yincennes, une retraite, à la 
sollieitation de feu M. Tabbé Haranger, chanoine de S^ Ger- 
main de rAuxerrois, son ami. Je l'y conduisis et j'allois le 
Toir et le consoler tous les deux ou trois jours. 

Le désir de changer le tourmenta encore de nouveau. Il 
crut pouvoir se tirer de c^tte maladie en prenant le parti de 
retourner dans son air natal ; il me communiqua ses idées, 
et, pour en venir à bout, il me pria de faire f^ire un inven- 
taire du peu d'effets qu'il avoit et d'en faire la vente, qui 
mon^a à environ 3000 livres dont il me fit le gardien. C'étoit 
\h tout le fruit de sos travaux, avec 6000 livres que M. de Ju- 
lienne lui avoit sauvées du naufrage dans le tems qu'il partit 
pour r Angleterre, et qui furent rendues à sa famil'e après sa 
mort^ ainsi que les 3000 livres que j'avois entre les mains. 

Watteau esperoit d^ jour en jour gagner assez de force 
pour pouvoir entreprendre ce voyage où je devois l'accom- 
pagner ; mais, sa d'iaillance augmentant de plus en plus, et 
la nature manquant chez lui tout à coup, il mourut entre 
mes bras audit Nogent peu de tpms après, le 18 juillet 1721, 
âgé de 37 ans. 

Il me donna quelque temps avant sa mort des preuves 
d'amitié et de confiance, en me mettant au nombre de ses 
meilleurs amis, qui étoie(»t M. de Julienne, feu M. l'abbé Ha- 
ranger. chanoine de S. Germain l'Auxerrois, el feu M. Henin, 
et voulut que ses desseins, dont il me fit le dépositaire, fus- 



(1) Philippe Le Fèvre, intendant général de la chambre du roi, 
mort en 1750, fut nommé le 30 février 1727 honoraire amateur de 
TAcadémie. Il y préeéda les deux autres amis de Watieau, Caylus 
et Julienne, qui n*y entrèrent qu'en 1731 et en 1740. 



134 

sent partagés égalemeot entre nous quatre, ce qui fiit eii* 
cuté suivant ses intentions (1). 

Watteau étoit de moyenne taille (3) et d'une foitde consti- 
tution; il avoit le caractère inquiet et changeant; il était 
entier dans ses volontés, libertin d*esprit mais sage de mœurs, 
impatient, timide, d'un abord froid et embarrassé; discret et 
réservé avec les inconnus, bon, mais difficile ami^ misan- 
trope, même critique malin et mordant, toujours mécontent 
de lui même et des autres , et pardonnant difficilement. 11 
parloit peu, mais bien; il aimoit beaucoup la lecture; c'étoit 
l'unique amusement qu'il se procuroit dans son loisir; quoi- 
que sans lettres, il decidoit assez sainement d'un ouvrage 
d'esprit. Voilà, autant que j'ai pu l'étudier, son portrait au 
naturel; sans doute que son application continuelle au tra- 
vail, la délicatesse de son tempérament, et les douleurs vives 
dont sa vie a été entremêlée, lui rendoient l'humeur difficile 
et influoient sur les défauts de société qui le domi noient. 

A l'égard de ses ouvrages, il auroit été à souhaiter que ses 
premières études eussent été pour le genre historique et qu'il 
eût vécu plus longtemps; il est h présumer qu'il seroil de- 
venu un des plus grands peintres de la France; ses tableaux 
se ressentent un peu de l'impatience et de l'inconstance qui 



(1) t Watteau légua à quatre de ses meilleurs amis tous ses des- 
seins, qui ëtoient en grand nombre; ils en firent des lots, payèrent 
ses dettes, et leur reconnoissance les poria à le faire enterrer ho- 
norablement dans le même lieu. » D'Argenville, IV, 406. Le mot 
de Watteau aux représentations amicales et sensées de Caylus sur 
son peu de soin de ses intérêts : « Le pis aller, n'est-ce pas Vhà- 
pilai? On n*y refuse personne, » montre jusqu'à quel point Watteau 
devait porter son indifférence en fait tl*argent, et surtout sa crainte 
at son ennui de s'en trop préoccuper. 

(2) « Il étoit de moyenne taille ; il n'avoit poiot du tout de phi- 
sionomie; ses yeux n'indiquoient ni son talent ni la vivacité de son 
esprit. » Caylus, p. 255. 



135 

formoient son caractère. Un objet qu'il toyoit quelque lemps 
devant lui l'ennuyoif ; il ne cherchoit qu'à voltiger de sujets 
en sujets; souvent même il commençoit une ordonnance, et 
il en étoit déjà las à la moitié de sa perfection. Pour se deba- 
rasser plus promplement d'un ouvrage commencé et qu'il 
étoit obligé de finir, il mettoit beaucoup d'huile grasse à son 
pinceau, afin d'étendre plus facilement sa couleur; il faut 
avouer que quelques uns de ses tableaux perissentpar là de 
jour en jour, qu'ils ont totalement changé de couleur ou 
qu'ils deviennent très-al^'s (c. à d. hâlés), sans aucune res- 
source; mais aussi ceux qui se trouvent exempts de ce défaut 
sont admirables et se soutiendront toujours dans les plus 
grands cabinets. 

Pour ses desseins, quand ils sont de son bon temps, c'est 
à dire depuis qu'il est sorti de chez M. de Grozat, rien n'est 
au dessus dans ce genre ; la finesse, les grâces, la légèreté, la 
correction, la facilité, l'expression ; enfin on n'y désire rien, 
et il passera toujours pour un des plus grands et un des 
meilleurs dessinateurs que la France ait donnés. 

Cest ainsi que se termine Vinappréciabîe notice de Ger saint; 
mais plus loin, quand il parle de Pater ^ il a encore une page 
sur Waiteau aussi touchante que curieuse : 

Pater étoit originaire de Yalendennes, ainsi que Watteau; 
son père, qui, je crois, est encore vivant et qui y exerce la 
profession de sculpteur, l'envoya très jeune à Paris, afin 
qu'il pût se livrer plus fructueusement à l'art de la peinture 
pour laquelle il se trouvoit né. il crut que Watteau auroil 
pour un compatriote des facilités qui pourroient aider son fils 
à se perfectionner. 11 le plaça donc chez lui dans le dessein 
de le former ; mais le jeune Pater trouva un maître d'une 
humeur trop difficile et d'un caractère trop impatient pour 
se pouvoir prêter à la foiblesse et h l'avancement d'un eleve; 



130 

il fut obligé d'en sortir et de fftcher de travailler lui seul i 
s'instruire. 

Cependant Watteau, sur la fin de ses jours, se r^rocba 
de n'avoir pas rendu assez de justice aux dispositions natu- 
relles qu'il avoit reconnu dans Pater; il ne tit nulle difficulté 
de me l'avouer, en ajoutant même qu'il l'avoit redouté. Il se 
fit alors un scrupule de n'avoir point aidé à cultiver en lui 
ces heureux talens. il me pria de le faire venir à Nogent pour 
réparer, en quelque sorte, le tort qu'il lui avoit fait en le 
n^ligeant et pour qu'il pût du moins profiter des instruc- 
tions qu'il étoit encore en état de lui donner. Watteau le fil 
travailler devant lui et lui abandonna les derniers jours de sa 
vie ; mais Pater ne put profiter que pendant un mois de cette 
occasion si favorable ; la mort enleva Watteau trop promp- 
tement. Il m'a avoué depuis qu'il devoit tout ce qu'il sçavoit 
à ce peu de tems qu'il avoit mis à profit. Il oublia totalement 
les fâcheux momens qu'il avoit essuyés chez ce maître pen- 
dant S.1 jeunesse, et il a toujours eu pnur lui une reconnois- 
sance parfaite; il a sçu rendre justice à son mérite toutes les 
fois qu'il trouvoit occasion d'en parler. 

WATELET (CLAUDE henry), né h P/»ris le 28 may 17t8, se 
plaît à peindre, à de^^siner et à graver, et joint à tous ces ta- 
lens un autre encor supérieur, celui de versifier et d'écrire 
élégamment en françois. il en a donné des preuves dans son 
poëme de TArtde peindre, imprimé à Po ris en 1760. Son amour 
pour les arts lui a fait entreprendre divers voyages en AUemaT 
gne, aux Pays Bas, et surtout en Italie, qu'il a voulu voir deux 
fois. Le second voyage qu'il y a fait a été en 1764. Né dans 
l'opulence, il a fait servir ses richesses (1) à se former un riche 



(1) Dans les L$Ur$s d'un voyageur, madame Sand s'est piaisam- 



437 

cabinet de tableaux et d'autres curiosités ^ et à mener une vie 
douce avec un nombre d^amis choisis. Son mérite lui a fait 
trouver un^ place dans l'Académie françoise, où il a été admis 
en 1760. Il est bonoraire associé libre de rAcadémie royale 
de peinture depuis 1747. — Par sa mère, il tient de fort près 
è la famille des Boulogne. 

WATERLOO (ANTOINE), peintre dft paysages, en a gravé 
quantité de son invention où il paroist une grande intelli- 
gence de lumière ; il y a mis son nom, ou cette marque A W 
(en monog.) 

WEIROTTER (François edmond). Nous l'avons vu à Paris, 
et s'y distinguer par des desseins de paysages faits d'après 
nature^ où il mettoit beaucoup de goût et peut-être trop de 
manière. Etant dans cette ville, il en a gravé plusieurs qui 
méritent d'estre estimés. 11 étoit un esprit inquiet et qui ne 
pouvoit demeurer en place. 'il suivit M. Watelet en Italie 
en 17.., et il passa ensuite à Vienne, où il fut accueilli, n y 
fut admis dans l'Académie de peinture qui y est établie ; il y 
remplit la place de professeur. Il y avoit contracté un ma- 
riage avantageux, dont il n'a pas joui longtemps, car il est 
roort en 1771, le 11 may, âgé de 42 ans. Il étoit né dans le 
Tyrol. 

WERNER (JOSEPH). Frédéric III, roy de Prusse et électeur 
de Brandebourg, avoit attiré ce peintre à Berlin et luy avoit 



ment trompée en faisant de Watelet et de Marguerite Lecomte deux 
pauvres vieilles gens gravant ensemble et se consolant par le tra- 
vail du déflûment de leur existence. L^erreur n'ôte rien ni au beau 
talent ni à rintelligence du grand écrivain ; mais pourquoi ne pas 
s'informer? 



138 

donné la conduite de f Académie de peinture que ce ptince 
avoit établi dans cette ville, capitale de ses États. Werner 
étoit pour lors fort âgé. Il aimoitet connoissoit les médailles, 
et s'en étoit formé une très belle collection. Il en sépara leà 
plus rares pour en enrichir le cabinet du roy de Prusse. Be- 
ger, Theatrum Brandy t. 3, p. 166. — Il est mort à Berlin en 
1710, âgé de 73 ans, étant né en 1637. On connoit une petite 
suite d'estampes gravées d'après quelques unes de ses minia- 
tures par Fr. Ertinger (étant à Anvers), et j'ai plusieurs mor- 
ceaux gravés à Âusbourg avec tout le soin possible d'après 
des dessins qu'il a fournis et qui sont de la plus agréable 
composition. Cela me iorme un fort joli œuvre. 

WEYDEN (boger vander). Ruggero Salice o Vander; le 
père Orlandi devoit dire Roger Vander Weyden, que San- 
dthri traduit en latin par Rogerius de Salice^ qui revient au 
même; encore le nomme-t-il en marge Ao^mtis Weidenm. 
Ce peintre étoit de Bruxelles; il avoit un talent particulier 
pour inventer et pour bien disposer ses compositions; il réus- 
sissoil à exprimer les passions. Ce c|u'il fit de plus considé- 
rable furent quatre tableaux pour la maison de ville de 
Bruxelles — ils furent brûlés dans le dernier bombardement 
— dans lesquels il représenta des exemples de justice des 
plus m<^morables. Il peignit aussi parfaitement bien des por- 
traits; il fit celuy d'un prince qui fut trouvé si ressemblant 
qu'il en eut une grande récompense. Enfin, ayant la réputa- 
tion d'être un des premiers peintres de son temps, et comblé 
de biens qu'il laissa presque tous aux pauvres, il mourut 
en 1529, hie anglicana epidemica; Sandrart, p. 205. Vasari 
fait mention de ce peintre, t. 3, p. 268. II dit que ce fut un 
«les premiers peintres qui parut aux Pays Bas après Jean et 
Hubert Eick, de Bruges, et il luy donne pour disciple un 
nommé Havesse, dont il y avoit un tableau à Florence chez le 



i99 

grand duc ; je ne me souviens pas de Tavotr veu noHuné ail* 
leurs. Le portrait de R(^;er de Bruxelles est parmy ceux des 
aociens peintres flamands rois au jour chez la yeuye de Jé- 
rôme Cock en 1572, avec son éloge écrit en vers latins par 
Dominique Lampsonius. Van Mander a aussi écrit sa vie en 
flamand, d'une manière assez ample. — Lue anglica epide' 
mica; c'est une maladie epidémique que l'on nomma la 
sueur d'Angleterre ; elle y fit de grands ravages, et se fil 
aussy ressentir aux Pays Bas et dans d^autres pays de TEu^ 
rope. 

WlERX (jean), qui quelquefois se nomme Yiricx, nacquit 
en 1548) ainsi qu'il nous l'apprend lui même sur une es- 
tampe qu'il a gravée en 1615, étant pour lors âgé de 67 ans. 
Cette pièce ne se ressent point cependant de l'âge ; le travail 
en est aussi soigné, et le burin aussi fin que dans les autres 
gravures qu'il a exécuté dans la force de l'âge. Il s'étoit établi 
à Anvers, et je ne crois pas qu'il en soit jamais sorti. Au fron- 
tispice d'une suite de planches qui représentent en sept piè- 
ces le théâtre de la vie humaine, ou plustost les âges de 
l'homme comparés aux ordres d'architecture, idée bisarre, et 
qu'il a gravées en 1577 pour Pierre Baltens, il est dit que 
les dites planches ont été gravées par Joa. Phrys, Yo^j^roit-on 
designer par là qu'il étoit natif de Frise? 

11 a eu pour compagnons de ses travaux Jérôme et Antoine 
Wiericx, qui ont gravé dans sa même manière^ et que je 
crois, à n'en presque pas douter, avoir été ses deux frères. Je 
soupçonne que Jérôme étoit Tainé de tous, et Antoine le plus 
jeune, et que tous les trois se suivoient d assez près pour 
l'âge. Ils ont gravé d'une finesse extrême, mais malheureu- 
sement sans goût, quelquefois d'après les desseins de maîtres 
qui n'éloient guère capables de leur en inspirer un meilleur, 
et plus souvent d'âpre leurs propres desseins, qui n'ont rien 



140 

que de fort mesquin. Ce qu'ils eut gravé de mieux, h mon 
avis, sont des portraits, dont plusieurs sont très intéressants, 
et qui presque tous sont d'un fort joli travail. Jerème et Jean 
se sont formés sur les ouvrages d'Albert Durer, et ont pour 
cela copié plusieurs des estampes de ce grand mattre. H y es 
a telles, et je citerai pour exemple l'Adam et Rve, gravé par 
Jean Wierx, à l'âge de 16 ans, qui, pour la finesse de l'outil, 
ne le cède point h l'original, et peut être regardée comme un 
chef d'œuvre de gravure. 

— J'ai un pressentiment que Jean Wierx est disciple de 
Philippe Galle. Ce dernier lui fit graver, conjointement avec 
C(dlaert, les chevaux de l'entrée de dom Jean d'Autriche, et 
j'ai vu quelques figures de divinités, que Jean Wierx a gra- 
vées dans sa jeunesse, qui, pour le faire, tiennent beaucoup 
delà manière dudit Philippe Galle. 

WILDENS, peiutre de paysages, d'Anvers, d'après lequel 
H. Hondius a gravé en 1614, conjointement avec Jacques Ma- 
tham et André Stock» une suite df s douze mois de l'année. 
Corneille de Bie fait mention de ce peintre, p. 126. — Il pa- 
roit que Rubens en faisoil cas. 

WILLAERT (adah). Adam GhUart; lis^z : WiUaert, ainsi 
qu'il pst j[iommépar Corn, de Bie, p. 112. On trouve dans le 
livre de cet auteur le portrait de Willaert. et l'on y apprend 
qu'il étoit né è Anvers en 1577,et qu'il mourut à Utrecht,où 
il avoit établi son domicile. II n'étoit plus lorsque de Bie fit 
imprimer son ouvrage. On a une estampe d'une marine gra- 
vide en bois et en clair obscur sous la conduite de Goltzius, 
avec cette marque CV (1 ). Seroit-ce le monogramme de Wil- 
laert? 



(1 ) En monogramme. On y lirait aussi bien 6V onBY. Bartsdi,IIIj 



I4i 

— Ce monogramme se trouve sur une estampe imprimée 
en clair obseur, qui représente une marine et qui va ordinai- 
rement à la suite de quelques petits paysages de H. GoUzius, 
wéGuiés en clair obscur. Seroit«ce celui d'Adam Willaerts, qui 
vhoit alors et peignoit des marines? 

WILLE (jEifN GEORGE) est né en 1715, dans le landgraviat 
de Hesse, à Konigsberg (I). 

WILLEHSENS (Loms), sculpteur et disciple d'Âmoud Quel- 
Hnus, a excellé, comme son maitre, h faire en marbre des 
enfans qui, sous son ciseau, ont la souplesse de la cbair. il 
en a fait plusieurs pour le prince d'Orange, depuis roi d'An- 
gleterre, et Ton voit nombre de ses ouvrages daus les églises 
d'Anveis. Il est mort en 1702, âgé de 67 ans. Description des 
saUpL et peintres d* Anvers, pag. 18. 

WISGHER (NICOLAS). Une suite de l'Ancien Testamient, au 
nombre de 192 pièces, et une autre pareille suite de sujets 
du Nouveau Testament, au nombre de 144, dessinées et gra- 
vées à l'eau forte à Amsterdam, en 1659, par Pierre H. Schut. 
— Gbez Nicolas Wisscber. — Le marchand qui a marqué 
ainsy ses planches n'est pas Corneille Wischer, comme je le 



p. 75, et Brullîot, 1'* partie, a® 1504, n'en ont pas donné d*expli- 
cation. 

(1) On connaît maintenant les Mémoires de Vaille par l'édition 
donnée chez Renouard, par M. Georges Duplessis. Le manuscrit de 
la première partie, la seule faite et certainemeirt la plus intéres- 
sante, est en la possession de M. Thomas Ar nauldet, qui la lui ayait 
communiquée, et le manuscrit du journal est conservé au départe- 
ment des estampes do la Bibliothèque impériale. C'était un bon 
graveur et un bon homme, mais bien étroit et encore plus naïf, 
pour ne pas dire davaulaKa* 



142 

eioyMS, mus ce I>ficoI» Wischer, marchand 4'estaiBpes à 
Amsterdam, et peut estre aussy graveur, peut-estre meaae 
aussy père de Coroeille Wisscher. Suivant cela, il faudra bim 
examiner des pièces où il y a eetle marque en question, que 
Ton dit estre gravées par Corneille Wisscher dans ses pre- 
miers commencements; elles ne sont peut-estre point de hii, 
mais de ce Nicolas. Nicolas se dit en flamand Clos ; c'est 
pourquoy il y a ud G dans la marque. 

WIT (de) avoit dessiné en 1711 et 1712 les peintures de 
l'église des Jésuites à Ânvers[l), et, en 1751, Punt ouvrit une 
souscription pour la gravure de ces morceaux. De Wit, qui 
s'est fort distingué, est mort en 1754. Ce qu'il a peint dans 
la maison du Bois, près de La Haye, et dans la chambre du 
conseil à l'hôtel de ville d'Amsterdam, est digne de l'atten- 
tion des connoisseurs. 

WITTE (lieven ou leyinus de), peintre de Gand, qui vi- 
voit au milieu duXVi^^ siècle, dont C. Van Mander fait m&or 
tion, et que iont encore mieux conoottre ses desseins et son 
invention, sur lesquels ont été gravées en bois de petites 
planches, qui, en assez grand nombre, enrichissent une vie 
de J. C, écrite en latin par un chartreux, nommé Guillaume 
de Branteghem, dont l'impression s'est faite à Anvers en 1537, 
in-S"*. Les compositions en sont riches et variées, mais le goût 
du dessein tire au gothique, ainsi que la façon dont les figu- 
res sont drappées. Voyez Descamps, 1. 1. 11 a traduit l'endroit 
où Van Mander parle de ce peintre. 

WITTE (pierre de). S. B. D. pictor. Ce n'est point la mar- 



(i) Cest-à-dire les peintures de Rubeas. 



143 

que d'aucuD peintre. Le père Orlandi commet ici uœ beveue 
qui n'est pas excusable. Ces trois lettres qu'il rapporte sui- 
vent, dans l'estampe qu'il cife, le nom de Pierre Candide, et 
signifient en abrégé que ce peintre éloit attaché au duc de 
Bavière : Serenissimi Bavariœ ducis piclor. 

WOLFF (JEAN ANDRÉ), peintre au service de Télecteur de 
Bavière. Il nacquit à Munich en 1652, et y est mort en 1716. 
Son portrait, ^ravé par 6. C. Kilian, nous ap{^rend l'un et 
l'autre. 

WOLGEMUTH (kighel). G. C. Kilian vient de nous don- 
ner en 1772 le portrait de ce peintre en médaille, qui porte 
la date 1508, et le monogramme d'Albert Durer, fort diffé- 
rent de celui qu'avoit fait graver Sandrart> et auquel je n'a- 
vois jamais pu accorder ma confiance. Sur celui-ci, gravé par 
Kilian, on trouve la date de la naissance deWolgemuth, qui 
est 1434^ et celle de la mort en 1515. Il faut croire qu'elles 
n'y ont pas été mises au hasard. 

— Quant à ce qu'avance ici le P. Orlandi, que Wolgemuth 
a gravé, c'est une pure imagination de sa part, et Sandrart, 
qu'il cite, ne le dit points mais seulement qu'il dessinoit et 
qu'il peignoit avec succès pour le tems qu'il vivoit, et l'on 
peut juger de ses talens par les figures gravées en bois qui se 
trouvent en grand nombre dans un livre de chroniques qui a 
été imprimé à Nuremberg, en 14... Il y est nommé à la fin 
du livre comme dessinateur, et l'on y fait en même temps 
mention des deux artistes qui gravèrent les planches en bois. 
U faut s'attendre à trouver dans les desseins un goût bien 
gothique et bien barbare. 

— W. On dit en Allemagne que plusieurs pièces, d'un goût 
fort gothique et qui se ressentent de l'enfance de la gravure, 
sur lesquelles on trouve ces marques, sont de Michel Wolge- 
muth, matU:e d'Albert Durer. 



WOUWERHÂNS (PHiLiPPi), ou, comme l'écrit Pefibien, 
Vauwremens, en quoi il ne doit pas être suivi, réussissoit à 
peiodre des paysages, où il introduisoit des parties de chas- 
ses, des campemens d'armée et d'autres sujets, susceptibles 
de chevaux, qu'il faisoit très bien. Son goût de peindre est 
vray, et l'on peut dire qu'il a sçeu mettre de l'air dans ses 
tableaux. Il mourut en Flandres vers 1670. 

— Il nacquit à Harlem, d'où il n'est jamais sorti, en 1630, 
et il y est mort en 1668. Ses tableaux sont agréablement 
composés et d'un (^rand fini, ce qui leur a procuré une place 
distinguée dans les cabinets. Il en a fait un nombre prodi- 
gieux, et cependant ils se tiennent fort cher. Ce ne seroit pas 
cependant mon peintre ; je lui trouve une touche trop moUe ; 
son faire et ses compositions sont trop uniformes. Je puis me 
tromper, mais voilà ce que j'en pense. Il a eu un frère 
nommé Pierre, qui a peint dans le même gpre, mais bien 
inférieurement. 

— Les desseins de Wauvermans ne sont nullement com- 
muns. L*on donne pour raison de leur rareté que cet artiste, 
par un principe d'une assez basse jalousie, avoit brûlé avant 
que de mourir toutes ses études. Il s'étoit imaginé que quel- 
qu'un en pourroit profiter, et que cela nuiroit à sa gloire. 
(Catalogue CrozaU pag. 103.) 

WOUWERMANS (PIERRE), frère de Philippe, et l'imitateur 
de sa manière de peindre et de composer, est demeuré un 
peintre assez médiocre, lorsqu'on compare ses ouvrages à 
eeux qui sont sortis des mains de son frère (1). 



(1) Voici un troisième Wouvermans, maître pei&tre à Paris, 
reçu par conséquent dans la raatirise de Saint-Luc. Il faut peu 
douver qull soit d^^ la famille des précédents. Le uom étranger et 
la parité do la défiguration du nom — le dix-septième siècle disail 



145 

WOCTERS (FRANÇOIS). J'ai vu un grand tableau en hauteur 
de sa façon dans le Cabinet de M. le comte de Yence, qui a 
été peint en 1652, et dont les figures sont de grandeur natu- 
relle. Le tableau n'est pas sans mérite, mais il est pesam- 
ment peint et d'un assez mauvais goût de dessein. Aussi 
l'auteur étoit-il sorti de son genre. (Notes mr Walpole.) 

— Apparemment que la dédicace de la grande estampe 
du Christ montrée au peuple, gravée en 1650 par Hollar, 
d'après le Titien, ne fut pas mise sur le champ; car, sur 
l'épreuve que j'ai, il n'y a aucune dédicace. Il y est seule- 
ment fait mention du cabinetdu chanoine François Hilwerve, 
où le tableau se trouvoit alors à Anvers. {Notes sur WalpoleJ) 

WRIGHT (buchel). Comme Walpole remarque, dans la vie 
de son maître Jameson^ que le portrait de Wright est à Flo- 
rence dans^ la collection de portraits de peintres par eux-mê- 
mes^ Mariette ajoute : Il ne se trouve dans aucun des volumes 
qui en ont été publiés à Florence. {Notes sur Walpole.) 



Vauvremans et c'est ici WouvuermenXy — le montrent suffisam- 
ment. La pièce qui nous a révélé son existence est cette quittance, 
qui a appartenu à Monteil et nous est communiquée par M. Le 
Roux de Lincy : 

« Quittance des rentes de t Hôtel de TîUe. 

«René Ànthoine Houasse, peintre du roy,au nom et comme pro- 
cureur d'Estienne W^ouvuermenx, M® peintre a Paris, confesse avoir 
reçu de .... la somme de cent livres pour les six premiers mois 
de Tannée XVl^ quatre vingt quatre à cause de 11^ it de rentes 
constituées sur les aydes et gabelles ce 29 mars XVP quatre vingts 
trois, dont quitance à Pari&, ce quinzième novembre XVP quatre 
vingt trois. ^ Houassb. 

« Je soussigné Claude Tourton, cydevant contrôle ur|général des 
rentes de FHostel de Ville de Paris, certifie la quittance d'autre 
part véritable. À Paris ce seixiesme jour de novembre XVl^ quatre 
vingt trois. G. Tourton* » 

T. VI. i 



146 

WYCE (thouas) a gravé une suite de très jolies petites 
pièces dans le goût ^u Bamboche ; H. Walpole ne risquoit 
rieu, ce me semble, de lui en faire honneur. (Notes sur Wal' 
pôle.) 

— T. W. (en monog.) Harcpie qu'a employée Thomas 
Wjck sur les planches qu'il a gravé, et qui sont autant de 
chefs d'oeuvres. 

WYCK (JEAH). Le portrait de Jean Wyck {fils du précédent)^ 
qu'a gravé Faber en manière noire, et dont celui qui est 
ici (1) est une répétition, est aax)mpagné de cette inscrip- 
tion : Joan. Wyck, prœliorum pictor, 28 8^* 1672natus, obiit 
1700. Le tableau est de Kneller et a été peint en 1685. Je 
rapporte d'autant plus volontiers cette inscription qu'elle 
donne la date de la naissance de Wjck^ chose que H. Wal- 
pole a obmise. Elle diffère aussi de la date que cet auteur 
assigne à la mort de ce peintre. {Notes sur Walpole.) 

WYNANTS (JEAN) a été un excellent peintre de paysages, 
et ce fut lui qui mit le pinceau entre les mains d'Adrien Yan 
Yelde. Celui-ci fit en peu de temps des progrès surprenants, 
et bientôt le maître s'aperçut que l'élève en sçavoitplus que 
lui ; alors il eut recours à son disciple, et lui fit peindre dans 
ses paysages des figures et des animaux qui en relevèrent 
infiniment le prix, mais cela ne dura pas toujours; ils se sé- 
parèrent et Wynants y perdit. Houbraken, dans la Vie d^ Adrien 
Van Véldej et Descamps, ibidem. 

ZÂBAGLIA (NICOLAS), Romain, s'est distingué autant par 
son désintéressement que par son extrême habileté dans la 



(i) C*eftt»Mire dans les volâmes de Walpole. 



♦• 



4« 

pratique de la mécanique* 11 ne voulut jamais quitter le ta^ 
blier, et, se conteotant d'un salaire médiocre, tel qu'on en 
donne aux ouvriers qui travaillent à la journée y il a fait 
quantité d'ouvrages qui ont peu coûté, dont l'exécution étoit 
r^^rdée comme de la plus grande diificulté, et cela en em- 
ployant des moyens très simples et cependant infaillibles, 
témoins ceux qu'il imagina pour tirer de terre le grand obé- 
lisque du champ de Mars. Jaloux de son temps^ si le pape 
demandoit à l'entretenir sur quelque entreprise, il alloit à 
l'audience dans son habit de travail, et, sans cérémonie, il se 
foisoit annoncer et auroit trouvé mauvais qu'on l'eût fait at- 
tendre ; il s'en expliquoit avec franchise à l'offlcier, ou clerc 
de chambre, qui gardoit la porte de l'appartement du pape, 
et sa sainteté non seulement ne le trouvoit pas mauvais, mais 
il étoit sûr d'avoir sur le champ son audience. Il est mort 
fort vieux, et la considération que méritoient ses talens lui 
ont fait avoir une sépulture honorable dans l'église de Marie 
Transpontine à Rome, où on lui a dressé cet épitaphe : 

Nicolas Zabaglia, Romanus, litterarum plane rudis, sed 
ingenii acumine adeo prsestans ut omnis artis architectonicse 
peritos machinationum inventione ac facilitate, magnâ Urbis 
cum admiratione, superaverit. Vir fuit cum antiqui moris 
tum à peeuniae aviditate ac luxu alienus. Yixit annos 86 ; 
obiit die 27 mensis Januarii anno jubilaei 1750. Ne igitur 
ipsius memoria interiret, à fratribus hujus cœnobii S. Ma- 
riœ Transpontina^ ordinis S. Mariœ de Monte Carmelo, ho- 
minis exuviis hœc adnotatio apposita est. 

J'ai un dessein curieux fait par M. Sally, lequel représente 
Zabaglia dans son uniforme. Le portrait, — teste in folio, — 
est très ressemblant. Le recueil des machines de son inven- 
tion a été publié à Rome en 1743. 

ZAGCraSTTL II ZaccfaeUi, pittore Reg^fiano, ha lasciato un 



148 

S. Paolo, nella chiesa di S. Prospero, moUo vlvace e di forza 
mirabile; lavoro cod Michel ÂDgelo Buonarrolti nella capella 
di Sisto a Roma, nella sacristia di S. Pietro in Yiacola un 
fireggio in mosdïco, et nella capella di S. Elena il Yolto» pur 
di mosaico, con molto artiûcio ed arteTanno 1530.G.Borzani 
nel suo Antiquarium Begii Lepidif mss. nella lâbreria Reale, 
a pagina 88. 

ZÀGO (SANTO) avoit une excellente pratique de peindre à 
fresque. Il estoit curieux d'antiquités dont il avoit formé un 
nombreux cabinet^ et il se plaisoit infiniment à la lecture, ce 
qui luy avoit acquis une grande connoissance de l'histoire et 
de la fable. Il avoit été à Rome, où Ridolfi dit qu'il avoit 
beaucoup étudié les bas reliefs antiques; il y avoit veu les 
peintures de Raphaël, et celles qui étoient peintes à fresque 
l'avoient tellement frappé qu'il ne pouvoil se retenir de dire 
qu'elles éioient mieux peintes et plus fortes de coloris que ce 
que les meilleurs maistres avoient fait à huile. Ce témoi- 
gnage, rendu par un disciple du Titien de son vivant, et qui 
étoit luy même excellent coloriste, est bien favorable à Ra- 
phaël^ et il est de plus très vray. Lodovico Dolce, Vénitien, 
et amy particulier du Titien, a rapporté cette particularité 
dans son dialogue sur la peinture, intitulé : VAretino^ fo- 
Uo5i. 

ZAMPiERI (DOMINIQUE). On vient de donner, dans le tome 
second des Vies des peintres napolitains, t. 2, p. 252^ ime 
description des peintures du Dominiquain dans la chapelle 
du Trésor à Naples, laquelle est plus ample encore que celle 
qu'avoit donnée, des mêmes. peintures, le Rellori dans la vie 
du Dominiquain, qu'il a fait imprimer. 

— Il ne faut pas être surpris de trouver ici si peu de des- 
seiQS du Dominiquain ; il eût pu en faire de très beaux^ car, 



149 

a en juger par ses païsages, il avoit la plume facile, et Toli 
doit lui rendre cette justice que, de tous les élèves des Gar- 
raches, c'est celui qui a dessiné le plus correctement ; mais il 
nMtoit pas dans l'usage de faire de petits desseins. Après 
avoir réfléchi pendant longtemps sur ce qu'il devoit exécu- 
ter, il faisoit tout d'un coup ses études en grand, et c'est ainsi 
qu'il préparoit ces beaux cartons qui sont si arrêtés, et où 
ce fameux peintre parott tout ce qu'il est. [Catalogue Crozat.) 

— Dieu reprochant à Adam son péché, qui en rejette la 
faute sur Eve et Eve sur le serpent. Cet excellent tableau est 
présentement dans le cabinet du roy de France, et l'estampe 
en est gravée au burin, avec plus de soin que de goût, par 
Etienne Baudet en 1687. — Il vient du cabinet de M' Le 
Nostre. 

— David dansant devant l'arche, Salomon assis sur son 
trône à côté de sa mère Bersabée, Judith arrivant dans la 
ville de Béthulie et y montrant au peuple la tête d'Holo^ 
pherne, Esther s'evanouissant au pied du trosne d'Assuérus. 
Ces quatre sujets, qui sont représentés dans des formes ron- 
des, ont été peints par le Dominiquin dans l'église de S. Sil- 
vestre du mont Quirinal à Rome, et exécutés à l'eau forte 
par un graveur dont on ignore le nom. — Je crois ces quatre 
ronds gravés d'un Stefano Maggiore, qui a gravé, d'après le 
Dominiquin, deux pièces oîi il a mis son nom, et mon père 
le croit de môme. 

— Les pasteurs adorans l'enfant Jésus couché dans la crè- 
che. Gravé à l'eau forte, à Rome, par Et. Cobenschlag. — 
Mich. de MaroUes dicatum. Je ne croy cette pièce gravée que 
sur un dessein, car il n'est marqué seulement au bas que : 
Dominiquin in, — M. le duc d'Orléans en a présentement le 
tableau. 

— La S» Vierge enlevée au ciel par les anges. Dessiné 
d'après le tableau original, et g(avé à Teau forte par Franc. 



Bnini. — Je crois d*aprte le tableau peint daas le pMûnd de 
l'église de S* Marie in Transteveie à Home. -— Dedieata a 
moDsignore Silv. Yannini. Si scopin dalla dedicatione di' ë 
la prima stampa fatta del Bruni ; la chiama fe primitie de* 
miei poveri ialerUi. — C'est ce même Bruni qui a gravé l'as- 
somption du Guide, dont le tableau est à Gènes* 

— Les quatre evangelistes, peints dans les quatre angles ou 
pendentif du dôme de l'église de S* André délia Yalle, dessi- 
nés et gravés à Rome en 1707 par Nie. Dorigny, qui a mieux 
rendu dans ses copies les beautés des originaux que n'avoit 
fait F. Collignon* — Gravés cependant durement et peu dans 
le goût du Dominiquain. 

— S* André étendu sur le chevalet et fouetté par les bour- 
reaux. Peint dans la voûte de l'église de S. André délia Valle, 
et gravé à l'eau forte par R. Van Âudenaerd. L'on trouve à 
redire avec raison de ce que le Dominiquin, ayant à traiter 
un sujet si sérieux et si digne de la compassicm des regar- 
dans, il y ait représenté une action aussi basse que celle de 
ce bourreau, qui, s'étant laissé tomber en tirant une corde, 
donne sujet aux autres de se moquer de lui par des gestes 
trop grossiers. — Tous les autres tableaux de cette voûte ont 
été iaits par le même graveur. 

— La S* Vierge descendant du ciel pour remettre l'enfant 
Jésus entre les bras de S. François d'Assise. Cette pièce, qui 
est de la grandeur d'une double feuille en hauteur, a été 
gravée à Rome par Joseph Yanloo, frère de HH. Yanloo^ 
d'après un dessein qui avoit été fait avec grand soin par 
1^. Bouchardon, d'après le tableau du Dominiquain qui est 
dans l'église délia Yittoria à Rome. Cependant l'estampe est 
fort mal exécutée, et d'une manière lourde et froide, ce qui 
vient du peu de talent du graveur (Y, 383). 

— S. Jérôme à genoux dans le désert, ayant les yeux tour- 
nés vers un ange qui luy apparoist. Gravé à l'eau forte par 



154 

Pierre del P6. -«- M. le duc d'Orléans a présentement ce ta- 
bleau dans sa galerie; il me semble en avoir veù un chez le 
duc de Parme. 

—• S. Jerosme recevant le viatique à l'article de la mort. 
Dessiné et gravé à Teau forte par J, César Testa, artislement, 
mais maniéré, d'après le célèbre tableau du Dominiquain, 
qui est à Rome dans l'église de la Charité. M. Poussin le re- 
gardoit, avec celuy de la transfiguration du Raphaël, comme 
les deux plus beaux tableaux qui fussent dans cette ville. F. 
CoUignon f ormis. — Il a encore été gravé au burin par Renoit 
Farjat. Permis Domenici de Rubeis, 1702. Il y en a une troi- 
sième gravée par Frey. 

— S. Jerosme présenté au jugement de Dieu, et châtié pour 
avoir lu les ouvrages de Ciceron et des auteurs profanes avec 
trop de curiosité ; Ce même saint surmontant par la péni» 
tence Les attaques du démon et les impressions que la veue 
des femmes de Rome avoit laissées dans son imagination. 
Gravées à l'eau forte par Etienne Maggiore, — Stefano Ma- 
giore Spa® (Spagnmlo) deli. se, — d'après les tableaux qui 
sont à Rome dans une loge au devant de l'église de S. Onufre. 

— S. Philippe de Nery re\êtu d'une chasuble, représenté 
debout sur des nuées, les yeux tournés vers le ciel, intercé- 
dant pour la ville de Naples, dont la veue est représentée au 
dessous dans l'éloignement. Sur le devant sont quatre jeunes 
anges à genoux qui tiennent des reliquaires, dont le pape 
Urbain VIII, à la prière de dona Anna Colonna Barberini, fit 
présent aux prêtres de l'Oratoire de Naples, ces reliquaires 
renfermant quelques ossemens de S. Philippe de Neri. Ces 
particularités sont extraites de la dédicace qui est au bas de 
Pestampe. Elle a été gravée à l'eau forte à Naples, en 1637, 
par François Raspantino, d'après le dessein de Dom Giampin. 
C'est une excellente estampe oîi le goût du dessein et la ma- 
nière du peintre sont aussy bien rendus qu'il l'auroit pu faire 



152 

Ivgr même. Elle est exécutée dans le même goût de^avue 
que quelques pièces gravées par Lanfraoc même, c'est à dire 
que le graveur n'avoit pas grande pratique de graver, mais 
ou ne peut rien désirer de mieux pour le dessein. Raspantino 
étoit assurément disciple du Dominiquin.C*est sur son dessein 
que P. del Pô grava le tableau du Dominiquin, qui est dans 
l'église des Bolognois à Rome. Aucun auteur n*a parlé de 
lui ; il en meritoit bien la peine. — La dédicace est adressée à 
donna Anna Colonna Barberini^ prefetezza di Roma, par 
Franc. Raspantino. Elle est datée de Naples, le 27 juin 1639. 

— C'est de ce peintre Raspantino que C. Maratte eut tous ces 
beaux cartons du Dominiquain, qui sont présentement chez 
le pape. Raspantino avoit fait une ample collection de des- 
seins de son maître. Voyez vie de C. Maratte, par Bellori, 
dans le livre : Vite dei pittori cdebri, p. 213. (Cf. IV, 339.) 

— Si Pierre dans la prison au moment que Fange brise 
ses fers; aux deux côtés sont des soldats endormis. — 
342(hf . Metra ; pour le roy de Prusse. Il est lacheux pour ce 
tableau qu'il y en aye un pareil dans la sacristie de l'église 
de S* Pierre aux Liens à Rome, et que ce dernier tableau soit 
infiniment supérieur à celuy qui est icy. Cela pourroit faire 
douter de son originalité. Il appartenoit à un H' Bauyn, 
financier, lorsque mon père l'a gravé. [Catalogue Tallard.) 

— L'ange du Seigneur délivrant S. Pierre de la prison. 
Gravé à l'eau forte et terminé ensuite au burin par Jean Ma- 
riette. — Le tableau original est à Rome dans la sacristie de 
l'église de S* Pierre in Vincoli. C'est celuy, dont il est parlé 
dans la vie du Dominiquain, qui fut fait pour monseigneur 
Agucchi. Mon père a gravé sa planche d'après le dessein 
qu'il fit lui même avec beaucoup de soin, d'après un tableau 
qui passoit pour estre du Dominiquin^ et qui étoit très beau. 
11 estoit pour lors dans le cabinet de M. Bauyn de Persan. Ce 
curieux avoit encore le Renaud et Armide du Dominiquin, 



153 

et deux petits tableaux très fins de TÂlbane, raunonciatioa 
et le Noli me iangere, lesquels sont passés dans le cabinet du 
roy, du temps de M. de Louvois. 

— Le martyr de Ste Agnès, gravé à Teau forte et retouché 
au burin par G. Âudran, qui en a fait une estampe où la 
force et la correction du dessein se trouvent jointes à la beauté 
de la graveure. Le tableau d'après lequel elle a été exécutée 
se voit à Bologne dans l'église des religieuses de S*. Agnès, — 
Mais cependant cette estampe est peu fidèle au tableau ; aussi 
n'a-t-elle été gravée que sur le dessein fait à Boulogne par 
J. Bap. Corneille. 

— S*» Cécile chantant les louanges de Dieu, qu'elle accom- 
pagne du son d'une basse de viole. Gravé à l'eau forte par 
Fr. Chauveau. — Dans le tems que M. Jabach avoit le ta- 
bleau. — La planche appartient à ses héritiers. 

— Un chœur d'anges transportant S* Cécile dans le ciel. 
Gravé à l'eau forte par Fr. Spierre, d'après le tableau qui est 
dans le plafond d'une des chapelles de S* Louis des François. 
— J'en ai le carton original, qui est un morceau précieux. 

— L'histoire de Diane, peinte dans une des chambres du 
palais du prince Giustiniani à Bassano, à ... milles de Rome, 
près de Caprarole. Cinq sujets gravés à l'eau forte assez ar- 
tistement ; l'on ne connoist pas le noni du maistre qui les a 
exécutés. Ces mêmes tableaux pour la seconde fois en 1713, 
par Jean Jérôme Frezza sur les desseins de Pierre Ferloni ; ils 
sont exécutés avec soin, et l'on y a joint quatre amours qui 
sont peints dans la même chambre, et qui tiennent chacun 
des instrumens de chasse. 

— L'empereur Othon 3* venant à la rencontre de S. Nil, 
peint dans une chapelle de l'abbaye de Grotta-Ferrata, près 
de Rome, et dessiné et gravé à l'eau forte à Rome — l'inscrip- 
tion ne dit-elle pas à Venise — par Charle Du Fresne. — Se- 
roit-ce Du Fresnoy? — Je le crois. 



154 

— • La déesse tiit^ire de la ville de Rome, appajée sur les 
annes du pape Paul Y, entre deux femmes qui repiéseoteiit 
l'abondance qui règne chez elle. La Religion, d'un coté, lui 
amène un prêtre accompagné des autres ministres des sacri- 
fices des anciens, et, de l'autre côté, la Sagesse lui présente 
Platon, Licurgue, et les autres plus fameux législateurs de 
l'antiquité. Pièce allégorique sur la piété et la justice du pape 
Paul V; gravé par F. Villamène. — Cette pièce est certaine- 
ment d'après le Dominiquain ; M. Crozat en avoit le dessein. 

— La philosophie naturelle et les mathématiques sous la 
figure de deux femmes, dont l'une tient un globe céleste^ et 
l'autre une sphère. Elles sont placées dans des niches^ aux 
cotés d'une inscription au haut de laquelle des enfans sou- 
tiennent les armes du pape Urbain VIII, Barberin. Cette pièce 
a été gravée en 1623 pour servir de frontispice à un livre. — 
Il Saggiatore, del Gaîileo Galilei. In Roma, 1623, 4''. — Du 
dessein du Dominiquain. Je n'en doute point. (Cl II, 277.) 

ZANCARLÏ (poLiFito), ou GIANCARLI, étoit un peintre 
d'ornemeos qui fleurissoit à Venise à la fin du seizième siè- 
cle , et dont plusieurs ouvrages ont été gravés par Odoard 
Fialetti. Il méloit des figures avec des rinceaux de feuillages, 
et les traitoit dans la manière du Tintoret, qui étoit alors fort 
goûtée ; toute autre n'auroit point été admise, mais il y a bien 
de la distance d'un créateur d'une bonne manière à celui qui 
n'en est qu'un foible imitateur. 

ZANCHI (antomo) . A la scuola di San Rocco in Yenezia^ la 
tavola del œntagio. Dipinta fîi nel 1666. 

ZANETTI (ANTOINE marie) naquit à Venise, le 13 février 
1680. Le chevalier Bambini fut celui qui, pour la première 
fois, lui mit le crayon à la main. Le Balestra vint ensuite, et 



IS» 

Sebastien Ricci, tons peintres habiles, avec lesquels il con^ 
tracta une amitié qui dura autant de tems qu'ils vécurent, 
acheva de lui faire prendre du goût pour la peinture. Il sem- 
bloit qu'il en eût voulu faire sa profession, tant il y mettoît 
d'ardeur. Il se proposoit d'aller à Rome pour y continuer ses 
études. Son père, médecin, et nullement familiarisé avec les 
arts, lui permit seulement le voyage de Boulongne. Il y trouva 
le Viani, sous lequel il peignit et dessina ; mais ce à quoi il se 
livra davantage, ce fut la contemplation des ouvrages inimi- 
tables des Garraches, qui achevèrent de perfectionner son 
goût. La mort de son père l'obligea, après deux années d'ab- 
sence, de retourner dans sa patrie et de suivre un autre genre 
de vie plus propre à le conduire sûrement à la fortune, qui 
ne paroissoit pas avoir beaucoup favorisé celui qu'il venoit 
de perdre. Un oncle faisoit le commerce et tenoit les registres 
des assurances. Il persuada à Zanetti de lui succéder, et le 
neveu suivit un avis si salutaire, mais bien résolu de conti- 
nuer dans ses heures de loisir à s'entretenir dans son premier 
goût. Ce fut alors qu'il grava au burin, sous la direction du 
jeune Edelinck, qui en 1708 étoit passé de Munich à Venise, 
cette planche où est représenté S. Pierre, evêque de Rome, à 
qui des anges montrent la croix sur laquelle s'est opéré le 
mystère de la rédemption, tableau fameux du Tintoret dans 
l'église de la Madonna dell' orto. Il commença sa collection 
de tableaux, de desseins et d'estampes, qui s'est accru au 
point qu'il n'y en a point en Italie qui la vaille. Il s'enflamma, 
et devint le plus ardent amateur que j'aye jamais connu, 

La Rosalba avoit eu à peu près les mêmes maîtres que lui ; 
ses talens n'avoient pu lui échapper; ils étoient amis depuis 
longtemps et dévoient l'être pendant toute leur vie. M. Grozat 
s'étant arrêté à Venise , à son retour de son voyage d'Italie 
en 1715, n'eut pas beaucoup de peine à persuader et Zanettî 
et M» Rosalba de venir à Pars, où il leur promeltoit u<b ré- 



116 

ception digne d'eux et le plaisir de contempler les merveil- 
leux tableaux, les desseins et toutes les richesses inestimables 
qu'il possedoit dans ce genre. Pellegrini , beau frère de la 
Rosalba, fut appelle par Law, en 1719, pour peindre le pla^ 
fond de la grande salle de la Banque. Nos deux amis profité* 
rent de cetle circonstance et l'accompagnèrent à Paris, et, 
après un séjour d'environ une année, la même compagnie 
regagna Venise. Mais Zanetti, qui n'avoit pas résolu de s'en 
tenir au voyage de France, s'en sépara et passa à Londres, 
où il trouva de quoi le dédommager amplement des fatigues 
qu'il eut à supporter dans le trajet. 

Il vit ensuite la Hollande, traversa l'Allemagne, et partout 
il mit les curieux à contribution. Les desseins et les estampes 
qu'il avoit acquises en France se trouvèrent considérablement 
augmentées par une très beUe œuvre de Rembrandt^ qu'il 
acheta à Londres; mais ce qui le toucha davantage, ce fut 
l'acquisition qu'il y fit d'un magnifique recueil de dessins du 
Parmesan, qui, de tous les peintres, étoit celui pour lequel 
il avoit le plus de prédilection. Il en grava dans la suite la 
plus considérable partie, empruntant pour cela le beau burin 
duFaldoni, et se servant encore plus volontiers.de la ma- 
nière d'Ugo de Carpi, qu'il entreprit de faire revivre, et qui 
lui parut la plus propre à rendre le lavis des desseins. Il com- 
mença à s'en occuper en 1721 et ne finit qu'en 1741, et se 
trouva pour lors assez de morceaux pour en pouvoir com- 
poser deux volumes, dont il y a eu un petit nombre d'exem- 
plaires répandus dans le public, et qui deviendront sans doute 
rares, Zanetti s'étant déterminé, après en avoir fait tirer un 
certain nombre, à en détruire les planches. 

Connu et aimé du prince de Lichlenstein, il ne put se re- 
fuser de se rendre à ses empressemens et d'aller lui faire sa 
cour à Vienne en 17.. Il en remporta un très beau tableau de 
Beneéetti, et de très belles pierres gravées qu'il joignit à celles 



i57 • 

qu'il a voit déjà, et qui le mirent en état d'en publier un vo- 
lume en 1750, dont Téxécution ne me paroit pas répondre 
aux chefs (}'œuyres que possedoit Zanetti. Aussi cet ouvrage 
n'a-t-il pas eu autant de succès que celui qu'il a voit donné 
en compagnie de son cousin Antoine Marie Zanetti» biblio- 
thécaire de S. Marc, en 1740 et 1743. 

Sur ses derniers jours, son goût pour la gravure se ralluma 
et devint plus vif que jamais, et, comme il aimoit les ouvrages 
de Benedetii Castiglione^ et qu'il en possedoit de très beaux 
desseins, il prit la pointe et en grava plusieurs. C'est par là 
qu'il a terminé sa très longue carrière, car il avoit près de 
88 ans lorsqu'il est mort le 31 décembre 1767. Il a reçu la 
sépulture dans l'église de S*" Marie, mère de Dieu. Le trop de 
feu consume ordinairement et fait périr ceux qui en sont pé- 
nétrés. Zanetti dut au sien son existence; son extrême deli- 
catesse, sa vivacité, laissèrent pendant longtemps douter qu'il 
pût parvenir à une aussi grande vieillesse, et, ce qu'il y eut 
de plus admirable, il conserva sa tête jusqu'à son dernier 
soupir. 

ZANOTTI (gio pietro), peintre, es mort à Bologne en 1765. 

ZEEMAN (benier nooms, dit] a gravé quelques veues de 
Paris et d'Amsterdam, des vaisseaux, des batailles navales et 
autres sujets de marine auxquels il reussissoit. il paroit, par 
tout ce qu'il a gravé, qu'il avoit beaucoup d'intelligence. Il 
étoit à Amsterdam en 1656. 11 fut surnommé Zeeman, qui si- 
gnifie en hoUandois le marin, à cause de son talent. 

ZELOTTI (batista). Vasari en parle, tomo tertio, p. 48, 
sous le nom de Batista Farinato, car il attribue à celuy cy les 
ouvrages que Zelotti a faits dans le palais de S. Marc, con- 
jointement avec Paul Yeronèse et un autre Yénitien nommé 
BaattCGO. 



158 

ZINGKE. Habile peintre en émail, qui a yécu de nos jeun* 
11 se nommoit Chrétien Frédéric Zincke. On a son portrait 
gravé par J. Faber. 11 est représenté en compagnie de sa 
femme. {Noies sur Walpole.) 

ZOGCHI (JOSEPH), Florentin , mort à Florence au mois de 
mai 1767, âgé de 50 ans. U peignoit le paysage, et H. Yemet, 
de qui il avoit pris des leçons, m'en a parlé avec estime, f m 
deux de ses desseins qu'il m'a fait et qui sont capables de 
soutenir sa réputation ; les sites en sont riches et il y r^e 
de la fraîcheur. H. le marquis André Gerini l'avoit beaucoup 
employé, et ce fut d'après les desseins que lui en avoit iaits 
le Zocchi que furent gravées les suites des veues de Florence 
et de ses environs^ qu'a fait publier en 1744 le marquis Ge- 
rini. Un graveur, nommé Berardi, a aussi gravé dans ces der- 
niers temps quelques uns de ses tableaux, et c'est ce qui a 
été fait de mieux d'après lui. On commence à le trouver de 
manque à Florence; cependant à peinne songeoit*on à lui 
pendant qu'il vivoit; ses compatriotes le laissoient sans oe- 
cupation et mourant de faim. Cela fait voir en quel état sont 
présentement réduits les arts en Italie. 

ZOLLÂ (gioreffo)^ né à Brescia, a passé la plus grande 
partie de sa vie à Ferrare, et il s'y est perfectionné dans la 
peinture. Son principal talent étoit le paysage, et sa façon 
d'opérer lui étoit particulière , et si bizarre qu'il est diffi- 
cille de se persuader qu'il pût sortir de son pinceau quelque 
chose de passable. Il ne pouvoit y avoir que la singularité 
qui fût capable de faire rechercher ses ouvrages. Le hasard 
seul les produisoit. Il jettoit sur sa toile des couleurs, en ap* 
parence sans aucun dessein, se servant pour cela de pinceaux 
abondamment fournis de couleur. U fondoit, mèloit ces cou- 
leurs, et insensiblement il faisoit paroitre sur sa toile de» Un* 



48» 

leiDS^ des arbres, de Teau , et tout ce qui est de nature à 
composer un paysage. Cela se iaisoit avec la plus grande cé- 
lérité et rendoit la chose encore plus merveilleuse, et les cu- 
rieux s'empressèrent pour avoir de ces sortes de tableaux. H 
a vécu jusqu'à l'année 1743, dans laqnelle il a quitté la viiB 
le 19 mars. Il a laissé une fille, nommée Marguerite, morte 
le 90 avril 176S, qui a peint le paysage, mais qui n'est ja- 
mftis sortie de la médiocrité. Descrixione ddle pitiure di Fet^ 
rara, p. 32. 

ZOOHER. 1. P. Z. Cette marque, qui se trouve appliquée 
sur plusieurs dessins, est celle de Jean Paul Zoomer^ curieux 
bollandois, mort vers l'an 1725. Il étoit bon connoisseur, et 
les desseins qu'il avoit rassemblés en fournissent la preuve^ 
car ce sont presque tous dessins italiens, et de bon alloi. 

ZUGCÂTI (les). Vasari est souvent très peu exact lorsqu'il 
rapporte les noms des artistes qui travailloient hors de sa 
patrie. Gecy en est un exemple* Les deux peintres en question 
(quHl appelle Zueeheri) se nommoient François et Valère Zuc- 
cati; ils étoient frères et vivoient en 1645. Le S* Marc qu'ils 
exécutèrent en mosaïque sur les cartons du Titien, au dessus 
de la porte par laquelle on entre du vestibule dans l'église de 
S* Marc^ est de cette année, et c'est leur plus bel ouvrage. Ils 
mirent au bas cette inscription latine qu'il n'est pas inutile 
de rapporter : Ubi diligenler inspexeris artemque ac laborem 
Francisci et Valerii Zuccati, Venetorum fratrum, agnoveris, 
tum demum judicato, avec la date 1545. Vasari les fait de Tré- 
vise; ici ils se disent Vénitiens, mais ce peut être un mot gé*- 
nérique; ils peuvent être Vénitiens et être nés à Trévise. Ils 
ont f£dt bien d'autres ouvrages dans l'église de S^ Marc ; on y 
trouve en un endroit cette inscription : « Ëorumdem Fran^ 
cisci et Valerii fratrum, 1549, » et en un au^ endroit : a Na- 



— !«• — 

Iu8»6axibus, Zucatorum fratnun iogeoio. » Ce que dit Yas^yri 
de la peinture en mosaïque, en parlant de ces deux artistes^ 
est à remarquer. J'ay extrait tout ce que j'ay rapporté icy du 
livre inlitalé : Ymeiia^ descriita da Franoesco Sansovino, in 
Venetia^ 1581, p. 34, revers^ et de l'édition augmentée eo 
1604, p. 15, revers. 

-— A côté de cette note une main pltis moderne a ajtmti la 
mivante : Zuccati ou Zuccheri (Valere et' Vincent). Ces deux 
frères etoient de Trevise ou de Venise, s'il faut s'eû rappoiv 
ter au Boschini, qui donne à Vincent le nom de François. Ils 
ont exécuté dans l'église de S* Marc divers morceaux de pein- 
ture en mosaïque, d'après les cartons que leur fournissoit le 
Titien. Sansovino^ dans sa description de Venise, parle de la 
prefférence qu'ils obtinrent lors de leur concurrence avec 
Barthelemi Bazza. Tasari^ Boschini^ Samavino. 

ZUGGHERO [thadée) di Santo Ângelo in Vado, dans le 
duché d'Urbin. 

-— Comme WdpoU dit que Zucchero naquit en 1550, Ma- 
rieite ajoute : Cette datte est fausse. Personne ne pouvoit être 
mieux instruit sur le temps de sa naissance que Fredérie 
Zucchero^ et, dans un livre de sa composition, qui est une re- 
lation d'un voyage qu'il fit en Lombardie dans les dernières 
années de sa vie^ il dit bien formellement qu'en 1606 ilavoit 
63 ans. Il étoit donc né en 1543, et non en 1550. M. Walpole, 
en donnant cette dernière datte, s'en est rapporté à VAbece- 
dario du père Orlandi qui l'écrit ainsi, mais l'on scait com- 
bien est peu sûr le témoignage de cet écrivain. {Notes sur 
Walpok.) 

— Le nom de la ville qui a donné naissance aux Zucchero 
estSan-Ângelo in Yado; c'est mal s'exprimer que de la nom- 
mer Vado tout court. {Notes sur Walpole.) 

— H sortît de Borne en i6e3> et^ lorsqu'il vint à Venise, ce 



Be fut poiat daosle dessein que lui suppose M* Walpole, car 
le traité de Zuccharo sur la peinture^ imprimé à Turin, ne 
parut qu'en 1607^ et quant à ses poésies, qui se réduisent à 
une seule pièce intitulée : Lamenta deUa pitiura, ce lut à 
Mantoue qu'elles virent le jour en 1605. En se rendant à Ve^ 
nise, son intention étoit de mettre la dernière main à son 
tableau destiné pour la salle du Grand Conseil^ après quoi il 
alla quêter de l'ouvrage dans les différentes parties de la 
Lombardie. (Notes sur Walpole.) 

•— La mort de Zucchero arriva à Ancone en 1609, en sa 
66* année ; rien n'est plus certain. (Notes sur Walpole.) 

— J. G. célébrant la cène avec ses apptres. Gravé au burin 
en 1575 par Aliprand Ceprioli. — Peint, à ce que je croy, 
dans la voûte de l'église de N. D. de la Consolation à Rome. 
Voyez Vasari, t. 3, p. 111. — J. Matham a gravé ce sujet 
d'après un dessein peu fidèle au tableau, et peut être est-ce 
luy même qui l'avoit fait étant en Italie. U a cru que c'étoit 
une représentation des nopces de Gana, et c'est le sujet de la 
cène. 

— J. G. faisant sa prière dans le jardin des Oliviers. Gravé 
au burin par Jacques Matham. — Geluy-cy est aussi peint, 
à ce que je crois, dans le même lieu que le précédent. Voyez 
Vasari, p. 111, t. 3. 

— J. G. attaché à la colonne et fouetté par les bourreaux. 
Gravé au burin par Ghérubin Albert en 157*. — Peint 
dans une chapelle dç l'église de N. D. de la Consolation à 
Rome. 

— La S* Vierge montant au ciel en présence des apôtres. 
Gravé au burin par Aliprand Caprioli en 1577. — Gardmali 
Theano DD ab Aliprando Caprioli Tridentino, anno dni 1577. 
•— C'est, à ce qu'il me paroist, le tableau qui est dans l'église 
de la Trinité du Mont à Rome. 

— La conversion de S. Paul, gravé au burin par Cherubm 

T. VI. * 



162 

Albert ea 1572. — C'est asseurement le tableau de S. Marcel 
à Rome, dont parle Vasari, t. 3, p. 116. 

"— S* Paul recevant le martyre dans la ville de Rome, gravé 
au burin par Aliprand Caprioli. — Sans nom ny marque de 
graveur. — C'est peut-estre un des tableaux peints dans la 
voûte d'une chapelle de l'église de S. Marcel à Rome, cité par 
Vasari, t. 3, p. 117. 

ZUCCHERO (FEDERICO). J'ay eu occasion de voir en cette 
anaée 1735 un recueil de dessins originaux de ce maistre, 
assez curieux. 11 y avoit parmy quelques compositions de 
plafonds et quelques sujets emblématiques dessinés avec 
beaucoup d'esprit ; mais ce qu'il y avoit de plus considérable 
dans ce recueil étoit une suite de vingt-quatre desseins, les 
uûs en hauteur et les autres en largeur, le trait à la plume 
arrêté avec assez de fermeté^ quoyque maoiéré, et lavés au 
bistre. Frédéric, frère de ce peintre, y avoit représenté toutes 
les aventures de la première jeunesse de son frère Thadée, et 
toutes les épreuves par lesquelles il luy avoit fallu passer 
pour acquérir un nom et de la science. 

Un des premiers desseins de la suite représentoit son départ 
de la maison paternelle ; un autre sa première arrivée à Rome; 
la mauvaise receptiou que luy fit le peiutre San Aogelo; sa 
vie laborieuse chez le Calabrèse, qui, non content de luy re- 
fuser le pain qu'il tenoit enfermé dans une corbeille attachée 
au plancher avec des sonnettes, luy lefusoit encore la veue 
de ses estampes et de tout ce qui pouvoit servir à Tinstruire. 
Dans UD autre desiaein, on le voit obligé à faire le lict de son 
maistre et tous les autres offices du méuage, ou bien à aller 
laire les commissions, et c'étoit alors qu'il regardoit attenti- 

.K vement les peintures des façades des maisoos de Rome, et 
que, de retour, il les dessinoit le mieux qu'il pouvoil de mé- 

; moire au clair de la lune. On u'a pas oublié de représenter 



163 

ce qui lui arriva dans le voyage qu'il fit alors, lorsque, ne 
pouvant plus supporter la vie qu'il inenoit, il entreprit de 
retourner auprès de son |>ère. 11 s'endormit, pressé de fatigue, 
au bord d'un ruisseau, et, comme il a voit l'esprit échauffé et 
rempli des idées de toutes les belles choses qu'il avoit vues 
dans Bome, il s'imagina que toutes les pierres qui l'environ- 
noient étoient peintes par Raphaël ou par Polidor, qu'il avoit 
tant étudié dans Rome, et, son cerveau n'étant pas bien ras- 
sis, même lorsqu'il se fût réveillé, il emplit un sac de quantité 
de ces pierres, et le porta pendant un assez long espace de 
chemin, jusqu'à ce qu'il fût arrivé chez lui. On peut juger 
de la surprise de ses parens de le voir arriver avec une telle 
provision. L'inquiétude de le perdre succéda bientôt à l'éton- 
nement^ car il tomba dangereusement malade^ et c'est ce qui 
est encore exprimé dans un de ces desseins. Etant retably de 
cette maladie, il retourna encore à Rome, résolu d'y étudier 
avec plus de ferveur que jamais. C'est ce qui a été exprimé 
en plusieurs desseins où Thadée est représenté dessinant le 
jugement dernier de Michel Ange, les bas-reliefs antiques 
et les peintures de Polidor sur les façades des maisons, 
celles de Raphaël au Vatican et dans la Loge du palais 
Gbigi, où il luy arriva souvent de passer les nuits à la belle 
étoile. 

Ce sont là les degrés par lesquels il parvint à cette habileté 
qui le rendit recommandable, lorsque, n'étant encore âgé que 
de dix huit ans, il entreprit de peindre la façade du palais 
Mattei à Rome. Ce sujet est le dernier de cette suite de des- 
seins. On y voit Zuccaro occupé à son travail, et tous les 
peintres de Rome, Vasari, Salviali, Daniel de Volterre, Ser- 
monette, Michel Ange luy même, monté sur sa mule, qui 
tous sont frappés d'étonnement d'un tel prodige. 

Enfin les quatre derniers desseins représentent Zuccaro et 
les trois peintres qu'il avoue pour ses maistres^ sçavoir : Mi- 



164 

chel Ange sous la figure de son Moyse, Rdpbaël sous celle de 
son prophète à S. Augustin^ et Polidor sous la figure d'une 
des divinités de la façade de Maschera éCoro. 

Tous œs desseins sont accompagnés de vers italiens et de 
quelques explications pour une plus grande intelligence des 
sujets; dans les trois derniers que j'ay cité, Zucchero y adresse 
la parole, en trois vers italiens, à chacun des dits maistres qui 
luy répliquent en d'autres vers d'une manière très flatteuse 
sur l'excellence de ses talens. Gela et plusieurs autres cir- 
constances me font croire, à n'en point douter, que cette 
suite de desseins n'est point, comme on le croit et comme 
je le viens de marquer, de Tadée Zuccaro, mais bien de Fré- 
déric, son frère, qui s'est égayé à faire icy l'histoire de son 
frère aîné, et qui étoit bien aise de perpétuer la mémoire 
d'un homme auquel il avoit de si grandes obligations. D'ail- 
leurs Ton sçait que Frédéric étoit poëte, et je n'ay jamais ouy 
dire que Tadée le fût, mais, ce qui est plus fort que tout le 
reste, c'est la iaçon dont sont faits ces desseins ; ils sont pré- 
cisément dans la manière de beaucoup d'autres desseins de 
Frédéric, que j'ai veu chez M' Grozat, et entr'autres celuy de 
l'absolution de l'empereur Frédéric, que M, Grozat a fait 
graver. Quoyqu'il en soit, il paroist que Vasari avoit vu ces 
desseins, car il a rapporté toutes les mêmes circonstances qui 
y sont représentées, à moins qu'on ne veuille dire, ce qui 
paroist très probable, qu'il a écrit sur les mémoires qui luy 
a voient été fournis par Frédéric, auteur de cette suite de 
desseins. 

— L'enfant Jésus adoré par les mages qui luy offrent des 
présens. Gravé au burin par Gorneille Galle. Phls Galle ex. 
— C'est le bon Galle, et de ses commencements. 

— Le même sujet, d'une composition différente. Gravé au 
burin à Borne par Philippe Thomassin, en 1613, d'après un 
dessein du tableau qui est dans l'église de S. François de la 



m 

Yigùe à Venise. — Elle est un peu différente de Testâmpe 
gravée par Just Sadeler sur le tableau qui est à Venise; ainsy 
je croy que celle cy aura été faite sur un dessein, d'autant 
plus qu'il y a : Fred. Zuccaro in. 

— Jésus Christ ressuscitant le fils unique d'une veuve à la 
porte de la ville de Naïm. Gravé au burin par Philippe Tho- 
massin. Le tableau original est à Orviète. 

— S* Magdelaine se convertissant à un sermon de Jésus 
Christ. Gravé au burin par Aliprand Gaprioli. — F. Zuccaro 
inve., et au dessus la marque du graveur : a Ph. et Jo. Tur- 
pin' eicud. Rom», 1599. — J'en ay le desseio. 

— S. Eustache renœntrant à la chasse un cerf qui porte 
entre son bois l'image de J. G. crucifié, et se convertissant à 
la vue de ce miracle. Gravé au burin par Chérubin Albert. 
— Le mesme saint se faisant baptiser avec toute sa famille. 
Gravé au burin à Rome par Diane de Mantoue, en 1578. — 
Ces deux sujets ont été peints par le Zuccaro sur la façade 
d'une maison près de la douane à Rome. Voyez Vasari, 
p. 114, t. 3. 

— S* Laurent et S* Sixte, accompagnés de S. Pierre et de 
S. Paul^ adorans sur la terre Jésus Christ qui couronne la 
&• Vierge dans le ciel. Gravé au burin par Corn. Cort en 
1576, d'après le tableau qui est sur le maistre autel de l'église 
de S^ Laurent in Damaso à Rome. 

— Des personnes de diverses conditions s'efforçans d'arri- 
ver vers la Vertu, en se glissant le long des cordes qu'elle 
leur tend. Gravé au burin par Corn. Bloemaert. — Du livre 
intitulé : Documenti d'amore, 

— La Calomnie accusant devant le tribunal d'un prince 
ignorant et vicieux un artiste qui n'a d'autre protection que 
son innocence et son industrie. Pièce allégorique gravée au 
burin par Corneille Cort en 1672, d'après le tableau de Fré- 
déric Zuccaro fait à Timilation de celuy d'Apelles* — Ce ta- 



bleau est difTérent de celuy qui pensa causer la ruine entière 
de Zuocara Voyez ce qu'en dit Baglione, p. 123* 

— Ces desseins de Frédéric Zuccaro sont fort curieux, ils 
viennent de M. Jabach, et composoient ci devant le livre de 
voyage du Zuccaro. {Catalogue Croxat.) 

ZUCCHI (ANDRÉ), né à Venise en 16..» y a été occupé pen- 
dant longtemps à graver. Toutes les planches de la suite des 
tableaux de Venise publiée par Louisa sont de lui, et sont 
d'un travail lourd et indécis. 11 fut appelle à Dresde en 1726 
pour y peindre des décorations d'opéra ; il y conduisit sou 
fils Laurent Zucchi, né à Venise en 1704, et, depuis ce temps 
jusqu'à sa mort arrivée en 17.., il ne se mêla plus de gra- 
vure. Son fils Laurent prit sa place et commença par graver 
des statues de la galerie de Dresde pour le bai on le Fiat. 
Lorsqu'on forma l'entreprise de graver les tableaux de celte 
galerie, on le mit au nombre de ceux qui dévoient y être 
employés. 11 grava quelques planches qui ne furent pas du 
goût du prince, et qui, à l'exception d'uue seule, n'ont point 
paru dans l'ouvrage. Gela ne l'a pas empêché d'être reçu 
dans l'Académie de peinture établie à Dresde, et il en est ac- 
tuellement un des professeurs. On frère d'André Zucchi, 
nommé François, né à Venise en 1692, n'en est point sorti, 
et, jusqu'à sa mort arrivée en 1764, il y a été occupé à graver 
presque toujours pour des libraires, sans avoir rien produit 
de bien considérable. Je ne fais guères plus de cas de sa façon 
de graver que de celles de son frère et de son neveu. 11 a mis 
cependant plus de propreté et plus de goût dans sa gravure. 

ZUCCHI (AinoNio)^ né à Venise en 1726, et fils du graveur 
François Zucchi , qui est mort à Venise en 1764 , âgé de 
72 ans, — ce dernier frère d'André, aussi graveur, — em- 
brassa la peinture par le conseil de son père, qui apparem- 



167 

ment avoit à se plaindre du peu de fortune qu'il avoit fait en 
s'exerçant à la gravure, dans laquelle il est vrai qu'il ne s'étoit 
pas fort distingué. Le fils se mit sous la direction du Fonte- 
basse, et fit une étude particulière de l'architecture et de la 
perspective. Il se perfectionna sous l'Amigoni, avec lequel il 
contracta une étroite amitié. Alors il fit quelques tableaux 
d'autel qui lui firent honneur. Clérisseau vint à Venise^ et, 
choisi par M. Adams, architecte anglois, poiir dessiner les 
veues des antiquités de Spalatpo, ils s'associèrent le Zucchi, 
qui dessina les figures dans les dessins de Clérisseau, et ce 
n'est pas la seule fois qu'il lui ait ainsi prêté le concours de 
son ministère. Voyageant ainsi par toute Htalie, toujours 
avec des Anglois^ et dessinant ce qui méritoit le plus leur 
curiosité , Zucchi se laissa aisément persuader de passer à 
Londres, où les occupations ne lui manqueroient pas. Il y est 
actuellement. 

ZU6N0 (frâncesgo), peintre vénitien et disciple de J. B. 
Tiepolo, réunit au talent de peindre à huile celui de la fres- 
que, et, comme son tempérament le porte à la mélancolie et 
à mener une vie très retirée, il est entièrement concentré dans 
la pratique de son art et à instruire la jeunesse qui fréquente 
son écola Y. Longhi, Vite dei pittori Venexiani. 

ZUMBO {F abbé Don gaetano giuuo), gentilhomme sicilien, 
avoit un talent particulier pour modeler des figures en cire 
colorée. Il les dessinoit de bon goût, et il en formoit des 
compositions entières, si heureuses et si bien entendues qu'il 
estoit facile de voir qu'outre la connoissance de la sculpture, 
il avoit encore d'excellens poncipes de peinture : en effet, 
quoyqu^il soit peu convenable de colorer les ouvrages de 
sculpture, il a sçeu cependant disposer ses couleurs locales 
avec tant d'intelligence que sa sculpture ainsy coloriée fait 



t68 

la mesme etfect qu'uB tableau bien entendu de clair obscur 
et de couleur. Il ne sçavoit pa? moins bien imiter la nature 
dans les plantes et dans une infinité d'autres objets dont il 
enrichissoit ses compositions. C'est ce qui se reconnoist, sur- 
tout dans les ouvrages qu'il fit pour le grand prince de Tos- 
cane, dernier mort, qui le retint pendant longtemps à son 
service. Je me souviens d'en avoir veu deux à Florence, qui 
me touchèrent sensiblement; l'un représentoit une peste 
traittée avec beaucoup de noblesse, l'autre un lieu remply 
de corps morts, de squelets, de cadavres à demy pouris, et 
de tout ce qui peut entretenir des idées de tristesse et d'hor- 
reur; tout cela traitté avec tant de vérité que Ton y etoit 
trompé. Âussy oostre auteur se plaisoit à représenter de ces 
sortes de spectacles. Il y estoit comme entraisné par son tem- 
peramment extrêmement mélancolique. Lorsqu'il vint en 
France, il y apporta deux autres morceaux considérables de 
sculpture colorée; il avoit choisy pour sujets la nativité de 
J. G. et sa sépulture; ce dernier morceau fut gravé par 
M«^ Cheron, qui avoit acquis les originaux, et M' de Piles en 
a donné une description exacte à la fin de son cours de pein- 
ture. L'abbé Zumbo ne survécut pas longtemps à son arrivée 
en France ; il n'y trouva pas les avantages qu'il s'estoit pro- 
mis ; tout se réduisit à des louanges vagues et peu utiles : 
ainsy il mourut à Paris, le 22* décembre 1701, âgé seulement 
dequarante quatre ans(l).llfutenterrédans l'église de S^Sul- 
pice. Brice, Description de Paris ^ t. 3, p. 129. —-H.de Fon- 
IdneïiefdeLnsV Histoire de r Académie des sciences^ année 1701, 
dit que Zumbo étoit de Syraoïse, et il loiie beaucoup uoe 
teste préparée pour une démonstration anatomique, que cet 
illustre fit voir à l'Académie. . 



(1) Voyez son article dans le Dictionnaire abrégé de peinture et 
é^areMêeeêwe [par Lacombe, p. 679]. {Note de Mariette.) 



APPENDICES 



RICIIBIL DE PEINTURES ANTIQUES 



AVERTISSEMENT 
(Par M. de Caylni.) 

La peinture n'a d'autre but que la représentation fidèle 
des objets qu'elle se propose d*exposer à nos regards. Assu- 
jettie à des lois constantes, qu'il ne lui est pas permis de vio- 
ler, sa pratique, ou, si l'on aime mieux, les moyens que l'art 
se fournit à lui-même pour parvenir à ses fins, devroient donc 
être uniformes et ne jamais varier. Ils auroient dû être les 
mêmes chez tous les peuples, ainsi que dans tous les siècles 
oîi la peinture a été cultivée. Rien n'a cependant éprouvé et 
n'éprouve encore plus d'altérations et de fréquents change- 
ments. Il existe ud got!tt qui domine sur chaque Âge et sur 
chaque nation, qui s'en empare successivement, qui porte 
une certaine empreinte caractérisante, et qui fait, sans qu'on 
en puisse trop rendre raison, que le choix et l'emploi des 
couleurs, la distribution des ombres et des lumières, l'arran- 
gement même des figures qui entrent dans la composition 
d'un tableau, peuvent plaire dans un temps et dans un lieu, 
et n'être point gotités dans d'autres. L'éducation y entre pour 
beaucoup; comme elle dirige quelquefois le sentiment, elle 



170 

influe aussi jusques dans la manière de voir et de saisir les 
objets. L'habitude est une seconde nature; et c'est ainsi, pour 
en donner un exemple plus frappant, que la peinture entre 
les mains des Chinois, ce peuple si industrieux, si mesuré 
dans ses actions, est dans la pratique absolument différente 
de la ndtre, quoique Tune et l'autre, par rapport au but et à 
l'objet général, soient entièrement d'accx)rd. 

On pourroit peut-être en dire autant de la peinture des an- 
ciens; sa marche s'éloigne à beaucoup d'égards de la nôtre, 
et nous ne faisons rien pour nous en rapprocher. Nous se- 
rions trop heureux de posséder l'art du dessin dans un degré 
aussi éminent que les Grecs ; nous savons leur rendre justice 
sur ce point; mais nous croyons les surpasser dans la partie 
de la composition, et, s'il faut lier des groupes et distribuer 
des lumières et des ombres pour produire un heureux effet 
de clair-obscur, loin de vouloir leur céder, nous nous met- 
tons fort au-dessus d'eux. Nos yeux, accoutumés à une magie 
de la peinture, qui, trop souvent hors du vrai, n'en cause pas 
moins une sorte d'illusion et de prestige, auroient peine à se 
faire à cette simplicité de composition, à cette unité de clair- 
obscur, à ces couleurs pures et entières qui faisoient les dé- 
lices des anciens, et qui, j'ose le dire, mériteroient de faire 
encore les nôtres, si l'amour de la nouveauté et le désir de 
montrer de l'esprit ne nous avoient fait perdre insensiblement 
le goût de la belle et simple nature. 

Nourris dans ces principes, entretenus dans cette façon de 
penser et d'opérer, on ne doit pas être étonné qu'on ait pu 
mettre en question si la peinture avoit marché du même pas 
que la sculpture chez les anciens. Je ne ferai point de nou- 
veaux efforts pour détruire un sentiment qui commence à 
être abandonné ; je témoignerai seulement mes regrets sur la 
perle de tous les chefs-d'œuvre sortis du pinceau des Grecs, 
bien assuré que, si ces morceaux subsistoient encore, ils trou- 



ni 

veroient de zélés déli^nseuTS dans ceux même qui les attaquent 
le plus vivement. 

Cette idée me flatte ; j'aime h m'en occuper. Elle entretient 
l'admiration qu'une étude longue et suivie m'a fait prendre 
pour toutes les savantes productions des anciens, et j'en suis 
plus disposé à croire que la peinture n'a point gagné entre 
les mains des modernes autant qu'on voudroit nous le faire 
entendre. H seroit inutile de dire, pour combattre cette opi- 
nion, que les anciens n'ont point connu la peinture à l'huile, 
et que, privés des avantages qu'elle présente, leurs tableaux, 
peints en détrempe, n'ont pu avoir la même vigueur que les 
nôtres ; cela peut être à quelques égards. Mais, sans vouloir 
trop approfondir les inconvénients qui balancent les avan- 
tages de la nouvelle découverte, je demanderai si notre fres- 
que, plus durable et plus brillante dans ses effets^ est obscurcie 
par la peinture à l'huile. Qu'on interroge les maîtres de l'art? 
Ils conviendront qu'elle doit avoir le pas sur cette dernière, 
et, dès ce moment, nos prétendus avantages s'évanouissent, 
les anciens rentrent dans leurs droits, et n'ont eu besoin, pour 
parvenir à une imitation suivie de la nature, que des seuls 
moyens dont ils ont fait usage, et qui leur ont si parfaite- 
ment réussi. 

Je me garderai bien de donner pour preuve de ce que 
j'avance, les morceaux de peinture qui ont été découverts en 
différents temps, depuis que l'amour du beau et le goût des 
bonnes études ont fait chercher dans les entrailles de la terre 
les précieux restes de l'antiquiié, queFignorance,la barbarie 
et les événements qu'amène nécessairement une longue suc- 
cession de siècles, y avoient enfouis. Ces morceaux, peints 
chez les Romains, et presque tous dans des siècles où la pein- 
ture n'a voit plus cet éclat dont elle avoit brillé dans la Grèce, 
ne peuvent être considérés que comme de foibles listes d'un 
art expirant. 



17* 

En supposant méiDae qa'il fftt encore âms toicrte sa splen- 
deur, la qualité de ces peintures et la place qu'elles oa*u- 
poient ne fournissent pan un pr^ugé assez ayantageux pour 
les proposer comme des modèles. Adhérentes à des murailles, 
où elles tenoient lieu de nos lambris et de nos tapisseries^ 
elles dépendoient souvent ou faisoient partie de compositions 
d'ornements, et, de l'aveu même des anciens, ce genre d'où* 
vrage n'occupoit ordinairement que les peintres de second 
ordre. Quels sont d'ailleurs les endroits où Ton a trouvé des 
peintures antiques? Ce sont de simples corridors, ce sont des 
salles de bains, des chambres basses et éloignées des plus 
beaux appartements. Le plus grand nombre a été découvert 
daos l'intérieur de tombeaux où l'on entroit rarement, et où 
ces morceaux, privés de lumière, étoient absolument perdus 
pour le public, pour ceux qui étoient en état d'en juger. Je 
sais que le luxe des Romains et la vénératioo pour leurs morts 
les eogageoient à de grandes dépenses toutes les fois qu'ils 
contruisoient quelque nouvelle sépulture; mais il eût été 
cruel d'y employer les plus habiles peintres, et ce qu'il y a 
de certain, c'est qu'ils ne le firent jamais. 

Nous n'avons donc aucune peinture anlique qvii soit digne 
d'être mise sur le compte de ces grands artistes âont les noms 
célèbres sont venus jusqu'à nous, il n'est que trop vrai. Quel- 
ques médiocres que soient celtes qui nous sont demeurées, 
elles n'en portent pas moins un caractère qui les rapproche, 
à beaucoup d'égards, des tableaux exécutés dans les meilleurs 
siècles, et je pense qu'après les avoir bien considérées et s'en 
être rempli , il nous peut rester une assez juste idée de ce 
qu'étoient ces merveilles de l'art qui ont fait le plus de bruit. 
La distance qui les sépare n'est pas plus grande que celle qui 
distingue le bien d'avec le mieux. 

Ceux 4ui counoissent plus parfaitement les Romains savent 
combien ce peuple fut constant dans ses usages et dans ses 



173 

goûts, et qu'avouant sans peine son peu d'aptitude dans 
l'exercice des arts, il n'oublia jamais que les Grecs étoient en 
cette partie ses maîtres et ses modèles. G'étoit chez cette na- 
tion savante qu'ils a voient appris à aimer et à priser la pein** 
ture ; c'étoit d'elle qu'ils en avoient reçu les enseignements 
et les règles. Simples imitateurs, il n'y a pas d'apparence 
qu'ils aient rien innové dans la distribution des figures et ce 
qu'on appelle la composition du tableau, encore moins dans 
l'emploi et la distribution générale des couleurs. Si, moins 
heureux que leurs guides habiles^ ils ne manièrent pas le 
pinceau avec le même succès; si, plus foibles dans la science 
des contours et n'ayant pas fait les mêmes progrès dans l'art 
de bien exprimer les passions, ils ne nous ont pas laissé de 
ces chefe-d'œuvre qui captivent Tàme, l'élèventet produisent 
sur elle une illusion complète, Ton ne voit pas sans plaisir 
régner dans leurs productions un beau choix d'attitudes, une 
touche aimable el facile, des couleurs simples, mais agréa*- 
bles , et surtout un naturel et une naïveté qui enchantent^ 
toutes parties qui, portées à leur perfection, ne nous permet- 
tent pas de douter des effets surprenants que la peinture 
ancienne a fait tant de fois sur des esprits sensibles et tour 
jours prêts à se laisser émouvoir, et qui doivent nous faire 
concevoir la plus haute idée de l'habileté des grands peintres 
de l'antiquité. 

C'en est assez pour nous rendre infiniment précieux le pe- 
tit nombre de peintures antiques que le temps a épargné, et 
nous ne pouvons trop nous féliciter quand il se foit quelque 
nouvelle découverte en ce genre. Raphaël fut témoin des 
premières^ qui se firent au commencement du seizième siècle. 
Les ruines du superbe et vaste palais que l'empereur Titus 
avoit fait coostruire sur le mont Esquilin étoient plus con- 
sidérables et moins délabrées qu'elles ne paroissent aujouD- 
d'hui. On découvrit, en les fouillant, une suite de chambres 



474 

assez entières, dont les plafonds ainsi que les murailles con- 
servoient encore quelques-unes des peintures dont elles 
avoient été décorées ancieonement. Les décombres sous les- 
quels ces chambres éloient ensevelies avoient empêché l'air 
d'y pénétrer, et, comme il n'avoit pu mordre sur les couleurs, 
elles parurent dans leur ancien éclat et s'y conservèrent pen- 
dant quelque temps. 

L'amour de l'antique, l'utilité que Raphaël avoit retiré de 
son étude^ conduisirent ce grand peintre dans ces souter- 
rains; il y entra et fit copier par ses élèves tout ce qui lui 
parut capable d'améliorer ses idées, ou qui pouvoit lui en 
suggérer de nouvelles. Personoe n'ignore combien il fut par- 
ticulièrement affecté de la façon dont il y vit les ornements 
traités; il admira le mélange des feuillages, des fleurs^ des 
animaux, des figures humaines, et de cent autres objets qui, 
sans avoir aucun rapport entre eux, soutenoient, en quel- 
ques endroits, de petits bas-reliefs de stuc ingénieusement 
enlacés, formoient l'ensemble le plus agréable et présentoient 
une totalité sur laquelle l'œil se promenoit avec d'autant plus 
de satisfaction que les couleurs les plus riches et les plus 
brillantes en augmentoient l'agrément. 

Raphaël, frappé d'une nouveauté si piquante, résolut d'en 
profiter, et, pour travailler avec plus de certitude, il sentit la 
nécessité non-seulement de s'assurer des formes, mais de 
connottre encore la distribution et l'arrangement singulier 
des couleurs qui donooient le jeu à toute Tordonnance. M. Ma- 
riette conserve dans sa collection un des dessins coloriés 
qui furent faits à cette occasion, et dans cette vue, par Jean 
d'Udine, celui des disciplesde Raphaël qui a le mieux réussi à 
peindre des ornements. Ou remarque dans cette belle étude 
avec quelle attention cet élève imitoit la peinture antique jus- 
que dans ses plus petits détails. Les ornements connus sous 
le nom de GroUiques^ dont les Loges du Vatican sont enri- 



175 

chies, furent le fruit du parti que Raphaël sut tirer de ces 
études, et, s'il étoit permis de douter de la fécondité et de la 
richesse de son heureux géoie, on seroit tenté de croire qu'il 
n'auroit fait que copier ce qu'il auroit vu dans les Thermes 
de Titus ; tant il y a de conformité entre ces compositions 
agréables et ce que les anciens ont fait dans le même genre. 

On ignore si ce grand peintre fit copier avec les mêmes 
soins et avec autant d'ardeur les sujets de composition qu'il 
dût découvrir dans le même lieu ; car la collection de ses étu- 
des d'après les peintures antiques est di^sipée ou cachée 
dans Tobscurité de quelque cabinet inconnu. Les desseins 
coloriés que le cardinal Camille Massimi, étant nonce en Es- 
pagne, vit dans la bibliothèque de TEscurial, en faisoient 
peut-être partie. 

Cet ami des arts et de ceux qui les cultivoient^ qui lui- 
même manioit quelquefois le crayon et qui avoit appris à 
l'école du savant Poussin à estimer l'antique, sentit tout le 
prix d'un recueil de desseins si rares. U obtint la permission 
d'en tirer des copies, et, de retour en Italie, il s'en servit pour 
y animer le guût de la peinture antique. Le commandeur dal 
Pozzo, lié pareillement d'estime et a'amitié avec le Poussin, 
entra dans les vues du cardinal; il montra le même désir de 
perpétuer, autant qu'il étoit possible, les peintures antiques 
qui avoient été découvertes jusqu'alors, et celles qui le pour- 
roient être dans la suite ; tous deux travaillèrent de concert, 
et bientôt ils composèrent des recueils considérables de des- 
seins coloriés, pris d'après les monuments de ce genre. Celui 
du cardinal Massimi, après être demeuré assez longtemps en- 
tre les mains de ses héritiers, a été transporté en Angleterre; 
mais je ne puis dire quel a été son sort depuis la mort du 
docteur Mead, qui en avoit fait l'acquisition, et, quant au 
recueil du commandeur dal Pozzo, on sait que le pape Clé- 
ment XI l'avoit fait passer, avec tous les autres manuscrits de 



478 

cet illustre amateur de Tantiquité^ dans son cabinet partica^ 
lier, et qu'il en faisoit ses délices. 

Presque tous les desseins dont ces deux recueils éteint 
composés furent exécutés par Pietre>Sante Bartoli, de P4- 
rouse, et, si quelqu'un, qui s'occupe d'un objet pendant toute 
sa yie et qui s'y livre par goût, autant et peut-être encore 
plus que par des vues intéressées^ y est plus propre et doit 
mieux réussir qu'un autre^ cet artiste a dû rendre avec une 
extrême vérité les antiquités dans ses desseins ou dans ses 
gravures; aussi a-t-on pris depuis longtemps cette idée avan- 
tageuse de lui et de ses productions. Sans doute que l'im- 
portance de la matière qu'il traitoit a fait user d'indulgence 
et oublier les défauts d'un dessinateur qui donnoit beaucoup 
trop à sa manière, qui exprimoit presque toujours le trait de 
l'antique avec pesanteur, et qui par conséquent en faisoit 
plutôt la charge que le portrait. Les différents ouvrages qu'il 
a publiés sur les antiquités de Rome, les tacbes qui les dé- 
parent et les succès dont ils ont été pourtant accompagnés, 
sont la preuve de ce que j'avance. Il seroit inutile d'en donner 
ici le catalogue; il suffit d'observer qu'avant Pietre-Sante 
personne n'avoit rien fait parottre sur les peintures antiques, 
et qu'il est le premier qui, les ayant gravées, nous les ait fait 
connoltre. Ce fut à l'occasion suivante. 

En 1674^ des ouvriers qui travailloient à la réparation de 
l'ancienne Voie Flaminienne découvrirent, par un pur hasard, 
à un mille et demi au-dessus de Ponte-Moky un tombeau qui 
étoit caché depuis très longtemps sous terre, et dont tout l'in- 
térieur se trouva rempli de peintures exécutées à fresque. 
Tout devient précieux quand il est rare, et ces peintures^ tout 
au plus du temps des Ântonins^ et qui même étoient l'ou- 
yrage d'un peintre assez médiocre, furent regardées avec 
respect, et du même œil qu'on auroit envisagé un tableau de 
Zeuxis ou d'Âpelles. Une inscription qui fut trouvée dans le 



177 

même lieu^ et où se lisoit le nom de Nason, en apprenant que 
ce tombeau avoit appartenu à cette famille romaine, rendit 
la découverte eacore plus intéressante. On publia que celte 
famille étoit )a même que celle d'Ovide, et que le portrait de 
ce poëte célèbre se trouvoit dans une des peintures. 

A cette nouvelle, tout Rome courut sur le lieu, et le cardi- 
nal Massimi, dont le zèle égaloit les lumières, ne vit point avec 
indifférence un monument si respectable et si singulier tou- 
cher à sa un. Il savoit par expérience que des peintures qui 
ne s'étoient conservées dans leur premier éclat que parce que 
l'air n'avoit point agi sur elles, s'effaceroient aussitôt que cet 
élément cruel viendroit à les frapper, et il ne s'occupa que 
des moyens de réparer par quelque équivalent le malheur 
de leur perte prochaine. 11 appela Pietre-Sante, et le chargea 
de prendre des copies fidèles de toutes ces peintures; mais, 
cette attention ne satisfaisant point assez l'empressement du 
public, dont la curiosité augmentoit à mesure que le monu- 
ment acquéroit de la célébrité, Pietre-Sante en donna des 
estampes en 1680, et les publia avec de savantes explications 
composées par le Bellori. 

La préface qui fut mise à la tête de cet ouvrage iaisoit 
mention des autres morceaux de peinture antique qu'où 
voyoit à Rome, et Pietre-Sante sembloit contracter par celte 
annonce un engagement avec le public; il lui faisoit au moins 
naître le désir de les voir gravés de sa main. Il ne tarda pas 
à lui donner celte satisfaction; il fit paroitre en 1697 un re- 
cueil de sépulcres antiques qui conlenoit les peintures de la 
pyramide de Cestius, plusieurs compositions de Grotesques 
ou ornements qui décoroient l'intérieur de plusieurs tom- 
beaux, et principalement de ceux qui furent découverts de 
son temps dans un terrain occupé par la vigne Corsini, ré- 
servant pour un ouvrage séparé quelques planches qu'il avoit 
déjà préparées, et qui, jointes à d'autres qu'il se proposât de 
T. ^^. l 



178 

graver encore, dévoient former un corps complet de toutes 
les peintures an liques dont on avoit connoissance. 

L'exécution d'un si beau projet fut ralentie par la mort du 
Bellori, sur l'étendue des lumières duquel Pietre-Sante se re- 
posoit pour l'explication des pl^inches qu'il préparoit. Bien- 
tôt Pietre-Sanle mourut lui-même, et l'entreprise avorta. 
Tout incomplet qu'étoit l'ouvrage, le public ne le demandoit 
pas avec moins d'instance, et François Bartoli, fils de Pietre- 
Sante, lui en fit présent en 1706. M. de la Chausse voulut bien 
suppléer, par ses savantes explications, à celles que le Bellori 
devoil iournir. Les planches n'étoient qu'au nombre de vingt- 
quatre; encore n'y avoit-il que les quatorze premières qui 
représentassent des morceaux de peinture. Ce qui donnoit 
une certaine consistance à ce livre, étoit une seconde édition 
du tombeau des Na<ons et seize planches nouvelles, servant 
de supplément aux sépulcres antiques déjà publiés. 

Je n'ai point vu Tédilion du livre des peintures antiques 
qu'on vient de renouveler à Rome depuis quelque temps. Je 
n'ai pas même entendu dire qu'elle fût grossie d'augmenta- 
tions fort considérables; mais, en quelque état qu'elle soit, 
on s'apercevra toujours que c'est un ouvrage posthume, et 
qui n'a pas, à beaucoup près, été conduit à son terme. Ce 
n'est cependant pas la seule chose qu'on puisse y désirer; en 
partant des descriplions mêmes de chaque peinture, on sent 
naître le désir de voir comment les couleurs y éloient distri- 
buées et quel effet il résulloit de leur union. 

Le sieur George Turnebull, Anglois, parott avoir été oc- 
cupé de celte idée, lorsqu'il a publié à Londres, en 1740, les 
cinquante planches qui terminent son Traité de la peinture 
ancienne. Il en avoit trouvé les desseins dans cette collection 
du docteur Mead, dont j'ai fait mention plus haut; le riche 
cabinetdu cardinal Alexandre Albani lui en avoit fourni plu- 
sieurs autres ; il fit copier celles que les princes de la maison 



J 



Farnèse avoient fait transférer à Parme, lorsqu'on découvrit, 
il y a environ trente ans, dans leur jardin, sur le mont Pala- 
tin, une chambre de bains dépendante du palais des Césars, 
et il étoit encore entré dans quelques cabinets aussi célèbres, 
et en avoit tiré les plus belles peintures antiques qui y étoient 
coQservées. 

Quel succès ne devoil-il pas attendre d'une si ample et si 
utile moisson? De pareilles recherches ne lui permettoient 
pas de douter que le public éclairé applaudiroit à son zèle 
et lui sauroit gré de ses soins. Il crut cependant les devoir 
pousser encore plus loin. G*étoit trop peu pour lui d'avoir 
iait graver une première fois cette nombreuse suite de pein- 
tures antiques, en s'aidant de la méthode ordinaire, qui, 
comme tout le monde le sait, se contente d'exprimer les 
formes ou contours des choses, et de les faire paroîlre sail- 
lantes et de relief, au moyen d'hachures ou de traits com- 
binés en différents sens, et selon que le demandent la perspec- 
tive et la distribution des ombres et des lumières. L'auteur 
anglois a voulu accompagner les trois premières de ces pein- 
tures, chacune en particulier, d'une seconde planche sim- 
plement au trait, et où fussent désignées par des chiffres cor- 
respondant à une explication particulière, les couleurs de 
chaque objet conformément à la peinture originale. 

L'expédient est ingénieux, on ne peut en disconvenir; il 
ne me semble point cependant suffisant encore. Il accorde 
trop, ce me semble, à l'imagination. C'est laisser à chacun 
la liberté de supposer des teintes, de les arranger et de les 
modifier à son gré, et, en n'admettant que ce procédé seul, il 
est constant qu'avec les mêmes couleurs et sans sortir des 
places qui leur sont assignées, il se fera des tableaux sans 
nombre, et dont aucun ne se ressemblera parfaitement. Il en 
est de cela comme de la description toute nue d'un ouvrage. 
Quelqu'exacte et quelque précise qu'elle soit, elle ne laisse 



180 

que des idées générales et vagues dans Tesprit de celui qui 
n'a pas vu l'ouvrage même. Que plusieurs artistes enlreprec- 
nent de peindre un tableau semblable à celui dont on leur a 
mis sous les yeux la seule description, il résultera autant de 
compositions différentes qu'il y aura de personnes qui s'y 
seront exercées. 

J'ai senti cet incx)nvénient, et, voulant donner un ouvrage 
qui lit mieux conuottre la peinture antique dans toutes ses 
parties^ j'ai imaginé un moyen, différent de celui auquel le 
sieur Tumebull avoit eu recours, et dont personne, à ce que 
je crois, ne s'est servi jusqu'à présent. Je ne sais si je me 
trompe, mais je pense qu'il est l'unique dont on puisse pro- 
mettre quelque réussite. 

Une suite fort curieuse de desseins coloriés, que le hasard 
m'a fait tomber depuis peu entre les mains, m'en a fait oai- 
tre la pensée, et m'a, pour ainsi dire, mis sur la voie. Pietre- 
Sante Bartoli est constamment l'auteur de ces desseins; ils 
sont exécutés avec tout le soin dont cet artiste étoit capable, 
d'après des peintures antiques, et presque tous ont le mérite 
de la nouveauté. J'aurois pu me contenter de les faire graver 
tout simplement dans la manière ordinaire : la beauté des 
compositions eût eu suffisamment de quoi plaire; mais, 
frappé du plaisir que font aux véritables connoisseurs les es- 
tampes qu'on nomme clair'^scur$y et qui imitent si bien le 
lavis des desseins, j'ai pensé que des estampes, coloriées dans 
le même esprit que les peintures, produiroient une satisfac- 
tion plus complète, et, ce qui me touche davantage, je me 
suis persuadé qu'il en résulteroit une augmentation de con- 
noissances pour l'art. 

J'ai donc fait graver des planches au simple trait, et ce 
trait, gravé au miroir, en donnant la véritable position et le 
contour juste de chaque objet, guidera les peintres à gouazze, 
dont il sera nécessaire d'emprunter le ministère, et leur ser- 



181 

vira à poser chaque couleur à sa véritable place. Car voilà 
comme je renleuds ; les estampes dont j'ai fait graver les 
planches doivent être coloriées conformément à mes desseins, 
et l'on se servira pour cela de couleurs è la gomme, qui seront 
couchées avec le pinceau sur le papier et qui imiteront, av(c 
autant de tidélité qu'il sera possible, le travail de la peinture 
antique. Je prévois que cette opération, qui a ses difûcult<^s 
et ses longueurs, ne sera pas du goût de tout le monde, 
qu'elle exigera des soins que peu de gens voudront se don- 
ner 5 j'ai même lieu de craindre qu'on en sera détourné par 
une dépense qui paroltra peut-être un peu trop considérable ; 
cependant il seroit malheureux de ne pas trouver dans toute 
l'Europe trente personnes assez curieuses et assez désintéres- 
sées pour entrer dans mes vues, et je ne puis m'imaginer 
qu'elles me manquent. 

Je n'en demande pas davantage, et je suis bien aise de les 
informer de la pureté de mes intentions. Je désire qu'elles 
sachent que je ne travaille que pour ceux qui, comme moi, 
aiment les arts et s'occupent de leur avancement; que c'est 
pour eux seuls que j'ai fait la dépense des planches et de 
l'impression, qui n'est pas peu de chose, et que, pour ajouter 
h la valeur du présent que je leur en fais, je me suis déter- 
miné à faire rompre les planches aussitôt que j'en aurai fait 
imprimer le petit nombre d'épreuves qui me sera nécessaire 
pour l'accomplissement de mon projet. Je les distribuerai sans 
acception de personne, et seulement à ceux qui me les de- 
manderont avec promesse de les faire colorier d'après les 
originaux, et, pour leur en faciliter les moyens et rendre 
l'exécution plus commode, je déposerai mes desseins au ca- 
b net du roi, qui veut bien ne les recevoir qu'à condition tle 
les communiquer à ceux qui auront pris avec moi l'engage- 
ment que je leur impose. 

J'ai des raisons pour croire que les trente-trois desseins 



182 

que j'ai fait graver ont fait autrefois partie d'uQ recueil plus 
nombreux : je n'ai pas été assez heureux pour rassembler la 
totalité; mais c'est toujours beaucoup d'avoir fait uoe pa- 
reille découverte en France, et, quand elle ne serviroit qu'à 
sauver de l'oubli quelques peintures antiques qui ne le cè- 
dent assurément à aucune des plus belles qui ont paru jus- 
qu'ici, ce présent me parott toujours digne du public. Si 
mon exemple pouvoit engager ceux de qui nous attendons 
la représentation de toutes les antiquités découvertes sous les 
ruines d'Herculanum, à nous donner de la même façon les 
morceaux de peinture qui y ont été trouvés, je m'estimerois 
heureux d'avoir rendu ce service à la peinture. 

Au reste, je puis répondre de la fidélité du trait des plan- 
ches que je donne. Deux amateurs distingués par leur goût 
et par leurs talents ont bien voulu, par amitié pour moi, se 
prêter à mes vues; ils ont exécuté plus d'un tiers de ces mor- 
ceaux; leurs ouvrages ne sont nullement inférieurs à ceux 
des habiles graveurs de profession qui m'ont pareillement 
aidés dans l'exécution de cette petite entreprise. 



Explication des peintures antiques contenues dans ce recueil, 

PAR MARIETTE. 

Avant que de faire la description des peintures antiques 
dont j'entreprends l'explication, je dois faire connoîire les 
lieux dans lesquels on en a fait la découverte. Je vais donc 
parcourir et détailler, le mieux qu'il me sera possible, l'édi- 
fice qui nous a conservé celles par où commence ce recueil. 
Un plan général que j'en ai trouvé et qui marche à la tête de 
ces peintures to'en fournira les moyens. 



183 



Figure 1. 

Plan d*un édifice qui faisoit partie des Thermes de Titus, 
et dont on fit la découverte au mois de juillet de Tannée 1668, 
daos la partie de ces Thermes qui regarde le Colisée, et à la 
distance de 250 palmes romains de ce dernier monument. 
Ce bâtiment, qu'on estime être un ouvrage de Trajan ou 
d'Adrien, consistoit en plusieurs chambres (n*« 2, 5, 6, 7 
et 8) étant à la suite l'une de l'autre sans aucune communi- 
cation, et toutes égales en grandeur, c'eet-à-dire de 23 pal- 
mes ou 16 pieds en tous sens. Leur ancien pavé subsistoit 
encore ; c'éloit un assemblage de carreaux de marbre de di- 
verses couleurs, formant un conjpartiment régulier, dont on 
a un échantillon sur un des côtés du plan, avec un pareil 
échantillon des ornements mêlés de stuc et de peinture qui 
tapissoient la voûte de la chambre du lond (n® 2) : celte voûte 
étoil la seule qui fût demeurée entière, celles de toutes les 
fluires chambres et de la plus grande partie du corridor voisin 
étoient tombées de vétusté. 

On voyoit encore sur les murs de plusieurs de ces cham- 
bres, et singulièrement sur ceux des chambres (n«" 5 et 6) 
divers morceaux de peinture à fresque, dont quelques-uns 
seront donnés ensuite de ce plan. Chaque chambre étoit 
éclairée par une fenêtre percée dans le mur extérieur, et l'on 
y entroil par une porte qui faisoit face à la fenêtre et qui 
avoit son issue dans un long corridor voûté, de 16 palmes 
de largeur. Cette dernière pièce étoit décorée de fontaines 
pratiquées de distance en distance dans des niches alternati- 
vement carrées et circulaires, au fond desquelles étoient 
peints en mosaïque des monstres marins; et ces fontaines 
étoient placées vis-à-vis la porte de chaque (îhambre et figu- 
roienl avec elle. Une semblable fontaine, mais plus vaste, 



184 

terminoit le même corridor, et Ton y voyoit représenté, pa- 
reillement en mosaïque, une figure d'Apollon, qu*a gravé 
Pietre-Sante, et qui fait la seconde planche de son livre des 
peintures antiques. Le surplus des murailles éloit aocienne- 
ment couvert, à droite et à gauche^de peintures à fresque re- 
présentant des paysages^ dont on apercevoit une portion en- 
core assez bien conservée à l'endroit marqué (n» 4), et le pavé 
de mosaïque étoit un assemblage de petits morceaux de verre 
rangés près l'un de l'autre, que renfermoit une bordure for- 
mée par deux listels, l'un couleur de pourpre, et l'autre de 
cinabre, ainsi qu'il est figuré sur un des côtés du plan. L'es« 
calier n^ 9, qui étoit appuyé en dehors contre le mur de face 
de cet édifice, étoit destiné pour monter à un appartement 
supérieur dont il ne subsistoit plus rien ; il arriva même, 
lorsqu'on déterra ce bâtiment, que le mur de lace (n« 10) 
écroula pendant une nuit, sans avoir laissé le temps de des- 
siner les ornements de stuc dont il étoit décoré extérieure- 
ment. 

PEINTURES DE LA CHAMBRE n* 5. 

Figure 2. 

On voit dans la première de ces peintures un jeune homme 
au-devant d'un portique, peut-être celui d'un temple; il est 
représenté nu, suivant l'usage des Grecs, qui ne figuroient 
point autrement leurs héros; sa couronne montre qu'il a 
remporté le prix dans quelques jeux, ou qu'il s'est signalé à 
la guerre. 11 est, outre cela, coiffé d'un morceau d'étoife qui, 
pour l'espèce et la couleur, est semblable à la draperie que 
le même jeune homme porte, à la manière des combattants 
roulée autour de son bras gauche. Si l'on veut supposer que 
c'est un gladiateur qui a changé d'état et qui vient en remer- 
cier les dieux dans leur demeure, cette coiffure sera le bonnet 



J85 

qui, en l'aifranchissaDt, lui aura été donné en signe de la li- 
berté. Le long bâton qu'il tient de la main gauche sera, dans 
le même sens, le bÀton appelé Radis ^ qui portoit Texemption 
de combattre! et la couronne sera composée de feuilles de 
lentisque^ qui étoit la récompense du gladiateur victorieux. 

Figure 3. 

Une femme majestueusement drapée, portant un long 
sceptre et posant le doigt sur sa bouche, comme pour s'aver- 
tir elle-même, ainsi que ceux qui l'approchent, de garder le 
silence; ce qui seul peut faire imaginer que c'est une prê- 
tresse. Cette peinture se trouvoit à gauche en entrant dans la 
même chambre que le précédent tableau, et la figure qui y 
est exprimée étoit pareillement appliquée sur un fond brun 
tout uni. Les anciens, qui aimoienl les couleurs entières, se 
plaisoient à donner à leurs peintures de ces sortes de fonds : 
ils ne manquoient guère aussi de les environner d'un listel, 
assez ordinairement couleur de cinabre, qui leur servoit de 
cadre. 

Figure 4. 

Une jeune prêtresse couronnée de fleurs ; ses bras sont or- 
nés de bracelets d'or ; d'une main elle tient l'aspersoir, instru- 
ment usité dans les sacrifices et qui servoit à purifier les as- 
sistants, en les arrosant d'eau lustrale; de l'autre main elle 
porte une patère couverte de fruits. Pour mieux faire goûter 
son offrande à la divinité qu'elle sert et se la rendre favora- 
ble, elle a pénétré jusque dans la partie la plus reculée et la 
plus secrète du temple, appelée le Sacellum. Des colonnes 
d'ordre ionique couronnées par un architrave forment ici 
l'enceinte de ce lieu sacrt^, et, sur le linteau de la porte qui y 



186 

donne enlrée, ainsi que sur un lambris à hauteur d'appui 
qui sépare ce réduit d*avec le reste du temple, sont posées 
des lampes ardentes; elles éclairent un lieu qui, toujours 
privé de lumière , en devenoit plus propre à imprimer le 
respect. 

Figure 5. 

Dans le Dombre des explications qui se lisent sur le plan de 
l'édifice antique qui est à la tête de ce recueil, il s'en trouve 
une qui nous apprend que tout ce qui étoit peint dans la 
chambre n^ 6 devoit se rapporter à la fable d'Adonis. Je 
comprends très- bien combien ce sentiment est susceptible de 
critique ; mais, comme il a été embrassé par M. de la Chausse 
dans sa Description des peintures antiqties publiées par Pie- 
tre-Sante, le respect que j'ai attaché à tout ce qui vient de la 
part d'un antiquaire aussi éclairé fera que je ne m'en écar- 
terai point. Je dirai donc avec lui que le beau jeune homme 
armé d'un thyr?e et couronné de myrthe, qui, dans le .pre- 
mier de ces tableaux, se repose à l'ombre d'un pavillon, est 
Tamant de Vénus sous la figure de Bacchus. Je ferai pareil- 
lement remarquer que des deux bacchantes qui l'accompa- 
gnent, l'une joue d'une double flûte recourbée en manière 
de trompe, ce qui éloit fait pour augmenter le son, et l'autre, 
ayant les cheveux épars et portant un thyrse dépouillé des 
feuilles de pin, qui en couvrent ordinairement le fer, fait 
résonner l'esptee de tambour dont on faisoit u«age dans les 
bacchanales ou orgies, et qui étoit appelé crepitaculum. 

Figure 6. 

Dans le second tableau, et c'est encore M. de la Chausse 
4e qui j'emprunte celte explication, les trois Grâces se tien- 



187 

Dent par la main, et, dansant en rond^ elles célèbrent l'ar- 
rivée d'Adonis dans le monde. Cette peinture, de même que 
la précédente, ayant déjà été gravée et publiée par Piètre" 
Santé Bartoli dans son ouvrage intitulé : Le Pitture antiche, 
il semble qu'on auroit pu se dispenser de les (aire paroître 
une seconde fois^ ce qui est vrai dans la supposition que les 
premières copies étoient fidèles ; mais, comme il s'en faut 
beaucoup qu'elles ne le soient, que, faute d'altention, tous les 
objets y sont tournés dans un sens contraire aux tableaux, et 
que la description qu*on a fait de ces peintures manque pa- 
reillement d'exactitude et se trompe en plusieurs endroits 
dans l'indication des couleurs qui y ont été employées, Von 
s'est cru obligé de les reproduire de nouveau. L'extrême pré- 
cision avec laquelle on s'en acquitte laissera regretter sans 
doute qu'on n'ait pu donner de la même façon deux autres 
morceaux de peintures qui, dans le même lieu, représen- 
toient la naissance d'Adonis et son départ pour la chasse fa- 
tale du sanglier qui doit couper le fil de ses jours; mais on 
n'a pas été assez heureux pour les trouver dans la suite des 
desseins dont on fait part au public. Il faut se contenter, 
quant à présent, des estampes qu'en a publié PietreSante, 
qui nous apprend que les quatre tableaux originaux se con- 
servent à Rome dans le palais Massimi, où le cardinal Camille 
les fit transporter, avec la partie de mur sur lequel ils étoient 
peints, presque aussitôt qu'on en eût fait la découverte. 

PEINTURES TROUVÉES DANS UN AUTRE ÉDIFICE DÉPENDANT 

DES THERMES DE TITUS. 

Figure 7. 

Cet édifice, qui étoit extrêmement orné, fut découvert en 
1683 sous les décombres dont il étoit enveloppé de toutes 
parts. Il étoit voisin d'un grand réservoir qui fournissoit l^ 



188 

eaux aux Thermes de Titus, et qu'on connott sous le nom des 
Sept salles , et, par rapport à ce dernier bâtiment, il étoit 
assis, tirant vers Toccident. Le plan fait voir qu'il étoit de 
forme carrée, et qu'il avoit dans œuvre 78 palmes romains, 
ce qui revient à 54 de nos pieds-de-roî.C'étoit, dans sa pre- 
mière construction, un salon du genre de ceux que Yitruve 
nomme salle corinthienne, dont le milieu étoit séparé des 
galerieS; qui régnoient au pourtour, par douze colonnes d'or- 
dre corinthien. Ces colonnes, cannelées et isolées, avoient leur 
entablement qui profiloit tant du côté de la salle que du côté 
des galeries, et sur lequel venoit s'appuyer la retombée des 
plafonds formés en plein ceintre; mais i( paroît que dans des 
siècles postérieurs la forme de cet édifice avoit éié considé- 
rablement altérée. On y avoit ménagé des chambres aui 
quatre encoignures, et l'on avoit pour cela engagé dans des 
murailles postiches les colonnes qui, auparavant, étoient iso- 
lées. C'est ainsi que l'indique le plan que je produis, du 
moins pour la partie qui se présente à droite en entrant, et 
qui y est marqué du nombre 2. Les endroits, désignés par 
ces autres nombres 3, 4 et 5, sont ceux où l'on trouva des 
peintures que l'on donnera à part à la suite de ce plan. Celle 
qui ornoit anciennement le plafond au-dessus de la porte 
d'entrée (n® 6) ne subsistoit plus. 

Figure 8. 

Cette coupe donne la décoration intérieure du précédent 
édifice. On voit qu'il n'étoit éclairé que par une ouverture 
(n« 1) pratiquée au centre du plafond comme à la Rotonde, et 
l'inscription italienne, dont le dessein est accompagiié, nous 
apprend que la terrasse, qui couvroit l'édifice et qui lui ser- 
voit de toit (n»2), étoit pavée de petites pièces, apparamment 
de marbre, formant une mosaïque très-fine. La voûte en ca- 



189 

lotte {n° 3) étoit enrichie intérieurement de grotesques exé- 
cutées en mosaïque, ainsi qu'on pou voit en juger par le peu 
qui en restoit, car cette partie de Tédifice étoit en assez mau- 
vais ordre, à la différence des plafonds de trois des bas-côtés 
(n« 4), où subsistoit encore dans chaque milieu une composi- 
tion d'ornements de fort bon goût, peinte à fresque, telle 
qu'on la verra représentée dans la planche suivante. Des mar- 
bres rares, de diverses couleurs (n« 5), mais dont la plus 
grande partie paroissoit avoir déjà été arrachée lorsqu'on fit 
la découverte de cet édifice, en incrustoient toutes les mu- 
railles. Les colonnes (n® 7] se montrent dans leur ancienne et 
première position, c'est-à-dire isolées : elles ne paroissent 
plus du côté n" 6, et à leur place sont les nouveaux murs, les 
portes des chambres pratiquées aux encoignures, et de petits 
pilastres, dont les chapiteaux, faits de pièces de rapport, re- 
çoivent la retombée de l'archivolte des quatre grandes arca- 
des qui, dans la dernière construction, partagent l'édifice, et 
lui font avoir, par le plan, la forme de ce que nous appelons 
une croix grecque. 

Figure 9. 

Compartiment d'ornements du genre de ceux auxquels on 
a donné le nom de grotesques, et qui étoit à fresque dans le 
plafond d'une des galeries du précédent édifice. G'étoit dans 
celle qui fait face à l'entrée de la salle. Les plafonds des par- 
ties latérales ne différoient pas beaucoup de celui-ci par la 
composition générale, et ne pouvoient varier que dans les 
détails. On voit au centre, dans une forme octogone, une 
figure ailée dont on trouvera la représentation plus en grand 
dans le morceau suivant. 



lÔO 



Figure 10. 

La déesse Flore : elle voltige dans les airs et se pare d'une 
couronne de fleurs. Cette peinture, celle qui la suit, et une 
troisième dans laquelle M. de la Chausse a cru reconnoître 
l'apothéose de Faustine la jeune, et qui étoit dans le même 
lieu, sont encore du nombre de celles que Pietre-Sante a pu- 
bliées dans son ouvrage des peintures antiques, maisavecles 
mêmes défauts qu'on a déjà fait observer. 

Figure 11. 

L'Aurore précédée d'une des Heures, et toutes deux por- 
tant des couronnes et les fleurs dont elles vont embellir la 
surface de la terre. L'ancien peintre a judicieusement vêtu 
ces figures d'étoffes fines et légèrement teintes de couleurs 
douces et changeantes. Ce sujet occupoit le milieu du plafond 
dans la partie marquée 3 sur le plan. 

AUTRES PEINTURES DONT ÉTOIENT ORNÉS LES THERMES 

DE TITUS. 

Figures 12, 13 et 14. 

Ce morceau de peinture et les deux qui le suivent, et qui 
étoient à sa droite et à sa gauche, composoient ensemble une 
espèce de frise dans une des chambres des Thermes de Titus. 
Je n'ose assurer que ce fut dans l'édifice par où l'on a fait 
commencer ce recueil, quoique j'y voie quelque vraisem- 
blance. Ce que je puis donner pour constant, c'est que la 
peinture étoit placée au-dessus de la porte d'entrée de la 
chambre qui en étoit décorée, et, pour en achever la descrip- 



191 

lion, j'ajouterai que dans la partie du milieu, à travers d'une 
ouverture précédée par un porche soutenu de colonnes, dont 
celles qui se présentent les premières sont cannelées en spi- 
rale, Ton remarque la déesse Bellone qui, appuyée sur son 
bouclier, le casque en tête et couronnée de lauriers, tend la 
main à une femme qui l'aborde en suppliante, et qui, tenant 
une branche d'olivier, représente sans doute la Paix, ou 
quelque province lasse de se voir désolée par la guerre. 

Dans le tableau à gauche, marqué de la lettre A, Hercule 
se sépare de la déesse des combats, et pari sur l'assurance 
qu'elle lui donne des plus heureux succès. Cette même or- 
donnance, représentée fort grossièrement sur un verre anti- 
que, a été rapportée par l'illustre sénateur Buonarruoti dans 
ses savantes observations sur des fragments de verres anti- 
ques, pL 27, p. 184. Le savant antiquaire est persuadé que 
c'est Pallas introduisant Hercule dans le séjour des dieux. 

La même déesse paroît assise dans le tableau à droite mar- 
qué B, et met une bourse entre les mains d'un athlète dont le 
bonnet annonce une origine phrygienne. 11 a pour arme une 
espèce de javelot muni à son extrémité d'un harpon ou cro- 
chet, semblable à celui qu'on voit entre les mains de Persée 
sur quelques pierres gravées antiques, et qu'on croit être 
l'arme que les Grecs nommoient harpe. Ces deux derniers 
sujets se font voir à travers l'ouverture d'une porte, couron- 
née d'un fronton ceintré et revêtue de marbres précieux. 

Figure 15. 

Thésée, suivi d'un autre héros de la Grèce, combattant 
contre deux amazones, reconnoissables à la forme de leur 
bouclier et à l'habit court dont elles sont vêtues; il lance 
contre elles une balle de cuivre. Cette peinture, dont on ne 
peut trop admirer la belle ordonnancp, a reparu en 1684, 



192 

près du bâtiment des Sepi 8alk8,dexis les ruines des thermes 
de Titus; et ne dirolt-on pas qu'Aonibal Carrache en ayoit 
déjà eu connoissance? Car peut-on désirer plus de confor- 
mité qu'il 7 en a entre l'attitude de la première des deux 
amazones, qui darde un javelot, et la position du soldat au- 
quel il a fait faire un semblable mouvement dans son tableau 
de Persée, de la galerie Farnèse? Il n'est point douteux que 
ce grand peintre a visité les thermes de Titus, et que^ touché 
de l'excellence des peintures antiques qu'il y vit, il en a des- 
siné plusieurs. Il a donc pu entrer dans le souterrain qui ren- 
lermoit celle-ci, et, loin de lui vouloir faire un crime d'avoir 
profité de sa découverte, il n'en est, à mon avis^ que plus 
estimable. Son bon choix fait l'éloge de son goùt^ et la beauté 
supérieure de l'attitude qu'il s'est appropriée montre en 
même temps de quelle utilité est, pour les artistes les plus 
consommés, l'étude de l'antique. 

Figure 16. 

Une femme attirant à elle un homme qu'elle tient par la 
main. Peut-être Vénus et Anchise. Le dessein marque que 
cette peinture étoit voisine d'une porte indiquée par la lettre 
G ; mais, n'ayant pas le plan de l'édifice auquel cette lettre 
renvoyoit, l'on ne peut dire positivement en quel endroit des 
thermes de Titus ce morceau a été découvert. 

PEINTURES QUI ONT ÉTÉ TROUVÉES A LA PIN DU SIÈCLE DERNIER 
DANS DES TOMBEAUX , EN FOUILLANT LE TERRAIN DE LA 
VIGNE GORSINI, HORS DE LA PORTE SAINT-PANGRAGE A ROME. 

Figure 17. 

La décoration intérieure d'une de ces chambres sépulcra- 
les^ auxquelles la disposition des urnes funéraires dans des 



193 

niches à plusieurs étages, a fait donner anciennement le nom 
de columbarium. Chaque famille un peu puissante avoit or- 
dinairement la sienne. Les quatre faces de celle-ci présen- 
toieut une décoration uniforme. On a choisi celle où étoient 
placéts la porte (n* 1) par laquelle on descendoit autrefois 
dans ce tombeau^ et une petite fenêtre (n® 2) qui y faisoit en- 
trer un irès-foible jour, cette fenêtre éiant au milieu de deux 
génies et au-dessous d'un enlassement de ceps de vigne qui 
étoient peiuts en cet endroit sur le mur, c'est-à-dire dans la 
partie ceintrée la plus voisine de la yoûie. Le .surplus des 
murs en contre-bas étoit^divisé eu trois parties,, à peu près 
égdlts, par un membre d'architecture, et par des bandes al- 
ternativement peintes en bleu et en ciuabre. La plus élevée 
étoit la plus eorichie; on j voyoit peints des vases et des 
guirlandes cTe fleurs, et dans toutes les trois étoient creusées 
dans le mur et arrangées symétriquement, à l'aplomb l'une 
de l'autre, quatre rangées de niches (o* 3) en forme de cul 
de four, renfermant chacune deux urnes cinéraires dont il ne 
paroissoit que le couvercle, le surplus étant maçonné dans 
le mur. Le nom des personnes auxquelles appartenoient les 
cendres étoit écrit dans des cartels (n® 4) placés et peints au- 
dessus de chaque niche; mais le temps a voit tellement effacé 
ceux-ci qu'à peine en put-on lire quelques-uns. L'échelle qui 
accompagne ce dessein sert à en mesurer toutes les parties, 
et fait voir que cette chambre avoit en carré dix palmes et 
demi, ou un peu plus de sept pieds. Pietre-Sante avoit déjà 
présenté dans son livre des Sepolcri antichi {pL 6) la m^e 
décoration de chambre dans un autre aspect. 

Figure 18. 

Compartiment d'ornements, peints dans le plafond de la 

précédente chambre sépulcrale. On y aperçoit au centre un 
T. VI. m 



194 

cheval ailé qui, dans la théologie des païens, étoit destiné à 
transporter les âmes au séjour des bienheureux. Gq plafond 
se trouve encore gravé par Pieire-Sante Bartoii dans l'ou- 
vrage que je viens de citer (jd. 6), mais les proporticxis en 
sont différentes. 

Figure 19. 

Grotesques peintes dans la partie ceintrée, appelée lunette^ 
d'une des chambres sépulcrales de la vigne Corsini. Entre des 
guirlandes de fleurs et divers iostruments de musique, des 
flûte? à plusieurs tuyaux, des cymbales et des tambours de 
bacchantes, parott un petit tableau dans lequel deux aigles 
semblent veiller à la garde d'un vase rempli de nectar. Piètre- 
SantB a gravé cette composition dans la neuvième planche 
de son Uvre des Sépulcres antiques. 

Figure 20. 

L'intérieur d'une autre chambre sépulcrale, magnifique* 
ment décorée, et qui fut déterrée au même endroit que les 
précédentes. Elle a été pareillement gravée et publiée par 
Pielrt-Sante dans l'ouvrage cité ci-dessus (pL 13), mais avec 
bien moins d'exactitude qu'on ne le fait ici, cet artiste n'ayant 
pas même eu la précaution de graver sa planche au miroir, 
afin qu'elle ftt voir à l'impression les objets du même sens 
que dans Toriginal. Le sujet peint dans la partie ceintrée, ou 
lunette, représente une âme qui traverse le Cocyte, et qu'at- 
tendent d'autres âmes qui jouissent du bonheur de l'Elysée. 
On voit plus bas un grand sarcophage de marbre blanc, logé 
dans le mur et destiné à renfermer les cendres de celui qui 
avoit fait la dépense de ce monument. On peut croire que 
c'était un homme riche en terres et en biens de campagne, 
et que, pour se nourrir de cette douce idée, même dan» le 



àSH 

tombeau, il a voulu qu'on représeat&t, dans le tableau qui 
sert de couronuement à son sarcophage, le paysage et tous Ie3 
animaux domestiques dont il est meublé, et dont il fut pos- 
sesseur pendant sa vie. Le jeune bomoie et le \ieillard qui 
sont aux côtés de cette peinture, et qui soutiennent au-des* 
sus une guirlande de fleurs, font souvenir que la mort exerce 
son pouvoir sur tous les Âges. L'on a dans le contour exté- 
rieur le profil de l'édifice, qui étoit revêtu de grands pil(fêtres 
d'ordre corinthien, et l'on remarque dans l'épaisseur des 
murs le renfoncenient des niches et comment y étoient ma- 
çonnées les urnes cinéraires. Ce tombeau étoit celui de P. 
JEuvs Trofimus, et devoit aussi servir aux familles de ses 
aifranchis. C'est ce que dit l'inscription qu'on voit au pied 
du dessein, et qui est la même qu'on trouva placée au-des- 
sus de la porte par laquelle on entroit dan^ ce sépulcrç* 

Fifpuu atn 

Les peintures du plaiond du précédent tombeau; elles sont 
d'un goût exquis, n'ont point encore été données, et servi- 
ront à compléter ce que Pietre-Sante a publié des tombeaux 
de la vigne Corsini dans son ouvrage des Sepolcri antichi. 
On sait que Mercure étoit chargé de conduire les Ames aux 
enfers; aussi occupe- t-il la principale place dans cette com- 
position d'ornements. Les pavois qu'il tient sont une image 
du sommeil éternel dans lequel les hommes sont ensevelis 
après leur mort. 

Figure 22. 

Autre compartiment d'iurnemeots peint dans le plafond 
d'une des chambres sépulcrales de la même vigoe Corsini. Il 
a le même mérite que le précédent, celui de paroltre pour la 
premi^ fois et d'être agréablement oomposé. 



«08 

U copiei semble étie ud indice de plusieurs autres peinbiies 
qui avoient été dessinées dans le même lieu, et je regrette 
fort de ne pouvoir point en donner Texplleation ni la figure. 

Figure 37. 

Une vieiUe femme assise t terre et se reposant. Une q^ 
nouille qui est entre ses bras lui a fait donner le nom d'une 
des Parques. Ce fragment de peinture antique, qui, pour la 
manière, est tellement dans le style de Michel Ange qu'on le 
prendroit aisément pour une des productions de ce grand 
artiste, faisoit autrefois partie d'une composition d'ornements, 
à en juger par les arradiemenls de rinceaux et de feuillages 
qui sont demeurés dans le fond. Il fut découvert en 1656 sur 
le mont Gelio^ dans les ruines qu'on prétend avoir appar- 
tenu au palais de la famille des Laterani, et se conserve dans 
le palais Barberin. On en avoit déjà une représentation, mais 
fort imparfaite, dans un Traité de la peinture dee ancieiu, 
écrit en anglois par George Tumebull, et imprimé à Lon<* 
dres en 1740. 

Figure 38. 

Le fragment d'une fï*ise dans laquelle des enfants se jouent 
avec Un rinceau d'ornement, qui, au lieu de fleurs, produit 
en quelques endroits des animaux et des figures fantastiqnes. 
L'etécution en est excellente, à ce qu'assurent ceux qui ont 
considéré dans le palais Farnèse cette peinture antique; eOe 
y a été transférée des ruines de la ville Adrienne, et Fabbé 
liu Bos en parle dans l'endroit de ses Béfkxions critiques, où 
il fait rénumération des^ peintures antiques qu'on voyoità 
Rome dans le temps qu'il y étoit. 



199 



Figun 98. 

Un autre fragment de frise dans laquelle sont représentées 
des femmes ailées ou des Victoires. Elles posent sur des fleu- 
rons en forme de plateau^ d'où prennent naissance des rin- 
ceaux d'ornements de fort bon goût. Gemon«au de peinture» 
qui plattdans sa noble simplicité^ fut découvert en 1689 dans 
une vigne hors de la porte Saint-Sébastien, vis-à-vis de la 
cbapelle qui a été construite à l'endroit où Jésus-Christ ap* 
parut à saint Pierre et lui prédit le genre de son martyre, et 
qui, pour cette raison^ a retenu le nom de Dmnine quo vadis» 

Figure 30. 

La pompe d'un triomphe. Celui qui jouit ici de cet hon« 
neur suprême est monté dans un char attelé de deux che- 
vaux richement harnachés et ayant sur la tête des aigrettes 
d'or, n est revêtu de l'habit dont se parolent les triompha» 
leurs; c'étoit une étoffe de pourpre brodée en or. On nom- 
moit cette robe toga picia, et, si l'on est curieux de savoir 
|Aus particulièrement en quoi elle consistoit, je conseille de 
lire ce qu'en a écrit le sénateur Baonarriloti dans ses excel- 
lentes ObservaHons sur des fragmenté de verres antiques 
(p. 247 et suiv.). Le triomphateur donne de la main droite 
un signal. Je ne doute point que ce ne soit celui d^une distri^ 
bution de grains; elle me semble indiquée par les différentes 
mesures éparses à droite et à gauche du char, et que se dis- 
putent deux groupes d'hommes qui veulent se les approprier. 
Quatre cavaliers marchent sur les côtés du même char, et 
portent de longues trompes. Ce sujet intéressant le devient 
encore davantage par la façon dont il est agencé. 11 occupe la 
partie supérieure d'un grand tapis d'étoffe verte rayée de 
jaune^ qui paroit un ouvrage égyptien^ la bande, ou ce qui 






100 

sert de bordure au tapis, étant remplie de divinités de ce 
pays et de prêtres de la même nation, qui leur rendent un 
culte religieux. 

Ce qui est écrit au bas du dessein nous avertit que cette 
peinture avoit son pendant, et que, pour en donner une re- 
présentation fidèle, il avoit fallu recourir h un autre dessein 
qu'avoil fait faire le commandeur Charles- Antoine dal Pozzo, 
dans le temps que l'ouvrage étoit plus en son entier, et avant 
que le cardinal Massimi eût fait enlever de dessus la muraille 
la partie qui représente le triomphe. 

On auroit pu observer encore que cetle peinture étoit un 
ouvrage de marbres de rapport ; que dans celle qui en fai?oit 
le pendant, l'enlèvement d'Hylas étoit représenté en place du 
triomphe ; que l'une et l'autre entroient autrefois dans la dé- 
coration d'un ancien édifice converti en une église, aujour- 
d'hui détruite, nommée Saint-André in Barbara, dans le 
voisinage de Sainte-Marie-Majeure, et que le palais où le 
cardinal Hassimi les avoit fait transporter .est le même qui, 
après avoir été occupé par le cardinal Nerli, l'est aujourd'hui 
par la famille Albani, aux Quatre-Fontaines. Tout cela se 
trouve rapporté dans le premier volume de l'ouvrage du 
Giampini, intitulé : Volera monimenia, avec une représen- 
tation fort mauvaise de ces deux anciennes peintures et une 
explication qui est particulière à cet auteur, et à laquelle je 
n'ai pas cru devoir me conformer. 

Figure 31. 

Un tableau en mosaïque, que l'écrit joint au dessein dit 
avoir été trouvé dans un jardin appelé del Carciofalo(i), Le 



(1) C'est-à-dire de Y Artichaut. 



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201 

combat du myrarillon et du rétiaire, et la yictoire que Tun 
de ces deux gladiateurs remporte sur son adversaire^ y soDt 
représentés. Cette double action met deux sujets dans tak 
même tableau qui, comme l'on voit, se trouve partagé en 
deux portions «égales. Dans la première, un rétiaire nommé 
Kalendio. la tête découverte, et n'ayant pour toute défense 
qu'un petit bouclier carré, posé sur le haut de l'épaule gau- 
che, reconnoissable surtout au trident que le peintre a eu 
soin de représenter auprès de ce gladiateur et qui étoit en 
effet l'arme dont il se servoit, attaque vivement le myrmil- 
lon, et ce dernier, couvert de son large bouclier, le casque 
en tête et Tépée à la main^ s'avance avec fermeté, quoique 
enveloppé de l'ample filet que le rétiaire a déjà jeté sur lui. 

Chaque gladiateur avoit son nom de guerre, et le myr- 
millon est appelé ici àstianax. Ils avoient aussi des maîtres 
de qui ils df^pendoient, qui les louoient et qui présidoient à 
leurs combats. Le rétiaire est suivi du sien, qui, revêtu d*une 
tunique singulière et une baste à la main, étend le bras droit, 
et par ce geste excite les deux combattants à ne se point mé« 
nagf'r. 

La ^ de leur combat est exprimf^e dans la seconde partie 
•du tableau; Le rétiaire, qui a changé d'arme, et qui n'a ep 
main qu'<ine courte épée, a reçu une blessure et est renversé 
à terre, prêt à eipirer; aussi l'inscription du tableau porte- 
t-elle qu' Astianax est vainqueur : Astianax vicit, tandis 
qu'à la suite du nom de l'autre gladiateur Ealendio, on voit 
la même note (1) qui étoit d'usage dans les jugements, et 
qui, lorsqu'elle accompagnoit le nom d'un criminel, appre- 
noît qu'il étoit condamné à mort. C'est une lettre traversée 



(1) Cette note se rencontre encore sur quelques inscriptions fu- 
néraires rapportées par Gruter,etce savant aniiquaire ne iuidonne 
pas d'autre signification que la mienne. {Note de MarieUe,) 



90» 

diagonalement par une ligne droite, qui répond au mot Oc- 
CiMT, il est mort, ou bien un e, première lettre du mot 
dPonwtoc, qui, chez les Grecs, étoit le nom de la mort, et c^ést 
dans ce sens qu'Ausone l*à employé et en a Eait le jeu de sa 
cent vingtième épigramme contenant une invectite qui finit 
parcerers: 

Tuumque nomen sectilU dgnet. 
Et qu*an Ihéla tranchant soit le seing de ton nom. 

Les deux gladiateurs, dans cette partie supérieure du ta- 
bleau, sont accompagnés du maître auqudils appartiennent, 
et celui qui est derrière le rétiaire parott être accouru^ar 
le secourir. 

Cette peinture me parott avoir été faite sur le modèle de 
celles qu'on exposoit en public, lorsqu'il faHoit annoncer au 
peuple des combats de gladiateurs. Cesi une mosaïque, et 
comme des personnes qui l'ont vue dans le palais Hassimi 
m'ont assuré que le travail en étoit médiocre, et même assez 
grossier, je ne soupçonne pas sans fondement qu'elle a pu 
faire le pavé de quelque salle d'exercice ou d'escrime. La 
bordure qui l'entoure vient encore à l'appui de ma Conjec- 
ture : elle est d'un genre singulier, et dont il y a des^Àem* 
pies dans les pavés des anciens. 

Figure 32. 

Ce pavé de mosaïque a trente palmes ou vingt et un pieds 
en tout sens, et, sur un fond composé de petits cubes^de verre 
blanc, l'on voit représentées Âmphitrite et trois nymphes, 
divers poissons et des amours tenant des tridents : toutes ces 
différentes figures exprimées au moyen de l'assemblage de 
petits uvorceaui de verre coloriés en noir. 

l^gwj^ M. de la Chausse en donna l'explication dans )e 



SOS 

livre des Peintures antiques, il faut croire cpi'il n^étoit guidé 
que par Testampe qu'en a gravé Pietre-Sante, et qui n*est 
pas autrement exacte ; s'il eût vu le monument en original, il 
n'auroit pas manqué de faire observer le rond de porphyre 
qui est au centre, et qui, percé de huit trous dans les inter- 
valles des rayons d'une étoile en bas-relief, servoit d'issue à 
l'eau qui pouvoit se répandre autrefois sur ce pavé. Car 
c'étoit, il n'est point douteux, celui d'une salle de bains. Ces 
trous conduisoient l'eau dans un puisard , et de là dans un 
aqueduc qui déboucboit dans les cloaques publics. La dé- 
couverte qui se fit de ce superbe pavé fut accompagnée de 
celle de quantité de tuyaux qui n'eurent jamais d'autre destin- 
nation que celle de conduire de l'eau dana cette chambre 
pour le besoin des personnes qui y prenoient ]e bain. 

M. de la Chausse a cru que la chambre se remplissoit en-» 
tiërement d'eau, et qu'elle devenoit alors un lieu propre à 
donner des leçons à ceux qui vouloient apprendre à nager ; 
qu'elle faisoit partie de la piscine publique dont Cicéron fait 
mention dans une de ses lettres à Quintus, son frère, et, pour 
le mieux établi r^ il suppose que ce pavé a été trouvé près de 
la porte Saint-Sébastien, autrefois la porte Capetta, et que 
c'étoit en cet endroit qu'étoit située la piscine publique. En 
quoi cet habile antiquaire me parott se tromper d'autant 
plus manifestement que, dès le temps du grammairien Sex- 
tus Pompeius Festus, qui a vécu sous les premiers empereurs 
chrétiens, il ne restoit absolument plus rien de la piscine pu- 
blique. Cet auteur nous apprend qu'elle étoit entièrement 
détruite et qu'on n'en parloit que par tradition. Ajoutez que 
ce morceau de mosaïque, déterré en 1670, n'a pas été dé* 
couvert où H. de la Chausse voudroit leplacer ; il a été trouvé 
au pied du mont Celio, un peu au delà des ruines du grand 
cirque, dans le môme jardin dit del Carciofàlo, où étoit le 
{)avé dont on vient de voir la représentatitm dans la préc6« 



90* 

deote figure. Tous deux indtqiaent qu'il y avoit eu en cet en- 
droit un lieu d'exercice et de bains. L'un n'alloi^ en effet, 
presque jamais sans Vautre. 

Figure 33.. 

Ce morceau d'antiquité n'a rien de commun ayee la pein- 
ture antique ; mais, comme il fdisoit partie des desseins qu'on 
donnoitau public, on a cru, pour ne rien laisser perdre d'un 
» précieux recueil, devoir le faire pareillement graver. On 
y a la coupe d'une portion du mont Esquilin et des b&ti- 
ments souterrains qui y furent découverts en 1684, à l'occa- 
sion d'une nouvelle rue qui fut ouverte en ce temps-là sur 
la croupe de cette montagne, du càté qui regarde la petite 
place appelée Suburray et voici en quoi ils consistoient : 

i . Une chambre souterraine, en manière de tour voûtée, 
qui a servi de prison h mni Laurent, diacre de l'Eglise ro- 
maine et martyr. — 2. La fontaine dans laquelle fe saint 
diacre baptisa saint Hyppolite. -^ 3. Escalier servant à des- 
cendre dans ladite prison. — 4. Corridor pratiqué sous terre, 
et qui conduit à la prison de saint Laurent. — 5. Terre-plain. 
•— 6. Dessus du terrain étant au pied du mont Esquilin. — 
7. Chambre souterraine dont tous les murs, et jusqu'à la 
voûte, se trouvent revêtus d'une mosaïque de coquilles et de 
morceaux de verre coloriés. — 8. Aqueduc antique.— 9. Por- 
tique au-devant de cet aqueduc^ formé par un rang de co- 
lonnes doriques enduites de stuc sur un noyau de pierre de 
tévertin. — 10. Chambre aiossée à l'aqueduc et prise dans 
le massif du terrain. Sa construction étoit de briques posées 
sur l'angle, ou diagonalement, ce que les anciens appeloient 
opus reticutatunif à cause de U ressemblance du parement 
d'une semblable muraille avec les mai»lesd'un filet. — 1 1. Por- 
tion 4u mont Esquilin aplanie pour la construction de nou- 



• 

vâliS maisons, — 12. Maisons nouvellement construites. -^ 
' 43. Ouverture d'une nouvelle rue. — 14. Porte qui est dfflis 
l'église de Saint-Laurent in fonte, et qui aboutit à des degrés, 
et ensuite au cor lidor par lequel on arrive à la prison de saint 
Laurent. — 15. Porte antique revêtue de pierre de tévertio. 
11 y a apparence qu'elle donnoit entrée dans une chambre 
souterraine qui fut délruite lorsqu'on fit le corridor n® 4. 

— En Ute du recueil des dessins originaux, donnés au eabi* 
net des estampes par M. de CayluSj se trouve ce titre : Desseins 
originaux, par Pietre-Sante Bartoli, de peintures antiques 
trouvées à Rome , lesquels M. le comte de Caylus a acquis, 
fait graver et fait casser les planches après le tirage de trente 
exemplaires, dont l'un a été donné par lui à la bibliothèque 
du roi, en 1764. Le discours préliminaire est de M. le comte 
de Gaylus, l'explication des dessins par Mariette^ celle du pavé 
en mosaïque de Palestine par M. l'ahbé Barthélémy (1). Cette 
rare et magnifique édition a coûté plus de douze mille francs 
à H. le comte de Caylus, non compris les frais de l'enlumi- 
nure de chaque exemplaire lait sous ses yeux, dont il avoit 
fixé le prix à trois ceots livres^ qui ont été payées par ceux à 
qui cet illustre bienfaiteur des lettres et des arts a fait présent 
de ce livre. Enfin ce titre lui-même est précédé d* une feuille où 
SI. Joly avoit mis le portrait du comte de Caylus ; la feuille a 
en haut un commencement de déchirure expliquée par cette note 
de M. Joly : Remarque. Après avoir fait relier curieusement 
ce corps de desseins, il me dit en le lui montrant que j'avois 
trop bien habillé son livre; puis^ en le feuilletant^ il aperçut 
son portrait que j'avois mis à la tête. M. de Caylus s'en lâcha 
si bien qu'il auroit continué de déchirer le feuillet, si je ne 
lui eusse ôté le volume des mains. 



(1) Elle a été réimprimée dans ses œuvres. (Ed.) 



9M 

Apri$le9 deiêxdiêmtaiiaM copUm àh mmn, ^miêUiu 
iSfsins SB Ut cetie note de la main même de M. de Cayluê : 
Ces 33 desseins, que j'ai trouvés par hasard dans Paris, sont 
de la main de Pietro-Santo Bartoli^ et ont été faits d'après 
des peintures antiques trouvées à Rome, et qui ne subsistent 
plus. J'en ai fait graver lé trait que j'ai donné h ceux qui ont 
bien voulu faire la dépense de le faire enluminer, et je puis 
assurer qu'il n'y en a que 30 exemplaires dans l'Europe, 
ayant pris soin de faire casser les planches après en avoir 
tiré ce nombre.— Je joins à ce recueil cinq nouveaux dessins 
que j'ai acquis depuis que les 30 exemplaires étoient distri- 
bués; ils ont le même objet et me paroissent mériter d'être 
également conservés. 

A la fin se trtmvent aussi ces deux notes : Les cinq desseins 
de peintures antiques qui suivent sont encore de la main de 
Pietre-^nte Bartoli; ils ne sont pas gravés dans l'édition 
singulière et rare des peintures que M. le comte de Caylus 
vient de donner, parce qu'il n'en a fait l'acquisition qu'après 
l'impression de son livre. 

'^ Ce fut H. l'abbé Campion de Tersan qui indiqua ces 
cinq desseins à M. de Caylus, qui les joignit à ce présent re* 
cueil^ après la rare impression qu'il venoit d'en faire faire; 
il s'étoit bien promis de les faire graver et de les ajouter dans 
son livre des Antiquités^ mais sa mort a devancé ses intentions. 
Le sixième dessein est aussi de la main même de Piètre- 
Santé; il a été donné, depuis la mort de H. de Caylus, par 
un artiste habile et modeste qui s'est cru suffisamment ré- 
compensé que de coopérer è la générosité de ce seigneur qui, 
pour rhonneur des arts, avoit fait don au cabinet du roi de 
ces précieux dessins par lui commentés ; son regret est celui 
de ce que le hasard ne lui ait fait tomber dans le^ mains que 
ce seul dessin de celte suite, pour en augmenter le recueil 
mss. du roi. 



^ 207 

l£ê trois premiers n"mi pas 4eUge$a$^ OnÏÏt $m ItfM^ 
irième ; Pavimento del tempio di Bacco, fori di porta Vimî- 
sale nella >ia Numentana a mano màncha à S. Gostanza 
consagrato da Alesandro IV, Tanno 1255, deUtfnobil lamiglia 
de GoDti. Il faui ajouter aussi que Didoi, en 1783, a réitnr 
primé ioui ce volume auquel il en a joint un second, également 
composé de peintures antiques^ et un troisième comprenant le 
travail de Vabbé Bive sur la pyramide de Cestius. Le Cabinet 
des estampes m possède un admirable exemplaire sur vélin. 



II 



DSTOIRE DES GRAVEURS SUR PIERRES riNBS. 

Nous nVons pas ii donner ici le Traité des pierres gravées de 
Mariette. Outre qu*il est bien connu, 11 ne se rapporte guère qu^à 
Tantiquité dans Télude de laquelle il a été dépasaé par les travaux 
de Tërudition moderne, et une partie né se peut pas séparer des 
planches; mais nous en extrayons le travail distinct que Mariette y 
a oensacré aux graveurs sur pierres, qui ont travaillé du quinzième 
au dix-huitième siècle. C'est le complément nécessaire des notes 
de son Abecedario. 

Il semble qu'il manqueroit quelque chose à l'histoire des 
arts, si elle ne mareboit aocooipagDée de œlle des artistes 
qui s'y sont distingués. Étroitement liées Tune avec l'autre^ 
elles se prêtent un mutuel secours; et je n'eus pas plutôt 
entrepris d'écrire sur les pierres gravées, que je sentis la né- 
cessité d'j joindre tout ce que je pourrois découvrir concer- 
nant les habiles gens qui ont mérité quelque réputation dana 



l'exej%ice de la gravure en pierres flnes. Je devois embrasser 
tous les siècles, et, après avoir parcouru Tantiquilé, je me 
proposois de descendre dans les derniers temps ; je complois 
nommer tous^s grands artistes dont nous admirons les ou- 
vrages ; j'aurois décrit leurs plus belles gravures, et j'aurois 
tâché, en faisant connoltre les différentes manières, d'appré^ 
cier le mérite de chacun de ces hommes rares. Voilà le plan 
que je m'éiois tracé; mais, n'ayant absolument rien trouvé 
dans les auteurs, touchant les anciens graveurs qui ont il- 
lustré la Grèce, ou qui ont travadlé à Rome, au delà de ce 
que j'en ai dil dans le précédent traité, je suis contraint de 
me renfermer dans la seule histoire des artistes modernes 
qui ont paru depuis la renaissance des arts. 

Quelques recherches que j'aie faites sur ce sujet, quelque 
exactitude que je me sois prescrite, il ne faut pas toutefois 
s'attendre à une histoire bien suivie ; Its mémoires me man- 
quent et ne me permettent pas d'entrer dans des détails, en- 
core moins de remplir une infinité de vides qui se présente- 
ront. Je ne puis m'aider que de ce que le Vasari a écrit 
autrefois, d'un petit nombre de faits que mes lectures m'ont 
fournis, de ce que M. le chevalier François Vettori a recueilli 
lui-<même dans un ouvrage qui a paru à Rome en 1739 (l;, 
et de quelques mémoires particuliers qui m'ont été commu- 
niqués. Cela ne fait pas un tout bien considérable ; mais, 
dans un exposé d'événements où l'imagination ne doit entrer 
pour rien, ne vaut-il pas mieux montrer de la disette que 
d'être abondant aux dépens de la vérité? . 

Dio9coridey SoUm^ et ces autres artistes grecs du premier 
ordre, qui vinrent s'établir à Rome sous Auguste, y apportè- 



(i) 11 est intitulé : Dissertatio glyptographica, et j*en parlerai 
dans la Bibliolttèque daetyiiographique qui va suivre» 



rent, comme on a vu, Tart de la gravure en pierres fines, et, 
s'unissant à cette foule de grands hommes^ qui^ dans tous les 
talents, travaillolent à immorlaliser cet heureux siècle et à 
lui faire disputer de célébrité avec celui d'Alexandre^ils firent 
revivre les Appollonides, les Cronius et les Pyrgoièles. Des 
Romains (i), ou plutôt les esclaves des personnes les plus 
qualiËées d'entre eux, furent bientôt associés à de^ travaux 
si recommandables ; Fart qu'ils culti voient acquit un grand 
crédit et se soutint dans un état florissant jusqu'au règne de 
Septime Sévère, et même jusques sous les Gordiens. M. de 
Thoms possédoit une tète d'Ântonin Fie, excellemment gravée 
en relief par un Grec nommé JUaxalas, et l'on a pu voir, dans 
la collection de M. Crczat (2), deux agates-onyx dont le tra- 
vail éloit digne des meilleurs maîtres, et sur lesquelles étoient 
représentées en creux les têtes de Gordien le père et de Gor- 
dien le fils^ surnommés d'Afrique. 

Tous les règnes des empereurs ne fuient pas cependant 
également féconds en babiles graveurs; on a remarqué que 
ceux où il se fil un plus grand nombre et de plus belles 
gravures, furent constamment ceux qui ont produit les mé- 
dailles les plus parfaites ; d'où l'on pourroit inférer que, 
comme il s'est vu dans ces derniers temps des graveurs en 



(i) Il est fait mention dans le recueil des inscriptions de Gruter 
d^un Romain, nommé Marcus Canuleius Zosimui^ qui excelloit dans 
Fart de la gravure^ à laquelle on avait donné le nom de Clodienne^ 
c^est-à-dire le nom de celui qui s'y éloit distingué le premier; 
mais cette espèce de gravure, dont on enrichissoit les vases d'ar- 
gent, se faisoit au ciselet, ainsi que Tobserve Pline, et par consé- 
quent cet artiste, dont Pomponius Gauricus voudroif, ce semble, 
faire un graveur en creux, ne doit être considéré qne sur le pied 
d'orfèvre pris à toute rigueur. Inscrip. Grut. DGXXXIX, 12. Plin., 
libr. XXXIV, c. ii, Pomp. Gaur. sub fine libri de Claris sculptoribus. 

(2) Elles sont indiqur^esdans la dpscription sommaire des pierres 
gravées de iM. Crozat^ sous les n»* 353 et 355. 

T. VI. n 



pierres fines être ep même temps graveurs de médailles, de 
même chez les anciens ces deux professions, qui ont beaucoup 
de rapport entre elles , oot pu souvent se trouver réunies 
dans la même personne. Ce qui doit parottre singulier, c'est 
qu'il n'y ait dans la langue latine aucun terme pour désigner 
expressément les graveurs en pierres fines, tandis que les 
autres artistes y sont tous distingués par des noms particu- 
liers, ainsi qu'on peut le remarquer dans les écrits des an- 
ciens, et surtout dans les inscriptions. Ni le mot Gemma^' 
ritÂS (1), ni celui de Flaiurarim sigillariaris (2), qu'on lit 
sur quelques marbres, ne peuvent s'entendre que d'un mar- 
chand de pierres précieuses, ou d'un metteur en œuvre qui 
monte des cachets. 

L'art de la gravure étoit cependant assez estimé dans Rome 
pour mériter, autant qu'aucune autre profession^ d'avoir un 
nom, et, si on ne lui en connott pas en latin, on doit supposer 
qu'étant venu tard dans cette ville, et n'étant presque jamais 
sorti d'entre les mains des Grecs, on y négligea de créer un 
nom appellatif pour ceux qui l'exerçoient, peut-être même 
leurconserva-t-on celui qu'ils avoient apporté de leur pays (3). 
Le grec n'étoit point alors une langue étrangère pour les 
Romains; tous ceux qui se piquoient de politesse affectoient 
de le parler. Ou faudra-t-il dire que ces artistes ne firent 
point un corps particulier, et que, confondus avec les orfè- 
vres, ils en prirent le nom en même temps qu'ils furent 
agrégés à leur collège ou communauté? C'est le sentiment 
vers lequel semble pencher M. Gori (4), et il le croit d'autant 
plus probable que, dans les inscriptions qu'on a découvertes 



(1) Apud Fabrellum, Inserip. antiq., c. xi, p. 39, n** 172. 
(2| In Thés. Gruteri, p. DCXXXVIII, ii,6. 

(3) Leur nom grec éioit AaxTuXwyXu\J/oc. 

(4) Golumbar. libert. Liviae Âugust. à Gorio illustrât^, p. 154. 



211 

depuis peu d'années dans la chambre sépulcrale des domes- 
tiques de Vimpératrice Livie, on lit les noms A'Agathopus et 
i*EpitynchanuSj deux de ses affranchis, et que les noms de 
ces deux artistes, qui prennent dans ces inscriptions la qua- 
lité d'orfèvres, sont ceux de deux excellents graveurs, qui ont 
réellement vécu dans le môme temps, je veux dire sous Au- 
guste. Le premier est connu par une très-belle tête d'un il- 
lustre Romain, qu'on voit chez le grand-duc, et que quelques- 
uns ont cru être Pompée, et d'autres M. Brutus, le meurtrier 
de César; le second a exécuté en relief, dans le plus haut 
degré de perfection, une tête de Germanicus César, qui se 
conserve dansle cabinetde Strozzi (4), après avoir appartenu, 
ainsi que la précédente, à M. l'abbé Andreini, de Florence, 
si curieux de ces monuments antiques, et qui savoil si bien 
juger de leur valeur. Ce seroit assurément le plus grand des 
hasards s'il étoit possible qu'il se fût rencontré dans d^ux 
professions différentes quatre hommes contemporains, et 
portant des noms aussi semblables. On peut ajouter que 
saint Augustin, parlant des orfèvres, les qualifie d'twsï^wtVores 
gemmarum (2), comme s'il eût voulu faire entendre que les 
pierres prr^cieus^s acquéroient un nouveau lustre eritre leurs 
mains par l'excellence du travail dont ils les enrichissoient, 
et ce travail pouvoit fort bien être celui de la gravure. 

Elle n'étoit point encore déchue de sa première splendeur, 
lorsque, le si^^ge de l'empire ayant été transféré à Constanti- 
nople et les arts étant repassés en Grèce à la suite du prince, 
celui de la gravure n'éprouva pas un sort moins funeste que 
toutes les autres branches du dessein; il déclina peu à peu, 



(1) Stoscb. Gemm. ant. cœl. Dom. int^ig., tab. v et xxxii, el in 
Mus. Florent., lom. II, tab. i, d<* 2, et tab. ix^ n^ 1. 

(2) \ug., He civ. Dej, lib. XX!I, c. iv. 



212 

et il tomba enfin dans un entier dépérissement. La chute du 
bon goût suivit de fort près celle de l'empire romain. Des 
ouvriers grossiers et ignorants prirent la place des bons ar- 
tistes^ et semblèrent ne plus travailler que; pour accélérer la 
ruine des beaux-arts. Ces geos sans talent avoient une idée si 
imparfaite du vrai beau, leurs yeux éioient tellement fermés 
sui" les objets, même les plus simples, qu'ils se proposoient 
d'imiter, qu'ils ne pouvoient inspirer que du dégoût pour 
des ouvrages qu'ils préseotoieot sous une face si désavanta- 
g use. 

Cependant dans le temps même que ces ouvriers, je ne puis 
1 s appeler d'un autre nom, s'éloignoient à si grands pas de 
la perfection, le croiroit-on, ils se rendoient, sans qu'on j 
prit garde, utiles et même nécessaires à la postérité. On en 
conviendra, si l'on (ait attention que ces artisans, en conti- 
nuant d'opérer bien ou mal, perpétuoient les pratiques ma- 
nuelles des anciens, pratiques dont la perte étoit sans cela 
inévitable, et u'auroit pu que bien difficilement se réparer. 
En effet, combien de travaux à essayer, combien de décou- 
vertes à faire, si jamais ces pratiques avoient disparu, et qu'on 
eût entrepris de les retrouver? D'ailleurs, pouvoit-on se pro- 
mettre que celles qui auroient Hé nouvellement inventées 
vaudroient celles qu'on n'avoit plus? Pour ne point sortir de 
mon sujet, la gravure sur les pierres fines, une fois aban- 
donnée, seroit bientôt devenue un objet de la plus difficile 
exécution, et peut-être même un art impraticable. Que les 
règles du dessein soient totalement oubliées, on peut sup- 
poser que tôt ou tard elles seront restituées dans leur pureté. 
Vimitation de Id nature en est l'objet, et, la nature étant con- 
stante dai.s la formation de toutes &es productions, il ne 
iaut^ pour rétablir le mal, que rencontrer uu génie sensible 
au beau, un sujet dont la mémoire soit heureuse, et qui sai- 
sisse et rende avec justesse ce qu'il voit. Mais il n'en est pas 



213 

de même de la pratique des arts : elle consiste dans un cer- 
tain exercice de la main^ dans une suite d'opérations, dans 
l'emploi et la forme de quelques outils singuliers. Toutes 
ces choses paroissent simples et faciles à ceux qui sont dans 
un exercice et dans un usage actuel; mais, quand on les a 
perdues de vue, ces mêmes choses deviennent pour tous un 
secret, en quelque façon impénétrable. 

Si une tradition non interrompue ne l'avoit enseigné, au- 
roit-on imaginé, par exemple, que la gravure en pierres 
fines s'exéculoit sur le tour, que le fer seul ne pouvoit mordre 
sur la plupart de ces pierres, et qu'encore lalloit-il pour les 
entamer que les outils fussent singulièrement configurés, et 
que le diamant, ce corps si dur, et auquel nulle autre pierre 
ne peut résister, fît plus de la moitié du travail? Pline l'avoit 
bien indiqué, et s'étoit expliqué avec sa précision et son exac- 
titude ordinaire; mais c'étoit si laconiquement que, sans 
Vinspection des instruments, sans une connoist^ance particu- 
lière du mécanisme de l'art, on n'auruil pu profiter peut- 
être de ce que cet auteur avoit écrit, et il seroit resté inintel- 
ligible. Il est donc heureux que l'aride la gravure en pierres 
fines n'ait souffert aucune interruption, et qu'il y ait eu une 
succession suivie de graveurs qui se soient instruits les uns 
les autres, et qui se soient mis à la main les mêmes ouiils ; 
et c'est avec regret que je m« vois forcé de laisser dans l'oubli 
des hommes à qui nous sommes si redevables. 

Ceux d'entre eux qui abandonnèrent la Grèce dans le 
quinzième siècle, et qui vinrent chercher un asile en Italie 
pour se soustraire à la tyrannie des Turcs leurs nouveaux 
u.aîtres, y firent parotire pour la première fois quelques ou- 
vrages, qui, un peu moins informes que les gravures qui s'y 
faisoient journellement, servirent de prélude au renouvelle- 
ment des arts qui se préparoit. Les pontificats de Martin V 
et de Paul U furent témoins de ces premiers essais. Mais 



2i4 

Laurent de Médicis , le plus grand protecteur que les arts 
aient renconlré, fut le principal moteur du grand changement 
qu'éprouva celui de la gravure. Sa passion pour les pierres 
gravées et pour les camées lui fit rechercher, ainsi que je 
Tai déjà, remarqué (1), les meilleurs graveurs. Il les rassem- 
bla auprès de sa personne, il leur distribua des ouvrages, il 
les anima par ses bienfaits, et Tart de la gravure en pierres 
fiues commença ainsi à reprendre une nouvelle vie. 

Il se trouva à Florence un jeune homme nommé /?aw, qui 
montra un talent tout particulier pour la profession de l'art 
de la gravure en pierres fines. Laurent de Médicis le prit sous 
sa protection, le fit instruire, et le jeune disciple répondit si 
parfaitement aux vues de son illustre Mécène qu'en peu de 
lems ce qu'il grava en creux sur des cornalines effaça ce que 
ses maîtres avoient fait de mieux dans le même genre. Cette 
réussite fit regarder en Italie ce nouveau graveur comme le 
restaurateur de la gravure en pierres fines, et lui fit donner 
le nom de l'espèce d'ouvrage dans lequel il excelloit ; il fut 
appelé unanimement Jean délie Corniuole, ou des Cornalines. 
Entre une infinité de gravures de diverses grandeurs, qui 
sortirent de ses mains, l'on admira le portrait du fameux Sa- 
vonarole, qui tenoit alors tou! Florence étonné de la force et 
de la liberté de ses discours. Cet ouvrage fut estimé le chef- 
d'œuvre de Jean délie Corniuole : il étoit sur une assez grande 
cornaline. 

D'un autre côté, l'on célébroit à Milan le portrait de Ludo- 
vic Slbrce, surnommé le Maure (2)» qu'un graveur de cette 
vile venoit de graver en creux sur un rubis-balais d'environ 
dix lignes de diamètre. G'étoit l'ouvrage d'un concurrent de 



(1) Supra, pag. 75. 

(2) Yasari, ViU depiUori^ tome 11, p. 291, édit. de Bologne. 



215 

Jean délie Corniuole. Od le nommoit Dominique de' Camei, et 
ce surnom ne lui avoit certainement été donné que parce 
qu*on n'avoit point alors de meilleurs graveurs de reliefs sur 
des agates ou autres pierres flnes. 

Hais ces deux artistes furent bientôt surpassés par Pierre- 
Marie^ de la ville de Pescia en Toscane (1), qui illustra le 
pontificat de L4on X. La cause de Tamélioration de son goût 
vint dé rétude constante qu'il fit des ouvrages des anciens, et 
peut-être aussi de ce qu'il eut le bonheur de vivre à Rome 
en même temps que Raphaël et Michel Ange. 

Michelinç eut le même avantage, aussi eut-il la même rt'- 
putation ; il mettoit, à ce qu'on assure, beaucoup de délica- 
fesse dans son travail. 

L'art de la gravure en pierres fines s'étendoit dans toutes 
les parties de l'Italie, et la ville de Rologne, qui n'a presque 
jamais cessé de nourrir de grands artistes, eut aussi ses gra- 
veurs. L'Achillini, dans le songe énigmatique (2), qu'il inti- 
tula : Viridario (le verger), et dans lequel il fait passer en 
revue tous les hommes rares qui avoient illustré sa patrie, 
parle avec éloge de Mathieu de* Benedetti, dont le Masini, 
auteur exact, fait pareillement mention et dont il rapporte la 
mort au 26 août 1523 (3). 

Le célèbre Français Framia, autre Bolonnois, peintre et 
orfèvre d'une grande réputation, gravoit aussi , à ce qu'on 
prétend, sur les pierres fines (4). Il est du moins certain qu'il 



(i) Yasari, Vile de pHtorij tome II, p. 291, édit. de Bologne. 

(2) Achilliiïi, nel Viridario, p. 188, \^, 

— L'un de nous a donné récemment dans la Revue ujiiverselle 
des aru de Bruxelles, tomeX, 1859, p. 463-7, la traduction entière 
du passage de ce po6me consacré aux artistes; il en a àéjh été 
question ici môme dans une note derarticl:; Raimondi,IV,255. {Ed.) 

(3) Masini, Bologn, perluêtr,, tome I, p. 633. 

(4) Dissert, glyptogr., p. 80. 



S16 

excelloit à faire des médailles^ et Tua conduit à l'autre. C'étoit 
encore dans le même temps et dans la même rille que vivoit 
Mare-AHio Moretti^ autre graveur en pierres fines, cité par 
le Bumaldi sous Tannée 1495 (1). 

L'artiste Marc-Attio Moretti a été chaoté par rAchillini, et 
Jean-Baptiste Pio, son compatriote, Tinvite daos une de ses 
élégies latines (2), imprimées à Bologne en i509» à graver en 
creux le portrait de sa Chloris. Il en fait un homme merveil- 
leux ; mais les poètes ne se renferment pas toujours dans les 
bornes de la vérité. 

Foppa, surnommé le Caradosso, orfèvre de Milan, établi à 
Rome, et qui a été, au rapport du Gellini (3), le plus excel- 
lent ciseleur de son temps, est mis par Pomponius Gauricus 
au rang des meilleurs graveurs qui vivaient sur la fin du 
quinzième siècle, ou au commencement du siècle suivant, et 
il lui donne pour adjoint François FurniuSf de Bologne, au- 



(1) Minervalia Bonon,^ p. 245. 

(2) Plerrheici fœcunde nepos, cui prist^a Minerva 

Corpora in exiguo fingere dal lapide, 
Parcarumqae coios parvo exerare iapillo, 

Qui morlem aelernà vivere ab arte facis, 
Si te fama juvat, merces si perpetis aevi. 

Si lua [jOsI cineres vivere cœla cupis, 
Chlorida mi viridem cœla : tamen aspice, ne dum 

In la'iidem illa luam sculpat imago animam, 
Quam coroitant Paphià centum eu m matre voiucres 

Mellitisque premens morsibus ora vapor. 

Dans le livre intitulé : Elegidia J. B. Pn BononiensiSt Bononim, 
1509. 

(3) Cellini, TraU, delV Orif,^ c. v. On apprend au même endroit 
rorij^ine du nom de Caradosso, sobriquet injurieux, qui fut donné 
à notre artiste par un Espagnol, et dont il demeura cependant si 
bien eu pOcsessiou c[u'ou ne Tappeia plus depuis autrement, et 
que son nom de famille Foppa en fut mène presque oublié, car ce 
n^est que par hasard qu'il se retrouve dans une liste d'artistes, à la 
fin du Traité de peinture de Paul Lomasso. 



217 

tre orfèvre (1). n les met dans la même classe que les Pyrgo- 
tèles, les Gronius et les Dioscorides; c'est dire trop. 

Fumius est peut-être le même que te Francia (2), dont cet 
auteur, qui n'est pas tout à fait exact, rapporte mal le nom, 
comme il écrit mal le nom du Caradosso, qu'il appelle Cha- 
rodoxus. 

Il connoissoit un autre graveur qui, pour Thabileté et pour 
la diversité des talent*?, étoit supf^rieur, s'il faut l'en croire, à 
tous ses contemporains; il étoit tout à la fois peintre, sculp- 
teur €t graveur. Mais Sévère de Ravenne (3), cet homme si 
universel, étoit l'ami particulier de Gauricus, et dès lors les 
éloges qu'il reçoit me paroissent fort suspects. 

Je n'ai pas d'ailleurs une extrême confiance dans les écri- 



(1) Pomponius Gauricus, de sculp., Antuerp., 1528^ sab fine. 

(2) C'est un François, de Bologne, qui a le premier gravé des 
caraclères italiques, M. Panizzi, le savant conservateur du British 
Muséum, dans la brochure qu'il a consacrée à cette question, sous 
ce titre : Chi era Francesco di Bologna? Londres, 1858, in- 12, de 
3i pages, tiré à 250, a très-bien prouvé que ce n'est autre gue le 
firand Francia, et il a confirmé, en la rappelant, la supposition dé 
Mariette que Francia et Fumius sont le même individu. {Ed,) 

(3) On a plusieurs estampes gravées par un disciple de Marc- 
Antoine, et marquées d'un 3 et d'un R enlacés, que les curieux 
donnent h Silvestre de Ravenne, artiste dont il n'est pourtant fait 
aucune mention dans le Vasari, ni ailleurs; cet écrivain, ainsi que 
le Cellini dans son Traité de Vorfévrerie, ne parle que de Marc de 
Ravenne, dont on connaît en effet des estampes avec son nom. Ce- 
pendant la marque S. R. me paraîtrait favoriser l'opinion des cu- 
rieux, et je ne serais pas trop éloigné de croire que le graveur qui 
s'est servi de cette marque e^t le môme que le Sévère de Ravenne, 
cité par Pomponius Gauricus. Le temps dans lequel cet artiste vi- 
vait cadre avec celui des estampes attribuées à Silvestre de Ra- 
venne; Gauricus, d.ms les talents qu'il connaît à son ami, compte 
celui de la gravure ; pictor, sculplor, cœlator, voilà les qualités 
qu'il lui donne. Il ne reste de difficulté que sur le nom de baptême, 
niuis on a pu aisément confondre Silve$tre avec Sévère, qu\, si ma 
supposition avait lieu, serait le vrai nom du graveur, disciple de 
Marc-Antoine, qui ju'^qn'à pré.^ent n'a pas été bien connu. (Cf. IV, 
339-41.) 



218 

vains qui parlent sur des matières dont ils n'ont qu'une con- 
noissance superficielle, et c'est ce qui me fait soupçonner de 
l'erreur dans l'endroit où Camille Léonardo (1), auteur d'un 
Traité iur ks pierres précieuses^ fait mention de quatre gra- 
veurs qu'il met au-dessus de tous les autres artistes de la 
même profession qui fleurissoient de son temps en Italie. 
JeanrMarie de Mantouey qu'il place à Rome, ne peut être que 
Pierre^Marie de Pescia^ dont j'ai déjà fait mention, et qui ef- 
fectivement exerçoit alors l'art de la gravure dans Rome avec 
succès. Français Nichini, de Ferrare^ établi à Venise, sera 
sans doute le même que Louis Anichini^ Ferrarois, qui, 
comme on le verra bientôt, avoit son atelier à Venise. Je n'ai 
trouvé en aucun autre endroit le nom de Léonard^ qui de- 
meuroit à Milan. Notre auteur auroit-il eu en vue Léonard 
de Fifict, homme uoiversel, et qui, ayant voulu goûter de 
tous les arts, se sera peut-être encore exercé sur celui-ci? 
Four Jacques TagliacarnCf de Gênes, je m'en rapporte au So* 
prani (2), qui^sur la foi de notre écrivain, l'a mis sans diffi- 
culté au rang des artistes génois dont il a écrit la vie. Le 
Soprani voudroit même persuader que plusieurs portraits de 
Génois illustres du seizième siècle, qu'on trouve gravés sur 
des pierres fines, el qui, par un usage établi alors à Gènes, 
servoient de sceau à ceux qui les avoient fait faire, sont l'ou- 
vrage du Tagliacame dont il parle avantageusement. Mais 
n'entre-t-il pas dans ses louanges quelque peu de cet esprit 
de parti , dont il est assez difficile de se garantir quand il s'agit 
de dire du bien de ses compatriotes? 

On pourroit reprocher à Sandrart un défaut de partialité, 
lorsque, entraîné par une certaine passion pour ses compa- 



ti) Leonardi Specul, lapid,, 1. IH, c. u. 
(2) Sopr., VU, de' pitL genov.f p. 20. 



Si9 

trioteg, il nous représente Henri Engelhart (1), qu'il nomme 
ea UD autre endroit Daniel, comme le meilleur graveur en 
creux de son siècle. Albert Durer, concitoyen et ami de cet 
artiste, en faisoit, dit-il, un cas singulier; cependant , au 
rapport même de Sandrart, tout le mérite de ce graveur con- 
sistoit à graver des armoiries pour des cachets, et ce talent, 
quoi qu'il en dise, est assez mince. 

Au reste, tous ceux que j'ai nommés jusqu'à présent n'a- 
voient fait que dégrossir l'art de la gravure. Il étoit réservé à 
Jean Bernardiy né à Gastel-Bolognèse (2), ville de la Romagne, 
dont il prit le nom, d'ouvrir une nouvelle voie, et d'enseigner 
aux graveurs modernes à se rendre dans leurs ouvrages de 
dignes imitateurs de ceux des anciens. Cet habile homme fut 
employé dans sj jeunesse par Alfouse, duc de Ferrare, qui, 
entre autres choses, lui fît graver, sur un assez grand morceau 
de cristal de roche, l'altaquedu fort de la Bastie, où ce prince 
fut blessé dangereusement, et cette gravure commença la ré- 
putation de celui qui Tavoit exécutée. La même main qui 
Tavoit produite fit aussi le portrait du même Alfonse, pour 
être frappé en médaille; car, dans le même temps que Jean 
de Castel'Bolognèse gravoit en creux sur des pierres fines, il 
gravoit aussi des poinçons pour des médailles; ce qui lui 
étoit commun avec presque tous les autres graveurs en creux 
qui vivoient alors. 

Paul Jove, qui aimoit à favoriser les gens de talent, per- 
suada à celui-ci de venir à Rome; il le fit connoître aux car- 
dinaux Hippolyte de Mé'liciset Jean Salviali, qui se décla- 
rèrent ses protecteurs, et qui lui ménagèrent un accès auprès 
du pape Clément VII. Jean de Castel-Bolognèse fit pour ce 



(1) Sandrart, Academia picturœ erud,, p. 219 et 343. 

(2) Vasari, 1. 1, p. 29i. 



S20 

souyerain pontife plusieurs médailles (1) dont la beauté a 
arraché des louanges à Cellini (2), si peu accoutumé i en 
donner, surtout à ceux qui, comme notre graveur, devenoient 
ses concurrents. Ce dernier grava encore pour le pape plu- 
sieurs pierres fines, et les récompenses qu'il en reçut Turent 
proportionnées à l'excellence de ses rares productions; il ob- 
tint l'office de massier dé Sa Sainteté. Cbarles-Quint ne témoi- 
gna pas moins de satisfaction des ouvrages que lui présenta 
notre artiste, lorsque cet empereur vint à Bologne pour y 
recevoir la couronne impériale ; il lui fit compter cent pistoles 
pour avoir fait sa médaille, et il voulut rengager à le suivre 
en Espagne; mais, attaché par inclination^ autant que par re- 
connoissance^ au cardinal Hippolyte de Médicis, l'habile gra- 
veur ne put se résoudre à quitter Rome. On a vu dans le 
traité précédent (3) combien ce cardinal le considéroit (4). 
Après sa mort, arrivée en 1535, Jean entra au service du car- 
dinal Alexandre Farnèse, pf tit-ûls du pape Paul lll, et il fit 
par son ordre un grand nombre de gravures^ principalement 
sur des tables de cristal, car il travailloit avec beaucoup de 
facilité. On employoit ces dernières gravures dans des ouvra- 
ges d'orfèvrerie, et j'ai déjà fait mention de quelques-unes (5), 
qui furent exécutées par notre artiste. Je ne parlerai plus que 
de celles qui enrichissoient celte croix et ces deux beaux cban- 
deliers'd'argent,qu on m'assure être encore dans l'église Sainl- 
Pierre au Vatican , à laquelle le même cardinal Farnèse en fit 



(i) Voyez celle où ce graveur a représenté Joseph qui se fuit re- 
connaître à ses frères, dans le livre du père Bonnani, Numisniala 
Rom. pont., p. i85, n^' 6. 

(2) Vita di Benv. Cellini, p. 89. 

(3) Le Traité des pierres gravées, par Mariette. (Ed.) 

(4) Maffei, Verona iUuslrata, édit. in-8% t. Ui, p. 300. 

(5) Vasari, dans la Vie de Valerio Yicenlini, t. Il, édit. de Bo- 
logne. 



un présent digne de sa magniflcence. Entre autres ornements, 
on y voyoil, sur le pied de chacun, trois gravures de forme 
ronde^ représentant diverses actionsde la vie de Jésus-Christ, 
et je juge, par un dessin très-terminé que j'ai dans ma col- 
lection, et dont le sujet est une résurrection du Lazare, que 
Perin del Vague fut consulté et que ce fut cet excellent peintre 
qui donna les dessins de ces gravures. 

On voudra bien me dispenser de décrire tous les autres 
ouvrages de Jean de Castel-Bolognise; le détail en seroit long 
et pourroit devenir ennuyeux. Je ne crois pas cependant de- 
voir passer sous silence deux morcf aux considérables qui 
furent encore gravés sur des cristaux pour le cardinal Hippo- 
lyte de Médicis. L'un représeotoit Titius, auquel un vautour 
déchire le cœur; l'autre, la chute de Phaëton, tous deux 
d'après des dessins qui avoient ét4 faits par Michel Ange (1). 
Il n y eut qu'une seule voix sur la perfection de ces deux 
gravures, et ceux qui ont vu, il n'y a pas fort longtemps, la 
première entre les mains de M. Léon Strozzi à Rome, en ont 
parlé comme d'une pièce accomplie (2). 

11 y a apparence que Jeande CcisteUBolognèseiie fut occupé 
que pour le cardinal Farnèse, dès le moment qu'il lui fut at- 
taché; car le Yasari ne décrit depuis ce temps-là aucune de 
ses gravures, qu'il n^ajoute que cet ouvrage a été fait pour 
ce prince de l'Église. Ce fut encore pour lui que Jean grava 



(1) Ces deux desseins furent faits, ainsi que l'a écrit le Vasari, 
pour Thomas de' Gavalieri, gentilhomme romain, grand partisan 
de Michel Ange, et qui avait lui-même quelque teinture de dessin. 
J'ai entre les mains une première esqui.<se de celui de la chute de 
Fhaëton, au bas de laquelle on lit, écrit de la propre main de Mi- 
chel Ange : « S' Tomao, sequesto scizzo no vi piace^ ditelo a Urbino, 
affîn che io abbi tempo d'averne facto un allro, comme vi promessi^ 
e se vi piace et vogliate che io lo finisca, ancora ditelo. » Cet Ur- 
bino était le serviteur et l'homme de conûance de Michel Ange. 

(2) Maffei, Gem, ant. fig.y t. IV, p. iSl. 



222 

le portrait de Marguerite d'Autriche, fille de Charles V, et 
épouse d'Octave Famèse, duc de Parme, après l'avoir été eo 
premières Doces d'Alexandre dé Médicis, duc de Florence. 
On ne peut point douter qu'il ne redoublât ses efforts pour 
s'y surpasser, puisqu'il travailloit en concurrence avec Yalerio 
Yiceniini, autre habile graveur, qui va bientôt paroître sur 
la scène; aussi eut-il le bonheur de plaire au cardinal, qui, 
ne mettant plus de bornes à ses bienfaits, procura à notre 
graveur les moyens de passer tranquillement et commodé- 
ment le reste de ses jours. Il se retira alors à Faenza, dans la 
Bomagne^ et il j fit bâtir une belle maison dans laquelle il 
avoit la satisfaction de recevoir son bienfaiteur toutes les fois 
qu'il venoit dans ces quartiers-là. 11 avoit meublé cette habi- 
tation d'excellents tableaux qui faisoient ses délices. Oo y 
voyoit, entre autres, ce merveilleux.tableau de Titien, connu 
sous le nom des Âges de l'homme (1). Enfin Jean de Caslel- 
Bolognèse^ comblé d'honneurs et de biens, étaot parvenu à 
l'âge de soixante ans, expira dans le sein de sa famille, le 
jour de la Pentecôte de l'an 1555. 

Pendant que le cardinal Farnèse répandoit ses largesses sur 
Jean de Castel-Bolognèse, François !«' prodiguoit les siennes 
à un autre graveur italien, qu'il avoit attiré en France et qui 
ne s'en rendoit pas moins digue. Mathieu del Nassam^ c'étoit 
le nom de cet artiste, étoit né à Vérone (2). Il avoit témoigné 
dès sa jeunesse autant de goût pour la musique que pour le 
dessein ; car, en même temps qu'il apprenoit à graver en 
creux auprès de Nicolas Avanzi et de Gakas Mondella^ tous 



(1) Yasari, Vita di Tiziano, t. III, p. 223, édit. de Bologne. 

(2) Vasari, Vit. di Yalerio Vieentini, t. II, p. 293. Il en est 
fréquemment questioD dans les Comptes des rois de France. Voir 
Laborde, Renaissance des arts, I, i'® partie, p. 386, et V partie, 
p. 943-8. (Ed.) 



S23 

deux ses compatriotes et tous deux excellents mattres, il 
prenoit des leçons de deux autres VéTonoi<5, fameux musi- 
ciens, domestiques du marquis de Mantoue, et, ce qui est 
assez rare, il acquéroit des connoissances supérieures dans 
ces deux arts. 

Les maîtres qu'il avoit choisis n'eurent rien de caché poqr 
leur élève. Mondella dessinoit correctement; Avanzi s'étoit 
iait un grand nom dans Rome^ par la beauté de ses camées 
et de ses cornalines. Une de ses grayures, représentant la Na- 
tivité de Notre-Seigneur sur un lapis, mérita d'être recherchée 
par Isabelle de Gonzague, duchesse d'Urbin (i),à qui Raphaël 
dut le commencement de sa fortune, ce qui fait suffisam- 
ment l'éloge du goût de cette princesse et celui de l'ouvrage. 
Avec de si bons guides, de la persévérance et d'heureuses 
dispositions, Mathieu del Nassaro pouvoit-il manquer de de- 
venir lui-même un excellent graveur? Lorsqu'il se crut assez 
fort, il entreprit de graver, sur un très-beau morceau de 
jaspe-sanguin, un Christ descendu de la croix, et il eut l'a- 
dresse de disposer ses figures de façon que les taches rouges 
qui se trouvoient dans la pierre servoient à exprimer le sang 
qui couloit des plaies du Christ; nouveauté qu'Isabelle 
d'Est, marquise de Mantoue, trouva tellement à son gré 
que cette princesse n'épargna rien pour se procurer cette 
gravure. 

L'accueil que François I" faisoit à tous les habiles gens, et 
surtout aux artistes qui se distinguoient dans leur profession. 



(i) Elle éiOit veuve de Guy-Ubalde de Montefeltro, duc d'Urbin, 
mort en 1508, et le mariage qu'elle avoil fait de sa nièce avec Fran- 
çois-Marie de la Rovëre, neveu du pape Jules II, joint à son rare 
mérite, Tavoit mise en très-grande considération auprès de ce sou* 
verain pontife. Voyez Sébasiien Serlio dans son épiire à Alphonse 
d'Âvalos, marquis del Guast, à la tête de son quatrième livre d'ar- 
cliiteclure. 



engagea Matthieu del Nassaro à passer en France. Il y porta 
plusieurs de ses ouvrages qu'il présenta au roi ; il eut aussi 
l'honneur de jouer du luth devant ce prince, et François !•% 
qui se connoissoit en mérite, lui assigna d'abord unepension, 
dans l'espérance qu'il pourroit retenir à son service un homme 
si estimable. 11 n'y eut alors aucun courtisan qui, à l'imita- 
tion du maître, ne &t des caresses à notre graveur, et qui ne 
témoignât de l'empressement pour avoir des morceaux de sa 
main ; mais ce qui l'occupa le plus, furent des camées de 
toute espèce : c'éloit un ornement de mode, et qui entroit 
dans toutes les parures. On . prisa beaucoup une tête de Dé- 
janire, qu'il grava en relief sur une très-belle agate, que le 
Vasari nomme une calcédoine. L'industrieux artiste s'étoit 
trouvé entre les mains une pierre singulièrement teinte de 
différentes couleurs, el il s'en éloit habilement servi pour 
exprimer, dans leurs couleurs naturelles, les chairs, les che- 
veux, la peau de lion qui tenoil lieu de coiffure à cette tête, 
et, ce qui va paroître plus heureux, une veine rouge qui tra- 
versoit accidentellement la pierre avoit été adaptée si à propos 
sur le revers de la peau de lion, que cette peau sembloii fraî- 
chement écorchée. 

Le roi, qui mit ce camée dans son cabinef, fit faire par le 
même artiste un magnifique oratoire, que ce prince portoit 
avec lui dans ses campagnes, et qui étoit orné d'un grand 
nombre de gravures en pierres Qnes, et de figures de relief, 
ou en basse-taille, ciselées en or. Il lui ordonna aussi des 
cartons pour des tapisseries, que MatthimçxïX la commission 
de faire exécuter sous ses yeux en Flandres. C'est une preuve 
qu'il n'étoit pas mauvais dessinateur et qu'il éloit doué de 
quelque génie. Aussi ses gravures sur des cristaux eurent- 
elles dans la suite une si grande répuiation qu'on s'empres- 
soit de toutes parts pour en avoir des empreintes, et l'on en 
prisoit surtout une où Vénus é^oit repri^sentée avec l'Amour 



225 

vu par le dos. Tant d'heureux talents étoient relevés par des 
qualités encore plus estimables. Des sentiments nobles et gé- 
néreux, une humeur douce et sociable, un cœur tendre et 
bienfaisant, de l'enjouement dans Tesprit, faisoient désirer 
dans les meilleures sociétés celui envers qui la nature s'étoit 
montrée si libérale, en même temps qu'il recherchoit lui- 
mAme la compagnie des gens de mérite. 11 y avoit entre notre 
graveur et Paul-Emile, l'historien, des liaisons étroites; la 
maison du premier étoit ouverte à tous les Italiens qui ve- 
noient à Paris, et, ce qui ne laisse aucune équivoque surl'ex- 
cellent caractère de Matthieu, Benvenuto Cellini, fameux 
sculpteur florentin, cet homme si caustique, si féroce et si 
altier, qui ne pardonnoit rien et qui continuellement étoit 
en altercation avec les gens de sa profession, vivoit en bonne 
intelligence avec celui-ci et en disoit même du bien (1). 

Notre habile artiste aimoit à faire des largesses de ses ou- 
vrages; mais, comme il ne faut rien dissimuler, peut-être 
entroit-il un peu trop de bonne opinion de lui-même dans 
le motif qui le faisoit agir, car le plus souvent il ne les don- 
noit que dans l'appréhension qu'on ne les payât pas tout ce 
qu'il croyoit qu'ils valoient. 11 lui arriva même un jour de 
briser un cjméede grand prix, de dépit de ce qu'un seigneur, 
qui lui en faisoit une offre trop modique, ne vouloit pas l'ac- 
cepter en présent. 

Les changements, que la perte de la bataille dePavie, suivie 
de la prise du roi, apporta en France dans les affaires, déter- 
minèrent Matthieu à repasser à Vérone. 11 y retournoit avec 
une fortune honnête et il comptoil jouir tranquillement du 
fruit de ses travaux ; il s'y étoit même déjà formé une habi- 
tation suivant son goût, dans une situation singulière, à l'en- 



(1) Vita di Benvenuto CeUini, p. 220. 

T. VI. 



SÉ6 

fée d'une carrière, sur la croupe d'unt «ftontagne, es belle 
vue, et il Ta voit ornée de tableaux flamands et d*AiiUt^ neii- 
blés qu'il avoit apportés de France, lorsque François I<^, ayant 
recouvré sa liberté (1), dépêcha aus^ilàt un exprès à Moi^ 
lAteu, avec ordre de revenir. Il obéit, «t le prioce, te voulant 
fixer pour toujours, non-seulement le fit pay€fr de tout ce opû, 
pouvoit lui être dû de ses appointements, mais lui accorda 
encore l'emploi de graveur général de ses monnoi* s. ÉtaUi 
avantageusement, marié avec uae Françoise, et ne devant 
pMs craindre d'être obligé de retourner dans le Veu de sa 
naissance, notre graveur n'eutdésormais d'autres soins que 
de mériter de nouveaux bienfaits par de nouveaux «faers* 
d'œuvre, et ne s'occupa plus qu'à form<r, parmi les Fran- 
çois, des élèves qui fussent en état de perpétuer dans le 
royaume l'art qu'il y avoit fait ronnottre. Tel fut l'otôetdn 
ses travaux jusqu'à la fin du règne de François 1", car il ne 
survécut que peu de temps le prince son bienfaiteur, mont 
en 1547. 

Si je m'étois aperçu plutôt des lettres initiales qui se voient 
sur une sardoine du cabinet du roi, ref>résentant une ba- 
taille (2), et qui apprennent que c'est un ouvrage de Maiikieu 
del Ncusaro, je me serois encore plus répandu que je ne l'ai 
fait sur les louanges de cet artiste; car il falioit être armé 
d'un grand courage pour avoir entrepris et porlé à sa perSeo- 
tion un travail aussi long et aussi difficile que celui-là. D'un 
autre côté, l'examen du portrait de François I«% qui est dans 
le même cabinet et que je regarde encrore cfiwnme une pro- 



(1) En 1516. 

(2) On en trouvera Festampe et la description, sous le n® i07, 
dans le recueil. des pierres gravées du roi, qui accompagne ce traité, 
et Ton verra aussi dans ce mdme recueil, sur la fin, le portrait de 
François 1**. 



Î27 

chictiott du Nicssaro, m'auroit ïait t^tnarquer que, s*îl y a 
quelque cht)se à reprendre dans la manière de ce graveur, 
c'est le trop de séchereîse; défaut qui vient souvent d'un 
excès d'atlentiou à finir un ouvrage et à 'vouloir paroltre n'y 
avoir rien négligé, et qui, par conséqutnt, est plus excusable 
que l'indécision et une touche trop molle et trop incertaine. 
Un autre artiste originaire de Vérone, comme Matthieu 
del Nassaroy jouissoit aussi pour lors d'une grande réputa^^ 
tion, 11 se nommoit Jean-Jûcqties/Caraglio, ou^ comme ou 
l'appelle'plus communément, Caralius (l).Sa pr^ïiière pro- 
fession fut (le graver sur le cuivre. Comme il dessinoit assez 
correciemeni, et qu'il manioit le burin avec plus de légèreté 
que les autres graveurs italiens, ses contemporains, les es- 
tampes dont il enrichit le public fureut estimées, et elles sont 
emcoie reoljerchées. Il eu a fait d'après Raphaël, le Parmesan, 
le Rosso, Titien, Periu del Vague, et d'après d'autres grands 
maîtres; et assurément il ne pouvoit choisir de plus solides 
appuis pour se soutenir 1 1 faite passer son nom à la postérité. 
Il se dégoûta cependant f^e ce travail; tout noble qu'il éloit, 
il le regardoit au-dessous de lui; il crut qu'il s'atûreroit plus 
Ai con^lération s'il s'occupoit à graver des camées, ou à 
gMiver en creux sur des pierres tines. Il s'y exerça et il y 
réusrit; il fit des médailles avec un égal succès; il se donna 
aussi pour architecte, et Sigismond I*', roi de Pologne, le 
demanda. Caralius m rendit auprès do ce prince; on voit par 
les lettres de l'Areiin (2) qu'il y étoit en 1539, puisqu'il avoit 
déjà envoyé de ce pays-là, à ce fameux satyrique, deux dô 
ses médailles en présent, où sur l'une il avoit exprimé le 
portrait de Bonne Sforce, reine de Pologne, et sur l'autre 



(1) Yasari, l. !ll, p. 320. (Cf. Cfeti4&ecfdmo, 1,303-4.) 
(2; lelUre di P, Aret., u II, p. 96. 



S28 

celui d'Alexandre Pesente, de Vérone, l'un des principaui 
o(6ciers de celte princesse. Le Yasari dit que Caralius iut 
comblé d'honneurs et de récompenses dans cette cour, et, 
lorsqu'il faisoit paroltre en 1568 la seconde édition de ses Ftes 
des peintreSf il nous apprend que cet artiste avoit fdit remet- 
tre plusieurs sommes dans TÉtat de Parme, son dessein étant 
de retourner en Italie et de tinir ses jours, déjà fort avancés, 
au milieu de ses amis et de ses élèves. 

On ne sait point s'il exécuta son projet; mais, s'ileiit pris 
ce parti plutôt, il auroit trouvé à Vicence un graveur plus 
occupé lui seul que ne l'avoit pçut-ètre jamais été aucun ar- 
tiste de la même profession. Valerio Yicentini^ dont le vrai 
nom est Yalerio de' Belli, natif de Vicence, étoit cet artiste si 
employé (1). C'étoit un très-grand praticien, et il n'est point 
douteux que ses gravures auraient pu aller de pair avec 
celles des plus excellents hommes de l'antiquité, si la finesse 
du dessein et ce feu que produit un beau génie eussent égalé 
la propreté et la dextérité qui faisoient valoir son travail et 
le rendoient admirable. Ce qu'on ne peut du moins lui re- 
procher, c'estd'avoir entrepris au delà de ses forces, ou d'avoir 
puisé dans de mauvaises sources; car non-seulement il eut 
celte attention de ne produire presque jamais rien qui iût 
entièrement de son g<^nie, mais ses ouvrages furent toujours 
ou d'après des gravures antiques, ou d'après de bons des- 
seins d'excellents maîtres modernes (2). C'étoit, pour un 
homme qui pouvoit manquer d'invention^ le moyen de ne se 
point égarer, et Valerio, en pratiquant cette méthode, rem- 
plit les cabinets d'une prodigieuse quantité de morceaux cu- 



(1) Yasari, t. II, p. 295. 

(2) Le texte du Yasari porte : Si valse de disigni da lui, mais 
c^est une faute d'impression^ il faut lire d'allri. 



229 

rieut et estimables. La gravure en creux et celle en relief 
l'occupèrent alternativement; toutes les espèces de pierres 
fines passèrent sous son touret; mais, obligé de se prêter au 
goût dominant, on le vit s'exercer le plus souvent sur des 
cristaux. Il grava aussi des poinçons pour des médailles mo« 
dernesy et il fit encore un plus grand nombre de copies de 
médailles antiques. 

Tant de travaux accompagnais du plus heureux succès ne 
pouvoient manquer d'exciter l'émulation; aussi vit-on un 
grand nombre d'ai tilles se consacrer au même talent et tra- 
vailler è l'envi à qui le mettroit plus en honneur. Avant le 
funeste sac de Rome, cette ville éloit, pour ainsi dire, peu- 
plée de graveurs, que la réputation de Valerioy avoit attirés 
de toutes parts, et notre artiste, qui en éloit regardé comme 
le chef, fut employé pendant longtemps à graverpour le pape 
Clément Vil. Ce souverain pontifp ne se borna pas à lui avoir 
fait faire ce beau colfrei de cristal de roche dont j'ai donné 
ci-devant (JratV^ des pierres gravées, p. 82) la description (1), 
et dont Sa Saint*^té fit pré-ent à François I«'; ce même pape 
lui fit encore exécuter une magnifique croix, et plusieurs 
beaux vases aussi de cristal, qui, joints à d'autres vases de 
pierres précieuses qui avoient été rassemblés autrefois par 
Laurent de Médicis, furent donnés par le saint père à l'église 
de Saint-Laurent, de Florencf^, pour servir de reliquaires. 
Yalerio passa dans la suite au service de Paul III; il travailla 



(1) Yalerio reçut pour récompense de son travail deux mille 
écus d'or. — Cette merveilleuse cassette se trouve aujourd'hui dans 
la galerie de Florence. Voyez la note des éditeurs du Yasari de Flo- 
rence, IX, i853, p. 246. Il faut d'ailleurs voir touies leurs noies 
sur cet article du Vasari, p. 236-255, et le Catalogue du cabinet des 
m^ctati/é«, publié par M. ChaboutUet; ces deux nouvelles sources 
d'informations sont un commentaire perpétuel de l'essai de Ma* 
riette. ifid.) 



S30 

pour le cardinal Fam^ et pour quantité d'autres personnes 
de distinction. Je ne finirois point si j*entreprenois de faire 
l'énuméralion de tout ce qui est sorti des mains de cet habile 
homme, car aucun graveur n*a été au^si laborieux ni plus 
expéditif que lui, comme il n'j en a certainement point eu 
qui ait <^té plus curieux de bi( n faire. Les empreintes de ses 
gravures servirent pf n^^ant longtemps de modWes aux prin- 
cipaux artistes; on ne repcontroit autre chose dans les ateliers 
des orfèvres. 

Sur la fin de sa vie, Yalerio s'étoit retiré dans sa patrie, et, 
jouissant d'une fortune assez considérable, il y menoit des 
jours infiniment heureux; car, ne connoissant de plaisir que 
celui qu'on goûte dans le travail et dans la possrssion des 
belles choses, qui pouvoit mieux se satisf-dre que lui sur ces 
deux article*^? Sa collection de tableaux, de sculptures anti- 
ques, de desseins, de modèles, de tout re qui peut contribuer 
à nourrir le goût, étoit très-ample, et telle qu'on pouvoit 
l'at'end.re d'un connoisseui: éclai'^é, qui n'y avoit rien épar- 
gné; et, d'un autre rôté, les années ne lui avoient rien fait 
perdre de sa première vigueur. A l'âge de soixante-dix- huit 
ans, il conduisoit l'outil avec la même délicatesse et la même 
fermeté de main qu'il auroit pu faire dans toute sa force. Ce 
ne fut que lorsque la vue et les autres organes nécessaires 
pour opérer lui manquèrent, qu'il cessa de travailler et de 
vivre en 154ft. Il avoit, outre cela, la satisfaction devoir 
fleurir les arts dans sa propre famille; il avoit enseigné h sa 
fille celui de la gravure, et elle s'y distinguoit. Il avoit un 
fils nommé Elio de* BelHy qui avoit un goût décidé pour 
rarchitecture^ et qui a mérité que le Prilladio, si bon juge 
en celte matière, en fît une mention honorable dans la pré- 
face de son Livre d'architecture, imprimé en 1570. 

Plusieurs graveurs succétièrenl eu Italie à ceux dont je 
viens de taire l'histoire, ( l ne se rendirent pas moins recom* 



fSf 

oiffndabtos. Le Mammtœ [i), aprSs avoir exercé pendant 
quel(|ue tempe la peinture à Parme, se mit sur les rangs; il 
gravft sur les pierres fines, e!, prenant pour ses modèles les 
ouvrages dfes anciens, il produisit plusieurs morceaux inté- 
FeBsasils. Mais ce qui contribua le plus & sa gloire, lut d'a>oir 
ifiBthiiii éaos sa même profession un fil^ nommé Louis, que 
le c»pdinalJean. Salviati prit à son service, et qui se distingua 
datBs Rome par son habileté dans un temps où l'on n'y souf- 
froit rien de médiocre. On prisa beaucoup un de ses camées 
Tep«éâ8nta»0 use tête de Socrate. Maiheureusemt^nt son ex- 
trôove adresse à contrefaire les médailles antiques le mit dans 
une afeance qui le détourna d'un premier travail qui lui au- 
f©it été beaucoup plus honorable. Il est étonnant combien- il 
y avoit alops en Italie de ces faussaires. Cest que les curieux 
de médailles se multiplioient, et qu'il falloit continuellement 
quelque chose de nouveau pour aiguiser leur goût. 

Dominique di Polo, Florentin, étoit encore un graveur de 
iffléiJailles (2), et peut-être augnientoil-il le nombre des fabri- 
cateurs' de médailles fausses. 11 fut disciple de Jean dtlle 
Cùrmiwl€j et l'on assure qu'il se distingua, comme son maî- 
tre, dans l'art de graver en creux. Il mourut dans sa patrie, 
âgé de soixante-cinq ans. C'est lout lîe que j'ai pu découvrir 
sor son compte. 

Le Vasari (3) parle d'un jeune Florentin qui avoit été Itr 
compagnon d'étude de Ft^ançois Salviati, peintre renommé, 
et ce jeune homme, ajoute-t-il, devint lui-même d'^ms la suite 
unt habile artiste. Il le nomme Nannvdi Prospéra delh Cbr^ 
nitwk. Le surnom de cet artiste indique sûrement un gra- 



(l)yasari, 1. 1(, p. 296. 

(2) Yasari, t II, p. 293. 

(3) Yasari, 7ita di Fr. Salviati, t. III, p. 78. 



33S 

Teur de oornalines; mais est-ce Nanni, c'est-à-dire Jean, 
est-ce Prosper^ son père, qui Tétoil? C'est ce qu'on ne sauroit 
bien décider; car la façon dont le Yasari s'énonce forme une 
équivoque; on est en doute si c'est au père ou au fils que le 
suroom appartient. Du reste, l'éclaircissement de cette diffi- 
culté n'est pas iort important, et je ne me lais à moi-même 
la question, dont je comprends mieux que personne le peu 
d'utilité, que pour faire voir que je ne veuK rien laisser 
échapper. 

J'aime beaucoup mieux m'étendre sur les louanges de deux 
artistes illustres, qui, si l'on s'en rapporte au jugement du 
même Yasari (1) et à celui du célèbre Pierre Arétin (2), ont 
en Italie porté l'art de la gravure au plus haut degré de per- 
fection auquel il pouvoit atteindre : leurs ouvrages éclipsè- 
rent ceux de tous les autres modernes, de ceux même qui 
s'étoient fait un plus grand nom. Le premier, Louis Anichini, 
étoit de Ferrare, et vivoit à Yenise. 11 y travailloit aux mé- 
dailles, et, lorsqu'il gravoit sur les pierres fines, il mettoit 
dans sa touche une extrême délicatesse et beaucoup de pré- 
cision. Plus les ouvrages qui sortoient de ses mains étoient 
Délits, plus il y avoit d'âme ; c'étoient autant de chefs-d'œuvre 
inimitables. 

Alexandre Cesari (3), surnommé le Grec (sans doute parce 
qu'il étoit né en Grèce), étoit cependant supérieur encore à 
cet habile homme, car il joignoit à la beauté de l'exécution 
les grâces et la noblesse du dessein. Il lut pendant longtemps 
employé dans Rome, non-seulement à graver toutes sortes 



(\) Yasari, t. II, p. 296. 

(3) LeUere del Aretino, t. FV, p. 481. 

(3) Il est nommé Alexandre Cesati dans la première édition des 
Vies des peintres du Yasari, imprimée chez le Torrentin en 1550^ 
part. 3, p. 863. 



233 

de sujets sur des pierres fines, mais encore aux coins des 
médailles des papes ; il n'est pas surprenant qu'il fît ceux-ci 
dans la plus grande perfection, puisque, étant dans l'occasion 
fréquente de contrefaire les médailles antiques (1), il avoit été 
obligé d'en étuilier la manière et de se l'approprier, autant 
qu'il étoit possible, afin d'en imposer plus facilemerit. Michel 
Ange, ayant vu la médaille qu'il avoit faite du pape Paul III, 
dont le revers représente Alexandre le Grand prosterné aux 
pieds du souverain pontife des juifs (2), s'écria que l'art ne 
pou voit aller plus loin et qu'il étoit même à craindre qu'il ne 
rétrogradât. 

Mais de quelles expressions se seroit donc servi ce grand 
sculpteur, si on lui eût montré cet admirable portrait de 
Henri II, roi de France, gravé pu basse-taille sur une corna- 
line, lequel f^toit dans le cabinet de M. Crozat(3). Neseroit-il 
pas convenu que l'antique ne fournit rien de plus accompli? 
11 a fallu beaucoup d'art pour faire paroltre saillant un ou- 
vrage qui par lui-même est extrêmement plat; aus^i le gra- 
veur, content de son travail, n'a pas craint de s'en avouer 
l'auteur en mettant au revers de cet excellent morceau son 
nom, ainsi écrit en grec : AAESANAP02 EllOïEÏ. 

Il est à présumer que les portraits de Pierre-Louis Farnès^, 
duc de Castro, d'Octave son fils, duc de Parme, et du cardi • 
nal Alexandre Farnèse, dont le Vasari fait mention, étoient 



(i) Diseorti di Enea Vico sopra le med. ant^ p. 67. 

(3) On trouvera dans le i®' volume du livre du P. Bonanni, in- 
titulé : Numismaia pontif, rom,, la représen talion de celte mé- 
daille; elle fait partie de celles qni ont été frappées sous le pon- 
tificat du pape Paul III, p. 199, n» 33. 

^3) Le Vasari cite un portrait de Henri II, qui avoit été fait, à ce 
qu il dit, par Alexandre Cetari^ pour le cardinal Farnèse, et dont 
il fait un grand éloge; mais ce ne peut être celui-ci, car il ajoute 
que la gravure étoit en creux et que la cornaline n^étoit guère plus 
grande qu'une de nos pièces de douze sols. 



travaiUéskaxec le mtaia soin et le mteae bom goût. L'exiécv^ 
tioade ce deraier offroit du aouveau ; la. tête <le xelkA éioit 
en or» sur uo fond on ehaotip d'argenU Je suia encoie per- 
suadé que le Yasimi ne dit rien de trop daas reloge qu'il faili 
de trois camées gravés par cf t eicelleot artisti^,, dont l'un 
représentoit \m eniaut, un autre uq lion, et le troisième une 
teoiine nue., Mais son chef-d'œuvre, au rapport du même 
écrivain, a été un camée représentant la tête de Phoeioo. 
l'Athénien.. M.. Zanatû, mon ami, entre les maios duquel ce 
camée est actuellement à Venise, m'assure qu'on ne peut lieft 
voir de plus exquis, et l'approbaiion d'un aussi boo coanois* 
seur, et qui possède tant de belles: choses, est pour moi d'un 
grand poids. 

Les morceaux de remarque des gravures modernes rureat„ 
comme l'on V4;>it, ppe^^que toujours des camées, et je pense 
avoir sufttsammeot. fail connottre le motif qui les faisoit or- 
donner. Je ^is encore en décrire un qui fut universellement 
applaudi lorsqu'il parut. Il ne s'en étoit point exécuté depuis 
les anciens d'un aussi grand volume .. ni chargé d'autant 
d'ouvrage. Jeafi-Aniotnê d/ Rossi, Milanois, mais qui, autant 
que je le puis conjectw^er» éxoik établi à Florence, y avoit re- 
présenté, dans un espace d'environ sept pouces de diamètre, 
les portraits jusqu'aux genoux de Cosme !•', grand-duc de 
Toscane, de la duchesse Eléonore de Tolède, son épouse, et 
de tous les princes et princes et princesses, leurs enfants. Le 
Vasari (1), qui avoit vu ce camr^e, l'annonce comme un mor- 
ceau rare, qm avoit décidé de la réputation du maître, d^jà 
recomraandûble par quantité d'antres ouvrages de gravure. 

Gaspard et Jérôme lUiBurtmi^ ainsi que Jacquesdei Trc%zo(i)i 



(1) Vasari, l. Il, p. 297. 

(p Dans la même page (t. lU p. 297) le ¥asari nomme cet artiste 



S3S 

tous trois Milanois, ont encore gnavé en creux et e& relief suit 
des pierres fines; mais ils furent plus pjïrticulièreaàf^ïit oc-» 
cupés à former des va^es et d'autres semblablips précieux bi-^ 
joux de jaspe et d'agate* Ils avoient acquis beaDcou^v d'ex- 
périence dans ce genre de travail,, et ce fut^ suivait tovtçs 
les apparences* ce qui détermina Philippe II à appeler en 
Espagne Jacques de Trezzo, qui avoit d'ailleurs le talent dQ 
graver des portraits et de les rendre extrêmement ressew-* 
blants (1). Ce prince, voulant faire dp TEscurial ud« des naeç-^ 
veilles du monde, avoit résolu de placer su,r le wattre autd» 
de l'église de ce monastère un magnifique taber^naicle.. Co- 
lonnes, bases, chapiteaux, entablement, tous les, membres 
d'architeclure qui entroi^nt dans sa composition devoieat 
être d'agates, de jaspes et d'autres pierres fines, et. ce qui a 
paru digne de remarque à ceux qui en ont fait la description,. 
l'Espagne seule avoit fourni tous res préciew ïnat^riaux.. Il 
ne restoit plus, pour le mettre en œuvre, que de rencontrer 
un artiste patient, adroit et intelligent. Trezzo,^ qui lîéuQJ^soi^ 
toutes ces parties, fut choisi et vint à bout de ce travail dansi 
l'espace de sept années^ et quiconque connoît le géni« de la 
nation espagnole conviendra que notre graveur ne pouvoit^ 
pas prétendre à un plus grand honneur que eelui qu'il reçut, 



Cosmi^ et un pou plus bas, Jacquês, et il fait voyager Ct>,^me en 
Espagne; mais c'est une inaltention de sa part. Il est certain qiie; 
Id graveur employé par Philippe il ^e nommait Jacquet, Il est en- 
core fait loention* de Trezzo dans le discours d'Eiiéas Viens sur lies^- 
médailles anliques^ et il y est mis au nombre des fabricateurs de 
fausses médailles. 

(i) J'ai dans mon cabinet un beau portrait de Philippe II, roi 
d'Espagne, gravé en relief sur une calcédoine. Si c'est un ouvrage 
de Jacques de Trezzo, ainsi qu'il y a lout lieu de le présumer^ il 
faut convenir que cel artiste mérite justement les louanges uue Iç 
Vasari lui donne. 



236 

lorsque son ouvrage fut achevé. Une inscription latine (1), 
très-succincte, de la composition d'Ârias Montanus, gravée 
sur le socle du tabernacle, dans l'endroit le plus apparent» ne 
contient presque que le nom du roi et celui de Jacque$ 
de Trezxo, rangés sur la même ligne. 

Les médailles que Jacques de TVezzo a gravées sur ses pro- 
pres modèles font un homme plus extraordinaire que les 
plus belles copies qu'il a pu faire d'après l'antique ; je n'tn 
citerai qu'une seule : c'est celle qui porte son nom avec la 
date de 1578, et qui représente le portrait de Jean de Herréra, 
architecte de Philippe II, roi d'Espagne, qui, ayant succédé 
è Jean-Baptiste de Tolède dans la conduite d(i fameux bâti- 
ment de TEscurial, en a pubUé les plans et les élévations, 
avec une description imprimée à Madrid en 1589, qui est un 
ouvrage rare et curieux. 

On a voulu attribuer à cet artiste l'invention de la gravure 
sur le diamant; on a dit qu'il a voit osé le premier ta ter cette 
matière qui paroissoit indomptable^ et qui jusqu'alors avoit 
résisté à toutes sortes d'outils, qu'il l'a voit forcée de se prêter 
à un travail dont qn ne Tauroit pas cru susceptible; mais 
ceux qui l'ont avancé (2) se trompoient ; cette découverte est 
due à Clément Birague, jeune Milanois, qui vivoit à la cour 
de Philippe II en même temps que Jacques de Trezzo, et qui 
cullivoit le même talent. Il grava sur une de ces pierres pré- 
cieuses le portrait de dom Carlos, Infant d'Espagne, que cet 
infortuné prince avoit dessein d'envoyer comme un gage de 
son amour à l'archiduchesse Anne, fille de l'empereur Maxi- 



(i) Jesu Chrislo, sacerdoii ae vielimœ, FMUppuê IL Eex D. oput 
Jacobi Treeii Mediolaneruis Mum Hispano e lapide, Dascripcion 
del Escorial por Fr. de los Santos, p. 27. 

(2) Gorlëe et M. le baron de Stosch, dans les préfaces qu'ils ont 
mis k la tête de leurs ouvrages sur les pierres gravées. 



Î37 

milien II, qu'on lui destinoit pour épouse; et sur un autre 
diamant, le même artiste exprima les armes d'Espagne pour 
servir de cachet au même prince. Le témoignage de Clusius, 
savant botaniste (1), qui avoit connu le graveur à Madrid, 
dans son voyage d'Espagne, en J564, joint à celui de Paul 
Lomazzo (2), autre contemporain de Birague, et même son 
compatriote, ne laisse aucun doute sur la vérité du fait. Il 
est moins certain que le travail de ces deux gravures fût bien 
parfait ; et qu'on n'allègue point pour excuse la qualité de la 
irjatière. Pourquoi l'employer si elle n'y étoit pas propre? Y 
a-t il un si grand mérite à former des difficultés qu'on sait 
ne pouvoir vaincre? Quoi qu'il en soit, puisque j'ai résolu de 
ne rien omettre de tout ce qui peut avoir rapport au sujet 
que je traite, je ferai encore mention, d'après Paul Lomazza(3), 
lie François Tortorino, graveur de camées, et de Julien Ta- 
verna , qui , comme le pr(k'édent , éloit Milanois et gravoit 
comme lui sur le cristal ; et je me servirai de cette occasion 
pour remarquer que Milan n'a jamais cessé de nourrir des 
<irlistes experts dans la taille du cristal de roche» et qu'encore 
aujourd'hui ceux qui y eiercent cette profession y excel- 
lent. 

Je ne prétends pas toutefois confondre avec ces simples la- 
pidai res, dont le métier est purement méc^anique, Annibal 
Fontana, de Milan, mort dans cette ville en 1587, âgé de 
quarante-sept ans (4). Ce grand homme s'est fait admirer 
toutes les fois que sont sorties de ses mains des gravures sur 
les pierres fines, tant en creux qu'en relief. Guillaume, élec- 



(i) Lettre d^Clttsius, dans la nouvelle traduction française de 
rhistoire de M. de Thou, t. XV, p. 321. 
(^) Lomazzo, Idea del tempio délia pitturat p. i 52. 
(3; Lomazzo, Trait, délia pitlura, p. 687 et 689. 
(4) Torre, Rilralto di MilanOy p. T*. 



â38 

tetfr de Bavière, prince extrémemient curieut, lui fit laire 
aussi plusieurs ouvrages sur le cristal, et entre autnsuae 
cassette qui éioit enrichie de gravures, et pour laquelle il lui 
fit compter six mille écus. Raphafil Boighini a décrit dans son 
excellent Traité de peinture (1) les d'Iférents sujets qu'il y 
avoit représentées : ils étoient tousdesacomi^osidon, etl'ha- 
bJle artiste y fit voir qu'il étoit pourvu d'un grand fonds de 
dtesseifi ; aussi ne quitta-t^il la gravure que pour devenir tout 
à coup un sculpteur du premier ordre (S). 

En voici un autre qui s'est élevé en tenant une route bien 
différente. Philippe Sania-Croce, surnommé Pippo, avoit une 
main des plus légères. Il tailloit, sur des noyaux de pru- 
nes (3)el de cerises, de petits bas-reliefs composés de plusieurs 
fig\ires, qui devenoient presque imperceptibles à la vue et 
qui n'en étoient pas moiusdans toutes leurs proportions. Les 
plus foibles talents, quand ils sont conduits parlegéoie, mé- 
ritent de la considération; celui-ci plut à divers amateurs, et 
il inspira à celui qui en étoit en possession la hardiesse de 
graA'er de la même manière sur les pierres fines. Le So- 
prani (4), auteur des Yiesdeê peintres et autres artistes génfAs, 
assure que ce fut a\ec beaucoup de succès^ et l'on a remarqué 

— ■* — ■ — ■ — ^- — "^ — ^^-^ — ^-^~' — • — ^-* — -^ — ■ — *-^ — --.-.-^ . - - ■ ■ . .- 

(1) Riposo del Borghini^ p. 461, édit de 1730. 

(2) On estime beaucoup les statues et les bas-reliefs de marbre 
qu*il a faits en concurrence d'Astoldo Lorenzi, sculpteur iloreolin, 
et doni il a enrichi le portail de Téglise de Notre-Dame de Saiit*- 
Cehe àMilan, dans laquelle Fontana a été inhumé. 

(3] Le merveilleux chapelet^ sculpté de cette manière^ que possède 
la princesse Czartori&ka dans les joyaux de la couronne de Pologne, 
serait-il son ouvrage? Si notre souvenir, déjà bien ancien, ne nous 
trempe pas, il y Aurait, d'un c6té, des tètes, de TauCr^ des sujets, 
et, dans cette infinie petitesse, on ne sati ce qu'on doit le plus ad- 
mirer, de Tadresse patiente, de la beauté du style, et soHveiit inêm» 
de la grandeur du caractère. (Ed.) 

(4) Soprani, Vite de' pittori genov.y p. 303. 



139 

«effet que ^lous oeui quota nature avoit dësttdës à queïqUëâ 
proî'essiOHS s'étoient toujotirs fooritrés des hommes singu- 
Mers. J*i]^ n'étoil «qu'un simple b^Tge^ qui s'amusoit à 
sculpter des morceaux <le bois, lorsque te comte Philippin 
Doria le rencentra dans le duché d'Urbitï. Ce seigneur, touché 
dps dispositions naturelles qu'il 'l«i voyoit, ie prit avec lui, le 
ooiHliiisit à Rome, 'lai fit apprendre'à dessiner^ et, continuant 
de l'àoQor^r de sa protection, il le fit venir à Gènes, où cet 
artiste s'établit «ft fut père de ^tusieuts enfants, tous sculp- 
teurs. 

L'exactitude que ge me Mrs prescrite ne tne permet pas de 
passer sous silence «A'iï-lotna ^rrfont, de Buseito, petite ville 
de l'Élat de Parme, mort à Rome en 1584, âgé decinquante- 
sÎK ans. Je me suis pioposé de ne l»isser échapper aucun 
graveur, et de plus celui-ci tenoit,dit-on(i),le premier rang 
entre les graveurs en pierres fines de son temps; mais il est 
vrai que je n'en ai^i'autre garant que sou épitaphe, qu'on lit 
dans réglise de Sainte-Marie d'eU' Ara QA\ à Rome (2), et ces 
ac^tisnes sur le^quels il priinoit étoienUils bien eicellents? On 
n'eo peut rien dire, puisqu'on De les connolt pas. Celte épi- 
taphe m'en rappelle une autre, qui est pareillement à Rome 



Xi) diisert. glyplogr., p. 84. 

<2) D. 0. M. 

Ànlouio Bordonio, l^icolai filio, 

E civilate Buxeli, viro probo, 

Ac in incidendis el sculpendis imaginibus 

la omni Gemmarum, 
Lapidamque preliosorum geiiere 

Eximio atque primario ; 
Qui^ cùm annum agerel slalls susD LTl. 

Ad superos rediit 
XVIII, kaL maij MDLXXXIII. 
Silvia Poppia usufructuaria 

Viro suo bene m^renli P. 



S40 

dans Y église de Saint-Pierre in Montorio (i].Elle fait mention 
d'un Flaminiuê Naiaiis^ mort à Rome en 1596, âgé de cio- 
quante-cioq ans, avec la réputation d*un très-bon graveur 
d'armoiries pour des cachets. Je soupçonne qu'il étoit Lié- 
geois et parent de Michel Natalis, célèbre graveur au burin, 
dont le père^ contemporain de Flaminius, étoit graveur des 
monnoies du prince de Liège, électeur de Cologne (IV,40), 
et, si cela est, il n'avoit pas eu besoin , pour se déterminer 
au parti qu'il avoit embrassé, de chercher des exemples 
hors de sa famille. 

La gravure sembloit cependant s'éclipser en Italie, et, si 
elle étoit cultivée en Allemagne par un plus grand nombre 
d'artistes, elle n'en étoit pas moins dans un état de langueur 
et de dépérissement. L'empereur Rodolphe II, qui régnoit, 
protégeoit les arts; il étoit fort curieux de tous les ouvrdges 
qui se peuvent faire par le moyen de la gravure en pierres 
fines, et il avoit rassemblé, pour cet effet, auprès de sa per- 
sonne ce qu'il y avoit de plus habiles gens, qui travailloient 
continuellement sous ses ordres. En falloit-il davantage pour 
faire fleurir l'art de la gravure? Mais il tst des temps où ni 
les caresses, ni les récompenses ne peuvent rien contre un 
mauvais goût qui domine, et qui, malheureusement, n'est 
que trop accrédité. Les graveurs se multiplioient, et les ex- 
cellents maîtres deveuoient plus rares. Je n'ai vu aucunes 
pierres gravées faites par les artistes qui éioient au service de 
l'empereur Rodolphe. On m'a bien montré dans le trésor à 



(i) D. 0. M. 

Flaminîo Natali 

In^igni iDsigoiorutn effectori... 
Annoiô96, œlatisSo^ 
Diem suum ciausit. 

{Dissert, glyptogr., p. 85.) 



241 

Vienne une infinité de vases et d'aulres bijoux de jaspe, 
d'agate» de cristal, et d'autres matières encore plus pr(^cieuses, 
qu'ils ont exécutés, et dont on ne peut se lasser d'admirer la 
hardiesse du travail. Il semble qu'on se soit attaché à recher- 
cher tout ce qui pouvoit en rendre l'exécution difficile, mais 
c'est presque toujours aux dépens des belles formes ; on s*est 
épuisé pour en imaginer de bizarres, qui tiennent au gothi- 
que, qui ont de quoi révolter quiconque a une idée du beau, 
el qui l'aime. 

Les (ieux graveurs qui étoient le plus occupés à ces ou- 
vrages, et (|ui étoient estim<^s les meilleurs, étoient Gaspard 
Lehman et Miseron (1). Le premier, valet de chambre de 
l'Empereur, jouissoit du privilège exclusif de graver sur le 
verre, en considération de ce qu'il avoit découvert des ina- 
chines et un nouveau genre d*opérer, qui simplifioient l'exé- 
cution, et au moyen desquels la matière se trouvoit suscep- 
tible d'une infinité de travaux qu'on n'auroit pas osé tenter 
auparavant. C'est apparemment la même pratique qui s'est 
conservée dans les fabriques de Bohême, d'où il sort des ou- 
vrages de verre si artistement gravés. MiseroUy que je crois 
originaire de Milan et de la même famille que les deux Misu- 
rmi^ dont j'ai parlé un peu plus haut, fut anobli et obtint la 
garde des curiosités de Sa Majesté Impériale. Denis JUtseron, 
son fils, lui succéda dans ses talents et dans son poste, et tra- 
vailla pour l'empereur Matthias, qui lui fit faire de grands 
ouvrages pour en orner les galeries de Prague et de Vienne. 
Cette famille, fertile en graveurs, produisit encore Ferdinand- 
Eusèbe^ seigneur de Lisom, fils de Denis Miseron, que l'em- 
pereur Léopold confirma dans tous les titres et les charges de 
ses ancêtres, et en qui Ton ne reconnoît presque d'autre mé- 



(i) Sandrart, Acad. pielurœ erud., p. 343. 

T. VI. V 



rite que son exactitude à remplir Jes devoirs de soq emploi. 

Od a un portrait de Christophe Schwaigtr^ gravé en 1600 
par Luc Eilian, d'après le tableau de Jean Yan Ach, et, dans 
les vers latins qui se lisent au bas de cette estampe, cet ar- 
tiste, qui étoit mort depuis peu de temps, âgé de soixante- 
huit ans, est comparé à Pyrgotèles pour son habileté a graver 
en creux des cachets sur des pierres Gnes. Dominique Custos, 
en exposant les motifs qui Tengjigèrent à publier ce portrait, 
dit que l'amitié y eut la principale part, et, comme il avcit 
sa demeure à Ausbourg, on pourroit en inférer que Schwai- 
ger y étoit pareillement établi. Mais tant qu'on n'aura point 
vu de ses ouvrages, on pourra crdindre que les louanges 
qu'on lui donne ne soient outrées. 

Après avoir fait de l'Allemagne le théâtre de la gravure 
dans le dix-septième siècle ^ on sera sans doute étonné de 
m'entendre nommer un si petit nombre de graveurs alle- 
mands ; mais le silence que je vais garder sur les artistes qui 
ont dû avoir v^cu en Italie dans le même siècle d<'it pm Kre 
encore plus surprenant, car je ne pourrai pas (aire mention 
d'un seul. Ce n'est pas que je croie que, pendant un si long 
espace de temps, ce pays, si fécond en artistes, ait été entiè- 
rement dépourvu de graveurs. Cette belle cornaline, montée 
en bague, qu'on conserve dans le palais Borghèse à Rome(l), 
et sur laquelle est admirablement bien gravé le portrait du 
pape Paul V, de profil, me démentiroii; elle semble même 
prouver qu'il devoit y avoir alors d'assez l»ons maîtres en 
Italie; mais les écrivains du temps ont négligé d'en parler, 
et les laits qui ne sont pas confiés à l'histoin' tombent bientôt 
dans l'oubli. 

Je doute fort qu'aucun des graveurs italiens que j'ai cités 



(i) DisserL glypl.y p. 86« 



243 

eûl pu soutenir le parallèle de notre Cotdoré. Cet excellent 
homme fleurissoit en France sur la fin du seizième siècle, el 
i\ a vécu jusque sous le règne de Louis XIIL Henri IV, qui 
rhonoroit d'une protection particulière, le fit beaucoup tra- 
Tailler. Il a gravé le portrait de ce grand prince une infinité 
de fois^ tantôt en creux, tantôt en relief, toiqours avec une 
finesse d'outil sans égale, et toujours avec le même suc(^ 
peur la ressemblance. Jusqu'à présent il ne m'est pa^sé par 
les nains aucune pierre gravée où il y eût des figures en- 
tîèrea, et qu'on pût dire certainement être de CoUoré; mais 
je B'imagine pas qu'un homme qui a fait des portraits aussi 
achevés que les siens ait pu manquer de réussir dans des su- 
jets plus composés, lorsqu'il a eu occasion d'en graver. Je 
suîstrès-persuadé que, si l'on en ren« ontroit, et il doit y en 
avoir, on y admireroit le même esprit, la même élégance, la 
même justesse de contour, et la même pureté de travail que 
dans les simples têtes qu'a gravées le même artiste. Et qu'on 
ne me dise pas que je me laisse prévenir, et qu'un amour 
aveugle de la patrie m'emporte trop loin; les étrangers sont 
encore moins réservés que je ne le suis, toutes lè& fois qu'il 
s'agit de faire l'éloge de cet habile graveur* Les Anglois 
m^ae, si indifférents pour les productions de nos artistes, 
ne peuvent s'empêcher d'estimer les siennes; ils recherchent 
ses gravures avec un empressement dont, è noire honte, on 
ne voit que peu d'exemples parmi nous. J'ajouterai qu'on 
tient pour constant que la réputation de Coldoré le fit appe- 
ler en Angleterre par la reine Elise heth^ et cette opinion n'est 
pas sans fondement, car on a vu dans le cabinet de M. Grozat, 
que monseigneur le duc d'Orléans a joint au sien <1), un por- 



(1) €6 camée est ludique dans la description sommaire .des pier- 
res gravées du cabinet de M. Crozat, sous le rt^ 1226. 



tu 

ir«il (le cette princesse, âégammenl gravé en relief sur une 
agatehonyx» qui oerlalaeinent ne peut avoir été (ait que par 
Coldopê; OD recoDBott aisément dans te bel ouvrage la déli- 
Gcitesse de sa touche. . 

Si Juliende Fantenmi^y Dominé dans les lettres palèntes du 
roi du 32 d^oembre J608|. portant privilèges eu faveur des 
artistes logés soQs la grande galerie du Louvre, «i que le roi 
Henri iV qualifie 4le son valat de efaambre et de son graveur 
eo pierres précieuses, a été véritablement yémul^rde €o/- 
doré, il doit {Croître assez surprenantqù'ottoe'moQtre aucun 
d6.4fô ouvrages, et t|ue son ocnn même soit resté dans l'on- 
hU. Mais .j!ai un ^rtain pressentiment que ee graveur et 
CuidfirÀ ne aotit qu'un -môme homme présenté <saus deiix 
noms différents. U n'est guère possible que la chose puisse 
êtreaulremônt: Seroit-il probable qu'un prince qui sa voit ^ 
bien distinguer le mérite et le récompenser partout où il le 
trouvoit, eût accordé sa protection à un artiste médiocre H 
s^ns nom, qu'il lui fût assigné un logement dans son palais, 
distinction réservée à l'élite des plus habiles artistes» en tout 
gerure, qui vivoient alocs^ et qui, pour me servir des propres 
termes employés dans les lettres patentes, étoient les maîtru 
le$ fim mffiicnéêss icmtde peinture^ iculpêyre, orféiorerie^ hêf^ 
lagerie, inseulpturB en pierr^ii qu* autres exeellemie nrts; 
qu*enfin Jtdiên de FarUenay^ dont on ne produit rien, eût 
obtenu cette grflcc , en qualité de graveur en pievres fines, 
vis-à-vis etau pr^ndice de i'inimiiable Ooldoré, qui jouis- 
sait de toute sa réputation, qui étoit connu, employé et es*- 
timé du prince? Je n'y vois guère d'apparence. 

On aura de la peine à me petsuader que la qualiié de 

valtt de chambre de Sa Majesté avoit pu manager à Fontenay 

la faveur de son lïiâître, et couvrir en quelque façon son in- 

capaciléj au contraire, la supériorilé dans son art étoit pour 

ors un acheminement h cette place de confiance; c'étoit à ce 



litre que Buni 1, peintre du roi Henri IV, < t tant é'autres^ar^ 

listes avoient obtenu le même honneur. Je dis plus, s*il y 
aveit eu deui graYenrsfa pierres fines, toife d^ux se distin- 
gnaol dans leur arl som le règne de Henri IV, il tlevroit^ 
dans, le nonbce de portraits quei nous avons de ce prinee« 
s'en trourer de deux mmns diiférentes, oar l'un* et l'autre 
artistes <pl dt en graver, cela n'est pasdoutfux ; oependant, 
au* jugement des raeiUeursi eonnoiëseurs, tous, ceo^p de oes 
p«)FlraUs que noœ voyons, pairoissent du. Boéme tnattre ;« ib 
sont} traYaillë& dao^ la même mamère; c'est dans tous le 
môme faire et le même caraelèrek De \h je continue dinfërer 
que d'un aeuV homme on en a fait deux; et, si l'on me de* 
mande peuirqttoi CMaré est nommé JuHm de Fontet^ff dans 
les lettres patentes de Sa Majesté, je pourrai répondre qne^ 
dans uo acte public, on ne devoit pas le désigner autrement 
que par ses véritables noms, c'est à-dire son nom de bapr- 
têoie et eelui de sa famille^ n^ais que, plus connu soiis.un 
sobriquet qui étoit possé en usage, on eotitînua de l'appeien 
dans le monde CoUoré^ et que ce sobviqtlet, ayant prévalu, a 
fait difiparottre le aom de. iiamille. C'est ainsi que leFrinfen ' 
tice. peimtre fameux, que François!!^ avoit attiré en France, 
n'eut pendant sa vie, et même longtemps après sa mort, 
d'autre nom que Bohgnay qui étoit celui de la ville de sa 
naissance, et que Marc Duvafr, peintre de Charles IX, ne ftit 
jamais appelé par son maître autrement que le Sourdy au 
rapport de La Croix du Maine (1). S'il étoit besoin d'exem- 
ples, il me seroil aisé d'en produire d'autres encore. On a 
vu plus haut un orfèvre et graveur célèbre, nommé Foppa, 
être dépouillé malgré lui de son propre nom, et obligé de 



p > m 1 1 « Il I fi 



(1) Dans sa Bibliothèque, p. 406. 



2i6 

lecevoir es pface un sobriquet qui n'étoit rien moins que 
flatteur. 

Je ne rechercherai point ce qui peut avoir fait donner à 
notre artiste celui de Cddaré ; quelqu'un moins timide pour- 
roit dire que plusieurs chaîne» d*OT qui le décoroient, et qu'il 
portoit pendues au cou, avoit pu occasiooner la plaisanterie, 
et il est vrai que ceux qui se distinguoient dans lear talent, 
autanl que CMoré taisoit dans le sien, recevoient alors fré- 
quemment de ces marques d'honneur, de la part des princes 
ou des grands seigneurs qu'ils servoient (1). Mais je suis très- 
^loigné d'admettre de semblables conjectures/et j'abandonne 
volontiers celle que je viens tâcher de rendre vraisemblable 
à ceux qui, plus heureux que moi, pourront quelque jour, à 
la faveur de nouvelles d<^couvertes, débrouiller l'histoire de 
DOS graveurs (rançois, qui est pour moi enveloppée de ténè- 
bres trop épai>ses (2). 

J'ai vu chez M. Crozat un portrait du cardinal^ de Riche- 
lieu, gravé en relief sur un grenat syrien (3); il est de profil, 
finement dessiné et d'une exécution parfaite; mais je ne sais 
à ^i donoer ce bel ouvrage ; le travail m'en a paru un peu 
trop sec pour être de Coldaré^ et d'ailleurs je doute que ce 



(1) Du temps d*Henn III et d'Henri IV, les chatoes d*or étaient 
les présents ou la récompense la plus ordinaire des artistes et gens 
à talents. Daus un livre singulier^ qui est à la bibliothèque du roi 
et qui est intitulé : CotnposUûms de rhétûrique de M. Ihm ArU^ 
quin, ce comédien italien, Savoyard de nation, dit dans son patois 
à Henri iV, à qui le livré est déaié : 

Ah, sacra Majesté, 

Fais-moi dounor tout astheure pour streina 
La medaglia a Hachée à una groMsa chaina. 

(2) Coldoi é ou Codoré s'appelait Olivier, et ne peut et- e le même 
que Julien de Fonlenay, qui est venu après lui. Voir sur ce poiBl 
\t»Àrehivei^ DocumenU,IiI>p. 39-41. {EdJ) 

(3) Toyez dans la description sommaire «les pierres gravées du 
cabinet de M. Crozat, u* 938. 



247 

graveur ail été témoin He la grande puissance de ce cardinal 
qui; dans ce portrait, ni" p:irott vm homme de quarante ans 
au moins. Comment peni-on, dans î-on propre pays et dans 
des temps si voisins, être si peu instruit de ce qui regarde 
ses propres artistes? On ne peut encore rien dire de certain 
sur l'auteur de cet excellent portrait du cardinal Mazarin, 
exécuté en relief sur une agate-onyx, qui est dans le Cabinet 
du roi, et qui est tellement dans les principes de Warin, à 
qui no-^ médailles et nos monnoies sont redevables de leur 
beauté, que, s'il étoit possible que Warin eût gravé sur des 
pierres fines, je n'h*^siteroi<î pas démettre ce portrait sur son 
compte. En vérité, nos pères ne sont giïère excusabl«^s d'avoir 
été si peu attentifs à nous Iransmeltie la ménioire de nos 
habiles artistes. 

A peine sait-on quelque chose d'un graveur nommé Mau- 
ricBy qui, étant sorti d( s Pays-Bas, sa patrie, vint s'établir à 
Rouen sous 1^ règne de Louis XIII. C'étoit cependant, au 
rapport de quelques personnes capables d'en juger, un bon 
graveur, et dont le fiN, né h Rouen, et encore plus habile que 
le pftr.', duquel il élnit disciple, doit avoir mis au jour une 
grande quantité de beaux ouvrages, puisqu'il n'est mort 
qu'en 1732, âgé de quatre-vingts ans. Il s'étoil retiré à la 
Haye, pour cause de religion, car il étoit né, comme son 
père, dans la religion protestante. Paris fut pendant long- 
temps le lieu de sa résidence, et il y eut pour concurrent 
Jean-Baptiste Certain^ né dans celte ville, où il vit encore. 

Ce dernier avoit une assez bonne main. Après avoir osé 
faire une copie de la bacchanale du roi, connue sous le nom 
de cachet de Michel-Ange, et s'être assez bien tiré d'un tra- 
vail aussi difficile, on pouvoit espérer qu'il tienilroit rang 
av» c les meilleurs graveurs; mais, les oi casi» n? de s'exercer 
sur des sujets importants lui ayant manqué plutôt que les 
talents, il n'a pu surmonter un obstacle qui s'opposera lou- 



2i8 

jours à ravaocemeDt des arts, et il n*H point été connu autant 
qu'il Tauroit pu être. 

Quittons les graveurs fraoçois, sur lesquels je ne puis 
m'étendre autant que je le voudrois, et repassons en Italie. 
Nous trouverons à Florence le Bergogtume, excellent graveur 
de cachets, qui étoit logé chez le grand-Kluc, et qui travail- 
loil pour ce prince vers Tannée 1670(1). Il y étoit» à ce qu'on 
assure, fort considéré, et, si le nom qu'il portoit peut con- 
duire à quelque induction, on peut croire qu'il étoit né dans 
le duché ou le comté de Bourgogne, ou au moins qu'il en 
étoit originaire. Allons plus loin, et nous trouverons encore 
dans Rome Adoni (2), qui a eu de la vogue dans le commen- 
cement du même siècle. Il étoit principalement occupé à 
graver en reliel des mains jointes en signe de foi. Il en avoil 
un grand débit ; c'étoit un présent que se faisoient les nou- 
veaux mariés; mais si ce graveur n'a fait que de ces baga- 
telles, méritoit-il qu'on songeât seulement à lui? 

Aussi suis-je persuadé qu^un graveur de médailles, nommé 
Rey, qui vivoit à Rome il y a environ une cinquantaine d'an- 
nées, devoity être dans une bien plus grande estime, car on 
dit que cet artiste a gravé avec beaucoup de goût toutes 
sortes de sujets sur les pierres fines (3). On cite comme de 
très-beaux morceaux le portrait de dom Charles Albani, 
frère du pape Clément XI, gravé sur une émeraude, et le 
cachet du marquis de Castel-San-Vito, l'un et l'autre exé- 
cutés par ce maître habile ; mais je n'ose prononcer sur le 
mérite d'un homme dont je n'ai vu aucune production. 

Flavius Sirlet se préparoit alors celle réputation brillante, 



(1^ Columb. iiberl. Uv. Aug. à Gorio illuslr., p. 155. 

(2) Disserl. glyplogr.^ p. 89. 

(3) Disstr(, glyplogr,, p. 90. 



249 

et si justement méritée^ dont il a joui dans Rome jusqu'à sa 
mort arrivée le 15 août $737 (1). Il éloit orfèvre et graveur 
en pierres fines, et il se préti^ndoit issu de la n^^me iamiUe 
que le cardinal Guillauo^e SirM^ qui a joué un si grand r61p 
dans rÉglise ; m^s cet )|onneur, dans quelque, point ^ vuq 
qu'on l'envisage, n'ajoute rien, selon moi, à la gloiçe q\m 
cet artiste s'est procurée lui-même par l'çxceUence de ses our 
viages. On n^ connoît presque; aucun, graveur moderne qu 
l'égale pour la finesse de la touche, ni dont le travail 4{>Jprq-^ 
che davantage de celui des; Grecs. Il a beaucoup gr^vé, et^ 
dans un assez gr^nd nombre de portraits de ^^ m^n^ celui 
de Carie Maratte, que lui a fait exécuter Augustin Masuccio, 
élève dç ce grand peintre, a mérité qu'on en, ftt un élpge 
particulier, tant en considération duL sujet que par rapport è 
la perfection de la gravure même, n est cependant un autre 
genre de gravures qui fait encore plus d'hunneur à Sirlet^ et 
dans lecjuel il me par oît ^voif remporté 1§ prix ; c'est lors- 
qu'il nous a dooné sur des pierre^ fines les représeptations 
en petit des plus belles statues antiques qui sont à fiome. II 
a gravé de cette sorte l'Hercule de Farnèse, l'Apollon d,e Beli 
vedere, le Bacchus assis sur une panthère de la golprie Justi-, 
nienne, doot il a fait un Mercure, en lui mettant h la main 
un caducée, le Caracalla de celle du palais Farnèse. TotJtes 
ces figures sont bien dessinées et touchées £^vec autant d'art 
que de délicatesse. Le groupe du Laocoon est son cbef-d'œu* 
vre, et c'est un de ses derniers ouvrages. U est sur une amé- 
thyste, et milord duc de Beaufort l'a fait passer en Angle- 
terre. On y lit ces deux lettres grecques *S, qui sot^t les 
premières lettres du nom du graveur, car lorsque cet artiste 
mettoit son nom sur les pierres qu'il gravoit, il empruntoil 



' ^ 



ii) Dissert, glyptogr,^ p. 92. 



250 

pu'sqae toujours l«*s caractères grecs, comriie s'il eûl pré- 
tendu s'associer aux ancieos sculpteurs grecs et partager la 
gloire de ceux dont il imitoit les rares pro<iuctioDs. La gra- 
vure avec laquelle il a terminé sa carrière est sur une corna- 
line qui est entre les mains de M. le c hevalier Yeltori, et, plus 
on se sent animé, rn la regardant, de la même joie que mon- 
tre sur son visage un faune couronné rie lierre, qui y est re- 
présenté, plus on est prêt à verser des larm('s sur la perte de 
l'habile artiste, auteur d'un si bel ouvrage. Deux fils de 
Sirlei ont suivi la même profession que leur père : l'un se 
nomme Françaiê^ et le second s'appeloit Raimond. Ce der- 
nier a survécu son père fort peu de temp< ; l'autre exerce son 
talent dans Rume, et tâche de se faire estinaer autant qu'il 
est possible au fils d'un homme très-célèbre. 

Celui qui se distingue le plus aujourd'hui dariS cett'* ville, 
et dont la réputation est fort grande, même hors de son pays, 
est le chevalier Charles Costanzi. Son père, qui vit encore, et 
qui se nomme /eau, est lui-même un bon graveur. C'est lui 
qui, au rapport de M. le baron de Stosch (1), a gravé sur un 
diamant cette tête de Nr^ron, qui a appartenu l M. le prieur 
Yaini. Ce qui paroîtra cependant un peu surprenant, le fils 
réclame cette gravure et prétend que c'est son ouvrage. Il est 
peu important d'éclaircir la vérité du fait; mais il n'est pas 
moins certain que Charles Costanzi étoit fort en état d'exé- 
cuter une telle gravure» et qu'il peut même faire encore 
mieux. Une Léda et une tête d'Antinous, qu'il assure avoir 
pareillement gravées sur des diamants, pour le roi de Por- 
tugal, sont les garants qu'il produit, et avec lesquels il ne 



(i) M. le baron de Sloscb, dans sa préface à la tête de son Re- 
cueil de pierres gravées antiques sur lesquelles les graveurs ont 
mis leurs noms, p. xvn. 



251 

doit point rraindre qu'on le soupçonne d'en vouloir imposer. 
J*en ai vu des empreintes; on m'en a fait voir encore de plu- 
sieurs autres de ses gravures, et, s*il m'est permis d'en dire 
mon sentiment, j*y trouve un homme qui possède son art 
dans un haut degré de perfection. Son travail, sans être ni 
trop sec, ni trop léché, est recherché; il dessine avec assez 
de justesse ; ses portraits me paroissent gravés de chair, et 
fort ressemblants. Je ne crois pas qu'on puisse laire en gra- 
vure eu creux quelque chose de mieux que celui du cardi- 
nal Georges Spinola, qui est sur une agate-onyx, quoiqu'on 
veuille me persuader que le portrait du prétendant et celui 
du cardinal René Imperiali, qui ont été gravés par le même 
artiste^ ne le cèdent point au premier. 

Je n'entreprendrai point de parler de toutes les autn s gra- 
vures de cet habile homme; elles sont répandues dans toute 
l'Europe et elles font son él(>ge l)eaucoup mieux que je ne le 
pourrois Taire. Je ne dois pas cependant omettre que, lors- 
qu'il a voulu copier des pierres gravées antiques, il y a très- 
bien réussi, et l'on préteod que personne, entre les modernes, 
n'a aussi bien gravé que lui la tête d'Antinous, ce qui est 
cause qu'on la lui a fait répéter une infinité de fois. Ses co- 
pies en ont souvent imposé, même à des connoisseurs qui 
prétendoient être fort clairvoyants ; et tel est l'effet qu'a pro- 
duit cette belle copie de la Médu:?e, dont l'original, admira- 
blement gravé par Solan, est dans le cabinet de Strozzi, et 
qui fut exécutée en 1729 pour M. le cardinal de Polignac. 
Combien de gens y ont été trompés au premier coup d'œil? 
Il est vrrti que, pour mieux séduire, la copie a été faite sur 
une calci^doine pr(^cisément de même grandeur et de même 
couleur que l'original, et que tout, jusqu'au nom de l'ancien 
graveur, est copié dans la plus grande exactitude. 

Au reste, le sieur Cosianzi ne doit pas se p'aiudreque son 
mérite n'ait pas ét^ reconnu : Tordre de Christ et celui de 



^5i 

Saiot-Jean du Latran lui um été cooiérés par ie pape Be* 
nott XIU. il a été nommé par les conservateurs du peupte. 
romain pour, en qualité de page gentilliomme, ôtse du cor^ 
lége de Sa Sainteté le pape Benoit ^W^ lors de ^ prise dq 
possession de Saintrjean de LatraQ, en 1740. 11 e^t.dnef dc^ 
quartier dans Rome; a^cuq des honneurs annuels il pou^ 
voit aspirer ne lui a ^chapp4« et il ei&jl.|| pi.^moec qu'on s'est, 
étudié à flatter spn,g;oû(r. U esl ï^ h Nazies f^M fqois.ci'apût 
de l'année 1703; ipais* qugiqvi'iJl ait pri^ n^^^nce diin$ 
cette vilie^ il s'e^t toujoi^ r^as^^ qonunf^ f^otii^, parcf^ 
qu'il n'a point cesisé. de demc^rcp* ^ Rome,, où i/ ^ un frèr^ 
nommé Thomas ^ qui, PH^iips. h^bilQ q^e son^aln^t^ne laj^ 
pas d'être fort occupé et de gr^vQr avec ^i^ccès ^uf le^ pierv^ 
fines. 

Le frère du cbevaliec ÇpsU$n;ii est mort à Rome ei| 1747!^ 
Pour lui, il continue de. graiver avec la même succès, et les 
mêmes applaudissements^ Un de ses dierniers ouvrages est le 
portrait de Timpératrice-Tieioe de Ij^ngrie, qu'il a gravé sur 
un très-grand saphir oriental. Cette gravure ^voit été pré* 
cédée d'uQe aujLre^qui, au rappo,r,t de 1,'auleur même, est su- 
périeure à tout ce qu'il a jamais fait; deux années et demie 
d'iin travail assidu y ont à peine sufû» et la mdtière est une 
émeraude de prix^ de sept lignes d'épaisseur, et qui, dans le. 
plus grand diamètre de l'orale, porte deux pouces. Sur uoe 
des faces est gravé le portrait du pape régnant, et sur le re- 
vers les têtes de saint Pierre et de saint Paul. Ce morceau 
singulier, fait par ordre du cardinal Lanti, étoit destiné pour 
l'agrafe de la chape dont Sa Sainteté se revêt dans les joursi 
de solennité; mais le saint père, après s'en être servi une 
setile fois, a jugé à propos de le placer dans le trésor de 
Saint-Pétrone à Boulogne, oh i\ fait l'admiration des cu- 
rieux. 

Dominique Landi travaille pareillement à Rome, et c'est 



253 

encore, au rapport de M. Vettori (1), un des meilleurs gra- 
veurs de cette grande ville. Le marquis de Fuentes, aitibas- 
sadeur de Portugal auprès du saint-siëge, lui a fait graver 
en 1716 \é btrste d'Auguste sur une calcédoine, et, en 1720, 
il- a exécuté sur une émeraudè le portrait deM. Nicolas Duodo, 
rftobéssadeur de la république de Venise i Rome. On voit 
aussi de lui deux pierres plus grandes que celles qu'on a 
coutunae de porter en bague, sur Tune dësquellf s sont les 
têtes dèïrajfln et de Plotinë, de Mârciàna et'dë Slatidia, en 
rîî'gard ) ^t on toit saf Tauire celles de Seplime Sévke, de 
JuUfc Domna, de 6èta et dé Giaracalla (2). Il faut croire que 
ce sent là ses meilleurs ouvrages, ptiisqùe M. Vettorî les cite 
par distinction. 

Dàminique Lundi est né à Liicques; C*est un très-bon gra- 
veur, S'il fait toujours aussi bieti que ce qiie j'en connois, qui 
est un portrait d'homme ayant les cheVeux courls et Irisés à 
l'antique, dont j'ai le souffre. ' 

Antùine Ptftfer, établi àNaple^ depuis une vingtaine d'an- 
nées, est né à Briïen dans le Tyrol. Je n'ai vu de cet artiste 
que quelqufs foibles copies de gravures antiques (3). 

Jérôme Rosi, de Livourne, est surnommé il Livoufnese. 

Gode froid Gtaafti, Allemand, que la difficulté dô pronon- 
cer' son nom fait appeler dons Rome il Tedesco. 

Laurent Ifhttér^ de Nuremberg, trâvaillôit dansRotîïe il y 
a quelque années, où îl a mécbë patu àVèc éclat. On vante 



(1) Disserl. glyptogr,, p. 90. 

(2J Ces deux pierres gravées ont été faites ponr D. Michel-Ange 
Gorsi, abbë de la eongrégalion du mont Olivet. 

(3)11 eut pouf fils le fameux Jean Pikler. On peut voir sur le pèic 
Memorie degli inlaglialori modemi in pieire dure, Livourne, 1745, 
p. 149, et sur le fils la biographie spéciale publiée à Rome en 1 79î2, 
par J. G. de Rossi, et traduite dans le Magasin encyclopédique de 
Millm. 3« année, t6tife IIÎ, p. ^-2. (Krf.) 



St54 

beaucoup la [copie [qu'il a faiie en petit do la lôte de Julia, 
tille de Titus, dont l'origiDal, gravé par Evodus, est dans le 
trésor de Tabbaye royale de Saint-Denis en France; mais il 
me semble qu'on doit faire encore plus de cas du portrait 
du cardinal Alexandre Albani, qu'il a gravé, puisqu'il n'en 
partage la gloire avec personne, et que d'ailleurs c'est un 
morceau qui, en quelque temps que ce soit, méritera d'être 
regardé comme une très-belle chose (1). H. l'abbé de Ro- 
thelin avoit apporté de Rome une tète de jeune homme 
gravée sur une améthyste, et je sais que cette gravure étoit 
fort estimée en Italie. Je <^nvien8 aussi qu'elle est exécutée 
avec soin, mais, comme la propreté daas le travail n'est pas 
ce qui me touche le plus^ j'avoue que je la priserois davan- 
tage si le graveur, un peu moins froid, avoit mis plus de , 
légèreté dans sa touche et plus de fm^ sse dans son dessein. 
Gela n'empêche pas cep'^ndant qu'on ne doive le regretter, 
s'il est vrai; ce qu'on m'a dit, qu'il soit passé d'Angleterre 
en Perse, attiré par Thamas-Kouli-Kan ; car c'est un artiste 
de moins, et l'on ne répare pasaisémentla perte d'un homme 
qui se distingue, ou qui commence même à se signaler dans 
son talent. 

lUarc Tuêcher^ compatriote de Laurent Naiter, n'a pas été, 
à beaucoup près, si loin dans l'art de la gravure en pierres 
fines. Etant à Rome en 1733, il a gravé son propre portrait, 
accompagné de son nom M ARKOC, écrit en grec, et il a pu 
faire encore quelques autres gravures ; mais je ne crois pas 
qu'elles s'étendent beaucoup, et je puis dire avec quelque 
certitude que ce qu'il a gravé n'( st pas fort précieux. Du 
reste, c'est un artiste industrieux, ainsi que le sont presque 
tous les Allemands. II a peint sur un éventail, pour la reine 



(1) Il y a écrit son nom en grec : NATTEP EIIOIEI. 



255 

de Hongrie, la vue de la ville de Florence, dar.s une préci- 
sion qui a dv quoi étonner, et les antiquaires réclament un 
autre ouvrage que le même artiste avoit commencé à graver 
à Florence, et qui a été interrompu à roccasioo d'un voyage 
que M. Tuscher a fait en Angleterre, en 1741, suivi d'un autre 
en Danemarck, où j'ap[>rends que le roi Ta pris à son service. 
G'étoit une suite de planches qui dévoient comprendre toutes 
les médailles de la Sicile et de }a grande Grè«'.e, et ie ne crois 
pas me tromper; l'essai que j'en ai vu surpasse, pour l'exac- 
titude, tout ce qu'on a publié jusqu'ici en fait de médailles. 
Christophe Dorsch, ce laborieux artiste qui a, pour ainsi 
parler, inondé le monde de ses gravures^ naquit h Nuiem- 
berg le 10 juillet 1676, et il est mort dans sa patrie le 17 oc- 
tobre 1732. Après avoir appri<^ à graver en en ux chez son 
père, il parcourut TAllemagne dans sa jeunesse pour se for- 
tifier. G'^^toit choisir une assfz mauvaise école, et l'on ne 
s'aperçut que trop dans la suite du peu de profit qu'il y avoit 
fait, car, quoique Dorsch sii éi^ estimé dans son pays, on ne 
le regardera jamais comme un graveur de beaucoup de goût. 
G'éloit plutôt un praticien, plus occupé de multiplier ses 
gravures que de les perfectionner. Ges suites nonabreui-es de 
porirails des papes, des empereurs, des rois de France et de 
tant d'autres souverains, la plus grande partie faits d'imagi- 
nation, qui remplissent le cabinet du sieur Ehermayer, et 
qui ne peuvent tout au plus étn' regardées que comme d'as- 
sez mauvaises tables chronologiques, donnent -elles une 
grande idée du dise^-rnemenl de ce graveur? Est-on plus 
content de tontes ces copies qu'il s'est avisé de faire des plus 
belles giavures antiques, et peut-on lui pardonner de les 
avoir défigur»Vs tontfs, en les changeant de ff»rraes et en les 
traduisant dans sa propre manière? Encore useroit-on d'in- 
dul.^'enre si celle manière avoit quj^lque chose de piquant; 
mais elle iie pc^sente rien que de trivial, rien qui p*aise et 



Î56 

qui soit capable de faire naître le $rnlimcril. De deux filles 
c(ue cet artiste a laides, et à qui il avoil appris à graver, la 
plus habile, qui èe nom me ISusanne-Marie, a épousé M. Preis- 
l(*t, peintre de Nuremberg, dont les deux frères, surtout le 
pluô jeune, que nous avons vu à PArîs, gravent ëh taille- 
dotice avec réputation. 

Le sîeu^ Philippe-Christophe de Bêcher, qui est regardé 
âUjôuM'huî comme le meilleur graveur en pierres fines de 
rAlleriiagne , ne doit sans doute la sienne qu'à Taltenlioû 
qu'il a eue de se renfermer dans des bornes plus droites que 
Vhristophe Dùi'èch. Il a ftiit noioins d'ouvrages, mais il s'est 
attaché à leâ finir davantage, et il a fait voir une dexièrité 
singtflière touteè les fois quMl a eu à graver, sur des pierres 
fines, des armoiries, et surtout celles des princes d'Allema- 
gne, qui Sont toujours chargées d'un grand nombre de pièos 
de blason, et qui sont par conséquent d'une très difficile exé- 
cution, car il y faut former une infinité de traits droits et 
parallèles pour en exprimer les émaux, ce que l'outil monlé 
sur le lotrret ne fait qu'avec bien delà peine, et presque ja- 
nlais avec netteté ni bien droit. J'en ai vu plusieurs qui m'ont 
(3tonné; je ne crois pas qu'il soit possible de prononcer quel- 
c(ué chose de plus net ni de plus délié. Le cachet du duc de 
Liria est, dlt-oti, le morceau d'honneur de notre artiste. Je 
<tè puis dite s'il a aussi parfaitenuent réussià graver dés figu- 
fes; je n'en ai point vu de sa façon. Je n'ignore pas cepen- 
dant qu'il a fait quelques ouvrages de relief, qu'il a gravé 
des poinçons pour des médailles, et exécuté sur des pierres 
fines les portraits de l'empereur Charles VI et de l'impéra- 
trice son épouse, de même que celui du prince Eugène de 
Savoie, sur un jaspe; mais, si tous ces morceaux ne sont pas 
d'un meilleur goût que les cartouches et les autres ornements 
qui accompagnent ses armoiries, on ne doit pas se former 
une grande idée de la façon de dessiner de cet artiste. 



Î57 

De BeckeTf né à Coblentz, dans TElectorat de Trêves, vers 
Tannée 1675, travailloit seulement d'orfèvrerie lorsqu'il ar- 
riva à Vienne. Il y fil connoissance avec le sieur Seidlitz, qui 
étoit en réputation de bien graver en creux. Celui-ci lui en- 
seigna son art, et de Becker s'étant trouvé de la disposition à 
y réussir, il en a fait depuis sa principale occupation. Il a été 
successivement graveur de mMailles des deux derniers em- 
pereurs de la maison d'Autriche, et Charles VI, en considé- 
ration de ses talenls, lui a accordé des lettres de noblesse. 11 
avoit déjà reçu les plus grandes marques de distinction à la 
cour de Russie, lorsqu'il s'y rendit, du consentement de l'em- 
pereur Joseph, pour y graver le sceau du czar Pierre I" et 
rétablir la monnoie de ce prince, qui avoit été fort négligée, 
car, étant venu présenter ses ouvrages au czar dans le temps 
qu'il étoit prêt à se mettre à table, ce monarque ordonna 
qu'on mît un couvert pour de Becker et le fit manger avec 
lui. Quel sujet d'encouragement pour les arts que de se voir 
ainsi accueillis et caressés par de grands princes I (J'apprens 
que Philippe-Christophe de Becker est mort à Vienne, en 
Autriche, dès le 8 mai 1743 •} 

Depuis peu de temps le sieur Jean-Conrad JUilUer, qui 
veut marcher sur les traces du sieur de Becker^ et qui grave, 
comme lui, avec propreté des armoiries pour des cachets sur 
des cailloux du Rhin et sur toutes autres sortes de pierres 
fines, est venu s'établir à Paris. Il a quitté Strasbourg, lieu 
de sa naissance, oti Conrad MUller, son père, qui y est mort 
en 1733, a exercé pendant une longue suite d'années la même 
profession. Ce dernier avoit eu pour maître, à Nuremberg, 
SpanenbergeTf assez bon graveur, mais dont les talents ont 
été étouffés par une conduite de vie trop bizarre et trop peu 
régulière. Il étoit de Fùrth, et son disciple de Lauffen, deux 
petites villes voisines de Nuremberg. 

Combien de graveurs j'aurois à faire passer ici en revue, 
T. Yi, q 



258 

si j'entreprenois de nommer lousxux qu'a produit TAn^l- 
terre; mais, comme la plus grande partie de ces artistes est 
demeurée fort au-dessous du médiocre, je ne m'étendrai que 
sur Charles Christian^ ou, comme il est nommé au bas de 
son portrait gravé en manière noire par de Wilt, Charles- 
Chrétien Reisen. C*est le seul, en effet, dont l'Angleterre 
puisse se faire honneur. Le père de Christian étoit Danois, 
et il éloit lui-même un graveur assez estimé. Etant passé à 
Londres à la suite du roi Guillaume, auquel il étoit attaché, 
il prit un établissement dans cette ville tt enseigna son art à 
son fils. Mais le fils surpassa le père, et si, faisaot abstraction 
du goût, Ton fait cas de la propreté du travail, cet artiste a 
certainement mérité une des premières places parmi les gra- 
veurs en creux sur les pierres fines. 11 n'avoit qu'environ 
quarante ans lorsqu'il mourut vers Tannée 1725, et cepen- 
dant combien n'a-t-il pas fait d'ouvrages? Aussi faut-il avouer 
que pour la facilité peu de graveurs lui sont comparables. Je 
connois de lui un portrait de Charles XII, roi de Suède, vu 
de trois quarts, qui e^t gravé tout à fait dans les bons prin- 
cipes. Mais dans ce portrait, ainsi que dans toutes les autres 
gravures de Christian, il me semble qu'il manque une cer- 
taine finesse dans la touche, dont seront toujours dépourvus 
les ouvrages qui seront faits trop à la hâie. 

Entre les élèves que Charles Christian^ graveur anglois, a 
formés, on met au rang des plus habiles un nommé Claus, 
qui est mort fou en 1739, et dont je ne puis rien dire. 

Smart, élève de Charles Christian, graveur anglois, a été 
vu à Paris en 1722. 

Seaion, originaire d'Ecosse et élève de Charles Christian, 
est aujourd'hui le premier graveur de Londres. Il travailloit 
avec une célérité qui dut étonner ceux qui le virent opérer 
dans le temps qu'il demeuroit dans cette ville ; un seul jour 
lui sufûsoit souvent pour graver plusieuis têtes qui ne pa- 



259 

roissoîent pourtant point trop négligées. Une des meilleures 
qu'il fit pendant son séjour à Paris lut celle de Monime d'après 
Tantique; aussi y avoil-il apporté plus d'attention qu'il 
n'avoit coutume d'en donner à ses ouvrages ordinaires. On 
dit que c'est à quoi Seatun s'applique davantage; il n'est oc- 
cupé qu'à mettre dans ses gravures un grand fini. Mais que 
devient un travail si léché? 11 demeure sans force et sans es- 
prit, et d'un froid qui glace. Le graveur dira peut-être qu'il 
se conforme à la volonté des personnes qui s'adresseiità lui, 
et que, s'il etit agi autrement, le portrait qu'il a faitde M. Pope, 
celui d'Inigo Jones, ce fameux architecte que les Anglois 
font marcher de pair avec le Palladio, et celui du chevalier 
Jean Newton, qui seul lui a été payé vingt-cinq guinées, n'au- 
roient pas été si favorablement reçus; mais je ne croirai ja- 
mais qu'on pense ainsi dans un pays où l'on s'est toujours 
piqué d'aimer les belles choses et de les rechercher, et où 
l'on est persuadé, comme partout ailleurs, que les ouvrages 
sans âme ne peuvent plaire qu'à ceux qui sont nés sans goût. 

Je ne puis mieux terminer cette histoire que par l'éloge de 
deux graveurs à la gloire desquels je dois d'autant plus m'in- 
téresser, que je les connois et les estime, qu'ils sont François 
et qu'ils font l'un et l'autre honneur à la nation. 

M. François-Julien Barier (1), graveur ordinaire du roi 
en pierres fines, est devenu graveur plus par goût que par 
étude, et tout homme que" la nature forme ainsi est sûr de 
réussir dans la profession qu'il embrasse. Le père de M. Ba- 
rier ne pensoit à faire de son fils qu'un orfèvre et un peintre 
en émail, comme il l'étoit lui-même ; mais le fils, né in- 



(i) Lorsque j'écrivais ceci, M. Barier vivoil encore. Il est mort 
depuis, le 12 mai 1746, âgé de soixante-six ans. Il étoit né à Paris, 
le 4 janvier 1680. 



S60 

dustrieuXy a cru detoir aller plus loin. U a appris de lui- 
même à graver en creux, ainsi qu'en relief, sur les pierres 
fines, et il a fait dans l'un et l'autre genre des ouvrages qui 
ont assuré sa réputation. On voit de lui des têtes, des figures, 
des animaux, des compositions travaillées avec grand soin. 
U a aussi gravé d'après oatuie quelques portraits, tels que 
ceux du feu marquis Rangoni, envoyé de Modène à la cour 
de France, et de M. de Fonttnelle, qui ont été tort goûtés. 
M. Barier s'étoit tellement rendu le maître de son outiL qu'on 
l'a vu graver des figures presque imperceptibles, et cepen- 
dant tiès-distinctes. Il en a quelquefois enrichi le corps de 
certains petits vases qu'il a gravé en creux sur des corna- 
lines, ou sur d'autres pierres fines, avec une propreté et une 
délicatesse qu*on pouvoit dire être à lui. Heureux s'il eût eu 
une plus parfaite connoissance du dessin, car c'est ce qui lui 
maoquoit, et ce qui semble avoir été dans presque tous les 
temps la pierre d'achoppement des graveurs. 

M. Jacques Gtiay ne doit point craindre d'essuyer un pareil 
reproche : il dessine et il modèle bien, et^ persuadé que de là 
dépend le succès de ses gravures, il étudie continuellement, 
afin de devenir encore meilleur dessinateur. Né à Mar^eiUe, 
où il n'avoit connu d'autre profession que la jouaillerie, il 
ne songea à devenir graveur que lorsqu'étant venu à Paris, 
et y ayant reçu d'utiles leçons de M. Boucher, l'un de nos 
meilleurs peintres, il se sentit tout à coup appelé à ce bel 
art. La vue des pierres fines gravées de M. Crozat acheva de 
l'y déterminer et de lui enfler le courage : il fit alors quel- 
ques essais qui furent presque autant de preuves de son ha- 
bileté. Plusieurs morceaux qu*il grava lui méritèrent des 
louanges; mais ces éloges n'aveuglèrent point celui qui au- 
roit été en droit de se plaindre si on les lui eût refusés; ils 
ne servirent qu'à faire naître en lui un plus grand désir de se 
perfectionner et de visiter pour cela l'Italie. U ne tarda pas à 



S61 

entreprendre ce voyage, dont il comprenoit l'importance, n 
passa à Florence en 1742, il y examina avec attention Routes 
les pierres gravées du Grand-Duc; il vint à Rome, oti le roî 
lui avoit accordé un logement dans le palais de l'Académie, 
et, mettant les moments à profit, il partagea son temps de 
façon qu'il en donnoit une partie à visiter les cabinets, et 
employoit l'autre à travailler. L'esprit rempli des belles cho- 
ses qu'il avoit vues, il cherchoit à se les approprier et à em- 
bellir sa manière, ne laissant aucun intervalle entre l'examen 
et l'opération. C'est ainsi que tout homme curieux de s'in- 
struire doit faire ses observations et tenir des notes de ce qui 
le frappe le plus dans les merveilleux ouvrages qu'il con- 
temple et qu'il étudie. M. Gtiay copia pour lors quelques 
têtes antiques, et il grava sur une cornaline cette belle tête 
d'Antinous qu'il nous a fait voir à son retour. On y remarque 
combien il a eu à cœur d'imiter la finesse du travail des 
Grfcs, d'entrer comme eux dans les déjails et d'éviter la sé- 
cheresse. On s'aperçoit aussi qu'il avoit sous les jeux un ex- 
cellent modèle : c'étoit cette admirable statue^ qui de la ga- 
lerie du cardinal Alexandre Albani est passée dans ceUe du 
Capitole, et qui, depuis environ trente ans qu'elle a été dé- 
couverte, auroit presque fait oublier la statue du même 
Antinous à Belvédère^ si celle-ci n'avoil le privilège d'avoir 
paru la première et d'avoir toujours été regardée, avec rai- 
son, comme la règle des proportions d'un beau jeune homme. 
Ce que M. Guay a gravé depuis qu'il nous a été rendu est 
une nouvelle preuve du fruit qu'il a retiré de son voyage, et 
Ton juge, par l'extrême précision et la netteté des touches de 
plusieurs gravures qu'il vient de terminer, qu'il est résolu 
de vaincre les grandes difficultés de l'art. Outre la ressem- 
blance, qui est ordinairement parfaite dans ses portraits, on 
y trouve de la vie : celui de M. Grébilloo le père est parlant. 
Quelques enfants^ quelques figures de femmes qu'il a repré- 



262 

sentées, sont remplis de grâces et ont la souplesse de la 
chair. Et quel est le graveur qui, depuis les anciens, a jeté 
dans son travail autant d'esprit que celui qu'il a mis sur une 
comalioe où il a exprimé en petit, sur le dessein de M. Bou- 
chardon, le triomphe de Fontenoy? Le roi vient de couron- 
ner des talents si rares ; il a accordé à M. Guay le titre de son 
graveur en pierres fines, qu'avoit le sieur Barier, et le loge- 
ment que ce dernier occupoit aux galeries du Louvre, et 
l'Académie royale de peinture et de sculpture, souscrivant 
au choix du monarque, lui a fait l'honneur de l'admettre 
dans son corps. 

Mon dessein n'est pas de faire connottre toutes les gravu- 
res de M. Guay^ il est si laborieux que j'aurois peine à le 
suivre dans le cours de ses opérations; mais comment pour-* 
rai-je me refuser à la satisfaction de parler du beau morceau 
qu'il a fait pour sa réception à l'Académie de peinture et de 
sculpture ? Je suis trop vivement touché des soins que je lui 
ai vu prendre pour se signaler en cette occasion et mériter 
la place honorable qui lui étoit destinée ; j'aime aussi à lui 
voir traiter un sujet qui interprète des sentiments vifs et res- 
pectueux de l'Académie, nous montre le génie du dessein à 
qui Apollon fait part de ses lauriers, ou^ pour parler un lan- 
gage moins allégorique, le roi qui fait à l'Académie l'hon- 
neur de s'en déclarer le protecteur, événement qui sera inscrit 
dans les fastes de notre illustre monarque au même rang que 
ses plus brillants exploits, et qui^ dans l'ordre des ouvrages 
de M. Guay, est déjà placé entre le triomphe de Fontenoy et 
la victoire de Lansfelt. Cette dernière gravure, faite d'après 
la médaille^ a été très-bien reçue, et elle nous laisse envisa- 
ger une histoire du roi en pierres gravées^ qui deviendra la 
chose du monde la (/lus neuve et la plus intéressante. 



m 



Description abrégée de l'église de Saint-Pierre de Rome^ et 
de la représentation de Vintérieur de cette église^ donnée 
à Paris dans la salle des machines des Tuileries^ aux 
mois de mars et d'avril de Vannée 1738, par le sieur Ser- 
vandoni^ architecte et peintre, de l'Académie royale de 
peinture. A Paris^ chez la veuve Pissot, quai de Conti, à 
la descente du Pont-Neuf, à la Croix d'or. 1738. Avec 
permission. 

L'église de Saint-Pierre de Rome est, du consentement de 
toutes les nations, le plus grand et le plus superbe édifice 
qui ait été construit jusqu'à présent. Ce monument est digne 
de la capi'ale du monde. L'on n'a presque point cessé de 
travailler depuis plus de deux siteles à son embellissement. 
Des artistes du premier ordre, et tels qu'il ne faut peut-être 
plus espérer d'en revoir de semblables, se sont efforcés d'y 
donner des preuves de leur habileté; l'on y a prodigué la dé- 
pense; aussi ce monument, lui seul, attire continuellement 
à Rome un nombre prodigieux d'étrangers, dont la curiosité 
se trouve toujours pleinement satisfaite. 

Gomme il n'est pas permise tout le monde d'entreprendre 
un semblable voyage, on a tâché d'y suppléer jusqu'ici par 
d'amples descriptions, des plans, des élévations et des vues 
gravées de l'église de Saint-Pierre. En l^s donnant au public, 



964 

non-seulement on a eu dessein de faire connottre cet édifice 
à ceux qui ne pouvoient avoir l'avantage d'en admirer de 
près les beautés; mais l'on a voulu aussi en conserver la 
mémoire à ceux qui en ont jugé par eux-mêmes. 

Ge moyen (il faut cependant l'avouer) ne remplit ces vues 
qu'assez imparfaitement, et ne fournit qu'une idée bien foi- 
ble de la grandeur de ce vaste et superbe temple. Tous ceux 
qui l'avoient étudié sur les plans, ou dans les descriptions, 
ont été obligés d'en prendre une autre idée lorsqu'ils se sont 
trouvés sur le lieu; car (ce qui n'arrive jamais à tout autre 
édifice) plus on voit celui-ci de près^ plus il parott immense^ 
et plus l'on y reconooll de véritables beautés. 11 est toujours 
arrivé à ceux qui le considéroient pour la première fois de 
ne le pas trouver aussi vaste qu'à la seconde vue, ce qui pro- 
vient autant de la justesse des proportions et de rharmonie 
générale qui règne dans toutes ses parties, que de l'extrême 
richesse de ces mêmes parties qui demandent à être exami* 
nées en détail. 

L'on ne craint point d'assurer que voilà à peu près l'idée 
qu'on doit avoir de l'église de Saint-Pierre, et c'est ce qui a 
fait imaginer au sieur Servandoni, de l'Académie royale de 
peinture, que ce seroit rendre un service important au pu- 
bliC; et flatter le goût du siècle, plus que jamais admirateur 
des beaux-arts, que de lui donner une représentation exacte 
de l'intérieur de cet auguste temple dans un assez grand vo- 
lume pour transporter (s'il est permis de le dire) les spec- 
tateurs dans l'église même de Saint-Pierre. 

Le sieur Servandoni a saisi cette occasion d'autant plus 
volontiers que, le public ayant rendu quelque justice aux 
décorations et aux perspectives qu'il a mises ci-devant sous 
ses yeux, il a été bien aise de lui faire connottre jusqu'où cet 
art pouvoit être porté. 

Sa Hajestéj ayant eu égard à sa très humble prière, a bien 



S65 

voulu lui permettre de se servir, pour cette grande entre- 
prise, de la salle des machines des Tuileries; c'est une des 
pins vastes salles de l'Europe, puisqu'elle a 250 pieds de 
long sur 72 de large, et 100 de hauteur. Rien ne convenoit 
mieux au dessein du sieur Servandoni. Il a donc peiot dans 
cette salle tout l'intérieur de l'église de Saint-Pierre, dans le 
point de vue qui se présente à ceux qui entrent dans ce tem- 
ple par la principale porte du milieu. Tout le monde con- 
viendra que Ton n'a point encore vu dans Paris rien de sem- 
blable en ce genre, ni peut-être dans aucune autre ville, car^ 
dans cette représentation, Téglise de Saint-Pierre a réellement 
70 pieds sous voûte et 45 pieds de base ou largeur à son en- 
trée. La partie qui s'éloigne se trouve dégradée^ suivant les 
règles de la perspective, de manière que tout y paroit dans 
sa véritable proportion, et que l'église semble avoir sa véri- 
table longueur. Chaque objet y est exprimé dans le plus 
grand détail, et colorié avec une si grande intelligence que 
dans sa distanco l'on pourroit croire que l'objet est vérita- 
blement de relief. 

Pour rendre la chose plus trompeuse, l'on a tenu en effet 
plusieurs parties de relief^ et, pour faire parottre l'église dans 
toute son immensité, l'on a distribué avec art une quantité 
de figures dont la comparaison sert merveilleusement, et 
comme d'une échelle géométrale, pour faire juger de la 
grandeur de l'église. Au reste, ces peintures sont éclairées 
par une grande quantité de lumières si bien disposées que 
le tout paroit un tableau parfaitement bien entendu de clair- 
obscur. 

Le point de vue que le sieur Servandoni a choisi est, sans 
contredit, le plus avantageux ; c'est celui d'où l'on peut em- 
brasser une plus grande quantité d'objet«^ et avec moins de 
confusion; car, dès l'entrée de l'église, l'on aperçoit le ma- 
gnifique baldaquin placé sous le milieu du dôme, et plus 



266 

loin le grand autel de la chaire de Saint-Pierre, qui termine 
si heureusement cette église, et qu'on peut regarder, en fait 
de composition, comme le plus grand effort de l'esprit hu- 
main. L'on découvre une portion assez considf^rable de l'in- 
térieur du dôme pour faire juger de sa décoration entière. 
L'on voit toute la grande nef, qui, sous une apparence de 
simplicité, renferme une magnificence qu'on ne trouve point 
ailleurs. Ce qu'on découvre des deux nefs des bas côtés laisse 
apercevoir quelques uns des autels, dont la décoration est 
uniforme, et quelques tombeaux qui annoncent les autres 
monuments de ce gonre, qui font une des principales magni- 
ficences de cette superbe église. 

L'on auroit bien souhaité pouvoir exposer tous ces chefs- 
d'œuvre sous les yeux des spectateurs, mais, n'ayant aujour- 
d'hui dessein que de faire voir l'église de Saint-Pierre de 
Rome, telle qu'elle se présente à ceux qui y entrent, l'on est 
contraint de se renfermer dans les objets qui se découvrent 
de ce beau point de vue. 

Une des principales attentions qu'a eu le sieur Servandoni 
dans cette occasion a été la précision dps mesures. 11 lesavoii 
prises autrefois lui-même sur les lieux pour son étude par- 
ticulière, et il pou voit se flatter de les avoir recueillies avec 
justesse; cependant, pour n'avoir rien à se reprocher de ce 
côté-là, il a encore consulté tout ce qui a paru jusqu'à pré- 
sent sur le même sujet. 11 a eu continuellement devant les 
yeux les plans et les élévations que le R. P. Bonanni, jésuite, 
et le cavalier Charles Fontana, l'un des architectes de Saint- 
Pierre, ont insérés dans les descriplionsr historiques de cette 
église qu'ils ont fait imprimera Rome, le preinîpr en 16%, 
et le second en i694, en deux grands volumes in-folio, qui 
sont généralement estimés des connoisseurs. 11 a confronté 
les dimensions de l'un avec celles de l'autre; il y a rapporté 
les siennes, et il s'est assuré de la vérité des unes et des au- 



267 

tres^ par la comparaison qu'jl en a faite avec celles que lui a 
fournies M. Franque, architecte et pensionnaire du roi en 
son Académie royale de Rome. Cet architecte, aidé de plu* 
sieurs de ses compagnons d'étude dans la même AcadémiCi 
les a prises lui-même depuis peu sur les lieux, partie à par^ 
tie^ en sorte que ceux qui se piquent de l'exactitude la plus 
scrupuleuse peuvent être assurés que la représentation qu'on 
leur donne a le mérite d'être extrêmement précise. 

Le sieur Servandoni n'a pas été moins exact dans la re- 
présentation des peintures, des sculptures, des marbres^ des 
dorures, des compartiments de la vodte et du pavé, et géné- 
ralement de tout ce qui entre dans la décoration de ce grand 
vaisseau. Il a eu l'avantage, pour retrouver les couleurs des 
marbres et l'effet des oniements, de se servir d'un tableau 
que M. le cardinal de Polignac a bien voulu lui confier, et 
que cette Éminence a fait iaire à Rome dans l'église de Saint- 
Pierre même, par le sieur Jean-Paul Panini (1), un des plus 
habiles peintres de l'Italie, et qui n'a rien oublié pour en 
iaire un chef-d'œuvre. 

Telle ebt la conduite que le sieur Servandoni a tenue dans 
celte entreprise, heureux si les soins et les dépenses considé- 
rables qu'il a été obligé de faire pour la conduire à sa per- 
fection peuvent lui mériter l'approbation du public, qui, en 
l'honorant de son suffrage, lui fera naître par la suite d'au- 
tres idées capables de nourrir son goût et de satisfaire sa 
curiosité. 

Le premier dessein du sieur Servandoni étoit d'exposer 
seulement le détail de ses opérations; mais des personnes 
éclairées, aux avis desquelles il ne peut se refuser, lui ayant 
fait entendre qu'il seroit à propos, pour une plus grande in- 



(1) Le sienr Servandoni est son élève. (Ce tableao est au Louvre.) 



S68 

telligence du bfltimeDi de l'église de Saint-Pierre, d'en don- 
ner un plan g^ométral, il s'est soumis è leur décision. L'on 
verra sur ce p^an, par le moyen des renvois, les places qu'oc- 
cupent les monuments qui méritent le plus de considération, 
et, comme l'historique d'un édifice aussi important ne peut 
aussi manquer de plaire aux gens de goût, il s'est encore 
déterminé à le donner le plus succinctement qu'il lui a été 
possible. 

L'église de Saint-Pierre du Vatican n'étoit, dans son ori- 
gine, qu*une petite chapelle souterraine, que le pape saint 
Anaclet avoit fait construire au pied du mont Vatican, pr^ 
du cirque de Néron, à l'endroit où le corps de saint Pierre 
avoit été enseveli par ses disciples. 

L'empereur Constantin le Grand, ayant embrassé le chris- 
tianisme, ne crut pas pouvoir donner de plus grandes preuves 
de sa foi et de son attachement au saint-siége^ qu'en faisant 
édifier sur le tombeau de saint Pierre une magnifique basi- 
lique, qu'il enrichit de divers présents. Les princes qui lui 
succédèrent imitèrent à l'envi son exemple^ de sorte que, 
dans la suite des temps, cette basilique devint la plus riche 
de l'univers. Elle étoit composée de cinq nefs formant une 
croix latine, lesquelles étoient séparées par quatre rangs de 
colonnes de granit et de marbre, dont cet empereur avoit 
dépouillé différents temples; ce sont les mêmes qui, ayant 
été transportées depuis dans la nouvelle église, en font au- 
jourd'hui un des principaux ornements. 

Cette basilique subsista pendant près d'onze siècles; mais, 
comme elle menaçoit une ruine prochaine sous le pontificat 
de Nicolas V, on pensa dès lors à la réédifier : ce projet ce- 
pendant ne commença à avoir son exécution que sous Jules II. 
Ce pape, pour qui les plus grandes entreprises n'avoient rien 
d'effrayant, résolut de rebAtir l'église de Saint-Pierre suivant 
le modèle de Bramante Lazari, le plus fameux architecte de 



369 

son temps. La première piene en fut posée eo 1506, et cet 
ouvrage fut continué^ quoique lentement, sous les papes 
Léon X et Clément YII, qui y employèrent successivement le 
fameux Raphaël d'Urbin, le Sangallo et Balthasar de Sienne. 
Ces architectes s'occupèrent cependant plutôt à donner de 
nouvelles idées qu*à la construction de l'église. On ne com- 
mença à y travailler sérieusement, et à suivre un plan arrêté» 
que lorsque le pape Paul III eut confié^ en 1546, la conduite 
de cette importante fabrique au célèbre Michel-Ange Buona- 
roti. Ce rare génie joignoit à une grande justesse d'esprit le 
goût le ptus pur et le plus exquis. Il composa un plan qui, 
débarrassé de toutes les petites parties que les autres archi- 
tectes avoient introduites dans ceux qu'ils avoient proposés, 
croyant par là les enrichir, rendoit l'exécution du sien beau- 
coup plus facile et d'une moindre dépense, en même temps 
que, par sa vaste étendue, et par l'élégante proportion et le 
choix judicieux de tous les membres d*architf cture qu'il y 
employoit, cet éJi&ce acquéroit un caractère sublime' qui lui 
convenoii si bien. 

La première pensée de Michel-Ange étoit de donner à cette 
église le plan d'une croix grecque. Toutes les nefs dévoient 
être d'uue même longueur, et le dôme devoit se rencontrer 
dans le centre, ac^compagné seulement de quatreautresdômes 
ou coupoles moins grandes. Pendant toute la vie de ce grand 
architecte, le b&timent de Saint-Pierre lut suivi avec assez 
d'ardeur, mais ce ne fut qu'après sa mort que le dôme fut 
construit sur ses mémoires, et en Suivant de point en point 
le modèle qu'il en avoit laissé. Le cavalier Dominique Fon- 
tana en eut la conduite. L'on sera frappé d'étonnement quand 
on fera réflexion qu'on n'avoit point tenté jusqu'alors de 
construire un dôme qui se soutint en l'air sur des penden- 
tirs; ceux qui avoient été faits précédemment portoient tous 
de (ondSy et il s'en falloit beaucoup qu'ils eussent la capacité 



270 

de celui-ci, qui a le même diamètre que le temple antique 
du PanthéoD, ou, comme ou l'appelle aujourd'hui, la Ro- 
tonde ; mais Micbel-Ânge, supérieur à tous les architectes, 
pouvoit sans risque entreprendre ce qui eût fait trembler 
tous les autres, et, ce qui met le comble à son éloge, il avoit 
si bien prévu tous les cas, ses mesures étoient si bien prises, 
qu'il n'y eut qu'à suivre ce qu'il avoit tracé, et l'ouvrage fut 
conduit à sa perfection. Pour donner uoe idée de ce fameux 
dôme, il suffit de remarquer que la boule de bronze qui le 
termine peut contenir dans son intérieur jusqu'à vingt per- 
sonnes. 

On a déjà fait remarquer que, suivant le projet de Michel- 
Ange, l'église de Saint-Pierre devoit figurer une croix grec- 
que ; le pape Paul V, ayant jugé que si cette église avoit la 
figure d'une croix latine elle deviendroit plus majestueuse 
et qu'elle contiendroit une plus grande quantité de peuple, 
eut recours à Charles Maderne, architecte, qui donna les 
plans de cette augmentation, consistant en trois chapelles de 
chaque côté, éclairées par autant de coupoles ovales. Cet ar- 
chitecte bâtit aussi Te portail de l'église, décoré d'un ordre 
corinthien, dont les colonnes ont plus de huit pieds de dia- 
mètre, et le termina en 1612. Ce portairdonne entrée dans 
un porche qui précède l'église, et qui annonce merveilleu- 
sement bien la grandeur et la majesté de ce temple. 

Toutes les avenues qui y conduisent contribuent beaucoup 
à le faire paroître majestueux. La grande et immense place 
qui est devant est environnée d'une colonnade circulaire, du 
dessein du cavalier Jean-Laurent Bernin. L'on y compte 
256 colonnes d'ordre dorique, et cette colonnade a pour 
centre un obélisque antique de 108 pieds de haut. Il servoit 
autrefois d'ornement au cirque de Néron , d'où le pape 
Sixte V le fit transporter en ce lieu, en 1586, avec des dé- 
penses incroyable!», et le cavalier Dominique Fontana, en 



274 

conduisant uue entreprise si pérLlciiSC, et qji n'avuil point 
encore été tentée, donna les preuves de sa grande habileté 
dans les mécaniques. Deux fontaines qui jettent de grosses 
gerbes ornent encore cette place, qui a été pavée en partie 
de marbre sous le pontificat de Benoît Xlil. 

Tous les dehors de Téglise de Saint-Pierre sont revêtus de 
pierres de tevertin, et enrichis de grands pilastres d'ordre 
corinthien, entre lesquels sont des fenêtres et des niches qui 
font un tout ensemble d'une si élégante proportion que ceux 
qui aiment la belle architecture ne peuvent se lasîîcr d'ad- 
mirer cetle partie de l'église, qui est entièrement du dessein 
de Michel-Ange. 

Quand l'on entre dans l'église par le principal portail, l'on 
trouve, comme on l'a déjà observé, un magnifique porche, 
aux deux extrémités duquel fconl deux grands colosses de 
marbre, représentant l'un la figure équestre de l'empereur 
Constantin, exécutée par le cavalier Bernin, et à l'extrémité 
(■pposée celle de l'empereur Charltmagne, également à che- 
val, de la main de Gornachini, Florentin, et qui a été placée 
kù ce lieu sôus le poptifii at de Benoît XIII. 

Les voûtes de ce porche sont ornées par des compartimenis 
(le stuc dorés, et tous les murs, aussi bien que le pavé, sont 
presque entièrement revêtus de marbre; c'est de la loge qui 
se trouve au-dessus que le pape a coutume, en certaines oc- 
casions, de donner sa bénédiction au peuple, et c'est encore 
de là qu'on annonce publiquement l'élection des nouveaux 
papes. 

Du vestibule, qu'on vient de décrire, l'on entre dans l'église 
par trois grandes portes, car la quatrième, qui donne dans 
un des bas côtés à droite, est toujours murée et ne s'ouvre 
que dans les temps de jubilé ; on la nomme la porte Sainte. 

L'on trouve d'abord une grande nef qui a 571 pieds de 
longueur sur 81 pieds 2 pouces de largeur dans œuvre, tt 



279 

depuis le pavé jusqu'à la clei de la voûte 144 pieds; elle eât 
percée à droite et à gauche de quatre grandes arcades qui 
donnent entrée dans les bas côtés, et les jambages de ces ar- 
cades sont décorés par de grands pilastres d'ordre corinthien, 
qui s'élèvent jusqu'à hauteur de 78 pieds. Ds soutiennent un 
grand entablement, qui règne dans tout le pourtour de l'église 
et qui reçoit les retombées de la voûte^ éclairée par de grands 
vitraux et enrichie de compartiments de stuc dorés. Les ni- 
ches qui sont entre les pilastres sont destinées à recevoir les 
statues en marbre des saints fondateurs d'ordre, et il y en a 
déjà plusieurs de placées (1). 

Il a été résolu que tout l'intérieur de Saint-Pierre seroit 
incrusté de marbre ; les embrasures des arcades de la nef en 
sont déjà revêtues^ et Ton y a de plus introduit des figures 
d'anges en bas-relief, qui portent les médaillons des papes 
illustres par leur saintet<^. La nef conduit au dôme, qui a 
132 pieds de diamètre et 311 pieds d'élévation, en comptant 
du pavé jusqu'à Touverture de la lanterne, car, si l'on compte 
depuis ce même pavé jusqu'au sommet de la croix, ce dôme 
a 410 pieds 10^ pouces d'élévation. La calotte, de même que 
les pendentifs, sont enrichis de peintures en mosa!que, et le 
tambour, qui est percé de seize fenêtres qui éclairent, autant 
qu'il est nécessaire, l'intérieur du dôme, est décoré de pi- 
lastres corinthiens accouplés. On lit, dans la frise de l'enta- 
blement sur lequel posent ces pilastres, cette inscription 
latine en très-gros caractère : Tu es Petrus et super hanc 
peiram œdificcAo ecdesiam tneam^ tibi dabo claves regni cœ- 
hrum. 

C'est presque au œntre de ce dôme qu'est placé, sur la con- 



(1) Dans la représentation. Ton a ajouté celles qui manquent 
pour conserver la simétrie. 



273 

fession de Saint-Pierre (1) le riche baldaquin de bronze doré, 
que le pape Urbain VIII fit exécuter sur les desseins du ca- 
valier Bernin. Celte composition ingénieuse, dont cet artiste 
a lé mérite de l'invention, a 88 pieds de hauteur depuis le 
socle jusqu'au faîte du couronnement ; elle consiste en quatre 
colonnes torses isolées, et d'ordre composite, dont le fût est 
richement orné de branches de laurier et d'enfants, modelés 
par François le Flamand. Ces colonnes portent chacune leur 
entablement, qui se lie par le moyen d'une campana d'un 
goût nouveau et pittoresque. Elles soutiennent quatre grandes 
figures d'anges, et toute la composition se termine par un 
amortissement en consoles qui portent sur une croix. L'autel, 
sur lequel le pape seul a droit de célébrer les sainis mystères, 
ou un cardinal auquel il en donne la permission, est sous ce 
baldaquin ; sa plus grande richesse consiste dans son heu- 
reuse disposition, car il n'est ordinairement paré que d'une 
croix et de six grands chandeliers. 

Lès quatre grandes niches, qui occupent les principales 
faces des quatre pilliers du dôme, contribuf-nt beaucoup à 
rendre cette partie de l'église de Saint-Pierre extrêmement 
riche; on y voit dans chacune des figures colossales de mar- 
bre blanc, qui attirent l'admiration des connoisseurs, surtout 
celle de saint André, sculptée par François le Quesnoi, dit 
le Flamand; les autres représentent saint Longin par le 
Bernin, sainte Véronique par François Mocchi, et sainte Hé- 
lène par André Bolgi. Au-dessus de ces niches sont placés des 
balcons ou tribunes dans lesquelles on conserve plusieurs re- 
liques précieuses, et l'on descend, par des escaliers pratiqués 
au-dessous de ces mêmes niches, dans les souterrains de 



(1) On appelle ainsi Taulel bâti sur le tombeau de ce saint apdtre 
dans la partie souterraine de Téglise. 



T. VI, 



274 

l'église, qui, dans une vaste étendue^ renferment quantité de 
monuments singuliers. G*est un reste de l'ancienne basilique 
que l'on a conservé par respect en construisant la nouvelle 
église. 

Quand on est sous le dôme, l'église se partage en trois 
branches qui se croisent. Les deux latérales se terminent en 
demi portions de cercle, et la troisième, qui est une conti- 
nuation de la grande nef et qui finit pareillement en portion 
de cercle, fait le fond de l'église, ou ce que ks Italiens ap- 
pellent la tribune. Cette partie de l'église dans laquelle le 
pape, assisti du sacré collège, tient chapelle^ lorsque Sa Sain- 
teté ofGcie dans Saint-Pierre, est l'endroit le plus remarqua- 
ble de ce superbe édiQce; la vue y est agréablement arrêtée 
par le magnifique autel construit sur les desseins du célèbre 
cavalier Bernin. Le fameux Ânnibal Carache avoit désigné 
longtemps auparavant cette place comme un lieu propre à 
exercer le génie d'un habile homme, et le jeune Bernin, qui 
l'accompagnoit alors, avoit toujours été occupé de cette idée. 

11 ne faut donc pas s'étonner qu'il y ait si parfaitement réussi, 
lui qui d'ailleurs étoit doué d'un si heureux génie. Un grand 
piédestal, revêtu de marbres antiques précieux, haut de 

12 pieds, et sur les fâces duquel sont les armes en bronze du 
pape Alexandre VII, qui a fait exécuter ce beau morceau, 
sert de base à quatre figures colossales de bronze doré; elles 
ont chacune 15 pieds de proportion, et représentent saint 
Jean-Chrisostôme , saint Âthanase, saint Augustin- et saint 
Ambroise. La chaire de Saint-Pierre, qui fait le principal 
objet de cette composition, est enchâssée dans une autre ma- 
gnifique chaire de bronze doré, et ces quatre saints docteurs 
de l'Église la portent en l'air. L'on voit au-dessus un grand 
vitrail dont le Bernin a su profiter pour y représenter l'Esprit 
saint, qui, du milieu d'une gloire lumineuse, parolt venir se 
reposer sur ce trône du prince des apôtres. Il faut avoir ad- 



275 

miré de près cette grande machine pour en bien connottre 
toute la magnificence. Elle est placée au milieu de deux 
grandes niches occupées par deux morceaux de scuîpture, 
qui dans leur genre ne sont pas moins merveilleux; celui du 
côté de rÉvangile est le tombeau du pape Paul III, de la 
maison Farnèse. Le dessein passe pour être de Michel-Ange, 
et l'exécution des statues, tant du pape en bronze que des 
deux figures de marbre couchées, est de Guillaume de la 
Porte. Le Bernin a donné vis-à-vis de nouvelles preuves de 
la richesse de son génie dans le tombeau du pape Uibain YJII, 
son bienfaiteur : l'on ne sait ce que l'on doit le plus y ad- 
mirer, ou la beauté de l'invention, ou la finesse de l'exécu- 
tion, qui fait perdre au marbre sa dureté et lui fait prendre 
la mollesse de la chair. 

Ces deux tombeaux ne sont pas les seuls qu'on admire 
dans l'église de Saint-Pierre ; il y en a plusieurs autres d'une 
égale magnificence et qui sont répandus en différents en- 
droits. Un des principaux est celui du pape Alexandre VII, 
qui ne fait pas moins d'honneur au géniedu cavalier Bernin, 
qu'aucun de ses autres ouvrages. La place étoit ingrate; il 
éloit obligé de poser ce tombeau au-dessus d'une porte; rien 
de plus gênant que cette situation, et cependant rien de plus 
naturel que sa composition. La statue du pape à genoux sur 
un piédestal est placée au-dessus de la porte dans une niche 
enfoncée ; au pied sont quatre statues de marbre qui expri- 
ment ses verlus^et, ce qui est fort ingénieux et qui fait mer- 
veilleusement au sujet, la Mort^ à demi couverte d'un grand 
rideau qu'elle a levé de devant l'ouverture de la porte, sem- 
ble annoncer avec regret au pontife qu'il faut mourir. 

Les autres tombeaux du pape Grégoire XIII, par le cava- 
lier Camille Ru?coni, de Léon XI, par l'Algarde^de Cl'^ment X, 
par Hercule Ferrara, d'Innocent XI, par Monot, sculpteur 
françoisi sur le dessein de Carie Marate, d'Alexandre YIU, 



476 

dont on admire avec raison le beau bas-relief exécuté par 
Ange de Ro^si, et enfin c^lui de la comtesse Mathilde, par le 
Bemin, méritent une attention singulière. 

S'il falloit décrire, ou même seulement rapporter tout ce 
que l'église de Saint-Pierre renferme de rare, un volume en- 
tier suffiroit à peine ; nous avons d'ailleurs annoncé cette 
explication comme un abrégé ; cependant nous ne pouvons 
passer sous silence la cbapelle des fonts baptismaux. Elle a 
été décorée de marbres précieux sous le pontificat d'Inno- 
cent XII, et l'on y voit au milieu une magnifique cuve de 
porphlre ornée de bronzes dorés, qui précédemment avoit 
servi de tombeau à l'empereur Othon II. La chapelle du saint 
Sacrement est encore d'une grande richesse ; son tabernacle, 
entièrement revêtu de lapis et d'ornements de bronze doré, 
placé au milieu de deux figures d'anges, aussi de bronze, en 
acte d'adoration, est d'une composition neuve et tout à fait 
heureuse; on en doit encore l'invention au cavalier Bemin. 

Celle où les chanoines de Saint-Pierre célèbrent l'office est 
placée vià-à-vis, et l'on y admire sur l'autel un groupe de 
marbre blanc, de Michel-Ange, représentant la sainte Vierge 
considérant le corps mort de son fils étendu sur ses genoux. 
Ce morceau est extrêmement fier et savant ; il a commencé 
dans Rome la réputation de ce grand sculpteur. 

Il nous reste à parler des peintures qui décorent l'église 
de Saint-Pierre. Elles sont des meilleurs maîtres^ mais ce 
qui les rend plus singulières, c'est la manière dont elles sont 
exécutées. Presque toutes le sont en mosaïque^ et l'on juge 
combien cette seule partie de la décoration de Saint-Pierre a 
occasionné de dépenses par le temps prodigieux que demande 
cette espèce de peinture, qui ne se fait, comme l'on sait, que 
par l'assemblage d'un nombre prodigieux de très petits mor- 
ceaux de verre, de cuivre et de plomb coloriés appliqués sur 
un mastic^ et dont la surface étant ensuite polie forme un 



277 

tableau qui ne craint point les injures du temps. Tout autre 
genre de peinture ne pouvoit pas subsister dans cette église. 
L'épaisseur de ses murailles, la quantité de marbres qu'elle 
renferme, son étendue, sa situation même au pied d'une col- 
line, y entretiennent une fraîcheur qui fait périr en peu de 
temps les tableaux même peints à l'huile; on n'en a que trop 
fait la malheureuse expérience. H'esl donc ce qui a engagé à 
avoir recours à la peinture en mosaïque, qui ne craint point 
l'humidité. Toutes les peintures des six coupoles (1) qui éclai- 
lent les bas côtés, les pendentifs des quatre dômes qui ac- 
compagnent le grand et les principaux tableaux des autels, 
sont déjà exécutés de cette façon, et l'on travaille sans discon- 
tinuer à mettre ce qui reste dans le même état. Les tableaux 
des autels qui méritent le plus de considération sont :1e mar- 
tyre de saint Sébastien, du Dominiquain, la sainte Petronille, 
du Guerchin, saint Pierre marchant sur les eaux, du Lan- 
franc,le Boiteux guéri, du Civoli, la chute de Simon le ma- 
gicien, du Yanni, saint Jérôme instruisant ses disciples, du 
Mucian, le martyre de saint Erasme, du Poussin, la présen- 
tation de la Vierge au temple, du Romanelle, Ananie frappé 
de mort, du Pomerange, saint Grégoire le Grand opérant un 
miracle, d'André Sacchi, le tableau de la chapelle des cha- 
noines, de Simon Vouet, et celui de la chapelle du saint Sa- 
crement, de Pierre de Cortonne. L'on peut mettre à la suite 
des tableaux ce grand et merveilleux bas-relief de marbre 
de TAlgarde, placé sur un des autels, et dans lequel est re- 
présenté saint Léon qui vient au-devant d'Attila. 

11 y a quelques grandes fêtes dans l'année, telles, par 
exemple, que celle de saint Pierre, et lorsqu'on fait des ca- 



(1) Elles ont été peintes d*&près les cartons de Pierre de Cor- 
tonne, du Gyre, de Garle Maratte et de Benedeuo Luti. 



278 

DonisalioDs de saints, pour lesquelles on décore Téglise d'une 
façon qui lui est particulière. Tout le nud des murs, le corps 
d(S pilastres, la frise de l'entablement; tout en un mot, à 
l'exception des parties qui portent une saillie^ se trouve ta- 
pissé avec des bandes de damas cramoisi faites pour les 
places, et enrichies de galons et de crespines d'or. Cette dé- 
coration, jointe à un nombre prodigieux de lumières distri- 
buéf s avec art^ rend dans ces occasions l'intérieur de Saint- 
Pierre d'une magnificence dont rien n'approche : Ton assure 
que toutes les fois qu'on décore ainsi l'église pour les cano- 
nisations, il en coûte à la fabrique 300,000 livres. 

Une autre merveille qui étonne tous ceux qui ont examiné 
cette église, c'est le grand nombre de chambres pratiquées 
dans les épaisseurs des murs, ou placées sur les voûtes, sans 
que la décoration extérieure en souffre la moindre altéra- 
tion ; les corridors qui servent de dégagements et les esca- 
liers qui conduisent dans les parties supérieures, dans le 
nombre desquels il y en a de si ingénieux qu'on peut faire 
monter sans peine jusque sur les toits des bêles de somme; 
c'est enfin l'appareil des pierres et la solidité de la maçon- 
nerie qui fait que rien n'a remué jusqu'à présent; mais ces 
beautf^s ne sont pas susceptibles d'une description, et ne sont 
bien intéressantes que pour ceux qui peuvent en faire la dis- 
cussion sur le lieu même. 

Nous terminerons cette description abrégée de l'église de 
Saint-Pierre par la comparaison des mesures de ce grand 
édifice avec celles de l'église cathédrale de Paris et du dôme 
des Invalides, ce qui contribuera plus que tout le reste à en 
faire comprendre l'immensité. Les tours de l'église de Notre- 
Dame de Paris ont 33 toises d'élévation; le dôme des Inva- 
lides jusqu'à la croix en a 50, et l'église de Saint-Pierre a, 
du pavé jusqu'à la croix placée sur le dôme, 68 toises 2 pieds 
10 pouces. 



279 

L'église de Saint-Pierre a, depuis le portail jusqu'à l'ex- 
trémité du chevet en dehors, liO toises 1 pied 8 pouces de 
longueur, et dans la plus grande largeur de la croisée, y 
compris les épaisseurs des murs, 76 toises 4 pieds; celle de 
Notre-Dame n'a que 68 toises 4 pieds de longueur, et de lar- 
geur 28 toises, y compris les murs. 

Le portail de l'église de Saint-Pierre a 59 toises 4 pieds 
d'étendue; celui de Notre-Dame n'a que 23 toises, . 

Le diamètre du dôme des Invalides est de 15 toises 2 pieds; 
celui de Saint-Pierre est de 25 toises, l'un et l'autre pris en 
dehors. 



IV 



Lettre de M. M*** à un ami de province, au sujet de la nou- 
velle fontaine de la rue de Grenelle^ au faubourg Saint- 
Germain des Prés. 

Monsieur, 

Vous avez raison de vous plaindre. Je me souviens par- 
faitement de l'engagement que je pris avec vous, lorsqu'on 
cômmeoçoit à jeter les fondements de la magnifique fon- 
taine de la rue de Grenelle, au faubourg Saint-Germain ; je 
vous promis de vous entretenir de cet édifice aussitôt qu'il 
seroit achevé. Je vous avoue donc que je suis en faute. Il y 
a quatre à cinq mois que j'aurois dû vous écrire, et que mes 
foibles éloges dévoient se mêler aux applaudissements que 



280 

tout Paris s'est empressé de donner à ce superbe monu- 
ment. Mais, sans chercher à m'excuser, je vous dirai tout 
simplement que depuis ce temps-là j'ai été tellement occupé 
de la chose même dont je devois vous rendre compte, que je 
n'ai presque plus pensé à la parole que je vous avois donnée, 
Cela est fort mal, et il ne faut pas moins que toute votre in- 
dulgence pour me le pardonner. J'ose cependant vous assu- 
rer que vous n'y perdrez rien. Plus j'ai examiné avec une 
attention méditée toutes les parties qui composent ce bel 
assemblage d'architecture et de sculpture, plus je crois être 
en état de vous en fournir une description fidèle. Je ferai du 
moins tous mes efforts pour entrer, autant que vous pouvez 
l'attendre de moi, dans l'esprit de l'homme excellent qui a 
produit un si rare chef-d'œuvre. 

Vous êtes déjà instruit que cette fontaine est située dans 
la rue de Grenelle, assez près de Tendroit où cette rue se 
croise avec celle du Bac. Comme vous n'ignorez pas qu'il ne 
se trouvoit aucune fontaine publique dans tout ce grand 
quartier, aujourd'hui si peuplé, vous comprenez aussi com- 
bien il éloit nécessaire qu'on y en bâtit une; mais peut-être 
que les raisons qui ont déterminé sur le choix de la place 
qu'elle occupe vous sont inconnues. Vous ne savez peut-être 
pas que ci-devant c'étoil un terrain vague, appartenant aux 
religieuses récollettes, dont on pouvoit faire aisément l'ac- 
quisition, au lieu que partout ailleurs la même acquisition 
eût soulferl de très-grandes difficultés. J'ai cru devoir vous 
faire en passant cette observation ; elle servira de réponse à 
ceux qui critiquent un peu trop sévèrement le choix qu'oft 
a fait de cet emplacement. 

Les arrangements pris pour l'établissement de cet impor- 
tant édifice, M. Turgot, dont la ptévôlé sera mémorable à 
jamais par le nombre, la grandeur et l'utilité des ouvrages 
dont il a embelli cette capitale^ et MM. du bureau de la ville, 



S81 

jetèrent les yeux sur M. Boucbardon, sculpteur ordinaire du 
roi^ dont la réputation étoit grande dans toute l'Europe^ pour 
exécuter leur projet. Ils lui firent faire des dessins et un mo- 
dèle, qui furent généralement applaudis, et Ton posa la pre- 
mière pierre de l'édifice sur la fin de Tannée 1739. 

Depuis ce moment-là, je puis vous assurer que je n'ai plus 
perdu de vue ce beau bâtiment; j'ai été témoin des soins ex- 
trêmes avec lesquels on a suivi la construction. J'ai vu ame- 
ner sur le tas la plus belle pierre des carrières de Conflans- 
Sainte-Honorine,la même dont le fameux François Mansard, 
si curieux de bien faire, s'est autrefois servi pour le château 
de Maisons ; j'ai vu cette pierre prendre, entre les mains 
d'un appareilleur expérimenté,des formes si exactes, un trait 
si précis, que, mise en œuvre, il n'est presque pas possible 
de discerner les joints des différentes assises ; les parements 
en sont si unis et si bien dressés que le tout ne paroît faire 
qu'une seule masse. Je ne crois pas que depuis la belle fa- 
çade du Louvre, il se soit fait un bâtiment avec autant de 
propreté que celui-ci. 

Vous me direz, monsieur, que dans ceci vous ne recon- 
noissez qu'un ouvrage purement mécanique, et dont vous 
n'êtes que foiblement touché. Je vous connois, vous n'êtes 
véritablement affecté que des seules opérations de l'esprit; 
il faut vous montrer l'homme de génie, vous offrir et vous 
faire goûter les fruits heureux de son imagination, pénétrer 
dans le secret de ses pensées et vous les développer. Voilà ce 
que vous demandez, et je vais tâcher de remplir vos vues. Si 
je n'y réussis pas, n'en accusez que mon insuffisance. 

Pour vous donner une idée plus nette de la fontaine dont 
j'entreprends de vous faire la description, je dois commen- 
cer par vous en tracer le plan. J'entrerai ensuite dans un dé- 
tail circonstancié de toutes les parties de sa décoration et des 
divers morceaux de sculpture qui y sont employés. Tout le 



28S 

bâtiment règne sur un des côtés de la rue, et y occupe en 
longueur un espace de quatorze toises et demie. La rue n'est 
pas extrêmement large en cet endroit; si Ton eût suivi Tali- 
gnement des maisons, non-seulement la fontaine n'eût pas 
été d'un accès bien facile, mais il est encore certain qu'il n'y 
auroit eu aucun jeu dans sa composition. L'habile artiste qui 
a présidé à cet édifice a donc imaginé de le retirer d'environ 
quinze pieds, et, par cet expf^dient, il a trouvé le mojen de 
former au-devant de la fontaine une espèce de place qui con- 
tribue à en rendre lé service plus commode, et qui .laisse 
assez d'espace pour pouvoir se reculer et embrasser d'un 
coup d'oeil toute l'ordonnance. L'aspect en devient plus heu- 
reux et les parties se développent davantage. 

Le corps du milieu, qui est ainsi renfoncé, fait avant- 
corps : il est soutenu à droite et h gauche par deux ailes qui, 
partant de l'endroit où elles s'unissent à cet avant-corps et 
décrivant par leur plan des portions de cercle, viennent re- 
prendre l'alignement de la rue dans les deux extrémités qui 
terminent l'édifice. Imaginez-vous voir le frontispice d'une 
magnifique scène de théâtre antique. 

Ce que je viens de vous dire du renfoncement du corps du 
milieu doit cependant, à la rigueur, se restreindre à la partie 
supérieure; je veux dire à celle qui règne au-dessus de la 
première plinthe, car au rez-de-chaussée le plan de l'édifice 
change de figure. Celui des ailes est toujours le même, mais 
l'avant-corps du milieu avance en saillie presque jusque sur 
la rue et devient un massif, qui peut être proprement dit le 
lieu de la fontaine, puisque c'est de là que l'eau se distribue 
par quatre grands mascarons de bronze, placés tant sur le 
devant que dans les retours. Ce massif est entièrement orné 
de refends qui ne sont interrompus dans la principale face, 
laquelle prend la forme d'une tour ronde, que par une table 
d'attente renfermant une inscription ; et le même massif, 



283 

couronné par un socle de glaçons en marbre blanc, sert de 
base à des statues colossales de même marbre^ qui sont le 
principal ornement de toute cette riche composition. 

Elles sont élevées du pavé à la hauteur de (|uinze pieds; 
c'est une distance tout à fait propre à en considérer toutes 
les beautés de d(^tail. La principale de ces staïues, celle à la- 
quelle on voit bien que les autres sont subordonnées, est 
celle qui repr<^sente la ville de Paris. Assise sur une proue 
de vaisseau qui lui sert de tiône,etquiest prise de ses armes, 
un sceptre à la main et la têle couronnée d'une couronne de 
tours, elle regarde avec complaisance le fleuve de la Seine 
et la rivière de la Marne, qui, couchés à ses pieds, parois- 
sent eux-mêmes se féliciter du bonheur qu'ils ont de pro- 
curer l'abondance et de servir d'ornement à la grande ville, 
qu'ils baignent de leurs eaux. La Seine, en tant que fleuve, 
est représentée sous la Ggure d'un homme robuste, qui tient 
un aviron et qui a derrière lui un cygne se jouant parmi les 
roseaux. La Marne est figurée par une fename qui a dans la 
main une écrevisse, et l'on remarque auprès d'elle deux ca- 
nards qui sortent encore d'entre les roseaux. 

Je ne vous ferai pas une description plus étendue de ces 
admirables statues, persuadé que vous entendrez avec plus 
de sati^faction les jugements qu'en ont porté les personnes 
éclairées. Elles ont été touchées de cette majesté qui est ré- 
pandue dans toute la figure de la ville de Paris : son attitude 
et le jet de sa draperie leur ont rappelé celte simplicité noble 
et mâle de l'antique, qui n'a jamais éprouvé les caprices de 
la mode. La figure du fleuve leur a paru dessinée avec 
science et avec fermeté, tandis que celle de la nymphe a plu 
par sa souplesse et le beau coulant de ses contours : il a été 
dit que l'une et l'autre conservoient sous la dureté du mar- 
bre la délicatesse et la sensibilité de la chair. 

Un frontispice formé par quatre colonnes cannelées, d'ordre 



284 

ionique, et par autant de pilastres de même ordre, qui por- 
tent un fronton dans le tympan duquel sont les armes de 
France, sert de fond h ce groupe de figures, et met la ville 
de Paris comme à l'entrée d'un temple qui lui est dédié. En 
môme temps ce frontispice sert à loger dans l'enfoncement 
de son entre-colonnes une inscription latine en lettres uDcia- 
les de bronze, qui, conçue dans le stjle lapidaire^ fixe l'épo- 
que du monument et fait élégamment l'éloge d'un prince 
chéri, qui ne respire que la paix et n'est occupé que du bon- 
heur de ses sujets. Je l'ai copiée, je vous l'envoie, et j'espère 
que vous m'en saurez d'autant plus de gré que je puis y 
joindre une anecdote singulière; c'est que cette inscription 
est l'ouvrage de feu M. le cardinal de Fleury, et que ce grand 
homme^ dont la modestie étoit aussi éminente que la di- 
gnité, l'ayant envoyé à H. de Boze, comme un simple cane- 
vas dont il le laissoit absolument le mattre , celui-ci n'y 
trouva pas un seul mot à changer : 

Dum Ludovicus XV — Populi amor et parem optimm — 
Publicœ tranquillitatis assertor — Gallid Imperii finibus — 
Innocue propagatis — Pace Germanos Russosque — Inter et 
Ottwnanos — Féliciter conciliata — Gloriose simul et paci^ 
fice — Regnabatf'^Fontem hune cimum utilitati — Urbisque 
ornamento — Consecrarunt — Prœfectus et JEiilet — Anno 
Domini — M.DCC. XXXIX. 
Ce qui se peut rendre ainsi en notre langue : 
Sous le glorieux et pacifique règne de Louis XV. Tandis 
que ce prince, le père de ses peuples et l'objet de leur amour, 
assuroit le repos de l'Europe, que sans effusion de sang il 
étendoit les limites de son Empire, et que par son heureuse 
médiation il procuroit la paix à l'Allemagne, à la Russie et 
à la Porte Ottomane, les prévôt des marchands et échevins 
consacrèrent cette fontaine à l'utilité des citoyens et à l'em- 
bellissement de la ville, l'an de grâce H.DGG.XXXiX. 



Les magistrats auxquels le public est redevable de ce su- 
perbe édifice ne sont pas nommés dans cette inscription ; 
mais je vous ai déjà fait remarquer qu'il y avoit au-devant 
du massif, qui sert de base au groupe de figures dont je viens 
de vous entretenir, une autre inscription. Celle-ci, gravée en 
lettres d'or sur un marbre noir, en forme de table d'attente, 
au milieu de deux consoles, d'où pend un feston de fruits 
de marbre blanc, est en françois ; c'est dans cette inscription 
que vous trouverez les noms de ces magistrats. Je vais vous 
la transcrire. Vous y lirez aussi le nom de M. Bouchardon, 
auteur de l'ouvrage : la distinction est singulière; mais vous 
conviendrez qu'elle est bien placée. 

1739. 
DU RÈGNE DE LOUIS XV. 

De la cinquième prévôté de messire Etienne Turgot, che- 
valier, marquis de Sousmons, etc., de Véchevinage de Louis- 
Henry Veron^ écuyer^ conseiller du roi et de la ville; Edme^ 
Louis Meny, écuyer, avocat au parlement^ conseiller du roi^ 
notaire; Louis le Roi de Feteuil, écuyer^ conseiller du rot, 
quartinier; Thomas Germain^ écuyer, orfèvre du roi. Etans 
Antoine Moriau^ écuyer^ procureur et avocat du roi et de la 
ville ; Jean-Baptiste-Julien Taitbout^ greffier en chef; Jac- 
ques Boucot^ chevalier de l'ordre du roi, receveur. 

Cette fontaine a été construite sur les dessins d'Edme 
Bouchardon^ sculpteur du roi, né à Chaumont en Bassigny. 
Les statues, bas-reliefs et ornements ont été exécutés par lui. 

Je dois vous décrire à présent les deux ailes du bâtiment 
qui accompagnent l'avant-corps du milieu. Toutes deux sont 
uniformes; ainsi la description que je vous ferai de l'une 
servira pour l'autre. Depuis le sol jusqu^au dessus de Tatti- 



986 

que qui pose sur rentablement, elles s*élëvent à la hauteur 
de sept toises, et en général leur décoration est de même 
caractère et s'accorde très-bien avec celle du corps du mi- 
lieu. Le même ordre rustique, c'est-à-dire la même suite de 
refends, règne dans la partie inférieure jusqu'à la première 
plinthe, et n'est interrompu que par deux portes cochèresde 
sujétion : l'une qui sert d'entrée au monastèredes religieuses 
récolleltes, l'autre qui conduit au château d'eau ou réser- 
voir de la fontaine. Ne craignez point que ces deux portes 
nuisent à la composition. Un habile homme sait profiler de 
tout; il tire avantage des choses même qui paroissent les 
plus contraires à ses desseins. La disposition heureuse de 
ces portes en fait ici un ornement^ qui semble nécessaire et 
même indispensable. 

Quoique la décoration des deux ailes prenne plus de ri- 
chesses dans la partie supérieure, il n'y règne point cepen- 
dant d'ordre ionique comme dans le corps du milieu. M. Bou- 
chardon a cru qu'il valoit mieux lier toutes^ les parties qui 
entrent dans cette décoration, au moyen de simples avances, 
ou, si l'on veut, de pilastres dénués de bases et de chapi- 
teaux, ce qu'il a fait sans doute pour mettre plus de repos 
et d'harmonie dans son ordonnance, et pour l'étendre da- 
vantage; et, en effet, si ces pilastres eussent été chargés d'un 
trop grand nombre de petites moulures, les parties auroient 
paru trop coupées, et certainement il en seroit résulté trop 
de sécheresse. Ces pilastres sont couronnés par un grand 
entablement, et ils renferment des niches, une carrée au- 
dessus de chaque porte, dans le fond de laquelle sont repré- 
sentées en bas-relief, dans un cartouche, les armes de la 
ville de Paris, et quatre autres niches cintiées, deux de cha- 
que côté, où sont placées des figures de génies. 

Vous avez vu, monsieur, que les principales figures qui 
ornent cette fontaine concouroient à faire un tableau de 



287 

l'abondance qui règne en tout temps dans cette grande ville, 
et, pour étendre la même idée, que pouvoit-on imaginer de 
mieux que de représenter dans les figures qui dévoient oc- 
cuper les niches les génies des saisons? C'est ainsi que les 
anciens ont voulu exprimer le bonheur dont ils jouissoient 
sous des princes qui leur procuroient l'abondance; ils ont 
employé dans plusieurs de leurs monuments, et singulière- 
ment sur les médailles, le type des qualre saisons, avec cette 
inscription : Temporum félicitas. 

L'on ne s'est point écarté ici de cette ingénieuse allégorie. 
L'on a représenté le Printemps sous la figure d'un jeune 
homme paré d'une guirlande de fleurs, et qui aide à un bé- 
lier, le premier des signes que le soleil parcourt dans cette 
saison, à se soutenir. Un autre jeune homme, qui regarde 
fixement le soleil et qiii tient un leston d'épis, exprime l'Été; 
on voit à ses pieds le cancer. Des balances et des raisins entre 
les mains du troisième génie désignent l' Automne, parce 
que c'est le temps des vendanges, et que l'équinoxe d'au- 
tomne arrive précisément au moment où le soleil entre au 
signe des balances. Par une raison toute semblable, la figure 
qui représente l'Hiver est accompagnée du capricorne; c'est 
la seule qui soit couverte d'une draperie sous laquelle elle 
semble se vouloir mettre à l'abri des rigueurs du froid. Tous 
ces génies ont des ailes : ce sont celles du Temps avec les- 
quelles se fait la course rapide des saisons, et qui les entraîne 
dans le cours de leur révolution. 

Les symboles qui animent ces quatre figures expliquent 
suffisamment les sujets qu'elles représentent; mais, supposé 
qu'il pût rester encore quelques doutes, ils se dissiperont 
dès qu'on jettera les yeux sur les quatre bas-reliels qui sont 
placés dans des espaces carrés longs, au-dessous de chaque 
niche. Dans chacun de ces bas-reliefs on voit des enfants qui 
s'occupent de ce qui peut laire l'objet de leur amusement 



28S 

dans les diverses saisous. Les uns, rassemblés dans un jar- 
din, attachent aux arbres des guirlandes de fleurs et se cou- 
ronnent de roses; d'autres font la moisson; quelques-uns 
jouent avec un jeune bouc avide de manger des raisins; et 
les derniers, sous une tente et près du feu, cherchent à se 
garantir du froid de Tbiver. 

Si Ton a rendu justice à la variété et à la naïveté des atti- 
tudes des génies, l'on n'a pas donné moins de louanges à la 
richesse des compositions de ces bas-reliefs; le travail en a 
paru aussi recherché et aussi spirituel que la matière pou- 
voit le comporter, car ces bas-reliefs, ainsi que les figures 
et toutes les autres sculptures qui entrent dans la décoration 
des deux ailes de la fontaine, ne sont qu'en pierre de Ton- 
nerre, qui a le grain assez fin et qui est fort blanche, mais 
qui n'a pas, à beaucoup près, la fierté du marbre, seule ma- 
tière digue d'occuper un excellent ciseau. Quel dommage 
qu'elle soit si rare parmi nousl 

Ce que j'ai ouï beaucoup priser par les véritables connois- 
seurs, et ce qui fait en effet que l'œil, en considérant ce bel 
édifice, jouit d'un agréable repos, c'est la justesse et l'élé- 
gance des positions, c'est le parfait rapport de toutes les 
parties les unes avec les autres, c'est que tout y prend la 
forme pyramidale, si recommandée, si bien mise en prati- 
que par le fameux Michel-Ange. De quelque côté que vous 
tourniez, quelque partie que vous embrassiez, la disposition 
de tous les objets vous dessine toujours une pyramide; et 
cependant cet artifice est voilé avec tant d'adresse qu'il faut 
en être averti, ou être plus qu'initié dans les arts pour l'aper- 
cevoir. 

Permettez-moi d'ajouter encore une réflexion, que je n'ai 
pas faite seul. Je trouve que la grande richesse de cet édifice 
vient de son extrême simplicité, et, si je ne me trompe, j'y 
vois éclater de toutes parts ce goût pur de ranlique, ce goût 



289 

solide et sage que doane seule l'étude de la belle nature. 
Ptul-êtie me laissai-je emporter par trop de zèle. J'ose ct- 
pendant former ce présage qu'en tout temps, qu'en tous 
lieux, cet excellent goût prédominera,, et que toutes les fois 
que des idées trop composées et trop éloignées du vrai vou- 
dront prendre le dessus, il les éclipsera. Que quelques mo- 
dernes, et même des sculpteurs de nom, se soient laissés sé- 
duire par un brillaift, que semblent jeter dans la composition 
certains tours et certaines licences qui paroissent emprun- 
tées de la peinture, il n'en est pas moins vrai, quand on 
rappelle les choses à leur véritable fin, que ce ne soit une 
erreur. La peinture et la sculpture font deux sœurs qui ont 
le même objet d'imitation, et qui marchent vers le même 
but; mais leurs allures sont bien différentes. L'on a blâmé 
avec raison les pein res qui oni traité leurs tableaux dans le 
goût de la sculpture» on leur a reproché la pesanteur, et de 
n'avoir pas mis assez d'air dans leurs or ionnances; un sculp- 
teur qui se proposeroit pour modèle le faire d'un peintre 
livré à un génie fougueux, tomberoil-il dans un moindre 
défaut et seroit-il plus excusable? 

Il ne me reste plus, monsieur, qu'à vous rendre compte 
de ce qui s'est passé à la réception de ce grand et bel ou- 
vrage par la Vill\ M. le prévôt d(^s marchands et MM. les 
échevins ne se sont pas contentés de témoigner à l'habile 
homme qu'ils avoient emplo,yé leur extrême satisfaction; ils 
ont voulu confirmer par un acte solennel les jugements 
avantageux du public, et ils y ont ajouté une récompense 
digne assurément de la magnificence de la première ville du 
royaume. Ils se sont assemblés le il février dernier, et, par 
une délibération particulière, ils ont accordé à M. de Bou- 
chardon une pension de quinze cents livres, mais dans des 
termes si flatteurs et si honorables pour cet excellent sculp- 
teur, et si propres en même temps à donner de l'émulation 

T. VI. 4* 



290 

aux artistes qui courent la même carrière, que je ne puis 
m'empêcber de vous la transcrire en entier. Je sens que je 
Taffoiblirois si je rabrégeois, ou si j'y mettois du mien; 
jugez-en : 

Du vendredii\ fêvritr 1746. 

ce Ce jour. Nous, prévôt des marchands et échevins de la 
ville de Paris, assemblés au bureau de ladite ville, avec le 
piocureur du roi et de la ville, pour les affaires d'icelle, 
ayant considf^ré que les ouvrages de sculpture en marbre et 
en pierre qui «voient été ordonnas par nos prédécesseurs, 
suivant les manhés laiis au bureau par acie des 6 mars et 
23 décembre 1739, avec le sieur Edme Bouchardon, sculp- 
teur ordinaire du roi, pour la décoration de la fontaine 
construite dans la rue de Grenelle, quartier Saint-G^rmaio 
des Prés, étoient si parfaitement achevés tt d'une si grande 
beauté que ce monument, élevé à la gloire de Sa Majesté, 
feroit connoîlre, dans les temps les plus reculés, le goût de 
ce biècle, et à quel point de perlection Tart de la seuipture 
a été porté par ledit sieur Bouchardon; qu'un ouvrage aussi 
digne de l'admiration générale mériloit également de cette 
ville capitale une marque de reconnoissance envers le sieur 
Bouchardon, qui puisse en même temps exciter l'émulation 
de tous ceux qui s'adonnent aux arls, et transmettre à la 
postérité un exemple des récompenses que méritant leurs la- 
lents et leurs veilles, lorsqu'ils atteignent à un degré de per- 
fection capable de faire honneur au goût et à la magnificence 
de ce grand royaume. Sur quoi, la matière mise en délibé- 
ration, avons, du consentement du procureur du roi et de la 
ville, accordé au sieur Bouchardon, sculpteur ordinaire du 
roi, une pension viagère de quinze cents livres, à compter 
de cejourd'hui, laquelle lui sera payée de six mois en six 



291 

mois par Jacques Boucot, écuyer-coDseiller du roi, receveur 
des domaines, dons, octrois et fortifications de la ville, en 
rapportant par lui ces présentes, pour la première fois seu- 
lement. Fait au bureau de la ville, ledit jour onze février 
mil sept cent quarante-sir, 

« Signé : Taitbout. » 

Avouez, monsieur, que jenepouvois mieux finir ma lettre 
que par celte pièce. J'i3se présumer que vous avez présente- 
ment oublié tout mon tort, et que vous continuerez d'être 
persuadé de la sincérité des sentiments pleins d'estime, avec 
lesquels j'ai toujours été, monsieur. 

Votre très-humble et obéissant serviteur. 

M"*. 
A Paris, ce i^'mars 1746. 



SUPPLÉMENT DE L'ABEGEDARIO 



ÂBBÂTE (NiccoLO DELL*). Lps peintures de la voûte n'en fai- 
soient pas le mo'n ire omem'^nl. et Ton ne peut a?sez regret- 
ter qu'elles ayenl ét^ détruises (1). Lorsqu'on s'y détorinina, 
elles (^to'ent aussi fraîches et aussi brillantes qu'elles l'avoient 
jamais élé. On y voyoi^ rc^gner dans to'ite la longueur, qui 
ëtoit de 76 toises, une suite de tablr«,iux de différentes for- 
meîs, dont l'assemblage ^ormoi^ divers compartiments plus 
ricin s les uns que les autres, et qui, renfermés dans des or- 
nements de stuc,dorés et environnée d'autres orn^^men's ap- 
pelés grotesques, produ^soir-nt un spectacle tout à fait agréa- 
ble. Pour décrire cette voûte av^c plu? d'ordre, j'en parlerai 
suivant sa division, qui consistoit en quinze travées. 

Dans la première on voyoit les Dieux assemblés dans 



(I) La description de cette galerie de Fontainebleau se trouve 
dans les notes du beau volume italien des PeinLures de l InsiUtU 
de Bologne, 1759, in«folio. et M. Reiset n*a pas manqué de la citer 
dans son étude sur Nic:olo, imprimée d'abord dans la Gazelle des 
beaux-arLi, tt ensuite tirée à pait, iu-8% 1860. — On peut voir 
a'issi, dans la Revue universelle (tes arts, v.ne note de M. Grésy sur 
les peintures de Nicçolç dans la ctiapeile du cb&teau de Fleury. 



294 

roiympe, el ce morceau, qui étoit carré et qui occupoil le 
milieu de la voûte, était flanqué de quatre tableaux de forme 
carrée oblongue, où étoient représentés avec leurs attributs 
Diane et Cérès, Mercure et Bacchus, Junon et Cybelle, Mars 
et Hercule. 

Au milieu du plafond, dans la seconde travée, étoit repré- 
senté, dans une forme octogone, Neptune apaisant la tem- 
pête. La composition en étoit admirable. Ce milieu étoit 
accompagné de quatre tableaux oblongs, où Ton voyoit 
Pallas, Mercure, Vulcain et Eole renfermant les Vents. 

Vient ensuite la troisième travée où, dans le centre de 
quatre ovales couchés, remplis de divinités qu'a gravées 
George Mautuan, étoit représenté le lever et le coucher de la 
Lune d'une façon tout à fait poétique. 

Le sujet du milieu de la quatrième travée étoit Vénus et 
les trois Parques, et au centre de ce tableau le signe du Tau- 
reau; il étoit flanqué de quatre tableaux, le terminante!) 
rond par chaque bout, et où se voyoient Pan, Apollon et les 
muses. Ils ont été gravés par George Mantuan. 

Diane et Apollon, son frère. Minerve et l'Amour, étoient 
représentés dans un grand tableau qui occupoit presque toute 
la voûte dans la cinquième travée, et dans les côtés, des bas- 
reliefs de stuc rep'résentoient les Quatre Saisons. 

Un autre grand tableau, dans lequel on voyoil les trois 
frères Jupiter, Neptune et Pluton, étoit au centre du plafond 
dans la sixième trdvée. Vénus, Diane, Mercure, et une outre 
divinité que je prends pour Saturne, représentés dans quatre 
tableaux séparés, accompagooient le grand morceau du mi- 
lieu. 

A la clef de la voûte, dans la septième travée^ étoit un ta- 
bleau hexagone, et l'on voyoit Apollon, ou le Soleil, au 
higne du Lion. Des sujets, pris de la Fable, qui avoient rap- 
port à Apollon, étoient disposés autour du sujet principal 



295 

dans quatre médaillons feints de stuc^ et dans quatre autres 
tableaux coloriés. 

Le milieu de la galerie étoit marqué par deux grandes et 
magnifiques compositions que le Corrège auroit voulu avoir 
faites, et qui s'étendoient en cet endroit dans toute la voûte. 
On voj^oit à droite le festin des dieux, et, vis-à-vis, Apollon 
et les Muses sur le Parnasse, et, dans ^intervalle qui séparoit 
ces deux grands sujets, éloit un ciel où le peintre avoil ingé- 
nieusement placé les Heures, qui formoieot une danse en 
rond. Les figures, vues en raccourci, faisoient un effet sur- 
prenant. On a une estampe du Parnasse gravée par Antoine 
Garnier.. 

Les mêmes compartiments qu'on a vu régner dans la voûte, 
depuis l'entrée de la galerie jusqu'au point du milieu, sui- 
voient dans le même ordre, et voici les sujets qui y étoient 
exprimés : 

' Dans le tableau hexagone, qui étoit au milieu de la neu- 
vième travée, étoit figuré le triomphe de Minerve ou de la 
Sagesse, et les huit tableaux qui accompagnoient ce sujet 
principal, dont quatre étoient des médaillons en stuc,avoient 
pour objet des vertus telles que la Prudence, la Gharil(^, etc. 

Un grand tableau, semblable pour la forme à celui de la 
sixième travée, occupoit le milieu de la dixième, et Von, y 
remarquoit le char du Soleil accompagné des Heures et pré- 
cédé de l'Aurore. Quatre des plus grands fleuves étoient re- 
présentés dans des tableaux qui accompagnoient celui du 
milieu. Un de ces fleuves, celui du Nil, a été gravé en petit* 
par M. Etienne de Laulne. 

Le sujet du milieu du plafond de la onzième travée étoit 
Neptune qui frappe la terre de son trident et qui en fait sor- 
tir le cheval. Aux quatre angles de ce tableau étoient repré- 
sentées, dans.qualre tableaux séparés, les divinités qui pré- 
sident aux quatre saisons 



296 

Dans la douzième travée on voyoit, au milieu, Bellone portée 
en l'air, et, dans quatre tableaux, semblables pour la forme à 
ceux de la quatrième travée, étoient, dans un la chariié ro- 
maine, dans un autre un guerrier s'entretenanl avec une 
femme nue, accompagnée de l'Amour, dans le troisième un 
homme assis, a^p^^s duquel est une femme renversée qu'on 
poignarde, et, dans le quatrième, un roi dans .son trône, re- 
gardant avf c frayeur ce qu'> lui fait voir un homme qui a les 
mains liées derrière le dos. 

Jupiter assis dans son palais, près de Junon, et recevant 
la visite de Minerve, fait le sujet du tableau du milieu de la 
treizième t''avée, et, dans qiatre tableaux ovale?, étoient re- 
présentée.^ d'^s nymphes et des naïades. 

Le milieu de la quatorzième travée étoit rempli par un 
grand tableau octogone, où Apollon, les Grâces et les Muses 
étoient représeutés assis dans l'Olympe. On voyoit au our, 
dans quatre tableaux de même forme et carrés longs, quatie 
sujets de sacrifices. 

Enfin la quinzième et dernière travée étoit remplie dans 
le mili<'U de la voûie par un grand tfibleau dans l^^quel éloii 
la d»^esse Flore, et dans les quatre tableaux, qui uieltoient le 
plus gran^ au milieu d'eux» on voyoit dans chacun des 
femmes et des enfants. 

Au-dessus de la porte d'entrée de la galerie é'oit peint 
dans une lunette Charles IX recevant les clefs de la ville du 
Havre, que lui remettent les Ang ois aprè-^ avoir été en pos- 
session de cette ville importante pendnnt longtemps, et c<^ 
tabkau portoit la date 1563; mais cette date ne doit se rap- 
porter qu'à la réduction de la ville, car il paroît pnr les 
comptes des hâtimrnlsque le tableau n'a été (ail qu'en 1570. 
et que c'est le dernier ouvrage qui ait é'é fait dans cette ga- 
lerie. 



297 

•— Ces excellentes peintures appartiennent, il est vrai, 
au Primatice; on ne peut les lui contester, puisque c'est lui 
qui en a fourni les desseins; m«is Nicolo y a eu aussi trop 
de part pour ne lui en pas faire partager Thonneur. Le Pri- 
matice avoit sous lui plusieurs peintres qui exéculoienl ses 
pensées; mais il se r^posoit principalement de ce soin sur 
Niccolo, et Von sait que c'est ce dernier qui avoit peint la plus 
grande pariie.des tableaux de cette galerie. Cela se recon- 
noissoit assez à la beauté de la fresque, que peu de peintres 
ont aussi bien entendu que lui. Je me souviens d'avoir ac- 
compagné dans cette galerie le célèbre François le Moyne, 
celui de nos peintres qui a fait le plus d'honneur à notre 
École françoise, et j'ai été témoin des éloges sans fin qu'il 
cro.yoit devoir donner à un ouvrage le mieux exécuté, selon 
lui, que nous eussions. 

Je crois apercevoT que le peintre a eu dessein de repré- 
senter dans cette voûte tout ce qui pouvoit avoir rapport à 
l'Olympe, et cela convenoit dans un lieu destiné à la repré- 
s'^ntation des aventures d'Ulisse, qui, par ce moyen, étoient 
censées se pas^^f^r sous les yeux des Dieux. 

11 v a encore une chambre dans le château de Fontaine- 
l)le 'U qui subsista, et qu'on noinmoit la chambre de ma- 
dame d Estampes, parce qu'elle l'a habitée. Toutes les mu- 
railles en sont peintes en 1570, par M. Nicolo, sur les desseins 
du Primatice qui y a représenté l'histoire d'Alexandre. Quel- 
ques-uns de ces tableaux ont été gravée, entre autres celui 
de dessus la cheminée, qui est l'entrevue d'Alexandre et de 
Thalestris, reine des Amazones. Cette estampe est de Guido 
Ruggieri, selon Ma'vasia qui en a fait mention. Domenico 
Barbieri, Florentin, a gravé un festin, et d'autres élèves du 
Primatice ont gravé lei mariage d'Alexandre et de Gampaspe, 
une mascarade, Alexandre domptant Bucéphale, et ce prince 
cédant sa maîtress*» à Apelle. Ces deux derniers tableaux sont 



298 

les dessus de porte de cette chambre, qui n'est pas éloignée 
de la Salle du bal. 

' ÂLBÂNE. Apollon, dieu de la poésie, et Mercure, dieu de 
réloquence, montés sur leurs chars, aidant à Hercule à sou- 
tenir le fardeau du globe céleste. Pièce allégorique, gravée 
par Fr. Villamène, d'après François Albane. — Dédié au car- 
dinal Pompée Arrigoni; cç sont les premières épreuves. — 
L'Hercule est une copie, presque sans aucun changement, de 
celui du Carrache dans le cabinet Farnèse; c-ela est bien sin- 
gulier. 

ASPETTI (tizuno). Son épitaphe est rapportée dans le 
livre Bellezze di Firenze del Ginelli, p. 188. 

AVELINE (ANTOINE). Seroit-ce le mauvais graveur de vues? 

AVELINE (françois-antoine) et AVELINE (jean), son 
frère, vivant actuellement à Paris. 

AVELINE (pierre) étoit aussy disciple de Adam Perelle; 
mais, comme il n'est jamais sorty d'une certaine médiocrité, 
il luy fait peu d'honneur; il a, comme son mattre, gravé 
beaucoup de paysages et de veues, mais les paysages sont 
du plus mauvais goût et les veues fort infidèles. Il mourut le 
3* may, en l'année 1722. 

BARLOW (FRANÇOIS). Voici un état des suites d'animaux 
de Barlow qui sont venues à ma connoissance : 1** une suite 
d'oyseaux en quinze planches dessinées et gravées par l'au- 
teur même en 1655, et c'est à celle-ci que j'accorderois la 
préférence; 2* six planches d'oyseaux gravés parlloUar, for- 
mant une suite qui a été donnée en 1654, et dont la pre- 



, 299 

raière feuille représente un aigle les ailes déployées; 3« la 
suite d'oyseaux (non pas gravée par Failhorne, qui n'a rien 
gravé d'après Barlow, mais est seulement Téditeur de cette 
suite) gravée par W. Hollar, et qui est composée de 12 pièces; 
4*> une suite d'oyseaux en dix planches, dont quelques-unes 
sont des répétitions d'autres planches déjà publiées dans la 
suite de Faithorne, et toutes, tant celles-ci que celles dont les 
desseins paroissent pour la première fois, sont gravées ou 
par Barlow, ou parGaywood, disciple d'Hollar; S** une suite 
d'animaux, en 13 planches gravées partie par Hollar en 1662, 
et partie par R. Gaywood; 6* douze planches d'oyseaux, as- 
sez proprement gravées par Fr. Place et J. Griffier; 7^ les 
quatre parties du monde, tigurées par un assemblage des 
animaux qui y naissent ; 8*» des chasses, au nombre de 13 plan- 
ches gravées par Hollar, et deux ou trois morceaux détachés, 
tels que la fable d'Orphée qui attire au son de sa lyre les 
animaux, qu^a gravés Gaywood. [Notes sur Walpole.) 

— Les p'anches pour une édition des fables d'Esope en 
trois langues, en lalio, en françois et en anglois, sont au 
nombre de 112. Elles sont toutes du dessein et de la gravure 
de Barlow, et le livre a paru à Londres, in-lol., en 1666. On 
y reconnoît aisément le peu de laUnt de Barlow pour la 
figure. {Notes sur WalpoU.) 

BASSAN (JACQUES DA PONTE, dit le). Les ihoces de Cana. — 
11,030 if- Colins pour M' de Selle. Il y' a le double chez le Roy, 
qui peut estre vaut celuy cy ; c'est par conséquent avoir trop 
hasardé que d'en avoir donné un si terrible prix ; c'a esté le 
sentiment gt^nérril. Ce tableau est peint gras; le Hassan n'a 
rien fait de plus beau, et je ne connois aucun tableau de luy 
mieux conservé. [Catalogue Tallard, n^" 91 .) 

BECK (david). Son portrait, dans la suite des portraits des 




300 

peintres des Pays Bas, donnée par Meyssens, est suivi d'une 
inscription qui le fait natif de Delft. — Sa vie, écrite dans un 
plus grand détail par Houbraken, auteur bollandois, a été 
traduite par Descamps, qui Ta insf^rée dans le tome 2 de ses 
Vies des peintres des Pays Bas. (NoUissur Walpole.) 

BENIERI (THOMAS). Comme Walpole dit que cet artiste^ né 
de parens françoiSy faisait des portraits d'après nature et en 
marbre pour deux guinéesy Mariette ajoute : Ceci ne paroîl 
pas possible; le moindre morreau de merbre coûtedatan- 
fage. Ces portraits étoient apparemment en terre; encore 
étoient-ils faits à trop vil prix. 

BERNfN (lb). Baldin'îcci. dans la vie qu'il a écrite de Ber- 
nin, rapporte une lettre de la reyne d'Angleterre, femme de 
Charges !•', dans laquelle celte princesse, après lui avoir té- 
moigné combien elle et le roy étoient contens du buste que 
le célèbre sculpteur avoit fait de son époux, lui montre le 
même empressement pour avoir le sien. On devoitlui en- 
voyer à cet effet le portrait de la reyne, peint en différens 
aspects rommp on avoit fait par rapport au roy; la IHtre est 
datée du 26 juin 1639. (Notes sur Walpole.) 

— Le buste du roi Charles, par le Bernin, étoit à Green- 
wich lorsqu'on fit, par ordre du Parlement, la description de 
se^ effets. (Notes sur Walpole.) 

— Neuf desseins, architecture et ornemens, par le Bernin 
ou de son école. — 39# Hella Le portrait de Bernin, qui y 
est fort peu de chose, n'est que la copie de celui qu'a 

M. Boucher. (Catalogue Tallard, n® 532.) 

« 

BfSCHOP, peintre bollandois, qui a fait avec beaucoup de 
propreté nombre de desseins d'après des tableaux qui sont 
estimés, surtout par ses compatriotes. (Notes sur Walpole.). 



301 

BORZOiNI (luciano). L'enfant Jésus recevant les respects 
du jeune S. Jean. Gravé à Teau forte par Luciano Borzoni. 

— Luciano Borzoni a gravé, mais je ne devois assurer que 
ce fût ici un de ses ouvrages. Il faudroit en avoir vu pour en 
parler sçavammenl. Au reste, la pièce est joliment touchée et 
est demain de maître, — ou de quelque Génois. Il y a eu 
dans cette école quelques maîtres qui ont gravé, 1 1 dont je 
n'ai encore rien vu. 

BOSSE (ABRAHAM). Le mary qui bal sa femme; le cor- 
donnier qui chausse une dame. Peter Stent exe à chaque. 
Ces deux pièces, fort mal gravées, sont des copies doubles 
de Bosse; il n'y a pas de nom dB Hollar, et je doute qu'elles 
soient de luy, quoyque dans sa manière ; si elles en étoienl, 
ce ne pourroit être que des essais de sa jeunesse ; mais elles 
me paroissent plustosl de quelques uns de ses disciples et 
des premiers fruits d'apprentissage. 

BRÂCELLI (jEAN-BAPTiSTE).£!ette suite de figures fantasti- 
ques et grotesques, au nombre de quarante-huit planches, 
comprise celle du titre de l'épître dédicatoire, est le fruict 
d'un génie bisarre qui, pour la singularité des idées, renché- 
rit encore sur celui de Callot. L'auteur est Jean-Baptiste Bra- 
celli, Génois, qui mourut fort jeune, épuisé de travail. Il 
étoit élève du Paggi, et l'on apprend par une inscription 
qu'il a mise sur la première de ces planches qu'il les a gra- 
vées lui-même à l'eau-forte. Il demouroit alors à Livourne : 
Giovan batista bracelli /. m acqua forte Livomo. Je crois ap- 
perrevoir à un coin de la planche, au dessous d'un canon, 
la datte 1607, qui est en effet le tems que cet artiste vivoit. * 
Sa mort arriva en 1609. Baldinurci parle de ce Bracelli et de 
cette suite de pièces dans la vie de l'Empoli, dont Bracelli 
avoit été le di<iriple. Callot n'est pas, comme on voit, le pre- 



30â 

mier qui ail imaginé ses figures grotesques. Ce goût, lors- 
qu'il arriva en Italie, avoit déjà pris racine, surtout à Flo- 
rence. Il s'y est prêté d'autant plus volontiers que c'étoit un 
goût de mode, et cela lui fut d'autant plus aisé qu'il y étoit 
porté par lui-même ; aussi a-t-il perfectionné ce genre qui, 
depuis lui, n'a plus eu que d'assez mauvais imitateurs. — 
Le prince, à qui Bracelli a dédié son ouvrage, est Pierre de 
Médicis, fils naturel de Pierre de Médicis, fils de Côme 1", 
grand duc de Toscane. — C'est M. de la Corée, de Toulouse, 
et curieux d'estampes, qui m'a fait présent de cette petite 
suite en 1750. En me l'envoyant, il me semble qu'il m'an- 
nonça qu'elle devoit être composf^e de quatre vingt planches, 
mais il se peut qu'il se soit trompé sur le nombre. C'est un 
morceau rare. Je ne l'ai vu que cette seule fois. 

« 

BRICCI (FRANÇOIS), s* Roch intercédant auprès de Dieu 
pour une personne qui se met sous sa protection. Gravé au 
burin par François Bricci, d'après le tableau du Parmesan, 
qui est dans l'église de S* Pétrone à Bologne. — Dédié au 
cardinal Alexandre d'Est. 

BRIOT (NICOLAS). Comme Vertue, de l'aveu de M. Walpoîe, 
n'avoit vu qu'une partie des pièces qui ont été publiées en 
France, à roccasion de la nouvelle façon de fabriquer les 
mnnnoyes, proposée par Nicolas Briot, il a laissé beaucoup 
de clK)ses à dire sur ce sujet. Je vais tacher d'y suppléer en 
donnant un catalogue plus exact des différents écrits qui lu- 
rent publiés de part et d'autre durant le cours de cette con- 
testation, et, pour ce qui concerne les faits, outre ce que des 
recherches particulières m'en ont appris, je m'aiderai prin- 
cipalement de ce que j'en ai trouvé consignédans uni premier 
placet que Furetière, auteur du Dictionnaire universel^ pré- 
senta au chancelier Boucherai, à l'occasion de ses démêlés 



303 

avec rAcadémie françoise. Il préleDdoit trouver de la confor- 
mité entre la conduite assez tyraooique qu'on lenoit alors 
avec lui et les tracasseries qui furent susritées autrefois à 
Briot par des confrères jaloux, et qui pensèrent fîaire ëchouer 
un projet dont on fut contraint dans la suite de reconnottre 
l'extrême utilité. Il espéroitque, d'après cet exemple, le ma- 
gistrat écouteroit favorablement ses demasdes et rejetteroit 
celles de ses adversaires. Malheureusement pour lui celte 
conformité, qu'il avoit voulu établir, devoil être accomplie 
dans tous ses points ; il succomba et fut sacrifié, ainsi que 
Briot. 

Lorsque celui-ci fit ses premières tentatives, il étoit en 
possession de l'office de tailleur gênerai, c'est à dire de gra- 
veur des monnoyes de France, office créé en 1547, et dont 
Marc de Bechot fut le premier qui futpourveu. Né avec le 
génie de sa profession, il imagina de nouvelles machines, la 
presse, le balancier, le coupoir et le laminoir, bien plus sim- 
ples et bien autrement stores et expéditives que toutes celles 
dont on avoit fait jusqu'alors usage, et dont il avoit reconnu 
par expérience les dangers et les inconvéniens. 

C'est ce qu'il entreprit de démontrer en 1616 dans un pre- 
mier ouvrage qu'il fit imprimer, et qui parut sous ce titre : 
« Raisons et moyens proposés au roi et à son conseil par Ni- 
ce colas Briot, pour rendra; et faire toutes les monnoyes du 
(f royaume à l'advenir uniformes et semblables. » Volume 
in-4*». 

Il étoit jubte qu'on en lît l'examen, d'autant plus que les 
officiers et monnoyeurs de Paris, à la tête desquels étoit 
Pierre Reynier, l'un des gardes de la monnoye, souienoient 
l'invalidité des moyens que proposoit Briot. On commit donc, 
pour procéder à cet examen, le s' Henry Poullain, qui ne 
tarda pas à faire son rapport. On le trouve imprimé, et en 
voici le titre : « Relation d'Henry Poullain de l'épreuve de la 



304 

a fabrication des espèces sur certains nouveaux instrumens 
et proposés par Nicolas Briot, tailleur général des monnoyes, 
a 1617, vol. in 8*. » 

Les differens monnoyeurs du royaume furent pareillement 
consultés. Us donnèrent leur avis, qui parut encore imprimé 
sous cet intitulé : a Sommaire des raisons que les mon- 
a noyeurs de Paris et autres monnoyeurs ont à alléguer 
a contre la nouvelle invention de Nicolas Briot. » 

Sur cela, la Cour des monnoyes fit en 1618 des remon- 
trances au roi et à son conseil, et les rendit publiques. Elles 
furent imprimées à Paris dans cette même année, et sont in- 
titulées : « Remontrances laites par la Cour des monnoyes 
<c au conseil d'État du roy, contre la nouvelle invention d'une 
« presse pour fabriquer les monnoyes, par Nicolas Briot, 
ff vol. in 4°. » 

Comme il s'en falloit de beaucoup qu'elles fussent favora- 
bles à l'auteur du projet, et qu'on voit, même par le seul 
énoncé du titre, qu'on cherchoit à aifoiblir le mérite ae ses 
procédés en dénaturant ses machines et réduisant à une seule 
presse l'ingénieux moulin, ou, pour parler plus juste, le ba- 
lancier dont il étoit le créateur, Briot répliqua sur le champ 
et rendit publique une espèce d'apologie qu'il iniitula : « Re- 
ii ponse de Nicolas Briot, graveur des monnoyes de France, 
c( aux remontrances de la Cour des monnoyes. » 

Un ancien conseiller de celte cour, nommé Nicolas de 
Goquerel (1), vint encore à la charge et proposa dans un 
écrit, qui fut imprimé en 1621, et qui a été ciié par M. Wal- 




\ 



(1) Il fut conseiller de la cour des monnaies et y fQt ».^Je 
20 décembre 1S83. Lisle des officiers de la cour des mnnn^;^ 



"monnaie. 



la tête de Touvrage de Germain Conslanl: Traité de la Cmi ' 
monnaies. (iSole de Marietie) "" 



pôle (1), l'examen d'un avis qui, suivant toutes les appa- 
renœs^ avoit été présenté de nouveau au Conseil par Briot, 
et Vaffaire ne paroît pas avoir été poussée plus loin. 

Briot, fatigué des tracasseries continuelles qu'on lui susci- 
toit, craignit^ que sa découverte, qui nuisoit à la fortune 
d'une infioité de gens, ne lui fit éprouver de plus grands 
malheurs. 11 avoit dû s'apercevoir, dès le commencement de 
la dispute, que la Cour des monnoyes, dont il étoit justicia- 
ble, avoit voulu le rendre suspect en donnant, le 29 septem- 
bre 1617, un arrêt par lequel il lui étoit expressément en- 
Joint, comme s'il en avoit eu la volonté, de ne graver aucuns 
poinçons qui p^t servir aux monnoyes des princes étran- 
gers^ dans le temps que c'étoit lui même qui avoit provoqué 
cette deffense. Âpres d'inutiles efforts faits au mois de 
mars 1617 et en avril 1624^ en présence de MM. deCbateau- 
neuf, de Boissise et de Marillac, députés à cet effet par Sa 
Majesté, et qui occasionnèrent de nouvelles remontrances de 
la part de la Cour des monnoyes, il perdit toute espérance, 
et bientôt ses adversaires obtinrent un arrêt du conseil du 
3 mars 1625, et qui les autborisoit dans l'usage où ilsétoient 
de tous temps de fabriquer les monnoies au marteau, et non 
autrement. 

Briot, ne consultant pour lors que son dépit, quitta en 
désespéré son poste et la France, et, passant en Angleterre, 
il y fut favorablement reçu, se fit connoîlre par d'excellens 
ouvrages, y dressa ses machines, les fit marcher avec succès 
et y forma d'excellens élèves. 

Je n'ajouterai rien à ce qu'a dit sur cela M. Walpole. Mais 



aue^ P) ^^^^en d'un avis présenté au conseil de Sa Majesté pour la 

QQQaie' réformBtion des monnaies par Nicolas Briot, composé par Nicolas 

j Cour i Coquerel. {^oie de MarieUe.) 

ieM*-l T. VI. t 



je ne puis aroite a?ec lui que Briot ait repassé en Ftanœ en 
1S4SI, puisque» lorsqu'il fut question d'une refonte des pièces 
en 1640^ et que le chancelier Ségui«r, ce juste rémunérateur 
des taleus, scella des lettres en faveur d'Isaac Briot, en con- 
sidération , sans doute^ des traraux de son frère dont on fai- 
soit usage, ce qui méritoit récompense. Furetière, qui rap- 
porte ce fait, parle de Nicolas Briot comme d'un homme qui 
ne vifoit plus. 

Je doutte même qu'il ait eu la satisfaction de voir ce même 
Reynier, qui lui avoit été autrefois si contraire, revenu de 
ses fausses préventions, solliciter, de concert avec Warin, qui 
s'est rendu si célèbre dans l'art sçavant de? médailles et des 
monnoyes, un anét du Conseil pour qu'il leur fût permis de 
faire fabriquer les machines de Briot^ qu'on a voit jusqu'alors 
si indignement rejettées, et de leur faire subir de nouvelles 
épreuves. Us l'obtinrent ; l'arrêt fut rendu sur leur réquisi- 
toire, le 8 mars 1634. Le roi nomma des nouveaux ccmimis- 
saires pour être présents à leur travail, se réservant, sur le 
oompte qu'ils lui en rendroienl, de prononcer sur ce qui coq- 
viendroit le çiieux à son service. 

11 est vraisemblable que cette première démarche n'eut 
d'autre cause que les succès rapides avec lesquels on vojok 
agir les machines de Briot en Angleterre, et ks belles mon- 
noyés qu'elles donnoient» Mais ce ne fut qu'en 1645 que le 
roi Louis XIY illustra les premières années de son règne, par 
cet édit qui révoqua toutes fabrications de monnoyes au 
marteau, et ordonna pour toujours rétablissement des mou* 
lins et des autres machines de Briot dans toute l'étendue de 
son royaume (1). [Notes sur Walpole.) 



(i) L'arrêt de la Cour des monnaies du S9 novembre 1617, celai 
du conseil d'Etat du 8 mars 1634, Tédit de 1645, se trouvent ira- 



30t 

— t Si Nicolas Briolt e$t verUableoie&t Lorrain^ il se pwf- 
rott faire qu'il eût appris l'art de graver des poioçons chez 
Pierre Woeriot, pareillement Lorraio, qui s'est distingué daos 
cette profession (1], (Noies sur Walpole,) 

BRIOT (iSAAc). Il y a voit à Paris, au commencement du 
XVII* siècle, un graveur nommé Isaac Briot, qui, contempo- 
rain de Léonard Gauthier et de Firens, gravoit dans la ma- 
nière de Thomas de Leq, c'est à dire avec propreté, mais sans 
goût, et il y a grande apparence qu'il étoit de la même fa- 
mille que le Nie. Briot, dont il est ici question; peut-être 
même étoit-il employé comme lui dans les monnoyes, car 
les gravf^urs d'alors a voient besoin de plus d'un métier pour 
se soutenir. {Notes sur Walpde.) 

— I. Briot avoit une fille, nommée Marie, qui gravoit 
comme son père et dans la même manière. L'abbé de Ma- 
roUes en fait mention dans son catalogue d'estampes, 8*, 
page 92. — Le père se nommoit Isaac. {Notes sur Walpole.) 

— Isaac Briot, contemporain de Léonard Gauthier, que je 
présume avoir été employé dans les monnoyes, gravoit 
comme lui au burin, mais avec tant de médiocrité et sur des 
sujets si peu importans, que son nom, ainsi que celui de sa 
fille nommée Marie, qui manioit pareillement le burin, sont 
demeurés dans l'oubli, et, coDf)me ce qu'on connoît de leurs 
gravures n'est pas fort nombreux, il se peut faire qu'entraîné 



primés dans le Traité de la cour des fnonnaies^ dô Germain Con- 
stant, parmi les Preuves^ p. 175, 193 et 234. {Noiede Mariette.) 

(t) M. Dauban a publié dans la Revue de numismalique une étude 
sur Briot, dans laquelle il s*est servi de ces noies sur Walpole, 
dont nous lui avions communiqué la copie. On peut voir aussi sur 
Briot l'opuscule de M. Henri Lepa^e : Nicolas Briot, grav'»iir des 
monnaies de la cour de Lorraine, 1860, in-h*'. 



308 

par l'exemple de Nicolas, il travailla pareillement dans les 
monnoyes, ce qui parott d'autant plus vraisemblable que 
nos graveurs, étant alors peu occupés, avoient besoin de plus 
d*un métier pour subsister. {Notes sur Walpole.) 

BUONAROTl (MICHELE ANGELo). Plusieurs enfans portent 
avec peine un cerf dans une chaudière où d'autres enfans 
font cuire des viandes. L'on en voit de Tautre côté qui fou- 
lent le raisin dans une cuve. Cette pièce, qui est un caprice 
de rinveution de Michel Ange Buonaroli, a été gravée en 
1546 par Enéas Vicus, avec peu de succès. — La sçavanle 
façon de dessiner de Michel Ange y est furieusement déguisée. 
— Il y eu a une copie chez Lafreri en 1553, qui est fort in- 
férieure encore à Toriginal de Vicus. Il faut que celui-ci ait 
gravé sa planche d'après quelque dessein qui n'étoit pas de 
la main de Michel Ange, car tout y e4 d'une manière insup- 
portable, tandis que, dans le dessein^que j'ai, il règne une lé- 
gèreté et un goût exquis. 

— Comme Walpole reproche incidemment à Michel Ange 
une trop grande recherche anatomique^ Mariette ajoute : Voilà 
ce que valent à Michel Ange les artistes qui, avec un goût 
très borné, ont voulu l'imiter, et n'ont été> ainsi qu'il l'avoit 
si bien prédit, que des corrupteurs de &a grande manière. On 
le fait garant de leurs défauts, et l'on ne veut pas voir que 
cet homme incomparable n'a donné à la plupart de ses figu- 
res des attitudes difficiles, et oti il éloit btsoin de faire agir 
les ressorts des muscles, que parce qu'il y étoit entraîné par 
la sublimité de ses pensées auxquelles il n'étoit pas en son 
pouvoir de donner un frein, mais que cela ne l'empêcha ja- 
mais d'être soumis à la nature et de la représenter même 
avec finesse. {Notes sur Walpole.) 

BURANI (FRANÇOIS). Silène couché par terre, au pied d'une 



309 

cuve de vin et au milieu de trois satyres. Giavé à Teau forte 
par François Burani, de Reggio. Gio Batt.deRossi formîs in 
Romœ. Ce peintre a voulu imiter TEspagnolet, et peutrêtre 
ce dernier en est-il Tlnventeur. 

BUTLER (SAMUEL). M. Walpole^ en faisant cette addition 
dans la seconde édition de ses Anecdotes, ne s'est pas appa* 
remment ressouvenu qu'il avoit déjà donné place dans ce 
même volume, en qualité de peintre et de dessinateur, au 
fameux Samuel Butler^ auteur de Hudibras. En cultivant ces 
deux arts, on pouvoit croire que cet écrivain y avoit acquis 
de l'expérience et qu'il étoit bon à consulter. GVst sans doute 
ce que faisoit le lord trésorier Salisbury en s'adressant à lui, 
comme on le voit ici [sur les travaux de sa maison d^HasfUld)^ 
et peut-être le poëte s*éraancipoit-il jusqu'à lui fournir des 
desseins de sa façon. Mais, quoy qu'il en soit, 11 est évident 
que le nouvel artiste doit être rayé de cette place et reporté à 
l'endroit où il étoit déjà parlé de Butler. {Notes sur Walpole.) 

GACCIÂNEMIGI (vmcENZo). Diane, allant à la chasse, armée 
d'un dard et accompagnée de chiens qu'elle mène en lesse* 
Gette pièce est gravée au burin par le même qui a exécuté 
la précédente; quelques uns veulent que ce soit Bonassone^ 
mais il n'y a aucune apparence. Pour l'invention, elle a tou- 
jours passé pour estre du Parmesan. L'on asseure pourtant 
qu'elle est d'un gentilhomme bolognois, qui étoit son élève 
et qui se nommoit Vincent Gaccianemici. — Sur la terrasse, 
auprès d'une fontaine, on trouve ces deux lettres V. G., que 
Malvasia apprend êlre les premières lettres du nom de Vin- 
cent Gaccianemici. Geluy cy estoit élève du Parmesan, et il y 
a grande apparence qu'il a fait ce dessein d*après quelque 
légère esquisse de son maistre, car, parmy les clair-obscurs. 
Ton en trouve un du Parmesan, qui représente cette même 



3fO 

Qgure de Diane, et un antre qui représente le groupe de 
chiens. Peut- être que le Gaccianemici, qui ne peignoit que 
pour son plaisir, n'a fait qu'y adjouter un fonds de son in- 
vention ; elle e^t gravée dans la même manière que la pièce 
précédente. Malvasia l'a mise au nombre des pièces de Bo- 
Hàsone, mais il en parle pourtant cx>mmfB d'une pièce dou- 
teuse, et que plusieurs disent être de Vincent Gaccianemici. 

CÂGLIÀRl (PAOLo). Le clergé de la ville de Myre venant re. 
cevoîr en cérémonie S* Nicolas, son evesque. Gravé à l'eau 
forte par un anonyme^ d'après un des tableaux du plafond 
de l'église de St Nicolas de Frarl, à Venise. 

— La république de Venise sous la figure d'une reyne as- 
sise dans un trosne au pied duquel sont représentées la Jus- 
tice et la Paix. Gravé à l'eau forte par un anonyme, d'après 
un des tableaux du plafond de l'Anti-collegio de Venise. 

— A ces deux notes : On croit que cet anonyme est M. Blan • 
chard le fils. Du moins, c'éloit luy qui en avoit la planche. 

— Des huit tableaux représentant des Vertus qui sont dans 
le plafond de la salle du Collège à Venise, quatre seulement 
ont été gravées par Le Pevre ; mais toutes les huit l'ont été 
par J. Barri. Voyez PiUuredi Vepezia, édit. de 1733, p. 105, 
avec un titre. Ils sont dans l'œuvre dti roi. 

CAMPÂGNOLA (noMENico). L'estampe du sacrifice d'Abra- 
ham, gravée en bois, en quatre grandes feuilles, sur le des- 
sein du Campagnole, se trouve presque toujours de mauvaise 
édition. Les bonnes sont celles où on lit dans un cartouche, 
au haut de la planche, cette inscription en lettres gothiques : 
La historia de Abraam, come per comanda — menlo del si- 
gnor Dio Abram menolsaac — suounigenito fiolosul monte 
p. sacrificarlo al — signor Dio. Come nel Genesiis troverai a 
lo — XXII capitulo. Stampata in la Christianissi — ma cita 



311 

di Venetia pet BernardinoBenalio-— eBartholamio BiaDzago 
compsgni. Ces deux noms des éditeurs sont remarquables. 

— S. Jean Baptiste montrant J. C. dans le d(^sert. Très 
beau paysage que nous avons et qui est aussi chez le roy . Il 
est gravé en bois, sur le dessein du Campagnole^ apparem- 
ment par Nicolas Boldrini de Vicence, car on trouve cette 
marque au bas de l'estampe, dans le coin h gauche : Nich* 
B. V. T., que j'explique : Ntchoh Boldrini Vicentino iaglio^ 
et, de l'autre côté, sur la terrasse, les deux premières lettres 
du nom de Campagnola, D. G. Je suis comme asseuré que 
tous les autres paysages du Gampafmole sont de ce graveur^ 
qui est excellent. C'est de luy une Vénus du Titien qui tient 
l'Amour. 

— La conversion de S. Paul. Il est renversé de cheval. Dieu 
descend du ciel, environné de nuées et luy ferme les yeux 
pour l'aveugler. Quatre de ses compagnons, à gauche, fuient ; 
un autre, à droite, debout, tient un drapeau rompu. La com* 
position de cette pièce est assez mauvaise, mais l'on y reœn- 
nolt cependant le goût vénitien. Elle est gravée en bois et mal 
exécutée. Sans nom ny marque. Elle est attribuée chez le roy 
au Titien, dans l'œuvre duquel elle se trouve; je la croirois 
plutôt du Campagnole, s'il falloit luy donner un nom. 

— Paysage, gravé en bois, où S* Jérosme paroît à l'entrée 
de sa grotte. Ce paysage est si beau et si bien touché qu'on 
leprendroit aisément pour estre du Titien, si Ton n'y voyoit 
au bas le nom du Campagnole. Il y en a même quelques 
uns, parmy ceux du Titien, qui sont gravés en bois dans la 
même manière, d'où l'on conjecture qu'il se sera servy du 
Campagnole, qui étoit son disciple, pour les graver. — C'est 
un merveilleux paysage. — A l'épreuve, qui est chez le roy 
et qui est parfaite, on lit seulement le mot DOMINICVS. Le 
mot CAHPAG. a été ajouté depuis, mais cependant fort peu 
de temps après que la planche 6ût é\è mise au jour. 



3iS 

— Un paysage, où l'on découvredans le lointain une ville, 
dont la porte est défendue par une grosse tour quarrëe, et, 
plus sur le devant, dam le chemin qui y conduit, une char- 
rette attelée de deux bœufs; il est dessiné et gravé à l'eau 
forte par Dominique Campagnola, celuy de tous les disciples 
de Titien, qui en a le mieux touché le paysage; il y a même 
de ^es desseins qui sont si bien dans la manière de son maî- 
tre qu'il est difficile d'en faire la différence. Très excellent 
paysage. Sur la terrasse, ces deux lettres D. G., qui sont les 
premières du nom de Campagnole. 

— Un berger couché négligemment par terre et jouant du 
chalumeau près d'un groupe de maisons, telles que le Cam- 
pagnole en a mis dans ses paysages. Aussi cette petite pièce 
me parotl elle venir d'après lui. C'est un des premiers essais 
d'Augustin, Vénitien qui y a mis sa marque. 

— Un paysage, dont le fond représente la vue d'une ville 
bfttie sur le bord de la mer. Sur le devant est un berger qui 
garde ses troupeaux. Je le crois du dessein du Campagnole. 
On y trouve c^^lte marque : 1570, 1. P. C. Il est à l'eau forte 
et mal exécuté. 

— Paysage où l'on voit sur le devant une femme assise 
par terre, près d'un homme qui joue de la vieVe. Il est gravé 
en bois, et c'est un des plus beaux qui ayent été faits de cette 
sorte d*après le Titien. — Le feuille des arbres est d'une lé- 
gèreté merveilleuse. Il n'y a au bas ny nom ny marque, et 
je la crois plutôt du Campagnole que du Titien ; mais, comme 
Valentin Le Febre a mis le nom du Titien au bas de la plan- 
che qu'il a gravé à l'eau forte, je l'ay rangé parmy ceux du 
Titien. Cependant, comme V. Le Febre s'est pu tromper, je 
croiray toujours, avec beaucoup d'autres, que l'invention en 
est du Campagnole. 

CARLISLE (aivne). Comme Walpole raconte qu'étte trouva 



313 

—s 

le moyen de faire le portrait d'une dame de qualité^ en lui 
donnant des leçons de peinture et en étant derrière elle, Ma^ 
riette ajoute : Sans doute qu'il y avoit vis à vis de la dame 
une glaœ dans laquelle sa tête se miroit; on ne peut Tenten-^ 
dre autrement. [Notes sur Walpole.) 

CARPl (UGO da). Je ne doute pas que toute la suite des 
apôtres n'ait été exécutée en clair obscur par Ugo da Carpi, 
d'après le Parmesan, mais je ne l'ay point encore veu com- 
plette. Le roy en a seulement dix, sçavoir : Jésus Christ, 
S. Pierre, S. Paul, S. André, S. Jean, S. Philippe^ S. Ma* 
thias tenant une hallebarde, S. Barthélémy, S. Thadée et 
S. Simon. — J'ay tous ceux qui sont soulignés. — M. le pré- 
sident de La Garde a la pluspart de ces petits apostres très 
beaux, imprimés en rouge, surtout le S, André. — Je les 
ai eus. 

CASSANA. Comme Walpole parle, sous le nom de Cassini^ 
d'un peintre contemporain du Ricd, Mariette met en marge : 
Le véritable nom de ce peintre est Jean Antoine Cassana; 
voyez sa Vie dans le tome IV des portraits de peintres de la 
galerie de Florence. {Notes sur Walpole.) 

CADS (SALOMON de). Je pense qu'il étoit Liégeois, et je pré- 
sume, par les lieux où se sont faites les éditions et les dates 
qui les accompagnent, qu'après avoir été en Angleterre au 
service du prince Henry, il passa en Allemagne h celui de 
Frédéric, électeur palatin et roi de Bohême, et beau-frère de 
son ancien maître. La partie des mathématiques qui semble 
l'avoir occupé davantage e>t la mechanique et encore plus 
l'hydrostatique, qui a pour objet le mouvement des eaux. H 
étoit aussi architecte, autant que cette science regarde la dé- 
coration des jardins. Ce fut lui qui, en cette qualité^ ordonna 



314 

celui de Heidelberg, famoix dans le temps par ses jets d'eau. 
Outre son traité de perspective* on a de lui : — Les raisons 
des lorces mouTantes avec divers dessins de grotes et fon* 
taines» et un traité de la fabrique des oi^es, qui fait le 3* li- 
vre de cet ouvrage publié à Francfort en 1615, par Théodore 
de Bry; — les institutions harmoniques, Francfort sur le 
Hein, et dans la même année, ^; autant qu'il m'en souvient, 
ce livre contient la pratique de Taire des orgues hydrauli* 
ques, ce qui étoit alors fort à Id mode; — Hortus palatinus à 
Friderico rege Bobemiœ, elect. palat. Heidelbergœ inexstmc- 
tusà Salomonede Caus,architecto,Francofurti,de Bry, 1620, 
t^; — la pratique et démonstration des horloges solaires^ 
Paris, 1624, {\ 

Outre Salomon de Gaus, il y a eu un Isaac de Caus, aussi 
mécanicien, qui, lui étant postérieur de quelques années, 
peut avoir été son tiis ou son frère cadet. Il fit imprimer à 
Londres un livre de sa composition, intitulé : Nouvelles in- 
ventions de lever F eau plus haut que sa source^ avec quelques 
tnachines mouvatUes^ par le moyen de Veau. Londres, 1644, 
foL, fig* [Noies sur Walpole.) 

CÂVALLINI (piETRo), auteur du orucifix qui a parlé à 
Ste BrigiUe, On auroit pu ajouter que ce crucifix miraculeux 
se voit dans l'église de S' Paul, hors des mur^ à Rome. {No- 
ies sur Walpole.) 

CHAPRON (NICOLAS). Vierge considérant l'enfant Jésus à 
qui elle donne à teter, en demy corps. Cette pièce est de l'in- 
vention et de la graveure à Veau forte de Nicolas Ghapron, et 
n'est point certainement d'après le Titien, ainsy que le porte 
l'inscription qui est au bas : — Tisian pinxit Huar excud.; 
'^ elle n'y a été appacenunent mise par ceiuy à qui apparte- 
iK)it cette plAnche que pouf ea avoir {dus de débit, -r- IL 4e 



315 

Tdllard en avoit un dessein qu'on a vendu sous le nom sup* 
posé de Schedone. 

CIGCHINI (tobia). J'ay veu chez le roy, dans l'œuvre de 
Bonasone, une estampe assez mal exécutée au burin^ dans la 
manière de Corneille Gort, d'après un peintre que je crois 
disciple de Pouipeo Aquilano. Cette estampe représentoit ]a 
sainte Vierge ayant sur ses genoux le Christ mort, S. Jean 
debout à ses côtés, et, à ses pieds, S® Madelaine pleurant à 
gencMix, le tout dans un paysage. Le nom du peiûtre y étoit 
ainsy gravé : Tobia Cicchini Aqlan9 (Aquilanus) invent. 

GLARET (WILLIAM), Je connois une autre estampe infini- 
ment plus belle et plus rare, qu'a gravée P. Lombart étant à 
Londres, d'après un portrait peint par G. Claret. C'est celui 
d'un Anglois nommé Simuel Malines. On lecroiroit de P. 
Leiy, tatil il est dans sa manière, et je doute que ce dernier 
en ait fait de meilleurs. (Notes sur Walpde.) 

CLEEF (juste de). Le portrait qui est au Palais Royal peut 
être celui d'un nommé de Groot, sans être celui du fameux 
Grotius ; la faute vient de lui avoir donné le nom d'Hugues, 
ce qui est, à la vérité, une beveue des plus grossières, {No- 
tes sur Walpole.) 

— Cet intitulé est celui de quatre vers latins de la compo- 
sition de Dominique Lampsonius, qui se lisent au pied du 
portrait de Juste de C'èves, dans la suite des portraits des 
anciens peintres des Pays Bas , publiée chez Jérôme €ock, 
{Notes sur Wafpole.) 

GLEYN (FRANÇOIS). Il faut beaucoup rabattre des éloges 
qu'on prodigue ici à Franc. Cleyn, Ce qu'il a gravé lui mème^ 
ou ce qui l'a été sur ses desseins par Holîar, pour le Viigito 



316 

d'Ogilby, est d'uo goût barbare tout à fait déplaisant. Les 
ornemens sont, à mon gré, ce qu'il a fait de plus passable. 
J'en porte ce jugement d'après les figures du Virgile, que fai 
actuellement sous les yeux, et d'après une suite de frises au 
nombre de dix, dont huit en travers et deux en hauteur, qui 
pnt été publiées à Londres sous ce titre : Varii Zophori figu" 
ris animalium omolt, per Franc Cleyn^ 4645. (JYotes sur 
Wtdpole.) 

CLOCK (mcoLAs). Les cinq sens de nature, la yeue^ To^ye, 
l'odorat, le goût et le toucher, représentés par des femmes 
qui en tiennent les attributs, en cinq pièces inventives par H. 
Goltzius, et gravées en 1596, les quatre premières par Nico- 
las Glock et la dernière par Corneille Drebbel. — Les bonnes 
impressions Conradt Goltzius exc.^ celles d'ensuite Petrus 
Overraii ex. -* Ce Clock, qui a, je crois, gravé une bonne 
partie des Métamorphoses d'Ovide, inventées par Henry 
Goltzius en 1589 et 1590, se nomme icy indifféremmentiVï- 
colaus Clock^ Cl. Clock et Clos Clock ; c'est que, comme je 
l'ay déjà remarqué en un endroit, Clas, en flamand, répond 
à Nicolaus. 

COOPER (ALEXANDRE). Voycz Sandrart, par rapport à ce 
peintre qui lui fil voir de ses ouvrages à Amsterdam, où San- 
drart demeuroit pour lors; c'étoit vers l'année 1642. {Notes 
sur Walpole.) 

COQUES (GONZALÉs). Deux petits portraits, en pied, du roy 
Charles 1 et de la reine, son épouse, sont passés à Dresde, le 
feu roi de Pologne les ayant achet<^s en 1753 de M . de la 
Bouexière, fermier général. Dans le catalogue des tableaux de 
la galerie de Dresde, qui vient de paroltre en 1765, on les 
donne^ pour ce qui regarde les figures, non plus à YanDyck, 



317 

mais à Gonzalès Coques^ et cela peut fort bien être. Ce pein- 
tre n'a pas la science de Van Dyck, mais il a peint dans sa 
manière, et il a mis dans sa touche le même procédé que 
Miéris ; aussi le nomme-t-on le petit Van Dyck, {Noie$ sur 
Walpole.) 

C0RRÈ6E (antonio-allegri, dit le). Un dessein tris-pri- 
deux, colorié à gouazze^ représentant la S^^ Vierge assise 
avec V enfant Jésus dans un paysage{i).— 364. L. Silvestre. Je 
n'ay jamais peu me persuader que cette miniature, car c'en est 
une, fût de la main du Corrège. Je n'y vois aucune touche 
qui manifeste le maître. Elle me semble plustost une copie du 
tableau, à laquelle le temps, qui y a beaucoup travaillé, a 
donné un certain air de vétusté qui prévient. Hais on se dé- 
sabuse aisément, lorsque Ton fait un examen sérieux du des- 
sein ; il estoit fort délabré en sortant de chez {sans doute 
Goypel). Je soupçonne que quelque main obligeante y a tra- 
vaillé depuis. [Catalogue Tallard, n« 237.) 

— Vénus endormie, vendue 1000 /. sterling à la vente de 
Charles /•'. Ce tableau est en France dans le cabinet du roi; 
le vrai sujet est Jupiler, transformé en satyre, qui surprend la 
nymphe Antiope endormie. [Notes sur Walpole.). 

— Le médecin du Corrège, gravé par Tanjé en 1775. L'on 
ne donnoit point à ce beau portrait, lorsqu'il étoit en Italie^ 
d'autre nom que celui de médecin de Corrège; on ajoutoit 
que l'on sçavoit par tradition que le peintre et le médecin 
avoient été liés d'une amitié étroite. Je ne doute nullement 
que ce ne soit le même homme pour lequel avait été peint, 
par le Corrège, le merveilleux tableau du mariage de S^ Ca- 



(1) Ce dessin a reparu récemment à la vente du dernier baron 
de Sylvestre. 



St8 

therioe, qui est dm le roy, et que te Vasari nomme le doc- 
teur François Gritenzone, en lui appliquant la qualité d'intime 
ami du Gorrège. Ihiior et mediœ sont en italien la même 
chose. L'endroit où Vasari parle de ce médecin et de son ta- 
bleau est celui où il fait la vie de Jérôme de Garpi. 

GU6T0S(DOMiNiQnE). Il 7 avoit alors à Âugsbourg un gra- 
veur d'Anvers quiVy étoit établi, et qui se nommoit Domi- 
nique Gustos. Il étoit Gb de Pierre Gustos, dit Baltens, pein- 
tre d'Anvers, et il y a grande apparence que le Jerosme 
Cuilodio dont il est question ici étoit le frère du graveur, 
beau père de Luc Kilian. {Noies sur Walpole.). 

DIEPËMBEGK (abraham). Le Temple des muses a paru en 
1655 et non en 1663. Mais les desseins de Diepembeck doi- 
vent être d'une date fort antérieure, puisque Favereau, pour 
lequel ils ont été faits, est mort en I63i. {Noies sur Walpole.) 

— L'art de monter à cheval, par le duc de Newcastle {dmt 
es planches reproduisent ks peintures faites d'après nature, 
par Diepembeck, des chtvaux que ce seigneur avoit dans ses 
écuries), a été imprimé à Anvers en 1568, et est devenu un 
Jivre extrêmement rare, presque toute l'édition ayant péri 
dans un incendie. Il en a été donné de nos jours une nou- 
velle édition en 1737 à Londres, qui n'a point fait perdre de 
prix à l'ancienne. {Notes sur Walpole,) 

— Je connois deux portraits de Marguerite de Golchester, 
épouse du duc de Newcastle. Dans l'un, cette dame est assise 
dans un cabinet sous un dais, et dans l'autre, elle est Ggurée 
d^out dans une niche entre deux termes, celui de Minerve 
et celui d'Apollon. L'un et l'autre ont été gravés par P. Van 
Schuppen, d'après des desseins de Diepembeck, et ont été 
faits pour être mis dans des livres qui ont été écrits en^anglois 
par cette duchesse, et ont été imprimés à Londres ea iSSS. 



919 

L'un ded deux est intitulé : Plays never before printed^ writ- 
ten by Duchêss ofNeweastle, London, 1668 (pièces de théA- 
tre composte par la duchesse de Newcastle, imprimées à 
Londres en 1668). J'ai dans mes recueils une troisième es- 
tampe qui n'est pas moins rare que les précédentes, et qui a 
été pareillement gravée sur un dessein de Diepembeck. Elle 
représente le duc et la duchesse de Newcastle en conversa- 
tion pendant Thyver avec leurs enfant, qui, comme eui, sont 
assis et forment un cercle au devant d'une cheminée à la- 
quelle ils se chauffent. Le duc et la duchesse ont sur la tète 
des couroones de laurier. Cette estampe est un ouvrage de 
Pierre Glouwet; elle est, pour la forme, semblable à celles 
q[U*a exécutées Yen Schuppen, et parolt avoir eu une pareille 
destination (1). {Notes but Wûlpole.) 

DJEIBICH (ghbistiau). Deux tableaux peints par Corneille 



•ww 



(i ) Elle a été faile pour le livre rarissime : uNaiurê's fidure drawn 
by Panqfi pencil to the life, London, 1656, folio. L'exemplaire qui 
s'en trouve au British muséum, dans la collection Grenville, a 
resiampedeClouwet, dont une épreuve séparée s'est vendue 64 li- 
vres 1 schelling à la vente de sir H. Sykes. Lord Egerton a réim- 
primé ce livre à cent exemplaires, à son imprimerie particulière 
de Lee Priory. Quant à ce que du Marieiie des enfants de la du- 
chesse, il lui était bien permis de se tromper^ et le docteur Lort, 
décrivant en Angleterre celte gravure, a commis la même erreur; 
en réalité, la duchesse n*eut jamais d'enfants, et son mari n'en avait 
eu qu'un de sa preiiiiëre femme. Ces autres personnages restent 
donc un problème. Du reste, on peut voir sur la vie et les ouvra- 
ges de la duchesse de Newcastle un excellent article de la nouvelle 
Betroipective Rewiew. Londou, Russell Smith, in-8'', 1853, n° d'août^ 
p. 332-St). Nos leeteurs feront bien d'y recourir, car, outre la cu- 
riosité de ses ouvrages, la <ittchesse de Newcastle a été un nolrie 
caractère, et forme avec lady Russell, dont H. Guizot a parlé dans 
«ne étude récente, et avecmi>tressHutdiinson, qu'on trouve dans 
les mémoires écrits par elle sur la vie de son mari^ une trinhé de 
femmes profondément honnêtes, courageuses et dévouées, qui re- 
pose des débauches ètiontées de la scandaleuse cour de Charles II. 



390 

Boys , dont on a des estampes qu'a gravées Moitié, étoient 
dans le cabinet du comte de Bruhl^ et c'est en imitant ces 
compositions et ne s'en écartant que dans certains détails, 
que Dielrich a gravé en 1745 ces deux morceaux. Il les a 
beaucoup améliorés, mais pour le fond c'est à peu près la 
même chose. Les compositions lui ont plu, et il n'a pas fait 
difGcullé, comme on voit, de se les approprier. (iVo^^|)ufr!iVe 
dans le Journal de Wille^ l, 354.) 

DIETTERLIN (vendeun), mort en 1597, Âgé de 49 ans, 
étoit de Strasbourg, et par conséquent Allemand et non pas 
Flamand. M. Walpolelui donne trop gratuitement le titre de 
fameux architecte; il ne le mérite jamais. 11 a défiguré l'ar- 
chitecture en lasurchargeantd'ornemens lourds et d'un goût 
barbare dont on ne peut supporter la veue. Son ouvrage 
sur l'architecture consiste en desseins de fenêtres, de portes, 
de cheminées, de tombeaux, de fontaines, etc. Il a été im- 
primé à Nuremberg en 1598, in folio. Dietterlin en a gravé 
lui même les planches^ et Ton trouve son portrait à la tête. 
{Notes sur Walpole.) 

DOBSON. Outre le portrait de Dobson, gravé à l'eau forte 
par lui même et qui est digne de Van Dyck, il y en a un 
autre, gravé depuis peu en manière noire par George While. 
{Notes sur Walpole.), 

— La place de sergent-peintre qu'il eut est presque sans 
fonction et plus lucrative qu'elle n'est honorable. Ele est 
distincte de celle de premier peintre du roi ; celui qui en est 
pourvu présidoit autrefois aux divers ouvrages de peinture 
qui se faisoient pour la cour. (Notes sur Walpole.) 

— Dobson a peint le portrait d'Endemion Porter, et Ton en 
a l'estampe gravée par G. Faithorne, qui, dans cette plan* 
che, ainsi que dans celle du portrait du prince Robert, aussi 



Sii 

d'aprës DobsoD> a suivi une manière de graver très différente 
de la sienne. Il n'y employé guère qu'une seule taille. L'au- 
roit-il fait pour se conformer au goût de Dobson ; car ce sont^ 
à ce qu'il parott, les deux seules planches de son œuvre où 
il en use ainsi. En tout cas, il a fait sagement de s'en tenir à 
ces deux morceaux. Il auroit perdu de sa réputation, s'il en 
eût fait davantage dans ce genre. Cela n'empêche pas cepen- 
dant que les deux portraits ne soient curieux et rares. {Note$ 
sur Walpole.) 

DU PÉRAC (ETIENNE). Paysage où l'on aperçoit, dans le 
fonds d'une forêt, des cerfs en rut qui se battent, et, sur le 
devant, des chasseurs, dont il y en a un qui porte des réseaux. 
Autre, où sont représentés, sur le devant, deux voyageurs à 
cheval, qui s'entretiennent ensemble en marchant. Ces deux 
paysages sont gravés à l'eau forte par Etienne Du Pérac; ce 
sont des meilleurs qu'il ait faits. On les tient du dessein du 
Titien ou du Campagnole. 

— Six paysages de la même forme et de la même gran- 
deur. Ils ont été gravés à l'eau forte par Etienne du Pérac, 
disciple du Titien ; les desseins même en paroissent estre de 
luy, quoyqu'attribués par quelques uns au Titien. 

DU SART (FRANÇOIS), n fut surnommé le Valon, parce qu'il 
étoit originaire du Haynaut, et Sandrart, qui lui a donné 
place dans son livre des peintres) nous apprend qu'étant 
venu à Rome, cet artiste Gt de rapides progrès dans l'art de 
la sculpture. Il avoit, dit-il, un génie des plus féconds, et le 
roi d'Angleterre (Charles P') le fil venir à Londres, et lui 
donna à restaurer diverses statues antiques. Les troubles qui 
agitoient l'Angleterre l'obligèrent d'en sortir, et il alla cher- 
cher une retraite à la Haye. Le prince d*Orange l'accueiUit et 
lui ordonna plusieurs figuras pour en orner un de sps jar- 

T. TI« fl 



dins. U fit aussi en marbre le buste de Pierre Spirini» euToyé 
de Suède en Hollande, et celui de son épouse, qui, comme 
son mary^ étoit passionnée pour les ouvrages de Tart. San- 
drart, p. 349. Corneille de Bie place sa mort en 1661 , à Lon- 
dres. Est-ce qu'il y seroit retoumét Dans tous les cas, ce 
seroit ici que son article auroit dû trouver place, et non dans 
le tome 3* de ees Anecdotes, où ce qu'on dit sur son sujet 
n'est pas exact. Mariette avait de plus écrit en marge : Voyez 
ce que M. Walpole en écrit, tome 3, pour n'y avoir aucun 
égard. {Notes sur Walpole.) 

FALCO (angelo). Une sirène domptant dés chevaux ma- 
rins, et une néréide portée sur le dos d'un Iriloo ; gravé à 
l'eau forte par Ange Falco, d'après un dessein attribué au 
Parmesan. — L'on en a des épreuves sans le nom du gra- 
veur, et d'autres, où il est écrit ainsy au bas de la planche : 
Ang^o Falco. Je ne la crois pas d'après le Parmesan ; elle pa- 
roist plustost d*après le Moro; elle est même gravée dans sa 
manière, et peut être que ce Falco est un de ses disciples. 

FANELLl (fbangbsgo). On auroit pu citer Sandrart qui a 
parlé de cet artiste à la page 349 de ses Vies des peintres. Ce 
fut, selon lui, une figure d'yvoire représentant Pygmalion 
qui procura à Fanelli la connoissanee de Charles F. Celui-ci 
le ût venir à sa cour, où il fut occupé à faire divers ouvra- 
ges, et entr'autres des vases, tant en yvoire qu'en marbre, 
enrichis d'ornemens fantastiques, que je ne présume pas 
avoir été de fort bon goût, mais dont l'exécution pouvoit 
avoir son mérite; car, dans les figures en bronze, Sandrart 
remarque qu'on ne pouvoit rien faire de plus achevé, comme 
il n'étoit pas possible de les fondre plus mince ni avec plus 
de dextérité. U n'en connoissoit point, à ce qu'il dit, de 
mieux réparées, et c'étoit ce qui Tavoit engagé à en metti*e 
plusieurs dans H>n cabinet. (Notes sur Walpole.) 



323 

— Les planches mises au jour i Pdris, par Van Hèrlé, en 
1661, qui sont toutes (ïes desseins de fontaines pour des jar- 
dinai, comme où 16$ faisoît alors, ne sont pas assez bien gra- 
vées pour être de Faithorne, et je ne doute point qu'elles ne 
rayent été par Van Merle, qui en fut aussi l'éditeur. On né 
peut prendre sur ces desseins qu'une fort mauvaise idée de 
Fanelli. fl y montre fort peu de génie, {Notes sur Walpole.) 

F1N16UERRÂ. Hercules combattant contre un serpent. 
Cette figure est dessinée assez correctement et gravée dans ta 
manière d'André Mantègne. — On lit près de cette figure s 
Divo Herculi invicto, dont les lettres sont arrangées sur une 
colonne; au dessous du serpent, l'on voit ces trois autres let- 
tres : I. F. T., ce qui me fait croire que cette pièce n'est poiot 
d'And. Mantègne, ces 3 lettres n'ayant aucun rapport avec 
son nom ; je crois plustost que ces trois lettres sontà rebours, 
et qu'il faut lire ainsy : T. F. L, auquel cas ce seroit la mar- 
que de Maso Finiguerra, car Maso en italien est le diminutif 
de Tomaso, comme Gecbo l'est de Francesco, Sandro d'AIes- 
sandro, etc. ; alors cette marque voudroit dire : Tomaso Fi* 
niguerra incidit. Si c'est de lui, et que cette découverte ait 
lieu, ce premier inventeur de la graveure étoit très-habile, 
car on ne voit pas de choses d'And. Mant. qui soient aussy 
bien, et le Pollajolo n'en approche pas; j'ay changé l'épreuve 
qui y étoit en une autre très-parfaité. 

FLAMEN (albeet). Ce peintre avoit acquis la pratique de 
dessiner à la plume avec beaucoup de propreté, ce qui se r^ 
connott dans tout ce qu'il a gravé. Outre ses paysages et au- 
tres morceaux qu'on trouvera icy, il a encore gravé des oy- 
seaux et des poissons, qu'on a inséré dans le recueil qui 
comprend tout ce qui a été gravé en France dans ce genre. 

FONTANA (BAPTISTE). S. Jean Baptiste/ assié atir pied d'un 



334 

arbre dans sa solitude, regardant le ciel et mettant les mains 
en croix sur sa poitrine, Gravé à l'eau forte par Baptiste Fon- 
tana, d'après un dessein qui est peut-être aussi de son in- 
vention, quoyque quelques uns le croyent du Titien, v- Le 
nom de Fontana n'y est pas, mais elle est seurement de luy, 
et je crois même qu'il en esll' inventeur. 

— Sept paysages gravés à l'eau lorle par Jean Baptiste 
Fontana, de Vérone, et il y a apparence qu'ils sont aussy de 
son invention ; on ne les a rangés à la suite de ceux du Titien, 
que parce que quelques uns prétendent qu'il en a foumy les 
desseins. Il y a représenté dans tous des sujets de la vie de 
Jésus Christ, ou des paraboles. 

FRANÇOIS premier. Où M. Walpole a-t-il pris que Fran* 
çois pr avoit peint? Je ne sache personne qui l'ait dit avant 
lui(l). (Notes sur Walpole.) 

GERBIER D'OUVILLY (balthazar). Comme Walpole le 
fait naître en 1591 , Mariette ajoute : Sandrart, qui lui a 
donné une place dans son livre des Vies des peintres, le 
lait naître à Anvers en 1592. Il lui fait faire le voyage d'Italie, 
et nous apprend que son talent étoit de peindre à gouache 
sur le velin. — On trouve cette date : set. i% anno 1634, sur 
son portrait gravé par Paul Pontius, d'après Yan Dyck, et, 
suivant ce calcul, l'on doit reculer sa naissance en 1592. 

— Comme Walpole le dit né eni59i, Mariette remarque : 
On trouve cette date : set. i% ann 1634^ sur son portrait gravé 



(i) Walpole Pavait certainemenl pris dans le Lomazzo^ Idea del 
iempio délia piUura. Vun de ses fils, Henri 11^ a touché à la sculp- 
ture, et c'est en modelant des figures que sa jeunesse priscnnière 
essayait de tromper les ennuis de sa captivité. (Voir Jubinal, Rap- 
port sur la Bibliothèque de la Haye, in-8^.) 



325 

par Paul Pontius, d'après Van Dyck, et, suivant ce calcul. 
Ton doit reculer sa naissance en 1592. [Notes sur Walpole.) 

— La faute (celle qui lut fit perdre la faveur du duc de 
Buckingham)^ supposé qu'elle ait été réelle, fut sans doute 

• oubliée, car, lorsque Gerbier se fit peindre par Van Dyck 
en 1634, six années après la mort funeste du ducdeBuckin- 
gham, 11 a soin de se faire mettre dans la main un papier 
avec cet écrit : Vivat memoria Buckingamii^ qui expose aux 
yeux de tout l'univers ses sentimens et donne une assurance 
que la mémoire de son bienfaiteur ne sortira jamais de son 
cœur. Voyez son portrait, gravé par Paul Pontius, dans la 
suite des cent portraits de Van Dyck. (Notes sur Walpole.) 

— L'inscription au bas de son portrait gravé par Paul 
Pontius, dit pareillement qu'il fut envoyé par le roi à Bruxel- 
les avec le titre de son agent : Bruxellas prolegatus^ et que 
ce fut en 1609, immédiatement après que la paix eût été si- 
gnée entre l'Espagne et les États généraux. [Notes sur Wal- 
pôle.) 

GIORGION. L'archange S. Michel accompagnant S« Mar- 
guerite qui se présente à genoux devant l'enfant Jésus qui 
est entre les bras de la sainte Vierge. Gravé au burin chez 
G. Vallet, par un graveur françois, que l'on croit estre An- 
driot, d'après un tableau du Titien composé dans la manière 
duGiorgion. — Elle paroist plustost d'après le Giorgion que 
d'après le Titien. 

GRIMALDI, dit le BOLOGNÈSE. Une suite de quatre grands 
paysages, gravée à l'eau forte par Francisque Grimaldi, Bo- 
lognois. Il étoit disciple des Carraches, et s'étoit formé dans 
leur école une excellente manière de dessiner le paysage. 
L'on en peut juger par ces qua're morceaux, où il a pris un 
grand soin, et qui sont de ses meilleurs ouvrages. Le nom du 



9S6 

Titien se trouve écrit «u Ims de chacun, comme si il en étoit 
l'inventeur. Ce ne sont pourtant là ny ses sites ny ses choix 
d'arbres, et, s'il est vray que le Bolognèse Ips ait gravés d'a- 
près des desseins de ce grand maistre, il est encore plus yray 
qu'il en a déguisé la manière à ne pouvoir la reconpollre. — 
A toutes, Ticiano Yenetia^ et mesme à quelques uns ces deux 
mots écrits à la pointe par le graveur mesme. L'on trouve i 
uq seul, c'est celuy où il.y a des gens qui jouent aux dés, 
cette marque GF. G 3 qui sont les premières lettres du nom 
de Grim^îdi ; pour moy , je crois que le Tiiien n'en est nulle- 
ment l'invenUur. 

GUAY. A propos d'un camée antique représentant le nom 
de Cupidon et de Psyché^ Mariette ajoute : M. Guay , graveur 
du roy en pierres fines, qui a vu et examiné ce carnée^ et 
qui est très capable d'en juger, n'en pense pas si avantageu- 
sement. 11 m'assure que le travail n'est pas du prenjier beau, 
qu'oQ n'y trouve point cetle finesse de louche ni celle élé- 
g mce dans les formes qui rendent si admirables plusieurs 
anciens morceaux de gr^\aire qu'il seroit aisé de citer. — Le 
principal mérite de celui-ci consiste, selon lui, dans le sujet 
qui est' tout à fait agréable et dans la difficulté du travail^ les 
figures en étant extrêmement saillantes, ce qui n'a pu se faire 
qu'avec un tems prodigieux et unç égale patience. — Ce ca- 
mée singulier^ et toute la collection des pierres gravéts du 
comte d'Àrondel, appartienneni présentement au duc de 
Malborougb. (Notes sur Walpole.) 

HONTHORST (gerabd). Le portrait de Frédéric Henri, 
prince d'Orange (1), celui de son épouse^ de ses cinq enfans, 



(1) Honthorst passa ses derniers jours au service de ce prince. 



3*7 

de son gendre et de sa beUe fille^ au nombre de neuf, for 
ment une suite d'estampes qui ont été gravées par Corn. 
Vischer, sous la conduite de Pierre Soutman en 1649, d'après 
les tableaux qu'en avoit peint Gérard Honthorst. {Notes tur 
Walpole.) 

JÂMESON (GEORGES). H« Walpole, pour s'accommoder au 
goût de sa nation, rapporte tout au long les différents arti- 
des qui concernent Jameson, tels qu'ils sont couchés dans le 
manuscrit du chevalier Colin Campbell ; j'ai pris sur cela 
mon parti; j'ai cru qu'un extrait suffisoit; il apprend tout ce 
qu'on peut désirer de savoir. {Notes sur Walpole.) 

LANA (lodovico). Hercule combattant contre le lyon de la 
forêt de Némée. Gravé à l'eau forte par Louis Lana, peintre 
de Modène. A en juger par cette pièce, ce peintre dessinoit 
assez bien, quoyqu'un peu chargé. Il gravoit de chair ( t avec 
liberté de pointe, ce qui feroit croire qu'il n'a pas gravé pour 
cette seule pièce. Dans le Vidriani, que j'ay, quelqu'un y a 
adjoutéque ce peintre avoit gravé plusieurs morceaux de son 
invention. — Voyez cy dessous la confirmation de cecy. — 
Sa marque est au bas de l'estampe. 

— Une sainte famille en demies figures. La S* Vierge y est 
représentée lisant dans un livre qu'elle tient de la main 
droite. L'enfant Jésus debout, qui est près d'elle, soulève le 
voile dont la tête de sa sainte mère est couverte, et S* Joseph, 
sur la droite de l'estampe, parott s'appuyant sur un bâton» 
On voit au haut, dans l'angle à gauche, une tête de chéru- 
bin, et l'on trouve écrit au bas ; Lodoco Lana m., qui est le 
nom de l'auteur, peintre de Modène, mort dans le milieu 
du dernier siècle; c'est un joli morceau, bien composé, 
dans le goût de l'école de Bologne, et très spirituellement 
touché. 



3t8 

LANIER (hioolas)^ car c'est ainsi que je trouye son nom 
écrit dans riotitulé de son portrait gravé par Lucas Yoster- 
mans, d'après Jean Lyvyns. Voici comme il est conçu : 

a Nicolas Laoier. In aula sereoissimi Garoli, Magn» Bri* 
tanoiœ régis musicœartisdirectori,admodum insigni pic* 
tori, cœterarumque arlium liberalium, maxime antiquitatum 
Italiœ, admiratori summo, Mœcenati suo vivicè colendo. » 

Son portrait le représente jusqu'aux genoux, assis, la tête 
découverte, ayant son chapeau devant lui et ayant dans la 
main droite une baguette, qui» sans doute» est la marque de 
sa charge d'intendant de la musique du roi. C'est un bel 
homme d'une physionomie pleine de douceur, et qui tient 
beaucoup de celle du roi son maître. 

On ne sait lequel des trois, du peintre, du graveur^ ou 
du marchand Martin Van Eoden, est auteur de la dédi- 
cace. Leurs noms sont sur une même ligne, quoiqu'à dif- 
férentes distances, au bas de la dédicace. Mais je penche- 
rois vers Voslermans par préférence, attendu ^es liaisons 
avec Lanier, qui lui fit graver dans la suite plusieurs de st s 
desseins. 

Quant au peintre Jean Ly vins, il n'est pas certain qu'il ait 
mis le pied en Angleterre. 11 a pu peindre Lanier dans un 
des voyages que celui-ci faisoit assez souvent pour aller à la 
piste des acquisitions de tableaux et d'autres curiosités dont 
il étoit chargé parle roi Charles I. Il est pourtant vrai que le 
portrait d'un musicien attaché au roi Charles, que Livins a 
peint et gravé, sembleroit réaliser un voyage fait par lui à 
Londres, car voilà Tinscription qui est au pied : 

a Jacobo Goettero, inter regios Magnœ Britanniœ Orpheos 
et Amphiones, Lydiœ, Doriœ, Phrygiœ testudinis tiblcini et 
modulatorum principi, banc e penicilli sui tabula in ass tran* 
scriptam effigiem Joannis Lœvini fidœ amicitiœ monumen- 
tum L. M. consecravit » 



329 

La planche gravée par Lyvins à l'eau forte a été terminée 
par J. Vostermans. 

— L'inscription étant au pied de son portrait gravé par 
Vosterman, d'après Van Dyck, donne à Lanier la qualité de 
directeur de la musique du roi Charles 1. 

— a M. Roose le joaillier, possédoit, dit Walpole, toutes les 
planches que Lanier a gravc'es lui-même à l'eau forte, d'a- 
près différents desseins des grands maîtres. » Lanier, c'est 
ainsi qu'il signoit son nom, et non pas Lanière, ne les a 
pas toutes gravées. Il n'y a de lui dans la suite qu'environ 
quinze morceaux, tous fort petits; le surplus est de Luc 
Vosterman, je crois le jeune, et presque tout vient d'après 
des desseins du Parmesan^ qui apparlenoient au comte 
d'Arundel, et que possède actuellement M. Zanetti à Venise. 
11 y a toute apparence que M. Walpole n'a parlé de ces 
planches que sur un faux rapport qui lui en a été fait, car 
l'inscription dont il fait mention n'est point telle qu'il la 
rapporte. La voici copiée exactement : Prove prime fatti a 
Vaqua forte da N. Lanier, a Vetà sua giovenile di sessanta 
Otto anni 1636. 

— J*ai trouvé, parmi d'anciens papiers de famille, un bil- 
let que Nicolas Lanier écrivoit à François Langlois, dit Char- 
tres, premier mari de mon ayeule, lequel étoit alors à Lon- 
dres, et y avoit apporté des desseins dont il faisoit commerce. 
Cette lettre, assez courte pour que je la puisse insérer ici en 
entier, est conçue dans des termes qui décèlent, dans celui 
qui l'écrit, la passion dont il étoit dévoré pour cette espèce 
de curiosité. Elle est en italien, qui étoit la langue naturelle 
de Lanier. La voici : 

a Caro mio padrone amantissimo. S'io fossi stato sano 
<x questi giomi passati, sarei ands^to a Londra a trovarla a 
a posta, con speranza di veder i bei disegni : ma dubbio que 
« già il sig. Conte ne habbia portato via ogni cosa, se no 



330 

a avertisca V. S. che il signor Porter (1) desidera comprame 
a quantita, aDcb*io trovero qualche oro a spendere^ ma, ma^ 
a ma che i disegni siaDo buoni, buoni, buoDissimi.GheV.S. 
a mi mandi dove sia allogiata« et il primé cbe posse la tro< 
a verô ; nel resto , resto de V. S. molto 111* servitore affet»»^ 
a Nicolo Lanier. — Chiswike, 8^ 9 1Ô87. A monsieur, mon- 
a sieur Chartres, à Londres. » 

— Walpole disant : R. Simonls, en parlant de Nie. Lanier, 
dit qu'il étoit : cr Innamorato d'ÀrtemisaGentileschichepio- 
geva bene, » Mariette ajoute : Mais cela ne veut rien dire : 
cette manière de parler est dans la bouche de tous les curieux 
et ne peut s'entendre que des ouvrages^ et non de la per«- 
sonoe. 

LAUTHIER (M'), qui traita avec le roy (2), étoit avocat au 
conseil et secrétaire du roy ; son cabinet, où je me souviens 
d'avoir vu beaucoup de pièces de marine de Puget, fut vendu 
après §a mort, en mars 1720. 

LANFRANG. Neptune et Thélis portés chacun sur les eaux 
dans leurs chars marins, et dans le haut e>X représentée une 
femme en Tair qui r<^pand des roses et d'autres fleurs, pièce 
allégorique, gravée par Fr. Villamène. — Avec ces mots : 
Hinc amor, inde timor. Par allusion aux armes du cardinal 
Fabrice Veralli, à qui la pièce est dédiée. — D'après J. Lan- 
franc. — M. Crozaten avoit le dessein. 

LE BLOND. Il se nommoit Michel et passoit pour être un 



(1) Il est question d'Endemian Porter, haissier de la chambre de 
Charles l«r, et grand ami de Van Dyck, ainsi qu'on le peut voir ci- 
devant dans la vie de ce grand peintre. (Ifote de MarieUe,} 

(2) PouFla vente du cachet de Michal Ange. 



33i 

bon coQDoisseuf . C'étoit l'oracle des curieux de wn teros. Us 
ne faisoient rieo sans le consulter. On 9 son portrait peint par 
Van Dyck, et gravé par Th. Matham. Il y prend la qualité 
d'agent de la reyne et couronne de Suède en Angleterre, 
[Notes sur Walpole, dans l'article Rubens*) 

LILLY (WILLIAM) . M . Walpole, dans la vie de Dobson, donne 
à M. Lilly la qualité d'astrologue. Le partyde Cromwells'en 
servit avec avantage pour affermir le peuple dans Vidée où ii 
étoit que la cause qu'il défendoit étoit celle de Di^u. Chaque 
année il publioit un almanach, où il anoonçoit des victoires 
sur les royalistes. Il parott, parla façon dout il s'exprime sur 
le compte du roy Charles, lorsqu'il en fait le portrait, qu'il 
se plioit volontiers aux circonstances, et c'est véritablement 
la marche qu'ont tenue, dans tous ces jours, ces sortes de 
charlatans. (Notes sur Walpole,) 

LE MOYNE. Que n'a-t-on eu en France les mêmes atten-» 
lions? On n'y verroit pas terni, comme il est, le beau pla- 
fonds peint par Le Moyne, dans le sallon d'Hercule à Ver^ 

saillei. [Notes sur Walpole.) 

LUYCK (fr.). L'ange annonçant à la sainte Vierge qu'elle 
a été choisie pour être la mère du Sauveur. La Vierge à ge- 
noux, et à la droite de l'estampe, se détourne de sa prière 
pour écouler l'ange qui est de Vautre côté du tableau. Il y a 
dans l'air deux petits anges, dont l'un répand des fleurs. Cette 
estampe est passablement gravée au burin par Franc. Van- 
den Steen , que l'empereur avoit fait venir à Vienne dans 
l'intention de lui faire graver les tableaux de son cabinet, et 
voilà pourquoi il prend sur cette gravure la qualité de gra- 
veur de Sa Majesté Impériale.U n'y a point d'autre nom d'ar* 
tiste aux premières épreuves que celui du graveur Vanden 



332 

Steen. On la dooDe à Rubens dans la collection des estampes 
de ce mattre, qui est chez le Roi, et je ne suis pas éloigné de 
le croire. La planche a été gravée sur le dessein de Fr. Luyck, 
qui étoit pour lors garde des tableaux de l'Empereur. Ce der- 
nier ne tarda pas à faire mettre son nom sur le cuivre, et de 
l'accompagner du mot delineavit, ce qui signifieroit seule- 
ment qu'il avoit fait le dessein pour la gravure, et j'ai le 
soupçon qu'il la put faire d'après un tableau de Rubens qui 
étoit alors en sa possession^ tant la manière de Rubens y est 
imprimée avec des caractères reconnoi>sables. L'estampe n'est 
pas méprisable, et il n'est pas aisé d'en rencontrer des épreu- 
ves. On ne sait à Vienne ce qu'est devenue la planche, non 
plus que toutes celles que Vanden Steen a gravées pendant 
son séjour à Vienne. Elles devroient se trouver dans le trésor 
de S. M. I., et peut-être y sont-elles pour n'en sortir que 
mangées de vert de gris. — Au bas, quatre vers latins com- 
mençant par ces mots : Ânxia ne timeas, etc. Francisco de 
Steen S. C. M. sculpsit. — Cette estampe est véritablement 
gravée sur le dessein de Fr. Luyx. L'épreuve que j'ai eu au- 
trefois, et que j'ai cédé à M. le prince Eugène, portoit son 
nom, ainsi gravé sur la planche : Fran. Luycx S.C. M. pict. 
delineavit.,Ce Luycx étoit peintre de l'Empereur, et, je crois, 
garde de ses tableaux. 

MâZZOLA (frakcesco). Saint Jean-Baptiste assis dans le 
désert, dans une attitude qui fait connottre qu'il annonce la 
parole de Dieu. Cette pièce, qui est du dessein de Raphaël^ 
et dans le goût du Parmesan, est admirablement bien des- 
sinée ; on l'attribue ordinairement à Marc Antoine, mais l'on 
y reconnoist pourtant mieux la manière de graver de Sil- 
vestre de Ravenne. Quoy qu'il en soit, elle est de la plus 
grande rareté^ et si belle épreuve que la croix que tient le 
saint n'est pas encor achevée de graver. — J'en ay veu chez 



333 

le Roy deux autres épreuves que l'on avoit rangées dans l'œu- 
vre du Parmesan, et, pour moy, je croirois assez volontiers 
qu'elle est de son dessein. Ces deui épreuves étoient de la 
qualité de celle-cy , c'est à dire que la croix que lient le saint 
n'estoit pas encore ombrée, d'où l'on peut conjecturer que la 
planche a été laissée par le graveur en cet état. 

— Mars assis sur un lict, prèsde Venus, qui alaite l'Amour, 
et qui, dans une attitude fort lascive, se jette entre ses bras. 
Cette pièce, qu'on croit être d'après le Parmesan, est gravée 
avec beaucoup de soin, mais avec trop de dureté, ce qui la 
rend peu gracieuse. — Au baâ, quatre vers italiens, dont le 
premier commence : Qui traVenere. Au haut de la planche, 
M V. Cette pièce est gravée dans la même manière que celle 
qui suit; je ne doute nullement qu'elle ne soit du même 
temps. — Elle avoit été gravée précédemment, en 1539, par 
J. Bapt. Mantuan, et Vasari en parle. — M. Crozat a, parmi 
ses desseins, un dessein, qu'on dit être du Fattore, semblable 
à cette estanipe pour la composition. S'il est vray que ce des- 
sein soit du Fattore, comme il y a apparence, l'estampe est 
donc aussy d'après le peintre, et je la crois en elfet plustost 
de luy que du Parmesan. 

— Le dieu Mars jouissant des embrassemenls de Vénus, 
pendant que Vulcain est occupé à travaillera sa forge. Gravé 
en 1543 par Enéas Vicus, d'après Fr. Mazzoli, connu sous le 
nom de Parmesan. Cette estampe, — qui n'est pas une des 
moins considérables de l'œuvre, — est fort rare, ce qui vient 
de ce qu'étant traitée trop licentieusement, on en a beaucoup 
détruit par principe de conscience; dans la suite, on a fait 
des corrections pour la rendre plus supportable aux yeux 
délicats. 

— Lucrèce assise au pied de son lict, ayant à la main le 
poignard dont elle va se percer le sein. Gravé d'après un ta- 
bleau de François Mazzuoli} qui a été fort célèbre. L'estampe 



334 

n'en donne pourtant pas une grande idée. Au pied, quatre 
vers italiens commençant ainsi : Mentre che, etc. — E. V. 
Fran. Par. inventor. Aux secondes épreuves, le nom de Ant. 
Salamanra exe. — Elle fait pendant avec la Venus et Mars cy 
dessus. 

MORO (battista del). La ves'ale Tucia portant de l'eau 
dans un crible pour preuve do sa virginité; elle est prête à 
entrer dans le temple de Vesta, et la Victoire descend du ciel 
et luy prépare une couronne. Celte pièce paroist plutôt de 
l'invention de quelque peintre de l'école vénitienne que de 
celle du Parmesan. On y trouve beaucoup de la manière de 
Batiste del Moro. Sans nom ny marque; mais je suis cepen- 
dant comme asseuré qu'elle est gravée par Batista del Moro, 
et peut-être de son invention. C'est sa manière de prononcer 
les bouches, les yeux et autres parties; c'est sa manière de 
traiter les plis de ses drapperies; il n'y a qu'à les reconfronfer 
avec quelqu'une des pièces gravées à l'eau forte, où il a mis 
son nom ; celles cy sont, à la vérité, mieux gravées, mais c'est 
que le Moro n'avoit pas la même pratique du burin que de 
l'eau forte, et encore, dans les pièces qu'il a gravées à l'eau 
forte, il y a de certains endroits retouchés au burin, qui font 
bien connoistre que les pièces gravées entièrement au burin, 
qui sont ici, sont aussi de luy. La Vierge, qui est cy dessus, 
est gravée précisément dans la même manière que cette pièce 
de la veslale Tucia ; je suis très persuadé qu'elle est pareille 
ment de Batista del Moro. 

— Deux femmes assises près d'un édifice ruiné, ayans en- 
tre leurs bras un enfant auprès duquel se rendent la Victoire 
et la Paix, celle cy tenant un rameau d'olivier, l'autre descen- 
dant du ciel et apportant une couronne et une palme ; l'on 
n'oseroit asseurer que cette composition allégorique soit de 
l'invention du Titien, quoyque plusieurs le prétendent; ce 



à38 

qui est de certâiû, c'esl qu'elle ne peut estre que d'un toéis- 
trevénitien. Ou la croit même gravée par Baptiste, surnommé 
del Moro; elle est à l'eau fotte. — Sans aucuns noms d'ar- 
tistes; peut estre de l'invention de B. del Moro. Je ne com- 
prends pas quel peut esire le sens du sujet. 

— Le martyre de S* Faustin et de S* Jovite, patrons de la viDe 
de Bresse; ces deux saints étant liés sur le chevalet, que deux 
bourreaux font marcher en le tirant à eux avec une corde. 

— Sans aucuns noms d'artistes. Au bas, la vie de ces saiois 
en latin et en italien : Yenetiisapiid Lucam Berteilum.Rare. 

— Quoyque cette pièce soit traitée dans la manière du Titien, 
l'on n'oseroit cependant asseurer qu'elle soit de son dessein ; 
Ton n'en eonnoist pas même le graveur, à moins que ce ne 
soit Baptiste del Moro, et alors il pourroit en estre aussy l'in- 
venteur. Elle est gravée à l'eau fof le, d'une manière picto- 
resque et artiste. 

— Un homme portant dans une hotte trois de ses enfaos, 
dont il y en a un qui luy ôte le chapeau de dessus la teste» 
et un autre qui agace un chien en luy montrant des verges, 
ce qui renferme une énigme, dont le sens est que les enfans 
se servent souvent du crédit de leur père pour faire impu- 
nément des insultes. Au reste, cette pièce est gravée à l'eau 
forte par un anonyme, que l'on préjuge être Baptiste del 
Moro, et l'on ne doutle point que le dessein n'en soit du Ti- 
tien. Au bas, ces deux vers italiens : 

Spesso al fîgliuol d'ingiuriar baldanza 
Da il sostegno del padre et la possanza. 

Ap. Gio. Fran. Camocio. Rare et belle. 

MORO (marc agnolo del) . Le jardin de l'Amour, d'où Vé- 
nus et son flls chassent un vieillard. Cette pièce est du nom- 
bre de celles dont l'invention est attribuée par quelques uns 



339 

au Titien, quoiqu'on la puisse donner avec plus de vraisem- 
blance à Marc Âgnolo del Moro, que Ton en croit aussy le 
graveur. — L'on voit un peu plus loin, à l'ombre d'un ar- 
bre, des femmes qui font un concert d'instrumeus, et un 
jeune homme qui y préside. Au bas^ huit vers italiens, qui 
commencent : 

Que8t*è il giardin del vago dio d*amore^ etc. 

Il n'y a aucuns noms d'artistes; elle est à l'eau forte, et je 
la crois assez de l'invention et graveure de Marc Âgnolo del 
Horo. 

NOLPE (pierre). J'ai vu des cartouches oblongs, faits pour 
accompagner et être mis au pied des trois belles estampes 
qui ont été gravées par Pierre Nolpe, et dans lesquelles se 
trouvent représentés en trois temps le commencement, le 
milieu et la fin du risque que courut le prince de Nassau, 
surnommé le Brasilien, lorsque, voulant entrer dans la ville 
de Franecker, le pont-levis sur lequel il falloit passer man- 
qua sous lui et le mit en danger de se noyer, lui et* sa suite, 
dans le fossé plein d'eau que ce pont traversoit. Ces cartou- 
ches renfermoient des vers latins, sur une colonne, et des vers 
hoUandois, de la composition de Yan Yondel, sur une autre^ 
relatifs au sujet qui éloil représenté dans l'estampe. Je ne co- 
pierai que les premiers, jugeant bien que ceux dont ils sont 
suivis n'en disent pas davantage : 

I. — Volvitur in captU. 

Dum pontem, Franckera^ tuum fortissimus héros 

Ire parât, mediis precipiiatur aquis. 
iDgemuit veri turbatus imagine Hartis, 

Nec valait tanti pondéra ferre Dei. 
Anxia depressi cecidere repagula pontis 

£t maie fida suum deseruere Ducem. 

P. Francius. 



337 



II. — Sol in aquario» 

GoDCutcalus eqnîSy rigiHsqne stmillîma morti 

Yix 8oa confusis vuliibus ora refert. 
iDgratis Iteo erimen aquis, sic ergo peribit, 

In medio poli us digiiior hosie roori. 
Accurrit comitum fidiasimus agmine loto ; "" 

Auxilialuram porrigit ille maoum. 

III. — Breplui ah undii, 

Talia tollebat cœlo Manijfiua ora; 

Subminai tensda intuerere manus. 
Teatonics voluisse rei noairsque saloti 

Qais dubiiat magnos consul uisse Deoa? 
Se ttbt continuel cleuienlia Nominis alli ; 

Hac duce, Massavidum vincere perge, décos. 

Ces trois pièces sont estimées et ne sont pas communes, 
même dans le pays» où elles se vendent assez chèrement. 

PALME. La S* famille de Jésus Christ, où ce divin Sau- 
veur est représenté sur les genoux de sa mère, au milieu de 
S. Joseph et de S* Elisabeth accompagnée de 8. Jean, qu'elle 
introduit auprès de Jésus et de Zacharie, son époux, qui in- 
diqu<^ le livre des saintes écritures soutenu par un ange. Gravé 
au burin par Pierre de Jode le jeune. — Chez P. Mariette. 
Tician inventor. Quelques uns croyeot que c'est d'apiès un 
tabkau du vieux Palme. 

PARME (JACQUES de). S^ Jérôme à genoux dans le désert, 
mMitant sur un crucifix. Gravé au burin par Corneille CorI 
en 1577. — Au bas : Jacobus Parmen. inven. Effectivement 
cette pièce a bien peu du goût du Parmesan ; mais quel est 
donc ce Jacques de Parme, dont aucun auteur n'a parlé? 

T. VI. 22 



PAULIS (jEAN ANTOINE DE). Pilate montrant Jésus-Christ 
couvert d'un manteau de pourpre et couronné d'épines. Gravé 
au burin par Jean Antoine de Paulis, d'après Ventura Sa- 
limbeni. Sur la face d'un degré dans Tombre, on voit cette 
marque (1) ; sans doulte que c'est celle du graveur. Je ne le 
connois pas. Le P. Orlandi fait mention d'un Antonio di Jac- 
quart, intagliator, qui marquoit ses pièces Â. D. I. P. Je ne 
sçais si ce seroit lui, car je ne connois pas ce graveur. Statio 
formis Romœ. J'en ay veu une épreuve dans l'œuvre de Gallot, 
à qui elle estoit attribuée, mais elle n'est pourtant pas de luj. 
Outre la marque, qui n'a aucun rapport avec son nom, on y 
lisoit au bas : Joannis Antonii de PauHs for. Au burin. 

PËRIN DEL VAGUE. Le combat des Amazones, dans un 
ovale, gravé en 1543. Cette pièce' est des moindres choses 
d'Eiiéas Vicus ; de la manière qu'elle est éxécutt^e, il est bien 
difficile de reconnoistre qui est l'inventeur. — Mais il est 
pourtant certain que l'invention est de Perin del Vague. 
M' Crozat en a le desein original fort beau, sur lequel cette 
estampe a été gravée. Il étoit autrefois dans le cabinet de 
Moseelli à Vérone. — Il m'appartient présentement. 

•<— Une femme nue, af>puyée près d'une piramide dans une 
place publique, et environnée d'hommes et de femmes qui 
accourent pour allumer leurs flambeaux aux flammes qui 
sortent de son corp^*. — E. V. à un coin de la planche. — 
Gravé à Rome en 1542, d'après Perin del Vague Pour l'avoir 
bonne, il faut la rencontrer sans le nom de Salamanque. — 
Cette épreuve est avant que la planche fût entièrement ai he- 
vée. — C'est la fable de la maîtresse de Virgile, punie pour 



(1) Bralliot, !'• partie, n* 265^ 269, et Appendice, n* 27. 



339 

TavoîT eiposé à la risée du public. — Aut. Salamanca exe. 
Extrêmement mal exécutée. Avec cette inscription : 

Virgilium eludans méritas dat fœmina pœnas. 

Romœ^anno 1542. 

— Un dessrin de grotesques par Perin del Vague, sur le- 
quel est écrit par lui : Perino fre per esser povero, a 

appartenu à Antorne Le Pautre. 11 étoit ajusté de la mèmt 
façon que tous ceux que j'ai eus chez Fjibbé Brelot, et que je 
soupçonne avoir appartenu à cet architecte. Il les cotoit, et 
celui-ci rétoit de N 72. Celui du même peintre, représentant 
la présentation au temple^ lequel a appartenu au comte 
d*Arundel, a passé entre les mains du s' Loger avant que 
d'arriver dans celles de M. Grozat le jeune, avoit, écrit au 
verso, le nom Perino del Vaga. (Voyez 1, 205, et IV, 111-4.) 

PESARESE. (Voyez 1, 300, et IV, 115- 1 1 6.) Joseph dans la 
prison expliquant les songes de deux olficiers de Pharaon, 
qui y étoient pareillement déienus. L'un d'eux, assis sur le 
devant, est veu par le dos, et la figure, qui est nup, ressem- 
ble tout à fait à une académie. Il n'y a ni noms ni marque 
à cette pièce gravée h Feau forte, mais l'on y reconnott la 
manière de destiner et de composer du Pesarèse,et ceitaine- 
ment elle vient d'après son dessein. — Malvasia fait men»ion 
de ce dessein du Pesarèse dans la vie qu'il a donnée de ce 
dernier. 

•— La S^ Vierge considérant l'enfant Jésus qui vient dé 
naître. S* Joseph à genoux ptépnre des lingfs pour l'em- 
mailloter. Gravé au burin par Jean Char'es AUet, en 1713. 
sur le dessein de Pierre de Pétris, d'après le tableau du Pesa- 
rèse. Dédié au cardinal Albaui par le graveur, qui se qualifie 
scnlptor (Brarius. Le tableau est dans le cabinet du cardinal 



340 

Pabio Olivieri, grand admirateur du Pesarèse^ son compa- 
triote^ dont il a fait graver quelques uns des tableaux qu'il 
possède. 

— Lh s* Vierge assise, ayant au devant d'elle l'f nfant Jé- 
sus debout, aduré pur S. Jean Baptiste, pendant que, dans 
le fond, S^ Joseph, appuyé sur une fenêtre, est appliqué à la 
lecture. Les deux marques, qui se trouvent au bas de cette 
estampe, semblero*ent vouloir désigner que c'est le G^iide 
qui en est le graveur, et que c'est Simon Gantarini, dit le 
Pe^^arèse, qui en est le peintre. L'on n'y voit cependant au- 
cune apparence. Une estampe, si mal dessinée et gradée avec 
si peu d'intelligence, n est jamais sortie de leurs mains, et 
ce que l'on peut croire de plus probable, c'est que ces deux 
faussas marques y ont été mises par quelque njaicband inté- 
ressé pour surprendre les acheteurs. — Au bas, ces marques 
S. G. P. IXE — G. R. F. Cette première marque veut peut- 
être désigner Simon Cantarini pinxit^ et l'autre marque dé- 
signera le noui du graveur, que l'on ignore. 

-» Jupiter, Neptune et Pluton faisans hommage de leurs 
couronnes aux armes du cardinal Bor^hèse, placées dans le 
ciel et environnées de génies qui portent les simbi>les des 
quatre Vertus cardinales. Geite pièce est si bien dessinée et 
gravée à l'eau foi te avec tant d'art qu'elle a passé fort long- 
temps pour estre du Guide, quoyqu'el'e soit de l'invention et 
de la graveuie du Ptsarèse. — Malvasia appnud que cette 
estampe a été f^iie pour une ihèse, soutenue à Bologne, 
en 1 633, par le docteur F^ntuzzi. » On en trouve des épreuves 
sans les armes de Bor^hèse. 

•^Vénu*^ assise dans un paysage, près d'Adonis de retour 
de la chasse. Cette petite pièce e^t de l'invention et de la gra- 
veure du Pesarèse. Ele e^t fort croquée, mais p eioe d'esprit. 
— - Un amour, au pied d'Adonis, tient sa lance, et, sur le 
devant, un chien se repose. ^ Cité par Malvasia dans le sup* 



au 

plément du catalogue des estampes à l'article lkamp$ de la 
table. 

PIETRI (piETRO DEi). Le Ratta, peintre génois, dans une 
lettre qu'il adresse à M^ Botiari, et que ce dernier a fait im- 
primer dans le VI* volume des Lettere sur lapittura^ p. 2f76, 
fait mention d'une petite estampe (stampina) qu'il dit être 
gravf^e par Pietio de' Pielri, et qui îepr<*sente des âmes souf- 
frant dans le purgatoire. J'en connois une où j'ai trouvé é<;rit 
au bas le nom de l'Âlgarde, etque j'ai rangé par cette raison 
dans l'œuvre de ce mattie. 11 se peut faire que ce nom y ait 
été mis (ar méprise, et j'ai un pressentiment que c'est véri- 
tablement la pièce gravée par P. de' Pietri, dont parle le 
Ratta. Il ne dit point que le graveur eût pareillement fourni 
le dessein de ce morceau, et alors il $e pourroit fort bien faire 
que l'Algarde en fût l'inventeur, et P. de Pietri le graveur. 
Cela accorderoit toutes < hoses. — Ma conjecture est sans fon- 
dement ; j'ai présentement l'estampe gravée par Pietio de' 
Pietri, dont il est question dans la lettre écrite par le Batti. 
Mal à propos le nomme-t-il una stampina, puisqu'elle est 
de la grandeur d'un grand in folio. Elle porte l^"" 9^ b; 
9*9' tr. Elle est entièrement gravée au burin, e d'un bulino 
stentato. 

PIO. Un portement de croix, de Giuseppe Passeri, vient de 
la collection du S' Pio, qui avoit écrit le nom de ce peintre 
au bas de son dessein, et qui, étant contemporain, ne peut 
être soupçonné de s'être trompé. Il en est de même du des- 
sein de Suzanne, de François Trevisani, de celui de Pietro de' 
Pétri représentant une Ae^somption en plafond, de celui du 

cavalier Giuseppe Nicolo Nasini^ S. ( ), pape, dans une 

gloire. Tous ces desseins étoient ainsi étiquetés par le S' Pio, 
et, par cette raison^ je ne les crois point douteux. 



nWKfiVUo). Pub. (Cornélius Scipion forçant le camp des 
Gaiibaginois. Cette pièce est d*un graveur ancien dont on 
ignore le nom ; elle n*est nullement bien exétutée^ et n'est 
considérable que parce qu'elle n'a été gravée que cette seule 
fois — au burin *R* Excudeb Ant. Salamanca^ 1540. C'est 
une d^s tapisseries de Thisloire de Scipion, chez le roy, du 
dessein de Ju es Romain^ et non pas de Cf luy de Bapbael. 

— Scipion et Ânnibal parlant ensemble à 1h teste de leurs 
armées séparées l'une de l'autre par une rivière. Gt-tte pièce 
est gravée au burin, en 1541^ par le mesme graveur que la 
pr<^cédente, et elle n'est pas mieux exécutée. C'est une des 
tapisseries de l'hist. de Scipion^ chez le roy^ du dessein de 
Jules Roujain. Vasari, t. 2^ p. 339, verso la fine, dice cbe 
questa stampa viene inventata da Giuiio Romano^ e credo 
4i si. — Excud. Ant. Salamanca, 1541. 

— L'empereur Constantin faisant la donation de la ville de 
Rome au saint siège, en la personne du pape S^ Silv<^stre, as- 
sis dan» l'égliiie de S^ Pierre. Ce tableau est peint dans une 
des salles du palais du Vatican, par Jules Fippi, Romain, 
sansdoutte surlesdesseinsde Raphaël. Jean Baptiste Franco, 
peintre vénitien, l'a gravé au burin. 11 est fort rare d'en 
trouver des épreuves bien imprimées. — Vasari dit qu'elle 
est de l'invention de Jules Romain, et je n'en doutte pas. 

PITTONI. Une suite de paysages représeotans , pour la 
pluspart, des veues de ruines d'édifices, au nombre de seize 
pièces, inventées et gravées à l'eau forte par Jean Baptiste 
Pittoni, de Vicence. On ne les a mis encore icy que parce 
que quelques uns croyent que le Titien en est l'inventeur.*- 
C'est ce même homme qui a gravé les antiquités de Sca- 
mozzi. Il a marqué ces pièces cy d'un B.P., qui sont les pré- 
mices lettres de son nom. On le trouve tout au long au 
frontispice qui se trouve quelquefois à la tète de la suite. 



343 

avec ce litre : Imagini favolose, nelli quali in diversi modi si 
vegono rappresentrtte le piu vaghe fa vole degli antichi, inta- 
gliate in rame da M. Battisia PiUoDi. In Venetia, presso 
Framesco Ziletii, 1585. L'on apprend par l'avis au lecteur 
que les planches avoient pass<^ d'entre les mains de Jérôme 
Porro en celles de Zellotii ; j'en ay veu un exemplaire plus 
complet de quatre pièces. Quelquefois il a aussi marqué son 
nom B. P. V, 



AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS 



Lorsque nous avons commencé il y dix ans la publica- 
tion des notes de Mariette, nous croyions promettre beau- 
coup, mais non pas autant que nous avons donné. Nous 
avions dressé à l'avance une table alphabétique des ma- 
nuscrits pour pouvoir faire la copie au fur et à mesure 
des nécessités de la publication. Il eut certainement mieux 
valu avoir la copie tout entière avant de commencer, pour 
pouvoir la disposer dans un ordre parfaitement régulier 
et faire au besoin des renvois en avant aussi bien qu'en 
arrière; mais, forcés de prendre le temps de ce long tra- 
vail sur d'autres occupations et de rendre moins sensible, 
en la répartissant , cette ingrate et fatigante besogne, 
que ses difficultés et sa longueur ne nous permettaient 
pas de confier à un copiste et qui nous a donné plus de 
peine que n'auraient fait des travaux persontaels sans nous 
faire le même honneur, nous n'avions pas le choix des 
moyens; il a fallu faire comme nous avons fait, ou jamais 
nous n*aurions pu trouver en une fois assez de temps pour 
terminer une copie entière, et, si nous avions eu le cou- 
rage de l'entreprendre, nous n'aurions peut-être pas eu 



346 

celui de la terminer; car la table qui nous marquait les 
étapes de la route ne nous indiquait pas les distances. Le 
renvoi d*un nom nous donnait un article de quelques 
lignes, mais les renvois de tel autre nous faisaient tra- 
vailler des jours entiers, quelquefois des semaines, et 
faisaient plusieurs feuilles d'impression. Nous comptions 
sur deux ou trois volumes; nous sommes arrivés à en 
donner six, et nous devons remercier et Téditeur et les 
souscripteurs des Archives de nous avoir suivis jusqu'au 
bout. 

C'est cette longueur, d'abord imprévue, qui, pour ne 
par faire encore attendre la fin de la première série des Ar- 
chives, nous engage à ne pas ajouter au Mariette l'étude 
sur sa vie et sur ses travaux de critique que nous avions 
annoncée en commençant. Elle est écrite, et paraîtra se- 
parement ; mais» entre sa publication et celle de la Table 
complète des noms de Ueux et de personnes de la série 
des Documents, il n'était pas possible d*hésiter pour la 
commodité des recherches et l'utilité directe des Archives. 
Cette table leur donne un complément nécessaire, trop 
souvent absent des ouvrages qui en ont le plus besoin, et 
elle ne pouvait être imprimée qu'avec elles; au con- 
traire, et sans parler des travaux récents qui ont entre- 
tenu le public du savant amateur, son livre parle d'un 
côté pour lui-même et de l'autre notre étude personnelle 
peut sans inconvénient paraître ailleurs. C'est à ce parti 
que nous nous sommes arrêtés, et, laissant absolument 
de côté tout ce qui se rapporte à la personne et aux tra- 
vaux de l'écrivain, dont nous sommes heureux d'avoir 
amené au jour et mis dans le courant la science critique 
^t lep saines appréciations, il ne nous reste, dans cette 



3*7 

courte pQSt-&ce, qu'à parler rapidement des manuscrits 
que nous avons consultés, des principes qui nou3 ont 
guidés dans notre publication, et des limites dans les- 
quelles, pour une partie de ces notes, nous ayons dû 
tenir notre choix. Ces détails, que nous devons à tout le 
monde, seront particulièrement utiles à ceux qui parlent 
des papiers de Mariette comme les ayant personnellement 
étudiés, et qui ne lisent pas toujours avec assez de soin la 
publication qni en est extraite. 

Tous les manuscrits dont nous nous sommes servis 
sont, comme on sait, à la Bibliothèque impériale. Ceux 
qui se trouvent au Cabinet des estampes' lui ont été ven- 
dus par M. Leblanc, père de Fauteur du Manuel de 
l'amateur d'estampes; il les tenait de Regnault de La- 
lande, à qui ils n*ont pas dû être inutiles lorsqu'il rédi- 
geait ses très-coDsciencieux catalogues de ventes. 

Le premier de ces manuscrits est un exemplaire inter- 
folié du volume in-4* de YAbecedario pittorico^ publié en 
1 719 à Bologne par Tabbé Orlandi, qui le dédia à Crozat, 
l'un des amis de Mariette. Les additions de celui-ci portent 
aussi bien sur des noms nouveaux que sur les artistes 
figurant déjà dans le livre imprimé, et elles sont insérées 
dans Tordre adopté par l'auteur itaUen. Celui-ci, selon un 
l'usage de sa patrie, à coup sûr peu commode dans un 
dictionnaire biographique, les range non pas au nom de 
famille ni au nom sous lequel les peintres sont le plus 
connus, mais dans l'ordre de leur prénom, et par suite, 
quand ils en ont deux ou plusieurs, de leur premier pré- 
nom. A la table de concordance d'Orlandi Mariette avait 
commencé d'ajouter la concordance de ses compléments, 
mais sans l'achever; nous l'avons refaite, pour pouvoir 



34S 

remettre ses additions dans leur ordre naturel, et, sauf 
les articles en italien de Tédition napolitaine d*Orlandi, 
augmentée par le Guarienti, que Mariette avait copiés 
pour les réunir au texte primitif, nous avons imprimé 
tout le travail de Mariette sur TÂbecedario. Par leur 
nombre et bien plus encore par la façon dont la plupart 
de ces notes complémentaires sont écrites avec un soin 
qui témoigne que Mariette les rédigeait , au moins d*abordy 
pour publier un Abecedario en français, ce sont elles qui 
forment le cadre de notre publication et qui nous en ont 
donné le titre. 

Le second manuscrit, beaucoup plus volumineux, et 
que nous appellerons les Notes de Mariette sur les gra- 
veurs, est d*une autre nature. Il comprend dix volumes 
in-foiio, composés de cahiers autrefois séparés et reliés 
aujourd'hui dans un ordre alphabétique approximatif. Ce 
sont en réalité des catalogues d'œuvres gravés d*après les 
peintres et d*œuvres de graveurs; seulement ce ne sont 
pas des travaux faits pour Timpression, comme, à tout 
prendre, on pourrait dire que Tétait le volume de T Abe- 
cedario. Originairement c'est un inventaire, généralement 
très-sommaire, parfois détaillé, et suivant les volumes et 
les pages de la collection d'estampes formée pour eux- 
mêmes par le grand-père et le père de Mariette et vendue 
par ce dernier au prince Eugène. Cet inventaire a certai- 
nement été recopié, et cette copie se trouve certainement 
à Vienne, car Bartsch, qui n*a pas connu nos manuscrits 
de Paris, a donné comme de lui tant de remarques et de 
descriptions entières, textuellement copiées de Mariette, 
que l'existence à Vienne de cette copie, dont notre manu- 
scrit serait originairement un des brouillons, est prouvé 



349 

par son plagiat, trop continu pour qu'il n'ait pas eu a£Eaire 
à un double de notre inventaire. Seulement, notre brouil- 
lon, ou plutôt cette première mise au net a servi à Mariette 
jusqu'à sa mort de cadre pour une quantité innombrable 
d'indications nouvelles, de corrections, de remarques de 
tout genre, écrites dans tous les sens, dans les marges, 
dans les bouts de lignes, entre les lignes et presque entre 
les mots, ^rtsch, au moins pour les Italiens, s^ pris sa 
gloire dans le premier travail; elle serait plus grande s'il 
avait connu ce second travail, où Mariette a noté, d'après 
les pièces qui entraient dans sa propre collection ou qui 
passaient sous ses yeux, tous les progrès de sa science et 
de sa critique, et où le disparate des écritures de ses divers 
ftges et surtout le désordre croissant des additions enche- 
vêtrées ajoutent autant de vie et d'intérêt qu'ils enlèvent 
de clarté. Au commencement, c'était, dans l'ordre des 
pages des volumes, la table d*une collection ; à force d'être 
reprise à chaque instant pour servir de mémento et de ca- 
hier de remarques, ce n'est plus qu'un amas de notes de 
toute nature, qui n'étaient pour Mariette que des maté* 
riaiix amassés, qu'un magasin de renseignements, lente- 
ment réunis pour lui fournir, à un jour donné, ce dont il 
aurait eu besoio pour écrire une histoire de la gravure ou 
pour rédiger définitivement les monographies de l'œuvre 
de tel ou tel peintre ou de tel ou tel graveur. 

Si les extraits pris par nous dans ces notes do graveurs 
constituent au moins la moitié de notre publication , 
nous n'avons pas besoin de dire que nous sommes loin 
d'avoir tout donné, et que nous avons laissé plus encore 
que nous n'avons pris. Un seul homme pourrait faire pro- 
fiter réellement la science de la gravure de cet énorme 



3S0 

traTail; ce fierait celui qui aurait la patience, après ayoir 
cejôé chaque note sur un feuillet séparé, d'en composer 
méthodiquement les œuvres des graveurs disposés en dic- 
tionnaire; en joiguant à ce travail de Mariette et en y 
fondant, avec les marques d'origine, celui de Heineken 
qui est conservé à la Bibliothèque de Dresde, on ferait une 
œuvre singuUèrement utile, nouvelle sur bien des points, 
et que personne ne peut se vanter de recommencer per- 
sonnellement, mais nos intentions nous interdisaient ce 
travail. Non-seulement les mentions des pièces sans nom 
d'auteur, originales ou copiées, et tout l'essai de cata- 
logue des camaïeux italiens anonymes, que nous recom- 
manderions à une publication particulière, échappaient à 
la nôtre, puisque les notes de ce gence, si intéressantes 
qu'elles soient, manquent des noms de personnes néces- 
saires pour les faire entrer dans un abecedario d'artistes; 
mais nous nous serions trop éloignés de ce que nous 
pouvions et voulions faire. Notre but n'était pas de cons- 
tituer en catalogues de gravures et d'œuvres de graveurs 
les dix volumes des notes de Mariette ; son Abecedario, qui 
était le fonds de notre publication, nous traçait une voie 
stricte dont nous ne devions pas nous écarter, celle de 
laisser de côté tout ce qui était description pmre et simple 
d'une gravure ou distinction d'un état, de négliger tout 
ce qui n'était que du catalogue pour prendre seulement 
ce qui est remarque biographique, discussion artistique 
et appréciation détaillée, en un mot tout ce qui cesse 
d'être une mention pour prendre la forme d'une remarque 
raisonnée. 

C'est là la règle qui a présidé à l'établissement de la 
table préparatoire que nous avons dû dresser pour nous 



m 

indiquer les extraits à faire, et, comme notre but était de 
tirer un Abecedario d*artistes des papiers de Mariette, 
nous les avons rapportés, toutes les fois que nous l'aTons 
pu, au nom des peintres plutôt qu*à celui des graveurs, 
aux premiers auteurs et aux modèles plutôt qu'aux tra- 
ducteurs et aux interprètes. 

On voit, par ce que nous venons de dire des limites que 
nous nous sommes imposées, que nous sommes loin 
d'avoir épuisé tout ce qui se trouve d'intéressant dans 
ces Notes de graveurs. Pendant que nous avancions len- 
tement, notre regrettable ami, M. Renouvier, a parcouru 
plus d'une fois ces précieux volumes, et ses Types et ma- 
niire$ des Maîtres graveurs en ont profité en plus d'un 
point, comme aussi le Callot^ de M. Meaume; d'autres 
les imiteront, et personne désormais ne devra commencer 
ou terminer la monographie de l'œuvre d'un peintre ou 
d'un graveur anciens sans venir puiser largement à cette 
source féconde, mais nous devions nous restreindre pour 
tenir nos promesses et mener sûrement à fin ce que nous 
avions entrepris. 

Le troisième manuscrit que nous avons consulté ne 
se trouve pas au Cabinet des estampes, mais à celui des 
manuscrits. C'est une traduction, en trois volumes petit 
in-»4^, de la première édition des Anecdotes de la peinture 
en Angleterre^ de Walpole ; nous ne l'avons connue qu'au 
milieu de notre travail, de sorte que ce qui aurait dû fi- 
gurer dans les premières lettres a dû attendre jusqu'au 
Supplément. Beaucoup de notules ne sont compréhen- 
sibles qu'au bas du texte ; nous les avons négligées pour 
prendre tout ce qui avait une valeur et un intérêt per- 
sonnels. 



35i 

Nous n*aYons rien à dire de Tappendice, où nous avons 
réuni quelques petits ouvrages imprimés de Mariette ; nous 
ajouterons cependant que nous avons inséré, à leur ordre 
de noms d'artistes, les remarques de Mariette dans le Ca- 
talogue Crozat, quelques-unes de celles de sa Description 
du cabinet Boyer d*Eguilles quand elles étaient biogra- 
phiques, et aussi des notes éparses que nous avons trou- 
vées ou qu'on nous a signalées sur des gravures ou sur 
des livres. Nous aurions dû recevoir plus de communica- 
tions de ce genre que nous n'en avons eues, car Mariette 
annotait ses livres aussi bien que ses catalogues de ventes, 
et de ce càté nous devons être très-incomplets. 

Nous devons faire encore deux remarques ; Tune est 
relative à Mariette, c'est de se souvenir que, si tout ce 
qu'on a lu est bien de lui, il n'y faut pas chercher autre 
chose que ce qui s'y trouve et lui reprocher de ne pas 
avoir fait un ouvrage, d'avoir été trop court sur celui-ci 
et trop long sur celui- là, de manquer d'homogénéité et 
de proportion entre les parties^ Jamais Mariette, dont 
nous n'avons là que des fragments, n'aurait imprimé 
ses travaux sous cette forme ; il avait amassé ces maté- . 
riaux pour en tirer plus d'un ouvrage, mais le lecteur 
n'a affaire ici qu'à des notes, et il ne doit pas IJoubUer. 
L'autre remarque, — on vient de voir que nous avons eu 
autre chose à faire qu'à transcrire, comme quelques- 
uns l'ont cru, un manuscrit tout préparé qui se sui- 
vait bien régulièrement du commencement jusqu'à la 
fin, — porte sur ce qui a été notre travail d'éditeurs, 
et sur l'ordre adopté par nous dans la disposition des 
notes éparses que nous réunissions pour en composer 
chaque article. Nous avons invariablement mis d'abord 



les faits biographiques, par ordre de dates, et les appré- 
ciations ; les ceuvres sont rangés ensuite par nature de 
sujets, sujets religieux dans l'ordre de l'Ancien et du 
Nouveau Testament, saints et saintes par ordre alphabé- 
tique, sujets mythologiques par ordre d'importance reli- 
gieuse, faits de l'histoireancieuneet moderne dans l'ordre 
des temps, portraits par ordre alphabétique; à l'occasion, 
nous avons rangé les peintures monumentales d'après la 
disposition dis lieux qu'elles décoraient et réuni les titres 
de livres, les dessins, les gravures en bois, les paysages, 
les allégories. 11 n'y a pas un article qui ait donné lieu 
d'y réunir toutes ces divisions, et toutes ne nous revien- 
nent pas en mémoire; mais en somme, ce qui nousa tou- 
jours préoccupés a été de disposer les notes par groupes, 
pour en augmenter l'Jntérét par la clarté qui peut résul- 
ter de leur position relative, et pour eu rendre au besoin 
la recherche plus facile. Nous devons aussi ajouter que, 
quand dans un alinéa on trouve des phrases séparées par 
des tirets, ce sont des notes écrites à des époqi """ 
rentes, qui se complètent ou se corrigent ; ce so 
aussi dont la copie a été la plus pénible et parfoi 
délicate, car il fallait reconstituer la pensée sm 
choisir entre plusieurs rédactions plus ou moim 
plètes, rétablir parlois et lire sous les ratures l'en 
cée pour rendre compréhensible sa correction. , 
et malgré la netteté habituelle de cette écriture i 
lorsque la note a été traeée trop rapidement et 
géant les lettres, ou lorsqu'elle est de la main tn 
des dernières années, il a fallu essayer le sens 
reconnaitrelemot, etserésigoer àne lire, en s'y 
à plusieurs fois, que lorsqu'on avait deviné. 

T. VI. 23 



Enfin nous ne terminerons pas sans remercier les con- 
servateurs du Cabinet, M. Duchesne aîné, M. Deveria, 
M. Henri Delaborde, de l'aide qu'ils ont prêtée à notre 
longue besogne; ils n'ont pas pu la rendre plus courte, 
ils l'auront faite au moins plus aisée par les facilités bien- 
veillantes qui nous ont toujours été continuées. M. Joly, 
le prédécesseur de M. Duchesne, avait voulu faire acheter 
toutes les collections de Mariette; il avait trop raison 
pour être écouté. Nos manuscrits s'y seraient trouvés et 
peut-être bien d'autres encore. M. Duchesne les a plus 
tard rattrapés au passage ; é'est lui qui les a fait acquérir 
par la Bibliothèque du roi. Il y a d'autant plus de mérite 
qu'ils sont restés bien longtemps sans être consultés, et 
la première marque publique qui en ait paru est la note 
sur Petitot et sur Oudry, publiée en 1845 par M. Villot 
dans le Cabinet de r Amateur. Aussi n'est-ce que justice, 
à la fin de ces six volumes de rappeler le nom de M. Du- 
chesne; ces manuscrits de Mariette eussent pu, sans lui, 
finir par se perdre en passant de main en main. Peut-être 
les a-t-il sauvés du papier; croyons qu'il ne se trouvera 
personne aujourd'hui pour lui jeter la première pierre. 

p. DE G. — A. DK M. 




-^ Paris. — Impr. de Pillet fils aine, rue des Grands-Augustins, S.