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BOSTON PUBLIC LIBRARY.
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CHRONOLOGIQUE
DE L'HISTOI
D E
FRANCE
9
Par le Sieur de Mezerat, Hi/Ioriographe de France.
NOUVELLE EDITION , AUGMENTEE.
TOME SECO
Commençant au Règne de Charles II. jufquâ la
fin du Règne Lov I s XI. avec la Fie des Reines,
A AMSTERDAM, ■
CHEZ DAVID MORTIER, LIBRAIRE
M. D G C. L V.
ADANiS
ROIS ET REINES DE FRANCE
CONTENUS DANS CE SECOND VOLUME.
4
f«n S4O'
en Juin.
gue.
% V:.T Louis III. &
Avril.
884. en
Décemb.
888.
% 9i .
?i}. en
Juillet.
en Janv.
5)4. en
Oftob.
986. en
Mars.
60.
6 3 .
Roi
70.
CHARLES II. dit U Chauve , Roi
XXV. Page 1.
Louis II. dit le Bègue , Roi XXVI.
16.
Ansgarde » femme de Louis le Be-
28.
Carloman , Roi
XXV IL 3 2 -
Charles III. dit le Gras , Roi
XXV IIL 36.
RlCHARDE,/<?7»2»£ de Charles le Gras.
40.
Eupes , Roi XXIX. 42.
Charles IV. dit le Simple, Roi XXX.
43.
OgiNE , femme de Charles le Simple.
59
Raoul , Roi XXXI.
Eglife du neuvième fiécle.
Louis IV. dit d'Outremer
XXXII.
Gerberge , femme de Louis IV. 80.
LOTHAIRE , Roi XXXIII. 82.
Louis V. dit le Fainéant,RoiXXXlV.
5> 4 .
Troifïéme Race des Rois de France ,
appellée la Race CAPETIENNE ou des
Capets.
#7. en Hugues Capet , Roi XXXV. 90.
L Adeleide , première femme de Hu-
gues Capet. 1 07.
Seconde femme anonyme de Hugues
Capet. 108.
Mœurs & Coutumes du dixième fiécle.
109.
Eglife du dixième fiécle. 114..
Robert , Roi XXXVI. 119.
Constance , troifïéme femme de Ro-
bert. 130.
Henry I. Roi XXXFII. 134.
M ATHiLDE,pr«w/m' femme de Henry.
Anne féconde femme de Henry. I45.
Philippe I; Roi XXXVII y. 147,
596. en
Septem.
ïoji.
1060.
Berte , femme de Philippe, 1 64.
Eglife du onzième fîecle. i6j.
Vrille? Louis VI. dit le Gros, Roi XXXIX.
- ■ 170*
Alix f femme de Louis le Gros. 190.
'adûc" 1 L° uis VIL furnommé le Fieux , Roi
TTT^- XL. I<?2.
CousTAHCE,deuxiémefemme de Louis
le Pieux. 2.0$.
Alix , troifïéme femme de Louis le
Pieux. 210.
Sera»? Philippe H- furnommé Augufle ou
- — *— le Conquérant , Roi XL I. 212.
Isabel , première femme de Philippe
H. 252.
Isemberge , féconde femme de Philip-
pe IL 255.
Eglrfe du douzième fiécle. 25" 8.
"Àoiic" 1 Louis V 'III. furnommé te Lion, Roi
■ XLII. 2pi.
Blanche , femme de Louis VIII.
mère de S. Louis. 2-9 5»
m** en S. Louis IX. du nom , Roi XL1II.
Novem.
302.
Marguerite de Provence 9 jemme
de S. Louis. 327.
n70.cn p H i LIPPE IIJ. furnommé le Hardy,
J2£- Roi XL IF. 332.
Femmes de Philippe III.
Isabelle d'Aragon. 343 .
Marie de Brabant. -345.
ïisj.en Philippe IV. dit le Bel, Roi XLV.
oaob.
- 349.
Jeanne , femme de Philippe le Bel.
31 2 -
Eglife du treizième fîecle. 373.
MM-- ^ Louis X. dit Hutin , Roi XLVI.
Novem. q
3&3,
Clémence , femme de Louis Hutin.
388.
I5 jV n ^ c g enc e fans Roi cinq mois durant.
3$9>
13 té. en Philippe V. dit le Lone , Roi
Novem. vt rsrr ~
— 1 — XLVII. 2$2.
!'**: en Ch ARLK
Jeanne , femme àt Philippe le Long*
398.
IV. <//* /* B</, ^î
400.
Femmes de Charles le Bel,
Blanche de Bourgogne. 4.06.
Marguerite de Luxembourg. 407.
Jeanne d'Evreux. 408.
Régence de deux mois. lbid*
Première branche collatérale*
ijis. en Philippe VI. du de Valois , fumom-
_ JZ!_L w/ /? bienfortnné , Roi XLIX. 405?.
Femmes de Philippe de Valois,
JEANNE de Bourgogne* 452-.
Blanche ^ Navarre. 4.3 3.
^ JEAN I. *** L. 4^5.
i 5î û. en Charles Dauphin 5 Lieutenant , p«i/
oaob - #<g«.*. 441.
Chaules Dauphin , Régent pour la
féconde fois. 453*
Jeanne de Boulogne & d'Auvergne ,
féconde femme du Roi Jean, 455*
1 3 18.. en
Avril.
1 364. en
Janvier.
1380. en
Septem.
1410 en
Décem.
«r An.' ChAres V..«f// fc %<? C^ TEloquentï
— &- RoiLl, 4s g.
Jeanne de Bourgogne \femme de Char-
les l r , 47 8.
Charles VI .Roi L/7. 48a.
Charles VI. portant encore le nom
> ■ de Roi.
Henry , Roi d'Angleterre ,fe portant
pour Régent.
Et Charlîis Dauphin prenant le même.
titre. m .
ISABi au de Bavière, femme de Char-
les VI 5 3 8.
Egiile du quatorzième fiecie. 54,2
i4"- en Charles VII. dit le Viclorieux , Rot
Octobre. r rri
LllL jcj.;
Marie de Jerufalem & de Sicile ,
femme de Charles FIL f8i.
Louis XI. Roi L IV. 5 86V
Charlotte de Savoye , femme- de
Louis XI, $2-\
1461. en
Juillet.
Fin de U Table du Tome fécond.
Errata du Tome 1T.
Page 1 5 ç. féconde colonne , lignes 40* & 41. les Comtes , lifez. le Comte,
Page 388. Blanche, lif. Clémence femme de Louis Hum.
c
R. L E S II.
DIT LE CHAUVE,
ROI XXV.
Agé de dix-sept ans.
înjufte» foibîe & vain , je mis en décadence
Des Princes Carliens l'Etat & la maifon.
Lorfque je rejoignois l'Empire avec la Franceo
Un intidele Juif me donna du poifon.
tOTAIRE Empe-
reur & Roi d'Ita-
lie.
LOUIS Roi de Ger-
manie.
CHARLES Roi de
Bourgogne & de
Neuftrie.
PEPIN combattant
pour le Royaume
d'Aquitaine.
A P E S.
Encore Grégoire IV. S. 3. ans fous
ce régne.
Sfrgius IL élu le 10. Février 844. S.
3. ans un mois.
Léon IV. élu le i*. Avril 847. S. 8.
T ans ?. mois.
g Benoît III. élu le 11. Juillet 85 j. S. *.
Empereurs
encore T»; u - S~*\ U e l q u e s jours avant fa mort ,
taIIe^i/r ^<[J e Débonnaire avoir envoyé fon
j j. ans. ' feepere , fa Couronne & fon épée , mar>
Torne IL
ans 6. mois.
Nicolas I. élu le ^4. Avril 858. S. 9.
ans 6. mois.
Hadkjan IL élu le 14. Décembre 867.
S. s. ans.
Jean VIII. élu en Décembre 87*,
Siégea 10. ans , dont 5. fous ce régne.
ques de l'Empire , à Lotaire fon fils aî-
né , lui recommandant de protéger le
Prince Charles , & de lui conferver le
A
340.
i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
~ partage qu'il lui avoit donné de fon Les Seigneurs qui accompagnoient — ■
"* 0, contentement. Mais Lotaire s'étoit mis Charles, reconnoiifant les artifices de ^°*
dans l'efprit , que fuivant la première fon aîné , crurent qu'il falloit les rom-
difpofition de Ion père , le droit d'aï- pre par u ie brave réfolution , 8c lui
neiie ôc fa qualité d'Empereur le de- conleillerent de s'avancer tout droit
voient rendre fouverain fur fes puînés, vers lui. Ainfi les deux armées fe trou-
Dans ce deiïein il part d'Italie , fe verent à fix lieues l'une de l'autre , la
rend au Royaume de Bourgogne , où ville d'Orléans entre deux. Alors les
il vouloir établir fon fort & le rendez- Seigneurs des deux côtés s'entremirent
vous de (es troupes 8c de fes amis, 8c de les accommoder fuivant la coutume
dépêche fes Commiffaires par tout pour des François. Ceux du parti de Char-
folliciter les Seigneurs de lui prêter le les fe trouvant les plus f bibles, confen-
ferment. Il pana de là à Wormes , d'où tirent à un accord qui lui étoit fort
il attire les Saxons dans fon parti -, 8c défavantageux : car il ne lui demeuroit
de Wormes, il s'avança jufqu'à Franc- par provifion que l'Aquitaine , le Lan-
fort. Il penfoit furprendre Louis : mais guedoc , la Provence , 8c quelques
ce Prince s'étant venu camper tout pro- Comtés entre la Loire 8c la Seine, 8c
che , l'étonna li fort , que comme il il fut dit qu'ils s'alfembleroient au Par-
ufoit plus de rufe que de force : il fit lement qui fe tiendroit à Attigni , pour
trêves avec lui juf qu'au n. de No- régler tous leurs différends; mais que ce-
vembre , qu'ils dévoient fe retrouver pendant Lotaire n'attenteroit rien con-
au même endroit pour vuider leurs dif- tre Charles ni contre Louis, autre»
férends , ou à l'amiable, ou par les ment qu'ils feroient quittes de leur fer-
armes, ment.
Charles étoit alors à Bourges, où il Ce traité fait, Charles marcha vers"*~7
atrendoit que Pépin le vint joindre, la Bretagne pour réprimer les mouve- ^ lm
mais il manqua au rendez-vous promis , mens de quelques Seigneurs Bretons,
croyant qu'il trouveroit mieux fes De là il revint lur fes pas pour fe trou-
avantages de l'autre côté. De là il dé- ver au Parlement d'Attigni. Lotaire
pécha vers Lotaire le prier de fè fou- avoit cependant efïayé de lui fermer
venir des fermens qu'il lui avoit faits les paifages , rompu tous les ponts de
entre les mains de fon père , lui of- deflus la Seine , 8c mis des troupes fur
liant tout refpeét 8c fourmilion com- les bords qui le côtoyoient toujours,
me à fon aîné. Lotaire l'amufa de Ces précautions ne lui fervirent pour-
belles paroles , 8c cependant drelloit tant de rien, d'autant que Charles ayant
routes (es machines pour le jetter hors fçû qu'il y avoit des vaiffeaux au def-
de fes Etats. fous de Rouen , fit diligence de s'en
Après que Charles eût par fa préfen- failir , 8c paila £qs troupes de/Tus , i'es
ce confirmé les peuples d'entre la Meu- ennemis s'étant mis en hiite dès qu'ils
fe 8c la Seine, 8c qu'il eût enfuite fait eurent vu fon étendard,
un voyage en Neufirie , il retourna en En même tems Lotaire, par le con-
diligence en Aquitaine, pour arrêter feil d'Albert Comte de Mets, fon prin-
îes progrès de Pépin , à qui les appro- cipal boutefeu , 8c d'Othbert Evêque
ches de Lotaire avoient fort enflé le de Mayence , pratiquoit les François
courage. Il rabailfa un peu fon. parti par Auirrafiens •■> 8c fçacnant que Louis le
le gain d'une bataille : mais cependant Germanique étoit en marche pour join-
les peuples de Neufhie fe rangèrent du dre Charles , il fit palfer le Rhin à des
côté de Lotaire. troupes pour aller au devant de lui , &c
CHARLES II, ROI XXV. ?
•débaucha une partie des tiennes -, en lui donner tout leur bagage , horfmis
*4 K forte que Louis tut con(lï;lé,de peur leurs armes & leurs chevaux, & lui & 4 J *
de perdre le refte , de (e retirer en Ba- céder même une partie de leurs terres
viere. Il eut été facile à Lotaire de voifines del'Auftrafie, ne fei virent qu'à
l'accabler , s'il l'eût vivement pourfui- le confirmer dans fa réfolution de tout
' vi : mais il fe contenta de laiiïer des avoir , & de faire valoir fon titre
troupes le long du Rhin , commandées d'Empereur. Ils furent donc contraints
par Albert Comte de Mets, ppurl'em- de lui envoyer livrer le champ de ba-
pêcher de revenir au fecours de Ion taille pour le lendemain matin à la deu-
frere Charles. xiéme heure du jour : c'étoit le 25, de
Cependant Charles ayant remonté le Juin,
long des bords de la Seine , fait fes Les deux armées étoient campées
prières à Div.u dans l'Eghfe S. Denis , vis-à-vis l'une de l'autre aux environs
joint quelques troupes que deux ou du Bourg de Fontenay près d'Auxerre.
trois de fes Comtes iui amenoient près Toutes les forces de la France , tous les
de Monrreau Faut- Yonne , & pouifé Grands &c tous les plus braves chefs
deux Comtes de Lotaire qui vouloient écoient-là , autour des quatre Rois , qui
s'oppofer à fa marche , alla palfer à dévoient être les témoins & les remu-
Troyes , où il célébra la tête de Pâques, nerateurs de leurs actions. Aufli le
De là il fe rendit à Attigny , pour taire combat fut le plus opiniâtre de le plus
voir qu'il ne manquoit pas à la conté- fanglant qu'on fe puilfe imaginer. De-
rence alîignée entre lui & Lotaire. Après puis le commencement de la Monar-
l'y avoir attendu quelques jours en chie Françoife , juiqu'au tems que j'é-
vain , il marcha vers Châlons , Se là il cris , il ne s'eft point répandu tant de
accueillit l'Impératrice Judith fa mère , fang François en quelque journée que
8c les troupes qu'elle lui amenoit d'A- c'ait été. Il y périt cent mille hommes ;
quitaine. horrible playe , & qui atroiblit fi fort
Il apprit en même tems , que fon la maifon Carlienne, qu'elle ne s'en pût
frère Louis ayant rallemblé fes forces jamais remettre. La victoire demeura
avoit gagné une bataille fur Albert aux deux jeunes frères. Ils en uferent
Comte de Mets , qui éioit demeuré avec toute l'humanité pollible , ôc ne
mort fur le champ , & qu'il faifoit voulurent pas donner la challe à l'Em-
diligence pour le venir joindre. Voilà pereur leur aîné , de peur de répandre
pourquoi il fe mit en marche pour al- du fang davantage. Ils firent même en-
ler au devant , méprifant le bruit que fevelir fes morts, & panfer ùs blelfés
Lotaire faifoit courir qu'il fuyoit. Ce- comme les leurs , & publièrent un par-
pendant Louis arriva ; &c ainn les deux don général pour tous ceux qui le vou-
jeunes frères étant joints, fe trouvèrent droient accepter. Le lendemain ils af-
les plus forts. Lotaire étoit perdu s'il femblerent les Evêques, dont il y avoit
n'eût pas trouvé moyen de gagner quel- un bon nombre dans leurs armées , pour
ques jours par de feintes négociations , les confulter fur la manière dont ils
jufqu'à ce que Pépin , qui étoit en auraient à expier ce carnage de tant de
marche , l'eût pu joindre. Quand il eut Chrétiens. Les Evêques répondirent
reçu ce rentort , il ne parla plus que qu'il* n'avoient combattu que pour la
de les faire obéir , & établir fur eux juftice , comme le jugement de Dieu
une Souveraineté monarchique. Toutes en étoit la preuve manifefte , &z partant
les offres 3c les ioumilhons qu'ils lui qu'ils les croyoient innocens ; mais que
•êrent par diverfes fois , jufqu'à youloir fi quelqu'un fe fentoit coupable d'avoir
b'4i,
4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
fait quelque chofe par colère , par hai- en langue * Romance & en langue Tu-
ne ou par gloire , il eue à s'en confef- defque. Il portoit que li quelqu'un des *» ^ wrt
fer fecrecemenr Ôz recevoir une péni- deux frères y contrev.non , les lujets u rhjIk*
tence fecrette. Ils ordonnèrent aufii que ne feroient plus obligés de le ieivir. L«tma.
les troupes célébralfent un jeûne de trois C'étoit à proprement pailcr leur cion-
jours pour leurs frères qui avoient été ner ouverture de changer de Souve-
tués à la bataille. rain quand il leur plairoit .
La plupart Aqs chefs s'étant retirés Cette union ayant ralfuré leurs fâ-
chez eux pour fe rafraîchir , ces Prin- jets , ramené ceux que Lotaire avoit dé-
ces ne purent pas recueillir tous les bauchés , & grolîi leurs troupes , ils fe
fruits d'un li notable avantage. Louis mirentà le chercher pour le combattre :
r'epafla le Rhin , Ôc Charles prit fa rou- mais il tira pays de vîtelfe , fans s'anê-
te vers l'Aquitaine pour en chaifer en- ter nulle part qu'il ne tût arrivé à Lyon -,
tiérement Pépin. Ce Prince étoit telle- 6c par fa fuite il leur abandonna toute
ment abbatu , qu'il vouloit fe foumet- l'Aulfrafie, & une partie du Royaume
tre à tout : mais la dilïenfion ayant de Bourgogne.
brouillé le confeil de Charles, en for- Comme ils furent de retour à Aix ,
te qu'il n'agilfoit que foiblement > il les Evêques par eux aifemblés donne -
reprit courage , ck fe mit en campagne, rent un jugement folemnel , & fort re-
D'autre côté Lotaire qui s'étoit fau- marquable contre Lotairc. Il portoit
vé à Aix avec fes débris , ayant levé de que pour raifon des crimes commis à
nouvelles forces , fe fit bien-tôt revoir l'endroit de TEgliie, de fon père ôc de
en Neuftrie , où il avoit grand nombre fes frères , après une mûre délibération ,
de partifans , tk perça jufques dans le ils le déclaroient entièrement déchu de
pays du Maine , brûlant &: faccageant fa portion des terres de deçà les monts,
toutes les contrées par où il palïoit. Et néanmoins ils ne voulurent point la
De là il rebrourTa vers Paris. Sonar- détérer aux deux jeunes frères, qu'au-
mée &z celle de Charles fe rencontre- paravant ils n'eufïent fçû d'eux s'ils en-
rent près de S. Denis , la rivière entre tendoient la gouverner félon les com-
deux y celle de Charles étant la plus mandemens de Dieu. A quoi ayant
foible fe fauvadans les forêts du pays répondu qu'ils le defiroient ainfi , les
du Perche *, Lotaire la pourfuivit quin- Evêques leur dirent : Et nous par Vau-
zj jours : mais ne la pouvant contrain- torité divine , vous prions que vous la re-
dre de venir au combat , il renvoya Pe- cevie% & la gouvernie^felon la volonté
pin qu'il avoit fait venir avec fes ban- de Dieu. Ils diviferent donc entr'eux
des d'Aquitaine. la portion de l'Aurtrafie que Lotaire
q, z ^ Les deux jeunes frères en fe féparant , avoit poffédée.
nirs s'étoient donné rendez-vous pour fe Toutefois ce partage ne tint pas: car
Michel nr. fevoir au plutôt. Dès que Charles eut ce Prince les ayant peu après recher-
fils de Th =° _ les chemins libres , il alla jufques fur le chés d'accommodement , les amis com-
vrier'n.. ij. bord du Rhin pour recueillir fon frère : muns firent en forte que les trois frères
ans avec là fe tous deux s'étant rendus à Stras- s'abouchèrent dans une Ifle fur la Saône,
ftuï 6 %c en- bourg le zx. Février, après plufîeurs accompagnés chacun de quarante Sei-
core Lotai- fêtes & caroufels , firent une nouvelle gneurs , en préfence defquels ils con-
* E> ligue & amitié , fe promettant par vinrent de partager toute la fuccellïon
ferment folemnel de ne s'abandonner de leur père ( la Bavière , la Lombar-
jamais l'un l'autre. Ce traité étoit con- die , tk l'Aquitaine non comprifes ) en
çu & écrit en deux langues, fçavoir trois parties égales, dont Lotaire aurok
CHARLES II. ROI XXV. 5
le choix. Que les mêmes quarante de- Provence eut tout ce qui étoit entn
4i * pûtes de la part de chacun d'eux, s'alïem- les Royaumes de fes deux autres ri ères, 43*
bleroient au mois de Novembre dans fçavoir les terres d'entre i'Eicault , la
la ville de Mets pour faire cette divifion Meufe , le Rhin & la Saône. On ap-
felon leur confcience, & que cependant pelia cette étendue en langue Tudef-
chacun des trois Princes demeureroit que Loterreich , en langue Komance * *Lohiere«
dans la portion qu'il tenoit. Lohier Règne , & par abrégé Lorraine , vieux Fian-
L'aiîemblée des fix-vingts Seigneurs c'eft-à-dire le Royaume de Locaire. ^ s i ' re celtLe '
ne fe fit point à Mets , parce que Lotai- Le pays qui porte ce nom aujourd'hui
re étant à Thionville , il n'y auroit pas eu n'en eit qu'une bien petite partie,
de fureté pour les députés des deux jeu- Quant à Pépin , on ne lui fit aucune
nés frères : elle fut remifeà Coblents fur part , mais ayant gagné une grande ba-
ies conflans de la Mofelle & du Rhin , taille dans 1 Angoumois fur les gens de
ôc là encore faute de pouvoirs affez Charles fon oncle , qui s'eftorçoit de lui
amples , ils ne purent convenir que ôrer fon Royaume d Aquitaine , de af-
d'une trêve jufqu'à la fête de S. Jean- fiégeoit Touloufe , il s'y maintint en-
Baptifîe ■■, ôc d'une autre atfemblée qui core quelques années , jufqu'à ce que
fe feroit à Thionville avant ce tems- fes vices , plutôt que les forces de fes
là. ennemis , le détrônèrent.
Dans cet entre : tems Charles fe ma- Cette divilion de la Monarchie en-
ria dans fon Palais de Crecy fur Oife , tre frères égaux , d'éfunit les peuples de
*Selouquel- avec Hermentuide fille de * Vodon &c la Gaule, de la Germanie & de i'italie,
odonou Eu- petite-fille d'Aielard qui avoit gouver- qui avoient commencé à fe coler, pour
d« comte né Louis le Débonnaire , & avoit été ainfi dire , & à fe joindre en un corps
d Orléans. un e ft r0 y aD l e dillipateur des finances de Monarchie : elle fit que les fujets
ôc des domaines de la Couronne ; ce devinrent changeans , infidèles, fac-
qui d'un côté lui avoit attiré la haine tieux , & qu'ils le donnèrent la liberté
de ceux qui aimoient le bien public -, de choifir des Princes, croyant le pou-
miis de l'autre , raifeètion des courti- voir faire , pourvu qu'ils fufïent du
fans & de ceux qui ne peuvent entrete- fang Royal. Mais ce qu'il y avoit de
nir leur grande ciépenle , que par les pire , étoit que la France ayant perdu
profullons d'un Mmiftre. la meilleure partie de fes forces par cet-
Lcs Seigneurs François afTemblés à te grande faignée de Fontenay , ne fut
Thionville, travaillèrent il bien au par- plus en état de contenir les peuples
rage des trois frères, qu'ils en vinrent à qu'elle avoit fubjugués , particulière-
bout le 16. du mois de Mars. Le Royau- ment les Gafcons & les Bretons, ni de
me d'Occident ou France Occidentale , fe défendre des incurfions des Nor-
qui eft à peu près ce que l'on nomme mands.
aujourd'hui la France , fçavoir depuis Pour les Gafcons , Azenar qui s'étoit
la Mer Britannique jufqu'à la Meufe ; emparé de la Comté de ce pays-là ,
& avec cela le Languedoc & la Mar- étant mort l'an 836. fon frère Sance
che d'Efpagne échurent à Charles ; l'avoit aufii envahie malgré Pépin , &
l'Aquiraine étoit difputée par Pépin, s'y maintenoit avec l'appui des Bafques
A Louis vint la Germanie jufqu'au de des Navarrois. La Duché étoit alors
Rhin , avec quelques villages en deçà tenue par un Seigneur nommé Totiius :
qu'il voulut avoir , parce qu'il y avoit Azenar bien loin de lui obéir , le fati-
des vignobles ; & Lotaire outre le titre guoit par de continuelles incurfions , &
d'Empereur , le Royaume d'Italie ôc la pendant qu'il le tenoit occupé 3 don-
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
-» noit lieu aux Normands de ravager cou- ve , mourut à Tours -, 6c ce Bernard ■-
«45 • te cette Province. qui avoit été il fort dans les bonnes *Hv
On ne fçauroit fans horreur raconter grâces , mais depuis difgiacié pat fon
les ruines , les meurtres & les embvâfe- mari , ayant été acculé d avoir brailé
mens que Ces barbares firent par toute queique truhilon fur la Marche d'Efpa-
la France. La néceiliié les forçoit de gne, dont il étoit Comte autli bien que
fortir de leur pays , pour chercher leur Duc de Septimanie , rut pris & con-
fubuTtance ailleurs : car de cinq ans en damné à mo.t par le jugement desSei-
cinq ans on metcoit dehors des peupla- gneuis François.
des ou effams de jeunes gens , que ion Pendant le gouvernement du Duc
donnoit en partage à des Princes pour Totilus en Galcogne , Ls Normands
aller chercher leurs avantures en u'au- ayant manqué une entrepriie lut Bour-
tres pays. Le defir du butin & de la deaux , ruinèrent Bafas , Ayre, Laitou-
gloire les jettoit fur les plus riches pro- re , Daqs , Tarbe de Bigorre, Labour,
vinces ; le Faux zélé de leur religion îm- Oleron oc Lafcar , & battirent deux Fois
pie Se brutale , les rendort cruels & ce Duc ; mais à la troiiiéme il eut
ianguinaires , particulièrement à l'en- l'avantage fur eux , & les châtia entié-
droit des gens d'Egliie -, les François fe rement de toute la Gafcogne.
fervant de leurs lecours dans les que- Il ne vécut que peu de tems après
relies publiques & particulières, les in- fa viétoire : on donna fa Duché d Se-
troduifoient dans le pays ; ik. les mé- guin 5 & pour le fortifier davantage
chans garnemens que les déiordres des contre Sance &c contre les Normands ,
guerres civiles avoient mis en curée , on y joignit encore la Comté de Bour-
non-feulement leur fervoient de gui- deaux, qui auparavantétoit de la fécon-
des , mais encore de chefs &: d'inftiga- de Aquitaine , on y ajouta même , fi je
teurs pour tout piller , avec tant dedef- ne me trompe , celle de Saintes. Ce qui
trustions , qu'on n'en trouve point de n'empêcha pas que les Normands ayant
pareilles dans routes les hiltoires du fait une féconde defeente l'an 845. ne
monde. Car depuis une mer jufqu'à le défilfent en une fanglante journée
l'autre , il ne demeura pas un Monaf- entre Saintes & Bourdeaux _, où fa mort
tére , pas une Eglife qui ne reffentît combla leur victoire.
leur rage diabolique , pas une ville qui Le Duc Guillaume (on fucceffeur ne
ne fut rançonnée , pillée ou brûlée deux put arrêter ce débordement qui rouloit
ou trois fois. Ce qui faifoit allez con- par la féconde Aquitaine , 6V enlevoit
noître que c'étoit une terrible vengean- tantôt la ville de Saintes, tantôt celle
ce de Dieu. d'Angoulême , une autre fois celle de
Aullî donna- t-il toutes ces années-là Limoges ou de Perigueux. La confufion
Vers 1 an j e v ifibles avertilTemens de Faire péni- qu'ils caufoient dans ce pays- là , ik la
^4°' tence : prefque tous les ans îlparoilFoit révolre de Bernard Duc de Septimanie
OC luiv. des comètes , on en avoit vu une un dont nous venons de parler , laquelle
peu avant la mort de Louis le Débon- arriva en ces mêmes années , donna la
mire -, $c une autre encore l'an 842. hardielfe aux Gafcons du Duché , de fe
D:puis l'an 840. jufqu'en 850. il pa- joindre à ceux du Comté pour faire
rut prefque toutes les années desbatail- tous enfemble le Comte Sance Duc de
les en l'air , & la terre trembla fouvent Gafcogne •, auquel quelques années après
avec des mugiflèmens effroyables. fuccéda Arnauld fils d'Emenon ou Im-
L'an 843. au mois d'Avril l'Impé- mon Comte de Perigord.
ratrice Judith mère de Charles le Chau- Dès 1 an 841 . comme les Rois étoient
CHARLES I
en campagne pour fe détruire l'un l'au-
^45 • tre , Ochery ou Oger , l'un des plus re-
doutables chefs des Normands , qui
commandoit une flote de cent cinquan-
te vaifïeaux , brûla la ville de Rouen
le quatorzième de Mai , ôc l'Abbaye de
Gemiege quelques jours après : & quin-
ze ou feize ans durant continua fes bar-
baries fur la Neuftrie , mais plus parti-
culièrement fur la Bretagne ôc fur l'A-
quitaine.
Ces Barbares avoient aufli pris la
route de defcendre par la Bretagne : la
révolte de cette Province leur en ayant
ouvert les portes. Louis le Débonnai-
re en avoit donné le Gouvernement à
Neomene ilïii des anciens Rois de ce
pays-là , ôc frère puîné de Rivalon pè-
re de Salomon. Or Neomene ayant ac-
quis quelque réputation pour avoir te-
nu tête aux Normands l'an huit cent
trente-fix , commença à fe croire digne
de la Couronne de les ancêtres : tou-
tefois fon defîein n'éclata point juf-
qu'après la fanglante bataille de Fon-
tenay , qu'étant incité par le Comte
Lambert , il fe déclara hautement Sou-
verain , ôc chafTa tous les François de
la Bretagne , horfmis de Rennes ôc de
Nantes , où ils tinrent bon
Ce Lambert outré de ce que le Roi
Charles lui avoit refufé la Comté de
Nantes qu'il demandoit , enrécompen-
fe de ce qu'il avoit combattu vaillam-
ment pour lui à la journée de Fonte-
nay , renonça à fon fervice , & fe jetta
dans le parti de Neomene : avec l'aide
duquel ayant battu ôc tué Renaud Com-
te de Poitiers , à qui le Roi Charles
avoit donné Nantes , il demeura maî-
tre de cette ville. Mais dans peu de
jours en ayant été chailé pour quelque
divilîon qui furvint entre Neomene ôc
lui , il alla malheureufement quérir les
Normands , ôc les amena par la riviè-
re devant Nantes , qu'ils prirent par
efcalade le jour de la Saint Jean. Ils
égorgèrent la plupart, des habitans qui
I. R O I X X V. 7
s'étoient réfugiés dans l'Eglife faint — -
Pierre , maflacrerent l'Evêque fur le ^44*
grand Autel comme il diloit la Méfie ,
ôc emmenèrent tout ce qui reftoit
d'hommes en vie. De là ils turent brû-
ler le Monaftére des Ifles , c'eft Noir-
Mouftier. Ainli Lambert demeura Com-
te d'une ville détruite , ik tâcha de s'y
maintenir , flotant entre fon Roi ôc
Neomene , infidèle à l'un ôc à l'autre ,
haï de tous les deux.
Après le partage fait entre les Rois ,
comme la Bretagne étoit un prétendu
membre de la France Occidentale , qui
étoit échue à Charles le Chauve •, ce
Prince n'ayant plus d'ennemis au de-
dans , tourna fes forces de ce côté -là ,
penfant remettre Neomene dans l'obéif-
fance. Mais il vint hardiment au de-
vant de lui , ôc l'ayant rencontré fur
le chemin de Chartres au Mans , ii le
chargea fi vertement , qu'il mit fon
armée en déroute , ôc le contraignit de
fe fauver dans Chartres à courfe de
cheval.
Cet avantage redoublant les forces
des Bretons , ils faifoient des cour-
fes fur le Maine, l'Anjou ôc le Poi-
tou. Il femble néanmoins qu'il y eut
quelque trêve , puifqu'à l'inftance du
Roi Charles, Neomene chafîa le Com-
te Lambert de Nantes, qui s'alla nicher
dans le bas Anjou , ôc y bâtit le Châ-
leau d'Oudon.
En même tems que Charles fut dé-
fait par Neomene , les guerres civiles
travaillant le Dannemarc, les Seigneurs
de ce pays-là qui fe trouvèrent forts fur
mer, entr'autres, Ragenaire, Haftea
ôc Bier côté de Fer, fous le comman-
dement d'un Roi ou Chef nommé
Horic, fe jetterent fur la France Occi- ~ s 4 e
dentale , ôc ayant forcé les gardes qui
défendoient l'embouchure de la Seine >
pillèrent R.ouen. Une partie comman-
dée par Ragenaire montant avec des
barques le long de cette rivière , facca-
gea tout à droit ôc à gauche ; ôc n'ayant
44-
5 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
pu prendre la cité de Paris, en ruina places , il y exercèrent leurs fureurs — - — -
^45* tout ce qui s'étendoit hors de l'ifle, vingt ans durant. L'an 847. ils pillèrent b 47«
pilla l'Abbaye faint Germain des Prez , le bourg S. Pierre de Rome , & l'Eglife
ôc de là s'en alla détruire la ville de du Prince des Apôtres : ce qui obligea
Melun. Ils n'attaquèrent point l'Ab- le Pape Léon IV. de le fermer de mu-
baye de faint Denis, à caufe que le Roi railles , &c d'y loger les Corfes que les
Charles fort dévot envers ces faints Sarralins avoient chaflés de leur ifle.
Martyrs , y avoit mis une bonne garni- Cette nouvelle ville tut nommée Leo-
fon. En 868. il la rit clorre de murail- nine.
les & de tours en forme de Château. Les Seigneurs refpecloient fi peu leurs g. j j <
Les Moines de ce rems là racontent Rois, que Gilalbert Comte des Man-
plu fieurs exemples d horribles puni- fuanens , ofa bien enlever la fille de
rions de Dieu fur ces Barbares , pour l'Empereur Loraire, &c la mena furies
leurs exécrables meurtres , fâcriléges terres de Charles pour l'époufer : ce
6 incendies : mais Us avoient le cœur qui donna grand fujet de plainte à Lo-
li dur , que rien n'étoit capable de les taire , & beaucoup de peine à Louis
épouvanter. le Germanique pour appaifer fon ref-
Quand ils furent chargés de butin , iëntiment.
ils le laillerenr plus facilement vaincre En Guyenne les grands levoient des "
aux préfens que le Roi Charles leur troupes pour leurs querelles parriculie-
iit pour fe retirer : mais à leur retour res , ôc fe battoient à toute heure maL
ils ravagèrent la Picardie , la Flandre , gré la défenfe de Pépin. En Italie l'an
la Frife , &c prirent la ville de Ham- 844. le Clergés les Bourgeois de Ro-
bourg , où ils fe fullent établis, fi toute me eurent la hardielïè d'élire Serge II.
l'Allemagne ne fe fut élevée pour les en Pape fans la permiilîon de l'Empereur ,
charter. lequel , pour reprimer cet attentat, en-
Les Prêtres ôc les Religieux fuyoient voya fon fils Louis à Rome avec vingt
devant eux de lieu en lieu , cherchant Prélats -, Dreux Evêque de Mets croit
des retraites fûres ou des cachetés pour chef de cette légation. Le jeune Prince
les tréfors de leurs Eglifes, ôc pour les connoillànt l'efpritde certe ville-là, n'y
reliques des Saints : pour lefquelles la voulut point aller fans avoir main for-
dévotion fe redoubla rellemenr, quand te ; il y mena de bonnes troupes avec
ce grand orage fut palfé , qu'elle catifa lui , ôc pour faire marcher la terreur
quelquefois de fanglantes querelles en- devant lui , il ravagea tout le pays juf-
tre les Villes &c les Seigneurs qui les qu'aux porres de Rome , ôc pilla mc-
repetoient , ou qui les vouloient re- me les tauxbourgs. Le Pape pour Hc-
tenir. chir fa colère , envoya toutes les pro-
— ' Tandis que Loraire avoir dénué toute ce liions au devant de lui, ôc le reçut
43' l'Italie de forces pour les amener en avec tous les honneurs polîibles, le cou-
France , les Ducs Radelchife de Bene- ronna Roi des Lombards cv Empereur :
vent , Se Sigenulfe de Capoue , ayant mais il ne voulut pas fourfrir qu'il re-
pris querelle enfcmble , lans refpecter çut le ferment de fidélité des Romains,
le jeune Louis fon fils, appellerenr à que fous le nom de l'Empereur fon pere.
leurs ieccurs , l'un les Sarralins d'Ef- Il honora aufli Dreux de Mers du rirre
pagne , l'autre ceux de Sardaigne , de fon Légat en Gaules ôc en Germanie.
( car ces Barbares avoienr envahi certe Quelques hiltoriens l'appellent Arche-
Ifle) ôc leur donnèrent entrée dans l'I- vêque à caufe qu'il avoir le Pallium.
falie , où s'étant fortifiés dans plulieurs Çejl une. fable que ce Pape ait lèpre-
micr
CHARLES II. ROI XXV. 9
~ micr change, fon nom , & qu avant fon pourtant pas de longue durée, car il re- ô
4*' élection il fefoit appelle Groin de Porc , commença auili-iôt fes courfes iur la ^f*
car ce fut Serge IV. qui avoit ce vilain France : 8c Charles s^n étant vengé fur
nom , & qui en prit un autre ; mais celui la Bretagne par le feu 8c par le glaive ,
dont nous parlons ne changea point le il en fit autant fur les pays circonvoilms
Jien , car il sappella Serge comme fon 8c fur le territoire de Rennes , qui n'é-
pere. Il y en a qui tiennent que ce fut toit pas encore de fon petit Royaume.
OUavian qui introduifu ce myjlérieux Jufques-là il n'avoit point pris le ti-
changement , & qui voulut être nommé tre de Roi , ou du moins n'avoit pas
Jean. Ce fut le douzième de ce nom. pris la Couronne. La coutume de ces
Selon la plus julle fnpputation , il tems-là étoit que le peuple ne croyoit
faut rapporter à ces années la grande 8c pas qu'unPrince la portât légitimement,
miraculeufe victoire que Ramire Roi fi elle ne lui étoit impofée par la main
de Galice tenant fon iiége à Oviedo , d'un Evêque du pays , 8c par le confen-
& fucceilèur d'Alfonfe le Chafte , rem- tement de tous. Or ceux de Bretagne
porta fur les Sarrafins qui venoient lui étant la plupart de la nomination de
demander l'infâme tribut d'un certain Louis le Débonnaire , refufoient de
nombre de filles à quoi le tiran Mau- donner leur miniftére 8c leur approba-
regat avoit obligé ce Royaume-là. Les non à cet ufurpateur. Il fufeita donc
Chrétiens d'Efpagne avoient une fi contr'eux une aceufation de fimonie
grande confiance en l'intercefiion de S. par ie moyen d'un Abbé nommé Con-
Jacques le grand , qu'ils alTurerent l'a- noyon tenu pour faint homme par le
voir vu à la tête de leur armée monté peuple. L'Alïemblée les renvoya par-
fur un beau cheval blanc , 8c portant un devant le Pape pour fe juftifier : l'Abbé
étendard de même couleur : fibienqu'é- les fuivit à Rome , & Neomene le fit
tant animés par cette merveilleufe vi- accompagner d'une célèbre AmbafTade
fion, ils vainquirent les ennemis & en qu'il avoit chargée de préfenter une
renverferent foixanre 8c dix mille fur la Couronne d'or au Pape , 8c de lui de-
place. En reconnoilîance de cette faveur mander le rétabliilèment de la Royauté
Ramire ordonna ,, du confentement de éteinte en Bretagne. Toute la maifon de
fes Evêques , que toutes les terres de fon France s'y oppofa fi fortement 9 qu'il ne
Royaume payeroient à cet Apôtre les put obtenir du Saint Père, que des re-
premices de leurs fruits ; fçavoir , cer- liques , 8c quelques réprimandes ver-
taine mefure de bled & certaine mefure baies pour ces Evêques aceufés. Mais
de vin pour chaque arpent , 8c que les comme ils furent de retour , Neomene
foldats auili dans toutes les expéditions ayant ailèmblé le Clergé de Bretagne ,
militaires qui fe feroient contre lesSar- les força par des menaces de mort de
rafins , lui confacreroient la dixième confeller ces crimes ,&là-deflus il les fit
partie de leur burin. dépofer, fe rendant ainfi le maître des
Les François étant entrés une autre formes de la difeipline Eccléfiaftique. _______
fois en Bretagne , s'embarrafierent mal Aufii-tôt il mit dans leurs places des g g^
à propos dans des marécages , 8c y reçu- gens de fa faction , rétablit trois autres ^ g ~
rent un fécond échec par les armes de Evêchés -, fçavoir ceux de Dol , de
Neomene. Treguier 8c de Saint Brieuz , 8c ordon-
g 47> Comme Charles fe préparoit à une na à l'Evêque de Dol de s'ériger en
troilïéme expédition contre ce pays-là , Métropolitain. Les Paoes avoient don-
l'erfioi des Normands l'obligea d'ac- né le Patlium aux Prélats de ce Siège ,
corder la paix à Neomene, Elle ne fut dès le fixiéme fiécle ; ils en avoient aiiflj
Tome II. B
1®
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"" honoré pluheurs autres , particulière- Chauve, qui dans Paflèmblée de Char-
^' ment celui d'Autan. Tout ce procédé très le ht tondre &c l'envoya au Mo- S 0< "
de Neom.ne tendoit à fe taire couron- naftére de Corbie. A quatre ans de-là,
ner &c facrer à la mode des Rois de Louis le Germanique ion oncle le fit
France, comme il fit dans la ville de Archevêque de Mayence après la mort
Dol , où il avoit convoqué les Etats de de Rabanus Maurus.
fon p.tit Royaume. Tous fes Evêques Le Roi Pépin l'on frère avoit de fort
y afiift.rent horfmis A&ard de Nantes , mauvaifes qualités, il étoit yvrogne,
qui pour ce lu jet ayant été chaiLé de vilainement débauché, &: violent*, il
fon Siège, fe relira vers l'Archevêque de vexoit extrêmement les fujets , &c auto-
Tours Ion vrai Métropolitain : lequel riloit les injuftices & les volenes de fes
ayant alTemblé les Evêques de fa Pro- Officiers. Une bonne partie des Grands
vince , &c des voifines , fit faire des re- d'Aquitaine ayant conçu du mépris 8c
montrances à Neomene fur fon attentat, delà haine contre lui, appellerent le
mais fort inutilement. Chauve , le reçurent avec grand ap-
Deux autres ennemis , peut-être li- plaudillemeut à Limoges, & l'accom-
gués enfemble , j'entens le jeune Pépin pagnerent au fiége de Touloufe , qu'il
Ôc les Normands , attirèrent les armes prit à compofition. Toutefois , li-tôt
du Roi Charles dans l'Aquitaine. Au qu'il fut forti de l'Aquitaine , ils fe re-
mois de Mars il prit quelques Navires concilièrent avec Pépin.
de ces pirates dans la Dordogne , les Le voyage que fit Charles le Chauve
chalïà de devant Dourdeaux qu'ils aiTié- en Bretagne pour mettre du renfort dans
geoient , 8c contraignit Pépin de lui Rennes, n'empêcha pas que Neomene
quitter la campagne. Mais des qu'il fut n'affiégeàt cette ville-là , ne la prit , 8c
forti de la Province, les Normands fur- n'y fit prifonniers tous les Chers de la
prirent Bourdeaux par la trahifon des garnifon,
Juifs qui étoient dedans, tk emmené- La même année le traître Lambert
rent en captivité Guillaume Duc des ayant tourné cafaque , arrêta le Comte
Gafcons, 8c ceux que leur avarice vou- Amaulry 8f plulieurs autres Seigneurs
lut réferver après que leur fureur fe fut François qui étoient entrés dans Nan-
alïouvie de carnage. La foiblelFe des tes, fans doute pour détendre cette ville.
François étoit fi grande, qu'ils leur laif- L'année fuivante Neomene attaquant Êju
ferent plufieurs années faire leur place les terres des François par l'Anjou , 8c
d'armes dans cette grande ville, fansofer ruinant les Eglifes prefque avec la mê-
entreprendre de les en challer. me barbarie que les Normands, fut frap-
£, Malgré les fuggeftions des brouillons péd'une maladie violente, dont il mou-
qui vouloient la guerre , les Rois Lo- rut dans peu d'heures -, on crut qu'il y
taire 8c Charles fe virent dans le Palais avoit de la main de Dieu. Son fils
de Peronue , 8c fe jurèrent de nouveau Herifpoux lui fuccéda -, 8c étant venu à
aftect-ion &c fureté mutuelle. Charles Angers trouver le Roi Charles, com-
frere de Pépin d'Aquitaine , fe fiant me difent les Chroniques Françoifes »,
trop fur ces démonftrations apparentes, reçut de lui Rennes, Nantes, ik le
fut alfez imprudent , comme il rêve- pays de Rets.
noit de la Cour de Lotaire , de la pro- Il fe fit la même année une aflemblce
rection duquel il fe tenoit fort , de générale de tous les Royaumes de la
paflTer par la France Occidentale. Le Monarchie I'rançoife à Marfne fur les
Comte Vivian ayant obfervé fa mar- bords de la Meule, où les trois frères
the , l'arrêta 8c le mena à Charles le fe trouvèrent ik fe jurèrent amitié & fe-
CHARLES I
cours mutuel. Au partir de là Charles
$5 I# defcendit en Bretagne pour attaquer
Herifpoux , qu'il ne croyoït p is encore
bien établi. Leurs Armées fe choquè-
rent fur les confins de l'Anjou. Si l'on
en croit les Bretons , celle de Charles
fut fort mal menée. Quoi qu'il en loir,
il accorda la pjix au Breton pour aller
fe reflaifir de l'Aquitaine, qui étou une
pièce plus importante, & pour s'oppo-
fer aux Normands.
Car cette même année le Pirate Ho-
cheri fortantdeBourdeauxavcc fa flore,
vint détruire l'Abbaye de faint Vandul-
le jufqu'aux fondemens -, puis remon-
tant la Seine avec fes perits batteaux , il
faccagea tout le pays bien avant à droit
Se à gauche , & brûla plufieurs Villes,
entr'autres celle de Beauvais.
I. R O I X X V. n
La mauvaife conduite de Pépin avoit
fi fort orîenfé les Seigneurs de ion
Royaume , qu'enfin ils le faifirent de
la perlonne , & le livrèrent à Charles >
il le fit tondre , & le confina au Mona-
ftére de faint Mard. D'où s'étant éva-
dé, il roda quelque tems, &c fe mit à
pilier avec les Normands , qui facca-
gerent Poitiers & quelques autres vil-
les voifines. Mais leurs efforts ne lui
fervirent qu'à le rendre plus odieux j
tellement qu'ayant été repris , il fut
relïèrré fort écroitement dans le Châ-
teau de Senlis.
La même année Lotaire aflbcia Louis
fon fils aîné à l'Empire. Il en avoit
trois vivans , ce Louis , Lotaire &C
Charles.
«s^.
ETEeHSSEBEIÏESBS?!
6C853
LOTAIRE & LOUIS
fon fils , aflbcié à l'Empi-
re.
LOUIS Roi de la France
Orientale 6c Bavière.
CHARLES de la France
Occidentale, &. de l'Aqui-
taine.
o /Tî* E ne feroit jamais fait de marquer
tous les ravages des Normands.
L'an 8$£. 6c l'an 853. quelques ban-
des étant defeendues en Fnie , pillèrent
cette Province-là , & celle de Hollande;
& après être entrées dans l'Efcaut, elles
vinrent brûler l'Abbaye de faint Bertin.
D'autres montèrent encore par ia Seine,
pillèrent ies Abbayes de jumieges &
de fai.it "Wandrille , puis allèrent ficca-
ger S. Quenrin & Noyon : mais au re-
tour ils furent défaits par quelques trou-
pes Françoifts. Une autre bande entra
cette dernière année par la Loire , qui
pilla la ville deTouis, &c mk le feu aux
Eglifes , particulièrement à celle du
grand faint Martin.
Ebon s'éroit cétabli dans l'Arche-
vêché de Reims , quand Lotaire avoit
envahi ies terres de Charles le Chauve ;
Depuis , ce Roi l'en avoit chalfé , &
en fa place avoit fait élire Hincmar , qui ~
après plufieurs conteftations , fut cette $J"
année confirmé dans cet Archevêché ^'
par le Synode de Soiffons , tenu au mois
d'Avril -, dans lequel il fit aufli dépo-
fer tous les Clercs qu'Ebon avoit or-
donnés depuis fa réintrufion.
Que ce fut néceilité , ou mauvais
confeil , le Chauve traitoit fort rude-
ment les Aquitains. Il fit fauter quel-
ques têtes des principaux , entr'autres
celle d'un Comte nommé Gosbert .:
dont ils conçurent tant de haine pour
ce nouveau Souverain , que fous pré-
texte qu'il n'avoit pas foin de les dé-
fendre des Normands , ils députèrent
vers Louis le Germanique le prier d'ac-
cep.er le Royaume, ou de leur envoyer
fon fils.
Quelque étroite union qu'il y eut eu
dix ans durant entre ces deux frères $
B ij
ii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
le Germanique ne feignit point de la l'étrange avanture delà Papejfe Jeanne. — "
°Sî* rompre, parce qu'il s'agilïoitde gagner On l'a tenue cinq cens ans durant pour -5 S"
un Royaume. 11 envoya un de les fils une vérité confiante : mais dans ces der-
en Aquitaine pour reconnoître la dil- niers Siècles , les Sçavans , même ceux
policion des efprits : mais il ne la trou- qui font féparés de lEgtife Romaine ,
va pas telle qu'il ladefiroit, n'y ayant l'ont avec raifon traitée de fable ridicule.
vu perfonne qui branlât que les parens La Monarchie de France étoit en
de les amis de Gosbert ; de forte qu'il paix, quand Lotaite vint tout d'un coup
s'en retourna vers le milieu de FAu- a f e dépouiller de la Souveraineté , 6c
torane. Mais Charles ayant par là re- à changer fa pourpre Impériale en un
connu les intentions de Louis de Ger- habit de Moine , qu'il prit dans lacé-
manie , fe mit à rechercher l'amitié de lébre Abbaye de Prom ; il y mourut
Lotaire : fî bien qu'il s'aboucha avec quelques mois après , ayant tenu l'Em-
lui dans un Parlement tenu à Valen- pire quinze ans , & le Royaume de
ciennes; ville qui étoit de telle forte Lorraine douze , à compter depuis le
fur les confins de leurs terres , que Lo- partage lait avec fes hères. Il feroit mal-
taire en pollédoit une moitié , &c Char- aifé de juger fi ce furent ies mouvemens
les l'autre. de la grâce de Dieu, lequel amollit,
« Ces deux frères s'étant remis de bon- quand il lui plaît , les cœurs les plus er>
ne intelligence , alignèrent un autre durcis : ou bien les chagrins & les in-
Parlement à Liège, 8c invitèrent Louis quiétudes de fon efprit bizarre &c in-
d'y aflîiter, pour avifer en communaux confiant , qui le portèrent à un chan-
arTaires de la Monarchie Françoife : gement fi furprenant.
mais il s'en exeufa, craignant qu'à fon II eut pour femme Hermengarde r
exemple , ils ne lui jouallent quelque fille du Comte Hugues le Couard , qui
mauvais tour. lui procréa trois fils , Louis , Lotaire ,
Aufortir de-là Charles pafTa en Aqui- tk Charles, & une fille nommée Her-
taine, Se s'en fit couronner Roi à Limo- mengarde , qui lut enlevée par Gifal-
ges. Il n'eft pas vrai qu'il la remit en bert, Comte des Manfuariens, comme
fimple Duché : car fon fils de même nous l'avons dir. Avant fon abdication
nom que lui , la tint quelque tems à ti- il partagea fes terres entre fes trois fils ,
tre de Royaume; & nous voyons qu'el- donnant à Louis l'aîné de tous, l'Ita-
le Létoit encore fous les premiers Rois lie & l'Empire, auquel il l'avoit aiïocit
de la Race Capétienne. l'an 8 5 1 . à Lotaire le Royaume de Lor-
Quelques-uns veulent placer en cette raine; & à Charles la Provence, & partie
année > après la mort du Pape Léon IV. du Royaume de Bourgogne.
CHARLES II. ROI XXV. i 3
H'wwjBtfairetBgai
LOUIS LE GERMANIQUE en Ger- i CHARLES en Neuftrie & Aquitaine,
manie & Bavière.
LOUIS Empereur & Roi
d'Italie.
LOTAIRE II. Roi de Lor-
raine.
CHARLES Roi de Proven-
ce & de Bourgogne.
PV Ans ce changement tous ces Prin- voit fait Archevêque , 8c avoir voulu T~[~
1 ' \»J ces formèrent de nouvelles li- être facré 8c couronné par fes mains
gués 8c de nouveaux detfeins. Le jeune à fainte Croix d'Orléans. De Sens
Lotaire tort mugueté par fes deux on- Louis s'avança jufques dans l'Orléanois:
clés, le joignit enfin avec Charles : mais de là, je ne fçai pas pourquoi, il re-
l'Empereur Louis le ligua avec le Roi de palfa en Champagne.
Germanie qui cherchoit toutes fortesde Charles qui alors étoit furies bords
moyenspour le dépouiller. Charles étoit de la Loire avec ion armée pour faire tê-
fort haï des grands de fon Etat , d'autant te aux Normands, ayant appris que fon
qu'ayant conçu ou de la défiance de leur frère envahiiloit Ion Royaume , laiifa là
affection , ou du mépris pour leur peu de les Barbares , 8c s'avança jufqu'auprès
valeur, il donnoit les emplois militaires de Briénne pour le combattre : mais
à des gens de fortune , plutôt qu'à eux. comme il vit que tout paifoit de ce côté-
Le peuple même ne l'avoit pas en trop là , que fes troupes même commen-
grandeeftime,àcaufequ'illedéfendoit çoient à le quitter > il eut peur que fes
mal des courfes des Normands 8c des gens ne le livralfent } 8c abandonna fon
Bretons, 8c qu'il autorifoit ou du moins armée, qui fe rangea tout fur l'heure
toleroit le pillage de fes Officiers. Sur aux ordres de fon frère.
ce mécontentement univerfel il fe for- Une fi prompte 8c fi étonnante révo- _ « «
ma une grande confpiration pour le def- lution fut aulîi tôt fuivie d'une toute
ritujr de la Royauté : (es fujets députe- contraire. Ceux qui avoient appelle le
rent vers Louis le Germanique , lui o£- Germanique, s'en repentirent les pre-
frant de le reconnoître pour leur Sou- miers , foit que leur humeur ne s'ac-
verain, s'il vouloir les gouverner avec commodât pas avec celle des Germains,
juftice , & employer fes forces pour foit qu'ils euffent honte de leur trahi-
leur défenfe. fon. Ainfi afin de la réparer , ils voulu-
Donc tandis que Charles étoit allé rent en commettre une autre, & con-
faire tête aux Bretons , Louis traverfe fpirerent de le faire tomber entre les
l'Alface avec une armée,vient en Bour- mains de Charles : il étoit aulîi aifé
gogne , & reçoit l'hommage de grand d'exécuter ce delîein que de le con-
nombre de Seigneurs Neuftriens dans cevoir , pour ce qu'ayant été fi crédu-
le Palais de Pont-Yon. Après il alîïgne le que de fuivre leur avis , il avoic
un Parlement àAttigni pour le recevoir renvoyé les troupes de fon Royaume:
de tous les autres , 8c effc introduit toutefois il reconnut leur mauvais def-
dans la ville de Sens par l'Archevêque fein alfez à rems pour fe retirer de
nommé Venilon ou Guenilon, égale- leurs mains, 8c prit occaflon de sert
ment ingrat 8c traître à fon Roi Char- retourner en Germanie , fur la nou-
les, qui de Clerc de h Chapelle l'a- velle qu'il reçut des incur flous des W
i 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"o.'n "' ' nedes dans fes terres. Il n'eut pas fi- de ce Gandonji renomme pour/es trahi- • " —
tôt le dos tourné, que Charles ayant fons dans les vieux Romans : ceux qui °59-
rafîèmblé fes amis , reconquit ion entendent l'ancien langage François ,
Royaume auiîî facilement qu il l'avoit fçavent qu enginner Jîgnijie tromper , &
perdu. que ganeion veut dire un trompeur 3 un
L'entreprife du Germanique donna traître.
^5 9- de la jaloulîe au jeune Locaire , ôc le Les Pères de ce même Concile , ou
porta à fe liguer avec ion oncle Char- peut-être d'un autre tenu au même
les pour leur commune définie. En con- lieu écrivirent auiîî aux Evêques de
féquence de cette union , les £véques Bretagne , pour les exhorter de reton-
du Koyaume de Neuitne & de Lorrai- noître le Métropolitain de Tours , ôc
ne s'étant affembies à Mets le 16. de leur envoyèrent un mémoire pour ad-
Mai , chargèrent Hincmar Archevêque monefter le Roi Salomon d obéir à
d; Rhjims , d'aller forùmer-ie Germa- Charles Roi de France ion Souverain ;
nique de réparer le tort qu'ii avoit fait mais il n'en tint pas grand compte,
à fon frère , ôc d aiîiiter au prochain Les deux frères Louis & Charles, ôc
Parlement général , où celui qui ieroit leur neveu Lotaire ayant été réconciliés
trouvé coupable , ferait fatisfaéhon , par les gens de bien , s'entrevirent dans
ôc abandonneroit les traîtres. Il répon- une ifle du Rhin proche d'Andernac ,
dit qu'il étoit tout pret de s y trouver, accompagnés de nombre égal de Sei-
mais que n'ayant rien rait que par le gneurs qui demeurèrent fur les bords
confeil des Evéques , il deiîroit en de la rivière. Ils fe touchèrent dans la
prendre leur avis. main , ôc convinrent de fe retrouver le
Il fut donc aifemblé vers la mi- Juin prochain Automne à une aflèmblée gé-
un Concile à Savonnieres, à un qu^rt nérale qui fe tiendroit à Balle. Toute-
de lieue de Toul , compofé des Eve- fois ils ne s'y rendirent point, ôc re-
ques de douze Provinces ; ôc on y tra- mirent leur entrevue au Printems fui-
vaiila pour la réconciliation ues deux V ant dans l'AlTemblée de Coblents.
frères & de Lotaire leur neveu : Il n'eu: En ce heu là les Evêques, qui éroient
point marqué à quelles conditions alors les maîtres du Gouvernement par
Le 16. du même mois Charles y pré- la foibleile des Princes , Ôc par le peu
fenta une requête contre Wenilôh de de crédit des Grands , qui n'avoient de
Sens. Il difoit entr'autres choies , Quil vigueur que pour s'entrebattre ôc pour
avoit été facré Roi par la volonté des manger le peuple, réglèrent l'accommo-
Evêques , partant qu'il n avoit pu être dément de ces trois Princes , ôc dreiîe-
privé de cette confécration fans leur con- rent un formulaire pour l'obfervation de
fentement ; & ilajoutoit qu'il eût répon- \ a paix -, le Germanique le jura le pre-
du devant eux , s'il y eut été appelle, mier , & les deux autres après lui.
C'étoit fe foumettre à leur jugement. L'Hiver de cette année 860. futjz j^ 0>
On donna quatre Métropolitains pour fort que la mer Adriatique fe glaça , &
Juges à Wemion , qui le firent aiii- les marchands de ces côtes portèrent leurs
gner à comparoîrre pardevant eux dans denrées à Venife par charroi. On vit tom-
Ctente jours. Nous ne voyons point 1er en plufieurs endroits de la neige de
qu'ils ayent continué cette procédure : couleur de fang : ce qui ne femblera pas
car ii mourut pailible en fon Archevê- merveilleux à qui conjîdérera que Von a
ché l'an 865. vùfouvent des pluyes de même. %
Ceji une erreur groffîére de croire que Comme les Bretons infeftoient con- %C\.
ce Jbit lui qui ait donné lieu aux fables tinuellement les terres de Charles , il
CHARLES II. ROI XXV.
M
TTZ donna la Duché de Fiance ; c'eft-à-di- te de ce Roi , le jeune Comte en fut — :
re , le gouvernement d'entre Seine 8c tellement étonne , que l'an fuivant il •
Loire , à Robert ïurnommé le Fort ou alla à Rome fe jettes à fes pieds. Le
le Vaillant , pour garder cette marche faint Père touché de fa foumifiion , 8c
ou Frontière. Ce que nous avons vou- des larmes de la Princefle , interpofa
lu marquer , parce que ce Robert eft fes prières pour obtenir leur pardon.
conftamment la Souche de la glo- Charles fut confeillé de fe laitier rlé-
rieuse Race des Capétiens -, laquel- chir ; aufli-bien la faute ne fe pouvoit
le ( quand on ne compteroit fon ori- reparer autrement.
gine que de cette année-là ) auroit au- La paflîon du jeune Roi Lotaire fit
*En i7ï4. il jourd'hui huit cens trente-fept ans * un bien plus grand efclandre : il avoit
y a 8*4. ans. d'antiquité bien prouvée par defeente époufé Tietberge fille de Huebert Duc
de mâle en mâle 8c de têtes couron- d'outre le Mont-Jou , 8c allié de Char-
nées ; honneur dont aucune Race du les le Chauve : or dès l'an $60. ayant
monde ne fçauroit fe vanter. pris du dégoût pour elle , 8c de l'a-
Cette année le Chauve fit Comte de mour pour Valdrade nièce de Thiet-
Hollande un Seigneur nommé gaud , 8c feeur de Gontier , celui-ci
Thierri , duquel font defeendus ceux Archevêque de Cologne , 8c celui-là
qui ont depuis tenu héréditairement de Trêves : ces deux Prélats interrefles
cette Comté. Mais ils n'y ont jamais 8c flateurs ayant allé m blé leurs Suffra-
eu qu'une autorité fort limitée , 8c qui gants à Aix la Chapelle, les obligèrent
ne pouvoit rien entreprendre fur la li- de dilïoudre ce mariage ; 8c routaufîi-
bertc du pays : de forte que c'étoit plu- tôt Lotaire époufa publiquement Val-
tôt comme une République , qu'une drade. Les motifs prétendus de cette
Souveraineté. fentence étoit un incelte fuppofé de
En cette année Robert le Fort furprit Tietberge avec le propre frère d'elle >
douze vailTeaux des Normands dans la 8c que l'Evêque de Mets alïuroit que
Loire 8c tua tous ceux qui étoient de- Valdrade avoit été fiancée à Lotaire ,
dans. Il défit aufli quelques troupes Bre- par l'Empereur fon père , mais qu'après
tonnes qui couroient l'Anjou , tandis fa mort le Duc Huebert , qui pouvoit
que Charles ayant convoqué une allem- tout dans cette Cour-là, avoit forcé le
blée générale en fon Palais de Pilles , Prince de prendre Thietberge pour
c'étoit près de Mantes , travailloit à bâ- femme.
tir le Château 8c le Pont de l'Arche , Pour lors étoit Pape Nicolas I. Pré-
pour empêcher les courfes des Nor- lat fort capable , 8c qui le portoit
mands par la rivière de Seine. haut : il en écrivit au Roi Charles qui
" Sr ^ Baudouin Comte de Flandres ayant cherchoit déjà querelle à Lotaire , lui
le fupport du Germanique , eut l'auda- enjoignant de réduire fon neveu à la rai-
ce de venir jufqu'à Senlis enlever Ju- fon. Aulïi eût-il tâché de le dépouiller
dith , fille de Charles fon Roi , & jeu- pour le démarier , fi Louis le Germani-
ne veuve d'Ethelulre Roi d'Angleter- que ne fe fût mis entre deux , 8c ne les
re , d'où elle étoit revenue depuis quel- eût obligés de fe trouver à une alïem-
ques mois. Il fe retira dans les terres blée générale. Lotaire s'y étant rendu ,
de Lotaire , 8c de-là il emmena fa nou- promit de fe foumettre au jugement de
velle femme en fon pays. Les troupes î'Eglife ; 8c pour éluder les pourfuites
de Charles qui avoient voulu courir de Charles , en appella au Pape , le
après , y furent bien battues. Mais le priant de faire juger cette caufe par un
Pape l'ayant excommunié à la pourfui- Concile d'£vêques François qui fe tint
16 ABREGE CHRONOLOGIQUE
à Mecs , 6c où fa Sainteté envoyât fes Conftantinopîe. Ce qui ne fortifia pas
*' Légats. peu le fchifme que ce dernier vouloir "**
Le faint Père lui accorda fa deman- taire , & les réliltances de Hincmar Ar-
de *, le Concile lut affemblé au mois de cheveque de Rheims. Néanmoins peu
Juin. Les deux Evèques Gontier 6c après Ihietgaud obéit à la lentence, mais
Thietgaud y fervirent la palîion du jeu- quelque inltance qu'il en tic , il ne put
ne Prince -, 6c les préfens corrompirent obtenir l'on abfolution du vivant de Ni-
les Légats du faint Père > en un mot le colas. Quant à Gontier Archevêque de
Concile prononça en laveur de la dilïo- Cologne il n'en tint compte, cv ùemeu-
kition. Les deux Archevêques eurent la ra toujours dans Ion obftination.
hardieffede porter cette Sentence à Ro- Les fujets du Chauve malcontensde T7"
me pour la faire approuver au Pape : fon gouvernement , av oient fait di ver-
mais bien loin de cela il alfembla un les ligues contre lui : il obligea pareiU
Concile dans le Palais de Latran , par lement (es fidîUs d'en faire entr'eux
lequel il calfa les aétes de celui de pour fon fervice , &c de s'alfembler en
Mecs, le nommant une proftitution in- chaque reflôrt * fous un étendart ou * MiiïicN
famé, les dépofa &c les excommunia gonfanon , pour marcher quand il les cum -
tous deux , 6c déclara que tous les autres manderoit. Il arriva vers ces jours-là en
Evèques qui avoienc alîiicé à leur faux France un Légat du Pape , il s'appel- 866.
jugement , encourroient les mêmes pei- loit Arfenius. Sa commifîion portoit
nés , s'ils n'en demandoient pardon par trois points : de rétablir Rothald ou
des Envoyés exprès. Rohaud , Evêque de Soilîbns dans fon
"T~ Thietgaud 6c Gontier plus irrités Siège , dont Hincmar fon Métropoli-
J ^" qu'étonnés , fe retirèrent à Benevent tain l'avoitdépofé pour certains crimes,
vers l'Empereur Louis frère de Lotai- fans avoir égard à l'appel qu'il avoir
re ; de-là ils répondirent fort verte- interjetcé au fainc&iége ; de crouver les
mène au Décret que le Pape avoit pu- moyens d'obliger le Roi Lotaire à re-
blié contr'eux , 6c en firent un autre , prendre fa femme légitime, &àcongé-
par lequel ils le déclarèrent excommu- dier Valdrade ; 6c de travailler à affer-
mé lui-même , comme contrevenant, mir une bonne paix entre les Rois. Pour
difoient-ils , aux faints Canons , favo- le premier , Hincmar obéit avec regret
rifant les excommuniés , ôv fe féparant après avoir réfifté crois ans , 6c Rohaut
par orgueil de la fociété des autres Eve- fut rétabli. Pour le fécond * , le Légat
ques. L'Empereur Louis écrivit au laint pie (Ta fi tort Lotaire, le menaçant de
Père en Leur faveur , pour obtenir leur l'excommunier lui 6c tous fesadhérans,
abfolution ; il fit même un voyage à que ce Prince voyant que les frères ap-
Rome pour cela , mais il ne le put Hé- puyeroienr cette fentence , rappella fi
chir ni par prières ni par menaces : de femme légitime , 6c que Valdrade fut
forte que les excommuniés n'ayant rien contrainte de promettre qu'elle iroit à
à efpérer de ce côté-là, fe joignirent Rome quérir Ion abfolution. En effet
avec tous ceux qui s'étoient alors ré- elle encra deux fois en Icalie à ce def-
volcés concre le Saine Siège , parricu- fein , mais deux fois fe repenranc de
liéremenc avec Jean Archevêque de Ra- s'être repencie , elle retourna en arrière,
venne , 6c avec Phocius Pacriarche de Le Pape ayant donc affemblé fon Egli-
* Arfenius s'éranr, adrciïe à Louis le Germanique , clara au Roi Lothaire qu'il eut à reprendre fa femme ,
fie afîcmbler un Sniode , &: ufan: d'une autorite fu- ou à demeurer excommunié avec tous fes adhéiens.
fticme , te »n'f,n n'avait encore feint vu en France } ié- E.U. de i66-',.
fe,
CHARLES II. ROI XXV. \j
— fe , la déclara excommuniée , fit figni- tre comprenoit ce qui ejl en deçà } & ap-
k" 6, fier fon décret à tous les Evéques de partenoit aux François. ■ - - _i_
France 8c d'Italie , & écrivit des lettres En même tems les Normands en- 867,
fort rudes au jeune Lotaire , le mena- trant dans la Neuftrie par la Loire ,
çant de lui ôter fon Royaume , s'il per- s'épandirent dans le Nantois , le Poi-
féveroit dans fon adultère. tou , l'Anjou 8c la Touraine. Ranulfe
" „ Il n'elt point defouplelfes ni de fou- Duc d'Aquitaine , 8c le Duc Robert le
millions que ce Prince ne pratiquât pour Fort , que l'on appelloit aufli Marquis,
éluder cette Sentence. Il appréhendoit parce qu'il gardoit ces Marches contre
que fes oncles ou (es frères ne s'en ren- ces barbares 8c contre les Bretons , les
ditlent les exécuteurs, & ne le dépouil- allèrent attaquer dans un polie qu'ils
lalfent de fon Royaume. Mais fi-tôt avoient fortifié proche de la rivière :
que le Légat fut parti de France , il mais par malheur ils furent tués tous
recommença à maltraiter fa femme , à deux dans le combat : tellement que
vouloir lui taire fon procès pour adul- leur armée deftituée de chefs , quoi-
tere , 8c prouver ce crime par gage de qu'elle eût l'avantage , laitïà évader
Empereurs bataille. L'acuifée fe retira fous la pro- ces brigands.
S*"" Macer tçftion du ft j Charles ; le Pape prit Robert avoit époufé Adelays, de la-
19. ans ', "" fortement fa caufe en main , 8c le Duc quelle il laifla deux fils fort jeunes , Eu-
ayanc tué Huebert rrere de cette Reine fe révol- des 8c Robert , qui régneront ci- après. ___^_
Mu-hel ni. »^t r 11 r t c r • "
ou, /avok ai- tanc contre Lotaire, le mit a piller les Les Sarrahns ne tourmentoient pas 26S.
focié, & en- terres , tuer fes gens , ôc exercer une moins l'Italie. Lotaire y palïà avec des
cote Louis crue [i e vengeance, jufqu'à tant qu'il troupes, non-feulement pour aflîfter
fut tué lui même par le Comte Con- l'Empereur Louis fon frère , mais en-
rard père de ce Raoul , qui fut le pre- core plus pour mériter par ce moyen
mier Roi de la Bourgogne Trans- les bonnes grâces du Pape : ( c'étoit
jura ne. Adrian fuccelleur de Nicolas ) efpérant
Salomon s'étoit imaginé que le qu'avec le tems 8c par fes fervices , il
Royaume de Bretagne, quoique Neo- en pourroit obtenir la dilïolution de
mené y fût venu plutôt par conquête fon mariage avec Tietberge. Le faint
que par ligne , lui appartenoit , parce Père le reçut fort bien , parce qu'il
qu'il étoit fils de Rivalon frère aîné de l'alTiira qu'il avoit obéi ponctuellement
ce Roi; ainli ayant oublié qu'il avoit à tout ce qui lui avoit été ordonné,
été nourri tendrement fous fa tutelle , qu'il traitoit fon époufe avec un amour
il forma une confpiration contre Herif- 8c une fidélité conjugale, 8c qu'il avoit
poux Ion fils , le chargea un jour à la quitté Valdrade pour jamais. Sur cette
campagne ,8c le tua dans une Eglife alfurance il leur donna la communion
où il s'étoit fauve -, puis fe mit la Cou- de fa propre main , à lui , 8c aux Sei-
ronne toute fanglante fur la tête. gneurs qui l'accompagnoient : mais au-
Neomene & lui s'intitulaient Rois de para van t il les adjura de ne point s'ap-
Bretagne y 8c d'une grande partie de la piocher de la fainte Table, s'ils fça-
Gaule , parce qu'ils pojfédoient en effet voient que leur Roi ne dît pas la vé-
k pays du Maine , & avec cela le bas rite. Quoiqu'ils fçulfent qif il fe par-
A nj ou qu "ils avoient arrachés aux Fran- juroit , ils ne héfiterent point à rece-
çois. A caufe de cela ou dïvifa V Anjou voir leur condamnation.
en deux Comtés ; l'une contenoit ce qui Or il arriva peu après que la plupart:
ejl delà la rivière de Mayenne , & étoit de ces Seigneurs parjures moururent
pojfédée par ces Rois Bretons ; & Vau- de maladie ou autrement , en fi grand
Tome II. C
iS
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
US.
nombre & aufTi fubitement , que s'ils
euiFenc été égorgés par le glaive de l'An-
ge exterminateur -, & que Lotaire mê-
me fut faifi d'une fièvre a Lueques ,
dont il alla mourir à Plaifance le (ixié-
rae d'Août. Ce que plufieurs prirent
pour une punition divine, pour le faux
& facrilege ferment , que lui 8c fes
courtifans avoient fait : le Corps de
Jesus-Christ étant un glaive de mort
aux indignes & aux méchans , comme
il eft efprit de vie aux bons. Ce Prin-
ce fut enterré dans l'Eglifè de faint
Antonin martyr à Plaifance.
Son plus jeune frère Charles Roi de
Provence fe mit en devoir de recueil-
lir fa fucceflion , 8c fe fit couronner*
Mets par l'Evêque Adventius : mais" il
ne vécut pas long-temps après , & mou-
rut fans lignée. On l'inhuma dans l'Egli-
fè de faint Pierre à Lyon, *
858.
LOUIS en Bavière & Ger-
manie.
CHARLES en la France
Occidentale , Bourgogne
& Lorraine.
LOUIS II. Empereur en
Italie.
CHarlhs qui tenoit alors un Par-
lement à Poifly , averti de la mort
de Lotaire , ht grand amas de gens ,
êc alla promptement iefaifirdu Royau-
me de Lorraine , fans fe foncier de ve-
xer fes fujets pour lors affligés d'une
Horrible famine , qui les faifoit mourir
à tas , 8c fans avoir égard ni au droit
de l'Empereur Louis , frère des deux
derniers Rois , à qui cette fuccellion
devoir appartenir j ni à l'entremife du
Pape , qui le prioit par une Légation
expreire , de faire raifon à fon neveu.
Les Evêques de ce Royaume , s'étanr
alTemblés à Mets , lui déférerenr cette
Couronne, 8c l'Archevêque Hincmar,
principal promoteur de ce décret , la
lui mit fur la tête avec les cérémonies-
accoutumées.
Lotaire avoit un fils 8c deux filles de
Valdrade. Les deux filles étoient Ber-
the 8c Gifelle : Berthe fut femme en
premières noces du Comre Thibaud ,
père de Hugues Comte 8c Marquis de
Provence -, 8c en fécondes , d'Adelbert
Marquis de Tofcane , père de Guy 8c
de Lambert. Gifelle fut mariée à Gode-
froy le Danois, qui régnoiten Frife. Le
fils s'appelloit Hugues , lequel étant
venu en âge, difputa le Royaume de
Lorraine.
Hermentrude femme du Chauve
étant morte à faint Denis le feize d'Oc-
tobre , il époufa en fécondes noces Ri-
chende ou Richilde fa maîtrelfe , fille
du Comte Buvin ou Boves , 8c de la
fœur de la Reine Thietberge veuve
du Roi Lotaire II.
C'étoit avec juftice , mais fans légi-
time pouvoir , que le Pape s'entremet-
toit de connoître du différend de la
Lorraine. Il dépêcha une féconde Am-
bafîade a Charles le Chauve, pour l'ex-
horter de la rendre à l'Empereur Louis,
autrement qu'il l'excommunieroit ; &
il écrivit aux Evêques qu'ils eulîènt à
fe féparer delà Communion de ce Roi ,
s'ils ne vouloient être féparés de celle
de l'Eglifè Romaine. Charles répondit
affez modeftement aux Légats ; mais les
* Mezcrai s'eft corrigé fur la date de cette mort fait mourir ce Prince en S58. mais il mourut plus Viai-
ians l.i féconde é-iieion tic fa grande hilloirc , oiiil fcmblablcmcnr eu 86 ) .
Uç).
87O.
CHARLES II. ROI XXV. 19
Evêques de France le prirent d'un ton Que les Rois de France n étaient point
plus haut, & l'Archevêque Hincmar Les Lieutenans des Papes ^ mais Seigneurs 7 °*
en écrivit des lettres tort brufques à fouverains dans leurs terres ; ôc le pria
Adrian. de ne lui plus écrire de cet air-là , au-
Son neveu de même nom que lui , rrement qu'il lui donneroit fujet de
Evêque de Laon , étoit dans d'autres mépnfer les décrets , & d'en deshono-
fennmens , ôc foutenoit avec chaleur rer les porteurs. Adrian craignant d'en-
tous içs ordres qui venoient des Papes, flammer davantage fa colère , radoucit
Il avoir recueilli toutes les pièces , mê- un peu fon langage ; mais il p.rfifta
me les faillies , pour confirmer leur do- toujours à lui demander la même cho-
minadon fur les Evêques : il condam- fe , Ôc à lui donner des admonitions pa-
noit l'excommunication que fon oncle ternelles dans les occafions.
avoir lancée contre Carloman fils de Les deux frères Louis ôc Charles ,
Charles , &: ref ufoit d'y foufcrire, parce après pluficurs inftances qu'en fit le der-
que ce jeune Prince en avoit appelle au nier , Ôc par l'entremife des Evêques ôc
Saint Siège. D'ailleurs il s'étoit porté des Seigneurs , fe virent dans un lieu
à excommunier un Seigneur Normand , accordé en deçà de la Meufe , chacun
à caufe qu'il détenoit quelque terre de avec certain nombre de gens \ ôc là ils
fon Egliie que le Roi lui avoit donnée partagèrent le Royaume de Lorraine
i Bénéfice. Son procédé fut blâmé ôc en deux , fans avoir nul égard à leur
condamné par les Evêques au Synode neveu l'Empereur Louis,
de Verberie : il en appella au Pape *, à Le Pape fourenant toujours fa caufe,
caufe de quoi fon oncle l'ayant cité au envoya une célèbre Légation vers les
Concile d'Attigni , qui étoit compofé deux frères. Louis la renvoya à Charles,
des Evêques de douze Piovinces, lui & celui-ci prenant du délai, s'avança
fit piller fon équipage par les chemins •> jufqu'à Lyon , comme pour conférer
ôc lorfqu'il fut dans l'alfemblée , il le avec le Pape : mais c'étoit en effet pour
força de renoncer à fon appel. Le Pape une autre fin toute contraire. Car bien
en fit de grandes plaintes , ôc voulut loin de faire quelque juftice à fon ne-
attirer le procès ôc les deux Hincmars veu , il fe faifit encore du Royaume da
à Rome : mais l'Archevêque lui repartit Bourgogne. Il n'y trouva aucune réfif-
avec vigueur , ôc l'en empêcha. Cette tance que de Berthe femme du Comte
cîifpute alla fi avant , que l'Evêque de Gérard , qui foutint long-tems le fîé-
Laon fut dépofé ôc mis en prifon , ôc ge dans Vienne , Ôc puis la rendit à
que fon oncle au bout de deux ans de compofition. Le Chauve donna cette
cruelle perfécution , lui fit crever les Comté en garde à Bofon frère de la
yeux. Cette affaire brouilla la Cour de Reine Richilde fa femme , lequel en-
Charles avec le Pape Adrian. Hincmar core il fit Duc d'Aquitaine Ôc grand
avoit fait croire à ce Roi qu'il s'agif- Maître des * Portiers, Ôc ï'aggrandit^.^™^
foit de fon autorité dans cette affaire ; de relie forte , qu'il fut peu après un de
le Pape fe piquoit aulîi de maintenir la ceux qui démembrèrent la Monarchie.
fienne. Il écrivit au Roi diverfes let- Durant ce voyage il avoit laiffé la 871.
très fort civiles fur ce fujet : & Ces prie- Lieutenance de l'on Royaume à PArche-
res n'ayant point eu d'effet , il en la- yêque Hincmar , qui par fon génie non
cha d'autres plus impérieufes , lui or- moins puifîànt que hardi , s'étoit rendu
donnant d'envoyer Rohaud devant fon fort nécelîàire. Il n'eut pas. peu d'affai-
Tribunal à Rome. A cela le Roirépon- res à empêcher les courfes ôc les entre-
ditqu'il s'étormoit de fa manière d'agir : prifes de Carloman fils aîné de fon Roi,
Cij
l->
ABRI-GÉ CHRONOLOGIQUE
871.
Ce Prince avoir quelques années aupa- cens ans. Il eut pour fucceffeur un fils
ravant confpiré contre fon père , qui de même nom & iumom que lui. Ce
pour châtiment l'avoir fait Diacre mal
gré lui *, &c comme il s'étoit révolté
une autre fois , il l'avoit mis en prifon
& fait excommunier par les Evêques.
Les prières des Légats du Pape, qui
étoient venus l'an palfé en Fiance , l'en
avoient tiré, mais il abufa de cette grâ-
ce , ik recommença (es brouillenes.
Etant donc retombé une troifiéme fois
entre les mains de fon père ; il le fit
condamner à mort, 8c puis commua ce
fupplice en la privation de la vue , afin
qu'il pût faire pénitence. Quelque tems
après deux Moines le tirèrent adroite-
ment de prifon, & le menèrent vers fon
fils fut père de Garcia Sance le Courbé,
qui en eut trois ; Garcia Sance Duc de
Gafcogne, Guillaume Comte deFezen-
zac , & Arnaud Comte d'Aftarac. Ce
dernier n'étant pas né par la voye na-
turelle , mais par une incifion qu'on fit
au flanc de fa mère , fut furnommé
Non-nat , Pas-nat.
Les Princes de la race Carlienne
étoient , pour la plupart , des efprits
foibles , ou fous , on hébétés. Louis
Empereur d'Italie , quoique pieux &c
vaillant , étoit fi mépriie de fes Su-
jets , qu'ils le vouloient féparer d'avec
la femme , parce qu'il n'en avoir pas
871. &
oncle le Germanique qui lui donna d'enfans mâles. Et même Adelgifè Duc
une Abbaye pour fon entretien. La de Benevent s'étant ligué avec les
mort ne l'en lailïa pas jouir long-tems. Grecs , l'avoit arrêté prifonnier , &
Ce maudit uf âge des aveuglemens & extorqué de lui des conditions fort in-
des autres mutilations , venoitde Vinven- juftes.
tion des Princes Grecs; & on Va pra- Les auteurs de ce tems -là ont temar-
tique long-tems en Occident ; à caufe que qu'il neigea fans difeontinuer depuis
de quoi les vaffaux dans leur ferment de le premier jour de Novembre de l'an
fidélité, juroient qu'ils défendroient la 8yz. jufquà l'équinoxe du printems de
perfonne de leur Seigneur envers & con- Fan 8j3 .
tre tous , & ne confentiroient pas qiion Les enfans de Louis le Germanique
_ le mutilât a" aucune partie de fon corps, donnoient bien de la peine à leur père ,
Vers ce rems -là les Gafcons défi- ik fembloient le punir de l'ennui qu'il
rant recueillir leurs forces fous un Duc avoir caufé au fien. Son fils aîné, nommé
de leur nation , & de la race de leurs
anciens Ducs, pour fe garantir de la
fureur des Normands , & de la ven-
geance de Charles le Chauve , qui ve •
noit d'envoyer fon fils Louis fur leurs
frontières avec le titre de Roi d'Aqui-
taine, allèrent en Efpagne vers le fils
de Loup Centulle, que le Roi des Af-
Charles , 8c depuis furnommé le Gras ,
troublé , fans doute de l'horreur des
confpirations qu'il avoir faites contre
lui , eut de violens accès de manie ,
croyant avoir vu le diable 8c en être
poflédé. Il fut foulage de ce mal pour
quelque tems , après quantité de dévo-
tions ôc de vceux fur les tombeaux de
turies avoir fair Comte dans la vieille divers Saints: mais fa cervelle ayanr été
ébranlée , & même fa tête incifée pour
ce mal-là , il en eut des relfentimens
toute fa vie.
Les Normands s'étoient emparés de
la ville d'Angers il y avoit quatre ans ,
8c s'y étoient habitués avec leurs fa-
milles : de là ils s'en alloient , quand
Caitille , lui demander un de Ces fils.
Le plus jeune, au refus de tous (es frè-
res , accepta cet honneur : fon nom
étoit Sance 4 fon furnom Mirarra ; les
*Mtdaraen5 aira f ms * [ e \ ul avo { em donné, parce
%nifioit rui- qu ». croit leur Ruine de leur Fléau. De
fce>dégât. l u 1 font venus les Ducs héréditaires
871.
8 7 r,
875.
des Gafcons , qui ont duré près de deux il leur plaifoit , courir dans la Loire &
CHARLES II. ROI XXV. ii
dans toutes les autres rivières qui tom- tan & Urfand ( le premier étoit fils de
*73« beat dans celle-là , 8c chargeoierit tout Neomene) alîîllés deWigon fils du Duc 74*
le butin des pays voifîns dans leurs Raoul , 8c de quelques autres Fran-
barques. Charles affilié de Salomon cois, habitans en Bretagne, que ce Roi
Roi des Bretons les alîîégea dans cette avoit maltraités , conipirerent contre
ville-là. Le fiége fut long : le grand lui , 8c l'aiîiégerent dans fon château de
travail des Bretons en vint à bout , ils Plelan -, d'où, étant forti avec ion fils ,
détournèrent le cours de la Mayenne , fur de faulïes promettes qu'ils lui firent
&z par ce moyen ils mirent leurs barques de le bien traiter, les François exe: çartt
à Fec , 8c donnèrent moyen aux Fran- une trop cruelle vengeance , lui créve-
çois de s'attacher au pied de la muraille, rent les yeux , 8c peu de jours après le
Les pirates n'en pouvoient échapper* fi firent mourir.
on eut bien voulu les forcer : toutefois Les deux coufins ayant partagé la fou-
le Chauve , tant ils s'étoient rendus re- veraineté , fe brouillèrent bien-tôt er>-
doutables, craignant la vengeance que tr'eux , 8c en vinrent aux armes pioche
leurs autres bandes, qui étoienr en di- de Rennes: Urfand avec mille hom-
vers lieux du Royaume , en euifent pu mes feulement, chargea Pafquiran, qui
prendre , non feulement ne leur fit point en avoit douze fois autant , 8c rempor-
te mal, mais encore leur donna entière ta l'avantage.
liberté d'emporter tout leur butin. Ils Les autres Seigneurs du pays, à l'exem- — "
promirent feulement de ne revenir pie de ces deux -là, s'érigèrent auiîi 75*
jamais en France •> Se toutefois au par- en Souverains , entr'autres Alain Comte
tir de-là ils allèrent fe nicher dans une dei?re>em:,c'elt-à-dire, duterriroirede
Ifle de la Loire , d'où ils continuèrent Vannes 8c de celui de Porrhoer, 8c Sa-
.leurs ravages. lomon Comte de Rennes,fils d'une fœur
Vers le mois dAoîit, une caufe incon- du Roi de même nom que lui. D'autre
nue amena du côté d'Allemagne une ef- côté les Normands détruifoient tout le
froyable nuée de Sauterelles , qui étoient pays, tellement que la Bretagne ain-
groffes comme le poulce , & avoient fix si déchirée , perdit le nom de
ailes, & des dents aujji dures que des Royaume, & prit celui de Comté, puis
cailloux. En moins d'une heure elles de Duché. En ce tems-là ces deux titres
avoient brouté toute la verdure d'un pays fe confondoient.
de fept ou huit lieues de long, & deux Peu après Urfand tomba malade à
de large, mangeant jufqu aux branches l'extrémité: Pafquitan l'ayant fçu, raf-
& à lécorce du jeune bois. Apres quel- fembla fes forces. Urfand, qui ne pou-
les eurent fait des dégâts incroyables , voit perdre le courage qu'en perdant le
un vent les emporta dans la mer Bri- jour, fe fit porter en litière à la tête des
tannique , oit elles fe noyèrent toutes ; fiennes : fa préfence leur donna la vic«
mais mortes elles ne firent pas moins toire , mais avança un peu fa mort.
de mal que vivantes : les grands mon- Beaucoup de gloire ne lui coûta qu'un
ceaux que le jlux en rejetta fur le bord , moment de vie.
ayant engendré la pefile dans le pays. Son rival ne lui furvêcut pas long-
g Comme le Roi Salomon, qui étoit tems , car la mort lui ôta ce quelle
devenu homme de bien, 8c dévot juf- lui avoit donné. Sa fucceffion demeura
qu'à faire des miracles , méditoit de fe en difpute entre fon frère Alain 8c Ju-
retirer dans un Monaftére , cV de laif- dicael fils d'une fille de Herifpoux. Ils
fer fa Couronne à fon fils Gueguon-, trouvèrent meilleur de la diviler par un
deux de fes coufins germains , Pafqui- accommodement, que par l'épée > 8c en-
n ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— — — -fin , elle demeura toute entière à Alain à Milan dans l'Eglife de faint Ambroife.
°7$- par lamort de Judicacl , qui fut tuédans Sa femme fe nommoit Engelberge , 5 ?f '
un combat contre les Normands , com- félon quelques-uns, fille d'Ethico , qui
me on le verra ci-après. étoit fils d'un autre Ethico , Duc de Sue-
Louis Empereur d'Italie avoit été ve ou d'Allemagne. Il n'en eut qu'une
fort agité par les factions des Grands fille nommée Hermengarde , qui l'an
de fon Etat , Se par les incurfions des 876. fut ravie par Bofon frère de la
Sarrafins. Il y avoit vingt ans qu'il te- Reine Richilde , du confentement
noit l'Empire , lorfqu'il fut attaqué d'Evrard Berenger , fils du Duc de
d'une maladie qui le mit au cercueil le Frioul, qui avoit cette jeune Princeiîè
fîxiéme d'Août de l'an 875. Il mourut en fa garde,
fans enfans mâles. On voit fon tombeau
LOUIS LE GERMANIQUE. | CHARLES LE CHAUVE.
CE fut entre le Germanique Se le une célèbre Ambafïàde, de venir à Ro-
Chauve , à qui fe faifiroit le pre- me recevoir la Couronne Impériale , la
mier de l'Italie. Le Chauve ufant de lui offrant , comme fi elle eut été abfo-
grande diligence, s'y rendit plutôt que lument en fa difpoiition.
Charles Se Carloman , deux fils duGer- En effet , il la lui mit fur la tête le
manique. Ils y parlèrent aufli par deux jour de Noël avec grande folemnité.
différents endroits, tandis que leur fre- Après quoi le nouvel Empereur donna
re Louis fe jettoit en France pour faire la Duché de Spolete à Gui fils de Lam-
diverfion. Pour les deux premiers, le bert, Se celle de Frioul à Berenger fils
Chauve plus rufé les amufa de belles d'Evrard.
paroles , Se les renvoya adroitement -, A fon retour il reçut encore à Pavie Emperww
Se pour le troifiéme , les Prélats lui fi- la Couronne de Lombardie ie 8. de Fé- '" c £! e c B * SI "
rent des remontrances fi pathétiques , vrier Se la confirmation de celle de l'Em- les ii. dit le
qu'il eut pitié du pauvre peuple , Se s'en pire , par une aiîèmblée des Comtes Se c ha j>ve , à
retourna ians avoir beaucoup commis des Prélats , qui ie ht dans la même ans .
d'actes d'hoftilité. ville , le Pape y affiliant en perfonne.
L'intérêt du Pape étoit d'avoir un Cela fait il reprit le chemin de France, 8 '
Empereur de grand nom, & qui le put Se laiila le gouvernement de la Lom-
aûîlteravecdepuiiïantes forces, comme bardie à Bofon fon beau-frere : l'année <,
avoient fait Pépin & Charlemagne, mais fuivante, comme il y avoit encore plu- 77*
qui ne demeurât pas en Italie, où il fleurs Seigneurs d'Italie , qui refufoient
lui eut fort pefé fur les épaules : veilà de le reconnoître, le Pape tint un autre
pourquoi il ne vouloir point de Sei- Concile à Rome pour le confirmer une
gneurs Italiens, parce qu'ils étoient foi- féconde fois, ajoutant de terribles ex-
bles , Se qu'ils demeuroient fur les lieux*, communications contre les réfra&aires.
d'ailleurs avant a prendre des Princes L'Empire d'Occident ne pouvoir être
Carliens , il ne s'acommodoit pas bien qu'un vain titre, Se tout au plus n'avoit
de la rudefle Se de la fierté de ceux qui de terres que l'Exarchat de Ravenne, Se
dominoient en Germanie. Il choifit la Penrapole \ car fon pouvoir n'étoit
donc Charles le Chauve, Se l'invita par pas entier dans la ville de Rome, Se le
CHARLES II. ROI XXV. 23
— — Royaume de Lombardie n'en relevoit Germanique, du Royaume de Lorraine: ^^
$77» n-ulJement. Néanmoins le Chauve s'en mais rare qu'il fur fecrerement d'accôfd '
tenoit extrêmement obligé au Pape, & avec eux , ou autrement , il ne fe lailïà
tâchoit de reconnoîrre cette grâce par point toucher à leurs remontrances,
toutes fortes de moyens j juiques-là que Quoique le Germanique fut feptua-
de Souverain s'étant rendu fon Sujer , genaire , &c d'ailleurs troublé dans la
il tenoit à honneur de porter le titre de maifon par la rébellion de (es fils , il
fon Confeiller d'Etat. Bien plus , il ht eut néanmoins un tel reflfentiment de ce
tous Cqs efforts pour étendre fon autori- que le Chauve ne lui faifoir point de rai-
té fur les libertés de l'Eglife Gallicane : fon de l'Empire ôc des rerres d'Italie ,
car dans le Concile qui fe tint à Pon- qu'il arma de routes fes forces pour faire
tigon , il appuya de tout fon pouvoir les une puiilante irruption dans la Neuftrie.
Légats de ce Pape , qui apportoient des Mais comme il étoit à Francfort , la mort
Lettres de Primatie à Anfegife Arche- coupa la rrame de fa vie& de fes entre-
vêque de Sens, fur tous lesEvêques des priies, le 18. d'Août, le 70 de fon âge,
Gaules & de la Germanie. Il ne fei- & le 59. depuis fon premier couronne-
gnoit point de dire que le Pape l'avoit ment. Il fut inhumé à Loresheim.
commis pour afîïfter à ce Concile, ôc Ce Prince étoit aufîï bien inftruit
pour y faire exécuter fes ordres •, corn- aux lettres qu'il le pouvoir être félon le
me en effet il fit prendre féance à Anfe- tems. Il fe montra toute fa vie actif ,
gifé immédiatement après les Légats du belliqueux , libéral , généreux , qui n'ai-
Saint Siège. Mais les Prélats François moit l'argent que pour le donner, Ôc
encouragés par Hincmar , qui croyoit qui faifoit plus de cas du fer que de l'or ' 7
mieux mériter cer honneur qu'Anfegife grand zélateur de la juftice ôc de la Re-
né purenr erre induirs ni par prières, ni ligion , ôc diftributeur équitable des
par menaces , de donner leur confen- charges ôc des emplois ; enfin plus ap-
tement à c-tee nouveauté. A la huitième prochant qu'aucun autre Prince de fa
celîion le Chauve y fit entrer l'Impéra- race, des bonnes qualités ôedes vertus
trice fa femme (ranr il en étoit éperdu) de Charlemagne fon ayeul.
la Couronne fur la tête, pour y préfider D'Emme fa feule femme il eut troÎ9
avec lui. Les Evêques en eurenr fi gran- fils - , Carloman , Charles 8i Louis. Elle
de honte, qu'ils ne fe levèrent pas feu- étoit fille d'un Comte nommé Euken-
lement pour la recevoir. Il fut traité gaire, félon quelques-uns, Efpagnole de
plufieurs autres points dans les diver- nation -, ôc elle fe trouve avoir été fort
fes feulons de ce Concile ; ôc les Lé- louée par les auteurs du tems pour £a
gatsymfifterent puifîamment, pour que fageile & pour fa piété,
le Chauve fit quelque raifon à Louis le
f f*
24
ABREGE CHRONOLOGIQUE
CHARLES LE CHAUVE Empereur, Roi de Neuftrie , d'Aquitaine ,
de Bourgogne & de Provence.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière, & portant le titre
de Roi d'Italie.
LOUIS II.
Orientale.
- ■ ■ ' A La nouvelle de la mort de Louis
^"^' JTjL le Germanique, le Chauve devint
aggrelfeur de détendeur qu'il étoit , ôc
réfolut de dépouiller ces jeunes Princes
fes neveux , avant qu'ils fe fuiïent af-
fermis. Louis , le plus voifîn de ce
choc y lui envoya des Ambalfadeurs lui
représenter le traité qu'il avoir fait avec
leur père -, ôc lui offrit de prouver pat-
trente témoins , dont dix fubiroient
l'épreuve de l'eau froide , dix celle de
l'eau chaude , dix autres celle du fer
ardent, que de leur part il n'y avoit
point été contrevenu.
Le Chauve feignit d'écouter ces jufti-
fications -, il reçut les épreuves des tren-
te témoins, qui ne furent point endom-
magés , ni par l'eau froide , ni par la
bouillante , ni par le fer tout rouge ; 3c
accorda une furféance d'armes , pen-
dant laquelle il jura de ne point atta-
quer. Il ne lailTa pourtant pas de conti-
nuer fa route , filant par les chemins
étroits ôc écartés , dans les montagnes ,
ayant defTein de le furprendre près d'An-
dernac , où il étoit campé, ôc de lui cre-
ver les yeux. Mais Guillebert Archevê-
que de Cologne, qui étoit avec lui, ayant
Horreur de cette cruelle perfidie , ôc ne
pouvant le détourner de fon deiîein, en
avertit fecrettement Louis, qui fe mit en
fi bonne pofture, qu'il lui défit fa grande
armée , & l'eut toute taillée en pièces s'il
eut voulut la pourfuivre. Ce combat fe
donna près d'Andernac.
Les trois frères affermis par cette vic-
toire dans la fucceflion de leur père , la
de la France [CHARLES de l'Allemagne
1 proprement dite.
La Lorraine à eux deux.
partagèrent ainii entr'eux. Carloman, g
l'aîné de tous, eut le Royaume de 13a- '''
viere, duquel la Pannome, la Moravie,
la Carinfnie , &c la Bohême étoient les
membres. Louis le fecond, eut la Fran-
ce Orientale , ou Germanie , ôc avec ce-
la une partie du Royaume de Lorraine.
Charles le pays des Grifons ôc des Suif-
{qs , la Souaube , l'Alface , de l'autre
partie de Lorraine qui les avoifinoit.
Durant toutes ces dilfentions , les
Normands avoient beau jeu. Le Chau-
ve ne les atrêtoit qu'avec de l'or , Ôc par
des préiens qui les attiroient plus avant,
bien loin de les repouifer : de forte que
tandis qu'il feperdoitdans les imagina-
tions de fes vaines conquêtes , ils im-
poioient tribut fur la Fiance Occiden-
tale, ôc fe faifoient payer à leur mode
autant de Trus * qu'il leur piaifoit. * TtA , en
C'eft peut-être à caufe de cela qu'on les v,c,,x Fra "-
appella 1 ruands. Tribuc
Les Sarraiins d'autre côté ne tôur-
mentoient pas moins l'Italienls s'étoient
fortifiés à Tarente , ôc ayant fait ligue
avec le Duc de Naples , faccageoient
tout jui'qu'aux portes de Rome. Le Pape
Jean crie au fecours , appelle le Chau-
ve , ôc pour grande grâce , lui envoyé la
confirmation de fon élection à l'Empire.
Il pâlie donc en Italie avec Richilde fa
femme, qu'il menoit par tout. Le Pape
vint au devant de lui julqu'à Verceil ,
couronna l'Impératrice à Tortone , ÔC
de-là ils dépendirent à Pavie , pour avi-
fer , avec les Seigneurs d'Italie , au
moyen de chafler les Sarraiins.
Comme
CHARLES II. ROI XXV. 25
- s , Comme ils étoient-là, ils apprirent elle lui donna beaucoup de Seigneuries, '
que Carioman Roi de Bavière, hls aîné mais encore plus d'inquiétudes , 6c peu 77'
du Germanique , approchoit avec une de bons luccès. La meilleure de Tes qua-
puiilànte armée , pour revendiquer le lités fut qu'il fe rendit très-fçavant 3 &c
Royaume d'Italie 6c l'Empire. Au bruit qu'il gratifia les gens de lettres d'hon-
de la venue i'Aflèmblée le difiipe , le neurs 6c de récompenies, les envoyant
Pape s'enfuit à Rome, 6c Charles le chercher jufqu'en Grèce ck en Afie pour
fauve en France : mais au même rems en enrichir la France. Très-louable en
Carioman faifi d'une teneur panique , cela , s'il eut longé à pourvoir à la fu-
rebroulfe auffi en Allemagne. reté Se aux nécellkés de Ion Etat, avant
Tandis que le Chauve éroit éloigné que de pourvoir aux ornemens.
de Ion Royaume , les Seigneurs Fran- On le furnomma le Chauve , 6c il le
<çois formèrent une horrible confpira- fut en effet. Quelques-uns par fiaterie ,
non contre lui jBofon même fon favori, l'appellerent le Grand, ce qui a fait
8c frère de fa femme, fe joignit avec confondre plulleurs de les actes avec
eux. Us le haïlfoient mortellement , ceux de fon Ayeul.
ôc le fujet ou le prétexte étoit , qu'il Son père fut blâmé d'avoir élevé aux
élevoit des gens de bas lieu-, qu'ils l'elli- Dignités Eccléfiafliques des gens de
moient moins brave que taitueux ; que condition fervile : Se lui pa liant plus
voulant tout faire à force d'argent , Se avant, mitdesgens de peu dans les em- .
donnant à tontes fortes d'entreprifes, il plois militaires Se dans les dignités qui
n'épargnoit aucune dépenfe, &: par con- n'étoient dues qu'aux Grands du
féquent chargeoit fes Sujets de grands Royaume. De-là vint qu'il fefit comme
fubiides;& qu'outre cela il fembloitmé- un boule verfement général dans l'Etat,
prifer la nation Françoife,en affectant de le deffous prenant le delTus , les grandes
porter des habillemens à la mode des msifons s'anéanriiïànt , de les gens de
Grecs , qui étoient leurs mortels enne- fortune en élevant de nouvelles *, à qui
mis. Il arriva donc , par les méchantes l'obfcuiité de ces tems-là , tout cou-
menées de ces conjurés , qu'à fon retour verts d'ignorance Se de confufion , a été
palïant parle Mont-Cenis, il fut empoi- fort favorable pour cacher la bafïeiTè
fonnéparSedecias fon Médecin, Juif de de leur origine.
nation , & réputé Magicien , qui lui don- La Ville Se l'Abbaye de S. Denis font
na une poudre mortifère dans une po- redevables à ce Roi de la Foire du Len-
tionmédecinale. Accident alfez ordinal- dy , tems indicl ou alligné pout mon-
re aux Grands qui fe fervent dépareilles trer les Reliques de cette célèbre
gens. Il fut contraint de demeurer en un Eglife.
méchant lieu nommé Brios, où il rendit II n'eut point d'enfans de Richilde
*Le<;.ofto-l'ame dans une petite chaumine. * Son fa féconde femme ; mais de Hermen-
kre - corps fut inhumé à Verceil , &: fept ans trude fa première il en avoit eu plu-
après apporté de-là en l'Abbaye de faint fieurs. Il n'en reftoit qu'un fils vivant ,
Denis. Il mourut âgé de 5 5. ans, le fe- feavoir , Louis, qu'on furnomma le
cond de fon Empire, Se le 38. de fon Bègue , parce qu'il fétok en effet •■> Se
règne, àcompter depuis la mort de fon une fille nommée Judith, qui épou-
pere. fa en' premières noces Etelulfe Roi
Comme il aimoit plus le fade &c la d'Angleterre ; Se en fécondes , Bau-
vaine pompe que le folide , la fortune douin Comte de Flandres } qui l'en-
conforme à (on humeur le fit heureux leva.
en apparence 6c malheureux en efTet :
Tome II. P
16
«-.-— — ■■■■- ~r t ■
LOUIS IL
DIT LE BEGUE-
ROI XXVI.
Agé de trente a trente-trois ans.
fcmceOed- LOUIS DIT LE BEGUE , Empereur , Roi de Neuftrie , * Aquitaine,
dentale -, t'eft Bourgogne & Provence.
I* même.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière,
LOUIS de la France Orien-
tale.
CH ARLES de l'Allema-
gne.
La Lorraine à eux deux.
PAPES.
Encore Jean VIII. durant tout ce Régne , & dans le fuivant.
~~Z T A haine qu'on portoit à Charles
\ JL-/ le Chauve , rejaillit fur fon fils ; il
•ncorc Basi- tâcha de la racheter à force de gratifi-
ie & Louis cations , en donnant aux uns des Ab-
» u. d«Mi. bayes , aux autres des terres ou des
charges : mais pour un petit nombre
de Seigneurs qu'il appaifa, il en fit une
infinité de mal-contens ; & les Princes
( on appelloit ainfi les Grands ) s'of-
fcnlerent qu'il eût donné de fon mou-
vement , leul & dans fon Cabinet , ce
qu'il ne pouvoit donner que par leur
confentement , ôc dans les Allemblées
générales.
Durant qu'ils faifoient diverfes caba-
* cétoit une les , fe fondant , comme je crois , fur ce
conditionné- qu'il ne leur apparoilfoit point que fon
nue la a vl. j / >' 1 I j- "
ré du P ere euc ordonne qu il lui lucccdar •-,
l'a belle-mere Richilde lui apporta en
•v
pcrc
diligence le teftament du Chauve , par
lequel il étoit porté formellement qu'il
lui avoit donné le Royaume , & qu'il
l'en inveiiiifoit par l'épée de S. Pierre ,
& par les ornemens Royaux qu'il lui
envoyoit.
Louis étant un peu plus autorifé par
ce moyen , Iqs Seigneurs s'accommodè-
rent avec lui , non aiîurement fans qu'il
lui en coûtât beaucoup : & l'Archevê-
que Hincmar le couronna dans la ville
de Reims , d'autres difent à Compie-
gne , le 18. jour de Décembre.
Cependant Lambert Comte de Spo-
lete , & Albert Marquis de Tolcane ,
partiians du Roi Carloman qui préren-
doit à l'Empire , étnnt entré dans Ro-
me , traitèrent outrageufement le Cler-
gé , forcèrent les Romains à prêter fer-
877.
LOUIS II.
— - ment a ce Prince , de arrêtèrent le Pa-
*?*• pe Jean VIII. prifonnier. Mais peu
après , étant échappé de leurs mains ,
il s'embarqua fur mer , 8c vint defcen-
dre en Provence. Il célébra le jour de
la Pentecôte dans Arles , & de là il fut
conduit à Lyon , puis à Troyes , tou-
jours défrayé aux dépens des Evêques
chez qui il palfoit. Sur fa route il avoir
écrit à tous ceux de Gaule Se de Germa-
nie , afin qu'ils fe trouvaient à Troyes ,
pour y célébrer un Concile : il y avoir
auiiî invité tous les quatre Rois , mais
il n'y eut que Louis le Bègue qui s'y
trouva : il y fur couronné &c facré par
fes mains le 7. jour de Septembre.
En ce Concile le Pape excommunia
Hugues fils bâtard du Roi Lotaire II.
de de Valdrade , qui fe portoit pour lé-
gitime , &c avoit amaiTé quelques trou-
pes de brigands pour fe rétablir dans
le Royaume de Lorraine. Il réhabilita
aufli Hincmar Evèque de Laon , lui
permit de dire la MelTe , quoiqu'il fût
aveugle , Se lui donna la moitié du re-
venu de LEvêché..
"^ Ce Concile achevé, le faint Père dé-
lirant retourner à Rome , Se le Roi
n'étant pas en état de le conduire , à
caufe d'une indilpofirion qui lui étoit
furvenue , Bofon frère de l'Impératri-
ce Richilde , fut chargée de lui rendre
.ce devoir ; Se le faint père fut II con-
tent de fes foins , que par honneur il
l'adopta pour ion fils fpirituel.
Après fon départ le Bègue s'achemi-
nant en Lorraine , s'aboucha au lieu de
Marfenne fur la Meufe , avec Louis Roi
de Germanie. Us firent Là un traité ,
par lequel ils diviferent la Lorraine en-
tr'eux , comme elle l'avoir été entre
leurs pères -, Se le Bègue promit auili
à Louis de lui donner part au Royau-
me d'Italie.
L'obéilTance ni l'affection des Sei-
gneurs n'étoit pas bien affermie en fon
endroit ; ils tenoient peu de compte de
fes ordres ; Se il arriva qu'ayant armé
ROI XXVI, 27
pour dompter la rébellion de Bernard'
Marquis de Gotthie , dont il avoit don-
né le gouvernement à Bernard Comte
d'Auvergne , il tomba malade en paf-
iant par Autun en Bourgogne , non
fans ioupçon qu'on l'eut empoifonné ,
à caufe de quoi il envoya quérir fow
fils Louis , qu'il mit en la garde d'un
autre Bernard Comre d'Auvergne , de
Tlnerri fon grand Chambellan, de Hu-
gues l'Abbé s Se de quelques autres Sei-
gneurs. Ce Hugues fut très-puiflànt
iur la fin du règne de Charles le Chau-
ve , fous Louis le Bègue , Se fous fos
enfans. Il étoit fils, comme nous l'avons
dit , de Conrard.
Le Bègue étant arrivé avec grande
peine dans la ville de Compiegne , fe
mit au lit , de y rendit l'ame le Vendre-
di-Saint, dixième d'Avril. On l'enterra
au même lieu dans l'Eglife de l'Abbaye-
de faint Corneille. Il étoit âgé de tren-
te à trente-cinq ans , & en avoit régné
feulement un &c fept mois. Avant de
mourir , il envoya par l'Evêque de
Beau vais , &c par un Comte , Pépée ,
la Couronne , Se les autres omemens
Royaux à fon fils Louis , avec ordre de
le faire facrer au plurôt.
Il avoit en fa jeuneiTe pris pour fem-
me Anfgarde, fille d'un Comte nommé
Hardouin , dont il avoit deux fils , ce
Louis dont nous parlons , Se un autre
nommé Carloman : mais comme e-li®
étoit de baffe naiffance , le Roi fon père,
fans le confentement duquel il l'avoit
époufée , i'obligea de la répudier. Voi-
là pourquoi quelques Hiftoriens onr dit
que ces deux Princes étoient bâtards.
Après ce divorce il en prit une autre
nommée Adeleide ou Alix , fille de
quelque Prince d'Angleterre , Se fœur
de Wilfri.d Abbé de Fiavigni au Duché
de Bourgogne. Elle étoit enceinte Icrf-
qu'il mourut, Se elle mit au monde un
fils poflhume , qui naquit le 17. Sep-
tembre en fui van t. On le nomma Char-
les le Simple»
D i\
879.
S??.
iS
ABRÉGÉ CHR
L'Empire d'Occident demeura va-
cant deux ans entiers , ôc l'Italie dans
une extrême conhifion , par les difcor-
des des Seigneurs , & par les ravages
des Sarrafins , aufquels le Pape écoit
contraint de payer tribut.
On peut mettre fous ce régne l'origi-
ne des Comtes d'Anjou , qui com-
mencèrent , félon quelques vieilles
Chroniques , par un Seigneur nommé
ONO LOGIQUE
Ingelger. Il étoit fils d'un Breton nom-"
mé Torquat , ou Tortulte , auquel
Charles le Chauve avoir donné une
Terre en Gâtmois , & Perrctte , fille de
Hugues l'Abbé en mariage. Cet Ingel-
ger fut père de Foulques le Roux , qui
ayant été fait Comte d'Anjou par Char-
les le Simple , défendit vaillamment ce
pays contre les Normands.
879.
1 ai fiUÊiauaaaaiw :
ANS
A R D E
FEMME
DE LOUIS LE BEGUE.
Nai (lance
ë'Anfgaxtk.
La feule qualité de belle & de charmante >
Fit qu'ANSGAKDE régna dans le cœur de ce Roi ;
Mais pour plaire à fon père il quitta fon amante ,
Et préfera l'Empire à l'amoureufe loi.
ANsgarde n'étoit de fa naif-
fànc
fille
Louis le Ee
gue.
ce que iimple Demoifelle ,
d'un des nobles qu'on nommoit
Vavalfeurs ou arrière vaiTaux : mais la
nature l'avoit annoblie de tant de grâ-
ces , qu'elle triompha aifément du cœur
Eft aimée & du jeune Louis , qui lui fit l'honneur
^ r e . de l'époufer. On douta néanmoins avec
quelque raifon , (i ce mariage étoit va-
lable , à caufe que ce Prince étoit dou-
blement mineur, car il n'avoit pas l'âge
requis par les loix *, & que même quand
il l'eut eu , il étoit toujours en qua-
lité de fils ci: de Prince du Sang fous
la tutelle du Roi fon père. Il la tint
néanmoins à fa vue afTcz long-tems ,
pour faire croire que s'il n'autorifoit
pas ce mariage par un cqnfentement
exprès , au moins il le toléroit , parce
qu'il e(t à préfumer qu'un Souverain
êc un père , dont la conduite doit être
dans les bonnes mœurs , fouffre plutôc
un mariage qu'un concubinage. Mais h | a repudiV
d'autre coté , il eft certain qu'il vou par le com-
t r »"i 1 a r\ r ■ r mandement
lut enfin qu il la quittât. On ne içait il de {m pei#>
ce Prince eut de la joye ou du déplai-
fir de ce commandement : mais confi-
dérant qu'il ne pouvoir fuccéder au
Royaume fins le confentement de fon
père , il lui obéit , quoiqu'il en eût
deux enfans. Il inftitua l'aîné fon fuc-
celfeur, comme nous l'avons dit , d'où
on ne peut pourtant pas conclure nécef-
fairement qu'il fût légitime : car les
François avoient encore cette coutu-
me 1. véritablement fort contraire à
A N S G A R D E.
XÇ)
l'honnèreté publique , de faire fuccé- tion dans fon tefhmenr. Nous ne trou-
der les bâtards. En vertu de la volon- vons point ce que devint Anfgarde
té du père les Grands du Royaume le après que le Bcgue l'eut quittée , ni
déclarèrent Roi , non pas feulement en quel tems elle mourut -, il eft croya-
s«s eufam. Régent , comme quelques Modernes ble qu'elle choifit fa retraite dans un
le veulent croire, & lui donnèrent Monaftéie , bienheureux refuge des
pour compagnon fon frère Carloman , malheureufes.
dont le Père n'avoit fait aucune men-
LOUIS III.
E T
CARLOMAN.
ROI XXVII.
En AGE D' AD O LES C EN C E.
879.
Ces deux Princes régnant avec fraternité ,
Des Normands débordés repouflèrent l'audace >
Louis mourut à Tours , Carloman à la Chaflè ,
Et tous deux fans poftérité.
LOUIS III. & CARLOMAN fon frère , Rois de la France Occidentale,
de Bourgogne & d'Aquitaine.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière.
LOUIS le Jeune , Roi CHARLES le Gras, de
de la Germanie ou Fiance
Orientale.
T Allemagne proprement
dite.
La Lorraine à eux deux.
PAPES.
Encore Jean VIII. j. ans & demi du-
rant ce Régne.
Marin élu le i8. Décembre 882. S. 1.
an , 10. jours.
JU s q u e s à la fin de cette race on
ne verra plus que cabales &: frétions ,
dont les Rois croient les jouets Ôc inti-
me les créatures. Thierri , &: les Com-
tes à qui le Bègue avoir recommandé
fon fils , avoient mande aux autres Sei-
gneurs de fe trouver à l'AlTemblée gé-
Hadrian III. élu le 3.0. Janvier 88^.
Siège un an , trois mois , dont iix lous ce
Régne.
ncrale de Meaux ; Se on avoit accommo-
dé les querelles qui étoient entre Thier-
ri ôc Bofon. Mais Gauzclin l'un des
Princes ou grands Seigneurs de Neul-
trie Abbé de faint Germain des Prés ,
n'oublia pas les injures qu'il avoit re-
çues du gouvernement précédent. 11
879-
LOUIS III. ROI XXVII. 51
r ; : jt noué intelligence avec Louis Roi meure aux Rois de la Germanie ou
$7ï>> de Germanie ,dès le temsqu'il avoit été France Orientale. 6ù ° m
fon prifonnier de guerre à la bataille Louis ne fe fut pas contenté de moins
d'Andernac , 8c depuis il avoit tou- que de toute la Monarchie , Ci fes affai-
ioiirs gardé une étroite correfpondan- res ne l'eullènt pas obligé de s'en retour-
ce avec lui. Ayant donc fait fon parti ner promptement : mais ayant appris à
avec quelques Evêques ôc Seigneurs , Mets la maladie de Carioman fon frère
il mit en avant , que pour remédier aîné , qui étoit tombé en paralyfie , il
aux maux de la France , il falloir la re- courut en Bavière pour l'empêcher qu'il
mettre toute fous un chef, ôc appeller ne laifsât fon Royaume à Arnoul fon
pour cet effet ce Prince , qui feulétoit fils bâtard. Or Carioman mourut peu
capable de la bien défendre , fi on le après , ôc fut inhumé à Ottinghen en
reconnoiiloit à l'exclulion des bâtarde Bavière , dans le Monafterede S. Maxi-
de Louis le Bègue ; c'eft ainfi qu'il milian qu'il y avoit fondé. Il n'avoit
appelloit Louis 6c Carioman. point d'entans légitimes, mais deux na-
Les grands Vaiîàux de ces deux jeu- turels , un fils ôc une fille , Arnoul ôc Gi-
nes Princes ne purent autrement dé- felle. Il ne put donner à Arnoul que
tourner cet orage , qu'en s'accordant la Duché de Carinthie , le Roi Louis
avec le Roi de Germanie , ôc lui don- ayant de fon vivant même reçu les fer-
nant par forme de gage la partie de mens de fes autres Sujets. Pour Gifelle,
la Lorraine que le Chauve ôc le Bègue je trouve que l'an 890. elle époufa
avoient poiîedée. Il s'en faifit auili-tôt ; Zuendipold Roi de Moravie , qu'à
ôc depuis , ce Royaume-là , quoique caufe de cela quelques-uns ont appelle
contetté ôc fouvent revendiqué par les fils de Carioman.
Rois de la France Occidentale , eft de-
t* i&^m - JimiïK^W%XXWœjQKVm j»œi®A^
LOUIS III. & CARLOMAN , comme ci-deflus.
LOUIS & CHARLES ieGras, comme ci-deflus,
Z*^ 1 Etendant Gauzelin ôc Con- en Gâtinois par les mains d'Anfegife
880. ^_^y rar J q U1 f s voyoient deltitués du Archevêque de Sens.
fecours de Louis , craignant d'être ac- Quelque tems après ces deux frères
câblés par les autres Seigneurs Neuf- étant à Amiens , diviierent entr'eux le
triens js'adreflei'ent à Luicgardefafem- Royaume de leur père ; la Neuiine
me , Princefïe fort ambitieufe , qui loi- échut à Louis , ôc les Royaumes et A-
licita ii prellamment fon mari , qu'elle quitaine ôc de Bourgogne à Carlo-
le porta à repalîer en France avec un man.
plus grand appareil que la première Dès leur avènement ils eurent le dé-
ibis, plaifir de voir démembrer deux Royau-
Sur le bruit de cette féconde irrup- mes de la fucceilion qu'ils avoient re-
tion , les Seigneurs firent couronner cueillie, fçavoir celui de Lorraine,com-
non feulement Louis fils aîné du Bègue, me nous l'avons dit, ôc celui de Bour-
mais aufli Carioman ion frère. Ils ru- gogne , qu'on nomma aulli Royaume
rent facrés dans l'Abbaye de Ferrieres d'Arles ôc Royaume de Provence. Quant
5 2 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
à ce dernier, il leur fut fouftraitpar Bo Haynaut , Flandre &c Boulonnois. Ar
°°' fon. Ce Seigneur avoir été en telle fa
veur auprès de Charles le Chauve , qu'il
l'avoit tait comme fon Viceroi en Lom-
bardie , 6c lui avoir donné la Provence ,
finon en fouveraineré, au moins à per-
pétuité , ôc Ta nièce Hermengarde pour
époufe. Avec ces avantages il tut encou-
ragé par cette ambitieufe Princelfe de fe
taire Roi -, li bien qu'ayant gagné les
Seigneurs ôc les Prélats de ce pays-là, il
* Grand pou- f e fa £fa e p ar un * Synode qui ie tint
voir des Eve- _, A \ . . { .^ v ,
ques. au Château Royal de Mentale près de
Vienne. Il s'y trouva quatre Archevê-
ques ôc dix-neuf Evêques qui lui défé-
rèrent la Couronne , fans fpecirier néan-
moins de quel pays. L'Archevêque de
Lyon le couronna le 23. d'Oclobre de
-Tannée 879. (a)
Cet attentat fâchoit extrêmement les
deux frères Rois : mais ils avoient ou-
tre cela deux autres ennemis fur les
bras , Louis le Germanique leur cou-
fin , ôc les Normands. Ils gagnèrent
une bataille fur ces derniers, près de la
rivière de Vienne, le premier jour de
Novembre. Après quoi laillant leur
victoire imparfaite , ils tournèrent tête
vers Louis , qui à l'inltigation de l'Abbé
Gauzeiin , s'étoit avancé jufques fur
leur frontière. Quand il eut appris
qu'ils venoient à lui , il n'ofi palter
outre , ôc demanda à parlementer avec
eux à Gondouville , & cependant il fe
retira dans fon Royaume.
En fa retraite il défit dans le Hay-
naut une bande de huit ou dix mille
Normands -, mais dans le choc il perdit
un fils bâtard qu'il avoir. Ces Pirates
avoient brûlé les Villes de faint Orner,
Terouenne , Arras , Tournay , S. Ri-
quier , S. Valéry , ôc tous les Pays de
ras demeura trenre ans délert, feshabi-
tans s'étant rétugiés dans Beauvais. Qua-
tre Bourgeois de Tournay qui s'étoient
retirés à Noyon , rebâtirent leur Ville,
ôc en donnèrent les maiions à rente à
qui les vouloit habiter.
Les quarre Rois pour accommoder
leurs différends, avoient aflïgné une af-
femblée générale à * Gondouville près *Ceft r em>
de Mets. Louis le Germanique envoya"" Gondre -
r r ■ x . ■ .' . ville.
s en exculer lur une maladie qui lui
étoit furvenue : mais Charles fon frère
s'y rrouva , êc conféra avec Louis ôc
Carloman de leurs affaires communes.
lis trouverenr bon de fe liguer enfem-
ble pour la deftruction de leurs enne-
mis ■■> Louis le Germanique avec Louis
ôc Carloman contre Hueues fils de
Valdrade qui iaccageoit tout fon plat
p ; ys de Lorraine } 8c Charles le Gras
encore avec ces deux frères pour domp-
ter l'orgueil de Bofon. .
Pour le premier , les gens de Louis
de Germanie Ôc des deux frères , ayant
été chercher les troupes de Hugues ,
qui étoient commandées par Thiebaut
ion beau-frere , rirent tant qu'ils Iqs ren-
contrèrent , ôc les mirent en déroute ,
avec un horrible carnage. Puis Charles
le Gras &c les deux frères marchant con-
jointement contre Bofon , le vainqui-
rent en une bataille près de Mâcon , ôc
en fuite afliégerent Vienne ; le rébelle
y avoit lailfé fa femme , Se s'étoit retiré
dans les montagnes de Savoye. Nous
ne verrons la fin de ce fiége , que dans
deux ans d'ici.
Charles éroit venu là à la prière de
(es coufins , & avoit quitté fes affaires
d'Italie , où par un iéjour de quelques
mois , il s'étoit alfuré de toute la Lom-
(a) Bofon beau-fierc de Charles le Chauve , profitant
ic la foiblcire de Louis le Bègue , s'empara de coûte la
Provence , du Dauphiné , fie des contrées voillnes , Se
$'en ht élire &c couronner Roi en E79. fous le titre de
Roi d'Ailes , parce ([ue cette ville étoit alors la plus con-
fiJéra'ulc de £011 nouveau Royaume. Cet Luc l'ut polL-
dé fucceiïivemcn.t par fix Rois; mais l'indolence ou la
pufillanhnité des deux derniers , iuc caufe de lou dé-
membrement. Les Gouverneurs l'approprièrent le*
Comtés Se Seigneuries qui le compofoient , de forte i* 4 uc
ce Royaume n'en eut plus ;iuc le nuin.
bardic ;
LOUIS III. ROI XXVII. H
- bardie ; fi bien qu'il avoir été couronné accourut en Picardie pour y donner or- — ■
S8i. Roi par l'Archevêque de Milan. Com- die. Il fondit fur ces barbares près I *
me il brûloit d'envie d'y retourner , il d'Amiens , & en coucha neuf mille par
prit congé d'eux , Se ayant reparte les terre. Toutefois , foit qu'il en vît ve-
Monrs , alla droit à Rome accompa- nir à lui quelqu'autre plus grand corps,
gné du Pattiai che d'Aj^uilée. ou qu'il fût faiii d'une terreur panique,
_ s Cette fois le Pape qui hélîtoit à qui il retourna en arrière - y ôc alors le refte
encore basi- il donneroit la Couronne Impériale , ne de ces barbares recommença à piller
le & Char.- p UL } a re f u [' el - \ un Prince li pmlfamment comme auparavant.
à Noël a.. 6. armé ; ainfi il la lui mit lur la tête le Une troiiiéme bande defeendit au lieu
an*. jour de Noël de l'an 88 1. Il penfoiten dit Haflou , près de la Meufe , Se s'y
tirer quelque alFiftance contre les Infi- étant fortifiée , mit le feu à la cité de
déles , 6c contre les Princes circonvoi- Liège , à celle de Tongres, qui avoit
fins qui incommodoient extrêmement été autrefois ruinée par les Vandales , à
la ville de Rome : mais dès qu'ii eut Cologne , à Bonne , à Nuis , au Palais
le vain titre d'Empereur , il fortitd'Ita- d'Aix-la-Chapelle , à Trêves , à Mets ;
lie. Le Pape lui écrivit inutilement &: ayant gagné une bataille fur les Eve-
pour le rappeller à fon fecours : [qs let- ques de ces deux dernières Villes , où
très , ni un voyage même qu'il fit en celui de Mets fut tué , ( il s'appelloit
France pour cela , ne lui produilirent "Wala ) elle fit un horrible carnage des
que de la peine & du chagrin. pauvres payfans qui s'étoient armés dans
•c&oitle Cependant une * flote de Normands les Ardennes. _
auff h r ° pre ' entranc P ar ^ e ^aal 5 ^ e f° rt:1 fi a à loiiir Comme Louis le Germanique aiïem- 88 it
terre cjue par dans le Palais royal de Nimegue. Louis bloit des troupes pour leur oppofer , il
œer ' y alla avec une armée 6c les aiîîégea : mourut à Francforr le vingtième de Jan-
mais il ne fut pas en fon pouvoir de les vier, dans la force de fon âge, 6c n'ayant
forcer-, tellement qu'il le contenta de régné que fix ans. On porta fon corps
les réduire à vuuier le Royaume. Ils en dans l'Eglife de Saint Nazaire à l'Ab-
fortirent avec toutes leurs troupes, mais baye de Loresheim , où il fut inhumé
aulîï avec tout leur butin. auprès de celui de fon père.
Une autre flote très-puilïante mon- Il fut le feul des trois frères qui fe
tant dans la Somme , força la riche Ab- maria : * fa femme fe nommoit Luitgar- G * ra ^ h f " t !es «
baye de Corbie , 6c la ville d'Amiens , de , fille de Bilmarus 6c fœur de Be- m anc.
puis s'épandit au large dans les contrées non, qui furent Ducs de Saxe, (a) Il
voifines. Le mal étoit fort grand 6c fort n'en eut qu'un fils, qui l'an 88o. fe
preiTant : c'eft pourquoi Louis laiflant jouant fur une fenêtre tomba du haut
fon frère Carloman au fiége de Vienne , en bas 6c fe tua.
jj) D'autres difenr, fille de Ludolfe Duc de S»xc, 8: feeur d'Othon père de Henri l'Oifeleur.
ftKfrsw?
Tome II,
H ABREGE CHRONOLOGIQUE
CHARLES dit le Gras , Empereur & Roi d'Italie , de Germanie ou France
Orientale , de Bavière & de Lorraine.
LOUIS & CARLOMAN de la France Occidentale , Aquitaine , «J
& partie de Bourgogne.
„„ T A lucceffion du Germanique , ôc fon armée : mais une tempête épou- " ' ■
1-j plus encore la nécefîité des affaires ventable qui fe leva , ôc une pefte fu- ° 2 "'
appelloit Charles le Gras en France , où rieufe qui s'étoit mile parmi fes trou-
les Normands loges a. Haflou faifoient pes , leur turent encore favorables : ti-
rage , fécondant Hugues fils de Valdra- bien qu'après quinze jours de tiége ,
de , ôc en étant réciproquement fecon- ces voleurs en turent quittes pour tor-
des : car ce bâtard attiroit & animoit tir de fes Royaumes , d'où ils emport-
ées barbares , ôc excitoit des factions terent des richeiles immenfes.
parmi les Seigneurs , pour fe vanger au Ils avoient deux Rois ou Généraux ,
moins , s'il ne pouvoit pas s'établir. Sigefroy ôc Godefroy. Le premier fe
Charles repafïà donc deçà les Monts , rembarqua avec plus de quarante mille
confirma la donation de la Carinthie à hommes -, l'autre , foie par intérêt , foit
Arnoul fon neveu bâtard, ôc lui donna par dévotion , reçut le faint Baptême,
le commandement de fon armée. Après L'Empereur voulut être fon parrain,
cela il tint un Parlement à Wormes, au ôc lui donna en mariage une fille natu-
fortir duquel Arnoul l'étant venu join- relie du Roi Lotaireli. nommée Gifle ,
dre , il marcha vers Haflou. ôc deux mille quatre-vingt livres d'or ,
Le plus grand malheur de la France avec le Duché de Frife en dot.
étoit , que la plupart des Seigneurs Vers le même tems Louis Roi de la
s'étudioient à entretenir les brouille- France Occidentale , étant allé au-de-
ries , <Sc s'entendoient fouvent avec les vant des Princes Bretons qui lui ame-
Normands , ou du moins avoient de la noient une armée pour aller contre les
connivence pour eux, & ne vouloient Normands, tomba malade à Tours;
pas les exterminer entièrement, parce d'où s'étant fait rapporter en litière,
qu'ils en pouvoient avoir befoin dans il vint mourir à Saint Denis en France
quelque rencontre. L'avant-garde de le quatrième du mois d'Août, ayant ré-
Charles pouffa d'abord les barbares ; ôc gné un peu plus de trois ans. Paul
il les eût foi ces dans la première épou- Emile raconte qu'ayant pouffé fon che-
vante , fi l'intelligence que quelques- val pour courir après une bede fille
uns de fes chefs avoient avec eux n'eût qui fe fauvoit dans une maifon , il fe
balancé la victoire. Il les afîîégea en- rompit les reins dans la porte qui
fuite dans leurs logemens avec toute étoit trop balle , & qu'il en mourut.
4£4
LOUIS III. ROI XXVII. H
884.
CHARLES le Gras , Empereur & Roi de Germanie.
CARLO M AN , Roi de la France Occidentale, Aquitaine & Bourgogne.
— 'Q On frère Carloman partit auffi-tôt ques qui avoit été Comte du Palais , JTT
fis ex 3 ^ e devant Vienne pour venir re- lui fuccéda à l'Archevêché. *"
^' cueillir la fuccwlîion , ayant lailfé la A l'exemple de l'Empereur Charles
charge du fiége au Comte Richard, le Gras, Carloman ion coulin traita avec
qui étoit frère de Boibn , mais Ion en- les Normands pour les faire fortir de
nemi. Eniuite il fe mit à la tête de fon fes terres , & çompofa à douze mille
armée , qui marchoit contre les Nor- marcs d'argent ; mais cependant Hu-
mands. A fon arrivée dans Autun il gués fils de Valdrade faifoit d'horribles
apprit que ces brigands épouvantés ravages dans la Lorraine,
étoient lortis de la rivière de Loire: Peu après ce Roi étant à la chafïè
&: peu de jours après il vit arriver Ri- dans la Forêt d'I véline près de Mont-
chard, qui ayant pris Vienne, lui ame- fort , à une journée de Paris, il arriva
noit la remme & la fille de Bofon pri- qu'il y fut blefïe mortellement par un
fonnieres. ianglier , ou comme d'autres difent ,
De-là il marcha contre une bande par un Gentilhomme de fa fuite , qui
de Normands , qui étant defcendus penfoit darder cette bête. Sa mort ar-
par l'embouchure de la Somme , cou- riva le 6. Décembre. Il eft enterré à
roient jufqu'à Laon & à Reims. Il \qs Saint Denis. Il régna en roue cinq ans
trouva à Seancourt dans le Vimeu , & demi , fçavoir trois ans conjointe-
où il les chargea avec tant de vigueur _, ment avec fon frère , & le refte lui
qu'il les défit entièrement j une partie feul.
demeura fur le champ, l'autre fe fau- Son père l 'avoit fiancé avec la fille de
va dans ùs barques fur la rivière Bofon l'an 878. il y a apparence qu'il
d'Aimé. ne l'époufa pas ; & on ne trouve point
Ce fut en ces jours-là que le grand qu'il ait eu aucuns enfans : car ce Louis
Hincmar Archevêque de Reims , ac- le Fainéant , que quelques-uns lui don-
cablé d'années , & de douleur de voir nent , eft une pure chimère,
ainfi la France au pillage , fuyant de fa Aufli-tôt que les Normands eurent
Ville , qui étoit menacée par les Barba- appris qu'il étoit mort , ils rentrèrent
res,car elle n'avoir point encore de clô- dans le Royaume, interprétant fubti-
ture de muraille , & fe fauvant en li- lement , félon leur génie & leurs inté-
tiere , mourut à Efpernay avec un ex- rets, que le traité qu'ils avoient fait
crème regret de lailler l'Eglife Galli- avec lui étoit fini avec fa vie. Mais Hu-
cane prefque entièrement deftituée de gués l'Abbé les combattit , & en fit fi
Prélats qui entendirent fes droits , & grand carnage , qu'ils iailTerenr la Fran-
qui eulTent foin de fa difeipline. Foui- ce en repos durant quelque tems,
E ij
5*
CHARLES III
DIT LE GRAS,
ROI XXVIII.
Agé de quelque cinquante ans~
En vain deux & trois fois j'eus le chef couronné t
En Germanie , en France , en Bavière > en Lorraine ?
Je ne fus rien dès lors qu'on m'eût abandonné.
11 n'eft point fans Sujets de Grandeur Souveraine.
CHARLES LE GRAS , Empereur en Italie & Germanie.
CHARLES LE SIMPLE > âgé de fept ans, mineur fous la tutelle de Hugues
l'Abbé en France.
-.
PAPES.
Encore Hadrian III. 9. mois fous ce
Régne.
Etienne VI. élu le 17. Mai 88y. Siège
fix ans quelques mois , dont deux ans , huit
mois fous ce Régne.
ON ne trouvera point étrange fi c'eft-à-dire tout ce qui eft entre la Sei- g ~
les François Occidentaux ayant ne , la Loire & la Mer , à la referve des **
befoin d'un Roi majeur pour com- Evêchés. encoTeCHA*.-
mander leurs armées , ne déférèrent Le bâtard de Valdrade n'avoit point les le Gra»
point la Couronne à Charles fils poft- quitté fes prétentions fur la Lorraine -, ^ ^ E0 a N n , VL
hume de Louis le Bègue , qui n'avoit & Godefroy le Normand , Duc de Fri-
encore que fept ans -, & s'ils prêtèrent fe, fon beau -frère, cherchent querelle
le ferment de fidélité à Charles le Gras, pour avoir fujetde le remettre en pof-
qu'ils voyoient fort puifïant , &c qui feffion de ce Royaume-là. L'Empereur
n'étoit pas encore connu pour un efprit Charles fe défit de l'un &c de l'autre ,
foible Se penchant à la démence. mais ce fut par de lâches moyens que
On ne peut pas dire néanmoins qu'ils les confeils de Henri Duc de Saxe lui
exclurent le pupille, puifqu'on en don- infpiierent. Car ce Henri , & Guille-
na la garde 8c l'éducation à l'Abbé Hu- bert Archevêque de Cologne , ayant
gués le Grand , lequel eut en fier la fubtilement attiré Godefroy à une con-
Comté de Paris &c la Duché de France 3 férence dans une l(le du Rhin* le mafia-
CHARLES II I. ROI XXVIII. $7
' crerent fort vilainement, lui & tous prière des François , qui avoient député — TTJj —
880. j es Normands de fa fuite : & au même vers lui le Comte Eudes pour implorer ?•
tems Hugues , qui étoit venu fous leur fon alïiftance. La première fois il força
foi à Joinville, fut arrêté &c aveuglé, le camp des Danois, Ôc mit quelque fe-
puis confiné dans l'Abbaye de faint cours dans la ville, & cela tait il s'en
Gai. retourna. Mais la féconde ayant donné
La fureur des Normands qui com- imprudemment avec fon chevrl dans
mençoit à s'appaifer , fe ralluma par une roife recouverte de paille, & de mé-
cette fanglante perfidie, ôc fit un ef- nus branchages, ( c'étoit un ftf atagême
froyable effort pour s'en venger. Car fort ordinaire en ces tems-là,) il fut
fous la conduite de Sigefroy ils entre- renverfé par terre, & aufîi-tôt tué Se
rent dans la Seine avec 700. barques , dépouillé ; non fans punition divine de
& un fi grand nombre d'autres vaif- la perfidie qu'il avoir commife à l'en-
féaux , que la rivière en étoit toute droit de Godefroy. Son armée fe voyant
couverte plus de deux lieues de long : deftituée de chef, fe retira en Allema-
néanmoins la ville de Paris étant limée gne.
dans une Ifle , & ayant des ponts fur Enfin l'Empereur y vint en perfonne
les deux bras de la rivière , arrêta tout avec de grandes forces , 3c fe campa à
court cette épouventable flotte. Les Montmartre. Et toutefois, foit pour le
Barbares qui vouloient fe rendre la mécontentement qui le mit entre lui &
Seine libre , y mirent le fiége , ayant les Seigneurs François , fou pour quel-
pris Pontoife & les autres places des qu'autre fujet, il aima mieux employer
environs, & la tinrent bloquée trois l'or que le ter à chatîer ces voleurs. Il fit
___ __^ ans durant. compofition avec eux , qui portoit, que
gg_ Durant ce tems-là ils firent toutes moyennant fept cens livres d'argent, ils
fortes d'efforts pour en venir à bout, fortiroient de la France dans le mois de
Mais fonEvêque nommé GofTèlin, l'Ab- Mars , & qu'en attendant ce tems , ils
bé Ebon fon Neveu, le Comte Eudes , pourroient hyverner à l'entour de Sens
qui ci-après fera Roi , Hafcheric frère dans le Duché de Bourgogne. Ce traité
de Thietbert Comte de Meaux , qui fait, il s'en retourna en Germanie, mais
fuccéda en l'Evéché à GofTèlin, & Eb- fort tourmenté d'une grande douleur de
blés de Poitiers fon neveu , Abbé de tête , pour laquelle il y fallut faire des
faint Denis, depuis principal Con- incifions. Cependant les Normands de-
feiller du Roi Eudes, avec plufieurs meurerent fix mois en Bourgogne, &c la
vaillans Chevaliers , &c avec les Pari- pillèrent tout à leur aife.
fiens , dont le courage éroit alors plus Lorfqu'ils fçurent le mauvais état où
grand que leur ville , la défendirent étoient la fanté 6c fes affaires , ils revin-
encore mieux qu'elle ne fut attaquée. rent fe planter dans les prez de S. Ger-
Les afîiégeans faifoient de fois à au- main , feignant pourtant de vouloir gar-
tres diverfes tentatives , 8c donnoient der l'accord : mais en effet pour eflayer
des alTàuts aux tours des deux ponts, de furprendre la Ville; comme ils l'euf-
8c puis fe voyant repouffés s'en alloient fent fait un jour fur l'heure du dîner,
faire des courfes dans les Provinces cir- (car en ce tems-là tous les habirans
convoifines , laifïànt toujours la ville d'un lieu dînoient à même heure, ) Mon
bloquée par des forts qu'ils avoient bâ- ne fe fut apperçu qu'ils remontoienc
tis tout proche. tout doucement dans leurs batteaux ,
Par deux fois l'Empereur Charles y lefquels ils avoient accommodés à l'é-
envpya Henri Duc de Saxe , à L'initiante preuve du trait. On les repoufTa donc
3 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"7Z vigoureufement, ôc après on fit un au- t juchée , quoiqu'il y eut dix ans qu'ils — 77T"
7 * tre traité avec eux, portant qu'ils n'ap- lulïènt enfemble. Lde s appeiloit Ri- 7 *
procheroient point de Paris de trois charde , ou félon quelques-uns , Ri-
journées. Enfuite de quoi ils remonte- childc.
rent vers la Bourgogne , ôc le mirent L'égarement de fon efprit parut en-
à piller les environs de la ville de Sens, cote plus manirellement dans i'AlIem-
La France Occidentale étoit fans chef", biée générale qui le tint au Palais de
ôc tous les Seigneurs prefque égaux en Tribur , entre Oppenheim ôc Mayen-
autorité, linon qu'ils déféroient un peu ce, fur l'autre bord du Rhin ; li bien
à Hugues l'Abbé tuteur de Charles le qu'ayant été reconnu tout-à-lait inca
Simple , mais ce Seigneur mourut à pable de gouverner , tous fes fujets des
Orléans dans le grand beloin duRoyau- Royaumes de Germanie ôc de Bavière
me, l'an 887. Conrard fon père Comte l'abandonnèrent , du confeil même de
de Paris & Duc de Rhetie, étoit mort fa fœur Hildegarde, Ôc élurent en fa
cinq ans auparavant. place Arnoui fils bâtard de fon frère ,
Le Comte Eudes lui fuccéda (à ce que vers la fête de la S. Martin. 11 fit bien
je crois) en la plupart de fes gouverne- quelque effort pour empêcher cette élec-
mens, tant par fa vertu, que parce qu'il tion ; mais comme il penfoit armer , il
étoit fon frère utérin. Car les Généalo- fut encore delaille des Lorrains , puis
giftes alïurent que leur mère étoit Ade- des Allemands ouSouaubes, fes anciens
leis fille de Louis le Débonnaire, qui en Sujets ; en forte qu'il ne lui refta pas
premières noces avoit été mariée au même un valet pour le fervir, ni un
Comte Conrard , duquel elle avoit eu feul denier pour vivre. Vit-on jamais
ce Hugues l'Abbé, ôc un autre Conrard une li étrange ôc li fubite révolution ? Il
pere.de Raoul Duc de Bourgogne ; ôc n'y eut que Luitbert Evêquede Mayen-
en fécondes , à Robert le Fort , duquel ce, qui eut pitié de ce malheureux Prin-
étoient fils Eudes ôc Robert. ce , ôc lui donna à manger , en attendant
Charles le Gras avoit toujours eu le qu'Arnoul ( vers lequel cet Empereur
cerveau foible , depuis qu'il avoit crû avoit envoyé fon fils naturel , nommé
voir le diable, ôc plus encore depuis Bernard, demander du pain,) lui ac-
qu'on lui avoit incifé la tête , comme corda le revenu de trois ou quatre villa-
nous avons dit. Une des premières ges pour fa fubliftance.
marques de fa folie fut la jaloulie qu'il Voilà comme ce Prince , qui en ce
conçut de l'Impératrice fa femme ; il fe tems-là étoit le plus puillant de la ter-
mit dans l'efprit des penfées qu'un re, n'ayant aucun vice qui parut-, au
homme fage ne s'y doit jamais mettre , contraire , étant très-bon , très-jufte ,
pour fon honneur ôc ion repos. Ce ôc dévot jufqu'à l'excès , fut réduit en
chagrin n'ayant que trop paru, donna cet état, pour n'avoir pas eu allez de
la hardieflTe à Berénger Marquis de force d'efprit, ôc pour avoir été deftitué
Frioul, de piller le bagage de Lieutard d'enfans légitimes, deux choies très-né-
Evêque de Vercel , qu'on aceufoit de cefTaires à un Souverain,
gouverner trop familièrement l'Impé- Cet état déplorable dura peut-être
ratrice. Néanmoins fon mari en ayant encore moins qu'il n'eut voulu : ilmou-
témoigné fon reifentiment , l'obligea de rut ou de regret , ou ayant été étranglé
lui en venir faire fatistaction au Parle- par fes ennemis, le huitième Janvier de
ment d'Uberlinghen. Mais dès l'année l'an 888. Son corps fut enterré au Mo-
même il la répudia en pleine alTemblée naftére de Richenove , qui eft dans une
d'Etats, jurant qu'il ne l'a voit jamais Ifle du Lac d* Confiance.
888.
CHARLES III. ROI XXVIII. 39
■- De toute la race Cariienne il ne ref- fent que les François ne l'élurent que 9 r~
^° * toit que deux Princes, Arnoul c>i Char- pour Tuteur du pupille , & Gouverneur
les l'un bâtard, & l'autre enfant. Selon ou logent du Royaume. Ils apportent
l'humeur des François d'alors, tout de- pour preuve, qu il rélifta fort à cette
voit être régi par Arnoul ■■, mais il y avoir élection , qu'il prit loin de l'éducation
tant de Grands également puiflàns Se de Charles , que lorfqu'il fut en âge ,
ambitieux, qui croyoient bien valoir il lui rendit une partie du Royaume, ôc
un bâtard , parce qu'ils étoientdu Sang que quand il mourut , il le lui remit
Carlien par femmes, qu'il ne put pas tout entier. Et il quelqu'un demande
s'autorifer ni en la France Occidenta- pourquoi, n'étant que Régent ôc tuteur,
le , ni en Italie. il prit la qualité de Roi , îls-répondent ,
Empereurs II y en avoir deux autres dans l'Ita- que dans ce ficcle-là& dans les trois ou
encore
leon li e 9 îçavoir Berenger Duc de Frioul , quatre fuivans , les tuteurs prenoient
«ss.R^ans! & Guy Duc de Spolete : ils avoient été les titres des terres de leurs pupilles
invertis de ces terres par Charles le qu'ils adminiftroient.
Chauve. Tous deux étant iflus du Sang Quoi qu'il en foit , Eudes , après cette
Royal, quoique feulementpar femmes, élection , alla conférer avec Arnoul
crurent qu'au défaut de mâles capables Roi de Germanie , par le confentement
de gouverner , ils dévoient prendre leur duquel elle s'étoit faite. Au partir de là
part de la fucceflion de Charlemagne. il tic un voyage en Aquitaine, pour re-
lis s'accordèrent donc enfemble , que cevoir les hommages des Seigneurs de
Guy auroit le titre d'Empereur , & ia ce pays-là , & pour empêcher qu'ils ne
France Neuftrienne *, & Berenger l'Ita- le remilîènt en Royaume comme il y
lie. Or le premier ayant mis quelque avoit été.
rems à fe faire couronner Empereur à D'autre part Raoul ou Rodolphe ,
Rome , tarda un peu trop à paffer en fils du jeune Conrard , & petit fils de
France , de forte qu'y trouvant les ef- Hugues l'Abbé , occupa le pays d'en-
prits changés, il retourna en Italie. En tre le Mont-Jou , 6c les Alpes Penni-
ce pays-là ii vainquit Berenger en deux nés , c'eft-à-d^re , la Savoye & le pays
fanglantes batailles , & le contraignit des SuilTes -, & le fit couronner Roi de
de fe réfugier vers Arnoul. la Bourgogne Trunsjurane , à S. Mau-
Quant à ce Roi Arnoul , n'ayant pas rice en Valais. ____
fait allez de diligence, & d'ailleurs les Comme aufli deux ans après, Louis gg .
François Neuftriens ou Occidentaux ne fils de Bofon , avec le crédit & les in-
s'accommodant pas bien avec les Fran- tngues de fa mère qui avoit toujours
çois Orientaux , ou Germains , il fut retenu l'adminiftration du Royaume
bien étonné que les Seigneurs de Neuf- d Arles ou de Provence après la mort
trie, ( déformais nous la nommerons de fon mari, fe fit déférer cette Cou-
fimplement France ) lui mandèrent , ronne , par un Concile qui fe tint ex-
comme il penfoit y venir , que dans près à Valence l'an 890. Il fe fondoit
l'AiTemblée de Compiegne ils avoient fur ce qu'il étoit fils d une Princeiïè du
élu Eudes , qui étoit Comte de Paris , fang , & que Charles le Gras l'avoit
& Duc de France. adopté dans l'Aflembléed'Ubeninghenj
En effet , quoique quelques-uns ré- mais ces fortes d'adoptions n etoient
clamaiTent en faveur de Charles le Sim- qu'honoraires , & ne donnoient aucun
pie , il fut couronné l'année fuivante. droit fur la fucceflion de celui qui adop-
par Gautier Archevêque de Sens. toit. Au refte vous remarquerez que
Quelques auteurs de ces tems-là di- tous les Princes qui démembrèrent ainfi
Sqo.
j.*
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
la Monarchie, étoient ilïiis par filles du Charles le Simple, qu'ils regardoient
fang Royal , ôc qu'ils fe croyoient pius tous deux comme bâtards,
habiles à fuccéder qu'Arnoul ni que
890.
ICHARDE
FEMME
DE CHARLES LE GRAS.
Qualités de
Lichatde.
Merveille de ton fexe , adorable Princefle »
Dont l'honneur combattu ne tut jamais blefle »
Chai les en te quittant, témoigna là foiblelTe ,
Car alors d'infeniible , il devint infenfé.
o
N tient que cette Princefle étoit
de la Maiion d'EcolIè -, Charles
Je Gras lepoufa du vivant de fon père ,
lorfqu'il n'étoit encore que Duc de
Souaube. Un auttur Allemand dit qu'el-
le fut fage & religieuie Princeile , Se
qu'elle protégea de tout fon pouvoir
les Eghies Se les Eccléiiaftiques contre
la violence des Grands. L'autorité de
fon mari s'abaillant de jour en jour
par la foiblelfe de fon elprit , Se par
les factions , elle !a foutint quelque teins
avec les conieils Se le crédit de Luitard
Soutient Tau- Evèque de Vcrceil , qui étoit capable
torité de fou j e i ui colî { erver l'Italie déjà fortébran-
înan avec les • , T , n , . r • r ■ 1 r
confeik de lee. L Lmpjreur bien latisrait des ler-
ucLui- y; C es de ce Prélat , lui avoir confié
fon fceau , Se la diipolition de toutes
fes aff ires de delà les Monts. Mais
les fréquents entretiens qu'il étoit obli-
gé d'avoir avec fa femme , lui déplu -
Sonmaride- rent -, la défiance Se la jaloufie lui in-
d'cUe&de' ter P"' terent: cec,:e familiarité tout au-
«t ivêque. trement qu'il n'eût fallu pour le repos
de tous les trois •, Se comme il avient
toujours à ceux qui ne font point ai-
mables de s'imaginer qu'on ne les aime
point , Se qu'on les mépiie , ce Prince
qui étoit dune g..oileur difforme, Ôc
avoit les jambes tortes , Se d'ailleurs
peu d'agrément dans fa convuiiat^on ,
le mit facilement dans la tête que 1 Lvê-
que aimoit trop fa lemme : de foite
qu'en ne confi aérant pas qu'il ne ie
maintenoit que par leur moyen , il
lailïa un jour piller fon bagage , com-
me à un criminel *, il eft vrai que ce
moment de frénefie étant palfé , il lui
en fit faire quelques exeufes : mais peu
après ce mal , qui a fes accès aulîi-bien
que la fièvre, le reprit , Se il la répudia
dans une afiemblée générale , jurant La répudie
qu'il ne l'avoit poinr touchée , bien^ ans L " ne / af -
^ rr *ri_iJ- J «emblée g C -
qu ils enflent vécu enlemble dix ans du- „é ra i c .
rant. L'innocence ou le grand crédit de
l'Evcque lui donnèrent la hardiellc d'y
comparoître , Se de parler fort libre-
ment. Il lui reprocha fon ingratitude ,
Se fe purgea par ferment du crime qu'il
lui impofoir. L'Impératrice almra aufïi
de la même manière , qu'elle n'avoit ja-
mais été déflorée par l'attouchement de
l'Empereur,
RICHARDE.
4»
l'Empereur , ni d'aucun autre homme , gné fon douaire, & s'enferma dans le
offrant la preuve du combat, ou celle Monaftére d'Andelnau, qu'elle y avoit
du fer ardent pour fe juftifier. Au for- fondé. Elle y acheva le refte de fes
tir delà , elle fe retira dans la Comté jours , & décéda vers l'an %<)G. âgée de
d'Alface, fur laquelle on lui avoit afli- quelque quarante ans.
Tû/nc II.
F
EUDES,
ROI XXIX.
Agé de vingt-six ans.
Par bonheur & par choix autant que par fes brigues »
Ce Comte de Paris vint à la Royauté ;
Et fraya le chemin à fa poftérité ,
De fe la conferver par les mêmes intrigues.
ARNOUL Empereur & Roi de Germanie.
EUDES Roi de la
France Occidenta-
le & Aquitaine.
LOUIS du Royau-
me d'Arles.
RAO Ut de la Bour-
gogne Transjura-
ne.
GUY Empereur , &
BERENGERdif-
putans l'Italie en-
tr'eux.
m.
PAPES.
Encore ETIENNE VI. près de trois ans ! Formose élu le 31. Mai 890. S. 6. ans,
fous ce régne. 1 moins quelques mois.
AI n s 1 la fucceffion de la Mai-
fon Carlienne fe trouva divifée en
cinq dominations, fans compter grand
nombre de Seigneurs qui s'érigèrent
prefque en Souverains. La première
étoit l'Italie que l'on attacha avec le ti-
tre de l'Empire. La deuxième, la Ger-
manie , qui alors comprenoit aulîi le
Royaume de Bavière j la troifiéme , la
France , qui avec le Royaume de Neuf-
trie , contenoit aufli celui d'Aquitaine ,
& partie de celui de Bourgogne , fça-
voir la Duché. La quatrième , la Bour-
gogne Cisjurane , appellce ordinaire-
ment le Royaume d'Arles ou de Proven-
ce , fous lequel étoient aufli le Lyon-
nois & le Dauphiné; & la cinquième , '
l'autre Bourgogne, autrement la Trans-
jurane , qui comprenoit la Savoye , le
pays des Suifles , &c quelques contrées
voifines.
Il ne faut pas douter que ces nouveaux
Rois ne filïent part de leur ufurpation
aux Seigneurs de leur dépendance , &
qu'ils ne leur accordaient toutes chofes
pour en avoir feulement le ferment &c
l'hommage : & qu'auffi ces Seigneurs
n'en ufallent de même à l'endroit de
leurs vaflaux , & ceux-là envers la pe-
tite Noblelfe. De là font nées tant de
Seigneuries grandes &: petites , dont
les Evêques mêmes qui fe trouvèrent
888.
EUDES, ROI XXIX. 4j
k . courageux & de bonne maifon , n'ou- tes Ces forces , les combattit & heureu- ■■'"
°^* blierent pas de prendre leur part, fe fement , que de quinze mille à peine ^'
**• "?■ faifant Comtes perpétuels dans leurs Ci- s'en iauva-t-il quatre cens. Les Bretons
tés Epifcopales. attribuèrent ce iuccès au vœu qu'il avoit
Or le Roi Eudes pour fe montrer fait de donner la dixième partie du bu-
digne du choix qu'on avoit fait de lui , tin à S. Pierre de Rome,
alla, à ion retour d'Aquitaine, attaquer Pareille dévotion envers le S. Siège
les Normands , qui ravageoientla Bour- étoitfort ordinaire en ces fiécles-là. Flu-
gogne. Il les rencontra le jour de la S. Jieurs jf rinces y vouoient leur Etat , <S»
Jean-Baptilte près du bois ae Montfau- fe rendoient tributaires de S. Pierre \ ce
con , 6c les chargea h rudement , qu'il qui ne fortifia pas peu la perfuafîon que
en tua dix-neuf mille , 6c pourluivit le les Papes s imprimèrent dans le/prit ,
refte jufqueslur la frontière, payant bra- qu'ils av oient droit de donner , & d ôter
vement de la peilonne en toutes occa- les Couronnes.
fions. Il y en a qui foutiennent que ce Après ces pertes , les Normands n'a-
mémorable comoat fe donna à Mont- yant plus guéres de gens en France ,
faucon près de Paris. deux de leurs Chers * , Godefroy &: * ris le$ nom
Ceux qui par l'accommodement fait Sigefroy , pour ne pas laiif^r décheoir IU0ieac R - ots -
avec 1 Evêque Hafcheric , s'étoient re- leur réputation , s'en allèrent embar-
tiiés vers Sens, après y avoir vécu à Quer une levée de cent mille hommes,
diferétion , ians avoir pu néanmoins faite en Dannemarc , Suéde 6c Norve-
lorcer cette ville , violèrent le traité , ge , & étant entrés dans la Meule , ils
& fe rappiochant de Paris, prirent 6c en mitent quatre-vingt-dix mille à ter-
brulerent Meaux , où le Comte "jfhiet- re, 6c biffèrent le xelte à la garde de
bert , frère de Hafcheric , fut tué. Les leurs vailfeaux. Les Lieutenans du Roi
ponts de Paris les empêchant d'y pafîer Arnoul les ayant attaqués mal-à-pro-
avec leurs barques , ils Us chargèrent pos , furent défaits avec perte d'une in-
fur des charrettes , 6c puis les remirent finité de Noblelle.
dans l'eau au delTous de la ville, pour Mais Arnoul lui-même, piqué d'un £~~ '
defeendredans la mer. Enfuite ils s'en fi fanglant affront , palfa le Rhin avec
allèrent le long des côtes , ravager le toutes les forces de la Germanie , les
pays de Coftentin 6c la Bretagne juf- vint chercher jufques dans leur camp ,
qu'à S. Malo. qui étoit près des bords de la Meufe ,
A ces fléaux le Ciel ajouta celui de 6c les y força avec tant de furie , qu'il
la famine , qui fut fî funeufe prefque ne s'en fauva pas un feul. Les corps
par toutes les Provinces du Royaume , morts faifoient un pont fur !a rivière, &
qu'en piufieurs endroits les hommes al- fon cours s'enfla du fangdeces barbares,
loient à la chafîè aux hommes , les égor- Si Ion s étonne d'où il en pouvoit ve-
geoient 6c les dévoraient comme des nir de Ji grandes quantités , il faut f ça-
bëtes féroces. voir premièrement que les médians Fran-
Alain & Judicaël qui étoient en dif- çois , & toutes fortes de voleurs ,fe joi-
pute pour le partage de la Bretagne , gnoient avec eux; que d'ailleurs ces pays
s'accordèrent enfemble pour combattre de Dannemarc , de Norvège &de Suéde ,
les Normands leurs ennemis communs, étoient alors extrêmement peuplés ; &
Judicaël feul , fans attendre fon compa- que tous leurs habitans affriandés au bu-
gnon , leur préfenta témérairement la tin , s'embarquaient à l'envie pour venir
bataille •, auffi y perdit-il l'honneur 6c piller des pays riches & fertiles. Enfin
la Yie : mais Alain ayant alfemblé tou- il enfortit tant qui furent tués , ou qui
V ij
44 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
■"t s'habituèrent en France , que ces vajies Archevêque de Reims, & plufieursau- *~T"
2°* terres du Nord en font dépeuplées jujqu \à très , envoyèrent quérir Charles le Sim» " ' '
cette heure. Ainji dans ces derniers fié- pie en Angleterre, où fa mère l'avoir
des , l EJpagne , qui fut autrefois une emmenée,& le rirent couronner à Reims
fourmilLiere d hommes , sefi déjertée dïcl- le 27. de Janvier de l'an 893 . quoiqu'il
le même par V avidité qu'ont tousfes ha- n'eut encore que treize ans. Il fut lacré
bitans de courir aux richetfes du nouveau par le miniftére de Foulques , qui en
monde. écrivit aufli-tôt deslettresapologériques
g Les Seigneurs Neuftriens ne recon- à Arnoul , à Guy & à Raoul , les ex-
& 892' noilloienr pas tous la Royauté d Eudes , hortant d'afîifter le pupile contre l'ufur-
Aimar Comte de Poitiers , qu'il von- pateur. Ses remontrances firent d'abord
loit dépolléder pour donner fa terre à quelque impreilion fur l'efpritd'Arnoul
Robert fon frère , Ranulfe 1 1. Duc en faveur de Charles : mais inconti-
d'Aquitaine , avec l'Abbé Ebles fon nent l'intérêt ou la légèreté , le retour-
frere , nagueres le plus grand ami du na du côté d'Eudes,
nouveau Roi , & quelques autres de Quelques auteurs ont écrit que ce
ces quartiers-là, avoient pris les armes Guy de Spolete , dont nous avons par-
contre lui. Tandis qu'il étoit en Poi- lé , avoit été aullî couronné à Langres
tou , occupé à leur faire la guerre, dont trois ans auparavant. Ainfi il y auroit
mmmmmmmmmm on ne trouve point l'événement , il fe eu trois Rois élus& facrésdans la Fran-
893. forma une grande ligue pour le détrô- ce Occidentale : mais Guy l'avoit en-
* u H u' bcrc ner « Heribert * & Pépin, frères iflus tiérement quitté pour l'Italie , & fem-
de Bernard Roi d'Italie, l'un Comte de bloit n'y plus prétendre, ayant été
Vermandois, l'autre de Senlis ; Bau- couronné Empereur par le Pape Jean
douin Comte de Flandres , Foulques XV. en l'année 892.
•h Hebiîrc.
45
CHARLES IV.
DIT LE SIMPLE.
ROI XXX.
Agé de treize ans*
Entre les fa&ions où le Ciel le fit naître ,
Charles diverfement vit fon Régne agité ,
Et le biffant conduire à fa (implicite , ,
Mourut dans la prifon entre les mains d'un traître.
ARNOUL Roi de Germanie , de Lorraine & de Bavière.
EUDES & CHARLES Compétiteurs pour la France Occidentale,
GUY Empereur & Roi d'Italie.
RAOUL en Bourgogne Transjurane. 1 L O U I S en Arles.
- — — — i . , i—— — — i — — i ~— <— — — — »w. « » i i » ■ i n.
PAPES.
BdNiFACE VI. élu en 896. S. if . jours.
Etienne VII. élu en 897. S. 3. ans.
Théodore II. élu en 901. S. 20. jours-
Jean IX. auffi élu en 901. S. 3. ans, ij.
jours.
Benoît IV. élu en 905. S. environ un
an. Jean X. intrus élu en 913. S. 1$. ans ?
Lbon V. élu en 905 . S. 40. jours , après [ onze durant ce Régne.
lefquels Christophe le détrône , & S. 7.
mois.
Sergius III. l'an 906. ayant détrôné
Chriftophe , S. quelque 3 . ans.
Anastase III. élu en 910. S. 2. ans,
un mois.
» T""\ Eux ans durant les partis de l'aide des Seigneurs de fon parti. » ■
1 J Charles &: d'Eudes fe rirent la Eudes lui donnoit bien de l'exercice, °93«
guerre avec divers fuccès. Eudes étant mais il n'en avoit pas moins lui-même ,
de retour de Guyenne, chalTa Charles ayant à fe précautionner contre fes pro-
de Neuftrie. Ce Prince fugitif s'en alla près parens , auifi-bien que contre fes
à "Wormes implorer le fecours d'Ar- ennemis. Le Comte Valtere ou Gau-
noul : on ne dit point s'il lui en donna ; tier , fils d'Adelme fon oncle paternel ,
mais peu après il rentra en France avec & Comte de Laon, tira l'épée contre lui
# ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
en plein Parlement : Après cette audace rut point en fon pouvoir de l'arracher ' — ô —
893. & il alla fejetter dans fa viile; mais Eudes de ces montagnes. 9 *
"24- l e fuivit de fi près , que fans lui donner Lan fuivant il tint un Concile au Pa- Empereurs
"■icore Léon
Lamje&t.
le loifir de fe défendre , il le força dans lais de Tnbur fur 1 autre bord du Rhin ; !" CG1
la place , & lui fit trancher la tète tout & au fortir de-là un Parlement à Wor-
fur le champ. mes. Le Roi Eudes y affifta , & en s'en
Arnoulfe rangeoit tantôt de fon côté, retournant il pilla le bagage des Am-
rantôt de celui de fon rival j &c fe me- batfadeurs que Charles le Simple en-
loit un jour des affaires de France , un voyoit vers Arnoul.
autre de celles de l'Empire. Les Fran- En cette aiïemblée Arnoul , du con-
çois Neuftriens ennuyés de ces fanglan- fentement des Seigneurs, qu'il eut beau-
tés difcordes qui défoloient leur Royau- coup de peine à obtenir, fit recevoir
me , Se qui avoient donné occaiîon aux Zuentibold fon fils bâtard Roi de Lor-
Normands de revenir , moyennerent je raine. Ce jeune Prince embrafla incon-
ne fçai quelle furféance entre les deux tinent le parti de Charles , ôc afliégeala
Rois. Il femble que la Bourgogne &c ville de Laon , eftimée en ce tems-là
l'Aquitaine , la Champagne & la Picar- très- importante , à caufe de fa forte af-
die demeurèrent à Eudes, & que Char- fiéte fur une montagne. Eudes étoit
les eut tout le refte. pour lors en Aquitaine , où il rangeoit
Il fàchoit fort à Arnoul, le plus puif- les Seigneurs de ce pays-là fous fon
faut de tous ces Rois de voir que des obéiifance : quand Zuentibold fçut qu'il
Princes qui n etoient du fang de Char- revenoit avec fon armée victoneufe, il
lemagneque par filles, eulîent démem- leva le liège & tourna le dos.
bré les plus belles pièces de fa (acceC- Les Normands bien informés de tou-
fîon. Il defeendit donc en Italie, chalîa tes ces brouilleries , recommencèrent
Guy de toute la Lombardie , & le con- leurs ravages fur ce malheureux Royau-
traignit de fe retirer dans la ville de me , d'autant plus à leuraife, qu'Eu-
Spoiete. Mais il fe contenta de cet avan- des , qui étoit feul capable de les répri-
tage , & retourna aulîi-rôt en Germa- mer , ne s'en mettoit pas trop en pei-
nie. Or comme ce Guy travailloit à raf- ne , ôc les lairToit faire , pour fe venger
fembler une armée aux environs de Spo- de l'inconftance des François, qui l'ayant
1ère , il y fut attaqué d'un flux de fang ; élu Roi , ne lui obéiiïoient pas comme
il n'en mourut pourtant pas , comme il le defiroit.
le difent quelques-uns , mais il fut con- Cette année Rollon ou Roi , l'un des
traint de fe retirer , & de fe tenir clos & plus puilTans chefs de ces pirares , après
couvert quelque tems. Arnoul néan- n'avoir rien pu gagner en Angleterre ,
moins ne gagna rien à fa retraite ; car où il avoir fait une defcente,prit farou-
comme il étoit éloigné de ce pays-là , te vers la France , ck defeendit à l'em-
les Seigneurs déférèrent le Royaume à bouchûre de la Seine. Peut-être y étoit-
Lambert fils de Guy, avant que Be- il appelle par Charles, qui mettoit tout
renger fon compétiteur, qui penfoit fe en ccuvre pour ruiner fon rival. On a
rétablir , eût pu prendre fes mefures. écrit qu'il y fut conduit par un fonge
Ce Lambert donc fut couronné Em- ou vilion divine : car tous les gran s
pereur , & en porta le titre tant qu'il établilfemens ont pour fondemens des „
vécut. oracles ou dus révélations. 896.
Cependant Arnoul attaqua Raoul Quant à l'Empire d'Italie , Arnoul Empereur»
dans la Bourgogne Transjurane , &: lui y étant appelle par le Pape Formole , yj^J. J^
donna bien de la peine ; toutefois il ne qui fe vouloit venger des outrages qu'il noul.
CHARLES IV. ROI XXX. 47
— avoit reçus pat les Romains , força la mens facrés , dans le Siège Pontifical , r~"~* i
*96' ville de Rome , Ôc les ayant châtiés il lui reprocha , que par fon ambi-
rudement, Ce fit couronner Empereur, ri on il avoit violé les régies de l'Eglife,
Mais peu après , comme il afliégeoit la puis il le condamna comme s'il eût
femme de Guy dans la forterelfe de Fer- été vivant , le dépouilla de (qs orne-
mo , un de fes valets de chambre , que mens , lui coupa les trois doigts dont
cette femme adroite avoit fçu gagner , il avoir donné la bénédiction , ôc le
lui donna un breuvage qui l'endormit fit jetter dans le Tibre une pierre au
trois jours durant , ôc le fit tomber en col.
paralyfie pour quelque tems Les entreprifes, furprifes ôc rencon-
' ""~ Il arriva cette année un horrible fcan- très entre Charles ôc Eudes , ne finirent
^97' dale dans l'Eglife Romaine : Formofe que par la mort du dernier des deux :
Evêquede Porro , autrefois dégradé & ede arriva le troifiéme Janvier de l'an
condamné par le Pape Nicolas, l'Hif- 898. à la fin du trente-fixiéme de fon
toire n'en marque point le fujet , avoit âge , ôc du huitième de fon régne. En
été élu Pape aptes Eftienne VI. C'eft mourant il recommanda fort à fon frère
le premier exemple dans l'Eglife, &c de Robert , ôc aux autres Seigneurs, de
très-pernicieufe conféquence , comme reconnoître le Roi Charles , qu'il ef-
on le voit tous les jours , qu'un Eve- péroit devoir être bien- tôt capable de
que ait été transféré fans néceiTiré d'une régner par la vertu comme il i'etoit dé-
Eglife à une autre , ôc pour ainfi dire , ja par la nauTance. Il ne laiffa qu'un fils
ait quitté fon époufe pour en prendre de la Reine Theoderade fa femme -, il
une nouvelle. Aulîi quand il fut mort , fe nommoit Arnoul, qui prit le titre de
le Pape Etienne VII. fon fucceflfeur lui Roi d'Aquitaine -, mais la mort l'en
fit fon procès pour ce crime-là -, il or- priva aufli tôt, fans qu'il eût été marié,
donna que fon corps feroit déterré , ôc ni, comme je crois, en âge de l'être,
l'ayant mis , tout revêtu de fes orne-
ARNOUL Empereur en Germanie. | CHARLES feul en France.
ZUENTIBOLDen I LOUIS en Proven- I R AOU L en haute I LAMBERT en Ita-
Lorraiue. » ce. ' Bourgogne. ■ lie.
■ ■ ■ ' ' Y A perte du Royaume de Lorraine eût eu un grand combat , fi les Seigneurs " '
85)8. JL/ fâchoit fort les François-, c'eft pour de part ôc d'autre , n'euflent moyenne **99
& °99' cela que Charles délirant acquérir leur une trêve entre les deux Rois.
eftime , tâcha de s'en relïàifir. Il y étoit Peu après il fe tint une alTèmblée en
incité par la rébellion du Duc Renier, l'Abbaye de Gorze près de Mets, qui
qui avoit été favori de Zuentibold 5 affermit la paix entre Charles , Arnoul
mais peu après difgracié & challe de ôc Zuentibold fon fils,
fes terres. Il parla donc la Meufe en Sur la fin de l'année , Arnoul vint à
grande compagnie : Zuentibold ayant mourir au rerour d'Italie , où il avoit
appris fa marche, prit la fuite ; mais tous paifé pour combattre Guy de Spolete ,
fes valfaux s^tant aufîî-tôt rejoints à comme Luitprand le témoigne. Il avoit
lui , il le pourfuivit à fon tour ; ôc il y régné douze ans depuis la mort de Char-
S95>.
4 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
1 les le Gras fon oncle , Se tenu l'Empire encore de ce pays -là le théâtre de plu-
feulement deux ans Se demi. La même fieurs autres tragédies -.Berenger prit les
année, Guy fon rival mourut en le pour • devants, &s'étant emparé ciePaviecapi-
fuivant Se le poulfant hors d'Italie. Mais taie du Royaume , fe rit proclamer Roi.
la mort de ces deux compétiteurs ne la Arnoul eut plulieurs enfans de trois
délivra pas de la calamité des guerres différentes femmes, entr'autres Zuen-
civiles. Il s'en éleva deux autres, fça- tibold & Arnoul furnommé le mauvais,
voir Berenger Duc de Frioul, Se Louis de deux concubines, &c Louis d'une lé-
fils de Bofon , Roi d'Arles, qui en dif- gitime. Ce dernier étoit âgé feulement
purant la domination entr'eux , firent de huit ans , quand fon père mourut.
899.
CHARLES LE SIMPLE en France.
ZUENTIBOLD en Lorraine.
I LOUIS en Germanie.
LOUIS en Provence.
RAOUL I. en Bourgogne! LAMBERT & BEREN-
Transjurane. I GER en Italie.
LEs Princes Germains couronnèrent
aufîï-tôt Louis , fils légitime d'Ar-
noul , Se commirent fa perfonne aux
foins & à la garde d'OthonDuc de Saxe
qui avoit époufé fa fœur , Se de Haton
Archevêque de Mayence , comme la
conduite de fes armes à Lutpold ou Leo-
pold Duc de la frontière Orientale de Ba-
vière. De ce Duc quelques uns font def-
cendre la très-illuftre maifon de Bavière.
La Seigneurie de Louis fut bien-tôt
accrue par la mort de Zuentibold ; ce
bâtard fe conduifant avec beaucoup de
dérèglement Se peu de juftice, Se n'ayant
pour principal exercice que le divertilfe-
ment des femmes, Se pour confeil que
de petits compagnons , donna fujet aux
Seigneurs Lorrains de l'abandonner ,
pour fe foumettre à Louis. Ceux qui
gouvernoient ce petit Prince, l'amenè-
rent exprès à Thionville , où ils le cou-
ronnèrent. Zuentibold ellayant de s'en
vanger , fut tué dans une bataille qu'ils
lui donnèrent fur les bords de la Meu-
fe, le 3. jour d'Août de cette année
900. Il régna feulement cinq ans.
900.
■iesgfehagaagimasisg
CHARLES en Neuftrie ou France Occi- j LOUIS en Germanie & Lorraine,
dentale. |
JR.AOUL I. en Bourgogne. 1 LOUIS en Provence.
LAMBERT & BERENGER en Italie.
DAns une guerre qu'Arnoul Comte
de Flandre avoit faite à Hébert
Comte de Vermandois, Eudes avoit ta-
vorifé Hébert , ôc le Roi Charles avoit
pris en main la caufe d'Arnoul, auquel
il avoit en partie obligation de fon réta-
blillement. Or quand Eudes fut mort ,
Hc-bert adroit Se infirmant , trouva
moyea
CHARLES IV. ROI XXX. 49
' moyen de fe raccommoder avec Char- tumaffent au carnage , & à n avoir pitié ~~
9 ° ' les , & entra en û grand crédit auprès de perfonne. Ils s 'abreuvoient de fang 6'
de lui , que ce Roi limple Se mécon- fe repaifjoient de chair crue ; ils cou-
noillant , ôta la ville d'Arras à Baudouin poient en quartiers les cœurs de ceux
fils Se fucceilèur d'Arnoul qui étoit qii 'ils prenoient en guerre >& les avaloient
mort , Se la donna au Comte Altmar , tout chauds. Ils navoient ni foi, nihon-
afin qu'il rendit Peronne à Hébert, neur , ni vérité; nul tfprit que pour la
Baudouin vint trouver le Roi pour fraude & pour faire du mal ; un courage
le ïnpplier de lui rendre fa Ville , mais turbulent & toujours furieux ou contre
il tut rebuté avec de rudes paroles. Foui- les autres , ou contre eux mêmes. Leurs
ques Archevêque de Reims , riche en femmes les furpafj oient encore en mi-
nobleffe Se en mérite , étoit alors le prin- chanceté. Leurs armes les plus ordinaires
cipal confeiller de Charles , Se il avoit étoient les flèches , & ils s'en fervoient
excommuniéBaudouin,parcequ'il avoit fi adroitement , que toutes celles qu'ils
envahi les terres de l'Abbaye de faint tiroient, faifoient autant de blefjures ,
Vaaft, que le Roi lui avoit donnée. Ce & le plus fouvent mortelles. Ils n avaient
qui fut caufe d'un grand malheur : car que de la cavalerie , qui étoit fort propre
Vinomach Seigneur de l'Ifle , vafïal en rafe campagne , & à fatiguer une ar-
du Comte , imputant l'affront que fon mée à la portée de l'arc, mais inutile dans
Seigneur avoit reçu aux confeils de cet les pays montueux ou couverts , & aux
Archevêque, le guetta le 17. de Juin fiéges des Villes; au'Ji ils ne venoient ja-
dans un bois , Se l'aiïaiïina', dont ayant mais aux mains , & ne combattaient
été pourfuivi Se excommunié par Her- qu'en caracollant.
vé fucce fleur de Foulques , Se par tous Le Roi Arnoul les avoit appelles
les Evêques, il fe fauva en Angleterre, pour les jetter fur les bras de Zuer.ti-
901
902.
où il périt malheureufement , étant bold* Prince Sclavon, qui vouloitufur- * Ne cof-
inancé des poux. per la Moravie, Se s'en faire Roi. Loif-^' n ' iez ,P a , s , ce
Iljemble qu en ces tems-la c etoit une que ce 1 iran tut mort , ils ne craigni- avcc i e gi s
maladie épidémique : car on trouve plu- rent point de fe jetter dans les terres d'Arnoul.
fleurs perfonnes dans les biliaires qui en de Louis fon fils, Se cette année ils
moururent , entr autres , l'Empereur gagnèrent une grande bataille fur t'es
Arnoul l'année précédente, & le Roi troupes près de la ville d'Ansbourg, Se
Raoul y duquel nous parlerons ci-après, enfuire pillèrent la Bavière, la Souabe,
Les Hongres avo'unt commencé de fe la Franconie & la Saxe.
faire connaître fur la fin du règne de Char- L'année fuivante étant bien informés
les le Gras. Ils Je placèrent alors dans la des guerres civiles d'entre Berenger Duc
Pannonie , en ayant chafje les Huns ; & de Frioul , Se Louis , tils d-j Bofon , qui
de là ils fe rendirent les féaux des Pro- difputoient l'Empire, ils paiïlrent en
pinces d au delà du Rhin 6- du Danube , Italie. Les Italiens l'an §<)9- ennuyés du
comme les Normands l 'étaient de celles gouvernement de Berenger, & fur tout
d'au deçà. C étoit un peuple originaire Adelbert Marquis d'Vvrée père d'un
de Scythie , brutal & barbare au-delà autre Berenger , qui fut auili Roi d'I-
de tout ce qu'on fe peut imaginer. Leurs talie, avoient appelle Louis: m.ns Bc-
meres les formaient à l'inhumanité des renger I. ç 'étoit ii puiflamment armé,
leur naijjance , leur déchiquetant le vi- avec l'aide d'un autre Adelbert Marquis
fage , afin qu'ils neujfent rien d'humain, de Tofcane , qu'il l'avoit enveloppé Se
& quavalant le fang mêlé avec leurs réduit à lui promettre de renoncer à ce
pleurs premier que le lait , ils s'açcou- Royaume , moyennant qu'il lui laiflât
Tvme II. G
jd ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
le chemin libre pour s'en retourner en comme il les prellcit li fort qu'ils ne
1£RT.
9©3<
î? ° 2 " Provence. pouvoient échapper fans combattre, ils 9 0i
Les fermens des Princes ambitieux lui envoyèrent offrir tout leur butin 8c
font de peu de tenue, leur toi fe me- tout leur équipage. Les Italiens ne vou-
iùre à leur intérêt. Louis ne fit point lurent point en ouïr parler, à moins que
de confcience de rompre la tienne ex de de les avoir tous à difcrétion. La nécef-
fuivre les confeils d'Adelbert deTofca- fité convertit la crainte des Hongres
ne, qui avoit quitté Berenger par quel- en defefpoir-, ils attaquèrent de furie
que dépit, A ta folhcitation il repalla celui qui les pourfuivoit , 8c taillèrent
les Monts pour recouvrer le Royaume toute l'on armée en pièces. La Lombar-
qu'il avoit cédé-, 8c avec cela il fut fi die enfuite fut leur proye; 8c on n'en-
mal avifé que de fe confier à des gens treprit plus de les en châtier qu'avec de
qui ne le pouvoient fervir fans être in- l'argent-, friand appas , qui les y attira
fidèles. Auffi eut-il tout loilir de s'en bien d'autres fois,
repentir; car ils le livrèrent lâchement L'an $03. il parut une étoile au Pôle
à Berenger , qui le priva de l'Empire arctique , qui dardoit du Nord-nord-ejl
8c des yeux. Cela fait il torça le Pape , vers le Sud-Ouejl , un long rayon corn-
Empereurs (c'étoit Jean IX.) de le facrer Empe- me une lance; lequel pajjant entre les
encore Léon reur \ mais fi-tôt qu'il fut forti de Ro- (ignés du Lion & des Jumeaux , tra-
' AM ~ me , le même Pape manda Lambert ver/oit le Zodiaque. On la vit durant
pour lui redonner l'Empire. Il avoit vingt-trois jours.
été couronné ainfi que nous l'avons i>ept ou huit ans durant il n'y eut rien
marqué en l'an 894. par le Pape For- de plus mémorable que les cruelles cour-
mofe, 8c fubfiftoit encore dans quel- fes des Normands. L'an 903. Heric 8c
que coin de l'Italie. Le faint Père , Harec deux de leurs capitaines brûle-
afin de mieux faire paroître fon droit , rent le Château de Tours 8c l'Eglife de
atfembla un grand Concile à Ravenne, faint Martin.
ou ayant fait examiner juridiquement L'an 905. Roi 8c Gerlon deux au-
les raifons des deux parties, le couron- très chers de la même nation , qui de- ^°^
nement de Berenger rut déclaré nul , 8c puis quelques annés rôdoient fur ces
celui de Lambert confirmé folemnelle- côtes 8c pilloient tantôt un canton , tan-
ment. Berenger néanmoins ne fe tint tôt un autre , prirent la ville de Rouen
pas légitimement débouté , mais con- àcompofition, 8c y établirent leur de-
tinua toujours à retenir le royaume meure, forrifiant les Châteaux des en-
de Lombardie. virons.
Il le gouverna vingt-deux ans du- De-là cinq ans durant ils firent des
rant, on pourroit dire atTez heureufe- courfes dans toutes les Provinces voi-
ment, n'eut été les incurfions des Hon- fines , conquêterent le Coftantin 8c s'y
grès. Au mois d'Août de cette dernière habituèrent , faccagerent la Picardie ,
année ces barbares rentrèrent en Italie l'Artois, la Champagne, 8c le pays Mef-
avcc une nombreufe armée , 8c ayant fin -, effrayèrent fouvent Paris , couvri-
ravagé le territoire d'Aquilée, de Ve- rent la Seine , la Marne 8c la Loire des
ronne , de Corne 8c de Bergame , ils cendres des Villes qu'ils brûlèrent fur
s'épandirent aux environs de Pavie. Be- leurs bords -, faccagerent 8c détruifirent
renger cependant avoit afïemblé fes for- celle d'Evreux 8c celle de Bayeux , 8c
ces : quand ils virent qu'elles étoient battirent les François prefque par tout :
trois fois plus grandes qu'ils n'avoient horfmis à Chartres 8c auprès de Ton-
ttîï, ils fe muent fur la retraite-, 8c nerre. A Chartres l'EvêqueGoireaume,
CHARLESIV. ROI XXX. 51
'■■ durnnt qu'ils combattoient contre Ri- ce tems-là Sance Abarca I. ayant étendu — - —
9° S' clurd Duc de Bourgogne , venu au le- fon Royaume de Navarre , ou territoire 9 11,
cours delà Ville, iorut généreufement de Pampelone , du côté de HueJ'ca , &
fur eux , portant la iacrée Tunique de conquis tout le rejie de la Province d Ar-
la Vierge à la tète de fonCle>gé, ôcavec ragon, outre la Comté de ce nom qui re-
cela étant fuivi de bonnes troupes bien levoit déjà de lui , prit le titre de Roi de
armées , avec lefquedes il les chargea fi Pampelone & d Arragon.
vigoureufement , qu'il les mit tous en L année 911. vit la mort de deux
fuite. Le même Richard Duc de Bour- Rois , içavoir Raoul & Louis , dont
gogne défit une autre de leurs bandes Raoul regnoit dans la Bourgogne Trans-
aupres de Tonnerre. jurane , & Louis dans la Germanie-. Le
De Baveux Rollon emmena une fille premier eut pour fuccefieur Raoul II.
9 11 * d'excellente beauté , nommée Pope, l'on fils. Le iecond âgé feulement de
dont le père étoit un Comte nommé Be- dix-neuf à vingt ans , ne lailfa que deux
renger , & l'époufa à la mode de fon filles, Placidie ou Plaifarice, & Mariide j
pays , c'eft-à-dire fans Prêtre. la première eut pour mari Conrad Duc
L'année précédente Lambert avoit de Franconie , & l'autre Henry l'Oife-
été tué en trahifon comme il prenoit le leur Duc de Saxe &: fils du Duc Othon.
plailir de la chalfe , par Hugues Comte Les Seigneurs du Royaume de Louis
de Milan. L'Empire d'Occident de- ayant voulu déférer la Couronne à cec
meura vacant jufqu'en l'an 915. que Be- Othon , il s'en exeufa à caufe de fa vieil-
renger fe fit couronner une autre fois lelfe , ôc leur confeilla généreufemenc
par le Pape Jean X. d'élire Conrad Duc de Franconie ,
On peut* marquer ici la naijfance du quoiqu'il eut été fon ennemi.
Royaume d Arragon , parce qu'environ
'is^-vasas^m
t^s-z^msmïmmimîsiMœs&iÀ
CHARLES LE SIMPLE en France.
CONRAD enGer-.LOUIS en Proven- 1 RAOUL II. dans la IBERENGERen
manie. | ce. • Transjurane. ' Italie.
LE Capitaine Roi s'apprivoifoit peu ces maux. D'ailleurs Robert Comte de
à peu avec Franco Archevêque de Paris , qui afpiroit à la Royauté , defi-
Roiien \ à fa prière il avoit deux ou roit qu'il demeurât dans ce pofte-là ,
trois fois accordé des trêves aux Fran- afin de s'en fervir quand il en auroit
çois. Le but de ce vertueux Prélat étoit befoin. Pour toutes ces raifons, le Roi
de le convertir à la Foi Chrétienne -, Charles fit trêves avec lui , durant lef-
celui de Roi d'acquérir une Souve- quelles il lui propofa de lui donner en
raineté , & de devenir Prince légitime propre & à titre de Duché , la partie
de chef de Pirates qu'il étoit. Les Sei- de Neuftrie d'entre la mer, la rivière de
gneurs François avoient peine à foufTrir Seine & celle d'Epte , qui tombe dans
l'établilfement d'un étranger de cette la Seine , avec fa fille Gifelle en ma-
forte dans le plus beau pays du Royau- nage, s'il vouloir fe convertir de bonne
me : mais le peuple tourmenté fans cefie foi de embralfer le Chriltianifme.
par fes pillages , crioit qu'on mit fin à A ces conditions Roi voulut bien fe
G ij
S i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Eure catechifer , 6c reçue le faine Bap- nou devant les Normands , & de leur
9 li - cême i.i veille de Pâques de l'an 912. donner les mains. 9 1 **
En percurs Le Comte Robert rut Ion parrain 6c lui 11 y avoit encore de ces Barbares en
CovjTANjiH donna f on ncim . La grâce de ce divin plulieurs autres endroits de la France ,
\ 11. hls de , ° 11 «'• • 1 «>
Léon , tégnfrSacrement le régénéra avec tant derh- particulièrement en Bretagne 3 au pays
49. ans. cace , qu'elle en rit un des meilleurs du Maine & en Anjou, 6c dans les if-
Princes de Ion liécie. Eniuite il fut les de la rivière de Loire ; mais avec le
trouver ce Roi pour lui tendre hom- rems 6c à l'exemple de Rollo , ils pri-
mage de la terre qu'il lui donnoit , 6c rent des rerres à habiter , 6c le narura-
puis il époufa la Princeflè fa hiie , mais liferent François. Auparavant ils rirent
elle ne vécut que peu d'années après ce encore beaucoup de maux; 6c long tems
mariage , ëc ne lui donna point d'en- après , l'exemple de l'établilïement de
fansj de lorte qu'il reprit Pope qu'il ceux-là en attira d'autres bandes de
avoir délaiffëe , 6c dont il avoir des en- Dannemarc 6c de Suéde, qui n'éroient
fans. pas moins cruelles , mais non pas iî
Ainh* cette Province, que les Romains redoutées que les premières,
appelloient la Lyonnoiie ieconde , fut Parmi les Grands de Germanie plu-
démembrée de la propriété des Rois de fieurs n'étoient pas contens de l'élec-
Frar.ce -, non pas pourtant de leur Souve- non de Conrad. Arnoul Duc de Bavière
raineré. Ses nouveaux habirans lui don- orgueilleux d'avoir vaincu les Hongrois
nerent le nom de Normandie. en fa Duché, s'éleva contre lui à dellein
Comme on ne la leur accorda que par de fe faire Roi, 6c n'y pouvant par-
ce qu'on ne pouvoit pas les en chalïer , venir , il feignit de vouloir déférer la
pour la même raifon on leur quitta aufli Couronne à Charles.
l'hommage & mouvance de la Bretagne, Ce Roi avoit toujours la penfée de " qï
parce qu'ils en éroient comme les maî- fe reiaiiir du Royaume de Lorraine j o, r •'
très , 6c qu'ils la pilloient quand il leur ainfi fe fervant de cette conjoncture ôc
p'aifoit; 6c d'ailleurs on la reduifoit par des afhftances de Renier Comte d'Ar-
ce moyen fous la fouveraineté de la demie , qui étoit riès-puifîànr en ces
Couronne , en la foumettant à un Duc pays-là , il y entra bien avant ôc fe
qui en relevoir. rendit maître d'une partie de ce Royau-
' Dès l'année fuivante Roi noublia pas me , donr il le fit Gouverneur avec la
° l ï' de demander l'hommage aux Bretons qualité de Duc.
* Rcbré en l'épée à la main. Le Duc Alain * Rebré Prefqu'au même tems Henri Duc 915,
^ L ,ç'j r ^"''ouleGrand, étoit mort il y avoit fix ans, de Saxe fe rebella contre Conrad, ga-
6c avoit lailTé des enfans en fort bas gna une bataille fur Everard fon Lieu-
âge. Ceux qui les gouvernoient, plutôt tenant , 6c donna la chai te à Conrad
que de les faire déroger à leur Souve- même*, tandis que d'un autre côté les
raineté , les emmenèrent hors du pays Hongrois fe débordant jufqu'en Alface,
avec une partie de la plus haute nobleffe; brûlèrent la ville de Balle , 6c ne purent
6c depuis on n'en voit plus rien dans être arrêtés qu'à force d'argent , dont
* Pcoc-êcte l'iiiftoire, * Le Comre rîe Porrhouer, il Conrad fur contraint de leur donner
1 '^ s'appelloit Matued, qui avoit époufé une grande fomme. .
une fille d'Alain le Grand, palla aum" L'an 917. mourut Roi premier Duc q\(,,
c en Angleterre avec fa femme. Berenger de Normandie , renommé à jamais pour
Comte de Rennes 6c Alain de Dol s'é- la fevere juftice 6c l'exacte police qu'il
tant défendus le mieux qu'ils purent, avoit établie dans (es terres; la feule
furent enfin contraints de ployer le ge- prononciation de fon nom y fer&«encor«
CHARLES IV. ROI XXX. 53
— • aujourd'hui comme de main pour arrê- d'Ingelger , fuivit Baudouin de près. g
9 i 7- tei les injuries entreprifes , Ôt amener * Foulques le Bon fon fils lui fuccéda.
Ha»o. cg | ui ^ ^ t ^ t devant le juge, il eut Conrad Roi de Germanie partit auiTi
deux t-nrans de Pope , un fils nommé de ce monde la même année ; il mou-
Guillaume , & une fille qui s'appelia rut d'une blelïure qu'il avoit reçue à la
Gerlotte. Son fils Guillaume» depuis fur- guerre de Bavière. Aux dernières heures
nommé Longue-épée , lui fuccéda •, & de fa vie il commanda par une généro-
parce qu'il étoïc encore mineur, Robert fité plus que royale , à Everard fon fre-
Comce de Pans , parrain de fon père , re , de porter les Ornemens royaux à
en prit la tutelle. Quand il tut en âge , Henri de Saxe furnommé l'Oifeleur ,
il maria fa fœur Gerlotte avec Hébert quoiqu'il lui eut toujours fait la guerre.
Comte de Vermandois. Ainfi il lui rendit la pareille de ce qu'O-
L'année fuivante arriva la mort de thon {on père lui avoir déféré la Cou-
5 >1 ^« Baudouin le Chauve Comte de Flan- ronne, & quitta tout defir de vengeance
dres. Son fils aîné Arnoul le Gras hé- pour avoir foin du falut de fa patrie , qui
rita de fa Comté*, Adolre qui étoit le avoit befoin d'un Prince puilTant pour
fécond eut les villes de Terouenne, Bou- la défendre des incurfions des Hongrois,
logne & faint Orner , mais à quelques Ce Henri fut furnommé l'Oifeleur, par-
années de-là il mourut fans enfans , &c ce qu'on le trouva chalfant aux oifeaux,
tout retourna à fon aîné. loriqu'on lui apporta la nouvelle de fon
Foulques le Roux Comte d'Anjou fils élection.
umm^^-^sh^mmae^^
CHARLES LE SIMPLE en France.
HENRY L'OISE- | R A O U L II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LEUR en Ger-
manie.
LOUIS en Proven-
ce,
BERENGER en
Italie.
Vant que Henri fe fut entière- du Roi Eudes qui entretenoit intelli-
ment affermi dans fon nouvel gence avec les fils de Régnier. ______
Etat , Charles fe jet tant dans la Lorrai- Ces malcontens s'en étant ajoint plu» ^20.
ne, la conquit toute jufques à formes, Meurs autres , tandis que les Rois Char-^. f u i Yi
8c le contraignit de le rendre fon fujet les &c Henri fe pouffoient & repouf-
pour le refte de ce Royaume. foientreciproquementdans laLorraine,
-— ■ Mais les Seigneurs François qui crai- firent enfin leur cabale fi forte , que
?*9- gnoient que s'il devenoit trop puiflant tous les fujets de Charles l'abandonne-
& trop paifible , il ne leur ôtât leurs rent, comme avoient fait autrefois ceux
terres qu'ils vouloient fe rendre héré- de Charles le Gras. Le prétexte de cette
ditaires,lut fufeiterent bien-tôt de nou- révolte générale étoit, qu'il avoit un
veaux troubles. Les plus puifïansfe fou- fivori nommé Aganon, qui le poffédoit
levèrent ouvertement contre lui , entre entièrement, dilpofoit de toutes choies
2iitres dans la Lorraine Gifalbert ôc à fa fantaiile, diiîîpoit le domaine royal
Othon fils du Duc Régnier, le premier &c traitoit infolemment les Grands du
defquels avoit époufé une fille du Roi Royaume. Toutefois Hervé Arche vê-
Henri; & dans la France, Robert frère que de Reims l'ayant retiré chez lui y
54 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
' '■ r trouva moyen après fept mois detems, jour de Juin de l'an 9:1. Trois jours — — ■
9 11 ' de le racommoder avec fes fujers, en- après Hervé mourut atiez lubiteinom , > l '
forte qu'ils lui rendirent fon Royaume, ce qui donna ftfje* aux aims de Chaues
Mais il ne recouvra pas fon autorité , de dire qu'il avoit été happé de la main
6c il n'avoir pas allez de force d'efprit , de Dieu. Maisplulieurs eau eut que He-
pour la foiitenir. Aulfi lui donna-t-on le bert Comte de Verman dois lui ayoït
iiirnom de Simple , & de Fallus , c'eft- fait donner le boucon. Quoi qu il en foit,
à-dire Fou. Les Grands étoient trop ac- il ne manqua pas de prendre cette con-
courûmes à l'indépendance, 6c Robert jon&ure pour mettra l 'ArJiwVcehé de
qui avoit vu une fois la Royauté dans Reims dans fa maiion ; il rit élire ion
la maifon , avoir toujours la penfée de fils nommé Hugues , qui n avoit encore
l'y remettre. Comme il s'entretenoit que cinq ans , par le peuple de Reims,
dans ce delïèin, il arriva une nouvelle 6c par deux Evèques iurtragans de cet
brouillerie : Hugues, dit le Blanc, fils de Archevêché, Abbon de Soilfons , 6c
Robert , pretendoit l'Abbaye de Chel- Bovon de Châlons. Le Roi Raoul lui
les, parce que fa tante & fa belle-mere accorda fa confirmation , 6c l'œcono-
en avoient joui : Charles la lui refufa mat de ce grand bénéfice , tandis que
hautement , 6c la donna à Aganon fon fon fils feroit mineur. Voire même le
favori. Sur ce fujet allez léger, les trou- Pape Jean X. ayant écouté l'Evêque
blés recommencèrent, & Robert en prit Abbon 6c les autres députés de cette
occafion de s'élever dans le rrone. Car Eglife fur un fait ii extraordinaire, l'ap-
d Pinftigation de Gifalbert , ayant fur- prouva hautement, 6c commit l'admi-
pris la ville de Laon , 6c les tréibrs d'A- niftration fpirituelle de cet Archevê-
ganon qui éroient dedans, 6c par le ché à Abbon ; tous les gens de bien fou'-
moyen de cet argent , ayant gagné une pirant amèrement de voir un enfanr qui
grande partie des Seigneurs François , n'avoit pas encore l'ufage de la parole ,
il fe fit élire 6c couronner Roi dans alîis fur le fiége de faint Remy.
Reims par l'Archevêque Hervé le zo e .
CHARLES LE SIMPLE. | ROBERT fon Rival.
en France.
HENRY L'OISE-
LEUR , en Ger-
manie.
RAOUL II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LOUIS en Proven-
ce.
BERENGER Em-
pereur en Italie.
A La nouvelle du couronnement 6c devint fuppliant en fon endroir. Lui
de Roberr , Charles leva le hége 6c fon rival chacun de (on côté, s'effor-
de Caprcmont , où il tenoit Gifalberr, çoient par toutes forres de moyens de
l'un de (es plus grands ennemis enfer- le gagner -, Charles lui écrivit , 6v Ro-
me. Ce Gifaibert avoit déjà été une fois bert l'alla trouver lui-même , & s'abou-
dépouillédetoutes fes terres par ce Roi, cha avec lui fur la rivière de Roc'r. Par
& ayant été rétabli par Henri fon beau- ce moyen ils travailloient tous deux à
père, s'étoit révolté uneautre fois. Alors l'affermir dans la pohVilion du Royau-
Charles qui jufques-là avoit eu l'avan- me de Lorraine. Ces deux compéti-
tage fur Henri , changea de condition , teurs en tenoient pourtant encore ch?-
CHARLES IV. ROI XXX.
5.Ï
■ cun quelque petite portion. Charles
2 2 3* ayant amalfé des forces confidérables
dans celle qu'il avoir , vint réfolument
chercher Robert qui étoit campé près
de la ville de Soilfons, au deçà de la
rivière d'Aifne. Il la pafia à l'improvif-
re , & le trouvant qui faifoit repaître
fes troupes , il le chargea de grande fu-
rie. Robert remonta à cheval , mit fes
gens en meilleur ordre qu'il put -, mais
comme il combattoit bravement à leur
tête , il fut tué d'un coup de lance ,
dont quelque auteur a donné la gloire
à Charles même , qui ce jour-là fit des
merveilles de fa perfonne. Nonobftant
cette mort , Hugues fils de Robert , le
Comte de Vermandois , 8c les autres
chefs de fon parti , non-feulement fou-
tinrent PefForr de Charles, mais enco-
re le repoulïerent avec tant de vigueur ,
qu'ils l'eulïent entièrement défait s'ils
l'euiTent pourfuivi.
Ce combat fe donna le quinzième de
Juin l'an 92.3. de forte que Robert ne
régna pas un an entier. Il avoit époufé
Beatrix fille de Hébert II. Comte de
Vermandois, dont il avoit un fils appel-
lé Hugues , qu'on furnomma le Blanc ,
le Grand 8c l'Abbé , 8c une fille nom-
mée Emme , qui fut mariée à Rodol-
phe ou Raoul Duc de Bourgogne , fils
du Duc Richard, furnommé le Jufti-
cier , qui étoit mort l'année précéden-
te , 8c d'Adélaïde fœur de Rodolfe I.
Roi de la haute Bourgogne.
Le parti de Robert ne fe défila point
pour avoir perdu fon chef-, au contrai-
re il fe tint d'autant plus uni , que le
péril lui fembla plus grand. Ainfi les
Seigneurs qui en étoient fe réfolurent,
à la perfuaïion de Hugues fon fils , qui
ne fe fentoit pas allez puifiant pour
être Roi, mais pour en faire un, d'éli-
re Raoul Duc de Bourgogne fon beau-
frere , Seigneur de belle 8c agréable
preftance , 8c encore de meilleur fens.
Ils le firent couronner à S. Medard de
Soilfons , le treizième de Juillet , par
le miniftére de Seulfe , Archevêque de
Reims , ou félon quelques-uns, d'Ab-
bon Evêque de Solfions.
Les Hiftoriens mettent ce Raoul &c
Eudes ci-deflus au rang des Rois de
France •, 8c toutefois ils n'y rangent pas
Robert frère d'Eudes , dont à mon avis
il ne peut y avoir d'autre raifon que la
brièveté de fon régne.
923,
3*
i ~? rrrn sasasKs^rassox-azsjr x23KSK£t:
RAOUL,
ROI XXXI.
On eft grand en effet quand on a l'avantage
De pouvoir en naiflànt d'un Royaume hériter ;
Mais avoir des vertus qui le font mériter ,
C'eft un plus glorieux & plus raie partage.
CHARLES LE SIMPLE.
HENRY L'OISE-
LEUR en Ger
manie.
I RAOUL fon Rival.
en France.
RAOUL II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LOUIS en Proven-
ce.
BERENGER Em-
pereur.
PAPES.
Encore Jean X. 4. ans durant ce régne.
Léon VI. en 9x8. S. 6. mois.
Etienne VIII. en 9*9. S. x. ans , un
AP r. É s l'élection de Raoul , tout
le monde abandonna le Roi Char-
les , &c le fecours des Normands qu'il
voulut taire venir , ne lui lut pas feule-
ment inutile , n'ayant pu palier 9 parce
que fjs ennemis l'en empêchèrent •, mais
encore le rendit plus odieux à fes peu-
ples. N'ayant donc plus aucune ref-
fource , il écrivit en termes pitoyables
à Henri Roi de Germanie -, il lui aban-
donna la Lorraine, s'il le vouloir af-
filier contre fes rébelles. La récompen-
se ctoic grande , & l'action de rétablir
un Roi , fort glorieufe. Henri lui pro-
mit donc de s'y employer avec toutes les
forces de la Germanie.
Le parti de Raoul fe trouva bien
étonné de cette nouvelle : ils ne fça-
voient tous comment parer un i\ dan-
mois & demi.
Jean XI. en 9$ 1. fils de l'infâme Maro-
lie > 8c du Pape berge , S. 4. ans 10. mois.
gereux coup. Hubert Comte de Ver-
mandois , dont Robert avoir épouié la
lœur , les tira de peine. Le Roi Char-
les s'imagmoit l'avoir détaché d'avec
eux -, de le traître ufoit d une pro:onde
dillimulation pour le mieux attraper. Il
envoya vers lui Ion coufîn Bernard lui
porter de nouvelles allurances de la fi-
délité ; & le cajola fi bien , que ce Roi
trop fhnple fe lailla attirer dans le Châ-
teau de Peronne. Lorfqu'il l'eut en fou
pouvoir , il le détint pnfonnier , ex: peu
après il fe confina à Château- 1 hieiri ,
où il le failoit furement garder.
La Reine Ogine ayant appris la dé-
tention de fon mari , le fauva en ion
pays d'Angleterre , iv emmena avec elle
le fils unique qu'elle avoit de lui > nom-
mé Louis , pour le réleiver à un meil-
leur
9*y
RAOUL, ROI XXXI. 57
■leur tems, loin des attentats de ceux A fon arrivée il lui tailla en pièces une
y 2 '** qui ne pouvoient ailurer leur Royauté partie de les troupes : alors Berenger ne 9 M*
que p.ir la mort. Seulfe Archevêque de prenant confeil que de fa vengeance ,
Reims ayant un démêlé avec les parens fut fi malheureux que de faire ligue avec
de Hervé Ion prédécelfeur, pour ce qu'il les Hongrois , & ae les attirer en Italie ,
les avoir dépouillés de quelques fiefs Ces Barbares ayant faccagé Mantouë,
qu'ils tenoient de l'Eglife , s etoit ran- Breife ôc Bergame , réduifirent en cen-
gé du côcé de Hébert pour avoir fa pro- dres la célèbre 8c riche ville de Pavie ,
te&ion ; 8c lui avoit promis de ne con- capitale du Royaume de Lombardie.
fentir jamais à aucune élection , que de Deux cens de (es Bourgeois échappés de
celui qu'il lui plairoit. l'incendie 8c de la captivité, traitèrent
Durant le régne de Raoul , de Louis avec ces deftru&eurs , 8c rachetèrent
d'Outremer , 8c de Lotaire III. il y eut d'eux les murailles de leur ville pour
prefque toujours guerre entre les Rois huit muids d'argent, qu'ils y avoient
de France 8c de Germanie, pour le ramaiTés parmi les cendres 8c les ruines.
Royaume de Lorraine-, nous n'en mar- Cet argent reçu, les Hongrois palïè-
querons que les grands événemens. Il rent les Monts , ôc pénétrèrent jufques
eft certain que cette année Raoul en ré- dans le Languedoc. Le même Raoul 8c
duifit une bonne partie fous fon obéif- Hugues Comte d'Arles, les fuivirentert
lance , en ayant chalfé Henri qui avoit queue , 8c les ferrèrent de fi près , que
paifé le Rhin pour achever de la con- tous ces Barbares , en partie tués par le
mmmmmmmmmm quérir. glaive , en partie abbattus par la dif-
924. Il fallut cette année 924. faire une fenterie 8c par la faim , enrichirent de
cueillette pour les Normands, comme leurs dépouilles , le pays qu'ils étoienc
Charles le Chauve en avoit fait plu- venus piller.
fieurs , les unes volontaires , 8c les au- L'an fuivant Berenger tâchant de fe
très par taxes. rétablir dans le Royaume d'Italie , fut
Le Duc d'Aquitaine , ( c'étoitGuil- tué par fes gens mêmes à Veronne. Il
laume II. du nom, fils d'Ebles , 8c avoit une fille nommée Giffette, qui fut
neveu de Guillaume I. furnommé le mariée à Adelbert Marquis d'Yvrée , " 9 , ç
Débonnaire, ) ne fe foumettoit pas af- dont vint le jeune Berenger , qui fut £m . '
fez à Raoul ; il fut obligé de tourner auflï Roi d'Italie. Après la mort de Be- cidént va-
fes forces de ce côté-là. Guillaume fça- renger, le titre & Empereur en Occident caiu .Empê-
chant fa réfolution , s'avança fur les ne fut déféré à perfonne , au moins par encore Con"-
bords de la Loire qui faifoit les bornes le Pape 8c les Italiens , jufqu'à Othon tantinvih.
de fa Duché, pour lui en empêcher I. l'an 962. Cependant le Royaume de-
l'entrée. Après quelque négociation , meura entièrement à Raoul : mais l'in-
ce Duc parla la rivière , 8c mettant pied conftance des Italiens , qui va toujours
à terre , vint trouver Raoul , qui, fans à chaiïèr un Seigneur par un autre , fit
defeendre de cheval , l'embraila 8c le qu'ils fe donnèrent bien-tôt à Hugues
baifa , 8c le lendemain lui accorda une Comte d'Arles , fils de Berthe , pour fe
trêve de 8. jours , après laquelle le Duc défaire de Raoul. Celui-ci ayant appris
lui rendit hommage , 8c en récompen- qu'ils avoienttué en trahifon Burchard
fe retira la ville de Bourges 8c le Berri Duc de Sueve , fon beau- père, fe retira
que Raoul lui avoit ôtés. doucement en fon Royaume de Bour-
Les Italiens s'étant laifés de Beren- gogne , fans ofer rien tenter dans une
ger, déférèrent la Souveraineté à Raoul Ci mauvaife difpofition.
II. Roi de la Bourgogne Transjurane.
Tome IL H
5S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
RAOUL Roi de France.
HENRY de Germanie. 1 HUGUES d'Italie; 1 RAOUL IL de Bourgogne;
916. Y L fe faifoit prefqtie toutes les années defiroit la garder pour lui-même. He- ■■- —
JL diverfesirruptionsparlesNormands. bert n'ayant pu l'obtenir d'amitié, fon- ? i 7»
Outre ceux qui étoient en Neuftrie, il gea à le la faire donner par force. Il ti-
y en avoit encore dans la Duché de ra donc Charles le Simple de prifon >
Bourgogne , & du côté de l'Artois -, &c le mena parlementer avec les Nor-
& à toute heure on avoit à leur faire mands^, qui fourlroient impatiemment
tête , ou à les pourfuivre : mais comme fa détention, parce qu'il leur avoit don-
les Grands ne vouloient point que les né la plus riche Province de France,
affaires du Royaume s'éclaircilïenr , ils Cette menace n'ayant rien opéré, d'au-
avoient de li bons amis parmi eux, tant qu'Emme femme de Raoul s'opi*
qu'ils s'évadoient toujours. niâtroit à garder Laon , 6c même s'étoit
Cette année Raoul Roi de France les jettée dedans , il le conduiiit à Reims
ayant enclos dans un bois au pays d'Ar- comme pour le rétablir , & écrivit mê-
tois, ils firent une furieufe fortie à l'im- me au Pape Jean X. qui le menaçoit
provifte , dans laquelle il fut blelfé ; de de l'excommunier, s'il ne le failoit,.
il eut été pris , fans le prompt fecours qu'il rravailloit tour de bon à le remet-
qne le Comte Hébert lui donna. Ceux tre en pollelîion de fon Royaume. Es
qui tenoient les Ides de la Loire, y il fembloit qu'il ne s'en pouvoit pas dé-
ayant été long-tems affiégés par Hugues dire , parce qu'autrement le Duc de
& Hébert, fe défendirent fi bien, qu'on Normandie ne vouloit pas lui rendre
leur donna la ville de Nantes pour de- {on fils Eudes qu'il lui avoit donné en
meure. otage. Il fallut néanmoins alors que la
Une affaire terminée , il en furvenoit Reine lâchât prife , & qu'elle rendît la
une autre. Guillaume Duc d'Aquitaine place à Hébert , qui par ce moyen étant
s'étoit révolté une féconde fois 5 Raoul appaifé , ramena Charles dans le Châ-
fut contraint de faire voyage en ce pays- teau de Peronne, ôc fit nouveau fer-
là , pour le remettre dans fon devoir, ment à Raoul.
Comme il y étoit entré bien avant, il L'an 918. Hugues Roi d'italievint en T"
apprit que les Hongrois , qui avoient France : on ne trouve point pour quel '
fait de grands ravages dans l'Allemagne fujet. Le Roi Raoul 3c Hébert allèrent
Se en Italie , s'étoient jettes en France , le recevoir vers le Lyonnois , &- con-
ôc avoient pillé la Champagne jufqu'à férerenr avec lui. Il mit alors la Provin-
la rivière d'Aifne \ il marcha droit à ce de Vienne entre \cs mains d'He-
eux , 8c le bruit feul de fa marche bert, pour la garde de fon fils Eudes,
les fit fortir promptement du Royau- En ce tems-là une bande de Nor- — k *~"
me. ma-nds defeendue dans' le Boulonnois, 9 Z 9«
Nonobftant l'étroite union qui pa- entoura Guifnes d'un double foiîe. De-
roiffoit entre lui 8c le Comte Hébert , puis , Arnoul Comte de Flandres , le
la ville de Laon fut un fujet de grande donna en fief à Sigefroy chef de cette
difeorde entt'cux. Hébert la vouloit flote. Ce Sigefroy quelque tems api es,
avoir pour Othon fon fils; 8c le Roi enleva fa fille Eltrude : mais fçaclv.nc
RAOUL, ROI XXXI, ç?
'que le pere venoit l'afliéger , il eut Ci Ces malheurs le 7. d'Octobre, de l'an T7o~*"
i - )l ^' grande peur de fa colère, qu'il fe pen- 91.9. dans la ville de Peronne , où il
dir , &z lailîa fa femme grolfe d'un fils avoit été prifonnier plus de iix ans. Il
nommé Adolfe, lequel depuis fut Corn- y fut enterré dans l'Eglife de S. Furfy.
te de Guifnes. Son régne, à compter du jour de fon
Tantôt Raoul , tantôt Hébert fai- Sacre à celui de fon emprifonnement ,
foient efpérer la liberté au malheureux fut de trente ans , &c fa vie de cinquan-
Charles le Simple, &c lui rendoient des te. Il ne lailîa qu'un fils nommé Louis,
refpe&s comme à leur Souverain ; &c de la Reine Ogine * , fille d'Edouard * °ï ,vir '
néanmoins ils n'avoient nulle envie de Roi d'Angleterre. Je trouve qu'avant
le relâcher. La mort feule les tira d'en- cela ii en avoit eu une autre nommée
tre leurs mains ; elle finit fa captivité & Frederonne.
J^. * Edgiae ,
Edeive , O-
OGINE
FEMME
DE CHARLES LE SIMPLE.
Qu'heureux feroit le fouvenir 9
De la forte & guerrière Ogine !
Si lorfqu'elle acquit le titre d'héroïne ,
Sur la fin de (es ans elle eut pu s'abftenir
D'un Jiirnen qui ternit fa gloire à l'avenir.
Eïtradion Z"" 1 E t t e PrinceiTe fille d'Edouard l'inftance & fur les fermer» des Sei-
io&ùic \^ Roi d'Angleterre, & fœur du Roi gneurs François : mais ia préfence du
Adelftan ou Aliian , fut l'an 903. prife jeune Roi ne mit pas fin aux factions ,
en mariage par le Roi Charles qui de- cette femme d'un courage viril faifoit
lîroit par-là le fortifier contre les Nor- tous Ces efforts pour les étouffer ; elle
mands , &c contre fes fujets rébelles. Il animoit fes bons ferviteurs , &; les fe-
fembloit qu'elle ne fût pas tant venue cours qu'elle taifoit venir d'Angleter-
en France pour y régner, que pour exer- re , non-feulement par des paroles,
cer fa patience. Au bout de vingt ans de mais encore par fon exemple , les me-
guerres civiles , elle vit fon mari arrêté nant hardiment au combat. Enfin elle
LoTs «Ah- prifonnier par Hébert Comté de Ver- eût pu pafler pour une héroïne, fi étant
gïcrerrc Le imndois -, toute effrayée de ces nou- venue à l'âge de plus de 60, ans , elle
î™!t a l? veiles, elle fe fauva en Angleterre avec n'eût montré qu elle étoit femme , Ôc
Raoul & eut fon hU Louis , qui fut furnomme d'Où- qu'elle n eut lucombe a la roiblelie na-
ÎS?OT? P à d ° tnmer - T^ize ans après , & enfuite de turelle de fon fexe , ternillant la gloi-
.ciolïïtcK. la mort du Roi Raoul , elle le ramena à rç de Cqs belles a&ions , & offenfant
H ij
give
6o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
la mémoire du Roi fon époux. Car d'Outremer , dont elle avoir reçu quel-
alorselle devint éperduementamoureu- que déplaifir. Ce mariage fi déraifon •
fe de Hébert Comte de Troyes, & fe- nable éc fi hors de faifon , lui tut ex
cond fils de ce Hébert Comte de Ver- trëmement honteux , & n'apporta au-
mandois , qui avoir tenu fon mari pri- cun avantage à Hébert , ni même au-
fonnier fi long-tems -, fi bien que ne cune efpérance , finon de voir bien-tôt
pouvant plus ni éteindre ni couvrir cet- mourir la vieille qui l'embarrafibit,
te ardeur qui la brûloir , elle fe déroba Tant il eft vrai que ce fexe quand il
Surlafindede la Cour avec quelques-uns de fcS s'eft une fois déréglé, aime toujours
fi? iin U hcn le P^ us confidens , & s'en alla à Saint avec manie, &: qu'il n'eft que rarement
«euxmariage. Quentin , où elle épouface Comte pour aimé fans deshonneur,
fe venger ,difoit-elle , de fon fils Louis
RAOUL Roi de France.
HENRY de Germanie. I HUGUES d'Italie. ' RAOUL II. de Bourgogne.
- " f^ O m m e le Roi Raoul étoit al- beau-frere du Roi , lui avoit fouftrait J
9}°' \^j\è en Aquitaine, il fçut que les quelques-uns de les vaflaux, entr'au-
5c iuiY. Normands des lfles de Loire s étoient très Herluin Comte de Montreuil fur
hazardés de percer jufques dans le Li- la mer.
mofu\ ; il mena donc ion armée en ce 11 y eut donc une rude guerre entre
pays-la -, & les ayant rencontrés dans le eux cinq ans durant, diverfes places pri-
lieu nommé Dextricios, on ne fçait pas £es , & bien du pays ficcagé. Hébert
bien où c'eft , il les y enveloppa de tel- fe fervoit de l'affiftance des Lorrains
le forte, qu'il ne s'en fauva pas un contre lui , &: avoit fait fermenta Hen-
feul. Cette vi&oire rrès -néceflaire à la ri Roi de Germanie. Mais Raoul étant
Province, lui acquit beaucoup d'efti- aiîifté de Hugues le Grand , prit la vil-
me parmi les Aquitains , & les porta à le de Reims , dont Hébert jouiiïoit ,
le reconnoîtreavec un peu plus de lou- comme étant adminiltrateur du tem-
miflion. porel de l'Archevêché , parce qu'il avoit
L'autorité Royale étant dans une ex- fait élire fon fils Archevêque , quoiqu'il
trême foiblelïè , les Seigneurs fe fai- fût mineur ; Se inftalla ArroLd fur le
foient la guerre les uns aux autres pour fiége de cette Métropole. Il deftitua
des arnere-vaflaux , & pour des places auiîi Benon Evcque de Châlons , qui
qu'ils ufurpoient les uns fur les autres -, avoit fuivi Hébert ; & puis il l'aflSéga
êc bien fouvent ils s'attaquoient aux lui-même dans Laon , & prit la place
Rois mêmes quand ils leur refufoient à compofition.
quelques terres ou quelques Abbayes. L'audace de Hébert étant un peu ra- "
Hébert ne pouvoit s'accommoder baifice par cet échec , Raoul fit un
avec Raoul , parce qu'il étoit fon Roi ; voyage en Aquitaine & en Languedoc,
mais entretenoit incelligence avec tous où il reçut les hommages de Ray-
fes ennemis , & cherchoit tous les mond & Ermengard , Princes de Go-
moyens de l'arfoiblir. Il prenoir pour thie ( ainfi fe nommoit la partie du
prétexte de cette querelle, que Hugues, Languedoc plus voifine des Monts- Py-
.
RAOUL, ROI XXXI. il
rennées, ) & de Loup Azenar Duc de pas de ce que les Rois qui Vont poJpdé>~
93*- Gafcogne, lequel, (i on en croit Flû- y ayant jamais fait leur réjidence , ni 5>3 3 •
doard , étoit monté fur un cheval qui quils y ayent été couronnés ; mais de ce
avoit cent ans, 8c néanmoins paroilïoit que cette ville étoit très- illufire pour fai-
encore vigoureux. re un titre , ayant été , dès le tems des „,
Guillaume Duc de Normandie lui Empereurs Romains , la Capitale de fept
rendit aulîi hommage; 8c enrécompen- Provinces des Gaules , & J'es Métropo-
fe il lui donna les terres que les Bre- litains Vicaires du S. Siège.
tons tenoient fur la mer; je crois que En l'année 933. une bande de Nor-
c'étoit le Belîin 8c les environs d'A- mands ravagèrent toute la Province de
vranches. Berry ; Ebbes , Seigneur de Deols , les
En Italie le Roi Hugues dès l'an 929, combattit près de Châtillon fur In-
avok acquis la Seigneurie de la ville de cire , vers les confins de la Touraine , 8c
Rome , en époufant l'impudique Ma- gagna fur eux une victoire fignalée ;
rofïe , veuve deGuyfon frère de trière , après laquelle il les pouriuivit jufqu'à
Marquis de Toicane ; laquelle gouver- la Loire : mais dans le combat il reçut
noit alors la ville 8c le fiégè Pontifical : une blelfure dont il mourut à Orléans,
mais il en avoir été challé par Alberic Son fils- 8c fucceifeur Raoul délaiifa le
fils de cette femme , auquel il avoir Bourg de Deols aux Moines de S. Be-
donné un foufflet , &c s 'étoit retiré en noît , aufquels fon père y avoit fondé
Lombardie. Lambert qui avoit fuccé- une Abbaye ; 8c s'en alla bâtir la ville
dé au Marquifat de Toicane à Guy fon qu'on appelle encore aujourd'hui de
frère , étoit auiîï frère utérin du Roi fon nom , Château-Raoul , un peu au
Hugues, comme fils de Beithe fa me- deiTus de Deols, fur la même rivière
re , laquelle étant veuve de Thibaud d'Indre.
Comte d'Arles , avoit en fécondes nô- Nonobftant l'accommodement de
ces époufé Adelbertpere de Guy 8c de Hugues 8c de Raoul, les Italiens per-
Lambert. Hugues ne laiifa pourtant pas fifterent dans leur réfolution de defti-
de le faire mourir ; 8c donna la Tofca- tuer Hugues ; 8c convièrent Arnoul
ne à Bofon fon frère de père 8c de me- Duc de Bavière de venir prendre la
re ; lequel ne lui fut pas plus fidèle que Couronne. Il perça jufqu'à Vérone, 86
l'avoir été Lamberr. y fut bien reçu : mais Hugues ne lui
oj. Les peuples fe dégoûtèrent bien-tôt permir pas de s'y affermir , 8c le rechaf-
de fa domination, & rapellerenrRaoul IL fa en Bavière. Après quoi , pour s'ap-
Roi de Bourgogne. Ces deux Princes é- puyer plus fortement , il affocia fon fils
tant prêrs de brouiller toute l'Italie, leurs Locaire à la Royauté.
amis négocièrent un accommodement Les adtes qu'on a de Louis l'Aveu- ,
entr'eux , qui fut tel , que Raoul re- gle , Roi de Provence , fonr voir qu'il
nonceroit au Royaume d'Italie , & me- étoit encore en vie l'an 933. ainiî il
me aideroit Hugues de certain nombre n'y a pas lieu de marquer fa mort l'an
de troupes pour le conferver , moyen- 934. comme font quelques auteurs. Il
nant que Hugues lui cédât la Breiîè , étoit pour lors âgé d'environ 5 5 . ans ,
le Viennois , 8c tout ce qu'il tenoit 8c n'avoit qu'un fils nommé Charles
en Provence , avec le titre du Royau- Conftantin -, lequel n'étant pas encore
me d'Arles, lequel par ce moyen, fut en âge d'adolefcence , les Provençaux
uni au Royaume de la Bourgogne qui avoient befoin d'un Roi qui fut
Transjurane. * capable de les gouverner , élurent Hu-
Le nom du Royaume d'Arles ne vient gués qui l'étoit déjà? de l'Italie , fils
€i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
- — | du Comte Thibaud d'Arles , & de Ber- chroniques de Normandie marquent ' ■
234* the fille bâtarde du Roi Lotaire 8c de que l'entrevue du Roi Raoul avec celui 9? 5
Vaîdrade. de Germanie , 8c la paix , le firent par
M.duiîou- Un Gentilhomme très-fçavant dans l'entremife du Duc Guillaume,
chec. notre ancienne Hiïtoire , m'a fait voir L'année 936. mourut Ebles Comte
""des preuves que la Maifon de Savoye d'Auvergne 8c de Poitou , 8c Duc d'A- 9 5^-
<^ |-'j ' defcendoitdemâle en rwale de ce Conf- quitaine , fils de Ranulfe , 8c fuccef-
tantin : ainfi elle a eu droit dès ion ori- leur de Guillaume II. laillant fes Etats
gine de prendre le titre de R o y a l e. à Guillaume iurnommé Tête d'ejïoupe ,
Cependant les deux plus puillans Sei - Ion fils,
gneurs de France , Hugues le Blanc, & Comme aufli Raoul Roi de Fran-
Hebert de Vermandois , ne pouvant ce fortit de ce monde le 14. de fon ré-
s'accorder eniemble , fe failbient rude gne , 8c le 15. de Janvier ; il mourut
guerre ; 8c le Roi favoriibit Hugues 9 dans la ville d'Auxerre , où il étoit
dont il avoit époufé la fœur. Henri tombé malade dès l'Automne , d'une
Roi de Germanie s'étant entremis de phririafe * univerfelle. Son tombeau * cerniprjpa
leur accommodement, on rendit Saint- eft à Sainte Colombe de Sens. Ce tut qu> engendre
Quentin 8c Peronne à Hébert par une un Prince libéral , vaillant, religieux , f" 1 'i . UK r:vr
trêve , qui fut bien-tôt fuivie d'une paix jufticier , 8c digne d'un meilleur remsu
finale. Sa femme 8c un fils qu'il avoit eu d'el-
L'an 935. les trois Rois , celui de le , l'avoient précédé d'un an , 8c Bo-
9 H' France, celui de Germanie , 8c celui fon ton frère , de quelques mois : tous
de Bourgogne, s'entrevirent près de deux moururent fans enrans. Ils avoient
la Meufe , pour donner ordre conjoin- encore un autre frère nommé nugues ,
tement à réprimer les cruelles courfes 8c furnommé le Noir 8c Capet. Il fut
des Bulgares , qui infeftoient les ter- Duc de Bourgogne ? 8c vécut long-
res de tous les trois. Cette année-mê- tems après eux i mais il mourut aufli
me , ayant ravagé la Lombardie , ils fans poftérité j 8c la Duché pailà a l'au-
ctoient venus en Bourgogne : mais corn- tre Hugues Capet, qui en avoit déjà
me ils entendirent que le Roi de Fran- la moitié.
ce matchoit de ce cbté-là , ils rebrouf- La même année Henri l'Oifeleur
ferent en Italie. finit aufli fes jours le x. de Juillet , 8c
En ce voyage le même Roi afïîégea les Germains mirent en fa place Othon
8c reprit Dijon fur Bofon fon propre fon fils aîné , depuis furnommé le
frère qui s'en étoit emparé. Ce que je Grand. A quelques mois de là il fut
marque feulement pour faire voir les couronné à Aix-la-Chapelle par Hil-»
brouilleries univerfelles de ces régnes- debert Archevêque de Mayence.
U j même entre les plus proches. Les
A»
«3
EGLISE DU IX. SIECLE.
JAmais Prince n'employa tant de Les Laïques s'étoient accoutumés i
foins &■ tant de tems à régler tout outrager ôc à tuer les gens d'Eglife :
ce qui touche l'avantage ôc l'adminif- voilà pourquoi le Débonnaire convo-
tration de l'Eglife , la difeipline du qua un Concile à Thionville l'an 81 1.
Clergé, ôc les mœurs du Chriftianif- où les Evêques ordonnèrent de lon-
me , que fit Louis le Débonnaire. Dans gués pénitences à ceux qui auroienc
toutes les Aflemblées générales qu'il commis ces excès. L'année d'après il
faifoit , il ne fe traitoit prefque d'au- en alfembla un autre à Attigny , dans
tre choie : lui ôc les Grands de ion Etat lequel imitant l'exemple du grand
alîiitoient dans les Conciles pour ap- Theodofe , il voulut de fon bon gré
prouver & fouferire ce qui y étoit or- recevoir la pénitence publique des
donné ; 6c puis il le confirmoit par fes Evêques , pour la mort de Bernard fon
Lettres Patentes. neveu , 6c pour les violences qu'il avoit
, Au Concile d'Aix-la-Chapelle de commîtes à l'égard de fes autres pa-
l'an 816. la forme de l'inftitution des rens. 11 y fit auffi plufieurs capuuiah
Eccléfîalliques fut rédigée en cxlv. res pour le gouvernement de l'Eglife
articles-, ôc -celle des Religieufes en ôc de l'Etat.
xx v ni. toutes- deux tirées des anciens A même fin,, 6c pour avifer aux Coacifts.-
Conciles Se des faints Pères, Enfuite de moyens d'appaifer la colère de Dieu ,
ce Concile,, ex: au même lieu, il fit xxix. qui paroilfoit par les fréquentes irrup-
Gapitulaires ou Ordonnances, comme tions des Normands, il ordonna l'an
on avoit accoutumé de faire en pareil- 828. la convocation de quatre Con-
les occafions. ciles pour l'année fuivante , en quatre
L'année fuivante 817. il aflembla les endroits de fon Royaume ■> à Mayen-
Abbés avec leurs Moines au même ce , a Paris, à Lyon, 6c à Touloufe»
endroit , qui firent x c. chapitres ou II dreflTa des articles de ce qui devoit
réglemens pour la difeipline Monafti- s'y traiter ; en confirma les décrets
que : enfuite de quoi Benoît Abbé dans celui de formes > qui fut tenu
«d'Aniane travailla à la réformation de la même année en préfence des Légats
»' Tout dé- l'Ordre de faint Benoit, qui étoit * un du Pape Grégoire IV. Nous n'avons
labre. Ed. de p eu défigurée, les actes que de celui de Paris , qui eft
Je remarque qu'en plufieurs Mo- le VI. de ce nom. Ils font fort beaux 5
naftéres , principalement dans ceux qui &dîvifés en trois livres,
avoient été de l'Ordre de faint Co- Il fit une autre aflemblée l'an 83 2,
lomban , il y avoit deux régies -, lef- dnns l'Abbaye de S. Denis, pour réta-
quelles fe relioient dans un même vo- blir l'Ordre Monaftique , ôc autorila
lume , fçavoir celle de S. Colombair, cette réforme par une Déclaration.
ôc celle de S. Benoît : je ne fçai pas II ne faut point mettre au rang de
s'ils étoient obligés de les obferver ces faintes AiTèmblées celle de Com-
toutes deux, ou s'ils en pouYoienc piegne , où ce bon Prince , l'an 853.
choiiir une. fut dégradé x ôc condamné à prendre
tf 4 ABREGE CHRONOLOGIQUE
l'habit de pénitent. Celle de S. Denis cile ordonna à Benedicl: Lévite d'en
de l'an 854.1e réconcilia à l'Eglife, ôc taire une nouvelle collection , ôc y
le remit dans la Communion. Le ajouta ceux qui manquoient. Il fe tint
Concile de Thionville , tenu en 835. un Concile à Paris Tannée luivante
fit la même chofe , ôc outre cela , dé- '846. pour achever les réglemens qui
g'ada Ebbon Archevêque de Reims, n'àvoiènt puiêtre dans celui de Meaux :
qui avoit été le ptincipal auteur de un à Soillbns en 855. 6c un autre à Ver-
cet attentat. berie , pour rédiger ce qui avoit été or-
Pour remercier Dieu par des œuvres, donné a iioillbns -, un à * Touziac , * 9 n croit
aulîi-bien que par des prières , il en fît dans l'Evêché de Toul l'an 860. com-^ "es de"
tenir un à Aix-la-Chapelle l'an S$6. où il pofé des Evèques de quatorze Provin- vaucoukur,
fut fait de fort beaux décrets, que les ces. LTn à boitions l'an %66 : un à^ efedc
Pères envoyèrent à Pépin d'Aquitaine , Troyes l'année fuivante , comme pour
pour l'admonefter par-là de fon devoir fuppléer à celui de Soitlons-, tous ceux-
envers Dieu , ôc pour le porter à ne là pour la réformation de la diicipline
pius traiter fi mal les Eglifes, comme ôc des mœurs. La plupart des auttes
il faifoit. Ces décrets furent commen- furent pour des affaires particulières ,
tés , pour ainfi dire , &c appuyés par tk ne taillèrent pourtant pas de faire
beaucoup de raifons ôc de pallages des quelques canons. Le premier de Ma-
Peres -, ce qui écoit fouvent pratiqué yence en l'an 847. où prélidoir Raba-
par les Conciles de ces fiécles-là. nus Maurus Archevêque de cette ville-
II feroit trop long de marquer tous là , fut convoqué à même intention que
ceux qui furent tenus fous le régne de celui de Meaux par Louis Roi de Ger-
Charles le Chauve , de tous les Capi- manie , fur les plaintes qu'il recevoir
tulaires qu'il drelîa pour ce même fujet tous les jours, que l'on mettoit à toute
de réformation. Nous avons le Concile heure les mains fur les perfonnes fa-
de Lauriac en Anjou l'an 845. celui crées, ôc furie Patrimoine de l'Eglife
de Thionville 5c celui de Vernon en &c des pauvres. Audi pour récompen-
l'an 844. ceux de Beauvais ôc de Meaux fer la piété de ce Roi , ils ordonnèrent
l'an 845. Les Evêques de ce dernier que par les Eglifes 6c Monafteres de fon
formèrent de grandes plaintes au Roi Royaume il feroit dit trois mille cinq
Charles , de ce qu'il donnoit les biens cens Meffes , ôc le Pfeautier récité dix
de l'Eglife à des Laïques, ôc qu'il laif- fept cent fois , à fon intention , ôc de
foit dépérir la difeipline Eccléfialti- la Reine fon époufe.
que -, ce qui irritoit la colère de Dieu L'année d'après il y en eut un autre
fur fon Royaume. Hincmar Archevê- dans la même ville , &c fous le même
que de Reims leur infpira la hardief- Archevêque, qui bannit le Moine Go-
\'q de parler de la forte, leur ayant re- defchalch , ôc le renvoya à Hincmar de
montré que fi on defiroit remédier aux Reims fon Métropolitain, lequel, dans
défordres , Ôc corriger les péchés des le Concile de Crecy fur l'Oife de lamê-
enfans de l'Eglife , il falloir commen- me année , le fit condamner , comme
cer par les Rois même , autrement que nous le dirons ci-après,
c'étoit perdre le tems. Ils exhortèrent Ce Moine étoit aceufé de prêcher
donc le Roi Charles , de vouloir ob- des erreurs dans la doctrine de la Pré-
ferver les Capitulaires que fon père ôc deftination , du libre arbitre , ôc de la
fon ayeul avoient faits. Anfegife Ab- Rédemption par le îang de Jésus-
bé de Lobes les avoit autrefois colli- Christ. Ces quel! ions furent enco-
gés ôc réduits en quatre livres. Le Con- re agitées Tan 855. au troifiéme Conci-
EGLISE DU IX. SIECLE. 6s
le de Valence , qui s'étoit afîemblépour encore un troifiéme à Mets pour ie mê-
faire le procès à l'Evêqué de cette ville- ine fujet.
là , fur certains crimes. A l'égard de ces Dans celui de Senlis de l'an 863.
matières de la Grâce 8c de la Préciefli- Hincmar fit condamner 8c dégrader
nation , il y fut décidé , qu'il s'en fïilloit Rouauld Evêque de Soillons. Ce juge-
tenirà ce qu'en avoient décidé les Con- ment ne fut donné que fur une accufa-
ciles de Carthage & d'Orange j fçavok, tion d'un Prêtre, que Rouauld avoit
que les bons n'étoient fauves qu'avec la dépofé, parce qu'on l'avoit furpris avec
grâce de Dieu , & les mauvais n'étoient une femme , & mutilé des parties qui
damnés que par leur propre iniquité ; font inutiles à un bon Eccléfiaftique.
non pour n'avoir pu ecre bons , mais Aufli Rouauld en appella à Rome. Le
pour ne l'avoir pas voulu. On y réfoluc Pape Nicolas manda à Hincmar 8c aux
aulii , que les Evêques nommés par le Evêques, qu'ils lui envoyaient l'accu-
Roi ne feroient admis à l'Epifcopat , fé pour revoir fon procès -, & àlafecon-
qu'après une foigneufe& exacte perqui- de fois il les interdit de dire la Meife
fition de leur capacité , de leur foi , 8c jufqu'à ce qu'ils eulîent obéi, MaisHinc-
de leurs bonnes mœurs. On y fulmina mar qui avoit grand crédit dans FEglife
encore une févere fentence contre les Gallicane, tint ferme, 8c fit donner des
duels , portant , que celui qui auroit tué gardes à Rouauld, de peur qu'il ne fortir
ou eftropié fa partie dans cette forte de du Royaume. Néanmoins deux ans après
combats , feroit tenu pour un décéda- il alla à Rome, 8: fut rétabli dans fon
ble meurtrier 8c un infâme brigand, 8c Evêché par le jugement du Pape Ni-
contraint par toutes voyes à la péniten- colas.
.ce publique : 8c que celui qui y auroit Le même Saint Père ordonna à He-
été tué, feroit privé des prières de l'Egli- fard Archevêque de Tours d'aifembler
fe 8c de la fépulture. un Concile à Soifïons l'an S66. ( ce fut
Le Concile de Paris de l'an 847. fut le troifiéme ) pour -remettre Wlfade * *[^± g*
pour l'affaire d'Ebbon de Reims : celui 8c fes compagnons Clercs de l'Eglife de de Bourges,
.de Tours de l'an 849. fut aflemblé au Reims, dans leurs grades , fi Hincmar,
fujet de l'entreprife de Neomene , qui qui les avoit dépofés trois ans aupara-
avoit donné un Métropolitain aux Eve- vaut dans une affemblée d'Evêques te-
ques de Bretagne , 8c partant les avoit nue dans la même Ville , refufoit de
diftraits de l'Archevêché de Tours. Il le faire. Le Concile de Troyes de 867.
s'en fie un autre à Soiifons en 8 5 3 . où la travailla à la même chofe. Il y en eut
.dégtadation des Ordinands qu'Ebbon un à Verberie en 869. un à Attigni l'an
avoit facrés durant le tems qu'il s'étoit 870. 8c un autre à Douzi l'an 871. pour
réintrus dans l'Archevêché , tut ordon- l'affaire du malheureux Hincmar de
née. En celui de Crecy Tan 857. les Laon. Dans celui d'Attigni il fut auffi
Evêques députèrent deux de leur Corps, traité de la divifion du Royaume de
pour aller faire des remontrances à Lotaire II. comme aufii encore de la ré-
Louis le Germanique , fur ce qu'il en- bellion de Carloman fils du Chauve ,
vahifloic le Royaume de Charles fon qui fut condamné à tenir prifon à Sen- c . efi ^haiS.^
frère. Il y en eue un àSavonnieres, près lis. Ce qui fut confirmé par un autre fur la rivière
du Fauxbourg de Toul, l'an 859. pour tenu à Senlis même l'an 873. d f f v , ei ^? i,? *
accommoder cette querelle. Lotaire' Le fécond Concile de Douzi * l'an *.oVcroit
le jeune en convoqua deux à Aix-la- 874. fut contre les.mariagesince(tueux, que cvii roi-
Chapelle l'an 860. pour le fait de fon 8c contre ceux qui envahiffoient les i^es a à-dcf.
mariage avec Tietberge. Et jî y en eut biens de l'Eglife. Celui * de Pontigon fus 4 .-,/.
Tome II. I
66 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
l'an 876. confirma les réglemens faits fembiés à Paris pour en conférer , fi-
en celui de Pavie. Le Pape Jean VIII. rent recueillir beaucoup de palfages des
s'étant fauve de la captivité de Lambert Pères, & pluiïeurs raifons fur cette
Comte de Spolete , 6c d'Albert Marquis matière, dont ils inféroient qu'il ne fal-
de Tofcane , lorfqu'il fut en France , loit point permettre le culte des Ima-
convoqua le Concile de Troyes en 878. ges. ils drefïerent même des lettres en
où il fit approuver l'excommunication cette conformité , pour faire tenir au
qu'il avoit jettée à Rome fur ces perfé- Pape fur ce fujet , tant en leur nom
cuteurs , 6c la condamnation de For- qu'en celui de k'Empereur, & d'autres
mofe Evêque de Porto , &c de fes corn- encore que le Pape devoit envoyer aux
plices. Les Evêques de Bourgogne dans Empereurs d'Orient. Mais on ne voit
* Palais des celui de Mantaille * , déférèrent le point que cette réfolution ait eu aucune
eoène^qua- Royaume à Bofon l'an 879. Il y en eut fuite -, i'Eglife Gallicane a reçu le culte
tre^iieuesde un à Fimes en Champagne l'an 881. des Images, &c tient le fentiment con-
v^nce. entre les Actes duquel il y a une exhor- traire pour hérétique.
tatioi$)ck: avis au Roi Louis fils de Louis Pour la queftion de la Prédeftination,
le Bègue, pour bien gouverner. Le Roi elle fit encore plus de bruit. Ce fut le
Arnoul en fit tenir un à Mets l'an 888. Moine Godefcalch natif de Germanie ,
Celui de Valence en Dauphiné l'an mais qui avoit pris l'habit dans l'Ab-
890. donna le Royaume de la Bourgo- baye d'Orbais au Diocèfe de Soiffons ,
gne-Cisjurane ou d'Arles , à Louis fils lequel donna occafion à ces difputes.
de Bofon. Dans le même Royaume il Au retour d'un pèlerinage de Rome,
y en eut un à Vienne deux ans après , pillant par Mayence , il débita quel-
dont il refte quelques canons. La me- qnes propofirions fur ce lujet, qui fem-
me année celui de Reims où préfida bloient dures & fcandaleufes •, on l'ac-
Foulques fucceiTeur de Hinjcmar, dé- eufa d'en feigner que Dieu deftinoit in-
cerna des lettres comminatoires à Bau- commuablementlesréprouvésàladam-
deuin Comte de Flandres, quienvahif» nation , comme les élus à la gloire , &
foit les biens des Eglifes. partant que comme il étoit l'auteur des
La queftion du culte des Images , &r bonnes aélions , il l'étoit pareillement
celle touchant la Prédeftination,penfe- du péché. Ceux qui le veuloient dé-
rent divifer I'Eglife Gallicane. Pour le fendre foutenoient au contraire , qu'il
premier, il efb certain qu'il n'y avoit n'avoit point d'autre doctrine que cel-
point d'Evêques dans les Etats de Fran- le de S. Auguftiîî , de S. Fuîgence , do
ce qui voulurent brifer les Images, ni S. Grégoire , &z enfin de toute Pfcgli-
rejettafTent l'intercefiion des Saints , fe j qui eft que Dieu prépare les pei-
fmon Claude de Turin , qui fut battu nés éternelles à ceux qu'il prévoit de-
de tant de côtés, qu'il ne put pas te- voir mourir dans le péché, fans que
nir. Mais plufieurs &c des plus doctes , pourtant il les prédeftine , ni qu'il les
entr'autres Jonas d'Orléans & Ago- porte à pécher.
bard de Lyon , ne pouvoient foufrrir Quoi qu'il en foit , Rabanus Maurus
qu'on adorât les Images. Tellement que Archevêque de Mayence le jugea cou-
les Empereurs Théophile & Michel pable de l'erreur dont il croit aceufé :
ayant envoyé des AmbaflTadeurs en mais parce qu'en le condamnant il té-
France l'an 82.5. pour avifer avec le moigna aulfi improuy.er en général cet-
Débonnaire aux moyens d'ôter le fchif- te proportion , que Dieu prédeftine à
me qui divifoit I'Eglife Grecque d'avec la mort , ignorant qu'elle fut de S.
fa Romaine •, les Evêques qui furent af- Fuîgence ,, &z autorifée par beaucoup
EGLISE DU IX. SIECLE. <? 7
de Pères , Godefcalch lui reprocha II fe tint la-deiïus plufieurs Conci-
qu'il étoit dans les erreurs contraires à les , & il fut compofé plufieurs écrits
leurs fentimens. départ 8c d'autre, Jean Scot combat-
Il y a apparence que ce Moine ne tant pour Hincmar , 8c Florus pour
s'expliqua pas avec tout le refpecl: 8c l'Eglife de Lyon. Mais ces livres ( di-
toute la déférence qu'il devoir à un fi fent les doctes ) font bien voir que tous
grand Prélat -, 8c même ayant été cité étoient dans les fentimens de faint Au-
au Concile de Mayence , il préfenta guftin , mais qu'ils ne s'entendoienc
une requête d'accufation contre lui. point , 8c que les erreurs dont ils fe
Auiîï l'Archevêque le traita de brouil- condamnoient les uns les autres, n'é-
lon 8c d'infolent, 8c le renvoya à Hinc- toient que dans le fens que chacun at-
mar fon Archevêque pour le juger. tribuoit à fes parties. Auffi les Conci-
Hincmar qui de foi étoit peu mifc- les où ces difputes furent portées , les
ricordieux , 8c d'ailleurs déjà mal dif- alîoupirent fagement , en prononçant,
pofé à l'endroit du Moine , à caufe de qu'il en falloit délibérer avec plus am-
fon procédé trop hardi , ufa d'une gran- pie difcuffion. Ce que fans doute ils
de rigueur envers lui. Car dans le Con- n'eulîent pas fait , s'il y eût eu certai-
cile de Crecy il le fit condamner pour nement des erreurs de part ou d'autre.
fon opiniâtreté incorrigible , & pour avoir Tout le mal de cette tempête tomba
été caufe de trouble , à être dépofé de fur deux Prêtres , Godefcalch 8c Jean
l'Ordre de Prêtrife , fuftigé jufqu'à Scot , qui en pâtirent pour s'être atta-
rant qu'il eût jette fes écrits dans un qués aux Evêques. Le premier fut ac-
feu qu'on alluma devant lui , puis ren- commode comme vous l'avez vu ; l'au-
fermé dans une étroite prifon , où il tre ayant été fort bafoué 8c méprifé, fe
mourut au bout de douze ou quinze vit enfin contraint de quitter la Cour
ans. Il perfiita néanmoins dans fes (en- 8c le Royaume ; 8c même après fa mort
timens jufqu'à la fin \ 8c Hincmar le il fut condamné comme le précurfeur
traitant comme un excommunié , lui de Berenger 8c des Sacramentaires. Ra-
refufa les Sacremens , même à l'extrê- banus , 8c Amalarius Diacre de Trêves
mité de £a vie, 8c la fépulrure après furent auffi blâmés de leur vivant, de
fa morr. tenir la vilaine opinion des Stercora-
Or comme dans le Concile de Crecy nistes. ? qu'on ne fçauroit expliquer
cet Archevêque avoir drefiTé quatre cha- fans blefier le refpect qui eft dû au plus
pitres , dans lefquels il paroilîoit réfa- facré des Myfteres.
•ter la propofition de faint Fulgence , L'adminifttation des Sacremens fe
& en combattre d'autres de faint Au- pratiquoit toujours en la même manie-
gultin : les plus grands perfonnages de re que dans les fiéeles précédens : mais
ce tems-là s'oppoferent à cette entre- les Evêques faifoient obferver la péni-
prife. Entr'aimes S. Prudence Evêque tence publique beaucoup plus exacte-
de Troyes , Servais Loup Prêtre de ment que jamais , ex: plus les dcforclres
Mayence , Loup Abbé de Ferrieres , croilToienc , plus ils y apportoient de
Ratramne Moine de Coibie -, 8c même rigueur.
toute FEgliie de Lyon , au jugement Leur autorité s'étoit accrue excefiive-
<ie laquelle Hincmar s'étoit rapporté , ment depuis que Pépin s'étoit fervi
avec toutes celles du Royaume d'Arles, de leur crédit , pour fe faire Roi ,
8c fon Paiteur faint Rémi , qui pour 8c que Charlemagne , à l'exemple des
ai-
s
I ij
fa doctrine 8c pour i'efprit Eccléfiafti- Rois Vihgots , avoit voulu qu'on tra
que, étoit comparable aux anciens Percs. tât les atfaires civiles 8c Eccîtfiafïiqu
<JS ABREGE CHRONOLOGIQUE
eu mêmes aifemblées ; dans lefquelles leur doétrine , comme ce même Ago-
ces Prélats tenant les premiers rangs , bard , Theodulfe d'Orléans , ôc Jonas
ôc ayant le plus d'efprit , donnoient fon fucceffeur -, Rabanus Maurus tiré
fouvent tel branle aux réfolutions qu'il de l'Ordre de S. Benoît , Archevêque
leur plaifoit. Mais la rébellion des en- de Mayence -, ce même Hincmar de
fans de Louis le Débonnaire contre Reims qui avoir été Abbé de faint De-
leur père, ôc enfui te leurs difcordes ci- nis , &. l'autre Hincmar fon neveu
viles élevèrent encore leur pouvoir plus Evéque de Laon, Remy de Lyon,
haut ,&: le mirent à un tel point qu'ils Adon de Vienne, Hilduin Abbé de
fembloient s'attribuer le droit d'infti- faint Denis , Loup Abbé de Ferrieres
ruer ôc de deftituer les Rois , à l'exem- en Gatinois , Henri Moine de faine
pie du Pape qui difpofoit de l'Empi- Germain d'Auxerre ; Valafride Straboia
re , comme fi c'eût été un Bénéfice dé- Abbé de Richenove , Florus , Maître
pendant de lui feul. de l'Eglife de Lyon , c'eft-à-dire ,
il eft bon de remarquer qu'en cou- Théologal , ôc Jean Scot ou l'Ecollbis ,
ronnant les Rois , ils n'oubiioient pas furnommé Erigene. Ce dernier étoit
leurs intérêts , ôc ne manquoient pas grand Philofophe pour ce rems-là , &
de leur faire promettre folemnellement Charles le Chauve le chériiToit fi fore
de bien conferver les droits de l'Egli- à caufe de la beauté & de la délica-
fe : ( a ) ôc ils n'avoient pas moins de teffe de fon efprit , qu'il le raifort cou-
zèie pour le foulagement des peuples, cher dans fa chambre : mais en Theo-
ni pour les prérogatives de la Noblef- logie il palla pour un efprit égaré , ôc
fe , quoiqu'elle ne les traitât pas trop qui n'avoit pas les fentimens droits,
bien , èv qu'elle envahît fouvent leurs Quant à Hincmar de Reims, nous
pofîefiions. avons (es œuvres dont chacun peut ju-
De ceux qui parurent avec plus ger. L'autre Hincmar fon neveu fort
d'éclat, les uns fe fignalerent par des zélé pour l'autorité des Papes, recueillit
intrigues & des factions; & de ceux- leurs lettres décrétales, Ôc fut le premier
là il y en eut un grand nombre, Eb- qui ofa mettre le nom des anciens Papes
non de Reims, Agcbard de Lyon, ôc à celles qui jufques-là n'en avoient
Bernard de Vienne dans la dégradation point &c que pourtant Ifidore Mercator
de Louis le Débonnaire ; Ebroin de avoit déjà colligées comme véritables.
Toitiers pour difpofer l'Aquitaine à fe Les autres Canonises ont fuivi fon
remettre entre les mains de cet Empe- erreur jufqu'à tant que les plus judi-
reur , qui la vouloit donner à Charles cieux ont reconnu qu'elles étoient fup-
fon fils bien-airné *, Thietgaud de Co- pofées. Adon de Vienne compofa un
1 )gne Se Gontier de Mayence dans l'af- Martyrologe qui fe lit encore. Hilduin
faire du mariage de Valdrade -, ôc Hinc- écrivit la vie de faint Denis l'Aréopa-
mar de Reims dans la réliftance qu'il gite par le commandement de Louis
fit au Pape, Ôc dans toutes les affaires le Débonnaire, ôc fur les mémoires
de l'Eglife ôc de l'Etat, dont ilfe mê- de Méthodius Patriarche de Conltan-
la avec autant de chaleur que de ca- tinople , lequel pour fiàtcr les Fran-
paciré , durant le régne de Charles le çois , a donné lieu à deux croyances ,
Chauve. que les critiques prétendent avoir con-
Les autres fe rendirent illuftres par vaincues de faux ; l'une eft que ce faine
( Au lieu de ce qui fuit , i! y avoit daas l'édition le même zèle pout le foulagement des peuples , ni pour.
Je i66i. mais on ae voit pas qu'ils ayeut toujours en les prérogatives de la nobleifc.
EGLISE DU IX. SIECLE.
69
Denis ait été Evêque de Paris -, l'autre ,
que les écrits qui fe lifent fous fon
nom , foient de lui.
Nous avons les Epîtres de Loup de
Ferrieres , qui nous donnent de grandes
lumières pour les chofes de fon tems -,
8c le Moine Henri écrivit la vie de
S. Germain d'Auxerre en vers plus éle-
gans, que la rudefle du fiécie ne le
portoit.
Je remarquerai en pafTant que la
poclîe Latine tâchât à fe reveiller fous
Charles le Chauve, & qu'entr'autres
Poètes qui le flaterent , ii y en eut un
qui fit une pièce de trois cent Vers-
Hexametres , dont tous les mots com-
mençoient par la lettre C. à la louange
des Chauves.
saints. Quelques - uns méritèrent par leur
bonne vie d'être mis au catalogue des
Saints - , comme Anfcher pris dans l'Or-
dre de S. Benoît par Louis le Débon-
naire, pour être le premier Archevêque
de l'Eglife de Hambourg, établie par
cet Empereur, 8c pour prêcher l'Evan-
gile aux Danois 8c aux Suédois ; le
même Rabanus dont nous avons parlé ;
deux Audris, l'un de Sens, l'autre du
Mans ; Ayos * de Bourges , Prudence
de Troyes , Hildeman de Beauvais,
Folquin , 8c Hunfroy de Teroiîanne ,
Aman de Rodez , 8c Bernard de Vien-
ne. Ce dernier eut Adon ci-deflus,
pour fuccelTeur dans fa fainteté 8c dans
fon fiége : mais il en a eu peu d'autres
dans cette grande maxime du Chriftia-
nifme , laquelle il avoit fouvent à la
bouche 8c toujours dans l'amel: Que
les Biens de l'Eglise sont le Patri-
moine des Pauvres , 8c qu'un Ecclé-
fiaftique n'en a l'ufage que pour fes
(impies nécelîités. Auflï n'avoit-il pour
tous domeftiques qu'un Prêtre 8c un
ferviteur ; difant par ce bel exemple à
tous les Prélats : Que qui est grand
DE SOI-MÊME, N'A POINT BESOIN d'eQUI-
PAGE ET DE VALETS POUR LE PARQ1TRE*
* Aîgulfuft
7°
LOUIS IV.
DIT D'OUTREMER*
ROI XXXII.
Agé de d i x -n eu f ans*
Ce Prince nous fait voir que pour précipiter ,
Les plus juftes deflfeins , on les fait avorter.
Il faut diflîmuler félon les conjonctures.
Son courage trop chaud , fon efprit trop léger >
L'ont rendu le jouet d'étranges avantures ,
Et toujours l'ont tenu flottant dans le danger.
OTHON I. en Germanie. I RAOUL II. en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE
' Trancînran<» ' fnn f!!.<: <»n Tf-alip
Transjurane.
fon fils en Italie.
S>}6.
PAPES.
Léon VII. en 956. S. 3 . ans 6. mois.
Etienne IX. élu le j. Juin 939. S. 3.
ans 4. mois.
ENtre tous les Seigneurs François,
Hugues le Blanc Comte de Paris
ik d'Orléans , Duc de France 6c beau-
frere du défunt Roi , fe trouvait le
plus aurorifé dans le Royaume : il
n'ofoit pourtant prendre ia Couronne,
parce que Hébert Comte de Verman-
dois, Oc Gifelbert Duc de Lorraine,
deux très puiiïans ennemis , lui euflènt
rompu (es mefures , & qu'il ne fe
voyoit pas allez de forces pour chaf-
fer les Hongrois quicouroient la Cham-
pagne &c le Berry. Il trouva donc plus
fur de faire encore un Roi du fang de
Charlemagne , qui lui eut obligation
de fon établilïemenr.
Marin II. élu en 943. S. 3. ans 6. mois
& demû
Agapet II. en 946. S. 9. ans 7. mois.
Pour cet effet il envoya en Angle-'
terre une célèbre députation de Pré-
lats & de Seigneurs, dont Guillaume
Archevêque de Sens ctoit le chef,
fupplier Ogine veuve de Charles le
Simple , de vouloir ramener Louis
fon fils , que les François defiroient
reconnoître pour leur Roi. Elle leur
accorda leur prière , non pas fans
beaucoup de réfiftance de la part du
Roi Aldeftan fon frère. Il craignoic
que fon neveu ne périt par quelque
trahifon, comme avoit fait fon père ;
c'eft pourquoi ii ne fe contenta pas de
prendre leurs fermens , il en prit auflji
des -otages. Hugues 6v les autres Sei-
9 $6.
LOUIS IV. ROI XXXII. 71
■ gneurs vinrent recevoir leur Roi à la ( Les Chroniques de Normandie ~~
936. defcente de fon vaiileau à Boulogne , marquent cette année une entrevue du 93 '
lui rendirent hommage fur la Grève, Roi Louis avec Henri Roi de Ger-
8c de-là le menèrent à Laon , où il manie, &c difent qu'elle fut moyen-
f ut facré par Artold Archevêque de née par le Duc Guillaume -, dont Louis
Reims, le vingtième jour de Juin de fe fentit tellement obligé à ce Duc,
l'an 956. qu'au retour il le pria de tenir fon fils
Incontinent après fon ficre , Hu- Lotaire fur les fonts. Mais elles fe
gués , qui retenoit encore l'adminif- trompent au tems de cet événement :
tration du Royaume , le mena dans il ne peut être mis que quatre ou cinq
la Duché de Bourgogne pour fes pro- ans après. )
près intérêts. Car il y avoit des préten- L'an 937. Raoul Roi de la Bourgo-
tions , on ne fçait pas bien fur quoi gne Transjurane mourut , ayant re- *"'
fondées-, 8c Hugues le Noir fe i'ap- gné 25. ans dans ce Royaume-là, 8c
proprioit comme héritier du défunt cinq feulement en celui d'Arles. Il laif-
Roi Raoul fon frère , qui l'avoir eue fa trois enfans ; Conrad , qui lui fuc-
de Richard fon père , auquel Bofon céda , mais dont Othon fe iaifït , 8c le
l'avoit donné lorfqu'il fut tait Roi de détint 14. ans auprès de lui-, Burchard
Bourgogne. Le Noir s'étoit donc fai- qui fut Evêque de Laufanne j 8c Ade-
fi delà ville de Langres après la mort leis très-illuftre Princeffè , en premie-
du Roi Raoul ; mais le nouveau Roi res noces fut femme de Lotaire Roi
le mit dehors fans coup férir , 8c l'obli- d'Italie , 8c en fécondes , de i'Empe-
gaa de céder la moitié de la Duché reur Othon I.
à Hugues le Blanc.
LOUIS en France.
OTHON en Germanie & I CONRAD en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE
Lorraine. ' & Arles. ' fon fils en Italie.
"" TT" F 'Age de vingt ans fembloit en ce craignant qu'après cela il ne vint à lui ,
q C 1— f tems- là être requis pour la majo- fe rallia avec Hébert, qui d'ailleurs
ricé des Rois. Louis d'Outremer l'ayant étoit fon oncle maternel ; & parce
atteint la féconde année de fon re- qu'il voyoit peu d'aiTurance avec un
gne , prit le Gouvernement en main , homme qui n'avoit point de foi , il
8c fit venir la Reine fa mère à Lacn s'appuya encore de l'alliance du Roi
pour fe fervir de fes confeils. Aufli-tôt Othon , en époufant fa fille nommé
il fongea à rétablir fon autorité. Pour Havide. * '*Hauvîde,
cela il s'attaqua premièrement à de pe- Le Roi de fon côté fe fortifia d'une Hadvi^e
tits rebelles -, puis il s'en prit à He- liaifon plus étroite avec Arnoul Comte Avoye!
bert même, qu'il croyoit plus aifé à de Flandres, ennemi mortel de Hu-
ruiner , parce qu'il étoit fort odieux gués , avec Artold Archevêque de
pour fa trahifon envers Charles le Sim- Reims, avec Huges le Noir frère du
pie. En effet il lui enleva quelques défunt Roi Raoul , & quelques autres»
places allez facilement ; mais Hugues Cette année Gifeibert Duc de Lorraine
?
7*
ABRÉGÉ CHR
— étant venu au fecours de Hugues le
9* 9m Grand fon beau-frere , Arnoul 6c le
Noir négocièrent une trêve jufqu'au
premier jour de Janvier de l'année
luivante, entre ce Duc &c le Roi.
Dès qu'elle fut finie, la guerre re-
commença plus fortement. Comme le
Roi étoit en Bourgogne , pour partager
cette Duché avec le Noir , Hugues
le Blanc , Hébert de Vermandois , 6c
Guillaume Duc de Normandie , cou-
rurent &z brûlèrent les Terres d' Arnoul.
Les cenfures des Evêques n'eurent pas
allez de force pour les arrêter : mais le
retour du Roi leur donna plus de crain-
te , 8c fit renouer la trêve jufqu au
mois de Juin.
Henri frère puîné d'Othon s'étoit
perfuadé que le Royaume de Germa-
nie lui appartenoit , parce qu'il étoit
né fon père étant Roi , 6c qu'Othon
étoit venu au monde avant qu'il le
fut. Gifelbert très-puilTant en Lorrai-
ne , ôc qui avoit époufé Gerberge la
fœur de ces deux Princes , fe rangea
du côté du puîné, au lieu de fe por-
ter médiateur entr 'eux. Ces deux beaux-
freres ainfi ligués , envoyèrent vers le
Roi Louis pour fe foumettre à fon
obéiflànce -, 6c depuis Othon les ayant
battus 6c forcés au paflàge du Rhin ,
le défefpoir de leurs affaires porta Gi-
felbert 6c quelques autres Seigneurs
Lorrains à venir jufqu'à Laon lui faire
hommage.
Peu s'en fallut qu'alors tout le
Royaume de Lorraine ne fe rendit
à ce Roi -, il pénétra jufqu'en Alface
6c fut bien reçu par tout : mais
comme il vint à traiter en pays de
conquête , des peuples qui fe ren-
doient volontairement à lui, il aliéna
auffi-tôt leurs affections , 6c reperdit
par fes violences ce qu'il avoit recon-
quis avec juftice.
Car Hugues le Grand , Hébert ,
Guillaume Duc de Normandie , 6c
même Arnoul de Flandres ne trou-
ONOLOGIQUË
vant pas expédient pour eux qu'il ■"" ""*
fe rendit fi puiffant , fe rallièrent tous 9i9\
avec Othon ; lequel ayant quitté le
fiége de Capremont , qui étoit la for-
terefiè imprenable de Gifelbert , 6c les
ayant joints , regagna le cœur des Lor-
rains , 6c chaffa facilement Louis de
l'Alface. Puis il mit le fiége devant
Brifac, place fort confidérable dès ce
tems-là , 6c où il fe vit de fort beaux
faits de guerre.
Tandis qu'Othon étoit à ce fiége ,
une partie des liens , particulièrement
les Prélats , l'abandonnèrent : mais Gi-
felbert 6c Everard furent défaits par
fes gens au paflàge du Rhin près d'An-
dernac , où le dernier demeura mort
fur la place , 6c l'autre qui étoit le
boute-feu de toutes ces guerres , fut
noyé. Ce défavantage ayant ruiné le
parti de Henri, il fut fage , 6c fe re-
mit de bonne heure à la difcrétion
de fon frère, qui lui pardonna , mais
le tint prifonnier pour quelque tems.
Cependant Brifac fe rendit , 6c tou-
te la Lorraine lui demeura , dont il
donna le Gouvernement à Henri mê-
me , 6c peu après au Comte Othon ,
qui s'en fit appeller Duc.
L'année fuivante , le Roi Louis oen- T~T~"
lant s appuyer du cote de ce Roi , ou
peut-être s'acquérir des Vatïaux 6c des
amis en Lorraine , époufa Gerberge fa
fœur, veuve de Gifelbert, ( 6c fœur
aulîî de Hedvige où Hadvide , 6c que
Hugues le Blanc avoit époufé- la mê-
me année y elle avoit deux en fans de
Gifelbert, fçavoir Régnier 6c Lambert.
Le premier fut furnommé au Long Col.
La meilleure partie du Clergé de
Reims n'avoir pu fouffrir que Hu-
gues fils de Hébert , qui avoit éré in-
trus dans le fiége Epifcopal à l'âge de
cinq ans , s'y maintint : elle y avoit
donc inftallé un Moine nommé Ar-
told , qui par conféquent étoit en-
nemi de Hébert , 6c fort arraché au
parti du Roi. ( Ce différend engen-
dra
LOUIS IV; ROI XXXII. 75
-— *"dra une fanglante guerre qui dura dix- près de Charles Conitantin Comte de "
?4 » huit ou vingt ans, ôc moleita fort tou- Vienne, qui étoit fon coufin germain, *^ 1
te la Champagne. ) Cette année , après comme étant fils de Louis l'Aveugle
quelques autres faits peu mémorables , Roi d'Italie ôc d'Arles , ôc d'une fœur
Hébert avec Hugues le Blanc ôc Guil- de la Reine Ogine. De-là il eut re-
laume Duc de Normandie , alliégerent coûts au Pape , aux Seigneurs Aqui-
Reims ; les habitans prirent tellement tains, & à Guillaume Duc de Norman-
l'épouvante , qu'ils ieur ouvrirent les die. Le Pape envoya un Légat exhorter
portes , ôc abandonnèrent Artoid. Dans les Seigneurs Neuftriens de lui être
la même crainte , il fe lairta perfua- fidèles : ceux d'Aquitaine vinrent lui
der de céder l'Archevêché à Hugues ; rendre hommage à Vienne , Se lui
ôc d'accepter une Abbaye ( pour ré- offrirent leur afliftance : ôc Guillaume
compenfe de fon droit. ) Mais bien- quittant le parti des ligués le traita
tôt après il s'en repentit , quoique magnifiquement dans fa ville de Rouen,
les Evêques euflenr facré Hugues ; le & le fervit de fes troupes, comme fi-
Roi embraira fa défenfe , ôc la que- rent auflï les Bretons,
relie fe ralluma. Avec ces forces il chercha toutes les
De Reims les ligués allèrent planter occafions de combattre fes ennemis :
le fiége devant Laon : mais au bruit mais ils s'étoient retirés au-deçà * de p * Jéctis *
de la marche du Roi , qui revenoit l'Oife, & ayant rompu les ponts ne
du Duché de Bourgogne , ils fe re- vouloient point en venir aux mains,
tirèrent vers Othon , ôc l'ayant ame- Ainfi il fe fit une trêve entr'eux -, ôc
né comme en triomphe jufqu'au Pa- puis par l'entremife du Roi Othon il
lais d'Attigni , ils fe mirent fous fa pro- le conclut une paix , par laquelle Hu-
te&ion. gués ôc Hébert le fournirent à leur Roi.
Si-tôt que le Roi Louis eut rafraî- Il y avoit une haine mortelle en-
chi Laon , il fe retira en Bourgogne, tre Guillaume Duc de Normandie ôc
Son fort étoit de ce côté-là à caufe Arnoul Comte de Flandres, au fujet de
de Hugues le Noir , duquel ôc de ce que ce dernier vouloit contraindre
Guillaume Comte de Poitiers, il étoit Herluin Comte de Monftreuil d'être
accompagné. Le Roi Othon ayant levé fon vafïàl, ôc avoit pris fon Château j
une puiffante armée le pourfuivit juf- ôc que Guillaume au contraire avoit
ques-là , ôc donna tant de terreur à par pure généralité embraifé le parti
Hugues le Noir, qu'il lui jura qu'à de Herluin, ôc l'afliftoit puiflamment,
l'avenir il n'employeroit plus fes for- lui ayant rendu fon Château de Mont-
ées contre Hugues le Blanc , ni con- treuil , qu'il avoit repris fur Arnoul i
tre Hébert", qui étoient fes nouveaux tellement qu' Arnoul ne pouvant tirer
vafîàux. raifon de Herluin , fe porta à une hor-
. Le Comte Hébert s'étoit faifi de la rible ôc cruelle lâcheté contre fon dé-
^ 41, ville de Laon , Louis fit un effort pour fenfeur : c'eft qu'ayant négocié, fous
l'afliéger : mais ce fut à fon grand dom- prétexte de réconciliation , une entre-
mage -, car étant furpris dans fes loge- vue avec Guillaume dans une Ifle fur
mens par fes mauvais fujets, il vit tuer la Somme, vis à-vis de Pequigny; il
devant fes yeux plus de la moitié de l'y fit traîtreufement aflàfliner le iS„
fes gens, ôc ne put fauver fa vie que Décembre de l'an 941.
par une honteufe fuite. Ce bon ôc vertueux Prince étoit fur
Etant enfuite abandonné de tous fes le point , quand il fut tué , de pren-
fujets de Neuftrie , il fe réfugia au- dre l'habit de faint Benoît au Moraf-
Tome IL K
74 A B K L G E CHRONOLOGIQUE
1 tére de Jumiéges , qu'il avoit com- en un état où il ne pue jamais lui faite
^4 2, mencé de rebâtir, il n'avoir qu'un fils de peine j 6c à force de raifons, 6c de 94?'
nommé Richard , né de Sporte fa tern- préfens , plus perfuafifs que les dif-
me , qui étoit tille de Hébert Com- cours , il le porta à réloudre qu'il
te de Senlis : il lui fuccéda en fa Du- falloit lui brûler les jarets, 6c fe ref-
clié , âgé feulement de fept à huit ans. faifir enluite de la Normandie. Avant
Une grande partie des Normands qu'on en fut venu à l'exécution , le
étoient encore Idolâtres , 6c il en ar- iage gouverneur de Richard , il s'ap-
rivoit tous les jours de nouvelles bandes pelloit Ofmond , tira habilement fon
du Septentrion, qui les réchaufFoient pupille de ce danger, il le déroba de
dans leur vieille fuperftition. Après la Cour, enveloppé dans un fagot d'her-
la mort de Guillaume , ils fe révol- bes que l'on apportoit aux chevaux ,
terent contre fon fils , 6c ie voulurent 6c le jetca dans Senlis. Cette ville ,
contraindre de renoncer au Baptême, l'une des plus fortes de ce tems-là,
Hugues le Grand, allié de fon père, étoit alors tenue par le Comte Bernard,
le iecourut contre ces rebelles impies, oncle maternel de Richard ; lequel gar-
les battit en diverfes rencontres , 6c da ce pupille fans le vouloir rendre ni
l'aida à fe défaire de leurs Chefs : ils aux Normands , ni au Roi , qu'il n'eut
ie nommoient Setric ik Rodard. Mais vu plus clair dans les évenemens de la
cependant quelques autres flores de guerre qui fe préparoit.
ces Barbares profitant dts divifions qui Pendant ces brouilleries , Hébert
étoient en Bretagne entre les Com- Comte de Vermandois mourut à Pè-
tes Berenger 6c Alain, firent un grand ronne , tourmenté d'un brûlant re-
carnage de Bretons , 6c prirent la ville mords de fa trahifon , 6c criant fans
de Dol, dont l'Evêque rut accablé par ceiTe dans l'agonie, Nous étions douce
la foule de ceux qui fe fauvoient dans qui trahîmes le Roi Charles. Il avoit
ion Eglife. trois fils, Hébert 6c Robert, qui par-
Comme le Roi eut reconnu que les tagerent fes terres , 6c Hugues pré-
Normands étant divifés , leur petit tendu Archevêque de Reims.
Duc Richard feroit fort aifé à dépouii- Le Roi Louis , qui avoit ce défaut
1er , 6c que ce feroit un beau coup de ne fçavoir point diiîïmuler , s'a-
de fe rellaifir d'un fi grand 6c fi bon heurta aufli - tôt à les vouloir ruiner,
pays -, il fit un voyage à Rouen vers Sa vengeance trop précipitée lui atti-
î'Automne, 6c s'affûta de la perfonne ra de méchantes affaires -, les autres
de Richard , fous prétexte de le vou- Grands redoutant de pareilles fecouf-
loir nourrir en fa Cour. Les Bour- fes , fe réunirent tous pour les défen-
geois d'abord s'en émurent 6c prirent dre. Hugues même s'accommoda avec
les armes ; de forte qu'il fut obligé les Normands ; 6c le Roi Othon fe mit
de le montrer au peuple , 6c de lui de la partie , 6c fe déclara ouverte-
confirmer la Duché : mais leur premie- ment contre Louis, qui à caufe de cela,
re fougue palfée , il fçut fi bien leur fe reconcilia avec Hugues,
perfuader qu'il auroit grand foin de Du commencement ce Duc avoit
fon éducation , qu'ils lui permirent de embralfé la caufe du petit Richard i
l'emmener avec lui à Laon. mais comme le Roi lui eut promis
Quand il l'eut tout-à-fait en fa puif- de partager la Duché de Normandie
fance, Arnoul Comte de Flandres, qui avec lui, 6c de lui donner les terri-
avoit intérêt qu'on exterminât tous les foires des Evcchés d'Evreux , de Li-
Nôrmands , lui confeiilà de le mettre fieux , 6c de Bayeux } non feulemem
1 O U I S IV.
■ il abandonna le pupille, mais encore
?44« il fe joignit avec le Roi pour le rui-
ner entièrement. Ils encrèrent donc en
même rems dans le pays, le Roi du
côté de Rouen , ôc Hugues du côté
d'Evreux. Bernard Comte de Senlis ,
qui avoit fauve fon neveu , fauva auiîï
km pays par une telle adrelle. Il con-
feilia aux Normands de faire femblanc
de fe foumettre au Roi , pour évicer
les défoiations de la guerre -, ôc après
il lui perfuaJa facilement de retenir
toute cette riche Province, ôc doter
d Hugues les places qu'il y avoit con-
quifes. En efFer il le contraignir auf-
ii-tôt de lui rendre Evreux > fi bien que
par ce moyen il y eut une nouvelle
rupture entre ces deux Princes.
Bernard ne manqua pas après d'en
tirer le fruit qu'il fouhaitoit : car il
perfuada à Hugues mal content , de
reprendre la protection de Richard ,
Ôc même de lui promettre fa fille
* Emme, Emine , * qui étoic encore fore jeu-
ne ; aufli ne l'épouia-t-il que feize
ans après. De plus , ce petit Prince
étant toujours dépolfedé de fa Duché ,
il ajufta fi bien coûtes fes ruiès , qu'il
le fit récablir : voici comment. Il y
avoic un Chef ou Roi Normand nom-
mé Aigrold , qui écanc venu depuis
quelques années du Danemarc , serait
habitué en Coftentin : ce Prince ayant
concerté avec Bernard , fe révolta con-
tre Louis , ôc l'envoya fommer de
mettre le petit Richard en liberté. A
cette nouvelle Bernard faifant fort le
zélé , allure le Roi que toute la Nor-
mandie eft unie pour fon fervice -, ôc
par ces belles paroles il l'engage d'y
aller en perfonne pour réprimer ce
pirate. Son armée ôc celle d' Aigrold
étant proches l'une de l'autre , Aigrold
feint d'avoir peur , ôc demande une
conférence. Le Roi la lui accorde , ôc
fe rend pour cela au village de Cref-
cenville , à mi-chemin de Caën ôc de
Lizieux. La partie étoit fi bien faite ,
R O I X X X I I. 71
que le Normand s'y trouvant le plus
fort , tailla en pièces tous ceux qui
accompagnoient le Roi , fe faifit de fa
perfonne , ôc l'envoya prifonnier à
Rouen.
En cette même rencontre , Herluin
Comte de Monftreuil fur la mer ,
principal fujec de la querelle d'encre
défunt Guillaume ôc Arnoul , fut maf-
facré par Aigrold , en vengeance de ce
qu'encore qu'il eue écé coujours pro-
tégé par Guillaume , néanmoins il s'é-
coïc ingracemenc rangé avec Arnoul
pour opprimer la Normandie & fon
pecic Duc.
En vain la Reine Gerberge envoya '
vers les Normands leur offrir des con- y *^'
dirions forr avantageufes pour la déli-
vrance de fon mari ; ils ne voulurenr
point y entendre , fi elle ne leur don-
noir fes deux fils en otage , à quoi
elle ne pouvoit fe réfoudre. En vain
elle implora le fecours de Roi Othon
fon père pour la délivrance de fon
mari ; il fallut qu'elle eût recours à
Hugues fon plus grand ennemi. Il re-
fufa d'employer envers les Normands
autre chofe que fa médiarion : elle l'ac-
cepta : ôc lui , en vertu d'un plein pou-
voir qu'il fe fit figner par rous les Eve-
ques ôc Seigneurs de France , arrêta
avec les Normands , dans une confé-
rence qui fe fit à S. Clair fur Epte ,
que Louis rétabliroit Richard en fa Du-
ché , Ôc le recevroic à l'hommage ; Ôc
que dès-lors il feroic mis en liberté ;
en donnant le fécond de fes fils ôc
deux Evêques pour fureté de fa paro-
le.Mais Louis forranr des mains des
Normands , demeura au pouvoir de
Hugues , qui fur je ne fçai quels
prétextes , le détint encore un an
fous la garde de Thibauid Comte de
Blois , fon coufin germain -, & ne
voulut poinc le laifler aller qu'il
a-eut extorqué de lui la viile de
Laon.
Cependant le Roi Othon qui avoit
K îj
7*
ABRHGÉ CHRONOLOGIQUE
946.
conquis le Comté de Bourgogne , foie pas un des deux ne reuflît.
qu'il craignit la réunion entière du Quelques mois après , les deux
Rois Louis & Othon , par l'entre-
mife de leurs amis communs , payè-
rent les Fêtes de Pâques à Aix-la-
Chapelle -, 8c au mois d'Août ensui-
vant ils s'abouchèrent encore fur
le Kar ou le Cher , pour traiter en-
femble de leurs affaires. Cette ri-
viere-là , qui vient du pays de Lû-
mes
Roi avec t'es Sujets , foit que les lar-
mes de fa fille Gerberge , 8c la com-
paiîion d'un Roi fi maltraité par
ion vaifal , lui touchafTent le coeur ,
rabroua rudement Hugues qui re-
cherchoit fon amitié ; &c oftiit fon
afliftance à Louis fon gendre pour s'en
venger.
Louis ne manqua pas de l'accep- xembourg tomber dans la Meufe en-
ter ; &c peu après fa fortie de prifon , tre Sedan ik Moufon , a toujours fait
alla trouver Othon dans le Cambre- depuis la feparation des Royaumes de
fis. Arnoul Comte de Flandres l'y France 8c de Lorraine , ainfi qu'elle le
avoit joint avec fes forces , 8c Con- faifoit auparavant de ceux de Neuftrie
rad Roi de Bourgogne avec les fien- 8c d'Auftrafie.
nés , d, forte que tous enfemble ils L'an 947. l'Italie fouffrit un nou-
* cétoit avoient plus de trente légions ; * ce veau chagement : Aufcaire 8c Beren-
180000 hom- q iu ' e ft mémorable , tous ces combat- ger , le premier frère l'autre fils d'A-
tans horfmis l'Abbé de Corbie en delbert Marquis d'Y vrée , avoient in-
Saxe , portoient des Chapeaux de gratement confpiré contre le Roi Hu-
foin , fans doute pour parer les coups gués ; 8c ce Prince avoit fait mourir
d'eftramaiTon , Se pour fe garantir du Aufcaire : mais Berenger s'étoit fauve
froid. vers Herman Duc de Souabe. Or ,
Il fembloit qu'une û prodigieafe ce dernier ayant appris que Hugues
armée dut accabler Hugues & tous fes s'étoit rendu fort odieux aux Italiens ,
alliés ; mais fes effets ne répondirent il fie fonder heurs affections , 8c repafla
pas à fa puiffance -, après avoir tâté les Alpes. D'abord il fut reçu dans
Laon , châtié l'Archevêque Hugues de Veronne 8c dans Milan , 8c bien ac-
Reims , 8c remis Artold dans fon cuelli de la plupart de la Nobleffe %
fiége*-, après s'être montrée aux portes toutefois le peuple mû de pitié pour
de Senlis , 8c aux Fauxbourgs de Pa- Lotaire fils de Hugues , beau jeune
ris , elle alla échouer devant Rouen. Prince qui n'avoit que quatorze à
Car la mort du neveu d'Othon , 8c quinze ans , voulut que l'on lui con-
de grand nombre de Saxons qui y fu- fervât le titre de Roi ; 8c Berenger y
rent tués , les pluyes de l'automne , confentit pour lors d'autant plus faci-
l'approche de l'Hyver , la défertion lement , que toute l'autorité lui de-
d' Arnoul, qui fe retira de nuit avec meura entre les mains. L'accord fait y
fes troupes , craignant d'être livré aux Hugues s'en retourna avec fon tréfor
Normands , contraignirent Othon de en Provence , où il le fit Moine 8c mou-
lever le fiége 8c de fe retirer. rut dès la même année , frappé d'un
Enfuite Hugues afïiégea Reims, 8c coup de foudre , à ce que dit une am-
ie Roi Louis Montreuil , que tenoit cienne Chronique.
Rotgard fils du Comte Herluin ; mais
947-
947-
^^
LOUIS IV, ROI XXXII. 77
LOUISen France.
OTHON en Germanie & | CONRAD dans la Transju- 1 LOTAIRE & BEREN-
Lorraine. 1 rane & Arles. ' GER en Italie.
LA difpute pour l'Archevêché de cile aviferoit , même par preuve de g
Reims entre Hugues de Ver- fon corps en champ de bataille. Sur
mandois Se Artold , étoit une très- ces plaintes le Concile écrivit des
grande affaire. Hiie tut premièrement lettres à Hugues le Blanc Se à ies adhé-
traitée à Douzi entre quelques Prélats, rans , pour les admonefter de fe ran-
qui n'ayant pas le pouvoir de la ter- ger à leur devoir , fous peine d'ana*
miner , la remirent à une AiFemblée thème : Se faifant droit fur la requête
Synodale des Evêques de Gaule Se de d'Artold , lui confirma l'Archevê-
Germanie , qui fe tint dans Verdun ché , Se excommunia Hugues fon
à la mi- Novembre. Robert Archevê- compétiteur , jufqu a ce qu'il fût venu
que de Trêves y préfida : Hugues n'y à pénitence.
comparut point , mais envoya certai- Avec cela , Othon affilia Louis de
nés Lettres du Pape : les Evêques n'en bonnes troupes -, les Evêques Lor*
tinrent pas grand compte , les trou- rains , (es VaiTaux , prirent Moufon
vant fubreptices -, ainfi ils adjugèrent Se le raferent , excommunièrent Thi-
la jouillànce de l'Archevêché à Ar- baud qui défendoit la ville de Laoa
told , Se en exclurent Hugues pour pour Hugues , Se firent citer Hugues
fa contumace , jufqu'à ce qu'il eût com- même en vertu des lettres du Légat ,
paru au Concile qui fe tiendroit le de comparoître au Concile de Tré-
mois d'Août enfuivant , Se qu'il s'y ves , pour faire fatisfaétion des maux
fût purgé des crimes à lui impofés. qu'il avoir caufés au Roi Se à l'Eglife.
g Hugues s'en plaignit au Pape , qui N'y ayant pas comparu , il fut ex-
' envoya un Légat vers Othon , pour communié.
lui enjoindre d'aflèmbler un Concile La guerre ne s'en faifoit pas moins
général des Gaules & de la Germanie, cependant ; Se il fe prenoit Se repre-
tant pour terminer ce différend , que çoit plufieurs Châteaux , tant par les
pour vuider les querelles d'entre, le deux rivaux de l'Archevêché de Reims s
Roi Louis Se Hugues le Blanc. Il le que par les gens du Roi Se par ceux
convoqua donc au Palais Royal d'In- de Hugues, toute la France étant dans
gelheim : lui Se le Roi Louis y aflif- une extrême défolation par ces guet-
tèrent étant affis fur un même banc, rès civiles , Se par les courfes des
Le Concile entendit les plaintes de Hongtois.
Louis , Se puis la requête d'Artold. Cette année arriva la mort de Foui-
Le premier expofa tous les maux que ques Te Bon , Comte d'Anjou , Prince
Hugues lui avoir faits , jufqu'à le fort religieux, & amateur des lettres;
détenir prifonnier un an entier y Se lequel ayant un jour appris que le Roi fe
offrit , Ci quelqu'un lui reprochoit que mocquoitde ce qu'il alloitfouvent chan-
les troubles Se les calamités du Royau- ter au Chœur , lui écrivit feulement ces
me procédoient de fa faute , de s'en juf- mots : Sçache^ , Sire , çuvti Prince
tifier de telle manière que le Con- non lettré, est un asne couronné*
7.8 ABRÉGÉ CHR
- » Les Hongrois s'écant jettes l'an 949.
94S>« en Lombardie , Berenger compofa avec
eux pour huit boilfeaux d'argent j ôc
fous prétexte de lever ces deniers ,
il rit de très-violentes extorfions. Sur
ce tems-là Lotaire Roi d'Italie , lbn
rival , ou de douleur de fe voir mé-
prifé, ou par l'effet de quelque poi-
lon , tomba en phrénéfie , &c mourut
à Milan le iz. de Novembre. Il ne
lailîa aucuns enfans , mais bien une
belle &: riche veuve : c'étoit Adeleide ,
fille du Roi Raoul II. Berenger aulîi-
tôt fe fit proclamer Roi , 8c couron-
ner avec fon fils aîné Adelbert.
Othon bien-aife des brouilleries de
la France, donnoit de foibles fecours
à Louis , & ce Roi , dans la néceflité
de fes affaires , lui déféroit beaucoup,
& l'alloit fouvent trouver , ou y en-
voyoit Gerberge fa femme. Il f.ufoit
aufli des trêves de tems en tems avec
fes rebelles. Dans une entr'autres , lui
& Hugues s'étant tranfportés fur les
bords de la Marne , la rivière entre
deux, plâtrèrent je ne fçai quelle paix,
moyennant quoi Hugues lui rendit une
groife tour qu'il tenoit encore dans la
ville de Laon.
La paix faite de ce côté-la , Louis
s'achemina vers l'Aquitaine , pour s'af-
furer de la fidélité des Seigneurs du
pays. Car durant ces brouilleries, la
foi des valfaux étoit fi frêle & fi \m
950.
ONOLOGIQUE
gère , que fouvent en moins d'un an
ils prctoient le ferment a trois ou qua-
tre Souverains diftérens •, c'étoit afin
de n'en avoir point du tout , s'ils euf-
fent pu. Il fut reçu par tout avec
beaucoup de fourmilion ; mais il tom-
ba malade (i grièvement, qu'on le crut
mort. Durant ce voyage , fedenc Duc
dans la Lorraine Mofellanique , entre-
prit de bâtir un Château à Bar fur les
terres de France , &c pilla les contrées
voifines : Louis s'en étant plaint à
Othon , il défendit à Federic &c à tous
fes autres valfaux, de plus attenter pa-
reille chofe.
Les Hongrois fortant d'Italie paf-
férent les Alpes, ôc fe jetterent dans
la France. Après qu'ils y eurent fait
un grand butin, ils s'en retournèrent
par la même route dans leur pays.
Cette année 951. Ogine * mère du
Roi Louis , qui étoit âgée de plus de
45. ans, outrée de ce que fon fils lui
avoit refufé une Abbaye , fortit de
Laon, où il la tenoit comme prifon-
niere, &c alla époufer Hébert de Ver-
mandois , Comte de Troyes , fils de
ce traître Hébert, qui- avoit fait mou-
rir fon mari en pnfon. Elle conten-
toit ainfi fon aveugle vengeance aux
dépens de fon honneur ; ou peut-être
elle la laifoit fervir de prétexte à fon
incontinence.
950.
* Ogive.
LOUIS , dit d'Outremer , en France.
OTHON en Germanie &
Lorraine.
CONRAD dans la Transju-
rane & Arles.
BERENGER II. &
ADELBERT fon fils en
Italie.
ADeleide veuve de Lotaire , étoit deçà les Monts , étant fille de Raoul
belle &c charmante ; elle avoit II. &c fœur de Conrad , Rois de Bour-
la ville de Pavie en dot-, Se d'ailleurs gogne. A caufe de cela Berenger la
quantité de riches poflelïîons, d'amis fit rechercher pour fon fils-, mais elle
& de crédit, tant dans le pays, que rejetta courageufement cette propo-
950.
LOUIS IV. ROI XXXII.
79
fit ion. Sur Ton refus opiniâtre , il Paf- la Reine Gerberge , fœnr de fa fem
950. iîcgea dans Pavie, la prie ik l'envoya
prifonmere dans le fort Château de
la Garde , duquel le Lac a pris fon
nom. Elle s'en fauva néanmoins par
le moyen d'un Prêtre , au hazard d'é-
tranges avantures , étant réduite , au
forcir de-là , à vivre des aumônes qu'il
lui cherchoit : puis elle fe retira vers
le Marquis Atllon fon parent, qui en-
treprit de la protéger dans fa forte-
relle de Canoffe.
Aufli-tôt Berenger l'y affiégea avec
* ' toures Cts forces. La féconde année du
fiége &c la fin des munitions de la place
approchoient , qUand cette Reine en-
voya implorer ie fecours du Roi
Othon, éc lui offrit avec faperfonne,
le Royaume d'Italie. L'amour de la
95 2 « gloire, plus que celui de la femme,
attira ce Prince de-là les Monts *, il
la délivra, l'époufa, parce qu'il n'en
pût jouir autrement, & l'emmena en
Germanie , laiflànt fon armée à Con-
rad Duc de Lorraine , pour achever
cette guerre.
Ce Conrad pourfuivit il vivement
Berenger 6c fon fils , que tous deux
mettant les armes bas , vinrent con-
férer avec lui , ôc par fon confeil ,
pafférent en Germanie vers le Roi
Othon. Ce généreux Prince les ayant
magnifiquement traités , Se reçu d'eux
le ferment Se l'hommage , les remit
dans tout leur Royaume : il retint feu-
lement le Veronnois Se le Frioul , qu'il
donna à fon frère Henri Duc de Ba-
vière.
Cette année mourut Hugues le
Noir , Duc de Bourgogne , fans avoir
eu aucuns enfans.
La querelle de l'Archevêché de
""' Reims , Se de quelques autres Sei-
gneurs particuliers , avoient rebrouil-
lé le Roi Louis Se Hugues le Blanc fi
fort , qu'ils en étoient aux armes ;
mais enfin Hugues , quelque motif
qui l'y poufiât , defira conférer avec
me. Elle ie vint trouver-, & enfuite 95 3«
il s'aboucha avec le Roi dans Soif-
fons , & fit la paix fur la fin du mois
de Mars de cet an 953.
Cette réunion ne plaifoit peut-être
guère au Roi Othon ; mais il ne fe
trouvoit pas en état de la troubler.
Il étoit ttop occupé dans la guerre
civile que lui faifoit Luitolf fon pro-
pre fils , incité par Conrad Duc de
Lorraine , qui lui donnoit jaloufie
d'un fils encore au berceau , que fon
père avoir d'Adeleide fa féconde fem-
me. Othon deflitua Conrad de fa Du-
ché , Se réduifit enfin fon fils au de-
voir - y mais ce ne fut pas fans beau-
coup de rifques , de combats Se de tra-
vaux.
Conrad opiniâtrement rebelle , re-
muoit toutes chofes pour fe venger.
Il fit ligue avec Berenger Roi d'Ita-
lie , auffi ingrat que perfide envers
Othon , & par deux fois attira les Hon-
grois -, la première en Lorraine l'an
9 5 4. Se la féconde en Bavière l'an 955.
De la Lorraine ils fe débordèrent juf-
qu'en Champagne Se en Bourgogne ,
où ils firent beaucoup de maux, mais
furent rechaflés en Italie. Il s'en jetta
une îfmltitude effroyable en Bavière j
toutefois Othon les combattit, ôc les
tailla en pièces , après que Conrad eut
été tué dans la mêlée.
Durant ces brouiller ies , l'an 954.
le Roi Louis mourut par un étrange
accidenr. Comme il alloit de Laon à
Reims, il rencontra un loup fur fo&
chemin , il piqua après •, fon cheval
broncha , Se le renverfa par terre fi
rudement , qu'il en fut tout froiffé.
Cette meurtrilïlire univerfelle fe Tour-
na en une efpece de lèpre qui lui
caufa la mort le quinzième jour d'Oc-
tobre. Ce fut dans la ville de Reims ,
où il s'étoit fait porter. Il y eft en-
terré dans l'Eglife de faint Remy. Son
repris fut de dix-huit ans, trois mois,
954<
954-
$o ABRÉGÉ CHR
& fa vie de crente-huit à trente-neuf
2ns.
De cinq fils qu'il avoit eus de Ger-
berge , il n'en reftoit que deux , Lo-
taire Ôc Charles , dont l'aîné Lotaire
avoit quatorze à quinze ans , Char-
les feulement quinze ou feize mois.
Le bas âge de ce dernier, la pau-
vreté des Rois qui n'avoient prefque
plus aucune ville en propre que Reims
& Laon , Ôc peut-être les intérêts de
Hugues le Blanc , furent caufe qu'il
ue partagea point le Royaume avec fon
ONOLOGIQUE
aîné , comme il avoit toujours été pra-
tiqué dans la première ôc féconde race.
Depuis ce tems il n'a plus été diviié
également entre les frères; l'aîné feul
a eu le titre de Roi , & les cadets
n'ont eu que quelques terres en ap-
panage , ôc avec une fujétion entière
à leur aîné. La puilfance des Rois s'ac-
croiflant , y a même ajouté la rever-
fion faute d'hoirs mâles ; ce qui n'a
pas peu contribué à rétablir la gran-
deur de l'Etat.
9 54-
GERBERGE
FEMME
DE LOUIS IV.
Dans les plus grands malheurs , (ans aucune foibleflè ,
Gerberge fit agir fon efprit & fon cœur ,
Et ne montrant pas moins de vertu que d'adreflè ,
Délivra fon mari des priions du vainqueur.
c
Ette PrincelTe étoit fille du Roi
. Henri I. dit l'Oifeleur Ôc par con-
féquent fœur du Roi Othon I. fur-
nommé le Grand. En premières no-
ces elle avoit époufé Gifalbert ou Gil-
bert duc de Lorraine , dont elle eut
deux fils. Après fa mort elle fe retira
■Ce château dans le fort Château de * Chevre-
au une mont. Les bonnes places qui lui de-
^m™°pro- meurerent , ôc la haute alliance dont
chc «u Lié»e. çlle .pouvoit appuyer un nouveau mari
furent d'affez puiiîans attraits pour obli-
ger le Roi Louis à l'époufer ; & il
reconnut aufli-tôt que les vertus , dont
le Ciel l'avoit pourvue , ne faifoient
pas la moindre partie de fa dot. En
effet elle lui apporta un grand fecours ,
ôc beaucoup de confondons dans tou-
tes fes affaires. Ce furent fes follici-
tations qui le délivrèrent des mains
des Normands , ôc puis de celles de
Hugues. Tantôt elle rravaiiloit à exci-
ter le Roi Othon fon frère , à fe mêler
des affaires de la France , tantôt elle
avoit de la peine à le retenir, ôc em-
pêcher qu'il ne s'en rendit le maître.
Combien fit-elle de voyages, tant en
Germanie, qu'en Aquitaine ôc en Bour-
gogne , pour entretenir les alliés du
Roi fon mari dans fon amitié ou pour
retenir fes fujets dans leur devoir. Elle
défendit courageufement les terres de
fon
G E R B E R G E. 8*
fon douaire attaquées par les enfans De fon fécond lit fortirent cinq fils,
que Gifalbert avoit eu d'un premier lit j Carloman , Louis, Loraire , Henri,
elle fçavoit adroitement oppofer des 8c Charles : le fécond, le troifiéme&
artifices à ceux de Hugues Ion beau- le quatrième moururent avant elle ,
frère , Se comreminoit fes delfèins par Lotaire l'aîné de tous régna , & Charles
d'autres, ouïes arrètoit pour un tems : fut exclus de la royauté par Hugues-
fi-bien qu'il ne fe déclara jamais Roi, Capet. 11 en vinr aulîl deux filles, fça-
même après la mort de Louis, quoi- voir Matilde ou Mahaud, qui époufa
qu'il en eut toute l'autorité, mais fit Conrad Roi de Bourgogne , fils ds
couronner Lotaire-, qui ne fut jamais Raoul II. &e Albrade , qui fut fem-
parvenu à la Couronne, s'il ne la lui me de Renaud Comte de Reims, le-
eut mife fur la tête. D'ailleurs elle me- quel bâtit le Château de Roucy. Ger-
nagea h bien l'efprit de Brunon fon berge mourut ptefque fexagenaire l'an
autre frère , qu'il employoit toutes les $6y. quinze ans après la mort de fon
forces de la Lorraine pour la fervir , mari , avec lequel elle en avoit vécu
préférant les intérêts de cette chère 14. de quelques mois,
jfœur aux fiens propres.
Wome II.
Si
L O T AI RE
ROI XXXIII.
Agé de treize a quatorze ans,
On ne peut arrêter le cours des deftinées ;
J'étois religieux , brave , jufte & prudenj ,
Et ne pus éviter le tragique accident
D'un boucon dont ma femme accourcit mes années.
OTHON en Germanie &
Lorraine.
CONRAD dans la Transju-
rane & Arles.
BERENGER & ADEL-
BERT Ton dis en Italie.
PAPES.
954-
Encore Agapet II. plus d'un an durant
ce régne.
Jean XII. qui le premier changea fbn
nom , intrus en 955. S. 9. ans moins quel-
ques mois : eft dépofé.
Léon VIII. élu en Novembre 963. Siè-
ge 3. ans.
Benoît V. élu par les Romains en 964.
S. près d'un an.
LA plus grande partie de la puif-
fance étant entre les mains de Hu-
gues , il eut pu prendre la Couronne ,
s'il n'eut pas craint les forces du Roi
Othon, oncle maternel des fils du Roi
défunt , 6c la jaloufie des autres Sei-
gneurs François. Pour ces raifons , la
Reine Gerbcrge , fecur de fa femme,
étant venue le trouver pour prendre
confeil de lui, il aima mieux fe con-
server l'autorité en protégeant une veu-
ve &z un pupille, que de la hazarder,
ck fon honneur avec , en les oppri-
mant. Ay;;nt donc mené Lotaire à
Jean XIII. nommé par l'Empereur
Othon en 96 y . S. près de 7. ans.
Domnus élu en 971. S. 3. mois.
Benoit VI. en 97-2-. S. un an }. mois.
Boniface VII. élu en 974. S. un an.
Benoît VII. en 97 s. S. 7. ans quelques
mois.
Jean XrV. élu en Juillet 984. S. un an
un mois.
Reims, il le fit couronner le 11. de
Novembre par l'Archevêque Arrold. •
En cette occafion le jeune Roi donna
les Duchés de Bourgogne &c d'Aqui-
taine à Hugues le Blanc & à Hugues
Capet fon fils aîné ; lefquels étant con-
tens , ck le Duc de Normandie auffi
pour l'amour d'eux , il ne fut pas dif-
ficile de calmer les autres Seigneurs
qui étoient plus faibles.
Ces Duchés , à mon <nis , était:/: t Je
deux fortes en ce tems-là : les taies te-
ndent les villes & terres , & étoient de-
venues comme ':>:' d'autres ; les autres
954-
LOTAIRE, ROI XXXMI. 8$
- - étalent des commandemens généraux dans fon. teint \ le Grand pour fa puiflàn- - — ~< — —
M** tout un Royaume , tant pour Us armes ce, ou peut-être pour fa taille ; ôc 9'ï««
que pour La j ujlice , les Rois pouv oient l'Abbé, parce qu'il tenoit les Abbayes
encore donner & ôter ceiix-là, Ainflily de faint Denis, de faint Germain des
avoit un Duc pour la Lorraine , qui étoit Prez , 3c de faint Martin de Tours.
Brunon Archevêque de Cologne , frère En mourant il pria Richard Duc de
du Roi Othon, qu il avoit mis en la pla- Normandie fon' gendre, d'être le dé-
ce de Conrad , lequel il avoit dejiitué fenfeur de les enfans 3c de les valîàux.
pour fes rebellions ; un pour la France, Il eut trois femmes , la première rut
un pour r Aquitaine , 6' un pour la Judith fille de Rotiide eftimée fille de
Bourgogne ; Hugues l étoit dans tous Louis le Bègue, la féconde Echiide Tune
ces trois Royaumes, par conséquent il des filles d'Edouard Roi d'Angleterre ,
étoit comme le Lieutenant général du ( les Rois Charles le fimple 3c Othon
Roi, & en cette qualité il pouvoit être avoient époufé les deux autres*,) la trci-
dejiitué , Ji fes grandes alliances & les fiéme Avide * ou Avoye feeur du même * Hauvide .
villes qu'il poj/edoit ne l eujjent rendu Othon, 3c de la Reine Gerbeige. Il ne AvfjT^ *
indefeituabk. ' vint point d'enfans des deux premières ,
~ La France fut afiez calme trois ans mais de la troiliéme il en eut quatre -,
* ) ' durant, horfmis que Hugues l'an 95 5. Hugues furnomméCapet, qui fut Com-
ayant traité fplendidement durant te de Paris & Marquis d'Orléans , puis
quelques jours ie Roi Lotaire, avec la auilî Duc de France -, Othon qui fut
Reine Gerberge dans fa ville de Pa- Duc de Bourgogne après la mort de
ris , le mena en Poitou pour dépof- Gilbert fon beau-pere •■, Eudes ou Odon
féder Guillaume Comte ce ce pays r là qui fuccéda à Othon 5 3c Henri qui
£c Duc d'Aquitaine, fous prétexte de polîéda auiîi cette Duché après eux.
le faire obéir. Ils mirent le fiége de- Ces quatre fils n'étoient pas en- «<_
vant Poitiers-, & la place fe défendit core alfez accrédités pour faire du oç8
fi long-tems, qu'il y eut une grande bruit, l'aîné même n'avoit qu'envi-
difette de vivres dans les troupes j de ron feize ans. Ainfi la Reine Gerber-
comme elles languiflbient de faim, il ge eut quelque relâche, 6c gouverna
arriva un jour que s'étant levé, un grand allez paifibiement pendant deux ou
orage, un terrible coup de tonnerre fen- trois ans, horfmis qu'il y eut quel-^
.dit le pavillon du Roi en deux : l'ef- ques querelles pour des Châteaux
froi qu'il conçut de ce prodige, joint de l'Archevêché de. Reims, Se pour
à la nécellké, le contraignit de lever des différends d'entre particuliers.
le piquet. Et néanmoins le Comte Le plus grand mal que plufieurs
s'étant voulu enhardir de pourfuivre trouvoient dans le gouvernement ,
les François fur la retraite , ils tourne- étoit que la plupart des affaires fe ma-
rent tète bravement, &c le mirent en dé- nioient par la volonté du Roi Othon ,
route avec grande perte de fa Nobleflè. 3c de Brunon fon frère Archevêque de
.£ L'année fuivante , Hugues , qui fans Cologne , 3c Duc ou Gouverneur de
feeptre avoit régné plus de vingt ans , Lonaine -, en forte qu'ils étoiem com-
étant fils de Roi , père de Roi, orcle de me les mo<£ orateurs &c les arbkces de
Roi , 3c beau frère de trois Rois, mourut la Fra ce Neuitrienne ) , 3c tendoient,
dans fa villede Paris, d'autresdifent dans ce femble , à la faire dépendre de la
fon Château de Dourdan le \6. de Juin, France Orientale , afin que toutes deux
plein d'années, de gloire &c de biens, ne fulfent qu'un corps. Quand les Rois
On le furnommoit le Blanc à caufe de de Neuitrie fe trouvoient les plus forts,
L ij
3 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
ils avoient la même prétention. C'eft Comte d'Anjou , ce méchant beau-pe- ■
^^' ce qui me paroît par la lecture des au- re fit malheureuiement mourir cet m- 9$9*
teurs de ce tems-là , quoiqu'ils ne nocent , lui ay.mt fait verfer de l'eau
parlent des chofes que tort conruié- bouillante fur la tête.
ment. i>a luccdîion engendra un fanglant
L'an 959. Lotaire avec fa mère Se débat en Bretagne : il dura 34. ans.
fa tante Avoye, alla trouver Ion oncle Les deux bâtards d'Alain difputoient
Brunon dans le Cambreiis. Onneiçait cette Duché contre un Conan , qui
pas le fujetde cqziq entrevue; mais que defcendoit par fille du Roi Salomon :
Brunon le failit de la perfonne de ke- Ce Conan les lit périr méchamment
gnicr au Long-Cou , Comte de Monts tous deux,'Hoel par les mains d'un
en Haynaut , & qu'il envoya prilon- loliat qui l'afïàflina ; Se Guerec par la
nier au-delà du Rhin chez les Sclaves , lancette empoifonnée d un Chirurgien
parce qu'il refufoit de lui donner des qui le ïaignoit. Mais lui-même périt
otages. La Reine étoit en différend enfin dans une bataille qu'ii perdit l'an
avec les enfans de Hugues Se la veuve 991. contre Foulques Comte d'Anjou,
Avoye fa fecur , pour quelques Cha- ennemi capital des Bretons. Geofroy
teaux que le Roi Lotaire leur avoir l'aîné des quatre qu'il avoit , Lui fuc-
pris en Bourgogne ; ce fut pourquoi céda.
Brunon vint aufii en France , & il les II y avoit trois ans que Hugues le
mit d'accord dans un Parlement qui fe Blanc étoit mort, Se fes enfans n'a-
tint à Compiegne. Au forrir de-là la voient point encore rendu hommage
Reine Se fon fils Lotaire allèrent à Co- de leurs terres au Roi Lotaire , l'Ar-
logne faire Pâques avec Brunon , qui chevêque Duc Brunon les y obligea -,
les régala fplendidement , Se les ren- Se Lotaire en récompenfe déclara l'aî-
voya chargés de fort beaux préfens. né Duc de France , comme i'avoit été
Un peu après, ils l'appellerent à fon père, & lui donna le Poitou; il faut
leur fecours contre Robert Comte de entendre s'il pouvoit le conquérir ,
Troyes , Se Comte de Châlons de par car il étoit poffédé par un autre Com-
fa femme, lequel avoit furpris Dijon, te , c'étoit Guillaume II. On peut ti-
o Il repalfa en France avec fes Lorrains , rer de-là une conjecture , que les Rois
reprit cette place -, &c au même tems ne s'étoient point encore dépouillés
il envoya des troupes Saxones à Troyes, entièrement du pouvoir de donner les
pour y rétablir l'Evêque que ce Robert Duchés & les Comtés, 8c que fi elles
en avoit chalfé -, mais Renard Comte étoient héréditaires , c'étoit par ufur-
de Sens , Se Raimbaud Archevêque de pation , non pas encore par concef-
la même ville, amis de Roberr, leur fion.
donnèrent bataille , Se les défirent. Toutes les nouvelles Principautés
La même année mourut Alain dit Se Seigneuries qui s'étoient élevées
Farbe-Torte , Duc de Bretagne , Se fils dans le Royaume , ne fâehoient point
du Comte Matuede. Il laiffa trois en- tant le Roi que celle des Normands,
fuis , deux bâtards, Hoel Se Guerec, qui étant étrangers Se illiis de pères,
c-; un légitime nommé Drogon encore qui avoient cent ans durant défolé la
?u berceau , qu'il déclara fon héritier. France , en occupoient une G riche
Thibaud Comte de Chartres , grand- province : voilà pourquoi Brunon qui
père maternel de cer enfant , en eut la gouvernoit les affaires du Royaume,
tutelle, Se fa mère la garde de fa per- étant incité par les perfuafîons d'Ar-
fonne. Or s'erant remariée à Foulques noul Comte de Flandres, de Baudouin
L O T A I R E , R O I X X X I î î. S $
■ fon fils , de Thibaud Comte de Char- Depuis que Berenger ôc Adelbert ~~ *•
959* très, ôc de Geoiroy Comte d'Anjou, avoienc été rétablis tuais le Ro.ya.time ^57*
& ?*jo. complota de perdre le Duc Richard d'italie par Othon , ils n'avoient ceflfé
Dans ce dellern il lui manda qu'il eut de conipuer contre Lui , ôc avec cela
à le trouver à un Parlement Royal , ou de véx<.r cuiellement leurs fujets } de
atfemblée des Etats à Amiens , lui fai- iorte qu'il y avoit envoyé Ton fils Lui-
fant efpérer , s'il y venoit , qu'on lui toit pour les châtier. Ce jeune Prince
donneioit l'administration ciu Royau- les avoit preique chafles de tout le
me : mais c'étoit afin de l'arrêter , ÔC Royaume , quand il fut iurpris de la
de l'envoyer priionnier au-delà du mort l'an 958. non lans foupçon de gc S.
Rhin. Richard trop facile s'étoit mis poifon, & ainli lailla fa conquête îm-
tn chemin , ôc s'en alloit périr , s'il parfaite. Mais les plaintes des Sei-
n'eût été heureufement averti de ce gneurs ôc des Prélats , ôc les mitantes
complot par deux Cavaliers inconnus, prières du Pape prelTant incellamment
A cet avis il rebroufla tout court vers Ion le Roi Othon , il fe réfolut d'y aller
pays , ôc fe tint mieux. fur fes gardes. lui-même , après qu'il eût fait couron-
11 évita encore un autre piège que ner fon fils Othon II. à Aix-la-Chapel-
le Roi lui tendit quelque tems après , le , quoiqu'il ne fut âgé que de il-pt
pour fe fiiiiir de fa perfonne. Il lui ans.
avoit'fait croire qu'il avoit delTèin de A fon arrivée en Italie , Berenger , ~ ~77~
perdre Thibaud , ôc qu'il avoit befoin fa femme , ôc leurs fils Adelbert ôc T
1 i r iftL m 1 *~< ii 1 Empereur
pour cela de fon ainihince. n le pnoit Guy , abandonnèrent la campagne & romain
donc de fe rendre auprès de lui en cer- les villes , ôc fe retirèrent chacun dans *à*.vHixa-
tain endroit , près les bords de la ri- quelques fprtereiïes : Berenger dans einpoTfonné"'
viere d'Epte , ôc de prendre pour pré- celle de Fraiilenet , fous la protection Couftaruin
texte que c'étoit pour lui venir ren- des Sarrafins qui s'y étoient fortifiés ^enNovem-
dre hommage. Car les Souverains le depuis quelques années , & de-là mfef- brcR. 1. ans
demandoient à leurs vailaux, toutes les toient les paffages des Alpes , les ce- L m " is » ^
fois qu'ils avoient fujet de douter de tes de l'Italie , celles de la Provence ôc canteaOcci-
ieur fidélité *, ôc les vailaux ne faifoient du Languedoc. Othon fut reçu par deat -
point de difficulté de les en alïurer par tout avec un applaudillement univer — —
la réitération de ce devoir. Le Duc fel , recouvra Pavie , ôc fut couronné c jGo.
avoit déjà parle la rivière , quand les Roi des Lombards à Milan } par l'Ar- & fuiv.
efpions qu'il avoit envoyés pour dé- chevêque. De-là il marcha vers Re-
couvrir ce que le Pvoi faiioit , lui rap- me , où il reçut la couronne Impériale
portèrent que le Comte Thibaud Ôc le* jour de Noël, par les mains de * Ils affee *
/• / • \ 1 -r -vtt • • 1 / • 1 1 toient tous ce
tous fes ennemis etoient auprès de Jean XII. qui avoit ete intrus dans -le mur-là pour
lui, ôc qu'on s'apprêtok à le venir Siège, par le crédita: l'argent de fon père imkei • char-
charger. Ainfi ayant reconnu l'inten- Alberic, avant l'âge dedix-huit ans. Cet Iemagne *
tion des François , il repalfa ôc polta Alberic étoit fils de Marofie > ôc avoit
fes gens fur les bords de la rivière , chafié le Roi Hugues de Rome ; enfui-
pour leur en empêcher le palTage. Mais te de quoi il y avoit changé le Gouver-
Lotaire animé par Thibaud , réfolut nement , ôc s'étoit fait Conful pour
de l'attaquer de vive force : la mêlée commander en chef avec un Préfet ôc
fut fanglante -, les Normands bien pré- des Tribuns.
parés , fe défendirent fi bravement , La cérémonie de ce couronnement
que le Pv.oi fut obligé de faire fonner d'Othon fut la plus folemnelle de rou-
la retraite, tes celles de ce fiécle-là. On y accou-
te ARREGÉ CHRONOLOGIQUE
~ — rue de toutes les parties de l'Europe, quer en trahifon. En ayant été averti ■■■■
Hugues Capet avec la mère Avoye , allez à tems pour n'être pas futpris , il 9^4'
Lotaire Roi de France avec la Tienne , fe mit à la tête des liens, 8c vint har-
8c grand nombre de Seigneurs Fran- diment à eux. Ils eurent peur de l'évé-
çois s'y trouvèrent -, & même plusieurs nement, & étant entres en compoii-
Seigneurs de Grèce y alîiilerent de la tion , ils lui donnèrent des otages,
part de l'Empereur Nicephore , qui Les prières de Léon t'obligèrent ce ies
propofoit le mariage de i heophanie leur rendre dans peu de purs •■> m_is il
Empereurs a belie-fille avec le rils d'Othon , qui ne fut pas plutôt parti pour aller atiie-
Nicephore fut Empereur après ion régne. ger Camerin , qu'ils fe révoltèrent en-
Phocas r. 6. Or le jeune Pape qui avoit prié inf- core, chalferent Léon, 8c reçurent Jean
Mars'; Bafiïe tammenc Othon de venir, changea dans leur ville. Alors il fit' voir qu'il
ôcCoiiftaiitiu bientôt de fentiment. Comme il crai- n'étoit pas un vrai Paiteur , mais un
iils de Ro- r i i.
main , étant S nolt <l ue cet Empereur , qui etoit un tigre , exerçant d atroces vengeances
mineurs ; ôc Prince férieux &c réglé , ne voulût ré- fur les amis de Léon , raifant couper
t4?ans L K ' * ormer ^ es défordres , il fe rallia avec aux uns les doigts ou la main , aux
_______ Adelbert qui couroit la campagne avec autres la langue,, aux autres le nez 8ç
c)6$. quelques troupes de bandits, ôc rap- les oreilles.
peJla Berenger à Rome dès qu'Othon II les eût continuées jufqu'au bout,
en fut forti pour aller en Lorabardie s'il n'eût été tué en rlagrant délit au-
réduire tout le relie des places que ce près d'une femme. L'Hiftoire Ecclé-
tyran y tenoit encore. Othon ayant ap- ïïaftique remarque qu'il s'appdloit Oc-
pris cette bifarre nouvelle, ne lailfa pas tavien avant que d'être fait Pape, &
de continuer fes conquêtes : puis quand que c'eft le premier des Papes qui
il crut qu'il étoit tems de retournera changea fon nom à fa promotion.
Rome , il y ramena fon armée. Après fa mort les Romains peiiiltant
Le jeune Pape ne l'attendit pas , dans leur rébellion , élurent Benoit
mais s'enfuit avec Berenger , 8c em- Archidiacre. Auffi - tôt Othon re-
porta le tréfor de PEglife. Othon lui vint fur fes pas , alîiégea Rome , la
fit faire fon procès , non pas pour fon réduifit à la famine , 8c les contraignit
intrulîon , mais pour meurtre , facri- de lui livrer leur Pape. Il le força de
lege , adultère , incelte , dmonie , 8c demander pardon dans deux Synodes
autres crimes énormes. Il afïembia un d'Evêques , qu'il fit convoquer pour
Concile pour cela ; Jean y fut cité par cela , 8c l'ayant fait dégrader de Prê-
les formes , n'ayant point comparu trife par l'Aiîemblée , l'envoya prifon-
on le dépofa, 8c en fa place on mit nier à Hambourg fous la garde d'Adel-
Leon , qui fut le VIII. du nom. Ce- gaud Archevêque de cette ville-là. 1,1
lui-ci pour .ôter les troubles que les y mourut un an après,
cabales cattloient dans les élections , A quelques mois delà il prit Be-
accorda à l'Empereur Othon le pou- renger , qui s'étoit retiré dans le fore
voir de nommer dorénavant les Pa- Château de Sainte Leo:e , ec le relé-
pes 8c les Evêques, & de leur donner gua lui 8c fa femme Vu le a Bamberg
l'inveititure. en Germanie , où il mourut deux ans
«£_, Comme Othon palloit les fêtes de après. Croyant donc toute l'Italie pai-
Nocl à Rome avec Léon , ayant logé fible , il s'en retourna chez lui , 8c em-
fon armée hors la ville , la faction 8c mena fon armée, mais fort diminuée
l'argent de Jean qui étoit dépolé , fou- par une furieufe pelte.
levèrent les Romains pour aller l'atta- Aptes fon départ quelques Comtej
LOTAIRE, ROI XXXIII. g 7
Lombards fe révoltèrent encore , ayant proprement quand il dir qu'on h:
V 6 *' à leur tête Adelbert 6c Guy fîis de Be- bapnfe. g ^
renger : mais le Duc Burchard qu'il Othon délirant remédier une bonne ^ ^ 7'
y renvoya , les terrallà en une grande fois à tous ces ibulevemens , repaiïà en
bataille qui fe donna fur les rives du Italie , & y établit fon autorité par de
Pô. Guy le plus mauvais de tous y de- févéres châtimens , ayant banni les
meura fur la place -, Adelbert fe fauva Confuls hors de l'Italie , fait pendre las
avec peine. Celui-ci ayant recueilli Tribuns, 6c promener le Préfet tout
quelques troupes , bazarda encore une nud fur un âne : par des récompenfes
bataille l'an 968. 6c l'ayant perdue il envers fes amis, par des établifiemens
en mourut de douleur. Ainii finit de nouveaux Comtes , par de bonnes
avec lui le second Royau- Loix , &c enfin par la conquête delà
me d'Italie-, ou (i vous voulez il Calabre &c de la Pouille , qu'il arracha
palfa aux Princes Germains, qui par à l'Empire des Grecs, qui les avoit gar-
leur pefanteur^c négligence, 6c par dées jufques-là. Voici comment :
leurs difcordes continuelles , l'ont Nicephore avoir baffoué , Se même
malheureufement laiifé diiliper 6c emprifonné fes Ambaifadeurs , à caufe
anéantir.- que dans fes lettres il prenoit le titre
Après que Léon VIIL fut mort , 6c d'Empereur des Romains , 6c ne lui
que Jean Evêque de Narny XIII. du donnoit que celui d'Empereur des
nom eût été élevé au laint Siège avec Grecs , 6c que d'ailleurs il avoir reçu
l'agrément d'Othon , à qui Léon avoit fous fon obéiiïànce les Ducs de Ca-
accordé le pouvoir de confirmer l'élec- poue 6c de Benevenr , qui avoient re-
tion des Papes •■, le Préfet , les Conluls, nonce à celle des Grecs. Pour ce fujec.
Tribuns 6c autres Magiftrats de la vil- il fe mût une guerre fort animée en-
le de Rome , fâchés de ce qu'Othon tr'eux. Dans cette guerre Nicephore
avoit fort limité leur puiiîance , qui ayant fous une fauiTe apparence de vou-
auparavant faifoit branler toute l'Ita- loir donner fa belle-fille à Othon, pour
lie , fe fouleverent furieulement con- ion fils de même nom que lui , fait
tre ce Pape. Le Préfet ( il fe nommoit furprendre Se maffàcrer quelques rrou-
Rofroy , 6c étoit Comte dans la cam- pes Allemandes qui alloienc pour la
pagne d'Italie ) le mit en prifon , 6c quérir. Othon attaqua vivement ces
puis le chalfa de Rome , 6c l'envoya en Provinces , les enleva de vive force ,
* Terres de exil dans la Comté de la * Campanie. paflà au fil de l'épée toutes les troupes
Lavor&con- ^ e p ape f e re ti ra vers Pandolfe de Nicephore, & coupa le nez à tous
, Comte de Capoue , il implora ion ai- les Grecs de marque qu il attrapa, puis
966. de. Ce Pandolfe le rétablit , 6c Jean les renvoya en cet état à Conftantino-
fon frère tua Rofroy. En récompenfe pie. Les mauvaifes nouvelles de la dé- n^a,
le Pape , un an après , érigea une Ar- faite entière des Grecs en Italie , fou-
cheveché à Capoue, 6c en pourvut le leva les peuples contre Nicephore : fa
meurtrier de fon ennemi. C'eft ce propre fœur aida à allumer le feu de la
Pape qui s'étant avifé de bénir une fédition , à la faveur de laquelle Jean
cloche qu'il fit monter ,au clocher de Zemifces le tua, 6c monta fur le Trô-
Saint Jean de Latran , 6c de lui impo- ne. Aurfi-tôt pour n'avoir point d'affai-
fer le nom de Jean, a par cet exem- res avec Othon, il lui envoya la fille
pie introduit la coutume d'en faire au- que Nicephore lui avoit promife :
tant à toutes celles que Ton fond de c'étoit Theophanie ou Tifaine fille de
nouveau ; le vulgaire parle fort im- Romain ? Empereur de Ccnftantino-
•
88 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
, pie , qui étoit mort quatre ans aupa- néanmoins il perdit une bataille en ■ ■
^ 9' ravant , &c belle-fille de Nicephore , Normandie: mais il fut récompenfé 9^5*
qui avoir époufé la veuve de Romain, de cette perte par la conquête d'Evreux
Dès qu'elle rut arrivée en Italie , le S. que le Roi lui mit entre les mains ,
Père rit la cérémonie du mariage, ayant l'ayant prife par intelligence. Richard
couronné le nouvel époux Roi de Lom- vi&orieux le fuivit en queue , ôc en-
hardie à Milan. tranc prefqu'auffi-tôt que lui dans Ion
Voilà les bons fuccès qu'eut Othon , pays , fit de terribles ravages dans le
* Un peu à julte titre furnommé le Grand , * par- Dunois ôc dans le Chartrain. Le Com-
miTchade- d ce C P 1 '^ ne ^ es rapportoit pas à fa pro- te de Chartres eut fa revanche dès la
frugne , Ed. pre gloire ôc vanité, mais a relever même année , portant le feu jufqu'aux
Je i6cs. l'Empire d'Occident. Dont le titre fauxbourgs de Rouen ; mais il en fut
depuis ce tems-là elt demeuré comme rudement rechafie , ôc perdit fon fils
attaché à la Germanie , mais avec des fur la retraite -, ou , félon quelques-
prétentions bien plus étendues que fes uns , à une fortie que ce jeune Seigneur
forces. Nous ne parlerons plus défor- fit de la ville de Chartres fur les trou-
mais des affaires d'Italie , ôc peu de pes de Richard.
celles de Germanie , qu'entant qu'el- L'an 965. Guillaume , furnommé
les feront néceilairement jointes à cel- Tête d'Etoupe , Comte de Poitiers ôc
les de France. Duc de Guyenne , finit fes jours dans
9 g 2 Durant ces affaires d'Italie , diverfes l'Abbaye de Saint Maixan , où il avoit
$r g( j", querelles troubloient la France : les pris l'habit de Religieux. Il laifîa fes
deux plus grandes éroient celles de Etats à Guillaume III. fon frère. Ar-
l'Archevêché de Reims , ôc la haine noul furnommé le Vieil , le Bel ôc le
que les Comtes Thibaud de Chartres Grand , Comte de Flandres , mourut
ôc Arnoul de Flandres avoient contre aulîî la même année. Son fils Baudouin
lès Normands. On eut pu appaifer la étoit parti de ce monde avant lui. Le
première en remettant Hugues de Ver- fils de ce fils nommé Arnoul le Jeune
mandois dans le liège de Reims, l'Ar- fuccéda à fon ayeul , fous la tutelle de
chevêque Artold étant mort le dernier Marilde de Saxe fa mère. C'eft cet Ar-
de Septembre de cette année 961. fi la noul qui étant venu en âge , commen-
Reine l'eût pu fournir ; mais bien ça de fortifier le port de Petreiîè ou
loin d'y donner les mains , elle fit en Scalas , qui alors appartenoit à l'Ab-
forte que le Concile de Soilïbns ren- baye de faint Berthin. On le nomme
voya l'affaire au Pape, qui le déclara ex- aujourd'hui Calais. Il eft voifin de ce
communié. On donna l'Archevêché à" Portus Iccius , qui maintenant eft rui-
Odolric ou Oulry. né, ôc fe nomme Wilïan , * fort célèbre * Nomm€
Les frères de Hugues furieufement du tems des Romains, qui pafloient Ed^tTta
animes contre Guibuin Evêque de Châ- de-li dans la Grande Bretagne, ôc fort
Ions , à caufe que dans cette aflemblée fréquenté jufqu'au treizième fiécle. Ar-
il avoit apporté le principal obftacle à noul accommoda ce nouveau port pour
fon rétablilTement , faccagerent& bru- s'en fervir contre les pirates Normands;
lerent fa ville. ôc parce qu'il ne pouvoir pas toujours
Le Comte de Chartres étoit foutenu être fur la côte , il donna la Comté de
q? ii: r ' P ar I e R°i contrc le Normand , parce Guifnes à Adolfe fils de Siffroy , lequel
9 S que celui-ci étoit attaché d'alliance & avoit époufé la fille de Hernieule Com-
d'affection aux fils de Hugues le Grand, te de Boulogne.
Bien qu'il fût puiflant ôc fort brave , Le Roi Loraire ayant appris la mort
d' Arnoul
LOTAIRE, ROI XXXM1. g 9
d'Arnoul le Vieil, alla aufli-tôt en Flan- avoit été empoifonné par Berenger II.
9 6 "« dres recevoir les hommages des Sei- 8c de la Reine Adeleïde , que i'Em- ^-'
gneurs,& reprit Arias & Douai iur Ar- pereur Qthon avoir époufée en fecon-
bquI; comme d'aune côté Guillaume des noces; ce qui fortifia la bonne in-
Comte de Ponthieu , ôta à ce mineur telligence entre les deux Rois de Fran-
Boulogne 8c Terouenne ; 8c deux de ce 8c de Germanie.
{es fils furent Comtes chacun de l'une II neiepafia rien de fort mémorable 9^7- 8c
de c&s villes. durant ces deux années , finon que l'an 9<>8.
Cette même année l'Archevêque- 967. le Roi Lotaire maria fa fœur Ma- " ~ "
Duc Brunon étant venu en France pour tilde avec Conrad Roi de la haute Bour-
terminer quelque différend de fa fœur gogne & d'Arles , 8c lui donna en dot jeamzSm!
Gerberge 8c du Roi Lotaire, avec les la Cité 8c Comté de Lyon. .ces ayant tué
enfans 8c la veuve de Hugues , fut faifi La guerre fe faifoit toujours fins re- dSSS £
d'une fièvre à Compiegne , dont il vint lâche entre le Comte Thibaud 8c le -7. ans ; & en -
mourir dans la ville de Reims , fort Duc Richard : Thibaud aiîîfté par le J ore ° THQ *
regretté de tous ceux qui aimoient la Roi , alla camper devant Rouen , 8c il
paix. ne put en être chafïe que par le fecours Z "
Quelques auteurs V appellent Archi- des Normands infidèles, que le Roi
duc de Lorraine , parce quil commandoit de Danemark , parent de Richard y en-
À tous les Ducs & Comtes de ce Roy au- voya. Ces troupes l'ayant pouffé , s'épan-
me-là. Cefl la première fois que je trou- dirent jufques aux portes de Paris , laif-
ve ce titre dans les auteurs fant aux envir.01 s de funeftes marques
7/ y avoit des ce tems là un DucMar- de la fureur de leur nation.
quis dans la Lorraine Mojellanique , ou V ignorance dé ce tems-là ctoit extrê-
haute- Lorraine ; choit Gérard , duquel me , cefl la raifon que faute d'hifloriens ,
on tient que font iffus les Princes Lor~ nous rien avons prefque rien , & qu'il
tains d'aujourd'hui. Quelques Gênèalo- faut quelquefois laifjer des années vuides.
gifles le tirent a" Erchânoald Maire du Le feptiéme .jour de Mai de l'an " ~T7
Palais , & de la même tige ils font venir 973 . l'Empereur Othon mourut à Mag- y ' '
la maifon de Hapfbourg Autriche , & debourg. On peut lui donner cette
celle des Ducs de Zeringhen , de laquel- louange, qu'il fut le fondateur de l'Em-
leefl ifjue celle des Princes de Bade. pire Germanique , le dompteur des
Le Roi Lotaire parvenu à l'âge de Hongrois 8c des Sclaves ; 8c qu'il rroti-
vingt-trois ans , époufa Emme ouEmi- va le moyen de matter it$ Italiens , £c
ne fille de ce Lotaire Roi d'Italie , qui d'enchaîner leur perfide mutabilité.
— — —>■■■■■■■
L O T A I R E en France,
Italie
Germanie , âgé de u . à zz. ans.
OTHON II. Empereur en Italie & en 1 CONRAD en Bourgogne.
ans le ocra*.
„ , E régne de fon fils Othon IL ne chevêque Brunon , avoir été confiné au Pu«sBasij.e2c
Empereurs L-< mt ni fi ferme ni fi heureux que le pays des Venedes ; 8c quelque tems fe r «* A 3s:
encore Jean fie n< Régnier au Long-Cou Comte de après deux Comtes nommés Garnier &*ropoi&nné
othS n. eu Mons.en Haynaut , 8c de Valenciennes, Raginold ou Renold , qui , à mon avis , ^^Vl 9 /
Mai r. 10. ayant été pris dans cette ville par l'Ar- étoient Cqs parens , avoient été inveilisccâ^or.
Tome IL M
5>o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
de fes terres. Mais fes fiis Régnier IL Ne l'ayant pas voulu faire , Lotaire
273* 8c Lambert , après la mort de l'Empe- entreprit de l'y forcer. Il entraàl'im- 978.
reur Othon , armèrent avec l'aide des provifte dans le pays avec une nom-
François pour s'y rétablir. breufe armée , 8c reçut le ferment des
De-là naquit une fanglante 8c opi- Lorrains dans la ville de Mets. De là
niâtre guerre. Les deux frères afliités il marcha droit à Aix-la-Chapelle j
des François , 8c particulièrement de Othon s'y divertiilbit avec fa famille
Charles frère du Roi, donnèrent batail- en toute fécurité : il ne s'en fallut pas
le aux Comtes Garnier 8c Renold con- demi-heure qu'il ne fut furpris -, il n'eut
tre le village de Peronne , proche de le loifir que de monter à cheval 8c de
Binfch. Ces Comtes y furent défaits : fe fauver , lailïànt fon dîné fur la table
mais Othon IL leur fubftitua auffi-tôt 8c tous fus meubles précieux à l'aban-
Renaud 8c Godefroy deux Seigneurs don. Lotaire pilla fou Palais , ravagea
Lorrains , qu'ii invertit des Comtes de tout le pays d'alentour , puis s'en revint
Haynaut & de Valenciennes. Après di- chargé d'un butin inefïimabie.
vers événemens , ces deux frères tou- En revanche de cette infulte > Othoa
jours fecourus de Charles, 8c même dès la même année fit une grande irrup-
de Hugues Capet , defquels après ils tion en France avec foixante mille
épouierentles allés , fe rétablirent dans hommes ; il faccagea toute la Champa-
leurs Comtés : mais ce fut tout au plu- gne , 8c ce qui s'appelle Ifle de France
tôt vers l'an 983. jufqu'à Paris, 8c envoya dire à Hu-
L'Empereur Othon avoic de l'indi- gués Capet , qui étant Comte de cette
gnation que ces deux fils d'un rébelie , ville s'étoit jette dedans , qu'il vouloir
polfédalfent ces grands fiefs dans fon faire chanter un Alléluia fur Mont-
Royaume de Lorraine malgré lui ', néan- martre par tant de Clercs , qu'il feroit
moins il diilimula , ayant pour lors entendu de Notre-Dame,
d'autres affaires qa\ ne lui permettoient Ces fuperbes menaces ne furent pas
pas de rompre avec le Roi Lotaire. foutenues par de pareils effers. Il trou-
Bien plus , foit à delîein de l'obliger , va que la ville de Paris ni fon Comte
ou plutôt de mettre une barrière au de- ne prenoient pas aifémenr l'cpouvan-
vant de lui, il créa Charles fon frère te , 8c queles forces de Germanie pou-
Duc de Lorraine , jeune Prince âgé pour voient bien dans leur premier mouve-
lorsdevingt-troisa24. ans. Il feroit mal- ment caufer quelque trouble à la Fran-
aifé de bien démêler fi ce titre de Duc ce -, mais qu'elles n'étoient pas capables
s'étendoit par tout ce Royaume, ou de lui faire aucun mal. Ses gens étoient
feulement dans fa partie baffe qui eft battus dans les efearmouchades ; fon * * L'hîfloirs
le Brabant : il eft certain que Charles neveu ayant été, par bravade , planter jj, ^ P omr
faifoit fa réfidence en ces quartiers-là , fa lance dans une des portes de Paris ,
8c particulièrement à Bruxelles. fut tué par Gefroy Grifegonelle Com-
Les François n'avoient pas perdu le te d'Anjou. Là-deffus l'hy ver furvint ,
fouvenir de leur ancien droit fur la 8c l'obligea de fe retirer. Lotaire &
Lorraine-, 8c le Roi, comme fils de Hugues Capet ayant raftemblé leurs
Gerberge , laquelle de fon chcfyavoit troupes, le pourfuivirent vivement,
de grandes poflèfîions , s'attendoit & le menèrent toujours battant juf-
qu'Othon fon coufin germain lui en qu'aux Ardennes , ayant taillé toute
rendroit qut-lque partie -, vu principa- ion arriere-garde en pièces, au palîage
lement qu'il en avoit cédédebonnespié- de la rivière d'Aîné qu'il trouva dé-
ces auxEvêques de Liège & do Cologne, bordée.
LOTAIRE, ROI XXXIII. 91
Les Moines Allemands de ces tems- dans une lettre qu'il écrit a cet Evê-
97$* là, comme cefi le génie des hommes de que , pour réponie à une qu'il lui avoit 979«
feindre toujours des miracles dans les envoyée ; dans laquelle il l'accufoit
grands périls , ont écrit que faint Udal- d'avoir afTèmblé des troupes de bri-
ric Evéque d Ausbourg , qui accom- gands pour enlever la ville de Laon à
pagnoit cet Empereur à la guerre, paffa Lo taire , de le dépouiller -, & d'avoir
fur la rivière dAîne à pied fec , & lui fort maltraité Afcelin Adalberon Evê-
montra l'exemple , & à toute fon armée , que de Laon. Qui fçauroit bien le fens
de lefuivre , les ondes débordées saffer- de ces reproches , auroit tout le fecret
miffant miraculeufement fous leurs pas , des affaires de ce tems-là , ôc de la ré-
6* la rivierefervant de pont à elle-même. volution qui fe fit depuis en faveur de
En cette retraite le Comte d Anjou Hugues Capet.
fit fçavoir aux Germains que la que- Ainfi la fouveraineté de ce Royau-
relle étant principalement entre les me-là demeurant à Lotaire , la Duché
deux Rois , il feroit meilleur , félon de la baffe Lorraine, qui avoit été don-
l'équité naturelle & le droit des gens , née deux ans auparavant à Charles fon
qu'ils la vuidairent corps à corps , que frère , par Othon I. retournoit en fa
de répandre le fang de tant dinnocens difpofition. Mais comme il falloit don-
qui n'avoient que faire de leur querelle : ner partage à Charles , il la lui céda auf-
mais les Germains répondirent , qu'en- fi. Ce qui fut accordé dans une entre-
core qu'ils ne doutalïent point de la vue de ce Roi avec Othon fur la rivié-
valeur de leur Roi , néanmoins ils ne re du Kar ; le Prince Germain ayant
confentiroient pas qu'il expofât fa per- déliré cette conférence avant que d'en-
fonne feul à feul -, confelîant par-là ta- treprendre fon expédition en Italie
citement qu'ils ne le croyoient pas fi contre les Grecs ôc les Sarrafins.
brave que le Roi de France. Charles s'imaginoit bien que -fon
Othon ainfi mal mené , rechercha frère ne lui avoit accordé cette Duché
les François d'accommodement : Lotai- que par force : & ce fut , à mon avis ,
re & lui s'étant abouchés dans la ville pour cela,qu'afin d'avoir un appui pour
de Reims, conclurent la. paix à telle fe la conferver , il futfimaiconfeiliéque
condition , que Lotaire lui céderoit la d'en rendre hommage au Roi Othon s
Lorraine pour la tenir en fief de la Cou- au lieu de la tenir en route fouveraine-
ronne de France ; nos auteurs le difent té, comme il le pouvoit faire. _
ainfi. Les Seigneurs François fe mon- Deux ans après, Othon defirant le cjtfï,
trerent fort mal contens de cette cef- gagner plus fortement , lui donna en-
fion , mais principalement Charles fre- core le pays d'alentour de Mets , Toul ,
re du Roi 4 il croyoit qu'une fi belle Verdun tk. Nancy , &: autres terres d Ra-
pièce devoit plutôt lui être donnée en tre la Meufe 6c le Rhin,
partage, que délaiffée à un étranger. Je Or cette foumifilon rendue par
ne fçai fi ce fut alors que Thierry Eve- Charles à un étranger;, fonna fort mal
que de ■Mers voulut le porter à ferévol- parmi les François ; & l'augmentation
ter contre fon frère , & à fe faire élire de fa puifîànce choqua aflurément les
Roi -, fon detfein étant, comme Char- defièins de Capet , qui fe préparait le
les le lui reproche, de brouiller fi fort chemin à la Royauté -, car il fuit cou-
le Royaume , que durant ces troubles fidérer que Charles feul faifoit l'obfta-
il pût élever les Tyrans ( je crois qu'il cle, Lotaire n'ayant qu'un fils unique
entend Hugues Capet &c fon fils ) en qui étoit imbécile d'âge & d'eiprit, êç
h placedes Rois légitimes. Celafe voit de fort petite efpérance.
M i'}
979-
5,2 ABREGE CHRONOLOGIQUE
D'ailleurs le trop long féjour de ce labre : il paflfa en ces pays -là l'année'
^ • Prince en ce pays-la fans venir en Fran- d'après , & leur donna une grande ba- " '
ce, le trop grand attachement qu'il té- taille par mer ; mais il la perdit, &: pref-
moigna avec les Germains , qui en ce que tous les vaiffeanx, avec un nombre
tems la étoient les ennemis capitaux incroyable de Nobleffe qui l'avoir fui-
de la France', comme aufli quelques vi en ce voyage : lui-même tâchant de
rencontres qu'il eut avec le Roi fon fre- fe fauver à la nage , fut pris par des
re *, une entr'autres pour la ville de Matelots y toutefois n'ayant pas été
Cambray , qu'il détendit contre ce Roi reconnu, l'Impératrice fon époufe le
qui en vouloit piller lesEglifes, com- racheta aufii-tôt pour une petite ran-
me il avoit fait celles d'Arras , donne- çon. Depuis qu'il eut reçu un fi fan-
rent fujct à {es ennemis de le décrier glarrt affront, il ne fit plus que fécher
extrêmement parmi les François. fur le pied, tant qu'enfin il mourut à
Quand Othori eut conféré avec Lo- Rome le 7. de Décembre : mais aupa-
raire fur le Kar, il travailla aux prépa- ravant il avoir fait couronner fon fils
ratifs de l'expédition qu'il méditoit Roi d'Italie a Veronne-, & il le fut en-
contre les Grecs , qui avec l'alliftance core l'année fuivanre à Aix-la-Chapel-
çtes Sarrafins , avoient reconquis la Ca- le , comme Roi de Germanie.
LOTAIRE & LOUIS fon fils en France.
OTHON III. Empereur & Roi de Gcr- j CONRAD en Bourgogne,
manie & de Lorraine , âgé de 7- ans.
Empereurs A Ux nouvelles de fii mort , Lo- thon avoit été couronné du confente-
l^Tcons- *Ljl. taire crut que la Germanie al- ment de tous les Grands , il ne s'en-
A
tncorc Basi- f~\
^E Si Cows- -*- -*»
taktîh ; & loit fe mettre toute en combuftion , a gagea pas plusavant , &c revint en Fran
©thon m. cau f e (jgs différends de la tutelle du ce. Godefroy fut tenu deux ans pa-
ïenne Othon III. du nom [ qui n'avoit fonnier , ik. fe vit fouvent en danger
alors que fept ans. Henti fon oncle de périr, à caufe de fon invincible
p.iternel s'erforçoit de s'emparer du fermeté : bien loin de fe laiffer ébran-
Royaume fous le titre d'Avoué ou de 1er aux offres ôc aux menaces , il con-
défenfeur du pupille: Lotaite favori- firmoit fes fils Herman & AdalbenEvê-
foit fesdefieins', & la faction de Hugues que de Verdun , de demeurer dans le
Capet fe partageoit entre l'un &c l'autre parti d'Othon , ôc de bien fortifier &
pour entretenir les divifions, fans lefi- garder leurs places. Adalberon Arche-
quelles il ne pouvoit arriver à fon bur. vêque de Reims qui étoit fon frère ,
Charles Duc de Lorraine portoit ou- le confirma dans fes fentimens , & lui
vertement la caufe du pupille , comme fervoit de couverture. Ce qui lui réuf-
étant fon valfal. Pendant les mouve- fit fi bien, que deux ans après, fça-
mens que Henri excitoit en A Hem a- voir l'an 985. Lotaire lui rendir la 985,
gne , Lotaire entra en Lorraine l'an ville de Verdun 6c la liberté. La mê-
983. pour s'en refaifir -, il enleva d'em- me année il fit coutonner Louis fon
blée Verdun , & prit Godefroy qui en fils pour régner avec lui. Il l'avoir dé-
étoit Comte : mais quand il fçut qu'O- ja marié à une Princelfe d'Aquitaine
tOTAIRE, ROI XXXIII. 93
1 nommée Blanche ; quoique tout au plus Mars l'année fuivante 986. ôc on ne — ~~
9°î' il n'eût que dix- huit ans. douta point que ce ne fût l'effet de 9 S6,
On nefçait pas bien de quelle Aqui- quelque mauvais boucon qu'elle lui
taine elle étoit ; car en ce dixième Jiécle avoit donné. Il couroit d'étranges
& dans le fuivant , les François corn- bruits des familiarités qu'Afcelin ou
prenoient aujji le Languedoc & la Pro- Ancelin Adalberon , Evêque de Laon ,
vencefousce nom-là. Il ejl plus proba- avoir avec elle.' On pouvoir croire
ble néanmoins que cette Frincejje étoit de qu'elle lui faifoit ces carelTes moins par
Provence auffi-bien que la Reine fa belle- amour que par politique , afin de fe
mère , peut-être fille de Rothbaud pre- conferver cette place , qui pour lors
mier Comte d'Arles. étoit comme le donjon de la Royauté :
Ce mariage étoit mal affbrti , la fem- car alors cet Evêque n'avoit guéres
me courageufe &: galante , le mari fans moins de cinquante ans , âge plus pro-
vigueur d'efprit , ni peut-être de corps : pre pour le confeil que pour la galan-
iî bien qu'elle conçut du mépris pour terie. Mais s'il n'étoit pas capable de
lin; & l'ayant mené en fon pays, fous tenter, il ne l'étoit que trop d'être
couleur qu'elle lui en devoit procu- tenté.
rer la conquête par le moyen de fes Lotaire fut un Prince belliqueux ,
parens & alliés , elle le planta-là , ôc le actif , foigneux de fes affaires , & di-
Roi fon père fut obligé de l'aller reque- gne enfin d'avoir de meilleurs Sujets,
rir. Il ne pafïoit de guéres la quarante-cin-
Ce fut un grand malheur dans la quiéme année de fon âge , ôc la tren-
maifon Royale qu'une Princefle lé- te-deuxiéme de fon régne. On voit
gère , &un plus grand encore, qu'une fon tombeau ôc fon effigie dans TEgH^
Reine qui en aimoit d'autres que fon fe de S. Rémi de Reims,
mari. Lotaire mourut le 2. jour de
& ta a xS
•
94
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LOUIS V.
DIT LE FAINEANT,
ROI XXXIV.
ÂGÉ DE QVELQl/E VINGT ANS.
Ma mort femblable en tout * à celle de mon père $
Montre que le malheur des plus grands Potentats ,
Et les renverfemens qu'on voit dans les Etats ,
Sont bien fouvent les faits d'une femme adultère*
OTHON III. en Germanie. ' CONRAD à Arles, &c.
PAPES.
Encore Jean XV. élu fur la fin de l'an 985. S. 10. ans, 4. mois & demi, dont 16.
mois fous ce régne.
ON publia que Lotaire , en mou- cette qu'on appelloit la mère des Rois. '
rant avoit fort recommandé fon Mais on ne lui en donna pas le tems;
fiis à Hugues Cape: , qui en effet étoit car fon fils ayant conçu de l'averlion
fon coufin germain. Quoi qu'il en 4bit, pour elle, & de mauvais foupçons
Emme ne s'y fioit que de bonne for- qu'elle eût contribué à la mort du Roi
ce; il y a apparence qu'elle .ri'igno- fon père, Charles de Lorraine l'enleva,
roit pas fon grand deffein de s/empa- & Ancelin Evêque de Laon avec elle,
rer de la Couronne; ik. d'autre «ôté ik les détint tous deux prifonniers avec
elle appréhendoit les effets violens de beaucoup de rigueur. Emme implora
la haine que Charles témoignoit pu- en vain l'interceflion des Impératrices
bliquement contr'elle par des difeours Adeieide ik Theophanie; en vain An-
fort fcandaleux. De forte que ne fe fiant celin eut recours à celle des Evéques;
ni à l'un ni à l'autre , elle avoit réfolu en vain ils employèrent leurs fuppli-
de mener fon fils au mois de Juin vers cations auprès de Charles; en vain ils
fa grand-mere Adeieide, veuve d'Othon lancèrent les foudres de l'Eglife fur la
I, ik tutrice d'Othon III. héroïque Prin- tête de ce Prince : il s'opiniatra à les
* Car
l'uu fie l'autre furent empoifonnes par leurs femmes.
LOUIS V. ROI XXXIV. 95
— garder , Tans Joute avec intention de non facrée. Ils étoient prefque tou- --—
2^7* leur faire leur procès •, 6c cette ven- jours à cheval ôc en campagne , Ôc 9°7*
geance , quoique très-jufte , mais hors menoient leurs femmes avec eux. Criar-
de faifon , fut une des principales eau- les Martel ôc Pépin , quand ils étoient
{qs de fa ruine. " de repos , faifoient leur féjour à Paris
Cependant le jeune Roi Louis vint ôc aux environs j Charlemagne à Aix-
à perdre la vie le vingt-deuxième de la-Chapelle ; le Débonnaire au même
Juin de la même manière que fon pe- endroit , ou à Thionville -, Charles le
re l'avoir perdue , fa femme ayant con- Chauve à SoifTons & à Compiegne ;
çu un extrême mépris pour lui, ôc fa Eudes à Paris ; Charles ie Simple à
mère un furieux relTentiment de ce Reims j Louis d'Outremer à Laon.
qu'il s'étoit tiré d'entre (es mains. Un Si l'on coniidere les canfes de la
auteur de ce tems-là dit qu'il donna ruine de cette race , on en trouvera
fon Royaume à Hugues Capet "par tef- cinq ou fix principales, i. La divi-
tament : un autre , qu'il le légua à fion du corps de l'Etat en plusieurs
fa femme pour le lui donner, à con- Royaumes, qui fut fuivie néceflaire-
dition qu'il l'épouferoit. ment de la difeorde ôc des guerres
Il régna en tout quelque trois ans-, civiles d'entre les frères, x. L'amour
dix-huit ou vingt mois avec fon père, déréglé que le Débonnaire eut pour
ôc feize mois tout feul. Il gît dans fon trop cher fils Charles le Chauve*.
l'Eglife de S. Corneille à Compiegne. 3. L'imbécillité delà plupart de ces
Avec (on règne finit celui de la Race Princes , n'y en ayant eu parmi un
Carlienne ou Carlovingienne , après fi grand nombre que cinq ou fix qui
avoir duré 136. ans, ôc vu une fuite ayent été pourvus de fens ôc de cou-
d'onze Rois , interrompue toutesfois rage tout enfemble. 4. Les ravages
par deux autres qui n'éroient pas de des Normands qui défolerent la Fran-
leur ligne. Je prens feulement ceux de ce durant plus de 80. ans > ôc favo-
la France Occidentale j car fi l'on comp- riferent les attentats des grands Sei-
te tous les autres , on en trouvera plus gneurs. ç. La multitude des enfans
de trente, fans parler que rous les bâtards qu'eut Charlemagne, qui tran-
Princes qui démembrèrent ce grand choient du Souverain dans les ter-
Etat, étoient iiïus de cet augufte Sang res qu'on leur avoit données pour leur
par les femmes. fubfiftance. 6. Et fi l'on en croit les
Il s'étoit provigné trois branches de Eccléfiaftiques, la malédiction de Dieu
cette Race -, l'une en Italie par Lotai- qui tomba fur ces Princes , a caufe
re I. Empereur ; l'autre en Germa- qu'ils donnaient les biens de l'Eglife
nie, par Louis fon frère, dit le Ger- à leurs Officiers laïques, ôc à leurs
manique ; ôc une troifiéme dans la gens de guerre.
France Occidentale , par Charles le 7. On peut ajouter que cet arbre
Chauve. Toutes trois finirent leur re- ne portant plus de bons fruits , Dieu
gne par un Louis •, celle d'Italie par le voulut arracher pour en mettre un
Louis II. arrière fils de Lotaire-, celle de autre en fa place , infiniment plus
Germanie par Louis fils d'Arnoul-, celle beau ôc plus fertile, & qui félon les
de France par ce Louis le Fainéant. efpérances publiques , étendra fa du-
Les Princes de cette Race en pre- rée jufqu'à la fin des ficelés , ôc fa
nant la Couronne , recevoient l'onc- gloire jufqu'au bout du monde-.
Fin de lu fîconde Race,
TROISIÈME RACE
DES ROIS
DE FRANCE,
APPELLÉE LA RACE
CAPETIENNE,
OU*
DES C A P E T S-
Tome IL N
99
mJAiKft^
m*.*$si
UGUES CAPET.
ROI XXXV.
Agé de xlv. a xlvi. ans.
France ta tiens de moi ce que ton cœur defire ;
Il eft né de mon fang cet augufte Louis »
Dont le cœur fans pareil , dont les faits inouis
Doivent tout l'Univers ranger fous ton Empire.
PAPES.
Encore Jean XV*. 8. ans & demi du-
rant ce régne.
Grégoire V. élu le 13. Juin 996. S.
— T Ouïs n'eut pas fi -tôt les yeux
9°7* t a fermés , que Hugues Capet dé-
clara ouvertement fa prétention pour
la Couronne. Il ne reftoit delà race Car-
iovingienne que Charles Duc de Lor-
raine , qui d'abord s'adreffa à AdaU
fceron Archevêque de Reims , pour
fçavoir de quelle manière il fe devoit
gouverner pour fe faire élire. La ré-
ponfe que lui rit Adalberon eft fort
remarquable. " Il lui dit qu'il devoit
9 , voir les Grands de l'Etat -, qu'il
„ ne dépendoit pas de lui feul de
donner un Roi à la France , 8c que
c'étoit l'affaire du public , 8c non pas
} , d'un particulier. On ne voit point
dans l'Hiftoire les pourfuites qu'il fit
après ce bon avis : mais il eft certain
qu'il avoir pour ennemis jurés la Reine
Emme 8c tous fes amis, 8c le Clergé
5)
2. ans 8. mois dont quelques mois durant
ce régne.
8c les Eveques, qui faifoient le pre-
mier 8c le plus puilïant des deux Or-
dres de l'Etat : qu'outre cela il étoic
excommunié, 8c qu'à leur égard cette
cenfure le rendoit inhabile à porter
Couronne. D'ailleurs c'étoit un efprit
extrêmement incertain & variable : il
concevoit de grandes vifées , mais il
laifïbk toujours palfer le tems de l'exé-
cution, 8c fouvent ne prenoit fes ré-
futations qu'après coup : il fe mettoit
de tous les partis , 8c tous les partis
le rebutoient , ou s'en défioient , par-
ce qu'il traitoit toujours avec le con-
traire de celui qu'il avoit embrafle.
Tellement qu'encore qu'il eut beau-
coup de vaillance & de hardiefTe , il
avoit peu d'honneur 8c de réputation,
encore moins de fidèles conseillers 8c
de vrais amis. Ajoutez à cela , qu'il
N ij
987.
9 '3 7 .
100 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
s'éroit toujours éloigné de la Cour de fait en fa faveur : mais fon meilleur
droit, Se le plus inconteiîable, étoit le
confentem»nt général du peuple Fran- & mi
France , enforte que fes ennemis le
faifoient palTer pour Allemand , &
pour ennemi des François. Hugues
Capet au contraire demeuroit au mi-
lieu du Royaume : il étoit fage & pré-
voyant , confiant Se ferme dans fes
delfeins , puilîant , eftimé , honoré ,
ilfu de race Royale du côté paternel,
peuple
çois , avec le décret de la divine Pro-
vidence.
Depuis le jour qu'il eut été ficré, il
ne mit plus de Couronne fur fa tète
tout le refte de fa vie , quoique les
Rois eullent de coutume de la porter
987.
v.
& du côté maternel, (a) il y tenoit les grandes Fêtes , Se dans les céré-
la Duché de Bourgogne par Henri fon monies publiques : & il s'abftint de
frère -, celle de Normandie par le Duc cet honneur, parce que lui ayant été
Richard fon neveu ; Se celle de Fran- prédit par révélation divine , que fa
ce avec les Comtés de Paris Se d'Or- race tiendroit le Royaume durant fept
léans , par fes propres mains. Il avoir générations , il crut lui prolonger cet
grande quantité de riches vaifaux, en- avantage d'un degré , en ne portant
rr'autresGeofroyGrife-gonnelle,Com- pas lui-même les marques Royales,
te d'Anjou. D'ailleurs fa partie étoit afin de n'être p.is compté pour l'un
faite depuis long - tems : de forte des fept dégrés. Il ne fçavoit pas que
qu'ayant aillmblé des Evêques Se des ce nombre , dans le langage divin ,
Seigneurs dans la ville de Noyon , il fe lignifie l'étendue de tous les fiécles.
fit aifement élire Se proclamer Roi vers Incontinent après fon couronne-
la fin du mois de Juin. De même pas ment il tourna fes armes contre quel-
il alla à Reims prendre Fonction Se ques Villes Se quelques Seigneurs de
la Couronne par les mains de l'Ar- Champagne , qui refufoient de le re-
chevêque Adalberon , qui le facra le connoïtre : prit la ville de Laon , Se
troifiéme de Juillet. Pas un de tous courut jufqu'aux portes de Soiiîbns.
ceux qui fe trouèrent à Noyon Se à Vous remarquerez que depuis en-
cette cérémonie , ne reclama pour viron Charles le Simple , on compre-
Charles : au contraire , prefque rous noit fous le nom de Royaume de
donnèrent leur ferment par écrit, aufli- France celui de Neuftrie , celui d'A-
bien que de bouche , à fon ennemi. quitaine , Se celui de Bourgogne , au
Outre les raifons que nous avons moins la partie qui eft en deçà de la
marquées , on pourroit dire que ce Saône. Ainfi quand ces Rois fe fai-
pauvre Prince s'étoit deftitué lui-même foient facrer, il falloit qu'ils y appel-
en fe rendant étranger : Se que cet lailent les Seigneurs de tous ces trois
Etat ne pouvoit fouffrir un Chef qui Royaumes. Et c'étoit peut-être pour
fe fut rendu ValTal d'un autre Roi. cela que les premiers Rois Capétiens
Hugues put bien auiïi fe fervir du Tel- les ayant tous réunis fous un feul titre ,
rament, quel qu'il fut, du Roi Louis, prirent auffi le titre d'EMPEREims -, il
lu) Le Dante fait parier Hugues Capet dans le Chant
vingtième de fon Purgatoire : Figlivol fui d'un r>tccajo
Ai Puriei ) je fuis le fils d'un Boucher de Paris. ) Pour
fc venger de Charles de Valois , frere de Philippe le Bel ,
1 quel avoir chalTc de Florence la faciion dont ie Dante
leuoit le parti.
Ce qui porta principalement les Tair^ de- France à dé-
férer la Couroune à Hugues Cspi", c'.;l que par foi)
élection il rcuniflbit a la Royauté pluiîcurs Provinces
qui en aroient été démembrées. De forte que les Pairs
ont été les vrais Rcfhurateurs de la Monarchie , qui de-
puis a toujours pris accroiirement. Au reilc le Domaine
poflédé par les premiers Rois de cette race u'étoit pas
proprement le bien de la Couronne , mais le patrimoine
de la famille adoptée à la Royauté en la pçrjfoimc Je
Capet.
HUGUES CAPET, ROI XXXV.
101
on ne veut dire qu'ils le rirent pour
9^7' n e pas céder aux Rois de Germanie.
Mais depuis, foit par quelque traite,
ou par quelque considération qu'on
ne içait pas , ils l'ont abandonné , 8e
fe font contentés de celui de Roi ,
qui en effet efl plus doux 8e plus au-
gufte. <|
La même année Geofroy , dit Grife-
gonelle , Comte d'Anjou , finit fes
jours. Les fervices importans qu'il
avoit rendus à la France, obligèrent le
Roi Hugues à lui donner la charge
de Grand Sénéchal ou Dapifir , la-
quelle, outre l'Intendance de la Mai-
fon Royale , avoit auili le comman-
dement des Armées , &c faifoit tout
enfemble les fondions que la charge
de Connétable 8e celle de Grand-Maî-
tre de la Maifon du Roi ont fait fé-
parément. Mais comme les Comtes
d'Anjou devinrent trop grands Sei-
gneurs pour vouloir réfider à la Cour
du Roi , 8e qu'ils avoient la leur fort
magnifique , ils dédaignèrent l'exercice
ordinaire de cette Charge 9 8e fouf-
frirent que le Roi y commît quel- " —
ques Gentilshommes de fa Cour, à ?'*
condition toutefois que quiconque
l'exerceroit, la tiendroit d'eux en Fief,
les reconnoïtroit pour Suzerains , 8e
leur rendroit de certains devoirs. Ils
fe réferverent , outre cela , le pouvoir
de fervir aux Tables 8e Couronne-
mens des Rois 8e des Reines , 8e de
commander dans leurs armées quand
il leur plairoit de s'y trouver. Foul-
ques lurnommé Nerra, fils de Grife-
gonelle , fut fon fuccefïeur.
Hugues Capet, fix mois après fon 988.
facre , délirant avoir de l'appui , im-
pétra d'une AlTemblée des Seigneurs
François, qui fe tint à Orléans, que
fon fils nommé Robert lui feroit af-
focié à la Royauté. Il fut facré dans
cette racine Ville le premier jour de
Janvier 988. Mais peut-être que le
père fe repentit de s'être donné fi-tôt
un Collègue : car l'hirtoîre marque
en peu de mots, que ce jeune Prince
lui caufa bien des peines 8e des fâ-
cheries : elle ne dit pas en quoi.
HUGUES CAPET
&
ROBERT fon fils , âgé d'environ 1 6. ans.
5)88.
IL eft à préfumer que le Prince Char-
les ne manqua pas de fe préfenter
pour demander la Couronne •, mais
étant venu trop tard , il fut rejette
des François : &e alors il eut recours
aux armes pour revendiquer fon droit
prétendu. Dans ce tems-là la Reine
Emme fe tira d'entre fes mains •, mais
fe trouva fi pauvre 8e fi abandonnée,
qu'à peine avoit-elle un Valet pour
la fervir. Ancelin Adalberon , Evêque
de Laon, fortit aufli de la prifon où
il le dérenoit : je ne fçai pas fi ce fut
par adrelTe , ou par quelque accom-
modement.
Il n'y avoit de tous les Seigneurs du
Royaume qu'Arnoul Comte de Flan-
dres , Se Hébert Comte de Champa-
gne , père de la femme de Charles,
qui le fecondafient dans fon deflein.
Capet fut le premier qui attaqua
le Flamand , 8e lui enleva tout le pays
d'Artois , 8e plufieurs Places fur la
rivière du Lis ; de forte que ce Comte
102
ABREGE CHRONOLOGIQUE
?S8.
ne fe trouvant pas en fureté en fon
pays même , le réfugia en Normandie
vers le Duc Richard. Ce Prince n'a-
voit pas trop fujet de l'aimer ; car ion
ayeui avoir tait alïalliner
Guillaume
le bon Duc
avoir fait
fon père-, il lui
cruellement la guerre à lui-même ,
ôc incité le Roi Lotaire à te per-
dre-, mais fon jufte relfentiment céda
Après cela il fe rendit le maître de
Reims ôc de Soilfons -, mais comme il
biffa refroidir la chaleur du bon fuc-
cès , peu de gens fe déclarèrent pour lui.
Le cinquième de Janvier de cette
année 9S9. Adalberon Archevêque de
Reims mourut. Hugues Capet qui
avoit grand intérêt ^ tirer à fon parti
Arnoul frère bâtard du Duc Charles ,
à l'intérêt de îa propre confervation. lui donna cet Archevêché , ayant au-
II jugea qu'il étoit dangereux d'accou- paravant pris fon ferment par écrit,
tumer le nouveau Roi à dépouiller qu'il lui ieroit fidèle. Vers ce tems-là
les Princes du Royaume : ôc dans cette Brunon Evêque de Langres moyenna
vue il reçut le Comte fous fa pro- quelque furféance entre Capet 8c Char-
tection , Ôc employa puilïamment fon les : Ôc ce dernier donna Guy Comte
interceflion envers Capet , pour ob- de Soiffons ôc Gilbert Comte de Bour-
tenir fa paix ôc la reltitution de {qs gogne en otage pour fureté de fa paro-
Places , moyennant l'hommage qu'Ar- fe. Il la viola néanmoins bien tôt après :
noul en rendit aux deux Rois. Après car Arnoul ayant été fix mois dans
cet accord Hébert Comte de Cham-
pagne n'ofa plus agir pour fon gen-
dre que couvertement.
Le Duc Charles avoit un frère bâ-
tard nommé Arnoul, qui étoit Clerc
dans l'Eglife de Laon : par fon moyen
il fe refaiiît de la Ville ôc de l'Evê-
AJaibcron. que Ancelin Auberon. * Cet Ancelin
étoit un homme de belles-lettres , ôc
de grandes intrigues , vieux Courti-
fan , ôc fort adroit , mais fans con-
fctence Se fans foi : de forte qu'encore
qu'il fut ennemi mortel de Charles ,
néanmoins pour racheter fa liberté il
feignit de fe donner entièrement à
lui. Il n'y eut pas été long-tems, qu'il
gagna l'efprit de ce malheureux Prin-
ce, &c s'en rendit fi bien maître , qu'il
le fit chef de (on Confeil, fans avoir
égard à cette maxime, qu'il ne faut ja-
mais fe fier à un ennemi réconcilié.
Le nouveau Roi fçachant que Char-
les étoit dans Laon, vint aulli-tôt l'y
nfliéger, réfoîu de l'avoir par famine.
Dans la longueur du fiçge , comme
fes gens ne fe tenoient pas allez fur
leurs gardes , Charles fit une grande
fortie, les mit en déroute, brûla leurs
Jogemens , ôc les força de fe retirer.
Reims, il advint qu'un Prêtre nommé
Adalger livra la Ville à ManàlTés ôc à
Roger Comtes de Retel ôc de Châ-
teau-Porcien , amis de Charles. On
crut que cette entreprife s'étoit faite
de concert avec l'Archevêque -, néan-
moins il le dénia toujours , Ôc demeura
prifonnier à Laon entre les mains de
Charles, foit tout de bon ou par fein-
te. Mais à quelques mois de là il
leva le mafque , ôc fe joignit pour lors
ouvertement avec lui , qui afiiégeoit
Montaigu près de Laon , ôc ravageoit
les contrées du Soiflonnois.
Les deux Rois étoient pour lors en"
Poitou. Guillaume III. Comte de ce
pays-là ôc Duc d'Aquitaine refufoit de
les reconnoître , quoiqu'il fut oncle
maternel de Robert, ôc aceufoit hau-
tement les François de perfidie , ôc
d avoir abandonné le fang de Char-
lemagne. Ils marchèrent donc de ce
côté-là pour le contraindre à Tobéif-
fance , ôc afiiegerenr Poiriers. Il les
repouUa vertement , 6v les pour fui vit
jufqifà la Loire. Il y eut là une ùn~
glanre mêlée , dont l'avantage enfin
demeura aux Capétiens. Néanmoins
Guillaume fut encore quelques annpej
938.
989.
990.
5>95
HUGUES CAPET, ROI XXXV. ïôj
fans vouloir reconnoître les nouveaux bert. Il devint fi fçavant pour ce tems —
991. Rois. là, particulièrement dans les Mathé- 9? z
L'année d'après ce Duc fit la guerre manques , qu'il donna lieu aux igno-
au Comte d'Anjou , pour le Mireba- rans de croire qu'il étoit Magicien ,
lais 8c le Loudunois, 8c le malmena 8c d'en faire d'horribles contes,
fi fort , qu'à la tin il le contraignit de L'an 99 3. Guillaume III. Ducd'Aqui-"
le reconnoître , 8c de tenir ces terres taine fit enfin fa paix avec les deux
de lui. Rois , 8c reconnut tenir les terres d'eux.
Au retour de Poitou Arnoul Ar- Mais un autre Guillaume Duc des
chevêque de Reims fe réconcilia avec Gafcons fe conferva toujours indépen-
les Rois , 8c abandonna fon frère dont dant. C'eft lui qui gagna une mérao-
le parti s'affoiblifToit. rable bataille fur une flotte de Nor-
II vivoit néanmoins en toute fécu- mands qui étoit defeendue en Gafco-
rite dans Laon, 8c avoit une entière gne vers la fin de ce fiécle. Il crut
confiance à Ancelin : le Roi Hugues avoir obtenu cet avantage par l'inter-
trouva moyen de gagner ce traître : ceflîon de faint Sever , lequel on di-
tellement que comme un autre Ju- foit avoir été vu ce jour -là fur un
das, la nuit du Jeudi-Saint il lui ou- Cheval blanc avec des armes luifantes
vrir les portes, 8c lui livra ce malheu- combattant contre les Barbares. En re-
reux Prince 8c fa femme. Hugues les connoirfance il mit fa Duché fous la
fit emmener prifonniers à Senlis , 8c protection de ce glorieux Martyr , 8c
de-là à Orléans , où ils furent enfer- édifia une Eglife 8c une Abbaye Fur fon
( mes dans une Tour, 8c bien gardés. tombeau •■> autour duquel il s'eft bâti la
9 u 2# L'Archevêque Arnoul fut auili pris Ville qu'on nomme iàint Sever Cap de
avec eux: il y étoit revenu, 8c avoit Gafcogne.
quitté le parti de Hugues pour la fe- Il eft certain que la couronne
conde fois. Aufli les Evêques de Fran- n'ayant prefque plus rien en propre
ce aflemblés en Concile dans l'Eglife que la ville de Laon , Capet y rejoi-
de Saint Bafle de Reims , à la requê- gnit les Comtés de Paris &c d'Or-
te de Capet, lui firent fon Procès & leans , & la Duché de France , qui
le condamnèrent comme un parjure , contenoir tous les pays qui font entre la
8c qui avoit faufTé fa foi. Ils le con- Loire &c la Seine,
traignirent de leur préfenter une re- Les grands du Royaume croyoient
quête pour être mis en pénitence, 8c que Capet dût fourfrir tous leurs at-
pour abdiquer l'Archevêché , comme tentais , parce qu'ils lui avoient mis
Ebbon avoit fait autrefois. Sur cette la couronne fur la tête : fa patience
requête ils le dégradèrent ; puis le Roi & fon courage , qu'il exerçoit diver-
l'envoya prifonnier à Orléans tenir fement félon les occafions , les em-
compagnie à Charles fon frère. péchèrent de s'échapper jufqu'à l'ex-
Gerbert Moine de faint Benoît fut tremité , 8c le maintinrent dans le
clû en fa place. Il avoit été élevé dans Thrône.
l'Abbaye d'Orillac en Auvergne , de- Un Adelbert Comte de la Mar-
ia il étoiepaifé en Efpagne, où il avoit che 8c de Perigord étoit un des plus
vu tout ce qu'il y avoit de plus doc- mauvais , 8c s'entremêloit de toutes
tes maîtres parmi les Mores; enfuite les querelles. Foulques Nerra Comte
Othon I. l'avoit fait Abbé de Bobie d'Anjou avoit quelque prétention fur
en Lombardie, puis il avoit été pré- la Ville de Tours, il l'aiîiégea en fa fa-
cepteur d'Othon III. 8c du Roi Ro- veur. Le Rot lui envoya commandes
104 ABREGE CHRONOLOGIQUE
de s'en défifter ; Adelbert refufa hau- Siège , qu'à caufe qu'il avoit témoi-
993* tement d'obéir j 8c comme il lui fit gné de la répugnance pour l'élection ~ %?$'
demander, Qui vous a donc fait Comte; de Capet , 8c réfifté forcement, quoi- V '
il répondit inlolemment , Ceux-là me- qu'inutilement , à laflèmblée de S.
me qui vous ont fait Roi. Après cela il Balle,
continua le liège 8c prit la Ville. Hugues s'en plaignit , s'en deffen-r
L'année 993. fut mémorable parla dit, tint ferme quelque tems contre
mort de Conrad Roi de Bourgogne , cette entreprife : mais api.ès tout il
de GuHlaume III. Duc d'Aquitaine, fallut qu'une Royauté naiilante pliât
d'Arnaud Manfer Comte d'Angoulê- fous cet ordre ablolu , de peur de fe
me , & de Hébert Comte de Meaux voir renverfer. Le Concile fe tint à
8c de Troyes. Conrad lailfa fes Etats Reims , il dépofa Gerbert , 8c remiç
à fon fils Rodolphe III. dit le Fai- Arnoul dans Ion liège après trois ans
néant ; Guillaume les liens aufli à fon de prifon. Gerbert fe retira vers fon
fils de même nom que lui , furnommé difciple le Roi Othon III. qui lui
Fierabras ; Arnaud les liens à Guillau- donna l'Archevêché de Ravenne :
me Taillefer. Et le quatrième mourant d'où quelques années après il l'éleva
tans enfans , tailla les deux Comtés à au fouverain Pontificat.
Eudes fon frère , qui avoir déjà cel- L'an 994. l'infortuné Charles mou- Z7~,
les de Chartres 8c de Tours. Il fut le rut en prifon à Orléans. On ne dit
premier qui s'intitula Comte de Cham- pointée que devint fa femme, mais
pagne. Guillaume IV. du nom Com- on trouve dans quelques Chroniques ,
te de Touloufe , 8c Comte d'Arles , fe qu'il lailfa deux fils , Othon , & Louis,
fit Moine, 8c fon fils Guillaume V. lui 8c deux filles, Gerberge 8c Hermen-
luccéda. garde. Tous les enfuis fe retirèrent
Après la mort du Comte de Poitou, vers l'Empereur Othon III. L'aîné , di-
fon fils encore jeune vit tous fes Etats fent- elles , polféda la Duché de la baf-
en combuftion , par la rébellion de plu- fe Lorraine quelques années , 8c mou-
licius de fes valfaux , principalement rut fans lignée. On ne parle point de
d'Adeibert qui allïégca Poitiers , 8c l'autre. On verra ci-après à qui les fil-
fit plusieurs autres entreprifes. Mais les furent mariées,
enfin ce factieux attrapa ce que méri- Le Roi Hugues auffi- bien que Pè-
tent fes femblables : il fut tué au fiége pin , 8c tous les Princes qui s'érablillent
d'un petit Château. Bofon frère de fon à nouveau titre fur des peuples qui ne
père lui fuccéda en fes Seigneuries. font pas tout-à-fait barbares , tint une
Le Pape ne pouvoir foufrrir qu'on conduite pleine de jultice , de fagelle
v, qj" eut dépofé l'Archevêque Arnoul lans 8c de modération. U fut parfairement
'' fon autorité ; ce que les Evêques c!e religieux , dévot , 8c proreéteur de
Fiance croyoient pourtant être de leur l'Eglife 8c des Eccléiîr.uSques , fe dé-
pouvoir. Il prit donc cette affaire à chargea de toutes les Abbayes qu'il te-
cœur , e);.com!minialesEvêquesquis'é- noit, 8c rendit le droit d'élection au
toient trouves à hiifcmbiée de S. Baf- Clergé 8c aux Monaftéres.
le, 8c dépêcha l'Abbé Léon en Fran- A fon exemple les Seigneurs qui poffe-
ce , avec ordre aux Prélats d'adembkr doient des biens dE^life, comme leur
un Concile po*»| cette affaire, 8c à patrimoine, n n n-JevlcT/en f les rendirent,
Seguin Archevêque de Sens , d'y re- mais pour refinition de leurs injufus
prefenter fa perfor.ne. Il le choilit , jouifjances , fondèrent encore plujieur's
îant parce qu'il C\: difoir i.égat du S. Monajléres 3 & les peuplèrent de Moines
réformés t
HUGUES CAPET, ROI XXXV. 105
— — — • réformes , (a) qui certes riétoient pas tout- La révolte de Guillaume Comte de '
995- à-fait Jî bons &fî défïnterejjés y qua- Gifors, fon frère bâtard, fut aufiî étouffée ?;><>■
voient été les premiers. en peu de jours. Comme il couroit la
Mais j c ne fçai quel nom il faut don- Province avec quelques troupes de
ner à cette dévotion ambiguë de plujîeurs brigands , Raoul Comte d'Evreux , on-
Seigneurs de ce tems-là ,qui fondaient cle du Duc, l'enveloppa, Se le fit pri-
des Abbayes & des Eglijes , G- en rete- fonnier. Après qu'il eut demeuré cinq
noient l entière difpojition. Car Us pre- ans enfermé dans le Château de Rouen,
noient les oblations & ojfrandes , & les il trouva moyen de fe fauver , & s'alla
droits des Autels & des Cimetierres , les cacher dans le fort des bois , où le Duc
vendoient , les échangeaient , & les don- avoit accoutumé de chalfer. Il prit iï
noient à ferme , comme fi c'eût été un bien bien fon tems , qu'un jour il alla fe jec-
héreditaire & patrimonial, ter à (es pieds tout hâve & défiguré,
" L'année que l'on comptoit 996. Ri- & lui demanda fi humblement pardon,
W ' chard furnommé fans Peur 6c l'ancien, que le Duc le lui accorda les larmes
Duc de Normandie , acheva fes jours aux yeux.
en fon Palais de Felcamp , où il avoir Richard entr'autres enfans avoit trois
bâti une magnifique Abbaye , & fut fils , Richard II. qui lui fuccéda , Ro-
enterré devant le portail de l'Eglife du beit Archevêque de Rouen , Comte
même lieu: Il étoit âgé de 64. ans, d'Evreux, qui fe maria nonobftant fon
dont il en avoit régné 54. Son fils Ri- caractère-, & Mauger Comte de Cor-
chard II. lui fuccéda. _ beil , père de Guillaume Comte de
Ce Prince eut deux grandes affai- Mortain.
res les premières années de fa domina- Il y avoit pour lors une fanglante
tion : les Ducs de Normandie , &c à guerre en Bretagne : Hoel Comte de
leur exemple les Seigneurs du pays, Nantes, qui prétendoit être Duc fou-
s'étoient faifis de tous les bois , pâtis , verain comme étant fils d'Alain Barbe-
& eaux du Duché , pour entretenir le torte , attaqua Conan Comte de Nan-
plaifir de la pêche 6c de la chaffe : les tes pour le réduire fous fa" domination \
payfans dépouillés de leurs ufages , & mais après quelques combats il le fit
n'ayant plus aucune commodité pour tuer par un fien Gentilhomme, & em-
leur chauffage, ni pour la nourriture poifonner Guerec fon frère par He-
de leurs befuaux , le fouleverent , fe fi- roye Abbé de Redon. Hoel avoit un fils
rent des chefs , & s'efforcèrent d'attirer naturel nommé Judicael , lequel s'étant
les villes dans leur parti. Richard cou- adrellé à Foulques Nerra Comte d'An-
rant éteindre ce feu qui alloit embra- jou , ennemi de Conan , affembla tant
fer toute la Province, fit monter la No- de combattans de toutes les Provinces
blelTe à cheval, fe faille de quelques- voiiines , qu'il fe ttouva affez fort pour
uns des chefs, & leur fit couper les pieds le chercher , & lui donna deux fois ba-
& les mains, puis les renvoya en cet taille dans les Landes de Conquereux.
itat à leurs compagnons. Cette terri- Dans la première les deux enfans de
ble punition épouvanta fi fort les pay- Conan demeurèrent morts furlapir.ee :
fans qui s'étoient alïèmblés en divers dans la féconde toute fon armée fut
endroits, qu'ils fe fépaterent auffi-tôt , raillée en pièces , lui blefle au bras &
& retournèrent à leur labourage. fait prifonnier. Cette querelle dura
(a) Au lieu de ce qui fuir , il y avoit dans 1 édition de 16CS. qui -certes étoient beaucoup moins bons .&
plus interciTés que u'avoient été les premiers.
Tom& //. O
106 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
9 C M
— ~ jufqu'à ce que Conan ayant époufé en fainte ligue , qui donna exemple dans —
99 lecondes noces Havoiie fœur de Ri- les autres Provinces d'en faire autant. 994*
chard II. Duc de Normandie , tira de Ce fut aujji dans cejiécle que les Pe-
grandes forces de ce pays-là , avec lel- lerinages de la Terre-Sainte je rendirent
quelles il vint à bouc de Judicael , Oc tres-jréquens ; /entends parmi les SI: u-
demeura Duc de Bretagne. tiers , car les Moines & les Eccléjùijli-
En ces années -là ce feu facré que ques voyageoient aux Lieux Saints dès
l'on nommoit le mal des Ardens, ëc le tems du Roi Clovis.
qui avoir déjà une autrefois fait de Depuis fon couronnement Hugues
grands ravages, fe ralluma &: tourmen- Capet faifoit ordinairement fa réfiden- 99 6,
ta cruellement la France particulière- ce à Paris. Cette année 996. il y fut
ment durant deux fiécles. Il prenoit attaqué d'une maladie qui mit fin à-fes
tou: à coup & brûioit les entrailles , ou jours , le vingt-neuvième d'Août, ou
quelqu'autre partie du corps , qui ielon d'autres le vingt-deuxième de
çomboit par pièces. Bienheureux qui en Novembre, étant âgé d'environ cin-
étoit quite pour un bras ou pour une quante-cinq ans , donc il en avoit ré-
jambe. Ce fîeau fut caufe qu'il fe fit gnéneuf& quelques mois. Il fut en-
de grandes donations aux Saints de qui terré à S. Denis. S'il époufa Blanche
on croyoit avoir reflenti le fecours veuve de Louis dernier Roi Car-
dans ces horribles douleurs : comme lovingien, comme écrivent quelques
aulli de fréquentes fondations d'Hôpi- auteurs , il n'en eut point d'entans t
pitaux pour ceux qui en étoient at- mais de fa première femme , qui fut
teints. Adeleïde , fille s félon quelques-uns ,
Cette playe l'an 994. emporta dans de Guillaume II. Duc d'Aquitaine , il
l'Aquitaine , l'Angoumois , le Péri- eut un fils unique nommé Robert , Se
gord & le Limoufin , plus de 40000. trois filles , Hadvige ou Avoye , Ade-
per fonnes en peu de jours j mais elle leïde & Gifelle. Hadvige fut femme
eaufa au moins ce bien , que les Grands de Renier II. Comte de Mons en Hay-
qui troubloient ces Provinces par leurs naut , Adeleïde de Renaud I. Comte
guerres particulières , redoutant l'ire de Nevers , & Gifelle de Hugues I.
de Dieu , firent un ferment folemnel Comte de Pontieu , auquel elle porta
entr'eux de garder juftice à leurs fu- la Seigneurie d'Abbeville en mariage.
jecs , & formèrent pour cet effet une
%0 7
A D E L E I D E
I. FEMME
DE HUGUES CAPET.
Par d'illuftres effets dont l'ardeur fut extrême
LaifTés par cette Reine à la poftérité ,
Et par les lieux dévots fondés par elle-même,
L'on juge de fon zélé & de fa charité.
S'I l eft vrai , comme Gaguin ôc luftre famille, fans la fpécifier *, 6c la
Guillaume de Malmesbery l'ont Chronique de S. Pierre le vif de Sens ,
écrit , que Hugues Capet époufa une dit qu'elle venoit du lang de Charle-
fœur du Roi d'Angleterre , ce ne peut magne , ce qui conviendroit bien ,
avoir été qu'en fécondes noces ; car il car Lofaire d'Italie en étoit defcendu
eft conitant que Robert qui étoit âgé au cinquième degré. Il y a apparence
de près de trente ans quand Capet mou- qu'elle mourut avant fon mari , & fi
rut , appelle Adeîeide famere en plu- cela étoit , il pourroit bien après fon
fieurs Chartres qui concernent l'Abbaye décès avoir pris Blanche ou Blandine
de S. Denis. Cette Princefie n'était veuve de Louis le Fainéant. On tient
pas fille de l'Empereur Othon I. au- qu'elle fonda le Monaftére de S. Fram-
trement Opet eut époufé la nièce de baud à Senlis , & qu'elle rétablit celui
fa merç Hadvide ou Avoye , laquelle des filles qui étoit d Argenteuil près de
étoit foeur de cet Othon , ce qui n'eut Paris ; il y en a qui eroyent qu'elle fit
pas été bien reçu en ce rems-là , où les aulïi bâtir la maiion & l'Eglife des filles
mariages au degré défendu éroient fans Pénitentes à Paris , & que c'eft elle dont
remiiîion calfés par les Evêques, l'Egli- on voit le portrait fur la porte. Elle
fe n'étant pas alors li indulgente pour eut quatre enfans , un fils nommé Ro-
donner des difpenfes comme elle l'eft bert qui régna , trois filles , Hadvide
à préient. Mais je crois qu'elle étoit ou Avoye mariée à Régnier fécond ,
fceur d'Emme femme du Roi de Fran- dit le Jeune , Comte de Mons en Hay-
ce Lotaiie , &c fille d'un autre Lotai- naut , Adele'ide ou Alix donnée à Re-
re Roi d'Italie , allié avec cette Ade- naud Comte de Nevers , laquelle fon-
leïde , qui en fécondes noces époufa da l'Abbaye de Grifenon , & le Prieurç
l'Empereur Othon , ou du moins fille de la Fetté - fur-Yerre. Quelques-uns
d'Aide fœur de ce Lotaire d'Italie, ajoutent Gifelle ou Gille , ou Gillette s
mariée au Prince Alberique , qui eut ( ces trois noms ne font qu'un ) qui fut
grand pouvoir en ce pays-là. Hilgaud donné à Hugues Comte de Pontieu ,
nous aiïlire qu'elle étoit iiïue d'une il- avec le Château d'Abbeville , que Ca--
O ij
io8 ABREGE CHRONOLOGIQUE
pet n'étant encore que Duc ou Prince pour la réformation des Eccléfiaftiques T
des François , avoir tait bâtir pour ar- & qui fe plaifoit ordinairement dans fa
rêter les courfes des barbares du Sep- eonverfation. Au rcfte bien que notre
tentrion , &c qu'il donna en garde à vertueufe Princefle ait véritablement
ce Hugues dont la fidélité 6c la vigi- enrichi les Eglifes , 6c beaucoup fait
lance lui étoient bien connues; mais de biens aux Eccléfiaftiques , ils en ont
peut-être qu'elle n'étoit pas légitime , été fi peu reconnoitfans , qu'ils n'ont
non plus que Gauflin qui fut Abbé de rien écrit ni de la durée de fa vie , ni
Fleury, 6c depuis Archevêque de Bout- de fes actions , ni de fa mort , ni de
ges , Prélat confommé en fcience & fa fépulture : mais puifque Capet eft
partait en vertus, à caufe de quoi il enterré à S. Denis , il eft à croire qu'el-
fur en grande eftime auprès du bon Roi le doit repofer au même lieu.
Robert , qui fe fervk de fon confeil
— — — «»»^»™»W«I«III1,<1PCT
SECONDE FEMME
D E
HUGUES CAPET.
Cette Reine fans nom n'a fait ni mal ni bien >
Puifqu'on ne peut fçavoir ni (on tems ni fon âge ;
Et je laifle aux Graveurs à parler du vifage ,
Car pour fes actions l'hiftoire n'en dit rien.
CElie-ci ett la féconde femme la Confirmation. En outre le même
de Capet , je n'en fçai point le nom étant en plufieurs façons changé
nom; je n'oferois pas même vous af- ou par les dialectes , ou par les langues
furer qu'il ait eu deux femmes, de peut- différentes , on s'imagineroit d'abord
être que les deux portraits qu'on en a d'en voir plulieurs. Ainii ce nom de
ne font que d'une même perfonne : Clovis étoit par les Allemands Occi-
étant aiFez ordinaire que deux Peintres dentaux, d\t Luduin , par les Orientaux
ou Sculpteurs falTent deux portraits Clothovéc , par les Gaulois imitant les
tort ditîérens fur un même viiage. Ce Allemands Clovis , par les Romains
qui auroit encore caufé cette erreur, CLodoveus , & par quelqu'autres Ludo-
feroit la diverlité des noms : car il faut vicus , ou Clodovicus. Il y a pour troi-
que vous fçachiez que fou vent une fiéme raifon de ces multiplicités de
perfonneavoit deux noms, même trois, noms l'imprudente vanité des auteurs ,
celui de fon père ou de fa mère, celui lefquels voulant paroître fçavans ou
de quelqu'autre parent, le (ien ,6c quel- obliger leur nation , ont change les
quefois celui qu'on leur donnoit dans ne ms non-feulement en leur pronon-
I K FEMME DE C A P - E T. 109
ciatioh , mais encore en leur fignifica- l'autre , ôc qu'il falloir le plus fouvent
tion. Car il n'y a point de nom propre deviner. Ct.it pourquoi les Moines , ôc
qui ne lignifie quelque choie , bien d'ordinaire les ignorans ( car ceux qui
qu'aujourd'hui nous en ayons perdu la fçavoient quelque choie , vouloienc
lignification. Charles lignifie magnani- être auteurs ôc non copiftesj copiant
me y Berthe luïfante s Marcomir excel- tous les livres changeoient quelques
lent pur dejjus , Ôc qui les auroit recon- lettres chacun à fa mode. Ainli en co-
nus ii quelqu'un s'étoit avifé de dire piant le nom de la première femme du
en latin magnanimus ôc prœeminens ? Roi Robert fils de Capet , laquelle avoit
comme un autre s'eft avifé de dire Fui- nom Rofule , quelqu'un a deviné Bo-
gida pour Berthe , ôc comme un auteur fale changeant l'R en B ôc l'V en A ,
vrayement fçavant de notre fiécle a écrit un autre fur Bofale a copié Botile chan-
Jntcramnis pour Entrague , Scarenver- géant l'S en T Ôc l'A en I , & peut-être
fé de forte toute la connoitïance des un troifiéme au lieu de Botile tranf-
lieux ôc des perfonnes , qu'en lifant crivit Batilde. Voyez comme ce nom a.
chez lui l'Hiftoire de France écrite en été déguifé, après cela le reconnoîtriez-
latin , vous penfez être en unpaysnou- vous bien ? J'ai été obligé de faire cet-
vellementdecouvert& inconnu. Laqua- te digreffion pour défabufer les igno-
rriéme raifon de ces variations efU'igno- r-ans , q.ui peniant qu'Adèle ôc Adeleï-
rance des Copiftes. On écrivoit comme de foient deux, noms difTérens , ôc ne-
vous fçavez autrefois en caractère que le trouvant pas celui de la féconde fem-
vulgaire appelle fauflèment Gotique > me de Capet l'ont appellée Adeleïde,
* Le vrai * dont les lettres étoient fort fembla- Je ne ne vous dirai pas {on nom ni qui;
««aère Go- blés entr'elles , tellement que l'on en elle fut , fi ce n'étoit Blanche veuve du.^
hiln* Sm- pouvoit prendre facilement l'une pour feu Roi Louis.
blable de ce-
pelle ainlî. — . — , — — — . — — ! — '
MŒURS ET COUTUMES
des François,
CE nouveau régne des Capétiens Marche d'Efpagne, ôc le Comte d'An-
ayant caufé de grands changemens jou fur les frontières de Bretagne. Ce-
dans le gouvernement de la France , il Lui-ci relevoit du Duché de France, c'eft
eft bon de remarquer en quel état les pourquoi il ne fut pas mis au rang des
chofes fe trouvoienr , ôc de quelle ma- Pairs , quand on en fixa le nombre x
niere on vivoit en ces tems-là. douze -, pour le Duc de Bretagne il re-
Entre un très-grand nombre de Sei- levoit alors de celui de Normandie,
gneurs qui jouilïbient des droits réga- Je ne parle point des Etats quife for-
liens , les huit plus considérables étoient merent dans le Royaume de Lorraine -,
les Ducs de Bourgogne , de Norman- entr'autres les deux Duchés qui por~
die , d'Aquitaine ôc de Gafcogne , les toient ce nom , fçavoir la haute ou Mo-
Comtes de Flandres , de Champagne , £ellanique,quile retient encore aujour-
ôc de Touloufe ; ce dernier étoit auili d'hui , & labalîè qui ell le Brabant ôc
Duc de Septimanie ôc Marquis de Go- le Lethric } ni de ceux qui fe firent da
tfcùe i le Comte de Barcelonne dans la débris du Royaume d'Arles y comme la.
na
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Comté de Bourgogne, celles de Vien-
nois ou Dauphiné , Se de Provence j ni
de celles de la haute Bourgogne , en-
tr'autres les Comtés de Maunenne 6c
de Savoye , depuis jointes enfemble ;
les Duchés de Zennghen 6c d'Allema-
gne , 6c pluheurs autres , parce que ces
pays netoient pas de la France , mais
relevoient des Empereursd'Allemagne.,
qui étoient titulaires de ces deux Royau-
mes-là.
Tous ces Seigneurs en avaient gran-
de quantité d'autres fous eux qui tran-
choient auiîî du fouverain. Et tous fe
faifoienr la guerre de leur autorité pri-
vée pour leurs propres injures 6c difrc-
xends. Les vaiïaux 6c les parens étoient
engagés dans la querelle : mais les der-
niers pouvoient déclarer qu'Us n'en-
tendoient point en être.
Les Eglifes fe dérendoient 6c atta-
quoient avec leurs valTaux 6c leurs hom-
mes , auili-bien que les féculiers. Elles
donnoient aufli des Champions pour
débattre leur caule , quand un juge-
ment ou une convention le portoit
ainli.
Les vaiïaux 6c les fujets de chaque
Seigneur n'étoient obligés de s'armer
que pour lui : il les menoit au fervice
du Souverain quand il y étoa: mandé.
Ces défordres qui pourtant avoient un
ordre certain, durèrent jufquà ce que
les Rois devenus plus puiflans attirè-
rent la connoiiîances de ces différends
à leur Cour 8è Jurifdictton , puis dé-
fendirent tout-d-fait ces guerres par-
ticulières.
Il elt allez probable que Hugues Ca-
f>et pour affermir fa nouvelle Royauté ,
ailla les Villes , Terres , Charges 6c
Provinces à ceux qui ks avoient ulur-
pées , 6c qu'eux firent le même à leurs
valTaux , 6c ceux-là à leurs arrière vaf-
fanx ou vavalîcurs. Mais Pinititution
des fiefs, qu'autrement ils nommoient
honneurs , eft plus ancienne que lui :
cat quoi qu'en veuille dire un judicieux
auteur qui a traite cette matière , ce
n'ell autre chofe que les Bénéfices ou
terres données à condition de fervice ,
ainfi que le porte le mot de Fe-ode. On
y a depuis , 6c par fuccetlion de tems ,
attaché diverfes cond îtions -, & le Royau-
me de France a été tenu plus de trois
cens ans durant félon leurs loix , fe
gouvernant comme un grand fief , plu-
tôt que comme une Monarchie.
Quand il s'agilloit d'une querelle
particulière du Roi , il ne pouvoit fai-
re armer que les vaiïaux 6c fujets de les
terres : mais quand il y alloit du falut
de l'Etat 6c de l'honneur de la nation ,
il mandoit tous les Seigneurs du Royau-
me. A fon ordre ils faifoient marcher
leurs valTaux, 6c ceux-là menoient ceux
qui relevoient d'eux. Tout cela enfem-
ble faifoit des armées épouventables :
mais à la rigueur , ils ne dévoient que
quarante jours de fervice , du jour que
l'O/^c'eft-à-dire l'armée, étoitalïemblée.
Les grands fiels étoient \qs Duchés
6c Comtés ; après ceux-là venoient les
Châ te lien ies , 6c les fiefs de Haubert.
Les titres de Duc & de Comte fe confon-
ooient durant le dixième 6c l'onzième
fiécle y 6c tel Seigneur avoit une Duché
qui ne s'appelloit que Comte j par
exemple les Comtes de Touloufe 6c de
Poitou , quoique ce premier fût Duc de
Septimanie , 6c le fécond Duc de Guyen-
ne. Le titre de Marquis n'étoit pas at-
taché à un fief , mais à l'emploi de gar-
der les marches d'un Royaume. Ainiî
il y avoit des Ducs Marquis ou Mar-
chés , 6c des Comtes Marquis.
Les Seigneurs qui avoient droit de
régale, accordoient des communes aux
Villes, battoient monnoye, donnoient
grâce , jugeoient les crimes lans appïl ,
6c même ks caufes civiles , li elles
n'étoient de très-grande importance.
Ils ne lailfoient élire perionne aux Evc-
chés ni aux Abbayes de leurs terres fans
leur recommandation , ou du moins
fans leur contentement. Ils avoient tous
MŒURS DES FRANÇOIS. nr
des Bailiifs 6c Sénéchaux qui ne recon- penchoit tantôt d'un côté , tantôt de
noiltbient qu'eux , 6c qui levoient leurs l'autre.
tailles & revenus, comme laifoient ceux Chaque Seigneur bâtifïbit des Châ-
du Roi. Ils nommoient les habitans de teaux 6c des rortereftes fur (es terres ,
leurs terres leurs iujets , auiîi-bien que la plupart fur la croupe des montagnes,
lui -, 6c il n'avoit point de droit d'y éca- Avec ces places les injuftcs 6c brigands
blir des Coutumes ni des Loix, que de fe faifiiîoient des pal-Iages , des rivie-
leur agrément , fice n'étoit que l'alïem- res , des bois 6c des montagnes , gour-
biée générale , qu'on nomma Parle- mandoient les marchands , exigeoient
ment, ne l'eût ainfi ordonné. de rudes tributs, 6c établirent des
Quand ils avoient commis quelque coutumes quelquefois extravagantes ,
faute , ou qu'ils tourmentoient mjulte- quelquefois brutales 6c vilaines. Mais
menr leurs voifinsqui avoient recours d'autre côté il fe trouvoit des Çheva-
à la juftice du Roi, il les faifoit ajour- lieis allez généreux qui attaquoientces
ner en fa Cour par leurs Pairs ou gens petits tyrans , 6c les forçoient par les
de même dignité : mais depuis les Rois armes à réparer les torts. C'eft fur cela
s'étant accrus en puilîance le difpenfe- que les Romanciers ont fondé leurs
rent de cette étroite formalité , 6c h- Chevaliers errans , 6c forgé tant de
rent ordonner par Arrêt de leur Cour de géans 6c de monftres avec de merveil-
Parlement , qu'il fuftiioit de deux Che- ieufes avantures.
valiers pour ajourner un Pair. On ne laifoit les Chevaliers qu'après
Réciproquement , quand le Roi leur de certaines expériences de valeur , 6c
veoit, c'eft-à-dire , leur refufoit juftice, pour me lérvir des vieux termes, des
ils ne craignoient point de lapourfuivre apertifes d'armes. Je ne trouve pas en
par les armes ; ils fçavoient bien que s'ils ce tems-là d'autres cérémonies que de
éroient vaincus , la crainte qu'il avoit mettre leur ceinture militaire 6c leur
des autres l'obligeroit de leur pardon- épée fur l'autel , de les raire bénir par
ner aiïèz facilement. Tout au plus ils un Prêtre, & puis les reprendre de leurs
n'étoient punis que par la perte de leur mains. On les appeiloit Milites.
fiel: car en ce tems là il lembioit que le Les Rois ayant peu de bien avoient
fang de la NobleiTe fut facré, il ne fe pou- auffi peu de grands Officiers; toute-
voit répandre que par les armes, horimis fois fous Capet nous voyons diftinéte-
en cas de trahifon. Car alors on lespen- ment le grand Sénéchal 6c le Comte du
doit à un gibet fort haut élevé, pour Palais. Nous parlerons ailleurs du pre-
faire mieux voir leur infamie. mier , mais pour le fécond il rendoit
Quand ils lui remettoient les hefs fouverainement la juftice dans le Pa»
qu'ils tenoient de lui , ils fe croyoïent lais du Roi , 6c même dans les Provin-
abfous de tous devoirs en fon endroit, ces. Les Comtes de Champagne 6c ceux
&c ne s'eftimoient plus ni fes valîàux ni de Flandres prirent ce titre dans le
fes fujets. Ils ferendoientalFez fouvent Royaume de France , comme le Com-
hommagers de plufieurs Rois , non- te de Bourgogne dans celui d'Arles,
feulement par di ver fes terres fitnées en Quant aux Charges de Bouteiller, de
différens Etats, mais aufii pour des em- Grand-Chanibrier , de Connétable 6c
plois, 6c pour des penlions. La foi de de Chancelier , elles ne font pas moins
ceux qui fe trouvoient placés entre deux anciennes. Le Chambrier gardoit le
différens Royaumes , comme entre la tréfor du Roi , 6c comme je crois , les
France 6c l'Empire , étoit fort vaciilan- titres 6c chartres. De fa décadence s'eft
te 3 6c félon les tems 6c les intérêts , fait le grand Chambellan, qui a fuc-
ru ABRÉGÉ CHR
cédé à une partie de (es fondions , com-
me le grand Maître de la Mailon du
Roi , à celles du grand Sénéchal. Le
Connétable avoir l'intendance de l'Ecu-
rie du Roi , ôc comme elle tenoit le
premier rang parmi la Gendarmerie ,
il s'acquit l'autorité ôc le commande-
ment fur les armées. Le Maréchal qui
éroit fon Lieutenant fur l'Ecurie , le
devint auflî fur les troupes.
Nous fçavons que les Rois de cette
troifiéme race fe faifoient facrer ôc cou-
ronner comme ceux de la féconde avec
de certaines cérémonies ôc prières , ôc
qu'à toutes les grandes fêtes les Evê-
ques leur mettoient la Couronne fur la
tête. La forme du facre de Philippe I.
(e voit dans les Annales de Belleforêr.
Tous les Rois Capétiens ont été Sa-
crés à Reims par les mains de l'Arche-
vêque , hoifrnis Robert ôc Louis le
Gros, qui le* voulurent être à Orléans
pour des raifons particulières. Tous les
Grands ôc tous les Evêques avoient
droit d'y affilier : mais à celui de Louis
VII. Le nombre en fut réduit à celui
de douze Pairs , fix Eccléfiaftiques Ôc
fix Laïques. On appelloit Pairs tous
ceux qui relevoient immédiatement
d'un grand fief, & qui avoient droit
de juger leurs pareils. Ainfi tous les Sei-
gneurs régaliens , entr'autres les Com-
tes de Champagne ôc de Flandres , en
avoient auffi-bien que le Roi. Il eut
été bien difficile d'en trouver plus de
douze qui euuerit relevé immédiate-
ment de la Couronne.
H ne paroît point que les Rois Cape-
tiens ayent eu des gardes avant faine
Louis. Il en prit fur l'avis qu'on lui
donna, que deux allaffins du Vieil de
la Montagne , s'étoient chargés de lui
ôter la vie. Ils porroient une Couron-
ne d'or à cinq ou fix fleurons fur leurs
bonnets ou chapeaux -, ôc même dans les
combats fur leurs cafqucs. Car ils com-
battoient fort bravement de leur per-
sonne -, ôc comme ils avoient le princi-
ONOLOGIQUE
pal intérêt à la querelle , ils prenoient
la principale part au péril ôc à l'hon-
neur. Ils uloient de longs habits dans
les cérémonies , & portoient leurs man-
teaux en écharpe attachés avec un bou-
ton fur l'épaule gauche. Ils avoient la
barbe longue ôc la chevelure pendante
jufques fur le dos. Louis VIII. fut le
premier qui , fur les remontrances de
Pierre Lombard Evêque de Paris , ra-
fa fa barbe, mais il conferva (qs che-
veux.
Les autres Seigneurs régaliens avoient
auiîi leur manière de fe faire inftaller
dans leurs grands fiefs , quand ils en
avoienr pris i'inveftiture du Roi. Ils po-
foient leur bannière ôc leur épée fur
l'autel , ôc les reprenoient de Dieu par
la main de l'Evêque ou Archevêque ,
qui quelquefois leur mertoit aufli un
cercle d'or fur la tête , diverfement
fleuronné ou enrichi de pierreries félon
les Provinces.
Le principal revenu des Rois confif-
toit en leur domaine , leurs fujers leur
faifoient des préfens à certain temps ; ils
appelloient cela coutumes volontaires
ôc libres -, ils les ont rendues nécelïàires
ôc perpétuelles.
Quand les Rois ou les Seigneurs fe
mettoient en campagne pour la guerre,
ils alloient faire leurs prières devant l'au-
tel du faint le plus honoré dans leurs
terres , ôc prenoient fon étendart ou
bannière. Ainfi les Rois de France , re-
connoifiant l'Evêque ôc Martyr Saint
Denis pour leur patron , alloient prier
en fon Eglife ■■, où l'Abbé leur donnoit
l'Oriflamme , qui étoit la bannière de
cette Abbaye , ôc différente de la ban-
nière Royale. Les Comtes d'Anjou pre-
noient lachappe de Saint Martin. Ceux
de Guyenne le bannière de l'Eglife pro-
ceflionale de Saint Martial de Limoges,
ôc airifi des autres.
Ce droit étant fort honorable aux
Evêques , le Pape ne manqua pas d'en
uferj il envoyoit fouvent d^s bannières
aux
MŒURS DfcS FRANÇOIS, uj
aux Princes qui faifoient de grandes en- nuyeufe verboiité Ôc cette quantité de
rreprifes. Ainii il en envoya une à Guil- claufes quis'embarrairenr les unes les au-
laume Duc de Normandie , lorfqu'il très. Mais ils exécutaient leurs contrats
fcut qu'il devoit palier en Angleterre. par des lymboles ôc des repréfentations,
* Quand les hauts Seigneurs , ou leurs Ainli les Seigneurs inveltùToient leurs
valîaux , faifoient des aumônes ôc des vailaux félon la qualité de leurs fiefs ,
legs en alleuz ôc héritages aux Eglifes , en leur mettant en main une bannière ,
ou qu'ils fondoient des Abbayes , des on un cercle fur la tète. Le Métropoli-
Chapelles , des Hôpiraux , ils étoient tain mettoit aux Evêques qu'il lacroit ,
obligés d'en prendre des Lettres de un anneau au doigt , ôc un bâton pafto-
confirmation du Roi. Comme en pareil rai à la main. On préfentoit à un Cure
cas les arrière - valîaux en prenoient de le texte des Evangiles ; à un Officier
leurs Seigneurs fupérieuis ou fuzerains-, d'Eglife ou laïque la marque de fon em-
car il n'étoit pas permis aux vaiTaux ploi. Pour une terre une glèbe; pour un
de diminuer le fief de leur fupérieur. pré, un jonc -, pour un jardin , une rofe ,
Il ne fuffifoit pas qu'il approuvât un bouquet - , pout un bois, un raim
cette aliénation, il falloit encore qu'il ou rameau*, pour une maifon , des
contentât tous les Seigneurs moyens clefs : -&: ainfi plufieurs autres chofes
dont cette terre relevoit par dégrés en qui étoient les marques de mife en pof-
pluiîeurs arriere-fiêfs ', ce qu'on croit lefiion , félonies différentes coutumes
êtte l'origine du droit d'amortilïèment des pays, & félonies fantaifies des parti-
el d'indemnité. culiers. La lecture de ces actes fe faifoit
Ils accordoient quelquefois c&s do- publiquement à l'Eglife , principale-
nations gratuitement, pour participer ment un jour de fête, pour plus grande
aux oraifons des Religieux , ôc être re- folemnité. On y appelloit plufieurs té-
çus en leurs Confranies ôc fociétés : moins , les uns pour attefter qu'ils
mais d'autres fois, félon leur befoin avoientvû, * ou écrire la chartre , ou * vifotes No-
ou leur humeur, ils en prenoient ré- la porter iur l'autel : les autres pour cer- datores *
compenfe en argent ou autres chofes. tifier qu'ils y avaient mis * les cordons *Fide}utfo-
II étoit nécenaire que les enfans con- ou lacets , les feings ou croix , ôc les tcs -
fentillent les donations ôc les ventes que fçeaux , quelques-uns pour en répondre
faifoient leurs pères, même en actes de à l'avenir , Se en être garants , en cas
piété : autrement ils eulTent pu cakn- qu'il y eut Caîange , -ou éviction de la
ger , c'eft>à-dire revendiquer ; refailir chofe vendue ou cédée,
l'héritage aliéné. Voilà pourquoi on Pour la guerre , ils ne la faifoient
exprimoit dans les actes les noms mê- prefque qu'avec de la cavalerie : ils
me des enfans à la mamelle -, le père ôc n'avoient des fantaflins que pour leur
'la mère, ou autres perfonnes répon- fer vir de valets, à planter leurs tentes,
dolent pour eux, ou s'obligeoient de aller au fourage, remuer la terre, ôc
4es faire ratifier, quand ils feroient ve- drelïer les batteries. Auiîl les nom-
nus en âge ; ôc pour témoignage qu'ils moient-ils Sergens : mais il y en avoit
agréoient cet article , on le leur faifoit quelques-uns à cheval : ôc a-vec le tems
toucher de la main, ôc pofer fur l'autel. ils armèrent les Communes , qui étoient
il( En ce tems-là les efpritsdes François prefque toutes d'infanterie,
étoient encore éloignés de la chicane ôc Les cavaliers por.toient un Ecu au
Ae la procédure. Ils faifoient leurs ac- bras gauche : les uns l'av oient d'une fî-
tes fort courts , ôc n'y employoient pas , çon , les autres d'une autre : ils vétoienc
«comme on fait aujourd'hui , cette en- aulîi une Cotte ou Haubergeon faite de
Tome II, P
iI4 ABRÉGÉ CHRONOLOGI Q. U E
petits anneaux de fer , qui les couvroit puis ils y employèrent des maiïes-d'ar-»
depuis la tête jufqu'aux pieds , en ma- mes Se des brands d'acier , & enfin des
niere d_ pantalon. Leurs armes offenfi- lances à fer émoulu. D'ailleurs lesChe-
ves écoient de larges Se courtes épées , valiers fe confumoient en dépenfes
plus propres à frapper de taille que de pour fe trouver à ces AfTemblées : fi-
pointe -, Se de longues lances qu'ils dar- bien qu'il s'en retournoit toujours quel-
doient comme des javelots _, Se que qu'un d'eftropié, Scplufieurs de ruinés,
quelquefois ils brandiffoient , fans les A caufe de cela les Papes Se les Rois dé-
lâcher de la main. fendirent fouvent ces trop funeftes exer-
Ils s'exerçoient fouvent aux Tour- cices : tous leurs foins néanmoins ne
nois , ou Combats iimulés. Du corn- purent qu'en modérer les excès ,& non
mencement ils ne s'y battoient qu'avec pas les abolir entièrement,
des épées courtoifes ou émouffées , Se Mais je ne m'apperçois pas que je
avec des lates ou bâtons plats Se courts, paiîè les bornes de mon defTein.
* De-là vient en caracolant & tournoyant.* Mais de-
le moc de
Tournoi.
EGLISE DU X. SIECLE.
SI le dixième fiécie a été juftement res qui les châtièrent, les rendirent en-
appelle lejiêcle de fer & lejîécle de cote plus dignes de châtiment , par les
plomb , comme on l'appelle commune- défordres Se par la licence où ils les jet-
ment : il faut dire qu'il a mérité le pre- terent :Que leurs mœurs achevèrent de
mier de ces noms, pour les guerres con- fe ruiner avec leurs bâtimens ', Se que
tiniulles Se très-fangiantes d'entre les comme il ne demeura prefque plus au-
Piïnces de l'Occident , Se pour les hor- cun Monaftére ni Eglife en fon entier ?
ribles devaftations des Normands, des il ne refta aulli plus de difcpline, non pas
Hongrois Se des Sarrafins : Se le fécond même parmi les Moines : Q'enfin piu-
pour l'ignorance Se le dérèglement des fieuis Êglifes étoient fans Pafteur j par
mœurs , non pas tant à l'égard des Egli- exemple , il n'y avoit qu'un Evèque
fes de France Se de Germanie, qu'à l'é- dans toute la Duché de Gafcogne , qui
gard de celle de Rome , où en effet il jouifloit des revenus de fix ou fept Evê-
y eut des défordres Se des crimes hor- ehés.
ribles durant tout ce tems-lâ. Mais après toutes ces ruines , on
li eft vrai que les Evcqùes Se les Ab- commença dans le milieu du fiécie , à
bés de deçà les monts , nonobftant les redrefler la vie des Eccléliaftiques aufîi-
détenfes des Conciles, portoient les ar- bien que leurs édifices. Plulieurs Sei-
rms Se alloient à la guerre j coutume gnenrs réparèrent ou fondèrent des Ab-
qui paflà en loi Se en obligation , Se bayes. Entt'autres Guillaume III. Duc
dura jufques bien avant dans la troifié- de Guyenne Si Comte d'Auvergne, bâ-
rrie race: Que plufiuurs étoienr pion- tit celles de Bourgueil Se de Maillezais :
dans la vanité, dans le luxe Se dans Guillaume dit le Pieux , Comte d'Au-
j.i drllolution *, Se qu'ils vivoient plutôt vergne , puis Duc de Guyenne, celle de
en Princes de la terre- qu'en Apôtres de Clugny l'an 910. Quelques faims perfon-
Xesus-Qirist. Que les fléaux des guer- na^es commencèrent à remettre la difei-
EGLISE DU X. SIÈCLE.
"f
pline Monaftique , ëc firent comme des
Séminaires en quelques Abbayes, d'où
ils tirèrent après de bons Sujets pour
porter la réforme dans les auires ; lei-
quelles ils allujettilloient à celles d'où
elles étoient lorries , comme des filles
à la mère qui les a voit enfantées. Guil-
laume Abbé de faim Bénigne de Dijon ;
comme aulii Abbon de Fleury, eti réglè-
rent ainli plufîeurs du côté d'Aquitaine;
èc Mayeule Se Odilon fon fuccefleur,
drelferent par ce moyen leur Congréga-
tion de Clugny j fubordinations qui peu-
vent caufer de grands biens , ôc peut-
être de plus grands maux. Saint Gérard,
du fang des Ducs de Lorraine , ayant
embrallé la vie Monaftique , en réfor-
ma dix-huit ou vingt. Adalberon Eyê-
que de Mets , frère de Federic premier
Comte de Bar , remit l'obier vance ré-
gulière dans celles de fon Evêché, en-
tr'autres dans celles de Goize , & dans
celle de faint Arnoul , d'où il châtia les
Chanoines qui s'étoient déréglés, pour
y mettre des Moines.
Abbon de Fleury alla établir la réfor-
me au Monaftére de Squirs fur la Garon-
ne , qui, à caufe de cela, fe nomma
la Règle , en langue du pays la Reou-
ie; & près duquel s elt bâtie une ville
de ce nom. Mais il y fut alfommé l'an
1004. par une féduion que les femmes
de ce lieu-là, & les Moines Gafcons, gens
fort débauchés, fufeirerent contre lui.
Les Princes & les Grands envahif-
ibient avec violence les biens-, les fonds
Se les tréfors des Eglifes , Ls Rois mê-
me , comme on le voit dans tout le
cours de la féconde race , donnoient
les Abbayes comme des fiefs : {& ceux
qui les polfédoient en chafloient la plu-
part des Moines, ou à force ouverte,
ou en leur ôtant tous les moyens de
fubfifter. Les moins impies y en laif-
foient quatre ou cinqmiférables, auf-
quels ils donnoient u^e bien maigre pi-
tance. Les Evèques fe défendoient un
peu mieux de ces invaûons, mais ils
n'étoient pourtant pas tout-à-fait à cou-
vert des outrages des méchans. Vino-
mac , Seigneur de Liflers en Flan-
dres , allaffîna Foulques Archevêque de
Reims. Les amis de Hugues de Verman-
dois brûlerenr la ville deChâlons, pour
fe venger de fon Evêque Guibuien ;
8c ils n'eufïèntpas épargné fa perfonne,
s'ils l'euirent pu attraper. Helie Comte
de Périgord creva les yeux à Benoît
Coadjuteur ou Coévêqued'Ebles, Evê-
que de Limoges, qui en mourut de re-
gret. Mais cet attentat ne demeura pas
impuni : car Guillaume III. Duc d'Aqui-
taine , pour venger la mort d'Ebles fon
oncle , donna ordre à Guy Vicomte de
Limoges, fonvalTal, de fe faifir d'He-
lie , &c de l'enfermer dans une obfcure
tour ; lui fit faire Ion procès , & le con-
damna à perdre fa Comté 8c à mourir
en prifon : toutefois il eut l'adre0e de
s'en fauver , & mourut en faifant le
voyage de Rome pour y aller quérir
fon abfolution.
Entre les Evèques il y en eut plufîeurs Eve< î u «»
qui fe fignalerent par leurs intrigues 8c
par leurs défordres. Dans les guerres
d'entre les Rois Henry l'Oifeleur , ôc
Charles le Simple , Hilduin fau liant la
foi qu'il devoit à Charles , lequel lui
avoit donné l'Evêché de Liège , alla
reconnoître Henry , & emporta les
tréfors de fon Eglife, qu'il diftribua
à ce Prince 8c à les Courtifans , afin
de fe maintenir. Mais la face des af-
faires ayant changé , Charles ne vou-
lut point permettre qu'il demeurâr dans
cet Evêché , & en pourvût l'Abbé Ri-
cher , qui fut confirmé par le Pape. Le
Roi Henri récompenfa Hilduin de l'E-
vêché de Milan. Hervé de Reims , d'ail-
leurs très-fçavant Prélat, fut auffi infi-
dèle à Charles le Simple , dont il étoit
Chancelier -, 8c couronna Robert frère
d'Eudes : mais il mourut trois jours
après , comme s'il eut été frappé de la
main vengerelfe de Dieu. Seulfe, Hu-
gues, 8c ArtoldfesfucceiTeurs, caufe*
P ij
Saints.
Lïvkî.
ii,î ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
rent tons de grands troubles dans le celonne , été inftruit dans les Mathé-
Royanme durant plus de vingt-cinq ans. matiques , foit par l'Evêque Hatton ,
Le traître Adalberon de Laon livra le on par des Do&euis Arabes. C'eft peut-
Prince Charles , qui l'avoit choiii pour être le premier qui les ait enfeignées
fon premier Miniftre -, 8c Arnoul de en France. Il lut enfuite Efeolâtre en
Reims volut bien avoir obligation de la ville de Reims, où il eut pour difci-
cet Archevêché à l'ennemi mortel de pie le Prince Robert , fils de Hugues
fon frère \ 8c puis il lui manqua de toi. Capet , • Léoterique Archevêque de
On n'en remarque pas beaucoup qui Sens , & Fulbert Evêque de Chattres-,
ayent allez excellé dans les vertus Chré- après quoi il eut encore l'honneur d'm-
nennes pour mériter le titre de Saints-, ûruire Othon III. On jçait comme il
fi on ne met en ce rang Erambert de fut élevé au fiége de 1'EgUie* de Reims *Tranfita&
Touloufe, Gausbert de Cahors, Tut- par Hugues Capet , puis de Ra.venB»^k7&Pa»E
pion de Limoges , Fulcran de Lodeve , par Othon , & enfin de Rome , fous le regens r.
8c Gérard de Toul. Je ne parle point de nom de Sylveftre II.
ceux de Germanie -, elle en prcduilit Quant aux Conciles de TEglife des. Cencilw.
durant ce liécle un aifez grand nombre , Gaules , le premier que je trouve dans
dont les travaux Apoftoliques converti- ce fiécle , c'eft celui de Trofly , l'an.
rent les Danois, les Sclaves, les Mon- 909. Trolly eft au Diocèfe de Soiilons
grois , & autres peuples infidèles. Mais
parmi les Moines on trouve en Bourgo-
gne cinq Abbés , Bennon , Odon ,
Mayeule , Odilon 8c Guillaume -, les
quatre premiers de Clugny , le dernier
de faint Bénigne ; & en Lorraine Gé-
rard , qui fut aulli Evêque, lefquels
font révérés 8c invoqués par l'Eglife.
LesLivreséroient devenus fort rares,
les guerres les avoient prefque tous brû-
lés , déchirés ou dillipés : 8c comme il
n'y avoir que les Moines qui en décri-
viifent des exemplaires, 8c que les Mo-
naftéres étoient défères, le nombre des
gens de littérature étoit fort petit. Tou
ternies.
* 8c alfez proche de cette ville -, Hervé* Enrre Soif -
Archevêque de Reims y prélidoit. Il y B °'. ls&C
a quinze Chapitres , qui font autant de
fortes exhortations 8c de beaux fer-
mons contre les abus 8c les crimes
énormes , qui * avoient inondé la * Ce font hc
France, où le foible étoit la proye
du plus fort -, où les loix avoient fait
joug fous la violence des particuliers
piiilïins •, à caufe de quoi Dieu avoir
ajouté aux playes de la guerre celles
de la ftérilité 8c de la famine , eau-
fées par une horrible fechereife.
L'an 921. le Roi Charles le Simple,
en convoqua un de feize Evêqucs pouc
55
5>
tefois Hervé de Reims fur le commen- l'affaire de Hilduin qu'il avoit challé
cernent du fiécle , Rhatier de Liège fur de l'Evêché de Liège. Je n'en trouve
le milieer, 8c Arnoul d'Orléans fur la fin, point le lieu ni les actes,
firent bien connoître qu'ils n'étoient pas II y en eut trois autres à Trolly ; l'un
ignorans dans l'intelligence del'Ecritu- en 921. où Erlebaud Comte de Caftri-
refainte, 8c dans les Canons 8c ufages ce , qui avoit été excommunié par
de l'Eglife. Aimoin Moine de Fleury , l'Archevêque Hervé, pour avoir envahi
Frodoard Abbé de S. Rémi de Reims , le bien de l'Eglife de Reims , fur ab-
8c Dudon Doyen de S. Quentin écri- fous après fa mort , à la prière du Roi
voient de l'FIiftoire, &: Gerbert paiïa Charles , par le même Archevêque,
pour un prodige de feience. Il avoit été L'autre l'an 924. dans lequel Ifaac
nourri jeune au Monaftcre d'Orillac-, 8c Comte de Cambray ayant hit répara-
étant palîé en Efpagne, ilavoit, à la re- tion de quelque tort à Eftienne fon
commandation de ïîorei Comte de Bar- Evêque, fut abfous, 8c reconcilié avec
EGLISE DU X. SIECLE. ti 7
hti. Le troifiéme l'an 927. de fix Eve- 947. le remit. Celui de Moufon , l'an
ques convoqués par le Comte Hébert 94S. le confirma ; mais celui d'Ingel-
de Vermandois , malgré le Roi Raoul'-, heim en la même année , auquel ailif-
011 Herluin Comte de Monftreuil fut terentles Rois Louis IV. dit d'Outre-
reçû à pénitence de ce qu'il avoit épou- mer, 8c Othon I. l'excommunia, 8c
fé une féconde femme , fa première réfolut de traiter de même le Comte
étant encore vivante. Hugues, père de Capet, s'il ne venoit
L'an 923. il y en eut un au Diocèfe à fatisraéhon de ce qu'il étoit rebelle
de Reims , on ne marque point l'en- à fon Roi ,. 8c l'avoit tenu prifonnier.
droit, lequel ordonna à ceux qui avoient un an.
porté les armes dans la guerre d'entre La même année celui de Trêves , ou-
ïe Roi Charles 8c le Roi Robert, de préfidoir Marin Légat du Pape , confir-
faire pénitence durant trois Carêmes ma la fentence contre les deux Hugues,
confécutifs, & encore quinze jours de- 8c fulmina encore contre les Evêques
vant la S. Jean, 8c quinze jours après, que Hugues de Vermandois avoit mal
jeûnant tous les Lundis , Mercredis 8c ordonnés.
Samedis de ce tems-là , 6c de plus tous Artold étant mort l'an 962. l'année
les Samedis, de l'année au pain Se à d'après quelques Evêques s'aflemble-
l'eau , s'ils n'aimoient mieux racheter rent en un lieu proche de Meaux, pour
cette abftinence. Le premier Carême chercher les moyens de remettre Hu-
des trois ils dévoient le tenir hors de gués dans fon fiége : mais ayant confî-
l'Eglife , &c être réconciliés le Jeudi déré qu'un petit nombre ne pouvoir pas
Saint. défaire ce qui avoit été fait par un plus
Le Concile de Duisbourg l'an 927. grand, '& que fur ce doute le Pape leur
excommunia les factieux de Mets, qui eut fait fçavoir qu'il l'avoir excommu-
avoient crevé les yeux à leur Evêque nié dans un Concile tenu à Rome Tan
Bennon, enfuite de quoi le Roi Henri 949. ils fe féparerent fans paffer plus
l'Oifeleur vengea févérement cet outra- outre,
ge fur leurs têtes. Celui de Reims de l'an 975. auquel
Celui de l'Abbaye de Cheriieu en préhderent Etienne Diacre du Pape Be-
926. 8c celui de Finies en ç}^. elîaye- noît VII. 8c Adalberon de Reims ,'ex-
rent de pourvoir aux défoiations des communia un Thibaud qui s'étoit in-
lieux faints , ruinés par les voleurs 8c trus dans le fiége d'Amiens,
par les méchans. En 985. celui duMont de Sainte Ma-
Le débat touchant l'Archevêché de rie , au Diocèfe de Reims, où préfidoit
♦Artaud. Reims entre Artold * 8c Hugues fils de Adalberon Archevêque de cette ville,
Hébert Comte de Vermandois , fut confirma le décret que ce Prélat avoit
caufe qu'on en afiembla plufieurs. Hu- fait, de mettre des Moines au Monaf-
gues ayant été élevé dans ce Siège trop tére de Moufon, en la place des Cha—
jeune 8c contre les Canons , en avoit noines qui y étoient. Au fiécle précé-
été dépofé , 8c Artold mis en fa place, dent , en plufieurs endroits , on avoir
Mais l'an 940. Artold y avoit renoncé mieux aimé les Chanoines ; mais en cq~-
& juré folemnellement de ne fe plus lui-ci le goût changea,
entremettre du gouvernement de cette Gerbert -pourfuivant avec chaleur , :
Eglife. Sur cela un Concile allemblé à qu'on fit le procès à Arnoul Archevê-
Soiflons l'an 941. par Hugues 8c He- que de Reims , il rutafïèmblé un Con-
berr , le deftitua , 8c rétablit Hugues, cile en cette même ville , l'an 991. où-
Au contraire, celui de Verdun en l'an fon crédit 8c la véhémente, éloquence.
u* ABREGE CHR
<TArnoul d'Orléans, l'emportant fuc les
remontrances d'Abbon Abbé de Fleuri ,
6c fur le fentiment de Seguin Archevê-
que de Sens , qui y préfidoit , Arnoul
fut dépofé, & Gerbert inftallé dans fon
fiége. Le Pape croyant qu'il étoit de fon
autorité de ne pas fouffrir qu'on eût en-
trepris -eia fans fes ordres , s'en plaignit
aigrement -, & quelque tems après en-
voya un Légat en France , qui alîèmbla
premièrement quelques E vêques à Mou-
ftn^jpuis un plus grand nombre à Reims
ONOLOGIQUE
Tan 99 i , où Seguin repréfemanc la per-
sonne du S, Père , il tut dit que Ger-
bert feroit dépofé , & Arnoul rétabli.
Mais comme ce dernier étoit prifon-
nier à Orléans, Gerbert difputa encore
Je terrain quelque tems ; il en appella
au Pape , qui fe roidit davantage en fa-
veur d'Arnoul , tant qu'enfin il força le
Roi , par les menaces d'une terrible ex-
communication, de le relâcher de de le
tailler rentrer dans fon fiége l'an ?Q7<.
o
11$
ROBERT.
ROI XXXVI.
Agé de xxxïv. a xxxv. ans.
Robert , dont le renom eft encore vivant ;
Aima la piété , la paix & la juftice ;
Et pour avoir été vertueux & fçavant 9
Bannit de fes Etats l'ignorance & le vice.
PAPES.
Encore Grégoire V. plus de deux ans
(bus ce régne.
Silvbstre II. élu en Mars 999. S. 4.
ans & i. mois.
Jean XVIII. élu le 7. Juin iooj. S. j.
mois.
Jean XIX. élu le io. Novembre iooj.
S. j. ans 7. mois.
Serge IV. élu le 31. Août 1009. S. it
ans 8. mois & demi.
Benoît VIII. élu le 7. Juin ioiz. S.
près de 11. ans. -
Jean XX. élu le j. Avril 10x4. S. 9.
ans 8. mois.
CE Roi fort bienfait de corps de femblant pas, le ciel les châtia par deux
d'efprit , de belle taille , d'un air ou trois cruelles famines, &par l'horri-
en iept. j oux & grave , d'une humeur fage 8c ble mal des ardens.
pofée, après que les feux de fa premie- Les degrés de parenté dans lefquels
re jeunelie furent patres, ayant été nour- le mariage étoit prohibé , avoient été
ri à la piété &c aux bonnes lettres par étendus jufqu'aufeptiéme;& on y avoit
Gerbert , fe rendit très-fçavant pour encore ajouté les empêchemens de l'ai—
fon fiécle , encore plus religieux &c plus liance fpirkuelleoucompérage. Ces dé-
zélé au fervice de Dieu , ik autant juf- fenfes caufoient beaucoup d'embarras,
te, débonnaire & charitable envers les principalement entre les Princes & les
peuples, que Prince qui ait jamais por- Grands, qui d'ordinaire fe trouvent
té Couronne. Auiîi Dieu le ravorifa du tous parens , même au décade ce degré,
plus beau don qu'il ait accoutumé de Car dès qu'un mari ou une femme
faire aux Rois qui font félon fon cœur , étoient dégoûtés l'un de l'autre , ou qu'il
je veux- dire d'une longue & heureufe prenoit envie à quelqu'un de les trou-
paix, dont il jouit près de trente ans , bler , on n'avoit qu'à articuler , de ju-
après quelques guerres alfez légères : rer qu'ils étoient parens au degré pro-
mais d autre côté fes Sujets ne- lui ref- hibé ^ & à produire fur cela des témoins
995,
Se fuiv.
*_.*> ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— au nombre de neuf, s'il m'en fouvient de fon Etat , le Pape , par une entre- — — — -—
bien -, on ne manquoit pas d'en trouver : piife jufques-là inouïe , mit le Royau- 997*
Se il falloir que l'Evêque Diocéfain , ou me en interdit , c'eft-à-dire , qu'il y dé- & 99*'
une Alfembiée d'Evéques , s'il y avoir fendit le Service divin , Se ôta l'uiage
plus grande difficulté ., prononçât là- des Sacremens aux vivans , & la lépul-
delfus. ture aux morts. Les peuples épouvan-
Roberr en premières noces , n'étant tés par ce terrible coup, déférèrent ii
encore âgé que de dix-huit ans , avoir humblement aux ordres du Pape , que
époufé Luitgarde , veuve d'Arnoul tous les domeftiques du Roi Fabandon-
Comte de Flandres , laquelle n'étoit nerent , à la réferve de deux ou trois ,
plus jeune. Cette Princetïe étant mor- qui jettoient aux chiens tout ce que l'on
te , il avoit .été confeillé dès l'an 996. delfervoir de devant lui , perfonne n'o-
d'époufer , par maximes de politique, fanr manger des viandes qu'il avoir
Berrhe fœur de Raoul le Fainéant, Roi touchées. _
de Bourgogne , veuve d'Eudes I. Com- Ces rigueurs Se non pas un monf-
te de Chartres , Se mère d'Eudes II. le- trueux accouchement de la femme , que ' '
quel étoir encore forr jeune. Mais elle des faifeurs de miracles difoient avoir
fe trouvoir fa coulineilfue de Germain j engendré un enfant ayant le col Se les
«Se d'ailleurs il avoit tenu un de fes en- pattes d'un oifon, le contraignirent de
fans fur les Fonts : il crut qu'il pour- Te féparer d'avec elle. Néanmoins elle
roit prévenir l'inconvénient de lanulli- conferva toujours l'efpérance de faire
té de ce mariage par l'autorité de l'Egli- confirmer fon mariage : car je trouve
fe Gallicane : il convoqua donc les Eve- dans la Chronique d'Auxerre , que ce
ques de fon Royaume , lefquels ayant Roi étant allé en pèlerinage à Rome ,
entendu £qs raifons , furenr d'avis , par elle l'y fuivit , fe promettant avec l'ap-
la. confidération du bien public, qu'il pui de quelques gens de cette Cour-là,
la prît à femme , nonobftanr les empê- de porter le Pape à lui être favorable :
chemens canoniques -, ce qui étoit une mais comme Robert avoit déjà époulé
forte de difpenfe. Confiance l'an 998. ainli que nous le
Abbon pour lors Abbé de Fleuri, dirons ci-api es , &c qu'il en avoit un
homme véhément , n'ayant fçu le dif- fils -, toutes fes follicitations ne purent
luader de ce mariage, s'employa avec rien obtenir, 5c elle demeura légirime-
ardeur pour le faire caffer. Le Pape in- ment répudiée, fans quitter pourtant le
digne de ce que Roberr n'avoit point titre de Reine. _________
eu recours à fon rribunal , tint un grand Guillaume IV. Comre de Poitou 8c 9 o 7 .
Concile à Rome en préfence de l'Em- Duc d'Aquitaine , avoit guerre contre & 09'$.
pereur Othon ; dans lequel il excom- Bofon II. Comte de Périgord ôc de la
munia les Evêquesqui l'avoienr auto- Marche: Robert fur obligé de le fecon-
tife , Se les deux parries qui l'avoient rir comme fon parent Se fon valïal. Ils
contracté , fi elles ne fe féparoienr auf- mirent tous deux le liège devant le châ-
ll-tôt. Dans la même AlTemblée il dé- teau de Belac •■, mais leur armée man-
pofa Etienne Evêque du Puy en Velay , quant de vivres , parce qu'elle étoit trop
parce qu'il avoit été ordonné du vivant nombreufe , n'y put pas fublifter juf-
de fon oncle Guy : Se excommunia les qu'à la prife de la place. Les Chroni-
£vêques qui avoient fervi à ce minif- ques de ces tems-là , qui fonr toutes fort
tere. _uccin.es , ne difent point la fin de cet-
Le Roi n'obéiffant point à une Sen- te guerre , non plus que bien d'autres
tence qui lui fembloit contraire au bien chofes.
Eudeç
ROBERT, ROI XXXVI. tit
<i ' Eudes Comte de Brie 8c de Cham- de Bavière &: Comte de Bambôrg , lui
???• pagne brûloir d'envie d'avoir un paffa- fuccéda par élection des Princes de Ger-
ge fur la Seine, comme il en avoir un manie : mais il ne porta point le titre
fur la Marne , afin d'y aller commode- d'Empereur, au moins en Italie , qu'a-
ment de la Brie à fa Comté de Char- près qu'il eut été couronné par le Papej
très; pour cela il jetta les yeux fur Me- ce qui ne fe fit qu'à douze ans delà.
hln , 6c gagna par argent Gautier , Vi- Vers ce tems-là , fcavoir l'an 1002.
comte ou Châtelain du Comte Bou- Henri Duc de Bourgogne frère de Hu-
chard, qui lui livra la place. gués Capet mourut fans enfans. Or à
Bouchard avoit été favori de Hugues l'indu&ion de Gifelle fa femme , qui
Capet qui lui avoit donné cette Com- étoit veuve d'Adelbert ci-delTus Roi
té ; 8c il étoit encore pour lors Comte d'Italie , 8c fils de Berenger IL il légua
Palatin du Roi Robert. C'eft pourquoi fa Duché par teftament à Othe Guillau-
ce Roi prenant fa défenfe en main, Hîè furnommé Y Etranger , iflu dli pre-
manda Richard IL Duc de Norman- mier mariage de cette temme. Ce Prin-
die , fon coufin 8c fon bon ami , 8c avec ce fe trouvoit déjà Comte de la Bour-
lui affiégea Melun. La batterie des bé- gogne d'outre Saône , que l'on nomme
liers y ayant fait brèche , la garnifon fe Franche-Comté ; d'ailleurs il étoit af-
rendit à compofition ; le Châtelain 8c fifté de Landry Comte de Nevers fon
fa femme furent pendus au haut d'une gendre , 8c de Brunon Evêque de Lan-
montagne proche de-là. On ne punif- grès, dont il avoit époufé la fœur , ain-
foit point les Gentilshommes de mort fi il s'empara facilement de toute la
pour rébellion ou félonie , fi ce n'étoit Bourgogne en vertu de cette donation,
qu'ils commifTent trahifon : car en ce Mais le Roi Robert, à qui cette Du-
cas-là on les pendok en lieu fort élevé , ché appartenoit légitimement , comme
ce crime les dégradant de la NoblelTe. héritier de fon oncle , y mena une puif-
Cette année g^9' ^ a Pologne fut ho- fante armée , avec l'aide de Richard II.
norée du titre de Royaume par TEmpe- Duc de Normandie, 8c pourfuivit fi
reur Othon III. qui étant allé à Gnefne conftamment fon entreprife , qu'enfin
vi/zter lefépulchre de S. Adalbert Mar- il accabla la faction de l'ufurpateur. Ce
tyr , donna les omemens Royaux au ne fut pourtant pas fans beaucoup de
Duc Boleflas. difficultés , 8c fans une guerre de cinq
Vannée fuivante la Hongrie eut le me- ou fix ans. Dans le commencement il
me avantage : mais elle voulut le recevoir fut repoufle devant Auxerre , mais il le
des mains du Pape ; le Prince Etienne prit deux ans après à compofition. Au-
fils de Geifa , ayant embrajfé le Chriftia- paravant il avoit pris Avalon par bré-
nifme , lui envoya demander la Couron- che, 8c Sens par compofition. On di-
ne Royale. foit que les murailles d'Avalon étoient
00 Sur la fin de Janvier de l'an 1002. tombées miraculeufement devant lui :
l'Empereur Othon III. âgé feulement mais s'il eût reçu cet avantage de l'af-
«ncore BAsi-de 2.8. ans , mourut dans la ville de liltance divine , il n eut pas maltraité,
k & cous- Rome , ou félon d'autres dans celle de comme il fit , tous les Habitans , en
HsmLyii. r. Paterne > fans biffer aucuns enfans. On ayant envoyé un grand nombre au gi-
ii. ans & de- crût que c'étoit de poifon , dont j'ai bet, 8c un plus grand nombre en exiL
obfervé que le maudit ufage fe rendit II feroit trop long de rapporter en
fort commun en ce fiécle par tout l'Oc- détail tous les divers fuccès de cette
cident. Henri IL du nom , dit le boi- guerre -, ils aboutirent là , qu'il rembar-
teux, fon proche parent, qui était Duc ra Othe Guillaume outre la Saône , où
Tome II. Q
1002.
IOOZ
* Franche
Comté.
lOOj,
iii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
-il fut la tige des Comtes * de ce pays- L'Empereur alliégea envain Valencien- •
là -, 6c qu'il lui lit quitter le titre de Duc nés & puis Gand : finalement comme
deBomgogne, comme auiîi à'iongen- cette guerre fe faiioit aux frais &" dé-
die qui l'avoir pris , parce qu'il voyoit pens du Flamand , il s'accorda fage-
fôn beau-pere peu coniidéré par les ment avec l'Empereur , 6c lui remit
Bourguignons. Valenciennes.
Je ne pu, s oublier un exemple mé- Depuis , l'Empereur délirant fe fer-
morablë de la fouveraine puilTance , 6c vir de fa valeur dans les grandes alîai-
de l'extrême rigueur d'un Pape ; c'étoit res que lui caufoient les rébellions des
Silveftre IL Guy Vicomte de Limoges Princes Allemands, lui redonna cette
fut cité à Rome par Grimoard Evêque Ville-là , 6c déplus Pille de Valkeren
d'Angoulême , pour ce qu'il l'avoit dé- faifant partie de la Zelande. D'où nâ-
tenu prifonnier dans un Château , en quit un long 6c fangiant différend en-
vengeance de ce qu'il avoit refufé de tre les Flamands & les Hollandois :
lui donner la jouinance de l'Abbaye de ceux-ci prétendant que la Zélande leur
Brantofme ; car les Evêques pouvoient appartenoit , en vertu de certaine do-
difpofer de celles qui dépendoient nation qu'ils difoitnt leur en avoir été-
d'eux. Les parties comparurent -, la eau- faite par l'Empereur Lotaire fils de-
1005..
1004.
fe ayant été plaidée le propre jour de
Pâques , le Papa prononça que Guy
pour réparation de fon crime , feroit
attaché au col de deux chevaux in-
Louis le Débonnaire.
La fixiéme année de ce fiécle com-
mença cette horrible lamine qui dé- „ r •'
peupla la France de plus d'un tiers de
1006.
domptés, 6c fon corps ainli brifé 6c les habitans , 6c dura quatre ou cinq ans.
déchiré , jette à la voirie , ce qui feroit II y avoit déjà quelques années que
exécuté dans trois jours. Cependant Robert avoit quitté lierthe 6c s'étoïc
Guy fut livré entre les mains de i'Evë-
que pour le garder j mais ce Prélat fe
taillant aller aux mouvemens de la pi-
tié 6c de la charité, lui pardonna, 6c
fe dérobant la nuit, l'emmena géné-
reufement avec lui en France.
remarié. Il avoit époufé en troihémes
noces Confiance , furnommée Blan- ■
che, fille de Guillaume V. Comte d'Ar- IO °9-
les & de Provence , 6c de Blanche , til-
le de Gefioy Griie-Gonelle Comte-
d'Anjou. Quelques-uns appellent auffi
Othon fils du Prince Charles Duc de ce Guillaume Duc d'Aquitaine, car
la balle Lorraine, mourut l'an 1004. plulieurs en ce tems-là nommoient ain-
fans avoir été marié -, l'Empereur Hen- fi la Provence à caufe de la ville * d'Aix. * Aqui Sc*-
ri donna fa Duché à Godtfroy Comte C'éroit une fort belle PrincelTe , mais"*'
de Verdun , de Bouillon 6c d'Ardenne, fiere, capricieufe , ne voulant rien fouf-
n'ayant aucun égard aux fœurs du dé- frir , 6c étant infupportable -, d'aill.urs
funt qui étoient mariées , fçavoir Ger- née 6c élevée en un climat où les eiprits
berge à Lambert Comte de Brabant , font plus chauds, plus alertes 6c plus
Se Hermengarde à Lambert Comte de voluptueux : atiffi comme le marque un
1005. Namur. Delà defeendirent les Ducs
6c fuiv. de Brabant & les Comtes de Namur.
FRipcreurs Le Comte Baudouin de Flandres dé-
îAiiLF. & : a ennem i de l'Empereur , entreprit la
iin,& hen- o 1 uerelle de ces hllis. L Empereur vint
ky 11. cou- aLI f ccours de Godefroy qu'il avoit in-
icnioi^ v ^fti de ce fieFj 6c le Roi de France em-
R. ip. ans. biallà le parti de Baudouin fon vallal.
auteur , il vint de ce pays -là grande
quantité de danfeurs, de farceurs 6c
autres gens de plailir, qui par leurs ma-
nières trop gaillardes & diifolues mi-
rent le luxe 6c le défordre dans la Cour
de France , 6c en chalTerent la (impli-
cite , la gravité 6c la modeftie.
Le Calife des Sarrafins 3 qui unoitfon
IOÏ1.
ROBERT, ROI XXX V I. 115
" Jîègt à Babylone , pouffé par Tinfligatinn L'an 1003. ou avait a ujjt remarqué une,
des Juifs de France , commanda quon comète , qui ne sèloignoit guéres du So~
démolit le J'aint Sépulchrc de Notre Sei- iiii , & ne parut que peu de jours t un
gneur & Le Temple de Jérujalem. Mais pzu avant J'on lever. Huit ans aupara-
la mère de ce Prince , elle sappelloit Ma- vant ,J'çavoir l'an C)()ô. on en avoit va
rie , qui étoit Chrétienne , fit incontinent une autre le jour de S. Laurent ,6* en
rétablir le J'aint Sépulchrc. Ce qui en- £>ol. encore une autre dans le tems de.
fiamma davantage la dévotion des Chré- L'Automne. Ce que je marque pour faire
tiens Occidentaux envers les J'aint s lieux , voir que ces phénomènes ne Jont pas fi
& leur haine contre les Juifs , de forte rares , pour en faire tant de bruit , com-
quil les ajfommoient par tout t ou Us me font quelques-uns.
banniffoient. L Arche veché de Bourges étant ve-
Les pèlerinages de la Terre fainte , nu à vacquer par la mort de Daim- '
qui étoient déjà ajfe^communs ,J'e rendi- berr , le Roi le donna à Gollin fon fils
rent alors fort fréquens , même pour les naturel , Abbé de Fleuri. La tendiefle
grands Seigneurs. Ceux qui lesfaijbient paternelle le poulla à violer la difcipii-
en rapportoient des palmes quils cueil- ne Eccléhaftique , contre la conduite
loient dans la Vallée de Jéricho , à eau- ordinaire j 6c il avoit des exemples des
fe de quoi on les appelloit palmiers. Rois fes prédécelfeurs en pareil cas.
Le bon Roi Robert s'adonnoit entié- Néanmoins le Clergé de cette Eglife
rement aux œuvies de pieté, de cha- forma de grandes oppoiitions à fa vo-
rité, de miféricorde 6c de juftice : il lonté , ibutenant que les faints Canons
réédifioit les Eguies, ou en bâtiîïbit de n'admettoient point les bâtards à la
nouvelles , faifoit des pèlerinages avec Prélature , 6c que la Loi de Dieu dans
ferveur & dévotion, ( il en lit deux à le vieux Teftament leur fermoir l'en-
Rome , ) 6c nournifoit grande quanti- trée du Temple julqu'à la dixième gé-
ré de pauvres dans toutes les villes de nération. Cette réfiftance caufa beau-
fon Royaume. On en voyoit chaque coup de tumultes, 6c ils ne ceiTerent
jours plus de deux cens dans fa mai- qu'au bout de cinq ans, lorfqu'on eut
fon , qu'il menoit par tout , n'ayant reconnu que le mérite du bâtard étoit
point de dégoût de Les voir jufques plus grand que le défaut de fa naif-
fbus fa table , de toucher leurs ulcères . lance.
6c de faire demis le -fignê de la Croix , Les Comtes de Sens étoient fort vio- """" '
qui Ils guénlfoit bien fouvent. lens 6c grands perfécuteurs des Ecclé-
II fe plaifoit à chanter au Chœur, 6c fiaftiques. Raynard I. avoit bien caufé
à compofer les paroles 6c les notes des des fâcheries à Seguin fon Archevêque ,
motets & répons, à 1 honneur ou des ayant bâti deux Châteaux fur les terres
myltereSjOU des Saints. L'Eglife en a de fon Eglife, fçavoir Château-Ray^-
confervé quelques uns , qu'elle chante nard 6c Joigny. Son fils Fromond fui-
encore aujourd'hui. vir fes traces ; après la mort de Seguin
On vit cette année i OU. dans les der- il ufa de beaucoup de violences pout*.
nie res parties du midi une étoile d'une faire élire un de les fils Archevêque :
grandeur extraordinaire , qui fembloit mais leClergé n'en voulut point du tour,
darder de vifs éclairs dans les yeux. Elle 8ç choifit l'Archidiacre qui fe nommojt
parut trois mois entiers , quelquefois di- Leoteric. En haine de cela Fromond 6ç
minuant , d'autrefois je montrant plus puis Raynard II. fon fils dit le mauvais P
grande , comme fi elle Je fût rallumée , & qui lui fuccéda , firent tous les outra-
quelquefois jemblant tout- à-fait éteinte, ges imaginables à cet Archevêque, Il
9 v
ion.
1*4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
eut enfin recours au Roi pour châtier fit couronner à S. Corneille de Com- '
l ? l j* cette infolence. Le Roi y envoya Bou- piegne le jour de la Pentecôte de Lan io1 7*
& luiv. c j larc j f on Comte du Palais : les habi- 1017. & depuis on mit fon nom dans
tans de Sens lui ouvrirent auiîi-tôt les tous les aétes avec celui de fon père,
portes. Raynard fe fauva tout nud , & Cette même année on commença à
Fromond II. fon frère fe retira dans découvrir qu'il y avoit certains Héré-
une grofle tour que Raymond avoit bâ- tiques Manichéens dans la ville d'Or-
tie. Le Roi y fut en perfonne , la prit leans , qui pourtant ne furent appré-
par force , & envoya Fromond prilon- hendés & punis que l'an 102.2. Nous
nier à Orléans , où il acheva (qs malheu- en parlerons dans l'Eglife du onzième
reux jours. Eudes Comte de Champa- fiécle. Ces monftres femblerent avoir
gne embraffa la caufe de Raynard 3 qui été défignés par un prodige fort éton-
s'étoit réfugié auprès de lui. Ainfi joints nant qui arriva au même tems. Il tom-
ils fe trouvèrent alfez forts -, ils bâtirent ba une pluye de fang dansquelques con-
le Château de Montereau Faut-Yonne , trées maritimes de la Guyenne. Six ans
& firent le dégât aux environs de Sens, auparavant , les eaux d'une fontaine
Tellement que le Roi & l'Archevêque auprès de Mons en Haynaut avoient pa-
prirent une trêve avec eux , Se enfuire ru toutes fanglantes. Le Roi Robert
conclurent un accommodement : par croyant qu'une chofe fi extraordinaire
lequel le Roi rendoit la moitié de la quoique procédant d'une caufe naturel-
Ville à Raynard , à la charge qu'après le , devoit être un figne qui méritoit
fa mort cette moitié iroit àl'Archevê- qu'on en recherchât l'explication, en
que. En vertu de ce traité il rentra en voulut avoir le fentimenc des plus doc-
poifeflïon ; mais le péril pafle il n'exé- ces Evêques de fon Royaume -, ils lui
cuta aucune des conditions. La querel- firent des réponfes plus remplies d'allé-
le recommença donc , & cette affaire gories , &c d'inftructions morales &
ne fe termina que fous le régne de chrétiennes, que de raifons de Phyfique.
Henri. J'ajouterai ici pour les curieux des
Peut être que ce fut cette guerre qui chofes naturelles, que l'an ion. on
donna occafion aux Bourguignons de avoit vu pleuvoir du bled &: des petits
fe rebeller une féconde fois, & à plu- poilfons dans le pays deHasbain. Pour
fieurs Seigneurs d'exercer des brigan- les poillons ils pouvoient s'être formés
dages dans la Province par le moyen de quelque fray que le Soleil avoit at-
de leurs Châteaux. Quoi qu'il en foit , tiré en l'air avec les vapeurs ; c'eft ain-
le Roi s'avança dans le pays , & y dé- fi qu'il s'y forme de petites grenouilles,
molic toutes ces retraites de voleurs. Et quant au bled, on peuteroire qu'un
Deux ans après voyant que fon fils tourbillon en avoit enlevé quelque
aîné , qui s'appelloit Hugues , Prince monceau à la campagne, & que la tem-
fort bien fait de corps & d'efprit ,don- pête l'ayant enveloppé dans une nue ,
noit de grandes efpérances, quoiqu'il l'a voit poulie jufqu'à l'endroit où elle
n'eut pas douze ans accomplis : il le avoit creve.
ROBERT, AOl XXXVI, u s
! . ■ ■.» ■ ■ il ■ i i ' — I _^_^^_^^_^_^^^_»^
ROBERT
&
HUGUES fon fils , âgé de 16. à 17. ans.
GUillaume IV. Duc d'Aquir- &: les alla attaquer. Mais vingt ou tren- ■ —
taine à fon retour de fon troifié- te des plus iignalés étant tombés dans 101 '«
me ou quatrième pèlerinage de Rome, des foflès recouvertes de branchages 8c
( ceux qui en faifoient le plus étoient de gazon , que les Normands avoient
les pliu eftimés ) trouva fon pays enri- creufées fur les avenues de leur camp,
chi d'un nouveau tréfor. L'Abbé de 8c ayant été pris par ces Barbares , cet
faint Jean d'Angeli ayant rencontré le accident découragea les autres de don-
crâne d'un homme dans une muraille , ner. Néanmoins les Normands crai-
le bruit s'épandit que c'étoit la tête de gnant une plus rude attaque , déloge-
S. Jean-Baptifte , 8c qu'elle y avoit été cent la nuit même , 8c remontèrent fur
enclofe par le Roi Pépin. Les Peuples leurs vahTeaux. Mais il fallut leur payer
de France , de Lorraine 8c de Germa- telle rançon qu'ils voulurent pour les
nie , qui en ce tems-là couroient avec prifonniers qu'ils avoient faits,
grand zélé à toutes fortes de Reliques, Entre les guerres particulières qui fe
y affluoient de tous côtés. Le Roi Ro- faifoient entre tant de différens Sei-
bert , la Reine , le Duc de Normandie , gneurs , qui avoient ufurpé les Villes
8c une infinité de Seigneurs , y appor- 8c les Provinces , nous ne remarquons
terent leurs offrandes : celle du Roi fut que les plus importantes. Foulques
d'une coupe d'or qui pefoit trente li- Nerra Comte d'Anjou étant allé en pé-
vres : préfent admirable en un tems où lerinage pour la première fois en Jéru-
l'or 8c l'argent étoient cinquante fois falem, Eudes Comte de Blois, de Char-
plus rares qu'ils ne le font à cette heure, très 8c de Tours , Hilduin Seigneur de
Les Danois ou Normands de de-là Saumur , 8c Gefroy Seigneur de Saint
la mer , n'avoient pas tout-à-fait ou- Agnan , fe liguèrent enfemble pour
blié leurs coutumes de pirater , ils fai- envahir fes terres , 8c y firent de grands
foient encore quelquefois des defeen- dégâts. Lorfqu'il fut de retour, fon
tes en Angleterre 8c fur les côtes de la propre refTentimenr > 8c les promelîès
France. Ils avoient conquis une gran- que lui fit le Roi de l'afîitter à châtier
de partie de l'Angleterre , 8c à la fin l'orgueil du Comte Eudes , l'engage-
même ils y donnèrent quelques Rois, rent à une grande guerre. Il remporta
Cette année ils aborderenr dans le Poi- une viétoire fignalée fur fes trois enne-
tou, étant peut-être avertis qu'un grand mis à Pont-Levoy , avec le fecours de
nombre de pèlerins vifitoit cette tête Hébert Comte du Maine. Mais l'an-
de S. Jean. Quoi qu'il en foit, ayant née fuivante que l'on comptoit 1017.
mis pied à terre là auprès , ils y firent Eudes 8c fes alliés remirent fur pied do
quantité de bons prifonniers. Tout le plus grandes forces j 8c alors le Roi ne
pays s'arma pour les en chaffer -, le Duc fe remua point du tout en faveur de
d'Aquitaine alfembla toute fa Nobleffe l'Angevin , mais fit la paix avec Eudes
n6 ABREGE CHRONOLOGIQUE
" — fans l'y comprendre. C'eft pour cela Eudes s'étant mis en devoir d'en fur- *■
101 que les Chroniques d'Anjou parlent fi prendre la garnifon , fécondé des Com- 10il>
défavantageufement de ce Prince 8c de tes Valeran de Meulan 6c Hugues du
la race de Capet. Foulques néanmoins Mans , fut battu 6c mis en déroute,
s 'évertuant de lui-même, , bâtit un tort Comme la guerre s'échauffoit de
à Montudel pout brider la ville de plus en plus, il fuicita tant d'ennemis
Tours , prit la ville de Saumur , cv puis nu Duc Richard , que ce Prince crai-
le Châceau. Delà ayant _palîe la Vien- gnant d'être accable, appelia à fon fe-
ne , il affiégea Montbazon -, 6c fçachant cours Lagman ou Lacune Roi en Suéde,
qu'Eudes 6c les liens étoient allcmblés 6c Olaus Roi en Norvège , qui étans
auprès de Loches , il leur alla brave- defeendus en Bretagne , 6c ayant forcé
ment préfenter la bataille. Mais ibit & faccagé la ville de Dol, marchèrent
par une trêve , foit pour quelqu'aurre vers le pays Chartrain. Toute la France
fujet , les deux armées fe retirèrent lans au fouvenir des défolations p.dfées, en
coup rèrir. prit une extrême épouvante ; 6c le Roi
Cette querelle fe ralluma à" diverfes s'employa avec tant de chaleur à étein-
fois , 6c plus ardemment lors qu'Eudes die cetembrâlemenr, qu'il mit les deux
eut hérité des Comtés de Brie 8c de Princes d'accord 8c contenta les Rois du
Champagne , par le décès d'Etienne Nord. Ainli ils s'en retournèrent en leur
fon frère ■> mais il n'y gagna que des pays , après que celui de Norvège fe fut
coups, 8c y perdit fon fidèle allié le Sei- lait baptifer à Rouen , 6c reçu le nom
gneur de S. Agnan, lequel ayant été de Roberr fur les facrés fonts.
pris en guerre fut étranglé en prifon L'Empereur Henri 6c le Roi Robert 1023.
par les gens de Foulques , fuis fon ordre délirant de bonne foi ôter tout fujet de
pourtant , à ce qu'il protettoit. différend entr'eux convinrent d'une en-
La dix-huitiéme année de ce fiécle trevue fur les bords de la rivière de
mourut Geofroy Duc ou Comte de Meufe. Comme les couitifans de l'un
Bretagne •, car en ce tems-là les Ducs 6c de l'autre formoient plusieurs d.ffi-
prenoient indifféremment le titre de cultes fur le lieu , la manière cV le pas ,
Comtes. Son fils aîné Alain III. du nom 6c que les deux Princes au contraire
lui luccéda en fa Duché , 8c Eudes fon avoient dans la penfée de vaincre cha-
fecond eut la Comté de Pontievre en cun fon compagnon pnr civilité, Henri
partage. Alain époufa la PrinceHTe Avoi- paflà la rivière de bon matin & vint
le fœur du Duc Richard -, 8c par ce farprendre agréablement Robert , qui
moyen la Normandie 8c la Bretagne , le lendemain lui rendit fa vifite du
auparavant fort ennemies, s'unirent même air. Tous deux fe régalèrent ma-
d'alliance & d'amitié. gnifiquement, 8c s'offrirent chacun à
Il s'étoit ému guerre dès l'an 10 17. fon tour de fort riches préfens : mais
I S >1 °' entre Richard Duc de Normandie , &c Robert n'en prit qu'un reliquaire où il
Eudes ou OJon Comre de Tours , de y avoit une dent de faint Vincent Mar-
Chutres 8c de Blois , à caufe qu'Eu- tir, & le Livre des Evangiles, qui étoient
des ne vouloit pas rendre la ville de enrichis de pierreries •■, 6c Henri ne vou-
Dreux qui lui avoir été donnée en dot lut qu'une paire de pendanr d'oeilles. —
avec Manlde fœut de Richard , qui Ce dernier étant mort à Bamperg , I02 4-
étoit morte depuis peu : fi -bien que les Princes de Germanie élurent Con- bam'lT'ôT*
Richard avoir bâti le Château de Til- rad Duc de Wormes , qui ne put aller constah-
leres , près de Verneuil , d'où il faifoit à Rome pour recevoir la' Couronne Im- ^VifaïT
des courfes dans la contrée de Dreux, pénale que l'an i otj» Daboid les Pnn-aus.
ROBERT, ROI XXXVI. 127
ces &c Prélats Italiens haiflant la nation ze-Majeflé , & lui offrant néanmoins s'il
10x5. Teutonique, qui les traitoit à baguette, fe mettoit en fon devoir , de lui obte- 101 $«
refuferent de lui obéir , &: députèrent nir la vie fauve & ies membres. Voilà
en France vers le Roi Robert pour lui tout ce qu'en apprennent les monu-
offrir le Royaume d'Italie pour fon fils mens de ce tems-iu.
Hugues. Mais la Reine Confiance n'en dimî-
A fon refus ils s'adreflerent à Guil- nua rien de fa fierté &c de fes fâche ufes
laume Duc d'Aquitaine , fort connu à humeurs. Il fallut que le Roi s'accou-
Rome par fes fréquents pèlerinages. Il ruinât à ies foufrrir , de crainte de plus
écouta leurs oftres , entendit leurs grand fcandale j ôc qu'avec cela il en-
moyens , dépêcha en ce pays-là pour durât qu'elle traitât ion fils le Roi Hu-
fonder le gué , & puis y palfa lui-mê- gués dans la dernière indignité; jufqu'à
me. Quand il fut fur les lieux , il ne réduire ce jeune Prince à une milérable
trouva rien de ce qu'on lui avoit pro- indigence de toutes chofes.
mis , tout le monde lui demaudoit , au Quand il eut atteint à peu près l'âge ~"~
lieu de lui donner , on ne lui propofoit de vingt ans , ôc qu'il voulut faire fa <^ r ■ *"
que des conditions ridicules-, ainfi com- mai fon, & tenir un train convenable
me il vit qu'ils en vouloientà fabourfe, à fa grandeur , cette femme horrible-
ëc qu'ils redoutoient fà grandeur , il fe ment avare , & appréhendant plus la
mocqua d'eux &z fe retira. dépenfe que l'infamie , lui fit fout-
Empereurs L'humeur impérieufe &c fuperbe de frir tant d'injures ôc d'outrages , qu'il
9°, NSTA îiV N la Reine Confiance caufoit à toute heu- fut contraint de fortir de la Cour,
ieul en IX— . „ . A t *
tembre.&en- re de lenfibles deplaidis au Roi , quoi- 6c d'aller errant de cote 6c d autre,
core Conrad q U 'jJ a f£ t ^e toutes fortes de moyens fans que perfonne ofât lui donner re-
pour adoucir cet efprit malin. Un jour traire ni allillance , tant on craignoit la
s'étant fâchée contre un favori qu'il vengeance de cette mère dénaturée,
avoit , nommé Hugues de Beauvais , Tellement qu'étant contraint de me-
parce qu'il fortifioit l'efprit de fon ma- ner plutôt une vie de bandit que de
ri contre (es entreprifes, elle adrelîa fa Prince , il advint que Guillaume Com-
plainte à Foulques Comte d'Anjou fon te du Perche, fi méchant homme qu'il
coufîn pour le prier delà venger. Le patloit pour être de la race deGanelon,
Comte fort vindicatif de lui-même, eut la hadieife de l'arrêter prifonnier
lui envoya douze Gentilshommes de pour quelque action indigne, à quoi
fon pays , qui ayant pris leur tems que l'extrême nécelîité l'avoit forcé. Mais le
le favori étoit à la chalîè avec le Roi , fe Roi le retiraaufli-tôt -, 6c depuis la Reine
faillirent de fa perfonne , 6c lui tranche- ne lui fut plus fî cruelle,
rent cruellement la tête en préfence du Je trouve dans la vie de ce très-fage'
Prince même , fans avoir égard à fes Roi une action de bonté plus que roya- l
très-humbles fupplications. le. Ayant été découvert une grande con-
II y a quelque apparence qu'un Ci fpiration conrre fon état 6c fa vie, 6c
exécrable attentat ne demeura pas fans les auteurs arrêtés prifonniers , comme
châtiment , 6c que Foulques fut con- les autres Seigneurs , étoient allemblés
traint de venir en Cour demander par- pour les condamner à mort , il fit trai-
don au Roi , 6c de lui livrer les aflaffins. ter fplendidement ces malheureux , 6c
Car je trouve que les Evêques mena- les admit le lendemain à la facrée Coin-
cèrent de l'excommunier s'il ne le fai- munion : puis il voulut qu'on les laif-
foit promprement , lui déclarant qu'il sât en liberté , difant que l'on ne pou-
avoit encouru les peines du crime de le- voit pas faire mourir ceux que Jésus-
n3 ABREGE CHRONOLOGIQUE
Christ venoit * de recevoir à fa table, que de fon vivant même elle ne bradât
ft IOZ 5* , Le dix-ieptiéme de Septembre le une puiffante conipiration pour dctrô- IOi *«
nel eft réputé jeune Roi Hugues mourut à la fleur de. ner laine, 8c mettre le puîné à la place.
V riLfa g race fon âge, regreté de toute l'Europe pour L'an 1016. Richard le Bon Duc de
«in l'admet les rares &: aimables qualités , qui lui Normandie finit fes jouts, & eut pour
à ta table, avoient acquis tant de réputation, qu'à fuceflèur Richard III. fon fils aîné.
peine l'eut-il pu foutenir s'il eut vécu Othe-Guiilaume Comte de Bourgo- "
davantage. Il fut enterré à faint Cor- gne, paiïà auflî de cette vie à une au- l01 7«
aeille de Compiegne. tre l'année fuivante, &c fon fils Renaud
Il reftoit trois autres fils au Roi Ro- pofféda (qs Etats,
bert fçavoir Henri , Eudes 8c Robert. L'enragée paflïon de dominer arma
Il femble à lire quelques auteurs de ce Baudouin , alors furnommé le Frifon ,
tems-là, qu'Eudes étoit l'aîné de tous 8c depuis appelle le Débonnaire , con-
les trois. Quoi qu'il en foit , le Roi tre Baudouin à la Barbe ou le Barbu fon
après la mort de Hugues vouloit faire propre père Comte de Flandres , en
couronner Henri : mais la Reine Conf- forte qu'il le chailà de fes Etats. Ce fils
tance par un appétit dépravé avoit dénaturé fe tenoit fott de l'alliance de
entrepris de donner le Royaume à Roberr, dont il avoit époufé la fille *, 8c
Robert , qui conftamment étoit fon pourtant ce bon Roi ne favorifoit pas
puîné. cette impiécé. Richard III. Duc de
L'autorité du père 8c la raifon l'em- Normandie ( d'autres difent que ce fut
portoient pour Henry fur l'efprit des Robert ) recueillit le vieillard exilé 8c
Seigneurs François ; ils le firent couron- le remit dans fa Comté. Il ne put pour-
ner le 23 de May de l'an 1027. Et néan- tant éteindre tout-à-fait les partialités
moins l'opiniâtreté de cette femme ne dans le pays , où les uns tenoient pour
fe rendit pas , 8c caufa beaucoup de tu- le fils, 8c les autres pour le père,
multes, fon mari n'ayant fçu empêcher
ROBERT
&
HENRY fon fils , âgé de quelque 18. ans.
1028.
Empereurs
R
Ichard III. Duc de Normandie rut peu de tems après le 31. Janvier '
n'ayant régné que deux ans, mou- l'an 1030. ou 31. âgé de 71. ans. Il 10 5°«
romain 11. rut empoilonne pas lcn trere nomme avoit deux hls d'Adelmodis fa premie-
«ouffn de Robert , qui après fa mort jouit de la re femme , Guillaume 8c Eudes ; 8c
Novembre r. Duché acquile par un fratricide. Lan 8c deux autres de la leconde , qui
5. ans 6. 1030. Guillaume V. Comte de Poitou étoit Agnes, feavoir Pierre - Guil-
inois , & en-
<.oreCosRAD
il.
8c Duc d'Aquitaine , connoillant qu'il laume 8c Guy-Gerroy. Un an après fa
n'avoit plus guère de tems à demeurer mort Agnès defirant s'acquérir de l'ap-
en ce monde , y renonça fort pieufe- pui pour elle 8c fes enfans, époufa Ge-
ment , 8c fe retira dans l'Abbaye de froy Martel très- vaillant Prince, fils
Maillerais, qu'il avoit bâtie. Il y mou- de Foulques Netra Comte d'Anjou.
Datas
ROBERT, ROI XXXVI, ii<>
Dans les années 1019. 8c 30. il fe rai- que encore maintenant le même jour,
iuma une forte guerre entre Eudes Com- 8c avec la même cérémonie. Il entrete-
te dé Champagne , de Chartres 8c de noit aufli un grand nombre de Clercs >
Tours , 8c Foulques Comte d'Anjou , ce qui peut avoir donné lieu à cette
au fujet de ce que Foulques fortifioit louable coutume de fonder des bourfes
le Château de Montrichaid , qu'Eudes pour la nourriture des pauvres Ecoliers,
difoit être de la Comté de Touraine. Il bâtit le Château d'Eftampes , 8c
Après quelques rencontres ils en vin- trente-cinq ou quarante Eghfes à Paris,
rent à une bataille rangée , tous deux à Orléans 8c autres lieux : lefquelles
étant à la tête de leurs troupes ; la per- n'étant pas d'une ftru£ture fort folide ,
te fut grande de part 8c d'autre , mais ni fort magnifique , comme l'on en a
la viétoire demeura à l'Angevin. bâti depuis , font prefque toutes tom-
Quoique le Roi Robect permît la bées, ou ayant été réparées, ont chan-
libei té des élections, néanmoins l'Eve- gé de face. A fon exemple la Reine
que de Langres étant mort, il lui en Confiance édifia un Monallére à PoilTy ,
ayoit fubftitué un autre d'autorité ab- où elle mit dès Chanoines Réguliers,
folue , parce qu'il avoit befoin d'une Trois cens ans après, Philippe le Bel
perfonne qui fut entièrement à lui dans donna cette Maifon à des Religieufes
ce pofte , pour lui aider à retenir la de faint François.
• Bourgogne dans l'obéiflance. Les Cha- Il avoit quatre enfans vivans > trou
lo i 1 ' noines ayant empoifonné celui-là, il fils-, Henri qui vint à la Couronne»
y en mit encore un fécond ; ce qui exci- Eudes qui la lui difputa, 8c Robert qui
ta de fi grands troubles parmi le Clergé fut Duc de Bourgogne : 8c une fille
de cet Evêché, qu'il fut contraint d'y nommée Adeleide, qui l'an 10*7. épou-
aller en perfonne , pour inftaller ce fa Baudouin de l'Ifle , depuis Comte
nouveau promu , 8c enfuite d'y en- de Flandres.
voyer fon fils , afin de le maintenir 8c Il ne tint pas à fa conduite que la
le garantir de leurs attentats. France ne fut tout-à-fait heureufe : il
Tandis que Henri étoit en ce pays -là, donna à fes fujets ce qui dépendoit de
il advint une grande Eclipfe de Soleil ; lui , la juftice 8c la paix j mais il eut
êc Robert fon père , au retour de plu- le déplaifir de voir la famine , 8c la pe£-
iîeurs dévots pèlerinages , fut attaqué te enfuite , ravager cruellement fes
d'une maladie, dont il mourut le ving- Etats par trois fois. Une en l'an 1006.
tiéme de Juillet de l'an 103 1. Il vécut une autre en l'an 1010. & la troifiéme
foixante& un an, dont il en régna 45. depuis l'an 1030. jufques à l'an 1033,
ôc demi , fçavoir neuf 8c demi avec fon La première fut générale par toute l'Eu-
pere , 8c trente-quatre depuis fa mort, rope , 8c la dernière fi cruelle en France ?
Il fut inhumé à faint Denis. qu'il fe trouva plufieurs perfonnes quf
Entre les éloges qu'on lui donne de déterroient des corps pour les manger >
père des pauvres , de fage, de pieux , qui alloientà la chafledes petits enfans,
de Débonnaire -, je n'en trouve point qui fe tenoient au coin des bois comme
de plus beau que celui qui l'a qualifié des bêtes carnacieres , pour dévorer les
Roi de ses moeurs aussi-bien que paiTàns. Il y eut même un homme qui
de ses peubles. Il entretenoit deux pofledé de la convoitife du gain , plus
cens pauvres à fa fuite , 8c leur lavoit enragée que la famine, étala de la chair
fouvent les pieds , particulièrement le humaine dans la ville de Tournus : mais
jour du Jeudi Saint. De-là eft venu le on expia ce déteftable prodige par les
Mandat que la piété de nos Rois j?rati- flammes. Cette extrême difette de bleds
Tome II. R
i 5 o ABREGE CHRONOLOGIQUE
~~~" ~~" procédait des pluyes froides & conti- grains ne pouvoient germer , ou mou-
10 i 1, nuelles qui détrempoient la terre 8c la roient tout aulîi-tôt qu'ils étoient ger-
refroidilloient de telle forte , que les mes.
CONSTANCE
III. FEMME
DE ROBERT.
Son vifage charmant > & Tes yeax pleins de flammes >
Sont comme un doux concert mêlé de faux accords ;
Et témoignent allez que la bonté de l'ame ,
Ne le joint pas toujours à la beauté du corps.
£ un/iiKe TT Ugues Capet par une Lettre, que commère &c fa parente , étant fille de
Grèce pour JE"! l'on voit parmi celles de Gerbert Conrad Roi de Bourgogne & de Ma-
ianfiis, écrites à Conftantin & à Baille frères, haud iœur de Lotaire Roi de France :
Empereurs de Conftantinople , leur mais nos Evêques lui ayant remontré
demanda une fille de leur maifon pour que pour le bien de l'Etat il devoit paf-
fon fils, qu'il difoit être unique, ce 1er iur ces empêchemens , & que pour
devoit être Robert : car il étoit âgé eux ils les levoient, il l'époufa , non
d'environ 28. ou 30. ans quand fon pe- point par amour , car elle palfoit l'a-
re mourut, & par conféquent il de- ge de trente-cinq ans, tems auquel la
voit être né alors. Nous ne fçavons beauté des femmes efl: bien diminuée ,
point quelle réponfe firent les Grecs à mais pour s'allier à la maifon deCham-
cette Lettre*, mais nous fommes bien pagne autant portée à la révolte, qu'el-
Première allures queRobertn'époufa point de fille le étoit puilfante. Le Pape fâché de ce iwquoiii
Tcmnw cRo * de cette maifon-là. Sa première fut Ro- qu'on avoit challé Arnoul de l'Arche- la répudia,
fuie ou Bofale , d'autres la nomment vêché de Reims fans lui en demander
* Ler'tgar- Leut-garde * fille de Beranger Roi d'Ita congé , prit de-là fujet de faire querelle
rard°" ou** ^ e » & véu ve d'Arnoul Comte de Flan- à Robert , il publia que cette alliance
Lourde. dres , femme déjà âgée, mais qui lui étoit inceltueufe , reprit aigrement les
étoit fort nécelTaire, afin de fe conci- Evêques qui Pavoient confentie, ôc les
lier à lui & à fon père les Flamands qui menaça de fufpenfion : il excommunia
ïerthe fecon- foutenoient Charles Duc de Lorraine : auffi le Roi 8c fon Epoufe , failnnt un
~ dc elle mourut l'an 1002. Par les mêmes grand crime de peu de chofe. Robert,
coniîdcrations Robert époufa la même l'un des meilleurs 8c des plus religieux
année Berthe veuve d'Eudes , 8c mère Princes qui régnèrent jamais , ne fe
d'un fiis de même nom , Comte de voulut point entièrement oppofer à
Champagne. Il eft vrai qu'elle étoit fa cette violence, fa maifon n'étant pas
CONSTANCE. iji
encore affez affermie , mais il quitta double empire qu'elles empruntent de
Berthe , 8c d'autant plus volontaire- la nature 8c de la dignité. Confiance faftc &or.
ment qu'elle avoit eu une faufïe-cou- toute remplie de fafte 8c d'orgueil vou- confiance.
che , 8c qu'elle n'étoit guéres propre à loir exercer {on pouvoir fur le Roi mê-
l'âge où elle étoit à \\ù donner des en- me , 8c prenant fon humeur douce 8c
fans dont il avoit befoin pour fe main- débonnaire pour une fbibleiTe d'efprit,
tenir. Mais riez , je vous fupplie , de elle tâchoit d'avoir avantage fur lui 8c
cette fable , qui conte que Berthe en- de s'en rendre la maîtrefTe, non par les
fanta un monftre , à cauïe qu'elle étoit charmes de fon vifage 8c de fa conver-
excommuniée , pour moi je ne me fation, mais par fa conduite impérieu-
mettrai pas en peine de la réfuter : cette fe. Sçachant que fon mari recherchoit
erreur n'elt pas dangereufe , car elle ne l'entretien des Dames , elle faifoit fem-
trouvera guère de fedtateurs. blant d'en être jaloufe, afin d'avoir oc-
Après qu'il eut fait ce divorce , il fe cafion de le ferrer de près , de prendre
réfolut de prendre une femme pour fa- garde à fes actions , 8c de lui faire fans
tisfaire à fon inclination , comme il en ceffe quelques plaintes ; Et plus il fouf-
avoit pris deux pour latisfaire au bien froit de réprimandes 8c même de me-
de fon Etat. Il prit donc l'an mil fix naces de cette Princefîe fans s'en plain-
r Confiance Confiance fille de Guillaume I. Comte dre , plus elle augmentoit fon empke
yencc d ° Pr ° ^ e P rovence ou d'Arles , 8c d'Alix fur fa perfonne. De forte que croyant
d'Anjou , fœur de Foulques Comte être devenue maîtrefTe , elle chafToit
d'Anjou. Il y en a qui tiennent que ce d'auprès de lui ceux qui lui déplaifoienr;
Guillaume étoit Comte de Touloufe , elle inquiétoit , remuoit 8c renverfoit
fondés peut-être fur ce que Glaber dit, tout le Palais , enfin elle étoit infup-
que Confiance étoit des parties d'Aqui- portable à tout le monde & ne foufFroit
taine : mais qu'ils confiderent, s'il leur perfonne. Robert étant ennuie de cette ve J°t|"î*
plaît , que les auteurs de ce tems-là conduite , fe mit dans l'efprit de la ré- dier.
ont compris la Provence fous l'Aqui- pudier fous prétexte de parenté, il dé-
taine , 8c même en leur latin barbare clara fon defïein à quelques Evêques ,
ils l'appelloient ainfi. Elle amena avec 8c alla à Rome pour ce fujet : De quoi
elle une grande luite de gens de fon cette Reine alors étonnée eut recours ,
pays , fans foi 8c fans fociété, dit Gla- comme l'écrit un auteur , à l'intercef-
*Ceftque!es ber , * déréglés , vains, volages 8c pré- fion de faint Savinian Martyr, premier
Provenceaux f om ptueux dont les moeurs 8c les fa- Evêque de Sens , auquel elle devoit
ç>nr de tout -i /■ • • i • i fi ■ i- > -ri « c • •
teiTO aitr.é la çons de taire , corrompirent en peu de avoir quelque dévotion particulière. II . r » avin . ïi »
«lanfe, le jeu tems la Cour de France , qui étoit une s'apparut à elle 8c Faillira que Dieu ' pparo
les Farceurs' Académie d'honneur 8c de piété, dont avoit en fa faveur changé la volonté
& les Bâte- un bon Abbé fit de grands reproches au du Roi , lequel érant revenu de Ro-
ïeurî ' Roi, mais elle caufa enfuke bien d'au- me ne fongea plus à la quitter; c'efl:
très remuemens. Cette Princefîe fut pourquoi en mémoire de cette grâce
une des plus belles de fon tems , 6V le elle fit richement enchâfier le corps
grand éclat de blancheur qu'elle avoit du faint Marryr , qui étoit au Monafté-
dans le teint > lui donna le furnom de re de faint Pierre le vif de Sens. Si ce-
Blanche , que fa mère avoit aufîi porté, la eft ou non , je n'en fuis pas garant ,
Les grandes beautés font naturellement mais elle n'en devint pas pour cela plus
îiéres, & quand elles fe voyent élevées modérée , tant s'en faut , elle gour-
au-deffus des autres par la -puiiîance , mandoit le Roi, de forte qu'il n'eut
leur orgueil exerce avec infolence le fçu accorder aucune faveur fans fa par-
.R ?j
j 3 * ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
licipation & fon confentement , ni y a quelque apparence que ce fut d«
avoir fecret ou confidence avec quel- cet aifaiîïnat que Foulques conçut ce
qu'un , qu'elle ne fe vint incontinent remords de confcience qui le fit aller
jetrer à la traverfe. 11 étoit donc con- en Jerufalem , où par une pénicence
traint , pour avoir la paix > de fouffrir remarquable , il fe fit traîner tout nud
toujours cette gêne continuelle , &: de avec la corde au col , & battre de ver-
s'aflujettir aux caprices de la Reine. Et ges par un de (es gens , criant , Sei-
vraiement , il le Roi eft Saint, comme gneur > aye^pitic de ce mifèrable parjure
je le crois, Confiance ne fervit pas peu & fugitif Foulques. Le Roi extiéme-
Scn humeur à éprouver fa patience &à épurer Ces ment irrité de cet horrible attentat,
cftâcheufe. autres vertus : car jamais couple ne fut vouloit challèr Conftance , mais quel-
plus mal apparié pour les humeurs, elle ques Evèques , quoiqu'avec peine,
étoit violente , fiere , avare , légère moyennerent fa reconciliation , après
& cruelle > lui au contraire, pofé, mo- laquelle étant aufli facheufe qu'aupara- Enfamdc
defte , libéral , conftant & débonnaire, vant , elle continua de le tourmenter. on *""'
Il falloir qu'il fe cachât d'elle pour fai- Ils eurent néanmoins enfemble plufieurs
re du bien à quelqu'un , & quand il enfans , Hugues qui fut couronné ôc
récompenfoic fes lerviteurs , il ajou- qui mourut avant fon père , Henry I.
toit toujours , Prene^ garde que Conf- qui régna , Robert qui fur Duc de
tance ne le f cache. Bourgogne , Eudes, qui félon quelques-
11 n'y a rien pourtant dans toutes fes uns le voua à l'Eglife , & fut Evêque
actions de plus rude que ce qu'elle fit à d'Auxerre \ félon d'autres , qui eut cer-
Hugues de Beauvais. Ce Seigneur avoir taines terres en Touraine pour appa-
tellement gagné les bonnes grâces du nage , tk qui mourut bien avant fous
Roi , qu'il l'avoir fait Comte du Pa- le règne de Henri; Se deux filles, l'une
lais , c'eft aujourd'hui le grand Maître donr on ne fçait pas feulement le nom ,
de la maifon du Roi , & l'enrichilloit l'autre nommée Alix mariée à Bau-
chaque jour par de grands & nouveaux douin V. Comte de Flandres. Ces en-
bienfaits. Conftance en devint fort fans qui dévoient être les liens de leur
jaloufe , foit qu'elle fut fâchée qu'un amitié , furent les caufes de nouveau rire t«it*
autre qu'elle approchâr de fon mari , trouble , ôc prefque de divorce : car mal fo ei>
foit , comme ont écrit quelques-uns , Conftance ne vouloit pas que le Roi fit
qu'elle fut avertie que ce Favori lui couronner Hugues, & quand il le fut ,
rendoit de mauvais offices , & tâchoit elle le tenoit avec autant de captivité
à la faire répudier: Et, comme elle & avec aufli peu de biens , que s'il eut
croit fine & malicieufe rout enfemble , été encore enfant ; tellement que lui
elle écrivit à fon oncle Foulques Comte qui avoit la couronne fur la tête & le
d'Anjou le mauvais tour que ce Sei- cœur haut , tâchant de jouir de l'auto-
gneur lui vouloit jouer , & bien qu'il rite par force, donna lieu à une guerre
ne fut pas vrai , néanmoins elle le fçur qui penfa être dangereufe. Ce Hugues
Confiance fi bien perfuader , qu'il lui envoya dou- étant morr , la Reine empêchoit pareil-
*" ze Cavaliers pour exécuter fa vengean- lement que Henri ne fut couronné, &
ce. Afin qu'elle éclatât aux yeux de fon quand contre fa volonté fon père l'eut
mari , Conftance leur commanda d'en- ainfi ordonné, elle anima toujours de-
trer dans la chambre & de tuer ce Fa- puis les frères l'un conrre l'autre , afin
vori devant lui *, ce qu'ils exécutèrent de brouiller fans cefte &c de retenir l'au- ...
avec tant d'inhumanité &c de hardiefte, torité; même quand Robert fut mort, lesi
gaet
uns contic
que le fang en rejaillit fur fes habits. U elle excita fon frère à ufurper le Royau- m mum.
CONSTANCE,
Ui
mî, & elle aurait continue de les irri-
ter de plus en plus , fi fon oncle Foul-
ques qui ne connoifloit que trop (es
malices ne l'eut menacée de l'abandon-
ner , & enfin elle fut contrainte de fai-
re fa paix avec fon fils aîné, qui lui
accorda tout ce qu'elle lui voulut de-
mander , & lui permit de vivre de
telle forte qu'il lui plairoit , pourvu
qu'elle ne fe mêlât plus des affaires.
Cet efprit orgueilleux ne put fupporter
long-tcms une condition privée , &c
elle mourut de regret trois ans après
fon mari l'an 1034. & ^ m enterrée à S.
Denis. Elle bâtit l'Eglife de Nôtre-Da-
me de PoifTy pour des Religieux de
l'Ordre de faint Auguftin \ Philippe le
Bel y a mis depuis des Dominicaines ,
& elle fortifia le Château du Puifet en
Beauce , pour réprimer l'infolence de
quelques Seigneurs du pays qui tour»
mentoient les Eccléfiaftiques.
»34
^1 je m
HENRI I.
ROI XXXVII.
Agé de vingt-cinq ans.
&
Ce Prince couronné du vivant de fon père ,
Pour fon fils , quoiqu'enfant , obtint même faveur ,
Mais fouvent il n'eut pas la fortune profpere ,
Et fut toujours vaillant , non pas toujours vaiqueur.
PAPES.
Benoît IX. jeune garçon intrus en l'an
io jj. S. près de io. ans.
Trois Antipapes , le même Benoît , Sil-
veftre III. & Grégoire VI. élu après l'ab-
dication de Benoît l'an 1044. S. *. ans 8.
mois.
Clément II. nommé par l'Empereur
l'an 1046. S. 9. mois.
Damase II. élu en 1048. S. 21. jours.
E premier ôc le plus.capital enne-
f u j y ' I f mi de ce Roi fut fa propre mère ,
qui continuant , au préjudice de la dé-
claration du père ôc des droits de la
nature , de vouloir mettre la Couron-
ne fur la tète de Robert fon fils bien-
aimé , fe faifit de plufiéurs villes Se
châteaux , entr 'autres , de Sens , de
Soifïbns , de Melun , de Dammai tin ,
&: de Coucy 5 &c fouleva une bonne
partie des Grands contre lui , particu
fièrement Baudouin à la Barbe, Com-
te de Flandres , & Eudes Comte de
Champagne •, ayant donné la moitié
de la ville de Sens à ce dernier pour
l'engager dans fon parti. Ce Comre
Léon IX. après j. mois de vacance»
élu en Février 1049. S. 5. ans *. mois.
Victor II. nommé par l'Empereur l'an
10s 4. S. 1. ans ). mois.
Etienne X. élu le *. Août io$7. S. 8.
mois.
Nicolas IL élu en ioj8. S. *. aos 6,
mois.
Rainard , dont nous avons parle , pof-
r< 1 1» r rr l ^i I.
fedant encore 1 autre , le rangea auili », r •
du même côté.
Dans cette urgente nécefîité Henri
ne trouva point de plus fidèle ami que
Robert Duc de Normandie : il alla lui
douzième le trouver pour implorer {on
affiftance. Le Duc , par motif de fidéli-
té , ou par haine contre le Champe-
nois , l'aiïifta , &c lui donna une puif-
fante armée , commandée par Mauger
Comte de Corbeil fon oncle ; avec la-
quelle ayant dans peu de tems défait
les troupes de la Reine en diverfes ren-
contres , pris plufiéurs places des ré-
belles P &z ravagé fans miféricorde tout
HENRI I, ROI XXXVII. 135
leur pays , il défila tout le parti , & ré- ne marquent pas bien à quel titre.
10 3 I « duiiit la Reine malgré qu'elle en eût à Quelques-uns croyent que c'étoit à eau- 10 53'
vivre bien avec fon fils. Elle n'eut pas fe de l'on ayeule , fille d'Aimery Com-
le tems de tramer de nouvelles prati- te de Saintes , 8c du pays d'Aunis , que
ques-, car elle mourut à Melun le vingt- Maurice Comte d'Anjou , 8c père de
cinq de Juillet de l'année 1032. On Grife-Gonnelle , avoit époufée. Quoi
l'enterra à S. Denis auprès de ion ma- qu'il en loit, le Duc étant mal fervi
v ri , dont elle avoit toujours troublé le par les fîens , qui le trahifïbient en fa-
repos, veur d'Agnès, fut vaincu en une gran-
La guerre finie , Henri , par recon- de bataille près de Montreuil-Bellay ,
noifTance , donna à Robert Duc- de 8c fait prifonnier. Martel ne le relâcha
Normandie les villes de Chaumont 8c qu'au bout de trois ans , après qu'il lui
de Pontoife , 8c le Vexin François. Ce eut relâché la Saintonge , 8c payé une
fut aufli alors qu'il s'accommoda avec groiîe rançon.
Robert fon frère , 8c qu'il lui céda la Rodolphe ou Raoul , furnommé le
Duché de Bourgogne. De ce Robert Fainéant Roi de la haute Bourgogne
eft ilïùe la première race des Ducs 8c d'Arles, mourut en l'an 1033. il
de Bourgogne du fang Royal. inftitua fon héritier l'Empereur Con-
Le Comte de Champagne ne fe rad , mari de Gifelle fa fœur puînée ,
croyoit pas vaincu par la défaite du dont il avoit un fils nommé Henri. Il
parti , 8c retenoit toujours la ville de n'eut aucun égard à Eudes Comte de
Sens : il fallut , pour lui faire pofer les Champagne , mari de Berthe fa fœur
armes , que le Roi les reprît , 8c qu'il aînée ; parce que de fon vivant ill'avoit
marchât vers cette ville-là , dont les voulu forcer de le faire reconnoître
habitans lui ouvrirent les portes -, qu'il pour Roi , 6c lui avoit fufeité des fac-
battît fes troupes en deux rencontres , tions 8c des remuemens dans fon Etat.
8c que la troifiéme il le mît en dérou- Par cette inftitution , le Royaume
te , 8c le contraignît de s'enfuir à de- de Bourgogne 8c d'Arles étant paffé à
mi nud , 8c de le tenir caché , avant des Princes de Germanie , fut par eux
qu'il le pût forcer à lui tendre les mains: comme uni 8c attaché au Royaume
Encore n'eût-il jamais ployé , tant il Germanique & à l'Empire, qui en étant
étoit orgueilleux , s'il ne le fût vu , trop éloigné , l'a laiiîe couler infenfi-
comme nous le dirons , entre le mar- blement de fes mains ; 8c après en avoir
teau 8c l'enclume, c'eft-à-dire entre le perdu la poiîèflîon , en a auffi perdu
Roi 8c l'Empereur , lefquels euflent pu le titre,
l'accabler , 8c partager fes dépouilles , En ces années vivoit Humbert , fur-
s'ils fe fulTent joints enfemble. nommé aux Blanches-mains , Comte de
io*'. Vers l'année 1033. Gefroy furnom- Maurienne & de Savoy e , vaffal du
raé Martel , Comte d'Anjou , fit une Royaume de la haute Bourgogne , &
cruelle guerre à Guillaume V. dit le Jouche de la Royale Mai/on de Savoy e ,
Gros ou le Gras , Duc de Guyenne , 8c qui tient auj oura" hui un grand rang en-
Comte de Poitou , dont il avoit épou- tre les Souverains de la Chrétienté ; les
fé la marâtre , ou féconde femme de defeendans de ce Humbert ayant par ma-
fon père : elle s'appelloit Agnès, 8c riage, fuccejjions , conquêtes ,acquiJitions
étoit fille du Comte de Bourgogne. Le & autres moyens , ajjemblè toutes les
fujet de cette querelle étoit la Comté pièces différentes dont cet Etat ejl coni"
de Saintonge 8c le pays d'Aunis , jpgfé, La commune & ancienne opinion
qu'il difputoit à Guillaume. Les auteurs fait defeendn ce Prince d'un Berold de
itf
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Saxe y qui étoit ijfu de Vitikind , joit
1 ?*. $ ' par la même branche que les trois thons
v * Empereurs , Joit par une autre. Quel-
ques-uns le font venir des anciens Com-
tes de Mdcon : mais il y a des preuves
indubitables qu'il étoit ijfu a" un Conjlan-
tin Comte de Vienne 9 fils de Hugues Roi
a" Italie. Il feroit mal-aifé de trouver
dans rHiJloire de ces tems-là comment ce
Confiantin ou fis enfans perdirent la
Comté de Vienne.
Empereur* Le Comte de Champagne ne pou-
Michel iv.-vant fupporter que Conrad ne lui fît
N^e^Avrii aucune part d'un patrimoine dont la
ic Conrad* meilleure part lui devoir appartenir ,
"*■ prit le tems que ce Prince étoit occupé
en Hongrie , ôc avec fes forces ôc celles
de fes amis , fe rendit maître d'une bon-
ne partie du Royaume de Bourgogne.
Mais Conrad de retour , ayant mené
fon armée en ce pays-là , châtia les gar-
nifons d'Eudes de toutes les places qu'il
y avoir occupées , y mit les nennes , ôc
reçut les hommages des Seigneurs. En-
fin il le pouffa fi rudement , que tout
fecours lai manquant , ôc cette crainte
lui étant entrée dans l'efprit , que le
Roi de France , qui le haïfloit , ne s'ac-
cordât avec l'Empereur pour le dépouil-
ler -, il alla fe rendre à la miféricorde ,
Se s'humilier devant lui.
- ' Il arrivoit fouvent des embrâfemens
103 4. f orCults | f ans p ar l er de ceux que le mal-
heur des guerres caufoit. La plupart
des villes n'étant bâties que de bois , le
ieu s'y prenoit fort aifément, ôc en un
inftant il gagnoit tant d'efpace , ôc fe
rendoit fi ardent , qu'on ne pouvoit
l'éteindre que fort difficilement. L'an
4034. la ville de Paris fut prefque tou-
te confumée par cet accident. Le même
malheur arriva à la ville d'Angers l'an
1026. & à celles de Rouen , de Char-
ires ôc de Corbeil l'an 10 19. ôc pour le
dire en un mot , il y eut peu de villes
en France ôc en Allemagne , qui dans le
fiécle précédent ôc dans celui-ci ne
icLirrriiïènt pareille défolation.
ion-
105 c,
Ce fut en l'année 1034. °t ue Robert
Duc de Normandie s'étanr Jette en Bre-
tagne , voulut contraindre les Bretons
de lui faire hommage nuds pieds ; ôc
défola toutes les contrées des environs
de Dol. Dès qu'il fe fut retiré , le Duc
Alain réfolut de s'en venger , fe jetta
fur l'Evêché d'Avranches } mais Niel
Vicomte de Côtantin , ôc un Seigneur
nommé Alurede Gigault ( c'eft-à-dire
le Géant , fans doute parce qu'il étoit
de fort grande taille ) qui étoient com-
mis à la garde du pays , le reçurent fi
bravement , qu'ils le renvoyèrent battu
ôc confus.
L'année d'après il prit envie à Ro-
bert de faire un pèlerinage à la fainte
Cité. Cette dévotion étoit L fort en ré-
gne , ôc ils croyoient , par ce moyen ,
racheter leurs crimes Iqs plus énormes.
Au retour il mourut à Nicée en Bithy-
nie, cette année 103 5. A fon départ il
a voit inftitué fon héritier un fils uni-
que qu'il avoit , mais bâtard , nommé
Guillaume, né de la fille d'un Pelletier
de Falaife *, ôc l'avoit laiiîe à Paris en la
garde ôc protection du Roi Henri , qui
lui avoit de très-étroires obligations. Il
ne rrouva pourtant pas à propos de lui
confier l'adminiftration de fes Etats ; il
crût qu'elle feroit plus furement entre
les mains d'Alain Duc de Breragne.
Guillaume avoit deux oncles pater- ^
nels , Mauger Archevêque de Rouen ,
que depuis il relégua dans l'Ifle de Gre-
nezay •, ôc Guillaume Comte d'Atques :
la Noblefle du pays leur eût bien plus
volontiers obéi qu'à un bâtard ; ôc ce
fut le fujet de grands troubles , qui euf-
fent ruiné la Normandie , fi le Roi de
France eût eu autant de forces pour U
reconquérir , qu'il en avoit d'envie.
Pendant cette minorité , les Seigneurs
du pays firent chacun leur partie pour
fe cantonner , ôc bâtirent plufieurs pla-
ces fortes dans leurs terres. Ils étoient
tous d'accord de réduire leur Duc au pe-
tit pied : mais pas un ne vouloit fouf-
frir
HENRI I. ROI XXXVI î. I37
x - frir que les Etrangers fe mêlalfcnt trop de fon père , chacun d'eux fit de gran- — * ' " ,|
«/? • avant de leurs affaires , quoiqu'ils des conquêtes fur les Grecs & fur les l0 3 ( » ,
* v * s'en fervnTent quelquefois pour leurs Lombards, qui tenoient encore ces Pro-
deiTeins. vinces. Unfroy , Drogo 6c Robert Guif-
En ces années-là le nom des Nor- chard , furent Ducs de la Pouille 6c de
mands commença à fe rendre glorieux la Calabre l'un après l'autre , &c Roger
6c puiflant en Italie , principalement Comte de l'Ifle de Sicile : il eut un fils
dans la Pouille 6c dans la Calabre. Dès de même nom que lui. Guifchard épou-
l'an 1005. quarante avanturiers de cet- fa deux femmes : de la première , qu'il
te nation , au retour de la Terre fainte, quitta pour caufe de parenté, il eut
y ayant fait desa&ions prefque incroya- Boamond : de la féconde nommée Si-
bles contre les Sarraiins , en faveur de chelgatide , fille de Gaimard Duc de
Gaimard Duc de Salerne, qui étoitfort Salerne , vint Roger, furnommé à la
tourmenté par ces Infidèles -, 6c étant re- Bourfe. Boamond chalfé du pays par la
venus en Normandie chargés d'honneur crainte de cette marâtre , qui avoir ten-
6c de préfens, avoient excité les autres té de l'empoifonner, 6c qui n'en ayant
braves de leur pays à aller chercher for- pu venir à bout , avoit fait périr {on.
tune de ces côtés là. Le premier qui y mari par le même moyen , s'étoit réfu-
paifa , fut un Gentilhomme nommé gié chez Jourdain Prince de Capoue ,
Drogo ou Drengot Ofmond , lequel qui avoit époufé fa feeur. De-là il fit
étant contraint de quitter le pays, pour la guerre quelque tems à Roger fou
avoir rué en préfence de fon Prince un frère puîné : mais les Chrériens paflant
Guillauir^Repoftel , qui s'étoit vanté par la Pouille pour aller en Terre-Sain-
d'avoir abulé de fa fille, alla avec ks te, l'emmenèrent avec eux en Syrie ,
quatre frères , 6c quelques-uns de fes où il conquir la Principauté d'Antio-
parens 6c amis, offrir ion ferviceàMe- che. Toutes les conquêtes faites en Ita-
îes Duc de Bary , 6c à Pandolfe Prince lie par les autres fils de Hauteville ,re-
de Capoue , qui s'étoient révolrés con- vinrent enfin à Roger Comre de Sici-
tre les Grecs. Ils les reçurent à bras ou- le , qui fe rendit fi puiflant , qu'il prit
verts ,& leur donnèrent une ville 6k: des le titre de Roi , 6c fe le fit confirmer
terres pour leur entrerennement. Puis par le Pape. Il fut père de Guillaume
comme ceux-là fe furent établis, non le Mauvais , qui régna après lui.
fans beaucoup de rifqiies , de combats Toute h*Normandie étoit à feu 6c a
&c d'avantures , les fix fils de Tancrede fang, à caufe des querelles particulier
de Hauteville, Gentilhomme de l'Eve- res des Seigneurs , malignement entre-
ché de Coûtances, qui en avoit douze tenues par les oncles du jeune Duc.
tous fort braves , y arrivèrent 6c porte- Alain III. Duc de Bretagne , fon tu-
rent ieur gloire bien plus haut que les teur , y étant venu pour les appaifer 9
autres. Des premiers qui y paflerent , ne fe put garantir d'un poifon mortel
nous en trouvons trois qui furent Ducs que les factieux lui donnèrent , 6c dont
de Capoue fuccefïivement ; Richard fils il mourut quelque tems après. Il y a
d'Anfquetel ; du Carrel , qui eut pour des Chroniques qui difenr que les Nor-
fils Jourdain , 6c un autre Richard. Ce mands fe failirent de fa perfonne & le
dernier fut dépouillé de fa Duché par firent mourir en prifon. Son fils Conan
Roger II. Comte de Sicile, fon coufin. II. étant encore au berceau, luifuccéda.
Quant aux fils de Tancrede de Hau- Alain étant mort , le Roi de France ,
teville , defquels l'aîné demeura en qui avoit la perfonne du jeune Duc
Normandie, 6c y recueillit la fucceflîon Guillaume en fa Cour, le renvoya en
Tome II. S
i 3 b' ABREGE CHRONOLOGIQUE
Normandie , croyant que fa préfence à l'Empereur 9 ôc prit la ville de Com-
I0 37» appaiferoit les troubles-, ôc lui donna
pour Gouverneur Giflebert Comte
d'Hiefmes , fils du Comte Gefroi , Sei-
gneur qu'il crut devoir être agréable
aux Grands du pays , pour ion iliuitre
naifïance, ôc pour fa rare fagefie Ôc pro-
bité. Toutes ces belles qualités ne le
garantirent point de leur jaloufie enra-
gée : deux Gentilshommes fubornés , à
ce qu'on difoit, par Raoul de VafTy ,
fils de Alauger , le tuèrent en trahilon
comme il alloit à cheval par la cam-
pagne.
Guillaume Comte de Montgomme-
ry aflaiîina aulîi le Précepteur du jeune
Duc ; il s'appelloit Théroude , Ôc encore
un autre nommé Aub^rt , qui avoit eu
le même emploi. Un. des païens de ce
dernier vengea fa mort par de fembla-
bles moyens : il furprit le Comte une
nuit dans fon logis , Ôc lui coupa la
gorge , à lui ôc à tous ceux de ia fuite.
Ces tragédies, & cinquante autres fem-
blables , fe jouèrent en Normandie du-
rant la minorité du Duc Guillaume.
En ce tcms-là Guillaume le Gros ,
Duc d'Aquitaine , fut délivré de pri-
fon , &c mourut la même année. Othon
ou Eudes, fon frère de père &c de mè-
re , lut fuccéda. Cet Eudes avoit héri-
té de la Duché de Gafcogne, ôc en avoit
pris polleflîon dans l'Eglife*de S. Se-
verin de Bourdeaux , félon la coutume.
Il recueillit cette Seigneurie à caufc de
Brifque fa mère , qui étoit fille du Duc
Sance. Ainfi la maifon de Gafcogne
fondit en celle de Poitiers ou d'Aqui-
taine.
Cette même année 1037. Baudouin
le Barbu ou à la Barbe , Comte de Flan-
dres , mourut ; fon fils Baudouin , fur-
nommé de l'Ifle , lui fuccéda
Les prétentions d'Eudes Comte de
Champagne , fur le Royaume de Bour-
gogne, n'éroientpascntiércment étouf-
fées ; il fe jetta avec une armée clans le
Royaume de Lorraine qui appartenoit
mercy : mais comme il voulut attaquer I0 37»
celle de Bar > Gotelon Duc de Lorrai-
ne , Lieutenant des armées de l'Empe-
reur , qui l'avoit inverti de la Duché de
Bar au préjudice des filles de Thierri, le
vint choquer fi rudement , qu'il défit
fon armée & le renverfa mort fur la pla-
ce , avec Manalfes Comte de Dammar-
tin , ôc grand nombre de Nobleife. Sa
tête fut portée à l'Empereur , ôc le tronc
de fon coips recueilli par Roger Evê-
que de Châlons , ôc envoyé à la femme
qui l'inhuma dans l'Eglife de Mar-
mouftier. Ses deux fils , Thibaud ôc
Henri-Etienne , partagèrent (es terres.
Thibaud eut les Comtés de Chartres ,
de Blois ôc de Tours -, ôc Etienne cel-
les de Troyes ou Champagne , ôc de
Meaux ou Brie. Ce dernier commença
à prendre le titre de Comte Palatin , de
Champagne ôc Brie.
Geiroy Martel fuivant la paiîion ^r - "
d'Agnès fa femme , qui defiroit avan- ç 3 . *
cer les fils de Ion premier lit, qui étoient
Pierre-Guillaume ôc Guy-Gerroy , fuf-
cira les fujets d'Eudes Duc d'Aquitai-
ne à fe rebeller contre lui. Ce delfein,
quoique peu jufte, lui réuffit comme
il fouhaitoit ; car Eudes qui n'avoit
point d'enfans, ayant été tué l'an 1059.
au fiége de je ne fçai quelle bicoque ,
Pierre Guillaume lui fuccéda dans la
Comté de Poitou , ôc dans les Duchés
de Guyenne ôc de Gafcogne. Celui-ci
mourut vers l'an 1058. Guy-Gefroy
fon frère hérita de tous £qs Etats.
Les factions ne pouvoient finir en
Normandie : un Roger de Toefny ,
defeendu d'un Uldrit * , oncle de Roi- 0l * ry 0uldry
lo premier Duc de Normandie , qui
l'avoit fait fon grand Porre-Etendatd ,
fe mit dans la tête que la iaiché lui ap-
parrenoit mieux qu'à un bâtard ; ôc prit
les armes pour la revendiquer. Celui-
là ayant été défait ôc tué avec les fils
dans une bataille , par Roger de Beau-
mont , peu après le Comte d'Evreux ,
HENRI I. ROI XXXVII. 139
j — — il fe nommoit Richard, 8c étoit fils d'Aufidus, non loin de Cannes, où au-
I0 39- de Robert Archevêque de Rouen , trefois Annibal fit un fi horrible carna- o}?^'
grand oncle paternel du Duc , époufa ge des Romains. Les Grecs n'y furent *
fa veuve , et embralla fa prétention, pas plus fortunés qu'eux: ils perdirent
Mais ion épée , pour ainfi due, fe trou- la bataille , 8c un fi grand nombre de
va trop courte -, 8c le Roi fe mettant de leurs gens , que jamais depuis ils ne
la partie contre lui, il fut contraint de purent fe relever de cette perte en ces
s'accommoder avec fon Prince, qui le pays-là ; & la puilfance des Normands
fit grand Sénéchal héréditaire de Nor- s'y accrut fi fort , qu'elle étouffa la leur
mandie, &c depuis Comte de Varvich, dans peu d'années,
lorfqu'il eut conquis l'Angleterre , où Retournons en France. Foulques fur-
ce Seigneur lui rendit de très-bons fer- nommé Nerra , Comte d'Anjou , mou-
vices. Cette révolte appaifée , il s'en rut dans la ville de Metz , en revenant
émut une autre de la part de Guillaume du voyage» de la Terre-Sainte. Onpor-
d'Arques, qui refufoit de rendre hom- ta fon corps dans l'Eglife de Loches,
mage au jeune Duc , 8c de déférer à qu'il avoir bâtie. Son fils Gefroy , fur-
Raoul de Gaffey , qu'il avoir fait fon nommé Martel , lui fuccéda , l'un des
Connétable. Il fe tenoit fort du fe- plus heureux 8c des plus vaillans Prin-
cours du Roi de France, lequel, par un ces de ce fiécle-là. Ce Foulques étant
confeil nouveau , 8c peut-être mal di- en Jérufalem , touché d'un vit repen-
géré , penfoit avancer fes affaires en tir de (es péchés, voulut qu'on le traî-
Normandie en y entretenant les fac- nât tout nud fur une claye, la corde au
tions. col , fe faifant fouetter jufqu'au fang ,
' " — En Italie les avanturiers Normands 8c criant à haute voix : Aye^pitié, Sri-
& {*■ ' fe fignaloient par des exploits qui fur- gneur , du traître & parjure Foulques.
y ' pafTent la croyance. Ils avoient pour Lesanciennes Chroniques lui attribuent
chef Guillaume furnommé Fierabras , l'honneur d'avoir bâti 8c réparé les pe-
l'aîné des fils de Tancrede , fous la tites villes de Duretal , Baugé 8c Châ-
conduite duquel ils étoient employés teau-Gontier en Anjou -, celle de Mon-
par le Lieutenant de l'Empereur de rrichard , Chaumont , Montrefor 8c
Grèce. Ils travaillèrent à chafïer les fainte Maure en Touraine ; 8c celles
Sarrafins de Sicile , à condition qu'ils de Mirebeau , Montreuil , PafTavant 8c
auroient part aux conquêtes. Dans cet- Montlevrier. ______
te efpérance ils gagnèrent beaucoup de Les deux fils d'Eudes Comte de 104.0.
places fur ces infidèles •, mais fe voyant Champagne refufoient de faire hom- p^ [ UIY<>
fruflrés par les Grecs de leur récompen- mage de leurs terres au Roi Henri, par- Em
Empereurs fe, ils tournèrent leurs armescontr'eux, ce qu'il n'avoit pas voulu fecourir leur encoreHsMu
encore Mi- & f e rU ant fur la Pouille , commence- père contre l'Empereur Conrad. Car IIL & hh -
henb.1 m. rent à la leur arracher. Fierabras leur le devoir d'entre le Seigneur 8c le Vaf- l"moh'.
ou félon les chef étant venu à mourir , ils élurent fal étoit mutuel -, 8c comme le Vafîàl
ïcoond oa en *" a P^ ace D r °g° n f° n frère-, 8c celui- étoit obligé de fervir fon Seigneur , le
Juin. i\. 17. là ayant été tué en trahifon par les Sei- Seigneur étoit aufîi obligé de ne pas
gneurs du pays, ils lui fubftituerenr lailler faire une injuftice à fon Vafïai ,
Onfroy le troinéme des frères. 8c de l'affilier en droit 8c raifon. D'aii-
1Q Le Lieutenant de l'Empereur de Gre- leurs pour couvrir leur félonnie , ils fou-
ce amena fon armée de Sicile pour ar- tenoient que la Couronne appartenoit
rêter leurs entreprifes , 8c defeendant à Eudes fon frère. En effet, foit qu'il fût
à terre , les combattit près du fleuve l'aîné ou non , ils l'encouragèrent à fe
S ij
ans.
140
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
1041,
104Z.
porter pour Roi de France. Mais Hen-
ri ne donna pas le loifir à cette confpi-
ration de faire progrès : il aflîégea Ion
frère dans un Château où il s'étoit re-
tiré -, 8c l'ayant pris , il l'envoya fous
bonne 8c fure garde dans Orléans. Il y
a apparence qu'il y fut détenu long-
tems : mais il en étoit forti l'an 1054.
puifqu'on trouve qu'en cette année-là
il commandoit des troupes du Roi dans
la guerre contre Guillaume le Bâtard.
C'elt tout ce qu'on en fçait.
Après la prife d'Eudes, le Roi mar-
cha contre Etienne Comte de Brie 8c
de Champagne , qu'il mit en déroute -,
8c delà il tourna contre Galerand Com-
te deMeulan , allié de cette Maiibn ,
qu'il dépouilla de fa Comté.
D'autre côté il fufcita Gefroy Martel
àrenouveller laguerreàThibaud. Mar-
tel afficgea donc la ville de Tours -, 8c
quoiqu'il fe fût fait un accord entre le
Roi 8c Thibaud , il ne voulut jamais fe
défifter de fon entreprife. Comme il y
avoir près d'un an qu'il tenoit cette vil-
le bloquée , Thibaud fçachant qu'elle
nlloit périr faute de vivres , fe réfoiut
de la fecourir. Gefroy alla généreufe-
ment au devant de lui , failant porter
à la tète de fon armée la Chappe ou
Manteau de S. Martin en guife d'éten-
dart. Il le rencontra fur les bords de la
rivière de Cher , entre les bouigs deS.
Quentin 8c de Bleré : le combattit 8c le
fit prifonnier. En fuite il réduifit la Vil-
le fous fon obéilïànce , 8c depuis elle
demeura toujours aux Comtes d'Anjou.
Thibaud même ne put être délivré ,
quelqu'initance que le Roi en fit, qu'en
la délaiflant entièrement , 8c la Tou-
raine avec fes dépendances 8c fes fina-
ges ; 8c donnant pour cela fon ferment
éc celui de cinquante de les Châtelains,
$c de pareil nombre de fes Vavalfeurs
ou fimples Gentilshommes.
En ce tems-là les P riqcesfaifoient por-
ter pour enfeignes Us Reliques de quel-
ques Saints qui étaient révérées dans leurs
terres , ou quils avoient eues des pays
étrangers ; & prenoient auffi fouvent les
bannières des Eglifes pour leur Jervir
d'étendarts. '
Durant les troubles 8c factions que la
minorité du Duc Guillaume le Bâtard
caufoit en Normandie , le Roi prit fon
tems de fe taire livrer le Château de
Tilleres , fous prétexte que les rébelles
s'en pourroient faifir. En effet il le fit
rafer j mais peu après il le rebâtit, 8c y
mit garnifon. Dc-là entrant plus avant
dans la Normandie , il ravagea la Com-
té d'Hiefmes, 8c y brûla la petite ville
d'Argentan, qui eft p. ut-être le lieu
que ies Romains appeiloient Arce Ge-
nuœ.
Quoique le Duc Guillaume eût pris
en main le foin du gouvernement , les
Seigneurs lui obéilïoient toujours à re-
gret , à caufe du défaut de fa nailfance :
ils avoient pour chef Guy de Bourgo-
gne ou Franche-Comté,qui étant fils du
Comte Renaud , 8c d'Alix , feeur du feu
Duc Robert , prétendoit dans fon ame
que la Duché lui appartenoit. La fac-
tion fut fi grande , qu'elle penfa acca-
bler Guillaume : mais s'écant ralfuré ,
il eut recours au Roi Henri , lequel
ayant pris un autre de(Tein que celui
qu'il avoit eu de le ruiner , l'alla join-
dre avec fes troupes. Tous deux don-
nèrent bataille aux rébelles dans le lieu
dit le Val des Dunes , à quelques lieues
en deçà de la ville de Cacn. Un Gentil-
homme de Coflentin y abbatit le Roi
d'un coup de lance : mais il fe releva
fans aucune blelïure. Les rébelles furent
entièrement taillés en pièces , Guy de
Bourgogne aflfiégé 8c forcé dans Briof-
ne, 8c en fui te dépouillé des terres qu'il
tenoit en Normandie ■■, il fe retira en
Franche-Comté.
Le Comte d'Anjou qui avoit été des
plus avant dans les bonnes grâces du
Roi , étant furvenu je ne fçai quelle
froideur entr'eux, lâcha quelques paro-
les qui offenferent tellement la majef-
1039.
1039.
1040.
1041.
8c 1041.
Empereurs
Zoe&Theo-
doxa R. 5.
mois , puis
Constantin
IX.Monoma-
que en Juin ,
R. 11. ans ,
&: encore
Henm III.
IO43.
HENRI I, ROI XXXVII, i 4 î
■té du Prince , qu'il entreprit de l'en Evêques de la Province à Lifieux , de
ia • -i 1 j 1 _!-...„ TV.T 1 J - fll„.Ul'i f il ■c.-jjl f~.. \A~..
1043 . châtier j ii manda donc le Duc Normand dans cette aflemblée il lit dépoier Mau- I0 47=
pour Taccompagner en cecte expédi- ger ; le Duc après le relégua dans l'Ifle
non , & entra uans les terres du Com- de Grenezay.
te ; mais ils fe réconcilièrent auili-tôt Cependant le Comte d'Arqués ayant
fans coup férir. fon parti formé levé les armes , le Duc
La querelle demeura à départir en- le pouffe de Pafliége dans le Château
io 44* tre l e Normand & l'Angevin ; la durée d'Arqués ; le Roi qui changeoit de par-
en fut auili longue que le régne de Mar- ti ou félon fes intérêts , ou félon fou
tel, & le fuccès favorable tantôt à l'un, caprice, entreprend hautement fa dé--
tantôt à l'autre. fenfe , de va en perfonne jetter des vi-
Trois ans après ce brave Prince âgé vres de du fecours dans Arques. No-
**' feulement de quarante-huit ans > quit- nobftant ce râfraîchiflement le Duc
ta le monde , de fe retira dans l'Abbaye s'opmiâtre à le tenir bloqué ; tellement:
de S. Nicolas d'Angers, où il vécut juf- que le Comte manquant de vivres , eil
qu'en l'an 1061. Ii palîa pour le héros obligé de capituler , moyennant la vie
de cet âge-là en vaillance 3 en généro- fauve, les membres entiers, de quel-
lité , en piété de en juince, ennemi des ques terres pour fa fubliftance.
tyrans , de protecteur des toibles oppri- Les débris du parti fe iaùverent vers
mes. Avant fa retraite ii donna fes Etats le Roi qui ayant jaioufie des profpéri-
à Gefroy dit le Barbu , de à Foulques tés de Guillaume , & étant incité par"
fumommé le Rechin , qui étoient en- les Comtes d'Anjou de de Poitou en-
fuis de fa ïoeur Adeleïde de d'Alberic nemis de ce Duc, fe promettoit de lui-
Comte de Gâtinois , non pas de Gâti- enlever bien-tôt fa Duché. Il n'en eue
ne en Poitou. Getroy comme l'aîné por- pourrant que le delTein , le fuccès lut
ta le titre de Duc d'Anjou , de fe fai- fut contraire. Comme fes troupes qu'il
fit de la ville d'Angers. avoit levées à la fourdine s'étoient avan-
Le Duc Normand venu en âge de fe cées vers Rouen , penfant furprendre
marier , époufa Mathilde fille de Bau- le Duc , les Normands bien avertis taiU
douin Comte de Flandres, &c d'Adeleï- îerent fon avant-garde en pièces entre
de ou Alix fille du Roi Robert de fœur Efcouy de Mortemer ; ii bien qu'il fu£
du Roi Henri. Comme elle étoit fa pa- contraint de rebroulTer vers Paris j de
rente , il fallut avoir difpenfe du Pape; même après cet échec de lui remettre
le S. Père ne la donna qu'à la charge le Château de Tilleres. Voilà les com-
qu'il bâtiroit quatre Hôpitaux en qua- mencemens des longues de fanglantes
tre villes pour nourrir cent pauvres en guerres d'entre les Rois de France de
chacun. L'Eglife n'étoit point encore les Princes Normands , qui bien-tôt
bien accoutumée à ces dilpenfes ; elk-s après régnèrent en Angleterre,
pafîoient pour des abus de des attentats Le Duc Guillaume n'ayant point ac-
contre les Saints Canons. Mauger Ar- coutume de pardonner à ceux qui pre-
chevêque de Rouen , oncle du Duc , noient les armes contre lui , particu-
•non par un zélé de Difcipline Canoni- liérement à fes parens du côté pater-
que j mais parce qu'il vouloir brouil- nel , il fallut que la plupart de ceux qui
1er , afin que le Comte d'Arqués fon avoient été dans les intérêts du Roi ou
frère pût le faire Duc, excommunia les du Comte d'Arqués, pallaiîènt dans la
deux époux. Le Duc s'en étant plaint à Pouille , où ils trouvèrent beaucoup
Rome , le Pape envoya un Légat pour meilleure fortune qu'ils ne reuffent pu
lui faire droit : le Légat convoqua les avoir en Normandie,
I 4 1
ABREGE CHRONOLOGIQUE
— • Le Duc victorieux porta la guerre en
1 °47' Anjou, &c en patfant fe failit de la Com-
té du Maine , que le Comte Hébert lui
lailla par teftament en récompenfede ce
qu'il î'avoit défendu contre l'Angevin.
Il y avoit une longue guerre entre
1048. l'Empereur Henri , qui ioutenoit les
ou 1049* Mailons d'Alface 8c de Luxembourg,
& Godefroy le Preux Duc de Lorrai-
ne , affilié de Baudouin Comte de Flan-
dres, pour divers fujets qu'on peur voir
dans lesHiiroires de ces pays-là. Le Pape
Léon Lorrain de naiifance, 8c qui avoit
été Evêque de Toul étoit venu exprès
en Lorraine pour les accommoder -, mais
après ce traité , le feu , qui n'étoit que
caché fous les cendres , fe ralluma. Il
eft à croire que le Roi de France ne de-
meura pas oifif &" fans fe mêler de cet-
•P50. te guerre. Quoi qu'il en foit , lui 8c
['Empereur Henri III. furncmmé le
Noir , s'entrevirent cette année dans
le pays Melïin , où ils renouvelèrent
les anciennes alliances d'entre les deux
Couronnes.
Au fortir de la Germanie , le Pape
*W' Léon emmena des troupes en Italie
pour s'oppofer aux Normands , qui
étant devenus puilïans , entrepre-
noient auiîi fur Ls terres du S. Siège.
Ces braves avanturiers conduits par
Onfroy le fécond des douze fils de Tan-
crede de Hauteville , lui montrèrent
ce qu'Us fçavoient faire. Ils taillèrent
fon armée en pièces 8c le firent prifon-
nier : puis lui ayant ainfi fait éprouver
leur valeur , ils lui donnèrent des preu-
ves de leur piété 8c de leur générofi-
té , le mettant en liberté tout aufli-tôt ,
& le traitant avec beaucoup de fou-
miiïion 8c de refpect.
En récompenfe il leur donna toutes
ïes terres qu'ils avoient conquifes ,
; car ils avoient befoin de quelque ti-
tre ) & celles encore qu'ils pourroient
conquérir fur les Grecs 8c fur les Sar-
yafins. Onfroy fit part de fes conquê-
tes à Robert furnoinmé Guifchard ,
c'eft-à-dire le rufé , à Roger & à fes
autres frères.
Thibaut Comte de Troyes 8c de
Chartres avoit fort fur le cœur que le
Roi eût fouftert au Comte d'Anjou de
lui ravir fa Comté de Tours. Il s'en
plaignit fouvent, 8c n'en ayantpû avoir
railon , il alla trouver l'Empereur à
Mayence , qui le fit fon Chevalier ou
Valfai , 8c lui promit fa protection. Un
même Seigneur pouvoit bien être vaf-
fal de pluli^urs Souverains , à raifon
de diverfes terres & de diverfes char-
ges : ( car ils faifoient hommage des
charges comme d'un fief : ) mais il ne
faut pas conclure de- là , que Thibaut
ait voulu taire dépendre la Comté de
Champagne de l'Empereur. Tous les
titres de ce tems-là prouvent le con-
traire.
Pour prévenir les femences de ja-
loufie 8c de difeorde , que ce voyage
pouvoit avoir jettée entie l'Empereur
& le Roi , ils trouvèrent bon de s'éclair-
cir par une mutuelle entrevue dans la
ville d'Yvoy. Le Roi s'y plaignit que
l'Empereur avoit contrevenu aux arti-
cles de l'alliance , mais il n'en rapporta
aucune fatisfaétien j 8c ayant conçu
quelque crainte d'un mauvais delfein
fur fà perfonne , il fe retira de nuit.
Le brave Robert Guilchard avec fes
Normands ayant achevé de conquérir
la Calabre , s'en fit appeller Comte
pendant deux ans ; même après ce tems-
là il ne craignit point de prendre le ri
tre de Duc.
La Normandie avoit toujours dans
fon fein des éteincelles de divifion -, le
Roi qui en penfoit profiter , tenta de
s'en rendre maître par une féconde ex- #
pédition. Elle ne lui tut pas plus heu-
reufe que la première ; les Normands
ayant chargé ion armée fur la chaulïee
de Varaville , entre Cacn 8c Lifieux ,
le défirent entièrement , 8c il fallut alors
qu'il reçut la paix du Duc.
On vit Van ioà$. un prodige tout-
1054.
Empereutc
Theodora
fille de Conf-
tanrin VIII.
R. 1. an, puit
Michel VI.
R. 1. an , &
Henri IV.
fils de Henri
III. en 1056.
R. 49. ani.
IO56.
IO57.
Empereur;
Isaac Com-
NENEenioyy.
R. z. an? , ÔC
encore Hen-
ri IV.
HENRI I. ROI XXXVII.
H*
à-fait inoui. Une grande multitude du II vécut cinquante-quatre ans , 8c en
10 59 f lézards, de couleuvres & autres bêtes ve- régna vingt-neuf depuis la mort de fon 10 "°*
nimeuj'es,sétant ajj'emblées dans une plai- père. Ce qui nous ett refté de fon hif-
ne près la ville de Tournay ,J'e Jepara toire montre afiez que ce fut un Prin-
m deux bandes , qui Je battirent opinid- ce belliqueux, franc , libéral , religieux,
trement , tant que lune des deux étant 8c ayant toujours une grande confidé-
vaincue & chajjée , abandonna la place ration pour les gens d'Eglife 8c pour
toute couverte defes morts , & Je retira les gens do&es. Le Prieuré de S. Mar-
dans le creux d'un gros arbre , où les tin des Champs , ( aujourd'hui renfer-
v ainqueur s la pourfuLvirent pour achever mé dans l'enclos de Paris ) eft de fa
la défaite. Mais les payjdns y accourant fondation.
avec de gros bâtons , des brandons de A iage de 18. ou zo. ans il avoit
Jeu y & des fagots , exterminèrent leswns époufé une nièce de l'Empereur Henri
& les autres. III. dont il eut feulement une fille ,
Empereurs Non Iong-tems après le Roi fe fen- ma i s e ll e ne f ut pas de longue vie , non
Constantin tant caiTé de travaux, quoiqu'il n'eût pl us q Ue f a mère. Il femble qu'après
r. 8 k ans U , C & <l ue cinquante-quatre ans, aliembia les cela il fut plulieurs années tans penfer
encore Hen- Grands du Royaume à Paris , 8c leur a d e fécondes noces ; au moins s'il
m iv. ayant remontré les fervices qu'il avoit n'eut point d'aune femme qu'Anne de
rendus à l'Etat , 8c comme il s étoit bien Ruflïe.
acquitté du commandement des ar- Pour n'encourir pas le danger de con-
mées , il les pria tous en général , ôc trader mariage dans un degré défendu,
chacun en particulier , de reconnoitre il envoya chercher femme jufques en
Philippe fon fils aîné pour (on fuccef- Ruffie ou Mofcovie ; elle étoit fille de
leur, ôc de lui prêter le ferment. Ce George Roi de ce pays-là; quelques-
qu'ayant tous promis, il le mena àReims, uns le nomment Juriiclode , c'eft Ja-
où il fut facré 8c couronné le Z3 . Mai , roflas , il en eut trois fils , Philippe ,
jour de la Pentecôte. L'Archevêque Ger- Robert 8c Hugues. L'aîné n'avoit alors
vais, que depuis ce jeune Roi honora de que fept ans , Robert mourut en en-
la charge de Chancelier, fit cet Office en fance , 8c Hugues étant parvenu en âge
préfence de plufieurs autres Archevê- eut la Comté de Vermandois , 8c tue
ques , de trente-quatre Évêques , 8c des la tige de la féconde maifon de ce nom.
Seigneurs des trois Royaumes , de Car on lui fit époufer Adeleide fille de
Neuftrie , d'Aquitaine 8c de Bourgogne. Hébert dernier Comte de la première
Sur le milieu de l'année fuivante branche de Vermandois , 8c elle em-
Henri étant à Vitry près de Pans , tut porta les Seigneuries de fon père au
attaqué d'une petite fièvre , dans la- préjudice d'un frère qu'elle avoit nom-
queile ayant pris une forte médecine , mé Eudes, parce que fes vaiîàux le ju-
elle l'altéra fi tort qu'il ne put foutFrir gèrent incapable de les gouverner à
cette brûlante foit , 8c but un verre caufe de l'imbécillité de fon efprit ; dé-
d'eau fraîche en abfence de fon Méde- faut fort ordinaire dans la race Carlc-
cin avant la purgation ; ce fut comme vingienne. Il ne laifîa pas de fe marier,
un coup de poignard qui lui blefïa mor- 8c de ce mariage vint la maifon de faint
tellement les entrailles , 8c peut-être Simon.
y avoit-il du poifon dans ce breuvage, Le Roi laifïa tous fes trois fils fous la
de forte qu'il en mourut le jour même tutelle de Baudouin de l'Ifle Comte de
qui étoit le 4. d'Août 1060. On porta Flandres, qui avoit époufé fa fœur,
fon corps à S. Denis. 8c lui confia auilî la régence du Royau-
j©6o.
i 4 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"me. C'étoit afin que ce Prince qui avoir certe féconde flamme penfa allumer ■
beaucoup de vertu & d'aflez grandes une guerre civile, non pas pour la dif- I0 ^°-
forces, défendit ces mineurs, la Rei- férence des qualités , car les Grands ai-
ne leur mère n'en ayant pas la puitTan- loienu puefque de pair avec les Roisj
ce ni peut-être la capacité. mais parce que Raoul étoir parent du
Peu de jours après qu'elle fut veuve, premier mari , <k que fa première
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit femme vivoit encore. A caufe de quoi
bâtir une Eglife en l'honneur de fainr les Evêques excommunièrent ce Sei-
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas gneur : mais rien ne put lui faire lâ-
fi auftére , qu'elle n'écoutât les recher- cher prife que la mort , qui le détacha
ches de Raoul de Peronne Comte de d'avec cette PrinceiTe l'an 1066. Etant
Crefpy , qui étoit voilîn de là. Elle ne veuve ôc deftituée d'appui, elle s'en re-
fit point de difficulté de l'époufer-, de tourna mourir en fon pais.
M A T H I L D E
I. FEMME
DE HENRI I.
En fes plus jeunes ans Mathilde infortunée ,
Eprouva ce que peut l'infolence du fort ;
Et fans jouir long-tems des douceurs d'himenée >
Sentit le coup fatal qui lui donna la mort.
Plusieurs ne donnent à ce Roi de trente-neuf ans ? Cela me femble
qu'une femme , fçavoir Anne de hors d'apparence, vu même que quand
Ruflie : mais il faut croire qu'il en eut il n'auroit eu aucune inclination au ma-
quelqu'autre avant elle : c'eft pourquoi nage, les maximes d'Etat l'y dévoient
encore que le Continuateur d Aymoin, obliger-, principalement ayant befoin
tel qu'il foit, s'abufe en beaucoup d'en- de le rendre plus tort par l'alliance ôc
droits , il eft néanmoins croyable en ce par les enfans contre (on frère Roberr ,
qu'il dit, qu'il époufa premièrement qui lui difputoit le Royaume : Etant
Mathilde. Car s'il ne prit en maria;; ; , une vérité trop confirmée par lexpé-
comme il eft facile de prouver, Anne nence , qu'un Souverain qui n'a point
de Ruflie , qu'en l'an 1044. plus de ii. d'enfans eft beaucoup plus expofé aux
ans après la mort de fon père arrivée confpirations de les ennemis, cv moins
l'an 105 1. il n'eft pas vrai-femblable refpecié de (es fujets ; parce que les
qu'il ait demeuré fans femme fi Ion;-- uns & les autres mefurant félon la du-
cemps. Et par quelle raifon auroit-il rée de fa perlonne culle de fa mémoire,
attendu à en prendre une jufqu'à l'âge n'attendent après lui m tecompenfes, ni
châtimens
M A T H I L D E. i 45
châtimens des bons ou mauvais offices renouveller la confédération d'entre la
qu'ils lui rendent. Je croirois encore France ôc l'Allemagne , que leurs Pré-
par les mêmes raifons , qu'Henri au- décefïeurs avoient jurée. Il y en a qui
roit eu une autre femme avant Mathil- écrivent qu'elle ne vint point en Fran-
de -, autrement fon père auroit mal ce , mais qu'étant encore trop jeune ,
pourvu à fa fureté, fçachant qu'il feroit elle fut retenue auprès de fon père , où
infailliblement troublé par Confiance elle mourut Tannée fuivante dans la
qui renvetfoit tout , ôc même l'ordre ville de Vormes , ôc qu'elle y fut en-
de la naillance , pour élever à la Royau- terrée ; fi bien qu'elle n'auroit été que
té le Cadet qu'elle aimoit. Ce qui me fiancée , 6c non pas femme d'Henri.
fait croire que Robert l'allia à quelque Toutefois d'autres ont allure que le
bon parti durant qu'il vivoit. Henri mariage fut accompli , ôc qu'il en nâ-
étoit allez âgé pour obliger fon père à quit une fille qui mourut au bout de
prendre ce foin : car lors de la mort cinq ans f ôc qui fut fuivie de fa mère ,
de fon père il avoir 13. ans , Se néan- qui ne lailïa aucuns enfans à fon mari.
moins il n'époufa Mathilde que l'an Je ne fçai rien de mémorable de fa vie,
1034. trois ans après -, mais s'il en eut finon que j'ai remarqué que la premie-
quelqu'une avant elle, nous n'en avons re année de fon mariage un funefte ôc
rien dans THiftoire. Quant à Mathilde , grand embrâfement confuma près de
elle étoit fille de Conrad II. dit le la moitié des bâtimens de Paris , dont
Salique , uni avec Gifele nièce de Ro- la plus grande partie étoit alors faite
dolphe III. Roi de Bourgogne, ôc elle lui feulement de bois-, ce qui ne fut pas
fut promife par cet Empereur en une fans doute un trop agréable feu de joye.
conférence qu'ils eurent enfemble,pour
A
II. FEMME
DE HENRI L
Anne par un fuccès que le Ciel a chéri ,
Eut le bien d'obtenir des Princes à la France-
Mais le mal qui lui vint de Ton fécond mari
La fit aller mourir au lieu de fa naiffance.
HEniu fe voyant fans enfans ôc fins ner de Ces héritiers au Royaume. La
femme à la force de fon âge , j'en- Renommée lui rapporta les merveilles
tends à trente-neuf ans , fe lailfa facile- d'une Princeife digne de pofleder le
ment perfuader aux remontrances de cœur d'un grand Monarque. C'étoirAn-
fon Confeil , qui le follicitoit de don- ne fille de Jaroilas , du Tillet l'appelle
Tome I /» T
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
146
George, Roi de Ruflîe, par les modernes
dire Moicovie. Ce Prince épris au feul
réci: de fes perfedions, envoya l'Evêque
de Meaux Gautier Saveir , avec un ma-
gnifique 8c pompeux appareil d'Am-
batïàde en faire la demande en l'an
1044. Sa proportion fut reçue avec au-
tant d honneur & de complimens que
l'on en put rendre à un 11 grand Roi.
Cette PnncefTe futmife entre les mains
de l'Evêque , qui l'amena en France.
Le mariage fut célébré avec une réjouif-
fance univerfelle , qui préfageoit que
le fuccès en feroit plus heureux que de
celui de Mathilde ; néanmoins les fou-
haits des bons François ne furent pasfi-
tôt exaucés : huit ans fe palferent fans
produire aucun fruit. La France ayant
attendu long-tems ce bonheur défefpé-
roit d'en jouir jamais : le Roi en avoit
on fâcheux déplaifir , 8c Anne encore
plus que lui une triftefTe inconfolable.
Cette Reine après avoir en vain re-
cherché tous les remèdes humains ,
adrelîa fes prières au Ciel , comme avoit
fait autrefois en pareille occafion cette
autre Anne mère du Prophète Samuel ,
& préfenta à Dieu l'inrerc. filon de faint
Vincent , en faveur duquel les Fran-
çois recevoient chaque jour de miracu-
leux bien-faits. Elle s'en refientit aufli-
bien que les autres , 8c avant la fin de
l'année que l'on comptoit 1053. e ^ e
mit au monde un fils qui fut appelle
Philippe ; en reconnoiiTance de quoi
elle fonda l'Eglife df faint Vincent à
SenliSjOÙon la voit fur le portail te-
nant entre fes mains un Temple qu'elle
préfente à Dieu. Elle eut encore deux
fils ; Robert qui mourut avant fon pè-
re , 8c Hugues qui fut Comte de Ver-
mandois en ayant époufé l'héritière , 8c
une fille dont le nom s'eft perdu , laquel-
le mourut avant l'âge nubile.
Peu de jours après qu'elle fut veuve,
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit
bâtir une Eglife en l'honneur de faint
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas
fi auftére qu'elle n'écoutât la recherche
de Raoul de Peronne Comte de Crefpy
8c de Valois ; lequel elle époufa : 8c
cette féconde flamme penfa allumer
une guerre civile, comme nous l'avons
dit ci-defïiis page 144.
147
al.lllHiillIHUI
Tat^rrœ&s&sssMSiBSVB*:!
PHILIPPE I.
ROI XXXVIII.
Agé de sept a huit ans.
r:
Ce Roi qu'une Circé retenoit par Tes charmes 9
Sans fouci de l'Etat , de l'honneur ni des Loix »
Vit fes braves Sujets fubjuguer par leurs armes
L'impiété des Turcs , & l'orgueil des Anglois.
PAPES.
Nicolas II. encore près d'un an fous
ce régne.
Benoît X.
Alexandrb II. élu le i. d'O&obre
1061. S. 11. ans & près de 7. mois.
Schïjme.
Grégoire VII. fils d'un Charpentier
élu le ii. Avril 1073. S« i2 « ans *• mois.
Schifme.
Victor III. élu le 24. Mai 1086. S.
environ 1. an 4. mois.
Vacance j. mois.
Urbain II. élu le ii. Mars 1088. S.
11. ans 4. mois.
Pascal II. élu le ii. Août 1099. S. 18.
ans & $. mois.
TOut obéilïbit paifiblement a la Foix commença pour lors à porter le
Régence de Baudouin , les Gaf- titre de Comte , Bernard fils de Roger
cons feuls rerufoient de s'y foumettre, Comte de Carcalïonne , obtint cette
appréhendans , difoient-ils , qu'avec dignité de Raymond II. Comte de
ce titre il ne fit périr fon pupile pour Touloufe , dont cette terre étoit mou-
envahir la Couronne , fur le prétexte vante.
Gefroi Martel étant mort fans enfans,
Guy-Gefroi-Giullaume Duc d'Aquitai-
ne , crut que les neveux de ce Comte ,
fils de fa fœur,qui étoientGefroi & Foul-
ques , n'avoient point de droit fur la
qu'il avoir époufé la fœur du Roi
Henri.
Baudouin di Annula fagement cette
injure , & les entretint avec douceur :
mais deux ans après il mena une armée
vers les Pyrénées , feignant que c'étoit Saintonge , parce que leur oncle n'en
pour faire la guerre aux Sarrafins d'Ef- avoir joui que par ufufruit. Il voulut
pagne. Lorfqu'il eut paiTe la Garonne , donc s'en refaifir , Se ailiégea Saintes. A
il s'arrêta dans les terres des rebelles & cette première fois pluiieursde fes gens
les rangea à la raiion , fans coup frap- ayant lâché le pied, fon armée fut défai-
per. En ce pays -là la Seigneurie de te par les deux frères près de Chef Bou-
T ij
IO(jI.
1061,
1066,
i 4 3 ABREGE CHRONOLOGIQUE
tonne ', mais l'année fuivante il en re- d'époufer fa fille comme pour gage de
\? mit une autre plus grande fur pied , & certaines conditions que le Normand lo( *S
v ' leur enleva cette Ville. Un an aupara- lui promettoit. Mais lorfqu'Edouard
vant il avoit eu guerre avec Hugues fut mort, il crut qu'un Royaume valoir
Seigneur de Lufignan, qui fut tué dans bien un parjure, Se fe fit déférer la
un combat. Couronne par les Anglois, qui en effet
Les deux frères Angevins ne fe pi- n'aimoient pas la domination étrangère,
querent point d'avoir leur revanche II penfoit s'être bien affermi dans le
du Poitevin , mais s'acharnèrent à fe Trône par une grande victoire qu'il
faire la guerre l'un à l'autre. Foulques remporra fur Harwic Roi de Norvège,
le Rechin , le puîné des deux étant le qui étoit defeendu en Angleterre avec
plus méchant fut le plus habile : il ga- mille vailfeaux-, tellement queGuillau-
gna les Seigneurs de Touraine Se d'An- me lui ayant envoyé des Ambalïadeurs
jou, qui trahirent vilainement fon frère pour le fommer d'époufer fa fille, Se
Gefroi , Se le lui livrèrent avec la ville de lui venir rendre hommage , il ne fe
d'Angers. contenta pas de leur répondre avec une
Cependant le Duc d'Aquitaine ayant extrême arrogance , mais encore les
reconquis la Saintonge, mena fon armée traita outrageuiemenr.
vi&oneufe en Efpagne , où il força la Le Bâtard rechercha donc de toutes
ville de Barbaftre alors rort riche Se fort parts l'aflïftahce de fes amis Se de (es
renommée. Dix ans auparavant Ebbes alliés pour avoir raifon de certe injure,
Comte de Roucy Se plufieurs autres Sei- Se pour fe mettre en polfellion de i^on
gneu:s François allèrent exercer leur droit; &. il travailla fi bien , qu'ayant
vaillance contre ces infidèles Sarrafins. alfemblé, à force de grandes promeflès,
Le \hle de la religion mena fouvent u.ie puiffante armée de Normands, de
les Princes & les Seigneurs de CAqui- François-, de Flamands , Se obrenu la
taine & du Languedoc en ce pays-là , bénédiction du fiiint Père, il s'embar-
pour fecourir les Chrétiens : & leur aj'- qua à faint Valéry, defcendit en An-
Jijlance foutint & releva bien fort les pe- gleterre dans la Comté de Sudfex Se fe
tits Rois Efpagnols. retrancha dans un camp près de Haf-
JO £ . Edouard Roi d'Angleterre, que fa tings. En cet endroit Harald étant venu
vertu chrétienne a mis au nombre des à la rencontre , il lui donna bataille le
Saints, fe voyant fansenfans, réfolnt 14. d'Octobre. Harald combattit vali-
de laifter fon Royaume à Guillaume le lamment , Se tint long - tems la vie-
Bâtard DucdeNormandie, en confidéra- toire en balance - , mais enfin ayant été
tion du bon traitement qu'il avoit reçu tué dans la mêlée avec fes principaux
dans la maifon de Robert fon père lorf- c'iefs , il la laifla toute entière à fon
qu'il fut chaire de fon Royaume , joint ennemi. Ainfi l'Angleterre demeurai
qu'il étoir fon proche parent. Comme la diferétion du vainqueur. On s'ima-
îl fe fentit pioche de la motr, il confir- gina que cette grande révolution avoir
ma cette réfolution parunreftament fo- été préfagée par une effroyable C'.-me-
lemnel. Il y avoit dans le Royaume un te, qu'on avoit vue durant quinze
Seigneur fort puiifant nommé Harald jours étendre dans le ciel rrois grands
fils de Goiouin , Se d'une fille du Roi rayons , qui en occupaient prefque
Kanut IL qui gardoit dans fon cœur toutes les parties méridionales,
une fecrete prétention fur la Couronne. Avant que Guillaume pafsât la mer ,
Il avoit néanmoins juré à Guillaume de il avoit vu mourir Conan Duc de Bre-
lni aider à le mettre en pclièifion , Se t.agne. On difoit qu'il l'avoit fait em-
PHILIPPE I. ROI XXXVIII.
145
*-— poifonner , parce qu'il revendiquoit deux fils > Arnoul& Baudouin tous deux "
lo( >7- \ x Duché de Normandie comme lui en fort bas âge , & ordonna que l'aîné
& fuiv. appartenant à caufe de fa mère fille auroit la Comté de Flandres , 6c l'autre
du Duc Robert. Hocl qui avoit épou- celle de Mons.
fc fa fœur lui fuccéda. Leur tutelle engendra un fanglant
Les Anglois malrraités par les Lieu- différend entre Robert leur oncle, 6c
tenans 6c Officiers de Guillaume , fe leur mère Richilde , qui de fon chef
révoltèrent les années fui vantes, 6c ap- étoit Comtelfe de Mons, comme fille
pellérent les Danois à leur fecours : 6c héritière de Régnier III. fils de
mais ils ne firent qu'aggraver leur joug, Régnier au Long-Cou. Cette Prin-
car il leur ôta prefque toutes leurs celle appuyée de Godefroy le Bolïu
terres, & même leurs Loix anciennes, Duc de la balle Lorraine , défir l'ar-
y établit celles de (on pays , comme mée de Robert , &c le dépouilla d'une
auffî fa langue pour tous les aétes de partie de fes terres. Un fi heureux fuc-
Juftice , 6c mit tous les Seigneurs qui ces la rendit fi hautaine envers fes fu-
î'avoient fuivi en potfèflion des biens jets , que les Flamands l'abandonne-
des Anglois , dont la plus grande par- rent, 6c il ne lui demeura que les "Va-
rie fut ou chaifée ou tuée. Ions 6c les Hennuyers. Le Roi fe voulue
Empereurs Ainjl finit le règne des Anglois dans porter pour arbitre 6c juge entre les
Romain iv. Cètte jjfe f q U [ en a pourtant retenu le deux parties , étant proche parent de
R^^anTs! nom ; mais en effet depuis ce tems-là elle toutes les deux ; mais Richilde venant
mois, & en- à toujours été dominée & l'efi encore par à Paris , l'engagea à prendre ouverte-
core Henri ^ Jung des Normands , les Rois & les ment fa caufe en main , ayant gagné
plus grands du pays en étant defeendus fon Confeil à force de préfens , 6c par
& tenant leurs droits de ce Guillaume le le moyen de Gefroy Chancelier de
Bâtard , à qui l'on donna lefurnom de France, Evêque de Paris , 6c d'Euftache
Conquérant. Comte de Boulogne fon frère , qui avoit
Baudouin Régent du Royaume de époufé Idde fœur de Gefroy le BolTu.
France, 6c Comte de Flandres, fur- Le Roi bouillant du feu de jeunef-
nommé le Bon ou le Débonnaire , fe , 6c n'ayant pour lors que quelque
finit fes jours l'an 1067. Il avoit deux dix-fept ans , voulut y aller en perfon-
fils , Baudouin dit de Mons qui fut ne faire fes premières armes. Elles fu-
Comte de Flandres, 6c Robert qu'on rent peu heureufes , car le vingt-deu--
furnommale Frifon , parce qu'il avoit xiéme de Février il fut bartu 6c pouffé
vaincu les Frifons. Le premier pre- pies de S. Orner , 6c Richilde prife 6c
noit quelquefois le titre de Comte des menée à Montcaifel. Mais comme Ro-
ComteSy à caufe qu'il en avoit plufieurs bert prefifoit trop le Roi qui fe retiroït
dans fa mouvance -, celui de Marquis vers Monftreuil , Euftache Comte de
parce qu'il étoit fur les marches du Boulogne , qui avoit un gros de réfer-
Royaume de Lorraine , 6c même celui ve l'enveloppa , le prit , 6c le mena à
de Prince de Flandres. S. Orner. C'étoit l'avantage du Roi que
" On remarque que lanioG g. Arnoul les Chefs des deux partis fu fient pri-
Seigneur de Selve commença à bâtir la fonniers, afin qu'il pût terminer ce di£=-
ville d'Ardresfur les ruines de fonChâ- ferend d'autorité abfolue - r mais celui
teau de Selve. qui commandoit dans Cambray rendit
lc Baudouin de Mons ne vécut que Robert pour délivrer Richilde ; le Roi-'
trois ans après fon père , étant mort en fut fi irrité , qu'il faccagea 6c bm-
l'an 1070 dans Audenarde, Il lailîa la la Ville,
1070,
i 5 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
La même année Richilde , quoique Royaume. Un jour entr'autres , il dé-
I0 7°« toujours aiîïftée des François, perdit troulfa des Marchands des terres du I0 74*
une autre- bataille , 8c même fon fils Pape qui venoient aux foites, & les mal-
Arnoul près de Cailel ; 8c enfuite tout traita. Sur quoi le Pape Grégoire VII.
fon pays , horfmis le Hainaut , où elle qui ne cherchoitqu'occalion de fe conf-
fe retira. tituer le juge 8c le réformateur des
„ Le Roi piqué au jeu , retourna une Princes , écrivit à Guillaume Duc d'A-
feconde fois en Flandres , <k y hazarda quitaine , que fe joignant avec les au-
une autre bataille, dans laquelle Euf- très Seigneurs du Royaume, il eut à
tache Comte de Boulogne fon princi- lui faire remontrances ; 8c lui déclarer
pal Confeiller , étant demeuré prifon- que s'il ne fe corrigeoit ,il l'excommu-
nier, le Chancelier fon frère qui avoit nieroit lui 8c tous lesftijetsqui luiobci»
tout pouvoir à la Cour , ne fongea qu'à roient , 8c mettroit l'excommunication
obtenir fa délivrance , 8c par cette rai- fur l'Autel de S. Pierre pour la réaggra-
{on obligea le Roi d'abandonner la eau- ver chaque jour. '
fe de Richilde. L'an 1076. advint la mott de Robert 107^.
Empereurs j$[ Qn plus , il lui fit époufer Berthe I. Duc de Bourgogne. Il fut inhumé
fodla Duos £Ue de Florent I. Comte de Hollande , dans l'Eglife de Semur qu'il avoit bâ-
k. près de 7. 8c d'une Gertrude de Saxe , laquelle tie. Son fils Henri étant décédé avant
^^"s'éroit remariée à Robert en fécondes lui , avoit lailTé deux fils, Hugues 8c
noces. Par ce moyen il l'engagea à fou- Othon , dont le premier fuccéda à fon
tenir la querelle de fon beau père , fi ayciil. „
bien qu'avec fon fecours il défit pour Guillaume le Conquérant , après io-»7.
la quatrième fois l'armée de Richilde : avoir entièrement fubjugué l'Angleter-
ainli il demeura 8c fut reconnu Com- re , réprimé la rébellion de fon fils Ro-
te de Flandres , le jeune Baudouin lui bert , 8c dompté les Manceaux , paiïà
cédant les droits qu'il y avoit comme en Bretagne pour la réduire fous £es
frère 8c héritier d'Arnoul. loix , comme fief dépendant de la Nor-
Les Normands avançoient toujours mandie , 8c mit le fiége devant Dol.
leurs conquêtes dans la Pouille -, Ro- Le Duc ou Comte Hocl fort allarmé ,
ger frère de Robert Guifchard , envoya implora l'afliltance du Roi , qui mar-
ïbn frère en Sicile qui étoit occupé par chant en perfonne à fon fecours , fit
les Sarrafins ; il y conquéta Païenne 8c lever le fiége.
Mefline , 8c la prife de ce9 Villes lui La même année la paix fe fit entre
ouvrit le chemin à fe rendre maître de les deux Rois ; mais elle fut rompue
)ute l'Ifle. prefqu'auffi-tôt pour une autre caufe
ioji. Depuis la mort du Régent Baudouin, que voici. Le Conquérant , avant que
Se fuiv. I e R- ' 1 Philippe parvenu en âge d'ado- d'aller à la conquête d'Angleterre ,
lefcence , fit bien connoître qu'il ne avoit , en prefence du Roi , donné la
vouloit îelTembler ni à fon père , ni à Duché de Normandie à Robert fon fils
{on ayeul , 8c qu'il ne croyoit pas com- aîné : Robert s'en vouloit mettre en
me eux , que la Royauté fut un emploi polïèflion , le père l'en empèchoit , 8c
aftreint aux régies de la juftice 8c aux le Roi foutenoit le fils dans fi deman-
loix , mais une licence de tout faire; de. Ce fut là le fujet d'une nouvelle^ Fm r erc »«
H, i 1 • NlCETHORF
ement qu il ne gardoit aucune te- guerre. h.moniatk,
tenue , 8c s'émancipoit à quantité de Le perc affiegea fon fils rébelle dans i:furpatcui ,
défordres 8c de vexations fur fes fu- le Château de Gerberoy près de Beau- £" l' n ?™ c '
jets , 8c fur ceux qui palfoient dans fon vais. Un jour il advint que dans une k- m iv.
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. 151
-forrie fon fils le blelTà _, 6c le defarçon- que le Rechin avoit fait à & mère en — —
na d'un coup de lance : mais l'ayant re- la répudiant ( c'étoit Ermen^àrçle de lOCti '
connu à fa voix , il le releva la larme à Bourbon; ) & touche de la miiete de Emp««iM
l'œil. Ainfi le liège fut levé ; le père ion. oncle , employa aulîi la force des NE L KE X r. "7*
enfin étant vaincu par les fenrimens de armes pour contraindre fon père à le k ans i- mois,
la nature, & pu- les prières de fa fem- délivrer : mais ce fut inutilement; il?L ,i nc ?v
me &c de les Barons, lui accorda la ne put le reioudre a le relâcher, jui-
grace , lui quitta la Duché; Se il re- qu'à ce qu'il eut reconnu que la mé-
paffa en Angleterre. lancolie , ou quelque breuvage , lui
Gefroy le Bolïu , Duc de la baffe avoir troublé le fens Se le rendoit in-
Lorraine , qui , en faveur de Baudouin capable de tenir aucune Seigneurie.
Comte de Mons , fils de Richilde , avoit Alors le Pape Urbain , qui l'avoit ex-
combattu & défait Robert le Fnfon , communié pour cette injufte déten-
ayant peu après fa victoire , été atlalli- tion , Se l'avoit déclaré déchu de fes
né dans Anvers , l'Empereur retint la terres & Seigneuries, le fit abfoudre
Duché de la balle Lorraine, Se donna Se réhabiliter folemnellement par fon
feulement le Marquifat d'Anvers à Go- Légat ; Se depuis , lui-même étant à
defroy Duc de Bouillon , fiis d'Idde Tours , confirma la Sentence d'abfo-
feeur de Gozelon , Se d'Euftache Com- lution l'an 1097.
te de Boulogne : mais douze ans après Le fameux Robert Guifehard Prin- o "
il lui rendir cette même Lorraine , ce des Normands dans la Pouille mou-
pour les grands fervices qu'il en avoit rut cette année 1085. ayant auparavant
reçus. gagné deux batailles navales , Pune fur
Il y avoit déjà quelques années que les Vénitiens , & l'autre fur les Grecs,
le Roi Philippe étoit marié , fans avoir II avoit deux fils , Boainond & Roger,
encore eu aucuns enfans -, il fit ordon- L'aîné étant alors banni par la crainte
ner des prières par tout fon Royaume de fa marâtre , comme nous l'avons
pour en demander à Dieu. Les vœux dit , fon puîné s'empara des Duchés
des François furent exaucés ; il lui nâ- de la Pouille & de la Calabre : à cau-
quit un fils qu'il nomma Louis > & qui fe de quoi les frères furent en querel-
régna après lui. Il en témoigna fa joye le jufqu'au tems de la première Croi-
à fes Sujets par Lettres publiques-, &c fade, que les Seigneurs François paf-
il voulut que cette heureufe nailTance fant par-là pour aller à la Terre-Sain-
fût célébrée par tout avec des réjouif- te , les mirent d'accord. Leur oncle Ro-
. fances folemnelles. ger garda la Sicile avec titre de Com-
ïo8o Les Seigneurs de la Touraine Se du te feulement.
Maine, touchés de commifération pour La Duché de Normandie étant de-
le jeune Prince Gefroy , avoient pris meurée à Robert , il en traitoit les
les armes contre Foulques le Rechin peuples avec une extrême rigueur : fi-
fon frère, pour le forcer à le mettre tôt que les plaintes en eurent été por-
en liberté. Cet homme barbare , plu- tées à fon père , il repalTa d'Angleter-
tôt que de le relâcher, aima mieux don- re en ce pays-là pour le châtier ; mais
ner la Comté de Gâtinois au Roi Phi- la tendrelTe paternelle le reconcilia fa-
lippe , afin qu'il le foutint dans fon in- cilement avec lui.
juftice. L'an 1086. fut fignaléparde furieux
108 1. Quelques années après, fon propre débordemens d'eaux, ôc par un prodi-
fils , aufiî nommé Gefroy IV. du nom , ge inoui avant ce tems-là ; c'eft que
êc furnommé Martel , piqué de l'affront les volailles domeftiques devenant tout
io%6.
ici ABREGE CHRONOLOGIQUE
— ~~ — d'un coup fauvages, quittoient les mai- mourut le huit de Septembre , en ré- ■ -
10Î56. £ Qns ^ s ' envo loienc dans les bois de putation de Prince très- vaillant , très- I0 «7*
dans les champs. puiiïant 8c très-magnifique, mais ex-
Jufques-ià le Roi Philippe , Prince trèmement fuperbe , avare , 6c qui pis
.fort voluptueux , avoir palfé fes plus eft, fort cruel à l'endroit de les Sujets,
belles années fans inquiétude 8c fans II donna par fon teftament le Royau-
fouci : mais les plaiurs déréglés fe trou- me d'Angleterre à Guillaume dit le
blent eux-memes •, ils deviennent fou- Roux , qui n'étoit que le fécond de fes
vent affaires , 8c en attirent de fort dan- fils : la Normandie à Robert qui étcic
gereuies. S'étant dégoûté de Berthe fa l'aîné, on le nommoit Courtchenfe \ 8c
femme , il fe fervit du prétexte de la quelques terres avec de l'argent à lien-
parenté qui fe trouva entr'eux deux; ri le plus jeune des trois. Ce qui lait 10 gg
8c l'ayant prouvée félon les formes voir clairement qu'en ce tems-là les
d'alors , il fit dilfoudre fon mariage par pères difpofoient de leur fuccefiion ,
l'autorité de l'Eglife , quoiqu'il en eût 8c avançoient ou deshéritoient leurs
un fils nommé Louis , âgé de cinq ans*, enfans comme il leur plaifoit. Robert
8c une filte nommée Confiance. Il re- du commencement , remua toute l'An-
legua enfuite fa répudiée à Monflreuil gleterre, qu'il préuendoit lui appartenir
fur Mer , où elle vécut long-tems af- par droit d'aînelfe ; &ce pays-là en fouf-
fez pauvrement. hit de grandes défolations : mais n'y
"— ô Ce divorce fait félon les formes , 8c étant pas paflé afïez-tôt , la diligence de
par Sentence juridique , il demanda fon frère Guillaume ralentit l'ardeur de
la fille de Roger Comte de Sicile , fes partifans , 8c s'alfura du Royaume.
nommée Emme. Elle fut amenée juf- L'an 1089. arriva la mort fubite de 10^9.
qu'aux côtes de Provence: toutefois Robert dit le Frifon , Comte de Flan*
il ne l'cpoufa pas. On n'en dit point la dres , comme il drelfoit un grand arme-
raifon -, mais il y a apparence que dans ment pour pafier en Angletetre , 8c de-
le tems qu'elle venoit , il fe donna à mander la penfion de trois mille marcs
quelque nouvelle inclination qui lui d'argent que Guillaume le Conquérant
fit rompre ce mariage. avoit promife à Baudouin Comte de
Guillaume le Conquérant devenu Flandres , pour l'avoir afîifté à la con-
valétudinaire , faifoit diète à Rouen , quête de ce Royaume-là. Son fils de
pour fe décharger du trop de grai Ife même nom lui fuccéda en fa Comré.
qui Pincommodoit. Le Roi le raillok On lui donna à quelque tems de là le
à tout propos , 8c demandoit quand il furnom de Jérufalem , parce qu'il aflif-
releveroit de fes couches. Le Duc lui ta au fiége de cette ville. _
envoya dire qu'il iroit faire {es rele- L'an 1090. le feu facré qu'ils nom- 1090.
vailles à fainte Geneviève de Paris avec moient le feu S. Antoine , fe rallumant
dix mille lances en guife de chandelles, plus furieufement que jamais, caufa
En effet , fi-tôt qu'il le put il monta à d'horribks défolations dans la haute 8c
cheval , défola tout le Vexin François , halïe Lorraine. On y voyoit par tout ,
8c força 8c brûla Mantes, où il palfa tout dans les chemins, dans les foffés , 8c
au fil de l'épée. Mais il s'échauffa fi fort aux portes des Eglifes , des perfonnes
à l'attaque de cette place , qu'il fe mit ou mourantes, ou à qui la douleur in-
lui-mcme le feu dans le corps , 8c tom- fupporrable du mal faifoir jetter de
ba malade ', de forte qu'il ne put aller hauts cris -, d'autres à qui cette pefte ar-
plus avant , 8c retourna à Rouen. Après dente avoit dévoré les pieds ou les bras,
tju'il y eut langui alfez long-tems , il ou une partie du vifage.
Foulques
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. Mj
■ Foulques le Rechin extrêmement in- vies , félon Tordre du Royaume , lui en — — —•
l0 9)' continent &c changeant en femmes, parlèrent avec une liberté évangélique, xo 94 j
mais qui avoir plus de defirs que de ëC lui en rirent de très-iérieules remon-
puiflàneé , après en avoir quitté deux , rrances ; particulièrement Yves de Char-
fous couleur de parenté , avoit l'an très , qui fe montroit ardent défenfeur
1089. époufé Bertrade , fille de Simon de la difcipline des canons, ôc qui
de Montfort. Les appétits de cette fera- croyant que fa reconnoitTance envers
me jeune , belle , coquette , ne s'acom- ion Roi devoit aller à le retirer du préci-
moderent pas avec la vieil lelïè de fon pice , non pas à l'y enfoncer par des flat-
mari goûteux & chagrin ; elle le quitta teries , 8c des complaif mces , pourfui-
au bout de trois ans pour fe jetter en- vit fi chaudement cette affaire , nonobf-
tie les bras du Roi Philippe qui n'ai- tant toutes les traverfes que le Roi & les
moit que trop les Dames. Ce Prince Courtifans lui fufciterent , que Hugues
s'étant avancé jufqu'à Tours, avoit con- Légat du S. Siège, ayant alïemblé un
certé avec elle les moyens de fatisfaire Concile à Autun, décerna excommuni-
leurs defîis. Pour cet effet il y lailla u« cation contre Philippe : toutefois le Pa-
Gentilhomme , qui prenant fon tems , pe en fufpendit l'effet jufqu'à l'année
enleva cette femme de l'Eglife de S. fuivante qu'il la fulmina lui-même dans
Martin, de la lui mena à la ville d'Or- le Concile de Clermont. _
Jeans , où il l'attendoit. Cet horrible La fameufe querelle d'entre le Pape & 109$.
fcandale fut encore fuivi d'un autre qui les Empereurs , qui a caufé tant de maux
ce l'étoit pas moins , lorfqu'on vit qu'il à la Chrétienté , étoit alors fort échauffée*
l'avoit époufée en face d'Egliie, s'étant Elle avoit commencé entre Grégoire VII.
trouvé des Evêques qui furent d'avis & Henri IV. le premier extrêmement im-
qu'il le pouvoir faire ; & un même., périeux & entreprenant , le dernier mè-
fçavoir EudjS de Baveux , frère utérin chant , cruel & déréglé au dernier poinu
de Guillaume le Bâtard, qui ofa les Les Papes avoient pour prétexte doter a.
marier enfemble , moyennant le rêve- l Empereur Vinvefliture des Bénéfices ,
nu de quelques Eglifes que le Roi lui comme une chofe injufle&facrilé'ge: mais
donna. leur motif pouvoit être le defir de CEmpi-
Bertrade érort parente du Roi du cin- re d'Italie , & d'affervir tous les Princes
quiéme au fixiéme degré ; le Rechin fous la puiffance Pontificale. Ce qui pa-
fon mari du troihéme au quatrième; roiffoit fort aifé ^ a" autant que toute l Eu-*
c'étoit donc deux empêchemens : d'ail- rope étant partagée en cent & cent Dorni-
leurs fi Philippe étoit libre , comme il nations , il n'y avoit que des Princes fort
prétendoit l'être, Bertrade ne l'étoit foibles ; fi bien que la plupart d'entr eux
pas, parce que fon premier mariage ou par dévotion , ou pour éviter la fouve-
n'avoit point été bien dUlout : ainfi il raineté des plus Grands , Je foumettoient.
y avoiî dans cette con-jonétion double & même fe dévouoient au S. Siège , & lui
adultère §c d©uble incelie. pay oient tribut. De forte que s'ilfe fut
L'Eglife ne put pas difiimuler un at- trouvé quatre ou cinq Papes de fuite qui * *Qeî«aifc! »
tenta: qui vioîoit toutes fortes deloix, euffent été au (fi faints & suffi babiUsT*'- 2 ^*^'
qui orrenloit tous les gens de bien, oc qu Us Je pouvaient être , qui eujfent agiYvk^z ç-t^
qui donnoir un pernicieux exemple aux fins aucun intérêt que celui de Dieu & de ^ c!ÏeJB ,* s ;■
foibles Ôc aux médians de fe jerxer har- fon Eglife , & qui euffent fçu prendre bien mfjiss g™ .
diment dans de femblables délordres. à propos la caufe des peuples contre Us** 1 *? -><■'*■>■»■:
Auili quelques bons Evêques s'étant oppre{feurs , ils Je fujfent rendus Monar-^^? rT \
trouvés à fes noces, ojà il les avoit con- -f.ues au temporel auffi-bknquaufpirhtueL ££,&&&&.
Tome II. y
154 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" Les Turcs , après diverfes irruptions , i'Hermite étoit un Gentilhomme Pi- ~~— —
ayant été appelles à lajblde de Machmet card d'auprès d'Amiens , qui ayant fait I0 95
Roi de Perj'e y qui étoit Sarrafîn, & avoit quelques voyages dans la Teire-Sain-
guerre contre le Caiif de Babylone Ma- te , comme taiioient depuis cent ans
kometan , aboient tourné leurs armes con- prefque tous les Princes 8c les Prélats
tre lui même y & s étaient rendus maîtres de 1 Occident , avoit vil les cruautés
d'une partie de fes pays dès L '.'an 104S. que les Infidèles y exerçaient fur les
puis de la Méfopotamie , de CAffirie , de Chrétiens , 8c en avoit porté les lamen-
la Judée , & prefque de toute L Ajie ; & rations par toutes les Cours de l'Europe.
avoient formé cinq oujîx Dinaflies , une Les exhortations pathétiques du S.
en Perfe , une en Buhinie , une en Cili- Père firent une telle impreffion fur tous
cie , une en Damas , dont J érufalem dé- les efprits de l'alliftance , qu'ils s'écrie-
pendoit, & une à Antioche. Or fubju- rent tous d'une voix , Diex el volt \ 8c
guant les Perfans , ils avoient pris leur offrirent à l'heure même leurs biens
Religion , qui étoit la Mahometane. Cet- & leurs vies pour cette fainte expédi-
u raifon jointe à leur barbarie naturelle , tion. La marque en étoit une Croix
les portoit à traiter les Chrétiens qui ha- rouge , que l'on coufoit fur l'épaule
bitoient en Judée , avec toute forte de gauche , 8c le cri de guerre , Diex el
cruauté ; & d'ailleurs ils menaçoient volt. Aymar Evêque du Puy , fut lepre-
£ envahir le refu de VAfu , 6' de détruire mier qui reçut la Croix de la main du
tout l Empire d'Orient. S. Père \ 8c Guillaume Evèque d'Oran-
En cette année lîrbain II. venu en gelé fécond, enfuite grand nombre de
France , refuge des Papes affligés , afin Princes 8c de Seigneurs j 8c cette ar-
<I erre reconnu pour vrai Chef de l'Egh- deur fe portant en très-peu de tems par
fe , ( car l'Empereur l'avoit détrôné , toute l'Europe , un nombre* infini de
& en avoit fait élire un autre ) allem- perfonnes de toutes qualités, de tout
bla un grand Concile à Clermont en â-'ge 8c de tout fexe, s'enroloient dans
Auvergne , dans l'O&ave de S. Martin, cette facrée Milice.
Il y fit quantité de Canons pour la ré- Ces croifades & voyages d'Outremer ,
formation du Clergé, particulièrement dont V ardeur a duré plus de deux cens
pour déraciner la fimonie , 8c pour ôter ans , furent extrêmement funefles aux
le mariage des Prêtres: 8c après ayant Juifs; Us Croifés , par un ^éle furieux ,
entendu 8c examiné les plaintes de les majfacrant dans tous les pays ou ils
Foulques le Rechin , il excommunia le paffoient. Et d'ailleurs elles produifirent
Roi Philippe, 8c Bertrade fon époufe la ruine delà plupart des grands Sei-
prétenclue : comme aulli tous ceux qui gneurs , & la foule des pauvres peuples
l'appelleroient Roi , 8c qui le recon- qui fouffrent toujours beaucoup de ces
noîtroient pour Souverain , tandis qu'il grands mouvemens , & payent toutes les
croupiroit dans ce péché. folles dépenfes de ceux qui font au-deffus
Dans le même Concile, fur les inf- d'eux. Mais les Papes & les Rois en ti-
tances que faifoit l'Empereur Alexis , rerent de très-notables avantages pourfe
d'avoir du fecours contre les Turcs -, 8c rendre abfolus. Ceux-là , parce qu'ils fe
fur les remontrances de Pierre l'Her- mirent en poffcffion de commander aux
mite , le Pape anima, par une forte Empereurs & aux Rois a" aller à ces ex-
Harangue tous les Prélats là préfens , à péditions: quils en étoient toujours les
lui en donner , 8c à porter les fidèles à Chefs ; qu'ils recev oient fous leur protec-
s'armer pour la défenfe de la Chrérien- tion les perfonnes & les biens de ceux qui
té , 8c à paffer en Orient. Ce Pierre fe croifoient; que peur exciter & encou-
ioc, s
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. M5
rager ceux qui preno'unt les armes pour en ces quartiers-là , avec quoi ils gour- '" ^
ces guerres , ils rendirent iufage des In- mandoienc tout le pays , &c rompoient «. r ^"
dulgences & des dijpenfes plus commun tout le commerce de Paris & d'Orléans ;
qu'auparavant: que leurs Légats recueil- quoique Guy Seigneur de Rochefort ,
loient & mamoient les aumônes & les frère de Miles, fut fort dans les bon-
legs qui fe fa ifoient pour accroître & gar- nés grâces de Philippe , & exerçât la
der les conquêtes d'Outremer ;& que me- Charge de fon Grand Sénéchal. Ce
me ce leur fut un fpécieux prétexte de Guy pafla l'an 1097. en Terre-Sainte,
commencer à lever des Dec 'unes fur le peut-être pour ne fè point mêler ,
Clergé. comme il y eût été obligé par la cou-
Les Rois s y en accommodèrent auffl , tume d'alors , dans les guerres de fes
parce que tous les plus braves & les plus parens contre le Roi fon bienfaiteur.
mutins allant en ces Provinces lointai- Dès la première expédition en Ter-
nes , leur laifj oient le terrein plus libre , re-Sainte , il fe croifa plus de trois
& une belle occafïon d'entreprendre fur cens mille hommes , qui fe diviferent
leurs Places & fur leurs Droits & Pri- en plusieurs bandes. Les unes prirent
viléges : Que les Grands leur vendoient leur chemin par l'Allemagne ôc la Hon~
ou engagoient leurs Terres pour avoir de grie , les autres par l'Efclavonie , les
quoi fubvenir aux grands frais de ces autres par l'Italie , pour s'embarquer
voyages : ou que par leur mort elles de- fur les côtes de la Pouille : celles-ci re-
meuroient à des mineurs ,