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BOSTON PUBLIC LIBRARY.
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CHRONOLOGIQUE
DE L'HISTOI
D E
FRANCE
9
Par le Sieur de Mezerat, Hi/Ioriographe de France.
NOUVELLE EDITION , AUGMENTEE.
TOME SECO
Commençant au Règne de Charles II. jufquâ la
fin du Règne Lov I s XI. avec la Fie des Reines,
A AMSTERDAM, ■
CHEZ DAVID MORTIER, LIBRAIRE
M. D G C. L V.
ADANiS
ROIS ET REINES DE FRANCE
CONTENUS DANS CE SECOND VOLUME.
4
f«n S4O'
en Juin.
gue.
% V:.T Louis III. &
Avril.
884. en
Décemb.
888.
% 9i .
?i}. en
Juillet.
en Janv.
5)4. en
Oftob.
986. en
Mars.
60.
6 3 .
Roi
70.
CHARLES II. dit U Chauve , Roi
XXV. Page 1.
Louis II. dit le Bègue , Roi XXVI.
16.
Ansgarde » femme de Louis le Be-
28.
Carloman , Roi
XXV IL 3 2 -
Charles III. dit le Gras , Roi
XXV IIL 36.
RlCHARDE,/<?7»2»£ de Charles le Gras.
40.
Eupes , Roi XXIX. 42.
Charles IV. dit le Simple, Roi XXX.
43.
OgiNE , femme de Charles le Simple.
59
Raoul , Roi XXXI.
Eglife du neuvième fiécle.
Louis IV. dit d'Outremer
XXXII.
Gerberge , femme de Louis IV. 80.
LOTHAIRE , Roi XXXIII. 82.
Louis V. dit le Fainéant,RoiXXXlV.
5> 4 .
Troifïéme Race des Rois de France ,
appellée la Race CAPETIENNE ou des
Capets.
#7. en Hugues Capet , Roi XXXV. 90.
L Adeleide , première femme de Hu-
gues Capet. 1 07.
Seconde femme anonyme de Hugues
Capet. 108.
Mœurs & Coutumes du dixième fiécle.
109.
Eglife du dixième fiécle. 114..
Robert , Roi XXXVI. 119.
Constance , troifïéme femme de Ro-
bert. 130.
Henry I. Roi XXXFII. 134.
M ATHiLDE,pr«w/m' femme de Henry.
Anne féconde femme de Henry. I45.
Philippe I; Roi XXXVII y. 147,
596. en
Septem.
ïoji.
1060.
Berte , femme de Philippe, 1 64.
Eglife du onzième fîecle. i6j.
Vrille? Louis VI. dit le Gros, Roi XXXIX.
- ■ 170*
Alix f femme de Louis le Gros. 190.
'adûc" 1 L° uis VIL furnommé le Fieux , Roi
TTT^- XL. I<?2.
CousTAHCE,deuxiémefemme de Louis
le Pieux. 2.0$.
Alix , troifïéme femme de Louis le
Pieux. 210.
Sera»? Philippe H- furnommé Augufle ou
- — *— le Conquérant , Roi XL I. 212.
Isabel , première femme de Philippe
H. 252.
Isemberge , féconde femme de Philip-
pe IL 255.
Eglrfe du douzième fiécle. 25" 8.
"Àoiic" 1 Louis V 'III. furnommé te Lion, Roi
■ XLII. 2pi.
Blanche , femme de Louis VIII.
mère de S. Louis. 2-9 5»
m** en S. Louis IX. du nom , Roi XL1II.
Novem.
302.
Marguerite de Provence 9 jemme
de S. Louis. 327.
n70.cn p H i LIPPE IIJ. furnommé le Hardy,
J2£- Roi XL IF. 332.
Femmes de Philippe III.
Isabelle d'Aragon. 343 .
Marie de Brabant. -345.
ïisj.en Philippe IV. dit le Bel, Roi XLV.
oaob.
- 349.
Jeanne , femme de Philippe le Bel.
31 2 -
Eglife du treizième fîecle. 373.
MM-- ^ Louis X. dit Hutin , Roi XLVI.
Novem. q
3&3,
Clémence , femme de Louis Hutin.
388.
I5 jV n ^ c g enc e fans Roi cinq mois durant.
3$9>
13 té. en Philippe V. dit le Lone , Roi
Novem. vt rsrr ~
— 1 — XLVII. 2$2.
!'**: en Ch ARLK
Jeanne , femme àt Philippe le Long*
398.
IV. <//* /* B</, ^î
400.
Femmes de Charles le Bel,
Blanche de Bourgogne. 4.06.
Marguerite de Luxembourg. 407.
Jeanne d'Evreux. 408.
Régence de deux mois. lbid*
Première branche collatérale*
ijis. en Philippe VI. du de Valois , fumom-
_ JZ!_L w/ /? bienfortnné , Roi XLIX. 405?.
Femmes de Philippe de Valois,
JEANNE de Bourgogne* 452-.
Blanche ^ Navarre. 4.3 3.
^ JEAN I. *** L. 4^5.
i 5î û. en Charles Dauphin 5 Lieutenant , p«i/
oaob - #<g«.*. 441.
Chaules Dauphin , Régent pour la
féconde fois. 453*
Jeanne de Boulogne & d'Auvergne ,
féconde femme du Roi Jean, 455*
1 3 18.. en
Avril.
1 364. en
Janvier.
1380. en
Septem.
1410 en
Décem.
«r An.' ChAres V..«f// fc %<? C^ TEloquentï
— &- RoiLl, 4s g.
Jeanne de Bourgogne \femme de Char-
les l r , 47 8.
Charles VI .Roi L/7. 48a.
Charles VI. portant encore le nom
> ■ de Roi.
Henry , Roi d'Angleterre ,fe portant
pour Régent.
Et Charlîis Dauphin prenant le même.
titre. m .
ISABi au de Bavière, femme de Char-
les VI 5 3 8.
Egiile du quatorzième fiecie. 54,2
i4"- en Charles VII. dit le Viclorieux , Rot
Octobre. r rri
LllL jcj.;
Marie de Jerufalem & de Sicile ,
femme de Charles FIL f8i.
Louis XI. Roi L IV. 5 86V
Charlotte de Savoye , femme- de
Louis XI, $2-\
1461. en
Juillet.
Fin de U Table du Tome fécond.
Errata du Tome 1T.
Page 1 5 ç. féconde colonne , lignes 40* & 41. les Comtes , lifez. le Comte,
Page 388. Blanche, lif. Clémence femme de Louis Hum.
c
R. L E S II.
DIT LE CHAUVE,
ROI XXV.
Agé de dix-sept ans.
înjufte» foibîe & vain , je mis en décadence
Des Princes Carliens l'Etat & la maifon.
Lorfque je rejoignois l'Empire avec la Franceo
Un intidele Juif me donna du poifon.
tOTAIRE Empe-
reur & Roi d'Ita-
lie.
LOUIS Roi de Ger-
manie.
CHARLES Roi de
Bourgogne & de
Neuftrie.
PEPIN combattant
pour le Royaume
d'Aquitaine.
A P E S.
Encore Grégoire IV. S. 3. ans fous
ce régne.
Sfrgius IL élu le 10. Février 844. S.
3. ans un mois.
Léon IV. élu le i*. Avril 847. S. 8.
T ans ?. mois.
g Benoît III. élu le 11. Juillet 85 j. S. *.
Empereurs
encore T»; u - S~*\ U e l q u e s jours avant fa mort ,
taIIe^i/r ^<[J e Débonnaire avoir envoyé fon
j j. ans. ' feepere , fa Couronne & fon épée , mar>
Torne IL
ans 6. mois.
Nicolas I. élu le ^4. Avril 858. S. 9.
ans 6. mois.
Hadkjan IL élu le 14. Décembre 867.
S. s. ans.
Jean VIII. élu en Décembre 87*,
Siégea 10. ans , dont 5. fous ce régne.
ques de l'Empire , à Lotaire fon fils aî-
né , lui recommandant de protéger le
Prince Charles , & de lui conferver le
A
340.
i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
~ partage qu'il lui avoit donné de fon Les Seigneurs qui accompagnoient — ■
"* 0, contentement. Mais Lotaire s'étoit mis Charles, reconnoiifant les artifices de ^°*
dans l'efprit , que fuivant la première fon aîné , crurent qu'il falloit les rom-
difpofition de Ion père , le droit d'aï- pre par u ie brave réfolution , 8c lui
neiie ôc fa qualité d'Empereur le de- conleillerent de s'avancer tout droit
voient rendre fouverain fur fes puînés, vers lui. Ainfi les deux armées fe trou-
Dans ce deiïein il part d'Italie , fe verent à fix lieues l'une de l'autre , la
rend au Royaume de Bourgogne , où ville d'Orléans entre deux. Alors les
il vouloir établir fon fort & le rendez- Seigneurs des deux côtés s'entremirent
vous de (es troupes 8c de fes amis, 8c de les accommoder fuivant la coutume
dépêche fes Commiffaires par tout pour des François. Ceux du parti de Char-
folliciter les Seigneurs de lui prêter le les fe trouvant les plus f bibles, confen-
ferment. Il pana de là à Wormes , d'où tirent à un accord qui lui étoit fort
il attire les Saxons dans fon parti -, 8c défavantageux : car il ne lui demeuroit
de Wormes, il s'avança jufqu'à Franc- par provifion que l'Aquitaine , le Lan-
fort. Il penfoit furprendre Louis : mais guedoc , la Provence , 8c quelques
ce Prince s'étant venu camper tout pro- Comtés entre la Loire 8c la Seine, 8c
che , l'étonna li fort , que comme il il fut dit qu'ils s'alfembleroient au Par-
ufoit plus de rufe que de force : il fit lement qui fe tiendroit à Attigni , pour
trêves avec lui juf qu'au n. de No- régler tous leurs différends; mais que ce-
vembre , qu'ils dévoient fe retrouver pendant Lotaire n'attenteroit rien con-
au même endroit pour vuider leurs dif- tre Charles ni contre Louis, autre»
férends , ou à l'amiable, ou par les ment qu'ils feroient quittes de leur fer-
armes, ment.
Charles étoit alors à Bourges, où il Ce traité fait, Charles marcha vers"*~7
atrendoit que Pépin le vint joindre, la Bretagne pour réprimer les mouve- ^ lm
mais il manqua au rendez-vous promis , mens de quelques Seigneurs Bretons,
croyant qu'il trouveroit mieux fes De là il revint lur fes pas pour fe trou-
avantages de l'autre côté. De là il dé- ver au Parlement d'Attigni. Lotaire
pécha vers Lotaire le prier de fè fou- avoit cependant efïayé de lui fermer
venir des fermens qu'il lui avoit faits les paifages , rompu tous les ponts de
entre les mains de fon père , lui of- deflus la Seine , 8c mis des troupes fur
liant tout refpeét 8c fourmilion com- les bords qui le côtoyoient toujours,
me à fon aîné. Lotaire l'amufa de Ces précautions ne lui fervirent pour-
belles paroles , 8c cependant drelloit tant de rien, d'autant que Charles ayant
routes (es machines pour le jetter hors fçû qu'il y avoit des vaiffeaux au def-
de fes Etats. fous de Rouen , fit diligence de s'en
Après que Charles eût par fa préfen- failir , 8c paila £qs troupes de/Tus , i'es
ce confirmé les peuples d'entre la Meu- ennemis s'étant mis en hiite dès qu'ils
fe 8c la Seine, 8c qu'il eût enfuite fait eurent vu fon étendard,
un voyage en Neufirie , il retourna en En même tems Lotaire, par le con-
diligence en Aquitaine, pour arrêter feil d'Albert Comte de Mets, fon prin-
îes progrès de Pépin , à qui les appro- cipal boutefeu , 8c d'Othbert Evêque
ches de Lotaire avoient fort enflé le de Mayence , pratiquoit les François
courage. Il rabailfa un peu fon. parti par Auirrafiens •■> 8c fçacnant que Louis le
le gain d'une bataille : mais cependant Germanique étoit en marche pour join-
les peuples de Neufhie fe rangèrent du dre Charles , il fit palfer le Rhin à des
côté de Lotaire. troupes pour aller au devant de lui , &c
CHARLES II, ROI XXV. ?
•débaucha une partie des tiennes -, en lui donner tout leur bagage , horfmis
*4 K forte que Louis tut con(lï;lé,de peur leurs armes & leurs chevaux, & lui & 4 J *
de perdre le refte , de (e retirer en Ba- céder même une partie de leurs terres
viere. Il eut été facile à Lotaire de voifines del'Auftrafie, ne fei virent qu'à
l'accabler , s'il l'eût vivement pourfui- le confirmer dans fa réfolution de tout
' vi : mais il fe contenta de laiiïer des avoir , & de faire valoir fon titre
troupes le long du Rhin , commandées d'Empereur. Ils furent donc contraints
par Albert Comte de Mets, ppurl'em- de lui envoyer livrer le champ de ba-
pêcher de revenir au fecours de Ion taille pour le lendemain matin à la deu-
frere Charles. xiéme heure du jour : c'étoit le 25, de
Cependant Charles ayant remonté le Juin,
long des bords de la Seine , fait fes Les deux armées étoient campées
prières à Div.u dans l'Eghfe S. Denis , vis-à-vis l'une de l'autre aux environs
joint quelques troupes que deux ou du Bourg de Fontenay près d'Auxerre.
trois de fes Comtes iui amenoient près Toutes les forces de la France , tous les
de Monrreau Faut- Yonne , & pouifé Grands &c tous les plus braves chefs
deux Comtes de Lotaire qui vouloient écoient-là , autour des quatre Rois , qui
s'oppofer à fa marche , alla palfer à dévoient être les témoins & les remu-
Troyes , où il célébra la tête de Pâques, nerateurs de leurs actions. Aufli le
De là il fe rendit à Attigny , pour taire combat fut le plus opiniâtre de le plus
voir qu'il ne manquoit pas à la conté- fanglant qu'on fe puilfe imaginer. De-
rence alîignée entre lui & Lotaire. Après puis le commencement de la Monar-
l'y avoir attendu quelques jours en chie Françoife , juiqu'au tems que j'é-
vain , il marcha vers Châlons , Se là il cris , il ne s'eft point répandu tant de
accueillit l'Impératrice Judith fa mère , fang François en quelque journée que
8c les troupes qu'elle lui amenoit d'A- c'ait été. Il y périt cent mille hommes ;
quitaine. horrible playe , & qui atroiblit fi fort
Il apprit en même tems , que fon la maifon Carlienne, qu'elle ne s'en pût
frère Louis ayant rallemblé fes forces jamais remettre. La victoire demeura
avoit gagné une bataille fur Albert aux deux jeunes frères. Ils en uferent
Comte de Mets , qui éioit demeuré avec toute l'humanité pollible , ôc ne
mort fur le champ , & qu'il faifoit voulurent pas donner la challe à l'Em-
diligence pour le venir joindre. Voilà pereur leur aîné , de peur de répandre
pourquoi il fe mit en marche pour al- du fang davantage. Ils firent même en-
ler au devant , méprifant le bruit que fevelir fes morts, & panfer ùs blelfés
Lotaire faifoit courir qu'il fuyoit. Ce- comme les leurs , & publièrent un par-
pendant Louis arriva ; &c ainn les deux don général pour tous ceux qui le vou-
jeunes frères étant joints, fe trouvèrent droient accepter. Le lendemain ils af-
les plus forts. Lotaire étoit perdu s'il femblerent les Evêques, dont il y avoit
n'eût pas trouvé moyen de gagner quel- un bon nombre dans leurs armées , pour
ques jours par de feintes négociations , les confulter fur la manière dont ils
jufqu'à ce que Pépin , qui étoit en auraient à expier ce carnage de tant de
marche , l'eût pu joindre. Quand il eut Chrétiens. Les Evêques répondirent
reçu ce rentort , il ne parla plus que qu'il* n'avoient combattu que pour la
de les faire obéir , & établir fur eux juftice , comme le jugement de Dieu
une Souveraineté monarchique. Toutes en étoit la preuve manifefte , &z partant
les offres 3c les ioumilhons qu'ils lui qu'ils les croyoient innocens ; mais que
•êrent par diverfes fois , jufqu'à youloir fi quelqu'un fe fentoit coupable d'avoir
b'4i,
4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
fait quelque chofe par colère , par hai- en langue * Romance & en langue Tu-
ne ou par gloire , il eue à s'en confef- defque. Il portoit que li quelqu'un des *» ^ wrt
fer fecrecemenr Ôz recevoir une péni- deux frères y contrev.non , les lujets u rhjIk*
tence fecrette. Ils ordonnèrent aufii que ne feroient plus obligés de le ieivir. L«tma.
les troupes célébralfent un jeûne de trois C'étoit à proprement pailcr leur cion-
jours pour leurs frères qui avoient été ner ouverture de changer de Souve-
tués à la bataille. rain quand il leur plairoit .
La plupart Aqs chefs s'étant retirés Cette union ayant ralfuré leurs fâ-
chez eux pour fe rafraîchir , ces Prin- jets , ramené ceux que Lotaire avoit dé-
ces ne purent pas recueillir tous les bauchés , & grolîi leurs troupes , ils fe
fruits d'un li notable avantage. Louis mirentà le chercher pour le combattre :
r'epafla le Rhin , Ôc Charles prit fa rou- mais il tira pays de vîtelfe , fans s'anê-
te vers l'Aquitaine pour en chaifer en- ter nulle part qu'il ne tût arrivé à Lyon -,
tiérement Pépin. Ce Prince étoit telle- 6c par fa fuite il leur abandonna toute
ment abbatu , qu'il vouloit fe foumet- l'Aulfrafie, & une partie du Royaume
tre à tout : mais la dilïenfion ayant de Bourgogne.
brouillé le confeil de Charles, en for- Comme ils furent de retour à Aix ,
te qu'il n'agilfoit que foiblement > il les Evêques par eux aifemblés donne -
reprit courage , ck fe mit en campagne, rent un jugement folemnel , & fort re-
D'autre côté Lotaire qui s'étoit fau- marquable contre Lotairc. Il portoit
vé à Aix avec fes débris , ayant levé de que pour raifon des crimes commis à
nouvelles forces , fe fit bien-tôt revoir l'endroit de TEgliie, de fon père ôc de
en Neuftrie , où il avoit grand nombre fes frères , après une mûre délibération ,
de partifans , tk perça jufques dans le ils le déclaroient entièrement déchu de
pays du Maine , brûlant &: faccageant fa portion des terres de deçà les monts,
toutes les contrées par où il palïoit. Et néanmoins ils ne voulurent point la
De là il rebrourTa vers Paris. Sonar- détérer aux deux jeunes frères, qu'au-
mée &z celle de Charles fe rencontre- paravant ils n'eufïent fçû d'eux s'ils en-
rent près de S. Denis , la rivière entre tendoient la gouverner félon les com-
deux y celle de Charles étant la plus mandemens de Dieu. A quoi ayant
foible fe fauvadans les forêts du pays répondu qu'ils le defiroient ainfi , les
du Perche *, Lotaire la pourfuivit quin- Evêques leur dirent : Et nous par Vau-
zj jours : mais ne la pouvant contrain- torité divine , vous prions que vous la re-
dre de venir au combat , il renvoya Pe- cevie% & la gouvernie^felon la volonté
pin qu'il avoit fait venir avec fes ban- de Dieu. Ils diviferent donc entr'eux
des d'Aquitaine. la portion de l'Aurtrafie que Lotaire
q, z ^ Les deux jeunes frères en fe féparant , avoit poffédée.
nirs s'étoient donné rendez-vous pour fe Toutefois ce partage ne tint pas: car
Michel nr. fevoir au plutôt. Dès que Charles eut ce Prince les ayant peu après recher-
fils de Th =° _ les chemins libres , il alla jufques fur le chés d'accommodement , les amis com-
vrier'n.. ij. bord du Rhin pour recueillir fon frère : muns firent en forte que les trois frères
ans avec là fe tous deux s'étant rendus à Stras- s'abouchèrent dans une Ifle fur la Saône,
ftuï 6 %c en- bourg le zx. Février, après plufîeurs accompagnés chacun de quarante Sei-
core Lotai- fêtes & caroufels , firent une nouvelle gneurs , en préfence defquels ils con-
* E> ligue & amitié , fe promettant par vinrent de partager toute la fuccellïon
ferment folemnel de ne s'abandonner de leur père ( la Bavière , la Lombar-
jamais l'un l'autre. Ce traité étoit con- die , tk l'Aquitaine non comprifes ) en
çu & écrit en deux langues, fçavoir trois parties égales, dont Lotaire aurok
CHARLES II. ROI XXV. 5
le choix. Que les mêmes quarante de- Provence eut tout ce qui étoit entn
4i * pûtes de la part de chacun d'eux, s'alïem- les Royaumes de fes deux autres ri ères, 43*
bleroient au mois de Novembre dans fçavoir les terres d'entre i'Eicault , la
la ville de Mets pour faire cette divifion Meufe , le Rhin & la Saône. On ap-
felon leur confcience, & que cependant pelia cette étendue en langue Tudef-
chacun des trois Princes demeureroit que Loterreich , en langue Komance * *Lohiere«
dans la portion qu'il tenoit. Lohier Règne , & par abrégé Lorraine , vieux Fian-
L'aiîemblée des fix-vingts Seigneurs c'eft-à-dire le Royaume de Locaire. ^ s i ' re celtLe '
ne fe fit point à Mets , parce que Lotai- Le pays qui porte ce nom aujourd'hui
re étant à Thionville , il n'y auroit pas eu n'en eit qu'une bien petite partie,
de fureté pour les députés des deux jeu- Quant à Pépin , on ne lui fit aucune
nés frères : elle fut remifeà Coblents fur part , mais ayant gagné une grande ba-
ies conflans de la Mofelle & du Rhin , taille dans 1 Angoumois fur les gens de
ôc là encore faute de pouvoirs affez Charles fon oncle , qui s'eftorçoit de lui
amples , ils ne purent convenir que ôrer fon Royaume d Aquitaine , de af-
d'une trêve jufqu'à la fête de S. Jean- fiégeoit Touloufe , il s'y maintint en-
Baptifîe ■■, ôc d'une autre atfemblée qui core quelques années , jufqu'à ce que
fe feroit à Thionville avant ce tems- fes vices , plutôt que les forces de fes
là. ennemis , le détrônèrent.
Dans cet entre : tems Charles fe ma- Cette divilion de la Monarchie en-
ria dans fon Palais de Crecy fur Oife , tre frères égaux , d'éfunit les peuples de
*Selouquel- avec Hermentuide fille de * Vodon &c la Gaule, de la Germanie & de i'italie,
odonou Eu- petite-fille d'Aielard qui avoit gouver- qui avoient commencé à fe coler, pour
d« comte né Louis le Débonnaire , & avoit été ainfi dire , & à fe joindre en un corps
d Orléans. un e ft r0 y aD l e dillipateur des finances de Monarchie : elle fit que les fujets
ôc des domaines de la Couronne ; ce devinrent changeans , infidèles, fac-
qui d'un côté lui avoit attiré la haine tieux , & qu'ils le donnèrent la liberté
de ceux qui aimoient le bien public -, de choifir des Princes, croyant le pou-
miis de l'autre , raifeètion des courti- voir faire , pourvu qu'ils fufïent du
fans & de ceux qui ne peuvent entrete- fang Royal. Mais ce qu'il y avoit de
nir leur grande ciépenle , que par les pire , étoit que la France ayant perdu
profullons d'un Mmiftre. la meilleure partie de fes forces par cet-
Lcs Seigneurs François afTemblés à te grande faignée de Fontenay , ne fut
Thionville, travaillèrent il bien au par- plus en état de contenir les peuples
rage des trois frères, qu'ils en vinrent à qu'elle avoit fubjugués , particulière-
bout le 16. du mois de Mars. Le Royau- ment les Gafcons & les Bretons, ni de
me d'Occident ou France Occidentale , fe défendre des incurfions des Nor-
qui eft à peu près ce que l'on nomme mands.
aujourd'hui la France , fçavoir depuis Pour les Gafcons , Azenar qui s'étoit
la Mer Britannique jufqu'à la Meufe ; emparé de la Comté de ce pays-là ,
& avec cela le Languedoc & la Mar- étant mort l'an 836. fon frère Sance
che d'Efpagne échurent à Charles ; l'avoit aufii envahie malgré Pépin , &
l'Aquiraine étoit difputée par Pépin, s'y maintenoit avec l'appui des Bafques
A Louis vint la Germanie jufqu'au de des Navarrois. La Duché étoit alors
Rhin , avec quelques villages en deçà tenue par un Seigneur nommé Totiius :
qu'il voulut avoir , parce qu'il y avoit Azenar bien loin de lui obéir , le fati-
des vignobles ; & Lotaire outre le titre guoit par de continuelles incurfions , &
d'Empereur , le Royaume d'Italie ôc la pendant qu'il le tenoit occupé 3 don-
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
-» noit lieu aux Normands de ravager cou- ve , mourut à Tours -, 6c ce Bernard ■-
«45 • te cette Province. qui avoit été il fort dans les bonnes *Hv
On ne fçauroit fans horreur raconter grâces , mais depuis difgiacié pat fon
les ruines , les meurtres & les embvâfe- mari , ayant été acculé d avoir brailé
mens que Ces barbares firent par toute queique truhilon fur la Marche d'Efpa-
la France. La néceiliié les forçoit de gne, dont il étoit Comte autli bien que
fortir de leur pays , pour chercher leur Duc de Septimanie , rut pris & con-
fubuTtance ailleurs : car de cinq ans en damné à mo.t par le jugement desSei-
cinq ans on metcoit dehors des peupla- gneuis François.
des ou effams de jeunes gens , que ion Pendant le gouvernement du Duc
donnoit en partage à des Princes pour Totilus en Galcogne , Ls Normands
aller chercher leurs avantures en u'au- ayant manqué une entrepriie lut Bour-
tres pays. Le defir du butin & de la deaux , ruinèrent Bafas , Ayre, Laitou-
gloire les jettoit fur les plus riches pro- re , Daqs , Tarbe de Bigorre, Labour,
vinces ; le Faux zélé de leur religion îm- Oleron oc Lafcar , & battirent deux Fois
pie Se brutale , les rendort cruels & ce Duc ; mais à la troiiiéme il eut
ianguinaires , particulièrement à l'en- l'avantage fur eux , & les châtia entié-
droit des gens d'Egliie -, les François fe rement de toute la Gafcogne.
fervant de leurs lecours dans les que- Il ne vécut que peu de tems après
relies publiques & particulières, les in- fa viétoire : on donna fa Duché d Se-
troduifoient dans le pays ; ik. les mé- guin 5 & pour le fortifier davantage
chans garnemens que les déiordres des contre Sance &c contre les Normands ,
guerres civiles avoient mis en curée , on y joignit encore la Comté de Bour-
non-feulement leur fervoient de gui- deaux, qui auparavantétoit de la fécon-
des , mais encore de chefs &: d'inftiga- de Aquitaine , on y ajouta même , fi je
teurs pour tout piller , avec tant dedef- ne me trompe , celle de Saintes. Ce qui
trustions , qu'on n'en trouve point de n'empêcha pas que les Normands ayant
pareilles dans routes les hiltoires du fait une féconde defeente l'an 845. ne
monde. Car depuis une mer jufqu'à le défilfent en une fanglante journée
l'autre , il ne demeura pas un Monaf- entre Saintes & Bourdeaux _, où fa mort
tére , pas une Eglife qui ne reffentît combla leur victoire.
leur rage diabolique , pas une ville qui Le Duc Guillaume (on fucceffeur ne
ne fut rançonnée , pillée ou brûlée deux put arrêter ce débordement qui rouloit
ou trois fois. Ce qui faifoit allez con- par la féconde Aquitaine , 6V enlevoit
noître que c'étoit une terrible vengean- tantôt la ville de Saintes, tantôt celle
ce de Dieu. d'Angoulême , une autre fois celle de
Aullî donna- t-il toutes ces années-là Limoges ou de Perigueux. La confufion
Vers 1 an j e v ifibles avertilTemens de Faire péni- qu'ils caufoient dans ce pays- là , ik la
^4°' tence : prefque tous les ans îlparoilFoit révolre de Bernard Duc de Septimanie
OC luiv. des comètes , on en avoit vu une un dont nous venons de parler , laquelle
peu avant la mort de Louis le Débon- arriva en ces mêmes années , donna la
mire -, $c une autre encore l'an 842. hardielfe aux Gafcons du Duché , de fe
D:puis l'an 840. jufqu'en 850. il pa- joindre à ceux du Comté pour faire
rut prefque toutes les années desbatail- tous enfemble le Comte Sance Duc de
les en l'air , & la terre trembla fouvent Gafcogne •, auquel quelques années après
avec des mugiflèmens effroyables. fuccéda Arnauld fils d'Emenon ou Im-
L'an 843. au mois d'Avril l'Impé- mon Comte de Perigord.
ratrice Judith mère de Charles le Chau- Dès 1 an 841 . comme les Rois étoient
CHARLES I
en campagne pour fe détruire l'un l'au-
^45 • tre , Ochery ou Oger , l'un des plus re-
doutables chefs des Normands , qui
commandoit une flote de cent cinquan-
te vaifïeaux , brûla la ville de Rouen
le quatorzième de Mai , ôc l'Abbaye de
Gemiege quelques jours après : & quin-
ze ou feize ans durant continua fes bar-
baries fur la Neuftrie , mais plus parti-
culièrement fur la Bretagne ôc fur l'A-
quitaine.
Ces Barbares avoient aufli pris la
route de defcendre par la Bretagne : la
révolte de cette Province leur en ayant
ouvert les portes. Louis le Débonnai-
re en avoit donné le Gouvernement à
Neomene ilïii des anciens Rois de ce
pays-là , ôc frère puîné de Rivalon pè-
re de Salomon. Or Neomene ayant ac-
quis quelque réputation pour avoir te-
nu tête aux Normands l'an huit cent
trente-fix , commença à fe croire digne
de la Couronne de les ancêtres : tou-
tefois fon defîein n'éclata point juf-
qu'après la fanglante bataille de Fon-
tenay , qu'étant incité par le Comte
Lambert , il fe déclara hautement Sou-
verain , ôc chafTa tous les François de
la Bretagne , horfmis de Rennes ôc de
Nantes , où ils tinrent bon
Ce Lambert outré de ce que le Roi
Charles lui avoit refufé la Comté de
Nantes qu'il demandoit , enrécompen-
fe de ce qu'il avoit combattu vaillam-
ment pour lui à la journée de Fonte-
nay , renonça à fon fervice , & fe jetta
dans le parti de Neomene : avec l'aide
duquel ayant battu ôc tué Renaud Com-
te de Poitiers , à qui le Roi Charles
avoit donné Nantes , il demeura maî-
tre de cette ville. Mais dans peu de
jours en ayant été chailé pour quelque
divilîon qui furvint entre Neomene ôc
lui , il alla malheureufement quérir les
Normands , ôc les amena par la riviè-
re devant Nantes , qu'ils prirent par
efcalade le jour de la Saint Jean. Ils
égorgèrent la plupart, des habitans qui
I. R O I X X V. 7
s'étoient réfugiés dans l'Eglife faint — -
Pierre , maflacrerent l'Evêque fur le ^44*
grand Autel comme il diloit la Méfie ,
ôc emmenèrent tout ce qui reftoit
d'hommes en vie. De là ils turent brû-
ler le Monaftére des Ifles , c'eft Noir-
Mouftier. Ainli Lambert demeura Com-
te d'une ville détruite , ik tâcha de s'y
maintenir , flotant entre fon Roi ôc
Neomene , infidèle à l'un ôc à l'autre ,
haï de tous les deux.
Après le partage fait entre les Rois ,
comme la Bretagne étoit un prétendu
membre de la France Occidentale , qui
étoit échue à Charles le Chauve •, ce
Prince n'ayant plus d'ennemis au de-
dans , tourna fes forces de ce côté -là ,
penfant remettre Neomene dans l'obéif-
fance. Mais il vint hardiment au de-
vant de lui , ôc l'ayant rencontré fur
le chemin de Chartres au Mans , ii le
chargea fi vertement , qu'il mit fon
armée en déroute , ôc le contraignit de
fe fauver dans Chartres à courfe de
cheval.
Cet avantage redoublant les forces
des Bretons , ils faifoient des cour-
fes fur le Maine, l'Anjou ôc le Poi-
tou. Il femble néanmoins qu'il y eut
quelque trêve , puifqu'à l'inftance du
Roi Charles, Neomene chafîa le Com-
te Lambert de Nantes, qui s'alla nicher
dans le bas Anjou , ôc y bâtit le Châ-
leau d'Oudon.
En même tems que Charles fut dé-
fait par Neomene , les guerres civiles
travaillant le Dannemarc, les Seigneurs
de ce pays-là qui fe trouvèrent forts fur
mer, entr'autres, Ragenaire, Haftea
ôc Bier côté de Fer, fous le comman-
dement d'un Roi ou Chef nommé
Horic, fe jetterent fur la France Occi- ~ s 4 e
dentale , ôc ayant forcé les gardes qui
défendoient l'embouchure de la Seine >
pillèrent R.ouen. Une partie comman-
dée par Ragenaire montant avec des
barques le long de cette rivière , facca-
gea tout à droit ôc à gauche ; ôc n'ayant
44-
5 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
pu prendre la cité de Paris, en ruina places , il y exercèrent leurs fureurs — - — -
^45* tout ce qui s'étendoit hors de l'ifle, vingt ans durant. L'an 847. ils pillèrent b 47«
pilla l'Abbaye faint Germain des Prez , le bourg S. Pierre de Rome , & l'Eglife
ôc de là s'en alla détruire la ville de du Prince des Apôtres : ce qui obligea
Melun. Ils n'attaquèrent point l'Ab- le Pape Léon IV. de le fermer de mu-
baye de faint Denis, à caufe que le Roi railles , &c d'y loger les Corfes que les
Charles fort dévot envers ces faints Sarralins avoient chaflés de leur ifle.
Martyrs , y avoit mis une bonne garni- Cette nouvelle ville tut nommée Leo-
fon. En 868. il la rit clorre de murail- nine.
les & de tours en forme de Château. Les Seigneurs refpecloient fi peu leurs g. j j <
Les Moines de ce rems là racontent Rois, que Gilalbert Comte des Man-
plu fieurs exemples d horribles puni- fuanens , ofa bien enlever la fille de
rions de Dieu fur ces Barbares , pour l'Empereur Loraire, &c la mena furies
leurs exécrables meurtres , fâcriléges terres de Charles pour l'époufer : ce
6 incendies : mais Us avoient le cœur qui donna grand fujet de plainte à Lo-
li dur , que rien n'étoit capable de les taire , & beaucoup de peine à Louis
épouvanter. le Germanique pour appaifer fon ref-
Quand ils furent chargés de butin , iëntiment.
ils le laillerenr plus facilement vaincre En Guyenne les grands levoient des "
aux préfens que le Roi Charles leur troupes pour leurs querelles parriculie-
iit pour fe retirer : mais à leur retour res , ôc fe battoient à toute heure maL
ils ravagèrent la Picardie , la Flandre , gré la défenfe de Pépin. En Italie l'an
la Frife , &c prirent la ville de Ham- 844. le Clergés les Bourgeois de Ro-
bourg , où ils fe fullent établis, fi toute me eurent la hardielïè d'élire Serge II.
l'Allemagne ne fe fut élevée pour les en Pape fans la permiilîon de l'Empereur ,
charter. lequel , pour reprimer cet attentat, en-
Les Prêtres ôc les Religieux fuyoient voya fon fils Louis à Rome avec vingt
devant eux de lieu en lieu , cherchant Prélats -, Dreux Evêque de Mets croit
des retraites fûres ou des cachetés pour chef de cette légation. Le jeune Prince
les tréfors de leurs Eglifes, ôc pour les connoillànt l'efpritde certe ville-là, n'y
reliques des Saints : pour lefquelles la voulut point aller fans avoir main for-
dévotion fe redoubla rellemenr, quand te ; il y mena de bonnes troupes avec
ce grand orage fut palfé , qu'elle catifa lui , ôc pour faire marcher la terreur
quelquefois de fanglantes querelles en- devant lui , il ravagea tout le pays juf-
tre les Villes &c les Seigneurs qui les qu'aux porres de Rome , ôc pilla mc-
repetoient , ou qui les vouloient re- me les tauxbourgs. Le Pape pour Hc-
tenir. chir fa colère , envoya toutes les pro-
— ' Tandis que Loraire avoir dénué toute ce liions au devant de lui, ôc le reçut
43' l'Italie de forces pour les amener en avec tous les honneurs polîibles, le cou-
France , les Ducs Radelchife de Bene- ronna Roi des Lombards cv Empereur :
vent , Se Sigenulfe de Capoue , ayant mais il ne voulut pas fourfrir qu'il re-
pris querelle enfcmble , lans refpecter çut le ferment de fidélité des Romains,
le jeune Louis fon fils, appellerenr à que fous le nom de l'Empereur fon pere.
leurs ieccurs , l'un les Sarralins d'Ef- Il honora aufli Dreux de Mers du rirre
pagne , l'autre ceux de Sardaigne , de fon Légat en Gaules ôc en Germanie.
( car ces Barbares avoienr envahi certe Quelques hiltoriens l'appellent Arche-
Ifle) ôc leur donnèrent entrée dans l'I- vêque à caufe qu'il avoir le Pallium.
falie , où s'étant fortifiés dans plulieurs Çejl une. fable que ce Pape ait lèpre-
micr
CHARLES II. ROI XXV. 9
~ micr change, fon nom , & qu avant fon pourtant pas de longue durée, car il re- ô
4*' élection il fefoit appelle Groin de Porc , commença auili-iôt fes courfes iur la ^f*
car ce fut Serge IV. qui avoit ce vilain France : 8c Charles s^n étant vengé fur
nom , & qui en prit un autre ; mais celui la Bretagne par le feu 8c par le glaive ,
dont nous parlons ne changea point le il en fit autant fur les pays circonvoilms
Jien , car il sappella Serge comme fon 8c fur le territoire de Rennes , qui n'é-
pere. Il y en a qui tiennent que ce fut toit pas encore de fon petit Royaume.
OUavian qui introduifu ce myjlérieux Jufques-là il n'avoit point pris le ti-
changement , & qui voulut être nommé tre de Roi , ou du moins n'avoit pas
Jean. Ce fut le douzième de ce nom. pris la Couronne. La coutume de ces
Selon la plus julle fnpputation , il tems-là étoit que le peuple ne croyoit
faut rapporter à ces années la grande 8c pas qu'unPrince la portât légitimement,
miraculeufe victoire que Ramire Roi fi elle ne lui étoit impofée par la main
de Galice tenant fon iiége à Oviedo , d'un Evêque du pays , 8c par le confen-
& fucceilèur d'Alfonfe le Chafte , rem- tement de tous. Or ceux de Bretagne
porta fur les Sarrafins qui venoient lui étant la plupart de la nomination de
demander l'infâme tribut d'un certain Louis le Débonnaire , refufoient de
nombre de filles à quoi le tiran Mau- donner leur miniftére 8c leur approba-
regat avoit obligé ce Royaume-là. Les non à cet ufurpateur. Il fufeita donc
Chrétiens d'Efpagne avoient une fi contr'eux une aceufation de fimonie
grande confiance en l'intercefiion de S. par ie moyen d'un Abbé nommé Con-
Jacques le grand , qu'ils alTurerent l'a- noyon tenu pour faint homme par le
voir vu à la tête de leur armée monté peuple. L'Alïemblée les renvoya par-
fur un beau cheval blanc , 8c portant un devant le Pape pour fe juftifier : l'Abbé
étendard de même couleur : fibienqu'é- les fuivit à Rome , & Neomene le fit
tant animés par cette merveilleufe vi- accompagner d'une célèbre AmbafTade
fion, ils vainquirent les ennemis & en qu'il avoit chargée de préfenter une
renverferent foixanre 8c dix mille fur la Couronne d'or au Pape , 8c de lui de-
place. En reconnoilîance de cette faveur mander le rétabliilèment de la Royauté
Ramire ordonna ,, du confentement de éteinte en Bretagne. Toute la maifon de
fes Evêques , que toutes les terres de fon France s'y oppofa fi fortement 9 qu'il ne
Royaume payeroient à cet Apôtre les put obtenir du Saint Père, que des re-
premices de leurs fruits ; fçavoir , cer- liques , 8c quelques réprimandes ver-
taine mefure de bled & certaine mefure baies pour ces Evêques aceufés. Mais
de vin pour chaque arpent , 8c que les comme ils furent de retour , Neomene
foldats auili dans toutes les expéditions ayant ailèmblé le Clergé de Bretagne ,
militaires qui fe feroient contre lesSar- les força par des menaces de mort de
rafins , lui confacreroient la dixième confeller ces crimes ,&là-deflus il les fit
partie de leur burin. dépofer, fe rendant ainfi le maître des
Les François étant entrés une autre formes de la difeipline Eccléfiaftique. _______
fois en Bretagne , s'embarrafierent mal Aufii-tôt il mit dans leurs places des g g^
à propos dans des marécages , 8c y reçu- gens de fa faction , rétablit trois autres ^ g ~
rent un fécond échec par les armes de Evêchés -, fçavoir ceux de Dol , de
Neomene. Treguier 8c de Saint Brieuz , 8c ordon-
g 47> Comme Charles fe préparoit à une na à l'Evêque de Dol de s'ériger en
troilïéme expédition contre ce pays-là , Métropolitain. Les Paoes avoient don-
l'erfioi des Normands l'obligea d'ac- né le Patlium aux Prélats de ce Siège ,
corder la paix à Neomene, Elle ne fut dès le fixiéme fiécle ; ils en avoient aiiflj
Tome II. B
1®
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"" honoré pluheurs autres , particulière- Chauve, qui dans Paflèmblée de Char-
^' ment celui d'Autan. Tout ce procédé très le ht tondre &c l'envoya au Mo- S 0< "
de Neom.ne tendoit à fe taire couron- naftére de Corbie. A quatre ans de-là,
ner &c facrer à la mode des Rois de Louis le Germanique ion oncle le fit
France, comme il fit dans la ville de Archevêque de Mayence après la mort
Dol , où il avoit convoqué les Etats de de Rabanus Maurus.
fon p.tit Royaume. Tous fes Evêques Le Roi Pépin l'on frère avoit de fort
y afiift.rent horfmis A&ard de Nantes , mauvaifes qualités, il étoit yvrogne,
qui pour ce lu jet ayant été chaiLé de vilainement débauché, &: violent*, il
fon Siège, fe relira vers l'Archevêque de vexoit extrêmement les fujets , &c auto-
Tours Ion vrai Métropolitain : lequel riloit les injuftices & les volenes de fes
ayant alTemblé les Evêques de fa Pro- Officiers. Une bonne partie des Grands
vince , &c des voifines , fit faire des re- d'Aquitaine ayant conçu du mépris 8c
montrances à Neomene fur fon attentat, delà haine contre lui, appellerent le
mais fort inutilement. Chauve , le reçurent avec grand ap-
Deux autres ennemis , peut-être li- plaudillemeut à Limoges, & l'accom-
gués enfemble , j'entens le jeune Pépin pagnerent au fiége de Touloufe , qu'il
Ôc les Normands , attirèrent les armes prit à compofition. Toutefois , li-tôt
du Roi Charles dans l'Aquitaine. Au qu'il fut forti de l'Aquitaine , ils fe re-
mois de Mars il prit quelques Navires concilièrent avec Pépin.
de ces pirates dans la Dordogne , les Le voyage que fit Charles le Chauve
chalïà de devant Dourdeaux qu'ils aiTié- en Bretagne pour mettre du renfort dans
geoient , 8c contraignit Pépin de lui Rennes, n'empêcha pas que Neomene
quitter la campagne. Mais des qu'il fut n'affiégeàt cette ville-là , ne la prit , 8c
forti de la Province, les Normands fur- n'y fit prifonniers tous les Chers de la
prirent Bourdeaux par la trahifon des garnifon,
Juifs qui étoient dedans, tk emmené- La même année le traître Lambert
rent en captivité Guillaume Duc des ayant tourné cafaque , arrêta le Comte
Gafcons, 8c ceux que leur avarice vou- Amaulry 8f plulieurs autres Seigneurs
lut réferver après que leur fureur fe fut François qui étoient entrés dans Nan-
alïouvie de carnage. La foiblelFe des tes, fans doute pour détendre cette ville.
François étoit fi grande, qu'ils leur laif- L'année fuivante Neomene attaquant Êju
ferent plufieurs années faire leur place les terres des François par l'Anjou , 8c
d'armes dans cette grande ville, fansofer ruinant les Eglifes prefque avec la mê-
entreprendre de les en challer. me barbarie que les Normands, fut frap-
£, Malgré les fuggeftions des brouillons péd'une maladie violente, dont il mou-
qui vouloient la guerre , les Rois Lo- rut dans peu d'heures -, on crut qu'il y
taire 8c Charles fe virent dans le Palais avoit de la main de Dieu. Son fils
de Peronue , 8c fe jurèrent de nouveau Herifpoux lui fuccéda -, 8c étant venu à
aftect-ion &c fureté mutuelle. Charles Angers trouver le Roi Charles, com-
frere de Pépin d'Aquitaine , fe fiant me difent les Chroniques Françoifes »,
trop fur ces démonftrations apparentes, reçut de lui Rennes, Nantes, ik le
fut alfez imprudent , comme il rêve- pays de Rets.
noit de la Cour de Lotaire , de la pro- Il fe fit la même année une aflemblce
rection duquel il fe tenoit fort , de générale de tous les Royaumes de la
paflTer par la France Occidentale. Le Monarchie I'rançoife à Marfne fur les
Comte Vivian ayant obfervé fa mar- bords de la Meule, où les trois frères
the , l'arrêta 8c le mena à Charles le fe trouvèrent ik fe jurèrent amitié & fe-
CHARLES I
cours mutuel. Au partir de là Charles
$5 I# defcendit en Bretagne pour attaquer
Herifpoux , qu'il ne croyoït p is encore
bien établi. Leurs Armées fe choquè-
rent fur les confins de l'Anjou. Si l'on
en croit les Bretons , celle de Charles
fut fort mal menée. Quoi qu'il en loir,
il accorda la pjix au Breton pour aller
fe reflaifir de l'Aquitaine, qui étou une
pièce plus importante, & pour s'oppo-
fer aux Normands.
Car cette même année le Pirate Ho-
cheri fortantdeBourdeauxavcc fa flore,
vint détruire l'Abbaye de faint Vandul-
le jufqu'aux fondemens -, puis remon-
tant la Seine avec fes perits batteaux , il
faccagea tout le pays bien avant à droit
Se à gauche , & brûla plufieurs Villes,
entr'autres celle de Beauvais.
I. R O I X X V. n
La mauvaife conduite de Pépin avoit
fi fort orîenfé les Seigneurs de ion
Royaume , qu'enfin ils le faifirent de
la perlonne , & le livrèrent à Charles >
il le fit tondre , & le confina au Mona-
ftére de faint Mard. D'où s'étant éva-
dé, il roda quelque tems, &c fe mit à
pilier avec les Normands , qui facca-
gerent Poitiers & quelques autres vil-
les voifines. Mais leurs efforts ne lui
fervirent qu'à le rendre plus odieux j
tellement qu'ayant été repris , il fut
relïèrré fort écroitement dans le Châ-
teau de Senlis.
La même année Lotaire aflbcia Louis
fon fils aîné à l'Empire. Il en avoit
trois vivans , ce Louis , Lotaire &C
Charles.
«s^.
ETEeHSSEBEIÏESBS?!
6C853
LOTAIRE & LOUIS
fon fils , aflbcié à l'Empi-
re.
LOUIS Roi de la France
Orientale 6c Bavière.
CHARLES de la France
Occidentale, &. de l'Aqui-
taine.
o /Tî* E ne feroit jamais fait de marquer
tous les ravages des Normands.
L'an 8$£. 6c l'an 853. quelques ban-
des étant defeendues en Fnie , pillèrent
cette Province-là , & celle de Hollande;
& après être entrées dans l'Efcaut, elles
vinrent brûler l'Abbaye de faint Bertin.
D'autres montèrent encore par ia Seine,
pillèrent ies Abbayes de jumieges &
de fai.it "Wandrille , puis allèrent ficca-
ger S. Quenrin & Noyon : mais au re-
tour ils furent défaits par quelques trou-
pes Françoifts. Une autre bande entra
cette dernière année par la Loire , qui
pilla la ville deTouis, &c mk le feu aux
Eglifes , particulièrement à celle du
grand faint Martin.
Ebon s'éroit cétabli dans l'Arche-
vêché de Reims , quand Lotaire avoit
envahi ies terres de Charles le Chauve ;
Depuis , ce Roi l'en avoit chalfé , &
en fa place avoit fait élire Hincmar , qui ~
après plufieurs conteftations , fut cette $J"
année confirmé dans cet Archevêché ^'
par le Synode de Soiffons , tenu au mois
d'Avril -, dans lequel il fit aufli dépo-
fer tous les Clercs qu'Ebon avoit or-
donnés depuis fa réintrufion.
Que ce fut néceilité , ou mauvais
confeil , le Chauve traitoit fort rude-
ment les Aquitains. Il fit fauter quel-
ques têtes des principaux , entr'autres
celle d'un Comte nommé Gosbert .:
dont ils conçurent tant de haine pour
ce nouveau Souverain , que fous pré-
texte qu'il n'avoit pas foin de les dé-
fendre des Normands , ils députèrent
vers Louis le Germanique le prier d'ac-
cep.er le Royaume, ou de leur envoyer
fon fils.
Quelque étroite union qu'il y eut eu
dix ans durant entre ces deux frères $
B ij
ii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
le Germanique ne feignit point de la l'étrange avanture delà Papejfe Jeanne. — "
°Sî* rompre, parce qu'il s'agilïoitde gagner On l'a tenue cinq cens ans durant pour -5 S"
un Royaume. 11 envoya un de les fils une vérité confiante : mais dans ces der-
en Aquitaine pour reconnoître la dil- niers Siècles , les Sçavans , même ceux
policion des efprits : mais il ne la trou- qui font féparés de lEgtife Romaine ,
va pas telle qu'il ladefiroit, n'y ayant l'ont avec raifon traitée de fable ridicule.
vu perfonne qui branlât que les parens La Monarchie de France étoit en
de les amis de Gosbert ; de forte qu'il paix, quand Lotaite vint tout d'un coup
s'en retourna vers le milieu de FAu- a f e dépouiller de la Souveraineté , 6c
torane. Mais Charles ayant par là re- à changer fa pourpre Impériale en un
connu les intentions de Louis de Ger- habit de Moine , qu'il prit dans lacé-
manie , fe mit à rechercher l'amitié de lébre Abbaye de Prom ; il y mourut
Lotaire : fî bien qu'il s'aboucha avec quelques mois après , ayant tenu l'Em-
lui dans un Parlement tenu à Valen- pire quinze ans , & le Royaume de
ciennes; ville qui étoit de telle forte Lorraine douze , à compter depuis le
fur les confins de leurs terres , que Lo- partage lait avec fes hères. Il feroit mal-
taire en pollédoit une moitié , &c Char- aifé de juger fi ce furent ies mouvemens
les l'autre. de la grâce de Dieu, lequel amollit,
« Ces deux frères s'étant remis de bon- quand il lui plaît , les cœurs les plus er>
ne intelligence , alignèrent un autre durcis : ou bien les chagrins & les in-
Parlement à Liège, 8c invitèrent Louis quiétudes de fon efprit bizarre &c in-
d'y aflîiter, pour avifer en communaux confiant , qui le portèrent à un chan-
arTaires de la Monarchie Françoife : gement fi furprenant.
mais il s'en exeufa, craignant qu'à fon II eut pour femme Hermengarde r
exemple , ils ne lui jouallent quelque fille du Comte Hugues le Couard , qui
mauvais tour. lui procréa trois fils , Louis , Lotaire ,
Aufortir de-là Charles pafTa en Aqui- tk Charles, & une fille nommée Her-
taine, Se s'en fit couronner Roi à Limo- mengarde , qui lut enlevée par Gifal-
ges. Il n'eft pas vrai qu'il la remit en bert, Comte des Manfuariens, comme
fimple Duché : car fon fils de même nous l'avons dir. Avant fon abdication
nom que lui , la tint quelque tems à ti- il partagea fes terres entre fes trois fils ,
tre de Royaume; & nous voyons qu'el- donnant à Louis l'aîné de tous, l'Ita-
le Létoit encore fous les premiers Rois lie & l'Empire, auquel il l'avoit aiïocit
de la Race Capétienne. l'an 8 5 1 . à Lotaire le Royaume de Lor-
Quelques-uns veulent placer en cette raine; & à Charles la Provence, & partie
année > après la mort du Pape Léon IV. du Royaume de Bourgogne.
CHARLES II. ROI XXV. i 3
H'wwjBtfairetBgai
LOUIS LE GERMANIQUE en Ger- i CHARLES en Neuftrie & Aquitaine,
manie & Bavière.
LOUIS Empereur & Roi
d'Italie.
LOTAIRE II. Roi de Lor-
raine.
CHARLES Roi de Proven-
ce & de Bourgogne.
PV Ans ce changement tous ces Prin- voit fait Archevêque , 8c avoir voulu T~[~
1 ' \»J ces formèrent de nouvelles li- être facré 8c couronné par fes mains
gués 8c de nouveaux detfeins. Le jeune à fainte Croix d'Orléans. De Sens
Lotaire tort mugueté par fes deux on- Louis s'avança jufques dans l'Orléanois:
clés, le joignit enfin avec Charles : mais de là, je ne fçai pas pourquoi, il re-
l'Empereur Louis le ligua avec le Roi de palfa en Champagne.
Germanie qui cherchoit toutes fortesde Charles qui alors étoit furies bords
moyenspour le dépouiller. Charles étoit de la Loire avec ion armée pour faire tê-
fort haï des grands de fon Etat , d'autant te aux Normands, ayant appris que fon
qu'ayant conçu ou de la défiance de leur frère envahiiloit Ion Royaume , laiifa là
affection , ou du mépris pour leur peu de les Barbares , 8c s'avança jufqu'auprès
valeur, il donnoit les emplois militaires de Briénne pour le combattre : mais
à des gens de fortune , plutôt qu'à eux. comme il vit que tout paifoit de ce côté-
Le peuple même ne l'avoit pas en trop là , que fes troupes même commen-
grandeeftime,àcaufequ'illedéfendoit çoient à le quitter > il eut peur que fes
mal des courfes des Normands 8c des gens ne le livralfent } 8c abandonna fon
Bretons, 8c qu'il autorifoit ou du moins armée, qui fe rangea tout fur l'heure
toleroit le pillage de fes Officiers. Sur aux ordres de fon frère.
ce mécontentement univerfel il fe for- Une fi prompte 8c fi étonnante révo- _ « «
ma une grande confpiration pour le def- lution fut aulîi tôt fuivie d'une toute
ritujr de la Royauté : (es fujets députe- contraire. Ceux qui avoient appelle le
rent vers Louis le Germanique , lui o£- Germanique, s'en repentirent les pre-
frant de le reconnoître pour leur Sou- miers , foit que leur humeur ne s'ac-
verain, s'il vouloir les gouverner avec commodât pas avec celle des Germains,
juftice , & employer fes forces pour foit qu'ils euffent honte de leur trahi-
leur défenfe. fon. Ainfi afin de la réparer , ils voulu-
Donc tandis que Charles étoit allé rent en commettre une autre, & con-
faire tête aux Bretons , Louis traverfe fpirerent de le faire tomber entre les
l'Alface avec une armée,vient en Bour- mains de Charles : il étoit aulîi aifé
gogne , & reçoit l'hommage de grand d'exécuter ce delîein que de le con-
nombre de Seigneurs Neuftriens dans cevoir , pour ce qu'ayant été fi crédu-
le Palais de Pont-Yon. Après il alîïgne le que de fuivre leur avis , il avoic
un Parlement àAttigni pour le recevoir renvoyé les troupes de fon Royaume:
de tous les autres , 8c effc introduit toutefois il reconnut leur mauvais def-
dans la ville de Sens par l'Archevêque fein alfez à rems pour fe retirer de
nommé Venilon ou Guenilon, égale- leurs mains, 8c prit occaflon de sert
ment ingrat 8c traître à fon Roi Char- retourner en Germanie , fur la nou-
les, qui de Clerc de h Chapelle l'a- velle qu'il reçut des incur flous des W
i 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"o.'n "' ' nedes dans fes terres. Il n'eut pas fi- de ce Gandonji renomme pour/es trahi- • " —
tôt le dos tourné, que Charles ayant fons dans les vieux Romans : ceux qui °59-
rafîèmblé fes amis , reconquit ion entendent l'ancien langage François ,
Royaume auiîî facilement qu il l'avoit fçavent qu enginner Jîgnijie tromper , &
perdu. que ganeion veut dire un trompeur 3 un
L'entreprife du Germanique donna traître.
^5 9- de la jaloulîe au jeune Locaire , ôc le Les Pères de ce même Concile , ou
porta à fe liguer avec ion oncle Char- peut-être d'un autre tenu au même
les pour leur commune définie. En con- lieu écrivirent auiîî aux Evêques de
féquence de cette union , les £véques Bretagne , pour les exhorter de reton-
du Koyaume de Neuitne & de Lorrai- noître le Métropolitain de Tours , ôc
ne s'étant affembies à Mets le 16. de leur envoyèrent un mémoire pour ad-
Mai , chargèrent Hincmar Archevêque monefter le Roi Salomon d obéir à
d; Rhjims , d'aller forùmer-ie Germa- Charles Roi de France ion Souverain ;
nique de réparer le tort qu'ii avoit fait mais il n'en tint pas grand compte,
à fon frère , ôc d aiîiiter au prochain Les deux frères Louis & Charles, ôc
Parlement général , où celui qui ieroit leur neveu Lotaire ayant été réconciliés
trouvé coupable , ferait fatisfaéhon , par les gens de bien , s'entrevirent dans
ôc abandonneroit les traîtres. Il répon- une ifle du Rhin proche d'Andernac ,
dit qu'il étoit tout pret de s y trouver, accompagnés de nombre égal de Sei-
mais que n'ayant rien rait que par le gneurs qui demeurèrent fur les bords
confeil des Evéques , il deiîroit en de la rivière. Ils fe touchèrent dans la
prendre leur avis. main , ôc convinrent de fe retrouver le
Il fut donc aifemblé vers la mi- Juin prochain Automne à une aflèmblée gé-
un Concile à Savonnieres, à un qu^rt nérale qui fe tiendroit à Balle. Toute-
de lieue de Toul , compofé des Eve- fois ils ne s'y rendirent point, ôc re-
ques de douze Provinces ; ôc on y tra- mirent leur entrevue au Printems fui-
vaiila pour la réconciliation ues deux V ant dans l'AlTemblée de Coblents.
frères & de Lotaire leur neveu : Il n'eu: En ce heu là les Evêques, qui éroient
point marqué à quelles conditions alors les maîtres du Gouvernement par
Le 16. du même mois Charles y pré- la foibleile des Princes , Ôc par le peu
fenta une requête contre Wenilôh de de crédit des Grands , qui n'avoient de
Sens. Il difoit entr'autres choies , Quil vigueur que pour s'entrebattre ôc pour
avoit été facré Roi par la volonté des manger le peuple, réglèrent l'accommo-
Evêques , partant qu'il n avoit pu être dément de ces trois Princes , ôc dreiîe-
privé de cette confécration fans leur con- rent un formulaire pour l'obfervation de
fentement ; & ilajoutoit qu'il eût répon- \ a paix -, le Germanique le jura le pre-
du devant eux , s'il y eut été appelle, mier , & les deux autres après lui.
C'étoit fe foumettre à leur jugement. L'Hiver de cette année 860. futjz j^ 0>
On donna quatre Métropolitains pour fort que la mer Adriatique fe glaça , &
Juges à Wemion , qui le firent aiii- les marchands de ces côtes portèrent leurs
gner à comparoîrre pardevant eux dans denrées à Venife par charroi. On vit tom-
Ctente jours. Nous ne voyons point 1er en plufieurs endroits de la neige de
qu'ils ayent continué cette procédure : couleur de fang : ce qui ne femblera pas
car ii mourut pailible en fon Archevê- merveilleux à qui conjîdérera que Von a
ché l'an 865. vùfouvent des pluyes de même. %
Ceji une erreur groffîére de croire que Comme les Bretons infeftoient con- %C\.
ce Jbit lui qui ait donné lieu aux fables tinuellement les terres de Charles , il
CHARLES II. ROI XXV.
M
TTZ donna la Duché de Fiance ; c'eft-à-di- te de ce Roi , le jeune Comte en fut — :
re , le gouvernement d'entre Seine 8c tellement étonne , que l'an fuivant il •
Loire , à Robert ïurnommé le Fort ou alla à Rome fe jettes à fes pieds. Le
le Vaillant , pour garder cette marche faint Père touché de fa foumifiion , 8c
ou Frontière. Ce que nous avons vou- des larmes de la Princefle , interpofa
lu marquer , parce que ce Robert eft fes prières pour obtenir leur pardon.
conftamment la Souche de la glo- Charles fut confeillé de fe laitier rlé-
rieuse Race des Capétiens -, laquel- chir ; aufli-bien la faute ne fe pouvoit
le ( quand on ne compteroit fon ori- reparer autrement.
gine que de cette année-là ) auroit au- La paflîon du jeune Roi Lotaire fit
*En i7ï4. il jourd'hui huit cens trente-fept ans * un bien plus grand efclandre : il avoit
y a 8*4. ans. d'antiquité bien prouvée par defeente époufé Tietberge fille de Huebert Duc
de mâle en mâle 8c de têtes couron- d'outre le Mont-Jou , 8c allié de Char-
nées ; honneur dont aucune Race du les le Chauve : or dès l'an $60. ayant
monde ne fçauroit fe vanter. pris du dégoût pour elle , 8c de l'a-
Cette année le Chauve fit Comte de mour pour Valdrade nièce de Thiet-
Hollande un Seigneur nommé gaud , 8c feeur de Gontier , celui-ci
Thierri , duquel font defeendus ceux Archevêque de Cologne , 8c celui-là
qui ont depuis tenu héréditairement de Trêves : ces deux Prélats interrefles
cette Comté. Mais ils n'y ont jamais 8c flateurs ayant allé m blé leurs Suffra-
eu qu'une autorité fort limitée , 8c qui gants à Aix la Chapelle, les obligèrent
ne pouvoit rien entreprendre fur la li- de dilïoudre ce mariage ; 8c routaufîi-
bertc du pays : de forte que c'étoit plu- tôt Lotaire époufa publiquement Val-
tôt comme une République , qu'une drade. Les motifs prétendus de cette
Souveraineté. fentence étoit un incelte fuppofé de
En cette année Robert le Fort furprit Tietberge avec le propre frère d'elle >
douze vailTeaux des Normands dans la 8c que l'Evêque de Mets alïuroit que
Loire 8c tua tous ceux qui étoient de- Valdrade avoit été fiancée à Lotaire ,
dans. Il défit aufli quelques troupes Bre- par l'Empereur fon père , mais qu'après
tonnes qui couroient l'Anjou , tandis fa mort le Duc Huebert , qui pouvoit
que Charles ayant convoqué une allem- tout dans cette Cour-là, avoit forcé le
blée générale en fon Palais de Pilles , Prince de prendre Thietberge pour
c'étoit près de Mantes , travailloit à bâ- femme.
tir le Château 8c le Pont de l'Arche , Pour lors étoit Pape Nicolas I. Pré-
pour empêcher les courfes des Nor- lat fort capable , 8c qui le portoit
mands par la rivière de Seine. haut : il en écrivit au Roi Charles qui
" Sr ^ Baudouin Comte de Flandres ayant cherchoit déjà querelle à Lotaire , lui
le fupport du Germanique , eut l'auda- enjoignant de réduire fon neveu à la rai-
ce de venir jufqu'à Senlis enlever Ju- fon. Aulïi eût-il tâché de le dépouiller
dith , fille de Charles fon Roi , & jeu- pour le démarier , fi Louis le Germani-
ne veuve d'Ethelulre Roi d'Angleter- que ne fe fût mis entre deux , 8c ne les
re , d'où elle étoit revenue depuis quel- eût obligés de fe trouver à une alïem-
ques mois. Il fe retira dans les terres blée générale. Lotaire s'y étant rendu ,
de Lotaire , 8c de-là il emmena fa nou- promit de fe foumettre au jugement de
velle femme en fon pays. Les troupes î'Eglife ; 8c pour éluder les pourfuites
de Charles qui avoient voulu courir de Charles , en appella au Pape , le
après , y furent bien battues. Mais le priant de faire juger cette caufe par un
Pape l'ayant excommunié à la pourfui- Concile d'£vêques François qui fe tint
16 ABREGE CHRONOLOGIQUE
à Mecs , 6c où fa Sainteté envoyât fes Conftantinopîe. Ce qui ne fortifia pas
*' Légats. peu le fchifme que ce dernier vouloir "**
Le faint Père lui accorda fa deman- taire , & les réliltances de Hincmar Ar-
de *, le Concile lut affemblé au mois de cheveque de Rheims. Néanmoins peu
Juin. Les deux Evèques Gontier 6c après Ihietgaud obéit à la lentence, mais
Thietgaud y fervirent la palîion du jeu- quelque inltance qu'il en tic , il ne put
ne Prince -, 6c les préfens corrompirent obtenir l'on abfolution du vivant de Ni-
les Légats du faint Père > en un mot le colas. Quant à Gontier Archevêque de
Concile prononça en laveur de la dilïo- Cologne il n'en tint compte, cv ùemeu-
kition. Les deux Archevêques eurent la ra toujours dans Ion obftination.
hardieffede porter cette Sentence à Ro- Les fujets du Chauve malcontensde T7"
me pour la faire approuver au Pape : fon gouvernement , av oient fait di ver-
mais bien loin de cela il alfembla un les ligues contre lui : il obligea pareiU
Concile dans le Palais de Latran , par lement (es fidîUs d'en faire entr'eux
lequel il calfa les aétes de celui de pour fon fervice , &c de s'alfembler en
Mecs, le nommant une proftitution in- chaque reflôrt * fous un étendart ou * MiiïicN
famé, les dépofa &c les excommunia gonfanon , pour marcher quand il les cum -
tous deux , 6c déclara que tous les autres manderoit. Il arriva vers ces jours-là en
Evèques qui avoienc alîiicé à leur faux France un Légat du Pape , il s'appel- 866.
jugement , encourroient les mêmes pei- loit Arfenius. Sa commifîion portoit
nés , s'ils n'en demandoient pardon par trois points : de rétablir Rothald ou
des Envoyés exprès. Rohaud , Evêque de Soilîbns dans fon
"T~ Thietgaud 6c Gontier plus irrités Siège , dont Hincmar fon Métropoli-
J ^" qu'étonnés , fe retirèrent à Benevent tain l'avoitdépofé pour certains crimes,
vers l'Empereur Louis frère de Lotai- fans avoir égard à l'appel qu'il avoir
re ; de-là ils répondirent fort verte- interjetcé au fainc&iége ; de crouver les
mène au Décret que le Pape avoit pu- moyens d'obliger le Roi Lotaire à re-
blié contr'eux , 6c en firent un autre , prendre fa femme légitime, &àcongé-
par lequel ils le déclarèrent excommu- dier Valdrade ; 6c de travailler à affer-
mé lui-même , comme contrevenant, mir une bonne paix entre les Rois. Pour
difoient-ils , aux faints Canons , favo- le premier , Hincmar obéit avec regret
rifant les excommuniés , ôv fe féparant après avoir réfifté crois ans , 6c Rohaut
par orgueil de la fociété des autres Eve- fut rétabli. Pour le fécond * , le Légat
ques. L'Empereur Louis écrivit au laint pie (Ta fi tort Lotaire, le menaçant de
Père en Leur faveur , pour obtenir leur l'excommunier lui 6c tous fesadhérans,
abfolution ; il fit même un voyage à que ce Prince voyant que les frères ap-
Rome pour cela , mais il ne le put Hé- puyeroienr cette fentence , rappella fi
chir ni par prières ni par menaces : de femme légitime , 6c que Valdrade fut
forte que les excommuniés n'ayant rien contrainte de promettre qu'elle iroit à
à efpérer de ce côté-là, fe joignirent Rome quérir Ion abfolution. En effet
avec tous ceux qui s'étoient alors ré- elle encra deux fois en Icalie à ce def-
volcés concre le Saine Siège , parricu- fein , mais deux fois fe repenranc de
liéremenc avec Jean Archevêque de Ra- s'être repencie , elle retourna en arrière,
venne , 6c avec Phocius Pacriarche de Le Pape ayant donc affemblé fon Egli-
* Arfenius s'éranr, adrciïe à Louis le Germanique , clara au Roi Lothaire qu'il eut à reprendre fa femme ,
fie afîcmbler un Sniode , &: ufan: d'une autorite fu- ou à demeurer excommunié avec tous fes adhéiens.
fticme , te »n'f,n n'avait encore feint vu en France } ié- E.U. de i66-',.
fe,
CHARLES II. ROI XXV. \j
— fe , la déclara excommuniée , fit figni- tre comprenoit ce qui ejl en deçà } & ap-
k" 6, fier fon décret à tous les Evéques de partenoit aux François. ■ - - _i_
France 8c d'Italie , & écrivit des lettres En même tems les Normands en- 867,
fort rudes au jeune Lotaire , le mena- trant dans la Neuftrie par la Loire ,
çant de lui ôter fon Royaume , s'il per- s'épandirent dans le Nantois , le Poi-
féveroit dans fon adultère. tou , l'Anjou 8c la Touraine. Ranulfe
" „ Il n'elt point defouplelfes ni de fou- Duc d'Aquitaine , 8c le Duc Robert le
millions que ce Prince ne pratiquât pour Fort , que l'on appelloit aufli Marquis,
éluder cette Sentence. Il appréhendoit parce qu'il gardoit ces Marches contre
que fes oncles ou (es frères ne s'en ren- ces barbares 8c contre les Bretons , les
ditlent les exécuteurs, & ne le dépouil- allèrent attaquer dans un polie qu'ils
lalfent de fon Royaume. Mais fi-tôt avoient fortifié proche de la rivière :
que le Légat fut parti de France , il mais par malheur ils furent tués tous
recommença à maltraiter fa femme , à deux dans le combat : tellement que
vouloir lui taire fon procès pour adul- leur armée deftituée de chefs , quoi-
tere , 8c prouver ce crime par gage de qu'elle eût l'avantage , laitïà évader
Empereurs bataille. L'acuifée fe retira fous la pro- ces brigands.
S*"" Macer tçftion du ft j Charles ; le Pape prit Robert avoit époufé Adelays, de la-
19. ans ', "" fortement fa caufe en main , 8c le Duc quelle il laifla deux fils fort jeunes , Eu-
ayanc tué Huebert rrere de cette Reine fe révol- des 8c Robert , qui régneront ci- après. ___^_
Mu-hel ni. »^t r 11 r t c r • "
ou, /avok ai- tanc contre Lotaire, le mit a piller les Les Sarrahns ne tourmentoient pas 26S.
focié, & en- terres , tuer fes gens , ôc exercer une moins l'Italie. Lotaire y palïà avec des
cote Louis crue [i e vengeance, jufqu'à tant qu'il troupes, non-feulement pour aflîfter
fut tué lui même par le Comte Con- l'Empereur Louis fon frère , mais en-
rard père de ce Raoul , qui fut le pre- core plus pour mériter par ce moyen
mier Roi de la Bourgogne Trans- les bonnes grâces du Pape : ( c'étoit
jura ne. Adrian fuccelleur de Nicolas ) efpérant
Salomon s'étoit imaginé que le qu'avec le tems 8c par fes fervices , il
Royaume de Bretagne, quoique Neo- en pourroit obtenir la dilïolution de
mené y fût venu plutôt par conquête fon mariage avec Tietberge. Le faint
que par ligne , lui appartenoit , parce Père le reçut fort bien , parce qu'il
qu'il étoit fils de Rivalon frère aîné de l'alTiira qu'il avoit obéi ponctuellement
ce Roi; ainli ayant oublié qu'il avoit à tout ce qui lui avoit été ordonné,
été nourri tendrement fous fa tutelle , qu'il traitoit fon époufe avec un amour
il forma une confpiration contre Herif- 8c une fidélité conjugale, 8c qu'il avoit
poux Ion fils , le chargea un jour à la quitté Valdrade pour jamais. Sur cette
campagne ,8c le tua dans une Eglife alfurance il leur donna la communion
où il s'étoit fauve -, puis fe mit la Cou- de fa propre main , à lui , 8c aux Sei-
ronne toute fanglante fur la tête. gneurs qui l'accompagnoient : mais au-
Neomene & lui s'intitulaient Rois de para van t il les adjura de ne point s'ap-
Bretagne y 8c d'une grande partie de la piocher de la fainte Table, s'ils fça-
Gaule , parce qu'ils pojfédoient en effet voient que leur Roi ne dît pas la vé-
k pays du Maine , & avec cela le bas rite. Quoiqu'ils fçulfent qif il fe par-
A nj ou qu "ils avoient arrachés aux Fran- juroit , ils ne héfiterent point à rece-
çois. A caufe de cela ou dïvifa V Anjou voir leur condamnation.
en deux Comtés ; l'une contenoit ce qui Or il arriva peu après que la plupart:
ejl delà la rivière de Mayenne , & étoit de ces Seigneurs parjures moururent
pojfédée par ces Rois Bretons ; & Vau- de maladie ou autrement , en fi grand
Tome II. C
iS
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
US.
nombre & aufTi fubitement , que s'ils
euiFenc été égorgés par le glaive de l'An-
ge exterminateur -, & que Lotaire mê-
me fut faifi d'une fièvre a Lueques ,
dont il alla mourir à Plaifance le (ixié-
rae d'Août. Ce que plufieurs prirent
pour une punition divine, pour le faux
& facrilege ferment , que lui 8c fes
courtifans avoient fait : le Corps de
Jesus-Christ étant un glaive de mort
aux indignes & aux méchans , comme
il eft efprit de vie aux bons. Ce Prin-
ce fut enterré dans l'Eglifè de faint
Antonin martyr à Plaifance.
Son plus jeune frère Charles Roi de
Provence fe mit en devoir de recueil-
lir fa fucceflion , 8c fe fit couronner*
Mets par l'Evêque Adventius : mais" il
ne vécut pas long-temps après , & mou-
rut fans lignée. On l'inhuma dans l'Egli-
fè de faint Pierre à Lyon, *
858.
LOUIS en Bavière & Ger-
manie.
CHARLES en la France
Occidentale , Bourgogne
& Lorraine.
LOUIS II. Empereur en
Italie.
CHarlhs qui tenoit alors un Par-
lement à Poifly , averti de la mort
de Lotaire , ht grand amas de gens ,
êc alla promptement iefaifirdu Royau-
me de Lorraine , fans fe foncier de ve-
xer fes fujets pour lors affligés d'une
Horrible famine , qui les faifoit mourir
à tas , 8c fans avoir égard ni au droit
de l'Empereur Louis , frère des deux
derniers Rois , à qui cette fuccellion
devoir appartenir j ni à l'entremife du
Pape , qui le prioit par une Légation
expreire , de faire raifon à fon neveu.
Les Evêques de ce Royaume , s'étanr
alTemblés à Mets , lui déférerenr cette
Couronne, 8c l'Archevêque Hincmar,
principal promoteur de ce décret , la
lui mit fur la tête avec les cérémonies-
accoutumées.
Lotaire avoit un fils 8c deux filles de
Valdrade. Les deux filles étoient Ber-
the 8c Gifelle : Berthe fut femme en
premières noces du Comre Thibaud ,
père de Hugues Comte 8c Marquis de
Provence -, 8c en fécondes , d'Adelbert
Marquis de Tofcane , père de Guy 8c
de Lambert. Gifelle fut mariée à Gode-
froy le Danois, qui régnoiten Frife. Le
fils s'appelloit Hugues , lequel étant
venu en âge, difputa le Royaume de
Lorraine.
Hermentrude femme du Chauve
étant morte à faint Denis le feize d'Oc-
tobre , il époufa en fécondes noces Ri-
chende ou Richilde fa maîtrelfe , fille
du Comte Buvin ou Boves , 8c de la
fœur de la Reine Thietberge veuve
du Roi Lotaire II.
C'étoit avec juftice , mais fans légi-
time pouvoir , que le Pape s'entremet-
toit de connoître du différend de la
Lorraine. Il dépêcha une féconde Am-
bafîade a Charles le Chauve, pour l'ex-
horter de la rendre à l'Empereur Louis,
autrement qu'il l'excommunieroit ; &
il écrivit aux Evêques qu'ils eulîènt à
fe féparer delà Communion de ce Roi ,
s'ils ne vouloient être féparés de celle
de l'Eglifè Romaine. Charles répondit
affez modeftement aux Légats ; mais les
* Mezcrai s'eft corrigé fur la date de cette mort fait mourir ce Prince en S58. mais il mourut plus Viai-
ians l.i féconde é-iieion tic fa grande hilloirc , oiiil fcmblablcmcnr eu 86 ) .
Uç).
87O.
CHARLES II. ROI XXV. 19
Evêques de France le prirent d'un ton Que les Rois de France n étaient point
plus haut, & l'Archevêque Hincmar Les Lieutenans des Papes ^ mais Seigneurs 7 °*
en écrivit des lettres tort brufques à fouverains dans leurs terres ; ôc le pria
Adrian. de ne lui plus écrire de cet air-là , au-
Son neveu de même nom que lui , rrement qu'il lui donneroit fujet de
Evêque de Laon , étoit dans d'autres mépnfer les décrets , & d'en deshono-
fennmens , ôc foutenoit avec chaleur rer les porteurs. Adrian craignant d'en-
tous içs ordres qui venoient des Papes, flammer davantage fa colère , radoucit
Il avoir recueilli toutes les pièces , mê- un peu fon langage ; mais il p.rfifta
me les faillies , pour confirmer leur do- toujours à lui demander la même cho-
minadon fur les Evêques : il condam- fe , Ôc à lui donner des admonitions pa-
noit l'excommunication que fon oncle ternelles dans les occafions.
avoir lancée contre Carloman fils de Les deux frères Louis ôc Charles ,
Charles , &: ref ufoit d'y foufcrire, parce après pluficurs inftances qu'en fit le der-
que ce jeune Prince en avoit appelle au nier , Ôc par l'entremife des Evêques ôc
Saint Siège. D'ailleurs il s'étoit porté des Seigneurs , fe virent dans un lieu
à excommunier un Seigneur Normand , accordé en deçà de la Meufe , chacun
à caufe qu'il détenoit quelque terre de avec certain nombre de gens \ ôc là ils
fon Egliie que le Roi lui avoit donnée partagèrent le Royaume de Lorraine
i Bénéfice. Son procédé fut blâmé ôc en deux , fans avoir nul égard à leur
condamné par les Evêques au Synode neveu l'Empereur Louis,
de Verberie : il en appella au Pape *, à Le Pape fourenant toujours fa caufe,
caufe de quoi fon oncle l'ayant cité au envoya une célèbre Légation vers les
Concile d'Attigni , qui étoit compofé deux frères. Louis la renvoya à Charles,
des Evêques de douze Piovinces, lui & celui-ci prenant du délai, s'avança
fit piller fon équipage par les chemins •> jufqu'à Lyon , comme pour conférer
ôc lorfqu'il fut dans l'alfemblée , il le avec le Pape : mais c'étoit en effet pour
força de renoncer à fon appel. Le Pape une autre fin toute contraire. Car bien
en fit de grandes plaintes , ôc voulut loin de faire quelque juftice à fon ne-
attirer le procès ôc les deux Hincmars veu , il fe faifit encore du Royaume da
à Rome : mais l'Archevêque lui repartit Bourgogne. Il n'y trouva aucune réfif-
avec vigueur , ôc l'en empêcha. Cette tance que de Berthe femme du Comte
cîifpute alla fi avant , que l'Evêque de Gérard , qui foutint long-tems le fîé-
Laon fut dépofé ôc mis en prifon , ôc ge dans Vienne , Ôc puis la rendit à
que fon oncle au bout de deux ans de compofition. Le Chauve donna cette
cruelle perfécution , lui fit crever les Comté en garde à Bofon frère de la
yeux. Cette affaire brouilla la Cour de Reine Richilde fa femme , lequel en-
Charles avec le Pape Adrian. Hincmar core il fit Duc d'Aquitaine Ôc grand
avoit fait croire à ce Roi qu'il s'agif- Maître des * Portiers, Ôc ï'aggrandit^.^™^
foit de fon autorité dans cette affaire ; de relie forte , qu'il fut peu après un de
le Pape fe piquoit aulîi de maintenir la ceux qui démembrèrent la Monarchie.
fienne. Il écrivit au Roi diverfes let- Durant ce voyage il avoit laiffé la 871.
très fort civiles fur ce fujet : & Ces prie- Lieutenance de l'on Royaume à PArche-
res n'ayant point eu d'effet , il en la- yêque Hincmar , qui par fon génie non
cha d'autres plus impérieufes , lui or- moins puifîànt que hardi , s'étoit rendu
donnant d'envoyer Rohaud devant fon fort nécelîàire. Il n'eut pas. peu d'affai-
Tribunal à Rome. A cela le Roirépon- res à empêcher les courfes ôc les entre-
ditqu'il s'étormoit de fa manière d'agir : prifes de Carloman fils aîné de fon Roi,
Cij
l->
ABRI-GÉ CHRONOLOGIQUE
871.
Ce Prince avoir quelques années aupa- cens ans. Il eut pour fucceffeur un fils
ravant confpiré contre fon père , qui de même nom & iumom que lui. Ce
pour châtiment l'avoir fait Diacre mal
gré lui *, &c comme il s'étoit révolté
une autre fois , il l'avoit mis en prifon
& fait excommunier par les Evêques.
Les prières des Légats du Pape, qui
étoient venus l'an palfé en Fiance , l'en
avoient tiré, mais il abufa de cette grâ-
ce , ik recommença (es brouillenes.
Etant donc retombé une troifiéme fois
entre les mains de fon père ; il le fit
condamner à mort, 8c puis commua ce
fupplice en la privation de la vue , afin
qu'il pût faire pénitence. Quelque tems
après deux Moines le tirèrent adroite-
ment de prifon, & le menèrent vers fon
fils fut père de Garcia Sance le Courbé,
qui en eut trois ; Garcia Sance Duc de
Gafcogne, Guillaume Comte deFezen-
zac , & Arnaud Comte d'Aftarac. Ce
dernier n'étant pas né par la voye na-
turelle , mais par une incifion qu'on fit
au flanc de fa mère , fut furnommé
Non-nat , Pas-nat.
Les Princes de la race Carlienne
étoient , pour la plupart , des efprits
foibles , ou fous , on hébétés. Louis
Empereur d'Italie , quoique pieux &c
vaillant , étoit fi mépriie de fes Su-
jets , qu'ils le vouloient féparer d'avec
la femme , parce qu'il n'en avoir pas
871. &
oncle le Germanique qui lui donna d'enfans mâles. Et même Adelgifè Duc
une Abbaye pour fon entretien. La de Benevent s'étant ligué avec les
mort ne l'en lailïa pas jouir long-tems. Grecs , l'avoit arrêté prifonnier , &
Ce maudit uf âge des aveuglemens & extorqué de lui des conditions fort in-
des autres mutilations , venoitde Vinven- juftes.
tion des Princes Grecs; & on Va pra- Les auteurs de ce tems -là ont temar-
tique long-tems en Occident ; à caufe que qu'il neigea fans difeontinuer depuis
de quoi les vaffaux dans leur ferment de le premier jour de Novembre de l'an
fidélité, juroient qu'ils défendroient la 8yz. jufquà l'équinoxe du printems de
perfonne de leur Seigneur envers & con- Fan 8j3 .
tre tous , & ne confentiroient pas qiion Les enfans de Louis le Germanique
_ le mutilât a" aucune partie de fon corps, donnoient bien de la peine à leur père ,
Vers ce rems -là les Gafcons défi- ik fembloient le punir de l'ennui qu'il
rant recueillir leurs forces fous un Duc avoir caufé au fien. Son fils aîné, nommé
de leur nation , & de la race de leurs
anciens Ducs, pour fe garantir de la
fureur des Normands , & de la ven-
geance de Charles le Chauve , qui ve •
noit d'envoyer fon fils Louis fur leurs
frontières avec le titre de Roi d'Aqui-
taine, allèrent en Efpagne vers le fils
de Loup Centulle, que le Roi des Af-
Charles , 8c depuis furnommé le Gras ,
troublé , fans doute de l'horreur des
confpirations qu'il avoir faites contre
lui , eut de violens accès de manie ,
croyant avoir vu le diable 8c en être
poflédé. Il fut foulage de ce mal pour
quelque tems , après quantité de dévo-
tions ôc de vceux fur les tombeaux de
turies avoir fair Comte dans la vieille divers Saints: mais fa cervelle ayanr été
ébranlée , & même fa tête incifée pour
ce mal-là , il en eut des relfentimens
toute fa vie.
Les Normands s'étoient emparés de
la ville d'Angers il y avoit quatre ans ,
8c s'y étoient habitués avec leurs fa-
milles : de là ils s'en alloient , quand
Caitille , lui demander un de Ces fils.
Le plus jeune, au refus de tous (es frè-
res , accepta cet honneur : fon nom
étoit Sance 4 fon furnom Mirarra ; les
*Mtdaraen5 aira f ms * [ e \ ul avo { em donné, parce
%nifioit rui- qu ». croit leur Ruine de leur Fléau. De
fce>dégât. l u 1 font venus les Ducs héréditaires
871.
8 7 r,
875.
des Gafcons , qui ont duré près de deux il leur plaifoit , courir dans la Loire &
CHARLES II. ROI XXV. ii
dans toutes les autres rivières qui tom- tan & Urfand ( le premier étoit fils de
*73« beat dans celle-là , 8c chargeoierit tout Neomene) alîîllés deWigon fils du Duc 74*
le butin des pays voifîns dans leurs Raoul , 8c de quelques autres Fran-
barques. Charles affilié de Salomon cois, habitans en Bretagne, que ce Roi
Roi des Bretons les alîîégea dans cette avoit maltraités , conipirerent contre
ville-là. Le fiége fut long : le grand lui , 8c l'aiîiégerent dans fon château de
travail des Bretons en vint à bout , ils Plelan -, d'où, étant forti avec ion fils ,
détournèrent le cours de la Mayenne , fur de faulïes promettes qu'ils lui firent
&z par ce moyen ils mirent leurs barques de le bien traiter, les François exe: çartt
à Fec , 8c donnèrent moyen aux Fran- une trop cruelle vengeance , lui créve-
çois de s'attacher au pied de la muraille, rent les yeux , 8c peu de jours après le
Les pirates n'en pouvoient échapper* fi firent mourir.
on eut bien voulu les forcer : toutefois Les deux coufins ayant partagé la fou-
le Chauve , tant ils s'étoient rendus re- veraineté , fe brouillèrent bien-tôt er>-
doutables, craignant la vengeance que tr'eux , 8c en vinrent aux armes pioche
leurs autres bandes, qui étoienr en di- de Rennes: Urfand avec mille hom-
vers lieux du Royaume , en euifent pu mes feulement, chargea Pafquiran, qui
prendre , non feulement ne leur fit point en avoit douze fois autant , 8c rempor-
te mal, mais encore leur donna entière ta l'avantage.
liberté d'emporter tout leur butin. Ils Les autres Seigneurs du pays, à l'exem- — "
promirent feulement de ne revenir pie de ces deux -là, s'érigèrent auiîi 75*
jamais en France •> Se toutefois au par- en Souverains , entr'autres Alain Comte
tir de-là ils allèrent fe nicher dans une dei?re>em:,c'elt-à-dire, duterriroirede
Ifle de la Loire , d'où ils continuèrent Vannes 8c de celui de Porrhoer, 8c Sa-
.leurs ravages. lomon Comte de Rennes,fils d'une fœur
Vers le mois dAoîit, une caufe incon- du Roi de même nom que lui. D'autre
nue amena du côté d'Allemagne une ef- côté les Normands détruifoient tout le
froyable nuée de Sauterelles , qui étoient pays, tellement que la Bretagne ain-
groffes comme le poulce , & avoient fix si déchirée , perdit le nom de
ailes, & des dents aujji dures que des Royaume, & prit celui de Comté, puis
cailloux. En moins d'une heure elles de Duché. En ce tems-là ces deux titres
avoient brouté toute la verdure d'un pays fe confondoient.
de fept ou huit lieues de long, & deux Peu après Urfand tomba malade à
de large, mangeant jufqu aux branches l'extrémité: Pafquitan l'ayant fçu, raf-
& à lécorce du jeune bois. Apres quel- fembla fes forces. Urfand, qui ne pou-
les eurent fait des dégâts incroyables , voit perdre le courage qu'en perdant le
un vent les emporta dans la mer Bri- jour, fe fit porter en litière à la tête des
tannique , oit elles fe noyèrent toutes ; fiennes : fa préfence leur donna la vic«
mais mortes elles ne firent pas moins toire , mais avança un peu fa mort.
de mal que vivantes : les grands mon- Beaucoup de gloire ne lui coûta qu'un
ceaux que le jlux en rejetta fur le bord , moment de vie.
ayant engendré la pefile dans le pays. Son rival ne lui furvêcut pas long-
g Comme le Roi Salomon, qui étoit tems , car la mort lui ôta ce quelle
devenu homme de bien, 8c dévot juf- lui avoit donné. Sa fucceffion demeura
qu'à faire des miracles , méditoit de fe en difpute entre fon frère Alain 8c Ju-
retirer dans un Monaftére , cV de laif- dicael fils d'une fille de Herifpoux. Ils
fer fa Couronne à fon fils Gueguon-, trouvèrent meilleur de la diviler par un
deux de fes coufins germains , Pafqui- accommodement, que par l'épée > 8c en-
n ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— — — -fin , elle demeura toute entière à Alain à Milan dans l'Eglife de faint Ambroife.
°7$- par lamort de Judicacl , qui fut tuédans Sa femme fe nommoit Engelberge , 5 ?f '
un combat contre les Normands , com- félon quelques-uns, fille d'Ethico , qui
me on le verra ci-après. étoit fils d'un autre Ethico , Duc de Sue-
Louis Empereur d'Italie avoit été ve ou d'Allemagne. Il n'en eut qu'une
fort agité par les factions des Grands fille nommée Hermengarde , qui l'an
de fon Etat , Se par les incurfions des 876. fut ravie par Bofon frère de la
Sarrafins. Il y avoit vingt ans qu'il te- Reine Richilde , du confentement
noit l'Empire , lorfqu'il fut attaqué d'Evrard Berenger , fils du Duc de
d'une maladie qui le mit au cercueil le Frioul, qui avoit cette jeune Princeiîè
fîxiéme d'Août de l'an 875. Il mourut en fa garde,
fans enfans mâles. On voit fon tombeau
LOUIS LE GERMANIQUE. | CHARLES LE CHAUVE.
CE fut entre le Germanique Se le une célèbre Ambafïàde, de venir à Ro-
Chauve , à qui fe faifiroit le pre- me recevoir la Couronne Impériale , la
mier de l'Italie. Le Chauve ufant de lui offrant , comme fi elle eut été abfo-
grande diligence, s'y rendit plutôt que lument en fa difpoiition.
Charles Se Carloman , deux fils duGer- En effet , il la lui mit fur la tête le
manique. Ils y parlèrent aufli par deux jour de Noël avec grande folemnité.
différents endroits, tandis que leur fre- Après quoi le nouvel Empereur donna
re Louis fe jettoit en France pour faire la Duché de Spolete à Gui fils de Lam-
diverfion. Pour les deux premiers, le bert, Se celle de Frioul à Berenger fils
Chauve plus rufé les amufa de belles d'Evrard.
paroles , Se les renvoya adroitement -, A fon retour il reçut encore à Pavie Emperww
Se pour le troifiéme , les Prélats lui fi- la Couronne de Lombardie ie 8. de Fé- '" c £! e c B * SI "
rent des remontrances fi pathétiques , vrier Se la confirmation de celle de l'Em- les ii. dit le
qu'il eut pitié du pauvre peuple , Se s'en pire , par une aiîèmblée des Comtes Se c ha j>ve , à
retourna ians avoir beaucoup commis des Prélats , qui ie ht dans la même ans .
d'actes d'hoftilité. ville , le Pape y affiliant en perfonne.
L'intérêt du Pape étoit d'avoir un Cela fait il reprit le chemin de France, 8 '
Empereur de grand nom, & qui le put Se laiila le gouvernement de la Lom-
aûîlteravecdepuiiïantes forces, comme bardie à Bofon fon beau-frere : l'année <,
avoient fait Pépin & Charlemagne, mais fuivante, comme il y avoit encore plu- 77*
qui ne demeurât pas en Italie, où il fleurs Seigneurs d'Italie , qui refufoient
lui eut fort pefé fur les épaules : veilà de le reconnoître, le Pape tint un autre
pourquoi il ne vouloir point de Sei- Concile à Rome pour le confirmer une
gneurs Italiens, parce qu'ils étoient foi- féconde fois, ajoutant de terribles ex-
bles , Se qu'ils demeuroient fur les lieux*, communications contre les réfra&aires.
d'ailleurs avant a prendre des Princes L'Empire d'Occident ne pouvoir être
Carliens , il ne s'acommodoit pas bien qu'un vain titre, Se tout au plus n'avoit
de la rudefle Se de la fierté de ceux qui de terres que l'Exarchat de Ravenne, Se
dominoient en Germanie. Il choifit la Penrapole \ car fon pouvoir n'étoit
donc Charles le Chauve, Se l'invita par pas entier dans la ville de Rome, Se le
CHARLES II. ROI XXV. 23
— — Royaume de Lombardie n'en relevoit Germanique, du Royaume de Lorraine: ^^
$77» n-ulJement. Néanmoins le Chauve s'en mais rare qu'il fur fecrerement d'accôfd '
tenoit extrêmement obligé au Pape, & avec eux , ou autrement , il ne fe lailïà
tâchoit de reconnoîrre cette grâce par point toucher à leurs remontrances,
toutes fortes de moyens j juiques-là que Quoique le Germanique fut feptua-
de Souverain s'étant rendu fon Sujer , genaire , &c d'ailleurs troublé dans la
il tenoit à honneur de porter le titre de maifon par la rébellion de (es fils , il
fon Confeiller d'Etat. Bien plus , il ht eut néanmoins un tel reflfentiment de ce
tous Cqs efforts pour étendre fon autori- que le Chauve ne lui faifoir point de rai-
té fur les libertés de l'Eglife Gallicane : fon de l'Empire ôc des rerres d'Italie ,
car dans le Concile qui fe tint à Pon- qu'il arma de routes fes forces pour faire
tigon , il appuya de tout fon pouvoir les une puiilante irruption dans la Neuftrie.
Légats de ce Pape , qui apportoient des Mais comme il étoit à Francfort , la mort
Lettres de Primatie à Anfegife Arche- coupa la rrame de fa vie& de fes entre-
vêque de Sens, fur tous lesEvêques des priies, le 18. d'Août, le 70 de fon âge,
Gaules & de la Germanie. Il ne fei- & le 59. depuis fon premier couronne-
gnoit point de dire que le Pape l'avoit ment. Il fut inhumé à Loresheim.
commis pour afîïfter à ce Concile, ôc Ce Prince étoit aufîï bien inftruit
pour y faire exécuter fes ordres •, corn- aux lettres qu'il le pouvoir être félon le
me en effet il fit prendre féance à Anfe- tems. Il fe montra toute fa vie actif ,
gifé immédiatement après les Légats du belliqueux , libéral , généreux , qui n'ai-
Saint Siège. Mais les Prélats François moit l'argent que pour le donner, Ôc
encouragés par Hincmar , qui croyoit qui faifoit plus de cas du fer que de l'or ' 7
mieux mériter cer honneur qu'Anfegife grand zélateur de la juftice ôc de la Re-
né purenr erre induirs ni par prières, ni ligion , ôc diftributeur équitable des
par menaces , de donner leur confen- charges ôc des emplois ; enfin plus ap-
tement à c-tee nouveauté. A la huitième prochant qu'aucun autre Prince de fa
celîion le Chauve y fit entrer l'Impéra- race, des bonnes qualités ôedes vertus
trice fa femme (ranr il en étoit éperdu) de Charlemagne fon ayeul.
la Couronne fur la tête, pour y préfider D'Emme fa feule femme il eut troÎ9
avec lui. Les Evêques en eurenr fi gran- fils - , Carloman , Charles 8i Louis. Elle
de honte, qu'ils ne fe levèrent pas feu- étoit fille d'un Comte nommé Euken-
lement pour la recevoir. Il fut traité gaire, félon quelques-uns, Efpagnole de
plufieurs autres points dans les diver- nation -, ôc elle fe trouve avoir été fort
fes feulons de ce Concile ; ôc les Lé- louée par les auteurs du tems pour £a
gatsymfifterent puifîamment, pour que fageile & pour fa piété,
le Chauve fit quelque raifon à Louis le
f f*
24
ABREGE CHRONOLOGIQUE
CHARLES LE CHAUVE Empereur, Roi de Neuftrie , d'Aquitaine ,
de Bourgogne & de Provence.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière, & portant le titre
de Roi d'Italie.
LOUIS II.
Orientale.
- ■ ■ ' A La nouvelle de la mort de Louis
^"^' JTjL le Germanique, le Chauve devint
aggrelfeur de détendeur qu'il étoit , ôc
réfolut de dépouiller ces jeunes Princes
fes neveux , avant qu'ils fe fuiïent af-
fermis. Louis , le plus voifîn de ce
choc y lui envoya des Ambalfadeurs lui
représenter le traité qu'il avoir fait avec
leur père -, ôc lui offrit de prouver pat-
trente témoins , dont dix fubiroient
l'épreuve de l'eau froide , dix celle de
l'eau chaude , dix autres celle du fer
ardent, que de leur part il n'y avoit
point été contrevenu.
Le Chauve feignit d'écouter ces jufti-
fications -, il reçut les épreuves des tren-
te témoins, qui ne furent point endom-
magés , ni par l'eau froide , ni par la
bouillante , ni par le fer tout rouge ; 3c
accorda une furféance d'armes , pen-
dant laquelle il jura de ne point atta-
quer. Il ne lailTa pourtant pas de conti-
nuer fa route , filant par les chemins
étroits ôc écartés , dans les montagnes ,
ayant defTein de le furprendre près d'An-
dernac , où il étoit campé, ôc de lui cre-
ver les yeux. Mais Guillebert Archevê-
que de Cologne, qui étoit avec lui, ayant
Horreur de cette cruelle perfidie , ôc ne
pouvant le détourner de fon deiîein, en
avertit fecrettement Louis, qui fe mit en
fi bonne pofture, qu'il lui défit fa grande
armée , & l'eut toute taillée en pièces s'il
eut voulut la pourfuivre. Ce combat fe
donna près d'Andernac.
Les trois frères affermis par cette vic-
toire dans la fucceflion de leur père , la
de la France [CHARLES de l'Allemagne
1 proprement dite.
La Lorraine à eux deux.
partagèrent ainii entr'eux. Carloman, g
l'aîné de tous, eut le Royaume de 13a- '''
viere, duquel la Pannome, la Moravie,
la Carinfnie , &c la Bohême étoient les
membres. Louis le fecond, eut la Fran-
ce Orientale , ou Germanie , ôc avec ce-
la une partie du Royaume de Lorraine.
Charles le pays des Grifons ôc des Suif-
{qs , la Souaube , l'Alface , de l'autre
partie de Lorraine qui les avoifinoit.
Durant toutes ces dilfentions , les
Normands avoient beau jeu. Le Chau-
ve ne les atrêtoit qu'avec de l'or , Ôc par
des préiens qui les attiroient plus avant,
bien loin de les repouifer : de forte que
tandis qu'il feperdoitdans les imagina-
tions de fes vaines conquêtes , ils im-
poioient tribut fur la Fiance Occiden-
tale, ôc fe faifoient payer à leur mode
autant de Trus * qu'il leur piaifoit. * TtA , en
C'eft peut-être à caufe de cela qu'on les v,c,,x Fra "-
appella 1 ruands. Tribuc
Les Sarraiins d'autre côté ne tôur-
mentoient pas moins l'Italienls s'étoient
fortifiés à Tarente , ôc ayant fait ligue
avec le Duc de Naples , faccageoient
tout jui'qu'aux portes de Rome. Le Pape
Jean crie au fecours , appelle le Chau-
ve , ôc pour grande grâce , lui envoyé la
confirmation de fon élection à l'Empire.
Il pâlie donc en Italie avec Richilde fa
femme, qu'il menoit par tout. Le Pape
vint au devant de lui julqu'à Verceil ,
couronna l'Impératrice à Tortone , ÔC
de-là ils dépendirent à Pavie , pour avi-
fer , avec les Seigneurs d'Italie , au
moyen de chafler les Sarraiins.
Comme
CHARLES II. ROI XXV. 25
- s , Comme ils étoient-là, ils apprirent elle lui donna beaucoup de Seigneuries, '
que Carioman Roi de Bavière, hls aîné mais encore plus d'inquiétudes , 6c peu 77'
du Germanique , approchoit avec une de bons luccès. La meilleure de Tes qua-
puiilànte armée , pour revendiquer le lités fut qu'il fe rendit très-fçavant 3 &c
Royaume d'Italie 6c l'Empire. Au bruit qu'il gratifia les gens de lettres d'hon-
de la venue i'Aflèmblée le difiipe , le neurs 6c de récompenies, les envoyant
Pape s'enfuit à Rome, 6c Charles le chercher jufqu'en Grèce ck en Afie pour
fauve en France : mais au même rems en enrichir la France. Très-louable en
Carioman faifi d'une teneur panique , cela , s'il eut longé à pourvoir à la fu-
rebroulfe auffi en Allemagne. reté Se aux nécellkés de Ion Etat, avant
Tandis que le Chauve éroit éloigné que de pourvoir aux ornemens.
de Ion Royaume , les Seigneurs Fran- On le furnomma le Chauve , 6c il le
<çois formèrent une horrible confpira- fut en effet. Quelques-uns par fiaterie ,
non contre lui jBofon même fon favori, l'appellerent le Grand, ce qui a fait
8c frère de fa femme, fe joignit avec confondre plulleurs de les actes avec
eux. Us le haïlfoient mortellement , ceux de fon Ayeul.
ôc le fujet ou le prétexte étoit , qu'il Son père fut blâmé d'avoir élevé aux
élevoit des gens de bas lieu-, qu'ils l'elli- Dignités Eccléfiafliques des gens de
moient moins brave que taitueux ; que condition fervile : Se lui pa liant plus
voulant tout faire à force d'argent , Se avant, mitdesgens de peu dans les em- .
donnant à tontes fortes d'entreprifes, il plois militaires Se dans les dignités qui
n'épargnoit aucune dépenfe, &: par con- n'étoient dues qu'aux Grands du
féquent chargeoit fes Sujets de grands Royaume. De-là vint qu'il fefit comme
fubiides;& qu'outre cela il fembloitmé- un boule verfement général dans l'Etat,
prifer la nation Françoife,en affectant de le deffous prenant le delTus , les grandes
porter des habillemens à la mode des msifons s'anéanriiïànt , de les gens de
Grecs , qui étoient leurs mortels enne- fortune en élevant de nouvelles *, à qui
mis. Il arriva donc , par les méchantes l'obfcuiité de ces tems-là , tout cou-
menées de ces conjurés , qu'à fon retour verts d'ignorance Se de confufion , a été
palïant parle Mont-Cenis, il fut empoi- fort favorable pour cacher la bafïeiTè
fonnéparSedecias fon Médecin, Juif de de leur origine.
nation , & réputé Magicien , qui lui don- La Ville Se l'Abbaye de S. Denis font
na une poudre mortifère dans une po- redevables à ce Roi de la Foire du Len-
tionmédecinale. Accident alfez ordinal- dy , tems indicl ou alligné pout mon-
re aux Grands qui fe fervent dépareilles trer les Reliques de cette célèbre
gens. Il fut contraint de demeurer en un Eglife.
méchant lieu nommé Brios, où il rendit II n'eut point d'enfans de Richilde
*Le<;.ofto-l'ame dans une petite chaumine. * Son fa féconde femme ; mais de Hermen-
kre - corps fut inhumé à Verceil , &: fept ans trude fa première il en avoit eu plu-
après apporté de-là en l'Abbaye de faint fieurs. Il n'en reftoit qu'un fils vivant ,
Denis. Il mourut âgé de 5 5. ans, le fe- feavoir , Louis, qu'on furnomma le
cond de fon Empire, Se le 38. de fon Bègue , parce qu'il fétok en effet •■> Se
règne, àcompter depuis la mort de fon une fille nommée Judith, qui épou-
pere. fa en' premières noces Etelulfe Roi
Comme il aimoit plus le fade &c la d'Angleterre ; Se en fécondes , Bau-
vaine pompe que le folide , la fortune douin Comte de Flandres } qui l'en-
conforme à (on humeur le fit heureux leva.
en apparence 6c malheureux en efTet :
Tome II. P
16
«-.-— — ■■■■- ~r t ■
LOUIS IL
DIT LE BEGUE-
ROI XXVI.
Agé de trente a trente-trois ans.
fcmceOed- LOUIS DIT LE BEGUE , Empereur , Roi de Neuftrie , * Aquitaine,
dentale -, t'eft Bourgogne & Provence.
I* même.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière,
LOUIS de la France Orien-
tale.
CH ARLES de l'Allema-
gne.
La Lorraine à eux deux.
PAPES.
Encore Jean VIII. durant tout ce Régne , & dans le fuivant.
~~Z T A haine qu'on portoit à Charles
\ JL-/ le Chauve , rejaillit fur fon fils ; il
•ncorc Basi- tâcha de la racheter à force de gratifi-
ie & Louis cations , en donnant aux uns des Ab-
» u. d«Mi. bayes , aux autres des terres ou des
charges : mais pour un petit nombre
de Seigneurs qu'il appaifa, il en fit une
infinité de mal-contens ; & les Princes
( on appelloit ainfi les Grands ) s'of-
fcnlerent qu'il eût donné de fon mou-
vement , leul & dans fon Cabinet , ce
qu'il ne pouvoit donner que par leur
confentement , ôc dans les Allemblées
générales.
Durant qu'ils faifoient diverfes caba-
* cétoit une les , fe fondant , comme je crois , fur ce
conditionné- qu'il ne leur apparoilfoit point que fon
nue la a vl. j / >' 1 I j- "
ré du P ere euc ordonne qu il lui lucccdar •-,
l'a belle-mere Richilde lui apporta en
•v
pcrc
diligence le teftament du Chauve , par
lequel il étoit porté formellement qu'il
lui avoit donné le Royaume , & qu'il
l'en inveiiiifoit par l'épée de S. Pierre ,
& par les ornemens Royaux qu'il lui
envoyoit.
Louis étant un peu plus autorifé par
ce moyen , Iqs Seigneurs s'accommodè-
rent avec lui , non aiîurement fans qu'il
lui en coûtât beaucoup : & l'Archevê-
que Hincmar le couronna dans la ville
de Reims , d'autres difent à Compie-
gne , le 18. jour de Décembre.
Cependant Lambert Comte de Spo-
lete , & Albert Marquis de Tolcane ,
partiians du Roi Carloman qui préren-
doit à l'Empire , étnnt entré dans Ro-
me , traitèrent outrageufement le Cler-
gé , forcèrent les Romains à prêter fer-
877.
LOUIS II.
— - ment a ce Prince , de arrêtèrent le Pa-
*?*• pe Jean VIII. prifonnier. Mais peu
après , étant échappé de leurs mains ,
il s'embarqua fur mer , 8c vint defcen-
dre en Provence. Il célébra le jour de
la Pentecôte dans Arles , & de là il fut
conduit à Lyon , puis à Troyes , tou-
jours défrayé aux dépens des Evêques
chez qui il palfoit. Sur fa route il avoir
écrit à tous ceux de Gaule Se de Germa-
nie , afin qu'ils fe trouvaient à Troyes ,
pour y célébrer un Concile : il y avoir
auiiî invité tous les quatre Rois , mais
il n'y eut que Louis le Bègue qui s'y
trouva : il y fur couronné &c facré par
fes mains le 7. jour de Septembre.
En ce Concile le Pape excommunia
Hugues fils bâtard du Roi Lotaire II.
de de Valdrade , qui fe portoit pour lé-
gitime , &c avoit amaiTé quelques trou-
pes de brigands pour fe rétablir dans
le Royaume de Lorraine. Il réhabilita
aufli Hincmar Evèque de Laon , lui
permit de dire la MelTe , quoiqu'il fût
aveugle , Se lui donna la moitié du re-
venu de LEvêché..
"^ Ce Concile achevé, le faint Père dé-
lirant retourner à Rome , Se le Roi
n'étant pas en état de le conduire , à
caufe d'une indilpofirion qui lui étoit
furvenue , Bofon frère de l'Impératri-
ce Richilde , fut chargée de lui rendre
.ce devoir ; Se le faint père fut II con-
tent de fes foins , que par honneur il
l'adopta pour ion fils fpirituel.
Après fon départ le Bègue s'achemi-
nant en Lorraine , s'aboucha au lieu de
Marfenne fur la Meufe , avec Louis Roi
de Germanie. Us firent Là un traité ,
par lequel ils diviferent la Lorraine en-
tr'eux , comme elle l'avoir été entre
leurs pères -, Se le Bègue promit auili
à Louis de lui donner part au Royau-
me d'Italie.
L'obéilTance ni l'affection des Sei-
gneurs n'étoit pas bien affermie en fon
endroit ; ils tenoient peu de compte de
fes ordres ; Se il arriva qu'ayant armé
ROI XXVI, 27
pour dompter la rébellion de Bernard'
Marquis de Gotthie , dont il avoit don-
né le gouvernement à Bernard Comte
d'Auvergne , il tomba malade en paf-
iant par Autun en Bourgogne , non
fans ioupçon qu'on l'eut empoifonné ,
à caufe de quoi il envoya quérir fow
fils Louis , qu'il mit en la garde d'un
autre Bernard Comre d'Auvergne , de
Tlnerri fon grand Chambellan, de Hu-
gues l'Abbé s Se de quelques autres Sei-
gneurs. Ce Hugues fut très-puiflànt
iur la fin du règne de Charles le Chau-
ve , fous Louis le Bègue , Se fous fos
enfans. Il étoit fils, comme nous l'avons
dit , de Conrard.
Le Bègue étant arrivé avec grande
peine dans la ville de Compiegne , fe
mit au lit , de y rendit l'ame le Vendre-
di-Saint, dixième d'Avril. On l'enterra
au même lieu dans l'Eglife de l'Abbaye-
de faint Corneille. Il étoit âgé de tren-
te à trente-cinq ans , & en avoit régné
feulement un &c fept mois. Avant de
mourir , il envoya par l'Evêque de
Beau vais , &c par un Comte , Pépée ,
la Couronne , Se les autres omemens
Royaux à fon fils Louis , avec ordre de
le faire facrer au plurôt.
Il avoit en fa jeuneiTe pris pour fem-
me Anfgarde, fille d'un Comte nommé
Hardouin , dont il avoit deux fils , ce
Louis dont nous parlons , Se un autre
nommé Carloman : mais comme e-li®
étoit de baffe naiffance , le Roi fon père,
fans le confentement duquel il l'avoit
époufée , i'obligea de la répudier. Voi-
là pourquoi quelques Hiftoriens onr dit
que ces deux Princes étoient bâtards.
Après ce divorce il en prit une autre
nommée Adeleide ou Alix , fille de
quelque Prince d'Angleterre , Se fœur
de Wilfri.d Abbé de Fiavigni au Duché
de Bourgogne. Elle étoit enceinte Icrf-
qu'il mourut, Se elle mit au monde un
fils poflhume , qui naquit le 17. Sep-
tembre en fui van t. On le nomma Char-
les le Simple»
D i\
879.
S??.
iS
ABRÉGÉ CHR
L'Empire d'Occident demeura va-
cant deux ans entiers , ôc l'Italie dans
une extrême conhifion , par les difcor-
des des Seigneurs , & par les ravages
des Sarrafins , aufquels le Pape écoit
contraint de payer tribut.
On peut mettre fous ce régne l'origi-
ne des Comtes d'Anjou , qui com-
mencèrent , félon quelques vieilles
Chroniques , par un Seigneur nommé
ONO LOGIQUE
Ingelger. Il étoit fils d'un Breton nom-"
mé Torquat , ou Tortulte , auquel
Charles le Chauve avoir donné une
Terre en Gâtmois , & Perrctte , fille de
Hugues l'Abbé en mariage. Cet Ingel-
ger fut père de Foulques le Roux , qui
ayant été fait Comte d'Anjou par Char-
les le Simple , défendit vaillamment ce
pays contre les Normands.
879.
1 ai fiUÊiauaaaaiw :
ANS
A R D E
FEMME
DE LOUIS LE BEGUE.
Nai (lance
ë'Anfgaxtk.
La feule qualité de belle & de charmante >
Fit qu'ANSGAKDE régna dans le cœur de ce Roi ;
Mais pour plaire à fon père il quitta fon amante ,
Et préfera l'Empire à l'amoureufe loi.
ANsgarde n'étoit de fa naif-
fànc
fille
Louis le Ee
gue.
ce que iimple Demoifelle ,
d'un des nobles qu'on nommoit
Vavalfeurs ou arrière vaiTaux : mais la
nature l'avoit annoblie de tant de grâ-
ces , qu'elle triompha aifément du cœur
Eft aimée & du jeune Louis , qui lui fit l'honneur
^ r e . de l'époufer. On douta néanmoins avec
quelque raifon , (i ce mariage étoit va-
lable , à caufe que ce Prince étoit dou-
blement mineur, car il n'avoit pas l'âge
requis par les loix *, & que même quand
il l'eut eu , il étoit toujours en qua-
lité de fils ci: de Prince du Sang fous
la tutelle du Roi fon père. Il la tint
néanmoins à fa vue afTcz long-tems ,
pour faire croire que s'il n'autorifoit
pas ce mariage par un cqnfentement
exprès , au moins il le toléroit , parce
qu'il e(t à préfumer qu'un Souverain
êc un père , dont la conduite doit être
dans les bonnes mœurs , fouffre plutôc
un mariage qu'un concubinage. Mais h | a repudiV
d'autre coté , il eft certain qu'il vou par le com-
t r »"i 1 a r\ r ■ r mandement
lut enfin qu il la quittât. On ne içait il de {m pei#>
ce Prince eut de la joye ou du déplai-
fir de ce commandement : mais confi-
dérant qu'il ne pouvoir fuccéder au
Royaume fins le confentement de fon
père , il lui obéit , quoiqu'il en eût
deux enfans. Il inftitua l'aîné fon fuc-
celfeur, comme nous l'avons dit , d'où
on ne peut pourtant pas conclure nécef-
fairement qu'il fût légitime : car les
François avoient encore cette coutu-
me 1. véritablement fort contraire à
A N S G A R D E.
XÇ)
l'honnèreté publique , de faire fuccé- tion dans fon tefhmenr. Nous ne trou-
der les bâtards. En vertu de la volon- vons point ce que devint Anfgarde
té du père les Grands du Royaume le après que le Bcgue l'eut quittée , ni
déclarèrent Roi , non pas feulement en quel tems elle mourut -, il eft croya-
s«s eufam. Régent , comme quelques Modernes ble qu'elle choifit fa retraite dans un
le veulent croire, & lui donnèrent Monaftéie , bienheureux refuge des
pour compagnon fon frère Carloman , malheureufes.
dont le Père n'avoit fait aucune men-
LOUIS III.
E T
CARLOMAN.
ROI XXVII.
En AGE D' AD O LES C EN C E.
879.
Ces deux Princes régnant avec fraternité ,
Des Normands débordés repouflèrent l'audace >
Louis mourut à Tours , Carloman à la Chaflè ,
Et tous deux fans poftérité.
LOUIS III. & CARLOMAN fon frère , Rois de la France Occidentale,
de Bourgogne & d'Aquitaine.
CARLOMAN Roi de Ba-
vière.
LOUIS le Jeune , Roi CHARLES le Gras, de
de la Germanie ou Fiance
Orientale.
T Allemagne proprement
dite.
La Lorraine à eux deux.
PAPES.
Encore Jean VIII. j. ans & demi du-
rant ce Régne.
Marin élu le i8. Décembre 882. S. 1.
an , 10. jours.
JU s q u e s à la fin de cette race on
ne verra plus que cabales &: frétions ,
dont les Rois croient les jouets Ôc inti-
me les créatures. Thierri , &: les Com-
tes à qui le Bègue avoir recommandé
fon fils , avoient mande aux autres Sei-
gneurs de fe trouver à l'AlTemblée gé-
Hadrian III. élu le 3.0. Janvier 88^.
Siège un an , trois mois , dont iix lous ce
Régne.
ncrale de Meaux ; Se on avoit accommo-
dé les querelles qui étoient entre Thier-
ri ôc Bofon. Mais Gauzclin l'un des
Princes ou grands Seigneurs de Neul-
trie Abbé de faint Germain des Prés ,
n'oublia pas les injures qu'il avoit re-
çues du gouvernement précédent. 11
879-
LOUIS III. ROI XXVII. 51
r ; : jt noué intelligence avec Louis Roi meure aux Rois de la Germanie ou
$7ï>> de Germanie ,dès le temsqu'il avoit été France Orientale. 6ù ° m
fon prifonnier de guerre à la bataille Louis ne fe fut pas contenté de moins
d'Andernac , 8c depuis il avoit tou- que de toute la Monarchie , Ci fes affai-
ioiirs gardé une étroite correfpondan- res ne l'eullènt pas obligé de s'en retour-
ce avec lui. Ayant donc fait fon parti ner promptement : mais ayant appris à
avec quelques Evêques ôc Seigneurs , Mets la maladie de Carioman fon frère
il mit en avant , que pour remédier aîné , qui étoit tombé en paralyfie , il
aux maux de la France , il falloir la re- courut en Bavière pour l'empêcher qu'il
mettre toute fous un chef, ôc appeller ne laifsât fon Royaume à Arnoul fon
pour cet effet ce Prince , qui feulétoit fils bâtard. Or Carioman mourut peu
capable de la bien défendre , fi on le après , ôc fut inhumé à Ottinghen en
reconnoiiloit à l'exclulion des bâtarde Bavière , dans le Monafterede S. Maxi-
de Louis le Bègue ; c'eft ainfi qu'il milian qu'il y avoit fondé. Il n'avoit
appelloit Louis 6c Carioman. point d'entans légitimes, mais deux na-
Les grands Vaiîàux de ces deux jeu- turels , un fils ôc une fille , Arnoul ôc Gi-
nes Princes ne purent autrement dé- felle. Il ne put donner à Arnoul que
tourner cet orage , qu'en s'accordant la Duché de Carinthie , le Roi Louis
avec le Roi de Germanie , ôc lui don- ayant de fon vivant même reçu les fer-
nant par forme de gage la partie de mens de fes autres Sujets. Pour Gifelle,
la Lorraine que le Chauve ôc le Bègue je trouve que l'an 890. elle époufa
avoient poiîedée. Il s'en faifit auili-tôt ; Zuendipold Roi de Moravie , qu'à
ôc depuis , ce Royaume-là , quoique caufe de cela quelques-uns ont appelle
contetté ôc fouvent revendiqué par les fils de Carioman.
Rois de la France Occidentale , eft de-
t* i&^m - JimiïK^W%XXWœjQKVm j»œi®A^
LOUIS III. & CARLOMAN , comme ci-deflus.
LOUIS & CHARLES ieGras, comme ci-deflus,
Z*^ 1 Etendant Gauzelin ôc Con- en Gâtinois par les mains d'Anfegife
880. ^_^y rar J q U1 f s voyoient deltitués du Archevêque de Sens.
fecours de Louis , craignant d'être ac- Quelque tems après ces deux frères
câblés par les autres Seigneurs Neuf- étant à Amiens , diviierent entr'eux le
triens js'adreflei'ent à Luicgardefafem- Royaume de leur père ; la Neuiine
me , Princefïe fort ambitieufe , qui loi- échut à Louis , ôc les Royaumes et A-
licita ii prellamment fon mari , qu'elle quitaine ôc de Bourgogne à Carlo-
le porta à repalîer en France avec un man.
plus grand appareil que la première Dès leur avènement ils eurent le dé-
ibis, plaifir de voir démembrer deux Royau-
Sur le bruit de cette féconde irrup- mes de la fucceilion qu'ils avoient re-
tion , les Seigneurs firent couronner cueillie, fçavoir celui de Lorraine,com-
non feulement Louis fils aîné du Bègue, me nous l'avons dit, ôc celui de Bour-
mais aufli Carioman ion frère. Ils ru- gogne , qu'on nomma aulli Royaume
rent facrés dans l'Abbaye de Ferrieres d'Arles ôc Royaume de Provence. Quant
5 2 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
à ce dernier, il leur fut fouftraitpar Bo Haynaut , Flandre &c Boulonnois. Ar
°°' fon. Ce Seigneur avoir été en telle fa
veur auprès de Charles le Chauve , qu'il
l'avoit tait comme fon Viceroi en Lom-
bardie , 6c lui avoir donné la Provence ,
finon en fouveraineré, au moins à per-
pétuité , ôc Ta nièce Hermengarde pour
époufe. Avec ces avantages il tut encou-
ragé par cette ambitieufe Princelfe de fe
taire Roi -, li bien qu'ayant gagné les
Seigneurs ôc les Prélats de ce pays-là, il
* Grand pou- f e fa £fa e p ar un * Synode qui ie tint
voir des Eve- _, A \ . . { .^ v ,
ques. au Château Royal de Mentale près de
Vienne. Il s'y trouva quatre Archevê-
ques ôc dix-neuf Evêques qui lui défé-
rèrent la Couronne , fans fpecirier néan-
moins de quel pays. L'Archevêque de
Lyon le couronna le 23. d'Oclobre de
-Tannée 879. (a)
Cet attentat fâchoit extrêmement les
deux frères Rois : mais ils avoient ou-
tre cela deux autres ennemis fur les
bras , Louis le Germanique leur cou-
fin , ôc les Normands. Ils gagnèrent
une bataille fur ces derniers, près de la
rivière de Vienne, le premier jour de
Novembre. Après quoi laillant leur
victoire imparfaite , ils tournèrent tête
vers Louis , qui à l'inltigation de l'Abbé
Gauzeiin , s'étoit avancé jufques fur
leur frontière. Quand il eut appris
qu'ils venoient à lui , il n'ofi palter
outre , ôc demanda à parlementer avec
eux à Gondouville , & cependant il fe
retira dans fon Royaume.
En fa retraite il défit dans le Hay-
naut une bande de huit ou dix mille
Normands -, mais dans le choc il perdit
un fils bâtard qu'il avoir. Ces Pirates
avoient brûlé les Villes de faint Orner,
Terouenne , Arras , Tournay , S. Ri-
quier , S. Valéry , ôc tous les Pays de
ras demeura trenre ans délert, feshabi-
tans s'étant rétugiés dans Beauvais. Qua-
tre Bourgeois de Tournay qui s'étoient
retirés à Noyon , rebâtirent leur Ville,
ôc en donnèrent les maiions à rente à
qui les vouloit habiter.
Les quarre Rois pour accommoder
leurs différends, avoient aflïgné une af-
femblée générale à * Gondouville près *Ceft r em>
de Mets. Louis le Germanique envoya"" Gondre -
r r ■ x . ■ .' . ville.
s en exculer lur une maladie qui lui
étoit furvenue : mais Charles fon frère
s'y rrouva , êc conféra avec Louis ôc
Carloman de leurs affaires communes.
lis trouverenr bon de fe liguer enfem-
ble pour la deftruction de leurs enne-
mis ■■> Louis le Germanique avec Louis
ôc Carloman contre Hueues fils de
Valdrade qui iaccageoit tout fon plat
p ; ys de Lorraine } 8c Charles le Gras
encore avec ces deux frères pour domp-
ter l'orgueil de Bofon. .
Pour le premier , les gens de Louis
de Germanie Ôc des deux frères , ayant
été chercher les troupes de Hugues ,
qui étoient commandées par Thiebaut
ion beau-frere , rirent tant qu'ils Iqs ren-
contrèrent , ôc les mirent en déroute ,
avec un horrible carnage. Puis Charles
le Gras &c les deux frères marchant con-
jointement contre Bofon , le vainqui-
rent en une bataille près de Mâcon , ôc
en fuite afliégerent Vienne ; le rébelle
y avoit lailfé fa femme , Se s'étoit retiré
dans les montagnes de Savoye. Nous
ne verrons la fin de ce fiége , que dans
deux ans d'ici.
Charles éroit venu là à la prière de
(es coufins , & avoit quitté fes affaires
d'Italie , où par un iéjour de quelques
mois , il s'étoit alfuré de toute la Lom-
(a) Bofon beau-fierc de Charles le Chauve , profitant
ic la foiblcire de Louis le Bègue , s'empara de coûte la
Provence , du Dauphiné , fie des contrées voillnes , Se
$'en ht élire &c couronner Roi en E79. fous le titre de
Roi d'Ailes , parce ([ue cette ville étoit alors la plus con-
fiJéra'ulc de £011 nouveau Royaume. Cet Luc l'ut polL-
dé fucceiïivemcn.t par fix Rois; mais l'indolence ou la
pufillanhnité des deux derniers , iuc caufe de lou dé-
membrement. Les Gouverneurs l'approprièrent le*
Comtés Se Seigneuries qui le compofoient , de forte i* 4 uc
ce Royaume n'en eut plus ;iuc le nuin.
bardic ;
LOUIS III. ROI XXVII. H
- bardie ; fi bien qu'il avoir été couronné accourut en Picardie pour y donner or- — ■
S8i. Roi par l'Archevêque de Milan. Com- die. Il fondit fur ces barbares près I *
me il brûloit d'envie d'y retourner , il d'Amiens , & en coucha neuf mille par
prit congé d'eux , Se ayant reparte les terre. Toutefois , foit qu'il en vît ve-
Monrs , alla droit à Rome accompa- nir à lui quelqu'autre plus grand corps,
gné du Pattiai che d'Aj^uilée. ou qu'il fût faiii d'une terreur panique,
_ s Cette fois le Pape qui hélîtoit à qui il retourna en arrière - y ôc alors le refte
encore basi- il donneroit la Couronne Impériale , ne de ces barbares recommença à piller
le & Char.- p UL } a re f u [' el - \ un Prince li pmlfamment comme auparavant.
à Noël a.. 6. armé ; ainfi il la lui mit lur la tête le Une troiiiéme bande defeendit au lieu
an*. jour de Noël de l'an 88 1. Il penfoiten dit Haflou , près de la Meufe , Se s'y
tirer quelque alFiftance contre les Infi- étant fortifiée , mit le feu à la cité de
déles , 6c contre les Princes circonvoi- Liège , à celle de Tongres, qui avoit
fins qui incommodoient extrêmement été autrefois ruinée par les Vandales , à
la ville de Rome : mais dès qu'ii eut Cologne , à Bonne , à Nuis , au Palais
le vain titre d'Empereur , il fortitd'Ita- d'Aix-la-Chapelle , à Trêves , à Mets ;
lie. Le Pape lui écrivit inutilement &: ayant gagné une bataille fur les Eve-
pour le rappeller à fon fecours : [qs let- ques de ces deux dernières Villes , où
très , ni un voyage même qu'il fit en celui de Mets fut tué , ( il s'appelloit
France pour cela , ne lui produilirent "Wala ) elle fit un horrible carnage des
que de la peine & du chagrin. pauvres payfans qui s'étoient armés dans
•c&oitle Cependant une * flote de Normands les Ardennes. _
auff h r ° pre ' entranc P ar ^ e ^aal 5 ^ e f° rt:1 fi a à loiiir Comme Louis le Germanique aiïem- 88 it
terre cjue par dans le Palais royal de Nimegue. Louis bloit des troupes pour leur oppofer , il
œer ' y alla avec une armée 6c les aiîîégea : mourut à Francforr le vingtième de Jan-
mais il ne fut pas en fon pouvoir de les vier, dans la force de fon âge, 6c n'ayant
forcer-, tellement qu'il le contenta de régné que fix ans. On porta fon corps
les réduire à vuuier le Royaume. Ils en dans l'Eglife de Saint Nazaire à l'Ab-
fortirent avec toutes leurs troupes, mais baye de Loresheim , où il fut inhumé
aulîï avec tout leur butin. auprès de celui de fon père.
Une autre flote très-puilïante mon- Il fut le feul des trois frères qui fe
tant dans la Somme , força la riche Ab- maria : * fa femme fe nommoit Luitgar- G * ra ^ h f " t !es «
baye de Corbie , 6c la ville d'Amiens , de , fille de Bilmarus 6c fœur de Be- m anc.
puis s'épandit au large dans les contrées non, qui furent Ducs de Saxe, (a) Il
voifines. Le mal étoit fort grand 6c fort n'en eut qu'un fils, qui l'an 88o. fe
preiTant : c'eft pourquoi Louis laiflant jouant fur une fenêtre tomba du haut
fon frère Carloman au fiége de Vienne , en bas 6c fe tua.
jj) D'autres difenr, fille de Ludolfe Duc de S»xc, 8: feeur d'Othon père de Henri l'Oifeleur.
ftKfrsw?
Tome II,
H ABREGE CHRONOLOGIQUE
CHARLES dit le Gras , Empereur & Roi d'Italie , de Germanie ou France
Orientale , de Bavière & de Lorraine.
LOUIS & CARLOMAN de la France Occidentale , Aquitaine , «J
& partie de Bourgogne.
„„ T A lucceffion du Germanique , ôc fon armée : mais une tempête épou- " ' ■
1-j plus encore la nécefîité des affaires ventable qui fe leva , ôc une pefte fu- ° 2 "'
appelloit Charles le Gras en France , où rieufe qui s'étoit mile parmi fes trou-
les Normands loges a. Haflou faifoient pes , leur turent encore favorables : ti-
rage , fécondant Hugues fils de Valdra- bien qu'après quinze jours de tiége ,
de , ôc en étant réciproquement fecon- ces voleurs en turent quittes pour tor-
des : car ce bâtard attiroit & animoit tir de fes Royaumes , d'où ils emport-
ées barbares , ôc excitoit des factions terent des richeiles immenfes.
parmi les Seigneurs , pour fe vanger au Ils avoient deux Rois ou Généraux ,
moins , s'il ne pouvoit pas s'établir. Sigefroy ôc Godefroy. Le premier fe
Charles repafïà donc deçà les Monts , rembarqua avec plus de quarante mille
confirma la donation de la Carinthie à hommes -, l'autre , foie par intérêt , foit
Arnoul fon neveu bâtard, ôc lui donna par dévotion , reçut le faint Baptême,
le commandement de fon armée. Après L'Empereur voulut être fon parrain,
cela il tint un Parlement à Wormes, au ôc lui donna en mariage une fille natu-
fortir duquel Arnoul l'étant venu join- relie du Roi Lotaireli. nommée Gifle ,
dre , il marcha vers Haflou. ôc deux mille quatre-vingt livres d'or ,
Le plus grand malheur de la France avec le Duché de Frife en dot.
étoit , que la plupart des Seigneurs Vers le même tems Louis Roi de la
s'étudioient à entretenir les brouille- France Occidentale , étant allé au-de-
ries , <Sc s'entendoient fouvent avec les vant des Princes Bretons qui lui ame-
Normands , ou du moins avoient de la noient une armée pour aller contre les
connivence pour eux, & ne vouloient Normands, tomba malade à Tours;
pas les exterminer entièrement, parce d'où s'étant fait rapporter en litière,
qu'ils en pouvoient avoir befoin dans il vint mourir à Saint Denis en France
quelque rencontre. L'avant-garde de le quatrième du mois d'Août, ayant ré-
Charles pouffa d'abord les barbares ; ôc gné un peu plus de trois ans. Paul
il les eût foi ces dans la première épou- Emile raconte qu'ayant pouffé fon che-
vante , fi l'intelligence que quelques- val pour courir après une bede fille
uns de fes chefs avoient avec eux n'eût qui fe fauvoit dans une maifon , il fe
balancé la victoire. Il les afîîégea en- rompit les reins dans la porte qui
fuite dans leurs logemens avec toute étoit trop balle , & qu'il en mourut.
4£4
LOUIS III. ROI XXVII. H
884.
CHARLES le Gras , Empereur & Roi de Germanie.
CARLO M AN , Roi de la France Occidentale, Aquitaine & Bourgogne.
— 'Q On frère Carloman partit auffi-tôt ques qui avoit été Comte du Palais , JTT
fis ex 3 ^ e devant Vienne pour venir re- lui fuccéda à l'Archevêché. *"
^' cueillir la fuccwlîion , ayant lailfé la A l'exemple de l'Empereur Charles
charge du fiége au Comte Richard, le Gras, Carloman ion coulin traita avec
qui étoit frère de Boibn , mais Ion en- les Normands pour les faire fortir de
nemi. Eniuite il fe mit à la tête de fon fes terres , & çompofa à douze mille
armée , qui marchoit contre les Nor- marcs d'argent ; mais cependant Hu-
mands. A fon arrivée dans Autun il gués fils de Valdrade faifoit d'horribles
apprit que ces brigands épouvantés ravages dans la Lorraine,
étoient lortis de la rivière de Loire: Peu après ce Roi étant à la chafïè
&: peu de jours après il vit arriver Ri- dans la Forêt d'I véline près de Mont-
chard, qui ayant pris Vienne, lui ame- fort , à une journée de Paris, il arriva
noit la remme & la fille de Bofon pri- qu'il y fut blefïe mortellement par un
fonnieres. ianglier , ou comme d'autres difent ,
De-là il marcha contre une bande par un Gentilhomme de fa fuite , qui
de Normands , qui étant defcendus penfoit darder cette bête. Sa mort ar-
par l'embouchure de la Somme , cou- riva le 6. Décembre. Il eft enterré à
roient jufqu'à Laon & à Reims. Il \qs Saint Denis. Il régna en roue cinq ans
trouva à Seancourt dans le Vimeu , & demi , fçavoir trois ans conjointe-
où il les chargea avec tant de vigueur _, ment avec fon frère , & le refte lui
qu'il les défit entièrement j une partie feul.
demeura fur le champ, l'autre fe fau- Son père l 'avoit fiancé avec la fille de
va dans ùs barques fur la rivière Bofon l'an 878. il y a apparence qu'il
d'Aimé. ne l'époufa pas ; & on ne trouve point
Ce fut en ces jours-là que le grand qu'il ait eu aucuns enfans : car ce Louis
Hincmar Archevêque de Reims , ac- le Fainéant , que quelques-uns lui don-
cablé d'années , & de douleur de voir nent , eft une pure chimère,
ainfi la France au pillage , fuyant de fa Aufli-tôt que les Normands eurent
Ville , qui étoit menacée par les Barba- appris qu'il étoit mort , ils rentrèrent
res,car elle n'avoir point encore de clô- dans le Royaume, interprétant fubti-
ture de muraille , & fe fauvant en li- lement , félon leur génie & leurs inté-
tiere , mourut à Efpernay avec un ex- rets, que le traité qu'ils avoient fait
crème regret de lailler l'Eglife Galli- avec lui étoit fini avec fa vie. Mais Hu-
cane prefque entièrement deftituée de gués l'Abbé les combattit , & en fit fi
Prélats qui entendirent fes droits , & grand carnage , qu'ils iailTerenr la Fran-
qui eulTent foin de fa difeipline. Foui- ce en repos durant quelque tems,
E ij
5*
CHARLES III
DIT LE GRAS,
ROI XXVIII.
Agé de quelque cinquante ans~
En vain deux & trois fois j'eus le chef couronné t
En Germanie , en France , en Bavière > en Lorraine ?
Je ne fus rien dès lors qu'on m'eût abandonné.
11 n'eft point fans Sujets de Grandeur Souveraine.
CHARLES LE GRAS , Empereur en Italie & Germanie.
CHARLES LE SIMPLE > âgé de fept ans, mineur fous la tutelle de Hugues
l'Abbé en France.
-.
PAPES.
Encore Hadrian III. 9. mois fous ce
Régne.
Etienne VI. élu le 17. Mai 88y. Siège
fix ans quelques mois , dont deux ans , huit
mois fous ce Régne.
ON ne trouvera point étrange fi c'eft-à-dire tout ce qui eft entre la Sei- g ~
les François Occidentaux ayant ne , la Loire & la Mer , à la referve des **
befoin d'un Roi majeur pour com- Evêchés. encoTeCHA*.-
mander leurs armées , ne déférèrent Le bâtard de Valdrade n'avoit point les le Gra»
point la Couronne à Charles fils poft- quitté fes prétentions fur la Lorraine -, ^ ^ E0 a N n , VL
hume de Louis le Bègue , qui n'avoit & Godefroy le Normand , Duc de Fri-
encore que fept ans -, & s'ils prêtèrent fe, fon beau -frère, cherchent querelle
le ferment de fidélité à Charles le Gras, pour avoir fujetde le remettre en pof-
qu'ils voyoient fort puifïant , &c qui feffion de ce Royaume-là. L'Empereur
n'étoit pas encore connu pour un efprit Charles fe défit de l'un &c de l'autre ,
foible Se penchant à la démence. mais ce fut par de lâches moyens que
On ne peut pas dire néanmoins qu'ils les confeils de Henri Duc de Saxe lui
exclurent le pupille, puifqu'on en don- infpiierent. Car ce Henri , & Guille-
na la garde 8c l'éducation à l'Abbé Hu- bert Archevêque de Cologne , ayant
gués le Grand , lequel eut en fier la fubtilement attiré Godefroy à une con-
Comté de Paris &c la Duché de France 3 férence dans une l(le du Rhin* le mafia-
CHARLES II I. ROI XXVIII. $7
' crerent fort vilainement, lui & tous prière des François , qui avoient député — TTJj —
880. j es Normands de fa fuite : & au même vers lui le Comte Eudes pour implorer ?•
tems Hugues , qui étoit venu fous leur fon alïiftance. La première fois il força
foi à Joinville, fut arrêté &c aveuglé, le camp des Danois, Ôc mit quelque fe-
puis confiné dans l'Abbaye de faint cours dans la ville, & cela tait il s'en
Gai. retourna. Mais la féconde ayant donné
La fureur des Normands qui com- imprudemment avec fon chevrl dans
mençoit à s'appaifer , fe ralluma par une roife recouverte de paille, & de mé-
cette fanglante perfidie, ôc fit un ef- nus branchages, ( c'étoit un ftf atagême
froyable effort pour s'en venger. Car fort ordinaire en ces tems-là,) il fut
fous la conduite de Sigefroy ils entre- renverfé par terre, & aufîi-tôt tué Se
rent dans la Seine avec 700. barques , dépouillé ; non fans punition divine de
& un fi grand nombre d'autres vaif- la perfidie qu'il avoir commife à l'en-
féaux , que la rivière en étoit toute droit de Godefroy. Son armée fe voyant
couverte plus de deux lieues de long : deftituée de chef, fe retira en Allema-
néanmoins la ville de Paris étant limée gne.
dans une Ifle , & ayant des ponts fur Enfin l'Empereur y vint en perfonne
les deux bras de la rivière , arrêta tout avec de grandes forces , 3c fe campa à
court cette épouventable flotte. Les Montmartre. Et toutefois, foit pour le
Barbares qui vouloient fe rendre la mécontentement qui le mit entre lui &
Seine libre , y mirent le fiége , ayant les Seigneurs François , fou pour quel-
pris Pontoife & les autres places des qu'autre fujet, il aima mieux employer
environs, & la tinrent bloquée trois l'or que le ter à chatîer ces voleurs. Il fit
___ __^ ans durant. compofition avec eux , qui portoit, que
gg_ Durant ce tems-là ils firent toutes moyennant fept cens livres d'argent, ils
fortes d'efforts pour en venir à bout, fortiroient de la France dans le mois de
Mais fonEvêque nommé GofTèlin, l'Ab- Mars , & qu'en attendant ce tems , ils
bé Ebon fon Neveu, le Comte Eudes , pourroient hyverner à l'entour de Sens
qui ci-après fera Roi , Hafcheric frère dans le Duché de Bourgogne. Ce traité
de Thietbert Comte de Meaux , qui fait, il s'en retourna en Germanie, mais
fuccéda en l'Evéché à GofTèlin, & Eb- fort tourmenté d'une grande douleur de
blés de Poitiers fon neveu , Abbé de tête , pour laquelle il y fallut faire des
faint Denis, depuis principal Con- incifions. Cependant les Normands de-
feiller du Roi Eudes, avec plufieurs meurerent fix mois en Bourgogne, &c la
vaillans Chevaliers , &c avec les Pari- pillèrent tout à leur aife.
fiens , dont le courage éroit alors plus Lorfqu'ils fçurent le mauvais état où
grand que leur ville , la défendirent étoient la fanté 6c fes affaires , ils revin-
encore mieux qu'elle ne fut attaquée. rent fe planter dans les prez de S. Ger-
Les afîiégeans faifoient de fois à au- main , feignant pourtant de vouloir gar-
tres diverfes tentatives , 8c donnoient der l'accord : mais en effet pour eflayer
des alTàuts aux tours des deux ponts, de furprendre la Ville; comme ils l'euf-
8c puis fe voyant repouffés s'en alloient fent fait un jour fur l'heure du dîner,
faire des courfes dans les Provinces cir- (car en ce tems-là tous les habirans
convoifines , laifïànt toujours la ville d'un lieu dînoient à même heure, ) Mon
bloquée par des forts qu'ils avoient bâ- ne fe fut apperçu qu'ils remontoienc
tis tout proche. tout doucement dans leurs batteaux ,
Par deux fois l'Empereur Charles y lefquels ils avoient accommodés à l'é-
envpya Henri Duc de Saxe , à L'initiante preuve du trait. On les repoufTa donc
3 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"7Z vigoureufement, ôc après on fit un au- t juchée , quoiqu'il y eut dix ans qu'ils — 77T"
7 * tre traité avec eux, portant qu'ils n'ap- lulïènt enfemble. Lde s appeiloit Ri- 7 *
procheroient point de Paris de trois charde , ou félon quelques-uns , Ri-
journées. Enfuite de quoi ils remonte- childc.
rent vers la Bourgogne , ôc le mirent L'égarement de fon efprit parut en-
à piller les environs de la ville de Sens, cote plus manirellement dans i'AlIem-
La France Occidentale étoit fans chef", biée générale qui le tint au Palais de
ôc tous les Seigneurs prefque égaux en Tribur , entre Oppenheim ôc Mayen-
autorité, linon qu'ils déféroient un peu ce, fur l'autre bord du Rhin ; li bien
à Hugues l'Abbé tuteur de Charles le qu'ayant été reconnu tout-à-lait inca
Simple , mais ce Seigneur mourut à pable de gouverner , tous fes fujets des
Orléans dans le grand beloin duRoyau- Royaumes de Germanie ôc de Bavière
me, l'an 887. Conrard fon père Comte l'abandonnèrent , du confeil même de
de Paris & Duc de Rhetie, étoit mort fa fœur Hildegarde, Ôc élurent en fa
cinq ans auparavant. place Arnoui fils bâtard de fon frère ,
Le Comte Eudes lui fuccéda (à ce que vers la fête de la S. Martin. 11 fit bien
je crois) en la plupart de fes gouverne- quelque effort pour empêcher cette élec-
mens, tant par fa vertu, que parce qu'il tion ; mais comme il penfoit armer , il
étoit fon frère utérin. Car les Généalo- fut encore delaille des Lorrains , puis
giftes alïurent que leur mère étoit Ade- des Allemands ouSouaubes, fes anciens
leis fille de Louis le Débonnaire, qui en Sujets ; en forte qu'il ne lui refta pas
premières noces avoit été mariée au même un valet pour le fervir, ni un
Comte Conrard , duquel elle avoit eu feul denier pour vivre. Vit-on jamais
ce Hugues l'Abbé, ôc un autre Conrard une li étrange ôc li fubite révolution ? Il
pere.de Raoul Duc de Bourgogne ; ôc n'y eut que Luitbert Evêquede Mayen-
en fécondes , à Robert le Fort , duquel ce, qui eut pitié de ce malheureux Prin-
étoient fils Eudes ôc Robert. ce , ôc lui donna à manger , en attendant
Charles le Gras avoit toujours eu le qu'Arnoul ( vers lequel cet Empereur
cerveau foible , depuis qu'il avoit crû avoit envoyé fon fils naturel , nommé
voir le diable, ôc plus encore depuis Bernard, demander du pain,) lui ac-
qu'on lui avoit incifé la tête , comme corda le revenu de trois ou quatre villa-
nous avons dit. Une des premières ges pour fa fubliftance.
marques de fa folie fut la jaloulie qu'il Voilà comme ce Prince , qui en ce
conçut de l'Impératrice fa femme ; il fe tems-là étoit le plus puillant de la ter-
mit dans l'efprit des penfées qu'un re, n'ayant aucun vice qui parut-, au
homme fage ne s'y doit jamais mettre , contraire , étant très-bon , très-jufte ,
pour fon honneur ôc ion repos. Ce ôc dévot jufqu'à l'excès , fut réduit en
chagrin n'ayant que trop paru, donna cet état, pour n'avoir pas eu allez de
la hardieflTe à Berénger Marquis de force d'efprit, ôc pour avoir été deftitué
Frioul, de piller le bagage de Lieutard d'enfans légitimes, deux choies très-né-
Evêque de Vercel , qu'on aceufoit de cefTaires à un Souverain,
gouverner trop familièrement l'Impé- Cet état déplorable dura peut-être
ratrice. Néanmoins fon mari en ayant encore moins qu'il n'eut voulu : ilmou-
témoigné fon reifentiment , l'obligea de rut ou de regret , ou ayant été étranglé
lui en venir faire fatistaction au Parle- par fes ennemis, le huitième Janvier de
ment d'Uberlinghen. Mais dès l'année l'an 888. Son corps fut enterré au Mo-
même il la répudia en pleine alTemblée naftére de Richenove , qui eft dans une
d'Etats, jurant qu'il ne l'a voit jamais Ifle du Lac d* Confiance.
888.
CHARLES III. ROI XXVIII. 39
■- De toute la race Cariienne il ne ref- fent que les François ne l'élurent que 9 r~
^° * toit que deux Princes, Arnoul c>i Char- pour Tuteur du pupille , & Gouverneur
les l'un bâtard, & l'autre enfant. Selon ou logent du Royaume. Ils apportent
l'humeur des François d'alors, tout de- pour preuve, qu il rélifta fort à cette
voit être régi par Arnoul ■■, mais il y avoir élection , qu'il prit loin de l'éducation
tant de Grands également puiflàns Se de Charles , que lorfqu'il fut en âge ,
ambitieux, qui croyoient bien valoir il lui rendit une partie du Royaume, ôc
un bâtard , parce qu'ils étoientdu Sang que quand il mourut , il le lui remit
Carlien par femmes, qu'il ne put pas tout entier. Et il quelqu'un demande
s'autorifer ni en la France Occidenta- pourquoi, n'étant que Régent ôc tuteur,
le , ni en Italie. il prit la qualité de Roi , îls-répondent ,
Empereurs II y en avoir deux autres dans l'Ita- que dans ce ficcle-là& dans les trois ou
encore
leon li e 9 îçavoir Berenger Duc de Frioul , quatre fuivans , les tuteurs prenoient
«ss.R^ans! & Guy Duc de Spolete : ils avoient été les titres des terres de leurs pupilles
invertis de ces terres par Charles le qu'ils adminiftroient.
Chauve. Tous deux étant iflus du Sang Quoi qu'il en foit , Eudes , après cette
Royal, quoique feulementpar femmes, élection , alla conférer avec Arnoul
crurent qu'au défaut de mâles capables Roi de Germanie , par le confentement
de gouverner , ils dévoient prendre leur duquel elle s'étoit faite. Au partir de là
part de la fucceflion de Charlemagne. il tic un voyage en Aquitaine, pour re-
lis s'accordèrent donc enfemble , que cevoir les hommages des Seigneurs de
Guy auroit le titre d'Empereur , & ia ce pays-là , & pour empêcher qu'ils ne
France Neuftrienne *, & Berenger l'Ita- le remilîènt en Royaume comme il y
lie. Or le premier ayant mis quelque avoit été.
rems à fe faire couronner Empereur à D'autre part Raoul ou Rodolphe ,
Rome , tarda un peu trop à paffer en fils du jeune Conrard , & petit fils de
France , de forte qu'y trouvant les ef- Hugues l'Abbé , occupa le pays d'en-
prits changés, il retourna en Italie. En tre le Mont-Jou , 6c les Alpes Penni-
ce pays-là ii vainquit Berenger en deux nés , c'eft-à-d^re , la Savoye & le pays
fanglantes batailles , & le contraignit des SuilTes -, & le fit couronner Roi de
de fe réfugier vers Arnoul. la Bourgogne Trunsjurane , à S. Mau-
Quant à ce Roi Arnoul , n'ayant pas rice en Valais. ____
fait allez de diligence, & d'ailleurs les Comme aufli deux ans après, Louis gg .
François Neuftriens ou Occidentaux ne fils de Bofon , avec le crédit & les in-
s'accommodant pas bien avec les Fran- tngues de fa mère qui avoit toujours
çois Orientaux , ou Germains , il fut retenu l'adminiftration du Royaume
bien étonné que les Seigneurs de Neuf- d Arles ou de Provence après la mort
trie, ( déformais nous la nommerons de fon mari, fe fit déférer cette Cou-
fimplement France ) lui mandèrent , ronne , par un Concile qui fe tint ex-
comme il penfoit y venir , que dans près à Valence l'an 890. Il fe fondoit
l'AiTemblée de Compiegne ils avoient fur ce qu'il étoit fils d une Princeiïè du
élu Eudes , qui étoit Comte de Paris , fang , & que Charles le Gras l'avoit
& Duc de France. adopté dans l'Aflembléed'Ubeninghenj
En effet , quoique quelques-uns ré- mais ces fortes d'adoptions n etoient
clamaiTent en faveur de Charles le Sim- qu'honoraires , & ne donnoient aucun
pie , il fut couronné l'année fuivante. droit fur la fucceflion de celui qui adop-
par Gautier Archevêque de Sens. toit. Au refte vous remarquerez que
Quelques auteurs de ces tems-là di- tous les Princes qui démembrèrent ainfi
Sqo.
j.*
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
la Monarchie, étoient ilïiis par filles du Charles le Simple, qu'ils regardoient
fang Royal , ôc qu'ils fe croyoient pius tous deux comme bâtards,
habiles à fuccéder qu'Arnoul ni que
890.
ICHARDE
FEMME
DE CHARLES LE GRAS.
Qualités de
Lichatde.
Merveille de ton fexe , adorable Princefle »
Dont l'honneur combattu ne tut jamais blefle »
Chai les en te quittant, témoigna là foiblelTe ,
Car alors d'infeniible , il devint infenfé.
o
N tient que cette Princefle étoit
de la Maiion d'EcolIè -, Charles
Je Gras lepoufa du vivant de fon père ,
lorfqu'il n'étoit encore que Duc de
Souaube. Un auttur Allemand dit qu'el-
le fut fage & religieuie Princeile , Se
qu'elle protégea de tout fon pouvoir
les Eghies Se les Eccléiiaftiques contre
la violence des Grands. L'autorité de
fon mari s'abaillant de jour en jour
par la foiblelfe de fon elprit , Se par
les factions , elle !a foutint quelque teins
avec les conieils Se le crédit de Luitard
Soutient Tau- Evèque de Vcrceil , qui étoit capable
torité de fou j e i ui colî { erver l'Italie déjà fortébran-
înan avec les • , T , n , . r • r ■ 1 r
confeik de lee. L Lmpjreur bien latisrait des ler-
ucLui- y; C es de ce Prélat , lui avoir confié
fon fceau , Se la diipolition de toutes
fes aff ires de delà les Monts. Mais
les fréquents entretiens qu'il étoit obli-
gé d'avoir avec fa femme , lui déplu -
Sonmaride- rent -, la défiance Se la jaloufie lui in-
d'cUe&de' ter P"' terent: cec,:e familiarité tout au-
«t ivêque. trement qu'il n'eût fallu pour le repos
de tous les trois •, Se comme il avient
toujours à ceux qui ne font point ai-
mables de s'imaginer qu'on ne les aime
point , Se qu'on les mépiie , ce Prince
qui étoit dune g..oileur difforme, Ôc
avoit les jambes tortes , Se d'ailleurs
peu d'agrément dans fa convuiiat^on ,
le mit facilement dans la tête que 1 Lvê-
que aimoit trop fa lemme : de foite
qu'en ne confi aérant pas qu'il ne ie
maintenoit que par leur moyen , il
lailïa un jour piller fon bagage , com-
me à un criminel *, il eft vrai que ce
moment de frénefie étant palfé , il lui
en fit faire quelques exeufes : mais peu
après ce mal , qui a fes accès aulîi-bien
que la fièvre, le reprit , Se il la répudia
dans une afiemblée générale , jurant La répudie
qu'il ne l'avoit poinr touchée , bien^ ans L " ne / af -
^ rr *ri_iJ- J «emblée g C -
qu ils enflent vécu enlemble dix ans du- „é ra i c .
rant. L'innocence ou le grand crédit de
l'Evcque lui donnèrent la hardiellc d'y
comparoître , Se de parler fort libre-
ment. Il lui reprocha fon ingratitude ,
Se fe purgea par ferment du crime qu'il
lui impofoir. L'Impératrice almra aufïi
de la même manière , qu'elle n'avoit ja-
mais été déflorée par l'attouchement de
l'Empereur,
RICHARDE.
4»
l'Empereur , ni d'aucun autre homme , gné fon douaire, & s'enferma dans le
offrant la preuve du combat, ou celle Monaftére d'Andelnau, qu'elle y avoit
du fer ardent pour fe juftifier. Au for- fondé. Elle y acheva le refte de fes
tir delà , elle fe retira dans la Comté jours , & décéda vers l'an %<)G. âgée de
d'Alface, fur laquelle on lui avoit afli- quelque quarante ans.
Tû/nc II.
F
EUDES,
ROI XXIX.
Agé de vingt-six ans.
Par bonheur & par choix autant que par fes brigues »
Ce Comte de Paris vint à la Royauté ;
Et fraya le chemin à fa poftérité ,
De fe la conferver par les mêmes intrigues.
ARNOUL Empereur & Roi de Germanie.
EUDES Roi de la
France Occidenta-
le & Aquitaine.
LOUIS du Royau-
me d'Arles.
RAO Ut de la Bour-
gogne Transjura-
ne.
GUY Empereur , &
BERENGERdif-
putans l'Italie en-
tr'eux.
m.
PAPES.
Encore ETIENNE VI. près de trois ans ! Formose élu le 31. Mai 890. S. 6. ans,
fous ce régne. 1 moins quelques mois.
AI n s 1 la fucceffion de la Mai-
fon Carlienne fe trouva divifée en
cinq dominations, fans compter grand
nombre de Seigneurs qui s'érigèrent
prefque en Souverains. La première
étoit l'Italie que l'on attacha avec le ti-
tre de l'Empire. La deuxième, la Ger-
manie , qui alors comprenoit aulîi le
Royaume de Bavière j la troifiéme , la
France , qui avec le Royaume de Neuf-
trie , contenoit aufli celui d'Aquitaine ,
& partie de celui de Bourgogne , fça-
voir la Duché. La quatrième , la Bour-
gogne Cisjurane , appellce ordinaire-
ment le Royaume d'Arles ou de Proven-
ce , fous lequel étoient aufli le Lyon-
nois & le Dauphiné; & la cinquième , '
l'autre Bourgogne, autrement la Trans-
jurane , qui comprenoit la Savoye , le
pays des Suifles , &c quelques contrées
voifines.
Il ne faut pas douter que ces nouveaux
Rois ne filïent part de leur ufurpation
aux Seigneurs de leur dépendance , &
qu'ils ne leur accordaient toutes chofes
pour en avoir feulement le ferment &c
l'hommage : & qu'auffi ces Seigneurs
n'en ufallent de même à l'endroit de
leurs vaflaux , & ceux-là envers la pe-
tite Noblelfe. De là font nées tant de
Seigneuries grandes &: petites , dont
les Evêques mêmes qui fe trouvèrent
888.
EUDES, ROI XXIX. 4j
k . courageux & de bonne maifon , n'ou- tes Ces forces , les combattit & heureu- ■■'"
°^* blierent pas de prendre leur part, fe fement , que de quinze mille à peine ^'
**• "?■ faifant Comtes perpétuels dans leurs Ci- s'en iauva-t-il quatre cens. Les Bretons
tés Epifcopales. attribuèrent ce iuccès au vœu qu'il avoit
Or le Roi Eudes pour fe montrer fait de donner la dixième partie du bu-
digne du choix qu'on avoit fait de lui , tin à S. Pierre de Rome,
alla, à ion retour d'Aquitaine, attaquer Pareille dévotion envers le S. Siège
les Normands , qui ravageoientla Bour- étoitfort ordinaire en ces fiécles-là. Flu-
gogne. Il les rencontra le jour de la S. Jieurs jf rinces y vouoient leur Etat , <S»
Jean-Baptilte près du bois ae Montfau- fe rendoient tributaires de S. Pierre \ ce
con , 6c les chargea h rudement , qu'il qui ne fortifia pas peu la perfuafîon que
en tua dix-neuf mille , 6c pourluivit le les Papes s imprimèrent dans le/prit ,
refte jufqueslur la frontière, payant bra- qu'ils av oient droit de donner , & d ôter
vement de la peilonne en toutes occa- les Couronnes.
fions. Il y en a qui foutiennent que ce Après ces pertes , les Normands n'a-
mémorable comoat fe donna à Mont- yant plus guéres de gens en France ,
faucon près de Paris. deux de leurs Chers * , Godefroy &: * ris le$ nom
Ceux qui par l'accommodement fait Sigefroy , pour ne pas laiif^r décheoir IU0ieac R - ots -
avec 1 Evêque Hafcheric , s'étoient re- leur réputation , s'en allèrent embar-
tiiés vers Sens, après y avoir vécu à Quer une levée de cent mille hommes,
diferétion , ians avoir pu néanmoins faite en Dannemarc , Suéde 6c Norve-
lorcer cette ville , violèrent le traité , ge , & étant entrés dans la Meule , ils
& fe rappiochant de Paris, prirent 6c en mitent quatre-vingt-dix mille à ter-
brulerent Meaux , où le Comte "jfhiet- re, 6c biffèrent le xelte à la garde de
bert , frère de Hafcheric , fut tué. Les leurs vailfeaux. Les Lieutenans du Roi
ponts de Paris les empêchant d'y pafîer Arnoul les ayant attaqués mal-à-pro-
avec leurs barques , ils Us chargèrent pos , furent défaits avec perte d'une in-
fur des charrettes , 6c puis les remirent finité de Noblelle.
dans l'eau au delTous de la ville, pour Mais Arnoul lui-même, piqué d'un £~~ '
defeendredans la mer. Enfuite ils s'en fi fanglant affront , palfa le Rhin avec
allèrent le long des côtes , ravager le toutes les forces de la Germanie , les
pays de Coftentin 6c la Bretagne juf- vint chercher jufques dans leur camp ,
qu'à S. Malo. qui étoit près des bords de la Meufe ,
A ces fléaux le Ciel ajouta celui de 6c les y força avec tant de furie , qu'il
la famine , qui fut fî funeufe prefque ne s'en fauva pas un feul. Les corps
par toutes les Provinces du Royaume , morts faifoient un pont fur !a rivière, &
qu'en piufieurs endroits les hommes al- fon cours s'enfla du fangdeces barbares,
loient à la chafîè aux hommes , les égor- Si Ion s étonne d'où il en pouvoit ve-
geoient 6c les dévoraient comme des nir de Ji grandes quantités , il faut f ça-
bëtes féroces. voir premièrement que les médians Fran-
Alain & Judicaël qui étoient en dif- çois , & toutes fortes de voleurs ,fe joi-
pute pour le partage de la Bretagne , gnoient avec eux; que d'ailleurs ces pays
s'accordèrent enfemble pour combattre de Dannemarc , de Norvège &de Suéde ,
les Normands leurs ennemis communs, étoient alors extrêmement peuplés ; &
Judicaël feul , fans attendre fon compa- que tous leurs habitans affriandés au bu-
gnon , leur préfenta témérairement la tin , s'embarquaient à l'envie pour venir
bataille •, auffi y perdit-il l'honneur 6c piller des pays riches & fertiles. Enfin
la Yie : mais Alain ayant alfemblé tou- il enfortit tant qui furent tués , ou qui
V ij
44 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
■"t s'habituèrent en France , que ces vajies Archevêque de Reims, & plufieursau- *~T"
2°* terres du Nord en font dépeuplées jujqu \à très , envoyèrent quérir Charles le Sim» " ' '
cette heure. Ainji dans ces derniers fié- pie en Angleterre, où fa mère l'avoir
des , l EJpagne , qui fut autrefois une emmenée,& le rirent couronner à Reims
fourmilLiere d hommes , sefi déjertée dïcl- le 27. de Janvier de l'an 893 . quoiqu'il
le même par V avidité qu'ont tousfes ha- n'eut encore que treize ans. Il fut lacré
bitans de courir aux richetfes du nouveau par le miniftére de Foulques , qui en
monde. écrivit aufli-tôt deslettresapologériques
g Les Seigneurs Neuftriens ne recon- à Arnoul , à Guy & à Raoul , les ex-
& 892' noilloienr pas tous la Royauté d Eudes , hortant d'afîifter le pupile contre l'ufur-
Aimar Comte de Poitiers , qu'il von- pateur. Ses remontrances firent d'abord
loit dépolléder pour donner fa terre à quelque impreilion fur l'efpritd'Arnoul
Robert fon frère , Ranulfe 1 1. Duc en faveur de Charles : mais inconti-
d'Aquitaine , avec l'Abbé Ebles fon nent l'intérêt ou la légèreté , le retour-
frere , nagueres le plus grand ami du na du côté d'Eudes,
nouveau Roi , & quelques autres de Quelques auteurs ont écrit que ce
ces quartiers-là, avoient pris les armes Guy de Spolete , dont nous avons par-
contre lui. Tandis qu'il étoit en Poi- lé , avoit été aullî couronné à Langres
tou , occupé à leur faire la guerre, dont trois ans auparavant. Ainfi il y auroit
mmmmmmmmmm on ne trouve point l'événement , il fe eu trois Rois élus& facrésdans la Fran-
893. forma une grande ligue pour le détrô- ce Occidentale : mais Guy l'avoit en-
* u H u' bcrc ner « Heribert * & Pépin, frères iflus tiérement quitté pour l'Italie , & fem-
de Bernard Roi d'Italie, l'un Comte de bloit n'y plus prétendre, ayant été
Vermandois, l'autre de Senlis ; Bau- couronné Empereur par le Pape Jean
douin Comte de Flandres , Foulques XV. en l'année 892.
•h Hebiîrc.
45
CHARLES IV.
DIT LE SIMPLE.
ROI XXX.
Agé de treize ans*
Entre les fa&ions où le Ciel le fit naître ,
Charles diverfement vit fon Régne agité ,
Et le biffant conduire à fa (implicite , ,
Mourut dans la prifon entre les mains d'un traître.
ARNOUL Roi de Germanie , de Lorraine & de Bavière.
EUDES & CHARLES Compétiteurs pour la France Occidentale,
GUY Empereur & Roi d'Italie.
RAOUL en Bourgogne Transjurane. 1 L O U I S en Arles.
- — — — i . , i—— — — i — — i ~— <— — — — »w. « » i i » ■ i n.
PAPES.
BdNiFACE VI. élu en 896. S. if . jours.
Etienne VII. élu en 897. S. 3. ans.
Théodore II. élu en 901. S. 20. jours-
Jean IX. auffi élu en 901. S. 3. ans, ij.
jours.
Benoît IV. élu en 905. S. environ un
an. Jean X. intrus élu en 913. S. 1$. ans ?
Lbon V. élu en 905 . S. 40. jours , après [ onze durant ce Régne.
lefquels Christophe le détrône , & S. 7.
mois.
Sergius III. l'an 906. ayant détrôné
Chriftophe , S. quelque 3 . ans.
Anastase III. élu en 910. S. 2. ans,
un mois.
» T""\ Eux ans durant les partis de l'aide des Seigneurs de fon parti. » ■
1 J Charles &: d'Eudes fe rirent la Eudes lui donnoit bien de l'exercice, °93«
guerre avec divers fuccès. Eudes étant mais il n'en avoit pas moins lui-même ,
de retour de Guyenne, chalTa Charles ayant à fe précautionner contre fes pro-
de Neuftrie. Ce Prince fugitif s'en alla près parens , auifi-bien que contre fes
à "Wormes implorer le fecours d'Ar- ennemis. Le Comte Valtere ou Gau-
noul : on ne dit point s'il lui en donna ; tier , fils d'Adelme fon oncle paternel ,
mais peu après il rentra en France avec & Comte de Laon, tira l'épée contre lui
# ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
en plein Parlement : Après cette audace rut point en fon pouvoir de l'arracher ' — ô —
893. & il alla fejetter dans fa viile; mais Eudes de ces montagnes. 9 *
"24- l e fuivit de fi près , que fans lui donner Lan fuivant il tint un Concile au Pa- Empereurs
"■icore Léon
Lamje&t.
le loifir de fe défendre , il le força dans lais de Tnbur fur 1 autre bord du Rhin ; !" CG1
la place , & lui fit trancher la tète tout & au fortir de-là un Parlement à Wor-
fur le champ. mes. Le Roi Eudes y affifta , & en s'en
Arnoulfe rangeoit tantôt de fon côté, retournant il pilla le bagage des Am-
rantôt de celui de fon rival j &c fe me- batfadeurs que Charles le Simple en-
loit un jour des affaires de France , un voyoit vers Arnoul.
autre de celles de l'Empire. Les Fran- En cette aiïemblée Arnoul , du con-
çois Neuftriens ennuyés de ces fanglan- fentement des Seigneurs, qu'il eut beau-
tés difcordes qui défoloient leur Royau- coup de peine à obtenir, fit recevoir
me , Se qui avoient donné occaiîon aux Zuentibold fon fils bâtard Roi de Lor-
Normands de revenir , moyennerent je raine. Ce jeune Prince embrafla incon-
ne fçai quelle furféance entre les deux tinent le parti de Charles , ôc afliégeala
Rois. Il femble que la Bourgogne &c ville de Laon , eftimée en ce tems-là
l'Aquitaine , la Champagne & la Picar- très- importante , à caufe de fa forte af-
die demeurèrent à Eudes, & que Char- fiéte fur une montagne. Eudes étoit
les eut tout le refte. pour lors en Aquitaine , où il rangeoit
Il fàchoit fort à Arnoul, le plus puif- les Seigneurs de ce pays-là fous fon
faut de tous ces Rois de voir que des obéiifance : quand Zuentibold fçut qu'il
Princes qui n etoient du fang de Char- revenoit avec fon armée victoneufe, il
lemagneque par filles, eulîent démem- leva le liège & tourna le dos.
bré les plus belles pièces de fa (acceC- Les Normands bien informés de tou-
fîon. Il defeendit donc en Italie, chalîa tes ces brouilleries , recommencèrent
Guy de toute la Lombardie , & le con- leurs ravages fur ce malheureux Royau-
traignit de fe retirer dans la ville de me , d'autant plus à leuraife, qu'Eu-
Spoiete. Mais il fe contenta de cet avan- des , qui étoit feul capable de les répri-
tage , & retourna aulîi-rôt en Germa- mer , ne s'en mettoit pas trop en pei-
nie. Or comme ce Guy travailloit à raf- ne , ôc les lairToit faire , pour fe venger
fembler une armée aux environs de Spo- de l'inconftance des François, qui l'ayant
1ère , il y fut attaqué d'un flux de fang ; élu Roi , ne lui obéiiïoient pas comme
il n'en mourut pourtant pas , comme il le defiroit.
le difent quelques-uns , mais il fut con- Cette année Rollon ou Roi , l'un des
traint de fe retirer , & de fe tenir clos & plus puilTans chefs de ces pirares , après
couvert quelque tems. Arnoul néan- n'avoir rien pu gagner en Angleterre ,
moins ne gagna rien à fa retraite ; car où il avoir fait une defcente,prit farou-
comme il étoit éloigné de ce pays-là , te vers la France , ck defeendit à l'em-
les Seigneurs déférèrent le Royaume à bouchûre de la Seine. Peut-être y étoit-
Lambert fils de Guy, avant que Be- il appelle par Charles, qui mettoit tout
renger fon compétiteur, qui penfoit fe en ccuvre pour ruiner fon rival. On a
rétablir , eût pu prendre fes mefures. écrit qu'il y fut conduit par un fonge
Ce Lambert donc fut couronné Em- ou vilion divine : car tous les gran s
pereur , & en porta le titre tant qu'il établilfemens ont pour fondemens des „
vécut. oracles ou dus révélations. 896.
Cependant Arnoul attaqua Raoul Quant à l'Empire d'Italie , Arnoul Empereur»
dans la Bourgogne Transjurane , &: lui y étant appelle par le Pape Formole , yj^J. J^
donna bien de la peine ; toutefois il ne qui fe vouloit venger des outrages qu'il noul.
CHARLES IV. ROI XXX. 47
— avoit reçus pat les Romains , força la mens facrés , dans le Siège Pontifical , r~"~* i
*96' ville de Rome , Ôc les ayant châtiés il lui reprocha , que par fon ambi-
rudement, Ce fit couronner Empereur, ri on il avoit violé les régies de l'Eglife,
Mais peu après , comme il afliégeoit la puis il le condamna comme s'il eût
femme de Guy dans la forterelfe de Fer- été vivant , le dépouilla de (qs orne-
mo , un de fes valets de chambre , que mens , lui coupa les trois doigts dont
cette femme adroite avoit fçu gagner , il avoir donné la bénédiction , ôc le
lui donna un breuvage qui l'endormit fit jetter dans le Tibre une pierre au
trois jours durant , ôc le fit tomber en col.
paralyfie pour quelque tems Les entreprifes, furprifes ôc rencon-
' ""~ Il arriva cette année un horrible fcan- très entre Charles ôc Eudes , ne finirent
^97' dale dans l'Eglife Romaine : Formofe que par la mort du dernier des deux :
Evêquede Porro , autrefois dégradé & ede arriva le troifiéme Janvier de l'an
condamné par le Pape Nicolas, l'Hif- 898. à la fin du trente-fixiéme de fon
toire n'en marque point le fujet , avoit âge , ôc du huitième de fon régne. En
été élu Pape aptes Eftienne VI. C'eft mourant il recommanda fort à fon frère
le premier exemple dans l'Eglife, &c de Robert , ôc aux autres Seigneurs, de
très-pernicieufe conféquence , comme reconnoître le Roi Charles , qu'il ef-
on le voit tous les jours , qu'un Eve- péroit devoir être bien- tôt capable de
que ait été transféré fans néceiTiré d'une régner par la vertu comme il i'etoit dé-
Eglife à une autre , ôc pour ainfi dire , ja par la nauTance. Il ne laiffa qu'un fils
ait quitté fon époufe pour en prendre de la Reine Theoderade fa femme -, il
une nouvelle. Aulîi quand il fut mort , fe nommoit Arnoul, qui prit le titre de
le Pape Etienne VII. fon fucceflfeur lui Roi d'Aquitaine -, mais la mort l'en
fit fon procès pour ce crime-là -, il or- priva aufli tôt, fans qu'il eût été marié,
donna que fon corps feroit déterré , ôc ni, comme je crois, en âge de l'être,
l'ayant mis , tout revêtu de fes orne-
ARNOUL Empereur en Germanie. | CHARLES feul en France.
ZUENTIBOLDen I LOUIS en Proven- I R AOU L en haute I LAMBERT en Ita-
Lorraiue. » ce. ' Bourgogne. ■ lie.
■ ■ ■ ' ' Y A perte du Royaume de Lorraine eût eu un grand combat , fi les Seigneurs " '
85)8. JL/ fâchoit fort les François-, c'eft pour de part ôc d'autre , n'euflent moyenne **99
& °99' cela que Charles délirant acquérir leur une trêve entre les deux Rois.
eftime , tâcha de s'en relïàifir. Il y étoit Peu après il fe tint une alTèmblée en
incité par la rébellion du Duc Renier, l'Abbaye de Gorze près de Mets, qui
qui avoit été favori de Zuentibold 5 affermit la paix entre Charles , Arnoul
mais peu après difgracié & challe de ôc Zuentibold fon fils,
fes terres. Il parla donc la Meufe en Sur la fin de l'année , Arnoul vint à
grande compagnie : Zuentibold ayant mourir au rerour d'Italie , où il avoit
appris fa marche, prit la fuite ; mais tous paifé pour combattre Guy de Spolete ,
fes valfaux s^tant aufîî-tôt rejoints à comme Luitprand le témoigne. Il avoit
lui , il le pourfuivit à fon tour ; ôc il y régné douze ans depuis la mort de Char-
S95>.
4 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
1 les le Gras fon oncle , Se tenu l'Empire encore de ce pays -là le théâtre de plu-
feulement deux ans Se demi. La même fieurs autres tragédies -.Berenger prit les
année, Guy fon rival mourut en le pour • devants, &s'étant emparé ciePaviecapi-
fuivant Se le poulfant hors d'Italie. Mais taie du Royaume , fe rit proclamer Roi.
la mort de ces deux compétiteurs ne la Arnoul eut plulieurs enfans de trois
délivra pas de la calamité des guerres différentes femmes, entr'autres Zuen-
civiles. Il s'en éleva deux autres, fça- tibold & Arnoul furnommé le mauvais,
voir Berenger Duc de Frioul, Se Louis de deux concubines, &c Louis d'une lé-
fils de Bofon , Roi d'Arles, qui en dif- gitime. Ce dernier étoit âgé feulement
purant la domination entr'eux , firent de huit ans , quand fon père mourut.
899.
CHARLES LE SIMPLE en France.
ZUENTIBOLD en Lorraine.
I LOUIS en Germanie.
LOUIS en Provence.
RAOUL I. en Bourgogne! LAMBERT & BEREN-
Transjurane. I GER en Italie.
LEs Princes Germains couronnèrent
aufîï-tôt Louis , fils légitime d'Ar-
noul , Se commirent fa perfonne aux
foins & à la garde d'OthonDuc de Saxe
qui avoit époufé fa fœur , Se de Haton
Archevêque de Mayence , comme la
conduite de fes armes à Lutpold ou Leo-
pold Duc de la frontière Orientale de Ba-
vière. De ce Duc quelques uns font def-
cendre la très-illuftre maifon de Bavière.
La Seigneurie de Louis fut bien-tôt
accrue par la mort de Zuentibold ; ce
bâtard fe conduifant avec beaucoup de
dérèglement Se peu de juftice, Se n'ayant
pour principal exercice que le divertilfe-
ment des femmes, Se pour confeil que
de petits compagnons , donna fujet aux
Seigneurs Lorrains de l'abandonner ,
pour fe foumettre à Louis. Ceux qui
gouvernoient ce petit Prince, l'amenè-
rent exprès à Thionville , où ils le cou-
ronnèrent. Zuentibold ellayant de s'en
vanger , fut tué dans une bataille qu'ils
lui donnèrent fur les bords de la Meu-
fe, le 3. jour d'Août de cette année
900. Il régna feulement cinq ans.
900.
■iesgfehagaagimasisg
CHARLES en Neuftrie ou France Occi- j LOUIS en Germanie & Lorraine,
dentale. |
JR.AOUL I. en Bourgogne. 1 LOUIS en Provence.
LAMBERT & BERENGER en Italie.
DAns une guerre qu'Arnoul Comte
de Flandre avoit faite à Hébert
Comte de Vermandois, Eudes avoit ta-
vorifé Hébert , ôc le Roi Charles avoit
pris en main la caufe d'Arnoul, auquel
il avoit en partie obligation de fon réta-
blillement. Or quand Eudes fut mort ,
Hc-bert adroit Se infirmant , trouva
moyea
CHARLES IV. ROI XXX. 49
' moyen de fe raccommoder avec Char- tumaffent au carnage , & à n avoir pitié ~~
9 ° ' les , & entra en û grand crédit auprès de perfonne. Ils s 'abreuvoient de fang 6'
de lui , que ce Roi limple Se mécon- fe repaifjoient de chair crue ; ils cou-
noillant , ôta la ville d'Arras à Baudouin poient en quartiers les cœurs de ceux
fils Se fucceilèur d'Arnoul qui étoit qii 'ils prenoient en guerre >& les avaloient
mort , Se la donna au Comte Altmar , tout chauds. Ils navoient ni foi, nihon-
afin qu'il rendit Peronne à Hébert, neur , ni vérité; nul tfprit que pour la
Baudouin vint trouver le Roi pour fraude & pour faire du mal ; un courage
le ïnpplier de lui rendre fa Ville , mais turbulent & toujours furieux ou contre
il tut rebuté avec de rudes paroles. Foui- les autres , ou contre eux mêmes. Leurs
ques Archevêque de Reims , riche en femmes les furpafj oient encore en mi-
nobleffe Se en mérite , étoit alors le prin- chanceté. Leurs armes les plus ordinaires
cipal confeiller de Charles , Se il avoit étoient les flèches , & ils s'en fervoient
excommuniéBaudouin,parcequ'il avoit fi adroitement , que toutes celles qu'ils
envahi les terres de l'Abbaye de faint tiroient, faifoient autant de blefjures ,
Vaaft, que le Roi lui avoit donnée. Ce & le plus fouvent mortelles. Ils n avaient
qui fut caufe d'un grand malheur : car que de la cavalerie , qui étoit fort propre
Vinomach Seigneur de l'Ifle , vafïal en rafe campagne , & à fatiguer une ar-
du Comte , imputant l'affront que fon mée à la portée de l'arc, mais inutile dans
Seigneur avoit reçu aux confeils de cet les pays montueux ou couverts , & aux
Archevêque, le guetta le 17. de Juin fiéges des Villes; au'Ji ils ne venoient ja-
dans un bois , Se l'aiïaiïina', dont ayant mais aux mains , & ne combattaient
été pourfuivi Se excommunié par Her- qu'en caracollant.
vé fucce fleur de Foulques , Se par tous Le Roi Arnoul les avoit appelles
les Evêques, il fe fauva en Angleterre, pour les jetter fur les bras de Zuer.ti-
901
902.
où il périt malheureufement , étant bold* Prince Sclavon, qui vouloitufur- * Ne cof-
inancé des poux. per la Moravie, Se s'en faire Roi. Loif-^' n ' iez ,P a , s , ce
Iljemble qu en ces tems-la c etoit une que ce 1 iran tut mort , ils ne craigni- avcc i e gi s
maladie épidémique : car on trouve plu- rent point de fe jetter dans les terres d'Arnoul.
fleurs perfonnes dans les biliaires qui en de Louis fon fils, Se cette année ils
moururent , entr autres , l'Empereur gagnèrent une grande bataille fur t'es
Arnoul l'année précédente, & le Roi troupes près de la ville d'Ansbourg, Se
Raoul y duquel nous parlerons ci-après, enfuire pillèrent la Bavière, la Souabe,
Les Hongres avo'unt commencé de fe la Franconie & la Saxe.
faire connaître fur la fin du règne de Char- L'année fuivante étant bien informés
les le Gras. Ils Je placèrent alors dans la des guerres civiles d'entre Berenger Duc
Pannonie , en ayant chafje les Huns ; & de Frioul , Se Louis , tils d-j Bofon , qui
de là ils fe rendirent les féaux des Pro- difputoient l'Empire, ils paiïlrent en
pinces d au delà du Rhin 6- du Danube , Italie. Les Italiens l'an §<)9- ennuyés du
comme les Normands l 'étaient de celles gouvernement de Berenger, & fur tout
d'au deçà. C étoit un peuple originaire Adelbert Marquis d'Vvrée père d'un
de Scythie , brutal & barbare au-delà autre Berenger , qui fut auili Roi d'I-
de tout ce qu'on fe peut imaginer. Leurs talie, avoient appelle Louis: m.ns Bc-
meres les formaient à l'inhumanité des renger I. ç 'étoit ii puiflamment armé,
leur naijjance , leur déchiquetant le vi- avec l'aide d'un autre Adelbert Marquis
fage , afin qu'ils neujfent rien d'humain, de Tofcane , qu'il l'avoit enveloppé Se
& quavalant le fang mêlé avec leurs réduit à lui promettre de renoncer à ce
pleurs premier que le lait , ils s'açcou- Royaume , moyennant qu'il lui laiflât
Tvme II. G
jd ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
le chemin libre pour s'en retourner en comme il les prellcit li fort qu'ils ne
1£RT.
9©3<
î? ° 2 " Provence. pouvoient échapper fans combattre, ils 9 0i
Les fermens des Princes ambitieux lui envoyèrent offrir tout leur butin 8c
font de peu de tenue, leur toi fe me- tout leur équipage. Les Italiens ne vou-
iùre à leur intérêt. Louis ne fit point lurent point en ouïr parler, à moins que
de confcience de rompre la tienne ex de de les avoir tous à difcrétion. La nécef-
fuivre les confeils d'Adelbert deTofca- fité convertit la crainte des Hongres
ne, qui avoit quitté Berenger par quel- en defefpoir-, ils attaquèrent de furie
que dépit, A ta folhcitation il repalla celui qui les pourfuivoit , 8c taillèrent
les Monts pour recouvrer le Royaume toute l'on armée en pièces. La Lombar-
qu'il avoit cédé-, 8c avec cela il fut fi die enfuite fut leur proye; 8c on n'en-
mal avifé que de fe confier à des gens treprit plus de les en châtier qu'avec de
qui ne le pouvoient fervir fans être in- l'argent-, friand appas , qui les y attira
fidèles. Auffi eut-il tout loilir de s'en bien d'autres fois,
repentir; car ils le livrèrent lâchement L'an $03. il parut une étoile au Pôle
à Berenger , qui le priva de l'Empire arctique , qui dardoit du Nord-nord-ejl
8c des yeux. Cela fait il torça le Pape , vers le Sud-Ouejl , un long rayon corn-
Empereurs (c'étoit Jean IX.) de le facrer Empe- me une lance; lequel pajjant entre les
encore Léon reur \ mais fi-tôt qu'il fut forti de Ro- (ignés du Lion & des Jumeaux , tra-
' AM ~ me , le même Pape manda Lambert ver/oit le Zodiaque. On la vit durant
pour lui redonner l'Empire. Il avoit vingt-trois jours.
été couronné ainfi que nous l'avons i>ept ou huit ans durant il n'y eut rien
marqué en l'an 894. par le Pape For- de plus mémorable que les cruelles cour-
mofe, 8c fubfiftoit encore dans quel- fes des Normands. L'an 903. Heric 8c
que coin de l'Italie. Le faint Père , Harec deux de leurs capitaines brûle-
afin de mieux faire paroître fon droit , rent le Château de Tours 8c l'Eglife de
atfembla un grand Concile à Ravenne, faint Martin.
ou ayant fait examiner juridiquement L'an 905. Roi 8c Gerlon deux au-
les raifons des deux parties, le couron- très chers de la même nation , qui de- ^°^
nement de Berenger rut déclaré nul , 8c puis quelques annés rôdoient fur ces
celui de Lambert confirmé folemnelle- côtes 8c pilloient tantôt un canton , tan-
ment. Berenger néanmoins ne fe tint tôt un autre , prirent la ville de Rouen
pas légitimement débouté , mais con- àcompofition, 8c y établirent leur de-
tinua toujours à retenir le royaume meure, forrifiant les Châteaux des en-
de Lombardie. virons.
Il le gouverna vingt-deux ans du- De-là cinq ans durant ils firent des
rant, on pourroit dire atTez heureufe- courfes dans toutes les Provinces voi-
ment, n'eut été les incurfions des Hon- fines , conquêterent le Coftantin 8c s'y
grès. Au mois d'Août de cette dernière habituèrent , faccagerent la Picardie ,
année ces barbares rentrèrent en Italie l'Artois, la Champagne, 8c le pays Mef-
avcc une nombreufe armée , 8c ayant fin -, effrayèrent fouvent Paris , couvri-
ravagé le territoire d'Aquilée, de Ve- rent la Seine , la Marne 8c la Loire des
ronne , de Corne 8c de Bergame , ils cendres des Villes qu'ils brûlèrent fur
s'épandirent aux environs de Pavie. Be- leurs bords -, faccagerent 8c détruifirent
renger cependant avoit afïemblé fes for- celle d'Evreux 8c celle de Bayeux , 8c
ces : quand ils virent qu'elles étoient battirent les François prefque par tout :
trois fois plus grandes qu'ils n'avoient horfmis à Chartres 8c auprès de Ton-
ttîï, ils fe muent fur la retraite-, 8c nerre. A Chartres l'EvêqueGoireaume,
CHARLESIV. ROI XXX. 51
'■■ durnnt qu'ils combattoient contre Ri- ce tems-là Sance Abarca I. ayant étendu — - —
9° S' clurd Duc de Bourgogne , venu au le- fon Royaume de Navarre , ou territoire 9 11,
cours delà Ville, iorut généreufement de Pampelone , du côté de HueJ'ca , &
fur eux , portant la iacrée Tunique de conquis tout le rejie de la Province d Ar-
la Vierge à la tète de fonCle>gé, ôcavec ragon, outre la Comté de ce nom qui re-
cela étant fuivi de bonnes troupes bien levoit déjà de lui , prit le titre de Roi de
armées , avec lefquedes il les chargea fi Pampelone & d Arragon.
vigoureufement , qu'il les mit tous en L année 911. vit la mort de deux
fuite. Le même Richard Duc de Bour- Rois , içavoir Raoul & Louis , dont
gogne défit une autre de leurs bandes Raoul regnoit dans la Bourgogne Trans-
aupres de Tonnerre. jurane , & Louis dans la Germanie-. Le
De Baveux Rollon emmena une fille premier eut pour fuccefieur Raoul II.
9 11 * d'excellente beauté , nommée Pope, l'on fils. Le iecond âgé feulement de
dont le père étoit un Comte nommé Be- dix-neuf à vingt ans , ne lailfa que deux
renger , & l'époufa à la mode de fon filles, Placidie ou Plaifarice, & Mariide j
pays , c'eft-à-dire fans Prêtre. la première eut pour mari Conrad Duc
L'année précédente Lambert avoit de Franconie , & l'autre Henry l'Oife-
été tué en trahifon comme il prenoit le leur Duc de Saxe &: fils du Duc Othon.
plailir de la chalfe , par Hugues Comte Les Seigneurs du Royaume de Louis
de Milan. L'Empire d'Occident de- ayant voulu déférer la Couronne à cec
meura vacant jufqu'en l'an 915. que Be- Othon , il s'en exeufa à caufe de fa vieil-
renger fe fit couronner une autre fois lelfe , ôc leur confeilla généreufemenc
par le Pape Jean X. d'élire Conrad Duc de Franconie ,
On peut* marquer ici la naijfance du quoiqu'il eut été fon ennemi.
Royaume d Arragon , parce qu'environ
'is^-vasas^m
t^s-z^msmïmmimîsiMœs&iÀ
CHARLES LE SIMPLE en France.
CONRAD enGer-.LOUIS en Proven- 1 RAOUL II. dans la IBERENGERen
manie. | ce. • Transjurane. ' Italie.
LE Capitaine Roi s'apprivoifoit peu ces maux. D'ailleurs Robert Comte de
à peu avec Franco Archevêque de Paris , qui afpiroit à la Royauté , defi-
Roiien \ à fa prière il avoit deux ou roit qu'il demeurât dans ce pofte-là ,
trois fois accordé des trêves aux Fran- afin de s'en fervir quand il en auroit
çois. Le but de ce vertueux Prélat étoit befoin. Pour toutes ces raifons, le Roi
de le convertir à la Foi Chrétienne -, Charles fit trêves avec lui , durant lef-
celui de Roi d'acquérir une Souve- quelles il lui propofa de lui donner en
raineté , & de devenir Prince légitime propre & à titre de Duché , la partie
de chef de Pirates qu'il étoit. Les Sei- de Neuftrie d'entre la mer, la rivière de
gneurs François avoient peine à foufTrir Seine & celle d'Epte , qui tombe dans
l'établilfement d'un étranger de cette la Seine , avec fa fille Gifelle en ma-
forte dans le plus beau pays du Royau- nage, s'il vouloir fe convertir de bonne
me : mais le peuple tourmenté fans cefie foi de embralfer le Chriltianifme.
par fes pillages , crioit qu'on mit fin à A ces conditions Roi voulut bien fe
G ij
S i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Eure catechifer , 6c reçue le faine Bap- nou devant les Normands , & de leur
9 li - cême i.i veille de Pâques de l'an 912. donner les mains. 9 1 **
En percurs Le Comte Robert rut Ion parrain 6c lui 11 y avoit encore de ces Barbares en
CovjTANjiH donna f on ncim . La grâce de ce divin plulieurs autres endroits de la France ,
\ 11. hls de , ° 11 «'• • 1 «>
Léon , tégnfrSacrement le régénéra avec tant derh- particulièrement en Bretagne 3 au pays
49. ans. cace , qu'elle en rit un des meilleurs du Maine & en Anjou, 6c dans les if-
Princes de Ion liécie. Eniuite il fut les de la rivière de Loire ; mais avec le
trouver ce Roi pour lui tendre hom- rems 6c à l'exemple de Rollo , ils pri-
mage de la terre qu'il lui donnoit , 6c rent des rerres à habiter , 6c le narura-
puis il époufa la Princeflè fa hiie , mais liferent François. Auparavant ils rirent
elle ne vécut que peu d'années après ce encore beaucoup de maux; 6c long tems
mariage , ëc ne lui donna point d'en- après , l'exemple de l'établilïement de
fansj de lorte qu'il reprit Pope qu'il ceux-là en attira d'autres bandes de
avoir délaiffëe , 6c dont il avoir des en- Dannemarc 6c de Suéde, qui n'éroient
fans. pas moins cruelles , mais non pas iî
Ainh* cette Province, que les Romains redoutées que les premières,
appelloient la Lyonnoiie ieconde , fut Parmi les Grands de Germanie plu-
démembrée de la propriété des Rois de fieurs n'étoient pas contens de l'élec-
Frar.ce -, non pas pourtant de leur Souve- non de Conrad. Arnoul Duc de Bavière
raineré. Ses nouveaux habirans lui don- orgueilleux d'avoir vaincu les Hongrois
nerent le nom de Normandie. en fa Duché, s'éleva contre lui à dellein
Comme on ne la leur accorda que par de fe faire Roi, 6c n'y pouvant par-
ce qu'on ne pouvoit pas les en chalïer , venir , il feignit de vouloir déférer la
pour la même raifon on leur quitta aufli Couronne à Charles.
l'hommage & mouvance de la Bretagne, Ce Roi avoit toujours la penfée de " qï
parce qu'ils en éroient comme les maî- fe reiaiiir du Royaume de Lorraine j o, r •'
très , 6c qu'ils la pilloient quand il leur ainfi fe fervant de cette conjoncture ôc
p'aifoit; 6c d'ailleurs on la reduifoit par des afhftances de Renier Comte d'Ar-
ce moyen fous la fouveraineté de la demie , qui étoit riès-puifîànr en ces
Couronne , en la foumettant à un Duc pays-là , il y entra bien avant ôc fe
qui en relevoir. rendit maître d'une partie de ce Royau-
' Dès l'année fuivante Roi noublia pas me , donr il le fit Gouverneur avec la
° l ï' de demander l'hommage aux Bretons qualité de Duc.
* Rcbré en l'épée à la main. Le Duc Alain * Rebré Prefqu'au même tems Henri Duc 915,
^ L ,ç'j r ^"''ouleGrand, étoit mort il y avoit fix ans, de Saxe fe rebella contre Conrad, ga-
6c avoit lailTé des enfans en fort bas gna une bataille fur Everard fon Lieu-
âge. Ceux qui les gouvernoient, plutôt tenant , 6c donna la chai te à Conrad
que de les faire déroger à leur Souve- même*, tandis que d'un autre côté les
raineté , les emmenèrent hors du pays Hongrois fe débordant jufqu'en Alface,
avec une partie de la plus haute nobleffe; brûlèrent la ville de Balle , 6c ne purent
6c depuis on n'en voit plus rien dans être arrêtés qu'à force d'argent , dont
* Pcoc-êcte l'iiiftoire, * Le Comre rîe Porrhouer, il Conrad fur contraint de leur donner
1 '^ s'appelloit Matued, qui avoit époufé une grande fomme. .
une fille d'Alain le Grand, palla aum" L'an 917. mourut Roi premier Duc q\(,,
c en Angleterre avec fa femme. Berenger de Normandie , renommé à jamais pour
Comte de Rennes 6c Alain de Dol s'é- la fevere juftice 6c l'exacte police qu'il
tant défendus le mieux qu'ils purent, avoit établie dans (es terres; la feule
furent enfin contraints de ployer le ge- prononciation de fon nom y fer&«encor«
CHARLES IV. ROI XXX. 53
— • aujourd'hui comme de main pour arrê- d'Ingelger , fuivit Baudouin de près. g
9 i 7- tei les injuries entreprifes , Ôt amener * Foulques le Bon fon fils lui fuccéda.
Ha»o. cg | ui ^ ^ t ^ t devant le juge, il eut Conrad Roi de Germanie partit auiTi
deux t-nrans de Pope , un fils nommé de ce monde la même année ; il mou-
Guillaume , & une fille qui s'appelia rut d'une blelïure qu'il avoit reçue à la
Gerlotte. Son fils Guillaume» depuis fur- guerre de Bavière. Aux dernières heures
nommé Longue-épée , lui fuccéda •, & de fa vie il commanda par une généro-
parce qu'il étoïc encore mineur, Robert fité plus que royale , à Everard fon fre-
Comce de Pans , parrain de fon père , re , de porter les Ornemens royaux à
en prit la tutelle. Quand il tut en âge , Henri de Saxe furnommé l'Oifeleur ,
il maria fa fœur Gerlotte avec Hébert quoiqu'il lui eut toujours fait la guerre.
Comte de Vermandois. Ainfi il lui rendit la pareille de ce qu'O-
L'année fuivante arriva la mort de thon {on père lui avoir déféré la Cou-
5 >1 ^« Baudouin le Chauve Comte de Flan- ronne, & quitta tout defir de vengeance
dres. Son fils aîné Arnoul le Gras hé- pour avoir foin du falut de fa patrie , qui
rita de fa Comté*, Adolre qui étoit le avoit befoin d'un Prince puilTant pour
fécond eut les villes de Terouenne, Bou- la défendre des incurfions des Hongrois,
logne & faint Orner , mais à quelques Ce Henri fut furnommé l'Oifeleur, par-
années de-là il mourut fans enfans , &c ce qu'on le trouva chalfant aux oifeaux,
tout retourna à fon aîné. loriqu'on lui apporta la nouvelle de fon
Foulques le Roux Comte d'Anjou fils élection.
umm^^-^sh^mmae^^
CHARLES LE SIMPLE en France.
HENRY L'OISE- | R A O U L II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LEUR en Ger-
manie.
LOUIS en Proven-
ce,
BERENGER en
Italie.
Vant que Henri fe fut entière- du Roi Eudes qui entretenoit intelli-
ment affermi dans fon nouvel gence avec les fils de Régnier. ______
Etat , Charles fe jet tant dans la Lorrai- Ces malcontens s'en étant ajoint plu» ^20.
ne, la conquit toute jufques à formes, Meurs autres , tandis que les Rois Char-^. f u i Yi
8c le contraignit de le rendre fon fujet les &c Henri fe pouffoient & repouf-
pour le refte de ce Royaume. foientreciproquementdans laLorraine,
-— ■ Mais les Seigneurs François qui crai- firent enfin leur cabale fi forte , que
?*9- gnoient que s'il devenoit trop puiflant tous les fujets de Charles l'abandonne-
& trop paifible , il ne leur ôtât leurs rent, comme avoient fait autrefois ceux
terres qu'ils vouloient fe rendre héré- de Charles le Gras. Le prétexte de cette
ditaires,lut fufeiterent bien-tôt de nou- révolte générale étoit, qu'il avoit un
veaux troubles. Les plus puifïansfe fou- fivori nommé Aganon, qui le poffédoit
levèrent ouvertement contre lui , entre entièrement, dilpofoit de toutes choies
2iitres dans la Lorraine Gifalbert ôc à fa fantaiile, diiîîpoit le domaine royal
Othon fils du Duc Régnier, le premier &c traitoit infolemment les Grands du
defquels avoit époufé une fille du Roi Royaume. Toutefois Hervé Arche vê-
Henri; & dans la France, Robert frère que de Reims l'ayant retiré chez lui y
54 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
' '■ r trouva moyen après fept mois detems, jour de Juin de l'an 9:1. Trois jours — — ■
9 11 ' de le racommoder avec fes fujers, en- après Hervé mourut atiez lubiteinom , > l '
forte qu'ils lui rendirent fon Royaume, ce qui donna ftfje* aux aims de Chaues
Mais il ne recouvra pas fon autorité , de dire qu'il avoit été happé de la main
6c il n'avoir pas allez de force d'efprit , de Dieu. Maisplulieurs eau eut que He-
pour la foiitenir. Aulfi lui donna-t-on le bert Comte de Verman dois lui ayoït
iiirnom de Simple , & de Fallus , c'eft- fait donner le boucon. Quoi qu il en foit,
à-dire Fou. Les Grands étoient trop ac- il ne manqua pas de prendre cette con-
courûmes à l'indépendance, 6c Robert jon&ure pour mettra l 'ArJiwVcehé de
qui avoit vu une fois la Royauté dans Reims dans fa maiion ; il rit élire ion
la maifon , avoir toujours la penfée de fils nommé Hugues , qui n avoit encore
l'y remettre. Comme il s'entretenoit que cinq ans , par le peuple de Reims,
dans ce delïèin, il arriva une nouvelle 6c par deux Evèques iurtragans de cet
brouillerie : Hugues, dit le Blanc, fils de Archevêché, Abbon de Soilfons , 6c
Robert , pretendoit l'Abbaye de Chel- Bovon de Châlons. Le Roi Raoul lui
les, parce que fa tante & fa belle-mere accorda fa confirmation , 6c l'œcono-
en avoient joui : Charles la lui refufa mat de ce grand bénéfice , tandis que
hautement , 6c la donna à Aganon fon fon fils feroit mineur. Voire même le
favori. Sur ce fujet allez léger, les trou- Pape Jean X. ayant écouté l'Evêque
blés recommencèrent, & Robert en prit Abbon 6c les autres députés de cette
occafion de s'élever dans le rrone. Car Eglife fur un fait ii extraordinaire, l'ap-
d Pinftigation de Gifalbert , ayant fur- prouva hautement, 6c commit l'admi-
pris la ville de Laon , 6c les tréibrs d'A- niftration fpirituelle de cet Archevê-
ganon qui éroient dedans, 6c par le ché à Abbon ; tous les gens de bien fou'-
moyen de cet argent , ayant gagné une pirant amèrement de voir un enfanr qui
grande partie des Seigneurs François , n'avoit pas encore l'ufage de la parole ,
il fe fit élire 6c couronner Roi dans alîis fur le fiége de faint Remy.
Reims par l'Archevêque Hervé le zo e .
CHARLES LE SIMPLE. | ROBERT fon Rival.
en France.
HENRY L'OISE-
LEUR , en Ger-
manie.
RAOUL II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LOUIS en Proven-
ce.
BERENGER Em-
pereur en Italie.
A La nouvelle du couronnement 6c devint fuppliant en fon endroir. Lui
de Roberr , Charles leva le hége 6c fon rival chacun de (on côté, s'effor-
de Caprcmont , où il tenoit Gifalberr, çoient par toutes forres de moyens de
l'un de (es plus grands ennemis enfer- le gagner -, Charles lui écrivit , 6v Ro-
me. Ce Gifaibert avoit déjà été une fois bert l'alla trouver lui-même , & s'abou-
dépouillédetoutes fes terres par ce Roi, cha avec lui fur la rivière de Roc'r. Par
& ayant été rétabli par Henri fon beau- ce moyen ils travailloient tous deux à
père, s'étoit révolté uneautre fois. Alors l'affermir dans la pohVilion du Royau-
Charles qui jufques-là avoit eu l'avan- me de Lorraine. Ces deux compéti-
tage fur Henri , changea de condition , teurs en tenoient pourtant encore ch?-
CHARLES IV. ROI XXX.
5.Ï
■ cun quelque petite portion. Charles
2 2 3* ayant amalfé des forces confidérables
dans celle qu'il avoir , vint réfolument
chercher Robert qui étoit campé près
de la ville de Soilfons, au deçà de la
rivière d'Aifne. Il la pafia à l'improvif-
re , & le trouvant qui faifoit repaître
fes troupes , il le chargea de grande fu-
rie. Robert remonta à cheval , mit fes
gens en meilleur ordre qu'il put -, mais
comme il combattoit bravement à leur
tête , il fut tué d'un coup de lance ,
dont quelque auteur a donné la gloire
à Charles même , qui ce jour-là fit des
merveilles de fa perfonne. Nonobftant
cette mort , Hugues fils de Robert , le
Comte de Vermandois , 8c les autres
chefs de fon parti , non-feulement fou-
tinrent PefForr de Charles, mais enco-
re le repoulïerent avec tant de vigueur ,
qu'ils l'eulïent entièrement défait s'ils
l'euiTent pourfuivi.
Ce combat fe donna le quinzième de
Juin l'an 92.3. de forte que Robert ne
régna pas un an entier. Il avoit époufé
Beatrix fille de Hébert II. Comte de
Vermandois, dont il avoit un fils appel-
lé Hugues , qu'on furnomma le Blanc ,
le Grand 8c l'Abbé , 8c une fille nom-
mée Emme , qui fut mariée à Rodol-
phe ou Raoul Duc de Bourgogne , fils
du Duc Richard, furnommé le Jufti-
cier , qui étoit mort l'année précéden-
te , 8c d'Adélaïde fœur de Rodolfe I.
Roi de la haute Bourgogne.
Le parti de Robert ne fe défila point
pour avoir perdu fon chef-, au contrai-
re il fe tint d'autant plus uni , que le
péril lui fembla plus grand. Ainfi les
Seigneurs qui en étoient fe réfolurent,
à la perfuaïion de Hugues fon fils , qui
ne fe fentoit pas allez puifiant pour
être Roi, mais pour en faire un, d'éli-
re Raoul Duc de Bourgogne fon beau-
frere , Seigneur de belle 8c agréable
preftance , 8c encore de meilleur fens.
Ils le firent couronner à S. Medard de
Soilfons , le treizième de Juillet , par
le miniftére de Seulfe , Archevêque de
Reims , ou félon quelques-uns, d'Ab-
bon Evêque de Solfions.
Les Hiftoriens mettent ce Raoul &c
Eudes ci-deflus au rang des Rois de
France •, 8c toutefois ils n'y rangent pas
Robert frère d'Eudes , dont à mon avis
il ne peut y avoir d'autre raifon que la
brièveté de fon régne.
923,
3*
i ~? rrrn sasasKs^rassox-azsjr x23KSK£t:
RAOUL,
ROI XXXI.
On eft grand en effet quand on a l'avantage
De pouvoir en naiflànt d'un Royaume hériter ;
Mais avoir des vertus qui le font mériter ,
C'eft un plus glorieux & plus raie partage.
CHARLES LE SIMPLE.
HENRY L'OISE-
LEUR en Ger
manie.
I RAOUL fon Rival.
en France.
RAOUL II. en
Bourgogne Trans-
jurane.
LOUIS en Proven-
ce.
BERENGER Em-
pereur.
PAPES.
Encore Jean X. 4. ans durant ce régne.
Léon VI. en 9x8. S. 6. mois.
Etienne VIII. en 9*9. S. x. ans , un
AP r. É s l'élection de Raoul , tout
le monde abandonna le Roi Char-
les , &c le fecours des Normands qu'il
voulut taire venir , ne lui lut pas feule-
ment inutile , n'ayant pu palier 9 parce
que fjs ennemis l'en empêchèrent •, mais
encore le rendit plus odieux à fes peu-
ples. N'ayant donc plus aucune ref-
fource , il écrivit en termes pitoyables
à Henri Roi de Germanie -, il lui aban-
donna la Lorraine, s'il le vouloir af-
filier contre fes rébelles. La récompen-
se ctoic grande , & l'action de rétablir
un Roi , fort glorieufe. Henri lui pro-
mit donc de s'y employer avec toutes les
forces de la Germanie.
Le parti de Raoul fe trouva bien
étonné de cette nouvelle : ils ne fça-
voient tous comment parer un i\ dan-
mois & demi.
Jean XI. en 9$ 1. fils de l'infâme Maro-
lie > 8c du Pape berge , S. 4. ans 10. mois.
gereux coup. Hubert Comte de Ver-
mandois , dont Robert avoir épouié la
lœur , les tira de peine. Le Roi Char-
les s'imagmoit l'avoir détaché d'avec
eux -, de le traître ufoit d une pro:onde
dillimulation pour le mieux attraper. Il
envoya vers lui Ion coufîn Bernard lui
porter de nouvelles allurances de la fi-
délité ; & le cajola fi bien , que ce Roi
trop fhnple fe lailla attirer dans le Châ-
teau de Peronne. Lorfqu'il l'eut en fou
pouvoir , il le détint pnfonnier , ex: peu
après il fe confina à Château- 1 hieiri ,
où il le failoit furement garder.
La Reine Ogine ayant appris la dé-
tention de fon mari , le fauva en ion
pays d'Angleterre , iv emmena avec elle
le fils unique qu'elle avoit de lui > nom-
mé Louis , pour le réleiver à un meil-
leur
9*y
RAOUL, ROI XXXI. 57
■leur tems, loin des attentats de ceux A fon arrivée il lui tailla en pièces une
y 2 '** qui ne pouvoient ailurer leur Royauté partie de les troupes : alors Berenger ne 9 M*
que p.ir la mort. Seulfe Archevêque de prenant confeil que de fa vengeance ,
Reims ayant un démêlé avec les parens fut fi malheureux que de faire ligue avec
de Hervé Ion prédécelfeur, pour ce qu'il les Hongrois , & ae les attirer en Italie ,
les avoir dépouillés de quelques fiefs Ces Barbares ayant faccagé Mantouë,
qu'ils tenoient de l'Eglife , s etoit ran- Breife ôc Bergame , réduifirent en cen-
gé du côcé de Hébert pour avoir fa pro- dres la célèbre 8c riche ville de Pavie ,
te&ion ; 8c lui avoit promis de ne con- capitale du Royaume de Lombardie.
fentir jamais à aucune élection , que de Deux cens de (es Bourgeois échappés de
celui qu'il lui plairoit. l'incendie 8c de la captivité, traitèrent
Durant le régne de Raoul , de Louis avec ces deftru&eurs , 8c rachetèrent
d'Outremer , 8c de Lotaire III. il y eut d'eux les murailles de leur ville pour
prefque toujours guerre entre les Rois huit muids d'argent, qu'ils y avoient
de France 8c de Germanie, pour le ramaiTés parmi les cendres 8c les ruines.
Royaume de Lorraine-, nous n'en mar- Cet argent reçu, les Hongrois palïè-
querons que les grands événemens. Il rent les Monts , ôc pénétrèrent jufques
eft certain que cette année Raoul en ré- dans le Languedoc. Le même Raoul 8c
duifit une bonne partie fous fon obéif- Hugues Comte d'Arles, les fuivirentert
lance , en ayant chalfé Henri qui avoit queue , 8c les ferrèrent de fi près , que
paifé le Rhin pour achever de la con- tous ces Barbares , en partie tués par le
mmmmmmmmmm quérir. glaive , en partie abbattus par la dif-
924. Il fallut cette année 924. faire une fenterie 8c par la faim , enrichirent de
cueillette pour les Normands, comme leurs dépouilles , le pays qu'ils étoienc
Charles le Chauve en avoit fait plu- venus piller.
fieurs , les unes volontaires , 8c les au- L'an fuivant Berenger tâchant de fe
très par taxes. rétablir dans le Royaume d'Italie , fut
Le Duc d'Aquitaine , ( c'étoitGuil- tué par fes gens mêmes à Veronne. Il
laume II. du nom, fils d'Ebles , 8c avoit une fille nommée Giffette, qui fut
neveu de Guillaume I. furnommé le mariée à Adelbert Marquis d'Yvrée , " 9 , ç
Débonnaire, ) ne fe foumettoit pas af- dont vint le jeune Berenger , qui fut £m . '
fez à Raoul ; il fut obligé de tourner auflï Roi d'Italie. Après la mort de Be- cidént va-
fes forces de ce côté-là. Guillaume fça- renger, le titre & Empereur en Occident caiu .Empê-
chant fa réfolution , s'avança fur les ne fut déféré à perfonne , au moins par encore Con"-
bords de la Loire qui faifoit les bornes le Pape 8c les Italiens , jufqu'à Othon tantinvih.
de fa Duché, pour lui en empêcher I. l'an 962. Cependant le Royaume de-
l'entrée. Après quelque négociation , meura entièrement à Raoul : mais l'in-
ce Duc parla la rivière , 8c mettant pied conftance des Italiens , qui va toujours
à terre , vint trouver Raoul , qui, fans à chaiïèr un Seigneur par un autre , fit
defeendre de cheval , l'embraila 8c le qu'ils fe donnèrent bien-tôt à Hugues
baifa , 8c le lendemain lui accorda une Comte d'Arles , fils de Berthe , pour fe
trêve de 8. jours , après laquelle le Duc défaire de Raoul. Celui-ci ayant appris
lui rendit hommage , 8c en récompen- qu'ils avoienttué en trahifon Burchard
fe retira la ville de Bourges 8c le Berri Duc de Sueve , fon beau- père, fe retira
que Raoul lui avoit ôtés. doucement en fon Royaume de Bour-
Les Italiens s'étant laifés de Beren- gogne , fans ofer rien tenter dans une
ger, déférèrent la Souveraineté à Raoul Ci mauvaife difpofition.
II. Roi de la Bourgogne Transjurane.
Tome IL H
5S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
RAOUL Roi de France.
HENRY de Germanie. 1 HUGUES d'Italie; 1 RAOUL IL de Bourgogne;
916. Y L fe faifoit prefqtie toutes les années defiroit la garder pour lui-même. He- ■■- —
JL diverfesirruptionsparlesNormands. bert n'ayant pu l'obtenir d'amitié, fon- ? i 7»
Outre ceux qui étoient en Neuftrie, il gea à le la faire donner par force. Il ti-
y en avoit encore dans la Duché de ra donc Charles le Simple de prifon >
Bourgogne , & du côté de l'Artois -, &c le mena parlementer avec les Nor-
& à toute heure on avoit à leur faire mands^, qui fourlroient impatiemment
tête , ou à les pourfuivre : mais comme fa détention, parce qu'il leur avoit don-
les Grands ne vouloient point que les né la plus riche Province de France,
affaires du Royaume s'éclaircilïenr , ils Cette menace n'ayant rien opéré, d'au-
avoient de li bons amis parmi eux, tant qu'Emme femme de Raoul s'opi*
qu'ils s'évadoient toujours. niâtroit à garder Laon , 6c même s'étoit
Cette année Raoul Roi de France les jettée dedans , il le conduiiit à Reims
ayant enclos dans un bois au pays d'Ar- comme pour le rétablir , & écrivit mê-
tois, ils firent une furieufe fortie à l'im- me au Pape Jean X. qui le menaçoit
provifte , dans laquelle il fut blelfé ; de de l'excommunier, s'il ne le failoit,.
il eut été pris , fans le prompt fecours qu'il rravailloit tour de bon à le remet-
qne le Comte Hébert lui donna. Ceux tre en pollelîion de fon Royaume. Es
qui tenoient les Ides de la Loire, y il fembloit qu'il ne s'en pouvoit pas dé-
ayant été long-tems affiégés par Hugues dire , parce qu'autrement le Duc de
& Hébert, fe défendirent fi bien, qu'on Normandie ne vouloit pas lui rendre
leur donna la ville de Nantes pour de- {on fils Eudes qu'il lui avoit donné en
meure. otage. Il fallut néanmoins alors que la
Une affaire terminée , il en furvenoit Reine lâchât prife , & qu'elle rendît la
une autre. Guillaume Duc d'Aquitaine place à Hébert , qui par ce moyen étant
s'étoit révolté une féconde fois 5 Raoul appaifé , ramena Charles dans le Châ-
fut contraint de faire voyage en ce pays- teau de Peronne, ôc fit nouveau fer-
là , pour le remettre dans fon devoir, ment à Raoul.
Comme il y étoit entré bien avant, il L'an 918. Hugues Roi d'italievint en T"
apprit que les Hongrois , qui avoient France : on ne trouve point pour quel '
fait de grands ravages dans l'Allemagne fujet. Le Roi Raoul 3c Hébert allèrent
Se en Italie , s'étoient jettes en France , le recevoir vers le Lyonnois , &- con-
ôc avoient pillé la Champagne jufqu'à férerenr avec lui. Il mit alors la Provin-
la rivière d'Aifne \ il marcha droit à ce de Vienne entre \cs mains d'He-
eux , 8c le bruit feul de fa marche bert, pour la garde de fon fils Eudes,
les fit fortir promptement du Royau- En ce tems-là une bande de Nor- — k *~"
me. ma-nds defeendue dans' le Boulonnois, 9 Z 9«
Nonobftant l'étroite union qui pa- entoura Guifnes d'un double foiîe. De-
roiffoit entre lui 8c le Comte Hébert , puis , Arnoul Comte de Flandres , le
la ville de Laon fut un fujet de grande donna en fief à Sigefroy chef de cette
difeorde entt'cux. Hébert la vouloit flote. Ce Sigefroy quelque tems api es,
avoir pour Othon fon fils; 8c le Roi enleva fa fille Eltrude : mais fçaclv.nc
RAOUL, ROI XXXI, ç?
'que le pere venoit l'afliéger , il eut Ci Ces malheurs le 7. d'Octobre, de l'an T7o~*"
i - )l ^' grande peur de fa colère, qu'il fe pen- 91.9. dans la ville de Peronne , où il
dir , &z lailîa fa femme grolfe d'un fils avoit été prifonnier plus de iix ans. Il
nommé Adolfe, lequel depuis fut Corn- y fut enterré dans l'Eglife de S. Furfy.
te de Guifnes. Son régne, à compter du jour de fon
Tantôt Raoul , tantôt Hébert fai- Sacre à celui de fon emprifonnement ,
foient efpérer la liberté au malheureux fut de trente ans , &c fa vie de cinquan-
Charles le Simple, &c lui rendoient des te. Il ne lailîa qu'un fils nommé Louis,
refpe&s comme à leur Souverain ; &c de la Reine Ogine * , fille d'Edouard * °ï ,vir '
néanmoins ils n'avoient nulle envie de Roi d'Angleterre. Je trouve qu'avant
le relâcher. La mort feule les tira d'en- cela ii en avoit eu une autre nommée
tre leurs mains ; elle finit fa captivité & Frederonne.
J^. * Edgiae ,
Edeive , O-
OGINE
FEMME
DE CHARLES LE SIMPLE.
Qu'heureux feroit le fouvenir 9
De la forte & guerrière Ogine !
Si lorfqu'elle acquit le titre d'héroïne ,
Sur la fin de (es ans elle eut pu s'abftenir
D'un Jiirnen qui ternit fa gloire à l'avenir.
Eïtradion Z"" 1 E t t e PrinceiTe fille d'Edouard l'inftance & fur les fermer» des Sei-
io&ùic \^ Roi d'Angleterre, & fœur du Roi gneurs François : mais ia préfence du
Adelftan ou Aliian , fut l'an 903. prife jeune Roi ne mit pas fin aux factions ,
en mariage par le Roi Charles qui de- cette femme d'un courage viril faifoit
lîroit par-là le fortifier contre les Nor- tous Ces efforts pour les étouffer ; elle
mands , &c contre fes fujets rébelles. Il animoit fes bons ferviteurs , &; les fe-
fembloit qu'elle ne fût pas tant venue cours qu'elle taifoit venir d'Angleter-
en France pour y régner, que pour exer- re , non-feulement par des paroles,
cer fa patience. Au bout de vingt ans de mais encore par fon exemple , les me-
guerres civiles , elle vit fon mari arrêté nant hardiment au combat. Enfin elle
LoTs «Ah- prifonnier par Hébert Comté de Ver- eût pu pafler pour une héroïne, fi étant
gïcrerrc Le imndois -, toute effrayée de ces nou- venue à l'âge de plus de 60, ans , elle
î™!t a l? veiles, elle fe fauva en Angleterre avec n'eût montré qu elle étoit femme , Ôc
Raoul & eut fon hU Louis , qui fut furnomme d'Où- qu'elle n eut lucombe a la roiblelie na-
ÎS?OT? P à d ° tnmer - T^ize ans après , & enfuite de turelle de fon fexe , ternillant la gloi-
.ciolïïtcK. la mort du Roi Raoul , elle le ramena à rç de Cqs belles a&ions , & offenfant
H ij
give
6o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
la mémoire du Roi fon époux. Car d'Outremer , dont elle avoir reçu quel-
alorselle devint éperduementamoureu- que déplaifir. Ce mariage fi déraifon •
fe de Hébert Comte de Troyes, & fe- nable éc fi hors de faifon , lui tut ex
cond fils de ce Hébert Comte de Ver- trëmement honteux , & n'apporta au-
mandois , qui avoir tenu fon mari pri- cun avantage à Hébert , ni même au-
fonnier fi long-tems -, fi bien que ne cune efpérance , finon de voir bien-tôt
pouvant plus ni éteindre ni couvrir cet- mourir la vieille qui l'embarrafibit,
te ardeur qui la brûloir , elle fe déroba Tant il eft vrai que ce fexe quand il
Surlafindede la Cour avec quelques-uns de fcS s'eft une fois déréglé, aime toujours
fi? iin U hcn le P^ us confidens , & s'en alla à Saint avec manie, &: qu'il n'eft que rarement
«euxmariage. Quentin , où elle épouface Comte pour aimé fans deshonneur,
fe venger ,difoit-elle , de fon fils Louis
RAOUL Roi de France.
HENRY de Germanie. I HUGUES d'Italie. ' RAOUL II. de Bourgogne.
- " f^ O m m e le Roi Raoul étoit al- beau-frere du Roi , lui avoit fouftrait J
9}°' \^j\è en Aquitaine, il fçut que les quelques-uns de les vaflaux, entr'au-
5c iuiY. Normands des lfles de Loire s étoient très Herluin Comte de Montreuil fur
hazardés de percer jufques dans le Li- la mer.
mofu\ ; il mena donc ion armée en ce 11 y eut donc une rude guerre entre
pays-la -, & les ayant rencontrés dans le eux cinq ans durant, diverfes places pri-
lieu nommé Dextricios, on ne fçait pas £es , & bien du pays ficcagé. Hébert
bien où c'eft , il les y enveloppa de tel- fe fervoit de l'affiftance des Lorrains
le forte, qu'il ne s'en fauva pas un contre lui , &: avoit fait fermenta Hen-
feul. Cette vi&oire rrès -néceflaire à la ri Roi de Germanie. Mais Raoul étant
Province, lui acquit beaucoup d'efti- aiîifté de Hugues le Grand , prit la vil-
me parmi les Aquitains , & les porta à le de Reims , dont Hébert jouiiïoit ,
le reconnoîtreavec un peu plus de lou- comme étant adminiltrateur du tem-
miflion. porel de l'Archevêché , parce qu'il avoit
L'autorité Royale étant dans une ex- fait élire fon fils Archevêque , quoiqu'il
trême foiblelïè , les Seigneurs fe fai- fût mineur ; Se inftalla ArroLd fur le
foient la guerre les uns aux autres pour fiége de cette Métropole. Il deftitua
des arnere-vaflaux , & pour des places auiîi Benon Evcque de Châlons , qui
qu'ils ufurpoient les uns fur les autres -, avoit fuivi Hébert ; & puis il l'aflSéga
êc bien fouvent ils s'attaquoient aux lui-même dans Laon , & prit la place
Rois mêmes quand ils leur refufoient à compofition.
quelques terres ou quelques Abbayes. L'audace de Hébert étant un peu ra- "
Hébert ne pouvoit s'accommoder baifice par cet échec , Raoul fit un
avec Raoul , parce qu'il étoit fon Roi ; voyage en Aquitaine & en Languedoc,
mais entretenoit incelligence avec tous où il reçut les hommages de Ray-
fes ennemis , & cherchoit tous les mond & Ermengard , Princes de Go-
moyens de l'arfoiblir. Il prenoir pour thie ( ainfi fe nommoit la partie du
prétexte de cette querelle, que Hugues, Languedoc plus voifine des Monts- Py-
.
RAOUL, ROI XXXI. il
rennées, ) & de Loup Azenar Duc de pas de ce que les Rois qui Vont poJpdé>~
93*- Gafcogne, lequel, (i on en croit Flû- y ayant jamais fait leur réjidence , ni 5>3 3 •
doard , étoit monté fur un cheval qui quils y ayent été couronnés ; mais de ce
avoit cent ans, 8c néanmoins paroilïoit que cette ville étoit très- illufire pour fai-
encore vigoureux. re un titre , ayant été , dès le tems des „,
Guillaume Duc de Normandie lui Empereurs Romains , la Capitale de fept
rendit aulîi hommage; 8c enrécompen- Provinces des Gaules , & J'es Métropo-
fe il lui donna les terres que les Bre- litains Vicaires du S. Siège.
tons tenoient fur la mer; je crois que En l'année 933. une bande de Nor-
c'étoit le Belîin 8c les environs d'A- mands ravagèrent toute la Province de
vranches. Berry ; Ebbes , Seigneur de Deols , les
En Italie le Roi Hugues dès l'an 929, combattit près de Châtillon fur In-
avok acquis la Seigneurie de la ville de cire , vers les confins de la Touraine , 8c
Rome , en époufant l'impudique Ma- gagna fur eux une victoire fignalée ;
rofïe , veuve deGuyfon frère de trière , après laquelle il les pouriuivit jufqu'à
Marquis de Toicane ; laquelle gouver- la Loire : mais dans le combat il reçut
noit alors la ville 8c le fiégè Pontifical : une blelfure dont il mourut à Orléans,
mais il en avoir été challé par Alberic Son fils- 8c fucceifeur Raoul délaiifa le
fils de cette femme , auquel il avoir Bourg de Deols aux Moines de S. Be-
donné un foufflet , &c s 'étoit retiré en noît , aufquels fon père y avoit fondé
Lombardie. Lambert qui avoit fuccé- une Abbaye ; 8c s'en alla bâtir la ville
dé au Marquifat de Toicane à Guy fon qu'on appelle encore aujourd'hui de
frère , étoit auiîï frère utérin du Roi fon nom , Château-Raoul , un peu au
Hugues, comme fils de Beithe fa me- deiTus de Deols, fur la même rivière
re , laquelle étant veuve de Thibaud d'Indre.
Comte d'Arles , avoit en fécondes nô- Nonobftant l'accommodement de
ces époufé Adelbertpere de Guy 8c de Hugues 8c de Raoul, les Italiens per-
Lambert. Hugues ne laiifa pourtant pas fifterent dans leur réfolution de defti-
de le faire mourir ; 8c donna la Tofca- tuer Hugues ; 8c convièrent Arnoul
ne à Bofon fon frère de père 8c de me- Duc de Bavière de venir prendre la
re ; lequel ne lui fut pas plus fidèle que Couronne. Il perça jufqu'à Vérone, 86
l'avoir été Lamberr. y fut bien reçu : mais Hugues ne lui
oj. Les peuples fe dégoûtèrent bien-tôt permir pas de s'y affermir , 8c le rechaf-
de fa domination, & rapellerenrRaoul IL fa en Bavière. Après quoi , pour s'ap-
Roi de Bourgogne. Ces deux Princes é- puyer plus fortement , il affocia fon fils
tant prêrs de brouiller toute l'Italie, leurs Locaire à la Royauté.
amis négocièrent un accommodement Les adtes qu'on a de Louis l'Aveu- ,
entr'eux , qui fut tel , que Raoul re- gle , Roi de Provence , fonr voir qu'il
nonceroit au Royaume d'Italie , & me- étoit encore en vie l'an 933. ainiî il
me aideroit Hugues de certain nombre n'y a pas lieu de marquer fa mort l'an
de troupes pour le conferver , moyen- 934. comme font quelques auteurs. Il
nant que Hugues lui cédât la Breiîè , étoit pour lors âgé d'environ 5 5 . ans ,
le Viennois , 8c tout ce qu'il tenoit 8c n'avoit qu'un fils nommé Charles
en Provence , avec le titre du Royau- Conftantin -, lequel n'étant pas encore
me d'Arles, lequel par ce moyen, fut en âge d'adolefcence , les Provençaux
uni au Royaume de la Bourgogne qui avoient befoin d'un Roi qui fut
Transjurane. * capable de les gouverner , élurent Hu-
Le nom du Royaume d'Arles ne vient gués qui l'étoit déjà? de l'Italie , fils
€i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
- — | du Comte Thibaud d'Arles , & de Ber- chroniques de Normandie marquent ' ■
234* the fille bâtarde du Roi Lotaire 8c de que l'entrevue du Roi Raoul avec celui 9? 5
Vaîdrade. de Germanie , 8c la paix , le firent par
M.duiîou- Un Gentilhomme très-fçavant dans l'entremife du Duc Guillaume,
chec. notre ancienne Hiïtoire , m'a fait voir L'année 936. mourut Ebles Comte
""des preuves que la Maifon de Savoye d'Auvergne 8c de Poitou , 8c Duc d'A- 9 5^-
<^ |-'j ' defcendoitdemâle en rwale de ce Conf- quitaine , fils de Ranulfe , 8c fuccef-
tantin : ainfi elle a eu droit dès ion ori- leur de Guillaume II. laillant fes Etats
gine de prendre le titre de R o y a l e. à Guillaume iurnommé Tête d'ejïoupe ,
Cependant les deux plus puillans Sei - Ion fils,
gneurs de France , Hugues le Blanc, & Comme aufli Raoul Roi de Fran-
Hebert de Vermandois , ne pouvant ce fortit de ce monde le 14. de fon ré-
s'accorder eniemble , fe failbient rude gne , 8c le 15. de Janvier ; il mourut
guerre ; 8c le Roi favoriibit Hugues 9 dans la ville d'Auxerre , où il étoit
dont il avoit époufé la fœur. Henri tombé malade dès l'Automne , d'une
Roi de Germanie s'étant entremis de phririafe * univerfelle. Son tombeau * cerniprjpa
leur accommodement, on rendit Saint- eft à Sainte Colombe de Sens. Ce tut qu> engendre
Quentin 8c Peronne à Hébert par une un Prince libéral , vaillant, religieux , f" 1 'i . UK r:vr
trêve , qui fut bien-tôt fuivie d'une paix jufticier , 8c digne d'un meilleur remsu
finale. Sa femme 8c un fils qu'il avoit eu d'el-
L'an 935. les trois Rois , celui de le , l'avoient précédé d'un an , 8c Bo-
9 H' France, celui de Germanie , 8c celui fon ton frère , de quelques mois : tous
de Bourgogne, s'entrevirent près de deux moururent fans enrans. Ils avoient
la Meufe , pour donner ordre conjoin- encore un autre frère nommé nugues ,
tement à réprimer les cruelles courfes 8c furnommé le Noir 8c Capet. Il fut
des Bulgares , qui infeftoient les ter- Duc de Bourgogne ? 8c vécut long-
res de tous les trois. Cette année-mê- tems après eux i mais il mourut aufli
me , ayant ravagé la Lombardie , ils fans poftérité j 8c la Duché pailà a l'au-
ctoient venus en Bourgogne : mais corn- tre Hugues Capet, qui en avoit déjà
me ils entendirent que le Roi de Fran- la moitié.
ce matchoit de ce cbté-là , ils rebrouf- La même année Henri l'Oifeleur
ferent en Italie. finit aufli fes jours le x. de Juillet , 8c
En ce voyage le même Roi afïîégea les Germains mirent en fa place Othon
8c reprit Dijon fur Bofon fon propre fon fils aîné , depuis furnommé le
frère qui s'en étoit emparé. Ce que je Grand. A quelques mois de là il fut
marque feulement pour faire voir les couronné à Aix-la-Chapelle par Hil-»
brouilleries univerfelles de ces régnes- debert Archevêque de Mayence.
U j même entre les plus proches. Les
A»
«3
EGLISE DU IX. SIECLE.
JAmais Prince n'employa tant de Les Laïques s'étoient accoutumés i
foins &■ tant de tems à régler tout outrager ôc à tuer les gens d'Eglife :
ce qui touche l'avantage ôc l'adminif- voilà pourquoi le Débonnaire convo-
tration de l'Eglife , la difeipline du qua un Concile à Thionville l'an 81 1.
Clergé, ôc les mœurs du Chriftianif- où les Evêques ordonnèrent de lon-
me , que fit Louis le Débonnaire. Dans gués pénitences à ceux qui auroienc
toutes les Aflemblées générales qu'il commis ces excès. L'année d'après il
faifoit , il ne fe traitoit prefque d'au- en alfembla un autre à Attigny , dans
tre choie : lui ôc les Grands de ion Etat lequel imitant l'exemple du grand
alîiitoient dans les Conciles pour ap- Theodofe , il voulut de fon bon gré
prouver & fouferire ce qui y étoit or- recevoir la pénitence publique des
donné ; 6c puis il le confirmoit par fes Evêques , pour la mort de Bernard fon
Lettres Patentes. neveu , 6c pour les violences qu'il avoit
, Au Concile d'Aix-la-Chapelle de commîtes à l'égard de fes autres pa-
l'an 816. la forme de l'inftitution des rens. 11 y fit auffi plufieurs capuuiah
Eccléfîalliques fut rédigée en cxlv. res pour le gouvernement de l'Eglife
articles-, ôc -celle des Religieufes en ôc de l'Etat.
xx v ni. toutes- deux tirées des anciens A même fin,, 6c pour avifer aux Coacifts.-
Conciles Se des faints Pères, Enfuite de moyens d'appaifer la colère de Dieu ,
ce Concile,, ex: au même lieu, il fit xxix. qui paroilfoit par les fréquentes irrup-
Gapitulaires ou Ordonnances, comme tions des Normands, il ordonna l'an
on avoit accoutumé de faire en pareil- 828. la convocation de quatre Con-
les occafions. ciles pour l'année fuivante , en quatre
L'année fuivante 817. il aflembla les endroits de fon Royaume ■> à Mayen-
Abbés avec leurs Moines au même ce , a Paris, à Lyon, 6c à Touloufe»
endroit , qui firent x c. chapitres ou II dreflTa des articles de ce qui devoit
réglemens pour la difeipline Monafti- s'y traiter ; en confirma les décrets
que : enfuite de quoi Benoît Abbé dans celui de formes > qui fut tenu
«d'Aniane travailla à la réformation de la même année en préfence des Légats
»' Tout dé- l'Ordre de faint Benoit, qui étoit * un du Pape Grégoire IV. Nous n'avons
labre. Ed. de p eu défigurée, les actes que de celui de Paris , qui eft
Je remarque qu'en plufieurs Mo- le VI. de ce nom. Ils font fort beaux 5
naftéres , principalement dans ceux qui &dîvifés en trois livres,
avoient été de l'Ordre de faint Co- Il fit une autre aflemblée l'an 83 2,
lomban , il y avoit deux régies -, lef- dnns l'Abbaye de S. Denis, pour réta-
quelles fe relioient dans un même vo- blir l'Ordre Monaftique , ôc autorila
lume , fçavoir celle de S. Colombair, cette réforme par une Déclaration.
ôc celle de S. Benoît : je ne fçai pas II ne faut point mettre au rang de
s'ils étoient obligés de les obferver ces faintes AiTèmblées celle de Com-
toutes deux, ou s'ils en pouYoienc piegne , où ce bon Prince , l'an 853.
choiiir une. fut dégradé x ôc condamné à prendre
tf 4 ABREGE CHRONOLOGIQUE
l'habit de pénitent. Celle de S. Denis cile ordonna à Benedicl: Lévite d'en
de l'an 854.1e réconcilia à l'Eglife, ôc taire une nouvelle collection , ôc y
le remit dans la Communion. Le ajouta ceux qui manquoient. Il fe tint
Concile de Thionville , tenu en 835. un Concile à Paris Tannée luivante
fit la même chofe , ôc outre cela , dé- '846. pour achever les réglemens qui
g'ada Ebbon Archevêque de Reims, n'àvoiènt puiêtre dans celui de Meaux :
qui avoit été le ptincipal auteur de un à Soillbns en 855. 6c un autre à Ver-
cet attentat. berie , pour rédiger ce qui avoit été or-
Pour remercier Dieu par des œuvres, donné a iioillbns -, un à * Touziac , * 9 n croit
aulîi-bien que par des prières , il en fît dans l'Evêché de Toul l'an 860. com-^ "es de"
tenir un à Aix-la-Chapelle l'an S$6. où il pofé des Evèques de quatorze Provin- vaucoukur,
fut fait de fort beaux décrets, que les ces. LTn à boitions l'an %66 : un à^ efedc
Pères envoyèrent à Pépin d'Aquitaine , Troyes l'année fuivante , comme pour
pour l'admonefter par-là de fon devoir fuppléer à celui de Soitlons-, tous ceux-
envers Dieu , ôc pour le porter à ne là pour la réformation de la diicipline
pius traiter fi mal les Eglifes, comme ôc des mœurs. La plupart des auttes
il faifoit. Ces décrets furent commen- furent pour des affaires particulières ,
tés , pour ainfi dire , &c appuyés par tk ne taillèrent pourtant pas de faire
beaucoup de raifons ôc de pallages des quelques canons. Le premier de Ma-
Peres -, ce qui écoit fouvent pratiqué yence en l'an 847. où prélidoir Raba-
par les Conciles de ces fiécles-là. nus Maurus Archevêque de cette ville-
II feroit trop long de marquer tous là , fut convoqué à même intention que
ceux qui furent tenus fous le régne de celui de Meaux par Louis Roi de Ger-
Charles le Chauve , de tous les Capi- manie , fur les plaintes qu'il recevoir
tulaires qu'il drelîa pour ce même fujet tous les jours, que l'on mettoit à toute
de réformation. Nous avons le Concile heure les mains fur les perfonnes fa-
de Lauriac en Anjou l'an 845. celui crées, ôc furie Patrimoine de l'Eglife
de Thionville 5c celui de Vernon en &c des pauvres. Audi pour récompen-
l'an 844. ceux de Beauvais ôc de Meaux fer la piété de ce Roi , ils ordonnèrent
l'an 845. Les Evêques de ce dernier que par les Eglifes 6c Monafteres de fon
formèrent de grandes plaintes au Roi Royaume il feroit dit trois mille cinq
Charles , de ce qu'il donnoit les biens cens Meffes , ôc le Pfeautier récité dix
de l'Eglife à des Laïques, ôc qu'il laif- fept cent fois , à fon intention , ôc de
foit dépérir la difeipline Eccléfialti- la Reine fon époufe.
que -, ce qui irritoit la colère de Dieu L'année d'après il y en eut un autre
fur fon Royaume. Hincmar Archevê- dans la même ville , &c fous le même
que de Reims leur infpira la hardief- Archevêque, qui bannit le Moine Go-
\'q de parler de la forte, leur ayant re- defchalch , ôc le renvoya à Hincmar de
montré que fi on defiroit remédier aux Reims fon Métropolitain, lequel, dans
défordres , Ôc corriger les péchés des le Concile de Crecy fur l'Oife de lamê-
enfans de l'Eglife , il falloir commen- me année , le fit condamner , comme
cer par les Rois même , autrement que nous le dirons ci-après,
c'étoit perdre le tems. Ils exhortèrent Ce Moine étoit aceufé de prêcher
donc le Roi Charles , de vouloir ob- des erreurs dans la doctrine de la Pré-
ferver les Capitulaires que fon père ôc deftination , du libre arbitre , ôc de la
fon ayeul avoient faits. Anfegife Ab- Rédemption par le îang de Jésus-
bé de Lobes les avoit autrefois colli- Christ. Ces quel! ions furent enco-
gés ôc réduits en quatre livres. Le Con- re agitées Tan 855. au troifiéme Conci-
EGLISE DU IX. SIECLE. 6s
le de Valence , qui s'étoit afîemblépour encore un troifiéme à Mets pour ie mê-
faire le procès à l'Evêqué de cette ville- ine fujet.
là , fur certains crimes. A l'égard de ces Dans celui de Senlis de l'an 863.
matières de la Grâce 8c de la Préciefli- Hincmar fit condamner 8c dégrader
nation , il y fut décidé , qu'il s'en fïilloit Rouauld Evêque de Soillons. Ce juge-
tenirà ce qu'en avoient décidé les Con- ment ne fut donné que fur une accufa-
ciles de Carthage & d'Orange j fçavok, tion d'un Prêtre, que Rouauld avoit
que les bons n'étoient fauves qu'avec la dépofé, parce qu'on l'avoit furpris avec
grâce de Dieu , & les mauvais n'étoient une femme , & mutilé des parties qui
damnés que par leur propre iniquité ; font inutiles à un bon Eccléfiaftique.
non pour n'avoir pu ecre bons , mais Aufli Rouauld en appella à Rome. Le
pour ne l'avoir pas voulu. On y réfoluc Pape Nicolas manda à Hincmar 8c aux
aulii , que les Evêques nommés par le Evêques, qu'ils lui envoyaient l'accu-
Roi ne feroient admis à l'Epifcopat , fé pour revoir fon procès -, & àlafecon-
qu'après une foigneufe& exacte perqui- de fois il les interdit de dire la Meife
fition de leur capacité , de leur foi , 8c jufqu'à ce qu'ils eulîent obéi, MaisHinc-
de leurs bonnes mœurs. On y fulmina mar qui avoit grand crédit dans FEglife
encore une févere fentence contre les Gallicane, tint ferme, 8c fit donner des
duels , portant , que celui qui auroit tué gardes à Rouauld, de peur qu'il ne fortir
ou eftropié fa partie dans cette forte de du Royaume. Néanmoins deux ans après
combats , feroit tenu pour un décéda- il alla à Rome, 8: fut rétabli dans fon
ble meurtrier 8c un infâme brigand, 8c Evêché par le jugement du Pape Ni-
contraint par toutes voyes à la péniten- colas.
.ce publique : 8c que celui qui y auroit Le même Saint Père ordonna à He-
été tué, feroit privé des prières de l'Egli- fard Archevêque de Tours d'aifembler
fe 8c de la fépulture. un Concile à Soifïons l'an S66. ( ce fut
Le Concile de Paris de l'an 847. fut le troifiéme ) pour -remettre Wlfade * *[^± g*
pour l'affaire d'Ebbon de Reims : celui 8c fes compagnons Clercs de l'Eglife de de Bourges,
.de Tours de l'an 849. fut aflemblé au Reims, dans leurs grades , fi Hincmar,
fujet de l'entreprife de Neomene , qui qui les avoit dépofés trois ans aupara-
avoit donné un Métropolitain aux Eve- vaut dans une affemblée d'Evêques te-
ques de Bretagne , 8c partant les avoit nue dans la même Ville , refufoit de
diftraits de l'Archevêché de Tours. Il le faire. Le Concile de Troyes de 867.
s'en fie un autre à Soiifons en 8 5 3 . où la travailla à la même chofe. Il y en eut
.dégtadation des Ordinands qu'Ebbon un à Verberie en 869. un à Attigni l'an
avoit facrés durant le tems qu'il s'étoit 870. 8c un autre à Douzi l'an 871. pour
réintrus dans l'Archevêché , tut ordon- l'affaire du malheureux Hincmar de
née. En celui de Crecy Tan 857. les Laon. Dans celui d'Attigni il fut auffi
Evêques députèrent deux de leur Corps, traité de la divifion du Royaume de
pour aller faire des remontrances à Lotaire II. comme aufii encore de la ré-
Louis le Germanique , fur ce qu'il en- bellion de Carloman fils du Chauve ,
vahifloic le Royaume de Charles fon qui fut condamné à tenir prifon à Sen- c . efi ^haiS.^
frère. Il y en eue un àSavonnieres, près lis. Ce qui fut confirmé par un autre fur la rivière
du Fauxbourg de Toul, l'an 859. pour tenu à Senlis même l'an 873. d f f v , ei ^? i,? *
accommoder cette querelle. Lotaire' Le fécond Concile de Douzi * l'an *.oVcroit
le jeune en convoqua deux à Aix-la- 874. fut contre les.mariagesince(tueux, que cvii roi-
Chapelle l'an 860. pour le fait de fon 8c contre ceux qui envahiffoient les i^es a à-dcf.
mariage avec Tietberge. Et jî y en eut biens de l'Eglife. Celui * de Pontigon fus 4 .-,/.
Tome II. I
66 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
l'an 876. confirma les réglemens faits fembiés à Paris pour en conférer , fi-
en celui de Pavie. Le Pape Jean VIII. rent recueillir beaucoup de palfages des
s'étant fauve de la captivité de Lambert Pères, & pluiïeurs raifons fur cette
Comte de Spolete , 6c d'Albert Marquis matière, dont ils inféroient qu'il ne fal-
de Tofcane , lorfqu'il fut en France , loit point permettre le culte des Ima-
convoqua le Concile de Troyes en 878. ges. ils drefïerent même des lettres en
où il fit approuver l'excommunication cette conformité , pour faire tenir au
qu'il avoit jettée à Rome fur ces perfé- Pape fur ce fujet , tant en leur nom
cuteurs , 6c la condamnation de For- qu'en celui de k'Empereur, & d'autres
mofe Evêque de Porto , &c de fes corn- encore que le Pape devoit envoyer aux
plices. Les Evêques de Bourgogne dans Empereurs d'Orient. Mais on ne voit
* Palais des celui de Mantaille * , déférèrent le point que cette réfolution ait eu aucune
eoène^qua- Royaume à Bofon l'an 879. Il y en eut fuite -, i'Eglife Gallicane a reçu le culte
tre^iieuesde un à Fimes en Champagne l'an 881. des Images, &c tient le fentiment con-
v^nce. entre les Actes duquel il y a une exhor- traire pour hérétique.
tatioi$)ck: avis au Roi Louis fils de Louis Pour la queftion de la Prédeftination,
le Bègue, pour bien gouverner. Le Roi elle fit encore plus de bruit. Ce fut le
Arnoul en fit tenir un à Mets l'an 888. Moine Godefcalch natif de Germanie ,
Celui de Valence en Dauphiné l'an mais qui avoit pris l'habit dans l'Ab-
890. donna le Royaume de la Bourgo- baye d'Orbais au Diocèfe de Soiffons ,
gne-Cisjurane ou d'Arles , à Louis fils lequel donna occafion à ces difputes.
de Bofon. Dans le même Royaume il Au retour d'un pèlerinage de Rome,
y en eut un à Vienne deux ans après , pillant par Mayence , il débita quel-
dont il refte quelques canons. La me- qnes propofirions fur ce lujet, qui fem-
me année celui de Reims où préfida bloient dures & fcandaleufes •, on l'ac-
Foulques fucceiTeur de Hinjcmar, dé- eufa d'en feigner que Dieu deftinoit in-
cerna des lettres comminatoires à Bau- commuablementlesréprouvésàladam-
deuin Comte de Flandres, quienvahif» nation , comme les élus à la gloire , &
foit les biens des Eglifes. partant que comme il étoit l'auteur des
La queftion du culte des Images , &r bonnes aélions , il l'étoit pareillement
celle touchant la Prédeftination,penfe- du péché. Ceux qui le veuloient dé-
rent divifer I'Eglife Gallicane. Pour le fendre foutenoient au contraire , qu'il
premier, il efb certain qu'il n'y avoit n'avoit point d'autre doctrine que cel-
point d'Evêques dans les Etats de Fran- le de S. Auguftiîî , de S. Fuîgence , do
ce qui voulurent brifer les Images, ni S. Grégoire , &z enfin de toute Pfcgli-
rejettafTent l'intercefiion des Saints , fe j qui eft que Dieu prépare les pei-
fmon Claude de Turin , qui fut battu nés éternelles à ceux qu'il prévoit de-
de tant de côtés, qu'il ne put pas te- voir mourir dans le péché, fans que
nir. Mais plufieurs &c des plus doctes , pourtant il les prédeftine , ni qu'il les
entr'autres Jonas d'Orléans & Ago- porte à pécher.
bard de Lyon , ne pouvoient foufrrir Quoi qu'il en foit , Rabanus Maurus
qu'on adorât les Images. Tellement que Archevêque de Mayence le jugea cou-
les Empereurs Théophile & Michel pable de l'erreur dont il croit aceufé :
ayant envoyé des AmbaflTadeurs en mais parce qu'en le condamnant il té-
France l'an 82.5. pour avifer avec le moigna aulfi improuy.er en général cet-
Débonnaire aux moyens d'ôter le fchif- te proportion , que Dieu prédeftine à
me qui divifoit I'Eglife Grecque d'avec la mort , ignorant qu'elle fut de S.
fa Romaine •, les Evêques qui furent af- Fuîgence ,, &z autorifée par beaucoup
EGLISE DU IX. SIECLE. <? 7
de Pères , Godefcalch lui reprocha II fe tint la-deiïus plufieurs Conci-
qu'il étoit dans les erreurs contraires à les , & il fut compofé plufieurs écrits
leurs fentimens. départ 8c d'autre, Jean Scot combat-
Il y a apparence que ce Moine ne tant pour Hincmar , 8c Florus pour
s'expliqua pas avec tout le refpecl: 8c l'Eglife de Lyon. Mais ces livres ( di-
toute la déférence qu'il devoir à un fi fent les doctes ) font bien voir que tous
grand Prélat -, 8c même ayant été cité étoient dans les fentimens de faint Au-
au Concile de Mayence , il préfenta guftin , mais qu'ils ne s'entendoienc
une requête d'accufation contre lui. point , 8c que les erreurs dont ils fe
Auiîï l'Archevêque le traita de brouil- condamnoient les uns les autres, n'é-
lon 8c d'infolent, 8c le renvoya à Hinc- toient que dans le fens que chacun at-
mar fon Archevêque pour le juger. tribuoit à fes parties. Auffi les Conci-
Hincmar qui de foi étoit peu mifc- les où ces difputes furent portées , les
ricordieux , 8c d'ailleurs déjà mal dif- alîoupirent fagement , en prononçant,
pofé à l'endroit du Moine , à caufe de qu'il en falloit délibérer avec plus am-
fon procédé trop hardi , ufa d'une gran- pie difcuffion. Ce que fans doute ils
de rigueur envers lui. Car dans le Con- n'eulîent pas fait , s'il y eût eu certai-
cile de Crecy il le fit condamner pour nement des erreurs de part ou d'autre.
fon opiniâtreté incorrigible , & pour avoir Tout le mal de cette tempête tomba
été caufe de trouble , à être dépofé de fur deux Prêtres , Godefcalch 8c Jean
l'Ordre de Prêtrife , fuftigé jufqu'à Scot , qui en pâtirent pour s'être atta-
rant qu'il eût jette fes écrits dans un qués aux Evêques. Le premier fut ac-
feu qu'on alluma devant lui , puis ren- commode comme vous l'avez vu ; l'au-
fermé dans une étroite prifon , où il tre ayant été fort bafoué 8c méprifé, fe
mourut au bout de douze ou quinze vit enfin contraint de quitter la Cour
ans. Il perfiita néanmoins dans fes (en- 8c le Royaume ; 8c même après fa mort
timens jufqu'à la fin \ 8c Hincmar le il fut condamné comme le précurfeur
traitant comme un excommunié , lui de Berenger 8c des Sacramentaires. Ra-
refufa les Sacremens , même à l'extrê- banus , 8c Amalarius Diacre de Trêves
mité de £a vie, 8c la fépulrure après furent auffi blâmés de leur vivant, de
fa morr. tenir la vilaine opinion des Stercora-
Or comme dans le Concile de Crecy nistes. ? qu'on ne fçauroit expliquer
cet Archevêque avoir drefiTé quatre cha- fans blefier le refpect qui eft dû au plus
pitres , dans lefquels il paroilîoit réfa- facré des Myfteres.
•ter la propofition de faint Fulgence , L'adminifttation des Sacremens fe
& en combattre d'autres de faint Au- pratiquoit toujours en la même manie-
gultin : les plus grands perfonnages de re que dans les fiéeles précédens : mais
ce tems-là s'oppoferent à cette entre- les Evêques faifoient obferver la péni-
prife. Entr'aimes S. Prudence Evêque tence publique beaucoup plus exacte-
de Troyes , Servais Loup Prêtre de ment que jamais , ex: plus les dcforclres
Mayence , Loup Abbé de Ferrieres , croilToienc , plus ils y apportoient de
Ratramne Moine de Coibie -, 8c même rigueur.
toute FEgliie de Lyon , au jugement Leur autorité s'étoit accrue excefiive-
<ie laquelle Hincmar s'étoit rapporté , ment depuis que Pépin s'étoit fervi
avec toutes celles du Royaume d'Arles, de leur crédit , pour fe faire Roi ,
8c fon Paiteur faint Rémi , qui pour 8c que Charlemagne , à l'exemple des
ai-
s
I ij
fa doctrine 8c pour i'efprit Eccléfiafti- Rois Vihgots , avoit voulu qu'on tra
que, étoit comparable aux anciens Percs. tât les atfaires civiles 8c Eccîtfiafïiqu
<JS ABREGE CHRONOLOGIQUE
eu mêmes aifemblées ; dans lefquelles leur doétrine , comme ce même Ago-
ces Prélats tenant les premiers rangs , bard , Theodulfe d'Orléans , ôc Jonas
ôc ayant le plus d'efprit , donnoient fon fucceffeur -, Rabanus Maurus tiré
fouvent tel branle aux réfolutions qu'il de l'Ordre de S. Benoît , Archevêque
leur plaifoit. Mais la rébellion des en- de Mayence -, ce même Hincmar de
fans de Louis le Débonnaire contre Reims qui avoir été Abbé de faint De-
leur père, ôc enfui te leurs difcordes ci- nis , &. l'autre Hincmar fon neveu
viles élevèrent encore leur pouvoir plus Evéque de Laon, Remy de Lyon,
haut ,&: le mirent à un tel point qu'ils Adon de Vienne, Hilduin Abbé de
fembloient s'attribuer le droit d'infti- faint Denis , Loup Abbé de Ferrieres
ruer ôc de deftituer les Rois , à l'exem- en Gatinois , Henri Moine de faine
pie du Pape qui difpofoit de l'Empi- Germain d'Auxerre ; Valafride Straboia
re , comme fi c'eût été un Bénéfice dé- Abbé de Richenove , Florus , Maître
pendant de lui feul. de l'Eglife de Lyon , c'eft-à-dire ,
il eft bon de remarquer qu'en cou- Théologal , ôc Jean Scot ou l'Ecollbis ,
ronnant les Rois , ils n'oubiioient pas furnommé Erigene. Ce dernier étoit
leurs intérêts , ôc ne manquoient pas grand Philofophe pour ce rems-là , &
de leur faire promettre folemnellement Charles le Chauve le chériiToit fi fore
de bien conferver les droits de l'Egli- à caufe de la beauté & de la délica-
fe : ( a ) ôc ils n'avoient pas moins de teffe de fon efprit , qu'il le raifort cou-
zèie pour le foulagement des peuples, cher dans fa chambre : mais en Theo-
ni pour les prérogatives de la Noblef- logie il palla pour un efprit égaré , ôc
fe , quoiqu'elle ne les traitât pas trop qui n'avoit pas les fentimens droits,
bien , èv qu'elle envahît fouvent leurs Quant à Hincmar de Reims, nous
pofîefiions. avons (es œuvres dont chacun peut ju-
De ceux qui parurent avec plus ger. L'autre Hincmar fon neveu fort
d'éclat, les uns fe fignalerent par des zélé pour l'autorité des Papes, recueillit
intrigues & des factions; & de ceux- leurs lettres décrétales, Ôc fut le premier
là il y en eut un grand nombre, Eb- qui ofa mettre le nom des anciens Papes
non de Reims, Agcbard de Lyon, ôc à celles qui jufques-là n'en avoient
Bernard de Vienne dans la dégradation point &c que pourtant Ifidore Mercator
de Louis le Débonnaire ; Ebroin de avoit déjà colligées comme véritables.
Toitiers pour difpofer l'Aquitaine à fe Les autres Canonises ont fuivi fon
remettre entre les mains de cet Empe- erreur jufqu'à tant que les plus judi-
reur , qui la vouloit donner à Charles cieux ont reconnu qu'elles étoient fup-
fon fils bien-airné *, Thietgaud de Co- pofées. Adon de Vienne compofa un
1 )gne Se Gontier de Mayence dans l'af- Martyrologe qui fe lit encore. Hilduin
faire du mariage de Valdrade -, ôc Hinc- écrivit la vie de faint Denis l'Aréopa-
mar de Reims dans la réliftance qu'il gite par le commandement de Louis
fit au Pape, Ôc dans toutes les affaires le Débonnaire, ôc fur les mémoires
de l'Eglife ôc de l'Etat, dont ilfe mê- de Méthodius Patriarche de Conltan-
la avec autant de chaleur que de ca- tinople , lequel pour fiàtcr les Fran-
paciré , durant le régne de Charles le çois , a donné lieu à deux croyances ,
Chauve. que les critiques prétendent avoir con-
Les autres fe rendirent illuftres par vaincues de faux ; l'une eft que ce faine
( Au lieu de ce qui fuit , i! y avoit daas l'édition le même zèle pout le foulagement des peuples , ni pour.
Je i66i. mais on ae voit pas qu'ils ayeut toujours en les prérogatives de la nobleifc.
EGLISE DU IX. SIECLE.
69
Denis ait été Evêque de Paris -, l'autre ,
que les écrits qui fe lifent fous fon
nom , foient de lui.
Nous avons les Epîtres de Loup de
Ferrieres , qui nous donnent de grandes
lumières pour les chofes de fon tems -,
8c le Moine Henri écrivit la vie de
S. Germain d'Auxerre en vers plus éle-
gans, que la rudefle du fiécie ne le
portoit.
Je remarquerai en pafTant que la
poclîe Latine tâchât à fe reveiller fous
Charles le Chauve, & qu'entr'autres
Poètes qui le flaterent , ii y en eut un
qui fit une pièce de trois cent Vers-
Hexametres , dont tous les mots com-
mençoient par la lettre C. à la louange
des Chauves.
saints. Quelques - uns méritèrent par leur
bonne vie d'être mis au catalogue des
Saints - , comme Anfcher pris dans l'Or-
dre de S. Benoît par Louis le Débon-
naire, pour être le premier Archevêque
de l'Eglife de Hambourg, établie par
cet Empereur, 8c pour prêcher l'Evan-
gile aux Danois 8c aux Suédois ; le
même Rabanus dont nous avons parlé ;
deux Audris, l'un de Sens, l'autre du
Mans ; Ayos * de Bourges , Prudence
de Troyes , Hildeman de Beauvais,
Folquin , 8c Hunfroy de Teroiîanne ,
Aman de Rodez , 8c Bernard de Vien-
ne. Ce dernier eut Adon ci-deflus,
pour fuccelTeur dans fa fainteté 8c dans
fon fiége : mais il en a eu peu d'autres
dans cette grande maxime du Chriftia-
nifme , laquelle il avoit fouvent à la
bouche 8c toujours dans l'amel: Que
les Biens de l'Eglise sont le Patri-
moine des Pauvres , 8c qu'un Ecclé-
fiaftique n'en a l'ufage que pour fes
(impies nécelîités. Auflï n'avoit-il pour
tous domeftiques qu'un Prêtre 8c un
ferviteur ; difant par ce bel exemple à
tous les Prélats : Que qui est grand
DE SOI-MÊME, N'A POINT BESOIN d'eQUI-
PAGE ET DE VALETS POUR LE PARQ1TRE*
* Aîgulfuft
7°
LOUIS IV.
DIT D'OUTREMER*
ROI XXXII.
Agé de d i x -n eu f ans*
Ce Prince nous fait voir que pour précipiter ,
Les plus juftes deflfeins , on les fait avorter.
Il faut diflîmuler félon les conjonctures.
Son courage trop chaud , fon efprit trop léger >
L'ont rendu le jouet d'étranges avantures ,
Et toujours l'ont tenu flottant dans le danger.
OTHON I. en Germanie. I RAOUL II. en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE
' Trancînran<» ' fnn f!!.<: <»n Tf-alip
Transjurane.
fon fils en Italie.
S>}6.
PAPES.
Léon VII. en 956. S. 3 . ans 6. mois.
Etienne IX. élu le j. Juin 939. S. 3.
ans 4. mois.
ENtre tous les Seigneurs François,
Hugues le Blanc Comte de Paris
ik d'Orléans , Duc de France 6c beau-
frere du défunt Roi , fe trouvait le
plus aurorifé dans le Royaume : il
n'ofoit pourtant prendre ia Couronne,
parce que Hébert Comte de Verman-
dois, Oc Gifelbert Duc de Lorraine,
deux très puiiïans ennemis , lui euflènt
rompu (es mefures , & qu'il ne fe
voyoit pas allez de forces pour chaf-
fer les Hongrois quicouroient la Cham-
pagne &c le Berry. Il trouva donc plus
fur de faire encore un Roi du fang de
Charlemagne , qui lui eut obligation
de fon établilïemenr.
Marin II. élu en 943. S. 3. ans 6. mois
& demû
Agapet II. en 946. S. 9. ans 7. mois.
Pour cet effet il envoya en Angle-'
terre une célèbre députation de Pré-
lats & de Seigneurs, dont Guillaume
Archevêque de Sens ctoit le chef,
fupplier Ogine veuve de Charles le
Simple , de vouloir ramener Louis
fon fils , que les François defiroient
reconnoître pour leur Roi. Elle leur
accorda leur prière , non pas fans
beaucoup de réfiftance de la part du
Roi Aldeftan fon frère. Il craignoic
que fon neveu ne périt par quelque
trahifon, comme avoit fait fon père ;
c'eft pourquoi ii ne fe contenta pas de
prendre leurs fermens , il en prit auflji
des -otages. Hugues 6v les autres Sei-
9 $6.
LOUIS IV. ROI XXXII. 71
■ gneurs vinrent recevoir leur Roi à la ( Les Chroniques de Normandie ~~
936. defcente de fon vaiileau à Boulogne , marquent cette année une entrevue du 93 '
lui rendirent hommage fur la Grève, Roi Louis avec Henri Roi de Ger-
8c de-là le menèrent à Laon , où il manie, &c difent qu'elle fut moyen-
f ut facré par Artold Archevêque de née par le Duc Guillaume -, dont Louis
Reims, le vingtième jour de Juin de fe fentit tellement obligé à ce Duc,
l'an 956. qu'au retour il le pria de tenir fon fils
Incontinent après fon ficre , Hu- Lotaire fur les fonts. Mais elles fe
gués , qui retenoit encore l'adminif- trompent au tems de cet événement :
tration du Royaume , le mena dans il ne peut être mis que quatre ou cinq
la Duché de Bourgogne pour fes pro- ans après. )
près intérêts. Car il y avoit des préten- L'an 937. Raoul Roi de la Bourgo-
tions , on ne fçait pas bien fur quoi gne Transjurane mourut , ayant re- *"'
fondées-, 8c Hugues le Noir fe i'ap- gné 25. ans dans ce Royaume-là, 8c
proprioit comme héritier du défunt cinq feulement en celui d'Arles. Il laif-
Roi Raoul fon frère , qui l'avoir eue fa trois enfans ; Conrad , qui lui fuc-
de Richard fon père , auquel Bofon céda , mais dont Othon fe iaifït , 8c le
l'avoit donné lorfqu'il fut tait Roi de détint 14. ans auprès de lui-, Burchard
Bourgogne. Le Noir s'étoit donc fai- qui fut Evêque de Laufanne j 8c Ade-
fi delà ville de Langres après la mort leis très-illuftre Princeffè , en premie-
du Roi Raoul ; mais le nouveau Roi res noces fut femme de Lotaire Roi
le mit dehors fans coup férir , 8c l'obli- d'Italie , 8c en fécondes , de i'Empe-
gaa de céder la moitié de la Duché reur Othon I.
à Hugues le Blanc.
LOUIS en France.
OTHON en Germanie & I CONRAD en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE
Lorraine. ' & Arles. ' fon fils en Italie.
"" TT" F 'Age de vingt ans fembloit en ce craignant qu'après cela il ne vint à lui ,
q C 1— f tems- là être requis pour la majo- fe rallia avec Hébert, qui d'ailleurs
ricé des Rois. Louis d'Outremer l'ayant étoit fon oncle maternel ; & parce
atteint la féconde année de fon re- qu'il voyoit peu d'aiTurance avec un
gne , prit le Gouvernement en main , homme qui n'avoit point de foi , il
8c fit venir la Reine fa mère à Lacn s'appuya encore de l'alliance du Roi
pour fe fervir de fes confeils. Aufli-tôt Othon , en époufant fa fille nommé
il fongea à rétablir fon autorité. Pour Havide. * '*Hauvîde,
cela il s'attaqua premièrement à de pe- Le Roi de fon côté fe fortifia d'une Hadvi^e
tits rebelles -, puis il s'en prit à He- liaifon plus étroite avec Arnoul Comte Avoye!
bert même, qu'il croyoit plus aifé à de Flandres, ennemi mortel de Hu-
ruiner , parce qu'il étoit fort odieux gués , avec Artold Archevêque de
pour fa trahifon envers Charles le Sim- Reims, avec Huges le Noir frère du
pie. En effet il lui enleva quelques défunt Roi Raoul , & quelques autres»
places allez facilement ; mais Hugues Cette année Gifeibert Duc de Lorraine
?
7*
ABRÉGÉ CHR
— étant venu au fecours de Hugues le
9* 9m Grand fon beau-frere , Arnoul 6c le
Noir négocièrent une trêve jufqu'au
premier jour de Janvier de l'année
luivante, entre ce Duc &c le Roi.
Dès qu'elle fut finie, la guerre re-
commença plus fortement. Comme le
Roi étoit en Bourgogne , pour partager
cette Duché avec le Noir , Hugues
le Blanc , Hébert de Vermandois , 6c
Guillaume Duc de Normandie , cou-
rurent &z brûlèrent les Terres d' Arnoul.
Les cenfures des Evêques n'eurent pas
allez de force pour les arrêter : mais le
retour du Roi leur donna plus de crain-
te , 8c fit renouer la trêve jufqu au
mois de Juin.
Henri frère puîné d'Othon s'étoit
perfuadé que le Royaume de Germa-
nie lui appartenoit , parce qu'il étoit
né fon père étant Roi , 6c qu'Othon
étoit venu au monde avant qu'il le
fut. Gifelbert très-puilTant en Lorrai-
ne , ôc qui avoit époufé Gerberge la
fœur de ces deux Princes , fe rangea
du côté du puîné, au lieu de fe por-
ter médiateur entr 'eux. Ces deux beaux-
freres ainfi ligués , envoyèrent vers le
Roi Louis pour fe foumettre à fon
obéiflànce -, 6c depuis Othon les ayant
battus 6c forcés au paflàge du Rhin ,
le défefpoir de leurs affaires porta Gi-
felbert 6c quelques autres Seigneurs
Lorrains à venir jufqu'à Laon lui faire
hommage.
Peu s'en fallut qu'alors tout le
Royaume de Lorraine ne fe rendit
à ce Roi -, il pénétra jufqu'en Alface
6c fut bien reçu par tout : mais
comme il vint à traiter en pays de
conquête , des peuples qui fe ren-
doient volontairement à lui, il aliéna
auffi-tôt leurs affections , 6c reperdit
par fes violences ce qu'il avoit recon-
quis avec juftice.
Car Hugues le Grand , Hébert ,
Guillaume Duc de Normandie , 6c
même Arnoul de Flandres ne trou-
ONOLOGIQUË
vant pas expédient pour eux qu'il ■"" ""*
fe rendit fi puiffant , fe rallièrent tous 9i9\
avec Othon ; lequel ayant quitté le
fiége de Capremont , qui étoit la for-
terefiè imprenable de Gifelbert , 6c les
ayant joints , regagna le cœur des Lor-
rains , 6c chaffa facilement Louis de
l'Alface. Puis il mit le fiége devant
Brifac, place fort confidérable dès ce
tems-là , 6c où il fe vit de fort beaux
faits de guerre.
Tandis qu'Othon étoit à ce fiége ,
une partie des liens , particulièrement
les Prélats , l'abandonnèrent : mais Gi-
felbert 6c Everard furent défaits par
fes gens au paflàge du Rhin près d'An-
dernac , où le dernier demeura mort
fur la place , 6c l'autre qui étoit le
boute-feu de toutes ces guerres , fut
noyé. Ce défavantage ayant ruiné le
parti de Henri, il fut fage , 6c fe re-
mit de bonne heure à la difcrétion
de fon frère, qui lui pardonna , mais
le tint prifonnier pour quelque tems.
Cependant Brifac fe rendit , 6c tou-
te la Lorraine lui demeura , dont il
donna le Gouvernement à Henri mê-
me , 6c peu après au Comte Othon ,
qui s'en fit appeller Duc.
L'année fuivante , le Roi Louis oen- T~T~"
lant s appuyer du cote de ce Roi , ou
peut-être s'acquérir des Vatïaux 6c des
amis en Lorraine , époufa Gerberge fa
fœur, veuve de Gifelbert, ( 6c fœur
aulîî de Hedvige où Hadvide , 6c que
Hugues le Blanc avoit époufé- la mê-
me année y elle avoit deux en fans de
Gifelbert, fçavoir Régnier 6c Lambert.
Le premier fut furnommé au Long Col.
La meilleure partie du Clergé de
Reims n'avoir pu fouffrir que Hu-
gues fils de Hébert , qui avoit éré in-
trus dans le fiége Epifcopal à l'âge de
cinq ans , s'y maintint : elle y avoit
donc inftallé un Moine nommé Ar-
told , qui par conféquent étoit en-
nemi de Hébert , 6c fort arraché au
parti du Roi. ( Ce différend engen-
dra
LOUIS IV; ROI XXXII. 75
-— *"dra une fanglante guerre qui dura dix- près de Charles Conitantin Comte de "
?4 » huit ou vingt ans, ôc moleita fort tou- Vienne, qui étoit fon coufin germain, *^ 1
te la Champagne. ) Cette année , après comme étant fils de Louis l'Aveugle
quelques autres faits peu mémorables , Roi d'Italie ôc d'Arles , ôc d'une fœur
Hébert avec Hugues le Blanc ôc Guil- de la Reine Ogine. De-là il eut re-
laume Duc de Normandie , alliégerent coûts au Pape , aux Seigneurs Aqui-
Reims ; les habitans prirent tellement tains, & à Guillaume Duc de Norman-
l'épouvante , qu'ils ieur ouvrirent les die. Le Pape envoya un Légat exhorter
portes , ôc abandonnèrent Artoid. Dans les Seigneurs Neuftriens de lui être
la même crainte , il fe lairta perfua- fidèles : ceux d'Aquitaine vinrent lui
der de céder l'Archevêché à Hugues ; rendre hommage à Vienne , Se lui
ôc d'accepter une Abbaye ( pour ré- offrirent leur afliftance : ôc Guillaume
compenfe de fon droit. ) Mais bien- quittant le parti des ligués le traita
tôt après il s'en repentit , quoique magnifiquement dans fa ville de Rouen,
les Evêques euflenr facré Hugues ; le & le fervit de fes troupes, comme fi-
Roi embraira fa défenfe , ôc la que- rent auflï les Bretons,
relie fe ralluma. Avec ces forces il chercha toutes les
De Reims les ligués allèrent planter occafions de combattre fes ennemis :
le fiége devant Laon : mais au bruit mais ils s'étoient retirés au-deçà * de p * Jéctis *
de la marche du Roi , qui revenoit l'Oife, & ayant rompu les ponts ne
du Duché de Bourgogne , ils fe re- vouloient point en venir aux mains,
tirèrent vers Othon , ôc l'ayant ame- Ainfi il fe fit une trêve entr'eux -, ôc
né comme en triomphe jufqu'au Pa- puis par l'entremife du Roi Othon il
lais d'Attigni , ils fe mirent fous fa pro- le conclut une paix , par laquelle Hu-
te&ion. gués ôc Hébert le fournirent à leur Roi.
Si-tôt que le Roi Louis eut rafraî- Il y avoit une haine mortelle en-
chi Laon , il fe retira en Bourgogne, tre Guillaume Duc de Normandie ôc
Son fort étoit de ce côté-là à caufe Arnoul Comte de Flandres, au fujet de
de Hugues le Noir , duquel ôc de ce que ce dernier vouloit contraindre
Guillaume Comte de Poitiers, il étoit Herluin Comte de Monftreuil d'être
accompagné. Le Roi Othon ayant levé fon vafïàl, ôc avoit pris fon Château j
une puiffante armée le pourfuivit juf- ôc que Guillaume au contraire avoit
ques-là , ôc donna tant de terreur à par pure généralité embraifé le parti
Hugues le Noir, qu'il lui jura qu'à de Herluin, ôc l'afliftoit puiflamment,
l'avenir il n'employeroit plus fes for- lui ayant rendu fon Château de Mont-
ées contre Hugues le Blanc , ni con- treuil , qu'il avoit repris fur Arnoul i
tre Hébert", qui étoient fes nouveaux tellement qu' Arnoul ne pouvant tirer
vafîàux. raifon de Herluin , fe porta à une hor-
. Le Comte Hébert s'étoit faifi de la rible ôc cruelle lâcheté contre fon dé-
^ 41, ville de Laon , Louis fit un effort pour fenfeur : c'eft qu'ayant négocié, fous
l'afliéger : mais ce fut à fon grand dom- prétexte de réconciliation , une entre-
mage -, car étant furpris dans fes loge- vue avec Guillaume dans une Ifle fur
mens par fes mauvais fujets, il vit tuer la Somme, vis à-vis de Pequigny; il
devant fes yeux plus de la moitié de l'y fit traîtreufement aflàfliner le iS„
fes gens, ôc ne put fauver fa vie que Décembre de l'an 941.
par une honteufe fuite. Ce bon ôc vertueux Prince étoit fur
Etant enfuite abandonné de tous fes le point , quand il fut tué , de pren-
fujets de Neuftrie , il fe réfugia au- dre l'habit de faint Benoît au Moraf-
Tome IL K
74 A B K L G E CHRONOLOGIQUE
1 tére de Jumiéges , qu'il avoit com- en un état où il ne pue jamais lui faite
^4 2, mencé de rebâtir, il n'avoir qu'un fils de peine j 6c à force de raifons, 6c de 94?'
nommé Richard , né de Sporte fa tern- préfens , plus perfuafifs que les dif-
me , qui étoit tille de Hébert Com- cours , il le porta à réloudre qu'il
te de Senlis : il lui fuccéda en fa Du- falloit lui brûler les jarets, 6c fe ref-
clié , âgé feulement de fept à huit ans. faifir enluite de la Normandie. Avant
Une grande partie des Normands qu'on en fut venu à l'exécution , le
étoient encore Idolâtres , 6c il en ar- iage gouverneur de Richard , il s'ap-
rivoit tous les jours de nouvelles bandes pelloit Ofmond , tira habilement fon
du Septentrion, qui les réchaufFoient pupille de ce danger, il le déroba de
dans leur vieille fuperftition. Après la Cour, enveloppé dans un fagot d'her-
la mort de Guillaume , ils fe révol- bes que l'on apportoit aux chevaux ,
terent contre fon fils , 6c ie voulurent 6c le jetca dans Senlis. Cette ville ,
contraindre de renoncer au Baptême, l'une des plus fortes de ce tems-là,
Hugues le Grand, allié de fon père, étoit alors tenue par le Comte Bernard,
le iecourut contre ces rebelles impies, oncle maternel de Richard ; lequel gar-
les battit en diverfes rencontres , 6c da ce pupille fans le vouloir rendre ni
l'aida à fe défaire de leurs Chefs : ils aux Normands , ni au Roi , qu'il n'eut
ie nommoient Setric ik Rodard. Mais vu plus clair dans les évenemens de la
cependant quelques autres flores de guerre qui fe préparoit.
ces Barbares profitant dts divifions qui Pendant ces brouilleries , Hébert
étoient en Bretagne entre les Com- Comte de Vermandois mourut à Pè-
tes Berenger 6c Alain, firent un grand ronne , tourmenté d'un brûlant re-
carnage de Bretons , 6c prirent la ville mords de fa trahifon , 6c criant fans
de Dol, dont l'Evêque rut accablé par ceiTe dans l'agonie, Nous étions douce
la foule de ceux qui fe fauvoient dans qui trahîmes le Roi Charles. Il avoit
ion Eglife. trois fils, Hébert 6c Robert, qui par-
Comme le Roi eut reconnu que les tagerent fes terres , 6c Hugues pré-
Normands étant divifés , leur petit tendu Archevêque de Reims.
Duc Richard feroit fort aifé à dépouii- Le Roi Louis , qui avoit ce défaut
1er , 6c que ce feroit un beau coup de ne fçavoir point diiîïmuler , s'a-
de fe rellaifir d'un fi grand 6c fi bon heurta aufli - tôt à les vouloir ruiner,
pays -, il fit un voyage à Rouen vers Sa vengeance trop précipitée lui atti-
î'Automne, 6c s'affûta de la perfonne ra de méchantes affaires -, les autres
de Richard , fous prétexte de le vou- Grands redoutant de pareilles fecouf-
loir nourrir en fa Cour. Les Bour- fes , fe réunirent tous pour les défen-
geois d'abord s'en émurent 6c prirent dre. Hugues même s'accommoda avec
les armes ; de forte qu'il fut obligé les Normands ; 6c le Roi Othon fe mit
de le montrer au peuple , 6c de lui de la partie , 6c fe déclara ouverte-
confirmer la Duché : mais leur premie- ment contre Louis, qui à caufe de cela,
re fougue palfée , il fçut fi bien leur fe reconcilia avec Hugues,
perfuader qu'il auroit grand foin de Du commencement ce Duc avoit
fon éducation , qu'ils lui permirent de embralfé la caufe du petit Richard i
l'emmener avec lui à Laon. mais comme le Roi lui eut promis
Quand il l'eut tout-à-fait en fa puif- de partager la Duché de Normandie
fance, Arnoul Comte de Flandres, qui avec lui, 6c de lui donner les terri-
avoit intérêt qu'on exterminât tous les foires des Evcchés d'Evreux , de Li-
Nôrmands , lui confeiilà de le mettre fieux , 6c de Bayeux } non feulemem
1 O U I S IV.
■ il abandonna le pupille, mais encore
?44« il fe joignit avec le Roi pour le rui-
ner entièrement. Ils encrèrent donc en
même rems dans le pays, le Roi du
côté de Rouen , ôc Hugues du côté
d'Evreux. Bernard Comte de Senlis ,
qui avoit fauve fon neveu , fauva auiîï
km pays par une telle adrelle. Il con-
feilia aux Normands de faire femblanc
de fe foumettre au Roi , pour évicer
les défoiations de la guerre -, ôc après
il lui perfuaJa facilement de retenir
toute cette riche Province, ôc doter
d Hugues les places qu'il y avoit con-
quifes. En efFer il le contraignir auf-
ii-tôt de lui rendre Evreux > fi bien que
par ce moyen il y eut une nouvelle
rupture entre ces deux Princes.
Bernard ne manqua pas après d'en
tirer le fruit qu'il fouhaitoit : car il
perfuada à Hugues mal content , de
reprendre la protection de Richard ,
Ôc même de lui promettre fa fille
* Emme, Emine , * qui étoic encore fore jeu-
ne ; aufli ne l'épouia-t-il que feize
ans après. De plus , ce petit Prince
étant toujours dépolfedé de fa Duché ,
il ajufta fi bien coûtes fes ruiès , qu'il
le fit récablir : voici comment. Il y
avoic un Chef ou Roi Normand nom-
mé Aigrold , qui écanc venu depuis
quelques années du Danemarc , serait
habitué en Coftentin : ce Prince ayant
concerté avec Bernard , fe révolta con-
tre Louis , ôc l'envoya fommer de
mettre le petit Richard en liberté. A
cette nouvelle Bernard faifant fort le
zélé , allure le Roi que toute la Nor-
mandie eft unie pour fon fervice -, ôc
par ces belles paroles il l'engage d'y
aller en perfonne pour réprimer ce
pirate. Son armée ôc celle d' Aigrold
étant proches l'une de l'autre , Aigrold
feint d'avoir peur , ôc demande une
conférence. Le Roi la lui accorde , ôc
fe rend pour cela au village de Cref-
cenville , à mi-chemin de Caën ôc de
Lizieux. La partie étoit fi bien faite ,
R O I X X X I I. 71
que le Normand s'y trouvant le plus
fort , tailla en pièces tous ceux qui
accompagnoient le Roi , fe faifit de fa
perfonne , ôc l'envoya prifonnier à
Rouen.
En cette même rencontre , Herluin
Comte de Monftreuil fur la mer ,
principal fujec de la querelle d'encre
défunt Guillaume ôc Arnoul , fut maf-
facré par Aigrold , en vengeance de ce
qu'encore qu'il eue écé coujours pro-
tégé par Guillaume , néanmoins il s'é-
coïc ingracemenc rangé avec Arnoul
pour opprimer la Normandie & fon
pecic Duc.
En vain la Reine Gerberge envoya '
vers les Normands leur offrir des con- y *^'
dirions forr avantageufes pour la déli-
vrance de fon mari ; ils ne voulurenr
point y entendre , fi elle ne leur don-
noir fes deux fils en otage , à quoi
elle ne pouvoit fe réfoudre. En vain
elle implora le fecours de Roi Othon
fon père pour la délivrance de fon
mari ; il fallut qu'elle eût recours à
Hugues fon plus grand ennemi. Il re-
fufa d'employer envers les Normands
autre chofe que fa médiarion : elle l'ac-
cepta : ôc lui , en vertu d'un plein pou-
voir qu'il fe fit figner par rous les Eve-
ques ôc Seigneurs de France , arrêta
avec les Normands , dans une confé-
rence qui fe fit à S. Clair fur Epte ,
que Louis rétabliroit Richard en fa Du-
ché , Ôc le recevroic à l'hommage ; Ôc
que dès-lors il feroic mis en liberté ;
en donnant le fécond de fes fils ôc
deux Evêques pour fureté de fa paro-
le.Mais Louis forranr des mains des
Normands , demeura au pouvoir de
Hugues , qui fur je ne fçai quels
prétextes , le détint encore un an
fous la garde de Thibauid Comte de
Blois , fon coufin germain -, & ne
voulut poinc le laifler aller qu'il
a-eut extorqué de lui la viile de
Laon.
Cependant le Roi Othon qui avoit
K îj
7*
ABRHGÉ CHRONOLOGIQUE
946.
conquis le Comté de Bourgogne , foie pas un des deux ne reuflît.
qu'il craignit la réunion entière du Quelques mois après , les deux
Rois Louis & Othon , par l'entre-
mife de leurs amis communs , payè-
rent les Fêtes de Pâques à Aix-la-
Chapelle -, 8c au mois d'Août ensui-
vant ils s'abouchèrent encore fur
le Kar ou le Cher , pour traiter en-
femble de leurs affaires. Cette ri-
viere-là , qui vient du pays de Lû-
mes
Roi avec t'es Sujets , foit que les lar-
mes de fa fille Gerberge , 8c la com-
paiîion d'un Roi fi maltraité par
ion vaifal , lui touchafTent le coeur ,
rabroua rudement Hugues qui re-
cherchoit fon amitié ; &c oftiit fon
afliftance à Louis fon gendre pour s'en
venger.
Louis ne manqua pas de l'accep- xembourg tomber dans la Meufe en-
ter ; &c peu après fa fortie de prifon , tre Sedan ik Moufon , a toujours fait
alla trouver Othon dans le Cambre- depuis la feparation des Royaumes de
fis. Arnoul Comte de Flandres l'y France 8c de Lorraine , ainfi qu'elle le
avoit joint avec fes forces , 8c Con- faifoit auparavant de ceux de Neuftrie
rad Roi de Bourgogne avec les fien- 8c d'Auftrafie.
nés , d, forte que tous enfemble ils L'an 947. l'Italie fouffrit un nou-
* cétoit avoient plus de trente légions ; * ce veau chagement : Aufcaire 8c Beren-
180000 hom- q iu ' e ft mémorable , tous ces combat- ger , le premier frère l'autre fils d'A-
tans horfmis l'Abbé de Corbie en delbert Marquis d'Y vrée , avoient in-
Saxe , portoient des Chapeaux de gratement confpiré contre le Roi Hu-
foin , fans doute pour parer les coups gués ; 8c ce Prince avoit fait mourir
d'eftramaiTon , Se pour fe garantir du Aufcaire : mais Berenger s'étoit fauve
froid. vers Herman Duc de Souabe. Or ,
Il fembloit qu'une û prodigieafe ce dernier ayant appris que Hugues
armée dut accabler Hugues & tous fes s'étoit rendu fort odieux aux Italiens ,
alliés ; mais fes effets ne répondirent il fie fonder heurs affections , 8c repafla
pas à fa puiffance -, après avoir tâté les Alpes. D'abord il fut reçu dans
Laon , châtié l'Archevêque Hugues de Veronne 8c dans Milan , 8c bien ac-
Reims , 8c remis Artold dans fon cuelli de la plupart de la Nobleffe %
fiége*-, après s'être montrée aux portes toutefois le peuple mû de pitié pour
de Senlis , 8c aux Fauxbourgs de Pa- Lotaire fils de Hugues , beau jeune
ris , elle alla échouer devant Rouen. Prince qui n'avoit que quatorze à
Car la mort du neveu d'Othon , 8c quinze ans , voulut que l'on lui con-
de grand nombre de Saxons qui y fu- fervât le titre de Roi ; 8c Berenger y
rent tués , les pluyes de l'automne , confentit pour lors d'autant plus faci-
l'approche de l'Hyver , la défertion lement , que toute l'autorité lui de-
d' Arnoul, qui fe retira de nuit avec meura entre les mains. L'accord fait y
fes troupes , craignant d'être livré aux Hugues s'en retourna avec fon tréfor
Normands , contraignirent Othon de en Provence , où il le fit Moine 8c mou-
lever le fiége 8c de fe retirer. rut dès la même année , frappé d'un
Enfuite Hugues afïiégea Reims, 8c coup de foudre , à ce que dit une am-
ie Roi Louis Montreuil , que tenoit cienne Chronique.
Rotgard fils du Comte Herluin ; mais
947-
947-
^^
LOUIS IV, ROI XXXII. 77
LOUISen France.
OTHON en Germanie & | CONRAD dans la Transju- 1 LOTAIRE & BEREN-
Lorraine. 1 rane & Arles. ' GER en Italie.
LA difpute pour l'Archevêché de cile aviferoit , même par preuve de g
Reims entre Hugues de Ver- fon corps en champ de bataille. Sur
mandois Se Artold , étoit une très- ces plaintes le Concile écrivit des
grande affaire. Hiie tut premièrement lettres à Hugues le Blanc Se à ies adhé-
traitée à Douzi entre quelques Prélats, rans , pour les admonefter de fe ran-
qui n'ayant pas le pouvoir de la ter- ger à leur devoir , fous peine d'ana*
miner , la remirent à une AiFemblée thème : Se faifant droit fur la requête
Synodale des Evêques de Gaule Se de d'Artold , lui confirma l'Archevê-
Germanie , qui fe tint dans Verdun ché , Se excommunia Hugues fon
à la mi- Novembre. Robert Archevê- compétiteur , jufqu a ce qu'il fût venu
que de Trêves y préfida : Hugues n'y à pénitence.
comparut point , mais envoya certai- Avec cela , Othon affilia Louis de
nés Lettres du Pape : les Evêques n'en bonnes troupes -, les Evêques Lor*
tinrent pas grand compte , les trou- rains , (es VaiTaux , prirent Moufon
vant fubreptices -, ainfi ils adjugèrent Se le raferent , excommunièrent Thi-
la jouillànce de l'Archevêché à Ar- baud qui défendoit la ville de Laoa
told , Se en exclurent Hugues pour pour Hugues , Se firent citer Hugues
fa contumace , jufqu'à ce qu'il eût com- même en vertu des lettres du Légat ,
paru au Concile qui fe tiendroit le de comparoître au Concile de Tré-
mois d'Août enfuivant , Se qu'il s'y ves , pour faire fatisfaétion des maux
fût purgé des crimes à lui impofés. qu'il avoir caufés au Roi Se à l'Eglife.
g Hugues s'en plaignit au Pape , qui N'y ayant pas comparu , il fut ex-
' envoya un Légat vers Othon , pour communié.
lui enjoindre d'aflèmbler un Concile La guerre ne s'en faifoit pas moins
général des Gaules & de la Germanie, cependant ; Se il fe prenoit Se repre-
tant pour terminer ce différend , que çoit plufieurs Châteaux , tant par les
pour vuider les querelles d'entre, le deux rivaux de l'Archevêché de Reims s
Roi Louis Se Hugues le Blanc. Il le que par les gens du Roi Se par ceux
convoqua donc au Palais Royal d'In- de Hugues, toute la France étant dans
gelheim : lui Se le Roi Louis y aflif- une extrême défolation par ces guet-
tèrent étant affis fur un même banc, rès civiles , Se par les courfes des
Le Concile entendit les plaintes de Hongtois.
Louis , Se puis la requête d'Artold. Cette année arriva la mort de Foui-
Le premier expofa tous les maux que ques Te Bon , Comte d'Anjou , Prince
Hugues lui avoir faits , jufqu'à le fort religieux, & amateur des lettres;
détenir prifonnier un an entier y Se lequel ayant un jour appris que le Roi fe
offrit , Ci quelqu'un lui reprochoit que mocquoitde ce qu'il alloitfouvent chan-
les troubles Se les calamités du Royau- ter au Chœur , lui écrivit feulement ces
me procédoient de fa faute , de s'en juf- mots : Sçache^ , Sire , çuvti Prince
tifier de telle manière que le Con- non lettré, est un asne couronné*
7.8 ABRÉGÉ CHR
- » Les Hongrois s'écant jettes l'an 949.
94S>« en Lombardie , Berenger compofa avec
eux pour huit boilfeaux d'argent j ôc
fous prétexte de lever ces deniers ,
il rit de très-violentes extorfions. Sur
ce tems-là Lotaire Roi d'Italie , lbn
rival , ou de douleur de fe voir mé-
prifé, ou par l'effet de quelque poi-
lon , tomba en phrénéfie , &c mourut
à Milan le iz. de Novembre. Il ne
lailîa aucuns enfans , mais bien une
belle &: riche veuve : c'étoit Adeleide ,
fille du Roi Raoul II. Berenger aulîi-
tôt fe fit proclamer Roi , 8c couron-
ner avec fon fils aîné Adelbert.
Othon bien-aife des brouilleries de
la France, donnoit de foibles fecours
à Louis , & ce Roi , dans la néceflité
de fes affaires , lui déféroit beaucoup,
& l'alloit fouvent trouver , ou y en-
voyoit Gerberge fa femme. Il f.ufoit
aufli des trêves de tems en tems avec
fes rebelles. Dans une entr'autres , lui
& Hugues s'étant tranfportés fur les
bords de la Marne , la rivière entre
deux, plâtrèrent je ne fçai quelle paix,
moyennant quoi Hugues lui rendit une
groife tour qu'il tenoit encore dans la
ville de Laon.
La paix faite de ce côté-la , Louis
s'achemina vers l'Aquitaine , pour s'af-
furer de la fidélité des Seigneurs du
pays. Car durant ces brouilleries, la
foi des valfaux étoit fi frêle & fi \m
950.
ONOLOGIQUE
gère , que fouvent en moins d'un an
ils prctoient le ferment a trois ou qua-
tre Souverains diftérens •, c'étoit afin
de n'en avoir point du tout , s'ils euf-
fent pu. Il fut reçu par tout avec
beaucoup de fourmilion ; mais il tom-
ba malade (i grièvement, qu'on le crut
mort. Durant ce voyage , fedenc Duc
dans la Lorraine Mofellanique , entre-
prit de bâtir un Château à Bar fur les
terres de France , &c pilla les contrées
voifines : Louis s'en étant plaint à
Othon , il défendit à Federic &c à tous
fes autres valfaux, de plus attenter pa-
reille chofe.
Les Hongrois fortant d'Italie paf-
férent les Alpes, ôc fe jetterent dans
la France. Après qu'ils y eurent fait
un grand butin, ils s'en retournèrent
par la même route dans leur pays.
Cette année 951. Ogine * mère du
Roi Louis , qui étoit âgée de plus de
45. ans, outrée de ce que fon fils lui
avoit refufé une Abbaye , fortit de
Laon, où il la tenoit comme prifon-
niere, &c alla époufer Hébert de Ver-
mandois , Comte de Troyes , fils de
ce traître Hébert, qui- avoit fait mou-
rir fon mari en pnfon. Elle conten-
toit ainfi fon aveugle vengeance aux
dépens de fon honneur ; ou peut-être
elle la laifoit fervir de prétexte à fon
incontinence.
950.
* Ogive.
LOUIS , dit d'Outremer , en France.
OTHON en Germanie &
Lorraine.
CONRAD dans la Transju-
rane & Arles.
BERENGER II. &
ADELBERT fon fils en
Italie.
ADeleide veuve de Lotaire , étoit deçà les Monts , étant fille de Raoul
belle &c charmante ; elle avoit II. &c fœur de Conrad , Rois de Bour-
la ville de Pavie en dot-, Se d'ailleurs gogne. A caufe de cela Berenger la
quantité de riches poflelïîons, d'amis fit rechercher pour fon fils-, mais elle
& de crédit, tant dans le pays, que rejetta courageufement cette propo-
950.
LOUIS IV. ROI XXXII.
79
fit ion. Sur Ton refus opiniâtre , il Paf- la Reine Gerberge , fœnr de fa fem
950. iîcgea dans Pavie, la prie ik l'envoya
prifonmere dans le fort Château de
la Garde , duquel le Lac a pris fon
nom. Elle s'en fauva néanmoins par
le moyen d'un Prêtre , au hazard d'é-
tranges avantures , étant réduite , au
forcir de-là , à vivre des aumônes qu'il
lui cherchoit : puis elle fe retira vers
le Marquis Atllon fon parent, qui en-
treprit de la protéger dans fa forte-
relle de Canoffe.
Aufli-tôt Berenger l'y affiégea avec
* ' toures Cts forces. La féconde année du
fiége &c la fin des munitions de la place
approchoient , qUand cette Reine en-
voya implorer ie fecours du Roi
Othon, éc lui offrit avec faperfonne,
le Royaume d'Italie. L'amour de la
95 2 « gloire, plus que celui de la femme,
attira ce Prince de-là les Monts *, il
la délivra, l'époufa, parce qu'il n'en
pût jouir autrement, & l'emmena en
Germanie , laiflànt fon armée à Con-
rad Duc de Lorraine , pour achever
cette guerre.
Ce Conrad pourfuivit il vivement
Berenger 6c fon fils , que tous deux
mettant les armes bas , vinrent con-
férer avec lui , ôc par fon confeil ,
pafférent en Germanie vers le Roi
Othon. Ce généreux Prince les ayant
magnifiquement traités , Se reçu d'eux
le ferment Se l'hommage , les remit
dans tout leur Royaume : il retint feu-
lement le Veronnois Se le Frioul , qu'il
donna à fon frère Henri Duc de Ba-
vière.
Cette année mourut Hugues le
Noir , Duc de Bourgogne , fans avoir
eu aucuns enfans.
La querelle de l'Archevêché de
""' Reims , Se de quelques autres Sei-
gneurs particuliers , avoient rebrouil-
lé le Roi Louis Se Hugues le Blanc fi
fort , qu'ils en étoient aux armes ;
mais enfin Hugues , quelque motif
qui l'y poufiât , defira conférer avec
me. Elle ie vint trouver-, & enfuite 95 3«
il s'aboucha avec le Roi dans Soif-
fons , & fit la paix fur la fin du mois
de Mars de cet an 953.
Cette réunion ne plaifoit peut-être
guère au Roi Othon ; mais il ne fe
trouvoit pas en état de la troubler.
Il étoit ttop occupé dans la guerre
civile que lui faifoit Luitolf fon pro-
pre fils , incité par Conrad Duc de
Lorraine , qui lui donnoit jaloufie
d'un fils encore au berceau , que fon
père avoir d'Adeleide fa féconde fem-
me. Othon deflitua Conrad de fa Du-
ché , Se réduifit enfin fon fils au de-
voir - y mais ce ne fut pas fans beau-
coup de rifques , de combats Se de tra-
vaux.
Conrad opiniâtrement rebelle , re-
muoit toutes chofes pour fe venger.
Il fit ligue avec Berenger Roi d'Ita-
lie , auffi ingrat que perfide envers
Othon , & par deux fois attira les Hon-
grois -, la première en Lorraine l'an
9 5 4. Se la féconde en Bavière l'an 955.
De la Lorraine ils fe débordèrent juf-
qu'en Champagne Se en Bourgogne ,
où ils firent beaucoup de maux, mais
furent rechaflés en Italie. Il s'en jetta
une îfmltitude effroyable en Bavière j
toutefois Othon les combattit, ôc les
tailla en pièces , après que Conrad eut
été tué dans la mêlée.
Durant ces brouiller ies , l'an 954.
le Roi Louis mourut par un étrange
accidenr. Comme il alloit de Laon à
Reims, il rencontra un loup fur fo&
chemin , il piqua après •, fon cheval
broncha , Se le renverfa par terre fi
rudement , qu'il en fut tout froiffé.
Cette meurtrilïlire univerfelle fe Tour-
na en une efpece de lèpre qui lui
caufa la mort le quinzième jour d'Oc-
tobre. Ce fut dans la ville de Reims ,
où il s'étoit fait porter. Il y eft en-
terré dans l'Eglife de faint Remy. Son
repris fut de dix-huit ans, trois mois,
954<
954-
$o ABRÉGÉ CHR
& fa vie de crente-huit à trente-neuf
2ns.
De cinq fils qu'il avoit eus de Ger-
berge , il n'en reftoit que deux , Lo-
taire Ôc Charles , dont l'aîné Lotaire
avoit quatorze à quinze ans , Char-
les feulement quinze ou feize mois.
Le bas âge de ce dernier, la pau-
vreté des Rois qui n'avoient prefque
plus aucune ville en propre que Reims
& Laon , Ôc peut-être les intérêts de
Hugues le Blanc , furent caufe qu'il
ue partagea point le Royaume avec fon
ONOLOGIQUE
aîné , comme il avoit toujours été pra-
tiqué dans la première ôc féconde race.
Depuis ce tems il n'a plus été diviié
également entre les frères; l'aîné feul
a eu le titre de Roi , & les cadets
n'ont eu que quelques terres en ap-
panage , ôc avec une fujétion entière
à leur aîné. La puilfance des Rois s'ac-
croiflant , y a même ajouté la rever-
fion faute d'hoirs mâles ; ce qui n'a
pas peu contribué à rétablir la gran-
deur de l'Etat.
9 54-
GERBERGE
FEMME
DE LOUIS IV.
Dans les plus grands malheurs , (ans aucune foibleflè ,
Gerberge fit agir fon efprit & fon cœur ,
Et ne montrant pas moins de vertu que d'adreflè ,
Délivra fon mari des priions du vainqueur.
c
Ette PrincelTe étoit fille du Roi
. Henri I. dit l'Oifeleur Ôc par con-
féquent fœur du Roi Othon I. fur-
nommé le Grand. En premières no-
ces elle avoit époufé Gifalbert ou Gil-
bert duc de Lorraine , dont elle eut
deux fils. Après fa mort elle fe retira
■Ce château dans le fort Château de * Chevre-
au une mont. Les bonnes places qui lui de-
^m™°pro- meurerent , ôc la haute alliance dont
chc «u Lié»e. çlle .pouvoit appuyer un nouveau mari
furent d'affez puiiîans attraits pour obli-
ger le Roi Louis à l'époufer ; & il
reconnut aufli-tôt que les vertus , dont
le Ciel l'avoit pourvue , ne faifoient
pas la moindre partie de fa dot. En
effet elle lui apporta un grand fecours ,
ôc beaucoup de confondons dans tou-
tes fes affaires. Ce furent fes follici-
tations qui le délivrèrent des mains
des Normands , ôc puis de celles de
Hugues. Tantôt elle rravaiiloit à exci-
ter le Roi Othon fon frère , à fe mêler
des affaires de la France , tantôt elle
avoit de la peine à le retenir, ôc em-
pêcher qu'il ne s'en rendit le maître.
Combien fit-elle de voyages, tant en
Germanie, qu'en Aquitaine ôc en Bour-
gogne , pour entretenir les alliés du
Roi fon mari dans fon amitié ou pour
retenir fes fujets dans leur devoir. Elle
défendit courageufement les terres de
fon
G E R B E R G E. 8*
fon douaire attaquées par les enfans De fon fécond lit fortirent cinq fils,
que Gifalbert avoit eu d'un premier lit j Carloman , Louis, Loraire , Henri,
elle fçavoit adroitement oppofer des 8c Charles : le fécond, le troifiéme&
artifices à ceux de Hugues Ion beau- le quatrième moururent avant elle ,
frère , Se comreminoit fes delfèins par Lotaire l'aîné de tous régna , & Charles
d'autres, ouïes arrètoit pour un tems : fut exclus de la royauté par Hugues-
fi-bien qu'il ne fe déclara jamais Roi, Capet. 11 en vinr aulîl deux filles, fça-
même après la mort de Louis, quoi- voir Matilde ou Mahaud, qui époufa
qu'il en eut toute l'autorité, mais fit Conrad Roi de Bourgogne , fils ds
couronner Lotaire-, qui ne fut jamais Raoul II. &e Albrade , qui fut fem-
parvenu à la Couronne, s'il ne la lui me de Renaud Comte de Reims, le-
eut mife fur la tête. D'ailleurs elle me- quel bâtit le Château de Roucy. Ger-
nagea h bien l'efprit de Brunon fon berge mourut ptefque fexagenaire l'an
autre frère , qu'il employoit toutes les $6y. quinze ans après la mort de fon
forces de la Lorraine pour la fervir , mari , avec lequel elle en avoit vécu
préférant les intérêts de cette chère 14. de quelques mois,
jfœur aux fiens propres.
Wome II.
Si
L O T AI RE
ROI XXXIII.
Agé de treize a quatorze ans,
On ne peut arrêter le cours des deftinées ;
J'étois religieux , brave , jufte & prudenj ,
Et ne pus éviter le tragique accident
D'un boucon dont ma femme accourcit mes années.
OTHON en Germanie &
Lorraine.
CONRAD dans la Transju-
rane & Arles.
BERENGER & ADEL-
BERT Ton dis en Italie.
PAPES.
954-
Encore Agapet II. plus d'un an durant
ce régne.
Jean XII. qui le premier changea fbn
nom , intrus en 955. S. 9. ans moins quel-
ques mois : eft dépofé.
Léon VIII. élu en Novembre 963. Siè-
ge 3. ans.
Benoît V. élu par les Romains en 964.
S. près d'un an.
LA plus grande partie de la puif-
fance étant entre les mains de Hu-
gues , il eut pu prendre la Couronne ,
s'il n'eut pas craint les forces du Roi
Othon, oncle maternel des fils du Roi
défunt , 6c la jaloufie des autres Sei-
gneurs François. Pour ces raifons , la
Reine Gerbcrge , fecur de fa femme,
étant venue le trouver pour prendre
confeil de lui, il aima mieux fe con-
server l'autorité en protégeant une veu-
ve &z un pupille, que de la hazarder,
ck fon honneur avec , en les oppri-
mant. Ay;;nt donc mené Lotaire à
Jean XIII. nommé par l'Empereur
Othon en 96 y . S. près de 7. ans.
Domnus élu en 971. S. 3. mois.
Benoit VI. en 97-2-. S. un an }. mois.
Boniface VII. élu en 974. S. un an.
Benoît VII. en 97 s. S. 7. ans quelques
mois.
Jean XrV. élu en Juillet 984. S. un an
un mois.
Reims, il le fit couronner le 11. de
Novembre par l'Archevêque Arrold. •
En cette occafion le jeune Roi donna
les Duchés de Bourgogne &c d'Aqui-
taine à Hugues le Blanc & à Hugues
Capet fon fils aîné ; lefquels étant con-
tens , ck le Duc de Normandie auffi
pour l'amour d'eux , il ne fut pas dif-
ficile de calmer les autres Seigneurs
qui étoient plus faibles.
Ces Duchés , à mon <nis , était:/: t Je
deux fortes en ce tems-là : les taies te-
ndent les villes & terres , & étoient de-
venues comme ':>:' d'autres ; les autres
954-
LOTAIRE, ROI XXXMI. 8$
- - étalent des commandemens généraux dans fon. teint \ le Grand pour fa puiflàn- - — ~< — —
M** tout un Royaume , tant pour Us armes ce, ou peut-être pour fa taille ; ôc 9'ï««
que pour La j ujlice , les Rois pouv oient l'Abbé, parce qu'il tenoit les Abbayes
encore donner & ôter ceiix-là, Ainflily de faint Denis, de faint Germain des
avoit un Duc pour la Lorraine , qui étoit Prez , 3c de faint Martin de Tours.
Brunon Archevêque de Cologne , frère En mourant il pria Richard Duc de
du Roi Othon, qu il avoit mis en la pla- Normandie fon' gendre, d'être le dé-
ce de Conrad , lequel il avoit dejiitué fenfeur de les enfans 3c de les valîàux.
pour fes rebellions ; un pour la France, Il eut trois femmes , la première rut
un pour r Aquitaine , 6' un pour la Judith fille de Rotiide eftimée fille de
Bourgogne ; Hugues l étoit dans tous Louis le Bègue, la féconde Echiide Tune
ces trois Royaumes, par conséquent il des filles d'Edouard Roi d'Angleterre ,
étoit comme le Lieutenant général du ( les Rois Charles le fimple 3c Othon
Roi, & en cette qualité il pouvoit être avoient époufé les deux autres*,) la trci-
dejiitué , Ji fes grandes alliances & les fiéme Avide * ou Avoye feeur du même * Hauvide .
villes qu'il poj/edoit ne l eujjent rendu Othon, 3c de la Reine Gerbeige. Il ne AvfjT^ *
indefeituabk. ' vint point d'enfans des deux premières ,
~ La France fut afiez calme trois ans mais de la troiliéme il en eut quatre -,
* ) ' durant, horfmis que Hugues l'an 95 5. Hugues furnomméCapet, qui fut Com-
ayant traité fplendidement durant te de Paris & Marquis d'Orléans , puis
quelques jours ie Roi Lotaire, avec la auilî Duc de France -, Othon qui fut
Reine Gerberge dans fa ville de Pa- Duc de Bourgogne après la mort de
ris , le mena en Poitou pour dépof- Gilbert fon beau-pere •■, Eudes ou Odon
féder Guillaume Comte ce ce pays r là qui fuccéda à Othon 5 3c Henri qui
£c Duc d'Aquitaine, fous prétexte de polîéda auiîi cette Duché après eux.
le faire obéir. Ils mirent le fiége de- Ces quatre fils n'étoient pas en- «<_
vant Poitiers-, & la place fe défendit core alfez accrédités pour faire du oç8
fi long-tems, qu'il y eut une grande bruit, l'aîné même n'avoit qu'envi-
difette de vivres dans les troupes j de ron feize ans. Ainfi la Reine Gerber-
comme elles languiflbient de faim, il ge eut quelque relâche, 6c gouverna
arriva un jour que s'étant levé, un grand allez paifibiement pendant deux ou
orage, un terrible coup de tonnerre fen- trois ans, horfmis qu'il y eut quel-^
.dit le pavillon du Roi en deux : l'ef- ques querelles pour des Châteaux
froi qu'il conçut de ce prodige, joint de l'Archevêché de. Reims, Se pour
à la nécellké, le contraignit de lever des différends d'entre particuliers.
le piquet. Et néanmoins le Comte Le plus grand mal que plufieurs
s'étant voulu enhardir de pourfuivre trouvoient dans le gouvernement ,
les François fur la retraite , ils tourne- étoit que la plupart des affaires fe ma-
rent tète bravement, &c le mirent en dé- nioient par la volonté du Roi Othon ,
route avec grande perte de fa Nobleflè. 3c de Brunon fon frère Archevêque de
.£ L'année fuivante , Hugues , qui fans Cologne , 3c Duc ou Gouverneur de
feeptre avoit régné plus de vingt ans , Lonaine -, en forte qu'ils étoiem com-
étant fils de Roi , père de Roi, orcle de me les mo<£ orateurs &c les arbkces de
Roi , 3c beau frère de trois Rois, mourut la Fra ce Neuitrienne ) , 3c tendoient,
dans fa villede Paris, d'autresdifent dans ce femble , à la faire dépendre de la
fon Château de Dourdan le \6. de Juin, France Orientale , afin que toutes deux
plein d'années, de gloire &c de biens, ne fulfent qu'un corps. Quand les Rois
On le furnommoit le Blanc à caufe de de Neuitrie fe trouvoient les plus forts,
L ij
3 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
ils avoient la même prétention. C'eft Comte d'Anjou , ce méchant beau-pe- ■
^^' ce qui me paroît par la lecture des au- re fit malheureuiement mourir cet m- 9$9*
teurs de ce tems-là , quoiqu'ils ne nocent , lui ay.mt fait verfer de l'eau
parlent des chofes que tort conruié- bouillante fur la tête.
ment. i>a luccdîion engendra un fanglant
L'an 959. Lotaire avec fa mère Se débat en Bretagne : il dura 34. ans.
fa tante Avoye, alla trouver Ion oncle Les deux bâtards d'Alain difputoient
Brunon dans le Cambreiis. Onneiçait cette Duché contre un Conan , qui
pas le fujetde cqziq entrevue; mais que defcendoit par fille du Roi Salomon :
Brunon le failit de la perfonne de ke- Ce Conan les lit périr méchamment
gnicr au Long-Cou , Comte de Monts tous deux,'Hoel par les mains d'un
en Haynaut , & qu'il envoya prilon- loliat qui l'afïàflina ; Se Guerec par la
nier au-delà du Rhin chez les Sclaves , lancette empoifonnée d un Chirurgien
parce qu'il refufoit de lui donner des qui le ïaignoit. Mais lui-même périt
otages. La Reine étoit en différend enfin dans une bataille qu'ii perdit l'an
avec les enfans de Hugues Se la veuve 991. contre Foulques Comte d'Anjou,
Avoye fa fecur , pour quelques Cha- ennemi capital des Bretons. Geofroy
teaux que le Roi Lotaire leur avoir l'aîné des quatre qu'il avoit , Lui fuc-
pris en Bourgogne ; ce fut pourquoi céda.
Brunon vint aufii en France , & il les II y avoit trois ans que Hugues le
mit d'accord dans un Parlement qui fe Blanc étoit mort, Se fes enfans n'a-
tint à Compiegne. Au forrir de-là la voient point encore rendu hommage
Reine Se fon fils Lotaire allèrent à Co- de leurs terres au Roi Lotaire , l'Ar-
logne faire Pâques avec Brunon , qui chevêque Duc Brunon les y obligea -,
les régala fplendidement , Se les ren- Se Lotaire en récompenfe déclara l'aî-
voya chargés de fort beaux préfens. né Duc de France , comme i'avoit été
Un peu après, ils l'appellerent à fon père, & lui donna le Poitou; il faut
leur fecours contre Robert Comte de entendre s'il pouvoit le conquérir ,
Troyes , Se Comte de Châlons de par car il étoit poffédé par un autre Com-
fa femme, lequel avoit furpris Dijon, te , c'étoit Guillaume II. On peut ti-
o Il repalfa en France avec fes Lorrains , rer de-là une conjecture , que les Rois
reprit cette place -, &c au même tems ne s'étoient point encore dépouillés
il envoya des troupes Saxones à Troyes, entièrement du pouvoir de donner les
pour y rétablir l'Evêque que ce Robert Duchés & les Comtés, 8c que fi elles
en avoit chalfé -, mais Renard Comte étoient héréditaires , c'étoit par ufur-
de Sens , Se Raimbaud Archevêque de pation , non pas encore par concef-
la même ville, amis de Roberr, leur fion.
donnèrent bataille , Se les défirent. Toutes les nouvelles Principautés
La même année mourut Alain dit Se Seigneuries qui s'étoient élevées
Farbe-Torte , Duc de Bretagne , Se fils dans le Royaume , ne fâehoient point
du Comte Matuede. Il laiffa trois en- tant le Roi que celle des Normands,
fuis , deux bâtards, Hoel Se Guerec, qui étant étrangers Se illiis de pères,
c-; un légitime nommé Drogon encore qui avoient cent ans durant défolé la
?u berceau , qu'il déclara fon héritier. France , en occupoient une G riche
Thibaud Comte de Chartres , grand- province : voilà pourquoi Brunon qui
père maternel de cer enfant , en eut la gouvernoit les affaires du Royaume,
tutelle, Se fa mère la garde de fa per- étant incité par les perfuafîons d'Ar-
fonne. Or s'erant remariée à Foulques noul Comte de Flandres, de Baudouin
L O T A I R E , R O I X X X I î î. S $
■ fon fils , de Thibaud Comte de Char- Depuis que Berenger ôc Adelbert ~~ *•
959* très, ôc de Geoiroy Comte d'Anjou, avoienc été rétablis tuais le Ro.ya.time ^57*
& ?*jo. complota de perdre le Duc Richard d'italie par Othon , ils n'avoient ceflfé
Dans ce dellern il lui manda qu'il eut de conipuer contre Lui , ôc avec cela
à le trouver à un Parlement Royal , ou de véx<.r cuiellement leurs fujets } de
atfemblée des Etats à Amiens , lui fai- iorte qu'il y avoit envoyé Ton fils Lui-
fant efpérer , s'il y venoit , qu'on lui toit pour les châtier. Ce jeune Prince
donneioit l'administration ciu Royau- les avoit preique chafles de tout le
me : mais c'étoit afin de l'arrêter , ÔC Royaume , quand il fut iurpris de la
de l'envoyer priionnier au-delà du mort l'an 958. non lans foupçon de gc S.
Rhin. Richard trop facile s'étoit mis poifon, & ainli lailla fa conquête îm-
tn chemin , ôc s'en alloit périr , s'il parfaite. Mais les plaintes des Sei-
n'eût été heureufement averti de ce gneurs ôc des Prélats , ôc les mitantes
complot par deux Cavaliers inconnus, prières du Pape prelTant incellamment
A cet avis il rebroufla tout court vers Ion le Roi Othon , il fe réfolut d'y aller
pays , ôc fe tint mieux. fur fes gardes. lui-même , après qu'il eût fait couron-
11 évita encore un autre piège que ner fon fils Othon II. à Aix-la-Chapel-
le Roi lui tendit quelque tems après , le , quoiqu'il ne fut âgé que de il-pt
pour fe fiiiiir de fa perfonne. Il lui ans.
avoit'fait croire qu'il avoit delTèin de A fon arrivée en Italie , Berenger , ~ ~77~
perdre Thibaud , ôc qu'il avoit befoin fa femme , ôc leurs fils Adelbert ôc T
1 i r iftL m 1 *~< ii 1 Empereur
pour cela de fon ainihince. n le pnoit Guy , abandonnèrent la campagne & romain
donc de fe rendre auprès de lui en cer- les villes , ôc fe retirèrent chacun dans *à*.vHixa-
tain endroit , près les bords de la ri- quelques fprtereiïes : Berenger dans einpoTfonné"'
viere d'Epte , ôc de prendre pour pré- celle de Fraiilenet , fous la protection Couftaruin
texte que c'étoit pour lui venir ren- des Sarrafins qui s'y étoient fortifiés ^enNovem-
dre hommage. Car les Souverains le depuis quelques années , & de-là mfef- brcR. 1. ans
demandoient à leurs vailaux, toutes les toient les paffages des Alpes , les ce- L m " is » ^
fois qu'ils avoient fujet de douter de tes de l'Italie , celles de la Provence ôc canteaOcci-
ieur fidélité *, ôc les vailaux ne faifoient du Languedoc. Othon fut reçu par deat -
point de difficulté de les en alïurer par tout avec un applaudillement univer — —
la réitération de ce devoir. Le Duc fel , recouvra Pavie , ôc fut couronné c jGo.
avoit déjà parle la rivière , quand les Roi des Lombards à Milan } par l'Ar- & fuiv.
efpions qu'il avoit envoyés pour dé- chevêque. De-là il marcha vers Re-
couvrir ce que le Pvoi faiioit , lui rap- me , où il reçut la couronne Impériale
portèrent que le Comte Thibaud Ôc le* jour de Noël, par les mains de * Ils affee *
/• / • \ 1 -r -vtt • • 1 / • 1 1 toient tous ce
tous fes ennemis etoient auprès de Jean XII. qui avoit ete intrus dans -le mur-là pour
lui, ôc qu'on s'apprêtok à le venir Siège, par le crédita: l'argent de fon père imkei • char-
charger. Ainfi ayant reconnu l'inten- Alberic, avant l'âge dedix-huit ans. Cet Iemagne *
tion des François , il repalfa ôc polta Alberic étoit fils de Marofie > ôc avoit
fes gens fur les bords de la rivière , chafié le Roi Hugues de Rome ; enfui-
pour leur en empêcher le palTage. Mais te de quoi il y avoit changé le Gouver-
Lotaire animé par Thibaud , réfolut nement , ôc s'étoit fait Conful pour
de l'attaquer de vive force : la mêlée commander en chef avec un Préfet ôc
fut fanglante -, les Normands bien pré- des Tribuns.
parés , fe défendirent fi bravement , La cérémonie de ce couronnement
que le Pv.oi fut obligé de faire fonner d'Othon fut la plus folemnelle de rou-
la retraite, tes celles de ce fiécle-là. On y accou-
te ARREGÉ CHRONOLOGIQUE
~ — rue de toutes les parties de l'Europe, quer en trahifon. En ayant été averti ■■■■
Hugues Capet avec la mère Avoye , allez à tems pour n'être pas futpris , il 9^4'
Lotaire Roi de France avec la Tienne , fe mit à la tête des liens, 8c vint har-
8c grand nombre de Seigneurs Fran- diment à eux. Ils eurent peur de l'évé-
çois s'y trouvèrent -, & même plusieurs nement, & étant entres en compoii-
Seigneurs de Grèce y alîiilerent de la tion , ils lui donnèrent des otages,
part de l'Empereur Nicephore , qui Les prières de Léon t'obligèrent ce ies
propofoit le mariage de i heophanie leur rendre dans peu de purs •■> m_is il
Empereurs a belie-fille avec le rils d'Othon , qui ne fut pas plutôt parti pour aller atiie-
Nicephore fut Empereur après ion régne. ger Camerin , qu'ils fe révoltèrent en-
Phocas r. 6. Or le jeune Pape qui avoit prié inf- core, chalferent Léon, 8c reçurent Jean
Mars'; Bafiïe tammenc Othon de venir, changea dans leur ville. Alors il fit' voir qu'il
ôcCoiiftaiitiu bientôt de fentiment. Comme il crai- n'étoit pas un vrai Paiteur , mais un
iils de Ro- r i i.
main , étant S nolt <l ue cet Empereur , qui etoit un tigre , exerçant d atroces vengeances
mineurs ; ôc Prince férieux &c réglé , ne voulût ré- fur les amis de Léon , raifant couper
t4?ans L K ' * ormer ^ es défordres , il fe rallia avec aux uns les doigts ou la main , aux
_______ Adelbert qui couroit la campagne avec autres la langue,, aux autres le nez 8ç
c)6$. quelques troupes de bandits, ôc rap- les oreilles.
peJla Berenger à Rome dès qu'Othon II les eût continuées jufqu'au bout,
en fut forti pour aller en Lorabardie s'il n'eût été tué en rlagrant délit au-
réduire tout le relie des places que ce près d'une femme. L'Hiftoire Ecclé-
tyran y tenoit encore. Othon ayant ap- ïïaftique remarque qu'il s'appdloit Oc-
pris cette bifarre nouvelle, ne lailfa pas tavien avant que d'être fait Pape, &
de continuer fes conquêtes : puis quand que c'eft le premier des Papes qui
il crut qu'il étoit tems de retournera changea fon nom à fa promotion.
Rome , il y ramena fon armée. Après fa mort les Romains peiiiltant
Le jeune Pape ne l'attendit pas , dans leur rébellion , élurent Benoit
mais s'enfuit avec Berenger , 8c em- Archidiacre. Auffi - tôt Othon re-
porta le tréfor de PEglife. Othon lui vint fur fes pas , alîiégea Rome , la
fit faire fon procès , non pas pour fon réduifit à la famine , 8c les contraignit
intrulîon , mais pour meurtre , facri- de lui livrer leur Pape. Il le força de
lege , adultère , incelte , dmonie , 8c demander pardon dans deux Synodes
autres crimes énormes. Il afïembia un d'Evêques , qu'il fit convoquer pour
Concile pour cela ; Jean y fut cité par cela , 8c l'ayant fait dégrader de Prê-
les formes , n'ayant point comparu trife par l'Aiîemblée , l'envoya prifon-
on le dépofa, 8c en fa place on mit nier à Hambourg fous la garde d'Adel-
Leon , qui fut le VIII. du nom. Ce- gaud Archevêque de cette ville-là. 1,1
lui-ci pour .ôter les troubles que les y mourut un an après,
cabales cattloient dans les élections , A quelques mois delà il prit Be-
accorda à l'Empereur Othon le pou- renger , qui s'étoit retiré dans le fore
voir de nommer dorénavant les Pa- Château de Sainte Leo:e , ec le relé-
pes 8c les Evêques, & de leur donner gua lui 8c fa femme Vu le a Bamberg
l'inveititure. en Germanie , où il mourut deux ans
«£_, Comme Othon palloit les fêtes de après. Croyant donc toute l'Italie pai-
Nocl à Rome avec Léon , ayant logé fible , il s'en retourna chez lui , 8c em-
fon armée hors la ville , la faction 8c mena fon armée, mais fort diminuée
l'argent de Jean qui étoit dépolé , fou- par une furieufe pelte.
levèrent les Romains pour aller l'atta- Aptes fon départ quelques Comtej
LOTAIRE, ROI XXXIII. g 7
Lombards fe révoltèrent encore , ayant proprement quand il dir qu'on h:
V 6 *' à leur tête Adelbert 6c Guy fîis de Be- bapnfe. g ^
renger : mais le Duc Burchard qu'il Othon délirant remédier une bonne ^ ^ 7'
y renvoya , les terrallà en une grande fois à tous ces ibulevemens , repaiïà en
bataille qui fe donna fur les rives du Italie , & y établit fon autorité par de
Pô. Guy le plus mauvais de tous y de- févéres châtimens , ayant banni les
meura fur la place -, Adelbert fe fauva Confuls hors de l'Italie , fait pendre las
avec peine. Celui-ci ayant recueilli Tribuns, 6c promener le Préfet tout
quelques troupes , bazarda encore une nud fur un âne : par des récompenfes
bataille l'an 968. 6c l'ayant perdue il envers fes amis, par des établifiemens
en mourut de douleur. Ainii finit de nouveaux Comtes , par de bonnes
avec lui le second Royau- Loix , &c enfin par la conquête delà
me d'Italie-, ou (i vous voulez il Calabre &c de la Pouille , qu'il arracha
palfa aux Princes Germains, qui par à l'Empire des Grecs, qui les avoit gar-
leur pefanteur^c négligence, 6c par dées jufques-là. Voici comment :
leurs difcordes continuelles , l'ont Nicephore avoir baffoué , Se même
malheureufement laiifé diiliper 6c emprifonné fes Ambaifadeurs , à caufe
anéantir.- que dans fes lettres il prenoit le titre
Après que Léon VIIL fut mort , 6c d'Empereur des Romains , 6c ne lui
que Jean Evêque de Narny XIII. du donnoit que celui d'Empereur des
nom eût été élevé au laint Siège avec Grecs , 6c que d'ailleurs il avoir reçu
l'agrément d'Othon , à qui Léon avoit fous fon obéiiïànce les Ducs de Ca-
accordé le pouvoir de confirmer l'élec- poue 6c de Benevenr , qui avoient re-
tion des Papes •■, le Préfet , les Conluls, nonce à celle des Grecs. Pour ce fujec.
Tribuns 6c autres Magiftrats de la vil- il fe mût une guerre fort animée en-
le de Rome , fâchés de ce qu'Othon tr'eux. Dans cette guerre Nicephore
avoit fort limité leur puiiîance , qui ayant fous une fauiTe apparence de vou-
auparavant faifoit branler toute l'Ita- loir donner fa belle-fille à Othon, pour
lie , fe fouleverent furieulement con- ion fils de même nom que lui , fait
tre ce Pape. Le Préfet ( il fe nommoit furprendre Se maffàcrer quelques rrou-
Rofroy , 6c étoit Comte dans la cam- pes Allemandes qui alloienc pour la
pagne d'Italie ) le mit en prifon , 6c quérir. Othon attaqua vivement ces
puis le chalfa de Rome , 6c l'envoya en Provinces , les enleva de vive force ,
* Terres de exil dans la Comté de la * Campanie. paflà au fil de l'épée toutes les troupes
Lavor&con- ^ e p ape f e re ti ra vers Pandolfe de Nicephore, & coupa le nez à tous
, Comte de Capoue , il implora ion ai- les Grecs de marque qu il attrapa, puis
966. de. Ce Pandolfe le rétablit , 6c Jean les renvoya en cet état à Conftantino-
fon frère tua Rofroy. En récompenfe pie. Les mauvaifes nouvelles de la dé- n^a,
le Pape , un an après , érigea une Ar- faite entière des Grecs en Italie , fou-
cheveché à Capoue, 6c en pourvut le leva les peuples contre Nicephore : fa
meurtrier de fon ennemi. C'eft ce propre fœur aida à allumer le feu de la
Pape qui s'étant avifé de bénir une fédition , à la faveur de laquelle Jean
cloche qu'il fit monter ,au clocher de Zemifces le tua, 6c monta fur le Trô-
Saint Jean de Latran , 6c de lui impo- ne. Aurfi-tôt pour n'avoir point d'affai-
fer le nom de Jean, a par cet exem- res avec Othon, il lui envoya la fille
pie introduit la coutume d'en faire au- que Nicephore lui avoit promife :
tant à toutes celles que Ton fond de c'étoit Theophanie ou Tifaine fille de
nouveau ; le vulgaire parle fort im- Romain ? Empereur de Ccnftantino-
•
88 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
, pie , qui étoit mort quatre ans aupa- néanmoins il perdit une bataille en ■ ■
^ 9' ravant , &c belle-fille de Nicephore , Normandie: mais il fut récompenfé 9^5*
qui avoir époufé la veuve de Romain, de cette perte par la conquête d'Evreux
Dès qu'elle rut arrivée en Italie , le S. que le Roi lui mit entre les mains ,
Père rit la cérémonie du mariage, ayant l'ayant prife par intelligence. Richard
couronné le nouvel époux Roi de Lom- vi&orieux le fuivit en queue , ôc en-
hardie à Milan. tranc prefqu'auffi-tôt que lui dans Ion
Voilà les bons fuccès qu'eut Othon , pays , fit de terribles ravages dans le
* Un peu à julte titre furnommé le Grand , * par- Dunois ôc dans le Chartrain. Le Com-
miTchade- d ce C P 1 '^ ne ^ es rapportoit pas à fa pro- te de Chartres eut fa revanche dès la
frugne , Ed. pre gloire ôc vanité, mais a relever même année , portant le feu jufqu'aux
Je i6cs. l'Empire d'Occident. Dont le titre fauxbourgs de Rouen ; mais il en fut
depuis ce tems-là elt demeuré comme rudement rechafie , ôc perdit fon fils
attaché à la Germanie , mais avec des fur la retraite -, ou , félon quelques-
prétentions bien plus étendues que fes uns , à une fortie que ce jeune Seigneur
forces. Nous ne parlerons plus défor- fit de la ville de Chartres fur les trou-
mais des affaires d'Italie , ôc peu de pes de Richard.
celles de Germanie , qu'entant qu'el- L'an 965. Guillaume , furnommé
les feront néceilairement jointes à cel- Tête d'Etoupe , Comte de Poitiers ôc
les de France. Duc de Guyenne , finit fes jours dans
9 g 2 Durant ces affaires d'Italie , diverfes l'Abbaye de Saint Maixan , où il avoit
$r g( j", querelles troubloient la France : les pris l'habit de Religieux. Il laifîa fes
deux plus grandes éroient celles de Etats à Guillaume III. fon frère. Ar-
l'Archevêché de Reims , ôc la haine noul furnommé le Vieil , le Bel ôc le
que les Comtes Thibaud de Chartres Grand , Comte de Flandres , mourut
ôc Arnoul de Flandres avoient contre aulîî la même année. Son fils Baudouin
lès Normands. On eut pu appaifer la étoit parti de ce monde avant lui. Le
première en remettant Hugues de Ver- fils de ce fils nommé Arnoul le Jeune
mandois dans le liège de Reims, l'Ar- fuccéda à fon ayeul , fous la tutelle de
chevêque Artold étant mort le dernier Marilde de Saxe fa mère. C'eft cet Ar-
de Septembre de cette année 961. fi la noul qui étant venu en âge , commen-
Reine l'eût pu fournir ; mais bien ça de fortifier le port de Petreiîè ou
loin d'y donner les mains , elle fit en Scalas , qui alors appartenoit à l'Ab-
forte que le Concile de Soilïbns ren- baye de faint Berthin. On le nomme
voya l'affaire au Pape, qui le déclara ex- aujourd'hui Calais. Il eft voifin de ce
communié. On donna l'Archevêché à" Portus Iccius , qui maintenant eft rui-
Odolric ou Oulry. né, ôc fe nomme Wilïan , * fort célèbre * Nomm€
Les frères de Hugues furieufement du tems des Romains, qui pafloient Ed^tTta
animes contre Guibuin Evêque de Châ- de-li dans la Grande Bretagne, ôc fort
Ions , à caufe que dans cette aflemblée fréquenté jufqu'au treizième fiécle. Ar-
il avoit apporté le principal obftacle à noul accommoda ce nouveau port pour
fon rétablilTement , faccagerent& bru- s'en fervir contre les pirates Normands;
lerent fa ville. ôc parce qu'il ne pouvoir pas toujours
Le Comte de Chartres étoit foutenu être fur la côte , il donna la Comté de
q? ii: r ' P ar I e R°i contrc le Normand , parce Guifnes à Adolfe fils de Siffroy , lequel
9 S que celui-ci étoit attaché d'alliance & avoit époufé la fille de Hernieule Com-
d'affection aux fils de Hugues le Grand, te de Boulogne.
Bien qu'il fût puiflant ôc fort brave , Le Roi Loraire ayant appris la mort
d' Arnoul
LOTAIRE, ROI XXXM1. g 9
d'Arnoul le Vieil, alla aufli-tôt en Flan- avoit été empoifonné par Berenger II.
9 6 "« dres recevoir les hommages des Sei- 8c de la Reine Adeleïde , que i'Em- ^-'
gneurs,& reprit Arias & Douai iur Ar- pereur Qthon avoir époufée en fecon-
bquI; comme d'aune côté Guillaume des noces; ce qui fortifia la bonne in-
Comte de Ponthieu , ôta à ce mineur telligence entre les deux Rois de Fran-
Boulogne 8c Terouenne ; 8c deux de ce 8c de Germanie.
{es fils furent Comtes chacun de l'une II neiepafia rien de fort mémorable 9^7- 8c
de c&s villes. durant ces deux années , finon que l'an 9<>8.
Cette même année l'Archevêque- 967. le Roi Lotaire maria fa fœur Ma- " ~ "
Duc Brunon étant venu en France pour tilde avec Conrad Roi de la haute Bour-
terminer quelque différend de fa fœur gogne & d'Arles , 8c lui donna en dot jeamzSm!
Gerberge 8c du Roi Lotaire, avec les la Cité 8c Comté de Lyon. .ces ayant tué
enfans 8c la veuve de Hugues , fut faifi La guerre fe faifoit toujours fins re- dSSS £
d'une fièvre à Compiegne , dont il vint lâche entre le Comte Thibaud 8c le -7. ans ; & en -
mourir dans la ville de Reims , fort Duc Richard : Thibaud aiîîfté par le J ore ° THQ *
regretté de tous ceux qui aimoient la Roi , alla camper devant Rouen , 8c il
paix. ne put en être chafïe que par le fecours Z "
Quelques auteurs V appellent Archi- des Normands infidèles, que le Roi
duc de Lorraine , parce quil commandoit de Danemark , parent de Richard y en-
À tous les Ducs & Comtes de ce Roy au- voya. Ces troupes l'ayant pouffé , s'épan-
me-là. Cefl la première fois que je trou- dirent jufques aux portes de Paris , laif-
ve ce titre dans les auteurs fant aux envir.01 s de funeftes marques
7/ y avoit des ce tems là un DucMar- de la fureur de leur nation.
quis dans la Lorraine Mojellanique , ou V ignorance dé ce tems-là ctoit extrê-
haute- Lorraine ; choit Gérard , duquel me , cefl la raifon que faute d'hifloriens ,
on tient que font iffus les Princes Lor~ nous rien avons prefque rien , & qu'il
tains d'aujourd'hui. Quelques Gênèalo- faut quelquefois laifjer des années vuides.
gifles le tirent a" Erchânoald Maire du Le feptiéme .jour de Mai de l'an " ~T7
Palais , & de la même tige ils font venir 973 . l'Empereur Othon mourut à Mag- y ' '
la maifon de Hapfbourg Autriche , & debourg. On peut lui donner cette
celle des Ducs de Zeringhen , de laquel- louange, qu'il fut le fondateur de l'Em-
leefl ifjue celle des Princes de Bade. pire Germanique , le dompteur des
Le Roi Lotaire parvenu à l'âge de Hongrois 8c des Sclaves ; 8c qu'il rroti-
vingt-trois ans , époufa Emme ouEmi- va le moyen de matter it$ Italiens , £c
ne fille de ce Lotaire Roi d'Italie , qui d'enchaîner leur perfide mutabilité.
— — —>■■■■■■■
L O T A I R E en France,
Italie
Germanie , âgé de u . à zz. ans.
OTHON II. Empereur en Italie & en 1 CONRAD en Bourgogne.
ans le ocra*.
„ , E régne de fon fils Othon IL ne chevêque Brunon , avoir été confiné au Pu«sBasij.e2c
Empereurs L-< mt ni fi ferme ni fi heureux que le pays des Venedes ; 8c quelque tems fe r «* A 3s:
encore Jean fie n< Régnier au Long-Cou Comte de après deux Comtes nommés Garnier &*ropoi&nné
othS n. eu Mons.en Haynaut , 8c de Valenciennes, Raginold ou Renold , qui , à mon avis , ^^Vl 9 /
Mai r. 10. ayant été pris dans cette ville par l'Ar- étoient Cqs parens , avoient été inveilisccâ^or.
Tome IL M
5>o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
de fes terres. Mais fes fiis Régnier IL Ne l'ayant pas voulu faire , Lotaire
273* 8c Lambert , après la mort de l'Empe- entreprit de l'y forcer. Il entraàl'im- 978.
reur Othon , armèrent avec l'aide des provifte dans le pays avec une nom-
François pour s'y rétablir. breufe armée , 8c reçut le ferment des
De-là naquit une fanglante 8c opi- Lorrains dans la ville de Mets. De là
niâtre guerre. Les deux frères afliités il marcha droit à Aix-la-Chapelle j
des François , 8c particulièrement de Othon s'y divertiilbit avec fa famille
Charles frère du Roi, donnèrent batail- en toute fécurité : il ne s'en fallut pas
le aux Comtes Garnier 8c Renold con- demi-heure qu'il ne fut furpris -, il n'eut
tre le village de Peronne , proche de le loifir que de monter à cheval 8c de
Binfch. Ces Comtes y furent défaits : fe fauver , lailïànt fon dîné fur la table
mais Othon IL leur fubftitua auffi-tôt 8c tous fus meubles précieux à l'aban-
Renaud 8c Godefroy deux Seigneurs don. Lotaire pilla fou Palais , ravagea
Lorrains , qu'ii invertit des Comtes de tout le pays d'alentour , puis s'en revint
Haynaut & de Valenciennes. Après di- chargé d'un butin inefïimabie.
vers événemens , ces deux frères tou- En revanche de cette infulte > Othoa
jours fecourus de Charles, 8c même dès la même année fit une grande irrup-
de Hugues Capet , defquels après ils tion en France avec foixante mille
épouierentles allés , fe rétablirent dans hommes ; il faccagea toute la Champa-
leurs Comtés : mais ce fut tout au plu- gne , 8c ce qui s'appelle Ifle de France
tôt vers l'an 983. jufqu'à Paris, 8c envoya dire à Hu-
L'Empereur Othon avoic de l'indi- gués Capet , qui étant Comte de cette
gnation que ces deux fils d'un rébelie , ville s'étoit jette dedans , qu'il vouloir
polfédalfent ces grands fiefs dans fon faire chanter un Alléluia fur Mont-
Royaume de Lorraine malgré lui ', néan- martre par tant de Clercs , qu'il feroit
moins il diilimula , ayant pour lors entendu de Notre-Dame,
d'autres affaires qa\ ne lui permettoient Ces fuperbes menaces ne furent pas
pas de rompre avec le Roi Lotaire. foutenues par de pareils effers. Il trou-
Bien plus , foit à delîein de l'obliger , va que la ville de Paris ni fon Comte
ou plutôt de mettre une barrière au de- ne prenoient pas aifémenr l'cpouvan-
vant de lui, il créa Charles fon frère te , 8c queles forces de Germanie pou-
Duc de Lorraine , jeune Prince âgé pour voient bien dans leur premier mouve-
lorsdevingt-troisa24. ans. Il feroit mal- ment caufer quelque trouble à la Fran-
aifé de bien démêler fi ce titre de Duc ce -, mais qu'elles n'étoient pas capables
s'étendoit par tout ce Royaume, ou de lui faire aucun mal. Ses gens étoient
feulement dans fa partie baffe qui eft battus dans les efearmouchades ; fon * * L'hîfloirs
le Brabant : il eft certain que Charles neveu ayant été, par bravade , planter jj, ^ P omr
faifoit fa réfidence en ces quartiers-là , fa lance dans une des portes de Paris ,
8c particulièrement à Bruxelles. fut tué par Gefroy Grifegonelle Com-
Les François n'avoient pas perdu le te d'Anjou. Là-deffus l'hy ver furvint ,
fouvenir de leur ancien droit fur la 8c l'obligea de fe retirer. Lotaire &
Lorraine-, 8c le Roi, comme fils de Hugues Capet ayant raftemblé leurs
Gerberge , laquelle de fon chcfyavoit troupes, le pourfuivirent vivement,
de grandes poflèfîions , s'attendoit & le menèrent toujours battant juf-
qu'Othon fon coufin germain lui en qu'aux Ardennes , ayant taillé toute
rendroit qut-lque partie -, vu principa- ion arriere-garde en pièces, au palîage
lement qu'il en avoit cédédebonnespié- de la rivière d'Aîné qu'il trouva dé-
ces auxEvêques de Liège & do Cologne, bordée.
LOTAIRE, ROI XXXIII. 91
Les Moines Allemands de ces tems- dans une lettre qu'il écrit a cet Evê-
97$* là, comme cefi le génie des hommes de que , pour réponie à une qu'il lui avoit 979«
feindre toujours des miracles dans les envoyée ; dans laquelle il l'accufoit
grands périls , ont écrit que faint Udal- d'avoir afTèmblé des troupes de bri-
ric Evéque d Ausbourg , qui accom- gands pour enlever la ville de Laon à
pagnoit cet Empereur à la guerre, paffa Lo taire , de le dépouiller -, & d'avoir
fur la rivière dAîne à pied fec , & lui fort maltraité Afcelin Adalberon Evê-
montra l'exemple , & à toute fon armée , que de Laon. Qui fçauroit bien le fens
de lefuivre , les ondes débordées saffer- de ces reproches , auroit tout le fecret
miffant miraculeufement fous leurs pas , des affaires de ce tems-là , ôc de la ré-
6* la rivierefervant de pont à elle-même. volution qui fe fit depuis en faveur de
En cette retraite le Comte d Anjou Hugues Capet.
fit fçavoir aux Germains que la que- Ainfi la fouveraineté de ce Royau-
relle étant principalement entre les me-là demeurant à Lotaire , la Duché
deux Rois , il feroit meilleur , félon de la baffe Lorraine, qui avoit été don-
l'équité naturelle & le droit des gens , née deux ans auparavant à Charles fon
qu'ils la vuidairent corps à corps , que frère , par Othon I. retournoit en fa
de répandre le fang de tant dinnocens difpofition. Mais comme il falloit don-
qui n'avoient que faire de leur querelle : ner partage à Charles , il la lui céda auf-
mais les Germains répondirent , qu'en- fi. Ce qui fut accordé dans une entre-
core qu'ils ne doutalïent point de la vue de ce Roi avec Othon fur la rivié-
valeur de leur Roi , néanmoins ils ne re du Kar ; le Prince Germain ayant
confentiroient pas qu'il expofât fa per- déliré cette conférence avant que d'en-
fonne feul à feul -, confelîant par-là ta- treprendre fon expédition en Italie
citement qu'ils ne le croyoient pas fi contre les Grecs ôc les Sarrafins.
brave que le Roi de France. Charles s'imaginoit bien que -fon
Othon ainfi mal mené , rechercha frère ne lui avoit accordé cette Duché
les François d'accommodement : Lotai- que par force : & ce fut , à mon avis ,
re & lui s'étant abouchés dans la ville pour cela,qu'afin d'avoir un appui pour
de Reims, conclurent la. paix à telle fe la conferver , il futfimaiconfeiliéque
condition , que Lotaire lui céderoit la d'en rendre hommage au Roi Othon s
Lorraine pour la tenir en fief de la Cou- au lieu de la tenir en route fouveraine-
ronne de France ; nos auteurs le difent té, comme il le pouvoit faire. _
ainfi. Les Seigneurs François fe mon- Deux ans après, Othon defirant le cjtfï,
trerent fort mal contens de cette cef- gagner plus fortement , lui donna en-
fion , mais principalement Charles fre- core le pays d'alentour de Mets , Toul ,
re du Roi 4 il croyoit qu'une fi belle Verdun tk. Nancy , &: autres terres d Ra-
pièce devoit plutôt lui être donnée en tre la Meufe 6c le Rhin,
partage, que délaiffée à un étranger. Je Or cette foumifilon rendue par
ne fçai fi ce fut alors que Thierry Eve- Charles à un étranger;, fonna fort mal
que de ■Mers voulut le porter à ferévol- parmi les François ; & l'augmentation
ter contre fon frère , & à fe faire élire de fa puifîànce choqua aflurément les
Roi -, fon detfein étant, comme Char- defièins de Capet , qui fe préparait le
les le lui reproche, de brouiller fi fort chemin à la Royauté -, car il fuit cou-
le Royaume , que durant ces troubles fidérer que Charles feul faifoit l'obfta-
il pût élever les Tyrans ( je crois qu'il cle, Lotaire n'ayant qu'un fils unique
entend Hugues Capet &c fon fils ) en qui étoit imbécile d'âge & d'eiprit, êç
h placedes Rois légitimes. Celafe voit de fort petite efpérance.
M i'}
979-
5,2 ABREGE CHRONOLOGIQUE
D'ailleurs le trop long féjour de ce labre : il paflfa en ces pays -là l'année'
^ • Prince en ce pays-la fans venir en Fran- d'après , & leur donna une grande ba- " '
ce, le trop grand attachement qu'il té- taille par mer ; mais il la perdit, &: pref-
moigna avec les Germains , qui en ce que tous les vaiffeanx, avec un nombre
tems la étoient les ennemis capitaux incroyable de Nobleffe qui l'avoir fui-
de la France', comme aufli quelques vi en ce voyage : lui-même tâchant de
rencontres qu'il eut avec le Roi fon fre- fe fauver à la nage , fut pris par des
re *, une entr'autres pour la ville de Matelots y toutefois n'ayant pas été
Cambray , qu'il détendit contre ce Roi reconnu, l'Impératrice fon époufe le
qui en vouloit piller lesEglifes, com- racheta aufii-tôt pour une petite ran-
me il avoit fait celles d'Arras , donne- çon. Depuis qu'il eut reçu un fi fan-
rent fujct à {es ennemis de le décrier glarrt affront, il ne fit plus que fécher
extrêmement parmi les François. fur le pied, tant qu'enfin il mourut à
Quand Othori eut conféré avec Lo- Rome le 7. de Décembre : mais aupa-
raire fur le Kar, il travailla aux prépa- ravant il avoir fait couronner fon fils
ratifs de l'expédition qu'il méditoit Roi d'Italie a Veronne-, & il le fut en-
contre les Grecs , qui avec l'alliftance core l'année fuivanre à Aix-la-Chapel-
çtes Sarrafins , avoient reconquis la Ca- le , comme Roi de Germanie.
LOTAIRE & LOUIS fon fils en France.
OTHON III. Empereur & Roi de Gcr- j CONRAD en Bourgogne,
manie & de Lorraine , âgé de 7- ans.
Empereurs A Ux nouvelles de fii mort , Lo- thon avoit été couronné du confente-
l^Tcons- *Ljl. taire crut que la Germanie al- ment de tous les Grands , il ne s'en-
A
tncorc Basi- f~\
^E Si Cows- -*- -*»
taktîh ; & loit fe mettre toute en combuftion , a gagea pas plusavant , &c revint en Fran
©thon m. cau f e (jgs différends de la tutelle du ce. Godefroy fut tenu deux ans pa-
ïenne Othon III. du nom [ qui n'avoit fonnier , ik. fe vit fouvent en danger
alors que fept ans. Henti fon oncle de périr, à caufe de fon invincible
p.iternel s'erforçoit de s'emparer du fermeté : bien loin de fe laiffer ébran-
Royaume fous le titre d'Avoué ou de 1er aux offres ôc aux menaces , il con-
défenfeur du pupille: Lotaite favori- firmoit fes fils Herman & AdalbenEvê-
foit fesdefieins', & la faction de Hugues que de Verdun , de demeurer dans le
Capet fe partageoit entre l'un &c l'autre parti d'Othon , ôc de bien fortifier &
pour entretenir les divifions, fans lefi- garder leurs places. Adalberon Arche-
quelles il ne pouvoit arriver à fon bur. vêque de Reims qui étoit fon frère ,
Charles Duc de Lorraine portoit ou- le confirma dans fes fentimens , & lui
vertement la caufe du pupille , comme fervoit de couverture. Ce qui lui réuf-
étant fon valfal. Pendant les mouve- fit fi bien, que deux ans après, fça-
mens que Henri excitoit en A Hem a- voir l'an 985. Lotaire lui rendir la 985,
gne , Lotaire entra en Lorraine l'an ville de Verdun 6c la liberté. La mê-
983. pour s'en refaifir -, il enleva d'em- me année il fit coutonner Louis fon
blée Verdun , & prit Godefroy qui en fils pour régner avec lui. Il l'avoir dé-
étoit Comte : mais quand il fçut qu'O- ja marié à une Princelfe d'Aquitaine
tOTAIRE, ROI XXXIII. 93
1 nommée Blanche ; quoique tout au plus Mars l'année fuivante 986. ôc on ne — ~~
9°î' il n'eût que dix- huit ans. douta point que ce ne fût l'effet de 9 S6,
On nefçait pas bien de quelle Aqui- quelque mauvais boucon qu'elle lui
taine elle étoit ; car en ce dixième Jiécle avoit donné. Il couroit d'étranges
& dans le fuivant , les François corn- bruits des familiarités qu'Afcelin ou
prenoient aujji le Languedoc & la Pro- Ancelin Adalberon , Evêque de Laon ,
vencefousce nom-là. Il ejl plus proba- avoir avec elle.' On pouvoir croire
ble néanmoins que cette Frincejje étoit de qu'elle lui faifoit ces carelTes moins par
Provence auffi-bien que la Reine fa belle- amour que par politique , afin de fe
mère , peut-être fille de Rothbaud pre- conferver cette place , qui pour lors
mier Comte d'Arles. étoit comme le donjon de la Royauté :
Ce mariage étoit mal affbrti , la fem- car alors cet Evêque n'avoit guéres
me courageufe &: galante , le mari fans moins de cinquante ans , âge plus pro-
vigueur d'efprit , ni peut-être de corps : pre pour le confeil que pour la galan-
iî bien qu'elle conçut du mépris pour terie. Mais s'il n'étoit pas capable de
lin; & l'ayant mené en fon pays, fous tenter, il ne l'étoit que trop d'être
couleur qu'elle lui en devoit procu- tenté.
rer la conquête par le moyen de fes Lotaire fut un Prince belliqueux ,
parens & alliés , elle le planta-là , ôc le actif , foigneux de fes affaires , & di-
Roi fon père fut obligé de l'aller reque- gne enfin d'avoir de meilleurs Sujets,
rir. Il ne pafïoit de guéres la quarante-cin-
Ce fut un grand malheur dans la quiéme année de fon âge , ôc la tren-
maifon Royale qu'une Princefle lé- te-deuxiéme de fon régne. On voit
gère , &un plus grand encore, qu'une fon tombeau ôc fon effigie dans TEgH^
Reine qui en aimoit d'autres que fon fe de S. Rémi de Reims,
mari. Lotaire mourut le 2. jour de
& ta a xS
•
94
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LOUIS V.
DIT LE FAINEANT,
ROI XXXIV.
ÂGÉ DE QVELQl/E VINGT ANS.
Ma mort femblable en tout * à celle de mon père $
Montre que le malheur des plus grands Potentats ,
Et les renverfemens qu'on voit dans les Etats ,
Sont bien fouvent les faits d'une femme adultère*
OTHON III. en Germanie. ' CONRAD à Arles, &c.
PAPES.
Encore Jean XV. élu fur la fin de l'an 985. S. 10. ans, 4. mois & demi, dont 16.
mois fous ce régne.
ON publia que Lotaire , en mou- cette qu'on appelloit la mère des Rois. '
rant avoit fort recommandé fon Mais on ne lui en donna pas le tems;
fiis à Hugues Cape: , qui en effet étoit car fon fils ayant conçu de l'averlion
fon coufin germain. Quoi qu'il en 4bit, pour elle, & de mauvais foupçons
Emme ne s'y fioit que de bonne for- qu'elle eût contribué à la mort du Roi
ce; il y a apparence qu'elle .ri'igno- fon père, Charles de Lorraine l'enleva,
roit pas fon grand deffein de s/empa- & Ancelin Evêque de Laon avec elle,
rer de la Couronne; ik. d'autre «ôté ik les détint tous deux prifonniers avec
elle appréhendoit les effets violens de beaucoup de rigueur. Emme implora
la haine que Charles témoignoit pu- en vain l'interceflion des Impératrices
bliquement contr'elle par des difeours Adeieide ik Theophanie; en vain An-
fort fcandaleux. De forte que ne fe fiant celin eut recours à celle des Evéques;
ni à l'un ni à l'autre , elle avoit réfolu en vain ils employèrent leurs fuppli-
de mener fon fils au mois de Juin vers cations auprès de Charles; en vain ils
fa grand-mere Adeieide, veuve d'Othon lancèrent les foudres de l'Eglife fur la
I, ik tutrice d'Othon III. héroïque Prin- tête de ce Prince : il s'opiniatra à les
* Car
l'uu fie l'autre furent empoifonnes par leurs femmes.
LOUIS V. ROI XXXIV. 95
— garder , Tans Joute avec intention de non facrée. Ils étoient prefque tou- --—
2^7* leur faire leur procès •, 6c cette ven- jours à cheval ôc en campagne , Ôc 9°7*
geance , quoique très-jufte , mais hors menoient leurs femmes avec eux. Criar-
de faifon , fut une des principales eau- les Martel ôc Pépin , quand ils étoient
{qs de fa ruine. " de repos , faifoient leur féjour à Paris
Cependant le jeune Roi Louis vint ôc aux environs j Charlemagne à Aix-
à perdre la vie le vingt-deuxième de la-Chapelle ; le Débonnaire au même
Juin de la même manière que fon pe- endroit , ou à Thionville -, Charles le
re l'avoir perdue , fa femme ayant con- Chauve à SoifTons & à Compiegne ;
çu un extrême mépris pour lui, ôc fa Eudes à Paris ; Charles ie Simple à
mère un furieux relTentiment de ce Reims j Louis d'Outremer à Laon.
qu'il s'étoit tiré d'entre (es mains. Un Si l'on coniidere les canfes de la
auteur de ce tems-là dit qu'il donna ruine de cette race , on en trouvera
fon Royaume à Hugues Capet "par tef- cinq ou fix principales, i. La divi-
tament : un autre , qu'il le légua à fion du corps de l'Etat en plusieurs
fa femme pour le lui donner, à con- Royaumes, qui fut fuivie néceflaire-
dition qu'il l'épouferoit. ment de la difeorde ôc des guerres
Il régna en tout quelque trois ans-, civiles d'entre les frères, x. L'amour
dix-huit ou vingt mois avec fon père, déréglé que le Débonnaire eut pour
ôc feize mois tout feul. Il gît dans fon trop cher fils Charles le Chauve*.
l'Eglife de S. Corneille à Compiegne. 3. L'imbécillité delà plupart de ces
Avec (on règne finit celui de la Race Princes , n'y en ayant eu parmi un
Carlienne ou Carlovingienne , après fi grand nombre que cinq ou fix qui
avoir duré 136. ans, ôc vu une fuite ayent été pourvus de fens ôc de cou-
d'onze Rois , interrompue toutesfois rage tout enfemble. 4. Les ravages
par deux autres qui n'éroient pas de des Normands qui défolerent la Fran-
leur ligne. Je prens feulement ceux de ce durant plus de 80. ans > ôc favo-
la France Occidentale j car fi l'on comp- riferent les attentats des grands Sei-
te tous les autres , on en trouvera plus gneurs. ç. La multitude des enfans
de trente, fans parler que rous les bâtards qu'eut Charlemagne, qui tran-
Princes qui démembrèrent ce grand choient du Souverain dans les ter-
Etat, étoient iiïus de cet augufte Sang res qu'on leur avoit données pour leur
par les femmes. fubfiftance. 6. Et fi l'on en croit les
Il s'étoit provigné trois branches de Eccléfiaftiques, la malédiction de Dieu
cette Race -, l'une en Italie par Lotai- qui tomba fur ces Princes , a caufe
re I. Empereur ; l'autre en Germa- qu'ils donnaient les biens de l'Eglife
nie, par Louis fon frère, dit le Ger- à leurs Officiers laïques, ôc à leurs
manique ; ôc une troifiéme dans la gens de guerre.
France Occidentale , par Charles le 7. On peut ajouter que cet arbre
Chauve. Toutes trois finirent leur re- ne portant plus de bons fruits , Dieu
gne par un Louis •, celle d'Italie par le voulut arracher pour en mettre un
Louis II. arrière fils de Lotaire-, celle de autre en fa place , infiniment plus
Germanie par Louis fils d'Arnoul-, celle beau ôc plus fertile, & qui félon les
de France par ce Louis le Fainéant. efpérances publiques , étendra fa du-
Les Princes de cette Race en pre- rée jufqu'à la fin des ficelés , ôc fa
nant la Couronne , recevoient l'onc- gloire jufqu'au bout du monde-.
Fin de lu fîconde Race,
TROISIÈME RACE
DES ROIS
DE FRANCE,
APPELLÉE LA RACE
CAPETIENNE,
OU*
DES C A P E T S-
Tome IL N
99
mJAiKft^
m*.*$si
UGUES CAPET.
ROI XXXV.
Agé de xlv. a xlvi. ans.
France ta tiens de moi ce que ton cœur defire ;
Il eft né de mon fang cet augufte Louis »
Dont le cœur fans pareil , dont les faits inouis
Doivent tout l'Univers ranger fous ton Empire.
PAPES.
Encore Jean XV*. 8. ans & demi du-
rant ce régne.
Grégoire V. élu le 13. Juin 996. S.
— T Ouïs n'eut pas fi -tôt les yeux
9°7* t a fermés , que Hugues Capet dé-
clara ouvertement fa prétention pour
la Couronne. Il ne reftoit delà race Car-
iovingienne que Charles Duc de Lor-
raine , qui d'abord s'adreffa à AdaU
fceron Archevêque de Reims , pour
fçavoir de quelle manière il fe devoit
gouverner pour fe faire élire. La ré-
ponfe que lui rit Adalberon eft fort
remarquable. " Il lui dit qu'il devoit
9 , voir les Grands de l'Etat -, qu'il
„ ne dépendoit pas de lui feul de
donner un Roi à la France , 8c que
c'étoit l'affaire du public , 8c non pas
} , d'un particulier. On ne voit point
dans l'Hiftoire les pourfuites qu'il fit
après ce bon avis : mais il eft certain
qu'il avoir pour ennemis jurés la Reine
Emme 8c tous fes amis, 8c le Clergé
5)
2. ans 8. mois dont quelques mois durant
ce régne.
8c les Eveques, qui faifoient le pre-
mier 8c le plus puilïant des deux Or-
dres de l'Etat : qu'outre cela il étoic
excommunié, 8c qu'à leur égard cette
cenfure le rendoit inhabile à porter
Couronne. D'ailleurs c'étoit un efprit
extrêmement incertain & variable : il
concevoit de grandes vifées , mais il
laifïbk toujours palfer le tems de l'exé-
cution, 8c fouvent ne prenoit fes ré-
futations qu'après coup : il fe mettoit
de tous les partis , 8c tous les partis
le rebutoient , ou s'en défioient , par-
ce qu'il traitoit toujours avec le con-
traire de celui qu'il avoit embrafle.
Tellement qu'encore qu'il eut beau-
coup de vaillance & de hardiefTe , il
avoit peu d'honneur 8c de réputation,
encore moins de fidèles conseillers 8c
de vrais amis. Ajoutez à cela , qu'il
N ij
987.
9 '3 7 .
100 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
s'éroit toujours éloigné de la Cour de fait en fa faveur : mais fon meilleur
droit, Se le plus inconteiîable, étoit le
confentem»nt général du peuple Fran- & mi
France , enforte que fes ennemis le
faifoient palTer pour Allemand , &
pour ennemi des François. Hugues
Capet au contraire demeuroit au mi-
lieu du Royaume : il étoit fage & pré-
voyant , confiant Se ferme dans fes
delfeins , puilîant , eftimé , honoré ,
ilfu de race Royale du côté paternel,
peuple
çois , avec le décret de la divine Pro-
vidence.
Depuis le jour qu'il eut été ficré, il
ne mit plus de Couronne fur fa tète
tout le refte de fa vie , quoique les
Rois eullent de coutume de la porter
987.
v.
& du côté maternel, (a) il y tenoit les grandes Fêtes , Se dans les céré-
la Duché de Bourgogne par Henri fon monies publiques : & il s'abftint de
frère -, celle de Normandie par le Duc cet honneur, parce que lui ayant été
Richard fon neveu ; Se celle de Fran- prédit par révélation divine , que fa
ce avec les Comtés de Paris Se d'Or- race tiendroit le Royaume durant fept
léans , par fes propres mains. Il avoir générations , il crut lui prolonger cet
grande quantité de riches vaifaux, en- avantage d'un degré , en ne portant
rr'autresGeofroyGrife-gonnelle,Com- pas lui-même les marques Royales,
te d'Anjou. D'ailleurs fa partie étoit afin de n'être p.is compté pour l'un
faite depuis long - tems : de forte des fept dégrés. Il ne fçavoit pas que
qu'ayant aillmblé des Evêques Se des ce nombre , dans le langage divin ,
Seigneurs dans la ville de Noyon , il fe lignifie l'étendue de tous les fiécles.
fit aifement élire Se proclamer Roi vers Incontinent après fon couronne-
la fin du mois de Juin. De même pas ment il tourna fes armes contre quel-
il alla à Reims prendre Fonction Se ques Villes Se quelques Seigneurs de
la Couronne par les mains de l'Ar- Champagne , qui refufoient de le re-
chevêque Adalberon , qui le facra le connoïtre : prit la ville de Laon , Se
troifiéme de Juillet. Pas un de tous courut jufqu'aux portes de Soiiîbns.
ceux qui fe trouèrent à Noyon Se à Vous remarquerez que depuis en-
cette cérémonie , ne reclama pour viron Charles le Simple , on compre-
Charles : au contraire , prefque rous noit fous le nom de Royaume de
donnèrent leur ferment par écrit, aufli- France celui de Neuftrie , celui d'A-
bien que de bouche , à fon ennemi. quitaine , Se celui de Bourgogne , au
Outre les raifons que nous avons moins la partie qui eft en deçà de la
marquées , on pourroit dire que ce Saône. Ainfi quand ces Rois fe fai-
pauvre Prince s'étoit deftitué lui-même foient facrer, il falloit qu'ils y appel-
en fe rendant étranger : Se que cet lailent les Seigneurs de tous ces trois
Etat ne pouvoit fouffrir un Chef qui Royaumes. Et c'étoit peut-être pour
fe fut rendu ValTal d'un autre Roi. cela que les premiers Rois Capétiens
Hugues put bien auiïi fe fervir du Tel- les ayant tous réunis fous un feul titre ,
rament, quel qu'il fut, du Roi Louis, prirent auffi le titre d'EMPEREims -, il
lu) Le Dante fait parier Hugues Capet dans le Chant
vingtième de fon Purgatoire : Figlivol fui d'un r>tccajo
Ai Puriei ) je fuis le fils d'un Boucher de Paris. ) Pour
fc venger de Charles de Valois , frere de Philippe le Bel ,
1 quel avoir chalTc de Florence la faciion dont ie Dante
leuoit le parti.
Ce qui porta principalement les Tair^ de- France à dé-
férer la Couroune à Hugues Cspi", c'.;l que par foi)
élection il rcuniflbit a la Royauté pluiîcurs Provinces
qui en aroient été démembrées. De forte que les Pairs
ont été les vrais Rcfhurateurs de la Monarchie , qui de-
puis a toujours pris accroiirement. Au reilc le Domaine
poflédé par les premiers Rois de cette race u'étoit pas
proprement le bien de la Couronne , mais le patrimoine
de la famille adoptée à la Royauté en la pçrjfoimc Je
Capet.
HUGUES CAPET, ROI XXXV.
101
on ne veut dire qu'ils le rirent pour
9^7' n e pas céder aux Rois de Germanie.
Mais depuis, foit par quelque traite,
ou par quelque considération qu'on
ne içait pas , ils l'ont abandonné , 8e
fe font contentés de celui de Roi ,
qui en effet efl plus doux 8e plus au-
gufte. <|
La même année Geofroy , dit Grife-
gonelle , Comte d'Anjou , finit fes
jours. Les fervices importans qu'il
avoit rendus à la France, obligèrent le
Roi Hugues à lui donner la charge
de Grand Sénéchal ou Dapifir , la-
quelle, outre l'Intendance de la Mai-
fon Royale , avoit auili le comman-
dement des Armées , &c faifoit tout
enfemble les fondions que la charge
de Connétable 8e celle de Grand-Maî-
tre de la Maifon du Roi ont fait fé-
parément. Mais comme les Comtes
d'Anjou devinrent trop grands Sei-
gneurs pour vouloir réfider à la Cour
du Roi , 8e qu'ils avoient la leur fort
magnifique , ils dédaignèrent l'exercice
ordinaire de cette Charge 9 8e fouf-
frirent que le Roi y commît quel- " —
ques Gentilshommes de fa Cour, à ?'*
condition toutefois que quiconque
l'exerceroit, la tiendroit d'eux en Fief,
les reconnoïtroit pour Suzerains , 8e
leur rendroit de certains devoirs. Ils
fe réferverent , outre cela , le pouvoir
de fervir aux Tables 8e Couronne-
mens des Rois 8e des Reines , 8e de
commander dans leurs armées quand
il leur plairoit de s'y trouver. Foul-
ques lurnommé Nerra, fils de Grife-
gonelle , fut fon fuccefïeur.
Hugues Capet, fix mois après fon 988.
facre , délirant avoir de l'appui , im-
pétra d'une AlTemblée des Seigneurs
François, qui fe tint à Orléans, que
fon fils nommé Robert lui feroit af-
focié à la Royauté. Il fut facré dans
cette racine Ville le premier jour de
Janvier 988. Mais peut-être que le
père fe repentit de s'être donné fi-tôt
un Collègue : car l'hirtoîre marque
en peu de mots, que ce jeune Prince
lui caufa bien des peines 8e des fâ-
cheries : elle ne dit pas en quoi.
HUGUES CAPET
&
ROBERT fon fils , âgé d'environ 1 6. ans.
5)88.
IL eft à préfumer que le Prince Char-
les ne manqua pas de fe préfenter
pour demander la Couronne •, mais
étant venu trop tard , il fut rejette
des François : &e alors il eut recours
aux armes pour revendiquer fon droit
prétendu. Dans ce tems-là la Reine
Emme fe tira d'entre fes mains •, mais
fe trouva fi pauvre 8e fi abandonnée,
qu'à peine avoit-elle un Valet pour
la fervir. Ancelin Adalberon , Evêque
de Laon, fortit aufli de la prifon où
il le dérenoit : je ne fçai pas fi ce fut
par adrelTe , ou par quelque accom-
modement.
Il n'y avoit de tous les Seigneurs du
Royaume qu'Arnoul Comte de Flan-
dres , Se Hébert Comte de Champa-
gne , père de la femme de Charles,
qui le fecondafient dans fon deflein.
Capet fut le premier qui attaqua
le Flamand , 8e lui enleva tout le pays
d'Artois , 8e plufieurs Places fur la
rivière du Lis ; de forte que ce Comte
102
ABREGE CHRONOLOGIQUE
?S8.
ne fe trouvant pas en fureté en fon
pays même , le réfugia en Normandie
vers le Duc Richard. Ce Prince n'a-
voit pas trop fujet de l'aimer ; car ion
ayeui avoir tait alïalliner
Guillaume
le bon Duc
avoir fait
fon père-, il lui
cruellement la guerre à lui-même ,
ôc incité le Roi Lotaire à te per-
dre-, mais fon jufte relfentiment céda
Après cela il fe rendit le maître de
Reims ôc de Soilfons -, mais comme il
biffa refroidir la chaleur du bon fuc-
cès , peu de gens fe déclarèrent pour lui.
Le cinquième de Janvier de cette
ann e 9S9. Adalberon Archevêque de
Reims mourut. Hugues Capet qui
avoit grand intérêt ^ tirer à fon parti
Arnoul frère bâtard du Duc Charles ,
à l'intérêt de îa propre confervation. lui donna cet Archevêché , ayant au-
II jugea qu'il étoit dangereux d'accou- paravant pris fon ferment par écrit,
tumer le nouveau Roi à dépouiller qu'il lui ieroit fidèle. Vers ce tems-là
les Princes du Royaume : ôc dans cette Brunon Evêque de Langres moyenna
vue il reçut le Comte fous fa pro- quelque furféance entre Capet 8c Char-
tection , Ôc employa puilïamment fon les : Ôc ce dernier donna Guy Comte
interceflion envers Capet , pour ob- de Soiffons ôc Gilbert Comte de Bour-
tenir fa paix ôc la reltitution de {qs gogne en otage pour fureté de fa paro-
Places , moyennant l'hommage qu'Ar- fe. Il la viola néanmoins bien tôt après :
noul en rendit aux deux Rois. Après car Arnoul ayant été fix mois dans
cet accord Hébert Comte de Cham-
pagne n'ofa plus agir pour fon gen-
dre que couvertement.
Le Duc Charles avoit un frère bâ-
tard nommé Arnoul, qui étoit Clerc
dans l'Eglife de Laon : par fon moyen
il fe refaiiît de la Ville ôc de l'Evê-
AJaibcron. que Ancelin Auberon. * Cet Ancelin
étoit un homme de belles-lettres , ôc
de grandes intrigues , vieux Courti-
fan , ôc fort adroit , mais fans con-
fctence Se fans foi : de forte qu'encore
qu'il fut ennemi mortel de Charles ,
néanmoins pour racheter fa liberté il
feignit de fe donner entièrement à
lui. Il n'y eut pas été long-tems, qu'il
gagna l'efprit de ce malheureux Prin-
ce, &c s'en rendit fi bien maître , qu'il
le fit chef de (on Confeil, fans avoir
égard à cette maxime, qu'il ne faut ja-
mais fe fier à un ennemi réconcilié.
Le nouveau Roi fçachant que Char-
les étoit dans Laon, vint aulli-tôt l'y
nfliéger, réfoîu de l'avoir par famine.
Dans la longueur du fiçge , comme
fes gens ne fe tenoient pas allez fur
leurs gardes , Charles fit une grande
fortie, les mit en déroute, brûla leurs
Jogemens , ôc les força de fe retirer.
Reims, il advint qu'un Prêtre nommé
Adalger livra la Ville à ManàlTés ôc à
Roger Comtes de Retel ôc de Châ-
teau-Porcien , amis de Charles. On
crut que cette entreprife s'étoit faite
de concert avec l'Archevêque -, néan-
moins il le dénia toujours , Ôc demeura
prifonnier à Laon entre les mains de
Charles, foit tout de bon ou par fein-
te. Mais à quelques mois de là il
leva le mafque , ôc fe joignit pour lors
ouvertement avec lui , qui afiiégeoit
Montaigu près de Laon , ôc ravageoit
les contrées du Soiflonnois.
Les deux Rois étoient pour lors en"
Poitou. Guillaume III. Comte de ce
pays-là ôc Duc d'Aquitaine refufoit de
les reconnoître , quoiqu'il fut oncle
maternel de Robert, ôc aceufoit hau-
tement les François de perfidie , ôc
d avoir abandonné le fang de Char-
lemagne. Ils marchèrent donc de ce
côté-là pour le contraindre à Tobéif-
fance , ôc afiiegerenr Poiriers. Il les
repouUa vertement , 6v les pour fui vit
jufqifà la Loire. Il y eut là une ùn~
glanre mêlée , dont l'avantage enfin
demeura aux Capétiens. Néanmoins
Guillaume fut encore quelques annpej
938.
989.
990.
5>95
HUGUES CAPET, ROI XXXV. ïôj
fans vouloir reconnoître les nouveaux bert. Il devint fi fçavant pour ce tems —
991. Rois. là, particulièrement dans les Mathé- 9? z
L'année d'après ce Duc fit la guerre manques , qu'il donna lieu aux igno-
au Comte d'Anjou , pour le Mireba- rans de croire qu'il étoit Magicien ,
lais 8c le Loudunois, 8c le malmena 8c d'en faire d'horribles contes,
fi fort , qu'à la tin il le contraignit de L'an 99 3. Guillaume III. Ducd'Aqui-"
le reconnoître , 8c de tenir ces terres taine fit enfin fa paix avec les deux
de lui. Rois , 8c reconnut tenir les terres d'eux.
Au retour de Poitou Arnoul Ar- Mais un autre Guillaume Duc des
chevêque de Reims fe réconcilia avec Gafcons fe conferva toujours indépen-
les Rois , 8c abandonna fon frère dont dant. C'eft lui qui gagna une mérao-
le parti s'affoiblifToit. rable bataille fur une flotte de Nor-
II vivoit néanmoins en toute fécu- mands qui étoit defeendue en Gafco-
rite dans Laon, 8c avoit une entière gne vers la fin de ce fiécle. Il crut
confiance à Ancelin : le Roi Hugues avoir obtenu cet avantage par l'inter-
trouva moyen de gagner ce traître : ceflîon de faint Sever , lequel on di-
tellement que comme un autre Ju- foit avoir été vu ce jour -là fur un
das, la nuit du Jeudi-Saint il lui ou- Cheval blanc avec des armes luifantes
vrir les portes, 8c lui livra ce malheu- combattant contre les Barbares. En re-
reux Prince 8c fa femme. Hugues les connoirfance il mit fa Duché fous la
fit emmener prifonniers à Senlis , 8c protection de ce glorieux Martyr , 8c
de-là à Orléans , où ils furent enfer- édifia une Eglife 8c une Abbaye Fur fon
( mes dans une Tour, 8c bien gardés. tombeau •■> autour duquel il s'eft bâti la
9 u 2# L'Archevêque Arnoul fut auili pris Ville qu'on nomme iàint Sever Cap de
avec eux: il y étoit revenu, 8c avoit Gafcogne.
quitté le parti de Hugues pour la fe- Il eft certain que la couronne
conde fois. Aufli les Evêques de Fran- n'ayant prefque plus rien en propre
ce aflemblés en Concile dans l'Eglife que la ville de Laon , Capet y rejoi-
de Saint Bafle de Reims , à la requê- gnit les Comtés de Paris &c d'Or-
te de Capet, lui firent fon Procès & leans , & la Duché de France , qui
le condamnèrent comme un parjure , contenoir tous les pays qui font entre la
8c qui avoit faufTé fa foi. Ils le con- Loire &c la Seine,
traignirent de leur préfenter une re- Les grands du Royaume croyoient
quête pour être mis en pénitence, 8c que Capet dût fourfrir tous leurs at-
pour abdiquer l'Archevêché , comme tentais , parce qu'ils lui avoient mis
Ebbon avoit fait autrefois. Sur cette la couronne fur la tête : fa patience
requête ils le dégradèrent ; puis le Roi & fon courage , qu'il exerçoit diver-
l'envoya prifonnier à Orléans tenir fement félon les occafions , les em-
compagnie à Charles fon frère. péchèrent de s'échapper jufqu'à l'ex-
Gerbert Moine de faint Benoît fut tremité , 8c le maintinrent dans le
clû en fa place. Il avoit été élevé dans Thrône.
l'Abbaye d'Orillac en Auvergne , de- Un Adelbert Comte de la Mar-
ia il étoiepaifé en Efpagne, où il avoit che 8c de Perigord étoit un des plus
vu tout ce qu'il y avoit de plus doc- mauvais , 8c s'entremêloit de toutes
tes maîtres parmi les Mores; enfuite les querelles. Foulques Nerra Comte
Othon I. l'avoit fait Abbé de Bobie d'Anjou avoit quelque prétention fur
en Lombardie, puis il avoit été pré- la Ville de Tours, il l'aiîiégea en fa fa-
cepteur d'Othon III. 8c du Roi Ro- veur. Le Rot lui envoya commandes
104 ABREGE CHRONOLOGIQUE
de s'en défifter ; Adelbert refufa hau- Siège , qu'à caufe qu'il avoit témoi-
993* tement d'obéir j 8c comme il lui fit gné de la répugnance pour l'élection ~ %?$'
demander, Qui vous a donc fait Comte; de Capet , 8c réfifté forcement, quoi- V '
il répondit inlolemment , Ceux-là me- qu'inutilement , à laflèmblée de S.
me qui vous ont fait Roi. Après cela il Balle,
continua le liège 8c prit la Ville. Hugues s'en plaignit , s'en deffen-r
L'année 993. fut mémorable parla dit, tint ferme quelque tems contre
mort de Conrad Roi de Bourgogne , cette entreprife : mais api.ès tout il
de GuHlaume III. Duc d'Aquitaine, fallut qu'une Royauté naiilante pliât
d'Arnaud Manfer Comte d'Angoulê- fous cet ordre ablolu , de peur de fe
me , & de Hébert Comte de Meaux voir renverfer. Le Concile fe tint à
8c de Troyes. Conrad lailfa fes Etats Reims , il dépofa Gerbert , 8c remiç
à fon fils Rodolphe III. dit le Fai- Arnoul dans Ion liège après trois ans
néant ; Guillaume les liens aufli à fon de prifon. Gerbert fe retira vers fon
fils de même nom que lui , furnommé difciple le Roi Othon III. qui lui
Fierabras ; Arnaud les liens à Guillau- donna l'Archevêché de Ravenne :
me Taillefer. Et le quatrième mourant d'où quelques années après il l'éleva
tans enfans , tailla les deux Comtés à au fouverain Pontificat.
Eudes fon frère , qui avoir déjà cel- L'an 994. l'infortuné Charles mou- Z7~,
les de Chartres 8c de Tours. Il fut le rut en prifon à Orléans. On ne dit
premier qui s'intitula Comte de Cham- pointée que devint fa femme, mais
pagne. Guillaume IV. du nom Com- on trouve dans quelques Chroniques ,
te de Touloufe , 8c Comte d'Arles , fe qu'il lailfa deux fils , Othon , & Louis,
fit Moine, 8c fon fils Guillaume V. lui 8c deux filles, Gerberge 8c Hermen-
luccéda. garde. Tous les enfuis fe retirèrent
Après la mort du Comte de Poitou, vers l'Empereur Othon III. L'aîné , di-
fon fils encore jeune vit tous fes Etats fent- elles , polféda la Duché de la baf-
en combuftion , par la rébellion de plu- fe Lorraine quelques années , 8c mou-
licius de fes valfaux , principalement rut fans lignée. On ne parle point de
d'Adeibert qui allïégca Poitiers , 8c l'autre. On verra ci-après à qui les fil-
fit plusieurs autres entreprifes. Mais les furent mariées,
enfin ce factieux attrapa ce que méri- Le Roi Hugues auffi- bien que Pè-
tent fes femblables : il fut tué au fiége pin , 8c tous les Princes qui s'érablillent
d'un petit Château. Bofon frère de fon à nouveau titre fur des peuples qui ne
père lui fuccéda en fes Seigneuries. font pas tout-à-fait barbares , tint une
Le Pape ne pouvoir foufrrir qu'on conduite pleine de jultice , de fagelle
v, qj" eut dépofé l'Archevêque Arnoul lans 8c de modération. U fut parfairement
'' fon autorité ; ce que les Evêques c!e religieux , dévot , 8c proreéteur de
Fiance croyoient pourtant être de leur l'Eglife 8c des Eccléiîr.uSques , fe dé-
pouvoir. Il prit donc cette affaire à chargea de toutes les Abbayes qu'il te-
cœur , e);.com!minialesEvêquesquis'é- noit, 8c rendit le droit d'élection au
toient trouves à hiifcmbiée de S. Baf- Clergé 8c aux Monaftéres.
le, 8c dépêcha l'Abbé Léon en Fran- A fon exemple les Seigneurs qui poffe-
ce , avec ordre aux Prélats d'adembkr doient des biens dE^life, comme leur
un Concile po*»| cette affaire, 8c à patrimoine, n n n-JevlcT/en f les rendirent,
Seguin Archevêque de Sens , d'y re- mais pour refinition de leurs injufus
prefenter fa perfor.ne. Il le choilit , jouifjances , fondèrent encore plujieur's
îant parce qu'il C\: difoir i.égat du S. Monajléres 3 & les peuplèrent de Moines
réformés t
HUGUES CAPET, ROI XXXV. 105
— — — • réformes , (a) qui certes riétoient pas tout- La révolte de Guillaume Comte de '
995- à-fait Jî bons &fî défïnterejjés y qua- Gifors, fon frère bâtard, fut aufiî étouffée ?;><>■
voient été les premiers. en peu de jours. Comme il couroit la
Mais j c ne fçai quel nom il faut don- Province avec quelques troupes de
ner à cette dévotion ambiguë de plujîeurs brigands , Raoul Comte d'Evreux , on-
Seigneurs de ce tems-là ,qui fondaient cle du Duc, l'enveloppa, Se le fit pri-
des Abbayes & des Eglijes , G- en rete- fonnier. Après qu'il eut demeuré cinq
noient l entière difpojition. Car Us pre- ans enfermé dans le Château de Rouen,
noient les oblations & ojfrandes , & les il trouva moyen de fe fauver , & s'alla
droits des Autels & des Cimetierres , les cacher dans le fort des bois , où le Duc
vendoient , les échangeaient , & les don- avoit accoutumé de chalfer. Il prit iï
noient à ferme , comme fi c'eût été un bien bien fon tems , qu'un jour il alla fe jec-
héreditaire & patrimonial, ter à (es pieds tout hâve & défiguré,
" L'année que l'on comptoit 996. Ri- & lui demanda fi humblement pardon,
W ' chard furnommé fans Peur 6c l'ancien, que le Duc le lui accorda les larmes
Duc de Normandie , acheva fes jours aux yeux.
en fon Palais de Felcamp , où il avoir Richard entr'autres enfans avoit trois
bâti une magnifique Abbaye , & fut fils , Richard II. qui lui fuccéda , Ro-
enterré devant le portail de l'Eglife du beit Archevêque de Rouen , Comte
même lieu: Il étoit âgé de 64. ans, d'Evreux, qui fe maria nonobftant fon
dont il en avoit régné 54. Son fils Ri- caractère-, & Mauger Comte de Cor-
chard II. lui fuccéda. _ beil , père de Guillaume Comte de
Ce Prince eut deux grandes affai- Mortain.
res les premières années de fa domina- Il y avoit pour lors une fanglante
tion : les Ducs de Normandie , &c à guerre en Bretagne : Hoel Comte de
leur exemple les Seigneurs du pays, Nantes, qui prétendoit être Duc fou-
s'étoient faifis de tous les bois , pâtis , verain comme étant fils d'Alain Barbe-
& eaux du Duché , pour entretenir le torte , attaqua Conan Comte de Nan-
plaifir de la pêche 6c de la chaffe : les tes pour le réduire fous fa" domination \
payfans dépouillés de leurs ufages , & mais après quelques combats il le fit
n'ayant plus aucune commodité pour tuer par un fien Gentilhomme, & em-
leur chauffage, ni pour la nourriture poifonner Guerec fon frère par He-
de leurs befuaux , le fouleverent , fe fi- roye Abbé de Redon. Hoel avoit un fils
rent des chefs , & s'efforcèrent d'attirer naturel nommé Judicael , lequel s'étant
les villes dans leur parti. Richard cou- adrellé à Foulques Nerra Comte d'An-
rant éteindre ce feu qui alloit embra- jou , ennemi de Conan , affembla tant
fer toute la Province, fit monter la No- de combattans de toutes les Provinces
blelTe à cheval, fe faille de quelques- voiiines , qu'il fe ttouva affez fort pour
uns des chefs, & leur fit couper les pieds le chercher , & lui donna deux fois ba-
& les mains, puis les renvoya en cet taille dans les Landes de Conquereux.
itat à leurs compagnons. Cette terri- Dans la première les deux enfans de
ble punition épouvanta fi fort les pay- Conan demeurèrent morts furlapir.ee :
fans qui s'étoient alïèmblés en divers dans la féconde toute fon armée fut
endroits, qu'ils fe fépaterent auffi-tôt , raillée en pièces , lui blefle au bras &
& retournèrent à leur labourage. fait prifonnier. Cette querelle dura
(a) Au lieu de ce qui fuir , il y avoit dans 1 édition de 16CS. qui -certes étoient beaucoup moins bons .&
plus interciTés que u'avoient été les premiers.
Tom& //. O
106 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
9 C M
— ~ jufqu'à ce que Conan ayant époufé en fainte ligue , qui donna exemple dans —
99 lecondes noces Havoiie fœur de Ri- les autres Provinces d'en faire autant. 994*
chard II. Duc de Normandie , tira de Ce fut aujji dans cejiécle que les Pe-
grandes forces de ce pays-là , avec lel- lerinages de la Terre-Sainte je rendirent
quelles il vint à bouc de Judicael , Oc tres-jréquens ; /entends parmi les SI: u-
demeura Duc de Bretagne. tiers , car les Moines & les Eccléjùijli-
En ces années -là ce feu facré que ques voyageoient aux Lieux Saints dès
l'on nommoit le mal des Ardens, ëc le tems du Roi Clovis.
qui avoir déjà une autrefois fait de Depuis fon couronnement Hugues
grands ravages, fe ralluma &: tourmen- Capet faifoit ordinairement fa réfiden- 99 6,
ta cruellement la France particulière- ce à Paris. Cette année 996. il y fut
ment durant deux fiécles. Il prenoit attaqué d'une maladie qui mit fin à-fes
tou: à coup & brûioit les entrailles , ou jours , le vingt-neuvième d'Août, ou
quelqu'autre partie du corps , qui ielon d'autres le vingt-deuxième de
çomboit par pièces. Bienheureux qui en Novembre, étant âgé d'environ cin-
étoit quite pour un bras ou pour une quante-cinq ans , donc il en avoit ré-
jambe. Ce fîeau fut caufe qu'il fe fit gnéneuf& quelques mois. Il fut en-
de grandes donations aux Saints de qui terré à S. Denis. S'il époufa Blanche
on croyoit avoir reflenti le fecours veuve de Louis dernier Roi Car-
dans ces horribles douleurs : comme lovingien, comme écrivent quelques
aulli de fréquentes fondations d'Hôpi- auteurs , il n'en eut point d'entans t
pitaux pour ceux qui en étoient at- mais de fa première femme , qui fut
teints. Adeleïde , fille s félon quelques-uns ,
Cette playe l'an 994. emporta dans de Guillaume II. Duc d'Aquitaine , il
l'Aquitaine , l'Angoumois , le Péri- eut un fils unique nommé Robert , Se
gord & le Limoufin , plus de 40000. trois filles , Hadvige ou Avoye , Ade-
per fonnes en peu de jours j mais elle leïde & Gifelle. Hadvige fut femme
eaufa au moins ce bien , que les Grands de Renier II. Comte de Mons en Hay-
qui troubloient ces Provinces par leurs naut , Adeleïde de Renaud I. Comte
guerres particulières , redoutant l'ire de Nevers , & Gifelle de Hugues I.
de Dieu , firent un ferment folemnel Comte de Pontieu , auquel elle porta
entr'eux de garder juftice à leurs fu- la Seigneurie d'Abbeville en mariage.
jecs , & formèrent pour cet effet une
%0 7
A D E L E I D E
I. FEMME
DE HUGUES CAPET.
Par d'illuftres effets dont l'ardeur fut extrême
LaifTés par cette Reine à la poftérité ,
Et par les lieux dévots fondés par elle-même,
L'on juge de fon zélé & de fa charité.
S'I l eft vrai , comme Gaguin ôc luftre famille, fans la fpécifier *, 6c la
Guillaume de Malmesbery l'ont Chronique de S. Pierre le vif de Sens ,
écrit , que Hugues Capet époufa une dit qu'elle venoit du lang de Charle-
fœur du Roi d'Angleterre , ce ne peut magne , ce qui conviendroit bien ,
avoir été qu'en fécondes noces ; car il car Lofaire d'Italie en étoit defcendu
eft conitant que Robert qui étoit âgé au cinquième degré. Il y a apparence
de près de trente ans quand Capet mou- qu'elle mourut avant fon mari , & fi
rut , appelle Adeîeide famere en plu- cela étoit , il pourroit bien après fon
fieurs Chartres qui concernent l'Abbaye décès avoir pris Blanche ou Blandine
de S. Denis. Cette Princefie n'était veuve de Louis le Fainéant. On tient
pas fille de l'Empereur Othon I. au- qu'elle fonda le Monaftére de S. Fram-
trement Opet eut époufé la nièce de baud à Senlis , & qu'elle rétablit celui
fa merç Hadvide ou Avoye , laquelle des filles qui étoit d Argenteuil près de
étoit foeur de cet Othon , ce qui n'eut Paris ; il y en a qui eroyent qu'elle fit
pas été bien reçu en ce rems-là , où les aulïi bâtir la maiion & l'Eglife des filles
mariages au degré défendu éroient fans Pénitentes à Paris , & que c'eft elle dont
remiiîion calfés par les Evêques, l'Egli- on voit le portrait fur la porte. Elle
fe n'étant pas alors li indulgente pour eut quatre enfans , un fils nommé Ro-
donner des difpenfes comme elle l'eft bert qui régna , trois filles , Hadvide
à préient. Mais je crois qu'elle étoit ou Avoye mariée à Régnier fécond ,
fceur d'Emme femme du Roi de Fran- dit le Jeune , Comte de Mons en Hay-
ce Lotaiie , &c fille d'un autre Lotai- naut , Adele'ide ou Alix donnée à Re-
re Roi d'Italie , allié avec cette Ade- naud Comte de Nevers , laquelle fon-
leïde , qui en fécondes noces époufa da l'Abbaye de Grifenon , & le Prieurç
l'Empereur Othon , ou du moins fille de la Fetté - fur-Yerre. Quelques-uns
d'Aide fœur de ce Lotaire d'Italie, ajoutent Gifelle ou Gille , ou Gillette s
mariée au Prince Alberique , qui eut ( ces trois noms ne font qu'un ) qui fut
grand pouvoir en ce pays-là. Hilgaud donné à Hugues Comte de Pontieu ,
nous aiïlire qu'elle étoit iiïue d'une il- avec le Château d'Abbeville , que Ca--
O ij
io8 ABREGE CHRONOLOGIQUE
pet n'étant encore que Duc ou Prince pour la réformation des Eccléfiaftiques T
des François , avoir tait bâtir pour ar- & qui fe plaifoit ordinairement dans fa
rêter les courfes des barbares du Sep- eonverfation. Au rcfte bien que notre
tentrion , &c qu'il donna en garde à vertueufe Princefle ait véritablement
ce Hugues dont la fidélité 6c la vigi- enrichi les Eglifes , 6c beaucoup fait
lance lui étoient bien connues; mais de biens aux Eccléfiaftiques , ils en ont
peut-être qu'elle n'étoit pas légitime , été fi peu reconnoitfans , qu'ils n'ont
non plus que Gauflin qui fut Abbé de rien écrit ni de la durée de fa vie , ni
Fleury, 6c depuis Archevêque de Bout- de fes actions , ni de fa mort , ni de
ges , Prélat confommé en fcience & fa fépulture : mais puifque Capet eft
partait en vertus, à caufe de quoi il enterré à S. Denis , il eft à croire qu'el-
fur en grande eftime auprès du bon Roi le doit repofer au même lieu.
Robert , qui fe fervk de fon confeil
— — — «»»^»™»W«I«III1,<1PCT
SECONDE FEMME
D E
HUGUES CAPET.
Cette Reine fans nom n'a fait ni mal ni bien >
Puifqu'on ne peut fçavoir ni (on tems ni fon âge ;
Et je laifle aux Graveurs à parler du vifage ,
Car pour fes actions l'hiftoire n'en dit rien.
CElie-ci ett la féconde femme la Confirmation. En outre le même
de Capet , je n'en fçai point le nom étant en plufieurs façons changé
nom; je n'oferois pas même vous af- ou par les dialectes , ou par les langues
furer qu'il ait eu deux femmes, de peut- différentes , on s'imagineroit d'abord
être que les deux portraits qu'on en a d'en voir plulieurs. Ainii ce nom de
ne font que d'une même perfonne : Clovis étoit par les Allemands Occi-
étant aiFez ordinaire que deux Peintres dentaux, d\t Luduin , par les Orientaux
ou Sculpteurs falTent deux portraits Clothovéc , par les Gaulois imitant les
tort ditîérens fur un même viiage. Ce Allemands Clovis , par les Romains
qui auroit encore caufé cette erreur, CLodoveus , & par quelqu'autres Ludo-
feroit la diverlité des noms : car il faut vicus , ou Clodovicus. Il y a pour troi-
que vous fçachiez que fou vent une fiéme raifon de ces multiplicités de
perfonneavoit deux noms, même trois, noms l'imprudente vanité des auteurs ,
celui de fon père ou de fa mère, celui lefquels voulant paroître fçavans ou
de quelqu'autre parent, le (ien ,6c quel- obliger leur nation , ont change les
quefois celui qu'on leur donnoit dans ne ms non-feulement en leur pronon-
I K FEMME DE C A P - E T. 109
ciatioh , mais encore en leur fignifica- l'autre , ôc qu'il falloir le plus fouvent
tion. Car il n'y a point de nom propre deviner. Ct.it pourquoi les Moines , ôc
qui ne lignifie quelque choie , bien d'ordinaire les ignorans ( car ceux qui
qu'aujourd'hui nous en ayons perdu la fçavoient quelque choie , vouloienc
lignification. Charles lignifie magnani- être auteurs ôc non copiftesj copiant
me y Berthe luïfante s Marcomir excel- tous les livres changeoient quelques
lent pur dejjus , Ôc qui les auroit recon- lettres chacun à fa mode. Ainli en co-
nus ii quelqu'un s'étoit avifé de dire piant le nom de la première femme du
en latin magnanimus ôc prœeminens ? Roi Robert fils de Capet , laquelle avoit
comme un autre s'eft avifé de dire Fui- nom Rofule , quelqu'un a deviné Bo-
gida pour Berthe , ôc comme un auteur fale changeant l'R en B ôc l'V en A ,
vrayement fçavant de notre fiécle a écrit un autre fur Bofale a copié Botile chan-
Jntcramnis pour Entrague , Scarenver- géant l'S en T Ôc l'A en I , & peut-être
fé de forte toute la connoitïance des un troifiéme au lieu de Botile tranf-
lieux ôc des perfonnes , qu'en lifant crivit Batilde. Voyez comme ce nom a.
chez lui l'Hiftoire de France écrite en été déguifé, après cela le reconnoîtriez-
latin , vous penfez être en unpaysnou- vous bien ? J'ai été obligé de faire cet-
vellementdecouvert& inconnu. Laqua- te digreffion pour défabufer les igno-
rriéme raifon de ces variations efU'igno- r-ans , q.ui peniant qu'Adèle ôc Adeleï-
rance des Copiftes. On écrivoit comme de foient deux, noms difTérens , ôc ne-
vous fçavez autrefois en caractère que le trouvant pas celui de la féconde fem-
vulgaire appelle fauflèment Gotique > me de Capet l'ont appellée Adeleïde,
* Le vrai * dont les lettres étoient fort fembla- Je ne ne vous dirai pas {on nom ni qui;
««aère Go- blés entr'elles , tellement que l'on en elle fut , fi ce n'étoit Blanche veuve du.^
hiln* Sm- pouvoit prendre facilement l'une pour feu Roi Louis.
blable de ce-
pelle ainlî. — . — , — — — . — — ! — '
MŒURS ET COUTUMES
des François,
CE nouveau régne des Capétiens Marche d'Efpagne, ôc le Comte d'An-
ayant caufé de grands changemens jou fur les frontières de Bretagne. Ce-
dans le gouvernement de la France , il Lui-ci relevoit du Duché de France, c'eft
eft bon de remarquer en quel état les pourquoi il ne fut pas mis au rang des
chofes fe trouvoienr , ôc de quelle ma- Pairs , quand on en fixa le nombre x
niere on vivoit en ces tems-là. douze -, pour le Duc de Bretagne il re-
Entre un très-grand nombre de Sei- levoit alors de celui de Normandie,
gneurs qui jouilïbient des droits réga- Je ne parle point des Etats quife for-
liens , les huit plus considérables étoient merent dans le Royaume de Lorraine -,
les Ducs de Bourgogne , de Norman- entr'autres les deux Duchés qui por~
die , d'Aquitaine ôc de Gafcogne , les toient ce nom , fçavoir la haute ou Mo-
Comtes de Flandres , de Champagne , £ellanique,quile retient encore aujour-
ôc de Touloufe ; ce dernier étoit auili d'hui , & labalîè qui ell le Brabant ôc
Duc de Septimanie ôc Marquis de Go- le Lethric } ni de ceux qui fe firent da
tfcùe i le Comte de Barcelonne dans la débris du Royaume d'Arles y comme la.
na
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Comté de Bourgogne, celles de Vien-
nois ou Dauphiné , Se de Provence j ni
de celles de la haute Bourgogne , en-
tr'autres les Comtés de Maunenne 6c
de Savoye , depuis jointes enfemble ;
les Duchés de Zennghen 6c d'Allema-
gne , 6c pluheurs autres , parce que ces
pays netoient pas de la France , mais
relevoient des Empereursd'Allemagne.,
qui étoient titulaires de ces deux Royau-
mes-là.
Tous ces Seigneurs en avaient gran-
de quantité d'autres fous eux qui tran-
choient auiîî du fouverain. Et tous fe
faifoienr la guerre de leur autorité pri-
vée pour leurs propres injures 6c difrc-
xends. Les vaiïaux 6c les parens étoient
engagés dans la querelle : mais les der-
niers pouvoient déclarer qu'Us n'en-
tendoient point en être.
Les Eglifes fe dérendoient 6c atta-
quoient avec leurs valTaux 6c leurs hom-
mes , auili-bien que les féculiers. Elles
donnoient aufli des Champions pour
débattre leur caule , quand un juge-
ment ou une convention le portoit
ainli.
Les vaiïaux 6c les fujets de chaque
Seigneur n'étoient obligés de s'armer
que pour lui : il les menoit au fervice
du Souverain quand il y étoa: mandé.
Ces défordres qui pourtant avoient un
ordre certain, durèrent jufquà ce que
les Rois devenus plus puiflans attirè-
rent la connoiiîances de ces différends
à leur Cour 8è Jurifdictton , puis dé-
fendirent tout-d-fait ces guerres par-
ticulières.
Il elt allez probable que Hugues Ca-
f>et pour affermir fa nouvelle Royauté ,
ailla les Villes , Terres , Charges 6c
Provinces à ceux qui ks avoient ulur-
pées , 6c qu'eux firent le même à leurs
valTaux , 6c ceux-là à leurs arrière vaf-
fanx ou vavalîcurs. Mais Pinititution
des fiefs, qu'autrement ils nommoient
honneurs , eft plus ancienne que lui :
cat quoi qu'en veuille dire un judicieux
auteur qui a traite cette matière , ce
n'ell autre chofe que les Bénéfices ou
terres données à condition de fervice ,
ainfi que le porte le mot de Fe-ode. On
y a depuis , 6c par fuccetlion de tems ,
attaché diverfes cond îtions -, & le Royau-
me de France a été tenu plus de trois
cens ans durant félon leurs loix , fe
gouvernant comme un grand fief , plu-
tôt que comme une Monarchie.
Quand il s'agilloit d'une querelle
particulière du Roi , il ne pouvoit fai-
re armer que les vaiïaux 6c fujets de les
terres : mais quand il y alloit du falut
de l'Etat 6c de l'honneur de la nation ,
il mandoit tous les Seigneurs du Royau-
me. A fon ordre ils faifoient marcher
leurs valTaux, 6c ceux-là menoient ceux
qui relevoient d'eux. Tout cela enfem-
ble faifoit des armées épouventables :
mais à la rigueur , ils ne dévoient que
quarante jours de fervice , du jour que
l'O/^c'eft-à-dire l'armée, étoitalïemblée.
Les grands fiels étoient \qs Duchés
6c Comtés ; après ceux-là venoient les
Châ te lien ies , 6c les fiefs de Haubert.
Les titres de Duc & de Comte fe confon-
ooient durant le dixième 6c l'onzième
fiécle y 6c tel Seigneur avoit une Duché
qui ne s'appelloit que Comte j par
exemple les Comtes de Touloufe 6c de
Poitou , quoique ce premier fût Duc de
Septimanie , 6c le fécond Duc de Guyen-
ne. Le titre de Marquis n'étoit pas at-
taché à un fief , mais à l'emploi de gar-
der les marches d'un Royaume. Ainiî
il y avoit des Ducs Marquis ou Mar-
chés , 6c des Comtes Marquis.
Les Seigneurs qui avoient droit de
régale, accordoient des communes aux
Villes, battoient monnoye, donnoient
grâce , jugeoient les crimes lans appïl ,
6c même ks caufes civiles , li elles
n'étoient de très-grande importance.
Ils ne lailfoient élire perionne aux Evc-
chés ni aux Abbayes de leurs terres fans
leur recommandation , ou du moins
fans leur contentement. Ils avoient tous
MŒURS DES FRANÇOIS. nr
des Bailiifs 6c Sénéchaux qui ne recon- penchoit tantôt d'un côté , tantôt de
noiltbient qu'eux , 6c qui levoient leurs l'autre.
tailles & revenus, comme laifoient ceux Chaque Seigneur bâtifïbit des Châ-
du Roi. Ils nommoient les habitans de teaux 6c des rortereftes fur (es terres ,
leurs terres leurs iujets , auiîi-bien que la plupart fur la croupe des montagnes,
lui -, 6c il n'avoit point de droit d'y éca- Avec ces places les injuftcs 6c brigands
blir des Coutumes ni des Loix, que de fe faifiiîoient des pal-Iages , des rivie-
leur agrément , fice n'étoit que l'alïem- res , des bois 6c des montagnes , gour-
biée générale , qu'on nomma Parle- mandoient les marchands , exigeoient
ment, ne l'eût ainfi ordonné. de rudes tributs, 6c établirent des
Quand ils avoient commis quelque coutumes quelquefois extravagantes ,
faute , ou qu'ils tourmentoient mjulte- quelquefois brutales 6c vilaines. Mais
menr leurs voifinsqui avoient recours d'autre côté il fe trouvoit des Çheva-
à la juftice du Roi, il les faifoit ajour- lieis allez généreux qui attaquoientces
ner en fa Cour par leurs Pairs ou gens petits tyrans , 6c les forçoient par les
de même dignité : mais depuis les Rois armes à réparer les torts. C'eft fur cela
s'étant accrus en puilîance le difpenfe- que les Romanciers ont fondé leurs
rent de cette étroite formalité , 6c h- Chevaliers errans , 6c forgé tant de
rent ordonner par Arrêt de leur Cour de géans 6c de monftres avec de merveil-
Parlement , qu'il fuftiioit de deux Che- ieufes avantures.
valiers pour ajourner un Pair. On ne laifoit les Chevaliers qu'après
Réciproquement , quand le Roi leur de certaines expériences de valeur , 6c
veoit, c'eft-à-dire , leur refufoit juftice, pour me lérvir des vieux termes, des
ils ne craignoient point de lapourfuivre apertifes d'armes. Je ne trouve pas en
par les armes ; ils fçavoient bien que s'ils ce tems-là d'autres cérémonies que de
éroient vaincus , la crainte qu'il avoit mettre leur ceinture militaire 6c leur
des autres l'obligeroit de leur pardon- épée fur l'autel , de les raire bénir par
ner aiïèz facilement. Tout au plus ils un Prêtre, & puis les reprendre de leurs
n'étoient punis que par la perte de leur mains. On les appeiloit Milites.
fiel: car en ce tems là il lembioit que le Les Rois ayant peu de bien avoient
fang de la NobleiTe fut facré, il ne fe pou- auffi peu de grands Officiers; toute-
voit répandre que par les armes, horimis fois fous Capet nous voyons diftinéte-
en cas de trahifon. Car alors on lespen- ment le grand Sénéchal 6c le Comte du
doit à un gibet fort haut élevé, pour Palais. Nous parlerons ailleurs du pre-
faire mieux voir leur infamie. mier , mais pour le fécond il rendoit
Quand ils lui remettoient les hefs fouverainement la juftice dans le Pa»
qu'ils tenoient de lui , ils fe croyoïent lais du Roi , 6c même dans les Provin-
abfous de tous devoirs en fon endroit, ces. Les Comtes de Champagne 6c ceux
&c ne s'eftimoient plus ni fes valîàux ni de Flandres prirent ce titre dans le
fes fujets. Ils ferendoientalFez fouvent Royaume de France , comme le Com-
hommagers de plufieurs Rois , non- te de Bourgogne dans celui d'Arles,
feulement par di ver fes terres fitnées en Quant aux Charges de Bouteiller, de
différens Etats, mais aufii pour des em- Grand-Chanibrier , de Connétable 6c
plois, 6c pour des penlions. La foi de de Chancelier , elles ne font pas moins
ceux qui fe trouvoient placés entre deux anciennes. Le Chambrier gardoit le
différens Royaumes , comme entre la tréfor du Roi , 6c comme je crois , les
France 6c l'Empire , étoit fort vaciilan- titres 6c chartres. De fa décadence s'eft
te 3 6c félon les tems 6c les intérêts , fait le grand Chambellan, qui a fuc-
ru ABRÉGÉ CHR
cédé à une partie de (es fondions , com-
me le grand Maître de la Mailon du
Roi , à celles du grand Sénéchal. Le
Connétable avoir l'intendance de l'Ecu-
rie du Roi , ôc comme elle tenoit le
premier rang parmi la Gendarmerie ,
il s'acquit l'autorité ôc le commande-
ment fur les armées. Le Maréchal qui
éroit fon Lieutenant fur l'Ecurie , le
devint auflî fur les troupes.
Nous fçavons que les Rois de cette
troifiéme race fe faifoient facrer ôc cou-
ronner comme ceux de la féconde avec
de certaines cérémonies ôc prières , ôc
qu'à toutes les grandes fêtes les Evê-
ques leur mettoient la Couronne fur la
tête. La forme du facre de Philippe I.
(e voit dans les Annales de Belleforêr.
Tous les Rois Capétiens ont été Sa-
crés à Reims par les mains de l'Arche-
vêque , hoifrnis Robert ôc Louis le
Gros, qui le* voulurent être à Orléans
pour des raifons particulières. Tous les
Grands ôc tous les Evêques avoient
droit d'y affilier : mais à celui de Louis
VII. Le nombre en fut réduit à celui
de douze Pairs , fix Eccléfiaftiques Ôc
fix Laïques. On appelloit Pairs tous
ceux qui relevoient immédiatement
d'un grand fief, & qui avoient droit
de juger leurs pareils. Ainfi tous les Sei-
gneurs régaliens , entr'autres les Com-
tes de Champagne ôc de Flandres , en
avoient auffi-bien que le Roi. Il eut
été bien difficile d'en trouver plus de
douze qui euuerit relevé immédiate-
ment de la Couronne.
H ne paroît point que les Rois Cape-
tiens ayent eu des gardes avant faine
Louis. Il en prit fur l'avis qu'on lui
donna, que deux allaffins du Vieil de
la Montagne , s'étoient chargés de lui
ôter la vie. Ils porroient une Couron-
ne d'or à cinq ou fix fleurons fur leurs
bonnets ou chapeaux -, ôc même dans les
combats fur leurs cafqucs. Car ils com-
battoient fort bravement de leur per-
sonne -, ôc comme ils avoient le princi-
ONOLOGIQUE
pal intérêt à la querelle , ils prenoient
la principale part au péril ôc à l'hon-
neur. Ils uloient de longs habits dans
les cérémonies , & portoient leurs man-
teaux en écharpe attachés avec un bou-
ton fur l'épaule gauche. Ils avoient la
barbe longue ôc la chevelure pendante
jufques fur le dos. Louis VIII. fut le
premier qui , fur les remontrances de
Pierre Lombard Evêque de Paris , ra-
fa fa barbe, mais il conferva (qs che-
veux.
Les autres Seigneurs régaliens avoient
auiîi leur manière de fe faire inftaller
dans leurs grands fiefs , quand ils en
avoienr pris i'inveftiture du Roi. Ils po-
foient leur bannière ôc leur épée fur
l'autel , ôc les reprenoient de Dieu par
la main de l'Evêque ou Archevêque ,
qui quelquefois leur mertoit aufli un
cercle d'or fur la tête , diverfement
fleuronné ou enrichi de pierreries félon
les Provinces.
Le principal revenu des Rois confif-
toit en leur domaine , leurs fujers leur
faifoient des préfens à certain temps ; ils
appelloient cela coutumes volontaires
ôc libres -, ils les ont rendues nécelïàires
ôc perpétuelles.
Quand les Rois ou les Seigneurs fe
mettoient en campagne pour la guerre,
ils alloient faire leurs prières devant l'au-
tel du faint le plus honoré dans leurs
terres , ôc prenoient fon étendart ou
bannière. Ainfi les Rois de France , re-
connoifiant l'Evêque ôc Martyr Saint
Denis pour leur patron , alloient prier
en fon Eglife ■■, où l'Abbé leur donnoit
l'Oriflamme , qui étoit la bannière de
cette Abbaye , ôc différente de la ban-
nière Royale. Les Comtes d'Anjou pre-
noient lachappe de Saint Martin. Ceux
de Guyenne le bannière de l'Eglife pro-
ceflionale de Saint Martial de Limoges,
ôc airifi des autres.
Ce droit étant fort honorable aux
Evêques , le Pape ne manqua pas d'en
uferj il envoyoit fouvent d^s bannières
aux
MŒURS DfcS FRANÇOIS, uj
aux Princes qui faifoient de grandes en- nuyeufe verboiité Ôc cette quantité de
rreprifes. Ainii il en envoya une à Guil- claufes quis'embarrairenr les unes les au-
laume Duc de Normandie , lorfqu'il très. Mais ils exécutaient leurs contrats
fcut qu'il devoit palier en Angleterre. par des lymboles ôc des repréfentations,
* Quand les hauts Seigneurs , ou leurs Ainli les Seigneurs inveltùToient leurs
valîaux , faifoient des aumônes ôc des vailaux félon la qualité de leurs fiefs ,
legs en alleuz ôc héritages aux Eglifes , en leur mettant en main une bannière ,
ou qu'ils fondoient des Abbayes , des on un cercle fur la tète. Le Métropoli-
Chapelles , des Hôpiraux , ils étoient tain mettoit aux Evêques qu'il lacroit ,
obligés d'en prendre des Lettres de un anneau au doigt , ôc un bâton pafto-
confirmation du Roi. Comme en pareil rai à la main. On préfentoit à un Cure
cas les arrière - valîaux en prenoient de le texte des Evangiles ; à un Officier
leurs Seigneurs fupérieuis ou fuzerains-, d'Eglife ou laïque la marque de fon em-
car il n'étoit pas permis aux vaiTaux ploi. Pour une terre une glèbe; pour un
de diminuer le fief de leur fupérieur. pré, un jonc -, pour un jardin , une rofe ,
Il ne fuffifoit pas qu'il approuvât un bouquet - , pout un bois, un raim
cette aliénation, il falloit encore qu'il ou rameau*, pour une maifon , des
contentât tous les Seigneurs moyens clefs : -&: ainfi plufieurs autres chofes
dont cette terre relevoit par dégrés en qui étoient les marques de mife en pof-
pluiîeurs arriere-fiêfs ', ce qu'on croit lefiion , félonies différentes coutumes
êtte l'origine du droit d'amortilïèment des pays, & félonies fantaifies des parti-
el d'indemnité. culiers. La lecture de ces actes fe faifoit
Ils accordoient quelquefois c&s do- publiquement à l'Eglife , principale-
nations gratuitement, pour participer ment un jour de fête, pour plus grande
aux oraifons des Religieux , ôc être re- folemnité. On y appelloit plufieurs té-
çus en leurs Confranies ôc fociétés : moins , les uns pour attefter qu'ils
mais d'autres fois, félon leur befoin avoientvû, * ou écrire la chartre , ou * vifotes No-
ou leur humeur, ils en prenoient ré- la porter iur l'autel : les autres pour cer- datores *
compenfe en argent ou autres chofes. tifier qu'ils y avaient mis * les cordons *Fide}utfo-
II étoit nécenaire que les enfans con- ou lacets , les feings ou croix , ôc les tcs -
fentillent les donations ôc les ventes que fçeaux , quelques-uns pour en répondre
faifoient leurs pères, même en actes de à l'avenir , Se en être garants , en cas
piété : autrement ils eulTent pu cakn- qu'il y eut Caîange , -ou éviction de la
ger , c'eft>à-dire revendiquer ; refailir chofe vendue ou cédée,
l'héritage aliéné. Voilà pourquoi on Pour la guerre , ils ne la faifoient
exprimoit dans les actes les noms mê- prefque qu'avec de la cavalerie : ils
me des enfans à la mamelle -, le père ôc n'avoient des fantaflins que pour leur
'la mère, ou autres perfonnes répon- fer vir de valets, à planter leurs tentes,
dolent pour eux, ou s'obligeoient de aller au fourage, remuer la terre, ôc
4es faire ratifier, quand ils feroient ve- drelïer les batteries. Auiîl les nom-
nus en âge ; ôc pour témoignage qu'ils moient-ils Sergens : mais il y en avoit
agréoient cet article , on le leur faifoit quelques-uns à cheval : ôc a-vec le tems
toucher de la main, ôc pofer fur l'autel. ils armèrent les Communes , qui étoient
il( En ce tems-là les efpritsdes François prefque toutes d'infanterie,
étoient encore éloignés de la chicane ôc Les cavaliers por.toient un Ecu au
Ae la procédure. Ils faifoient leurs ac- bras gauche : les uns l'av oient d'une fî-
tes fort courts , ôc n'y employoient pas , çon , les autres d'une autre : ils vétoienc
«comme on fait aujourd'hui , cette en- aulîi une Cotte ou Haubergeon faite de
Tome II, P
iI4 ABRÉGÉ CHRONOLOGI Q. U E
petits anneaux de fer , qui les couvroit puis ils y employèrent des maiïes-d'ar-»
depuis la tête jufqu'aux pieds , en ma- mes Se des brands d'acier , & enfin des
niere d_ pantalon. Leurs armes offenfi- lances à fer émoulu. D'ailleurs lesChe-
ves écoient de larges Se courtes épées , valiers fe confumoient en dépenfes
plus propres à frapper de taille que de pour fe trouver à ces AfTemblées : fi-
pointe -, Se de longues lances qu'ils dar- bien qu'il s'en retournoit toujours quel-
doient comme des javelots _, Se que qu'un d'eftropié, Scplufieurs de ruinés,
quelquefois ils brandiffoient , fans les A caufe de cela les Papes Se les Rois dé-
lâcher de la main. fendirent fouvent ces trop funeftes exer-
Ils s'exerçoient fouvent aux Tour- cices : tous leurs foins néanmoins ne
nois , ou Combats iimulés. Du corn- purent qu'en modérer les excès ,& non
mencement ils ne s'y battoient qu'avec pas les abolir entièrement,
des épées courtoifes ou émouffées , Se Mais je ne m'apperçois pas que je
avec des lates ou bâtons plats Se courts, paiîè les bornes de mon defTein.
* De-là vient en caracolant & tournoyant.* Mais de-
le moc de
Tournoi.
EGLISE DU X. SIECLE.
SI le dixième fiécie a été juftement res qui les châtièrent, les rendirent en-
appelle lejiêcle de fer & lejîécle de cote plus dignes de châtiment , par les
plomb , comme on l'appelle commune- défordres Se par la licence où ils les jet-
ment : il faut dire qu'il a mérité le pre- terent :Que leurs mœurs achevèrent de
mier de ces noms, pour les guerres con- fe ruiner avec leurs bâtimens ', Se que
tiniulles Se très-fangiantes d'entre les comme il ne demeura prefque plus au-
Piïnces de l'Occident , Se pour les hor- cun Monaftére ni Eglife en fon entier ?
ribles devaftations des Normands, des il ne refta aulli plus de difcpline, non pas
Hongrois Se des Sarrafins : Se le fécond même parmi les Moines : Q'enfin piu-
pour l'ignorance Se le dérèglement des fieuis Êglifes étoient fans Pafteur j par
mœurs , non pas tant à l'égard des Egli- exemple , il n'y avoit qu'un Evèque
fes de France Se de Germanie, qu'à l'é- dans toute la Duché de Gafcogne , qui
gard de celle de Rome , où en effet il jouifloit des revenus de fix ou fept Evê-
y eut des défordres Se des crimes hor- ehés.
ribles durant tout ce tems-lâ. Mais après toutes ces ruines , on
li eft vrai que les Evcqùes Se les Ab- commença dans le milieu du fiécie , à
bés de deçà les monts , nonobftant les redrefler la vie des Eccléliaftiques aufîi-
détenfes des Conciles, portoient les ar- bien que leurs édifices. Plulieurs Sei-
rms Se alloient à la guerre j coutume gnenrs réparèrent ou fondèrent des Ab-
qui paflà en loi Se en obligation , Se bayes. Entt'autres Guillaume III. Duc
dura jufques bien avant dans la troifié- de Guyenne Si Comte d'Auvergne, bâ-
rrie race: Que plufiuurs étoienr pion- tit celles de Bourgueil Se de Maillezais :
dans la vanité, dans le luxe Se dans Guillaume dit le Pieux , Comte d'Au-
j.i drllolution *, Se qu'ils vivoient plutôt vergne , puis Duc de Guyenne, celle de
en Princes de la terre- qu'en Apôtres de Clugny l'an 910. Quelques faims perfon-
Xesus-Qirist. Que les fléaux des guer- na^es commencèrent à remettre la difei-
EGLISE DU X. SIÈCLE.
"f
pline Monaftique , ëc firent comme des
Séminaires en quelques Abbayes, d'où
ils tirèrent après de bons Sujets pour
porter la réforme dans les auires ; lei-
quelles ils allujettilloient à celles d'où
elles étoient lorries , comme des filles
à la mère qui les a voit enfantées. Guil-
laume Abbé de faim Bénigne de Dijon ;
comme aulii Abbon de Fleury, eti réglè-
rent ainli plufîeurs du côté d'Aquitaine;
èc Mayeule Se Odilon fon fuccefleur,
drelferent par ce moyen leur Congréga-
tion de Clugny j fubordinations qui peu-
vent caufer de grands biens , ôc peut-
être de plus grands maux. Saint Gérard,
du fang des Ducs de Lorraine , ayant
embrallé la vie Monaftique , en réfor-
ma dix-huit ou vingt. Adalberon Eyê-
que de Mets , frère de Federic premier
Comte de Bar , remit l'obier vance ré-
gulière dans celles de fon Evêché, en-
tr'autres dans celles de Goize , & dans
celle de faint Arnoul , d'où il châtia les
Chanoines qui s'étoient déréglés, pour
y mettre des Moines.
Abbon de Fleury alla établir la réfor-
me au Monaftére de Squirs fur la Garon-
ne , qui, à caufe de cela, fe nomma
la Règle , en langue du pays la Reou-
ie; & près duquel s elt bâtie une ville
de ce nom. Mais il y fut alfommé l'an
1004. par une féduion que les femmes
de ce lieu-là, & les Moines Gafcons, gens
fort débauchés, fufeirerent contre lui.
Les Princes & les Grands envahif-
ibient avec violence les biens-, les fonds
Se les tréfors des Eglifes , Ls Rois mê-
me , comme on le voit dans tout le
cours de la féconde race , donnoient
les Abbayes comme des fiefs : {& ceux
qui les polfédoient en chafloient la plu-
part des Moines, ou à force ouverte,
ou en leur ôtant tous les moyens de
fubfifter. Les moins impies y en laif-
foient quatre ou cinqmiférables, auf-
quels ils donnoient u^e bien maigre pi-
tance. Les Evèques fe défendoient un
peu mieux de ces invaûons, mais ils
n'étoient pourtant pas tout-à-fait à cou-
vert des outrages des méchans. Vino-
mac , Seigneur de Liflers en Flan-
dres , allaffîna Foulques Archevêque de
Reims. Les amis de Hugues de Verman-
dois brûlerenr la ville deChâlons, pour
fe venger de fon Evêque Guibuien ;
8c ils n'eufïèntpas épargné fa perfonne,
s'ils l'euirent pu attraper. Helie Comte
de Périgord creva les yeux à Benoît
Coadjuteur ou Coévêqued'Ebles, Evê-
que de Limoges, qui en mourut de re-
gret. Mais cet attentat ne demeura pas
impuni : car Guillaume III. Duc d'Aqui-
taine , pour venger la mort d'Ebles fon
oncle , donna ordre à Guy Vicomte de
Limoges, fonvalTal, de fe faifir d'He-
lie , &c de l'enfermer dans une obfcure
tour ; lui fit faire Ion procès , & le con-
damna à perdre fa Comté 8c à mourir
en prifon : toutefois il eut l'adre0e de
s'en fauver , & mourut en faifant le
voyage de Rome pour y aller quérir
fon abfolution.
Entre les Evèques il y en eut plufîeurs Eve< î u «»
qui fe fignalerent par leurs intrigues 8c
par leurs défordres. Dans les guerres
d'entre les Rois Henry l'Oifeleur , ôc
Charles le Simple , Hilduin fau liant la
foi qu'il devoit à Charles , lequel lui
avoit donné l'Evêché de Liège , alla
reconnoître Henry , & emporta les
tréfors de fon Eglife, qu'il diftribua
à ce Prince 8c à les Courtifans , afin
de fe maintenir. Mais la face des af-
faires ayant changé , Charles ne vou-
lut point permettre qu'il demeurâr dans
cet Evêché , & en pourvût l'Abbé Ri-
cher , qui fut confirmé par le Pape. Le
Roi Henri récompenfa Hilduin de l'E-
vêché de Milan. Hervé de Reims , d'ail-
leurs très-fçavant Prélat, fut auffi infi-
dèle à Charles le Simple , dont il étoit
Chancelier -, 8c couronna Robert frère
d'Eudes : mais il mourut trois jours
après , comme s'il eut été frappé de la
main vengerelfe de Dieu. Seulfe, Hu-
gues, 8c ArtoldfesfucceiTeurs, caufe*
P ij
Saints.
Lïvkî.
ii,î ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
rent tons de grands troubles dans le celonne , été inftruit dans les Mathé-
Royanme durant plus de vingt-cinq ans. matiques , foit par l'Evêque Hatton ,
Le traître Adalberon de Laon livra le on par des Do&euis Arabes. C'eft peut-
Prince Charles , qui l'avoit choiii pour être le premier qui les ait enfeignées
fon premier Miniftre -, 8c Arnoul de en France. Il lut enfuite Efeolâtre en
Reims volut bien avoir obligation de la ville de Reims, où il eut pour difci-
cet Archevêché à l'ennemi mortel de pie le Prince Robert , fils de Hugues
fon frère \ 8c puis il lui manqua de toi. Capet , • Léoterique Archevêque de
On n'en remarque pas beaucoup qui Sens , & Fulbert Evêque de Chattres-,
ayent allez excellé dans les vertus Chré- après quoi il eut encore l'honneur d'm-
nennes pour mériter le titre de Saints-, ûruire Othon III. On jçait comme il
fi on ne met en ce rang Erambert de fut élevé au fiége de 1'EgUie* de Reims *Tranfita&
Touloufe, Gausbert de Cahors, Tut- par Hugues Capet , puis de Ra.venB»^k7&Pa»E
pion de Limoges , Fulcran de Lodeve , par Othon , & enfin de Rome , fous le regens r.
8c Gérard de Toul. Je ne parle point de nom de Sylveftre II.
ceux de Germanie -, elle en prcduilit Quant aux Conciles de TEglife des. Cencilw.
durant ce liécle un aifez grand nombre , Gaules , le premier que je trouve dans
dont les travaux Apoftoliques converti- ce fiécle , c'eft celui de Trofly , l'an.
rent les Danois, les Sclaves, les Mon- 909. Trolly eft au Diocèfe de Soiilons
grois , & autres peuples infidèles. Mais
parmi les Moines on trouve en Bourgo-
gne cinq Abbés , Bennon , Odon ,
Mayeule , Odilon 8c Guillaume -, les
quatre premiers de Clugny , le dernier
de faint Bénigne ; & en Lorraine Gé-
rard , qui fut aulli Evêque, lefquels
font révérés 8c invoqués par l'Eglife.
LesLivreséroient devenus fort rares,
les guerres les avoient prefque tous brû-
lés , déchirés ou dillipés : 8c comme il
n'y avoir que les Moines qui en décri-
viifent des exemplaires, 8c que les Mo-
naftéres étoient défères, le nombre des
gens de littérature étoit fort petit. Tou
ternies.
* 8c alfez proche de cette ville -, Hervé* Enrre Soif -
Archevêque de Reims y prélidoit. Il y B °'. ls&C
a quinze Chapitres , qui font autant de
fortes exhortations 8c de beaux fer-
mons contre les abus 8c les crimes
énormes , qui * avoient inondé la * Ce font hc
France, où le foible étoit la proye
du plus fort -, où les loix avoient fait
joug fous la violence des particuliers
piiilïins •, à caufe de quoi Dieu avoir
ajouté aux playes de la guerre celles
de la ftérilité 8c de la famine , eau-
fées par une horrible fechereife.
L'an 921. le Roi Charles le Simple,
en convoqua un de feize Evêqucs pouc
55
5>
tefois Hervé de Reims fur le commen- l'affaire de Hilduin qu'il avoit challé
cernent du fiécle , Rhatier de Liège fur de l'Evêché de Liège. Je n'en trouve
le milieer, 8c Arnoul d'Orléans fur la fin, point le lieu ni les actes,
firent bien connoître qu'ils n'étoient pas II y en eut trois autres à Trolly ; l'un
ignorans dans l'intelligence del'Ecritu- en 921. où Erlebaud Comte de Caftri-
refainte, 8c dans les Canons 8c ufages ce , qui avoit été excommunié par
de l'Eglife. Aimoin Moine de Fleury , l'Archevêque Hervé, pour avoir envahi
Frodoard Abbé de S. Rémi de Reims , le bien de l'Eglife de Reims , fur ab-
8c Dudon Doyen de S. Quentin écri- fous après fa mort , à la prière du Roi
voient de l'FIiftoire, &: Gerbert paiïa Charles , par le même Archevêque,
pour un prodige de feience. Il avoit été L'autre l'an 924. dans lequel Ifaac
nourri jeune au Monaftcre d'Orillac-, 8c Comte de Cambray ayant hit répara-
étant palîé en Efpagne, ilavoit, à la re- tion de quelque tort à Eftienne fon
commandation de ïîorei Comte de Bar- Evêque, fut abfous, 8c reconcilié avec
EGLISE DU X. SIECLE. ti 7
hti. Le troifiéme l'an 927. de fix Eve- 947. le remit. Celui de Moufon , l'an
ques convoqués par le Comte Hébert 94S. le confirma ; mais celui d'Ingel-
de Vermandois , malgré le Roi Raoul'-, heim en la même année , auquel ailif-
011 Herluin Comte de Monftreuil fut terentles Rois Louis IV. dit d'Outre-
reçû à pénitence de ce qu'il avoit épou- mer, 8c Othon I. l'excommunia, 8c
fé une féconde femme , fa première réfolut de traiter de même le Comte
étant encore vivante. Hugues, père de Capet, s'il ne venoit
L'an 923. il y en eut un au Diocèfe à fatisraéhon de ce qu'il étoit rebelle
de Reims , on ne marque point l'en- à fon Roi ,. 8c l'avoit tenu prifonnier.
droit, lequel ordonna à ceux qui avoient un an.
porté les armes dans la guerre d'entre La même année celui de Trêves , ou-
ïe Roi Charles 8c le Roi Robert, de préfidoir Marin Légat du Pape , confir-
faire pénitence durant trois Carêmes ma la fentence contre les deux Hugues,
confécutifs, & encore quinze jours de- 8c fulmina encore contre les Evêques
vant la S. Jean, 8c quinze jours après, que Hugues de Vermandois avoit mal
jeûnant tous les Lundis , Mercredis 8c ordonnés.
Samedis de ce tems-là , 6c de plus tous Artold étant mort l'an 962. l'année
les Samedis, de l'année au pain Se à d'après quelques Evêques s'aflemble-
l'eau , s'ils n'aimoient mieux racheter rent en un lieu proche de Meaux, pour
cette abftinence. Le premier Carême chercher les moyens de remettre Hu-
des trois ils dévoient le tenir hors de gués dans fon fiége : mais ayant confî-
l'Eglife , &c être réconciliés le Jeudi déré qu'un petit nombre ne pouvoir pas
Saint. défaire ce qui avoit été fait par un plus
Le Concile de Duisbourg l'an 927. grand, '& que fur ce doute le Pape leur
excommunia les factieux de Mets, qui eut fait fçavoir qu'il l'avoir excommu-
avoient crevé les yeux à leur Evêque nié dans un Concile tenu à Rome Tan
Bennon, enfuite de quoi le Roi Henri 949. ils fe féparerent fans paffer plus
l'Oifeleur vengea févérement cet outra- outre,
ge fur leurs têtes. Celui de Reims de l'an 975. auquel
Celui de l'Abbaye de Cheriieu en préhderent Etienne Diacre du Pape Be-
926. 8c celui de Finies en ç}^. elîaye- noît VII. 8c Adalberon de Reims ,'ex-
rent de pourvoir aux défoiations des communia un Thibaud qui s'étoit in-
lieux faints , ruinés par les voleurs 8c trus dans le fiége d'Amiens,
par les méchans. En 985. celui duMont de Sainte Ma-
Le débat touchant l'Archevêché de rie , au Diocèfe de Reims, où préfidoit
♦Artaud. Reims entre Artold * 8c Hugues fils de Adalberon Archevêque de cette ville,
Hébert Comte de Vermandois , fut confirma le décret que ce Prélat avoit
caufe qu'on en afiembla plufieurs. Hu- fait, de mettre des Moines au Monaf-
gues ayant été élevé dans ce Siège trop tére de Moufon, en la place des Cha—
jeune 8c contre les Canons , en avoit noines qui y étoient. Au fiécle précé-
été dépofé , 8c Artold mis en fa place, dent , en plufieurs endroits , on avoir
Mais l'an 940. Artold y avoit renoncé mieux aimé les Chanoines ; mais en cq~-
& juré folemnellement de ne fe plus lui-ci le goût changea,
entremettre du gouvernement de cette Gerbert -pourfuivant avec chaleur , :
Eglife. Sur cela un Concile allemblé à qu'on fit le procès à Arnoul Archevê-
Soiflons l'an 941. par Hugues 8c He- que de Reims , il rutafïèmblé un Con-
berr , le deftitua , 8c rétablit Hugues, cile en cette même ville , l'an 991. où-
Au contraire, celui de Verdun en l'an fon crédit 8c la véhémente, éloquence.
u* ABREGE CHR
<TArnoul d'Orléans, l'emportant fuc les
remontrances d'Abbon Abbé de Fleuri ,
6c fur le fentiment de Seguin Archevê-
que de Sens , qui y préfidoit , Arnoul
fut dépofé, & Gerbert inftallé dans fon
fiége. Le Pape croyant qu'il étoit de fon
autorité de ne pas fouffrir qu'on eût en-
trepris -eia fans fes ordres , s'en plaignit
aigrement -, & quelque tems après en-
voya un Légat en France , qui alîèmbla
premièrement quelques E vêques à Mou-
ftn^jpuis un plus grand nombre à Reims
ONOLOGIQUE
Tan 99 i , où Seguin repréfemanc la per-
sonne du S, Père , il tut dit que Ger-
bert feroit dépofé , & Arnoul rétabli.
Mais comme ce dernier étoit prifon-
nier à Orléans, Gerbert difputa encore
Je terrain quelque tems ; il en appella
au Pape , qui fe roidit davantage en fa-
veur d'Arnoul , tant qu'enfin il força le
Roi , par les menaces d'une terrible ex-
communication, de le relâcher de de le
tailler rentrer dans fon fiége l'an ?Q7<.
o
11$
ROBERT.
ROI XXXVI.
Agé de xxxïv. a xxxv. ans.
Robert , dont le renom eft encore vivant ;
Aima la piété , la paix & la juftice ;
Et pour avoir été vertueux & fçavant 9
Bannit de fes Etats l'ignorance & le vice.
PAPES.
Encore Grégoire V. plus de deux ans
(bus ce régne.
Silvbstre II. élu en Mars 999. S. 4.
ans & i. mois.
Jean XVIII. élu le 7. Juin iooj. S. j.
mois.
Jean XIX. élu le io. Novembre iooj.
S. j. ans 7. mois.
Serge IV. élu le 31. Août 1009. S. it
ans 8. mois & demi.
Benoît VIII. élu le 7. Juin ioiz. S.
près de 11. ans. -
Jean XX. élu le j. Avril 10x4. S. 9.
ans 8. mois.
CE Roi fort bienfait de corps de femblant pas, le ciel les châtia par deux
d'efprit , de belle taille , d'un air ou trois cruelles famines, &par l'horri-
en iept. j oux & grave , d'une humeur fage 8c ble mal des ardens.
pofée, après que les feux de fa premie- Les degrés de parenté dans lefquels
re jeunelie furent patres, ayant été nour- le mariage étoit prohibé , avoient été
ri à la piété &c aux bonnes lettres par étendus jufqu'aufeptiéme;& on y avoit
Gerbert , fe rendit très-fçavant pour encore ajouté les empêchemens de l'ai—
fon fiécle , encore plus religieux &c plus liance fpirkuelleoucompérage. Ces dé-
zélé au fervice de Dieu , ik autant juf- fenfes caufoient beaucoup d'embarras,
te, débonnaire & charitable envers les principalement entre les Princes & les
peuples, que Prince qui ait jamais por- Grands, qui d'ordinaire fe trouvent
té Couronne. Auiîi Dieu le ravorifa du tous parens , même au décade ce degré,
plus beau don qu'il ait accoutumé de Car dès qu'un mari ou une femme
faire aux Rois qui font félon fon cœur , étoient dégoûtés l'un de l'autre , ou qu'il
je veux- dire d'une longue & heureufe prenoit envie à quelqu'un de les trou-
paix, dont il jouit près de trente ans , bler , on n'avoit qu'à articuler , de ju-
après quelques guerres alfez légères : rer qu'ils étoient parens au degré pro-
mais d autre côté fes Sujets ne- lui ref- hibé ^ & à produire fur cela des témoins
995,
Se fuiv.
*_.*> ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— au nombre de neuf, s'il m'en fouvient de fon Etat , le Pape , par une entre- — — — -—
bien -, on ne manquoit pas d'en trouver : piife jufques-là inouïe , mit le Royau- 997*
Se il falloir que l'Evêque Diocéfain , ou me en interdit , c'eft-à-dire , qu'il y dé- & 99*'
une Alfembiée d'Evéques , s'il y avoir fendit le Service divin , Se ôta l'uiage
plus grande difficulté ., prononçât là- des Sacremens aux vivans , & la lépul-
delfus. ture aux morts. Les peuples épouvan-
Roberr en premières noces , n'étant tés par ce terrible coup, déférèrent ii
encore âgé que de dix-huit ans , avoir humblement aux ordres du Pape , que
époufé Luitgarde , veuve d'Arnoul tous les domeftiques du Roi Fabandon-
Comte de Flandres , laquelle n'étoit nerent , à la réferve de deux ou trois ,
plus jeune. Cette Princetïe étant mor- qui jettoient aux chiens tout ce que l'on
te , il avoit .été confeillé dès l'an 996. delfervoir de devant lui , perfonne n'o-
d'époufer , par maximes de politique, fanr manger des viandes qu'il avoir
Berrhe fœur de Raoul le Fainéant, Roi touchées. _
de Bourgogne , veuve d'Eudes I. Com- Ces rigueurs Se non pas un monf-
te de Chartres , Se mère d'Eudes II. le- trueux accouchement de la femme , que ' '
quel étoir encore forr jeune. Mais elle des faifeurs de miracles difoient avoir
fe trouvoir fa coulineilfue de Germain j engendré un enfant ayant le col Se les
«Se d'ailleurs il avoit tenu un de fes en- pattes d'un oifon, le contraignirent de
fans fur les Fonts : il crut qu'il pour- Te féparer d'avec elle. Néanmoins elle
roit prévenir l'inconvénient de lanulli- conferva toujours l'efpérance de faire
té de ce mariage par l'autorité de l'Egli- confirmer fon mariage : car je trouve
fe Gallicane : il convoqua donc les Eve- dans la Chronique d'Auxerre , que ce
ques de fon Royaume , lefquels ayant Roi étant allé en pèlerinage à Rome ,
entendu £qs raifons , furenr d'avis , par elle l'y fuivit , fe promettant avec l'ap-
la. confidération du bien public, qu'il pui de quelques gens de cette Cour-là,
la prît à femme , nonobftanr les empê- de porter le Pape à lui être favorable :
chemens canoniques -, ce qui étoit une mais comme Robert avoit déjà époulé
forte de difpenfe. Confiance l'an 998. ainli que nous le
Abbon pour lors Abbé de Fleuri, dirons ci-api es , &c qu'il en avoit un
homme véhément , n'ayant fçu le dif- fils -, toutes fes follicitations ne purent
luader de ce mariage, s'employa avec rien obtenir, 5c elle demeura légirime-
ardeur pour le faire caffer. Le Pape in- ment répudiée, fans quitter pourtant le
digne de ce que Roberr n'avoit point titre de Reine. _________
eu recours à fon rribunal , tint un grand Guillaume IV. Comre de Poitou 8c 9 o 7 .
Concile à Rome en préfence de l'Em- Duc d'Aquitaine , avoit guerre contre & 09'$.
pereur Othon ; dans lequel il excom- Bofon II. Comte de Périgord ôc de la
munia les Evêquesqui l'avoienr auto- Marche: Robert fur obligé de le fecon-
tife , Se les deux parries qui l'avoient rir comme fon parent Se fon valïal. Ils
contracté , fi elles ne fe féparoienr auf- mirent tous deux le liège devant le châ-
ll-tôt. Dans la même AlTemblée il dé- teau de Belac •■, mais leur armée man-
pofa Etienne Evêque du Puy en Velay , quant de vivres , parce qu'elle étoit trop
parce qu'il avoit été ordonné du vivant nombreufe , n'y put pas fublifter juf-
de fon oncle Guy : Se excommunia les qu'à la prife de la place. Les Chroni-
£vêques qui avoient fervi à ce minif- ques de ces tems-là , qui fonr toutes fort
tere. _uccin.es , ne difent point la fin de cet-
Le Roi n'obéiffant point à une Sen- te guerre , non plus que bien d'autres
tence qui lui fembloit contraire au bien chofes.
Eudeç
ROBERT, ROI XXXVI. tit
<i ' Eudes Comte de Brie 8c de Cham- de Bavière &: Comte de Bambôrg , lui
???• pagne brûloir d'envie d'avoir un paffa- fuccéda par élection des Princes de Ger-
ge fur la Seine, comme il en avoir un manie : mais il ne porta point le titre
fur la Marne , afin d'y aller commode- d'Empereur, au moins en Italie , qu'a-
ment de la Brie à fa Comté de Char- près qu'il eut été couronné par le Papej
très; pour cela il jetta les yeux fur Me- ce qui ne fe fit qu'à douze ans delà.
hln , 6c gagna par argent Gautier , Vi- Vers ce tems-là , fcavoir l'an 1002.
comte ou Châtelain du Comte Bou- Henri Duc de Bourgogne frère de Hu-
chard, qui lui livra la place. gués Capet mourut fans enfans. Or à
Bouchard avoit été favori de Hugues l'indu&ion de Gifelle fa femme , qui
Capet qui lui avoit donné cette Com- étoit veuve d'Adelbert ci-delTus Roi
té ; 8c il étoit encore pour lors Comte d'Italie , 8c fils de Berenger IL il légua
Palatin du Roi Robert. C'eft pourquoi fa Duché par teftament à Othe Guillau-
ce Roi prenant fa défenfe en main, Hîè furnommé Y Etranger , iflu dli pre-
manda Richard IL Duc de Norman- mier mariage de cette temme. Ce Prin-
die , fon coufin 8c fon bon ami , 8c avec ce fe trouvoit déjà Comte de la Bour-
lui affiégea Melun. La batterie des bé- gogne d'outre Saône , que l'on nomme
liers y ayant fait brèche , la garnifon fe Franche-Comté ; d'ailleurs il étoit af-
rendit à compofition ; le Châtelain 8c fifté de Landry Comte de Nevers fon
fa femme furent pendus au haut d'une gendre , 8c de Brunon Evêque de Lan-
montagne proche de-là. On ne punif- grès, dont il avoit époufé la fœur , ain-
foit point les Gentilshommes de mort fi il s'empara facilement de toute la
pour rébellion ou félonie , fi ce n'étoit Bourgogne en vertu de cette donation,
qu'ils commifTent trahifon : car en ce Mais le Roi Robert, à qui cette Du-
cas-là on les pendok en lieu fort élevé , ché appartenoit légitimement , comme
ce crime les dégradant de la NoblelTe. héritier de fon oncle , y mena une puif-
Cette année g^9' ^ a Pologne fut ho- fante armée , avec l'aide de Richard II.
norée du titre de Royaume par TEmpe- Duc de Normandie, 8c pourfuivit fi
reur Othon III. qui étant allé à Gnefne conftamment fon entreprife , qu'enfin
vi/zter lefépulchre de S. Adalbert Mar- il accabla la faction de l'ufurpateur. Ce
tyr , donna les omemens Royaux au ne fut pourtant pas fans beaucoup de
Duc Boleflas. difficultés , 8c fans une guerre de cinq
Vannée fuivante la Hongrie eut le me- ou fix ans. Dans le commencement il
me avantage : mais elle voulut le recevoir fut repoufle devant Auxerre , mais il le
des mains du Pape ; le Prince Etienne prit deux ans après à compofition. Au-
fils de Geifa , ayant embrajfé le Chriftia- paravant il avoit pris Avalon par bré-
nifme , lui envoya demander la Couron- che, 8c Sens par compofition. On di-
ne Royale. foit que les murailles d'Avalon étoient
00 Sur la fin de Janvier de l'an 1002. tombées miraculeufement devant lui :
l'Empereur Othon III. âgé feulement mais s'il eût reçu cet avantage de l'af-
«ncore BAsi-de 2.8. ans , mourut dans la ville de liltance divine , il n eut pas maltraité,
k & cous- Rome , ou félon d'autres dans celle de comme il fit , tous les Habitans , en
HsmLyii. r. Paterne > fans biffer aucuns enfans. On ayant envoyé un grand nombre au gi-
ii. ans & de- crût que c'étoit de poifon , dont j'ai bet, 8c un plus grand nombre en exiL
obfervé que le maudit ufage fe rendit II feroit trop long de rapporter en
fort commun en ce fiécle par tout l'Oc- détail tous les divers fuccès de cette
cident. Henri IL du nom , dit le boi- guerre -, ils aboutirent là , qu'il rembar-
teux, fon proche parent, qui était Duc ra Othe Guillaume outre la Saône , où
Tome II. Q
1002.
IOOZ
* Franche
Comté.
lOOj,
iii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
-il fut la tige des Comtes * de ce pays- L'Empereur alliégea envain Valencien- •
là -, 6c qu'il lui lit quitter le titre de Duc nés & puis Gand : finalement comme
deBomgogne, comme auiîi à'iongen- cette guerre fe faiioit aux frais &" dé-
die qui l'avoir pris , parce qu'il voyoit pens du Flamand , il s'accorda fage-
fôn beau-pere peu coniidéré par les ment avec l'Empereur , 6c lui remit
Bourguignons. Valenciennes.
Je ne pu, s oublier un exemple mé- Depuis , l'Empereur délirant fe fer-
morablë de la fouveraine puilTance , 6c vir de fa valeur dans les grandes alîai-
de l'extrême rigueur d'un Pape ; c'étoit res que lui caufoient les rébellions des
Silveftre IL Guy Vicomte de Limoges Princes Allemands, lui redonna cette
fut cité à Rome par Grimoard Evêque Ville-là , 6c déplus Pille de Valkeren
d'Angoulême , pour ce qu'il l'avoit dé- faifant partie de la Zelande. D'où nâ-
tenu prifonnier dans un Château , en quit un long 6c fangiant différend en-
vengeance de ce qu'il avoit refufé de tre les Flamands & les Hollandois :
lui donner la jouinance de l'Abbaye de ceux-ci prétendant que la Zélande leur
Brantofme ; car les Evêques pouvoient appartenoit , en vertu de certaine do-
difpofer de celles qui dépendoient nation qu'ils difoitnt leur en avoir été-
d'eux. Les parties comparurent -, la eau- faite par l'Empereur Lotaire fils de-
1005..
1004.
fe ayant été plaidée le propre jour de
Pâques , le Papa prononça que Guy
pour réparation de fon crime , feroit
attaché au col de deux chevaux in-
Louis le Débonnaire.
La fixiéme année de ce fiécle com-
mença cette horrible lamine qui dé- „ r •'
peupla la France de plus d'un tiers de
1006.
domptés, 6c fon corps ainli brifé 6c les habitans , 6c dura quatre ou cinq ans.
déchiré , jette à la voirie , ce qui feroit II y avoit déjà quelques années que
exécuté dans trois jours. Cependant Robert avoit quitté lierthe 6c s'étoïc
Guy fut livré entre les mains de i'Evë-
que pour le garder j mais ce Prélat fe
taillant aller aux mouvemens de la pi-
tié 6c de la charité, lui pardonna, 6c
fe dérobant la nuit, l'emmena géné-
reufement avec lui en France.
remarié. Il avoit époufé en troihémes
noces Confiance , furnommée Blan- ■
che, fille de Guillaume V. Comte d'Ar- IO °9-
les & de Provence , 6c de Blanche , til-
le de Gefioy Griie-Gonelle Comte-
d'Anjou. Quelques-uns appellent auffi
Othon fils du Prince Charles Duc de ce Guillaume Duc d'Aquitaine, car
la balle Lorraine, mourut l'an 1004. plulieurs en ce tems-là nommoient ain-
fans avoir été marié -, l'Empereur Hen- fi la Provence à caufe de la ville * d'Aix. * Aqui Sc*-
ri donna fa Duché à Godtfroy Comte C'éroit une fort belle PrincelTe , mais"*'
de Verdun , de Bouillon 6c d'Ardenne, fiere, capricieufe , ne voulant rien fouf-
n'ayant aucun égard aux fœurs du dé- frir , 6c étant infupportable -, d'aill.urs
funt qui étoient mariées , fçavoir Ger- née 6c élevée en un climat où les eiprits
berge à Lambert Comte de Brabant , font plus chauds, plus alertes 6c plus
Se Hermengarde à Lambert Comte de voluptueux : atiffi comme le marque un
1005. Namur. Delà defeendirent les Ducs
6c fuiv. de Brabant & les Comtes de Namur.
FRipcreurs Le Comte Baudouin de Flandres dé-
îAiiLF. & : a ennem i de l'Empereur , entreprit la
iin,& hen- o 1 uerelle de ces hllis. L Empereur vint
ky 11. cou- aLI f ccours de Godefroy qu'il avoit in-
icnioi^ v ^fti de ce fieFj 6c le Roi de France em-
R. ip. ans. biallà le parti de Baudouin fon vallal.
auteur , il vint de ce pays -là grande
quantité de danfeurs, de farceurs 6c
autres gens de plailir, qui par leurs ma-
nières trop gaillardes & diifolues mi-
rent le luxe 6c le défordre dans la Cour
de France , 6c en chalTerent la (impli-
cite , la gravité 6c la modeftie.
Le Calife des Sarrafins 3 qui unoitfon
IOÏ1.
ROBERT, ROI XXX V I. 115
" Jîègt à Babylone , pouffé par Tinfligatinn L'an 1003. ou avait a ujjt remarqué une,
des Juifs de France , commanda quon comète , qui ne sèloignoit guéres du So~
démolit le J'aint Sépulchrc de Notre Sei- iiii , & ne parut que peu de jours t un
gneur & Le Temple de Jérujalem. Mais pzu avant J'on lever. Huit ans aupara-
la mère de ce Prince , elle sappelloit Ma- vant ,J'çavoir l'an C)()ô. on en avoit va
rie , qui étoit Chrétienne , fit incontinent une autre le jour de S. Laurent ,6* en
rétablir le J'aint Sépulchrc. Ce qui en- £>ol. encore une autre dans le tems de.
fiamma davantage la dévotion des Chré- L'Automne. Ce que je marque pour faire
tiens Occidentaux envers les J'aint s lieux , voir que ces phénomènes ne Jont pas fi
& leur haine contre les Juifs , de forte rares , pour en faire tant de bruit , com-
quil les ajfommoient par tout t ou Us me font quelques-uns.
banniffoient. L Arche veché de Bourges étant ve-
Les pèlerinages de la Terre fainte , nu à vacquer par la mort de Daim- '
qui étoient déjà ajfe^communs ,J'e rendi- berr , le Roi le donna à Gollin fon fils
rent alors fort fréquens , même pour les naturel , Abbé de Fleuri. La tendiefle
grands Seigneurs. Ceux qui lesfaijbient paternelle le poulla à violer la difcipii-
en rapportoient des palmes quils cueil- ne Eccléhaftique , contre la conduite
loient dans la Vallée de Jéricho , à eau- ordinaire j 6c il avoit des exemples des
fe de quoi on les appelloit palmiers. Rois fes prédécelfeurs en pareil cas.
Le bon Roi Robert s'adonnoit entié- Néanmoins le Clergé de cette Eglife
rement aux œuvies de pieté, de cha- forma de grandes oppoiitions à fa vo-
rité, de miféricorde 6c de juftice : il lonté , ibutenant que les faints Canons
réédifioit les Eguies, ou en bâtiîïbit de n'admettoient point les bâtards à la
nouvelles , faifoit des pèlerinages avec Prélature , 6c que la Loi de Dieu dans
ferveur & dévotion, ( il en lit deux à le vieux Teftament leur fermoir l'en-
Rome , ) 6c nournifoit grande quanti- trée du Temple julqu'à la dixième gé-
ré de pauvres dans toutes les villes de nération. Cette réfiftance caufa beau-
fon Royaume. On en voyoit chaque coup de tumultes, 6c ils ne ceiTerent
jours plus de deux cens dans fa mai- qu'au bout de cinq ans, lorfqu'on eut
fon , qu'il menoit par tout , n'ayant reconnu que le mérite du bâtard étoit
point de dégoût de Les voir jufques plus grand que le défaut de fa naif-
fbus fa table , de toucher leurs ulcères . lance.
6c de faire demis le -fignê de la Croix , Les Comtes de Sens étoient fort vio- """" '
qui Ils guénlfoit bien fouvent. lens 6c grands perfécuteurs des Ecclé-
II fe plaifoit à chanter au Chœur, 6c fiaftiques. Raynard I. avoit bien caufé
à compofer les paroles 6c les notes des des fâcheries à Seguin fon Archevêque ,
motets & répons, à 1 honneur ou des ayant bâti deux Châteaux fur les terres
myltereSjOU des Saints. L'Eglife en a de fon Eglife, fçavoir Château-Ray^-
confervé quelques uns , qu'elle chante nard 6c Joigny. Son fils Fromond fui-
encore aujourd'hui. vir fes traces ; après la mort de Seguin
On vit cette année i OU. dans les der- il ufa de beaucoup de violences pout*.
nie res parties du midi une étoile d'une faire élire un de les fils Archevêque :
grandeur extraordinaire , qui fembloit mais leClergé n'en voulut point du tour,
darder de vifs éclairs dans les yeux. Elle 8ç choifit l'Archidiacre qui fe nommojt
parut trois mois entiers , quelquefois di- Leoteric. En haine de cela Fromond 6ç
minuant , d'autrefois je montrant plus puis Raynard II. fon fils dit le mauvais P
grande , comme fi elle Je fût rallumée , & qui lui fuccéda , firent tous les outra-
quelquefois jemblant tout- à-fait éteinte, ges imaginables à cet Archevêque, Il
9 v
ion.
1*4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
eut enfin recours au Roi pour châtier fit couronner à S. Corneille de Com- '
l ? l j* cette infolence. Le Roi y envoya Bou- piegne le jour de la Pentecôte de Lan io1 7*
& luiv. c j larc j f on Comte du Palais : les habi- 1017. & depuis on mit fon nom dans
tans de Sens lui ouvrirent auiîi-tôt les tous les aétes avec celui de fon père,
portes. Raynard fe fauva tout nud , & Cette même année on commença à
Fromond II. fon frère fe retira dans découvrir qu'il y avoit certains Héré-
une grofle tour que Raymond avoit bâ- tiques Manichéens dans la ville d'Or-
tie. Le Roi y fut en perfonne , la prit leans , qui pourtant ne furent appré-
par force , & envoya Fromond prilon- hendés & punis que l'an 102.2. Nous
nier à Orléans , où il acheva (qs malheu- en parlerons dans l'Eglife du onzième
reux jours. Eudes Comte de Champa- fiécle. Ces monftres femblerent avoir
gne embraffa la caufe de Raynard 3 qui été défignés par un prodige fort éton-
s'étoit réfugié auprès de lui. Ainfi joints nant qui arriva au même tems. Il tom-
ils fe trouvèrent alfez forts -, ils bâtirent ba une pluye de fang dansquelques con-
le Château de Montereau Faut-Yonne , trées maritimes de la Guyenne. Six ans
& firent le dégât aux environs de Sens, auparavant , les eaux d'une fontaine
Tellement que le Roi & l'Archevêque auprès de Mons en Haynaut avoient pa-
prirent une trêve avec eux , Se enfuire ru toutes fanglantes. Le Roi Robert
conclurent un accommodement : par croyant qu'une chofe fi extraordinaire
lequel le Roi rendoit la moitié de la quoique procédant d'une caufe naturel-
Ville à Raynard , à la charge qu'après le , devoit être un figne qui méritoit
fa mort cette moitié iroit àl'Archevê- qu'on en recherchât l'explication, en
que. En vertu de ce traité il rentra en voulut avoir le fentimenc des plus doc-
poifeflïon ; mais le péril pafle il n'exé- ces Evêques de fon Royaume -, ils lui
cuta aucune des conditions. La querel- firent des réponfes plus remplies d'allé-
le recommença donc , & cette affaire gories , &c d'inftructions morales &
ne fe termina que fous le régne de chrétiennes, que de raifons de Phyfique.
Henri. J'ajouterai ici pour les curieux des
Peut être que ce fut cette guerre qui chofes naturelles, que l'an ion. on
donna occafion aux Bourguignons de avoit vu pleuvoir du bled &: des petits
fe rebeller une féconde fois, & à plu- poilfons dans le pays deHasbain. Pour
fieurs Seigneurs d'exercer des brigan- les poillons ils pouvoient s'être formés
dages dans la Province par le moyen de quelque fray que le Soleil avoit at-
de leurs Châteaux. Quoi qu'il en foit , tiré en l'air avec les vapeurs ; c'eft ain-
le Roi s'avança dans le pays , & y dé- fi qu'il s'y forme de petites grenouilles,
molic toutes ces retraites de voleurs. Et quant au bled, on peuteroire qu'un
Deux ans après voyant que fon fils tourbillon en avoit enlevé quelque
aîné , qui s'appelloit Hugues , Prince monceau à la campagne, & que la tem-
fort bien fait de corps & d'efprit ,don- pête l'ayant enveloppé dans une nue ,
noit de grandes efpérances, quoiqu'il l'a voit poulie jufqu'à l'endroit où elle
n'eut pas douze ans accomplis : il le avoit creve.
ROBERT, AOl XXXVI, u s
! . ■ ■.» ■ ■ il ■ i i ' — I _^_^^_^^_^_^^^_»^
ROBERT
&
HUGUES fon fils , âgé de 16. à 17. ans.
GUillaume IV. Duc d'Aquir- &: les alla attaquer. Mais vingt ou tren- ■ —
taine à fon retour de fon troifié- te des plus iignalés étant tombés dans 101 '«
me ou quatrième pèlerinage de Rome, des foflès recouvertes de branchages 8c
( ceux qui en faifoient le plus étoient de gazon , que les Normands avoient
les pliu eftimés ) trouva fon pays enri- creufées fur les avenues de leur camp,
chi d'un nouveau tréfor. L'Abbé de 8c ayant été pris par ces Barbares , cet
faint Jean d'Angeli ayant rencontré le accident découragea les autres de don-
crâne d'un homme dans une muraille , ner. Néanmoins les Normands crai-
le bruit s'épandit que c'étoit la tête de gnant une plus rude attaque , déloge-
S. Jean-Baptifte , 8c qu'elle y avoit été cent la nuit même , 8c remontèrent fur
enclofe par le Roi Pépin. Les Peuples leurs vahTeaux. Mais il fallut leur payer
de France , de Lorraine 8c de Germa- telle rançon qu'ils voulurent pour les
nie , qui en ce tems-là couroient avec prifonniers qu'ils avoient faits,
grand zélé à toutes fortes de Reliques, Entre les guerres particulières qui fe
y affluoient de tous côtés. Le Roi Ro- faifoient entre tant de différens Sei-
bert , la Reine , le Duc de Normandie , gneurs , qui avoient ufurpé les Villes
8c une infinité de Seigneurs , y appor- 8c les Provinces , nous ne remarquons
terent leurs offrandes : celle du Roi fut que les plus importantes. Foulques
d'une coupe d'or qui pefoit trente li- Nerra Comte d'Anjou étant allé en pé-
vres : préfent admirable en un tems où lerinage pour la première fois en Jéru-
l'or 8c l'argent étoient cinquante fois falem, Eudes Comte de Blois, de Char-
plus rares qu'ils ne le font à cette heure, très 8c de Tours , Hilduin Seigneur de
Les Danois ou Normands de de-là Saumur , 8c Gefroy Seigneur de Saint
la mer , n'avoient pas tout-à-fait ou- Agnan , fe liguèrent enfemble pour
blié leurs coutumes de pirater , ils fai- envahir fes terres , 8c y firent de grands
foient encore quelquefois des defeen- dégâts. Lorfqu'il fut de retour, fon
tes en Angleterre 8c fur les côtes de la propre refTentimenr > 8c les promelîès
France. Ils avoient conquis une gran- que lui fit le Roi de l'afîitter à châtier
de partie de l'Angleterre , 8c à la fin l'orgueil du Comte Eudes , l'engage-
même ils y donnèrent quelques Rois, rent à une grande guerre. Il remporta
Cette année ils aborderenr dans le Poi- une viétoire fignalée fur fes trois enne-
tou, étant peut-être avertis qu'un grand mis à Pont-Levoy , avec le fecours de
nombre de pèlerins vifitoit cette tête Hébert Comte du Maine. Mais l'an-
de S. Jean. Quoi qu'il en foit, ayant née fuivante que l'on comptoit 1017.
mis pied à terre là auprès , ils y firent Eudes 8c fes alliés remirent fur pied do
quantité de bons prifonniers. Tout le plus grandes forces j 8c alors le Roi ne
pays s'arma pour les en chaffer -, le Duc fe remua point du tout en faveur de
d'Aquitaine alfembla toute fa Nobleffe l'Angevin , mais fit la paix avec Eudes
n6 ABREGE CHRONOLOGIQUE
" — fans l'y comprendre. C'eft pour cela Eudes s'étant mis en devoir d'en fur- *■
101 que les Chroniques d'Anjou parlent fi prendre la garnifon , fécondé des Com- 10il>
défavantageufement de ce Prince 8c de tes Valeran de Meulan 6c Hugues du
la race de Capet. Foulques néanmoins Mans , fut battu 6c mis en déroute,
s 'évertuant de lui-même, , bâtit un tort Comme la guerre s'échauffoit de
à Montudel pout brider la ville de plus en plus, il fuicita tant d'ennemis
Tours , prit la ville de Saumur , cv puis nu Duc Richard , que ce Prince crai-
le Châceau. Delà ayant _palîe la Vien- gnant d'être accable, appelia à fon fe-
ne , il affiégea Montbazon -, 6c fçachant cours Lagman ou Lacune Roi en Suéde,
qu'Eudes 6c les liens étoient allcmblés 6c Olaus Roi en Norvège , qui étans
auprès de Loches , il leur alla brave- defeendus en Bretagne , 6c ayant forcé
ment préfenter la bataille. Mais ibit & faccagé la ville de Dol, marchèrent
par une trêve , foit pour quelqu'aurre vers le pays Chartrain. Toute la France
fujet , les deux armées fe retirèrent lans au fouvenir des défolations p.dfées, en
coup rèrir. prit une extrême épouvante ; 6c le Roi
Cette querelle fe ralluma à" diverfes s'employa avec tant de chaleur à étein-
fois , 6c plus ardemment lors qu'Eudes die cetembrâlemenr, qu'il mit les deux
eut hérité des Comtés de Brie 8c de Princes d'accord 8c contenta les Rois du
Champagne , par le décès d'Etienne Nord. Ainli ils s'en retournèrent en leur
fon frère ■> mais il n'y gagna que des pays , après que celui de Norvège fe fut
coups, 8c y perdit fon fidèle allié le Sei- lait baptifer à Rouen , 6c reçu le nom
gneur de S. Agnan, lequel ayant été de Roberr fur les facrés fonts.
pris en guerre fut étranglé en prifon L'Empereur Henri 6c le Roi Robert 1023.
par les gens de Foulques , fuis fon ordre délirant de bonne foi ôter tout fujet de
pourtant , à ce qu'il protettoit. différend entr'eux convinrent d'une en-
La dix-huitiéme année de ce fiécle trevue fur les bords de la rivière de
mourut Geofroy Duc ou Comte de Meufe. Comme les couitifans de l'un
Bretagne •, car en ce tems-là les Ducs 6c de l'autre formoient plusieurs d.ffi-
prenoient indifféremment le titre de cultes fur le lieu , la manière cV le pas ,
Comtes. Son fils aîné Alain III. du nom 6c que les deux Princes au contraire
lui luccéda en fa Duché , 8c Eudes fon avoient dans la penfée de vaincre cha-
fecond eut la Comté de Pontievre en cun fon compagnon pnr civilité, Henri
partage. Alain époufa la PrinceHTe Avoi- paflà la rivière de bon matin & vint
le fœur du Duc Richard -, 8c par ce farprendre agréablement Robert , qui
moyen la Normandie 8c la Bretagne , le lendemain lui rendit fa vifite du
auparavant fort ennemies, s'unirent même air. Tous deux fe régalèrent ma-
d'alliance & d'amitié. gnifiquement, 8c s'offrirent chacun à
Il s'étoit ému guerre dès l'an 10 17. fon tour de fort riches préfens : mais
I S >1 °' entre Richard Duc de Normandie , &c Robert n'en prit qu'un reliquaire où il
Eudes ou OJon Comre de Tours , de y avoit une dent de faint Vincent Mar-
Chutres 8c de Blois , à caufe qu'Eu- tir, & le Livre des Evangiles, qui étoient
des ne vouloit pas rendre la ville de enrichis de pierreries •■, 6c Henri ne vou-
Dreux qui lui avoir été donnée en dot lut qu'une paire de pendanr d'oeilles. —
avec Manlde fœut de Richard , qui Ce dernier étant mort à Bamperg , I02 4-
étoit morte depuis peu : fi -bien que les Princes de Germanie élurent Con- bam'lT'ôT*
Richard avoir bâti le Château de Til- rad Duc de Wormes , qui ne put aller constah-
leres , près de Verneuil , d'où il faifoit à Rome pour recevoir la' Couronne Im- ^VifaïT
des courfes dans la contrée de Dreux, pénale que l'an i otj» Daboid les Pnn-aus.
ROBERT, ROI XXXVI. 127
ces &c Prélats Italiens haiflant la nation ze-Majeflé , & lui offrant néanmoins s'il
10x5. Teutonique, qui les traitoit à baguette, fe mettoit en fon devoir , de lui obte- 101 $«
refuferent de lui obéir , &: députèrent nir la vie fauve & ies membres. Voilà
en France vers le Roi Robert pour lui tout ce qu'en apprennent les monu-
offrir le Royaume d'Italie pour fon fils mens de ce tems-iu.
Hugues. Mais la Reine Confiance n'en dimî-
A fon refus ils s'adreflerent à Guil- nua rien de fa fierté &c de fes fâche ufes
laume Duc d'Aquitaine , fort connu à humeurs. Il fallut que le Roi s'accou-
Rome par fes fréquents pèlerinages. Il ruinât à ies foufrrir , de crainte de plus
écouta leurs oftres , entendit leurs grand fcandale j ôc qu'avec cela il en-
moyens , dépêcha en ce pays-là pour durât qu'elle traitât ion fils le Roi Hu-
fonder le gué , & puis y palfa lui-mê- gués dans la dernière indignité; jufqu'à
me. Quand il fut fur les lieux , il ne réduire ce jeune Prince à une milérable
trouva rien de ce qu'on lui avoit pro- indigence de toutes chofes.
mis , tout le monde lui demaudoit , au Quand il eut atteint à peu près l'âge ~"~
lieu de lui donner , on ne lui propofoit de vingt ans , ôc qu'il voulut faire fa <^ r ■ *"
que des conditions ridicules-, ainfi com- mai fon, & tenir un train convenable
me il vit qu'ils en vouloientà fabourfe, à fa grandeur , cette femme horrible-
ëc qu'ils redoutoient fà grandeur , il fe ment avare , & appréhendant plus la
mocqua d'eux &z fe retira. dépenfe que l'infamie , lui fit fout-
Empereurs L'humeur impérieufe &c fuperbe de frir tant d'injures ôc d'outrages , qu'il
9°, NSTA îiV N la Reine Confiance caufoit à toute heu- fut contraint de fortir de la Cour,
ieul en IX— . „ . A t *
tembre.&en- re de lenfibles deplaidis au Roi , quoi- 6c d'aller errant de cote 6c d autre,
core Conrad q U 'jJ a f£ t ^e toutes fortes de moyens fans que perfonne ofât lui donner re-
pour adoucir cet efprit malin. Un jour traire ni allillance , tant on craignoit la
s'étant fâchée contre un favori qu'il vengeance de cette mère dénaturée,
avoit , nommé Hugues de Beauvais , Tellement qu'étant contraint de me-
parce qu'il fortifioit l'efprit de fon ma- ner plutôt une vie de bandit que de
ri contre (es entreprifes, elle adrelîa fa Prince , il advint que Guillaume Com-
plainte à Foulques Comte d'Anjou fon te du Perche, fi méchant homme qu'il
coufîn pour le prier delà venger. Le patloit pour être de la race deGanelon,
Comte fort vindicatif de lui-même, eut la hadieife de l'arrêter prifonnier
lui envoya douze Gentilshommes de pour quelque action indigne, à quoi
fon pays , qui ayant pris leur tems que l'extrême nécelîité l'avoit forcé. Mais le
le favori étoit à la chalîè avec le Roi , fe Roi le retiraaufli-tôt -, 6c depuis la Reine
faillirent de fa perfonne , 6c lui tranche- ne lui fut plus fî cruelle,
rent cruellement la tête en préfence du Je trouve dans la vie de ce très-fage'
Prince même , fans avoir égard à fes Roi une action de bonté plus que roya- l
très-humbles fupplications. le. Ayant été découvert une grande con-
II y a quelque apparence qu'un Ci fpiration conrre fon état 6c fa vie, 6c
exécrable attentat ne demeura pas fans les auteurs arrêtés prifonniers , comme
châtiment , 6c que Foulques fut con- les autres Seigneurs , étoient allemblés
traint de venir en Cour demander par- pour les condamner à mort , il fit trai-
don au Roi , 6c de lui livrer les aflaffins. ter fplendidement ces malheureux , 6c
Car je trouve que les Evêques mena- les admit le lendemain à la facrée Coin-
cèrent de l'excommunier s'il ne le fai- munion : puis il voulut qu'on les laif-
foit promprement , lui déclarant qu'il sât en liberté , difant que l'on ne pou-
avoit encouru les peines du crime de le- voit pas faire mourir ceux que Jésus-
n3 ABREGE CHRONOLOGIQUE
Christ venoit * de recevoir à fa table, que de fon vivant même elle ne bradât
ft IOZ 5* , Le dix-ieptiéme de Septembre le une puiffante conipiration pour dctrô- IOi *«
nel eft réputé jeune Roi Hugues mourut à la fleur de. ner laine, 8c mettre le puîné à la place.
V riLfa g race fon âge, regreté de toute l'Europe pour L'an 1016. Richard le Bon Duc de
«in l'admet les rares &: aimables qualités , qui lui Normandie finit fes jouts, & eut pour
à ta table, avoient acquis tant de réputation, qu'à fuceflèur Richard III. fon fils aîné.
peine l'eut-il pu foutenir s'il eut vécu Othe-Guiilaume Comte de Bourgo- "
davantage. Il fut enterré à faint Cor- gne, paiïà auflî de cette vie à une au- l01 7«
aeille de Compiegne. tre l'année fuivante, &c fon fils Renaud
Il reftoit trois autres fils au Roi Ro- pofféda (qs Etats,
bert fçavoir Henri , Eudes 8c Robert. L'enragée paflïon de dominer arma
Il femble à lire quelques auteurs de ce Baudouin , alors furnommé le Frifon ,
tems-là, qu'Eudes étoit l'aîné de tous 8c depuis appelle le Débonnaire , con-
les trois. Quoi qu'il en foit , le Roi tre Baudouin à la Barbe ou le Barbu fon
après la mort de Hugues vouloit faire propre père Comte de Flandres , en
couronner Henri : mais la Reine Conf- forte qu'il le chailà de fes Etats. Ce fils
tance par un appétit dépravé avoit dénaturé fe tenoit fott de l'alliance de
entrepris de donner le Royaume à Roberr, dont il avoit époufé la fille *, 8c
Robert , qui conftamment étoit fon pourtant ce bon Roi ne favorifoit pas
puîné. cette impiécé. Richard III. Duc de
L'autorité du père 8c la raifon l'em- Normandie ( d'autres difent que ce fut
portoient pour Henry fur l'efprit des Robert ) recueillit le vieillard exilé 8c
Seigneurs François ; ils le firent couron- le remit dans fa Comté. Il ne put pour-
ner le 23 de May de l'an 1027. Et néan- tant éteindre tout-à-fait les partialités
moins l'opiniâtreté de cette femme ne dans le pays , où les uns tenoient pour
fe rendit pas , 8c caufa beaucoup de tu- le fils, 8c les autres pour le père,
multes, fon mari n'ayant fçu empêcher
ROBERT
&
HENRY fon fils , âgé de quelque 18. ans.
1028.
Empereurs
R
Ichard III. Duc de Normandie rut peu de tems après le 31. Janvier '
n'ayant régné que deux ans, mou- l'an 1030. ou 31. âgé de 71. ans. Il 10 5°«
romain 11. rut empoilonne pas lcn trere nomme avoit deux hls d'Adelmodis fa premie-
«ouffn de Robert , qui après fa mort jouit de la re femme , Guillaume 8c Eudes ; 8c
Novembre r. Duché acquile par un fratricide. Lan 8c deux autres de la leconde , qui
5. ans 6. 1030. Guillaume V. Comte de Poitou étoit Agnes, feavoir Pierre - Guil-
inois , & en-
<.oreCosRAD
il.
8c Duc d'Aquitaine , connoillant qu'il laume 8c Guy-Gerroy. Un an après fa
n'avoit plus guère de tems à demeurer mort Agnès defirant s'acquérir de l'ap-
en ce monde , y renonça fort pieufe- pui pour elle 8c fes enfans, époufa Ge-
ment , 8c fe retira dans l'Abbaye de froy Martel très- vaillant Prince, fils
Maillerais, qu'il avoit bâtie. Il y mou- de Foulques Netra Comte d'Anjou.
Datas
ROBERT, ROI XXXVI, ii<>
Dans les années 1019. 8c 30. il fe rai- que encore maintenant le même jour,
iuma une forte guerre entre Eudes Com- 8c avec la même cérémonie. Il entrete-
te dé Champagne , de Chartres 8c de noit aufli un grand nombre de Clercs >
Tours , 8c Foulques Comte d'Anjou , ce qui peut avoir donné lieu à cette
au fujet de ce que Foulques fortifioit louable coutume de fonder des bourfes
le Château de Montrichaid , qu'Eudes pour la nourriture des pauvres Ecoliers,
difoit être de la Comté de Touraine. Il bâtit le Château d'Eftampes , 8c
Après quelques rencontres ils en vin- trente-cinq ou quarante Eghfes à Paris,
rent à une bataille rangée , tous deux à Orléans 8c autres lieux : lefquelles
étant à la tête de leurs troupes ; la per- n'étant pas d'une ftru£ture fort folide ,
te fut grande de part 8c d'autre , mais ni fort magnifique , comme l'on en a
la viétoire demeura à l'Angevin. bâti depuis , font prefque toutes tom-
Quoique le Roi Robect permît la bées, ou ayant été réparées, ont chan-
libei té des élections, néanmoins l'Eve- gé de face. A fon exemple la Reine
que de Langres étant mort, il lui en Confiance édifia un Monallére à PoilTy ,
ayoit fubftitué un autre d'autorité ab- où elle mit dès Chanoines Réguliers,
folue , parce qu'il avoit befoin d'une Trois cens ans après, Philippe le Bel
perfonne qui fut entièrement à lui dans donna cette Maifon à des Religieufes
ce pofte , pour lui aider à retenir la de faint François.
• Bourgogne dans l'obéiflance. Les Cha- Il avoit quatre enfans vivans > trou
lo i 1 ' noines ayant empoifonné celui-là, il fils-, Henri qui vint à la Couronne»
y en mit encore un fécond ; ce qui exci- Eudes qui la lui difputa, 8c Robert qui
ta de fi grands troubles parmi le Clergé fut Duc de Bourgogne : 8c une fille
de cet Evêché, qu'il fut contraint d'y nommée Adeleide, qui l'an 10*7. épou-
aller en perfonne , pour inftaller ce fa Baudouin de l'Ifle , depuis Comte
nouveau promu , 8c enfuite d'y en- de Flandres.
voyer fon fils , afin de le maintenir 8c Il ne tint pas à fa conduite que la
le garantir de leurs attentats. France ne fut tout-à-fait heureufe : il
Tandis que Henri étoit en ce pays -là, donna à fes fujets ce qui dépendoit de
il advint une grande Eclipfe de Soleil ; lui , la juftice 8c la paix j mais il eut
êc Robert fon père , au retour de plu- le déplaifir de voir la famine , 8c la pe£-
iîeurs dévots pèlerinages , fut attaqué te enfuite , ravager cruellement fes
d'une maladie, dont il mourut le ving- Etats par trois fois. Une en l'an 1006.
tiéme de Juillet de l'an 103 1. Il vécut une autre en l'an 1010. & la troifiéme
foixante& un an, dont il en régna 45. depuis l'an 1030. jufques à l'an 1033,
ôc demi , fçavoir neuf 8c demi avec fon La première fut générale par toute l'Eu-
pere , 8c trente-quatre depuis fa mort, rope , 8c la dernière fi cruelle en France ?
Il fut inhumé à faint Denis. qu'il fe trouva plufieurs perfonnes quf
Entre les éloges qu'on lui donne de déterroient des corps pour les manger >
père des pauvres , de fage, de pieux , qui alloientà la chafledes petits enfans,
de Débonnaire -, je n'en trouve point qui fe tenoient au coin des bois comme
de plus beau que celui qui l'a qualifié des bêtes carnacieres , pour dévorer les
Roi de ses moeurs aussi-bien que paiTàns. Il y eut même un homme qui
de ses peubles. Il entretenoit deux pofledé de la convoitife du gain , plus
cens pauvres à fa fuite , 8c leur lavoit enragée que la famine, étala de la chair
fouvent les pieds , particulièrement le humaine dans la ville de Tournus : mais
jour du Jeudi Saint. De-là eft venu le on expia ce déteftable prodige par les
Mandat que la piété de nos Rois j?rati- flammes. Cette extrême difette de bleds
Tome II. R
i 5 o ABREGE CHRONOLOGIQUE
~~~" ~~" procédait des pluyes froides & conti- grains ne pouvoient germer , ou mou-
10 i 1, nuelles qui détrempoient la terre 8c la roient tout aulîi-tôt qu'ils étoient ger-
refroidilloient de telle forte , que les mes.
CONSTANCE
III. FEMME
DE ROBERT.
Son vifage charmant > & Tes yeax pleins de flammes >
Sont comme un doux concert mêlé de faux accords ;
Et témoignent allez que la bonté de l'ame ,
Ne le joint pas toujours à la beauté du corps.
£ un/iiKe TT Ugues Capet par une Lettre, que commère &c fa parente , étant fille de
Grèce pour JE"! l'on voit parmi celles de Gerbert Conrad Roi de Bourgogne & de Ma-
ianfiis, écrites à Conftantin & à Baille frères, haud iœur de Lotaire Roi de France :
Empereurs de Conftantinople , leur mais nos Evêques lui ayant remontré
demanda une fille de leur maifon pour que pour le bien de l'Etat il devoit paf-
fon fils, qu'il difoit être unique, ce 1er iur ces empêchemens , & que pour
devoit être Robert : car il étoit âgé eux ils les levoient, il l'époufa , non
d'environ 28. ou 30. ans quand fon pe- point par amour , car elle palfoit l'a-
re mourut, & par conféquent il de- ge de trente-cinq ans, tems auquel la
voit être né alors. Nous ne fçavons beauté des femmes efl: bien diminuée ,
point quelle réponfe firent les Grecs à mais pour s'allier à la maifon deCham-
cette Lettre*, mais nous fommes bien pagne autant portée à la révolte, qu'el-
Première allures queRobertn'époufa point de fille le étoit puilfante. Le Pape fâché de ce iwquoiii
Tcmnw cRo * de cette maifon-là. Sa première fut Ro- qu'on avoit challé Arnoul de l'Arche- la répudia,
fuie ou Bofale , d'autres la nomment vêché de Reims fans lui en demander
* Ler'tgar- Leut-garde * fille de Beranger Roi d'Ita congé , prit de-là fujet de faire querelle
rard°" ou** ^ e » & véu ve d'Arnoul Comte de Flan- à Robert , il publia que cette alliance
Lourde. dres , femme déjà âgée, mais qui lui étoit inceltueufe , reprit aigrement les
étoit fort nécelTaire, afin de fe conci- Evêques qui Pavoient confentie, ôc les
lier à lui & à fon père les Flamands qui menaça de fufpenfion : il excommunia
ïerthe fecon- foutenoient Charles Duc de Lorraine : auffi le Roi 8c fon Epoufe , failnnt un
~ dc elle mourut l'an 1002. Par les mêmes grand crime de peu de chofe. Robert,
coniîdcrations Robert époufa la même l'un des meilleurs 8c des plus religieux
année Berthe veuve d'Eudes , 8c mère Princes qui régnèrent jamais , ne fe
d'un fiis de même nom , Comte de voulut point entièrement oppofer à
Champagne. Il eft vrai qu'elle étoit fa cette violence, fa maifon n'étant pas
CONSTANCE. iji
encore affez affermie , mais il quitta double empire qu'elles empruntent de
Berthe , 8c d'autant plus volontaire- la nature 8c de la dignité. Confiance faftc &or.
ment qu'elle avoit eu une faufïe-cou- toute remplie de fafte 8c d'orgueil vou- confiance.
che , 8c qu'elle n'étoit guéres propre à loir exercer {on pouvoir fur le Roi mê-
l'âge où elle étoit à \\ù donner des en- me , 8c prenant fon humeur douce 8c
fans dont il avoit befoin pour fe main- débonnaire pour une fbibleiTe d'efprit,
tenir. Mais riez , je vous fupplie , de elle tâchoit d'avoir avantage fur lui 8c
cette fable , qui conte que Berthe en- de s'en rendre la maîtrefTe, non par les
fanta un monftre , à cauïe qu'elle étoit charmes de fon vifage 8c de fa conver-
excommuniée , pour moi je ne me fation, mais par fa conduite impérieu-
mettrai pas en peine de la réfuter : cette fe. Sçachant que fon mari recherchoit
erreur n'elt pas dangereufe , car elle ne l'entretien des Dames , elle faifoit fem-
trouvera guère de fedtateurs. blant d'en être jaloufe, afin d'avoir oc-
Après qu'il eut fait ce divorce , il fe cafion de le ferrer de près , de prendre
réfolut de prendre une femme pour fa- garde à fes actions , 8c de lui faire fans
tisfaire à fon inclination , comme il en ceffe quelques plaintes ; Et plus il fouf-
avoit pris deux pour latisfaire au bien froit de réprimandes 8c même de me-
de fon Etat. Il prit donc l'an mil fix naces de cette Princefîe fans s'en plain-
r Confiance Confiance fille de Guillaume I. Comte dre , plus elle augmentoit fon empke
yencc d ° Pr ° ^ e P rovence ou d'Arles , 8c d'Alix fur fa perfonne. De forte que croyant
d'Anjou , fœur de Foulques Comte être devenue maîtrefTe , elle chafToit
d'Anjou. Il y en a qui tiennent que ce d'auprès de lui ceux qui lui déplaifoienr;
Guillaume étoit Comte de Touloufe , elle inquiétoit , remuoit 8c renverfoit
fondés peut-être fur ce que Glaber dit, tout le Palais , enfin elle étoit infup-
que Confiance étoit des parties d'Aqui- portable à tout le monde & ne foufFroit
taine : mais qu'ils confiderent, s'il leur perfonne. Robert étant ennuie de cette ve J°t|"î*
plaît , que les auteurs de ce tems-là conduite , fe mit dans l'efprit de la ré- dier.
ont compris la Provence fous l'Aqui- pudier fous prétexte de parenté, il dé-
taine , 8c même en leur latin barbare clara fon defïein à quelques Evêques ,
ils l'appelloient ainfi. Elle amena avec 8c alla à Rome pour ce fujet : De quoi
elle une grande luite de gens de fon cette Reine alors étonnée eut recours ,
pays , fans foi 8c fans fociété, dit Gla- comme l'écrit un auteur , à l'intercef-
*Ceftque!es ber , * déréglés , vains, volages 8c pré- fion de faint Savinian Martyr, premier
Provenceaux f om ptueux dont les moeurs 8c les fa- Evêque de Sens , auquel elle devoit
ç>nr de tout -i /■ • • i • i fi ■ i- > -ri « c • •
teiTO aitr.é la çons de taire , corrompirent en peu de avoir quelque dévotion particulière. II . r » avin . ïi »
«lanfe, le jeu tems la Cour de France , qui étoit une s'apparut à elle 8c Faillira que Dieu ' pparo
les Farceurs' Académie d'honneur 8c de piété, dont avoit en fa faveur changé la volonté
& les Bâte- un bon Abbé fit de grands reproches au du Roi , lequel érant revenu de Ro-
ïeurî ' Roi, mais elle caufa enfuke bien d'au- me ne fongea plus à la quitter; c'efl:
très remuemens. Cette Princefîe fut pourquoi en mémoire de cette grâce
une des plus belles de fon tems , 6V le elle fit richement enchâfier le corps
grand éclat de blancheur qu'elle avoit du faint Marryr , qui étoit au Monafté-
dans le teint > lui donna le furnom de re de faint Pierre le vif de Sens. Si ce-
Blanche , que fa mère avoit aufîi porté, la eft ou non , je n'en fuis pas garant ,
Les grandes beautés font naturellement mais elle n'en devint pas pour cela plus
îiéres, & quand elles fe voyent élevées modérée , tant s'en faut , elle gour-
au-deffus des autres par la -puiiîance , mandoit le Roi, de forte qu'il n'eut
leur orgueil exerce avec infolence le fçu accorder aucune faveur fans fa par-
.R ?j
j 3 * ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
licipation & fon confentement , ni y a quelque apparence que ce fut d«
avoir fecret ou confidence avec quel- cet aifaiîïnat que Foulques conçut ce
qu'un , qu'elle ne fe vint incontinent remords de confcience qui le fit aller
jetrer à la traverfe. 11 étoit donc con- en Jerufalem , où par une pénicence
traint , pour avoir la paix > de fouffrir remarquable , il fe fit traîner tout nud
toujours cette gêne continuelle , &: de avec la corde au col , & battre de ver-
s'aflujettir aux caprices de la Reine. Et ges par un de (es gens , criant , Sei-
vraiement , il le Roi eft Saint, comme gneur > aye^pitic de ce mifèrable parjure
je le crois, Confiance ne fervit pas peu & fugitif Foulques. Le Roi extiéme-
Scn humeur à éprouver fa patience &à épurer Ces ment irrité de cet horrible attentat,
cftâcheufe. autres vertus : car jamais couple ne fut vouloit challèr Conftance , mais quel-
plus mal apparié pour les humeurs, elle ques Evèques , quoiqu'avec peine,
étoit violente , fiere , avare , légère moyennerent fa reconciliation , après
& cruelle > lui au contraire, pofé, mo- laquelle étant aufli facheufe qu'aupara- Enfamdc
defte , libéral , conftant & débonnaire, vant , elle continua de le tourmenter. on *""'
Il falloir qu'il fe cachât d'elle pour fai- Ils eurent néanmoins enfemble plufieurs
re du bien à quelqu'un , & quand il enfans , Hugues qui fut couronné ôc
récompenfoic fes lerviteurs , il ajou- qui mourut avant fon père , Henry I.
toit toujours , Prene^ garde que Conf- qui régna , Robert qui fur Duc de
tance ne le f cache. Bourgogne , Eudes, qui félon quelques-
11 n'y a rien pourtant dans toutes fes uns le voua à l'Eglife , & fut Evêque
actions de plus rude que ce qu'elle fit à d'Auxerre \ félon d'autres , qui eut cer-
Hugues de Beauvais. Ce Seigneur avoir taines terres en Touraine pour appa-
tellement gagné les bonnes grâces du nage , tk qui mourut bien avant fous
Roi , qu'il l'avoir fait Comte du Pa- le règne de Henri; Se deux filles, l'une
lais , c'eft aujourd'hui le grand Maître donr on ne fçait pas feulement le nom ,
de la maifon du Roi , & l'enrichilloit l'autre nommée Alix mariée à Bau-
chaque jour par de grands & nouveaux douin V. Comte de Flandres. Ces en-
bienfaits. Conftance en devint fort fans qui dévoient être les liens de leur
jaloufe , foit qu'elle fut fâchée qu'un amitié , furent les caufes de nouveau rire t«it*
autre qu'elle approchâr de fon mari , trouble , ôc prefque de divorce : car mal fo ei>
foit , comme ont écrit quelques-uns , Conftance ne vouloit pas que le Roi fit
qu'elle fut avertie que ce Favori lui couronner Hugues, & quand il le fut ,
rendoit de mauvais offices , & tâchoit elle le tenoit avec autant de captivité
à la faire répudier: Et, comme elle & avec aufli peu de biens , que s'il eut
croit fine & malicieufe rout enfemble , été encore enfant ; tellement que lui
elle écrivit à fon oncle Foulques Comte qui avoit la couronne fur la tête & le
d'Anjou le mauvais tour que ce Sei- cœur haut , tâchant de jouir de l'auto-
gneur lui vouloit jouer , & bien qu'il rite par force, donna lieu à une guerre
ne fut pas vrai , néanmoins elle le fçur qui penfa être dangereufe. Ce Hugues
Confiance fi bien perfuader , qu'il lui envoya dou- étant morr , la Reine empêchoit pareil-
*" ze Cavaliers pour exécuter fa vengean- lement que Henri ne fut couronné, &
ce. Afin qu'elle éclatât aux yeux de fon quand contre fa volonté fon père l'eut
mari , Conftance leur commanda d'en- ainfi ordonné, elle anima toujours de-
trer dans la chambre & de tuer ce Fa- puis les frères l'un conrre l'autre , afin
vori devant lui *, ce qu'ils exécutèrent de brouiller fans cefte &c de retenir l'au- ...
avec tant d'inhumanité &c de hardiefte, torité; même quand Robert fut mort, lesi
gaet
uns contic
que le fang en rejaillit fur fes habits. U elle excita fon frère à ufurper le Royau- m mum.
CONSTANCE,
Ui
mî, & elle aurait continue de les irri-
ter de plus en plus , fi fon oncle Foul-
ques qui ne connoifloit que trop (es
malices ne l'eut menacée de l'abandon-
ner , & enfin elle fut contrainte de fai-
re fa paix avec fon fils aîné, qui lui
accorda tout ce qu'elle lui voulut de-
mander , & lui permit de vivre de
telle forte qu'il lui plairoit , pourvu
qu'elle ne fe mêlât plus des affaires.
Cet efprit orgueilleux ne put fupporter
long-tcms une condition privée , &c
elle mourut de regret trois ans après
fon mari l'an 1034. & ^ m enterrée à S.
Denis. Elle bâtit l'Eglife de Nôtre-Da-
me de PoifTy pour des Religieux de
l'Ordre de faint Auguftin \ Philippe le
Bel y a mis depuis des Dominicaines ,
& elle fortifia le Château du Puifet en
Beauce , pour réprimer l'infolence de
quelques Seigneurs du pays qui tour»
mentoient les Eccléfiaftiques.
»34
^1 je m
HENRI I.
ROI XXXVII.
Agé de vingt-cinq ans.
&
Ce Prince couronné du vivant de fon père ,
Pour fon fils , quoiqu'enfant , obtint même faveur ,
Mais fouvent il n'eut pas la fortune profpere ,
Et fut toujours vaillant , non pas toujours vaiqueur.
PAPES.
Benoît IX. jeune garçon intrus en l'an
io jj. S. près de io. ans.
Trois Antipapes , le même Benoît , Sil-
veftre III. & Grégoire VI. élu après l'ab-
dication de Benoît l'an 1044. S. *. ans 8.
mois.
Clément II. nommé par l'Empereur
l'an 1046. S. 9. mois.
Damase II. élu en 1048. S. 21. jours.
E premier ôc le plus.capital enne-
f u j y ' I f mi de ce Roi fut fa propre mère ,
qui continuant , au préjudice de la dé-
claration du père ôc des droits de la
nature , de vouloir mettre la Couron-
ne fur la tète de Robert fon fils bien-
aimé , fe faifit de plufiéurs villes Se
châteaux , entr 'autres , de Sens , de
Soifïbns , de Melun , de Dammai tin ,
&: de Coucy 5 &c fouleva une bonne
partie des Grands contre lui , particu
fièrement Baudouin à la Barbe, Com-
te de Flandres , & Eudes Comte de
Champagne •, ayant donné la moitié
de la ville de Sens à ce dernier pour
l'engager dans fon parti. Ce Comre
Léon IX. après j. mois de vacance»
élu en Février 1049. S. 5. ans *. mois.
Victor II. nommé par l'Empereur l'an
10s 4. S. 1. ans ). mois.
Etienne X. élu le *. Août io$7. S. 8.
mois.
Nicolas IL élu en ioj8. S. *. aos 6,
mois.
Rainard , dont nous avons parle , pof-
r< 1 1» r rr l ^i I.
fedant encore 1 autre , le rangea auili », r •
du même côté.
Dans cette urgente nécefîité Henri
ne trouva point de plus fidèle ami que
Robert Duc de Normandie : il alla lui
douzième le trouver pour implorer {on
affiftance. Le Duc , par motif de fidéli-
té , ou par haine contre le Champe-
nois , l'aiïifta , &c lui donna une puif-
fante armée , commandée par Mauger
Comte de Corbeil fon oncle ; avec la-
quelle ayant dans peu de tems défait
les troupes de la Reine en diverfes ren-
contres , pris plufiéurs places des ré-
belles P &z ravagé fans miféricorde tout
HENRI I, ROI XXXVII. 135
leur pays , il défila tout le parti , & ré- ne marquent pas bien à quel titre.
10 3 I « duiiit la Reine malgré qu'elle en eût à Quelques-uns croyent que c'étoit à eau- 10 53'
vivre bien avec fon fils. Elle n'eut pas fe de l'on ayeule , fille d'Aimery Com-
le tems de tramer de nouvelles prati- te de Saintes , 8c du pays d'Aunis , que
ques-, car elle mourut à Melun le vingt- Maurice Comte d'Anjou , 8c père de
cinq de Juillet de l'année 1032. On Grife-Gonnelle , avoit époufée. Quoi
l'enterra à S. Denis auprès de ion ma- qu'il en loit, le Duc étant mal fervi
v ri , dont elle avoit toujours troublé le par les fîens , qui le trahifïbient en fa-
repos, veur d'Agnès, fut vaincu en une gran-
La guerre finie , Henri , par recon- de bataille près de Montreuil-Bellay ,
noifTance , donna à Robert Duc- de 8c fait prifonnier. Martel ne le relâcha
Normandie les villes de Chaumont 8c qu'au bout de trois ans , après qu'il lui
de Pontoife , 8c le Vexin François. Ce eut relâché la Saintonge , 8c payé une
fut aufli alors qu'il s'accommoda avec groiîe rançon.
Robert fon frère , 8c qu'il lui céda la Rodolphe ou Raoul , furnommé le
Duché de Bourgogne. De ce Robert Fainéant Roi de la haute Bourgogne
eft ilïùe la première race des Ducs 8c d'Arles, mourut en l'an 1033. il
de Bourgogne du fang Royal. inftitua fon héritier l'Empereur Con-
Le Comte de Champagne ne fe rad , mari de Gifelle fa fœur puînée ,
croyoit pas vaincu par la défaite du dont il avoit un fils nommé Henri. Il
parti , 8c retenoit toujours la ville de n'eut aucun égard à Eudes Comte de
Sens : il fallut , pour lui faire pofer les Champagne , mari de Berthe fa fœur
armes , que le Roi les reprît , 8c qu'il aînée ; parce que de fon vivant ill'avoit
marchât vers cette ville-là , dont les voulu forcer de le faire reconnoître
habitans lui ouvrirent les portes -, qu'il pour Roi , 6c lui avoit fufeité des fac-
battît fes troupes en deux rencontres , tions 8c des remuemens dans fon Etat.
8c que la troifiéme il le mît en dérou- Par cette inftitution , le Royaume
te , 8c le contraignît de s'enfuir à de- de Bourgogne 8c d'Arles étant paffé à
mi nud , 8c de le tenir caché , avant des Princes de Germanie , fut par eux
qu'il le pût forcer à lui tendre les mains: comme uni 8c attaché au Royaume
Encore n'eût-il jamais ployé , tant il Germanique & à l'Empire, qui en étant
étoit orgueilleux , s'il ne le fût vu , trop éloigné , l'a laiiîe couler infenfi-
comme nous le dirons , entre le mar- blement de fes mains ; 8c après en avoir
teau 8c l'enclume, c'eft-à-dire entre le perdu la poiîèflîon , en a auffi perdu
Roi 8c l'Empereur , lefquels euflent pu le titre,
l'accabler , 8c partager fes dépouilles , En ces années vivoit Humbert , fur-
s'ils fe fulTent joints enfemble. nommé aux Blanches-mains , Comte de
io*'. Vers l'année 1033. Gefroy furnom- Maurienne & de Savoy e , vaffal du
raé Martel , Comte d'Anjou , fit une Royaume de la haute Bourgogne , &
cruelle guerre à Guillaume V. dit le Jouche de la Royale Mai/on de Savoy e ,
Gros ou le Gras , Duc de Guyenne , 8c qui tient auj oura" hui un grand rang en-
Comte de Poitou , dont il avoit épou- tre les Souverains de la Chrétienté ; les
fé la marâtre , ou féconde femme de defeendans de ce Humbert ayant par ma-
fon père : elle s'appelloit Agnès, 8c riage, fuccejjions , conquêtes ,acquiJitions
étoit fille du Comte de Bourgogne. Le & autres moyens , ajjemblè toutes les
fujet de cette querelle toit la Comté pièces différentes dont cet Etat ejl coni"
de Saintonge 8c le pays d'Aunis , jpgfé, La commune & ancienne opinion
qu'il difputoit à Guillaume. Les auteurs fait defeendn ce Prince d'un Berold de
itf
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Saxe y qui étoit ijfu de Vitikind , joit
1 ?*. $ ' par la même branche que les trois thons
v * Empereurs , Joit par une autre. Quel-
ques-uns le font venir des anciens Com-
tes de Mdcon : mais il y a des preuves
indubitables qu'il étoit ijfu a" un Conjlan-
tin Comte de Vienne 9 fils de Hugues Roi
a" Italie. Il feroit mal-aifé de trouver
dans rHiJloire de ces tems-là comment ce
Confiantin ou fis enfans perdirent la
Comté de Vienne.
Empereur* Le Comte de Champagne ne pou-
Michel iv.-vant fupporter que Conrad ne lui fît
N^e^Avrii aucune part d'un patrimoine dont la
ic Conrad* meilleure part lui devoir appartenir ,
"*■ prit le tems que ce Prince étoit occupé
en Hongrie , ôc avec fes forces ôc celles
de fes amis , fe rendit maître d'une bon-
ne partie du Royaume de Bourgogne.
Mais Conrad de retour , ayant mené
fon armée en ce pays-là , châtia les gar-
nifons d'Eudes de toutes les places qu'il
y avoir occupées , y mit les nennes , ôc
reçut les hommages des Seigneurs. En-
fin il le pouffa fi rudement , que tout
fecours lai manquant , ôc cette crainte
lui étant entrée dans l'efprit , que le
Roi de France , qui le haïfloit , ne s'ac-
cordât avec l'Empereur pour le dépouil-
ler -, il alla fe rendre à la miféricorde ,
Se s'humilier devant lui.
- ' Il arrivoit fouvent des embrâfemens
103 4. f orCults | f ans p ar l er de ceux que le mal-
heur des guerres caufoit. La plupart
des villes n'étant bâties que de bois , le
ieu s'y prenoit fort aifément, ôc en un
inftant il gagnoit tant d'efpace , ôc fe
rendoit fi ardent , qu'on ne pouvoit
l'éteindre que fort difficilement. L'an
4034. la ville de Paris fut prefque tou-
te confumée par cet accident. Le même
malheur arriva à la ville d'Angers l'an
1026. & à celles de Rouen , de Char-
ires ôc de Corbeil l'an 10 19. ôc pour le
dire en un mot , il y eut peu de villes
en France ôc en Allemagne , qui dans le
fiécle précédent ôc dans celui-ci ne
icLirrriiïènt pareille défolation.
ion-
105 c,
Ce fut en l'année 1034. °t ue Robert
Duc de Normandie s'étanr Jette en Bre-
tagne , voulut contraindre les Bretons
de lui faire hommage nuds pieds ; ôc
défola toutes les contrées des environs
de Dol. Dès qu'il fe fut retiré , le Duc
Alain réfolut de s'en venger , fe jetta
fur l'Evêché d'Avranches } mais Niel
Vicomte de Côtantin , ôc un Seigneur
nommé Alurede Gigault ( c'eft-à-dire
le Géant , fans doute parce qu'il étoit
de fort grande taille ) qui étoient com-
mis à la garde du pays , le reçurent fi
bravement , qu'ils le renvoyèrent battu
ôc confus.
L'année d'après il prit envie à Ro-
bert de faire un pèlerinage à la fainte
Cité. Cette dévotion étoit L fort en ré-
gne , ôc ils croyoient , par ce moyen ,
racheter leurs crimes Iqs plus énormes.
Au retour il mourut à Nicée en Bithy-
nie, cette année 103 5. A fon départ il
a voit inftitué fon héritier un fils uni-
que qu'il avoit , mais bâtard , nommé
Guillaume, né de la fille d'un Pelletier
de Falaife *, ôc l'avoit laiiîe à Paris en la
garde ôc protection du Roi Henri , qui
lui avoit de très-étroires obligations. Il
ne rrouva pourtant pas à propos de lui
confier l'adminiftration de fes Etats ; il
crût qu'elle feroit plus furement entre
les mains d'Alain Duc de Breragne.
Guillaume avoit deux oncles pater- ^
nels , Mauger Archevêque de Rouen ,
que depuis il relégua dans l'Ifle de Gre-
nezay •, ôc Guillaume Comte d'Atques :
la Noblefle du pays leur eût bien plus
volontiers obéi qu'à un bâtard ; ôc ce
fut le fujet de grands troubles , qui euf-
fent ruiné la Normandie , fi le Roi de
France eût eu autant de forces pour U
reconquérir , qu'il en avoit d'envie.
Pendant cette minorité , les Seigneurs
du pays firent chacun leur partie pour
fe cantonner , ôc bâtirent plufieurs pla-
ces fortes dans leurs terres. Ils étoient
tous d'accord de réduire leur Duc au pe-
tit pied : mais pas un ne vouloit fouf-
frir
HENRI I. ROI XXXVI î. I37
x - frir que les Etrangers fe mêlalfcnt trop de fon père , chacun d'eux fit de gran- — * ' " ,|
«/? • avant de leurs affaires , quoiqu'ils des conquêtes fur les Grecs & fur les l0 3 ( » ,
* v * s'en fervnTent quelquefois pour leurs Lombards, qui tenoient encore ces Pro-
deiTeins. vinces. Unfroy , Drogo 6c Robert Guif-
En ces années-là le nom des Nor- chard , furent Ducs de la Pouille 6c de
mands commença à fe rendre glorieux la Calabre l'un après l'autre , &c Roger
6c puiflant en Italie , principalement Comte de l'Ifle de Sicile : il eut un fils
dans la Pouille 6c dans la Calabre. Dès de même nom que lui. Guifchard épou-
l'an 1005. quarante avanturiers de cet- fa deux femmes : de la première , qu'il
te nation , au retour de la Terre fainte, quitta pour caufe de parenté, il eut
y ayant fait desa&ions prefque incroya- Boamond : de la féconde nommée Si-
bles contre les Sarraiins , en faveur de chelgatide , fille de Gaimard Duc de
Gaimard Duc de Salerne, qui étoitfort Salerne , vint Roger, furnommé à la
tourmenté par ces Infidèles -, 6c étant re- Bourfe. Boamond chalfé du pays par la
venus en Normandie chargés d'honneur crainte de cette marâtre , qui avoir ten-
6c de préfens, avoient excité les autres té de l'empoifonner, 6c qui n'en ayant
braves de leur pays à aller chercher for- pu venir à bout , avoit fait périr {on.
tune de ces côtés là. Le premier qui y mari par le même moyen , s'étoit réfu-
paifa , fut un Gentilhomme nommé gié chez Jourdain Prince de Capoue ,
Drogo ou Drengot Ofmond , lequel qui avoit époufé fa feeur. De-là il fit
étant contraint de quitter le pays, pour la guerre quelque tems à Roger fou
avoir rué en préfence de fon Prince un frère puîné : mais les Chrériens paflant
Guillauir^Repoftel , qui s'étoit vanté par la Pouille pour aller en Terre-Sain-
d'avoir abulé de fa fille, alla avec ks te, l'emmenèrent avec eux en Syrie ,
quatre frères , 6c quelques-uns de fes où il conquir la Principauté d'Antio-
parens 6c amis, offrir ion ferviceàMe- che. Toutes les conquêtes faites en Ita-
îes Duc de Bary , 6c à Pandolfe Prince lie par les autres fils de Hauteville ,re-
de Capoue , qui s'étoient révolrés con- vinrent enfin à Roger Comre de Sici-
tre les Grecs. Ils les reçurent à bras ou- le , qui fe rendit fi puiflant , qu'il prit
verts ,& leur donnèrent une ville 6k: des le titre de Roi , 6c fe le fit confirmer
terres pour leur entrerennement. Puis par le Pape. Il fut père de Guillaume
comme ceux-là fe furent établis, non le Mauvais , qui régna après lui.
fans beaucoup de rifqiies , de combats Toute h*Normandie étoit à feu 6c a
&c d'avantures , les fix fils de Tancrede fang, à caufe des querelles particulier
de Hauteville, Gentilhomme de l'Eve- res des Seigneurs , malignement entre-
ché de Coûtances, qui en avoit douze tenues par les oncles du jeune Duc.
tous fort braves , y arrivèrent 6c porte- Alain III. Duc de Bretagne , fon tu-
rent ieur gloire bien plus haut que les teur , y étant venu pour les appaifer 9
autres. Des premiers qui y paflerent , ne fe put garantir d'un poifon mortel
nous en trouvons trois qui furent Ducs que les factieux lui donnèrent , 6c dont
de Capoue fuccefïivement ; Richard fils il mourut quelque tems après. Il y a
d'Anfquetel ; du Carrel , qui eut pour des Chroniques qui difenr que les Nor-
fils Jourdain , 6c un autre Richard. Ce mands fe failirent de fa perfonne & le
dernier fut dépouillé de fa Duché par firent mourir en prifon. Son fils Conan
Roger II. Comte de Sicile, fon coufin. II. étant encore au berceau, luifuccéda.
Quant aux fils de Tancrede de Hau- Alain étant mort , le Roi de France ,
teville , defquels l'aîné demeura en qui avoit la perfonne du jeune Duc
Normandie, 6c y recueillit la fucceflîon Guillaume en fa Cour, le renvoya en
Tome II. S
i 3 b' ABREGE CHRONOLOGIQUE
Normandie , croyant que fa préfence à l'Empereur 9 ôc prit la ville de Com-
I0 37» appaiferoit les troubles-, ôc lui donna
pour Gouverneur Giflebert Comte
d'Hiefmes , fils du Comte Gefroi , Sei-
gneur qu'il crut devoir être agréable
aux Grands du pays , pour ion iliuitre
naifïance, ôc pour fa rare fagefie Ôc pro-
bité. Toutes ces belles qualités ne le
garantirent point de leur jaloufie enra-
gée : deux Gentilshommes fubornés , à
ce qu'on difoit, par Raoul de VafTy ,
fils de Alauger , le tuèrent en trahilon
comme il alloit à cheval par la cam-
pagne.
Guillaume Comte de Montgomme-
ry aflaiîina aulîi le Précepteur du jeune
Duc ; il s'appelloit Théroude , Ôc encore
un autre nommé Aub^rt , qui avoit eu
le même emploi. Un. des païens de ce
dernier vengea fa mort par de fembla-
bles moyens : il furprit le Comte une
nuit dans fon logis , Ôc lui coupa la
gorge , à lui ôc à tous ceux de ia fuite.
Ces tragédies, & cinquante autres fem-
blables , fe jouèrent en Normandie du-
rant la minorité du Duc Guillaume.
En ce tcms-là Guillaume le Gros ,
Duc d'Aquitaine , fut délivré de pri-
fon , &c mourut la même année. Othon
ou Eudes, fon frère de père &c de mè-
re , lut fuccéda. Cet Eudes avoit héri-
té de la Duché de Gafcogne, ôc en avoit
pris polleflîon dans l'Eglife*de S. Se-
verin de Bourdeaux , félon la coutume.
Il recueillit cette Seigneurie à caufc de
Brifque fa mère , qui étoit fille du Duc
Sance. Ainfi la maifon de Gafcogne
fondit en celle de Poitiers ou d'Aqui-
taine.
Cette même année 1037. Baudouin
le Barbu ou à la Barbe , Comte de Flan-
dres , mourut ; fon fils Baudouin , fur-
nommé de l'Ifle , lui fuccéda
Les prétentions d'Eudes Comte de
Champagne , fur le Royaume de Bour-
gogne, n'éroientpascntiércment étouf-
fées ; il fe jetta avec une armée clans le
Royaume de Lorraine qui appartenoit
mercy : mais comme il voulut attaquer I0 37»
celle de Bar > Gotelon Duc de Lorrai-
ne , Lieutenant des armées de l'Empe-
reur , qui l'avoit inverti de la Duché de
Bar au préjudice des filles de Thierri, le
vint choquer fi rudement , qu'il défit
fon armée & le renverfa mort fur la pla-
ce , avec Manalfes Comte de Dammar-
tin , ôc grand nombre de Nobleife. Sa
tête fut portée à l'Empereur , ôc le tronc
de fon coips recueilli par Roger Evê-
que de Châlons , ôc envoyé à la femme
qui l'inhuma dans l'Eglife de Mar-
mouftier. Ses deux fils , Thibaud ôc
Henri-Etienne , partagèrent (es terres.
Thibaud eut les Comtés de Chartres ,
de Blois ôc de Tours -, ôc Etienne cel-
les de Troyes ou Champagne , ôc de
Meaux ou Brie. Ce dernier commença
à prendre le titre de Comte Palatin , de
Champagne ôc Brie.
Geiroy Martel fuivant la paiîion ^r - "
d'Agnès fa femme , qui defiroit avan- ç 3 . *
cer les fils de Ion premier lit, qui étoient
Pierre-Guillaume ôc Guy-Gerroy , fuf-
cira les fujets d'Eudes Duc d'Aquitai-
ne à fe rebeller contre lui. Ce delfein,
quoique peu jufte, lui réuffit comme
il fouhaitoit ; car Eudes qui n'avoit
point d'enfans, ayant été tué l'an 1059.
au fiége de je ne fçai quelle bicoque ,
Pierre Guillaume lui fuccéda dans la
Comté de Poitou , ôc dans les Duchés
de Guyenne ôc de Gafcogne. Celui-ci
mourut vers l'an 1058. Guy-Gefroy
fon frère hérita de tous £qs Etats.
Les factions ne pouvoient finir en
Normandie : un Roger de Toefny ,
defeendu d'un Uldrit * , oncle de Roi- 0l * ry 0uldry
lo premier Duc de Normandie , qui
l'avoit fait fon grand Porre-Etendatd ,
fe mit dans la tête que la iaiché lui ap-
parrenoit mieux qu'à un bâtard ; ôc prit
les armes pour la revendiquer. Celui-
là ayant été défait ôc tué avec les fils
dans une bataille , par Roger de Beau-
mont , peu après le Comte d'Evreux ,
HENRI I. ROI XXXVII. 139
j — — il fe nommoit Richard, 8c étoit fils d'Aufidus, non loin de Cannes, où au-
I0 39- de Robert Archevêque de Rouen , trefois Annibal fit un fi horrible carna- o}?^'
grand oncle paternel du Duc , époufa ge des Romains. Les Grecs n'y furent *
fa veuve , et embralla fa prétention, pas plus fortunés qu'eux: ils perdirent
Mais ion épée , pour ainfi due, fe trou- la bataille , 8c un fi grand nombre de
va trop courte -, 8c le Roi fe mettant de leurs gens , que jamais depuis ils ne
la partie contre lui, il fut contraint de purent fe relever de cette perte en ces
s'accommoder avec fon Prince, qui le pays-là ; & la puilfance des Normands
fit grand Sénéchal héréditaire de Nor- s'y accrut fi fort , qu'elle étouffa la leur
mandie, &c depuis Comte de Varvich, dans peu d'années,
lorfqu'il eut conquis l'Angleterre , où Retournons en France. Foulques fur-
ce Seigneur lui rendit de très-bons fer- nommé Nerra , Comte d'Anjou , mou-
vices. Cette révolte appaifée , il s'en rut dans la ville de Metz , en revenant
émut une autre de la part de Guillaume du voyage» de la Terre-Sainte. Onpor-
d'Arques, qui refufoit de rendre hom- ta fon corps dans l'Eglife de Loches,
mage au jeune Duc , 8c de déférer à qu'il avoir bâtie. Son fils Gefroy , fur-
Raoul de Gaffey , qu'il avoir fait fon nommé Martel , lui fuccéda , l'un des
Connétable. Il fe tenoit fort du fe- plus heureux 8c des plus vaillans Prin-
cours du Roi de France, lequel, par un ces de ce fiécle-là. Ce Foulques étant
confeil nouveau , 8c peut-être mal di- en Jérufalem , touché d'un vit repen-
géré , penfoit avancer fes affaires en tir de (es péchés, voulut qu'on le traî-
Normandie en y entretenant les fac- nât tout nud fur une claye, la corde au
tions. col , fe faifant fouetter jufqu'au fang ,
' " — En Italie les avanturiers Normands 8c criant à haute voix : Aye^pitié, Sri-
& {*■ ' fe fignaloient par des exploits qui fur- gneur , du traître & parjure Foulques.
y ' pafTent la croyance. Ils avoient pour Lesanciennes Chroniques lui attribuent
chef Guillaume furnommé Fierabras , l'honneur d'avoir bâti 8c réparé les pe-
l'aîné des fils de Tancrede , fous la tites villes de Duretal , Baugé 8c Châ-
conduite duquel ils étoient employés teau-Gontier en Anjou -, celle de Mon-
par le Lieutenant de l'Empereur de rrichard , Chaumont , Montrefor 8c
Grèce. Ils travaillèrent à chafïer les fainte Maure en Touraine ; 8c celles
Sarrafins de Sicile , à condition qu'ils de Mirebeau , Montreuil , PafTavant 8c
auroient part aux conquêtes. Dans cet- Montlevrier. ______
te efpérance ils gagnèrent beaucoup de Les deux fils d'Eudes Comte de 104.0.
places fur ces infidèles •, mais fe voyant Champagne refufoient de faire hom- p^ [ UIY<>
fruflrés par les Grecs de leur récompen- mage de leurs terres au Roi Henri, par- Em
Empereurs fe, ils tournèrent leurs armescontr'eux, ce qu'il n'avoit pas voulu fecourir leur encoreHsMu
encore Mi- & f e rU ant fur la Pouille , commence- père contre l'Empereur Conrad. Car IIL & hh -
henb.1 m. rent à la leur arracher. Fierabras leur le devoir d'entre le Seigneur 8c le Vaf- l"moh'.
ou félon les chef étant venu à mourir , ils élurent fal étoit mutuel -, 8c comme le Vafîàl
ïcoond oa en *" a P^ ace D r °g° n f° n frère-, 8c celui- étoit obligé de fervir fon Seigneur , le
Juin. i\. 17. là ayant été tué en trahifon par les Sei- Seigneur étoit aufîi obligé de ne pas
gneurs du pays, ils lui fubftituerenr lailler faire une injuftice à fon Vafïai ,
Onfroy le troinéme des frères. 8c de l'affilier en droit 8c raifon. D'aii-
1Q Le Lieutenant de l'Empereur de Gre- leurs pour couvrir leur félonnie , ils fou-
ce amena fon armée de Sicile pour ar- tenoient que la Couronne appartenoit
rêter leurs entreprifes , 8c defeendant à Eudes fon frère. En effet, foit qu'il fût
à terre , les combattit près du fleuve l'aîné ou non , ils l'encouragèrent à fe
S ij
ans.
140
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
1041,
104Z.
porter pour Roi de France. Mais Hen-
ri ne donna pas le loifir à cette confpi-
ration de faire progrès : il aflîégea Ion
frère dans un Château où il s'étoit re-
tiré -, 8c l'ayant pris , il l'envoya fous
bonne 8c fure garde dans Orléans. Il y
a apparence qu'il y fut détenu long-
tems : mais il en étoit forti l'an 1054.
puifqu'on trouve qu'en cette année-là
il commandoit des troupes du Roi dans
la guerre contre Guillaume le Bâtard.
C'elt tout ce qu'on en fçait.
Après la prife d'Eudes, le Roi mar-
cha contre Etienne Comte de Brie 8c
de Champagne , qu'il mit en déroute -,
8c delà il tourna contre Galerand Com-
te deMeulan , allié de cette Maiibn ,
qu'il dépouilla de fa Comté.
D'autre côté il fufcita Gefroy Martel
àrenouveller laguerreàThibaud. Mar-
tel afficgea donc la ville de Tours -, 8c
quoiqu'il fe fût fait un accord entre le
Roi 8c Thibaud , il ne voulut jamais fe
défifter de fon entreprife. Comme il y
avoir près d'un an qu'il tenoit cette vil-
le bloquée , Thibaud fçachant qu'elle
nlloit périr faute de vivres , fe réfoiut
de la fecourir. Gefroy alla généreufe-
ment au devant de lui , failant porter
à la tète de fon armée la Chappe ou
Manteau de S. Martin en guife d'éten-
dart. Il le rencontra fur les bords de la
rivière de Cher , entre les bouigs deS.
Quentin 8c de Bleré : le combattit 8c le
fit prifonnier. En fuite il réduifit la Vil-
le fous fon obéilïànce , 8c depuis elle
demeura toujours aux Comtes d'Anjou.
Thibaud même ne put être délivré ,
quelqu'initance que le Roi en fit, qu'en
la délaiflant entièrement , 8c la Tou-
raine avec fes dépendances 8c fes fina-
ges ; 8c donnant pour cela fon ferment
éc celui de cinquante de les Châtelains,
$c de pareil nombre de fes Vavalfeurs
ou fimples Gentilshommes.
En ce tems-là les P riqcesfaifoient por-
ter pour enfeignes Us Reliques de quel-
ques Saints qui étaient révérées dans leurs
terres , ou quils avoient eues des pays
étrangers ; & prenoient auffi fouvent les
bannières des Eglifes pour leur Jervir
d'étendarts. '
Durant les troubles 8c factions que la
minorité du Duc Guillaume le Bâtard
caufoit en Normandie , le Roi prit fon
tems de fe taire livrer le Château de
Tilleres , fous prétexte que les rébelles
s'en pourroient faifir. En effet il le fit
rafer j mais peu après il le rebâtit, 8c y
mit garnifon. Dc-là entrant plus avant
dans la Normandie , il ravagea la Com-
té d'Hiefmes, 8c y brûla la petite ville
d'Argentan, qui eft p. ut-être le lieu
que ies Romains appeiloient Arce Ge-
nuœ.
Quoique le Duc Guillaume eût pris
en main le foin du gouvernement , les
Seigneurs lui obéilïoient toujours à re-
gret , à caufe du défaut de fa nailfance :
ils avoient pour chef Guy de Bourgo-
gne ou Franche-Comté,qui étant fils du
Comte Renaud , 8c d'Alix , feeur du feu
Duc Robert , prétendoit dans fon ame
que la Duché lui appartenoit. La fac-
tion fut fi grande , qu'elle penfa acca-
bler Guillaume : mais s'écant ralfuré ,
il eut recours au Roi Henri , lequel
ayant pris un autre de(Tein que celui
qu'il avoit eu de le ruiner , l'alla join-
dre avec fes troupes. Tous deux don-
nèrent bataille aux rébelles dans le lieu
dit le Val des Dunes , à quelques lieues
en deçà de la ville de Cacn. Un Gentil-
homme de Coflentin y abbatit le Roi
d'un coup de lance : mais il fe releva
fans aucune blelïure. Les rébelles furent
entièrement taillés en pièces , Guy de
Bourgogne aflfiégé 8c forcé dans Briof-
ne, 8c en fui te dépouillé des terres qu'il
tenoit en Normandie ■■, il fe retira en
Franche-Comté.
Le Comte d'Anjou qui avoit été des
plus avant dans les bonnes grâces du
Roi , étant furvenu je ne fçai quelle
froideur entr'eux, lâcha quelques paro-
les qui offenferent tellement la majef-
1039.
1039.
1040.
1041.
8c 1041.
Empereurs
Zoe&Theo-
doxa R. 5.
mois , puis
Constantin
IX.Monoma-
que en Juin ,
R. 11. ans ,
&: encore
Henm III.
IO43.
HENRI I, ROI XXXVII, i 4 î
■té du Prince , qu'il entreprit de l'en Evêques de la Province à Lifieux , de
ia • -i 1 j 1 _!-...„ TV.T 1 J - fll„.Ul'i f il ■c.-jjl f~.. \A~..
1043 . châtier j ii manda donc le Duc Normand dans cette aflemblée il lit dépoier Mau- I0 47=
pour Taccompagner en cecte expédi- ger ; le Duc après le relégua dans l'Ifle
non , & entra uans les terres du Com- de Grenezay.
te ; mais ils fe réconcilièrent auili-tôt Cependant le Comte d'Arqués ayant
fans coup férir. fon parti formé levé les armes , le Duc
La querelle demeura à départir en- le pouffe de Pafliége dans le Château
io 44* tre l e Normand & l'Angevin ; la durée d'Arqués ; le Roi qui changeoit de par-
en fut auili longue que le régne de Mar- ti ou félon fes intérêts , ou félon fou
tel, & le fuccès favorable tantôt à l'un, caprice, entreprend hautement fa dé--
tantôt à l'autre. fenfe , de va en perfonne jetter des vi-
Trois ans après ce brave Prince âgé vres de du fecours dans Arques. No-
**' feulement de quarante-huit ans > quit- nobftant ce râfraîchiflement le Duc
ta le monde , de fe retira dans l'Abbaye s'opmiâtre à le tenir bloqué ; tellement:
de S. Nicolas d'Angers, où il vécut juf- que le Comte manquant de vivres , eil
qu'en l'an 1061. Ii palîa pour le héros obligé de capituler , moyennant la vie
de cet âge-là en vaillance 3 en généro- fauve, les membres entiers, de quel-
lité , en piété de en juince, ennemi des ques terres pour fa fubliftance.
tyrans , de protecteur des toibles oppri- Les débris du parti fe iaùverent vers
mes. Avant fa retraite ii donna fes Etats le Roi qui ayant jaioufie des profpéri-
à Gefroy dit le Barbu , de à Foulques tés de Guillaume , & étant incité par"
fumommé le Rechin , qui étoient en- les Comtes d'Anjou de de Poitou en-
fuis de fa ïoeur Adeleïde de d'Alberic nemis de ce Duc, fe promettoit de lui-
Comte de Gâtinois , non pas de Gâti- enlever bien-tôt fa Duché. Il n'en eue
ne en Poitou. Getroy comme l'aîné por- pourrant que le delTein , le fuccès lut
ta le titre de Duc d'Anjou , de fe fai- fut contraire. Comme fes troupes qu'il
fit de la ville d'Angers. avoit levées à la fourdine s'étoient avan-
Le Duc Normand venu en âge de fe cées vers Rouen , penfant furprendre
marier , époufa Mathilde fille de Bau- le Duc , les Normands bien avertis taiU
douin Comte de Flandres, &c d'Adeleï- îerent fon avant-garde en pièces entre
de ou Alix fille du Roi Robert de fœur Efcouy de Mortemer ; ii bien qu'il fu£
du Roi Henri. Comme elle étoit fa pa- contraint de rebroulTer vers Paris j de
rente , il fallut avoir difpenfe du Pape; même après cet échec de lui remettre
le S. Père ne la donna qu'à la charge le Château de Tilleres. Voilà les com-
qu'il bâtiroit quatre Hôpitaux en qua- mencemens des longues de fanglantes
tre villes pour nourrir cent pauvres en guerres d'entre les Rois de France de
chacun. L'Eglife n'étoit point encore les Princes Normands , qui bien-tôt
bien accoutumée à ces dilpenfes ; elk-s après régnèrent en Angleterre,
pafîoient pour des abus de des attentats Le Duc Guillaume n'ayant point ac-
contre les Saints Canons. Mauger Ar- coutume de pardonner à ceux qui pre-
chevêque de Rouen , oncle du Duc , noient les armes contre lui , particu-
•non par un zélé de Difcipline Canoni- liérement à fes parens du côté pater-
que j mais parce qu'il vouloir brouil- nel , il fallut que la plupart de ceux qui
1er , afin que le Comte d'Arqués fon avoient été dans les intérêts du Roi ou
frère pût le faire Duc, excommunia les du Comte d'Arqués, pallaiîènt dans la
deux époux. Le Duc s'en étant plaint à Pouille , où ils trouvèrent beaucoup
Rome , le Pape envoya un Légat pour meilleure fortune qu'ils ne reuffent pu
lui faire droit : le Légat convoqua les avoir en Normandie,
I 4 1
ABREGE CHRONOLOGIQUE
— • Le Duc victorieux porta la guerre en
1 °47' Anjou, &c en patfant fe failit de la Com-
té du Maine , que le Comte Hébert lui
lailla par teftament en récompenfede ce
qu'il î'avoit défendu contre l'Angevin.
Il y avoit une longue guerre entre
1048. l'Empereur Henri , qui ioutenoit les
ou 1049* Mailons d'Alface 8c de Luxembourg,
& Godefroy le Preux Duc de Lorrai-
ne , affilié de Baudouin Comte de Flan-
dres, pour divers fujets qu'on peur voir
dans lesHiiroires de ces pays-là. Le Pape
Léon Lorrain de naiifance, 8c qui avoit
été Evêque de Toul étoit venu exprès
en Lorraine pour les accommoder -, mais
après ce traité , le feu , qui n'étoit que
caché fous les cendres , fe ralluma. Il
eft à croire que le Roi de France ne de-
meura pas oifif &" fans fe mêler de cet-
•P50. te guerre. Quoi qu'il en foit , lui 8c
['Empereur Henri III. furncmmé le
Noir , s'entrevirent cette année dans
le pays Melïin , où ils renouvelèrent
les anciennes alliances d'entre les deux
Couronnes.
Au fortir de la Germanie , le Pape
*W' Léon emmena des troupes en Italie
pour s'oppofer aux Normands , qui
étant devenus puilïans , entrepre-
noient auiîi fur Ls terres du S. Siège.
Ces braves avanturiers conduits par
Onfroy le fécond des douze fils de Tan-
crede de Hauteville , lui montrèrent
ce qu'Us fçavoient faire. Ils taillèrent
fon armée en pièces 8c le firent prifon-
nier : puis lui ayant ainfi fait éprouver
leur valeur , ils lui donnèrent des preu-
ves de leur piété 8c de leur générofi-
té , le mettant en liberté tout aufli-tôt ,
& le traitant avec beaucoup de fou-
miiïion 8c de refpect.
En récompenfe il leur donna toutes
ïes terres qu'ils avoient conquifes ,
; car ils avoient befoin de quelque ti-
tre ) & celles encore qu'ils pourroient
conquérir fur les Grecs 8c fur les Sar-
yafins. Onfroy fit part de fes conquê-
tes à Robert furnoinmé Guifchard ,
c'eft-à-dire le rufé , à Roger & à fes
autres frères.
Thibaut Comte de Troyes 8c de
Chartres avoit fort fur le cœur que le
Roi eût fouftert au Comte d'Anjou de
lui ravir fa Comté de Tours. Il s'en
plaignit fouvent, 8c n'en ayantpû avoir
railon , il alla trouver l'Empereur à
Mayence , qui le fit fon Chevalier ou
Valfai , 8c lui promit fa protection. Un
même Seigneur pouvoit bien être vaf-
fal de pluli^urs Souverains , à raifon
de diverfes terres & de diverfes char-
ges : ( car ils faifoient hommage des
charges comme d'un fief : ) mais il ne
faut pas conclure de- là , que Thibaut
ait voulu taire dépendre la Comté de
Champagne de l'Empereur. Tous les
titres de ce tems-là prouvent le con-
traire.
Pour prévenir les femences de ja-
loufie 8c de difeorde , que ce voyage
pouvoit avoir jettée entie l'Empereur
& le Roi , ils trouvèrent bon de s'éclair-
cir par une mutuelle entrevue dans la
ville d'Yvoy. Le Roi s'y plaignit que
l'Empereur avoit contrevenu aux arti-
cles de l'alliance , mais il n'en rapporta
aucune fatisfaétien j 8c ayant conçu
quelque crainte d'un mauvais delfein
fur fà perfonne , il fe retira de nuit.
Le brave Robert Guilchard avec fes
Normands ayant achevé de conquérir
la Calabre , s'en fit appeller Comte
pendant deux ans ; même après ce tems-
là il ne craignit point de prendre le ri
tre de Duc.
La Normandie avoit toujours dans
fon fein des éteincelles de divifion -, le
Roi qui en penfoit profiter , tenta de
s'en rendre maître par une féconde ex- #
pédition. Elle ne lui tut pas plus heu-
reufe que la première ; les Normands
ayant chargé ion armée fur la chaulïee
de Varaville , entre Cacn 8c Lifieux ,
le défirent entièrement , 8c il fallut alors
qu'il reçut la paix du Duc.
On vit Van ioà$. un prodige tout-
1054.
Empereutc
Theodora
fille de Conf-
tanrin VIII.
R. 1. an, puit
Michel VI.
R. 1. an , &
Henri IV.
fils de Henri
III. en 1056.
R. 49. ani.
IO56.
IO57.
Empereur;
Isaac Com-
NENEenioyy.
R. z. an? , ÔC
encore Hen-
ri IV.
HENRI I. ROI XXXVII.
H*
à-fait inoui. Une grande multitude du II vécut cinquante-quatre ans , 8c en
10 59 f lézards, de couleuvres & autres bêtes ve- régna vingt-neuf depuis la mort de fon 10 "°*
nimeuj'es,sétant ajj'emblées dans une plai- père. Ce qui nous ett refté de fon hif-
ne près la ville de Tournay ,J'e Jepara toire montre afiez que ce fut un Prin-
m deux bandes , qui Je battirent opinid- ce belliqueux, franc , libéral , religieux,
trement , tant que lune des deux étant 8c ayant toujours une grande confidé-
vaincue & chajjée , abandonna la place ration pour les gens d'Eglife 8c pour
toute couverte defes morts , & Je retira les gens do&es. Le Prieuré de S. Mar-
dans le creux d'un gros arbre , où les tin des Champs , ( aujourd'hui renfer-
v ainqueur s la pourfuLvirent pour achever mé dans l'enclos de Paris ) eft de fa
la défaite. Mais les payjdns y accourant fondation.
avec de gros bâtons , des brandons de A iage de 18. ou zo. ans il avoit
Jeu y & des fagots , exterminèrent leswns époufé une nièce de l'Empereur Henri
& les autres. III. dont il eut feulement une fille ,
Empereurs Non Iong-tems après le Roi fe fen- ma i s e ll e ne f ut pas de longue vie , non
Constantin tant caiTé de travaux, quoiqu'il n'eût pl us q Ue f a mère. Il femble qu'après
r. 8 k ans U , C & <l ue cinquante-quatre ans, aliembia les cela il fut plulieurs années tans penfer
encore Hen- Grands du Royaume à Paris , 8c leur a d e fécondes noces ; au moins s'il
m iv. ayant remontré les fervices qu'il avoit n'eut point d'aune femme qu'Anne de
rendus à l'Etat , 8c comme il s étoit bien Ruflïe.
acquitté du commandement des ar- Pour n'encourir pas le danger de con-
mées , il les pria tous en général , ôc trader mariage dans un degré défendu,
chacun en particulier , de reconnoitre il envoya chercher femme jufques en
Philippe fon fils aîné pour (on fuccef- Ruffie ou Mofcovie ; elle étoit fille de
leur, ôc de lui prêter le ferment. Ce George Roi de ce pays-là; quelques-
qu'ayant tous promis, il le mena àReims, uns le nomment Juriiclode , c'eft Ja-
où il fut facré 8c couronné le Z3 . Mai , roflas , il en eut trois fils , Philippe ,
jour de la Pentecôte. L'Archevêque Ger- Robert 8c Hugues. L'aîné n'avoit alors
vais, que depuis ce jeune Roi honora de que fept ans , Robert mourut en en-
la charge de Chancelier, fit cet Office en fance , 8c Hugues étant parvenu en âge
préfence de plufieurs autres Archevê- eut la Comté de Vermandois , 8c tue
ques , de trente-quatre Évêques , 8c des la tige de la féconde maifon de ce nom.
Seigneurs des trois Royaumes , de Car on lui fit époufer Adeleide fille de
Neuftrie , d'Aquitaine 8c de Bourgogne. Hébert dernier Comte de la première
Sur le milieu de l'année fuivante branche de Vermandois , 8c elle em-
Henri étant à Vitry près de Pans , tut porta les Seigneuries de fon père au
attaqué d'une petite fièvre , dans la- préjudice d'un frère qu'elle avoit nom-
queile ayant pris une forte médecine , mé Eudes, parce que fes vaiîàux le ju-
elle l'altéra fi tort qu'il ne put foutFrir gèrent incapable de les gouverner à
cette brûlante foit , 8c but un verre caufe de l'imbécillité de fon efprit ; dé-
d'eau fraîche en abfence de fon Méde- faut fort ordinaire dans la race Carlc-
cin avant la purgation ; ce fut comme vingienne. Il ne laifîa pas de fe marier,
un coup de poignard qui lui blefïa mor- 8c de ce mariage vint la maifon de faint
tellement les entrailles , 8c peut-être Simon.
y avoit-il du poifon dans ce breuvage, Le Roi laifïa tous fes trois fils fous la
de forte qu'il en mourut le jour même tutelle de Baudouin de l'Ifle Comte de
qui étoit le 4. d'Août 1060. On porta Flandres, qui avoit époufé fa fœur,
fon corps à S. Denis. 8c lui confia auilî la régence du Royau-
j©6o.
i 4 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"me. C'étoit afin que ce Prince qui avoir certe féconde flamme penfa allumer ■
beaucoup de vertu & d'aflez grandes une guerre civile, non pas pour la dif- I0 ^°-
forces, défendit ces mineurs, la Rei- férence des qualités , car les Grands ai-
ne leur mère n'en ayant pas la puitTan- loienu puefque de pair avec les Roisj
ce ni peut-être la capacité. mais parce que Raoul étoir parent du
Peu de jours après qu'elle fut veuve, premier mari , <k que fa première
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit femme vivoit encore. A caufe de quoi
bâtir une Eglife en l'honneur de fainr les Evêques excommunièrent ce Sei-
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas gneur : mais rien ne put lui faire lâ-
fi auftére , qu'elle n'écoutât les recher- cher prife que la mort , qui le détacha
ches de Raoul de Peronne Comte de d'avec cette PrinceiTe l'an 1066. Etant
Crefpy , qui étoit voilîn de là. Elle ne veuve ôc deftituée d'appui, elle s'en re-
fit point de difficulté de l'époufer-, de tourna mourir en fon pais.
M A T H I L D E
I. FEMME
DE HENRI I.
En fes plus jeunes ans Mathilde infortunée ,
Eprouva ce que peut l'infolence du fort ;
Et fans jouir long-tems des douceurs d'himenée >
Sentit le coup fatal qui lui donna la mort.
Plusieurs ne donnent à ce Roi de trente-neuf ans ? Cela me femble
qu'une femme , fçavoir Anne de hors d'apparence, vu même que quand
Ruflie : mais il faut croire qu'il en eut il n'auroit eu aucune inclination au ma-
quelqu'autre avant elle : c'eft pourquoi nage, les maximes d'Etat l'y dévoient
encore que le Continuateur d Aymoin, obliger-, principalement ayant befoin
tel qu'il foit, s'abufe en beaucoup d'en- de le rendre plus tort par l'alliance ôc
droits , il eft néanmoins croyable en ce par les enfans contre (on frère Roberr ,
qu'il dit, qu'il époufa premièrement qui lui difputoit le Royaume : Etant
Mathilde. Car s'il ne prit en maria;; ; , une vérité trop confirmée par lexpé-
comme il eft facile de prouver, Anne nence , qu'un Souverain qui n'a point
de Ruflie , qu'en l'an 1044. plus de ii. d'enfans eft beaucoup plus expofé aux
ans après la mort de fon père arrivée confpirations de les ennemis, cv moins
l'an 105 1. il n'eft pas vrai-femblable refpecié de (es fujets ; parce que les
qu'il ait demeuré fans femme fi Ion;-- uns & les autres mefurant félon la du-
cemps. Et par quelle raifon auroit-il rée de fa perlonne culle de fa mémoire,
attendu à en prendre une jufqu'à l'âge n'attendent après lui m tecompenfes, ni
châtimens
M A T H I L D E. i 45
châtimens des bons ou mauvais offices renouveller la confédération d'entre la
qu'ils lui rendent. Je croirois encore France ôc l'Allemagne , que leurs Pré-
par les mêmes raifons , qu'Henri au- décefïeurs avoient jurée. Il y en a qui
roit eu une autre femme avant Mathil- écrivent qu'elle ne vint point en Fran-
de -, autrement fon père auroit mal ce , mais qu'étant encore trop jeune ,
pourvu à fa fureté, fçachant qu'il feroit elle fut retenue auprès de fon père , où
infailliblement troublé par Confiance elle mourut Tannée fuivante dans la
qui renvetfoit tout , ôc même l'ordre ville de Vormes , ôc qu'elle y fut en-
de la naillance , pour élever à la Royau- terrée ; fi bien qu'elle n'auroit été que
té le Cadet qu'elle aimoit. Ce qui me fiancée , 6c non pas femme d'Henri.
fait croire que Robert l'allia à quelque Toutefois d'autres ont allure que le
bon parti durant qu'il vivoit. Henri mariage fut accompli , ôc qu'il en nâ-
étoit allez âgé pour obliger fon père à quit une fille qui mourut au bout de
prendre ce foin : car lors de la mort cinq ans f ôc qui fut fuivie de fa mère ,
de fon père il avoir 13. ans , Se néan- qui ne lailïa aucuns enfans à fon mari.
moins il n'époufa Mathilde que l'an Je ne fçai rien de mémorable de fa vie,
1034. trois ans après -, mais s'il en eut finon que j'ai remarqué que la premie-
quelqu'une avant elle, nous n'en avons re année de fon mariage un funefte ôc
rien dans THiftoire. Quant à Mathilde , grand embrâfement confuma près de
elle étoit fille de Conrad II. dit le la moitié des bâtimens de Paris , dont
Salique , uni avec Gifele nièce de Ro- la plus grande partie étoit alors faite
dolphe III. Roi de Bourgogne, ôc elle lui feulement de bois-, ce qui ne fut pas
fut promife par cet Empereur en une fans doute un trop agréable feu de joye.
conférence qu'ils eurent enfemble,pour
A
II. FEMME
DE HENRI L
Anne par un fuccès que le Ciel a chéri ,
Eut le bien d'obtenir des Princes à la France-
Mais le mal qui lui vint de Ton fécond mari
La fit aller mourir au lieu de fa naiffance.
HEniu fe voyant fans enfans ôc fins ner de Ces héritiers au Royaume. La
femme à la force de fon âge , j'en- Renommée lui rapporta les merveilles
tends à trente-neuf ans , fe lailfa facile- d'une Princeife digne de pofleder le
ment perfuader aux remontrances de cœur d'un grand Monarque. C'étoirAn-
fon Confeil , qui le follicitoit de don- ne fille de Jaroilas , du Tillet l'appelle
Tome I /» T
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
146
George, Roi de Ruflîe, par les modernes
dire Moicovie. Ce Prince épris au feul
réci: de fes perfedions, envoya l'Evêque
de Meaux Gautier Saveir , avec un ma-
gnifique 8c pompeux appareil d'Am-
batïàde en faire la demande en l'an
1044. Sa proportion fut reçue avec au-
tant d honneur & de complimens que
l'on en put rendre à un 11 grand Roi.
Cette PnncefTe futmife entre les mains
de l'Evêque , qui l'amena en France.
Le mariage fut célébré avec une réjouif-
fance univerfelle , qui préfageoit que
le fuccès en feroit plus heureux que de
celui de Mathilde ; néanmoins les fou-
haits des bons François ne furent pasfi-
tôt exaucés : huit ans fe palferent fans
produire aucun fruit. La France ayant
attendu long-tems ce bonheur défefpé-
roit d'en jouir jamais : le Roi en avoit
on fâcheux déplaifir , 8c Anne encore
plus que lui une triftefTe inconfolable.
Cette Reine après avoir en vain re-
cherché tous les remèdes humains ,
adrelîa fes prières au Ciel , comme avoit
fait autrefois en pareille occafion cette
autre Anne mère du Prophète Samuel ,
& préfenta à Dieu l'inrerc. filon de faint
Vincent , en faveur duquel les Fran-
çois recevoient chaque jour de miracu-
leux bien-faits. Elle s'en refientit aufli-
bien que les autres , 8c avant la fin de
l'année que l'on comptoit 1053. e ^ e
mit au monde un fils qui fut appelle
Philippe ; en reconnoiiTance de quoi
elle fonda l'Eglife df faint Vincent à
SenliSjOÙon la voit fur le portail te-
nant entre fes mains un Temple qu'elle
préfente à Dieu. Elle eut encore deux
fils ; Robert qui mourut avant fon pè-
re , 8c Hugues qui fut Comte de Ver-
mandois en ayant époufé l'héritière , 8c
une fille dont le nom s'eft perdu , laquel-
le mourut avant l'âge nubile.
Peu de jours après qu'elle fut veuve,
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit
bâtir une Eglife en l'honneur de faint
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas
fi auftére qu'elle n'écoutât la recherche
de Raoul de Peronne Comte de Crefpy
8c de Valois ; lequel elle époufa : 8c
cette féconde flamme penfa allumer
une guerre civile, comme nous l'avons
dit ci-defïiis page 144.
147
al.lllHiillIHUI
Tat^rrœ&s&sssMSiBSVB*:!
PHILIPPE I.
ROI XXXVIII.
Agé de sept a huit ans.
r:
Ce Roi qu'une Circé retenoit par Tes charmes 9
Sans fouci de l'Etat , de l'honneur ni des Loix »
Vit fes braves Sujets fubjuguer par leurs armes
L'impiété des Turcs , & l'orgueil des Anglois.
PAPES.
Nicolas II. encore près d'un an fous
ce régne.
Benoît X.
Alexandrb II. élu le i. d'O&obre
1061. S. 11. ans & près de 7. mois.
Schïjme.
Grégoire VII. fils d'un Charpentier
élu le ii. Avril 1073. S« i2 « ans *• mois.
Schifme.
Victor III. élu le 24. Mai 1086. S.
environ 1. an 4. mois.
Vacance j. mois.
Urbain II. élu le ii. Mars 1088. S.
11. ans 4. mois.
Pascal II. élu le ii. Août 1099. S. 18.
ans & $. mois.
TOut obéilïbit paifiblement a la Foix commença pour lors à porter le
Régence de Baudouin , les Gaf- titre de Comte , Bernard fils de Roger
cons feuls rerufoient de s'y foumettre, Comte de Carcalïonne , obtint cette
appréhendans , difoient-ils , qu'avec dignité de Raymond II. Comte de
ce titre il ne fit périr fon pupile pour Touloufe , dont cette terre étoit mou-
envahir la Couronne , fur le prétexte vante.
Gefroi Martel étant mort fans enfans,
Guy-Gefroi-Giullaume Duc d'Aquitai-
ne , crut que les neveux de ce Comte ,
fils de fa fœur,qui étoientGefroi & Foul-
ques , n'avoient point de droit fur la
qu'il avoir époufé la fœur du Roi
Henri.
Baudouin di Annula fagement cette
injure , & les entretint avec douceur :
mais deux ans après il mena une armée
vers les Pyrénées , feignant que c'étoit Saintonge , parce que leur oncle n'en
pour faire la guerre aux Sarrafins d'Ef- avoir joui que par ufufruit. Il voulut
pagne. Lorfqu'il eut paiTe la Garonne , donc s'en refaifir , Se ailiégea Saintes. A
il s'arrêta dans les terres des rebelles & cette première fois pluiieursde fes gens
les rangea à la raiion , fans coup frap- ayant lâché le pied, fon armée fut défai-
per. En ce pays -là la Seigneurie de te par les deux frères près de Chef Bou-
T ij
IO(jI.
1061,
1066,
i 4 3 ABREGE CHRONOLOGIQUE
tonne ', mais l'année fuivante il en re- d'époufer fa fille comme pour gage de
\? mit une autre plus grande fur pied , & certaines conditions que le Normand lo( *S
v ' leur enleva cette Ville. Un an aupara- lui promettoit. Mais lorfqu'Edouard
vant il avoit eu guerre avec Hugues fut mort, il crut qu'un Royaume valoir
Seigneur de Lufignan, qui fut tué dans bien un parjure, Se fe fit déférer la
un combat. Couronne par les Anglois, qui en effet
Les deux frères Angevins ne fe pi- n'aimoient pas la domination étrangère,
querent point d'avoir leur revanche II penfoit s'être bien affermi dans le
du Poitevin , mais s'acharnèrent à fe Trône par une grande victoire qu'il
faire la guerre l'un à l'autre. Foulques remporra fur Harwic Roi de Norvège,
le Rechin , le puîné des deux étant le qui étoit defeendu en Angleterre avec
plus méchant fut le plus habile : il ga- mille vailfeaux-, tellement queGuillau-
gna les Seigneurs de Touraine Se d'An- me lui ayant envoyé des Ambalïadeurs
jou, qui trahirent vilainement fon frère pour le fommer d'époufer fa fille, Se
Gefroi , Se le lui livrèrent avec la ville de lui venir rendre hommage , il ne fe
d'Angers. contenta pas de leur répondre avec une
Cependant le Duc d'Aquitaine ayant extrême arrogance , mais encore les
reconquis la Saintonge, mena fon armée traita outrageuiemenr.
vi&oneufe en Efpagne , où il força la Le Bâtard rechercha donc de toutes
ville de Barbaftre alors rort riche Se fort parts l'aflïftahce de fes amis Se de (es
renommée. Dix ans auparavant Ebbes alliés pour avoir raifon de certe injure,
Comte de Roucy Se plufieurs autres Sei- Se pour fe mettre en polfellion de i^on
gneu:s François allèrent exercer leur droit; &. il travailla fi bien , qu'ayant
vaillance contre ces infidèles Sarrafins. alfemblé, à force de grandes promeflès,
Le \hle de la religion mena fouvent u.ie puiffante armée de Normands, de
les Princes & les Seigneurs de CAqui- François-, de Flamands , Se obrenu la
taine & du Languedoc en ce pays-là , bénédiction du fiiint Père, il s'embar-
pour fecourir les Chrétiens : & leur aj'- qua à faint Valéry, defcendit en An-
Jijlance foutint & releva bien fort les pe- gleterre dans la Comté de Sudfex Se fe
tits Rois Efpagnols. retrancha dans un camp près de Haf-
JO £ . Edouard Roi d'Angleterre, que fa tings. En cet endroit Harald étant venu
vertu chrétienne a mis au nombre des à la rencontre , il lui donna bataille le
Saints, fe voyant fansenfans, réfolnt 14. d'Octobre. Harald combattit vali-
de laifter fon Royaume à Guillaume le lamment , Se tint long - tems la vie-
Bâtard DucdeNormandie, en confidéra- toire en balance - , mais enfin ayant été
tion du bon traitement qu'il avoit reçu tué dans la mêlée avec fes principaux
dans la maifon de Robert fon père lorf- c'iefs , il la laifla toute entière à fon
qu'il fut chaire de fon Royaume , joint ennemi. Ainfi l'Angleterre demeurai
qu'il étoir fon proche parent. Comme la diferétion du vainqueur. On s'ima-
îl fe fentit pioche de la motr, il confir- gina que cette grande révolution avoir
ma cette réfolution parunreftament fo- été préfagée par une effroyable C'.-me-
lemnel. Il y avoit dans le Royaume un te, qu'on avoit vue durant quinze
Seigneur fort puiifant nommé Harald jours étendre dans le ciel rrois grands
fils de Goiouin , Se d'une fille du Roi rayons , qui en occupaient prefque
Kanut IL qui gardoit dans fon cœur toutes les parties méridionales,
une fecrete prétention fur la Couronne. Avant que Guillaume pafsât la mer ,
Il avoit néanmoins juré à Guillaume de il avoit vu mourir Conan Duc de Bre-
lni aider à le mettre en pclièifion , Se t.agne. On difoit qu'il l'avoit fait em-
PHILIPPE I. ROI XXXVIII.
145
*-— poifonner , parce qu'il revendiquoit deux fils > Arnoul& Baudouin tous deux "
lo( >7- \ x Duché de Normandie comme lui en fort bas âge , & ordonna que l'aîné
& fuiv. appartenant à caufe de fa mère fille auroit la Comté de Flandres , 6c l'autre
du Duc Robert. Hocl qui avoit épou- celle de Mons.
fc fa fœur lui fuccéda. Leur tutelle engendra un fanglant
Les Anglois malrraités par les Lieu- différend entre Robert leur oncle, 6c
tenans 6c Officiers de Guillaume , fe leur mère Richilde , qui de fon chef
révoltèrent les années fui vantes, 6c ap- étoit Comtelfe de Mons, comme fille
pellérent les Danois à leur fecours : 6c héritière de Régnier III. fils de
mais ils ne firent qu'aggraver leur joug, Régnier au Long-Cou. Cette Prin-
car il leur ôta prefque toutes leurs celle appuyée de Godefroy le Bolïu
terres, & même leurs Loix anciennes, Duc de la balle Lorraine , défir l'ar-
y établit celles de (on pays , comme mée de Robert , &c le dépouilla d'une
auffî fa langue pour tous les aétes de partie de fes terres. Un fi heureux fuc-
Juftice , 6c mit tous les Seigneurs qui ces la rendit fi hautaine envers fes fu-
î'avoient fuivi en potfèflion des biens jets , que les Flamands l'abandonne-
des Anglois , dont la plus grande par- rent, 6c il ne lui demeura que les "Va-
rie fut ou chaifée ou tuée. Ions 6c les Hennuyers. Le Roi fe voulue
Empereurs Ainjl finit le règne des Anglois dans porter pour arbitre 6c juge entre les
Romain iv. Cètte jjfe f q U [ en a pourtant retenu le deux parties , étant proche parent de
R^^anTs! nom ; mais en effet depuis ce tems-là elle toutes les deux ; mais Richilde venant
mois, & en- à toujours été dominée & l'efi encore par à Paris , l'engagea à prendre ouverte-
core Henri ^ Jung des Normands , les Rois & les ment fa caufe en main , ayant gagné
plus grands du pays en étant defeendus fon Confeil à force de préfens , 6c par
& tenant leurs droits de ce Guillaume le le moyen de Gefroy Chancelier de
Bâtard , à qui l'on donna lefurnom de France, Evêque de Paris , 6c d'Euftache
Conquérant. Comte de Boulogne fon frère , qui avoit
Baudouin Régent du Royaume de époufé Idde fœur de Gefroy le BolTu.
France, 6c Comte de Flandres, fur- Le Roi bouillant du feu de jeunef-
nommé le Bon ou le Débonnaire , fe , 6c n'ayant pour lors que quelque
finit fes jours l'an 1067. Il avoit deux dix-fept ans , voulut y aller en perfon-
fils , Baudouin dit de Mons qui fut ne faire fes premières armes. Elles fu-
Comte de Flandres, 6c Robert qu'on rent peu heureufes , car le vingt-deu--
furnommale Frifon , parce qu'il avoit xiéme de Février il fut bartu 6c pouffé
vaincu les Frifons. Le premier pre- pies de S. Orner , 6c Richilde prife 6c
noit quelquefois le titre de Comte des menée à Montcaifel. Mais comme Ro-
ComteSy à caufe qu'il en avoit plufieurs bert prefifoit trop le Roi qui fe retiroït
dans fa mouvance -, celui de Marquis vers Monftreuil , Euftache Comte de
parce qu'il étoit fur les marches du Boulogne , qui avoit un gros de réfer-
Royaume de Lorraine , 6c même celui ve l'enveloppa , le prit , 6c le mena à
de Prince de Flandres. S. Orner. C'étoit l'avantage du Roi que
" On remarque que lanioG g. Arnoul les Chefs des deux partis fu fient pri-
Seigneur de Selve commença à bâtir la fonniers, afin qu'il pût terminer ce di£=-
ville d'Ardresfur les ruines de fonChâ- ferend d'autorité abfolue - r mais celui
teau de Selve. qui commandoit dans Cambray rendit
lc Baudouin de Mons ne vécut que Robert pour délivrer Richilde ; le Roi-'
trois ans après fon père , étant mort en fut fi irrité , qu'il faccagea 6c bm-
l'an 1070 dans Audenarde, Il lailîa la la Ville,
1070,
i 5 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
La même année Richilde , quoique Royaume. Un jour entr'autres , il dé-
I0 7°« toujours aiîïftée des François, perdit troulfa des Marchands des terres du I0 74*
une autre- bataille , 8c même fon fils Pape qui venoient aux foites, & les mal-
Arnoul près de Cailel ; 8c enfuite tout traita. Sur quoi le Pape Grégoire VII.
fon pays , horfmis le Hainaut , où elle qui ne cherchoitqu'occalion de fe conf-
fe retira. tituer le juge 8c le réformateur des
„ Le Roi piqué au jeu , retourna une Princes , écrivit à Guillaume Duc d'A-
feconde fois en Flandres , <k y hazarda quitaine , que fe joignant avec les au-
une autre bataille, dans laquelle Euf- très Seigneurs du Royaume, il eut à
tache Comte de Boulogne fon princi- lui faire remontrances ; 8c lui déclarer
pal Confeiller , étant demeuré prifon- que s'il ne fe corrigeoit ,il l'excommu-
nier, le Chancelier fon frère qui avoit nieroit lui 8c tous lesftijetsqui luiobci»
tout pouvoir à la Cour , ne fongea qu'à roient , 8c mettroit l'excommunication
obtenir fa délivrance , 8c par cette rai- fur l'Autel de S. Pierre pour la réaggra-
{on obligea le Roi d'abandonner la eau- ver chaque jour. '
fe de Richilde. L'an 1076. advint la mott de Robert 107^.
Empereurs j$[ Qn plus , il lui fit époufer Berthe I. Duc de Bourgogne. Il fut inhumé
fodla Duos £Ue de Florent I. Comte de Hollande , dans l'Eglife de Semur qu'il avoit bâ-
k. près de 7. 8c d'une Gertrude de Saxe , laquelle tie. Son fils Henri étant décédé avant
^^"s'éroit remariée à Robert en fécondes lui , avoit lailTé deux fils, Hugues 8c
noces. Par ce moyen il l'engagea à fou- Othon , dont le premier fuccéda à fon
tenir la querelle de fon beau père , fi ayciil. „
bien qu'avec fon fecours il défit pour Guillaume le Conquérant , après io-»7.
la quatrième fois l'armée de Richilde : avoir entièrement fubjugué l'Angleter-
ainli il demeura 8c fut reconnu Com- re , réprimé la rébellion de fon fils Ro-
te de Flandres , le jeune Baudouin lui bert , 8c dompté les Manceaux , paiïà
cédant les droits qu'il y avoit comme en Bretagne pour la réduire fous £es
frère 8c héritier d'Arnoul. loix , comme fief dépendant de la Nor-
Les Normands avançoient toujours mandie , 8c mit le fiége devant Dol.
leurs conquêtes dans la Pouille -, Ro- Le Duc ou Comte Hocl fort allarmé ,
ger frère de Robert Guifchard , envoya implora l'afliltance du Roi , qui mar-
ïbn frère en Sicile qui étoit occupé par chant en perfonne à fon fecours , fit
les Sarrafins ; il y conquéta Païenne 8c lever le fiége.
Mefline , 8c la prife de ce9 Villes lui La même année la paix fe fit entre
ouvrit le chemin à fe rendre maître de les deux Rois ; mais elle fut rompue
)ute l'Ifle. prefqu'auffi-tôt pour une autre caufe
ioji. Depuis la mort du Régent Baudouin, que voici. Le Conquérant , avant que
Se fuiv. I e R- ' 1 Philippe parvenu en âge d'ado- d'aller à la conquête d'Angleterre ,
lefcence , fit bien connoître qu'il ne avoit , en prefence du Roi , donné la
vouloit îelTembler ni à fon père , ni à Duché de Normandie à Robert fon fils
{on ayeul , 8c qu'il ne croyoit pas com- aîné : Robert s'en vouloit mettre en
me eux , que la Royauté fut un emploi polïèflion , le père l'en empèchoit , 8c
aftreint aux régies de la juftice 8c aux le Roi foutenoit le fils dans fi deman-
loix , mais une licence de tout faire; de. Ce fut là le fujet d'une nouvelle^ Fm r erc »«
H, i 1 • NlCETHORF
ement qu il ne gardoit aucune te- guerre. h.moniatk,
tenue , 8c s'émancipoit à quantité de Le perc affiegea fon fils rébelle dans i:furpatcui ,
défordres 8c de vexations fur fes fu- le Château de Gerberoy près de Beau- £" l' n ?™ c '
jets , 8c fur ceux qui palfoient dans fon vais. Un jour il advint que dans une k- m iv.
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. 151
-forrie fon fils le blelTà _, 6c le defarçon- que le Rechin avoit fait à & mère en — —
na d'un coup de lance : mais l'ayant re- la répudiant ( c'étoit Ermen^àrçle de lOCti '
connu à fa voix , il le releva la larme à Bourbon; ) & touche de la miiete de Emp««iM
l'œil. Ainfi le liège fut levé ; le père ion. oncle , employa aulîi la force des NE L KE X r. "7*
enfin étant vaincu par les fenrimens de armes pour contraindre fon père à le k ans i- mois,
la nature, & pu- les prières de fa fem- délivrer : mais ce fut inutilement; il?L ,i nc ?v
me &c de les Barons, lui accorda la ne put le reioudre a le relâcher, jui-
grace , lui quitta la Duché; Se il re- qu'à ce qu'il eut reconnu que la mé-
paffa en Angleterre. lancolie , ou quelque breuvage , lui
Gefroy le Bolïu , Duc de la baffe avoir troublé le fens Se le rendoit in-
Lorraine , qui , en faveur de Baudouin capable de tenir aucune Seigneurie.
Comte de Mons , fils de Richilde , avoit Alors le Pape Urbain , qui l'avoit ex-
combattu & défait Robert le Fnfon , communié pour cette injufte déten-
ayant peu après fa victoire , été atlalli- tion , Se l'avoit déclaré déchu de fes
né dans Anvers , l'Empereur retint la terres & Seigneuries, le fit abfoudre
Duché de la balle Lorraine, Se donna Se réhabiliter folemnellement par fon
feulement le Marquifat d'Anvers à Go- Légat ; Se depuis , lui-même étant à
defroy Duc de Bouillon , fiis d'Idde Tours , confirma la Sentence d'abfo-
feeur de Gozelon , Se d'Euftache Com- lution l'an 1097.
te de Boulogne : mais douze ans après Le fameux Robert Guifehard Prin- o "
il lui rendir cette même Lorraine , ce des Normands dans la Pouille mou-
pour les grands fervices qu'il en avoit rut cette année 1085. ayant auparavant
reçus. gagné deux batailles navales , Pune fur
Il y avoit déjà quelques années que les Vénitiens , & l'autre fur les Grecs,
le Roi Philippe étoit marié , fans avoir II avoit deux fils , Boainond & Roger,
encore eu aucuns enfans -, il fit ordon- L'aîné étant alors banni par la crainte
ner des prières par tout fon Royaume de fa marâtre , comme nous l'avons
pour en demander à Dieu. Les vœux dit , fon puîné s'empara des Duchés
des François furent exaucés ; il lui nâ- de la Pouille & de la Calabre : à cau-
quit un fils qu'il nomma Louis > & qui fe de quoi les frères furent en querel-
régna après lui. Il en témoigna fa joye le jufqu'au tems de la première Croi-
à fes Sujets par Lettres publiques-, &c fade, que les Seigneurs François paf-
il voulut que cette heureufe nailTance fant par-là pour aller à la Terre-Sain-
fût célébrée par tout avec des réjouif- te , les mirent d'accord. Leur oncle Ro-
. fances folemnelles. ger garda la Sicile avec titre de Com-
ïo8o Les Seigneurs de la Touraine Se du te feulement.
Maine, touchés de commifération pour La Duché de Normandie étant de-
le jeune Prince Gefroy , avoient pris meurée à Robert , il en traitoit les
les armes contre Foulques le Rechin peuples avec une extrême rigueur : fi-
fon frère, pour le forcer à le mettre tôt que les plaintes en eurent été por-
en liberté. Cet homme barbare , plu- tées à fon père , il repalTa d'Angleter-
tôt que de le relâcher, aima mieux don- re en ce pays-là pour le châtier ; mais
ner la Comté de Gâtinois au Roi Phi- la tendrelTe paternelle le reconcilia fa-
lippe , afin qu'il le foutint dans fon in- cilement avec lui.
juftice. L'an 1086. fut fignaléparde furieux
108 1. Quelques années après, fon propre débordemens d'eaux, ôc par un prodi-
fils , aufiî nommé Gefroy IV. du nom , ge inoui avant ce tems-là ; c'eft que
êc furnommé Martel , piqué de l'affront les volailles domeftiques devenant tout
io%6.
ici ABREGE CHRONOLOGIQUE
— ~~ — d'un coup fauvages, quittoient les mai- mourut le huit de Septembre , en ré- ■ -
10Î56. £ Qns ^ s ' envo loienc dans les bois de putation de Prince très- vaillant , très- I0 «7*
dans les champs. puiiïant 8c très-magnifique, mais ex-
Jufques-ià le Roi Philippe , Prince trèmement fuperbe , avare , 6c qui pis
.fort voluptueux , avoir palfé fes plus eft, fort cruel à l'endroit de les Sujets,
belles années fans inquiétude 8c fans II donna par fon teftament le Royau-
fouci : mais les plaiurs déréglés fe trou- me d'Angleterre à Guillaume dit le
blent eux-memes •, ils deviennent fou- Roux , qui n'étoit que le fécond de fes
vent affaires , 8c en attirent de fort dan- fils : la Normandie à Robert qui étcic
gereuies. S'étant dégoûté de Berthe fa l'aîné, on le nommoit Courtchenfe \ 8c
femme , il fe fervit du prétexte de la quelques terres avec de l'argent à lien-
parenté qui fe trouva entr'eux deux; ri le plus jeune des trois. Ce qui lait 10 gg
8c l'ayant prouvée félon les formes voir clairement qu'en ce tems-là les
d'alors , il fit dilfoudre fon mariage par pères difpofoient de leur fuccefiion ,
l'autorité de l'Eglife , quoiqu'il en eût 8c avançoient ou deshéritoient leurs
un fils nommé Louis , âgé de cinq ans*, enfans comme il leur plaifoit. Robert
8c une filte nommée Confiance. Il re- du commencement , remua toute l'An-
legua enfuite fa répudiée à Monflreuil gleterre, qu'il préuendoit lui appartenir
fur Mer , où elle vécut long-tems af- par droit d'aînelfe ; &ce pays-là en fouf-
fez pauvrement. hit de grandes défolations : mais n'y
"— ô Ce divorce fait félon les formes , 8c étant pas paflé afïez-tôt , la diligence de
par Sentence juridique , il demanda fon frère Guillaume ralentit l'ardeur de
la fille de Roger Comte de Sicile , fes partifans , 8c s'alfura du Royaume.
nommée Emme. Elle fut amenée juf- L'an 1089. arriva la mort fubite de 10^9.
qu'aux côtes de Provence: toutefois Robert dit le Frifon , Comte de Flan*
il ne l'cpoufa pas. On n'en dit point la dres , comme il drelfoit un grand arme-
raifon -, mais il y a apparence que dans ment pour pafier en Angletetre , 8c de-
le tems qu'elle venoit , il fe donna à mander la penfion de trois mille marcs
quelque nouvelle inclination qui lui d'argent que Guillaume le Conquérant
fit rompre ce mariage. avoit promife à Baudouin Comte de
Guillaume le Conquérant devenu Flandres , pour l'avoir afîifté à la con-
valétudinaire , faifoit diète à Rouen , quête de ce Royaume-là. Son fils de
pour fe décharger du trop de grai Ife même nom lui fuccéda en fa Comré.
qui Pincommodoit. Le Roi le raillok On lui donna à quelque tems de là le
à tout propos , 8c demandoit quand il furnom de Jérufalem , parce qu'il aflif-
releveroit de fes couches. Le Duc lui ta au fiége de cette ville. _
envoya dire qu'il iroit faire {es rele- L'an 1090. le feu facré qu'ils nom- 1090.
vailles à fainte Geneviève de Paris avec moient le feu S. Antoine , fe rallumant
dix mille lances en guife de chandelles, plus furieufement que jamais, caufa
En effet , fi-tôt qu'il le put il monta à d'horribks défolations dans la haute 8c
cheval , défola tout le Vexin François , halïe Lorraine. On y voyoit par tout ,
8c força 8c brûla Mantes, où il palfa tout dans les chemins, dans les foffés , 8c
au fil de l'épée. Mais il s'échauffa fi fort aux portes des Eglifes , des perfonnes
à l'attaque de cette place , qu'il fe mit ou mourantes, ou à qui la douleur in-
lui-mcme le feu dans le corps , 8c tom- fupporrable du mal faifoir jetter de
ba malade ', de forte qu'il ne put aller hauts cris -, d'autres à qui cette pefte ar-
plus avant , 8c retourna à Rouen. Après dente avoit dévoré les pieds ou les bras,
tju'il y eut langui alfez long-tems , il ou une partie du vifage.
Foulques
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. Mj
■ Foulques le Rechin extrêmement in- vies , félon Tordre du Royaume , lui en — — —•
l0 9)' continent &c changeant en femmes, parlèrent avec une liberté évangélique, xo 94 j
mais qui avoir plus de defirs que de ëC lui en rirent de très-iérieules remon-
puiflàneé , après en avoir quitté deux , rrances ; particulièrement Yves de Char-
fous couleur de parenté , avoit l'an très , qui fe montroit ardent défenfeur
1089. époufé Bertrade , fille de Simon de la difcipline des canons, ôc qui
de Montfort. Les appétits de cette fera- croyant que fa reconnoitTance envers
me jeune , belle , coquette , ne s'acom- ion Roi devoit aller à le retirer du préci-
moderent pas avec la vieil lelïè de fon pice , non pas à l'y enfoncer par des flat-
mari goûteux & chagrin ; elle le quitta teries , 8c des complaif mces , pourfui-
au bout de trois ans pour fe jetter en- vit fi chaudement cette affaire , nonobf-
tie les bras du Roi Philippe qui n'ai- tant toutes les traverfes que le Roi & les
moit que trop les Dames. Ce Prince Courtifans lui fufciterent , que Hugues
s'étant avancé jufqu'à Tours, avoit con- Légat du S. Siège, ayant alïemblé un
certé avec elle les moyens de fatisfaire Concile à Autun, décerna excommuni-
leurs defîis. Pour cet effet il y lailla u« cation contre Philippe : toutefois le Pa-
Gentilhomme , qui prenant fon tems , pe en fufpendit l'effet jufqu'à l'année
enleva cette femme de l'Eglife de S. fuivante qu'il la fulmina lui-même dans
Martin, de la lui mena à la ville d'Or- le Concile de Clermont. _
Jeans , où il l'attendoit. Cet horrible La fameufe querelle d'entre le Pape & 109$.
fcandale fut encore fuivi d'un autre qui les Empereurs , qui a caufé tant de maux
ce l'étoit pas moins , lorfqu'on vit qu'il à la Chrétienté , étoit alors fort échauffée*
l'avoit époufée en face d'Egliie, s'étant Elle avoit commencé entre Grégoire VII.
trouvé des Evêques qui furent d'avis & Henri IV. le premier extrêmement im-
qu'il le pouvoir faire ; & un même., périeux & entreprenant , le dernier mè-
fçavoir EudjS de Baveux , frère utérin chant , cruel & déréglé au dernier poinu
de Guillaume le Bâtard, qui ofa les Les Papes avoient pour prétexte doter a.
marier enfemble , moyennant le rêve- l Empereur Vinvefliture des Bénéfices ,
nu de quelques Eglifes que le Roi lui comme une chofe injufle&facrilé'ge: mais
donna. leur motif pouvoit être le defir de CEmpi-
Bertrade érort parente du Roi du cin- re d'Italie , & d'affervir tous les Princes
quiéme au fixiéme degré ; le Rechin fous la puiffance Pontificale. Ce qui pa-
fon mari du troihéme au quatrième; roiffoit fort aifé ^ a" autant que toute l Eu-*
c'étoit donc deux empêchemens : d'ail- rope étant partagée en cent & cent Dorni-
leurs fi Philippe étoit libre , comme il nations , il n'y avoit que des Princes fort
prétendoit l'être, Bertrade ne l'étoit foibles ; fi bien que la plupart d'entr eux
pas, parce que fon premier mariage ou par dévotion , ou pour éviter la fouve-
n'avoit point été bien dUlout : ainfi il raineté des plus Grands , Je foumettoient.
y avoiî dans cette con-jonétion double & même fe dévouoient au S. Siège , & lui
adultère §c d©uble incelie. pay oient tribut. De forte que s'ilfe fut
L'Eglife ne put pas difiimuler un at- trouvé quatre ou cinq Papes de fuite qui * *Qeî«aifc! »
tenta: qui vioîoit toutes fortes deloix, euffent été au (fi faints & suffi babiUsT*'- 2 ^*^'
qui orrenloit tous les gens de bien, oc qu Us Je pouvaient être , qui eujfent agiYvk^z ç-t^
qui donnoir un pernicieux exemple aux fins aucun intérêt que celui de Dieu & de ^ c!ÏeJB ,* s ;■
foibles Ôc aux médians de fe jerxer har- fon Eglife , & qui euffent fçu prendre bien mfjiss g™ .
diment dans de femblables délordres. à propos la caufe des peuples contre Us** 1 *? -><■'*■>■»■:
Auili quelques bons Evêques s'étant oppre{feurs , ils Je fujfent rendus Monar-^^? rT \
trouvés à fes noces, ojà il les avoit con- -f.ues au temporel auffi-bknquaufpirhtueL ££,&&&&.
Tome II. y
154 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" Les Turcs , après diverfes irruptions , i'Hermite étoit un Gentilhomme Pi- ~~— —
ayant été appelles à lajblde de Machmet card d'auprès d'Amiens , qui ayant fait I0 95
Roi de Perj'e y qui étoit Sarrafîn, & avoit quelques voyages dans la Teire-Sain-
guerre contre le Caiif de Babylone Ma- te , comme taiioient depuis cent ans
kometan , aboient tourné leurs armes con- prefque tous les Princes 8c les Prélats
tre lui même y & s étaient rendus maîtres de 1 Occident , avoit vil les cruautés
d'une partie de fes pays dès L '.'an 104S. que les Infidèles y exerçaient fur les
puis de la Méfopotamie , de CAffirie , de Chrétiens , 8c en avoit porté les lamen-
la Judée , & prefque de toute L Ajie ; & rations par toutes les Cours de l'Europe.
avoient formé cinq oujîx Dinaflies , une Les exhortations pathétiques du S.
en Perfe , une en Buhinie , une en Cili- Père firent une telle impreffion fur tous
cie , une en Damas , dont J érufalem dé- les efprits de l'alliftance , qu'ils s'écrie-
pendoit, & une à Antioche. Or fubju- rent tous d'une voix , Diex el volt \ 8c
guant les Perfans , ils avoient pris leur offrirent à l'heure même leurs biens
Religion , qui étoit la Mahometane. Cet- & leurs vies pour cette fainte expédi-
u raifon jointe à leur barbarie naturelle , tion. La marque en étoit une Croix
les portoit à traiter les Chrétiens qui ha- rouge , que l'on coufoit fur l'épaule
bitoient en Judée , avec toute forte de gauche , 8c le cri de guerre , Diex el
cruauté ; & d'ailleurs ils menaçoient volt. Aymar Evêque du Puy , fut lepre-
£ envahir le refu de VAfu , 6' de détruire mier qui reçut la Croix de la main du
tout l Empire d'Orient. S. Père \ 8c Guillaume Evèque d'Oran-
En cette année lîrbain II. venu en gelé fécond, enfuite grand nombre de
France , refuge des Papes affligés , afin Princes 8c de Seigneurs j 8c cette ar-
<I erre reconnu pour vrai Chef de l'Egh- deur fe portant en très-peu de tems par
fe , ( car l'Empereur l'avoit détrôné , toute l'Europe , un nombre* infini de
& en avoit fait élire un autre ) allem- perfonnes de toutes qualités, de tout
bla un grand Concile à Clermont en â-'ge 8c de tout fexe, s'enroloient dans
Auvergne , dans l'O&ave de S. Martin, cette facrée Milice.
Il y fit quantité de Canons pour la ré- Ces croifades & voyages d'Outremer ,
formation du Clergé, particulièrement dont V ardeur a duré plus de deux cens
pour déraciner la fimonie , 8c pour ôter ans , furent extrêmement funefles aux
le mariage des Prêtres: 8c après ayant Juifs; Us Croifés , par un ^éle furieux ,
entendu 8c examiné les plaintes de les majfacrant dans tous les pays ou ils
Foulques le Rechin , il excommunia le paffoient. Et d'ailleurs elles produifirent
Roi Philippe, 8c Bertrade fon époufe la ruine delà plupart des grands Sei-
prétenclue : comme aulli tous ceux qui gneurs , & la foule des pauvres peuples
l'appelleroient Roi , 8c qui le recon- qui fouffrent toujours beaucoup de ces
noîtroient pour Souverain , tandis qu'il grands mouvemens , & payent toutes les
croupiroit dans ce péché. folles dépenfes de ceux qui font au-deffus
Dans le même Concile, fur les inf- d'eux. Mais les Papes & les Rois en ti-
tances que faifoit l'Empereur Alexis , rerent de très-notables avantages pourfe
d'avoir du fecours contre les Turcs -, 8c rendre abfolus. Ceux-là , parce qu'ils fe
fur les remontrances de Pierre l'Her- mirent en poffcffion de commander aux
mite , le Pape anima, par une forte Empereurs & aux Rois a" aller à ces ex-
Harangue tous les Prélats là préfens , à péditions: quils en étoient toujours les
lui en donner , 8c à porter les fidèles à Chefs ; qu'ils recev oient fous leur protec-
s'armer pour la défenfe de la Chrérien- tion les perfonnes & les biens de ceux qui
té , 8c à paffer en Orient. Ce Pierre fe croifoient; que peur exciter & encou-
ioc, s
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. M5
rager ceux qui preno'unt les armes pour en ces quartiers-là , avec quoi ils gour- '" ^
ces guerres , ils rendirent iufage des In- mandoienc tout le pays , &c rompoient «. r ^"
dulgences & des dijpenfes plus commun tout le commerce de Paris & d'Orléans ;
qu'auparavant: que leurs Légats recueil- quoique Guy Seigneur de Rochefort ,
loient & mamoient les aumônes & les frère de Miles, fut fort dans les bon-
legs qui fe fa ifoient pour accroître & gar- nés grâces de Philippe , & exerçât la
der les conquêtes d'Outremer ;& que me- Charge de fon Grand Sénéchal. Ce
me ce leur fut un fpécieux prétexte de Guy pafla l'an 1097. en Terre-Sainte,
commencer à lever des Dec 'unes fur le peut-être pour ne fè point mêler ,
Clergé. comme il y eût été obligé par la cou-
Les Rois s y en accommodèrent auffl , tume d'alors , dans les guerres de fes
parce que tous les plus braves & les plus parens contre le Roi fon bienfaiteur.
mutins allant en ces Provinces lointai- Dès la première expédition en Ter-
nes , leur laifj oient le terrein plus libre , re-Sainte , il fe croifa plus de trois
& une belle occafïon d'entreprendre fur cens mille hommes , qui fe diviferent
leurs Places & fur leurs Droits & Pri- en plusieurs bandes. Les unes prirent
viléges : Que les Grands leur vendoient leur chemin par l'Allemagne ôc la Hon~
ou engagoient leurs Terres pour avoir de grie , les autres par l'Efclavonie , les
quoi fubvenir aux grands frais de ces autres par l'Italie , pour s'embarquer
voyages : ou que par leur mort elles de- fur les côtes de la Pouille : celles-ci re-
meuroient à des mineurs , ou à desfem- menèrent le Pape & le rétablirent dans
mes , des mains de qui il Uur étoit facile fon Siège malgré (es ennemis. Toutes
de les tirer: (a) & qu'enfin la France , fe trouvèrent dans la Grèce, & de-ià
qui fourmilion d'une prodigieufe multi- parlant le Détroit de l'Hellefpont , ou
tude d hommes , étant évacuée par ces Bras Saint George , fe rendirent en Bi-
grandes & fréquentes faignées , devint thynie. Celle que menoient Pierre
beaucoup plus foumife à leurs volontés. l'Hermite & Gautier de Saint Sauveur
~ L'Hiitoire des Comtes de Poitou étant mal conduite , y fut prefque tou-
marque en l'an 10.96. la mort de Guy- te taillée en pièces par Solyman Sultan
Gefroy -Guillaume , qu'elle dit le hui- des Turcs \ mais l'Hermite fe fauva de
tiéme du nom , lui fait fuccéder Guil- la tuerie , & trouva à propos de fe con-
laume IX. fils de ce Prince & de fa ferver pour une autre occafion.
femme Adelerade , fille de Robert I. Parmi les Chefs de ces troupes étoient
Duc de Bourgogne -, & dit qu'il fe mit Hugues furnommé le Grand , à caufc
en polfeflion de fes Etats âgé feulement de fa taille , frère du Roi Philippe , te
de quinze ans. Comte de Vermandois \ Robert Duc de
Il n'y avoit fi petit Seigneur qui ne Normandie -, Godefroy de la baflTe Lor-
bravât le Roi Philippe , endormi entre raine , qui vendit fon Château de Buil-
les bras de fa Bertrade. Miles Seigneur Ion à Otbert Evêque de Liège ; Bau«
de Montlehery, & Guv TroufTel fon fils, douin & Euftache {es frères ; les Corn-
le renoient fort en prefle par le moyen tes Raimond de S. Gilles & de Ton-
de leur Château de Montlehery & de loufe , Prince fort opulent & fi zélé»
quatre ou cinq autres qu'ils avoient qu'il mena avec lui fa femme & un fils
1 - '•'
(jt) Au lieu de ce qui fuit il y avoit dans l'édition de fréquentes faigvêei , devint plut fonple & plut fourni-
ï<68. fe ^& par ainfi leurs volontés moins dépendanteidif l%f%
ij qu'enfin la France qui fourmilloit d'une prodigieufe C* des anciens Ordru d* Royaume.
maitHudt d'kwnes , étant tVAcace par ces grandes Ù'
ï 5 6 ABREGE CHRONOLOGIQUE
■légitime qu'il avoit d'elle , laiiïànt fa fécond: &c la prife d'Antioche , qui —
^ & - iV.!...^».!! J fl- cl 1 fc^_ r -_• o- 1 * - il* 1
ioç)6, Comté de Touloufe à Bertrand ion fils les arrêta fept mois, & leur coûta bien ^^7'
naturel : Etienne de Chartres -, Bau- du fang & de la peine , le troifiéme. ** lluv «
douin de Haynaut : Hugues de Saint Après qu'ils turent entrés dans cette
Pol , Rotcoudu Perche , Guillaume de Place , ils allèrent au-devant de Coc-
Forez , Rambol d'Orange , Baudouin ban , ou Corbagnt , Général de far-
de Mets, Foulques de Guifnes , Etien- mée du Sultaii de Peife ou de Baby-
ne d'Aumale , un autre Etienne de loue , la combattirent , & en tuèrent
Franche Comté, Guillaume d'Angou- près de cent mille hommes. Ce qui
lême, Guillaume de Montpellier, Gaf- arlbiblit tellement la puiilance aes
ton de Foix, & plus de deux, cens au- Turcs , que le Sultan d'Egypte , qui
très Seigneurs de marque, Ici-quels pai- étoit Sarrafin r s'empara facilement lur
fans par la Calabre , emmenèrent Boe- eux de la Judée & de la fainte Cité
mond Duc de la Pouille , Tancrede fou de Jerufalem.
neveu, fils de Robert Guifchard, Se II ne la garda pas long- rems, l'ar- . '
quelqif autres Seigneurs de ce pays-là. mée Chrétienne l'afliégea le 8. de
Eudes furnommé Hetpin , Vicomte de Juin, & l'emporta de vive fonce le 1 5.
Bourges, ne fut pas de ce premier voya- de Juillet de l'an 1099. Tous les Chefs
ge , comme difent quelques-uns, il ne demeurèrent d'accord de la donner
fe croifa qu'au fécond , qui fe fit l'an avec {qs dépendances , en titre de
1 101. Et ce fut pour lors qu'il vendit Royaume, à Goderroy de Bouillon leur
la ville de Bourges au Roi Philippe, Chef général. Il accepta cet honneur:
marché plus honorable au vendeur qu'à mais il fut fi humble ,.. qu'il ne fouf-
l'acheteur. frîr jamais qu'on lui mit la Couronne
Tous les Croifés étant arrives par fur la tête, ni qu'on lui donnât le titre
divers chemins en Bithynie , élurent de Roi en une Ville où le Roi des
pour leur Chef général Godefroy, Duc Rois avoit été traite en efclave.
de Bouillon &c de la Baile Lorraine , Le Sultan d'Egypte appréhenda ,
fils d'Euftache Comte de Boulogne: avec raifon , que les Chrétiens après
8c on peut dire que cette élection fut tant d'avantages , ne lui enlevaflent
fi gloneufe pour lui, que touslesScep- auflï fon pays, fans lequel il eft fort
très de l'Univers enfemble ne lui font mal-aifé de conferver la Terre Sainte,
point comparables. Les voyant dont fort affoiblis , en
On vit durant plufteurs nuits pieu- forte qu'il leur rcitoit à peine cinq
voir des Etoiles par intervales , mais (i mille chevaux &c quinze mille hom-
dtu & menu , au on eut dit que choient mes de pied , il aiîembla cent mille
des bluettes du débris des orbes célcjtes. chevaux, & quatre fois autant d'in-
Et dans la Comté de Namur , du pain fanterie , dont il donna la conduite
quon avoit cuit fous Us cendres , parut à un Lieutenant pour les accabler. Go-
tout fanglant lorfqu on le rompit : ce qui defroy , le plus grand homme de guer-
pouvoit provenir de ce qu'il étoit fait re de fon ficelé , les chargea h réfo-
d une forte de faux bled qui rend U pain lument & fi à propos, qu'il les mit
de cette couleur. en défordre , & en tua plus de cent
"" La ville de Nicée en Bithynie fut mille. Une fi grande vicîoire lui ac-
fcifiaiv" fejprcnïîer exploit des Croifés : la dé- nuit toute la Paleftine , à la réferve
faite de l'armée de Solyman , fuivie de deux ou trois Places,
de la reddition des places de Lycao- Cette année commença donc le
nie, Licie, Cilicie &, Pamphilie, le Royaume pe JtPvUbALoi , fous le-
PHILIPPE I. ROI X X X V I M, 15.7
- quel étoienc la Comté d'Edefle ville premier voyage par Tancrede.
l0 99' Capitale de la Medie, la Principauté Ces voyages en Levant renouvelle- ^r 01 '
d'Antioche en Celefyrie , ëc la Com- rent & accrurenr extrêmement la haine ^ lum
té de Tripoly , qui ne fut conquife des Grecs contre les- Chrétiens Latins
que plusieurs années après, fur la côte ou Occidentaux. Ils étoient furieufe-
maririme de la Syrie Phénicienne. Pour ment jaloux de voir qu'ils s'établif-
lors étoit Calife en Babylone Albugue- foient dans l'Orient ; & ils avoient cer-
bafe Achamet , fils de Muquetadi , le tain prelTentiment qu'ils voudroient
vingt-huitième de la Maifon de G ue- quelque jour s'emparer de cet Empi-
bafe. r£ *'à caule de quoi le Confeil de l'Em-
■ ■ ■■ — La gloire de cette conquête publiée pereuravoit rélolu de forcer tous ceux
1I0 °* en Occident par les Princes qui en qui palleroient par fes terres, de lui
croient revenus, piqua les autres qui promettre hommage &: fidélité pour
n'y avoient point été , du detir d'y al- toutes celles qu'ils pourroient conque •
1er fignaler leur nom. Il fe fit donc une rir dans le Levant , comme faifant par-
feconde Croifade compofée de plus de tie &c étant membres de fa domina-
trois cens mille hommes , François, tion. Ainfi le Gouverneur de Duras
Allemands Se Italiens. Guillaume arrêta Hugues frère du Roi de France a
IX. Duc d'Aquitaine en menoit cent & l'envoya pour cela a l'Empereur. Il
mille , dont les deux tiers étoient de refufa de lui faire aucun ferment , Se
- fes fujets : Hugues le Grand, frère du aima mieux fouftiir la pnfon , où il
Roi, cv Eftienne Comte de Bourgo- demeura jufqu'à ce que les autres Chefs
gne , qui avoient été de la première étant venus camper aux portes de Conl-
expédition , furent encore de celle-ci -, tantinople , contraignirent le Grec t'.e
&: plusieurs Prélats &: quantité de Da- le mettre en liberté. lis lui offrirent
mes illuftres voulurent faire ce voya- en même-tems de le faire chef de cette
ge. Godefroy mourut au mois de Juil- fainte expédition , mais il refufa cet
let 11.00. n'ayant pas régné un an en- honneur. Déformais nous ne rapporte-
tier ; & Baudouin fon trere lui fuccéda rons plus rien de ces guerres que ce
au Royaume de Jerufalem. qui touchera notre hiftoire.
Cette armée prit fa route par laHon- Mais nous ri oublierons pas de aire
grie Se par la Thrace , Se paffa par le qu elles donnèrent commencement à l ufa~
Détroit de THellefpont dans i''Afie. En ge dis Armoiries. De tout tems chaque-
partant le Duc Guillaume vit l'Empe- nation portoit quelques figures ou fymbe---
reur Grec , Se lui refufa, en paroles un les dans fes enfeignes. Les Légions Ro-
peu trop hautaines, de lui faire homma- mai nés Je dijlinguoient entr elles par h
ge des Terres qu'il conquéteroit fur les différent émail de leurs boucliers , & par
Infidèles. Le perfide Empereur en étant tes diverfes lignes qui étoient tracées def-
otfenfé dans Ion coeur , donna des Gui- fus. Les particuliers ornoient aufji leurs
des aux Croifés , qui les ayant affoibhs écus de quelques devifes qui donnoient
par la, difficulté des chemins Se par la à connoître leur naijfance ou leurs bel-
difette ,. les firent palTer à une rivière les actions , ou leur humeur & leur ef r
où les ennemis les attendant avec avan- prit. Or, dans ces expéditions de la Ter-
tage , en tuèrent en un jour plus de re-Sainte , ceux qui avoient déjà de ces
cinquante mille : le refte fe fauva com- Symboles ,. les rendirent plus propres a
me il put en Cilicie. Hugues frère du leur maifon. Et ceux qui rien avoient
Roi s'en alla à Tarfe mourir de fes bief- point encore, en choijzrent, tant "pour fe
fiires. Cette- Ville avoit été p.rife au faire remarquer dans les combats , leurs
1101.
i 5 § ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" armures de tête empêchant qu'on ne armoiries. Non -feulement ils ont fait -
1101 • connut leur vif âge, que pour être difilin- f^j/er des rébus de La viU populace, 1I0I «
gués des autres ; & aujfi afin que ces des illufions grofjières fur leurs noms ,
figures leurferviffent comme defurnoms : des chiffres de Marchands , des enjii-
car alors il n'y en avoit point encore , gnes de boutiques , & des outils d arti-
ou fort peu. fans dans les écus à l ombre des couron-
Les uns donc , pour marquer comme ils nés , des timbres, des cimiers & des
sétoient croifès , mirent des croix dans fupports. Non-feulement ils ont, par une
leurs armoiries ; voilà pourquoi il y en hardieffe infupportable , choifiî les pièces
a une infinité de forte ; les autres , pour les plus illuflres , & donné Juj et de dire
montrer qu ils avoient fait le voyage du qu'A n'eft point de plus behes armes
Levant , & p:ijjé la mer , prirent des Be- que les armes de Vilain : mais encore
fants , des Lions , des Léopards , des Co- avec l'aide des Généalogijles intèrefjès ,
quilles. Les autres formèrent leurs ar- ils fe font entés impudemment dans les
moiries de la doublure de leurs manteaux, maifons Us plus anciennes ; & elles les
félon qu elle étoit échiquetée , vairée,pa- reconnoifjent volontiers, pourvu quel-
pelonnée, mouchetée, diaprée , ondée ,faf- les en tirent quelqu avantage. Ce quife-
cée , palêe , gyronnée ,/ufelée , lo^angée. roit peut-être tolérable , Ji après cela ils
Il y en eut qui trouvèrent plus beau de sefforçoient d'avoir Came aufifi noble que
charger leur écu de quelque pièce d'ar- les armes & les noms qu'ils ufurpent.
mure , comme font les éperons , les fers Dès la première Croifade Guillaume — — — —
de lance, Les maffes , les maillets, les le Roux Roi d'Angleterre, prenant oc- I °^'
épées , les cafques. PLufieurs aimèrent cafion de l'abfence de fon frère Robert, & luiv *
mieux des chofes qui avoient rapport s'étoit faiii de la Duché de Norman-
aux furnoms qu'on leur donnoit , ou die. Entiéparcet accroifTementde puif-
bien à leurs terres , à ce quelles pro- fance , il fe promettoit d'envahir la
duifoient, à la fituation , ou autres par- France même , parce qu'il voyoït le
ticularités de leurs châteaux, aux em- Roi excommunié, languilfant entre les
plois qu'ils avoient , aux charges qu'ils bras de fa concubine , & d'ailleurs
exerçoient. Il y en eut qui choisirent n'ayant qu'un fils légitime qui n'avoit
des marques qui confervoient la mèmoi- que dix-fept à dix huit ans, ôc étoit
re de quelque beau fait d armes , ou de deftitué d'argent & d'amis. Toutefois
quelqu avanture JînguLiere arrivée à eux ce jeune Prince furpafïant fon âge par
ou aux leurs : & d'autres enfin en vou- fa vertu , fe défendit ii bien trois ans
lurent qui marquaient leur inclination durant , que le Roux fut contraint de
* Ceux qui & / eurs * exercices ordinaires , fans par- le laitier en paix , ôc fe retira en An-
aimoienc la / / . J * i *
ehafle , pri- ier dc ceux aui en ont P n $ par pur ca- gleterre.
rent des hu-price , & fans aucun deffein. En ce pays -là s'adonnant à toute»
é»çQM?' eC *' C es glorieufes marques riapparte- fortes d'infâmes plaiiirs, de tyrannies, 1I0 °-
noient autrefois quaux vrais Gentils- ôc de méchancetés exécrables devant
hommes , c 'efl- à dire, à ceux qui ètoient Dieu ôc devant les hommes, il périt
tels par des fervices militaires , & elles d'une façon fort tragique : car il fut
faifoient l'une des plus illuflres parties tué à la chalîe d'un coup de flèche, * On remar-
ie la fucceffion dans leurs maifons. Au- tiré par hazard ou à deflein , qui lui 1|» e qu'il périt
jourdhui tout le monde en porte , les perça le cœur. Henri fon jeune frère verai™ 3 °u
plus roturiers en font les plus curieux, s'empara du Royaume pendant l'cloi- chafTe quà la
ceux qui font de prcfefjîon contraire à gnement du Duc Robert, qui étoit 8Uerrc *
celle des armes ne parlent que de leurs encore à la Terre- Sainte.
PHILIPPE I. ROI XXXVIII. i S c>
La terreur des foudres de l'Eglife, follicita fi fore auprès du Pape , & y
1098. toujours formidables aux gens de bien, employa tant de moyens , qu'il envoya 1 IQI '
& îuiv. ^ en ce tems-U de grande fuite pour des Légats pour revoir la caufe. Ils af-
les chofes temporelles , avoienc forcé femblerent un Concile à Baugency en
le Roi Philippe de fe féparer pour quel- 1 104. le Roi & Bertrade y comparu-
que teins de Bercrade : mais les corn- rent &c promirent de fe féparer de corps
plaifances de ceux qui a voient plus de jufqu'à la difpenfe du Pape, &c ainfl
vénération pour fa puiflance que pour le Concile fe fépara fans rien pronon-
celle de Dieu , flattant încellamment la cer.
paillon, il la rappella auprès de lui. Et Le Roi ayant éludé une Sentence dé-- ' ' ' " "
ce fut du confentement même de Foui- finitive , continua avec la recomman- - 1 i ^"
ques fon mari , qui étoit fi fort en- dation de quelques Evêques de deman- v *
chanté de cette femme , qu'on le der la difpenfe en Cour de Rome,
voyoit fouvent à fes pieds recevoir tous L'Eglife n'avoit pas encore accoutume
fes commandemens comme un efclave. d'en donner, quoiqu'elle usât, quel-
Quelques Evêques de la Belgique ho- quefois d'œconomie : mais il y a appa-
noroient cet adultère du nom de ma- rence qu'enfin il l'obtint , tant la fer-
riage , &c dans les grandes fêtes lui meté eft efficace même dans le mal.
mettoient la Couronne fur la tête fui- Car nous voyons que l'an 1 106. il me-
vant l'ancienne coutume, pour mon- naBertradeà Angers, où le miférable
trer qu'ils ne le tenoient pas pour ex- Foulques leur fit la plus honorable ré-
communié j mais les Légats du Pape ception qu'il lui fut poffible ; tk d'ail-
éviterent toujours de communiquer leurs les enfans qui naquirent de cette
avec lui, & convoquèrent un Concile conjonction ne furent point réputés bâ-
à Poitiers au dix-huitiéme de Novem- tards. La réfiftance des Evêques ne fer-
bre dans l'octave de faint Martin de l'an vit qu'à autorifer l'ufage des difpenfes
1 100. Et là il fut de rechef excommu- de Rome , qui depuis ont été fort com-
me. Guillaume Duc d'Aquitaine , qui munes en toutes matières,
craignoit pareil traitement , étant en Tandis que Philippe pafloit le tems
pareille faute , parce qu'il entretenoit dans l'oifiveté & dans les plaifirs , le
une concubine , & avoit délaifTé fa lé- jeune Louis qu'on nommoir le Prince.
gitime , outragea fort les Prélats -, &c du Royaume , ôc qui avoit été défigné
ce fut peut-être le repentir qu'il eut Roi par fon père , ( on ne marque pas
de cette violence, qui le porta à palTer en quelle année) prit le gouvernement
en Terre-Sainte , comme nous avons des affaires , & commença à travailler
dit ci-dedus. pour lui-même.
• Le Roi confiant dans fes affections ,
uo ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
«Mfca»&gaftm>ii
PHILIPPE
&
LOUIS DIT LE GROS , Roi défigné .
âgé de 19. à lo. ans.
N ce tems-là le droit des François -Il humilia auili Matthieu Comte de
110.
1102. \2â itoit tel, qu on ne pouvait point lé- Bea-umont fur Oife , gendre de Hu- lllJ >'
gitimement arrêter les Seigneurs, ni les gués Comte de Clermont en Beauvoi-
punir de morx , fi ce n était pour trahi- lis, -duquel ayant eu en dot la moitié
fon; mais feulement les dépouiller de de la Seigneurie de Luzarches, il s'éroit
leurs terres , /entends de celles quils emparé de toute cette Terre & en avoit
tenoient du Roi, ils les nommoient hon- dépouillé fon beau-pere. Quoique d'a-
neurs : C ejl ce qui leur donnait licence bord il eut mis en déroute les trou-
ve s'armer, dû courir fus aux plus foi- pes de Louis qui affiégeoient Cham-
bles , d "exercer des brigandages , & fur biy proche de Jieaumont , il redouta
tout dufurper les biens des Eglifes , néanmoins fi fort la colère de ce jeune
qui étoUnt prefque indeffendus , quoi- Prince , qu'il ploya devant lui.
quelles enflent des Vafjaux , des Vida- Mais Louis n'ola , ou ne voulut pas
mes & des Advoués. ie mêler de la querelle des deux fre-
Louis eut affaire premièrement d res Normands , Robert 8c Henri. Le
Bouchard Seigneur de Montmorency , premier au retour de la Terre-Sainte
contre lequel il embralla la caufe des redemanda le Royaume d'Angleterre à
Moines de faint Denis , dont ce Sei- fon puîné qui l'avoit ufurpé après la
ghéurpïlloities Terres. Il le fit ajour- mort de Guillaume le Roux. L'affaire
ner en là Cour ou Jultice., & il y fut après trois ans de négociations 8c de
condamné à réparer les torts qu'il avoir combats , fut terminée en cette forte :
faits à cette Abbaye. Il n'obéit point à Robert l'an 1 105. ayant perdu une ba-
l'arrct : ainli Louis fut obligé de pren- taille à Tinchebray en Normandie ,
dre la voie des armes •, 8c il le força tut fait prifonnier par fon frère, le-
oar la ruine 8c l'incendie de tous ies quel aufli cruel qu'injufte , lui érei-
Viilages , & de fon Château même, gnit la vue en lui mettant devant les
,de fe foumettre à la raifon. yeux un baflîn de cuivre tout ardent,
Il châtia de même Drogo ou Dreux dont il mourut en prifon. I] avoit ua
de Mouchy , 8c Lyonnet de Meun , fils nommé Guillaume comme (on
qui tyrannifoient les Eglifes, le der- ayeul, 8c qu'on furnommaCriton. Ani-
mer celles d'Orléans, 8c l'autre celles fi toute la fuccefîion du Conquérant de-
de Beauvais. Lyonnet aiîiégé dans fon meura à Henri le dernier de fes trois
Château , 8c prelfé par le feu que les fils.
gens de Louis y avoient mis , fe jetra En l'année 1 103. Louis pafïà en An-
du haut en bas des murailles, 8c fut gleterre \ers le Roi Heuri, je ne fçai IIO i"
rec,u fur les pointes des javelots 8c des pas à quel deflTcin. Mais il y penfa pc-
daids. rir par ies artiiïcps de Bertrade. Cecre
marâtre
PHILIPPE I. ROI XXXVlII. 161
Biacâtre qui avoir dellein de l'ôter du Or le Roi pour fe délivrer des fâche-
y?^' monde , de quelque manière que ce ries que lui caufoic cette Maifon, ac- ^ f -T"
& iuiv. f ut) follicicaiecrecement Henri de s'en cueillir avec de grandes démonitra-
défaire, tâchant de lui periuader qu'il cions d'amitié Guy le Rouge à fon re-
feroit fon plus mortel ennemi : ôc tour de la Terre-Sainte, Ôc lui remit
comme elle vit que cette tentative n'a- la charge de Grand-Sénéchal. Auffi par
voit pas réuffi , elle lui rit donner le fon moyen il lit le mariage de la fille
boucon quand il lut de retour en Fran- unique de Guy Troulïèl avec Philippe
ce , dont il languie quelque rems , 6c fon fils , auquel il donna la Comté de
courut rifque de la vie. Mantes , à condition que Guy lui déli-
De routes les fâcheries que les rrou- vrâr le Châreau de Monrlehery comme
blés du Royaume faiioienr foufrrir à il fit. En échange il lui donna le Cha-
Philippe , la plus grande éroir celle reau de Meun.
que lui caufoir la Maifon de Monde- En même rems , ou peu après , Guy
hery. Il faut rapporter ici Ion origine poffédant entièrement les bonnes gra-
& la généalogie pour l'intelligence des ces du Roi , maria auffi Luciane fa fille ,
affaires de ce règne. C'éroir une Bran- âgée feulement de dix ans , avec le
che puiiïanre de la Maifon de Monrmo- Prince Louis. Il fembloit que ces deux
rency. Bouchard premier , Seigneur de mariages eulïènt éteint la faction des
cette Baronnie , avoit eu Bouchard II. Seigneurs de Monrlehery, quand Mi-
& Thibaud furnommé Fil - eftoupe , les Vicomte de Troyes, puîné de Guy
qui étoit Seigneur de Bray ôc de Mont- Troulïèl , fe plaignant avec quelque
lehery , ôc ForefHer du Roi Robert, juftice de ce qu'on ne lui avoir poinr ré-
De ce Thibaud fur fils Guy premier , fervé fa légirime fur cetre Comré , af-
Seigneur de Monrlehery ôc de Bray : femble fes amis , ôc parriculiérement
ce Guy eut deux fils, Miles Seigneur Anfeau de Eirienne de Garlande «Gen-
de Montlehery ôc de Bray , ôc Guy le tilshommesde Brie, qui avoienr grand
Rouge Seigneur de Rocheforr & Grand crédit parmi la Nobleiïe , alliége le
Sénéchal de France , dont nous avons Château de Montlehery , où étoient
parlé ci-dellus , & une fille nommée pour lors la ComtelTe de Rocheforr &
Alix , qui fur femme de Hugues Sire Luciane fa fille , ôc d'abord fe rend
du Puifer , ôc mère d'un fils de même maître des dehors. Rochefort furieufe-
nom. Miles époufa Lithiufe héritière , ment irrité de cet attentat , y court
Vicomtelïe de Troyes , dont il eut Guy avec des troupes , trouve moyen de
Troulïèl, père d'Elifabeth, héritière gagner les Garlandes, 6c ainli met en
de Montlehery , qui époufi Philippe fuite le Vicomte de Troyes fon neveu,
fils du Roi Philippe , de Comte de Cela fait , il ramené la jeune Reine fa
Mantes. Quant à Guy le Rouge , il eut fille en Cour , ôc remet les Garlandes
d'Elifabeth Dame de CrelTy en Brie , dans les bonnes grâces du Roi. -
veuve de Bouchard Comte de Cor- Ebles Baron de Roucy , fameux Ca- "TToTT"
beil , deux fils ôc deux filles : les deux piraine , avec fon fils Guifchard , af-
fils furent Guy Comte de Rocheforr, îembloir fouvent des gens de guerre
qui mourur fans enfans , ôc Hugues avec lefquels il pafïoit en Efpagne, non
Seigneur de. CrelTy. Des deux filles , pas tant peur-être pour combattre les
Luciane époula Louis le Gros , Se l'au- Sarrafîns, que pour avoir fujet de pil-
tre long-tems après fut femme d'An- 1er les biens des Egîifes. Cette année
feau de Garlande, Grand-Sénéchal fous il vexoit extrêmement routes celles de
le régne du même Louis. Champagne. Sur les plaintes des Ec-
Torne IL X
itfi ABREGE CHRONOLOGIQUE
— eléfiaftiques , Louis accourut à Reims ; Châlons ils traita avec les AmbafTadeurs
1 106. f ac éiérité étonna fi tort le Tyran, qu'en- de Henri V. ôc après il tint un Concile ll0 7>
core qu'il le fat fortifié de troupes Al- d Troyes en cette année 1 107.
lemandes , néanmoins il mit les armes En ce Concile , loit par le zèle des
bas, & promit de ceffer Tes brigandages. Prélats, ou parla fuggeltion du Pxin.-
La protection qu'il donna à Thomas ce Louis , le Pape prononça la diiioiu-
Seigrjeur de Marie , contre Enguerrand tion de fon mariage , non encore con-
de Boves fon père , ne fut pas ii jufte. lommé avec Luciane , fille de Guy de
Thomas par le moyen de fon Château Rochefort , fur caufe de parenté dans
de Montaigu en Laonnois , commet- le degré défendu. Tandis que Roche-
toit mille voleries & cruautés : de ior- fort avoit gouverné les affaires auprès
te que fon père même fut obligé de l'y de Philippe , 8c qu'il le rempiiifoit
alîîéger. Louis, à la prière de Thomas abondamment des fruits de cette fuprê-
ravitailla le Château : Enguerrand & me faveur, il avoit paru extrêmement
les autres Seigneurs en furent (î outrés, zélé & fidèle. Mais dès que les Garlan-
qu'ils lui déclarèrent qu'ils ne le recon- des l'eurent fupplanté ôc qu'Anfeau
noillbient plus pour Souverain , puif- qui étoit fon gendre , fe fut emparé de
qu'il protégeoit les médians. Ils en fu- l'efprit du Prince Louis , il changea
rent jufqu'au point de lui vouloir don- d'affection comme de fortune. Le dî-
ner bataille*, mais la médiation de quel- vorce de fa fille, ôc fon éloignement
ques bons François les ayant amenés à de la Cour , le mirent aux champs , ôc
une conférence , ils lui baiférent la ceux qui avoient caufé fa difgrace ne
main ôc lui jurèrent fervice , à condi- manquèrent pas de lui faire des outra-
non que le Château de Montaigu fe- ges fecrets , ik de noircir toutes fes ac-
roit rafé. tions pour le jetter dans le crime d'où
Lelnalheureux Empereur Henri IV. il les avoit tirés : & où ils retombèrent
s'aheurtant contre les Papes, ils lui fou- eux-mêmes quelque tems après. Son
levèrent premièrement fon fils aîné Capitaine du Château de Gournay-fur-
Conrad ; puis celui là étant mort, Hen- Marne ayant pris quelques chevaux du
ri-Charles fon fécond fils. Cet enfant Roi , les Garlandes irritèrent fi fort
dénaturé l'ayant fait prifonnier , il écri- l'efprit du Prince Louis , qu'il alla en
vit des lettres fort pathétiques au Roi diligence ailiéger la Place: 6c ne l'ayant
Philippe ôc au Prince Louis-, elles lui pu emporter d'infulte, il fit venir fon
attirèrent beaucoup de compagnon, mais artillerie de Paris pour l'emporter par la
aucune afliftance. Enfin étant forti de brèche» Les aflîégés n'oublièrent ni ma-
prifon, il mourut dans la ville de Liège chines ni travaux pour fe défendre ; ce-
lé deuxième jour d'Août de l'an 1 106. pendant il fe forma une Ligue entre Ro-
& Henri V. fon fils lui fuccéda , dans chefort&ThibaudComtedeBlois&de
la querelle contre les Papes, aufli bien Chartres, qui fe mit en campagne pour
que dans fes Etats. fecourir la Place: mais Louis marcha au-
Impcreurs Le Pape Pafchal II. ne voulant pas devant d'eux , les défit , de puis retour-
ebcore ale- a ].j er trouver Henri, parce que les Ger- na au Siège , reçut le Château à com-
v!r.. iS.ans. mains , difoir-il , n'étoient pas enco- pofition , ôc le donna aux Garlandes.
re allez domptés , vint en France, palïà A mefurc que ce Prince«s'accroilToit
à Cluny , à la Charité , à Tours ôc à en honneur ôc en puiilance , le Roi
Paris -, delà il fut à faint Denis , où le Philippe fon pere 3 tout ufé de l'excès
Roi ôc fon fils lui rendirent leurs ref- des voluptés , fentoit diminuer fa vi-
pefts en s'isclinant jufqu'à terre. A gueur ôc fa famé ; fi bien qu'après
IlOÏ.
PHILIPPE L
- avoir langui quelque tems , il mourut
à Melun le 19. de Juillet , âgé de cin-
quante-fix ans , dont il en avoit régné
quarante-neuf 8c deux mois. On por-
ta Ton corps en l'Abbaye de Saint Be-
noît-fui-Loire , où il avoit choiû fa
iépulture , le jeune Roi accompagnant
la pompe funèbre , 8c prêtant quelque-
fois l'épaule à ceux qui portoient le
cercueil.
Philippe fut un Prince fort bien fait
& de belle taille , qui avoit beaucoup
d'efprit , mais peu de piété 8c peu de
générofité. Les voluptés dont la queue
eft toujours venimeufe &: mortelle ,
lui rendirent le corps maflir 8c pefant ,
8c lui engourdirent la confcience & le
courage. Mais (i à l'égard de fa perfon-
ne fon régne fut fans éclat & plus di-
gne de mépris que de louanges , il fut
néanmoins un des plus illulrres 8c des
plus glorieux pour la nation Françoife,
qu'il y en ait eu dans toutes les trois
r.7ces de {es Rois. Car d'un côté le zèle
univerfel de cette nation , 8c les gêné-
reu fes dépenfes de tant de Princes 8c
de Seigneurs pour le recouvrement des
faines Lieux de notre rédemption , les
mémorables victoires qu'ils gagnèrent
R O I X X X V I I I, 16$
fur les Infidèles de i'Afie , Jerufalem
iio?>.
délivrée 8c la Terre -Sainte conquife :
d'autre côté leurs grandes 8c heureufes
expéditions en Efpagne contre les Mo-
res , puis la conquête du Royaume
d'Angleterre par le Duc Guillaume, 8c
en Italie celle de la Pouille , de la Ca-
labre 8c de la Sicile par les avanturiers
Normands , font les plus beaux faits
d'armes qu'on puilîe jamais lire dans
les Hiftoires.
Il avoir eu deux femmes } Berthe fille
de Florent Comte de Hollande , 8c
Bertrade fille de Simon de Montfort.
De la première vinrent deux en fans*
Louis qui régna , 8c Conltance qui
époufaBocmond Prince d'Antioche l'an
1106. De Bertrade il lui naquit deux
fils , Philippe 8c Florus * ou Fleury , * Ne s'appeN
8c une fille nommée Cécile. Les deux ÎSoÏÏÏb
fils furent mariés , mais ils n'eurent
point de poftérité mafeuline. Le pre-
mier fut Comte de Mantes , de Meun
fur Yeure 8c de Montlehery : la fille
époufa en premières noces Tancrede
Prince d'Antioche , 8c neveu de Boë-
mond : en fécondes Ponce de Toulou-
fe Comte de Tripoly,
%
i*4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
B E R T H E
FEMME
DE PHILIPPE I.
Berthe fans s'oppofêr à l'amour aveuglée
D'une folie rivale & d'un mari fâcheux ,
Eut le cœur fi confiant , & l'ame li réglée >
Quentin elle gagna la victoire fur eux.
BAudouin Comte de Flandres un infiant Bertrade femme de Foulques
moyenna à Philippe fon pupille le Rechin ou le Rude , Comte d'Anjou,
l'alliance de Berthe , fille de Florent I. Cette femme artiiicieiïle ne fut pas piu-
du nom , Comte de Hollande 8c de tôt admife à la Couche Royale , qu'el-
Frife 8c de Gertrude de Saxe , les deux le obtint du Roi qu'il reléguât la Reine ,
parties étant encore fort jeunes, de for- à Montreuil , Terre qui lui avoit été
te qu'elle ne fut accomplie que vers ailignée pour Ion douaire, où Berthe
Fan mil foixante-fept. La bonne Prin- fortifiant fa confiance contre un il ru-
cefîè moins parfaite en beauté qu'en de affront , attendoit que le tems 8c les
vertus , trouva bien des fujets de les infpirations divines moyennalîcnt fou
exercer. Philippe étant d'une inclina- rétabliifement : mais elle eut beloin
tion trop amoureufe,cherchoit ailleurs dans la fuite d'une plus héroïque pa-
des charmes qu'elle ne pollédoit pas , tience. Le Roi fe propofa de la répu-
8c il la traitoit avec plus de civilité que dier tout-à-rait , bien qu'il en eût des
d'amour. Berthe s'en apperçut bien , enfans , afin d'époufer la Concubine ,
8c elle s'efForçoit par tous les foins 8c 8c il eut la hardieife d'en faire dénian-
tes refpe&s qui peuvent captiver un ef« der la difpenfe au Pape. LJn Légat ve-
prit raifonnable , de retenir les pallions nu exprès en France pour connoîtrede
déréglées de Philippe : mais tant s'en cette caufe , aflembla allez bon nom-
faut qu'elle y gagnât quelque chofe , bre de Prélats à Senlis , pour délibérée
qu'au contraire , le Roi la méprifoit de fur fa demande. Elle éroit trop injuf-
plus en plus , 8c mettoit tous les jours te , mais fes préfens 8c fon autorité
quelque nouvelle MaîtreiTe en fa place, corrompirent les Juges , ex la firent
Toutefois cette conduite peu régulie- trouver bonne. Enfuite de quoi il épou-
re eût été moins fâcheufe à fupporter , fa Bertrade publiquement , triomphant
fi elle n'eût point caufé un divorce fean- de l'équité 8c de l'innocence de fa
daleux. Ce Prince tomba entièrement femme légitime : elle cependant ne cef-
dans 'e défendre : car palïant un jour (bit de prier Dieu qu'il le délivrât des
par Tours , il vit , aima & enleva en enchantemens de cette méchante fem-
BER
me. Urbain venu en France pour d'au-
tres affaires , prit enfin lui-même con-
noitfance de cette caufe dans le Con-
cile de Clermont ; &: après avoir en-
vain exhorté Philippe de quitter Ber-
trade , il les excommunia tous deux ,
ôc mit fes terres en interdit. Pafchal
fuccelïèur d'Urbain en fit enfuite de
même •■> coup qui étonna fi fort Philip-
pe , qu'il renvoya Bertrade, & rappel-
la fa légitime époufe avec laquelle il
vécut depuis en bonne intelligence. El-
T H E.
16$
le demeura en ce monde trois ans après
lui jufqu'en l'an nu. & eut deux
fils ; Louis qui régna, Henri qui mou-
rut jeune , & une fille nommée Conf-
tance, qui fut mariée à Thibaut I.
Comte de Chartres : puis en étant fé-
parée à caufe de la confanguinité ,
avant que d'avoir eu des en fans , elle
fut remariée au Normand Bocmond
II. Prince d'Antioche & de Tarente ,
fils de Robert Guifchard.
EGLISE DU XI. SIECLE.
LEs dixmes , les offrandes , les pré-
fentations Ôc les Eglifes même ,
comme nous l'avons dit , av oient été
inféodées aux Laïques par un étrange
abus , dont on voit encore des veftiges
en Gafcogne. Les Seigneurs en pre-
noient l'inveftiture du Prince , & les
renoient de lui en fief 5 de forte qu'ils
ne les pouvoient aliéner fans fon con-
fentement ; Se quand ils les vendoient,
c'étoit à condition de préférence pour
le Curé ou pour l'Evêque , s'ils les
vouloient r'avoir.
Or , pour les ramener peu à peu aux
Ordinaires , il avoit été ordonné par
les Conciles , particulièrement par ce-
lui de Mets fous le Roi Arnoul , que
les Laïques ne pourroient les mettre
hors de leurs mains , ni les donner aux
Monaftéres fans la permiffîon des Evè-
ques Diocefains ou du Pape. Ce qui
fut depuis confirmé par le Concile de
Rome de l'an 1078. 8c par celui de
M elfe de l'an 1090.
Quand il arriva donc que les Sécu-
liers voulurent décharger leurs cons-
ciences , & redonner à l'Eglife ces pof-
felîions que leurs pères avoientufurpées
durant les guerres , les Ordinaires cru-
rent qu'il ne falîoit pas fouffrir que les
Moines les attiraient à eux , & îe liè-
rent enfemble pour les faire tourner au
profit de l'Ordre Hiérarchique.
Ce fut le fujet d'une opiniâtre 8c
fanglante querelle entre les Evêques
ôc les Moines. Les premiers tinrent
plufieurs allemblées pour conferver
leurs droits. 11 s'en fit une entr'autres
dans l'Abbaye de S. Denis en 997. où
préfidoit Seguin de Sens , vénérable
pour fon âge de pour fa vertu. Les
Moines voyant que le Concile alloic
prononcer contr'eux , excit rent une
lurieufe fédition pour le dilîiper. Ab-
bon de Fleuri fut aceufé d'en avoir été
le houtefeu ; quoi qu'il en foit , Seguin
y fut bleffé d'un coup de hache entre
les deux épaules ; & Arnoul d'Orléans ,
ennemi particulier d'Abbon , y eût
lâifle la vie , s'il n'eut pris la fuite de
bonne heure.
Comme la conduire du Prince eft Sçaraifc
la régie de tous les Etats de fon Royau-
me , la piété de Robert ne fer vit pas
peu à contenir les Eecîéfiaftiques clans
leur devoir , & à les porter aux exercices
de la Religion , & à i'érude des bonnes
lettres, On doit certes le compter le
\66
ABREGE CHR
Sainte.
premier entre les gens doctes de ce
liécle , non tant par la nobieile de Ton
làng que par la capacité , qui n'étoit
pas perite pour ce tems-là. On peut
lui adjoindre Goflin ion frère bâtard
Archevêque de Bourges , qui entr'au-
tres ouvrages compola un écrit tou-
chant les caufes de la pluye de fang ,
qui l'an 1017. étoit tombée en Aqui-
taine trois jours durant , 6c avoit cela
de merveilleux , qu'elle ne pouvoit
s'effacer de deffus la chair , les étoffes
6c les pierres , mais s'ôtoit facilement
de delfus le bois. Parmi les autres per-
fonnes d'érudition , excellèrent enco-
re Foulques 6c Yves Evêques de Char-
tres , Leoteric de Sens , Gervais de
Reims Chancelier de Fiance , charge
qu'il prétendoit être inféparablement
attachée à ion Archevêché ; Berenger
Archidiacre d'Angers , Hildebert de
Lavardin , Evêque du Mans , fon difei-
ple & admirateur, 6c Geofroy de Vendô-
me -, cqs deux paiîerent bien avant dans
l'autre liécle. Outre ceux-là l'on compte
Lanfranc Abbé de S. Etienne de Cacn ,
Durant Evêque de Liège , 6c les Moi-
nes Sigebert de Gemblours , Glabert de
Clugny , 6c Helgaud de Fleury , qui
-tous rrois travaillèrent à l'Hiftoire.
On remarque entre les plus grands
ferviteurs de Dieu Odillon , dont nous
avons déjà parlé , & Hugues tous deux
Abbés de Clugny , qui eurent grand
crédit auprès des Princes de la terre ,
parce qu'on les croyoit tort chéris du
Ciel •, j'y ajouterai Gérard du même
Ordre , qui édifia le Prieuré de la Cha-
rité fur Loire , autour duquel , 6c à cau-
fe du pont qui efl: en cet endroit fur la
même rivière , il s'eft formé une ville de
même nom -, Thierri Evêque d'Oile ms,
Burchard de Vienne , Brunon de Toul.
Tous ces trois vivoient dans la première
partie de ce fiécle : mais dans la der-
nière Horifloient un autre Arnoul de
Gap , Geraud de Sifteron , Aultinde
d'Aufch , Hugues de Grenoble , Ar-
ONOLOGIQUE
noul de Soiiïons , 6c Maurille de Rouen.
On peut joindre à ces Prélats Bruno ,
qui fut Initituteur de l'Ordre très-aul-
tere des Chartreux , Robert Abbé de
Mollefme , qui le fut de celui de Cî-
teaux, &c Ifarn natif de Touloufe, Ab-
bé de S. Victor de Marfeiile.Pour Ro-
bert d'Arbrefel il n'elt pas encore au
catalogue des Saints , quoiqu'il ait fon-
dé l'Ordre de Fontevraud.
La France ne fut pas exempte d'Hé- Héréâet,
.relies , il fe trouva l'an 1000. au Bourg
de Vertus , dans l'Evêché de Châions,
un Payfan fanatique nommé Leutard >
qui brifoit ks Images , prêchoit qu'il
ne falloit pas payer les dixmes , Ôc fou-
tenoit que les Prophêres n'avoient pas
toujours dit de bonnes choies, il fe
faifoit fuivre par une multitude in-
nombrable de populace , qui le croyoit
infpiré de Dieu. Son Evêque ( c étoit
Gibuin ) l'ayant facilement convain-
cu , &c enfuite déiabuié ces pauvres
gens , le malheureux par déiefpoir de
le voir abandonné , le précipita dans
un puits , la tète la première.
A quelques années de là, il vint d'Ita-
lie je ne fçai quelle femme , imbue
des rêveries des Manichéens , qu'elle
infpira à deux des plus fçavans 6c des
plus nobles du Clergé d'Orléans. On
les nommoit Lilois 6c Etienne ; le der-
nier étoit Directeur de la Reine Conf-
iance. Ceux-là en infatuerent plufieurs
autres de diverfes conditions. Un cer-
tain Gentilhomme Normand fe mêla
parmi eux , & feignit d'être de leur fec-
te pour en découvrir tous les fecrets.
Après avoir pénétré jufqu'au fond de
leur doctrine , il en informa le Roi Ro-
bert. Il faifoit fouvent fa rélidence en
cette Ville-là , mais pour lors il n'y
étoit pas. S'y étant donc rendu aulîi-
tôr , il fit prendre les chefs , 6c avec
eux celui qui les avoit découverts , 5c
qui certes méiitoit punition , d'avoir
feint d'adhérer à une chofe fi puniiïa-
ble. Il alfembla un Concile en cette
EGLISE DU XI. SIECLE. i£ 7
ville en l'année 1017. pour les con- clés pour la prouver. Mais je m'étonne
vaincre : mais n'ayant pu les délabu- que quelques modernes ayenc avarice ,
fer , on fit allumer un bûcher dans un que Loterie Archevêque de Sens dou-
dre les flammes, y coururent de toute cet elfai , fi tu en es digne reçois-le. Le
leur force ; il en rut brûlé treize , donc mot deprobatlo mai entendu les a trom-
il y avoir dix Chanoines de Sainte- pés } 6c ils ne le iont pas fouvenus que
Croix. L'Hiftoire dit que la Reine ir- la perception de ce Sacrement étoit
ritée de l'opiniâtreté d'Etienne , fat- quelquefois employée à fervir de preu-
tendic à la porte de l'Eglife, comme on ve dans un fait pour juftitier ou con-
l'en tiroir , pour le mener au fupplice , vaincre un aceufé , comme le fer chaud 3
& qu'elle lui creva un œil avec le bout l'eau bouillante , ou froide , la Croix
d'un bâton qu'elle tenoit -, en ce tems- & les Reliques. Et c'eft ce que le Roi
là toutes les Dames de qualité en por- Robert ne trouvoir pas bon \ de forte
toient, &: d'ordinaire il y avoit la figure qu'il menaça Leoteric de le faire dépo-
d'un oifeau au delTus de la poignée. 1er, s'il continuoit à demander de iem-
On ufa de la même rigueur envers blables preuves : fans doute parce que
tous ceux de cette fecte qu'on put dé- cela bleifoit la dignité de ce divin Myf-
couvrir en divers endroits , 6c princi- tere , 6c que ce qui donne la vie ne de-
paiement à Touloufe en l'an 1022. voit pas être employé pour donner ia
Mais les reftesde ces cendres, ou ( com- mort.
me difent quelques-uns) le fréquent Le premier qui ofa dire ouvertement^
commerce que iesFrançois en allant aux contre la croyance de tous les (iécles
voyages du Levant , eurent avec les précédens , que le Saint Sacrement
Bulgares qui étoient Manichéens , rai- n'étoit que la ligure du corps de No-
lumerentpeu après cette phrénéfie dans tre-Seigneu.r , ce fut Berenger Tréfo-
le Languedoc 6c dans la Gafcogne. rier 6c Efcolâtre de Saint Martin de
L'erreur des Sacramentaires étoit Tours, 6c Archidiacre d'Angers. Com-
plus fubrde, 6c pourtant elle ne fit pas me il étoit un des plus fçavans hom-
un fi grand progrès ; car il faut quel- mes de fon tems , 6c qu'il avoit tant
que chofe d'incompréhenfible , 6c pour .de charmes dans fon difeours 6c dans
ainfi dire d'émerveillabie , pour en- fon entretien , qu'il fe faifoit fuivre
chanter l'efprit humain-, les chofes in- par une quantité innombrable de dif-
telligibles trouvent peu de Sectateurs, ciples, à caufe de quoi ùs adverfaires
Jean Scot Erigene , 6c quelques demi- l'accuferent d'être Magicien : il atti-
îçavans , trop fubtilement curieux , ra à fon parti Brunon Evêque d'An-
pour avoir voulu difputer du Myftere gers , 6c grand nombre de perfonnes 9
de la fainte Euchariftie , félon les no- .qui épandirent {es dogmes en. France ,
lions 6c les termes de la Philofophie en Italie & en Allemagne. Tous fes
humaine , avoient jette dans les efprits feclateurs , non plus que tous fes ad-
des difficultés 6c des doutes touchant verfaires , n'éroient pas du même avis :
la préfence réelle du corps de J. C. cardes premiers, les uns foutenoient
dans ce Sacrement. Il faut bien croire que dans ce Sacrement il n'y avoit que
que dès le dixième fiécle, il s'étoit éle- du pain 6c du vin, qui étoient la figu-
vé quelques murmures de gens qui la re du corps 6c du fang de J. C. les au-
conteftoient , puifqu'ii fe fit dos mira- très, que le corps y étoit , mais enve-
lëi ABREGE CHRONOLOGIQUE
loppé dans le pain & dans le vin -, prudence pour la terminer. Il fit venir
quelques-uns , que le pain & le vin Berenger à un autre Concile de Ro-
demeuroient en partie, ôc en partie me, qui fe tint en 1079. 6c il ména-
aufiî étoient changés -, plutïeurs qu'ils gea lî bien cet efprit , qu'il reconnut
fe changeoient effectivement au corps 6c confelFa de coeur comme de bouche
6c au fang de J. C. mais que fi celui la converlîon fubftantielle du pain 6c
qui s'en approchoit pour communier du vin , au corps 6c au fang de J. C.
en étoit indigne , ils retournoient en Etant de retour en France, il prit
leur nature de pain & de vin. Quant l'habit de S. Benoît , pour faire péni-
aux féconds , il y en avoit qui penfoient tence , 6c fe retira dans le Prieuré de S.
que le corps étoit broyé par les dents Côme , qui efl: dans une Iiîe de la L01-
des Communians , 6c que le fang arro- re , à deux lieues au delFous de la ville
foit leur gorge. D'autres penfoient que de Tours , 011 il attira plulîeurs Cha-
Notre-Séigneur s'uniiFoit d'une très- noines de S. Martin , qui étoient en-
intime union avec celui qui recevoit chantés de la douceur de fa conver-
ce Sacrement. fation. Il y pafia le refte de fes jours
Durant Evêque de Liège , &c Adel- en grande aultérité , 6c mourut très*
man fon Efcolâtre , depuis Evêque de faintement l'an 1091. âgé de plus de
Brelïe , arrêtèrent le cours de cette doc- 80. ans.
trine de Berenger par leurs écrits, 6c Vers l'an 1090. 6c fuivans , un cer-
le Roi Henri par fon autorité 5 li bien tain Rofcelin , Chanoine de l'Eglifô
qu'il fe tint clos 6c couvert durant de Compiegne , elîàyoit de fe lîgnaler
quelques années , au bout defquelles par des opinions nouvelles 6c hardies :
ayant remué de nouveau cette quef- car en Philofophie il fe rendit l'auteur
tion , le Pape Léon IX. le condamna & le chef de la feéte des Nominaux-,
dans le Concile de Rome, &c dans celui 6c en s'efcrimant à tort 6c à travers des
de Verceil, tous deux tenus en l'an 1050. fubtilités de fa Dialectique , il avança
Dans ce dernier on fit brûler le livre de quantité de propoiitions condamna-
Scot , qui étoit la fource où il fem- Mes. Entr 'autres , que les trois per-
bloit avoir puifé fon erreur. Cinq ans fonnes de la Trinité fe pouvoient ap-
après , fçavoir en 1055. Hildebrand , peller trois chofes , comme font trois
Légat du Pape Victor II. étant envoyé hommes ou trois Anges -, avec cette
en France pour réformer le Clergé, différence néanmoins qu'elles n'avoient
convoqua un Concile à Tours , où il le qu'une même volonté 6c une même
Contraignit d'abjurer fon erreur 6c de puilîance. Il difoit , pour appuyer fon
ligner fa rétractation, opinion , que Lanfranc 6c Anfelme
Il ne fe défilta pas pour cela de fes avoient été de même fentiment que
brifces, il fallut le citer au Concile lui. Pour Lanfranc, il étoit mort, &
qui fe tint à Rome l'an 1059. où il fut ainlî il ne pouvoit le dédire ; mais An-
obligé de brûler de fa main le livre de felme s'en jultifia hautement , poiuiui-
Jean Scot , 6c de figner une confeiîîon vant fa condamnation à cor 6c à cris,
de Foi compofée par le Cardinal Hum- Rainaud Archevêque de Reims le cita
bert. Mais dès qu'il fut en liberté, il au Concile de Soi fions , tenu en 1092.
renouvella la difpute , qui dura juf- il y comparut 6c fe rétrncFa ; mais com-
qu'en l'an 1079. 6c brouilla fort les me on crut qu'il ne le faifoit que peur
efprits. Grégoire VII. ayant reconnu éviter d'être lapidé par le peuple , on
que plus on remuoit cette quefiion , le conttaignit de vuider le Royaume,
plus on augmentoit le doute , ufa de II palla en Angleterre , où il eut enco-
re
EGLISE DU y I. SIECLE. i^
re de grandes conteftations avec An- peu cette vertu de continence, il ad-
felme. vint que ceux des leurs qui prenaient
La manière de traiter les queftions les Ordres facrés, ne crurent pas y être
de Théologie par les fubtilites de ia aftreints : tellement que ne voulant pas
Dialectique , n'eft pas fi nouvelle que s'abitenir de ce plailir , ils trouvèrent
l'on croit. Le Pape Agapet en dreila , qu'il étoit plus honnête d'avoir de le-
ou du moins eut penfée d'en drefïer giiimes époufes , que des Chambrières»
des Ecoles : Jean Damaicene , vers l'an * Cet ufage s'étendit bien au large dans * Focarte;
700. en forma quelques préceptes : l'ïilyrique , dans la Germanie } 8c dans
Jean Scot Erigene s'en étoit fort ei'cri- les Gaules , piincipalement dans les
mé , 8c par ce moyen il s'acquit l'admi- Piovinces voi^nes de la Germanie , 8c
ration du vulgaire , mais le mépris de clans la Bretagne &£ la Normandie. Il
ceux qui étoient mieux veriés <^ue lui faudrait une tliftoire entière pour ra-
dans la Théologie des Pères & des eonier tous les ef orts , 8c déduire les
Conciles. L'Abbé Lanfranc s'en fervit divers moyens que les Papes employe-
pour combattre Berenger , & l'avanta- rent pour tirer les Prèrres d'entre les
ge qu'il remporta fur cet adverfaire , bras de ces femmes. lis les privèrent
mit cet art en plus grande vogue ; de de lenjrs Bénéfices , il les excommunie-
forte qu'il demeura le maître des Eco- reht , ils défendirent aux Séculiers d'en-
les , ainfi que nous le dirons aux fié- ten«ke leurs MelTès , ils déclarèrent
clés fuivans. burs enfans bâtards -, & pour dernier
Quelques foins qu'on apportât à ré- couy de mafias , ils expoferent ces in-
former les défordres , 8c ôter les ziza- nocensen proye aux Seigneurs , 8c leur
nies de l'Eglife, on n'en pouvoir arra- permirent de les réduire en fervitude,
cher la fîmonie , qui en eft la plus fé- 8c de les vendre.
conde racine. En voici un petit échan- Je ne fçai peint de tems ou l'on ait
tillon entre mille. Dans un Concile p[us bâti. ct'Eglifes & d'Abbayes qu'en
que le Légat Hildebrand , depuis Pape celui-ci, Le Fvoi Robert en fonda lui
fous le nom de Grégoire VII. tint à feul plus d'une trentaine : il n'y avoir
Lyon l'an 1055. il fe trouva quarante- pas un Seigneur qui ne fe piquât de
cinq Evêques , 8c vingt -trois autres cette gloire ', les plus médians arTec-
Prélats , qui , fans autre aceufation , toient le titre de Fondateurs -, tandis
que de leur propre conférence , avoue- qu'ils ruinoietu des Eglifes d'un côté,
rent publiquement ce crime, 8c renon- ils en rebâtifibient de l'autre, 8c fai-
cerent à leurs Bénéfices. Exemple fort foient de facriléges offrandes à Dieu
commun pour la faute, mais (a) bien des biens qu'ils avoient ravis au pau-*
rare pour la pénirence. vre peuple &c auClergé.
Quoique l'Eglife d'Occident eût II fe trouva même des Eccléfiafti-
toujours tenu que le célibat étoit d'obli- ques intéreffés qui fomentoient cet
gation pour les Prêtres, néanmoins dès abus , 8c qui faifoient palTer pour des
la fin de la race Mérovingienne , plu- Héros 8c pour de: Saints tous reux qui
fieurs d'entr'eux s'étoient liçentiés à apporroient à leur manfe , de quelque
entretenir des femmes. Enfuite, corn- endroit qu'ils l'euflène pris,
me les peuples barbares qui embralïè- C'eft une chofe remarquable que la
rent le Chriitianifme , connoiiloient fantaifie qui fe mit dans les efprits des
(«) Au lieu de bien rare , il y avoir unique dans l'édition de 166%,
Tome IL
ï 7 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
hommes au commencement de ce fié- me des caufes d'entre les Laïques.
' , de renverfêr toutes les vieilies Mais ils ne firent point de plus graiv
ifes i même les plus belles, peur dé brèche aux libertés de l'Eglife Gal-
Cn bâtir d'autres àlear nouvelle mode, licane , que lorsqu'ils kitroduifirent
Ce, changement des murailles matériel- cette croyance , qu'on ne pouvoir af-
les fëmbloit erre le ligne de celui qui fembler des Conciles fans leur autori-
fe fit en ce tems-là dans toute la face , té) 8c lors qu'après avoir fait diverfes
8c pour ainfi dire , dans l'édifice de tentatives pour s'établir des Vicaires
l'Eglife Gallicane. perpétuels dans les Gaules , ils trouve-
Dès le huitième liécle les Papes rent les moyens d'y taire recevoir leurs
avoient trouvé moyen d'arfoiblir l'au- Légats. Peur cet effet ils fe fervirent
torité des Métropolitains , en les obli- premièrement d'un Canon du Concile
géant , par un décret d'un Concile te- de Sardique, qui leur donnoit pouvoir
nu à Mayence par faint Eoniface , de d'en envoyer dans les Provinces pour y
recevoir néceffairement le Pallium de revoir le procès delà dépohtion des Lvè-
Rome , 8c de s'aiïùjettir à obéir cano- ques, quand il y avcitplainte contre eux.
niquemént en tous points à l'Eglife Après qu'ils eurent accoutumé les Pré-
Romaine. Depuis cetre profeilion fut lats François à en fouftrir en ce cas-là %
changée en ferment de fidélité fous ils gagnèrent peu à peu un autre point
Grégoire VIL Ils s'étoient aulli attri- durant la foiblelTe ues Princes , qui
bué , privativement à tour autre, le fut d'yen envoyer fans qu'il y eût plain-
droit de diiïcudre le mariage fpirituei te ni appellation ; 8c finalement quand
qu'un Evêque contracte avec fon Egli- on en eut reçu le joug , Alexandre IL
le , & de lui donner la liberté d'en pofa pour maxime , que le Pape doit
époufer une autre. Ils avoient étendu avoir le gouvernement de toutes les Egli^
leur jurifdiction Patriarchale dans tout fcs.
l'Occident , en admettant les appella- De ces Légats , les uns avoient tout
rions des Prêtres , en prenant connoif- le Royaume fous leur jurifdiction , les
fance des chofes qui n'appartiennent autres une partie feulement. Ils y ve-
qu'aux Evêques, 8c en les néceffitant noient avec puilïince de dépofer les
de prendre confirmation d'eux , pour Evêques , 8c le Métropolitain même ,
laquelle ils leur paycient certain droit, quand il leur plaifoit -, d'alfembler des
qui , avec le tems , s'eft converti en ce Conciles de tout leur détroit , d'y pré-
qu'on appelle Annates. fider avec le Métropolitain & de le
Bien plus , ils avoient comme anéan- précéder -, d'y faire des Canons, de ren-
ri les Conciles Provinciaux 3 en leur voyer au Pape la décifion des chofes à*
otant la (ouveraineté par la calfation quoi les Evêques ne vouloient pas con-
de leurs jugemens : de forte que ces fèntir , comme aulîi tous les actes du
Aflèmblées "furent d la fin délailTées Concile , dont il difpofoit à fa volon-
comme inutiles , & qui ne donnoient té. Et il eft à remarquer que leurs fuf-
à ceux qui s'y étoient trouvés , que le frages contrepefoient ceux de tous les
déplaifir de voir Couvent cafTer leurs Evêques enfemble -, 8c que fouvent de
itences à Rome fans avoir oui leur feule autorité, ils jugeoient les
leurs raifons. Grégoire VIL fit parler, caufes des élections des Evêques, cel-
en régie de Droit commun , que nul les des Bénéfices , des excommunica-
ne fut Jl hardi que de condamner ce- tions des laïques & autres chofes fembla-
lui qui appel, 'croit au S. Siège ; 8c ii Mes. TeHement que ces Aflèmblées , jjâ-
Kcevoic toutes fortes d'appels , me- dis f\ faintes & iï iouveraines pour la dii-
EGLISE DU XI. SIECLE.
171
cipline , n'ayant plus aucun pouvoir ,
étoient , à proprement parier , plutôt
des çonfeils pour autorifer les volontés
de ia Cour de Rome , & pour enrichir
fes fuppôts, que non pas de légitimes
ôc libres Conciles»
Or après qu'Alexandre IL eut ordon-
né que les Êvêques des Provinces où
s'étendoit leur légation , fourniroient
leur fubfiftance , 6c que Grégoire VIL
eut ajouté au ferment que les Métro-
politains faifoient en recevant le Pal-
lium , qu'ils les traiteroient honorable-
ment à leur palïage ôc à leur retour ,
ôc les aideroient des chofes néceuaires :
le profit de ces emplois ne hit pas moins
grand que 1 honneur Ôc la dignité. Am-
u le defir du gain les faifoit rechercher
avec emprefleraeat , ôc les Papes ïes
donnaient pour recompenie à leurs créa-
rures. Ce n'étoir donc qu'allées ôc ve-
nues de Légats ; & dès qu'un avoir rem-
pli fa boude , il en venoit auiîi-tôt un
autre en fa place. En forte que les Evê-
ques Ôc le Clergé extrêmement en-
nuyés, ôc appauvris par ces continuels
épuifemens , ne coniîdéroienc plus les
Légations comme un remède , mais
comme un mal. En effet il devint fi
importun ôc 11 fâcheux , qu'il fallut en-
fin y apporter quelque adoucifïement ,
qui fut de ne recevoir plus de Légats
que pour des caufes très -importantes.
Conciles. Ce ne feroit jamais fait de cotter tous
les Conciles qui s'aiîemblereiK durant
,ce iiécle. On en trouve grand nombre
dans les Epîtres d'Yves de Chartres ,
de Grégoire VIL ôc de Gefroy de Ven-
dôme. J'en marquerai aum* quelques-
uns. L'an 1003. les Evêques de France
s'étant allemblés , approuvèrent le ma-
riage du Roi Robert avec Berthe -, ôc
l'année d'après , y étant contraints par
les anathêmes de Rome , ils révoquè-
rent leur fentence 5 ôc excommuniè-
rent le Roi.
Glabert rapporte qu'il en fut célébré
plulieurs en Italie &2 en Gaule , tou-
chant quelques ufages d'ailez peu d'im-
portance , comme pour fçavoir s'il fal-
loit jeûner les jours d'entre l'Afceniion
ôc la Pentecôte , permettre aux Béné-
dictins de chanter le Te Deum les Di-
manches de Carême , ôc célébrer la il ce
de l'Annonciation le 25. de Mars , ou
bien le iS. de Décembre comme fai-
foient les Efpagnols , fuivant le décret
de leur dixième Concile de Tolède.
Pour décifïon , ces jeûnes furent abolis,
horfmis celui de la veille de la Pente-
côte ; les Bénédictins maintenus dans
la polïeiïion de chanter le Te Deum eu.
Carême, ôc la fête de l'Annonciation
confervée en Mars.
Le Roi Robert convoqua piufïeurs
Conciles , particulièrement un l'an
1017. à Orléans , pour extirper l'héré-
fîe des Manichéens qui puiiuloit en cet-
te ville-là *, un autre au même endroit
l'an 1019. pour la Dédicace de l'Egli-
fe de faint Aignan qu'il avoit bâtie-
La même année il s'en allembla un à
Limoges , Gauzlin de Bourges v préfi-
dant, fur la conteftation qui s'émut,
s'il falloir donner à faint Martial Evê-
que de cette viile-là , le titre diApô-
;trc , comme vouloient les Limouhns \
eu feulement celui de Confejfeur , com-
me foutenoient quelqu 'autres. Ces
queftions frivoles procédoient de l'am-
bition de quelques Prélats peu verfés
cars la connoiffànce de l'antiquité ,
qui , pour avoir la prefeance fur les au-
tres , attribuoient tous la fondation
de leurs Egiiies aux Apôtres ou aux
Liic'ples de Jésus -Chiust, ôc pour
cela forgeoient des fables , ôc pervertit-
foient toute iTIiftoire.
Ce Concile n'eut pas aiTez de force
pour terminer cette queftion : on l'agi-
ta encore avec de grandes brigues & al-
tercations , l'an 103 1. dans celui de
Bourges , puis dans le fécond de Limo-
ges , ôc dans celui de Beauvais., qui ie
tinrent l'an 1031. & avec cela on cenfid-
$a fur ce fujet le fàint Siège , qui déndt
Y i}
iji ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
enfin que faint Martial devoit être ré- année-là il y eut plufieurs autres Con-
véré comme Apôtre. ciles dans les Provinces de France, par-
Dans le fécond Concile de Limoges ticuliérement en Guyenne pour la ré-
s'étant formé une plainte touchant les formation des mœurs : car tous ces peu-
abfolurions que les Papes accordoient à pies la déiiroient ardemment , afin
ceux qui étant excommuniés avoient d'appaifèr l'ire de Dieu, qui alors af-
recours au faint Siège -, il fut dit que rligeoit la France d'une cruelle famine.
perfonne ne pouvoit recevoir pénitence Entre plufieurs Décrets il y en eut un
ou abfolution du Pape , s'il n'y étoit ren- qui ordonna , fur peine d'excommuni-
voyéparfon Evêque. Ce qui lut enco- cation , l'abftinence de vin les vendre-
re un effort de la liberté de l'Eglife Gai- dis «5c de viande les famedis , s'il n'y
licane. arrivoit une fête folemnelle , ou une
En voici un autre à mon avis plus gnéve maladie. Gérard Evêque de
confidérable. Dans le premier Concile Cambray rejetta ce Décret comme une
d'Anfe , petite ville du Lyonnois , où nouveauté qui étoit contraire aux re-
il fe trouva trois Archevêques 8c neuf gles de l'Eglife , 6c qui n'avoit pour
Evêques , Gaulfelin Evêque de Mâcon tout fondement , que je ne fçai quelle
s'étant levé de fon (iége , fe plaignit révélation.
que Burchard Archevêque de Vienne , Ces alfemblées travaillèrent aufîi à"
avoit fans fa permiilion , fait les Or- affluer les biens de l'Eglife contre les
dres dans l'Abbaye de Clugny qui étoit pillages de plufieurs Seigneurs , & à ré-
de fon Diocèfe. L'Archevêque pro- tablir la Difcipline , dont il fe rit quel-
duific pour garant l'Abbé Odillon qui ques Canons dans le fécond de Limo-
étoit là préfent : Odillon fit paroître ges. Celui de Beauvais fut tenu quinze
une Bulle du Pape , qui accordoit le jours après celui de Bourges. Le Pape
privilège aux Abbayes de fa Congre- Léon IX. étant venu en France en con-
gation , de n'être fujettes à aucun Eve- voqua un à Reims vers l'Automne de
que dans le territoire duquel elles fe l'an 1049. Vi&or IL un à Touloufe l'an
trouveroient , & le pouvoir d'appeller 10 «j 6. pour extirper les abus , & parti-
cipez eux celui qu'il leur plairoit pour culiérement la fimonie , qu'il eft plus
faire leurs Ordinations &c leurs Confé- difficile d'ôter de l'Eglife que de lui
crations. Là-deiïus les Evêques ayant ravir les biens même qui en font la
lu les Canons du Concile de Calcédoi- caufe.
ne , 6c de plufieurs autres , ordonne- Le Roi Henri délirant faire couron-
rent que les Moines feroient fujets à ner Philippe fon fils , aflembla les Pré-
leurs Evêques , 6c dépendirent à tous lats 6c Seigneurs de fes Etats à Paris
leurs confrères de frire aucunes Ordi- l'an 1059. ou 60. Amat Evêque d'Ole-
nations dans le territoire d'autrui -, car ion , Légat du faint Siège dans la troi-
ils jugèrent qu'Odillon n'étoit point fiéme Aquitaine 6c dans la Narbonnoi-
bon garant, ni le privilège du Pape va- fe , en tint plufieurs ; Deux en Gafco-
lable ,pour autorifer ce palfedroit. Bur- gne , l'un ou il excommunia les dé-
ehard fe laifiant vaincre à la raifon , tenceurs des biens d'Eglife , l'autre où
demanda pardon à Gaulfelin , & pour il fit diffoudre le mariage de Centulle
fatisfaètion s'obligea de lui fournir tous Vicomte de Bearn -, 8c un encore au
les ans , tant qu'il vivroit , de l'huile Bourg de Deols en Berry avec Hugues
d'olive pour faire le faint Chrême , de Légat 6c Archevêque de Lyon , pour
quoi il lui bailla aère 6c caution. l'affaire de cetre Abbaye. Le même ,
Le même Glaber écrit que cette ayant la Légation du Pape dans la pe-
EGLISE DU XI. SIECLE. j 73
tite Bretagne , en convoqua un l'an nathême , & fon Royaume mis en in-
1079. dans cette Province pour don- terdit , parce qu'il avoir repris Bertra-
ner ordre à l'abus des fauifes péniten- de avec lui. Il s'en tint un à Autun ,
ces c'eft-à-dire , de ce qu'on en im- en 1 104. & un autre en la même année
pofoit de fort légères pour de grands à Baugency, tous deux pour le même
crimes. iiijec. ,
A la fin de l'an 1080. il y en eut Les détentes des mariages jufqu'au
trois , un à Lyon où Hugues Evêque feptiéme degré embarrafférent extrê-
de Die & depuis Archevêque de Lyon , mement l'onzième & douzième ficelés.
Légat du Pape , rit confirmer la Sen- Comme cette rigueur étoir excellive ,
tence qui avoit dépofé Manaifes , Ar- les Princes la franchifloient fans beau-
chevêque de Reims : un à Avignon où coup de fcrupule , & après ils s'opi-
le même facra un autre Hugues Eve- niâtroient contre les excommumea-
que de Grenoble , &c le troiiiéme à rions avec d'autant plus de prétexte
Meaux , dans lequel :Urfion de Soif- qu'il fe trouvoit des Jurifconfultes qui
fons fut dépofé , 6c en fa place inilalé comptoient ces dégrés d'une autre
Arnoul Moine de faint Medard. façon que les Eccléfiaftiques : telle-
L'année fuivante le même Hugues ment que cette défenfe ne fervoit préf-
et Richard Abbé de Marfeiile Cardi- que qu'à ceux qui étant ennuyés de leurs
naux , en afiemblerent un à Poitiers -, femmes , étoient bien aifes d'avoir un
Amat d'Oieron Légat en Aquitaine s'y fujet fî fpécieux de les répudier,
trouva aufli. On y ordonna par provi- Quant à l'adminiitration des Sacre-
fion le divorce de Guillaume Comte mens, dansl'EgUie de Jérufalem, à cau-
de Poitiers & de fa femme , à caufe de fe de la trop grande affluence de peuple ,
la parenté qui étoit entr'eux. on ne communioit les Laïques que fous
Celui de Touloufe en l'an 1090. fut l'efpece du pain : cette coutume s'in-
convoqué par les Légats d'Urbain II. troduifit peu à peu dans l'Eglife Occr-
II y fut fait quelques réglemens tou- dentale : & il y a apparence que le
chanr les caufes Eccléiiaftiques , & l'E- Canon du Concile de Clermont y fut
vêque de cette ville s'y purgea de cer- favorable, qui ordonnoit, que ceux qui
tains cas qu'on lui impofoit. communier oient prijfent les deux efpeces
Le plus célèbre de tous fut le Con- féparément , ( c'étoit pour éviter l'abus
cile de Clermont l'an 1095. ^ e même des Grecs, qui trempoient celle du pain
Urbain y excommunia le Roi Philippe, dans celle du vin ) Jînon en cas de né-
& prêcha avec grande ardeur la premie- cejjitè , ou Par Précaution, c'eft-à-
re Croifade -, &c pour obrenir aux Chré- dire , s'il y avoit danger de répandre
tiens l'aflîftance de la fainte Vierge , il le Calice , comme lorfque la multitude
ordonna que les Eccléiiaftiques recitaf- 6c la prelfe des Communians étoit trop
fent l'Office ou Heures de Notre- grande. * * il permet-
DAME,que les Chartreux & les Hermites II y eut auffi du changement pour le ce^c^de™
inftitués par Pierre Damian avoient déjà gouvernement de quelques Eglifes. Les communier
reçu parmi eux. Il y en eut encore un à Sièges Epifcopaux de Gafcogne qui ^ tme ci "
Tours l'année fuivante pour fe préparer avoient été vuides durant plus de deux
à cette expédition de la Terre-Sainte. iiécles furent remplis : ceux d'Arras Se
La dernière année de ce fiécle il y de Cambray qui avoient été gouvernés
en eut aufîî un à Poitiers , auquel Jean par un même Pafteur depuis S. Vaaft ,
& Benedict Cardinaux-Légats préfide- commencèrent aufîî d'avoir chacun le
rent : le Roi Philippe y fut frappé d'à- fien après la mort de Gérard II. qui les
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
174
tenoit tous deux , «Se Manaifes fut fait
le premier Evêque de Cambray l'an
On tenta la même chofe à l'égard
de celles de Noyon 8c de Tournay ,
qui avoient été jointes depuis Saint
Alédard : mais le Roi Philippe s'y étant
oppofé , elles demeurèrent en cet état
jufqu'à l'an 1 146. que l'on les défunit ,
Simon fils de Hugues le Grand en étant
Evèque. Anfeime Moine de Soiiïbns
ik Abbé de Saint Vincent de Laon^ fut
le premier qui remplit le Siège de
Tournay.
L'an 1079- Grégoire VII. par fes
Bulles , donna , ou comme difent d'au-
tres , confirma à Gebuin Archevêque
de Lyon la Primatie fur les quatre
Lyonnoifes feulement , étant peut-être
perfuadé, comme quelques autres, que
Lyon étoit d'ancienneté la Ville Ca-
pitale & la première Eglife des Gau-
les. L'Archevêque de Tours y obéit le
premier : mais ceux de Sens 8c de
Rouen s'y oppoferent de toutes leurs
forces : 8c quoique cet établiiïèment
eut été maintenu au Concile de Cler-
mont en 109',. & depuis encore con-
firmé par un Jugement contradictoire
qui fut donné en Cour de Rome fan
1099. l'Archevêque de Rouen ne s'y
voulut jamais foumettre : & ce fut ,
comme je crois , dans cette difpute
qu'il commença par émulation à pren-
dre le titre de Primat de Norman-
die. Mais celui de Sens étant mal fou-
tenu de fes Suffragans , ploya 8c eft de-
meuré fujet à la Primatie de Lyon.
L'Abbé Odillon étant excité par plu-
fîeurs révélations à foulager les âmes
qui étoient en Purgatoire après la mort ,
ordonna aux Religieux de fa Congré-
gation de Clugny d'en frire commé-
moration tous les ans le lendemain de
la Touffaint , dans leurs prière". & dans
le fervice divin : ce que l'Eglife uni-
verfelle reçut incontinent après. Mais
il ne faut pas croire que la coutume de
prier pour les TrépaiLés ait feulement
commencé en ce tems la : nous en avons
de bonnes preuves dans les premiers
iiécies du Chriitianifme.
Sur la fin du liécle , rrois Ordres cé-
lèbres de Religieux prirent naxiiance :
celui des Chartreux , celui de Saint
Antoine , 8c celui de Citeaux. Pour le
premier, il lut inititué par Brunon Cha-
noine de Reims } & Saint Hugues Evê-
que de Grenoble , qui ies premiers fe
retirèrent dans l'affreufe folitude de la
Chartreufe de Dauphiné , laquelle a
donné le nom à cet Ordre. Celui de
Saint Antoine à Vienne , au même pays,
doit fi nailïance à un Gentilhomme
nommé Gafton , 8c à Girin fon fils ,
qui vouèrent leurs perfonnes 8c leurs
biens aufoulagementde ceux quiétoient
atteints du feu facré , 8c venoient im-
plorer 1 întercellion de ce Saint à Vien-
ne : car fon corps y avoit été apporté
de Conftantinople par Jocelin Comte
d'Albon , du tems du Roi Lotaire fils
de Louis d'Outremer. Ce C J\on aflèm-
bla quelques compagnons , qui du com-
mencement étoient laïques , mais peu
après ils devinrent Religieux ious la
règle de Saint Auguftin , 8c provigne-
rent cette Congrégation en diverfes
Provinces.
L'an 1098. Robert Abbé de Molême
donna commencement à l'Ordre de
Cîreaux , par les libéralités d'Eudes Duc
de Bourgogne. C'eft comme un rejet ton
de celui de Saint Benoit : 8c il devint
dans peu de cems h puiiïànt , que durant
plus de fix-vingts ans il gouverna pref-
que toute l'Europe au ipirituel 6c au
temporel.
Il ne faut pas obmettre que Robert
natif du village d'Aribrefe! , Dioçèfe de
Rennes, inftitual'Ordrede Fontevrault,
en 1 100. dont les Monaftères font dou-
bles , d'hommes & de femmes : vivans
fous la règle 1 '<it de Saint Benoît.
Ce Robert premièrement lut Archi-
diacre de Rennes, puis il eut miiïion
EGLISE DU XI. SIECLE.
particulière du Pape Urbain II. pour
prêcher aux peuples. Comme il fe vit
fuivi par tout d une multitude infinie
de gens de l'un 8c de l'autre fexe , il
leur bâtit des cellules dans les bois de
Fontevrault , à trois lieues de Saumur
fur les contins du Poitou : 8c puis ayant
renfermé les femmes à part , ( ce fut
peut - être après les bons avis de Gefroy
de Vendôme) il rit un grand Monai-
tere , duquel il s'en eft provigné plu-
fieurs , dans tous lefquels l'AbbelIe
commande aux Religieux , 8c celle de
Fontevrault eft le Général de tout
l'Ordre.
Vers l'an 1048. il s'émût une fameu-
fe difpute entre les Moines Bénédictins
de Saint Denis en France , Se ceux de
Saint Himmerand de Ratisbonne : ceux-
ci ayant fait courir le bruit qu'ils avoient
le corps de Saint Denis l'Aréopagite ,
8c qu'il leur avoir été donné par le Roi
Arnoul. On fit une célèbre Aiïemblée
à Saint Denis pour cela , où les Con-
tendans de l'un & de l'autre parti s'étant
mis en jeûnes 8c en prières, on ouvrit
la châtie de ce Saint , 8c on y trouva
fon corps tout entier , à la réferve du
bras que le Pape Etienne III. avoit em T
porté à Rome. Ceux de Ratisbonne ne
lé rendirent pas pour cela, & foutinrenc
toujours leur fuppolition.
H y eut une controverfe pareille, 8c
encore plus longue , entre les Moines
de Fleury <k ceux du Mont-Caffin ,
pour le corps de leur Patriarche Saine
Benoît.
La grande ardeur que l'on avoit alors
pour les Reliques , donna lieu à ceux
qui n'ont rien de plus facré que l'ar-
gent , d'en aller quérir en Italie , &
jufqu'en Orient , d'en dérober par tout
oùiîspouvoient, & bien fouvent même
d'en fuppofer pour en faire trafic -, 8c
les Seigneurs les achetoient bien cher ,
non-feulement par dévotion , mais auilî
pour enrichir 8c aggrandir leurs villes
8c leurs Châteaux , par l'arlluence des
peuples qui venoient vifiter ces facrés
gages de piété, (a)
{a) Hugues Capet , Roberr & Henri I. eurent befoiri
de beaucoup de prudence pour couferver la Couronne à
leurs defeendans , ayant eu à tenir en bride des VafTaux
puifïans que Pinfuffifance des derniers Rois de la deu-
xième race , avoit accoutumé à faire les Rois. La non-
chalance de Philippe I. avoir augmenté l'infolence des
VafTaux à tel point qu'ils fe moquoient de la Juftice.
C'eft pour cela que Louis le Gros mit tout fon efprit a
les dompter , 8c qu'il revêtit les formules d»hommage ,
de ferment rigoureux, & de fourniiTement de plullieutî
otages.
17*
-.-.*' f xmwn-. r-iTTT-^r-- .-T^rnm- .-v - : -i.^ -/ !^ -n^-rrT-. ^ ^!i«
LOUIS VI.
DIT LE GROS.
R O I X X X I X.
./4G£ D ENVIRON VINGT-HUIT ANS,
Que ne peut la valeur avec l'a&ivité.
Avec le grand courage & la perfévérance ;
Par-là je rétablis des Loix l'autorité ,
Sur cent petits tyrans qui gourmandoient la France»
uo8.
PAPES.
Encore Pascal II. 9. ans 6. mois du-
rant ce régne.
Gelase II. élu le 15. Janvier 1118. S.
1. an.
Caliste II. élu en Février 1119. S. $.
aos, 10. mois.
Honorius II. élu le m. Décembre
H14. S. j. ans, 1. mois & demi.
Innocent II. élu le 14. Février 1130.
S. 13. ans 7. mois, dont 7. ans, 7. mois
durant ce régne.
CE Prince , non moins maflîf de hâter fon Sacre : tellement que cinq
corps que fon père , mais brave , jours après la mort de Philippe , à la
a&if, vigilant, incapable de fouffrir fin de Juillet, il reçut l'onction &c la
un attentat, s'expofant hardiment à tous couronne à Orléans par Gifelbert Ar-
les travaux & à tous les dangers , fe chevêque de Sens , ailifté de tous (es
mêlant même tropinconfidérémentdans SurTragans. Il ne voulut pas l'être à
le fort des combats *, avoir entrepris Reims , parce que Raoul , qui en avoit
d'abbailTer les brigandages 8c la licence été élu Archevêque par le Clergé , 8c
des Seigneurs. Nous avons vu comme confirmé par le Pape , n'avoit pu obte-
ils avoient fait plufieurs ligues contre nir fon agrément > à caufe de quoi il le
lui : pour lors il y en avoit encore une, troubloit dans la jouiirance : 8c Raoul
dono Guy Comte de Rochefort étoit le pour ce fujet , avoit mis [a ville en in-
principal moteur. Et cela , peut-être , terdit. Yves de Chartres fit voir par un
1108.
l'avoit empêché d'être couronne du vi-
vant de fon père , quoiqu'il eut été dé-
ligné fon fucceiïeur au Royaume.
La crainte de cette ligue l'obligea de
manifefte , que ce droit de couronner
les Rois n'appartenoit pas à l'Archevê-
que de Reims, comme il le prétendoit ,
à l'excluiion de tous les autres.
LOUIS VI. ROI XXXIX. 177
La guerre fufcitée par Guy de Roche- En ce même tems il eut une autre
1 ÏD 9' fort ôc fes amis , duroit toujours •, & la
faveur des Cariantes alloit croillànt de
plus en plus durant ces brouilleries ,
qui , au heu de renverfer ces Miniftres ,
les r.frermiflbient , & leur donnoient
occa/ïon de s'élever au delfus de tous les
Seigneurs , fous prétexte de maintenir
plus fortement l'autorité Royale. Ainfi
des cinq grandes Charges de la Couron-
ne, ces quatre frères en renoient trois;
l'aîné Anfeau celle de Sénéchal , qu'il
prétendoit être héréditaire dans fa Iviai-
fon, parce que Guillaume fon père l'a voit
poiîedée ; Etienne le fécond celle de
Chancelier, Ôc Giilebert le troiiîéme
celle de Grand Bouteiller. A leur folli-
citation , le nouveau Roi réfolut avant
toutes chofes , de pouifer la Maison de
Rochefort à bout, quoique peu aupara-
vant il eût marié Luciane la répudiée
avec Guifchard Seigneur de Beaujeu. Il
affiégea donc Chevreufe , & autres pe-
tits Châteaux qui tenoient Paris comme
bloqué de ce côté-là. Les Ligués les
défendirent allez bien. Cependant Guy
mourut , ôc Hugues furnomme de Cre-
cy ion fécond fils , fuccéda à fon ani-
mofité Ôcà. fa valeur -, il portoit par tout
le fer ôc la flamme pour venger l'affront
fait à fa feeur Luciane.
Hugues Seigneur du Puifet en Beauf-
fe qui avoit époufé fon autre fœur ,
fort fameux par fes voleries , étoit né-
cessairement du parti : mais Eudes Com-
te de Corbeil , petit-fiis du Comte Bou-
chard , refufa d'entrer dans cette que-
rele : Crecy fon frère utérin en conçut
tant d'indignation , qu'il le lit prifon-
nier , ôc l'enferma dans le Château de
la Ferré- Baudouin. Le Roi courut de ce
côté-là pour le délivrer , ôc ayant pris
la place , moitié par intelligence, moi-
tié par force , le tira de prifon , & dé-
livra aulli fon Sénéchal Anfeau, qui
étant allé au iiége avant lui , ôc penfant
infulter la Place , avoit été bleiTé Ôc
pris par les ailiégés.
Tome II.
guerre avec Henri Roi d'Angleterre ôc *} 10 '
Duc de Normandie. Le fujet écoit que v '
ce Prince ne lui tenoit pas la promette
qu'il lui avoit faite en lui rendant hom-
mage de la Normandie , d'abattre le
Château de Gifors qui étoit bâti en
deçà de l'Epte , rivière qui alors fer-
voit de borne entre les terres de Fran-
ce ôc celles de Normandie.
Les armées étant en préfence , ôc le .
différend ayant été mis en difcuiîion
entre les députés de part Ôc d'autre ,
les parties ne purent convenir des faits.
Le Roi Louis impatient de ces lon-
gueurs , offrit de faire preuve par un
combat de corps à corps que ce qu'il
met toit en fait étoit vrai. Les deux ar-
mées femblojent accepter cette propo-
rtion , ôc quelques médians railleur.?
crioient qu'il faïloit que les deux Rois
combattiiïènt fur le pont qui branioit
ôc étoit en danger de tomber. Henri
ayant refulé ce défi , on en vint à une
bataille , les Angiois la perdirent , &
leurs débris fe fauverent à Meulan, Ro-
bert Comte de Flandres les pourfuivanc
trop témérairement, y fut blette à mort.
Son fils Baudouin , furnomme à la Ha-
che , hérita de fes Etats.
A la faveur de cette guerre , les mal-
contens attirèrent Philippe fiere du Pvoi
dans leur parti , la puittance d'Amaury
de Montfort , fon oncle maternel , le
crédit de fa mère la Reine Bertrade ,
ôc celui de Foulques Comte d'Anjou,
depuis Roi de Jérufalem , fon frère uté-
rin , lui enfloient le courage. Il avoit
deux places fortes , Mantes ôc Montle-
hery : le Roi tout aulli-tôt afliégea celle
de Mantes ôc la foreça de fe rendre.
Pour celle de Montlehery , les ligués ,
afin de la mieux garder, la voulurent
donner à Hugues de Crecy , avec une
fille d'Amaury en mariage : mais le Roi
le prévint, & la rendit à Milon Vi-
comte de Troyes qui y avoit quelque
droit.
i 7 8 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
' Il attaqua enfuite le Puifet en Beauf- Pour le dire en gros, le Roi reçut "
IIIÛ * fe. Thibaud Comte de Chartres qui beaucoup de fâcheries de ces Ligues; lll °.
étoit fort molefté dans fon pays Char- 6c il leur en rit auili tant fouftrir , qu'il
train par Hugues Seigneur de ce ch.t- les réduiût prefque tous à leur devoir
teau , avoit imploré fon fecours contre l'un après l'autre. Eudes é:ant mort
ce fâcheux voilin. Le Roi ayant cm- dans ces entrefaites , il traita avec Hu-
braifé fa déreniê, ailiégea cette place, gués du Puifet , qui devoit hériter de
6c la prit avec le Seigneur qui étoit cette Comté. Comme ii ie tenoit en-
dedans , 6c le retint fous bonne 6c sure core priionnier , il lui fat facile de l'o-
garde dans le Château-Landon en Gâ- bliger à lui céder fon droit en lui don-
tinois. nant la liberté , 6c de fe mettre en pof-
Cette guerre en engendra une autre, feilion de cette place , fort importante
Thibaud voulut bâtir une fortereife en cette conjoncture.
fur les finages des terres du Puifet : le Quelque tems après , Hugues ayant
Roi l'en empêchoit -, il lui foutint qu'il refortifié le Puifet , 6c commettant X J ï 2 "
le lui avoit promis ,& partant qu'il lui mille ravages furies pays circonvoi- llIV *
faifoit injuftice : ce qu'il offrit de prou- fins , il l'afîicgea dans cette place : mais
ver par le duel , propofant de donner Thibaud ayant avec lui les auttes Li-
fon Chambellan pour champion , au gués , ne manqua pas de venir au fe-
défaur de fa perfonne qui étoit trop cours. Il fe donna deux grands combats,
jeune. Le Pvoi de fon côté préfenta fon l'un au désavantage du Roi , l'autre à
grand Sénéchal Anfeau de Garlande : fon avantage. Enfuite on parla d'ac-
mais les Champions ne trouvèrent commodément , 6c Hugues obtint fon
point de Cour ou Juftice dans le Royau- pardon.
me , qui voulut leur affurer le champ Milon Vicomte de Troyes s'étoit
de bataille. Peut-être que fous main le auffi retiré du parti des Ligués, parce
Roi l'empêchoit. que le Roi l'avoit rétabli dans Mont-
Le Comte déclara donc la guerre au lehery : Crecy fit tous fes efforts pour
Roi avec Palliitap.ee de Henri Roi d'An- l'y rengager. Ne l'ayant pu faire , il le
gieterre , frère de fa mère , 6c du Duc furprit par une trahiibn,& après l'avoir
de Bretagne ; car félon fufage du tems promené toujours lié & garotté par di-
les Seigneurs croyoient le pouvoir fai- vers Châteaux , ne içachant où le gar-
fe, quand ils fe figuroient qu'il y avoit der que le Roi ne le délivrât , ni le re-
du déni de juftice. Avec lui le rangèrent lâcher qu'il ne fe vengeât , il le fit étran-
les Seigneurs Hugues de Crecy, Guy de gler la nuit dans le Château de Gom-
Rochefort le fils , revenu nouvellement mets , &c puis jetter le corps par la fe-
de la Terre-Sainte -, Lancelin de Dam- nétre. Il voulut faire croire qu'il s'étoit
martin , Payen de Mont-Jay , Raoul de rompu le col en tâchant de fe fauver »
Baugenty , Milon Vicomte de Troyes, mais le crime fut découvert , 6c le Roi
& même Eudes Comte de Corbeil. (a) avec fa célérité ordinaire ailiégea ieChâ-
Lancelin avoit déjà eu d'autres guerres teau. Le malheureux meurtrier ayant été
avec le Roi Philippe, qui , pour arrè- condamné â fe juftirier par le duel dans,
ter fes cour fes , avoit bâti un Château la Cour d'Amaulry de Montfort , n'eut
à Montmelian. Aujourd'hui il efl; rui- pas le courage de s'expofer â ce Jiazard;
né, 6c la ville réduite en village. 6c partant fe voyant convaincu , il vint
(/») Eudes étoit fils de Bouchard de Montmorenci. épec , je vous la rendrai ce foir , mu::ti j ! i:e ferai pliu
y *in juin il dit .i U kiiunc : Conuclk appouci moi mou Comte : il le croyoir affuré ùc devenir Roi.
il i7«
LOUIS VI. ROI XXXIX. .179
* "" "fe jerter aux pieds du Roi , lui remit Crecy & de Nogent , 5c le rédaific à
- 1 !- 1 - 2 " fi Terre, Se prit l'habit de Moine à la rai fon.
£C luiv. c[ U g;-jy p 0Ur f a j re pénitence. Il dompta auiïi un autre Tyranneau
Hugues du Puifets'ctant révolté pour nomme Adam , qui ravageait tous les
la troilîéme fois : le Roi railiégea ce environs d'Amiens. Il s'étoit emparé
Château , le raia , puis dépouilla ce re- de la Tour de la ville , qui étoit extra-
belle de tous fes biens. Ce malheureux ordinairement forte , Se par ce moyen
«ayant dans une fortie tué Anfeau de il donna bien de la peine : mais le Roi
Garlande , grand Sénéchal &: favori du l'ayant tenue inveftie près de deux ans ,
.Roi, & n'ofant pas demeurer au pays, en vint à bout Se la raià.
-devint errant 8c vagabond durant quel- Henri Roi d'Angleterre étoit le bon- """""""T"
que tems ; après quoi il paffa dans la tefeu &c l'appui de toutes ces révoltes ;
Terre-Sainte, qui en ce tems-là étoit le Roi Louis en revanche avoir fufeité
le refuge des condamnés Se des bannis, contre lui fon neveu Guillaume Cri-
comme auffi des vérirables pénitens. Il ûon fils du Duc Robert , lequel il avoit
mourut fur mer en y allant. Voilà com- reçu à l'hommage de la Duché de Nor-
me cette puilîànte Ligue fe défila par mandie , Se lui avoit donné la ville Se
I'abbaiiiement de £qs deux principaux Château de Gifors , premier fujet de
^. chefs. la querelle. Ce neveu étant ainli fou-
Guillaume , le plus jeune des Gar- tenu, caufa tant de traverfes à fon oncle
landes , recueillit la Charge de Séné- qu'il fallut qu'il fît la paix avec Louis,
chai , foit par droit de fuccelîion, foie promettant de lui abandonner les ré-
parla grâce du Roi. Il ne la tint que belles.
deux ans , au bout defqueis étant mort, Archambaud Seigneur de Bourbon
fon frère Etienne en fut pourvu , fans étant mort , Hemon fon frère furnom-
quitter celle de Chancelier, ni divers mé Vaire-Vache , s'empara de route la
Bénéfices qu'il pofîédoit. fucceffion au préjudice du fils , fous
Thomas de Marie, Seigneur de Cou- couleur de revendiquer fon partage ,
cy , avoit été excommunié Se dégradé Se exerçoit de grandes ryrannies fur fes
de NoblelTe l'an 1114. par le Légat du fujets , principalement fur les Ecclé-
Pape , dans un Concile tenu à Beau- fiaftiques. Le Roi le fit aligner pour
vais , pour les facriléges & les brigan- efter à droit au Parlement : fur le refus
dages qu'il commettoit fur les Eglifes qu'il fit de comparoître , il y alla en per-
Se fur les peuples desEvêchésde Reims, fonne pour l'y contraindre , Se afïiégea
de Laon Se d'Amiens. Cette Sentence fon Château de Germigny. Hemon re-
avoit irrité fa rage à faire encore pis, doutant fa colère , lui vint demander
jufqu'à mettre le feu dans la ville de pardon : il le reçut en grâce, & l'em-
Laon , Se dans la Noble Eglife de No- mena lui Se fon neveu pour les mettre
tre-Dame , (je crois que c'étoit celle de d'accord fur leurs différends.
Liejfe', ) a mafïacrer l'Evéque Galderic, La querelle d'entre l'Empereur Se Empereur.
Se à lui couper le doigt auquel il por- le S. Père pour le fait des Inveftiturès , j£J C ^J"
loit l'anneau Epifcopal. Le Roi qui fe s'étoit rallumée plus fort que jamais. d'A!ex*is en
rendoit préfent par tout avec une Pafchal II. ayant été fait Pape , l'Em- AoliL R - M-
promptirude incroyable , Se fe mèloit pereur Henri V. s'étoit faifi de Iui&& eucore**
plus avant dans les périls qu'un fimple de fes Cardinaux , &c l'avoir contraint hsniu v.
Cavalier , courut de ce côté-là avant de lui donner le privilège de nommer
que ce voleur fe fut faifi de la Tour de aux Evcchés. Depuis , ce Pape érant en
Laon , força Se rafa fes Châteaux de liberté , avoit caffé ce Traité dans le
Zij
lïà
II 10.
II 15).
ABREGE CHRONOLOGIQUE
Concile de Latran , &c excommunié merir. Il étoit de la bonne Politique de
l'Empereur.
n'avoir poi.ir tant donnerais à la fo.s , lll 9-
,!<!«
Etant mort cette année 11 18. Ge- de fe réferver un refuge en France eon-
lafe fut élu en fa place : mais comme tre les EmpercUis, ex d'abbaiflèr les
il ne prit pas l'approbation de l'Em-
pereur , ce Prince ofFenfé d'un tel mé-
pris, rit élire un Maurice Burdin , Li-
mofin de naiflance , &c Archevêque de
Bràga en Portugal , à qui on donna le
Germains les premiers , parce qu ils les
incommodoient le plus.
La paix d'entre ies deux Rois Louis
6v Henri , ne fut pas Je longue durée.
Les amis du feu Duc Robert 8c de
nom de Grégoire. Gelafe étant donc Guillaume fon fils, fe déclarèrent pour
chalfé de Rome s'achemina en France Louis, &c les Comtes d'Anjou &: de
pour y tenir un Concile , comme il fit Flandres le fervoient chaudement Au
dans la ville de Vienne en 11 19. mais contraire, Thibaud Comte de Cham-
il mourut la même année dans l'Ab- pagne fervoit Henri qui étoit (on on-
baye de Clugny. cle maternel. En cette guerre Baudouin
Les Cardinaux qui fe trouvèrent a Comte de Flandres ayant été blefFé à
fa fuite, élurent Guy Archevêque de l'attaque du petit Château de Bures en
Vienne , qui prit le nom de Caliite II. Caux , envenima tellement fa playe
il étoit frère d'Etienne Comte de Bour- par fes débauches, qu'il en mourut
quelques jours aprèsdans la ville d'Au-
maie. Charles iurnammé le Bon , fils
de fi fœUr 6c de Canut Roi de Danne-
marC , lui fuccéda dans la Comté de
Flandres , ik s'y maintint courageuie-
ment , nonobstant que Clémence de
Tout le Royaume de France ayant Bourgogne mère de Baudouin,quis'étoit
gogne , & oncle d'Adèle ou Alix Rei-
ne de France , qui étoit fille de fa fœur,
&: de Humbert Comte de Morienne j
èv ainfi fa confidération fortifia le Saint
Siège cle grandes alliances contre les
attaques de l'Empereur.
donc embralfé fon
il
parti , il vint de
Vienne à Touloufe , où il célébra un
Concile.en cette année 1119. de-là il
fe rendit à Reims où il en tint encore
un autre, dans lequel il fut fait plu-
sieurs Canons pour ôter la fimonie de
l'Eglife , l'Inveftirure des Bénéfices aux
laïques , les femmes aux Prêtres , ik. la
vénalité des Sacremens. Le Roi y alîif-
remariée à Goderrcy Comte de Lou-
vam , la voulut taire tomber entre les
mains d'un bâtard de Flandres nommé
Guillaume d'Ypre , qui avoit époufé
fa nièce.
Or après une infinité de ravages ,
d'incendies , de priies de places -, après
deux grands combats entre les deux
Rois , l'un en la plaine de Breneviile
1 11c.
ta , l'Empereur Henri V. ne s'y voulut près de Noyon lur Andelle , cù les
pas trouver , &z ayant refufé de fe dé-
partir du droit des Inveltitures, il fut
excommunié.
Il y avoit prefque même différend
entre les Papes & les Rois de France •■>
cir ceux-ci prétendoient que l'élection
François eurent du pire ; l'autre près
de Breteuil , où le fort du combat fut
douteux : le Pape Calixte , comme pè-
re commun , étant venu exprès à Gi-
fors , les mit d'accord , en taifanr ren-
dre les Places qui avoient été priies de
& les provilions du Pape ne furîifoient part & d'autre. Ainfi la Duché demeu-
pas fans leur agrément. De forte qu'on ra à Henri , qui la donna à fon fils aîné
en avoit vu naître de grands troubles Guillaume furnommé Adelin , au pré-
dans les Eglifes de Bourges, de Reims , judice de Guillaume fon neveu.
de Beauvais 06 autres. Mais les Papes Cette paix ne finit pas fes inquiétu-
n'oferent pas poulfer ces Rois fi rude- des & fes chagrins , car peu de femai-
LOUIS VI. ROI XXXIX.
1S1
I 120.
nés après il perdit: en un moment Tes ficiers fixes & détermines non plus que
crois nls , une fille , 8c avec eux plus de défiance certaine. On y fié depuis un
trois cens Gentilshommes , la Heur de Prefident en L'abjence du Chancelier, 6*
l'a Nobleife 8c de fes meilleurs Capi- un Maître des Requêtes.
taincs. Ce tut un étrange malheur: L'an 1113. arriva la mort de Hu-
comme ils s'étoiènt embarqués à Bar- gués III. du nom , Duc de Bourgogne,
Heur pour l'aller trouver en Angleterre, auquel luccéda Odon fon fils aine , qui
il advint que leurs Matelots qui s'étoiènt époufa Marie fille de Thtbaud Comte
1 120.
1123,
enyvrés de l'argent- qu'ils leur avoient
imprudemment donné pour boire fur
le point de leur embarquement , allè-
rent brifer leur vailleau contre un ro-
cher au fortir du Port. Ce que l'on
crut être arrivé par une punition de
Dieu , qui voulut abîmer dans les gouf-
fres de la Mer cette infâme jeuneffe ,
qui s'adonnoit publiquement à l'exé-
crable crime des Villes qu'il avoit abî-
mées dans une mer de fouffre 8c de
bitume.
de Champagne.
La guerre s'échaufFoit dans la Nor-
mandie entre le Roi Henri 8c les Fran-
çois. Ceux-ci avoient dans ieur parti
un grand nombre de Seigneurs Nor-
mands révoltés. Henri gagna une fort
fanglante victoire fur eux , 8c en fit
dix ou douze des plus remarquables
prifonniers , qu'il envoya en Angleter-
re. Mais cette tuerie &c ces emprifon-
nemens ne faifoient qu'envenimer les
efprits contre lui ; de iorte que fes Of-
On ne fçauroit jamais s'imaginer la ficiers domeftiques tramèrent une conf-
douleur dont Henri fe fentit frappé à
la nouvelle d'un ii cruel accident-, &
pour irriter plus fort fon déplaifir , il
arriva prefque en même tems que les
amis ôc les partifans de fon neveu ex-
citèrent de nouveaux fouîevemens dans
la Normandie , 8c T'engagèrent le Roi
de France à les foutemr. Ce qui re-
commença les défolations de la Pro-
vince.
En l'an 11 19. finit fes jours Alain
furnommé Fergeant Duc de Bretagne,
fils de Hoël , qui étoit mort l'an 1084.
Son fils Conan furnommé le Gros ou
Ermengard lui fuccéda.
Cet Alain ,Jî Von en croit IHiflorien
Breton , donna des formes certaines &
réglées à lajujlice de fon pays > ou au-
paravant elle Je faif oit fort confufément.
Car il établit un Sénéchal a Rennes , au-
quel il voulut que toute la Duché reffor-
tit , horfmis la Comté de Nantes qui en comme auiïi pour le relïêntiment qu'il
avoit auffî un , & commença de tenir une avoit toujours gardé de ce que le Roi
Affemblée ou Parlement , quijugeoit des Louis avoit protégé le Pape Calixte : il
Appels des Sénéchaux de Rennes & de mit fur pied une formidable armée pour
Nantes : car pour le criminel on nen venir faccager 8c mettre rez pied rez
appelloit point. Il ny avoit point dOf- terre la ville de Reims, eu Cahxte avoit
piration pour attenter à la vie. Il ne fe
pouvoir fier à perfonne , il trembloit à
l'approche de tous ceux qui croient au-
tour de lui •, il mouroit cent fois le jour
de la peur qu'il avoit qu'on ne le fît
mourir , 8c la nuit il changeoit cinq ou
iix fois de lit 8c de gardes , fans pou-
voir trouver de fureté en aucun endroit,
fe croyant par tout environné de ies
ennemis. Qui fe fait trop craindre doit
tout craindre ; 8c le Prince eft bien mi-
férable qui s'attire la haine & l'inimi-
tié de (qs fujets , avec les biens 8c les
avantages que Dieu lui a donnés pour
acquérir leur amour 8c leur eftime.
L'Empereur s'étoit reconcilié avec le
Pape , 8c avoit abandonné les Invefti-
tures : mais fa colère qui duroit enco-
re , vouloit le décharger fur la France.
Il avoit époufé Mathilde fille de Hen-
ri d'Angleterre. Pour cette raifon ,
1124.
i8i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— •— — terni un Concile, dans lequel il avoit tin de Tours en avoic fait à Ingelger ■-
1 12 4* été excommunié. Louis de fon côté ré- Comte d'Anjou , qu'il fit Tréforier de 1 1 1 *'
folut d'aiïèmbler toutes les forces de CJtte Eglife &c fon Avoué.
l'Etat jufqu'aux Prêtres Se aux Moi- On peut en cette occafion remarquer la,
nés : de forte que dans peu de tems il différence qu'il y avoit entre les forces de
eut deux cens mille hommes, feule- la France & celles du Roi. Car lorf qu'il
ment de l'Ifle de France , Champagne faifoit la guerre pour fa propre querelle ,
ik Picardie. L'Empereur ayant eu avis il n avoit que les gens des terres quilpof-
de cet armement épouvantable , trou- fédoit , encore le fervoient-ils à regret :
va qu'il étoit plus sûr pour lui de ne mais quand il s'agij/oit de la caufe du
point pafTer le pays Ivleiîin , ôc de fe Royaume , toutes les forces de la France
retiter. fi remuoient , c/iaque Seigneur y venoit
Au retour, Louis triomphant d'un en perfonne, & y amenoittousfesfujets.
û puiflant ennemi , vint remettre TE- L'Empereur Henri V. étant mort à Î7777
tendart des Martyrs dans l'Eglife de Utrecht l'an 20. de fon régne , le Jeu- Eîîlpere * rs
Saint Denis , où il l'avoit pris , ôc ren- di d'après la Pentecôte 23. Mai 1 125. encore jeam
dit grâces folemnelles à ces glorieux fans laiiTer aucuns héritiers procréés de 1°*™*™ ^
Saints. Il porta fur fes épaules leurs fon corps : les Princes de Germanie lui 11. i 3 .aut.
ChaiTes , qui avoient été defeendues ôc fubfcituerent Lotaire Duc de Saxe , le-
expofées fur le Grand Autel durant tout quel retenant aufli le Royaume de Bour-
le tems de la guerre , & fit ou confir- gogne , comme uni à l'Empire , Re-
nia plufieurs donations à cette Ab- naud qui avoit la Franche -Comté re-
baye, particulièrement la Foire du Len- fufa de le reconnoître. A caufe de cela
• Elle fe te- dit hors * la Ville, car elle en avoit il voulut l'en priver, ôc la donnera
DeabtTh'' ^i a une a u-dedans > qu'elle conferve Conrad fils de Bertold , Duc de Zerin-
chapeiie , à encore. Cet Etendart de Saint Denis ghen. De-là naquit une fanglanteguer-
ÉÔcédu grand n ' e ft au ue que ce qu'on appelloit l'Ori- re entre ces deux Maifons , qui fe bat-
flame , & fait de fïmple cendale ou ta- tirent jufqu'au tems de Frédéric I. qui
fêtas rouge , fans aucune broderie ni époufa Beatrix fille de Renaud , lui
figure , ôc taillé à peu près comme les ayant été donnée par Guillaume Com-
Bannieres qui marchent devant les Pro- te de Mâcon , fous la tutelle duquel
cefiions. Le droit de le porter appar- cette Princefie étoit demeurée fort
tenoit aux Comtes du Vexin-François, jeune.
tandis qu'il y en eut , comme premiers Cette année 1116. le Roi reçut la II1( j )
Valïaux de Saint Denis -, mais quand plainte que lui fit l'Evcque de Cler-
cette Comté fut venue aux Rois de mont des ufurpations Se des tyrannies
France , ils honorèrent de cet emploi de Robert Comte d'Auvergne , qui
les plus vaillans Chevaliers de leurs ayant époufé la fille de Guillaume Duc
armées. Auparavant fous la deuxième d'Aquitaine , avoit eu cette Comté
race , ÔC au commencement de cette pour fa dot. S'y étant donc acheminé
troifiéme jufqu'à la fin du régne de en perfonne , accompagné de Foulques.
Philippe I. nos Rois faifoient porter Comte d'Anjou, de Conan Duc de Bre-
la Chappe ou Manteau de Saint Mar- tagne,& de Guillaume Comte de Neu^
tin par le Comte d'Anjou. Il avoit cet bourg , après s'être rendu maître des
honneur , même de l'arborer dans (es partages , il affiégea la ville de Cler-
propres guerres, foit en qualité de mont -, & l'ayant prife à compohtion ,
Grand Sénéchal de France , loit par la il força le Comte de lui donner des
foncelfion que le Chapitre de S. Mar- otages , & d'obéir à la raifon,
LOUIS VI. ROI XXXIX. 183
Cinq ou fix ans après, les nouvelles Tellement qu'un matin uu jour des
II 5 2, violences du mime Comte, l'engage- Cendres, comme il etoit en prières 112 7=
rent à y faire un iecond voyage. Il ai- dans l'Eglife de Saint Donat de Bruges,
fiégea Montfenand ; le Duc d Aquitai- ces méchans le malfacrerwin au pied de
ne, c'étoit alors Guillaume IX. vint l'Autel , de dix ou douze coups d'épées
au fecours de Ion Valïàl ; mais ayant du dont on lui coupa le bras droit , qu'il
haut d une montagne reconnu la gran- avoit étendu pour donner l'aumône à
de force de l'armée du Roi , il lui en- un pauvre. Cela fait ils coururent par
voya offrir toute obéiiîance , ôc amena la Ville comme des furies , tuant inhu-
le Comte jufqu'à Orléans lui deman- mainement tous fes lerviteuro, Ôc après
der pardon, Ôc fe foumettre à tout ce fe fortifièrent dans le Château ôc dans
qui lui feroit ordonné. l'Eglife de Saint Donat, fe confiant
■ ' ' " Peu après , fçavoir l'an 1 127. le Duc trop audacieufement à leur grande pa-
II2 7« fort diffamé pour fes débordemens , rente , & à leurs richelTes.
vint a mourir étant âge de cinquante- L'horreur du fait, ôc les inftantes
fix ans. Il laifla fes Etats à Guillaume fupplications de la Noblelïe du pays ,
X. fon fils, qui fut le dernier Duc de firent auffi-tôt monter le Roi à cheval
ce pays-là. Il avoit époufé Emme fille pour venger ce parricide. Il en aiïïégea
unique de Guillaume Comte d'Arles les auteurs dans les poftes dont ils s'é-
5c de Touloufe,& frère de Raimond toient emparés, ôc les ayant pris, il
de Saint Gilles. A caufe d'elle il avoit punit les deux principaux de fupplices
prétendu la Comté de Tculoufe ; mais très-rigoureux. Car pour l'un , après
Raimond de Saint Gilles difoit que fon qu'on lui eut crevé les yeux ôc coupé le
frère la lui avoit vendue , avant qu'il nez , on l'attacha fur une roue haut éle-
pafsât en Terre-Sainte. Ce fut le fujet vé , où on le perça d'un nombre infini
d'une guerre entre Guillaume fon fils de coups de flèches ôc de javelots. On
ôc Alfonfe fils de Raimond , ôc depuis pendit l'autre à une potence avec un
encore entre la Reine Alienor ôc le me- chien attaché fur fa tête, que l'on bat-
me Alfonfe. toit fans celle afin qu'il lui déchirât le
Tandis que le Comte Charles, à juf- vifage. Tous les autres qui s'étoient
te titre furnommé le Bon , gouvernoit réfugiés dans la Tour , furent jettes du
fagement la Flandre , foulageant les haut en bas, ôc écrafés fur le pavé.
pauvres , protégeant les Eccléfiaftiques, Cela fait, il adjugea la Comté à Guil-
ôc rendant bonne juftice à tous , quel- laume de Normandie fils du Duc Ro-
ques Bourgeois de Bruges , d'une fa- berr , qui avoit au mois de Janvier de
mille nommée Van Straten , très puif- la même année époufé la fœur de la
fans en richelTes ôc en nombre d'hom- Reine. Il y avoit bien d'autres préten-
mes , mais de race fervile , complote- dans , fçavoir Guillaume d'Ypre , Bau-
rent fa mort. Ils s'offençoient de ce douin Comte de Haynaut , Arnoul le
qu'il les avoit forcés d'ouvrir leurs gre- Danois , fils d'une fœur de Charles ?
niers durant une grande famine , ôc de Etienne frère *du Comte de Champa-
ce qu'il les avoit condamnés à de grof- gne , ôc Thierri Comte d'Alface , tous
fes réparations envers le Châtelain de defeendans des Comtes de Flandres par
Bourbourg, qu'ils avoient infolemment femmes, horfmis Guillaume d'Ypre 3
offenfé , parce qu'il avoit exécuté fes qui éteit bâtard.
ordres en cette occafion. D'ailleurs ils Ce dernier s'étant opiniâtre de l'em-
étoient fufeités par le bâtard Gtiillau- porter par la force, & ayant brûlé la ville
me d'Ypre qui prétendoit à la Comté, d'Oudenarde, le Roi fît un fécond voya,-
184 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
•ge en Flandres , & le pouila fi verte- tre, & cette piaye ayant été mal panfce
ment , quii lui ôta la ville d'Ypre , $:
\ II2 7« mène , qu'il lui ôta la ville d'Ypre , 6c lui caufa la mort. Alors Thierri le ie:i- Iia 9«
toutes les terres qu'il polfédoit en dit maître de la Flandre ; Ôc les mou-
Flandres, vemens que les Partifans de Guillaume
Aulîi peu y gagna Etienne qui étoit avaient lufeités en Normandie , ceife-
Comte de Boulogne , par la iemme , rent entièrement.
quoique le Roi d'Angleterre fon oncle Ce Thomas de Marie, dont nous
le foutint dans cette entreprife : non avons parlé ci-deillis , attira une fecon-
pas tant pour l'avancer , qu'en haine de fois la colère du Roi , rant parce
du Roi de France , &: par crainte de qu'il avoit aflïftc Etienne Ccm:e de
l'aggranditiement de Guillaume fon Blois , dans la guerre qu'il avoit mue
neveu. Le Roi fçachant que ce Corn- à Guillaume Criton , que parce qu'il
te , affilié des forces du Comte de Hay- continuoit les brigandages &: vexations
Haut ik de Godefroy de Namur, avoir lur les rerres des Égliles & furies Mar-
pris Ypre , ramena fon armée en ce chands , qu'il emprifonnoit dans Ion
pays-là , reprit la Ville , leur donna la Château pour en tirer de groffes ran-
chalîe, <k aifura ia Comté à Guillaume, çons. Si bien que fur les plaintes de
qu'il fit couronner à Bruges. quelques Evêques , & de Raoul Comte
Toutefois l'avarice de ee Prince Nor- de Vermandois , il alla aflîéger fon cha-
mand , vexant fes nouveaux fujets par teau de Coucy,qui palfoit en ce tems-
des impôts fins néceflité , & par la vé- là pour une FortereiFe inexpugnable ,
naiité des charges de judicature -, les étant allis fur un tertre fort élevé entre
principales Villes fe révoltèrent, & ayant le bois de la Fere ck de Folembray -, il
lair un Syndicat enfemble , lui ferme- arriva qu'en faifantles approches, Raoul
rent les portes , appellerent Thierri Comte de Vermandois ayant rencontré
Comte d'Alface,& le reconnurent pour Thomas , qui avoit drellé une embuf-
leur Prince. Le Roi fit donc un troifié- cade aux gens du Roi _, le bîelïa & le
me voyage en ces quartiers-là, &s'avan- fit prifonnier. Il fut mené à Laon cù
ça jufqu'en Artois pour fecourir Guil- il mourut miférablement de fes blef-
laume ; mais ne trouvant pas les chofes fures.
difpofées comme il le defiroit,& voyant Les fatigues, beaucoup plus que l'âge
que Thierri refufoit de comparoîrre en ayant vieilli le Roi Louis, il trouva à
jugement par-devant lui , il s'en revint propos , pour mieux alfurer la Royauté
en France , lailTant (es troupes à Guil- dans famaifon, de faire couronner Phi-
laume qui afliégeoit l'Ille, lippe fon fils aîné. Ce qui fut accompli
Guillaume ne perdit point courage dans la ville de Reims par l'Archevê-
pour fon départ ; il donna bataille près que Renaud , le 14. Avril jour de Pa-
d'Alofl: à Thierri , &c le mit en dérou- ques, en prélence de Henri Roi d'An-
te : mais pourfuivant fa victoire , il fut gleterre, 8-c d'un grand nombre d'autres
Jbletfé au bras d'un quarreau d'arbalé- Vaflàux de la Couronne.
#F fe
LOUIS
LOUIS VI. ROI XXXIX. 185
LOUIS LE GROS,
&
P H I L I P P E fon fils.
II19< TT En Ri pareillement n ayant point ce fut peut-être pour cela , qu'il fe vou- x
JlI denfans de ja féconde femme , fit lut défaire de fa Charge de Sénéchal ,
reconnoure fa fille Matilde veuve de qu'il maintenoit appartenir héréditai-
l' Empereur Henri , pour fon héritière en rement à fa maifon , entre les mains
tous fes Etats , & la remaria à Gefmy d'Amaulry de Montfort , qui avoit
furnommé le Bel , fils & fucce(feur de épaule fa nièce , fille 6c héritière d'An-
Foulques Comte a" Anjou , lequel avant ieau.
que d aller en J érufalem lui avoit réfigné Le Roi n'agréant pas cette démif-
toutesfes Seigneuries. Les noces Je celé- lion , il fut ii ingrat que de prendre
brerent à Rouen avec des magnificences , les armes contre lui , de fit une ligue
des feflins & des tournois, qui navoient avec le Roi d'Angleterre, le Comte
point eu de femb labiés durant tous ces Thibaud de Champagne, & quelques
régnes-là. Le parti étoit avantageux tant autres ennemis de fon maître ; mon-
pour le mérite du jeune Prince que pour trant bien par là que fes fervices pré-
fa naifjance ; & d'ailleurs Henri le choi- cédents n'avoient pas eu pour but le
fa afin de détacher cette Maifon d'An- bien de l'Etat, mais fa propre grandeur;
joiiy qui lui avoit tant caufé de peines , Se que pour bien fçavoir fi le zélé de
du parti du Roi de France, & de la ceux qui dans une pareille élévation en
mettre tout-à-fait dans fes intérêts. témoignent tant , eft véritable Se defin-
1 12.8. Etienne de Garlande Archidiacre de téreflé , il faut les voir hors de ce porte
& fuiv. Paris, comme nous l'avons dit , après la Le Roi attaqua vigoureufement le Châ-
mort d'Anfeau fon frère, fut inverti par teau de Livry qu'ils avoient fortifié ;
le Roi de la Charge de Grand-Sénéchal Raoul de Vermandois y perdit un œil
de France. Ce fut un Monftre, que jamais d'un coup de flèche -, Se pour lui il s'ex-
aucune raifen ni aucun exemple ne fçau- pofa fi témérairement , qu'il y fut blef-
roit juftifier , qu'un Prêtre gendarme le d'un matras à la cuifle. La douleur
Se miniftre de Jesus-Christ fai- de la playe redoublant fa colcre , il for»
fant profertion de répandre le fang hu- ça le Château Se le rafa ; enfin il conti-
main. Audi tous les gens de bien en eu- nua de leur faire fi forte guerre , qu'E-
rent horreur : mais fon ambition Se les tienne fut contraint de renoncer à la
flatteries des Courtifans 9 qui donnent Charge de Sénéchal, qui fut donnée à
de belles couleurs aux plus vilaines cho- Raoul. Mais comme le parti étoit puif-
fes , lui bouchèrent les oreilles pour ne fant , Se qu'il avoit eu l'adrefle de fe ram-
pas entendre les juftes reproches de fes commoder avec la Reine, il fallut qu'il
confrères &c celles de fa confeience. lui laifsât celle de Chancelier , &c il de-
Son orgueil alla jufqu'à ce point de meura à la Cour avec quelque refte de
choquer la Reine Alix : mais elle eut crédit jufqu'à la fin de ce régne.
alTez de cœur pour ne le pas fourîrir -, Se Le Roi Louis qui avoit défendu les
Tome II. A a
i36 ABREGE CHRONOLOGIQUE
* Egl'.fes , & protégé les Eccléfiaftiques, de difficulré , le Roi aflembla les Pré-
lll 9' c h ngea bien de fttle fur la fin de fon lats de ion Royaume à Eftimpes pour II 3°«
règne. Ils agilloient , ce lui fembloit , içavoir quel parti il falloir prendre,
trop exa&ement avec lui , ôv. ils ne vou- ce fut en 1 1 30. Saint Bernard Abbé de
loienr pas fournir qu'il fe mêlât de la Clervaux y foutint fortement celui d'In-
nomination des Bénéfices , ni qu'il mit nocent -, à fon exemple tout le monde
la main fur leurs revenus. Il s'empara lembralla. Le Roi de France 8c celui
donc des terres de quelques-uns, &: me- d'Angleterre le reçurent avec grand
me les chaiïà de leurs fiég.-s: entr'autres honneur, le premier à Saint Benoît
Etienne Evèque de Paris , 8c Henri Ar- fur Loire , r'autre dans la ville de Char-
chëvêque de Sens , pour cette caufe très. Néanmoins les confeils de Girard
feulement qu'ils s'étaient retirés de la Evêque d'Angoulcme , efprit puif-
Cour , 8c qu'ils exhoitoient les autres fiint 8c remuant, à qui Anaclet avoit
d'en fortir , oc d'aller faire leur devoir redonné la Légation d'Aquitaine, qui
dans leurs Eglifes. lis fe fer virent des lui avoit été ôtée par Innocent, eurent
armes fpirituelies oc i'excommur-ierent : tant de pouvoir fur Guillaume Duc
mais le Pape Honorius annulia leurs d'Aquitaine, qu'il fe déclara pour cet
cepfures. Anti-Pape, 8c perfifta un an 8c demi
iwo. L'Hiftoire a bien voulu remarquer dans ce fchifme , vexant fort les Ec-
8c fuiv. 4 ue ^' an îl 5°* ^ a Normandie vit une cléfialliques qui vouloient tenir pour
prodigieufe 8c fanglante bataille entre Innocent , lequel cependant avoit choi-
des oifeaux de toutes iortes. Ils fe ran- fi fon fiége à Compiegne.
geoient par bandes &c efeadrons , fe Comme le Roi perfécutoit opiniâ-
choquoient impétueufement , puis fe trement les Evêques , le grand faint
retiroient , 8c après retournoient à la Bernard les ayant un jour trouvé à ge-
charge } l'air étoit plein de leurs plu- noux devant lui , qui tâchoient de le
mes arrachées qui voloient -, il pleuvoit fléchir par leurs foumiflîons , lui par-
du fang de leurs bleffures ■, 6k: ils tom- la avec un zèle digne d'un miniftre
boient par terre dru & menu morts ou de Dieu*, &: n'ayant fçu rien obtenir
eftropiés. Plufieurs s'imaginèrent que de lui , il lâcha cette menace, Sçacke^ ,
c'étoit un préfige du fchifme , qui peu Sire , que Dieu vous punira par la mort
après divifa l'Eglife , 8c qui anima fu- de faîne de vos enfans. La prophétie
neufement les Prélats les uns contre eut bien-tôt fon accomplilTement : Un
les autres. jour treizième d'Odobre 1131. que le
Le Pape Honorius II. étant mort , jeune Roi Philippe fe promenoit par
il y eut double élection ; les uns choi- les rues d'un fauxbourg de Paris , vers
firent le Cardinal Grégoire Paparefcis , l'endroit ou eft aujourd'hui la Place
qui prit le nom d'Innocent II. les autres, Royale, 8c qu'il couroit après un de
Pierre de Léon , qui fe nomma Anaclet fes Ecuyers , un pourceau fe fourra
II. ce dernier étoit le plus fort dans entre les jambes de fon cheval , qui
Rome. fe cabra de telle forte , qu'il le ren-
Innocent n'ofant donc retourner à verfa par terre Ôc lui pafla fur le corps,
Rome, tint un Concile à Pife , où il dont étant tout froifie, il mourut dès
excommunia Anaclet ; de-là il vint en le foir même.
France où il en convoqua un autre à Le Roi Louis pour fe confoler d'une
Clermont en Auvergne , dans lequel il fi fenfible douleur , 8c pour réparer
fulmina encore excommunication con- en quelque façon cette perte , fut con-
tre lui. Sa caufe n'étoit pas fans gran- jfeillé de faire facrer fon autre fils ,
113 1,
LOUIS VI. ROI XXXIX. iS 7
1 qui fe nommoit Louis comme lui , 8c Laïques, lefquels on choijit entre tous les
11 i l - étoit âgé de treize à quatorze ans. Il Seigneurs & as Prélats qui avoient cette l ^i l <
le mena donc à Reims, où le vingt- qualité, relevant nuement du Roi. On
cinq du même mois il fut oint 8c facré nota pourtant pas aux autres Pairs leurs
par les mains du Pape Innocent, qui prérogatives de n être jugés que par leurs
alors y tenoit un Concile contre l'An- Pairs dans les matières féodales , tant
ti-Pape Pierre de Léon. Le Roi en- au civil quau criminel. On appelloit
tra dans cette grande aûTemblée , ac- Pairs tous les Va(faux dont les terres
compag lé de Raoul de Vermandois, mouvoient immédiatement d'un grand
fon grand Sénéchal , 8c de quantité fief , qui avoient droit de juger avec
de Seigneurs, baifa les pieds du faint le Seigneur dont ils relev oient , & qui
Père , 8c après s'aflk dans une chaife à ne pouvoient être jugés quenfa Cour %
côté de lui -, le lendemain le Saint & par leurs pareils. Ainji non feule-
Père avec tous fes Prélats, alla que- ment le Roi de France, mais encore tous
rir le jeune Prince , qui étoit logé les grands Seigneurs , entr autres le Duc
en l'Abbaye de S. Remy , 8c le con- de Normandie , le Comte de Champagne
duifit en pompe lolemnelle dans la & celui de Flandre s, avoient leurs Pairs.
grande Eglife, devant la porte de la- De ces dou^e Pairies il nejl demeuré
quelle le Roi l'attendoit avec toute fa que lesjîx Eccléfiaftiques , cinq des Lai-
Cour 8c {qs Evêques 8c Abbés. ques ayant été réunies à la Couronne par
Il femble que ce fut en ce J acre qu'on confif cation , par mariage ou autrement ,
rèduifît les Pairs qui dévoient déformais & la Jixiéme qui ejl celle de Flandre
afjifler à cette cérémonie , au nombre de en ayant été arrachée par l'Empereur
dou^e , fçavoir fîx Eccléfiaftiques & Jîx Charles V.
LOUIS le Gros et le Vieil,
&
LOUIS le Jeune fon fils , dit le Pieux ou
Débonnaire , âgé de treize à quatorze ans,
THierry d'Alface étant demeuré Baudouin, dont il étoit gendre. Il pref- '
maître 8c poireifeur de la Comté foit rbre le Roi Henri fon beau père „ Vp
dé Flandre , fut admis à en rendre de lui donner des places 8c de l'ar- UlV *
hommage au Roi ; 8c il le reçut de gent pour avancement de fuccdlion : ce
bonne grâce , parce qu'il n'eut pas été qui engendra un tel divorce entr'eux,
en fon pouvoir de l'en chafler, 8c que que Gefroy affiéga 8c brûla Beaumont,
d'ailleurs il étoit fon parent. 8c que Henri eût emmené fa fille en
Gefroy Plante - genêt 4toit devenu Angleterre , fi elle n'eut pas été en
Comte d'Anjou , parce que Foulques couche.
fon père étoit retourné en Terre-Sain- Lorfqu'elle fut relevée , elle entra
te prendre le Royaume de Jerufalem , en difpute avec fon père , 8c après
auquel il avoin été appelle par le Roi quelques mois , fe fépara fort mal
A a ij
i88 ABREGE CHRONOLOGIQUE
" d'avec lui •■, dont il prit tant de défian- dyfTenterie , dont il étoit quelquefois " — '
V^' ce ôc de chagrin , qu'étant attaqué travaillé. Cette rois , preflentant bien ' '
uiv. d'une lièvre lente , ôc enfuite d'un dé- qu'elle le meneroit au tombeau , il
voyement , pour avoir trop mangé de commença à fe préparer à la mort par
lamproies , il mourut le premier de des difpolîtions que rous les Chrétiens
Décembre, ayant régné 35. ans grand devroient imiter, & fur tout les Sou-
8c puifïant Prince, mais toujours ac- verains, qui ayant de plus grands comp-
cabié de chagrins & d'inquiétudes, ôc tes à rendre à Dilii , ont befoin de
malheureux avec juftice, parce qu'il ne plus grandes préparations.
s'étoit élevé que par des injuftices. Comme il étoit au Château de Be-
Sa fuccefTîon, non plus que fa vie, tify pour s'en revenir à Paris, il re-
* ne fut pas fans de grands troubles , qui eut des Ambafladciirs de Guillaume
cauferent d'horribles défolations dans Duc de Guyenne, qui lui apportoient
l'Angleterre & dans la Normandie. Cet les nouvelles de la dernière volonté
Etienne Comte de Boulogne dont nous de leur Maître. Ce Prince touché de
avons parlé , fils d'Adèle fa foeur , fe componction pour fes crimes , réfolut
trouvant pour lors en Angleterre, fe d'aller en pèlerinage à iaint Jacques en
faitic de ce Royaume-là , ôc s'y main- Galice. Avant que de partir il rit fon
tint tant qu'il vécut. Non content de teftament , par lequel il ordonna que
cette pièce , il difputa aufli la Nor- fa fille aînée nommée Alienor épou-
mandie , Se en dépolTéda prefqu'en- feroit le jeune Roi Louis , ôc lui por-
tiérement Matilde ôc Gefroy fon mari, teroit toutes fes Seigneuries en dot ,
La malheureufe Province fe divifant car fon fils unique étoit mort ; mais
en faveur des deux partis , étoit ra- il avoit encore une autre fille qui s'ap-
vagée de tous deux ; ôc Louis le Gros pelloit Alix-Perenelle. Sur le chemin,
favorifant tantôt l'un ôc tantôt l'autre , ôc non loin de faint Jacques , il lut
entretenoit cet embrâfement. faifi d'une maladie, dont il mouiut
La vigueur du courage de ce Roi ne le 9. d'Avril 11 37. ayant auparavant
pouvoit être retenue par la pefanteur confirmé fon teftament. t
de fon corps, ni par fes blefïures : il Son corps fut porté à S. Jacques en 11^7.
en avoit reçu plufieurs, principalement Galice, &c enterré dans l'Eglife : ôc
une à la cuifle dans une expédition con- néanmoins les faifeurs de légendes
rre le Comte de Champagne , dont il n'ont pas lailïé de dire qu'il fit fem-
étoit demeuré fort incommodé. Néan- blant de mourir , ôc que s'érant dé-
moins il étoit à toute heure à cheval , robe des liens fans communiquer fon
ôc fe faifoit voir prefqu'en même tems deilein qu'à fon Secrétaire, il s'en alla
en des lieux fort éloignés , quand il rendre Hermite dans une grotte au
y avoit quelque trouble qui requéroit territoire de Sienne , en ce lieu qu'on
fon autorité ôc fa préfence. Ayant eu appelle aujourd'hui Mala-vallc, ôc en
avis que le Seigneur de Saint BrifTon ce tems-là Stabulum Rhodis \ qu'il ma-
fur Loire commettoit mille briganda- céra fon corps par de terribles péni-
ges fur les contrées voifines, ôc qu'il tences, ôc que ce fut lui qui inftitua
detroufloit les Marchands, il y mena l'Ordre des Guillermins, dont le pre-
fon armée, brûla fa Ville, ôc força ce mier Monaftére de ceux de France fut
Tyranneau, qui s'étoit retiré dans fa bâti au village de * Montrouge près *Ny ena
Tour , de fe rendre , ôc de fe tenir de Paris. chapelle,
dans le devoir. De même fabrique ejl le conte quils
Au retout il tomba malade d'une font de l'Empereur Henri V. Us difeni
LOUIS VI. ROI XXXIX. 189
1 ' " que pour mieux faire pénitence de fes dans PEglife de S. Denis-: il a voit ""' -
SI 37« fautes , il fit courir le bruit qu'il étoit été élevé à la piété & aux bonnes let~ 11 37«
mort, & Je retira à Angers , où il ache- très dans cette Abbaye-là.
va fes jours fervant à l'Hôpital; mais Avant que ce Prince eut pris le gou>
qu auparavant ilfe découvrit àfon Con- vernement des affaires, l'oiiive fainean*
feffeur, & qu'il fut reconnu par Ma- tife de Philippe fon père laifloit ré-
tilde fa femme , qui avoit en fécondes gner la violence , &c fouler aux pieds
noces époufé Gefroy Comte d'Anjou. la majelté Royale ôc la juftice : les
Le teitament de Guillaume ayant été peuples, les Marchands, les Eccléfîa-
apporté à Louis , il accepta le mariage ftiques , les veuves ôc les orphelins
pour fon fils, lui donna un bel équi- étoient expofés au pillage : les Sei-
page , & une fuite de plusieurs Sei- gneura ik les Gentilshommes avoient
gneurs ôc de plus de cinq cens Gen- tous des Châteaux , d'où ils couroient
tilshommes pour célébrer ces noces, les grands chemins, les rivières de les
Avec ce magnifique train il alla à Bour- terres indéfendues. Dès qu'il fçut mon-
deaux où Alienor réfidoit, & là il Té- ter à cheval , il entreprit de repri-
poufi en préfence des Seigneurs de mer tous ces voleurs , & toute fa vie
Gafcogne , de Saintonge & de Poitou , il eut les armes fur le dos , courant par
aufquels il diftribua de fort riches pré- tout où les opprimés reclamoient fon
fens , félon l'humeur de la nation. Il fecouts , & combattant de fa perfonne
prit enfuite pollèilion de la Duché , comme un fimple cavalier. De cette
fut couronné Comte de Poitiers dans forte ayant rangé à la raifon plufiturs
cette ville-là le 8. d'Août, &c Duc de ces Tyranneaux , il commença à ré-
d'Aquitaine à Boutges le jour de Noël, tablir l'ordre & la fureté, (a) Il efl
De-là il vifita les villes de cette grande vrai que iorfqu'il eut mis fes affai-
province ; après il amena fon époufe res en bon état, il devint plus rude y
à Poitiers vers le milieu de Juillet, de ne traita pas les Eccléiiaftiques avec
En cette ville-là ayant appris la mort le même refpedfc qu'il avoit fait du-
de fon père , il revint en diligence à rant fes befoins. Toutefois lorfque
Paris , laifïant le foin à Gefroy Eve- Dieu l'eut averti de fa mort par les
que de Chartres d'amener fon époufe langueurs de fa maladie , &c qu'il vit
à petites journées. que toutes les potions &c les poudres
Après quelques mois de langueur, des Médecins ne lui apportoient au-
Louis le Gros mourut à Paris le pie- aucun foulagement , il témoigna un
mier jour d'Août 1137. le trentième profond repentir de fes fautes, il fit
de fon régne, & le cinquante-huitié- fa confefîion publiquement, & fe leva,
me de fon âge. Son corps fut porté tout foible qu'il étoit, pour aller au-
(a) Les fiefs-liges , ligences , ligeïtés , n'ont coin- les Ducs & les Comtes qui avoient la folie de voulait
meiicé d'avoir cours en France que fur la fia du régne être les finges des Rois , oferent s'attacher leurs vafïàuï
de Louis le Gros. Mais depuis l'an 1 139. Il n'y a point par un pareil hommage. Henri IL Roi d'Angleterre v
eu d'inveftitures , ni d'hommages , ou le terme de lige ayant exigé l'hommage lige , en qualité de Duc de
n'ait été foigneufement inféré. ' Il y avoit alors deux for- Guyenne , de Raymond Comte de Saint Gilles , Louis le"
tes de fiefs liges : les uns appelles primitifs & immédiats, Jeune le trouva mauvais , & pour correctif, H fit ajou-
parce qu'ils ér.oient tenus de Souverains , qui ne recon- ser cette clanfe à Pacte : fauf la fidélité due an Roi .ies
roifïoient que Dieu au-deiïus d'eux , & à qui les vaf- François. Hugues IV. Duc de Bourgogne, appofa fa mé-
faux dévoient une fourmilion indéfinie, illimitée 5 & fans . me claufe à l'hommage qu'il rendit a Thibaud Roi de>
exception- Les autres dérivés & médiats , qui fouf- Navarre & Comte de Champagne fous le régne de Saint
froient des exceptions &: modifications. L'hommage Louis : fauf la fidélité dûë auSeigneur Roi de F^a'-w
lige , dit M. de Haureferre dans fon Traité de i'origine &: à la Dame Reine fa mère. CLantereau es fonTrajté
àes Fiefs , ch. S. eft dû au Prince fouverain : cependant des ïiefsv-
4137-
i$» ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
devant du facré Viatique. Quelques Pierre qui époufa Ifabelle fille 8c héri- '
jours après , connoilfant que ion der- tiere de Renaud Seigneur de Courte-
nier moment approchoit , il fe fit éten- nay , ( a ) d'où vintla branche de Coim-
dre par terre fur un lit de cendres en tenay , dont il y a encore des puînés;
forme de croix , une pierre fous fa Philippe qui fut Archidiacre de Paris,
tête , 8c de cette forte il rendit Pâme & en ayant été élu Evèque , eut tant
à Dieu. de modeltie , qu'il le céda à Pierre
Il avoir de fa femme Alix , fille de Lombard , nommé le Maître des Sen-
Humbert Comte de Savoye, fept enfans tences , ce rameux Docteur dont le li-
encore vivans , fïx fils 8c une fille. Les vre a fervi de fondement à la Théolo-
fils étoient Louis, qui régna; Henri qui gie Scolaftique. La fille s'appelloit
fut Moine à Clairvaux , puis Evêque Confiance ; elle fut mariée en pi\.mie-
de Beauvais-, Hugues dont nous ne fça- res noces avec Eulïache Comte de Bou-
vons que le nom ; Robert qui eut pour logne , donr elle n'eut point d'enrans ;
partage la Comté de Dreux, d'où 8c en fécondes avec Raymond V. Com-
fortit la branche des Comtes de ce nom; te de Touloufe.
W*.
ALIX
FEMME
DE LOUIS LE GROS.
Alix & ks çnfans par elle-même inftruits f
S'oppoferent toujours aux âmes déloyales ;
Et cette bonne mère eut des fleurs & des fruits ■
Du grand foin qu'elle prit de ces plantes royales.
LO u i s ayant fait déclarer nul le
mariage qu'il avoir contracté , &c
non toutefois coniommé avec la fille
de Guy de Rochefort grand Sénéchal ,
époufa l'an 1 1 14. Alix de Savoye fille
d'1 "lumbert II. Comte de Maurienne 8c
Prince de Piémont , allié de la Com-
teife Guille de Bourgogne , fœur du
Pape Calixte IL Son mari la chérit > 8c
l'honora toujours uniquement , & ils
vécurent enfemble zz. ans, après le-
quel tems la mort le ravit d'entre {qs
bras. Deux chofes ont rendu cette Prin-
cefle recommandable -, fa piété , dont
l'Abbaye des filles de Montmartre efi
un riche 8c glorieux monument , 8c le
loinnompareil qu'elle prenoit de l'édu-
cation de les enrans : car elle les faifoit
venir en fa piéfence foir 8c matin , 8c
les inltruiioit elle-même à la dévotion
(4) Il piic pour AriMts fa Bannière de Courccnajr.
ALIX. i?i
& à la vertu -, elle eut du Roi fon époux acquitté le refte des Hiftoriens de cette
iix fils , Philippe qui tut couronné 6c obligation , il leur a pourtant ôté les
mourut avant ion pore *, Hugues qui moyens d'y farisfaire. Pierre , iîxiéme
mourut en adoleicence , Louis le Jeu- fils de Louis le Guos , prit le iurnom
ne qui régna -, Henri qui fut Evêque de 6c les armes de Courtenay , avec Ifa-
Beauvais , puis Archevêque de Reims •■, beau fille 6c principale héritière de Re-
Philippe grand Archidiacre de Paris , gnaut , Seigneur de Courrenay 6c de
qui ayant été élu à cet Evêché Le re- Montargis. Avec ces fix fils, Alix eut
fuia , 6c le fit donner à Pierre Lom- aulîi une fille -, Conftance fiancée à Euf-
bard, dit le Maître des Sentences , Ton tache Comte de Boulogne , fils d'Etien-
Précepreur -, Robert Comte de Dreux , ne Roy ufufiuitier d'Angleterre , &c
êc cher de cette branche du même nom, puis mariée à Raymond Comte de Tou-
dont il elt tant forti de grands Princes , louie. Il fembloit qu'elle devoit fe
6c laquelle ayant dégénéré par la ligne contenter d'avoir eu une fi belle lignée,
mafculine, iemble par les femmes avoir 6c l'honneur d'être femme du Roi , 6c
tranfmis toute fa vigueur en la perfon- toutefois par je ne fçai quelle confidé-
ne du Cardinal de Richelieu. Je ferois ration, l'an 1138. elle convola à de
obligé par la véritç 6c par la reconnoif- fécondes noces avec Mathieu de Mont-
fance , qu'en qualité de bon François morency Connétable de France, qui
je dois à un fi grand Perfonnage , de di- étoit aulîi veuf. De ce mariage elle n'eue
re comme d'une fille de la Maifon de qu'une fille qui fut nommée comme
Dreux , mariée dans une très-noble 6c elle , 6c mariée à Gaucher de Châtil-
très-ancienne Famille , qui a pour fur- Ion. Après avoir vécu quinze ans avec
nom le Roi , provint une autre fille qui ce fécond mari , elle fe retira par fa
fut tranfmiie en celle de Richelieu , permiflion au Monaftere de Montmar-
& poufla l'illuftre Branche dont ce grand tre , où elle finit religieufement fa vie 5
Cardinal eft defeendu -, André du Chef- après y avoir demeuré un an , étant
ne a fi doctement contenté les curieux prefque fexagenaire l'an 1 1 5 3 . le lieu
fur ce fujet , qu'encore qu'il n'ait pas de fa mort eft celui de fa fépulture.
■*flf- 'M^ *W"
l-jl
tJE^UWJJ-^JJSeA^i i^V»^gJ^^«^ T -a^;-^Wf-^^r , 7 V
CS3Eât£2r*L^v
LOUIS VIL
SURNOMME' LE PIEUX,
& du vivant de fon Père appelle
l e j e u n e ,
ROI XL.
Agé de dix-neuf a vingt ans.
Louis dans l'embarras d'une guerre lointaine
Vit (à femme fe perdre , avecque fon repos ;
Et fe féparant d'elle encor mal à propos ,
Aggrandit fon rival , & perdit l'Aquitaine.
1137.
en Août.
PAPES.
Encore Innocent II. S. 9. ans durant
ce Régne.
Celestin II. élu le xf. Septembre
114J. S. 5. mois & demi.
Lues II. élu le 9. Mars 1144. Siège n«
mois & demi- Alexandre III. élu le 6. Septembre
Eugène III. élu le *y. Février 114*. I 1 159. S. près de ii. ans.
Siège 8. ans 4. mois 13. jours.
Anastase IV. élu le 9. Juillet 115 3. S.
1. an u mois.
Adrien IV. élu le 3. Décembre «154.
S. 4. ans 9. mois.
LOuis ayant été facré Se couron-
né à Reims du vivant de fon père,
comme nous l'avons dit , n'eut pas be-
foin de l'être une féconde fois. Ainfi
étant venu droit à Paris , il aiîèmbla les
Evoques & les Seigneurs , 8c par leurs
avis travailla à établir la fureté publi-
que ik la juftice , que quelques petits
tyrans recommençoient de troubler ,
rançonnant le peupie tk les marchands.
On le furnomma le Jeune , à la diffé-
rence de fon Père , que l'on appelloit
le Vieux , tandis qu'ils régnoient con-
jointement.
Les villes , pour fe défendre de ces
oppreiîions , avoient formé des Com-
munautés , c'eft-à-dire , créé des Ma-
giftrats populaires , avec pouvoir d'af-
fembler les Bourgeois, & de les armer.
Il falloit pour cela prendre Lettres du
Roi , qui les leur accordoit volontiers
avec de beaux privilèges , afin de les
oppofer à la trop grande puifïance des
Seigneurs. Quelques Bourgeois de la
ville
1137.
LOUIS VII. ROI XL. 195
■ ville d'Orléans ufans de ce droit au pré- Roger s étant rendu maître de la Du- ■
il o7' judice de l'autorité Royale , & hulant ché de la P ouille , par La mort du Duc lî 59*
des mutineries, il les réprima en paf- Renaud Feudataire du faint Sic ge,av oit
fant par là, ik les remit dans leur de- pris prifonnier Le Pape Innocent 11. qui
voir. luijaifoit La guerre a outrance depuis tout
Comme il étoit Seigneur louverain Le tems de fon Pontijicat. Or Le tenant
de la Normandie , il fut obligé de le entre fes mains , il l'obligea , moitié par
mêler de la difpute d entre Gefroy force , moitié par bons traitemens & refi-
Plante- Genelt , mari de IViatilde , 6c pects , de lui confirmer le titre de Roi de
Etienne Comte de Boulogne , qui la Sicile , que l 'Anti-Pape Anaclet lui
difputoient entr'eux. D'abord il prit la av oit déjà donné, ^'////commença le
querelle pour Gefroy , l'invertit de la Royaume de Sicile , qui outre Lljle
Duché j & le reçut à hommage ; ik en comprenoit auffi la Rouille & la Cala-
récompenfe Gefroy lui donna le Ve- bre y cejî-à dire , ce quon appelle au-
xin - Normand. Mais lorfqu'Etienne jourdhui le Royaume de NapLes.
ayant repailela mer , eut obtenu quel- Thierri d'Aiiace palfa en la Terre- Em P«" £ ur.<
ques avantages fur Gefroy , Louis chan- Sainte , avec grand nombre de Noblef- com^enÏ'sc
géant de parti , invertit Ton fils Eufta- fe , au fecours de Foulques Roi de Je- Conrad ni.
che , âgé feulement de 14. à 1 5. ans , rufalem , fon beau-pere , & laifla lîad- WsVîSîic
de cette Duché, ëc même lui donna fa miniftracion de fa Comté de Flandres de Lotaire 11.
fœur Confiance en mariage. entre les mains de Sibylle fafemme. R-pièsdcij.
l x , ^ Gaucher de Montgeay , l'un des fup- Etienne étant retourné en Angleter-
pôts de la ligue que les Seigneurs avoient re , y tut vaincu & pris par Robert
faite contre Louis le Gros , fut le pre- Comte de Gioceftre , frère bâtard de
mier qui ofa remuer fous le régne de Matilde. Guillaume d'Ypre , brave
fon fils , comme pour rater fon coura- homme de guerre , qui s'étoit réfugié
ge &: fa rélolution. Il connut par une en ce pays- la , &z fuivoit le parti d'E-
funelle expérience, qu'on ne s'y joueroit tienne , trouva moyen de prendre
pas impunément : le jeune Roi le pouf- prifonnier ce Robert, qui étoit le con-
fa dans (on Château , l'y affiégea , &c feil &c le fupport de cette Reine : de
l'ayant forcé de fe rendre , il en rafa les forte que pour le ravoir , elle délivra
murailles -, mais il laiila la groffe Tour Etienne ; mais tandis qu'il étoit déte-
fur pied. Nos Rois enufoient ainli, & nu, Gefroy recouvra une grande par-
n'abattoient jamais les Tours Seigneu- rie de la Normandie,
riales , pour montrer à la Nobleiîe qu'ils Cette année Alfonje I. Duc de Por-
ne prétendoient point abolir les Fiefs , TV G AL , fut falué& proclamé Roi par
dont elles étoient la plus noble mar- fes Troupes , foit après avoir remporté
que. une très-illuftre victoire fur cinq petits
Le Schifme de lEglife Romaine fut Rois ou Généraux Mores , foit aupara-
enfin éteint par La mort a" Anaclet , & vant. Cinq ans après il rendit fon Etat
en fuite par la ceffion de Victor , que Us tributaire du S. Siège , de quatre onces
Cardinaux de cet Anti-Pape avoient élu d'or par chaque année. L'an il y 8. il le
en fa place. L Empereur Lotaire II. qui mit entièrement fous fa protection , &
avoit puijjj animent foutenu Innocent II. augmenta cette reconnoiffance jufqua.
décéda près de la ville de Trente , dans deux marcs d'or : & moyennant cela U
une chaumine , le J. de Décembre II 38. Pape Alexandre II. lui confirma Le titre
Après quatre mois d interrègne , Conrad de Roi. Ceux qui le vouloient acquérir
III. du nom fut élu. aimoïent mieux le prendre de cette main-
Tome II. Bb
i5?4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
"TT [ là , que de celle de l'Empereur , ni de Benoît qu'il avoir pris long-rems au-
quelqu autre Souverain > dont La fuperio- paravanr. Toures les Hiftoires four plei- 1I 4°-
rite leur eût été. plus pefante & moins nés de (es avantures amoureufes avec
aiféeà fccouer, Heloïfe \ & l'on les voir encore dans
Cet Alfonfe étoit fils d'un Henri de les Lettres de l'un & de l'autre.
Bourgogne , qui étant paffee en Efpagne Les plus grandes affaires de l'Eglife ,
vers l an iqHc). pour y chercher J'es avan- & celles même du Royaume , Je ma- 114.1.
tures , avoit époufé Therefe fille naturel- nioient par le confeil & par la fervente 3c fuiv.
Le a" Alfonfe VI. Roi de Cafiille , & eu aujlérité de faint Bernard Abbé de Clair-
pour dot la Comté de Portugal, par lui vaux , Gentilhomme Bourguignon , qui
auparavant conquife fur les Mores. Les s' étoit mis dans une fi haute ejtime depuis
plus curieux Génialogiftes affurent que plufieurs années parmi Us Prélats , les
ce Henri étoit du fang de France , fils > Grands & les Peuples , qu'il ri y avoit
difent-ils , d'un autre Henri , qui l étoit aucune caufe Eccléjiaflique , ni différend
de Robert Duc de Bourgogne, lequel confidérable, ni entreprife importante,oà
rétoit du Roi Robert. Von ne requit fon jugement , fon entre-
On ne remarque point durant ces mi/è & fon avis. Pour montrer que le
années , aucun trouble dans les terres sage et le vertueux a un empire
du Roi de France, finon les conten- plus naturel que celui qui pro-
tions d'entre les Théologiens. Pierre cède de la force ou de l'institu-
Abailard , Breron de nailïance , grand tion des hommes.
Philofophe & fort bel efprit , difpu- Le Clergé de Bourges avoit élu pour
tanr trop fubtilement de la Trinité, Archevêque, un Pierre de la Charre ,
& des autres My Itères 1 de la Foi , fem- perfonnage de iinguliere piété & doc-
bloir vouloir renouveller les erreurs de rrine \ le Roi , foir qu'il ne lui fût
Neftorius, d'Arius &: de Pelage , Se pas agréable, ou*qu'il eut deftiné ce Bé-
avoir donné fujet de l'acculer de nou- néfice pour un autre , refufa d'y don-
veauré &: d'erreur même. Il en avoit ner fon confentement. Pierre voulut
éré condamné par le Légar du Pape. De- donc s'en défifter : mais le Pape Inno-
puis , l'Archevêque de Sens lui avoit cent II. lui enjoignit de faire les fonc-
donné permilîïon d'expliquer, & de rions;ce que le Roiempêchant, il s'en-
foutenir fes proportions •> ce qu'il s'éroit fuivit un grand trouble qui alla jufques-
vanté de faire dans le Concile de Sens, là , que le Pape excommunia le Roi ,
L'Archevêque le convoqua exprès pour <Sc mit le Royaume en interdit,
ce fujet , en cette année 1140, ik y Thibaud Comte de Champagne,
appella faint Bernard fon plus puilîant Seigneur qui avoit grande autorité ,
ad veriaire. Saint Bernard s'y rendit & tanr par fa puilïance que par fa vertu ,
Abailard a uni : mais ce dernier ne vou- s'étant un peu trop entremis de cette
lut, ou n'ofa entrer en lice avec un fî affaire , offenfa le Roi ; ôz la colère de
redoutable ennemi, & ne dit autre cho- ce Prince fe redoubla encore pour un
fe finon , qu'il en appelloit au Pape, autre fujet , qui fur tel. Raoul de Ver-
Les Evêques ne laiflèrenr pas d'achever mandois, grand Sénéchal , proche pa-
de lui faire fon procès , & de le con- renr du Roi , &: qui étoit en effet Pnn-
damner. Comme il fe fut mis eu che- ce du Sang ( mais de ce tems-là ce rirre
min pour aller à Rome pourfuivre fon étoit inconnu, & on ne confidéroit
appel , il trouva meilleur pour lui de point autrement ces Princes, que félon
s'arrêter à l'Abbaye de Clugny , & il y le rang de leurs terres , ) fit difloudre
vécut faintement fous l'habit de faint fon mariage d'avec Gçrberte coufïne
114*.
LOUIS VIL-ROI XL. «95
germaine de Thibaud , fous prétexte tout en défordre , Çanguin Sultan —
de parenté, pour épouier Aiix Perçn- d'Aîfyrie , leur arracha la Principauté * H'*
neile , fccur de la Reine Aiienor. Lç d'Edellè , l'un des quatre membres du UIV *
Pape , à linitigation de Thibaud , ex- Royaume de Jérufalem.
communia Raoul , &c interdit ks Eve- Le Roi avoir déjà voué un voyage en
ques qui avo^eit prononcé le divorce. Terre-Sainte 5 ces trilles nouvelles le ""'
Louis s en prit au Comte Thibaud , murent encore plus foie lui ôc les au-
&• de dépit rav. g ;a hoftiiement fes ter- très Princes François, à y porter un puif-
tes; Thibaud eut recours au Pape, qui faut fecours. Saint Bernard, l'Oracle
pour le délivrer de la guerre qui 1 acca- de ce tems-là confulté fur ce fujet, ren-
blo;t, leva fexcamnaunicatfioa : mais voya l'affaire au Pape , qui lui donna
dès qu'il le vit dégagé Ôc les troupes du ordre de prêcher ia Croilade par toute
Roi retirées , il la fulmina une leçon- la Chrétienté.
de fois. Alors le Roi plus animé que la Commençant donc parla France , il Iz ^
première , les jetea derechef dans la fit allembier un Concile national à Char-
Chrunp-igne avec ordre de n'y rienépur- très en 1 146. où le Roi même fe trou-
gner. En eifet ayant pris V.itry de for- va. Ce famt Abbé y fut choifi pour Chef
ce , elles y payèrent tout aufii de lépée, généraliiîime de cette expédition : mais
fans épargn.r ni âge ni fexe , ôc mirent il réfuta cet honneur , ôc fe contenta
le feu à l'Eglife , où il fut brûlé. treize d'en être la trompette. Il la publia par
cens perlonnes innocentes qui s'y tout avec tant de ferveur, avec tant
étoient rétug.ées. d'alfurance de bon fuccès , ôc , comme
1145. ^ u r ^ cit ^ e cetLecruau!: ^> le? entrail- on le croyoit, avec tant de miracles, que
les du Roi , naturellement bon , font les Villes & les Bourgs demeuraient
émues, fon cœur eft travaillé d'un cruel déferts , Ôc qu'il iembioit que toute
remords, & fa confeience funeufement l'Europe dût patTer en Ane, tant il y
Empereur'; troublée. H gémit , il le déiefpere , il avoit de prelîe à s'enrôler pour cette
Manuel , !i s , , , ° , • , ■ r • , r r
de Jean , élu s arrache les cheveux , il croit voir les guerre.
en Avni r. p[ us terrioles foudres du Ciel prêtes à Le Roi tut un des premiers à pren- —
JSjs*^ t," u . tomber fur fa rête. Saint Bernard eut dre la Croix. Il fut fuivi d'un nombre Ix 47«>
jouis con- toutes les peines du monde à lui per- infini de Seigneurs Ôc de Nobielle : Et
«.ad m. fuader qu'il pour roi t trouver miféricor- l'Empereur Conrad avec fon frère Hen-
de auprès de Dieu par le moyen de la ri , Duc de Bavière, ôc toute la fleur de
pénitence. Dans cette difpofitionilfut ^cs Etats fe croifa dans une alfemblée
aifé de le porter à rétablir PArcbevê- générale qu'il tint à Spire aux Fêtes de
que de Bourges dans fon Siège, ôc à Noël. Chacun de ces deux Princes avoic
donner la paix au Comte. Avec cela il un Légat du Pape dans fon armée. Con-
promit dès-lors , pour expier fon cri- rad menoit foixante mille chevaux : il
me , ôc pour obtenir la levée de i'inter- partit le premier , & arriva aux envi-
dit de fon Royaume qui duroit encore , rons de Conftantinople fur le commen-
ce faire le voyage de ia Terre-Sainte. cément du mois de Mars de cette an-
Foulques Roi de Jérufalem _, étoit née 1 147.
mort l'an 1141. Ôc le gouvernement Le Roi tarda en France quelque tems
dévolu entre les mains de Melifende fa après lui , afin de recevoir le Pape Eu-
veuve *, car fon fils Baudouin n'avoit gène III. que la révolte des Romains
encore que treize ans. Les Chrétiens avoit contraint de quitter Rome. Il fe
de ce pays-là étoienr de beaucoup pires mit en chemin avec la Reine la féconde
que les Turcs ; aulB leurs affaires allant femaine d'après la Pentecôte de ia m't-
Bb ij
t$è ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
me année , &c ayant traverfé la Hongrie arriere-garde , pour avoir imprudem--
1 I U* &C la Thrace , pafïà le Bofphore - , h bien ment diviie ion armée. Il gagna eniui- 1 J 4°'
que le Carême enluivant de l'an 1 148. ce une bataille au pallage du fleuve
il fe rendit en Syrie , tandis que d'un Méandre, mais il n en tira aucun fruit ;
autre côté fon armée navale étoit en car après cela ne le tenant pas fur les
mer pour l'y aller joindre. gardes , il reçut un notable échec à un
Il laifia, par l'avis du Parlement te- détroit de montagne. Enfin , il parvint
nu à Etampes , la régence du Royaume à Antioche , dont Raymond , oncle de
à Raoul Comte de Vermandois , Ion la Reine fa lemme , tenoit alors la
grand Sénéchal , & à Suger Abbé de Principauté.
feint Denis. Ce dernier avoit grand En cet endroit ce bon Prince qui.
crédit à la Cour dès le vivant de Louis étoit h heureufement échappé des em-
le Gros -, & d'ailleurs il lervoit comme bûches des Grecs &c des Mahomttans ,
de contre-poids à Raoul , de peur qu'il penla périr par celles de fon proche ai-
n'ufurpât le Royaume , fi l'ambition lié , tk. de la lemme. Raymond s'étou
l'en eut tenté. Avant que de partir le imaginé qu'il devoir employer les for-
Roi fut félon la coutume, dans i'Eglife ces à lui étendre les limites de la Prin-
de faint Denis prendre le bourdon & cipauté; comme il vit qu'il l'en relu-
la malete , marques de pèlerinage , ôc foit abiblument , parce qu il vouloit
l'étendart de l'Oriflame fur l'Autel des continuer la route vers jeruialem,il
Saints Martyrs. s'en tint lîorfenlé , qu'il reioiut de s en
j j g'~ Il n'eit point de méchancetés & de venger. Pour cet crtet il mit dans la té-
lâches artifices , que la maligne perfi- te de la Reine qu'elle devoir demander
die de Manuel Empereur de Grèce, La dilfolution de Ion mariage , comme
n'employât pour hure périr l'armée de étant parente de fon mari du troiiiéme
l'Empereur & celle du Roi. Pour la pre- au quatrième degré. Cette Princelle
miere il y réulîît félon fon delîein ; car peu iage , &c qui avoit déjà peu d'efti-
il fit mêler de la chaux dans les farines me pour fon mari , 6c trouvoit plus de
qu'il lournilfoit aux Allemands-, & en fatisfaction avec d'autres qu'avec lui ,
ayant fait périr une grande partie par fe lai'ïa facilement peduader par fon
ce déteftable maléfice , il leur donna oncle. Le Roi en étant averti , ne trou-
des guides , qui après les avoir prome- va poinr d'autre remède , pour éviter
nés par de longs détours, où ils confu- ce fcandale , que de la tirer la nuit
nièrent tout ce qu'ils avoient de muni- d'Antioche avec tout fon équipage, ôc
rions , ils les livrèrent plus d'à demi de l'envoyer toujours devant en Jéru-
morts de faim entre les mains des Turcs; faléna. Quelques auteurs ajoutent qu'en
les Barbares les taillèrent tous en pié- ce pays-li elle fe piqua d'un certain Sar-
ces , de forte qu'il n'en refta pas la di- rafm nommé Saiadin , qui étoit en ré-
xiéme partie. putarion de fort brave Cavalier ■■, mais
Le Roi ayant femblablement paile de ces chofes-là on en dit fouvent plus
en Afie, trouva l'Empereur Conrad à qu'il n'y en a , ex quelquefois aufli il y
Nicée. Il le confola du mieux qu'il lui en a plus qu'on n'en fçait.
fut poflible -, puis il marcha le long de Or l'Empereur Conrad , après s'être
la mer , où il courut les mêmes rifques allé rafraîchir a Cbnftantinople , s'ecoit
que lui : néanmoins il s'en fauva avec rendu en Jérufalem pour y faire les dé-
plus de bonheur que de prudence , ayant votions. En cette lainte Cité le Roi 6c
battu les Turcs en une rencontre -, mais lui ayanttenuconfeil avec les Seigneurs,
peu après il perdit prefque toute fon réfolurent d'afliéger Damas , capitale
LOUIS VII ROI XL.
*5>7
de la Syrie. Cette entreprife leur réuflic Moine, défroqué , & difciple d'un Pierre.
1 1 4 8, auiîi mai que tout le reite, par l'énorme de Bruys , qui débitoit avec grande vo- 1 1 4^«
trahifon des Chrétiens mêmes de ce gue,mais avec peu d'intégrité de vie ,
pays-là. Ils s'étoient logés dans les jar- à ce quon lui reprochoit ,prefque les me-
dins où ils avoient toutes iortes de corn- mes opinions que les Zuingliens & les
modités , de l'eau , des fruits Ôc des ra- Calviniftes ont prèchées dans ces derniers
fraîchillemens : les traîtres leur confeil- Jiécles.
lerent de tranfpoiter leur camp à Pop- A dix ou dou^e ans delà , un certain
poiite , qui étoit un pays horriblement Valdo riche Bourgeois de Lyon , Je mit
ûc , brûlant, & par où la ville étoit auffi à prêcher de même flile dans le Lyon-
inaccefîible. Les deux Princes reconnu- nois & les Provinces circonvoi fines. On
rent , mais trop tard, que les Chrétiens appella les Sectateurs de Henri & de
les avoient trahis; &: ainiidételtant leur Pierre de Bruys Henriciens & Petro-
méchanceté , qui avoit enchéri lur les brufiens, & ceux de Valdo , Pauvres de
perfidies , ôc fur les vices abominables Lyon ou Vaudois. Il y avoit encore des
des Orientaux mêmes , ils ne longèrent refies de ces derniers dans les vallées de
plus qu'à leur retour. Dauphiné & de Savoye , quand Luther
L'Empereur ayant fait alliance avec commença à prêcher fa doctrine.
les Grecs , contre Roger Roi de Sicile, En l'année 1148. arriva la mort de
tut par eux ramené en Italie. Mais ils Conan le Gros , Duc de Bretagne ;
n'avoient pas envie de traiter le Roi Eudon Comte de Pontiévre , qui avoit
Louis fi favorablement : étant monté épouie Berthe fa fiiie, s'empara de la
fur fes vaiiîeaux , il rencontra dans fa Duché, au préjudice de Hoël, que le
route l'armée navale de ces perfides, Duc Conan avoit déiavoué pour fon
qui le guettoient pour l'enlever. Com- fils. De là s'émut une guerre entre ces
me ils en étoient aux mains, ou mê- deux Princes, laquelle trois ou qua-
me , félon quelques auteurs , qu'ils tre ans après fut compliquée par une
l'emmenoient prifonnier , arriva par autre bien plus longue , ôc qui du-
bonheur l'armée de ce brave Normand ra treize ou quatorze ans à diverfes
leur ennemi capital, conduite par fon repiifes, entre ce même Eudon & Co-
Lieutenant, qui leur fit bien lâcher pri- nan III. furnommé le petit, fon pro-
fe , ayant brûlé , pris & coulé à fond pre fils. Cet enfant dénaturé vouloir,
quantité de leurs vaiiîeaux. jouir de la Duché , parce qu'elle ve-
Alfonfe Comte de Touloufe , troi- noit du côté de fa mère : ayant donc
fiéme fils de Raimond de faint Gilles , eu recours à i'afîiftance de Henri Roi
avoit fait auiîi le voyage de. la Terre- d'Angleterre, il poufîa rudement fon
Sainte , prefqu'en même tems que le père , ôc contraignit auiîi les Nantois
Roi , mais il y étoit allé par mer , ôc qui tenoient le parti de Hoël de l'aban-
avoit pris terre au port de Ptolemaïde. donner. _
Il n'entra pas bien avant dans le pays Le mauvais fuccès de l'expédition u^o.
qu'il ne mourut, ayant été méchamment d'Outremer, qui avoit tant fait de ôc fuiv.
empoifonné , fans qu'on pût deviner veuves ôc d'orphelins , tant ruiné de
l'auteur d'une action fi exécrable. Il bonnes maifons, tant dépeuplé de pays,
eut pour fuccefleur fon fils Raimond ôc qui pis eil , donné un fpécieux pré-
V. du nom. texte au Roi de faire des levées ex-
Pendant le tems de cette expédition , traordinaires de deniers fur fes peu-
Sa'mt Bernard fut fort occupé en Lan- pies , ce que fts prédeceiîeurs de la
guedoc à combattre un certain Henri 9 troiiiéme race n'avoient point erxoie
i5>8 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
tenté, excita des murmures Se des re- fils, Henri, Gefroy Se Guillaume, qu'il —
proches contre la réputation de Saint partagea de cette forte. Il ordonna II 5 I *
11 49- proches contre la réputation de Saint partage
oc iuiv. B ernart i 9 qui iembtoit avoir promis qu'auiii-tôt Henri feroit paifible pof-
tout un autre événement que celui-là. iéifeur du bien de la mère , fçavoir de
De forte que lorfque le Pape voulut l'Angleterre Se de la Normandie ; que
à deux ans de-la lui faire prêcher une Gefroy, qu'on furnomma le Bel, auroit
autre Croifade , de l'obliger à palïer les biens paternels, içavoir, l'Anjou, la
lui-même en Terre -Sainte , afin qu'un Touraine Se le Maine, avec les Châteaux
plus grand nombre de gens le fuivif- de Loudun , Chinon Se iVarebeau -, &c
lent , les Moines de Cîteaux en rom- Guillaume la Comté de Morraing.
pirent toutes les mefures , de crainte Non long-tems après mourut Euf-
d'un fécond malheur , qui eut peut- tache Comte de Boulogne : fa mort
être été plus grand , & l'eut encore fut une difpofition pour rendre la paix
plus décrié que le premier. à l'Angleterre , d'autant que le Roi
u , 0i Le Roi à fon retour en France , Etienne fon père fe trouvant fans en -
trouva la guerre qui continuoit entre fans , ne fe ioucia plus que de garder le
la Roi Etienne & Matilde. Comme Royaume durant fa vie.
il avoit reçu Etienne à hommage pour L'année fuivante 1 152. vit fortir de ne g
la Duché de Normandie , il joi- cette vie Thibaud Cornue Palatin de
gnit {qs armes à celles d'Euftache fon Champagne, lurnommé le Libéral, le
fils pour afliéger le Château d'Ar- Père du Confeil &c le Tuteur des pau-
ques. Gefroy mari de Matilde , Se fon vres 6c des orphelins-, grand Juiticier,
Jils Henri auquel il avoir l'année pré- Se qui toutefois eut prelque toujours
cédente religné la Duché , quoiqu'il guerre avec les Rois. Il avoit quatre
n'eut encore que feizeans, marche- fils Se cinq filles. Les fils croient Henri,
rent au fecours. Les deux armées érant Comte de Troyes ou Champagne ,
en préfence, les Seigneurs de part Se Thibaud Comte de Blois Se de Char-
d'autre s'entremirent d'accommodé- très , Etienne Comte de Sancerre , Se
ment , Se firent enforte que le Roi Henri Archevêque de Sens , puis de
(qui fins doute fe trouvoit le plus P^eims.
foible) abandonna la caufe d'Etienne,- Cette année mourut auffi l'Empereur
Se reçut à hommage le Prince Henri ; Conrad. Il ne voulut point laiffer l'Em-
lequel par ce moyen fut le deuxième pire à fon fils nommé Federic , parce qù il
du nom , Duc de Normandie. étoit encore trop jeune: mais à un au-
Cet accommodement fait , Gefroy tre Federic , fils de fon frère aine , qui
mena fes troupes contre Gérard, Sei- étoit Duc d Allemagne ou Souabe ; on
gneur de Montreuil-Bellay , qui vexoit le furnanma Barberoujfe. Lafjemblée gé- Empereur*
les Eglifes de ce canton-là. Il domp- nérale des Seigneurs de Germanie &"de ^vlT^T-
ta fa fierté, le fit prifonnier Se rafa Lorraine à Francfort , approuvèrent cet- deric i. r.
fon Château de Montreuil. Mais corn- te nomination : mais on ne compte les 57\ ans&£ $■
me il s en revenoit de la, ayant un années de jon Empire, que du jour de
jour alTèz grand chaud , quoique la fai- fon Couronnement fait par le Pape
fon fut fort tempérée, il lui prit en- Adrien IV. dans Rome , le 18. de Juin
vie de fe baigner dans un ruiifeau d'eau n55. Si je ne me trompe , ce fut du
claire qu'il rencontra fur fon chemin : tems de ce Federic que les François com-
au fortir du bain il fut faifi d'une fièvre mencerent à donner aux Germains le
ardente, dont il mourut quelques jours nom t/'Allemans, à cauj'c que ce Prin-
apres au Château chi Loir. Il laiifa trois ce étant Duc d'Allemagne, avoit à fa
LOUIS VII. ROI XL. i?9
-fuite & dans les emplois plus de gens capable de contenter tous fes defirs ,
II 5 Z * ^ ce pays-là que d aucun autre. Les 8c de maintenir fes droits. I M5«
♦ Teutoaici. Italiens dès ce tems là les nommaient * Un an après que la Sentence de fépa-
Tudefques , comme ils font encore.- ration eut été prononcée, Louis en-
Dans le même tems la mort ravit voya rechercher Conltance-Elifabeth,
au Roi Louis fes deux plus fages Con- fille d'Alfonfe VII. Roi de Caftillc
feillers, fçavoir, Suger Abbé de Saint Hugues Archevêque de Sens, en
Denis l'an onze cens cinquante-deux , alla faire la demande \ 8c le même fit
8c Raoul Comte de Vermandois, Pnn- après la cérémonie du mariage à Or-
ce du Sang , 8c le dernier de la fe- léans , 8c y couronna la nouvelle Rei-
conde branche Royale de ce nom , la ne l'an 1 1 54. l'Archevêque de Reims 1IÇ
même année 11 52. Comme il n'avoit protellant en vain que ce droit n'ap-
point d'enfans , 8c que fa fœur étoit partenoit qu'à lui feul.
mariée à Philippe fils de Thierry Corn- Comme Louis ne pouvoit voir fon
te de Flandres , le Roi qui chériflbit valïal aller de pair avec lui , ni Henri
fort ce jeune Prince, lui laifTa la pof- qui avoit tant de grandes Seigneuries-
feffion du Vermandois; Sujet de que- louffrir un Souverain au dellus de fa
relie dans le régne fuivant. tête , il étoit impoflible qu'ils demeu-
Depuis le retour du Roi de fon raflent bons amis. Ce dernier étant
voyage d'outremer -, il eft à croire qu'il aifigné à comparoître au Parlement,
'Vétoit entièrement féparé d'afteétion refuia d'y venir. Louis l'y ayant fait
d'avec Alienor fa femme, 8c que fon condamner par défaut , affiégea 8c em-
honneur 8c fa confeience le portoient porta la ville de Vernon : mais Henri
fans celfe à chercher les moyens de fé- s'étant humilié pour la crainte qu'il
paration qu'elle avoit demandée lapre- avoit encore du Roi Etienne, les Sei-
miere. Enfin, il la pourfuivir de telle gneurs le réconcilièrent avec le Roi,
forte , que la parenté d'entre les deux 8c firent enforte qu'il lui rendit cette
parties, tant du côté paternel que du place.
coté maternel , au quatrième degré , Non long-tems après , Etienne las
ayant été vérifiée fuivant les formes de des fatigues 8c du chagrin de la guerre,
ce tems-là , il obtint ce qu'il deman- épuifé d'argent 8c n'ayant point d'hé-
doit par la Sentence des Evêques du ritiers procréés de fon corps, fe laifïà
Royaume, lefquels il avoit aiTèmblés à enfin amener à un accommodement
Baugency pour ce fujet en cette année avec le Duc Henri : par lequel il con-
11 52. fentoit qu'après fa mort l'Angleterre
Auflî-tôt procédant de bonne foi, retournât de plein droit à ce Prince.
il retira fes garnifons de l'Aquitaine II ne vécut pas long-tems après, étant
pour lui rendre ce pays libre, 8c lui mort le ^^. d'Oétobre , 8c Henri fe
donna congé de s'en aller où il lui mit en poiTeffion du Royaume fans
plairoit , retenant avec lui les deux réliftance.
petites filles qu'il avoit d'elle. Cette Plufieurs mettent en cette année
femme s'étant retirée à Poitiers, n'y 1 154. la mort de Roger I. Roi de Si-
demeura pas long-tems fans prendre cile , l'un des plus belliqueux 8c des
un parti : comme elle brûloit d'amour plus puiflans Princes de fon fiécle. Il
8c d'ambition , elle époufa quelques porta la gloire des Normands à fon
mois après Henri Duc de Normandie , plus haut période ; de forte que depuis
& Roi préfomptif d'Angleterre, Prin- lui, elle ne fit plus que déchoir. Il
ce jeune , ardent , 8c roufieau , bien avoit un fils nommé Guillaume, 8c une
iso ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
fille qu'on appelloit Confiance. Le fils mène que ce Prince ainlï dépouillé , " " " —
iJH« régna, & dans les premières années fut demeuré fans aucunes terres, s'il IX 57«
ne dégénéra point des vertus de ion n'eut trouvé cette bonne fortune, que
père : mais après il changea bien de le? Nantois qui avoient abandonné
conduit., 6c domina avec tant dm- Hocl, le choilirent pour leur Comte,
jultice , d'avance Ht de tyrannie , qu'il ayant beloin d'un Prince qui les dé-
en mérita le iurnom de Mauvais, il le fendît contre les attaques de Conan.
piqua lurtout de la gloire de remplir Les inimitiés d'entre les Rois Loui«
les coffres , & de tirer le dernier écu & Henri étant prêtes d'éclater une fe-
de l'es fujets. Quant à Confiance , étant conde fois , les Seigneurs trouvèrent
déjà vieille ride , elle époula I Lmpe- moyen de les arrêter encore pour quel-
reur Henri Vi. l'an onze cens quatre- que tems, en propolant l'alliance du
vingt-lix. fils aîné de Henri , qui portoit le même
11 n'étoit point permis aux Rois de nom que Ion père, avec Marguerite ,
JI 55- France, à ce que dit Yves de Char- fille du fécond lit de Louis, quoique
très , dépoufer des bâtardes. Or il cou- tous deux fu lient encore enfans , ôc
rut un bruit que la Reine Confiance prefque à la bavette. Les Rois demeu- 1158.
l'étoit : Voilà pourquoi Louis , deux rerent d'accord de ce mariage , 6c fl-
ans après fon mariage, délira s'en éclair- rent enfemble un voyage au Mont-
cir lui-même : ainli fous prétexte d'air Saint-Michel -, la fille fut mife entre
1er en Pèlerinage à laint Jacques en Ga- les mains du beau-pere , & Louis pro-
lice , il palfa par la Cour de Ion beau- mit de lui donner en dot Gifors, 6c
père pour apprendre la vérité : c'étoit autres places du Vexin Normand. En
le plus magnifique Prince de fon tems, attendant , elles furent baillées en gar-
il le reçut, 6c le traita royalement à de au Grand- Maître des Templiers,
Burgos, & lui ôta le doute qu'il avoit pour les délivrer à Henry après l'ac-
rlans l'efprit. complilfement du mariage.
' Gefroy Comte de Gien fur Loire, La même année ï Empereur Federic ac-
' J 5 <>• Se Guillaume Comte de Nevers étoient commoda le différend d'entre BertoLd de
en guerre : le premier le connoilfant Zeringhem & Renaud , pour la Comté
trop foible pour rélilter à fon adver- de Bourgogne , ce qu'il fit de cette fior-
faire , «'allia avec Etienne de Cham- # ; /'/ démembra de cette Comté le pe-
p.igne Comte de Sancerre , 6c lui don- tit pays de Nuctland qui ejt au-delà
na fa fille, 6c pour dot la Comté, à de Mont-Jou, & les villes de Genève,
l'excluûon de Ion fils Hervé. Ce fils Laufane & Sion^ pour les donner à Ber-
ainfi deshérité par fon père, fans avoir told > & laiffa le refile à Renaud. En-
commis aucune faute, implora la jul- fiuite il époufia la fille & héritière de ce
tice du Roi. Sa caufe étoit très julte, dernier , nommée Beatrix : & après te-
Je Roi alla en perlonne alïiéger Gien, nant fia Cour pleniere à Befiançon avec
le prit à compolition , 6c le rétablit grande pompe , il reçut les hommages
jdans la Comté, des Seigneurs & des Prélats du Com-
Lorfque Henri fur paifible polfelïeur té de Bourgogne & du Royaume d Ar-
de l'Angleterre , Gefroy fon frère lui les : ils y accoururent en foule : mais
demanda l'Anjou, la Touraine & le à dire vrai , ils ne fie fioucioient de fia
Maine, fuivant le teftament de leur pe- fiouveraineté , quafin d'en obtenir un ti-
lt : mais bien loin d'y fatistaire , il tre apparent de leurs ufiurpations.
lui ôta encore les villes de Loudun , Tandis qu'il fejournoit en ce pays
de Chinon, & de Mitebeau. Telle- là, les amis communs travaillèrent a
procurer
LOUIS VII. ROI XL zgi
1 procurer une entrevue de lui Se du non feulement quant à la préémirien-
l iS9* Roi de France , Se en arrêtèrent le ce, mais encore quant à la propriété.
$c luiv. tems £ j e [ lQa . ma j s [ e R G i piqué de Durant ces difeordes, Adrian vint
jaloufie pour la grandeur de ce jeune à mourir,, le i. de Septembre de l'an
Prince, ou ayant quelque défiance qu il n^. La plus grande partie du Sacré
n'enrrepiît fur fa perionne, n'y vou- Collège élut le Cardinal Roland Rainu-
lut point aller qu'accompagné de quan- ci Siennois de naifïance, qui le nom-
tité de troupes; Se cela fut caufe que ma Alexandre III. mais le peuple &
Federic le retira fort mal latisfait. deux Cardinaux feulement donnèrent,
Gefroy Comte de Nantes étant mort leurs fuffrages au Cardinal Octavian,
fans enfans , Conan Comte de Ren- qui étoit Romain. Il prit le nom de
nés ou de ia pente Bretagne, fe fai- Victor. Le droit de l'un Se de l'autre
fit de la ville de Nantes. Le Roi Henri, étoit douteux; car d'un côté les Dé-
frere de Gefroy , prétendit qu'elle lui crets de quelques Papes avoient déféré
appartenoir par fucceflion , & entre- l'élection aux feuls Cardinaux; & de
prir de la ravoir à force d'armes. Co- l'autre le peuple Romain prétendoit
nan étant vivement preifé, racheta la y avoir la meilleure part ; Se s'étoic
paix en lui donnant la fille & héri- prefque toujours maintenu en cette
tiére (elle fe nommoit Confiance) poffelîîon, difint que les Papes n'a-
pour le troifiéme de les fils encore bien voient pu lui ôter un droit qui étoic
jeune, qu'on appeiloit Gefroy comme né avec l'Eglife, Se qui avoit eu lieu
{on oncle défunt. dès le temps des Apôtres.
La fierté Germanique , Se i'impé- Le Roi Louis s'en rapporta à l'avis . , _
rieufe manière des Papes ne pouvoient de l'Eglife Gallicane ; il l'alfembla pour
pas compatir enfemble; tous deux pré- ce fujet à Eftampes , & fur fon juge-
tendoient avoir une domination ab- ment il adhéra à Alexandre. Tout l'Oc-
folue l'un fur l'autre; ainfi ils rentre- cident fuivir fon exemple , à la réferve
xent bien-tôt en querelle. Federic avoit de l'Empereur Federic , qui avec fes
le cœur ulcéré de ce qu'Adrian avant Allemands , Se ce qu'il avoit de par-
que de le couronner, l'avoit forcé de tifans en Italie, rejetta fièrement Aie-
lui livrer l'infortuné Arnaud de Breffe , Xandre, parce qu'il s'étoit inftalé fans
qu'il fit brûler au poteau comme hé- attendre fon approbation. C'étoit un
rétique , Se de lui tenir l'eflrié à la des différends d'entre les Papes & les
vue de route fon armée. Mais il l'é- Empereurs : ces derniers avoient long-
toit encore bien plus de ce que ce Pa- temps joui du droit de confirmer l'éiec-
pe , deux ans après fur ce qu'il avoit tion des Papes : mais les Papes tour-
fait prifonnier l'Evêque de Londres, nanr , pour ainli dire, la médaille de
revenant de Rome, Se qu'il s'opiniâ- l'autre côté, foutenoient que c'étoit à
troit à le retenir, lui avoit envoyé des eux de confirmer celle des Empereurs.
X-égats qui lui reprochèrent qujl te- Au refte cette préfomption qu'avoit
noit l'Empire, du bon plaijir du Saint Federic de fe dire le Maître du monde,
Père, difcours qui ofrenfa fi fort tous mit contre lui tous les Rois de l'Oc-
les Princes de Germanie , que peu s'en cident , qui ne vouloient pas dépen-
falut qu'ils ne hachafîent ces Légats en dre de fa prérendue Monarchie :'mais
pièces. Et véritablement il ne poijvoit fe croyoient auffi abfolus que lui dans
pas plaire à un Prince ambitieux qui leurs terres. Et d'ailleurs les Italiens,
fe croyoit le Seigneur de l'Univers , qui cherchant vainement la liberté ,
ôc femettoit au-delTus de tous les Rois, ont toujours aggravé de plus en plus
Tome II. Ce
ici ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
le joug qu'ils s'efforcent de fecouer , c étoit une ejpéce de gens de guerre & —
1 i°°* euflênt bien defiré fe délivrer de ce- davanturiers venant de divers endroits , I ' u . 0,
iuiv - lui des Tudefques \ fi bien que les Ve- comme dArragon, de Navarre , de Bif- &■ luiv *
nitiens & les Lombards firent une li- caye , de Brabant y qui couroient lepays,
gue entr'eux pour exclure Federic de & qui Je louaient à qui en vouloit ,pour-
l'Iralie. va qu on leur donnât toute for te de licen-
Le Roi Henri , outre le Royaume ce. Les Cottereaux étoient la plupart fan-
d'Angleterre, tenoit la Duché de Nor- tajjlns , & les Routiers cavalerie.
mandie , dont partie de la Bretagne Cependant ie Pape Alexandre crai- \\Ci.
relevoit pour lors; outre cela le Mai- gnant que l'Empereur, aprcsavoirdom-
ne , l'Anjou , la Touraine , tk. toute pté l'orgueil des Milanois qui s'étoient
la Province d'Aquitaine. Son ambition révoltés contre lui, ne vint droit à Ro-
foutenue par un fi grand accroilEement me , ne jugea pas la place tenable 5: Te
de puillance , remua les droits que fa retira en France , où il demeura plus de
femme avoir fur la Comté de Tou- trois ans. Cette année il tint un Con-
loufe. Pour ce delïein ayant fait al- cile à Clermont en Auvergne, dans le-
liance avec Raymond Prince d'Arra- quel il n'épargna pas fes foudres fur
gon , & Comte de Barcelone , &: levé Victor, fur Fedeiic, èv fur tous leurs
une grande armée d'Aquitains & de adhérans.
Routiers , dans laquelle le trouva Mal- La Maifon de Champagne étant au
colme Roi d'Ecolfe , il entra dans le cœur du Royaume , puilfante &c belli-
Languedoc, prit MoilTac, Cahors , & queufe , donnoit bien de la pu-ine 8c
quelques autres places. des ennuis aux Rois. Voilà pourquoi
Au bruit de cette entreprife , le Roi Louis defirant la détacher d'avec l'An-
Louis courut aux armes : les prières du glois & fe l'acquérir , époufa en troifié-
Comte Raimond fon beau-frere, <k la me noces Alix la plus jeune fœur des
jaloufie qu'il eut de l'aggranditîement quatre treres Champenois , ( car Conf-
des Anglois, le rirent marcher de ce cô- tance fa féconde femme étoit morte en
té-là. Il fe jetta dans Touloufe pour la couche l'an 1159. ) Et des deux filies
défendre : mais il avoit fi peu démon- de fon premier lit, il en donna une à
de , qu'il fut au pouvoir de Henri de Henri Comte de Troyes , l'aîné des
forcer cette ville -, il n'y eut, difoit-il , quatre fter es, & l'autre à Thibaud Coni-
que le fcrupule d'attaquer fon Souve- te de Blois , qui étoit le fécond,
rain Seigneur qui l'en détourna, & qui Les Evêques de France Se ceux de
l'arrêta tout courr. Ce retardement Normandie , ayant réfolu dans leurs l 1
donna lieu à une conférence , qui pro- aiFcmblées de reconnoître le Pape Ale-
duifit un accommodement entre les xandre , il fe rendit à Torcy fur la ri-
deux Rois. Et néanmoins Henri ne re- viere de Loire. En ce lieu les deux Rois
nonça pas entièrement à la Comté de Louis & Henri le reçurent avec une ex-
Touloufe , jufqua ce qu'il donna fa trême foumiiîion ; tous deux mirent
fille Jeanne , veuve de Guillaume IL pied à terre ,&: prenant chacun une rê-
Roi de Sicile , au Comte Raimond VI. ne de fi monture , le conduifirent au
de ce nom. logis qu'on lui avoit préparé. Jamais
En ces années , la maudite engeance aucun Pape n'avoit teçu un pareil hon-
des Routiers & des Cottereaux commen- neur , de voir tout à la fois deux Rois
ça a Ce faire connoîtreparfes cruautés & fi puifîàns à ies étriers.
fes brigandages. On ne jçait pas bien Sur ces entrefaites , l'Empereur en-
P'.urquoi on les appelloit ainji : mais voya propofer au Roi une entrevue A
LOUIS VII. ROI XL.
zo 3
Avignon , qui étoit fut les confins des cile de Tours, convoqué par fes ordres
ll61, deux Royaumes. Ils convinrent que & là il fulmina derechef contre Vidtor lî( >h
l'Empereur y amenèrent Victor , & le & Federic. Il fit auffi dreiler quelques
Roi Alexandre ; Ôc qu'ils tiendroient Décrets contre les Hérétiques , qui
un Concile des Evêques d'Italie , de s'étoient épandus par toute la Provin-
France ôc de Germanie , au jugement ce de Languedoc,
duquel ils fe rapporteroient touchant IL y en avoit de deux fortes principa-
celui des deux qui devoit demeurer Les ; les uns tout-à-fait ignorans , & fa-
dans le S. Siège. Cette convention fem- natiques; Les autres plus j'çav ans & beau-
bloit fort équitable , & le feul moyen coup mieux inflruits dans les faintes
qui put remettre la paix Ôc l'union dans Ecritures. Les premiers ètoient une ef-
Pfiglïfe : auili tous deux la confirmèrent péce de Manichéens adonnés aux diffolu-
par des fermens iolemneis. Le Roi de- dons & vilenies, & ayant des erreurs
iiroit en effet l'exécuter de bonne foi , grojfieres & fales. Les autres paroiffoient
&C il s'avança vers Avignon pour cela -, moins déréglés , & fort éloignés de ces
mais quand il voulut y mener Alexan- turpitudes; ils tenoient à peu pris Les
dre , avec lequel il s'aboucha fur le mêmes dogmes que Les Calvimjles , &
chemin , ce Pape lui dit nettement qu'il étoient proprement Henriciens & Vau-
n'iroit pas ; &: qu'étant ie fouverain dois. Le peuple qui ne lesfçavoitpas dif-
Juge, il ne pouvoir être jugé de per- tinguer , les appelloit indifféremment Ca-
fonne. Ainfi la conférence fut rompue, thares , Patarins , Boulgres ou Bulga-
re le Roi fe trouva en forr grand dan- res , Adamites , Cataphrygiens , PuoLi-
ger : car les Allemands lui reprochant cains , Canariens , LolLards 9 iurlupins,
qu'il leur manquoit de parole , Ôc fou- & leur donnoit plufieurs autres noms ,
tenant qu'il devoit fe mettre entre les pris de. ceux de leurs Docteurs* ou du
mains de l'Empereur, comme il l'avoir pays d'où ils venaient , ou de quelque
promis , s'il n'amenoit pas Alexandre , point de leur doctrine. On les appe lia plus
complotèrent de l'envelopper -, ôc ils communément Albigeois , parce qu'ils
Peullènc arrêté prifonnier , fi le Roi s'étoient fort provignés en cette ville-là,
d'Angleterre n'eûr fort à propos fait fous La protection du Comte Roger qui
avancer fon armée pour le dégager. Les favorifoit.
Sans doute qu'il ne fe fut pas tant ha- En cette année moururent deux Prin-
apr
vèque de Cantorbery , pour les droits de Jérufalem , fils de Foulques d'An-
ge libertés de l'Eglife Anglicane. jou , qui avoit porté le même Sceptre.
De cette rupture de la Conférence On crut qu'il avoit été empoifonné. Sa
d'Avignon, s'enfuivit une furieufe valeur , la piété , fa fagefle ôc fon bon-
guerre entre l'Empereur ôc Alexandre j heur , pareil à fa vertu , lui eitfïèjit don-
elle tourmenta cruellementritaliequin- né rang entre les meilleurs cv les plus
ze ou feize ans durant : mais à la fin grands Princes ,. s'il eût vécu. Amaul-
l'Empereur n'en pût fortir que par la ry, ou Aymery fon frère , encore mi-
honte d'une extrême foumiilion, de- neur , prit fa place,
mandant pardon au Pape , & le laiflant La paix étant entre les deux Rois
mettre le pied fur la gorge. Ce qui ar- Louis ôc Henri , Louis s'occupoit àfai-
riva l'an 1 177. dans la ville de Venife. re juftice , Ôc à réprimer les défordres.
L'an 1165. Alexandre affilia au Con- Les habitans de Vezelay avoient fut
Ce ij
Il 64.
104 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
une Commune , & fe voyant protégés banni du Royaume , & tous fes parens
$' parle Comte de Nevers , s'efîorçoient & amis fouffrircnt d'extrêmes periécu-
de fe fouftraire à l'Abbé qui étoit leur fions. Il fe retira en Fiance dans i'Ab-
Seigneur. Le Roi rit un voyage de ce baye ce Pontigny , auDiocèfe de Sens -,
côté-là , ôc les contraignit , eux de le Se de-là, il donna bien des peines à Ton
Comte , de demander pardon , & de Roi , mais il n'en foum.it pas peu lui-
rompre leur Commune , parce qu'ils même lix ans durant,
l'avoient faite fans fon autorité, &c ians La mort de l 'Anti-Pape Vlclor étant
celle de leur Seigneur. Le Comte de arrivée Van 116.4. les Cardinaux de fa
Nevers , pour pénitence de les fautes , fuite élurent en fon lieu , Guy de Crème,
fe condamna lui-même au voyage delà quifefit appeller Pafclial 1 1 1 . &futcon-
Terre- Sainte. firme par Federic. Mais Alexandre II J.
La même année le Roi alla en per- rappelle par les Romains , partit de Fran-
fonne combattre le Comte de Clermont, ce l'anjuivant 1 1 65. & s'en retourna à
celui du Puy en Vellay , & le Vicom- Rome pour mettre fin à cefchifme.
te de Polignac, Seigneurs Auvergnats, L'an 1165. il naquit un fais au Roi "~~~
qui ne vouioient pas s'abftenir du pii- Louis le jeune, qui n'en avoit point
lage des Eglifes , & refufoientde com- encore. Maurice Evêque de Paris, le
p.-troître en fa Cour. Il ies vainquit tous baptifa dans l'Egliie Notre - Dame \
trois , & les amena prifonniers à Paris, d'autres difent dans la Chapelle de faine
Lorfqu'il les y eut détenus affez long- Michel qui eft dans le Palais -, & trois
rems , il les relâcha à la prière des Eve- illuftres Abbés, Hervé de laint Victor ,
qtfes , moyennant qu'ils fiflènt répara- Hugues de faint Germain , tk Odon de
non, qu'ils en donnaient leur ferment fainte Geneviève , furent les parrains,
£k des otages , Se qu'ils prifient l'abfo- & le nommèrent Philippe. Comme le
lution de l'Eglife. Roi crut l'avoir obtenu du ciel par fes
Semblablement il punit le Comte de ferventes & longues prières , tk par cel-
Châion-fur-Saone , de la perte de fa les de tout fon Royaume , où plusieurs
Comté , parce qu'il avoit pillé l'Abbaye mois durant , ce n'avoit été que jeûnes,
de Clugny , & y avoit tué plus de cinq aumônes & procédions, on lui donna
cens hommes, tant Moines que valets, le furnom de Dieu-donné , & depuis
Toutefois la fille de ce Comte rentra pour fes beaux faits , celui de Conqué-
dans fon patrimoine. rant. L'Hîftorien Paul Emile , a tra-
Thomas Bequet, Chancelier d'An- duit ce furnom par le mot Latin Au-
gleterre , Ôc en grand crédit près du guste , 6z il a été fuivi en cela par tous
Roi Henri , avant été élu Archcvê- les Hiftoriens modernes. Avant fa naif-
que de Cantorbery l'an 1163. perdit fance,le Roi Louis fon père , eut un
bientôt les bonnes grâces de fon Mai- fonge qui lui donna bien de l'inquié-
rre pour diverfe-s caufes. Particulière- tude : car il crut voir que la Reine fa
ment parce qu'il fe fépara de la Cour femme étant accouchée d'un iî!s , cet
avec un peu trop d'auftérité -, & que enfant abbreuvoit tous les Seigneurs
d'ailleurs il fe porta avec trop de vi- qui étoient autour de lui , d'une cou-
gueuràfoutenir les privilèges duCler- pe pleine de fàny, : ie qui fignifioit af-
gé , & anéantir les Loix tk Conititu- fez clairement qu'il en feroit bien fê-
tions que l'ayeul du Roi Henri avoit pandre pendant fon régne,
fait recevoir par toute l'Angleterre , an La vie de Conan le Petit, Duc de
préjudice de celles de l'Eglife. La que*- Breragne , qui avoit éré continuelle-
telle s'échauffa fi fort , que Thomas tut ment traverfée , finit l'an 11 66. pour
1 1.
L O U I S V I I. R O I X L. ioj
faire place à Gefroy de Normandie , chard , de la Duché d'Aquitaine. Car
1166. fo n gendre. Ce Prince n'ayant encore pour le troiliéme, qui étoit Gelroy , il ll 7°>
que quinze ans , demeura avec fa Du- avoit la Bretagne de par fa femme , 8c
ehé , ious ia tutelle du Roi fon père , n'en devoit hommage qu'au Duc de
durant quelques années ; au bout de ce Normandie.
tems-là s'étant émancipé , il entra en Cet accommodement n'empêcha pas
guerre avec lui. Le fujet étoit , que que l'année d'après , Henri ne fît def-
Henri le vouloit contraindre de lui rai- fein de fe faiiir de la ville de Bourges
re hommage de la Duché , & il lui de- & du Berry , qu'il maintenoit être de
mandoit ce devoir , en vertu du Trai- la Duché d'Aquitaine. Il s'avança pour
té fait par Charles le Simple avec Roi- cela avec fon armée à Montluçon: mais
Ion , Duc de Normandie. le Roi Louis lui rompit fon coup , y
' 73 L'an il 68.. Thierri d'Alface, Corn- ayant de bonne heure envoyé des trou-
i i6d. , t\ j * r~ • 1: »■• .
te de Flandre , mourut a Graveline , pes.
qu'il avoit clofe de murailles -, Philip- Au retour de cette tentative , les
pe fon fils domina après lui. La même deux Rois s'entrevirent à Montmirel
année , Matilde,- veuve de Gelroy Plan- en Brie , c'étoit pour travailler àlaré-
te-Genell , Comte d'Anjou , 8c mère conciliation de Thomas , Archevêque
de Henri II. Roi d'Angleterre , ache- de Cantorbery. Elle eût été achevée
va de vivre. dès ce lieu-là , (î Thomas , en portant
"" l En ce même tems , la haine fe re- le baiferde paix à Henri , ne lui eût dit
», ' nouvella entre les deux Rois pour plu- qu'il le baiioit en ïhonneur de Dieu >
' fleurs fujetsjl'un étoit l'affaire du Corn- ce qui fit que ce Roi fe retira en arriè-
re d'Auvergne, que Louis, comme fou- re, comme s'il y eût eu quelque ferpenc
verain Seigneur, prit fous fa protection caché fous ces paroles. On continua
& fauve-garde , contre Henri , duquel néanmoins de négocier cette affaire 9
ce Comte étoit Valfal, comme mou- que Louis avoit fort à cœur : les deux
vant de l'Aquitaine j l'autre le fnpport Rois s'abouchèrent une autre fois à Fre-
qu'il donnoit hautement à Thomas , teval, l'Archevêque de Sens s'y trouva,
Archevêque de Cantorbery. La guerre 8c c'eftune chofe mémorable,que Hen-
fe ralluma donc , 8c fe fit deux ans du- ri 8c lui , étant dekendus deux fois de
Eant , néanmoins aflez lentement , 8c cheval, 8c s'étant tirés à quartier pour
de forte que le refpeét qu'eurent l'un conférer à toutes les deux lois , le Roi
8c l'autre pour les mitantes prières du Angiois tint les rênes de la bride à
Pape Alexandre, les raccommoda pour l'Archevêque. Enfin, l'accommode-
quelque tems. ment fe fit à Blois , 8c les deux parties
Ces deux Princes s'étant donc abon- s'embrafïetent. Mais comme le Roi ,
chés à fainr Germain-en-Laye , conclu- tandis que l'accommodement fe trai-
rent la paix entr'eux ; 8c là les fils de toit , avoit fait couronner fon fiis aîné
l'Anglois rendirent hommage au Roi qui porroit le même nom que lui , par
Louis, des terres que leur père leur af- l'Archevêque d'Yorc , malgré les défen-
furoit par avancement d'hoirie ; fçavoir fes exprefies du Pape, 8c au préjudice
Henri , de ia Duché de Normandie , des droits de l'Eglife , 8c des Archevc-
du Comté d'Anjou, 8c de la Charge ques de Cantorbery : Thomas ne fut pas
cle grand Sénéchal , laquelle y avoit été fi- tôt defcendu en Angleterre , qu'il fit
jointe dès le tems de Grife-gonnelle , publier des lettres de fa Sainteté , paE
comme aufli des Comtés du Maine de le (quelles il fufpendoit l'Archevêque
de Touraine j & le fécond nommé Ri- d'Yorc, 8c l'Evêque de Londres qui
io6 ABREGE CHRONOLOGIQUE
■ avoit aiîiité à cette cérémonie. Ce pro- nommé comme lui , avec Marguerite ~-~
JI 7 ' cédé renouvella les troubles dans l'An- fille de Louis, ôc l'avoit lait couronner lï 7l>
gleterre , ôc les chagrins du Roi ; lequel avec fon épouie l'année f uivante à Win-
s étant plaint un jour publiquement , cefter. Ce jeune Prince étant allé vili-
qu'il étoit bien malheureux d'avoir tant ter fon beau-pere avec elle , & ayant de-
de ferviteurs ôc tant de créatures, ôc meure quelque tems en fa Cour, s etoit
que néanmoins un Prêtre lui tînt tète , laiifé mettre dans l'efprit, que puifqu'il
ôc prît plailîr à le fâcher -, quatre Gen- étoit couronné il de von régner , Oc qu'il
tilshommes de fa Cour , par une corn- falloir qu'il demandât à ion père la jouif-
plaifance auflî lâche que déteftable , fance entière , ou du Royaume d'An-
comploterent de l'en délivrer. Etant gleterre , ou de la Duché de Norman-
donc allés à Cantorbery , ils entrèrent die.
dans l'Eglife où ce faint Prélat difoit Dans cette difpofition, ôc pique trop
Vêpres avec fes Moines, & le malfacre- vivement de ce que fon père lui avoit
rent au pied de l'Autel, le 2.9. de Dé- ôté quelques jeunes gens qui lui don-
cembre 1170. noient de mauvais conleils, il fe déro-
* Quoique Henri défavouât ce meur- ba une nuit d'avec lui , ôc vint le jetter
1 *7 x * tre par un ferment authentique , Ôc qu'il entre les bras du Roi.
6c fuiv. en témoignât une douleur extrême : Auffi-tôt toute la jeune Noblefle le
néanmoins parce qu'il avoit donné lu- fuit , la Reine Alienor fa mère le favo-
|et de le commettre , fi peut-être il ne rife ; fes deux frères, Richard Duc d'A-
l'avoit commandé , le Pape lui en fie quitaine , ôc Gefroy Duc de Bretagne ,
une grande atfaire ; ôc d'autant plus que le rangent auprès de lui ; Ôc toutes ces
le Roi Louis qui avoit fort aimé cet Ar- Provinces s'ébranlent avec eux. Guii-
chevêque , n'oublia rien pour exciter laume Roi d'Ecolfe, fe déclare pour eux,
fa Sainteté à en prendre vengeance, ôc attaque l'Angleterre -, le Roi de Fran-
Aufli envoya-t-il des Légats qui prelfe- ce les prend fous fa protection , ôc tait
rent ôc épouventerent lî fort le Roi Hen- palfer en même tems des troupes dans
ri, qu'il fubit toutes les pénitences cette Me fous la charge de Robert Com-
qu'ils lui voulurent impofer, ainfi que te de Leyceftre , pour foutenir les ré-
nous le dirons. Le faint Archevêque ré- voltés.
véré comme martyr , fut canonifé l'an- Il fembloit donc que le malheureux ~~~
née fuivante -, ôc les frequens miracles père dût être accabié tout d'un coup : / ^"
oui fe firent fur fon tombeau , attelle- dans cette extrémité , il tourne les yeux
rent fi famteré. vers le ciel , s'humilie devant Dieu , le
Prefque toutes les années il y avoit réfout de traverler en plein jour la vil-
rupture , puis trêve ou paix entre les le de Cantorbie , nuds pieds, & cou-
deux Rois , foit pour leurs intérêts pro- vert feulement d'une vieille cafique fur
près, foit pour ceux de leurs amis ôcâe fa chair , ôc d'aller en cet état le prof-
leurs vaflaux. Mais Louis avoiteetavan- terner fur le tombeau de iaint Tho-
tage , qu'étant le fouverain Seigneur , mas. Il y palla le jour & ki nuit en prie-
il avoit droit de recevoir les plaintes res , avec des pleurs ôc des gémilk-mens
des valfaux de Henri , ôc de fe rendre indicibles > ôc ayant appelle tous les
1171.
1*73
fon Juge. Moines de cette Abbaye, les obligea
lien avoit foule vé nlufLure en Aqui- de lui donner chacun un coup de ver-
taine ôc en Normandie : cette année il ges fur les épaules. S; tôt qu'il fe fut
arma encore contre lui les propres en- remis bien avec Dieu, par la réparation
fans, Henri avoit marié (on fils aîné de la taute, il relfentit à<js effets pref-
LOUIS VIL ROI XL 207
que miraculeux de fon afllfcance > tous veaux fermens , fe promirent amitié
11 74* les ennemis turent terraffés; Louis qui envers 8c contre tous , 8c rirent réfolu- 11 77»
venoit de prendre Verneuil au Perche, tion d'aller enfemble en Languedoc
n'ofa le garder , & fe retire de devant pour exterminer les Hérétiques dont
lui : le Comte Leycetlre hit détait en nous avons parlé. Ils trouvèrent néan-
Angleterre , 8c tous ceux qui le fui- moins plus à propos d'y envoyer aupa-
voient tués ou pris , enfuite tout le ravant le Légat du Pape , avec quatre
Royaume réduit en moins de trente ou cinq autres Prélats , pour etïayer
jours -, ce Roi y étant palfé incontinent de réduire ces dévoyés par prédica-
après la défaite des rebelles. tions 8c par anathêmes. Ces deux
L'an fuivant Guillaume Roi d'Ecof- moyens ne turent pas inutiles , ils en
fe , fon capital ennemi , perdit la ba- ramenèrent beaucoup au giron de l'E»
taille contre fes Lieutenans , 8c demeu- glife , &c réprimèrent les autres pour
ra prifonnier avec la plupart de les Ca- un tems.
pitaines •, une furie ule tempête diflipa Durant le calme de cette paix , les
8c délabra la flote du jeune Henri, le deux Rois s'abouchèrent à Nonancour ll 7°*
Roi Louis qui avoit mené Philippe fur les confins de Normandie , 8c
Comte de Flandres aveciui , pour allié- propoferent de faire une féconde Croi-
ger Rouen , fut rudement repoulfé de fade , dont, à dire vrai , ni l'un ni l'au-
devant cette ville : de forte que voyant tre n'étoit plus capable.
Henri qui avoir repalfé la mer pour la Quelques mois après Louis , qui éroic
fecourir , 8c qu'il sapprêtoit à lui don- extrêmement catfé de vieilleife , ufanc
de la même prévoyance que fes prédé-
celïeursjréfolutde faire couronner Phi-
ner bataille , il entendit à une trêve de
quelques mois.
1177.
Pendant qu'elle duroit , le vieil Hen- lippe fon fils : mais étant arrivé que ce
ri patïà en Poitou , de dompta Richard jeune Prince tomba maladed'une frayeur
le plus mauvais de fes trois fils rebelles, qu'il eut de s'être égaré dans les bois
à quiilavoit donné ce pays-là pour fon comme il étoit à la chatTe , il fallut re-
partage. Après cet avantage, les autres mettre cette cérémonie, 8c elle ne s'ac-
rentrerent dans l'obéiiïance , &c les deux complit que l'année fuivante.
Rois fe portèrent facilement à la paix. Cependant comme la dévotion en-
Elle fut conclue entr'eux , 8c afin de la vers les reliques de faine Thomas de
mieux cimenter , Louis mit fa fille Alix Cantorbery croilfoit déplus en plus ,
entre les mains de Henri , pour la ma- par l'exemple même du Roi Henri ,
rier au Prince Richard , quand elle fe- qui de (on perfécuteur étoit devenu fon
roit en âge nubile. adorateur : le Roi Louis pailà en An-
Lorfqu'ils eurent goûté les douceurs gleterre , fit fes prières fur fon Tom-
de la paix un an durant, ilsprirent tant beau , 8c y laiffa de riches marques de
d'averfion pour les guerres 8c les brouil- fa piété. tmm
leries , qu'ils réfoîurent de n'y plus re- Enfin le Prince Philippe fut facré 8c 1179,
tomber. Tous deux fe fentoient déjà couronné à Reims, le jour de la Touf-
vieux, 8c tous deux avoient fujet de faint de cette année 1179. par Guillau-
craindre : l'un redoutoit les remuemens me Archevêque de cetre ville 8c Cardi-
de £qs trois fils trop braves , l'autre ap- nal , frère de la Reine fa mère ; le Duc
préhendoit pour la foiblefTe du fien qui de Normandie 8c Philippe Comte de
étoit unique & trop jeune. Tellement Flandres, tous deux Pairs, affiftant à
qu'ils confirmèrent la paix par de nou- cette cérémonie , 8c lui tenant la Cou-
2oS ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" 7. 'ronne fur la tète, (a) Le Roi Louis ne H entieprenoit avec plus de hardief- — — -.—
1 put s'y trouver , parce qu'il étoit déjà fe que de pi udence,& quelquefois mê- Il ^°«
atteint de paralylie. me contre la jultice; auili étoit- il peu
Peu après Philippe Comte de Flan- heureux en les entreprises , & d'ailleurs
dres , fidèle ôc affectionné envers lui , trop mol dans les affaires qui defiroienc
moyenna le mariage de fa nièce Ifabel- de la vigueur :mais religieux, doux, cha-
le-Alix , fille de fa fœur , 6c de Guil- ritable, bon, équitable, libéral &c vail-
laume Comte de Haynaut,avec lenou- lant autant qu'aucunPrincc de fonfiécle.
veau Roi qui étoit fon filiol ; & la trai- On ne lui peut reprocher que deux cho-
tant comme fa fille parce qu'il n'avoit fes ; l'une d'avoir répudié fa femme i
aucuns enfans , il lui donna en faveur l'autre, d'avoir fioutciiu la rébellion des
de ce mariage la Comté d'Artois , &le enfans du Roi Henri contre leur p.-re.
pays qui eft le long de la rivière du Lys. La dernière, fims doute, ne fepeutap-
La Reine mère n'étoit pas contente de peiler qu'une énorme injultice qui vio-
ce mariage, qui l'éloignoit de l'admi- loit les droits de la nature : mais quant
niihation des affaires , en y afrermilîant à l'autre , il faudroit fiçavoir parfaite-
le Comte de Flandres ; elle voulut for- ment bien la difpofition des affaires de
mer un parti , & fe cantonna dans (es ce tems-là , pour prononcer , comme
places : mais fon fils prévint fes def- font quelques modernes Politiques ,
feins , de forte qu'elle fut contrainte de que ce fut une lourde faute contre la
le retirer vers fes frères. prudence. Ils pourroient dire plus juf-
Avant que cette brouilleriefutentié- tement qu'il en eût fait une tiès-gian-
rement terminée, le Roi Louis mourut de contre l'honneur, de garder a Les
de paralylie dans la ville de Paris, le côtés une femme de cette humeur là.
dix-huitiéme jour de Septembre de l'an Et en la répudiant pouvoit-il garder fes
1 1 So. âgé , comme difent plufieurs , de terres î Quand fa confcience lui eût per-
près de foixante-dix ans , mais félon mis de les retenir, les Grands du Royau-
moi , feulement de foixante-trois à foi- me i'eLilfent-ils fouffert ? Et les peuples
xante-quatre , dont il en avoit régné de l'Aquitaine euifent-ils fi facilement
43. Son corps fut inhumé dans l'Egli- abandonné leur Dame naturelle,
le de l'Abbaye de Barbeaux, près de II eut trois femmes - , cette Alienor
Melun , où la Reine Alix fa femme lui d'Aquitaine , Confiance d'Efpagne , Cv
fit élever un tombeau de marbre blanc. Alix de Champagne. De la première
Le Roi Charles IX. étant à Fontaine- vinrent deux filhs , Marie & Alix , qui
bleau , eut la curiofité de le faire ou- épouferent les deux frères, Henri Com-
vrir : on y trouva fon corps prefque te de Champagne , Se Thibaud Corn-
rout entier, Se fes ornemens royaux à te de Chartres &c de Blois. Delafecoa-
demi confiâmes par la pourriture. Il de fortit Marguerite, qui fut mariée en
avoit des anneaux aux doigts , &c une premières noces avec Henri le Jeune
croix d'or au col : le Roi 6c les Princes Roi d'Angleterre; &c en fécondes avec
du Sang qui fe trouvèrent là préfens , Bêla III. Roi de Hongrie. De la troi-
les prirent pour les porter , çn mémoi- fiéme naquirent deux filles, cv un fils,
re d'un fi bon &c religieux prédéceiTeur. Des deux filles Alix fut fiancée à Kj-
* Du TiUcr die que ic privilège de facrer nos Rois a vcnioit noue en France depuis 1 1 4-. Il friit aud! remar-
Rcims vient de là : les aunes Evêques ayanc confenti quer que la Pairie de Reinis n'était, encore que Comté.
par déférence j>our l'Arshcvcquc Guillaume , qui aou-
L
h.trd
LOUIS VII. ROI XL; 109
chard d'Angleterre, puis mariée à Guil- pereur de Conflantinople. Le fils fut 8 "
laumeComtedcPontieu;&:Agnésépou- nommé Philippe , & régna après fon ll °°*
la Alexis Comnene , fils de Manuel Em- père.
CONSTANCE
II. FEMME
DE LOUIS LE JEUNE.
Confiance fut l'objet de la flamme féconde
De Louis , qui l'aima d'un parfait amour ;
Mais comme elle donnoit un nouvel aftre au monde >
Elle-même perdit la lumière du jour.
S 'Il eft vrai que Louis fut offenfé fonfe Roi de Caftille, par la plupart
des amours de fa femme Alienor des Hiftoriens nommée Confiance , de Confiance
dès le féjour qu'il fit en Antioche l'an par quelques autres Elizabeth, ou Bea- {j|Jj à ^ç^.
1148. je m'étonne qu'il l'ait confidé- trix ; elle pouvoit bien avoir l'un &k.
rée jufqu'à l'an 11 52. avec la même l'autre nom, ainu* que beaucoup d'au-
afFeclion qu'il lui avoir toujours por- très Princefïès & Dames de ce tems-
tée. Il femble qu'il l'aimoit encore là. Hugues Archevêque de Sens, qui
puifqu'il en eut une fille après fon re- avoir été envoyé Ambafîàdeur pour
tour en France; autrement il feroit faire cette recherche, l'amena en Fran-
dirficile de croire , qu'un homme de ce avec un train &c une magnificen-
cœur ayanr reconnu les adulreres de fa ce Royale. Elle fur reçue avec beau-
femme , en voulut avoir la compa- coup de joye , &c le Roi après la con-
grue , & moins encore avouer le fruit fommation du mariage , la fit couron-
qui ne feroir pas à lui. Ce qui m'a ner à Orléans en l'an n 54. Quelques
fait penfer que peur-être il n'apprit cet- mois après il fit un voyage en Efpa-
te mauvaife conduite, que lorfqu'il gne, foit pour accomplir un vœu qu'il
fut revenu dans fon Royaume. Je ne avoit fait à faint Jacques , foit pour
içai fi la parenté qu'il prit pour pré- trairer de quelques affaires avec les
texte de répudiation tut bien avérée, Princes de ce pays-là-, non pas pour
mais au moins il y eut des gens de s'enquérir fi fa femme étoit légitime,
marque qui la prouvèrent par ferment; ou bârarde : car à quoi eut fervi cela ,
Si bien que le mariage étant réfolu , puifque le mariage étoit confommé »
chacune des parties fe pourvût. Alie- Mais la vanité des Efpagnols, aufquels
nor fe jetta entre les bras de Henri véritablement nous avons cette obli-
II. Roi d'Angleterre qui l'époufa en- gation de nous avoir toujours donné
fuite; Se Louis demanda la fille d'Al- de bonnes Reines, nous penferoit faire
Tome 11. Dd
il*
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
croire que notre Roi fut bien honoré
d'époufer une fille naturelle. Elle n'é-
toit pas telle , mais effectivement née
d'un mariage irréprochable d'Alfon-
fe , qui pour avoir uni deux ou trois
petites Seigneuries , eut la vanité de
s'intituler Empereur des Efpagnes ,
avec Berengelle fœur de Raimond
Comte de Barcelone. La beauté de cet-
Té™ de te Reine éclatoit d'autant plus vive-
Coailance. mentj q U ' e ll e étoit relevée par les at-
traits de fa vertu. Sa rare modeftie &
fa pudïcité gagnèrent auili puilîam-
ment l'efprit du Roi que la méchante
conduite d'Alienor l'avoir offenfé; c'eft:
tout ce qu'en difent les Hiftoriens.
Confiance deux ans après fon mariage Samonran
devint grolfe , & la douleur de les H^* fe *
couches fut fi cruelle , qu'elle perdit
la vie en la donnant à une fille qui tut
nommée Marguerite , depuis mariée
en premières noces à Henri fils aîné
de Henri d'Angleterre , de après fa mort
en fécondes noces à Bêla Roi de Hon-
grie. Comme l'amour que le Roi lui
portoit n'avoit point de bornes , il
n'oublia rien de tout ce qu'il crut né-
celfaire pour honorer fa mémoire, Se
il la fit enterrer dans l'Eglife de faint
Denis , avec la plus magnifique pom-
pe funèbre que l'on eut encore vue»
ALIX
III. FEMME
DE LOUIS LE JEUNE
Ces Dames dont les noms font à jamais durables
N'ont rien eu de pareil au mérite d'Alix ;
Puifqu'elle a poffédé les dons les plus aimables
Dont l'efprit & le corps peuvent être embellis.
LEs enfans mâles font les richefïes
& la force d'un Souverain. Louis
n'en avoit point eu de fes deux pre-
mières femmes, c'eft pourquoi par l'a-
vis de fon Confeil il époufa Alix , fille
de Thibaut le grand Comte de Cham-
pagne. Il n'eut fçû trouver un parti
plus convenable à (on humeur , ni plus
avantageux à fon Etat. Avec les attraits
du vifage elle avoir les gentilLfies de
l'efprit , & la nourriture plus noble
qu'aucune Princclïè de l'Europe : car
•a Cour de Champagne étoit alors U
plus magnifique & la plus pompeufe
qu'on eût fçû voir. Les richefïes 8c les
grandes Seigneuries de Thibaud , à
caufe defquelles il fut furnommé le * *il«app«i-
Grand, ôc l'heureufe lignée dont il Jfj™^*
voyoit refleurir fa Maifon, y attiroit
de toutes parts la Heur des plus bra-
ves Chevaliers du Royaume. Ses deux
fils aînés , Henri furnommé le Large
(on fuccelfeur au Comté de Cham-
pagne , & Thibaut Comte de Blois ,
avoient époufé les deux filles du Roi
famés du mariage d'Alienor : Guillau-
ALIX.
m
me le plus jeune des quatre étoit Ar-
chevêque de Reims, & Etienne le troi-
•iîéme Comte de Sancerre, avoit pris
Ifabeau de Rofni : les trois premiè-
res filles; croient aufli toutes pourvues.
Notre Alix la plus jeune , mais la plus
accomplie des quatre , fut aulli la plus
heureufe, 6c couronnée Reine de Fran-
ce l'an 1 1 5 8. dans l'Eglife de Rheims.
Cette Princelle étoit d'une humeur
bienfaifante & libérale, fuivant les in-
clinations de fa maifon ik celles de
fon mari , qui le premier de nos
Rois Capétiens a mis fon Palais &c fa
fuite dans un Etat Royal Se convena-
ble à la Majefté de la France. Avec cela
elle chérilîoit les beaux Arts, fur -tout
la Poche & la Mufique , Se récompen-
foit libéralement les beaux efprits. La
Reine fatisfaifoit ainfi au contente-
ment de tous les François , qui n'a-
voient plus rien à defirer, finon qu'el-
le leur produifit un fils aufli Augufte
comme elle. Pour cette fin l'on fit des
procédions folemnelles , où la Reine
affilia avec tant de piété , que le Ciel
rouclié de fes prières lui donna Phi-
lippe , qui ayant été obtenu par la
faveur Divine, fut \ppd\cDUu- Donné.
Louis VII. eut encore deux filles, l'une
nommée comme fa mère , qui fut fian-
cée à Richard d'Angleterre, & ma-
riée à fon refus à Guillaume Comte
de Ponthicuj l'autre appellée Agnes,
mariée à Alexis fils d'Emmanuel Em-
pereur de Grèce. En reconnoiflance
d'un bienfait fi merveilleux, la Reine
obtint, de fon mari , qu'il bâtit en
l'honneur de la fainte Vierge l'Egli-
fe de Barbeaux , autrement dite, faint
Port fur Seine , où elle voulut être
enfevelie auprès de lui, travaillant le
refte de fes jours à lui drefTer un ma-
gnifique Tombeau , dont la matière
étoit d'argent maflif \ mais l'ouvrage
étoit beaucoup plus précieux , &: femé
de pierreries : Depuis la mort du Roi
fon mari , le refte de fa vie ne fut
qu'inquiétude , jufqu*à ce qu'elle lui
alla tenir compagnie vingt cinq ans
après, fçavoir, l'an 1205. Elle fut in-
humée en l'Abbaye de Pontigni en
Bourgogne , & l'on tient qu'elle fonda
celle du Jard près de Melun.
l JL J
Dâ ij
X12.
PHILIPPE II.
• SURNOMME' AUGUSTE,
OU LE CONQUERANT,
R O I X L I.
Agé de quinze ans.
Un Prince qui peut être & conquérant & jufte ,
Sans opprimer Ton peuple , amaifer des tréfors ,
Enrichir le dedans , & s'accroître au dehors ,
Peut bien fans fe flatter , prendre le nom d'AuGUSTB.
PAPES.
Encore Alexandre III. rj an fous ce
régne.
Luce III. élu le 29. Août 1181.S. 4.
ans 2. mois 18. jours.
Urbain III. élu le 2$. Novembre 1 i8y.
S. 1. an , & près de u. mois.
Grégoire VIII. élu en Octobre 1 187.
S. un peu moins de deux mois.
— - ' "T\^ s k vivant de Louis le Jeune les
t 1 ï .«,« JLx affaires avoient commencé d'être
Empereurs — ^ , .
Alexis 11. fils gouvernées ious le nom de Philippe , <x
fl " ^"V sl ' par les foins, comme je crois, de Philip-
1" y. âns,&pe d'Alface Comte de Flandre, qui
encore fede- étoit fon tuteur , fon gouverneur cVr
fon parrain. Il ne conferva pas cette
autorité un an entier ; la Reine Se la
Maifon de Champagne la lui difpu-
tant, le jeune Roi remit fa perfon-
ne éc l'adminiflration de fes affaires à
Robert Clément Seigneur du Mez en
Gâtinois , que Ion père lui avoit don-
Clément III. élu le 6. Janvier 1188.
5. 3. ans 2. mois.
Celestin III. élu le 12. Avril 1191. S.
6. ans 9. mois.
Innocbnt III. élu le 9. Janvier 1198.
S. 18. ans 6. mois 9. jours.
Honoré III. élu le 17. Juillet 12x6. S.
io. ans , 8. mois , dont 7. pendant ce régne.
ne pour Gouverneur. Il le fit Maré-
chal . de France pour l'aurorifer da-
vantage •■, Se ce Seigneur étant mort
deux ans après, il donna la même auto-
rité Se la même charge encore à Gilles
fon frère, puis fucceffivement à Albenc
Se à Henri , enfans de Robert -, de forte
qu'elle devint comme héréditaire dans
cette Maifon , Se donna à leur Terre le
nom de Mez-le-Maréchal.
La jaloufie du fouverain commande-
ment caufa une ligue entre les Grands
du Royaume , Se plusieurs ravages Se
1 1S0.
1 181.
PHILIPPE II. ROI XLI. ii
dcfolations. Le Comte de Sancerre , die à la Cour : 8c ce Confeil fe trouva
ll ° l * qui s'étoit déclaré le premier , eut été plus politique encore que Chrétien , u!)1,
accablé par les armes du jeune Roi , d'autant que par ce moyen le Roi tira
s'il n'eut eu recours à fa miféricorde. de bien plus grandes fommes des Juifs,
Toutes ces brouilleries cefférent lorf- qu'ils ne lui en eulfent donné pour les
qu'il fut en âge de prendre le timon maintenir.
lui-même. Il choifit alors pour chef Dès fon avènement à la Couronne,
de fon Confeil Guillaume de Cham- qui fut en 1180. fon Confeil délirant
pagne , Archevêque de Sens , fon on- fanctifier fon nouveau régne , fit pu*
cle, ( c'étoit en n 84. ) lequel fe con- blier un Edit contre ceux qui pro-
ferva dans ce pofte jufqu'à fa mort. noncent ces horribles blafphêmes qui
Les routes de piété & de juftice que font compofés du nom 8c des mem-
le père 8c l'ayeul de Philippe avoient bres du fils de Dieu * ; les condamnant * Cot-im?
tenues pour fortifier leur autorité , les à payer certaine amende pécuniaire , Têce - bicu >
avoient fort avancés dans leurs delfeins : s'ils étoient gens de condition; 8c à"
il fut donc confeillé de les fuivre -, être jettes dans l'eau, s'ils ne l'étoient
ainfi ayant embralfé la protection des pas.
Eglifes , il alla réduire à main forte Poufie du même zèle , il fit faire v .
Ebles, Seigneur de Charenton en Berry, une exacte recherche de tous Ceux qui
Imbert , Seigneur de Beaujeu en Lyon- étoient aceufés d'héréiie , St en envoya
nois, 8c Guy Comte de Châlon fur plufieurs au feu. Il fignala encore fa
Saône qui opprimoient les Eccléfiafti- piété par l'expulfion des Comédiens ,
ques. Jongleurs 8c Farceurs, qu'il chaffa de
Mais fesMiniftres contrevenant à fes fa Cour comme gens qui ne fervent
pieufes maximes, lui firent une grande qu'à flater 8c à 'nourrir les voluptés 8C
querelle avec Guy Archevêque de Sens la fainéantife , à remplir les efprits
touchant les Juifs. Cet Archevêque fe oifeux de vaines chimères qui les gâ-
roidifloit à faire obferver le Décret que tent ; 8c à caufer dans les cœurs des
le Pape Alexandre III. avoir fait con- mouvemens déréglés , que la fageffè
tr'eux l'année précédente dans le Con- 8c la Religion nous commandent fi fort
cile de Rome -, par lequel il défendok d'étouffer. Les Princes avoient accou-
de tenir dorefnavant aucun Chrétien tumé de faire de beaux préfens à ces
en fervitude. Les Miniftres du Roi au gens-là, 8c de leur donner leurs plus
contraire, intérelïes fans doute par ces précieux habits : mais lui étant perfua-
circoncis , qui avoient en ce tems-là dé , comme le dit Rigord fon Hifto-
le plus clair argent du Royaume, les rien, que donner aux Rijlrions -, cé-
foutenoient ouvertement, 6c s'oppo- toit facrificr au diable, aima mieux fui-
foient à l'exécution du Décret. Néan- vre l'exemple du faint 8c charitable
moins cette caufe étant fort odieufe , Empereur Henri I. qui avoit fair vœu
il fallut qu'ils les abandon naflent -, 8c de faire vendre les liens, pour en eœ-
même le Roi les chaffa de fes terres , ployer l'argent à nourrir 8c entretenir
8c confifqua leurs biens fonds : ( car les pouvres.
alors ils en poffédoient beaucoup) leur L'an 11S5. il entoura de murailles "~~7
permettant feulement d'emporter leur le parc du Bois de Vincennes , & le
argent 8c leurs meubles. Il en ufa ainfi peupla de bêtes fauves que le Roi d'An-
par l'avis de Frère Bernard , fimple gleterre lui envoya. En divers temps
Hermite demeurant au Bois de Vi»- il fit fermer 8c remparer de murs 8c
eennes , mais homme de grand eré- de fofles toutes les villes 8c terres de
2i4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
-- fon Domaine , ôc enjoignit au Prévôt tereaux , qui défoloient alors cette Pro- — ■
11 >' ôc principaux Bourgeois de Paris de vince , il leur donna quelques troupes ll %l>
paver leurs rues qui étoient toutes plei- pour les réprimer. Avec ce renfort ils
nés de boue ôc d'ordure. Ce qu'ils combattirent ces voleurs, ôc les atïom-
exécuterent fuivant fes ordres •, ôc ils nièrent tous , fans pardonner à pas un
l'eu lient fait avec bien plus de joye , feul : il en fut tué plus de neut mille.
fi ce n'eut pas été à*leurs dépens. Ils étoient pues qu'Hérétiques 5 ils fe
L'an 1185. Henri Comte de Cham- mocquoientinfolemmeut de la Religion
pagne, à caufe de fes magnificences ôc li- ôc de les Minières , appeiloient les Prê-
béraiités , furnommé le Large , étoit très des Chamerres , les fouftletoient ,
mort dans fa ville de Troyes, au te- les battoient outrageufement , les em-
tour de fon voyage en Terre-Sainte -, prifonnoient Ôc les rançon noient. Ils
ôc avoir lai lie deux fils, Henri furnom- rompoient les calices ôc les ciboires,
mé le Jeune , ôc Thibaud , qui tous jettoient les hoities par terre , ôc don-
deux fuient lucceilîvement Comtes de noient les coiporaliers,&:les faciès lin-
Champagne ; Ôc une fille nommée Ma- ges de l'autel à leurs vilaines , qui s'en
rie , qui à trois ans de là époufa Bau- faifoient des coerfes ôc des guimpes. Je
douin Comte de Haynaut , depuis trouve que ces canailles s'appeiloient
Comte de Flandres, ôc Empereur de auffi Paillards , Pakarii , à mon avis,
Conftantinople. C'elt ce Henri qui cou- parce qu'ils couchoient touspclle-merle
pa la rivière de Seine à Troyes en plu- ôc fe veautroient fur la paille,
(îeurs canaux, afin d'y établir diverfes Les Seigneurs particuliers ayant eu de-
Manufaclui es qui font vivre aujour- puis longtems la licence de Je faire la
d'hui un très-grand nombre d'ouvriers, guerre après un défi qu'ils s'envoyoient ,
& apportent beaucoup d'utilité à la il s'en enfuivoit des meurtres & desfacca-
ville & à la Province. Quels monu- gemens continuels. Les Evéques & quel-
mens font plus dignes d'un Prince ques Seigneurs des plus fages du Roy au-
Chrétien , ou ceux de la paix , ou ceux me, avoient tâche d'y remédier des l'an
de la guerre \ 1044. ayant ordonné la T r é v e ou
Dans la même année 1183. le jeune Paix de D 1 e u , pour les différends des
Henri Roi d'Angleterre , âgé feulement particuliers durant certains tems de l'an-
de vingt-huit ans , mourut dans le Châ- née , & certains jours de lafemaine , avec
leau de Martel en Quercy -, non peut- de tres-rigoureufes peines contre les in-
être fans quelque punition divine, de fracleurs^jufques-làqu'onpouvoit les tuer
s'être fouvent , ôc même encore à cette dans les Eglifes, quifervoient a" a files à
heure-là , révolté contre fon père, qui tous les autres crimes les plus énormes.
étoit allé en ce pays-là avec une armée Raimond Bercnger, Comte de Barcelon-
pour le ramener à fon devoir. Aulîi ce ne , lavoit établie dans fes pays l'an
Empereurs jeune Prince fe voyant proche de fa fin, 1060. Guillaume le Conquérant en An-
c NI>P <en^ C d° nna de grandes marques d'une vraye gleterre & en Normandie l'an 1 08 O. le
qui étrangla contrition : il vêtit le cilice, fe fit met- Concile de Clermont l'avoit confirmée l'an
Alexis, r. 1. tre j a cor d e au co l f &; voulut mourir lof)5- & celui de Rome l'an 11 02.
tours Fede-" couché fur un lit de cendres. Sa veuve Or comme ces trêves étoient mal ob-
iue 1. Marguerite de France , fecur du Roi Phi- ferrées , & qu'à loccafwn principalement
lippe , fut dépuis remariée à Bêla I II. de la guerre qui étoit entre le Roi d Arra-
du nom, Roi de Flongrie. gon & Raimond Comte de Touloufe ,les
Les peuples de Berry ayant porté leurs Provinces du Languedoc & de la Guy en-
plaintes à Philippe, des ravages des Co- ne , étoient miférablement tourmenté? de
P H I L I P P E I I. R O I X L L 21 5
— r— " factions , de meurtres & de brigandages: tenir , paifa la Somme avec une grofTe ■
IJ ®4* un certain Charpentier nommé Durand , armée , & vint jufqu'à Senlis. Le Roi "H»
qui paroi ffoit homme (impie , trouva le monta à cheval \ à la nouvelle de fa
remède à ces calamités , & avec cela le marche le Comte rebrouffa fur fes pas ,
moyen de s'enrichir. Il offrira, que Dieu ik. alla alîïéger Corbie -, mais il en dé-
lui avoit apparu dans la ville du Puy en campa aufîi tôt pour le même fujet. Le
Auvergne, lui commandant d'annoncer Roi ne l'ayant pu joindre, alîiégea le
la paix , & qu'il lui avoit donné pour Château de Bobant \ les deux armées
preuve de fa mifjîon , certaine image de s'approchèrent pour le charger, & le
la Vierge qui/ montroit. Tellement que Comte eut la hardiefTe de préfenter la
fur fa foi, les Prélats , les Seigneurs & bataille au Roi, de de lui envoyer un
les Gentilshommes s étant afjemblés au défi. Quelques entremetteurs arrête-
Puy , le jour de la fête de V Affomption , rent leur împétuofité , & firent la paix ;
convinrent tous entreux , par ferment le Comte relâcha tout le Vermandois ,
fur les faints Evangiles , de mettre bas à la réferve de Peronne & de S. Quen-
toutes animojitès , & d'oublier toutes in- tin : toutefois on lui en lailïà la jouif-
J lires, & firent une fainte Ligue pour ré- fanée fa vie durante
concilier les efprits , & pour entretenir la A cet accommodement, le Roi ap- ' *
paix, qu'ils nommèrent la Vai-X-VeDizii. pelia tous les Evêques , Abbés, Corn- *"
Ceux qui en étoient , portoient fur leur tus ÔC Barons qui fervoient en fon ar- is^ac^'an-
poitrine l'efampe de cette image de No- mée , avec leurs arnere-Vailaux ; tel cer. io. ans,-
tre-Dame en plomb ,& fur leur tête des étoit alors le droit des François. Du-: 5 e tou i°« rs
capuchons de linge blanc que ce Charpen- rant cette guerre la Reine fe retira d'au-
tier leurvendoit. Cette invention eut tant près du Roi , qui ne la traitoit pas bien s
de pouvoir fur les efprits , qu'un homme peut-être parce qu'il la voyoit trop por-
avec ces marques-la étoit non-feulement tee pour les intérêts de fon oncle ; mais
en fureté, mais auffi en vénération parmi dans cette féparation, elle fe gouverna
fes plus mortels ennemis. Mais comme les avec tant de lagelïe ôc de patience , qu'il
plus grands abus viennent des plus falu- la rappella , quoique d'abord il eût ré-
taires établiffemens , il arriva que les pay- folu de la répudier, fous prétexte de
fans fe trouvant forts par l'union que ces parenté, & que tous les Èvêques de
chaperons faifoient entreux , commence- Cour y donnaiïent leur confentement,-
rent à s'attrouper &à menacer la Noblef- à la rélérve de celui de Senlis , qui eue
fe , qui en effet étoit la caufe de tous leurs plus de conicience ôc d'honneur que
maux : de forte que quelques Seigneurs de complaifance.
fe mirent à leur courir fus ; entr autres La paix faite avec le Comte deFlan-
lEvêque d'Auxerre qui en ayant maffa- dres , Baudouin Comte de Haynauc
crè un grand nombre , chafja tous Us au- fon héritier , époufa Marie de Cham-
tres de deffus fes terres. pagne , tante du Roi : les noces en fu-
Soit que les Princes de Champagne , rent célébrées à Château-Thierri.
frères de la Reine -mère , eulTent gagné Un peu après le Patriarche de Jéru-
le deffus à la Cour , & mis mal le Com- falem , & le Prieur de l'Hôpital de faint
te de Flandres auprès du Roi, foit pour Jean , députés de la part des Chrétiens
quelqu'autte fujet , le Roi le fomma de de la Terre-Sainte , apportèrent ies
lui rendre le Vermandois , que Louis clefs de la Sainte Cité au Roi Philippe,
VIL ne lui avoit donné , à ce qu'il pré- implorant fon fecours, & lui repréfen-
tendoit , que pour un certain tems. Le tant l'extrême danger où elle étoit ré-
Comte très-puiiîant s'y voulut main- duite. Il les avoit portées trois ans au-
ne»
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
paravant avec la même fupplication au Gefroy Duc de Bretagne & frère de — ~ —
{ l ^5« Roi Henri d'Angleterre , qui étoit na- ce Henri d'Angleterre , qui étoit mort IlS ".
turel héritier de ce Royaume-là , com- il y avoit deux ans , étant venu à Paris
me fils de Gefroy Plante-Geneit , qui pour voir le Roi qui le chériffoit ten-
l'ctoit du Roi Foulques ; mais ce Prin- drement , mourut de maladie à Chaîn-
ée étant alors en guerre avec fes enfans, peaux. Il fut inhumé dans Notre-Dame
ne s'étoit pas mis en peine de leur don- de Paris. Champeaux eft le lieu où l'on
ner le fecours qu'ils demandoient. Le a depuis bâti l'Eglife &c le cimetière de
Roi Philippe ne fit pas de même -, car S. Innocent. De fa femme Confiance >
ayant tenu une grande afTemblée de Pré- fille &c héritière de Conan Duc de Bre-
lats &c de Seigneurs à Paris , il leur en- tagne, il avoit une fille nommée Alie- •
joignit de prêcher la Croifade , & de la nor , &c un fils unique âgé feulement
publier par tout : cv cependant il en- de trois mois. Les Bretons lui donne-
voya à la Terre-Sainte un fecours con- rent le nom d'Anus, en mémoire de
fidérable de cavalerie de d'infanterie à ce fameux Roi que les Romans font au-
fes dépens. teur des Chevaliers de la table ronde ,
La même année les plaintes du Cler- &c de tant de hauts faits d'armes. Il de-
gé de Bourgogne, que le Duc Hugues meura fous la tutelle de fa mère, &c
avoit pillé, 8c celles du Seigneur de fous la protection du Roi , malgré tous
Vergy, dont ce Prince afîiégeoit le Châ- les efforts du vieux Henri, ck de Ri-
teau , l'obligèrent à marcher de ce cô- chard fon fils , qui firent plufieurs en-
té-là , de d'afliéger Châtillon fur Seine, treprifes pour fe faiiir de fa perfonne ,
le plus fort boulevart de ce rebelle. Le- afin de s'emparer de la Bretagne. Conf-
quel voyant que fa place avoit été pri- tance veuve de Gefrov époula depuis ,
fe d'aiïaut , vint humblement fe jetter Guy Seigneur de Thouars.
à fes pieds, & fe foumettre à fes com- La mémoire de Gefroy efi encore au-
mandemens , promettant de payer jourd'huifort célèbre che^ les Bretons , à
30000. liv. de réparation au Clergé, caufe de cette Loi qu'il fit dans fon Par-
& donnant quatre Châteaux en nantif- lement ou Etats Généraux , & qu'on
fement , qui pourtant lui furent rendus nomme l'Assise du Comte Gefroi :
à quelque tems de-là \ fans doute par- par laquelle il fut ordonné que dans les
ce qu'on eut befoin de lui. maifons des Barons & des Chevaliers ,
Tt Je trouve qu environ ce tems , un Gi- les partages ne fe feroient plus également
rard de Poifjy qui manioit les Finances , comme ils fe faif oient auparavant ; mais
y remit de fon propre fonds once mille que l'aîné recueilleroit toute la fucccffion>
marcs d'argent. Il efi à croire qu'il Us & en feroit telle part à fes puînés qu'il
avoit gagnés avec le iloi , mais quoi qu'il aviferoitavec les autres parens. Cette por-
en fait , on peut dire que cet exemple fera don a été depuis réglée au tiers pour tous
toujours unique , & qu'on ne verra ja- les puînés , à viage pour les mâles , &
mais de Financier qui le veuille imiter , en héritage pour les filles. Avec le tems
quelque chofe quon faffe , ces gens-là les autres Gentilshommes , pour ne pas
iront plutôt (a) à la mort , que de venir céder aux Barons , voulurent y être com-
à reftitution. Ainjl il fera toujours plus pris.
sûr & plus aifé de les empêcher de pren- Sur la fin de l'an 1 186. la guerre fe
dre , que de les obliger de rendre. ralluma entre le Roi Philippe & Henri
[a) Dans ! é licion Je 1668. il y avoir au ybet
d'Angleterre ,
PHILIPPE II, ROI XLI. 117
■ d'Angleterre, pour deux fujets. L'an defcendoit en ligne mafculine de Chii- ' „_""
7' étoic que Richard refufoic de rendre debrand frère de Charles Marrel : ou
hommage au Roi de fa Comté de Poi- bien ils croyoient que la Noblelle du
tou , fe tondant peut-être fur ce qu'elle Sang Carlien venoit de la branche &c
relevoit immédiatement de la Duché de la perfonne de Charlemagne , non
d'Aquitaine ; l'autre , que Henri dirfé- pas de celle de fes collatéraux,
roit de reftituer G i fors 6c autres places Ces réjouhTances furent interrom-
du Vexin que Louis VII. avoit don- pues parles mauvaifes nouvelles qui fu-
nées en dota Marguerite qui n'avoit rent apportées du Levant fur ia fin d'Qc-
point d'enrans du jeune Henri. Philip- tobre. Baudouin furnommé le Ladre,
pe fins s'arrêter aux négociations dont parce qu'en effet il l'école , ayant iuccé-
il penfoit l'amufer , l'attaqua du côté dé à fon père Amaulry dans le Royaume
du Berry,prit d'abord IlIoutlun,& après de Jérufalem , ne vécut que peu d'an-
alîiégea Château-Raoul. L'Angiois &c nées ,& le laiiTa à Baudouin V. qui étoic
fon fils vinrent au fecours , 8c envoyé- fils de fa fœur Sibylle & de Guy de Lu-
rent demander bataille. Philippe jeune zignan. Ce Guy, comme tuteur de fon
&c brave accepta le défi : mais les deux fils , ayant pris le gouvernement du
armées étant rangées, le cœur manqua Royaume , Se Raimond Comte deTri-
à Henri , il fit parler d'accommodé- poly le difputanc , leurs brouilleries
ment , promit fatisfa&ion à Philippe , achevèrent de ruiner les affaires des
& lui laifla Ilfoudun pour les frais de Chrétiens en ces pays-là - t car ia rage de
la guerre. Raimond fut fi turieufe , qu'il porta Sa-
Le croifiéme de Septembre, Louis ladin à rompre la trêve, 8c à tourner
premier né du Roi Philippe vint au fes forces contre les Chrétiens de Syrie,
monde. La ville de Paris en témoigna Saladin étoit Roi de Syrie & dEgyp-
tant de réjouilîance , que ds toute une te , fon mérite fécondé par la fortune ,
femaine, elle ne fit qu'un jour conti- l avoit de bas lieu élevé à cette haute puif-
nuel de fèce , chailant les ténèbres de lance. Apres qu'il eut remporté plufîeurs
îa nuit par la lumière d'une infinité de victoires fur les Chrétiens , une entrau-
fiambeaux de cire. très ou il prit Guy de Lufignan , Roi
Un Poëte a écrit que la Reine fa me- de Jérufalem , & la vraye Croix , que
re , grofïe de quatre ou cinq mois , étant lEvêque dAcre portoit à la tête des trou-
allée à Notre-Dame rendre grâces à pes ; il leur arracha les villes a" Acre , de
Dieu , de ce qu'elle avoit fenti remuer Barut , Sayde, & enfin la fainte Cité.
fon enfant dans fes flancs , on y vit qua- Elle fe rendit après quinze jours dejîége,
tre lampes s'allumer d'elles-mêmes , le deuxième d'Octobre ii8j. & enfuite
comme pour marquer la future fplen- soute la Terre-Sainte , à la réferve de
deur de l'enfant qu'elle portoit dans Tyr , Tripoly , Antioche, & quelques
.fon ventre: mais pourtant fa lumière places fortes.
fut éteinte dès la quatrième année de A infi finit le Royaume de Jérufalem,
fon ré a ne. n ayant duré que 88' ans. Comme il
L'Hiftoire remarque que la nailîance avoit été conquis par le %èle & la vertu
de ce Prince fut un grand & extraordi- des Chrétiens , il leur fut Ôtépar tinjufle
naire fujet de joye aux François, à eau- jugement de Dieu,, lorfaue leurs péchés
fe qu'il defcendoit par femmes du fang furent devenus plus énormes que ceux des
de Charlemagne, le plus noble qui ait Mahomctans. Le titre de ce Royaume ,
jamais été au monde. Ils ne feavoient après avoir pajjé ambitieujement par di-
.pas en ce tems-là , que Hugues Cape.î v.erfes maifons de f rinces ? fait partie au-
Tome Ile ke
ii8 ABREGE CHRONOLOGI QU E
*- jourdhui des titres du Roi Catholique. k Comte Ton beau-frere , Se faire <ii ver-
1 187. ^ cette funeite nouvelle , qui arriva fïon , fe jetta dans le Berry, enleva ton- 1 1 $$.
fur la fin de cette année 1 1 87. tous les tes les places que l'Anglois y polfédoit ,
fidèles jetterent les hauts cris : il n'y eut donna la chaire au vieil Henri qui y
jamais de douleur lï grande ni iï uni- étoit venu avec une armée , Se le pour-
verfelle que celle-là. Le Pape Urbain fuivit jufqu aux frontières de Nor-
III. en mourut de douleur. Les Rois mandie.
Philippe Se Henri en étant fenfiblement Ils eurent là quelques rencontres,
touchés , s'abouchèrent entre Gilors Se l'une près de Giibrs d'où Henri fut
Trie,& réfolurent de prendre ia Croix, chafle : l'autre auprès de Mantes qu'il
pour recirer les laines lieux d'entre les vouloit alîiéger avec une nombreule ar-
mains des Infidèles. Grand nombre de mée , mais le brave Desbarres l'Achille
Prélats Se de Seigneurs fuivirent leur de ce tems-là le repoufla. vigoureufe-
exemple. ment. Les autres François Se les An-
En mémoire de cette entrevue ils glois ne font pas d'accord des fuccès
drefterent une Croix dans le champ où de ces guerres : les premiers donnent
ils s'étoient croifés , Se le promirent mu- toujours l'avantage à leur Roi , les au-
tuellement de laitier tous leurs difté- rres toujours à leur Richard. Ces Prin-
rends en tel état qu'ils étoient, jufqu'a- ces étoient tous deux li braves, qu'ils
près le retour de cette iainte expédi- pouvoient vaincre par tout où ils ne fe
tion. Cependant ils rirent tous deux rencontroient pas tète peur tète,
des exactions intolérables fur leurs peu* L'hyver donna trêves à leurs armes. o ""
pies pour fubvenir aux frais de ce voya- Cependant Richard qui avoit vaillam-
ge d'Outremer. Entr'autres Philippe ment combattu pour Ion père , en Ber-
ayant alfembié un grand Parlement à ry Se en Normandie, fe brouilla avec
Paris , au mois de Mars de l'année 1 188. lui, & fe jetta entre les bras de Philip-
il y fit réfoudre par les Evèques Se les pe. Son mécontentement procédoit de
Barons, qu'on prendroit la dixième par- ce que le père différoit de lui délivrer
rie de tous les biens meubles & immeu- Alix de France fa fiancée, & la terroit
blés de toutes perfonnes , tant Ecclé- étroitement enfermée dans un Château,
fiaftiques que Laïques ; excepté feule- Quelques-uns ont cru que ce vieillard
ment des Leproferies , des Moines de avoit d'autres yeux pour elle, qu'il n'eût
Citeaux , des Chartreux 8c de Fonte- dû en avoir pour la femme de fon fils ;
vrault. On nomma cet impôt la Dinie Se d'ailleurs en achevant le mariage, il
SaLadine (a), eût été obligé, fuivant les articles du
Alors qu'on fe préparoit avec un zele contrat, de faire couronner fon fils,
incroyable pour cette expédition , le Se de lui donner le titre de Roi.
Prince Richard, pour je ne fçai quelle Le Moine Rigord Phyjïcien * de Phi- * Cci ' x
petite injure reçue d'Alfonle Comte de lippe , raconte dans fHiftoire de ce Roi; C1 "'*"-'
Touloufe , renouvella la vieille préten- que lui étant à Argemeuil , comme la
tion de fa mère Alienor fur cette Coin- Lune étoit en fon plein & la nuit fort
ré, Se s'efforça de l'envahir par les ar- claire , peu avant le point du jour , U
mes. Aullî-tôt Philippe pour dégager Prieur de ce Monaftere & plufieurs Rc-
(a) L'.-ui i»8S. les nouvelle"; émut venues que Sdi.i • cefliré, pren Jroit la dixième partie des revenus de cette
«lin s'éroit emparé de la Terre Sainte , Philippe Au^uite annét-Li : c'efl ce qu'on appelle Dîmes Saladincs. Traité
aîïembla un Concile ou Parlement à Paris, où il fut ré- de l'autorité des Rois , pr,r M. Rolland lé Vayer dcBou-
folu une Croifadc ; 3c que le Roi à caufe de l'niilaïuç ne- Mgny , publié fous le uoin de M. Talon , pag. p 3.
PHILIPPE II. ROI XL I. 219
' ligieux virent cet Ajlre fe détacher du tuanc Gifors &c tout le Vexin pour la
1 1 09. Ciel, & defeendre en un moment à terre : dot de fa femme Alix. J
oïi s y étant arrêté quelque tems comme Les deux Princes ainfi unis d'une ami-
pour reprendre force , il remonta tout tié qui paroiiïoit toute cordiale , 8c fi
doucement &fe remit enfon lieu. forte , qu'on eut dit que rien n'etoit
La guerre fe continuoit vivement capable de la rompre , fe difpoferent
entre les deux Rois , &: l'Anglois avoir pour l'expédition de la Terre-Sainte --,
les propres fils contre lui. Au printems & donnèrent le rendez-vous à leurs gens
fuivant Philippe fe mettant en campa- de guerre à Vezeiay. La mort de la Rei-
gne , conqueita tout le pays du Maine ne Ifabelle } qui étoit arrivée au mois-
ir la ville du Mans, la Touraine tk de Mars, ne retarda point la réfolution
la ville de Tours , dont les ponts étant de Philippe. Il alla , félon la pieufe cou-
rompus , il trouva lui-même , comme tume de nos Rois , rendre les devoirs
par miracle , un gué dans la Loire , aux ChâiTes de Saint Denis ôc de fes
qu'il montra à fon armée. Compagnons Martyrs 5 il prit deux
Au même tems Jean furnommé fan« étendarts fur l'autel 5c reçut dévote-
Terre , troifiéme fils de Henri , prit ment le bourdon ôc la malette de la
aufîl les armes contre fon père. Cet in- main de Guillaume Archevêque de
fortuné vieillard ne fçachant plus de Reims 9 fon oncle , .& Légat du Saint
quel côté fe tourner , partit de Chinon Siège en France. Ce fut le jour de la
êc s'avança vers le Roi Philippe pour Saint Jean-Baptifte nço.
lui demander humblement la paix. Phi- Les deux Rois s'etant rendus à Veze-
lippe la lui accorda facilement Se récon- lay , ôc ayant conféré de leurs affaires
cilia Richard avec lui , à condition communes , en partirent vers le 6. de
q«e l'un des deux l'accompagneroit à la Juillet , & allèrent s'embarquer , Ri-
Terre-Sainte. Mais il ne put raccom- chard à Marfeille , fk Philippe à Gen-
moder Jean fans Terre , ou peut-être il nés. Tous deux abordèrent en Sicile ,
ne le voulut pas , afin de laiûer toujours Richard le dernier -, mais Philippe moins
un levain de difeorde dans cette mai- heureufement que lui , parce qu'une
fon -là. tempête le força de jetter une partie de
Henri aufll malheureux en guerre fes chevaux ôc de fon équipage en la
qu'il l'étoit en enfans , accablé de hon- mer.
te ôc de chagrin , ôc leur ayant donné Avant que partir , Philippe avec le
fa malédiction, fans que les Evêques congé* & l'agrément de tous fes Barons, * Ac fP ri *'-
pulient [obliger a la révoquer , mou- donna la tutelle de ion fais ce la garde n ji, us Barcni-
rut trois jours après qu'il fut de retour du Royaume à la Reiae fa mère Alix de bus.
à Chinon. On inhuma fon corps dans Champagne , & à Guillaume Cardinal
i'Eglife de l'Abbaye de Fontevrault qu'il Archevêque de Reims , frère de cette
avoit fondée-, pas un de fes enfans PrincelTe. Mais de peur qu'ils n'en abu-
n'ayant pris le foin de lui aller rendre falïènt , il lailla un ordre autentique par
Iqs derniers devoirs. écrit , ligné des grands Officiers de la
Richard fen fils aîné lui fuccéda , 6c Couronne , qui bornoit leur puifTance
fut couronné à Londres avec la céré- &c leur preferivoit leur leçon en beau-
monie que décrit Mathieu Paris. Alors coup de chofes. Entr 'autres 9 il vouloir
Philippe fon beau-frere lui rendit gé- qu'ils donnalïènt les Bénéfices vacans
néreufement tout ce qu'il avoit conquis en régale par le ccofeil cle frère Bèr-
fur le père, horfmis Illoudun &: les fiefs nard , ce dévot Hermire qui avoit fa
ciu'il polfédoit en Auvergne , lui confti- cellule au bois de Vincennes , & que
Le ij
1 191
zio ABREGE CHRONOLOGIQUE
" ' durant fon abfence il ne fur point levé veuve époufa Philippe qui croit con-
ll 9°* de tailles par les Seigneurs fur leurs current d'Othon IV. à l'Empire. 119°'
terres , ni même en cas qu'il vint à Ce fut donc Tancrede qui reçut les
mourir , parles Régens pendant la mi- deux Rois à Àieiline , où ils arrivèrent
norité de fon fils. au mois d'Août. Ils y féjoumerent plus
Il ordonna aulli aux Echevins de Pa- de iix mois. Pendant ce tems-là, Ri-
ris , qu'ils enflent foin de le fermer de chaid eut un grand démêlé avec Tan-
murailles qui fullent flanquées de tours, crede , pour les pactions dotales de fa
Il n'y fut point fait de foliés pour lors y fœur Jeanne , veuve du Roi Guillau-
la clôture du côté droit de la rivière a me , que cet ufurpateur vouloir rete-
été fouvent aggrandie ëc changée. Les nir. Il penfa fouvent en venir aux mains
Bourgeois des autres Villes à leur exem- avec lui , &c fut fur le point de don-
pie , fe piquerenr auiE d'enceindre les. ner l'alfàut à la ville de Mefline. Tou-
leurs & de les remparer. tefois la médiation de Philippe obli-
Roger Roi des deux Siciles avoit été gea Tancrede à lui payer 60000, onces
marié trois fois. De fa première femme d'or, dont il en eut un tiers pour la
il avoit eu un fils nommé Guillaume , peine. Après cela Richard palîant d'une
fûrnommé le Mauvais , &. de fa troi- extrémité à l'autre, fans qu'on en fçut
fiéme une fille qu'on appeila Conftan- le fujcr, prit autant d'amitié pour ce
ce. Guillaume régna j 6c fon fils de bâtard qu'il avoit eu de coleie con-
même nom , mais de lurnom tout con- tre lui.
traire , car on l'appella le Bon , tint le Or Tancrede , foit qu'il fut vrai , "
feeptre après lui. Confiance étant âgée foit que ce fut un diabolique artifice ,
de trenre ans, 6c non point Religieufe, montra des lettres à Richard , qu'il.
Empereurs comme quelques-uns ont voulu dire, difoit lui avoir été écrites par Philip-
encorc isaac époufa le Prince Henri, fils de l'Empe- pe , dans lefquelies ce Roi lui oftroit
H^KiaVi. reur Federic I. Cependant il advint que toutes fes forces pour attaquer Ri-
fils de Federic Federic qui s'étoit croifé l'année d'au- ehard , <k l'enlever durant la nuit , s'il.
f . \ 8 fi 31 de P aravant > & étok paffé en Afie , fe noya vouloit en même tems le féconder avec,
le dixième de Juin en fe baignant dans fes troupes. Richard crut ces lettre?
la petite rivière de Cydne , entre An- véritables-, il en fit grand bruit , & en
tioche 6c Nicée , comme il conduifoit vint aux plaintes 6c aux menaces. Ainii
un puiflant fecours en la Terre-Sainte, tous les. deux Rois en demeurèrent
&c qu'il avoit déjà remporté de notables extrêmement ulcérés l'un contre l'au-
avantages fur les Turcs. Guillaume le tre*, Richard de l'attentat projette fui-
Bon avoit aulli achevé (qs jours fur la fa vie : Philippe du reproche fait à
fin de l'année précédente. La couronne fon honneur.
de Sicile appartenoit fans doute àConf- On ne pouvait attendre que de mau-
rance fa fœur de père > mais tandis que vais évenemens de cette mauvaife dif-
Henri s'occupoit à gagner l'efprit du pofition. Sur la fin de l'hyver Richard.
pe , qui ne vouloit pas qu'il fuccédât fit fçavoir à Philippe , qu'il ne pouvoir
à l'Empire , Tancrede fils bâtard du époufer fa fœur pour certaines raifons
Roi Roger, ayant fait fa brigue s'em- fécretes , lefquelies il ne vouloit point
para du Royaume & y aflocia fon fils dire , ( c'étoit peut-être parce que le
nommé Roger comme fon ayeul. Ce vieil Henri fon père L'avait trop gar-
Ijune Prince avoit époufé Irène fille dée.J Et il lui déclara néanmoins avec
d'Ifaac Empereur de Conflantinople *, les paroles les plus douces 6c les plus,
ais il mourut avant fon père , èc fa refpeclueufes qu'il put trouver 3 qu'il
PHILIPPE II. ROI XLI.
m
1191,
avoit fiancé Berengelle fille de Garcias
Roi de Navarre , &: que fa mère Alie-
nor la lui devoir amener jufques-là
pour accomplir le mariage.
Philippe , quoique fort furpris , ne
s'emporta point , mais reprimant fi-
gement fa colère , lui laillà la liberté
de ne point époufer fa iœur , pour-
vu qu'il lui rendit les terres qu'il lui
avoit données en dot, Se qu'il par-
tît avec lui au premier beau-tems pour
achever le voyage de la Terre-fainte.
De fa part il lui accorda des trêves
pour {qs Etats , durant tout le tems
qu'il feroit occupé en cette guerre.
Richard accepta volontiers la trêve ,
mais il refufa de partir fi-tôt , Se de-
meura encore quelques femaines en Si-
cile pour affilier le Roi Tancrede qui
étoit attaqué de tous côtés. En effet
il le maintint , Se par ce moyen il
acquit l'inimitié de Henri fiLs de Fe-
deric. Voilà les principales caufes qui
changèrent la mutuelle affection de ces
jeunes Rois en une cruelle inimitié.
Jacques d'Avefnes avec quelques
troupes Flamandes Se les reftesde l'Em-
pereur Federic , avoit déjà inverti la
ville d'Acre , ( elle s'appelloit autre-
fois Ptolemaïde , ) très confidérable
pour fon port , Se pour fes fortes mu-
railles. Le Roi Philippe partit de Mef-
fine à la fin de Mars, Se le jour de
fon départ Alienor y arriva avec Be-
rengeile de Navarre. Après vingt jours
de navigation , il mit pied à terre pro-
che d'Acre. Ayant pris fes quartiers au-
tour de la ville , il drefïa fes batte-
ries , Se enfin il y fit une grande brèche.
Cependant Richard ayant mis la voi-
le au vent quinze jours après lui , fur
pou(Té par la tempête aux côtes de l'Ifle
de Chypre. Elle étoit alors poffédée
par un Prince Grec nommé Ifaac Com-
nene, qui ayant maltraité & pillé les
gens battus de la mer, au lieu qu'il
eut du les foulager, attira fa jufte co^
1ère : de forte qu'il s'empara de ce
Royaume , Se en amena une immen-
fe quantité de riche butin avec cet 1I 9 1,
Ifaac Se fa femme, les ayant fait lier
tous deux avec des chaînes d'or.
Il n'arriva devant Acre que deux
mois après Philippe -, Se bien loin d'en
avancer la prife, il la recula par la con-
tinuelle mélintelligence qui fe nour-
riffoit entr'eux. Le fiége dura en tout
cinq mois , Se fit périr grand nom-
bre de Princes Se de braves gens.
Enfin la Ville fe rendit à compo-
fîtion, qui portoit que les afliégés fe-
roient enforte que Saladin rendroit
les prifonniers Chrétiens qu'il tenoit^
Se la vraye Croix qu'il avoit prife dans
un combat : Que leurs membres Se leurs
vies en feroient caution Se demeure-
roient à la merci des vainqueurs. Ils
furent donc partagés avec toutes les
dépouilles entre les deux Rois ; mais"
comme Saladin ne voulut point exéciv
ter la première des deux conditions,
Se que la féconde ne fut pas en fon
pouvoir, parce que la vraye Croix ne
fe trouva point, Richard trop prompt
Se trop colère , fit paffer au fil de
l'épée fept mille prifonniers qu'il te-
noitj Se n'en réferva que deux à trois
cens des principaux.
En ce fiége il fut tué grand nombre
de Chrétiens qualifiés, Rotrou Comte
du Perche , Thibaud Comte de Blois,
Grand - Sénéchal Se oncle du Roi,
Etienne Comte de Sancerre fon frère 5
&: Alberic Clément Seigneur du Mez
Se Maréchal de France , fils d'un au-
tre Clément qui avoit exercé la mê-
me Charge.
Les Rois de France en ce tems -là n'en
avoient quun, & ces Cléments furent
les premiers qui élevèrent cet emploi par
leur faveur , & qui rétendirent fur les
gens de guerre, au lieu qu avant eux il
n avoit égard que fur les gens de. l'Ecu*-
rie du Roi.
Les maladies contagieufes y empor-
tèrent encore plus de monde que les»
222
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
bleflTures. Philippe d'Alface Comte de la force ordinaire des hommes. Com-
iy l }? 1 ' Flandres y finit les jours dès le mois me il étoit allé vers Emaiis pour fe
&fuiv. ^ Q Juin. Il n'avoit point d'enfans, mais faifir de quelques Châteaux, il eut
feulement une fœur qu'il avoit ma- avis d'un grand convoi qui venoit de
rice à Baudouin Comte de Hainault, Babilone en Jerufalem; il y avoit fept
dont étoit forti un fils de même nom mille chameaux chargés de très - n-
que fon père , 8c une fille nommée ches marchandifes , 8c de toutes fortes
Ilabelle , qui époufa le Roi Philippe de vivres : il alla l'attendre fur le paiîà-
comme nous l'avons vu. ge, défit ceux qui le conduifoient , 8c
Le Roi Philippe fut aufll attaqué le prit tout entier. Après ce bel exploit,
d'une longue maladie qui lui fit tom- il partagea tout ce riche butin à fes
ber les ongles 8c les cheveux, à caufe troupes , mais il garda les vivres 8c „
de quoi plulieurs foupçonnerent qu'elle les montures afin d'alîiéger Jerufalem.
provenoit de quelque mauvais mor- La confternation y étoit fi grande ,
ceau. Réduit à un (i piteux état , il que s'il eut paru aux portes , elle fe
réfolut de retourner en France pren- fut rendue à la première fommation.
dre l'air natal : mais pour guérir le II en approcha à demi-journée; mais
foupeon que Richard pouvoit avoir de le Duc de Bourgogne foit par jalou-
fon départ, il lui jura qu'il ne touche- fie, foit que les préfens du Sultan l'euf-
roit point à (es terres que quarante fent gagné , refufa de l'ailïfter , 8c fe
jours après qu'il le fçauroit de retour retira vers Acre. Richard ayant la lar-
en France. me à l'œil fut obligé de l'y fuivre.
Il lui lai fia aufli près de fix cens Che- On dit que quelqu'un lui voulant mon-
valiers 8c dix mille hommes de pied , trer la Sainte-Cité de delïlis une émi-
fous la conduite de Hugues III. Duc nence, il mit un pan de fa cotte d'aiv
de Bourgogne, avec un fonds pour en- mes devant fes yeux, fe jugeant in-
tretenir ces troupes trois ans. Après digne de la regarder, puifqu'il n'avok
cela, ayant pris congé de fes Seigneurs, pas le pouvoir de la délivrer.
il monta fur mer, conduit feulement Une autrefois étant campé près d'A-
par trois galères que les Génois lui four- cre , il reçut nouvelle que les infidé-
nirent , 8c alla aborder en la Pouille. les avoient aflîégé Joppé, où il avoit
Lorfqu'il y eut recouvré un peu de fan- laide un grand nombre de femmes 8c
té, il fe mit en chemin avec un pe- de malades avec une médiocre garni-
tit nombre de gens , 3c defeendit au fon. Comme il fçavoit bien qu'ils la
port d'Oftie. Il vilîca les fépulchres des forceroient dans peu de jours, cV qu'ils
Apôtres à Rome, 8c après avoir reçu palFeroient tout au fil de l'épée , il em-
la bénédiction du faint Père , il tra- ploya toutes fortes de moyens pour fe
verfa toute l'Italie, 8c arriva en Fran- reconcilier avec le Duc de Bourgogne,
ce au commencement du mois de Dé- 8c pour l'engager à fe joindre avec lui ,
.* \vv.-,ir»-cembre. Il célébra les fêtes de Noël à * afin de fecourir la place. Le Duc , bien
: ; >'"2i-Fontaine-Eblaud, &: de-là vint palier loin de fe lailler fléchir à fes prières
le refte de l'hiver dans fa chère ville décampa la nuit , 8c fe retira dans la
de Paris. ville de Tyr : mais il n'y fut pas û-
Aprcs fon départ toutes les troupes tôt arrivé , qu'il mourut mifcrable-
fe rangèrent fous le commandement ment ,1'cfprit troublé, 8c le cœur bour-
de Richard. Ce Prince fit tant d'ac- relé de cruels remords. Son fils Eu-
ttons d'une prodigieufe valeur qu'el- des III. lui fuccéda en fa Duché,
les furpalïent la croyance aulli-bien que Cependant Richard , qui le pour-
.
PHILIPPE II. ROI XL I. 223
•roit croire? Avec fept hommes d'ar- dres, & s'ctendoient jufques au Neuf-
1192.. nies feulement, ôc quatre ceas Arba- Foilé. Voilà le premier levain des haï- n? 2 "
lellriers , perçant au travers d'une ar- nés mortelles Se des guerres opiniâ-
mée de ibixante mille hommes , Te jet- très d'entre les Flamands «Se les Fran-
ta dans la place , foutint les aiîauts de cois.
cette innombrable multitude , en tua Richard ayant féjoumé près de deux
un nombre prodigieux , &c garda la mois à Joppé , lieu fort étroit & de
place jufqu'à ce que le refte de fon mauvais air, la pefte le mit dans fes
armée fut arrivé pour la délivrer en- troupes-, d'ailleurs celles des François,
fièrement. En un mot il eut conquis après la mort du Duc , vouloient s'en
la Sainte-Cité, fi la maligne jaloufie retourner, & il étoit épuifé d'argent,
de Hugues Duc de Bourgogne n'eut avec cela, il étoit dans une défiance
Yas arrêté fes progrès. continuelle qu'en fon abfence Philippe
Auffisétoit-ilmis dans la tête le deffein ne s'emparât de fes terres, un faint
de le former un grand Royame en ce Hermite lui avoit dit que Dieu ne vou-
pays-là ; Et afin que perfonne ne pût loit pas qu'il reconquit Jérufalem, 8c
lui difputer le titre de Roi de Jerufa- l'état de la fanté fe trouvoit fort mau-
lem , il Cacheta de Guy de Lujignan , vais , ayant été malade deux ou trois
lui donnant en échange pour cela LE fois depuis fon féjour en ce pays-là.
Royaume de Chypre , que la Mai- Toutes ces raifons ne lai permirent pas
fon de Luflgnan a confervé jufquà l'an de refter plus long-tems en Orient :
Ij.yj. comme nous le marquerons en lorfqu'on y penfoit le moins, il lui
fon lieu. prit une telle impatience de s'en re-
On trouve ajfei ordinairement dans les venir, qu'il facrifia à CQt empreilement
Hijloires , qu'il a paru des Météores en tous les fruits de fa valeur héroïque j
l'air, repréj 'entant des batailles , quifem- car moyennant une trêve de trois ans,
bloient fe lancer des traits , & venir à il rendit à Saladin toutes les places qui
la charge : mais cette année, chofe fin- avoient été prifes ou fortifiées en cette
guliére, on en vit qui defeendoient à ter- dernière expédition.
re près de la ville de Nogent au Perche 5 Après que Richard eut laide ce qui
& qui fe battoieni dans la campagne au lui reftoit de troupes , & ce que les
grand effroi de tous les gens du pays. Chrétiens Occidentaux avoient encore
Philippe étant de retour en Fran- de places en Syrie , avec le titre de
ce, fe fouvint fort bien que Philippe Roi, à Henri Comte de Champagne
d'Alface , Comte de Flandre, avoit fon neveu , il s embarqua le 10. d'Oc-
promis , en lui faifant époufer la Rei- tobre 1192. avec petite compagnie j
ne liabelle fa nièce , fille du Corn- &: parce qu'il n'ofoit palier par les ter-
te de Hainault , de lui donner après tes du Roi de France fon ennemi dé-
fa mort la Comté d'Artois. Il s'avifa claré, il alla defeendre proche d'Aqui-
auffi qu'il appartenoit à cette Reine lée pour palier par l'Allemagne , ëc ga-
quelque portion de l'hérédité de ce gner le pays du Duc de Saxe fon beau-
même oncle; de pour cet effet, il en- frère. Mais les Seigneurs de ces quar-
tra fort bien accompagné dans la Flan- tiers-là, principalement Leopold, Duc
cire, & le força de lui céder toute la d'Autriche, qui fe tenoit fort oftcnfé
Comté d'Artois , avec les hommages de ce qu'en une certaine oceanon , ii
de celles de Boulogne, de Guifnes, lui avoit jette fon étendart par terre -,
& de Saint- Poi , qui jufques- là, le firent fi bien guetter, que nonob-
avoient relevé des Comtes de Flan- fiant qu'il fe fut tr-avefti, .& qu'il ne
22 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
marchât que de nuit, de par des che- de à fes injures , car elle s'emporta
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ll 9 1 - mins écartés, il tomba entre les mains jtifques-là. Mais enfin Richard ayant *^*
de ce Duc, qui l'ayant quelque rems trouvé moyen de parler à l'Empereur,
fair garder à vue , de les épées nues lui offrit une lî grande fomme d'ar-
contre fon ventre, le livra lâchement, gent, qu'il accorda de le relâcher lorf-
lié de garoté , à l'Empereur Henri VI. qu'il l'auroit touchée : ce qui ne fe put
pour foixante mille livres d'argent, faire qu'à cinq mois de là. Alienor eut
Henri le détint prifonnier quatorze beaucoup de peine à la pouvoir ra-
mois, de le traita encore avec plus de maiîer, dans les troubles que fon mal -
rigueur. Il gardoit un cruel reiTenti- heureux fils Jean Sans-Terre , & le
ment de ce qu'il avoit maintenu le Roi Philippe, lui fufeitoient de tous
Roi Tancrede fon ennemi dans le côtés.
Royaume de Sicile. Au mois de Février 1 1 93 . Philippe
• -~" Lorfque Philippe eut appris fa cap- enleva la ville d'Evreux, de la donna
ll 93' tivité , il dépêcha des gens en Aile- à Jean , retenant néanmoins le Châ-
magne, pour négocier auprès de i'Em- teau , parce qu'il ne fe tenoit pas trop
pereur, afin qu'il le retint le plus long- allure de la foi d'un Prince qui avoit
tems qu'il fe pourroit : même à quel- fair mourir fon Père de déplaifir, de
ques mois de-là, oubliant, ou expli- qui vouloit dépouiller fon frère aine,
quant à fa mode la parole qu'il lui avoit En effet, il lui donna bien-tôt à con-
donnée , de ne point toucher à fes ter- noître quelle étoit fa foi , par la plus
res que quarante jours après fon re- lâche de la plus déteftable trahifon
tour en France, il lui envoya déclarer qu'on fe puiile imaginer. Car un jour,
la guerre, fufeita fous main fon fre- fçachant que Richard étoit forti de pri-
re Jean Sans-Terre, Prince fans hon- fon, il allembla dans une grande falle
neur de fans toi , à s'emparer du Royau- tous les François qui étoient dans
me d'Angleterre ; de lui en même tems Evreux , fous prétexte de leur donner
fe rua fur la Normandie, où il fe fai- à dîner j de comme ils avoient quitté
fit de Gifors de des places du Vexin. leurs armes pour fe mettre â table ,
Quelques-uns mettent ce dernier éve- il fit entrer des Anglois bien armés ,
nement en 1192.. par conféquent au- qui fe jetterent fur eux, de les malla-
paravant la prifon de Richard. crerent au nombre de rrois cens , puis
Ce brave, mais infortuné Roi, fan- plantèrent leurs têtes toutes fanglan-
guilîoit dans une tour à formes, où tes fur les murailles de la ville. Cela
la férocité de l'Empereur Henri mar- fait, ii fe retira vers fon frère, croyant
toit fon courage altier par tous les plus avoir expié fa rébellion , de racheté
rudes traiiemens, jufqu a le menacer fes bonnes grâces par une fi horrible
de le mettre à la torture La Reise perfidie. Philippe étoit alors devant
Alienor fa mère avoit beau folliciter Verneuil , au Perche : il en avoit pris
le Pape d'interpofer fon autorité pour la moitié , car elle étoit divifée en
la délivrance de ce Prince, qui avoit deux enceintes, de rafé la grofle tour
* Les Croifés été fait prifonnier, * ayant la croix A cette nouvelle il leva le fiégé, dC
Étoient fous furies épaules, le faint Père , (bit accourut à Evreux , pour empêcher que
la protettum >i • ' j r > Ml i>r t r j* * i ri a *
duTafc, v T a ll craignit de le orouiLler avec 1 tm- Jean ne le rendit maître du Château ,
pereur, foit que les Cardinaux ne vou- dont lagarnifon étoit demeurée fort foi-
luflent point fe charger d'une Légation ble. Il prit la ville d'emblée, de la réduifit
où il n'y avoit rien à gagner, fe rendit toute en cendres , comme complice du
lourd à fes plaintes, a les reptoch.es, înallacte des François.
Lorfque
PHILIPPE IL II O I X L I. 225
Lorfque Richard fe fut ciré de cap- Deux ans durant ces deux Rois dé-
ll 9h tivité , moyennant cent quarante mille folerent réciproquement leurs terres 1I ?4°
marcs d'argent qu'il paya à l'Empereur par le fer ôc par la flamme , démolirent
Henri VI. il s'efforça de fe venger par quantité de places, & firent des cruau-
les armes des maux que Philippe lui tés qui ne tomboient que furies peuples
avoit caufés ; mais parce qu'il man- innocens : puis au bout de tout cela ,
quoit d'argent, {es exploits ne répon- ils firent la paix fur la fin de l'an 1 195.
dirent pas a fon relfentiment. Toute- fe rendant ce qu'ils setoient pris l'un
fois il arxêta tout court les progrès du à l'autre , horfmis que le Vexin demeu-
victorieux, ôc le contraignit d'aller bri- ra à Philippe. Ce Roi avoit offert à Ri-
de en main. chard , pour épargner la ruine de leurs
Il y avoit <leux ans que Philippe étoit terres, ôc le fang de leurs Sujets , de
•demeuré veuf, âgé feulement de vingt- vuider leurs différends par le combat de?
fix ans; les Grands du Royaume le pref- cinq cavaliers contre cinq. Richard avoit
foient de fe remarier : il demanda pour accepté le défi , pourvu que Philippe
* Ouinge- femme la Princeife Ifemburge , * fceur &c lui , qui étoient les principales par-
bu Tu' q T'~ ^ e Canut V. Roi de Dannemarc , le- ties , fulfent du nombre & à la tête de
iiommcmBo- quel en revanche d'une fi honorable al- ces cinq : mais les François ne voulu-
s »' c - liance , dévoie armer une puifïante flo- rent pas que leur Roi hazardât fa per-
te , ôc faire defeente en Angleterre, fonne contre fon vafîal j ainfi une fi
Ces noces fe célébrèrent à Amiens, au belle partie fut rompue,
commencement du mois d'Août 1 1 93 . Il arriva dans ces guerres que comme "
ôc Ifemburge y fut couronnée Reine de Philippe pafloit entre Freteval Ôc Blois,
France. C'étoit une belle ôc chafte Prin- les Anglois qui s'étoient mis en embuf-
refle , mais qui avoit quelque défaut cade dans des bois ôc des hayes épaif-
fecret -, auffi la première nuit de Ces fes , lui enlevèrent tout fon bagage ,
noces , il en prit un tel dégoût , qu'il dans lequel il faifoit porter tous les ti-
ne la voulut point toucher. très de la Couronne , comme le prati-
R~ ~ Il la garda néanmoins quelque tems, que encore aujourd'hui le Sultan des
'^* Se après s'ennuvant de cette charge inu- Turcs : ainfi ils furent tous diflipés , au
rile , il fit en forte que l'Archevêque de grand dommage des affaires du Roi ôc
Reims , Légat du Pape , avec quelques de l'Hiftoire de France. Il en fit nean-
Evêques de France , prononça fentence moins recueillir les copies par tout où
de féparation. Ce fut fur les témoigna- il s'en pût trouver, pour redrefler le
ges des Seigneurs qu'il lui produisit , tréfor de fes Chartres. _____
Jefquels alïurerent qu'il y avoit paren- Au mois de Mars de Van 11 g6. le nqç
té entre les parties du cinquième au fi- débordement des eaux , particulièrement
xiéme degré. En effet, Ifemburge ôc delà Seine, fut Ji effroyable , que Paris
Philippe avoient tous deux pour qua- & Vljle de France eurent peur d'un fe-
dris-ayeul , Jaroflas ou Jarifclod , Roi cond déluge. Nous l'avons voulu mar-
de Ruflîe. Ce Jaroflas fut père de Jarof- quer , parce que ça été le plus grand
las IL ôc d'Anne , qui étoit femme du de tous ceux dont VHiJloire faffe men-
Roi Henri I. De Jaroflas IL fut fils Ulo- non.
difmer, qui eut une fille nommée Ifem- La paix d'entre les deux Rois dura à
burge , femme du Roi Canut IV. De peine ûx mois. Philippe recommença
ce Canut ôc d'elle , naquit Voldemar ; la guerre à Richard pour deux raifons ;
&c de ce Voldemar , vinrent Canut V. l'une , qu'il avoit bâti un Fort dans l'Ifle
ôc notre Ifemburge. d'Andely fur la Seine , & l'autre 3 qu'il
Tome I/o JF.f
.2.6
ABREGE CHRONOLOGIQUE
avoit condamné en fa Cour le Seigneur „ faifoit à ce Prélat étoit jufte , puif- '
1 1 97' de Vicrzon en Berry , fur quelques ma
tieres donr la connoillance lui appar-
tenoic , comme étant leur Souverain à
tous deux j 8c que tandis que ce Sei-
gneur étoit venu à Paris demander juf-
rice de cet attentat , Richard avoit pris
& démoli fon Château.
L'année fui vante Baudouin Comte
de Flandre , ayant toujours fur le cœur
que Philippe lui eût ôté la moitié de
la fucceliion de fon oncle , fe ligua
contre lui avec Richard ; comme rirent
au/fi plutîeurs autres Seigneurs que Ri-
chard avoit débauchés à force d'argent
8c de pendons •, entr'autres Renaud ,
fils du Comte de Dammarrin , nonobf-
tant que Philippe lui eût fait avoir l'hé-
ritière 8c la Comté de Boulogne.
Entre tous les événemens de cette
guerre , qui n'aboutit qu'à des brûle-
mens 8c à des ravages , ce qui arriva à
Philippe de Dreux cft à remarquer : il
étoit Evêque de Beauvais , fils de Ro-
bert qui l'étoit de Louis le Gros , 8c
par conféquent coufin germain du Roi.
Cet Evcque ayant été pris en guerre ,
armé 8c combattant , par Marquadé
Chef des Routiers du Roi Richard, fut
détenu long-tems en aiTez fâcheufepri-
fon. Le Pape en ayant pitié, voulut in-
terpofer fa recommandation auprès de
Richard pour fa délivrance , & dans fes
Lettres il appelloit cet Evéque fon cher
fils. Mais Richard lui ayant récrit en
quelle occafion il avoit été pris , 8c lui
ayant envoyé fa cotte .d'armes toute en-
langlantée , avec ordre à celui qui la lui
préfenta , de lui dire , Voye^ , faint
Père , fi cefi là la tunique de votre fils.
,, Le Pape n'eut autre chofe à repli-
,, quer, finon, que le traitement qu'on
„ qu'il avoit quitté la milice de Je- ix ?7-
» s us-Christ pour fui vre celle du
„ monde.
L'an 1198. l'Empereur Henri VI. ~—
mourut à Melline. Comme il s'étoit J 119
Y , -, T , Empereur!
montre aulii rude ennemi des Papes encore ale-
que (es prédécelfeurs , 8c que d'ailleurs -^l'ance
i'li- ,■ 1 &: Othon IV.
11 eroit tort odieux pour les cruautés , nuede sa.ve,
Innocent III. s'oppofa fortement ££■■«•»»*,
l'éleétion de Philippe fon frère, excom- écanc^fon
muniant tous fes adhérans ; 8c fe por- compétiteur,
ta pour Othon fils du Duc de Saxe 8c
d'une feeur de Richard , qui fut couron-
né à Aix-la-Chapelle : tellement qu'il
y eut fchifme dans l'Empire , qui en
avoit fouvent caufé dans l'Egliie. Le
Roi d'Angleterre , le Comte de Flan-
dre , 8c l'Archevêque de Cologne fou-
tenoient Othon ; le Roi Philippe au
contraire fe ligua avec fon rival.
La même année le généreux Henri
Comte de Champagne, Roi titulaire
de Jérufalem , finit Ces jours dans la
ville d'Acre , où il avoit pofé le liège
de fa petite Royauté. Les Seigneurs
élurent en fa place Jean de Brienne ,
qui foutint 8c racommoda pour un tems
les débris de cet Etat. Thibaud III. du
nom , ( a )■ Comte de Blois , neveu de
Henri , hérita des terres qu'il avoit en
France , au préjudice des deux filles de
fon oncle. L'aînée fe nommoit Alix , 8c
fut Reine de Chypre ; 8c d'elle fortit
une fille de même nom , que nous ver-
rons faire la guerre à Thibaud IV. La
féconde s'appelloit Philippe , qui fut
mariée à Erard de Brienne.
Ces guerres fanglantes 8c opiniâtres,
dont le détail ne peut entrer dans un
abrégé , cauferent bien des maux à la
France : mais le plus grand fut que Phi-
(a) Erard de Brienne lui difputa le Comté de Cham-
pagne : mais les Pairs de France l'adjugèrent à Thi-
baud en izitf. déclarant , que le Roi ne devoir point
recevoir l'hommage offert par Erard &: fa femme , par-
ac que feloa la coutume de Fraace , quand quelqu'un
avoit été reçu en hommage , & mis en pofTeffion d'un
fief par fon Seigneur féodal , comme Thibaud y avoit
été mis , il n'étoit plus au pouvoir du même Seigneur ,
de recevoir un autre pour le même fief , tant que le pre-
mier iiircfti demeuroit fournis à l'un Scignsur.
P H I L I P P E I I. R O I X L I. 217
— — — lippe devint extrêmement avare , 8c fe Philippe de fon côté reçut aulîi deux -—-
l 9%' rendit trop âpre à amalfer des tréfors , fenfibies déplailirs -, l'un dans fon entre- 1 1< ?°'
fous prétexte de la néceiîïté de lever prife de Flandre , l'autre par la malheu-
8c d'entretenir grand nombre de trou- reufe déroute de Gifors. Plusieurs de
pes réglées , qui font très propres véri- £qs valïaux s etoient lailfés débaucher à
tablement pour faire des conquêtes, (a) fon rival : entr'autres le Champenois ,
mais qui fous les mauvais Princes fer- le Breton &c le Flamand. Ce dernier
vent quelquefois à opprimer les Sujets, avoit donné des otages à Richard , 8c
8c à renverfer les loix de l'Etat. juré moyennant une penfion de cinq
Comme ce fut le premier des Rois mille marcs d'argent , qu'il ne feroic
de France qui en foudoya , 8c qui en aucun accommodement avec les Fran-
voulut avoir de toujours prêtes pour les çois fans fa participation. Philippe pen-
employer à ce qu'il lui plairoit -, il fe fant l'accabler avant qu'il put recevoir
mit aulîi à faire de rudes exactions fur du fecours de l'Anglois, qui avoir por-
les peuples , à (b) vexer les Eglifes 8c té fes armes du côté d'Auvergne, aiîié-
à rapeller les Juifs , qui font les origi- gea la ville d'Arras. Le Flamand parut
naux de l'ufure 8c de la maltôte. Mais pour la fecourir , le Roi leva le liège
au moins il ufa d'une grande épargne , 8c alla droit à lui pour le combattre. Il
8c fe retrancha rout autant qu'il put , ne tint pas pied ferme, 8c fe retira,
fçachant qu'un Roi qui a de grands def- mais en forte qu'il fembloit qu'il al-
feins , ne doit point confumer la fubf- loit à toute heure donner prife au Roi
tance de fes Sujets en de vaines 8c faf- qui le pourfuivoit. Par ce moyen il l'at-
tueufes dépenfes. tira dans des lieux marécageux , entre-
Le Roi Richard n'avoit pas peu de coupés de grands folfés , où il ne pou-
peine à foutenir les frais de cette der- voit ni avancer , ni reculer , ni com-
niere guerre -, mais il eut bien plus de battre. Pour fortir de cette extrémité,
chagrin de l'interdit que Gautier de il fut contraint de faire un traité avec
Coûtance , Archevêque de Rouen, avoit le Flamand , par lequel il s'obligeoit de
jette fur la Normandie , à caufe qu'il rendre toutes les places qu'il avoit pri-
bâtillbit une ForterelTe à Andely fur les Ces fur lui 8c fur le Roi Richard. Mais
terres de PEglife. Tandis qu'ils s'opi- quand il fut de retour à Paris , il trou-
niâtroient l'un 8c l'autre , Richard à va allez de gens qui l'afïurerent qu'il
continuer fa fortification , qui lui étoit n'étoit pas obligé de garder la foi à fon
très-nécelfaire pour défendre le pays vallal qui la lui avoit violée , ni de te-
contre les François -, 8c l'Archevêque à nir ce qu'il n'avoit promis que par
maintenir fa cenfure, le Service divin force.
celloit par toute la Province , 8c les Quant à la déroute de Gifors , elle
corps de ceux qui mouroient durant ce arriva de cette forte. Sçachant que Ri-
tems-là demeuroient fansfépulture. Ce ehard avoit enlevé dans peu de jours
mal dura fept ou huit mois : l'affaire trois Châteaux en ces quartiers-là , il y
ayant été portée à Rome , le Pape & le alla en diligence avec un petit nombre
facré Collège l'accommodèrent , à telle de gens , mais la fleur 8c l'élite de (es
condition que l'Archevêque prendroit troupes. Il penfoit le furprendre avant
récompenfe de Richard pour la terre qu'il eût nouvelles de fa marche : mais
de fon Eglife. Richard n'avoit pas moins de vigilance
(4) Au lieu de ee qui fuie, il y avoir dans l'édition (b) Au Heu du mot vexer, il y avoic rançonner dan*
de 1668. mais qui fervent quelquefois à opprimer les l'édition de 1668.
fujets , & à détruire les loi* de l'Etat.
FF ij
i$» ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
& d'activité que lui. Ils en vinrent aux faifant les approches , il y fut bielle d'un
3i 2 8 * mains entre Courcelles & Gilbrsi les trait d'arbalêtre -,1e coup fembloit léger, ll 99'
François ne fe trouvant p.-.s allez torts 6c il ne l'empêcha pas de prendre le
pour ibiuenir le choc , rirent retraite à Château , 6c ceux qui étoient dedans ,
Gifors , mais avec tant de précipitation prifonniers : mais fon incontinence
6c dedéfordre , que. le pont rompit ious ayant envenimé fa playe, la gangrené
la trop grande charge des fuyants , 6c s'y mit , 6c il en mourut le cinquième
le Roi tomba tout armé avec fon che- jour d'Avril de cette année 1 199. Qui
val dans la rivière d'Epte. Sans doute doute que ce ne fût un effet de la ma-
qu'il y eût péri , fi un gros de les plus lédiétion de fon père ?
braves gens-d'armes s'expofant gêné- Son courage plus qu'héroïque le rit
reufement pour le iauver , ne rat re- furnommer Cœur de Lion. Il n'y eut
tourné à la charge fur les Anglois , 6c jamais de Prince plus vaillant à toutes-
jie les eût arrêtés tandis qu'on le reti- épreuves, mais auili jamais de plus or-
roit de l'eau. Au refte Richard lui prit gueilleux ni de plus emporté. Il ordon-
grand nombre de gens de marque, cent na que fon corps feroit inhumé à Fon-
Chevaliers , deux cens chevaux bardés tevraud, auprès de celui de fon père.-
de fer , fans compter un bien plus grand Que la ville de Rouen , qu'il chériltbit
nombre d'infanterie & de gens de trait, à caufe delà fidélité qu'elle lui avoit
dont on ne tenoit guéres de compte en toujours gardée, eût fon cœur, 6c que
ce tems-là , parce qu'ils coûtoient peu. les Poitevins , qu'il avoit peu eftimés ,
Lorfque Philippe vit que fes affaires eulTent fes boyaux , la plus vile partie
n'alloient pas bien à fon gré , il ne s'o- de fon corps. Il ne pouvoit donner une
piniâtra pas fur la perte ; mais il trou- plusglorieufe marque de l'opinion qu'il
va un moyen de faire agir le faint Pe- avoit de la valeur des Normands au-
re , pour propofer des trêves : ce fut deiîus de tous (es autres Sujets , que de
de lui perfuader qu'il ne le faifoit que leur laitier en garde un cœur fi gêné-
dans le deflein de joindre enfemble les reux 6c fi invincible,
forces des deux Royaumes , pour le re- Il avoit introduit l'ufage des arbalétres-
couvrement du Royaume de JérufaLem. en France. Avant cela les gens de guerre
Le faint Père louant une fi pieufe in- étoient Ji francs & Jz braves, au ils ne
tention x envoya un Légat en France vouloient devoir la vicloire qu'à leur lan-
en 11 98. fçavoir le Cardinal de Ca- ce & à leur épie ; ils abhorroient ces ar-
poue - qui négocia une trêve marchan- mes traîtrejjes, avec quoi un coquin fe
de, 6c générale de cinq ans entre les tenant à couvert , peut tuer un vaillant
deux Rois. Richard la trouvoit fort dé- homme de loin & par un trou.
favantageufe pour lui , 6c il n'y eût ja- Il n'avoit point d'enlans , 6c partant
mais confenti , n'eût été l'aiTurance que le Royaume d'Angleterre 6c la Duché
le Pape lui donna de la Couronne Im- de Normandie appartenoient de droit
pénale pour fon neveu Othon. au jeune Artus Duc de Bretagne , com-
Pendant cette trêve Richard palTa en me étant fils de Gefroy fon frère , qui
Poitou , pour châtier quelques Sei- étoit l'aîné de Jean Sans-Terre ; mais
gneurs qui s'étoient révoltés contre lui. Jean étant allé à Chinon fe failir du
Lorfqu'il étoit en ce pays-lâ , il apprit tréfor de Richard , s'aflura de (es Offi-
qu'un Gentilhomme du Limofin avoit ciers 6c de fes Capitaines, 6c augmen-
trouvé un grand tréfor , 6c qu'il l'avoir ta la paye des troupes , qui en récom-
porté dans le Château de Chalus. Il y penfe le fervirent d bien , qu'ils obli-
illa promptement , 6c l'y afliégea. En gèrent les Prélats 6c les Barons de le re-
PHILIPPE II. ROI X L I.
îiy
- connoîtie , Se de lui prêter ferment de plus de raifon , qu'il n'avoit pas été ' - ^
ll 99' fidélité. Cela fait , il envoya aufli-tôt pris faifant aucun adte d'ennemi. Le ll 99>
l'Evêque de Cantorbery en Angleterre. Roi refufant de le délivrer , le Légat
D'autre côté le jeune Artus s'alïura du Pape mit le Royaume de France
de l'Anjou , du Maine Se de la Tourai- en interdit ; de forte qu'après trois mois
ne , puis s'avançant jufqu'au Mans avec il fut contraint de le relâcher. Cepen-
fa mère , il y rendit hommage au Roi dant Marie Comtelfe deFlandre moyen-
Philippe qui lui promit fa protection , na la paix de fon mari avec lui , à con-
te le retint auprès de lui. Mais Jean dition que ce Comte lui céderoit la
accompagné de fa mère Alienor , cou- Province d'Artois. Le Roi l'érigea en
rageufe femme , s'étant mis en campa- Comté , Se la donna à fon fils Louis.
gne, força le Mans, y rafa plufieurs Le jour de l'Afcenfion de l'an 1200.
maifons des principaux Bourgeois , 6c la paix fe conclut par un abouchement 1 loa °'
les emmena prifonniers. De-là , il en- folemnel des deux Rois entre Vernon
voyaMarquadé chef de fes troupes , à &: Andely. Douze Barons de part Se
Angers , qui fut traité avec la même ri- d'autre\s'en rendirent les cautions , Se
gueur que le Mans. Lui cependant paf- jurèrent de porter les armes contre celui
fa en Normandie , Se s'y fit reconnoître des deux qui la romproit. De plus, elle
Duc dans la ville de Rouen. L'Arche- fut confirmée par le mariage de Blan-
vêque Gautier le couronna devant le che , fille d'Aiphonfe VIII. Roi de
grand Autel de l'Eglife Cathédrale , lui Caftille , Se d'Alienor fœur du Roi Jean
mettant fur la tete le cercle Ducal , qui avec Louis fils aîné de Philippe ; la
étoit d'or , Se avoit desrofesaulieu.de Reine ayeule de cette Princeflfè Se de
. fleurons; ,, ayant auparavant fait des mêmenomqu'elle, l'amena à fon époux;
3»
prières folemnelles , Se reçu de lui Le Roi Jean en faveur de cette allian-
le ferment qu'il défendroit l'Eglife , ce, céda toutes les terres Se les pla-
garderoit le droit à fes Sujets , Se ces que les François avoient prifes fur
corrigeroit les abus & les mauvaises lui.
loix. De Rouen il palfa en Angle- Chacun eut foin de mettre fes parti-
terre , où il reçut la Couronne Royale fans à couvert : Jean fut obligé de re-
à Londres la veille de l'Afcenfion. cevoir en grâce fon neveu Artus , qui
Reparle d'Angleterre en France , il lui rendit hommage du Duché de Bre-
s'aboucha avec Philippe auprès du Châ tagne , mais demeura pour lors avec
teau de Boutavant ; mais ils ne purent Philippe. Réciproquement Philippe
rien conclure. Par deux fois il fe fit pardonna à Renaud Comte de Boulo-
des trêves entr'eux,& par deux fois elles gne ; Se même quelque tems après , il
furent rompues. traita le mariage de la fille de ce Comte
Cependant le Comte de Flandres , avec le Prince Philippe fon fils , qu'il
avec fes alliés, continuant de faire la avoit eu de la prétendue Reine Agnès,
guerre au Roi , reprit les j villes d'Aire L'une Se l'autre des deux parties étoient
& de Saint Orner. Il arriva que les encore en enfance,
gens du Roi en quelque rencontre firent Depuis que Philippe avoit répudié
fon frère Philippe , Comte de Namur, Ifemburge de Dannemark , il Pavok
prifonnier ; Se que dans une courfe ils toujours tenue enfermée dans un Mo-
fe faifirent de Pierre de Corbeil , élu naftere à Soifïons •, Se au bout de trois
Evêque de Cambray , qui avoit été Pré- ans , fçavoir l'an 1 196. il avoit époufe
cepteur du Pape. Le Saint Père le rede- Marie- Agnès , fille de Bertold Duc de
manda avec inftance r Se avec d'autant Méranie- Se de Dalmatie. Le Pape Ce-
i 3 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
■ leftin III. fur les plaintes réitérées du s'aggrandiifant , pour ainfi dire, de la'
1 2.99. R i Canut , frère de la répudiée , avoit milere des pauvres , & de la malédic- l l00m
commis l'an 1198. deux Légats pour tion des gens de bien,
connoître de cette affaire. Ils avoient L'interdit dura fept mois avec tant
alfemblé un grand Concile à Paris , de rigueur qu'il n'y avoit que le Baptê-
compofé des Evêques ôc Abbés du me des enfans &c la pénitence pour les
Royaume : mais tous ces Prélats étant mourans qui en iuiïènt exceptés. Les
en partie intimidés , en partie corrom- corps des tidéles demeuroient fans fé-
pus , n'avoient olé rien prononcer , Ôc pulture , ceux des Croifés feulement
les Légats étoient foupçonnés d'avoir pouvoient être inhumés en Terre-Sain-
favorifé la caufe d'Agnès. Depuis , le te. Les Evêques de Sens , de Paris ,
Saint Père plus fortement preffé de d'Orléans ôc de Soiifons , obferverent
lendre juftice , en avoit envoyé deux l'interdit avec la dernière exactitude,
autres , dont l'un étoit Pierre de Ca- Ils défîroient forcer le Roi à lever un
polie, tant pour cette affaire, que pour fcandale li public -, en effet , ils en vin-
une trêve entre Philippe ôc Richard, rent à bout. Ce Prince connoiffant les
Celui-là ayant affembié les Prélats Fran- fâcheufes fuites de cette affaire , qui
çois à Dijon au mois de Décembre de eût pu aller jufqu'à lui ôter la Couronne
l'année 1 199. fans avoir égard à l'appel de delfus la tête ; ôc fçachant qu'il fe
que Philippe avoit interjette au Pape , trouvoit divers partis contre lui : car
prononça fentence d'interdit fur tout Guillaume des Roches avoit adroi-
te Royaume, en préfence &c du con- tement retiré le jeune Artus de fa Cour,
fentement de tous les Evêques*, ôc néan- ôc reconcilié ce Prince avec le Roi Jean
moins afin d'avoir loifir de fe retirer fon oncle : follicita fi fort auprès du
en lieu de sûreté , il voulut bien qu'elle Pape , que Sa Sainteté donna ordre à
ne fût publiée que vingt jours après Odtavian Cardinal d'Oftie , l'un de fes
Noël. Légats , de lever l'interdit. A la charge
Il craignoit avec raifon la colère de toutefois qu'il fe remettroit avec Ifem-
Philippe. En effet, elle fe déborda avec burge , ôc que dans fix mois, fix fe-
fureur fur tous fes Sujets j fur les Ec- maines , fix jours ôc C\x heures, il fe-
cléfiaftiques premièrement , qu'il crût roit vuider la caufe du divorce par-
tous complices de cette injure. Car il devant fes deux Légats ôc les Prélats
chaffa les Evêques de leurs Sièges , jetta du Royaume , les parens de cette Prin-
les Chanoines hors de leurs Eglifes , les ceffe y étant ailîgnés pour défendre.
Curés hors de leurs Paroiffes , ôc confif- L'aiïembiéefetint àSoiflons au choix'
qua ôc pilla tous leurs biens. Il ne tour- d'Ifemburge; le Roi Canut y envoya des
menta pas moins les Laïques , vexant plus habiles gens de fon Royaume poul-
ies Bourgeois par de nouveaux impôts folliciter ôc plaider fa caufe. Vers la mi-
8c par des exactions inouies -, tierçant Carême , après quinze jours de chi-
les Gentilshommes , c'eft-à-dire , pre- canes ôc de procédures , comme Philip-
nant le tiers du revenu de tous leurs pe eut le vent qu'il y auroit condamna-
biens , ce qu'on n'avoit jamais vu en tion contre lui , il alla un matin pren-
France , ôc rappellant les Juifs, qui dre Ifemburge en fon logis, ôc la mon-
n'étoient pas un moindre Heau pour les tant en trouffe derrière lui , l'emmena
peuples que la pefte ôc la famine , tant où il lui plut , ayant fait dire au Légat
à caufe de leurs grandes ufures , que qu'il ne fe donnât point tant de peine
parce qu'ils étoient les inventeurs ôc de juger fi le divorce qu'il avoit fait
les fermiers de toutes fortes d'impôts , étoit bon ou mauvais , puifqu : il la re-
1101.
P H I L I P P E I I. R O I X L I. 231
connoifîbit 8c qu'il la vouloit pour fa pie que par fes ferventes exhortations , ■
Ii01, femme. Toutefois il ne la traita guéres engagea grand nombre de perfonnes ï2 -°°-
mieux que par le paire , 8c il n'eut rien dans cette fainte expédition. De-là ,
davantage pour elle qu'un peu plus de fçachant qu'il fe faifoit une grande
civilité. alfemblée de Princes , Seigneurs 8c
Avant la fin de l'année , Marie-Agnès Gentilshommes pour un tournoi au
fa rivale mourut , ayant été cinq ans Château d'Ecris , entre Brave ik Cor-
avec le Roi. Elle eut de lui deux en- bie , il s'y en alla pour le même fujet ,
fans , un fils &: une fille , qui ne pou- 8c les exhorta fi puilïàmment â entre-
voient palier que pour bâtards , fi le prendre ce voyage , que les Comtes
Pape Innocent III. ne les eût légitimés Baudouin de Flandres &c fon frère Hen-
Thibaud Comte de Champagne mou- ri d'Anguien , Thibaud de Champa-
rut auffila même année. Il n'avoit alors gne 8c Louis de Blois fon frère, qui
qu'une fille mineure -, le Roi en prit la ayant perdu le Roi Richard leur pro-
garde noble : mais peu après la mort de tecteur , appréhendoient avec raifon la
Thibaud, fa veuve accoucha d'un fils vengeance du Roi, Simon de Montfort,
pofthume, qui eut le nom de fon père, Gautier de Brienne, Etienne du Perche,
8c le furnom de Grand , à caufe de Mathieu Baron de Montmorenci , 8c
fa taille. La fille ne vécut pas long- plufieurs autres Seigneurs fe croiferent
tems depuis la nailïànce du pofthume. avec un zélé incroyable. Toutefois ayant
• En ces tems-là , l'ufure 8c l'impu- befoin de tems pour donner ordre à
1200. licite régnoient à mafque levé dans leurs affaires 8c pour trouver de l'ar-
ia France. Mathieu Pans dit , que le gent , ils ne purent partir que deux ans
premier de ces vices y avoit été apporté après.
d'Italie j il entend les Lombards , qui La réconciliation des deux Rois fem-*~
i'exerçoient publiquement 8c fous l'au- bloit fincere 8c parfaite. Cette anné ils
torité des Princes aufquels ils en payoient s'abouchèrent à Andeli , même Philip-
tribut. Pour reprimer ces déîordres , pe amena l'Anglois dans fa ville de Pa-
Dieu fufeita deux grands hommes de ris , 8c l'y traita avec toute la magni-
bien , Foulques , Curé de Neuilli en ficence 8c toutes les démonftrations
Brie , 8c Pierre de Roucy , Prêtre du d'amitié qu'il pouvoit défirer.
Diocèfe de Paris , qui alloient prêcher Mais Jean avoit commencé à ourdir
par tout avec tant d'efficace , qu'ils re- lui-même fon malheur , en répudiant
tiraient grand nombre d'âmes de leur Havoife fa femme , fille du Comte de
péché. Le Pape ayant appris que Foui- Gloceftre , fous caufe de parenté , pour
ques s'étoit acquis un grand empire époufer Ifabeau , fille unique d'Aymar
fur les confeiences , le chargea de prê- Comte d'Angoulême , &c d'Alix de
cher la Croifade. Car depuis la mort Courtenay , l'ayant ravie à Hugues le
de l'Empereur Federic 8c le retour du Brun Comte de la Marche , à qui elle
fecours d'Allemagne, la Terre-Sainte étoit fiancée-, très-belle femme , mais
étoit dénuée de gens de guerre , 8c peu honnête , fort voluptueufe , &c en-
crioit au fecours j 8c les grandes divi- core plus maligne 8c plus vindicative,
fions qui étoient entre les Sarrafins , S'il eft vrai que Philippe infpira ce
fembloit préfenter une belle occafion mariage au Roi Jean, ce fut un grand
pour les détruire. Foulques fuivant coup de politique , ou au moins de
donc les ordres du Saint Père , prit la bonheur, d'avoir fous couleur d'ami-
Croix le premier dans le Chapitre gé- tié , donné à fon ennemi l'inftrument
néral de Cîteaux-, 8c tant par fon exem- de fa ruine.
1201.
lyi ABREOÉ CHRONOLOGIQUE
— Dès-lors Hugues le Brun furieux leur fournir de vaiffeaux , qu'auparavant
IlOI,
1101. qu'on l u i eût ôté fa femme, chercha ils n'eufient employé leurs armes à ra-
îous moyens de fe venger de cet outra- mener les villes d'Efclavonie , parucu-
ge. Il noua intelligence fecrette avec lierement celle de Zara , fous la puif-
Philippe, il tâcha de foulever le Poitou, fance de la République, dont elles
8c il incita Raoul fon frère Comte d'Eu , s'étoient dittraites pour reconnoître le
à faire des hoftilités fur les liliéres de Roi de Hongrie. Quelques-uns de ces
Normandie. Jean les châtia de leur ré- Croiiés aimèrent mieux chercher une
bellion , en les dépouillant de leurs autre voye pour palfer en Leyant , que
terres , particulièrement de quelques d'employer leurs armes à faire ia guerre
Châteaux qu'il prit en la Comcé d Eu. à des Chrétiens ; & le Pape fulmina ex-
Alors ils s'adrellerent au Roi de France communication conrre ceux qui fervi-
leur fouverain Seigneur , 8c lui deman- roient en cette occafion : mais le plus
derent juflice. De fon côté , il ne man- grand nombre , foit par nécefiité ou par
qua pas d'embralfer cette occafion où deiir du butin , s'y arrêtèrent ■■> ils pri-
il voyoit toutes choies difpofées pour rent Zara 8c quelques autres places : ce
chalîer les Anglois du cœur de fon qui les retarda plus d'un an en ces quar-
Royaume. tiers-là.
Sur ce différend les deux Rois fe vi- Dès l'an 1 195 . Ifaac l'Ange Empereur
rent proche de Gaillon , Philippe qui d'Orient avoit été privé de l'Empire ,
avoit fon delTein formé , y parla haut de la vue , & de la liberté par fon pro-
8c fomma Jean de comparoître en fa pre frère Alexis. Et le fils de cet Ifaac ,
Cour pour y être fait droit , non feu- auffi nommé Alexis , s'étoit fauve en
ïement fur les plaintes de Hugues, mais Allemagne vers Philippe de * Sueve *OuSoim«
ftulîi fur celles du Prince Artus, qui de- prétendu Empereur , qui avoit époufé e '
mandoit l'Anjou , le Maine & ia Tou- fa fœur Irène. Ce jeune Prince ayant
raine. appris qu'il y avoit une armée de Croi-
Tandis que les Seigneurs Croifés fe fés à Venife , s'y rendit pour implorer
preparoient pour leur voyage , Thibaud leur ailiftance. Beaucoup de difficultés
Comte de Champagne vint à mourir les empêchoient de paffer en Terre-Sain- llQ .
fans enfans , 8c Foulques le fuivir d'af- te ; d'ailleurs les Vénitiens efpéroient Empeceûn
fez près , ayant fini les jours en la Pa- mieux trouver leur compte à faire la Alexis k
roilîe de Neuilly le deuxième jour de guerre en Grèce qu'en Syrie, parce quefaackfi'.ani
Mars. Le Comte de Flandre Se les au- le butin leur y paroiffoit plus grand &&OthonIy.
très Seigneurs Croifés, ne laifTerent pas plus aiTuré -■, ôc tous les Chrétiens Latins
de partir de France pour la Terre-Sain- étoient ravis d'avoir occafion de venger
te. Ils prirent leur chemin par mer , tant de perfidies de d'outrages , que les
celui de terre étant trop long & trop Grecs leur avoient faits depuis les guer-
difficile 5 &c comme alors il n'y avoit res de la Terre-Sainte. Ils conclurent
que peu de vaiflTeaux fur les côtes de donc de tourner leurs armes de ce côté-
Provence , ils fe rendirent à Venife , là , & traitèrent avec le jeune Alexis
où ils efpéroient en trouver grande fous ces conditions ; qu'il leur payeroit
quantité de bien équippés. En ce lieu- les frais de leur expédition , leur feroit
là, Thomas I. Comte de Savoye, Bo- de grandes recompenfes , &c foumet-
niface Marouis de Montferrat & quel- troit l'Eglife Greque à ï'obéinTance du
ques autres fe joignirent encore à eux. Pape.
Mais les Vénitiens toujours fort habiles Les François 8c les Vénitiens ayant — -
pour leurs intérêts , ne voulurent point fait voile Vers Conttantinople avec I2 ° 4 '
vingt-
1104.
Empereurs
Alexis Du-
c AS , après
avoir écran-
glc Alexis le
jfune , eft dé-
trôné par
Baudoin
qui R. i 6 -
mois , 8c cH "
cote Otho n -
PHILIPPE
vingt-huit mille hommes feulement ,
forcèrent le Port ôc la Ville enfuite,
quoiqu'il y eût plus de foixante mille
combat tans , délivrèrent Ifaac de pri-
fon , & rirent couronner Alexis fon fils.
Le tyran Alexis Se fon beau-trere Théo-
dore Lafcaris fe fauver&nt par-deflus
les murailles , de fe retirèrent à Andri-
nople.
Comme l'armée des Croifés hyver-
rtoit aux environs de Conftantinople ,
Se qu'Ifaac Se fon fils tâchoient de fa-
tisfaire à ce qu'ils lui avoient promis :
le peuple fur lequel ils faifeient de gran-
des levées de deniers , fe mutina. Un
certain Alexis Ducas , furnommé Mur-
zufle , Grand-Maître de la Garde-robe
du jeune Alexis , enflamma la fédition ,
fe failit de ce Prince , tandis qu'Ifaac
agonifoit , Se l'étrangla de (qs propres
mains -, puis il fe fit déclarer Empereur.
Auiîi-tôt , pour fe montrer digne du
commandement , il fortit avec la mili-
ce de la Ville contre les Croifés : mais
ils le repouflèrent d'abord. Conftanti-
nople fut enfuite aflfiégée pour une fé-
conde fois, & au bout de foixante jours
prife par force , toute noyée de fang ,
Se une grande parrie confumée par les
flammes.
Les vainqueurs donnèrent pouvoir à
douze des principaux d'entr'eux d'élire
un Empereur, à condition que s'il étoit
François , le Patriarche feroit Vénitien ,
Se au contraire. Boniface Marquis de
Montferrat fembloit le plus digne de
l'Empire : néanmoins l'intrigue des Vé-
nitiens , aux intérêts defquels il n'étoit
pas trop commode , fit en forte que les
Electeurs le déférèrent à Baudouin Com-
te de Flandre , Se le Patriarchat à Tho-
mas Morofini Vénitien.
Lorfqu'ils eurent donné ordre au de-
dans de la Ville , ils conquirent facile-
ment tout ce que l'Empire Grec poffé-
doit en Europe 9 Se y formèrent diver-
fes Principautés. Le Marquis de Mont-
ferrat , qui époufa la veuve d'Ifaae 5 eut
Tome II.
1204.
ie.05.
I I. R O I X L I. 235
la ThefTalie pour fa part > avec titre de
Royaume \ moyennant quoi il céda
l'Ifle de Candie aux Vénitiens. Les
Princes Grecs fe conferverent l'Afie »
où ils établirent plufieurs Souveraine-
tés ; Théodore Lafcaris fe revêtit des
ornemens Impériaux à Nicée en Bithy-
nie , Se eut la domination la plus éten-
due. De la maifon des Comnenes, Mi-
chel eut une partie de l'Epire , David
l'Heraclée , la Pontique Se la Paphla-
gome , Se Alexis fon frère la Ville d«
Trébifonde fur le Pont-Euxin.
Là fe forma. V Empire de Trébifonde 9
qui demeura toujours féparé de celui de
Conflantinople , jufqu'à ce que les Turcs
ont dévoré l'un & l'autre. Ces chofesfe
pafférent enfix ou fept ans de tems.
Baudouin ne jouit que feize mois de
œt Empire -, car étant allé afliéger An-
drinople , Joannitz ou Calojan Roi
des Bulgares , venant au fecours des
Grecs, l'attira dans une embufeade, le
fit prifonnier, Se l'ayant mené en Bul-
garie , lui coupa bras de jambes , Se le
jetta dans un précipice ou il mourut Bnpereu*
après avoir langui trois jours. On le Henri, frère
conta de la forte : mais plufieurs cru- £** f °^
rent qu'il fe fauva de cette prifon. &* encore
Quoi qu'il en foit , après fa prife l'Em- 0*»°» lY °
pire vacqua un an durant , étant fous
la régence de fon frère Henri , qui
après ce tems-là , fut couronné le 20.
jour d'Avril. Il avoit laiflé deux filles,
Jeanne Se Marguerite , qui furent l'une
$e l'autre ComtefTes de Flandres'-, Jean-
ne époufa Richard de Portugal , la jeu-
ne époufa Bouchard d'Avefnes , puis
Guillaume de Dampierre.
En France le Roi Philippe , afin de
pouvoir fubvenir aux frais de fes guer-
res , tâchoit d'accoutumer les Eccléfia-
ftiques à lui fournir des fubfides -, mais
eux s'en exeufoient fur leurs libertés s
Se fur ce qu'il n'étoit pas loifible d'em-
ployer le bien des pauvres à des ufages
profanes : ils promettoient feulement
de l'âfîifter de leurs prières envers Dieu,
254 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
■ Or il arriva que les Seigneurs de Cou- il l'y inveftit & l'afliégea. Le Roi Jean -
i20 5 • cy , de Recel , de Rofey& plufieurs au- y accourut en route diligence -, il com-
tres fe mirent à piller & envahir leurs battit Artus 8c le vainquit-, ou, comme
terres ; il eurent recours à la protection d'autres difent , il le lurprit un matin
du Roi , lui leur rendant la pareille , dans fon lit , ëc le fit prifonmer avec
Us affilia de fes prières auprès de ces un grand nombre de Seigneurs Poite-
Seigneurs : mais comme il s'entendoit vins 8c François qui l'afîiltoient en ce
avec eux , ils en firent encore pis. Alors iiége. Il l'envoya au Château de Falai-
les Prélats redoublèrent leurs infiances fe , & les autres en diverfes places,
auprès de lui , Se le fupplierent d'y La Normandie 8c le Poitou étant
employer fes armes > à quoi il répondit ébranlés de la forte, arriva un Légat
qu'on n'avoit point de troupes fans ar- du Pape , qui ordonna aux deux Rois
gent. Ils entendirent bien ce qu'il voit- d'aiTembler les Evêques & les Seigneurs
loit dire -, &c comme le mal les prelïbit , de leurs terres , & de terminer leurs
ils furent contraints d'en donner , 8c différends par leurs avis. Jean eut vo-
aufli-tôt les Seigneurs cefTérent de les lontiers déféré à cet ordre : mais Phi-
piller. lippe qui n'étoit pas d'humeur à s'ar-
1201. Cependant le Roi Jean d'Angleterre rêter en fi beau chemin, obligea ies
2r fniv* fommé par trois fois de répondre en ju- Evêques qui étoient allèmblés à Man-
gement à la Cour de Philippe , elfayoit tes , d'interjetter appel de la fentence
de gagner le cems 8c prenoit des délais du Légat au Pape même. C'étoit pour
de jour à autre. Mais Philippe , qui fe gagner du tems, & continuer toujours
voyoit puiifant en hommes 8c en argent, les progrès.
qui n'avoir plus de contrepoids dans Le refpect de la Reine Alienor avoir
fon Royaume , parce qu'il tenoit en fa toujours retenu le Roi Jean qu'il ne
main la garde noble de la puilîànte Mai- trempât £gs mains dans le fang du mal-
fon de Champagne , ôc que le Comte heureux Artus : mais peu après fa mort,
de Flandres étoit allé en Levant , avoit ( qui arriva le 22. de Novembre J il le
réfolu cette fois de le poulfer à bout. Il fit ramener de Falaife au Château de
donna donc des troupes au Prince Ar- Rouen ; 8c quelques jours après , il alla
tus , afin de poiufuivre fes droirs , durant une nuit Fort obfcure le tirer de
l'ayant auparavant fiancé avec fa fille la prifon , 8c le mena en tel endroit
nommée Marie. En même tems étant qu'il n'en revint jamais,
entré en Normandie , il y enleva cinq La préfomption étoit toute entière
ou fix places, 8c reçut entre fes bras les qu'il 1 avoir aifaffiné : ainli Confiance
plus puifïans Seigneurs de la Province *, mère de ce jeune Prince demanda juf-
entr'autres Hugues de Gournay , 8c le tice au Roi Philippe de ce paricide
Comte d'Alençon , qui l'affurerent de commis dans {es terres &c fur la plus
leur fervice ôc de leurs places. noble perfonne de Cts valfaux. Il fit
Artus de fon côté attaqua le Poitou , donc adjourner Jean à la Cour des Pairs
les Comtes de la Marche &c d'Eu, Ge- pour répondre fur cette aceufation ; &c
froy de Lufignan &c leurs amis s'étant comme il ne tint compte de comparoî-
jjoints à lui. Sa graud'-mere la Reine tre, (a) ni même d'envoyer aucune per-
Alienor s'étoit jettée dans Mirebeau , fonne pour l'excufer , il fut par arrêt
1202.
{a) Mathieu Paris dit que Jean offiic dé «omparoir que Jean étant Roi, les Barons de France , c'eft-à-dirc ,
jrioycnnant un fauf-conduit , lequel lui ayant été refu- ]©s faus de France , n'ctoient plus fes Pairs,
ic , il y avoit nullité daiu la prcc&illK d.s Pairs ; outre
9»
PHILIPPE II. ROI XL I. 235
■ de cette Cour déclaré atteint ôc con- abfolue , que le papier l'en: contre le ■
1202. va i ncu de parricide & de rélonie : pour fer, I2 ° 4«
cette raifon condamné à perdre tou- Deux ou trois autres places qui fe
tes les terres qu'il avoir en France , défendoient encore , fuivirent l'exem-
qui feroient acquiies ôc confifquées p!e de Rouen -, ôc voilà comme en
a la Couronne , ôc tous ceux qui le moins de trois ans il gagna toure la
défendroient , réputés criminels de Normandie , la plus belle ôc la plus ri-
léze-Majefté. che Province de France. Elle avoir eu
En exécution de cet arrêt , Philippe douze Ducs de fa nation , qui l'avoient
** moitié par force , moitié par inteili- gouvernées quelques uois cens feize
gence , lui ôca en une année toute la ans. Roilo , pou^ s'être de barbare fait
haute Normandie, tandis que ce Prin- Chrétien ôc vertueux, fut le premier ;
ce lâche ôc fainéant parlait le tems à ce Prince Jean pour être de Chrétien
dormir ôc à danfer avec fa femme dans devenu plus méchant que les payens ÔC
la vil Le de -Cacn, comme s'il eut été les barbares, fut le dernier,
en pleine paix. Mais une frayeur fubite En même tems Guillaume des Re-
payant faifi après unefiftupide fécurité, ches qui avoit quitté le parti de Jean
il quitca la Province, ôc s'embarqua alTura au Roi Philippe les Comtés d'An-
au mois de Novembre pour parler en jou , du Mayne ôc de Touraine ; ÔC
Angleterre. Henri Clément Maréchal de France ,
On peut juger que s'il eût voulu lui conquit tout le Poitou, à la réferve
prendre le (cm de fes affaires , Philip- de Niort, Thoiiars ôc la Rochelle.
pe n'eut pas pu fi aifément conquérir L'année fuivante le Roi lui-même
tant de places , puifque le feul Château- ayant drelTé un grand équipage d'artil-
Gaillard près d'Andely, iltué fur un ro- lerie , força le Château de Loches , ôc
cher fort haut ôc efearpé de tous côtés , quelques places qui reffcoient encore à
endura cinq mois de fiége ; mais le l'Anglois dans la Touraine.
ciel ôc la terre s'étoient déclarés contre Les difgraces ne réveilloient point le
lui , {qs amis le rrahiiïoient , fes fujets courage du Roi Jean , mais lui endur-
lui étoient infidèles ôc il s'abandonnoit cilToient le cœur ôc le faifoient armer
lâchement lui-même. contre fes Sujets , au lieu de le porter
" L'année fuivante, qui étoit 1204. à fe défendre contre fes ennemis. Il
** Philippe £e rendit maître de toutes les n'attribuoit point fes malheurs à foa
villes de la balle Normandie , prefque crime & à fa fetardife , mais à la mau-
fans coup frapper. Rouen même qui vaife volonté des Anglois , particulié-
ctoit la Capitale de tonte la Province , rement des Eccléfiaftiques ; il fe plai-
ceinte d'une double muraille , ôc très- gnoit qu'ils ne l'avoient pas fecouru
affectionnée à fes Ducs naturels, après dans fes befoinsî ôc pour cela il fe mit
quarante jours de fiége, ayant appris par à les vexer horriblement par toutes for-
les députés qu'elle avoit envoyés au tes d'exactions* -
Roi Jean , qu'elle ne devoit attendre Guy de Thoiiars qui gouvernoit la "
aucun fecours de lui, fe rendit au vain- Bretagne, étant mari de la Ducheile
queur , à la charge qu'il maintiendroit Confiance, s'étoit rangé du parti de
{qs Bourgeois dans leurs franchifes ôc Philippe , ôc ne lui avoit pas peu aidé
privilèges. Ce qu'il leur accorda ,& ils à faire ces dernières conquêtes. Il lui
s'en firent donner des Lettres en la avoit auffi attiré le Vicomte de Thoiiars
meilleure forme qu'il fe pouvoit -, pré- fon frère : mais cette année tous deux
caution aulU foible contre la puiffance fe brouillèrent avec lui. Guy voulut £e
G g i)
12©*.
i^6 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" — cantonner en Bretagne -, le Roi l'invef- fans en/ans , Othon lui fuccédcroit , &
11 tit dans Nantes , & le contraignit de fe cependant époujéroit fa fille. Or cette an- 110 °*
remettre à fon fervice : le Vicomte née Philippe ayant été a(j affiné dans fon
néanmoins demeura encore dans les in- lit malade , par Othon Palatin de Vitels-
térêts de l'Anglois. pach , l'Empire demeura à fon compéti-
Les inftantes follicitations des Sei- teur , qui l année Juivante pafja en Italie^
gneurs qui redoutoient de tomber fous & Je fit couronner à Rome. Incontinent
la puiiTance abfolue de Philippe , ai- après il Je brouilla avec le Pape , parce
guillonnerent fi fort le Roi Jean , qu'il qu'il entreprenoit fur les terres de l'Egli-
réfolut de faire quelque effort pour re- fe , &J'ur celles de Federic Roi de ùici-
couvrir les terres qu'il avoit peruues. le , feudataire du S. Siège y à caufe de
Ayant donc levé des fommes immen- quoi le S . P ère V excommunia V an iziO*
Les d'argent , il équipa une puilïante Pour lors étoit Pape Innocent III.
armée navale , 8c vint defeendre à la Prélat d'un grand courage , &c de rare
Rochelle : le Vicomte de Thoiiars, Sa- mérite , qui étant dans la force de fon
vary de Mauleon &: quelques autres âge , n'ayant que quarante-trois ans ,
Seigneurs le joignirent. Philippe fe agiiïoit par tout & fe mêloit de tout ,
trouvant trop foible , fe contenta d'al- pouffant les chofes avec hauteur quand
îer en diligence munir les places du il trouvoit du foible & de la divifion.
Poitou , pour arrêter ce torrent , puis L'Angleterre en fit une malheureufe
fe retira à Paris. Jean n'ayant point épreuve. Le droit d'élire l'Archevêque
d'ennemis en tête > pafïà en Anjou , de Cantorbie appartenoit aux Moines
prit Angers , & le démantela. de l'Abbaye de faint Alban dans cette
Au même tems quelques Bretons , Ville-là ; ils étoient de l'Ordre de Cî-
qui s'étoient armés pour fon fervice , teaux , alors très-puilfant dans la Chré-
fe faifirent du Promontoire de Garplic tienté, &c particulièrement à Rome,
& y bâtirent un fort pour favorifer l'a- Ces Moines avoient fait inconfideré-
bord des Anglois en ces plages-là. ment deux Elections ; la première de
~ 10 -, Ce fut tout l'effet de la grande levée leur Prieur , fans avoir demandé aupa-
de bouclier de ce Roi ; car s'étant auf- ravant le confentement du Roi ; la fe-
fi-tôt rebuté, il fît propofer une trêve conde de l'Evêque de Norvich à fa re-
par l'entremife du Pape, qui menaçoit quête & par fon ordre. Les deux élus
d'excommunication celui qui la refu- portèrent ce différend au tribunal du
feroir. Philippe la lui accorda pour Pape. Il déclara toutes les deux élec-
deux ans : ce n'étoit pourtant pas lefen- tions nulles -, la première étant contre
timent des Seigneurs François, ils vou- les formes-, la féconde ne s'étant pu
loient qu'il continuât la guerre juf- faire que la première n'eût été caffée ^
qu'à l'entière expulfion des Anglois. enfuite il les obligea d'élire le Cardi-
Pour cela ils lui offroient toute afliftan- nal Etienne de Langthon, Anglois de
ce, &promettoientmêmedenelepoint nai (Tance , & perfonnage d'une capa-
abandonner y en cas que le Pnpe pro- cité éminente.
cédât contre lui par cenfures. Ce procédé choqua extrêmement le
Les deux contendans pour V Empire Roi Jean; de forte qu'il challabrufque-
£ Allemagne , Othon & Philippe s'étoient ment tous les Moinesde l'Abbaye. Tou-
accordes fan 110 y , m telle forte qu'O- tes les lettres du Pape ne purent jamais
thon qui avoit la confirmation du Pape, adoucir cette violente" amertume : il
mais étoit le plus foible , laifferoit l Em- refu fa abfolument de recevoir le Car-
pire à Philippe : lequel venant à décéder dinal Langthon pour Archevêque : mais->
PHILIPPE II. ROI X L I. 237
1 le Pape de fon côté tint ferme à main- du Roi Philippe , 8c fe tenant en fure- ' " '
1208. ten ir fon éledion. La querelle s'échauf- té du côté d'Othon-, car il croyoit l'avoir ll0 °'
fa (i fort , que le Pape après plusieurs fort obligé de l'avoir reconnu pour Em-
menaces envoya une fentence d'inter- pereur après la mort de Philippe fon
dit a trois Evèques d'Angleterre , pour compétiteur.
la jetter fur tout le Royaume. Jean en Au bruit de ce grand armement 5
fut fi irrité , qu'il commanda à tous les l'appréhenfion faifir tellement le Com-
Evèques , Prêtres 8c Moines de fortir te , qu'il écrivit au Pape, pour le fup-
de £on Royaume , & de le retirer vers plier de révoquer la Légation qu'il
le Pape -, rit faifir tous leurs biens, fer- avoit donnée aux Moines de Cîteaux %
mer leurs greniers , 8c prendre toutes lui promettant de fe foumettre au jiï-
* Focanœ. les chambrières * des Prêtres , lefquelles gement de tel autre Légat qu'il lui plai-
furent contraintes de payer de grofïes roit envoyer de la Cour de Rome. A
rançons pour fe racheter. De plus, afin fa très-humble prière , il donna cette
de fe précautionner contre l'effet de commifîion à Milon l'un de (es No-
l'excommunication perfonnelle dont il taires, &c à Thedifio Chanoine de Gen-
étoit menacé , il prit des otages de ks ncs. Le Comte à leur mandement fe
Vilies Se de fa NoblefTe. ■ > rendit à Valence s 8c obéit a tout ce
Mais le faint Père avoit à conduire qu'ils voulurent lui ordonner. Il don-
une autre affaire bien plus importante na premièrement fept places fortes a
du côté du Languedoc , pour réduire l'Eglife Romaine à perpétuité , poul-
ies hérétiques qui avoient prefque ga- gage de fa converfîon ; & l'année fui-
gné toute cette Province, & même vante 1209. le vingt-huitième de Juin j,
quelques contrées des environs , par il foaffrit pour avoir fon abfolution ,
i>:_ ..„ o,1. '„K„,v„~, J er C^U. A> £>*„<> k„,..,., j~ i 1 1^.
puis
principal fauteur. On l'accufoit d'avoir d'être traîné fur le tombeau de ce Re-
fait ailàfîiner un des Légats que le S. ligieux par le Légat, qui lui mit la
Père avoit envoyés en ces pays-là jc'étoit corde au col en préfence de vingt Ar-
Pierre de Château-neuf , Moine de Ci- chevêques , 8c d'une infinie multitude
teaux , 8c le Premier qui exerça de peuple. Enfuite de quoi il fe croi-
l'Inquisition. faaufli, 8c fe joignit à ceux qui pre«
Le Pape réfolut donc à quelque prix noient fes Villes 8c celles de fes alliés,
que ce fût , d'exterminer ces héréti- Ce n'étoit pas le repentir qui l'obli-
ques -, 8c avant que d'aller aux mem- geoit de fouftrir une fi horrible confu-
bres , il s'en prit au Comte qui étoit flon , c'étoit la peur qu'il eut d'un ef-
leur chef. Il l'excommunia nommé- froyable orage qui étoit tout prêt de
ment , déclara fes fujets abfous de la crever fur fa tête. Car il voyoit au mi»
fidélité qu'ils luiavoient jurée, 8c don- lieu de fon pays 8c fur fes frontières ,
na (es terres au premier occupant , fans une effroyable multitude de gens ar-
pré.judice néanmoins du droit de la fou- mes qui venoient l'accabler. Un très-
veraineté du Roi de France. Et pour grand nombre de Seigneurs, de Prélats
faire exécuter une fentence fi terrible , 8c de peuple s'étoient enrôlés dans cet-
il fit publier une Croifade générale te milice; 8c le Roi même y fournifîoir"
contre ces peuples rebelles à l'Eglife. quinze mille hommes entretenus à fes
Il fe fentoit affez fort pour venir à dépens.
bout de fon deflein ? ayant l'affiftance Ce-s-Croifês portaient la Croix fur /■
ijS ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
'poitrine , à la différence de ceux de la me en effet , elle le fut cette année. — ™ — r-
**' Terre - Sainte , qui la portoient fur Les Evêques d'Orléans &c d'Auxer- l2 -<*o~
l'épaule. re C 1 U1 avoient été mandés avec leurs
Parmi ces hérétiques il y en avoit de vailaux à cette expédition, s'en étant
plufieurs différentes fortes , des Ariens , retournés fans congé, parce qu'ils pré-
& des Manichéens de plus d'une façon , tendoient n'être point obligés d'aller à
des Vaudois ou Pauvres de Lyon , des l'aimée que lorlque le Roi y étoit en
Jïumiiiés y des Popelicains , & tous perfon ne , il tic faiilr leurs régales, c'eft-
ctoient compris fous le nom commun à- dire les biens qu'ils teuoient en fief
^/'Albigeois : & quoique fort différens de lui , non pas leurs dixmes , offran-
entreux , ils avoient tous pareil mépris des , ck autres droits attachés néceiïai-
pour le Pape & pour les Evêques. Ceux rement à leur fonction. Ils en firent
quon appelloit Pauvres, faijbient effec- leurs plaintes par des Envoyés au Pape
tivement profeffion d\une pauvreté Evan- Innocent III. ÔC après ils les y portèrent
relique , & étoient les plus fuppor tables -eux-mêmes. Le Pape ayant examiné la
de tous , comme les Manichéens les plus caufe , trouva qu'ils avoient manqué
impies , & les plus éloignés des bonnes .contre les coutumes &" les droits du
/nœurs & de lavrayefoi. Les Humiliés Royaume -, de forte qui! fallut qu'ils
fe mê'oient de prêcher par tout où ils Je payalïènt l'amende au koi pour ren-
trouvoient , & couvroient leur venin du trer dans leur temporel.
voile d'une fauffe modeflie & dune feinte L'armée des nouveaux Croifesn'étoit
humilité. Dieu voulut que pour les con- pas moins que de cinq cens miile^per-
trequarer , il sinfiitudt au même terns fonnes , non pas toutefois , comme je
deux ordres Religieux ,fçavoir des Fre- crois, tous eombattans , parmi lefqUels
xes Mineurs ou Cordeliers , & des Fre- il y avoir cinq ou fix Evêques , le Duc
<res Prêcheurs ou Jacobins , Les premiers de Bourgogne , les Comtes cie Nevers,
fondemens de celui-là furent jettes en I ta- de faint Pol 6c de Montfort. Le ren-
' lie par faim François dJjjije-, homme dvZ-vous général étoità Lyon , vers la
féculier , fort Jimple : ceux de l autre en fête de faint Jean. De là , étant entrés
Languedoc par faint Dominique , de la da:.s le Languedoc, ils attaqueront la
noble Maifon des Gu^mans en EJpagne, ville de Beziers , l'une des plus fortes
& Chanoine dOfma , qui étoit venu en des Albigeois , la forcèrent , & y pafTe-
cette Province avec Diego fon Evéquc , rent tout au fil de l'épée. Il y fut tué
pour convertir les Albigeois. plus de foixante mille perfonnes, en-
Ces feétaires avoient commis quel- rr'autres fept mille dans l'Eglife de la
ques aétes d'hoftilité dans les terres du Magdelaine , & le propre jour de la fê-
Roi Philippe , & s'avouoient de l'An- te de cette Sainte. Ceux qui vouloient
glois : voilà pourquoi Philippe joignit exeufer un fi horrible carnage, difoienr
ion reflfentiment particulier au zélé de que ç "étoit une punition divine , de ce
la Religion. Il avoit promis de fe trou- que ces blafphêmes hérétiques croyoient
ver lui-même à cette expédition , ou qu'elle avoit été la maîtrefîe de Jesus-
du moins d'y envoyer fon fils : mais Christ. Ceux de Carcallbnne épou-
comme il fçut qu'il y avoit danger d'une vantés d'une î\ fanglante tuerie , fe ren-
defeente des Anglois en Bretagne , à la dirent à diferétion , bienheureux de
f-iveur du Fort de Garphc , il ne pafïà foi tir tous nuds en chemife.
point la Loire , de commanda à la No- Les Seigneurs de cette armée ayant
blefle qui relevoit de lui , de s'armer tenu confeil, élurent Simon Comte de
pour aller prendre cette forterellè-,com- Montfort, pour avoir le commande-
IZ09.
P H I L I P P E I I. R O I X L I. 239
-ment de cette guerre, ôc pour régir les aux dents, ôc le mit en devoir de dé-
A . __ _ .» '- * -L_ ~ . - O — i*_ à — _.' J __ .-. à. «... Ll. M A l/^wn , I 4-1- » -*-\«r -..rt. - __. --
1209, conquêtes qui s'étoient faites &: le le- fendre fon bien. Alors il fut excommu- 121 x.
roient à l'avenir furies Hérétiques. Ce- nié hautement , ôc fes terres expofées
la réglé , le Comte de Nevers s'en re- à qui les pourroit conquérir. Mont-
tourna avec une grande partie des Croi- fort afîiégea ïouloufe \ mais les gran-
fés , ôc peu après le Duc de Bourgogne des bandes de Croifés qui lui étoienc
avec une autre, de forte que Simon venues, s'étant défilées en peu de tems,
demeura mal accompagné ■■, il ne laif- il le vit contraint de lever le liège. Les
fa pour tant pas de le loutenir par fa ver tu Comtes de Touloufe Ôc de Foix , avec
plus qu'héroïque , ôc conquit encore leurs Confédérés , le pourfiuvirent ôc
Mirepoix , Pamiers «Se Alby : tellement l'aiîiégerent dans le Château-neuf; ôc
que dans peu de tems il le vit maître là , chofe incroyable, pius decinquan-
de l'Albigeois , des Comtés de Beziers te mille hommes n'en purent forcer
&c de Carcallonne , ôc de plus de cent trois cens , mais furent battus , ôc fe
Châteaux. retirèrent honteufement.
De fois à autre il arrivoit au Comte En ce tems plus que jamais floriffoit
de Mont fort de nouvelles bandes de £ Ecole de Pans. On la nomma Uni ver-
Croifés, même de Flandres &c d'Aile- Cité, parce quony enfeignoit univerfel-
magne ; mais elles s'écouloient fix fe- lement toutes Jones de Jciences , quoi-
marnes ou deux mois après. Avec ces quen effet l'envie d'apprendre , & £af-
renforts il emportoit toutes les places jiuence des Ecoliers y fujjent bien plus
ôc ies Châteaux, non-feulement des grandes que la doctrine. Un certain Pré-
Hérétiques , mais auffi des autres Sei- tre du Diocéfe de Chartres , nommé Al~
gneurs. Le Roi d'Arragon,de qui plu- marie , s'étant mis à dogmatifer des
iïeurs en ce pays-là tenoient leurs ter- nouveautés , avoit été contraint défi
res en arriere-fief , à caufe de quelques dédire, dont il étoit mort de chagrin. Plu-
Seigneuries qu'il y poifédoit , en écri- Jieurs après fa mort fuivant encore fes
vit au Pape , ôc le Comte de Touloufe dogmes , furent découverts & condamnés
en alla porter fes plaintes jufqu'à Ro- au feu , lui excommunié par le Concile de.
me , où le faint Père le reçut allez bien, Paris ,fon corps déterré & fes cendres
ôc lui promit juflice. jettées à la voirie. Et parce quon crut
Mais à fon retour on lui propofa de que les livres de la Métaphyjîque d'A-
s'accommoder avec Montfort , en lui rijio te , depuis peu apportés de Conjlan-*
quittant tout ce qu'il avoit pris. Il ne tinople , avoient donné lieu à cesjubtili-
put jamais s'y réfoudre , ôc ainli Milon tés hérétiques , le même Concile défen-
Légat du Pape l'excommunia dans le dit , fur peine £ excommunication , de
Concile d'Avignon , prenant pour pré- les lire , ni de les garder. ______
texte, qu'il levoit certains nouveaux Les intérêts des Eccléfialtiques eau- I2O0
péages fur fes terres. Le Roi d'Arragon foient une grande partie des guerres
vint en perfonne à un autre Concile de ces tems-là. Guy Comte d'Auver-
qui fe tint à fainr Gilles , pour elTayer gne , pour les violences ôc ies injulti-
d'accommoder les affaires , ôc de réta- ces qu'il commettoit fur eux , particu-
blir le Comte de Foix ôc le Vicomte liérement envers l'Evêque de Clef-
de Bearn , qui avoient été dépollédés mont , qu'il avoit emprifonné , fut
comme fauteurs d'hérétiques : mais il privé de la Comté par le Roi Philip-
ne fçut rien obtenir. pe , ôc ne put jamais y rentrer.
Le Touloufain , après tant de baffes La plus importante querelle de cet-
te ruineufes foumiflîons , prit le frein te nature étoit entre les Papes ôc- les
12 1 1 .
14©
ABREGE CHR
ino>
H ~ ■ Souverains : car les premiers étanr au-
1Z0 9> deflus des Princes pour le fpiricuel ,
qui doit être le principal , croyoienr ,
en verru de ce pouvoir être en droit ,
non-feulement de les admonefter quand
ils manquoient en chofes notables ,
mais encore de les corriger Ôc de leur
commander dans les rencontres où il
s'agilïoit de la paix de la Chrétienté ,
ôc de l'exaltation de la Foi. Mais com-
me leurs commandemens devinrent
trop hautains , ôc leurs corrections trop
rudes , jufqu'à priver les Souverains de
leurs Etats , quand leurs excommuni-
cations ne faifoient point d'effet , ils
trouvèrent de grandes réfiftances , prin-
cipalement du côté des Empereurs ôc
des Rois de France.
L'Empereur Othon s'opiniâtrant ,
peut-être un peu trop à défendre les
droits de l'Empire , fe préparoit de
repafler en Italie pour la fubjuguer en-
tièrement , avec une puilïante armée
qu'il levoit de l'argent que le Roi Jean
fon neveu lui avoit envoyé , à condi-
tion que de-là il retomberoit fur la
France. Le Pape Innocent lança les
foudres de l'Eglife fur fa tête , un an
après qu'il y avoit mis la Couronne ;
êc peu après, une grande partie des
Princes d'Allemagne , à l'inftigation du
Roi Philippe élurent Roger-Federic
II. fils de l'Empereur Henri VI. âgé
pour lors de dix-fept ans , ôc qui mê-
me , du vivant de Ion père , avoit dé-
jà été nommé Roi des Romains. Inno-
cent confentit à cette élection , ôc l'an-
née fuivante Federic , qui étoit alors
dans fon Royaume de Sicile , palTa en
Allemagne. Quelques années durant ,
il vécut allez bien avec les Papes •, mais
xiès qu'il youlut jouir des droits de fa
Couronne , ôc exercer la fouveraineté
de l'Empire en Italie , il fut aufli mal
avec eux que l'avoient été fes prédé-
ceflèurs.
Le Roi Philippe & le nouvel Empe-
reur ayant même intérêt , Louis fils
ONOLOGIQUE
aîné du premier , ôc délégué par fes or- ■
dres , &: Federic s'abouchèrent à Vau- IiII «
couleurs , fur la frontière de Champa-
gne , pour renouveller les alliances
d'entre la France & l'Empire, ôc pour
s'unir plus étroitement contre Othon
ôc contre le Roi Jean ion oncle , leurs
ennemis irréconciliables.
Renaud Comte de Boulogne avoit
fort bien fervi Philippe depuis la ré-
conciliation , ôc il en avoit aulîi été
fort bien récompenié , en ayant eu
plutïeurs belies terres. Néanmoins le
Roi le foupçonnant d'intelligence avec
l'Anglois , lui demanda fes places for-
tes ; ôc fur le refus qu'il fit de les lui li-
vrer , il les attaqua , ôc le pouffa fi vi-
vement , qu'il n'ofa pas les défendre ,
mais fe fauva chez le Comte de Bar
fon parent , & de là en Flandre.
Il y avoit trois ans que l'interdit
tenoit l'Angleterre dans un pitoyable
état , quand le Pape envoya fon Légat
nommé Pandulfe , Diacre de l'Eglife
Romaine , exhorter derechef le Roi
Jean de recevoir l'Archevêque de Can-
torbery, & de rappeller dans fon Royau-
me , & rétablir dans leurs biens les
Evêques ôc autres EccléiiaiHques qu'il
avoit bannis. Ce Roi y confentit allez
facilement ; mais il refufa de leur faire
aucune raifon des dommages qu'ils
avoient fourîerts. Pandulfe fe retira
donc en France fans avoir rien conclu :
mais les exilés prefîerent tant le faint
Père par leurs plaintes continuelles ,
qu'enfin Pandulfe ayant un nouvel or-
dre, lâcha une terrible fentence contre
lui , qui fut aufli-tôt publiée par toute
l'Angleterre , quoique les Evêques aux-
quels on l'avoit adrefïee n'ofaflent la
fulminer. Elle portoit non-feulement
excommunication de fa perfonne, mais
encore délioit fes fujets du ferment de
fidélité , ôc leur défendoit d'avoir au-
cun commerce avec lui ; donnoit fes
Royaumes au Roi Philippe ôc à (es fuc-
cefïeurs „ ôc çxhortoit tous les fidèles
de
ii.i I.
m i.
iiii
PHILIPPE II. ROI XL I. 24*
- de fecroifer 8e de l'affilier en cette ex- tes ces fourmilions, néanmoins il n'ob-
pédition contre l'ennemi déclaré de tint point encore fon abtblution , ni la
Dieu 8e de l'Eglife. Philippe qui n'at- levée de l'interdit, que plus d'un an
tendoit que cette occasion , drelTa auili- après ; 8c cependant les Barons de Ion
tôt de grands préparatifs pour conque- Royaume , avec les Evèques, commen-
rir l'Angleterre ; 8c amaifa un nombre cerent à lui ourdir une autre trame ,
effroyable de troupes 8e de vailTeaux à qui n'étoit pas moins dangereufe que
l'embouchure de la Seine. Jean fe pré- la première.
para néanmoins à la défenfe , équipa Lorfque le Légat eut tiré de lui tout
une grande flûte, manda toutes les mi- ce qu'il fouhaitoit , il palfa vers Phi-
lices & tous les Gentilshommes de fon lippe, 8c s'efforça de lui perfuader
Royaume ; 8c de cette innombrable qu'il devoit rompre fon entreprife :
multitude, il choilit foixante mille mais il étoit trop engagé d'honneur &
hommes bien armés 8e aguerris ; de de dépenfe pour en demeurer-ld. Tous
forte que s'il eût été bien fervi , il pou- les Seigneurs de fon Royaume , dans
voit empêcher les François de defeen- un Parlement tenu à Soiifons , le len-
dre en fon Royaume , 8e les combat- demain de Pâques-Fleuris, lui avoient
tre , s'ils y defeendoient. Mais il ne promis toute alîiltance de leurs biens
redoutoit pas feulement leurs armes , &: de leurs perfonnes. Il n'y eut que
il craignoit que fes Sujers ne tournaf- Ferrand , fils de Sanche I. Roi de Por-
fent leurs armes contre lui , o.u qu'ils tugal , Comte de Flandre par fa fem-
neie livralTent à fes ennemis. me, qui refufa de l'accompagner en
Le Légat qui avoit fulminé l'excom- cette expédition , 8c lui déclara par fa
munication étoit Italien , fort habile ; propre bouche qu'il ne voyoit point de
étant demeuré en France , il augmen- juftice à cette entreprife. C'eft qu'il
toi* à toute heure fa frayeur par des étoit offenfé que Philippe eût tire de
avis fecrets qu'il feignoit de lui don- lui les villes d'Aire 8c de Saint-Omer,
ner charitablement ; 8c par fes artifi- pour confentir à ce qu'il épousât l'hi-
ces , il le troubla jufqu'à tel point , ritiere de Flandres , qui étoit Jeanne
qu'il promit de faire tout ce que le S. fille aînée de Baudouin V.
Père lui ordonneroit. Panduîfe étant Le Roi indigné de cette réponfe , lui i2I ^
donc parte en Angleterre , il l'obligea commanda de fortir de fa Cour tout
premièrement de rappeller tous les fur l'heure , 8c manda à fon armée na-
Evêques qu'il avoit bannis , de les re- vale de s'avancer fur les côtes du Bou-
mettre dans leurs biens, & de leur payer lonnois croyant qu'il le pourroit rame-
les dédommagemens félon qu'ils fe- ner à fon devoir , lorfqu'il le verroit il
roient eftimés. Après cela ce miféra- proche de lui , 8c prêt de s'embarquer,
ble Roi remit par un acte authenti- Quand il fut donc à Boulogne , il lui
que, fes Royaumes d'Angleterre 8c envoya ordre de le venir trouver à Gra-
d'Irlande entre les mains du faim Père, vélines ; le Comte s'y fit attendre quel-
8c p. lis il les reprit de lui , fe rendant ques jours , mais ne s'y trouva point ;
fon valîàl 8c homme lige , tant lui que tellement que le Roi réfolut , avant
fes fuccedeurs procréés de (on maria- que de s'embarquer pour l'Angleterre,
ge , 8c s'engageant de lui payer chaque de le mettre hors d'état de lui nuire,
année , outre le denier de faint Pierre , Les villes d'Ypres , de Cafîel , Se tout
rmLle marcs d'argent de redevance -, Je pays jufqu'à Bruges , firent joug à fes
fçavoir , fept cens pour l'Angleterre , armes ; fon armée navale compofée de
Se trois cens pour l'Irlande. Avec tou- mille fept cens voiles , étant venue
Tome IL H h
îii ;.
i, r L ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
mouiller l'ancre à Dam. Comme la força Henri Comre de Louvain 8c Duc -
plus grande part en étoit à la rade , de lirabant , qui avoir épouie une tiiie
prefque toute dégarnie d'hommes , ar- du Roi , de iuivre ion parti,
riva l'Angloife commandée par les Le Roi Jean n'avoir pu encore ob-
Comtes de Boulogne 8c de Sahsbery , tenir fon abioiution ni la levée del'in-
qui donnant defliis , en emmena trois terdit , quoiqu'il eût déjà payé de très-
cens vaifTeaux charges d'armes 8c de grandes iommes aux Evéques : de for-
toutes fortes de provilions -, 8c en bru- te que lorfqu'il voulut marcher en per-
la , prit 8c coula à fond une centaine, fonne avec les forces de Ion Royaume,
Cet avantage donna la hatdielle aux pour faire diverlion en faveur du Fla-
Anglois de mettre pied à terre pour mand,fes Barons 1 abandonnèrent > 8C
chercher queîqu'avantage dans le pays, lui rirent entendre qu'ils ne le fuivroient
Philippe en ayant eu avis , décampa point qu'il n'eût entièrement fatisfait.
de devant Gand , alla à leur rencontre , Il réitéra donc les promeuves & les
&: en tua deux ou trois mille. Toute- obligations au Légat , donna des fure-
fois comme les autres tenoient la mer, tés aux Evêques pour retourner dans le
&c que ce qui lui reftoit de vaifTeaux Royaume, feproiterna à genoux devant
dans le port ne pouvoitfortir fans tom- eux, 8c leur allura le payement des
ber entre leurs mains , il en tira l'équi- dommages qu'ils avoient lourferts j
page , 8c les fit tous brûler , 8c la ville moyennant quoi ils lui donnèrent ab-
de Dam enfuite, afin que la perte du folution félon les formes , mais ils ne
Comte ne fût pas moindre que la levèrent pas encore 1 Interdit. Lorlqu'il
fïenne. croyoit avoir conjuré cette tempête ,
De-là , ayant ravagé le terroir de il s'en leva une autre non moins dan-
Bruges , tiré beaucoup d'argent de cet- gereufe du côté de l'es Barons. Ils conf-
te ville 8c de celles de Gand &d'Yr>res -, pirerent enfemble de l'obliger à garder
faccagé & démantelé l'Ifle , il laifia fon les Loix que le Roi Henri I. ion bilayeul
fils Louis Bc Gaucher Comte de Saint avoit accordées à l'Angleterre. Nous
Pol dans le pays, avec- un puilTant corps en verrons bien-tôt les fuites,
de Cavalerie, &: de fortes garnifons Cependant il fecourut fi puiiTam-
dans les « illes de Douay 8c de Tournay ment les Flamands de troupes 8c d'ar-
feulement. gent , qu'ils défolerent toute la Comté
Lorfqu'il fe fut retiré de Flandre , le de Guifnes , abattirent le Château de
Comte Ferrand y rentra , 8c d'abord Bruxan , prirent d'allant 8c brûlèrent
reprit Tournay de l'Ifle que Louis com- la ville d'Aire 8c le Château de Lens ,
mençoit à réparer -, comme en revan- de firent de cruels ravages par le fer «5c
che Louis faccagea 8c brûla Courtray. par le feu dans les terres du Pnnce
Philippe pour la féconde fois rentra en Louis. Lui-même étant un peu plus en
Flandre, pour ralîurer fes conquêtes, liberté, fit un très -puilïàm armement
8c tout auiTi-tôt Ferrand fe retira-, 8c par mer, 8c alla descendre à la Ro-
Philippe revint en France donner ordre chelle. Là s'étant racommodé avec les
à "es autres affaires. Dès qu'il fut hors de Comtes de la Marche , d'Eu , d'An-
la Flandre , Renaud Comte de Boulo- goulême , de Luzignan , & autres Poi-
gne y tint la campagne avec des forces revins , qui l'affifterent de leurs forces,
qu'il avoit amenées d'Angleterre, fans il traverla le Poitou , fe rendit maître
aucun exploit néanmoins -, finon , qu'a- de quelques places en Anjou , 8c com-
près avoir fait diverfescourfes ,& ten- mença à redrclTer les murailles d'An-
té deux ou trois fiéges inutilement , il gers , fa ville natale.
iii$,
P H I L I P P E I I. Il O I X L 1. i Vy
~ Pour empêcher ces progrès , le Roi Avant que le mois fut expiré depuis
* zl v rappella fon fils de Flandres , 8c lui la fuite du Roi Jean , le Roi Philippe 121 4«
donna une bonne armée. Ce Prince fit gagna encore une aune victoire bien
fa place d'armes à Chinon , 8c fut fe- plus fignalée fur l'Empereur Othon 8c
condé des forces de la Bretagne , condui- Ihs confédérés. Ce fut auprès du village
tes par Pierre de Dreux , lequel cette de Bouvines, qui eft entre l'Ifle& Tour-
année avoit époufé l'héritière de cette nay. Ils avoient une aimée de i$oooc%
Duché. C'étoit Alix fille de la Duchef- combattans ; la fienne étoit plus foible
fe Confiance , 8c de Guy de Thouars. de la moitié , mais fortifiée de là fleur
Cependant l'Anglois travailloit dili- de fa Noblelîe , 8c de quatre Princes de
gemment ci fortifier Angers , 8c enfer- fon fang-, fçavoir , Eudes Duc de Bour-
moit de murailles la partie qui eft de- gogne , Robert de Courtenay , Robert
là la rivière de Mayne. Ses gens faifant Comte de Dreux } 8c fon frère Philippe
des courfes jufqu'aux fauxbourgs de Eveque de Beauvais.
Nantes , de l'autre côré de la Loire , La bataille fe donna le 1 $. de Juillet,
furprirent dans une embufcade Ro- endura depuis midi jufqu'aufoir. Gue-
bert , fils aîné du Comte de Dreux , qui rin , Chevalier de l'Ordre de Saint Jean
avoit paire le pont pour les aller atta- de Jérufalem , 8c depuis peu élu Evê-
quer , taillèrent fes troupes en pièces , que de Senlis , à qui le Roi avoit don-
8c le firent prifonnier. né toute autorité après lui , rangea l'ar-
1214. La France fevoyoitpuillamment atta- mée en bataille; Mathieu Baron de
quée , non-feulement en Anjou par le Àlontmorenci, Guillaume des Barres,
Roi Jean , mais encore du côté de la grand Sénéchal du Roi , Henri Comte
Flandre par l'Empeieur Othon , 8c par de Bar , Barthelemi de Roye , Gaucher
les Comtes Ferrand de Flandre , 8c Re- Comte de Saint Pol, 8c Adam Vicomte
naud de Boulogne •, mais en l'un & en de Melun, eurent le plus de part au pé-
l'autre endroir , fes armes demeure- ril & à la victoire. Guerin n'y combat-
rent victorieufes. Le Prince Louis ayant tit pas de la main , à caufe de fa qualité
alïèmblé fes forces à Chinon , marcha d'Evêque-, & Philippe Eveque deBeau-
réfolument contre le Roi Jean , qui af- vais fe fouvenant que le Pape l'avoit
fiégeoit le Château de la Roche-aux- délailTé pour avoir répandu le fang des
Moines fur la Loire « entre Angers 8c Chrétiens , ne frappa point de l'épée f
Nantes. Comme il étoit à une journée mais d'une malfue de bois , croyant
près de là , ce Roi prit l'épouvante , qu'aflTommer n 'étoit pas répandre le
8c repalTà la rivière en fi grande hâte, fang.
qu'il y lailfa toutes fes machines de guer- Le Roi y courut grand rifque de fa
re , 8c partie de fes troupes , qui furent perfonne , ayant été abattu à terre par
tuées ou noyées fur la retraite. Mathieu Renaud, foulé aux pieds des chevaux,
Paris raconte que les deux armées étant 8c blelfé à la gorge : mais enfin fes en-
proches l'une de l'autre , furent toutes nemis furent battus par tout , Othon
deux faifies d'une terreur panique , 8c mis en fuite , fon grand érendarc, qui
fe tournèrent le dos fuyant à vau-de- étoit un dragon avec une aigle Impéria=
r.mte. Quoi qu'il en foit , depuis ce le au-deiTus 3 & le chariot qui le porroir,
jour-là, l'Anglois n'ofa plus paroîrre en rompu en morceaux , 8c cinq Comtes a
lieu où il fçût que Louis devoit fe trou- entre lefquels étoient Ferrand 8c Rê-
ver, 8c il lui abandonna tout l'Anjou , naud, avec vingt-deux Seigneurs por=
8c fes nouvelles fortifications d'Angers , tant bannière , fiiits prifonniers.
qui furent auiïi-tôt démolies. Les devins avoient affuré la vieille
Hh ij
244 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Mahaud de Portugal , ComteiTè douai- s'il ne fe fût avifé d'interpofer le Légat
11 1 "** riere de Flandre, tante de Ferrand, du Pape pour demander une trêve. 12I 4«
qu'il y auroit une grande bataille , que Cette puillance étoit h formidable ,
le Roi y feroit abbattu par terre, qu'on que le Roi n'oia pas la lui refufer , il
lui palïèroit fur le ventre » Se que Fer- l'accorda pour cinq ans.
rand entremit en triomphe à Paris. La Lorfqu'ellefur faite, lePrince Louis,
première prédiction fut accomplie fans foit par dévotion ou par jaloulie de la
équivoque : la féconde le fut aufli, mais puillance du Comte de Montfort , fe
d'une autre façon qu'elle ne l'avoit en- croila contre les Albigeois, Se fit le
tendue : car en effet , on l'amena en voyage de Languedoc. (Il faut dire ce
triomphe à Paris , mais en qualité de qui s'y étoit pallé l'année précédente. )
captif, tout chargé de fers , Se attaché Pierre Roi d'Arragon ayant recueilli
dans un chariot traîné par des chevaux dans fa ligue , Se fous fa protection ,
ferrants , c'eûVà-dire , félon le langage les Comtes de Touloufe , de Foix Se de
d'alors , de poil bay obfcur , Se couleur Cominges , le Vicomte de Beziers Se
de fer. ( C'eft pourquoi le peuple chan- autres , dont Monfort avoir empiété les
toit : quatre ferrants bien ferrés , traînent terres , l'envoya défier par fes Hérauts.
Ferrand bien enferré. ) Montfort avoit laillé une forte garnifon
Les Pariliens firent une pompeufe en- dans Muret , pour faire le dégât aux en-
trée au Roi , Se célébrèrent fa victoire virons de Touloufe : ce Roi y mit le
par des réjouiflances folemnelles huit fiége au mois de Septembre. Son armée
jours durant. On enferma les pfifon- éroit de près de cent mille hommes -,
niers de guerre en diverfes places du Montfort qui étoit à Caftelnaudari , en
Royaume. Ferrand fut mis dans la tour ayant à peine ramalîé mille ou douze
du Louvre , hors des murailles de la cens , s'alla jetter dans la place. On ra-
ville j Se Renaud dans la tour neuve de conte que failant une furieufe fortie
Peronne , avec les fers aux pieds , Se une fur ce Roi , qui par mépris d'un fi petit
chaîne qui le tenoit attaché à une grofle nombre , s'étoit mis à table au com-
piece de bois. Philippe avoit fait vœu , mencement du combat , il tailla en pié-
dans la joye de cet heureux fuccès , de ces toutes fes troupes ; l'abbattit par
bâtir une Abbaye en l'honneur de Dieu terre , où il fut égorgé par un fimple
Se de la fainte Vierge : fon fils Louis foldat ; enleva fon étendart royal , que
VIII. l'en acquitta en fondant celle de l'on porta en triomphe à Rome , Se
Nôtre-Dame de la Victoire , près de couvrit le champ de corps morts , fans
Senlis. perdre que huit de fes gens.
Les Seigneurs du Poitou , qui avoient Un fi pefant coup de maiTue abbattit
favonfé 1 Anglois , {cachant que Phi- le Comte de Touloufe , Se les habitans
lippe étoit victorieux , lui envoyèrent de cette grande ville , aux pieds du
offrir toute foumillion. Il ne s'en fia Légat -, ils offrirent de fubir telles con-
pas à leur parole , Se fe rendit dans le dirions qu'il leur voudroit impofer :
pays avec fon armée pour les poulïer à mais ils n'en furent pas quittes pour
bout, Le Vicomte de Thouars , le plus des paroles , on avoit réfolu de les dé-
puiflànt de tous, rentra aflez facilement pouiller entièrement.
dans fes bonnes grâces, par l'interceffion Quand on eur avis en Languedoc que I
de Pierre Duc de Bretagne -, les autres le Prince Louis y alloit avec une armée, I2,I jj
fe voyoient entièrement perdus , & le Montfort vint au-devant de lui à Vien-
Roi Jean, qui étoit alors dans Parte- ne , Se le Légat à Valence. Comme il
nay , ne pouvoit manquer d'être pris, fut à Saint Gilles, Montfort qui l'accom-
PHILIPPE II. ROI XL I. 245
pagnoit , reçût des Bulles du Pape, qui de routes pourfuites & affaires, 8c met-
M I 5- en conféquence du décret du Concile toit ceux qui s'y enrôloient , fous la l £ *$'
de Montpellier , tenu quelques mois fpéciale protection de l'Eglife , 8c fous lv *
auparavanr , lui donnoient en garde les celle du faint Père. Mais afin de la mé-
teires du Touloufain , 8c toutes les au- riter par un plus puiflint moyen , * il ac- * n ne fd-
tres qui avoient été conquifes par les complit en effet ce qu'il avoit déjà pro- 8? ic P oint .
Croilés -, à la charge d'en prendre Tin- mis par écrit , de foumettre fon Royau- gS'iV fa*"
veftiture du Roi , ëc de lui rendre les me au faint Siège. Car dans une céré- couronne
devoirs féodaux. Tellement que , pour monie publique , il remit effective- f "«roSaiS
ainfi dire , le Pape nommoit , 8c le Roi ment fa Couronne entre les mains d'un du Pape. eu.
conféroir fur fa nomination. Légat , 8c la reprit de lui. * Alors le faint de l 6 ^:
De là Louis fur à Montpellier , puis Père entreprit hautement fa défenfe abbaiflèmenc
à Beziers , d'où il ordonna que les murs comme de fon vallal , annulla la chartre a i ou " k mé-
de Narbonne 8c de Touloufe feroient qu'il avoit concédée aux Barons, les ex- crâtio» que"
démolis. Le Comte réduit à une pi- communia , parce qu'ils ne défécoienr fes fujers
toyable extrémité, prit le chemin de pas à fes commandemens , 8c quelque f voie i u , P j Ut
t> J r a\ o J •> 1 r \ . i i r t."1 lui. Ed. de
Rome avec Ion hls,<x tous deux s adrel- tems aptes, reagrava la Sentence. i^s,
ferent au Concile qui fe renoit au Pa- Ils ne laifférent pas pour tous ces
lais de Latran , penfant le fléchir à mi- anathêmes de pourfuivre leur entrepri-
féricorde , 8c en obtenir grâce, s'ils fe , 8c fe faifirent de la ville de Lon-
n'eri pouvoient obtenir juftice. Mais le dres 8c de quelques autres places : néan-
Concile , fans être touché des foumif- moins comme Us avoient laiifé languir
fions ni des larmes de ces deux grands leurs fuccès, leurs affaires n'alloieut pas
Supplians , adjugeala propriété de leurs trop bien, & la néceflité les contrai-
terres à Montfort , réfervant feulement gnoit de chercher leur falut dans un fe-
celles de Provence pour le fils , 8c qua- cours étranger. Voilà pourquoi ils
tre cens marcs d'argenr par an pour leur avoient recours à Louis, 8c lui en-
fubfiftance -, bien entendu qu'ils fe ren- voyoient offrir la Couronne d'Angle-
droient obéiiTans au faint Siège. Dès- terre. Philippe confentit qu'il y paffat
lors Montfort prit la qualité de Com- pour cela -, mais il voulut auparavant
te de Touloufe , 8c vint en recevoir qu'ils lui donnaient vingt-quatre ôra-
l'inveftiture du Roi dans la ville de ges des plus nobles enfans du Royau-
Melun. me pour fureté de fa perfonne.
Comme Louis étoit encore en ce Le faint Père en étant averti envoya
pays-là , les Seigneurs ou Barons An- un Légat en France avec charge de dé-
glois lui envoyèrent offrir la Couronne tourner Louis de cette entreprife , 8c
d'Angleterre. Leur confpiration contre de prier le Roi Philippe de le retenir,
le Roi Jean avoit enfin éclaté ; ils Philippe protefta de tout refped 8c
avoient pris les armes , 8c l'avoient obéifiance au faint Siège : mais répon-
forcé de leur donner une chartre conte- dit qu'il ne pouvoit pas impofer à fon
nant la confirmation des loix du Roi fils la néceflité de ne point pourfuivre
Henri I. 8c de leurs libertés 8c privilé- les droits de fa femme, qui étoit nièce
ges. Le Pape même avoit confirmé cet- du Roi Jean. Ainfi Louis accepta la
te conceflîon -, mais incontinent après Couronne d'Angleterre , 8c alla avec
Jean la révoqua comme faite par force, un grand équipage defcendre en Pille
& prit la croix pour le voyage d'outre- de Tanet, 8c de là paffa à Londres,,
mer , d autant que cette fainte milice où il fut facré 8c couronné folemnelle-
avoit le privilège de porter furféance ment>
itf ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
- Jean exclus de fa Ville capitale fe re- tion qu'il avoit fulminée confie lui,
1216. t i ra ^ Wmcheftre, & par fa fuite lui & bien que Philippe proteftât qu'il ne IiI ^»
donna loifir de recueillir les hommages lui donnoit ni aide ni confeil , offrant
de toute la Noblelle , Se de s'ailurer même, fi l'Eglife l'ordonnoit , de con-
des environs de Londres. Le Légat fifquer fes terres : néanmoins il com-
n'ayant pu arrêter ce jeune Prince par manda à l'Archevêque de Sens de le
{es remontrances , l'excommunia lui dénoncer aulli excommunié , & de
ôc tes adhérans : mais il en appella au mettre la France en interdit. Mais les
Pape , &: envoya des Ambaliadeurs à Prélats aiïemblés à Melun déclarèrent
Rome pour détendre fon appel. On qu'ils ne déféreroient point à cette fen-
n'avoit pas encore trouvé le moyen tence , s'ils n'étoienr plus amplement
d'appeller au futur Concile. Cependant informés de l'intention du faint Père,
il ne lailla pas de réduire le pays de Ce procédé trop intérefTé,& ce femble
Sudfex , de toutes les régions Auttra- peu juite, rabattit beaucoup de la croyan-
tes, horfmis les places de Windfor ôc ce qu'on avoit aux fouverains Pontifes
de Douvres. dans les affaires temporelles.
Les AmbafTadeurs plaidèrent forte- Sur ces entrefaites la Juftice divine ,
ment fa caufe à Rome : Ils remontre- & le bonheur de l'Angleterre , toute
rent que Jean n'avoit jamais été Roi, défolée par ces guerres plus que civiles ,
parce que le confeil de Richard l'a- voulurent que le Roi Jean, qui rôdoit
voit condamné à mort, ôc exhéredé de lieu en lieu, liai fiant tous les fujets,
pour fes attentats % rébellions con- Se étant haï de tous, vint à mourir ,
tre ce Roi fon fouverain & contre foit par intempérance foit de poifon ,
l'Etat ; que d'ailleurs il y avoit eu qui à ce qu'on croit , lui fut donné
fentence de mort contre lui par les par un Moine. Il laiffa trois fils en bas
Pairs de France, pour le cruel meur- âge , Henri, Richard & Edmond,
tre d'Artus fon neveu -, & que quand La haine des Anglois s'éteignit avec
même il auroit été Roi légitime , fa vie , & il fut vrai ce que dit le pro-
il étoit déchu de ce droit, parce verbe, mort le ferpent, mort le venin,
qu'il étoit devenu tyran , & que la Bien plus l'averfion qu'on avoit pour
„ tyrannie étoit la deftruction de ia lui fe tourna contre les François , tant
Royauté. Après cela ils firent voir parce que Louis leur donnoit les gou-
que le Royaume d'Angleterre, puif- vernemens ôc les terres des Seigneurs
qu'il en étoit exclus , appartenoit à du parti du jeune Henri ', que pour le
Blanche , femme de Louis , comme bruit qui courut , vrai ou faux , que le
étant fille d'Alienor d'Angleterre Vicomte de Melun étant à l'article de
Reine de Caftille, & feeur de Ri- la mort dans Londres , avoit révélé
chard & de Jean. aux Anglois que Louis avoit juré avec
Tandis qu'ils difputoient les droits fes Seigneurs François , du nombre
de leur maître, il employa utilement defquels il étoit, que lorfqu'il feroit
fes armes à conquérir les régions d'Effex, maître abfolu de l'Angleterre, il exter-
de Sufrolk & de Norrfolk. Les ayant mineroit tous les Barons qui l'y avoient
réduites, il revint afiiéger Douvres, appelle, comme des factieux 6V des
fur ce que fon père lui reprochoit qu'il traîtres. Ainfi l'affection des peuples re-
avoit imprudemment lailfé cette place tourna bien-tôt vers le jeune Henri ,
derrière lui. qui en effet étoit leur Seigneur naturel,
Le Pape fort offenfc de fes progrès , cV dont l'âge innocent leut donnoit de
confirma la fentence d'excommunica- la compafiion 5 de forte que les affaires
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de ce jeune Roi commencèrent à fe ré- autres terres qu'on avoit prifes à fon'
i 11 ^. rabhr , 6c par conséquent celles de père. On leur donna pour reponfe la I2l6 «
Louis à fe ruiner. Comme il vit donc conhTcation qui en avoit été taire par
que les Anglois l'abandonnoient l'un le jugement des Pairs.
après l'autre, 6c que les foudres de Quant à la guerre des Albigeois, tan •
Rome épouventoient {es gens même, dis que Montrort afîiégeoit vainement liX 7«
il fe porta à taire une trêve pour la ville de Beaucaire , le Comte Ray-
quelques mois avec le parti de Henri. mond ramena des troupes d'Arragon ,
Pendant cette furféance d'armes , il ou il s'étoit retiré; 6c avec leur moyen,
repalfa en France pour s'aboucher avec il fe rétablit en plufieurs de {es places ,
fon père : mais ce Roi craignoit fi fort particulièrement dans Touloufe, qu'il
le Pape , qu'il refufa de le voir , 6c ne rempara en diligence de retranchemens
conféra avec lui que par perfonnes in- 6c de paliiTàdes. Montfort y alla mettre
Empereurs t erpofées • fj D i eil qu'^ ne put pas lui le fiége : le fuccès ne répondit pas à
Pierre de r i i> rra. J :i - r i >'i i>
Courtenay accorder toute 1 aiiirtance dont il avoit ion attente -, après qu il 1 y eut tenu
r. i. ans & befoin. Louis étant de retour dans l'Ifle fept mois entiers, il y fut tué en une
dÏmc'ÏÎ. Fï " trouva <l ue ^ e P art ^ ^e *" es ennemis de- fortie. Il avoit trois fils , Amaulry ,
venoit le plus fort , &c que le lien dé- Guy 6c Simon. Amaulry lui fuccéda
clinoit. Ce qui acheva de le ruiner , au droit de fes conquêtes , Guy eut la
fut que fon armée avec les Barons An- Comté de Bigorre à caufe de fa femme
glois fut battue près de Lincoln , en- Perennelle , qui en étoit héritière ,
enfuite de quoi il fut invefti dans Lon- comme étant fille d'Etiennete, qui l'é-
dres avec les reftes de cette déroute. toit du Comte Centuile , Simon fut
Il fallut donc pour avoir liberté de Comte de Leyceftre en Angleterre de
s'en retirer vie &c bagues fauves , qu'il ^>ar fa grande-mere.
traitât avec Henri -, &z il promit 6c jura Henri Empereur de Conftantinople , ——————
fur les faints Evangiles , de rendre tou- & frère de Baudouin, qui l'avoit été I21 ^-
tes les places qu'il tenoit en Angleterre, auffi , étoit mort l'an 1116. ayant ré-
de foumettre fes prétentions au juge- gné onze ans. Pierre de Courtenay
ment de l'Eglife , de faire fes efforts Comte d'Auxerre , qui avoit époufé fa
pour obliger le Roi fon père à lui ren- fœur Yolante , partit cette année de
dre toutes les terres de France qui France pour aller prendre cette Cou-
avoient été conquifes fur le Roi Jean -, ronne. En paffant il fut facré à Rome Empereurs
6c s'il ne pouvoit pas obtenir cela de avec fa femme , 6c s'embarqua huit Robert de
lui , il engageoit fa foi qu'il en feroit jours après pour palier en Grèce : mais R "o"m&
raifon lui-même lorfqu'il viendroit à comme il traveribit la Thelfalie , fous toujours Fi-
la Couronne. C'étoit promettre plus un fauf-conduit de Théodore Comne- DEIUC IL
qu'il ne vouloir ni ne pouvoit tenir, ne, il fut fait prifonnier par ce perfide,
Réciproquement Henri jura de rétablir qui tua la plupart des Seigneurs de fa
les Barons dans toutes leurs terres, &c fuite , 6c l'ayant détenu trois ou quatre
dans les droits 6c privilèges pour lef- ans, le fit cruellement mafiacrer. Yolante
quels ils s'étoient armés contre le Roi femme héroïque , gouverna deux ans
Jean. l'Empire après fa mort , durant lefquels
Lorfque le jeune Henri fut bien éta- les Seigneurs envoyèrent offrir l'Empire
bli dans fa Royauté , fon Confeil en- à Philippe Comte de Nemours fon fils
voya des Ambafïadeurs en France fom- aîné -, mais il s'exeufa de l'accepter, 6c
mer Louis de fa promeffe , 6c rede- céda volontiers cet honneur trop péril-
m.mder la Duché de Normandie , 6c leux à Robert fon frère puîné.
i 4 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
— " — Amaulry n'étoit pas afFez fort pour batus de cette fanglante perce, qu'ils ne *■
l è.' maintenir Ces conquêtes en Languedoc : continuaiFent encore la guerre durant li2, °*
oc luiv. j e j^ 01 }' a f]ifl; a premièrement de 600. quelques mois -, mais c etoit feulement
hommes d'armes, 8c de 10000. hom- pour obtenir de meilleures conditions,
mes d'infanterie. Ces forces n'étant La trêve ayant été prolongée avec les
pas encore fuftîfantes de rétablir fes af- Anglois, la France jouit d'un calme de
faires , le Prince Louis à l'inftante trois ou quatre ans, pendant lefquels
prière du Pape , entreprit cette expédi- Philippe s'occupa à faire clore de mn-
tion pour la féconde fois. Il réuflit heu- railles, aggrandir, fortifier , paver 8c
reufement en la prife de Marmande lur accommoder de ponts & de chaulFces
la Garonne , 8c de quelques autres toutes les Villes de fon Domaine , fai-
places de la Comté d'Agenois qui ap- fant toutes ces dépenfes de fon propre
partenoit au Touloufainj mais fon bon- fonds, fans exiger pour cela aucuns ai-
heur échoua devant Touloufe. Y ayant des , ni aucunes corvées de Ces fujets ,
mis le liège il la battit avec grande force 8c payant fort équitablement toutes les
d'artillerie , mais il n'y avança pas terres 8c maifons des particuliers qu'il
beaucoup. Ce qui fauva ion honneur , étoit obligé de prendre pour faire ces
fut qu'il quitta cette entreprife pour ouvrages publics.
obéir aux ordres du Roi fon père ; il le L'an mi. une prodigieufe Comète
rappella fur la crainte qu'il avoit que les parut au Ciel -, 8c foit qu'elle en fut le o/r 1 - 2 "
troubles qui étoient furvenus en Breta- ligne , ou qu'elle en fut la caufe , 8c ■
gne, ne fufîent fufeités par les Anglois, peut-être ni l'un ni l'autre, une fièvre
pour allumer enfuite un plus grand feu quarte attaqua le Roi Philippe 5 8c le
dans la France. tenant en langueur près d'un an, creu-
Voici ce que c'étoit : les Comtes Sa- fa peu à peu fon tombeau,
lomon 8c Conan , que le Duc Pierre Amaulri de Montfort avoit offert au
avoit injustement dépouillés de tous Prince Louis de lui céder toutes t'es
leurs biens , s'étant retirés dans les fo- conquêtes du Languedoc : mais Philip-
rêts, ravageoient fon pays avec des ban- pe connoiilant la famé de fon fils trop
dits qu'ils avoient ramalfés ; 8c au me- délicate , n'avoit pu confentir qu'il fe
me tems les Barons s'étoient révoltés chargeât d'une guerre fi fatigante. Ce-
contre lui, à caufe qu'il vouloit s'arro- pendant le Pape 8c les Eccléliaftiqties
ger la garde-noble des Gentilshommes prelfoient toujours que l'on achevât
orphelins , jufqu'à ce qu'ils eufTent d'exterminer ces héréciques , qui s'en
atteint l'âge de vingt ans. Ils avoient prenoient fans refpeét à leurs biens 8c 3
donc fait ligue enfemble, & s'étoient leurs p.rfonnes. On avoit donc convo-
joints avec Amaulry , Seigneur de que à Paris une grande AlFemblée de
Craon , fort puifFant en alliances 8c en Prélats 8c de Seigneurs pour terminer
amis , qui lui avoit déclaré la guerre cette affaire. Jean Roi de Jerufalem ,
pour certain Château que ce Duc avoit 8c le Légat du Pape y ailiftoient : Phi-
ufurpé fur lui. Cette querelle compli- lippe tout malade qu'il étoit , voulut
quée de divers intérêts , dura plus de s'y trouver , 8c partit exprès du Châ-
deux ans , 8c ne prit fin que par une teau de Pacy fur Epte , où il fe diver-
grande bataille qui fe donna près de tiiîoit. Comme il fut arrivé à Mantes,
Châreau-briant. Le Duc , quoique le fon mal redoubla fi fort , qu'il fut con-
plus foible en nombre d'hommes , y traint de demeurer là ; 8c quelques
gagna la victoire , 8c fit Amaulry pri- jours après, il y rendit lame le 15. de
jfonnier. Les Barons ne furent pas fi ab- Juillet de l'an 1115.
Le
12.1
PHILIPPE II. ROI XL I. 249
Le cours de fa vie fut de cinquante- Il eut auiïi un fils naturel nommé
7 ' huit ans, celui de Ion régne depuis ion Pierre-Chariot, qui fut Tréfoner de 12,1 3 #
couronnement , de qifarante - quatre. l'Eglife de Tours , Se après Eyêque de
Son tombeau elt à faint Denis où fon Noyon.
corps fut porté avec grande cérémonie. De tous les Rois de la troifiéme U-
Par (on teitament fait dès l'année pré- gnée , c'eft lui qui a le plus acquis de
cédente , il ordonna qu'il feroit mis terres à la Couronne ,& le plus de puif-
50000. liv. ou 15000. marcs d'argent lance aux Rois fes fucceneurs : car il
à 40. fols au marc , entre les mains arracha la Normandie , les Comtés
de fes exécuteurs, pour reftituer à d'Anjou & du Maine, la Touraine , le
ceux aufquels il fe trouveroit avoir Berry Se le Poitou à Jean-Sans-Terre i
pris ou détenu injuftement quelque il ne contribua pas peu de fon côté à
chofe. Il légua aulîî dix mille francs l'abaiflèment du Comte de Touloufe :
à la Reine Ifemburge fon époufe Se par la ruine de ces deux puilïàns
à Louis fon fils , pour employer à la Princes , il ôta le contrepoids qui ba-
défenfe du Royaume, Se non à autre lançoit fon autorité dans le Royaume,
ufage-, 53 500. marcs d'argent au Roi Après cela, il accoutuma plus facile-
de Jerufalem , 2000. aux Templiers, ment les Grands au refpeél Se à la crain-
Se autant aux Holpitaliers pour le re- te , les peuples à fe laifter charger beau-
couvrement de la Terre-fainte , zi. coup plus qu'ils ne l'avoient été par fes
mille livres Parilis aux pauvres or- prédeceifeurs. Les François lui donne-
phelins , veuves Se lépreux , Se rent le nom de Conquérant , Paul
vingt mille à Amaulry de Montfort Emile l'a rendu en Latin par celui
pour racheter fa femme «3c fes enfans d'AuGUSTus , (a) qui a femblé fi beau
d'entre les mains des Albigeois. à tous ceux qui ont écrit depuis lui ,
Il époufa trois femmes , Ifabelle ftile qu'ils l'ont retenu , Se ont prefque abo-
de Baudouin IV. Comte de Haynaut li l'autre.
Se de Flandre , Ifemburge fille de II étoit bien fait de fa perfonne Se
Valdemar le grand, Roi de Danemarc , fans aucun défaut corporel, horfinis
Se Agnès , fille de Bertold , Duc de qu'il avoit un œil à demi offufqué d'un
Meranie. De la première , il ne lui dragon -, à caufe de cela , quelques au-
reftoit aucun enfant que le Prince Louis, teurs Italiens l'ont appelle le Borgne. * Boc J c ' e lkm &
qui régna ', de la féconde , il n'en eut II fe laiiïoit quelquefois emporter à la
point du tout, mais il en avoit deux colère, Se donnoit plus à la paflion qu'à
d'Agnès •, fçavoir Philippe furnommé la raifon ; il fe montroit aufli un peu
Hurpel , qui eut la Comté de Bou- plus enclin à la févérité qu'à la miféri-
iogne, parce qu'il en époufa l'héritière, corde -, Se l'avarice eut beaucoup de
qui étoit Mahauld ou Mathilde , fille part aux trop grandes levées que la né-
du malheureux Renaud de Dammartin j ceflîté de fes affaires lui faifoit prendre
Se Marie qui fut conjointe en premie- fur fes peuples. Du refte , il étoit , Se
res noces l'an 1206". avec Philippe Com- brave Chevalier, Se excellent Capitai-
te de Namur , Se en fécondes l'an 12 12. ne , laborieux Se actif, heureux en fes
avec Henri IV. Comte de Louvain , Se entreprifes , parce qu'il entreprenoit
Duc de Brabant. avec confeil , Se exécutoit avec céleri-
(a) Le furnom d'Augufte ne lui fut donné qu'après toiiens ont coutume d'appeller Auguftes les Empereurs
fa mort. Ce Prince, du Paul Emile, mérita le furnoru & les Rois qui augmencoient la République du verbe
d'AuguIte dans la poftérité ; Rigoid qui dédia fon hiftoi- ( Augeo , ) j'augmente : ce fut , ajoute-t'il , par cette rai-
ix de Philippe II. à Louis VIIÎ. fou fîls , dit : les Hif- fou que Philippe fut furnommé Auguue.
Tome IL II
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250 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
ré Se chaleur i rrès-fûge politique , qui ce miracle conhrmeroit fon rapport ,
IiZ 3* fçavoit employer où il falloit les caref- ôc le rendroir cligne de foi. De fait > *'
fes, les menaces, les récompenfes Se au même moment , il fe trouva par-
les châtimens -, fplendide Se magnifique faitement guéri 9 Se de ce pas , il alla
dans les grandes occafions; fort chari- conter fa viiion au Pénitencier Se au
table envers les pauvres *, très-zélé pour faint Père.
la juftice entre fes fujets, Se non moins 11 eft bon de remarquer que de fon
pour la Religion , ayant autant de foin régne , & de celui de fon père Se de
de conferver la pureté de la foi par fon ayeul , il y avoit cinq grandes
l'extirpation des héréfies , Se de défen- Charges de la Couronne -, lçavoir , de
dre les biens & la liberté des Eccléfiafti- Grand-Sénéchal, en Latin Dapifcr ,
ques contre les ufurpateurs , que de de Grand-Chambrier , de Bouteiiler ,
maintenir les droits Se l'honneur de de Connétable Se de Chancelier. Je
* AuflîctoH- f a Couronne. * crois qu'il étoit au pouvoir du Roi de
cfcrgé"& du Le Poète Guillaume le Breton qui a les donner , & de les ôter ; je ne fçai
peuple com- décrit fa vie en vers , la couronne par pas avec quelle formalité il le faifoit ,
Î^^J'apothéofe de ce Prince. Un Genril- ni fi les Grands de l'Etat & le Parle-
ft & le Père homme , dit-il , de la ville de Segnia , ment , ou atfemblée générale des Pré-
'zd ] j Fair o C ' où pour lors le Pape faifoit fon féjour , lars Se des Seigneurs avoient part à cet-
Se dans la maifon duquel le grand Pé- te nomination. Mais je fçai bien qu'el-
nitencier étoit logé , étant malade à la les n'étoient pas perpétuelles , Se qu'eL-
mort , de forte qu'il avoit reçu l'Ex- les relîembloient en quelque façon à
rrème-Onétion , vit apparoître devant des Commiffions plutôt qu'à des Char-
lui un bon Saint couvert d'une robe ges ; que néanmoins leur fonction étoit
rouge, tout entouré d'Anges refplendif- il néceiîaire , qu'il falloit que ceux qui
fans , Se qui avoit à les côtés un Roi en étoient revêtus , fignaffent à tous les
avec des vêtemens d'une lumineufe 8c adtes importans ; en forte que quand
éclatante blancheur. Le Saint l'ayant une de ces places étoit vacante , on ne
abordé , lui déclara qu'il éroit le Mar- manquoit pis * de le mettre au bas de * On y met-
r rx- oi- >-i • i •' t01t Vacante
cyr lamt Denis-, 8c celui quil voyoït la pièce. Canceliaria,
à fes côtés , Philippe Roi de France, L'auteur delà vie des Minimes d'Etat ou Dapifcro,
qui venoit de rendre l'ame. Quand il a fort cutieufement remarqué, que la g^VnuHo. *'
fe fut fait connoître , il lui enjoignit Charge de Connétable a été démem-
d'aller trouver le grand Pénitencier , brée de celle de Grand-Sénéchal •, cv
Se de lui dire qu'il donnât l'abfolution celle de Grand-Chambellan , de celle
à ce Roi , par le pouvoir qu'il en avoit de Grand-Chambrier. Que le Grand-
du faint Père , Se qu'il célébrât la Mef- Chambellan avoit le maniement des
fe a fon intention , Se le recomman- tréfors du Roi-, Se que la Charge de
dât à Dieu dans fes prières pour obte- Connétable n'eut le commandement
nir le pardon de fes fautes vénielles, fur les armées que vers l'an 1 218. après
Le Gentilhomme s'exeufa de cette com- que Philippe Auguite eut long-tems
million , fur ce que fa maladie lui ôtoit lailfé vaquer celle de Grand-Sénéchal ,
le mouvement Se prefque l'ufage de la pour la faire périr , comme je crois ,
langue , Se que d'ailleurs, il n'étoirpas parce qu'elle étoit trop puiflante. Cet-
airezautorifé pour faire croire une cho- te Charge avoit été rendue hérédiraire
fe fi furprenante. Là-delfus, le Saint pour les Comtes d'Anjou : mais comme
lui répondit , que Dieu lui rendoir fa ils étoient alfez grands Seigneurs pour
fanté entière Se parfaite , S: l'alTura que tenir leur Cour à part , ils méprifoienD
IZl^.
noms
PHILIPPE ïir ROI XL t. z^i
de fuivre celle du Roi ; de forte qu'il re ; l'un infedtoit les corps , l'autre rui-
I2i 5* donnoit cette Charge à quelque Gen- noit les familles. On féparoit exa6te-
tilhomme qualifié , qui en faifoit le ment de toute fociété ceux qui étoient
fervice ordinaire. Toutefois ils fe ré- atteints de la lèpre , on les enfermoit
ferverent l'honneur d'en faire les fonc- dans des lieux écartés , loin de l'habita-
tions aux grandes cérémonies. Mais à tion des hommes ; mais pourtant près
la fin, elle s'anéantit tout-à-fait. Je ne des grands chemins. Le nombre s'en
puis pas dire comment. Celle de Chan- augmenta fi fort , qu'il n'y avoit ni vil-
celier fut la dernière des cinq en pou- le ni bourgade qui ne fût obligée de
voir de en dignité , jufqu'à ce que Fre- bâtir un hôpital pour les retirer. On
re Guerin , Chevalier de Saint Jean nommoit ces maifons Ladreries de les
de Jérufalem , 6c enfuite Evêque de lépreux Ladres , à caufe de Saint Laza-
Senlis, lui donna beaucoup plus de luf- re , le patron des pauvres &c des lan-
tre , & un plus giand rang qu'elle guifîrms, que le vulgaire par corruption
n'avoit. Il n'en fut pourvu que parle appelloityiz//z£ Ladre. Or les fondations
Roi Louis VIII. après avoir tenu les publiques , les dons qu'y faifoient les
fceaux 23. ans durant , la Chancellerie parens de ceux qui étoient affligés de
ayant été vacante pendant tout ce ce mal, les aumônes des particuliers ,8c
tems-là. avec cela les immunités & les privilé-
Joms&fut- Sur la fin de ce régne, les familles ges que le Roi & l'Eglife accordèrent
commencèrent à avoir des furnoms fi- à ces miférables 3 les mirent fi à leur
xes & héréditaires. Les Seigneurs & aife , qu'avec le tems , ils devinrent
Les Gentilshommes les prenoient le plus dignes d'envie que de pitié , au
plus fouvent des terres qu'ils poiTé- moins à l'égard du menu peuple. On
doient ; les gens de lettres, du lieu de les aceufoit de mener une vie pleine
leur naifiance ; les Juifs quand ils fe de débordemens, & quelquefois de cri-
convertifïbient , comme auffi les riches mes \ aufïï quand ils en étoient con-
Marchands , de la ville de leur demeu- vaincus , on les brûloir tous vifs , afin
re ordinaire. Quant à ce qui a donné que le feu purifiât tout enfemble I'in-
des furnoms aux autres roturiers , c'a feétion du corps &c celle de l'ame. J'ai
été aux uns la couleur ,.ou la manière lu qu'il y avoit des hommes qui ap-
du poil , l'habitude ou les défauts du préhendoient fi fort cette vilaine &
corps , la façon des habits ou l'âge -, honteufe maladie , qu'ils fe faifoient
aux autres la profeflion , l'office , le mé- couper pour s'en préferver. ufu«s.
rier -, à quelques-uns , leurs bonnes ou Les ufures étoient fort communes ,
mauvaises qualités -, à plufieurs la Pro- Se encore plus exceiîîves : les Juifs les
vince ou le lieu de leur naifiance. Mais exerçoient avec tant de cruauté , qu'ils
pour la plus grande partie, c'a été quel- ne s'en prenoient pas feulement aux
que nom propre qui étoit ordinaire biens pour avoir payement , mais aufii
dans leur famille , ou même quelque aux perfonnes : ils les réduifoient en
fobriquet qui apalféà leurs defeendans. fervitude , & les tourmentoient en leur
Je m'aiîure que qui voudra examiner corps , pour les contraindre de Judaï-
tous ces chefs féparément , avouera fer. Les Papes fe mirent fouvent en
qu'il ne s'en peut guéres trouver d'au- devoir de les réprimer , mais ce fut en
très. vain -, car les Princes , &c entr'aurres le
Lépiç. Dans tout ce fiécle , il régna en Fran- Roi Philippe les foutenoient , parce
ee deux maux très -cruels , mais qui n'y qu'ils en tiroient tribut pour permer-
ctoient pas nouveaux , la lèpre & l'ufu- tre ces exactions , & qu'avec cela , ils
H ij
i$x ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
pouvoient à leur befoin dégorger ces avantages, il eft à croire que s'ils euf-
1 2 3« îangfues quand elles éroienc tropplei- fent fçu modérer cette haine enragée I22 3'
nés. On leur permetroit de pofieder qu'ils ont toujours eue contre les Chré-
des biens-fonds : ils en avoient beau- tiens , & vivre plus doucement avec
coup , ik comme leur induftrie & l'ar- eux , ils fe fulTent rendus maîtres d'une
gent dont prefqu'eux feuls avoient le bonne partie du Royaume,
commerce , leur donnoient de grands
I S A B E L
I. FEMME
DE PHILIPPE AUGUSTE.
Par un étrange fort cette Reine affligée »
Souffrit beaucoup de maux au milieu de fes biens ;
Et lorfqu'elîe croyoit en être foulagée ,
Elle perdit la vie en la donnant aux fiens.
CHarles I. Duc de Lorraine , lovingien , mais de bien loin , & par
fils de Louis d'Outremer eut , à les femmes doublement -, néanmoins les
ce que Ton prétend, de fa première auteurs du tems puolient hautement
femme trois enfans , Othon qui lui cela , tant les François , félon l'inconf-
fuccéda au Duché , & deux filles , Er- tance des hommes, honoroienc une Ra-
nungarde & Gerberge. La première ce qu'ils avoient ruinée. Louis le Jeu-
fut mariée à Albert Comte de Namur, ne voulut donner cette alliance à ion
dont provint Albert II. qui eut pour fils, parce qu'il voyoit que le Hennuyer
fils& fuccefleur Godefroy. Ce Gode- s'en alloit bien-tôt être héritier de
froy époufa une Comtefle de Luxem- Flandres, & que les Seigneurs de Mont-
bourg , de laquelle il eut Henri fur- morency & de Coucy , très-puiilans en
nommé l'Aveugle, & deux filles , dont fon Royaume , & plus encore dans ion
l'une appellée Elis fut mariée à Bau- efprit , lui perfuadoient de le raire,
douin III. Comte de Haynaut , duquel d'autant qu'ils étoient alliés de cette
mariage fortit Baudouin IV. auflî Comte Maifon. En faveur de ce mariage FAr-
de Haynaut , qui époufa Marguerite de tois fut donné à Philippe , ôc les noces
Flandre, fœur de Philippe d'Alface , furent faites à Bapaume l'an 1180, le
& en eut Baudouin V. qui fut Comte Lundi d'après le Dimanche de la Qua-
de Flandre &: Empereur de Conftanti- fimodo , mais elles ne furent pas con-
nople , & une fille nommée Ifabel , fommées : car ils n'a voient tous deux
mariée à Philippe Augufte. Elleétoit, que douze ans. Son Epoux l'emmena
comme vous voyez , ifTue du fang Car- à quelques jours de là à Paris , & par
I S A B E L. 255
la permiflîon de fon père , le jour de neur par le Comte de Flandres. De
î'Afcenfion, il fe fit derechef couron- plus ne fe contentant pas d'avoir fecoué
ner,afin qu'elle le fût avec lui dans le joug, il lui redemanda le pays de Ver-
l'Eglife de Saint Denis , par les mains mandois , que le Comte prétendoit lui
de Guy Archevêque de Sens , qui aupa- avoir été donné par Louis le Jeune »
ravant prorefta ne prétendre aucune ju- & fit conclure par un Parlement tenu
rifdi&ion fur l'Eglife de faint Denis , à Compiegne , que s'il ne le rendoit ,
bien qu'elle fut dans le détroit de fa nonobitant les raifons , la guerre lui
Métropolitaine. Si vous demandez feroit déclarée. La difcorde& la haine
pourquoi ce couronnement ne fe fit crohTant de cette forte entre le neveu
pas à Reims , c'eft parce que les Reines & l'oncle , l'amitié ceffà entre les deux
ne font pas facrées de l'huile de la fain- Epoux , foit que la Reine lui repréfen-
te Ampoulle , ni pour fuccéder , mais tac avec trop d'importumté le droit de
par honneur 8c par cérémonie feule- fon oncle , foit que les Champenois
ment; 8c qu'aulîi Guillaume Cardinal lui joualïent ce mauvais tour. De quel-
8c oncle du jeune Roi , Archevêque de que façon que cela vint , Ifub^l fut trai-
Reims , n'approuvoit pas ce mariage , tée de rudes parolts 8c de mépris en-
parce que la Maiion de Champagne fuite ; enfin les actions lurent éclairées
dont il étoit , laquelle avoir été fort de près ; 8c comme elle ne fe pouvoic
confidérée fous Louis le Jeune , crai- taire , quelque dilcours qu'die fit ayant
gnoit de perdre fon avantage fous Phi- augmenté le foupçon 8c la colère du
lippe, par le moyen de certe alliance. Roi, elle fut chJlée tout-à fait de la
En effet , dès-lors ils virent leur crédit Cour \ ce qui arriva quelques trois ans
diminué , 8c Louis en mourant ne leur après le mariage. Mais cette Piincefïè
lailîa pas la Régence du Prince pupille, fçachant bien que qui quitte la partie
mais à Philippe Comte de Flandres, la perd , n'eut garcie de fe retiier aux
oncle de la jeune Reine. Ainfi l'ambi- Pays-Bas , ni de s'éloigner de la Cour
tion de ces deux Maifons agita diver- de plus d'une journée : elle s'en alla à
fement le Royaume. Premièrement le Senlis , d'où elle pouvoit agir 8c en-
Flamand opprima les Champenois , tretenir facilement fes créatures 8c fes
puis il fe ligua avec eux , quand il vit amis , pour trouver l'occafion de ren-
que le Seigneur de Couey poiTédoit la trer en grâce. Toutefois elle dilîîmu-
faveur du jeune Roi •, en troifiéme lieu loit plus fagement que fon âge ne
il fe déclara derechef contr'eux , 8c permettoit , 8c fes retïenrimens 8c fes
comme il étoit habile homme , il eut efpérances -, 8c déjà comme toute dé-
le gouvernement des affaires durant tachée du monde , elle ne parloit des
quelque tems , à quoi le fecours de fa affaires de la Cour qu'à ceux qu'elle
Nièce ne lui étoit pas inutile -, car par connoifToit fidèles 8c fecrets , 8c ne
les inftructions qu'il lui donnoit , elle voyoit aucune compagnie que de per-
entretenoit le jeune Roi fon Epoux en fonnes dévotes 8c pieufes, paiïantpre£
défiance contre les Champenois. Ce que toute la journée dans les Eglifes 8c
Prince étoit bien diverfement balancé dans l'oratoire. C'étoit pour ne point
par deux affections oppofées de fa me» donner d'ombrage a fes ennemis , le£-
re 8c de fa femme : celle de fa mère , quels toutefois ne laifTcrent pas d'en
comme la plus naturelle , le gagna en- prendre -, 8c poufïans jufqu'au bout la
fin , 8c les considérations d'Etat lui haine du Roi , qui étant jeune , rete-
nant entrées dans l'efprit avec l'âge , noit facilement leurs imprefïions , ils
il ne voulut plus être traité comme mi- le firent enfia réfoudre de la répudier ,
i 5 4 ABREGE CHRONOLOGIQUE
lui remontrant qu'il n'auroit jamais la près l'accord du Comte de Flandres
paix dans fi mailbn , avec une femme Lit en Tan 1184. ou 85. Enfuite
qui s'opiniâtroit à défendre le parti de de cela cette Reine fe gouverna tout
Ion ennemi. Le divorce n'étoit pas d'une autre façon qu'elle n'avoit accou-
dirficile à faire , parce qu'à mon avis , tumé ; car connoiiïant qu'il lui étoit
les djux parties n'ayant encore que impoflible de choquer la Maifon de
quinze ans, elles ne s'étoient point Champagne fans fe ruiner , elle fit en
appiochées. Le Roi ayant recherché forte d'en gagner l'amitié , faifanc
des caufes , il s'en trouva quelques- adroitement valoir fon autorité par la
unes far la parenté, non pas fi éloi- puiiîance de fes ennemis, par la faveur
gnée que félon le defir de fes oncles defquels elle éloigna de la Cour les
de Champagne dans la rigueur du droit, Coucy ôc Montmorency , qu'elle haïf-
comme on le pratiquoit alors , elle ne foit d'une haine fecrette. Mais afin que
fut capable de difiToudre un mariage, cette bonne intelligence ne vint à fe'
Un Synode d'Evêques alïemblés pour rompre , elle moyenna une alliance en-
cet effet le jugea de la forte, & le feul tre leurs deux Maifons , de Baudouin
Henri Evêque de Senlis s'y oppofa. de Haynaut avec Marie fille de Henri ,
La Princelfe fans s'inquiéter beaucoup, Comte de Champagne. Il y en avoit
ni remplir le ciel ôc la terre de plain- déjà eu une autre commencée entre
tes, en donna avis à fon père, lequel ces deux familles, le jeune Comte de
ne voyant point de remède plus pro- Champagne ayant , du vivant de Henri
pre à ce mal que la douceur , au lieu le Large fon père , fiancé Yoland fille
de fuivre lapamon du Comte de Flan- du Hennuyer ; mais il avoit rompu fa
dres (on beau-frere , qui avoit pris les promette pour épouferHermencete fille
armes contre le Roi , s'en vint en Fran- du Comte de Namur , ce qui donna
ce avec peu d'équipage pour confoler occafionau Hennuyer de faire une guer-
fa fille , ôc pour longer aux moyens de re. Cette nouvelle alliance la termina
la rétablir. Le Confeil n'avoit pas ap- ôc mit notre Ifabel en repos. Il ne lui
prouvé de la laifler dans Senlis , à eau- manquoit que des enfans pour être
le que le Flamand vint jufqu'aux envi- heureufe. Etant âgée de dix-huit ou
rons avec fon armée , ôc pour cette rai- vingt ans , le cinquième de Septembre
fon on l'a voit envoyée à Pontoife. Ce de l'an 1 187. elle mit au monde Louis
fut là que fon père la vit , ôc lui don- qui régna après fon père , dont le peu-
na un bon confeil de renoncer entière- pie de Paris où il fut né, fit une réjouif-
ment aux intérêts de fon oncle , pour fance continuelle huit jours durant ;
s'attachera ceux de fon mari. La né- faifant des feux de joye , ôc tenant la
ceilité lui ayant appris ce qui lui nuit des torches ôc des flambeaux allu-
ctoit le plus falutaire , elle le crut , mes aux fenêtres de toutes les maifons.
elle récrivit au Roi fon mari , Ôc pria Le Roi en dépêcha des Couriers aux
l'Evêque de Senlis ôc quelques faints autres Villes ôc à tous fes Alliés , ché-
Perfonnages de lui protefter de fa part, rit fon Epoufe avec plus de tendrelïè
qu'elle n'auroit jamais d'autre volon- qu'auparavant , Ôc fe lia avec elle d'une
ré ni d'autre arre£tion que pour fa affection qui ne craignoit plus les traits
perfonne. Son père alla aufli le rrou- de l'envie ni de la jaloufie. Deux ans
ver , ôc lui fit les mêmes protefta- fe palferent en ces douceurs , jufqu'à
lions pour fa fille •, il négocia fi bien , tant que la Reine étant grolle derechef,
qu'enfin elle fut rappellée , mais elle perdit la vie en la donnant à deux Ju-
ne fut toutefois bien raifurce, qu'a- meaux , lefquels, comme n'étant venus
I S A B E L. 255
au monde que pour faluer la lumière , ques , & la fit enterrer honorablement
en fortirent deux ou trois jours après dans cette Eglife Cathédrale. Elle
leur mère. Le Roi qui étoit pour lors n'a voit qu'environ vingt-deux ans, Me-
occupé à la guerre contre l'Angiois en yer dit feulement vingt quand elle mou-
ayant reçu la nouvelle , s'abandonna rut : quelques-uns l'ont appellée Sainte
tellement à la douleur , que fans le fe- à caufe de fa grande dévotion, & de la
cours & les Coins des Seigneurs Fran- patience qu'elle témoigna quand elle
çois, il eût aulli abandonné toutes fes fut éloignée. Au refte je vous avertis
affaires. En fon abfence Maurice Eve- qu'un de nos Hiitoriens peu curieux ,
que de Paris ( celui dont la fépulture & qui vous trompera fouvent fi vous
eft à Notij-Dime , &c qui combattit le croyez, s'eft trompé, en ce qu'il a
fortement une certaine héréfie qui nioit crû qu'après la mort d'Ifabel , Philippe
la réfurrectiv/n , ) eut foin de fes obfé- époufa Alix fille du Roi de Hongrie.
ISEMBERGE
II. FEMME
DE PHILIPPE AUGUSTE
Ifèmberge autrefois fît admirer à tous
La bonté de fon ame & de fa confcience ;
Et quelque traitement que lui fit fon époux ,
H eut moins de rigueur qu'elle de patience.
*HclebiirgeT Semberge , * ou Ifembourg, que alors de retour de la Terre-Sainte
JL quelques-uns nomment Engelber- n'ayant encore que vingt-cinq ans , ôc
ge , étoit fille de Valdemar le Grand , veuf depuis trois ans de fa première
Roi de Dannemarc , née environ l'an femme , dont il n'avoit qu'un nfant,
mil cent foixante &c feize. Elle fut accor- ayant jette les yeux par tout , 2 trouva
dée à l'Empereur Federic premier pour point d epoufe en Europe • lus fortable
fon fils, n'étant encore âgée que de à fa condition. Ce Roi dépêcha donc
huit à neuf ans. Mais Canut fils &fuc- pour la demander l'Eveque de Noyon s
cefïeur de Valdemar ayant reconnu que avec une folemneîle Ambaflade vers le
la prétention de l'Empereur étoit d'avoir Roi Canut , lequel tenant cela à grand
avec fa fœur quelque droit de lui dif- honneur , lui mit i'ïnfante entre les
puter fon Royaume , il rompit cet ac- mains. L'Eveque la conduifit jufqu'd
cord, fi bien que l'Infante demeura fans Arras, oii le Roi fe trouva avec les
parti jufqu'à l'âge de dix-fept ou dix • Prélats & les Princes du Royaume , l'y
huit ans. Philippe Auguîle , qui étoit reçut ôc fiança, puis lamenant à Amiens
l$6 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
il l'époufa deux jours avant l'Aifomp- tre les deux parties , 6c bien qu'elle ne
tion , & la fit couronner le lendemain, fut pas au degré défendu , Philippe fit
Mais le jour même des épouiailles, bien allembler les Evêques , lefquels eiargif-
qu'il l'eut fi ardemment fouhaitee , il fant leur confcience pour rétrécir le
conçut une (i grande averfion contr'el- droit , lui donnèrent une ientence de
le , qu'il ne put jamais fe réfoudre de divorce l'an 1 192. * avec permiilion de *n l'avofc
la toucher. Je voudrois bien fçavoir fe pourvoir où il lui plairoit. En faveur répudiée trois
quelque raifon d'une haine fi prompte, de cette fentence , il contracta auili-tèt vaa t. Upara
elt-ce qu'il y a des perfonnes naturelle- un autre mariage avec Marie , ou fi
ment oppofées l'une à l'autre , de forte vous voulez Agnès fille du Duc de Me-
que même fans fe connoître elles ne ranie.
peuvent fe fourfrir l'un l'autre ? Ou Ifemberge ainfi abandonnée fut con-
bien , Ci par quelques charmes de Ma- feillée par quelques-uns de fa fuite ,
gie , ou naturelle ou diabolique , on comme je crois Danois, de s'en retour-
peut lier l'affection , 6c même la puif- ner en Dannemarc , où elle ne man-
fance d'engendrer en une perfonne, 6c queroit pas d'avoir bien-tôt pour parti
blener fon imagination d'une certaine quelqu'autre grand Prince Allemand ,
horreur pour l'objet qu'il devroit ai- 6c que puifque Philippe la méprifoit ,
mer ? C'eli néanmoins ce que l'on dit elle en devoit faire de même. Dans l'af-
erre arrivé à Philippe. Les Philofophes fîiction où elle fe voyoit, elle étoit réfo-
agiteront ces queftions, mais je fçai lue de fuivre ce confeil , & elle appro-
bien qu'ils ne les décideront pas , 6c ne choit déjà des frontières de France ,
ifatisferont point fur ce fujet ni vous ni quand un meilleur fentiment lui fit voir,
eux. Pour moi fans m'engager dans qu'elle fe condamneroit elle-même par
une fi profonde fpéculation , je croirois cet éloignement préjudiciable à Ion
plutôt que cette PrincefTe étant inftrui- honneur. Ainfi reprenant courage 6c re-
te d'une façon étrangère 6c barbare , 6c tournant fur fes pas, elle s'enferma dans
n'ayant ni le langage François , ni cette un Couvent, d'où elle fit fçavoir fa dif-
grace naturelle à nos Dames, ne fut grâce à fon frère : il fut indigné au der-
pas agréable aux yeux de Philippe , 6c nier point de cet affront , par lequel
qu'il ne la voulut plus regarder depuis on ôtoit à fa fœur la qualité de femme :
qu'elle lui eut déplu. La Cour qui fuit & l'Anglois prenant cette occafion de
les mouvemens de fon Roi , ne fit pa- nuire à Philippe , il l'animoit encore
reillement aucune eftime de cette Prin- davantage. Il en fit donc fes plaintes
cette , laquelle ne trouvant que des mé- au Pape Celeftin , lequel envoya auili-
pris par tout , avoit befoin d'une pa- rôt deux Cardinaux avec pleine puillàn-
tience extraordinaire. Jugez quelle con- fance d'y remédier , & de contraindre
tenance elle put tenir trois ans durant le Roi par toutes voyes juftes &: raifon-
que le Roi ne la regardoit point , & ne nables d'obéir aux faints Canons de
mi faifoit fournir qu'un médiocre en- l'Eglife. Le Roi , à moins que d'ufer
tretien pour fa maifon. Mais comme il d'une violence peu conforme au Chrif-
falloit qu'il fe mariât pour des confidé- tianifme , ne pouvoit pas empêcher
rations d'Etat , il réfolut de fe dégager que les Prélats ne s'a(îemblailent pour
d'avec Ifemberge , & confultaplulieurs porter jugement de facaule,mais ilem-
Canonifies pour chercha' quelque fu- pécha néanmoins qu'ils ne décernaient
jet de la répudier. Ces Docteurs ayant aucune chofe contre lui. Car dans le
long tems 6c péniblement cherché, Concile qui fut tenu à Paris, où préiï-
rrouverent quelque petite parenté en- derent ces Légais , il fe trouva grand
nombre
ISEMBERGE. 157
nombre de Do&eurs qui plaidèrent fi bien de la Noblefle, & fit fur les villes
caufe , mais pas un qui parlât pour la 6c fur la campagne des exactions vioien-
Princefle , parce que tous les Prélats tes, que les François fupporterent, s'il
craignoient la colère du Roi , qu'ils faut ainfi dire, par miracle. Ifemberge
connoillbient attaché à Lqs fentimens ; qui ctoit fortie du Monaltére pour fol-
de forte que la chofe demeura pour cet- 1 ici ter fa caufe, éprouva pareillement
te fois indécife. Innocent III. qui lue- fon indignation : il la fit enlever 6c ref-
céda à Celëftin, averti de la timidité ferrer dans le Château d'EtampcS, 6c
ou du refpect du Clergé de France , &c lui ôta tout fon train. Cette prifou
prelfe par le Danois de ku rendre jufti- n'étoit point ennuyeufe à celle qui s'é-
ce , écrivit au Cardinal de lainte Sabi- toit accoutumée à vivre dans un Cou-
ne , ion Légat en ce Royaume , de vent ; elle y lut près de- deux ans ,
pourvoir au fcandale que ce divorce fans recevoir aucune confolation que
avoit fait. Le Légat alïembla le Conci- du faint Efprit qu'elle pnoit continuel-
le de l'Eglife Gallicane à Lyon, 6c fit lement de vouloir infpirer le Roi ,
citer Philippe, lequel «'imaginant bien qui s'opiniâtrant de plus en plus dans
qu'il feroit condamné , y envoya f^s la faute , méprifoit 6c l'excommuni-
Âgens , pour en appeller de tout ce qui cation &c l'interdit. Le Pape voyant
feroit d;t & jugé a ion préjudice, par- fes cenfures inutiles députa deux autres
devant le faint Siège 6c le Confiftoire Légats , lefquels reprenant les voyes
de Rome , ou au prochain Concile gé- de douceur, levèrent l'interdit; & par
néral. Il s'avifa de cette appellation leurs exhortations obtinrent du Roi
pour poufler le tems, ou parce qu'il qu'il reprît Ifemberge: mais après l'a-
aimoit mieux être jugé par le faint Père voir gardée feulement quarante jours ,
que par fes propres Sujets. Néanmoins il la chalTa derechef plus mécontente
ce fubterfuge ne lui fervic de rien , le que jamais. Les Légats étonnés de cette
Légat paffa outte, il excommunia fa inconftance , ralfemblerent un Concile
Cour , fon Royaume 6c fes Sujets , à Soilfons , où le Roi étant venu avec
mais non pas fa perfonne , 6c mir toti- quantité de Canonifles 6c de Doéleurs
tes Qs terres en interdit. Cette fenten- pour défendre fon droit , il fe palfa quin-
ce foudroyée l'an 1 199. dès le mois de ze jours en difputes fophiftiques 6c en
Décembre, ne fut publiée que vingt chicanes, au bout defquels, reconnoif-
jours après la fête de Noël, afin que le faut bien qu'avec tout cela , il ne fai-
Roi eut le tems de fe réfoudre à un foit que différer de quelques heures
meilleur avis. Mais tant s'en faut qu'il l'Arrêt de fa condamnation, il s'avifa ,
reconnut fa faute pour cela, que fe pour ne point foumettre fa Majefté à
pottant à une lureur extrême , il rit fai- un jugement humain, de fe juger foi-
fi-t les terres 6c les bénéfices de tous les même. Il fe fit donc droit , 6c repre-
Ptélats qui avoient affilié à cette cenfu- nant.un beau matin en troulîè Ifember-
re , ou qui en quelque façon , avoient berge , qui étoit là dans un Monaftére,
averti ou favorifé le Légat. Il s'en prit il partit fans dire adieu à l'Aflemblée ,
encore aux Chanoines 6c aux Curés , 6c lui mandant qu'il avoit repris fa fem-
les chalfa de leurs Eglifes , puis fa fu- me. Il y en a qui content que ce chan-
teur débordée par c.s violens efforts, fe gement li prompt provint de ce que
porta indifféremment fur toutes fortes perfonne ne plaidant alfez hardiment
de perfonnes 6c d'états. Il priva plu- la caufe de cette Pleine, il fe leva au
fieurs de fes Officiers de leurs appoin- milieu de l'Alfemblée qui fe tenoit
temens , il prit la troifiéme partie du dans la grande Eglife, un jeune horrj»
Tome IL Kk
*S*
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
me inconnu , mais fort bien hic , qui
plaida pour elle avec une éloquence il
puifTante, que le Roi étonne & couché
intérieurement', fe réibiut de la repren-
dre ; qu'au refte , ce jeune homme
étant difparu dans la prelfè après fa ha-
rangue , 8c n'ayant point été vu depuis,
on crut que c'étoit un Ange. Mais je
crois que Philippe ne fut porté à cela
que par un coup d'Etat ; car il ne cou-
cha point avec elle que douze ans après,
£on caprice ou le fortilége n'étant pas
encore paflé. Cette bonne Reine n'eut
aucuns enfans , &c furvécut à fou mari
huit ans, pendant lefquels elle Ht bâtir
l'Abbaye de faine Jjan de l'Ifle près de
Corbeil y où ion corps tut entené après
fa mort , qui arriva l'an ixiG. YtiXS la
foixantiéme année de fon âge. Pac fa
vie vous la louerez d'une grande force
d'efpri: , 8c de n'avoir point perdu pa-
tience après cane d'affronts , 8c fon hpi-
taphe nous fait rapport de la chafLté 8c
de fa dévotion.
Nob'dls hujus erat , quod in ortis
fanguim claro
Invm'usrarb , mens pia , cajla pia.
BZTÎS3CnarEHE2BaMWBESE^13
EGLISE DU XII. SIECLE.
D
Epuis la nailTance de l'Eglife il
n'y avoit. point eu de liécle où elle
eut cté plus déchirée par les fchiimes
qu'elle le fut en celui-ci. Je ne parle
point de celui qui fut caufé par l'Empe-
reur Henri IV. car il eft plus du liécle
précédent que de celui-ci > bien qu'il
n'ait pris fin qu'avec la vie de cet Em-
pereur , qui mourut à Liège l'an 1 106.
après avoir été malheureufement dé-
pouillé de l'Empire par fon propre fils.
Je dirai pourtant que la conduite cira-
nique 8c fcandalcufe donna belle prife
fcirifm». au Pape Grégoire VIL dont la vie pa-
roiffoit irréprochable 8c exemplaire ,
de fe conftituer fon juge , de le fane ci-
ter à fon cribunal fur les plaintes univer-
iellesde fes fujets , de l'excommunier
6c de le dépofer de l'Empire , 8c après
tout cela de lui arracher la dif pofkion des
grands bénéfices. Ce qui paroiifoit d'au-
tant plus favorable que ce Prince en fiii-
foitun honteux 6c infâme trafic; qu'il les
donnoit aux plus médians , lefquels il
mettoit enpolfellion avant même qu'ils
iulfent faciès; 8c qu'il les en inveitif-
foit par la verge 8c par l'anneau 3 com-
me fi c'eulfent été des fiefs,
Après ce fchifme il y en eut trois au>
tres , fçavoir deux cauf es par fes querel-
les que l'Empereur Henri V. fils de ce
Henri , de puis Federic furnommé Bat-
beroulle, curent avec le Papes; 8c un
ttOiheme, qui arriva entre ces deux par
l'ambition du Cardinal Pierre de Léon.
Celui cie Henri V. commença l'an 1 1 18»
Cet Empereur ayant fait élire un nom-
mé Maurice Burdin Archevêque de Bra-
ga en Portugal , qui fe nomma Grégoi-
re VIII. Il finir Tan 1 1 22. cet Antipape
étant tombé entre les mains de Callifte,.
8c Henii enfuirc ayant obtenu abfolu-
rion de ce Pape. Le fchifme que Fede-
ric fit naître fan 1159. fe continua fou*
trois Antipapes , C6tavian , Guy de
Crune , 8c Jean Abbé de Stirum, qui
prirent les noms de Viélor IV. Pafcal
III. 8c Califtj III. 8c ne fe termina que
l'an 1183. Car encore que Federic eut
été abfbus à Venife l'an 1177. il ne fe
réconcilia parfaitement avec le vrai Pa-
pe que fix ans après.
Nous parlerons ci-après du fchifme
de Pierre de Léon. Après fa mort la
paix de l'Eglife dura feulement fept ans:
puis elle fut troublée par la rébellion de
EGLISE DU XII. SIECLE. i$$
la ville de Rome. Arnaud .Clerc de la défordre dans l'Eglife. Ils tinrent plu-
ville de Brelïè excita ces mouvemens , iieurs Conciles en diverfes Provinces
l'an 1 145 . le peuple Romain par fon pour le rompre , excommunièrent
inftigation ayant voulu fecouer le joug l'Empereur , ôc mirent en avant que
des Prêtres ôc rétablir l'ancienne repu- c'étoit une héréfîe de dire que les In-
blique. Ils cédèrent entièrement Pan veftitures pufïènt être faites par àes laï-
115 5. car alors ce Boutefeu ayant été ques, ne confidérant pas que cette pro-
duite de la ville , fe retira vers l'Em- pofition faifoit le Pape même héréti-
pereur Fe Jeric , lequel le facrifia à fes que , puifqu'il venoit de les accorder
intérêts , le livrant au Pape Adrien , à l'Empereur,
qui'îe fit pendre & brûler. La même queftion des Inveftitures
Durant les troubles de ces fchifmes& avoit auili troublé l'Angleterre, les
pendant les cornbuftions qu'Arnaud Rois Guillaume & Henri Soutenant que
iufcita à Rome, il y eut cinq Papes qui c'étoit un droit de leur Couronne, ôc
fe réfugièrent en France. Pafcal IL l'an de tout tems pofTédé par leurs ancêtres.
1106. Gelafe IV. l'an 1 118. Innocent A caufe de quoi Anfelme Archevêque
II. Tan 1 130. Eugène l'an 1147. ôc Aie- de Cantorberi avoit été banni de fon
sandre III. Pan 116 1. fans compter Ca- fiége : mais enfin ce différend avoit été
lifte IL qui y féjourna quelque tems terminé Pan 1 1 17. à telle condition que
après fon éledion, faite à Clugni Pan le Roi relâcheroit pour toujours les In-
ii 19. veftitures des Egliies , ôc que récipro-
L'Empereur Henri V. fils du malheu- quement les Evêques lui rendroient
reux Henri IV. lequel il avoit contraint hommage.
d'abdiquer l'Empire, montra bien Ce n'étoit, à proprement parler, que
qu'il ne s'étoit pas rebellé contre fon changer de termes : car qui tait hom-
pere pour l'amour de la Religion Chré- mage eft vafïal, ôc tient ôc relevé de ce-
tienne , puifqu'auili-tôt qu'il fe crut lui à qui il le fait. Auffi les Papes eu fient
bien établi dans le thrône , il commen- bien defiré que les Evêques ne l'eufïènt
ça à reprendre les mêmes erres que lui. point rendu aux Princes laïques -, ôc ils
Dès l'année d'après , qui étoit 1107. il l'avoient exprefïement défendu à ceux
fit fçavoir au Pape Pafchal , ôc au Con- de France : mais la fermeté que le Roi
cile de Troyes , qu'il vouloit jouir du Louis le Gros ôc ûs fuccefTeurs té-
Privilége Apoftolique d'inftituer les moignerent fur ce point-là , les obli-
Evêques , lequel il prétendoit avoir été gea de fe relâcher. Ils n'oferent pas fe
donné à Charlemagne. Cette queftion mettre tout au même tems ce grand
fut remife à un Concile général qui fe Royaume 6c la Germanie fur les bras ;
devoit célébrer à Rome l'an liio. Paf- il falloir fe garder un refuge en cas de
cal s'y en retourna donc ; mais Henri befoin : ôc d'ailleurs ils ne le foucioient
s'y étant rendu avec une armée, fe iai- pas tant d'affoiblir les Rois de France,
fît de fa perfonne , ôc le força de paner avec lefquels ils n'avoient rien à démê-
un traité , par lequel il lui accordait 1er pour la domination , que d'abailler
les Inveftitures , s obligeant Lui Ôc fes les Empereurs qui étant fort puifïans
Cardinaux par les fer mens les plus en Italie, tendoient toujours à relever
faints , de l'obferver inviolablement. leur thrône Impérial dans la ville de
Tous les Prélats de l'Europe fe récrie- Rome. De plus, la France étoit mieux
rent contre cet accommodement, qui unie, ôc par conféquent plus mal-aifée
^-mettant les élections au pouvoir des à fubjuguer que l'Empire, dont les Su-
Princes temporels, caufoit .un grand jets, auffi bien ceux d'Allemagne, que
Kk ij
i6o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
ceux d'Italie, Se ceux du Royaume d'Ar- Pafchal , qui fe fauvoit en France pour
les, étant divifés entr'eux , 6c ayant éviter la periécution de l'Empereur ,
tous des intérêts d'établilïemens parti- s'arrêta quelque tems à Florence, pour
culiers, ont enfin ruiné ce grand Corps voir à quoi abourhoit un bruit fi terri-
par leurs jaloulies Se par leurs rébellions, ble.
C'étoit pour cette raifon que les Papes Peu après l'accommodement , Hen-
prenoient (i fort à tâche d'abaiiTer cette ri V étant mort fans enfans, l'Empire
puilïance : Se il eft vrai encore que tous fut déféré à Lotaire Duc de Saxe, Se
les autres Princes de l'Europe , qui après lui à Conrad. Ces deux Princes
avoient jaloufie d'elle , comme de la laiiîerent les Papes en paix , Se ne rom-
plus formidable qui fut alors , le rai- pirent point avec eux -, ainfi il n'y eut
îioient volontiets avec les Papes pour plus de fchifme à craindre de ce côté-
la déprimer ; la défenfe du faint Siège la. L'état de l'Eglife ayant été aiTez
Se l'autorité de l'Eglife leur fourniffànt tranquille huit ans durant, commença
une belle couleur pour prendre ce par- derechef à être rroublé par une autre
ti-là. Cette réflexion n'eft pas inutile, diviiion très-dangereufe : car après la
Maintenant pour revenir à notre nar- mort d'Honorius II. qui arriva l'an
ration, Henri V. fuccomba fous de fi 1 1 34. deux brigues contraires dans le
pefantes attaques, aufli-bien qu'avoit facré Collège , élurent chacune un Pa-
fait fon père. Du commencement fa pe en même jour : l'une le Cardinal
préfence fit profpérer fes affaires en Ita- Grégoire du titre de S. Ange , qui prie
lie ; mais comme après divers fuccès il le nom d'Innocent IL l'autre le Cardi-
en eut été cha(Fé , Ion Burdin demeura ml Pierre de Léon , qui le fit appeller
à la merci de Califte , qui le confina Anaclet. Ce dernier avoir été Moine
dans une prifon perpétuelle. Puis lui- à Clugny , mauvaife recommandation
même inceiïàmment fatigué des re- pour lui envers l'Ordre de Cîteaux y
montrances qu'on lui faifoit de toutes qui étoit alors devenu le plus puilïant
parts, Se n'ayant plus la force de foute- en France. Son droir , à l'examiner ie-
nir tant de confpirations Se tant de ré- Ion les formes , paroilloit le meilleur -,
volresqui menaçoientà toute heure de mais fon procédé ambitieux Se fuper-
l'accabler , céda enfin à ces maux : il be le fit trouver mauvais •, les grandes
renonça entièrement aux Inveftitures , largeffes qu'il fit des dépouilles des
Se promit de la; fier la liberté des Elec- EgUfes, pour fe rendre maître de Ro-
tions aux Eccléfialfiques. Ce fut l'an me , donnèrent heu de croire qu'il y
1 112. avoit de la fimonie dans fa promotion,
Les fcandales Se les perfécutions que 8c qu'il ne méritait pas le Pontificat ,
ce fchifme caufa dans la Chrétienté, puifqu'il l'achetoit. Piufieurs gens de
donnèrent lieu , félon mon avis , à une bien eulîenr éré d'avis ( c'eft ainfi qu'en
f uiflTe prédiction qui courut alors , ou parle Jean de Salisbery ) qu'en pareilles
du moins la firent entrer plus fortement contentions on n'eût reconnu pas un de
dans les efprits. On difoit par tout que ces concurrens, Se qu'on eût élu un
la fin du monde étoit fort proche, Se Pape tout de nouveau , qui n'eût point
que le régne de l'Antechrift avoit corn- brigué le Pontificat , lequel elf de telle
mencé. Saint Norberr Se quelques au- nature , auiïi bien que tous les autres
très perfonnes d'une fainreté irréfraga- bénéfices, que quiconque le brigue s'en
ble , le prêchèrent comme une vérité rend indigne. Auiii le Roi Louis VIL
certaine : on n'ofoit pas en douter , Se vacilla quelque tems entre les deux
l'épouvante fut fi grande , que le Pape partis , Se alîembla le Concile d'Etaui-
EGLISE DU XII. SIECLE. 161
pes,pout fçavoir lequel des deux étoit comme il retira le Duc Guillaume du
le légitime. Les perfualions d'Henri il. parti d' Anaclet -, de iorte qu'il n'y cL-
Roi d'Angleterre i'avoienc déjà un peu meura plus que Roger Duc de la i'ouil-
inclmé vers Innocent -, le Concile l'y le , auquel Anaclet donna le titre de
détermina tout-a-fait : cette alîemblée Roi de Sicile , à condition de payer iîx
l'ayant été elle-même par les difeours cens écus de redevance tous les ans au
de faint Bernard, qui y déduiiit avec faint Siège. Le Royaume de bicilecom-
beaucoup de zélé 6c de véhémence le prenoit l'Ifle de ce nom , la Pomile , la
droit 6c le mérite de ce Pape. Apres Calabre, 6c quclqu'autres terres voifi-
un coup (i important , preique tous les nés, que Roger polfécoit en Italie.
Princes de l'Europe fe déclarèrent pour Or quoique Guillaume Duc d'Aqui-
lui : il n'y eut que Roger Duc de la ne fe lut laiiTé ramener à l'obéiffance
Pouille , 6c Guillaume Duc d'Aquitai- d'Innocent IL l'an 113 5. néanmoins
taine, qui adhérèrent à Anaclet : le pre- Gérard demeura opiniâtre pour Ana-
mier , afin d'avoir un Pape qui lui fut clet jufqu'à la fin de fes jours j auffi
commode , & plus facile à manier que quelque tems après fut-il trouvé mort
n'avoient été les précédens -, le fécond dans fon lit , hornbLment livide 6c
ayant été perfuadé par Gérard Evêque bouffi , par punition ou de la part de
d'Angoulême , que fon élection étoit Dieu , ou de celle des hommes. A trois
canonique. On reprocha à ce Gérard ans de là, fçavoir l'an 1138. Anaclet
que d'abord il avoir été d'un parti con- mourut aulîi ; fes parens mirent en fa
traire-, mais que le dépit de n'avoir place un autre Cardinal, auquel ils don-
pas été continué dans la Légation d'A- nerent le nom de Victor. Enfin Inno-
quitaine par Innocent, l'avoit jette cent trouva meilleur de racheter la paix
dans celui d'Anac'.et , qui en effet la d'eux, que de laiflèr plus long-tems fu-
lui confirma. C'étoit un des plus beaux mer ce refte de divifion. Loriqu'ils fu-
emplois 6c des plus lucratifs que la rent contens, Victor dépofa la Tiare 6c
Cour de Rome put donner : car outre vintfejetter à fes pieds. Toutefois Rô-
les trois Aquitaines, la Touraine 6c la ger perfifta encore quelque tems fans le
Bretagne y étoient coaiprifes. reconnoître pour Pape , parce qu'il re-
Je lépare la Bretagne de la Tourai- fufoit de le reconnoïrre pour Roi, juf-
ne , d'autant que la première avoir en- qu'à ce que l'ayant pris en guerre l'an
core fon Archevêque à part , fçavoir 1139. il s'accommoda de bonne grâce
l'Evcque de Dol , qui , depuis le foule- avec lui , 6c en obtint la confirmation
vement de Neomene , s'en étoit tou- de fa Royauté.
jours porté pour Métropolitain. Les Federic I. étant venu à l'Empire,
plaintes fouvent réitérées de celui de jeune, fier, & ambitieux comme il étoir,
Tours, 6c les inftances des Rois de entreprit d'en rétablir la digniré, à quoi
France en Cour de Rome n'avoient en- la facilité du Pape Anaftafe fembloit lui
core pu faire juger ce différend : mais frayer le chemin. Mais le Pape Adrien
Philippe Augufte lalfé de le voir durer IV qui rint le fiége après Anaftafe , ré-
fi long-tems, pourfuivit cette affaire folnt de s'oppofer à fes deffeins , 6c de
avec tant de fermeté, 6c en parla fi le tenir bas comme fon dépendant. De-
haut , qu'Innocent III. la termina l'an là vinrent les inimitiés mortelles d'en-
1 198. par une fentence diffinitive , qui tre ces deux puifïances *, elles n'abouti-
remit Dol 6c les autres Evcchés de Bre- rent pourtant pas fi-tôtàune rupture
tagne fous la Métropole de Tours. ouverte - , mais elles firent connoitre
On voit dans la vie de faint Bernard plus clairement à Federic qu'il lui étoit
i6i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
néceiîaïre d'avoir un Pape à fa clévo- Prélats de fa fadtion , s'étant aflTemblés
tion. Adrien étant donc mort l'an 1 1 5 9. au même lieu, déférèrent le Pontificat
il arriva que tous les Cardinaux, à la à un de ces deux Cardinaux qui l'avoient
réferve de trois, élurent le Cardinal élu , fça voir , à Guy de Crème. Celui-
Rolland , qui fe nomma Alexandre III. là vécut cinq ans, ik finit en l'an 1 170.
mais tandis qu'il s'efforçoit de témoi- Ceux de fon parti lui fubftituerent , je
gner de la réiùtance à accepter le Pon- ne fçai quel Abbé , qui n'étoit connu
tïficat , ces trois qui ne vouloient point que par les débauches -, ils le nommèrent
de lui , élurent promptement le Cardi- Callifte III. & Federic le fupporta cora-
nal Octavian, qui fe fit nommer Victor, me il avoit fait les deux autres.
L'Empereur en ayant eu avis , le fayo- Il y eut en ce même tems-là une
rifa premièrement fous main, afin d'in- grande brouillerie en Angleterre j le
timider Alexandre , & de le ployer à Roi Henri fe roidiifant à conferver cer-
fes intentions j puis tout ouvertement tains droits prétendus , qu'il appelloit
quand il vit qu'il ne pouvoit pas me- les Coutumes du Royaume, & Thomas
ner l'autre à la fantaifie. Ainfi il fit au- Archevêque de Cantorbery à ne les
torifer fon élection par le Concile de point fouffrir , comme étant contraires
Pife , lequel il avoit affemblé de fon à la liberté Eccléfiaftique. On trouve-
autorité , à l'exemple des anciens Em- roit bien étrange aujourd'hui qu'un
pereurs , & employa tous fes efforts Evêque tint tête Ci hautement a fon
pour perfuader aux autres Princes de Prince pour de femblables chofes :
lui adhérer. Les Rois de France &: d'An- mais en ce tems-là les plus gens de
gleterre , qui fe faifoient la guerre , bien étoient peifuadés que ces libertés
s'étant accordés, alfemblerent leurs étoient les colcmnes de la Religion. La
Evêques , Abbés ik Barons ; l'un à Beau- querelle dura fept à huit ans , &: ne fut
vais, Se l'autre au Neuf-marché , pour terminée que par la mort de l'Arche vê-
difeuter le droit dos deux concurrens. que , qui fut alïailiné dans fa Ca-
Les Légats de l'un & de l'autre parti y thédrale l'an 1 170. &c par la pénitence
ayant été entendus, Alexandre fut ap- du Roi , qui fut fi grande & fi publi-
prouvé de tous , &c Viclor excommu- que, que î'Eglife*fut plus édifiée d'un
nié. Cela advint l'an 1161. Le droit du tel exemple qu'elle n'avoit été feanda-
premier fut cette année même confir- lifée par fon offenfe.
mé par grand nombre de miracles , à L'Empereur Federic ne fut pas plus
ce qu'écrivent plufieurs auteurs', &c heureux que les deux Henris : Etant bat-
néanmoins il s'en trouve un qui allure tu par les foudres de Rome , & plus ri-
auiîi , que Dieu en fit quelques-uns en goureufement encore par la mauvaife
faveur de Victor après fon trépas. Ce- fortune , chalTé de l'Italie, Ôc appré-
pendant , ce dernier étant le plus fort hendant la prochaine révolte de l'Alle-
à Rome , Alexandre chercha un alile magne, il ne trouva point d'autre voye
en France , Se y féjourna trois ans : au de fàlut que de demander pardon au
bout defquels fes affaires ayant pris un faint Père, & de fe prolterner à fes
meilleur train en Italie , le Clergé 8c pieds pour obtenir fon abfolution ; ce
le peuple le rappellerent à Rome l'an qui fe palfa à Venife l'an onze cens
1164. Il fut obligé , pour faire les frais foixante-dix-fept. Son Antipape Cal-
de fon voyage , d'impofer une collecte lifte en fit autant Tannée fuivante ,
fur l'Egliie Gallicane. s'étant allé jetter aux pieds de ce même
La même année Victor fon rival mou- Alexandre. Depuis Federic eut encore
£Ut dans la ville de Lucques. Quelques quelques broinlleriesavec les Papes Lu-
EGLISE DU XII. SIECLE. k?j
ce , Urbain Se Clémenc III. mais enfin il les cheveux treifés avec des cordons de
fe réconcilia avec Clément a & vçcuc même. Ceux qui leluivoient en étoient
allez bien avec le iaint Siège julqu'à Ta li foie enchantes , qu'ils buvoient de
mort. Henri VI. fon fils fut couronné Tes urines , les gardoient comme d^s
par Celertin III. l'an 1191. Il n'entre- tréfors ce des reliques , Ôi tenoient à
prit rien directement contre les Papes, grâce partiLtiliere qu'il voulût aoufer
néanmoins il fe lailla excommunier , de leurs femmes ëc de leurs filles en
non pour avoir détenu Richard Roi leur préfence.
d'Angleterre prifonnier , mais pour Ilcouroitau même tems dans la Pro-
n'avoir pas voulu rendre l'argent qu'il vence , Gafcogne ôc Languedoc, un au-
avoit extorqué de ce Prince pour le tre Novateur nommé Pierre de Bruys 9
mettre en liberté. Il mourut fans en qui prêchoit que le Baptême étoit mu-
avoir été abfous l'an 1 197. nie avant l'âge de puberté ; qu'il falloit
Hér«/îe«. Parlons maintenant des Héréfies» abattre les tglifes : ces lieux, diioit-
Vers la fin du douzième fiécle, les opi- il , n'étant point néceiîaires aux Chré-
nions d'un nommé Roulfelin , dont tiens pour adorer j que le facrifice de la
nous avons déjà parlé , avoient fait Melfe n'étoit rien j que les prières des
quelque bruit. Il difoit que les trois vivans ne foulageoient point les morts $
Perfonnes Divines étoient tiois cho- ôc fur-tout il précendoit que l'on dé-
fis féparées , comme l'étoient trois An- voit avoir les croix en abomination , à
for* De < telle ges ; * ôc que fi l'ufage le permettoit, on caufe que Notre-Seigneur y avoit été
moins que pourroit dire que c'étoit trois Dieux , ignominieufement attaché. Il en brûla
touces trois car autrement il s'enfuivroit que le Pe- lui-même un grand monceau le jour
qu'un e 'rnême re & ^ e ^ amt Efprit fe feroient incar- du Vendredi Saint , ôc avec ce feu il
pouvoir &c nés. Ces impietés fophiftiques huent fit cuire plein des marmites de chair s
voLué^L/ con damnées en un Concile tenu à Soif- dont il mangea publiquement, ôc con»
de 1668. ' fons -, néanmoins l'auteur ne lailloit pas via les peuples d'en manger. MaisPier-
de les débiter en cachette ; ôc peut être re de Clugny étant allé en ces pays-ià
eût-il fait plus de progrès s'il ne fe fut lui donner la chafîè , les peuples fe fai-
trouvé des furveiilants,entr'autres Yves firent de fa perfonne , Ôc le brûlèrent
de Chartres, qui rompirent fes mefu- tout vif dans la ville de faint Gilles,
res. 3e ne fçai û c'eft le même contre Sa fe&2 ne s'en alla pas au vent avec
lequel faint Anfelme n'étant encore iès cendres ; un de fes diiciples nom»
qu'Abbé du Bec , a écrit fon traité de mé Henri s'en rendit le chef: c'étoit
l'Incarnation du Verbe, qu'il envoya un Moine défroqué, lequel étant plon-
au Pape Urbain II, pour l'examiner gé dans la débauche du jeu ôc des fem-
l'an 1094. mes, Se devenu vagabond, parce que
Vers l'an 1115. un certain Tanche- fon apoftafie ne lui iaifïoit trouver fu-
lin , le plus feelérat de tous les hom- reté nulle part , fe mit à prêcher ces
mes, infecta le Brabant ôc les pays voi- héréfies de lieu en lieu , 6c y en ajouta
1ms , de fes erreurs fanatiques : il alfu- encore quelqu'autres de fon invention,
roit que le miniftere des Evêques 6c Pierre de Clugny le réfuta par un puif-
des Prêtres étoit un abus, &c que la fant traité. Saint Bernard dans le voya-
Communion de la fainte Euchanftie ne ge qu'il fit dans le pays , le confondit
fervoit de rien à ialut. Il traînoit les par fes prédications efficaces , foute-
peuples après lui par la magnificence de nues de quantité de miracles , dé fa bu-
fes feftins , ôc par la pompe de fes ha- fa les peuples qu'il avoir féduits , ôc le;
bits, étant revêtu, de drap d'or >& ayant pourfuivit de fi près-, qu'enfin il fut
2^4 ABREGE CHRONOLOGIQUE
pris de livré à fon Evêque , pieds & de la peine à fauver ces malheureux de
mains liés i an 1147. On nomnioic ces la fureur du menu peuple, qui n'elt
Novaceurs Petrobrusiens ite Henri- jamais plus aifé à émouvoir, quo quand
cien's , du nom de leurs deux princi- on lui propofed'exeicer quelque cruau-
paux Doéteurs. té. Au refte fes perfuaiiens furent fi
Le même faint Bernard eut aulîi à efficaces fur l'efprit du Moine , qu'il
combattre une autre forte d'hérétiques, l'obligea de fe retirer dans fon Cou-
qui fe faiioient nommer les Aposto- vent.
liques. C'étoit des payfans ik gens Les gens d'Eglife écoient perfécutés
grofliers , qui le vantoient d'être les par d autres hérétiques , ou plutôt
ieuls qui fuiviffent exactement la doc- athées, qui faifant les Politique., , ne
trine des Apôtres, & qui tulïent le vouloient point que le Ldeigé eut au-
vrai corps myitique de Jesus-Christ , cune domination ni juriidichon lur le
tous les autres Chrétiens n'ayant pomt temporel, ni même aucunes polfef-
la vraye croyance comme eux. Ils te- fions en tonds que fous le non plaifir
noient beaucoup des extravagances de des Princes iéculiers. Le pi us içavant
ceux que depuis on a appelles les lilu- & le maître de tous , étoit Arnaud Prê-
minés. tre , natif de Brelle en Lomoard.e, qui
Il faut bien compter parmi les héré- avoit été dneiple de Pierre Abailard ,
fies , les proportions trop hardies &c &; avoit mêlé la fubtilité de la Dialec-
trop fubtiles que Pierre Abailardavan- tique dans les matières de politique;
ça touchant la Trinité , puiiqu'elles fu- efpiït vit\ fubtil & fouple , qui fe vou-
rent condamnées comme telles l'an lut (ignaler par la lingularite de fes opi-
1 140. au Concile de Sens, qui rut con- nions; à ia vérité difert & beau par-
fîrmé par le Pape : quoiqu'il femble à leur ; mais plus abondant en paroles
quelques-uns , que s'il y eut beaucoup qu'en raifons folides , qui embrouiiloit
de prefomption de fa part , il y eut aul- pius Us choies par un giand Hux de dif-
fi un peu de chaleur ik de faute d'intel- cours qu'il ne ks éclaircifïoit , trouvant
ligence du côté de fes parties. Quoi- à dire a tout , mordant , déchirant , en-
qu'il en foit , fon humilité répara fa nemi des Moines , cv détracteur des'
faute ; car en ayant appelle au faint Evêques ; mais grand Batteur des Laï-
Siége , il fe lailîa facilement arrêtera ques, aufquels il attribuoit la puillan-
Clugny par Pierre le Vénérable , tk y ce Se la difpofition de toutes chofes ;
Enit le refte de fes jours. Son epouie de forte qu'il ne rendoitpas feulement
Heloïfe avoit auffi pris le voile facré. l'Eglife tributaire, mais encore la met-
On fçait auezl'hiftoire de leurs amours toit en fervitude, elle qui comme épou-
& de leurs vies-, ce n'eft pas ici le lieu {q de Jesus-Christ , eft la maîtreile
d'en parler. des nations, &c la louveiaine des Etats
Les prédications d'un certain Moine chrétiens. Les Romains fufcitcs , com-
fiommé Raoul , étoient quelque choie me nous avons dit , par cet Arnaud ,
de pire que l'hérélie. Du rems de la avoient fortement rélolu doter au Pa-
Croifade de l'an 1146. ce furieux zélé pe tout le pouvoir temporel dans leur
ayant aflemblé je ne fçai combien de Ville , 6v de lui lailïer feulement le fpi-
niille hommes, pour p.ilfer en Terre- rituel ; de forte qu'Eugène III. fuyant
Sainte , prêchoit qu'il falloir avant que Lur perfécution , fut contraint de fe
de partir, tuer tous les Juifs, qui étoient retirer en France l'an 1 147.
plus ennemis de Jesus-Chiust , que Tandis qu'il y étoit , il convoqua un
ta Mahométans. Saint Bernard eut bien Concile à Reims , où l'on examina les
Proportions
EGLISE DU XII. SIECLE. i^
Propositions de Gilbert Poret ou Po- imaginé, (k l'afluroit , que c'étoit lui
rée , Evêque de Poitiers : lequel avoir qui devoir juger les morrs. Il n'efl pas
trenre ans durant pro relie la Philoib- croyable combien de gens s'infatuerent
phie dans les plus célèbres Villes du de cetre ridicule extravagance : on le
Royaume-, mais il parloir de Dieu cV des fuivoit comme un grand Prophète;
Perfonnes de la Trinité , plurôr félon rantôt il marchoir avec un pompeux
les Topiques d'Ariftote , que félon le équipage , tantôt il le cachoir , puis il
langage de l'Ecriture Sainte. Il dilbit reparoiilbit plus glorieux qu'aupara-
enrr'autres choies, que la nature divi- vanr. Il y avoir deux dalles de fes Sec-
ne ou la divinité n'écoit point Dieu, tateurs -, il en appelloit les uns Anges,
mais la forme par laquelle il étoit les autres Apôtres. On difoir qu'il éroir
Dieu , non plus, difoir-il , que l'hu- Magicien, & que pour attirer le mon-
manité n'étoit pas l'homme, mais la de, il faifoir de grands feftins, Çc de
* Que les forme qui, faifoit l'homme* : que la na- fort riches préfens , mais que ce n'étoit
2^n £ « ture divine ne s'étoit point incarnée: que des Ululions* quialiénoientl'efprir. Et q«e!«
perfonnes, ; . ,,f - r>À L a j ■ o • i> r- J^der qu'on
L Archevêque de Remis 1 ayant taiCaungeoiràfa
n eroienc
qu'il n'y avoir point d'autre mente que L'Archevêque de Remis l'ayant faitnungeoinàfa
:es J\ er ' celui de Jesus-Christ , & que perion- prendre , le préfenta au Concile de au uM -' > & k*
luîmes. Lit, . /-il ■ l ■■••/•*' »'l /• • r» <--' r i • î f préfens uu'il
ùi66&. ne n etoit véritablement baptile s il ne iaint Père. Ses reponles pleines de re- i omioit ^.
devoir être fauve. Ses Archidiacres mê- venes phrénétiques , tireur qu'on le toient des
mes, mus de zélé ou d'inimitié, feren- traira de fou ; 6c pourtant on le reflèr- Ç^ 1 ™"' £ ^'
dirent fes accuiateurs. Sainr Bernard ra en une prifon fort étroite , où il
les foutint puilïamment : l'affaire fut mourut bien-rôr après. Trois ou quarre
traitée en deux Conférences, l'une à de fes principaux chfciples, encore plus
Auxerre , 8c l'autre à Paris , & à la fin infenfes que lui , ôc qui s'éroienr entê-
terminée dans une troifiéme qui fe rinr tés des grands noms qu'il leur avoir im-
après le Concile de Reims. En celle- pofés, à l'un de Sapience , à l'autre de
là , le Pape l'examina lui-même, n'a- Science, à l'autre de Jugement, aime-
yant pas voulu traduire devant une li rent mieux fournir les flammes que de
grande AiFemblée un Evèque d'une iî le renoncer.
éminente doctrine , & qui d'ailleurs II étoit fans doute demeuré quelque
pi-oreftoit de fe fournettre à ce qui en levain des Petrobrufiens & des Henri-
feroit jugé par fa Sainteté. Après avoir ciens , qui rebrouillanr les efprirs , le*
oui fes Propositions , elle les condam- porta à remuer phriieurs queftions nou-
na -, 6c il reçut ce Jugement avec tou- velles &c dangereufes : mais outre cela
te la fourmilion pollible : néanmoins il fe glilTa d'Iralie en France quelques
quelques-uns de fes difciples s'aheur- autres empoifonneurs qui y apportèrent
terenr encore à les foutenir. le plus pernicieux venin des Mani-
Afin que vous connoiffiez que l'ef- chéens : 6c ce furent ceux-là , à mon
prit humain donne facilement dans tou- avis, qui infeéterent premièrement le
tes les nouveautés les plus extravagan- Diocèie d'Alby , à caufe de quoi on
tes, il ne faut que conlidérer un mal- nomma ces hérétiques Albigeois. Ils
heureux vilionnaire qui fut préfenté au furent convaincus dans une conférence
Pape au commencement de ce Concile qui fe tint dans cette ville-là chez l'E-
de Reims. On le nommoit Eon de l'E- vèque , qui avoir été nommé Arbitre
toile, Gentilhomme Breton : il étoit par les deux partis; & cela fe pafîà en
tellement ignorant , qu'ayant oui chan- préfence de quantité de Seigneurs 6c de
ter dans l'Eglife ,perÊUMqui venturus Prélats , & même cle Confiante femme
eftjudicare v'wos & mortuos , il s'étoit de Raimond Comte de Touloufe, 6:
Tome II. L 1
%66 ABRÉGÉ CH RONOLOGIQUE
fœur du Roi de France. Gozelin Eve- toient d'aucune religion , mais ils affif-
que de Lodeve réfuta leurs erreurs par toient les hérétiques , pour avoir iujet
«les paflTages du nouveau Teftament v de piller les Clercs Se les Eglifes. Les
car lis ne recevaient pomt le vieux. uns s'appelloient Brabançons, Arrago-
Ce remède n'arracha point cette nois , Navarrois & Baiques , à caufe
mauvaife graine , elle fe multiplia de qu'ils venoient de ces pays -là-, les au-
plus en plus, Se gagna bien-tôt Tou- tresCotereaux&Triaverdins, par quel-
loufe , la Capitale du Languedoc. Dès que fobnquet dont je ne fçai point
ce tems-là les Rois de France Se d'An- 1 origine. Leurs cavaliers (e nommoienc
gleterre furent fur le point d'employer Routiers , du mot Tudeique Reuter.
le fer pour exterminer ces opiniâtres : Le Concile général de Latran , qui fe
toutefois ils trouvèrent plus à propos tint l'an 1179. excommunia les uns Se
d'y envoyer des Prédicateurs qui tra- les autres , défendit de les inhumer en
vaillaflenr à les convertir , ou à ies con- terre fainte -, Se exhorta les Catholiques
fondre , & à les retrancher de la com- de leur courir fus , de fe faihr de leurs
munion des fidèles ,. afin qu'ils ne gâ- biens , Se de mettre leurs perfonnes en
taifent plus perfonne. fervitude ; accordant à ceux qui pren-
Un Légat du F'ape y étant allé l'an droient les armes pour une h bonne
1170. accompagné de quatre ou cinq œuvre, des Indulgences ou Relaxations
Evèques , Se de plufieurs autres Eccié- de pénitence , à proportion de leurs
fiaftiques , découvrit beaucoup de ces fervices Se félon la dilcrétion des Evé-
gens-là dans Touioufe, entr'autres le ques.
plus riche Se le plus ancien, Se pour ainfi Entre ces hérétiques il y en avoir
dire , le coq de tous les autres, qui qu'on nommoit Popelicains , qui te-
* Lesprmci- prêtoit fes * tours à leurs Docteurs pour noient quantité de forts Châteaux en
paux Bouc- y faire leurs prêches. Il le contraignit Gafcogne , où ils s'étoient cantonnés ,
geoûdeTou-.j e £ foumettre a la pénitence publi- & faifoient un corps enfemble depuis
vigno-.i .1- que, raia fes rouis, Se excommunia qu on ies avoir iepares de 1 çgliie. Hen-
voieiK dis g£ bannit plufieurs de ces hérétiques , ri , qui d'Abbé de Ciairvaux avoitété
leurs mai- qui fe retirèrent dans l'Albigeois - 7 c'é- fait Evêque d'Aibe , ayant, en qualité
foat. roit comme leur fort, parce que Roger de Légat, alfemblé des troupes afTez
Comte d'Alby les favorifoit , Se fe fer- nombreufes , ies alla vifiter avec main-
voit d'eux pour tenir l'Evcque de fa iorte l'an 1181. Ils feignirent, pour
ville prifonnier. éviter cet orage, d'abjurer leurs er-
Ces pays de Languedoc Se de Gafco- reurs ; mais l'e péril palfé, ils vécurent
gne , tant à caufe de leur éloignement comme auparavant.
que de leur firuation , Se auffi de l'hu- Cette contagion s'étendit en plu-
meur bouillante Se guerrière de leurs (leurs Provinces deçà Se de-là la Loire,
habirans , croient remplis d'une autre Un de ces faux Apôtres , nommé Ter-
forte de bétesravifiTantes qui n'a'unoient rie, qui s'étoit te,nu long-tems caché
que la proye Se le carnage ; j'entens des dans une grotte à Corbigny au Diocè-
troupes de bandits , qui fe louoient à fe de Nevers , fut pris ck: brûlé. Plu-
ceux qui en avoient befoin pour le veh- fieurs autres iourfrirent le même fuppli-
ger de leurs ennemis, ou ravageoient ce en divers endroits , particulièrement
eux-mêmes pour leur compte. Ils n,e s'en deux horribles vieilles dans la ville de
prenoient pas aux biens feulement, mais Troyes; à l'une defquelles , diîoit-on,
aulîi aux perfonnes il a la vie , fans épar- ils avoient donné le nom de Sainte
gner,ni condition, ni âge, m fexe. Ils n'é- E^life y Se à l'autre celui de Sainte Marie>
EGLISE DU XII. SIECLE. 167
.afin que lorfqu'ils éroienc interrogés par Empereurs l'avantage tout entier dans
les Juges , ils pulient jurer par Sainte le différend des Inveftirures : puis lorf-
Àîarie qu'ils n'avoient point d'autre qu ils curent acquis cette liberté ai Egli-
croyance que celle de Sainte Eglije. le pour les Elections , ils la voulurent
Ces Popelicains, entr 'autres points, aulii étendre aux perfonnes 8c aux biens
impugnoient ouvertement la réalité du des Eccléliaihques. Ils foutenoient que
Corps de Notre-SeigneurjEsus-CHRisx PEgiïfe ne devoit point de contribution
dans le Saint Sacrement -, à caule de qu'à ion Chef , qui étoit le Vicaire de PuifTance des
quoi il y eut en ce tems-là plufieurs mi- Jesus-Christ en terre j 8c que les Ec- Pa P es -
racles pour confirmer le peuple dans la cléiiaïaques ne pouvoient être corrigés
foi de ce Myftére. Ils furent condamnés que par leurs Supérieurs. Ce qu'ils fon-
au Concile de Sens de l'an 1 198. com- doient fur cette maxime, que le moins
me auilî les Vaudois, les Patarins noble ne devoit point avoir d'empire
& les Cathares. Le nom de Patarins fur le plus noble , ni l'inférieur être le
venoit de ce qu'ils faifoient gloire de Juge de celui qui eft au deilus de lui.
* Catharos en pâtir pour la vérité^ celui de Cathares, * Toutefois ce point bieifant 1 autorité
dec fignifîe (-{ e ce qu'ils profelloient fauilement une de tous les autres Princes temporels,
grande pureté de vie. Ces derniers auiii-bien que celle des Empereurs , ne
étoient en Flandre appelles Pifles j 8c pût palier que dans les terres de ceux
en France, Tifférans, parce que la plu- qui étoient foibles, 8c de-là les monts,
part gagnoient leur vie à ce métier. Le troisième iujet du différend que
Il faudroit un Traité entier pour rap- les Souverains Pontifes eurent avec les
porter toures ces fectes , leurs divers Empereurs, tut qu'ils prétendoient que
noms, 8c leurs opinions, qui étoient c'étoit à eux à donr.er l'Empire , 8c
femblables en quelques points , 8c dif- que l'élection des Grands qui en rele-
férentes en d'autres -, mais il me fem- voient , ne pouvoir faire qu'un Roi ,
ble qu'elles peuvent toutes fe réduire à fi leur autorité ne l'honoroit du titre
deux-, fçavoir , des Albigeois 8c des d'Empereur. Cette croyance étoit pro-
Vaudois ; &c que ceux-ci avoient à peu cédée de ce qu'en effet ils avoienr pre-
près les mêmes opinions que ceuxqu'on mierement déféré la dignité 8c la char-
nomme aujourd'hui Calviniftes. ge de Patrice au Roi Pépin 8c à Charle-
II s'éleva auhi,finon une hérélie , au magne , 8c puis l'Empire même à ce
moins quelques doutes alfez grands tou- dernier. Pour ce chef ils remportèrent
chant iaréiurrection des corps, du tems hautement fur les Empereurs; l'exem-
de Maurice Evêque de Pans-, à caufe pie de Henri VI. ne nous laifle aucun
*ie quoi , pour témoigner quelle étoit fujet d'en douter ; car quand il prit la
fa foi fur cet article-là, il ordonna Couronne Impériale à Rome l'an 1 191.
qu'on graveroit fur fon Tombeau le le Pape Celeftin III. qui étoit affis en
«Credoquod premier Répons* qui fe dit dans l'Office fon Trône fur un échafraut, la tenant
Redemptor des Trépaflés. A ion exemple plufieurs entre {'es pieds , la pouffa à terre , pour
«tcus vivic >£ cc iéfi a Â;iq Uesor donnoienr en mourant, montrer qu'il étoit en fon pouvoir de
qu'on le mit auili en écrit fur leurs poi- la renverfer ; 8c les Cardinaux l'ayant
trines , &c qu'on l'enterrât avec eux. reçue entre leurs mains, la poferent fur
Plus les erreurs & les fchiimes cho- la tête de l'Empereur , qui étoit en bas
quoient la puiflànce du Pape 8c celle 8c à genoux , en attendant cette grâce
des Ecciéiiaftiques, plus 'ils l'affermi f- avec foumiilîon.
foient 8c l'augmentoient. Car premie- Mais les Papes ne purent pas fi faci-
lement les Papes remportèrent fur les lement gagner un quatrième point ,
Ll ij
i£S
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
qui étoit d'empêcher que les Evêques à débattre leur droit pardevant eux*
ne rendirent hommage à leurs Souve- Le Roi Jean étant preifé par le Roi
rains temporels. La talion qu'ils avoient Philippe Augufte , eut recours à Inno-
de s'oppofer à cette fourmilion étoit» cent 1 II. lequel écrivit ia-dellus , „
qu'ils eltimoient indigne que des mains
iacrées qui opéroient les plus augultes
Myfteres de la Religion , tuflerit 1er-
* Celui qui rées * entre des mains profanes. Or
fendhom.iia- quo j que [ es Souverains , Ôc fur tout les
ge , mec les i , i _. ? \ r
mains entre Rois de France , eulient un grand rei-
cclles de l'on pec ^ pour touc ce q U i yenoit du faint
Seigneur. f. , r -, * , î j '
Siège , ils ne purent néanmoins leur dé-
férer pour ce chef, ni pour celui de la
franchife des biens &. des perfonnes.
Ainfi le Roi Louis VI. ne voulut point
permettre à Raoul de rentier dans l'Ar-
chevêché de Bourges , qu'il ne lui eût
fait hommage -, ce qu'Yves de Char-
tres exeufa envers le Pape Pafchal ,
fur la crainte d'un plus grand inconvé-
nient. Et ce Pape ayant donné une Bul-
le , à la réquifition du Clergé de Fran-
qu'étant prépofé au gouvernement
de l'Eglife univerlelle , il le fentoit
obligé par le commandement de Dieu
de procéder en cette affaire luivant
les formes de l'Eglife , Ôc de dénon-
cer le Roi de France pour idolâtre
& publicam , s'il ne hufoit apparoi-
tre de fon droit devant lui ou de-
vant l'on Légat. Car encore , diioit-
il , qu'il ne lui appartint pas de ju-
>} ger du Fiel, toutefois il avoic droit
de connoitre du péché ; ôc il appar-
tenue au faint Siège de corriger
toutes perfonnes , de quelque qua-
lité qu'elles pullent être , & fi elles
étoient réiiadaires à les comman-
demens , d'y employer les armes de
l'Eglife. „ C'étoit a dire l'excom-
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ce , quidéfendoit , fous peine d'excom- munication , ôc même l'interdit ; cruel
munication , aux Baillirs ôc Prévôts du remède qui ôtoit l'uiage des Sacre-
Roi d'exiger aucune preftation de fer- mens , &c le Service Divin aux vivans,.
ment des Clercs ; le même Roi écrivit & quelquefois même la îépuiture aux
des lettres pleinesdechaleurà Yves, me- morts. Ils fe perluadoient qu'il y al-
naçant qu'il prendroit le bien des Clercs loit de leur devoir de remédier à tous
pur tout où il le trouveroit ,. fi cette les fcandales publics ; qu'il étoit de leur
Bulle n'étoit révoquée. Je ne fçai ce foin éternel de foulager &c de proté-
qui en arriva. ger torfs les opprimés-, ôc de la gran-
11 s'étoit établi en ces iiécles-là une deur de leur tribunal , de faire juftice
maxime qui donnoit une domination à toute la terre. Ainli ils recevoienc
indirecte aux Papes fur les Princes , ôc les plaintes de tous ceux qui foutfroient
droit d'animadverfion fur leur gouver- opprelîion j ils alloient même au de-
nem'ent. Ce fit qu'encore qu'ils ne cruf- vaut , Ôc prenoient connoiffance des
fent pas que les Princes dépendirent injuftices que les Princes faifoient à
d'eux pour le temporel , ils penfoient leurs peuples , ôc des impofîtions nou-
pourtant être bien fondés , à caufe du velles , îi bien qu'ils prononçaient
fpirituel,de juger (i leurs actions étoient quelquefois nnathême fur ceux qui les
bonnes ou mauvaifes , de les admonef- levoient ^ allez fouvent ils expoloicnt
rer , de les corriger , de leur défendre en proye les biens de ceux qu'ils ex-
ce qu'ils ne croyoient pas iicite , ôc de communioient , ôc commandoient de
leur commander ce qu'ils croyoient fe faint de leurs perfonnes, ce de les
jiiife. Ils fe mêloient donc, quand deux réduire en fervitude.
Princes étoient en guerre , de leur or- Les Souverains ne furent pas à cou-
ronner des trêves , de mettre leurs dit- vert de ces foudres : car foit en vertu
férends en arbitrage , ôc de les obliger de cette opinion , qui alors étoit allez
EGLISE DU XII. SIECLE. iC 9
commune , mais à mon avis peu fou- gion , les admonefter premièrement ,
tenable , que les excommuniés font Ôe après les punir s'ils n'obéilïoient pas.
déchus de la poifcllion de leurs biens , Que (î les prédécelfeurs de Grégoire
foie qu'ils ne crulfent pas qu'on dût laif- n'avoient point ufé de ce prétendu pou-
fer le gouvernement des Peuples Ca- voir fur les Empereurs -, c'ell qu'alors
tholiques à des Princes révoltes contre ceux-ci étoient Princes plus réglés , ôc
l'Eglife : ils allèrent jufqu'à les dépo- les Papes de ce tems-là "plongés dans
fer , à déclarer leurs lujets déliés du d'extrêmes défordres : mais que tout
ferment qu'Us leur avoient fait , &: à au contraire , Henri IV. s'étoit rendu
leur défendre de leur obéir. Grégoire exécrable par fes vices infâmes, & que
VII. commença d'exercer cette auton- Grégoire étoit vénérable à toute la
te fur l'Empereur Henri IV. Et il en Chrétienté par ùs vertus,
voulut ufer de même à l'endroit de J'oferai ajouter qu'il y avoir même
Philippe premier Roi de France : car quelque chofe dans les fiécles précé-
une fois ,, il écrivit aux Grands du dens qui pouvoit donner un peu de
Royaume d'empêcher les excès qu'il couleur à ce que ce Pape entreprenoit.
commettoit, fpécialement à l'endroit Car dans le fixiéme , l'Eglife s'étoit
des Marchands qui allaient aux Foi- mife en poflTeiîion d'exclure des fonc-
res : &c une autre fois il le menaça de tions civiles &z militaires, &c même du
rompre les liens de la foi dont {es mariage , ceux qu'elle mettoit en péni-
iujets lui étoient attachés , s'il ne tence publique , afin que leur conver-
ceiloit de vendre les Bénéfices , 5c lion fut plus humble Se plus parfaite.
s, s'il ne permettoit à l'élu Evcque de Saint Léon Pape l'avoit feulement con-
>> Mâcon, d'entrer dans fon Epilco- feillé-*, fes fuccefleurs en firent une loi,
s, pat. „ Vidtor II. l'excommunia en &; les Conciles de Tolède la réduifirent
eifet dans le Concile de Clermont. en pratique à l'égard de leurs Rois mê-
D'autres Papes ont excommunié Se dé- me. Témoin Vamba , l'un des plus il-
pofé les Empereurs Henri V. Federic luftres Se des plus glorieux qu'ils ayent
premier , Se Federic II. Se ont attenté eu : lequel ayant été confacré à la péni-
pareille chofe fur plufieurs autres Tê- tence , comme il étoit à l'agonie , non
tes couronnées. poinr de fon confentement , car il avoit
Si on s'étonne que des Papes qui perdu toute connoiffance , mais félon
étoient en réputation de fi grands hom- î'ufage de ce tems-là , fe vit néanmoins
mes de bien, particulièrement Grégoi- obligé, lorfqu'il fut revenu en conva-
re VII. Se Alexandre III. ayent fait de lefcence , de renoncer à la Royauté,
telles entreprifes , qui femblent fi éloi- Remarquez encore , s'il vous plaîr ,
gnées des maximes des anciens Pères & que ces Conciles d'Efpagne fournirent
des premiers fiécles : il faut fçavoir que de grands préjugés aux Papes pour fou-
ces letttes fuppofées des premiers Pa- mettre les Souverains à leur difpolî-
pes , fur lefqueiles on avoit établi un tion. Car les Rois Viftgoths étant élec-
nouveau Droit Canon , avoient perfua- tifs , les Evêques avoient beaucoup de
déàleursprédecefTeurs^èslafinduluii- part à leur élection ;& leurs Conciles
tiéme fiécle , que leur autorité fur les étoient comme des alFemblées , où les
fidèles n'avoit point de bornes, qu'en Grands& les Rois même fe trouvoient.
qualité de Palieurs univerfels , ils pou- On y corrigeoit les déréglemens de la
voient faire des commandemens & des fouveraineté , & on leur impofoit des
dérenfes à tous les fidèles en ce qui re- loix avec peine d'anathême de de dé-
gardoit leur falut <k le bien de la Reli- pofition s'ils les violoient.
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i 7 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
Les Evêques de France entreprirent mier ils trouvoient toujours afïèz de
la même chofe en dépotant Louis le parentés ou d'alliances pour dilïoudre
Débonnaire ; & quoique ce tut une pu- les mariages des Princes , 6c par ce
re faction, ce Prince toutefois ne re- moyen fe rendoient formidables. Ec
prit point la Couronne que par l'auto- pour le fécond , le pouvoir qu'ils
rite d'une autre alïemblée d'Evêques. avoient de juger de tout , les rendoit
Foulques Archevêque de Reims , me- fort confiiérables , d'autant que les
naça Charles le Simple de touftraire parties ont naturellement de la crainte
ïvs fujets de fon obéiiîànce, s'il s'allioit & du refpeCt pour leurs Juges ; 6c
avec les Normands , qui alors étoient qu'eux ayant dans cette incroyable af-
encore barbares 6c infidèles. Or les Pa- fiuence d'affaires , de quoi employée
pes croyoïent comme un article de toi, un nombre innombrable de perlonnes,
que leur pouvoir étoit beaucoup plus attiroient à leur Cour tous ceux qui
grand que celui de tous les Evêques avoient l'ambition de parvenir , ou ia
enfemble , ce qu'il n'avoit point d'au- curiofité de fe façonner 6t de s'inltrui-
tres bornes que celles que lui donnoient re dans cette Ecole la plus célèbre du
les Canons exprès des Conciles, & les monde. En effet tout ce qu'il y avoic
Décrets du Siège Apoftolique-, lefquels de plus beaux efprirs par toute i'Eu-
n'avoient garde de leur défendre de rope , y couroient pour avoir des eiru
* Puifqu'on dépofer les Rois , * puifqu'on n'avoit plois ; Se comme Ton a toujours afîec-
tfavoitpaspo p as pu prévoir qu'il fe trouveroit des tion pour celui de qui l'on tient fon
queCTtwpen- fcecafioris qui leur donneroient cette avancement , quand ils fortoient de là,
(ce bur mon- penfée. Grégoire II. en l'an 730. ayant après avoir bien fait leurs affaires , ils
dans'larêre t umim é anathême contre Léon l'Ifau- portoient par tout la grandeur des Pa-
f.d. Uei66S. rien , fufpendit au moins le payement pes avec un zèle ardent pour étabhr
des tributs 6c l'obéiifance des peuples, leurs maximes.
ou peut-être les en délia tout-à-fait , Les Croifades rendirent aufli les Pa- Croifaduj
comme quelques-uns le prétendent. De pes très-puiiïaiits : car dans celles qui
plus, s'étant attribué, comme ils fi- fe faifoient pour la Terre-Sainte, ils
rent , l'autorité de créer des Rois , la- ordonnoient aux Princes de s'y enrôler,
quelle d'ailleurs leur étoit déférée par ils retenaient le fouverain commande-
1 ambition de ceux qui recherchoient ment dans ces armées-là par leurs Lé-
ce titre : ils s'allèrent imaginer qu'ils gats -, ils fe rendoient en quelque façon
pouvoient bien ôter la Couronne à les Seigneurs de tous les Croilés, non-
ceux qui en étoient indignes , puif- feulement parce qu'ils en exigeoient
qu'ils en pouvoient honorer ceux qui obéiiîànce , mais de plus parce qu'ils
la méritoient. les prenoienr fous leur protection juf-
II y eut avec cela beaucoup d'occa- qu'à leur retour ; ce qui étoit comme
fions qui ne fervirent pas peu à con- des lettres d'Etat qui lurfeoient toutes
firme r cette opinion ; entr autres la procédures civiles 6c criminelles. Dans
prohibition de contracter mariage en- les autres Croifides qui le faifoient
tre païens, jufqu'au iepticme degré, contre les fchilmatiques ik les heréri-
& entr'alliés jufqu'au quatrième &c ques , ils établirent pour loi , que ceux
cinquième ; la connoiiïance qu'ils pre- qui étoient convaincus de ces crimes
noient de toutes les grandes caufes , perdoient tous leurs biens , honneurs
non-feulement entre les Ecçléfiaftiques, 6c dignités ; enfuite de cela ils les en
mais encore entre les Princes -,6: les privoieht, ou les en faifoient priver
fréquentes Croifades. Car pour le pre- par des Conciles que leurs Légats af-
EGLISE DU XII. SIECLE. 271
fembloîent -, puis ils donnoient leurs de ce qu'ils accordoient des exemptions
dépouilles à ceux qui avoient bien fer- aux intérieurs pour les fouihaue à
vi dans ces expéditions , fans trop con- l'obéilfance de leurs fupéneurs. Us le
fulter le Seigneur fouverain dont ces plaignoient encore de ce qu'ils s'étoient
terres étoient mouvantes , parce qu'il réfervé à eux feuls le pouvoir de recc-
n'eût pas ofé en refufer l'inveltiture à voir les coadjutoreries , celui de dillou-
ceux qu'une puiilance fi fainte en avoit dre le mariage fpirituel des Evêques ,
pourvus. c'eft-à-dire , de les féparer de leur £gli-
Mais leur plus grande force confif- fe par voye de ceilion , ou de tranfia-
toit en celle du Clergé &: des Reli- tion , ou de dépofition ; & de ce qu'ils
gieux •, ces grands corps étant en ce empiétoient la difpofition de la plupart
tems-là fort unis pour la manutention des bénéfices.
de leurs franchifes & de leurs liber- Difons quelque chofe de plus fingu-
tés , qu'ils croyoïent fermement être lier fur les principaux de ces points,
de droit divin , confidéroient le Pape La plupart des différends d'entre les
comme un chef puiifant qui ne leur particuliers fe traitoient par la Cour de
manquoit pas au befom. Il eft vrai que Rome feule dans le douzième fiécle :
{on autorité trop abfolue pefoit un peu toutefois quand les caufes étoient trop
fur la tête des Evêques : mais quand importantes , ou qu'elles touchoient
elle les prefToit trop , ils avoient re- toute l'Eglife , ou tout un Etat , ils les
cours à celle du Prince , comme pro- remettoient au jugement d'un Conci-
tecteur des biens & de la liberté des le. Ainiî Grégoire VII. lorfque la que-
Eccléfiaftiques. Réciproquement ils fe relie d'entre lui «Se l'Empereur Henri
fervoient de celle des Papes , pour fe V. vint à fe renouveller , aiïura qu'il
défendre des entrepriies des Princes : ailigneroit un Concile dans un lieu sûr,
ck fe gouvernant ainfî entre les deux où tous fe pulfent trouver , amis ou
Puiiïànces , ils tâchoient de modérer ennemis, tant de l'ordre Clérical que
l'une par l'autre. de l'ordre Laïque , pour juger lequel
Au refte ils avoient fujet de fe plain- de lui ou de l'Empereur avoit rompu
dre de ce que les Papes leur ôtoient la paix , & pour avifer aux moyens de
une bonne partie de l'autorité qui leur l a rétablir. Gelafe II. dit la même cho-
appartenoit , comme aux vrais fuccQf- fe , de qu'il aquiefeeroit au jugement de
feurs des Apôtres*, de ce qu'ils atti- fes frères les Evêques , que Dieu avoit
roient immédiatement à leur tribunal confiitués Juges dans JonEglife ,& fans
la connoilfance de toutes les caufes, ne lejquels une caufe de cette nature ne fe
leur laiiTant prefque rien à juger en pouvoit traiter. Innocent III. écrivit
première inftance jde ce qu'ils les obli- qu'il n'ofoit rien décider fur le maria-.
geoient à leur prêter ferment, félon ge du Roi Philippe II. fans la déter-
une formule dans laquelle Grégoire mination d'un Concile général : ck que
VII. avoit ajouté des termes qui em- s'il le faifoit, il en pourrait courir rif-
portoient foi Se hommage : de ce qu'ils que defon ordre & defon office : paroles
leur impofoient la néceilité d'aller à remarquables en ce qu'elles femblent
Rome -, de ce qu'ils s'arrogeoient à eux infinuer qu'un Pape peur être dépofé,
feuls le droit de facrer les Métropoli- non-feulement pour hére/ie , mais aufli
tains ; de ce qu'ils donnoient des dif- pour avoir abufé de fa pui (Tance,
penfes des faints Canons, comme fi De ce tems-la ils étoient encore obli- Cardinaux,
toute la difeipline Eccléfiaftique n'eut gés de gouverner l'Eglife par l'avis des
dépendu que de leur volonté abfolue •, Cardinaux, dont la puiilance étoit mon-
tji ABRÉGÉ CHR
tée à un tel degré depuis l'an mille ,
qu'ils étoient leurs collatéraux Se leurs
coadjuteurs , ,, comme le dit faint Ber-
„ nard ; que leurs droits étoient plus
,, grands que ceux des Patriarches ik
„ des Primats , ik qu'ils avoient pou-
„ voir de porter une cenfure autenti-
„ que fur les Papes mêmes. ,, Le fe-
cours 6c les mérites de tarit de grands
perfonnages , defquels le facré Collège
étoit rempli , n'aidèrent pas peu aux Pa-
pes à foutenic le fardeau des affaires , ik à
maintenir &: augmenter leur autorité
dans tous les pays les plus éloignés.
Mais quand ils le furent aggrandis par
leur moyen , ils s'affranchirent de leur
dépendance -, & aujourd'hui ils leur de-
mandent feulement leur avis , Se ne fe
tiennent point obligés de le fuivre.
Bénéfices. Quant à la difpoiïtion des Bénéfices;
ils Favoient prefque toute attirée à
eux -, celle des grands , Se que l'on ap-
pelle Confîiloriaux , comme font les
Archevêchés , Evêchés Se Abbayes -, en
fe rendant maîtres des élections , fous
prétexte de juger des différends qui
nailfoient entre les brigues oppofées ;
&c celle des moindres , comme font
les Dignités Se Chanoinies des Eglifes
Cathédrales & Collégiales , par les re-
commandations qu'ils faifoient aux
Chapitres en faveur des Clercs fuivans
leur Cour. Leurs recommandations
ayant fouvent obtenu l'effet qu'ils dé-
liroient , fe tournèrent peu à peu en
commandement abfolu , à l'incitation
des flatteurs Se des intérelTés. Et puis
elles furent fuivies des réfervations , Se
après des expectatives , dont l'abus alla
toujours en augmentant , nonobftant
la Pragmatique de faint Louis , & Ls
remèdes que Philippe le Bel y voulut
apporter , ik. dura julqu'au tems du
grand fchifme. Alors le Roi Charles
VI. Se après lui Charles VII. y mirent
la main de bonne forte , &c ramenèrent
les élections , collations Se préfenta-
Kions dans l'ordre desDécrctô' des Cofl-
ONOLOGIQUE
ciles généraux , fans plus avoir d'égard
aux palfe-droits que la Cour de Rome
avoit introduits.
Dès le cinquième llécle , non feule- pèlerinage!
ment les Evéques , mais prefque tous Rome -
les Ecclefiaftiques de deçà les Monts ,
avoient cette pieufe coutume d'aller à
Rome vilïter les fépulcres de .S Pier-
re ik faint Paul , comme pour y rendre
leurs hommages , Se témoigner qu'ils
tenoienr la même foi que ces Princes
des Apôtres avoient prêches. Par mê-
me moyen ils rendoient leurs refpects
aux iouverams Pontifes : lefquels avec
le tems convertirent cette dévotion vo-
lontaire en une obligation indifpen fa-
ble , fi bien qu'ils faifoient de grands
reproches à ceux qui y manquoienr.
Les Difpënfes étoient tout-à-fait in- Difpenfo»
connues dans les premiers ilécles , ik
lorfque l'on commença d'en donner ,
ce ne fut pas pour permettre d'enfrein-
dre les Canons , mais plutôt pour ab-
foudre ceux qui les avoient enfreints.
Après Fonziéme flécle l'ulage en de-
vint très-fréquent. J'en remarque trois
ou quatre caufes -, les guerres conti-
nuelles entre les particuliers , aufîi bien
qu'entre les Princes ; la multitude des
Décrets qui étoit fi grande qu'il éroit
difficile qu'on n'en violât quelqu'un -,
la corruption des mœurs-, ik le peu de
compte que l'on tenoit des régies Ec-
clellafliques : de forte que l'on étoit
obligé d'obvier à ce mépris par des dif-
pënfes , & on croyoït couvrir la tianl-
greflion en la permettant. Les Papes ne
difpenfoient pourtant p.ts en chofe
contre la Foi , ni contre les bonnes
mœurs , mais bien en celles qui n'é-
toient défendues ou permifes que par-
le droit pofîtif. Quant au droit divin
Se naturel , ils n'en difpenfoient pas
directement , mais par interprétation
& par déclaration.
Pour les exemptions des Monafteres , Exemptioijl
nous avons marqué dans le fixiéme lié- d ^ Mouaftj»
clc comme elles commencèrent pir la
concelîion
EGLISE DU XII. SIECLE. 175
conceftîon des Evêques , ôc comme Siège de certaine quantité de marcs
tous les Grands fe piquèrent d'en de- d'argent , payable tous les ans.
coter les Abbayes qu'ils fbndoient. Les Nonobstant ces exemptions les Ab-
premieres que l'on trouve avoir été ac- bés ne laifïbient pas d'are obligés après
cordées n'ctoicnt que pour délivrer les leur élection de rendre obéïflance aux
Moines des charges & droits tempo- Evêques , ôc par écrit : mais la plupart
rels y depuis ils y rirent ajouter quel- le rerufoient , de forte qu'il fallut que
ques autres privilèges :entr autres qu'ils le Concile de Reims fît un décret pour
éliroient leurs Abbés , qu'ils feroient les y aftreindre ; ôc néanmoins ils ne fe
maîtres de leur dilcipline : &c que les mirent pas trop en devoir d'y déférer.
Evêques leur ordonneroient des Prê- Cette défobéïllance étoit tellement paf-
tres à leur réquifition. Après ils trou- fée en droit commun , que Henri II.
verent aulîi moyen de les étendre à la Roi d'Angleterre , fe plaignit amere-
jurif iictron fpintuelle , & de fe fouf- ment au Pape Innocent II. de ce que
traire de la dépendance de leurs Eve- Hugues Archevêque de Rouen exigeoit
ques : à quoi trois chofes étoient re- ce devoir des Abbés de Normandie,
quifes , le confentement de l'Evêque , Le Pape voyant la chaleur avec laquelle
l'autorité du S. Siège , Ôc les Lettres ce Roi lui en 'écrivoit , manda à l'Ar-
Patcntes du Roi. chevêque qu'il eut à relâcher pour
Le nombre de ces exemptions sac- quelque tems de la rigueur de fon
croiiîant de jour en jour , le Pape s'ar- droit , pour éviter de plus grands in-
rogea à lui feul le pouvoir de les don- conveniens.
ner , Ôc de foumettre les Monafteres au Le befoin que les Papes eurent du Abb ^'
Saint Siège , malgré les Evêques Dio- crédit de l'Ordre de faint Benoît du-
céfains. Il en ufa de même à l'égard de rant leurs querelles avec les Empereurs,
quelques Evêques ôc de quelques Cha- les porta , comme je crois , à.commu-
pitres , fouftrayant ceux-ci à leurs Eve- niquer aux principaux Abbés de ces
ques , ôc les Evêques à leurs Métropo- Congrégations les ornemens qui n'a-
litains. Les gens de bien ne fe purent voient appartenu qu'aux Evêques : fça-
taire de ce défordre , leurs écrits en par- voir la croiïè , la dalmatique , les gants
lent encore : faint Bernard , quoique ôc les fandales ; quelques-uns depuis j
Moine , ôc très-zélé pour le Saint Sic- ajoutèrent la mitre. Mais ceux qui ai-
ge , les condamnoit hautement. ,, Car moient l'ordre hiérarchique déteftoient
j, exempter les Abbés de la jurifdiétion cet abus , ôc les Abbés qui conferyoient
des Evêques , qu'étoit-ce autre cho- encore un peu de l'humilité religieufe,
fe , difoit ce grand Saint , que de ne fe chargeoient guère de cet hon-
leur commander la félonnie ôc la neur , croyant que ce qui eft la marque
rébellion ? Et n'étoit-ce pas une di- de la jurifdiction dans un Evêque , eft
, formité aulTi monftrueufe dans le une tache d'ambition dans un Moine.
,, cotps de l'Eglife , d'unir immédiate- Pierre de Blois écrivit à fon frère , Ab-
r ^1 v . ALI l_i J 1- n J_ M 1__ i _..
Q-»i»-ir Qi/inr^ nup /^anc \e> rnm<: hn- 1p Panf» avoir
s»
ment un Chapitre ou une Abbaye au bé dans le Royaume de Naples , à qui
Saint Siège , que dans le corps hu- le Pape avoit fait préfent de ces orne-
main d'attacher un doigt à la tête ? mens Pontificaux , qu'il eut à les lai
Ces grâces ne fe donnoient pas gra- renvoyer , ou à fe défaire de fon Ab-
tuitement à Rome , les Abbés ôc les baye. Le Pape Urbain II. voyant le
Moines dépouilloient leurs Monafteres bienheureux Pierre Abbé de Caves nue
pour acheter cette indépendance, Ôc les tête dans un Concile , lui envoya une
rendoient fouvent tributaires au Saint mitre pour fe couvrir-, ce faint homme
Tome IL Mai
i 74 ABREGE CHRONOLOGIQUE
l'ayant reçue avec grand refpect, ne la furfragans. S'il les jugeoit bonnes, il
voulut pourtant point mettre , & la les approuvoit , 8c s'il y trouvoit quel-
tint toujours fur les genoux. Mais Hu- que défaut , il les calToit , 8c renvoyoit
gués Abbé de Clugny ne refufa pas ces ordre aux Electeurs de procéder à une
ornemens des mains du Pape , qui les nouvelle : s'entend s'ils n'avoient pas
accorda à lui 8c à tous fes fuccelfeurs. feiemment 8c de propos délibéré, élu
Califte II. défirant gratifier cette Ab- un fujet qui en rut indigne , ou qui
baye-là , parce qu'il y avoit été élu 8: fut lié par quelqu'empêchement cano-
facré , donna aulîi le titre de Cardinal nique j car alors le Métropolitain &:
à l'Abbé Ponce de Melgueil, pour en {es fuftragans en élifoient un eux-mê-
jouir lui 8c tous les Abbés de cette mai- mes. Les Evêques n'étoient pas obligés
fon. d'afiifter en perfonne à ces élections 8c
Les Papes originairement n'avoient à ces jugemens : mais ils y envoyoient
droit de confirmer que les élections des des Eccléfiaitiques , qui repréfentoient
* La Diocèfs Métropolitains de la Diocèfe * Romai- leur perfonne.
rft route ré- ^ j e p a m um qu'^s s'aviferent d'en- La confécration des Evêques fe fai- conijc
tendue dun , * ... n \\- %~ r- r , „ i A/f ' rt „ A 1 ;,' étions.
'■ju'i-nEvêché. ce Archevêque de Mayence , les enga- le Métropolitain reiufoitde lacrer l'élu,
cea à rechercher cet honneur , afin de les Electeurs en appelloient au Pape ,
les faire entrer par ce moyen dans une qui quelquefois le facroit lui-même,
plus grande dépendance : puis quand Quand les Métropolitains étoient fuf-
ils furent accoutumés à fe parer de cet pendus de leurs fonctions Epifcopales >
ornement, qui à leur avis les diftin- les Légats, comme représentant le iaint
guoit fort des Evêques , le Pape les Père , prétendoient que celle-là leur
obligea à le prendre toujours de lui apparrenoir.
comme une chofe nécelîaire , 8c leur Les élections 8c le droit qu'avoient
défendit de foire' aucunes fonctions les Métropolitains de facrer les Evê-
qu'ils ne l'eullènt reçu. ques , ne turent pas directement ren-
Les Evêques ne pouvoient palier à verfés durant ce liécle-ci , mais y fout-
un autre Evêché , s'ils n'étoient chaf- frirent de grandes brèches. Car la nou-
fés du leur par les barbares, ou s'il n'y velle Jurilprudence fondée iur les épï-
en avoit une néceflité très-urgente -, 8c très fuppofées des premiers. Papes ,
cela par la fentence du Métropolitain ayant perverti tous les anciens Canons,
8c des Evêques de la Province : les Pa- 8c réduit toutes les élections aux formes
■pes néanmoins le leur permirent fans de la chicane i comme il arrivoit fou-
les aftreindre à aucune de ces formes, vent des conteftations entre les brigues
Ce qui s'introduifit dans ce douzième des élifans, ou des difficultés furie Ju-
fiécle , non pas tout d'un coup , mais sèment des Métropolitains , l'une des
peu à peu , 8c pour ainli dire en fon- deux parties ne manquoit jamais d'en
dant le gué. appeller à Rome. Cette Cour là étoit
t ■•-.lions. L'ancienne forme des élections fe un labyrinthe inextricable de procédu-
confervoit encore comme l'ame de la res •, 8c s'il y avoir manque de quelque
hiérarchie, c^eft-i-dire qu'elles fe fai- formalité à l'élection , le Pape la décla-
foient par le Clergé & par le peuple : roit nulle, 8c fe réfervoit à lui feul le
après elles étoient examinées par le droit de pourvoir à l'Evêché % 8c de fa-
Métropolitain , affilié du confcil de fes crer celui qu'il choifiiloit-
EGLISE DU XII. SIECLE. i 75
Quoiqu'il fut défendu de rien pren- d'Orient & d'Occident , que ceux qui
tire pour cela , néanmoins les Officiers en uieroient de la forte , leroient re-
de la Cour de Rome exigeoient funeu- tranchés de la communion de 1 Egiife;
fement, fous prétexte de leurs lalaires , 8c que s'ils demeuroient deux mois en
de leur papier 8c de leur encre. Enluite cet état , ils ne pourroient être abfous
les Papes même , qui avoient tant con- que par le Saint Siège. Ce qui fut reçij
damné ces exactions , convertirent à en France , pourvu que ces excommu-
leur profit propre les abus qu'ils n'a- nications fuilènt juftes , 8c qu'elles ne
voient pu empêcher. Je trouve que bleiiaifent point les droits du Roi. Oc
l'Evêque du Mans donna pour fon Or- comme il dépendoit de fes Officiers de
dination fept cens marcs d'argent. Avec prononcer là-deilus , ils les rendôienç
le tems ils fixèrent , cette exaction au re- le plus fouvent illufoires, 8c faifillbient
Anaatcs. venu d'une année *•' modérément taxée, le temporel tant de ceux qui les por-
qu'eux 8c les Cardinaux partageoient toient , que de ceux qui y déféroient ;■
enfemble. &: même faiioient abattre leurs mai-
PuîfTance La puilïance des Evêques de France fons.
desEvêques. étoit aulîi fort grande à proportion. La raifon pourquoi on fe prémunit
Outre qu'ils étoient le membre le plus foit fi fort contre ces cenfures, étoit
puiflant de i'Etat , outre qu'ils avoient qu'en ce tems-là on avoit la croyance
le plus de pouvoir dans les grands Par- que dès qu'un homme étoit excommu-
iemens ou Aifemblées générales , les nié , il perdoit l'ufage de fes biens,
Rois déféroient beaucoup à Lur's con- honneurs & dignités j que chacun pen-
feils, fe foumettoient à leurs admoni- ibit avoir droit de le piller; qu'on lui
tions , 8c recevoient la couronne de dénioit les Sacremens &c lafépulture,
leurs mains à toutes les têtes folemnel- 8c qu'il ne pouvoit être abfous qu'à de
les de l'année. Si bien que lorfqu'un fort rudes conditions , &c en faifant une
Roi étoit excommunié, comme le fut pénitence publique, dont la mortifica-
Philippe I. les Evêques refufoient de tion eft plus cruelle que la mort à ceux
faire cet office, 8c tenoient en quelque qui ont plus la honte du monde que la
fiçon comme en fufpens , non pas la crainte de Dieu devant les yeux. Aufiî
Royauté, mais le reipect des peuples, les Eccléfiaftiques ne vengoient leurs
A l'exemple des Papes, ils fe fervoient injures, quelque grandes qu'elles fuf-
Excommuni quelquefois d'interdits, fouvent d'ex- fent , que par le glaive fpirituel -, & ils
communications; lefquelles , à force étoient fi jaloux de leurs fentences, que
d'être employées pour de légères occa- Ci un Juge féculier eut voulu prendre
fions , devinrent fi odieufes , que les un homme qui eût été excommunié
Juges féculiers fe foulevant contre , pour avoir tué un Eccléfiaftique , Se le
faifoient prendre au corps ceux qui les châtier félon les loix du Prince , ils
porroient , les tourmentoient en leurs s'y fuflTent oppofés, comme à un atten-
biens & en ceux de leurs parens ; 8c tat fur leur jurifdidion. Voilà pour-
vexoient même ceux qui obéilEoient à quoi le meurtre d'un Laïque étoit puni
ces fulminations , ou qui refufoient de mort , & celui d'un Prêtre , 8c
d'avoir communication avec ceux qui d'un Prélat même , n'étoit fouvent pu-
étoient excommuniés. C'eft pourquoi ni que d'excommunication,
l'an 1274. le Concile de Lyon, l'un des La plupart des Evêques étoient tirés Evé.jucs tïr&
plus célèbres qui ayent été tenus en des Monaftéres ; car comme les élec- ^ s
France, ordonna en préfence du Roi tions avoient lieu , 8c que ces maifons
Philippe le Hardy , 8c des Empereurs palToient pour des Ecoles de piété &
Mm ij
citions.
res.
n€ ABREGE CHRONOLOGIQUE
de fagefTe , ceux qui afpiroient à cette Ç'avoit été un abus fort ancien dans Kegale.
dignité, ou à celle d'Abbé, qui n'é- les Eglifes d'Orient & dans celles d'Oc-
toit pas fi honorable , mais plus com- cident > que les Clercs pilloient les
mode, fe jettoient dans le tond d'un biens de l'Évoque dès qu'il avoir les
cloître, {a) Plusieurs en effet y appre- yeux clos. En France depuis l'an mille
noient une vertu très-aultére Ôc une au moins à ce que j'ai pu remarquer ,
profonde humilité *, mais plusieurs auf- les Laïques prenoient la même licence ,
fi n'en affecloient que l'extérieur -, ils rant à 1 égard des Evêques que de rous
s'abailîoient ainfï afin de s'élever, ôc fe les autres Bénéficiers, le fondant peut-
cachoient pour fe faire rechercher -.puis être fur ce que les biens d Eglife font
quand leur hypoenfie avoit fi bien les biens des pauvres , ôc que le peuple
ébloui les yeux des (impies, qu'on les les pouvoit reprendre, quand le Pafteur
avoit élus , ils levoient le malque , ôc à qui il les avoit donnes pour cette fin-
fe donnoient du bon tems. là, les avoit retenus pour lui. Quoi-
Souvent les bons Prélats qui n'a- qu'il en foit , cet abus palTa en coutu-
voient point été portés à l'Epifcopdt me malgré toutes les défenfes des Papes
par d'autre motif que par celui d'une ôc des Conciles. Or les Souverains qui
puiiTante vocation , lorfqu'ils fentoient penfent que tous les droits du peuple
diminuer leurs forces, quittoient l'E- leur appartiennent éminemment , par-
vêché , ôc faifoient retraue dans quel- ce qu'Us en font les chefs , s'en firent
que Monaftére pour s'y recolliger , ôc un de cette coutume , tk dans peu de
fe préparer a rendre compte de leur ad- tems retendirent fur les revenus des
miniftration au fouverain Juge. Evêchés vacans, ôc après s'attribuèrent
Canonifa- Ils avoient encore alors le pou- la collation des Canon icats ôc de tous
voir de déclarer au peuple ceux qu'il les autres Bénéfices qui en dépendent ,
pouvoit honorer Ôc prier en qualité de horfmis de ceux qui ont charge d'a-
Saints-, c'eft ce qu'on appelle canonifer. mes. On appelle ce droit Regale. Cet-
Cet adte fe faifoit ordinairement dans te coutume étoit avant le régne de
un Concile , ou dans une AfTemblée de Louis VII. quoique de fon tems elle
leurs confrères : l'Evêque dans le Dio- ne rut pas louée de tout de monde , ni
cèfe duquel étoit morte la perfonne reçue qu'en peu d'Evêchés. Yves de
qui méntoit cet honneur , y faifoit le Chartres la racheta du Roi Philippe I.
rapport des grandes vernis qui avoient pour fon Evêchéj ôc Louis VII. permit
illuftré fa vie, ôc des miracles qui écla- à Pierre Archevêque de Bourges de tef-
toient fur fon tombeau , félon la re- ter des fruits de cette Eglife , lorfqu'il
nommée publique , ôc le témoignage mourroit.
de piufieurs particuliers*, ôc là-deilus La coutume du Royaume , qui obli-
l'AUemblée donnant fon jugement par geoit les Evêques de fuivre les Rois à
des acclamations plutôt que par écrit , caufe de leurs fiefs , n'étoit pas fort dé-
ils alloient tous relever le corps faint, le fagréable à ceux d'entr'eux qui fe plai-
mettoient dans une châlTe fur l'autel, foient plus à la Cour qu'à l'Eglife. Tou-
l'expofoient à la dévotion du peuple , tefois les autres qui aimoienr mieux
ôc ordonnoient qu'on célébreroit ia être confiderés comme Pafteurs que
lête. comme Grands de l'Etat, fe retiroient
{a) Au lieu de ce qui fuit, il y avoit dans l'édition profonde humilité, s'abaiffanc ainf» afin Je s'élever, Se
de i(î68. & aiUuoicut une venu ucs-auitcrc ii une le cachant pour fc faire fcchcicher.
ï;p»s.
EGLISE DU XII. SIECLE. 277
de la Cour : mais quelquefois les Rois toient de leurs Prêtres pour deflèrvir
interprétoient cecte retraite à un man- ces Chapelles j & comme ils virent que
que de devoir. Nous avons vu que le ce fonds étoit excellent , parce qu'il
Roi Louis le Gros en voulut mal à l'Ar- vient fans main mettre, ils en attirèrent
chevêque de Sens , ôc à l'Evêque de tout autant qu'ils purent. Les Chanoi-
Paris : ôc que Philippe Augufte fit fai- nés Réguliers en prirent autfî queîqucs-
fir les biens des Evêques de Paris ôc unes : ii bien qu'il n'en demeura guère
d'Auxerre , parce qu'ils avoient man- aux Prêtres féculiers.
que de fe trouver à l'armée. A la fin les Ces Moines de faint Benoît ainfi dif-
bons & vertueux gagnèrent ce point fur perfés par les villages, le détraquant
- l'efprit des Rois , qu'ils les difpenfe- de l'obfervance de leur Règle , ik fe
rent d'aller en perfonne à la guerre , corrompant hors de leur Monaftére ,
pourvu qu'ils y envoyaient le nombre de même que le poiffon le meurt hors
d'hommes à quoi ils étoient obligés par de l'eau -, le Concile de Clermont , l'an
leurs fiefs. 1095. ordonna qu'ils abandonneraient
paroifTesdela Les Eglifes Paroifliales des Bourgs ôc cet emploi aux Prêtres féculiers. Mais
Campagne yjn^ avo j ent fa& iong-tems defïervies ce Décret ne fut pas exécuté, non p. us
quanc
Seigneurs ayant bâti des Chapelles aux qu'en l'an 1 1 1 5 . que le Concile de La-
champs pour la commodité de leurs tran les leuiôta toutes par une conftuu-
coulons ôc payfans , s'en approprièrent tion générale. On leur laifla pourtant
les oblations , les prémices ôc les col- le droit dy préfenter , ôc les dixmes-
lectes : car originairement elles n'a- auffi, horfmis une médiocre patrie pour
voient point les dixmes des fruits de la la iubfiftance des Curés qui deifervi-'
terre ôc du bétail -, Ôc c'étoient les Sei- roient ces Eglifes.
gneurs qui les prenoient. C'eft une On excepta de cette conftitution les
grande queltion de fçavoir à quel titre j Chanoines Réguliers de Saint Auguf-
je penfe moi qu'elles faifoient partie tin , à condition qu'ils auroient unr
Dixmes. de leur domaine , Ôc que c'étoit un Compagnon afin de s'entretenir avec
droit qu'ils levoient fur leurs tenan- lui , ôc de ne pas s^abrutu d:.ns la tré-
ciers i prefque dans tous les lieux la quentation des paifans, beaucoup pire
dixième, en d'autres la treizième , la que la folitude. Ce Compagnon n'étoit.
quinzième, la vingtième. Quoi qu'il que le fécond ôc par coniéquent l'autre
* ils fe furent en foit, quand * ils furent bien periua- qui defiervoit étoit le premier à fon
laiflès perfua- dés qu'elles appartenoient de droit di- égard-, à caufe de cela on le nomma
1668.^' d ' vin aux Miniftres de l'Eglife, ôc qu'il Prieur, ôc voilà pourquoi ces Bénéfic-
ies leur falloit reftituer, ils en donne- ces s'appellerent Prieurés-Cures , quoi-
rent une bonne partie aux Moines Béné- qu'ils ne foient en erfet que fimples
chemins , qui en ce tems-là rendoient de Cures , non plus que celles qui font te-
grands fervices à l'Eglife , ôc fe fai- nues par les Prêtres féculiers.
foient fort aimer de la Nobleftè , parce II y a plufieurs preuves dans les Con- *S^ ft ^J*
que leurs Monaftéres étoient comme ciles ôi ailleurs, que la pluralité des fo^u^
des hôtelleries gratuites pour les Gen- Bénéfices étoit défendue ; abus qui fera
tilshommes ôc autres voyageurs , ôc des toujours condamné par les vrais Ecclé-
écoles pour inftruire leurs enfans. fiaftiques , qui regardent les Bénéfices
Moyennant ces donations ils commet- comme des charges j. mais toujours pra-
-S ABREGE CHRONOLOGIQUE
tiqué par ceux qui ne les confiderent hérétiques i mais les trop curieux laï-
que comme des revenus. foient plusieurs queftions fur la manie-
enec des Les Princes de ce tems-là s'empor- re & fur les circonftances de ce Myftére
"'• toient facilement à de grandes vengean- incompréhenlible. Quelques - uns ne
ces, 6c à des violences extrêmes; mais concevant point ce que pouvoir deve-
lorique le premier feu de leur palfion nir le facre Corps de Notre-Seigneur
étoit ralenti, ils fe laifloient bien-tôt après qu'on l'avoir pris par la bouche,
ramener à la repewance, tant par les difoient qu'il s'en ailoit avec les relies
fentimens du Chnftianifme qu'ils de la digeltion. Rupert Abbé de Tuit,
avoient bien avant imprimé dans le étoit dans ce fentiment , que le Pain
cœur , leur Religion n étant pas une ôc le Vin demeuroient avec le Corps
politique, mais une vraie foi , que par 6c le Sang de Jesus-Christ ; de il fem- x
les remontrances des Evêques Ôc des ble que Pierre de Blois croyoit que l'on
autres Eccléliaftiques. Car ces vérita- ne confacroit point le Calice fans eau ,
blés Pafteurs ne fçachanr ce que c'étoit 6c que le Sacrement ne fe faifoit point
de diflimuler les péchés manifeftes de fans le Calice, d'autant quec'eft un re-
qui que ce fut, encore moins de Harter pas myftique , &c que dans un repas il
la délicateiïe de la domination , &c de faut qu'il y ait à boire aufîî-bien qu'à
diflimuler le dérèglement des Grands , manger.
les reprenoient hardiment de leurs fau- On communioit encore en ce tems- Cali , ee re "
res parce qu'autrement ils en eulfent là fous les deux Efpeces; mais plufieurs,
été chargés eux-mêmes devant Dieu, entr'autres les Moines de Clugny, pour
Ils y employoient premièrement les ad- empêcher la profanation qui le pou-
monitions fécretes , qu'ils faifoient ou voit laire , fi le Calice fe répandoic ,
de bouche , s'ils pouvoient avoir accès ou s'il en demeuroit quelque goutte
auprès d'eux -, ou par lettres. Après, dans les mouftaches des Commumans,
s'ils voyoient le mal devenu' incurable, adminittroient le Pain trempé dans le
ôc le fcandalecontinuer & s'augmenter, Calice •-, &c ce Pain étoit rond &c grand
ils y ajouroient des répiéhenlions pu- comme un écu. Or cet ufage ne fem-
bliques, &à la lin ils lâchoient les cen- blant pas conforme à l'inititution du
fûtes de l'Eglife. Avec cette liberté Sacrement faite par Jesus-Christ, fut
Evangélique , foutenue de l'efprit de fouvent repris ôc condamné par les Pa-
Dieu , ils amolifloient fouvent les âmes pes même , lefquels enfin n'ayant pu
les plus endurcies , de faifoient révérer ôter cet abus , retranchèrent tout-à-faic
leur fermeté Apoftolique , tandis que le Calice aux Laïques. Au refte , ceux
l'on avoir à mépris la lâcheté de ceux qui impugnent la réalité font mal fon-
qui n'avoient oie ouvrir la bouche. dés de dire que le mor de tranjubjian-
Quand quelqu'Eglife étoit perfécu- tier fut introduit par le Concile de La-
rce en fa liherré ou en fes biens , les tran , qui fe tint l'an 1215. car on le
Pafteurs en defeendoient les chafles 3c trouve dans Pierre de Blois , qui ccri-
les images des Saints , ôc les pofoient voit quelques années auparavant -, mais
à terre , foir pour toucher le cœur des il e(t vrai que le Concile autorifa ce ter-
perfécuteurs, 6c les induire à pénirencej me-là.
foit pour irriter l'indignation du peu- L 'ufage de la pénitence publique ?j :111 ' t:ejlce »
pie contr'eux. étoit encore fort commun.. Les péni-
Ceux qui ne tenoient pas la croyan- tens ne pouvoient entrer dans l'Eglife,
ce de la réalité du corps de Jésus- ni communier , ou recevoir le baifer
< '; iust dans le Saint Sacrement, étoient de paix, ni fe laire les cheveux , ni fe
EGLISE DU XII. SIECLE. 27?
rafer > ni vêtir du linge , ni tenu* des qucs-uns même la corde au col , d'au-
enfans fur les Fonts. Ils ne mangeoient très avec l'habit de Moine , croyant que
que du pain fec , Ôc ne buvoient que cette fainte livrée les mettroit plus à
de l'eau le Lundi , le Mercredi & le couvert des peines de l'autre monde.
Samedi de chaque femaine. Mais cette La Confefiion auriculaire avoir tou- Confcfioa^
rigueur fut fort adoucie par les indul- jours été pratiquée dans l'Eglife,Gratian
gences , ou relaxations des peines por- examinant dans la féconde partie du
tées par les Canons. Les Papes en don- Décret , fi elle étoit de néceiîité abfo-
noient libéralement à ceux qui fe croi- lue ou non , après avoir apporté les rai-
foient pour la Terre-Sainte , ou con- fons de part ôc d'autre , luivant fa mé-
tré les Schifmatiques &c Hérétiques : * thode , iemble en laiiTer le jugement
les Evêques aulîi , quand ils dédioient libre, aflurant que les perfonnespieuil-s
quelqu'Eglife , n'en étoient point chi- Ôc dévotes étoient partagées pour &c
ches à ceux qui la vifiteroient , à la contre. Mais l'Eglife a décidé nette-
charge qu'ils y vinuent faire la veille , ment pour l'affirmative.
8c qu'ils y apportaient quelques aumô- Les Religieux n'adminiftroient point
nés pour l'entretien de ia Fabrique. les Sacremens aux Laïques , ôc n'en-
Ils avoient alors un goût particulier tendoient point les conreilions , fi ce
pour bâtir des Chapelles foûterraines. n'étoit de ceux de leur robbe , leur
J'ai remarqué qu'en édifiant des Egli- étant défendu par les Conciles de faire
fes , ils y enterroient quelquefois dans les fonctions Curiales. Un certain Ab-
les fondemens des vaies pleins d'ar- bé de Saint Riquier ayant entrepris de
gent , afin que lorfque le tems , ou confeffer des Séculiers , ôc de prêches:
quelqu'accident les détruiroit, on trou- fans permiffion des Ordinaires , il y en
vât de quoi les rétablir. Avec cela eut des plaintes à Rome , ôc le Pape le
quand elles tomboient , ils portoient fit citer Ipardevant lui ; mais il plaida iî
les Reliques du Saint qui y étoit hono- bien fa caufe , que le S. Père lui accor-
ré par tout le pays des environs , pour da l'un ôc l'autre , ôc lui donna des fan-
exciter la dévotion des peuples à con- dales , qui en ce tems4à écoient la mar-
tribuer à leur réédification. Au refte il que de Prédicateur,
ne fe pouvoit pas qu'elles ne devinfïent Les Eccléfiaftiques s'occupèrent forr
fort riches , d'autant qu'il ne mouroit à multiplier les cérémonies , les orne-
perfonne qui ne les avantageât de quel- mens , &c les pratiques de dévotion ; &
que legs. Je marquerai en panant que à faire plufieurs queftions allez inutiles
plusieurs , par leurs Teftamens , alfran- fur ces chofes-là.
chiffoient quelque nombre de Serfs fe- Les Laïques ne s'adonnant guéees à
Ion leurs facultés , &c qu'on peut comp- l'étude , la profeflïon du Médecin &c
ter cela entre les caufes qui ont peu à celle d'Avocat n'étoient prefque exer-
peu aboli la fervitude en France. cées que par_ des gens d'Eglife. Com-
Les perfonnes qui avoient commis me elles étoient fort lucratives , il prit
de grands péchés , quoiqu'ils ne fuf- auïïi envie aux Moines ôc aux Chanoi-
fent pas de ceux à qui les Canons or- nés Réguliers de les embraffer. Le
donnoient une pénitence publique , Concile de Latran fous Innocent IL
ne laiflToient pas , particulièrement à leur en fit une exprefle défenfe.
l'article de la mort , de les confelîer Les mortifications & aufterités , la A'uftcrices,
publiquement-, & plufieurs grands Prin- haire , le cilice ôc la fuftigation volon-
ces vouloient mourir à platte terre, taire , qu'on nomme difeipiine, étoient
couchés fur une croix de cendre -, quel- fort en pratique , pour le moins dès le
iSg abrégé chronologique
fiécle précèdent -, puifque Pierre Da- Diacre & de Soûdiacre. Plufieurs , par
mien en parle comme d'une chofe très- humilité , demeuvoient toujours Dia-
comraune. Lorfque l'on vouloir appai- cres,ou au moins fort long- tems, ne
1er la colère de Dieu, ou obtenir quel- prenant l'ordre de Prêtrife que fur la
que grâce particulière de fa bonté , le fin de leurs jours. Nous liions que Ce-
Pape 8c quelquefois les Evêques de leur leftin III. lorfqu'il fut élu Pape , ne-
chef, ordonnoient de nouveaux jeu- toit que Diacre, 6c qu'il avoir pafle
nés. Ainfi l'an 1187. Grégoire VIII. foixanre-cinq ans dans cet Ordre-là,
amèrement touché de la perte de Je- fans afpirer à la Prêtrife.
rufalem , trouva bon , afin d'animer On toléroit quelquefois le mariage
les Chrétiens à s'armer puiifamment aux Soûdiacres , mais c'étoit un facri-
pour la recouvrer , de leur commander lege aux Diacres,
à tous , hommes 8c femmes , de jeu- Le Baptême ne fe conféroit ordinai-
re r pendant cinq ans tous les Vendre- rement qu'à la fête de Pâques , fi ceux
dis de chaque femaine , avec la même qui dévoient le recevoir n'étoient en
rigueur qu'en Carême-, 8c de s'abftenir danger de mort. On les plongeoir par
de charnage le Mercredi 8c le Samedi* trois fois dans les facrés Fonts -, ce qui
Il enjoignit pareille abftinence aux Car- marquoir bien l'opération que ce Sa-
dinaux 8c à leur famille pour le Mer- crement fair dans l'ame , la lavant Se
crecli , 8c fe l'impofa à lui-même 8c nettoyant de la tache du péché ori-
aux liens. ginel.
ïfùncs. Quant au jeûne du Carême , on l'ob- Après avoir donné l'Extrême-Onc-
fervoit alors forr auiterement : on ne tion aux malades , on les couchoit or-
mangeoit qu'une fois le jour , 8c après dinairement fur la paille , où ils ren-
ie Soleil couché, tout le Service Di- doient l'efprir. Quelques-uns vou-
vin étant fait , 8c les Méfies dires à ces loient mourir fur un lit de cendre, une
heures-là. On en voit encore des vefti- pierre fous leur tête,
ges aujourd'hui , en ce qu'on y dit Vê- En ces tems - là les Eccléfiaftiques Faux M*r«
près avec la MeiTe avant midi. Quel- appelloient Marryrs tous ceux de leur ty "'
ques-uns fe donnoient la liberté de Ordre qui étoient tués, quand même
manger à l'heure de None ; c'eftà trois ce n'eût pas été pour foutenir la Reli-
iieures de relevée. Les Moines ne jeu- gion &c les vérités chrétiennes. On
«oient que jufqu'à cette heure là , de- voir dans les Décretales des Lettres
puis la Septuagefime jufqu'à la Qua^ Apoftoliques d'Alexandre III. qui dé-
dragefime ; mais depuis la Quadrage- fend d'honorer pour Martyr le Prieur
lime jufqu'à Pâques , eux 8c tous les du Monaftere de Griftan. L'hiftoire
iidéles ne mangeoienr qu'après Vêpres, en eft allez étrange. Les Moines diftri
Les Princes ôc les Grands ne fedifpen- buoient au peuple je ne fçai quelle
foient point de l'abftinence , ni du jeu- eau , qu'ils béniiïoient avec cerraines
ne même , qui n'altéroient pas tant Oraifons , 8c par cette invention atti-
leur fanté comme ils amortiflbient leur roient beaucoup d'aumônes, dont ils
concupifcence : 8c dans ce faint tems faifoient grand-chere. Il arriva un jour
les plus indévots étoient obligés, au que leur Prieur érant* y vre, donna deux * Sâ0 "'- £r/ *
moins par honneur , de faire tous les coups de couteau à deux de (es Reli-
jours des aumônes. gieux , 8c qu'eux fe fentant blefles ,
• ■■«• Les fonctions des Ordres facrés l'aifommerent fur l'heure d'une perche
étoienr encore différentes 8c féparées -, qu'ils trouvèrent là par hazard. Les au-
les Prêtres ne faifoient guci es celle de très., au lieu de couvrir ce icandale ,
eurent
EGLISE DU XII. SIECLE.
ï8'i
eurent l'effronterie d'en vouloir tirer
du ptofit , Se feignirent divers mira-
cles fur ce corps , en vertu delquels
ils le eouronuoient de l'auréole du
♦Lefotpeu- Martyr , & * le peuple trop facile les
■le. Ed. ac J r r r
\c6i. en croyoït.
célibat. On avoir eu de la peine dans l'autre
fiécle à réduire les Piètres dans le cé-
libat, il y en avoit encore quelques-
uns qui ne pouvoient s'y accoutumer.
Les Papes Callifte II, & Eugène III.
les y contraignirent par divcrfes- pei-
nes ; entr'auties choies ils les privèrent
de leurs Bénéfices , Se excommuniè-
rent ceux qui entendroicnt leurs Mef-
* Or ne leur fes. * La Loi de Dieu , c'efi-à-dire ,
ïfôrJd» fon ri S llll> > klu défendant d'avoir des
droits de la enfans , l'auteur de tout dérèglement
nature dans le f u bftituoit de grandes bandes de ne-
maruge , il . , ° „ , s , f -
s'en trouvoit, veux en la place. * De-ia s enfui voient
mais en petit d'extrêmes défordres : car fi ces neveux
nombre , qui , • r i > r n.- 1 '
s'en fervôienr etoient Ecddiaftiques, ils perpetuoient
contre natu- les Bénéfices dans leur maifon par
ïu'ne 1 flamme coadjutoreries ou autrement , & poffé-
qui
lui ne doit dotent comme par droit d'hérédité le
'éteindre que Sancluaire du Seigneur. S'ils étoient
par le feu du . >-i r ,-r /
ciel. Ed. de Laïques , Se qu ils tullent ménagers ,
166%. j| s rendoient leurs oncles avares , ufu-
* Cumque L j eL - s ^ conculîionnaires pour leur
Sator rerum ^ , , r 1 • • 1 a
ptivaiTet f e . amailer des trefors j ou bien ils ta-
minecierum. choient par tous moyens de diftraire
votum^c- ^ s terres de l'Eglife pour les mêler
ceflic turba parmi les leurs , Se fe les approprier,
nepotum. I3i en fouvent ils fe rendoient les maî-
tres des maifons de leur parent , Se s'y
logeant avec Lur train , diffipoient le
patrimoine du Crucifix Se des pauvres
en feftins , en équipages de chiens Se
de chevaux , Se fouvent en quelque
chofe de plus mauvais. On pourroit
rapporter quantité d'exemples de ces
fcandales-, j'en çotterai un qui eft de
deux neveux d'un Archidiacre de Pa-
ns. Ces jeunes gens commettant d'ex-
trêmes violences Se exactions dans fa
charge , Thomas Prieur de faint Vic-
tor leur en fit fouvent de fortes remon-
trances *, mais au lieu d'en profiter ^
Tome II.
ils alïaflînerent ce faint Religieux en-
tre les bras de l'Evêque même , auprès
de Gournay , comme il revenoit de
fa vifîte.
Les Conciles de l'Eglife Gallicane Concile
n'ayant plus guéres d'autorité , parce
que les dédiions en étoient fouvent
calices à Rome fans ouïr leurs motifs ,
les Evêques ne fe mettoient plus tant
en peine d'en tenir. Je ne fçai auquel
ce rut qu'un vieil Evèque comparut
avec un méchant habit , une Mitre
toute déchirée , Se une Crôfle demi
rompue, pour montrer, par cet équi-
page , l'avililfement où l'on avoit ré-
duit ces faintes Affemblées. Prefque
tous ceux que la France vit durant ce
fiécle , furent convoqués parles Papes ,
ou par leurs Légats. Les Papes affilièrent
en perfonne à fix. Pafchal II. à celui
de Troyes l'an 1107. Se là les Simo-
niaques, 8ç les Laïques qui conféroient
Us Bénéfices , furent excommuniés.
Gelafe en tint un à Vienne l'année 1 1 1 8.
où il lança anathême fur l'Empereur
Henri V. Se fur fon Antipape. Califte
II. fon fneceffeur qui avoit été Guy
Archevêque de Vienne , fit la même
chofe l'année fui vante dans celui de
Reims , qui avoit été indiqué par Ge-
lafe. Ceux qui vendoient les chofes
facrées , Se qui prenoient de l'argent
pour les fépultures des morts , pour 1©
chrême Se pour le Baptême , y furent
aufli excommuniés. Innocent IL en
tint un à Clermont l'an 1130. 8c un
autre à Reims l'an 1131. où il fulmi-
na contre l'Antipape Anaciet Se fes
adhérans. Eugène III. en célébra un à
Reims l'an 11 37. où il fe fit plufieurs
beaux Réglemens. Et Alexandre III.
un à Tours l'an 1 1CT5. où il rendit
compte de fon élection , Ôc montra la
nullité de celle d'Oétavien fon rival.
Voici une bonne partie de ceux qui
furent convoqués par les Légats. Un
à Troyes l'an 11 04. auquel l'Evêque
de Senlis fut aecufé de fimonie par
Nn
282 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
quelques malveillans ; mais les Eve- Celui de Paris de l'an 1147. donna
ques les rejetterent comme parties in- atteinte aux opinions de Gilbert Po-
capables. 11 demanda néanmoins à le rée Evêque de Poitiers : lequel fe re-
purger de ce ïbupçon par ferment de- tracta devant le Pape Eugène à Reims,
vant le Légat -, à quoi il fut reçu. Deux après le Concile qui fe tint en cette
Cardinaux Légats en allembïerent un Ville-là.
à Poitiers Tan 1109. pour réformer les Celui de Eeaugenci l'an 1-151. fut
mœurs & les habits des Eccléfiaftiques : pour difîbudre le mariage du Roi
il leur fut défendu à tous de prendre Louis VIL 8c d'Alienor d'Aquitaine,
aucun Bénéfice de la main des Laï- Dans celui d'Avranches en Normandie
ques : aux Abbés d'ufer de gants, de l'an 1172. les Légats donnèrent pour
iandales 8c d'anneau *, 8c aux Moines la féconde fois Panfoliuion du meurtre
d'exercer les fondions Parochiales de faint Thomas de Cantorbery à Hen-
comme de baptifer & de prêcher-, ce ri IL Roi d'Angleterre. Celui d'Alby,
qu'on permit néanmoins aux Chanoi- qui fut Tan 1176. condamna l'hérélie
nés Réguliers. Il y en eut un à Vienne des Albigeois. Dans celui de Dijon ,
l'an 11 12. où préfidoit Godefroy Eve- qui fe tint le jour de faint Nicolas de
que d'Amiens, en qualité de Légat, l'an 1199. le Légat du Pape Innocent
parce que l'Archevêque Guy n'avoit III. mit toute la France en interdit ,
pas la langue bien libre. L'Empereur pour contraindre le Roi Philippe Au-
Henri V. y fut excommunié, comme gufte à quitter Agnès de Meranie , qu'il
aum" les fimoniaques , 8c les Laïques avoit époufée au préjudice d'Ifembur-
qui donnoient les inveftitures des Bé- ge fa femme légitime. Dans celui de
néfices. Sens, qui fut tenu l'an 1198. l'Abbé
Il y en eut trois l'an n 14. un à defaint Martin de Nevers,& le Doyen
Soillons , un à Beauvais, 8c un autre à de la grande Eglife de la même Ville
Reims pour excommunier Henri V. &c préfens , furent convaincus de l'hère—
Eurdin fon Antipape. Un à Touloufe lie des Popelicains , l'Abbé dépofé, le
l'an 1 124. qui condamna certains faux Doven fuipendu , 8c tous deux envoyés
Moines qui déclamoient contre les au faint Siège.
biens temporels de l'Eglife , 8c contre II s'en trouve à peine cinq ou fixqui
les Sacremens, Un à Troyes l'an 1 1 27. ayent été tenus par l'ordredu Roi , ck par
où l'Ordre des Templiers fut confirmé, l'autorité des Evêques de France. Entre
Les Abbés Etienne de Cîteaux , 8c Ber- autres un à Reims l'an 1 109. unàEtam-
nard de Clairvaux y affilièrent , 8c le pes l'an 1 150. 8c deux à Paris :1e premier
dernier y dreffa la Régie de ces Che- l'an 11S6, l'autre l'an 11 88. Tous deux
valiers. Il en fut alîèmblé un l'an 1 1 30. furent convoqués par le Roi Philippe ,.
à Erampes pour condamner l'Antipape pour avi fer aux moyens de fecourir la
Anaclet. Un aufîi à Jouareen la même Terre-Sainte ; 8c dans le dernier on lui
année , pour venger par les peines ca- accorda la dixme, qu'on nomma la o«-
noniques le meurtre du B. Thomas ladine , parce qu'elle devoir être em-
Prieur de faint Victor. Un autre à Soif- ployée contre le Sultan Saladin. Celui
fons l'an 11 36. qui condamna les er- d'Etampes fut alfemblé par le Roi Louis
reurs de Pierre Abailard. LTn à Sens, VIL afin de juger auquel des deux Pa-
quatre ans après , pour le même fujet : pes il falloit obéir , à Innocent ou a
le Roi Louis le Jeune y affilia. Un au- Victor. Celui de Reims le fut par le
tre à Vezelai en Bourgogne, l'an 1 145. mouvement propre des Evêques de cet-
pou r l'expédition de la Terre-Sainte, te Province , pour faire droit à Gode.-
EGLISE DU XII. SIECLE.
185
froy Eve que d'Amiens , contre les
Moines de faine Valeri, Il avoit décou-
vert que certaines lettres d'exemption
par eux obtenues du faint Siège étoient
rauilès : leur caufe ne valoit rien en
France , ils la traduisirent à Rome , 6c
y trouvèrent des Avocats qui leur fi-
rent donner fentence à leur profit.
L'Evêque s'en plaignit à l'alTemblée.
On voit dans la LXVIII. Epître de
Pierre de Blois, qu'il fe trouvoit quel-
quefois de femblables lettres qui étoient
fabriquées : celles-là furent déclarées
telles par le Concile. Ainfi le rapporte
Nicolas moine à Soilîons , qui a écrit
la vie de ce fainr Evèque. Un auteur
moderne s'eft efforcé de détruire cette
narration par la contradiction des tems :
on peut examiner fes raifons.
Ladifcipline Religieufe étoit en vi-
gueur dans les Ordres nouveaux : mais
quelques-uns des vieux Monafteres ,
tant d'hommes que de filles , &c les an-
ciens Chanoines s'étoient fort déréglés.
Il fe trouvoit quelquefois des Evêques
qui prenoient foin de les réformer par
la voye de douceur ; mais quand la dé-
bauche y étoit trop grande, on mettoit
des Chanoines réguliers , ou de nou-
veaux Moines en la place.
Il y avoit de tems immémorial des
Chanoines dans l'Eglife de fainte Ge-
neviève du Mont , que l'on appelloit
le Chapitre faint Pierre , & qui à la re-
commandation du Roi Robert avoient
été exemptés de la dépendance de l'Evê-
que , &c fournis immédiatement au
faint Siège. Il arriva que le Pape Eu-
gène IV. étant logé dans leur maifon ,
il s'émeut querelle entr'eux &c fes Offi-
ciers , ceux-ci voulant emporter un ri-
che tapis de foye , dont le Roi avoit
fait préfent au faint Père pour couvrir
fon Prie-Dieu ; & les autres prétendant
qu'il devoit demeurer à leur Eglife.
Des paroles ils en vinrent aux mains *,
les Chanoines chargèrent fi rudement
les Officiers du Pape , cui'il y en eut
plulîeurs de bleifés : le Roi même peia-
la l'être } comme il fe mêloit d'empê-
cher cette échautourée. En punition
de cette infolence , Se fur la plainte du
faint Père, il réibiut de les chaifer de
cette mai ion-là , &c en donna la charge
à Suger Abbé de iaint Denis , qui y mit
douze Chanoines réguliers qu'il tira
de faint Victor. Ainii d'un Chapitre
on fit une Abbaye , dont le premier
Abbé fut un nommé Odon.
Quant à celle de faint Victor , elle
avoit été bâtie l'an 11 15. ou plutôt
amplifiée par Louis le Gros , car au-
paravant il y avoit la demeure d'un
reclus. Un fameux ProfeiTeur nommé
Guillaume de Champeaux , qui enfei*»
gnoit la Phiiofophie à Notre-Dame .,
ayant pris l'habit de cet Ordre , fut
chargé de la conduite de cette nouvel-
le inftitution , de tranfporta les écoles
en ce lieu-là , où il fit fes leçons , juf-
qu'à ce qu'il fut appelle à 1 Epifcopat
de Châlons. Geduin fon difciple lui
fuccéda , ôc porta le titre d'Abbé. Ou
peut dire à la louange de cette mai-
fon , qu'elle ne s'eft jamais fouftraite
de l'obeiiïance de fon Evêque, de qu'el-
le a toujours reçu fa vifite &c fa correc-
tion : dont elle s'eft fi bien trouvée ,
que depuis cinq cens cinquante ans
qu'elle fubfifte , elle n'eft jamais tom-
bée dans aucun défordre qui ait eu be-
foin d'une entière réforme , comme
l'ont eu toutes les autres , qui ont fe-
coué le joug de cette légitime autorité.
L'Ordre de Fonte vraud , dont nous^9 rJrc:Rcl * : "'
avons parlé fur la fin du dernier fié- b
çle , fut confirmé par le Pape Pafchal
II. l'an n 17. L'année fuivante quel-
ques Gentilshommes zélés pour la dé-
fenfe des faints lieux , entr'autres Hu-
gues de Paganis , & Gefroy de faint
Ademar , instituèrent pour cette fin un
Ordre de Chevaliers religieux , que
l'on nomma premièrement Us Pauvres
Chevaliers de la Sainte-Cité , puis Us
Templiers, à caufe qu'ils avoient leur
N12 ij
<-U
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
premier logement près du Temple de Ces bons Pères avoient tant de ref-
jerufalem. Par la même raiibn on ap- pedt pour le Saint lacririce de la Meilè,-.
petla auffi Temples les maifons qu'ils qu'ils ne la célébroient dans leurs mai--
avoient en France Se dans les autres pays, ions que les Dimanches Se les Fêtes*,
Leur Ordre reçut fa confirmation, fa néanmoins ils accordoient quelquefois
régie cv Ion habit au Concile de Troyes la liberté de la dire tous les jours à
de l'an 1117. Sa régie lut compoiée ceux qui avoient cette dévotion. Il ne
par faine Bernard , Se ion habit devoit
être blanc pour les Chevaliers proies,
Se noir ou gris pour les frères fervans.
Leur nombre etoit alors fort petit ,
mais il s'augmenta dans peu de teins
faut pas s'étonner de cette pratique ,
qui iembleroit étrange aujourd'hui >
puiique laint François par les lettres
qu'on nomme fon teltament , ordonne
à fes Frères qu'il ne fe dife qu'une Meflè
iulqu'à trois cens. J'entends celui des par jour aux lieux où ils demeureront ,
Chevaliers feulement , car celui des ïelon la coutume de l'Eglife Romaine.
Servans étoit preique innombrable. Alors elles ne faifoieht pas encore une
L'Ordre de Prémontié fut inftitué l'an partie conlidérable de la fubfiftance des-
11 2.0. par faint Norbert, qui depuis Convens , Se des pauvres Prêtres.
fut promu à l'Archevêché de Magde
bourg. Celui des Carmes ne commen-
ça que l'an 1 181. comme nous le di-
rons dans l'autre fiéclè.-
Les Ordres des Chartreux , de Grand-
mont Se de Cîteaux , avoient été infti-
rués dès le précédent , comme nous
l'avons dit. Ils étoient tous en grande
Il y avoit cent ans que la Congréga--
tion de Clugny étoit en une haute répu-
tation, mais les Moines s'éroient rendus
un peu trop délicats , prenant trop de
complaifance à être vêtus des plus fi-
nes étoffes , fe choyant contre le chaud
& le froid, fuyant le travail Se le grand'
air, Se cherchant l'ombre Se le repos.
vénération à caufe de leur auftérité , &C Us amalfoient du bien à toutes mains ,
les deux premiers l'étoient encore par tiroient à eux prefque toutes les Cures
leur affreufe folitude. Auffi les mettoit- pour en avoir les ofriandes de les dix-
on l'un Se l'autre au rang des Hermi- mes , Se même obligeoient les Chapi-
tes ; Se de plus on confidéroit celui de très &: les Evêques de leur donner des
Grandmont par fa rigoureufe pauvre- prébendes dans leurs Eglifes. Tellement
té. Les Frères Convers de ce dernier , que quand la réforme de Cîteaux pa-
on les nommoit les Barbus , parce rut , &c qu'on vit ces nouveaux Reli-
qu'ils portoient la barbe grande, avoient gieux oblervant la règle de feint Benoît
du commencement le maniement des à la lettre , fans en obmettre un feu!
biens temporels -, Se par ce moyen ils point , travaillant de leurs mains , re-
vouloient avoir le gouvernement de fufant d'accepter aucunes dixmes , &T
l'Ordre , Se réduire les Prêtres fous fe comportant avec beaucoup de fou-
leur férule i mais à la fin ils perdirent mifiion envers leurs Prélats j la vénéra-
leur caufe. tion du peuple , de les dévotions tour-
Les Chartreux ont confervé jufqu'à nerent de ce côté-là. Ainii ilsacquirenr
cette heure leur clôture Se leur difei- de grandes richefTes tant par les dona-
pline , parce qu'ils fe font toujours tions qu'on leur faifoit, que par leur tla-
éloignés des intrigues du monde, de la vail amdu , y ayant telles de leurs Mai-
fréquentation des femmes , Se de Tarn- fons où il fe trouvoit trois ou quatre cens
bition de parvenir aux Prélatines -, trois Frères qui défrichoient la terre , deiré-
écueils qui ont toujours été,& qui feront choient les marais , labouroient & plan-
toujours funeftes aux Ordres Religieux, toiem, Se avec cela vivoient dans uns
EGLISE DU XII. SIECLE. *3$
grande épargne 6c frugalité. A caufe que rens faifoit le Moine, aufli bien que
du commencement ils étoient fort pau- fon propre choix. Le peie pouvoir don-
vres, le Pape Innocent voulut qu'ils fuf- ner les enfans à la Religion fans y ap-
fent exempts de payer aucunes dixmes peller la mère , 6c même malgré elle,
pour leurs terres •■, cette grâce fut aulîi ac- Il avoir ce droit fur eux jufqu a ce qu'ils
cordée à quelques autres Abbayes , aux euffent atteint l'âge de dix ans-, après
Ladreries , Chanoines réguliers & aux on étendit ce terme jufqu'à l'âge de
ChevaliersTempliers &Hofpitaliers.Or treize ans , comme le dit Y ves de ^har-
comme leurs menagemens 6c les dona- très ; puis jufqu'à quatorze , comme _
tions des perfonnes pieufes , leur four- on le voit dans Gratian. Quand le père
nillbient des moyens de faire fans celle avoir deftiné un enfant au Monachat ,
de nouvelles acquiiitions , les Prélats il l'offroit à Dieu dans l'Eglife du Mo-
fe plaignirent forr de certe avarice, qui naftére, enveloppé tout entier, ou le
leut ôtoit un bien qu'ils croyoienr leur bras feulement, dans une nappe de TAu-
apparrenir de droit divin. Les Moines tel; & par cette tradition, il l'y atta-
de Clugny qui en recevoient aulli un choir fi tort , qu'il ne s'en pouvoit dé-
notable préjudice , parce qu'ils levoient dire. Mais Clément III. 6c Calhlte III.
les dixmes en plusieurs endroirs , en fi- changèrent ce droit trop dénaturé, 6c
rent du bruit en tous les lieux ou ils pu- prononcerenr que les enfans ne pou-
rent faire écouter leurs plaintes-, tant voient être aftreints à la vie Monaftique,
qu'enfin au Concile de Latran , qui fe s'ils ne s'y obligeoient eux-mêmes par
tint l'an 1 1 1 5 . on reftreignit ce privi- leur propre choix , lorfqu'ils auroient
lége aux acquittions déjà faites. atteint l'âge d'adolefcence.
Ce différend joint à la jaloufie de la La dignité des Cardinaux étok en Cardinaux.)
puilîance , conrrepoinra ces deux Con- grand éclat , leur Collège fort nom-
grégarions , 6c les pouffa à fe décrier breux , 6c leur vertu ou leur naifîance
mutuellement. Toutes deux étaient tort très-éminente. La France avoir pour le
puiilantes , les Papes 6c les Rois pre- moins autant de parti cet avantage que
noient leur confeil , leur donnoient l'Italie. André Duchefne qui a très-
avis de leurs bons 6c mauvais fuccès, fe exactement écrit leurs vies, en a marqué
recommandoient à leurs prières pour dans ce douzième îiécle plus de cin-
les entreprifes importantes , 6c leur fai- quante de François , donr la plus grande
foient de riches donations, afin d'être partie avoient été élevés dans les Mo-
affociés 6c participans aux mérites de naftéres , partculiérement de la Con-
leurs Religieux. Celle de Clugny avoit grégation de Clugny 6c de l'Ordre de
acquis beaucoup d'éclar par les vertus Cîteaux. Ces derniers étoient prefqne
de quarte ou cinq de fes premiers Ab tous intimes amis ou difciples de faint
bés ; mais elle en perdit un peu par la Bernard. Galon difciple d'Yves de Char-
délicatefTe de fe» Moines 6c par les dé- très, enfuite Evêque de Beauvais, puis
reglemens de l'Abbé Ponce, qui diflipa de Paris, Guy frère d'Etienne Comte
une partie des biens de cette riche Mai- de Bourgogne , Archevêque de Viennes
fon. Au conrraire Cîteaux s'accrut fi 6c après fouverain Pontite fous le nom
fort en crédit par la réputation de fon de Callifte IL Ponce- de Melgueil Abbé
faint Bernard , que fes Moines devin- de Clugny , Etienne fils de Thierry
rent les agens ou les organes de toutes Comte de Montbeliard , Guillaume de
les grandes affaires de ce rems-là. Champagne fuccefîivement Archevê-
Je dirai ici (& peur-être que je l'ai que de Sens 6c de Reims, oncle mater-
dit ailleurs) que la deftination des pa- wel du Roi Philippe Auguûe,.& tout
lU
ABREGE CHR
puiifant dans le gouvernement du
Royaume -, Raoul de Ncile , Henri de
Sully ôc Albert frère du Duc de Bra-
banc , furent tous de fang illuftre , ôc
avec cela de rare vertu. J'en excepte
Ponce qui fe ilgnala par les défordres
de fa vie •, fi fcandaleux depuis qu'il
fut rentré par force dans cette Abbaye à
.laquelle il avoit renoncé, qu'étant allé
à Rome fur la citation du Pape , il fut
confiné dans une prifon perpétuelle où
il mourut un mois après. Et néanmoins
un certain Martyrologe cité par Duchef-
ne , le nomme Saint.
La fin d'Albert fut aufîi tragique,
mais la caufe en étant belle, fa mémoire
en eft plus glorieufe. Il avoit été élu Evê-
que de Liège par les pourfuites de Henri
Duc de Brabant fon frère ; l'Empereur
Henri VI. qui les haïtloit tous deux ,
refufa de donner fon consentement à
cette élection ; le Pape cependant la
confirma, ôc Albert fe vint faire facrer
à Reims, qui alors étoit la Métropole
de Liège. L'Empereur prit cela pour un
mépris outrageux, ôc dépêcha quelques
cavaliers Allemands après lui pour s'en
venger. Ces aflafîins s'étant adroite-
ment infinués dans la familiarité de l'E-
vèque , qui pour lors féjournoit à
Reims , n'ofant pas retourner à Liège ,
trouvèrent moyen de l'attirer un jour
à la promenade hors de la Ville , Ôc le
tuèrent de dix-neuf coups, puis fe fau-
verent à Verdun , ôc de-là en Allema-
gne vers l'Empereur. Quatre cens vingt-
ans après, fçavoir l'an i6n. l'Archi-
duc d'Autriche , ôc fon époufe l'Infan-
te Claire Eugénie , obtinrent permif-
fion du Roi Très-Chrétien Louis XIII.
d'enlever ce corps faint de l'Eglife Ca-
ONOLOGIQUE
thédrale de Reims , où il étoit demeu-
ré en dépôt jufqu'à ce jour-là , Se le fi-
rent porter en grande pompe à Bruxelles.
Paul V. acheva de combler fa gloire en
le canonifant comme martyr de la li-
berté de l'Eglife , qui eft l'époufe de
Jesus-Christ.
Je remarque huit ou dix autres Car-
dinaux qui n'avoient aucune noblellè
que celle que donne la vertu -, comme
un Robert de Paris, qui avec quelques
autres prefla tant le Pape Pafcal , qu'il
lui fit rompre le traité par lequel il avoit
concédé les Inveftitures à l'Empereur
Henri V. Foulcher de Chartres , Mat-
thieu de Reims } ôc Alberic de Beau-
vais , defquels le premier avoit été Se-
crétaire de Godefroy de Bouillon dans
l'expédition de Terre-Sainte, le fécond,
Prieur de Saint Martin des Champs ; ôc
le troifiéme , Religieux à Clugny ôc
Abbé de Vezelayj de plus Etienne de
Châlons , Bernard de Rennes ces deux
avoient aufli été Moines , Rolland d'A-
vranches ôc Matthieu d'Angers , tous
lefquels portoient le nom de leurs Vil-
les natales , félon la coutume des gens
de lettres qui étoient ilfus de bas lieu.
Il y en eut plufieurs autres dont les
parens nous font tout-à-fait inconnus j
comme Yves Chanoine de Saint Vic-
tor élevé par fa do&rine à la Pourpre
facrée , ôc un Martin qui fortit de l'Ab-
baye de Cîteaux, Ôc fut Evèque d'Oftie,
Prélat d'une continence ôc d'une fruga-
lité vraiment apoftolique. On raconte
de lui qu'ayant été envoyé Légat en
Dannemarc pour la converiion des Infi-
dèles , il en revint fi pauvre , qu'il s'en
retourna à pied jufqu'à Florence, (a)
en cela beaucoup plus femblable aux
(4) Saint Bernard danî le quatrième Livre de fon
Traité de la Confidération ,• chap. ç. parle ainfi de ce
fait: Martin ayant été fait Car dinal-rrétrc , fut envoyé
Légat en DannemarK , 6c en revint C\ pauvre , que ve-
nant à manquer de Chevaux, il eut beaucoup de peine
à arriver à Florence. L'Evéque <lc cette Ville lui donna
un Cheval qui le conduifit à PHe où nous étions. Le
turlcndemaLu l'Evcquc de F%e«ce , qui avoic un pro-
cès , lequel devoir être jugé promptement , vint trouver
le Cardinal à Pife , & comptant beaucoup fur fon fiuTra-
ge à eaufe de ce qu'il venoit de faire pour lui , il le
requit de lui être favorable. Alors Martin lui dit : vous
m'avez, trompé , j'ignorois que vous aviez quelques af-
faires : reprenez votre Cheval , il cil dans l'étuiie ;. X
il le lui fit rendre aulli-tùt.
EGLISE DU XII. SIECLE. i8 7
humbles Apôtres de Jésus - Christ , tous les Evèques de ce tems-là, qui
que les autres Légats de ce tems-li , méritent place dans l'immortalité. Mais
qui venant fort gueux dans les Provin- peut-on oublier Yves 8c Jean de Salis-
ces où le Pape les envoyoit, en for- beri, qui gouvernèrent TEgliiè de Char-
toient après avec de riches dépouilles, très, le premier au commencement du
comme d'un pays de conquête , 8c s'en liécle , 8c le dernier fur la fin : Gode-
retournoient à Rome avec un équipa- froi d'Amiens , dont nous parlerons ci-
ge de Rois. L Evêque de Florence après ; Pierre de Poitiers, lequel réfifta
voyant ce bon homme à pied , lui fit courageufement à Guillaume VIII. Duc
prefent d'un cheval, non point par gé- d'Aquitaine, qui le vouloit forcera
nérofité , mais dans la vue de l'obliger l'abloudre de l'excommunication donc
à le fervir dans un procès qu'il avoir en il étoit lié : Gilbert Porée qui tint le
Cour de Rome prêt à vuider : mais même fiége que Pierre , mais vingt-
quand on vint à le juger, & que ce fut cinq ans après •, Arnoul Evêque de
à ce bon homme à dire fon avis, il adref- Lifieux -, Robert de Beauvais , il
fa fa parole à l'Evêque , 8c lui dit tout il étoit fils de Hugues Duc de Bour-
franchement , qu'il n'avoit pas prevû gogne : Jean furnommé de la Gril-
qu'il dût être fon juge -, 8c qu'ainfi il le , qui tranfporta i'Evêché de Quida-
le prioit d'aller en fon écurie reprendre let au lieu qu'on nomme maintenant
fon cheval, afin que fon furTrage fut libre, faint Maio \ Simon de Noyon , 8c Gue-
La France ne manqua pas aum" d'Eve- rin de Senlis ; du tems de Simon , tan-
ques, à qui la doctrine., le mérite, le dis qu'il étoit au voyage de Jerufalem
zèle 8c ta piété ont acquis le titre de avec le Roi Louis VII. ( c'étoic l'an
grands 8c de faints. Sans remettre en 1146. ) l'Eglife deTonrnay fut démem-
compte ce Galon, ce Guy de Bourgo- brée de celle de Noyon, à laquelle
gne, ce Guillaume de Champagne, cet elle avoit été jointe du cems de faintMe-
Albert de Brabant que nous venons de dard , 8c eur pour premier Evêque An-
voir parmi des Cardinaux : elle eut en- felme qui étoit Abbé de faint Vincent
(d'autres fept grands Archevêques, fça- de Laon. Guerin de Senlis fut tout-puif-
voir Hildebert de Tours , Pierre de fant fous le régne de Philippe IL 8c de
Bourges, il étoit de la maifon de la Louis VIII. Garde des fceaux fous le
Chaftre , Odart de Cambray , Arnoul- premier. Chancelier fous le fécond.
Amaulry de Narbonne , Henri de Je finirai par quatre Evêques de Pa-
Reims , Rotrou de Rouen , & Hugues ris , dont la mémoire doit être fort
de Vienne. Arnoul avoit été Abbé de chère à cette grande Ville , & à route
Clairvaux , 8c fut le premier Inquifi- l'Eglife Gallicane : Etienne de Garlan-
teur de la foi pour déraciner l'héréiie de, Pierre Lombard, Maurice &Odon.
des Albigeois. Rotrou étoit fils du Ces deux derniers portoient le furnom
Comte de Varvic , proche parent du de Sully : Maurice , parce qu'il en étoiç
Roi d'Angleterre , 6c Henri l'étoit du natif, de très-pauvres parens , Odon,
Roi Louis le Gros : mais tous deux parce qu'il étoit de cette illuitre mai-
plus éminens par leur humilité chré- fon iiïue des Comtes de Champagne,
tienne que par leur haute naifiance. Etienne avoit été Chancelier de France
Hugues fournit d'être chaflTé de fon fié- fous Louis VI. Pierre Lombard fur fur-
ge par l'Empereur Federic I. plutôt que nommé h Maître de Sentences^ à caufe
de renoncera Alexandre III. qu'il croyoit de ce livre fi connu de toute la Chré—
le vrai &c légitime Pape. tienté, 8c qui a été le fondement de la
Je n'aurais jamais fait de rapporter Théologie Scholaftique> Maurice, a voie
cens
iS3 ABREGE CHRONOLOGIQUE
l'ame noble, libérale 6c magnanime. Il ne : la plûpar.t ont lailfé des écrits j
fonda les Abbayes de Henvaux & de dont queiques-uns ont été mis au jour ,
Kermiéres, comme aufli deux. MonalTc- les autres lont encore cachée dans les
resde filles, Gif&Hierres, 6c jetta les Bibliothèques. Et certes comme ce fiécle
fondemens de l'Eglife de Notre-Dame ne fin pas ingrat au mérite , la liberté
de Paris , l'un des plus grands bâtimens des élections rourniflant de quoi le îé-
qui le voyent en France. Odon fon fuc- compenfer , il fe trouva plus de beaux
ceifeur l'acheva ,& fonda un Monaltére efpnts qu'on n'en avoit vu de long-
de tilles de l'Ordre de Cîteaux au Port- tems , qui cultivèrent les feiences ai-
Royal , étant aidé en cette œuvre pieu- fez heureufement , 6c attirèrent à Paris
fe par la libéralité de Mathilde fille de un nombie incroyable dctudians en
Guillaume de Garlande. Philolbphie &c en Théologie.
Il travailla encore à arracher une an- Il y avoit eu de tout tems bon nom-
cienne , mais ridicule coutume , qui bre d'Ecoles dans la France ; C.hatiema-
s'étoit foufferte dans l'Eglife de Paris , gne , Louis le Débonnaire , 6c Charles
&c en plufieurs autres du Royaume, le Chauve en avoient inftitjuç plufieurs
C'étoit la feste des F o u x ; en le premier entr'autres celle de Tours ,
quelques endroits on Pappelloit l a dont Alcuin étoit l'Intendant , une au-
FSce des Foux feste des Innocens. Elle fe fai- tre encore dans fon Palais Royal -, 6c
!!l. des Inno " ^ olz à P aris > principalement le jour de félon la probabilité , une troiiiéme à
la Circoncilion: les Prêtres 6c les Clercs Paris. La plupart des Evêchés 6c des
alloienten mafque à l'Eglife, 6c y corn- célèbres Abbayes en avoient aulii. Leur
mettoient mille infolences ; au fortir luftre fut extrêmement diminué par la
de là ils fe promenoient dans des cha- çonfulion que cauferent les guerres ci-
nets par les rues , 6c montoient fur des viles , pendant les cinq ou lix derniers
théâtres chantant toutes les chanfons Rois de la féconde Race. Sous la troi-
les plus vilaines, 6c faifant toutes les fiéme elles commencèrent à refleurir,
poftures 6c toutes les bouffonneries les 6c il s'en, établit quantité d'autres ; on
plus effrontées, dont les bateleurs ayent les peut voir dans le Livre que le très-
accoutumé de divertir la forte popu- fçavant Docteur Jean de Launoy en a
lace. Odon s'efforça d'ôter cette dé- donné au public.
teftable mommede, ayant à cet effet Celle de Paris lésa toutes offufquées,
obtenu un mandement d'un Légat du ayant recueilli dans fon fein tous les
faint Siège , qui venoit viliter fon Egli- Arts 6c toutes les feiences pour les dif-
fe : mais il faut bien croire que fon in- tribuer au relie de la chrétienté. Il y a
tention n'eut pas fon entier effet , 6c apparence qu'elle commença par celle
que cette folie dura encore plus de deux de l'Evcché véritablement peu célèbre,
cens cinquante ans -, puifque nous trou- 6c où je crois qu'on n'enfeignoit que
vons que l'an 1444. la Faculté de Théo- la Grammaire 6c quelques principes
logie , à la requête des Evcques, écri- de Théologie. Guillaume de Cham-
vit une lettre à tous les Prélats 6c Cha- peaux ,puis ce fameux Pierre Abailard,
pitt es , pour la condamner 6c l'abolir, tous deux étant encore féculiers , en-
6c que le Concile de Sens, qui fe tint feignerent la Philofophie à Paris ; après
l'an 1460. en parle encore comme d'un ils y lurent les faintes Ecritures avec
abus qu'il falloit retrancher. une ardente émulation , 6c pour ainu*
Tous ces Evèqucs travaillèrent puif- dire avec un flux 6c reflux d'auditeurs ,
famment à édifier &: inftruire les fidé- fivorable tantôt à l'un, tantôt à l'autre,
les par leurs oeuvres 6c par leur doctri- Tous deux avoient fait leurs études
dans
EGLISE DU XII. SIECLE. iî 9
■dans TE^ple de Laon , très-célebre du- de Pierre de Blois Archidiacre de Batlie
rant l'onzième fiécle , 8c dans les corn- en Angleterre ; de Jean de Salisbery ,
mencemens du douzième. Champeaux d'Etienne de Tournay , premièrement
s'étant fait Chanoine Régulier à faint Abbé de Sainte Geneviève , 8c d'Yves
Victor, il s'y établit un fameux audi- de Chartres , fçavant Colle&eur , ÔC
toire. Le concours des Ecoliers y fut vigoureux défenfeur des SS. Canons,
encore plus grand fous fes fuccelïeurs , Nous avons les Epîtres de tous ces fept,
Hugues ôc Richard qu'on a tous deux d'où l'on peut tirer beaucoup de cho-
furnommés de faint Victor , à caufe fes remarquables pour l'hiftoire de leur
qu'ils en étoient Chanoines. Le pre- tems. Pierre Comeftor ou le Mangeur,
mier étoit Parifien , &: l'autre Irlan- Doyen de PEglife de Troyes -, &c après
dois. Moine de faint Victor, compila l'Hif-
II y avoit donc trois Ecoles pour le toire Eccléfiaftique , aufli en fut-il ap-
moins à Paris , celle de Notre-Dame , pelle le Maître , ôc Elinand natif de
celle de faint Viétor, 8c celle de fainte Beauvais , Moine de Froidmond , fit
Geneviève du Mont. Pour cette der- l'Hiftoire Univerfelle , jufqu'en l'an
niere il y avoit eu de célèbres Profef- mi. en 48. Livres , dont la plus gran-
feurs dès l'an 1000. Elle fut r 'ou ver te de partie eft perdue.
quelque 130. ans après par Abailard. Nous avons de ce fiécle-là quelques Fù & :î *
Je ne fçai pas qui lui fuccéda. Verfificateurs Latins , qui ne font pas
Dans toutes les trois on n'enfeignoit à méprifer. Trois entr'autres , Galte-
d'abord que la Grammaire , la Rhéto- rus, Guillaume le Breton, 6c Léonins 1 ,
rique , la Dialectique & la Philofo- Le premier compofa un Poème des
phie ; mais dans peu de tems il s'en beaux Faits d'Alexandre , qu'il appella
établit encore d'autres, où l'on enfei- l'Alexandreide, le Breton , à fon exem-
gna aulîi le Droit Civil , le Droit Ca- pie fit la Philippide, contenant l'Hiftoi-
non &c la Médecine , 8c il y afflua de re du Roi Philippe Augufte ; & Leo-
divers endroits , ou s'y forma de très- nius fut connu par plufieurs Pièces qui
fçavans perfonnages. Enfin de toutes ne font pas véritablement de longue
ces différentes Ecoles il fe fît un corps, haleine , mais pleines d'efprit Se de
qui peu à peu prit une forme certaine gentilleiîè. Il étoit Chanoine de faint
<k. durable , lorfque Louis VIL 8c à fon Victor.
exemple Philippe Augufte l'eurent pris Pour la Philofophie 8c la Théolo-
fous leur protection , 8c qu'eux 8c les gie , nous avons Rouffelin , Abailard 8c
Papes eurent donné de fort beaux Pri- Gilbert Porée Evèque de Poitiers , qui
vileges aux Maîtres 8c aux Ecoliers , s'égarèrent pour n'avoir pas voulu fui-
comme l'a écrit fort exactement Cefar vre le grand chemin , mais fe laifferent
Egafle du Boulay , qui a été Profeffeur ramener -, Hugues 8c Richard furnom-
en Eloquence au Collège Royal de Na- mes de faint Victor -, Pierre Abbé de
varre , 8c Recteur de cette très-illiaftre Clugny , dit le Vénérable ; Pierre le
Univerfité. Chantre , 8c Pierre Lombard. Celui-ci
Les Belles-Lettres firent auflî quel- fit un corps de Théologie de pafTages
ques efforts pour fe déterrer , qui ne tirés des fainrs Pferes , qui a depuis été
furent pas tout-à-fait inutiles. On le le canevas fur lequel tous les Scholafti-
voit par les écrits de Hildebert de La- ques ont bâti leurs écrits. Il fut Evèque
vardin Evèque du Mans, puis Archevè- de Paris, Maurice qui lui avoit fuccédé
<jue de Tours ; d' Arnoul Evèque de Li- en la charge d'Ecolâtre , lui fuccéda en
•iieux , de Gefroy Abbé de Vendôme , l'Evèché.
Tome II. Oo
i 9 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
&iû«. Je ne cotterai point tous ceux de ce rageuxPrélatrefufad'admettneàlafain-
douziéme iîécle que l'Eglife mit au te Table tous ceux qui s'y prefenterent
nombre des Saints ; mais je nommerai ajuftés de la forte. Ce rems les étonna,
feulement les deux Bernards , l'un pre- ik leur caufa tant de confufion , qu'ils
mier Abbé de Tiron , de l'Ordre de fe les coupèrent eux-mêmes tout fur
faint Benoît , ik l'autre Abbé de Clair- l'heure , aimant mieux perdre ce vain
vaux. Quant à ce dernier, la beauté ik ornement de leur tête, que la confola-
les lumières de fon efprit , fon zélé ik lion de manger le facré Pain des Anges,
fa piété, fa conduite & fa capacité pour Quand il les vit dans une li bonne dif-
les grandes affaires , le firent briller avec pofition , il reçut en hommes ik en chré-
plus d'éclat qu'aucun autre de fon tems. tiens ceux qu'il avoit repouiTés comme
J'ajouterai trois Instituteurs d'Ordres des femmes diflolues.
Religieux ; Robert Abbé de Molême , Vers l'an 1180. le peuple révéroit
de celui de Cîteaux , Etienne de celui pour Sainte une certaine fille nommée
de Grandmont , & Norbert de celui de Elpide , ou Alpaide , demeurant au vil-
Prémontré *, cinq Evêques , Anfelme lage de Cudot , Diocèfe de Sens •, la-
Archevêque de Cantorbery , que je quelle , depuis dix ans entiers , ne pou-
mets au rang des François , quoiqu'il voit rien avaler que la fainte Hoftie »
fut natif du Val d'Aofte , parce qu'il & quoique (impie Villageoife, avoit de
étudia en France, & fut Abbé du Bec -, grandes lumières des chofes naturelles
Pierre Abbé de la Celle , puis Evêque ik des chofes divines. Cette débilité
de Troyes : un autre Pierre Evêque de lui étoit demeurée d'une facheufe ma-
Poitiers j Albert de Brabant Evêque de ladie qui lui avoit mis tout le corps en
Liège •, & Godefroi Evêque d'Amiens, pus &c en bouc extrêmement inteéte.
Nous avons parlé déjà de ces trois der- Je ne fçai pas combien elle vécut après
niers. l'an 1180. mais on voit encore dans
On raconte de Godefroy une action l'Eglife Paroifîiale de ce lieu-là fon tom-
que notre tems admireroit plutôt qu'il beau de pierre , & fon effigie qui eft
ne la voudroit imiter. C'étoit la mode deiïus, couronnée de fleurs. Ceux du
d'alors que ceux qui faifoient les beaux pays allurent que Dieu a approuvé par
& les galants , portoient les cheveux quantité de miracles la dévotion que le
longs , frifés & trefTés : un jour ce cou- peuple a pour elle.
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LOUIS VIII.
SURNOMME' LE LION,
ET LE PERE DE SAINT LOUIS.
ROI X L I I.
Agé de trente-six ans.
Dans les évenemens que la guerre fit naître ,
Ce Roi fut des premiers , quand il fallut donner :
Et de Ces partions fe rendant toujours maître ,
Il fçût comme un lion , & vaincre & pardonner.
PAPES.
Encore Honoré III. tout du long de ce régne , & par-delà.
PHilippe Augufte n'avoit point père. Ils reçurent la même réponfe que m?,
fait couronner lbn fils de fon vi- l'autre fois.; on leur dit qu'elles avoient
vant , foit qu'il eût quelque jaloufie de été confifquées par le Jugement des
Un , foit qu'il crût fa maifon fi bien Pairs , & qu'on avoit rélolu d'avoir
établie, qu'il n'eût pas befoin de cette encore celles qu'il détenoit , bien
précaution pour lui afiurer la Couron- loin de lui rendre celles qu'il rede-
ne. Il fut donc facré à Reims le dixié- mandoit.
me du mois d'Août, par l'Archevêque Les peuples du Languedoc étant rc-
Guillaume de Joinville , qui le même tournés facilement à leur Seigneur na-
jour couronna auffi la Reine Blanche turel , Raimond Comte de Touloufe ,
fon époufe. Amaulry ne fe trouva plus affez fort
Le Roi d'Angleterre n'aflifta pas à pour tenir ferme en ce pays-là : voilà
fon Sacre , comme il le devoit en qua- pourquoi il vint remettre & céder tous
lité de Pair de France : mais il envoya les droits qu'il y avoit, entre les mains
des Ambaffadeurs le fommer , que fui- du Roi , qui pour récompenfe le fit
vant le ferment folemnel qu'il en avoit fon Connétable.
fait dans Londres , il eût à lui rendre Ce rihoit alors quun emploi , qui ne
la Normandie & les autres terres qui duro'u pas plus long- tems que la guerre;
ayoient été prifes fur le Roi Jean ion de forte que Von trouve quelquefois tel
Oo ij
29i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
1 "" ' Seigneur à qui il a été conféré deux ou ne, &c reçue les hommages de tous les
IZ2 4' trois diverfes fois. Seigneurs de ces quartiers-là. 12.2.4.
Après cela, Raimond s'étant adrelTé II ne reftoit plus que la Rochelle ;
au Pape Honorius avec toute forte de Savary de Mauleon s'y défendit allez
foumilîîon , le faint Père manda à fon long-tems , attendant le fecours d'An-
Légat de convoquer un Concile à Mont- gleterre. Enfin ayant été trompé vilai-
peilier , pour le reconcilier à l'Eglife. nement par les Miniftres du Roi Hen-
Enfuite de la fentence de ce Concile , ri , qui lui envoyèrent des coffres pleins
Raimond promit devant une affemblée de ferrailles , au lieu de l'argent qu'il
du Clergé de Languedoc , 6v jura en- efpéroit pour le payement de fa garni-
riez obéilfance à l'Eglife Romaine , fon , il fut obligé de rendre la ville le
pleine sûreté aux Eccléfiaftiques pour 28. du mois de Juillet. Et depuis lui-
la reftitution &c pour la jouilfance de même prenant prétexte , vrai ou faux,
leurs biens , tk l'extirpation des Héré- d'avoir été traité en Angleterre comme
tiques de toutes ks terres. Cette fa- une perfonne de foi fufpecte , quitta
tisfaction accomplie , le Pape le reçut fon ancien Maître , 6c fe donna au Roi
à merci , ck le reconnut pour Comte de France.
de Touloufe. Depuis la prife de cette ville impor- __, ~
Mais comme la réfiftance de fes Su- tante , les Rois de. France pour fe la con-
jets l'empêcha de tenir fes promeffes , ferver , Vavoient comme à l'envi , grati-
le Pape qui defiroit les dompter , en- fiée de plujîeurs grands privilèges , par
voya un Légat vers le Roi , c'étoit Ro- le moyen defquels elle sétoit élevée à un
main Bonaventure , Cardinal du titre haut degré de gloire , de richeffes & de
de faint Ange , pour lui per fuader d'en- liberté : mais pour avoir mal ménagé ces
rreprendre cette expédition. Si elle avantages , elle les a tous perdus dans
étoit conforme à fon zélé , elle s'accom- ces derniers tems.
modoit encore mieux avec fes intérêts : Le refte de la Guyenne eût été era-
il promit donc avec joye d'y employer porté par les François , fi le Roi Henri
fes armes fi-tôt qu'il auroit vuidé fes n'y eût pas envoyé de bonne heure Ri-
plus prenantes affaires. chard fon frere,lni ayant donnéla Com-
Cependant il s'aboucha avec Henri té de Comotiaille , & le titre de celle
d'Allemagne , fils aîné de l'Empereur de Poitou. Ce Prince étant defeendu à
Federie , à Vaucouleurs , pour traiter Bourdeaux avec une puifiante armée ,
de plufieursdirférens d'entre leurs Cou- retint les courages fort ébranlés , <k fi-
ronnes. On les y difeuta avec divers gnala fon voyage par la prife delà place
raifonnemens de part & d'autre -, Se il de faint Macaire , au-deiïîis de Bour-
s*y fit plufieurs propofitions , mais ce deaux -, de celle de Bergerac , 6c de plu-
fut fans rien conclure. fieurs autres qui s'étoient foufiiaites à la
Au retour de-là , fuivant la réfolu- domination Angloife. Mais la Reoule
non qui avoir été prife de chafler en- le repoulla vigouieufement ; & comme
tierement l'Anglois des terres de Fran- il eut appris que l'armée Françoife ,
ce , Louis entra dans le Poitou, puif- commandée par le Comte de la Mar-
famment armé. Il gagna une bataille che, venoit à lui, & qu'elle approchoit
fur Savary de Mauleon , Général des ar- des bords de la Garonne , il fe rembar-
mées d'Angleterre dans la Guyenne; fe qua , &z laifla la charge à Aimery Vi-
rendit maître des villes de Niort & de comte de Thouars , de moyenner une
Saint Jean d'Angely , & généralement trêve. Toutefois les Hiftoriens Anglois
do toutes les places jufqu'à la Gavon- écrivent qu'il battit les François dans
112.6.
LOUIS VIII. ROI X L I I. i 9i
— — — - une embufcade , &c qu'il prie la place. l'obligea de prolonger la trêve avec Ai- — — —
IZ M« Il coLiroit alors en Flandre un hom- inery Vicomte de Thouars, le feul Sei- liz 5
me qui fe difoit être ce Baudouin Corn- gneur qui réfutât encore aux François
te du pays, & Empereur de Conftanti- dans le Poitou. Ce Vicomte peu après
nople , qui avoit été pris par le Roi des vint à Pans rendre hommage au Roi ,
Bulgares. Il racontoit comme il étoit en préfence des Ambaifadeurs d'An-
échappé de priion , &c donnoit quanti- gleterre.
té de marques pour fe faire reconnoî- Toutes les affaires de Louis termi- ■
rre. Les Flamands qui avoient tort ai- nées , il fongea à s'acquitter de la pro-
mé le véritable Baudouin , donnèrent melïe qu'il avoit faite au faint Père ,
croyance à cet homme» & le mirent en d'aller contre les Albigeois ; & pour cet
pollefîion prefque de toute la Flandre. effet , vers la fête de la Chandeleur , il
La Comtelïe Jeanne , fille de Bau- prit la Croix des mains du Légat , avec
douin , fe trouvant fort empêchée , grand nombre de Prélats & de Sei-
( car fon mari Ferrand étoit toujours gneurs. Ils alignèrent leur rendez -vous
prifonnier à Paris , ) eut recours au Roi général à Bourges-, & leur deffein étoit
qui manda à ce prétendu Baudouin qu'il de nétoyer la Provence d'hérefies , puis
eût à le venir trouver à Peronne. Il y de palfer de là en Languedoc pour y
vint hardiment : mais ayant dédaigné faire la même chofe..
de répondre aux queltions qu'on lui fai- La ville d'Avignon, qui appartenok
foit fur des chofes qu'il devoir bien fça- à Raimond , ayant refuie le palîage à
voir , foit qu'il ne s'en fouvînt pas , s'il leurs troupes, fut afliégée le 14. de Juin,
étoit le vrai Baudouin, foit qu'il l'igno- Elle fe défendit opiniâtrement ; Guy
rât, s'il étoit un fourbe ; le Roi lui corn- Comte de faint Pol , l'un des plus bra-
manda de fortir de (es terres dans trois ves des afliegeans , y fut tué -, la perte fe
jours , &c néanmoins lui donna un fauf- mit dans l'armée : & le Comte de Cham-
conduit pour aller où il lui plairoit. pagne mal-content partit du camp fans
Etant enfuite délaiilé de tout le monde,, congé. Le Roi néanmoins jura de ne
il tâcha de fe fauver en habit déguifé : point décamper de là qu'il n'eu* mis les
mais il fut pris en Bourgogne , & ame- afliégés à la raifon. En effet, il les preiTa
né à la Comtelïe , qui , après lui avoir fi fort , que le jour de l'Aflomption ils
fait fouffrir diverfes tortures , l'envoya furent réduits à capituler. Ils donne-
au gibet comme un impofteur. Son rent deux cens otages , leurs murailles
fupplice n'empêcha point le peuple ma- furent abattues , leurs folfés comblés ,
lin de croire que la fille avoit mieux ai- & trois cens maifons à tourelles démo-
mé pendre fon père que de lui remettre lies. Cet oient les Hôtels des Gentils-
la fouveraineté. Et la conreliion qu'on hommes , qui en avoient de même à
fit faire à ce miférable , palfa dans les Touloufe , & aux autres grandes ville?
efprits pout une chofe ou extorquée , de ces Provinces-là.
ou fuppofée ; d'autant plus qu'on accu- Au partir de là le Roi entra dans la
foit cette Princefîe de ne pas apporter Provence , puis dans le Languedoc , 8c
tous les foins, ni faire toutes les înftan- toutes les villes fe rendirent à lui juf-
ces qu'elle devoir pour délivrer fon ma- qu'à quatre lieues près de Touloufe.
ri i mais de le laifler croupir en prifon, Mais comme la faifon devenoit mau-
afin de n'avoir poinr de compagnon dans vaife, & que fa fanté éroit délicate , il re-
le gouvernement de fes Etats. prir le chemin de France , laifTant la
Cette même année le Roi étant en conduite des troupes & le gouverne-
Touraine , le Légat l'alla trouver, &c ment de ce pays-là à Imbett deBeaujeu-,
294 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
" Sur fon retour il fut attaqué d'une Comme il voyoit les difpofîtions ■*
nz6. dysenterie fort violente, qui le con- prochaines à de grandes brouilleries I12( >..
traignit de s'arrêter au Château de après la mort , à caufe que fon père
Montpenfier en Auvergne , & y tran- avoit abbaitfé les grands , ôc foulé les
cha le lil de fa vie un jour de Diman- peuples , il prit le ferment ôc le feing
che dans FO&ave delà Toufïaints izi6. de douze Seigneurs qui étoient auprès
Il avoit tenu le fceptre trois ans ôc qua- de lui , qu'ils feroient couronner ion
tre mois , ôc en avoit vécu trente-neuf, iiis aîné-, ôc s'il en venoit faute , qu'ils
On l'inhuma à faint Denis auprès de mettroient le fécond en fa place,
fon père. Il avoit l'an izoo. époulé Blanche,
La commune opinion de ce tems-li l'une des puînées d'Alionfe le Noble ,
fut, que fa maladie étoit procédée d'un Roi de Caftille , ôc d'Alienor d'Angle-
poiibn qui lui avoit été donné par un terre , dont il eut neuf fils &: deux fil-
grand de fon Royaume. Les Hiftoriens les. Il ne reftoit que cinq fils vivans ;
François n'ont olé le nommer : mais Louis , Robert , Alfonfe , Charles ôc
Matthieu Paris moins fcrupuleux Ôc Jean. Suivant fa difpofition reftamen-
plus hardi, n'a point teint de dire que taire, Louis régna, Robert eut la Com^
c'étoit le Comte de Champagne, lequel té d'ARTois , ôc provigna la branche
étant dans l'impatience de revoir la Rei- de ce nom. Alfonfe eut celle de Poitou,
ne Blanche, dont il étoit épris , avoit ôc Charles celle d'Anjou. De celui-ci
demandéfon congé après quarante jours vint la première Branche d'Anjou.
de fervice , à quoi il étoit feulement Alfonfe n'eut point de poftérité , ni
oblige ; ôc ne l'ayant pu obtenir , l'a- Jean non plus , étant mort à l'âge de
voit pris de lui-même. Le Roi en fut quatorze ans. L'une des deux filles, qui
tellement irrité » qu'il jura de l'en châ- étoit l'aînée de tous les onze enfans ,
tier. Le Comte le prévint, ôc le per- n'avoit vécu que 4. ou 5. ans. L'autre,
dit pour fe fauver. qui fe nommoit Ilabelle , ayant été
Mais les gens d'Eglife , à caufe de fa promife à plufieurs Princes , fans qu'au-
pieté ôc de fa chafteté , publièrent que cun de ces mariages réufîit , ôc étant de-
fa maladie étoit venue de fa trop Ion- venue vieille fille, prit le voile facré
gue continence-, ( car fa femme ne ôc s'enferma l'an 1160. dans un Monaf-
l'avoit pas fuivi, ) ôc qu'il avoit mieux tére de filles de fainre Claire, que le
aimé mourir que d'ufer du remède cri- Roi fon frère lui avoit fondé entre Pa-
minel qu'on lui préfentoit pour fa gué- ris ôc faint Cloud. Elle y vécut en fi
rifon. Il eft bon , quoiqu'il en foit , de grande fainteté , que Dieu l'honora de
faire de ces beaux exemples de vertu : plufieurs miracles durant la vie ôc après
car il ne s'en trouve guéres ailleurs que fa mort.
fur le papier.
V
i?S
BLANCHE
FEMME
DE LOUIS VIII.
MERE DE S. LOUIS.
Si tu veux imiter par une illuftre envie
Celle dont l'efpric fe voit ici dépeint
Admire auparavant l'exemple de fa vie,
Par qui d'un graud Monarque elle en fit un grand Saint.
De quelle [ L fort quelquefois de beaux rejet- toit tout ce que les François avoienç
maifon étoît JL tons d'une mauvaife fouche. De cet- pris fur lui deçà la mer ; £ outre cela
te infâme Eleonor répudiée par Louis on lui donnoit Château Roui , Illou-
le Jeune , 8c jointe avec Henri II. Roi dun , Gralfay , 8c les fiefs tenus en Ber-
d'Angleterre , entre plufieurs enfans , ry par André de Chauvigny , à la char-
naquit Eleonor mariée à Aifonfe Roi ge de reveriion , fi Louis mouroit fans
de Caftille, laquelle eut onze ou douze enfans-, comme auffi fi Jean mouroit
filles -, Urraque mariée à Aifonfe II. dit lui-même fans en avoir , il lui cédoic
le Gros , Roi de Portugal ; Berangele à tous les fiefs que les Comtes d'Aumale,
Aifonfe neuvième du nom , Roi de du Perche & de Gournay polfédoient en
Léon , &c la cadette Eleonor donnée France. Cette alliance conclue , fora
à Jacques Premier, Roi d'Arragon : ayeule Eleonor alla elle-même la deman-
les autres moururent jeunes ou fe reti- der en Caftille , avec des Ambalîadeurs
rerent dans des Cloîtres. Blanche l'aînée envoyés de lapait des deux Rois. Les
de toutes , 8c par conféquent héritière époufailles furent célébrées par Procu-
préfomptive de Caftille, vu que fon reur à Burgos avec grande magnificence
père n'avoit point d'enfans mâles , tut 8c cérémonie publique. Son père &Eftamenéed&
le fceau de la paix entre la France 8c toute la Cour vinrent la conduire avec^^ c > &
l'Angleterre : car le Roi Jean craignant un bel équipage jufques fur les frondé- Louis , l'aa
Elle eft pm- que les armes d'Augufte ne le dépolfé- res de Gafcogne y où Louis avoit en- UM<
S? r ant dallent en faveur de fon neveu Artus, voyé Matthieu de Montmorency avec
Louis fiis s'aboucha avec lui entre Vernon &l'Ifle des Officiers 8c un autre train pour la
4'Auguile. d'Andely , où entr'autres conditions , recevoir : on lu