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Full text of "Abrégé chronologique de l'histoire de France"

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N THE CUSTODY OP TME 

BOSTON PUBLIC LIBRARY. 



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JlL \y ÏJj 



CHRONOLOGIQUE 



DE L'HISTOI 





D E 



FRANCE 



9 



Par le Sieur de Mezerat, Hi/Ioriographe de France. 
NOUVELLE EDITION , AUGMENTEE. 



TOME SECO 



Commençant au Règne de Charles II. jufquâ la 
fin du Règne Lov I s XI. avec la Fie des Reines, 




A AMSTERDAM, ■ 
CHEZ DAVID MORTIER, LIBRAIRE 



M. D G C. L V. 



ADANiS 





ROIS ET REINES DE FRANCE 

CONTENUS DANS CE SECOND VOLUME. 



4 



f«n S4O' 
en Juin. 



gue. 

% V:.T Louis III. & 



Avril. 



884. en 
Décemb. 



888. 



% 9i . 



?i}. en 

Juillet. 



en Janv. 



5)4. en 
Oftob. 

986. en 
Mars. 



60. 

6 3 . 

Roi 
70. 



CHARLES II. dit U Chauve , Roi 
XXV. Page 1. 

Louis II. dit le Bègue , Roi XXVI. 

16. 

Ansgarde » femme de Louis le Be- 

28. 
Carloman , Roi 

XXV IL 3 2 - 

Charles III. dit le Gras , Roi 

XXV IIL 36. 

RlCHARDE,/<?7»2»£ de Charles le Gras. 

40. 
Eupes , Roi XXIX. 42. 

Charles IV. dit le Simple, Roi XXX. 

43. 
OgiNE , femme de Charles le Simple. 

59 
Raoul , Roi XXXI. 
Eglife du neuvième fiécle. 
Louis IV. dit d'Outremer 

XXXII. 
Gerberge , femme de Louis IV. 80. 
LOTHAIRE , Roi XXXIII. 82. 

Louis V. dit le Fainéant,RoiXXXlV. 

5> 4 . 

Troifïéme Race des Rois de France , 
appellée la Race CAPETIENNE ou des 
Capets. 
#7. en Hugues Capet , Roi XXXV. 90. 
L Adeleide , première femme de Hu- 
gues Capet. 1 07. 
Seconde femme anonyme de Hugues 
Capet. 108. 
Mœurs & Coutumes du dixième fiécle. 

109. 
Eglife du dixième fiécle. 114.. 

Robert , Roi XXXVI. 119. 

Constance , troifïéme femme de Ro- 
bert. 130. 
Henry I. Roi XXXFII. 134. 
M ATHiLDE,pr«w/m' femme de Henry. 

Anne féconde femme de Henry. I45. 
Philippe I; Roi XXXVII y. 147, 



596. en 

Septem. 



ïoji. 



1060. 



Berte , femme de Philippe, 1 64. 

Eglife du onzième fîecle. i6j. 

Vrille? Louis VI. dit le Gros, Roi XXXIX. 
- ■ 170* 

Alix f femme de Louis le Gros. 190. 
'adûc" 1 L° uis VIL furnommé le Fieux , Roi 

TTT^- XL. I<?2. 

CousTAHCE,deuxiémefemme de Louis 
le Pieux. 2.0$. 

Alix , troifïéme femme de Louis le 
Pieux. 210. 

Sera»? Philippe H- furnommé Augufle ou 
- — *— le Conquérant , Roi XL I. 212. 

Isabel , première femme de Philippe 
H. 252. 

Isemberge , féconde femme de Philip- 
pe IL 255. 
Eglrfe du douzième fiécle. 25" 8. 
"Àoiic" 1 Louis V 'III. furnommé te Lion, Roi 

■ XLII. 2pi. 

Blanche , femme de Louis VIII. 

mère de S. Louis. 2-9 5» 

m** en S. Louis IX. du nom , Roi XL1II. 

Novem. 

302. 

Marguerite de Provence 9 jemme 

de S. Louis. 327. 

n70.cn p H i LIPPE IIJ. furnommé le Hardy, 

J2£- Roi XL IF. 332. 

Femmes de Philippe III. 

Isabelle d'Aragon. 343 . 

Marie de Brabant. -345. 

ïisj.en Philippe IV. dit le Bel, Roi XLV. 
oaob. 
- 349. 

Jeanne , femme de Philippe le Bel. 

31 2 - 
Eglife du treizième fîecle. 373. 

MM-- ^ Louis X. dit Hutin , Roi XLVI. 

Novem. q 

3&3, 

Clémence , femme de Louis Hutin. 

388. 
I5 jV n ^ c g enc e fans Roi cinq mois durant. 

3$9> 

13 té. en Philippe V. dit le Lone , Roi 

Novem. vt rsrr ~ 

— 1 — XLVII. 2$2. 



!'**: en Ch ARLK 



Jeanne , femme àt Philippe le Long* 

398. 

IV. <//* /* B</, ^î 
400. 
Femmes de Charles le Bel, 
Blanche de Bourgogne. 4.06. 

Marguerite de Luxembourg. 407. 
Jeanne d'Evreux. 408. 

Régence de deux mois. lbid* 

Première branche collatérale* 
ijis. en Philippe VI. du de Valois , fumom- 
_ JZ!_L w/ /? bienfortnné , Roi XLIX. 405?. 
Femmes de Philippe de Valois, 
JEANNE de Bourgogne* 452-. 

Blanche ^ Navarre. 4.3 3. 

^ JEAN I. *** L. 4^5. 

i 5î û. en Charles Dauphin 5 Lieutenant , p«i/ 
oaob - #<g«.*. 441. 

Chaules Dauphin , Régent pour la 
féconde fois. 453* 

Jeanne de Boulogne & d'Auvergne , 
féconde femme du Roi Jean, 455* 



1 3 18.. en 
Avril. 



1 364. en 
Janvier. 



1380. en 
Septem. 

1410 en 
Décem. 



«r An.' ChAres V..«f// fc %<? C^ TEloquentï 
— &- RoiLl, 4s g. 

Jeanne de Bourgogne \femme de Char- 
les l r , 47 8. 
Charles VI .Roi L/7. 48a. 
Charles VI. portant encore le nom 
> ■ de Roi. 

Henry , Roi d'Angleterre ,fe portant 
pour Régent. 

Et Charlîis Dauphin prenant le même. 

titre. m . 

ISABi au de Bavière, femme de Char- 

les VI 5 3 8. 

Egiile du quatorzième fiecie. 54,2 

i4"- en Charles VII. dit le Viclorieux , Rot 

Octobre. r rri 

LllL jcj.; 

Marie de Jerufalem & de Sicile , 
femme de Charles FIL f8i. 

Louis XI. Roi L IV. 5 86V 

Charlotte de Savoye , femme- de 
Louis XI, $2-\ 



1461. en 
Juillet. 



Fin de U Table du Tome fécond. 



Errata du Tome 1T. 



Page 1 5 ç. féconde colonne , lignes 40* & 41. les Comtes , lifez. le Comte, 
Page 388. Blanche, lif. Clémence femme de Louis Hum. 




c 





R. L E S II. 



DIT LE CHAUVE, 

ROI XXV. 
Agé de dix-sept ans. 



înjufte» foibîe & vain , je mis en décadence 
Des Princes Carliens l'Etat & la maifon. 
Lorfque je rejoignois l'Empire avec la Franceo 
Un intidele Juif me donna du poifon. 



tOTAIRE Empe- 
reur & Roi d'Ita- 
lie. 



LOUIS Roi de Ger- 
manie. 



CHARLES Roi de 
Bourgogne & de 

Neuftrie. 



PEPIN combattant 
pour le Royaume 
d'Aquitaine. 



A P E S. 



Encore Grégoire IV. S. 3. ans fous 
ce régne. 

Sfrgius IL élu le 10. Février 844. S. 
3. ans un mois. 
Léon IV. élu le i*. Avril 847. S. 8. 
T ans ?. mois. 

g Benoît III. élu le 11. Juillet 85 j. S. *. 

Empereurs 

encore T»; u - S~*\ U e l q u e s jours avant fa mort , 
taIIe^i/r ^<[J e Débonnaire avoir envoyé fon 
j j. ans. ' feepere , fa Couronne & fon épée , mar> 
Torne IL 



ans 6. mois. 

Nicolas I. élu le ^4. Avril 858. S. 9. 
ans 6. mois. 

Hadkjan IL élu le 14. Décembre 867. 
S. s. ans. 

Jean VIII. élu en Décembre 87*, 
Siégea 10. ans , dont 5. fous ce régne. 

ques de l'Empire , à Lotaire fon fils aî- 
né , lui recommandant de protéger le 
Prince Charles , & de lui conferver le 

A 



340. 



i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

~ partage qu'il lui avoit donné de fon Les Seigneurs qui accompagnoient — ■ 

"* 0, contentement. Mais Lotaire s'étoit mis Charles, reconnoiifant les artifices de ^°* 
dans l'efprit , que fuivant la première fon aîné , crurent qu'il falloit les rom- 
difpofition de Ion père , le droit d'aï- pre par u ie brave réfolution , 8c lui 
neiie ôc fa qualité d'Empereur le de- conleillerent de s'avancer tout droit 
voient rendre fouverain fur fes puînés, vers lui. Ainfi les deux armées fe trou- 
Dans ce deiïein il part d'Italie , fe verent à fix lieues l'une de l'autre , la 
rend au Royaume de Bourgogne , où ville d'Orléans entre deux. Alors les 
il vouloir établir fon fort & le rendez- Seigneurs des deux côtés s'entremirent 
vous de (es troupes 8c de fes amis, 8c de les accommoder fuivant la coutume 
dépêche fes Commiffaires par tout pour des François. Ceux du parti de Char- 
folliciter les Seigneurs de lui prêter le les fe trouvant les plus f bibles, confen- 
ferment. Il pana de là à Wormes , d'où tirent à un accord qui lui étoit fort 
il attire les Saxons dans fon parti -, 8c défavantageux : car il ne lui demeuroit 
de Wormes, il s'avança jufqu'à Franc- par provifion que l'Aquitaine , le Lan- 
fort. Il penfoit furprendre Louis : mais guedoc , la Provence , 8c quelques 
ce Prince s'étant venu camper tout pro- Comtés entre la Loire 8c la Seine, 8c 
che , l'étonna li fort , que comme il il fut dit qu'ils s'alfembleroient au Par- 
ufoit plus de rufe que de force : il fit lement qui fe tiendroit à Attigni , pour 
trêves avec lui juf qu'au n. de No- régler tous leurs différends; mais que ce- 
vembre , qu'ils dévoient fe retrouver pendant Lotaire n'attenteroit rien con- 
au même endroit pour vuider leurs dif- tre Charles ni contre Louis, autre» 
férends , ou à l'amiable, ou par les ment qu'ils feroient quittes de leur fer- 
armes, ment. 

Charles étoit alors à Bourges, où il Ce traité fait, Charles marcha vers"*~7 

atrendoit que Pépin le vint joindre, la Bretagne pour réprimer les mouve- ^ lm 
mais il manqua au rendez-vous promis , mens de quelques Seigneurs Bretons, 
croyant qu'il trouveroit mieux fes De là il revint lur fes pas pour fe trou- 
avantages de l'autre côté. De là il dé- ver au Parlement d'Attigni. Lotaire 
pécha vers Lotaire le prier de fè fou- avoit cependant efïayé de lui fermer 
venir des fermens qu'il lui avoit faits les paifages , rompu tous les ponts de 
entre les mains de fon père , lui of- deflus la Seine , 8c mis des troupes fur 
liant tout refpeét 8c fourmilion com- les bords qui le côtoyoient toujours, 
me à fon aîné. Lotaire l'amufa de Ces précautions ne lui fervirent pour- 
belles paroles , 8c cependant drelloit tant de rien, d'autant que Charles ayant 
routes (es machines pour le jetter hors fçû qu'il y avoit des vaiffeaux au def- 
de fes Etats. fous de Rouen , fit diligence de s'en 
Après que Charles eût par fa préfen- failir , 8c paila £qs troupes de/Tus , i'es 
ce confirmé les peuples d'entre la Meu- ennemis s'étant mis en hiite dès qu'ils 
fe 8c la Seine, 8c qu'il eût enfuite fait eurent vu fon étendard, 
un voyage en Neufirie , il retourna en En même tems Lotaire, par le con- 
diligence en Aquitaine, pour arrêter feil d'Albert Comte de Mets, fon prin- 
îes progrès de Pépin , à qui les appro- cipal boutefeu , 8c d'Othbert Evêque 
ches de Lotaire avoient fort enflé le de Mayence , pratiquoit les François 
courage. Il rabailfa un peu fon. parti par Auirrafiens •■> 8c fçacnant que Louis le 
le gain d'une bataille : mais cependant Germanique étoit en marche pour join- 
les peuples de Neufhie fe rangèrent du dre Charles , il fit palfer le Rhin à des 
côté de Lotaire. troupes pour aller au devant de lui , &c 



CHARLES II, ROI XXV. ? 

•débaucha une partie des tiennes -, en lui donner tout leur bagage , horfmis 



*4 K forte que Louis tut con(lï;lé,de peur leurs armes & leurs chevaux, & lui & 4 J * 

de perdre le refte , de (e retirer en Ba- céder même une partie de leurs terres 

viere. Il eut été facile à Lotaire de voifines del'Auftrafie, ne fei virent qu'à 

l'accabler , s'il l'eût vivement pourfui- le confirmer dans fa réfolution de tout 

' vi : mais il fe contenta de laiiïer des avoir , & de faire valoir fon titre 

troupes le long du Rhin , commandées d'Empereur. Ils furent donc contraints 

par Albert Comte de Mets, ppurl'em- de lui envoyer livrer le champ de ba- 

pêcher de revenir au fecours de Ion taille pour le lendemain matin à la deu- 

frere Charles. xiéme heure du jour : c'étoit le 25, de 

Cependant Charles ayant remonté le Juin, 
long des bords de la Seine , fait fes Les deux armées étoient campées 

prières à Div.u dans l'Eghfe S. Denis , vis-à-vis l'une de l'autre aux environs 

joint quelques troupes que deux ou du Bourg de Fontenay près d'Auxerre. 

trois de fes Comtes iui amenoient près Toutes les forces de la France , tous les 

de Monrreau Faut- Yonne , & pouifé Grands &c tous les plus braves chefs 

deux Comtes de Lotaire qui vouloient écoient-là , autour des quatre Rois , qui 

s'oppofer à fa marche , alla palfer à dévoient être les témoins & les remu- 

Troyes , où il célébra la tête de Pâques, nerateurs de leurs actions. Aufli le 

De là il fe rendit à Attigny , pour taire combat fut le plus opiniâtre de le plus 

voir qu'il ne manquoit pas à la conté- fanglant qu'on fe puilfe imaginer. De- 

rence alîignée entre lui & Lotaire. Après puis le commencement de la Monar- 

l'y avoir attendu quelques jours en chie Françoife , juiqu'au tems que j'é- 

vain , il marcha vers Châlons , Se là il cris , il ne s'eft point répandu tant de 

accueillit l'Impératrice Judith fa mère , fang François en quelque journée que 

8c les troupes qu'elle lui amenoit d'A- c'ait été. Il y périt cent mille hommes ; 

quitaine. horrible playe , & qui atroiblit fi fort 

Il apprit en même tems , que fon la maifon Carlienne, qu'elle ne s'en pût 
frère Louis ayant rallemblé fes forces jamais remettre. La victoire demeura 
avoit gagné une bataille fur Albert aux deux jeunes frères. Ils en uferent 
Comte de Mets , qui éioit demeuré avec toute l'humanité pollible , ôc ne 
mort fur le champ , & qu'il faifoit voulurent pas donner la challe à l'Em- 
diligence pour le venir joindre. Voilà pereur leur aîné , de peur de répandre 
pourquoi il fe mit en marche pour al- du fang davantage. Ils firent même en- 
ler au devant , méprifant le bruit que fevelir fes morts, & panfer ùs blelfés 
Lotaire faifoit courir qu'il fuyoit. Ce- comme les leurs , & publièrent un par- 
pendant Louis arriva ; &c ainn les deux don général pour tous ceux qui le vou- 
jeunes frères étant joints, fe trouvèrent droient accepter. Le lendemain ils af- 
les plus forts. Lotaire étoit perdu s'il femblerent les Evêques, dont il y avoit 
n'eût pas trouvé moyen de gagner quel- un bon nombre dans leurs armées , pour 
ques jours par de feintes négociations , les confulter fur la manière dont ils 
jufqu'à ce que Pépin , qui étoit en auraient à expier ce carnage de tant de 
marche , l'eût pu joindre. Quand il eut Chrétiens. Les Evêques répondirent 
reçu ce rentort , il ne parla plus que qu'il* n'avoient combattu que pour la 
de les faire obéir , & établir fur eux juftice , comme le jugement de Dieu 
une Souveraineté monarchique. Toutes en étoit la preuve manifefte , &z partant 
les offres 3c les ioumilhons qu'ils lui qu'ils les croyoient innocens ; mais que 
•êrent par diverfes fois , jufqu'à youloir fi quelqu'un fe fentoit coupable d'avoir 



b'4i, 



4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

fait quelque chofe par colère , par hai- en langue * Romance & en langue Tu- 



ne ou par gloire , il eue à s'en confef- defque. Il portoit que li quelqu'un des *» ^ wrt 

fer fecrecemenr Ôz recevoir une péni- deux frères y contrev.non , les lujets u rhjIk* 

tence fecrette. Ils ordonnèrent aufii que ne feroient plus obligés de le ieivir. L«tma. 

les troupes célébralfent un jeûne de trois C'étoit à proprement pailcr leur cion- 

jours pour leurs frères qui avoient été ner ouverture de changer de Souve- 

tués à la bataille. rain quand il leur plairoit . 

La plupart Aqs chefs s'étant retirés Cette union ayant ralfuré leurs fâ- 
chez eux pour fe rafraîchir , ces Prin- jets , ramené ceux que Lotaire avoit dé- 
ces ne purent pas recueillir tous les bauchés , & grolîi leurs troupes , ils fe 
fruits d'un li notable avantage. Louis mirentà le chercher pour le combattre : 
r'epafla le Rhin , Ôc Charles prit fa rou- mais il tira pays de vîtelfe , fans s'anê- 
te vers l'Aquitaine pour en chaifer en- ter nulle part qu'il ne tût arrivé à Lyon -, 
tiérement Pépin. Ce Prince étoit telle- 6c par fa fuite il leur abandonna toute 
ment abbatu , qu'il vouloit fe foumet- l'Aulfrafie, & une partie du Royaume 
tre à tout : mais la dilïenfion ayant de Bourgogne. 

brouillé le confeil de Charles, en for- Comme ils furent de retour à Aix , 

te qu'il n'agilfoit que foiblement > il les Evêques par eux aifemblés donne - 

reprit courage , ck fe mit en campagne, rent un jugement folemnel , & fort re- 

D'autre côté Lotaire qui s'étoit fau- marquable contre Lotairc. Il portoit 

vé à Aix avec fes débris , ayant levé de que pour raifon des crimes commis à 

nouvelles forces , fe fit bien-tôt revoir l'endroit de TEgliie, de fon père ôc de 

en Neuftrie , où il avoit grand nombre fes frères , après une mûre délibération , 

de partifans , tk perça jufques dans le ils le déclaroient entièrement déchu de 

pays du Maine , brûlant &: faccageant fa portion des terres de deçà les monts, 

toutes les contrées par où il palïoit. Et néanmoins ils ne voulurent point la 

De là il rebrourTa vers Paris. Sonar- détérer aux deux jeunes frères, qu'au- 

mée &z celle de Charles fe rencontre- paravant ils n'eufïent fçû d'eux s'ils en- 

rent près de S. Denis , la rivière entre tendoient la gouverner félon les com- 

deux y celle de Charles étant la plus mandemens de Dieu. A quoi ayant 

foible fe fauvadans les forêts du pays répondu qu'ils le defiroient ainfi , les 

du Perche *, Lotaire la pourfuivit quin- Evêques leur dirent : Et nous par Vau- 

zj jours : mais ne la pouvant contrain- torité divine , vous prions que vous la re- 

dre de venir au combat , il renvoya Pe- cevie% & la gouvernie^felon la volonté 

pin qu'il avoit fait venir avec fes ban- de Dieu. Ils diviferent donc entr'eux 

des d'Aquitaine. la portion de l'Aurtrafie que Lotaire 

q, z ^ Les deux jeunes frères en fe féparant , avoit poffédée. 

nirs s'étoient donné rendez-vous pour fe Toutefois ce partage ne tint pas: car 

Michel nr. fevoir au plutôt. Dès que Charles eut ce Prince les ayant peu après recher- 

fils de Th =° _ les chemins libres , il alla jufques fur le chés d'accommodement , les amis com- 

vrier'n.. ij. bord du Rhin pour recueillir fon frère : muns firent en forte que les trois frères 

ans avec là fe tous deux s'étant rendus à Stras- s'abouchèrent dans une Ifle fur la Saône, 

ftuï 6 %c en- bourg le zx. Février, après plufîeurs accompagnés chacun de quarante Sei- 

core Lotai- fêtes & caroufels , firent une nouvelle gneurs , en préfence defquels ils con- 

* E> ligue & amitié , fe promettant par vinrent de partager toute la fuccellïon 

ferment folemnel de ne s'abandonner de leur père ( la Bavière , la Lombar- 

jamais l'un l'autre. Ce traité étoit con- die , tk l'Aquitaine non comprifes ) en 

çu & écrit en deux langues, fçavoir trois parties égales, dont Lotaire aurok 



CHARLES II. ROI XXV. 5 

le choix. Que les mêmes quarante de- Provence eut tout ce qui étoit entn 



4i * pûtes de la part de chacun d'eux, s'alïem- les Royaumes de fes deux autres ri ères, 43* 
bleroient au mois de Novembre dans fçavoir les terres d'entre i'Eicault , la 
la ville de Mets pour faire cette divifion Meufe , le Rhin & la Saône. On ap- 
felon leur confcience, & que cependant pelia cette étendue en langue Tudef- 
chacun des trois Princes demeureroit que Loterreich , en langue Komance * *Lohiere« 
dans la portion qu'il tenoit. Lohier Règne , & par abrégé Lorraine , vieux Fian- 
L'aiîemblée des fix-vingts Seigneurs c'eft-à-dire le Royaume de Locaire. ^ s i ' re celtLe ' 
ne fe fit point à Mets , parce que Lotai- Le pays qui porte ce nom aujourd'hui 
re étant à Thionville , il n'y auroit pas eu n'en eit qu'une bien petite partie, 
de fureté pour les députés des deux jeu- Quant à Pépin , on ne lui fit aucune 
nés frères : elle fut remifeà Coblents fur part , mais ayant gagné une grande ba- 
ies conflans de la Mofelle & du Rhin , taille dans 1 Angoumois fur les gens de 
ôc là encore faute de pouvoirs affez Charles fon oncle , qui s'eftorçoit de lui 
amples , ils ne purent convenir que ôrer fon Royaume d Aquitaine , de af- 
d'une trêve jufqu'à la fête de S. Jean- fiégeoit Touloufe , il s'y maintint en- 
Baptifîe ■■, ôc d'une autre atfemblée qui core quelques années , jufqu'à ce que 
fe feroit à Thionville avant ce tems- fes vices , plutôt que les forces de fes 
là. ennemis , le détrônèrent. 

Dans cet entre : tems Charles fe ma- Cette divilion de la Monarchie en- 

ria dans fon Palais de Crecy fur Oife , tre frères égaux , d'éfunit les peuples de 

*Selouquel- avec Hermentuide fille de * Vodon &c la Gaule, de la Germanie & de i'italie, 

odonou Eu- petite-fille d'Aielard qui avoit gouver- qui avoient commencé à fe coler, pour 

d« comte né Louis le Débonnaire , & avoit été ainfi dire , & à fe joindre en un corps 

d Orléans. un e ft r0 y aD l e dillipateur des finances de Monarchie : elle fit que les fujets 

ôc des domaines de la Couronne ; ce devinrent changeans , infidèles, fac- 

qui d'un côté lui avoit attiré la haine tieux , & qu'ils le donnèrent la liberté 

de ceux qui aimoient le bien public -, de choifir des Princes, croyant le pou- 

miis de l'autre , raifeètion des courti- voir faire , pourvu qu'ils fufïent du 

fans & de ceux qui ne peuvent entrete- fang Royal. Mais ce qu'il y avoit de 

nir leur grande ciépenle , que par les pire , étoit que la France ayant perdu 

profullons d'un Mmiftre. la meilleure partie de fes forces par cet- 

Lcs Seigneurs François afTemblés à te grande faignée de Fontenay , ne fut 

Thionville, travaillèrent il bien au par- plus en état de contenir les peuples 

rage des trois frères, qu'ils en vinrent à qu'elle avoit fubjugués , particulière- 

bout le 16. du mois de Mars. Le Royau- ment les Gafcons & les Bretons, ni de 

me d'Occident ou France Occidentale , fe défendre des incurfions des Nor- 

qui eft à peu près ce que l'on nomme mands. 

aujourd'hui la France , fçavoir depuis Pour les Gafcons , Azenar qui s'étoit 

la Mer Britannique jufqu'à la Meufe ; emparé de la Comté de ce pays-là , 

& avec cela le Languedoc & la Mar- étant mort l'an 836. fon frère Sance 

che d'Efpagne échurent à Charles ; l'avoit aufii envahie malgré Pépin , & 

l'Aquiraine étoit difputée par Pépin, s'y maintenoit avec l'appui des Bafques 

A Louis vint la Germanie jufqu'au de des Navarrois. La Duché étoit alors 

Rhin , avec quelques villages en deçà tenue par un Seigneur nommé Totiius : 

qu'il voulut avoir , parce qu'il y avoit Azenar bien loin de lui obéir , le fati- 

des vignobles ; & Lotaire outre le titre guoit par de continuelles incurfions , & 

d'Empereur , le Royaume d'Italie ôc la pendant qu'il le tenoit occupé 3 don- 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

-» noit lieu aux Normands de ravager cou- ve , mourut à Tours -, 6c ce Bernard ■- 

«45 • te cette Province. qui avoit été il fort dans les bonnes *Hv 

On ne fçauroit fans horreur raconter grâces , mais depuis difgiacié pat fon 

les ruines , les meurtres & les embvâfe- mari , ayant été acculé d avoir brailé 

mens que Ces barbares firent par toute queique truhilon fur la Marche d'Efpa- 

la France. La néceiliié les forçoit de gne, dont il étoit Comte autli bien que 

fortir de leur pays , pour chercher leur Duc de Septimanie , rut pris & con- 

fubuTtance ailleurs : car de cinq ans en damné à mo.t par le jugement desSei- 

cinq ans on metcoit dehors des peupla- gneuis François. 

des ou effams de jeunes gens , que ion Pendant le gouvernement du Duc 
donnoit en partage à des Princes pour Totilus en Galcogne , Ls Normands 
aller chercher leurs avantures en u'au- ayant manqué une entrepriie lut Bour- 
tres pays. Le defir du butin & de la deaux , ruinèrent Bafas , Ayre, Laitou- 
gloire les jettoit fur les plus riches pro- re , Daqs , Tarbe de Bigorre, Labour, 
vinces ; le Faux zélé de leur religion îm- Oleron oc Lafcar , & battirent deux Fois 
pie Se brutale , les rendort cruels & ce Duc ; mais à la troiiiéme il eut 
ianguinaires , particulièrement à l'en- l'avantage fur eux , & les châtia entié- 
droit des gens d'Egliie -, les François fe rement de toute la Gafcogne. 
fervant de leurs lecours dans les que- Il ne vécut que peu de tems après 
relies publiques & particulières, les in- fa viétoire : on donna fa Duché d Se- 
troduifoient dans le pays ; ik. les mé- guin 5 & pour le fortifier davantage 
chans garnemens que les déiordres des contre Sance &c contre les Normands , 
guerres civiles avoient mis en curée , on y joignit encore la Comté de Bour- 
non-feulement leur fervoient de gui- deaux, qui auparavantétoit de la fécon- 
des , mais encore de chefs &: d'inftiga- de Aquitaine , on y ajouta même , fi je 
teurs pour tout piller , avec tant dedef- ne me trompe , celle de Saintes. Ce qui 
trustions , qu'on n'en trouve point de n'empêcha pas que les Normands ayant 
pareilles dans routes les hiltoires du fait une féconde defeente l'an 845. ne 
monde. Car depuis une mer jufqu'à le défilfent en une fanglante journée 
l'autre , il ne demeura pas un Monaf- entre Saintes & Bourdeaux _, où fa mort 
tére , pas une Eglife qui ne reffentît combla leur victoire. 
leur rage diabolique , pas une ville qui Le Duc Guillaume (on fucceffeur ne 
ne fut rançonnée , pillée ou brûlée deux put arrêter ce débordement qui rouloit 
ou trois fois. Ce qui faifoit allez con- par la féconde Aquitaine , 6V enlevoit 
noître que c'étoit une terrible vengean- tantôt la ville de Saintes, tantôt celle 
ce de Dieu. d'Angoulême , une autre fois celle de 
Aullî donna- t-il toutes ces années-là Limoges ou de Perigueux. La confufion 



Vers 1 an j e v ifibles avertilTemens de Faire péni- qu'ils caufoient dans ce pays- là , ik la 

^4°' tence : prefque tous les ans îlparoilFoit révolre de Bernard Duc de Septimanie 

OC luiv. des comètes , on en avoit vu une un dont nous venons de parler , laquelle 

peu avant la mort de Louis le Débon- arriva en ces mêmes années , donna la 

mire -, $c une autre encore l'an 842. hardielfe aux Gafcons du Duché , de fe 

D:puis l'an 840. jufqu'en 850. il pa- joindre à ceux du Comté pour faire 

rut prefque toutes les années desbatail- tous enfemble le Comte Sance Duc de 

les en l'air , & la terre trembla fouvent Gafcogne •, auquel quelques années après 

avec des mugiflèmens effroyables. fuccéda Arnauld fils d'Emenon ou Im- 

L'an 843. au mois d'Avril l'Impé- mon Comte de Perigord. 
ratrice Judith mère de Charles le Chau- Dès 1 an 841 . comme les Rois étoient 



CHARLES I 

en campagne pour fe détruire l'un l'au- 

^45 • tre , Ochery ou Oger , l'un des plus re- 
doutables chefs des Normands , qui 
commandoit une flote de cent cinquan- 
te vaifïeaux , brûla la ville de Rouen 
le quatorzième de Mai , ôc l'Abbaye de 
Gemiege quelques jours après : & quin- 
ze ou feize ans durant continua fes bar- 
baries fur la Neuftrie , mais plus parti- 
culièrement fur la Bretagne ôc fur l'A- 
quitaine. 

Ces Barbares avoient aufli pris la 
route de defcendre par la Bretagne : la 
révolte de cette Province leur en ayant 
ouvert les portes. Louis le Débonnai- 
re en avoit donné le Gouvernement à 
Neomene ilïii des anciens Rois de ce 
pays-là , ôc frère puîné de Rivalon pè- 
re de Salomon. Or Neomene ayant ac- 
quis quelque réputation pour avoir te- 
nu tête aux Normands l'an huit cent 
trente-fix , commença à fe croire digne 
de la Couronne de les ancêtres : tou- 
tefois fon defîein n'éclata point juf- 
qu'après la fanglante bataille de Fon- 
tenay , qu'étant incité par le Comte 
Lambert , il fe déclara hautement Sou- 
verain , ôc chafTa tous les François de 
la Bretagne , horfmis de Rennes ôc de 
Nantes , où ils tinrent bon 

Ce Lambert outré de ce que le Roi 
Charles lui avoit refufé la Comté de 
Nantes qu'il demandoit , enrécompen- 
fe de ce qu'il avoit combattu vaillam- 
ment pour lui à la journée de Fonte- 
nay , renonça à fon fervice , & fe jetta 
dans le parti de Neomene : avec l'aide 
duquel ayant battu ôc tué Renaud Com- 
te de Poitiers , à qui le Roi Charles 
avoit donné Nantes , il demeura maî- 
tre de cette ville. Mais dans peu de 
jours en ayant été chailé pour quelque 
divilîon qui furvint entre Neomene ôc 
lui , il alla malheureufement quérir les 
Normands , ôc les amena par la riviè- 
re devant Nantes , qu'ils prirent par 
efcalade le jour de la Saint Jean. Ils 
égorgèrent la plupart, des habitans qui 



I. R O I X X V. 7 

s'étoient réfugiés dans l'Eglife faint — - 

Pierre , maflacrerent l'Evêque fur le ^44* 
grand Autel comme il diloit la Méfie , 
ôc emmenèrent tout ce qui reftoit 
d'hommes en vie. De là ils turent brû- 
ler le Monaftére des Ifles , c'eft Noir- 
Mouftier. Ainli Lambert demeura Com- 
te d'une ville détruite , ik tâcha de s'y 
maintenir , flotant entre fon Roi ôc 
Neomene , infidèle à l'un ôc à l'autre , 
haï de tous les deux. 

Après le partage fait entre les Rois , 
comme la Bretagne étoit un prétendu 
membre de la France Occidentale , qui 
étoit échue à Charles le Chauve •, ce 
Prince n'ayant plus d'ennemis au de- 
dans , tourna fes forces de ce côté -là , 
penfant remettre Neomene dans l'obéif- 
fance. Mais il vint hardiment au de- 
vant de lui , ôc l'ayant rencontré fur 
le chemin de Chartres au Mans , ii le 
chargea fi vertement , qu'il mit fon 
armée en déroute , ôc le contraignit de 
fe fauver dans Chartres à courfe de 
cheval. 

Cet avantage redoublant les forces 
des Bretons , ils faifoient des cour- 
fes fur le Maine, l'Anjou ôc le Poi- 
tou. Il femble néanmoins qu'il y eut 
quelque trêve , puifqu'à l'inftance du 
Roi Charles, Neomene chafîa le Com- 
te Lambert de Nantes, qui s'alla nicher 
dans le bas Anjou , ôc y bâtit le Châ- 
leau d'Oudon. 

En même tems que Charles fut dé- 
fait par Neomene , les guerres civiles 
travaillant le Dannemarc, les Seigneurs 
de ce pays-là qui fe trouvèrent forts fur 
mer, entr'autres, Ragenaire, Haftea 
ôc Bier côté de Fer, fous le comman- 
dement d'un Roi ou Chef nommé 
Horic, fe jetterent fur la France Occi- ~ s 4 e 
dentale , ôc ayant forcé les gardes qui 
défendoient l'embouchure de la Seine > 
pillèrent R.ouen. Une partie comman- 
dée par Ragenaire montant avec des 
barques le long de cette rivière , facca- 
gea tout à droit ôc à gauche ; ôc n'ayant 



44- 



5 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

pu prendre la cité de Paris, en ruina places , il y exercèrent leurs fureurs — - — - 

^45* tout ce qui s'étendoit hors de l'ifle, vingt ans durant. L'an 847. ils pillèrent b 47« 

pilla l'Abbaye faint Germain des Prez , le bourg S. Pierre de Rome , & l'Eglife 

ôc de là s'en alla détruire la ville de du Prince des Apôtres : ce qui obligea 

Melun. Ils n'attaquèrent point l'Ab- le Pape Léon IV. de le fermer de mu- 

baye de faint Denis, à caufe que le Roi railles , &c d'y loger les Corfes que les 

Charles fort dévot envers ces faints Sarralins avoient chaflés de leur ifle. 

Martyrs , y avoit mis une bonne garni- Cette nouvelle ville tut nommée Leo- 

fon. En 868. il la rit clorre de murail- nine. 

les & de tours en forme de Château. Les Seigneurs refpecloient fi peu leurs g. j j < 

Les Moines de ce rems là racontent Rois, que Gilalbert Comte des Man- 

plu fieurs exemples d horribles puni- fuanens , ofa bien enlever la fille de 

rions de Dieu fur ces Barbares , pour l'Empereur Loraire, &c la mena furies 

leurs exécrables meurtres , fâcriléges terres de Charles pour l'époufer : ce 

6 incendies : mais Us avoient le cœur qui donna grand fujet de plainte à Lo- 
li dur , que rien n'étoit capable de les taire , & beaucoup de peine à Louis 
épouvanter. le Germanique pour appaifer fon ref- 

Quand ils furent chargés de butin , iëntiment. 
ils le laillerenr plus facilement vaincre En Guyenne les grands levoient des " 

aux préfens que le Roi Charles leur troupes pour leurs querelles parriculie- 

iit pour fe retirer : mais à leur retour res , ôc fe battoient à toute heure maL 

ils ravagèrent la Picardie , la Flandre , gré la défenfe de Pépin. En Italie l'an 

la Frife , &c prirent la ville de Ham- 844. le Clergés les Bourgeois de Ro- 

bourg , où ils fe fullent établis, fi toute me eurent la hardielïè d'élire Serge II. 

l'Allemagne ne fe fut élevée pour les en Pape fans la permiilîon de l'Empereur , 

charter. lequel , pour reprimer cet attentat, en- 

Les Prêtres ôc les Religieux fuyoient voya fon fils Louis à Rome avec vingt 
devant eux de lieu en lieu , cherchant Prélats -, Dreux Evêque de Mets croit 
des retraites fûres ou des cachetés pour chef de cette légation. Le jeune Prince 
les tréfors de leurs Eglifes, ôc pour les connoillànt l'efpritde certe ville-là, n'y 
reliques des Saints : pour lefquelles la voulut point aller fans avoir main for- 
dévotion fe redoubla rellemenr, quand te ; il y mena de bonnes troupes avec 
ce grand orage fut palfé , qu'elle catifa lui , ôc pour faire marcher la terreur 
quelquefois de fanglantes querelles en- devant lui , il ravagea tout le pays juf- 
tre les Villes &c les Seigneurs qui les qu'aux porres de Rome , ôc pilla mc- 
repetoient , ou qui les vouloient re- me les tauxbourgs. Le Pape pour Hc- 
tenir. chir fa colère , envoya toutes les pro- 

— ' Tandis que Loraire avoir dénué toute ce liions au devant de lui, ôc le reçut 

43' l'Italie de forces pour les amener en avec tous les honneurs polîibles, le cou- 
France , les Ducs Radelchife de Bene- ronna Roi des Lombards cv Empereur : 
vent , Se Sigenulfe de Capoue , ayant mais il ne voulut pas fourfrir qu'il re- 
pris querelle enfcmble , lans refpecter çut le ferment de fidélité des Romains, 
le jeune Louis fon fils, appellerenr à que fous le nom de l'Empereur fon pere. 
leurs ieccurs , l'un les Sarralins d'Ef- Il honora aufli Dreux de Mers du rirre 
pagne , l'autre ceux de Sardaigne , de fon Légat en Gaules ôc en Germanie. 
( car ces Barbares avoienr envahi certe Quelques hiltoriens l'appellent Arche- 
Ifle) ôc leur donnèrent entrée dans l'I- vêque à caufe qu'il avoir le Pallium. 
falie , où s'étant fortifiés dans plulieurs Çejl une. fable que ce Pape ait lèpre- 

micr 



CHARLES II. ROI XXV. 9 

~ micr change, fon nom , & qu avant fon pourtant pas de longue durée, car il re- ô 

4*' élection il fefoit appelle Groin de Porc , commença auili-iôt fes courfes iur la ^f* 
car ce fut Serge IV. qui avoit ce vilain France : 8c Charles s^n étant vengé fur 
nom , & qui en prit un autre ; mais celui la Bretagne par le feu 8c par le glaive , 
dont nous parlons ne changea point le il en fit autant fur les pays circonvoilms 
Jien , car il sappella Serge comme fon 8c fur le territoire de Rennes , qui n'é- 
pere. Il y en a qui tiennent que ce fut toit pas encore de fon petit Royaume. 
OUavian qui introduifu ce myjlérieux Jufques-là il n'avoit point pris le ti- 
changement , & qui voulut être nommé tre de Roi , ou du moins n'avoit pas 
Jean. Ce fut le douzième de ce nom. pris la Couronne. La coutume de ces 
Selon la plus julle fnpputation , il tems-là étoit que le peuple ne croyoit 
faut rapporter à ces années la grande 8c pas qu'unPrince la portât légitimement, 
miraculeufe victoire que Ramire Roi fi elle ne lui étoit impofée par la main 
de Galice tenant fon iiége à Oviedo , d'un Evêque du pays , 8c par le confen- 
& fucceilèur d'Alfonfe le Chafte , rem- tement de tous. Or ceux de Bretagne 
porta fur les Sarrafins qui venoient lui étant la plupart de la nomination de 
demander l'infâme tribut d'un certain Louis le Débonnaire , refufoient de 
nombre de filles à quoi le tiran Mau- donner leur miniftére 8c leur approba- 
regat avoit obligé ce Royaume-là. Les non à cet ufurpateur. Il fufeita donc 
Chrétiens d'Efpagne avoient une fi contr'eux une aceufation de fimonie 
grande confiance en l'intercefiion de S. par ie moyen d'un Abbé nommé Con- 
Jacques le grand , qu'ils alTurerent l'a- noyon tenu pour faint homme par le 
voir vu à la tête de leur armée monté peuple. L'Alïemblée les renvoya par- 
fur un beau cheval blanc , 8c portant un devant le Pape pour fe juftifier : l'Abbé 
étendard de même couleur : fibienqu'é- les fuivit à Rome , & Neomene le fit 
tant animés par cette merveilleufe vi- accompagner d'une célèbre AmbafTade 
fion, ils vainquirent les ennemis & en qu'il avoit chargée de préfenter une 
renverferent foixanre 8c dix mille fur la Couronne d'or au Pape , 8c de lui de- 
place. En reconnoilîance de cette faveur mander le rétabliilèment de la Royauté 
Ramire ordonna ,, du confentement de éteinte en Bretagne. Toute la maifon de 
fes Evêques , que toutes les terres de fon France s'y oppofa fi fortement 9 qu'il ne 
Royaume payeroient à cet Apôtre les put obtenir du Saint Père, que des re- 
premices de leurs fruits ; fçavoir , cer- liques , 8c quelques réprimandes ver- 
taine mefure de bled & certaine mefure baies pour ces Evêques aceufés. Mais 
de vin pour chaque arpent , 8c que les comme ils furent de retour , Neomene 
foldats auili dans toutes les expéditions ayant ailèmblé le Clergé de Bretagne , 
militaires qui fe feroient contre lesSar- les força par des menaces de mort de 
rafins , lui confacreroient la dixième confeller ces crimes ,&là-deflus il les fit 
partie de leur burin. dépofer, fe rendant ainfi le maître des 

Les François étant entrés une autre formes de la difeipline Eccléfiaftique. _______ 

fois en Bretagne , s'embarrafierent mal Aufii-tôt il mit dans leurs places des g g^ 

à propos dans des marécages , 8c y reçu- gens de fa faction , rétablit trois autres ^ g ~ 

rent un fécond échec par les armes de Evêchés -, fçavoir ceux de Dol , de 

Neomene. Treguier 8c de Saint Brieuz , 8c ordon- 

g 47> Comme Charles fe préparoit à une na à l'Evêque de Dol de s'ériger en 

troilïéme expédition contre ce pays-là , Métropolitain. Les Paoes avoient don- 

l'erfioi des Normands l'obligea d'ac- né le Patlium aux Prélats de ce Siège , 

corder la paix à Neomene, Elle ne fut dès le fixiéme fiécle ; ils en avoient aiiflj 

Tome II. B 



1® 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



"" honoré pluheurs autres , particulière- Chauve, qui dans Paflèmblée de Char- 



^' ment celui d'Autan. Tout ce procédé très le ht tondre &c l'envoya au Mo- S 0< " 
de Neom.ne tendoit à fe taire couron- naftére de Corbie. A quatre ans de-là, 
ner &c facrer à la mode des Rois de Louis le Germanique ion oncle le fit 
France, comme il fit dans la ville de Archevêque de Mayence après la mort 
Dol , où il avoit convoqué les Etats de de Rabanus Maurus. 
fon p.tit Royaume. Tous fes Evêques Le Roi Pépin l'on frère avoit de fort 
y afiift.rent horfmis A&ard de Nantes , mauvaifes qualités, il étoit yvrogne, 
qui pour ce lu jet ayant été chaiLé de vilainement débauché, &: violent*, il 
fon Siège, fe relira vers l'Archevêque de vexoit extrêmement les fujets , &c auto- 
Tours Ion vrai Métropolitain : lequel riloit les injuftices & les volenes de fes 
ayant alTemblé les Evêques de fa Pro- Officiers. Une bonne partie des Grands 
vince , &c des voifines , fit faire des re- d'Aquitaine ayant conçu du mépris 8c 
montrances à Neomene fur fon attentat, delà haine contre lui, appellerent le 
mais fort inutilement. Chauve , le reçurent avec grand ap- 
Deux autres ennemis , peut-être li- plaudillemeut à Limoges, & l'accom- 
gués enfemble , j'entens le jeune Pépin pagnerent au fiége de Touloufe , qu'il 
Ôc les Normands , attirèrent les armes prit à compofition. Toutefois , li-tôt 
du Roi Charles dans l'Aquitaine. Au qu'il fut forti de l'Aquitaine , ils fe re- 
mois de Mars il prit quelques Navires concilièrent avec Pépin. 
de ces pirates dans la Dordogne , les Le voyage que fit Charles le Chauve 
chalïà de devant Dourdeaux qu'ils aiTié- en Bretagne pour mettre du renfort dans 
geoient , 8c contraignit Pépin de lui Rennes, n'empêcha pas que Neomene 
quitter la campagne. Mais des qu'il fut n'affiégeàt cette ville-là , ne la prit , 8c 
forti de la Province, les Normands fur- n'y fit prifonniers tous les Chers de la 
prirent Bourdeaux par la trahifon des garnifon, 

Juifs qui étoient dedans, tk emmené- La même année le traître Lambert 

rent en captivité Guillaume Duc des ayant tourné cafaque , arrêta le Comte 

Gafcons, 8c ceux que leur avarice vou- Amaulry 8f plulieurs autres Seigneurs 

lut réferver après que leur fureur fe fut François qui étoient entrés dans Nan- 

alïouvie de carnage. La foiblelFe des tes, fans doute pour détendre cette ville. 

François étoit fi grande, qu'ils leur laif- L'année fuivante Neomene attaquant Êju 

ferent plufieurs années faire leur place les terres des François par l'Anjou , 8c 

d'armes dans cette grande ville, fansofer ruinant les Eglifes prefque avec la mê- 

entreprendre de les en challer. me barbarie que les Normands, fut frap- 

£, Malgré les fuggeftions des brouillons péd'une maladie violente, dont il mou- 

qui vouloient la guerre , les Rois Lo- rut dans peu d'heures -, on crut qu'il y 

taire 8c Charles fe virent dans le Palais avoit de la main de Dieu. Son fils 

de Peronue , 8c fe jurèrent de nouveau Herifpoux lui fuccéda -, 8c étant venu à 

aftect-ion &c fureté mutuelle. Charles Angers trouver le Roi Charles, com- 

frere de Pépin d'Aquitaine , fe fiant me difent les Chroniques Françoifes », 

trop fur ces démonftrations apparentes, reçut de lui Rennes, Nantes, ik le 

fut alfez imprudent , comme il rêve- pays de Rets. 

noit de la Cour de Lotaire , de la pro- Il fe fit la même année une aflemblce 

rection duquel il fe tenoit fort , de générale de tous les Royaumes de la 

paflTer par la France Occidentale. Le Monarchie I'rançoife à Marfne fur les 

Comte Vivian ayant obfervé fa mar- bords de la Meule, où les trois frères 

the , l'arrêta 8c le mena à Charles le fe trouvèrent ik fe jurèrent amitié & fe- 



CHARLES I 

cours mutuel. Au partir de là Charles 

$5 I# defcendit en Bretagne pour attaquer 
Herifpoux , qu'il ne croyoït p is encore 
bien établi. Leurs Armées fe choquè- 
rent fur les confins de l'Anjou. Si l'on 
en croit les Bretons , celle de Charles 
fut fort mal menée. Quoi qu'il en loir, 
il accorda la pjix au Breton pour aller 
fe reflaifir de l'Aquitaine, qui étou une 
pièce plus importante, & pour s'oppo- 
fer aux Normands. 

Car cette même année le Pirate Ho- 
cheri fortantdeBourdeauxavcc fa flore, 
vint détruire l'Abbaye de faint Vandul- 
le jufqu'aux fondemens -, puis remon- 
tant la Seine avec fes perits batteaux , il 
faccagea tout le pays bien avant à droit 
Se à gauche , & brûla plufieurs Villes, 
entr'autres celle de Beauvais. 



I. R O I X X V. n 

La mauvaife conduite de Pépin avoit 
fi fort orîenfé les Seigneurs de ion 
Royaume , qu'enfin ils le faifirent de 
la perlonne , & le livrèrent à Charles > 
il le fit tondre , & le confina au Mona- 
ftére de faint Mard. D'où s'étant éva- 
dé, il roda quelque tems, &c fe mit à 
pilier avec les Normands , qui facca- 
gerent Poitiers & quelques autres vil- 
les voifines. Mais leurs efforts ne lui 
fervirent qu'à le rendre plus odieux j 
tellement qu'ayant été repris , il fut 
relïèrré fort écroitement dans le Châ- 
teau de Senlis. 

La même année Lotaire aflbcia Louis 
fon fils aîné à l'Empire. Il en avoit 
trois vivans , ce Louis , Lotaire &C 
Charles. 



«s^. 



ETEeHSSEBEIÏESBS?! 



6C853 



LOTAIRE & LOUIS 

fon fils , aflbcié à l'Empi- 



re. 



LOUIS Roi de la France 
Orientale 6c Bavière. 



CHARLES de la France 
Occidentale, &. de l'Aqui- 
taine. 



o /Tî* E ne feroit jamais fait de marquer 



tous les ravages des Normands. 
L'an 8$£. 6c l'an 853. quelques ban- 
des étant defeendues en Fnie , pillèrent 
cette Province-là , & celle de Hollande; 
& après être entrées dans l'Efcaut, elles 
vinrent brûler l'Abbaye de faint Bertin. 
D'autres montèrent encore par ia Seine, 
pillèrent ies Abbayes de jumieges & 
de fai.it "Wandrille , puis allèrent ficca- 
ger S. Quenrin & Noyon : mais au re- 
tour ils furent défaits par quelques trou- 
pes Françoifts. Une autre bande entra 
cette dernière année par la Loire , qui 
pilla la ville deTouis, &c mk le feu aux 
Eglifes , particulièrement à celle du 
grand faint Martin. 

Ebon s'éroit cétabli dans l'Arche- 
vêché de Reims , quand Lotaire avoit 
envahi ies terres de Charles le Chauve ; 
Depuis , ce Roi l'en avoit chalfé , & 



en fa place avoit fait élire Hincmar , qui ~ 

après plufieurs conteftations , fut cette $J" 
année confirmé dans cet Archevêché ^' 

par le Synode de Soiffons , tenu au mois 
d'Avril -, dans lequel il fit aufli dépo- 
fer tous les Clercs qu'Ebon avoit or- 
donnés depuis fa réintrufion. 

Que ce fut néceilité , ou mauvais 
confeil , le Chauve traitoit fort rude- 
ment les Aquitains. Il fit fauter quel- 
ques têtes des principaux , entr'autres 
celle d'un Comte nommé Gosbert .: 
dont ils conçurent tant de haine pour 
ce nouveau Souverain , que fous pré- 
texte qu'il n'avoit pas foin de les dé- 
fendre des Normands , ils députèrent 
vers Louis le Germanique le prier d'ac- 
cep.er le Royaume, ou de leur envoyer 
fon fils. 

Quelque étroite union qu'il y eut eu 
dix ans durant entre ces deux frères $ 

B ij 



ii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



le Germanique ne feignit point de la l'étrange avanture delà Papejfe Jeanne. — " 

°Sî* rompre, parce qu'il s'agilïoitde gagner On l'a tenue cinq cens ans durant pour -5 S" 
un Royaume. 11 envoya un de les fils une vérité confiante : mais dans ces der- 
en Aquitaine pour reconnoître la dil- niers Siècles , les Sçavans , même ceux 
policion des efprits : mais il ne la trou- qui font féparés de lEgtife Romaine , 
va pas telle qu'il ladefiroit, n'y ayant l'ont avec raifon traitée de fable ridicule. 
vu perfonne qui branlât que les parens La Monarchie de France étoit en 
de les amis de Gosbert ; de forte qu'il paix, quand Lotaite vint tout d'un coup 
s'en retourna vers le milieu de FAu- a f e dépouiller de la Souveraineté , 6c 
torane. Mais Charles ayant par là re- à changer fa pourpre Impériale en un 
connu les intentions de Louis de Ger- habit de Moine , qu'il prit dans lacé- 
manie , fe mit à rechercher l'amitié de lébre Abbaye de Prom ; il y mourut 
Lotaire : fî bien qu'il s'aboucha avec quelques mois après , ayant tenu l'Em- 
lui dans un Parlement tenu à Valen- pire quinze ans , & le Royaume de 
ciennes; ville qui étoit de telle forte Lorraine douze , à compter depuis le 
fur les confins de leurs terres , que Lo- partage lait avec fes hères. Il feroit mal- 
taire en pollédoit une moitié , &c Char- aifé de juger fi ce furent ies mouvemens 
les l'autre. de la grâce de Dieu, lequel amollit, 
« Ces deux frères s'étant remis de bon- quand il lui plaît , les cœurs les plus er> 
ne intelligence , alignèrent un autre durcis : ou bien les chagrins & les in- 
Parlement à Liège, 8c invitèrent Louis quiétudes de fon efprit bizarre &c in- 
d'y aflîiter, pour avifer en communaux confiant , qui le portèrent à un chan- 
arTaires de la Monarchie Françoife : gement fi furprenant. 
mais il s'en exeufa, craignant qu'à fon II eut pour femme Hermengarde r 
exemple , ils ne lui jouallent quelque fille du Comte Hugues le Couard , qui 
mauvais tour. lui procréa trois fils , Louis , Lotaire , 
Aufortir de-là Charles pafTa en Aqui- tk Charles, & une fille nommée Her- 
taine, Se s'en fit couronner Roi à Limo- mengarde , qui lut enlevée par Gifal- 
ges. Il n'eft pas vrai qu'il la remit en bert, Comte des Manfuariens, comme 
fimple Duché : car fon fils de même nous l'avons dir. Avant fon abdication 
nom que lui , la tint quelque tems à ti- il partagea fes terres entre fes trois fils , 
tre de Royaume; & nous voyons qu'el- donnant à Louis l'aîné de tous, l'Ita- 
le Létoit encore fous les premiers Rois lie & l'Empire, auquel il l'avoit aiïocit 
de la Race Capétienne. l'an 8 5 1 . à Lotaire le Royaume de Lor- 
Quelques-uns veulent placer en cette raine; & à Charles la Provence, & partie 
année > après la mort du Pape Léon IV. du Royaume de Bourgogne. 






CHARLES II. ROI XXV. i 3 



H'wwjBtfairetBgai 



LOUIS LE GERMANIQUE en Ger- i CHARLES en Neuftrie & Aquitaine, 
manie & Bavière. 



LOUIS Empereur & Roi 
d'Italie. 



LOTAIRE II. Roi de Lor- 
raine. 



CHARLES Roi de Proven- 
ce & de Bourgogne. 



PV Ans ce changement tous ces Prin- voit fait Archevêque , 8c avoir voulu T~[~ 

1 ' \»J ces formèrent de nouvelles li- être facré 8c couronné par fes mains 

gués 8c de nouveaux detfeins. Le jeune à fainte Croix d'Orléans. De Sens 

Lotaire tort mugueté par fes deux on- Louis s'avança jufques dans l'Orléanois: 

clés, le joignit enfin avec Charles : mais de là, je ne fçai pas pourquoi, il re- 

l'Empereur Louis le ligua avec le Roi de palfa en Champagne. 
Germanie qui cherchoit toutes fortesde Charles qui alors étoit furies bords 

moyenspour le dépouiller. Charles étoit de la Loire avec ion armée pour faire tê- 

fort haï des grands de fon Etat , d'autant te aux Normands, ayant appris que fon 

qu'ayant conçu ou de la défiance de leur frère envahiiloit Ion Royaume , laiifa là 

affection , ou du mépris pour leur peu de les Barbares , 8c s'avança jufqu'auprès 

valeur, il donnoit les emplois militaires de Briénne pour le combattre : mais 

à des gens de fortune , plutôt qu'à eux. comme il vit que tout paifoit de ce côté- 

Le peuple même ne l'avoit pas en trop là , que fes troupes même commen- 

grandeeftime,àcaufequ'illedéfendoit çoient à le quitter > il eut peur que fes 

mal des courfes des Normands 8c des gens ne le livralfent } 8c abandonna fon 

Bretons, 8c qu'il autorifoit ou du moins armée, qui fe rangea tout fur l'heure 

toleroit le pillage de fes Officiers. Sur aux ordres de fon frère. 

ce mécontentement univerfel il fe for- Une fi prompte 8c fi étonnante révo- _ « « 
ma une grande confpiration pour le def- lution fut aulîi tôt fuivie d'une toute 
ritujr de la Royauté : (es fujets députe- contraire. Ceux qui avoient appelle le 
rent vers Louis le Germanique , lui o£- Germanique, s'en repentirent les pre- 
frant de le reconnoître pour leur Sou- miers , foit que leur humeur ne s'ac- 
verain, s'il vouloir les gouverner avec commodât pas avec celle des Germains, 
juftice , & employer fes forces pour foit qu'ils euffent honte de leur trahi- 
leur défenfe. fon. Ainfi afin de la réparer , ils voulu- 
Donc tandis que Charles étoit allé rent en commettre une autre, & con- 
faire tête aux Bretons , Louis traverfe fpirerent de le faire tomber entre les 
l'Alface avec une armée,vient en Bour- mains de Charles : il étoit aulîi aifé 
gogne , & reçoit l'hommage de grand d'exécuter ce delîein que de le con- 
nombre de Seigneurs Neuftriens dans cevoir , pour ce qu'ayant été fi crédu- 
le Palais de Pont-Yon. Après il alîïgne le que de fuivre leur avis , il avoic 
un Parlement àAttigni pour le recevoir renvoyé les troupes de fon Royaume: 
de tous les autres , 8c effc introduit toutefois il reconnut leur mauvais def- 
dans la ville de Sens par l'Archevêque fein alfez à rems pour fe retirer de 
nommé Venilon ou Guenilon, égale- leurs mains, 8c prit occaflon de sert 
ment ingrat 8c traître à fon Roi Char- retourner en Germanie , fur la nou- 
les, qui de Clerc de h Chapelle l'a- velle qu'il reçut des incur flous des W 



i 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

"o.'n "' ' nedes dans fes terres. Il n'eut pas fi- de ce Gandonji renomme pour/es trahi- • " — 

tôt le dos tourné, que Charles ayant fons dans les vieux Romans : ceux qui °59- 

rafîèmblé fes amis , reconquit ion entendent l'ancien langage François , 

Royaume auiîî facilement qu il l'avoit fçavent qu enginner Jîgnijie tromper , & 

perdu. que ganeion veut dire un trompeur 3 un 

L'entreprife du Germanique donna traître. 

^5 9- de la jaloulîe au jeune Locaire , ôc le Les Pères de ce même Concile , ou 
porta à fe liguer avec ion oncle Char- peut-être d'un autre tenu au même 
les pour leur commune définie. En con- lieu écrivirent auiîî aux Evêques de 
féquence de cette union , les £véques Bretagne , pour les exhorter de reton- 
du Koyaume de Neuitne & de Lorrai- noître le Métropolitain de Tours , ôc 
ne s'étant affembies à Mets le 16. de leur envoyèrent un mémoire pour ad- 
Mai , chargèrent Hincmar Archevêque monefter le Roi Salomon d obéir à 
d; Rhjims , d'aller forùmer-ie Germa- Charles Roi de France ion Souverain ; 
nique de réparer le tort qu'ii avoit fait mais il n'en tint pas grand compte, 
à fon frère , ôc d aiîiiter au prochain Les deux frères Louis & Charles, ôc 
Parlement général , où celui qui ieroit leur neveu Lotaire ayant été réconciliés 
trouvé coupable , ferait fatisfaéhon , par les gens de bien , s'entrevirent dans 
ôc abandonneroit les traîtres. Il répon- une ifle du Rhin proche d'Andernac , 
dit qu'il étoit tout pret de s y trouver, accompagnés de nombre égal de Sei- 
mais que n'ayant rien rait que par le gneurs qui demeurèrent fur les bords 
confeil des Evéques , il deiîroit en de la rivière. Ils fe touchèrent dans la 
prendre leur avis. main , ôc convinrent de fe retrouver le 

Il fut donc aifemblé vers la mi- Juin prochain Automne à une aflèmblée gé- 

un Concile à Savonnieres, à un qu^rt nérale qui fe tiendroit à Balle. Toute- 

de lieue de Toul , compofé des Eve- fois ils ne s'y rendirent point, ôc re- 

ques de douze Provinces ; ôc on y tra- mirent leur entrevue au Printems fui- 

vaiila pour la réconciliation ues deux V ant dans l'AlTemblée de Coblents. 
frères & de Lotaire leur neveu : Il n'eu: En ce heu là les Evêques, qui éroient 

point marqué à quelles conditions alors les maîtres du Gouvernement par 

Le 16. du même mois Charles y pré- la foibleile des Princes , Ôc par le peu 

fenta une requête contre Wenilôh de de crédit des Grands , qui n'avoient de 

Sens. Il difoit entr'autres choies , Quil vigueur que pour s'entrebattre ôc pour 

avoit été facré Roi par la volonté des manger le peuple, réglèrent l'accommo- 

Evêques , partant qu'il n avoit pu être dément de ces trois Princes , ôc dreiîe- 

privé de cette confécration fans leur con- rent un formulaire pour l'obfervation de 

fentement ; & ilajoutoit qu'il eût répon- \ a paix -, le Germanique le jura le pre- 

du devant eux , s'il y eut été appelle, mier , & les deux autres après lui. 

C'étoit fe foumettre à leur jugement. L'Hiver de cette année 860. futjz j^ 0> 

On donna quatre Métropolitains pour fort que la mer Adriatique fe glaça , & 

Juges à Wemion , qui le firent aiii- les marchands de ces côtes portèrent leurs 

gner à comparoîrre pardevant eux dans denrées à Venife par charroi. On vit tom- 

Ctente jours. Nous ne voyons point 1er en plufieurs endroits de la neige de 

qu'ils ayent continué cette procédure : couleur de fang : ce qui ne femblera pas 

car ii mourut pailible en fon Archevê- merveilleux à qui conjîdérera que Von a 

ché l'an 865. vùfouvent des pluyes de même. % 

Ceji une erreur groffîére de croire que Comme les Bretons infeftoient con- %C\. 

ce Jbit lui qui ait donné lieu aux fables tinuellement les terres de Charles , il 



CHARLES II. ROI XXV. 



M 



TTZ donna la Duché de Fiance ; c'eft-à-di- te de ce Roi , le jeune Comte en fut — : 

re , le gouvernement d'entre Seine 8c tellement étonne , que l'an fuivant il • 

Loire , à Robert ïurnommé le Fort ou alla à Rome fe jettes à fes pieds. Le 

le Vaillant , pour garder cette marche faint Père touché de fa foumifiion , 8c 

ou Frontière. Ce que nous avons vou- des larmes de la Princefle , interpofa 

lu marquer , parce que ce Robert eft fes prières pour obtenir leur pardon. 

conftamment la Souche de la glo- Charles fut confeillé de fe laitier rlé- 

rieuse Race des Capétiens -, laquel- chir ; aufli-bien la faute ne fe pouvoit 

le ( quand on ne compteroit fon ori- reparer autrement. 

gine que de cette année-là ) auroit au- La paflîon du jeune Roi Lotaire fit 

*En i7ï4. il jourd'hui huit cens trente-fept ans * un bien plus grand efclandre : il avoit 

y a 8*4. ans. d'antiquité bien prouvée par defeente époufé Tietberge fille de Huebert Duc 
de mâle en mâle 8c de têtes couron- d'outre le Mont-Jou , 8c allié de Char- 
nées ; honneur dont aucune Race du les le Chauve : or dès l'an $60. ayant 
monde ne fçauroit fe vanter. pris du dégoût pour elle , 8c de l'a- 
Cette année le Chauve fit Comte de mour pour Valdrade nièce de Thiet- 
Hollande un Seigneur nommé gaud , 8c feeur de Gontier , celui-ci 
Thierri , duquel font defeendus ceux Archevêque de Cologne , 8c celui-là 
qui ont depuis tenu héréditairement de Trêves : ces deux Prélats interrefles 
cette Comté. Mais ils n'y ont jamais 8c flateurs ayant allé m blé leurs Suffra- 
eu qu'une autorité fort limitée , 8c qui gants à Aix la Chapelle, les obligèrent 
ne pouvoit rien entreprendre fur la li- de dilïoudre ce mariage ; 8c routaufîi- 
bertc du pays : de forte que c'étoit plu- tôt Lotaire époufa publiquement Val- 
tôt comme une République , qu'une drade. Les motifs prétendus de cette 
Souveraineté. fentence étoit un incelte fuppofé de 
En cette année Robert le Fort furprit Tietberge avec le propre frère d'elle > 
douze vailTeaux des Normands dans la 8c que l'Evêque de Mets alïuroit que 
Loire 8c tua tous ceux qui étoient de- Valdrade avoit été fiancée à Lotaire , 
dans. Il défit aufli quelques troupes Bre- par l'Empereur fon père , mais qu'après 
tonnes qui couroient l'Anjou , tandis fa mort le Duc Huebert , qui pouvoit 
que Charles ayant convoqué une allem- tout dans cette Cour-là, avoit forcé le 
blée générale en fon Palais de Pilles , Prince de prendre Thietberge pour 
c'étoit près de Mantes , travailloit à bâ- femme. 

tir le Château 8c le Pont de l'Arche , Pour lors étoit Pape Nicolas I. Pré- 

pour empêcher les courfes des Nor- lat fort capable , 8c qui le portoit 

mands par la rivière de Seine. haut : il en écrivit au Roi Charles qui 

" Sr ^ Baudouin Comte de Flandres ayant cherchoit déjà querelle à Lotaire , lui 
le fupport du Germanique , eut l'auda- enjoignant de réduire fon neveu à la rai- 
ce de venir jufqu'à Senlis enlever Ju- fon. Aulïi eût-il tâché de le dépouiller 
dith , fille de Charles fon Roi , & jeu- pour le démarier , fi Louis le Germani- 
ne veuve d'Ethelulre Roi d'Angleter- que ne fe fût mis entre deux , 8c ne les 
re , d'où elle étoit revenue depuis quel- eût obligés de fe trouver à une alïem- 
ques mois. Il fe retira dans les terres blée générale. Lotaire s'y étant rendu , 
de Lotaire , 8c de-là il emmena fa nou- promit de fe foumettre au jugement de 
velle femme en fon pays. Les troupes î'Eglife ; 8c pour éluder les pourfuites 
de Charles qui avoient voulu courir de Charles , en appella au Pape , le 
après , y furent bien battues. Mais le priant de faire juger cette caufe par un 
Pape l'ayant excommunié à la pourfui- Concile d'£vêques François qui fe tint 



16 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

à Mecs , 6c où fa Sainteté envoyât fes Conftantinopîe. Ce qui ne fortifia pas 
*' Légats. peu le fchifme que ce dernier vouloir "** 
Le faint Père lui accorda fa deman- taire , & les réliltances de Hincmar Ar- 
de *, le Concile lut affemblé au mois de cheveque de Rheims. Néanmoins peu 
Juin. Les deux Evèques Gontier 6c après Ihietgaud obéit à la lentence, mais 
Thietgaud y fervirent la palîion du jeu- quelque inltance qu'il en tic , il ne put 
ne Prince -, 6c les préfens corrompirent obtenir l'on abfolution du vivant de Ni- 
les Légats du faint Père > en un mot le colas. Quant à Gontier Archevêque de 
Concile prononça en laveur de la dilïo- Cologne il n'en tint compte, cv ùemeu- 
kition. Les deux Archevêques eurent la ra toujours dans Ion obftination. 
hardieffede porter cette Sentence à Ro- Les fujets du Chauve malcontensde T7" 
me pour la faire approuver au Pape : fon gouvernement , av oient fait di ver- 
mais bien loin de cela il alfembla un les ligues contre lui : il obligea pareiU 
Concile dans le Palais de Latran , par lement (es fidîUs d'en faire entr'eux 
lequel il calfa les aétes de celui de pour fon fervice , &c de s'alfembler en 
Mecs, le nommant une proftitution in- chaque reflôrt * fous un étendart ou * MiiïicN 
famé, les dépofa &c les excommunia gonfanon , pour marcher quand il les cum - 

tous deux , 6c déclara que tous les autres manderoit. Il arriva vers ces jours-là en 

Evèques qui avoienc alîiicé à leur faux France un Légat du Pape , il s'appel- 866. 

jugement , encourroient les mêmes pei- loit Arfenius. Sa commifîion portoit 

nés , s'ils n'en demandoient pardon par trois points : de rétablir Rothald ou 

des Envoyés exprès. Rohaud , Evêque de Soilîbns dans fon 

"T~ Thietgaud 6c Gontier plus irrités Siège , dont Hincmar fon Métropoli- 

J ^" qu'étonnés , fe retirèrent à Benevent tain l'avoitdépofé pour certains crimes, 
vers l'Empereur Louis frère de Lotai- fans avoir égard à l'appel qu'il avoir 
re ; de-là ils répondirent fort verte- interjetcé au fainc&iége ; de crouver les 
mène au Décret que le Pape avoit pu- moyens d'obliger le Roi Lotaire à re- 
blié contr'eux , 6c en firent un autre , prendre fa femme légitime, &àcongé- 
par lequel ils le déclarèrent excommu- dier Valdrade ; 6c de travailler à affer- 
mé lui-même , comme contrevenant, mir une bonne paix entre les Rois. Pour 
difoient-ils , aux faints Canons , favo- le premier , Hincmar obéit avec regret 
rifant les excommuniés , ôv fe féparant après avoir réfifté crois ans , 6c Rohaut 
par orgueil de la fociété des autres Eve- fut rétabli. Pour le fécond * , le Légat 
ques. L'Empereur Louis écrivit au laint pie (Ta fi tort Lotaire, le menaçant de 
Père en Leur faveur , pour obtenir leur l'excommunier lui 6c tous fesadhérans, 
abfolution ; il fit même un voyage à que ce Prince voyant que les frères ap- 
Rome pour cela , mais il ne le put Hé- puyeroienr cette fentence , rappella fi 
chir ni par prières ni par menaces : de femme légitime , 6c que Valdrade fut 
forte que les excommuniés n'ayant rien contrainte de promettre qu'elle iroit à 
à efpérer de ce côté-là, fe joignirent Rome quérir Ion abfolution. En effet 
avec tous ceux qui s'étoient alors ré- elle encra deux fois en Icalie à ce def- 
volcés concre le Saine Siège , parricu- fein , mais deux fois fe repenranc de 
liéremenc avec Jean Archevêque de Ra- s'être repencie , elle retourna en arrière, 
venne , 6c avec Phocius Pacriarche de Le Pape ayant donc affemblé fon Egli- 

* Arfenius s'éranr, adrciïe à Louis le Germanique , clara au Roi Lothaire qu'il eut à reprendre fa femme , 

fie afîcmbler un Sniode , &: ufan: d'une autorite fu- ou à demeurer excommunié avec tous fes adhéiens. 

fticme , te »n'f,n n'avait encore feint vu en France } ié- E.U. de i66-',. 

fe, 



CHARLES II. ROI XXV. \j 

— fe , la déclara excommuniée , fit figni- tre comprenoit ce qui ejl en deçà } & ap- 

k" 6, fier fon décret à tous les Evéques de partenoit aux François. ■ - - _i_ 

France 8c d'Italie , & écrivit des lettres En même tems les Normands en- 867, 

fort rudes au jeune Lotaire , le mena- trant dans la Neuftrie par la Loire , 

çant de lui ôter fon Royaume , s'il per- s'épandirent dans le Nantois , le Poi- 

féveroit dans fon adultère. tou , l'Anjou 8c la Touraine. Ranulfe 

" „ Il n'elt point defouplelfes ni de fou- Duc d'Aquitaine , 8c le Duc Robert le 

millions que ce Prince ne pratiquât pour Fort , que l'on appelloit aufli Marquis, 

éluder cette Sentence. Il appréhendoit parce qu'il gardoit ces Marches contre 

que fes oncles ou (es frères ne s'en ren- ces barbares 8c contre les Bretons , les 

ditlent les exécuteurs, & ne le dépouil- allèrent attaquer dans un polie qu'ils 

lalfent de fon Royaume. Mais fi-tôt avoient fortifié proche de la rivière : 

que le Légat fut parti de France , il mais par malheur ils furent tués tous 

recommença à maltraiter fa femme , à deux dans le combat : tellement que 

vouloir lui taire fon procès pour adul- leur armée deftituée de chefs , quoi- 

tere , 8c prouver ce crime par gage de qu'elle eût l'avantage , laitïà évader 

Empereurs bataille. L'acuifée fe retira fous la pro- ces brigands. 

S*"" Macer tçftion du ft j Charles ; le Pape prit Robert avoit époufé Adelays, de la- 

19. ans ', "" fortement fa caufe en main , 8c le Duc quelle il laifla deux fils fort jeunes , Eu- 

ayanc tué Huebert rrere de cette Reine fe révol- des 8c Robert , qui régneront ci- après. ___^_ 
Mu-hel ni. »^t r 11 r t c r • " 

ou, /avok ai- tanc contre Lotaire, le mit a piller les Les Sarrahns ne tourmentoient pas 26S. 

focié, & en- terres , tuer fes gens , ôc exercer une moins l'Italie. Lotaire y palïà avec des 

cote Louis crue [i e vengeance, jufqu'à tant qu'il troupes, non-feulement pour aflîfter 

fut tué lui même par le Comte Con- l'Empereur Louis fon frère , mais en- 

rard père de ce Raoul , qui fut le pre- core plus pour mériter par ce moyen 

mier Roi de la Bourgogne Trans- les bonnes grâces du Pape : ( c'étoit 

jura ne. Adrian fuccelleur de Nicolas ) efpérant 

Salomon s'étoit imaginé que le qu'avec le tems 8c par fes fervices , il 

Royaume de Bretagne, quoique Neo- en pourroit obtenir la dilïolution de 

mené y fût venu plutôt par conquête fon mariage avec Tietberge. Le faint 

que par ligne , lui appartenoit , parce Père le reçut fort bien , parce qu'il 

qu'il étoit fils de Rivalon frère aîné de l'alTiira qu'il avoit obéi ponctuellement 

ce Roi; ainli ayant oublié qu'il avoit à tout ce qui lui avoit été ordonné, 

été nourri tendrement fous fa tutelle , qu'il traitoit fon époufe avec un amour 

il forma une confpiration contre Herif- 8c une fidélité conjugale, 8c qu'il avoit 

poux Ion fils , le chargea un jour à la quitté Valdrade pour jamais. Sur cette 

campagne ,8c le tua dans une Eglife alfurance il leur donna la communion 

où il s'étoit fauve -, puis fe mit la Cou- de fa propre main , à lui , 8c aux Sei- 

ronne toute fanglante fur la tête. gneurs qui l'accompagnoient : mais au- 

Neomene & lui s'intitulaient Rois de para van t il les adjura de ne point s'ap- 

Bretagne y 8c d'une grande partie de la piocher de la fainte Table, s'ils fça- 

Gaule , parce qu'ils pojfédoient en effet voient que leur Roi ne dît pas la vé- 

k pays du Maine , & avec cela le bas rite. Quoiqu'ils fçulfent qif il fe par- 

A nj ou qu "ils avoient arrachés aux Fran- juroit , ils ne héfiterent point à rece- 

çois. A caufe de cela ou dïvifa V Anjou voir leur condamnation. 

en deux Comtés ; l'une contenoit ce qui Or il arriva peu après que la plupart: 

ejl delà la rivière de Mayenne , & étoit de ces Seigneurs parjures moururent 

pojfédée par ces Rois Bretons ; & Vau- de maladie ou autrement , en fi grand 

Tome II. C 



iS 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



US. 



nombre & aufTi fubitement , que s'ils 
euiFenc été égorgés par le glaive de l'An- 
ge exterminateur -, & que Lotaire mê- 
me fut faifi d'une fièvre a Lueques , 
dont il alla mourir à Plaifance le (ixié- 
rae d'Août. Ce que plufieurs prirent 
pour une punition divine, pour le faux 
& facrilege ferment , que lui 8c fes 
courtifans avoient fait : le Corps de 
Jesus-Christ étant un glaive de mort 
aux indignes & aux méchans , comme 



il eft efprit de vie aux bons. Ce Prin- 
ce fut enterré dans l'Eglifè de faint 
Antonin martyr à Plaifance. 

Son plus jeune frère Charles Roi de 
Provence fe mit en devoir de recueil- 
lir fa fucceflion , 8c fe fit couronner* 
Mets par l'Evêque Adventius : mais" il 
ne vécut pas long-temps après , & mou- 
rut fans lignée. On l'inhuma dans l'Egli- 
fè de faint Pierre à Lyon, * 



858. 



LOUIS en Bavière & Ger- 
manie. 



CHARLES en la France 
Occidentale , Bourgogne 
& Lorraine. 



LOUIS II. Empereur en 
Italie. 



CHarlhs qui tenoit alors un Par- 
lement à Poifly , averti de la mort 
de Lotaire , ht grand amas de gens , 
êc alla promptement iefaifirdu Royau- 
me de Lorraine , fans fe foncier de ve- 
xer fes fujets pour lors affligés d'une 
Horrible famine , qui les faifoit mourir 
à tas , 8c fans avoir égard ni au droit 
de l'Empereur Louis , frère des deux 
derniers Rois , à qui cette fuccellion 
devoir appartenir j ni à l'entremife du 
Pape , qui le prioit par une Légation 
expreire , de faire raifon à fon neveu. 
Les Evêques de ce Royaume , s'étanr 
alTemblés à Mets , lui déférerenr cette 
Couronne, 8c l'Archevêque Hincmar, 
principal promoteur de ce décret , la 
lui mit fur la tête avec les cérémonies- 
accoutumées. 

Lotaire avoit un fils 8c deux filles de 
Valdrade. Les deux filles étoient Ber- 
the 8c Gifelle : Berthe fut femme en 
premières noces du Comre Thibaud , 
père de Hugues Comte 8c Marquis de 
Provence -, 8c en fécondes , d'Adelbert 



Marquis de Tofcane , père de Guy 8c 
de Lambert. Gifelle fut mariée à Gode- 
froy le Danois, qui régnoiten Frife. Le 
fils s'appelloit Hugues , lequel étant 
venu en âge, difputa le Royaume de 
Lorraine. 

Hermentrude femme du Chauve 
étant morte à faint Denis le feize d'Oc- 
tobre , il époufa en fécondes noces Ri- 
chende ou Richilde fa maîtrelfe , fille 
du Comte Buvin ou Boves , 8c de la 
fœur de la Reine Thietberge veuve 
du Roi Lotaire II. 

C'étoit avec juftice , mais fans légi- 
time pouvoir , que le Pape s'entremet- 
toit de connoître du différend de la 
Lorraine. Il dépêcha une féconde Am- 
bafîade a Charles le Chauve, pour l'ex- 
horter de la rendre à l'Empereur Louis, 
autrement qu'il l'excommunieroit ; & 
il écrivit aux Evêques qu'ils eulîènt à 
fe féparer delà Communion de ce Roi , 
s'ils ne vouloient être féparés de celle 
de l'Eglifè Romaine. Charles répondit 
affez modeftement aux Légats ; mais les 



* Mezcrai s'eft corrigé fur la date de cette mort fait mourir ce Prince en S58. mais il mourut plus Viai- 
ians l.i féconde é-iieion tic fa grande hilloirc , oiiil fcmblablcmcnr eu 86 ) . 



Uç). 



87O. 






CHARLES II. ROI XXV. 19 

Evêques de France le prirent d'un ton Que les Rois de France n étaient point 



plus haut, & l'Archevêque Hincmar Les Lieutenans des Papes ^ mais Seigneurs 7 °* 
en écrivit des lettres tort brufques à fouverains dans leurs terres ; ôc le pria 
Adrian. de ne lui plus écrire de cet air-là , au- 
Son neveu de même nom que lui , rrement qu'il lui donneroit fujet de 
Evêque de Laon , étoit dans d'autres mépnfer les décrets , & d'en deshono- 
fennmens , ôc foutenoit avec chaleur rer les porteurs. Adrian craignant d'en- 
tous içs ordres qui venoient des Papes, flammer davantage fa colère , radoucit 
Il avoir recueilli toutes les pièces , mê- un peu fon langage ; mais il p.rfifta 
me les faillies , pour confirmer leur do- toujours à lui demander la même cho- 
minadon fur les Evêques : il condam- fe , Ôc à lui donner des admonitions pa- 
noit l'excommunication que fon oncle ternelles dans les occafions. 
avoir lancée contre Carloman fils de Les deux frères Louis ôc Charles , 
Charles , &: ref ufoit d'y foufcrire, parce après pluficurs inftances qu'en fit le der- 
que ce jeune Prince en avoit appelle au nier , Ôc par l'entremife des Evêques ôc 
Saint Siège. D'ailleurs il s'étoit porté des Seigneurs , fe virent dans un lieu 
à excommunier un Seigneur Normand , accordé en deçà de la Meufe , chacun 
à caufe qu'il détenoit quelque terre de avec certain nombre de gens \ ôc là ils 
fon Egliie que le Roi lui avoit donnée partagèrent le Royaume de Lorraine 
i Bénéfice. Son procédé fut blâmé ôc en deux , fans avoir nul égard à leur 
condamné par les Evêques au Synode neveu l'Empereur Louis, 
de Verberie : il en appella au Pape *, à Le Pape fourenant toujours fa caufe, 
caufe de quoi fon oncle l'ayant cité au envoya une célèbre Légation vers les 
Concile d'Attigni , qui étoit compofé deux frères. Louis la renvoya à Charles, 
des Evêques de douze Piovinces, lui & celui-ci prenant du délai, s'avança 
fit piller fon équipage par les chemins •> jufqu'à Lyon , comme pour conférer 
ôc lorfqu'il fut dans l'alfemblée , il le avec le Pape : mais c'étoit en effet pour 
força de renoncer à fon appel. Le Pape une autre fin toute contraire. Car bien 
en fit de grandes plaintes , ôc voulut loin de faire quelque juftice à fon ne- 
attirer le procès ôc les deux Hincmars veu , il fe faifit encore du Royaume da 
à Rome : mais l'Archevêque lui repartit Bourgogne. Il n'y trouva aucune réfif- 
avec vigueur , ôc l'en empêcha. Cette tance que de Berthe femme du Comte 
cîifpute alla fi avant , que l'Evêque de Gérard , qui foutint long-tems le fîé- 
Laon fut dépofé ôc mis en prifon , ôc ge dans Vienne , Ôc puis la rendit à 
que fon oncle au bout de deux ans de compofition. Le Chauve donna cette 
cruelle perfécution , lui fit crever les Comté en garde à Bofon frère de la 
yeux. Cette affaire brouilla la Cour de Reine Richilde fa femme , lequel en- 
Charles avec le Pape Adrian. Hincmar core il fit Duc d'Aquitaine Ôc grand 
avoit fait croire à ce Roi qu'il s'agif- Maître des * Portiers, Ôc ï'aggrandit^.^™^ 
foit de fon autorité dans cette affaire ; de relie forte , qu'il fut peu après un de 

le Pape fe piquoit aulîi de maintenir la ceux qui démembrèrent la Monarchie. 

fienne. Il écrivit au Roi diverfes let- Durant ce voyage il avoit laiffé la 871. 

très fort civiles fur ce fujet : & Ces prie- Lieutenance de l'on Royaume à PArche- 

res n'ayant point eu d'effet , il en la- yêque Hincmar , qui par fon génie non 

cha d'autres plus impérieufes , lui or- moins puifîànt que hardi , s'étoit rendu 

donnant d'envoyer Rohaud devant fon fort nécelîàire. Il n'eut pas. peu d'affai- 

Tribunal à Rome. A cela le Roirépon- res à empêcher les courfes ôc les entre- 

ditqu'il s'étormoit de fa manière d'agir : prifes de Carloman fils aîné de fon Roi, 

Cij 



l-> 



ABRI-GÉ CHRONOLOGIQUE 



871. 



Ce Prince avoir quelques années aupa- cens ans. Il eut pour fucceffeur un fils 
ravant confpiré contre fon père , qui de même nom & iumom que lui. Ce 



pour châtiment l'avoir fait Diacre mal 
gré lui *, &c comme il s'étoit révolté 
une autre fois , il l'avoit mis en prifon 
& fait excommunier par les Evêques. 
Les prières des Légats du Pape, qui 
étoient venus l'an palfé en Fiance , l'en 
avoient tiré, mais il abufa de cette grâ- 
ce , ik recommença (es brouillenes. 
Etant donc retombé une troifiéme fois 
entre les mains de fon père ; il le fit 
condamner à mort, 8c puis commua ce 
fupplice en la privation de la vue , afin 
qu'il pût faire pénitence. Quelque tems 
après deux Moines le tirèrent adroite- 
ment de prifon, & le menèrent vers fon 



fils fut père de Garcia Sance le Courbé, 
qui en eut trois ; Garcia Sance Duc de 
Gafcogne, Guillaume Comte deFezen- 
zac , & Arnaud Comte d'Aftarac. Ce 
dernier n'étant pas né par la voye na- 
turelle , mais par une incifion qu'on fit 
au flanc de fa mère , fut furnommé 
Non-nat , Pas-nat. 

Les Princes de la race Carlienne 
étoient , pour la plupart , des efprits 
foibles , ou fous , on hébétés. Louis 
Empereur d'Italie , quoique pieux &c 
vaillant , étoit fi mépriie de fes Su- 
jets , qu'ils le vouloient féparer d'avec 
la femme , parce qu'il n'en avoir pas 



871. & 



oncle le Germanique qui lui donna d'enfans mâles. Et même Adelgifè Duc 

une Abbaye pour fon entretien. La de Benevent s'étant ligué avec les 

mort ne l'en lailïa pas jouir long-tems. Grecs , l'avoit arrêté prifonnier , & 

Ce maudit uf âge des aveuglemens & extorqué de lui des conditions fort in- 

des autres mutilations , venoitde Vinven- juftes. 

tion des Princes Grecs; & on Va pra- Les auteurs de ce tems -là ont temar- 

tique long-tems en Occident ; à caufe que qu'il neigea fans difeontinuer depuis 

de quoi les vaffaux dans leur ferment de le premier jour de Novembre de l'an 

fidélité, juroient qu'ils défendroient la 8yz. jufquà l'équinoxe du printems de 

perfonne de leur Seigneur envers & con- Fan 8j3 . 

tre tous , & ne confentiroient pas qiion Les enfans de Louis le Germanique 

_ le mutilât a" aucune partie de fon corps, donnoient bien de la peine à leur père , 

Vers ce rems -là les Gafcons défi- ik fembloient le punir de l'ennui qu'il 

rant recueillir leurs forces fous un Duc avoir caufé au fien. Son fils aîné, nommé 



de leur nation , & de la race de leurs 
anciens Ducs, pour fe garantir de la 
fureur des Normands , & de la ven- 
geance de Charles le Chauve , qui ve • 
noit d'envoyer fon fils Louis fur leurs 
frontières avec le titre de Roi d'Aqui- 
taine, allèrent en Efpagne vers le fils 
de Loup Centulle, que le Roi des Af- 



Charles , 8c depuis furnommé le Gras , 
troublé , fans doute de l'horreur des 
confpirations qu'il avoir faites contre 
lui , eut de violens accès de manie , 
croyant avoir vu le diable 8c en être 
poflédé. Il fut foulage de ce mal pour 
quelque tems , après quantité de dévo- 
tions ôc de vceux fur les tombeaux de 



turies avoir fair Comte dans la vieille divers Saints: mais fa cervelle ayanr été 

ébranlée , & même fa tête incifée pour 
ce mal-là , il en eut des relfentimens 
toute fa vie. 

Les Normands s'étoient emparés de 
la ville d'Angers il y avoit quatre ans , 
8c s'y étoient habitués avec leurs fa- 
milles : de là ils s'en alloient , quand 



Caitille , lui demander un de Ces fils. 
Le plus jeune, au refus de tous (es frè- 
res , accepta cet honneur : fon nom 
étoit Sance 4 fon furnom Mirarra ; les 
*Mtdaraen5 aira f ms * [ e \ ul avo { em donné, parce 

%nifioit rui- qu ». croit leur Ruine de leur Fléau. De 
fce>dégât. l u 1 font venus les Ducs héréditaires 



871. 



8 7 r, 



875. 



des Gafcons , qui ont duré près de deux il leur plaifoit , courir dans la Loire & 



CHARLES II. ROI XXV. ii 

dans toutes les autres rivières qui tom- tan & Urfand ( le premier étoit fils de 



*73« beat dans celle-là , 8c chargeoierit tout Neomene) alîîllés deWigon fils du Duc 74* 

le butin des pays voifîns dans leurs Raoul , 8c de quelques autres Fran- 

barques. Charles affilié de Salomon cois, habitans en Bretagne, que ce Roi 

Roi des Bretons les alîîégea dans cette avoit maltraités , conipirerent contre 

ville-là. Le fiége fut long : le grand lui , 8c l'aiîiégerent dans fon château de 

travail des Bretons en vint à bout , ils Plelan -, d'où, étant forti avec ion fils , 

détournèrent le cours de la Mayenne , fur de faulïes promettes qu'ils lui firent 

&z par ce moyen ils mirent leurs barques de le bien traiter, les François exe: çartt 

à Fec , 8c donnèrent moyen aux Fran- une trop cruelle vengeance , lui créve- 

çois de s'attacher au pied de la muraille, rent les yeux , 8c peu de jours après le 

Les pirates n'en pouvoient échapper* fi firent mourir. 

on eut bien voulu les forcer : toutefois Les deux coufins ayant partagé la fou- 
le Chauve , tant ils s'étoient rendus re- veraineté , fe brouillèrent bien-tôt er>- 
doutables, craignant la vengeance que tr'eux , 8c en vinrent aux armes pioche 
leurs autres bandes, qui étoienr en di- de Rennes: Urfand avec mille hom- 
vers lieux du Royaume , en euifent pu mes feulement, chargea Pafquiran, qui 
prendre , non feulement ne leur fit point en avoit douze fois autant , 8c rempor- 
te mal, mais encore leur donna entière ta l'avantage. 

liberté d'emporter tout leur butin. Ils Les autres Seigneurs du pays, à l'exem- — " 

promirent feulement de ne revenir pie de ces deux -là, s'érigèrent auiîi 75* 

jamais en France •> Se toutefois au par- en Souverains , entr'autres Alain Comte 

tir de-là ils allèrent fe nicher dans une dei?re>em:,c'elt-à-dire, duterriroirede 

Ifle de la Loire , d'où ils continuèrent Vannes 8c de celui de Porrhoer, 8c Sa- 

.leurs ravages. lomon Comte de Rennes,fils d'une fœur 

Vers le mois dAoîit, une caufe incon- du Roi de même nom que lui. D'autre 

nue amena du côté d'Allemagne une ef- côté les Normands détruifoient tout le 

froyable nuée de Sauterelles , qui étoient pays, tellement que la Bretagne ain- 

groffes comme le poulce , & avoient fix si déchirée , perdit le nom de 

ailes, & des dents aujji dures que des Royaume, & prit celui de Comté, puis 

cailloux. En moins d'une heure elles de Duché. En ce tems-là ces deux titres 

avoient brouté toute la verdure d'un pays fe confondoient. 

de fept ou huit lieues de long, & deux Peu après Urfand tomba malade à 

de large, mangeant jufqu aux branches l'extrémité: Pafquitan l'ayant fçu, raf- 

& à lécorce du jeune bois. Apres quel- fembla fes forces. Urfand, qui ne pou- 

les eurent fait des dégâts incroyables , voit perdre le courage qu'en perdant le 

un vent les emporta dans la mer Bri- jour, fe fit porter en litière à la tête des 

tannique , oit elles fe noyèrent toutes ; fiennes : fa préfence leur donna la vic« 

mais mortes elles ne firent pas moins toire , mais avança un peu fa mort. 

de mal que vivantes : les grands mon- Beaucoup de gloire ne lui coûta qu'un 

ceaux que le jlux en rejetta fur le bord , moment de vie. 

ayant engendré la pefile dans le pays. Son rival ne lui furvêcut pas long- 

g Comme le Roi Salomon, qui étoit tems , car la mort lui ôta ce quelle 

devenu homme de bien, 8c dévot juf- lui avoit donné. Sa fucceffion demeura 

qu'à faire des miracles , méditoit de fe en difpute entre fon frère Alain 8c Ju- 

retirer dans un Monaftére , cV de laif- dicael fils d'une fille de Herifpoux. Ils 

fer fa Couronne à fon fils Gueguon-, trouvèrent meilleur de la diviler par un 

deux de fes coufins germains , Pafqui- accommodement, que par l'épée > 8c en- 



n ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

— — — -fin , elle demeura toute entière à Alain à Milan dans l'Eglife de faint Ambroife. 

°7$- par lamort de Judicacl , qui fut tuédans Sa femme fe nommoit Engelberge , 5 ?f ' 
un combat contre les Normands , com- félon quelques-uns, fille d'Ethico , qui 
me on le verra ci-après. étoit fils d'un autre Ethico , Duc de Sue- 
Louis Empereur d'Italie avoit été ve ou d'Allemagne. Il n'en eut qu'une 
fort agité par les factions des Grands fille nommée Hermengarde , qui l'an 
de fon Etat , Se par les incurfions des 876. fut ravie par Bofon frère de la 
Sarrafins. Il y avoit vingt ans qu'il te- Reine Richilde , du confentement 
noit l'Empire , lorfqu'il fut attaqué d'Evrard Berenger , fils du Duc de 
d'une maladie qui le mit au cercueil le Frioul, qui avoit cette jeune Princeiîè 
fîxiéme d'Août de l'an 875. Il mourut en fa garde, 
fans enfans mâles. On voit fon tombeau 



LOUIS LE GERMANIQUE. | CHARLES LE CHAUVE. 

CE fut entre le Germanique Se le une célèbre Ambafïàde, de venir à Ro- 

Chauve , à qui fe faifiroit le pre- me recevoir la Couronne Impériale , la 

mier de l'Italie. Le Chauve ufant de lui offrant , comme fi elle eut été abfo- 

grande diligence, s'y rendit plutôt que lument en fa difpoiition. 
Charles Se Carloman , deux fils duGer- En effet , il la lui mit fur la tête le 

manique. Ils y parlèrent aufli par deux jour de Noël avec grande folemnité. 

différents endroits, tandis que leur fre- Après quoi le nouvel Empereur donna 

re Louis fe jettoit en France pour faire la Duché de Spolete à Gui fils de Lam- 

diverfion. Pour les deux premiers, le bert, Se celle de Frioul à Berenger fils 

Chauve plus rufé les amufa de belles d'Evrard. 

paroles , Se les renvoya adroitement -, A fon retour il reçut encore à Pavie Emperww 

Se pour le troifiéme , les Prélats lui fi- la Couronne de Lombardie ie 8. de Fé- '" c £! e c B * SI " 

rent des remontrances fi pathétiques , vrier Se la confirmation de celle de l'Em- les ii. dit le 

qu'il eut pitié du pauvre peuple , Se s'en pire , par une aiîèmblée des Comtes Se c ha j>ve , à 

retourna ians avoir beaucoup commis des Prélats , qui ie ht dans la même ans . 

d'actes d'hoftilité. ville , le Pape y affiliant en perfonne. 

L'intérêt du Pape étoit d'avoir un Cela fait il reprit le chemin de France, 8 ' 

Empereur de grand nom, & qui le put Se laiila le gouvernement de la Lom- 

aûîlteravecdepuiiïantes forces, comme bardie à Bofon fon beau-frere : l'année <, 

avoient fait Pépin & Charlemagne, mais fuivante, comme il y avoit encore plu- 77* 

qui ne demeurât pas en Italie, où il fleurs Seigneurs d'Italie , qui refufoient 

lui eut fort pefé fur les épaules : veilà de le reconnoître, le Pape tint un autre 

pourquoi il ne vouloir point de Sei- Concile à Rome pour le confirmer une 

gneurs Italiens, parce qu'ils étoient foi- féconde fois, ajoutant de terribles ex- 

bles , Se qu'ils demeuroient fur les lieux*, communications contre les réfra&aires. 
d'ailleurs avant a prendre des Princes L'Empire d'Occident ne pouvoir être 

Carliens , il ne s'acommodoit pas bien qu'un vain titre, Se tout au plus n'avoit 

de la rudefle Se de la fierté de ceux qui de terres que l'Exarchat de Ravenne, Se 

dominoient en Germanie. Il choifit la Penrapole \ car fon pouvoir n'étoit 

donc Charles le Chauve, Se l'invita par pas entier dans la ville de Rome, Se le 



CHARLES II. ROI XXV. 23 

— — Royaume de Lombardie n'en relevoit Germanique, du Royaume de Lorraine: ^^ 
$77» n-ulJement. Néanmoins le Chauve s'en mais rare qu'il fur fecrerement d'accôfd ' 
tenoit extrêmement obligé au Pape, & avec eux , ou autrement , il ne fe lailïà 
tâchoit de reconnoîrre cette grâce par point toucher à leurs remontrances, 
toutes fortes de moyens j juiques-là que Quoique le Germanique fut feptua- 
de Souverain s'étant rendu fon Sujer , genaire , &c d'ailleurs troublé dans la 
il tenoit à honneur de porter le titre de maifon par la rébellion de (es fils , il 
fon Confeiller d'Etat. Bien plus , il ht eut néanmoins un tel reflfentiment de ce 
tous Cqs efforts pour étendre fon autori- que le Chauve ne lui faifoir point de rai- 
té fur les libertés de l'Eglife Gallicane : fon de l'Empire ôc des rerres d'Italie , 
car dans le Concile qui fe tint à Pon- qu'il arma de routes fes forces pour faire 
tigon , il appuya de tout fon pouvoir les une puiilante irruption dans la Neuftrie. 
Légats de ce Pape , qui apportoient des Mais comme il étoit à Francfort , la mort 
Lettres de Primatie à Anfegife Arche- coupa la rrame de fa vie& de fes entre- 
vêque de Sens, fur tous lesEvêques des priies, le 18. d'Août, le 70 de fon âge, 
Gaules & de la Germanie. Il ne fei- & le 59. depuis fon premier couronne- 
gnoit point de dire que le Pape l'avoit ment. Il fut inhumé à Loresheim. 
commis pour afîïfter à ce Concile, ôc Ce Prince étoit aufîï bien inftruit 
pour y faire exécuter fes ordres •, corn- aux lettres qu'il le pouvoir être félon le 
me en effet il fit prendre féance à Anfe- tems. Il fe montra toute fa vie actif , 
gifé immédiatement après les Légats du belliqueux , libéral , généreux , qui n'ai- 
Saint Siège. Mais les Prélats François moit l'argent que pour le donner, Ôc 
encouragés par Hincmar , qui croyoit qui faifoit plus de cas du fer que de l'or ' 7 
mieux mériter cer honneur qu'Anfegife grand zélateur de la juftice ôc de la Re- 
né purenr erre induirs ni par prières, ni ligion , ôc diftributeur équitable des 
par menaces , de donner leur confen- charges ôc des emplois ; enfin plus ap- 
tement à c-tee nouveauté. A la huitième prochant qu'aucun autre Prince de fa 
celîion le Chauve y fit entrer l'Impéra- race, des bonnes qualités ôedes vertus 
trice fa femme (ranr il en étoit éperdu) de Charlemagne fon ayeul. 
la Couronne fur la tête, pour y préfider D'Emme fa feule femme il eut troÎ9 
avec lui. Les Evêques en eurenr fi gran- fils - , Carloman , Charles 8i Louis. Elle 
de honte, qu'ils ne fe levèrent pas feu- étoit fille d'un Comte nommé Euken- 
lement pour la recevoir. Il fut traité gaire, félon quelques-uns, Efpagnole de 
plufieurs autres points dans les diver- nation -, ôc elle fe trouve avoir été fort 
fes feulons de ce Concile ; ôc les Lé- louée par les auteurs du tems pour £a 
gatsymfifterent puifîamment, pour que fageile & pour fa piété, 
le Chauve fit quelque raifon à Louis le 






f f* 



24 



ABREGE CHRONOLOGIQUE 



CHARLES LE CHAUVE Empereur, Roi de Neuftrie , d'Aquitaine , 

de Bourgogne & de Provence. 



CARLOMAN Roi de Ba- 
vière, & portant le titre 
de Roi d'Italie. 



LOUIS II. 
Orientale. 



- ■ ■ ' A La nouvelle de la mort de Louis 
^"^' JTjL le Germanique, le Chauve devint 
aggrelfeur de détendeur qu'il étoit , ôc 
réfolut de dépouiller ces jeunes Princes 
fes neveux , avant qu'ils fe fuiïent af- 
fermis. Louis , le plus voifîn de ce 
choc y lui envoya des Ambalfadeurs lui 
représenter le traité qu'il avoir fait avec 
leur père -, ôc lui offrit de prouver pat- 
trente témoins , dont dix fubiroient 
l'épreuve de l'eau froide , dix celle de 
l'eau chaude , dix autres celle du fer 
ardent, que de leur part il n'y avoit 
point été contrevenu. 

Le Chauve feignit d'écouter ces jufti- 
fications -, il reçut les épreuves des tren- 
te témoins, qui ne furent point endom- 
magés , ni par l'eau froide , ni par la 
bouillante , ni par le fer tout rouge ; 3c 
accorda une furféance d'armes , pen- 
dant laquelle il jura de ne point atta- 
quer. Il ne lailTa pourtant pas de conti- 
nuer fa route , filant par les chemins 
étroits ôc écartés , dans les montagnes , 
ayant defTein de le furprendre près d'An- 
dernac , où il étoit campé, ôc de lui cre- 
ver les yeux. Mais Guillebert Archevê- 
que de Cologne, qui étoit avec lui, ayant 
Horreur de cette cruelle perfidie , ôc ne 
pouvant le détourner de fon deiîein, en 
avertit fecrettement Louis, qui fe mit en 
fi bonne pofture, qu'il lui défit fa grande 
armée , & l'eut toute taillée en pièces s'il 
eut voulut la pourfuivre. Ce combat fe 
donna près d'Andernac. 

Les trois frères affermis par cette vic- 
toire dans la fucceflion de leur père , la 



de la France [CHARLES de l'Allemagne 
1 proprement dite. 

La Lorraine à eux deux. 

partagèrent ainii entr'eux. Carloman, g 
l'aîné de tous, eut le Royaume de 13a- ''' 
viere, duquel la Pannome, la Moravie, 
la Carinfnie , &c la Bohême étoient les 
membres. Louis le fecond, eut la Fran- 
ce Orientale , ou Germanie , ôc avec ce- 
la une partie du Royaume de Lorraine. 
Charles le pays des Grifons ôc des Suif- 
{qs , la Souaube , l'Alface , de l'autre 
partie de Lorraine qui les avoifinoit. 

Durant toutes ces dilfentions , les 
Normands avoient beau jeu. Le Chau- 
ve ne les atrêtoit qu'avec de l'or , Ôc par 
des préiens qui les attiroient plus avant, 
bien loin de les repouifer : de forte que 
tandis qu'il feperdoitdans les imagina- 
tions de fes vaines conquêtes , ils im- 
poioient tribut fur la Fiance Occiden- 
tale, ôc fe faifoient payer à leur mode 
autant de Trus * qu'il leur piaifoit. * TtA , en 
C'eft peut-être à caufe de cela qu'on les v,c,,x Fra "- 
appella 1 ruands. Tribuc 

Les Sarraiins d'autre côté ne tôur- 
mentoient pas moins l'Italienls s'étoient 
fortifiés à Tarente , ôc ayant fait ligue 
avec le Duc de Naples , faccageoient 
tout jui'qu'aux portes de Rome. Le Pape 
Jean crie au fecours , appelle le Chau- 
ve , ôc pour grande grâce , lui envoyé la 
confirmation de fon élection à l'Empire. 
Il pâlie donc en Italie avec Richilde fa 
femme, qu'il menoit par tout. Le Pape 
vint au devant de lui julqu'à Verceil , 
couronna l'Impératrice à Tortone , ÔC 
de-là ils dépendirent à Pavie , pour avi- 
fer , avec les Seigneurs d'Italie , au 
moyen de chafler les Sarraiins. 

Comme 



CHARLES II. ROI XXV. 25 



- s , Comme ils étoient-là, ils apprirent elle lui donna beaucoup de Seigneuries, ' 

que Carioman Roi de Bavière, hls aîné mais encore plus d'inquiétudes , 6c peu 77' 

du Germanique , approchoit avec une de bons luccès. La meilleure de Tes qua- 

puiilànte armée , pour revendiquer le lités fut qu'il fe rendit très-fçavant 3 &c 

Royaume d'Italie 6c l'Empire. Au bruit qu'il gratifia les gens de lettres d'hon- 

de la venue i'Aflèmblée le difiipe , le neurs 6c de récompenies, les envoyant 

Pape s'enfuit à Rome, 6c Charles le chercher jufqu'en Grèce ck en Afie pour 

fauve en France : mais au même rems en enrichir la France. Très-louable en 

Carioman faifi d'une teneur panique , cela , s'il eut longé à pourvoir à la fu- 

rebroulfe auffi en Allemagne. reté Se aux nécellkés de Ion Etat, avant 

Tandis que le Chauve éroit éloigné que de pourvoir aux ornemens. 
de Ion Royaume , les Seigneurs Fran- On le furnomma le Chauve , 6c il le 
<çois formèrent une horrible confpira- fut en effet. Quelques-uns par fiaterie , 
non contre lui jBofon même fon favori, l'appellerent le Grand, ce qui a fait 
8c frère de fa femme, fe joignit avec confondre plulleurs de les actes avec 
eux. Us le haïlfoient mortellement , ceux de fon Ayeul. 
ôc le fujet ou le prétexte étoit , qu'il Son père fut blâmé d'avoir élevé aux 
élevoit des gens de bas lieu-, qu'ils l'elli- Dignités Eccléfiafliques des gens de 
moient moins brave que taitueux ; que condition fervile : Se lui pa liant plus 
voulant tout faire à force d'argent , Se avant, mitdesgens de peu dans les em- . 
donnant à tontes fortes d'entreprifes, il plois militaires Se dans les dignités qui 
n'épargnoit aucune dépenfe, &: par con- n'étoient dues qu'aux Grands du 
féquent chargeoit fes Sujets de grands Royaume. De-là vint qu'il fefit comme 
fubiides;& qu'outre cela il fembloitmé- un boule verfement général dans l'Etat, 
prifer la nation Françoife,en affectant de le deffous prenant le delTus , les grandes 
porter des habillemens à la mode des msifons s'anéanriiïànt , de les gens de 
Grecs , qui étoient leurs mortels enne- fortune en élevant de nouvelles *, à qui 
mis. Il arriva donc , par les méchantes l'obfcuiité de ces tems-là , tout cou- 
menées de ces conjurés , qu'à fon retour verts d'ignorance Se de confufion , a été 
palïant parle Mont-Cenis, il fut empoi- fort favorable pour cacher la bafïeiTè 
fonnéparSedecias fon Médecin, Juif de de leur origine. 

nation , & réputé Magicien , qui lui don- La Ville Se l'Abbaye de S. Denis font 

na une poudre mortifère dans une po- redevables à ce Roi de la Foire du Len- 

tionmédecinale. Accident alfez ordinal- dy , tems indicl ou alligné pout mon- 

re aux Grands qui fe fervent dépareilles trer les Reliques de cette célèbre 

gens. Il fut contraint de demeurer en un Eglife. 

méchant lieu nommé Brios, où il rendit II n'eut point d'enfans de Richilde 

*Le<;.ofto-l'ame dans une petite chaumine. * Son fa féconde femme ; mais de Hermen- 

kre - corps fut inhumé à Verceil , &: fept ans trude fa première il en avoit eu plu- 

après apporté de-là en l'Abbaye de faint fieurs. Il n'en reftoit qu'un fils vivant , 

Denis. Il mourut âgé de 5 5. ans, le fe- feavoir , Louis, qu'on furnomma le 

cond de fon Empire, Se le 38. de fon Bègue , parce qu'il fétok en effet •■> Se 

règne, àcompter depuis la mort de fon une fille nommée Judith, qui épou- 

pere. fa en' premières noces Etelulfe Roi 

Comme il aimoit plus le fade &c la d'Angleterre ; Se en fécondes , Bau- 

vaine pompe que le folide , la fortune douin Comte de Flandres } qui l'en- 

conforme à (on humeur le fit heureux leva. 

en apparence 6c malheureux en efTet : 

Tome II. P 



16 



«-.-— — ■■■■- ~r t ■ 



LOUIS IL 

DIT LE BEGUE- 

ROI XXVI. 



Agé de trente a trente-trois ans. 

fcmceOed- LOUIS DIT LE BEGUE , Empereur , Roi de Neuftrie , * Aquitaine, 
dentale -, t'eft Bourgogne & Provence. 

I* même. 



CARLOMAN Roi de Ba- 
vière, 



LOUIS de la France Orien- 
tale. 



CH ARLES de l'Allema- 
gne. 



La Lorraine à eux deux. 



PAPES. 



Encore Jean VIII. durant tout ce Régne , & dans le fuivant. 



~~Z T A haine qu'on portoit à Charles 

\ JL-/ le Chauve , rejaillit fur fon fils ; il 
•ncorc Basi- tâcha de la racheter à force de gratifi- 
ie & Louis cations , en donnant aux uns des Ab- 
» u. d«Mi. bayes , aux autres des terres ou des 
charges : mais pour un petit nombre 
de Seigneurs qu'il appaifa, il en fit une 
infinité de mal-contens ; & les Princes 
( on appelloit ainfi les Grands ) s'of- 
fcnlerent qu'il eût donné de fon mou- 
vement , leul & dans fon Cabinet , ce 
qu'il ne pouvoit donner que par leur 
confentement , ôc dans les Allemblées 
générales. 

Durant qu'ils faifoient diverfes caba- 
* cétoit une les , fe fondant , comme je crois , fur ce 
conditionné- qu'il ne leur apparoilfoit point que fon 

nue la a vl. j / >' 1 I j- " 

ré du P ere euc ordonne qu il lui lucccdar •-, 
l'a belle-mere Richilde lui apporta en 



•v 
pcrc 



diligence le teftament du Chauve , par 
lequel il étoit porté formellement qu'il 
lui avoit donné le Royaume , & qu'il 
l'en inveiiiifoit par l'épée de S. Pierre , 
& par les ornemens Royaux qu'il lui 
envoyoit. 

Louis étant un peu plus autorifé par 
ce moyen , Iqs Seigneurs s'accommodè- 
rent avec lui , non aiîurement fans qu'il 
lui en coûtât beaucoup : & l'Archevê- 
que Hincmar le couronna dans la ville 
de Reims , d'autres difent à Compie- 
gne , le 18. jour de Décembre. 

Cependant Lambert Comte de Spo- 
lete , & Albert Marquis de Tolcane , 
partiians du Roi Carloman qui préren- 
doit à l'Empire , étnnt entré dans Ro- 
me , traitèrent outrageufement le Cler- 
gé , forcèrent les Romains à prêter fer- 



877. 



LOUIS II. 



— - ment a ce Prince , de arrêtèrent le Pa- 

*?*• pe Jean VIII. prifonnier. Mais peu 
après , étant échappé de leurs mains , 
il s'embarqua fur mer , 8c vint defcen- 
dre en Provence. Il célébra le jour de 
la Pentecôte dans Arles , & de là il fut 
conduit à Lyon , puis à Troyes , tou- 
jours défrayé aux dépens des Evêques 
chez qui il palfoit. Sur fa route il avoir 
écrit à tous ceux de Gaule Se de Germa- 
nie , afin qu'ils fe trouvaient à Troyes , 
pour y célébrer un Concile : il y avoir 
auiiî invité tous les quatre Rois , mais 
il n'y eut que Louis le Bègue qui s'y 
trouva : il y fur couronné &c facré par 
fes mains le 7. jour de Septembre. 

En ce Concile le Pape excommunia 
Hugues fils bâtard du Roi Lotaire II. 
de de Valdrade , qui fe portoit pour lé- 
gitime , &c avoit amaiTé quelques trou- 
pes de brigands pour fe rétablir dans 
le Royaume de Lorraine. Il réhabilita 
aufli Hincmar Evèque de Laon , lui 
permit de dire la MelTe , quoiqu'il fût 
aveugle , Se lui donna la moitié du re- 
venu de LEvêché.. 

"^ Ce Concile achevé, le faint Père dé- 

lirant retourner à Rome , Se le Roi 
n'étant pas en état de le conduire , à 
caufe d'une indilpofirion qui lui étoit 
furvenue , Bofon frère de l'Impératri- 
ce Richilde , fut chargée de lui rendre 
.ce devoir ; Se le faint père fut II con- 
tent de fes foins , que par honneur il 
l'adopta pour ion fils fpirituel. 

Après fon départ le Bègue s'achemi- 
nant en Lorraine , s'aboucha au lieu de 
Marfenne fur la Meufe , avec Louis Roi 
de Germanie. Us firent Là un traité , 
par lequel ils diviferent la Lorraine en- 
tr'eux , comme elle l'avoir été entre 
leurs pères -, Se le Bègue promit auili 
à Louis de lui donner part au Royau- 
me d'Italie. 

L'obéilTance ni l'affection des Sei- 
gneurs n'étoit pas bien affermie en fon 
endroit ; ils tenoient peu de compte de 
fes ordres ; Se il arriva qu'ayant armé 



ROI XXVI, 27 

pour dompter la rébellion de Bernard' 
Marquis de Gotthie , dont il avoit don- 
né le gouvernement à Bernard Comte 
d'Auvergne , il tomba malade en paf- 
iant par Autun en Bourgogne , non 
fans ioupçon qu'on l'eut empoifonné , 
à caufe de quoi il envoya quérir fow 
fils Louis , qu'il mit en la garde d'un 
autre Bernard Comre d'Auvergne , de 
Tlnerri fon grand Chambellan, de Hu- 
gues l'Abbé s Se de quelques autres Sei- 
gneurs. Ce Hugues fut très-puiflànt 
iur la fin du règne de Charles le Chau- 
ve , fous Louis le Bègue , Se fous fos 
enfans. Il étoit fils, comme nous l'avons 
dit , de Conrard. 

Le Bègue étant arrivé avec grande 
peine dans la ville de Compiegne , fe 
mit au lit , de y rendit l'ame le Vendre- 
di-Saint, dixième d'Avril. On l'enterra 
au même lieu dans l'Eglife de l'Abbaye- 
de faint Corneille. Il étoit âgé de tren- 
te à trente-cinq ans , & en avoit régné 
feulement un &c fept mois. Avant de 
mourir , il envoya par l'Evêque de 
Beau vais , &c par un Comte , Pépée , 
la Couronne , Se les autres omemens 
Royaux à fon fils Louis , avec ordre de 
le faire facrer au plurôt. 

Il avoit en fa jeuneiTe pris pour fem- 
me Anfgarde, fille d'un Comte nommé 
Hardouin , dont il avoit deux fils , ce 
Louis dont nous parlons , Se un autre 
nommé Carloman : mais comme e-li® 
étoit de baffe naiffance , le Roi fon père, 
fans le confentement duquel il l'avoit 
époufée , i'obligea de la répudier. Voi- 
là pourquoi quelques Hiftoriens onr dit 
que ces deux Princes étoient bâtards. 
Après ce divorce il en prit une autre 
nommée Adeleide ou Alix , fille de 
quelque Prince d'Angleterre , Se fœur 
de Wilfri.d Abbé de Fiavigni au Duché 
de Bourgogne. Elle étoit enceinte Icrf- 
qu'il mourut, Se elle mit au monde un 
fils poflhume , qui naquit le 17. Sep- 
tembre en fui van t. On le nomma Char- 
les le Simple» 

D i\ 



879. 



S??. 



iS 



ABRÉGÉ CHR 



L'Empire d'Occident demeura va- 
cant deux ans entiers , ôc l'Italie dans 
une extrême conhifion , par les difcor- 
des des Seigneurs , & par les ravages 
des Sarrafins , aufquels le Pape écoit 
contraint de payer tribut. 

On peut mettre fous ce régne l'origi- 
ne des Comtes d'Anjou , qui com- 
mencèrent , félon quelques vieilles 
Chroniques , par un Seigneur nommé 



ONO LOGIQUE 

Ingelger. Il étoit fils d'un Breton nom-" 
mé Torquat , ou Tortulte , auquel 
Charles le Chauve avoir donné une 
Terre en Gâtmois , & Perrctte , fille de 
Hugues l'Abbé en mariage. Cet Ingel- 
ger fut père de Foulques le Roux , qui 
ayant été fait Comte d'Anjou par Char- 
les le Simple , défendit vaillamment ce 
pays contre les Normands. 



879. 



1 ai fiUÊiauaaaaiw : 



ANS 




A R D E 



FEMME 



DE LOUIS LE BEGUE. 



Nai (lance 
ë'Anfgaxtk. 



La feule qualité de belle & de charmante > 
Fit qu'ANSGAKDE régna dans le cœur de ce Roi ; 
Mais pour plaire à fon père il quitta fon amante , 
Et préfera l'Empire à l'amoureufe loi. 



ANsgarde n'étoit de fa naif- 
fànc 



fille 



Louis le Ee 
gue. 



ce que iimple Demoifelle , 
d'un des nobles qu'on nommoit 
Vavalfeurs ou arrière vaiTaux : mais la 
nature l'avoit annoblie de tant de grâ- 
ces , qu'elle triompha aifément du cœur 
Eft aimée & du jeune Louis , qui lui fit l'honneur 
^ r e . de l'époufer. On douta néanmoins avec 
quelque raifon , (i ce mariage étoit va- 
lable , à caufe que ce Prince étoit dou- 
blement mineur, car il n'avoit pas l'âge 
requis par les loix *, & que même quand 
il l'eut eu , il étoit toujours en qua- 
lité de fils ci: de Prince du Sang fous 
la tutelle du Roi fon père. Il la tint 
néanmoins à fa vue afTcz long-tems , 
pour faire croire que s'il n'autorifoit 
pas ce mariage par un cqnfentement 



exprès , au moins il le toléroit , parce 

qu'il e(t à préfumer qu'un Souverain 

êc un père , dont la conduite doit être 

dans les bonnes mœurs , fouffre plutôc 

un mariage qu'un concubinage. Mais h | a repudiV 

d'autre coté , il eft certain qu'il vou par le com- 

t r »"i 1 a r\ r ■ r mandement 

lut enfin qu il la quittât. On ne içait il de {m pei#> 
ce Prince eut de la joye ou du déplai- 
fir de ce commandement : mais confi- 
dérant qu'il ne pouvoir fuccéder au 
Royaume fins le confentement de fon 
père , il lui obéit , quoiqu'il en eût 
deux enfans. Il inftitua l'aîné fon fuc- 
celfeur, comme nous l'avons dit , d'où 
on ne peut pourtant pas conclure nécef- 
fairement qu'il fût légitime : car les 
François avoient encore cette coutu- 
me 1. véritablement fort contraire à 



A N S G A R D E. 



XÇ) 



l'honnèreté publique , de faire fuccé- tion dans fon tefhmenr. Nous ne trou- 

der les bâtards. En vertu de la volon- vons point ce que devint Anfgarde 

té du père les Grands du Royaume le après que le Bcgue l'eut quittée , ni 

déclarèrent Roi , non pas feulement en quel tems elle mourut -, il eft croya- 

s«s eufam. Régent , comme quelques Modernes ble qu'elle choifit fa retraite dans un 

le veulent croire, & lui donnèrent Monaftéie , bienheureux refuge des 

pour compagnon fon frère Carloman , malheureufes. 
dont le Père n'avoit fait aucune men- 




LOUIS III. 



E T 



CARLOMAN. 

ROI XXVII. 

En AGE D' AD O LES C EN C E. 



879. 



Ces deux Princes régnant avec fraternité , 
Des Normands débordés repouflèrent l'audace > 
Louis mourut à Tours , Carloman à la Chaflè , 
Et tous deux fans poftérité. 

LOUIS III. & CARLOMAN fon frère , Rois de la France Occidentale, 

de Bourgogne & d'Aquitaine. 



CARLOMAN Roi de Ba- 
vière. 



LOUIS le Jeune , Roi CHARLES le Gras, de 



de la Germanie ou Fiance 
Orientale. 



T Allemagne proprement 
dite. 



La Lorraine à eux deux. 



PAPES. 



Encore Jean VIII. j. ans & demi du- 
rant ce Régne. 

Marin élu le i8. Décembre 882. S. 1. 
an , 10. jours. 

JU s q u e s à la fin de cette race on 
ne verra plus que cabales &: frétions , 
dont les Rois croient les jouets Ôc inti- 
me les créatures. Thierri , &: les Com- 
tes à qui le Bègue avoir recommandé 
fon fils , avoient mande aux autres Sei- 
gneurs de fe trouver à l'AlTemblée gé- 



Hadrian III. élu le 3.0. Janvier 88^. 
Siège un an , trois mois , dont iix lous ce 
Régne. 



ncrale de Meaux ; Se on avoit accommo- 
dé les querelles qui étoient entre Thier- 
ri ôc Bofon. Mais Gauzclin l'un des 
Princes ou grands Seigneurs de Neul- 
trie Abbé de faint Germain des Prés , 
n'oublia pas les injures qu'il avoit re- 
çues du gouvernement précédent. 11 



879- 



LOUIS III. ROI XXVII. 51 

r ; : jt noué intelligence avec Louis Roi meure aux Rois de la Germanie ou 
$7ï>> de Germanie ,dès le temsqu'il avoit été France Orientale. 6ù ° m 
fon prifonnier de guerre à la bataille Louis ne fe fut pas contenté de moins 
d'Andernac , 8c depuis il avoit tou- que de toute la Monarchie , Ci fes affai- 
ioiirs gardé une étroite correfpondan- res ne l'eullènt pas obligé de s'en retour- 
ce avec lui. Ayant donc fait fon parti ner promptement : mais ayant appris à 
avec quelques Evêques ôc Seigneurs , Mets la maladie de Carioman fon frère 
il mit en avant , que pour remédier aîné , qui étoit tombé en paralyfie , il 
aux maux de la France , il falloir la re- courut en Bavière pour l'empêcher qu'il 
mettre toute fous un chef, ôc appeller ne laifsât fon Royaume à Arnoul fon 
pour cet effet ce Prince , qui feulétoit fils bâtard. Or Carioman mourut peu 
capable de la bien défendre , fi on le après , ôc fut inhumé à Ottinghen en 
reconnoiiloit à l'exclulion des bâtarde Bavière , dans le Monafterede S. Maxi- 
de Louis le Bègue ; c'eft ainfi qu'il milian qu'il y avoit fondé. Il n'avoit 
appelloit Louis 6c Carioman. point d'entans légitimes, mais deux na- 
Les grands Vaiîàux de ces deux jeu- turels , un fils ôc une fille , Arnoul ôc Gi- 
nes Princes ne purent autrement dé- felle. Il ne put donner à Arnoul que 
tourner cet orage , qu'en s'accordant la Duché de Carinthie , le Roi Louis 
avec le Roi de Germanie , ôc lui don- ayant de fon vivant même reçu les fer- 
nant par forme de gage la partie de mens de fes autres Sujets. Pour Gifelle, 
la Lorraine que le Chauve ôc le Bègue je trouve que l'an 890. elle époufa 
avoient poiîedée. Il s'en faifit auili-tôt ; Zuendipold Roi de Moravie , qu'à 
ôc depuis , ce Royaume-là , quoique caufe de cela quelques-uns ont appelle 
contetté ôc fouvent revendiqué par les fils de Carioman. 
Rois de la France Occidentale , eft de- 



t* i&^m - JimiïK^W%XXWœjQKVm j»œi®A^ 



LOUIS III. & CARLOMAN , comme ci-deflus. 

LOUIS & CHARLES ieGras, comme ci-deflus, 

Z*^ 1 Etendant Gauzelin ôc Con- en Gâtinois par les mains d'Anfegife 

880. ^_^y rar J q U1 f s voyoient deltitués du Archevêque de Sens. 

fecours de Louis , craignant d'être ac- Quelque tems après ces deux frères 

câblés par les autres Seigneurs Neuf- étant à Amiens , diviierent entr'eux le 

triens js'adreflei'ent à Luicgardefafem- Royaume de leur père ; la Neuiine 

me , Princefïe fort ambitieufe , qui loi- échut à Louis , ôc les Royaumes et A- 

licita ii prellamment fon mari , qu'elle quitaine ôc de Bourgogne à Carlo- 

le porta à repalîer en France avec un man. 

plus grand appareil que la première Dès leur avènement ils eurent le dé- 
ibis, plaifir de voir démembrer deux Royau- 
Sur le bruit de cette féconde irrup- mes de la fucceilion qu'ils avoient re- 
tion , les Seigneurs firent couronner cueillie, fçavoir celui de Lorraine,com- 
non feulement Louis fils aîné du Bègue, me nous l'avons dit, ôc celui de Bour- 
mais aufli Carioman ion frère. Ils ru- gogne , qu'on nomma aulli Royaume 
rent facrés dans l'Abbaye de Ferrieres d'Arles ôc Royaume de Provence. Quant 



5 2 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

à ce dernier, il leur fut fouftraitpar Bo Haynaut , Flandre &c Boulonnois. Ar 



°°' fon. Ce Seigneur avoir été en telle fa 
veur auprès de Charles le Chauve , qu'il 
l'avoit tait comme fon Viceroi en Lom- 
bardie , 6c lui avoir donné la Provence , 
finon en fouveraineré, au moins à per- 
pétuité , ôc Ta nièce Hermengarde pour 
époufe. Avec ces avantages il tut encou- 
ragé par cette ambitieufe Princelfe de fe 
taire Roi -, li bien qu'ayant gagné les 
Seigneurs ôc les Prélats de ce pays-là, il 
* Grand pou- f e fa £fa e p ar un * Synode qui ie tint 

voir des Eve- _, A \ . . { .^ v , 

ques. au Château Royal de Mentale près de 

Vienne. Il s'y trouva quatre Archevê- 
ques ôc dix-neuf Evêques qui lui défé- 
rèrent la Couronne , fans fpecirier néan- 
moins de quel pays. L'Archevêque de 
Lyon le couronna le 23. d'Oclobre de 
-Tannée 879. (a) 

Cet attentat fâchoit extrêmement les 
deux frères Rois : mais ils avoient ou- 
tre cela deux autres ennemis fur les 
bras , Louis le Germanique leur cou- 
fin , ôc les Normands. Ils gagnèrent 
une bataille fur ces derniers, près de la 
rivière de Vienne, le premier jour de 
Novembre. Après quoi laillant leur 
victoire imparfaite , ils tournèrent tête 
vers Louis , qui à l'inltigation de l'Abbé 
Gauzeiin , s'étoit avancé jufques fur 
leur frontière. Quand il eut appris 
qu'ils venoient à lui , il n'ofi palter 
outre , ôc demanda à parlementer avec 
eux à Gondouville , & cependant il fe 
retira dans fon Royaume. 

En fa retraite il défit dans le Hay- 
naut une bande de huit ou dix mille 
Normands -, mais dans le choc il perdit 
un fils bâtard qu'il avoir. Ces Pirates 
avoient brûlé les Villes de faint Orner, 
Terouenne , Arras , Tournay , S. Ri- 
quier , S. Valéry , ôc tous les Pays de 



ras demeura trenre ans délert, feshabi- 
tans s'étant rétugiés dans Beauvais. Qua- 
tre Bourgeois de Tournay qui s'étoient 
retirés à Noyon , rebâtirent leur Ville, 
ôc en donnèrent les maiions à rente à 
qui les vouloit habiter. 

Les quarre Rois pour accommoder 
leurs différends, avoient aflïgné une af- 
femblée générale à * Gondouville près *Ceft r em> 
de Mets. Louis le Germanique envoya"" Gondre - 

r r ■ x . ■ .' . ville. 

s en exculer lur une maladie qui lui 
étoit furvenue : mais Charles fon frère 
s'y rrouva , êc conféra avec Louis ôc 
Carloman de leurs affaires communes. 
lis trouverenr bon de fe liguer enfem- 
ble pour la deftruction de leurs enne- 
mis ■■> Louis le Germanique avec Louis 
ôc Carloman contre Hueues fils de 
Valdrade qui iaccageoit tout fon plat 
p ; ys de Lorraine } 8c Charles le Gras 
encore avec ces deux frères pour domp- 
ter l'orgueil de Bofon. . 

Pour le premier , les gens de Louis 
de Germanie Ôc des deux frères , ayant 
été chercher les troupes de Hugues , 
qui étoient commandées par Thiebaut 
ion beau-frere , rirent tant qu'ils Iqs ren- 
contrèrent , ôc les mirent en déroute , 
avec un horrible carnage. Puis Charles 
le Gras &c les deux frères marchant con- 
jointement contre Bofon , le vainqui- 
rent en une bataille près de Mâcon , ôc 
en fuite afliégerent Vienne ; le rébelle 
y avoit lailfé fa femme , Se s'étoit retiré 
dans les montagnes de Savoye. Nous 
ne verrons la fin de ce fiége , que dans 
deux ans d'ici. 

Charles éroit venu là à la prière de 
(es coufins , & avoit quitté fes affaires 
d'Italie , où par un iéjour de quelques 
mois , il s'étoit alfuré de toute la Lom- 



(a) Bofon beau-fierc de Charles le Chauve , profitant 
ic la foiblcire de Louis le Bègue , s'empara de coûte la 
Provence , du Dauphiné , fie des contrées voillnes , Se 
$'en ht élire &c couronner Roi en E79. fous le titre de 
Roi d'Ailes , parce ([ue cette ville étoit alors la plus con- 
fiJéra'ulc de £011 nouveau Royaume. Cet Luc l'ut polL- 



dé fucceiïivemcn.t par fix Rois; mais l'indolence ou la 
pufillanhnité des deux derniers , iuc caufe de lou dé- 
membrement. Les Gouverneurs l'approprièrent le* 
Comtés Se Seigneuries qui le compofoient , de forte i* 4 uc 
ce Royaume n'en eut plus ;iuc le nuin. 



bardic ; 



LOUIS III. ROI XXVII. H 

- bardie ; fi bien qu'il avoir été couronné accourut en Picardie pour y donner or- — ■ 

S8i. Roi par l'Archevêque de Milan. Com- die. Il fondit fur ces barbares près I * 

me il brûloit d'envie d'y retourner , il d'Amiens , & en coucha neuf mille par 

prit congé d'eux , Se ayant reparte les terre. Toutefois , foit qu'il en vît ve- 

Monrs , alla droit à Rome accompa- nir à lui quelqu'autre plus grand corps, 

gné du Pattiai che d'Aj^uilée. ou qu'il fût faiii d'une terreur panique, 

_ s Cette fois le Pape qui hélîtoit à qui il retourna en arrière - y ôc alors le refte 

encore basi- il donneroit la Couronne Impériale , ne de ces barbares recommença à piller 

le & Char.- p UL } a re f u [' el - \ un Prince li pmlfamment comme auparavant. 

à Noël a.. 6. armé ; ainfi il la lui mit lur la tête le Une troiiiéme bande defeendit au lieu 

an*. jour de Noël de l'an 88 1. Il penfoiten dit Haflou , près de la Meufe , Se s'y 

tirer quelque alFiftance contre les Infi- étant fortifiée , mit le feu à la cité de 

déles , 6c contre les Princes circonvoi- Liège , à celle de Tongres, qui avoit 

fins qui incommodoient extrêmement été autrefois ruinée par les Vandales , à 

la ville de Rome : mais dès qu'ii eut Cologne , à Bonne , à Nuis , au Palais 

le vain titre d'Empereur , il fortitd'Ita- d'Aix-la-Chapelle , à Trêves , à Mets ; 

lie. Le Pape lui écrivit inutilement &: ayant gagné une bataille fur les Eve- 

pour le rappeller à fon fecours : [qs let- ques de ces deux dernières Villes , où 

très , ni un voyage même qu'il fit en celui de Mets fut tué , ( il s'appelloit 

France pour cela , ne lui produilirent "Wala ) elle fit un horrible carnage des 

que de la peine & du chagrin. pauvres payfans qui s'étoient armés dans 

•c&oitle Cependant une * flote de Normands les Ardennes. _ 

auff h r ° pre ' entranc P ar ^ e ^aal 5 ^ e f° rt:1 fi a à loiiir Comme Louis le Germanique aiïem- 88 it 

terre cjue par dans le Palais royal de Nimegue. Louis bloit des troupes pour leur oppofer , il 

œer ' y alla avec une armée 6c les aiîîégea : mourut à Francforr le vingtième de Jan- 

mais il ne fut pas en fon pouvoir de les vier, dans la force de fon âge, 6c n'ayant 

forcer-, tellement qu'il le contenta de régné que fix ans. On porta fon corps 

les réduire à vuuier le Royaume. Ils en dans l'Eglife de Saint Nazaire à l'Ab- 

fortirent avec toutes leurs troupes, mais baye de Loresheim , où il fut inhumé 

aulîï avec tout leur butin. auprès de celui de fon père. 

Une autre flote très-puilïante mon- Il fut le feul des trois frères qui fe 

tant dans la Somme , força la riche Ab- maria : * fa femme fe nommoit Luitgar- G * ra ^ h f " t !es « 

baye de Corbie , 6c la ville d'Amiens , de , fille de Bilmarus 6c fœur de Be- m anc. 

puis s'épandit au large dans les contrées non, qui furent Ducs de Saxe, (a) Il 

voifines. Le mal étoit fort grand 6c fort n'en eut qu'un fils, qui l'an 88o. fe 

preiTant : c'eft pourquoi Louis laiflant jouant fur une fenêtre tomba du haut 

fon frère Carloman au fiége de Vienne , en bas 6c fe tua. 



jj) D'autres difenr, fille de Ludolfe Duc de S»xc, 8: feeur d'Othon père de Henri l'Oifeleur. 



ftKfrsw? 



Tome II, 



H ABREGE CHRONOLOGIQUE 



CHARLES dit le Gras , Empereur & Roi d'Italie , de Germanie ou France 

Orientale , de Bavière & de Lorraine. 

LOUIS & CARLOMAN de la France Occidentale , Aquitaine , «J 

& partie de Bourgogne. 

„„ T A lucceffion du Germanique , ôc fon armée : mais une tempête épou- " ' ■ 
1-j plus encore la nécefîité des affaires ventable qui fe leva , ôc une pefte fu- ° 2 "' 
appelloit Charles le Gras en France , où rieufe qui s'étoit mile parmi fes trou- 
les Normands loges a. Haflou faifoient pes , leur turent encore favorables : ti- 
rage , fécondant Hugues fils de Valdra- bien qu'après quinze jours de tiége , 
de , ôc en étant réciproquement fecon- ces voleurs en turent quittes pour tor- 
des : car ce bâtard attiroit & animoit tir de fes Royaumes , d'où ils emport- 
ées barbares , ôc excitoit des factions terent des richeiles immenfes. 
parmi les Seigneurs , pour fe vanger au Ils avoient deux Rois ou Généraux , 
moins , s'il ne pouvoit pas s'établir. Sigefroy ôc Godefroy. Le premier fe 

Charles repafïà donc deçà les Monts , rembarqua avec plus de quarante mille 

confirma la donation de la Carinthie à hommes -, l'autre , foie par intérêt , foit 

Arnoul fon neveu bâtard, ôc lui donna par dévotion , reçut le faint Baptême, 

le commandement de fon armée. Après L'Empereur voulut être fon parrain, 

cela il tint un Parlement à Wormes, au ôc lui donna en mariage une fille natu- 

fortir duquel Arnoul l'étant venu join- relie du Roi Lotaireli. nommée Gifle , 

dre , il marcha vers Haflou. ôc deux mille quatre-vingt livres d'or , 

Le plus grand malheur de la France avec le Duché de Frife en dot. 
étoit , que la plupart des Seigneurs Vers le même tems Louis Roi de la 
s'étudioient à entretenir les brouille- France Occidentale , étant allé au-de- 
ries , <Sc s'entendoient fouvent avec les vant des Princes Bretons qui lui ame- 
Normands , ou du moins avoient de la noient une armée pour aller contre les 
connivence pour eux, & ne vouloient Normands, tomba malade à Tours; 
pas les exterminer entièrement, parce d'où s'étant fait rapporter en litière, 
qu'ils en pouvoient avoir befoin dans il vint mourir à Saint Denis en France 
quelque rencontre. L'avant-garde de le quatrième du mois d'Août, ayant ré- 
Charles pouffa d'abord les barbares ; ôc gné un peu plus de trois ans. Paul 
il les eût foi ces dans la première épou- Emile raconte qu'ayant pouffé fon che- 
vante , fi l'intelligence que quelques- val pour courir après une bede fille 
uns de fes chefs avoient avec eux n'eût qui fe fauvoit dans une maifon , il fe 
balancé la victoire. Il les afîîégea en- rompit les reins dans la porte qui 
fuite dans leurs logemens avec toute étoit trop balle , & qu'il en mourut. 



4£4 






LOUIS III. ROI XXVII. H 



884. 



CHARLES le Gras , Empereur & Roi de Germanie. 
CARLO M AN , Roi de la France Occidentale, Aquitaine & Bourgogne. 

— 'Q On frère Carloman partit auffi-tôt ques qui avoit été Comte du Palais , JTT 

fis ex 3 ^ e devant Vienne pour venir re- lui fuccéda à l'Archevêché. *" 

^' cueillir la fuccwlîion , ayant lailfé la A l'exemple de l'Empereur Charles 

charge du fiége au Comte Richard, le Gras, Carloman ion coulin traita avec 

qui étoit frère de Boibn , mais Ion en- les Normands pour les faire fortir de 

nemi. Eniuite il fe mit à la tête de fon fes terres , & çompofa à douze mille 

armée , qui marchoit contre les Nor- marcs d'argent ; mais cependant Hu- 

mands. A fon arrivée dans Autun il gués fils de Valdrade faifoit d'horribles 

apprit que ces brigands épouvantés ravages dans la Lorraine, 
étoient lortis de la rivière de Loire: Peu après ce Roi étant à la chafïè 

&: peu de jours après il vit arriver Ri- dans la Forêt d'I véline près de Mont- 

chard, qui ayant pris Vienne, lui ame- fort , à une journée de Paris, il arriva 

noit la remme & la fille de Bofon pri- qu'il y fut blefïe mortellement par un 

fonnieres. ianglier , ou comme d'autres difent , 

De-là il marcha contre une bande par un Gentilhomme de fa fuite , qui 

de Normands , qui étant defcendus penfoit darder cette bête. Sa mort ar- 

par l'embouchure de la Somme , cou- riva le 6. Décembre. Il eft enterré à 

roient jufqu'à Laon & à Reims. Il \qs Saint Denis. Il régna en roue cinq ans 

trouva à Seancourt dans le Vimeu , & demi , fçavoir trois ans conjointe- 

où il les chargea avec tant de vigueur _, ment avec fon frère , & le refte lui 

qu'il les défit entièrement j une partie feul. 

demeura fur le champ, l'autre fe fau- Son père l 'avoit fiancé avec la fille de 

va dans ùs barques fur la rivière Bofon l'an 878. il y a apparence qu'il 

d'Aimé. ne l'époufa pas ; & on ne trouve point 

Ce fut en ces jours-là que le grand qu'il ait eu aucuns enfans : car ce Louis 

Hincmar Archevêque de Reims , ac- le Fainéant , que quelques-uns lui don- 

cablé d'années , & de douleur de voir nent , eft une pure chimère, 
ainfi la France au pillage , fuyant de fa Aufli-tôt que les Normands eurent 

Ville , qui étoit menacée par les Barba- appris qu'il étoit mort , ils rentrèrent 

res,car elle n'avoir point encore de clô- dans le Royaume, interprétant fubti- 

ture de muraille , & fe fauvant en li- lement , félon leur génie & leurs inté- 

tiere , mourut à Efpernay avec un ex- rets, que le traité qu'ils avoient fait 

crème regret de lailler l'Eglife Galli- avec lui étoit fini avec fa vie. Mais Hu- 

cane prefque entièrement deftituée de gués l'Abbé les combattit , & en fit fi 

Prélats qui entendirent fes droits , & grand carnage , qu'ils iailTerenr la Fran- 

qui eulTent foin de fa difeipline. Foui- ce en repos durant quelque tems, 

E ij 



5* 



CHARLES III 

DIT LE GRAS, 

ROI XXVIII. 

Agé de quelque cinquante ans~ 

En vain deux & trois fois j'eus le chef couronné t 
En Germanie , en France , en Bavière > en Lorraine ? 
Je ne fus rien dès lors qu'on m'eût abandonné. 
11 n'eft point fans Sujets de Grandeur Souveraine. 

CHARLES LE GRAS , Empereur en Italie & Germanie. 

CHARLES LE SIMPLE > âgé de fept ans, mineur fous la tutelle de Hugues 

l'Abbé en France. 



-. 



PAPES. 



Encore Hadrian III. 9. mois fous ce 
Régne. 
Etienne VI. élu le 17. Mai 88y. Siège 



fix ans quelques mois , dont deux ans , huit 
mois fous ce Régne. 



ON ne trouvera point étrange fi c'eft-à-dire tout ce qui eft entre la Sei- g ~ 

les François Occidentaux ayant ne , la Loire & la Mer , à la referve des ** 

befoin d'un Roi majeur pour com- Evêchés. encoTeCHA*.- 

mander leurs armées , ne déférèrent Le bâtard de Valdrade n'avoit point les le Gra» 

point la Couronne à Charles fils poft- quitté fes prétentions fur la Lorraine -, ^ ^ E0 a N n , VL 

hume de Louis le Bègue , qui n'avoit & Godefroy le Normand , Duc de Fri- 

encore que fept ans -, & s'ils prêtèrent fe, fon beau -frère, cherchent querelle 

le ferment de fidélité à Charles le Gras, pour avoir fujetde le remettre en pof- 

qu'ils voyoient fort puifïant , &c qui feffion de ce Royaume-là. L'Empereur 

n'étoit pas encore connu pour un efprit Charles fe défit de l'un &c de l'autre , 

foible Se penchant à la démence. mais ce fut par de lâches moyens que 

On ne peut pas dire néanmoins qu'ils les confeils de Henri Duc de Saxe lui 

exclurent le pupille, puifqu'on en don- infpiierent. Car ce Henri , & Guille- 

na la garde 8c l'éducation à l'Abbé Hu- bert Archevêque de Cologne , ayant 

gués le Grand , lequel eut en fier la fubtilement attiré Godefroy à une con- 

Comté de Paris &c la Duché de France 3 férence dans une l(le du Rhin* le mafia- 



CHARLES II I. ROI XXVIII. $7 

' crerent fort vilainement, lui & tous prière des François , qui avoient député — TTJj — 

880. j es Normands de fa fuite : & au même vers lui le Comte Eudes pour implorer ?• 

tems Hugues , qui étoit venu fous leur fon alïiftance. La première fois il força 

foi à Joinville, fut arrêté &c aveuglé, le camp des Danois, Ôc mit quelque fe- 

puis confiné dans l'Abbaye de faint cours dans la ville, & cela tait il s'en 

Gai. retourna. Mais la féconde ayant donné 

La fureur des Normands qui com- imprudemment avec fon chevrl dans 

mençoit à s'appaifer , fe ralluma par une roife recouverte de paille, & de mé- 

cette fanglante perfidie, ôc fit un ef- nus branchages, ( c'étoit un ftf atagême 

froyable effort pour s'en venger. Car fort ordinaire en ces tems-là,) il fut 

fous la conduite de Sigefroy ils entre- renverfé par terre, & aufîi-tôt tué Se 

rent dans la Seine avec 700. barques , dépouillé ; non fans punition divine de 

& un fi grand nombre d'autres vaif- la perfidie qu'il avoir commife à l'en- 

féaux , que la rivière en étoit toute droit de Godefroy. Son armée fe voyant 

couverte plus de deux lieues de long : deftituée de chef, fe retira en Allema- 

néanmoins la ville de Paris étant limée gne. 

dans une Ifle , & ayant des ponts fur Enfin l'Empereur y vint en perfonne 
les deux bras de la rivière , arrêta tout avec de grandes forces , 3c fe campa à 
court cette épouventable flotte. Les Montmartre. Et toutefois, foit pour le 
Barbares qui vouloient fe rendre la mécontentement qui le mit entre lui & 
Seine libre , y mirent le fiége , ayant les Seigneurs François , fou pour quel- 
pris Pontoife & les autres places des qu'autre fujet, il aima mieux employer 
environs, & la tinrent bloquée trois l'or que le ter à chatîer ces voleurs. Il fit 
___ __^ ans durant. compofition avec eux , qui portoit, que 
gg_ Durant ce tems-là ils firent toutes moyennant fept cens livres d'argent, ils 
fortes d'efforts pour en venir à bout, fortiroient de la France dans le mois de 
Mais fonEvêque nommé GofTèlin, l'Ab- Mars , & qu'en attendant ce tems , ils 
bé Ebon fon Neveu, le Comte Eudes , pourroient hyverner à l'entour de Sens 
qui ci-après fera Roi , Hafcheric frère dans le Duché de Bourgogne. Ce traité 
de Thietbert Comte de Meaux , qui fait, il s'en retourna en Germanie, mais 
fuccéda en l'Evéché à GofTèlin, & Eb- fort tourmenté d'une grande douleur de 
blés de Poitiers fon neveu , Abbé de tête , pour laquelle il y fallut faire des 
faint Denis, depuis principal Con- incifions. Cependant les Normands de- 
feiller du Roi Eudes, avec plufieurs meurerent fix mois en Bourgogne, &c la 
vaillans Chevaliers , &c avec les Pari- pillèrent tout à leur aife. 
fiens , dont le courage éroit alors plus Lorfqu'ils fçurent le mauvais état où 
grand que leur ville , la défendirent étoient la fanté 6c fes affaires , ils revin- 
encore mieux qu'elle ne fut attaquée. rent fe planter dans les prez de S. Ger- 
Les afîiégeans faifoient de fois à au- main , feignant pourtant de vouloir gar- 
tres diverfes tentatives , 8c donnoient der l'accord : mais en effet pour eflayer 
des alTàuts aux tours des deux ponts, de furprendre la Ville; comme ils l'euf- 
8c puis fe voyant repouffés s'en alloient fent fait un jour fur l'heure du dîner, 
faire des courfes dans les Provinces cir- (car en ce tems-là tous les habirans 
convoifines , laifïànt toujours la ville d'un lieu dînoient à même heure, ) Mon 
bloquée par des forts qu'ils avoient bâ- ne fe fut apperçu qu'ils remontoienc 
tis tout proche. tout doucement dans leurs batteaux , 
Par deux fois l'Empereur Charles y lefquels ils avoient accommodés à l'é- 
envpya Henri Duc de Saxe , à L'initiante preuve du trait. On les repoufTa donc 



3 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

"7Z vigoureufement, ôc après on fit un au- t juchée , quoiqu'il y eut dix ans qu'ils — 77T" 

7 * tre traité avec eux, portant qu'ils n'ap- lulïènt enfemble. Lde s appeiloit Ri- 7 * 
procheroient point de Paris de trois charde , ou félon quelques-uns , Ri- 
journées. Enfuite de quoi ils remonte- childc. 

rent vers la Bourgogne , ôc le mirent L'égarement de fon efprit parut en- 

à piller les environs de la ville de Sens, cote plus manirellement dans i'AlIem- 

La France Occidentale étoit fans chef", biée générale qui le tint au Palais de 

ôc tous les Seigneurs prefque égaux en Tribur , entre Oppenheim ôc Mayen- 

autorité, linon qu'ils déféroient un peu ce, fur l'autre bord du Rhin ; li bien 

à Hugues l'Abbé tuteur de Charles le qu'ayant été reconnu tout-à-lait inca 

Simple , mais ce Seigneur mourut à pable de gouverner , tous fes fujets des 

Orléans dans le grand beloin duRoyau- Royaumes de Germanie ôc de Bavière 

me, l'an 887. Conrard fon père Comte l'abandonnèrent , du confeil même de 

de Paris & Duc de Rhetie, étoit mort fa fœur Hildegarde, Ôc élurent en fa 

cinq ans auparavant. place Arnoui fils bâtard de fon frère , 

Le Comte Eudes lui fuccéda (à ce que vers la fête de la S. Martin. 11 fit bien 

je crois) en la plupart de fes gouverne- quelque effort pour empêcher cette élec- 

mens, tant par fa vertu, que parce qu'il tion ; mais comme il penfoit armer , il 

étoit fon frère utérin. Car les Généalo- fut encore delaille des Lorrains , puis 

giftes alïurent que leur mère étoit Ade- des Allemands ouSouaubes, fes anciens 

leis fille de Louis le Débonnaire, qui en Sujets ; en forte qu'il ne lui refta pas 

premières noces avoit été mariée au même un valet pour le fervir, ni un 

Comte Conrard , duquel elle avoit eu feul denier pour vivre. Vit-on jamais 

ce Hugues l'Abbé, ôc un autre Conrard une li étrange ôc li fubite révolution ? Il 

pere.de Raoul Duc de Bourgogne ; ôc n'y eut que Luitbert Evêquede Mayen- 

en fécondes , à Robert le Fort , duquel ce, qui eut pitié de ce malheureux Prin- 

étoient fils Eudes ôc Robert. ce , ôc lui donna à manger , en attendant 

Charles le Gras avoit toujours eu le qu'Arnoul ( vers lequel cet Empereur 

cerveau foible , depuis qu'il avoit crû avoit envoyé fon fils naturel , nommé 

voir le diable, ôc plus encore depuis Bernard, demander du pain,) lui ac- 

qu'on lui avoit incifé la tête , comme corda le revenu de trois ou quatre villa- 

nous avons dit. Une des premières ges pour fa fubliftance. 

marques de fa folie fut la jaloulie qu'il Voilà comme ce Prince , qui en ce 

conçut de l'Impératrice fa femme ; il fe tems-là étoit le plus puillant de la ter- 

mit dans l'efprit des penfées qu'un re, n'ayant aucun vice qui parut-, au 

homme fage ne s'y doit jamais mettre , contraire , étant très-bon , très-jufte , 

pour fon honneur ôc ion repos. Ce ôc dévot jufqu'à l'excès , fut réduit en 

chagrin n'ayant que trop paru, donna cet état, pour n'avoir pas eu allez de 

la hardieflTe à Berénger Marquis de force d'efprit, ôc pour avoir été deftitué 

Frioul, de piller le bagage de Lieutard d'enfans légitimes, deux choies très-né- 

Evêque de Vercel , qu'on aceufoit de cefTaires à un Souverain, 

gouverner trop familièrement l'Impé- Cet état déplorable dura peut-être 

ratrice. Néanmoins fon mari en ayant encore moins qu'il n'eut voulu : ilmou- 

témoigné fon reifentiment , l'obligea de rut ou de regret , ou ayant été étranglé 

lui en venir faire fatistaction au Parle- par fes ennemis, le huitième Janvier de 

ment d'Uberlinghen. Mais dès l'année l'an 888. Son corps fut enterré au Mo- 

même il la répudia en pleine alTemblée naftére de Richenove , qui eft dans une 

d'Etats, jurant qu'il ne l'a voit jamais Ifle du Lac d* Confiance. 



888. 



CHARLES III. ROI XXVIII. 39 



■- De toute la race Cariienne il ne ref- fent que les François ne l'élurent que 9 r~ 

^° * toit que deux Princes, Arnoul c>i Char- pour Tuteur du pupille , & Gouverneur 

les l'un bâtard, & l'autre enfant. Selon ou logent du Royaume. Ils apportent 

l'humeur des François d'alors, tout de- pour preuve, qu il rélifta fort à cette 

voit être régi par Arnoul ■■, mais il y avoir élection , qu'il prit loin de l'éducation 

tant de Grands également puiflàns Se de Charles , que lorfqu'il fut en âge , 

ambitieux, qui croyoient bien valoir il lui rendit une partie du Royaume, ôc 

un bâtard , parce qu'ils étoientdu Sang que quand il mourut , il le lui remit 

Carlien par femmes, qu'il ne put pas tout entier. Et il quelqu'un demande 

s'autorifer ni en la France Occidenta- pourquoi, n'étant que Régent ôc tuteur, 

le , ni en Italie. il prit la qualité de Roi , îls-répondent , 

Empereurs II y en avoir deux autres dans l'Ita- que dans ce ficcle-là& dans les trois ou 



encore 



leon li e 9 îçavoir Berenger Duc de Frioul , quatre fuivans , les tuteurs prenoient 
«ss.R^ans! & Guy Duc de Spolete : ils avoient été les titres des terres de leurs pupilles 
invertis de ces terres par Charles le qu'ils adminiftroient. 
Chauve. Tous deux étant iflus du Sang Quoi qu'il en foit , Eudes , après cette 
Royal, quoique feulementpar femmes, élection , alla conférer avec Arnoul 
crurent qu'au défaut de mâles capables Roi de Germanie , par le confentement 
de gouverner , ils dévoient prendre leur duquel elle s'étoit faite. Au partir de là 
part de la fucceflion de Charlemagne. il tic un voyage en Aquitaine, pour re- 
lis s'accordèrent donc enfemble , que cevoir les hommages des Seigneurs de 
Guy auroit le titre d'Empereur , & ia ce pays-là , & pour empêcher qu'ils ne 
France Neuftrienne *, & Berenger l'Ita- le remilîènt en Royaume comme il y 
lie. Or le premier ayant mis quelque avoit été. 

rems à fe faire couronner Empereur à D'autre part Raoul ou Rodolphe , 

Rome , tarda un peu trop à paffer en fils du jeune Conrard , & petit fils de 

France , de forte qu'y trouvant les ef- Hugues l'Abbé , occupa le pays d'en- 

prits changés, il retourna en Italie. En tre le Mont-Jou , 6c les Alpes Penni- 

ce pays-là ii vainquit Berenger en deux nés , c'eft-à-d^re , la Savoye & le pays 

fanglantes batailles , & le contraignit des SuilTes -, & le fit couronner Roi de 

de fe réfugier vers Arnoul. la Bourgogne Trunsjurane , à S. Mau- 

Quant à ce Roi Arnoul , n'ayant pas rice en Valais. ____ 
fait allez de diligence, & d'ailleurs les Comme aufli deux ans après, Louis gg . 
François Neuftriens ou Occidentaux ne fils de Bofon , avec le crédit & les in- 
s'accommodant pas bien avec les Fran- tngues de fa mère qui avoit toujours 
çois Orientaux , ou Germains , il fut retenu l'adminiftration du Royaume 
bien étonné que les Seigneurs de Neuf- d Arles ou de Provence après la mort 
trie, ( déformais nous la nommerons de fon mari, fe fit déférer cette Cou- 
fimplement France ) lui mandèrent , ronne , par un Concile qui fe tint ex- 
comme il penfoit y venir , que dans près à Valence l'an 890. Il fe fondoit 
l'AiTemblée de Compiegne ils avoient fur ce qu'il étoit fils d une Princeiïè du 
élu Eudes , qui étoit Comte de Paris , fang , & que Charles le Gras l'avoit 
& Duc de France. adopté dans l'Aflembléed'Ubeninghenj 

En effet , quoique quelques-uns ré- mais ces fortes d'adoptions n etoient 

clamaiTent en faveur de Charles le Sim- qu'honoraires , & ne donnoient aucun 

pie , il fut couronné l'année fuivante. droit fur la fucceflion de celui qui adop- 

par Gautier Archevêque de Sens. toit. Au refte vous remarquerez que 

Quelques auteurs de ces tems-là di- tous les Princes qui démembrèrent ainfi 



Sqo. 



j.* 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



la Monarchie, étoient ilïiis par filles du Charles le Simple, qu'ils regardoient 
fang Royal , ôc qu'ils fe croyoient pius tous deux comme bâtards, 
habiles à fuccéder qu'Arnoul ni que 



890. 




ICHARDE 



FEMME 



DE CHARLES LE GRAS. 



Qualités de 
Lichatde. 



Merveille de ton fexe , adorable Princefle » 
Dont l'honneur combattu ne tut jamais blefle » 
Chai les en te quittant, témoigna là foiblelTe , 
Car alors d'infeniible , il devint infenfé. 



o 



N tient que cette Princefle étoit 
de la Maiion d'EcolIè -, Charles 
Je Gras lepoufa du vivant de fon père , 
lorfqu'il n'étoit encore que Duc de 
Souaube. Un auttur Allemand dit qu'el- 
le fut fage & religieuie Princeile , Se 
qu'elle protégea de tout fon pouvoir 
les Eghies Se les Eccléiiaftiques contre 
la violence des Grands. L'autorité de 
fon mari s'abaillant de jour en jour 
par la foiblelfe de fon elprit , Se par 
les factions , elle !a foutint quelque teins 
avec les conieils Se le crédit de Luitard 
Soutient Tau- Evèque de Vcrceil , qui étoit capable 
torité de fou j e i ui colî { erver l'Italie déjà fortébran- 

înan avec les • , T , n , . r • r ■ 1 r 

confeik de lee. L Lmpjreur bien latisrait des ler- 
ucLui- y; C es de ce Prélat , lui avoir confié 
fon fceau , Se la diipolition de toutes 
fes aff ires de delà les Monts. Mais 
les fréquents entretiens qu'il étoit obli- 
gé d'avoir avec fa femme , lui déplu - 
Sonmaride- rent -, la défiance Se la jaloufie lui in- 

d'cUe&de' ter P"' terent: cec,:e familiarité tout au- 

«t ivêque. trement qu'il n'eût fallu pour le repos 

de tous les trois •, Se comme il avient 

toujours à ceux qui ne font point ai- 



mables de s'imaginer qu'on ne les aime 
point , Se qu'on les mépiie , ce Prince 
qui étoit dune g..oileur difforme, Ôc 
avoit les jambes tortes , Se d'ailleurs 
peu d'agrément dans fa convuiiat^on , 
le mit facilement dans la tête que 1 Lvê- 
que aimoit trop fa lemme : de foite 
qu'en ne confi aérant pas qu'il ne ie 
maintenoit que par leur moyen , il 
lailïa un jour piller fon bagage , com- 
me à un criminel *, il eft vrai que ce 
moment de frénefie étant palfé , il lui 
en fit faire quelques exeufes : mais peu 
après ce mal , qui a fes accès aulîi-bien 
que la fièvre, le reprit , Se il la répudia 
dans une afiemblée générale , jurant La répudie 
qu'il ne l'avoit poinr touchée , bien^ ans L " ne / af - 

^ rr *ri_iJ- J «emblée g C - 

qu ils enflent vécu enlemble dix ans du- „é ra i c . 
rant. L'innocence ou le grand crédit de 
l'Evcque lui donnèrent la hardiellc d'y 
comparoître , Se de parler fort libre- 
ment. Il lui reprocha fon ingratitude , 
Se fe purgea par ferment du crime qu'il 
lui impofoir. L'Impératrice almra aufïi 
de la même manière , qu'elle n'avoit ja- 
mais été déflorée par l'attouchement de 

l'Empereur, 



RICHARDE. 



4» 



l'Empereur , ni d'aucun autre homme , gné fon douaire, & s'enferma dans le 

offrant la preuve du combat, ou celle Monaftére d'Andelnau, qu'elle y avoit 

du fer ardent pour fe juftifier. Au for- fondé. Elle y acheva le refte de fes 

tir delà , elle fe retira dans la Comté jours , & décéda vers l'an %<)G. âgée de 

d'Alface, fur laquelle on lui avoit afli- quelque quarante ans. 




Tû/nc II. 



F 




EUDES, 

ROI XXIX. 



Agé de vingt-six ans. 

Par bonheur & par choix autant que par fes brigues » 
Ce Comte de Paris vint à la Royauté ; 
Et fraya le chemin à fa poftérité , 
De fe la conferver par les mêmes intrigues. 



ARNOUL Empereur & Roi de Germanie. 



EUDES Roi de la 
France Occidenta- 
le & Aquitaine. 



LOUIS du Royau- 
me d'Arles. 



RAO Ut de la Bour- 
gogne Transjura- 
ne. 



GUY Empereur , & 
BERENGERdif- 
putans l'Italie en- 
tr'eux. 






m. 



PAPES. 

Encore ETIENNE VI. près de trois ans ! Formose élu le 31. Mai 890. S. 6. ans, 
fous ce régne. 1 moins quelques mois. 



AI n s 1 la fucceffion de la Mai- 
fon Carlienne fe trouva divifée en 
cinq dominations, fans compter grand 
nombre de Seigneurs qui s'érigèrent 
prefque en Souverains. La première 
étoit l'Italie que l'on attacha avec le ti- 
tre de l'Empire. La deuxième, la Ger- 
manie , qui alors comprenoit aulîi le 
Royaume de Bavière j la troifiéme , la 
France , qui avec le Royaume de Neuf- 
trie , contenoit aufli celui d'Aquitaine , 
& partie de celui de Bourgogne , fça- 
voir la Duché. La quatrième , la Bour- 
gogne Cisjurane , appellce ordinaire- 
ment le Royaume d'Arles ou de Proven- 
ce , fous lequel étoient aufli le Lyon- 



nois & le Dauphiné; & la cinquième , ' 
l'autre Bourgogne, autrement la Trans- 
jurane , qui comprenoit la Savoye , le 
pays des Suifles , &c quelques contrées 
voifines. 

Il ne faut pas douter que ces nouveaux 
Rois ne filïent part de leur ufurpation 
aux Seigneurs de leur dépendance , & 
qu'ils ne leur accordaient toutes chofes 
pour en avoir feulement le ferment &c 
l'hommage : & qu'auffi ces Seigneurs 
n'en ufallent de même à l'endroit de 
leurs vaflaux , & ceux-là envers la pe- 
tite Noblelfe. De là font nées tant de 
Seigneuries grandes &: petites , dont 
les Evêques mêmes qui fe trouvèrent 



888. 



EUDES, ROI XXIX. 4j 

k . courageux & de bonne maifon , n'ou- tes Ces forces , les combattit & heureu- ■■'" 

°^* blierent pas de prendre leur part, fe fement , que de quinze mille à peine ^' 

**• "?■ faifant Comtes perpétuels dans leurs Ci- s'en iauva-t-il quatre cens. Les Bretons 

tés Epifcopales. attribuèrent ce iuccès au vœu qu'il avoit 
Or le Roi Eudes pour fe montrer fait de donner la dixième partie du bu- 
digne du choix qu'on avoit fait de lui , tin à S. Pierre de Rome, 
alla, à ion retour d'Aquitaine, attaquer Pareille dévotion envers le S. Siège 

les Normands , qui ravageoientla Bour- étoitfort ordinaire en ces fiécles-là. Flu- 

gogne. Il les rencontra le jour de la S. Jieurs jf rinces y vouoient leur Etat , <S» 

Jean-Baptilte près du bois ae Montfau- fe rendoient tributaires de S. Pierre \ ce 

con , 6c les chargea h rudement , qu'il qui ne fortifia pas peu la perfuafîon que 

en tua dix-neuf mille , 6c pourluivit le les Papes s imprimèrent dans le/prit , 

refte jufqueslur la frontière, payant bra- qu'ils av oient droit de donner , & d ôter 

vement de la peilonne en toutes occa- les Couronnes. 

fions. Il y en a qui foutiennent que ce Après ces pertes , les Normands n'a- 

mémorable comoat fe donna à Mont- yant plus guéres de gens en France , 

faucon près de Paris. deux de leurs Chers * , Godefroy &: * ris le$ nom 

Ceux qui par l'accommodement fait Sigefroy , pour ne pas laiif^r décheoir IU0ieac R - ots - 

avec 1 Evêque Hafcheric , s'étoient re- leur réputation , s'en allèrent embar- 

tiiés vers Sens, après y avoir vécu à Quer une levée de cent mille hommes, 

diferétion , ians avoir pu néanmoins faite en Dannemarc , Suéde 6c Norve- 

lorcer cette ville , violèrent le traité , ge , & étant entrés dans la Meule , ils 

& fe rappiochant de Paris, prirent 6c en mitent quatre-vingt-dix mille à ter- 

brulerent Meaux , où le Comte "jfhiet- re, 6c biffèrent le xelte à la garde de 

bert , frère de Hafcheric , fut tué. Les leurs vailfeaux. Les Lieutenans du Roi 

ponts de Paris les empêchant d'y pafîer Arnoul les ayant attaqués mal-à-pro- 

avec leurs barques , ils Us chargèrent pos , furent défaits avec perte d'une in- 

fur des charrettes , 6c puis les remirent finité de Noblelle. 

dans l'eau au delTous de la ville, pour Mais Arnoul lui-même, piqué d'un £~~ ' 
defeendredans la mer. Enfuite ils s'en fi fanglant affront , palfa le Rhin avec 
allèrent le long des côtes , ravager le toutes les forces de la Germanie , les 
pays de Coftentin 6c la Bretagne juf- vint chercher jufques dans leur camp , 
qu'à S. Malo. qui étoit près des bords de la Meufe , 
A ces fléaux le Ciel ajouta celui de 6c les y força avec tant de furie , qu'il 
la famine , qui fut fî funeufe prefque ne s'en fauva pas un feul. Les corps 
par toutes les Provinces du Royaume , morts faifoient un pont fur !a rivière, & 
qu'en piufieurs endroits les hommes al- fon cours s'enfla du fangdeces barbares, 
loient à la chafîè aux hommes , les égor- Si Ion s étonne d'où il en pouvoit ve- 
geoient 6c les dévoraient comme des nir de Ji grandes quantités , il faut f ça- 
bëtes féroces. voir premièrement que les médians Fran- 
Alain & Judicaël qui étoient en dif- çois , & toutes fortes de voleurs ,fe joi- 
pute pour le partage de la Bretagne , gnoient avec eux; que d'ailleurs ces pays 
s'accordèrent enfemble pour combattre de Dannemarc , de Norvège &de Suéde , 
les Normands leurs ennemis communs, étoient alors extrêmement peuplés ; & 
Judicaël feul , fans attendre fon compa- que tous leurs habitans affriandés au bu- 
gnon , leur préfenta témérairement la tin , s'embarquaient à l'envie pour venir 
bataille •, auffi y perdit-il l'honneur 6c piller des pays riches & fertiles. Enfin 
la Yie : mais Alain ayant alfemblé tou- il enfortit tant qui furent tués , ou qui 

V ij 



44 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

■"t s'habituèrent en France , que ces vajies Archevêque de Reims, & plufieursau- *~T" 

2°* terres du Nord en font dépeuplées jujqu \à très , envoyèrent quérir Charles le Sim» " ' ' 

cette heure. Ainji dans ces derniers fié- pie en Angleterre, où fa mère l'avoir 

des , l EJpagne , qui fut autrefois une emmenée,& le rirent couronner à Reims 

fourmilLiere d hommes , sefi déjertée dïcl- le 27. de Janvier de l'an 893 . quoiqu'il 

le même par V avidité qu'ont tousfes ha- n'eut encore que treize ans. Il fut lacré 

bitans de courir aux richetfes du nouveau par le miniftére de Foulques , qui en 

monde. écrivit aufli-tôt deslettresapologériques 

g Les Seigneurs Neuftriens ne recon- à Arnoul , à Guy & à Raoul , les ex- 

& 892' noilloienr pas tous la Royauté d Eudes , hortant d'afîifter le pupile contre l'ufur- 
Aimar Comte de Poitiers , qu'il von- pateur. Ses remontrances firent d'abord 
loit dépolléder pour donner fa terre à quelque impreilion fur l'efpritd'Arnoul 
Robert fon frère , Ranulfe 1 1. Duc en faveur de Charles : mais inconti- 
d'Aquitaine , avec l'Abbé Ebles fon nent l'intérêt ou la légèreté , le retour- 
frere , nagueres le plus grand ami du na du côté d'Eudes, 
nouveau Roi , & quelques autres de Quelques auteurs ont écrit que ce 
ces quartiers-là, avoient pris les armes Guy de Spolete , dont nous avons par- 
contre lui. Tandis qu'il étoit en Poi- lé , avoit été aullî couronné à Langres 
tou , occupé à leur faire la guerre, dont trois ans auparavant. Ainfi il y auroit 

mmmmmmmmmm on ne trouve point l'événement , il fe eu trois Rois élus& facrésdans la Fran- 

893. forma une grande ligue pour le détrô- ce Occidentale : mais Guy l'avoit en- 

* u H u' bcrc ner « Heribert * & Pépin, frères iflus tiérement quitté pour l'Italie , & fem- 

de Bernard Roi d'Italie, l'un Comte de bloit n'y plus prétendre, ayant été 

Vermandois, l'autre de Senlis ; Bau- couronné Empereur par le Pape Jean 

douin Comte de Flandres , Foulques XV. en l'année 892. 



•h Hebiîrc. 







45 



CHARLES IV. 

DIT LE SIMPLE. 

ROI XXX. 

Agé de treize ans* 

Entre les fa&ions où le Ciel le fit naître , 
Charles diverfement vit fon Régne agité , 

Et le biffant conduire à fa (implicite , , 

Mourut dans la prifon entre les mains d'un traître. 

ARNOUL Roi de Germanie , de Lorraine & de Bavière. 

EUDES & CHARLES Compétiteurs pour la France Occidentale, 

GUY Empereur & Roi d'Italie. 

RAOUL en Bourgogne Transjurane. 1 L O U I S en Arles. 

- — — — i . , i—— — — i — — i ~— <— — — — »w. « » i i » ■ i n. 

PAPES. 



BdNiFACE VI. élu en 896. S. if . jours. 

Etienne VII. élu en 897. S. 3. ans. 

Théodore II. élu en 901. S. 20. jours- 

Jean IX. auffi élu en 901. S. 3. ans, ij. 
jours. 

Benoît IV. élu en 905. S. environ un 
an. Jean X. intrus élu en 913. S. 1$. ans ? 

Lbon V. élu en 905 . S. 40. jours , après [ onze durant ce Régne. 



lefquels Christophe le détrône , & S. 7. 
mois. 

Sergius III. l'an 906. ayant détrôné 
Chriftophe , S. quelque 3 . ans. 

Anastase III. élu en 910. S. 2. ans, 
un mois. 



» T""\ Eux ans durant les partis de l'aide des Seigneurs de fon parti. » ■ 

1 J Charles &: d'Eudes fe rirent la Eudes lui donnoit bien de l'exercice, °93« 

guerre avec divers fuccès. Eudes étant mais il n'en avoit pas moins lui-même , 

de retour de Guyenne, chalTa Charles ayant à fe précautionner contre fes pro- 

de Neuftrie. Ce Prince fugitif s'en alla près parens , auifi-bien que contre fes 

à "Wormes implorer le fecours d'Ar- ennemis. Le Comte Valtere ou Gau- 

noul : on ne dit point s'il lui en donna ; tier , fils d'Adelme fon oncle paternel , 

mais peu après il rentra en France avec & Comte de Laon, tira l'épée contre lui 



# ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

en plein Parlement : Après cette audace rut point en fon pouvoir de l'arracher ' — ô — 

893. & il alla fejetter dans fa viile; mais Eudes de ces montagnes. 9 * 



"24- l e fuivit de fi près , que fans lui donner Lan fuivant il tint un Concile au Pa- Empereurs 

"■icore Léon 
Lamje&t. 



le loifir de fe défendre , il le força dans lais de Tnbur fur 1 autre bord du Rhin ; !" CG1 



la place , & lui fit trancher la tète tout & au fortir de-là un Parlement à Wor- 

fur le champ. mes. Le Roi Eudes y affifta , & en s'en 

Arnoulfe rangeoit tantôt de fon côté, retournant il pilla le bagage des Am- 
rantôt de celui de fon rival j &c fe me- batfadeurs que Charles le Simple en- 
loit un jour des affaires de France , un voyoit vers Arnoul. 
autre de celles de l'Empire. Les Fran- En cette aiïemblée Arnoul , du con- 
çois Neuftriens ennuyés de ces fanglan- fentement des Seigneurs, qu'il eut beau- 
tés difcordes qui défoloient leur Royau- coup de peine à obtenir, fit recevoir 
me , Se qui avoient donné occaiîon aux Zuentibold fon fils bâtard Roi de Lor- 
Normands de revenir , moyennerent je raine. Ce jeune Prince embrafla incon- 
ne fçai quelle furféance entre les deux tinent le parti de Charles , ôc afliégeala 
Rois. Il femble que la Bourgogne &c ville de Laon , eftimée en ce tems-là 
l'Aquitaine , la Champagne & la Picar- très- importante , à caufe de fa forte af- 
die demeurèrent à Eudes, & que Char- fiéte fur une montagne. Eudes étoit 
les eut tout le refte. pour lors en Aquitaine , où il rangeoit 

Il fàchoit fort à Arnoul, le plus puif- les Seigneurs de ce pays-là fous fon 

faut de tous ces Rois de voir que des obéiifance : quand Zuentibold fçut qu'il 

Princes qui n etoient du fang de Char- revenoit avec fon armée victoneufe, il 

lemagneque par filles, eulîent démem- leva le liège & tourna le dos. 
bré les plus belles pièces de fa (acceC- Les Normands bien informés de tou- 

fîon. Il defeendit donc en Italie, chalîa tes ces brouilleries , recommencèrent 

Guy de toute la Lombardie , & le con- leurs ravages fur ce malheureux Royau- 

traignit de fe retirer dans la ville de me , d'autant plus à leuraife, qu'Eu- 

Spoiete. Mais il fe contenta de cet avan- des , qui étoit feul capable de les répri- 

tage , & retourna aulîi-rôt en Germa- mer , ne s'en mettoit pas trop en pei- 

nie. Or comme ce Guy travailloit à raf- ne , ôc les lairToit faire , pour fe venger 

fembler une armée aux environs de Spo- de l'inconftance des François, qui l'ayant 

1ère , il y fut attaqué d'un flux de fang ; élu Roi , ne lui obéiiïoient pas comme 

il n'en mourut pourtant pas , comme il le defiroit. 

le difent quelques-uns , mais il fut con- Cette année Rollon ou Roi , l'un des 

traint de fe retirer , & de fe tenir clos & plus puilTans chefs de ces pirares , après 

couvert quelque tems. Arnoul néan- n'avoir rien pu gagner en Angleterre , 

moins ne gagna rien à fa retraite ; car où il avoir fait une defcente,prit farou- 

comme il étoit éloigné de ce pays-là , te vers la France , ck defeendit à l'em- 

les Seigneurs déférèrent le Royaume à bouchûre de la Seine. Peut-être y étoit- 

Lambert fils de Guy, avant que Be- il appelle par Charles, qui mettoit tout 

renger fon compétiteur, qui penfoit fe en ccuvre pour ruiner fon rival. On a 

rétablir , eût pu prendre fes mefures. écrit qu'il y fut conduit par un fonge 

Ce Lambert donc fut couronné Em- ou vilion divine : car tous les gran s 

pereur , & en porta le titre tant qu'il établilfemens ont pour fondemens des „ 

vécut. oracles ou dus révélations. 896. 

Cependant Arnoul attaqua Raoul Quant à l'Empire d'Italie , Arnoul Empereur» 

dans la Bourgogne Transjurane , &: lui y étant appelle par le Pape Formole , yj^J. J^ 

donna bien de la peine ; toutefois il ne qui fe vouloit venger des outrages qu'il noul. 



CHARLES IV. ROI XXX. 47 

— avoit reçus pat les Romains , força la mens facrés , dans le Siège Pontifical , r~"~* i 

*96' ville de Rome , Ôc les ayant châtiés il lui reprocha , que par fon ambi- 

rudement, Ce fit couronner Empereur, ri on il avoit violé les régies de l'Eglife, 

Mais peu après , comme il afliégeoit la puis il le condamna comme s'il eût 

femme de Guy dans la forterelfe de Fer- été vivant , le dépouilla de (qs orne- 

mo , un de fes valets de chambre , que mens , lui coupa les trois doigts dont 

cette femme adroite avoit fçu gagner , il avoir donné la bénédiction , ôc le 

lui donna un breuvage qui l'endormit fit jetter dans le Tibre une pierre au 

trois jours durant , ôc le fit tomber en col. 
paralyfie pour quelque tems Les entreprifes, furprifes ôc rencon- 

' ""~ Il arriva cette année un horrible fcan- très entre Charles ôc Eudes , ne finirent 

^97' dale dans l'Eglife Romaine : Formofe que par la mort du dernier des deux : 

Evêquede Porro , autrefois dégradé & ede arriva le troifiéme Janvier de l'an 

condamné par le Pape Nicolas, l'Hif- 898. à la fin du trente-fixiéme de fon 

toire n'en marque point le fujet , avoit âge , ôc du huitième de fon régne. En 

été élu Pape aptes Eftienne VI. C'eft mourant il recommanda fort à fon frère 

le premier exemple dans l'Eglife, &c de Robert , ôc aux autres Seigneurs, de 

très-pernicieufe conféquence , comme reconnoître le Roi Charles , qu'il ef- 

on le voit tous les jours , qu'un Eve- péroit devoir être bien- tôt capable de 

que ait été transféré fans néceiTiré d'une régner par la vertu comme il i'etoit dé- 

Eglife à une autre , ôc pour ainfi dire , ja par la nauTance. Il ne laiffa qu'un fils 

ait quitté fon époufe pour en prendre de la Reine Theoderade fa femme -, il 

une nouvelle. Aulîi quand il fut mort , fe nommoit Arnoul, qui prit le titre de 

le Pape Etienne VII. fon fucceflfeur lui Roi d'Aquitaine -, mais la mort l'en 

fit fon procès pour ce crime-là -, il or- priva aufli tôt, fans qu'il eût été marié, 

donna que fon corps feroit déterré , ôc ni, comme je crois, en âge de l'être, 
l'ayant mis , tout revêtu de fes orne- 



ARNOUL Empereur en Germanie. | CHARLES feul en France. 

ZUENTIBOLDen I LOUIS en Proven- I R AOU L en haute I LAMBERT en Ita- 

Lorraiue. » ce. ' Bourgogne. ■ lie. 

■ ■ ■ ' ' Y A perte du Royaume de Lorraine eût eu un grand combat , fi les Seigneurs " ' 

85)8. JL/ fâchoit fort les François-, c'eft pour de part ôc d'autre , n'euflent moyenne **99 

& °99' cela que Charles délirant acquérir leur une trêve entre les deux Rois. 

eftime , tâcha de s'en relïàifir. Il y étoit Peu après il fe tint une alTèmblée en 

incité par la rébellion du Duc Renier, l'Abbaye de Gorze près de Mets, qui 

qui avoit été favori de Zuentibold 5 affermit la paix entre Charles , Arnoul 

mais peu après difgracié & challe de ôc Zuentibold fon fils, 

fes terres. Il parla donc la Meufe en Sur la fin de l'année , Arnoul vint à 

grande compagnie : Zuentibold ayant mourir au rerour d'Italie , où il avoit 

appris fa marche, prit la fuite ; mais tous paifé pour combattre Guy de Spolete , 

fes valfaux s^tant aufîî-tôt rejoints à comme Luitprand le témoigne. Il avoit 

lui , il le pourfuivit à fon tour ; ôc il y régné douze ans depuis la mort de Char- 



S95>. 



4 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

1 les le Gras fon oncle , Se tenu l'Empire encore de ce pays -là le théâtre de plu- 
feulement deux ans Se demi. La même fieurs autres tragédies -.Berenger prit les 
année, Guy fon rival mourut en le pour • devants, &s'étant emparé ciePaviecapi- 
fuivant Se le poulfant hors d'Italie. Mais taie du Royaume , fe rit proclamer Roi. 
la mort de ces deux compétiteurs ne la Arnoul eut plulieurs enfans de trois 
délivra pas de la calamité des guerres différentes femmes, entr'autres Zuen- 
civiles. Il s'en éleva deux autres, fça- tibold & Arnoul furnommé le mauvais, 
voir Berenger Duc de Frioul, Se Louis de deux concubines, &c Louis d'une lé- 
fils de Bofon , Roi d'Arles, qui en dif- gitime. Ce dernier étoit âgé feulement 
purant la domination entr'eux , firent de huit ans , quand fon père mourut. 



899. 



CHARLES LE SIMPLE en France. 



ZUENTIBOLD en Lorraine. 



I LOUIS en Germanie. 



LOUIS en Provence. 



RAOUL I. en Bourgogne! LAMBERT & BEREN- 
Transjurane. I GER en Italie. 



LEs Princes Germains couronnèrent 
aufîï-tôt Louis , fils légitime d'Ar- 
noul , Se commirent fa perfonne aux 
foins & à la garde d'OthonDuc de Saxe 
qui avoit époufé fa fœur , Se de Haton 
Archevêque de Mayence , comme la 
conduite de fes armes à Lutpold ou Leo- 
pold Duc de la frontière Orientale de Ba- 
vière. De ce Duc quelques uns font def- 
cendre la très-illuftre maifon de Bavière. 
La Seigneurie de Louis fut bien-tôt 
accrue par la mort de Zuentibold ; ce 
bâtard fe conduifant avec beaucoup de 



dérèglement Se peu de juftice, Se n'ayant 
pour principal exercice que le divertilfe- 
ment des femmes, Se pour confeil que 
de petits compagnons , donna fujet aux 
Seigneurs Lorrains de l'abandonner , 
pour fe foumettre à Louis. Ceux qui 
gouvernoient ce petit Prince, l'amenè- 
rent exprès à Thionville , où ils le cou- 
ronnèrent. Zuentibold ellayant de s'en 
vanger , fut tué dans une bataille qu'ils 
lui donnèrent fur les bords de la Meu- 
fe, le 3. jour d'Août de cette année 
900. Il régna feulement cinq ans. 



900. 



■iesgfehagaagimasisg 



CHARLES en Neuftrie ou France Occi- j LOUIS en Germanie & Lorraine, 
dentale. | 

JR.AOUL I. en Bourgogne. 1 LOUIS en Provence. 

LAMBERT & BERENGER en Italie. 



DAns une guerre qu'Arnoul Comte 
de Flandre avoit faite à Hébert 
Comte de Vermandois, Eudes avoit ta- 
vorifé Hébert , ôc le Roi Charles avoit 



pris en main la caufe d'Arnoul, auquel 
il avoit en partie obligation de fon réta- 
blillement. Or quand Eudes fut mort , 
Hc-bert adroit Se infirmant , trouva 

moyea 



CHARLES IV. ROI XXX. 49 

' moyen de fe raccommoder avec Char- tumaffent au carnage , & à n avoir pitié ~~ 

9 ° ' les , & entra en û grand crédit auprès de perfonne. Ils s 'abreuvoient de fang 6' 
de lui , que ce Roi limple Se mécon- fe repaifjoient de chair crue ; ils cou- 
noillant , ôta la ville d'Arras à Baudouin poient en quartiers les cœurs de ceux 
fils Se fucceilèur d'Arnoul qui étoit qii 'ils prenoient en guerre >& les avaloient 
mort , Se la donna au Comte Altmar , tout chauds. Ils navoient ni foi, nihon- 
afin qu'il rendit Peronne à Hébert, neur , ni vérité; nul tfprit que pour la 
Baudouin vint trouver le Roi pour fraude & pour faire du mal ; un courage 
le ïnpplier de lui rendre fa Ville , mais turbulent & toujours furieux ou contre 
il tut rebuté avec de rudes paroles. Foui- les autres , ou contre eux mêmes. Leurs 
ques Archevêque de Reims , riche en femmes les furpafj oient encore en mi- 
nobleffe Se en mérite , étoit alors le prin- chanceté. Leurs armes les plus ordinaires 
cipal confeiller de Charles , Se il avoit étoient les flèches , & ils s'en fervoient 
excommuniéBaudouin,parcequ'il avoit fi adroitement , que toutes celles qu'ils 
envahi les terres de l'Abbaye de faint tiroient, faifoient autant de blefjures , 
Vaaft, que le Roi lui avoit donnée. Ce & le plus fouvent mortelles. Ils n avaient 
qui fut caufe d'un grand malheur : car que de la cavalerie , qui étoit fort propre 
Vinomach Seigneur de l'Ifle , vafïal en rafe campagne , & à fatiguer une ar- 
du Comte , imputant l'affront que fon mée à la portée de l'arc, mais inutile dans 
Seigneur avoit reçu aux confeils de cet les pays montueux ou couverts , & aux 
Archevêque, le guetta le 17. de Juin fiéges des Villes; au'Ji ils ne venoient ja- 
dans un bois , Se l'aiïaiïina', dont ayant mais aux mains , & ne combattaient 
été pourfuivi Se excommunié par Her- qu'en caracollant. 
vé fucce fleur de Foulques , Se par tous Le Roi Arnoul les avoit appelles 
les Evêques, il fe fauva en Angleterre, pour les jetter fur les bras de Zuer.ti- 



901 



902. 



où il périt malheureufement , étant bold* Prince Sclavon, qui vouloitufur- * Ne cof- 
inancé des poux. per la Moravie, Se s'en faire Roi. Loif-^' n ' iez ,P a , s , ce 

Iljemble qu en ces tems-la c etoit une que ce 1 iran tut mort , ils ne craigni- avcc i e gi s 

maladie épidémique : car on trouve plu- rent point de fe jetter dans les terres d'Arnoul. 

fleurs perfonnes dans les biliaires qui en de Louis fon fils, Se cette année ils 

moururent , entr autres , l'Empereur gagnèrent une grande bataille fur t'es 

Arnoul l'année précédente, & le Roi troupes près de la ville d'Ansbourg, Se 

Raoul y duquel nous parlerons ci-après, enfuire pillèrent la Bavière, la Souabe, 

Les Hongres avo'unt commencé de fe la Franconie & la Saxe. 
faire connaître fur la fin du règne de Char- L'année fuivante étant bien informés 

les le Gras. Ils Je placèrent alors dans la des guerres civiles d'entre Berenger Duc 

Pannonie , en ayant chafje les Huns ; & de Frioul , Se Louis , tils d-j Bofon , qui 

de là ils fe rendirent les féaux des Pro- difputoient l'Empire, ils paiïlrent en 

pinces d au delà du Rhin 6- du Danube , Italie. Les Italiens l'an §<)9- ennuyés du 

comme les Normands l 'étaient de celles gouvernement de Berenger, & fur tout 

d'au deçà. C étoit un peuple originaire Adelbert Marquis d'Vvrée père d'un 

de Scythie , brutal & barbare au-delà autre Berenger , qui fut auili Roi d'I- 

de tout ce qu'on fe peut imaginer. Leurs talie, avoient appelle Louis: m.ns Bc- 

meres les formaient à l'inhumanité des renger I. ç 'étoit ii puiflamment armé, 

leur naijjance , leur déchiquetant le vi- avec l'aide d'un autre Adelbert Marquis 

fage , afin qu'ils neujfent rien d'humain, de Tofcane , qu'il l'avoit enveloppé Se 

& quavalant le fang mêlé avec leurs réduit à lui promettre de renoncer à ce 

pleurs premier que le lait , ils s'açcou- Royaume , moyennant qu'il lui laiflât 
Tvme II. G 



jd ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

le chemin libre pour s'en retourner en comme il les prellcit li fort qu'ils ne 



1£RT. 



9©3< 



î? ° 2 " Provence. pouvoient échapper fans combattre, ils 9 0i 

Les fermens des Princes ambitieux lui envoyèrent offrir tout leur butin 8c 

font de peu de tenue, leur toi fe me- tout leur équipage. Les Italiens ne vou- 

iùre à leur intérêt. Louis ne fit point lurent point en ouïr parler, à moins que 

de confcience de rompre la tienne ex de de les avoir tous à difcrétion. La nécef- 

fuivre les confeils d'Adelbert deTofca- fité convertit la crainte des Hongres 

ne, qui avoit quitté Berenger par quel- en defefpoir-, ils attaquèrent de furie 

que dépit, A ta folhcitation il repalla celui qui les pourfuivoit , 8c taillèrent 

les Monts pour recouvrer le Royaume toute l'on armée en pièces. La Lombar- 

qu'il avoit cédé-, 8c avec cela il fut fi die enfuite fut leur proye; 8c on n'en- 

mal avifé que de fe confier à des gens treprit plus de les en châtier qu'avec de 

qui ne le pouvoient fervir fans être in- l'argent-, friand appas , qui les y attira 

fidèles. Auffi eut-il tout loilir de s'en bien d'autres fois, 
repentir; car ils le livrèrent lâchement L'an $03. il parut une étoile au Pôle 

à Berenger , qui le priva de l'Empire arctique , qui dardoit du Nord-nord-ejl 

8c des yeux. Cela fait il torça le Pape , vers le Sud-Ouejl , un long rayon corn- 

Empereurs (c'étoit Jean IX.) de le facrer Empe- me une lance; lequel pajjant entre les 

encore Léon reur \ mais fi-tôt qu'il fut forti de Ro- (ignés du Lion & des Jumeaux , tra- 

' AM ~ me , le même Pape manda Lambert ver/oit le Zodiaque. On la vit durant 

pour lui redonner l'Empire. Il avoit vingt-trois jours. 
été couronné ainfi que nous l'avons i>ept ou huit ans durant il n'y eut rien 

marqué en l'an 894. par le Pape For- de plus mémorable que les cruelles cour- 

mofe, 8c fubfiftoit encore dans quel- fes des Normands. L'an 903. Heric 8c 

que coin de l'Italie. Le faint Père , Harec deux de leurs capitaines brûle- 

afin de mieux faire paroître fon droit , rent le Château de Tours 8c l'Eglife de 

atfembla un grand Concile à Ravenne, faint Martin. 

ou ayant fait examiner juridiquement L'an 905. Roi 8c Gerlon deux au- 

les raifons des deux parties, le couron- très chers de la même nation , qui de- ^°^ 

nement de Berenger rut déclaré nul , 8c puis quelques annés rôdoient fur ces 

celui de Lambert confirmé folemnelle- côtes 8c pilloient tantôt un canton , tan- 

ment. Berenger néanmoins ne fe tint tôt un autre , prirent la ville de Rouen 

pas légitimement débouté , mais con- àcompofition, 8c y établirent leur de- 

tinua toujours à retenir le royaume meure, forrifiant les Châteaux des en- 

de Lombardie. virons. 

Il le gouverna vingt-deux ans du- De-là cinq ans durant ils firent des 

rant, on pourroit dire atTez heureufe- courfes dans toutes les Provinces voi- 

ment, n'eut été les incurfions des Hon- fines , conquêterent le Coftantin 8c s'y 

grès. Au mois d'Août de cette dernière habituèrent , faccagerent la Picardie , 

année ces barbares rentrèrent en Italie l'Artois, la Champagne, 8c le pays Mef- 

avcc une nombreufe armée , 8c ayant fin -, effrayèrent fouvent Paris , couvri- 

ravagé le territoire d'Aquilée, de Ve- rent la Seine , la Marne 8c la Loire des 

ronne , de Corne 8c de Bergame , ils cendres des Villes qu'ils brûlèrent fur 

s'épandirent aux environs de Pavie. Be- leurs bords -, faccagerent 8c détruifirent 

renger cependant avoit afïemblé fes for- celle d'Evreux 8c celle de Bayeux , 8c 

ces : quand ils virent qu'elles étoient battirent les François prefque par tout : 

trois fois plus grandes qu'ils n'avoient horfmis à Chartres 8c auprès de Ton- 

ttîï, ils fe muent fur la retraite-, 8c nerre. A Chartres l'EvêqueGoireaume, 






CHARLESIV. ROI XXX. 51 

'■■ durnnt qu'ils combattoient contre Ri- ce tems-là Sance Abarca I. ayant étendu — - — 

9° S' clurd Duc de Bourgogne , venu au le- fon Royaume de Navarre , ou territoire 9 11, 
cours delà Ville, iorut généreufement de Pampelone , du côté de HueJ'ca , & 
fur eux , portant la iacrée Tunique de conquis tout le rejie de la Province d Ar- 
la Vierge à la tète de fonCle>gé, ôcavec ragon, outre la Comté de ce nom qui re- 
cela étant fuivi de bonnes troupes bien levoit déjà de lui , prit le titre de Roi de 
armées , avec lefquedes il les chargea fi Pampelone & d Arragon. 
vigoureufement , qu'il les mit tous en L année 911. vit la mort de deux 
fuite. Le même Richard Duc de Bour- Rois , içavoir Raoul & Louis , dont 
gogne défit une autre de leurs bandes Raoul regnoit dans la Bourgogne Trans- 
aupres de Tonnerre. jurane , & Louis dans la Germanie-. Le 

De Baveux Rollon emmena une fille premier eut pour fuccefieur Raoul II. 

9 11 * d'excellente beauté , nommée Pope, l'on fils. Le iecond âgé feulement de 

dont le père étoit un Comte nommé Be- dix-neuf à vingt ans , ne lailfa que deux 

renger , & l'époufa à la mode de fon filles, Placidie ou Plaifarice, & Mariide j 

pays , c'eft-à-dire fans Prêtre. la première eut pour mari Conrad Duc 

L'année précédente Lambert avoit de Franconie , & l'autre Henry l'Oife- 

été tué en trahifon comme il prenoit le leur Duc de Saxe &: fils du Duc Othon. 

plailir de la chalfe , par Hugues Comte Les Seigneurs du Royaume de Louis 

de Milan. L'Empire d'Occident de- ayant voulu déférer la Couronne à cec 

meura vacant jufqu'en l'an 915. que Be- Othon , il s'en exeufa à caufe de fa vieil- 

renger fe fit couronner une autre fois lelfe , ôc leur confeilla généreufemenc 

par le Pape Jean X. d'élire Conrad Duc de Franconie , 

On peut* marquer ici la naijfance du quoiqu'il eut été fon ennemi. 
Royaume d Arragon , parce qu'environ 



'is^-vasas^m 



t^s-z^msmïmmimîsiMœs&iÀ 



CHARLES LE SIMPLE en France. 

CONRAD enGer-.LOUIS en Proven- 1 RAOUL II. dans la IBERENGERen 
manie. | ce. • Transjurane. ' Italie. 

LE Capitaine Roi s'apprivoifoit peu ces maux. D'ailleurs Robert Comte de 

à peu avec Franco Archevêque de Paris , qui afpiroit à la Royauté , defi- 

Roiien \ à fa prière il avoit deux ou roit qu'il demeurât dans ce pofte-là , 

trois fois accordé des trêves aux Fran- afin de s'en fervir quand il en auroit 

çois. Le but de ce vertueux Prélat étoit befoin. Pour toutes ces raifons, le Roi 

de le convertir à la Foi Chrétienne -, Charles fit trêves avec lui , durant lef- 

celui de Roi d'acquérir une Souve- quelles il lui propofa de lui donner en 

raineté , & de devenir Prince légitime propre & à titre de Duché , la partie 

de chef de Pirates qu'il étoit. Les Sei- de Neuftrie d'entre la mer, la rivière de 

gneurs François avoient peine à foufTrir Seine & celle d'Epte , qui tombe dans 

l'établilfement d'un étranger de cette la Seine , avec fa fille Gifelle en ma- 

forte dans le plus beau pays du Royau- nage, s'il vouloir fe convertir de bonne 

me : mais le peuple tourmenté fans cefie foi de embralfer le Chriltianifme. 

par fes pillages , crioit qu'on mit fin à A ces conditions Roi voulut bien fe 

G ij 



S i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

Eure catechifer , 6c reçue le faine Bap- nou devant les Normands , & de leur 



9 li - cême i.i veille de Pâques de l'an 912. donner les mains. 9 1 ** 

En percurs Le Comte Robert rut Ion parrain 6c lui 11 y avoit encore de ces Barbares en 

CovjTANjiH donna f on ncim . La grâce de ce divin plulieurs autres endroits de la France , 

\ 11. hls de , ° 11 «'• • 1 «> 

Léon , tégnfrSacrement le régénéra avec tant derh- particulièrement en Bretagne 3 au pays 

49. ans. cace , qu'elle en rit un des meilleurs du Maine & en Anjou, 6c dans les if- 
Princes de Ion liécie. Eniuite il fut les de la rivière de Loire ; mais avec le 
trouver ce Roi pour lui tendre hom- rems 6c à l'exemple de Rollo , ils pri- 
mage de la terre qu'il lui donnoit , 6c rent des rerres à habiter , 6c le narura- 
puis il époufa la Princeflè fa hiie , mais liferent François. Auparavant ils rirent 
elle ne vécut que peu d'années après ce encore beaucoup de maux; 6c long tems 
mariage , ëc ne lui donna point d'en- après , l'exemple de l'établilïement de 
fansj de lorte qu'il reprit Pope qu'il ceux-là en attira d'autres bandes de 
avoir délaiffëe , 6c dont il avoir des en- Dannemarc 6c de Suéde, qui n'éroient 
fans. pas moins cruelles , mais non pas iî 

Ainh* cette Province, que les Romains redoutées que les premières, 
appelloient la Lyonnoiie ieconde , fut Parmi les Grands de Germanie plu- 
démembrée de la propriété des Rois de fieurs n'étoient pas contens de l'élec- 
Frar.ce -, non pas pourtant de leur Souve- non de Conrad. Arnoul Duc de Bavière 
raineré. Ses nouveaux habirans lui don- orgueilleux d'avoir vaincu les Hongrois 
nerent le nom de Normandie. en fa Duché, s'éleva contre lui à dellein 
Comme on ne la leur accorda que par de fe faire Roi, 6c n'y pouvant par- 
ce qu'on ne pouvoit pas les en chalïer , venir , il feignit de vouloir déférer la 
pour la même raifon on leur quitta aufli Couronne à Charles. 

l'hommage & mouvance de la Bretagne, Ce Roi avoit toujours la penfée de " qï 

parce qu'ils en éroient comme les maî- fe reiaiiir du Royaume de Lorraine j o, r •' 

très , 6c qu'ils la pilloient quand il leur ainfi fe fervant de cette conjoncture ôc 

p'aifoit; 6c d'ailleurs on la reduifoit par des afhftances de Renier Comte d'Ar- 

ce moyen fous la fouveraineté de la demie , qui étoit riès-puifîànr en ces 

Couronne , en la foumettant à un Duc pays-là , il y entra bien avant ôc fe 

qui en relevoir. rendit maître d'une partie de ce Royau- 

' Dès l'année fuivante Roi noublia pas me , donr il le fit Gouverneur avec la 

° l ï' de demander l'hommage aux Bretons qualité de Duc. 

* Rcbré en l'épée à la main. Le Duc Alain * Rebré Prefqu'au même tems Henri Duc 915, 

^ L ,ç'j r ^"''ouleGrand, étoit mort il y avoit fix ans, de Saxe fe rebella contre Conrad, ga- 
6c avoit lailTé des enfans en fort bas gna une bataille fur Everard fon Lieu- 
âge. Ceux qui les gouvernoient, plutôt tenant , 6c donna la chai te à Conrad 
que de les faire déroger à leur Souve- même*, tandis que d'un autre côté les 
raineté , les emmenèrent hors du pays Hongrois fe débordant jufqu'en Alface, 
avec une partie de la plus haute nobleffe; brûlèrent la ville de Balle , 6c ne purent 
6c depuis on n'en voit plus rien dans être arrêtés qu'à force d'argent , dont 
* Pcoc-êcte l'iiiftoire, * Le Comre rîe Porrhouer, il Conrad fur contraint de leur donner 

1 '^ s'appelloit Matued, qui avoit époufé une grande fomme. . 

une fille d'Alain le Grand, palla aum" L'an 917. mourut Roi premier Duc q\(,, 

c en Angleterre avec fa femme. Berenger de Normandie , renommé à jamais pour 

Comte de Rennes 6c Alain de Dol s'é- la fevere juftice 6c l'exacte police qu'il 

tant défendus le mieux qu'ils purent, avoit établie dans (es terres; la feule 

furent enfin contraints de ployer le ge- prononciation de fon nom y fer&«encor« 



CHARLES IV. ROI XXX. 53 

— • aujourd'hui comme de main pour arrê- d'Ingelger , fuivit Baudouin de près. g 

9 i 7- tei les injuries entreprifes , Ôt amener * Foulques le Bon fon fils lui fuccéda. 
Ha»o. cg | ui ^ ^ t ^ t devant le juge, il eut Conrad Roi de Germanie partit auiTi 
deux t-nrans de Pope , un fils nommé de ce monde la même année ; il mou- 
Guillaume , & une fille qui s'appelia rut d'une blelïure qu'il avoit reçue à la 
Gerlotte. Son fils Guillaume» depuis fur- guerre de Bavière. Aux dernières heures 
nommé Longue-épée , lui fuccéda •, & de fa vie il commanda par une généro- 
parce qu'il étoïc encore mineur, Robert fité plus que royale , à Everard fon fre- 
Comce de Pans , parrain de fon père , re , de porter les Ornemens royaux à 
en prit la tutelle. Quand il tut en âge , Henri de Saxe furnommé l'Oifeleur , 
il maria fa fœur Gerlotte avec Hébert quoiqu'il lui eut toujours fait la guerre. 
Comte de Vermandois. Ainfi il lui rendit la pareille de ce qu'O- 

L'année fuivante arriva la mort de thon {on père lui avoir déféré la Cou- 

5 >1 ^« Baudouin le Chauve Comte de Flan- ronne, & quitta tout defir de vengeance 
dres. Son fils aîné Arnoul le Gras hé- pour avoir foin du falut de fa patrie , qui 
rita de fa Comté*, Adolre qui étoit le avoit befoin d'un Prince puilTant pour 
fécond eut les villes de Terouenne, Bou- la défendre des incurfions des Hongrois, 
logne & faint Orner , mais à quelques Ce Henri fut furnommé l'Oifeleur, par- 
années de-là il mourut fans enfans , &c ce qu'on le trouva chalfant aux oifeaux, 
tout retourna à fon aîné. loriqu'on lui apporta la nouvelle de fon 
Foulques le Roux Comte d'Anjou fils élection. 



umm^^-^sh^mmae^^ 



CHARLES LE SIMPLE en France. 



HENRY L'OISE- | R A O U L II. en 

Bourgogne Trans- 
jurane. 



LEUR en Ger- 
manie. 



LOUIS en Proven- 
ce, 



BERENGER en 
Italie. 




Vant que Henri fe fut entière- du Roi Eudes qui entretenoit intelli- 

ment affermi dans fon nouvel gence avec les fils de Régnier. ______ 

Etat , Charles fe jet tant dans la Lorrai- Ces malcontens s'en étant ajoint plu» ^20. 

ne, la conquit toute jufques à formes, Meurs autres , tandis que les Rois Char-^. f u i Yi 

8c le contraignit de le rendre fon fujet les &c Henri fe pouffoient & repouf- 

pour le refte de ce Royaume. foientreciproquementdans laLorraine, 

-— ■ Mais les Seigneurs François qui crai- firent enfin leur cabale fi forte , que 

?*9- gnoient que s'il devenoit trop puiflant tous les fujets de Charles l'abandonne- 

& trop paifible , il ne leur ôtât leurs rent, comme avoient fait autrefois ceux 

terres qu'ils vouloient fe rendre héré- de Charles le Gras. Le prétexte de cette 

ditaires,lut fufeiterent bien-tôt de nou- révolte générale étoit, qu'il avoit un 

veaux troubles. Les plus puifïansfe fou- fivori nommé Aganon, qui le poffédoit 

levèrent ouvertement contre lui , entre entièrement, dilpofoit de toutes choies 

2iitres dans la Lorraine Gifalbert ôc à fa fantaiile, diiîîpoit le domaine royal 

Othon fils du Duc Régnier, le premier &c traitoit infolemment les Grands du 

defquels avoit époufé une fille du Roi Royaume. Toutefois Hervé Arche vê- 

Henri; & dans la France, Robert frère que de Reims l'ayant retiré chez lui y 



54 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

' '■ r trouva moyen après fept mois detems, jour de Juin de l'an 9:1. Trois jours — — ■ 
9 11 ' de le racommoder avec fes fujers, en- après Hervé mourut atiez lubiteinom , > l ' 
forte qu'ils lui rendirent fon Royaume, ce qui donna ftfje* aux aims de Chaues 
Mais il ne recouvra pas fon autorité , de dire qu'il avoit été happé de la main 
6c il n'avoir pas allez de force d'efprit , de Dieu. Maisplulieurs eau eut que He- 
pour la foiitenir. Aulfi lui donna-t-on le bert Comte de Verman dois lui ayoït 
iiirnom de Simple , & de Fallus , c'eft- fait donner le boucon. Quoi qu il en foit, 
à-dire Fou. Les Grands étoient trop ac- il ne manqua pas de prendre cette con- 
courûmes à l'indépendance, 6c Robert jon&ure pour mettra l 'ArJiwVcehé de 
qui avoit vu une fois la Royauté dans Reims dans fa maiion ; il rit élire ion 
la maifon , avoir toujours la penfée de fils nommé Hugues , qui n avoit encore 
l'y remettre. Comme il s'entretenoit que cinq ans , par le peuple de Reims, 
dans ce delïèin, il arriva une nouvelle 6c par deux Evèques iurtragans de cet 
brouillerie : Hugues, dit le Blanc, fils de Archevêché, Abbon de Soilfons , 6c 
Robert , pretendoit l'Abbaye de Chel- Bovon de Châlons. Le Roi Raoul lui 
les, parce que fa tante & fa belle-mere accorda fa confirmation , 6c l'œcono- 
en avoient joui : Charles la lui refufa mat de ce grand bénéfice , tandis que 
hautement , 6c la donna à Aganon fon fon fils feroit mineur. Voire même le 
favori. Sur ce fujet allez léger, les trou- Pape Jean X. ayant écouté l'Evêque 
blés recommencèrent, & Robert en prit Abbon 6c les autres députés de cette 
occafion de s'élever dans le rrone. Car Eglife fur un fait ii extraordinaire, l'ap- 
d Pinftigation de Gifalbert , ayant fur- prouva hautement, 6c commit l'admi- 
pris la ville de Laon , 6c les tréibrs d'A- niftration fpirituelle de cet Archevê- 
ganon qui éroient dedans, 6c par le ché à Abbon ; tous les gens de bien fou'- 
moyen de cet argent , ayant gagné une pirant amèrement de voir un enfanr qui 
grande partie des Seigneurs François , n'avoit pas encore l'ufage de la parole , 
il fe fit élire 6c couronner Roi dans alîis fur le fiége de faint Remy. 
Reims par l'Archevêque Hervé le zo e . 



CHARLES LE SIMPLE. | ROBERT fon Rival. 

en France. 



HENRY L'OISE- 
LEUR , en Ger- 
manie. 



RAOUL II. en 

Bourgogne Trans- 
jurane. 



LOUIS en Proven- 
ce. 



BERENGER Em- 
pereur en Italie. 



A La nouvelle du couronnement 6c devint fuppliant en fon endroir. Lui 
de Roberr , Charles leva le hége 6c fon rival chacun de (on côté, s'effor- 
de Caprcmont , où il tenoit Gifalberr, çoient par toutes forres de moyens de 
l'un de (es plus grands ennemis enfer- le gagner -, Charles lui écrivit , 6v Ro- 
me. Ce Gifaibert avoit déjà été une fois bert l'alla trouver lui-même , & s'abou- 
dépouillédetoutes fes terres par ce Roi, cha avec lui fur la rivière de Roc'r. Par 
& ayant été rétabli par Henri fon beau- ce moyen ils travailloient tous deux à 
père, s'étoit révolté uneautre fois. Alors l'affermir dans la pohVilion du Royau- 
Charles qui jufques-là avoit eu l'avan- me de Lorraine. Ces deux compéti- 
tage fur Henri , changea de condition , teurs en tenoient pourtant encore ch?- 



CHARLES IV. ROI XXX. 



5.Ï 



■ cun quelque petite portion. Charles 

2 2 3* ayant amalfé des forces confidérables 
dans celle qu'il avoir , vint réfolument 
chercher Robert qui étoit campé près 
de la ville de Soilfons, au deçà de la 
rivière d'Aifne. Il la pafia à l'improvif- 
re , & le trouvant qui faifoit repaître 
fes troupes , il le chargea de grande fu- 
rie. Robert remonta à cheval , mit fes 
gens en meilleur ordre qu'il put -, mais 
comme il combattoit bravement à leur 
tête , il fut tué d'un coup de lance , 
dont quelque auteur a donné la gloire 
à Charles même , qui ce jour-là fit des 
merveilles de fa perfonne. Nonobftant 
cette mort , Hugues fils de Robert , le 
Comte de Vermandois , 8c les autres 
chefs de fon parti , non-feulement fou- 
tinrent PefForr de Charles, mais enco- 
re le repoulïerent avec tant de vigueur , 
qu'ils l'eulïent entièrement défait s'ils 
l'euiTent pourfuivi. 

Ce combat fe donna le quinzième de 
Juin l'an 92.3. de forte que Robert ne 
régna pas un an entier. Il avoit époufé 
Beatrix fille de Hébert II. Comte de 
Vermandois, dont il avoit un fils appel- 
lé Hugues , qu'on furnomma le Blanc , 
le Grand 8c l'Abbé , 8c une fille nom- 



mée Emme , qui fut mariée à Rodol- 
phe ou Raoul Duc de Bourgogne , fils 
du Duc Richard, furnommé le Jufti- 
cier , qui étoit mort l'année précéden- 
te , 8c d'Adélaïde fœur de Rodolfe I. 
Roi de la haute Bourgogne. 

Le parti de Robert ne fe défila point 
pour avoir perdu fon chef-, au contrai- 
re il fe tint d'autant plus uni , que le 
péril lui fembla plus grand. Ainfi les 
Seigneurs qui en étoient fe réfolurent, 
à la perfuaïion de Hugues fon fils , qui 
ne fe fentoit pas allez puifiant pour 
être Roi, mais pour en faire un, d'éli- 
re Raoul Duc de Bourgogne fon beau- 
frere , Seigneur de belle 8c agréable 
preftance , 8c encore de meilleur fens. 
Ils le firent couronner à S. Medard de 
Soilfons , le treizième de Juillet , par 
le miniftére de Seulfe , Archevêque de 
Reims , ou félon quelques-uns, d'Ab- 
bon Evêque de Solfions. 

Les Hiftoriens mettent ce Raoul &c 
Eudes ci-deflus au rang des Rois de 
France •, 8c toutefois ils n'y rangent pas 
Robert frère d'Eudes , dont à mon avis 
il ne peut y avoir d'autre raifon que la 
brièveté de fon régne. 



923, 








3* 



i ~? rrrn sasasKs^rassox-azsjr x23KSK£t: 



RAOUL, 



ROI XXXI. 

On eft grand en effet quand on a l'avantage 
De pouvoir en naiflànt d'un Royaume hériter ; 
Mais avoir des vertus qui le font mériter , 
C'eft un plus glorieux & plus raie partage. 



CHARLES LE SIMPLE. 



HENRY L'OISE- 
LEUR en Ger 

manie. 



I RAOUL fon Rival. 

en France. 



RAOUL II. en 

Bourgogne Trans- 
jurane. 



LOUIS en Proven- 
ce. 



BERENGER Em- 
pereur. 



PAPES. 



Encore Jean X. 4. ans durant ce régne. 
Léon VI. en 9x8. S. 6. mois. 
Etienne VIII. en 9*9. S. x. ans , un 

AP r. É s l'élection de Raoul , tout 
le monde abandonna le Roi Char- 
les , &c le fecours des Normands qu'il 
voulut taire venir , ne lui lut pas feule- 
ment inutile , n'ayant pu palier 9 parce 
que fjs ennemis l'en empêchèrent •, mais 
encore le rendit plus odieux à fes peu- 
ples. N'ayant donc plus aucune ref- 
fource , il écrivit en termes pitoyables 
à Henri Roi de Germanie -, il lui aban- 
donna la Lorraine, s'il le vouloir af- 
filier contre fes rébelles. La récompen- 
se ctoic grande , & l'action de rétablir 
un Roi , fort glorieufe. Henri lui pro- 
mit donc de s'y employer avec toutes les 
forces de la Germanie. 

Le parti de Raoul fe trouva bien 
étonné de cette nouvelle : ils ne fça- 
voient tous comment parer un i\ dan- 



mois & demi. 

Jean XI. en 9$ 1. fils de l'infâme Maro- 
lie > 8c du Pape berge , S. 4. ans 10. mois. 

gereux coup. Hubert Comte de Ver- 
mandois , dont Robert avoir épouié la 
lœur , les tira de peine. Le Roi Char- 
les s'imagmoit l'avoir détaché d'avec 
eux -, de le traître ufoit d une pro:onde 
dillimulation pour le mieux attraper. Il 
envoya vers lui Ion coufîn Bernard lui 
porter de nouvelles allurances de la fi- 
délité ; & le cajola fi bien , que ce Roi 
trop fhnple fe lailla attirer dans le Châ- 
teau de Peronne. Lorfqu'il l'eut en fou 
pouvoir , il le détint pnfonnier , ex: peu 
après il fe confina à Château- 1 hieiri , 
où il le failoit furement garder. 

La Reine Ogine ayant appris la dé- 
tention de fon mari , le fauva en ion 
pays d'Angleterre , iv emmena avec elle 
le fils unique qu'elle avoit de lui > nom- 
mé Louis , pour le réleiver à un meil- 
leur 



9*y 



RAOUL, ROI XXXI. 57 

■leur tems, loin des attentats de ceux A fon arrivée il lui tailla en pièces une 



y 2 '** qui ne pouvoient ailurer leur Royauté partie de les troupes : alors Berenger ne 9 M* 

que p.ir la mort. Seulfe Archevêque de prenant confeil que de fa vengeance , 

Reims ayant un démêlé avec les parens fut fi malheureux que de faire ligue avec 

de Hervé Ion prédécelfeur, pour ce qu'il les Hongrois , & ae les attirer en Italie , 

les avoir dépouillés de quelques fiefs Ces Barbares ayant faccagé Mantouë, 

qu'ils tenoient de l'Eglife , s etoit ran- Breife ôc Bergame , réduifirent en cen- 

gé du côcé de Hébert pour avoir fa pro- dres la célèbre 8c riche ville de Pavie , 

te&ion ; 8c lui avoit promis de ne con- capitale du Royaume de Lombardie. 

fentir jamais à aucune élection , que de Deux cens de (es Bourgeois échappés de 

celui qu'il lui plairoit. l'incendie 8c de la captivité, traitèrent 

Durant le régne de Raoul , de Louis avec ces deftru&eurs , 8c rachetèrent 

d'Outremer , 8c de Lotaire III. il y eut d'eux les murailles de leur ville pour 

prefque toujours guerre entre les Rois huit muids d'argent, qu'ils y avoient 

de France 8c de Germanie, pour le ramaiTés parmi les cendres 8c les ruines. 

Royaume de Lorraine-, nous n'en mar- Cet argent reçu, les Hongrois palïè- 

querons que les grands événemens. Il rent les Monts , ôc pénétrèrent jufques 

eft certain que cette année Raoul en ré- dans le Languedoc. Le même Raoul 8c 

duifit une bonne partie fous fon obéif- Hugues Comte d'Arles, les fuivirentert 

lance , en ayant chalfé Henri qui avoit queue , 8c les ferrèrent de fi près , que 

paifé le Rhin pour achever de la con- tous ces Barbares , en partie tués par le 

mmmmmmmmmm quérir. glaive , en partie abbattus par la dif- 

924. Il fallut cette année 924. faire une fenterie 8c par la faim , enrichirent de 

cueillette pour les Normands, comme leurs dépouilles , le pays qu'ils étoienc 

Charles le Chauve en avoit fait plu- venus piller. 

fieurs , les unes volontaires , 8c les au- L'an fuivant Berenger tâchant de fe 

très par taxes. rétablir dans le Royaume d'Italie , fut 

Le Duc d'Aquitaine , ( c'étoitGuil- tué par fes gens mêmes à Veronne. Il 

laume II. du nom, fils d'Ebles , 8c avoit une fille nommée Giffette, qui fut 

neveu de Guillaume I. furnommé le mariée à Adelbert Marquis d'Yvrée , " 9 , ç 
Débonnaire, ) ne fe foumettoit pas af- dont vint le jeune Berenger , qui fut £m . ' 
fez à Raoul ; il fut obligé de tourner auflï Roi d'Italie. Après la mort de Be- cidént va- 
fes forces de ce côté-là. Guillaume fça- renger, le titre & Empereur en Occident caiu .Empê- 
chant fa réfolution , s'avança fur les ne fut déféré à perfonne , au moins par encore Con"- 
bords de la Loire qui faifoit les bornes le Pape 8c les Italiens , jufqu'à Othon tantinvih. 
de fa Duché, pour lui en empêcher I. l'an 962. Cependant le Royaume de- 
l'entrée. Après quelque négociation , meura entièrement à Raoul : mais l'in- 
ce Duc parla la rivière , 8c mettant pied conftance des Italiens , qui va toujours 
à terre , vint trouver Raoul , qui, fans à chaiïèr un Seigneur par un autre , fit 
defeendre de cheval , l'embraila 8c le qu'ils fe donnèrent bien-tôt à Hugues 
baifa , 8c le lendemain lui accorda une Comte d'Arles , fils de Berthe , pour fe 
trêve de 8. jours , après laquelle le Duc défaire de Raoul. Celui-ci ayant appris 
lui rendit hommage , 8c en récompen- qu'ils avoienttué en trahifon Burchard 
fe retira la ville de Bourges 8c le Berri Duc de Sueve , fon beau- père, fe retira 
que Raoul lui avoit ôtés. doucement en fon Royaume de Bour- 
Les Italiens s'étant laifés de Beren- gogne , fans ofer rien tenter dans une 
ger, déférèrent la Souveraineté à Raoul Ci mauvaife difpofition. 
II. Roi de la Bourgogne Transjurane. 

Tome IL H 



5S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



RAOUL Roi de France. 
HENRY de Germanie. 1 HUGUES d'Italie; 1 RAOUL IL de Bourgogne; 



916. Y L fe faifoit prefqtie toutes les années defiroit la garder pour lui-même. He- ■■- — 

JL diverfesirruptionsparlesNormands. bert n'ayant pu l'obtenir d'amitié, fon- ? i 7» 

Outre ceux qui étoient en Neuftrie, il gea à le la faire donner par force. Il ti- 

y en avoit encore dans la Duché de ra donc Charles le Simple de prifon > 

Bourgogne , & du côté de l'Artois -, &c le mena parlementer avec les Nor- 

& à toute heure on avoit à leur faire mands^, qui fourlroient impatiemment 

tête , ou à les pourfuivre : mais comme fa détention, parce qu'il leur avoit don- 

les Grands ne vouloient point que les né la plus riche Province de France, 

affaires du Royaume s'éclaircilïenr , ils Cette menace n'ayant rien opéré, d'au- 

avoient de li bons amis parmi eux, tant qu'Emme femme de Raoul s'opi* 

qu'ils s'évadoient toujours. niâtroit à garder Laon , 6c même s'étoit 

Cette année Raoul Roi de France les jettée dedans , il le conduiiit à Reims 
ayant enclos dans un bois au pays d'Ar- comme pour le rétablir , & écrivit mê- 
tois, ils firent une furieufe fortie à l'im- me au Pape Jean X. qui le menaçoit 
provifte , dans laquelle il fut blelfé ; de de l'excommunier, s'il ne le failoit,. 
il eut été pris , fans le prompt fecours qu'il rravailloit tour de bon à le remet- 
qne le Comte Hébert lui donna. Ceux tre en pollelîion de fon Royaume. Es 
qui tenoient les Ides de la Loire, y il fembloit qu'il ne s'en pouvoit pas dé- 
ayant été long-tems affiégés par Hugues dire , parce qu'autrement le Duc de 
& Hébert, fe défendirent fi bien, qu'on Normandie ne vouloit pas lui rendre 
leur donna la ville de Nantes pour de- {on fils Eudes qu'il lui avoit donné en 
meure. otage. Il fallut néanmoins alors que la 

Une affaire terminée , il en furvenoit Reine lâchât prife , & qu'elle rendît la 
une autre. Guillaume Duc d'Aquitaine place à Hébert , qui par ce moyen étant 
s'étoit révolté une féconde fois 5 Raoul appaifé , ramena Charles dans le Châ- 
fut contraint de faire voyage en ce pays- teau de Peronne, ôc fit nouveau fer- 
là , pour le remettre dans fon devoir, ment à Raoul. 

Comme il y étoit entré bien avant, il L'an 918. Hugues Roi d'italievint en T" 

apprit que les Hongrois , qui avoient France : on ne trouve point pour quel ' 

fait de grands ravages dans l'Allemagne fujet. Le Roi Raoul 3c Hébert allèrent 

Se en Italie , s'étoient jettes en France , le recevoir vers le Lyonnois , &- con- 

ôc avoient pillé la Champagne jufqu'à férerenr avec lui. Il mit alors la Provin- 

la rivière d'Aifne \ il marcha droit à ce de Vienne entre \cs mains d'He- 

eux , 8c le bruit feul de fa marche bert, pour la garde de fon fils Eudes, 
les fit fortir promptement du Royau- En ce tems-là une bande de Nor- — k *~" 

me. ma-nds defeendue dans' le Boulonnois, 9 Z 9« 

Nonobftant l'étroite union qui pa- entoura Guifnes d'un double foiîe. De- 

roiffoit entre lui 8c le Comte Hébert , puis , Arnoul Comte de Flandres , le 

la ville de Laon fut un fujet de grande donna en fief à Sigefroy chef de cette 

difeorde entt'cux. Hébert la vouloit flote. Ce Sigefroy quelque tems api es, 

avoir pour Othon fon fils; 8c le Roi enleva fa fille Eltrude : mais fçaclv.nc 



RAOUL, ROI XXXI, ç? 



'que le pere venoit l'afliéger , il eut Ci Ces malheurs le 7. d'Octobre, de l'an T7o~*" 

i - )l ^' grande peur de fa colère, qu'il fe pen- 91.9. dans la ville de Peronne , où il 

dir , &z lailîa fa femme grolfe d'un fils avoit été prifonnier plus de iix ans. Il 

nommé Adolfe, lequel depuis fut Corn- y fut enterré dans l'Eglife de S. Furfy. 

te de Guifnes. Son régne, à compter du jour de fon 

Tantôt Raoul , tantôt Hébert fai- Sacre à celui de fon emprifonnement , 

foient efpérer la liberté au malheureux fut de trente ans , &c fa vie de cinquan- 

Charles le Simple, &c lui rendoient des te. Il ne lailîa qu'un fils nommé Louis, 

refpe&s comme à leur Souverain ; &c de la Reine Ogine * , fille d'Edouard * °ï ,vir ' 

néanmoins ils n'avoient nulle envie de Roi d'Angleterre. Je trouve qu'avant 

le relâcher. La mort feule les tira d'en- cela ii en avoit eu une autre nommée 

tre leurs mains ; elle finit fa captivité & Frederonne. 



J^. * Edgiae , 

Edeive , O- 



OGINE 

FEMME 

DE CHARLES LE SIMPLE. 

Qu'heureux feroit le fouvenir 9 
De la forte & guerrière Ogine ! 
Si lorfqu'elle acquit le titre d'héroïne , 
Sur la fin de (es ans elle eut pu s'abftenir 
D'un Jiirnen qui ternit fa gloire à l'avenir. 

Eïtradion Z"" 1 E t t e PrinceiTe fille d'Edouard l'inftance & fur les fermer» des Sei- 

io&ùic \^ Roi d'Angleterre, & fœur du Roi gneurs François : mais ia préfence du 

Adelftan ou Aliian , fut l'an 903. prife jeune Roi ne mit pas fin aux factions , 

en mariage par le Roi Charles qui de- cette femme d'un courage viril faifoit 

lîroit par-là le fortifier contre les Nor- tous Ces efforts pour les étouffer ; elle 

mands , &c contre fes fujets rébelles. Il animoit fes bons ferviteurs , &; les fe- 

fembloit qu'elle ne fût pas tant venue cours qu'elle taifoit venir d'Angleter- 

en France pour y régner, que pour exer- re , non-feulement par des paroles, 

cer fa patience. Au bout de vingt ans de mais encore par fon exemple , les me- 

guerres civiles , elle vit fon mari arrêté nant hardiment au combat. Enfin elle 

LoTs «Ah- prifonnier par Hébert Comté de Ver- eût pu pafler pour une héroïne, fi étant 

gïcrerrc Le imndois -, toute effrayée de ces nou- venue à l'âge de plus de 60, ans , elle 

î™!t a l? veiles, elle fe fauva en Angleterre avec n'eût montré qu elle étoit femme , Ôc 

Raoul & eut fon hU Louis , qui fut furnomme d'Où- qu'elle n eut lucombe a la roiblelie na- 

ÎS?OT? P à d ° tnmer - T^ize ans après , & enfuite de turelle de fon fexe , ternillant la gloi- 

.ciolïïtcK. la mort du Roi Raoul , elle le ramena à rç de Cqs belles a&ions , & offenfant 

H ij 



give 



6o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

la mémoire du Roi fon époux. Car d'Outremer , dont elle avoir reçu quel- 

alorselle devint éperduementamoureu- que déplaifir. Ce mariage fi déraifon • 

fe de Hébert Comte de Troyes, & fe- nable éc fi hors de faifon , lui tut ex 

cond fils de ce Hébert Comte de Ver- trëmement honteux , & n'apporta au- 

mandois , qui avoir tenu fon mari pri- cun avantage à Hébert , ni même au- 

fonnier fi long-tems -, fi bien que ne cune efpérance , finon de voir bien-tôt 

pouvant plus ni éteindre ni couvrir cet- mourir la vieille qui l'embarrafibit, 

te ardeur qui la brûloir , elle fe déroba Tant il eft vrai que ce fexe quand il 

Surlafindede la Cour avec quelques-uns de fcS s'eft une fois déréglé, aime toujours 

fi? iin U hcn le P^ us confidens , & s'en alla à Saint avec manie, &: qu'il n'eft que rarement 

«euxmariage. Quentin , où elle épouface Comte pour aimé fans deshonneur, 
fe venger ,difoit-elle , de fon fils Louis 



RAOUL Roi de France. 

HENRY de Germanie. I HUGUES d'Italie. ' RAOUL II. de Bourgogne. 

- " f^ O m m e le Roi Raoul étoit al- beau-frere du Roi , lui avoit fouftrait J 

9}°' \^j\è en Aquitaine, il fçut que les quelques-uns de les vaflaux, entr'au- 

5c iuiY. Normands des lfles de Loire s étoient très Herluin Comte de Montreuil fur 

hazardés de percer jufques dans le Li- la mer. 

mofu\ ; il mena donc ion armée en ce 11 y eut donc une rude guerre entre 

pays-la -, & les ayant rencontrés dans le eux cinq ans durant, diverfes places pri- 

lieu nommé Dextricios, on ne fçait pas £es , & bien du pays ficcagé. Hébert 

bien où c'eft , il les y enveloppa de tel- fe fervoit de l'affiftance des Lorrains 

le forte, qu'il ne s'en fauva pas un contre lui , &: avoit fait fermenta Hen- 

feul. Cette vi&oire rrès -néceflaire à la ri Roi de Germanie. Mais Raoul étant 

Province, lui acquit beaucoup d'efti- aiîifté de Hugues le Grand , prit la vil- 

me parmi les Aquitains , & les porta à le de Reims , dont Hébert jouiiïoit , 

le reconnoîtreavec un peu plus de lou- comme étant adminiltrateur du tem- 

miflion. porel de l'Archevêché , parce qu'il avoit 

L'autorité Royale étant dans une ex- fait élire fon fils Archevêque , quoiqu'il 

trême foiblelïè , les Seigneurs fe fai- fût mineur ; Se inftalla ArroLd fur le 

foient la guerre les uns aux autres pour fiége de cette Métropole. Il deftitua 

des arnere-vaflaux , & pour des places auiîi Benon Evcque de Châlons , qui 

qu'ils ufurpoient les uns fur les autres -, avoit fuivi Hébert ; & puis il l'aflSéga 

êc bien fouvent ils s'attaquoient aux lui-même dans Laon , & prit la place 

Rois mêmes quand ils leur refufoient à compofition. 

quelques terres ou quelques Abbayes. L'audace de Hébert étant un peu ra- " 

Hébert ne pouvoit s'accommoder baifice par cet échec , Raoul fit un 
avec Raoul , parce qu'il étoit fon Roi ; voyage en Aquitaine & en Languedoc, 
mais entretenoit incelligence avec tous où il reçut les hommages de Ray- 
fes ennemis , & cherchoit tous les mond & Ermengard , Princes de Go- 
moyens de l'arfoiblir. Il prenoir pour thie ( ainfi fe nommoit la partie du 
prétexte de cette querelle, que Hugues, Languedoc plus voifine des Monts- Py- 



. 



RAOUL, ROI XXXI. il 

rennées, ) & de Loup Azenar Duc de pas de ce que les Rois qui Vont poJpdé>~ 



93*- Gafcogne, lequel, (i on en croit Flû- y ayant jamais fait leur réjidence , ni 5>3 3 • 

doard , étoit monté fur un cheval qui quils y ayent été couronnés ; mais de ce 

avoit cent ans, 8c néanmoins paroilïoit que cette ville étoit très- illufire pour fai- 

encore vigoureux. re un titre , ayant été , dès le tems des „, 

Guillaume Duc de Normandie lui Empereurs Romains , la Capitale de fept 

rendit aulîi hommage; 8c enrécompen- Provinces des Gaules , & J'es Métropo- 

fe il lui donna les terres que les Bre- litains Vicaires du S. Siège. 
tons tenoient fur la mer; je crois que En l'année 933. une bande de Nor- 

c'étoit le Belîin 8c les environs d'A- mands ravagèrent toute la Province de 

vranches. Berry ; Ebbes , Seigneur de Deols , les 

En Italie le Roi Hugues dès l'an 929, combattit près de Châtillon fur In- 
avok acquis la Seigneurie de la ville de cire , vers les confins de la Touraine , 8c 
Rome , en époufant l'impudique Ma- gagna fur eux une victoire fignalée ; 
rofïe , veuve deGuyfon frère de trière , après laquelle il les pouriuivit jufqu'à 
Marquis de Toicane ; laquelle gouver- la Loire : mais dans le combat il reçut 
noit alors la ville 8c le fiégè Pontifical : une blelfure dont il mourut à Orléans, 
mais il en avoir été challé par Alberic Son fils- 8c fucceifeur Raoul délaiifa le 
fils de cette femme , auquel il avoir Bourg de Deols aux Moines de S. Be- 
donné un foufflet , &c s 'étoit retiré en noît , aufquels fon père y avoit fondé 
Lombardie. Lambert qui avoit fuccé- une Abbaye ; 8c s'en alla bâtir la ville 
dé au Marquifat de Toicane à Guy fon qu'on appelle encore aujourd'hui de 
frère , étoit auiîï frère utérin du Roi fon nom , Château-Raoul , un peu au 
Hugues, comme fils de Beithe fa me- deiTus de Deols, fur la même rivière 
re , laquelle étant veuve de Thibaud d'Indre. 

Comte d'Arles , avoit en fécondes nô- Nonobftant l'accommodement de 

ces époufé Adelbertpere de Guy 8c de Hugues 8c de Raoul, les Italiens per- 

Lambert. Hugues ne laiifa pourtant pas fifterent dans leur réfolution de defti- 

de le faire mourir ; 8c donna la Tofca- tuer Hugues ; 8c convièrent Arnoul 

ne à Bofon fon frère de père 8c de me- Duc de Bavière de venir prendre la 

re ; lequel ne lui fut pas plus fidèle que Couronne. Il perça jufqu'à Vérone, 86 

l'avoir été Lamberr. y fut bien reçu : mais Hugues ne lui 

oj. Les peuples fe dégoûtèrent bien-tôt permir pas de s'y affermir , 8c le rechaf- 

de fa domination, & rapellerenrRaoul IL fa en Bavière. Après quoi , pour s'ap- 

Roi de Bourgogne. Ces deux Princes é- puyer plus fortement , il affocia fon fils 

tant prêrs de brouiller toute l'Italie, leurs Locaire à la Royauté. 

amis négocièrent un accommodement Les adtes qu'on a de Louis l'Aveu- , 

entr'eux , qui fut tel , que Raoul re- gle , Roi de Provence , fonr voir qu'il 

nonceroit au Royaume d'Italie , & me- étoit encore en vie l'an 933. ainiî il 

me aideroit Hugues de certain nombre n'y a pas lieu de marquer fa mort l'an 

de troupes pour le conferver , moyen- 934. comme font quelques auteurs. Il 

nant que Hugues lui cédât la Breiîè , étoit pour lors âgé d'environ 5 5 . ans , 

le Viennois , 8c tout ce qu'il tenoit 8c n'avoit qu'un fils nommé Charles 

en Provence , avec le titre du Royau- Conftantin -, lequel n'étant pas encore 

me d'Arles, lequel par ce moyen, fut en âge d'adolefcence , les Provençaux 

uni au Royaume de la Bourgogne qui avoient befoin d'un Roi qui fut 

Transjurane. * capable de les gouverner , élurent Hu- 

Le nom du Royaume d'Arles ne vient gués qui l'étoit déjà? de l'Italie , fils 



€i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



- — | du Comte Thibaud d'Arles , & de Ber- chroniques de Normandie marquent ' ■ 

234* the fille bâtarde du Roi Lotaire 8c de que l'entrevue du Roi Raoul avec celui 9? 5 

Vaîdrade. de Germanie , 8c la paix , le firent par 

M.duiîou- Un Gentilhomme très-fçavant dans l'entremife du Duc Guillaume, 

chec. notre ancienne Hiïtoire , m'a fait voir L'année 936. mourut Ebles Comte 



""des preuves que la Maifon de Savoye d'Auvergne 8c de Poitou , 8c Duc d'A- 9 5^- 

<^ |-'j ' defcendoitdemâle en rwale de ce Conf- quitaine , fils de Ranulfe , 8c fuccef- 

tantin : ainfi elle a eu droit dès ion ori- leur de Guillaume II. laillant fes Etats 

gine de prendre le titre de R o y a l e. à Guillaume iurnommé Tête d'ejïoupe , 

Cependant les deux plus puillans Sei - Ion fils, 
gneurs de France , Hugues le Blanc, & Comme aufli Raoul Roi de Fran- 

Hebert de Vermandois , ne pouvant ce fortit de ce monde le 14. de fon ré- 

s'accorder eniemble , fe failbient rude gne , 8c le 15. de Janvier ; il mourut 

guerre ; 8c le Roi favoriibit Hugues 9 dans la ville d'Auxerre , où il étoit 

dont il avoit époufé la fœur. Henri tombé malade dès l'Automne , d'une 

Roi de Germanie s'étant entremis de phririafe * univerfelle. Son tombeau * cerniprjpa 

leur accommodement, on rendit Saint- eft à Sainte Colombe de Sens. Ce tut qu> engendre 

Quentin 8c Peronne à Hébert par une un Prince libéral , vaillant, religieux , f" 1 'i . UK r:vr 

trêve , qui fut bien-tôt fuivie d'une paix jufticier , 8c digne d'un meilleur remsu 

finale. Sa femme 8c un fils qu'il avoit eu d'el- 

L'an 935. les trois Rois , celui de le , l'avoient précédé d'un an , 8c Bo- 



9 H' France, celui de Germanie , 8c celui fon ton frère , de quelques mois : tous 

de Bourgogne, s'entrevirent près de deux moururent fans enrans. Ils avoient 

la Meufe , pour donner ordre conjoin- encore un autre frère nommé nugues , 

tement à réprimer les cruelles courfes 8c furnommé le Noir 8c Capet. Il fut 

des Bulgares , qui infeftoient les ter- Duc de Bourgogne ? 8c vécut long- 

res de tous les trois. Cette année-mê- tems après eux i mais il mourut aufli 

me , ayant ravagé la Lombardie , ils fans poftérité j 8c la Duché pailà a l'au- 

ctoient venus en Bourgogne : mais corn- tre Hugues Capet, qui en avoit déjà 

me ils entendirent que le Roi de Fran- la moitié. 

ce matchoit de ce cbté-là , ils rebrouf- La même année Henri l'Oifeleur 

ferent en Italie. finit aufli fes jours le x. de Juillet , 8c 

En ce voyage le même Roi afïîégea les Germains mirent en fa place Othon 

8c reprit Dijon fur Bofon fon propre fon fils aîné , depuis furnommé le 

frère qui s'en étoit emparé. Ce que je Grand. A quelques mois de là il fut 

marque feulement pour faire voir les couronné à Aix-la-Chapelle par Hil-» 

brouilleries univerfelles de ces régnes- debert Archevêque de Mayence. 
U j même entre les plus proches. Les 

A» 



«3 



EGLISE DU IX. SIECLE. 

JAmais Prince n'employa tant de Les Laïques s'étoient accoutumés i 

foins &■ tant de tems à régler tout outrager ôc à tuer les gens d'Eglife : 

ce qui touche l'avantage ôc l'adminif- voilà pourquoi le Débonnaire convo- 

tration de l'Eglife , la difeipline du qua un Concile à Thionville l'an 81 1. 

Clergé, ôc les mœurs du Chriftianif- où les Evêques ordonnèrent de lon- 

me , que fit Louis le Débonnaire. Dans gués pénitences à ceux qui auroienc 

toutes les Aflemblées générales qu'il commis ces excès. L'année d'après il 

faifoit , il ne fe traitoit prefque d'au- en alfembla un autre à Attigny , dans 

tre choie : lui ôc les Grands de ion Etat lequel imitant l'exemple du grand 

alîiitoient dans les Conciles pour ap- Theodofe , il voulut de fon bon gré 

prouver & fouferire ce qui y étoit or- recevoir la pénitence publique des 

donné ; 6c puis il le confirmoit par fes Evêques , pour la mort de Bernard fon 

Lettres Patentes. neveu , 6c pour les violences qu'il avoit 

, Au Concile d'Aix-la-Chapelle de commîtes à l'égard de fes autres pa- 

l'an 816. la forme de l'inftitution des rens. 11 y fit auffi plufieurs capuuiah 

Eccléfîalliques fut rédigée en cxlv. res pour le gouvernement de l'Eglife 

articles-, ôc -celle des Religieufes en ôc de l'Etat. 

xx v ni. toutes- deux tirées des anciens A même fin,, 6c pour avifer aux Coacifts.- 

Conciles Se des faints Pères, Enfuite de moyens d'appaifer la colère de Dieu , 

ce Concile,, ex: au même lieu, il fit xxix. qui paroilfoit par les fréquentes irrup- 

Gapitulaires ou Ordonnances, comme tions des Normands, il ordonna l'an 

on avoit accoutumé de faire en pareil- 828. la convocation de quatre Con- 

les occafions. ciles pour l'année fuivante , en quatre 

L'année fuivante 817. il aflembla les endroits de fon Royaume ■> à Mayen- 

Abbés avec leurs Moines au même ce , a Paris, à Lyon, 6c à Touloufe» 

endroit , qui firent x c. chapitres ou II dreflTa des articles de ce qui devoit 

réglemens pour la difeipline Monafti- s'y traiter ; en confirma les décrets 

que : enfuite de quoi Benoît Abbé dans celui de formes > qui fut tenu 

«d'Aniane travailla à la réformation de la même année en préfence des Légats 

»' Tout dé- l'Ordre de faint Benoit, qui étoit * un du Pape Grégoire IV. Nous n'avons 

labre. Ed. de p eu défigurée, les actes que de celui de Paris , qui eft 

Je remarque qu'en plufieurs Mo- le VI. de ce nom. Ils font fort beaux 5 

naftéres , principalement dans ceux qui &dîvifés en trois livres, 

avoient été de l'Ordre de faint Co- Il fit une autre aflemblée l'an 83 2, 

lomban , il y avoit deux régies -, lef- dnns l'Abbaye de S. Denis, pour réta- 

quelles fe relioient dans un même vo- blir l'Ordre Monaftique , ôc autorila 

lume , fçavoir celle de S. Colombair, cette réforme par une Déclaration. 

ôc celle de S. Benoît : je ne fçai pas II ne faut point mettre au rang de 

s'ils étoient obligés de les obferver ces faintes AiTèmblées celle de Com- 

toutes deux, ou s'ils en pouYoienc piegne , où ce bon Prince , l'an 853. 

choiiir une. fut dégradé x ôc condamné à prendre 



tf 4 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

l'habit de pénitent. Celle de S. Denis cile ordonna à Benedicl: Lévite d'en 
de l'an 854.1e réconcilia à l'Eglife, ôc taire une nouvelle collection , ôc y 
le remit dans la Communion. Le ajouta ceux qui manquoient. Il fe tint 
Concile de Thionville , tenu en 835. un Concile à Paris Tannée luivante 
fit la même chofe , ôc outre cela , dé- '846. pour achever les réglemens qui 
g'ada Ebbon Archevêque de Reims, n'àvoiènt puiêtre dans celui de Meaux : 
qui avoit été le ptincipal auteur de un à Soillbns en 855. 6c un autre à Ver- 
cet attentat. berie , pour rédiger ce qui avoit été or- 

Pour remercier Dieu par des œuvres, donné a iioillbns -, un à * Touziac , * 9 n croit 
aulîi-bien que par des prières , il en fît dans l'Evêché de Toul l'an 860. com-^ "es de" 
tenir un à Aix-la-Chapelle l'an S$6. où il pofé des Evèques de quatorze Provin- vaucoukur, 
fut fait de fort beaux décrets, que les ces. LTn à boitions l'an %66 : un à^ efedc 
Pères envoyèrent à Pépin d'Aquitaine , Troyes l'année fuivante , comme pour 
pour l'admonefter par-là de fon devoir fuppléer à celui de Soitlons-, tous ceux- 
envers Dieu , ôc pour le porter à ne là pour la réformation de la diicipline 
pius traiter fi mal les Eglifes, comme ôc des mœurs. La plupart des auttes 
il faifoit. Ces décrets furent commen- furent pour des affaires particulières , 
tés , pour ainfi dire , &c appuyés par tk ne taillèrent pourtant pas de faire 
beaucoup de raifons ôc de pallages des quelques canons. Le premier de Ma- 
Peres -, ce qui écoit fouvent pratiqué yence en l'an 847. où prélidoir Raba- 
par les Conciles de ces fiécles-là. nus Maurus Archevêque de cette ville- 
II feroit trop long de marquer tous là , fut convoqué à même intention que 
ceux qui furent tenus fous le régne de celui de Meaux par Louis Roi de Ger- 
Charles le Chauve , de tous les Capi- manie , fur les plaintes qu'il recevoir 
tulaires qu'il drelîa pour ce même fujet tous les jours, que l'on mettoit à toute 
de réformation. Nous avons le Concile heure les mains fur les perfonnes fa- 
de Lauriac en Anjou l'an 845. celui crées, ôc furie Patrimoine de l'Eglife 
de Thionville 5c celui de Vernon en &c des pauvres. Audi pour récompen- 
l'an 844. ceux de Beauvais ôc de Meaux fer la piété de ce Roi , ils ordonnèrent 
l'an 845. Les Evêques de ce dernier que par les Eglifes 6c Monafteres de fon 
formèrent de grandes plaintes au Roi Royaume il feroit dit trois mille cinq 
Charles , de ce qu'il donnoit les biens cens Meffes , ôc le Pfeautier récité dix 
de l'Eglife à des Laïques, ôc qu'il laif- fept cent fois , à fon intention , ôc de 
foit dépérir la difeipline Eccléfialti- la Reine fon époufe. 
que -, ce qui irritoit la colère de Dieu L'année d'après il y en eut un autre 
fur fon Royaume. Hincmar Archevê- dans la même ville , &c fous le même 
que de Reims leur infpira la hardief- Archevêque, qui bannit le Moine Go- 
\'q de parler de la forte, leur ayant re- defchalch , ôc le renvoya à Hincmar de 
montré que fi on defiroit remédier aux Reims fon Métropolitain, lequel, dans 
défordres , Ôc corriger les péchés des le Concile de Crecy fur l'Oife de lamê- 
enfans de l'Eglife , il falloir commen- me année , le fit condamner , comme 
cer par les Rois même , autrement que nous le dirons ci-après, 
c'étoit perdre le tems. Ils exhortèrent Ce Moine étoit aceufé de prêcher 
donc le Roi Charles , de vouloir ob- des erreurs dans la doctrine de la Pré- 
ferver les Capitulaires que fon père ôc deftination , du libre arbitre , ôc de la 
fon ayeul avoient faits. Anfegife Ab- Rédemption par le îang de Jésus- 
bé de Lobes les avoit autrefois colli- Christ. Ces quel! ions furent enco- 
gés ôc réduits en quatre livres. Le Con- re agitées Tan 855. au troifiéme Conci- 



EGLISE DU IX. SIECLE. 6s 

le de Valence , qui s'étoit afîemblépour encore un troifiéme à Mets pour ie mê- 
faire le procès à l'Evêqué de cette ville- ine fujet. 

là , fur certains crimes. A l'égard de ces Dans celui de Senlis de l'an 863. 
matières de la Grâce 8c de la Préciefli- Hincmar fit condamner 8c dégrader 
nation , il y fut décidé , qu'il s'en fïilloit Rouauld Evêque de Soillons. Ce juge- 
tenirà ce qu'en avoient décidé les Con- ment ne fut donné que fur une accufa- 
ciles de Carthage & d'Orange j fçavok, tion d'un Prêtre, que Rouauld avoit 
que les bons n'étoient fauves qu'avec la dépofé, parce qu'on l'avoit furpris avec 
grâce de Dieu , & les mauvais n'étoient une femme , & mutilé des parties qui 

damnés que par leur propre iniquité ; font inutiles à un bon Eccléfiaftique. 

non pour n'avoir pu ecre bons , mais Aufli Rouauld en appella à Rome. Le 

pour ne l'avoir pas voulu. On y réfoluc Pape Nicolas manda à Hincmar 8c aux 
aulii , que les Evêques nommés par le Evêques, qu'ils lui envoyaient l'accu- 
Roi ne feroient admis à l'Epifcopat , fé pour revoir fon procès -, & àlafecon- 

qu'après une foigneufe& exacte perqui- de fois il les interdit de dire la Meife 

fition de leur capacité , de leur foi , 8c jufqu'à ce qu'ils eulîent obéi, MaisHinc- 

de leurs bonnes mœurs. On y fulmina mar qui avoit grand crédit dans FEglife 

encore une févere fentence contre les Gallicane, tint ferme, 8c fit donner des 

duels , portant , que celui qui auroit tué gardes à Rouauld, de peur qu'il ne fortir 

ou eftropié fa partie dans cette forte de du Royaume. Néanmoins deux ans après 

combats , feroit tenu pour un décéda- il alla à Rome, 8: fut rétabli dans fon 

ble meurtrier 8c un infâme brigand, 8c Evêché par le jugement du Pape Ni- 

contraint par toutes voyes à la péniten- colas. 

.ce publique : 8c que celui qui y auroit Le même Saint Père ordonna à He- 

été tué, feroit privé des prières de l'Egli- fard Archevêque de Tours d'aifembler 

fe 8c de la fépulture. un Concile à Soifïons l'an S66. ( ce fut 

Le Concile de Paris de l'an 847. fut le troifiéme ) pour -remettre Wlfade * *[^± g* 
pour l'affaire d'Ebbon de Reims : celui 8c fes compagnons Clercs de l'Eglife de de Bourges, 
.de Tours de l'an 849. fut aflemblé au Reims, dans leurs grades , fi Hincmar, 
fujet de l'entreprife de Neomene , qui qui les avoit dépofés trois ans aupara- 
avoit donné un Métropolitain aux Eve- vaut dans une affemblée d'Evêques te- 
ques de Bretagne , 8c partant les avoit nue dans la même Ville , refufoit de 
diftraits de l'Archevêché de Tours. Il le faire. Le Concile de Troyes de 867. 
s'en fie un autre à Soiifons en 8 5 3 . où la travailla à la même chofe. Il y en eut 
.dégtadation des Ordinands qu'Ebbon un à Verberie en 869. un à Attigni l'an 
avoit facrés durant le tems qu'il s'étoit 870. 8c un autre à Douzi l'an 871. pour 
réintrus dans l'Archevêché , tut ordon- l'affaire du malheureux Hincmar de 
née. En celui de Crecy Tan 857. les Laon. Dans celui d'Attigni il fut auffi 
Evêques députèrent deux de leur Corps, traité de la divifion du Royaume de 
pour aller faire des remontrances à Lotaire II. comme aufii encore de la ré- 
Louis le Germanique , fur ce qu'il en- bellion de Carloman fils du Chauve , 
vahifloic le Royaume de Charles fon qui fut condamné à tenir prifon à Sen- c . efi ^haiS.^ 
frère. Il y en eue un àSavonnieres, près lis. Ce qui fut confirmé par un autre fur la rivière 
du Fauxbourg de Toul, l'an 859. pour tenu à Senlis même l'an 873. d f f v , ei ^? i,? * 
accommoder cette querelle. Lotaire' Le fécond Concile de Douzi * l'an *.oVcroit 
le jeune en convoqua deux à Aix-la- 874. fut contre les.mariagesince(tueux, que cvii roi- 
Chapelle l'an 860. pour le fait de fon 8c contre ceux qui envahiffoient les i^es a à-dcf. 
mariage avec Tietberge. Et jî y en eut biens de l'Eglife. Celui * de Pontigon fus 4 .-,/. 
Tome II. I 



66 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

l'an 876. confirma les réglemens faits fembiés à Paris pour en conférer , fi- 
en celui de Pavie. Le Pape Jean VIII. rent recueillir beaucoup de palfages des 
s'étant fauve de la captivité de Lambert Pères, & pluiïeurs raifons fur cette 
Comte de Spolete , 6c d'Albert Marquis matière, dont ils inféroient qu'il ne fal- 
de Tofcane , lorfqu'il fut en France , loit point permettre le culte des Ima- 
convoqua le Concile de Troyes en 878. ges. ils drefïerent même des lettres en 
où il fit approuver l'excommunication cette conformité , pour faire tenir au 
qu'il avoit jettée à Rome fur ces perfé- Pape fur ce fujet , tant en leur nom 
cuteurs , 6c la condamnation de For- qu'en celui de k'Empereur, & d'autres 
mofe Evêque de Porto , &c de fes corn- encore que le Pape devoit envoyer aux 
plices. Les Evêques de Bourgogne dans Empereurs d'Orient. Mais on ne voit 
* Palais des celui de Mantaille * , déférèrent le point que cette réfolution ait eu aucune 
eoène^qua- Royaume à Bofon l'an 879. Il y en eut fuite -, i'Eglife Gallicane a reçu le culte 
tre^iieuesde un à Fimes en Champagne l'an 881. des Images, &c tient le fentiment con- 
v^nce. entre les Actes duquel il y a une exhor- traire pour hérétique. 

tatioi$)ck: avis au Roi Louis fils de Louis Pour la queftion de la Prédeftination, 
le Bègue, pour bien gouverner. Le Roi elle fit encore plus de bruit. Ce fut le 
Arnoul en fit tenir un à Mets l'an 888. Moine Godefcalch natif de Germanie , 
Celui de Valence en Dauphiné l'an mais qui avoit pris l'habit dans l'Ab- 
890. donna le Royaume de la Bourgo- baye d'Orbais au Diocèfe de Soiffons , 
gne-Cisjurane ou d'Arles , à Louis fils lequel donna occafion à ces difputes. 
de Bofon. Dans le même Royaume il Au retour d'un pèlerinage de Rome, 
y en eut un à Vienne deux ans après , pillant par Mayence , il débita quel- 
dont il refte quelques canons. La me- qnes propofirions fur ce lujet, qui fem- 
me année celui de Reims où préfida bloient dures & fcandaleufes •, on l'ac- 
Foulques fucceiTeur de Hinjcmar, dé- eufa d'en feigner que Dieu deftinoit in- 
cerna des lettres comminatoires à Bau- commuablementlesréprouvésàladam- 
deuin Comte de Flandres, quienvahif» nation , comme les élus à la gloire , & 
foit les biens des Eglifes. partant que comme il étoit l'auteur des 
La queftion du culte des Images , &r bonnes aélions , il l'étoit pareillement 
celle touchant la Prédeftination,penfe- du péché. Ceux qui le veuloient dé- 
rent divifer I'Eglife Gallicane. Pour le fendre foutenoient au contraire , qu'il 
premier, il efb certain qu'il n'y avoit n'avoit point d'autre doctrine que cel- 
point d'Evêques dans les Etats de Fran- le de S. Auguftiîî , de S. Fuîgence , do 
ce qui voulurent brifer les Images, ni S. Grégoire , &z enfin de toute Pfcgli- 
rejettafTent l'intercefiion des Saints , fe j qui eft que Dieu prépare les pei- 
fmon Claude de Turin , qui fut battu nés éternelles à ceux qu'il prévoit de- 
de tant de côtés, qu'il ne put pas te- voir mourir dans le péché, fans que 
nir. Mais plufieurs &c des plus doctes , pourtant il les prédeftine , ni qu'il les 
entr'autres Jonas d'Orléans & Ago- porte à pécher. 

bard de Lyon , ne pouvoient foufrrir Quoi qu'il en foit , Rabanus Maurus 
qu'on adorât les Images. Tellement que Archevêque de Mayence le jugea cou- 
les Empereurs Théophile & Michel pable de l'erreur dont il croit aceufé : 
ayant envoyé des AmbaflTadeurs en mais parce qu'en le condamnant il té- 
France l'an 82.5. pour avifer avec le moigna aulfi improuy.er en général cet- 
Débonnaire aux moyens d'ôter le fchif- te proportion , que Dieu prédeftine à 
me qui divifoit I'Eglife Grecque d'avec la mort , ignorant qu'elle fut de S. 
fa Romaine •, les Evêques qui furent af- Fuîgence ,, &z autorifée par beaucoup 



EGLISE DU IX. SIECLE. <? 7 

de Pères , Godefcalch lui reprocha II fe tint la-deiïus plufieurs Conci- 
qu'il étoit dans les erreurs contraires à les , & il fut compofé plufieurs écrits 
leurs fentimens. départ 8c d'autre, Jean Scot combat- 
Il y a apparence que ce Moine ne tant pour Hincmar , 8c Florus pour 
s'expliqua pas avec tout le refpecl: 8c l'Eglife de Lyon. Mais ces livres ( di- 
toute la déférence qu'il devoir à un fi fent les doctes ) font bien voir que tous 
grand Prélat -, 8c même ayant été cité étoient dans les fentimens de faint Au- 
au Concile de Mayence , il préfenta guftin , mais qu'ils ne s'entendoienc 
une requête d'accufation contre lui. point , 8c que les erreurs dont ils fe 
Auiîï l'Archevêque le traita de brouil- condamnoient les uns les autres, n'é- 
lon 8c d'infolent, 8c le renvoya à Hinc- toient que dans le fens que chacun at- 
mar fon Archevêque pour le juger. tribuoit à fes parties. Auffi les Conci- 
Hincmar qui de foi étoit peu mifc- les où ces difputes furent portées , les 
ricordieux , 8c d'ailleurs déjà mal dif- alîoupirent fagement , en prononçant, 
pofé à l'endroit du Moine , à caufe de qu'il en falloit délibérer avec plus am- 
fon procédé trop hardi , ufa d'une gran- pie difcuffion. Ce que fans doute ils 
de rigueur envers lui. Car dans le Con- n'eulîent pas fait , s'il y eût eu certai- 
cile de Crecy il le fit condamner pour nement des erreurs de part ou d'autre. 
fon opiniâtreté incorrigible , & pour avoir Tout le mal de cette tempête tomba 
été caufe de trouble , à être dépofé de fur deux Prêtres , Godefcalch 8c Jean 
l'Ordre de Prêtrife , fuftigé jufqu'à Scot , qui en pâtirent pour s'être atta- 
rant qu'il eût jette fes écrits dans un qués aux Evêques. Le premier fut ac- 
feu qu'on alluma devant lui , puis ren- commode comme vous l'avez vu ; l'au- 
fermé dans une étroite prifon , où il tre ayant été fort bafoué 8c méprifé, fe 
mourut au bout de douze ou quinze vit enfin contraint de quitter la Cour 
ans. Il perfiita néanmoins dans fes (en- 8c le Royaume ; 8c même après fa mort 
timens jufqu'à la fin \ 8c Hincmar le il fut condamné comme le précurfeur 
traitant comme un excommunié , lui de Berenger 8c des Sacramentaires. Ra- 
refufa les Sacremens , même à l'extrê- banus , 8c Amalarius Diacre de Trêves 
mité de £a vie, 8c la fépulrure après furent auffi blâmés de leur vivant, de 
fa morr. tenir la vilaine opinion des Stercora- 
Or comme dans le Concile de Crecy nistes. ? qu'on ne fçauroit expliquer 
cet Archevêque avoir drefiTé quatre cha- fans blefier le refpect qui eft dû au plus 
pitres , dans lefquels il paroilîoit réfa- facré des Myfteres. 
•ter la propofition de faint Fulgence , L'adminifttation des Sacremens fe 
& en combattre d'autres de faint Au- pratiquoit toujours en la même manie- 
gultin : les plus grands perfonnages de re que dans les fiéeles précédens : mais 
ce tems-là s'oppoferent à cette entre- les Evêques faifoient obferver la péni- 
prife. Entr'aimes S. Prudence Evêque tence publique beaucoup plus exacte- 
de Troyes , Servais Loup Prêtre de ment que jamais , ex: plus les dcforclres 
Mayence , Loup Abbé de Ferrieres , croilToienc , plus ils y apportoient de 
Ratramne Moine de Coibie -, 8c même rigueur. 

toute FEgliie de Lyon , au jugement Leur autorité s'étoit accrue excefiive- 

<ie laquelle Hincmar s'étoit rapporté , ment depuis que Pépin s'étoit fervi 

avec toutes celles du Royaume d'Arles, de leur crédit , pour fe faire Roi , 

8c fon Paiteur faint Rémi , qui pour 8c que Charlemagne , à l'exemple des 

ai- 

s 

I ij 



fa doctrine 8c pour i'efprit Eccléfiafti- Rois Vihgots , avoit voulu qu'on tra 
que, étoit comparable aux anciens Percs. tât les atfaires civiles 8c Eccîtfiafïiqu 



<JS ABREGE CHRONOLOGIQUE 

eu mêmes aifemblées ; dans lefquelles leur doétrine , comme ce même Ago- 
ces Prélats tenant les premiers rangs , bard , Theodulfe d'Orléans , ôc Jonas 
ôc ayant le plus d'efprit , donnoient fon fucceffeur -, Rabanus Maurus tiré 
fouvent tel branle aux réfolutions qu'il de l'Ordre de S. Benoît , Archevêque 
leur plaifoit. Mais la rébellion des en- de Mayence -, ce même Hincmar de 
fans de Louis le Débonnaire contre Reims qui avoir été Abbé de faint De- 
leur père, ôc enfui te leurs difcordes ci- nis , &. l'autre Hincmar fon neveu 
viles élevèrent encore leur pouvoir plus Evéque de Laon, Remy de Lyon, 
haut ,&: le mirent à un tel point qu'ils Adon de Vienne, Hilduin Abbé de 
fembloient s'attribuer le droit d'infti- faint Denis , Loup Abbé de Ferrieres 
ruer ôc de deftituer les Rois , à l'exem- en Gatinois , Henri Moine de faine 
pie du Pape qui difpofoit de l'Empi- Germain d'Auxerre ; Valafride Straboia 
re , comme fi c'eût été un Bénéfice dé- Abbé de Richenove , Florus , Maître 
pendant de lui feul. de l'Eglife de Lyon , c'eft-à-dire , 

il eft bon de remarquer qu'en cou- Théologal , ôc Jean Scot ou l'Ecollbis , 

ronnant les Rois , ils n'oubiioient pas furnommé Erigene. Ce dernier étoit 

leurs intérêts , ôc ne manquoient pas grand Philofophe pour ce rems-là , & 

de leur faire promettre folemnellement Charles le Chauve le chériiToit fi fore 

de bien conferver les droits de l'Egli- à caufe de la beauté & de la délica- 

fe : ( a ) ôc ils n'avoient pas moins de teffe de fon efprit , qu'il le raifort cou- 

zèie pour le foulagement des peuples, cher dans fa chambre : mais en Theo- 

ni pour les prérogatives de la Noblef- logie il palla pour un efprit égaré , ôc 

fe , quoiqu'elle ne les traitât pas trop qui n'avoit pas les fentimens droits, 

bien , èv qu'elle envahît fouvent leurs Quant à Hincmar de Reims, nous 

pofîefiions. avons (es œuvres dont chacun peut ju- 

De ceux qui parurent avec plus ger. L'autre Hincmar fon neveu fort 

d'éclat, les uns fe fignalerent par des zélé pour l'autorité des Papes, recueillit 

intrigues & des factions; & de ceux- leurs lettres décrétales, Ôc fut le premier 

là il y en eut un grand nombre, Eb- qui ofa mettre le nom des anciens Papes 

non de Reims, Agcbard de Lyon, ôc à celles qui jufques-là n'en avoient 

Bernard de Vienne dans la dégradation point &c que pourtant Ifidore Mercator 

de Louis le Débonnaire ; Ebroin de avoit déjà colligées comme véritables. 

Toitiers pour difpofer l'Aquitaine à fe Les autres Canonises ont fuivi fon 

remettre entre les mains de cet Empe- erreur jufqu'à tant que les plus judi- 

reur , qui la vouloit donner à Charles cieux ont reconnu qu'elles étoient fup- 

fon fils bien-airné *, Thietgaud de Co- pofées. Adon de Vienne compofa un 

1 )gne Se Gontier de Mayence dans l'af- Martyrologe qui fe lit encore. Hilduin 

faire du mariage de Valdrade -, ôc Hinc- écrivit la vie de faint Denis l'Aréopa- 

mar de Reims dans la réliftance qu'il gite par le commandement de Louis 

fit au Pape, Ôc dans toutes les affaires le Débonnaire, ôc fur les mémoires 

de l'Eglife ôc de l'Etat, dont ilfe mê- de Méthodius Patriarche de Conltan- 

la avec autant de chaleur que de ca- tinople , lequel pour fiàtcr les Fran- 

paciré , durant le régne de Charles le çois , a donné lieu à deux croyances , 

Chauve. que les critiques prétendent avoir con- 

Les autres fe rendirent illuftres par vaincues de faux ; l'une eft que ce faine 



( Au lieu de ce qui fuit , i! y avoit daas l'édition le même zèle pout le foulagement des peuples , ni pour. 
Je i66i. mais on ae voit pas qu'ils ayeut toujours en les prérogatives de la nobleifc. 



EGLISE DU IX. SIECLE. 



69 



Denis ait été Evêque de Paris -, l'autre , 
que les écrits qui fe lifent fous fon 
nom , foient de lui. 

Nous avons les Epîtres de Loup de 
Ferrieres , qui nous donnent de grandes 
lumières pour les chofes de fon tems -, 
8c le Moine Henri écrivit la vie de 
S. Germain d'Auxerre en vers plus éle- 
gans, que la rudefle du fiécie ne le 
portoit. 

Je remarquerai en pafTant que la 
poclîe Latine tâchât à fe reveiller fous 
Charles le Chauve, & qu'entr'autres 
Poètes qui le flaterent , ii y en eut un 
qui fit une pièce de trois cent Vers- 
Hexametres , dont tous les mots com- 
mençoient par la lettre C. à la louange 
des Chauves. 
saints. Quelques - uns méritèrent par leur 
bonne vie d'être mis au catalogue des 
Saints - , comme Anfcher pris dans l'Or- 
dre de S. Benoît par Louis le Débon- 
naire, pour être le premier Archevêque 
de l'Eglife de Hambourg, établie par 



cet Empereur, 8c pour prêcher l'Evan- 
gile aux Danois 8c aux Suédois ; le 
même Rabanus dont nous avons parlé ; 
deux Audris, l'un de Sens, l'autre du 
Mans ; Ayos * de Bourges , Prudence 
de Troyes , Hildeman de Beauvais, 
Folquin , 8c Hunfroy de Teroiîanne , 
Aman de Rodez , 8c Bernard de Vien- 
ne. Ce dernier eut Adon ci-deflus, 
pour fuccelTeur dans fa fainteté 8c dans 
fon fiége : mais il en a eu peu d'autres 
dans cette grande maxime du Chriftia- 
nifme , laquelle il avoit fouvent à la 
bouche 8c toujours dans l'amel: Que 
les Biens de l'Eglise sont le Patri- 
moine des Pauvres , 8c qu'un Ecclé- 
fiaftique n'en a l'ufage que pour fes 
(impies nécelîités. Auflï n'avoit-il pour 
tous domeftiques qu'un Prêtre 8c un 
ferviteur ; difant par ce bel exemple à 
tous les Prélats : Que qui est grand 

DE SOI-MÊME, N'A POINT BESOIN d'eQUI- 
PAGE ET DE VALETS POUR LE PARQ1TRE* 



* Aîgulfuft 




7° 



LOUIS IV. 

DIT D'OUTREMER* 

ROI XXXII. 
Agé de d i x -n eu f ans* 

Ce Prince nous fait voir que pour précipiter , 
Les plus juftes deflfeins , on les fait avorter. 
Il faut diflîmuler félon les conjonctures. 
Son courage trop chaud , fon efprit trop léger > 
L'ont rendu le jouet d'étranges avantures , 
Et toujours l'ont tenu flottant dans le danger. 

OTHON I. en Germanie. I RAOUL II. en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE 

' Trancînran<» ' fnn f!!.<: <»n Tf-alip 






Transjurane. 



fon fils en Italie. 



S>}6. 



PAPES. 



Léon VII. en 956. S. 3 . ans 6. mois. 
Etienne IX. élu le j. Juin 939. S. 3. 
ans 4. mois. 

ENtre tous les Seigneurs François, 
Hugues le Blanc Comte de Paris 
ik d'Orléans , Duc de France 6c beau- 
frere du défunt Roi , fe trouvait le 
plus aurorifé dans le Royaume : il 
n'ofoit pourtant prendre ia Couronne, 
parce que Hébert Comte de Verman- 
dois, Oc Gifelbert Duc de Lorraine, 
deux très puiiïans ennemis , lui euflènt 
rompu (es mefures , & qu'il ne fe 
voyoit pas allez de forces pour chaf- 
fer les Hongrois quicouroient la Cham- 
pagne &c le Berry. Il trouva donc plus 
fur de faire encore un Roi du fang de 
Charlemagne , qui lui eut obligation 
de fon établilïemenr. 



Marin II. élu en 943. S. 3. ans 6. mois 
& demû 
Agapet II. en 946. S. 9. ans 7. mois. 

Pour cet effet il envoya en Angle-' 
terre une célèbre députation de Pré- 
lats & de Seigneurs, dont Guillaume 
Archevêque de Sens ctoit le chef, 
fupplier Ogine veuve de Charles le 
Simple , de vouloir ramener Louis 
fon fils , que les François defiroient 
reconnoître pour leur Roi. Elle leur 
accorda leur prière , non pas fans 
beaucoup de réfiftance de la part du 
Roi Aldeftan fon frère. Il craignoic 
que fon neveu ne périt par quelque 
trahifon, comme avoit fait fon père ; 
c'eft pourquoi ii ne fe contenta pas de 
prendre leurs fermens , il en prit auflji 
des -otages. Hugues 6v les autres Sei- 



9 $6. 



LOUIS IV. ROI XXXII. 71 

■ gneurs vinrent recevoir leur Roi à la ( Les Chroniques de Normandie ~~ 

936. defcente de fon vaiileau à Boulogne , marquent cette année une entrevue du 93 ' 

lui rendirent hommage fur la Grève, Roi Louis avec Henri Roi de Ger- 

8c de-là le menèrent à Laon , où il manie, &c difent qu'elle fut moyen- 

f ut facré par Artold Archevêque de née par le Duc Guillaume -, dont Louis 

Reims, le vingtième jour de Juin de fe fentit tellement obligé à ce Duc, 

l'an 956. qu'au retour il le pria de tenir fon fils 

Incontinent après fon ficre , Hu- Lotaire fur les fonts. Mais elles fe 

gués , qui retenoit encore l'adminif- trompent au tems de cet événement : 

tration du Royaume , le mena dans il ne peut être mis que quatre ou cinq 

la Duché de Bourgogne pour fes pro- ans après. ) 

près intérêts. Car il y avoit des préten- L'an 937. Raoul Roi de la Bourgo- 

tions , on ne fçait pas bien fur quoi gne Transjurane mourut , ayant re- *"' 

fondées-, 8c Hugues le Noir fe i'ap- gné 25. ans dans ce Royaume-là, 8c 

proprioit comme héritier du défunt cinq feulement en celui d'Arles. Il laif- 

Roi Raoul fon frère , qui l'avoir eue fa trois enfans ; Conrad , qui lui fuc- 

de Richard fon père , auquel Bofon céda , mais dont Othon fe iaifït , 8c le 

l'avoit donné lorfqu'il fut tait Roi de détint 14. ans auprès de lui-, Burchard 

Bourgogne. Le Noir s'étoit donc fai- qui fut Evêque de Laufanne j 8c Ade- 

fi delà ville de Langres après la mort leis très-illuftre Princeffè , en premie- 

du Roi Raoul ; mais le nouveau Roi res noces fut femme de Lotaire Roi 

le mit dehors fans coup férir , 8c l'obli- d'Italie , 8c en fécondes , de i'Empe- 

gaa de céder la moitié de la Duché reur Othon I. 
à Hugues le Blanc. 



LOUIS en France. 

OTHON en Germanie & I CONRAD en Bourgogne I HUGUES & LOTAIRE 
Lorraine. ' & Arles. ' fon fils en Italie. 

"" TT" F 'Age de vingt ans fembloit en ce craignant qu'après cela il ne vint à lui , 

q C 1— f tems- là être requis pour la majo- fe rallia avec Hébert, qui d'ailleurs 

ricé des Rois. Louis d'Outremer l'ayant étoit fon oncle maternel ; & parce 

atteint la féconde année de fon re- qu'il voyoit peu d'aiTurance avec un 

gne , prit le Gouvernement en main , homme qui n'avoit point de foi , il 

8c fit venir la Reine fa mère à Lacn s'appuya encore de l'alliance du Roi 

pour fe fervir de fes confeils. Aufli-tôt Othon , en époufant fa fille nommé 

il fongea à rétablir fon autorité. Pour Havide. * '*Hauvîde, 

cela il s'attaqua premièrement à de pe- Le Roi de fon côté fe fortifia d'une Hadvi^e 

tits rebelles -, puis il s'en prit à He- liaifon plus étroite avec Arnoul Comte Avoye! 

bert même, qu'il croyoit plus aifé à de Flandres, ennemi mortel de Hu- 

ruiner , parce qu'il étoit fort odieux gués , avec Artold Archevêque de 

pour fa trahifon envers Charles le Sim- Reims, avec Huges le Noir frère du 

pie. En effet il lui enleva quelques défunt Roi Raoul , & quelques autres» 

places allez facilement ; mais Hugues Cette année Gifeibert Duc de Lorraine 



? 



7* 



ABRÉGÉ CHR 

— étant venu au fecours de Hugues le 

9* 9m Grand fon beau-frere , Arnoul 6c le 
Noir négocièrent une trêve jufqu'au 
premier jour de Janvier de l'année 
luivante, entre ce Duc &c le Roi. 

Dès qu'elle fut finie, la guerre re- 
commença plus fortement. Comme le 
Roi étoit en Bourgogne , pour partager 
cette Duché avec le Noir , Hugues 
le Blanc , Hébert de Vermandois , 6c 
Guillaume Duc de Normandie , cou- 
rurent &z brûlèrent les Terres d' Arnoul. 
Les cenfures des Evêques n'eurent pas 
allez de force pour les arrêter : mais le 
retour du Roi leur donna plus de crain- 
te , 8c fit renouer la trêve jufqu au 
mois de Juin. 

Henri frère puîné d'Othon s'étoit 
perfuadé que le Royaume de Germa- 
nie lui appartenoit , parce qu'il étoit 
né fon père étant Roi , 6c qu'Othon 
étoit venu au monde avant qu'il le 
fut. Gifelbert très-puilTant en Lorrai- 
ne , ôc qui avoit époufé Gerberge la 
fœur de ces deux Princes , fe rangea 
du côté du puîné, au lieu de fe por- 
ter médiateur entr 'eux. Ces deux beaux- 
freres ainfi ligués , envoyèrent vers le 
Roi Louis pour fe foumettre à fon 
obéiflànce -, 6c depuis Othon les ayant 
battus 6c forcés au paflàge du Rhin , 
le défefpoir de leurs affaires porta Gi- 
felbert 6c quelques autres Seigneurs 
Lorrains à venir jufqu'à Laon lui faire 
hommage. 

Peu s'en fallut qu'alors tout le 
Royaume de Lorraine ne fe rendit 
à ce Roi -, il pénétra jufqu'en Alface 
6c fut bien reçu par tout : mais 
comme il vint à traiter en pays de 
conquête , des peuples qui fe ren- 
doient volontairement à lui, il aliéna 
auffi-tôt leurs affections , 6c reperdit 
par fes violences ce qu'il avoit recon- 
quis avec juftice. 

Car Hugues le Grand , Hébert , 
Guillaume Duc de Normandie , 6c 
même Arnoul de Flandres ne trou- 



ONOLOGIQUË 

vant pas expédient pour eux qu'il ■"" ""* 
fe rendit fi puiffant , fe rallièrent tous 9i9\ 
avec Othon ; lequel ayant quitté le 
fiége de Capremont , qui étoit la for- 
terefiè imprenable de Gifelbert , 6c les 
ayant joints , regagna le cœur des Lor- 
rains , 6c chaffa facilement Louis de 
l'Alface. Puis il mit le fiége devant 
Brifac, place fort confidérable dès ce 
tems-là , 6c où il fe vit de fort beaux 
faits de guerre. 

Tandis qu'Othon étoit à ce fiége , 
une partie des liens , particulièrement 
les Prélats , l'abandonnèrent : mais Gi- 
felbert 6c Everard furent défaits par 
fes gens au paflàge du Rhin près d'An- 
dernac , où le dernier demeura mort 
fur la place , 6c l'autre qui étoit le 
boute-feu de toutes ces guerres , fut 
noyé. Ce défavantage ayant ruiné le 
parti de Henri, il fut fage , 6c fe re- 
mit de bonne heure à la difcrétion 
de fon frère, qui lui pardonna , mais 
le tint prifonnier pour quelque tems. 
Cependant Brifac fe rendit , 6c tou- 
te la Lorraine lui demeura , dont il 
donna le Gouvernement à Henri mê- 
me , 6c peu après au Comte Othon , 
qui s'en fit appeller Duc. 

L'année fuivante , le Roi Louis oen- T~T~" 
lant s appuyer du cote de ce Roi , ou 
peut-être s'acquérir des Vatïaux 6c des 
amis en Lorraine , époufa Gerberge fa 
fœur, veuve de Gifelbert, ( 6c fœur 
aulîî de Hedvige où Hadvide , 6c que 
Hugues le Blanc avoit époufé- la mê- 
me année y elle avoit deux en fans de 
Gifelbert, fçavoir Régnier 6c Lambert. 
Le premier fut furnommé au Long Col. 
La meilleure partie du Clergé de 
Reims n'avoir pu fouffrir que Hu- 
gues fils de Hébert , qui avoit éré in- 
trus dans le fiége Epifcopal à l'âge de 
cinq ans , s'y maintint : elle y avoit 
donc inftallé un Moine nommé Ar- 
told , qui par conféquent étoit en- 
nemi de Hébert , 6c fort arraché au 
parti du Roi. ( Ce différend engen- 
dra 



LOUIS IV; ROI XXXII. 75 

-— *"dra une fanglante guerre qui dura dix- près de Charles Conitantin Comte de " 

?4 » huit ou vingt ans, ôc moleita fort tou- Vienne, qui étoit fon coufin germain, *^ 1 
te la Champagne. ) Cette année , après comme étant fils de Louis l'Aveugle 
quelques autres faits peu mémorables , Roi d'Italie ôc d'Arles , ôc d'une fœur 
Hébert avec Hugues le Blanc ôc Guil- de la Reine Ogine. De-là il eut re- 
laume Duc de Normandie , alliégerent coûts au Pape , aux Seigneurs Aqui- 
Reims ; les habitans prirent tellement tains, & à Guillaume Duc de Norman- 
l'épouvante , qu'ils ieur ouvrirent les die. Le Pape envoya un Légat exhorter 
portes , ôc abandonnèrent Artoid. Dans les Seigneurs Neuftriens de lui être 
la même crainte , il fe lairta perfua- fidèles : ceux d'Aquitaine vinrent lui 
der de céder l'Archevêché à Hugues ; rendre hommage à Vienne , Se lui 
ôc d'accepter une Abbaye ( pour ré- offrirent leur afliftance : ôc Guillaume 
compenfe de fon droit. ) Mais bien- quittant le parti des ligués le traita 
tôt après il s'en repentit , quoique magnifiquement dans fa ville de Rouen, 
les Evêques euflenr facré Hugues ; le & le fervit de fes troupes, comme fi- 
Roi embraira fa défenfe , ôc la que- rent auflï les Bretons, 
relie fe ralluma. Avec ces forces il chercha toutes les 
De Reims les ligués allèrent planter occafions de combattre fes ennemis : 
le fiége devant Laon : mais au bruit mais ils s'étoient retirés au-deçà * de p * Jéctis * 
de la marche du Roi , qui revenoit l'Oife, & ayant rompu les ponts ne 
du Duché de Bourgogne , ils fe re- vouloient point en venir aux mains, 
tirèrent vers Othon , ôc l'ayant ame- Ainfi il fe fit une trêve entr'eux -, ôc 
né comme en triomphe jufqu'au Pa- puis par l'entremife du Roi Othon il 
lais d'Attigni , ils fe mirent fous fa pro- le conclut une paix , par laquelle Hu- 
te&ion. gués ôc Hébert le fournirent à leur Roi. 
Si-tôt que le Roi Louis eut rafraî- Il y avoit une haine mortelle en- 
chi Laon , il fe retira en Bourgogne, tre Guillaume Duc de Normandie ôc 
Son fort étoit de ce côté-là à caufe Arnoul Comte de Flandres, au fujet de 
de Hugues le Noir , duquel ôc de ce que ce dernier vouloit contraindre 
Guillaume Comte de Poitiers, il étoit Herluin Comte de Monftreuil d'être 
accompagné. Le Roi Othon ayant levé fon vafïàl, ôc avoit pris fon Château j 
une puiffante armée le pourfuivit juf- ôc que Guillaume au contraire avoit 
ques-là , ôc donna tant de terreur à par pure généralité embraifé le parti 
Hugues le Noir, qu'il lui jura qu'à de Herluin, ôc l'afliftoit puiflamment, 
l'avenir il n'employeroit plus fes for- lui ayant rendu fon Château de Mont- 
ées contre Hugues le Blanc , ni con- treuil , qu'il avoit repris fur Arnoul i 
tre Hébert", qui étoient fes nouveaux tellement qu' Arnoul ne pouvant tirer 
vafîàux. raifon de Herluin , fe porta à une hor- 

. Le Comte Hébert s'étoit faifi de la rible ôc cruelle lâcheté contre fon dé- 

^ 41, ville de Laon , Louis fit un effort pour fenfeur : c'eft qu'ayant négocié, fous 
l'afliéger : mais ce fut à fon grand dom- prétexte de réconciliation , une entre- 
mage -, car étant furpris dans fes loge- vue avec Guillaume dans une Ifle fur 
mens par fes mauvais fujets, il vit tuer la Somme, vis à-vis de Pequigny; il 
devant fes yeux plus de la moitié de l'y fit traîtreufement aflàfliner le iS„ 
fes gens, ôc ne put fauver fa vie que Décembre de l'an 941. 
par une honteufe fuite. Ce bon ôc vertueux Prince étoit fur 
Etant enfuite abandonné de tous fes le point , quand il fut tué , de pren- 
fujets de Neuftrie , il fe réfugia au- dre l'habit de faint Benoît au Moraf- 
Tome IL K 



74 A B K L G E CHRONOLOGIQUE 



1 tére de Jumiéges , qu'il avoit com- en un état où il ne pue jamais lui faite 

^4 2, mencé de rebâtir, il n'avoir qu'un fils de peine j 6c à force de raifons, 6c de 94?' 

nommé Richard , né de Sporte fa tern- préfens , plus perfuafifs que les dif- 

me , qui étoit tille de Hébert Com- cours , il le porta à réloudre qu'il 

te de Senlis : il lui fuccéda en fa Du- falloit lui brûler les jarets, 6c fe ref- 

clié , âgé feulement de fept à huit ans. faifir enluite de la Normandie. Avant 

Une grande partie des Normands qu'on en fut venu à l'exécution , le 
étoient encore Idolâtres , 6c il en ar- iage gouverneur de Richard , il s'ap- 
rivoit tous les jours de nouvelles bandes pelloit Ofmond , tira habilement fon 
du Septentrion, qui les réchaufFoient pupille de ce danger, il le déroba de 
dans leur vieille fuperftition. Après la Cour, enveloppé dans un fagot d'her- 
la mort de Guillaume , ils fe révol- bes que l'on apportoit aux chevaux , 
terent contre fon fils , 6c ie voulurent 6c le jetca dans Senlis. Cette ville , 
contraindre de renoncer au Baptême, l'une des plus fortes de ce tems-là, 
Hugues le Grand, allié de fon père, étoit alors tenue par le Comte Bernard, 
le iecourut contre ces rebelles impies, oncle maternel de Richard ; lequel gar- 
les battit en diverfes rencontres , 6c da ce pupille fans le vouloir rendre ni 
l'aida à fe défaire de leurs Chefs : ils aux Normands , ni au Roi , qu'il n'eut 
ie nommoient Setric ik Rodard. Mais vu plus clair dans les évenemens de la 
cependant quelques autres flores de guerre qui fe préparoit. 
ces Barbares profitant dts divifions qui Pendant ces brouilleries , Hébert 
étoient en Bretagne entre les Com- Comte de Vermandois mourut à Pè- 
tes Berenger 6c Alain, firent un grand ronne , tourmenté d'un brûlant re- 
carnage de Bretons , 6c prirent la ville mords de fa trahifon , 6c criant fans 
de Dol, dont l'Evêque rut accablé par ceiTe dans l'agonie, Nous étions douce 
la foule de ceux qui fe fauvoient dans qui trahîmes le Roi Charles. Il avoit 
ion Eglife. trois fils, Hébert 6c Robert, qui par- 
Comme le Roi eut reconnu que les tagerent fes terres , 6c Hugues pré- 
Normands étant divifés , leur petit tendu Archevêque de Reims. 
Duc Richard feroit fort aifé à dépouii- Le Roi Louis , qui avoit ce défaut 
1er , 6c que ce feroit un beau coup de ne fçavoir point diiîïmuler , s'a- 
de fe rellaifir d'un fi grand 6c fi bon heurta aufli - tôt à les vouloir ruiner, 
pays -, il fit un voyage à Rouen vers Sa vengeance trop précipitée lui atti- 
î'Automne, 6c s'affûta de la perfonne ra de méchantes affaires -, les autres 
de Richard , fous prétexte de le vou- Grands redoutant de pareilles fecouf- 
loir nourrir en fa Cour. Les Bour- fes , fe réunirent tous pour les défen- 
geois d'abord s'en émurent 6c prirent dre. Hugues même s'accommoda avec 
les armes ; de forte qu'il fut obligé les Normands ; 6c le Roi Othon fe mit 
de le montrer au peuple , 6c de lui de la partie , 6c fe déclara ouverte- 
confirmer la Duché : mais leur premie- ment contre Louis, qui à caufe de cela, 
re fougue palfée , il fçut fi bien leur fe reconcilia avec Hugues, 
perfuader qu'il auroit grand foin de Du commencement ce Duc avoit 
fon éducation , qu'ils lui permirent de embralfé la caufe du petit Richard i 
l'emmener avec lui à Laon. mais comme le Roi lui eut promis 
Quand il l'eut tout-à-fait en fa puif- de partager la Duché de Normandie 
fance, Arnoul Comte de Flandres, qui avec lui, 6c de lui donner les terri- 
avoit intérêt qu'on exterminât tous les foires des Evcchés d'Evreux , de Li- 
Nôrmands , lui confeiilà de le mettre fieux , 6c de Bayeux } non feulemem 



1 O U I S IV. 

■ il abandonna le pupille, mais encore 
?44« il fe joignit avec le Roi pour le rui- 
ner entièrement. Ils encrèrent donc en 
même rems dans le pays, le Roi du 
côté de Rouen , ôc Hugues du côté 
d'Evreux. Bernard Comte de Senlis , 
qui avoit fauve fon neveu , fauva auiîï 
km pays par une telle adrelle. Il con- 
feilia aux Normands de faire femblanc 
de fe foumettre au Roi , pour évicer 
les défoiations de la guerre -, ôc après 
il lui perfuaJa facilement de retenir 
toute cette riche Province, ôc doter 
d Hugues les places qu'il y avoit con- 
quifes. En efFer il le contraignir auf- 
ii-tôt de lui rendre Evreux > fi bien que 
par ce moyen il y eut une nouvelle 
rupture entre ces deux Princes. 

Bernard ne manqua pas après d'en 
tirer le fruit qu'il fouhaitoit : car il 
perfuada à Hugues mal content , de 
reprendre la protection de Richard , 
Ôc même de lui promettre fa fille 
* Emme, Emine , * qui étoic encore fore jeu- 
ne ; aufli ne l'épouia-t-il que feize 
ans après. De plus , ce petit Prince 
étant toujours dépolfedé de fa Duché , 
il ajufta fi bien coûtes fes ruiès , qu'il 
le fit récablir : voici comment. Il y 
avoic un Chef ou Roi Normand nom- 
mé Aigrold , qui écanc venu depuis 
quelques années du Danemarc , serait 
habitué en Coftentin : ce Prince ayant 
concerté avec Bernard , fe révolta con- 
tre Louis , ôc l'envoya fommer de 
mettre le petit Richard en liberté. A 
cette nouvelle Bernard faifant fort le 
zélé , allure le Roi que toute la Nor- 
mandie eft unie pour fon fervice -, ôc 
par ces belles paroles il l'engage d'y 
aller en perfonne pour réprimer ce 
pirate. Son armée ôc celle d' Aigrold 
étant proches l'une de l'autre , Aigrold 
feint d'avoir peur , ôc demande une 
conférence. Le Roi la lui accorde , ôc 
fe rend pour cela au village de Cref- 
cenville , à mi-chemin de Caën ôc de 
Lizieux. La partie étoit fi bien faite , 



R O I X X X I I. 71 

que le Normand s'y trouvant le plus 
fort , tailla en pièces tous ceux qui 
accompagnoient le Roi , fe faifit de fa 
perfonne , ôc l'envoya prifonnier à 
Rouen. 

En cette même rencontre , Herluin 
Comte de Monftreuil fur la mer , 
principal fujec de la querelle d'encre 
défunt Guillaume ôc Arnoul , fut maf- 
facré par Aigrold , en vengeance de ce 
qu'encore qu'il eue écé coujours pro- 
tégé par Guillaume , néanmoins il s'é- 
coïc ingracemenc rangé avec Arnoul 
pour opprimer la Normandie & fon 
pecic Duc. 

En vain la Reine Gerberge envoya ' 
vers les Normands leur offrir des con- y *^' 
dirions forr avantageufes pour la déli- 
vrance de fon mari ; ils ne voulurenr 
point y entendre , fi elle ne leur don- 
noir fes deux fils en otage , à quoi 
elle ne pouvoit fe réfoudre. En vain 
elle implora le fecours de Roi Othon 
fon père pour la délivrance de fon 
mari ; il fallut qu'elle eût recours à 
Hugues fon plus grand ennemi. Il re- 
fufa d'employer envers les Normands 
autre chofe que fa médiarion : elle l'ac- 
cepta : ôc lui , en vertu d'un plein pou- 
voir qu'il fe fit figner par rous les Eve- 
ques ôc Seigneurs de France , arrêta 
avec les Normands , dans une confé- 
rence qui fe fit à S. Clair fur Epte , 
que Louis rétabliroit Richard en fa Du- 
ché , Ôc le recevroic à l'hommage ; Ôc 
que dès-lors il feroic mis en liberté ; 
en donnant le fécond de fes fils ôc 
deux Evêques pour fureté de fa paro- 
le.Mais Louis forranr des mains des 
Normands , demeura au pouvoir de 
Hugues , qui fur je ne fçai quels 
prétextes , le détint encore un an 
fous la garde de Thibauid Comte de 
Blois , fon coufin germain -, & ne 
voulut poinc le laifler aller qu'il 
a-eut extorqué de lui la viile de 
Laon. 

Cependant le Roi Othon qui avoit 

K îj 



7* 



ABRHGÉ CHRONOLOGIQUE 



946. 



conquis le Comté de Bourgogne , foie pas un des deux ne reuflît. 

qu'il craignit la réunion entière du Quelques mois après , les deux 



Rois Louis & Othon , par l'entre- 
mife de leurs amis communs , payè- 
rent les Fêtes de Pâques à Aix-la- 
Chapelle -, 8c au mois d'Août ensui- 
vant ils s'abouchèrent encore fur 
le Kar ou le Cher , pour traiter en- 
femble de leurs affaires. Cette ri- 
viere-là , qui vient du pays de Lû- 



mes 



Roi avec t'es Sujets , foit que les lar- 
mes de fa fille Gerberge , 8c la com- 
paiîion d'un Roi fi maltraité par 
ion vaifal , lui touchafTent le coeur , 
rabroua rudement Hugues qui re- 
cherchoit fon amitié ; &c oftiit fon 
afliftance à Louis fon gendre pour s'en 
venger. 

Louis ne manqua pas de l'accep- xembourg tomber dans la Meufe en- 
ter ; &c peu après fa fortie de prifon , tre Sedan ik Moufon , a toujours fait 
alla trouver Othon dans le Cambre- depuis la feparation des Royaumes de 
fis. Arnoul Comte de Flandres l'y France 8c de Lorraine , ainfi qu'elle le 
avoit joint avec fes forces , 8c Con- faifoit auparavant de ceux de Neuftrie 
rad Roi de Bourgogne avec les fien- 8c d'Auftrafie. 

nés , d, forte que tous enfemble ils L'an 947. l'Italie fouffrit un nou- 
* cétoit avoient plus de trente légions ; * ce veau chagement : Aufcaire 8c Beren- 
180000 hom- q iu ' e ft mémorable , tous ces combat- ger , le premier frère l'autre fils d'A- 
tans horfmis l'Abbé de Corbie en delbert Marquis d'Y vrée , avoient in- 
Saxe , portoient des Chapeaux de gratement confpiré contre le Roi Hu- 
foin , fans doute pour parer les coups gués ; 8c ce Prince avoit fait mourir 
d'eftramaiTon , Se pour fe garantir du Aufcaire : mais Berenger s'étoit fauve 
froid. vers Herman Duc de Souabe. Or , 
Il fembloit qu'une û prodigieafe ce dernier ayant appris que Hugues 
armée dut accabler Hugues & tous fes s'étoit rendu fort odieux aux Italiens , 
alliés ; mais fes effets ne répondirent il fie fonder heurs affections , 8c repafla 
pas à fa puiffance -, après avoir tâté les Alpes. D'abord il fut reçu dans 
Laon , châtié l'Archevêque Hugues de Veronne 8c dans Milan , 8c bien ac- 
Reims , 8c remis Artold dans fon cuelli de la plupart de la Nobleffe % 
fiége*-, après s'être montrée aux portes toutefois le peuple mû de pitié pour 
de Senlis , 8c aux Fauxbourgs de Pa- Lotaire fils de Hugues , beau jeune 
ris , elle alla échouer devant Rouen. Prince qui n'avoit que quatorze à 
Car la mort du neveu d'Othon , 8c quinze ans , voulut que l'on lui con- 
de grand nombre de Saxons qui y fu- fervât le titre de Roi ; 8c Berenger y 
rent tués , les pluyes de l'automne , confentit pour lors d'autant plus faci- 
l'approche de l'Hyver , la défertion lement , que toute l'autorité lui de- 
d' Arnoul, qui fe retira de nuit avec meura entre les mains. L'accord fait y 
fes troupes , craignant d'être livré aux Hugues s'en retourna avec fon tréfor 
Normands , contraignirent Othon de en Provence , où il le fit Moine 8c mou- 
lever le fiége 8c de fe retirer. rut dès la même année , frappé d'un 
Enfuite Hugues afïiégea Reims, 8c coup de foudre , à ce que dit une am- 
ie Roi Louis Montreuil , que tenoit cienne Chronique. 
Rotgard fils du Comte Herluin ; mais 



947- 



947- 



^^ 



LOUIS IV, ROI XXXII. 77 



LOUISen France. 

OTHON en Germanie & | CONRAD dans la Transju- 1 LOTAIRE & BEREN- 

Lorraine. 1 rane & Arles. ' GER en Italie. 

LA difpute pour l'Archevêché de cile aviferoit , même par preuve de g 

Reims entre Hugues de Ver- fon corps en champ de bataille. Sur 

mandois Se Artold , étoit une très- ces plaintes le Concile écrivit des 

grande affaire. Hiie tut premièrement lettres à Hugues le Blanc Se à ies adhé- 

traitée à Douzi entre quelques Prélats, rans , pour les admonefter de fe ran- 

qui n'ayant pas le pouvoir de la ter- ger à leur devoir , fous peine d'ana* 

miner , la remirent à une AiFemblée thème : Se faifant droit fur la requête 

Synodale des Evêques de Gaule Se de d'Artold , lui confirma l'Archevê- 

Germanie , qui fe tint dans Verdun ché , Se excommunia Hugues fon 

à la mi- Novembre. Robert Archevê- compétiteur , jufqu a ce qu'il fût venu 

que de Trêves y préfida : Hugues n'y à pénitence. 

comparut point , mais envoya certai- Avec cela , Othon affilia Louis de 

nés Lettres du Pape : les Evêques n'en bonnes troupes -, les Evêques Lor* 

tinrent pas grand compte , les trou- rains , (es VaiTaux , prirent Moufon 

vant fubreptices -, ainfi ils adjugèrent Se le raferent , excommunièrent Thi- 

la jouillànce de l'Archevêché à Ar- baud qui défendoit la ville de Laoa 

told , Se en exclurent Hugues pour pour Hugues , Se firent citer Hugues 

fa contumace , jufqu'à ce qu'il eût com- même en vertu des lettres du Légat , 

paru au Concile qui fe tiendroit le de comparoître au Concile de Tré- 

mois d'Août enfuivant , Se qu'il s'y ves , pour faire fatisfaétion des maux 

fût purgé des crimes à lui impofés. qu'il avoir caufés au Roi Se à l'Eglife. 

g Hugues s'en plaignit au Pape , qui N'y ayant pas comparu , il fut ex- 

' envoya un Légat vers Othon , pour communié. 

lui enjoindre d'aflèmbler un Concile La guerre ne s'en faifoit pas moins 
général des Gaules & de la Germanie, cependant ; Se il fe prenoit Se repre- 
tant pour terminer ce différend , que çoit plufieurs Châteaux , tant par les 
pour vuider les querelles d'entre, le deux rivaux de l'Archevêché de Reims s 
Roi Louis Se Hugues le Blanc. Il le que par les gens du Roi Se par ceux 
convoqua donc au Palais Royal d'In- de Hugues, toute la France étant dans 
gelheim : lui Se le Roi Louis y aflif- une extrême défolation par ces guet- 
tèrent étant affis fur un même banc, rès civiles , Se par les courfes des 
Le Concile entendit les plaintes de Hongtois. 

Louis , Se puis la requête d'Artold. Cette année arriva la mort de Foui- 

Le premier expofa tous les maux que ques Te Bon , Comte d'Anjou , Prince 

Hugues lui avoir faits , jufqu'à le fort religieux, & amateur des lettres; 

détenir prifonnier un an entier y Se lequel ayant un jour appris que le Roi fe 

offrit , Ci quelqu'un lui reprochoit que mocquoitde ce qu'il alloitfouvent chan- 

les troubles Se les calamités du Royau- ter au Chœur , lui écrivit feulement ces 

me procédoient de fa faute , de s'en juf- mots : Sçache^ , Sire , çuvti Prince 

tifier de telle manière que le Con- non lettré, est un asne couronné* 



7.8 ABRÉGÉ CHR 

- » Les Hongrois s'écant jettes l'an 949. 

94S>« en Lombardie , Berenger compofa avec 
eux pour huit boilfeaux d'argent j ôc 
fous prétexte de lever ces deniers , 
il rit de très-violentes extorfions. Sur 
ce tems-là Lotaire Roi d'Italie , lbn 
rival , ou de douleur de fe voir mé- 
prifé, ou par l'effet de quelque poi- 
lon , tomba en phrénéfie , &c mourut 
à Milan le iz. de Novembre. Il ne 
lailîa aucuns enfans , mais bien une 
belle &: riche veuve : c'étoit Adeleide , 
fille du Roi Raoul II. Berenger aulîi- 
tôt fe fit proclamer Roi , 8c couron- 
ner avec fon fils aîné Adelbert. 

Othon bien-aife des brouilleries de 
la France, donnoit de foibles fecours 
à Louis , & ce Roi , dans la néceflité 
de fes affaires , lui déféroit beaucoup, 
& l'alloit fouvent trouver , ou y en- 
voyoit Gerberge fa femme. Il f.ufoit 
aufli des trêves de tems en tems avec 
fes rebelles. Dans une entr'autres , lui 
& Hugues s'étant tranfportés fur les 
bords de la Marne , la rivière entre 
deux, plâtrèrent je ne fçai quelle paix, 
moyennant quoi Hugues lui rendit une 
groife tour qu'il tenoit encore dans la 
ville de Laon. 

La paix faite de ce côté-la , Louis 
s'achemina vers l'Aquitaine , pour s'af- 
furer de la fidélité des Seigneurs du 
pays. Car durant ces brouilleries, la 
foi des valfaux étoit fi frêle & fi \m 



950. 



ONOLOGIQUE 

gère , que fouvent en moins d'un an 
ils prctoient le ferment a trois ou qua- 
tre Souverains diftérens •, c'étoit afin 
de n'en avoir point du tout , s'ils euf- 
fent pu. Il fut reçu par tout avec 
beaucoup de fourmilion ; mais il tom- 
ba malade (i grièvement, qu'on le crut 
mort. Durant ce voyage , fedenc Duc 
dans la Lorraine Mofellanique , entre- 
prit de bâtir un Château à Bar fur les 
terres de France , &c pilla les contrées 
voifines : Louis s'en étant plaint à 
Othon , il défendit à Federic &c à tous 
fes autres valfaux, de plus attenter pa- 
reille chofe. 

Les Hongrois fortant d'Italie paf- 
férent les Alpes, ôc fe jetterent dans 
la France. Après qu'ils y eurent fait 
un grand butin, ils s'en retournèrent 
par la même route dans leur pays. 

Cette année 951. Ogine * mère du 
Roi Louis , qui étoit âgée de plus de 
45. ans, outrée de ce que fon fils lui 
avoit refufé une Abbaye , fortit de 
Laon, où il la tenoit comme prifon- 
niere, &c alla époufer Hébert de Ver- 
mandois , Comte de Troyes , fils de 
ce traître Hébert, qui- avoit fait mou- 
rir fon mari en pnfon. Elle conten- 
toit ainfi fon aveugle vengeance aux 
dépens de fon honneur ; ou peut-être 
elle la laifoit fervir de prétexte à fon 
incontinence. 



950. 



* Ogive. 






LOUIS , dit d'Outremer , en France. 



OTHON en Germanie & 
Lorraine. 



CONRAD dans la Transju- 
rane & Arles. 



BERENGER II. & 
ADELBERT fon fils en 
Italie. 



ADeleide veuve de Lotaire , étoit deçà les Monts , étant fille de Raoul 

belle &c charmante ; elle avoit II. &c fœur de Conrad , Rois de Bour- 

la ville de Pavie en dot-, Se d'ailleurs gogne. A caufe de cela Berenger la 

quantité de riches poflelïîons, d'amis fit rechercher pour fon fils-, mais elle 

& de crédit, tant dans le pays, que rejetta courageufement cette propo- 



950. 



LOUIS IV. ROI XXXII. 



79 



fit ion. Sur Ton refus opiniâtre , il Paf- la Reine Gerberge , fœnr de fa fem 



950. iîcgea dans Pavie, la prie ik l'envoya 
prifonmere dans le fort Château de 
la Garde , duquel le Lac a pris fon 
nom. Elle s'en fauva néanmoins par 
le moyen d'un Prêtre , au hazard d'é- 
tranges avantures , étant réduite , au 
forcir de-là , à vivre des aumônes qu'il 
lui cherchoit : puis elle fe retira vers 
le Marquis Atllon fon parent, qui en- 
treprit de la protéger dans fa forte- 
relle de Canoffe. 

Aufli-tôt Berenger l'y affiégea avec 
* ' toures Cts forces. La féconde année du 
fiége &c la fin des munitions de la place 
approchoient , qUand cette Reine en- 
voya implorer ie fecours du Roi 
Othon, éc lui offrit avec faperfonne, 
le Royaume d'Italie. L'amour de la 

95 2 « gloire, plus que celui de la femme, 
attira ce Prince de-là les Monts *, il 
la délivra, l'époufa, parce qu'il n'en 
pût jouir autrement, & l'emmena en 
Germanie , laiflànt fon armée à Con- 
rad Duc de Lorraine , pour achever 
cette guerre. 

Ce Conrad pourfuivit il vivement 
Berenger 6c fon fils , que tous deux 
mettant les armes bas , vinrent con- 
férer avec lui , ôc par fon confeil , 
pafférent en Germanie vers le Roi 
Othon. Ce généreux Prince les ayant 
magnifiquement traités , Se reçu d'eux 
le ferment Se l'hommage , les remit 
dans tout leur Royaume : il retint feu- 
lement le Veronnois Se le Frioul , qu'il 
donna à fon frère Henri Duc de Ba- 
vière. 

Cette année mourut Hugues le 
Noir , Duc de Bourgogne , fans avoir 
eu aucuns enfans. 

La querelle de l'Archevêché de 

""' Reims , Se de quelques autres Sei- 
gneurs particuliers , avoient rebrouil- 
lé le Roi Louis Se Hugues le Blanc fi 
fort , qu'ils en étoient aux armes ; 
mais enfin Hugues , quelque motif 
qui l'y poufiât , defira conférer avec 



me. Elle ie vint trouver-, & enfuite 95 3« 
il s'aboucha avec le Roi dans Soif- 
fons , & fit la paix fur la fin du mois 
de Mars de cet an 953. 

Cette réunion ne plaifoit peut-être 
guère au Roi Othon ; mais il ne fe 
trouvoit pas en état de la troubler. 
Il étoit ttop occupé dans la guerre 
civile que lui faifoit Luitolf fon pro- 
pre fils , incité par Conrad Duc de 
Lorraine , qui lui donnoit jaloufie 
d'un fils encore au berceau , que fon 
père avoir d'Adeleide fa féconde fem- 
me. Othon deflitua Conrad de fa Du- 
ché , Se réduifit enfin fon fils au de- 
voir - y mais ce ne fut pas fans beau- 
coup de rifques , de combats Se de tra- 
vaux. 



Conrad opiniâtrement rebelle , re- 
muoit toutes chofes pour fe venger. 
Il fit ligue avec Berenger Roi d'Ita- 
lie , auffi ingrat que perfide envers 
Othon , & par deux fois attira les Hon- 
grois -, la première en Lorraine l'an 
9 5 4. Se la féconde en Bavière l'an 955. 
De la Lorraine ils fe débordèrent juf- 
qu'en Champagne Se en Bourgogne , 
où ils firent beaucoup de maux, mais 
furent rechaflés en Italie. Il s'en jetta 
une îfmltitude effroyable en Bavière j 
toutefois Othon les combattit, ôc les 
tailla en pièces , après que Conrad eut 
été tué dans la mêlée. 

Durant ces brouiller ies , l'an 954. 
le Roi Louis mourut par un étrange 
accidenr. Comme il alloit de Laon à 
Reims, il rencontra un loup fur fo& 
chemin , il piqua après •, fon cheval 
broncha , Se le renverfa par terre fi 
rudement , qu'il en fut tout froiffé. 
Cette meurtrilïlire univerfelle fe Tour- 
na en une efpece de lèpre qui lui 
caufa la mort le quinzième jour d'Oc- 
tobre. Ce fut dans la ville de Reims , 
où il s'étoit fait porter. Il y eft en- 
terré dans l'Eglife de faint Remy. Son 
repris fut de dix-huit ans, trois mois, 



954< 



954- 



$o ABRÉGÉ CHR 

& fa vie de crente-huit à trente-neuf 



2ns. 



De cinq fils qu'il avoit eus de Ger- 
berge , il n'en reftoit que deux , Lo- 
taire Ôc Charles , dont l'aîné Lotaire 
avoit quatorze à quinze ans , Char- 
les feulement quinze ou feize mois. 

Le bas âge de ce dernier, la pau- 
vreté des Rois qui n'avoient prefque 
plus aucune ville en propre que Reims 
& Laon , Ôc peut-être les intérêts de 
Hugues le Blanc , furent caufe qu'il 
ue partagea point le Royaume avec fon 



ONOLOGIQUE 

aîné , comme il avoit toujours été pra- 
tiqué dans la première ôc féconde race. 
Depuis ce tems il n'a plus été diviié 
également entre les frères; l'aîné feul 
a eu le titre de Roi , & les cadets 
n'ont eu que quelques terres en ap- 
panage , ôc avec une fujétion entière 
à leur aîné. La puilfance des Rois s'ac- 
croiflant , y a même ajouté la rever- 
fion faute d'hoirs mâles ; ce qui n'a 
pas peu contribué à rétablir la gran- 
deur de l'Etat. 



9 54- 



GERBERGE 

FEMME 

DE LOUIS IV. 

Dans les plus grands malheurs , (ans aucune foibleflè , 
Gerberge fit agir fon efprit & fon cœur , 
Et ne montrant pas moins de vertu que d'adreflè , 
Délivra fon mari des priions du vainqueur. 



c 



Ette PrincelTe étoit fille du Roi 
. Henri I. dit l'Oifeleur Ôc par con- 
féquent fœur du Roi Othon I. fur- 
nommé le Grand. En premières no- 
ces elle avoit époufé Gifalbert ou Gil- 
bert duc de Lorraine , dont elle eut 
deux fils. Après fa mort elle fe retira 
■Ce château dans le fort Château de * Chevre- 
au une mont. Les bonnes places qui lui de- 
^m™°pro- meurerent , ôc la haute alliance dont 
chc «u Lié»e. çlle .pouvoit appuyer un nouveau mari 
furent d'affez puiiîans attraits pour obli- 
ger le Roi Louis à l'époufer ; & il 
reconnut aufli-tôt que les vertus , dont 
le Ciel l'avoit pourvue , ne faifoient 
pas la moindre partie de fa dot. En 



effet elle lui apporta un grand fecours , 
ôc beaucoup de confondons dans tou- 
tes fes affaires. Ce furent fes follici- 
tations qui le délivrèrent des mains 
des Normands , ôc puis de celles de 
Hugues. Tantôt elle rravaiiloit à exci- 
ter le Roi Othon fon frère , à fe mêler 
des affaires de la France , tantôt elle 
avoit de la peine à le retenir, ôc em- 
pêcher qu'il ne s'en rendit le maître. 
Combien fit-elle de voyages, tant en 
Germanie, qu'en Aquitaine ôc en Bour- 
gogne , pour entretenir les alliés du 
Roi fon mari dans fon amitié ou pour 
retenir fes fujets dans leur devoir. Elle 
défendit courageufement les terres de 

fon 



G E R B E R G E. 8* 

fon douaire attaquées par les enfans De fon fécond lit fortirent cinq fils, 

que Gifalbert avoit eu d'un premier lit j Carloman , Louis, Loraire , Henri, 

elle fçavoit adroitement oppofer des 8c Charles : le fécond, le troifiéme& 

artifices à ceux de Hugues Ion beau- le quatrième moururent avant elle , 

frère , Se comreminoit fes delfèins par Lotaire l'aîné de tous régna , & Charles 

d'autres, ouïes arrètoit pour un tems : fut exclus de la royauté par Hugues- 

fi-bien qu'il ne fe déclara jamais Roi, Capet. 11 en vinr aulîl deux filles, fça- 

même après la mort de Louis, quoi- voir Matilde ou Mahaud, qui époufa 

qu'il en eut toute l'autorité, mais fit Conrad Roi de Bourgogne , fils ds 

couronner Lotaire-, qui ne fut jamais Raoul II. &e Albrade , qui fut fem- 

parvenu à la Couronne, s'il ne la lui me de Renaud Comte de Reims, le- 

eut mife fur la tête. D'ailleurs elle me- quel bâtit le Château de Roucy. Ger- 

nagea h bien l'efprit de Brunon fon berge mourut ptefque fexagenaire l'an 

autre frère , qu'il employoit toutes les $6y. quinze ans après la mort de fon 

forces de la Lorraine pour la fervir , mari , avec lequel elle en avoit vécu 

préférant les intérêts de cette chère 14. de quelques mois, 
jfœur aux fiens propres. 




Wome II. 



Si 



L O T AI RE 



ROI XXXIII. 
Agé de treize a quatorze ans, 

On ne peut arrêter le cours des deftinées ; 
J'étois religieux , brave , jufte & prudenj , 
Et ne pus éviter le tragique accident 
D'un boucon dont ma femme accourcit mes années. 



OTHON en Germanie & 
Lorraine. 



CONRAD dans la Transju- 
rane & Arles. 



BERENGER & ADEL- 
BERT Ton dis en Italie. 



PAPES. 



954- 



Encore Agapet II. plus d'un an durant 
ce régne. 

Jean XII. qui le premier changea fbn 
nom , intrus en 955. S. 9. ans moins quel- 
ques mois : eft dépofé. 

Léon VIII. élu en Novembre 963. Siè- 
ge 3. ans. 

Benoît V. élu par les Romains en 964. 
S. près d'un an. 

LA plus grande partie de la puif- 
fance étant entre les mains de Hu- 
gues , il eut pu prendre la Couronne , 
s'il n'eut pas craint les forces du Roi 
Othon, oncle maternel des fils du Roi 
défunt , 6c la jaloufie des autres Sei- 
gneurs François. Pour ces raifons , la 
Reine Gerbcrge , fecur de fa femme, 
étant venue le trouver pour prendre 
confeil de lui, il aima mieux fe con- 
server l'autorité en protégeant une veu- 
ve &z un pupille, que de la hazarder, 
ck fon honneur avec , en les oppri- 
mant. Ay;;nt donc mené Lotaire à 



Jean XIII. nommé par l'Empereur 
Othon en 96 y . S. près de 7. ans. 

Domnus élu en 971. S. 3. mois. 

Benoit VI. en 97-2-. S. un an }. mois. 

Boniface VII. élu en 974. S. un an. 

Benoît VII. en 97 s. S. 7. ans quelques 
mois. 

Jean XrV. élu en Juillet 984. S. un an 
un mois. 

Reims, il le fit couronner le 11. de 
Novembre par l'Archevêque Arrold. • 

En cette occafion le jeune Roi donna 
les Duchés de Bourgogne &c d'Aqui- 
taine à Hugues le Blanc & à Hugues 
Capet fon fils aîné ; lefquels étant con- 
tens , ck le Duc de Normandie auffi 
pour l'amour d'eux , il ne fut pas dif- 
ficile de calmer les autres Seigneurs 
qui étoient plus faibles. 

Ces Duchés , à mon <nis , était:/: t Je 
deux fortes en ce tems-là : les taies te- 
ndent les villes & terres , & étoient de- 
venues comme ':>:' d'autres ; les autres 



954- 



LOTAIRE, ROI XXXMI. 8$ 

- - étalent des commandemens généraux dans fon. teint \ le Grand pour fa puiflàn- - — ~< — — 

M** tout un Royaume , tant pour Us armes ce, ou peut-être pour fa taille ; ôc 9'ï«« 

que pour La j ujlice , les Rois pouv oient l'Abbé, parce qu'il tenoit les Abbayes 

encore donner & ôter ceiix-là, Ainflily de faint Denis, de faint Germain des 

avoit un Duc pour la Lorraine , qui étoit Prez , 3c de faint Martin de Tours. 

Brunon Archevêque de Cologne , frère En mourant il pria Richard Duc de 

du Roi Othon, qu il avoit mis en la pla- Normandie fon' gendre, d'être le dé- 

ce de Conrad , lequel il avoit dejiitué fenfeur de les enfans 3c de les valîàux. 
pour fes rebellions ; un pour la France, Il eut trois femmes , la première rut 

un pour r Aquitaine , 6' un pour la Judith fille de Rotiide eftimée fille de 

Bourgogne ; Hugues l étoit dans tous Louis le Bègue, la féconde Echiide Tune 

ces trois Royaumes, par conséquent il des filles d'Edouard Roi d'Angleterre , 

étoit comme le Lieutenant général du ( les Rois Charles le fimple 3c Othon 

Roi, & en cette qualité il pouvoit être avoient époufé les deux autres*,) la trci- 

dejiitué , Ji fes grandes alliances & les fiéme Avide * ou Avoye feeur du même * Hauvide . 

villes qu'il poj/edoit ne l eujjent rendu Othon, 3c de la Reine Gerbeige. Il ne AvfjT^ * 

indefeituabk. ' vint point d'enfans des deux premières , 

~ La France fut afiez calme trois ans mais de la troiliéme il en eut quatre -, 

* ) ' durant, horfmis que Hugues l'an 95 5. Hugues furnomméCapet, qui fut Com- 

ayant traité fplendidement durant te de Paris & Marquis d'Orléans , puis 

quelques jours ie Roi Lotaire, avec la auilî Duc de France -, Othon qui fut 

Reine Gerberge dans fa ville de Pa- Duc de Bourgogne après la mort de 

ris , le mena en Poitou pour dépof- Gilbert fon beau-pere •■, Eudes ou Odon 

féder Guillaume Comte ce ce pays r là qui fuccéda à Othon 5 3c Henri qui 

£c Duc d'Aquitaine, fous prétexte de polîéda auiîi cette Duché après eux. 
le faire obéir. Ils mirent le fiége de- Ces quatre fils n'étoient pas en- «<_ 

vant Poitiers-, & la place fe défendit core alfez accrédités pour faire du oç8 

fi long-tems, qu'il y eut une grande bruit, l'aîné même n'avoit qu'envi- 

difette de vivres dans les troupes j de ron feize ans. Ainfi la Reine Gerber- 

comme elles languiflbient de faim, il ge eut quelque relâche, 6c gouverna 

arriva un jour que s'étant levé, un grand allez paifibiement pendant deux ou 

orage, un terrible coup de tonnerre fen- trois ans, horfmis qu'il y eut quel-^ 

.dit le pavillon du Roi en deux : l'ef- ques querelles pour des Châteaux 

froi qu'il conçut de ce prodige, joint de l'Archevêché de. Reims, Se pour 

à la nécellké, le contraignit de lever des différends d'entre particuliers. 
le piquet. Et néanmoins le Comte Le plus grand mal que plufieurs 

s'étant voulu enhardir de pourfuivre trouvoient dans le gouvernement , 

les François fur la retraite , ils tourne- étoit que la plupart des affaires fe ma- 

rent tète bravement, &c le mirent en dé- nioient par la volonté du Roi Othon , 

route avec grande perte de fa Nobleflè. 3c de Brunon fon frère Archevêque de 

.£ L'année fuivante , Hugues , qui fans Cologne , 3c Duc ou Gouverneur de 

feeptre avoit régné plus de vingt ans , Lonaine -, en forte qu'ils étoiem com- 

étant fils de Roi , père de Roi, orcle de me les mo<£ orateurs &c les arbkces de 

Roi , 3c beau frère de trois Rois, mourut la Fra ce Neuitrienne ) , 3c tendoient, 

dans fa villede Paris, d'autresdifent dans ce femble , à la faire dépendre de la 

fon Château de Dourdan le \6. de Juin, France Orientale , afin que toutes deux 

plein d'années, de gloire &c de biens, ne fulfent qu'un corps. Quand les Rois 

On le furnommoit le Blanc à caufe de de Neuitrie fe trouvoient les plus forts, 

L ij 



3 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 






ils avoient la même prétention. C'eft Comte d'Anjou , ce méchant beau-pe- ■ 

^^' ce qui me paroît par la lecture des au- re fit malheureuiement mourir cet m- 9$9* 

teurs de ce tems-là , quoiqu'ils ne nocent , lui ay.mt fait verfer de l'eau 

parlent des chofes que tort conruié- bouillante fur la tête. 
ment. i>a luccdîion engendra un fanglant 

L'an 959. Lotaire avec fa mère Se débat en Bretagne : il dura 34. ans. 

fa tante Avoye, alla trouver Ion oncle Les deux bâtards d'Alain difputoient 

Brunon dans le Cambreiis. Onneiçait cette Duché contre un Conan , qui 

pas le fujetde cqziq entrevue; mais que defcendoit par fille du Roi Salomon : 

Brunon le failit de la perfonne de ke- Ce Conan les lit périr méchamment 

gnicr au Long-Cou , Comte de Monts tous deux,'Hoel par les mains d'un 

en Haynaut , & qu'il envoya prilon- loliat qui l'afïàflina ; Se Guerec par la 

nier au-delà du Rhin chez les Sclaves , lancette empoifonnée d un Chirurgien 

parce qu'il refufoit de lui donner des qui le ïaignoit. Mais lui-même périt 

otages. La Reine étoit en différend enfin dans une bataille qu'ii perdit l'an 

avec les enfans de Hugues Se la veuve 991. contre Foulques Comte d'Anjou, 

Avoye fa fecur , pour quelques Cha- ennemi capital des Bretons. Geofroy 

teaux que le Roi Lotaire leur avoir l'aîné des quatre qu'il avoit , Lui fuc- 

pris en Bourgogne ; ce fut pourquoi céda. 

Brunon vint aufii en France , & il les II y avoit trois ans que Hugues le 

mit d'accord dans un Parlement qui fe Blanc étoit mort, Se fes enfans n'a- 

tint à Compiegne. Au forrir de-là la voient point encore rendu hommage 

Reine Se fon fils Lotaire allèrent à Co- de leurs terres au Roi Lotaire , l'Ar- 

logne faire Pâques avec Brunon , qui chevêque Duc Brunon les y obligea -, 

les régala fplendidement , Se les ren- Se Lotaire en récompenfe déclara l'aî- 

voya chargés de fort beaux préfens. né Duc de France , comme i'avoit été 

Un peu après, ils l'appellerent à fon père, & lui donna le Poitou; il faut 

leur fecours contre Robert Comte de entendre s'il pouvoit le conquérir , 

Troyes , Se Comte de Châlons de par car il étoit poffédé par un autre Com- 

fa femme, lequel avoit furpris Dijon, te , c'étoit Guillaume II. On peut ti- 

o Il repalfa en France avec fes Lorrains , rer de-là une conjecture , que les Rois 

reprit cette place -, &c au même tems ne s'étoient point encore dépouillés 

il envoya des troupes Saxones à Troyes, entièrement du pouvoir de donner les 

pour y rétablir l'Evêque que ce Robert Duchés & les Comtés, 8c que fi elles 

en avoit chalfé -, mais Renard Comte étoient héréditaires , c'étoit par ufur- 

de Sens , Se Raimbaud Archevêque de pation , non pas encore par concef- 

la même ville, amis de Roberr, leur fion. 

donnèrent bataille , Se les défirent. Toutes les nouvelles Principautés 

La même année mourut Alain dit Se Seigneuries qui s'étoient élevées 
Farbe-Torte , Duc de Bretagne , Se fils dans le Royaume , ne fâehoient point 
du Comte Matuede. Il laiffa trois en- tant le Roi que celle des Normands, 
fuis , deux bâtards, Hoel Se Guerec, qui étant étrangers Se illiis de pères, 
c-; un légitime nommé Drogon encore qui avoient cent ans durant défolé la 
?u berceau , qu'il déclara fon héritier. France , en occupoient une G riche 
Thibaud Comte de Chartres , grand- province : voilà pourquoi Brunon qui 
père maternel de cer enfant , en eut la gouvernoit les affaires du Royaume, 
tutelle, Se fa mère la garde de fa per- étant incité par les perfuafîons d'Ar- 
fonne. Or s'erant remariée à Foulques noul Comte de Flandres, de Baudouin 



L O T A I R E , R O I X X X I î î. S $ 

■ fon fils , de Thibaud Comte de Char- Depuis que Berenger ôc Adelbert ~~ *• 

959* très, ôc de Geoiroy Comte d'Anjou, avoienc été rétablis tuais le Ro.ya.time ^57* 

& ?*jo. complota de perdre le Duc Richard d'italie par Othon , ils n'avoient ceflfé 
Dans ce dellern il lui manda qu'il eut de conipuer contre Lui , ôc avec cela 
à le trouver à un Parlement Royal , ou de véx<.r cuiellement leurs fujets } de 
atfemblée des Etats à Amiens , lui fai- iorte qu'il y avoit envoyé Ton fils Lui- 
fant efpérer , s'il y venoit , qu'on lui toit pour les châtier. Ce jeune Prince 
donneioit l'administration ciu Royau- les avoit preique chafles de tout le 
me : mais c'étoit afin de l'arrêter , ÔC Royaume , quand il fut iurpris de la 
de l'envoyer priionnier au-delà du mort l'an 958. non lans foupçon de gc S. 
Rhin. Richard trop facile s'étoit mis poifon, & ainli lailla fa conquête îm- 
tn chemin , ôc s'en alloit périr , s'il parfaite. Mais les plaintes des Sei- 
n'eût été heureufement averti de ce gneurs ôc des Prélats , ôc les mitantes 
complot par deux Cavaliers inconnus, prières du Pape prelTant incellamment 
A cet avis il rebroufla tout court vers Ion le Roi Othon , il fe réfolut d'y aller 
pays , ôc fe tint mieux. fur fes gardes. lui-même , après qu'il eût fait couron- 
11 évita encore un autre piège que ner fon fils Othon II. à Aix-la-Chapel- 
le Roi lui tendit quelque tems après , le , quoiqu'il ne fut âgé que de il-pt 
pour fe fiiiiir de fa perfonne. Il lui ans. 

avoit'fait croire qu'il avoit delTèin de A fon arrivée en Italie , Berenger , ~ ~77~ 

perdre Thibaud , ôc qu'il avoit befoin fa femme , ôc leurs fils Adelbert ôc T 

1 i r iftL m 1 *~< ii 1 Empereur 

pour cela de fon ainihince. n le pnoit Guy , abandonnèrent la campagne & romain 

donc de fe rendre auprès de lui en cer- les villes , ôc fe retirèrent chacun dans *à*.vHixa- 

tain endroit , près les bords de la ri- quelques fprtereiïes : Berenger dans einpoTfonné"' 

viere d'Epte , ôc de prendre pour pré- celle de Fraiilenet , fous la protection Couftaruin 

texte que c'étoit pour lui venir ren- des Sarrafins qui s'y étoient fortifiés ^enNovem- 

dre hommage. Car les Souverains le depuis quelques années , & de-là mfef- brcR. 1. ans 

demandoient à leurs vailaux, toutes les toient les paffages des Alpes , les ce- L m " is » ^ 

fois qu'ils avoient fujet de douter de tes de l'Italie , celles de la Provence ôc canteaOcci- 

ieur fidélité *, ôc les vailaux ne faifoient du Languedoc. Othon fut reçu par deat - 

point de difficulté de les en alïurer par tout avec un applaudillement univer — — 

la réitération de ce devoir. Le Duc fel , recouvra Pavie , ôc fut couronné c jGo. 
avoit déjà parle la rivière , quand les Roi des Lombards à Milan } par l'Ar- & fuiv. 
efpions qu'il avoit envoyés pour dé- chevêque. De-là il marcha vers Re- 
couvrir ce que le Pvoi faiioit , lui rap- me , où il reçut la couronne Impériale 
portèrent que le Comte Thibaud Ôc le* jour de Noël, par les mains de * Ils affee * 

/• / • \ 1 -r -vtt • • 1 / • 1 1 toient tous ce 

tous fes ennemis etoient auprès de Jean XII. qui avoit ete intrus dans -le mur-là pour 

lui, ôc qu'on s'apprêtok à le venir Siège, par le crédita: l'argent de fon père imkei • char- 

charger. Ainfi ayant reconnu l'inten- Alberic, avant l'âge dedix-huit ans. Cet Iemagne * 

tion des François , il repalfa ôc polta Alberic étoit fils de Marofie > ôc avoit 

fes gens fur les bords de la rivière , chafié le Roi Hugues de Rome ; enfui- 

pour leur en empêcher le palTage. Mais te de quoi il y avoit changé le Gouver- 

Lotaire animé par Thibaud , réfolut nement , ôc s'étoit fait Conful pour 

de l'attaquer de vive force : la mêlée commander en chef avec un Préfet ôc 

fut fanglante -, les Normands bien pré- des Tribuns. 

parés , fe défendirent fi bravement , La cérémonie de ce couronnement 
que le Pv.oi fut obligé de faire fonner d'Othon fut la plus folemnelle de rou- 
la retraite, tes celles de ce fiécle-là. On y accou- 



te ARREGÉ CHRONOLOGIQUE 



~ — rue de toutes les parties de l'Europe, quer en trahifon. En ayant été averti ■■■■ 

Hugues Capet avec la mère Avoye , allez à tems pour n'être pas futpris , il 9^4' 

Lotaire Roi de France avec la Tienne , fe mit à la tête des liens, 8c vint har- 

8c grand nombre de Seigneurs Fran- diment à eux. Ils eurent peur de l'évé- 

çois s'y trouvèrent -, & même plusieurs nement, & étant entres en compoii- 

Seigneurs de Grèce y alîiilerent de la tion , ils lui donnèrent des otages, 

part de l'Empereur Nicephore , qui Les prières de Léon t'obligèrent ce ies 

propofoit le mariage de i heophanie leur rendre dans peu de purs •■> m_is il 

Empereurs a belie-fille avec le rils d'Othon , qui ne fut pas plutôt parti pour aller atiie- 

Nicephore fut Empereur après ion régne. ger Camerin , qu'ils fe révoltèrent en- 

Phocas r. 6. Or le jeune Pape qui avoit prié inf- core, chalferent Léon, 8c reçurent Jean 

Mars'; Bafiïe tammenc Othon de venir, changea dans leur ville. Alors il fit' voir qu'il 

ôcCoiiftaiitiu bientôt de fentiment. Comme il crai- n'étoit pas un vrai Paiteur , mais un 

iils de Ro- r i i. 

main , étant S nolt <l ue cet Empereur , qui etoit un tigre , exerçant d atroces vengeances 

mineurs ; ôc Prince férieux &c réglé , ne voulût ré- fur les amis de Léon , raifant couper 

t4?ans L K ' * ormer ^ es défordres , il fe rallia avec aux uns les doigts ou la main , aux 

_______ Adelbert qui couroit la campagne avec autres la langue,, aux autres le nez 8ç 

c)6$. quelques troupes de bandits, ôc rap- les oreilles. 

peJla Berenger à Rome dès qu'Othon II les eût continuées jufqu'au bout, 
en fut forti pour aller en Lorabardie s'il n'eût été tué en rlagrant délit au- 
réduire tout le relie des places que ce près d'une femme. L'Hiftoire Ecclé- 
tyran y tenoit encore. Othon ayant ap- ïïaftique remarque qu'il s'appdloit Oc- 
pris cette bifarre nouvelle, ne lailfa pas tavien avant que d'être fait Pape, & 
de continuer fes conquêtes : puis quand que c'eft le premier des Papes qui 
il crut qu'il étoit tems de retournera changea fon nom à fa promotion. 
Rome , il y ramena fon armée. Après fa mort les Romains peiiiltant 
Le jeune Pape ne l'attendit pas , dans leur rébellion , élurent Benoit 
mais s'enfuit avec Berenger , 8c em- Archidiacre. Auffi - tôt Othon re- 
porta le tréfor de PEglife. Othon lui vint fur fes pas , alîiégea Rome , la 
fit faire fon procès , non pas pour fon réduifit à la famine , 8c les contraignit 
intrulîon , mais pour meurtre , facri- de lui livrer leur Pape. Il le força de 
lege , adultère , incelte , dmonie , 8c demander pardon dans deux Synodes 
autres crimes énormes. Il afïembia un d'Evêques , qu'il fit convoquer pour 
Concile pour cela ; Jean y fut cité par cela , 8c l'ayant fait dégrader de Prê- 
les formes , n'ayant point comparu trife par l'Aiîemblée , l'envoya prifon- 
on le dépofa, 8c en fa place on mit nier à Hambourg fous la garde d'Adel- 
Leon , qui fut le VIII. du nom. Ce- gaud Archevêque de cette ville-là. 1,1 
lui-ci pour .ôter les troubles que les y mourut un an après, 
cabales cattloient dans les élections , A quelques mois delà il prit Be- 
accorda à l'Empereur Othon le pou- renger , qui s'étoit retiré dans le fore 
voir de nommer dorénavant les Pa- Château de Sainte Leo:e , ec le relé- 
pes 8c les Evêques, & de leur donner gua lui 8c fa femme Vu le a Bamberg 
l'inveititure. en Germanie , où il mourut deux ans 
«£_, Comme Othon palloit les fêtes de après. Croyant donc toute l'Italie pai- 
Nocl à Rome avec Léon , ayant logé fible , il s'en retourna chez lui , 8c em- 
fon armée hors la ville , la faction 8c mena fon armée, mais fort diminuée 
l'argent de Jean qui étoit dépolé , fou- par une furieufe pelte. 
levèrent les Romains pour aller l'atta- Aptes fon départ quelques Comtej 



LOTAIRE, ROI XXXIII. g 7 

Lombards fe révoltèrent encore , ayant proprement quand il dir qu'on h: 



V 6 *' à leur tête Adelbert 6c Guy fîis de Be- bapnfe. g ^ 

renger : mais le Duc Burchard qu'il Othon délirant remédier une bonne ^ ^ 7' 

y renvoya , les terrallà en une grande fois à tous ces ibulevemens , repaiïà en 

bataille qui fe donna fur les rives du Italie , & y établit fon autorité par de 

Pô. Guy le plus mauvais de tous y de- févéres châtimens , ayant banni les 

meura fur la place -, Adelbert fe fauva Confuls hors de l'Italie , fait pendre las 

avec peine. Celui-ci ayant recueilli Tribuns, 6c promener le Préfet tout 

quelques troupes , bazarda encore une nud fur un âne : par des récompenfes 

bataille l'an 968. 6c l'ayant perdue il envers fes amis, par des établifiemens 

en mourut de douleur. Ainii finit de nouveaux Comtes , par de bonnes 

avec lui le second Royau- Loix , &c enfin par la conquête delà 

me d'Italie-, ou (i vous voulez il Calabre &c de la Pouille , qu'il arracha 

palfa aux Princes Germains, qui par à l'Empire des Grecs, qui les avoit gar- 

leur pefanteur^c négligence, 6c par dées jufques-là. Voici comment : 

leurs difcordes continuelles , l'ont Nicephore avoir baffoué , Se même 

malheureufement laiifé diiliper 6c emprifonné fes Ambaifadeurs , à caufe 

anéantir.- que dans fes lettres il prenoit le titre 

Après que Léon VIIL fut mort , 6c d'Empereur des Romains , 6c ne lui 

que Jean Evêque de Narny XIII. du donnoit que celui d'Empereur des 

nom eût été élevé au laint Siège avec Grecs , 6c que d'ailleurs il avoir reçu 

l'agrément d'Othon , à qui Léon avoit fous fon obéiiïànce les Ducs de Ca- 

accordé le pouvoir de confirmer l'élec- poue 6c de Benevenr , qui avoient re- 

tion des Papes •■, le Préfet , les Conluls, nonce à celle des Grecs. Pour ce fujec. 

Tribuns 6c autres Magiftrats de la vil- il fe mût une guerre fort animée en- 

le de Rome , fâchés de ce qu'Othon tr'eux. Dans cette guerre Nicephore 

avoit fort limité leur puiiîance , qui ayant fous une fauiTe apparence de vou- 

auparavant faifoit branler toute l'Ita- loir donner fa belle-fille à Othon, pour 

lie , fe fouleverent furieulement con- ion fils de même nom que lui , fait 

tre ce Pape. Le Préfet ( il fe nommoit furprendre Se maffàcrer quelques rrou- 

Rofroy , 6c étoit Comte dans la cam- pes Allemandes qui alloienc pour la 

pagne d'Italie ) le mit en prifon , 6c quérir. Othon attaqua vivement ces 

puis le chalfa de Rome , 6c l'envoya en Provinces , les enleva de vive force , 

* Terres de exil dans la Comté de la * Campanie. paflà au fil de l'épée toutes les troupes 

Lavor&con- ^ e p ape f e re ti ra vers Pandolfe de Nicephore, & coupa le nez à tous 

, Comte de Capoue , il implora ion ai- les Grecs de marque qu il attrapa, puis 

966. de. Ce Pandolfe le rétablit , 6c Jean les renvoya en cet état à Conftantino- 

fon frère tua Rofroy. En récompenfe pie. Les mauvaifes nouvelles de la dé- n^a, 

le Pape , un an après , érigea une Ar- faite entière des Grecs en Italie , fou- 

cheveché à Capoue, 6c en pourvut le leva les peuples contre Nicephore : fa 

meurtrier de fon ennemi. C'eft ce propre fœur aida à allumer le feu de la 

Pape qui s'étant avifé de bénir une fédition , à la faveur de laquelle Jean 

cloche qu'il fit monter ,au clocher de Zemifces le tua, 6c monta fur le Trô- 

Saint Jean de Latran , 6c de lui impo- ne. Aurfi-tôt pour n'avoir point d'affai- 

fer le nom de Jean, a par cet exem- res avec Othon, il lui envoya la fille 

pie introduit la coutume d'en faire au- que Nicephore lui avoit promife : 

tant à toutes celles que Ton fond de c'étoit Theophanie ou Tifaine fille de 

nouveau ; le vulgaire parle fort im- Romain ? Empereur de Ccnftantino- 



• 



88 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



, pie , qui étoit mort quatre ans aupa- néanmoins il perdit une bataille en ■ ■ 
^ 9' ravant , &c belle-fille de Nicephore , Normandie: mais il fut récompenfé 9^5* 
qui avoir époufé la veuve de Romain, de cette perte par la conquête d'Evreux 
Dès qu'elle rut arrivée en Italie , le S. que le Roi lui mit entre les mains , 
Père rit la cérémonie du mariage, ayant l'ayant prife par intelligence. Richard 
couronné le nouvel époux Roi de Lom- vi&orieux le fuivit en queue , ôc en- 
hardie à Milan. tranc prefqu'auffi-tôt que lui dans Ion 
Voilà les bons fuccès qu'eut Othon , pays , fit de terribles ravages dans le 
* Un peu à julte titre furnommé le Grand , * par- Dunois ôc dans le Chartrain. Le Com- 
miTchade- d ce C P 1 '^ ne ^ es rapportoit pas à fa pro- te de Chartres eut fa revanche dès la 
frugne , Ed. pre gloire ôc vanité, mais a relever même année , portant le feu jufqu'aux 
Je i6cs. l'Empire d'Occident. Dont le titre fauxbourgs de Rouen ; mais il en fut 
depuis ce tems-là elt demeuré comme rudement rechafie , ôc perdit fon fils 
attaché à la Germanie , mais avec des fur la retraite -, ou , félon quelques- 
prétentions bien plus étendues que fes uns , à une fortie que ce jeune Seigneur 
forces. Nous ne parlerons plus défor- fit de la ville de Chartres fur les trou- 
mais des affaires d'Italie , ôc peu de pes de Richard. 

celles de Germanie , qu'entant qu'el- L'an 965. Guillaume , furnommé 

les feront néceilairement jointes à cel- Tête d'Etoupe , Comte de Poitiers ôc 

les de France. Duc de Guyenne , finit fes jours dans 

9 g 2 Durant ces affaires d'Italie , diverfes l'Abbaye de Saint Maixan , où il avoit 

$r g( j", querelles troubloient la France : les pris l'habit de Religieux. Il laifîa fes 

deux plus grandes éroient celles de Etats à Guillaume III. fon frère. Ar- 

l'Archevêché de Reims , ôc la haine noul furnommé le Vieil , le Bel ôc le 

que les Comtes Thibaud de Chartres Grand , Comte de Flandres , mourut 

ôc Arnoul de Flandres avoient contre aulîî la même année. Son fils Baudouin 

lès Normands. On eut pu appaifer la étoit parti de ce monde avant lui. Le 

première en remettant Hugues de Ver- fils de ce fils nommé Arnoul le Jeune 

mandois dans le liège de Reims, l'Ar- fuccéda à fon ayeul , fous la tutelle de 

chevêque Artold étant mort le dernier Marilde de Saxe fa mère. C'eft cet Ar- 

de Septembre de cette année 961. fi la noul qui étant venu en âge , commen- 

Reine l'eût pu fournir ; mais bien ça de fortifier le port de Petreiîè ou 

loin d'y donner les mains , elle fit en Scalas , qui alors appartenoit à l'Ab- 

forte que le Concile de Soilïbns ren- baye de faint Berthin. On le nomme 

voya l'affaire au Pape, qui le déclara ex- aujourd'hui Calais. Il eft voifin de ce 

communié. On donna l'Archevêché à" Portus Iccius , qui maintenant eft rui- 

Odolric ou Oulry. né, ôc fe nomme Wilïan , * fort célèbre * Nomm€ 

Les frères de Hugues furieufement du tems des Romains, qui pafloient Ed^tTta 

animes contre Guibuin Evêque de Châ- de-li dans la Grande Bretagne, ôc fort 

Ions , à caufe que dans cette aflemblée fréquenté jufqu'au treizième fiécle. Ar- 

il avoit apporté le principal obftacle à noul accommoda ce nouveau port pour 

fon rétablilTement , faccagerent& bru- s'en fervir contre les pirates Normands; 

lerent fa ville. ôc parce qu'il ne pouvoir pas toujours 

Le Comte de Chartres étoit foutenu être fur la côte , il donna la Comté de 

q? ii: r ' P ar I e R°i contrc le Normand , parce Guifnes à Adolfe fils de Siffroy , lequel 

9 S que celui-ci étoit attaché d'alliance & avoit époufé la fille de Hernieule Com- 

d'affection aux fils de Hugues le Grand, te de Boulogne. 

Bien qu'il fût puiflant ôc fort brave , Le Roi Loraire ayant appris la mort 

d' Arnoul 



LOTAIRE, ROI XXXM1. g 9 

d'Arnoul le Vieil, alla aufli-tôt en Flan- avoit été empoifonné par Berenger II. 



9 6 "« dres recevoir les hommages des Sei- 8c de la Reine Adeleïde , que i'Em- ^-' 

gneurs,& reprit Arias & Douai iur Ar- pereur Qthon avoir époufée en fecon- 

bquI; comme d'aune côté Guillaume des noces; ce qui fortifia la bonne in- 

Comte de Ponthieu , ôta à ce mineur telligence entre les deux Rois de Fran- 

Boulogne 8c Terouenne ; 8c deux de ce 8c de Germanie. 



{es fils furent Comtes chacun de l'une II neiepafia rien de fort mémorable 9^7- 8c 

de c&s villes. durant ces deux années , finon que l'an 9<>8. 

Cette même année l'Archevêque- 967. le Roi Lotaire maria fa fœur Ma- " ~ " 

Duc Brunon étant venu en France pour tilde avec Conrad Roi de la haute Bour- 

terminer quelque différend de fa fœur gogne & d'Arles , 8c lui donna en dot jeamzSm! 

Gerberge 8c du Roi Lotaire, avec les la Cité 8c Comté de Lyon. .ces ayant tué 

enfans 8c la veuve de Hugues , fut faifi La guerre fe faifoit toujours fins re- dSSS £ 

d'une fièvre à Compiegne , dont il vint lâche entre le Comte Thibaud 8c le -7. ans ; & en - 

mourir dans la ville de Reims , fort Duc Richard : Thibaud aiîîfté par le J ore ° THQ * 

regretté de tous ceux qui aimoient la Roi , alla camper devant Rouen , 8c il 

paix. ne put en être chafïe que par le fecours Z " 

Quelques auteurs V appellent Archi- des Normands infidèles, que le Roi 

duc de Lorraine , parce quil commandoit de Danemark , parent de Richard y en- 

À tous les Ducs & Comtes de ce Roy au- voya. Ces troupes l'ayant pouffé , s'épan- 

me-là. Cefl la première fois que je trou- dirent jufques aux portes de Paris , laif- 

ve ce titre dans les auteurs fant aux envir.01 s de funeftes marques 

7/ y avoit des ce tems là un DucMar- de la fureur de leur nation. 
quis dans la Lorraine Mojellanique , ou V ignorance dé ce tems-là ctoit extrê- 

haute- Lorraine ; choit Gérard , duquel me , cefl la raifon que faute d'hifloriens , 

on tient que font iffus les Princes Lor~ nous rien avons prefque rien , & qu'il 

tains d'aujourd'hui. Quelques Gênèalo- faut quelquefois laifjer des années vuides. 
gifles le tirent a" Erchânoald Maire du Le feptiéme .jour de Mai de l'an " ~T7 

Palais , & de la même tige ils font venir 973 . l'Empereur Othon mourut à Mag- y ' ' 

la maifon de Hapfbourg Autriche , & debourg. On peut lui donner cette 

celle des Ducs de Zeringhen , de laquel- louange, qu'il fut le fondateur de l'Em- 

leefl ifjue celle des Princes de Bade. pire Germanique , le dompteur des 

Le Roi Lotaire parvenu à l'âge de Hongrois 8c des Sclaves ; 8c qu'il rroti- 

vingt-trois ans , époufa Emme ouEmi- va le moyen de matter it$ Italiens , £c 

ne fille de ce Lotaire Roi d'Italie , qui d'enchaîner leur perfide mutabilité. 

— — —>■■■■■■■ 



L O T A I R E en France, 

Italie 

Germanie , âgé de u . à zz. ans. 



OTHON II. Empereur en Italie & en 1 CONRAD en Bourgogne. 



ans le ocra*. 



„ , E régne de fon fils Othon IL ne chevêque Brunon , avoir été confiné au Pu«sBasij.e2c 

Empereurs L-< mt ni fi ferme ni fi heureux que le pays des Venedes ; 8c quelque tems fe r «* A 3s: 

encore Jean fie n< Régnier au Long-Cou Comte de après deux Comtes nommés Garnier &*ropoi&nné 

othS n. eu Mons.en Haynaut , 8c de Valenciennes, Raginold ou Renold , qui , à mon avis , ^^Vl 9 / 

Mai r. 10. ayant été pris dans cette ville par l'Ar- étoient Cqs parens , avoient été inveilisccâ^or. 
Tome IL M 



5>o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



de fes terres. Mais fes fiis Régnier IL Ne l'ayant pas voulu faire , Lotaire 

273* 8c Lambert , après la mort de l'Empe- entreprit de l'y forcer. Il entraàl'im- 978. 

reur Othon , armèrent avec l'aide des provifte dans le pays avec une nom- 

François pour s'y rétablir. breufe armée , 8c reçut le ferment des 

De-là naquit une fanglante 8c opi- Lorrains dans la ville de Mets. De là 

niâtre guerre. Les deux frères afliités il marcha droit à Aix-la-Chapelle j 

des François , 8c particulièrement de Othon s'y divertiilbit avec fa famille 

Charles frère du Roi, donnèrent batail- en toute fécurité : il ne s'en fallut pas 

le aux Comtes Garnier 8c Renold con- demi-heure qu'il ne fut furpris -, il n'eut 

tre le village de Peronne , proche de le loifir que de monter à cheval 8c de 

Binfch. Ces Comtes y furent défaits : fe fauver , lailïànt fon dîné fur la table 

mais Othon IL leur fubftitua auffi-tôt 8c tous fus meubles précieux à l'aban- 

Renaud 8c Godefroy deux Seigneurs don. Lotaire pilla fou Palais , ravagea 

Lorrains , qu'ii invertit des Comtes de tout le pays d'alentour , puis s'en revint 

Haynaut & de Valenciennes. Après di- chargé d'un butin inefïimabie. 
vers événemens , ces deux frères tou- En revanche de cette infulte > Othoa 

jours fecourus de Charles, 8c même dès la même année fit une grande irrup- 

de Hugues Capet , defquels après ils tion en France avec foixante mille 

épouierentles allés , fe rétablirent dans hommes ; il faccagea toute la Champa- 

leurs Comtés : mais ce fut tout au plu- gne , 8c ce qui s'appelle Ifle de France 

tôt vers l'an 983. jufqu'à Paris, 8c envoya dire à Hu- 

L'Empereur Othon avoic de l'indi- gués Capet , qui étant Comte de cette 

gnation que ces deux fils d'un rébelie , ville s'étoit jette dedans , qu'il vouloir 
polfédalfent ces grands fiefs dans fon faire chanter un Alléluia fur Mont- 
Royaume de Lorraine malgré lui ', néan- martre par tant de Clercs , qu'il feroit 
moins il diilimula , ayant pour lors entendu de Notre-Dame, 
d'autres affaires qa\ ne lui permettoient Ces fuperbes menaces ne furent pas 
pas de rompre avec le Roi Lotaire. foutenues par de pareils effers. Il trou- 
Bien plus , foit à delîein de l'obliger , va que la ville de Paris ni fon Comte 
ou plutôt de mettre une barrière au de- ne prenoient pas aifémenr l'cpouvan- 
vant de lui, il créa Charles fon frère te , 8c queles forces de Germanie pou- 
Duc de Lorraine , jeune Prince âgé pour voient bien dans leur premier mouve- 
lorsdevingt-troisa24. ans. Il feroit mal- ment caufer quelque trouble à la Fran- 
aifé de bien démêler fi ce titre de Duc ce -, mais qu'elles n'étoient pas capables 
s'étendoit par tout ce Royaume, ou de lui faire aucun mal. Ses gens étoient 
feulement dans fa partie baffe qui eft battus dans les efearmouchades ; fon * * L'hîfloirs 
le Brabant : il eft certain que Charles neveu ayant été, par bravade , planter jj, ^ P omr 
faifoit fa réfidence en ces quartiers-là , fa lance dans une des portes de Paris , 
8c particulièrement à Bruxelles. fut tué par Gefroy Grifegonelle Com- 
Les François n'avoient pas perdu le te d'Anjou. Là-deffus l'hy ver furvint , 
fouvenir de leur ancien droit fur la 8c l'obligea de fe retirer. Lotaire & 
Lorraine-, 8c le Roi, comme fils de Hugues Capet ayant raftemblé leurs 
Gerberge , laquelle de fon chcfyavoit troupes, le pourfuivirent vivement, 
de grandes poflèfîions , s'attendoit & le menèrent toujours battant juf- 
qu'Othon fon coufin germain lui en qu'aux Ardennes , ayant taillé toute 
rendroit qut-lque partie -, vu principa- ion arriere-garde en pièces, au palîage 
lement qu'il en avoit cédédebonnespié- de la rivière d'Aîné qu'il trouva dé- 
ces auxEvêques de Liège & do Cologne, bordée. 



LOTAIRE, ROI XXXIII. 91 

Les Moines Allemands de ces tems- dans une lettre qu'il écrit a cet Evê- 



97$* là, comme cefi le génie des hommes de que , pour réponie à une qu'il lui avoit 979« 
feindre toujours des miracles dans les envoyée ; dans laquelle il l'accufoit 
grands périls , ont écrit que faint Udal- d'avoir afTèmblé des troupes de bri- 
ric Evéque d Ausbourg , qui accom- gands pour enlever la ville de Laon à 
pagnoit cet Empereur à la guerre, paffa Lo taire , de le dépouiller -, & d'avoir 
fur la rivière dAîne à pied fec , & lui fort maltraité Afcelin Adalberon Evê- 
montra l'exemple , & à toute fon armée , que de Laon. Qui fçauroit bien le fens 
de lefuivre , les ondes débordées saffer- de ces reproches , auroit tout le fecret 
miffant miraculeufement fous leurs pas , des affaires de ce tems-là , ôc de la ré- 
6* la rivierefervant de pont à elle-même. volution qui fe fit depuis en faveur de 

En cette retraite le Comte d Anjou Hugues Capet. 
fit fçavoir aux Germains que la que- Ainfi la fouveraineté de ce Royau- 
relle étant principalement entre les me-là demeurant à Lotaire , la Duché 
deux Rois , il feroit meilleur , félon de la baffe Lorraine, qui avoit été don- 
l'équité naturelle & le droit des gens , née deux ans auparavant à Charles fon 
qu'ils la vuidairent corps à corps , que frère , par Othon I. retournoit en fa 
de répandre le fang de tant dinnocens difpofition. Mais comme il falloit don- 
qui n'avoient que faire de leur querelle : ner partage à Charles , il la lui céda auf- 
mais les Germains répondirent , qu'en- fi. Ce qui fut accordé dans une entre- 
core qu'ils ne doutalïent point de la vue de ce Roi avec Othon fur la rivié- 
valeur de leur Roi , néanmoins ils ne re du Kar ; le Prince Germain ayant 
confentiroient pas qu'il expofât fa per- déliré cette conférence avant que d'en- 
fonne feul à feul -, confelîant par-là ta- treprendre fon expédition en Italie 
citement qu'ils ne le croyoient pas fi contre les Grecs ôc les Sarrafins. 
brave que le Roi de France. Charles s'imaginoit bien que -fon 

Othon ainfi mal mené , rechercha frère ne lui avoit accordé cette Duché 
les François d'accommodement : Lotai- que par force : & ce fut , à mon avis , 
re & lui s'étant abouchés dans la ville pour cela,qu'afin d'avoir un appui pour 
de Reims, conclurent la. paix à telle fe la conferver , il futfimaiconfeiliéque 
condition , que Lotaire lui céderoit la d'en rendre hommage au Roi Othon s 
Lorraine pour la tenir en fief de la Cou- au lieu de la tenir en route fouveraine- 
ronne de France ; nos auteurs le difent té, comme il le pouvoit faire. _ 

ainfi. Les Seigneurs François fe mon- Deux ans après, Othon defirant le cjtfï, 
trerent fort mal contens de cette cef- gagner plus fortement , lui donna en- 
fion , mais principalement Charles fre- core le pays d'alentour de Mets , Toul , 
re du Roi 4 il croyoit qu'une fi belle Verdun tk. Nancy , &: autres terres d Ra- 
pièce devoit plutôt lui être donnée en tre la Meufe 6c le Rhin, 
partage, que délaiffée à un étranger. Je Or cette foumifilon rendue par 
ne fçai fi ce fut alors que Thierry Eve- Charles à un étranger;, fonna fort mal 
que de ■Mers voulut le porter à ferévol- parmi les François ; & l'augmentation 
ter contre fon frère , & à fe faire élire de fa puifîànce choqua aflurément les 
Roi -, fon detfein étant, comme Char- defièins de Capet , qui fe préparait le 
les le lui reproche, de brouiller fi fort chemin à la Royauté -, car il fuit cou- 
le Royaume , que durant ces troubles fidérer que Charles feul faifoit l'obfta- 
il pût élever les Tyrans ( je crois qu'il cle, Lotaire n'ayant qu'un fils unique 
entend Hugues Capet &c fon fils ) en qui étoit imbécile d'âge & d'eiprit, êç 
h placedes Rois légitimes. Celafe voit de fort petite efpérance. 

M i'} 



979- 



5,2 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

D'ailleurs le trop long féjour de ce labre : il paflfa en ces pays -là l'année' 



^ • Prince en ce pays-la fans venir en Fran- d'après , & leur donna une grande ba- " ' 
ce, le trop grand attachement qu'il té- taille par mer ; mais il la perdit, &: pref- 
moigna avec les Germains , qui en ce que tous les vaiffeanx, avec un nombre 
tems la étoient les ennemis capitaux incroyable de Nobleffe qui l'avoir fui- 
de la France', comme aufli quelques vi en ce voyage : lui-même tâchant de 
rencontres qu'il eut avec le Roi fon fre- fe fauver à la nage , fut pris par des 
re *, une entr'autres pour la ville de Matelots y toutefois n'ayant pas été 
Cambray , qu'il détendit contre ce Roi reconnu, l'Impératrice fon époufe le 
qui en vouloit piller lesEglifes, com- racheta aufii-tôt pour une petite ran- 
me il avoit fait celles d'Arras , donne- çon. Depuis qu'il eut reçu un fi fan- 
rent fujct à {es ennemis de le décrier glarrt affront, il ne fit plus que fécher 
extrêmement parmi les François. fur le pied, tant qu'enfin il mourut à 
Quand Othori eut conféré avec Lo- Rome le 7. de Décembre : mais aupa- 
raire fur le Kar, il travailla aux prépa- ravant il avoir fait couronner fon fils 
ratifs de l'expédition qu'il méditoit Roi d'Italie a Veronne-, & il le fut en- 
contre les Grecs , qui avec l'alliftance core l'année fuivanre à Aix-la-Chapel- 
çtes Sarrafins , avoient reconquis la Ca- le , comme Roi de Germanie. 

LOTAIRE & LOUIS fon fils en France. 

OTHON III. Empereur & Roi de Gcr- j CONRAD en Bourgogne, 
manie & de Lorraine , âgé de 7- ans. 



Empereurs A Ux nouvelles de fii mort , Lo- thon avoit été couronné du confente- 
l^Tcons- *Ljl. taire crut que la Germanie al- ment de tous les Grands , il ne s'en- 



A 

tncorc Basi- f~\ 
^E Si Cows- -*- -*» 

taktîh ; & loit fe mettre toute en combuftion , a gagea pas plusavant , &c revint en Fran 
©thon m. cau f e (jgs différends de la tutelle du ce. Godefroy fut tenu deux ans pa- 
ïenne Othon III. du nom [ qui n'avoit fonnier , ik. fe vit fouvent en danger 
alors que fept ans. Henti fon oncle de périr, à caufe de fon invincible 
p.iternel s'erforçoit de s'emparer du fermeté : bien loin de fe laiffer ébran- 
Royaume fous le titre d'Avoué ou de 1er aux offres ôc aux menaces , il con- 
défenfeur du pupille: Lotaite favori- firmoit fes fils Herman & AdalbenEvê- 
foit fesdefieins', & la faction de Hugues que de Verdun , de demeurer dans le 
Capet fe partageoit entre l'un &c l'autre parti d'Othon , ôc de bien fortifier & 
pour entretenir les divifions, fans lefi- garder leurs places. Adalberon Arche- 
quelles il ne pouvoit arriver à fon bur. vêque de Reims qui étoit fon frère , 
Charles Duc de Lorraine portoit ou- le confirma dans fes fentimens , & lui 
vertement la caufe du pupille , comme fervoit de couverture. Ce qui lui réuf- 

étant fon valfal. Pendant les mouve- fit fi bien, que deux ans après, fça- 

mens que Henri excitoit en A Hem a- voir l'an 985. Lotaire lui rendir la 985, 

gne , Lotaire entra en Lorraine l'an ville de Verdun 6c la liberté. La mê- 

983. pour s'en refaifir -, il enleva d'em- me année il fit coutonner Louis fon 

blée Verdun , & prit Godefroy qui en fils pour régner avec lui. Il l'avoir dé- 

étoit Comte : mais quand il fçut qu'O- ja marié à une Princelfe d'Aquitaine 



tOTAIRE, ROI XXXIII. 93 



1 nommée Blanche ; quoique tout au plus Mars l'année fuivante 986. ôc on ne — ~~ 

9°î' il n'eût que dix- huit ans. douta point que ce ne fût l'effet de 9 S6, 

On nefçait pas bien de quelle Aqui- quelque mauvais boucon qu'elle lui 

taine elle étoit ; car en ce dixième Jiécle avoit donné. Il couroit d'étranges 

& dans le fuivant , les François corn- bruits des familiarités qu'Afcelin ou 

prenoient aujji le Languedoc & la Pro- Ancelin Adalberon , Evêque de Laon , 

vencefousce nom-là. Il ejl plus proba- avoir avec elle.' On pouvoir croire 

ble néanmoins que cette Frincejje étoit de qu'elle lui faifoit ces carelTes moins par 

Provence auffi-bien que la Reine fa belle- amour que par politique , afin de fe 

mère , peut-être fille de Rothbaud pre- conferver cette place , qui pour lors 

mier Comte d'Arles. étoit comme le donjon de la Royauté : 

Ce mariage étoit mal affbrti , la fem- car alors cet Evêque n'avoit guéres 

me courageufe &: galante , le mari fans moins de cinquante ans , âge plus pro- 

vigueur d'efprit , ni peut-être de corps : pre pour le confeil que pour la galan- 

iî bien qu'elle conçut du mépris pour terie. Mais s'il n'étoit pas capable de 

lin; & l'ayant mené en fon pays, fous tenter, il ne l'étoit que trop d'être 

couleur qu'elle lui en devoit procu- tenté. 

rer la conquête par le moyen de fes Lotaire fut un Prince belliqueux , 

parens & alliés , elle le planta-là , ôc le actif , foigneux de fes affaires , & di- 

Roi fon père fut obligé de l'aller reque- gne enfin d'avoir de meilleurs Sujets, 

rir. Il ne pafïoit de guéres la quarante-cin- 

Ce fut un grand malheur dans la quiéme année de fon âge , ôc la tren- 

maifon Royale qu'une Princefle lé- te-deuxiéme de fon régne. On voit 

gère , &un plus grand encore, qu'une fon tombeau ôc fon effigie dans TEgH^ 

Reine qui en aimoit d'autres que fon fe de S. Rémi de Reims, 
mari. Lotaire mourut le 2. jour de 




& ta a xS 



• 



94 



» ■ . i '— a»»aww 



LOUIS V. 

DIT LE FAINEANT, 

ROI XXXIV. 

ÂGÉ DE QVELQl/E VINGT ANS. 

Ma mort femblable en tout * à celle de mon père $ 
Montre que le malheur des plus grands Potentats , 
Et les renverfemens qu'on voit dans les Etats , 
Sont bien fouvent les faits d'une femme adultère* 

OTHON III. en Germanie. ' CONRAD à Arles, &c. 

PAPES. 

Encore Jean XV. élu fur la fin de l'an 985. S. 10. ans, 4. mois & demi, dont 16. 
mois fous ce régne. 

ON publia que Lotaire , en mou- cette qu'on appelloit la mère des Rois. ' 
rant avoit fort recommandé fon Mais on ne lui en donna pas le tems; 
fiis à Hugues Cape: , qui en effet étoit car fon fils ayant conçu de l'averlion 
fon coufin germain. Quoi qu'il en 4bit, pour elle, & de mauvais foupçons 
Emme ne s'y fioit que de bonne for- qu'elle eût contribué à la mort du Roi 
ce; il y a apparence qu'elle .ri'igno- fon père, Charles de Lorraine l'enleva, 
roit pas fon grand deffein de s/empa- & Ancelin Evêque de Laon avec elle, 
rer de la Couronne; ik. d'autre «ôté ik les détint tous deux prifonniers avec 
elle appréhendoit les effets violens de beaucoup de rigueur. Emme implora 
la haine que Charles témoignoit pu- en vain l'interceflion des Impératrices 
bliquement contr'elle par des difeours Adeieide ik Theophanie; en vain An- 
fort fcandaleux. De forte que ne fe fiant celin eut recours à celle des Evéques; 
ni à l'un ni à l'autre , elle avoit réfolu en vain ils employèrent leurs fuppli- 
de mener fon fils au mois de Juin vers cations auprès de Charles; en vain ils 
fa grand-mere Adeieide, veuve d'Othon lancèrent les foudres de l'Eglife fur la 
I, ik tutrice d'Othon III. héroïque Prin- tête de ce Prince : il s'opiniatra à les 



* Car 



l'uu fie l'autre furent empoifonnes par leurs femmes. 



LOUIS V. ROI XXXIV. 95 

— garder , Tans Joute avec intention de non facrée. Ils étoient prefque tou- --— 

2^7* leur faire leur procès •, 6c cette ven- jours à cheval ôc en campagne , Ôc 9°7* 
geance , quoique très-jufte , mais hors menoient leurs femmes avec eux. Criar- 
de faifon , fut une des principales eau- les Martel ôc Pépin , quand ils étoient 
{qs de fa ruine. " de repos , faifoient leur féjour à Paris 
Cependant le jeune Roi Louis vint ôc aux environs j Charlemagne à Aix- 
à perdre la vie le vingt-deuxième de la-Chapelle ; le Débonnaire au même 
Juin de la même manière que fon pe- endroit , ou à Thionville -, Charles le 
re l'avoir perdue , fa femme ayant con- Chauve à SoifTons & à Compiegne ; 
çu un extrême mépris pour lui, ôc fa Eudes à Paris ; Charles ie Simple à 
mère un furieux relTentiment de ce Reims j Louis d'Outremer à Laon. 
qu'il s'étoit tiré d'entre (es mains. Un Si l'on coniidere les canfes de la 
auteur de ce tems-là dit qu'il donna ruine de cette race , on en trouvera 
fon Royaume à Hugues Capet "par tef- cinq ou fix principales, i. La divi- 
tament : un autre , qu'il le légua à fion du corps de l'Etat en plusieurs 
fa femme pour le lui donner, à con- Royaumes, qui fut fuivie néceflaire- 
dition qu'il l'épouferoit. ment de la difeorde ôc des guerres 
Il régna en tout quelque trois ans-, civiles d'entre les frères, x. L'amour 
dix-huit ou vingt mois avec fon père, déréglé que le Débonnaire eut pour 
ôc feize mois tout feul. Il gît dans fon trop cher fils Charles le Chauve*. 
l'Eglife de S. Corneille à Compiegne. 3. L'imbécillité delà plupart de ces 
Avec (on règne finit celui de la Race Princes , n'y en ayant eu parmi un 
Carlienne ou Carlovingienne , après fi grand nombre que cinq ou fix qui 
avoir duré 136. ans, ôc vu une fuite ayent été pourvus de fens ôc de cou- 
d'onze Rois , interrompue toutesfois rage tout enfemble. 4. Les ravages 
par deux autres qui n'éroient pas de des Normands qui défolerent la Fran- 
leur ligne. Je prens feulement ceux de ce durant plus de 80. ans > ôc favo- 
la France Occidentale j car fi l'on comp- riferent les attentats des grands Sei- 
te tous les autres , on en trouvera plus gneurs. ç. La multitude des enfans 
de trente, fans parler que rous les bâtards qu'eut Charlemagne, qui tran- 
Princes qui démembrèrent ce grand choient du Souverain dans les ter- 
Etat, étoient iiïus de cet augufte Sang res qu'on leur avoit données pour leur 
par les femmes. fubfiftance. 6. Et fi l'on en croit les 
Il s'étoit provigné trois branches de Eccléfiaftiques, la malédiction de Dieu 
cette Race -, l'une en Italie par Lotai- qui tomba fur ces Princes , a caufe 
re I. Empereur ; l'autre en Germa- qu'ils donnaient les biens de l'Eglife 
nie, par Louis fon frère, dit le Ger- à leurs Officiers laïques, ôc à leurs 
manique ; ôc une troifiéme dans la gens de guerre. 
France Occidentale , par Charles le 7. On peut ajouter que cet arbre 
Chauve. Toutes trois finirent leur re- ne portant plus de bons fruits , Dieu 
gne par un Louis •, celle d'Italie par le voulut arracher pour en mettre un 
Louis II. arrière fils de Lotaire-, celle de autre en fa place , infiniment plus 
Germanie par Louis fils d'Arnoul-, celle beau ôc plus fertile, & qui félon les 
de France par ce Louis le Fainéant. efpérances publiques , étendra fa du- 
Les Princes de cette Race en pre- rée jufqu'à la fin des ficelés , ôc fa 
nant la Couronne , recevoient l'onc- gloire jufqu'au bout du monde-. 

Fin de lu fîconde Race, 



TROISIÈME RACE 

DES ROIS 

DE FRANCE, 

APPELLÉE LA RACE 

CAPETIENNE, 

OU* 

DES C A P E T S- 



Tome IL N 



99 



mJAiKft^ 



m*.*$si 






UGUES CAPET. 




ROI XXXV. 
Agé de xlv. a xlvi. ans. 

France ta tiens de moi ce que ton cœur defire ; 
Il eft né de mon fang cet augufte Louis » 
Dont le cœur fans pareil , dont les faits inouis 
Doivent tout l'Univers ranger fous ton Empire. 



PAPES. 



Encore Jean XV*. 8. ans & demi du- 
rant ce régne. 

Grégoire V. élu le 13. Juin 996. S. 



— T Ouïs n'eut pas fi -tôt les yeux 

9°7* t a fermés , que Hugues Capet dé- 
clara ouvertement fa prétention pour 
la Couronne. Il ne reftoit delà race Car- 
iovingienne que Charles Duc de Lor- 
raine , qui d'abord s'adreffa à AdaU 
fceron Archevêque de Reims , pour 
fçavoir de quelle manière il fe devoit 
gouverner pour fe faire élire. La ré- 
ponfe que lui rit Adalberon eft fort 
remarquable. " Il lui dit qu'il devoit 
9 , voir les Grands de l'Etat -, qu'il 
„ ne dépendoit pas de lui feul de 
donner un Roi à la France , 8c que 
c'étoit l'affaire du public , 8c non pas 
} , d'un particulier. On ne voit point 
dans l'Hiftoire les pourfuites qu'il fit 
après ce bon avis : mais il eft certain 
qu'il avoir pour ennemis jurés la Reine 
Emme 8c tous fes amis, 8c le Clergé 



5) 



2. ans 8. mois dont quelques mois durant 
ce régne. 



8c les Eveques, qui faifoient le pre- 
mier 8c le plus puilïant des deux Or- 
dres de l'Etat : qu'outre cela il étoic 
excommunié, 8c qu'à leur égard cette 
cenfure le rendoit inhabile à porter 
Couronne. D'ailleurs c'étoit un efprit 
extrêmement incertain & variable : il 
concevoit de grandes vifées , mais il 
laifïbk toujours palfer le tems de l'exé- 
cution, 8c fouvent ne prenoit fes ré- 
futations qu'après coup : il fe mettoit 
de tous les partis , 8c tous les partis 
le rebutoient , ou s'en défioient , par- 
ce qu'il traitoit toujours avec le con- 
traire de celui qu'il avoit embrafle. 
Tellement qu'encore qu'il eut beau- 
coup de vaillance & de hardiefTe , il 
avoit peu d'honneur 8c de réputation, 
encore moins de fidèles conseillers 8c 
de vrais amis. Ajoutez à cela , qu'il 

N ij 



987. 



9 '3 7 . 



100 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

s'éroit toujours éloigné de la Cour de fait en fa faveur : mais fon meilleur 

droit, Se le plus inconteiîable, étoit le 
confentem»nt général du peuple Fran- & mi 



France , enforte que fes ennemis le 
faifoient palTer pour Allemand , & 
pour ennemi des François. Hugues 
Capet au contraire demeuroit au mi- 
lieu du Royaume : il étoit fage & pré- 
voyant , confiant Se ferme dans fes 
delfeins , puilîant , eftimé , honoré , 
ilfu de race Royale du côté paternel, 



peuple 

çois , avec le décret de la divine Pro- 
vidence. 

Depuis le jour qu'il eut été ficré, il 
ne mit plus de Couronne fur fa tète 
tout le refte de fa vie , quoique les 
Rois eullent de coutume de la porter 



987. 
v. 



& du côté maternel, (a) il y tenoit les grandes Fêtes , Se dans les céré- 
la Duché de Bourgogne par Henri fon monies publiques : & il s'abftint de 
frère -, celle de Normandie par le Duc cet honneur, parce que lui ayant été 
Richard fon neveu ; Se celle de Fran- prédit par révélation divine , que fa 
ce avec les Comtés de Paris Se d'Or- race tiendroit le Royaume durant fept 
léans , par fes propres mains. Il avoir générations , il crut lui prolonger cet 
grande quantité de riches vaifaux, en- avantage d'un degré , en ne portant 
rr'autresGeofroyGrife-gonnelle,Com- pas lui-même les marques Royales, 
te d'Anjou. D'ailleurs fa partie étoit afin de n'être p.is compté pour l'un 
faite depuis long - tems : de forte des fept dégrés. Il ne fçavoit pas que 
qu'ayant aillmblé des Evêques Se des ce nombre , dans le langage divin , 
Seigneurs dans la ville de Noyon , il fe lignifie l'étendue de tous les fiécles. 
fit aifement élire Se proclamer Roi vers Incontinent après fon couronne- 
la fin du mois de Juin. De même pas ment il tourna fes armes contre quel- 
il alla à Reims prendre Fonction Se ques Villes Se quelques Seigneurs de 
la Couronne par les mains de l'Ar- Champagne , qui refufoient de le re- 
chevêque Adalberon , qui le facra le connoïtre : prit la ville de Laon , Se 
troifiéme de Juillet. Pas un de tous courut jufqu'aux portes de Soiiîbns. 
ceux qui fe trouèrent à Noyon Se à Vous remarquerez que depuis en- 
cette cérémonie , ne reclama pour viron Charles le Simple , on compre- 
Charles : au contraire , prefque rous noit fous le nom de Royaume de 
donnèrent leur ferment par écrit, aufli- France celui de Neuftrie , celui d'A- 
bien que de bouche , à fon ennemi. quitaine , Se celui de Bourgogne , au 
Outre les raifons que nous avons moins la partie qui eft en deçà de la 
marquées , on pourroit dire que ce Saône. Ainfi quand ces Rois fe fai- 
pauvre Prince s'étoit deftitué lui-même foient facrer, il falloit qu'ils y appel- 
en fe rendant étranger : Se que cet lailent les Seigneurs de tous ces trois 
Etat ne pouvoit fouffrir un Chef qui Royaumes. Et c'étoit peut-être pour 
fe fut rendu ValTal d'un autre Roi. cela que les premiers Rois Capétiens 
Hugues put bien auiïi fe fervir du Tel- les ayant tous réunis fous un feul titre , 
rament, quel qu'il fut, du Roi Louis, prirent auffi le titre d'EMPEREims -, il 



lu) Le Dante fait parier Hugues Capet dans le Chant 
vingtième de fon Purgatoire : Figlivol fui d'un r>tccajo 
Ai Puriei ) je fuis le fils d'un Boucher de Paris. ) Pour 
fc venger de Charles de Valois , frere de Philippe le Bel , 
1 quel avoir chalTc de Florence la faciion dont ie Dante 
leuoit le parti. 

Ce qui porta principalement les Tair^ de- France à dé- 
férer la Couroune à Hugues Cspi", c'.;l que par foi) 



élection il rcuniflbit a la Royauté pluiîcurs Provinces 
qui en aroient été démembrées. De forte que les Pairs 
ont été les vrais Rcfhurateurs de la Monarchie , qui de- 
puis a toujours pris accroiirement. Au reilc le Domaine 
poflédé par les premiers Rois de cette race u'étoit pas 
proprement le bien de la Couronne , mais le patrimoine 
de la famille adoptée à la Royauté en la pçrjfoimc Je 
Capet. 



HUGUES CAPET, ROI XXXV. 



101 



on ne veut dire qu'ils le rirent pour 

9^7' n e pas céder aux Rois de Germanie. 
Mais depuis, foit par quelque traite, 
ou par quelque considération qu'on 
ne içait pas , ils l'ont abandonné , 8e 
fe font contentés de celui de Roi , 
qui en effet efl plus doux 8e plus au- 
gufte. <| 

La même année Geofroy , dit Grife- 
gonelle , Comte d'Anjou , finit fes 
jours. Les fervices importans qu'il 
avoit rendus à la France, obligèrent le 
Roi Hugues à lui donner la charge 
de Grand Sénéchal ou Dapifir , la- 
quelle, outre l'Intendance de la Mai- 
fon Royale , avoit auili le comman- 
dement des Armées , &c faifoit tout 
enfemble les fondions que la charge 
de Connétable 8e celle de Grand-Maî- 
tre de la Maifon du Roi ont fait fé- 
parément. Mais comme les Comtes 
d'Anjou devinrent trop grands Sei- 
gneurs pour vouloir réfider à la Cour 
du Roi , 8e qu'ils avoient la leur fort 
magnifique , ils dédaignèrent l'exercice 
ordinaire de cette Charge 9 8e fouf- 



frirent que le Roi y commît quel- " — 

ques Gentilshommes de fa Cour, à ?'* 
condition toutefois que quiconque 
l'exerceroit, la tiendroit d'eux en Fief, 
les reconnoïtroit pour Suzerains , 8e 
leur rendroit de certains devoirs. Ils 
fe réferverent , outre cela , le pouvoir 
de fervir aux Tables 8e Couronne- 
mens des Rois 8e des Reines , 8e de 
commander dans leurs armées quand 
il leur plairoit de s'y trouver. Foul- 
ques lurnommé Nerra, fils de Grife- 
gonelle , fut fon fuccefïeur. 



Hugues Capet, fix mois après fon 988. 
facre , délirant avoir de l'appui , im- 
pétra d'une AlTemblée des Seigneurs 
François, qui fe tint à Orléans, que 
fon fils nommé Robert lui feroit af- 
focié à la Royauté. Il fut facré dans 
cette racine Ville le premier jour de 
Janvier 988. Mais peut-être que le 
père fe repentit de s'être donné fi-tôt 
un Collègue : car l'hirtoîre marque 
en peu de mots, que ce jeune Prince 
lui caufa bien des peines 8e des fâ- 
cheries : elle ne dit pas en quoi. 



HUGUES CAPET 

& 
ROBERT fon fils , âgé d'environ 1 6. ans. 



5)88. 



IL eft à préfumer que le Prince Char- 
les ne manqua pas de fe préfenter 
pour demander la Couronne •, mais 
étant venu trop tard , il fut rejette 
des François : &e alors il eut recours 
aux armes pour revendiquer fon droit 
prétendu. Dans ce tems-là la Reine 
Emme fe tira d'entre fes mains •, mais 
fe trouva fi pauvre 8e fi abandonnée, 
qu'à peine avoit-elle un Valet pour 
la fervir. Ancelin Adalberon , Evêque 
de Laon, fortit aufli de la prifon où 



il le dérenoit : je ne fçai pas fi ce fut 
par adrelTe , ou par quelque accom- 
modement. 

Il n'y avoit de tous les Seigneurs du 
Royaume qu'Arnoul Comte de Flan- 
dres , Se Hébert Comte de Champa- 
gne , père de la femme de Charles, 
qui le fecondafient dans fon deflein. 

Capet fut le premier qui attaqua 
le Flamand , 8e lui enleva tout le pays 
d'Artois , 8e plufieurs Places fur la 
rivière du Lis ; de forte que ce Comte 



102 



ABREGE CHRONOLOGIQUE 



?S8. 



ne fe trouvant pas en fureté en fon 
pays même , le réfugia en Normandie 
vers le Duc Richard. Ce Prince n'a- 
voit pas trop fujet de l'aimer ; car ion 
ayeui avoir tait alïalliner 
Guillaume 



le bon Duc 
avoir fait 



fon père-, il lui 
cruellement la guerre à lui-même , 
ôc incité le Roi Lotaire à te per- 
dre-, mais fon jufte relfentiment céda 



Après cela il fe rendit le maître de 
Reims ôc de Soilfons -, mais comme il 
biffa refroidir la chaleur du bon fuc- 
cès , peu de gens fe déclarèrent pour lui. 
Le cinquième de Janvier de cette 
anne 9S9. Adalberon Archevêque de 
Reims mourut. Hugues Capet qui 
avoit grand intérêt ^ tirer à fon parti 
Arnoul frère bâtard du Duc Charles , 
à l'intérêt de îa propre confervation. lui donna cet Archevêché , ayant au- 
II jugea qu'il étoit dangereux d'accou- paravant pris fon ferment par écrit, 
tumer le nouveau Roi à dépouiller qu'il lui ieroit fidèle. Vers ce tems-là 
les Princes du Royaume : ôc dans cette Brunon Evêque de Langres moyenna 
vue il reçut le Comte fous fa pro- quelque furféance entre Capet 8c Char- 
tection , Ôc employa puilïamment fon les : Ôc ce dernier donna Guy Comte 
interceflion envers Capet , pour ob- de Soiffons ôc Gilbert Comte de Bour- 
tenir fa paix ôc la reltitution de {qs gogne en otage pour fureté de fa paro- 
Places , moyennant l'hommage qu'Ar- fe. Il la viola néanmoins bien tôt après : 
noul en rendit aux deux Rois. Après car Arnoul ayant été fix mois dans 



cet accord Hébert Comte de Cham- 
pagne n'ofa plus agir pour fon gen- 
dre que couvertement. 

Le Duc Charles avoit un frère bâ- 
tard nommé Arnoul, qui étoit Clerc 
dans l'Eglife de Laon : par fon moyen 
il fe refaiiît de la Ville ôc de l'Evê- 
AJaibcron. que Ancelin Auberon. * Cet Ancelin 
étoit un homme de belles-lettres , ôc 
de grandes intrigues , vieux Courti- 
fan , ôc fort adroit , mais fans con- 
fctence Se fans foi : de forte qu'encore 
qu'il fut ennemi mortel de Charles , 
néanmoins pour racheter fa liberté il 
feignit de fe donner entièrement à 
lui. Il n'y eut pas été long-tems, qu'il 
gagna l'efprit de ce malheureux Prin- 
ce, &c s'en rendit fi bien maître , qu'il 
le fit chef de (on Confeil, fans avoir 
égard à cette maxime, qu'il ne faut ja- 
mais fe fier à un ennemi réconcilié. 

Le nouveau Roi fçachant que Char- 
les étoit dans Laon, vint aulli-tôt l'y 
nfliéger, réfoîu de l'avoir par famine. 
Dans la longueur du fiçge , comme 
fes gens ne fe tenoient pas allez fur 
leurs gardes , Charles fit une grande 
fortie, les mit en déroute, brûla leurs 
Jogemens , ôc les força de fe retirer. 



Reims, il advint qu'un Prêtre nommé 
Adalger livra la Ville à ManàlTés ôc à 
Roger Comtes de Retel ôc de Châ- 
teau-Porcien , amis de Charles. On 
crut que cette entreprife s'étoit faite 
de concert avec l'Archevêque -, néan- 
moins il le dénia toujours , Ôc demeura 
prifonnier à Laon entre les mains de 
Charles, foit tout de bon ou par fein- 
te. Mais à quelques mois de là il 
leva le mafque , ôc fe joignit pour lors 
ouvertement avec lui , qui afiiégeoit 
Montaigu près de Laon , ôc ravageoit 
les contrées du Soiflonnois. 

Les deux Rois étoient pour lors en" 
Poitou. Guillaume III. Comte de ce 
pays-là ôc Duc d'Aquitaine refufoit de 
les reconnoître , quoiqu'il fut oncle 
maternel de Robert, ôc aceufoit hau- 
tement les François de perfidie , ôc 
d avoir abandonné le fang de Char- 
lemagne. Ils marchèrent donc de ce 
côté-là pour le contraindre à Tobéif- 
fance , ôc afiiegerenr Poiriers. Il les 
repouUa vertement , 6v les pour fui vit 
jufqifà la Loire. Il y eut là une ùn~ 
glanre mêlée , dont l'avantage enfin 
demeura aux Capétiens. Néanmoins 
Guillaume fut encore quelques annpej 



938. 



989. 



990. 



5>95 



HUGUES CAPET, ROI XXXV. ïôj 

fans vouloir reconnoître les nouveaux bert. Il devint fi fçavant pour ce tems — 

991. Rois. là, particulièrement dans les Mathé- 9? z 

L'année d'après ce Duc fit la guerre manques , qu'il donna lieu aux igno- 

au Comte d'Anjou , pour le Mireba- rans de croire qu'il étoit Magicien , 

lais 8c le Loudunois, 8c le malmena 8c d'en faire d'horribles contes, 
fi fort , qu'à la tin il le contraignit de L'an 99 3. Guillaume III. Ducd'Aqui-" 

le reconnoître , 8c de tenir ces terres taine fit enfin fa paix avec les deux 

de lui. Rois , 8c reconnut tenir les terres d'eux. 

Au retour de Poitou Arnoul Ar- Mais un autre Guillaume Duc des 

chevêque de Reims fe réconcilia avec Gafcons fe conferva toujours indépen- 

les Rois , 8c abandonna fon frère dont dant. C'eft lui qui gagna une mérao- 

le parti s'affoiblifToit. rable bataille fur une flotte de Nor- 

II vivoit néanmoins en toute fécu- mands qui étoit defeendue en Gafco- 

rite dans Laon, 8c avoit une entière gne vers la fin de ce fiécle. Il crut 

confiance à Ancelin : le Roi Hugues avoir obtenu cet avantage par l'inter- 

trouva moyen de gagner ce traître : ceflîon de faint Sever , lequel on di- 

tellement que comme un autre Ju- foit avoir été vu ce jour -là fur un 

das, la nuit du Jeudi-Saint il lui ou- Cheval blanc avec des armes luifantes 

vrir les portes, 8c lui livra ce malheu- combattant contre les Barbares. En re- 

reux Prince 8c fa femme. Hugues les connoirfance il mit fa Duché fous la 

fit emmener prifonniers à Senlis , 8c protection de ce glorieux Martyr , 8c 

de-là à Orléans , où ils furent enfer- édifia une Eglife 8c une Abbaye Fur fon 

( mes dans une Tour, 8c bien gardés. tombeau •■> autour duquel il s'eft bâti la 

9 u 2# L'Archevêque Arnoul fut auili pris Ville qu'on nomme iàint Sever Cap de 

avec eux: il y étoit revenu, 8c avoit Gafcogne. 

quitté le parti de Hugues pour la fe- Il eft certain que la couronne 

conde fois. Aufli les Evêques de Fran- n'ayant prefque plus rien en propre 

ce aflemblés en Concile dans l'Eglife que la ville de Laon , Capet y rejoi- 

de Saint Bafle de Reims , à la requê- gnit les Comtés de Paris &c d'Or- 

te de Capet, lui firent fon Procès & leans , & la Duché de France , qui 

le condamnèrent comme un parjure , contenoir tous les pays qui font entre la 

8c qui avoit faufTé fa foi. Ils le con- Loire &c la Seine, 
traignirent de leur préfenter une re- Les grands du Royaume croyoient 

quête pour être mis en pénitence, 8c que Capet dût fourfrir tous leurs at- 

pour abdiquer l'Archevêché , comme tentais , parce qu'ils lui avoient mis 

Ebbon avoit fait autrefois. Sur cette la couronne fur la tête : fa patience 

requête ils le dégradèrent ; puis le Roi & fon courage , qu'il exerçoit diver- 

l'envoya prifonnier à Orléans tenir fement félon les occafions , les em- 

compagnie à Charles fon frère. péchèrent de s'échapper jufqu'à l'ex- 

Gerbert Moine de faint Benoît fut tremité , 8c le maintinrent dans le 

clû en fa place. Il avoit été élevé dans Thrône. 

l'Abbaye d'Orillac en Auvergne , de- Un Adelbert Comte de la Mar- 
ia il étoiepaifé en Efpagne, où il avoit che 8c de Perigord étoit un des plus 
vu tout ce qu'il y avoit de plus doc- mauvais , 8c s'entremêloit de toutes 
tes maîtres parmi les Mores; enfuite les querelles. Foulques Nerra Comte 
Othon I. l'avoit fait Abbé de Bobie d'Anjou avoit quelque prétention fur 
en Lombardie, puis il avoit été pré- la Ville de Tours, il l'aiîiégea en fa fa- 
cepteur d'Othon III. 8c du Roi Ro- veur. Le Rot lui envoya commandes 



104 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

de s'en défifter ; Adelbert refufa hau- Siège , qu'à caufe qu'il avoit témoi- 



993* tement d'obéir j 8c comme il lui fit gné de la répugnance pour l'élection ~ %?$' 

demander, Qui vous a donc fait Comte; de Capet , 8c réfifté forcement, quoi- V ' 

il répondit inlolemment , Ceux-là me- qu'inutilement , à laflèmblée de S. 

me qui vous ont fait Roi. Après cela il Balle, 
continua le liège 8c prit la Ville. Hugues s'en plaignit , s'en deffen-r 

L'année 993. fut mémorable parla dit, tint ferme quelque tems contre 

mort de Conrad Roi de Bourgogne , cette entreprife : mais api.ès tout il 

de GuHlaume III. Duc d'Aquitaine, fallut qu'une Royauté naiilante pliât 

d'Arnaud Manfer Comte d'Angoulê- fous cet ordre ablolu , de peur de fe 

me , & de Hébert Comte de Meaux voir renverfer. Le Concile fe tint à 

8c de Troyes. Conrad lailfa fes Etats Reims , il dépofa Gerbert , 8c remiç 

à fon fils Rodolphe III. dit le Fai- Arnoul dans Ion liège après trois ans 

néant ; Guillaume les liens aufli à fon de prifon. Gerbert fe retira vers fon 

fils de même nom que lui , furnommé difciple le Roi Othon III. qui lui 

Fierabras ; Arnaud les liens à Guillau- donna l'Archevêché de Ravenne : 

me Taillefer. Et le quatrième mourant d'où quelques années après il l'éleva 

tans enfans , tailla les deux Comtés à au fouverain Pontificat. 
Eudes fon frère , qui avoir déjà cel- L'an 994. l'infortuné Charles mou- Z7~, 

les de Chartres 8c de Tours. Il fut le rut en prifon à Orléans. On ne dit 

premier qui s'intitula Comte de Cham- pointée que devint fa femme, mais 

pagne. Guillaume IV. du nom Com- on trouve dans quelques Chroniques , 

te de Touloufe , 8c Comte d'Arles , fe qu'il lailfa deux fils , Othon , & Louis, 

fit Moine, 8c fon fils Guillaume V. lui 8c deux filles, Gerberge 8c Hermen- 

luccéda. garde. Tous les enfuis fe retirèrent 

Après la mort du Comte de Poitou, vers l'Empereur Othon III. L'aîné , di- 
fon fils encore jeune vit tous fes Etats fent- elles , polféda la Duché de la baf- 
en combuftion , par la rébellion de plu- fe Lorraine quelques années , 8c mou- 
licius de fes valfaux , principalement rut fans lignée. On ne parle point de 
d'Adeibert qui allïégca Poitiers , 8c l'autre. On verra ci-après à qui les fil- 
fit plusieurs autres entreprifes. Mais les furent mariées, 
enfin ce factieux attrapa ce que méri- Le Roi Hugues auffi- bien que Pè- 
tent fes femblables : il fut tué au fiége pin , 8c tous les Princes qui s'érablillent 
d'un petit Château. Bofon frère de fon à nouveau titre fur des peuples qui ne 
père lui fuccéda en fes Seigneuries. font pas tout-à-fait barbares , tint une 

Le Pape ne pouvoir foufrrir qu'on conduite pleine de jultice , de fagelle 
v, qj" eut dépofé l'Archevêque Arnoul lans 8c de modération. U fut parfairement 
'' fon autorité ; ce que les Evêques c!e religieux , dévot , 8c proreéteur de 
Fiance croyoient pourtant être de leur l'Eglife 8c des Eccléiîr.uSques , fe dé- 
pouvoir. Il prit donc cette affaire à chargea de toutes les Abbayes qu'il te- 
cœur , e);.com!minialesEvêquesquis'é- noit, 8c rendit le droit d'élection au 
toient trouves à hiifcmbiée de S. Baf- Clergé 8c aux Monaftéres. 






le, 8c dépêcha l'Abbé Léon en Fran- A fon exemple les Seigneurs qui poffe- 

ce , avec ordre aux Prélats d'adembkr doient des biens dE^life, comme leur 

un Concile po*»| cette affaire, 8c à patrimoine, n n n-JevlcT/en f les rendirent, 

Seguin Archevêque de Sens , d'y re- mais pour refinition de leurs injufus 

prefenter fa perfor.ne. Il le choilit , jouifjances , fondèrent encore plujieur's 

îant parce qu'il C\: difoir i.égat du S. Monajléres 3 & les peuplèrent de Moines 

réformés t 



HUGUES CAPET, ROI XXXV. 105 

— — — • réformes , (a) qui certes riétoient pas tout- La révolte de Guillaume Comte de ' 

995- à-fait Jî bons &fî défïnterejjés y qua- Gifors, fon frère bâtard, fut aufiî étouffée ?;><>■ 

voient été les premiers. en peu de jours. Comme il couroit la 

Mais j c ne fçai quel nom il faut don- Province avec quelques troupes de 

ner à cette dévotion ambiguë de plujîeurs brigands , Raoul Comte d'Evreux , on- 

Seigneurs de ce tems-là ,qui fondaient cle du Duc, l'enveloppa, Se le fit pri- 

des Abbayes & des Eglijes , G- en rete- fonnier. Après qu'il eut demeuré cinq 

noient l entière difpojition. Car Us pre- ans enfermé dans le Château de Rouen, 

noient les oblations & ojfrandes , & les il trouva moyen de fe fauver , & s'alla 

droits des Autels & des Cimetierres , les cacher dans le fort des bois , où le Duc 

vendoient , les échangeaient , & les don- avoit accoutumé de chalfer. Il prit iï 

noient à ferme , comme fi c'eût été un bien bien fon tems , qu'un jour il alla fe jec- 

héreditaire & patrimonial, ter à (es pieds tout hâve & défiguré, 

" L'année que l'on comptoit 996. Ri- & lui demanda fi humblement pardon, 

W ' chard furnommé fans Peur 6c l'ancien, que le Duc le lui accorda les larmes 

Duc de Normandie , acheva fes jours aux yeux. 

en fon Palais de Felcamp , où il avoir Richard entr'autres enfans avoit trois 

bâti une magnifique Abbaye , & fut fils , Richard II. qui lui fuccéda , Ro- 

enterré devant le portail de l'Eglife du beit Archevêque de Rouen , Comte 

même lieu: Il étoit âgé de 64. ans, d'Evreux, qui fe maria nonobftant fon 

dont il en avoit régné 54. Son fils Ri- caractère-, & Mauger Comte de Cor- 

chard II. lui fuccéda. _ beil , père de Guillaume Comte de 

Ce Prince eut deux grandes affai- Mortain. 
res les premières années de fa domina- Il y avoit pour lors une fanglante 

tion : les Ducs de Normandie , &c à guerre en Bretagne : Hoel Comte de 

leur exemple les Seigneurs du pays, Nantes, qui prétendoit être Duc fou- 

s'étoient faifis de tous les bois , pâtis , verain comme étant fils d'Alain Barbe- 

& eaux du Duché , pour entretenir le torte , attaqua Conan Comte de Nan- 

plaifir de la pêche 6c de la chaffe : les tes pour le réduire fous fa" domination \ 

payfans dépouillés de leurs ufages , & mais après quelques combats il le fit 

n'ayant plus aucune commodité pour tuer par un fien Gentilhomme, & em- 

leur chauffage, ni pour la nourriture poifonner Guerec fon frère par He- 

de leurs befuaux , le fouleverent , fe fi- roye Abbé de Redon. Hoel avoit un fils 

rent des chefs , & s'efforcèrent d'attirer naturel nommé Judicael , lequel s'étant 

les villes dans leur parti. Richard cou- adrellé à Foulques Nerra Comte d'An- 

rant éteindre ce feu qui alloit embra- jou , ennemi de Conan , affembla tant 

fer toute la Province, fit monter la No- de combattans de toutes les Provinces 

blelTe à cheval, fe faille de quelques- voiiines , qu'il fe ttouva affez fort pour 

uns des chefs, & leur fit couper les pieds le chercher , & lui donna deux fois ba- 

& les mains, puis les renvoya en cet taille dans les Landes de Conquereux. 

itat à leurs compagnons. Cette terri- Dans la première les deux enfans de 

ble punition épouvanta fi fort les pay- Conan demeurèrent morts furlapir.ee : 

fans qui s'étoient alïèmblés en divers dans la féconde toute fon armée fut 

endroits, qu'ils fe fépaterent auffi-tôt , raillée en pièces , lui blefle au bras & 

& retournèrent à leur labourage. fait prifonnier. Cette querelle dura 

(a) Au lieu de ce qui fuir , il y avoit dans 1 édition de 16CS. qui -certes étoient beaucoup moins bons .& 
plus interciTés que u'avoient été les premiers. 

Tom& //. O 



106 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



9 C M 



— ~ jufqu'à ce que Conan ayant époufé en fainte ligue , qui donna exemple dans — 

99 lecondes noces Havoiie fœur de Ri- les autres Provinces d'en faire autant. 994* 
chard II. Duc de Normandie , tira de Ce fut aujji dans cejiécle que les Pe- 

grandes forces de ce pays-là , avec lel- lerinages de la Terre-Sainte je rendirent 

quelles il vint à bouc de Judicael , Oc tres-jréquens ; /entends parmi les SI: u- 

demeura Duc de Bretagne. tiers , car les Moines & les Eccléjùijli- 

En ces années -là ce feu facré que ques voyageoient aux Lieux Saints dès 

l'on nommoit le mal des Ardens, ëc le tems du Roi Clovis. 

qui avoir déjà une autrefois fait de Depuis fon couronnement Hugues 

grands ravages, fe ralluma &: tourmen- Capet faifoit ordinairement fa réfiden- 99 6, 
ta cruellement la France particulière- ce à Paris. Cette année 996. il y fut 
ment durant deux fiécles. Il prenoit attaqué d'une maladie qui mit fin à-fes 
tou: à coup & brûioit les entrailles , ou jours , le vingt-neuvième d'Août, ou 
quelqu'autre partie du corps , qui ielon d'autres le vingt-deuxième de 
çomboit par pièces. Bienheureux qui en Novembre, étant âgé d'environ cin- 
étoit quite pour un bras ou pour une quante-cinq ans , donc il en avoit ré- 
jambe. Ce fîeau fut caufe qu'il fe fit gnéneuf& quelques mois. Il fut en- 
de grandes donations aux Saints de qui terré à S. Denis. S'il époufa Blanche 
on croyoit avoir reflenti le fecours veuve de Louis dernier Roi Car- 
dans ces horribles douleurs : comme lovingien, comme écrivent quelques 
aulli de fréquentes fondations d'Hôpi- auteurs , il n'en eut point d'entans t 
pitaux pour ceux qui en étoient at- mais de fa première femme , qui fut 
teints. Adeleïde , fille s félon quelques-uns , 
Cette playe l'an 994. emporta dans de Guillaume II. Duc d'Aquitaine , il 
l'Aquitaine , l'Angoumois , le Péri- eut un fils unique nommé Robert , Se 
gord & le Limoufin , plus de 40000. trois filles , Hadvige ou Avoye , Ade- 
per fonnes en peu de jours j mais elle leïde & Gifelle. Hadvige fut femme 
eaufa au moins ce bien , que les Grands de Renier II. Comte de Mons en Hay- 
qui troubloient ces Provinces par leurs naut , Adeleïde de Renaud I. Comte 
guerres particulières , redoutant l'ire de Nevers , & Gifelle de Hugues I. 
de Dieu , firent un ferment folemnel Comte de Pontieu , auquel elle porta 
entr'eux de garder juftice à leurs fu- la Seigneurie d'Abbeville en mariage. 
jecs , & formèrent pour cet effet une 









%0 7 



A D E L E I D E 



I. FEMME 

DE HUGUES CAPET. 

Par d'illuftres effets dont l'ardeur fut extrême 
LaifTés par cette Reine à la poftérité , 
Et par les lieux dévots fondés par elle-même, 
L'on juge de fon zélé & de fa charité. 

S'I l eft vrai , comme Gaguin ôc luftre famille, fans la fpécifier *, 6c la 
Guillaume de Malmesbery l'ont Chronique de S. Pierre le vif de Sens , 
écrit , que Hugues Capet époufa une dit qu'elle venoit du lang de Charle- 
fœur du Roi d'Angleterre , ce ne peut magne , ce qui conviendroit bien , 
avoir été qu'en fécondes noces ; car il car Lofaire d'Italie en étoit defcendu 
eft conitant que Robert qui étoit âgé au cinquième degré. Il y a apparence 
de près de trente ans quand Capet mou- qu'elle mourut avant fon mari , & fi 
rut , appelle Adeîeide famere en plu- cela étoit , il pourroit bien après fon 
fieurs Chartres qui concernent l'Abbaye décès avoir pris Blanche ou Blandine 
de S. Denis. Cette Princefie n'était veuve de Louis le Fainéant. On tient 
pas fille de l'Empereur Othon I. au- qu'elle fonda le Monaftére de S. Fram- 

trement Opet eut époufé la nièce de baud à Senlis , & qu'elle rétablit celui 

fa merç Hadvide ou Avoye , laquelle des filles qui étoit d Argenteuil près de 

étoit foeur de cet Othon , ce qui n'eut Paris ; il y en a qui eroyent qu'elle fit 

pas été bien reçu en ce rems-là , où les aulïi bâtir la maiion & l'Eglife des filles 

mariages au degré défendu éroient fans Pénitentes à Paris , & que c'eft elle dont 

remiiîion calfés par les Evêques, l'Egli- on voit le portrait fur la porte. Elle 

fe n'étant pas alors li indulgente pour eut quatre enfans , un fils nommé Ro- 

donner des difpenfes comme elle l'eft bert qui régna , trois filles , Hadvide 

à préient. Mais je crois qu'elle étoit ou Avoye mariée à Régnier fécond , 

fceur d'Emme femme du Roi de Fran- dit le Jeune , Comte de Mons en Hay- 

ce Lotaiie , &c fille d'un autre Lotai- naut , Adele'ide ou Alix donnée à Re- 

re Roi d'Italie , allié avec cette Ade- naud Comte de Nevers , laquelle fon- 

leïde , qui en fécondes noces époufa da l'Abbaye de Grifenon , & le Prieurç 

l'Empereur Othon , ou du moins fille de la Fetté - fur-Yerre. Quelques-uns 

d'Aide fœur de ce Lotaire d'Italie, ajoutent Gifelle ou Gille , ou Gillette s 

mariée au Prince Alberique , qui eut ( ces trois noms ne font qu'un ) qui fut 

grand pouvoir en ce pays-là. Hilgaud donné à Hugues Comte de Pontieu , 

nous aiïlire qu'elle étoit iiïue d'une il- avec le Château d'Abbeville , que Ca-- 

O ij 



io8 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

pet n'étant encore que Duc ou Prince pour la réformation des Eccléfiaftiques T 

des François , avoir tait bâtir pour ar- & qui fe plaifoit ordinairement dans fa 

rêter les courfes des barbares du Sep- eonverfation. Au rcfte bien que notre 

tentrion , &c qu'il donna en garde à vertueufe Princefle ait véritablement 

ce Hugues dont la fidélité 6c la vigi- enrichi les Eglifes , 6c beaucoup fait 

lance lui étoient bien connues; mais de biens aux Eccléfiaftiques , ils en ont 

peut-être qu'elle n'étoit pas légitime , été fi peu reconnoitfans , qu'ils n'ont 

non plus que Gauflin qui fut Abbé de rien écrit ni de la durée de fa vie , ni 

Fleury, 6c depuis Archevêque de Bout- de fes actions , ni de fa mort , ni de 

ges , Prélat confommé en fcience & fa fépulture : mais puifque Capet eft 

partait en vertus, à caufe de quoi il enterré à S. Denis , il eft à croire qu'el- 

fur en grande eftime auprès du bon Roi le doit repofer au même lieu. 
Robert , qui fe fervk de fon confeil 

— — — «»»^»™»W«I«III1,<1PCT 



SECONDE FEMME 

D E 

HUGUES CAPET. 

Cette Reine fans nom n'a fait ni mal ni bien > 
Puifqu'on ne peut fçavoir ni (on tems ni fon âge ; 
Et je laifle aux Graveurs à parler du vifage , 
Car pour fes actions l'hiftoire n'en dit rien. 

CElie-ci ett la féconde femme la Confirmation. En outre le même 

de Capet , je n'en fçai point le nom étant en plufieurs façons changé 

nom; je n'oferois pas même vous af- ou par les dialectes , ou par les langues 

furer qu'il ait eu deux femmes, de peut- différentes , on s'imagineroit d'abord 

être que les deux portraits qu'on en a d'en voir plulieurs. Ainii ce nom de 

ne font que d'une même perfonne : Clovis étoit par les Allemands Occi- 

étant aiFez ordinaire que deux Peintres dentaux, d\t Luduin , par les Orientaux 

ou Sculpteurs falTent deux portraits Clothovéc , par les Gaulois imitant les 

tort ditîérens fur un même viiage. Ce Allemands Clovis , par les Romains 

qui auroit encore caufé cette erreur, CLodoveus , & par quelqu'autres Ludo- 

feroit la diverlité des noms : car il faut vicus , ou Clodovicus. Il y a pour troi- 

que vous fçachiez que fou vent une fiéme raifon de ces multiplicités de 

perfonneavoit deux noms, même trois, noms l'imprudente vanité des auteurs , 

celui de fon père ou de fa mère, celui lefquels voulant paroître fçavans ou 

de quelqu'autre parent, le (ien ,6c quel- obliger leur nation , ont change les 

quefois celui qu'on leur donnoit dans ne ms non-feulement en leur pronon- 



I K FEMME DE C A P - E T. 109 

ciatioh , mais encore en leur fignifica- l'autre , ôc qu'il falloir le plus fouvent 

tion. Car il n'y a point de nom propre deviner. Ct.it pourquoi les Moines , ôc 

qui ne lignifie quelque choie , bien d'ordinaire les ignorans ( car ceux qui 

qu'aujourd'hui nous en ayons perdu la fçavoient quelque choie , vouloienc 

lignification. Charles lignifie magnani- être auteurs ôc non copiftesj copiant 

me y Berthe luïfante s Marcomir excel- tous les livres changeoient quelques 

lent pur dejjus , Ôc qui les auroit recon- lettres chacun à fa mode. Ainli en co- 

nus ii quelqu'un s'étoit avifé de dire piant le nom de la première femme du 

en latin magnanimus ôc prœeminens ? Roi Robert fils de Capet , laquelle avoit 

comme un autre s'eft avifé de dire Fui- nom Rofule , quelqu'un a deviné Bo- 

gida pour Berthe , ôc comme un auteur fale changeant l'R en B ôc l'V en A , 

vrayement fçavant de notre fiécle a écrit un autre fur Bofale a copié Botile chan- 

Jntcramnis pour Entrague , Scarenver- géant l'S en T Ôc l'A en I , & peut-être 

fé de forte toute la connoitïance des un troifiéme au lieu de Botile tranf- 

lieux ôc des perfonnes , qu'en lifant crivit Batilde. Voyez comme ce nom a. 

chez lui l'Hiftoire de France écrite en été déguifé, après cela le reconnoîtriez- 

latin , vous penfez être en unpaysnou- vous bien ? J'ai été obligé de faire cet- 

vellementdecouvert& inconnu. Laqua- te digreffion pour défabufer les igno- 

rriéme raifon de ces variations efU'igno- r-ans , q.ui peniant qu'Adèle ôc Adeleï- 

rance des Copiftes. On écrivoit comme de foient deux, noms difTérens , ôc ne- 

vous fçavez autrefois en caractère que le trouvant pas celui de la féconde fem- 

vulgaire appelle fauflèment Gotique > me de Capet l'ont appellée Adeleïde, 

* Le vrai * dont les lettres étoient fort fembla- Je ne ne vous dirai pas {on nom ni qui; 

««aère Go- blés entr'elles , tellement que l'on en elle fut , fi ce n'étoit Blanche veuve du.^ 

hiln* Sm- pouvoit prendre facilement l'une pour feu Roi Louis. 

blable de ce- 
pelle ainlî. — . — , — — — . — — ! — ' 

MŒURS ET COUTUMES 
des François, 

CE nouveau régne des Capétiens Marche d'Efpagne, ôc le Comte d'An- 
ayant caufé de grands changemens jou fur les frontières de Bretagne. Ce- 
dans le gouvernement de la France , il Lui-ci relevoit du Duché de France, c'eft 
eft bon de remarquer en quel état les pourquoi il ne fut pas mis au rang des 
chofes fe trouvoienr , ôc de quelle ma- Pairs , quand on en fixa le nombre x 
niere on vivoit en ces tems-là. douze -, pour le Duc de Bretagne il re- 

Entre un très-grand nombre de Sei- levoit alors de celui de Normandie, 
gneurs qui jouilïbient des droits réga- Je ne parle point des Etats quife for- 
liens , les huit plus considérables étoient merent dans le Royaume de Lorraine -, 
les Ducs de Bourgogne , de Norman- entr'autres les deux Duchés qui por~ 
die , d'Aquitaine ôc de Gafcogne , les toient ce nom , fçavoir la haute ou Mo- 
Comtes de Flandres , de Champagne , £ellanique,quile retient encore aujour- 
ôc de Touloufe ; ce dernier étoit auili d'hui , & labalîè qui ell le Brabant ôc 
Duc de Septimanie ôc Marquis de Go- le Lethric } ni de ceux qui fe firent da 
tfcùe i le Comte de Barcelonne dans la débris du Royaume d'Arles y comme la. 



na 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



Comté de Bourgogne, celles de Vien- 
nois ou Dauphiné , Se de Provence j ni 
de celles de la haute Bourgogne , en- 
tr'autres les Comtés de Maunenne 6c 
de Savoye , depuis jointes enfemble ; 
les Duchés de Zennghen 6c d'Allema- 
gne , 6c pluheurs autres , parce que ces 
pays netoient pas de la France , mais 
relevoient des Empereursd'Allemagne., 
qui étoient titulaires de ces deux Royau- 
mes-là. 

Tous ces Seigneurs en avaient gran- 
de quantité d'autres fous eux qui tran- 
choient auiîî du fouverain. Et tous fe 
faifoienr la guerre de leur autorité pri- 
vée pour leurs propres injures 6c difrc- 
xends. Les vaiïaux 6c les parens étoient 
engagés dans la querelle : mais les der- 
niers pouvoient déclarer qu'Us n'en- 
tendoient point en être. 

Les Eglifes fe dérendoient 6c atta- 
quoient avec leurs valTaux 6c leurs hom- 
mes , auili-bien que les féculiers. Elles 
donnoient aufli des Champions pour 
débattre leur caule , quand un juge- 
ment ou une convention le portoit 
ainli. 

Les vaiïaux 6c les fujets de chaque 
Seigneur n'étoient obligés de s'armer 
que pour lui : il les menoit au fervice 
du Souverain quand il y étoa: mandé. 
Ces défordres qui pourtant avoient un 
ordre certain, durèrent jufquà ce que 
les Rois devenus plus puiflans attirè- 
rent la connoiiîances de ces différends 
à leur Cour 8è Jurifdictton , puis dé- 
fendirent tout-d-fait ces guerres par- 
ticulières. 

Il elt allez probable que Hugues Ca- 

f>et pour affermir fa nouvelle Royauté , 
ailla les Villes , Terres , Charges 6c 
Provinces à ceux qui ks avoient ulur- 
pées , 6c qu'eux firent le même à leurs 
valTaux , 6c ceux-là à leurs arrière vaf- 
fanx ou vavalîcurs. Mais Pinititution 
des fiefs, qu'autrement ils nommoient 
honneurs , eft plus ancienne que lui : 
cat quoi qu'en veuille dire un judicieux 



auteur qui a traite cette matière , ce 
n'ell autre chofe que les Bénéfices ou 
terres données à condition de fervice , 
ainfi que le porte le mot de Fe-ode. On 
y a depuis , 6c par fuccetlion de tems , 
attaché diverfes cond îtions -, & le Royau- 
me de France a été tenu plus de trois 
cens ans durant félon leurs loix , fe 
gouvernant comme un grand fief , plu- 
tôt que comme une Monarchie. 

Quand il s'agilloit d'une querelle 
particulière du Roi , il ne pouvoit fai- 
re armer que les vaiïaux 6c fujets de les 
terres : mais quand il y alloit du falut 
de l'Etat 6c de l'honneur de la nation , 
il mandoit tous les Seigneurs du Royau- 
me. A fon ordre ils faifoient marcher 
leurs valTaux, 6c ceux-là menoient ceux 
qui relevoient d'eux. Tout cela enfem- 
ble faifoit des armées épouventables : 
mais à la rigueur , ils ne dévoient que 
quarante jours de fervice , du jour que 
l'O/^c'eft-à-dire l'armée, étoitalïemblée. 

Les grands fiels étoient \qs Duchés 
6c Comtés ; après ceux-là venoient les 
Châ te lien ies , 6c les fiefs de Haubert. 
Les titres de Duc & de Comte fe confon- 
ooient durant le dixième 6c l'onzième 
fiécle y 6c tel Seigneur avoit une Duché 
qui ne s'appelloit que Comte j par 
exemple les Comtes de Touloufe 6c de 
Poitou , quoique ce premier fût Duc de 
Septimanie , 6c le fécond Duc de Guyen- 
ne. Le titre de Marquis n'étoit pas at- 
taché à un fief , mais à l'emploi de gar- 
der les marches d'un Royaume. Ainiî 
il y avoit des Ducs Marquis ou Mar- 
chés , 6c des Comtes Marquis. 

Les Seigneurs qui avoient droit de 
régale, accordoient des communes aux 
Villes, battoient monnoye, donnoient 
grâce , jugeoient les crimes lans appïl , 
6c même ks caufes civiles , li elles 
n'étoient de très-grande importance. 
Ils ne lailfoient élire perionne aux Evc- 
chés ni aux Abbayes de leurs terres fans 
leur recommandation , ou du moins 
fans leur contentement. Ils avoient tous 



MŒURS DES FRANÇOIS. nr 

des Bailiifs 6c Sénéchaux qui ne recon- penchoit tantôt d'un côté , tantôt de 

noiltbient qu'eux , 6c qui levoient leurs l'autre. 

tailles & revenus, comme laifoient ceux Chaque Seigneur bâtifïbit des Châ- 

du Roi. Ils nommoient les habitans de teaux 6c des rortereftes fur (es terres , 

leurs terres leurs iujets , auiîi-bien que la plupart fur la croupe des montagnes, 

lui -, 6c il n'avoit point de droit d'y éca- Avec ces places les injuftcs 6c brigands 

blir des Coutumes ni des Loix, que de fe faifiiîoient des pal-Iages , des rivie- 

leur agrément , fice n'étoit que l'alïem- res , des bois 6c des montagnes , gour- 

biée générale , qu'on nomma Parle- mandoient les marchands , exigeoient 

ment, ne l'eût ainfi ordonné. de rudes tributs, 6c établirent des 

Quand ils avoient commis quelque coutumes quelquefois extravagantes , 

faute , ou qu'ils tourmentoient mjulte- quelquefois brutales 6c vilaines. Mais 

menr leurs voifinsqui avoient recours d'autre côté il fe trouvoit des Çheva- 

à la juftice du Roi, il les faifoit ajour- lieis allez généreux qui attaquoientces 

ner en fa Cour par leurs Pairs ou gens petits tyrans , 6c les forçoient par les 

de même dignité : mais depuis les Rois armes à réparer les torts. C'eft fur cela 

s'étant accrus en puilîance le difpenfe- que les Romanciers ont fondé leurs 

rent de cette étroite formalité , 6c h- Chevaliers errans , 6c forgé tant de 

rent ordonner par Arrêt de leur Cour de géans 6c de monftres avec de merveil- 

Parlement , qu'il fuftiioit de deux Che- ieufes avantures. 
valiers pour ajourner un Pair. On ne laifoit les Chevaliers qu'après 

Réciproquement , quand le Roi leur de certaines expériences de valeur , 6c 

veoit, c'eft-à-dire , leur refufoit juftice, pour me lérvir des vieux termes, des 

ils ne craignoient point de lapourfuivre apertifes d'armes. Je ne trouve pas en 

par les armes ; ils fçavoient bien que s'ils ce tems-là d'autres cérémonies que de 

éroient vaincus , la crainte qu'il avoit mettre leur ceinture militaire 6c leur 

des autres l'obligeroit de leur pardon- épée fur l'autel , de les raire bénir par 

ner aiïèz facilement. Tout au plus ils un Prêtre, & puis les reprendre de leurs 

n'étoient punis que par la perte de leur mains. On les appeiloit Milites. 
fiel: car en ce tems là il lembioit que le Les Rois ayant peu de bien avoient 

fang de la NobleiTe fut facré, il ne fe pou- auffi peu de grands Officiers; toute- 
voit répandre que par les armes, horimis fois fous Capet nous voyons diftinéte- 
en cas de trahifon. Car alors on lespen- ment le grand Sénéchal 6c le Comte du 
doit à un gibet fort haut élevé, pour Palais. Nous parlerons ailleurs du pre- 
faire mieux voir leur infamie. mier , mais pour le fécond il rendoit 

Quand ils lui remettoient les hefs fouverainement la juftice dans le Pa» 
qu'ils tenoient de lui , ils fe croyoïent lais du Roi , 6c même dans les Provin- 
abfous de tous devoirs en fon endroit, ces. Les Comtes de Champagne 6c ceux 
&c ne s'eftimoient plus ni fes valîàux ni de Flandres prirent ce titre dans le 
fes fujets. Ils ferendoientalFez fouvent Royaume de France , comme le Com- 
hommagers de plufieurs Rois , non- te de Bourgogne dans celui d'Arles, 
feulement par di ver fes terres fitnées en Quant aux Charges de Bouteiller, de 
différens Etats, mais aufii pour des em- Grand-Chanibrier , de Connétable 6c 
plois, 6c pour des penlions. La foi de de Chancelier , elles ne font pas moins 
ceux qui fe trouvoient placés entre deux anciennes. Le Chambrier gardoit le 
différens Royaumes , comme entre la tréfor du Roi , 6c comme je crois , les 
France 6c l'Empire , étoit fort vaciilan- titres 6c chartres. De fa décadence s'eft 
te 3 6c félon les tems 6c les intérêts , fait le grand Chambellan, qui a fuc- 



ru ABRÉGÉ CHR 

cédé à une partie de (es fondions , com- 
me le grand Maître de la Mailon du 
Roi , à celles du grand Sénéchal. Le 
Connétable avoir l'intendance de l'Ecu- 
rie du Roi , ôc comme elle tenoit le 
premier rang parmi la Gendarmerie , 
il s'acquit l'autorité ôc le commande- 
ment fur les armées. Le Maréchal qui 
éroit fon Lieutenant fur l'Ecurie , le 
devint auflî fur les troupes. 

Nous fçavons que les Rois de cette 
troifiéme race fe faifoient facrer ôc cou- 
ronner comme ceux de la féconde avec 
de certaines cérémonies ôc prières , ôc 
qu'à toutes les grandes fêtes les Evê- 
ques leur mettoient la Couronne fur la 
tête. La forme du facre de Philippe I. 
(e voit dans les Annales de Belleforêr. 

Tous les Rois Capétiens ont été Sa- 
crés à Reims par les mains de l'Arche- 
vêque , hoifrnis Robert ôc Louis le 
Gros, qui le* voulurent être à Orléans 
pour des raifons particulières. Tous les 
Grands ôc tous les Evêques avoient 
droit d'y affilier : mais à celui de Louis 
VII. Le nombre en fut réduit à celui 
de douze Pairs , fix Eccléfiaftiques Ôc 
fix Laïques. On appelloit Pairs tous 
ceux qui relevoient immédiatement 
d'un grand fief, & qui avoient droit 
de juger leurs pareils. Ainfi tous les Sei- 
gneurs régaliens , entr'autres les Com- 
tes de Champagne ôc de Flandres , en 
avoient auffi-bien que le Roi. Il eut 
été bien difficile d'en trouver plus de 
douze qui euuerit relevé immédiate- 
ment de la Couronne. 

H ne paroît point que les Rois Cape- 
tiens ayent eu des gardes avant faine 
Louis. Il en prit fur l'avis qu'on lui 
donna, que deux allaffins du Vieil de 
la Montagne , s'étoient chargés de lui 
ôter la vie. Ils porroient une Couron- 
ne d'or à cinq ou fix fleurons fur leurs 
bonnets ou chapeaux -, ôc même dans les 
combats fur leurs cafqucs. Car ils com- 
battoient fort bravement de leur per- 
sonne -, ôc comme ils avoient le princi- 



ONOLOGIQUE 

pal intérêt à la querelle , ils prenoient 
la principale part au péril ôc à l'hon- 
neur. Ils uloient de longs habits dans 
les cérémonies , & portoient leurs man- 
teaux en écharpe attachés avec un bou- 
ton fur l'épaule gauche. Ils avoient la 
barbe longue ôc la chevelure pendante 
jufques fur le dos. Louis VIII. fut le 
premier qui , fur les remontrances de 
Pierre Lombard Evêque de Paris , ra- 
fa fa barbe, mais il conferva (qs che- 
veux. 

Les autres Seigneurs régaliens avoient 
auiîi leur manière de fe faire inftaller 
dans leurs grands fiefs , quand ils en 
avoienr pris i'inveftiture du Roi. Ils po- 
foient leur bannière ôc leur épée fur 
l'autel , ôc les reprenoient de Dieu par 
la main de l'Evêque ou Archevêque , 
qui quelquefois leur mertoit aufli un 
cercle d'or fur la tête , diverfement 
fleuronné ou enrichi de pierreries félon 
les Provinces. 

Le principal revenu des Rois confif- 
toit en leur domaine , leurs fujers leur 
faifoient des préfens à certain temps ; ils 
appelloient cela coutumes volontaires 
ôc libres -, ils les ont rendues nécelïàires 
ôc perpétuelles. 

Quand les Rois ou les Seigneurs fe 
mettoient en campagne pour la guerre, 
ils alloient faire leurs prières devant l'au- 
tel du faint le plus honoré dans leurs 
terres , ôc prenoient fon étendart ou 
bannière. Ainfi les Rois de France , re- 
connoifiant l'Evêque ôc Martyr Saint 
Denis pour leur patron , alloient prier 
en fon Eglife ■■, où l'Abbé leur donnoit 
l'Oriflamme , qui étoit la bannière de 
cette Abbaye , ôc différente de la ban- 
nière Royale. Les Comtes d'Anjou pre- 
noient lachappe de Saint Martin. Ceux 
de Guyenne le bannière de l'Eglife pro- 
ceflionale de Saint Martial de Limoges, 
ôc airifi des autres. 

Ce droit étant fort honorable aux 
Evêques , le Pape ne manqua pas d'en 
uferj il envoyoit fouvent d^s bannières 

aux 



MŒURS DfcS FRANÇOIS, uj 

aux Princes qui faifoient de grandes en- nuyeufe verboiité Ôc cette quantité de 

rreprifes. Ainii il en envoya une à Guil- claufes quis'embarrairenr les unes les au- 

laume Duc de Normandie , lorfqu'il très. Mais ils exécutaient leurs contrats 

fcut qu'il devoit palier en Angleterre. par des lymboles ôc des repréfentations, 

* Quand les hauts Seigneurs , ou leurs Ainli les Seigneurs inveltùToient leurs 

valîaux , faifoient des aumônes ôc des vailaux félon la qualité de leurs fiefs , 

legs en alleuz ôc héritages aux Eglifes , en leur mettant en main une bannière , 

ou qu'ils fondoient des Abbayes , des on un cercle fur la tète. Le Métropoli- 

Chapelles , des Hôpiraux , ils étoient tain mettoit aux Evêques qu'il lacroit , 

obligés d'en prendre des Lettres de un anneau au doigt , ôc un bâton pafto- 

confirmation du Roi. Comme en pareil rai à la main. On préfentoit à un Cure 

cas les arrière - valîaux en prenoient de le texte des Evangiles ; à un Officier 

leurs Seigneurs fupérieuis ou fuzerains-, d'Eglife ou laïque la marque de fon em- 

car il n'étoit pas permis aux vaiTaux ploi. Pour une terre une glèbe; pour un 

de diminuer le fief de leur fupérieur. pré, un jonc -, pour un jardin , une rofe , 

Il ne fuffifoit pas qu'il approuvât un bouquet - , pout un bois, un raim 
cette aliénation, il falloit encore qu'il ou rameau*, pour une maifon , des 
contentât tous les Seigneurs moyens clefs : -&: ainfi plufieurs autres chofes 
dont cette terre relevoit par dégrés en qui étoient les marques de mife en pof- 
pluiîeurs arriere-fiêfs ', ce qu'on croit lefiion , félonies différentes coutumes 
êtte l'origine du droit d'amortilïèment des pays, & félonies fantaifies des parti- 
el d'indemnité. culiers. La lecture de ces actes fe faifoit 

Ils accordoient quelquefois c&s do- publiquement à l'Eglife , principale- 
nations gratuitement, pour participer ment un jour de fête, pour plus grande 
aux oraifons des Religieux , ôc être re- folemnité. On y appelloit plufieurs té- 
çus en leurs Confranies ôc fociétés : moins , les uns pour attefter qu'ils 
mais d'autres fois, félon leur befoin avoientvû, * ou écrire la chartre , ou * vifotes No- 
ou leur humeur, ils en prenoient ré- la porter iur l'autel : les autres pour cer- datores * 
compenfe en argent ou autres chofes. tifier qu'ils y avaient mis * les cordons *Fide}utfo- 

II étoit nécenaire que les enfans con- ou lacets , les feings ou croix , ôc les tcs - 
fentillent les donations ôc les ventes que fçeaux , quelques-uns pour en répondre 
faifoient leurs pères, même en actes de à l'avenir , Se en être garants , en cas 
piété : autrement ils eulTent pu cakn- qu'il y eut Caîange , -ou éviction de la 
ger , c'eft>à-dire revendiquer ; refailir chofe vendue ou cédée, 
l'héritage aliéné. Voilà pourquoi on Pour la guerre , ils ne la faifoient 
exprimoit dans les actes les noms mê- prefque qu'avec de la cavalerie : ils 
me des enfans à la mamelle -, le père ôc n'avoient des fantaflins que pour leur 
'la mère, ou autres perfonnes répon- fer vir de valets, à planter leurs tentes, 
dolent pour eux, ou s'obligeoient de aller au fourage, remuer la terre, ôc 
4es faire ratifier, quand ils feroient ve- drelïer les batteries. Auiîl les nom- 
nus en âge ; ôc pour témoignage qu'ils moient-ils Sergens : mais il y en avoit 
agréoient cet article , on le leur faifoit quelques-uns à cheval : ôc a-vec le tems 
toucher de la main, ôc pofer fur l'autel. ils armèrent les Communes , qui étoient 
il( En ce tems-là les efpritsdes François prefque toutes d'infanterie, 
étoient encore éloignés de la chicane ôc Les cavaliers por.toient un Ecu au 
Ae la procédure. Ils faifoient leurs ac- bras gauche : les uns l'av oient d'une fî- 
tes fort courts , ôc n'y employoient pas , çon , les autres d'une autre : ils vétoienc 
«comme on fait aujourd'hui , cette en- aulîi une Cotte ou Haubergeon faite de 
Tome II, P 



iI4 ABRÉGÉ CHRONOLOGI Q. U E 

petits anneaux de fer , qui les couvroit puis ils y employèrent des maiïes-d'ar-» 
depuis la tête jufqu'aux pieds , en ma- mes Se des brands d'acier , & enfin des 
niere d_ pantalon. Leurs armes offenfi- lances à fer émoulu. D'ailleurs lesChe- 
ves écoient de larges Se courtes épées , valiers fe confumoient en dépenfes 
plus propres à frapper de taille que de pour fe trouver à ces AfTemblées : fi- 
pointe -, Se de longues lances qu'ils dar- bien qu'il s'en retournoit toujours quel- 
doient comme des javelots _, Se que qu'un d'eftropié, Scplufieurs de ruinés, 
quelquefois ils brandiffoient , fans les A caufe de cela les Papes Se les Rois dé- 
lâcher de la main. fendirent fouvent ces trop funeftes exer- 
Ils s'exerçoient fouvent aux Tour- cices : tous leurs foins néanmoins ne 
nois , ou Combats iimulés. Du corn- purent qu'en modérer les excès ,& non 
mencement ils ne s'y battoient qu'avec pas les abolir entièrement, 
des épées courtoifes ou émouffées , Se Mais je ne m'apperçois pas que je 
avec des lates ou bâtons plats Se courts, paiîè les bornes de mon defTein. 
* De-là vient en caracolant & tournoyant.* Mais de- 

le moc de 
Tournoi. 



EGLISE DU X. SIECLE. 

SI le dixième fiécie a été juftement res qui les châtièrent, les rendirent en- 

appelle lejiêcle de fer & lejîécle de cote plus dignes de châtiment , par les 

plomb , comme on l'appelle commune- défordres Se par la licence où ils les jet- 

ment : il faut dire qu'il a mérité le pre- terent :Que leurs mœurs achevèrent de 

mier de ces noms, pour les guerres con- fe ruiner avec leurs bâtimens ', Se que 

tiniulles Se très-fangiantes d'entre les comme il ne demeura prefque plus au- 

Piïnces de l'Occident , Se pour les hor- cun Monaftére ni Eglife en fon entier ? 

ribles devaftations des Normands, des il ne refta aulli plus de difcpline, non pas 

Hongrois Se des Sarrafins : Se le fécond même parmi les Moines : Q'enfin piu- 

pour l'ignorance Se le dérèglement des fieuis Êglifes étoient fans Pafteur j par 

mœurs , non pas tant à l'égard des Egli- exemple , il n'y avoit qu'un Evèque 

fes de France Se de Germanie, qu'à l'é- dans toute la Duché de Gafcogne , qui 

gard de celle de Rome , où en effet il jouifloit des revenus de fix ou fept Evê- 

y eut des défordres Se des crimes hor- ehés. 

ribles durant tout ce tems-lâ. Mais après toutes ces ruines , on 

li eft vrai que les Evcqùes Se les Ab- commença dans le milieu du fiécie , à 

bés de deçà les monts , nonobftant les redrefler la vie des Eccléliaftiques aufîi- 

détenfes des Conciles, portoient les ar- bien que leurs édifices. Plulieurs Sei- 

rms Se alloient à la guerre j coutume gnenrs réparèrent ou fondèrent des Ab- 

qui paflà en loi Se en obligation , Se bayes. Entt'autres Guillaume III. Duc 

dura jufques bien avant dans la troifié- de Guyenne Si Comte d'Auvergne, bâ- 

rrie race: Que plufiuurs étoienr pion- tit celles de Bourgueil Se de Maillezais : 

dans la vanité, dans le luxe Se dans Guillaume dit le Pieux , Comte d'Au- 

j.i drllolution *, Se qu'ils vivoient plutôt vergne , puis Duc de Guyenne, celle de 

en Princes de la terre- qu'en Apôtres de Clugny l'an 910. Quelques faims perfon- 

Xesus-Qirist. Que les fléaux des guer- na^es commencèrent à remettre la difei- 



EGLISE DU X. SIÈCLE. 



"f 



pline Monaftique , ëc firent comme des 
Séminaires en quelques Abbayes, d'où 
ils tirèrent après de bons Sujets pour 
porter la réforme dans les auires ; lei- 
quelles ils allujettilloient à celles d'où 
elles étoient lorries , comme des filles 
à la mère qui les a voit enfantées. Guil- 
laume Abbé de faim Bénigne de Dijon ; 
comme aulii Abbon de Fleury, eti réglè- 
rent ainli plufîeurs du côté d'Aquitaine; 
èc Mayeule Se Odilon fon fuccefleur, 
drelferent par ce moyen leur Congréga- 
tion de Clugny j fubordinations qui peu- 
vent caufer de grands biens , ôc peut- 
être de plus grands maux. Saint Gérard, 
du fang des Ducs de Lorraine , ayant 
embrallé la vie Monaftique , en réfor- 
ma dix-huit ou vingt. Adalberon Eyê- 
que de Mets , frère de Federic premier 
Comte de Bar , remit l'obier vance ré- 
gulière dans celles de fon Evêché, en- 
tr'autres dans celles de Goize , & dans 
celle de faint Arnoul , d'où il châtia les 
Chanoines qui s'étoient déréglés, pour 
y mettre des Moines. 

Abbon de Fleury alla établir la réfor- 
me au Monaftére de Squirs fur la Garon- 
ne , qui, à caufe de cela, fe nomma 
la Règle , en langue du pays la Reou- 
ie; & près duquel s elt bâtie une ville 
de ce nom. Mais il y fut alfommé l'an 
1004. par une féduion que les femmes 
de ce lieu-là, & les Moines Gafcons, gens 
fort débauchés, fufeirerent contre lui. 

Les Princes & les Grands envahif- 
ibient avec violence les biens-, les fonds 
Se les tréfors des Eglifes , Ls Rois mê- 
me , comme on le voit dans tout le 
cours de la féconde race , donnoient 
les Abbayes comme des fiefs : {& ceux 
qui les polfédoient en chafloient la plu- 
part des Moines, ou à force ouverte, 
ou en leur ôtant tous les moyens de 
fubfifter. Les moins impies y en laif- 
foient quatre ou cinqmiférables, auf- 
quels ils donnoient u^e bien maigre pi- 
tance. Les Evèques fe défendoient un 
peu mieux de ces invaûons, mais ils 



n'étoient pourtant pas tout-à-fait à cou- 
vert des outrages des méchans. Vino- 
mac , Seigneur de Liflers en Flan- 
dres , allaffîna Foulques Archevêque de 
Reims. Les amis de Hugues de Verman- 
dois brûlerenr la ville deChâlons, pour 
fe venger de fon Evêque Guibuien ; 
8c ils n'eufïèntpas épargné fa perfonne, 
s'ils l'euirent pu attraper. Helie Comte 
de Périgord creva les yeux à Benoît 
Coadjuteur ou Coévêqued'Ebles, Evê- 
que de Limoges, qui en mourut de re- 
gret. Mais cet attentat ne demeura pas 
impuni : car Guillaume III. Duc d'Aqui- 
taine , pour venger la mort d'Ebles fon 
oncle , donna ordre à Guy Vicomte de 
Limoges, fonvalTal, de fe faifir d'He- 
lie , &c de l'enfermer dans une obfcure 
tour ; lui fit faire Ion procès , & le con- 
damna à perdre fa Comté 8c à mourir 
en prifon : toutefois il eut l'adre0e de 
s'en fauver , & mourut en faifant le 
voyage de Rome pour y aller quérir 
fon abfolution. 

Entre les Evèques il y en eut plufîeurs Eve< î u «» 
qui fe fignalerent par leurs intrigues 8c 
par leurs défordres. Dans les guerres 
d'entre les Rois Henry l'Oifeleur , ôc 
Charles le Simple , Hilduin fau liant la 
foi qu'il devoit à Charles , lequel lui 
avoit donné l'Evêché de Liège , alla 
reconnoître Henry , & emporta les 
tréfors de fon Eglife, qu'il diftribua 
à ce Prince 8c à les Courtifans , afin 
de fe maintenir. Mais la face des af- 
faires ayant changé , Charles ne vou- 
lut point permettre qu'il demeurâr dans 
cet Evêché , & en pourvût l'Abbé Ri- 
cher , qui fut confirmé par le Pape. Le 
Roi Henri récompenfa Hilduin de l'E- 
vêché de Milan. Hervé de Reims , d'ail- 
leurs très-fçavant Prélat, fut auffi infi- 
dèle à Charles le Simple , dont il étoit 
Chancelier -, 8c couronna Robert frère 
d'Eudes : mais il mourut trois jours 
après , comme s'il eut été frappé de la 
main vengerelfe de Dieu. Seulfe, Hu- 
gues, 8c ArtoldfesfucceiTeurs, caufe* 

P ij 



Saints. 



Lïvkî. 



ii,î ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

rent tons de grands troubles dans le celonne , été inftruit dans les Mathé- 
Royanme durant plus de vingt-cinq ans. matiques , foit par l'Evêque Hatton , 
Le traître Adalberon de Laon livra le on par des Do&euis Arabes. C'eft peut- 
Prince Charles , qui l'avoit choiii pour être le premier qui les ait enfeignées 
fon premier Miniftre -, 8c Arnoul de en France. Il lut enfuite Efeolâtre en 
Reims volut bien avoir obligation de la ville de Reims, où il eut pour difci- 
cet Archevêché à l'ennemi mortel de pie le Prince Robert , fils de Hugues 
fon frère \ 8c puis il lui manqua de toi. Capet , • Léoterique Archevêque de 
On n'en remarque pas beaucoup qui Sens , & Fulbert Evêque de Chattres-, 
ayent allez excellé dans les vertus Chré- après quoi il eut encore l'honneur d'm- 
nennes pour mériter le titre de Saints-, ûruire Othon III. On jçait comme il 
fi on ne met en ce rang Erambert de fut élevé au fiége de 1'EgUie* de Reims *Tranfita& 
Touloufe, Gausbert de Cahors, Tut- par Hugues Capet , puis de Ra.venB»^k7&Pa»E 
pion de Limoges , Fulcran de Lodeve , par Othon , & enfin de Rome , fous le regens r. 
8c Gérard de Toul. Je ne parle point de nom de Sylveftre II. 

ceux de Germanie -, elle en prcduilit Quant aux Conciles de TEglife des. Cencilw. 

durant ce liécle un aifez grand nombre , Gaules , le premier que je trouve dans 

dont les travaux Apoftoliques converti- ce fiécle , c'eft celui de Trofly , l'an. 

rent les Danois, les Sclaves, les Mon- 909. Trolly eft au Diocèfe de Soiilons 
grois , & autres peuples infidèles. Mais 



parmi les Moines on trouve en Bourgo- 
gne cinq Abbés , Bennon , Odon , 
Mayeule , Odilon 8c Guillaume -, les 
quatre premiers de Clugny , le dernier 
de faint Bénigne ; & en Lorraine Gé- 
rard , qui fut aulli Evêque, lefquels 
font révérés 8c invoqués par l'Eglife. 

LesLivreséroient devenus fort rares, 
les guerres les avoient prefque tous brû- 
lés , déchirés ou dillipés : 8c comme il 
n'y avoir que les Moines qui en décri- 
viifent des exemplaires, 8c que les Mo- 
naftéres étoient défères, le nombre des 
gens de littérature étoit fort petit. Tou 



ternies. 



* 8c alfez proche de cette ville -, Hervé* Enrre Soif - 
Archevêque de Reims y prélidoit. Il y B °'. ls&C 
a quinze Chapitres , qui font autant de 
fortes exhortations 8c de beaux fer- 
mons contre les abus 8c les crimes 
énormes , qui * avoient inondé la * Ce font hc 
France, où le foible étoit la proye 
du plus fort -, où les loix avoient fait 
joug fous la violence des particuliers 
piiilïins •, à caufe de quoi Dieu avoir 
ajouté aux playes de la guerre celles 
de la ftérilité 8c de la famine , eau- 
fées par une horrible fechereife. 
L'an 921. le Roi Charles le Simple, 
en convoqua un de feize Evêqucs pouc 



55 

5> 



tefois Hervé de Reims fur le commen- l'affaire de Hilduin qu'il avoit challé 

cernent du fiécle , Rhatier de Liège fur de l'Evêché de Liège. Je n'en trouve 

le milieer, 8c Arnoul d'Orléans fur la fin, point le lieu ni les actes, 

firent bien connoître qu'ils n'étoient pas II y en eut trois autres à Trolly ; l'un 

ignorans dans l'intelligence del'Ecritu- en 921. où Erlebaud Comte de Caftri- 

refainte, 8c dans les Canons 8c ufages ce , qui avoit été excommunié par 

de l'Eglife. Aimoin Moine de Fleury , l'Archevêque Hervé, pour avoir envahi 

Frodoard Abbé de S. Rémi de Reims , le bien de l'Eglife de Reims , fur ab- 

8c Dudon Doyen de S. Quentin écri- fous après fa mort , à la prière du Roi 

voient de l'FIiftoire, &: Gerbert paiïa Charles , par le même Archevêque, 

pour un prodige de feience. Il avoit été L'autre l'an 924. dans lequel Ifaac 

nourri jeune au Monaftcre d'Orillac-, 8c Comte de Cambray ayant hit répara- 

étant palîé en Efpagne, ilavoit, à la re- tion de quelque tort à Eftienne fon 

commandation de ïîorei Comte de Bar- Evêque, fut abfous, 8c reconcilié avec 



EGLISE DU X. SIECLE. ti 7 

hti. Le troifiéme l'an 927. de fix Eve- 947. le remit. Celui de Moufon , l'an 

ques convoqués par le Comte Hébert 94S. le confirma ; mais celui d'Ingel- 

de Vermandois , malgré le Roi Raoul'-, heim en la même année , auquel ailif- 

011 Herluin Comte de Monftreuil fut terentles Rois Louis IV. dit d'Outre- 

reçû à pénitence de ce qu'il avoit épou- mer, 8c Othon I. l'excommunia, 8c 

fé une féconde femme , fa première réfolut de traiter de même le Comte 

étant encore vivante. Hugues, père de Capet, s'il ne venoit 

L'an 923. il y en eut un au Diocèfe à fatisraéhon de ce qu'il étoit rebelle 

de Reims , on ne marque point l'en- à fon Roi ,. 8c l'avoit tenu prifonnier. 

droit, lequel ordonna à ceux qui avoient un an. 

porté les armes dans la guerre d'entre La même année celui de Trêves , ou- 
ïe Roi Charles 8c le Roi Robert, de préfidoir Marin Légat du Pape , confir- 
faire pénitence durant trois Carêmes ma la fentence contre les deux Hugues, 
confécutifs, & encore quinze jours de- 8c fulmina encore contre les Evêques 
vant la S. Jean, 8c quinze jours après, que Hugues de Vermandois avoit mal 
jeûnant tous les Lundis , Mercredis 8c ordonnés. 

Samedis de ce tems-là , 6c de plus tous Artold étant mort l'an 962. l'année 

les Samedis, de l'année au pain Se à d'après quelques Evêques s'aflemble- 

l'eau , s'ils n'aimoient mieux racheter rent en un lieu proche de Meaux, pour 

cette abftinence. Le premier Carême chercher les moyens de remettre Hu- 

des trois ils dévoient le tenir hors de gués dans fon fiége : mais ayant confî- 

l'Eglife , &c être réconciliés le Jeudi déré qu'un petit nombre ne pouvoir pas 

Saint. défaire ce qui avoit été fait par un plus 

Le Concile de Duisbourg l'an 927. grand, '& que fur ce doute le Pape leur 

excommunia les factieux de Mets, qui eut fait fçavoir qu'il l'avoir excommu- 

avoient crevé les yeux à leur Evêque nié dans un Concile tenu à Rome Tan 

Bennon, enfuite de quoi le Roi Henri 949. ils fe féparerent fans paffer plus 

l'Oifeleur vengea févérement cet outra- outre, 

ge fur leurs têtes. Celui de Reims de l'an 975. auquel 

Celui de l'Abbaye de Cheriieu en préhderent Etienne Diacre du Pape Be- 

926. 8c celui de Finies en ç}^. elîaye- noît VII. 8c Adalberon de Reims ,'ex- 

rent de pourvoir aux défoiations des communia un Thibaud qui s'étoit in- 

lieux faints , ruinés par les voleurs 8c trus dans le fiége d'Amiens, 

par les méchans. En 985. celui duMont de Sainte Ma- 

Le débat touchant l'Archevêché de rie , au Diocèfe de Reims, où préfidoit 

♦Artaud. Reims entre Artold * 8c Hugues fils de Adalberon Archevêque de cette ville, 

Hébert Comte de Vermandois , fut confirma le décret que ce Prélat avoit 

caufe qu'on en afiembla plufieurs. Hu- fait, de mettre des Moines au Monaf- 

gues ayant été élevé dans ce Siège trop tére de Moufon, en la place des Cha— 

jeune 8c contre les Canons , en avoit noines qui y étoient. Au fiécle précé- 

été dépofé , 8c Artold mis en fa place, dent , en plufieurs endroits , on avoir 

Mais l'an 940. Artold y avoit renoncé mieux aimé les Chanoines ; mais en cq~- 

& juré folemnellement de ne fe plus lui-ci le goût changea, 

entremettre du gouvernement de cette Gerbert -pourfuivant avec chaleur , : 

Eglife. Sur cela un Concile allemblé à qu'on fit le procès à Arnoul Archevê- 

Soiflons l'an 941. par Hugues 8c He- que de Reims , il rutafïèmblé un Con- 

berr , le deftitua , 8c rétablit Hugues, cile en cette même ville , l'an 991. où- 

Au contraire, celui de Verdun en l'an fon crédit 8c la véhémente, éloquence. 



u* ABREGE CHR 

<TArnoul d'Orléans, l'emportant fuc les 
remontrances d'Abbon Abbé de Fleuri , 
6c fur le fentiment de Seguin Archevê- 
que de Sens , qui y préfidoit , Arnoul 
fut dépofé, & Gerbert inftallé dans fon 
fiége. Le Pape croyant qu'il étoit de fon 
autorité de ne pas fouffrir qu'on eût en- 
trepris -eia fans fes ordres , s'en plaignit 
aigrement -, & quelque tems après en- 
voya un Légat en France , qui alîèmbla 
premièrement quelques E vêques à Mou- 
ftn^jpuis un plus grand nombre à Reims 



ONOLOGIQUE 

Tan 99 i , où Seguin repréfemanc la per- 
sonne du S, Père , il tut dit que Ger- 
bert feroit dépofé , & Arnoul rétabli. 
Mais comme ce dernier étoit prifon- 
nier à Orléans, Gerbert difputa encore 
Je terrain quelque tems ; il en appella 
au Pape , qui fe roidit davantage en fa- 
veur d'Arnoul , tant qu'enfin il força le 
Roi , par les menaces d'une terrible ex- 
communication, de le relâcher de de le 
tailler rentrer dans fon fiége l'an ?Q7<. 



o 




11$ 



ROBERT. 

ROI XXXVI. 

Agé de xxxïv. a xxxv. ans. 

Robert , dont le renom eft encore vivant ; 
Aima la piété , la paix & la juftice ; 
Et pour avoir été vertueux & fçavant 9 
Bannit de fes Etats l'ignorance & le vice. 



PAPES. 



Encore Grégoire V. plus de deux ans 
(bus ce régne. 

Silvbstre II. élu en Mars 999. S. 4. 
ans & i. mois. 

Jean XVIII. élu le 7. Juin iooj. S. j. 
mois. 

Jean XIX. élu le io. Novembre iooj. 



S. j. ans 7. mois. 

Serge IV. élu le 31. Août 1009. S. it 
ans 8. mois & demi. 

Benoît VIII. élu le 7. Juin ioiz. S. 
près de 11. ans. - 

Jean XX. élu le j. Avril 10x4. S. 9. 
ans 8. mois. 



CE Roi fort bienfait de corps de femblant pas, le ciel les châtia par deux 

d'efprit , de belle taille , d'un air ou trois cruelles famines, &par l'horri- 

en iept. j oux & grave , d'une humeur fage 8c ble mal des ardens. 

pofée, après que les feux de fa premie- Les degrés de parenté dans lefquels 
re jeunelie furent patres, ayant été nour- le mariage étoit prohibé , avoient été 
ri à la piété &c aux bonnes lettres par étendus jufqu'aufeptiéme;& on y avoit 
Gerbert , fe rendit très-fçavant pour encore ajouté les empêchemens de l'ai— 
fon fiécle , encore plus religieux &c plus liance fpirkuelleoucompérage. Ces dé- 
zélé au fervice de Dieu , ik autant juf- fenfes caufoient beaucoup d'embarras, 
te, débonnaire & charitable envers les principalement entre les Princes & les 
peuples, que Prince qui ait jamais por- Grands, qui d'ordinaire fe trouvent 
té Couronne. Auiîi Dieu le ravorifa du tous parens , même au décade ce degré, 
plus beau don qu'il ait accoutumé de Car dès qu'un mari ou une femme 
faire aux Rois qui font félon fon cœur , étoient dégoûtés l'un de l'autre , ou qu'il 
je veux- dire d'une longue & heureufe prenoit envie à quelqu'un de les trou- 
paix, dont il jouit près de trente ans , bler , on n'avoit qu'à articuler , de ju- 
après quelques guerres alfez légères : rer qu'ils étoient parens au degré pro- 
mais d autre côté fes Sujets ne- lui ref- hibé ^ & à produire fur cela des témoins 



995, 



Se fuiv. 



*_.*> ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

— au nombre de neuf, s'il m'en fouvient de fon Etat , le Pape , par une entre- — — — -— 

bien -, on ne manquoit pas d'en trouver : piife jufques-là inouïe , mit le Royau- 997* 

Se il falloir que l'Evêque Diocéfain , ou me en interdit , c'eft-à-dire , qu'il y dé- & 99*' 

une Alfembiée d'Evéques , s'il y avoir fendit le Service divin , Se ôta l'uiage 

plus grande difficulté ., prononçât là- des Sacremens aux vivans , & la lépul- 

delfus. ture aux morts. Les peuples épouvan- 

Roberr en premières noces , n'étant tés par ce terrible coup, déférèrent ii 

encore âgé que de dix-huit ans , avoir humblement aux ordres du Pape , que 

époufé Luitgarde , veuve d'Arnoul tous les domeftiques du Roi Fabandon- 

Comte de Flandres , laquelle n'étoit nerent , à la réferve de deux ou trois , 

plus jeune. Cette Princetïe étant mor- qui jettoient aux chiens tout ce que l'on 

te , il avoit .été confeillé dès l'an 996. delfervoir de devant lui , perfonne n'o- 

d'époufer , par maximes de politique, fanr manger des viandes qu'il avoir 

Berrhe fœur de Raoul le Fainéant, Roi touchées. _ 

de Bourgogne , veuve d'Eudes I. Com- Ces rigueurs Se non pas un monf- 

te de Chartres , Se mère d'Eudes II. le- trueux accouchement de la femme , que ' ' 

quel étoir encore forr jeune. Mais elle des faifeurs de miracles difoient avoir 

fe trouvoir fa coulineilfue de Germain j engendré un enfant ayant le col Se les 

«Se d'ailleurs il avoit tenu un de fes en- pattes d'un oifon, le contraignirent de 

fans fur les Fonts : il crut qu'il pour- Te féparer d'avec elle. Néanmoins elle 

roit prévenir l'inconvénient de lanulli- conferva toujours l'efpérance de faire 

té de ce mariage par l'autorité de l'Egli- confirmer fon mariage : car je trouve 

fe Gallicane : il convoqua donc les Eve- dans la Chronique d'Auxerre , que ce 

ques de fon Royaume , lefquels ayant Roi étant allé en pèlerinage à Rome , 

entendu £qs raifons , furenr d'avis , par elle l'y fuivit , fe promettant avec l'ap- 

la. confidération du bien public, qu'il pui de quelques gens de cette Cour-là, 

la prît à femme , nonobftanr les empê- de porter le Pape à lui être favorable : 

chemens canoniques -, ce qui étoit une mais comme Robert avoit déjà époulé 

forte de difpenfe. Confiance l'an 998. ainli que nous le 

Abbon pour lors Abbé de Fleuri, dirons ci-api es , &c qu'il en avoit un 

homme véhément , n'ayant fçu le dif- fils -, toutes fes follicitations ne purent 

luader de ce mariage, s'employa avec rien obtenir, 5c elle demeura légirime- 

ardeur pour le faire caffer. Le Pape in- ment répudiée, fans quitter pourtant le 

digne de ce que Roberr n'avoit point titre de Reine. _________ 

eu recours à fon rribunal , tint un grand Guillaume IV. Comre de Poitou 8c 9 o 7 . 

Concile à Rome en préfence de l'Em- Duc d'Aquitaine , avoit guerre contre & 09'$. 

pereur Othon ; dans lequel il excom- Bofon II. Comte de Périgord ôc de la 

munia les Evêquesqui l'avoienr auto- Marche: Robert fur obligé de le fecon- 

tife , Se les deux parries qui l'avoient rir comme fon parent Se fon valïal. Ils 

contracté , fi elles ne fe féparoienr auf- mirent tous deux le liège devant le châ- 

ll-tôt. Dans la même AlTemblée il dé- teau de Belac •■, mais leur armée man- 

pofa Etienne Evêque du Puy en Velay , quant de vivres , parce qu'elle étoit trop 

parce qu'il avoit été ordonné du vivant nombreufe , n'y put pas fublifter juf- 

de fon oncle Guy : Se excommunia les qu'à la prife de la place. Les Chroni- 

£vêques qui avoient fervi à ce minif- ques de ces tems-là , qui fonr toutes fort 

tere. _uccin.es , ne difent point la fin de cet- 

Le Roi n'obéiffant point à une Sen- te guerre , non plus que bien d'autres 

tence qui lui fembloit contraire au bien chofes. 

Eudeç 



ROBERT, ROI XXXVI. tit 

<i ' Eudes Comte de Brie 8c de Cham- de Bavière &: Comte de Bambôrg , lui 

???• pagne brûloir d'envie d'avoir un paffa- fuccéda par élection des Princes de Ger- 

ge fur la Seine, comme il en avoir un manie : mais il ne porta point le titre 

fur la Marne , afin d'y aller commode- d'Empereur, au moins en Italie , qu'a- 

ment de la Brie à fa Comté de Char- près qu'il eut été couronné par le Papej 

très; pour cela il jetta les yeux fur Me- ce qui ne fe fit qu'à douze ans delà. 

hln , 6c gagna par argent Gautier , Vi- Vers ce tems-là , fcavoir l'an 1002. 

comte ou Châtelain du Comte Bou- Henri Duc de Bourgogne frère de Hu- 

chard, qui lui livra la place. gués Capet mourut fans enfans. Or à 

Bouchard avoit été favori de Hugues l'indu&ion de Gifelle fa femme , qui 

Capet qui lui avoit donné cette Com- étoit veuve d'Adelbert ci-delTus Roi 

té ; 8c il étoit encore pour lors Comte d'Italie , 8c fils de Berenger IL il légua 

Palatin du Roi Robert. C'eft pourquoi fa Duché par teftament à Othe Guillau- 

ce Roi prenant fa défenfe en main, Hîè furnommé Y Etranger , iflu dli pre- 

manda Richard IL Duc de Norman- mier mariage de cette temme. Ce Prin- 

die , fon coufin 8c fon bon ami , 8c avec ce fe trouvoit déjà Comte de la Bour- 

lui affiégea Melun. La batterie des bé- gogne d'outre Saône , que l'on nomme 

liers y ayant fait brèche , la garnifon fe Franche-Comté ; d'ailleurs il étoit af- 

rendit à compofition ; le Châtelain 8c fifté de Landry Comte de Nevers fon 

fa femme furent pendus au haut d'une gendre , 8c de Brunon Evêque de Lan- 

montagne proche de-là. On ne punif- grès, dont il avoit époufé la fœur , ain- 

foit point les Gentilshommes de mort fi il s'empara facilement de toute la 

pour rébellion ou félonie , fi ce n'étoit Bourgogne en vertu de cette donation, 

qu'ils commifTent trahifon : car en ce Mais le Roi Robert, à qui cette Du- 

cas-là on les pendok en lieu fort élevé , ché appartenoit légitimement , comme 

ce crime les dégradant de la NoblelTe. héritier de fon oncle , y mena une puif- 

Cette année g^9' ^ a Pologne fut ho- fante armée , avec l'aide de Richard II. 

norée du titre de Royaume par TEmpe- Duc de Normandie, 8c pourfuivit fi 

reur Othon III. qui étant allé à Gnefne conftamment fon entreprife , qu'enfin 

vi/zter lefépulchre de S. Adalbert Mar- il accabla la faction de l'ufurpateur. Ce 

tyr , donna les omemens Royaux au ne fut pourtant pas fans beaucoup de 

Duc Boleflas. difficultés , 8c fans une guerre de cinq 

Vannée fuivante la Hongrie eut le me- ou fix ans. Dans le commencement il 

me avantage : mais elle voulut le recevoir fut repoufle devant Auxerre , mais il le 

des mains du Pape ; le Prince Etienne prit deux ans après à compofition. Au- 

fils de Geifa , ayant embrajfé le Chriftia- paravant il avoit pris Avalon par bré- 

nifme , lui envoya demander la Couron- che, 8c Sens par compofition. On di- 

ne Royale. foit que les murailles d'Avalon étoient 

00 Sur la fin de Janvier de l'an 1002. tombées miraculeufement devant lui : 

l'Empereur Othon III. âgé feulement mais s'il eût reçu cet avantage de l'af- 

«ncore BAsi-de 2.8. ans , mourut dans la ville de liltance divine , il n eut pas maltraité, 

k & cous- Rome , ou félon d'autres dans celle de comme il fit , tous les Habitans , en 

HsmLyii. r. Paterne > fans biffer aucuns enfans. On ayant envoyé un grand nombre au gi- 

ii. ans & de- crût que c'étoit de poifon , dont j'ai bet, 8c un plus grand nombre en exiL 

obfervé que le maudit ufage fe rendit II feroit trop long de rapporter en 

fort commun en ce fiécle par tout l'Oc- détail tous les divers fuccès de cette 

cident. Henri IL du nom , dit le boi- guerre -, ils aboutirent là , qu'il rembar- 

teux, fon proche parent, qui était Duc ra Othe Guillaume outre la Saône , où 

Tome II. Q 



1002. 



IOOZ 
* Franche 
Comté. 



lOOj, 



iii ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

-il fut la tige des Comtes * de ce pays- L'Empereur alliégea envain Valencien- • 
là -, 6c qu'il lui lit quitter le titre de Duc nés & puis Gand : finalement comme 
deBomgogne, comme auiîi à'iongen- cette guerre fe faiioit aux frais &" dé- 
die qui l'avoir pris , parce qu'il voyoit pens du Flamand , il s'accorda fage- 
fôn beau-pere peu coniidéré par les ment avec l'Empereur , 6c lui remit 
Bourguignons. Valenciennes. 

Je ne pu, s oublier un exemple mé- Depuis , l'Empereur délirant fe fer- 
morablë de la fouveraine puilTance , 6c vir de fa valeur dans les grandes alîai- 
de l'extrême rigueur d'un Pape ; c'étoit res que lui caufoient les rébellions des 
Silveftre IL Guy Vicomte de Limoges Princes Allemands, lui redonna cette 
fut cité à Rome par Grimoard Evêque Ville-là , 6c déplus Pille de Valkeren 
d'Angoulême , pour ce qu'il l'avoit dé- faifant partie de la Zelande. D'où nâ- 
tenu prifonnier dans un Château , en quit un long 6c fangiant différend en- 
vengeance de ce qu'il avoit refufé de tre les Flamands & les Hollandois : 
lui donner la jouinance de l'Abbaye de ceux-ci prétendant que la Zélande leur 
Brantofme ; car les Evêques pouvoient appartenoit , en vertu de certaine do- 
difpofer de celles qui dépendoient nation qu'ils difoitnt leur en avoir été- 
d'eux. Les parties comparurent -, la eau- faite par l'Empereur Lotaire fils de- 



1005.. 



1004. 



fe ayant été plaidée le propre jour de 
Pâques , le Papa prononça que Guy 
pour réparation de fon crime , feroit 
attaché au col de deux chevaux in- 



Louis le Débonnaire. 

La fixiéme année de ce fiécle com- 
mença cette horrible lamine qui dé- „ r •' 
peupla la France de plus d'un tiers de 



1006. 



domptés, 6c fon corps ainli brifé 6c les habitans , 6c dura quatre ou cinq ans. 
déchiré , jette à la voirie , ce qui feroit II y avoit déjà quelques années que 

exécuté dans trois jours. Cependant Robert avoit quitté lierthe 6c s'étoïc 



Guy fut livré entre les mains de i'Evë- 
que pour le garder j mais ce Prélat fe 
taillant aller aux mouvemens de la pi- 
tié 6c de la charité, lui pardonna, 6c 
fe dérobant la nuit, l'emmena géné- 
reufement avec lui en France. 



remarié. Il avoit époufé en troihémes 
noces Confiance , furnommée Blan- ■ 
che, fille de Guillaume V. Comte d'Ar- IO °9- 
les & de Provence , 6c de Blanche , til- 
le de Gefioy Griie-Gonelle Comte- 
d'Anjou. Quelques-uns appellent auffi 
Othon fils du Prince Charles Duc de ce Guillaume Duc d'Aquitaine, car 
la balle Lorraine, mourut l'an 1004. plulieurs en ce tems-là nommoient ain- 
fans avoir été marié -, l'Empereur Hen- fi la Provence à caufe de la ville * d'Aix. * Aqui Sc*- 
ri donna fa Duché à Godtfroy Comte C'éroit une fort belle PrincelTe , mais"*' 
de Verdun , de Bouillon 6c d'Ardenne, fiere, capricieufe , ne voulant rien fouf- 
n'ayant aucun égard aux fœurs du dé- frir , 6c étant infupportable -, d'aill.urs 
funt qui étoient mariées , fçavoir Ger- née 6c élevée en un climat où les eiprits 
berge à Lambert Comte de Brabant , font plus chauds, plus alertes 6c plus 
Se Hermengarde à Lambert Comte de voluptueux : atiffi comme le marque un 



1005. Namur. Delà defeendirent les Ducs 
6c fuiv. de Brabant & les Comtes de Namur. 

FRipcreurs Le Comte Baudouin de Flandres dé- 
îAiiLF. & : a ennem i de l'Empereur , entreprit la 
iin,& hen- o 1 uerelle de ces hllis. L Empereur vint 
ky 11. cou- aLI f ccours de Godefroy qu'il avoit in- 
icnioi^ v ^fti de ce fieFj 6c le Roi de France em- 
R. ip. ans. biallà le parti de Baudouin fon vallal. 



auteur , il vint de ce pays -là grande 
quantité de danfeurs, de farceurs 6c 
autres gens de plailir, qui par leurs ma- 
nières trop gaillardes & diifolues mi- 
rent le luxe 6c le défordre dans la Cour 
de France , 6c en chalTerent la (impli- 
cite , la gravité 6c la modeftie. 

Le Calife des Sarrafins 3 qui unoitfon 



IOÏ1. 



ROBERT, ROI XXX V I. 115 

" Jîègt à Babylone , pouffé par Tinfligatinn L'an 1003. ou avait a ujjt remarqué une, 

des Juifs de France , commanda quon comète , qui ne sèloignoit guéres du So~ 

démolit le J'aint Sépulchrc de Notre Sei- iiii , & ne parut que peu de jours t un 

gneur & Le Temple de Jérujalem. Mais pzu avant J'on lever. Huit ans aupara- 

la mère de ce Prince , elle sappelloit Ma- vant ,J'çavoir l'an C)()ô. on en avoit va 

rie , qui étoit Chrétienne , fit incontinent une autre le jour de S. Laurent ,6* en 

rétablir le J'aint Sépulchrc. Ce qui en- £>ol. encore une autre dans le tems de. 

fiamma davantage la dévotion des Chré- L'Automne. Ce que je marque pour faire 

tiens Occidentaux envers les J'aint s lieux , voir que ces phénomènes ne Jont pas fi 

& leur haine contre les Juifs , de forte rares , pour en faire tant de bruit , com- 

quil les ajfommoient par tout t ou Us me font quelques-uns. 

banniffoient. L Arche veché de Bourges étant ve- 

Les pèlerinages de la Terre fainte , nu à vacquer par la mort de Daim- ' 

qui étoient déjà ajfe^communs ,J'e rendi- berr , le Roi le donna à Gollin fon fils 

rent alors fort fréquens , même pour les naturel , Abbé de Fleuri. La tendiefle 

grands Seigneurs. Ceux qui lesfaijbient paternelle le poulla à violer la difcipii- 

en rapportoient des palmes quils cueil- ne Eccléhaftique , contre la conduite 

loient dans la Vallée de Jéricho , à eau- ordinaire j 6c il avoit des exemples des 

fe de quoi on les appelloit palmiers. Rois fes prédécelfeurs en pareil cas. 

Le bon Roi Robert s'adonnoit entié- Néanmoins le Clergé de cette Eglife 
rement aux œuvies de pieté, de cha- forma de grandes oppoiitions à fa vo- 
rité, de miféricorde 6c de juftice : il lonté , ibutenant que les faints Canons 
réédifioit les Eguies, ou en bâtiîïbit de n'admettoient point les bâtards à la 
nouvelles , faifoit des pèlerinages avec Prélature , 6c que la Loi de Dieu dans 
ferveur & dévotion, ( il en lit deux à le vieux Teftament leur fermoir l'en- 
Rome , ) 6c nournifoit grande quanti- trée du Temple julqu'à la dixième gé- 
ré de pauvres dans toutes les villes de nération. Cette réfiftance caufa beau- 
fon Royaume. On en voyoit chaque coup de tumultes, 6c ils ne ceiTerent 
jours plus de deux cens dans fa mai- qu'au bout de cinq ans, lorfqu'on eut 
fon , qu'il menoit par tout , n'ayant reconnu que le mérite du bâtard étoit 
point de dégoût de Les voir jufques plus grand que le défaut de fa naif- 
fbus fa table , de toucher leurs ulcères . lance. 

6c de faire demis le -fignê de la Croix , Les Comtes de Sens étoient fort vio- """" ' 

qui Ils guénlfoit bien fouvent. lens 6c grands perfécuteurs des Ecclé- 

II fe plaifoit à chanter au Chœur, 6c fiaftiques. Raynard I. avoit bien caufé 

à compofer les paroles 6c les notes des des fâcheries à Seguin fon Archevêque , 

motets & répons, à 1 honneur ou des ayant bâti deux Châteaux fur les terres 

myltereSjOU des Saints. L'Eglife en a de fon Eglife, fçavoir Château-Ray^- 

confervé quelques uns , qu'elle chante nard 6c Joigny. Son fils Fromond fui- 

encore aujourd'hui. vir fes traces ; après la mort de Seguin 

On vit cette année i OU. dans les der- il ufa de beaucoup de violences pout*. 

nie res parties du midi une étoile d'une faire élire un de les fils Archevêque : 

grandeur extraordinaire , qui fembloit mais leClergé n'en voulut point du tour, 

darder de vifs éclairs dans les yeux. Elle 8ç choifit l'Archidiacre qui fe nommojt 

parut trois mois entiers , quelquefois di- Leoteric. En haine de cela Fromond 6ç 

minuant , d'autrefois je montrant plus puis Raynard II. fon fils dit le mauvais P 

grande , comme fi elle Je fût rallumée , & qui lui fuccéda , firent tous les outra- 

quelquefois jemblant tout- à-fait éteinte, ges imaginables à cet Archevêque, Il 

9 v 



ion. 



1*4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

eut enfin recours au Roi pour châtier fit couronner à S. Corneille de Com- ' 

l ? l j* cette infolence. Le Roi y envoya Bou- piegne le jour de la Pentecôte de Lan io1 7* 

& luiv. c j larc j f on Comte du Palais : les habi- 1017. & depuis on mit fon nom dans 
tans de Sens lui ouvrirent auiîi-tôt les tous les aétes avec celui de fon père, 
portes. Raynard fe fauva tout nud , & Cette même année on commença à 
Fromond II. fon frère fe retira dans découvrir qu'il y avoit certains Héré- 
une grofle tour que Raymond avoit bâ- tiques Manichéens dans la ville d'Or- 
tie. Le Roi y fut en perfonne , la prit leans , qui pourtant ne furent appré- 
par force , & envoya Fromond prilon- hendés & punis que l'an 102.2. Nous 
nier à Orléans , où il acheva (qs malheu- en parlerons dans l'Eglife du onzième 
reux jours. Eudes Comte de Champa- fiécle. Ces monftres femblerent avoir 
gne embraffa la caufe de Raynard 3 qui été défignés par un prodige fort éton- 
s'étoit réfugié auprès de lui. Ainfi joints nant qui arriva au même tems. Il tom- 
ils fe trouvèrent alfez forts -, ils bâtirent ba une pluye de fang dansquelques con- 
le Château de Montereau Faut-Yonne , trées maritimes de la Guyenne. Six ans 
& firent le dégât aux environs de Sens, auparavant , les eaux d'une fontaine 
Tellement que le Roi & l'Archevêque auprès de Mons en Haynaut avoient pa- 
prirent une trêve avec eux , Se enfuire ru toutes fanglantes. Le Roi Robert 
conclurent un accommodement : par croyant qu'une chofe fi extraordinaire 
lequel le Roi rendoit la moitié de la quoique procédant d'une caufe naturel- 
Ville à Raynard , à la charge qu'après le , devoit être un figne qui méritoit 
fa mort cette moitié iroit àl'Archevê- qu'on en recherchât l'explication, en 
que. En vertu de ce traité il rentra en voulut avoir le fentimenc des plus doc- 
poifeflïon ; mais le péril pafle il n'exé- ces Evêques de fon Royaume -, ils lui 
cuta aucune des conditions. La querel- firent des réponfes plus remplies d'allé- 
le recommença donc , & cette affaire gories , &c d'inftructions morales & 
ne fe termina que fous le régne de chrétiennes, que de raifons de Phyfique. 
Henri. J'ajouterai ici pour les curieux des 
Peut être que ce fut cette guerre qui chofes naturelles, que l'an ion. on 
donna occafion aux Bourguignons de avoit vu pleuvoir du bled &: des petits 
fe rebeller une féconde fois, & à plu- poilfons dans le pays deHasbain. Pour 
fieurs Seigneurs d'exercer des brigan- les poillons ils pouvoient s'être formés 
dages dans la Province par le moyen de quelque fray que le Soleil avoit at- 
de leurs Châteaux. Quoi qu'il en foit , tiré en l'air avec les vapeurs ; c'eft ain- 
le Roi s'avança dans le pays , & y dé- fi qu'il s'y forme de petites grenouilles, 
molic toutes ces retraites de voleurs. Et quant au bled, on peuteroire qu'un 
Deux ans après voyant que fon fils tourbillon en avoit enlevé quelque 
aîné , qui s'appelloit Hugues , Prince monceau à la campagne, & que la tem- 
fort bien fait de corps & d'efprit ,don- pête l'ayant enveloppé dans une nue , 
noit de grandes efpérances, quoiqu'il l'a voit poulie jufqu'à l'endroit où elle 
n'eut pas douze ans accomplis : il le avoit creve. 






ROBERT, AOl XXXVI, u s 

! . ■ ■.» ■ ■ il ■ i i ' — I _^_^^_^^_^_^^^_»^ 

ROBERT 

& 
HUGUES fon fils , âgé de 16. à 17. ans. 

GUillaume IV. Duc d'Aquir- &: les alla attaquer. Mais vingt ou tren- ■ — 
taine à fon retour de fon troifié- te des plus iignalés étant tombés dans 101 '« 
me ou quatrième pèlerinage de Rome, des foflès recouvertes de branchages 8c 
( ceux qui en faifoient le plus étoient de gazon , que les Normands avoient 
les pliu eftimés ) trouva fon pays enri- creufées fur les avenues de leur camp, 
chi d'un nouveau tréfor. L'Abbé de 8c ayant été pris par ces Barbares , cet 
faint Jean d'Angeli ayant rencontré le accident découragea les autres de don- 
crâne d'un homme dans une muraille , ner. Néanmoins les Normands crai- 
le bruit s'épandit que c'étoit la tête de gnant une plus rude attaque , déloge- 
S. Jean-Baptifte , 8c qu'elle y avoit été cent la nuit même , 8c remontèrent fur 
enclofe par le Roi Pépin. Les Peuples leurs vahTeaux. Mais il fallut leur payer 
de France , de Lorraine 8c de Germa- telle rançon qu'ils voulurent pour les 
nie , qui en ce tems-là couroient avec prifonniers qu'ils avoient faits, 
grand zélé à toutes fortes de Reliques, Entre les guerres particulières qui fe 
y affluoient de tous côtés. Le Roi Ro- faifoient entre tant de différens Sei- 
bert , la Reine , le Duc de Normandie , gneurs , qui avoient ufurpé les Villes 
8c une infinité de Seigneurs , y appor- 8c les Provinces , nous ne remarquons 
terent leurs offrandes : celle du Roi fut que les plus importantes. Foulques 
d'une coupe d'or qui pefoit trente li- Nerra Comte d'Anjou étant allé en pé- 
vres : préfent admirable en un tems où lerinage pour la première fois en Jéru- 
l'or 8c l'argent étoient cinquante fois falem, Eudes Comte de Blois, de Char- 
plus rares qu'ils ne le font à cette heure, très 8c de Tours , Hilduin Seigneur de 
Les Danois ou Normands de de-là Saumur , 8c Gefroy Seigneur de Saint 
la mer , n'avoient pas tout-à-fait ou- Agnan , fe liguèrent enfemble pour 
blié leurs coutumes de pirater , ils fai- envahir fes terres , 8c y firent de grands 
foient encore quelquefois des defeen- dégâts. Lorfqu'il fut de retour, fon 
tes en Angleterre 8c fur les côtes de la propre refTentimenr > 8c les promelîès 
France. Ils avoient conquis une gran- que lui fit le Roi de l'afîitter à châtier 
de partie de l'Angleterre , 8c à la fin l'orgueil du Comte Eudes , l'engage- 
même ils y donnèrent quelques Rois, rent à une grande guerre. Il remporta 
Cette année ils aborderenr dans le Poi- une viétoire fignalée fur fes trois enne- 
tou, étant peut-être avertis qu'un grand mis à Pont-Levoy , avec le fecours de 
nombre de pèlerins vifitoit cette tête Hébert Comte du Maine. Mais l'an- 
de S. Jean. Quoi qu'il en foit, ayant née fuivante que l'on comptoit 1017. 
mis pied à terre là auprès , ils y firent Eudes 8c fes alliés remirent fur pied do 
quantité de bons prifonniers. Tout le plus grandes forces j 8c alors le Roi ne 
pays s'arma pour les en chaffer -, le Duc fe remua point du tout en faveur de 
d'Aquitaine alfembla toute fa Nobleffe l'Angevin , mais fit la paix avec Eudes 



n6 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

" — fans l'y comprendre. C'eft pour cela Eudes s'étant mis en devoir d'en fur- *■ 

101 que les Chroniques d'Anjou parlent fi prendre la garnifon , fécondé des Com- 10il> 

défavantageufement de ce Prince 8c de tes Valeran de Meulan 6c Hugues du 

la race de Capet. Foulques néanmoins Mans , fut battu 6c mis en déroute, 
s 'évertuant de lui-même, , bâtit un tort Comme la guerre s'échauffoit de 

à Montudel pout brider la ville de plus en plus, il fuicita tant d'ennemis 

Tours , prit la ville de Saumur , cv puis nu Duc Richard , que ce Prince crai- 

le Châceau. Delà ayant _palîe la Vien- gnant d'être accable, appelia à fon fe- 

ne , il affiégea Montbazon -, 6c fçachant cours Lagman ou Lacune Roi en Suéde, 

qu'Eudes 6c les liens étoient allcmblés 6c Olaus Roi en Norvège , qui étans 

auprès de Loches , il leur alla brave- defeendus en Bretagne , 6c ayant forcé 

ment préfenter la bataille. Mais ibit & faccagé la ville de Dol, marchèrent 

par une trêve , foit pour quelqu'aurre vers le pays Chartrain. Toute la France 

fujet , les deux armées fe retirèrent lans au fouvenir des défolations p.dfées, en 

coup rèrir. prit une extrême épouvante ; 6c le Roi 

Cette querelle fe ralluma à" diverfes s'employa avec tant de chaleur à étein- 

fois , 6c plus ardemment lors qu'Eudes die cetembrâlemenr, qu'il mit les deux 

eut hérité des Comtés de Brie 8c de Princes d'accord 8c contenta les Rois du 

Champagne , par le décès d'Etienne Nord. Ainli ils s'en retournèrent en leur 

fon frère ■> mais il n'y gagna que des pays , après que celui de Norvège fe fut 

coups, 8c y perdit fon fidèle allié le Sei- lait baptifer à Rouen , 6c reçu le nom 

gneur de S. Agnan, lequel ayant été de Roberr fur les facrés fonts. 

pris en guerre fut étranglé en prifon L'Empereur Henri 6c le Roi Robert 1023. 
par les gens de Foulques , fuis fon ordre délirant de bonne foi ôter tout fujet de 
pourtant , à ce qu'il protettoit. différend entr'eux convinrent d'une en- 
La dix-huitiéme année de ce fiécle trevue fur les bords de la rivière de 
mourut Geofroy Duc ou Comte de Meufe. Comme les couitifans de l'un 
Bretagne •, car en ce tems-là les Ducs 6c de l'autre formoient plusieurs d.ffi- 
prenoient indifféremment le titre de cultes fur le lieu , la manière cV le pas , 
Comtes. Son fils aîné Alain III. du nom 6c que les deux Princes au contraire 
lui luccéda en fa Duché , 8c Eudes fon avoient dans la penfée de vaincre cha- 
fecond eut la Comté de Pontievre en cun fon compagnon pnr civilité, Henri 
partage. Alain époufa la PrinceHTe Avoi- paflà la rivière de bon matin & vint 
le fœur du Duc Richard -, 8c par ce farprendre agréablement Robert , qui 
moyen la Normandie 8c la Bretagne , le lendemain lui rendit fa vifite du 
auparavant fort ennemies, s'unirent même air. Tous deux fe régalèrent ma- 
d'alliance & d'amitié. gnifiquement, 8c s'offrirent chacun à 

Il s'étoit ému guerre dès l'an 10 17. fon tour de fort riches préfens : mais 

I S >1 °' entre Richard Duc de Normandie , &c Robert n'en prit qu'un reliquaire où il 

Eudes ou OJon Comre de Tours , de y avoit une dent de faint Vincent Mar- 

Chutres 8c de Blois , à caufe qu'Eu- tir, & le Livre des Evangiles, qui étoient 

des ne vouloit pas rendre la ville de enrichis de pierreries •■, 6c Henri ne vou- 

Dreux qui lui avoir été donnée en dot lut qu'une paire de pendanr d'oeilles. — 

avec Manlde fœut de Richard , qui Ce dernier étant mort à Bamperg , I02 4- 

étoit morte depuis peu : fi -bien que les Princes de Germanie élurent Con- bam'lT'ôT* 

Richard avoir bâti le Château de Til- rad Duc de Wormes , qui ne put aller constah- 

leres , près de Verneuil , d'où il faifoit à Rome pour recevoir la' Couronne Im- ^VifaïT 

des courfes dans la contrée de Dreux, pénale que l'an i otj» Daboid les Pnn-aus. 



ROBERT, ROI XXXVI. 127 

ces &c Prélats Italiens haiflant la nation ze-Majeflé , & lui offrant néanmoins s'il 



10x5. Teutonique, qui les traitoit à baguette, fe mettoit en fon devoir , de lui obte- 101 $« 
refuferent de lui obéir , &: députèrent nir la vie fauve & ies membres. Voilà 
en France vers le Roi Robert pour lui tout ce qu'en apprennent les monu- 
offrir le Royaume d'Italie pour fon fils mens de ce tems-iu. 
Hugues. Mais la Reine Confiance n'en dimî- 
A fon refus ils s'adreflerent à Guil- nua rien de fa fierté &c de fes fâche ufes 
laume Duc d'Aquitaine , fort connu à humeurs. Il fallut que le Roi s'accou- 
Rome par fes fréquents pèlerinages. Il ruinât à ies foufrrir , de crainte de plus 
écouta leurs oftres , entendit leurs grand fcandale j ôc qu'avec cela il en- 
moyens , dépêcha en ce pays-là pour durât qu'elle traitât ion fils le Roi Hu- 
fonder le gué , & puis y palfa lui-mê- gués dans la dernière indignité; jufqu'à 
me. Quand il fut fur les lieux , il ne réduire ce jeune Prince à une milérable 
trouva rien de ce qu'on lui avoit pro- indigence de toutes chofes. 
mis , tout le monde lui demaudoit , au Quand il eut atteint à peu près l'âge ~"~ 
lieu de lui donner , on ne lui propofoit de vingt ans , ôc qu'il voulut faire fa <^ r ■ *" 
que des conditions ridicules-, ainfi com- mai fon, & tenir un train convenable 
me il vit qu'ils en vouloientà fabourfe, à fa grandeur , cette femme horrible- 
ëc qu'ils redoutoient fà grandeur , il fe ment avare , & appréhendant plus la 
mocqua d'eux &z fe retira. dépenfe que l'infamie , lui fit fout- 
Empereurs L'humeur impérieufe &c fuperbe de frir tant d'injures ôc d'outrages , qu'il 
9°, NSTA îiV N la Reine Confiance caufoit à toute heu- fut contraint de fortir de la Cour, 

ieul en IX— . „ . A t * 

tembre.&en- re de lenfibles deplaidis au Roi , quoi- 6c d'aller errant de cote 6c d autre, 
core Conrad q U 'jJ a f£ t ^e toutes fortes de moyens fans que perfonne ofât lui donner re- 
pour adoucir cet efprit malin. Un jour traire ni allillance , tant on craignoit la 
s'étant fâchée contre un favori qu'il vengeance de cette mère dénaturée, 
avoit , nommé Hugues de Beauvais , Tellement qu'étant contraint de me- 
parce qu'il fortifioit l'efprit de fon ma- ner plutôt une vie de bandit que de 
ri contre (es entreprifes, elle adrelîa fa Prince , il advint que Guillaume Com- 
plainte à Foulques Comte d'Anjou fon te du Perche, fi méchant homme qu'il 
coufîn pour le prier delà venger. Le patloit pour être de la race deGanelon, 
Comte fort vindicatif de lui-même, eut la hadieife de l'arrêter prifonnier 
lui envoya douze Gentilshommes de pour quelque action indigne, à quoi 
fon pays , qui ayant pris leur tems que l'extrême nécelîité l'avoit forcé. Mais le 
le favori étoit à la chalîè avec le Roi , fe Roi le retiraaufli-tôt -, 6c depuis la Reine 
faillirent de fa perfonne , 6c lui tranche- ne lui fut plus fî cruelle, 
rent cruellement la tête en préfence du Je trouve dans la vie de ce très-fage' 
Prince même , fans avoir égard à fes Roi une action de bonté plus que roya- l 
très-humbles fupplications. le. Ayant été découvert une grande con- 
II y a quelque apparence qu'un Ci fpiration conrre fon état 6c fa vie, 6c 
exécrable attentat ne demeura pas fans les auteurs arrêtés prifonniers , comme 
châtiment , 6c que Foulques fut con- les autres Seigneurs , étoient allemblés 
traint de venir en Cour demander par- pour les condamner à mort , il fit trai- 
don au Roi , 6c de lui livrer les aflaffins. ter fplendidement ces malheureux , 6c 
Car je trouve que les Evêques mena- les admit le lendemain à la facrée Coin- 
cèrent de l'excommunier s'il ne le fai- munion : puis il voulut qu'on les laif- 
foit promprement , lui déclarant qu'il sât en liberté , difant que l'on ne pou- 
avoit encouru les peines du crime de le- voit pas faire mourir ceux que Jésus- 



n3 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

Christ venoit * de recevoir à fa table, que de fon vivant même elle ne bradât 



ft IOZ 5* , Le dix-ieptiéme de Septembre le une puiffante conipiration pour dctrô- IOi *« 

nel eft réputé jeune Roi Hugues mourut à la fleur de. ner laine, 8c mettre le puîné à la place. 
V riLfa g race fon âge, regreté de toute l'Europe pour L'an 1016. Richard le Bon Duc de 

«in l'admet les rares &: aimables qualités , qui lui Normandie finit fes jouts, & eut pour 

à ta table, avoient acquis tant de réputation, qu'à fuceflèur Richard III. fon fils aîné. 

peine l'eut-il pu foutenir s'il eut vécu Othe-Guiilaume Comte de Bourgo- " 

davantage. Il fut enterré à faint Cor- gne, paiïà auflî de cette vie à une au- l01 7« 

aeille de Compiegne. tre l'année fuivante, &c fon fils Renaud 

Il reftoit trois autres fils au Roi Ro- pofféda (qs Etats, 
bert fçavoir Henri , Eudes 8c Robert. L'enragée paflïon de dominer arma 

Il femble à lire quelques auteurs de ce Baudouin , alors furnommé le Frifon , 

tems-là, qu'Eudes étoit l'aîné de tous 8c depuis appelle le Débonnaire , con- 

les trois. Quoi qu'il en foit , le Roi tre Baudouin à la Barbe ou le Barbu fon 

après la mort de Hugues vouloit faire propre père Comte de Flandres , en 

couronner Henri : mais la Reine Conf- forte qu'il le chailà de fes Etats. Ce fils 

tance par un appétit dépravé avoit dénaturé fe tenoit fott de l'alliance de 

entrepris de donner le Royaume à Roberr, dont il avoit époufé la fille *, 8c 

Robert , qui conftamment étoit fon pourtant ce bon Roi ne favorifoit pas 

puîné. cette impiécé. Richard III. Duc de 

L'autorité du père 8c la raifon l'em- Normandie ( d'autres difent que ce fut 

portoient pour Henry fur l'efprit des Robert ) recueillit le vieillard exilé 8c 

Seigneurs François ; ils le firent couron- le remit dans fa Comté. Il ne put pour- 

ner le 23 de May de l'an 1027. Et néan- tant éteindre tout-à-fait les partialités 

moins l'opiniâtreté de cette femme ne dans le pays , où les uns tenoient pour 

fe rendit pas , 8c caufa beaucoup de tu- le fils, 8c les autres pour le père, 
multes, fon mari n'ayant fçu empêcher 



ROBERT 
& 

HENRY fon fils , âgé de quelque 18. ans. 



1028. 



Empereurs 



R 



Ichard III. Duc de Normandie rut peu de tems après le 31. Janvier ' 

n'ayant régné que deux ans, mou- l'an 1030. ou 31. âgé de 71. ans. Il 10 5°« 

romain 11. rut empoilonne pas lcn trere nomme avoit deux hls d'Adelmodis fa premie- 

«ouffn de Robert , qui après fa mort jouit de la re femme , Guillaume 8c Eudes ; 8c 

Novembre r. Duché acquile par un fratricide. Lan 8c deux autres de la leconde , qui 

5. ans 6. 1030. Guillaume V. Comte de Poitou étoit Agnes, feavoir Pierre - Guil- 

inois , & en- 



<.oreCosRAD 
il. 



8c Duc d'Aquitaine , connoillant qu'il laume 8c Guy-Gerroy. Un an après fa 
n'avoit plus guère de tems à demeurer mort Agnès defirant s'acquérir de l'ap- 
en ce monde , y renonça fort pieufe- pui pour elle 8c fes enfans, époufa Ge- 
ment , 8c fe retira dans l'Abbaye de froy Martel très- vaillant Prince, fils 
Maillerais, qu'il avoit bâtie. Il y mou- de Foulques Netra Comte d'Anjou. 

Datas 



ROBERT, ROI XXXVI, ii<> 

Dans les années 1019. 8c 30. il fe rai- que encore maintenant le même jour, 



iuma une forte guerre entre Eudes Com- 8c avec la même cérémonie. Il entrete- 

te dé Champagne , de Chartres 8c de noit aufli un grand nombre de Clercs > 

Tours , 8c Foulques Comte d'Anjou , ce qui peut avoir donné lieu à cette 

au fujet de ce que Foulques fortifioit louable coutume de fonder des bourfes 

le Château de Montrichaid , qu'Eudes pour la nourriture des pauvres Ecoliers, 

difoit être de la Comté de Touraine. Il bâtit le Château d'Eftampes , 8c 

Après quelques rencontres ils en vin- trente-cinq ou quarante Eghfes à Paris, 

rent à une bataille rangée , tous deux à Orléans 8c autres lieux : lefquelles 

étant à la tête de leurs troupes ; la per- n'étant pas d'une ftru£ture fort folide , 

te fut grande de part 8c d'autre , mais ni fort magnifique , comme l'on en a 

la viétoire demeura à l'Angevin. bâti depuis , font prefque toutes tom- 

Quoique le Roi Robect permît la bées, ou ayant été réparées, ont chan- 

libei té des élections, néanmoins l'Eve- gé de face. A fon exemple la Reine 

que de Langres étant mort, il lui en Confiance édifia un Monallére à PoilTy , 

ayoit fubftitué un autre d'autorité ab- où elle mit dès Chanoines Réguliers, 

folue , parce qu'il avoit befoin d'une Trois cens ans après, Philippe le Bel 

perfonne qui fut entièrement à lui dans donna cette Maifon à des Religieufes 

ce pofte , pour lui aider à retenir la de faint François. 

• Bourgogne dans l'obéiflance. Les Cha- Il avoit quatre enfans vivans > trou 

lo i 1 ' noines ayant empoifonné celui-là, il fils-, Henri qui vint à la Couronne» 

y en mit encore un fécond ; ce qui exci- Eudes qui la lui difputa, 8c Robert qui 

ta de fi grands troubles parmi le Clergé fut Duc de Bourgogne : 8c une fille 

de cet Evêché, qu'il fut contraint d'y nommée Adeleide, qui l'an 10*7. épou- 

aller en perfonne , pour inftaller ce fa Baudouin de l'Ifle , depuis Comte 

nouveau promu , 8c enfuite d'y en- de Flandres. 

voyer fon fils , afin de le maintenir 8c Il ne tint pas à fa conduite que la 

le garantir de leurs attentats. France ne fut tout-à-fait heureufe : il 

Tandis que Henri étoit en ce pays -là, donna à fes fujets ce qui dépendoit de 

il advint une grande Eclipfe de Soleil ; lui , la juftice 8c la paix j mais il eut 

êc Robert fon père , au retour de plu- le déplaifir de voir la famine , 8c la pe£- 

iîeurs dévots pèlerinages , fut attaqué te enfuite , ravager cruellement fes 

d'une maladie, dont il mourut le ving- Etats par trois fois. Une en l'an 1006. 

tiéme de Juillet de l'an 103 1. Il vécut une autre en l'an 1010. & la troifiéme 

foixante& un an, dont il en régna 45. depuis l'an 1030. jufques à l'an 1033, 

ôc demi , fçavoir neuf 8c demi avec fon La première fut générale par toute l'Eu- 

pere , 8c trente-quatre depuis fa mort, rope , 8c la dernière fi cruelle en France ? 

Il fut inhumé à faint Denis. qu'il fe trouva plufieurs perfonnes quf 

Entre les éloges qu'on lui donne de déterroient des corps pour les manger > 

père des pauvres , de fage, de pieux , qui alloientà la chafledes petits enfans, 

de Débonnaire -, je n'en trouve point qui fe tenoient au coin des bois comme 

de plus beau que celui qui l'a qualifié des bêtes carnacieres , pour dévorer les 

Roi de ses moeurs aussi-bien que paiTàns. Il y eut même un homme qui 

de ses peubles. Il entretenoit deux pofledé de la convoitife du gain , plus 

cens pauvres à fa fuite , 8c leur lavoit enragée que la famine, étala de la chair 

fouvent les pieds , particulièrement le humaine dans la ville de Tournus : mais 

jour du Jeudi Saint. De-là eft venu le on expia ce déteftable prodige par les 

Mandat que la piété de nos Rois j?rati- flammes. Cette extrême difette de bleds 

Tome II. R 



i 5 o ABREGE CHRONOLOGIQUE 

~~~" ~~" procédait des pluyes froides & conti- grains ne pouvoient germer , ou mou- 
10 i 1, nuelles qui détrempoient la terre 8c la roient tout aulîi-tôt qu'ils étoient ger- 
refroidilloient de telle forte , que les mes. 



CONSTANCE 

III. FEMME 

DE ROBERT. 

Son vifage charmant > & Tes yeax pleins de flammes > 
Sont comme un doux concert mêlé de faux accords ; 
Et témoignent allez que la bonté de l'ame , 
Ne le joint pas toujours à la beauté du corps. 

£ un/iiKe TT Ugues Capet par une Lettre, que commère &c fa parente , étant fille de 
Grèce pour JE"! l'on voit parmi celles de Gerbert Conrad Roi de Bourgogne & de Ma- 
ianfiis, écrites à Conftantin & à Baille frères, haud iœur de Lotaire Roi de France : 
Empereurs de Conftantinople , leur mais nos Evêques lui ayant remontré 
demanda une fille de leur maifon pour que pour le bien de l'Etat il devoit paf- 
fon fils, qu'il difoit être unique, ce 1er iur ces empêchemens , & que pour 
devoit être Robert : car il étoit âgé eux ils les levoient, il l'époufa , non 
d'environ 28. ou 30. ans quand fon pe- point par amour , car elle palfoit l'a- 
re mourut, & par conféquent il de- ge de trente-cinq ans, tems auquel la 
voit être né alors. Nous ne fçavons beauté des femmes efl: bien diminuée , 
point quelle réponfe firent les Grecs à mais pour s'allier à la maifon deCham- 
cette Lettre*, mais nous fommes bien pagne autant portée à la révolte, qu'el- 
Première allures queRobertn'époufa point de fille le étoit puilfante. Le Pape fâché de ce iwquoiii 
Tcmnw cRo * de cette maifon-là. Sa première fut Ro- qu'on avoit challé Arnoul de l'Arche- la répudia, 
fuie ou Bofale , d'autres la nomment vêché de Reims fans lui en demander 
* Ler'tgar- Leut-garde * fille de Beranger Roi d'Ita congé , prit de-là fujet de faire querelle 
rard°" ou** ^ e » & véu ve d'Arnoul Comte de Flan- à Robert , il publia que cette alliance 
Lourde. dres , femme déjà âgée, mais qui lui étoit inceltueufe , reprit aigrement les 
étoit fort nécelTaire, afin de fe conci- Evêques qui Pavoient confentie, ôc les 
lier à lui & à fon père les Flamands qui menaça de fufpenfion : il excommunia 
ïerthe fecon- foutenoient Charles Duc de Lorraine : auffi le Roi 8c fon Epoufe , failnnt un 
~ dc elle mourut l'an 1002. Par les mêmes grand crime de peu de chofe. Robert, 
coniîdcrations Robert époufa la même l'un des meilleurs 8c des plus religieux 
année Berthe veuve d'Eudes , 8c mère Princes qui régnèrent jamais , ne fe 
d'un fiis de même nom , Comte de voulut point entièrement oppofer à 
Champagne. Il eft vrai qu'elle étoit fa cette violence, fa maifon n'étant pas 



CONSTANCE. iji 

encore affez affermie , mais il quitta double empire qu'elles empruntent de 
Berthe , 8c d'autant plus volontaire- la nature 8c de la dignité. Confiance faftc &or. 
ment qu'elle avoit eu une faufïe-cou- toute remplie de fafte 8c d'orgueil vou- confiance. 
che , 8c qu'elle n'étoit guéres propre à loir exercer {on pouvoir fur le Roi mê- 
l'âge où elle étoit à \\ù donner des en- me , 8c prenant fon humeur douce 8c 
fans dont il avoit befoin pour fe main- débonnaire pour une fbibleiTe d'efprit, 
tenir. Mais riez , je vous fupplie , de elle tâchoit d'avoir avantage fur lui 8c 
cette fable , qui conte que Berthe en- de s'en rendre la maîtrefTe, non par les 
fanta un monftre , à cauïe qu'elle étoit charmes de fon vifage 8c de fa conver- 
excommuniée , pour moi je ne me fation, mais par fa conduite impérieu- 
mettrai pas en peine de la réfuter : cette fe. Sçachant que fon mari recherchoit 
erreur n'elt pas dangereufe , car elle ne l'entretien des Dames , elle faifoit fem- 
trouvera guère de fedtateurs. blant d'en être jaloufe, afin d'avoir oc- 
Après qu'il eut fait ce divorce , il fe cafion de le ferrer de près , de prendre 
réfolut de prendre une femme pour fa- garde à fes actions , 8c de lui faire fans 
tisfaire à fon inclination , comme il en ceffe quelques plaintes ; Et plus il fouf- 
avoit pris deux pour latisfaire au bien froit de réprimandes 8c même de me- 
de fon Etat. Il prit donc l'an mil fix naces de cette Princefîe fans s'en plain- 
r Confiance Confiance fille de Guillaume I. Comte dre , plus elle augmentoit fon empke 
yencc d ° Pr ° ^ e P rovence ou d'Arles , 8c d'Alix fur fa perfonne. De forte que croyant 
d'Anjou , fœur de Foulques Comte être devenue maîtrefTe , elle chafToit 
d'Anjou. Il y en a qui tiennent que ce d'auprès de lui ceux qui lui déplaifoienr; 
Guillaume étoit Comte de Touloufe , elle inquiétoit , remuoit 8c renverfoit 
fondés peut-être fur ce que Glaber dit, tout le Palais , enfin elle étoit infup- 
que Confiance étoit des parties d'Aqui- portable à tout le monde & ne foufFroit 
taine : mais qu'ils confiderent, s'il leur perfonne. Robert étant ennuie de cette ve J°t|"î* 
plaît , que les auteurs de ce tems-là conduite , fe mit dans l'efprit de la ré- dier. 
ont compris la Provence fous l'Aqui- pudier fous prétexte de parenté, il dé- 
taine , 8c même en leur latin barbare clara fon defïein à quelques Evêques , 
ils l'appelloient ainfi. Elle amena avec 8c alla à Rome pour ce fujet : De quoi 
elle une grande luite de gens de fon cette Reine alors étonnée eut recours , 
pays , fans foi 8c fans fociété, dit Gla- comme l'écrit un auteur , à l'intercef- 
*Ceftque!es ber , * déréglés , vains, volages 8c pré- fion de faint Savinian Martyr, premier 
Provenceaux f om ptueux dont les moeurs 8c les fa- Evêque de Sens , auquel elle devoit 

ç>nr de tout -i /■ • • i • i fi ■ i- > -ri « c • • 

teiTO aitr.é la çons de taire , corrompirent en peu de avoir quelque dévotion particulière. II . r » avin . ïi » 
«lanfe, le jeu tems la Cour de France , qui étoit une s'apparut à elle 8c Faillira que Dieu ' pparo 
les Farceurs' Académie d'honneur 8c de piété, dont avoit en fa faveur changé la volonté 
& les Bâte- un bon Abbé fit de grands reproches au du Roi , lequel érant revenu de Ro- 
ïeurî ' Roi, mais elle caufa enfuke bien d'au- me ne fongea plus à la quitter; c'efl: 
très remuemens. Cette Princefîe fut pourquoi en mémoire de cette grâce 
une des plus belles de fon tems , 6V le elle fit richement enchâfier le corps 
grand éclat de blancheur qu'elle avoit du faint Marryr , qui étoit au Monafté- 
dans le teint > lui donna le furnom de re de faint Pierre le vif de Sens. Si ce- 
Blanche , que fa mère avoit aufîi porté, la eft ou non , je n'en fuis pas garant , 
Les grandes beautés font naturellement mais elle n'en devint pas pour cela plus 
îiéres, & quand elles fe voyent élevées modérée , tant s'en faut , elle gour- 
au-deffus des autres par la -puiiîance , mandoit le Roi, de forte qu'il n'eut 
leur orgueil exerce avec infolence le fçu accorder aucune faveur fans fa par- 

.R ?j 






j 3 * ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

licipation & fon confentement , ni y a quelque apparence que ce fut d« 
avoir fecret ou confidence avec quel- cet aifaiîïnat que Foulques conçut ce 
qu'un , qu'elle ne fe vint incontinent remords de confcience qui le fit aller 
jetrer à la traverfe. 11 étoit donc con- en Jerufalem , où par une pénicence 
traint , pour avoir la paix > de fouffrir remarquable , il fe fit traîner tout nud 
toujours cette gêne continuelle , &: de avec la corde au col , & battre de ver- 
s'aflujettir aux caprices de la Reine. Et ges par un de (es gens , criant , Sei- 
vraiement , il le Roi eft Saint, comme gneur > aye^pitic de ce mifèrable parjure 
je le crois, Confiance ne fervit pas peu & fugitif Foulques. Le Roi extiéme- 
Scn humeur à éprouver fa patience &à épurer Ces ment irrité de cet horrible attentat, 
cftâcheufe. autres vertus : car jamais couple ne fut vouloit challèr Conftance , mais quel- 
plus mal apparié pour les humeurs, elle ques Evèques , quoiqu'avec peine, 
étoit violente , fiere , avare , légère moyennerent fa reconciliation , après 
& cruelle > lui au contraire, pofé, mo- laquelle étant aufli facheufe qu'aupara- Enfamdc 
defte , libéral , conftant & débonnaire, vant , elle continua de le tourmenter. on *""' 
Il falloir qu'il fe cachât d'elle pour fai- Ils eurent néanmoins enfemble plufieurs 
re du bien à quelqu'un , & quand il enfans , Hugues qui fut couronné ôc 
récompenfoic fes lerviteurs , il ajou- qui mourut avant fon père , Henry I. 
toit toujours , Prene^ garde que Conf- qui régna , Robert qui fur Duc de 
tance ne le f cache. Bourgogne , Eudes, qui félon quelques- 
11 n'y a rien pourtant dans toutes fes uns le voua à l'Eglife , & fut Evêque 
actions de plus rude que ce qu'elle fit à d'Auxerre \ félon d'autres , qui eut cer- 
Hugues de Beauvais. Ce Seigneur avoir taines terres en Touraine pour appa- 
tellement gagné les bonnes grâces du nage , tk qui mourut bien avant fous 
Roi , qu'il l'avoir fait Comte du Pa- le règne de Henri; Se deux filles, l'une 
lais , c'eft aujourd'hui le grand Maître donr on ne fçait pas feulement le nom , 
de la maifon du Roi , & l'enrichilloit l'autre nommée Alix mariée à Bau- 
chaque jour par de grands & nouveaux douin V. Comte de Flandres. Ces en- 
bienfaits. Conftance en devint fort fans qui dévoient être les liens de leur 
jaloufe , foit qu'elle fut fâchée qu'un amitié , furent les caufes de nouveau rire t«it* 
autre qu'elle approchâr de fon mari , trouble , ôc prefque de divorce : car mal fo ei> 
foit , comme ont écrit quelques-uns , Conftance ne vouloit pas que le Roi fit 
qu'elle fut avertie que ce Favori lui couronner Hugues, & quand il le fut , 
rendoit de mauvais offices , & tâchoit elle le tenoit avec autant de captivité 
à la faire répudier: Et, comme elle & avec aufli peu de biens , que s'il eut 
croit fine & malicieufe rout enfemble , été encore enfant ; tellement que lui 
elle écrivit à fon oncle Foulques Comte qui avoit la couronne fur la tête & le 
d'Anjou le mauvais tour que ce Sei- cœur haut , tâchant de jouir de l'auto- 
gneur lui vouloit jouer , & bien qu'il rite par force, donna lieu à une guerre 
ne fut pas vrai , néanmoins elle le fçur qui penfa être dangereufe. Ce Hugues 
Confiance fi bien perfuader , qu'il lui envoya dou- étant morr , la Reine empêchoit pareil- 
*" ze Cavaliers pour exécuter fa vengean- lement que Henri ne fut couronné, & 
ce. Afin qu'elle éclatât aux yeux de fon quand contre fa volonté fon père l'eut 
mari , Conftance leur commanda d'en- ainfi ordonné, elle anima toujours de- 
trer dans la chambre & de tuer ce Fa- puis les frères l'un conrre l'autre , afin 
vori devant lui *, ce qu'ils exécutèrent de brouiller fans cefte &c de retenir l'au- ... 
avec tant d'inhumanité &c de hardiefte, torité; même quand Robert fut mort, lesi 



gaet 



uns contic 



que le fang en rejaillit fur fes habits. U elle excita fon frère à ufurper le Royau- m mum. 



CONSTANCE, 



Ui 



mî, & elle aurait continue de les irri- 
ter de plus en plus , fi fon oncle Foul- 
ques qui ne connoifloit que trop (es 
malices ne l'eut menacée de l'abandon- 
ner , & enfin elle fut contrainte de fai- 
re fa paix avec fon fils aîné, qui lui 
accorda tout ce qu'elle lui voulut de- 
mander , & lui permit de vivre de 
telle forte qu'il lui plairoit , pourvu 
qu'elle ne fe mêlât plus des affaires. 
Cet efprit orgueilleux ne put fupporter 



long-tcms une condition privée , &c 
elle mourut de regret trois ans après 
fon mari l'an 1034. & ^ m enterrée à S. 
Denis. Elle bâtit l'Eglife de Nôtre-Da- 
me de PoifTy pour des Religieux de 
l'Ordre de faint Auguftin \ Philippe le 
Bel y a mis depuis des Dominicaines , 
& elle fortifia le Château du Puifet en 
Beauce , pour réprimer l'infolence de 
quelques Seigneurs du pays qui tour» 
mentoient les Eccléfiaftiques. 




»34 



^1 je m 



HENRI I. 

ROI XXXVII. 
Agé de vingt-cinq ans. 



& 



Ce Prince couronné du vivant de fon père , 
Pour fon fils , quoiqu'enfant , obtint même faveur , 
Mais fouvent il n'eut pas la fortune profpere , 
Et fut toujours vaillant , non pas toujours vaiqueur. 



PAPES. 



Benoît IX. jeune garçon intrus en l'an 
io jj. S. près de io. ans. 

Trois Antipapes , le même Benoît , Sil- 
veftre III. & Grégoire VI. élu après l'ab- 
dication de Benoît l'an 1044. S. *. ans 8. 
mois. 

Clément II. nommé par l'Empereur 
l'an 1046. S. 9. mois. 

Damase II. élu en 1048. S. 21. jours. 

E premier ôc le plus.capital enne- 
f u j y ' I f mi de ce Roi fut fa propre mère , 
qui continuant , au préjudice de la dé- 
claration du père ôc des droits de la 
nature , de vouloir mettre la Couron- 
ne fur la tète de Robert fon fils bien- 
aimé , fe faifit de plufiéurs villes Se 
châteaux , entr 'autres , de Sens , de 
Soifïbns , de Melun , de Dammai tin , 
&: de Coucy 5 &c fouleva une bonne 
partie des Grands contre lui , particu 
fièrement Baudouin à la Barbe, Com- 
te de Flandres , & Eudes Comte de 
Champagne •, ayant donné la moitié 
de la ville de Sens à ce dernier pour 
l'engager dans fon parti. Ce Comre 



Léon IX. après j. mois de vacance» 
élu en Février 1049. S. 5. ans *. mois. 

Victor II. nommé par l'Empereur l'an 
10s 4. S. 1. ans ). mois. 

Etienne X. élu le *. Août io$7. S. 8. 
mois. 

Nicolas IL élu en ioj8. S. *. aos 6, 
mois. 



Rainard , dont nous avons parle , pof- 

r< 1 1» r rr l ^i I. 

fedant encore 1 autre , le rangea auili », r • 
du même côté. 

Dans cette urgente nécefîité Henri 
ne trouva point de plus fidèle ami que 
Robert Duc de Normandie : il alla lui 
douzième le trouver pour implorer {on 
affiftance. Le Duc , par motif de fidéli- 
té , ou par haine contre le Champe- 
nois , l'aiïifta , &c lui donna une puif- 
fante armée , commandée par Mauger 
Comte de Corbeil fon oncle ; avec la- 
quelle ayant dans peu de tems défait 
les troupes de la Reine en diverfes ren- 
contres , pris plufiéurs places des ré- 
belles P &z ravagé fans miféricorde tout 



HENRI I, ROI XXXVII. 135 



leur pays , il défila tout le parti , & ré- ne marquent pas bien à quel titre. 

10 3 I « duiiit la Reine malgré qu'elle en eût à Quelques-uns croyent que c'étoit à eau- 10 53' 
vivre bien avec fon fils. Elle n'eut pas fe de l'on ayeule , fille d'Aimery Com- 
le tems de tramer de nouvelles prati- te de Saintes , 8c du pays d'Aunis , que 
ques-, car elle mourut à Melun le vingt- Maurice Comte d'Anjou , 8c père de 
cinq de Juillet de l'année 1032. On Grife-Gonnelle , avoit époufée. Quoi 
l'enterra à S. Denis auprès de ion ma- qu'il en loit, le Duc étant mal fervi 
v ri , dont elle avoit toujours troublé le par les fîens , qui le trahifïbient en fa- 
repos, veur d'Agnès, fut vaincu en une gran- 
La guerre finie , Henri , par recon- de bataille près de Montreuil-Bellay , 
noifTance , donna à Robert Duc- de 8c fait prifonnier. Martel ne le relâcha 
Normandie les villes de Chaumont 8c qu'au bout de trois ans , après qu'il lui 
de Pontoife , 8c le Vexin François. Ce eut relâché la Saintonge , 8c payé une 
fut aufli alors qu'il s'accommoda avec groiîe rançon. 

Robert fon frère , 8c qu'il lui céda la Rodolphe ou Raoul , furnommé le 

Duché de Bourgogne. De ce Robert Fainéant Roi de la haute Bourgogne 

eft ilïùe la première race des Ducs 8c d'Arles, mourut en l'an 1033. il 

de Bourgogne du fang Royal. inftitua fon héritier l'Empereur Con- 

Le Comte de Champagne ne fe rad , mari de Gifelle fa fœur puînée , 

croyoit pas vaincu par la défaite du dont il avoit un fils nommé Henri. Il 

parti , 8c retenoit toujours la ville de n'eut aucun égard à Eudes Comte de 

Sens : il fallut , pour lui faire pofer les Champagne , mari de Berthe fa fœur 

armes , que le Roi les reprît , 8c qu'il aînée ; parce que de fon vivant ill'avoit 

marchât vers cette ville-là , dont les voulu forcer de le faire reconnoître 

habitans lui ouvrirent les portes -, qu'il pour Roi , 6c lui avoit fufeité des fac- 

battît fes troupes en deux rencontres , tions 8c des remuemens dans fon Etat. 

8c que la troifiéme il le mît en dérou- Par cette inftitution , le Royaume 

te , 8c le contraignît de s'enfuir à de- de Bourgogne 8c d'Arles étant paffé à 

mi nud , 8c de le tenir caché , avant des Princes de Germanie , fut par eux 

qu'il le pût forcer à lui tendre les mains: comme uni 8c attaché au Royaume 

Encore n'eût-il jamais ployé , tant il Germanique & à l'Empire, qui en étant 

étoit orgueilleux , s'il ne le fût vu , trop éloigné , l'a laiiîe couler infenfi- 

comme nous le dirons , entre le mar- blement de fes mains ; 8c après en avoir 

teau 8c l'enclume, c'eft-à-dire entre le perdu la poiîèflîon , en a auffi perdu 

Roi 8c l'Empereur , lefquels euflent pu le titre, 

l'accabler , 8c partager fes dépouilles , En ces années vivoit Humbert , fur- 

s'ils fe fulTent joints enfemble. nommé aux Blanches-mains , Comte de 

io*'. Vers l'année 1033. Gefroy furnom- Maurienne & de Savoy e , vaffal du 
raé Martel , Comte d'Anjou , fit une Royaume de la haute Bourgogne , & 
cruelle guerre à Guillaume V. dit le Jouche de la Royale Mai/on de Savoy e , 
Gros ou le Gras , Duc de Guyenne , 8c qui tient auj oura" hui un grand rang en- 
Comte de Poitou , dont il avoit épou- tre les Souverains de la Chrétienté ; les 
fé la marâtre , ou féconde femme de defeendans de ce Humbert ayant par ma- 
fon père : elle s'appelloit Agnès, 8c riage, fuccejjions , conquêtes ,acquiJitions 
étoit fille du Comte de Bourgogne. Le & autres moyens , ajjemblè toutes les 
fujet de cette querelle toit la Comté pièces différentes dont cet Etat ejl coni" 
de Saintonge 8c le pays d'Aunis , jpgfé, La commune & ancienne opinion 
qu'il difputoit à Guillaume. Les auteurs fait defeendn ce Prince d'un Berold de 



itf 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



Saxe y qui étoit ijfu de Vitikind , joit 

1 ?*. $ ' par la même branche que les trois thons 
v * Empereurs , Joit par une autre. Quel- 
ques-uns le font venir des anciens Com- 
tes de Mdcon : mais il y a des preuves 
indubitables qu'il étoit ijfu a" un Conjlan- 
tin Comte de Vienne 9 fils de Hugues Roi 
a" Italie. Il feroit mal-aifé de trouver 
dans rHiJloire de ces tems-là comment ce 
Confiantin ou fis enfans perdirent la 
Comté de Vienne. 
Empereur* Le Comte de Champagne ne pou- 
Michel iv.-vant fupporter que Conrad ne lui fît 
N^e^Avrii aucune part d'un patrimoine dont la 
ic Conrad* meilleure part lui devoir appartenir , 
"*■ prit le tems que ce Prince étoit occupé 

en Hongrie , ôc avec fes forces ôc celles 
de fes amis , fe rendit maître d'une bon- 
ne partie du Royaume de Bourgogne. 

Mais Conrad de retour , ayant mené 
fon armée en ce pays-là , châtia les gar- 
nifons d'Eudes de toutes les places qu'il 
y avoir occupées , y mit les nennes , ôc 
reçut les hommages des Seigneurs. En- 
fin il le pouffa fi rudement , que tout 
fecours lai manquant , ôc cette crainte 
lui étant entrée dans l'efprit , que le 
Roi de France , qui le haïfloit , ne s'ac- 
cordât avec l'Empereur pour le dépouil- 
ler -, il alla fe rendre à la miféricorde , 
Se s'humilier devant lui. 
- ' Il arrivoit fouvent des embrâfemens 

103 4. f orCults | f ans p ar l er de ceux que le mal- 
heur des guerres caufoit. La plupart 
des villes n'étant bâties que de bois , le 
ieu s'y prenoit fort aifément, ôc en un 
inftant il gagnoit tant d'efpace , ôc fe 
rendoit fi ardent , qu'on ne pouvoit 
l'éteindre que fort difficilement. L'an 
4034. la ville de Paris fut prefque tou- 
te confumée par cet accident. Le même 
malheur arriva à la ville d'Angers l'an 
1026. & à celles de Rouen , de Char- 
ires ôc de Corbeil l'an 10 19. ôc pour le 
dire en un mot , il y eut peu de villes 
en France ôc en Allemagne , qui dans le 
fiécle précédent ôc dans celui-ci ne 
icLirrriiïènt pareille défolation. 



ion- 



105 c, 



Ce fut en l'année 1034. °t ue Robert 
Duc de Normandie s'étanr Jette en Bre- 
tagne , voulut contraindre les Bretons 
de lui faire hommage nuds pieds ; ôc 
défola toutes les contrées des environs 
de Dol. Dès qu'il fe fut retiré , le Duc 
Alain réfolut de s'en venger , fe jetta 
fur l'Evêché d'Avranches } mais Niel 
Vicomte de Côtantin , ôc un Seigneur 
nommé Alurede Gigault ( c'eft-à-dire 
le Géant , fans doute parce qu'il étoit 
de fort grande taille ) qui étoient com- 
mis à la garde du pays , le reçurent fi 
bravement , qu'ils le renvoyèrent battu 
ôc confus. 

L'année d'après il prit envie à Ro- 
bert de faire un pèlerinage à la fainte 
Cité. Cette dévotion étoit L fort en ré- 
gne , ôc ils croyoient , par ce moyen , 
racheter leurs crimes Iqs plus énormes. 
Au retour il mourut à Nicée en Bithy- 
nie, cette année 103 5. A fon départ il 
a voit inftitué fon héritier un fils uni- 
que qu'il avoit , mais bâtard , nommé 
Guillaume, né de la fille d'un Pelletier 
de Falaife *, ôc l'avoit laiiîe à Paris en la 
garde ôc protection du Roi Henri , qui 
lui avoit de très-étroires obligations. Il 
ne rrouva pourtant pas à propos de lui 
confier l'adminiftration de fes Etats ; il 
crût qu'elle feroit plus furement entre 
les mains d'Alain Duc de Breragne. 

Guillaume avoit deux oncles pater- ^ 

nels , Mauger Archevêque de Rouen , 
que depuis il relégua dans l'Ifle de Gre- 
nezay •, ôc Guillaume Comte d'Atques : 
la Noblefle du pays leur eût bien plus 
volontiers obéi qu'à un bâtard ; ôc ce 
fut le fujet de grands troubles , qui euf- 
fent ruiné la Normandie , fi le Roi de 
France eût eu autant de forces pour U 
reconquérir , qu'il en avoit d'envie. 
Pendant cette minorité , les Seigneurs 
du pays firent chacun leur partie pour 
fe cantonner , ôc bâtirent plufieurs pla- 
ces fortes dans leurs terres. Ils étoient 
tous d'accord de réduire leur Duc au pe- 
tit pied : mais pas un ne vouloit fouf- 

frir 



HENRI I. ROI XXXVI î. I37 

x - frir que les Etrangers fe mêlalfcnt trop de fon père , chacun d'eux fit de gran- — * ' " ,| 
«/? • avant de leurs affaires , quoiqu'ils des conquêtes fur les Grecs & fur les l0 3 ( » , 
* v * s'en fervnTent quelquefois pour leurs Lombards, qui tenoient encore ces Pro- 
deiTeins. vinces. Unfroy , Drogo 6c Robert Guif- 
En ces années-là le nom des Nor- chard , furent Ducs de la Pouille 6c de 
mands commença à fe rendre glorieux la Calabre l'un après l'autre , &c Roger 
6c puiflant en Italie , principalement Comte de l'Ifle de Sicile : il eut un fils 
dans la Pouille 6c dans la Calabre. Dès de même nom que lui. Guifchard épou- 
l'an 1005. quarante avanturiers de cet- fa deux femmes : de la première , qu'il 
te nation , au retour de la Terre fainte, quitta pour caufe de parenté, il eut 
y ayant fait desa&ions prefque incroya- Boamond : de la féconde nommée Si- 
bles contre les Sarraiins , en faveur de chelgatide , fille de Gaimard Duc de 
Gaimard Duc de Salerne, qui étoitfort Salerne , vint Roger, furnommé à la 
tourmenté par ces Infidèles -, 6c étant re- Bourfe. Boamond chalfé du pays par la 
venus en Normandie chargés d'honneur crainte de cette marâtre , qui avoir ten- 
6c de préfens, avoient excité les autres té de l'empoifonner, 6c qui n'en ayant 
braves de leur pays à aller chercher for- pu venir à bout , avoit fait périr {on. 
tune de ces côtés là. Le premier qui y mari par le même moyen , s'étoit réfu- 
paifa , fut un Gentilhomme nommé gié chez Jourdain Prince de Capoue , 
Drogo ou Drengot Ofmond , lequel qui avoit époufé fa feeur. De-là il fit 
étant contraint de quitter le pays, pour la guerre quelque tems à Roger fou 
avoir rué en préfence de fon Prince un frère puîné : mais les Chrériens paflant 
Guillauir^Repoftel , qui s'étoit vanté par la Pouille pour aller en Terre-Sain- 
d'avoir abulé de fa fille, alla avec ks te, l'emmenèrent avec eux en Syrie , 
quatre frères , 6c quelques-uns de fes où il conquir la Principauté d'Antio- 
parens 6c amis, offrir ion ferviceàMe- che. Toutes les conquêtes faites en Ita- 
îes Duc de Bary , 6c à Pandolfe Prince lie par les autres fils de Hauteville ,re- 
de Capoue , qui s'étoient révolrés con- vinrent enfin à Roger Comre de Sici- 
tre les Grecs. Ils les reçurent à bras ou- le , qui fe rendit fi puiflant , qu'il prit 
verts ,& leur donnèrent une ville 6k: des le titre de Roi , 6c fe le fit confirmer 
terres pour leur entrerennement. Puis par le Pape. Il fut père de Guillaume 
comme ceux-là fe furent établis, non le Mauvais , qui régna après lui. 
fans beaucoup de rifqiies , de combats Toute h*Normandie étoit à feu 6c a 
&c d'avantures , les fix fils de Tancrede fang, à caufe des querelles particulier 
de Hauteville, Gentilhomme de l'Eve- res des Seigneurs , malignement entre- 
ché de Coûtances, qui en avoit douze tenues par les oncles du jeune Duc. 
tous fort braves , y arrivèrent 6c porte- Alain III. Duc de Bretagne , fon tu- 
rent ieur gloire bien plus haut que les teur , y étant venu pour les appaifer 9 
autres. Des premiers qui y paflerent , ne fe put garantir d'un poifon mortel 
nous en trouvons trois qui furent Ducs que les factieux lui donnèrent , 6c dont 
de Capoue fuccefïivement ; Richard fils il mourut quelque tems après. Il y a 
d'Anfquetel ; du Carrel , qui eut pour des Chroniques qui difenr que les Nor- 
fils Jourdain , 6c un autre Richard. Ce mands fe failirent de fa perfonne & le 
dernier fut dépouillé de fa Duché par firent mourir en prifon. Son fils Conan 
Roger II. Comte de Sicile, fon coufin. II. étant encore au berceau, luifuccéda. 
Quant aux fils de Tancrede de Hau- Alain étant mort , le Roi de France , 
teville , defquels l'aîné demeura en qui avoit la perfonne du jeune Duc 
Normandie, 6c y recueillit la fucceflîon Guillaume en fa Cour, le renvoya en 
Tome II. S 



i 3 b' ABREGE CHRONOLOGIQUE 

Normandie , croyant que fa préfence à l'Empereur 9 ôc prit la ville de Com- 



I0 37» appaiferoit les troubles-, ôc lui donna 
pour Gouverneur Giflebert Comte 
d'Hiefmes , fils du Comte Gefroi , Sei- 
gneur qu'il crut devoir être agréable 
aux Grands du pays , pour ion iliuitre 
naifïance, ôc pour fa rare fagefie Ôc pro- 
bité. Toutes ces belles qualités ne le 
garantirent point de leur jaloufie enra- 
gée : deux Gentilshommes fubornés , à 
ce qu'on difoit, par Raoul de VafTy , 
fils de Alauger , le tuèrent en trahilon 
comme il alloit à cheval par la cam- 
pagne. 

Guillaume Comte de Montgomme- 
ry aflaiîina aulîi le Précepteur du jeune 
Duc ; il s'appelloit Théroude , Ôc encore 
un autre nommé Aub^rt , qui avoit eu 
le même emploi. Un. des païens de ce 
dernier vengea fa mort par de fembla- 
bles moyens : il furprit le Comte une 
nuit dans fon logis , Ôc lui coupa la 
gorge , à lui ôc à tous ceux de ia fuite. 
Ces tragédies, & cinquante autres fem- 
blables , fe jouèrent en Normandie du- 
rant la minorité du Duc Guillaume. 

En ce tcms-là Guillaume le Gros , 
Duc d'Aquitaine , fut délivré de pri- 
fon , &c mourut la même année. Othon 
ou Eudes, fon frère de père &c de mè- 
re , lut fuccéda. Cet Eudes avoit héri- 
té de la Duché de Gafcogne, ôc en avoit 
pris polleflîon dans l'Eglife*de S. Se- 
verin de Bourdeaux , félon la coutume. 
Il recueillit cette Seigneurie à caufc de 
Brifque fa mère , qui étoit fille du Duc 
Sance. Ainfi la maifon de Gafcogne 
fondit en celle de Poitiers ou d'Aqui- 
taine. 

Cette même année 1037. Baudouin 
le Barbu ou à la Barbe , Comte de Flan- 
dres , mourut ; fon fils Baudouin , fur- 
nommé de l'Ifle , lui fuccéda 

Les prétentions d'Eudes Comte de 
Champagne , fur le Royaume de Bour- 
gogne, n'éroientpascntiércment étouf- 
fées ; il fe jetta avec une armée clans le 
Royaume de Lorraine qui appartenoit 



mercy : mais comme il voulut attaquer I0 37» 
celle de Bar > Gotelon Duc de Lorrai- 
ne , Lieutenant des armées de l'Empe- 
reur , qui l'avoit inverti de la Duché de 
Bar au préjudice des filles de Thierri, le 
vint choquer fi rudement , qu'il défit 
fon armée & le renverfa mort fur la pla- 
ce , avec Manalfes Comte de Dammar- 
tin , ôc grand nombre de Nobleife. Sa 
tête fut portée à l'Empereur , ôc le tronc 
de fon coips recueilli par Roger Evê- 
que de Châlons , ôc envoyé à la femme 
qui l'inhuma dans l'Eglife de Mar- 
mouftier. Ses deux fils , Thibaud ôc 
Henri-Etienne , partagèrent (es terres. 
Thibaud eut les Comtés de Chartres , 
de Blois ôc de Tours -, ôc Etienne cel- 
les de Troyes ou Champagne , ôc de 
Meaux ou Brie. Ce dernier commença 
à prendre le titre de Comte Palatin , de 
Champagne ôc Brie. 

Geiroy Martel fuivant la paiîion ^r - " 

d'Agnès fa femme , qui defiroit avan- ç 3 . * 
cer les fils de Ion premier lit, qui étoient 
Pierre-Guillaume ôc Guy-Gerroy , fuf- 
cira les fujets d'Eudes Duc d'Aquitai- 
ne à fe rebeller contre lui. Ce delfein, 
quoique peu jufte, lui réuffit comme 
il fouhaitoit ; car Eudes qui n'avoit 
point d'enfans, ayant été tué l'an 1059. 
au fiége de je ne fçai quelle bicoque , 
Pierre Guillaume lui fuccéda dans la 
Comté de Poitou , ôc dans les Duchés 
de Guyenne ôc de Gafcogne. Celui-ci 
mourut vers l'an 1058. Guy-Gefroy 
fon frère hérita de tous £qs Etats. 

Les factions ne pouvoient finir en 
Normandie : un Roger de Toefny , 
defeendu d'un Uldrit * , oncle de Roi- 0l * ry 0uldry 
lo premier Duc de Normandie , qui 
l'avoit fait fon grand Porre-Etendatd , 
fe mit dans la tête que la iaiché lui ap- 
parrenoit mieux qu'à un bâtard ; ôc prit 
les armes pour la revendiquer. Celui- 
là ayant été défait ôc tué avec les fils 
dans une bataille , par Roger de Beau- 
mont , peu après le Comte d'Evreux , 



HENRI I. ROI XXXVII. 139 

j — — il fe nommoit Richard, 8c étoit fils d'Aufidus, non loin de Cannes, où au- 

I0 39- de Robert Archevêque de Rouen , trefois Annibal fit un fi horrible carna- o}?^' 
grand oncle paternel du Duc , époufa ge des Romains. Les Grecs n'y furent * 
fa veuve , et embralla fa prétention, pas plus fortunés qu'eux: ils perdirent 
Mais ion épée , pour ainfi due, fe trou- la bataille , 8c un fi grand nombre de 
va trop courte -, 8c le Roi fe mettant de leurs gens , que jamais depuis ils ne 
la partie contre lui, il fut contraint de purent fe relever de cette perte en ces 
s'accommoder avec fon Prince, qui le pays-là ; & la puilfance des Normands 
fit grand Sénéchal héréditaire de Nor- s'y accrut fi fort , qu'elle étouffa la leur 
mandie, &c depuis Comte de Varvich, dans peu d'années, 
lorfqu'il eut conquis l'Angleterre , où Retournons en France. Foulques fur- 
ce Seigneur lui rendit de très-bons fer- nommé Nerra , Comte d'Anjou , mou- 
vices. Cette révolte appaifée , il s'en rut dans la ville de Metz , en revenant 
émut une autre de la part de Guillaume du voyage» de la Terre-Sainte. Onpor- 
d'Arques, qui refufoit de rendre hom- ta fon corps dans l'Eglife de Loches, 
mage au jeune Duc , 8c de déférer à qu'il avoir bâtie. Son fils Gefroy , fur- 
Raoul de Gaffey , qu'il avoir fait fon nommé Martel , lui fuccéda , l'un des 
Connétable. Il fe tenoit fort du fe- plus heureux 8c des plus vaillans Prin- 
cours du Roi de France, lequel, par un ces de ce fiécle-là. Ce Foulques étant 
confeil nouveau , 8c peut-être mal di- en Jérufalem , touché d'un vit repen- 
géré , penfoit avancer fes affaires en tir de (es péchés, voulut qu'on le traî- 
Normandie en y entretenant les fac- nât tout nud fur une claye, la corde au 
tions. col , fe faifant fouetter jufqu'au fang , 
' " — En Italie les avanturiers Normands 8c criant à haute voix : Aye^pitié, Sri- 
& {*■ ' fe fignaloient par des exploits qui fur- gneur , du traître & parjure Foulques. 
y ' pafTent la croyance. Ils avoient pour Lesanciennes Chroniques lui attribuent 
chef Guillaume furnommé Fierabras , l'honneur d'avoir bâti 8c réparé les pe- 
l'aîné des fils de Tancrede , fous la tites villes de Duretal , Baugé 8c Châ- 
conduite duquel ils étoient employés teau-Gontier en Anjou -, celle de Mon- 
par le Lieutenant de l'Empereur de rrichard , Chaumont , Montrefor 8c 
Grèce. Ils travaillèrent à chafïer les fainte Maure en Touraine ; 8c celles 
Sarrafins de Sicile , à condition qu'ils de Mirebeau , Montreuil , PafTavant 8c 
auroient part aux conquêtes. Dans cet- Montlevrier. ______ 

te efpérance ils gagnèrent beaucoup de Les deux fils d'Eudes Comte de 104.0. 

places fur ces infidèles •, mais fe voyant Champagne refufoient de faire hom- p^ [ UIY<> 

fruflrés par les Grecs de leur récompen- mage de leurs terres au Roi Henri, par- Em 

Empereurs fe, ils tournèrent leurs armescontr'eux, ce qu'il n'avoit pas voulu fecourir leur encoreHsMu 

encore Mi- & f e rU ant fur la Pouille , commence- père contre l'Empereur Conrad. Car IIL & hh - 

henb.1 m. rent à la leur arracher. Fierabras leur le devoir d'entre le Seigneur 8c le Vaf- l"moh'. 

ou félon les chef étant venu à mourir , ils élurent fal étoit mutuel -, 8c comme le Vafîàl 

ïcoond oa en *" a P^ ace D r °g° n f° n frère-, 8c celui- étoit obligé de fervir fon Seigneur , le 

Juin. i\. 17. là ayant été tué en trahifon par les Sei- Seigneur étoit aufîi obligé de ne pas 

gneurs du pays, ils lui fubftituerenr lailler faire une injuftice à fon Vafïai , 

Onfroy le troinéme des frères. 8c de l'affilier en droit 8c raifon. D'aii- 

1Q Le Lieutenant de l'Empereur de Gre- leurs pour couvrir leur félonnie , ils fou- 

ce amena fon armée de Sicile pour ar- tenoient que la Couronne appartenoit 

rêter leurs entreprifes , 8c defeendant à Eudes fon frère. En effet, foit qu'il fût 

à terre , les combattit près du fleuve l'aîné ou non , ils l'encouragèrent à fe 

S ij 



ans. 



140 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



1041, 



104Z. 



porter pour Roi de France. Mais Hen- 
ri ne donna pas le loifir à cette confpi- 
ration de faire progrès : il aflîégea Ion 
frère dans un Château où il s'étoit re- 
tiré -, 8c l'ayant pris , il l'envoya fous 
bonne 8c fure garde dans Orléans. Il y 
a apparence qu'il y fut détenu long- 
tems : mais il en étoit forti l'an 1054. 
puifqu'on trouve qu'en cette année-là 
il commandoit des troupes du Roi dans 
la guerre contre Guillaume le Bâtard. 
C'elt tout ce qu'on en fçait. 

Après la prife d'Eudes, le Roi mar- 
cha contre Etienne Comte de Brie 8c 
de Champagne , qu'il mit en déroute -, 
8c delà il tourna contre Galerand Com- 
te deMeulan , allié de cette Maiibn , 
qu'il dépouilla de fa Comté. 

D'autre côté il fufcita Gefroy Martel 
àrenouveller laguerreàThibaud. Mar- 
tel afficgea donc la ville de Tours -, 8c 
quoiqu'il fe fût fait un accord entre le 
Roi 8c Thibaud , il ne voulut jamais fe 
défifter de fon entreprife. Comme il y 
avoir près d'un an qu'il tenoit cette vil- 
le bloquée , Thibaud fçachant qu'elle 
nlloit périr faute de vivres , fe réfoiut 
de la fecourir. Gefroy alla généreufe- 
ment au devant de lui , failant porter 
à la tète de fon armée la Chappe ou 
Manteau de S. Martin en guife d'éten- 
dart. Il le rencontra fur les bords de la 
rivière de Cher , entre les bouigs deS. 
Quentin 8c de Bleré : le combattit 8c le 
fit prifonnier. En fuite il réduifit la Vil- 
le fous fon obéilïànce , 8c depuis elle 
demeura toujours aux Comtes d'Anjou. 
Thibaud même ne put être délivré , 
quelqu'initance que le Roi en fit, qu'en 
la délaiflant entièrement , 8c la Tou- 
raine avec fes dépendances 8c fes fina- 
ges ; 8c donnant pour cela fon ferment 
éc celui de cinquante de les Châtelains, 
$c de pareil nombre de fes Vavalfeurs 
ou fimples Gentilshommes. 

En ce tems-là les P riqcesfaifoient por- 
ter pour enfeignes Us Reliques de quel- 
ques Saints qui étaient révérées dans leurs 



terres , ou quils avoient eues des pays 
étrangers ; & prenoient auffi fouvent les 
bannières des Eglifes pour leur Jervir 
d'étendarts. ' 

Durant les troubles 8c factions que la 
minorité du Duc Guillaume le Bâtard 
caufoit en Normandie , le Roi prit fon 
tems de fe taire livrer le Château de 
Tilleres , fous prétexte que les rébelles 
s'en pourroient faifir. En effet il le fit 
rafer j mais peu après il le rebâtit, 8c y 
mit garnifon. Dc-là entrant plus avant 
dans la Normandie , il ravagea la Com- 
té d'Hiefmes, 8c y brûla la petite ville 
d'Argentan, qui eft p. ut-être le lieu 
que ies Romains appeiloient Arce Ge- 
nuœ. 

Quoique le Duc Guillaume eût pris 
en main le foin du gouvernement , les 
Seigneurs lui obéilïoient toujours à re- 
gret , à caufe du défaut de fa nailfance : 
ils avoient pour chef Guy de Bourgo- 
gne ou Franche-Comté,qui étant fils du 
Comte Renaud , 8c d'Alix , feeur du feu 
Duc Robert , prétendoit dans fon ame 
que la Duché lui appartenoit. La fac- 
tion fut fi grande , qu'elle penfa acca- 
bler Guillaume : mais s'écant ralfuré , 
il eut recours au Roi Henri , lequel 
ayant pris un autre de(Tein que celui 
qu'il avoit eu de le ruiner , l'alla join- 
dre avec fes troupes. Tous deux don- 
nèrent bataille aux rébelles dans le lieu 
dit le Val des Dunes , à quelques lieues 
en deçà de la ville de Cacn. Un Gentil- 
homme de Coflentin y abbatit le Roi 
d'un coup de lance : mais il fe releva 
fans aucune blelïure. Les rébelles furent 
entièrement taillés en pièces , Guy de 
Bourgogne aflfiégé 8c forcé dans Briof- 
ne, 8c en fui te dépouillé des terres qu'il 
tenoit en Normandie ■■, il fe retira en 
Franche-Comté. 

Le Comte d'Anjou qui avoit été des 
plus avant dans les bonnes grâces du 
Roi , étant furvenu je ne fçai quelle 
froideur entr'eux, lâcha quelques paro- 
les qui offenferent tellement la majef- 



1039. 



1039. 



1040. 



1041. 
8c 1041. 

Empereurs 
Zoe&Theo- 
doxa R. 5. 
mois , puis 
Constantin 
IX.Monoma- 
que en Juin , 
R. 11. ans , 
&: encore 
Henm III. 



IO43. 



HENRI I, ROI XXXVII, i 4 î 

■té du Prince , qu'il entreprit de l'en Evêques de la Province à Lifieux , de 

ia • -i 1 j 1 _!-...„ TV.T 1 J - fll„.Ul'i f il ■c.-jjl f~.. \A~.. 



1043 . châtier j ii manda donc le Duc Normand dans cette aflemblée il lit dépoier Mau- I0 47= 

pour Taccompagner en cecte expédi- ger ; le Duc après le relégua dans l'Ifle 

non , & entra uans les terres du Com- de Grenezay. 

te ; mais ils fe réconcilièrent auili-tôt Cependant le Comte d'Arqués ayant 

fans coup férir. fon parti formé levé les armes , le Duc 

La querelle demeura à départir en- le pouffe de Pafliége dans le Château 

io 44* tre l e Normand & l'Angevin ; la durée d'Arqués ; le Roi qui changeoit de par- 
en fut auili longue que le régne de Mar- ti ou félon fes intérêts , ou félon fou 
tel, & le fuccès favorable tantôt à l'un, caprice, entreprend hautement fa dé-- 
tantôt à l'autre. fenfe , de va en perfonne jetter des vi- 

Trois ans après ce brave Prince âgé vres de du fecours dans Arques. No- 
**' feulement de quarante-huit ans > quit- nobftant ce râfraîchiflement le Duc 
ta le monde , de fe retira dans l'Abbaye s'opmiâtre à le tenir bloqué ; tellement: 
de S. Nicolas d'Angers, où il vécut juf- que le Comte manquant de vivres , eil 
qu'en l'an 1061. Ii palîa pour le héros obligé de capituler , moyennant la vie 
de cet âge-là en vaillance 3 en généro- fauve, les membres entiers, de quel- 
lité , en piété de en juince, ennemi des ques terres pour fa fubliftance. 
tyrans , de protecteur des toibles oppri- Les débris du parti fe iaùverent vers 
mes. Avant fa retraite ii donna fes Etats le Roi qui ayant jaioufie des profpéri- 
à Gefroy dit le Barbu , de à Foulques tés de Guillaume , & étant incité par" 
fumommé le Rechin , qui étoient en- les Comtes d'Anjou de de Poitou en- 
fuis de fa ïoeur Adeleïde de d'Alberic nemis de ce Duc, fe promettoit de lui- 
Comte de Gâtinois , non pas de Gâti- enlever bien-tôt fa Duché. Il n'en eue 
ne en Poitou. Getroy comme l'aîné por- pourrant que le delTein , le fuccès lut 
ta le titre de Duc d'Anjou , de fe fai- fut contraire. Comme fes troupes qu'il 
fit de la ville d'Angers. avoit levées à la fourdine s'étoient avan- 

Le Duc Normand venu en âge de fe cées vers Rouen , penfant furprendre 

marier , époufa Mathilde fille de Bau- le Duc , les Normands bien avertis taiU 

douin Comte de Flandres, &c d'Adeleï- îerent fon avant-garde en pièces entre 

de ou Alix fille du Roi Robert de fœur Efcouy de Mortemer ; ii bien qu'il fu£ 

du Roi Henri. Comme elle étoit fa pa- contraint de rebroulTer vers Paris j de 

rente , il fallut avoir difpenfe du Pape; même après cet échec de lui remettre 

le S. Père ne la donna qu'à la charge le Château de Tilleres. Voilà les com- 

qu'il bâtiroit quatre Hôpitaux en qua- mencemens des longues de fanglantes 

tre villes pour nourrir cent pauvres en guerres d'entre les Rois de France de 

chacun. L'Eglife n'étoit point encore les Princes Normands , qui bien-tôt 

bien accoutumée à ces dilpenfes ; elk-s après régnèrent en Angleterre, 
pafîoient pour des abus de des attentats Le Duc Guillaume n'ayant point ac- 

contre les Saints Canons. Mauger Ar- coutume de pardonner à ceux qui pre- 

chevêque de Rouen , oncle du Duc , noient les armes contre lui , particu- 

•non par un zélé de Difcipline Canoni- liérement à fes parens du côté pater- 

que j mais parce qu'il vouloir brouil- nel , il fallut que la plupart de ceux qui 

1er , afin que le Comte d'Arqués fon avoient été dans les intérêts du Roi ou 

frère pût le faire Duc, excommunia les du Comte d'Arqués, pallaiîènt dans la 

deux époux. Le Duc s'en étant plaint à Pouille , où ils trouvèrent beaucoup 

Rome , le Pape envoya un Légat pour meilleure fortune qu'ils ne reuffent pu 

lui faire droit : le Légat convoqua les avoir en Normandie, 



I 4 1 



ABREGE CHRONOLOGIQUE 



— • Le Duc victorieux porta la guerre en 

1 °47' Anjou, &c en patfant fe failit de la Com- 
té du Maine , que le Comte Hébert lui 
lailla par teftament en récompenfede ce 
qu'il î'avoit défendu contre l'Angevin. 

Il y avoit une longue guerre entre 

1048. l'Empereur Henri , qui ioutenoit les 

ou 1049* Mailons d'Alface 8c de Luxembourg, 
& Godefroy le Preux Duc de Lorrai- 
ne , affilié de Baudouin Comte de Flan- 
dres, pour divers fujets qu'on peur voir 
dans lesHiiroires de ces pays-là. Le Pape 
Léon Lorrain de naiifance, 8c qui avoit 
été Evêque de Toul étoit venu exprès 
en Lorraine pour les accommoder -, mais 
après ce traité , le feu , qui n'étoit que 
caché fous les cendres , fe ralluma. Il 
eft à croire que le Roi de France ne de- 

meura pas oifif &" fans fe mêler de cet- 

•P50. te guerre. Quoi qu'il en foit , lui 8c 
['Empereur Henri III. furncmmé le 
Noir , s'entrevirent cette année dans 
le pays Melïin , où ils renouvelèrent 
les anciennes alliances d'entre les deux 
Couronnes. 

Au fortir de la Germanie , le Pape 

*W' Léon emmena des troupes en Italie 

pour s'oppofer aux Normands , qui 
étant devenus puilïans , entrepre- 
noient auiîi fur Ls terres du S. Siège. 
Ces braves avanturiers conduits par 
Onfroy le fécond des douze fils de Tan- 
crede de Hauteville , lui montrèrent 
ce qu'Us fçavoient faire. Ils taillèrent 
fon armée en pièces 8c le firent prifon- 
nier : puis lui ayant ainfi fait éprouver 
leur valeur , ils lui donnèrent des preu- 
ves de leur piété 8c de leur générofi- 
té , le mettant en liberté tout aufli-tôt , 
& le traitant avec beaucoup de fou- 
miiïion 8c de refpect. 

En récompenfe il leur donna toutes 
ïes terres qu'ils avoient conquifes , 
; car ils avoient befoin de quelque ti- 
tre ) & celles encore qu'ils pourroient 
conquérir fur les Grecs 8c fur les Sar- 
yafins. Onfroy fit part de fes conquê- 
tes à Robert furnoinmé Guifchard , 



c'eft-à-dire le rufé , à Roger & à fes 
autres frères. 

Thibaut Comte de Troyes 8c de 
Chartres avoit fort fur le cœur que le 
Roi eût fouftert au Comte d'Anjou de 
lui ravir fa Comté de Tours. Il s'en 
plaignit fouvent, 8c n'en ayantpû avoir 
railon , il alla trouver l'Empereur à 
Mayence , qui le fit fon Chevalier ou 
Valfai , 8c lui promit fa protection. Un 
même Seigneur pouvoit bien être vaf- 
fal de pluli^urs Souverains , à raifon 
de diverfes terres & de diverfes char- 
ges : ( car ils faifoient hommage des 
charges comme d'un fief : ) mais il ne 
faut pas conclure de- là , que Thibaut 
ait voulu taire dépendre la Comté de 
Champagne de l'Empereur. Tous les 
titres de ce tems-là prouvent le con- 
traire. 

Pour prévenir les femences de ja- 
loufie 8c de difeorde , que ce voyage 
pouvoit avoir jettée entie l'Empereur 
& le Roi , ils trouvèrent bon de s'éclair- 
cir par une mutuelle entrevue dans la 
ville d'Yvoy. Le Roi s'y plaignit que 
l'Empereur avoit contrevenu aux arti- 
cles de l'alliance , mais il n'en rapporta 
aucune fatisfaétien j 8c ayant conçu 
quelque crainte d'un mauvais delfein 
fur fà perfonne , il fe retira de nuit. 

Le brave Robert Guilchard avec fes 
Normands ayant achevé de conquérir 
la Calabre , s'en fit appeller Comte 
pendant deux ans ; même après ce tems- 
là il ne craignit point de prendre le ri 
tre de Duc. 

La Normandie avoit toujours dans 
fon fein des éteincelles de divifion -, le 
Roi qui en penfoit profiter , tenta de 
s'en rendre maître par une féconde ex- # 
pédition. Elle ne lui tut pas plus heu- 
reufe que la première ; les Normands 
ayant chargé ion armée fur la chaulïee 
de Varaville , entre Cacn 8c Lifieux , 
le défirent entièrement , 8c il fallut alors 
qu'il reçut la paix du Duc. 

On vit Van ioà$. un prodige tout- 



1054. 



Empereutc 
Theodora 
fille de Conf- 
tanrin VIII. 
R. 1. an, puit 
Michel VI. 
R. 1. an , & 
Henri IV. 
fils de Henri 
III. en 1056. 
R. 49. ani. 



IO56. 



IO57. 

Empereur; 
Isaac Com- 
NENEenioyy. 
R. z. an? , ÔC 
encore Hen- 
ri IV. 



HENRI I. ROI XXXVII. 



H* 



à-fait inoui. Une grande multitude du II vécut cinquante-quatre ans , 8c en 



10 59 f lézards, de couleuvres & autres bêtes ve- régna vingt-neuf depuis la mort de fon 10 "°* 

nimeuj'es,sétant ajj'emblées dans une plai- père. Ce qui nous ett refté de fon hif- 

ne près la ville de Tournay ,J'e Jepara toire montre afiez que ce fut un Prin- 

m deux bandes , qui Je battirent opinid- ce belliqueux, franc , libéral , religieux, 

trement , tant que lune des deux étant 8c ayant toujours une grande confidé- 

vaincue & chajjée , abandonna la place ration pour les gens d'Eglife 8c pour 

toute couverte defes morts , & Je retira les gens do&es. Le Prieuré de S. Mar- 

dans le creux d'un gros arbre , où les tin des Champs , ( aujourd'hui renfer- 

v ainqueur s la pourfuLvirent pour achever mé dans l'enclos de Paris ) eft de fa 

la défaite. Mais les payjdns y accourant fondation. 

avec de gros bâtons , des brandons de A iage de 18. ou zo. ans il avoit 

Jeu y & des fagots , exterminèrent leswns époufé une nièce de l'Empereur Henri 

& les autres. III. dont il eut feulement une fille , 

Empereurs Non Iong-tems après le Roi fe fen- ma i s e ll e ne f ut pas de longue vie , non 

Constantin tant caiTé de travaux, quoiqu'il n'eût pl us q Ue f a mère. Il femble qu'après 

r. 8 k ans U , C & <l ue cinquante-quatre ans, aliembia les cela il fut plulieurs années tans penfer 

encore Hen- Grands du Royaume à Paris , 8c leur a d e fécondes noces ; au moins s'il 

m iv. ayant remontré les fervices qu'il avoit n'eut point d'aune femme qu'Anne de 

rendus à l'Etat , 8c comme il s étoit bien Ruflïe. 

acquitté du commandement des ar- Pour n'encourir pas le danger de con- 
mées , il les pria tous en général , ôc trader mariage dans un degré défendu, 
chacun en particulier , de reconnoitre il envoya chercher femme jufques en 
Philippe fon fils aîné pour (on fuccef- Ruffie ou Mofcovie ; elle étoit fille de 
leur, ôc de lui prêter le ferment. Ce George Roi de ce pays-là; quelques- 
qu'ayant tous promis, il le mena àReims, uns le nomment Juriiclode , c'eft Ja- 
où il fut facré 8c couronné le Z3 . Mai , roflas , il en eut trois fils , Philippe , 
jour de la Pentecôte. L'Archevêque Ger- Robert 8c Hugues. L'aîné n'avoit alors 
vais, que depuis ce jeune Roi honora de que fept ans , Robert mourut en en- 
la charge de Chancelier, fit cet Office en fance , 8c Hugues étant parvenu en âge 
préfence de plufieurs autres Archevê- eut la Comté de Vermandois , 8c tue 
ques , de trente-quatre Évêques , 8c des la tige de la féconde maifon de ce nom. 
Seigneurs des trois Royaumes , de Car on lui fit époufer Adeleide fille de 

Neuftrie , d'Aquitaine 8c de Bourgogne. Hébert dernier Comte de la première 

Sur le milieu de l'année fuivante branche de Vermandois , 8c elle em- 
Henri étant à Vitry près de Pans , tut porta les Seigneuries de fon père au 
attaqué d'une petite fièvre , dans la- préjudice d'un frère qu'elle avoit nom- 
queile ayant pris une forte médecine , mé Eudes, parce que fes vaiîàux le ju- 
elle l'altéra fi tort qu'il ne put foutFrir gèrent incapable de les gouverner à 
cette brûlante foit , 8c but un verre caufe de l'imbécillité de fon efprit ; dé- 
d'eau fraîche en abfence de fon Méde- faut fort ordinaire dans la race Carlc- 
cin avant la purgation ; ce fut comme vingienne. Il ne laifîa pas de fe marier, 
un coup de poignard qui lui blefïa mor- 8c de ce mariage vint la maifon de faint 
tellement les entrailles , 8c peut-être Simon. 

y avoit-il du poifon dans ce breuvage, Le Roi laifïa tous fes trois fils fous la 

de forte qu'il en mourut le jour même tutelle de Baudouin de l'Ifle Comte de 

qui étoit le 4. d'Août 1060. On porta Flandres, qui avoit époufé fa fœur, 

fon corps à S. Denis. 8c lui confia auilî la régence du Royau- 



j©6o. 



i 4 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

"me. C'étoit afin que ce Prince qui avoir certe féconde flamme penfa allumer ■ 

beaucoup de vertu & d'aflez grandes une guerre civile, non pas pour la dif- I0 ^°- 
forces, défendit ces mineurs, la Rei- férence des qualités , car les Grands ai- 
ne leur mère n'en ayant pas la puitTan- loienu puefque de pair avec les Roisj 
ce ni peut-être la capacité. mais parce que Raoul étoir parent du 
Peu de jours après qu'elle fut veuve, premier mari , <k que fa première 
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit femme vivoit encore. A caufe de quoi 
bâtir une Eglife en l'honneur de fainr les Evêques excommunièrent ce Sei- 
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas gneur : mais rien ne put lui faire lâ- 
fi auftére , qu'elle n'écoutât les recher- cher prife que la mort , qui le détacha 
ches de Raoul de Peronne Comte de d'avec cette PrinceiTe l'an 1066. Etant 
Crefpy , qui étoit voilîn de là. Elle ne veuve ôc deftituée d'appui, elle s'en re- 
fit point de difficulté de l'époufer-, de tourna mourir en fon pais. 



M A T H I L D E 



I. FEMME 

DE HENRI I. 

En fes plus jeunes ans Mathilde infortunée , 
Eprouva ce que peut l'infolence du fort ; 
Et fans jouir long-tems des douceurs d'himenée > 
Sentit le coup fatal qui lui donna la mort. 

Plusieurs ne donnent à ce Roi de trente-neuf ans ? Cela me femble 

qu'une femme , fçavoir Anne de hors d'apparence, vu même que quand 

Ruflie : mais il faut croire qu'il en eut il n'auroit eu aucune inclination au ma- 

quelqu'autre avant elle : c'eft pourquoi nage, les maximes d'Etat l'y dévoient 

encore que le Continuateur d Aymoin, obliger-, principalement ayant befoin 

tel qu'il foit, s'abufe en beaucoup d'en- de le rendre plus tort par l'alliance ôc 

droits , il eft néanmoins croyable en ce par les enfans contre (on frère Roberr , 

qu'il dit, qu'il époufa premièrement qui lui difputoit le Royaume : Etant 

Mathilde. Car s'il ne prit en maria;; ; , une vérité trop confirmée par lexpé- 

comme il eft facile de prouver, Anne nence , qu'un Souverain qui n'a point 

de Ruflie , qu'en l'an 1044. plus de ii. d'enfans eft beaucoup plus expofé aux 

ans après la mort de fon père arrivée confpirations de les ennemis, cv moins 

l'an 105 1. il n'eft pas vrai-femblable refpecié de (es fujets ; parce que les 

qu'il ait demeuré fans femme fi Ion;-- uns & les autres mefurant félon la du- 

cemps. Et par quelle raifon auroit-il rée de fa perlonne culle de fa mémoire, 

attendu à en prendre une jufqu'à l'âge n'attendent après lui m tecompenfes, ni 

châtimens 



M A T H I L D E. i 45 

châtimens des bons ou mauvais offices renouveller la confédération d'entre la 

qu'ils lui rendent. Je croirois encore France ôc l'Allemagne , que leurs Pré- 

par les mêmes raifons , qu'Henri au- décefïeurs avoient jurée. Il y en a qui 

roit eu une autre femme avant Mathil- écrivent qu'elle ne vint point en Fran- 

de -, autrement fon père auroit mal ce , mais qu'étant encore trop jeune , 

pourvu à fa fureté, fçachant qu'il feroit elle fut retenue auprès de fon père , où 

infailliblement troublé par Confiance elle mourut Tannée fuivante dans la 

qui renvetfoit tout , ôc même l'ordre ville de Vormes , ôc qu'elle y fut en- 

de la naillance , pour élever à la Royau- terrée ; fi bien qu'elle n'auroit été que 

té le Cadet qu'elle aimoit. Ce qui me fiancée , 6c non pas femme d'Henri. 

fait croire que Robert l'allia à quelque Toutefois d'autres ont allure que le 

bon parti durant qu'il vivoit. Henri mariage fut accompli , ôc qu'il en nâ- 

étoit allez âgé pour obliger fon père à quit une fille qui mourut au bout de 

prendre ce foin : car lors de la mort cinq ans f ôc qui fut fuivie de fa mère , 

de fon père il avoir 13. ans , Se néan- qui ne lailïa aucuns enfans à fon mari. 

moins il n'époufa Mathilde que l'an Je ne fçai rien de mémorable de fa vie, 

1034. trois ans après -, mais s'il en eut finon que j'ai remarqué que la premie- 

quelqu'une avant elle, nous n'en avons re année de fon mariage un funefte ôc 

rien dans THiftoire. Quant à Mathilde , grand embrâfement confuma près de 

elle étoit fille de Conrad II. dit le la moitié des bâtimens de Paris , dont 

Salique , uni avec Gifele nièce de Ro- la plus grande partie étoit alors faite 

dolphe III. Roi de Bourgogne, ôc elle lui feulement de bois-, ce qui ne fut pas 

fut promife par cet Empereur en une fans doute un trop agréable feu de joye. 

conférence qu'ils eurent enfemble,pour 



A 






II. FEMME 



DE HENRI L 

Anne par un fuccès que le Ciel a chéri , 
Eut le bien d'obtenir des Princes à la France- 
Mais le mal qui lui vint de Ton fécond mari 
La fit aller mourir au lieu de fa naiffance. 

HEniu fe voyant fans enfans ôc fins ner de Ces héritiers au Royaume. La 

femme à la force de fon âge , j'en- Renommée lui rapporta les merveilles 

tends à trente-neuf ans , fe lailfa facile- d'une Princeife digne de pofleder le 

ment perfuader aux remontrances de cœur d'un grand Monarque. C'étoirAn- 

fon Confeil , qui le follicitoit de don- ne fille de Jaroilas , du Tillet l'appelle 

Tome I /» T 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



146 

George, Roi de Ruflîe, par les modernes 
dire Moicovie. Ce Prince épris au feul 
réci: de fes perfedions, envoya l'Evêque 
de Meaux Gautier Saveir , avec un ma- 
gnifique 8c pompeux appareil d'Am- 
batïàde en faire la demande en l'an 
1044. Sa proportion fut reçue avec au- 
tant d honneur & de complimens que 
l'on en put rendre à un 11 grand Roi. 
Cette PnncefTe futmife entre les mains 
de l'Evêque , qui l'amena en France. 
Le mariage fut célébré avec une réjouif- 
fance univerfelle , qui préfageoit que 
le fuccès en feroit plus heureux que de 
celui de Mathilde ; néanmoins les fou- 
haits des bons François ne furent pasfi- 
tôt exaucés : huit ans fe palferent fans 
produire aucun fruit. La France ayant 
attendu long-tems ce bonheur défefpé- 
roit d'en jouir jamais : le Roi en avoit 
on fâcheux déplaifir , 8c Anne encore 
plus que lui une triftefTe inconfolable. 
Cette Reine après avoir en vain re- 
cherché tous les remèdes humains , 
adrelîa fes prières au Ciel , comme avoit 
fait autrefois en pareille occafion cette 
autre Anne mère du Prophète Samuel , 



& préfenta à Dieu l'inrerc. filon de faint 
Vincent , en faveur duquel les Fran- 
çois recevoient chaque jour de miracu- 
leux bien-faits. Elle s'en refientit aufli- 
bien que les autres , 8c avant la fin de 
l'année que l'on comptoit 1053. e ^ e 
mit au monde un fils qui fut appelle 
Philippe ; en reconnoiiTance de quoi 
elle fonda l'Eglife df faint Vincent à 
SenliSjOÙon la voit fur le portail te- 
nant entre fes mains un Temple qu'elle 
préfente à Dieu. Elle eut encore deux 
fils ; Robert qui mourut avant fon pè- 
re , 8c Hugues qui fut Comte de Ver- 
mandois en ayant époufé l'héritière , 8c 
une fille dont le nom s'eft perdu , laquel- 
le mourut avant l'âge nubile. 

Peu de jours après qu'elle fut veuve, 
elle fe retira à Senlis , où elle faifoit 
bâtir une Eglife en l'honneur de faint 
Vincent Martyr. Sa folitude ne fut pas 
fi auftére qu'elle n'écoutât la recherche 
de Raoul de Peronne Comte de Crefpy 
8c de Valois ; lequel elle époufa : 8c 
cette féconde flamme penfa allumer 
une guerre civile, comme nous l'avons 
dit ci-defïiis page 144. 




147 



al.lllHiillIHUI 



Tat^rrœ&s&sssMSiBSVB*:! 



PHILIPPE I. 

ROI XXXVIII. 
Agé de sept a huit ans. 

r: 

Ce Roi qu'une Circé retenoit par Tes charmes 9 
Sans fouci de l'Etat , de l'honneur ni des Loix » 
Vit fes braves Sujets fubjuguer par leurs armes 
L'impiété des Turcs , & l'orgueil des Anglois. 



PAPES. 



Nicolas II. encore près d'un an fous 
ce régne. 

Benoît X. 

Alexandrb II. élu le i. d'O&obre 
1061. S. 11. ans & près de 7. mois. 

Schïjme. 

Grégoire VII. fils d'un Charpentier 
élu le ii. Avril 1073. S« i2 « ans *• mois. 



Schifme. 

Victor III. élu le 24. Mai 1086. S. 
environ 1. an 4. mois. 

Vacance j. mois. 

Urbain II. élu le ii. Mars 1088. S. 
11. ans 4. mois. 

Pascal II. élu le ii. Août 1099. S. 18. 
ans & $. mois. 



TOut obéilïbit paifiblement a la Foix commença pour lors à porter le 

Régence de Baudouin , les Gaf- titre de Comte , Bernard fils de Roger 

cons feuls rerufoient de s'y foumettre, Comte de Carcalïonne , obtint cette 

appréhendans , difoient-ils , qu'avec dignité de Raymond II. Comte de 

ce titre il ne fit périr fon pupile pour Touloufe , dont cette terre étoit mou- 

envahir la Couronne , fur le prétexte vante. 



Gefroi Martel étant mort fans enfans, 
Guy-Gefroi-Giullaume Duc d'Aquitai- 
ne , crut que les neveux de ce Comte , 
fils de fa fœur,qui étoientGefroi & Foul- 
ques , n'avoient point de droit fur la 



qu'il avoir époufé la fœur du Roi 
Henri. 

Baudouin di Annula fagement cette 
injure , & les entretint avec douceur : 
mais deux ans après il mena une armée 

vers les Pyrénées , feignant que c'étoit Saintonge , parce que leur oncle n'en 
pour faire la guerre aux Sarrafins d'Ef- avoir joui que par ufufruit. Il voulut 
pagne. Lorfqu'il eut paiTe la Garonne , donc s'en refaifir , Se ailiégea Saintes. A 
il s'arrêta dans les terres des rebelles & cette première fois pluiieursde fes gens 
les rangea à la raiion , fans coup frap- ayant lâché le pied, fon armée fut défai- 
per. En ce pays -là la Seigneurie de te par les deux frères près de Chef Bou- 

T ij 



IO(jI. 



1061, 



1066, 



i 4 3 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

tonne ', mais l'année fuivante il en re- d'époufer fa fille comme pour gage de 

\? mit une autre plus grande fur pied , & certaines conditions que le Normand lo( *S 
v ' leur enleva cette Ville. Un an aupara- lui promettoit. Mais lorfqu'Edouard 
vant il avoit eu guerre avec Hugues fut mort, il crut qu'un Royaume valoir 
Seigneur de Lufignan, qui fut tué dans bien un parjure, Se fe fit déférer la 
un combat. Couronne par les Anglois, qui en effet 
Les deux frères Angevins ne fe pi- n'aimoient pas la domination étrangère, 
querent point d'avoir leur revanche II penfoit s'être bien affermi dans le 
du Poitevin , mais s'acharnèrent à fe Trône par une grande victoire qu'il 
faire la guerre l'un à l'autre. Foulques remporra fur Harwic Roi de Norvège, 
le Rechin , le puîné des deux étant le qui étoit defeendu en Angleterre avec 
plus méchant fut le plus habile : il ga- mille vailfeaux-, tellement queGuillau- 
gna les Seigneurs de Touraine Se d'An- me lui ayant envoyé des Ambalïadeurs 
jou, qui trahirent vilainement fon frère pour le fommer d'époufer fa fille, Se 
Gefroi , Se le lui livrèrent avec la ville de lui venir rendre hommage , il ne fe 
d'Angers. contenta pas de leur répondre avec une 
Cependant le Duc d'Aquitaine ayant extrême arrogance , mais encore les 
reconquis la Saintonge, mena fon armée traita outrageuiemenr. 
vi&oneufe en Efpagne , où il força la Le Bâtard rechercha donc de toutes 
ville de Barbaftre alors rort riche Se fort parts l'aflïftahce de fes amis Se de (es 
renommée. Dix ans auparavant Ebbes alliés pour avoir raifon de certe injure, 
Comte de Roucy Se plufieurs autres Sei- Se pour fe mettre en polfellion de i^on 
gneu:s François allèrent exercer leur droit; &. il travailla fi bien , qu'ayant 
vaillance contre ces infidèles Sarrafins. alfemblé, à force de grandes promeflès, 
Le \hle de la religion mena fouvent u.ie puiffante armée de Normands, de 
les Princes & les Seigneurs de CAqui- François-, de Flamands , Se obrenu la 
taine & du Languedoc en ce pays-là , bénédiction du fiiint Père, il s'embar- 
pour fecourir les Chrétiens : & leur aj'- qua à faint Valéry, defcendit en An- 
Jijlance foutint & releva bien fort les pe- gleterre dans la Comté de Sudfex Se fe 
tits Rois Efpagnols. retrancha dans un camp près de Haf- 
JO £ . Edouard Roi d'Angleterre, que fa tings. En cet endroit Harald étant venu 
vertu chrétienne a mis au nombre des à la rencontre , il lui donna bataille le 
Saints, fe voyant fansenfans, réfolnt 14. d'Octobre. Harald combattit vali- 
de laifter fon Royaume à Guillaume le lamment , Se tint long - tems la vie- 
Bâtard DucdeNormandie, en confidéra- toire en balance - , mais enfin ayant été 
tion du bon traitement qu'il avoit reçu tué dans la mêlée avec fes principaux 
dans la maifon de Robert fon père lorf- c'iefs , il la laifla toute entière à fon 
qu'il fut chaire de fon Royaume , joint ennemi. Ainfi l'Angleterre demeurai 
qu'il étoir fon proche parent. Comme la diferétion du vainqueur. On s'ima- 
îl fe fentit pioche de la motr, il confir- gina que cette grande révolution avoir 
ma cette réfolution parunreftament fo- été préfagée par une effroyable C'.-me- 
lemnel. Il y avoit dans le Royaume un te, qu'on avoit vue durant quinze 
Seigneur fort puiifant nommé Harald jours étendre dans le ciel rrois grands 
fils de Goiouin , Se d'une fille du Roi rayons , qui en occupaient prefque 
Kanut IL qui gardoit dans fon cœur toutes les parties méridionales, 
une fecrete prétention fur la Couronne. Avant que Guillaume pafsât la mer , 
Il avoit néanmoins juré à Guillaume de il avoit vu mourir Conan Duc de Bre- 
lni aider à le mettre en pclièifion , Se t.agne. On difoit qu'il l'avoit fait em- 



PHILIPPE I. ROI XXXVIII. 



145 



*-— poifonner , parce qu'il revendiquoit deux fils > Arnoul& Baudouin tous deux " 

lo( >7- \ x Duché de Normandie comme lui en fort bas âge , & ordonna que l'aîné 

& fuiv. appartenant à caufe de fa mère fille auroit la Comté de Flandres , 6c l'autre 

du Duc Robert. Hocl qui avoit épou- celle de Mons. 

fc fa fœur lui fuccéda. Leur tutelle engendra un fanglant 
Les Anglois malrraités par les Lieu- différend entre Robert leur oncle, 6c 
tenans 6c Officiers de Guillaume , fe leur mère Richilde , qui de fon chef 
révoltèrent les années fui vantes, 6c ap- étoit Comtelfe de Mons, comme fille 
pellérent les Danois à leur fecours : 6c héritière de Régnier III. fils de 
mais ils ne firent qu'aggraver leur joug, Régnier au Long-Cou. Cette Prin- 
car il leur ôta prefque toutes leurs celle appuyée de Godefroy le Bolïu 
terres, & même leurs Loix anciennes, Duc de la balle Lorraine , défir l'ar- 
y établit celles de (on pays , comme mée de Robert , &c le dépouilla d'une 
auffî fa langue pour tous les aétes de partie de fes terres. Un fi heureux fuc- 
Juftice , 6c mit tous les Seigneurs qui ces la rendit fi hautaine envers fes fu- 
î'avoient fuivi en potfèflion des biens jets , que les Flamands l'abandonne- 
des Anglois , dont la plus grande par- rent, 6c il ne lui demeura que les "Va- 
rie fut ou chaifée ou tuée. Ions 6c les Hennuyers. Le Roi fe voulue 
Empereurs Ainjl finit le règne des Anglois dans porter pour arbitre 6c juge entre les 
Romain iv. Cètte jjfe f q U [ en a pourtant retenu le deux parties , étant proche parent de 
R^^anTs! nom ; mais en effet depuis ce tems-là elle toutes les deux ; mais Richilde venant 
mois, & en- à toujours été dominée & l'efi encore par à Paris , l'engagea à prendre ouverte- 
core Henri ^ Jung des Normands , les Rois & les ment fa caufe en main , ayant gagné 
plus grands du pays en étant defeendus fon Confeil à force de préfens , 6c par 
& tenant leurs droits de ce Guillaume le le moyen de Gefroy Chancelier de 
Bâtard , à qui l'on donna lefurnom de France, Evêque de Paris , 6c d'Euftache 
Conquérant. Comte de Boulogne fon frère , qui avoit 

Baudouin Régent du Royaume de époufé Idde fœur de Gefroy le BolTu. 
France, 6c Comte de Flandres, fur- Le Roi bouillant du feu de jeunef- 

nommé le Bon ou le Débonnaire , fe , 6c n'ayant pour lors que quelque 

finit fes jours l'an 1067. Il avoit deux dix-fept ans , voulut y aller en perfon- 

fils , Baudouin dit de Mons qui fut ne faire fes premières armes. Elles fu- 

Comte de Flandres, 6c Robert qu'on rent peu heureufes , car le vingt-deu-- 

furnommale Frifon , parce qu'il avoit xiéme de Février il fut bartu 6c pouffé 

vaincu les Frifons. Le premier pre- pies de S. Orner , 6c Richilde prife 6c 

noit quelquefois le titre de Comte des menée à Montcaifel. Mais comme Ro- 

ComteSy à caufe qu'il en avoit plufieurs bert prefifoit trop le Roi qui fe retiroït 

dans fa mouvance -, celui de Marquis vers Monftreuil , Euftache Comte de 

parce qu'il étoit fur les marches du Boulogne , qui avoit un gros de réfer- 

Royaume de Lorraine , 6c même celui ve l'enveloppa , le prit , 6c le mena à 

de Prince de Flandres. S. Orner. C'étoit l'avantage du Roi que 

" On remarque que lanioG g. Arnoul les Chefs des deux partis fu fient pri- 

Seigneur de Selve commença à bâtir la fonniers, afin qu'il pût terminer ce di£=- 

ville d'Ardresfur les ruines de fonChâ- ferend d'autorité abfolue - r mais celui 

teau de Selve. qui commandoit dans Cambray rendit 

lc Baudouin de Mons ne vécut que Robert pour délivrer Richilde ; le Roi-' 

trois ans après fon père , étant mort en fut fi irrité , qu'il faccagea 6c bm- 

l'an 1070 dans Audenarde, Il lailîa la la Ville, 



1070, 



i 5 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

La même année Richilde , quoique Royaume. Un jour entr'autres , il dé- 

I0 7°« toujours aiîïftée des François, perdit troulfa des Marchands des terres du I0 74* 
une autre- bataille , 8c même fon fils Pape qui venoient aux foites, & les mal- 
Arnoul près de Cailel ; 8c enfuite tout traita. Sur quoi le Pape Grégoire VII. 
fon pays , horfmis le Hainaut , où elle qui ne cherchoitqu'occalion de fe conf- 
fe retira. tituer le juge 8c le réformateur des 
„ Le Roi piqué au jeu , retourna une Princes , écrivit à Guillaume Duc d'A- 
feconde fois en Flandres , <k y hazarda quitaine , que fe joignant avec les au- 
une autre bataille, dans laquelle Euf- très Seigneurs du Royaume, il eut à 
tache Comte de Boulogne fon princi- lui faire remontrances ; 8c lui déclarer 
pal Confeiller , étant demeuré prifon- que s'il ne fe corrigeoit ,il l'excommu- 
nier, le Chancelier fon frère qui avoit nieroit lui 8c tous lesftijetsqui luiobci» 
tout pouvoir à la Cour , ne fongea qu'à roient , 8c mettroit l'excommunication 
obtenir fa délivrance , 8c par cette rai- fur l'Autel de S. Pierre pour la réaggra- 
{on obligea le Roi d'abandonner la eau- ver chaque jour. ' 
fe de Richilde. L'an 1076. advint la mott de Robert 107^. 
Empereurs j$[ Qn plus , il lui fit époufer Berthe I. Duc de Bourgogne. Il fut inhumé 
fodla Duos £Ue de Florent I. Comte de Hollande , dans l'Eglife de Semur qu'il avoit bâ- 
k. près de 7. 8c d'une Gertrude de Saxe , laquelle tie. Son fils Henri étant décédé avant 
^^"s'éroit remariée à Robert en fécondes lui , avoit lailTé deux fils, Hugues 8c 
noces. Par ce moyen il l'engagea à fou- Othon , dont le premier fuccéda à fon 
tenir la querelle de fon beau père , fi ayciil. „ 
bien qu'avec fon fecours il défit pour Guillaume le Conquérant , après io-»7. 
la quatrième fois l'armée de Richilde : avoir entièrement fubjugué l'Angleter- 
ainli il demeura 8c fut reconnu Com- re , réprimé la rébellion de fon fils Ro- 
te de Flandres , le jeune Baudouin lui bert , 8c dompté les Manceaux , paiïà 
cédant les droits qu'il y avoit comme en Bretagne pour la réduire fous £es 
frère 8c héritier d'Arnoul. loix , comme fief dépendant de la Nor- 
Les Normands avançoient toujours mandie , 8c mit le fiége devant Dol. 
leurs conquêtes dans la Pouille -, Ro- Le Duc ou Comte Hocl fort allarmé , 
ger frère de Robert Guifchard , envoya implora l'afliltance du Roi , qui mar- 
ïbn frère en Sicile qui étoit occupé par chant en perfonne à fon fecours , fit 
les Sarrafins ; il y conquéta Païenne 8c lever le fiége. 

Mefline , 8c la prife de ce9 Villes lui La même année la paix fe fit entre 

ouvrit le chemin à fe rendre maître de les deux Rois ; mais elle fut rompue 

)ute l'Ifle. prefqu'auffi-tôt pour une autre caufe 



ioji. Depuis la mort du Régent Baudouin, que voici. Le Conquérant , avant que 

Se fuiv. I e R- ' 1 Philippe parvenu en âge d'ado- d'aller à la conquête d'Angleterre , 

lefcence , fit bien connoître qu'il ne avoit , en prefence du Roi , donné la 

vouloit îelTembler ni à fon père , ni à Duché de Normandie à Robert fon fils 

{on ayeul , 8c qu'il ne croyoit pas com- aîné : Robert s'en vouloit mettre en 

me eux , que la Royauté fut un emploi polïèflion , le père l'en empèchoit , 8c 

aftreint aux régies de la juftice 8c aux le Roi foutenoit le fils dans fi deman- 

loix , mais une licence de tout faire; de. Ce fut là le fujet d'une nouvelle^ Fm r erc »« 

H, i 1 • NlCETHORF 

ement qu il ne gardoit aucune te- guerre. h.moniatk, 

tenue , 8c s'émancipoit à quantité de Le perc affiegea fon fils rébelle dans i:furpatcui , 

défordres 8c de vexations fur fes fu- le Château de Gerberoy près de Beau- £" l' n ?™ c ' 

jets , 8c fur ceux qui palfoient dans fon vais. Un jour il advint que dans une k- m iv. 



PHILIPPE I. ROI XXXVIII. 151 

-forrie fon fils le blelTà _, 6c le defarçon- que le Rechin avoit fait à & mère en — — 

na d'un coup de lance : mais l'ayant re- la répudiant ( c'étoit Ermen^àrçle de lOCti ' 

connu à fa voix , il le releva la larme à Bourbon; ) & touche de la miiete de Emp««iM 

l'œil. Ainfi le liège fut levé ; le père ion. oncle , employa aulîi la force des NE L KE X r. "7* 

enfin étant vaincu par les fenrimens de armes pour contraindre fon père à le k ans i- mois, 

la nature, & pu- les prières de fa fem- délivrer : mais ce fut inutilement; il?L ,i nc ?v 

me &c de les Barons, lui accorda la ne put le reioudre a le relâcher, jui- 

grace , lui quitta la Duché; Se il re- qu'à ce qu'il eut reconnu que la mé- 

paffa en Angleterre. lancolie , ou quelque breuvage , lui 

Gefroy le Bolïu , Duc de la baffe avoir troublé le fens Se le rendoit in- 

Lorraine , qui , en faveur de Baudouin capable de tenir aucune Seigneurie. 

Comte de Mons , fils de Richilde , avoit Alors le Pape Urbain , qui l'avoit ex- 

combattu & défait Robert le Fnfon , communié pour cette injufte déten- 

ayant peu après fa victoire , été atlalli- tion , Se l'avoit déclaré déchu de fes 

né dans Anvers , l'Empereur retint la terres & Seigneuries, le fit abfoudre 

Duché de la balle Lorraine, Se donna Se réhabiliter folemnellement par fon 

feulement le Marquifat d'Anvers à Go- Légat ; Se depuis , lui-même étant à 

defroy Duc de Bouillon , fiis d'Idde Tours , confirma la Sentence d'abfo- 

feeur de Gozelon , Se d'Euftache Com- lution l'an 1097. 

te de Boulogne : mais douze ans après Le fameux Robert Guifehard Prin- o " 

il lui rendir cette même Lorraine , ce des Normands dans la Pouille mou- 

pour les grands fervices qu'il en avoit rut cette année 1085. ayant auparavant 

reçus. gagné deux batailles navales , Pune fur 

Il y avoit déjà quelques années que les Vénitiens , & l'autre fur les Grecs, 

le Roi Philippe étoit marié , fans avoir II avoit deux fils , Boainond & Roger, 

encore eu aucuns enfans -, il fit ordon- L'aîné étant alors banni par la crainte 

ner des prières par tout fon Royaume de fa marâtre , comme nous l'avons 

pour en demander à Dieu. Les vœux dit , fon puîné s'empara des Duchés 

des François furent exaucés ; il lui nâ- de la Pouille & de la Calabre : à cau- 

quit un fils qu'il nomma Louis > & qui fe de quoi les frères furent en querel- 

régna après lui. Il en témoigna fa joye le jufqu'au tems de la première Croi- 

à fes Sujets par Lettres publiques-, &c fade, que les Seigneurs François paf- 

il voulut que cette heureufe nailTance fant par-là pour aller à la Terre-Sain- 

fût célébrée par tout avec des réjouif- te , les mirent d'accord. Leur oncle Ro- 

. fances folemnelles. ger garda la Sicile avec titre de Com- 

ïo8o Les Seigneurs de la Touraine Se du te feulement. 

Maine, touchés de commifération pour La Duché de Normandie étant de- 
le jeune Prince Gefroy , avoient pris meurée à Robert , il en traitoit les 
les armes contre Foulques le Rechin peuples avec une extrême rigueur : fi- 
fon frère, pour le forcer à le mettre tôt que les plaintes en eurent été por- 
en liberté. Cet homme barbare , plu- tées à fon père , il repalTa d'Angleter- 
tôt que de le relâcher, aima mieux don- re en ce pays-là pour le châtier ; mais 
ner la Comté de Gâtinois au Roi Phi- la tendrelTe paternelle le reconcilia fa- 
lippe , afin qu'il le foutint dans fon in- cilement avec lui. 
juftice. L'an 1086. fut fignaléparde furieux 

108 1. Quelques années après, fon propre débordemens d'eaux, ôc par un prodi- 

fils , aufiî nommé Gefroy IV. du nom , ge inoui avant ce tems-là ; c'eft que 

êc furnommé Martel , piqué de l'affront les volailles domeftiques devenant tout 



io%6. 



ici ABREGE CHRONOLOGIQUE 

— ~~ — d'un coup fauvages, quittoient les mai- mourut le huit de Septembre , en ré- ■ - 

10Î56. £ Qns ^ s ' envo loienc dans les bois de putation de Prince très- vaillant , très- I0 «7* 

dans les champs. puiiïant 8c très-magnifique, mais ex- 

Jufques-ià le Roi Philippe , Prince trèmement fuperbe , avare , 6c qui pis 

.fort voluptueux , avoir palfé fes plus eft, fort cruel à l'endroit de les Sujets, 
belles années fans inquiétude 8c fans II donna par fon teftament le Royau- 

fouci : mais les plaiurs déréglés fe trou- me d'Angleterre à Guillaume dit le 

blent eux-memes •, ils deviennent fou- Roux , qui n'étoit que le fécond de fes 

vent affaires , 8c en attirent de fort dan- fils : la Normandie à Robert qui étcic 

gereuies. S'étant dégoûté de Berthe fa l'aîné, on le nommoit Courtchenfe \ 8c 

femme , il fe fervit du prétexte de la quelques terres avec de l'argent à lien- 

parenté qui fe trouva entr'eux deux; ri le plus jeune des trois. Ce qui lait 10 gg 

8c l'ayant prouvée félon les formes voir clairement qu'en ce tems-là les 

d'alors , il fit dilfoudre fon mariage par pères difpofoient de leur fuccefiion , 

l'autorité de l'Eglife , quoiqu'il en eût 8c avançoient ou deshéritoient leurs 

un fils nommé Louis , âgé de cinq ans*, enfans comme il leur plaifoit. Robert 

8c une filte nommée Confiance. Il re- du commencement , remua toute l'An- 

legua enfuite fa répudiée à Monflreuil gleterre, qu'il préuendoit lui appartenir 

fur Mer , où elle vécut long-tems af- par droit d'aînelfe ; &ce pays-là en fouf- 

fez pauvrement. hit de grandes défolations : mais n'y 

"— ô Ce divorce fait félon les formes , 8c étant pas paflé afïez-tôt , la diligence de 

par Sentence juridique , il demanda fon frère Guillaume ralentit l'ardeur de 

la fille de Roger Comte de Sicile , fes partifans , 8c s'alfura du Royaume. 

nommée Emme. Elle fut amenée juf- L'an 1089. arriva la mort fubite de 10^9. 

qu'aux côtes de Provence: toutefois Robert dit le Frifon , Comte de Flan* 

il ne l'cpoufa pas. On n'en dit point la dres , comme il drelfoit un grand arme- 

raifon -, mais il y a apparence que dans ment pour pafier en Angletetre , 8c de- 

le tems qu'elle venoit , il fe donna à mander la penfion de trois mille marcs 

quelque nouvelle inclination qui lui d'argent que Guillaume le Conquérant 

fit rompre ce mariage. avoit promife à Baudouin Comte de 

Guillaume le Conquérant devenu Flandres , pour l'avoir afîifté à la con- 

valétudinaire , faifoit diète à Rouen , quête de ce Royaume-là. Son fils de 

pour fe décharger du trop de grai Ife même nom lui fuccéda en fa Comré. 

qui Pincommodoit. Le Roi le raillok On lui donna à quelque tems de là le 

à tout propos , 8c demandoit quand il furnom de Jérufalem , parce qu'il aflif- 

releveroit de fes couches. Le Duc lui ta au fiége de cette ville. _ 

envoya dire qu'il iroit faire {es rele- L'an 1090. le feu facré qu'ils nom- 1090. 

vailles à fainte Geneviève de Paris avec moient le feu S. Antoine , fe rallumant 

dix mille lances en guife de chandelles, plus furieufement que jamais, caufa 

En effet , fi-tôt qu'il le put il monta à d'horribks défolations dans la haute 8c 

cheval , défola tout le Vexin François , halïe Lorraine. On y voyoit par tout , 

8c força 8c brûla Mantes, où il palfa tout dans les chemins, dans les foffés , 8c 

au fil de l'épée. Mais il s'échauffa fi fort aux portes des Eglifes , des perfonnes 

à l'attaque de cette place , qu'il fe mit ou mourantes, ou à qui la douleur in- 

lui-mcme le feu dans le corps , 8c tom- fupporrable du mal faifoir jetter de 

ba malade ', de forte qu'il ne put aller hauts cris -, d'autres à qui cette pefte ar- 

plus avant , 8c retourna à Rouen. Après dente avoit dévoré les pieds ou les bras, 

tju'il y eut langui alfez long-tems , il ou une partie du vifage. 

Foulques 



PHILIPPE I. ROI XXXVIII. Mj 



■ Foulques le Rechin extrêmement in- vies , félon Tordre du Royaume , lui en — — —• 

l0 9)' continent &c changeant en femmes, parlèrent avec une liberté évangélique, xo 94 j 
mais qui avoir plus de defirs que de ëC lui en rirent de très-iérieules remon- 
puiflàneé , après en avoir quitté deux , rrances ; particulièrement Yves de Char- 
fous couleur de parenté , avoit l'an très , qui fe montroit ardent défenfeur 
1089. époufé Bertrade , fille de Simon de la difcipline des canons, ôc qui 
de Montfort. Les appétits de cette fera- croyant que fa reconnoitTance envers 
me jeune , belle , coquette , ne s'acom- ion Roi devoit aller à le retirer du préci- 
moderent pas avec la vieil lelïè de fon pice , non pas à l'y enfoncer par des flat- 
mari goûteux & chagrin ; elle le quitta teries , 8c des complaif mces , pourfui- 
au bout de trois ans pour fe jetter en- vit fi chaudement cette affaire , nonobf- 
tie les bras du Roi Philippe qui n'ai- tant toutes les traverfes que le Roi & les 
moit que trop les Dames. Ce Prince Courtifans lui fufciterent , que Hugues 
s'étant avancé jufqu'à Tours, avoit con- Légat du S. Siège, ayant alïemblé un 
certé avec elle les moyens de fatisfaire Concile à Autun, décerna excommuni- 
leurs defîis. Pour cet effet il y lailla u« cation contre Philippe : toutefois le Pa- 
Gentilhomme , qui prenant fon tems , pe en fufpendit l'effet jufqu'à l'année 
enleva cette femme de l'Eglife de S. fuivante qu'il la fulmina lui-même dans 
Martin, de la lui mena à la ville d'Or- le Concile de Clermont. _ 
Jeans , où il l'attendoit. Cet horrible La fameufe querelle d'entre le Pape & 109$. 
fcandale fut encore fuivi d'un autre qui les Empereurs , qui a caufé tant de maux 
ce l'étoit pas moins , lorfqu'on vit qu'il à la Chrétienté , étoit alors fort échauffée* 
l'avoit époufée en face d'Egliie, s'étant Elle avoit commencé entre Grégoire VII. 
trouvé des Evêques qui furent d'avis & Henri IV. le premier extrêmement im- 
qu'il le pouvoir faire ; & un même., périeux & entreprenant , le dernier mè- 
fçavoir EudjS de Baveux , frère utérin chant , cruel & déréglé au dernier poinu 
de Guillaume le Bâtard, qui ofa les Les Papes avoient pour prétexte doter a. 
marier enfemble , moyennant le rêve- l Empereur Vinvefliture des Bénéfices , 
nu de quelques Eglifes que le Roi lui comme une chofe injufle&facrilé'ge: mais 
donna. leur motif pouvoit être le defir de CEmpi- 
Bertrade érort parente du Roi du cin- re d'Italie , & d'affervir tous les Princes 
quiéme au fixiéme degré ; le Rechin fous la puiffance Pontificale. Ce qui pa- 
fon mari du troihéme au quatrième; roiffoit fort aifé ^ a" autant que toute l Eu-* 
c'étoit donc deux empêchemens : d'ail- rope étant partagée en cent & cent Dorni- 
leurs fi Philippe étoit libre , comme il nations , il n'y avoit que des Princes fort 
prétendoit l'être, Bertrade ne l'étoit foibles ; fi bien que la plupart d'entr eux 
pas, parce que fon premier mariage ou par dévotion , ou pour éviter la fouve- 
n'avoit point été bien dUlout : ainfi il raineté des plus Grands , Je foumettoient. 
y avoiî dans cette con-jonétion double & même fe dévouoient au S. Siège , & lui 
adultère §c d©uble incelie. pay oient tribut. De forte que s'ilfe fut 

L'Eglife ne put pas difiimuler un at- trouvé quatre ou cinq Papes de fuite qui * *Qeî«aifc! » 

tenta: qui vioîoit toutes fortes deloix, euffent été au (fi faints & suffi babiUsT*'- 2 ^*^' 

qui orrenloit tous les gens de bien, oc qu Us Je pouvaient être , qui eujfent agiYvk^z ç-t^ 

qui donnoir un pernicieux exemple aux fins aucun intérêt que celui de Dieu & de ^ c!ÏeJB ,* s ;■ 

foibles Ôc aux médians de fe jerxer har- fon Eglife , & qui euffent fçu prendre bien mfjiss g™ . 

diment dans de femblables délordres. à propos la caufe des peuples contre Us** 1 *? -><■'*■>■»■: 

Auili quelques bons Evêques s'étant oppre{feurs , ils Je fujfent rendus Monar-^^? rT \ 

trouvés à fes noces, ojà il les avoit con- -f.ues au temporel auffi-bknquaufpirhtueL ££,&&&&. 
Tome II. y 



154 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



" Les Turcs , après diverfes irruptions , i'Hermite étoit un Gentilhomme Pi- ~~— — 

ayant été appelles à lajblde de Machmet card d'auprès d'Amiens , qui ayant fait I0 95 

Roi de Perj'e y qui étoit Sarrafîn, & avoit quelques voyages dans la Teire-Sain- 

guerre contre le Caiif de Babylone Ma- te , comme taiioient depuis cent ans 

kometan , aboient tourné leurs armes con- prefque tous les Princes 8c les Prélats 

tre lui même y & s étaient rendus maîtres de 1 Occident , avoit vil les cruautés 

d'une partie de fes pays dès L '.'an 104S. que les Infidèles y exerçaient fur les 

puis de la Méfopotamie , de CAffirie , de Chrétiens , 8c en avoit porté les lamen- 

la Judée , & prefque de toute L Ajie ; & rations par toutes les Cours de l'Europe. 
avoient formé cinq oujîx Dinaflies , une Les exhortations pathétiques du S. 

en Perfe , une en Buhinie , une en Cili- Père firent une telle impreffion fur tous 

cie , une en Damas , dont J érufalem dé- les efprits de l'alliftance , qu'ils s'écrie- 

pendoit, & une à Antioche. Or fubju- rent tous d'une voix , Diex el volt \ 8c 

guant les Perfans , ils avoient pris leur offrirent à l'heure même leurs biens 

Religion , qui étoit la Mahometane. Cet- & leurs vies pour cette fainte expédi- 

u raifon jointe à leur barbarie naturelle , tion. La marque en étoit une Croix 

les portoit à traiter les Chrétiens qui ha- rouge , que l'on coufoit fur l'épaule 

bitoient en Judée , avec toute forte de gauche , 8c le cri de guerre , Diex el 

cruauté ; & d'ailleurs ils menaçoient volt. Aymar Evêque du Puy , fut lepre- 

£ envahir le refu de VAfu , 6' de détruire mier qui reçut la Croix de la main du 

tout l Empire d'Orient. S. Père \ 8c Guillaume Evèque d'Oran- 

En cette année lîrbain II. venu en gelé fécond, enfuite grand nombre de 

France , refuge des Papes affligés , afin Princes 8c de Seigneurs j 8c cette ar- 

<I erre reconnu pour vrai Chef de l'Egh- deur fe portant en très-peu de tems par 

fe , ( car l'Empereur l'avoit détrôné , toute l'Europe , un nombre* infini de 

& en avoit fait élire un autre ) allem- perfonnes de toutes qualités, de tout 

bla un grand Concile à Clermont en â-'ge 8c de tout fexe, s'enroloient dans 

Auvergne , dans l'O&ave de S. Martin, cette facrée Milice. 
Il y fit quantité de Canons pour la ré- Ces croifades & voyages d'Outremer , 

formation du Clergé, particulièrement dont V ardeur a duré plus de deux cens 

pour déraciner la fimonie , 8c pour ôter ans , furent extrêmement funefles aux 

le mariage des Prêtres: 8c après ayant Juifs; Us Croifés , par un ^éle furieux , 

entendu 8c examiné les plaintes de les majfacrant dans tous les pays ou ils 

Foulques le Rechin , il excommunia le paffoient. Et d'ailleurs elles produifirent 

Roi Philippe, 8c Bertrade fon époufe la ruine delà plupart des grands Sei- 

prétenclue : comme aulli tous ceux qui gneurs , & la foule des pauvres peuples 

l'appelleroient Roi , 8c qui le recon- qui fouffrent toujours beaucoup de ces 

noîtroient pour Souverain , tandis qu'il grands mouvemens , & payent toutes les 

croupiroit dans ce péché. folles dépenfes de ceux qui font au-deffus 

Dans le même Concile, fur les inf- d'eux. Mais les Papes & les Rois en ti- 

tances que faifoit l'Empereur Alexis , rerent de très-notables avantages pourfe 

d'avoir du fecours contre les Turcs -, 8c rendre abfolus. Ceux-là , parce qu'ils fe 

fur les remontrances de Pierre l'Her- mirent en poffcffion de commander aux 

mite , le Pape anima, par une forte Empereurs & aux Rois a" aller à ces ex- 

Harangue tous les Prélats là préfens , à péditions: quils en étoient toujours les 

lui en donner , 8c à porter les fidèles à Chefs ; qu'ils recev oient fous leur protec- 

s'armer pour la défenfe de la Chrérien- tion les perfonnes & les biens de ceux qui 

té , 8c à paffer en Orient. Ce Pierre fe croifoient; que peur exciter & encou- 



ioc, s 



PHILIPPE I. ROI XXXVIII. M5 

rager ceux qui preno'unt les armes pour en ces quartiers-là , avec quoi ils gour- '" ^ 
ces guerres , ils rendirent iufage des In- mandoienc tout le pays , &c rompoient «. r ^" 
dulgences & des dijpenfes plus commun tout le commerce de Paris & d'Orléans ; 
qu'auparavant: que leurs Légats recueil- quoique Guy Seigneur de Rochefort , 
loient & mamoient les aumônes & les frère de Miles, fut fort dans les bon- 
legs qui fe fa ifoient pour accroître & gar- nés grâces de Philippe , & exerçât la 
der les conquêtes d'Outremer ;& que me- Charge de fon Grand Sénéchal. Ce 
me ce leur fut un fpécieux prétexte de Guy pafla l'an 1097. en Terre-Sainte, 
commencer à lever des Dec 'unes fur le peut-être pour ne fè point mêler , 
Clergé. comme il y eût été obligé par la cou- 
Les Rois s y en accommodèrent auffl , tume d'alors , dans les guerres de fes 
parce que tous les plus braves & les plus parens contre le Roi fon bienfaiteur. 
mutins allant en ces Provinces lointai- Dès la première expédition en Ter- 
nes , leur laifj oient le terrein plus libre , re-Sainte , il fe croifa plus de trois 
& une belle occafïon d'entreprendre fur cens mille hommes , qui fe diviferent 
leurs Places & fur leurs Droits & Pri- en plusieurs bandes. Les unes prirent 
viléges : Que les Grands leur vendoient leur chemin par l'Allemagne ôc la Hon~ 
ou engagoient leurs Terres pour avoir de grie , les autres par l'Efclavonie , les 
quoi fubvenir aux grands frais de ces autres par l'Italie , pour s'embarquer 
voyages : ou que par leur mort elles de- fur les côtes de la Pouille : celles-ci re- 
meuroient à des mineurs , ou à desfem- menèrent le Pape & le rétablirent dans 
mes , des mains de qui il Uur étoit facile fon Siège malgré (es ennemis. Toutes 
de les tirer: (a) & qu'enfin la France , fe trouvèrent dans la Grèce, & de-ià 
qui fourmilion d'une prodigieufe multi- parlant le Détroit de l'Hellefpont , ou 
tude d hommes , étant évacuée par ces Bras Saint George , fe rendirent en Bi- 
grandes & fréquentes faignées , devint thynie. Celle que menoient Pierre 
beaucoup plus foumife à leurs volontés. l'Hermite & Gautier de Saint Sauveur 
~ L'Hiitoire des Comtes de Poitou étant mal conduite , y fut prefque tou- 
marque en l'an 10.96. la mort de Guy- te taillée en pièces par Solyman Sultan 
Gefroy -Guillaume , qu'elle dit le hui- des Turcs \ mais l'Hermite fe fauva de 
tiéme du nom , lui fait fuccéder Guil- la tuerie , & trouva à propos de fe con- 
laume IX. fils de ce Prince & de fa ferver pour une autre occafion. 
femme Adelerade , fille de Robert I. Parmi les Chefs de ces troupes étoient 
Duc de Bourgogne -, & dit qu'il fe mit Hugues furnommé le Grand , à caufc 
en polfeflion de fes Etats âgé feulement de fa taille , frère du Roi Philippe , te 
de quinze ans. Comte de Vermandois \ Robert Duc de 
Il n'y avoit fi petit Seigneur qui ne Normandie -, Godefroy de la baflTe Lor- 
bravât le Roi Philippe , endormi entre raine , qui vendit fon Château de Buil- 
les bras de fa Bertrade. Miles Seigneur Ion à Otbert Evêque de Liège ; Bau« 
de Montlehery, & Guv TroufTel fon fils, douin & Euftache {es frères ; les Corn- 
le renoient fort en prefle par le moyen tes Raimond de S. Gilles & de Ton- 
de leur Château de Montlehery & de loufe , Prince fort opulent & fi zélé» 
quatre ou cinq autres qu'ils avoient qu'il mena avec lui fa femme & un fils 



1 - '•' 



(jt) Au lieu de ce qui fuit il y avoit dans l'édition de fréquentes faigvêei , devint plut fonple & plut fourni- 

ï<68. fe ^& par ainfi leurs volontés moins dépendanteidif l%f% 

ij qu'enfin la France qui fourmilloit d'une prodigieufe C* des anciens Ordru d* Royaume. 
maitHudt d'kwnes , étant tVAcace par ces grandes Ù' 



ï 5 6 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

■légitime qu'il avoit d'elle , laiiïànt fa fécond: &c la prife d'Antioche , qui — 

^ & - iV.!...^».!! J fl- cl 1 fc^_ r -_• o- 1 * - il* 1 



ioç)6, Comté de Touloufe à Bertrand ion fils les arrêta fept mois, & leur coûta bien ^^7' 
naturel : Etienne de Chartres -, Bau- du fang & de la peine , le troifiéme. ** lluv « 
douin de Haynaut : Hugues de Saint Après qu'ils turent entrés dans cette 
Pol , Rotcoudu Perche , Guillaume de Place , ils allèrent au-devant de Coc- 
Forez , Rambol d'Orange , Baudouin ban , ou Corbagnt , Général de far- 
de Mets, Foulques de Guifnes , Etien- mée du Sultaii de Peife ou de Baby- 
ne d'Aumale , un autre Etienne de loue , la combattirent , & en tuèrent 
Franche Comté, Guillaume d'Angou- près de cent mille hommes. Ce qui 
lême, Guillaume de Montpellier, Gaf- arlbiblit tellement la puiilance aes 
ton de Foix, & plus de deux, cens au- Turcs , que le Sultan d'Egypte , qui 
très Seigneurs de marque, Ici-quels pai- étoit Sarrafin r s'empara facilement lur 
fans par la Calabre , emmenèrent Boe- eux de la Judée & de la fainte Cité 
mond Duc de la Pouille , Tancrede fou de Jerufalem. 

neveu, fils de Robert Guifchard, Se II ne la garda pas long- rems, l'ar- . ' 

quelqif autres Seigneurs de ce pays-là. mée Chrétienne l'afliégea le 8. de 

Eudes furnommé Hetpin , Vicomte de Juin, & l'emporta de vive fonce le 1 5. 

Bourges, ne fut pas de ce premier voya- de Juillet de l'an 1099. Tous les Chefs 

ge , comme difent quelques-uns, il ne demeurèrent d'accord de la donner 

fe croifa qu'au fécond , qui fe fit l'an avec {qs dépendances , en titre de 

1 101. Et ce fut pour lors qu'il vendit Royaume, à Goderroy de Bouillon leur 

la ville de Bourges au Roi Philippe, Chef général. Il accepta cet honneur: 

marché plus honorable au vendeur qu'à mais il fut fi humble ,.. qu'il ne fouf- 

l'acheteur. frîr jamais qu'on lui mit la Couronne 

Tous les Croifés étant arrives par fur la tête, ni qu'on lui donnât le titre 

divers chemins en Bithynie , élurent de Roi en une Ville où le Roi des 
pour leur Chef général Godefroy, Duc Rois avoit été traite en efclave. 
de Bouillon &c de la Baile Lorraine , Le Sultan d'Egypte appréhenda , 
fils d'Euftache Comte de Boulogne: avec raifon , que les Chrétiens après 
8c on peut dire que cette élection fut tant d'avantages , ne lui enlevaflent 
fi gloneufe pour lui, que touslesScep- auflï fon pays, fans lequel il eft fort 
très de l'Univers enfemble ne lui font mal-aifé de conferver la Terre Sainte, 
point comparables. Les voyant dont fort affoiblis , en 

On vit durant plufteurs nuits pieu- forte qu'il leur rcitoit à peine cinq 
voir des Etoiles par intervales , mais (i mille chevaux &c quinze mille hom- 
dtu & menu , au on eut dit que choient mes de pied , il aiîembla cent mille 
des bluettes du débris des orbes célcjtes. chevaux, & quatre fois autant d'in- 
Et dans la Comté de Namur , du pain fanterie , dont il donna la conduite 
quon avoit cuit fous Us cendres , parut à un Lieutenant pour les accabler. Go- 
tout fanglant lorfqu on le rompit : ce qui defroy , le plus grand homme de guer- 
pouvoit provenir de ce qu'il étoit fait re de fon ficelé , les chargea h réfo- 
d une forte de faux bled qui rend U pain lument & fi à propos, qu'il les mit 
de cette couleur. en défordre , & en tua plus de cent 

"" La ville de Nicée en Bithynie fut mille. Une fi grande vicîoire lui ac- 

fcifiaiv" fejprcnïîer exploit des Croifés : la dé- nuit toute la Paleftine , à la réferve 
faite de l'armée de Solyman , fuivie de deux ou trois Places, 
de la reddition des places de Lycao- Cette année commença donc le 
nie, Licie, Cilicie &, Pamphilie, le Royaume pe JtPvUbALoi , fous le- 



PHILIPPE I. ROI X X X V I M, 15.7 

- quel étoienc la Comté d'Edefle ville premier voyage par Tancrede. 

l0 99' Capitale de la Medie, la Principauté Ces voyages en Levant renouvelle- ^r 01 ' 

d'Antioche en Celefyrie , ëc la Com- rent & accrurenr extrêmement la haine ^ lum 

té de Tripoly , qui ne fut conquife des Grecs contre les- Chrétiens Latins 

que plusieurs années après, fur la côte ou Occidentaux. Ils étoient furieufe- 

maririme de la Syrie Phénicienne. Pour ment jaloux de voir qu'ils s'établif- 

lors étoit Calife en Babylone Albugue- foient dans l'Orient ; & ils avoient cer- 

bafe Achamet , fils de Muquetadi , le tain prelTentiment qu'ils voudroient 

vingt-huitième de la Maifon de G ue- quelque jour s'emparer de cet Empi- 

bafe. r£ *'à caule de quoi le Confeil de l'Em- 

■ ■ ■■ — La gloire de cette conquête publiée pereuravoit rélolu de forcer tous ceux 

1I0 °* en Occident par les Princes qui en qui palleroient par fes terres, de lui 

croient revenus, piqua les autres qui promettre hommage &: fidélité pour 

n'y avoient point été , du detir d'y al- toutes celles qu'ils pourroient conque • 

1er fignaler leur nom. Il fe fit donc une rir dans le Levant , comme faifant par- 

feconde Croifade compofée de plus de tie &c étant membres de fa domina- 

trois cens mille hommes , François, tion. Ainfi le Gouverneur de Duras 

Allemands Se Italiens. Guillaume arrêta Hugues frère du Roi de France a 

IX. Duc d'Aquitaine en menoit cent & l'envoya pour cela a l'Empereur. Il 

mille , dont les deux tiers étoient de refufa de lui faire aucun ferment , Se 

- fes fujets : Hugues le Grand, frère du aima mieux fouftiir la pnfon , où il 

Roi, cv Eftienne Comte de Bourgo- demeura jufqu'à ce que les autres Chefs 

gne , qui avoient été de la première étant venus camper aux portes de Conl- 

expédition , furent encore de celle-ci -, tantinople , contraignirent le Grec t'.e 

&: plusieurs Prélats &: quantité de Da- le mettre en liberté. lis lui offrirent 

mes illuftres voulurent faire ce voya- en même-tems de le faire chef de cette 

ge. Godefroy mourut au mois de Juil- fainte expédition , mais il refufa cet 

let 11.00. n'ayant pas régné un an en- honneur. Déformais nous ne rapporte- 

tier ; & Baudouin fon trere lui fuccéda rons plus rien de ces guerres que ce 

au Royaume de Jerufalem. qui touchera notre hiftoire. 

Cette armée prit fa route par laHon- Mais nous ri oublierons pas de aire 

grie Se par la Thrace , Se paffa par le qu elles donnèrent commencement à l ufa~ 

Détroit de THellefpont dans i''Afie. En ge dis Armoiries. De tout tems chaque- 

partant le Duc Guillaume vit l'Empe- nation portoit quelques figures ou fymbe--- 

reur Grec , Se lui refufa, en paroles un les dans fes enfeignes. Les Légions Ro- 

peu trop hautaines, de lui faire homma- mai nés Je dijlinguoient entr elles par h 

ge des Terres qu'il conquéteroit fur les différent émail de leurs boucliers , & par 

Infidèles. Le perfide Empereur en étant tes diverfes lignes qui étoient tracées def- 

otfenfé dans Ion coeur , donna des Gui- fus. Les particuliers ornoient aufji leurs 

des aux Croifés , qui les ayant affoibhs écus de quelques devifes qui donnoient 

par la, difficulté des chemins Se par la à connoître leur naijfance ou leurs bel- 

difette ,. les firent palTer à une rivière les actions , ou leur humeur & leur ef r 

où les ennemis les attendant avec avan- prit. Or, dans ces expéditions de la Ter- 

tage , en tuèrent en un jour plus de re-Sainte , ceux qui avoient déjà de ces 

cinquante mille : le refte fe fauva com- Symboles ,. les rendirent plus propres a 

me il put en Cilicie. Hugues frère du leur maifon. Et ceux qui rien avoient 

Roi s'en alla à Tarfe mourir de fes bief- point encore, en choijzrent, tant "pour fe 

fiires. Cette- Ville avoit été p.rife au faire remarquer dans les combats , leurs 



1101. 



i 5 § ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



" armures de tête empêchant qu'on ne armoiries. Non -feulement ils ont fait - 

1101 • connut leur vif âge, que pour être difilin- f^j/er des rébus de La viU populace, 1I0I « 

gués des autres ; & aujfi afin que ces des illufions grofjières fur leurs noms , 

figures leurferviffent comme defurnoms : des chiffres de Marchands , des enjii- 

car alors il n'y en avoit point encore , gnes de boutiques , & des outils d arti- 

ou fort peu. fans dans les écus à l ombre des couron- 

Les uns donc , pour marquer comme ils nés , des timbres, des cimiers & des 

sétoient croifès , mirent des croix dans fupports. Non-feulement ils ont, par une 

leurs armoiries ; voilà pourquoi il y en hardieffe infupportable , choifiî les pièces 

a une infinité de forte ; les autres , pour les plus illuflres , & donné Juj et de dire 

montrer qu ils avoient fait le voyage du qu'A n'eft point de plus behes armes 

Levant , & p:ijjé la mer , prirent des Be- que les armes de Vilain : mais encore 

fants , des Lions , des Léopards , des Co- avec l'aide des Généalogijles intèrefjès , 

quilles. Les autres formèrent leurs ar- ils fe font entés impudemment dans les 

moiries de la doublure de leurs manteaux, maifons Us plus anciennes ; & elles les 

félon qu elle étoit échiquetée , vairée,pa- reconnoifjent volontiers, pourvu quel- 

pelonnée, mouchetée, diaprée , ondée ,faf- les en tirent quelqu avantage. Ce quife- 

cée , palêe , gyronnée ,/ufelée , lo^angée. roit peut-être tolérable , Ji après cela ils 

Il y en eut qui trouvèrent plus beau de sefforçoient d'avoir Came aufifi noble que 

charger leur écu de quelque pièce d'ar- les armes & les noms qu'ils ufurpent. 
mure , comme font les éperons , les fers Dès la première Croifade Guillaume — — — — 

de lance, Les maffes , les maillets, les le Roux Roi d'Angleterre, prenant oc- I °^' 

épées , les cafques. PLufieurs aimèrent cafion de l'abfence de fon frère Robert, & luiv * 

mieux des chofes qui avoient rapport s'étoit faiii de la Duché de Norman- 

aux furnoms qu'on leur donnoit , ou die. Entiéparcet accroifTementde puif- 

bien à leurs terres , à ce quelles pro- fance , il fe promettoit d'envahir la 

duifoient, à la fituation , ou autres par- France même , parce qu'il voyoït le 

ticularités de leurs châteaux, aux em- Roi excommunié, languilfant entre les 

plois qu'ils avoient , aux charges qu'ils bras de fa concubine , & d'ailleurs 

exerçoient. Il y en eut qui choisirent n'ayant qu'un fils légitime qui n'avoit 

des marques qui confervoient la mèmoi- que dix-fept à dix huit ans, ôc étoit 

re de quelque beau fait d armes , ou de deftitué d'argent & d'amis. Toutefois 

quelqu avanture JînguLiere arrivée à eux ce jeune Prince furpafïant fon âge par 

ou aux leurs : & d'autres enfin en vou- fa vertu , fe défendit ii bien trois ans 

lurent qui marquaient leur inclination durant , que le Roux fut contraint de 

* Ceux qui & / eurs * exercices ordinaires , fans par- le laitier en paix , ôc fe retira en An- 

aimoienc la / / . J * i * 

ehafle , pri- ier dc ceux aui en ont P n $ par pur ca- gleterre. 

rent des hu-price , & fans aucun deffein. En ce pays -là s'adonnant à toute» 
é»çQM?' eC *' C es glorieufes marques riapparte- fortes d'infâmes plaiiirs, de tyrannies, 1I0 °- 
noient autrefois quaux vrais Gentils- ôc de méchancetés exécrables devant 
hommes , c 'efl- à dire, à ceux qui ètoient Dieu ôc devant les hommes, il périt 
tels par des fervices militaires , & elles d'une façon fort tragique : car il fut 
faifoient l'une des plus illuflres parties tué à la chalîe d'un coup de flèche, * On remar- 
ie la fucceffion dans leurs maifons. Au- tiré par hazard ou à deflein , qui lui 1|» e qu'il périt 
jourdhui tout le monde en porte , les perça le cœur. Henri fon jeune frère verai™ 3 °u 
plus roturiers en font les plus curieux, s'empara du Royaume pendant l'cloi- chafTe quà la 
ceux qui font de prcfefjîon contraire à gnement du Duc Robert, qui étoit 8Uerrc * 
celle des armes ne parlent que de leurs encore à la Terre- Sainte. 



PHILIPPE I. ROI XXXVIII. i S c> 

La terreur des foudres de l'Eglife, follicita fi fore auprès du Pape , & y 



1098. toujours formidables aux gens de bien, employa tant de moyens , qu'il envoya 1 IQI ' 

& îuiv. ^ en ce tems-U de grande fuite pour des Légats pour revoir la caufe. Ils af- 

les chofes temporelles , avoienc forcé femblerent un Concile à Baugency en 

le Roi Philippe de fe féparer pour quel- 1 104. le Roi & Bertrade y comparu- 

que teins de Bercrade : mais les corn- rent &c promirent de fe féparer de corps 

plaifances de ceux qui a voient plus de jufqu'à la difpenfe du Pape, &c ainfl 

vénération pour fa puiflance que pour le Concile fe fépara fans rien pronon- 

celle de Dieu , flattant încellamment la cer. 

paillon, il la rappella auprès de lui. Et Le Roi ayant éludé une Sentence dé-- ' ' ' " " 
ce fut du confentement même de Foui- finitive , continua avec la recomman- - 1 i ^" 
ques fon mari , qui étoit fi fort en- dation de quelques Evêques de deman- v * 
chanté de cette femme , qu'on le der la difpenfe en Cour de Rome, 
voyoit fouvent à fes pieds recevoir tous L'Eglife n'avoit pas encore accoutume 
fes commandemens comme un efclave. d'en donner, quoiqu'elle usât, quel- 
Quelques Evêques de la Belgique ho- quefois d'œconomie : mais il y a appa- 
noroient cet adultère du nom de ma- rence qu'enfin il l'obtint , tant la fer- 
riage , &c dans les grandes fêtes lui meté eft efficace même dans le mal. 
mettoient la Couronne fur la tête fui- Car nous voyons que l'an 1 106. il me- 
vant l'ancienne coutume, pour mon- naBertradeà Angers, où le miférable 
trer qu'ils ne le tenoient pas pour ex- Foulques leur fit la plus honorable ré- 
communié j mais les Légats du Pape ception qu'il lui fut poffible ; tk d'ail- 
éviterent toujours de communiquer leurs les enfans qui naquirent de cette 
avec lui, & convoquèrent un Concile conjonction ne furent point réputés bâ- 
à Poitiers au dix-huitiéme de Novem- tards. La réfiftance des Evêques ne fer- 
bre dans l'octave de faint Martin de l'an vit qu'à autorifer l'ufage des difpenfes 
1 100. Et là il fut de rechef excommu- de Rome , qui depuis ont été fort com- 
me. Guillaume Duc d'Aquitaine , qui munes en toutes matières, 
craignoit pareil traitement , étant en Tandis que Philippe pafloit le tems 
pareille faute , parce qu'il entretenoit dans l'oifiveté & dans les plaifirs , le 
une concubine , & avoit délaifTé fa lé- jeune Louis qu'on nommoir le Prince. 
gitime , outragea fort les Prélats -, &c du Royaume , ôc qui avoit été défigné 
ce fut peut-être le repentir qu'il eut Roi par fon père , ( on ne marque pas 
de cette violence, qui le porta à palTer en quelle année) prit le gouvernement 
en Terre-Sainte , comme nous avons des affaires , & commença à travailler 
dit ci-dedus. pour lui-même. 
• Le Roi confiant dans fes affections , 






uo ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



«Mfca»&gaftm>ii 



PHILIPPE 

& 
LOUIS DIT LE GROS , Roi défigné . 

âgé de 19. à lo. ans. 

N ce tems-là le droit des François -Il humilia auili Matthieu Comte de 



110. 



1102. \2â itoit tel, qu on ne pouvait point lé- Bea-umont fur Oife , gendre de Hu- lllJ >' 
gitimement arrêter les Seigneurs, ni les gués Comte de Clermont en Beauvoi- 
punir de morx , fi ce n était pour trahi- lis, -duquel ayant eu en dot la moitié 
fon; mais feulement les dépouiller de de la Seigneurie de Luzarches, il s'éroit 
leurs terres , /entends de celles quils emparé de toute cette Terre & en avoit 
tenoient du Roi, ils les nommoient hon- dépouillé fon beau-pere. Quoique d'a- 
neurs : C ejl ce qui leur donnait licence bord il eut mis en déroute les trou- 
ve s'armer, dû courir fus aux plus foi- pes de Louis qui affiégeoient Cham- 
bles , d "exercer des brigandages , & fur biy proche de Jieaumont , il redouta 
tout dufurper les biens des Eglifes , néanmoins fi fort la colère de ce jeune 
qui étoUnt prefque indeffendus , quoi- Prince , qu'il ploya devant lui. 
quelles enflent des Vafjaux , des Vida- Mais Louis n'ola , ou ne voulut pas 
mes & des Advoués. ie mêler de la querelle des deux fre- 

Louis eut affaire premièrement d res Normands , Robert 8c Henri. Le 

Bouchard Seigneur de Montmorency , premier au retour de la Terre-Sainte 

contre lequel il embralla la caufe des redemanda le Royaume d'Angleterre à 

Moines de faint Denis , dont ce Sei- fon puîné qui l'avoit ufurpé après la 

ghéurpïlloities Terres. Il le fit ajour- mort de Guillaume le Roux. L'affaire 

ner en là Cour ou Jultice., & il y fut après trois ans de négociations 8c de 

condamné à réparer les torts qu'il avoir combats , fut terminée en cette forte : 

faits à cette Abbaye. Il n'obéit point à Robert l'an 1 105. ayant perdu une ba- 

l'arrct : ainli Louis fut obligé de pren- taille à Tinchebray en Normandie , 

dre la voie des armes •, 8c il le força tut fait prifonnier par fon frère, le- 

oar la ruine 8c l'incendie de tous ies quel aufli cruel qu'injufte , lui érei- 

Viilages , & de fon Château même, gnit la vue en lui mettant devant les 

,de fe foumettre à la raifon. yeux un baflîn de cuivre tout ardent, 

Il châtia de même Drogo ou Dreux dont il mourut en prifon. I] avoit ua 
de Mouchy , 8c Lyonnet de Meun , fils nommé Guillaume comme (on 
qui tyrannifoient les Eglifes, le der- ayeul, 8c qu'on furnommaCriton. Ani- 
mer celles d'Orléans, 8c l'autre celles fi toute la fuccefîion du Conquérant de- 
de Beauvais. Lyonnet aiîiégé dans fon meura à Henri le dernier de fes trois 
Château , 8c prelfé par le feu que les fils. 

gens de Louis y avoient mis , fe jetra En l'année 1 103. Louis pafïà en An- 

du haut en bas des murailles, 8c fut gleterre \ers le Roi Heuri, je ne fçai IIO i" 

rec,u fur les pointes des javelots 8c des pas à quel deflTcin. Mais il y penfa pc- 

daids. rir par ies artiiïcps de Bertrade. Cecre 

marâtre 



PHILIPPE I. ROI XXXVlII. 161 

Biacâtre qui avoir dellein de l'ôter du Or le Roi pour fe délivrer des fâche- 



y?^' monde , de quelque manière que ce ries que lui caufoic cette Maifon, ac- ^ f -T" 

& iuiv. f ut) follicicaiecrecement Henri de s'en cueillir avec de grandes démonitra- 

défaire, tâchant de lui periuader qu'il cions d'amitié Guy le Rouge à fon re- 

feroit fon plus mortel ennemi : ôc tour de la Terre-Sainte, Ôc lui remit 

comme elle vit que cette tentative n'a- la charge de Grand-Sénéchal. Auffi par 

voit pas réuffi , elle lui rit donner le fon moyen il lit le mariage de la fille 

boucon quand il lut de retour en Fran- unique de Guy Troulïèl avec Philippe 

ce , dont il languie quelque rems , 6c fon fils , auquel il donna la Comté de 

courut rifque de la vie. Mantes , à condition que Guy lui déli- 

De routes les fâcheries que les rrou- vrâr le Châreau de Monrlehery comme 

blés du Royaume faiioienr foufrrir à il fit. En échange il lui donna le Cha- 

Philippe , la plus grande éroir celle reau de Meun. 

que lui caufoir la Maifon de Monde- En même rems , ou peu après , Guy 

hery. Il faut rapporter ici Ion origine poffédant entièrement les bonnes gra- 

& la généalogie pour l'intelligence des ces du Roi , maria auffi Luciane fa fille , 

affaires de ce règne. C'éroir une Bran- âgée feulement de dix ans , avec le 

che puiiïanre de la Maifon de Monrmo- Prince Louis. Il fembloit que ces deux 

rency. Bouchard premier , Seigneur de mariages eulïènt éteint la faction des 

cette Baronnie , avoit eu Bouchard II. Seigneurs de Monrlehery, quand Mi- 

& Thibaud furnommé Fil - eftoupe , les Vicomte de Troyes, puîné de Guy 

qui étoit Seigneur de Bray ôc de Mont- Troulïèl , fe plaignant avec quelque 

lehery , ôc ForefHer du Roi Robert, juftice de ce qu'on ne lui avoir poinr ré- 

De ce Thibaud fur fils Guy premier , fervé fa légirime fur cetre Comré , af- 

Seigneur de Monrlehery ôc de Bray : femble fes amis , ôc parriculiérement 

ce Guy eut deux fils, Miles Seigneur Anfeau de Eirienne de Garlande «Gen- 

de Montlehery ôc de Bray , ôc Guy le tilshommesde Brie, qui avoienr grand 

Rouge Seigneur de Rocheforr & Grand crédit parmi la Nobleiïe , alliége le 

Sénéchal de France , dont nous avons Château de Montlehery , où étoient 

parlé ci-dellus , & une fille nommée pour lors la ComtelTe de Rocheforr & 

Alix , qui fur femme de Hugues Sire Luciane fa fille , ôc d'abord fe rend 

du Puifer , ôc mère d'un fils de même maître des dehors. Rochefort furieufe- 

nom. Miles époufa Lithiufe héritière , ment irrité de cet attentat , y court 

Vicomtelïe de Troyes , dont il eut Guy avec des troupes , trouve moyen de 

Troulïèl, père d'Elifabeth, héritière gagner les Garlandes, 6c ainli met en 

de Montlehery , qui époufi Philippe fuite le Vicomte de Troyes fon neveu, 

fils du Roi Philippe , de Comte de Cela fait , il ramené la jeune Reine fa 

Mantes. Quant à Guy le Rouge , il eut fille en Cour , ôc remet les Garlandes 

d'Elifabeth Dame de CrelTy en Brie , dans les bonnes grâces du Roi. - 

veuve de Bouchard Comte de Cor- Ebles Baron de Roucy , fameux Ca- "TToTT" 

beil , deux fils ôc deux filles : les deux piraine , avec fon fils Guifchard , af- 

fils furent Guy Comte de Rocheforr, îembloir fouvent des gens de guerre 

qui mourur fans enfans , ôc Hugues avec lefquels il pafïoit en Efpagne, non 

Seigneur de. CrelTy. Des deux filles , pas tant peur-être pour combattre les 

Luciane époula Louis le Gros , Se l'au- Sarrafîns, que pour avoir fujet de pil- 

tre long-tems après fut femme d'An- 1er les biens des Egîifes. Cette année 

feau de Garlande, Grand-Sénéchal fous il vexoit extrêmement routes celles de 

le régne du même Louis. Champagne. Sur les plaintes des Ec- 
Torne IL X 



itfi ABREGE CHRONOLOGIQUE 

— eléfiaftiques , Louis accourut à Reims ; Châlons ils traita avec les AmbafTadeurs 

1 106. f ac éiérité étonna fi tort le Tyran, qu'en- de Henri V. ôc après il tint un Concile ll0 7> 
core qu'il le fat fortifié de troupes Al- d Troyes en cette année 1 107. 
lemandes , néanmoins il mit les armes En ce Concile , loit par le zèle des 
bas, & promit de ceffer Tes brigandages. Prélats, ou parla fuggeltion du Pxin.- 
La protection qu'il donna à Thomas ce Louis , le Pape prononça la diiioiu- 
Seigrjeur de Marie , contre Enguerrand tion de fon mariage , non encore con- 
de Boves fon père , ne fut pas ii jufte. lommé avec Luciane , fille de Guy de 
Thomas par le moyen de fon Château Rochefort , fur caufe de parenté dans 
de Montaigu en Laonnois , commet- le degré défendu. Tandis que Roche- 
toit mille voleries & cruautés : de ior- fort avoit gouverné les affaires auprès 
te que fon père même fut obligé de l'y de Philippe , 8c qu'il le rempiiifoit 
alîîéger. Louis, à la prière de Thomas abondamment des fruits de cette fuprê- 
ravitailla le Château : Enguerrand & me faveur, il avoit paru extrêmement 
les autres Seigneurs en furent (î outrés, zélé & fidèle. Mais dès que les Garlan- 
qu'ils lui déclarèrent qu'ils ne le recon- des l'eurent fupplanté ôc qu'Anfeau 
noillbient plus pour Souverain , puif- qui étoit fon gendre , fe fut emparé de 
qu'il protégeoit les médians. Ils en fu- l'efprit du Prince Louis , il changea 
rent jufqu'au point de lui vouloir don- d'affection comme de fortune. Le dî- 
ner bataille*, mais la médiation de quel- vorce de fa fille, ôc fon éloignement 
ques bons François les ayant amenés à de la Cour , le mirent aux champs , ôc 
une conférence , ils lui baiférent la ceux qui avoient caufé fa difgrace ne 
main ôc lui jurèrent fervice , à condi- manquèrent pas de lui faire des outra- 
non que le Château de Montaigu fe- ges fecrets , ik de noircir toutes fes ac- 
roit rafé. tions pour le jetter dans le crime d'où 
Lelnalheureux Empereur Henri IV. il les avoit tirés : & où ils retombèrent 
s'aheurtant contre les Papes, ils lui fou- eux-mêmes quelque tems après. Son 
levèrent premièrement fon fils aîné Capitaine du Château de Gournay-fur- 
Conrad ; puis celui là étant mort, Hen- Marne ayant pris quelques chevaux du 
ri-Charles fon fécond fils. Cet enfant Roi , les Garlandes irritèrent fi fort 
dénaturé l'ayant fait prifonnier , il écri- l'efprit du Prince Louis , qu'il alla en 
vit des lettres fort pathétiques au Roi diligence ailiéger la Place: 6c ne l'ayant 
Philippe ôc au Prince Louis-, elles lui pu emporter d'infulte, il fit venir fon 
attirèrent beaucoup de compagnon, mais artillerie de Paris pour l'emporter par la 
aucune afliftance. Enfin étant forti de brèche» Les aflîégés n'oublièrent ni ma- 
prifon, il mourut dans la ville de Liège chines ni travaux pour fe défendre ; ce- 
lé deuxième jour d'Août de l'an 1 106. pendant il fe forma une Ligue entre Ro- 
& Henri V. fon fils lui fuccéda , dans chefort&ThibaudComtedeBlois&de 
la querelle contre les Papes, aufli bien Chartres, qui fe mit en campagne pour 
que dans fes Etats. fecourir la Place: mais Louis marcha au- 
Impcreurs Le Pape Pafchal II. ne voulant pas devant d'eux , les défit , de puis retour- 
ebcore ale- a ].j er trouver Henri, parce que les Ger- na au Siège , reçut le Château à com- 
v!r.. iS.ans. mains , difoir-il , n'étoient pas enco- pofition , ôc le donna aux Garlandes. 

re allez domptés , vint en France, palïà A mefurc que ce Prince«s'accroilToit 

à Cluny , à la Charité , à Tours ôc à en honneur ôc en puiilance , le Roi 

Paris -, delà il fut à faint Denis , où le Philippe fon pere 3 tout ufé de l'excès 

Roi ôc fon fils lui rendirent leurs ref- des voluptés , fentoit diminuer fa vi- 

pefts en s'isclinant jufqu'à terre. A gueur ôc fa famé ; fi bien qu'après 



IlOÏ. 



PHILIPPE L 

- avoir langui quelque tems , il mourut 
à Melun le 19. de Juillet , âgé de cin- 
quante-fix ans , dont il en avoit régné 
quarante-neuf 8c deux mois. On por- 
ta Ton corps en l'Abbaye de Saint Be- 
noît-fui-Loire , où il avoit choiû fa 
iépulture , le jeune Roi accompagnant 
la pompe funèbre , 8c prêtant quelque- 
fois l'épaule à ceux qui portoient le 
cercueil. 

Philippe fut un Prince fort bien fait 
& de belle taille , qui avoit beaucoup 
d'efprit , mais peu de piété 8c peu de 
générofité. Les voluptés dont la queue 
eft toujours venimeufe &: mortelle , 
lui rendirent le corps maflir 8c pefant , 
8c lui engourdirent la confcience & le 
courage. Mais (i à l'égard de fa perfon- 
ne fon régne fut fans éclat & plus di- 
gne de mépris que de louanges , il fut 
néanmoins un des plus illulrres 8c des 
plus glorieux pour la nation Françoife, 
qu'il y en ait eu dans toutes les trois 
r.7ces de {es Rois. Car d'un côté le zèle 
univerfel de cette nation , 8c les gêné- 
reu fes dépenfes de tant de Princes 8c 
de Seigneurs pour le recouvrement des 
faines Lieux de notre rédemption , les 
mémorables victoires qu'ils gagnèrent 



R O I X X X V I I I, 16$ 

fur les Infidèles de i'Afie , Jerufalem 



iio?>. 



délivrée 8c la Terre -Sainte conquife : 
d'autre côté leurs grandes 8c heureufes 
expéditions en Efpagne contre les Mo- 
res , puis la conquête du Royaume 
d'Angleterre par le Duc Guillaume, 8c 
en Italie celle de la Pouille , de la Ca- 
labre 8c de la Sicile par les avanturiers 
Normands , font les plus beaux faits 
d'armes qu'on puilîe jamais lire dans 
les Hiftoires. 

Il avoir eu deux femmes } Berthe fille 
de Florent Comte de Hollande , 8c 
Bertrade fille de Simon de Montfort. 
De la première vinrent deux en fans* 
Louis qui régna , 8c Conltance qui 
époufaBocmond Prince d'Antioche l'an 
1106. De Bertrade il lui naquit deux 
fils , Philippe 8c Florus * ou Fleury , * Ne s'appeN 
8c une fille nommée Cécile. Les deux ÎSoÏÏÏb 
fils furent mariés , mais ils n'eurent 
point de poftérité mafeuline. Le pre- 
mier fut Comte de Mantes , de Meun 
fur Yeure 8c de Montlehery : la fille 
époufa en premières noces Tancrede 
Prince d'Antioche , 8c neveu de Boë- 
mond : en fécondes Ponce de Toulou- 
fe Comte de Tripoly, 




% 



i*4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



B E R T H E 



FEMME 

DE PHILIPPE I. 

Berthe fans s'oppofêr à l'amour aveuglée 
D'une folie rivale & d'un mari fâcheux , 
Eut le cœur fi confiant , & l'ame li réglée > 
Quentin elle gagna la victoire fur eux. 

BAudouin Comte de Flandres un infiant Bertrade femme de Foulques 
moyenna à Philippe fon pupille le Rechin ou le Rude , Comte d'Anjou, 
l'alliance de Berthe , fille de Florent I. Cette femme artiiicieiïle ne fut pas piu- 
du nom , Comte de Hollande 8c de tôt admife à la Couche Royale , qu'el- 
Frife 8c de Gertrude de Saxe , les deux le obtint du Roi qu'il reléguât la Reine , 
parties étant encore fort jeunes, de for- à Montreuil , Terre qui lui avoit été 
te qu'elle ne fut accomplie que vers ailignée pour Ion douaire, où Berthe 
Fan mil foixante-fept. La bonne Prin- fortifiant fa confiance contre un il ru- 
cefîè moins parfaite en beauté qu'en de affront , attendoit que le tems 8c les 
vertus , trouva bien des fujets de les infpirations divines moyennalîcnt fou 
exercer. Philippe étant d'une inclina- rétabliifement : mais elle eut beloin 
tion trop amoureufe,cherchoit ailleurs dans la fuite d'une plus héroïque pa- 
des charmes qu'elle ne pollédoit pas , tience. Le Roi fe propofa de la répu- 
8c il la traitoit avec plus de civilité que dier tout-à-rait , bien qu'il en eût des 
d'amour. Berthe s'en apperçut bien , enfans , afin d'époufer la Concubine , 
8c elle s'efForçoit par tous les foins 8c 8c il eut la hardieife d'en faire dénian- 
tes refpe&s qui peuvent captiver un ef« der la difpenfe au Pape. LJn Légat ve- 
prit raifonnable , de retenir les pallions nu exprès en France pour connoîtrede 
déréglées de Philippe : mais tant s'en cette caufe , aflembla allez bon nom- 
faut qu'elle y gagnât quelque chofe , bre de Prélats à Senlis , pour délibérée 
qu'au contraire , le Roi la méprifoit de fur fa demande. Elle éroit trop injuf- 
plus en plus , 8c mettoit tous les jours te , mais fes préfens 8c fon autorité 
quelque nouvelle MaîtreiTe en fa place, corrompirent les Juges , ex la firent 
Toutefois cette conduite peu régulie- trouver bonne. Enfuite de quoi il épou- 
re eût été moins fâcheufe à fupporter , fa Bertrade publiquement , triomphant 
fi elle n'eût point caufé un divorce fean- de l'équité 8c de l'innocence de fa 
daleux. Ce Prince tomba entièrement femme légitime : elle cependant ne cef- 
dans 'e défendre : car palïant un jour (bit de prier Dieu qu'il le délivrât des 
par Tours , il vit , aima & enleva en enchantemens de cette méchante fem- 



BER 

me. Urbain venu en France pour d'au- 
tres affaires , prit enfin lui-même con- 
noitfance de cette caufe dans le Con- 
cile de Clermont ; &: après avoir en- 
vain exhorté Philippe de quitter Ber- 
trade , il les excommunia tous deux , 
ôc mit fes terres en interdit. Pafchal 
fuccelïèur d'Urbain en fit enfuite de 
même •■> coup qui étonna fi fort Philip- 
pe , qu'il renvoya Bertrade, & rappel- 
la fa légitime époufe avec laquelle il 
vécut depuis en bonne intelligence. El- 



T H E. 



16$ 



le demeura en ce monde trois ans après 
lui jufqu'en l'an nu. & eut deux 
fils ; Louis qui régna, Henri qui mou- 
rut jeune , & une fille nommée Conf- 
tance, qui fut mariée à Thibaut I. 
Comte de Chartres : puis en étant fé- 
parée à caufe de la confanguinité , 
avant que d'avoir eu des en fans , elle 
fut remariée au Normand Bocmond 
II. Prince d'Antioche & de Tarente , 
fils de Robert Guifchard. 



EGLISE DU XI. SIECLE. 



LEs dixmes , les offrandes , les pré- 
fentations Ôc les Eglifes même , 
comme nous l'avons dit , av oient été 
inféodées aux Laïques par un étrange 
abus , dont on voit encore des veftiges 
en Gafcogne. Les Seigneurs en pre- 
noient l'inveftiture du Prince , & les 
renoient de lui en fief 5 de forte qu'ils 
ne les pouvoient aliéner fans fon con- 
fentement ; Se quand ils les vendoient, 
c'étoit à condition de préférence pour 
le Curé ou pour l'Evêque , s'ils les 
vouloient r'avoir. 

Or , pour les ramener peu à peu aux 
Ordinaires , il avoit été ordonné par 
les Conciles , particulièrement par ce- 
lui de Mets fous le Roi Arnoul , que 
les Laïques ne pourroient les mettre 
hors de leurs mains , ni les donner aux 
Monaftéres fans la permiffîon des Evè- 
ques Diocefains ou du Pape. Ce qui 
fut depuis confirmé par le Concile de 
Rome de l'an 1078. 8c par celui de 
M elfe de l'an 1090. 

Quand il arriva donc que les Sécu- 
liers voulurent décharger leurs cons- 
ciences , & redonner à l'Eglife ces pof- 
felîions que leurs pères avoientufurpées 
durant les guerres , les Ordinaires cru- 



rent qu'il ne falîoit pas fouffrir que les 
Moines les attiraient à eux , & îe liè- 
rent enfemble pour les faire tourner au 
profit de l'Ordre Hiérarchique. 

Ce fut le fujet d'une opiniâtre 8c 
fanglante querelle entre les Evêques 
ôc les Moines. Les premiers tinrent 
plufieurs allemblées pour conferver 
leurs droits. 11 s'en fit une entr'autres 
dans l'Abbaye de S. Denis en 997. où 
préfidoit Seguin de Sens , vénérable 
pour fon âge de pour fa vertu. Les 
Moines voyant que le Concile alloic 
prononcer contr'eux , excitrent une 
lurieufe fédition pour le dilîiper. Ab- 
bon de Fleuri fut aceufé d'en avoir été 
le houtefeu ; quoi qu'il en foit , Seguin 
y fut bleffé d'un coup de hache entre 
les deux épaules ; & Arnoul d'Orléans , 
ennemi particulier d'Abbon , y eût 
lâifle la vie , s'il n'eut pris la fuite de 
bonne heure. 

Comme la conduire du Prince eft Sçaraifc 
la régie de tous les Etats de fon Royau- 
me , la piété de Robert ne fer vit pas 
peu à contenir les Eecîéfiaftiques clans 
leur devoir , & à les porter aux exercices 
de la Religion , & à i'érude des bonnes 
lettres, On doit certes le compter le 



\66 



ABREGE CHR 



Sainte. 



premier entre les gens doctes de ce 
liécle , non tant par la nobieile de Ton 
làng que par la capacité , qui n'étoit 
pas perite pour ce tems-là. On peut 
lui adjoindre Goflin ion frère bâtard 
Archevêque de Bourges , qui entr'au- 
tres ouvrages compola un écrit tou- 
chant les caufes de la pluye de fang , 
qui l'an 1017. étoit tombée en Aqui- 
taine trois jours durant , 6c avoit cela 
de merveilleux , qu'elle ne pouvoit 
s'effacer de deffus la chair , les étoffes 
6c les pierres , mais s'ôtoit facilement 
de delfus le bois. Parmi les autres per- 
fonnes d'érudition , excellèrent enco- 
re Foulques 6c Yves Evêques de Char- 
tres , Leoteric de Sens , Gervais de 
Reims Chancelier de Fiance , charge 
qu'il prétendoit être inféparablement 
attachée à ion Archevêché ; Berenger 
Archidiacre d'Angers , Hildebert de 
Lavardin , Evêque du Mans , fon difei- 
ple & admirateur, 6c Geofroy de Vendô- 
me -, cqs deux paiîerent bien avant dans 
l'autre liécle. Outre ceux-là l'on compte 
Lanfranc Abbé de S. Etienne de Cacn , 
Durant Evêque de Liège , 6c les Moi- 
nes Sigebert de Gemblours , Glabert de 
Clugny , 6c Helgaud de Fleury , qui 
-tous rrois travaillèrent à l'Hiftoire. 

On remarque entre les plus grands 
ferviteurs de Dieu Odillon , dont nous 
avons déjà parlé , & Hugues tous deux 
Abbés de Clugny , qui eurent grand 
crédit auprès des Princes de la terre , 
parce qu'on les croyoit tort chéris du 
Ciel •, j'y ajouterai Gérard du même 
Ordre , qui édifia le Prieuré de la Cha- 
rité fur Loire , autour duquel , 6c à cau- 
fe du pont qui efl: en cet endroit fur la 
même rivière , il s'eft formé une ville de 
même nom -, Thierri Evêque d'Oile ms, 
Burchard de Vienne , Brunon de Toul. 
Tous ces trois vivoient dans la première 
partie de ce fiécle : mais dans la der- 
nière Horifloient un autre Arnoul de 
Gap , Geraud de Sifteron , Aultinde 
d'Aufch , Hugues de Grenoble , Ar- 



ONOLOGIQUE 

noul de Soiiïons , 6c Maurille de Rouen. 
On peut joindre à ces Prélats Bruno , 
qui fut Initituteur de l'Ordre très-aul- 
tere des Chartreux , Robert Abbé de 
Mollefme , qui le fut de celui de Cî- 
teaux, &c Ifarn natif de Touloufe, Ab- 
bé de S. Victor de Marfeiile.Pour Ro- 
bert d'Arbrefel il n'elt pas encore au 
catalogue des Saints , quoiqu'il ait fon- 
dé l'Ordre de Fontevraud. 

La France ne fut pas exempte d'Hé- Héréâet, 
.relies , il fe trouva l'an 1000. au Bourg 
de Vertus , dans l'Evêché de Châions, 
un Payfan fanatique nommé Leutard > 
qui brifoit ks Images , prêchoit qu'il 
ne falloit pas payer les dixmes , Ôc fou- 
tenoit que les Prophêres n'avoient pas 
toujours dit de bonnes choies, il fe 
faifoit fuivre par une multitude in- 
nombrable de populace , qui le croyoit 
infpiré de Dieu. Son Evêque ( c étoit 
Gibuin ) l'ayant facilement convain- 
cu , &c enfuite déiabuié ces pauvres 
gens , le malheureux par déiefpoir de 
le voir abandonné , le précipita dans 
un puits , la tète la première. 

A quelques années de là, il vint d'Ita- 
lie je ne fçai quelle femme , imbue 
des rêveries des Manichéens , qu'elle 
infpira à deux des plus fçavans 6c des 
plus nobles du Clergé d'Orléans. On 
les nommoit Lilois 6c Etienne ; le der- 
nier étoit Directeur de la Reine Conf- 
iance. Ceux-là en infatuerent plufieurs 
autres de diverfes conditions. Un cer- 
tain Gentilhomme Normand fe mêla 
parmi eux , & feignit d'être de leur fec- 
te pour en découvrir tous les fecrets. 
Après avoir pénétré jufqu'au fond de 
leur doctrine , il en informa le Roi Ro- 
bert. Il faifoit fouvent fa rélidence en 
cette Ville-là , mais pour lors il n'y 
étoit pas. S'y étant donc rendu aulîi- 
tôr , il fit prendre les chefs , 6c avec 
eux celui qui les avoit découverts , 5c 
qui certes méiitoit punition , d'avoir 
feint d'adhérer à une chofe fi puniiïa- 
ble. Il alfembla un Concile en cette 



EGLISE DU XI. SIECLE. i£ 7 

ville en l'année 1017. pour les con- clés pour la prouver. Mais je m'étonne 

vaincre : mais n'ayant pu les délabu- que quelques modernes ayenc avarice , 

fer , on fit allumer un bûcher dans un que Loterie Archevêque de Sens dou- 




dre les flammes, y coururent de toute cet elfai , fi tu en es digne reçois-le. Le 

leur force ; il en rut brûlé treize , donc mot deprobatlo mai entendu les a trom- 

il y avoir dix Chanoines de Sainte- pés } 6c ils ne le iont pas fouvenus que 

Croix. L'Hiftoire dit que la Reine ir- la perception de ce Sacrement étoit 

ritée de l'opiniâtreté d'Etienne , fat- quelquefois employée à fervir de preu- 

tendic à la porte de l'Eglife, comme on ve dans un fait pour juftitier ou con- 

l'en tiroir , pour le mener au fupplice , vaincre un aceufé , comme le fer chaud 3 

& qu'elle lui creva un œil avec le bout l'eau bouillante , ou froide , la Croix 

d'un bâton qu'elle tenoit -, en ce tems- & les Reliques. Et c'eft ce que le Roi 

là toutes les Dames de qualité en por- Robert ne trouvoir pas bon \ de forte 

toient, &: d'ordinaire il y avoit la figure qu'il menaça Leoteric de le faire dépo- 

d'un oifeau au delTus de la poignée. 1er, s'il continuoit à demander de iem- 

On ufa de la même rigueur envers blables preuves : fans doute parce que 
tous ceux de cette fecte qu'on put dé- cela bleifoit la dignité de ce divin Myf- 
couvrir en divers endroits , 6c princi- tere , 6c que ce qui donne la vie ne de- 
paiement à Touloufe en l'an 1022. voit pas être employé pour donner ia 
Mais les reftesde ces cendres, ou ( com- mort. 

me difent quelques-uns) le fréquent Le premier qui ofa dire ouvertement^ 

commerce que iesFrançois en allant aux contre la croyance de tous les (iécles 

voyages du Levant , eurent avec les précédens , que le Saint Sacrement 

Bulgares qui étoient Manichéens , rai- n'étoit que la ligure du corps de No- 

lumerentpeu après cette phrénéfie dans tre-Seigneu.r , ce fut Berenger Tréfo- 

le Languedoc 6c dans la Gafcogne. rier 6c Efcolâtre de Saint Martin de 

L'erreur des Sacramentaires étoit Tours, 6c Archidiacre d'Angers. Com- 
plus fubrde, 6c pourtant elle ne fit pas me il étoit un des plus fçavans hom- 
un fi grand progrès ; car il faut quel- mes de fon tems , 6c qu'il avoit tant 
que chofe d'incompréhenfible , 6c pour .de charmes dans fon difeours 6c dans 
ainfi dire d'émerveillabie , pour en- fon entretien , qu'il fe faifoit fuivre 
chanter l'efprit humain-, les chofes in- par une quantité innombrable de dif- 
telligibles trouvent peu de Sectateurs, ciples, à caufe de quoi ùs adverfaires 
Jean Scot Erigene , 6c quelques demi- l'accuferent d'être Magicien : il atti- 
îçavans , trop fubtilement curieux , ra à fon parti Brunon Evêque d'An- 
pour avoir voulu difputer du Myftere gers , 6c grand nombre de perfonnes 9 
de la fainte Euchariftie , félon les no- .qui épandirent {es dogmes en. France , 
lions 6c les termes de la Philofophie en Italie & en Allemagne. Tous fes 
humaine , avoient jette dans les efprits feclateurs , non plus que tous fes ad- 
des difficultés 6c des doutes touchant verfaires , n'éroient pas du même avis : 
la préfence réelle du corps de J. C. cardes premiers, les uns foutenoient 
dans ce Sacrement. Il faut bien croire que dans ce Sacrement il n'y avoit que 
que dès le dixième fiécle, il s'étoit éle- du pain 6c du vin, qui étoient la figu- 
vé quelques murmures de gens qui la re du corps 6c du fang de J. C. les au- 
conteftoient , puifqu'ii fe fit dos mira- très, que le corps y étoit , mais enve- 



lëi ABREGE CHRONOLOGIQUE 

loppé dans le pain & dans le vin -, prudence pour la terminer. Il fit venir 
quelques-uns , que le pain & le vin Berenger à un autre Concile de Ro- 
demeuroient en partie, ôc en partie me, qui fe tint en 1079. 6c il ména- 
aufiî étoient changés -, plutïeurs qu'ils gea lî bien cet efprit , qu'il reconnut 
fe changeoient effectivement au corps 6c confelFa de coeur comme de bouche 
6c au fang de J. C. mais que fi celui la converlîon fubftantielle du pain 6c 
qui s'en approchoit pour communier du vin , au corps 6c au fang de J. C. 
en étoit indigne , ils retournoient en Etant de retour en France, il prit 
leur nature de pain & de vin. Quant l'habit de S. Benoît , pour faire péni- 
aux féconds , il y en avoit qui penfoient tence , 6c fe retira dans le Prieuré de S. 
que le corps étoit broyé par les dents Côme , qui efl: dans une Iiîe de la L01- 
des Communians , 6c que le fang arro- re , à deux lieues au delFous de la ville 
foit leur gorge. D'autres penfoient que de Tours , 011 il attira plulîeurs Cha- 
Notre-Séigneur s'uniiFoit d'une très- noines de S. Martin , qui étoient en- 
intime union avec celui qui recevoit chantés de la douceur de fa conver- 
ce Sacrement. fation. Il y pafia le refte de fes jours 

Durant Evêque de Liège , &c Adel- en grande aultérité , 6c mourut très* 

man fon Efcolâtre , depuis Evêque de faintement l'an 1091. âgé de plus de 

Brelïe , arrêtèrent le cours de cette doc- 80. ans. 

trine de Berenger par leurs écrits, 6c Vers l'an 1090. 6c fuivans , un cer- 

le Roi Henri par fon autorité 5 li bien tain Rofcelin , Chanoine de l'Eglifô 

qu'il fe tint clos 6c couvert durant de Compiegne , elîàyoit de fe lîgnaler 

quelques années , au bout defquelles par des opinions nouvelles 6c hardies : 

ayant remué de nouveau cette quef- car en Philofophie il fe rendit l'auteur 

tion , le Pape Léon IX. le condamna & le chef de la feéte des Nominaux-, 

dans le Concile de Rome, &c dans celui 6c en s'efcrimant à tort 6c à travers des 

de Verceil, tous deux tenus en l'an 1050. fubtilités de fa Dialectique , il avança 

Dans ce dernier on fit brûler le livre de quantité de propoiitions condamna- 

Scot , qui étoit la fource où il fem- Mes. Entr 'autres , que les trois per- 

bloit avoir puifé fon erreur. Cinq ans fonnes de la Trinité fe pouvoient ap- 

après , fçavoir en 1055. Hildebrand , peller trois chofes , comme font trois 

Légat du Pape Victor II. étant envoyé hommes ou trois Anges -, avec cette 

en France pour réformer le Clergé, différence néanmoins qu'elles n'avoient 

convoqua un Concile à Tours , où il le qu'une même volonté 6c une même 

Contraignit d'abjurer fon erreur 6c de puilîance. Il difoit , pour appuyer fon 

ligner fa rétractation, opinion , que Lanfranc 6c Anfelme 

Il ne fe défilta pas pour cela de fes avoient été de même fentiment que 
brifces, il fallut le citer au Concile lui. Pour Lanfranc, il étoit mort, & 
qui fe tint à Rome l'an 1059. où il fut ainlî il ne pouvoit le dédire ; mais An- 
obligé de brûler de fa main le livre de felme s'en jultifia hautement , poiuiui- 
Jean Scot , 6c de figner une confeiîîon vant fa condamnation à cor 6c à cris, 
de Foi compofée par le Cardinal Hum- Rainaud Archevêque de Reims le cita 
bert. Mais dès qu'il fut en liberté, il au Concile de Soi fions , tenu en 1092. 
renouvella la difpute , qui dura juf- il y comparut 6c fe rétrncFa ; mais com- 
qu'en l'an 1079. 6c brouilla fort les me on crut qu'il ne le faifoit que peur 
efprits. Grégoire VII. ayant reconnu éviter d'être lapidé par le peuple , on 
que plus on remuoit cette quefiion , le conttaignit de vuider le Royaume, 
plus on augmentoit le doute , ufa de II palla en Angleterre , où il eut enco- 
re 



EGLISE DU y I. SIECLE. i^ 

re de grandes conteftations avec An- peu cette vertu de continence, il ad- 

felme. vint que ceux des leurs qui prenaient 

La manière de traiter les queftions les Ordres facrés, ne crurent pas y être 
de Théologie par les fubtilites de ia aftreints : tellement que ne voulant pas 
Dialectique , n'eft pas fi nouvelle que s'abitenir de ce plailir , ils trouvèrent 
l'on croit. Le Pape Agapet en dreila , qu'il étoit plus honnête d'avoir de le- 
ou du moins eut penfée d'en drefïer giiimes époufes , que des Chambrières» 
des Ecoles : Jean Damaicene , vers l'an * Cet ufage s'étendit bien au large dans * Focarte; 
700. en forma quelques préceptes : l'ïilyrique , dans la Germanie } 8c dans 
Jean Scot Erigene s'en étoit fort ei'cri- les Gaules , piincipalement dans les 
mé , 8c par ce moyen il s'acquit l'admi- Piovinces voi^nes de la Germanie , 8c 
ration du vulgaire , mais le mépris de clans la Bretagne &£ la Normandie. Il 
ceux qui étoient mieux veriés <^ue lui faudrait une tliftoire entière pour ra- 
dans la Théologie des Pères & des eonier tous les ef orts , 8c déduire les 
Conciles. L'Abbé Lanfranc s'en fervit divers moyens que les Papes employe- 
pour combattre Berenger , & l'avanta- rent pour tirer les Prèrres d'entre les 
ge qu'il remporta fur cet adverfaire , bras de ces femmes. lis les privèrent 
mit cet art en plus grande vogue ; de de lenjrs Bénéfices , il les excommunie- 
forte qu'il demeura le maître des Eco- reht , ils défendirent aux Séculiers d'en- 
les , ainfi que nous le dirons aux fié- ten«ke leurs MelTès , ils déclarèrent 
clés fuivans. burs enfans bâtards -, & pour dernier 

Quelques foins qu'on apportât à ré- couy de mafias , ils expoferent ces in- 
former les défordres , 8c ôter les ziza- nocensen proye aux Seigneurs , 8c leur 
nies de l'Eglife, on n'en pouvoir arra- permirent de les réduire en fervitude, 
cher la fîmonie , qui en eft la plus fé- 8c de les vendre. 

conde racine. En voici un petit échan- Je ne fçai peint de tems ou l'on ait 

tillon entre mille. Dans un Concile p[us bâti. ct'Eglifes & d'Abbayes qu'en 

que le Légat Hildebrand , depuis Pape celui-ci, Le Fvoi Robert en fonda lui 

fous le nom de Grégoire VII. tint à feul plus d'une trentaine : il n'y avoir 

Lyon l'an 1055. il fe trouva quarante- pas un Seigneur qui ne fe piquât de 

cinq Evêques , 8c vingt -trois autres cette gloire ', les plus médians arTec- 

Prélats , qui , fans autre aceufation , toient le titre de Fondateurs -, tandis 

que de leur propre conférence , avoue- qu'ils ruinoietu des Eglifes d'un côté, 

rent publiquement ce crime, 8c renon- ils en rebâtifibient de l'autre, 8c fai- 

cerent à leurs Bénéfices. Exemple fort foient de facriléges offrandes à Dieu 

commun pour la faute, mais (a) bien des biens qu'ils avoient ravis au pau-* 

rare pour la pénirence. vre peuple &c auClergé. 

Quoique l'Eglife d'Occident eût II fe trouva même des Eccléfiafti- 

toujours tenu que le célibat étoit d'obli- ques intéreffés qui fomentoient cet 

gation pour les Prêtres, néanmoins dès abus , 8c qui faifoient palTer pour des 

la fin de la race Mérovingienne , plu- Héros 8c pour de: Saints tous reux qui 

fieurs d'entr'eux s'étoient liçentiés à apporroient à leur manfe , de quelque 

entretenir des femmes. Enfuite, corn- endroit qu'ils l'euflène pris, 

me les peuples barbares qui embralïè- C'eft une chofe remarquable que la 

rent le Chriitianifme , connoiiloient fantaifie qui fe mit dans les efprits des 



(«) Au lieu de bien rare , il y avoir unique dans l'édition de 166%, 

Tome IL 



ï 7 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

hommes au commencement de ce fié- me des caufes d'entre les Laïques. 
' , de renverfêr toutes les vieilies Mais ils ne firent point de plus graiv 
ifes i même les plus belles, peur dé brèche aux libertés de l'Eglife Gal- 
Cn bâtir d'autres àlear nouvelle mode, licane , que lorsqu'ils kitroduifirent 
Ce, changement des murailles matériel- cette croyance , qu'on ne pouvoir af- 
les fëmbloit erre le ligne de celui qui fembler des Conciles fans leur autori- 
fe fit en ce tems-là dans toute la face , té) 8c lors qu'après avoir fait diverfes 
8c pour ainfi dire , dans l'édifice de tentatives pour s'établir des Vicaires 
l'Eglife Gallicane. perpétuels dans les Gaules , ils trouve- 
Dès le huitième liécle les Papes rent les moyens d'y taire recevoir leurs 
avoient trouvé moyen d'arfoiblir l'au- Légats. Peur cet effet ils fe fervirent 
torité des Métropolitains , en les obli- premièrement d'un Canon du Concile 
géant , par un décret d'un Concile te- de Sardique, qui leur donnoit pouvoir 
nu à Mayence par faint Eoniface , de d'en envoyer dans les Provinces pour y 
recevoir néceffairement le Pallium de revoir le procès delà dépohtion des Lvè- 
Rome , 8c de s'aiïùjettir à obéir cano- ques, quand il y avcitplainte contre eux. 
niquemént en tous points à l'Eglife Après qu'ils eurent accoutumé les Pré- 
Romaine. Depuis cetre profeilion fut lats François à en fouftrir en ce cas-là % 
changée en ferment de fidélité fous ils gagnèrent peu à peu un autre point 
Grégoire VIL Ils s'étoient aulli attri- durant la foiblelTe ues Princes , qui 
bué , privativement à tour autre, le fut d'yen envoyer fans qu'il y eût plain- 
droit de diiïcudre le mariage fpirituei te ni appellation ; 8c finalement quand 
qu'un Evêque contracte avec fon Egli- on en eut reçu le joug , Alexandre IL 
le , & de lui donner la liberté d'en pofa pour maxime , que le Pape doit 
époufer une autre. Ils avoient étendu avoir le gouvernement de toutes les Egli^ 
leur jurifdiction Patriarchale dans tout fcs. 

l'Occident , en admettant les appella- De ces Légats , les uns avoient tout 

rions des Prêtres , en prenant connoif- le Royaume fous leur jurifdiction , les 

fance des chofes qui n'appartiennent autres une partie feulement. Ils y ve- 

qu'aux Evêques, 8c en les néceffitant noient avec puilïince de dépofer les 

de prendre confirmation d'eux , pour Evêques , 8c le Métropolitain même , 

laquelle ils leur paycient certain droit, quand il leur plaifoit -, d'alfembler des 

qui , avec le tems , s'eft converti en ce Conciles de tout leur détroit , d'y pré- 

qu'on appelle Annates. fider avec le Métropolitain & de le 

Bien plus , ils avoient comme anéan- précéder -, d'y faire des Canons, de ren- 

ri les Conciles Provinciaux 3 en leur voyer au Pape la décifion des chofes à* 

otant la (ouveraineté par la calfation quoi les Evêques ne vouloient pas con- 

de leurs jugemens : de forte que ces fèntir , comme aulîi tous les actes du 

Aflèmblées "furent d la fin délailTées Concile , dont il difpofoit à fa volon- 

comme inutiles , & qui ne donnoient té. Et il eft à remarquer que leurs fuf- 

à ceux qui s'y étoient trouvés , que le frages contrepefoient ceux de tous les 

déplaifir de voir Couvent cafTer leurs Evêques enfemble -, 8c que fouvent de 

itences à Rome fans avoir oui leur feule autorité, ils jugeoient les 
leurs raifons. Grégoire VIL fit parler, caufes des élections des Evêques, cel- 

en régie de Droit commun , que nul les des Bénéfices , des excommunica- 

ne fut Jl hardi que de condamner ce- tions des laïques & autres chofes fembla- 

lui qui appel, 'croit au S. Siège ; 8c ii Mes. TeHement que ces Aflèmblées , jjâ- 

Kcevoic toutes fortes d'appels , me- dis f\ faintes & iï iouveraines pour la dii- 



EGLISE DU XI. SIECLE. 



171 



cipline , n'ayant plus aucun pouvoir , 
étoient , à proprement parier , plutôt 
des çonfeils pour autorifer les volontés 
de ia Cour de Rome , & pour enrichir 
fes fuppôts, que non pas de légitimes 
ôc libres Conciles» 

Or après qu'Alexandre IL eut ordon- 
né que les Êvêques des Provinces où 
s'étendoit leur légation , fourniroient 
leur fubfiftance , 6c que Grégoire VIL 
eut ajouté au ferment que les Métro- 
politains faifoient en recevant le Pal- 
lium , qu'ils les traiteroient honorable- 
ment à leur palïage ôc à leur retour , 
ôc les aideroient des chofes néceuaires : 
le profit de ces emplois ne hit pas moins 
grand que 1 honneur Ôc la dignité. Am- 
u le defir du gain les faifoit rechercher 
avec emprefleraeat , ôc les Papes ïes 
donnaient pour recompenie à leurs créa- 
rures. Ce n'étoir donc qu'allées ôc ve- 
nues de Légats ; & dès qu'un avoir rem- 
pli fa boude , il en venoit auiîi-tôt un 
autre en fa place. En forte que les Evê- 
ques Ôc le Clergé extrêmement en- 
nuyés, ôc appauvris par ces continuels 
épuifemens , ne coniîdéroienc plus les 
Légations comme un remède , mais 
comme un mal. En effet il devint fi 
importun ôc 11 fâcheux , qu'il fallut en- 
fin y apporter quelque adoucifïement , 
qui fut de ne recevoir plus de Légats 
que pour des caufes très -importantes. 
Conciles. Ce ne feroit jamais fait de cotter tous 
les Conciles qui s'aiîemblereiK durant 
,ce iiécle. On en trouve grand nombre 
dans les Epîtres d'Yves de Chartres , 
de Grégoire VIL ôc de Gefroy de Ven- 
dôme. J'en marquerai aum* quelques- 
uns. L'an 1003. les Evêques de France 
s'étant allemblés , approuvèrent le ma- 
riage du Roi Robert avec Berthe -, ôc 
l'année d'après , y étant contraints par 
les anathêmes de Rome , ils révoquè- 
rent leur fentence 5 ôc excommuniè- 
rent le Roi. 

Glabert rapporte qu'il en fut célébré 
plulieurs en Italie &2 en Gaule , tou- 



chant quelques ufages d'ailez peu d'im- 
portance , comme pour fçavoir s'il fal- 
loit jeûner les jours d'entre l'Afceniion 
ôc la Pentecôte , permettre aux Béné- 
dictins de chanter le Te Deum les Di- 
manches de Carême , ôc célébrer la il ce 
de l'Annonciation le 25. de Mars , ou 
bien le iS. de Décembre comme fai- 
foient les Efpagnols , fuivant le décret 
de leur dixième Concile de Tolède. 
Pour décifïon , ces jeûnes furent abolis, 
horfmis celui de la veille de la Pente- 
côte ; les Bénédictins maintenus dans 
la polïeiïion de chanter le Te Deum eu. 
Carême, ôc la fête de l'Annonciation 
confervée en Mars. 

Le Roi Robert convoqua piufïeurs 
Conciles , particulièrement un l'an 
1017. à Orléans , pour extirper l'héré- 
fîe des Manichéens qui puiiuloit en cet- 
te ville-là *, un autre au même endroit 
l'an 1019. pour la Dédicace de l'Egli- 
fe de faint Aignan qu'il avoit bâtie- 
La même année il s'en allembla un à 
Limoges , Gauzlin de Bourges v préfi- 
dant, fur la conteftation qui s'émut, 
s'il falloir donner à faint Martial Evê- 
que de cette viile-là , le titre diApô- 
;trc , comme vouloient les Limouhns \ 
eu feulement celui de Confejfeur , com- 
me foutenoient quelqu 'autres. Ces 
queftions frivoles procédoient de l'am- 
bition de quelques Prélats peu verfés 
cars la connoiffànce de l'antiquité , 
qui , pour avoir la prefeance fur les au- 
tres , attribuoient tous la fondation 
de leurs Egiiies aux Apôtres ou aux 
Liic'ples de Jésus -Chiust, ôc pour 
cela forgeoient des fables , ôc pervertit- 
foient toute iTIiftoire. 

Ce Concile n'eut pas aiTez de force 
pour terminer cette queftion : on l'agi- 
ta encore avec de grandes brigues & al- 
tercations , l'an 103 1. dans celui de 
Bourges , puis dans le fécond de Limo- 
ges , ôc dans celui de Beauvais., qui ie 
tinrent l'an 1031. & avec cela on cenfid- 
$a fur ce fujet le fàint Siège , qui déndt 

Y i} 



iji ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

enfin que faint Martial devoit être ré- année-là il y eut plufieurs autres Con- 
véré comme Apôtre. ciles dans les Provinces de France, par- 
Dans le fécond Concile de Limoges ticuliérement en Guyenne pour la ré- 
s'étant formé une plainte touchant les formation des mœurs : car tous ces peu- 
abfolurions que les Papes accordoient à pies la déiiroient ardemment , afin 
ceux qui étant excommuniés avoient d'appaifèr l'ire de Dieu, qui alors af- 
recours au faint Siège -, il fut dit que rligeoit la France d'une cruelle famine. 
perfonne ne pouvoit recevoir pénitence Entre plufieurs Décrets il y en eut un 
ou abfolution du Pape , s'il n'y étoit ren- qui ordonna , fur peine d'excommuni- 
voyéparfon Evêque. Ce qui lut enco- cation , l'abftinence de vin les vendre- 
re un effort de la liberté de l'Eglife Gai- dis «5c de viande les famedis , s'il n'y 
licane. arrivoit une fête folemnelle , ou une 
En voici un autre à mon avis plus gnéve maladie. Gérard Evêque de 
confidérable. Dans le premier Concile Cambray rejetta ce Décret comme une 
d'Anfe , petite ville du Lyonnois , où nouveauté qui étoit contraire aux re- 
il fe trouva trois Archevêques 8c neuf gles de l'Eglife , 6c qui n'avoit pour 
Evêques , Gaulfelin Evêque de Mâcon tout fondement , que je ne fçai quelle 
s'étant levé de fon (iége , fe plaignit révélation. 

que Burchard Archevêque de Vienne , Ces alfemblées travaillèrent aufîi à" 
avoit fans fa permiilion , fait les Or- affluer les biens de l'Eglife contre les 
dres dans l'Abbaye de Clugny qui étoit pillages de plufieurs Seigneurs , & à ré- 
de fon Diocèfe. L'Archevêque pro- tablir la Difcipline , dont il fe rit quel- 
duific pour garant l'Abbé Odillon qui ques Canons dans le fécond de Limo- 
étoit là préfent : Odillon fit paroître ges. Celui de Beauvais fut tenu quinze 
une Bulle du Pape , qui accordoit le jours après celui de Bourges. Le Pape 
privilège aux Abbayes de fa Congre- Léon IX. étant venu en France en con- 
gation , de n'être fujettes à aucun Eve- voqua un à Reims vers l'Automne de 
que dans le territoire duquel elles fe l'an 1049. Vi&or IL un à Touloufe l'an 
trouveroient , & le pouvoir d'appeller 10 «j 6. pour extirper les abus , & parti- 
cipez eux celui qu'il leur plairoit pour culiérement la fimonie , qu'il eft plus 
faire leurs Ordinations &c leurs Confé- difficile d'ôter de l'Eglife que de lui 
crations. Là-deiïus les Evêques ayant ravir les biens même qui en font la 
lu les Canons du Concile de Calcédoi- caufe. 

ne , 6c de plufieurs autres , ordonne- Le Roi Henri délirant faire couron- 
rent que les Moines feroient fujets à ner Philippe fon fils , aflembla les Pré- 
leurs Evêques , 6c dépendirent à tous lats 6c Seigneurs de fes Etats à Paris 
leurs confrères de frire aucunes Ordi- l'an 1059. ou 60. Amat Evêque d'Ole- 
nations dans le territoire d'autrui -, car ion , Légat du faint Siège dans la troi- 
ils jugèrent qu'Odillon n'étoit point fiéme Aquitaine 6c dans la Narbonnoi- 
bon garant, ni le privilège du Pape va- fe , en tint plufieurs ; Deux en Gafco- 
lable ,pour autorifer ce palfedroit. Bur- gne , l'un ou il excommunia les dé- 
ehard fe laifiant vaincre à la raifon , tenceurs des biens d'Eglife , l'autre où 
demanda pardon à Gaulfelin , & pour il fit diffoudre le mariage de Centulle 
fatisfaètion s'obligea de lui fournir tous Vicomte de Bearn -, 8c un encore au 
les ans , tant qu'il vivroit , de l'huile Bourg de Deols en Berry avec Hugues 
d'olive pour faire le faint Chrême , de Légat 6c Archevêque de Lyon , pour 
quoi il lui bailla aère 6c caution. l'affaire de cetre Abbaye. Le même , 
Le même Glaber écrit que cette ayant la Légation du Pape dans la pe- 



EGLISE DU XI. SIECLE. j 73 

tite Bretagne , en convoqua un l'an nathême , & fon Royaume mis en in- 

1079. dans cette Province pour don- terdit , parce qu'il avoir repris Bertra- 

ner ordre à l'abus des fauifes péniten- de avec lui. Il s'en tint un à Autun , 

ces c'eft-à-dire , de ce qu'on en im- en 1 104. & un autre en la même année 

pofoit de fort légères pour de grands à Baugency, tous deux pour le même 

crimes. iiijec. , 

A la fin de l'an 1080. il y en eut Les détentes des mariages jufqu'au 

trois , un à Lyon où Hugues Evêque feptiéme degré embarrafférent extrê- 

de Die & depuis Archevêque de Lyon , mement l'onzième & douzième ficelés. 

Légat du Pape , rit confirmer la Sen- Comme cette rigueur étoir excellive , 

tence qui avoit dépofé Manaifes , Ar- les Princes la franchifloient fans beau- 

chevêque de Reims : un à Avignon où coup de fcrupule , & après ils s'opi- 

le même facra un autre Hugues Eve- niâtroient contre les excommumea- 

que de Grenoble , &c le troiiiéme à rions avec d'autant plus de prétexte 

Meaux , dans lequel :Urfion de Soif- qu'il fe trouvoit des Jurifconfultes qui 

fons fut dépofé , 6c en fa place inilalé comptoient ces dégrés d'une autre 

Arnoul Moine de faint Medard. façon que les Eccléfiaftiques : telle- 

L'année fuivante le même Hugues ment que cette défenfe ne fervoit préf- 
et Richard Abbé de Marfeiile Cardi- que qu'à ceux qui étant ennuyés de leurs 
naux , en afiemblerent un à Poitiers -, femmes , étoient bien aifes d'avoir un 
Amat d'Oieron Légat en Aquitaine s'y fujet fî fpécieux de les répudier, 
trouva aufli. On y ordonna par provi- Quant à l'adminiitration des Sacre- 
fion le divorce de Guillaume Comte mens, dansl'EgUie de Jérufalem, à cau- 
de Poitiers & de fa femme , à caufe de fe de la trop grande affluence de peuple , 
la parenté qui étoit entr'eux. on ne communioit les Laïques que fous 

Celui de Touloufe en l'an 1090. fut l'efpece du pain : cette coutume s'in- 

convoqué par les Légats d'Urbain II. troduifit peu à peu dans l'Eglife Occr- 

II y fut fait quelques réglemens tou- dentale : & il y a apparence que le 

chanr les caufes Eccléiiaftiques , & l'E- Canon du Concile de Clermont y fut 

vêque de cette ville s'y purgea de cer- favorable, qui ordonnoit, que ceux qui 

tains cas qu'on lui impofoit. communier oient prijfent les deux efpeces 

Le plus célèbre de tous fut le Con- féparément , ( c'étoit pour éviter l'abus 

cile de Clermont l'an 1095. ^ e même des Grecs, qui trempoient celle du pain 

Urbain y excommunia le Roi Philippe, dans celle du vin ) Jînon en cas de né- 

& prêcha avec grande ardeur la premie- cejjitè , ou Par Précaution, c'eft-à- 

re Croifade -, &c pour obrenir aux Chré- dire , s'il y avoit danger de répandre 

tiens l'aflîftance de la fainte Vierge , il le Calice , comme lorfque la multitude 

ordonna que les Eccléiiaftiques recitaf- 6c la prelfe des Communians étoit trop 

fent l'Office ou Heures de Notre- grande. * * il permet- 

DAME,que les Chartreux & les Hermites II y eut auffi du changement pour le ce^c^de™ 

inftitués par Pierre Damian avoient déjà gouvernement de quelques Eglifes. Les communier 

reçu parmi eux. Il y en eut encore un à Sièges Epifcopaux de Gafcogne qui ^ tme ci " 

Tours l'année fuivante pour fe préparer avoient été vuides durant plus de deux 

à cette expédition de la Terre-Sainte. iiécles furent remplis : ceux d'Arras Se 

La dernière année de ce fiécle il y de Cambray qui avoient été gouvernés 

en eut aufîî un à Poitiers , auquel Jean par un même Pafteur depuis S. Vaaft , 

& Benedict Cardinaux-Légats préfide- commencèrent aufîî d'avoir chacun le 

rent : le Roi Philippe y fut frappé d'à- fien après la mort de Gérard II. qui les 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



174 

tenoit tous deux , «Se Manaifes fut fait 
le premier Evêque de Cambray l'an 

On tenta la même chofe à l'égard 
de celles de Noyon 8c de Tournay , 
qui avoient été jointes depuis Saint 
Alédard : mais le Roi Philippe s'y étant 
oppofé , elles demeurèrent en cet état 
jufqu'à l'an 1 146. que l'on les défunit , 
Simon fils de Hugues le Grand en étant 
Evèque. Anfeime Moine de Soiiïbns 
ik Abbé de Saint Vincent de Laon^ fut 
le premier qui remplit le Siège de 
Tournay. 

L'an 1079- Grégoire VII. par fes 
Bulles , donna , ou comme difent d'au- 
tres , confirma à Gebuin Archevêque 
de Lyon la Primatie fur les quatre 
Lyonnoifes feulement , étant peut-être 
perfuadé, comme quelques autres, que 
Lyon étoit d'ancienneté la Ville Ca- 
pitale & la première Eglife des Gau- 
les. L'Archevêque de Tours y obéit le 
premier : mais ceux de Sens 8c de 
Rouen s'y oppoferent de toutes leurs 
forces : 8c quoique cet établiiïèment 
eut été maintenu au Concile de Cler- 
mont en 109',. & depuis encore con- 
firmé par un Jugement contradictoire 
qui fut donné en Cour de Rome fan 
1099. l'Archevêque de Rouen ne s'y 
voulut jamais foumettre : & ce fut , 
comme je crois , dans cette difpute 
qu'il commença par émulation à pren- 
dre le titre de Primat de Norman- 
die. Mais celui de Sens étant mal fou- 
tenu de fes Suffragans , ploya 8c eft de- 
meuré fujet à la Primatie de Lyon. 

L'Abbé Odillon étant excité par plu- 
fîeurs révélations à foulager les âmes 
qui étoient en Purgatoire après la mort , 
ordonna aux Religieux de fa Congré- 
gation de Clugny d'en frire commé- 
moration tous les ans le lendemain de 
la Touffaint , dans leurs prière". & dans 
le fervice divin : ce que l'Eglife uni- 
verfelle reçut incontinent après. Mais 
il ne faut pas croire que la coutume de 



prier pour les TrépaiLés ait feulement 
commencé en ce tems la : nous en avons 
de bonnes preuves dans les premiers 
iiécies du Chriitianifme. 

Sur la fin du liécle , rrois Ordres cé- 
lèbres de Religieux prirent naxiiance : 
celui des Chartreux , celui de Saint 
Antoine , 8c celui de Citeaux. Pour le 
premier, il lut inititué par Brunon Cha- 
noine de Reims } & Saint Hugues Evê- 
que de Grenoble , qui ies premiers fe 
retirèrent dans l'affreufe folitude de la 
Chartreufe de Dauphiné , laquelle a 
donné le nom à cet Ordre. Celui de 
Saint Antoine à Vienne , au même pays, 
doit fi nailïance à un Gentilhomme 
nommé Gafton , 8c à Girin fon fils , 
qui vouèrent leurs perfonnes 8c leurs 
biens aufoulagementde ceux quiétoient 
atteints du feu facré , 8c venoient im- 
plorer 1 întercellion de ce Saint à Vien- 
ne : car fon corps y avoit été apporté 
de Conftantinople par Jocelin Comte 
d'Albon , du tems du Roi Lotaire fils 
de Louis d'Outremer. Ce C J\on aflèm- 
bla quelques compagnons , qui du com- 
mencement étoient laïques , mais peu 
après ils devinrent Religieux ious la 
règle de Saint Auguftin , 8c provigne- 
rent cette Congrégation en diverfes 
Provinces. 

L'an 1098. Robert Abbé de Molême 
donna commencement à l'Ordre de 
Cîreaux , par les libéralités d'Eudes Duc 
de Bourgogne. C'eft comme un rejet ton 
de celui de Saint Benoit : 8c il devint 
dans peu de cems h puiiïànt , que durant 
plus de fix-vingts ans il gouverna pref- 
que toute l'Europe au ipirituel 6c au 
temporel. 

Il ne faut pas obmettre que Robert 
natif du village d'Aribrefe! , Dioçèfe de 
Rennes, inftitual'Ordrede Fontevrault, 
en 1 100. dont les Monaftères font dou- 
bles , d'hommes & de femmes : vivans 
fous la règle 1 '<it de Saint Benoît. 

Ce Robert premièrement lut Archi- 
diacre de Rennes, puis il eut miiïion 



EGLISE DU XI. SIECLE. 



particulière du Pape Urbain II. pour 
prêcher aux peuples. Comme il fe vit 
fuivi par tout d une multitude infinie 
de gens de l'un 8c de l'autre fexe , il 
leur bâtit des cellules dans les bois de 
Fontevrault , à trois lieues de Saumur 
fur les contins du Poitou : 8c puis ayant 
renfermé les femmes à part , ( ce fut 
peut - être après les bons avis de Gefroy 
de Vendôme) il rit un grand Monai- 
tere , duquel il s'en eft provigné plu- 
fieurs , dans tous lefquels l'AbbelIe 
commande aux Religieux , 8c celle de 
Fontevrault eft le Général de tout 
l'Ordre. 

Vers l'an 1048. il s'émût une fameu- 
fe difpute entre les Moines Bénédictins 
de Saint Denis en France , Se ceux de 
Saint Himmerand de Ratisbonne : ceux- 
ci ayant fait courir le bruit qu'ils avoient 
le corps de Saint Denis l'Aréopagite , 
8c qu'il leur avoir été donné par le Roi 
Arnoul. On fit une célèbre Aiïemblée 
à Saint Denis pour cela , où les Con- 
tendans de l'un & de l'autre parti s'étant 



mis en jeûnes 8c en prières, on ouvrit 
la châtie de ce Saint , 8c on y trouva 
fon corps tout entier , à la réferve du 
bras que le Pape Etienne III. avoit em T 
porté à Rome. Ceux de Ratisbonne ne 
lé rendirent pas pour cela, & foutinrenc 
toujours leur fuppolition. 

H y eut une controverfe pareille, 8c 
encore plus longue , entre les Moines 
de Fleury <k ceux du Mont-Caffin , 
pour le corps de leur Patriarche Saine 
Benoît. 

La grande ardeur que l'on avoit alors 
pour les Reliques , donna lieu à ceux 
qui n'ont rien de plus facré que l'ar- 
gent , d'en aller quérir en Italie , & 
jufqu'en Orient , d'en dérober par tout 
oùiîspouvoient, & bien fouvent même 
d'en fuppofer pour en faire trafic -, 8c 
les Seigneurs les achetoient bien cher , 
non-feulement par dévotion , mais auilî 
pour enrichir 8c aggrandir leurs villes 
8c leurs Châteaux , par l'arlluence des 
peuples qui venoient vifiter ces facrés 
gages de piété, (a) 



{a) Hugues Capet , Roberr & Henri I. eurent befoiri 
de beaucoup de prudence pour couferver la Couronne à 
leurs defeendans , ayant eu à tenir en bride des VafTaux 
puifïans que Pinfuffifance des derniers Rois de la deu- 
xième race , avoit accoutumé à faire les Rois. La non- 
chalance de Philippe I. avoir augmenté l'infolence des 



VafTaux à tel point qu'ils fe moquoient de la Juftice. 
C'eft pour cela que Louis le Gros mit tout fon efprit a 
les dompter , 8c qu'il revêtit les formules d»hommage , 
de ferment rigoureux, & de fourniiTement de plullieutî 
otages. 






17* 



-.-.*' f xmwn-. r-iTTT-^r-- .-T^rnm- .-v - : -i.^ -/ !^ -n^-rrT-. ^ ^!i« 



LOUIS VI. 



DIT LE GROS. 



R O I X X X I X. 

./4G£ D ENVIRON VINGT-HUIT ANS, 

Que ne peut la valeur avec l'a&ivité. 
Avec le grand courage & la perfévérance ; 
Par-là je rétablis des Loix l'autorité , 
Sur cent petits tyrans qui gourmandoient la France» 



uo8. 



PAPES. 



Encore Pascal II. 9. ans 6. mois du- 
rant ce régne. 

Gelase II. élu le 15. Janvier 1118. S. 
1. an. 

Caliste II. élu en Février 1119. S. $. 
aos, 10. mois. 



Honorius II. élu le m. Décembre 
H14. S. j. ans, 1. mois & demi. 

Innocent II. élu le 14. Février 1130. 
S. 13. ans 7. mois, dont 7. ans, 7. mois 
durant ce régne. 



CE Prince , non moins maflîf de hâter fon Sacre : tellement que cinq 
corps que fon père , mais brave , jours après la mort de Philippe , à la 
a&if, vigilant, incapable de fouffrir fin de Juillet, il reçut l'onction &c la 
un attentat, s'expofant hardiment à tous couronne à Orléans par Gifelbert Ar- 
les travaux & à tous les dangers , fe chevêque de Sens , ailifté de tous (es 
mêlant même tropinconfidérémentdans SurTragans. Il ne voulut pas l'être à 
le fort des combats *, avoir entrepris Reims , parce que Raoul , qui en avoit 
d'abbailTer les brigandages 8c la licence été élu Archevêque par le Clergé , 8c 
des Seigneurs. Nous avons vu comme confirmé par le Pape , n'avoit pu obte- 
ils avoient fait plufieurs ligues contre nir fon agrément > à caufe de quoi il le 
lui : pour lors il y en avoit encore une, troubloit dans la jouiirance : 8c Raoul 
dono Guy Comte de Rochefort étoit le pour ce fujet , avoit mis [a ville en in- 
principal moteur. Et cela , peut-être , terdit. Yves de Chartres fit voir par un 



1108. 



l'avoit empêché d'être couronne du vi- 
vant de fon père , quoiqu'il eut été dé- 
ligné fon fucceiïeur au Royaume. 
La crainte de cette ligue l'obligea de 



manifefte , que ce droit de couronner 
les Rois n'appartenoit pas à l'Archevê- 
que de Reims, comme il le prétendoit , 
à l'excluiion de tous les autres. 



LOUIS VI. ROI XXXIX. 177 

La guerre fufcitée par Guy de Roche- En ce même tems il eut une autre 



1 ÏD 9' fort ôc fes amis , duroit toujours •, & la 
faveur des Cariantes alloit croillànt de 
plus en plus durant ces brouilleries , 
qui , au heu de renverfer ces Miniftres , 
les r.frermiflbient , & leur donnoient 
occa/ïon de s'élever au delfus de tous les 
Seigneurs , fous prétexte de maintenir 
plus fortement l'autorité Royale. Ainfi 
des cinq grandes Charges de la Couron- 
ne, ces quatre frères en renoient trois; 
l'aîné Anfeau celle de Sénéchal , qu'il 
prétendoit être héréditaire dans fa Iviai- 
fon, parce que Guillaume fon père l'a voit 
poiîedée ; Etienne le fécond celle de 
Chancelier, Ôc Giilebert le troiiîéme 
celle de Grand Bouteiller. A leur folli- 
citation , le nouveau Roi réfolut avant 
toutes chofes , de pouifer la Maison de 
Rochefort à bout, quoique peu aupara- 
vant il eût marié Luciane la répudiée 
avec Guifchard Seigneur de Beaujeu. Il 
affiégea donc Chevreufe , & autres pe- 
tits Châteaux qui tenoient Paris comme 
bloqué de ce côté-là. Les Ligués les 
défendirent allez bien. Cependant Guy 
mourut , ôc Hugues furnomme de Cre- 
cy ion fécond fils , fuccéda à fon ani- 
mofité Ôcà. fa valeur -, il portoit par tout 
le fer ôc la flamme pour venger l'affront 
fait à fa feeur Luciane. 

Hugues Seigneur du Puifet en Beauf- 
fe qui avoit époufé fon autre fœur , 
fort fameux par fes voleries , étoit né- 
cessairement du parti : mais Eudes Com- 
te de Corbeil , petit-fiis du Comte Bou- 
chard , refufa d'entrer dans cette que- 
rele : Crecy fon frère utérin en conçut 
tant d'indignation , qu'il le lit prifon- 
nier , ôc l'enferma dans le Château de 
la Ferré- Baudouin. Le Roi courut de ce 
côté-là pour le délivrer , ôc ayant pris 
la place , moitié par intelligence, moi- 
tié par force , le tira de prifon , & dé- 
livra aulli fon Sénéchal Anfeau, qui 
étant allé au iiége avant lui , ôc penfant 
infulter la Place , avoit été bleiTé Ôc 
pris par les ailiégés. 
Tome II. 



guerre avec Henri Roi d'Angleterre ôc *} 10 ' 
Duc de Normandie. Le fujet écoit que v ' 

ce Prince ne lui tenoit pas la promette 
qu'il lui avoit faite en lui rendant hom- 
mage de la Normandie , d'abattre le 
Château de Gifors qui étoit bâti en 
deçà de l'Epte , rivière qui alors fer- 
voit de borne entre les terres de Fran- 
ce ôc celles de Normandie. 

Les armées étant en préfence , ôc le . 
différend ayant été mis en difcuiîion 
entre les députés de part Ôc d'autre , 
les parties ne purent convenir des faits. 
Le Roi Louis impatient de ces lon- 
gueurs , offrit de faire preuve par un 
combat de corps à corps que ce qu'il 
met toit en fait étoit vrai. Les deux ar- 
mées femblojent accepter cette propo- 
rtion , ôc quelques médians railleur.? 
crioient qu'il faïloit que les deux Rois 
combattiiïènt fur le pont qui branioit 
ôc étoit en danger de tomber. Henri 
ayant refulé ce défi , on en vint à une 
bataille , les Angiois la perdirent , & 
leurs débris fe fauverent à Meulan, Ro- 
bert Comte de Flandres les pourfuivanc 
trop témérairement, y fut blette à mort. 
Son fils Baudouin , furnomme à la Ha- 
che , hérita de fes Etats. 

A la faveur de cette guerre , les mal- 
contens attirèrent Philippe fiere du Pvoi 
dans leur parti , la puittance d'Amaury 
de Montfort , fon oncle maternel , le 
crédit de fa mère la Reine Bertrade , 
ôc celui de Foulques Comte d'Anjou, 
depuis Roi de Jérufalem , fon frère uté- 
rin , lui enfloient le courage. Il avoit 
deux places fortes , Mantes ôc Montle- 
hery : le Roi tout aulli-tôt afliégea celle 
de Mantes ôc la foreça de fe rendre. 
Pour celle de Montlehery , les ligués , 
afin de la mieux garder, la voulurent 
donner à Hugues de Crecy , avec une 
fille d'Amaury en mariage : mais le Roi 
le prévint, & la rendit à Milon Vi- 
comte de Troyes qui y avoit quelque 
droit. 



i 7 8 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



' Il attaqua enfuite le Puifet en Beauf- Pour le dire en gros, le Roi reçut " 

IIIÛ * fe. Thibaud Comte de Chartres qui beaucoup de fâcheries de ces Ligues; lll °. 
étoit fort molefté dans fon pays Char- 6c il leur en rit auili tant fouftrir , qu'il 
train par Hugues Seigneur de ce ch.t- les réduiût prefque tous à leur devoir 
teau , avoit imploré fon fecours contre l'un après l'autre. Eudes é:ant mort 
ce fâcheux voilin. Le Roi ayant cm- dans ces entrefaites , il traita avec Hu- 
braifé fa déreniê, ailiégea cette place, gués du Puifet , qui devoit hériter de 
6c la prit avec le Seigneur qui étoit cette Comté. Comme ii ie tenoit en- 
dedans , 6c le retint fous bonne 6c sure core priionnier , il lui fat facile de l'o- 
garde dans le Château-Landon en Gâ- bliger à lui céder fon droit en lui don- 
tinois. nant la liberté , 6c de fe mettre en pof- 
Cette guerre en engendra une autre, feilion de cette place , fort importante 
Thibaud voulut bâtir une fortereife en cette conjoncture. 



fur les finages des terres du Puifet : le Quelque tems après , Hugues ayant 

Roi l'en empêchoit -, il lui foutint qu'il refortifié le Puifet , 6c commettant X J ï 2 " 

le lui avoit promis ,& partant qu'il lui mille ravages furies pays circonvoi- llIV * 

faifoit injuftice : ce qu'il offrit de prou- fins , il l'afîicgea dans cette place : mais 

ver par le duel , propofant de donner Thibaud ayant avec lui les auttes Li- 

fon Chambellan pour champion , au gués , ne manqua pas de venir au fe- 

défaur de fa perfonne qui étoit trop cours. Il fe donna deux grands combats, 

jeune. Le Pvoi de fon côté préfenta fon l'un au désavantage du Roi , l'autre à 

grand Sénéchal Anfeau de Garlande : fon avantage. Enfuite on parla d'ac- 

mais les Champions ne trouvèrent commodément , 6c Hugues obtint fon 

point de Cour ou Juftice dans le Royau- pardon. 

me , qui voulut leur affurer le champ Milon Vicomte de Troyes s'étoit 

de bataille. Peut-être que fous main le auffi retiré du parti des Ligués, parce 

Roi l'empêchoit. que le Roi l'avoit rétabli dans Mont- 

Le Comte déclara donc la guerre au lehery : Crecy fit tous fes efforts pour 

Roi avec Palliitap.ee de Henri Roi d'An- l'y rengager. Ne l'ayant pu faire , il le 

gieterre , frère de fa mère , 6c du Duc furprit par une trahiibn,& après l'avoir 

de Bretagne ; car félon fufage du tems promené toujours lié & garotté par di- 

les Seigneurs croyoient le pouvoir fai- vers Châteaux , ne içachant où le gar- 

fe, quand ils fe figuroient qu'il y avoit der que le Roi ne le délivrât , ni le re- 

du déni de juftice. Avec lui le rangèrent lâcher qu'il ne fe vengeât , il le fit étran- 

les Seigneurs Hugues de Crecy, Guy de gler la nuit dans le Château de Gom- 

Rochefort le fils , revenu nouvellement mets , &c puis jetter le corps par la fe- 

de la Terre-Sainte -, Lancelin de Dam- nétre. Il voulut faire croire qu'il s'étoit 

martin , Payen de Mont-Jay , Raoul de rompu le col en tâchant de fe fauver » 

Baugenty , Milon Vicomte de Troyes, mais le crime fut découvert , 6c le Roi 

& même Eudes Comte de Corbeil. (a) avec fa célérité ordinaire ailiégea ieChâ- 

Lancelin avoit déjà eu d'autres guerres teau. Le malheureux meurtrier ayant été 

avec le Roi Philippe, qui , pour arrè- condamné â fe juftirier par le duel dans, 

ter fes cour fes , avoit bâti un Château la Cour d'Amaulry de Montfort , n'eut 

à Montmelian. Aujourd'hui il efl; rui- pas le courage de s'expofer â ce Jiazard; 

né, 6c la ville réduite en village. 6c partant fe voyant convaincu , il vint 



(/») Eudes étoit fils de Bouchard de Montmorenci. épec , je vous la rendrai ce foir , mu::ti j ! i:e ferai pliu 
y *in juin il dit .i U kiiunc : Conuclk appouci moi mou Comte : il le croyoir affuré ùc devenir Roi. 



il i7« 



LOUIS VI. ROI XXXIX. .179 

* "" "fe jerter aux pieds du Roi , lui remit Crecy & de Nogent , 5c le rédaific à 
- 1 !- 1 - 2 " fi Terre, Se prit l'habit de Moine à la rai fon. 
£C luiv. c[ U g;-jy p 0Ur f a j re pénitence. Il dompta auiïi un autre Tyranneau 

Hugues du Puifets'ctant révolté pour nomme Adam , qui ravageait tous les 
la troilîéme fois : le Roi railiégea ce environs d'Amiens. Il s'étoit emparé 
Château , le raia , puis dépouilla ce re- de la Tour de la ville , qui étoit extra- 
belle de tous fes biens. Ce malheureux ordinairement forte , Se par ce moyen 
«ayant dans une fortie tué Anfeau de il donna bien de la peine : mais le Roi 
Garlande , grand Sénéchal &: favori du l'ayant tenue inveftie près de deux ans , 
.Roi, & n'ofant pas demeurer au pays, en vint à bout Se la raià. 
-devint errant 8c vagabond durant quel- Henri Roi d'Angleterre étoit le bon- """""""T" 
que tems ; après quoi il paffa dans la tefeu &c l'appui de toutes ces révoltes ; 
Terre-Sainte, qui en ce tems-là étoit le Roi Louis en revanche avoir fufeité 
le refuge des condamnés Se des bannis, contre lui fon neveu Guillaume Cri- 
comme auffi des vérirables pénitens. Il ûon fils du Duc Robert , lequel il avoit 
mourut fur mer en y allant. Voilà com- reçu à l'hommage de la Duché de Nor- 
me cette puilîànte Ligue fe défila par mandie , Se lui avoit donné la ville Se 
I'abbaiiiement de £qs deux principaux Château de Gifors , premier fujet de 
^. chefs. la querelle. Ce neveu étant ainli fou- 

Guillaume , le plus jeune des Gar- tenu, caufa tant de traverfes à fon oncle 
landes , recueillit la Charge de Séné- qu'il fallut qu'il fît la paix avec Louis, 
chai , foit par droit de fuccelîion, foie promettant de lui abandonner les ré- 
parla grâce du Roi. Il ne la tint que belles. 

deux ans , au bout defqueis étant mort, Archambaud Seigneur de Bourbon 
fon frère Etienne en fut pourvu , fans étant mort , Hemon fon frère furnom- 
quitter celle de Chancelier, ni divers mé Vaire-Vache , s'empara de route la 
Bénéfices qu'il pofîédoit. fucceffion au préjudice du fils , fous 

Thomas de Marie, Seigneur de Cou- couleur de revendiquer fon partage , 
cy , avoit été excommunié Se dégradé Se exerçoit de grandes ryrannies fur fes 
de NoblelTe l'an 1114. par le Légat du fujets , principalement fur les Ecclé- 
Pape , dans un Concile tenu à Beau- fiaftiques. Le Roi le fit aligner pour 
vais , pour les facriléges & les brigan- efter à droit au Parlement : fur le refus 
dages qu'il commettoit fur les Eglifes qu'il fit de comparoître , il y alla en per- 
Se fur les peuples desEvêchésde Reims, fonne pour l'y contraindre , Se afïiégea 
de Laon Se d'Amiens. Cette Sentence fon Château de Germigny. Hemon re- 
avoit irrité fa rage à faire encore pis, doutant fa colère , lui vint demander 
jufqu'à mettre le feu dans la ville de pardon : il le reçut en grâce, & l'em- 
Laon , Se dans la Noble Eglife de No- mena lui Se fon neveu pour les mettre 
tre-Dame , (je crois que c'étoit celle de d'accord fur leurs différends. 
Liejfe', ) a mafïacrer l'Evéque Galderic, La querelle d'entre l'Empereur Se Empereur. 
Se à lui couper le doigt auquel il por- le S. Père pour le fait des Inveftiturès , j£J C ^J" 
loit l'anneau Epifcopal. Le Roi qui fe s'étoit rallumée plus fort que jamais. d'A!ex*is en 
rendoit préfent par tout avec une Pafchal II. ayant été fait Pape , l'Em- AoliL R - M- 
promptirude incroyable , Se fe mèloit pereur Henri V. s'étoit faifi de Iui&& eucore** 
plus avant dans les périls qu'un fimple de fes Cardinaux , &c l'avoir contraint hsniu v. 
Cavalier , courut de ce côté-là avant de lui donner le privilège de nommer 
que ce voleur fe fut faifi de la Tour de aux Evcchés. Depuis , ce Pape érant en 
Laon , força Se rafa fes Châteaux de liberté , avoit caffé ce Traité dans le 

Zij 



lïà 



II 10. 



II 15). 



ABREGE CHRONOLOGIQUE 
Concile de Latran , &c excommunié merir. Il étoit de la bonne Politique de 



l'Empereur. 



n'avoir poi.ir tant donnerais à la fo.s , lll 9- 



,!<!« 



Etant mort cette année 11 18. Ge- de fe réferver un refuge en France eon- 
lafe fut élu en fa place : mais comme tre les EmpercUis, ex d'abbaiflèr les 
il ne prit pas l'approbation de l'Em- 
pereur , ce Prince ofFenfé d'un tel mé- 
pris, rit élire un Maurice Burdin , Li- 
mofin de naiflance , &c Archevêque de 
Bràga en Portugal , à qui on donna le 



Germains les premiers , parce qu ils les 
incommodoient le plus. 

La paix d'entre ies deux Rois Louis 
6v Henri , ne fut pas Je longue durée. 
Les amis du feu Duc Robert 8c de 
nom de Grégoire. Gelafe étant donc Guillaume fon fils, fe déclarèrent pour 
chalfé de Rome s'achemina en France Louis, &c les Comtes d'Anjou &: de 
pour y tenir un Concile , comme il fit Flandres le fervoient chaudement Au 
dans la ville de Vienne en 11 19. mais contraire, Thibaud Comte de Cham- 
il mourut la même année dans l'Ab- pagne fervoit Henri qui étoit (on on- 
baye de Clugny. cle maternel. En cette guerre Baudouin 

Les Cardinaux qui fe trouvèrent a Comte de Flandres ayant été blefFé à 
fa fuite, élurent Guy Archevêque de l'attaque du petit Château de Bures en 
Vienne , qui prit le nom de Caliite II. Caux , envenima tellement fa playe 
il étoit frère d'Etienne Comte de Bour- par fes débauches, qu'il en mourut 

quelques jours aprèsdans la ville d'Au- 
maie. Charles iurnammé le Bon , fils 
de fi fœUr 6c de Canut Roi de Danne- 
marC , lui fuccéda dans la Comté de 
Flandres , ik s'y maintint courageuie- 
ment , nonobstant que Clémence de 
Tout le Royaume de France ayant Bourgogne mère de Baudouin,quis'étoit 



gogne , & oncle d'Adèle ou Alix Rei- 
ne de France , qui étoit fille de fa fœur, 
&: de Humbert Comte de Morienne j 
èv ainfi fa confidération fortifia le Saint 
Siège cle grandes alliances contre les 
attaques de l'Empereur. 



donc embralfé fon 



il 



parti , il vint de 
Vienne à Touloufe , où il célébra un 
Concile.en cette année 1119. de-là il 
fe rendit à Reims où il en tint encore 
un autre, dans lequel il fut fait plu- 
sieurs Canons pour ôter la fimonie de 
l'Eglife , l'Inveftirure des Bénéfices aux 
laïques , les femmes aux Prêtres , ik. la 
vénalité des Sacremens. Le Roi y alîif- 



remariée à Goderrcy Comte de Lou- 
vam , la voulut taire tomber entre les 
mains d'un bâtard de Flandres nommé 
Guillaume d'Ypre , qui avoit époufé 
fa nièce. 

Or après une infinité de ravages , 
d'incendies , de priies de places -, après 
deux grands combats entre les deux 
Rois , l'un en la plaine de Breneviile 



1 11c. 



ta , l'Empereur Henri V. ne s'y voulut près de Noyon lur Andelle , cù les 



pas trouver , &z ayant refufé de fe dé- 
partir du droit des Inveltitures, il fut 
excommunié. 

Il y avoit prefque même différend 
entre les Papes & les Rois de France •■> 
cir ceux-ci prétendoient que l'élection 



François eurent du pire ; l'autre près 
de Breteuil , où le fort du combat fut 
douteux : le Pape Calixte , comme pè- 
re commun , étant venu exprès à Gi- 
fors , les mit d'accord , en taifanr ren- 
dre les Places qui avoient été priies de 
& les provilions du Pape ne furîifoient part & d'autre. Ainfi la Duché demeu- 
pas fans leur agrément. De forte qu'on ra à Henri , qui la donna à fon fils aîné 
en avoit vu naître de grands troubles Guillaume furnommé Adelin , au pré- 
dans les Eglifes de Bourges, de Reims , judice de Guillaume fon neveu. 
de Beauvais 06 autres. Mais les Papes Cette paix ne finit pas fes inquiétu- 
n'oferent pas poulfer ces Rois fi rude- des & fes chagrins , car peu de femai- 



LOUIS VI. ROI XXXIX. 



1S1 



I 120. 



nés après il perdit: en un moment Tes ficiers fixes & détermines non plus que 

crois nls , une fille , 8c avec eux plus de défiance certaine. On y fié depuis un 

trois cens Gentilshommes , la Heur de Prefident en L'abjence du Chancelier, 6* 

l'a Nobleife 8c de fes meilleurs Capi- un Maître des Requêtes. 

taincs. Ce tut un étrange malheur: L'an 1113. arriva la mort de Hu- 

comme ils s'étoiènt embarqués à Bar- gués III. du nom , Duc de Bourgogne, 

Heur pour l'aller trouver en Angleterre, auquel luccéda Odon fon fils aine , qui 

il advint que leurs Matelots qui s'étoiènt époufa Marie fille de Thtbaud Comte 



1 120. 



1123, 



enyvrés de l'argent- qu'ils leur avoient 
imprudemment donné pour boire fur 
le point de leur embarquement , allè- 
rent brifer leur vailleau contre un ro- 
cher au fortir du Port. Ce que l'on 
crut être arrivé par une punition de 
Dieu , qui voulut abîmer dans les gouf- 
fres de la Mer cette infâme jeuneffe , 
qui s'adonnoit publiquement à l'exé- 
crable crime des Villes qu'il avoit abî- 
mées dans une mer de fouffre 8c de 
bitume. 



de Champagne. 

La guerre s'échaufFoit dans la Nor- 
mandie entre le Roi Henri 8c les Fran- 
çois. Ceux-ci avoient dans ieur parti 
un grand nombre de Seigneurs Nor- 
mands révoltés. Henri gagna une fort 
fanglante victoire fur eux , 8c en fit 
dix ou douze des plus remarquables 
prifonniers , qu'il envoya en Angleter- 
re. Mais cette tuerie &c ces emprifon- 
nemens ne faifoient qu'envenimer les 
efprits contre lui ; de iorte que fes Of- 



On ne fçauroit jamais s'imaginer la ficiers domeftiques tramèrent une conf- 



douleur dont Henri fe fentit frappé à 
la nouvelle d'un ii cruel accident-, & 
pour irriter plus fort fon déplaifir , il 
arriva prefque en même tems que les 
amis ôc les partifans de fon neveu ex- 
citèrent de nouveaux fouîevemens dans 
la Normandie , 8c T'engagèrent le Roi 
de France à les foutemr. Ce qui re- 
commença les défolations de la Pro- 
vince. 

En l'an 11 19. finit fes jours Alain 
furnommé Fergeant Duc de Bretagne, 
fils de Hoël , qui étoit mort l'an 1084. 
Son fils Conan furnommé le Gros ou 
Ermengard lui fuccéda. 

Cet Alain ,Jî Von en croit IHiflorien 
Breton , donna des formes certaines & 
réglées à lajujlice de fon pays > ou au- 
paravant elle Je faif oit fort confufément. 
Car il établit un Sénéchal a Rennes , au- 
quel il voulut que toute la Duché reffor- 

tit , horfmis la Comté de Nantes qui en comme auiïi pour le relïêntiment qu'il 
avoit auffî un , & commença de tenir une avoit toujours gardé de ce que le Roi 
Affemblée ou Parlement , quijugeoit des Louis avoit protégé le Pape Calixte : il 
Appels des Sénéchaux de Rennes & de mit fur pied une formidable armée pour 
Nantes : car pour le criminel on nen venir faccager 8c mettre rez pied rez 
appelloit point. Il ny avoit point dOf- terre la ville de Reims, eu Cahxte avoit 



piration pour attenter à la vie. Il ne fe 
pouvoir fier à perfonne , il trembloit à 
l'approche de tous ceux qui croient au- 
tour de lui •, il mouroit cent fois le jour 
de la peur qu'il avoit qu'on ne le fît 
mourir , 8c la nuit il changeoit cinq ou 
iix fois de lit 8c de gardes , fans pou- 
voir trouver de fureté en aucun endroit, 
fe croyant par tout environné de ies 
ennemis. Qui fe fait trop craindre doit 
tout craindre ; 8c le Prince eft bien mi- 
férable qui s'attire la haine & l'inimi- 
tié de (qs fujets , avec les biens 8c les 
avantages que Dieu lui a donnés pour 
acquérir leur amour 8c leur eftime. 

L'Empereur s'étoit reconcilié avec le 
Pape , 8c avoit abandonné les Invefti- 
tures : mais fa colère qui duroit enco- 
re , vouloit le décharger fur la France. 
Il avoit époufé Mathilde fille de Hen- 
ri d'Angleterre. Pour cette raifon , 



1124. 



i8i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



— •— — terni un Concile, dans lequel il avoit tin de Tours en avoic fait à Ingelger ■- 

1 12 4* été excommunié. Louis de fon côté ré- Comte d'Anjou , qu'il fit Tréforier de 1 1 1 *' 

folut d'aiïèmbler toutes les forces de CJtte Eglife &c fon Avoué. 
l'Etat jufqu'aux Prêtres Se aux Moi- On peut en cette occafion remarquer la, 

nés : de forte que dans peu de tems il différence qu'il y avoit entre les forces de 

eut deux cens mille hommes, feule- la France & celles du Roi. Car lorf qu'il 

ment de l'Ifle de France , Champagne faifoit la guerre pour fa propre querelle , 

ik Picardie. L'Empereur ayant eu avis il n avoit que les gens des terres quilpof- 

de cet armement épouvantable , trou- fédoit , encore le fervoient-ils à regret : 

va qu'il étoit plus sûr pour lui de ne mais quand il s'agij/oit de la caufe du 

point pafTer le pays Ivleiîin , ôc de fe Royaume , toutes les forces de la France 

retiter. fi remuoient , c/iaque Seigneur y venoit 

Au retour, Louis triomphant d'un en perfonne, & y amenoittousfesfujets. 

û puiflant ennemi , vint remettre TE- L'Empereur Henri V. étant mort à Î7777 
tendart des Martyrs dans l'Eglife de Utrecht l'an 20. de fon régne , le Jeu- Eîîlpere * rs 
Saint Denis , où il l'avoit pris , ôc ren- di d'après la Pentecôte 23. Mai 1 125. encore jeam 
dit grâces folemnelles à ces glorieux fans laiiTer aucuns héritiers procréés de 1°*™*™ ^ 
Saints. Il porta fur fes épaules leurs fon corps : les Princes de Germanie lui 11. i 3 .aut. 
ChaiTes , qui avoient été defeendues ôc fubfcituerent Lotaire Duc de Saxe , le- 
expofées fur le Grand Autel durant tout quel retenant aufli le Royaume de Bour- 
le tems de la guerre , & fit ou confir- gogne , comme uni à l'Empire , Re- 
nia plufieurs donations à cette Ab- naud qui avoit la Franche -Comté re- 
baye, particulièrement la Foire du Len- fufa de le reconnoître. A caufe de cela 



• Elle fe te- dit hors * la Ville, car elle en avoit il voulut l'en priver, ôc la donnera 

DeabtTh'' ^i a une a u-dedans > qu'elle conferve Conrad fils de Bertold , Duc de Zerin- 

chapeiie , à encore. Cet Etendart de Saint Denis ghen. De-là naquit une fanglanteguer- 

ÉÔcédu grand n ' e ft au ue que ce qu'on appelloit l'Ori- re entre ces deux Maifons , qui fe bat- 



flame , & fait de fïmple cendale ou ta- tirent jufqu'au tems de Frédéric I. qui 

fêtas rouge , fans aucune broderie ni époufa Beatrix fille de Renaud , lui 

figure , ôc taillé à peu près comme les ayant été donnée par Guillaume Com- 

Bannieres qui marchent devant les Pro- te de Mâcon , fous la tutelle duquel 

cefiions. Le droit de le porter appar- cette Princefie étoit demeurée fort 

tenoit aux Comtes du Vexin-François, jeune. 

tandis qu'il y en eut , comme premiers Cette année 1116. le Roi reçut la II1( j ) 

Valïaux de Saint Denis -, mais quand plainte que lui fit l'Evcque de Cler- 

cette Comté fut venue aux Rois de mont des ufurpations Se des tyrannies 

France , ils honorèrent de cet emploi de Robert Comte d'Auvergne , qui 

les plus vaillans Chevaliers de leurs ayant époufé la fille de Guillaume Duc 

armées. Auparavant fous la deuxième d'Aquitaine , avoit eu cette Comté 

race , ÔC au commencement de cette pour fa dot. S'y étant donc acheminé 

troifiéme jufqu'à la fin du régne de en perfonne , accompagné de Foulques. 

Philippe I. nos Rois faifoient porter Comte d'Anjou, de Conan Duc de Bre- 

la Chappe ou Manteau de Saint Mar- tagne,& de Guillaume Comte de Neu^ 

tin par le Comte d'Anjou. Il avoit cet bourg , après s'être rendu maître des 

honneur , même de l'arborer dans (es partages , il affiégea la ville de Cler- 

propres guerres, foit en qualité de mont -, & l'ayant prife à compohtion , 

Grand Sénéchal de France , loit par la il força le Comte de lui donner des 

foncelfion que le Chapitre de S. Mar- otages , & d'obéir à la raifon, 



LOUIS VI. ROI XXXIX. 183 

Cinq ou fix ans après, les nouvelles Tellement qu'un matin uu jour des 



II 5 2, violences du mime Comte, l'engage- Cendres, comme il etoit en prières 112 7= 

rent à y faire un iecond voyage. Il ai- dans l'Eglife de Saint Donat de Bruges, 

fiégea Montfenand ; le Duc d Aquitai- ces méchans le malfacrerwin au pied de 

ne, c'étoit alors Guillaume IX. vint l'Autel , de dix ou douze coups d'épées 

au fecours de Ion Valïàl ; mais ayant du dont on lui coupa le bras droit , qu'il 

haut d une montagne reconnu la gran- avoit étendu pour donner l'aumône à 

de force de l'armée du Roi , il lui en- un pauvre. Cela fait ils coururent par 

voya offrir toute obéiiîance , ôc amena la Ville comme des furies , tuant inhu- 

le Comte jufqu'à Orléans lui deman- mainement tous fes lerviteuro, Ôc après 

der pardon, Ôc fe foumettre à tout ce fe fortifièrent dans le Château ôc dans 

qui lui feroit ordonné. l'Eglife de Saint Donat, fe confiant 

■ ' ' " Peu après , fçavoir l'an 1 127. le Duc trop audacieufement à leur grande pa- 

II2 7« fort diffamé pour fes débordemens , rente , & à leurs richelTes. 

vint a mourir étant âge de cinquante- L'horreur du fait, ôc les inftantes 
fix ans. Il laifla fes Etats à Guillaume fupplications de la Noblelïe du pays , 
X. fon fils, qui fut le dernier Duc de firent auffi-tôt monter le Roi à cheval 
ce pays-là. Il avoit époufé Emme fille pour venger ce parricide. Il en aiïïégea 
unique de Guillaume Comte d'Arles les auteurs dans les poftes dont ils s'é- 
5c de Touloufe,& frère de Raimond toient emparés, ôc les ayant pris, il 
de Saint Gilles. A caufe d'elle il avoit punit les deux principaux de fupplices 
prétendu la Comté de Tculoufe ; mais très-rigoureux. Car pour l'un , après 
Raimond de Saint Gilles difoit que fon qu'on lui eut crevé les yeux ôc coupé le 
frère la lui avoit vendue , avant qu'il nez , on l'attacha fur une roue haut éle- 
pafsât en Terre-Sainte. Ce fut le fujet vé , où on le perça d'un nombre infini 
d'une guerre entre Guillaume fon fils de coups de flèches ôc de javelots. On 
ôc Alfonfe fils de Raimond , ôc depuis pendit l'autre à une potence avec un 
encore entre la Reine Alienor ôc le me- chien attaché fur fa tête, que l'on bat- 
me Alfonfe. toit fans celle afin qu'il lui déchirât le 
Tandis que le Comte Charles, à juf- vifage. Tous les autres qui s'étoient 
te titre furnommé le Bon , gouvernoit réfugiés dans la Tour , furent jettes du 
fagement la Flandre , foulageant les haut en bas, ôc écrafés fur le pavé. 
pauvres , protégeant les Eccléfiaftiques, Cela fait, il adjugea la Comté à Guil- 
ôc rendant bonne juftice à tous , quel- laume de Normandie fils du Duc Ro- 
ques Bourgeois de Bruges , d'une fa- berr , qui avoit au mois de Janvier de 
mille nommée Van Straten , très puif- la même année époufé la fœur de la 
fans en richelTes ôc en nombre d'hom- Reine. Il y avoit bien d'autres préten- 
mes , mais de race fervile , complote- dans , fçavoir Guillaume d'Ypre , Bau- 
rent fa mort. Ils s'offençoient de ce douin Comte de Haynaut , Arnoul le 
qu'il les avoit forcés d'ouvrir leurs gre- Danois , fils d'une fœur de Charles ? 
niers durant une grande famine , ôc de Etienne frère *du Comte de Champa- 
ce qu'il les avoit condamnés à de grof- gne , ôc Thierri Comte d'Alface , tous 
fes réparations envers le Châtelain de defeendans des Comtes de Flandres par 
Bourbourg, qu'ils avoient infolemment femmes, horfmis Guillaume d'Ypre 3 
offenfé , parce qu'il avoit exécuté fes qui éteit bâtard. 

ordres en cette occafion. D'ailleurs ils Ce dernier s'étant opiniâtre de l'em- 

étoient fufeités par le bâtard Gtiillau- porter par la force, & ayant brûlé la ville 

me d'Ypre qui prétendoit à la Comté, d'Oudenarde, le Roi fît un fécond voya,- 



184 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

•ge en Flandres , & le pouila fi verte- tre, & cette piaye ayant été mal panfce 
ment , quii lui ôta la ville d'Ypre , $: 



\ II2 7« mène , qu'il lui ôta la ville d'Ypre , 6c lui caufa la mort. Alors Thierri le ie:i- Iia 9« 
toutes les terres qu'il polfédoit en dit maître de la Flandre ; Ôc les mou- 
Flandres, vemens que les Partifans de Guillaume 

Aulîi peu y gagna Etienne qui étoit avaient lufeités en Normandie , ceife- 

Comte de Boulogne , par la iemme , rent entièrement. 
quoique le Roi d'Angleterre fon oncle Ce Thomas de Marie, dont nous 

le foutint dans cette entreprife : non avons parlé ci-deillis , attira une fecon- 

pas tant pour l'avancer , qu'en haine de fois la colère du Roi , rant parce 

du Roi de France , &: par crainte de qu'il avoit aflïftc Etienne Ccm:e de 

l'aggranditiement de Guillaume fon Blois , dans la guerre qu'il avoit mue 

neveu. Le Roi fçachant que ce Corn- à Guillaume Criton , que parce qu'il 

te , affilié des forces du Comte de Hay- continuoit les brigandages &: vexations 

Haut ik de Godefroy de Namur, avoir lur les rerres des Égliles & furies Mar- 

pris Ypre , ramena fon armée en ce chands , qu'il emprifonnoit dans Ion 

pays-là , reprit la Ville , leur donna la Château pour en tirer de groffes ran- 

chalîe, <k aifura ia Comté à Guillaume, çons. Si bien que fur les plaintes de 

qu'il fit couronner à Bruges. quelques Evêques , & de Raoul Comte 

Toutefois l'avarice de ee Prince Nor- de Vermandois , il alla aflîéger fon cha- 

mand , vexant fes nouveaux fujets par teau de Coucy,qui palfoit en ce tems- 

des impôts fins néceflité , & par la vé- là pour une FortereiFe inexpugnable , 

naiité des charges de judicature -, les étant allis fur un tertre fort élevé entre 

principales Villes fe révoltèrent, & ayant le bois de la Fere ck de Folembray -, il 

lair un Syndicat enfemble , lui ferme- arriva qu'en faifantles approches, Raoul 

rent les portes , appellerent Thierri Comte de Vermandois ayant rencontré 

Comte d'Alface,& le reconnurent pour Thomas , qui avoit drellé une embuf- 

leur Prince. Le Roi fit donc un troifié- cade aux gens du Roi _, le bîelïa & le 

me voyage en ces quartiers-là, &s'avan- fit prifonnier. Il fut mené à Laon cù 

ça jufqu'en Artois pour fecourir Guil- il mourut miférablement de fes blef- 

laume ; mais ne trouvant pas les chofes fures. 

difpofées comme il le defiroit,& voyant Les fatigues, beaucoup plus que l'âge 

que Thierri refufoit de comparoîrre en ayant vieilli le Roi Louis, il trouva à 

jugement par-devant lui , il s'en revint propos , pour mieux alfurer la Royauté 

en France , lailTant (es troupes à Guil- dans famaifon, de faire couronner Phi- 

laume qui afliégeoit l'Ille, lippe fon fils aîné. Ce qui fut accompli 

Guillaume ne perdit point courage dans la ville de Reims par l'Archevê- 

pour fon départ ; il donna bataille près que Renaud , le 14. Avril jour de Pa- 

d'Alofl: à Thierri , &c le mit en dérou- ques, en prélence de Henri Roi d'An- 

te : mais pourfuivant fa victoire , il fut gleterre, 8-c d'un grand nombre d'autres 

Jbletfé au bras d'un quarreau d'arbalé- Vaflàux de la Couronne. 



#F fe 



LOUIS 



LOUIS VI. ROI XXXIX. 185 



LOUIS LE GROS, 

& 
P H I L I P P E fon fils. 

II19< TT En Ri pareillement n ayant point ce fut peut-être pour cela , qu'il fe vou- x 

JlI denfans de ja féconde femme , fit lut défaire de fa Charge de Sénéchal , 

reconnoure fa fille Matilde veuve de qu'il maintenoit appartenir héréditai- 

l' Empereur Henri , pour fon héritière en rement à fa maifon , entre les mains 

tous fes Etats , & la remaria à Gefmy d'Amaulry de Montfort , qui avoit 

furnommé le Bel , fils & fucce(feur de épaule fa nièce , fille 6c héritière d'An- 

Foulques Comte a" Anjou , lequel avant ieau. 

que d aller en J érufalem lui avoit réfigné Le Roi n'agréant pas cette démif- 

toutesfes Seigneuries. Les noces Je celé- lion , il fut ii ingrat que de prendre 

brerent à Rouen avec des magnificences , les armes contre lui , de fit une ligue 

des feflins & des tournois, qui navoient avec le Roi d'Angleterre, le Comte 

point eu de femb labiés durant tous ces Thibaud de Champagne, & quelques 

régnes-là. Le parti étoit avantageux tant autres ennemis de fon maître ; mon- 

pour le mérite du jeune Prince que pour trant bien par là que fes fervices pré- 

fa naifjance ; & d'ailleurs Henri le choi- cédents n'avoient pas eu pour but le 

fa afin de détacher cette Maifon d'An- bien de l'Etat, mais fa propre grandeur; 

joiiy qui lui avoit tant caufé de peines , Se que pour bien fçavoir fi le zélé de 

du parti du Roi de France, & de la ceux qui dans une pareille élévation en 

mettre tout-à-fait dans fes intérêts. témoignent tant , eft véritable Se defin- 



1 12.8. Etienne de Garlande Archidiacre de téreflé , il faut les voir hors de ce porte 
& fuiv. Paris, comme nous l'avons dit , après la Le Roi attaqua vigoureufement le Châ- 
mort d'Anfeau fon frère, fut inverti par teau de Livry qu'ils avoient fortifié ; 
le Roi de la Charge de Grand-Sénéchal Raoul de Vermandois y perdit un œil 
de France. Ce fut un Monftre, que jamais d'un coup de flèche -, Se pour lui il s'ex- 
aucune raifen ni aucun exemple ne fçau- pofa fi témérairement , qu'il y fut blef- 
roit juftifier , qu'un Prêtre gendarme le d'un matras à la cuifle. La douleur 
Se miniftre de Jesus-Christ fai- de la playe redoublant fa colcre , il for» 
fant profertion de répandre le fang hu- ça le Château Se le rafa ; enfin il conti- 
main. Audi tous les gens de bien en eu- nua de leur faire fi forte guerre , qu'E- 
rent horreur : mais fon ambition Se les tienne fut contraint de renoncer à la 
flatteries des Courtifans 9 qui donnent Charge de Sénéchal, qui fut donnée à 
de belles couleurs aux plus vilaines cho- Raoul. Mais comme le parti étoit puif- 
fes , lui bouchèrent les oreilles pour ne fant , Se qu'il avoit eu l'adrefle de fe ram- 
pas entendre les juftes reproches de fes commoder avec la Reine, il fallut qu'il 
confrères &c celles de fa confeience. lui laifsât celle de Chancelier , &c il de- 
Son orgueil alla jufqu'à ce point de meura à la Cour avec quelque refte de 
choquer la Reine Alix : mais elle eut crédit jufqu'à la fin de ce régne. 
alTez de cœur pour ne le pas fourîrir -, Se Le Roi Louis qui avoit défendu les 
Tome II. A a 



i36 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

* Egl'.fes , & protégé les Eccléfiaftiques, de difficulré , le Roi aflembla les Pré- 

lll 9' c h ngea bien de fttle fur la fin de fon lats de ion Royaume à Eftimpes pour II 3°« 

règne. Ils agilloient , ce lui fembloit , içavoir quel parti il falloir prendre, 

trop exa&ement avec lui , ôv. ils ne vou- ce fut en 1 1 30. Saint Bernard Abbé de 

loienr pas fournir qu'il fe mêlât de la Clervaux y foutint fortement celui d'In- 

nomination des Bénéfices , ni qu'il mit nocent -, à fon exemple tout le monde 

la main fur leurs revenus. Il s'empara lembralla. Le Roi de France 8c celui 

donc des terres de quelques-uns, &: me- d'Angleterre le reçurent avec grand 

me les chaiïà de leurs fiég.-s: entr'autres honneur, le premier à Saint Benoît 

Etienne Evèque de Paris , 8c Henri Ar- fur Loire , r'autre dans la ville de Char- 

chëvêque de Sens , pour cette caufe très. Néanmoins les confeils de Girard 

feulement qu'ils s'étaient retirés de la Evêque d'Angoulcme , efprit puif- 

Cour , 8c qu'ils exhoitoient les autres fiint 8c remuant, à qui Anaclet avoit 

d'en fortir , oc d'aller faire leur devoir redonné la Légation d'Aquitaine, qui 

dans leurs Eglifes. lis fe fer virent des lui avoit été ôtée par Innocent, eurent 

armes fpirituelies oc i'excommur-ierent : tant de pouvoir fur Guillaume Duc 

mais le Pape Honorius annulia leurs d'Aquitaine, qu'il fe déclara pour cet 

cepfures. Anti-Pape, 8c perfifta un an 8c demi 

iwo. L'Hiftoire a bien voulu remarquer dans ce fchifme , vexant fort les Ec- 

8c fuiv. 4 ue ^' an îl 5°* ^ a Normandie vit une cléfialliques qui vouloient tenir pour 

prodigieufe 8c fanglante bataille entre Innocent , lequel cependant avoit choi- 

des oifeaux de toutes iortes. Ils fe ran- fi fon fiége à Compiegne. 

geoient par bandes &c efeadrons , fe Comme le Roi perfécutoit opiniâ- 

choquoient impétueufement , puis fe trement les Evêques , le grand faint 

retiroient , 8c après retournoient à la Bernard les ayant un jour trouvé à ge- 

charge } l'air étoit plein de leurs plu- noux devant lui , qui tâchoient de le 

mes arrachées qui voloient -, il pleuvoit fléchir par leurs foumiflîons , lui par- 

du fang de leurs bleffures ■, 6k: ils tom- la avec un zèle digne d'un miniftre 

boient par terre dru & menu morts ou de Dieu*, &: n'ayant fçu rien obtenir 

eftropiés. Plufieurs s'imaginèrent que de lui , il lâcha cette menace, Sçacke^ , 

c'étoit un préfige du fchifme , qui peu Sire , que Dieu vous punira par la mort 

après divifa l'Eglife , 8c qui anima fu- de faîne de vos enfans. La prophétie 

neufement les Prélats les uns contre eut bien-tôt fon accomplilTement : Un 
les autres. jour treizième d'Odobre 1131. que le 

Le Pape Honorius II. étant mort , jeune Roi Philippe fe promenoit par 
il y eut double élection ; les uns choi- les rues d'un fauxbourg de Paris , vers 
firent le Cardinal Grégoire Paparefcis , l'endroit ou eft aujourd'hui la Place 
qui prit le nom d'Innocent II. les autres, Royale, 8c qu'il couroit après un de 
Pierre de Léon , qui fe nomma Anaclet fes Ecuyers , un pourceau fe fourra 
II. ce dernier étoit le plus fort dans entre les jambes de fon cheval , qui 
Rome. fe cabra de telle forte , qu'il le ren- 

Innocent n'ofant donc retourner à verfa par terre Ôc lui pafla fur le corps, 
Rome, tint un Concile à Pife , où il dont étant tout froifie, il mourut dès 
excommunia Anaclet ; de-là il vint en le foir même. 

France où il en convoqua un autre à Le Roi Louis pour fe confoler d'une 
Clermont en Auvergne , dans lequel il fi fenfible douleur , 8c pour réparer 
fulmina encore excommunication con- en quelque façon cette perte , fut con- 
tre lui. Sa caufe n'étoit pas fans gran- jfeillé de faire facrer fon autre fils , 



113 1, 



LOUIS VI. ROI XXXIX. iS 7 

1 qui fe nommoit Louis comme lui , 8c Laïques, lefquels on choijit entre tous les 

11 i l - étoit âgé de treize à quatorze ans. Il Seigneurs & as Prélats qui avoient cette l ^i l < 

le mena donc à Reims, où le vingt- qualité, relevant nuement du Roi. On 

cinq du même mois il fut oint 8c facré nota pourtant pas aux autres Pairs leurs 

par les mains du Pape Innocent, qui prérogatives de n être jugés que par leurs 

alors y tenoit un Concile contre l'An- Pairs dans les matières féodales , tant 

ti-Pape Pierre de Léon. Le Roi en- au civil quau criminel. On appelloit 

tra dans cette grande aûTemblée , ac- Pairs tous les Va(faux dont les terres 

compag lé de Raoul de Vermandois, mouvoient immédiatement d'un grand 

fon grand Sénéchal , 8c de quantité fief , qui avoient droit de juger avec 

de Seigneurs, baifa les pieds du faint le Seigneur dont ils relev oient , & qui 

Père , 8c après s'aflk dans une chaife à ne pouvoient être jugés quenfa Cour % 

côté de lui -, le lendemain le Saint & par leurs pareils. Ainji non feule- 

Père avec tous fes Prélats, alla que- ment le Roi de France, mais encore tous 

rir le jeune Prince , qui étoit logé les grands Seigneurs , entr autres le Duc 

en l'Abbaye de S. Remy , 8c le con- de Normandie , le Comte de Champagne 

duifit en pompe lolemnelle dans la & celui de Flandre s, avoient leurs Pairs. 

grande Eglife, devant la porte de la- De ces dou^e Pairies il nejl demeuré 

quelle le Roi l'attendoit avec toute fa que lesjîx Eccléfiaftiques , cinq des Lai- 

Cour 8c {qs Evêques 8c Abbés. ques ayant été réunies à la Couronne par 

Il femble que ce fut en ce J acre qu'on confif cation , par mariage ou autrement , 

rèduifît les Pairs qui dévoient déformais & la Jixiéme qui ejl celle de Flandre 

afjifler à cette cérémonie , au nombre de en ayant été arrachée par l'Empereur 

dou^e , fçavoir fîx Eccléfiaftiques & Jîx Charles V. 



LOUIS le Gros et le Vieil, 

& 

LOUIS le Jeune fon fils , dit le Pieux ou 

Débonnaire , âgé de treize à quatorze ans, 

THierry d'Alface étant demeuré Baudouin, dont il étoit gendre. Il pref- ' 

maître 8c poireifeur de la Comté foit rbre le Roi Henri fon beau père „ Vp 

dé Flandre , fut admis à en rendre de lui donner des places 8c de l'ar- UlV * 

hommage au Roi ; 8c il le reçut de gent pour avancement de fuccdlion : ce 

bonne grâce , parce qu'il n'eut pas été qui engendra un tel divorce entr'eux, 

en fon pouvoir de l'en chafler, 8c que que Gefroy affiéga 8c brûla Beaumont, 

d'ailleurs il étoit fon parent. 8c que Henri eût emmené fa fille en 

Gefroy Plante - genêt 4toit devenu Angleterre , fi elle n'eut pas été en 

Comte d'Anjou , parce que Foulques couche. 

fon père étoit retourné en Terre-Sain- Lorfqu'elle fut relevée , elle entra 

te prendre le Royaume de Jerufalem , en difpute avec fon père , 8c après 

auquel il avoin été appelle par le Roi quelques mois , fe fépara fort mal 

A a ij 



i88 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

" d'avec lui •■, dont il prit tant de défian- dyfTenterie , dont il étoit quelquefois " — ' 

V^' ce ôc de chagrin , qu'étant attaqué travaillé. Cette rois , preflentant bien ' ' 

uiv. d'une lièvre lente , ôc enfuite d'un dé- qu'elle le meneroit au tombeau , il 

voyement , pour avoir trop mangé de commença à fe préparer à la mort par 

lamproies , il mourut le premier de des difpolîtions que rous les Chrétiens 

Décembre, ayant régné 35. ans grand devroient imiter, & fur tout les Sou- 

8c puifïant Prince, mais toujours ac- verains, qui ayant de plus grands comp- 

cabié de chagrins & d'inquiétudes, ôc tes à rendre à Dilii , ont befoin de 

malheureux avec juftice, parce qu'il ne plus grandes préparations. 

s'étoit élevé que par des injuftices. Comme il étoit au Château de Be- 

Sa fuccefTîon, non plus que fa vie, tify pour s'en revenir à Paris, il re- 
* ne fut pas fans de grands troubles , qui eut des Ambafladciirs de Guillaume 
cauferent d'horribles défolations dans Duc de Guyenne, qui lui apportoient 
l'Angleterre & dans la Normandie. Cet les nouvelles de la dernière volonté 
Etienne Comte de Boulogne dont nous de leur Maître. Ce Prince touché de 
avons parlé , fils d'Adèle fa foeur , fe componction pour fes crimes , réfolut 
trouvant pour lors en Angleterre, fe d'aller en pèlerinage à iaint Jacques en 
faitic de ce Royaume-là , ôc s'y main- Galice. Avant que de partir il rit fon 
tint tant qu'il vécut. Non content de teftament , par lequel il ordonna que 
cette pièce , il difputa aufli la Nor- fa fille aînée nommée Alienor épou- 
mandie , Se en dépolTéda prefqu'en- feroit le jeune Roi Louis , ôc lui por- 
tiérement Matilde ôc Gefroy fon mari, teroit toutes fes Seigneuries en dot , 
La malheureufe Province fe divifant car fon fils unique étoit mort ; mais 
en faveur des deux partis , étoit ra- il avoit encore une autre fille qui s'ap- 
vagée de tous deux ; ôc Louis le Gros pelloit Alix-Perenelle. Sur le chemin, 
favorifant tantôt l'un ôc tantôt l'autre , ôc non loin de faint Jacques , il lut 
entretenoit cet embrâfement. faifi d'une maladie, dont il mouiut 
La vigueur du courage de ce Roi ne le 9. d'Avril 11 37. ayant auparavant 
pouvoit être retenue par la pefanteur confirmé fon teftament. t 
de fon corps, ni par fes blefïures : il Son corps fut porté à S. Jacques en 11^7. 
en avoit reçu plufieurs, principalement Galice, &c enterré dans l'Eglife : ôc 
une à la cuifle dans une expédition con- néanmoins les faifeurs de légendes 
rre le Comte de Champagne , dont il n'ont pas lailïé de dire qu'il fit fem- 
étoit demeuré fort incommodé. Néan- blant de mourir , ôc que s'érant dé- 
moins il étoit à toute heure à cheval , robe des liens fans communiquer fon 
ôc fe faifoit voir prefqu'en même tems deilein qu'à fon Secrétaire, il s'en alla 
en des lieux fort éloignés , quand il rendre Hermite dans une grotte au 
y avoit quelque trouble qui requéroit territoire de Sienne , en ce lieu qu'on 
fon autorité ôc fa préfence. Ayant eu appelle aujourd'hui Mala-vallc, ôc en 
avis que le Seigneur de Saint BrifTon ce tems-là Stabulum Rhodis \ qu'il ma- 
fur Loire commettoit mille briganda- céra fon corps par de terribles péni- 
ges fur les contrées voifines, ôc qu'il tences, ôc que ce fut lui qui inftitua 
detroufloit les Marchands, il y mena l'Ordre des Guillermins, dont le pre- 
fon armée, brûla fa Ville, ôc força ce mier Monaftére de ceux de France fut 
Tyranneau, qui s'étoit retiré dans fa bâti au village de * Montrouge près *Ny ena 
Tour , de fe rendre , ôc de fe tenir de Paris. chapelle, 
dans le devoir. De même fabrique ejl le conte quils 
Au retout il tomba malade d'une font de l'Empereur Henri V. Us difeni 



LOUIS VI. ROI XXXIX. 189 

1 ' " que pour mieux faire pénitence de fes dans PEglife de S. Denis-: il a voit ""' - 
SI 37« fautes , il fit courir le bruit qu'il étoit été élevé à la piété & aux bonnes let~ 11 37« 
mort, & Je retira à Angers , où il ache- très dans cette Abbaye-là. 
va fes jours fervant à l'Hôpital; mais Avant que ce Prince eut pris le gou> 
qu auparavant ilfe découvrit àfon Con- vernement des affaires, l'oiiive fainean* 
feffeur, & qu'il fut reconnu par Ma- tife de Philippe fon père laifloit ré- 
tilde fa femme , qui avoit en fécondes gner la violence , &c fouler aux pieds 
noces époufé Gefroy Comte d'Anjou. la majelté Royale ôc la juftice : les 
Le teitament de Guillaume ayant été peuples, les Marchands, les Eccléfîa- 
apporté à Louis , il accepta le mariage ftiques , les veuves ôc les orphelins 
pour fon fils, lui donna un bel équi- étoient expofés au pillage : les Sei- 
page , & une fuite de plusieurs Sei- gneura ik les Gentilshommes avoient 
gneurs ôc de plus de cinq cens Gen- tous des Châteaux , d'où ils couroient 
tilshommes pour célébrer ces noces, les grands chemins, les rivières de les 
Avec ce magnifique train il alla à Bour- terres indéfendues. Dès qu'il fçut mon- 
deaux où Alienor réfidoit, & là il Té- ter à cheval , il entreprit de repri- 
poufi en préfence des Seigneurs de mer tous ces voleurs , & toute fa vie 
Gafcogne , de Saintonge & de Poitou , il eut les armes fur le dos , courant par 
aufquels il diftribua de fort riches pré- tout où les opprimés reclamoient fon 
fens , félon l'humeur de la nation. Il fecouts , & combattant de fa perfonne 
prit enfuite pollèilion de la Duché , comme un fimple cavalier. De cette 
fut couronné Comte de Poitiers dans forte ayant rangé à la raifon plufiturs 
cette ville-là le 8. d'Août, &c Duc de ces Tyranneaux , il commença à ré- 
d'Aquitaine à Boutges le jour de Noël, tablir l'ordre & la fureté, (a) Il efl 
De-là il vifita les villes de cette grande vrai que iorfqu'il eut mis fes affai- 
province ; après il amena fon époufe res en bon état, il devint plus rude y 
à Poitiers vers le milieu de Juillet, de ne traita pas les Eccléiiaftiques avec 
En cette ville-là ayant appris la mort le même refpedfc qu'il avoit fait du- 
de fon père , il revint en diligence à rant fes befoins. Toutefois lorfque 
Paris , laifïant le foin à Gefroy Eve- Dieu l'eut averti de fa mort par les 
que de Chartres d'amener fon époufe langueurs de fa maladie , &c qu'il vit 
à petites journées. que toutes les potions &c les poudres 
Après quelques mois de langueur, des Médecins ne lui apportoient au- 
Louis le Gros mourut à Paris le pie- aucun foulagement , il témoigna un 
mier jour d'Août 1137. le trentième profond repentir de fes fautes, il fit 
de fon régne, & le cinquante-huitié- fa confefîion publiquement, & fe leva, 
me de fon âge. Son corps fut porté tout foible qu'il étoit, pour aller au- 



(a) Les fiefs-liges , ligences , ligeïtés , n'ont coin- les Ducs & les Comtes qui avoient la folie de voulait 

meiicé d'avoir cours en France que fur la fia du régne être les finges des Rois , oferent s'attacher leurs vafïàuï 

de Louis le Gros. Mais depuis l'an 1 139. Il n'y a point par un pareil hommage. Henri IL Roi d'Angleterre v 

eu d'inveftitures , ni d'hommages , ou le terme de lige ayant exigé l'hommage lige , en qualité de Duc de 

n'ait été foigneufement inféré. ' Il y avoit alors deux for- Guyenne , de Raymond Comte de Saint Gilles , Louis le" 

tes de fiefs liges : les uns appelles primitifs & immédiats, Jeune le trouva mauvais , & pour correctif, H fit ajou- 

parce qu'ils ér.oient tenus de Souverains , qui ne recon- ser cette clanfe à Pacte : fauf la fidélité due an Roi .ies 

roifïoient que Dieu au-deiïus d'eux , & à qui les vaf- François. Hugues IV. Duc de Bourgogne, appofa fa mé- 

faux dévoient une fourmilion indéfinie, illimitée 5 & fans . me claufe à l'hommage qu'il rendit a Thibaud Roi de> 

exception- Les autres dérivés & médiats , qui fouf- Navarre & Comte de Champagne fous le régne de Saint 

froient des exceptions &: modifications. L'hommage Louis : fauf la fidélité dûë auSeigneur Roi de F^a'-w 

lige , dit M. de Haureferre dans fon Traité de i'origine &: à la Dame Reine fa mère. CLantereau es fonTrajté 

àes Fiefs , ch. S. eft dû au Prince fouverain : cependant des ïiefsv- 



4137- 



i$» ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

devant du facré Viatique. Quelques Pierre qui époufa Ifabelle fille 8c héri- ' 

jours après , connoilfant que ion der- tiere de Renaud Seigneur de Courte- 

nier moment approchoit , il fe fit éten- nay , ( a ) d'où vintla branche de Coim- 

dre par terre fur un lit de cendres en tenay , dont il y a encore des puînés; 

forme de croix , une pierre fous fa Philippe qui fut Archidiacre de Paris, 

tête , 8c de cette forte il rendit Pâme & en ayant été élu Evèque , eut tant 

à Dieu. de modeltie , qu'il le céda à Pierre 

Il avoir de fa femme Alix , fille de Lombard , nommé le Maître des Sen- 

Humbert Comte de Savoye, fept enfans tences , ce rameux Docteur dont le li- 

encore vivans , fïx fils 8c une fille. Les vre a fervi de fondement à la Théolo- 

fils étoient Louis, qui régna; Henri qui gie Scolaftique. La fille s'appelloit 

fut Moine à Clairvaux , puis Evêque Confiance ; elle fut mariée en pi\.mie- 

de Beauvais-, Hugues dont nous ne fça- res noces avec Eulïache Comte de Bou- 

vons que le nom ; Robert qui eut pour logne , donr elle n'eut point d'enrans ; 

partage la Comté de Dreux, d'où 8c en fécondes avec Raymond V. Com- 

fortit la branche des Comtes de ce nom; te de Touloufe. 



W*. 



ALIX 

FEMME 

DE LOUIS LE GROS. 



Alix & ks çnfans par elle-même inftruits f 
S'oppoferent toujours aux âmes déloyales ; 
Et cette bonne mère eut des fleurs & des fruits ■ 
Du grand foin qu'elle prit de ces plantes royales. 



LO u i s ayant fait déclarer nul le 
mariage qu'il avoir contracté , &c 
non toutefois coniommé avec la fille 
de Guy de Rochefort grand Sénéchal , 
époufa l'an 1 1 14. Alix de Savoye fille 
d'1 "lumbert II. Comte de Maurienne 8c 
Prince de Piémont , allié de la Com- 
teife Guille de Bourgogne , fœur du 
Pape Calixte IL Son mari la chérit > 8c 
l'honora toujours uniquement , & ils 



vécurent enfemble zz. ans, après le- 
quel tems la mort le ravit d'entre {qs 
bras. Deux chofes ont rendu cette Prin- 
cefle recommandable -, fa piété , dont 
l'Abbaye des filles de Montmartre efi 
un riche 8c glorieux monument , 8c le 
loinnompareil qu'elle prenoit de l'édu- 
cation de les enrans : car elle les faifoit 
venir en fa piéfence foir 8c matin , 8c 
les inltruiioit elle-même à la dévotion 



(4) Il piic pour AriMts fa Bannière de Courccnajr. 



ALIX. i?i 

& à la vertu -, elle eut du Roi fon époux acquitté le refte des Hiftoriens de cette 
iix fils , Philippe qui tut couronné 6c obligation , il leur a pourtant ôté les 
mourut avant ion pore *, Hugues qui moyens d'y farisfaire. Pierre , iîxiéme 
mourut en adoleicence , Louis le Jeu- fils de Louis le Guos , prit le iurnom 
ne qui régna -, Henri qui fut Evêque de 6c les armes de Courtenay , avec Ifa- 
Beauvais , puis Archevêque de Reims •■, beau fille 6c principale héritière de Re- 
Philippe grand Archidiacre de Paris , gnaut , Seigneur de Courrenay 6c de 
qui ayant été élu à cet Evêché Le re- Montargis. Avec ces fix fils, Alix eut 
fuia , 6c le fit donner à Pierre Lom- aulîi une fille -, Conftance fiancée à Euf- 
bard, dit le Maître des Sentences , Ton tache Comte de Boulogne , fils d'Etien- 
Précepreur -, Robert Comte de Dreux , ne Roy ufufiuitier d'Angleterre , &c 
êc cher de cette branche du même nom, puis mariée à Raymond Comte de Tou- 
dont il elt tant forti de grands Princes , louie. Il fembloit qu'elle devoit fe 
6c laquelle ayant dégénéré par la ligne contenter d'avoir eu une fi belle lignée, 
mafculine, iemble par les femmes avoir 6c l'honneur d'être femme du Roi , 6c 
tranfmis toute fa vigueur en la perfon- toutefois par je ne fçai quelle confidé- 
ne du Cardinal de Richelieu. Je ferois ration, l'an 1138. elle convola à de 
obligé par la véritç 6c par la reconnoif- fécondes noces avec Mathieu de Mont- 
fance , qu'en qualité de bon François morency Connétable de France, qui 
je dois à un fi grand Perfonnage , de di- étoit aulîi veuf. De ce mariage elle n'eue 
re comme d'une fille de la Maifon de qu'une fille qui fut nommée comme 
Dreux , mariée dans une très-noble 6c elle , 6c mariée à Gaucher de Châtil- 
très-ancienne Famille , qui a pour fur- Ion. Après avoir vécu quinze ans avec 
nom le Roi , provint une autre fille qui ce fécond mari , elle fe retira par fa 
fut tranfmiie en celle de Richelieu , permiflion au Monaftere de Montmar- 
& poufla l'illuftre Branche dont ce grand tre , où elle finit religieufement fa vie 5 
Cardinal eft defeendu -, André du Chef- après y avoir demeuré un an , étant 
ne a fi doctement contenté les curieux prefque fexagenaire l'an 1 1 5 3 . le lieu 
fur ce fujet , qu'encore qu'il n'ait pas de fa mort eft celui de fa fépulture. 




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LOUIS VIL 

SURNOMME' LE PIEUX, 

& du vivant de fon Père appelle 

l e j e u n e , 

ROI XL. 

Agé de dix-neuf a vingt ans. 

Louis dans l'embarras d'une guerre lointaine 
Vit (à femme fe perdre , avecque fon repos ; 
Et fe féparant d'elle encor mal à propos , 
Aggrandit fon rival , & perdit l'Aquitaine. 



1137. 
en Août. 



PAPES. 



Encore Innocent II. S. 9. ans durant 
ce Régne. 

Celestin II. élu le xf. Septembre 
114J. S. 5. mois & demi. 

Lues II. élu le 9. Mars 1144. Siège n« 
mois & demi- Alexandre III. élu le 6. Septembre 

Eugène III. élu le *y. Février 114*. I 1 159. S. près de ii. ans. 



Siège 8. ans 4. mois 13. jours. 

Anastase IV. élu le 9. Juillet 115 3. S. 
1. an u mois. 

Adrien IV. élu le 3. Décembre «154. 
S. 4. ans 9. mois. 



LOuis ayant été facré Se couron- 
né à Reims du vivant de fon père, 
comme nous l'avons dit , n'eut pas be- 
foin de l'être une féconde fois. Ainfi 
étant venu droit à Paris , il aiîèmbla les 
Evoques & les Seigneurs , 8c par leurs 
avis travailla à établir la fureté publi- 
que ik la juftice , que quelques petits 
tyrans recommençoient de troubler , 
rançonnant le peupie tk les marchands. 
On le furnomma le Jeune , à la diffé- 
rence de fon Père , que l'on appelloit 



le Vieux , tandis qu'ils régnoient con- 
jointement. 

Les villes , pour fe défendre de ces 
oppreiîions , avoient formé des Com- 
munautés , c'eft-à-dire , créé des Ma- 
giftrats populaires , avec pouvoir d'af- 
fembler les Bourgeois, & de les armer. 
Il falloit pour cela prendre Lettres du 
Roi , qui les leur accordoit volontiers 
avec de beaux privilèges , afin de les 
oppofer à la trop grande puifïance des 
Seigneurs. Quelques Bourgeois de la 

ville 



1137. 



LOUIS VII. ROI XL. 195 

■ ville d'Orléans ufans de ce droit au pré- Roger s étant rendu maître de la Du- ■ 

il o7' judice de l'autorité Royale , & hulant ché de la P ouille , par La mort du Duc lî 59* 
des mutineries, il les réprima en paf- Renaud Feudataire du faint Sic ge,av oit 
fant par là, ik les remit dans leur de- pris prifonnier Le Pape Innocent 11. qui 
voir. luijaifoit La guerre a outrance depuis tout 

Comme il étoit Seigneur louverain Le tems de fon Pontijicat. Or Le tenant 
de la Normandie , il fut obligé de le entre fes mains , il l'obligea , moitié par 

mêler de la difpute d entre Gefroy force , moitié par bons traitemens & refi- 
Plante- Genelt , mari de IViatilde , 6c pects , de lui confirmer le titre de Roi de 
Etienne Comte de Boulogne , qui la Sicile , que l 'Anti-Pape Anaclet lui 
difputoient entr'eux. D'abord il prit la av oit déjà donné, ^'////commença le 
querelle pour Gefroy , l'invertit de la Royaume de Sicile , qui outre Lljle 
Duché j & le reçut à hommage ; ik en comprenoit auffi la Rouille & la Cala- 
récompenfe Gefroy lui donna le Ve- bre y cejî-à dire , ce quon appelle au- 

xin - Normand. Mais lorfqu'Etienne jourdhui le Royaume de NapLes. 
ayant repailela mer , eut obtenu quel- Thierri d'Aiiace palfa en la Terre- Em P«" £ ur.< 
ques avantages fur Gefroy , Louis chan- Sainte , avec grand nombre de Noblef- com^enÏ'sc 
géant de parti , invertit Ton fils Eufta- fe , au fecours de Foulques Roi de Je- Conrad ni. 
che , âgé feulement de 14. à 1 5. ans , rufalem , fon beau-pere , & laifla lîad- WsVîSîic 
de cette Duché, ëc même lui donna fa miniftracion de fa Comté de Flandres de Lotaire 11. 

fœur Confiance en mariage. entre les mains de Sibylle fafemme. R-pièsdcij. 

l x , ^ Gaucher de Montgeay , l'un des fup- Etienne étant retourné en Angleter- 

pôts de la ligue que les Seigneurs avoient re , y tut vaincu & pris par Robert 
faite contre Louis le Gros , fut le pre- Comte de Gioceftre , frère bâtard de 

mier qui ofa remuer fous le régne de Matilde. Guillaume d'Ypre , brave 

fon fils , comme pour rater fon coura- homme de guerre , qui s'étoit réfugié 

ge &: fa rélolution. Il connut par une en ce pays- la , &z fuivoit le parti d'E- 

funelle expérience, qu'on ne s'y joueroit tienne , trouva moyen de prendre 

pas impunément : le jeune Roi le pouf- prifonnier ce Robert, qui étoit le con- 

fa dans (on Château , l'y affiégea , &c feil &c le fupport de cette Reine : de 

l'ayant forcé de fe rendre , il en rafa les forte que pour le ravoir , elle délivra 

murailles -, mais il laiila la groffe Tour Etienne ; mais tandis qu'il étoit déte- 

fur pied. Nos Rois enufoient ainli, & nu, Gefroy recouvra une grande par- 

n'abattoient jamais les Tours Seigneu- rie de la Normandie, 
riales , pour montrer à la Nobleiîe qu'ils Cette année Alfonje I. Duc de Por- 

ne prétendoient point abolir les Fiefs , TV G AL , fut falué& proclamé Roi par 

dont elles étoient la plus noble mar- fes Troupes , foit après avoir remporté 

que. une très-illuftre victoire fur cinq petits 

Le Schifme de lEglife Romaine fut Rois ou Généraux Mores , foit aupara- 

enfin éteint par La mort a" Anaclet , & vant. Cinq ans après il rendit fon Etat 

en fuite par la ceffion de Victor , que Us tributaire du S. Siège , de quatre onces 

Cardinaux de cet Anti-Pape avoient élu d'or par chaque année. L'an il y 8. il le 

en fa place. L Empereur Lotaire II. qui mit entièrement fous fa protection , & 

avoit puijjj animent foutenu Innocent II. augmenta cette reconnoiffance jufqua. 

décéda près de la ville de Trente , dans deux marcs d'or : & moyennant cela U 

une chaumine , le J. de Décembre II 38. Pape Alexandre II. lui confirma Le titre 

Après quatre mois d interrègne , Conrad de Roi. Ceux qui le vouloient acquérir 

III. du nom fut élu. aimoïent mieux le prendre de cette main- 
Tome II. Bb 



i5?4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



"TT [ là , que de celle de l'Empereur , ni de Benoît qu'il avoir pris long-rems au- 

quelqu autre Souverain > dont La fuperio- paravanr. Toures les Hiftoires four plei- 1I 4°- 

rite leur eût été. plus pefante & moins nés de (es avantures amoureufes avec 

aiféeà fccouer, Heloïfe \ & l'on les voir encore dans 

Cet Alfonfe étoit fils d'un Henri de les Lettres de l'un & de l'autre. 

Bourgogne , qui étant paffee en Efpagne Les plus grandes affaires de l'Eglife , 

vers l an iqHc). pour y chercher J'es avan- & celles même du Royaume , Je ma- 114.1. 

tures , avoit époufé Therefe fille naturel- nioient par le confeil & par la fervente 3c fuiv. 

Le a" Alfonfe VI. Roi de Cafiille , & eu aujlérité de faint Bernard Abbé de Clair- 

pour dot la Comté de Portugal, par lui vaux , Gentilhomme Bourguignon , qui 

auparavant conquife fur les Mores. Les s' étoit mis dans une fi haute ejtime depuis 

plus curieux Génialogiftes affurent que plufieurs années parmi Us Prélats , les 

ce Henri étoit du fang de France , fils > Grands & les Peuples , qu'il ri y avoit 

difent-ils , d'un autre Henri , qui l étoit aucune caufe Eccléjiaflique , ni différend 

de Robert Duc de Bourgogne, lequel confidérable, ni entreprife importante,oà 

rétoit du Roi Robert. Von ne requit fon jugement , fon entre- 

On ne remarque point durant ces mi/è & fon avis. Pour montrer que le 

années , aucun trouble dans les terres sage et le vertueux a un empire 

du Roi de France, finon les conten- plus naturel que celui qui pro- 

tions d'entre les Théologiens. Pierre cède de la force ou de l'institu- 

Abailard , Breron de nailïance , grand tion des hommes. 

Philofophe & fort bel efprit , difpu- Le Clergé de Bourges avoit élu pour 

tanr trop fubtilement de la Trinité, Archevêque, un Pierre de la Charre , 

& des autres My Itères 1 de la Foi , fem- perfonnage de iinguliere piété & doc- 

bloir vouloir renouveller les erreurs de rrine \ le Roi , foir qu'il ne lui fût 

Neftorius, d'Arius &: de Pelage , Se pas agréable, ou*qu'il eut deftiné ce Bé- 

avoir donné fujet de l'acculer de nou- néfice pour un autre , refufa d'y don- 

veauré &: d'erreur même. Il en avoit ner fon confentement. Pierre voulut 

éré condamné par le Légar du Pape. De- donc s'en défifter : mais le Pape Inno- 

puis , l'Archevêque de Sens lui avoit cent II. lui enjoignit de faire les fonc- 

donné permilîïon d'expliquer, & de rions;ce que le Roiempêchant, il s'en- 

foutenir fes proportions •> ce qu'il s'éroit fuivit un grand trouble qui alla jufques- 

vanté de faire dans le Concile de Sens, là , que le Pape excommunia le Roi , 

L'Archevêque le convoqua exprès pour <Sc mit le Royaume en interdit, 

ce fujet , en cette année 1140, ik y Thibaud Comte de Champagne, 

appella faint Bernard fon plus puilîant Seigneur qui avoit grande autorité , 

ad veriaire. Saint Bernard s'y rendit & tanr par fa puilïance que par fa vertu , 

Abailard a uni : mais ce dernier ne vou- s'étant un peu trop entremis de cette 

lut, ou n'ofa entrer en lice avec un fî affaire , offenfa le Roi ; ôz la colère de 

redoutable ennemi, & ne dit autre cho- ce Prince fe redoubla encore pour un 

fe finon , qu'il en appelloit au Pape, autre fujet , qui fur tel. Raoul de Ver- 

Les Evêques ne laiflèrenr pas d'achever mandois, grand Sénéchal , proche pa- 

de lui faire fon procès , & de le con- renr du Roi , &: qui étoit en effet Pnn- 

damner. Comme il fe fut mis eu che- ce du Sang ( mais de ce tems-là ce rirre 

min pour aller à Rome pourfuivre fon étoit inconnu, & on ne confidéroit 

appel , il trouva meilleur pour lui de point autrement ces Princes, que félon 

s'arrêter à l'Abbaye de Clugny , & il y le rang de leurs terres , ) fit difloudre 

vécut faintement fous l'habit de faint fon mariage d'avec Gçrberte coufïne 



114*. 



LOUIS VIL-ROI XL. «95 

germaine de Thibaud , fous prétexte tout en défordre , Çanguin Sultan — 

de parenté, pour épouier Aiix Perçn- d'Aîfyrie , leur arracha la Principauté * H'* 

neile , fccur de la Reine Aiienor. Lç d'Edellè , l'un des quatre membres du UIV * 

Pape , à linitigation de Thibaud , ex- Royaume de Jérufalem. 

communia Raoul , &c interdit ks Eve- Le Roi avoir déjà voué un voyage en 

ques qui avo^eit prononcé le divorce. Terre-Sainte 5 ces trilles nouvelles le ""' 

Louis s en prit au Comte Thibaud , murent encore plus foie lui ôc les au- 

&• de dépit rav. g ;a hoftiiement fes ter- très Princes François, à y porter un puif- 

tes; Thibaud eut recours au Pape, qui faut fecours. Saint Bernard, l'Oracle 

pour le délivrer de la guerre qui 1 acca- de ce tems-là confulté fur ce fujet, ren- 

blo;t, leva fexcamnaunicatfioa : mais voya l'affaire au Pape , qui lui donna 

dès qu'il le vit dégagé Ôc les troupes du ordre de prêcher ia Croilade par toute 

Roi retirées , il la fulmina une leçon- la Chrétienté. 

de fois. Alors le Roi plus animé que la Commençant donc parla France , il Iz ^ 

première , les jetea derechef dans la fit allembier un Concile national à Char- 

Chrunp-igne avec ordre de n'y rienépur- très en 1 146. où le Roi même fe trou- 

gner. En eifet ayant pris V.itry de for- va. Ce famt Abbé y fut choifi pour Chef 

ce , elles y payèrent tout aufii de lépée, généraliiîime de cette expédition : mais 

fans épargn.r ni âge ni fexe , ôc mirent il réfuta cet honneur , ôc fe contenta 

le feu à l'Eglife , où il fut brûlé. treize d'en être la trompette. Il la publia par 

cens perlonnes innocentes qui s'y tout avec tant de ferveur, avec tant 

étoient rétug.ées. d'alfurance de bon fuccès , ôc , comme 

1145. ^ u r ^ cit ^ e cetLecruau!: ^> le? entrail- on le croyoit, avec tant de miracles, que 

les du Roi , naturellement bon , font les Villes & les Bourgs demeuraient 

émues, fon cœur eft travaillé d'un cruel déferts , Ôc qu'il iembioit que toute 

remords, & fa confeience funeufement l'Europe dût patTer en Ane, tant il y 

Empereur'; troublée. H gémit , il le déiefpere , il avoit de prelîe à s'enrôler pour cette 

Manuel , !i s , , , ° , • , ■ r • , r r 

de Jean , élu s arrache les cheveux , il croit voir les guerre. 

en Avni r. p[ us terrioles foudres du Ciel prêtes à Le Roi tut un des premiers à pren- — 

JSjs*^ t," u . tomber fur fa rête. Saint Bernard eut dre la Croix. Il fut fuivi d'un nombre Ix 47«> 
jouis con- toutes les peines du monde à lui per- infini de Seigneurs Ôc de Nobielle : Et 
«.ad m. fuader qu'il pour roi t trouver miféricor- l'Empereur Conrad avec fon frère Hen- 
de auprès de Dieu par le moyen de la ri , Duc de Bavière, ôc toute la fleur de 
pénitence. Dans cette difpofitionilfut ^cs Etats fe croifa dans une alfemblée 
aifé de le porter à rétablir PArcbevê- générale qu'il tint à Spire aux Fêtes de 
que de Bourges dans fon Siège, ôc à Noël. Chacun de ces deux Princes avoic 
donner la paix au Comte. Avec cela il un Légat du Pape dans fon armée. Con- 
promit dès-lors , pour expier fon cri- rad menoit foixante mille chevaux : il 
me , ôc pour obtenir la levée de i'inter- partit le premier , & arriva aux envi- 
dit de fon Royaume qui duroit encore , rons de Conftantinople fur le commen- 
ce faire le voyage de ia Terre-Sainte. cément du mois de Mars de cette an- 
Foulques Roi de Jérufalem _, étoit née 1 147. 
mort l'an 1141. Ôc le gouvernement Le Roi tarda en France quelque tems 
dévolu entre les mains de Melifende fa après lui , afin de recevoir le Pape Eu- 
veuve *, car fon fils Baudouin n'avoit gène III. que la révolte des Romains 
encore que treize ans. Les Chrétiens avoit contraint de quitter Rome. Il fe 
de ce pays-là étoienr de beaucoup pires mit en chemin avec la Reine la féconde 
que les Turcs ; aulB leurs affaires allant femaine d'après la Pentecôte de ia m't- 

Bb ij 



t$è ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

me année , &c ayant traverfé la Hongrie arriere-garde , pour avoir imprudem-- 



1 I U* &C la Thrace , pafïà le Bofphore - , h bien ment diviie ion armée. Il gagna eniui- 1 J 4°' 

que le Carême enluivant de l'an 1 148. ce une bataille au pallage du fleuve 

il fe rendit en Syrie , tandis que d'un Méandre, mais il n en tira aucun fruit ; 

autre côté fon armée navale étoit en car après cela ne le tenant pas fur les 

mer pour l'y aller joindre. gardes , il reçut un notable échec à un 

Il laifia, par l'avis du Parlement te- détroit de montagne. Enfin , il parvint 

nu à Etampes , la régence du Royaume à Antioche , dont Raymond , oncle de 

à Raoul Comte de Vermandois , Ion la Reine fa lemme , tenoit alors la 

grand Sénéchal , & à Suger Abbé de Principauté. 

feint Denis. Ce dernier avoit grand En cet endroit ce bon Prince qui. 
crédit à la Cour dès le vivant de Louis étoit h heureufement échappé des em- 
le Gros -, & d'ailleurs il lervoit comme bûches des Grecs &c des Mahomttans , 
de contre-poids à Raoul , de peur qu'il penla périr par celles de fon proche ai- 
n'ufurpât le Royaume , fi l'ambition lié , tk. de la lemme. Raymond s'étou 
l'en eut tenté. Avant que de partir le imaginé qu'il devoir employer les for- 
Roi fut félon la coutume, dans i'Eglife ces à lui étendre les limites de la Prin- 
de faint Denis prendre le bourdon & cipauté; comme il vit qu'il l'en relu- 
la malete , marques de pèlerinage , ôc foit abiblument , parce qu il vouloit 
l'étendart de l'Oriflame fur l'Autel des continuer la route vers jeruialem,il 

Saints Martyrs. s'en tint lîorfenlé , qu'il reioiut de s en 

j j g'~ Il n'eit point de méchancetés & de venger. Pour cet crtet il mit dans la té- 
lâches artifices , que la maligne perfi- te de la Reine qu'elle devoir demander 
die de Manuel Empereur de Grèce, La dilfolution de Ion mariage , comme 
n'employât pour hure périr l'armée de étant parente de fon mari du troiiiéme 
l'Empereur & celle du Roi. Pour la pre- au quatrième degré. Cette Princelle 
miere il y réulîît félon fon delîein ; car peu iage , &c qui avoit déjà peu d'efti- 
il fit mêler de la chaux dans les farines me pour fon mari , 6c trouvoit plus de 
qu'il lournilfoit aux Allemands-, & en fatisfaction avec d'autres qu'avec lui , 
ayant fait périr une grande partie par fe lai'ïa facilement peduader par fon 
ce déteftable maléfice , il leur donna oncle. Le Roi en étant averti , ne trou- 
des guides , qui après les avoir prome- va poinr d'autre remède , pour éviter 
nés par de longs détours, où ils confu- ce fcandale , que de la tirer la nuit 
nièrent tout ce qu'ils avoient de muni- d'Antioche avec tout fon équipage, ôc 
rions , ils les livrèrent plus d'à demi de l'envoyer toujours devant en Jéru- 
morts de faim entre les mains des Turcs; faléna. Quelques auteurs ajoutent qu'en 
les Barbares les taillèrent tous en pié- ce pays-li elle fe piqua d'un certain Sar- 
ces , de forte qu'il n'en refta pas la di- rafm nommé Saiadin , qui étoit en ré- 
xiéme partie. putarion de fort brave Cavalier ■■, mais 
Le Roi ayant femblablement paile de ces chofes-là on en dit fouvent plus 
en Afie, trouva l'Empereur Conrad à qu'il n'y en a , ex quelquefois aufli il y 
Nicée. Il le confola du mieux qu'il lui en a plus qu'on n'en fçait. 
fut poflible -, puis il marcha le long de Or l'Empereur Conrad , après s'être 
la mer , où il courut les mêmes rifques allé rafraîchir a Cbnftantinople , s'ecoit 
que lui : néanmoins il s'en fauva avec rendu en Jérufalem pour y faire les dé- 
plus de bonheur que de prudence , ayant votions. En cette lainte Cité le Roi 6c 
battu les Turcs en une rencontre -, mais lui ayanttenuconfeil avec les Seigneurs, 
peu après il perdit prefque toute fon réfolurent d'afliéger Damas , capitale 



LOUIS VII ROI XL. 



*5>7 



de la Syrie. Cette entreprife leur réuflic Moine, défroqué , & difciple d'un Pierre. 



1 1 4 8, auiîi mai que tout le reite, par l'énorme de Bruys , qui débitoit avec grande vo- 1 1 4^« 

trahifon des Chrétiens mêmes de ce gue,mais avec peu d'intégrité de vie , 

pays-là. Ils s'étoient logés dans les jar- à ce quon lui reprochoit ,prefque les me- 

dins où ils avoient toutes iortes de corn- mes opinions que les Zuingliens & les 

modités , de l'eau , des fruits Ôc des ra- Calviniftes ont prèchées dans ces derniers 

fraîchillemens : les traîtres leur confeil- Jiécles. 

lerent de tranfpoiter leur camp à Pop- A dix ou dou^e ans delà , un certain 

poiite , qui étoit un pays horriblement Valdo riche Bourgeois de Lyon , Je mit 

ûc , brûlant, & par où la ville étoit auffi à prêcher de même flile dans le Lyon- 

inaccefîible. Les deux Princes reconnu- nois & les Provinces circonvoi fines. On 

rent , mais trop tard, que les Chrétiens appella les Sectateurs de Henri & de 

les avoient trahis; &: ainiidételtant leur Pierre de Bruys Henriciens & Petro- 

méchanceté , qui avoit enchéri lur les brufiens, & ceux de Valdo , Pauvres de 

perfidies , ôc fur les vices abominables Lyon ou Vaudois. Il y avoit encore des 

des Orientaux mêmes , ils ne longèrent refies de ces derniers dans les vallées de 

plus qu'à leur retour. Dauphiné & de Savoye , quand Luther 

L'Empereur ayant fait alliance avec commença à prêcher fa doctrine. 

les Grecs , contre Roger Roi de Sicile, En l'année 1148. arriva la mort de 

tut par eux ramené en Italie. Mais ils Conan le Gros , Duc de Bretagne ; 

n'avoient pas envie de traiter le Roi Eudon Comte de Pontiévre , qui avoit 

Louis fi favorablement : étant monté épouie Berthe fa fiiie, s'empara de la 

fur fes vaiiîeaux , il rencontra dans fa Duché, au préjudice de Hoël, que le 

route l'armée navale de ces perfides, Duc Conan avoit déiavoué pour fon 

qui le guettoient pour l'enlever. Com- fils. De là s'émut une guerre entre ces 

me ils en étoient aux mains, ou mê- deux Princes, laquelle trois ou qua- 

me , félon quelques auteurs , qu'ils tre ans après fut compliquée par une 

l'emmenoient prifonnier , arriva par autre bien plus longue , ôc qui du- 

bonheur l'armée de ce brave Normand ra treize ou quatorze ans à diverfes 

leur ennemi capital, conduite par fon repiifes, entre ce même Eudon & Co- 

Lieutenant, qui leur fit bien lâcher pri- nan III. furnommé le petit, fon pro- 

fe , ayant brûlé , pris & coulé à fond pre fils. Cet enfant dénaturé vouloir, 

quantité de leurs vaiiîeaux. jouir de la Duché , parce qu'elle ve- 

Alfonfe Comte de Touloufe , troi- noit du côté de fa mère : ayant donc 

fiéme fils de Raimond de faint Gilles , eu recours à i'afîiftance de Henri Roi 

avoit fait auiîi le voyage de. la Terre- d'Angleterre, il poufîa rudement fon 

Sainte , prefqu'en même tems que le père , ôc contraignit auiîi les Nantois 

Roi , mais il y étoit allé par mer , ôc qui tenoient le parti de Hoël de l'aban- 

avoit pris terre au port de Ptolemaïde. donner. _ 

Il n'entra pas bien avant dans le pays Le mauvais fuccès de l'expédition u^o. 

qu'il ne mourut, ayant été méchamment d'Outremer, qui avoit tant fait de ôc fuiv. 

empoifonné , fans qu'on pût deviner veuves ôc d'orphelins , tant ruiné de 

l'auteur d'une action fi exécrable. Il bonnes maifons, tant dépeuplé de pays, 

eut pour fuccefleur fon fils Raimond ôc qui pis eil , donné un fpécieux pré- 

V. du nom. texte au Roi de faire des levées ex- 

Pendant le tems de cette expédition , traordinaires de deniers fur fes peu- 

Sa'mt Bernard fut fort occupé en Lan- pies , ce que fts prédeceiîeurs de la 

guedoc à combattre un certain Henri 9 troiiiéme race n'avoient point erxoie 



i5>8 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

tenté, excita des murmures Se des re- fils, Henri, Gefroy Se Guillaume, qu'il — 

proches contre la réputation de Saint partagea de cette forte. Il ordonna II 5 I * 



11 49- proches contre la réputation de Saint partage 

oc iuiv. B ernart i 9 qui iembtoit avoir promis qu'auiii-tôt Henri feroit paifible pof- 

tout un autre événement que celui-là. iéifeur du bien de la mère , fçavoir de 

De forte que lorfque le Pape voulut l'Angleterre Se de la Normandie ; que 

à deux ans de-la lui faire prêcher une Gefroy, qu'on furnomma le Bel, auroit 

autre Croifade , de l'obliger à palïer les biens paternels, içavoir, l'Anjou, la 

lui-même en Terre -Sainte , afin qu'un Touraine Se le Maine, avec les Châteaux 

plus grand nombre de gens le fuivif- de Loudun , Chinon Se iVarebeau -, &c 

lent , les Moines de Cîteaux en rom- Guillaume la Comté de Morraing. 

pirent toutes les mefures , de crainte Non long-tems après mourut Euf- 

d'un fécond malheur , qui eut peut- tache Comte de Boulogne : fa mort 

être été plus grand , & l'eut encore fut une difpofition pour rendre la paix 

plus décrié que le premier. à l'Angleterre , d'autant que le Roi 

u , 0i Le Roi à fon retour en France , Etienne fon père fe trouvant fans en - 

trouva la guerre qui continuoit entre fans , ne fe ioucia plus que de garder le 

la Roi Etienne & Matilde. Comme Royaume durant fa vie. 



il avoit reçu Etienne à hommage pour L'année fuivante 1 152. vit fortir de ne g 
la Duché de Normandie , il joi- cette vie Thibaud Cornue Palatin de 
gnit {qs armes à celles d'Euftache fon Champagne, lurnommé le Libéral, le 
fils pour afliéger le Château d'Ar- Père du Confeil &c le Tuteur des pau- 
ques. Gefroy mari de Matilde , Se fon vres 6c des orphelins-, grand Juiticier, 
Jils Henri auquel il avoir l'année pré- Se qui toutefois eut prelque toujours 
cédente religné la Duché , quoiqu'il guerre avec les Rois. Il avoit quatre 
n'eut encore que feizeans, marche- fils Se cinq filles. Les fils croient Henri, 
rent au fecours. Les deux armées érant Comte de Troyes ou Champagne , 
en préfence, les Seigneurs de part Se Thibaud Comte de Blois Se de Char- 
d'autre s'entremirent d'accommodé- très , Etienne Comte de Sancerre , Se 
ment , Se firent enforte que le Roi Henri Archevêque de Sens , puis de 
(qui fins doute fe trouvoit le plus P^eims. 

foible) abandonna la caufe d'Etienne,- Cette année mourut auffi l'Empereur 

Se reçut à hommage le Prince Henri ; Conrad. Il ne voulut point laiffer l'Em- 

lequel par ce moyen fut le deuxième pire à fon fils nommé Federic , parce qù il 

du nom , Duc de Normandie. étoit encore trop jeune: mais à un au- 

Cet accommodement fait , Gefroy tre Federic , fils de fon frère aine , qui 

mena fes troupes contre Gérard, Sei- étoit Duc d Allemagne ou Souabe ; on 

gneur de Montreuil-Bellay , qui vexoit le furnanma Barberoujfe. Lafjemblée gé- Empereur* 

les Eglifes de ce canton-là. Il domp- nérale des Seigneurs de Germanie &"de ^vlT^T- 

ta fa fierté, le fit prifonnier Se rafa Lorraine à Francfort , approuvèrent cet- deric i. r. 

fon Château de Montreuil. Mais corn- te nomination : mais on ne compte les 57\ ans&£ $■ 

me il s en revenoit de la, ayant un années de jon Empire, que du jour de 

jour alTèz grand chaud , quoique la fai- fon Couronnement fait par le Pape 

fon fut fort tempérée, il lui prit en- Adrien IV. dans Rome , le 18. de Juin 

vie de fe baigner dans un ruiifeau d'eau n55. Si je ne me trompe , ce fut du 

claire qu'il rencontra fur fon chemin : tems de ce Federic que les François com- 

au fortir du bain il fut faifi d'une fièvre mencerent à donner aux Germains le 

ardente, dont il mourut quelques jours nom t/'Allemans, à cauj'c que ce Prin- 

apres au Château chi Loir. Il laiifa trois ce étant Duc d'Allemagne, avoit à fa 



LOUIS VII. ROI XL. i?9 

-fuite & dans les emplois plus de gens capable de contenter tous fes defirs , 



II 5 Z * ^ ce pays-là que d aucun autre. Les 8c de maintenir fes droits. I M5« 
♦ Teutoaici. Italiens dès ce tems là les nommaient * Un an après que la Sentence de fépa- 
Tudefques , comme ils font encore.- ration eut été prononcée, Louis en- 
Dans le même tems la mort ravit voya rechercher Conltance-Elifabeth, 
au Roi Louis fes deux plus fages Con- fille d'Alfonfe VII. Roi de Caftillc 
feillers, fçavoir, Suger Abbé de Saint Hugues Archevêque de Sens, en 
Denis l'an onze cens cinquante-deux , alla faire la demande \ 8c le même fit 
8c Raoul Comte de Vermandois, Pnn- après la cérémonie du mariage à Or- 
ce du Sang , 8c le dernier de la fe- léans , 8c y couronna la nouvelle Rei- 
conde branche Royale de ce nom , la ne l'an 1 1 54. l'Archevêque de Reims 1IÇ 
même année 11 52. Comme il n'avoit protellant en vain que ce droit n'ap- 
point d'enfans , 8c que fa fœur étoit partenoit qu'à lui feul. 
mariée à Philippe fils de Thierry Corn- Comme Louis ne pouvoit voir fon 
te de Flandres , le Roi qui chériflbit valïal aller de pair avec lui , ni Henri 
fort ce jeune Prince, lui laifTa la pof- qui avoit tant de grandes Seigneuries- 
feffion du Vermandois; Sujet de que- louffrir un Souverain au dellus de fa 
relie dans le régne fuivant. tête , il étoit impoflible qu'ils demeu- 
Depuis le retour du Roi de fon raflent bons amis. Ce dernier étant 
voyage d'outremer -, il eft à croire qu'il aifigné à comparoître au Parlement, 
'Vétoit entièrement féparé d'afteétion refuia d'y venir. Louis l'y ayant fait 
d'avec Alienor fa femme, 8c que fon condamner par défaut , affiégea 8c em- 
honneur 8c fa confeience le portoient porta la ville de Vernon : mais Henri 
fans celfe à chercher les moyens de fé- s'étant humilié pour la crainte qu'il 
paration qu'elle avoit demandée lapre- avoit encore du Roi Etienne, les Sei- 
miere. Enfin, il la pourfuivir de telle gneurs le réconcilièrent avec le Roi, 
forte , que la parenté d'entre les deux 8c firent enforte qu'il lui rendit cette 
parties, tant du côté paternel que du place. 

coté maternel , au quatrième degré , Non long-tems après , Etienne las 

ayant été vérifiée fuivant les formes de des fatigues 8c du chagrin de la guerre, 

ce tems-là , il obtint ce qu'il deman- épuifé d'argent 8c n'ayant point d'hé- 

doit par la Sentence des Evêques du ritiers procréés de fon corps, fe laifïà 

Royaume, lefquels il avoit aiTèmblés à enfin amener à un accommodement 

Baugency pour ce fujet en cette année avec le Duc Henri : par lequel il con- 

11 52. fentoit qu'après fa mort l'Angleterre 

Auflî-tôt procédant de bonne foi, retournât de plein droit à ce Prince. 

il retira fes garnifons de l'Aquitaine II ne vécut pas long-tems après, étant 

pour lui rendre ce pays libre, 8c lui mort le ^^. d'Oétobre , 8c Henri fe 

donna congé de s'en aller où il lui mit en poiTeffion du Royaume fans 

plairoit , retenant avec lui les deux réliftance. 

petites filles qu'il avoit d'elle. Cette Plufieurs mettent en cette année 

femme s'étant retirée à Poitiers, n'y 1 154. la mort de Roger I. Roi de Si- 

demeura pas long-tems fans prendre cile , l'un des plus belliqueux 8c des 

un parti : comme elle brûloit d'amour plus puiflans Princes de fon fiécle. Il 

8c d'ambition , elle époufa quelques porta la gloire des Normands à fon 

mois après Henri Duc de Normandie , plus haut période ; de forte que depuis 

& Roi préfomptif d'Angleterre, Prin- lui, elle ne fit plus que déchoir. Il 

ce jeune , ardent , 8c roufieau , bien avoit un fils nommé Guillaume, 8c une 



iso ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



fille qu'on appelloit Confiance. Le fils mène que ce Prince ainlï dépouillé , " " " — 

iJH« régna, & dans les premières années fut demeuré fans aucunes terres, s'il IX 57« 

ne dégénéra point des vertus de ion n'eut trouvé cette bonne fortune, que 

père : mais après il changea bien de le? Nantois qui avoient abandonné 

conduit., 6c domina avec tant dm- Hocl, le choilirent pour leur Comte, 

jultice , d'avance Ht de tyrannie , qu'il ayant beloin d'un Prince qui les dé- 

en mérita le iurnom de Mauvais, il le fendît contre les attaques de Conan. 
piqua lurtout de la gloire de remplir Les inimitiés d'entre les Rois Loui« 

les coffres , & de tirer le dernier écu & Henri étant prêtes d'éclater une fe- 

de l'es fujets. Quant à Confiance , étant conde fois , les Seigneurs trouvèrent 

déjà vieille ride , elle époula I Lmpe- moyen de les arrêter encore pour quel- 

reur Henri Vi. l'an onze cens quatre- que tems, en propolant l'alliance du 

vingt-lix. fils aîné de Henri , qui portoit le même 

11 n'étoit point permis aux Rois de nom que Ion père, avec Marguerite , 

JI 55- France, à ce que dit Yves de Char- fille du fécond lit de Louis, quoique 

très , dépoufer des bâtardes. Or il cou- tous deux fu lient encore enfans , ôc 

rut un bruit que la Reine Confiance prefque à la bavette. Les Rois demeu- 1158. 
l'étoit : Voilà pourquoi Louis , deux rerent d'accord de ce mariage , 6c fl- 
ans après fon mariage, délira s'en éclair- rent enfemble un voyage au Mont- 
cir lui-même : ainli fous prétexte d'air Saint-Michel -, la fille fut mife entre 
1er en Pèlerinage à laint Jacques en Ga- les mains du beau-pere , & Louis pro- 
lice , il palfa par la Cour de Ion beau- mit de lui donner en dot Gifors, 6c 
père pour apprendre la vérité : c'étoit autres places du Vexin Normand. En 
le plus magnifique Prince de fon tems, attendant , elles furent baillées en gar- 
il le reçut, 6c le traita royalement à de au Grand- Maître des Templiers, 
Burgos, & lui ôta le doute qu'il avoit pour les délivrer à Henry après l'ac- 
rlans l'efprit. complilfement du mariage. 
' Gefroy Comte de Gien fur Loire, La même année ï Empereur Federic ac- 
' J 5 <>• Se Guillaume Comte de Nevers étoient commoda le différend d'entre BertoLd de 
en guerre : le premier le connoilfant Zeringhem & Renaud , pour la Comté 
trop foible pour rélilter à fon adver- de Bourgogne , ce qu'il fit de cette fior- 
faire , «'allia avec Etienne de Cham- # ; /'/ démembra de cette Comté le pe- 
p.igne Comte de Sancerre , 6c lui don- tit pays de Nuctland qui ejt au-delà 
na fa fille, 6c pour dot la Comté, à de Mont-Jou, & les villes de Genève, 
l'excluûon de Ion fils Hervé. Ce fils Laufane & Sion^ pour les donner à Ber- 
ainfi deshérité par fon père, fans avoir told > & laiffa le refile à Renaud. En- 
commis aucune faute, implora la jul- fiuite il époufia la fille & héritière de ce 
tice du Roi. Sa caufe étoit très julte, dernier , nommée Beatrix : & après te- 
Je Roi alla en perlonne alïiéger Gien, nant fia Cour pleniere à Befiançon avec 
le prit à compolition , 6c le rétablit grande pompe , il reçut les hommages 
jdans la Comté, des Seigneurs & des Prélats du Com- 
Lorfque Henri fur paifible polfelïeur té de Bourgogne & du Royaume d Ar- 
de l'Angleterre , Gefroy fon frère lui les : ils y accoururent en foule : mais 
demanda l'Anjou, la Touraine & le à dire vrai , ils ne fie fioucioient de fia 
Maine, fuivant le teftament de leur pe- fiouveraineté , quafin d'en obtenir un ti- 
lt : mais bien loin d'y fatistaire , il tre apparent de leurs ufiurpations. 
lui ôta encore les villes de Loudun , Tandis qu'il fejournoit en ce pays 
de Chinon, & de Mitebeau. Telle- là, les amis communs travaillèrent a 

procurer 



LOUIS VII. ROI XL zgi 



1 procurer une entrevue de lui Se du non feulement quant à la préémirien- 

l iS9* Roi de France , Se en arrêtèrent le ce, mais encore quant à la propriété. 

$c luiv. tems £ j e [ lQa . ma j s [ e R G i piqué de Durant ces difeordes, Adrian vint 

jaloufie pour la grandeur de ce jeune à mourir,, le i. de Septembre de l'an 

Prince, ou ayant quelque défiance qu il n^. La plus grande partie du Sacré 

n'enrrepiît fur fa perionne, n'y vou- Collège élut le Cardinal Roland Rainu- 

lut point aller qu'accompagné de quan- ci Siennois de naifïance, qui le nom- 

tité de troupes; Se cela fut caufe que ma Alexandre III. mais le peuple & 

Federic le retira fort mal latisfait. deux Cardinaux feulement donnèrent, 

Gefroy Comte de Nantes étant mort leurs fuffrages au Cardinal Octavian, 

fans enfans , Conan Comte de Ren- qui étoit Romain. Il prit le nom de 

nés ou de ia pente Bretagne, fe fai- Victor. Le droit de l'un Se de l'autre 

fit de la ville de Nantes. Le Roi Henri, étoit douteux; car d'un côté les Dé- 

frere de Gefroy , prétendit qu'elle lui crets de quelques Papes avoient déféré 

appartenoir par fucceflion , & entre- l'élection aux feuls Cardinaux; & de 

prir de la ravoir à force d'armes. Co- l'autre le peuple Romain prétendoit 

nan étant vivement preifé, racheta la y avoir la meilleure part ; Se s'étoic 

paix en lui donnant la fille & héri- prefque toujours maintenu en cette 

tiére (elle fe nommoit Confiance) poffelîîon, difint que les Papes n'a- 

pour le troifiéme de les fils encore bien voient pu lui ôter un droit qui étoic 

jeune, qu'on appeiloit Gefroy comme né avec l'Eglife, Se qui avoit eu lieu 

{on oncle défunt. dès le temps des Apôtres. 

La fierté Germanique , Se i'impé- Le Roi Louis s'en rapporta à l'avis . , _ 
rieufe manière des Papes ne pouvoient de l'Eglife Gallicane ; il l'alfembla pour 
pas compatir enfemble; tous deux pré- ce fujet à Eftampes , & fur fon juge- 
tendoient avoir une domination ab- ment il adhéra à Alexandre. Tout l'Oc- 
folue l'un fur l'autre; ainfi ils rentre- cident fuivir fon exemple , à la réferve 
xent bien-tôt en querelle. Federic avoit de l'Empereur Federic , qui avec fes 
le cœur ulcéré de ce qu'Adrian avant Allemands , Se ce qu'il avoit de par- 
que de le couronner, l'avoit forcé de tifans en Italie, rejetta fièrement Aie- 
lui livrer l'infortuné Arnaud de Breffe , Xandre, parce qu'il s'étoit inftalé fans 
qu'il fit brûler au poteau comme hé- attendre fon approbation. C'étoit un 
rétique , Se de lui tenir l'eflrié à la des différends d'entre les Papes & les 
vue de route fon armée. Mais il l'é- Empereurs : ces derniers avoient long- 
toit encore bien plus de ce que ce Pa- temps joui du droit de confirmer l'éiec- 
pe , deux ans après fur ce qu'il avoit tion des Papes : mais les Papes tour- 
fait prifonnier l'Evêque de Londres, nanr , pour ainli dire, la médaille de 
revenant de Rome, Se qu'il s'opiniâ- l'autre côté, foutenoient que c'étoit à 
troit à le retenir, lui avoit envoyé des eux de confirmer celle des Empereurs. 
X-égats qui lui reprochèrent qujl te- Au refte cette préfomption qu'avoit 
noit l'Empire, du bon plaijir du Saint Federic de fe dire le Maître du monde, 
Père, difcours qui ofrenfa fi fort tous mit contre lui tous les Rois de l'Oc- 
les Princes de Germanie , que peu s'en cident , qui ne vouloient pas dépen- 
falut qu'ils ne hachafîent ces Légats en dre de fa prérendue Monarchie :'mais 
pièces. Et véritablement il ne poijvoit fe croyoient auffi abfolus que lui dans 
pas plaire à un Prince ambitieux qui leurs terres. Et d'ailleurs les Italiens, 
fe croyoit le Seigneur de l'Univers , qui cherchant vainement la liberté , 
ôc femettoit au-delTus de tous les Rois, ont toujours aggravé de plus en plus 
Tome II. Ce 



ici ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

le joug qu'ils s'efforcent de fecouer , c étoit une ejpéce de gens de guerre & — 

1 i°°* euflênt bien defiré fe délivrer de ce- davanturiers venant de divers endroits , I ' u . 0, 

iuiv - lui des Tudefques \ fi bien que les Ve- comme dArragon, de Navarre , de Bif- &■ luiv * 

nitiens & les Lombards firent une li- caye , de Brabant y qui couroient lepays, 

gue entr'eux pour exclure Federic de & qui Je louaient à qui en vouloit ,pour- 

l'Iralie. va qu on leur donnât toute for te de licen- 

Le Roi Henri , outre le Royaume ce. Les Cottereaux étoient la plupart fan- 

d'Angleterre, tenoit la Duché de Nor- tajjlns , & les Routiers cavalerie. 



mandie , dont partie de la Bretagne Cependant ie Pape Alexandre crai- \\Ci. 

relevoit pour lors; outre cela le Mai- gnant que l'Empereur, aprcsavoirdom- 

ne , l'Anjou , la Touraine , tk. toute pté l'orgueil des Milanois qui s'étoient 

la Province d'Aquitaine. Son ambition révoltés contre lui, ne vint droit à Ro- 

foutenue par un fi grand accroilEement me , ne jugea pas la place tenable 5: Te 

de puillance , remua les droits que fa retira en France , où il demeura plus de 

femme avoir fur la Comté de Tou- trois ans. Cette année il tint un Con- 

loufe. Pour ce delïein ayant fait al- cile à Clermont en Auvergne, dans le- 

liance avec Raymond Prince d'Arra- quel il n'épargna pas fes foudres fur 

gon , & Comte de Barcelone , &: levé Victor, fur Fedeiic, èv fur tous leurs 

une grande armée d'Aquitains & de adhérans. 

Routiers , dans laquelle le trouva Mal- La Maifon de Champagne étant au 
colme Roi d'Ecolfe , il entra dans le cœur du Royaume , puilfante &c belli- 
Languedoc, prit MoilTac, Cahors , & queufe , donnoit bien de la pu-ine 8c 
quelques autres places. des ennuis aux Rois. Voilà pourquoi 
Au bruit de cette entreprife , le Roi Louis defirant la détacher d'avec l'An- 
Louis courut aux armes : les prières du glois & fe l'acquérir , époufa en troifié- 
Comte Raimond fon beau-frere, <k la me noces Alix la plus jeune fœur des 
jaloufie qu'il eut de l'aggranditîement quatre treres Champenois , ( car Conf- 
des Anglois, le rirent marcher de ce cô- tance fa féconde femme étoit morte en 
té-là. Il fe jetta dans Touloufe pour la couche l'an 1159. ) Et des deux filies 
défendre : mais il avoit fi peu démon- de fon premier lit, il en donna une à 
de , qu'il fut au pouvoir de Henri de Henri Comte de Troyes , l'aîné des 
forcer cette ville -, il n'y eut, difoit-il , quatre fter es, & l'autre à Thibaud Coni- 
que le fcrupule d'attaquer fon Souve- te de Blois , qui étoit le fécond, 
rain Seigneur qui l'en détourna, & qui Les Evêques de France Se ceux de 
l'arrêta tout courr. Ce retardement Normandie , ayant réfolu dans leurs l 1 
donna lieu à une conférence , qui pro- aiFcmblées de reconnoître le Pape Ale- 
duifit un accommodement entre les xandre , il fe rendit à Torcy fur la ri- 
deux Rois. Et néanmoins Henri ne re- viere de Loire. En ce lieu les deux Rois 
nonça pas entièrement à la Comté de Louis & Henri le reçurent avec une ex- 
Touloufe , jufqua ce qu'il donna fa trême foumiiîion ; tous deux mirent 
fille Jeanne , veuve de Guillaume IL pied à terre ,&: prenant chacun une rê- 
Roi de Sicile , au Comte Raimond VI. ne de fi monture , le conduifirent au 
de ce nom. logis qu'on lui avoit préparé. Jamais 
En ces années , la maudite engeance aucun Pape n'avoit teçu un pareil hon- 
des Routiers & des Cottereaux commen- neur , de voir tout à la fois deux Rois 
ça a Ce faire connoîtreparfes cruautés & fi puifîàns à ies étriers. 
fes brigandages. On ne jçait pas bien Sur ces entrefaites , l'Empereur en- 
P'.urquoi on les appelloit ainji : mais voya propofer au Roi une entrevue A 



LOUIS VII. ROI XL. 



zo 3 



Avignon , qui étoit fut les confins des cile de Tours, convoqué par fes ordres 



ll61, deux Royaumes. Ils convinrent que & là il fulmina derechef contre Vidtor lî( >h 
l'Empereur y amenèrent Victor , & le & Federic. Il fit auffi dreiler quelques 
Roi Alexandre ; Ôc qu'ils tiendroient Décrets contre les Hérétiques , qui 
un Concile des Evêques d'Italie , de s'étoient épandus par toute la Provin- 
France ôc de Germanie , au jugement ce de Languedoc, 
duquel ils fe rapporteroient touchant IL y en avoit de deux fortes principa- 
celui des deux qui devoit demeurer Les ; les uns tout-à-fait ignorans , & fa- 
dans le S. Siège. Cette convention fem- natiques; Les autres plus j'çav ans & beau- 
bloit fort équitable , & le feul moyen coup mieux inflruits dans les faintes 
qui put remettre la paix Ôc l'union dans Ecritures. Les premiers ètoient une ef- 
Pfiglïfe : auili tous deux la confirmèrent péce de Manichéens adonnés aux diffolu- 
par des fermens iolemneis. Le Roi de- dons & vilenies, & ayant des erreurs 
iiroit en effet l'exécuter de bonne foi , grojfieres & fales. Les autres paroiffoient 
&C il s'avança vers Avignon pour cela -, moins déréglés , & fort éloignés de ces 
mais quand il voulut y mener Alexan- turpitudes; ils tenoient à peu pris Les 
dre , avec lequel il s'aboucha fur le mêmes dogmes que Les Calvimjles , & 
chemin , ce Pape lui dit nettement qu'il étoient proprement Henriciens & Vau- 
n'iroit pas ; &: qu'étant ie fouverain dois. Le peuple qui ne lesfçavoitpas dif- 
Juge, il ne pouvoir être jugé de per- tinguer , les appelloit indifféremment Ca- 
fonne. Ainfi la conférence fut rompue, thares , Patarins , Boulgres ou Bulga- 
re le Roi fe trouva en forr grand dan- res , Adamites , Cataphrygiens , PuoLi- 
ger : car les Allemands lui reprochant cains , Canariens , LolLards 9 iurlupins, 
qu'il leur manquoit de parole , Ôc fou- & leur donnoit plufieurs autres noms , 
tenant qu'il devoit fe mettre entre les pris de. ceux de leurs Docteurs* ou du 
mains de l'Empereur, comme il l'avoir pays d'où ils venaient , ou de quelque 
promis , s'il n'amenoit pas Alexandre , point de leur doctrine. On les appe lia plus 
complotèrent de l'envelopper -, ôc ils communément Albigeois , parce qu'ils 
Peullènc arrêté prifonnier , fi le Roi s'étoient fort provignés en cette ville-là, 
d'Angleterre n'eûr fort à propos fait fous La protection du Comte Roger qui 
avancer fon armée pour le dégager. Les favorifoit. 
Sans doute qu'il ne fe fut pas tant ha- En cette année moururent deux Prin- 




apr 

vèque de Cantorbery , pour les droits de Jérufalem , fils de Foulques d'An- 
ge libertés de l'Eglife Anglicane. jou , qui avoit porté le même Sceptre. 

De cette rupture de la Conférence On crut qu'il avoit été empoifonné. Sa 
d'Avignon, s'enfuivit une furieufe valeur , la piété , fa fagefle ôc fon bon- 
guerre entre l'Empereur ôc Alexandre j heur , pareil à fa vertu , lui eitfïèjit don- 
elle tourmenta cruellementritaliequin- né rang entre les meilleurs cv les plus 
ze ou feize ans durant : mais à la fin grands Princes ,. s'il eût vécu. Amaul- 
l'Empereur n'en pût fortir que par la ry, ou Aymery fon frère , encore mi- 
honte d'une extrême foumiilion, de- neur , prit fa place, 
mandant pardon au Pape , & le laiflant La paix étant entre les deux Rois 
mettre le pied fur la gorge. Ce qui ar- Louis ôc Henri , Louis s'occupoit àfai- 
riva l'an 1 177. dans la ville de Venife. re juftice , Ôc à réprimer les défordres. 

L'an 1165. Alexandre affilia au Con- Les habitans de Vezelay avoient fut 

Ce ij 



Il 64. 



104 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

une Commune , & fe voyant protégés banni du Royaume , & tous fes parens 

$' parle Comte de Nevers , s'efîorçoient & amis fouffrircnt d'extrêmes periécu- 

de fe fouftraire à l'Abbé qui étoit leur fions. Il fe retira en Fiance dans i'Ab- 

Seigneur. Le Roi rit un voyage de ce baye ce Pontigny , auDiocèfe de Sens -, 

côté-là , ôc les contraignit , eux de le Se de-là, il donna bien des peines à Ton 

Comte , de demander pardon , & de Roi , mais il n'en foum.it pas peu lui- 

rompre leur Commune , parce qu'ils même lix ans durant, 
l'avoient faite fans fon autorité, &c ians La mort de l 'Anti-Pape Vlclor étant 

celle de leur Seigneur. Le Comte de arrivée Van 116.4. les Cardinaux de fa 

Nevers , pour pénitence de les fautes , fuite élurent en fon lieu , Guy de Crème, 

fe condamna lui-même au voyage delà quifefit appeller Pafclial 1 1 1 . &futcon- 

Terre- Sainte. firme par Federic. Mais Alexandre II J. 

La même année le Roi alla en per- rappelle par les Romains , partit de Fran- 

fonne combattre le Comte de Clermont, ce l'anjuivant 1 1 65. & s'en retourna à 

celui du Puy en Vellay , & le Vicom- Rome pour mettre fin à cefchifme. 
te de Polignac, Seigneurs Auvergnats, L'an 1165. il naquit un fais au Roi "~~~ 

qui ne vouioient pas s'abftenir du pii- Louis le jeune, qui n'en avoit point 

lage des Eglifes , & refufoientde com- encore. Maurice Evêque de Paris, le 

p.-troître en fa Cour. Il ies vainquit tous baptifa dans l'Egliie Notre - Dame \ 

trois , & les amena prifonniers à Paris, d'autres difent dans la Chapelle de faine 

Lorfqu'il les y eut détenus affez long- Michel qui eft dans le Palais -, & trois 

rems , il les relâcha à la prière des Eve- illuftres Abbés, Hervé de laint Victor , 

qtfes , moyennant qu'ils fiflènt répara- Hugues de faint Germain , tk Odon de 

non, qu'ils en donnaient leur ferment fainte Geneviève , furent les parrains, 

£k des otages , Se qu'ils prifient l'abfo- & le nommèrent Philippe. Comme le 

lution de l'Eglife. Roi crut l'avoir obtenu du ciel par fes 

Semblablement il punit le Comte de ferventes & longues prières , tk par cel- 

Châion-fur-Saone , de la perte de fa les de tout fon Royaume , où plusieurs 

Comté , parce qu'il avoit pillé l'Abbaye mois durant , ce n'avoit été que jeûnes, 

de Clugny , & y avoit tué plus de cinq aumônes & procédions, on lui donna 

cens hommes, tant Moines que valets, le furnom de Dieu-donné , & depuis 

Toutefois la fille de ce Comte rentra pour fes beaux faits , celui de Conqué- 

dans fon patrimoine. rant. L'Hîftorien Paul Emile , a tra- 

Thomas Bequet, Chancelier d'An- duit ce furnom par le mot Latin Au- 

gleterre , Ôc en grand crédit près du guste , 6z il a été fuivi en cela par tous 

Roi Henri , avant été élu Archcvê- les Hiftoriens modernes. Avant fa naif- 

que de Cantorbery l'an 1163. perdit fance,le Roi Louis fon père , eut un 

bientôt les bonnes grâces de fon Mai- fonge qui lui donna bien de l'inquié- 

rre pour diverfe-s caufes. Particulière- tude : car il crut voir que la Reine fa 

ment parce qu'il fe fépara de la Cour femme étant accouchée d'un iî!s , cet 

avec un peu trop d'auftérité -, & que enfant abbreuvoit tous les Seigneurs 

d'ailleurs il fe porta avec trop de vi- qui étoient autour de lui , d'une cou- 

gueuràfoutenir les privilèges duCler- pe pleine de fàny, : ie qui fignifioit af- 

gé , & anéantir les Loix tk Conititu- fez clairement qu'il en feroit bien fê- 



tions que l'ayeul du Roi Henri avoit pandre pendant fon régne, 
fait recevoir par toute l'Angleterre , an La vie de Conan le Petit, Duc de 
préjudice de celles de l'Eglife. La que*- Breragne , qui avoit éré continuelle- 
telle s'échauffa fi fort , que Thomas tut ment traverfée , finit l'an 11 66. pour 



1 1. 



L O U I S V I I. R O I X L. ioj 

faire place à Gefroy de Normandie , chard , de la Duché d'Aquitaine. Car 



1166. fo n gendre. Ce Prince n'ayant encore pour le troiliéme, qui étoit Gelroy , il ll 7°> 

que quinze ans , demeura avec fa Du- avoit la Bretagne de par fa femme , 8c 

ehé , ious ia tutelle du Roi fon père , n'en devoit hommage qu'au Duc de 

durant quelques années ; au bout de ce Normandie. 

tems-là s'étant émancipé , il entra en Cet accommodement n'empêcha pas 

guerre avec lui. Le fujet étoit , que que l'année d'après , Henri ne fît def- 

Henri le vouloit contraindre de lui rai- fein de fe faiiir de la ville de Bourges 

re hommage de la Duché , & il lui de- & du Berry , qu'il maintenoit être de 

mandoit ce devoir , en vertu du Trai- la Duché d'Aquitaine. Il s'avança pour 

té fait par Charles le Simple avec Roi- cela avec fon armée à Montluçon: mais 

Ion , Duc de Normandie. le Roi Louis lui rompit fon coup , y 

' 73 L'an il 68.. Thierri d'Alface, Corn- ayant de bonne heure envoyé des trou- 

i i6d. , t\ j * r~ • 1: »■• . 

te de Flandre , mourut a Graveline , pes. 

qu'il avoit clofe de murailles -, Philip- Au retour de cette tentative , les 
pe fon fils domina après lui. La même deux Rois s'entrevirent à Montmirel 
année , Matilde,- veuve de Gelroy Plan- en Brie , c'étoit pour travailler àlaré- 
te-Genell , Comte d'Anjou , 8c mère conciliation de Thomas , Archevêque 
de Henri II. Roi d'Angleterre , ache- de Cantorbery. Elle eût été achevée 
va de vivre. dès ce lieu-là , (î Thomas , en portant 
"" l En ce même tems , la haine fe re- le baiferde paix à Henri , ne lui eût dit 
», ' nouvella entre les deux Rois pour plu- qu'il le baiioit en ïhonneur de Dieu > 
' fleurs fujetsjl'un étoit l'affaire du Corn- ce qui fit que ce Roi fe retira en arriè- 
re d'Auvergne, que Louis, comme fou- re, comme s'il y eût eu quelque ferpenc 
verain Seigneur, prit fous fa protection caché fous ces paroles. On continua 
& fauve-garde , contre Henri , duquel néanmoins de négocier cette affaire 9 
ce Comte étoit Valfal, comme mou- que Louis avoit fort à cœur : les deux 
vant de l'Aquitaine j l'autre le fnpport Rois s'abouchèrent une autre fois à Fre- 
qu'il donnoit hautement à Thomas , teval, l'Archevêque de Sens s'y trouva, 
Archevêque de Cantorbery. La guerre 8c c'eftune chofe mémorable,que Hen- 
fe ralluma donc , 8c fe fit deux ans du- ri 8c lui , étant dekendus deux fois de 
Eant , néanmoins aflez lentement , 8c cheval, 8c s'étant tirés à quartier pour 
de forte que le refpeét qu'eurent l'un conférer à toutes les deux lois , le Roi 
8c l'autre pour les mitantes prières du Angiois tint les rênes de la bride à 
Pape Alexandre, les raccommoda pour l'Archevêque. Enfin, l'accommode- 
quelque tems. ment fe fit à Blois , 8c les deux parties 
Ces deux Princes s'étant donc abon- s'embrafïetent. Mais comme le Roi , 
chés à fainr Germain-en-Laye , conclu- tandis que l'accommodement fe trai- 
rent la paix entr'eux ; 8c là les fils de toit , avoit fait couronner fon fiis aîné 
l'Anglois rendirent hommage au Roi qui porroit le même nom que lui , par 
Louis, des terres que leur père leur af- l'Archevêque d'Yorc , malgré les défen- 
furoit par avancement d'hoirie ; fçavoir fes exprefies du Pape, 8c au préjudice 
Henri , de ia Duché de Normandie , des droits de l'Eglife , 8c des Archevc- 
du Comté d'Anjou, 8c de la Charge ques de Cantorbery : Thomas ne fut pas 
cle grand Sénéchal , laquelle y avoit été fi- tôt defcendu en Angleterre , qu'il fit 
jointe dès le tems de Grife-gonnelle , publier des lettres de fa Sainteté , paE 
comme aufli des Comtés du Maine de le (quelles il fufpendoit l'Archevêque 
de Touraine j & le fécond nommé Ri- d'Yorc, 8c l'Evêque de Londres qui 



io6 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

■ avoit aiîiité à cette cérémonie. Ce pro- nommé comme lui , avec Marguerite ~-~ 

JI 7 ' cédé renouvella les troubles dans l'An- fille de Louis, ôc l'avoit lait couronner lï 7l> 

gleterre , ôc les chagrins du Roi ; lequel avec fon épouie l'année f uivante à Win- 

s étant plaint un jour publiquement , cefter. Ce jeune Prince étant allé vili- 

qu'il étoit bien malheureux d'avoir tant ter fon beau-pere avec elle , & ayant de- 

de ferviteurs ôc tant de créatures, ôc meure quelque tems en fa Cour, s etoit 

que néanmoins un Prêtre lui tînt tète , laiifé mettre dans l'efprit, que puifqu'il 

ôc prît plailîr à le fâcher -, quatre Gen- étoit couronné il de von régner , Oc qu'il 

tilshommes de fa Cour , par une corn- falloir qu'il demandât à ion père la jouif- 

plaifance auflî lâche que déteftable , fance entière , ou du Royaume d'An- 

comploterent de l'en délivrer. Etant gleterre , ou de la Duché de Norman- 

donc allés à Cantorbery , ils entrèrent die. 

dans l'Eglife où ce faint Prélat difoit Dans cette difpofition, ôc pique trop 

Vêpres avec fes Moines, & le malfacre- vivement de ce que fon père lui avoit 

rent au pied de l'Autel, le 2.9. de Dé- ôté quelques jeunes gens qui lui don- 

cembre 1170. noient de mauvais conleils, il fe déro- 

* Quoique Henri défavouât ce meur- ba une nuit d'avec lui , ôc vint le jetter 

1 *7 x * tre par un ferment authentique , Ôc qu'il entre les bras du Roi. 

6c fuiv. en témoignât une douleur extrême : Auffi-tôt toute la jeune Noblefle le 

néanmoins parce qu'il avoit donné lu- fuit , la Reine Alienor fa mère le favo- 

|et de le commettre , fi peut-être il ne rife ; fes deux frères, Richard Duc d'A- 

l'avoit commandé , le Pape lui en fie quitaine , ôc Gefroy Duc de Bretagne , 

une grande atfaire ; ôc d'autant plus que le rangent auprès de lui ; Ôc toutes ces 

le Roi Louis qui avoit fort aimé cet Ar- Provinces s'ébranlent avec eux. Guii- 

chevêque , n'oublia rien pour exciter laume Roi d'Ecolfe, fe déclare pour eux, 

fa Sainteté à en prendre vengeance, ôc attaque l'Angleterre -, le Roi de Fran- 

Aufli envoya-t-il des Légats qui prelfe- ce les prend fous fa protection , ôc tait 

rent ôc épouventerent lî fort le Roi Hen- palfer en même tems des troupes dans 

ri, qu'il fubit toutes les pénitences cette Me fous la charge de Robert Com- 

qu'ils lui voulurent impofer, ainfi que te de Leyceftre , pour foutenir les ré- 

nous le dirons. Le faint Archevêque ré- voltés. 

véré comme martyr , fut canonifé l'an- Il fembloit donc que le malheureux ~~~ 
née fuivante -, ôc les frequens miracles père dût être accabié tout d'un coup : / ^" 
oui fe firent fur fon tombeau , attelle- dans cette extrémité , il tourne les yeux 
rent fi famteré. vers le ciel , s'humilie devant Dieu , le 
Prefque toutes les années il y avoit réfout de traverler en plein jour la vil- 
rupture , puis trêve ou paix entre les le de Cantorbie , nuds pieds, & cou- 
deux Rois , foit pour leurs intérêts pro- vert feulement d'une vieille cafique fur 
près, foit pour ceux de leurs amis ôcâe fa chair , ôc d'aller en cet état le prof- 
leurs vaflaux. Mais Louis avoiteetavan- terner fur le tombeau de iaint Tho- 
tage , qu'étant le fouverain Seigneur , mas. Il y palla le jour & ki nuit en prie- 
il avoit droit de recevoir les plaintes res , avec des pleurs ôc des gémilk-mens 
des valfaux de Henri , ôc de fe rendre indicibles > ôc ayant appelle tous les 



1171. 



1*73 



fon Juge. Moines de cette Abbaye, les obligea 

lien avoit foule vé nlufLure en Aqui- de lui donner chacun un coup de ver- 

taine ôc en Normandie : cette année il ges fur les épaules. S; tôt qu'il fe fut 

arma encore contre lui les propres en- remis bien avec Dieu, par la réparation 

fans, Henri avoit marié (on fils aîné de la taute, il relfentit à<js effets pref- 



LOUIS VIL ROI XL 207 

que miraculeux de fon afllfcance > tous veaux fermens , fe promirent amitié 



11 74* les ennemis turent terraffés; Louis qui envers 8c contre tous , 8c rirent réfolu- 11 77» 

venoit de prendre Verneuil au Perche, tion d'aller enfemble en Languedoc 

n'ofa le garder , & fe retire de devant pour exterminer les Hérétiques dont 

lui : le Comte Leycetlre hit détait en nous avons parlé. Ils trouvèrent néan- 

Angleterre , 8c tous ceux qui le fui- moins plus à propos d'y envoyer aupa- 

voient tués ou pris , enfuite tout le ravant le Légat du Pape , avec quatre 

Royaume réduit en moins de trente ou cinq autres Prélats , pour etïayer 

jours -, ce Roi y étant palfé incontinent de réduire ces dévoyés par prédica- 

après la défaite des rebelles. tions 8c par anathêmes. Ces deux 

L'an fuivant Guillaume Roi d'Ecof- moyens ne turent pas inutiles , ils en 

fe , fon capital ennemi , perdit la ba- ramenèrent beaucoup au giron de l'E» 

taille contre fes Lieutenans , 8c demeu- glife , &c réprimèrent les autres pour 

ra prifonnier avec la plupart de les Ca- un tems. 

pitaines •, une furie ule tempête diflipa Durant le calme de cette paix , les 

8c délabra la flote du jeune Henri, le deux Rois s'abouchèrent à Nonancour ll 7°* 

Roi Louis qui avoit mené Philippe fur les confins de Normandie , 8c 

Comte de Flandres aveciui , pour allié- propoferent de faire une féconde Croi- 

ger Rouen , fut rudement repoulfé de fade , dont, à dire vrai , ni l'un ni l'au- 

devant cette ville : de forte que voyant tre n'étoit plus capable. 

Henri qui avoir repalfé la mer pour la Quelques mois après Louis , qui éroic 

fecourir , 8c qu'il sapprêtoit à lui don- extrêmement catfé de vieilleife , ufanc 

de la même prévoyance que fes prédé- 
celïeursjréfolutde faire couronner Phi- 



ner bataille , il entendit à une trêve de 
quelques mois. 



1177. 



Pendant qu'elle duroit , le vieil Hen- lippe fon fils : mais étant arrivé que ce 
ri patïà en Poitou , de dompta Richard jeune Prince tomba maladed'une frayeur 
le plus mauvais de fes trois fils rebelles, qu'il eut de s'être égaré dans les bois 
à quiilavoit donné ce pays-là pour fon comme il étoit à la chatTe , il fallut re- 
partage. Après cet avantage, les autres mettre cette cérémonie, 8c elle ne s'ac- 
rentrerent dans l'obéiiïance , &c les deux complit que l'année fuivante. 
Rois fe portèrent facilement à la paix. Cependant comme la dévotion en- 
Elle fut conclue entr'eux , 8c afin de la vers les reliques de faine Thomas de 
mieux cimenter , Louis mit fa fille Alix Cantorbery croilfoit déplus en plus , 
entre les mains de Henri , pour la ma- par l'exemple même du Roi Henri , 
rier au Prince Richard , quand elle fe- qui de (on perfécuteur étoit devenu fon 
roit en âge nubile. adorateur : le Roi Louis pailà en An- 

Lorfqu'ils eurent goûté les douceurs gleterre , fit fes prières fur fon Tom- 

de la paix un an durant, ilsprirent tant beau , 8c y laiffa de riches marques de 

d'averfion pour les guerres 8c les brouil- fa piété. tmm 

leries , qu'ils réfoîurent de n'y plus re- Enfin le Prince Philippe fut facré 8c 1179, 

tomber. Tous deux fe fentoient déjà couronné à Reims, le jour de la Touf- 

vieux, 8c tous deux avoient fujet de faint de cette année 1179. par Guillau- 

craindre : l'un redoutoit les remuemens me Archevêque de cetre ville 8c Cardi- 

de £qs trois fils trop braves , l'autre ap- nal , frère de la Reine fa mère ; le Duc 

préhendoit pour la foiblefTe du fien qui de Normandie 8c Philippe Comte de 

étoit unique & trop jeune. Tellement Flandres, tous deux Pairs, affiftant à 

qu'ils confirmèrent la paix par de nou- cette cérémonie , 8c lui tenant la Cou- 



2oS ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

" 7. 'ronne fur la tète, (a) Le Roi Louis ne H entieprenoit avec plus de hardief- — — -.— 

1 put s'y trouver , parce qu'il étoit déjà fe que de pi udence,& quelquefois mê- Il ^°« 

atteint de paralylie. me contre la jultice; auili étoit- il peu 

Peu après Philippe Comte de Flan- heureux en les entreprises , & d'ailleurs 

dres , fidèle ôc affectionné envers lui , trop mol dans les affaires qui defiroienc 

moyenna le mariage de fa nièce Ifabel- de la vigueur :mais religieux, doux, cha- 

le-Alix , fille de fa fœur , 6c de Guil- ritable, bon, équitable, libéral &c vail- 

laume Comte de Haynaut,avec lenou- lant autant qu'aucunPrincc de fonfiécle. 

veau Roi qui étoit fon filiol ; & la trai- On ne lui peut reprocher que deux cho- 

tant comme fa fille parce qu'il n'avoit fes ; l'une d'avoir répudié fa femme i 

aucuns enfans , il lui donna en faveur l'autre, d'avoir fioutciiu la rébellion des 

de ce mariage la Comté d'Artois , &le enfans du Roi Henri contre leur p.-re. 

pays qui eft le long de la rivière du Lys. La dernière, fims doute, ne fepeutap- 

La Reine mère n'étoit pas contente de peiler qu'une énorme injultice qui vio- 

ce mariage, qui l'éloignoit de l'admi- loit les droits de la nature : mais quant 

niihation des affaires , en y afrermilîant à l'autre , il faudroit fiçavoir parfaite- 

le Comte de Flandres ; elle voulut for- ment bien la difpofition des affaires de 

mer un parti , & fe cantonna dans (es ce tems-là , pour prononcer , comme 

places : mais fon fils prévint fes def- font quelques modernes Politiques , 

feins , de forte qu'elle fut contrainte de que ce fut une lourde faute contre la 

le retirer vers fes frères. prudence. Ils pourroient dire plus juf- 

Avant que cette brouilleriefutentié- tement qu'il en eût fait une tiès-gian- 

rement terminée, le Roi Louis mourut de contre l'honneur, de garder a Les 

de paralylie dans la ville de Paris, le côtés une femme de cette humeur là. 

dix-huitiéme jour de Septembre de l'an Et en la répudiant pouvoit-il garder fes 

1 1 So. âgé , comme difent plufieurs , de terres î Quand fa confcience lui eût per- 

près de foixante-dix ans , mais félon mis de les retenir, les Grands du Royau- 

moi , feulement de foixante-trois à foi- me i'eLilfent-ils fouffert ? Et les peuples 

xante-quatre , dont il en avoit régné de l'Aquitaine euifent-ils fi facilement 

43. Son corps fut inhumé dans l'Egli- abandonné leur Dame naturelle, 

le de l'Abbaye de Barbeaux, près de II eut trois femmes - , cette Alienor 

Melun , où la Reine Alix fa femme lui d'Aquitaine , Confiance d'Efpagne , Cv 

fit élever un tombeau de marbre blanc. Alix de Champagne. De la première 

Le Roi Charles IX. étant à Fontaine- vinrent deux filhs , Marie & Alix , qui 

bleau , eut la curiofité de le faire ou- épouferent les deux frères, Henri Com- 

vrir : on y trouva fon corps prefque te de Champagne , Se Thibaud Corn- 

rout entier, Se fes ornemens royaux à te de Chartres &c de Blois. Delafecoa- 

demi confiâmes par la pourriture. Il de fortit Marguerite, qui fut mariée en 

avoit des anneaux aux doigts , &c une premières noces avec Henri le Jeune 

croix d'or au col : le Roi 6c les Princes Roi d'Angleterre; &c en fécondes avec 

du Sang qui fe trouvèrent là préfens , Bêla III. Roi de Hongrie. De la troi- 

les prirent pour les porter , çn mémoi- fiéme naquirent deux filles, cv un fils, 

re d'un fi bon &c religieux prédéceiTeur. Des deux filles Alix fut fiancée à Kj- 



* Du TiUcr die que ic privilège de facrer nos Rois a vcnioit noue en France depuis 1 1 4-. Il friit aud! remar- 
Rcims vient de là : les aunes Evêques ayanc confenti quer que la Pairie de Reinis n'était, encore que Comté. 



par déférence j>our l'Arshcvcquc Guillaume , qui aou- 



L 



h.trd 



LOUIS VII. ROI XL; 109 

chard d'Angleterre, puis mariée à Guil- pereur de Conflantinople. Le fils fut 8 " 
laumeComtedcPontieu;&:Agnésépou- nommé Philippe , & régna après fon ll °°* 
la Alexis Comnene , fils de Manuel Em- père. 



CONSTANCE 

II. FEMME 

DE LOUIS LE JEUNE. 

Confiance fut l'objet de la flamme féconde 
De Louis , qui l'aima d'un parfait amour ; 
Mais comme elle donnoit un nouvel aftre au monde > 
Elle-même perdit la lumière du jour. 

S 'Il eft vrai que Louis fut offenfé fonfe Roi de Caftille, par la plupart 
des amours de fa femme Alienor des Hiftoriens nommée Confiance , de Confiance 
dès le féjour qu'il fit en Antioche l'an par quelques autres Elizabeth, ou Bea- {j|Jj à ^ç^. 
1148. je m'étonne qu'il l'ait confidé- trix ; elle pouvoit bien avoir l'un &k. 
rée jufqu'à l'an 11 52. avec la même l'autre nom, ainu* que beaucoup d'au- 
afFeclion qu'il lui avoir toujours por- très Princefïès & Dames de ce tems- 
tée. Il femble qu'il l'aimoit encore là. Hugues Archevêque de Sens, qui 
puifqu'il en eut une fille après fon re- avoir été envoyé Ambafîàdeur pour 
tour en France; autrement il feroit faire cette recherche, l'amena en Fran- 
dirficile de croire , qu'un homme de ce avec un train &c une magnificen- 
cœur ayanr reconnu les adulreres de fa ce Royale. Elle fur reçue avec beau- 
femme , en voulut avoir la compa- coup de joye , &c le Roi après la con- 
grue , & moins encore avouer le fruit fommation du mariage , la fit couron- 
qui ne feroir pas à lui. Ce qui m'a ner à Orléans en l'an n 54. Quelques 
fait penfer que peur-être il n'apprit cet- mois après il fit un voyage en Efpa- 
te mauvaife conduite, que lorfqu'il gne, foit pour accomplir un vœu qu'il 
fut revenu dans fon Royaume. Je ne avoit fait à faint Jacques , foit pour 
içai fi la parenté qu'il prit pour pré- trairer de quelques affaires avec les 
texte de répudiation tut bien avérée, Princes de ce pays-là-, non pas pour 
mais au moins il y eut des gens de s'enquérir fi fa femme étoit légitime, 
marque qui la prouvèrent par ferment; ou bârarde : car à quoi eut fervi cela , 
Si bien que le mariage étant réfolu , puifque le mariage étoit confommé » 
chacune des parties fe pourvût. Alie- Mais la vanité des Efpagnols, aufquels 
nor fe jetta entre les bras de Henri véritablement nous avons cette obli- 
II. Roi d'Angleterre qui l'époufa en- gation de nous avoir toujours donné 
fuite; Se Louis demanda la fille d'Al- de bonnes Reines, nous penferoit faire 
Tome 11. Dd 



il* 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



croire que notre Roi fut bien honoré 
d'époufer une fille naturelle. Elle n'é- 
toit pas telle , mais effectivement née 
d'un mariage irréprochable d'Alfon- 
fe , qui pour avoir uni deux ou trois 
petites Seigneuries , eut la vanité de 
s'intituler Empereur des Efpagnes , 
avec Berengelle fœur de Raimond 
Comte de Barcelone. La beauté de cet- 
Té™ de te Reine éclatoit d'autant plus vive- 
Coailance. mentj q U ' e ll e étoit relevée par les at- 
traits de fa vertu. Sa rare modeftie & 
fa pudïcité gagnèrent auili puilîam- 
ment l'efprit du Roi que la méchante 
conduite d'Alienor l'avoir offenfé; c'eft: 
tout ce qu'en difent les Hiftoriens. 



Confiance deux ans après fon mariage Samonran 
devint grolfe , & la douleur de les H^* fe * 
couches fut fi cruelle , qu'elle perdit 
la vie en la donnant à une fille qui tut 
nommée Marguerite , depuis mariée 
en premières noces à Henri fils aîné 
de Henri d'Angleterre , de après fa mort 
en fécondes noces à Bêla Roi de Hon- 
grie. Comme l'amour que le Roi lui 
portoit n'avoit point de bornes , il 
n'oublia rien de tout ce qu'il crut né- 
celfaire pour honorer fa mémoire, Se 
il la fit enterrer dans l'Eglife de faint 
Denis , avec la plus magnifique pom- 
pe funèbre que l'on eut encore vue» 



ALIX 



III. FEMME 



DE LOUIS LE JEUNE 



Ces Dames dont les noms font à jamais durables 
N'ont rien eu de pareil au mérite d'Alix ; 
Puifqu'elle a poffédé les dons les plus aimables 
Dont l'efprit & le corps peuvent être embellis. 



LEs enfans mâles font les richefïes 
& la force d'un Souverain. Louis 
n'en avoit point eu de fes deux pre- 
mières femmes, c'eft pourquoi par l'a- 
vis de fon Confeil il époufa Alix , fille 
de Thibaut le grand Comte de Cham- 
pagne. Il n'eut fçû trouver un parti 
plus convenable à (on humeur , ni plus 
avantageux à fon Etat. Avec les attraits 
du vifage elle avoir les gentilLfies de 
l'efprit , & la nourriture plus noble 
qu'aucune Princclïè de l'Europe : car 
•a Cour de Champagne étoit alors U 



plus magnifique & la plus pompeufe 
qu'on eût fçû voir. Les richefïes 8c les 
grandes Seigneuries de Thibaud , à 
caufe defquelles il fut furnommé le * *il«app«i- 
Grand, ôc l'heureufe lignée dont il Jfj™^* 
voyoit refleurir fa Maifon, y attiroit 
de toutes parts la Heur des plus bra- 
ves Chevaliers du Royaume. Ses deux 
fils aînés , Henri furnommé le Large 
(on fuccelfeur au Comté de Cham- 
pagne , & Thibaut Comte de Blois , 
avoient époufé les deux filles du Roi 
famés du mariage d'Alienor : Guillau- 



ALIX. 



m 



me le plus jeune des quatre étoit Ar- 
chevêque de Reims, & Etienne le troi- 
•iîéme Comte de Sancerre, avoit pris 
Ifabeau de Rofni : les trois premiè- 
res filles; croient aufli toutes pourvues. 
Notre Alix la plus jeune , mais la plus 
accomplie des quatre , fut aulli la plus 
heureufe, 6c couronnée Reine de Fran- 
ce l'an 1 1 5 8. dans l'Eglife de Rheims. 
Cette Princelle étoit d'une humeur 
bienfaifante & libérale, fuivant les in- 
clinations de fa maifon ik celles de 
fon mari , qui le premier de nos 
Rois Capétiens a mis fon Palais &c fa 
fuite dans un Etat Royal Se convena- 
ble à la Majefté de la France. Avec cela 
elle chérilîoit les beaux Arts, fur -tout 
la Poche & la Mufique , Se récompen- 
foit libéralement les beaux efprits. La 
Reine fatisfaifoit ainfi au contente- 
ment de tous les François , qui n'a- 
voient plus rien à defirer, finon qu'el- 
le leur produifit un fils aufli Augufte 
comme elle. Pour cette fin l'on fit des 
procédions folemnelles , où la Reine 
affilia avec tant de piété , que le Ciel 
rouclié de fes prières lui donna Phi- 



lippe , qui ayant été obtenu par la 
faveur Divine, fut \ppd\cDUu- Donné. 
Louis VII. eut encore deux filles, l'une 
nommée comme fa mère , qui fut fian- 
cée à Richard d'Angleterre, & ma- 
riée à fon refus à Guillaume Comte 
de Ponthicuj l'autre appellée Agnes, 
mariée à Alexis fils d'Emmanuel Em- 
pereur de Grèce. En reconnoiflance 
d'un bienfait fi merveilleux, la Reine 
obtint, de fon mari , qu'il bâtit en 
l'honneur de la fainte Vierge l'Egli- 
fe de Barbeaux , autrement dite, faint 
Port fur Seine , où elle voulut être 
enfevelie auprès de lui, travaillant le 
refte de fes jours à lui drefTer un ma- 
gnifique Tombeau , dont la matière 
étoit d'argent maflif \ mais l'ouvrage 
étoit beaucoup plus précieux , &: femé 
de pierreries : Depuis la mort du Roi 
fon mari , le refte de fa vie ne fut 
qu'inquiétude , jufqu*à ce qu'elle lui 
alla tenir compagnie vingt cinq ans 
après, fçavoir, l'an 1205. Elle fut in- 
humée en l'Abbaye de Pontigni en 
Bourgogne , & l'on tient qu'elle fonda 
celle du Jard près de Melun. 




l JL J 



Dâ ij 



X12. 



PHILIPPE II. 

• SURNOMME' AUGUSTE, 
OU LE CONQUERANT, 

R O I X L I. 

Agé de quinze ans. 

Un Prince qui peut être & conquérant & jufte , 
Sans opprimer Ton peuple , amaifer des tréfors , 
Enrichir le dedans , & s'accroître au dehors , 
Peut bien fans fe flatter , prendre le nom d'AuGUSTB. 



PAPES. 






Encore Alexandre III. rj an fous ce 
régne. 

Luce III. élu le 29. Août 1181.S. 4. 
ans 2. mois 18. jours. 

Urbain III. élu le 2$. Novembre 1 i8y. 
S. 1. an , & près de u. mois. 

Grégoire VIII. élu en Octobre 1 187. 
S. un peu moins de deux mois. 

— - ' "T\^ s k vivant de Louis le Jeune les 
t 1 ï .«,« JLx affaires avoient commencé d'être 

Empereurs — ^ , . 

Alexis 11. fils gouvernées ious le nom de Philippe , <x 

fl " ^"V sl ' par les foins, comme je crois, de Philip- 

1" y. âns,&pe d'Alface Comte de Flandre, qui 

encore fede- étoit fon tuteur , fon gouverneur cVr 

fon parrain. Il ne conferva pas cette 

autorité un an entier ; la Reine Se la 

Maifon de Champagne la lui difpu- 

tant, le jeune Roi remit fa perfon- 

ne éc l'adminiflration de fes affaires à 

Robert Clément Seigneur du Mez en 

Gâtinois , que Ion père lui avoit don- 



Clément III. élu le 6. Janvier 1188. 

5. 3. ans 2. mois. 

Celestin III. élu le 12. Avril 1191. S. 

6. ans 9. mois. 

Innocbnt III. élu le 9. Janvier 1198. 
S. 18. ans 6. mois 9. jours. 

Honoré III. élu le 17. Juillet 12x6. S. 
io. ans , 8. mois , dont 7. pendant ce régne. 

ne pour Gouverneur. Il le fit Maré- 
chal . de France pour l'aurorifer da- 
vantage •■, Se ce Seigneur étant mort 
deux ans après, il donna la même auto- 
rité Se la même charge encore à Gilles 
fon frère, puis fucceffivement à Albenc 
Se à Henri , enfans de Robert -, de forte 
qu'elle devint comme héréditaire dans 
cette Maifon , Se donna à leur Terre le 
nom de Mez-le-Maréchal. 

La jaloufie du fouverain commande- 
ment caufa une ligue entre les Grands 
du Royaume , Se plusieurs ravages Se 



1 1S0. 



1 181. 



PHILIPPE II. ROI XLI. ii 

dcfolations. Le Comte de Sancerre , die à la Cour : 8c ce Confeil fe trouva 



ll ° l * qui s'étoit déclaré le premier , eut été plus politique encore que Chrétien , u!)1, 

accablé par les armes du jeune Roi , d'autant que par ce moyen le Roi tira 

s'il n'eut eu recours à fa miféricorde. de bien plus grandes fommes des Juifs, 

Toutes ces brouilleries cefférent lorf- qu'ils ne lui en eulfent donné pour les 

qu'il fut en âge de prendre le timon maintenir. 

lui-même. Il choifit alors pour chef Dès fon avènement à la Couronne, 

de fon Confeil Guillaume de Cham- qui fut en 1180. fon Confeil délirant 

pagne , Archevêque de Sens , fon on- fanctifier fon nouveau régne , fit pu* 

cle, ( c'étoit en n 84. ) lequel fe con- blier un Edit contre ceux qui pro- 

ferva dans ce pofte jufqu'à fa mort. noncent ces horribles blafphêmes qui 

Les routes de piété & de juftice que font compofés du nom 8c des mem- 

le père 8c l'ayeul de Philippe avoient bres du fils de Dieu * ; les condamnant * Cot-im? 

tenues pour fortifier leur autorité , les à payer certaine amende pécuniaire , Têce - bicu > 

avoient fort avancés dans leurs delfeins : s'ils étoient gens de condition; 8c à" 

il fut donc confeillé de les fuivre -, être jettes dans l'eau, s'ils ne l'étoient 

ainfi ayant embralfé la protection des pas. 

Eglifes , il alla réduire à main forte Poufie du même zèle , il fit faire v . 
Ebles, Seigneur de Charenton en Berry, une exacte recherche de tous Ceux qui 
Imbert , Seigneur de Beaujeu en Lyon- étoient aceufés d'héréiie , St en envoya 
nois, 8c Guy Comte de Châlon fur plufieurs au feu. Il fignala encore fa 
Saône qui opprimoient les Eccléfiafti- piété par l'expulfion des Comédiens , 
ques. Jongleurs 8c Farceurs, qu'il chaffa de 
Mais fesMiniftres contrevenant à fes fa Cour comme gens qui ne fervent 
pieufes maximes, lui firent une grande qu'à flater 8c à 'nourrir les voluptés 8C 
querelle avec Guy Archevêque de Sens la fainéantife , à remplir les efprits 
touchant les Juifs. Cet Archevêque fe oifeux de vaines chimères qui les gâ- 
roidifloit à faire obferver le Décret que tent ; 8c à caufer dans les cœurs des 
le Pape Alexandre III. avoir fait con- mouvemens déréglés , que la fageffè 
tr'eux l'année précédente dans le Con- 8c la Religion nous commandent fi fort 
cile de Rome -, par lequel il défendok d'étouffer. Les Princes avoient accou- 
de tenir dorefnavant aucun Chrétien tumé de faire de beaux préfens à ces 
en fervitude. Les Miniftres du Roi au gens-là, 8c de leur donner leurs plus 
contraire, intérelïes fans doute par ces précieux habits : mais lui étant perfua- 
circoncis , qui avoient en ce tems-là dé , comme le dit Rigord fon Hifto- 
le plus clair argent du Royaume, les rien, que donner aux Rijlrions -, cé- 
foutenoient ouvertement, 6c s'oppo- toit facrificr au diable, aima mieux fui- 
foient à l'exécution du Décret. Néan- vre l'exemple du faint 8c charitable 
moins cette caufe étant fort odieufe , Empereur Henri I. qui avoit fair vœu 
il fallut qu'ils les abandon naflent -, 8c de faire vendre les liens, pour en eœ- 
même le Roi les chaffa de fes terres , ployer l'argent à nourrir 8c entretenir 
8c confifqua leurs biens fonds : ( car les pouvres. 

alors ils en poffédoient beaucoup) leur L'an 11S5. il entoura de murailles "~~7 
permettant feulement d'emporter leur le parc du Bois de Vincennes , & le 

argent 8c leurs meubles. Il en ufa ainfi peupla de bêtes fauves que le Roi d'An- 
par l'avis de Frère Bernard , fimple gleterre lui envoya. En divers temps 
Hermite demeurant au Bois de Vi»- il fit fermer 8c remparer de murs 8c 
eennes , mais homme de grand eré- de fofles toutes les villes 8c terres de 



2i4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

-- fon Domaine , ôc enjoignit au Prévôt tereaux , qui défoloient alors cette Pro- — ■ 

11 >' ôc principaux Bourgeois de Paris de vince , il leur donna quelques troupes ll %l> 
paver leurs rues qui étoient toutes plei- pour les réprimer. Avec ce renfort ils 
nés de boue ôc d'ordure. Ce qu'ils combattirent ces voleurs, ôc les atïom- 
exécuterent fuivant fes ordres •, ôc ils nièrent tous , fans pardonner à pas un 
l'eu lient fait avec bien plus de joye , feul : il en fut tué plus de neut mille. 
fi ce n'eut pas été à*leurs dépens. Ils étoient pues qu'Hérétiques 5 ils fe 
L'an 1185. Henri Comte de Cham- mocquoientinfolemmeut de la Religion 
pagne, à caufe de fes magnificences ôc li- ôc de les Minières , appeiloient les Prê- 
béraiités , furnommé le Large , étoit très des Chamerres , les fouftletoient , 
mort dans fa ville de Troyes, au te- les battoient outrageufement , les em- 
tour de fon voyage en Terre-Sainte -, prifonnoient Ôc les rançon noient. Ils 
ôc avoir lai lie deux fils, Henri furnom- rompoient les calices ôc les ciboires, 
mé le Jeune , ôc Thibaud , qui tous jettoient les hoities par terre , ôc don- 
deux fuient lucceilîvement Comtes de noient les coiporaliers,&:les faciès lin- 
Champagne ; Ôc une fille nommée Ma- ges de l'autel à leurs vilaines , qui s'en 
rie , qui à trois ans de là époufa Bau- faifoient des coerfes ôc des guimpes. Je 
douin Comte de Haynaut , depuis trouve que ces canailles s'appeiloient 
Comte de Flandres, ôc Empereur de auffi Paillards , Pakarii , à mon avis, 
Conftantinople. C'elt ce Henri qui cou- parce qu'ils couchoient touspclle-merle 
pa la rivière de Seine à Troyes en plu- ôc fe veautroient fur la paille, 
(îeurs canaux, afin d'y établir diverfes Les Seigneurs particuliers ayant eu de- 
Manufaclui es qui font vivre aujour- puis longtems la licence de Je faire la 
d'hui un très-grand nombre d'ouvriers, guerre après un défi qu'ils s'envoyoient , 
& apportent beaucoup d'utilité à la il s'en enfuivoit des meurtres & desfacca- 
ville & à la Province. Quels monu- gemens continuels. Les Evéques & quel- 
mens font plus dignes d'un Prince ques Seigneurs des plus fages du Roy au- 
Chrétien , ou ceux de la paix , ou ceux me, avoient tâche d'y remédier des l'an 
de la guerre \ 1044. ayant ordonné la T r é v e ou 
Dans la même année 1183. le jeune Paix de D 1 e u , pour les différends des 
Henri Roi d'Angleterre , âgé feulement particuliers durant certains tems de l'an- 
de vingt-huit ans , mourut dans le Châ- née , & certains jours de lafemaine , avec 
leau de Martel en Quercy -, non peut- de tres-rigoureufes peines contre les in- 
être fans quelque punition divine, de fracleurs^jufques-làqu'onpouvoit les tuer 
s'être fouvent , ôc même encore à cette dans les Eglifes, quifervoient a" a files à 
heure-là , révolté contre fon père, qui tous les autres crimes les plus énormes. 
étoit allé en ce pays-là avec une armée Raimond Bercnger, Comte de Barcelon- 
pour le ramener à fon devoir. Aulîi ce ne , lavoit établie dans fes pays l'an 
Empereurs jeune Prince fe voyant proche de fa fin, 1060. Guillaume le Conquérant en An- 
c NI>P <en^ C d° nna de grandes marques d'une vraye gleterre & en Normandie l'an 1 08 O. le 
qui étrangla contrition : il vêtit le cilice, fe fit met- Concile de Clermont l'avoit confirmée l'an 
Alexis, r. 1. tre j a cor d e au co l f &; voulut mourir lof)5- & celui de Rome l'an 11 02. 
tours Fede-" couché fur un lit de cendres. Sa veuve Or comme ces trêves étoient mal ob- 
iue 1. Marguerite de France , fecur du Roi Phi- ferrées , & qu'à loccafwn principalement 
lippe , fut dépuis remariée à Bêla I II. de la guerre qui étoit entre le Roi d Arra- 
du nom, Roi de Flongrie. gon & Raimond Comte de Touloufe ,les 
Les peuples de Berry ayant porté leurs Provinces du Languedoc & de la Guy en- 
plaintes à Philippe, des ravages des Co- ne , étoient miférablement tourmenté? de 



P H I L I P P E I I. R O I X L L 21 5 

— r— " factions , de meurtres & de brigandages: tenir , paifa la Somme avec une grofTe ■ 

IJ ®4* un certain Charpentier nommé Durand , armée , & vint jufqu'à Senlis. Le Roi "H» 

qui paroi ffoit homme (impie , trouva le monta à cheval \ à la nouvelle de fa 

remède à ces calamités , & avec cela le marche le Comte rebrouffa fur fes pas , 

moyen de s'enrichir. Il offrira, que Dieu ik. alla alîïéger Corbie -, mais il en dé- 

lui avoit apparu dans la ville du Puy en campa aufîi tôt pour le même fujet. Le 

Auvergne, lui commandant d'annoncer Roi ne l'ayant pu joindre, alîiégea le 

la paix , & qu'il lui avoit donné pour Château de Bobant \ les deux armées 

preuve de fa mifjîon , certaine image de s'approchèrent pour le charger, & le 

la Vierge qui/ montroit. Tellement que Comte eut la hardiefTe de préfenter la 

fur fa foi, les Prélats , les Seigneurs & bataille au Roi, de de lui envoyer un 

les Gentilshommes s étant afjemblés au défi. Quelques entremetteurs arrête- 

Puy , le jour de la fête de V Affomption , rent leur împétuofité , & firent la paix ; 

convinrent tous entreux , par ferment le Comte relâcha tout le Vermandois , 

fur les faints Evangiles , de mettre bas à la réferve de Peronne & de S. Quen- 

toutes animojitès , & d'oublier toutes in- tin : toutefois on lui en lailïà la jouif- 

J lires, & firent une fainte Ligue pour ré- fanée fa vie durante 

concilier les efprits , & pour entretenir la A cet accommodement, le Roi ap- ' * 

paix, qu'ils nommèrent la Vai-X-VeDizii. pelia tous les Evêques , Abbés, Corn- *" 

Ceux qui en étoient , portoient fur leur tus ÔC Barons qui fervoient en fon ar- is^ac^'an- 

poitrine l'efampe de cette image de No- mée , avec leurs arnere-Vailaux ; tel cer. io. ans,- 

tre-Dame en plomb ,& fur leur tête des étoit alors le droit des François. Du-: 5 e tou i°« rs 

capuchons de linge blanc que ce Charpen- rant cette guerre la Reine fe retira d'au- 

tier leurvendoit. Cette invention eut tant près du Roi , qui ne la traitoit pas bien s 

de pouvoir fur les efprits , qu'un homme peut-être parce qu'il la voyoit trop por- 

avec ces marques-la étoit non-feulement tee pour les intérêts de fon oncle ; mais 

en fureté, mais auffi en vénération parmi dans cette féparation, elle fe gouverna 

fes plus mortels ennemis. Mais comme les avec tant de lagelïe ôc de patience , qu'il 

plus grands abus viennent des plus falu- la rappella , quoique d'abord il eût ré- 

taires établiffemens , il arriva que les pay- folu de la répudier, fous prétexte de 

fans fe trouvant forts par l'union que ces parenté, & que tous les Èvêques de 

chaperons faifoient entreux , commence- Cour y donnaiïent leur confentement,- 

rent à s'attrouper &à menacer la Noblef- à la rélérve de celui de Senlis , qui eue 

fe , qui en effet étoit la caufe de tous leurs plus de conicience ôc d'honneur que 

maux : de forte que quelques Seigneurs de complaifance. 

fe mirent à leur courir fus ; entr autres La paix faite avec le Comte deFlan- 

lEvêque d'Auxerre qui en ayant maffa- dres , Baudouin Comte de Haynauc 

crè un grand nombre , chafja tous Us au- fon héritier , époufa Marie de Cham- 

tres de deffus fes terres. pagne , tante du Roi : les noces en fu- 

Soit que les Princes de Champagne , rent célébrées à Château-Thierri. 
frères de la Reine -mère , eulTent gagné Un peu après le Patriarche de Jéru- 
le deffus à la Cour , & mis mal le Com- falem , & le Prieur de l'Hôpital de faint 
te de Flandres auprès du Roi, foit pour Jean , députés de la part des Chrétiens 
quelqu'autte fujet , le Roi le fomma de de la Terre-Sainte , apportèrent ies 
lui rendre le Vermandois , que Louis clefs de la Sainte Cité au Roi Philippe, 
VIL ne lui avoit donné , à ce qu'il pré- implorant fon fecours, & lui repréfen- 
tendoit , que pour un certain tems. Le tant l'extrême danger où elle étoit ré- 
Comte très-puiiîant s'y voulut main- duite. Il les avoit portées trois ans au- 



ne» 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



paravant avec la même fupplication au Gefroy Duc de Bretagne & frère de — ~ — 
{ l ^5« Roi Henri d'Angleterre , qui étoit na- ce Henri d'Angleterre , qui étoit mort IlS ". 
turel héritier de ce Royaume-là , com- il y avoit deux ans , étant venu à Paris 
me fils de Gefroy Plante-Geneit , qui pour voir le Roi qui le chériffoit ten- 
l'ctoit du Roi Foulques ; mais ce Prin- drement , mourut de maladie à Chaîn- 
ée étant alors en guerre avec fes enfans, peaux. Il fut inhumé dans Notre-Dame 
ne s'étoit pas mis en peine de leur don- de Paris. Champeaux eft le lieu où l'on 
ner le fecours qu'ils demandoient. Le a depuis bâti l'Eglife &c le cimetière de 
Roi Philippe ne fit pas de même -, car S. Innocent. De fa femme Confiance > 
ayant tenu une grande afTemblée de Pré- fille &c héritière de Conan Duc de Bre- 
lats &c de Seigneurs à Paris , il leur en- tagne, il avoit une fille nommée Alie- • 
joignit de prêcher la Croifade , & de la nor , &c un fils unique âgé feulement 
publier par tout : cv cependant il en- de trois mois. Les Bretons lui donne- 
voya à la Terre-Sainte un fecours con- rent le nom d'Anus, en mémoire de 
fidérable de cavalerie de d'infanterie à ce fameux Roi que les Romans font au- 
fes dépens. teur des Chevaliers de la table ronde , 
La même année les plaintes du Cler- &c de tant de hauts faits d'armes. Il de- 
gé de Bourgogne, que le Duc Hugues meura fous la tutelle de fa mère, &c 
avoit pillé, 8c celles du Seigneur de fous la protection du Roi , malgré tous 
Vergy, dont ce Prince afîiégeoit le Châ- les efforts du vieux Henri, ck de Ri- 
teau , l'obligèrent à marcher de ce cô- chard fon fils , qui firent plufieurs en- 
té-là , de d'afliéger Châtillon fur Seine, treprifes pour fe faiiir de fa perfonne , 
le plus fort boulevart de ce rebelle. Le- afin de s'emparer de la Bretagne. Conf- 
quel voyant que fa place avoit été pri- tance veuve de Gefrov époula depuis , 
fe d'aiïaut , vint humblement fe jetter Guy Seigneur de Thouars. 
à fes pieds, & fe foumettre à fes com- La mémoire de Gefroy efi encore au- 
mandemens , promettant de payer jourd'huifort célèbre che^ les Bretons , à 
30000. liv. de réparation au Clergé, caufe de cette Loi qu'il fit dans fon Par- 
& donnant quatre Châteaux en nantif- lement ou Etats Généraux , & qu'on 
fement , qui pourtant lui furent rendus nomme l'Assise du Comte Gefroi : 
à quelque tems de-là \ fans doute par- par laquelle il fut ordonné que dans les 
ce qu'on eut befoin de lui. maifons des Barons & des Chevaliers , 
Tt Je trouve qu environ ce tems , un Gi- les partages ne fe feroient plus également 
rard de Poifjy qui manioit les Finances , comme ils fe faif oient auparavant ; mais 
y remit de fon propre fonds once mille que l'aîné recueilleroit toute la fucccffion> 
marcs d'argent. Il efi à croire qu'il Us & en feroit telle part à fes puînés qu'il 
avoit gagnés avec le iloi , mais quoi qu'il aviferoitavec les autres parens. Cette por- 
en fait , on peut dire que cet exemple fera don a été depuis réglée au tiers pour tous 
toujours unique , & qu'on ne verra ja- les puînés , à viage pour les mâles , & 
mais de Financier qui le veuille imiter , en héritage pour les filles. Avec le tems 
quelque chofe quon faffe , ces gens-là les autres Gentilshommes , pour ne pas 
iront plutôt (a) à la mort , que de venir céder aux Barons , voulurent y être com- 
à reftitution. Ainjl il fera toujours plus pris. 

sûr & plus aifé de les empêcher de pren- Sur la fin de l'an 1 186. la guerre fe 

dre , que de les obliger de rendre. ralluma entre le Roi Philippe & Henri 

[a) Dans ! é licion Je 1668. il y avoir au ybet 

d'Angleterre , 



PHILIPPE II, ROI XLI. 117 

■ d'Angleterre, pour deux fujets. L'an defcendoit en ligne mafculine de Chii- ' „_"" 

7' étoic que Richard refufoic de rendre debrand frère de Charles Marrel : ou 
hommage au Roi de fa Comté de Poi- bien ils croyoient que la Noblelle du 
tou , fe tondant peut-être fur ce qu'elle Sang Carlien venoit de la branche &c 
relevoit immédiatement de la Duché de la perfonne de Charlemagne , non 
d'Aquitaine ; l'autre , que Henri dirfé- pas de celle de fes collatéraux, 
roit de reftituer G i fors 6c autres places Ces réjouhTances furent interrom- 
du Vexin que Louis VII. avoit don- pues parles mauvaifes nouvelles qui fu- 
nées en dota Marguerite qui n'avoit rent apportées du Levant fur ia fin d'Qc- 
point d'enrans du jeune Henri. Philip- tobre. Baudouin furnommé le Ladre, 
pe fins s'arrêter aux négociations dont parce qu'en effet il l'école , ayant iuccé- 
il penfoit l'amufer , l'attaqua du côté dé à fon père Amaulry dans le Royaume 
du Berry,prit d'abord IlIoutlun,& après de Jérufalem , ne vécut que peu d'an- 
alîiégea Château-Raoul. L'Angiois &c nées ,& le laiiTa à Baudouin V. qui étoic 
fon fils vinrent au fecours , 8c envoyé- fils de fa fœur Sibylle & de Guy de Lu- 
rent demander bataille. Philippe jeune zignan. Ce Guy, comme tuteur de fon 
&c brave accepta le défi : mais les deux fils , ayant pris le gouvernement du 
armées étant rangées, le cœur manqua Royaume , Se Raimond Comte deTri- 
à Henri , il fit parler d'accommodé- poly le difputanc , leurs brouilleries 
ment , promit fatisfa&ion à Philippe , achevèrent de ruiner les affaires des 
& lui laifla Ilfoudun pour les frais de Chrétiens en ces pays-là - t car ia rage de 
la guerre. Raimond fut fi turieufe , qu'il porta Sa- 

Le croifiéme de Septembre, Louis ladin à rompre la trêve, 8c à tourner 

premier né du Roi Philippe vint au fes forces contre les Chrétiens de Syrie, 

monde. La ville de Paris en témoigna Saladin étoit Roi de Syrie & dEgyp- 

tant de réjouilîance , que ds toute une te , fon mérite fécondé par la fortune , 

femaine, elle ne fit qu'un jour conti- l avoit de bas lieu élevé à cette haute puif- 

nuel de fèce , chailant les ténèbres de lance. Apres qu'il eut remporté plufîeurs 

îa nuit par la lumière d'une infinité de victoires fur les Chrétiens , une entrau- 

fiambeaux de cire. très ou il prit Guy de Lufignan , Roi 

Un Poëte a écrit que la Reine fa me- de Jérufalem , & la vraye Croix , que 

re , grofïe de quatre ou cinq mois , étant lEvêque dAcre portoit à la tête des trou- 

allée à Notre-Dame rendre grâces à pes ; il leur arracha les villes a" Acre , de 

Dieu , de ce qu'elle avoit fenti remuer Barut , Sayde, & enfin la fainte Cité. 

fon enfant dans fes flancs , on y vit qua- Elle fe rendit après quinze jours dejîége, 

tre lampes s'allumer d'elles-mêmes , le deuxième d'Octobre ii8j. & enfuite 

comme pour marquer la future fplen- soute la Terre-Sainte , à la réferve de 

deur de l'enfant qu'elle portoit dans Tyr , Tripoly , Antioche, & quelques 

.fon ventre: mais pourtant fa lumière places fortes. 

fut éteinte dès la quatrième année de A infi finit le Royaume de Jérufalem, 

fon ré a ne. n ayant duré que 88' ans. Comme il 

L'Hiftoire remarque que la nailîance avoit été conquis par le %èle & la vertu 

de ce Prince fut un grand & extraordi- des Chrétiens , il leur fut Ôtépar tinjufle 

naire fujet de joye aux François, à eau- jugement de Dieu,, lorfaue leurs péchés 

fe qu'il defcendoit par femmes du fang furent devenus plus énormes que ceux des 

de Charlemagne, le plus noble qui ait Mahomctans. Le titre de ce Royaume , 

jamais été au monde. Ils ne feavoient après avoir pajjé ambitieujement par di- 

.pas en ce tems-là , que Hugues Cape.î v.erfes maifons de f rinces ? fait partie au- 

Tome Ile ke 



ii8 ABREGE CHRONOLOGI QU E 

*- jourdhui des titres du Roi Catholique. k Comte Ton beau-frere , Se faire <ii ver- 

1 187. ^ cette funeite nouvelle , qui arriva fïon , fe jetta dans le Berry, enleva ton- 1 1 $$. 

fur la fin de cette année 1 1 87. tous les tes les places que l'Anglois y polfédoit , 

fidèles jetterent les hauts cris : il n'y eut donna la chaire au vieil Henri qui y 

jamais de douleur lï grande ni iï uni- étoit venu avec une armée , Se le pour- 

verfelle que celle-là. Le Pape Urbain fuivit jufqu aux frontières de Nor- 

III. en mourut de douleur. Les Rois mandie. 

Philippe Se Henri en étant fenfiblement Ils eurent là quelques rencontres, 

touchés , s'abouchèrent entre Gilors Se l'une près de Giibrs d'où Henri fut 

Trie,& réfolurent de prendre ia Croix, chafle : l'autre auprès de Mantes qu'il 

pour recirer les laines lieux d'entre les vouloit alîiéger avec une nombreule ar- 

mains des Infidèles. Grand nombre de mée , mais le brave Desbarres l'Achille 

Prélats Se de Seigneurs fuivirent leur de ce tems-là le repoufla. vigoureufe- 

exemple. ment. Les autres François Se les An- 

En mémoire de cette entrevue ils glois ne font pas d'accord des fuccès 

drefterent une Croix dans le champ où de ces guerres : les premiers donnent 

ils s'étoient croifés , Se le promirent mu- toujours l'avantage à leur Roi , les au- 

tuellement de laitier tous leurs difté- rres toujours à leur Richard. Ces Prin- 

rends en tel état qu'ils étoient, jufqu'a- ces étoient tous deux li braves, qu'ils 

près le retour de cette iainte expédi- pouvoient vaincre par tout où ils ne fe 

tion. Cependant ils rirent tous deux rencontroient pas tète peur tète, 
des exactions intolérables fur leurs peu* L'hyver donna trêves à leurs armes. o "" 

pies pour fubvenir aux frais de ce voya- Cependant Richard qui avoit vaillam- 

ge d'Outremer. Entr'autres Philippe ment combattu pour Ion père , en Ber- 

ayant alfembié un grand Parlement à ry Se en Normandie, fe brouilla avec 

Paris , au mois de Mars de l'année 1 188. lui, & fe jetta entre les bras de Philip- 

il y fit réfoudre par les Evèques Se les pe. Son mécontentement procédoit de 

Barons, qu'on prendroit la dixième par- ce que le père différoit de lui délivrer 

rie de tous les biens meubles & immeu- Alix de France fa fiancée, & la terroit 

blés de toutes perfonnes , tant Ecclé- étroitement enfermée dans un Château, 

fiaftiques que Laïques ; excepté feule- Quelques-uns ont cru que ce vieillard 

ment des Leproferies , des Moines de avoit d'autres yeux pour elle, qu'il n'eût 

Citeaux , des Chartreux 8c de Fonte- dû en avoir pour la femme de fon fils ; 

vrault. On nomma cet impôt la Dinie Se d'ailleurs en achevant le mariage, il 

SaLadine (a), eût été obligé, fuivant les articles du 

Alors qu'on fe préparoit avec un zele contrat, de faire couronner fon fils, 

incroyable pour cette expédition , le Se de lui donner le titre de Roi. 
Prince Richard, pour je ne fçai quelle Le Moine Rigord Phyjïcien * de Phi- * Cci ' x 

petite injure reçue d'Alfonle Comte de lippe , raconte dans fHiftoire de ce Roi; C1 "'*"-' 

Touloufe , renouvella la vieille préten- que lui étant à Argemeuil , comme la 

tion de fa mère Alienor fur cette Coin- Lune étoit en fon plein & la nuit fort 

ré, Se s'efforça de l'envahir par les ar- claire , peu avant le point du jour , U 

mes. Aullî-tôt Philippe pour dégager Prieur de ce Monaftere & plufieurs Rc- 

(a) L'.-ui i»8S. les nouvelle"; émut venues que Sdi.i • cefliré, pren Jroit la dixième partie des revenus de cette 

«lin s'éroit emparé de la Terre Sainte , Philippe Au^uite annét-Li : c'efl ce qu'on appelle Dîmes Saladincs. Traité 

aîïembla un Concile ou Parlement à Paris, où il fut ré- de l'autorité des Rois , pr,r M. Rolland lé Vayer dcBou- 

folu une Croifadc ; 3c que le Roi à caufe de l'niilaïuç ne- Mgny , publié fous le uoin de M. Talon , pag. p 3. 



PHILIPPE II. ROI XL I. 219 

' ligieux virent cet Ajlre fe détacher du tuanc Gifors &c tout le Vexin pour la 

1 1 09. Ciel, & defeendre en un moment à terre : dot de fa femme Alix. J 

oïi s y étant arrêté quelque tems comme Les deux Princes ainfi unis d'une ami- 
pour reprendre force , il remonta tout tié qui paroiiïoit toute cordiale , 8c fi 
doucement &fe remit enfon lieu. forte , qu'on eut dit que rien n'etoit 

La guerre fe continuoit vivement capable de la rompre , fe difpoferent 
entre les deux Rois , &: l'Anglois avoir pour l'expédition de la Terre-Sainte --, 
les propres fils contre lui. Au printems & donnèrent le rendez-vous à leurs gens 
fuivant Philippe fe mettant en campa- de guerre à Vezeiay. La mort de la Rei- 
gne , conqueita tout le pays du Maine ne Ifabelle } qui étoit arrivée au mois- 
ir la ville du Mans, la Touraine tk de Mars, ne retarda point la réfolution 
la ville de Tours , dont les ponts étant de Philippe. Il alla , félon la pieufe cou- 
rompus , il trouva lui-même , comme tume de nos Rois , rendre les devoirs 
par miracle , un gué dans la Loire , aux ChâiTes de Saint Denis ôc de fes 
qu'il montra à fon armée. Compagnons Martyrs 5 il prit deux 

Au même tems Jean furnommé fan« étendarts fur l'autel 5c reçut dévote- 
Terre , troifiéme fils de Henri , prit ment le bourdon ôc la malette de la 
aufîl les armes contre fon père. Cet in- main de Guillaume Archevêque de 
fortuné vieillard ne fçachant plus de Reims 9 fon oncle , .& Légat du Saint 
quel côté fe tourner , partit de Chinon Siège en France. Ce fut le jour de la 
êc s'avança vers le Roi Philippe pour Saint Jean-Baptifte nço. 
lui demander humblement la paix. Phi- Les deux Rois s'etant rendus à Veze- 
lippe la lui accorda facilement Se récon- lay , ôc ayant conféré de leurs affaires 
cilia Richard avec lui , à condition communes , en partirent vers le 6. de 
q«e l'un des deux l'accompagneroit à la Juillet , & allèrent s'embarquer , Ri- 
Terre-Sainte. Mais il ne put raccom- chard à Marfeille , fk Philippe à Gen- 
moder Jean fans Terre , ou peut-être il nés. Tous deux abordèrent en Sicile , 
ne le voulut pas , afin de laiûer toujours Richard le dernier -, mais Philippe moins 
un levain de difeorde dans cette mai- heureufement que lui , parce qu'une 
fon -là. tempête le força de jetter une partie de 

Henri aufll malheureux en guerre fes chevaux ôc de fon équipage en la 
qu'il l'étoit en enfans , accablé de hon- mer. 

te ôc de chagrin , ôc leur ayant donné Avant que partir , Philippe avec le 
fa malédiction, fans que les Evêques congé* & l'agrément de tous fes Barons, * Ac fP ri *'- 
pulient [obliger a la révoquer , mou- donna la tutelle de ion fais ce la garde n ji, us Barcni- 
rut trois jours après qu'il fut de retour du Royaume à la Reiae fa mère Alix de bus. 
à Chinon. On inhuma fon corps dans Champagne , & à Guillaume Cardinal 
i'Eglife de l'Abbaye de Fontevrault qu'il Archevêque de Reims , frère de cette 
avoit fondée-, pas un de fes enfans PrincelTe. Mais de peur qu'ils n'en abu- 
n'ayant pris le foin de lui aller rendre falïènt , il lailla un ordre autentique par 
Iqs derniers devoirs. écrit , ligné des grands Officiers de la 

Richard fen fils aîné lui fuccéda , 6c Couronne , qui bornoit leur puifTance 
fut couronné à Londres avec la céré- &c leur preferivoit leur leçon en beau- 
monie que décrit Mathieu Paris. Alors coup de chofes. Entr 'autres 9 il vouloir 
Philippe fon beau-frere lui rendit gé- qu'ils donnalïènt les Bénéfices vacans 
néreufement tout ce qu'il avoit conquis en régale par le ccofeil cle frère Bèr- 
fur le père, horfmis Illoudun &: les fiefs nard , ce dévot Hermire qui avoit fa 
ciu'il polfédoit en Auvergne , lui confti- cellule au bois de Vincennes , & que 

Le ij 



1 191 



zio ABREGE CHRONOLOGIQUE 

" ' durant fon abfence il ne fur point levé veuve époufa Philippe qui croit con- 

ll 9°* de tailles par les Seigneurs fur leurs current d'Othon IV. à l'Empire. 119°' 
terres , ni même en cas qu'il vint à Ce fut donc Tancrede qui reçut les 
mourir , parles Régens pendant la mi- deux Rois à Àieiline , où ils arrivèrent 
norité de fon fils. au mois d'Août. Ils y féjoumerent plus 
Il ordonna aulli aux Echevins de Pa- de iix mois. Pendant ce tems-là, Ri- 
ris , qu'ils enflent foin de le fermer de chaid eut un grand démêlé avec Tan- 
murailles qui fullent flanquées de tours, crede , pour les pactions dotales de fa 
Il n'y fut point fait de foliés pour lors y fœur Jeanne , veuve du Roi Guillau- 
la clôture du côté droit de la rivière a me , que cet ufurpateur vouloir rete- 
été fouvent aggrandie ëc changée. Les nir. Il penfa fouvent en venir aux mains 
Bourgeois des autres Villes à leur exem- avec lui , &c fut fur le point de don- 
pie , fe piquerenr auiE d'enceindre les. ner l'alfàut à la ville de Mefline. Tou- 
leurs & de les remparer. tefois la médiation de Philippe obli- 
Roger Roi des deux Siciles avoit été gea Tancrede à lui payer 60000, onces 
marié trois fois. De fa première femme d'or, dont il en eut un tiers pour la 
il avoit eu un fils nommé Guillaume , peine. Après cela Richard palîant d'une 
fûrnommé le Mauvais , &. de fa troi- extrémité à l'autre, fans qu'on en fçut 
fiéme une fille qu'on appeila Conftan- le fujcr, prit autant d'amitié pour ce 
ce. Guillaume régna j 6c fon fils de bâtard qu'il avoit eu de coleie con- 
même nom , mais de lurnom tout con- tre lui. 

traire , car on l'appella le Bon , tint le Or Tancrede , foit qu'il fut vrai , " 

feeptre après lui. Confiance étant âgée foit que ce fut un diabolique artifice , 

de trenre ans, 6c non point Religieufe, montra des lettres à Richard , qu'il. 

Empereurs comme quelques-uns ont voulu dire, difoit lui avoir été écrites par Philip- 

encorc isaac époufa le Prince Henri, fils de l'Empe- pe , dans lefquelies ce Roi lui oftroit 
H^KiaVi. reur Federic I. Cependant il advint que toutes fes forces pour attaquer Ri- 
fils de Federic Federic qui s'étoit croifé l'année d'au- ehard , <k l'enlever durant la nuit , s'il. 
f . \ 8 fi 31 de P aravant > & étok paffé en Afie , fe noya vouloit en même tems le féconder avec, 
le dixième de Juin en fe baignant dans fes troupes. Richard crut ces lettre? 
la petite rivière de Cydne , entre An- véritables-, il en fit grand bruit , & en 
tioche 6c Nicée , comme il conduifoit vint aux plaintes 6c aux menaces. Ainii 
un puiflant fecours en la Terre-Sainte, tous les. deux Rois en demeurèrent 
&c qu'il avoit déjà remporté de notables extrêmement ulcérés l'un contre l'au- 
avantages fur les Turcs. Guillaume le tre*, Richard de l'attentat projette fui- 
Bon avoit aulli achevé (qs jours fur la fa vie : Philippe du reproche fait à 
fin de l'année précédente. La couronne fon honneur. 

de Sicile appartenoit fans doute àConf- On ne pouvait attendre que de mau- 
rance fa fœur de père > mais tandis que vais évenemens de cette mauvaife dif- 
Henri s'occupoit à gagner l'efprit du pofition. Sur la fin de l'hyver Richard. 
pe , qui ne vouloit pas qu'il fuccédât fit fçavoir à Philippe , qu'il ne pouvoir 
à l'Empire , Tancrede fils bâtard du époufer fa fœur pour certaines raifons 
Roi Roger, ayant fait fa brigue s'em- fécretes , lefquelies il ne vouloit point 
para du Royaume & y aflocia fon fils dire , ( c'étoit peut-être parce que le 
nommé Roger comme fon ayeul. Ce vieil Henri fon père L'avait trop gar- 
Ijune Prince avoit époufé Irène fille dée.J Et il lui déclara néanmoins avec 
d'Ifaac Empereur de Conflantinople *, les paroles les plus douces 6c les plus, 
ais il mourut avant fon père , èc fa refpeclueufes qu'il put trouver 3 qu'il 



PHILIPPE II. ROI XLI. 



m 



1191, 



avoit fiancé Berengelle fille de Garcias 
Roi de Navarre , &: que fa mère Alie- 
nor la lui devoir amener jufques-là 
pour accomplir le mariage. 

Philippe , quoique fort furpris , ne 
s'emporta point , mais reprimant fi- 
gement fa colère , lui laillà la liberté 
de ne point époufer fa iœur , pour- 
vu qu'il lui rendit les terres qu'il lui 
avoit données en dot, Se qu'il par- 
tît avec lui au premier beau-tems pour 
achever le voyage de la Terre-fainte. 
De fa part il lui accorda des trêves 
pour {qs Etats , durant tout le tems 
qu'il feroit occupé en cette guerre. 
Richard accepta volontiers la trêve , 
mais il refufa de partir fi-tôt , Se de- 
meura encore quelques femaines en Si- 
cile pour affilier le Roi Tancrede qui 
étoit attaqué de tous côtés. En effet 
il le maintint , Se par ce moyen il 
acquit l'inimitié de Henri fiLs de Fe- 
deric. Voilà les principales caufes qui 
changèrent la mutuelle affection de ces 
jeunes Rois en une cruelle inimitié. 

Jacques d'Avefnes avec quelques 
troupes Flamandes Se les reftesde l'Em- 
pereur Federic , avoit déjà inverti la 
ville d'Acre , ( elle s'appelloit autre- 
fois Ptolemaïde , ) très confidérable 
pour fon port , Se pour fes fortes mu- 
railles. Le Roi Philippe partit de Mef- 
fine à la fin de Mars, Se le jour de 
fon départ Alienor y arriva avec Be- 
rengeile de Navarre. Après vingt jours 
de navigation , il mit pied à terre pro- 
che d'Acre. Ayant pris fes quartiers au- 
tour de la ville , il drefïa fes batte- 
ries , Se enfin il y fit une grande brèche. 

Cependant Richard ayant mis la voi- 
le au vent quinze jours après lui , fur 
pou(Té par la tempête aux côtes de l'Ifle 
de Chypre. Elle étoit alors poffédée 
par un Prince Grec nommé Ifaac Com- 
nene, qui ayant maltraité & pillé les 
gens battus de la mer, au lieu qu'il 
eut du les foulager, attira fa jufte co^ 
1ère : de forte qu'il s'empara de ce 



Royaume , Se en amena une immen- 

fe quantité de riche butin avec cet 1I 9 1, 
Ifaac Se fa femme, les ayant fait lier 
tous deux avec des chaînes d'or. 

Il n'arriva devant Acre que deux 
mois après Philippe -, Se bien loin d'en 
avancer la prife, il la recula par la con- 
tinuelle mélintelligence qui fe nour- 
riffoit entr'eux. Le fiége dura en tout 
cinq mois , Se fit périr grand nom- 
bre de Princes Se de braves gens. 

Enfin la Ville fe rendit à compo- 
fîtion, qui portoit que les afliégés fe- 
roient enforte que Saladin rendroit 
les prifonniers Chrétiens qu'il tenoit^ 
Se la vraye Croix qu'il avoit prife dans 
un combat : Que leurs membres Se leurs 
vies en feroient caution Se demeure- 
roient à la merci des vainqueurs. Ils 
furent donc partagés avec toutes les 
dépouilles entre les deux Rois ; mais" 
comme Saladin ne voulut point exéciv 
ter la première des deux conditions, 
Se que la féconde ne fut pas en fon 
pouvoir, parce que la vraye Croix ne 
fe trouva point, Richard trop prompt 
Se trop colère , fit paffer au fil de 
l'épée fept mille prifonniers qu'il te- 
noitj Se n'en réferva que deux à trois 
cens des principaux. 

En ce fiége il fut tué grand nombre 
de Chrétiens qualifiés, Rotrou Comte 
du Perche , Thibaud Comte de Blois, 
Grand - Sénéchal Se oncle du Roi, 
Etienne Comte de Sancerre fon frère 5 
&: Alberic Clément Seigneur du Mez 
Se Maréchal de France , fils d'un au- 
tre Clément qui avoit exercé la mê- 
me Charge. 

Les Rois de France en ce tems -là n'en 
avoient quun, & ces Cléments furent 
les premiers qui élevèrent cet emploi par 
leur faveur , & qui rétendirent fur les 
gens de guerre, au lieu qu avant eux il 
n avoit égard que fur les gens de. l'Ecu*- 
rie du Roi. 

Les maladies contagieufes y empor- 
tèrent encore plus de monde que les» 



222 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



bleflTures. Philippe d'Alface Comte de la force ordinaire des hommes. Com- 
iy l }? 1 ' Flandres y finit les jours dès le mois me il étoit allé vers Emaiis pour fe 
&fuiv. ^ Q Juin. Il n'avoit point d'enfans, mais faifir de quelques Châteaux, il eut 
feulement une fœur qu'il avoit ma- avis d'un grand convoi qui venoit de 
rice à Baudouin Comte de Hainault, Babilone en Jerufalem; il y avoit fept 
dont étoit forti un fils de même nom mille chameaux chargés de très - n- 
que fon père , 8c une fille nommée ches marchandifes , 8c de toutes fortes 
Ilabelle , qui époufa le Roi Philippe de vivres : il alla l'attendre fur le paiîà- 
comme nous l'avons vu. ge, défit ceux qui le conduifoient , 8c 
Le Roi Philippe fut aufll attaqué le prit tout entier. Après ce bel exploit, 
d'une longue maladie qui lui fit tom- il partagea tout ce riche butin à fes 
ber les ongles 8c les cheveux, à caufe troupes , mais il garda les vivres 8c „ 
de quoi plulieurs foupçonnerent qu'elle les montures afin d'alîiéger Jerufalem. 
provenoit de quelque mauvais mor- La confternation y étoit fi grande , 
ceau. Réduit à un (i piteux état , il que s'il eut paru aux portes , elle fe 
réfolut de retourner en France pren- fut rendue à la première fommation. 
dre l'air natal : mais pour guérir le II en approcha à demi-journée; mais 
foupeon que Richard pouvoit avoir de le Duc de Bourgogne foit par jalou- 
fon départ, il lui jura qu'il ne touche- fie, foit que les préfens du Sultan l'euf- 
roit point à (es terres que quarante fent gagné , refufa de l'ailïfter , 8c fe 
jours après qu'il le fçauroit de retour retira vers Acre. Richard ayant la lar- 
en France. me à l'œil fut obligé de l'y fuivre. 
Il lui lai fia aufli près de fix cens Che- On dit que quelqu'un lui voulant mon- 
valiers 8c dix mille hommes de pied , trer la Sainte-Cité de delïlis une émi- 
fous la conduite de Hugues III. Duc nence, il mit un pan de fa cotte d'aiv 
de Bourgogne, avec un fonds pour en- mes devant fes yeux, fe jugeant in- 
tretenir ces troupes trois ans. Après digne de la regarder, puifqu'il n'avok 
cela, ayant pris congé de fes Seigneurs, pas le pouvoir de la délivrer. 
il monta fur mer, conduit feulement Une autrefois étant campé près d'A- 
par trois galères que les Génois lui four- cre , il reçut nouvelle que les infidé- 
nirent , 8c alla aborder en la Pouille. les avoient aflîégé Joppé, où il avoit 
Lorfqu'il y eut recouvré un peu de fan- laide un grand nombre de femmes 8c 
té, il fe mit en chemin avec un pe- de malades avec une médiocre garni- 
tit nombre de gens , 3c defeendit au fon. Comme il fçavoit bien qu'ils la 
port d'Oftie. Il vilîca les fépulchres des forceroient dans peu de jours, cV qu'ils 
Apôtres à Rome, 8c après avoir reçu palFeroient tout au fil de l'épée , il em- 
la bénédiction du faint Père , il tra- ploya toutes fortes de moyens pour fe 
verfa toute l'Italie, 8c arriva en Fran- reconcilier avec le Duc de Bourgogne, 
ce au commencement du mois de Dé- 8c pour l'engager à fe joindre avec lui , 
.* \vv.-,ir»-cembre. Il célébra les fêtes de Noël à * afin de fecourir la place. Le Duc , bien 
: ; >'"2i-Fontaine-Eblaud, &: de-là vint palier loin de fe lailler fléchir à fes prières 
le refte de l'hiver dans fa chère ville décampa la nuit , 8c fe retira dans la 
de Paris. ville de Tyr : mais il n'y fut pas û- 
Aprcs fon départ toutes les troupes tôt arrivé , qu'il mourut mifcrable- 
fe rangèrent fous le commandement ment ,1'cfprit troublé, 8c le cœur bour- 
de Richard. Ce Prince fit tant d'ac- relé de cruels remords. Son fils Eu- 
ttons d'une prodigieufe valeur qu'el- des III. lui fuccéda en fa Duché, 
les furpalïent la croyance aulli-bien que Cependant Richard , qui le pour- 



. 



PHILIPPE II. ROI XL I. 223 

•roit croire? Avec fept hommes d'ar- dres, & s'ctendoient jufques au Neuf- 



1192.. nies feulement, ôc quatre ceas Arba- Foilé. Voilà le premier levain des haï- n? 2 " 

lellriers , perçant au travers d'une ar- nés mortelles Se des guerres opiniâ- 

mée de ibixante mille hommes , Te jet- très d'entre les Flamands «Se les Fran- 

ta dans la place , foutint les aiîauts de cois. 

cette innombrable multitude , en tua Richard ayant féjoumé près de deux 

un nombre prodigieux , &c garda la mois à Joppé , lieu fort étroit & de 

place jufqu'à ce que le refte de fon mauvais air, la pefte le mit dans fes 

armée fut arrivé pour la délivrer en- troupes-, d'ailleurs celles des François, 

fièrement. En un mot il eut conquis après la mort du Duc , vouloient s'en 

la Sainte-Cité, fi la maligne jaloufie retourner, & il étoit épuifé d'argent, 

de Hugues Duc de Bourgogne n'eut avec cela, il étoit dans une défiance 

Yas arrêté fes progrès. continuelle qu'en fon abfence Philippe 

Auffisétoit-ilmis dans la tête le deffein ne s'emparât de fes terres, un faint 

de le former un grand Royame en ce Hermite lui avoit dit que Dieu ne vou- 

pays-là ; Et afin que perfonne ne pût loit pas qu'il reconquit Jérufalem, 8c 

lui difputer le titre de Roi de Jerufa- l'état de la fanté fe trouvoit fort mau- 

lem , il Cacheta de Guy de Lujignan , vais , ayant été malade deux ou trois 

lui donnant en échange pour cela LE fois depuis fon féjour en ce pays-là. 

Royaume de Chypre , que la Mai- Toutes ces raifons ne lai permirent pas 

fon de Luflgnan a confervé jufquà l'an de refter plus long-tems en Orient : 

Ij.yj. comme nous le marquerons en lorfqu'on y penfoit le moins, il lui 

fon lieu. prit une telle impatience de s'en re- 

On trouve ajfei ordinairement dans les venir, qu'il facrifia à CQt empreilement 

Hijloires , qu'il a paru des Météores en tous les fruits de fa valeur héroïque j 

l'air, repréj 'entant des batailles , quifem- car moyennant une trêve de trois ans, 

bloient fe lancer des traits , & venir à il rendit à Saladin toutes les places qui 

la charge : mais cette année, chofe fin- avoient été prifes ou fortifiées en cette 

guliére, on en vit qui defeendoient à ter- dernière expédition. 
re près de la ville de Nogent au Perche 5 Après que Richard eut laide ce qui 

& qui fe battoieni dans la campagne au lui reftoit de troupes , & ce que les 

grand effroi de tous les gens du pays. Chrétiens Occidentaux avoient encore 

Philippe étant de retour en Fran- de places en Syrie , avec le titre de 



ce, fe fouvint fort bien que Philippe Roi, à Henri Comte de Champagne 
d'Alface , Comte de Flandre, avoit fon neveu , il s embarqua le 10. d'Oc- 
promis , en lui faifant époufer la Rei- tobre 1192. avec petite compagnie j 
ne liabelle fa nièce , fille du Corn- &: parce qu'il n'ofoit palier par les ter- 
te de Hainault , de lui donner après tes du Roi de France fon ennemi dé- 
fa mort la Comté d'Artois. Il s'avifa claré, il alla defeendre proche d'Aqui- 
auffi qu'il appartenoit à cette Reine lée pour palier par l'Allemagne , ëc ga- 
quelque portion de l'hérédité de ce gner le pays du Duc de Saxe fon beau- 
même oncle; de pour cet effet, il en- frère. Mais les Seigneurs de ces quar- 
tra fort bien accompagné dans la Flan- tiers-là, principalement Leopold, Duc 
cire, & le força de lui céder toute la d'Autriche, qui fe tenoit fort oftcnfé 
Comté d'Artois , avec les hommages de ce qu'en une certaine oceanon , ii 
de celles de Boulogne, de Guifnes, lui avoit jette fon étendart par terre -, 
& de Saint- Poi , qui jufques- là, le firent fi bien guetter, que nonob- 
avoient relevé des Comtes de Flan- fiant qu'il fe fut tr-avefti, .& qu'il ne 



22 4 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

marchât que de nuit, de par des che- de à fes injures , car elle s'emporta 

• / _..._' :i - I ,. — 1 — ..,„ :..r n \*-' „..i2- n:_i j 



ll 9 1 - mins écartés, il tomba entre les mains jtifques-là. Mais enfin Richard ayant *^* 

de ce Duc, qui l'ayant quelque rems trouvé moyen de parler à l'Empereur, 

fair garder à vue , de les épées nues lui offrit une lî grande fomme d'ar- 

contre fon ventre, le livra lâchement, gent, qu'il accorda de le relâcher lorf- 

lié de garoté , à l'Empereur Henri VI. qu'il l'auroit touchée : ce qui ne fe put 

pour foixante mille livres d'argent, faire qu'à cinq mois de là. Alienor eut 

Henri le détint prifonnier quatorze beaucoup de peine à la pouvoir ra- 

mois, de le traita encore avec plus de maiîer, dans les troubles que fon mal - 

rigueur. Il gardoit un cruel reiTenti- heureux fils Jean Sans-Terre , & le 

ment de ce qu'il avoit maintenu le Roi Philippe, lui fufeitoient de tous 

Roi Tancrede fon ennemi dans le côtés. 

Royaume de Sicile. Au mois de Février 1 1 93 . Philippe 

• -~" Lorfque Philippe eut appris fa cap- enleva la ville d'Evreux, de la donna 

ll 93' tivité , il dépêcha des gens en Aile- à Jean , retenant néanmoins le Châ- 

magne, pour négocier auprès de i'Em- teau , parce qu'il ne fe tenoit pas trop 

pereur, afin qu'il le retint le plus long- allure de la foi d'un Prince qui avoit 

tems qu'il fe pourroit : même à quel- fair mourir fon Père de déplaifir, de 

ques mois de-là, oubliant, ou expli- qui vouloit dépouiller fon frère aine, 

quant à fa mode la parole qu'il lui avoit En effet, il lui donna bien-tôt à con- 

donnée , de ne point toucher à fes ter- noître quelle étoit fa foi , par la plus 

res que quarante jours après fon re- lâche de la plus déteftable trahifon 

tour en France, il lui envoya déclarer qu'on fe puiile imaginer. Car un jour, 

la guerre, fufeita fous main fon fre- fçachant que Richard étoit forti de pri- 

re Jean Sans-Terre, Prince fans hon- fon, il allembla dans une grande falle 

neur de fans toi , à s'emparer du Royau- tous les François qui étoient dans 

me d'Angleterre ; de lui en même tems Evreux , fous prétexte de leur donner 

fe rua fur la Normandie, où il fe fai- à dîner j de comme ils avoient quitté 

fit de Gifors de des places du Vexin. leurs armes pour fe mettre â table , 

Quelques-uns mettent ce dernier éve- il fit entrer des Anglois bien armés , 

nement en 1192.. par conféquent au- qui fe jetterent fur eux, de les malla- 

paravant la prifon de Richard. crerent au nombre de rrois cens , puis 

Ce brave, mais infortuné Roi, fan- plantèrent leurs têtes toutes fanglan- 

guilîoit dans une tour à formes, où tes fur les murailles de la ville. Cela 

la férocité de l'Empereur Henri mar- fait, ii fe retira vers fon frère, croyant 

toit fon courage altier par tous les plus avoir expié fa rébellion , de racheté 

rudes traiiemens, jufqu a le menacer fes bonnes grâces par une fi horrible 

de le mettre à la torture La Reise perfidie. Philippe étoit alors devant 

Alienor fa mère avoit beau folliciter Verneuil , au Perche : il en avoit pris 

le Pape d'interpofer fon autorité pour la moitié , car elle étoit divifée en 

la délivrance de ce Prince, qui avoit deux enceintes, de rafé la grofle tour 

* Les Croifés été fait prifonnier, * ayant la croix A cette nouvelle il leva le fiégé, dC 

Étoient fous furies épaules, le faint Père , (bit accourut à Evreux , pour empêcher que 

la protettum >i • ' j r > Ml i>r t r j* * i ri a * 

duTafc, v T a ll craignit de le orouiLler avec 1 tm- Jean ne le rendit maître du Château , 

pereur, foit que les Cardinaux ne vou- dont lagarnifon étoit demeurée fort foi- 

luflent point fe charger d'une Légation ble. Il prit la ville d'emblée, de la réduifit 

où il n'y avoit rien à gagner, fe rendit toute en cendres , comme complice du 

lourd à fes plaintes, a les reptoch.es, înallacte des François. 

Lorfque 



PHILIPPE IL II O I X L I. 225 

Lorfque Richard fe fut ciré de cap- Deux ans durant ces deux Rois dé- 



ll 9h tivité , moyennant cent quarante mille folerent réciproquement leurs terres 1I ?4° 
marcs d'argent qu'il paya à l'Empereur par le fer ôc par la flamme , démolirent 
Henri VI. il s'efforça de fe venger par quantité de places, & firent des cruau- 
les armes des maux que Philippe lui tés qui ne tomboient que furies peuples 
avoit caufés ; mais parce qu'il man- innocens : puis au bout de tout cela , 
quoit d'argent, {es exploits ne répon- ils firent la paix fur la fin de l'an 1 195. 
dirent pas a fon relfentiment. Toute- fe rendant ce qu'ils setoient pris l'un 
fois il arxêta tout court les progrès du à l'autre , horfmis que le Vexin demeu- 
victorieux, ôc le contraignit d'aller bri- ra à Philippe. Ce Roi avoit offert à Ri- 
de en main. chard , pour épargner la ruine de leurs 
Il y avoit <leux ans que Philippe étoit terres, ôc le fang de leurs Sujets , de 
•demeuré veuf, âgé feulement de vingt- vuider leurs différends par le combat de? 
fix ans; les Grands du Royaume le pref- cinq cavaliers contre cinq. Richard avoit 
foient de fe remarier : il demanda pour accepté le défi , pourvu que Philippe 
* Ouinge- femme la Princeife Ifemburge , * fceur &c lui , qui étoient les principales par- 
bu Tu' q T'~ ^ e Canut V. Roi de Dannemarc , le- ties , fulfent du nombre & à la tête de 
iiommcmBo- quel en revanche d'une fi honorable al- ces cinq : mais les François ne voulu- 
s »' c - liance , dévoie armer une puifïante flo- rent pas que leur Roi hazardât fa per- 
te , ôc faire defeente en Angleterre, fonne contre fon vafîal j ainfi une fi 
Ces noces fe célébrèrent à Amiens, au belle partie fut rompue, 
commencement du mois d'Août 1 1 93 . Il arriva dans ces guerres que comme " 
ôc Ifemburge y fut couronnée Reine de Philippe pafloit entre Freteval Ôc Blois, 
France. C'étoit une belle ôc chafte Prin- les Anglois qui s'étoient mis en embuf- 
refle , mais qui avoit quelque défaut cade dans des bois ôc des hayes épaif- 
fecret -, auffi la première nuit de Ces fes , lui enlevèrent tout fon bagage , 
noces , il en prit un tel dégoût , qu'il dans lequel il faifoit porter tous les ti- 
ne la voulut point toucher. très de la Couronne , comme le prati- 
R~ ~ Il la garda néanmoins quelque tems, que encore aujourd'hui le Sultan des 
'^* Se après s'ennuvant de cette charge inu- Turcs : ainfi ils furent tous diflipés , au 
rile , il fit en forte que l'Archevêque de grand dommage des affaires du Roi ôc 
Reims , Légat du Pape , avec quelques de l'Hiftoire de France. Il en fit nean- 
Evêques de France , prononça fentence moins recueillir les copies par tout où 
de féparation. Ce fut fur les témoigna- il s'en pût trouver, pour redrefler le 
ges des Seigneurs qu'il lui produisit , tréfor de fes Chartres. _____ 
Jefquels alïurerent qu'il y avoit paren- Au mois de Mars de Van 11 g6. le nqç 
té entre les parties du cinquième au fi- débordement des eaux , particulièrement 
xiéme degré. En effet, Ifemburge ôc delà Seine, fut Ji effroyable , que Paris 
Philippe avoient tous deux pour qua- & Vljle de France eurent peur d'un fe- 
dris-ayeul , Jaroflas ou Jarifclod , Roi cond déluge. Nous l'avons voulu mar- 
de Ruflîe. Ce Jaroflas fut père de Jarof- quer , parce que ça été le plus grand 
las IL ôc d'Anne , qui étoit femme du de tous ceux dont VHiJloire faffe men- 
Roi Henri I. De Jaroflas IL fut fils Ulo- non. 

difmer, qui eut une fille nommée Ifem- La paix d'entre les deux Rois dura à 

burge , femme du Roi Canut IV. De peine ûx mois. Philippe recommença 

ce Canut ôc d'elle , naquit Voldemar ; la guerre à Richard pour deux raifons ; 

&c de ce Voldemar , vinrent Canut V. l'une , qu'il avoit bâti un Fort dans l'Ifle 

ôc notre Ifemburge. d'Andely fur la Seine , & l'autre 3 qu'il 
Tome I/o JF.f 



.2.6 



ABREGE CHRONOLOGIQUE 



avoit condamné en fa Cour le Seigneur „ faifoit à ce Prélat étoit jufte , puif- ' 



1 1 97' de Vicrzon en Berry , fur quelques ma 
tieres donr la connoillance lui appar- 
tenoic , comme étant leur Souverain à 
tous deux j 8c que tandis que ce Sei- 
gneur étoit venu à Paris demander juf- 
rice de cet attentat , Richard avoit pris 
& démoli fon Château. 

L'année fui vante Baudouin Comte 
de Flandre , ayant toujours fur le cœur 
que Philippe lui eût ôté la moitié de 
la fucceliion de fon oncle , fe ligua 
contre lui avec Richard ; comme rirent 
au/fi plutîeurs autres Seigneurs que Ri- 
chard avoit débauchés à force d'argent 
8c de pendons •, entr'autres Renaud , 
fils du Comte de Dammarrin , nonobf- 
tant que Philippe lui eût fait avoir l'hé- 
ritière 8c la Comté de Boulogne. 

Entre tous les événemens de cette 
guerre , qui n'aboutit qu'à des brûle- 
mens 8c à des ravages , ce qui arriva à 
Philippe de Dreux cft à remarquer : il 
étoit Evêque de Beauvais , fils de Ro- 
bert qui l'étoit de Louis le Gros , 8c 
par conféquent coufin germain du Roi. 
Cet Evcque ayant été pris en guerre , 
armé 8c combattant , par Marquadé 
Chef des Routiers du Roi Richard, fut 
détenu long-tems en aiTez fâcheufepri- 
fon. Le Pape en ayant pitié, voulut in- 
terpofer fa recommandation auprès de 
Richard pour fa délivrance , & dans fes 
Lettres il appelloit cet Evéque fon cher 
fils. Mais Richard lui ayant récrit en 
quelle occafion il avoit été pris , 8c lui 
ayant envoyé fa cotte .d'armes toute en- 
langlantée , avec ordre à celui qui la lui 
préfenta , de lui dire , Voye^ , faint 
Père , fi cefi là la tunique de votre fils. 
,, Le Pape n'eut autre chofe à repli- 
,, quer, finon, que le traitement qu'on 



„ qu'il avoit quitté la milice de Je- ix ?7- 
» s us-Christ pour fui vre celle du 
„ monde. 

L'an 1198. l'Empereur Henri VI. ~— 

mourut à Melline. Comme il s'étoit J 119 

Y , -, T , Empereur! 

montre aulii rude ennemi des Papes encore ale- 
que (es prédécelfeurs , 8c que d'ailleurs -^l'ance 

i'li- ,■ 1 &: Othon IV. 

11 eroit tort odieux pour les cruautés , nuede sa.ve, 
Innocent III. s'oppofa fortement ££■■«•»»*, 
l'éleétion de Philippe fon frère, excom- écanc^fon 
muniant tous fes adhérans ; 8c fe por- compétiteur, 
ta pour Othon fils du Duc de Saxe 8c 
d'une feeur de Richard , qui fut couron- 
né à Aix-la-Chapelle : tellement qu'il 
y eut fchifme dans l'Empire , qui en 
avoit fouvent caufé dans l'Egliie. Le 
Roi d'Angleterre , le Comte de Flan- 
dre , 8c l'Archevêque de Cologne fou- 
tenoient Othon ; le Roi Philippe au 
contraire fe ligua avec fon rival. 

La même année le généreux Henri 
Comte de Champagne, Roi titulaire 
de Jérufalem , finit Ces jours dans la 
ville d'Acre , où il avoit pofé le liège 
de fa petite Royauté. Les Seigneurs 
élurent en fa place Jean de Brienne , 
qui foutint 8c racommoda pour un tems 
les débris de cet Etat. Thibaud III. du 
nom , ( a )■ Comte de Blois , neveu de 
Henri , hérita des terres qu'il avoit en 
France , au préjudice des deux filles de 
fon oncle. L'aînée fe nommoit Alix , 8c 
fut Reine de Chypre ; 8c d'elle fortit 
une fille de même nom , que nous ver- 
rons faire la guerre à Thibaud IV. La 
féconde s'appelloit Philippe , qui fut 
mariée à Erard de Brienne. 

Ces guerres fanglantes 8c opiniâtres, 
dont le détail ne peut entrer dans un 
abrégé , cauferent bien des maux à la 
France : mais le plus grand fut que Phi- 



(a) Erard de Brienne lui difputa le Comté de Cham- 
pagne : mais les Pairs de France l'adjugèrent à Thi- 
baud en izitf. déclarant , que le Roi ne devoir point 
recevoir l'hommage offert par Erard &: fa femme , par- 
ac que feloa la coutume de Fraace , quand quelqu'un 



avoit été reçu en hommage , & mis en pofTeffion d'un 
fief par fon Seigneur féodal , comme Thibaud y avoit 
été mis , il n'étoit plus au pouvoir du même Seigneur , 
de recevoir un autre pour le même fief , tant que le pre- 
mier iiircfti demeuroit fournis à l'un Scignsur. 



P H I L I P P E I I. R O I X L I. 217 

— — — lippe devint extrêmement avare , 8c fe Philippe de fon côté reçut aulîi deux -—- 

l 9%' rendit trop âpre à amalfer des tréfors , fenfibies déplailirs -, l'un dans fon entre- 1 1< ?°' 
fous prétexte de la néceiîïté de lever prife de Flandre , l'autre par la malheu- 
8c d'entretenir grand nombre de trou- reufe déroute de Gifors. Plusieurs de 
pes réglées , qui font très propres véri- £qs valïaux s etoient lailfés débaucher à 
tablement pour faire des conquêtes, (a) fon rival : entr'autres le Champenois , 
mais qui fous les mauvais Princes fer- le Breton &c le Flamand. Ce dernier 
vent quelquefois à opprimer les Sujets, avoit donné des otages à Richard , 8c 
8c à renverfer les loix de l'Etat. juré moyennant une penfion de cinq 
Comme ce fut le premier des Rois mille marcs d'argent , qu'il ne feroic 
de France qui en foudoya , 8c qui en aucun accommodement avec les Fran- 
voulut avoir de toujours prêtes pour les çois fans fa participation. Philippe pen- 
employer à ce qu'il lui plairoit -, il fe fant l'accabler avant qu'il put recevoir 
mit aulîi à faire de rudes exactions fur du fecours de l'Anglois, qui avoir por- 
les peuples , à (b) vexer les Eglifes 8c té fes armes du côté d'Auvergne, aiîié- 
à rapeller les Juifs , qui font les origi- gea la ville d'Arras. Le Flamand parut 
naux de l'ufure 8c de la maltôte. Mais pour la fecourir , le Roi leva le liège 
au moins il ufa d'une grande épargne , 8c alla droit à lui pour le combattre. Il 
8c fe retrancha rout autant qu'il put , ne tint pas pied ferme, 8c fe retira, 
fçachant qu'un Roi qui a de grands def- mais en forte qu'il fembloit qu'il al- 
feins , ne doit point confumer la fubf- loit à toute heure donner prife au Roi 
tance de fes Sujets en de vaines 8c faf- qui le pourfuivoit. Par ce moyen il l'at- 
tueufes dépenfes. tira dans des lieux marécageux , entre- 
Le Roi Richard n'avoit pas peu de coupés de grands folfés , où il ne pou- 
peine à foutenir les frais de cette der- voit ni avancer , ni reculer , ni com- 
niere guerre -, mais il eut bien plus de battre. Pour fortir de cette extrémité, 
chagrin de l'interdit que Gautier de il fut contraint de faire un traité avec 
Coûtance , Archevêque de Rouen, avoit le Flamand , par lequel il s'obligeoit de 
jette fur la Normandie , à caufe qu'il rendre toutes les places qu'il avoit pri- 
bâtillbit une ForterelTe à Andely fur les Ces fur lui 8c fur le Roi Richard. Mais 
terres de PEglife. Tandis qu'ils s'opi- quand il fut de retour à Paris , il trou- 
niâtroient l'un 8c l'autre , Richard à va allez de gens qui l'afïurerent qu'il 
continuer fa fortification , qui lui étoit n'étoit pas obligé de garder la foi à fon 
très-nécelfaire pour défendre le pays vallal qui la lui avoit violée , ni de te- 
contre les François -, 8c l'Archevêque à nir ce qu'il n'avoit promis que par 
maintenir fa cenfure, le Service divin force. 

celloit par toute la Province , 8c les Quant à la déroute de Gifors , elle 

corps de ceux qui mouroient durant ce arriva de cette forte. Sçachant que Ri- 

tems-là demeuroient fansfépulture. Ce ehard avoit enlevé dans peu de jours 

mal dura fept ou huit mois : l'affaire trois Châteaux en ces quartiers-là , il y 

ayant été portée à Rome , le Pape & le alla en diligence avec un petit nombre 

facré Collège l'accommodèrent , à telle de gens , mais la fleur 8c l'élite de (es 

condition que l'Archevêque prendroit troupes. Il penfoit le furprendre avant 

récompenfe de Richard pour la terre qu'il eût nouvelles de fa marche : mais 

de fon Eglife. Richard n'avoit pas moins de vigilance 

(4) Au lieu de ee qui fuie, il y avoir dans l'édition (b) Au Heu du mot vexer, il y avoic rançonner dan* 

de 1668. mais qui fervent quelquefois à opprimer les l'édition de 1668. 



fujets , & à détruire les loi* de l'Etat. 



FF ij 



i$» ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

& d'activité que lui. Ils en vinrent aux faifant les approches , il y fut bielle d'un 



3i 2 8 * mains entre Courcelles & Gilbrsi les trait d'arbalêtre -,1e coup fembloit léger, ll 99' 
François ne fe trouvant p.-.s allez torts 6c il ne l'empêcha pas de prendre le 
pour ibiuenir le choc , rirent retraite à Château , 6c ceux qui étoient dedans , 
Gifors , mais avec tant de précipitation prifonniers : mais fon incontinence 
6c dedéfordre , que. le pont rompit ious ayant envenimé fa playe, la gangrené 
la trop grande charge des fuyants , 6c s'y mit , 6c il en mourut le cinquième 
le Roi tomba tout armé avec fon che- jour d'Avril de cette année 1 199. Qui 
val dans la rivière d'Epte. Sans doute doute que ce ne fût un effet de la ma- 
qu'il y eût péri , fi un gros de les plus lédiétion de fon père ? 
braves gens-d'armes s'expofant gêné- Son courage plus qu'héroïque le rit 
reufement pour le iauver , ne rat re- furnommer Cœur de Lion. Il n'y eut 
tourné à la charge fur les Anglois , 6c jamais de Prince plus vaillant à toutes- 
jie les eût arrêtés tandis qu'on le reti- épreuves, mais auili jamais de plus or- 
roit de l'eau. Au refte Richard lui prit gueilleux ni de plus emporté. Il ordon- 
grand nombre de gens de marque, cent na que fon corps feroit inhumé à Fon- 
Chevaliers , deux cens chevaux bardés tevraud, auprès de celui de fon père.- 
de fer , fans compter un bien plus grand Que la ville de Rouen , qu'il chériltbit 
nombre d'infanterie & de gens de trait, à caufe delà fidélité qu'elle lui avoit 
dont on ne tenoit guéres de compte en toujours gardée, eût fon cœur, 6c que 
ce tems-là , parce qu'ils coûtoient peu. les Poitevins , qu'il avoit peu eftimés , 
Lorfque Philippe vit que fes affaires eulTent fes boyaux , la plus vile partie 
n'alloient pas bien à fon gré , il ne s'o- de fon corps. Il ne pouvoit donner une 
piniâtra pas fur la perte ; mais il trou- plusglorieufe marque de l'opinion qu'il 
va un moyen de faire agir le faint Pe- avoit de la valeur des Normands au- 
re , pour propofer des trêves : ce fut deiîus de tous (es autres Sujets , que de 
de lui perfuader qu'il ne le faifoit que leur laitier en garde un cœur fi gêné- 
dans le deflein de joindre enfemble les reux 6c fi invincible, 
forces des deux Royaumes , pour le re- Il avoit introduit l'ufage des arbalétres- 
couvrement du Royaume de JérufaLem. en France. Avant cela les gens de guerre 
Le faint Père louant une fi pieufe in- étoient Ji francs & Jz braves, au ils ne 
tention x envoya un Légat en France vouloient devoir la vicloire qu'à leur lan- 
en 11 98. fçavoir le Cardinal de Ca- ce & à leur épie ; ils abhorroient ces ar- 
poue - qui négocia une trêve marchan- mes traîtrejjes, avec quoi un coquin fe 
de, 6c générale de cinq ans entre les tenant à couvert , peut tuer un vaillant 
deux Rois. Richard la trouvoit fort dé- homme de loin & par un trou. 
favantageufe pour lui , 6c il n'y eût ja- Il n'avoit point d'enlans , 6c partant 
mais confenti , n'eût été l'aiTurance que le Royaume d'Angleterre 6c la Duché 
le Pape lui donna de la Couronne Im- de Normandie appartenoient de droit 
pénale pour fon neveu Othon. au jeune Artus Duc de Bretagne , com- 

Pendant cette trêve Richard palTa en me étant fils de Gefroy fon frère , qui 
Poitou , pour châtier quelques Sei- étoit l'aîné de Jean Sans-Terre ; mais 
gneurs qui s'étoient révoltés contre lui. Jean étant allé à Chinon fe failir du 
Lorfqu'il étoit en ce pays-lâ , il apprit tréfor de Richard , s'aflura de (es Offi- 
qu'un Gentilhomme du Limofin avoit ciers 6c de fes Capitaines, 6c augmen- 
trouvé un grand tréfor , 6c qu'il l'avoir ta la paye des troupes , qui en récom- 
porté dans le Château de Chalus. Il y penfe le fervirent d bien , qu'ils obli- 
illa promptement , 6c l'y afliégea. En gèrent les Prélats 6c les Barons de le re- 



PHILIPPE II. ROI X L I. 



îiy 



- connoîtie , Se de lui prêter ferment de plus de raifon , qu'il n'avoit pas été ' - ^ 
ll 99' fidélité. Cela fait , il envoya aufli-tôt pris faifant aucun adte d'ennemi. Le ll 99> 
l'Evêque de Cantorbery en Angleterre. Roi refufant de le délivrer , le Légat 
D'autre côté le jeune Artus s'alïura du Pape mit le Royaume de France 
de l'Anjou , du Maine Se de la Tourai- en interdit ; de forte qu'après trois mois 
ne , puis s'avançant jufqu'au Mans avec il fut contraint de le relâcher. Cepen- 
fa mère , il y rendit hommage au Roi dant Marie Comtelfe deFlandre moyen- 
Philippe qui lui promit fa protection , na la paix de fon mari avec lui , à con- 
te le retint auprès de lui. Mais Jean dition que ce Comte lui céderoit la 
accompagné de fa mère Alienor , cou- Province d'Artois. Le Roi l'érigea en 
rageufe femme , s'étant mis en campa- Comté , Se la donna à fon fils Louis. 

gne, força le Mans, y rafa plufieurs Le jour de l'Afcenfion de l'an 1200. 

maifons des principaux Bourgeois , 6c la paix fe conclut par un abouchement 1 loa °' 

les emmena prifonniers. De-là , il en- folemnel des deux Rois entre Vernon 

voyaMarquadé chef de fes troupes , à &: Andely. Douze Barons de part Se 

Angers , qui fut traité avec la même ri- d'autre\s'en rendirent les cautions , Se 

gueur que le Mans. Lui cependant paf- jurèrent de porter les armes contre celui 

fa en Normandie , Se s'y fit reconnoître des deux qui la romproit. De plus, elle 

Duc dans la ville de Rouen. L'Arche- fut confirmée par le mariage de Blan- 

vêque Gautier le couronna devant le che , fille d'Aiphonfe VIII. Roi de 

grand Autel de l'Eglife Cathédrale , lui Caftille , Se d'Alienor fœur du Roi Jean 

mettant fur la tete le cercle Ducal , qui avec Louis fils aîné de Philippe ; la 

étoit d'or , Se avoit desrofesaulieu.de Reine ayeule de cette Princeflfè Se de 

. fleurons; ,, ayant auparavant fait des mêmenomqu'elle, l'amena à fon époux; 



3» 



prières folemnelles , Se reçu de lui Le Roi Jean en faveur de cette allian- 

le ferment qu'il défendroit l'Eglife , ce, céda toutes les terres Se les pla- 

garderoit le droit à fes Sujets , Se ces que les François avoient prifes fur 

corrigeroit les abus & les mauvaises lui. 

loix. De Rouen il palfa en Angle- Chacun eut foin de mettre fes parti- 
terre , où il reçut la Couronne Royale fans à couvert : Jean fut obligé de re- 
à Londres la veille de l'Afcenfion. cevoir en grâce fon neveu Artus , qui 

Reparle d'Angleterre en France , il lui rendit hommage du Duché de Bre- 

s'aboucha avec Philippe auprès du Châ tagne , mais demeura pour lors avec 

teau de Boutavant ; mais ils ne purent Philippe. Réciproquement Philippe 

rien conclure. Par deux fois il fe fit pardonna à Renaud Comte de Boulo- 

des trêves entr'eux,& par deux fois elles gne ; Se même quelque tems après , il 

furent rompues. traita le mariage de la fille de ce Comte 

Cependant le Comte de Flandres , avec le Prince Philippe fon fils , qu'il 

avec fes alliés, continuant de faire la avoit eu de la prétendue Reine Agnès, 

guerre au Roi , reprit les j villes d'Aire L'une Se l'autre des deux parties étoient 

& de Saint Orner. Il arriva que les encore en enfance, 

gens du Roi en quelque rencontre firent Depuis que Philippe avoit répudié 

fon frère Philippe , Comte de Namur, Ifemburge de Dannemark , il Pavok 

prifonnier ; Se que dans une courfe ils toujours tenue enfermée dans un Mo- 

fe faifirent de Pierre de Corbeil , élu naftere à Soifïons •, Se au bout de trois 

Evêque de Cambray , qui avoit été Pré- ans , fçavoir l'an 1 196. il avoit époufe 

cepteur du Pape. Le Saint Père le rede- Marie- Agnès , fille de Bertold Duc de 

manda avec inftance r Se avec d'autant Méranie- Se de Dalmatie. Le Pape Ce- 



i 3 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

■ leftin III. fur les plaintes réitérées du s'aggrandiifant , pour ainfi dire, de la' 
1 2.99. R i Canut , frère de la répudiée , avoit milere des pauvres , & de la malédic- l l00m 
commis l'an 1198. deux Légats pour tion des gens de bien, 
connoître de cette affaire. Ils avoient L'interdit dura fept mois avec tant 
alfemblé un grand Concile à Paris , de rigueur qu'il n'y avoit que le Baptê- 
compofé des Evêques ôc Abbés du me des enfans &c la pénitence pour les 
Royaume : mais tous ces Prélats étant mourans qui en iuiïènt exceptés. Les 
en partie intimidés , en partie corrom- corps des tidéles demeuroient fans fé- 
pus , n'avoient olé rien prononcer , Ôc pulture , ceux des Croifés feulement 
les Légats étoient foupçonnés d'avoir pouvoient être inhumés en Terre-Sain- 
favorifé la caufe d'Agnès. Depuis , le te. Les Evêques de Sens , de Paris , 
Saint Père plus fortement preffé de d'Orléans ôc de Soiifons , obferverent 
lendre juftice , en avoit envoyé deux l'interdit avec la dernière exactitude, 
autres , dont l'un étoit Pierre de Ca- Ils défîroient forcer le Roi à lever un 
polie, tant pour cette affaire, que pour fcandale li public -, en effet , ils en vin- 
une trêve entre Philippe ôc Richard, rent à bout. Ce Prince connoiffant les 
Celui-là ayant affembié les Prélats Fran- fâcheufes fuites de cette affaire , qui 
çois à Dijon au mois de Décembre de eût pu aller jufqu'à lui ôter la Couronne 
l'année 1 199. fans avoir égard à l'appel de delfus la tête ; ôc fçachant qu'il fe 
que Philippe avoit interjette au Pape , trouvoit divers partis contre lui : car 
prononça fentence d'interdit fur tout Guillaume des Roches avoit adroi- 
te Royaume, en préfence &c du con- tement retiré le jeune Artus de fa Cour, 
fentement de tous les Evêques*, ôc néan- ôc reconcilié ce Prince avec le Roi Jean 
moins afin d'avoir loifir de fe retirer fon oncle : follicita fi fort auprès du 
en lieu de sûreté , il voulut bien qu'elle Pape , que Sa Sainteté donna ordre à 
ne fût publiée que vingt jours après Odtavian Cardinal d'Oftie , l'un de fes 
Noël. Légats , de lever l'interdit. A la charge 
Il craignoit avec raifon la colère de toutefois qu'il fe remettroit avec Ifem- 
Philippe. En effet, elle fe déborda avec burge , ôc que dans fix mois, fix fe- 
fureur fur tous fes Sujets j fur les Ec- maines , fix jours ôc C\x heures, il fe- 
cléfiaftiques premièrement , qu'il crût roit vuider la caufe du divorce par- 
tous complices de cette injure. Car il devant fes deux Légats ôc les Prélats 
chaffa les Evêques de leurs Sièges , jetta du Royaume , les parens de cette Prin- 
les Chanoines hors de leurs Eglifes , les ceffe y étant ailîgnés pour défendre. 
Curés hors de leurs Paroiffes , ôc confif- L'aiïembiéefetint àSoiflons au choix' 
qua ôc pilla tous leurs biens. Il ne tour- d'Ifemburge; le Roi Canut y envoya des 
menta pas moins les Laïques , vexant plus habiles gens de fon Royaume poul- 
ies Bourgeois par de nouveaux impôts folliciter ôc plaider fa caufe. Vers la mi- 
8c par des exactions inouies -, tierçant Carême , après quinze jours de chi- 
les Gentilshommes , c'eft-à-dire , pre- canes ôc de procédures , comme Philip- 
nant le tiers du revenu de tous leurs pe eut le vent qu'il y auroit condamna- 
biens , ce qu'on n'avoit jamais vu en tion contre lui , il alla un matin pren- 
France , ôc rappellant les Juifs, qui dre Ifemburge en fon logis, ôc la mon- 
n'étoient pas un moindre Heau pour les tant en trouffe derrière lui , l'emmena 
peuples que la pefte ôc la famine , tant où il lui plut , ayant fait dire au Légat 
à caufe de leurs grandes ufures , que qu'il ne fe donnât point tant de peine 
parce qu'ils étoient les inventeurs ôc de juger fi le divorce qu'il avoit fait 
les fermiers de toutes fortes d'impôts , étoit bon ou mauvais , puifqu : il la re- 



1101. 



P H I L I P P E I I. R O I X L I. 231 



connoifîbit 8c qu'il la vouloit pour fa pie que par fes ferventes exhortations , ■ 
Ii01, femme. Toutefois il ne la traita guéres engagea grand nombre de perfonnes ï2 -°°- 
mieux que par le paire , 8c il n'eut rien dans cette fainte expédition. De-là , 
davantage pour elle qu'un peu plus de fçachant qu'il fe faifoit une grande 
civilité. alfemblée de Princes , Seigneurs 8c 
Avant la fin de l'année , Marie-Agnès Gentilshommes pour un tournoi au 
fa rivale mourut , ayant été cinq ans Château d'Ecris , entre Brave ik Cor- 
avec le Roi. Elle eut de lui deux en- bie , il s'y en alla pour le même fujet , 
fans , un fils &: une fille , qui ne pou- 8c les exhorta fi puilïàmment â entre- 
voient palier que pour bâtards , fi le prendre ce voyage , que les Comtes 
Pape Innocent III. ne les eût légitimés Baudouin de Flandres &c fon frère Hen- 
Thibaud Comte de Champagne mou- ri d'Anguien , Thibaud de Champa- 
rut auffila même année. Il n'avoit alors gne 8c Louis de Blois fon frère, qui 
qu'une fille mineure -, le Roi en prit la ayant perdu le Roi Richard leur pro- 
garde noble : mais peu après la mort de tecteur , appréhendoient avec raifon la 
Thibaud, fa veuve accoucha d'un fils vengeance du Roi, Simon de Montfort, 
pofthume, qui eut le nom de fon père, Gautier de Brienne, Etienne du Perche, 
8c le furnom de Grand , à caufe de Mathieu Baron de Montmorenci , 8c 
fa taille. La fille ne vécut pas long- plufieurs autres Seigneurs fe croiferent 
tems depuis la nailïànce du pofthume. avec un zélé incroyable. Toutefois ayant 
• En ces tems-là , l'ufure 8c l'impu- befoin de tems pour donner ordre à 
1200. licite régnoient à mafque levé dans leurs affaires 8c pour trouver de l'ar- 
ia France. Mathieu Pans dit , que le gent , ils ne purent partir que deux ans 
premier de ces vices y avoit été apporté après. 

d'Italie j il entend les Lombards , qui La réconciliation des deux Rois fem-*~ 
i'exerçoient publiquement 8c fous l'au- bloit fincere 8c parfaite. Cette anné ils 
torité des Princes aufquels ils en payoient s'abouchèrent à Andeli , même Philip- 
tribut. Pour reprimer ces déîordres , pe amena l'Anglois dans fa ville de Pa- 
Dieu fufeita deux grands hommes de ris , 8c l'y traita avec toute la magni- 
bien , Foulques , Curé de Neuilli en ficence 8c toutes les démonftrations 
Brie , 8c Pierre de Roucy , Prêtre du d'amitié qu'il pouvoit défirer. 
Diocèfe de Paris , qui alloient prêcher Mais Jean avoit commencé à ourdir 
par tout avec tant d'efficace , qu'ils re- lui-même fon malheur , en répudiant 
tiraient grand nombre d'âmes de leur Havoife fa femme , fille du Comte de 
péché. Le Pape ayant appris que Foui- Gloceftre , fous caufe de parenté , pour 
ques s'étoit acquis un grand empire époufer Ifabeau , fille unique d'Aymar 
fur les confeiences , le chargea de prê- Comte d'Angoulême , &c d'Alix de 
cher la Croifade. Car depuis la mort Courtenay , l'ayant ravie à Hugues le 
de l'Empereur Federic 8c le retour du Brun Comte de la Marche , à qui elle 
fecours d'Allemagne, la Terre-Sainte étoit fiancée-, très-belle femme , mais 
étoit dénuée de gens de guerre , 8c peu honnête , fort voluptueufe , &c en- 
crioit au fecours j 8c les grandes divi- core plus maligne 8c plus vindicative, 
fions qui étoient entre les Sarrafins , S'il eft vrai que Philippe infpira ce 
fembloit préfenter une belle occafion mariage au Roi Jean, ce fut un grand 
pour les détruire. Foulques fuivant coup de politique , ou au moins de 
donc les ordres du Saint Père , prit la bonheur, d'avoir fous couleur d'ami- 
Croix le premier dans le Chapitre gé- tié , donné à fon ennemi l'inftrument 
néral de Cîteaux-, 8c tant par fon exem- de fa ruine. 



1201. 



lyi ABREOÉ CHRONOLOGIQUE 

— Dès-lors Hugues le Brun furieux leur fournir de vaiffeaux , qu'auparavant 



IlOI, 



1101. qu'on l u i eût ôté fa femme, chercha ils n'eufient employé leurs armes à ra- 
îous moyens de fe venger de cet outra- mener les villes d'Efclavonie , parucu- 
ge. Il noua intelligence fecrette avec lierement celle de Zara , fous la puif- 
Philippe, il tâcha de foulever le Poitou, fance de la République, dont elles 
8c il incita Raoul fon frère Comte d'Eu , s'étoient dittraites pour reconnoître le 
à faire des hoftilités fur les liliéres de Roi de Hongrie. Quelques-uns de ces 
Normandie. Jean les châtia de leur ré- Croiiés aimèrent mieux chercher une 
bellion , en les dépouillant de leurs autre voye pour palfer en Leyant , que 
terres , particulièrement de quelques d'employer leurs armes à faire ia guerre 
Châteaux qu'il prit en la Comcé d Eu. à des Chrétiens ; & le Pape fulmina ex- 
Alors ils s'adrellerent au Roi de France communication conrre ceux qui fervi- 
leur fouverain Seigneur , 8c lui deman- roient en cette occafion : mais le plus 
derent juflice. De fon côté , il ne man- grand nombre , foit par nécefiité ou par 
qua pas d'embralfer cette occafion où deiir du butin , s'y arrêtèrent ■■> ils pri- 
il voyoit toutes choies difpofées pour rent Zara 8c quelques autres places : ce 
chalîer les Anglois du cœur de fon qui les retarda plus d'un an en ces quar- 
Royaume. tiers-là. 

Sur ce différend les deux Rois fe vi- Dès l'an 1 195 . Ifaac l'Ange Empereur 

rent proche de Gaillon , Philippe qui d'Orient avoit été privé de l'Empire , 

avoit fon delTein formé , y parla haut de la vue , & de la liberté par fon pro- 

8c fomma Jean de comparoître en fa pre frère Alexis. Et le fils de cet Ifaac , 

Cour pour y être fait droit , non feu- auffi nommé Alexis , s'étoit fauve en 

ïement fur les plaintes de Hugues, mais Allemagne vers Philippe de * Sueve *OuSoim« 

ftulîi fur celles du Prince Artus, qui de- prétendu Empereur , qui avoit époufé e ' 

mandoit l'Anjou , le Maine & ia Tou- fa fœur Irène. Ce jeune Prince ayant 

raine. appris qu'il y avoit une armée de Croi- 

Tandis que les Seigneurs Croifés fe fés à Venife , s'y rendit pour implorer 

preparoient pour leur voyage , Thibaud leur ailiftance. Beaucoup de difficultés 

Comte de Champagne vint à mourir les empêchoient de paffer en Terre-Sain- llQ . 
fans enfans , 8c Foulques le fuivir d'af- te ; d'ailleurs les Vénitiens efpéroient Empeceûn 
fez près , ayant fini les jours en la Pa- mieux trouver leur compte à faire la Alexis k 
roilîe de Neuilly le deuxième jour de guerre en Grèce qu'en Syrie, parce quefaackfi'.ani 
Mars. Le Comte de Flandre Se les au- le butin leur y paroiffoit plus grand &&OthonIy. 
très Seigneurs Croifés, ne laifTerent pas plus aiTuré -■, ôc tous les Chrétiens Latins 
de partir de France pour la Terre-Sain- étoient ravis d'avoir occafion de venger 
te. Ils prirent leur chemin par mer , tant de perfidies de d'outrages , que les 
celui de terre étant trop long & trop Grecs leur avoient faits depuis les guer- 
difficile 5 &c comme alors il n'y avoit res de la Terre-Sainte. Ils conclurent 
que peu de vaiflTeaux fur les côtes de donc de tourner leurs armes de ce côté- 
Provence , ils fe rendirent à Venife , là , & traitèrent avec le jeune Alexis 
où ils efpéroient en trouver grande fous ces conditions ; qu'il leur payeroit 
quantité de bien équippés. En ce lieu- les frais de leur expédition , leur feroit 
là, Thomas I. Comte de Savoye, Bo- de grandes recompenfes , &c foumet- 
niface Marouis de Montferrat & quel- troit l'Eglife Greque à ï'obéinTance du 
ques autres fe joignirent encore à eux. Pape. 

Mais les Vénitiens toujours fort habiles Les François 8c les Vénitiens ayant — - 

pour leurs intérêts , ne voulurent point fait voile Vers Conttantinople avec I2 ° 4 ' 

vingt- 



1104. 



Empereurs 
Alexis Du- 
c AS , après 
avoir écran- 
glc Alexis le 
jfune , eft dé- 
trôné par 
Baudoin 
qui R. i 6 - 
mois , 8c cH " 
cote Otho n - 



PHILIPPE 

vingt-huit mille hommes feulement , 
forcèrent le Port ôc la Ville enfuite, 
quoiqu'il y eût plus de foixante mille 
combat tans , délivrèrent Ifaac de pri- 
fon , & rirent couronner Alexis fon fils. 
Le tyran Alexis Se fon beau-trere Théo- 
dore Lafcaris fe fauver&nt par-deflus 
les murailles , de fe retirèrent à Andri- 
nople. 

Comme l'armée des Croifés hyver- 
rtoit aux environs de Conftantinople , 
Se qu'Ifaac Se fon fils tâchoient de fa- 
tisfaire à ce qu'ils lui avoient promis : 
le peuple fur lequel ils faifeient de gran- 
des levées de deniers , fe mutina. Un 
certain Alexis Ducas , furnommé Mur- 
zufle , Grand-Maître de la Garde-robe 
du jeune Alexis , enflamma la fédition , 
fe failit de ce Prince , tandis qu'Ifaac 
agonifoit , Se l'étrangla de (qs propres 
mains -, puis il fe fit déclarer Empereur. 
Auiîi-tôt , pour fe montrer digne du 
commandement , il fortit avec la mili- 
ce de la Ville contre les Croifés : mais 
ils le repouflèrent d'abord. Conftanti- 
nople fut enfuite aflfiégée pour une fé- 
conde fois, & au bout de foixante jours 
prife par force , toute noyée de fang , 
Se une grande parrie confumée par les 
flammes. 

Les vainqueurs donnèrent pouvoir à 
douze des principaux d'entr'eux d'élire 
un Empereur, à condition que s'il étoit 
François , le Patriarche feroit Vénitien , 
Se au contraire. Boniface Marquis de 
Montferrat fembloit le plus digne de 
l'Empire : néanmoins l'intrigue des Vé- 
nitiens , aux intérêts defquels il n'étoit 
pas trop commode , fit en forte que les 
Electeurs le déférèrent à Baudouin Com- 
te de Flandre , Se le Patriarchat à Tho- 
mas Morofini Vénitien. 

Lorfqu'ils eurent donné ordre au de- 
dans de la Ville , ils conquirent facile- 
ment tout ce que l'Empire Grec poffé- 
doit en Europe 9 Se y formèrent diver- 
fes Principautés. Le Marquis de Mont- 
ferrat , qui époufa la veuve d'Ifaae 5 eut 
Tome II. 



1204. 



ie.05. 



I I. R O I X L I. 235 

la ThefTalie pour fa part > avec titre de 
Royaume \ moyennant quoi il céda 
l'Ifle de Candie aux Vénitiens. Les 
Princes Grecs fe conferverent l'Afie » 
où ils établirent plufieurs Souveraine- 
tés ; Théodore Lafcaris fe revêtit des 
ornemens Impériaux à Nicée en Bithy- 
nie , Se eut la domination la plus éten- 
due. De la maifon des Comnenes, Mi- 
chel eut une partie de l'Epire , David 
l'Heraclée , la Pontique Se la Paphla- 
gome , Se Alexis fon frère la Ville d« 
Trébifonde fur le Pont-Euxin. 

Là fe forma. V Empire de Trébifonde 9 
qui demeura toujours féparé de celui de 
Conflantinople , jufqu'à ce que les Turcs 
ont dévoré l'un & l'autre. Ces chofesfe 
pafférent enfix ou fept ans de tems. 

Baudouin ne jouit que feize mois de 
œt Empire -, car étant allé afliéger An- 
drinople , Joannitz ou Calojan Roi 
des Bulgares , venant au fecours des 
Grecs, l'attira dans une embufeade, le 
fit prifonnier, Se l'ayant mené en Bul- 
garie , lui coupa bras de jambes , Se le 
jetta dans un précipice ou il mourut Bnpereu* 
après avoir langui trois jours. On le Henri, frère 
conta de la forte : mais plufieurs cru- £** f °^ 
rent qu'il fe fauva de cette prifon. &* encore 
Quoi qu'il en foit , après fa prife l'Em- 0*»°» lY ° 
pire vacqua un an durant , étant fous 
la régence de fon frère Henri , qui 
après ce tems-là , fut couronné le 20. 
jour d'Avril. Il avoit laiflé deux filles, 
Jeanne Se Marguerite , qui furent l'une 
$e l'autre ComtefTes de Flandres'-, Jean- 
ne époufa Richard de Portugal , la jeu- 
ne époufa Bouchard d'Avefnes , puis 
Guillaume de Dampierre. 

En France le Roi Philippe , afin de 
pouvoir fubvenir aux frais de fes guer- 
res , tâchoit d'accoutumer les Eccléfia- 
ftiques à lui fournir des fubfides -, mais 
eux s'en exeufoient fur leurs libertés s 
Se fur ce qu'il n'étoit pas loifible d'em- 
ployer le bien des pauvres à des ufages 
profanes : ils promettoient feulement 
de l'âfîifter de leurs prières envers Dieu, 



254 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

■ Or il arriva que les Seigneurs de Cou- il l'y inveftit & l'afliégea. Le Roi Jean - 

i20 5 • cy , de Recel , de Rofey& plufieurs au- y accourut en route diligence -, il com- 

tres fe mirent à piller & envahir leurs battit Artus 8c le vainquit-, ou, comme 

terres ; il eurent recours à la protection d'autres difent , il le lurprit un matin 

du Roi , lui leur rendant la pareille , dans fon lit , ëc le fit prifonmer avec 

Us affilia de fes prières auprès de ces un grand nombre de Seigneurs Poite- 

Seigneurs : mais comme il s'entendoit vins 8c François qui l'afîiltoient en ce 

avec eux , ils en firent encore pis. Alors iiége. Il l'envoya au Château de Falai- 

les Prélats redoublèrent leurs infiances fe , & les autres en diverfes places, 
auprès de lui , Se le fupplierent d'y La Normandie 8c le Poitou étant 

employer fes armes > à quoi il répondit ébranlés de la forte, arriva un Légat 

qu'on n'avoit point de troupes fans ar- du Pape , qui ordonna aux deux Rois 

gent. Ils entendirent bien ce qu'il voit- d'aiTembler les Evêques & les Seigneurs 

loit dire -, &c comme le mal les prelïbit , de leurs terres , & de terminer leurs 

ils furent contraints d'en donner , 8c différends par leurs avis. Jean eut vo- 

aufli-tôt les Seigneurs cefTérent de les lontiers déféré à cet ordre : mais Phi- 

piller. lippe qui n'étoit pas d'humeur à s'ar- 

1201. Cependant le Roi Jean d'Angleterre rêter en fi beau chemin, obligea ies 

2r fniv* fommé par trois fois de répondre en ju- Evêques qui étoient allèmblés à Man- 

gement à la Cour de Philippe , elfayoit tes , d'interjetter appel de la fentence 

de gagner le cems 8c prenoit des délais du Légat au Pape même. C'étoit pour 

de jour à autre. Mais Philippe , qui fe gagner du tems, & continuer toujours 
voyoit puiifant en hommes 8c en argent, les progrès. 

qui n'avoir plus de contrepoids dans Le refpect de la Reine Alienor avoir 
fon Royaume , parce qu'il tenoit en fa toujours retenu le Roi Jean qu'il ne 
main la garde noble de la puilîànte Mai- trempât £gs mains dans le fang du mal- 
fon de Champagne , ôc que le Comte heureux Artus : mais peu après fa mort, 
de Flandres étoit allé en Levant , avoit ( qui arriva le 22. de Novembre J il le 
réfolu cette fois de le poulfer à bout. Il fit ramener de Falaife au Château de 
donna donc des troupes au Prince Ar- Rouen ; 8c quelques jours après , il alla 
tus , afin de poiufuivre fes droirs , durant une nuit Fort obfcure le tirer de 
l'ayant auparavant fiancé avec fa fille la prifon , 8c le mena en tel endroit 
nommée Marie. En même tems étant qu'il n'en revint jamais, 
entré en Normandie , il y enleva cinq La préfomption étoit toute entière 
ou fix places, 8c reçut entre fes bras les qu'il 1 avoir aifaffiné : ainli Confiance 
plus puifïans Seigneurs de la Province *, mère de ce jeune Prince demanda juf- 
entr'autres Hugues de Gournay , 8c le tice au Roi Philippe de ce paricide 
Comte d'Alençon , qui l'affurerent de commis dans {es terres &c fur la plus 
leur fervice ôc de leurs places. noble perfonne de Cts valfaux. Il fit 

Artus de fon côté attaqua le Poitou , donc adjourner Jean à la Cour des Pairs 
les Comtes de la Marche &c d'Eu, Ge- pour répondre fur cette aceufation ; &c 
froy de Lufignan &c leurs amis s'étant comme il ne tint compte de comparoî- 
jjoints à lui. Sa graud'-mere la Reine tre, (a) ni même d'envoyer aucune per- 
Alienor s'étoit jettée dans Mirebeau , fonne pour l'excufer , il fut par arrêt 



1202. 



{a) Mathieu Paris dit que Jean offiic dé «omparoir que Jean étant Roi, les Barons de France , c'eft-à-dirc , 
jrioycnnant un fauf-conduit , lequel lui ayant été refu- ]©s faus de France , n'ctoient plus fes Pairs, 
ic , il y avoit nullité daiu la prcc&illK d.s Pairs ; outre 



9» 



PHILIPPE II. ROI XL I. 235 

■ de cette Cour déclaré atteint ôc con- abfolue , que le papier l'en: contre le ■ 
1202. va i ncu de parricide & de rélonie : pour fer, I2 ° 4« 
cette raifon condamné à perdre tou- Deux ou trois autres places qui fe 
tes les terres qu'il avoir en France , défendoient encore , fuivirent l'exem- 
qui feroient acquiies ôc confifquées p!e de Rouen -, ôc voilà comme en 
a la Couronne , ôc tous ceux qui le moins de trois ans il gagna toure la 
défendroient , réputés criminels de Normandie , la plus belle ôc la plus ri- 
léze-Majefté. che Province de France. Elle avoir eu 
En exécution de cet arrêt , Philippe douze Ducs de fa nation , qui l'avoient 
** moitié par force , moitié par inteili- gouvernées quelques uois cens feize 
gence , lui ôca en une année toute la ans. Roilo , pou^ s'être de barbare fait 
haute Normandie, tandis que ce Prin- Chrétien ôc vertueux, fut le premier ; 
ce lâche ôc fainéant parlait le tems à ce Prince Jean pour être de Chrétien 
dormir ôc à danfer avec fa femme dans devenu plus méchant que les payens ÔC 
la vil Le de -Cacn, comme s'il eut été les barbares, fut le dernier, 
en pleine paix. Mais une frayeur fubite En même tems Guillaume des Re- 
payant faifi après unefiftupide fécurité, ches qui avoit quitté le parti de Jean 
il quitca la Province, ôc s'embarqua alTura au Roi Philippe les Comtés d'An- 
au mois de Novembre pour parler en jou , du Mayne ôc de Touraine ; ÔC 
Angleterre. Henri Clément Maréchal de France , 
On peut juger que s'il eût voulu lui conquit tout le Poitou, à la réferve 

prendre le (cm de fes affaires , Philip- de Niort, Thoiiars ôc la Rochelle. 

pe n'eut pas pu fi aifément conquérir L'année fuivante le Roi lui-même 

tant de places , puifque le feul Château- ayant drelTé un grand équipage d'artil- 

Gaillard près d'Andely, iltué fur un ro- lerie , força le Château de Loches , ôc 

cher fort haut ôc efearpé de tous côtés , quelques places qui reffcoient encore à 

endura cinq mois de fiége ; mais le l'Anglois dans la Touraine. 
ciel ôc la terre s'étoient déclarés contre Les difgraces ne réveilloient point le 

lui , {qs amis le rrahiiïoient , fes fujets courage du Roi Jean , mais lui endur- 

lui étoient infidèles ôc il s'abandonnoit cilToient le cœur ôc le faifoient armer 

lâchement lui-même. contre fes Sujets , au lieu de le porter 

" L'année fuivante, qui étoit 1204. à fe défendre contre fes ennemis. Il 

** Philippe £e rendit maître de toutes les n'attribuoit point fes malheurs à foa 

villes de la balle Normandie , prefque crime & à fa fetardife , mais à la mau- 

fans coup frapper. Rouen même qui vaife volonté des Anglois , particulié- 

ctoit la Capitale de tonte la Province , rement des Eccléfiaftiques ; il fe plai- 

ceinte d'une double muraille , ôc très- gnoit qu'ils ne l'avoient pas fecouru 

affectionnée à fes Ducs naturels, après dans fes befoinsî ôc pour cela il fe mit 

quarante jours de fiége, ayant appris par à les vexer horriblement par toutes for- 

les députés qu'elle avoit envoyés au tes d'exactions* - 

Roi Jean , qu'elle ne devoit attendre Guy de Thoiiars qui gouvernoit la " 

aucun fecours de lui, fe rendit au vain- Bretagne, étant mari de la Ducheile 

queur , à la charge qu'il maintiendroit Confiance, s'étoit rangé du parti de 

{qs Bourgeois dans leurs franchifes ôc Philippe , ôc ne lui avoit pas peu aidé 

privilèges. Ce qu'il leur accorda ,& ils à faire ces dernières conquêtes. Il lui 

s'en firent donner des Lettres en la avoit auffi attiré le Vicomte de Thoiiars 

meilleure forme qu'il fe pouvoit -, pré- fon frère : mais cette année tous deux 

caution aulU foible contre la puiffance fe brouillèrent avec lui. Guy voulut £e 

G g i) 



12©*. 



i^6 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



" — cantonner en Bretagne -, le Roi l'invef- fans en/ans , Othon lui fuccédcroit , & 

11 tit dans Nantes , & le contraignit de fe cependant époujéroit fa fille. Or cette an- 110 °* 

remettre à fon fervice : le Vicomte née Philippe ayant été a(j affiné dans fon 

néanmoins demeura encore dans les in- lit malade , par Othon Palatin de Vitels- 

térêts de l'Anglois. pach , l'Empire demeura à fon compéti- 

Les inftantes follicitations des Sei- teur , qui l année Juivante pafja en Italie^ 

gneurs qui redoutoient de tomber fous & Je fit couronner à Rome. Incontinent 

la puiiTance abfolue de Philippe , ai- après il Je brouilla avec le Pape , parce 

guillonnerent fi fort le Roi Jean , qu'il qu'il entreprenoit fur les terres de l'Egli- 

réfolut de faire quelque effort pour re- fe , &J'ur celles de Federic Roi de ùici- 

couvrir les terres qu'il avoit peruues. le , feudataire du S. Siège y à caufe de 

Ayant donc levé des fommes immen- quoi le S . P ère V excommunia V an iziO* 
Les d'argent , il équipa une puilïante Pour lors étoit Pape Innocent III. 

armée navale , 8c vint defeendre à la Prélat d'un grand courage , &c de rare 

Rochelle : le Vicomte de Thoiiars, Sa- mérite , qui étant dans la force de fon 

vary de Mauleon &: quelques autres âge , n'ayant que quarante-trois ans , 

Seigneurs le joignirent. Philippe fe agiiïoit par tout & fe mêloit de tout , 

trouvant trop foible , fe contenta d'al- pouffant les chofes avec hauteur quand 

îer en diligence munir les places du il trouvoit du foible & de la divifion. 

Poitou , pour arrêter ce torrent , puis L'Angleterre en fit une malheureufe 

fe retira à Paris. Jean n'ayant point épreuve. Le droit d'élire l'Archevêque 

d'ennemis en tête > pafïà en Anjou , de Cantorbie appartenoit aux Moines 

prit Angers , & le démantela. de l'Abbaye de faint Alban dans cette 

Au même tems quelques Bretons , Ville-là ; ils étoient de l'Ordre de Cî- 

qui s'étoient armés pour fon fervice , teaux , alors très-puilfant dans la Chré- 

fe faifirent du Promontoire de Garplic tienté, &c particulièrement à Rome, 

& y bâtirent un fort pour favorifer l'a- Ces Moines avoient fait inconfideré- 

bord des Anglois en ces plages-là. ment deux Elections ; la première de 

~ 10 -, Ce fut tout l'effet de la grande levée leur Prieur , fans avoir demandé aupa- 

de bouclier de ce Roi ; car s'étant auf- ravant le confentement du Roi ; la fe- 

fi-tôt rebuté, il fît propofer une trêve conde de l'Evêque de Norvich à fa re- 

par l'entremife du Pape, qui menaçoit quête & par fon ordre. Les deux élus 

d'excommunication celui qui la refu- portèrent ce différend au tribunal du 

feroir. Philippe la lui accorda pour Pape. Il déclara toutes les deux élec- 

deux ans : ce n'étoit pourtant pas lefen- tions nulles -, la première étant contre 

timent des Seigneurs François, ils vou- les formes-, la féconde ne s'étant pu 

loient qu'il continuât la guerre juf- faire que la première n'eût été caffée ^ 

qu'à l'entière expulfion des Anglois. enfuite il les obligea d'élire le Cardi- 

Pour cela ils lui offroient toute afliftan- nal Etienne de Langthon, Anglois de 

ce, &promettoientmêmedenelepoint nai (Tance , & perfonnage d'une capa- 

abandonner y en cas que le Pnpe pro- cité éminente. 

cédât contre lui par cenfures. Ce procédé choqua extrêmement le 

Les deux contendans pour V Empire Roi Jean; de forte qu'il challabrufque- 

£ Allemagne , Othon & Philippe s'étoient ment tous les Moinesde l'Abbaye. Tou- 
accordes fan 110 y , m telle forte qu'O- tes les lettres du Pape ne purent jamais 
thon qui avoit la confirmation du Pape, adoucir cette violente" amertume : il 
mais étoit le plus foible , laifferoit l Em- refu fa abfolument de recevoir le Car- 

pire à Philippe : lequel venant à décéder dinal Langthon pour Archevêque : mais-> 



PHILIPPE II. ROI X L I. 237 



1 le Pape de fon côté tint ferme à main- du Roi Philippe , 8c fe tenant en fure- ' " ' 

1208. ten ir fon éledion. La querelle s'échauf- té du côté d'Othon-, car il croyoit l'avoir ll0 °' 

fa (i fort , que le Pape après plusieurs fort obligé de l'avoir reconnu pour Em- 

menaces envoya une fentence d'inter- pereur après la mort de Philippe fon 

dit a trois Evèques d'Angleterre , pour compétiteur. 

la jetter fur tout le Royaume. Jean en Au bruit de ce grand armement 5 
fut fi irrité , qu'il commanda à tous les l'appréhenfion faifir tellement le Com- 
Evèques , Prêtres 8c Moines de fortir te , qu'il écrivit au Pape, pour le fup- 
de £on Royaume , & de le retirer vers plier de révoquer la Légation qu'il 
le Pape -, rit faifir tous leurs biens, fer- avoit donnée aux Moines de Cîteaux % 
mer leurs greniers , 8c prendre toutes lui promettant de fe foumettre au jiï- 
* Focanœ. les chambrières * des Prêtres , lefquelles gement de tel autre Légat qu'il lui plai- 
furent contraintes de payer de grofïes roit envoyer de la Cour de Rome. A 
rançons pour fe racheter. De plus, afin fa très-humble prière , il donna cette 
de fe précautionner contre l'effet de commifîion à Milon l'un de (es No- 
l'excommunication perfonnelle dont il taires, &c à Thedifio Chanoine de Gen- 
étoit menacé , il prit des otages de ks ncs. Le Comte à leur mandement fe 
Vilies Se de fa NoblefTe. ■ > rendit à Valence s 8c obéit a tout ce 
Mais le faint Père avoit à conduire qu'ils voulurent lui ordonner. Il don- 
une autre affaire bien plus importante na premièrement fept places fortes a 
du côté du Languedoc , pour réduire l'Eglife Romaine à perpétuité , poul- 
ies hérétiques qui avoient prefque ga- gage de fa converfîon ; & l'année fui- 
gné toute cette Province, & même vante 1209. le vingt-huitième de Juin j, 

quelques contrées des environs , par il foaffrit pour avoir fon abfolution , 

i>:_ ..„ o,1. '„K„,v„~, J er C^U. A> £>*„<> k„,..,., j~ i 1 1^. 




puis 

principal fauteur. On l'accufoit d'avoir d'être traîné fur le tombeau de ce Re- 
fait ailàfîiner un des Légats que le S. ligieux par le Légat, qui lui mit la 
Père avoit envoyés en ces pays-là jc'étoit corde au col en préfence de vingt Ar- 
Pierre de Château-neuf , Moine de Ci- chevêques , 8c d'une infinie multitude 
teaux , 8c le Premier qui exerça de peuple. Enfuite de quoi il fe croi- 
l'Inquisition. faaufli, 8c fe joignit à ceux qui pre« 

Le Pape réfolut donc à quelque prix noient fes Villes 8c celles de fes alliés, 
que ce fût , d'exterminer ces héréti- Ce n'étoit pas le repentir qui l'obli- 

ques -, 8c avant que d'aller aux mem- geoit de fouftrir une fi horrible confu- 

bres , il s'en prit au Comte qui étoit flon , c'étoit la peur qu'il eut d'un ef- 

leur chef. Il l'excommunia nommé- froyable orage qui étoit tout prêt de 

ment , déclara fes fujets abfous de la crever fur fa tête. Car il voyoit au mi» 

fidélité qu'ils luiavoient jurée, 8c don- lieu de fon pays 8c fur fes frontières , 

na (es terres au premier occupant , fans une effroyable multitude de gens ar- 

pré.judice néanmoins du droit de la fou- mes qui venoient l'accabler. Un très- 

veraineté du Roi de France. Et pour grand nombre de Seigneurs, de Prélats 

faire exécuter une fentence fi terrible , 8c de peuple s'étoient enrôlés dans cet- 

il fit publier une Croifade générale te milice; 8c le Roi même y fournifîoir" 

contre ces peuples rebelles à l'Eglife. quinze mille hommes entretenus à fes 

Il fe fentoit affez fort pour venir à dépens. 
bout de fon deflein ? ayant l'affiftance Ce-s-Croifês portaient la Croix fur /■ 



ijS ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

'poitrine , à la différence de ceux de la me en effet , elle le fut cette année. — ™ — r- 
**' Terre - Sainte , qui la portoient fur Les Evêques d'Orléans &c d'Auxer- l2 -<*o~ 

l'épaule. re C 1 U1 avoient été mandés avec leurs 

Parmi ces hérétiques il y en avoit de vailaux à cette expédition, s'en étant 

plufieurs différentes fortes , des Ariens , retournés fans congé, parce qu'ils pré- 

& des Manichéens de plus d'une façon , tendoient n'être point obligés d'aller à 

des Vaudois ou Pauvres de Lyon , des l'aimée que lorlque le Roi y étoit en 

Jïumiiiés y des Popelicains , & tous perfon ne , il tic faiilr leurs régales, c'eft- 

ctoient compris fous le nom commun à- dire les biens qu'ils teuoient en fief 

^/'Albigeois : & quoique fort différens de lui , non pas leurs dixmes , offran- 

entreux , ils avoient tous pareil mépris des , ck autres droits attachés néceiïai- 

pour le Pape & pour les Evêques. Ceux rement à leur fonction. Ils en firent 

quon appelloit Pauvres, faijbient effec- leurs plaintes par des Envoyés au Pape 

tivement profeffion d\une pauvreté Evan- Innocent III. ÔC après ils les y portèrent 

relique , & étoient les plus fuppor tables -eux-mêmes. Le Pape ayant examiné la 

de tous , comme les Manichéens les plus caufe , trouva qu'ils avoient manqué 

impies , & les plus éloignés des bonnes .contre les coutumes &" les droits du 

/nœurs & de lavrayefoi. Les Humiliés Royaume -, de forte qui! fallut qu'ils 

fe mê'oient de prêcher par tout où ils Je payalïènt l'amende au koi pour ren- 

trouvoient , & couvroient leur venin du trer dans leur temporel. 
voile d'une fauffe modeflie & dune feinte L'armée des nouveaux Croifesn'étoit 



humilité. Dieu voulut que pour les con- pas moins que de cinq cens miile^per- 
trequarer , il sinfiitudt au même terns fonnes , non pas toutefois , comme je 
deux ordres Religieux ,fçavoir des Fre- crois, tous eombattans , parmi lefqUels 
xes Mineurs ou Cordeliers , & des Fre- il y avoir cinq ou fix Evêques , le Duc 
<res Prêcheurs ou Jacobins , Les premiers de Bourgogne , les Comtes cie Nevers, 
fondemens de celui-là furent jettes en I ta- de faint Pol 6c de Montfort. Le ren- 
' lie par faim François dJjjije-, homme dvZ-vous général étoità Lyon , vers la 
féculier , fort Jimple : ceux de l autre en fête de faint Jean. De là , étant entrés 
Languedoc par faint Dominique , de la da:.s le Languedoc, ils attaqueront la 
noble Maifon des Gu^mans en EJpagne, ville de Beziers , l'une des plus fortes 
& Chanoine dOfma , qui étoit venu en des Albigeois , la forcèrent , & y pafTe- 
cette Province avec Diego fon Evéquc , rent tout au fil de l'épée. Il y fut tué 
pour convertir les Albigeois. plus de foixante mille perfonnes, en- 
Ces feétaires avoient commis quel- rr'autres fept mille dans l'Eglife de la 
ques aétes d'hoftilité dans les terres du Magdelaine , & le propre jour de la fê- 
Roi Philippe , & s'avouoient de l'An- te de cette Sainte. Ceux qui vouloient 
glois : voilà pourquoi Philippe joignit exeufer un fi horrible carnage, difoienr 
ion reflfentiment particulier au zélé de que ç "étoit une punition divine , de ce 
la Religion. Il avoit promis de fe trou- que ces blafphêmes hérétiques croyoient 
ver lui-même à cette expédition , ou qu'elle avoit été la maîtrefîe de Jesus- 
du moins d'y envoyer fon fils : mais Christ. Ceux de Carcallbnne épou- 
comme il fçut qu'il y avoit danger d'une vantés d'une î\ fanglante tuerie , fe ren- 
defeente des Anglois en Bretagne , à la dirent à diferétion , bienheureux de 
f-iveur du Fort de Garphc , il ne pafïà foi tir tous nuds en chemife. 
point la Loire , de commanda à la No- Les Seigneurs de cette armée ayant 
blefle qui relevoit de lui , de s'armer tenu confeil, élurent Simon Comte de 
pour aller prendre cette forterellè-,com- Montfort, pour avoir le commande- 



IZ09. 



P H I L I P P E I I. R O I X L I. 239 

-ment de cette guerre, ôc pour régir les aux dents, ôc le mit en devoir de dé- 

A . __ _ .» '- * -L_ ~ . - O — i*_ à — _.' J __ .-. à. «... Ll. M A l/^wn , I 4-1- » -*-\«r -..rt. - __. -- 



1209, conquêtes qui s'étoient faites &: le le- fendre fon bien. Alors il fut excommu- 121 x. 

roient à l'avenir furies Hérétiques. Ce- nié hautement , ôc fes terres expofées 

la réglé , le Comte de Nevers s'en re- à qui les pourroit conquérir. Mont- 

tourna avec une grande partie des Croi- fort afîiégea ïouloufe \ mais les gran- 

fés , ôc peu après le Duc de Bourgogne des bandes de Croifés qui lui étoienc 

avec une autre, de forte que Simon venues, s'étant défilées en peu de tems, 

demeura mal accompagné ■■, il ne laif- il le vit contraint de lever le liège. Les 

fa pour tant pas de le loutenir par fa ver tu Comtes de Touloufe Ôc de Foix , avec 

plus qu'héroïque , ôc conquit encore leurs Confédérés , le pourfiuvirent ôc 

Mirepoix , Pamiers «Se Alby : tellement l'aiîiégerent dans le Château-neuf; ôc 

que dans peu de tems il le vit maître là , chofe incroyable, pius decinquan- 

de l'Albigeois , des Comtés de Beziers te mille hommes n'en purent forcer 

&c de Carcallonne , ôc de plus de cent trois cens , mais furent battus , ôc fe 

Châteaux. retirèrent honteufement. 

De fois à autre il arrivoit au Comte En ce tems plus que jamais floriffoit 

de Mont fort de nouvelles bandes de £ Ecole de Pans. On la nomma Uni ver- 

Croifés, même de Flandres &c d'Aile- Cité, parce quony enfeignoit univerfel- 

magne ; mais elles s'écouloient fix fe- lement toutes Jones de Jciences , quoi- 

marnes ou deux mois après. Avec ces quen effet l'envie d'apprendre , & £af- 

renforts il emportoit toutes les places jiuence des Ecoliers y fujjent bien plus 

ôc ies Châteaux, non-feulement des grandes que la doctrine. Un certain Pré- 

Hérétiques , mais auffi des autres Sei- tre du Diocéfe de Chartres , nommé Al~ 

gneurs. Le Roi d'Arragon,de qui plu- marie , s'étant mis à dogmatifer des 

iïeurs en ce pays-là tenoient leurs ter- nouveautés , avoit été contraint défi 

res en arriere-fief , à caufe de quelques dédire, dont il étoit mort de chagrin. Plu- 

Seigneuries qu'il y poifédoit , en écri- Jieurs après fa mort fuivant encore fes 

vit au Pape , ôc le Comte de Touloufe dogmes , furent découverts & condamnés 

en alla porter fes plaintes jufqu'à Ro- au feu , lui excommunié par le Concile de. 

me , où le faint Père le reçut allez bien, Paris ,fon corps déterré & fes cendres 

ôc lui promit juflice. jettées à la voirie. Et parce quon crut 

Mais à fon retour on lui propofa de que les livres de la Métaphyjîque d'A- 

s'accommoder avec Montfort , en lui rijio te , depuis peu apportés de Conjlan-* 

quittant tout ce qu'il avoit pris. Il ne tinople , avoient donné lieu à cesjubtili- 

put jamais s'y réfoudre , ôc ainli Milon tés hérétiques , le même Concile défen- 

Légat du Pape l'excommunia dans le dit , fur peine £ excommunication , de 

Concile d'Avignon , prenant pour pré- les lire , ni de les garder. ______ 

texte, qu'il levoit certains nouveaux Les intérêts des Eccléfialtiques eau- I2O0 

péages fur fes terres. Le Roi d'Arragon foient une grande partie des guerres 

vint en perfonne à un autre Concile de ces tems-là. Guy Comte d'Auver- 

qui fe tint à fainr Gilles , pour elTayer gne , pour les violences ôc ies injulti- 

d'accommoder les affaires , ôc de réta- ces qu'il commettoit fur eux , particu- 

blir le Comte de Foix ôc le Vicomte liérement envers l'Evêque de Clef- 

de Bearn , qui avoient été dépollédés mont , qu'il avoit emprifonné , fut 

comme fauteurs d'hérétiques : mais il privé de la Comté par le Roi Philip- 

ne fçut rien obtenir. pe , ôc ne put jamais y rentrer. 

Le Touloufain , après tant de baffes La plus importante querelle de cet- 
te ruineufes foumiflîons , prit le frein te nature étoit entre les Papes ôc- les 



12 1 1 . 



14© 



ABREGE CHR 



ino> 



H ~ ■ Souverains : car les premiers étanr au- 

1Z0 9> deflus des Princes pour le fpiricuel , 
qui doit être le principal , croyoienr , 
en verru de ce pouvoir être en droit , 
non-feulement de les admonefter quand 
ils manquoient en chofes notables , 
mais encore de les corriger Ôc de leur 
commander dans les rencontres où il 
s'agilïoit de la paix de la Chrétienté , 
ôc de l'exaltation de la Foi. Mais com- 
me leurs commandemens devinrent 
trop hautains , ôc leurs corrections trop 
rudes , jufqu'à priver les Souverains de 
leurs Etats , quand leurs excommuni- 
cations ne faifoient point d'effet , ils 
trouvèrent de grandes réfiftances , prin- 
cipalement du côté des Empereurs ôc 
des Rois de France. 

L'Empereur Othon s'opiniâtrant , 
peut-être un peu trop à défendre les 
droits de l'Empire , fe préparoit de 
repafler en Italie pour la fubjuguer en- 
tièrement , avec une puilïante armée 
qu'il levoit de l'argent que le Roi Jean 
fon neveu lui avoit envoyé , à condi- 
tion que de-là il retomberoit fur la 
France. Le Pape Innocent lança les 
foudres de l'Eglife fur fa tête , un an 
après qu'il y avoit mis la Couronne ; 
êc peu après, une grande partie des 
Princes d'Allemagne , à l'inftigation du 
Roi Philippe élurent Roger-Federic 
II. fils de l'Empereur Henri VI. âgé 
pour lors de dix-fept ans , ôc qui mê- 
me , du vivant de Ion père , avoit dé- 
jà été nommé Roi des Romains. Inno- 
cent confentit à cette élection , ôc l'an- 
née fuivante Federic , qui étoit alors 
dans fon Royaume de Sicile , palTa en 
Allemagne. Quelques années durant , 
il vécut allez bien avec les Papes •, mais 
xiès qu'il youlut jouir des droits de fa 
Couronne , ôc exercer la fouveraineté 
de l'Empire en Italie , il fut aufli mal 
avec eux que l'avoient été fes prédé- 
ceflèurs. 

Le Roi Philippe & le nouvel Empe- 
reur ayant même intérêt , Louis fils 



ONOLOGIQUE 

aîné du premier , ôc délégué par fes or- ■ 
dres , &: Federic s'abouchèrent à Vau- IiII « 
couleurs , fur la frontière de Champa- 
gne , pour renouveller les alliances 
d'entre la France & l'Empire, ôc pour 
s'unir plus étroitement contre Othon 
ôc contre le Roi Jean ion oncle , leurs 
ennemis irréconciliables. 

Renaud Comte de Boulogne avoit 
fort bien fervi Philippe depuis la ré- 
conciliation , ôc il en avoit aulîi été 
fort bien récompenié , en ayant eu 
plutïeurs belies terres. Néanmoins le 
Roi le foupçonnant d'intelligence avec 
l'Anglois , lui demanda fes places for- 
tes ; ôc fur le refus qu'il fit de les lui li- 
vrer , il les attaqua , ôc le pouffa fi vi- 
vement , qu'il n'ofa pas les défendre , 
mais fe fauva chez le Comte de Bar 
fon parent , & de là en Flandre. 

Il y avoit trois ans que l'interdit 
tenoit l'Angleterre dans un pitoyable 
état , quand le Pape envoya fon Légat 
nommé Pandulfe , Diacre de l'Eglife 
Romaine , exhorter derechef le Roi 
Jean de recevoir l'Archevêque de Can- 
torbery, & de rappeller dans fon Royau- 
me , & rétablir dans leurs biens les 
Evêques ôc autres EccléiiaiHques qu'il 
avoit bannis. Ce Roi y confentit allez 
facilement ; mais il refufa de leur faire 
aucune raifon des dommages qu'ils 
avoient fourîerts. Pandulfe fe retira 
donc en France fans avoir rien conclu : 
mais les exilés prefîerent tant le faint 
Père par leurs plaintes continuelles , 
qu'enfin Pandulfe ayant un nouvel or- 
dre, lâcha une terrible fentence contre 
lui , qui fut aufli-tôt publiée par toute 
l'Angleterre , quoique les Evêques aux- 
quels on l'avoit adrefïee n'ofaflent la 
fulminer. Elle portoit non-feulement 
excommunication de fa perfonne, mais 
encore délioit fes fujets du ferment de 
fidélité , ôc leur défendoit d'avoir au- 
cun commerce avec lui ; donnoit fes 
Royaumes au Roi Philippe ôc à (es fuc- 
cefïeurs „ ôc çxhortoit tous les fidèles 

de 



ii.i I. 



m i. 



iiii 



PHILIPPE II. ROI XL I. 24* 

- de fecroifer 8e de l'affilier en cette ex- tes ces fourmilions, néanmoins il n'ob- 

pédition contre l'ennemi déclaré de tint point encore fon abtblution , ni la 

Dieu 8e de l'Eglife. Philippe qui n'at- levée de l'interdit, que plus d'un an 

tendoit que cette occasion , drelTa auili- après ; 8c cependant les Barons de Ion 

tôt de grands préparatifs pour conque- Royaume , avec les Evèques, commen- 

rir l'Angleterre ; 8c amaifa un nombre cerent à lui ourdir une autre trame , 

effroyable de troupes 8e de vailTeaux à qui n'étoit pas moins dangereufe que 

l'embouchure de la Seine. Jean fe pré- la première. 

para néanmoins à la défenfe , équipa Lorfque le Légat eut tiré de lui tout 
une grande flûte, manda toutes les mi- ce qu'il fouhaitoit , il palfa vers Phi- 
lices & tous les Gentilshommes de fon lippe, 8c s'efforça de lui perfuader 
Royaume ; 8c de cette innombrable qu'il devoit rompre fon entreprife : 
multitude, il choilit foixante mille mais il étoit trop engagé d'honneur & 
hommes bien armés 8e aguerris ; de de dépenfe pour en demeurer-ld. Tous 
forte que s'il eût été bien fervi , il pou- les Seigneurs de fon Royaume , dans 
voit empêcher les François de defeen- un Parlement tenu à Soiifons , le len- 
dre en fon Royaume , 8e les combat- demain de Pâques-Fleuris, lui avoient 
tre , s'ils y defeendoient. Mais il ne promis toute alîiltance de leurs biens 
redoutoit pas feulement leurs armes , &: de leurs perfonnes. Il n'y eut que 
il craignoit que fes Sujers ne tournaf- Ferrand , fils de Sanche I. Roi de Por- 
fent leurs armes contre lui , o.u qu'ils tugal , Comte de Flandre par fa fem- 
neie livralTent à fes ennemis. me, qui refufa de l'accompagner en 
Le Légat qui avoit fulminé l'excom- cette expédition , 8c lui déclara par fa 
munication étoit Italien , fort habile ; propre bouche qu'il ne voyoit point de 
étant demeuré en France , il augmen- juftice à cette entreprife. C'eft qu'il 
toi* à toute heure fa frayeur par des étoit offenfé que Philippe eût tire de 
avis fecrets qu'il feignoit de lui don- lui les villes d'Aire 8c de Saint-Omer, 
ner charitablement ; 8c par fes artifi- pour confentir à ce qu'il épousât l'hi- 
ces , il le troubla jufqu'à tel point , ritiere de Flandres , qui étoit Jeanne 
qu'il promit de faire tout ce que le S. fille aînée de Baudouin V. 
Père lui ordonneroit. Panduîfe étant Le Roi indigné de cette réponfe , lui i2I ^ 
donc parte en Angleterre , il l'obligea commanda de fortir de fa Cour tout 
premièrement de rappeller tous les fur l'heure , 8c manda à fon armée na- 
Evêques qu'il avoit bannis , de les re- vale de s'avancer fur les côtes du Bou- 
mettre dans leurs biens, & de leur payer lonnois croyant qu'il le pourroit rame- 
les dédommagemens félon qu'ils fe- ner à fon devoir , lorfqu'il le verroit il 
roient eftimés. Après cela ce miféra- proche de lui , 8c prêt de s'embarquer, 
ble Roi remit par un acte authenti- Quand il fut donc à Boulogne , il lui 
que, fes Royaumes d'Angleterre 8c envoya ordre de le venir trouver à Gra- 
d'Irlande entre les mains du faim Père, vélines ; le Comte s'y fit attendre quel- 
8c p. lis il les reprit de lui , fe rendant ques jours , mais ne s'y trouva point ; 
fon valîàl 8c homme lige , tant lui que tellement que le Roi réfolut , avant 
fes fuccedeurs procréés de (on maria- que de s'embarquer pour l'Angleterre, 
ge , 8c s'engageant de lui payer chaque de le mettre hors d'état de lui nuire, 
année , outre le denier de faint Pierre , Les villes d'Ypres , de Cafîel , Se tout 
rmLle marcs d'argent de redevance -, Je pays jufqu'à Bruges , firent joug à fes 
fçavoir , fept cens pour l'Angleterre , armes ; fon armée navale compofée de 
Se trois cens pour l'Irlande. Avec tou- mille fept cens voiles , étant venue 
Tome IL H h 



îii ;. 



i, r L ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

mouiller l'ancre à Dam. Comme la força Henri Comre de Louvain 8c Duc - 
plus grande part en étoit à la rade , de lirabant , qui avoir épouie une tiiie 
prefque toute dégarnie d'hommes , ar- du Roi , de iuivre ion parti, 
riva l'Angloife commandée par les Le Roi Jean n'avoir pu encore ob- 
Comtes de Boulogne 8c de Sahsbery , tenir fon abioiution ni la levée del'in- 
qui donnant defliis , en emmena trois terdit , quoiqu'il eût déjà payé de très- 
cens vaifTeaux charges d'armes 8c de grandes iommes aux Evéques : de for- 
toutes fortes de provilions -, 8c en bru- te que lorfqu'il voulut marcher en per- 
la , prit 8c coula à fond une centaine, fonne avec les forces de Ion Royaume, 
Cet avantage donna la hatdielle aux pour faire diverlion en faveur du Fla- 
Anglois de mettre pied à terre pour mand,fes Barons 1 abandonnèrent > 8C 
chercher queîqu'avantage dans le pays, lui rirent entendre qu'ils ne le fuivroient 
Philippe en ayant eu avis , décampa point qu'il n'eût entièrement fatisfait. 
de devant Gand , alla à leur rencontre , Il réitéra donc les promeuves & les 
&: en tua deux ou trois mille. Toute- obligations au Légat , donna des fure- 
fois comme les autres tenoient la mer, tés aux Evêques pour retourner dans le 
&c que ce qui lui reftoit de vaifTeaux Royaume, feproiterna à genoux devant 
dans le port ne pouvoitfortir fans tom- eux, 8c leur allura le payement des 
ber entre leurs mains , il en tira l'équi- dommages qu'ils avoient lourferts j 
page , 8c les fit tous brûler , 8c la ville moyennant quoi ils lui donnèrent ab- 
de Dam enfuite, afin que la perte du folution félon les formes , mais ils ne 
Comte ne fût pas moindre que la levèrent pas encore 1 Interdit. Lorlqu'il 
fïenne. croyoit avoir conjuré cette tempête , 
De-là , ayant ravagé le terroir de il s'en leva une autre non moins dan- 
Bruges , tiré beaucoup d'argent de cet- gereufe du côté de l'es Barons. Ils conf- 
te ville 8c de celles de Gand &d'Yr>res -, pirerent enfemble de l'obliger à garder 
faccagé & démantelé l'Ifle , il laifia fon les Loix que le Roi Henri I. ion bilayeul 
fils Louis Bc Gaucher Comte de Saint avoit accordées à l'Angleterre. Nous 
Pol dans le pays, avec- un puilTant corps en verrons bien-tôt les fuites, 
de Cavalerie, &: de fortes garnifons Cependant il fecourut fi puiiTam- 
dans les « illes de Douay 8c de Tournay ment les Flamands de troupes 8c d'ar- 
feulement. gent , qu'ils défolerent toute la Comté 
Lorfqu'il fe fut retiré de Flandre , le de Guifnes , abattirent le Château de 
Comte Ferrand y rentra , 8c d'abord Bruxan , prirent d'allant 8c brûlèrent 
reprit Tournay de l'Ifle que Louis com- la ville d'Aire 8c le Château de Lens , 
mençoit à réparer -, comme en revan- de firent de cruels ravages par le fer «5c 
che Louis faccagea 8c brûla Courtray. par le feu dans les terres du Pnnce 
Philippe pour la féconde fois rentra en Louis. Lui-même étant un peu plus en 
Flandre, pour ralîurer fes conquêtes, liberté, fit un très -puilïàm armement 
8c tout auiTi-tôt Ferrand fe retira-, 8c par mer, 8c alla descendre à la Ro- 
Philippe revint en France donner ordre chelle. Là s'étant racommodé avec les 
à "es autres affaires. Dès qu'il fut hors de Comtes de la Marche , d'Eu , d'An- 
la Flandre , Renaud Comte de Boulo- goulême , de Luzignan , & autres Poi- 
gne y tint la campagne avec des forces revins , qui l'affifterent de leurs forces, 
qu'il avoit amenées d'Angleterre, fans il traverla le Poitou , fe rendit maître 
aucun exploit néanmoins -, finon , qu'a- de quelques places en Anjou , 8c com- 
près avoir fait diverfescourfes ,& ten- mença à redrclTer les murailles d'An- 
té deux ou trois fiéges inutilement , il gers , fa ville natale. 



iii$, 



P H I L I P P E I I. Il O I X L 1. i Vy 

~ Pour empêcher ces progrès , le Roi Avant que le mois fut expiré depuis 

* zl v rappella fon fils de Flandres , 8c lui la fuite du Roi Jean , le Roi Philippe 121 4« 
donna une bonne armée. Ce Prince fit gagna encore une aune victoire bien 
fa place d'armes à Chinon , 8c fut fe- plus fignalée fur l'Empereur Othon 8c 
condé des forces de la Bretagne , condui- Ihs confédérés. Ce fut auprès du village 
tes par Pierre de Dreux , lequel cette de Bouvines, qui eft entre l'Ifle& Tour- 
année avoit époufé l'héritière de cette nay. Ils avoient une aimée de i$oooc% 
Duché. C'étoit Alix fille de la Duchef- combattans ; la fienne étoit plus foible 
fe Confiance , 8c de Guy de Thouars. de la moitié , mais fortifiée de là fleur 
Cependant l'Anglois travailloit dili- de fa Noblelîe , 8c de quatre Princes de 
gemment ci fortifier Angers , 8c enfer- fon fang-, fçavoir , Eudes Duc de Bour- 
moit de murailles la partie qui eft de- gogne , Robert de Courtenay , Robert 
là la rivière de Mayne. Ses gens faifant Comte de Dreux } 8c fon frère Philippe 
des courfes jufqu'aux fauxbourgs de Eveque de Beauvais. 
Nantes , de l'autre côré de la Loire , La bataille fe donna le 1 $. de Juillet, 
furprirent dans une embufcade Ro- endura depuis midi jufqu'aufoir. Gue- 
bert , fils aîné du Comte de Dreux , qui rin , Chevalier de l'Ordre de Saint Jean 
avoit paire le pont pour les aller atta- de Jérufalem , 8c depuis peu élu Evê- 
quer , taillèrent fes troupes en pièces , que de Senlis , à qui le Roi avoit don- 

8c le firent prifonnier. né toute autorité après lui , rangea l'ar- 

1214. La France fevoyoitpuillamment atta- mée en bataille; Mathieu Baron de 

quée , non-feulement en Anjou par le Àlontmorenci, Guillaume des Barres, 

Roi Jean , mais encore du côté de la grand Sénéchal du Roi , Henri Comte 

Flandre par l'Empeieur Othon , 8c par de Bar , Barthelemi de Roye , Gaucher 

les Comtes Ferrand de Flandre , 8c Re- Comte de Saint Pol, 8c Adam Vicomte 

naud de Boulogne •, mais en l'un & en de Melun, eurent le plus de part au pé- 

l'autre endroir , fes armes demeure- ril & à la victoire. Guerin n'y combat- 

rent victorieufes. Le Prince Louis ayant tit pas de la main , à caufe de fa qualité 

alïèmblé fes forces à Chinon , marcha d'Evêque-, & Philippe Eveque deBeau- 

réfolument contre le Roi Jean , qui af- vais fe fouvenant que le Pape l'avoit 

fiégeoit le Château de la Roche-aux- délailTé pour avoir répandu le fang des 

Moines fur la Loire « entre Angers 8c Chrétiens , ne frappa point de l'épée f 

Nantes. Comme il étoit à une journée mais d'une malfue de bois , croyant 

près de là , ce Roi prit l'épouvante , qu'aflTommer n 'étoit pas répandre le 

8c repalTà la rivière en fi grande hâte, fang. 

qu'il y lailfa toutes fes machines de guer- Le Roi y courut grand rifque de fa 
re , 8c partie de fes troupes , qui furent perfonne , ayant été abattu à terre par 
tuées ou noyées fur la retraite. Mathieu Renaud, foulé aux pieds des chevaux, 
Paris raconte que les deux armées étant 8c blelfé à la gorge : mais enfin fes en- 
proches l'une de l'autre , furent toutes nemis furent battus par tout , Othon 
deux faifies d'une terreur panique , 8c mis en fuite , fon grand érendarc, qui 
fe tournèrent le dos fuyant à vau-de- étoit un dragon avec une aigle Impéria= 
r.mte. Quoi qu'il en foit , depuis ce le au-deiTus 3 & le chariot qui le porroir, 
jour-là, l'Anglois n'ofa plus paroîrre en rompu en morceaux , 8c cinq Comtes a 
lieu où il fçût que Louis devoit fe trou- entre lefquels étoient Ferrand 8c Rê- 
ver, 8c il lui abandonna tout l'Anjou , naud, avec vingt-deux Seigneurs por= 
8c fes nouvelles fortifications d'Angers , tant bannière , fiiits prifonniers. 
qui furent auiïi-tôt démolies. Les devins avoient affuré la vieille 

Hh ij 



244 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

Mahaud de Portugal , ComteiTè douai- s'il ne fe fût avifé d'interpofer le Légat 



11 1 "** riere de Flandre, tante de Ferrand, du Pape pour demander une trêve. 12I 4« 
qu'il y auroit une grande bataille , que Cette puillance étoit h formidable , 
le Roi y feroit abbattu par terre, qu'on que le Roi n'oia pas la lui refufer , il 
lui palïèroit fur le ventre » Se que Fer- l'accorda pour cinq ans. 
rand entremit en triomphe à Paris. La Lorfqu'ellefur faite, lePrince Louis, 
première prédiction fut accomplie fans foit par dévotion ou par jaloulie de la 
équivoque : la féconde le fut aufli, mais puillance du Comte de Montfort , fe 
d'une autre façon qu'elle ne l'avoit en- croila contre les Albigeois, Se fit le 
tendue : car en effet , on l'amena en voyage de Languedoc. (Il faut dire ce 
triomphe à Paris , mais en qualité de qui s'y étoit pallé l'année précédente. ) 
captif, tout chargé de fers , Se attaché Pierre Roi d'Arragon ayant recueilli 
dans un chariot traîné par des chevaux dans fa ligue , Se fous fa protection , 
ferrants , c'eûVà-dire , félon le langage les Comtes de Touloufe , de Foix Se de 
d'alors , de poil bay obfcur , Se couleur Cominges , le Vicomte de Beziers Se 
de fer. ( C'eft pourquoi le peuple chan- autres , dont Monfort avoir empiété les 
toit : quatre ferrants bien ferrés , traînent terres , l'envoya défier par fes Hérauts. 
Ferrand bien enferré. ) Montfort avoit laillé une forte garnifon 
Les Pariliens firent une pompeufe en- dans Muret , pour faire le dégât aux en- 
trée au Roi , Se célébrèrent fa victoire virons de Touloufe : ce Roi y mit le 
par des réjouiflances folemnelles huit fiége au mois de Septembre. Son armée 
jours durant. On enferma les pfifon- éroit de près de cent mille hommes -, 
niers de guerre en diverfes places du Montfort qui étoit à Caftelnaudari , en 
Royaume. Ferrand fut mis dans la tour ayant à peine ramalîé mille ou douze 
du Louvre , hors des murailles de la cens , s'alla jetter dans la place. On ra- 
ville j Se Renaud dans la tour neuve de conte que failant une furieufe fortie 
Peronne , avec les fers aux pieds , Se une fur ce Roi , qui par mépris d'un fi petit 
chaîne qui le tenoit attaché à une grofle nombre , s'étoit mis à table au com- 
piece de bois. Philippe avoit fait vœu , mencement du combat , il tailla en pié- 
dans la joye de cet heureux fuccès , de ces toutes fes troupes ; l'abbattit par 
bâtir une Abbaye en l'honneur de Dieu terre , où il fut égorgé par un fimple 
Se de la fainte Vierge : fon fils Louis foldat ; enleva fon étendart royal , que 
VIII. l'en acquitta en fondant celle de l'on porta en triomphe à Rome , Se 
Nôtre-Dame de la Victoire , près de couvrit le champ de corps morts , fans 
Senlis. perdre que huit de fes gens. 

Les Seigneurs du Poitou , qui avoient Un fi pefant coup de maiTue abbattit 

favonfé 1 Anglois , {cachant que Phi- le Comte de Touloufe , Se les habitans 

lippe étoit victorieux , lui envoyèrent de cette grande ville , aux pieds du 

offrir toute foumillion. Il ne s'en fia Légat -, ils offrirent de fubir telles con- 

pas à leur parole , Se fe rendit dans le dirions qu'il leur voudroit impofer : 

pays avec fon armée pour les poulïer à mais ils n'en furent pas quittes pour 

bout, Le Vicomte de Thouars , le plus des paroles , on avoit réfolu de les dé- 

puiflànt de tous, rentra aflez facilement pouiller entièrement. 

dans fes bonnes grâces, par l'interceffion Quand on eur avis en Languedoc que I 

de Pierre Duc de Bretagne -, les autres le Prince Louis y alloit avec une armée, I2,I jj 

fe voyoient entièrement perdus , & le Montfort vint au-devant de lui à Vien- 

Roi Jean, qui étoit alors dans Parte- ne , Se le Légat à Valence. Comme il 

nay , ne pouvoit manquer d'être pris, fut à Saint Gilles, Montfort qui l'accom- 



PHILIPPE II. ROI XL I. 245 

pagnoit , reçût des Bulles du Pape, qui de routes pourfuites & affaires, 8c met- 



M I 5- en conféquence du décret du Concile toit ceux qui s'y enrôloient , fous la l £ *$' 

de Montpellier , tenu quelques mois fpéciale protection de l'Eglife , 8c fous lv * 

auparavanr , lui donnoient en garde les celle du faint Père. Mais afin de la mé- 

teires du Touloufain , 8c toutes les au- riter par un plus puiflint moyen , * il ac- * n ne fd- 

tres qui avoient été conquifes par les complit en effet ce qu'il avoit déjà pro- 8? ic P oint . 

Croilés -, à la charge d'en prendre Tin- mis par écrit , de foumettre fon Royau- gS'iV fa*" 

veftiture du Roi , ëc de lui rendre les me au faint Siège. Car dans une céré- couronne 

devoirs féodaux. Tellement que , pour monie publique , il remit effective- f "«roSaiS 

ainfi dire , le Pape nommoit , 8c le Roi ment fa Couronne entre les mains d'un du Pape. eu. 

conféroir fur fa nomination. Légat , 8c la reprit de lui. * Alors le faint de l 6 ^: 

De là Louis fur à Montpellier , puis Père entreprit hautement fa défenfe abbaiflèmenc 

à Beziers , d'où il ordonna que les murs comme de fon vallal , annulla la chartre a i ou " k mé- 

de Narbonne 8c de Touloufe feroient qu'il avoit concédée aux Barons, les ex- crâtio» que" 

démolis. Le Comte réduit à une pi- communia , parce qu'ils ne défécoienr fes fujers 

toyable extrémité, prit le chemin de pas à fes commandemens , 8c quelque f voie i u , P j Ut 

t> J r a\ o J •> 1 r \ . i i r t."1 lui. Ed. de 

Rome avec Ion hls,<x tous deux s adrel- tems aptes, reagrava la Sentence. i^s, 
ferent au Concile qui fe renoit au Pa- Ils ne laifférent pas pour tous ces 
lais de Latran , penfant le fléchir à mi- anathêmes de pourfuivre leur entrepri- 
féricorde , 8c en obtenir grâce, s'ils fe , 8c fe faifirent de la ville de Lon- 
n'eri pouvoient obtenir juftice. Mais le dres 8c de quelques autres places : néan- 
Concile , fans être touché des foumif- moins comme Us avoient laiifé languir 
fions ni des larmes de ces deux grands leurs fuccès, leurs affaires n'alloieut pas 
Supplians , adjugeala propriété de leurs trop bien, & la néceflité les contrai- 
terres à Montfort , réfervant feulement gnoit de chercher leur falut dans un fe- 
celles de Provence pour le fils , 8c qua- cours étranger. Voilà pourquoi ils 
tre cens marcs d'argenr par an pour leur avoient recours à Louis, 8c lui en- 
fubfiftance -, bien entendu qu'ils fe ren- voyoient offrir la Couronne d'Angle- 
droient obéiiTans au faint Siège. Dès- terre. Philippe confentit qu'il y paffat 
lors Montfort prit la qualité de Com- pour cela -, mais il voulut auparavant 
te de Touloufe , 8c vint en recevoir qu'ils lui donnaient vingt-quatre ôra- 
l'inveftiture du Roi dans la ville de ges des plus nobles enfans du Royau- 
Melun. me pour fureté de fa perfonne. 

Comme Louis étoit encore en ce Le faint Père en étant averti envoya 

pays-là , les Seigneurs ou Barons An- un Légat en France avec charge de dé- 

glois lui envoyèrent offrir la Couronne tourner Louis de cette entreprife , 8c 

d'Angleterre. Leur confpiration contre de prier le Roi Philippe de le retenir, 

le Roi Jean avoit enfin éclaté ; ils Philippe protefta de tout refped 8c 

avoient pris les armes , 8c l'avoient obéifiance au faint Siège : mais répon- 

forcé de leur donner une chartre conte- dit qu'il ne pouvoit pas impofer à fon 

nant la confirmation des loix du Roi fils la néceflité de ne point pourfuivre 

Henri I. 8c de leurs libertés 8c privilé- les droits de fa femme, qui étoit nièce 

ges. Le Pape même avoit confirmé cet- du Roi Jean. Ainfi Louis accepta la 

te conceflîon -, mais incontinent après Couronne d'Angleterre , 8c alla avec 

Jean la révoqua comme faite par force, un grand équipage defcendre en Pille 

& prit la croix pour le voyage d'outre- de Tanet, 8c de là paffa à Londres,, 

mer , d autant que cette fainte milice où il fut facré 8c couronné folemnelle- 

avoit le privilège de porter furféance ment> 



itf ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

- Jean exclus de fa Ville capitale fe re- tion qu'il avoit fulminée confie lui, 

1216. t i ra ^ Wmcheftre, & par fa fuite lui & bien que Philippe proteftât qu'il ne IiI ^» 
donna loifir de recueillir les hommages lui donnoit ni aide ni confeil , offrant 
de toute la Noblelle , Se de s'ailurer même, fi l'Eglife l'ordonnoit , de con- 
des environs de Londres. Le Légat fifquer fes terres : néanmoins il com- 
n'ayant pu arrêter ce jeune Prince par manda à l'Archevêque de Sens de le 
{es remontrances , l'excommunia lui dénoncer aulli excommunié , & de 
ôc tes adhérans : mais il en appella au mettre la France en interdit. Mais les 
Pape , &: envoya des Ambaliadeurs à Prélats aiïemblés à Melun déclarèrent 
Rome pour détendre fon appel. On qu'ils ne déféreroient point à cette fen- 
n'avoit pas encore trouvé le moyen tence , s'ils n'étoienr plus amplement 
d'appeller au futur Concile. Cependant informés de l'intention du faint Père, 
il ne lailla pas de réduire le pays de Ce procédé trop intérefTé,& ce femble 
Sudfex , de toutes les régions Auttra- peu juite, rabattit beaucoup de la croyan- 
tes, horfmis les places de Windfor ôc ce qu'on avoit aux fouverains Pontifes 
de Douvres. dans les affaires temporelles. 

Les AmbafTadeurs plaidèrent forte- Sur ces entrefaites la Juftice divine , 

ment fa caufe à Rome : Ils remontre- & le bonheur de l'Angleterre , toute 

rent que Jean n'avoit jamais été Roi, défolée par ces guerres plus que civiles , 

parce que le confeil de Richard l'a- voulurent que le Roi Jean, qui rôdoit 

voit condamné à mort, ôc exhéredé de lieu en lieu, liai fiant tous les fujets, 

pour fes attentats % rébellions con- Se étant haï de tous, vint à mourir , 

tre ce Roi fon fouverain & contre foit par intempérance foit de poifon , 

l'Etat ; que d'ailleurs il y avoit eu qui à ce qu'on croit , lui fut donné 

fentence de mort contre lui par les par un Moine. Il laiffa trois fils en bas 

Pairs de France, pour le cruel meur- âge , Henri, Richard & Edmond, 
tre d'Artus fon neveu -, & que quand La haine des Anglois s'éteignit avec 

même il auroit été Roi légitime , fa vie , & il fut vrai ce que dit le pro- 

il étoit déchu de ce droit, parce verbe, mort le ferpent, mort le venin, 

qu'il étoit devenu tyran , & que la Bien plus l'averfion qu'on avoit pour 

„ tyrannie étoit la deftruction de ia lui fe tourna contre les François , tant 

Royauté. Après cela ils firent voir parce que Louis leur donnoit les gou- 

que le Royaume d'Angleterre, puif- vernemens ôc les terres des Seigneurs 

qu'il en étoit exclus , appartenoit à du parti du jeune Henri ', que pour le 

Blanche , femme de Louis , comme bruit qui courut , vrai ou faux , que le 

étant fille d'Alienor d'Angleterre Vicomte de Melun étant à l'article de 

Reine de Caftille, & feeur de Ri- la mort dans Londres , avoit révélé 

chard & de Jean. aux Anglois que Louis avoit juré avec 

Tandis qu'ils difputoient les droits fes Seigneurs François , du nombre 

de leur maître, il employa utilement defquels il étoit, que lorfqu'il feroit 

fes armes à conquérir les régions d'Effex, maître abfolu de l'Angleterre, il exter- 

de Sufrolk & de Norrfolk. Les ayant mineroit tous les Barons qui l'y avoient 

réduites, il revint afiiéger Douvres, appelle, comme des factieux 6V des 

fur ce que fon père lui reprochoit qu'il traîtres. Ainfi l'affection des peuples re- 

avoit imprudemment lailfé cette place tourna bien-tôt vers le jeune Henri , 

derrière lui. qui en effet étoit leur Seigneur naturel, 

Le Pape fort offenfc de fes progrès , cV dont l'âge innocent leut donnoit de 

confirma la fentence d'excommunica- la compafiion 5 de forte que les affaires 



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de ce jeune Roi commencèrent à fe ré- autres terres qu'on avoit prifes à fon' 



i 11 ^. rabhr , 6c par conséquent celles de père. On leur donna pour reponfe la I2l6 « 

Louis à fe ruiner. Comme il vit donc conhTcation qui en avoit été taire par 

que les Anglois l'abandonnoient l'un le jugement des Pairs. 

après l'autre, 6c que les foudres de Quant à la guerre des Albigeois, tan • 

Rome épouventoient {es gens même, dis que Montrort afîiégeoit vainement liX 7« 
il fe porta à taire une trêve pour la ville de Beaucaire , le Comte Ray- 
quelques mois avec le parti de Henri. mond ramena des troupes d'Arragon , 
Pendant cette furféance d'armes , il ou il s'étoit retiré; 6c avec leur moyen, 
repalfa en France pour s'aboucher avec il fe rétablit en plufieurs de {es places , 
fon père : mais ce Roi craignoit fi fort particulièrement dans Touloufe, qu'il 
le Pape , qu'il refufa de le voir , 6c ne rempara en diligence de retranchemens 
conféra avec lui que par perfonnes in- 6c de paliiTàdes. Montfort y alla mettre 

Empereurs t erpofées • fj D i eil qu'^ ne put pas lui le fiége : le fuccès ne répondit pas à 

Pierre de r i i> rra. J :i - r i >'i i> 

Courtenay accorder toute 1 aiiirtance dont il avoit ion attente -, après qu il 1 y eut tenu 

r. i. ans & befoin. Louis étant de retour dans l'Ifle fept mois entiers, il y fut tué en une 

dÏmc'ÏÎ. Fï " trouva <l ue ^ e P art ^ ^e *" es ennemis de- fortie. Il avoit trois fils , Amaulry , 

venoit le plus fort , &c que le lien dé- Guy 6c Simon. Amaulry lui fuccéda 

clinoit. Ce qui acheva de le ruiner , au droit de fes conquêtes , Guy eut la 

fut que fon armée avec les Barons An- Comté de Bigorre à caufe de fa femme 

glois fut battue près de Lincoln , en- Perennelle , qui en étoit héritière , 

enfuite de quoi il fut invefti dans Lon- comme étant fille d'Etiennete, qui l'é- 

dres avec les reftes de cette déroute. toit du Comte Centuile , Simon fut 

Il fallut donc pour avoir liberté de Comte de Leyceftre en Angleterre de 

s'en retirer vie &c bagues fauves , qu'il ^>ar fa grande-mere. 

traitât avec Henri -, &z il promit 6c jura Henri Empereur de Conftantinople , —————— 

fur les faints Evangiles , de rendre tou- & frère de Baudouin, qui l'avoit été I21 ^- 
tes les places qu'il tenoit en Angleterre, auffi , étoit mort l'an 1116. ayant ré- 
de foumettre fes prétentions au juge- gné onze ans. Pierre de Courtenay 
ment de l'Eglife , de faire fes efforts Comte d'Auxerre , qui avoit époufé fa 
pour obliger le Roi fon père à lui ren- fœur Yolante , partit cette année de 
dre toutes les terres de France qui France pour aller prendre cette Cou- 
avoient été conquifes fur le Roi Jean -, ronne. En paffant il fut facré à Rome Empereurs 
6c s'il ne pouvoit pas obtenir cela de avec fa femme , 6c s'embarqua huit Robert de 
lui , il engageoit fa foi qu'il en feroit jours après pour palier en Grèce : mais R "o"m& 
raifon lui-même lorfqu'il viendroit à comme il traveribit la Thelfalie , fous toujours Fi- 
la Couronne. C'étoit promettre plus un fauf-conduit de Théodore Comne- DEIUC IL 
qu'il ne vouloir ni ne pouvoit tenir, ne, il fut fait prifonnier par ce perfide, 
Réciproquement Henri jura de rétablir qui tua la plupart des Seigneurs de fa 
les Barons dans toutes leurs terres, &c fuite , 6c l'ayant détenu trois ou quatre 
dans les droits 6c privilèges pour lef- ans, le fit cruellement mafiacrer. Yolante 
quels ils s'étoient armés contre le Roi femme héroïque , gouverna deux ans 
Jean. l'Empire après fa mort , durant lefquels 
Lorfque le jeune Henri fut bien éta- les Seigneurs envoyèrent offrir l'Empire 
bli dans fa Royauté , fon Confeil en- à Philippe Comte de Nemours fon fils 
voya des Ambafïadeurs en France fom- aîné -, mais il s'exeufa de l'accepter, 6c 
mer Louis de fa promeffe , 6c rede- céda volontiers cet honneur trop péril- 
m.mder la Duché de Normandie , 6c leux à Robert fon frère puîné. 



i 4 S ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



— " — Amaulry n'étoit pas afFez fort pour batus de cette fanglante perce, qu'ils ne *■ 

l è.' maintenir Ces conquêtes en Languedoc : continuaiFent encore la guerre durant li2, °* 

oc luiv. j e j^ 01 }' a f]ifl; a premièrement de 600. quelques mois -, mais c etoit feulement 
hommes d'armes, 8c de 10000. hom- pour obtenir de meilleures conditions, 
mes d'infanterie. Ces forces n'étant La trêve ayant été prolongée avec les 
pas encore fuftîfantes de rétablir fes af- Anglois, la France jouit d'un calme de 
faires , le Prince Louis à l'inftante trois ou quatre ans, pendant lefquels 
prière du Pape , entreprit cette expédi- Philippe s'occupa à faire clore de mn- 
tion pour la féconde fois. Il réuflit heu- railles, aggrandir, fortifier , paver 8c 
reufement en la prife de Marmande lur accommoder de ponts & de chaulFces 
la Garonne , 8c de quelques autres toutes les Villes de fon Domaine , fai- 
places de la Comté d'Agenois qui ap- fant toutes ces dépenfes de fon propre 
partenoit au Touloufainj mais fon bon- fonds, fans exiger pour cela aucuns ai- 
heur échoua devant Touloufe. Y ayant des , ni aucunes corvées de Ces fujets , 
mis le liège il la battit avec grande force 8c payant fort équitablement toutes les 
d'artillerie , mais il n'y avança pas terres 8c maifons des particuliers qu'il 
beaucoup. Ce qui fauva ion honneur , étoit obligé de prendre pour faire ces 
fut qu'il quitta cette entreprife pour ouvrages publics. 

obéir aux ordres du Roi fon père ; il le L'an mi. une prodigieufe Comète 

rappella fur la crainte qu'il avoit que les parut au Ciel -, 8c foit qu'elle en fut le o/r 1 - 2 " 

troubles qui étoient furvenus en Breta- ligne , ou qu'elle en fut la caufe , 8c ■ 

gne, ne fufîent fufeités par les Anglois, peut-être ni l'un ni l'autre, une fièvre 

pour allumer enfuite un plus grand feu quarte attaqua le Roi Philippe 5 8c le 

dans la France. tenant en langueur près d'un an, creu- 

Voici ce que c'étoit : les Comtes Sa- fa peu à peu fon tombeau, 
lomon 8c Conan , que le Duc Pierre Amaulri de Montfort avoit offert au 
avoit injustement dépouillés de tous Prince Louis de lui céder toutes t'es 
leurs biens , s'étant retirés dans les fo- conquêtes du Languedoc : mais Philip- 
rêts, ravageoient fon pays avec des ban- pe connoiilant la famé de fon fils trop 
dits qu'ils avoient ramalfés ; 8c au me- délicate , n'avoit pu confentir qu'il fe 
me tems les Barons s'étoient révoltés chargeât d'une guerre fi fatigante. Ce- 
contre lui, à caufe qu'il vouloit s'arro- pendant le Pape 8c les Eccléliaftiqties 
ger la garde-noble des Gentilshommes prelfoient toujours que l'on achevât 
orphelins , jufqu'à ce qu'ils eufTent d'exterminer ces héréciques , qui s'en 
atteint l'âge de vingt ans. Ils avoient prenoient fans refpeét à leurs biens 8c 3 
donc fait ligue enfemble, & s'étoient leurs p.rfonnes. On avoit donc convo- 
joints avec Amaulry , Seigneur de que à Paris une grande AlFemblée de 
Craon , fort puifFant en alliances 8c en Prélats 8c de Seigneurs pour terminer 
amis , qui lui avoit déclaré la guerre cette affaire. Jean Roi de Jerufalem , 
pour certain Château que ce Duc avoit 8c le Légat du Pape y ailiftoient : Phi- 
ufurpé fur lui. Cette querelle compli- lippe tout malade qu'il étoit , voulut 
quée de divers intérêts , dura plus de s'y trouver , 8c partit exprès du Châ- 
deux ans , 8c ne prit fin que par une teau de Pacy fur Epte , où il fe diver- 
grande bataille qui fe donna près de tiiîoit. Comme il fut arrivé à Mantes, 
Châreau-briant. Le Duc , quoique le fon mal redoubla fi fort , qu'il fut con- 
plus foible en nombre d'hommes , y traint de demeurer là ; 8c quelques 
gagna la victoire , 8c fit Amaulry pri- jours après, il y rendit lame le 15. de 
jfonnier. Les Barons ne furent pas fi ab- Juillet de l'an 1115. 

Le 



12.1 



PHILIPPE II. ROI XL I. 249 

Le cours de fa vie fut de cinquante- Il eut auiïi un fils naturel nommé 



7 ' huit ans, celui de Ion régne depuis ion Pierre-Chariot, qui fut Tréfoner de 12,1 3 # 
couronnement , de qifarante - quatre. l'Eglife de Tours , Se après Eyêque de 
Son tombeau elt à faint Denis où fon Noyon. 

corps fut porté avec grande cérémonie. De tous les Rois de la troifiéme U- 

Par (on teitament fait dès l'année pré- gnée , c'eft lui qui a le plus acquis de 

cédente , il ordonna qu'il feroit mis terres à la Couronne ,& le plus de puif- 

50000. liv. ou 15000. marcs d'argent lance aux Rois fes fucceneurs : car il 

à 40. fols au marc , entre les mains arracha la Normandie , les Comtés 

de fes exécuteurs, pour reftituer à d'Anjou & du Maine, la Touraine , le 

ceux aufquels il fe trouveroit avoir Berry Se le Poitou à Jean-Sans-Terre i 

pris ou détenu injuftement quelque il ne contribua pas peu de fon côté à 

chofe. Il légua aulîî dix mille francs l'abaiflèment du Comte de Touloufe : 

à la Reine Ifemburge fon époufe Se par la ruine de ces deux puilïàns 

à Louis fon fils , pour employer à la Princes , il ôta le contrepoids qui ba- 

défenfe du Royaume, Se non à autre lançoit fon autorité dans le Royaume, 

ufage-, 53 500. marcs d'argent au Roi Après cela, il accoutuma plus facile- 

de Jerufalem , 2000. aux Templiers, ment les Grands au refpeél Se à la crain- 

Se autant aux Holpitaliers pour le re- te , les peuples à fe laifter charger beau- 

couvrement de la Terre-fainte , zi. coup plus qu'ils ne l'avoient été par fes 

mille livres Parilis aux pauvres or- prédeceifeurs. Les François lui donne- 

phelins , veuves Se lépreux , Se rent le nom de Conquérant , Paul 

vingt mille à Amaulry de Montfort Emile l'a rendu en Latin par celui 

pour racheter fa femme «3c fes enfans d'AuGUSTus , (a) qui a femblé fi beau 

d'entre les mains des Albigeois. à tous ceux qui ont écrit depuis lui , 

Il époufa trois femmes , Ifabelle ftile qu'ils l'ont retenu , Se ont prefque abo- 

de Baudouin IV. Comte de Haynaut li l'autre. 

Se de Flandre , Ifemburge fille de II étoit bien fait de fa perfonne Se 

Valdemar le grand, Roi de Danemarc , fans aucun défaut corporel, horfinis 

Se Agnès , fille de Bertold , Duc de qu'il avoit un œil à demi offufqué d'un 

Meranie. De la première , il ne lui dragon -, à caufe de cela , quelques au- 

reftoit aucun enfant que le Prince Louis, teurs Italiens l'ont appelle le Borgne. * Boc J c ' e lkm & 

qui régna ', de la féconde , il n'en eut II fe laiiïoit quelquefois emporter à la 

point du tout, mais il en avoit deux colère, Se donnoit plus à la paflion qu'à 

d'Agnès •, fçavoir Philippe furnommé la raifon ; il fe montroit aufli un peu 

Hurpel , qui eut la Comté de Bou- plus enclin à la févérité qu'à la miféri- 

iogne, parce qu'il en époufa l'héritière, corde -, Se l'avarice eut beaucoup de 

qui étoit Mahauld ou Mathilde , fille part aux trop grandes levées que la né- 

du malheureux Renaud de Dammartin j ceflîté de fes affaires lui faifoit prendre 

Se Marie qui fut conjointe en premie- fur fes peuples. Du refte , il étoit , Se 

res noces l'an 1206". avec Philippe Com- brave Chevalier, Se excellent Capitai- 

te de Namur , Se en fécondes l'an 12 12. ne , laborieux Se actif, heureux en fes 

avec Henri IV. Comte de Louvain , Se entreprifes , parce qu'il entreprenoit 

Duc de Brabant. avec confeil , Se exécutoit avec céleri- 

(a) Le furnom d'Augufte ne lui fut donné qu'après toiiens ont coutume d'appeller Auguftes les Empereurs 

fa mort. Ce Prince, du Paul Emile, mérita le furnoru & les Rois qui augmencoient la République du verbe 

d'AuguIte dans la poftérité ; Rigoid qui dédia fon hiftoi- ( Augeo , ) j'augmente : ce fut , ajoute-t'il , par cette rai- 

ix de Philippe II. à Louis VIIÎ. fou fîls , dit : les Hif- fou que Philippe fut furnommé Auguue. 

Tome IL II 



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250 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



ré Se chaleur i rrès-fûge politique , qui ce miracle conhrmeroit fon rapport , 
IiZ 3* fçavoit employer où il falloit les caref- ôc le rendroir cligne de foi. De fait > *' 
fes, les menaces, les récompenfes Se au même moment , il fe trouva par- 
les châtimens -, fplendide Se magnifique faitement guéri 9 Se de ce pas , il alla 
dans les grandes occafions; fort chari- conter fa viiion au Pénitencier Se au 
table envers les pauvres *, très-zélé pour faint Père. 

la juftice entre fes fujets, Se non moins 11 eft bon de remarquer que de fon 

pour la Religion , ayant autant de foin régne , & de celui de fon père Se de 

de conferver la pureté de la foi par fon ayeul , il y avoit cinq grandes 

l'extirpation des héréfies , Se de défen- Charges de la Couronne -, lçavoir , de 

dre les biens & la liberté des Eccléfiafti- Grand-Sénéchal, en Latin Dapifcr , 

ques contre les ufurpateurs , que de de Grand-Chambrier , de Bouteiiler , 

maintenir les droits Se l'honneur de de Connétable Se de Chancelier. Je 



* AuflîctoH- f a Couronne. * crois qu'il étoit au pouvoir du Roi de 

cfcrgé"& du Le Poète Guillaume le Breton qui a les donner , & de les ôter ; je ne fçai 

peuple com- décrit fa vie en vers , la couronne par pas avec quelle formalité il le faifoit , 

Î^^J'apothéofe de ce Prince. Un Genril- ni fi les Grands de l'Etat & le Parle- 

ft & le Père homme , dit-il , de la ville de Segnia , ment , ou atfemblée générale des Pré- 

'zd ] j Fair o C ' où pour lors le Pape faifoit fon féjour , lars Se des Seigneurs avoient part à cet- 

Se dans la maifon duquel le grand Pé- te nomination. Mais je fçai bien qu'el- 

nitencier étoit logé , étant malade à la les n'étoient pas perpétuelles , Se qu'eL- 

mort , de forte qu'il avoit reçu l'Ex- les relîembloient en quelque façon à 

rrème-Onétion , vit apparoître devant des Commiffions plutôt qu'à des Char- 

lui un bon Saint couvert d'une robe ges ; que néanmoins leur fonction étoit 

rouge, tout entouré d'Anges refplendif- il néceiîaire , qu'il falloit que ceux qui 

fans , Se qui avoit à les côtés un Roi en étoient revêtus , fignaffent à tous les 

avec des vêtemens d'une lumineufe 8c adtes importans ; en forte que quand 

éclatante blancheur. Le Saint l'ayant une de ces places étoit vacante , on ne 

abordé , lui déclara qu'il éroit le Mar- manquoit pis * de le mettre au bas de * On y met- 

r rx- oi- >-i • i •' t01t Vacante 

cyr lamt Denis-, 8c celui quil voyoït la pièce. Canceliaria, 

à fes côtés , Philippe Roi de France, L'auteur delà vie des Minimes d'Etat ou Dapifcro, 

qui venoit de rendre l'ame. Quand il a fort cutieufement remarqué, que la g^VnuHo. *' 

fe fut fait connoître , il lui enjoignit Charge de Connétable a été démem- 

d'aller trouver le grand Pénitencier , brée de celle de Grand-Sénéchal •, cv 

Se de lui dire qu'il donnât l'abfolution celle de Grand-Chambellan , de celle 

à ce Roi , par le pouvoir qu'il en avoit de Grand-Chambrier. Que le Grand- 

du faint Père , Se qu'il célébrât la Mef- Chambellan avoit le maniement des 

fe a fon intention , Se le recomman- tréfors du Roi-, Se que la Charge de 

dât à Dieu dans fes prières pour obte- Connétable n'eut le commandement 

nir le pardon de fes fautes vénielles, fur les armées que vers l'an 1 218. après 

Le Gentilhomme s'exeufa de cette com- que Philippe Auguite eut long-tems 

million , fur ce que fa maladie lui ôtoit lailfé vaquer celle de Grand-Sénéchal , 

le mouvement Se prefque l'ufage de la pour la faire périr , comme je crois , 

langue , Se que d'ailleurs, il n'étoirpas parce qu'elle étoit trop puiflante. Cet- 

airezautorifé pour faire croire une cho- te Charge avoit été rendue hérédiraire 

fe fi furprenante. Là-delfus, le Saint pour les Comtes d'Anjou : mais comme 

lui répondit , que Dieu lui rendoir fa ils étoient alfez grands Seigneurs pour 

fanté entière Se parfaite , S: l'alTura que tenir leur Cour à part , ils méprifoienD 



IZl^. 



noms 



PHILIPPE ïir ROI XL t. z^i 

de fuivre celle du Roi ; de forte qu'il re ; l'un infedtoit les corps , l'autre rui- 

I2i 5* donnoit cette Charge à quelque Gen- noit les familles. On féparoit exa6te- 

tilhomme qualifié , qui en faifoit le ment de toute fociété ceux qui étoient 

fervice ordinaire. Toutefois ils fe ré- atteints de la lèpre , on les enfermoit 

ferverent l'honneur d'en faire les fonc- dans des lieux écartés , loin de l'habita- 

tions aux grandes cérémonies. Mais à tion des hommes ; mais pourtant près 

la fin, elle s'anéantit tout-à-fait. Je ne des grands chemins. Le nombre s'en 

puis pas dire comment. Celle de Chan- augmenta fi fort , qu'il n'y avoit ni vil- 

celier fut la dernière des cinq en pou- le ni bourgade qui ne fût obligée de 

voir de en dignité , jufqu'à ce que Fre- bâtir un hôpital pour les retirer. On 

re Guerin , Chevalier de Saint Jean nommoit ces maifons Ladreries de les 

de Jérufalem , 6c enfuite Evêque de lépreux Ladres , à caufe de Saint Laza- 

Senlis, lui donna beaucoup plus de luf- re , le patron des pauvres &c des lan- 

tre , & un plus giand rang qu'elle guifîrms, que le vulgaire par corruption 

n'avoit. Il n'en fut pourvu que parle appelloityiz//z£ Ladre. Or les fondations 

Roi Louis VIII. après avoir tenu les publiques , les dons qu'y faifoient les 

fceaux 23. ans durant , la Chancellerie parens de ceux qui étoient affligés de 

ayant été vacante pendant tout ce ce mal, les aumônes des particuliers ,8c 

tems-là. avec cela les immunités & les privilé- 

Joms&fut- Sur la fin de ce régne, les familles ges que le Roi & l'Eglife accordèrent 

commencèrent à avoir des furnoms fi- à ces miférables 3 les mirent fi à leur 

xes & héréditaires. Les Seigneurs & aife , qu'avec le tems , ils devinrent 

Les Gentilshommes les prenoient le plus dignes d'envie que de pitié , au 

plus fouvent des terres qu'ils poiTé- moins à l'égard du menu peuple. On 

doient ; les gens de lettres, du lieu de les aceufoit de mener une vie pleine 

leur naifiance ; les Juifs quand ils fe de débordemens, & quelquefois de cri- 

convertifïbient , comme auffi les riches mes \ aufïï quand ils en étoient con- 

Marchands , de la ville de leur demeu- vaincus , on les brûloir tous vifs , afin 

re ordinaire. Quant à ce qui a donné que le feu purifiât tout enfemble I'in- 

des furnoms aux autres roturiers , c'a feétion du corps &c celle de l'ame. J'ai 

été aux uns la couleur ,.ou la manière lu qu'il y avoit des hommes qui ap- 

du poil , l'habitude ou les défauts du préhendoient fi fort cette vilaine & 

corps , la façon des habits ou l'âge -, honteufe maladie , qu'ils fe faifoient 

aux autres la profeflion , l'office , le mé- couper pour s'en préferver. ufu«s. 

rier -, à quelques-uns , leurs bonnes ou Les ufures étoient fort communes , 

mauvaises qualités -, à plufieurs la Pro- Se encore plus exceiîîves : les Juifs les 

vince ou le lieu de leur naifiance. Mais exerçoient avec tant de cruauté , qu'ils 

pour la plus grande partie, c'a été quel- ne s'en prenoient pas feulement aux 

que nom propre qui étoit ordinaire biens pour avoir payement , mais aufii 

dans leur famille , ou même quelque aux perfonnes : ils les réduifoient en 

fobriquet qui apalféà leurs defeendans. fervitude , & les tourmentoient en leur 

Je m'aiîure que qui voudra examiner corps , pour les contraindre de Judaï- 

tous ces chefs féparément , avouera fer. Les Papes fe mirent fouvent en 

qu'il ne s'en peut guéres trouver d'au- devoir de les réprimer , mais ce fut en 

très. vain -, car les Princes , &c entr'aurres le 

Lépiç. Dans tout ce fiécle , il régna en Fran- Roi Philippe les foutenoient , parce 

ee deux maux très -cruels , mais qui n'y qu'ils en tiroient tribut pour permer- 

ctoient pas nouveaux , la lèpre & l'ufu- tre ces exactions , & qu'avec cela , ils 

H ij 



i$x ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



pouvoient à leur befoin dégorger ces avantages, il eft à croire que s'ils euf- 

1 2 3« îangfues quand elles éroienc tropplei- fent fçu modérer cette haine enragée I22 3' 

nés. On leur permetroit de pofieder qu'ils ont toujours eue contre les Chré- 

des biens-fonds : ils en avoient beau- tiens , & vivre plus doucement avec 

coup , ik comme leur induftrie & l'ar- eux , ils fe fulTent rendus maîtres d'une 

gent dont prefqu'eux feuls avoient le bonne partie du Royaume, 
commerce , leur donnoient de grands 



I S A B E L 

I. FEMME 

DE PHILIPPE AUGUSTE. 

Par un étrange fort cette Reine affligée » 
Souffrit beaucoup de maux au milieu de fes biens ; 
Et lorfqu'elîe croyoit en être foulagée , 
Elle perdit la vie en la donnant aux fiens. 

CHarles I. Duc de Lorraine , lovingien , mais de bien loin , & par 
fils de Louis d'Outremer eut , à les femmes doublement -, néanmoins les 
ce que Ton prétend, de fa première auteurs du tems puolient hautement 
femme trois enfans , Othon qui lui cela , tant les François , félon l'inconf- 
fuccéda au Duché , & deux filles , Er- tance des hommes, honoroienc une Ra- 
nungarde & Gerberge. La première ce qu'ils avoient ruinée. Louis le Jeu- 
fut mariée à Albert Comte de Namur, ne voulut donner cette alliance à ion 
dont provint Albert II. qui eut pour fils, parce qu'il voyoit que le Hennuyer 
fils& fuccefleur Godefroy. Ce Gode- s'en alloit bien-tôt être héritier de 
froy époufa une Comtefle de Luxem- Flandres, & que les Seigneurs de Mont- 
bourg , de laquelle il eut Henri fur- morency & de Coucy , très-puiilans en 
nommé l'Aveugle, & deux filles , dont fon Royaume , & plus encore dans ion 
l'une appellée Elis fut mariée à Bau- efprit , lui perfuadoient de le raire, 
douin III. Comte de Haynaut , duquel d'autant qu'ils étoient alliés de cette 
mariage fortit Baudouin IV. auflî Comte Maifon. En faveur de ce mariage FAr- 
de Haynaut , qui époufa Marguerite de tois fut donné à Philippe , ôc les noces 
Flandre, fœur de Philippe d'Alface , furent faites à Bapaume l'an 1180, le 
& en eut Baudouin V. qui fut Comte Lundi d'après le Dimanche de la Qua- 
de Flandre &: Empereur de Conftanti- fimodo , mais elles ne furent pas con- 
nople , & une fille nommée Ifabel , fommées : car ils n'a voient tous deux 
mariée à Philippe Augufte. Elleétoit, que douze ans. Son Epoux l'emmena 
comme vous voyez , ifTue du fang Car- à quelques jours de là à Paris , & par 



I S A B E L. 255 

la permiflîon de fon père , le jour de neur par le Comte de Flandres. De 
î'Afcenfion, il fe fit derechef couron- plus ne fe contentant pas d'avoir fecoué 
ner,afin qu'elle le fût avec lui dans le joug, il lui redemanda le pays de Ver- 
l'Eglife de Saint Denis , par les mains mandois , que le Comte prétendoit lui 
de Guy Archevêque de Sens , qui aupa- avoir été donné par Louis le Jeune » 
ravant prorefta ne prétendre aucune ju- & fit conclure par un Parlement tenu 
rifdi&ion fur l'Eglife de faint Denis , à Compiegne , que s'il ne le rendoit , 
bien qu'elle fut dans le détroit de fa nonobitant les raifons , la guerre lui 
Métropolitaine. Si vous demandez feroit déclarée. La difcorde& la haine 
pourquoi ce couronnement ne fe fit crohTant de cette forte entre le neveu 
pas à Reims , c'eft parce que les Reines & l'oncle , l'amitié ceffà entre les deux 
ne font pas facrées de l'huile de la fain- Epoux , foit que la Reine lui repréfen- 
te Ampoulle , ni pour fuccéder , mais tac avec trop d'importumté le droit de 
par honneur 8c par cérémonie feule- fon oncle , foit que les Champenois 
ment; 8c qu'aulîi Guillaume Cardinal lui joualïent ce mauvais tour. De quel- 
8c oncle du jeune Roi , Archevêque de que façon que cela vint , Ifub^l fut trai- 
Reims , n'approuvoit pas ce mariage , tée de rudes parolts 8c de mépris en- 
parce que la Maiion de Champagne fuite ; enfin les actions lurent éclairées 
dont il étoit , laquelle avoir été fort de près ; 8c comme elle ne fe pouvoic 
confidérée fous Louis le Jeune , crai- taire , quelque dilcours qu'die fit ayant 
gnoit de perdre fon avantage fous Phi- augmenté le foupçon 8c la colère du 
lippe, par le moyen de certe alliance. Roi, elle fut chJlée tout-à fait de la 
En effet , dès-lors ils virent leur crédit Cour \ ce qui arriva quelques trois ans 
diminué , 8c Louis en mourant ne leur après le mariage. Mais cette Piincefïè 
lailîa pas la Régence du Prince pupille, fçachant bien que qui quitte la partie 
mais à Philippe Comte de Flandres, la perd , n'eut garcie de fe retiier aux 
oncle de la jeune Reine. Ainfi l'ambi- Pays-Bas , ni de s'éloigner de la Cour 
tion de ces deux Maifons agita diver- de plus d'une journée : elle s'en alla à 
fement le Royaume. Premièrement le Senlis , d'où elle pouvoit agir 8c en- 
Flamand opprima les Champenois , tretenir facilement fes créatures 8c fes 
puis il fe ligua avec eux , quand il vit amis , pour trouver l'occafion de ren- 
que le Seigneur de Couey poiTédoit la trer en grâce. Toutefois elle dilîîmu- 
faveur du jeune Roi •, en troifiéme lieu loit plus fagement que fon âge ne 
il fe déclara derechef contr'eux , 8c permettoit , 8c fes retïenrimens 8c fes 
comme il étoit habile homme , il eut efpérances -, 8c déjà comme toute dé- 
le gouvernement des affaires durant tachée du monde , elle ne parloit des 
quelque tems , à quoi le fecours de fa affaires de la Cour qu'à ceux qu'elle 
Nièce ne lui étoit pas inutile -, car par connoifToit fidèles 8c fecrets , 8c ne 
les inftructions qu'il lui donnoit , elle voyoit aucune compagnie que de per- 
entretenoit le jeune Roi fon Epoux en fonnes dévotes 8c pieufes, paiïantpre£ 
défiance contre les Champenois. Ce que toute la journée dans les Eglifes 8c 
Prince étoit bien diverfement balancé dans l'oratoire. C'étoit pour ne point 
par deux affections oppofées de fa me» donner d'ombrage a fes ennemis , le£- 
re 8c de fa femme : celle de fa mère , quels toutefois ne laifTcrent pas d'en 
comme la plus naturelle , le gagna en- prendre -, 8c poufïans jufqu'au bout la 
fin , 8c les considérations d'Etat lui haine du Roi , qui étant jeune , rete- 
nant entrées dans l'efprit avec l'âge , noit facilement leurs imprefïions , ils 
il ne voulut plus être traité comme mi- le firent enfia réfoudre de la répudier , 



i 5 4 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

lui remontrant qu'il n'auroit jamais la près l'accord du Comte de Flandres 
paix dans fi mailbn , avec une femme Lit en Tan 1184. ou 85. Enfuite 
qui s'opiniâtroit à défendre le parti de de cela cette Reine fe gouverna tout 
Ion ennemi. Le divorce n'étoit pas d'une autre façon qu'elle n'avoit accou- 
dirficile à faire , parce qu'à mon avis , tumé ; car connoiiïant qu'il lui étoit 
les djux parties n'ayant encore que impoflible de choquer la Maifon de 
quinze ans, elles ne s'étoient point Champagne fans fe ruiner , elle fit en 
appiochées. Le Roi ayant recherché forte d'en gagner l'amitié , faifanc 
des caufes , il s'en trouva quelques- adroitement valoir fon autorité par la 
unes far la parenté, non pas fi éloi- puiiîance de fes ennemis, par la faveur 
gnée que félon le defir de fes oncles defquels elle éloigna de la Cour les 
de Champagne dans la rigueur du droit, Coucy ôc Montmorency , qu'elle haïf- 
comme on le pratiquoit alors , elle ne foit d'une haine fecrette. Mais afin que 
fut capable de difiToudre un mariage, cette bonne intelligence ne vint à fe' 
Un Synode d'Evêques alïemblés pour rompre , elle moyenna une alliance en- 
cet effet le jugea de la forte, & le feul tre leurs deux Maifons , de Baudouin 
Henri Evêque de Senlis s'y oppofa. de Haynaut avec Marie fille de Henri , 
La Princelfe fans s'inquiéter beaucoup, Comte de Champagne. Il y en avoit 
ni remplir le ciel ôc la terre de plain- déjà eu une autre commencée entre 
tes, en donna avis à fon père, lequel ces deux familles, le jeune Comte de 
ne voyant point de remède plus pro- Champagne ayant , du vivant de Henri 
pre à ce mal que la douceur , au lieu le Large fon père , fiancé Yoland fille 
de fuivre lapamon du Comte de Flan- du Hennuyer ; mais il avoit rompu fa 
dres (on beau-frere , qui avoit pris les promette pour épouferHermencete fille 
armes contre le Roi , s'en vint en Fran- du Comte de Namur , ce qui donna 
ce avec peu d'équipage pour confoler occafionau Hennuyer de faire une guer- 
fa fille , ôc pour longer aux moyens de re. Cette nouvelle alliance la termina 
la rétablir. Le Confeil n'avoit pas ap- ôc mit notre Ifabel en repos. Il ne lui 
prouvé de la laifler dans Senlis , à eau- manquoit que des enfans pour être 
le que le Flamand vint jufqu'aux envi- heureufe. Etant âgée de dix-huit ou 
rons avec fon armée , ôc pour cette rai- vingt ans , le cinquième de Septembre 
fon on l'a voit envoyée à Pontoife. Ce de l'an 1 187. elle mit au monde Louis 
fut là que fon père la vit , ôc lui don- qui régna après fon père , dont le peu- 
na un bon confeil de renoncer entière- pie de Paris où il fut né, fit une réjouif- 
ment aux intérêts de fon oncle , pour fance continuelle huit jours durant ; 
s'attachera ceux de fon mari. La né- faifant des feux de joye , ôc tenant la 
ceilité lui ayant appris ce qui lui nuit des torches ôc des flambeaux allu- 
ctoit le plus falutaire , elle le crut , mes aux fenêtres de toutes les maifons. 
elle récrivit au Roi fon mari , Ôc pria Le Roi en dépêcha des Couriers aux 
l'Evêque de Senlis ôc quelques faints autres Villes ôc à tous fes Alliés , ché- 
Perfonnages de lui protefter de fa part, rit fon Epoufe avec plus de tendrelïè 
qu'elle n'auroit jamais d'autre volon- qu'auparavant , Ôc fe lia avec elle d'une 
ré ni d'autre arre£tion que pour fa affection qui ne craignoit plus les traits 
perfonne. Son père alla aufli le rrou- de l'envie ni de la jaloufie. Deux ans 
ver , ôc lui fit les mêmes protefta- fe palferent en ces douceurs , jufqu'à 
lions pour fa fille •, il négocia fi bien , tant que la Reine étant grolle derechef, 
qu'enfin elle fut rappellée , mais elle perdit la vie en la donnant à deux Ju- 
ne fut toutefois bien raifurce, qu'a- meaux , lefquels, comme n'étant venus 



I S A B E L. 255 

au monde que pour faluer la lumière , ques , & la fit enterrer honorablement 
en fortirent deux ou trois jours après dans cette Eglife Cathédrale. Elle 
leur mère. Le Roi qui étoit pour lors n'a voit qu'environ vingt-deux ans, Me- 
occupé à la guerre contre l'Angiois en yer dit feulement vingt quand elle mou- 
ayant reçu la nouvelle , s'abandonna rut : quelques-uns l'ont appellée Sainte 
tellement à la douleur , que fans le fe- à caufe de fa grande dévotion, & de la 
cours & les Coins des Seigneurs Fran- patience qu'elle témoigna quand elle 
çois, il eût aulli abandonné toutes fes fut éloignée. Au refte je vous avertis 
affaires. En fon abfence Maurice Eve- qu'un de nos Hiitoriens peu curieux , 
que de Paris ( celui dont la fépulture & qui vous trompera fouvent fi vous 
eft à Notij-Dime , &c qui combattit le croyez, s'eft trompé, en ce qu'il a 
fortement une certaine héréfie qui nioit crû qu'après la mort d'Ifabel , Philippe 
la réfurrectiv/n , ) eut foin de fes obfé- époufa Alix fille du Roi de Hongrie. 



ISEMBERGE 



II. FEMME 

DE PHILIPPE AUGUSTE 



Ifèmberge autrefois fît admirer à tous 
La bonté de fon ame & de fa confcience ; 
Et quelque traitement que lui fit fon époux , 
H eut moins de rigueur qu'elle de patience. 

*HclebiirgeT Semberge , * ou Ifembourg, que alors de retour de la Terre-Sainte 

JL quelques-uns nomment Engelber- n'ayant encore que vingt-cinq ans , ôc 

ge , étoit fille de Valdemar le Grand , veuf depuis trois ans de fa première 

Roi de Dannemarc , née environ l'an femme , dont il n'avoit qu'un nfant, 

mil cent foixante &c feize. Elle fut accor- ayant jette les yeux par tout , 2 trouva 

dée à l'Empereur Federic premier pour point d epoufe en Europe • lus fortable 

fon fils, n'étant encore âgée que de à fa condition. Ce Roi dépêcha donc 

huit à neuf ans. Mais Canut fils &fuc- pour la demander l'Eveque de Noyon s 

cefïeur de Valdemar ayant reconnu que avec une folemneîle Ambaflade vers le 

la prétention de l'Empereur étoit d'avoir Roi Canut , lequel tenant cela à grand 

avec fa fœur quelque droit de lui dif- honneur , lui mit i'ïnfante entre les 

puter fon Royaume , il rompit cet ac- mains. L'Eveque la conduifit jufqu'd 

cord, fi bien que l'Infante demeura fans Arras, oii le Roi fe trouva avec les 

parti jufqu'à l'âge de dix-fept ou dix • Prélats & les Princes du Royaume , l'y 

huit ans. Philippe Auguîle , qui étoit reçut ôc fiança, puis lamenant à Amiens 



l$6 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

il l'époufa deux jours avant l'Aifomp- tre les deux parties , 6c bien qu'elle ne 

tion , & la fit couronner le lendemain, fut pas au degré défendu , Philippe fit 

Mais le jour même des épouiailles, bien allembler les Evêques , lefquels eiargif- 

qu'il l'eut fi ardemment fouhaitee , il fant leur confcience pour rétrécir le 

conçut une (i grande averfion contr'el- droit , lui donnèrent une ientence de 

le , qu'il ne put jamais fe réfoudre de divorce l'an 1 192. * avec permiilion de *n l'avofc 

la toucher. Je voudrois bien fçavoir fe pourvoir où il lui plairoit. En faveur répudiée trois 

quelque raifon d'une haine fi prompte, de cette fentence , il contracta auili-tèt vaa t. Upara 

elt-ce qu'il y a des perfonnes naturelle- un autre mariage avec Marie , ou fi 

ment oppofées l'une à l'autre , de forte vous voulez Agnès fille du Duc de Me- 

que même fans fe connoître elles ne ranie. 

peuvent fe fourfrir l'un l'autre ? Ou Ifemberge ainfi abandonnée fut con- 

bien , Ci par quelques charmes de Ma- feillée par quelques-uns de fa fuite , 

gie , ou naturelle ou diabolique , on comme je crois Danois, de s'en retour- 

peut lier l'affection , 6c même la puif- ner en Dannemarc , où elle ne man- 

fance d'engendrer en une perfonne, 6c queroit pas d'avoir bien-tôt pour parti 

blener fon imagination d'une certaine quelqu'autre grand Prince Allemand , 

horreur pour l'objet qu'il devroit ai- 6c que puifque Philippe la méprifoit , 

mer ? C'eli néanmoins ce que l'on dit elle en devoit faire de même. Dans l'af- 

erre arrivé à Philippe. Les Philofophes fîiction où elle fe voyoit, elle étoit réfo- 

agiteront ces queftions, mais je fçai lue de fuivre ce confeil , & elle appro- 

bien qu'ils ne les décideront pas , 6c ne choit déjà des frontières de France , 

ifatisferont point fur ce fujet ni vous ni quand un meilleur fentiment lui fit voir, 

eux. Pour moi fans m'engager dans qu'elle fe condamneroit elle-même par 

une fi profonde fpéculation , je croirois cet éloignement préjudiciable à Ion 

plutôt que cette PrincefTe étant inftrui- honneur. Ainfi reprenant courage 6c re- 

te d'une façon étrangère 6c barbare , 6c tournant fur fes pas, elle s'enferma dans 

n'ayant ni le langage François , ni cette un Couvent, d'où elle fit fçavoir fa dif- 

grace naturelle à nos Dames, ne fut grâce à fon frère : il fut indigné au der- 

pas agréable aux yeux de Philippe , 6c nier point de cet affront , par lequel 

qu'il ne la voulut plus regarder depuis on ôtoit à fa fœur la qualité de femme : 

qu'elle lui eut déplu. La Cour qui fuit & l'Anglois prenant cette occafion de 

les mouvemens de fon Roi , ne fit pa- nuire à Philippe , il l'animoit encore 

reillement aucune eftime de cette Prin- davantage. Il en fit donc fes plaintes 

cette , laquelle ne trouvant que des mé- au Pape Celeftin , lequel envoya auili- 

pris par tout , avoit befoin d'une pa- rôt deux Cardinaux avec pleine puillàn- 

tience extraordinaire. Jugez quelle con- fance d'y remédier , & de contraindre 

tenance elle put tenir trois ans durant le Roi par toutes voyes juftes &: raifon- 

que le Roi ne la regardoit point , & ne nables d'obéir aux faints Canons de 

mi faifoit fournir qu'un médiocre en- l'Eglife. Le Roi , à moins que d'ufer 

tretien pour fa maifon. Mais comme il d'une violence peu conforme au Chrif- 

falloit qu'il fe mariât pour des confidé- tianifme , ne pouvoit pas empêcher 

rations d'Etat , il réfolut de fe dégager que les Prélats ne s'a(îemblailent pour 

d'avec Ifemberge , & confultaplulieurs porter jugement de facaule,mais ilem- 

Canonifies pour chercha' quelque fu- pécha néanmoins qu'ils ne décernaient 

jet de la répudier. Ces Docteurs ayant aucune chofe contre lui. Car dans le 

long tems 6c péniblement cherché, Concile qui fut tenu à Paris, où préiï- 

rrouverent quelque petite parenté en- derent ces Légais , il fe trouva grand 

nombre 



ISEMBERGE. 157 

nombre de Do&eurs qui plaidèrent fi bien de la Noblefle, & fit fur les villes 
caufe , mais pas un qui parlât pour la 6c fur la campagne des exactions vioien- 
Princefle , parce que tous les Prélats tes, que les François fupporterent, s'il 
craignoient la colère du Roi , qu'ils faut ainfi dire, par miracle. Ifemberge 
connoillbient attaché à Lqs fentimens ; qui ctoit fortie du Monaltére pour fol- 
de forte que la chofe demeura pour cet- 1 ici ter fa caufe, éprouva pareillement 
te fois indécife. Innocent III. qui lue- fon indignation : il la fit enlever 6c ref- 
céda à Celëftin, averti de la timidité ferrer dans le Château d'EtampcS, 6c 
ou du refpect du Clergé de France , &c lui ôta tout fon train. Cette prifou 
prelfe par le Danois de ku rendre jufti- n'étoit point ennuyeufe à celle qui s'é- 
ce , écrivit au Cardinal de lainte Sabi- toit accoutumée à vivre dans un Cou- 
ne , ion Légat en ce Royaume , de vent ; elle y lut près de- deux ans , 
pourvoir au fcandale que ce divorce fans recevoir aucune confolation que 
avoit fait. Le Légat alïembla le Conci- du faint Efprit qu'elle pnoit continuel- 
le de l'Eglife Gallicane à Lyon, 6c fit lement de vouloir infpirer le Roi , 
citer Philippe, lequel «'imaginant bien qui s'opiniâtrant de plus en plus dans 
qu'il feroit condamné , y envoya f^s la faute , méprifoit 6c l'excommuni- 
Âgens , pour en appeller de tout ce qui cation &c l'interdit. Le Pape voyant 
feroit d;t & jugé a ion préjudice, par- fes cenfures inutiles députa deux autres 
devant le faint Siège 6c le Confiftoire Légats , lefquels reprenant les voyes 
de Rome , ou au prochain Concile gé- de douceur, levèrent l'interdit; & par 
néral. Il s'avifa de cette appellation leurs exhortations obtinrent du Roi 
pour poufler le tems, ou parce qu'il qu'il reprît Ifemberge: mais après l'a- 
aimoit mieux être jugé par le faint Père voir gardée feulement quarante jours , 
que par fes propres Sujets. Néanmoins il la chalTa derechef plus mécontente 
ce fubterfuge ne lui fervic de rien , le que jamais. Les Légats étonnés de cette 
Légat paffa outte, il excommunia fa inconftance , ralfemblerent un Concile 
Cour , fon Royaume 6c fes Sujets , à Soilfons , où le Roi étant venu avec 
mais non pas fa perfonne , 6c mir toti- quantité de Canonifles 6c de Doéleurs 
tes Qs terres en interdit. Cette fenten- pour défendre fon droit , il fe palfa quin- 
ce foudroyée l'an 1 199. dès le mois de ze jours en difputes fophiftiques 6c en 
Décembre, ne fut publiée que vingt chicanes, au bout defquels, reconnoif- 
jours après la fête de Noël, afin que le faut bien qu'avec tout cela , il ne fai- 
Roi eut le tems de fe réfoudre à un foit que différer de quelques heures 
meilleur avis. Mais tant s'en faut qu'il l'Arrêt de fa condamnation, il s'avifa , 
reconnut fa faute pour cela, que fe pour ne point foumettre fa Majefté à 
pottant à une lureur extrême , il rit fai- un jugement humain, de fe juger foi- 
fi-t les terres 6c les bénéfices de tous les même. Il fe fit donc droit , 6c repre- 
Ptélats qui avoient affilié à cette cenfu- nant.un beau matin en troulîè Ifember- 
re , ou qui en quelque façon , avoient berge , qui étoit là dans un Monaftére, 
averti ou favorifé le Légat. Il s'en prit il partit fans dire adieu à l'Aflemblée , 
encore aux Chanoines 6c aux Curés , 6c lui mandant qu'il avoit repris fa fem- 
les chalfa de leurs Eglifes , puis fa fu- me. Il y en a qui content que ce chan- 
teur débordée par c.s violens efforts, fe gement li prompt provint de ce que 
porta indifféremment fur toutes fortes perfonne ne plaidant alfez hardiment 
de perfonnes 6c d'états. Il priva plu- la caufe de cette Pleine, il fe leva au 
fieurs de fes Officiers de leurs appoin- milieu de l'Alfemblée qui fe tenoit 
temens , il prit la troifiéme partie du dans la grande Eglife, un jeune horrj» 
Tome IL Kk 



*S* 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



me inconnu , mais fort bien hic , qui 
plaida pour elle avec une éloquence il 
puifTante, que le Roi étonne & couché 
intérieurement', fe réibiut de la repren- 
dre ; qu'au refte , ce jeune homme 
étant difparu dans la prelfè après fa ha- 
rangue , 8c n'ayant point été vu depuis, 
on crut que c'étoit un Ange. Mais je 
crois que Philippe ne fut porté à cela 
que par un coup d'Etat ; car il ne cou- 
cha point avec elle que douze ans après, 
£on caprice ou le fortilége n'étant pas 
encore paflé. Cette bonne Reine n'eut 
aucuns enfans , &c furvécut à fou mari 



huit ans, pendant lefquels elle Ht bâtir 
l'Abbaye de faine Jjan de l'Ifle près de 
Corbeil y où ion corps tut entené après 
fa mort , qui arriva l'an ixiG. YtiXS la 
foixantiéme année de fon âge. Pac fa 
vie vous la louerez d'une grande force 
d'efpri: , 8c de n'avoir point perdu pa- 
tience après cane d'affronts , 8c fon hpi- 
taphe nous fait rapport de la chafLté 8c 
de fa dévotion. 

Nob'dls hujus erat , quod in ortis 
fanguim claro 
Invm'usrarb , mens pia , cajla pia. 



BZTÎS3CnarEHE2BaMWBESE^13 



EGLISE DU XII. SIECLE. 



D 



Epuis la nailTance de l'Eglife il 
n'y avoit. point eu de liécle où elle 
eut cté plus déchirée par les fchiimes 
qu'elle le fut en celui-ci. Je ne parle 
point de celui qui fut caufé par l'Empe- 
reur Henri IV. car il eft plus du liécle 
précédent que de celui-ci > bien qu'il 
n'ait pris fin qu'avec la vie de cet Em- 
pereur , qui mourut à Liège l'an 1 106. 
après avoir été malheureufement dé- 
pouillé de l'Empire par fon propre fils. 
Je dirai pourtant que la conduite cira- 
nique 8c fcandalcufe donna belle prife 
fcirifm». au Pape Grégoire VIL dont la vie pa- 
roiffoit irréprochable 8c exemplaire , 
de fe conftituer fon juge , de le fane ci- 
ter à fon cribunal fur les plaintes univer- 
iellesde fes fujets , de l'excommunier 
6c de le dépofer de l'Empire , 8c après 
tout cela de lui arracher la dif pofkion des 
grands bénéfices. Ce qui paroiifoit d'au- 
tant plus favorable que ce Prince en fiii- 
foitun honteux 6c infâme trafic; qu'il les 
donnoit aux plus médians , lefquels il 
mettoit enpolfellion avant même qu'ils 
iulfent faciès; 8c qu'il les en inveitif- 
foit par la verge 8c par l'anneau 3 com- 
me fi c'eulfent été des fiefs, 



Après ce fchifme il y en eut trois au> 
tres , fçavoir deux cauf es par fes querel- 
les que l'Empereur Henri V. fils de ce 
Henri , de puis Federic furnommé Bat- 
beroulle, curent avec le Papes; 8c un 
ttOiheme, qui arriva entre ces deux par 
l'ambition du Cardinal Pierre de Léon. 
Celui cie Henri V. commença l'an 1 1 18» 
Cet Empereur ayant fait élire un nom- 
mé Maurice Burdin Archevêque de Bra- 
ga en Portugal , qui fe nomma Grégoi- 
re VIII. Il finir Tan 1 1 22. cet Antipape 
étant tombé entre les mains de Callifte,. 
8c Henii enfuirc ayant obtenu abfolu- 
rion de ce Pape. Le fchifme que Fede- 
ric fit naître fan 1159. fe continua fou* 
trois Antipapes , C6tavian , Guy de 
Crune , 8c Jean Abbé de Stirum, qui 
prirent les noms de Viélor IV. Pafcal 
III. 8c Califtj III. 8c ne fe termina que 
l'an 1183. Car encore que Federic eut 
été abfbus à Venife l'an 1177. il ne fe 
réconcilia parfaitement avec le vrai Pa- 
pe que fix ans après. 

Nous parlerons ci-après du fchifme 
de Pierre de Léon. Après fa mort la 
paix de l'Eglife dura feulement fept ans: 
puis elle fut troublée par la rébellion de 



EGLISE DU XII. SIECLE. i$$ 

la ville de Rome. Arnaud .Clerc de la défordre dans l'Eglife. Ils tinrent plu- 
ville de Brelïè excita ces mouvemens , iieurs Conciles en diverfes Provinces 
l'an 1 145 . le peuple Romain par fon pour le rompre , excommunièrent 
inftigation ayant voulu fecouer le joug l'Empereur , ôc mirent en avant que 
des Prêtres ôc rétablir l'ancienne repu- c'étoit une héréfîe de dire que les In- 
blique. Ils cédèrent entièrement Pan veftitures pufïènt être faites par àes laï- 
115 5. car alors ce Boutefeu ayant été ques, ne confidérant pas que cette pro- 
duite de la ville , fe retira vers l'Em- pofition faifoit le Pape même héréti- 
pereur Fe Jeric , lequel le facrifia à fes que , puifqu'il venoit de les accorder 
intérêts , le livrant au Pape Adrien , à l'Empereur, 
qui'îe fit pendre & brûler. La même queftion des Inveftitures 

Durant les troubles de ces fchifmes& avoit auili troublé l'Angleterre, les 

pendant les cornbuftions qu'Arnaud Rois Guillaume & Henri Soutenant que 

iufcita à Rome, il y eut cinq Papes qui c'étoit un droit de leur Couronne, ôc 

fe réfugièrent en France. Pafcal IL l'an de tout tems pofTédé par leurs ancêtres. 

1106. Gelafe IV. l'an 1 118. Innocent A caufe de quoi Anfelme Archevêque 

II. Tan 1 130. Eugène l'an 1147. ôc Aie- de Cantorberi avoit été banni de fon 

sandre III. Pan 116 1. fans compter Ca- fiége : mais enfin ce différend avoit été 

lifte IL qui y féjourna quelque tems terminé Pan 1 1 17. à telle condition que 

après fon éledion, faite à Clugni Pan le Roi relâcheroit pour toujours les In- 

ii 19. veftitures des Egliies , ôc que récipro- 

L'Empereur Henri V. fils du malheu- quement les Evêques lui rendroient 

reux Henri IV. lequel il avoit contraint hommage. 

d'abdiquer l'Empire, montra bien Ce n'étoit, à proprement parler, que 
qu'il ne s'étoit pas rebellé contre fon changer de termes : car qui tait hom- 
pere pour l'amour de la Religion Chré- mage eft vafïal, ôc tient ôc relevé de ce- 
tienne , puifqu'auili-tôt qu'il fe crut lui à qui il le fait. Auffi les Papes eu fient 
bien établi dans le thrône , il commen- bien defiré que les Evêques ne l'eufïènt 
ça à reprendre les mêmes erres que lui. point rendu aux Princes laïques -, ôc ils 
Dès l'année d'après , qui étoit 1107. il l'avoient exprefïement défendu à ceux 
fit fçavoir au Pape Pafchal , ôc au Con- de France : mais la fermeté que le Roi 
cile de Troyes , qu'il vouloit jouir du Louis le Gros ôc ûs fuccefTeurs té- 
Privilége Apoftolique d'inftituer les moignerent fur ce point-là , les obli- 
Evêques , lequel il prétendoit avoir été gea de fe relâcher. Ils n'oferent pas fe 
donné à Charlemagne. Cette queftion mettre tout au même tems ce grand 
fut remife à un Concile général qui fe Royaume 6c la Germanie fur les bras ; 
devoit célébrer à Rome l'an liio. Paf- il falloir fe garder un refuge en cas de 
cal s'y en retourna donc ; mais Henri befoin : ôc d'ailleurs ils ne le foucioient 
s'y étant rendu avec une armée, fe iai- pas tant d'affoiblir les Rois de France, 
fît de fa perfonne , ôc le força de paner avec lefquels ils n'avoient rien à démê- 
un traité , par lequel il lui accordait 1er pour la domination , que d'abailler 
les Inveftitures , s obligeant Lui Ôc fes les Empereurs qui étant fort puifïans 
Cardinaux par les fer mens les plus en Italie, tendoient toujours à relever 
faints , de l'obferver inviolablement. leur thrône Impérial dans la ville de 
Tous les Prélats de l'Europe fe récrie- Rome. De plus, la France étoit mieux 
rent contre cet accommodement, qui unie, ôc par conféquent plus mal-aifée 
^-mettant les élections au pouvoir des à fubjuguer que l'Empire, dont les Su- 
Princes temporels, caufoit .un grand jets, auffi bien ceux d'Allemagne, que 

Kk ij 



i6o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

ceux d'Italie, Se ceux du Royaume d'Ar- Pafchal , qui fe fauvoit en France pour 

les, étant divifés entr'eux , 6c ayant éviter la periécution de l'Empereur , 

tous des intérêts d'établilïemens parti- s'arrêta quelque tems à Florence, pour 

culiers, ont enfin ruiné ce grand Corps voir à quoi abourhoit un bruit fi terri- 

par leurs jaloulies Se par leurs rébellions, ble. 

C'étoit pour cette raifon que les Papes Peu après l'accommodement , Hen- 
prenoient (i fort à tâche d'abaiiTer cette ri V étant mort fans enfans, l'Empire 
puilïance : Se il eft vrai encore que tous fut déféré à Lotaire Duc de Saxe, Se 
les autres Princes de l'Europe , qui après lui à Conrad. Ces deux Princes 
avoient jaloufie d'elle , comme de la laiiîerent les Papes en paix , Se ne rom- 
plus formidable qui fut alors , le rai- pirent point avec eux -, ainfi il n'y eut 
îioient volontiets avec les Papes pour plus de fchifme à craindre de ce côté- 
la déprimer ; la défenfe du faint Siège la. L'état de l'Eglife ayant été aiTez 
Se l'autorité de l'Eglife leur fourniffànt tranquille huit ans durant, commença 
une belle couleur pour prendre ce par- derechef à être rroublé par une autre 
ti-là. Cette réflexion n'eft pas inutile, diviiion très-dangereufe : car après la 
Maintenant pour revenir à notre nar- mort d'Honorius II. qui arriva l'an 
ration, Henri V. fuccomba fous de fi 1 1 34. deux brigues contraires dans le 
pefantes attaques, aufli-bien qu'avoit facré Collège , élurent chacune un Pa- 
fait fon père. Du commencement fa pe en même jour : l'une le Cardinal 
préfence fit profpérer fes affaires en Ita- Grégoire du titre de S. Ange , qui prie 
lie ; mais comme après divers fuccès il le nom d'Innocent IL l'autre le Cardi- 
en eut été cha(Fé , Ion Burdin demeura ml Pierre de Léon , qui le fit appeller 
à la merci de Califte , qui le confina Anaclet. Ce dernier avoir été Moine 
dans une prifon perpétuelle. Puis lui- à Clugny , mauvaife recommandation 
même inceiïàmment fatigué des re- pour lui envers l'Ordre de Cîteaux y 
montrances qu'on lui faifoit de toutes qui étoit alors devenu le plus puilïant 
parts, Se n'ayant plus la force de foute- en France. Son droir , à l'examiner ie- 
nir tant de confpirations Se tant de ré- Ion les formes , paroilloit le meilleur -, 
volresqui menaçoientà toute heure de mais fon procédé ambitieux Se fuper- 
l'accabler , céda enfin à ces maux : il be le fit trouver mauvais •, les grandes 
renonça entièrement aux Inveftitures , largeffes qu'il fit des dépouilles des 
Se promit de la; fier la liberté des Elec- EgUfes, pour fe rendre maître de Ro- 
tions aux Eccléfialfiques. Ce fut l'an me , donnèrent heu de croire qu'il y 
1 112. avoit de la fimonie dans fa promotion, 
Les fcandales Se les perfécutions que 8c qu'il ne méritait pas le Pontificat , 
ce fchifme caufa dans la Chrétienté, puifqu'il l'achetoit. Piufieurs gens de 
donnèrent lieu , félon mon avis , à une bien eulîenr éré d'avis ( c'eft ainfi qu'en 
f uiflTe prédiction qui courut alors , ou parle Jean de Salisbery ) qu'en pareilles 
du moins la firent entrer plus fortement contentions on n'eût reconnu pas un de 
dans les efprits. On difoit par tout que ces concurrens, Se qu'on eût élu un 
la fin du monde étoit fort proche, Se Pape tout de nouveau , qui n'eût point 
que le régne de l'Antechrift avoit corn- brigué le Pontificat , lequel elf de telle 
mencé. Saint Norberr Se quelques au- nature , auiïi bien que tous les autres 
très perfonnes d'une fainreté irréfraga- bénéfices, que quiconque le brigue s'en 
ble , le prêchèrent comme une vérité rend indigne. Auiii le Roi Louis VIL 
certaine : on n'ofoit pas en douter , Se vacilla quelque tems entre les deux 
l'épouvante fut fi grande , que le Pape partis , Se alîembla le Concile d'Etaui- 



EGLISE DU XII. SIECLE. 161 

pes,pout fçavoir lequel des deux étoit comme il retira le Duc Guillaume du 
le légitime. Les perfualions d'Henri il. parti d' Anaclet -, de iorte qu'il n'y cL- 
Roi d'Angleterre i'avoienc déjà un peu meura plus que Roger Duc de la i'ouil- 
inclmé vers Innocent -, le Concile l'y le , auquel Anaclet donna le titre de 
détermina tout-a-fait : cette alîemblée Roi de Sicile , à condition de payer iîx 
l'ayant été elle-même par les difeours cens écus de redevance tous les ans au 
de faint Bernard, qui y déduiiit avec faint Siège. Le Royaume de bicilecom- 
beaucoup de zélé 6c de véhémence le prenoit l'Ifle de ce nom , la Pomile , la 
droit 6c le mérite de ce Pape. Apres Calabre, 6c quclqu'autres terres voifi- 
un coup (i important , preique tous les nés, que Roger polfécoit en Italie. 
Princes de l'Europe fe déclarèrent pour Or quoique Guillaume Duc d'Aqui- 
lui : il n'y eut que Roger Duc de la ne fe lut laiiTé ramener à l'obéiffance 
Pouille , 6c Guillaume Duc d'Aquitai- d'Innocent IL l'an 113 5. néanmoins 
taine, qui adhérèrent à Anaclet : le pre- Gérard demeura opiniâtre pour Ana- 
mier , afin d'avoir un Pape qui lui fut clet jufqu'à la fin de fes jours j auffi 
commode , & plus facile à manier que quelque tems après fut-il trouvé mort 
n'avoient été les précédens -, le fécond dans fon lit , hornbLment livide 6c 
ayant été perfuadé par Gérard Evêque bouffi , par punition ou de la part de 
d'Angoulême , que fon élection étoit Dieu , ou de celle des hommes. A trois 
canonique. On reprocha à ce Gérard ans de là, fçavoir l'an 1138. Anaclet 
que d'abord il avoir été d'un parti con- mourut aulîi ; fes parens mirent en fa 
traire-, mais que le dépit de n'avoir place un autre Cardinal, auquel ils don- 
pas été continué dans la Légation d'A- nerent le nom de Victor. Enfin Inno- 
quitaine par Innocent, l'avoit jette cent trouva meilleur de racheter la paix 
dans celui d'Anac'.et , qui en effet la d'eux, que de laiflèr plus long-tems fu- 
lui confirma. C'étoit un des plus beaux mer ce refte de divifion. Loriqu'ils fu- 
emplois 6c des plus lucratifs que la rent contens, Victor dépofa la Tiare 6c 
Cour de Rome put donner : car outre vintfejetter à fes pieds. Toutefois Rô- 
les trois Aquitaines, la Touraine 6c la ger perfifta encore quelque tems fans le 
Bretagne y étoient coaiprifes. reconnoître pour Pape , parce qu'il re- 

Je lépare la Bretagne de la Tourai- fufoit de le reconnoïrre pour Roi, juf- 

ne , d'autant que la première avoir en- qu'à ce que l'ayant pris en guerre l'an 

core fon Archevêque à part , fçavoir 1139. il s'accommoda de bonne grâce 

l'Evcque de Dol , qui , depuis le foule- avec lui , 6c en obtint la confirmation 

vement de Neomene , s'en étoit tou- de fa Royauté. 

jours porté pour Métropolitain. Les Federic I. étant venu à l'Empire, 
plaintes fouvent réitérées de celui de jeune, fier, & ambitieux comme il étoir, 
Tours, 6c les inftances des Rois de entreprit d'en rétablir la digniré, à quoi 
France en Cour de Rome n'avoient en- la facilité du Pape Anaftafe fembloit lui 
core pu faire juger ce différend : mais frayer le chemin. Mais le Pape Adrien 
Philippe Augufte lalfé de le voir durer IV qui rint le fiége après Anaftafe , ré- 
fi long-tems, pourfuivit cette affaire folnt de s'oppofer à fes deffeins , 6c de 
avec tant de fermeté, 6c en parla fi le tenir bas comme fon dépendant. De- 
haut , qu'Innocent III. la termina l'an là vinrent les inimitiés mortelles d'en- 
1 198. par une fentence diffinitive , qui tre ces deux puifïances *, elles n'abouti- 
remit Dol 6c les autres Evcchés de Bre- rent pourtant pas fi-tôtàune rupture 
tagne fous la Métropole de Tours. ouverte - , mais elles firent connoitre 

On voit dans la vie de faint Bernard plus clairement à Federic qu'il lui étoit 



i6i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

néceiîaïre d'avoir un Pape à fa clévo- Prélats de fa fadtion , s'étant aflTemblés 
tion. Adrien étant donc mort l'an 1 1 5 9. au même lieu, déférèrent le Pontificat 
il arriva que tous les Cardinaux, à la à un de ces deux Cardinaux qui l'avoient 
réferve de trois, élurent le Cardinal élu , fça voir , à Guy de Crème. Celui- 
Rolland , qui fe nomma Alexandre III. là vécut cinq ans, ik finit en l'an 1 170. 
mais tandis qu'il s'efforçoit de témoi- Ceux de fon parti lui fubftituerent , je 
gner de la réiùtance à accepter le Pon- ne fçai quel Abbé , qui n'étoit connu 
tïficat , ces trois qui ne vouloient point que par les débauches -, ils le nommèrent 
de lui , élurent promptement le Cardi- Callifte III. & Federic le fupporta cora- 
nal Octavian, qui fe fit nommer Victor, me il avoit fait les deux autres. 
L'Empereur en ayant eu avis , le fayo- Il y eut en ce même tems-là une 
rifa premièrement fous main, afin d'in- grande brouillerie en Angleterre j le 
timider Alexandre , & de le ployer à Roi Henri fe roidiifant à conferver cer- 
fes intentions j puis tout ouvertement tains droits prétendus , qu'il appelloit 
quand il vit qu'il ne pouvoit pas me- les Coutumes du Royaume, & Thomas 
ner l'autre à la fantaifie. Ainfi il fit au- Archevêque de Cantorbery à ne les 
torifer fon élection par le Concile de point fouffrir , comme étant contraires 
Pife , lequel il avoit affemblé de fon à la liberté Eccléfiaftique. On trouve- 
autorité , à l'exemple des anciens Em- roit bien étrange aujourd'hui qu'un 
pereurs , & employa tous fes efforts Evêque tint tête Ci hautement a fon 
pour perfuader aux autres Princes de Prince pour de femblables chofes : 
lui adhérer. Les Rois de France &: d'An- mais en ce tems-là les plus gens de 
gleterre , qui fe faifoient la guerre , bien étoient peifuadés que ces libertés 
s'étant accordés, alfemblerent leurs étoient les colcmnes de la Religion. La 
Evêques , Abbés ik Barons ; l'un à Beau- querelle dura fept à huit ans , &: ne fut 
vais, Se l'autre au Neuf-marché , pour terminée que par la mort de l'Arche vê- 
difeuter le droit dos deux concurrens. que , qui fut alïailiné dans fa Ca- 
Les Légats de l'un & de l'autre parti y thédrale l'an 1 170. &c par la pénitence 
ayant été entendus, Alexandre fut ap- du Roi , qui fut fi grande & fi publi- 
prouvé de tous , &c Viclor excommu- que, que î'Eglife*fut plus édifiée d'un 
nié. Cela advint l'an 1161. Le droit du tel exemple qu'elle n'avoit été feanda- 
premier fut cette année même confir- lifée par fon offenfe. 
mé par grand nombre de miracles , à L'Empereur Federic ne fut pas plus 
ce qu'écrivent plufieurs auteurs', &c heureux que les deux Henris : Etant bat- 
néanmoins il s'en trouve un qui allure tu par les foudres de Rome , & plus ri- 
auiîi , que Dieu en fit quelques-uns en goureufement encore par la mauvaife 
faveur de Victor après fon trépas. Ce- fortune , chalTé de l'Italie, Ôc appré- 
pendant , ce dernier étant le plus fort hendant la prochaine révolte de l'Alle- 
à Rome , Alexandre chercha un alile magne, il ne trouva point d'autre voye 
en France , Se y féjourna trois ans : au de fàlut que de demander pardon au 
bout defquels fes affaires ayant pris un faint Père, & de fe prolterner à fes 
meilleur train en Italie , le Clergé 8c pieds pour obtenir fon abfolution ; ce 
le peuple le rappellerent à Rome l'an qui fe palfa à Venife l'an onze cens 
1164. Il fut obligé , pour faire les frais foixante-dix-fept. Son Antipape Cal- 
de fon voyage , d'impofer une collecte lifte en fit autant Tannée fuivante , 
fur l'Egliie Gallicane. s'étant allé jetter aux pieds de ce même 
La même année Victor fon rival mou- Alexandre. Depuis Federic eut encore 
£Ut dans la ville de Lucques. Quelques quelques broinlleriesavec les Papes Lu- 



EGLISE DU XII. SIECLE. k?j 

ce , Urbain Se Clémenc III. mais enfin il les cheveux treifés avec des cordons de 

fe réconcilia avec Clément a & vçcuc même. Ceux qui leluivoient en étoient 

allez bien avec le iaint Siège julqu'à Ta li foie enchantes , qu'ils buvoient de 

mort. Henri VI. fon fils fut couronné Tes urines , les gardoient comme d^s 

par Celertin III. l'an 1191. Il n'entre- tréfors ce des reliques , Ôi tenoient à 

prit rien directement contre les Papes, grâce partiLtiliere qu'il voulût aoufer 

néanmoins il fe lailla excommunier , de leurs femmes ëc de leurs filles en 

non pour avoir détenu Richard Roi leur préfence. 

d'Angleterre prifonnier , mais pour Ilcouroitau même tems dans la Pro- 
n'avoir pas voulu rendre l'argent qu'il vence , Gafcogne ôc Languedoc, un au- 
avoit extorqué de ce Prince pour le tre Novateur nommé Pierre de Bruys 9 
mettre en liberté. Il mourut fans en qui prêchoit que le Baptême étoit mu- 
avoir été abfous l'an 1 197. nie avant l'âge de puberté ; qu'il falloit 
Hér«/îe«. Parlons maintenant des Héréfies» abattre les tglifes : ces lieux, diioit- 
Vers la fin du douzième fiécle, les opi- il , n'étant point néceiîaires aux Chré- 
nions d'un nommé Roulfelin , dont tiens pour adorer j que le facrifice de la 
nous avons déjà parlé , avoient fait Melfe n'étoit rien j que les prières des 
quelque bruit. Il difoit que les trois vivans ne foulageoient point les morts $ 
Perfonnes Divines étoient tiois cho- ôc fur-tout il précendoit que l'on dé- 
fis féparées , comme l'étoient trois An- voit avoir les croix en abomination , à 
for* De < telle ges ; * ôc que fi l'ufage le permettoit, on caufe que Notre-Seigneur y avoit été 
moins que pourroit dire que c'étoit trois Dieux , ignominieufement attaché. Il en brûla 
touces trois car autrement il s'enfuivroit que le Pe- lui-même un grand monceau le jour 
qu'un e 'rnême re & ^ e ^ amt Efprit fe feroient incar- du Vendredi Saint , ôc avec ce feu il 
pouvoir &c nés. Ces impietés fophiftiques huent fit cuire plein des marmites de chair s 
voLué^L/ con damnées en un Concile tenu à Soif- dont il mangea publiquement, ôc con» 
de 1668. ' fons -, néanmoins l'auteur ne lailloit pas via les peuples d'en manger. MaisPier- 
de les débiter en cachette ; ôc peut être re de Clugny étant allé en ces pays-ià 
eût-il fait plus de progrès s'il ne fe fut lui donner la chafîè , les peuples fe fai- 
trouvé des furveiilants,entr'autres Yves firent de fa perfonne , Ôc le brûlèrent 
de Chartres, qui rompirent fes mefu- tout vif dans la ville de faint Gilles, 
res. 3e ne fçai û c'eft le même contre Sa fe&2 ne s'en alla pas au vent avec 
lequel faint Anfelme n'étant encore iès cendres ; un de fes diiciples nom» 
qu'Abbé du Bec , a écrit fon traité de mé Henri s'en rendit le chef: c'étoit 
l'Incarnation du Verbe, qu'il envoya un Moine défroqué, lequel étant plon- 
au Pape Urbain II, pour l'examiner gé dans la débauche du jeu ôc des fem- 
l'an 1094. mes, Se devenu vagabond, parce que 
Vers l'an 1115. un certain Tanche- fon apoftafie ne lui iaifïoit trouver fu- 
lin , le plus feelérat de tous les hom- reté nulle part , fe mit à prêcher ces 
mes, infecta le Brabant ôc les pays voi- héréfies de lieu en lieu , 6c y en ajouta 
1ms , de fes erreurs fanatiques : il alfu- encore quelqu'autres de fon invention, 
roit que le miniftere des Evêques 6c Pierre de Clugny le réfuta par un puif- 
des Prêtres étoit un abus, &c que la fant traité. Saint Bernard dans le voya- 
Communion de la fainte Euchanftie ne ge qu'il fit dans le pays , le confondit 
fervoit de rien à ialut. Il traînoit les par fes prédications efficaces , foute- 
peuples après lui par la magnificence de nues de quantité de miracles , dé fa bu- 
fes feftins , ôc par la pompe de fes ha- fa les peuples qu'il avoir féduits , ôc le; 
bits, étant revêtu, de drap d'or >& ayant pourfuivit de fi près-, qu'enfin il fut 



2^4 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

pris de livré à fon Evêque , pieds & de la peine à fauver ces malheureux de 

mains liés i an 1147. On nomnioic ces la fureur du menu peuple, qui n'elt 

Novaceurs Petrobrusiens ite Henri- jamais plus aifé à émouvoir, quo quand 

cien's , du nom de leurs deux princi- on lui propofed'exeicer quelque cruau- 

paux Doéteurs. té. Au refte fes perfuaiiens furent fi 

Le même faint Bernard eut aulîi à efficaces fur l'efprit du Moine , qu'il 

combattre une autre forte d'hérétiques, l'obligea de fe retirer dans fon Cou- 

qui fe faiioient nommer les Aposto- vent. 

liques. C'étoit des payfans ik gens Les gens d'Eglife écoient perfécutés 

grofliers , qui le vantoient d'être les par d autres hérétiques , ou plutôt 

ieuls qui fuiviffent exactement la doc- athées, qui faifant les Politique., , ne 

trine des Apôtres, & qui tulïent le vouloient point que le Ldeigé eut au- 

vrai corps myitique de Jesus-Christ , cune domination ni juriidichon lur le 

tous les autres Chrétiens n'ayant pomt temporel, ni même aucunes polfef- 

la vraye croyance comme eux. Ils te- fions en tonds que fous le non plaifir 

noient beaucoup des extravagances de des Princes iéculiers. Le pi us içavant 

ceux que depuis on a appelles les lilu- & le maître de tous , étoit Arnaud Prê- 

minés. tre , natif de Brelle en Lomoard.e, qui 

Il faut bien compter parmi les héré- avoit été dneiple de Pierre Abailard , 
fies , les proportions trop hardies &c &; avoit mêlé la fubtilité de la Dialec- 
trop fubtiles que Pierre Abailardavan- tique dans les matières de politique; 
ça touchant la Trinité , puiiqu'elles fu- efpiït vit\ fubtil & fouple , qui fe vou- 
rent condamnées comme telles l'an lut (ignaler par la lingularite de fes opi- 
1 140. au Concile de Sens, qui rut con- nions; à ia vérité difert & beau par- 
fîrmé par le Pape : quoiqu'il femble à leur ; mais plus abondant en paroles 
quelques-uns , que s'il y eut beaucoup qu'en raifons folides , qui embrouiiloit 
de prefomption de fa part , il y eut aul- pius Us choies par un giand Hux de dif- 
fi un peu de chaleur ik de faute d'intel- cours qu'il ne ks éclaircifïoit , trouvant 
ligence du côté de fes parties. Quoi- à dire a tout , mordant , déchirant , en- 
qu'il en foit , fon humilité répara fa nemi des Moines , cv détracteur des' 
faute ; car en ayant appelle au faint Evêques ; mais grand Batteur des Laï- 
Siége , il fe lailîa facilement arrêtera ques, aufquels il attribuoit la puillan- 
Clugny par Pierre le Vénérable , tk y ce Se la difpofition de toutes chofes ; 
Enit le refte de fes jours. Son epouie de forte qu'il ne rendoitpas feulement 
Heloïfe avoit auffi pris le voile facré. l'Eglife tributaire, mais encore la met- 
On fçait auezl'hiftoire de leurs amours toit en fervitude, elle qui comme épou- 
& de leurs vies-, ce n'eft pas ici le lieu {q de Jesus-Christ , eft la maîtreile 
d'en parler. des nations, &c la louveiaine des Etats 

Les prédications d'un certain Moine chrétiens. Les Romains fufcitcs , com- 

fiommé Raoul , étoient quelque choie me nous avons dit , par cet Arnaud , 

de pire que l'hérélie. Du rems de la avoient fortement rélolu doter au Pa- 

Croifade de l'an 1146. ce furieux zélé pe tout le pouvoir temporel dans leur 

ayant aflemblé je ne fçai combien de Ville , 6v de lui lailïer feulement le fpi- 

niille hommes, pour p.ilfer en Terre- rituel ; de forte qu'Eugène III. fuyant 

Sainte , prêchoit qu'il falloir avant que Lur perfécution , fut contraint de fe 

de partir, tuer tous les Juifs, qui étoient retirer en France l'an 1 147. 

plus ennemis de Jesus-Chiust , que Tandis qu'il y étoit , il convoqua un 

ta Mahométans. Saint Bernard eut bien Concile à Reims , où l'on examina les 

Proportions 



EGLISE DU XII. SIECLE. i^ 

Propositions de Gilbert Poret ou Po- imaginé, (k l'afluroit , que c'étoit lui 

rée , Evêque de Poitiers : lequel avoir qui devoir juger les morrs. Il n'efl pas 

trenre ans durant pro relie la Philoib- croyable combien de gens s'infatuerent 

phie dans les plus célèbres Villes du de cetre ridicule extravagance : on le 

Royaume-, mais il parloir de Dieu cV des fuivoit comme un grand Prophète; 

Perfonnes de la Trinité , plurôr félon rantôt il marchoir avec un pompeux 

les Topiques d'Ariftote , que félon le équipage , tantôt il le cachoir , puis il 

langage de l'Ecriture Sainte. Il dilbit reparoiilbit plus glorieux qu'aupara- 

enrr'autres choies, que la nature divi- vanr. Il y avoir deux dalles de fes Sec- 

ne ou la divinité n'écoit point Dieu, tateurs -, il en appelloit les uns Anges, 

mais la forme par laquelle il étoit les autres Apôtres. On difoir qu'il éroir 

Dieu , non plus, difoir-il , que l'hu- Magicien, & que pour attirer le mon- 

manité n'étoit pas l'homme, mais la de, il faifoir de grands feftins, Çc de 

* Que les forme qui, faifoit l'homme* : que la na- fort riches préfens , mais que ce n'étoit 

2^n £ « ture divine ne s'étoit point incarnée: que des Ululions* quialiénoientl'efprir. Et q«e!« 

perfonnes, ; . ,,f - r>À L a j ■ o • i> r- J^der qu'on 

L Archevêque de Remis 1 ayant taiCaungeoiràfa 



n eroienc 



qu'il n'y avoir point d'autre mente que L'Archevêque de Remis l'ayant faitnungeoinàfa 

:es J\ er ' celui de Jesus-Christ , & que perion- prendre , le préfenta au Concile de au uM -' > & k* 

luîmes. Lit, . /-il ■ l ■■••/•*' »'l /• • r» <--' r i • î f préfens uu'il 

ùi66&. ne n etoit véritablement baptile s il ne iaint Père. Ses reponles pleines de re- i omioit ^. 

devoir être fauve. Ses Archidiacres mê- venes phrénétiques , tireur qu'on le toient des 

mes, mus de zélé ou d'inimitié, feren- traira de fou ; 6c pourtant on le reflèr- Ç^ 1 ™"' £ ^' 

dirent fes accuiateurs. Sainr Bernard ra en une prifon fort étroite , où il 

les foutint puilïamment : l'affaire fut mourut bien-rôr après. Trois ou quarre 

traitée en deux Conférences, l'une à de fes principaux chfciples, encore plus 

Auxerre , 8c l'autre à Paris , & à la fin infenfes que lui , ôc qui s'éroienr entê- 

terminée dans une troifiéme qui fe rinr tés des grands noms qu'il leur avoir im- 

après le Concile de Reims. En celle- pofés, à l'un de Sapience , à l'autre de 

là , le Pape l'examina lui-même, n'a- Science, à l'autre de Jugement, aime- 

yant pas voulu traduire devant une li rent mieux fournir les flammes que de 

grande AiFemblée un Evèque d'une iî le renoncer. 

éminente doctrine , & qui d'ailleurs II étoit fans doute demeuré quelque 

pi-oreftoit de fe fournettre à ce qui en levain des Petrobrufiens & des Henri- 

feroit jugé par fa Sainteté. Après avoir ciens , qui rebrouillanr les efprirs , le* 

oui fes Propositions , elle les condam- porta à remuer phriieurs queftions nou- 

na -, 6c il reçut ce Jugement avec tou- velles &c dangereufes : mais outre cela 

te la fourmilion pollible : néanmoins il fe glilTa d'Iralie en France quelques 

quelques-uns de fes difciples s'aheur- autres empoifonneurs qui y apportèrent 

terenr encore à les foutenir. le plus pernicieux venin des Mani- 

Afin que vous connoiffiez que l'ef- chéens : 6c ce furent ceux-là , à mon 

prit humain donne facilement dans tou- avis, qui infeéterent premièrement le 

tes les nouveautés les plus extravagan- Diocèie d'Alby , à caufe de quoi on 

tes, il ne faut que conlidérer un mal- nomma ces hérétiques Albigeois. Ils 

heureux vilionnaire qui fut préfenté au furent convaincus dans une conférence 

Pape au commencement de ce Concile qui fe tint dans cette ville-là chez l'E- 

de Reims. On le nommoit Eon de l'E- vèque , qui avoir été nommé Arbitre 

toile, Gentilhomme Breton : il étoit par les deux partis; & cela fe pafîà en 

tellement ignorant , qu'ayant oui chan- préfence de quantité de Seigneurs 6c de 

ter dans l'Eglife ,perÊUMqui venturus Prélats , & même cle Confiante femme 

eftjudicare v'wos & mortuos , il s'étoit de Raimond Comte de Touloufe, 6: 
Tome II. L 1 



%66 ABRÉGÉ CH RONOLOGIQUE 

fœur du Roi de France. Gozelin Eve- toient d'aucune religion , mais ils affif- 
que de Lodeve réfuta leurs erreurs par toient les hérétiques , pour avoir iujet 
«les paflTages du nouveau Teftament v de piller les Clercs Se les Eglifes. Les 
car lis ne recevaient pomt le vieux. uns s'appelloient Brabançons, Arrago- 

Ce remède n'arracha point cette nois , Navarrois & Baiques , à caufe 
mauvaife graine , elle fe multiplia de qu'ils venoient de ces pays -là-, les au- 
plus en plus, Se gagna bien-tôt Tou- tresCotereaux&Triaverdins, par quel- 
loufe , la Capitale du Languedoc. Dès que fobnquet dont je ne fçai point 
ce tems-là les Rois de France Se d'An- 1 origine. Leurs cavaliers (e nommoienc 
gleterre furent fur le point d'employer Routiers , du mot Tudeique Reuter. 
le fer pour exterminer ces opiniâtres : Le Concile général de Latran , qui fe 
toutefois ils trouvèrent plus à propos tint l'an 1179. excommunia les uns Se 
d'y envoyer des Prédicateurs qui tra- les autres , défendit de les inhumer en 
vaillaflenr à les convertir , ou à ies con- terre fainte -, Se exhorta les Catholiques 
fondre , & à les retrancher de la com- de leur courir fus , de fe faihr de leurs 
munion des fidèles ,. afin qu'ils ne gâ- biens , Se de mettre leurs perfonnes en 
taifent plus perfonne. fervitude ; accordant à ceux qui pren- 

Un Légat du F'ape y étant allé l'an droient les armes pour une h bonne 
1170. accompagné de quatre ou cinq œuvre, des Indulgences ou Relaxations 
Evèques , Se de plufieurs autres Eccié- de pénitence , à proportion de leurs 
fiaftiques , découvrit beaucoup de ces fervices Se félon la dilcrétion des Evé- 
gens-là dans Touioufe, entr'autres le ques. 

plus riche Se le plus ancien, Se pour ainfi Entre ces hérétiques il y en avoir 
dire , le coq de tous les autres, qui qu'on nommoit Popelicains , qui te- 
* Lesprmci- prêtoit fes * tours à leurs Docteurs pour noient quantité de forts Châteaux en 
paux Bouc- y faire leurs prêches. Il le contraignit Gafcogne , où ils s'étoient cantonnés , 
geoûdeTou-.j e £ foumettre a la pénitence publi- & faifoient un corps enfemble depuis 
vigno-.i .1- que, raia fes rouis, Se excommunia qu on ies avoir iepares de 1 çgliie. Hen- 
voieiK dis g£ bannit plufieurs de ces hérétiques , ri , qui d'Abbé de Ciairvaux avoitété 
leurs mai- qui fe retirèrent dans l'Albigeois - 7 c'é- fait Evêque d'Aibe , ayant, en qualité 
foat. roit comme leur fort, parce que Roger de Légat, alfemblé des troupes afTez 

Comte d'Alby les favorifoit , Se fe fer- nombreufes , ies alla vifiter avec main- 
voit d'eux pour tenir l'Evcque de fa iorte l'an 1181. Ils feignirent, pour 
ville prifonnier. éviter cet orage, d'abjurer leurs er- 

Ces pays de Languedoc Se de Gafco- reurs ; mais l'e péril palfé, ils vécurent 
gne , tant à caufe de leur éloignement comme auparavant. 
que de leur firuation , Se auffi de l'hu- Cette contagion s'étendit en plu- 
meur bouillante Se guerrière de leurs (leurs Provinces deçà Se de-là la Loire, 
habirans , croient remplis d'une autre Un de ces faux Apôtres , nommé Ter- 
forte de bétesravifiTantes qui n'a'unoient rie, qui s'étoit te,nu long-tems caché 
que la proye Se le carnage ; j'entens des dans une grotte à Corbigny au Diocè- 
troupes de bandits , qui fe louoient à fe de Nevers , fut pris ck: brûlé. Plu- 
ceux qui en avoient befoin pour le veh- fieurs autres iourfrirent le même fuppli- 
ger de leurs ennemis, ou ravageoient ce en divers endroits , particulièrement 
eux-mêmes pour leur compte. Ils n,e s'en deux horribles vieilles dans la ville de 
prenoient pas aux biens feulement, mais Troyes; à l'une defquelles , diîoit-on, 
aulîi aux perfonnes il a la vie , fans épar- ils avoient donné le nom de Sainte 
gner,ni condition, ni âge, m fexe. Ils n'é- E^life y Se à l'autre celui de Sainte Marie> 



EGLISE DU XII. SIECLE. 167 

.afin que lorfqu'ils éroienc interrogés par Empereurs l'avantage tout entier dans 

les Juges , ils pulient jurer par Sainte le différend des Inveftirures : puis lorf- 

Àîarie qu'ils n'avoient point d'autre qu ils curent acquis cette liberté ai Egli- 

croyance que celle de Sainte Eglije. le pour les Elections , ils la voulurent 

Ces Popelicains, entr 'autres points, aulii étendre aux perfonnes 8c aux biens 

impugnoient ouvertement la réalité du des Eccléliaihques. Ils foutenoient que 

Corps de Notre-SeigneurjEsus-CHRisx PEgiïfe ne devoit point de contribution 

dans le Saint Sacrement -, à caule de qu'à ion Chef , qui étoit le Vicaire de PuifTance des 

quoi il y eut en ce tems-là plufieurs mi- Jesus-Christ en terre j 8c que les Ec- Pa P es - 

racles pour confirmer le peuple dans la cléiiaïaques ne pouvoient être corrigés 

foi de ce Myftére. Ils furent condamnés que par leurs Supérieurs. Ce qu'ils fon- 

au Concile de Sens de l'an 1 198. com- doient fur cette maxime, que le moins 

me auilî les Vaudois, les Patarins noble ne devoit point avoir d'empire 

& les Cathares. Le nom de Patarins fur le plus noble , ni l'inférieur être le 

venoit de ce qu'ils faifoient gloire de Juge de celui qui eft au deilus de lui. 

* Catharos en pâtir pour la vérité^ celui de Cathares, * Toutefois ce point bieifant 1 autorité 

dec fignifîe (-{ e ce qu'ils profelloient fauilement une de tous les autres Princes temporels, 

grande pureté de vie. Ces derniers auiii-bien que celle des Empereurs , ne 

étoient en Flandre appelles Pifles j 8c pût palier que dans les terres de ceux 

en France, Tifférans, parce que la plu- qui étoient foibles, 8c de-là les monts, 

part gagnoient leur vie à ce métier. Le troisième iujet du différend que 

Il faudroit un Traité entier pour rap- les Souverains Pontifes eurent avec les 

porter toures ces fectes , leurs divers Empereurs, tut qu'ils prétendoient que 

noms, 8c leurs opinions, qui étoient c'étoit à eux à donr.er l'Empire , 8c 

femblables en quelques points , 8c dif- que l'élection des Grands qui en rele- 

férentes en d'autres -, mais il me fem- voient , ne pouvoir faire qu'un Roi , 

ble qu'elles peuvent toutes fe réduire à fi leur autorité ne l'honoroit du titre 

deux-, fçavoir , des Albigeois 8c des d'Empereur. Cette croyance étoit pro- 

Vaudois ; &c que ceux-ci avoient à peu cédée de ce qu'en effet ils avoienr pre- 

près les mêmes opinions que ceuxqu'on mierement déféré la dignité 8c la char- 

nomme aujourd'hui Calviniftes. ge de Patrice au Roi Pépin 8c à Charle- 

II s'éleva auhi,finon une hérélie , au magne , 8c puis l'Empire même à ce 

moins quelques doutes alfez grands tou- dernier. Pour ce chef ils remportèrent 

chant iaréiurrection des corps, du tems hautement fur les Empereurs; l'exem- 

de Maurice Evêque de Pans-, à caufe pie de Henri VI. ne nous laifle aucun 

*ie quoi , pour témoigner quelle étoit fujet d'en douter ; car quand il prit la 

fa foi fur cet article-là, il ordonna Couronne Impériale à Rome l'an 1 191. 

qu'on graveroit fur fon Tombeau le le Pape Celeftin III. qui étoit affis en 

«Credoquod premier Répons* qui fe dit dans l'Office fon Trône fur un échafraut, la tenant 

Redemptor des Trépaflés. A ion exemple plufieurs entre {'es pieds , la pouffa à terre , pour 

«tcus vivic >£ cc iéfi a Â;iq Uesor donnoienr en mourant, montrer qu'il étoit en fon pouvoir de 

qu'on le mit auili en écrit fur leurs poi- la renverfer ; 8c les Cardinaux l'ayant 

trines , &c qu'on l'enterrât avec eux. reçue entre leurs mains, la poferent fur 

Plus les erreurs & les fchiimes cho- la tête de l'Empereur , qui étoit en bas 

quoient la puiflànce du Pape 8c celle 8c à genoux , en attendant cette grâce 

des Ecciéiiaftiques, plus 'ils l'affermi f- avec foumiilîon. 

foient 8c l'augmentoient. Car premie- Mais les Papes ne purent pas fi faci- 
lement les Papes remportèrent fur les lement gagner un quatrième point , 

Ll ij 



i£S 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

qui étoit d'empêcher que les Evêques à débattre leur droit pardevant eux* 

ne rendirent hommage à leurs Souve- Le Roi Jean étant preifé par le Roi 

rains temporels. La talion qu'ils avoient Philippe Augufte , eut recours à Inno- 

de s'oppofer à cette fourmilion étoit» cent 1 II. lequel écrivit ia-dellus , „ 



qu'ils eltimoient indigne que des mains 

iacrées qui opéroient les plus augultes 

Myfteres de la Religion , tuflerit 1er- 

* Celui qui rées * entre des mains profanes. Or 

fendhom.iia- quo j que [ es Souverains , Ôc fur tout les 

ge , mec les i , i _. ? \ r 

mains entre Rois de France , eulient un grand rei- 
cclles de l'on pec ^ pour touc ce q U i yenoit du faint 
Seigneur. f. , r -, * , î j ' 

Siège , ils ne purent néanmoins leur dé- 
férer pour ce chef, ni pour celui de la 
franchife des biens &. des perfonnes. 
Ainfi le Roi Louis VI. ne voulut point 
permettre à Raoul de rentier dans l'Ar- 
chevêché de Bourges , qu'il ne lui eût 
fait hommage -, ce qu'Yves de Char- 
tres exeufa envers le Pape Pafchal , 
fur la crainte d'un plus grand inconvé- 
nient. Et ce Pape ayant donné une Bul- 
le , à la réquifition du Clergé de Fran- 



qu'étant prépofé au gouvernement 
de l'Eglife univerlelle , il le fentoit 
obligé par le commandement de Dieu 
de procéder en cette affaire luivant 
les formes de l'Eglife , Ôc de dénon- 
cer le Roi de France pour idolâtre 
& publicam , s'il ne hufoit apparoi- 
tre de fon droit devant lui ou de- 
vant l'on Légat. Car encore , diioit- 
il , qu'il ne lui appartint pas de ju- 
>} ger du Fiel, toutefois il avoic droit 
de connoitre du péché ; ôc il appar- 
tenue au faint Siège de corriger 
toutes perfonnes , de quelque qua- 
lité qu'elles pullent être , & fi elles 
étoient réiiadaires à les comman- 
demens , d'y employer les armes de 
l'Eglife. „ C'étoit a dire l'excom- 



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ce , quidéfendoit , fous peine d'excom- munication , ôc même l'interdit ; cruel 
munication , aux Baillirs ôc Prévôts du remède qui ôtoit l'uiage des Sacre- 
Roi d'exiger aucune preftation de fer- mens , &c le Service Divin aux vivans,. 
ment des Clercs ; le même Roi écrivit & quelquefois même la îépuiture aux 
des lettres pleinesdechaleurà Yves, me- morts. Ils fe perluadoient qu'il y al- 
naçant qu'il prendroit le bien des Clercs loit de leur devoir de remédier à tous 
pur tout où il le trouveroit ,. fi cette les fcandales publics ; qu'il étoit de leur 
Bulle n'étoit révoquée. Je ne fçai ce foin éternel de foulager &c de proté- 
qui en arriva. ger torfs les opprimés-, ôc de la gran- 
11 s'étoit établi en ces iiécles-là une deur de leur tribunal , de faire juftice 
maxime qui donnoit une domination à toute la terre. Ainli ils recevoienc 
indirecte aux Papes fur les Princes , ôc les plaintes de tous ceux qui foutfroient 
droit d'animadverfion fur leur gouver- opprelîion j ils alloient même au de- 
nem'ent. Ce fit qu'encore qu'ils ne cruf- vaut , Ôc prenoient connoiffance des 
fent pas que les Princes dépendirent injuftices que les Princes faifoient à 
d'eux pour le temporel , ils penfoient leurs peuples , ôc des impofîtions nou- 
pourtant être bien fondés , à caufe du velles , îi bien qu'ils prononçaient 
fpirituel,de juger (i leurs actions étoient quelquefois nnathême fur ceux qui les 
bonnes ou mauvaifes , de les admonef- levoient ^ allez fouvent ils expoloicnt 
rer , de les corriger , de leur défendre en proye les biens de ceux qu'ils ex- 
ce qu'ils ne croyoient pas iicite , ôc de communioient , ôc commandoient de 
leur commander ce qu'ils croyoient fe faint de leurs perfonnes, ce de les 
jiiife. Ils fe mêloient donc, quand deux réduire en fervitude. 
Princes étoient en guerre , de leur or- Les Souverains ne furent pas à cou- 
ronner des trêves , de mettre leurs dit- vert de ces foudres : car foit en vertu 
férends en arbitrage , ôc de les obliger de cette opinion , qui alors étoit allez 



EGLISE DU XII. SIECLE. iC 9 

commune , mais à mon avis peu fou- gion , les admonefter premièrement , 
tenable , que les excommuniés font Ôe après les punir s'ils n'obéilïoient pas. 
déchus de la poifcllion de leurs biens , Que (î les prédécelfeurs de Grégoire 
foie qu'ils ne crulfent pas qu'on dût laif- n'avoient point ufé de ce prétendu pou- 
fer le gouvernement des Peuples Ca- voir fur les Empereurs -, c'ell qu'alors 
tholiques à des Princes révoltes contre ceux-ci étoient Princes plus réglés , ôc 
l'Eglife : ils allèrent jufqu'à les dépo- les Papes de ce tems-là "plongés dans 
fer , à déclarer leurs lujets déliés du d'extrêmes défordres : mais que tout 
ferment qu'Us leur avoient fait , &: à au contraire , Henri IV. s'étoit rendu 
leur défendre de leur obéir. Grégoire exécrable par fes vices infâmes, & que 
VII. commença d'exercer cette auton- Grégoire étoit vénérable à toute la 
te fur l'Empereur Henri IV. Et il en Chrétienté par ùs vertus, 
voulut ufer de même à l'endroit de J'oferai ajouter qu'il y avoir même 
Philippe premier Roi de France : car quelque chofe dans les fiécles précé- 
une fois ,, il écrivit aux Grands du dens qui pouvoit donner un peu de 
Royaume d'empêcher les excès qu'il couleur à ce que ce Pape entreprenoit. 
commettoit, fpécialement à l'endroit Car dans le fixiéme , l'Eglife s'étoit 
des Marchands qui allaient aux Foi- mife en poflTeiîion d'exclure des fonc- 
res : &c une autre fois il le menaça de tions civiles &z militaires, &c même du 
rompre les liens de la foi dont {es mariage , ceux qu'elle mettoit en péni- 
iujets lui étoient attachés , s'il ne tence publique , afin que leur conver- 
ceiloit de vendre les Bénéfices , 5c lion fut plus humble Se plus parfaite. 
s, s'il ne permettoit à l'élu Evcque de Saint Léon Pape l'avoit feulement con- 
>> Mâcon, d'entrer dans fon Epilco- feillé-*, fes fuccefleurs en firent une loi, 
s, pat. „ Vidtor II. l'excommunia en &; les Conciles de Tolède la réduifirent 
eifet dans le Concile de Clermont. en pratique à l'égard de leurs Rois mê- 
D'autres Papes ont excommunié Se dé- me. Témoin Vamba , l'un des plus il- 
pofé les Empereurs Henri V. Federic luftres Se des plus glorieux qu'ils ayent 
premier , Se Federic II. Se ont attenté eu : lequel ayant été confacré à la péni- 
pareille chofe fur plufieurs autres Tê- tence , comme il étoit à l'agonie , non 
tes couronnées. poinr de fon confentement , car il avoit 
Si on s'étonne que des Papes qui perdu toute connoiffance , mais félon 
étoient en réputation de fi grands hom- î'ufage de ce tems-là , fe vit néanmoins 
mes de bien, particulièrement Grégoi- obligé, lorfqu'il fut revenu en conva- 
re VII. Se Alexandre III. ayent fait de lefcence , de renoncer à la Royauté, 
telles entreprifes , qui femblent fi éloi- Remarquez encore , s'il vous plaîr , 
gnées des maximes des anciens Pères & que ces Conciles d'Efpagne fournirent 
des premiers fiécles : il faut fçavoir que de grands préjugés aux Papes pour fou- 
ces letttes fuppofées des premiers Pa- mettre les Souverains à leur difpolî- 
pes , fur lefqueiles on avoit établi un tion. Car les Rois Viftgoths étant élec- 
nouveau Droit Canon , avoient perfua- tifs , les Evêques avoient beaucoup de 
déàleursprédecefTeurs^èslafinduluii- part à leur élection ;& leurs Conciles 
tiéme fiécle , que leur autorité fur les étoient comme des alFemblées , où les 
fidèles n'avoit point de bornes, qu'en Grands& les Rois même fe trouvoient. 
qualité de Palieurs univerfels , ils pou- On y corrigeoit les déréglemens de la 
voient faire des commandemens & des fouveraineté , & on leur impofoit des 
dérenfes à tous les fidèles en ce qui re- loix avec peine d'anathême de de dé- 
gardoit leur falut <k le bien de la Reli- pofition s'ils les violoient. 



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i 7 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

Les Evêques de France entreprirent mier ils trouvoient toujours afïèz de 

la même chofe en dépotant Louis le parentés ou d'alliances pour dilïoudre 

Débonnaire ; & quoique ce tut une pu- les mariages des Princes , 6c par ce 

re faction, ce Prince toutefois ne re- moyen fe rendoient formidables. Ec 

prit point la Couronne que par l'auto- pour le fécond , le pouvoir qu'ils 

rite d'une autre alïemblée d'Evêques. avoient de juger de tout , les rendoit 

Foulques Archevêque de Reims , me- fort confiiérables , d'autant que les 

naça Charles le Simple de touftraire parties ont naturellement de la crainte 

ïvs fujets de fon obéiiîànce, s'il s'allioit & du refpeCt pour leurs Juges ; 6c 

avec les Normands , qui alors étoient qu'eux ayant dans cette incroyable af- 

encore barbares 6c infidèles. Or les Pa- fiuence d'affaires , de quoi employée 

pes croyoïent comme un article de toi, un nombre innombrable de perlonnes, 

que leur pouvoir étoit beaucoup plus attiroient à leur Cour tous ceux qui 

grand que celui de tous les Evêques avoient l'ambition de parvenir , ou ia 

enfemble , ce qu'il n'avoit point d'au- curiofité de fe façonner 6t de s'inltrui- 

tres bornes que celles que lui donnoient re dans cette Ecole la plus célèbre du 

les Canons exprès des Conciles, & les monde. En effet tout ce qu'il y avoic 

Décrets du Siège Apoftolique-, lefquels de plus beaux efprirs par toute i'Eu- 

n'avoient garde de leur défendre de rope , y couroient pour avoir des eiru 

* Puifqu'on dépofer les Rois , * puifqu'on n'avoit plois ; Se comme Ton a toujours afîec- 

tfavoitpaspo p as pu prévoir qu'il fe trouveroit des tion pour celui de qui l'on tient fon 

queCTtwpen- fcecafioris qui leur donneroient cette avancement , quand ils fortoient de là, 

(ce bur mon- penfée. Grégoire II. en l'an 730. ayant après avoir bien fait leurs affaires , ils 

dans'larêre t umim é anathême contre Léon l'Ifau- portoient par tout la grandeur des Pa- 

f.d. Uei66S. rien , fufpendit au moins le payement pes avec un zèle ardent pour étabhr 

des tributs 6c l'obéiifance des peuples, leurs maximes. 

ou peut-être les en délia tout-à-fait , Les Croifades rendirent aufli les Pa- Croifaduj 
comme quelques-uns le prétendent. De pes très-puiiïaiits : car dans celles qui 
plus, s'étant attribué, comme ils fi- fe faifoient pour la Terre-Sainte, ils 
rent , l'autorité de créer des Rois , la- ordonnoient aux Princes de s'y enrôler, 
quelle d'ailleurs leur étoit déférée par ils retenaient le fouverain commande- 
1 ambition de ceux qui recherchoient ment dans ces armées-là par leurs Lé- 
ce titre : ils s'allèrent imaginer qu'ils gats -, ils fe rendoient en quelque façon 
pouvoient bien ôter la Couronne à les Seigneurs de tous les Croilés, non- 
ceux qui en étoient indignes , puif- feulement parce qu'ils en exigeoient 
qu'ils en pouvoient honorer ceux qui obéiiîànce , mais de plus parce qu'ils 
la méritoient. les prenoienr fous leur protection juf- 
II y eut avec cela beaucoup d'occa- qu'à leur retour ; ce qui étoit comme 
fions qui ne fervirent pas peu à con- des lettres d'Etat qui lurfeoient toutes 
firme r cette opinion ; entr autres la procédures civiles 6c criminelles. Dans 
prohibition de contracter mariage en- les autres Croifides qui le faifoient 
tre païens, jufqu'au iepticme degré, contre les fchilmatiques ik les heréri- 
& entr'alliés jufqu'au quatrième &c ques , ils établirent pour loi , que ceux 
cinquième ; la connoiiïance qu'ils pre- qui étoient convaincus de ces crimes 
noient de toutes les grandes caufes , perdoient tous leurs biens , honneurs 
non-feulement entre les Ecçléfiaftiques, 6c dignités ; enfuite de cela ils les en 
mais encore entre les Princes -,6: les privoieht, ou les en faifoient priver 
fréquentes Croifades. Car pour le pre- par des Conciles que leurs Légats af- 



EGLISE DU XII. SIECLE. 271 

fembloîent -, puis ils donnoient leurs de ce qu'ils accordoient des exemptions 

dépouilles à ceux qui avoient bien fer- aux intérieurs pour les fouihaue à 

vi dans ces expéditions , fans trop con- l'obéilfance de leurs fupéneurs. Us le 

fulter le Seigneur fouverain dont ces plaignoient encore de ce qu'ils s'étoient 

terres étoient mouvantes , parce qu'il réfervé à eux feuls le pouvoir de recc- 

n'eût pas ofé en refufer l'inveltiture à voir les coadjutoreries , celui de dillou- 

ceux qu'une puiilance fi fainte en avoit dre le mariage fpirituel des Evêques , 

pourvus. c'eft-à-dire , de les féparer de leur £gli- 

Mais leur plus grande force confif- fe par voye de ceilion , ou de tranfia- 

toit en celle du Clergé &: des Reli- tion , ou de dépofition ; & de ce qu'ils 

gieux •, ces grands corps étant en ce empiétoient la difpofition de la plupart 

tems-là fort unis pour la manutention des bénéfices. 

de leurs franchifes & de leurs liber- Difons quelque chofe de plus fingu- 

tés , qu'ils croyoïent fermement être lier fur les principaux de ces points, 

de droit divin , confidéroient le Pape La plupart des différends d'entre les 

comme un chef puiifant qui ne leur particuliers fe traitoient par la Cour de 

manquoit pas au befom. Il eft vrai que Rome feule dans le douzième fiécle : 

{on autorité trop abfolue pefoit un peu toutefois quand les caufes étoient trop 

fur la tête des Evêques : mais quand importantes , ou qu'elles touchoient 

elle les prefToit trop , ils avoient re- toute l'Eglife , ou tout un Etat , ils les 

cours à celle du Prince , comme pro- remettoient au jugement d'un Conci- 

tecteur des biens & de la liberté des le. Ainiî Grégoire VII. lorfque la que- 

Eccléfiaftiques. Réciproquement ils fe relie d'entre lui «Se l'Empereur Henri 

fervoient de celle des Papes , pour fe V. vint à fe renouveller , aiïura qu'il 

défendre des entrepriies des Princes : ailigneroit un Concile dans un lieu sûr, 

ck fe gouvernant ainfî entre les deux où tous fe pulfent trouver , amis ou 

Puiiïànces , ils tâchoient de modérer ennemis, tant de l'ordre Clérical que 

l'une par l'autre. de l'ordre Laïque , pour juger lequel 

Au refte ils avoient fujet de fe plain- de lui ou de l'Empereur avoit rompu 

dre de ce que les Papes leur ôtoient la paix , & pour avifer aux moyens de 

une bonne partie de l'autorité qui leur l a rétablir. Gelafe II. dit la même cho- 

appartenoit , comme aux vrais fuccQf- fe , de qu'il aquiefeeroit au jugement de 

feurs des Apôtres*, de ce qu'ils atti- fes frères les Evêques , que Dieu avoit 

roient immédiatement à leur tribunal confiitués Juges dans JonEglife ,& fans 

la connoilfance de toutes les caufes, ne lejquels une caufe de cette nature ne fe 

leur laiiTant prefque rien à juger en pouvoit traiter. Innocent III. écrivit 

première inftance jde ce qu'ils les obli- qu'il n'ofoit rien décider fur le maria-. 

geoient à leur prêter ferment, félon ge du Roi Philippe II. fans la déter- 

une formule dans laquelle Grégoire mination d'un Concile général : ck que 

VII. avoit ajouté des termes qui em- s'il le faifoit, il en pourrait courir rif- 

portoient foi Se hommage : de ce qu'ils que defon ordre & defon office : paroles 

leur impofoient la néceilité d'aller à remarquables en ce qu'elles femblent 

Rome -, de ce qu'ils s'arrogeoient à eux infinuer qu'un Pape peur être dépofé, 

feuls le droit de facrer les Métropoli- non-feulement pour hére/ie , mais aufli 

tains ; de ce qu'ils donnoient des dif- pour avoir abufé de fa pui (Tance, 

penfes des faints Canons, comme fi De ce tems-la ils étoient encore obli- Cardinaux, 

toute la difeipline Eccléfiaftique n'eut gés de gouverner l'Eglife par l'avis des 

dépendu que de leur volonté abfolue •, Cardinaux, dont la puiilance étoit mon- 



tji ABRÉGÉ CHR 

tée à un tel degré depuis l'an mille , 
qu'ils étoient leurs collatéraux Se leurs 
coadjuteurs , ,, comme le dit faint Ber- 
„ nard ; que leurs droits étoient plus 
,, grands que ceux des Patriarches ik 
„ des Primats , ik qu'ils avoient pou- 
„ voir de porter une cenfure autenti- 
„ que fur les Papes mêmes. ,, Le fe- 
cours 6c les mérites de tarit de grands 
perfonnages , defquels le facré Collège 
étoit rempli , n'aidèrent pas peu aux Pa- 
pes à foutenic le fardeau des affaires , ik à 
maintenir &: augmenter leur autorité 
dans tous les pays les plus éloignés. 
Mais quand ils le furent aggrandis par 
leur moyen , ils s'affranchirent de leur 
dépendance -, & aujourd'hui ils leur de- 
mandent feulement leur avis , Se ne fe 
tiennent point obligés de le fuivre. 
Bénéfices. Quant à la difpoiïtion des Bénéfices; 
ils Favoient prefque toute attirée à 
eux -, celle des grands , Se que l'on ap- 
pelle Confîiloriaux , comme font les 
Archevêchés , Evêchés Se Abbayes -, en 
fe rendant maîtres des élections , fous 
prétexte de juger des différends qui 
nailfoient entre les brigues oppofées ; 
&c celle des moindres , comme font 
les Dignités Se Chanoinies des Eglifes 
Cathédrales & Collégiales , par les re- 
commandations qu'ils faifoient aux 
Chapitres en faveur des Clercs fuivans 
leur Cour. Leurs recommandations 
ayant fouvent obtenu l'effet qu'ils dé- 
liroient , fe tournèrent peu à peu en 
commandement abfolu , à l'incitation 
des flatteurs Se des intérelTés. Et puis 
elles furent fuivies des réfervations , Se 
après des expectatives , dont l'abus alla 
toujours en augmentant , nonobftant 
la Pragmatique de faint Louis , & Ls 
remèdes que Philippe le Bel y voulut 
apporter , ik. dura julqu'au tems du 
grand fchifme. Alors le Roi Charles 
VI. Se après lui Charles VII. y mirent 
la main de bonne forte , &c ramenèrent 
les élections , collations Se préfenta- 
Kions dans l'ordre desDécrctô' des Cofl- 



ONOLOGIQUE 

ciles généraux , fans plus avoir d'égard 
aux palfe-droits que la Cour de Rome 
avoit introduits. 

Dès le cinquième llécle , non feule- pèlerinage! 
ment les Evéques , mais prefque tous Rome - 
les Ecclefiaftiques de deçà les Monts , 
avoient cette pieufe coutume d'aller à 
Rome vilïter les fépulcres de .S Pier- 
re ik faint Paul , comme pour y rendre 
leurs hommages , Se témoigner qu'ils 
tenoienr la même foi que ces Princes 
des Apôtres avoient prêches. Par mê- 
me moyen ils rendoient leurs refpects 
aux iouverams Pontifes : lefquels avec 
le tems convertirent cette dévotion vo- 
lontaire en une obligation indifpen fa- 
ble , fi bien qu'ils faifoient de grands 
reproches à ceux qui y manquoienr. 

Les Difpënfes étoient tout-à-fait in- Difpenfo» 
connues dans les premiers ilécles , ik 
lorfque l'on commença d'en donner , 
ce ne fut pas pour permettre d'enfrein- 
dre les Canons , mais plutôt pour ab- 
foudre ceux qui les avoient enfreints. 
Après Fonziéme flécle l'ulage en de- 
vint très-fréquent. J'en remarque trois 
ou quatre caufes -, les guerres conti- 
nuelles entre les particuliers , aufîi bien 
qu'entre les Princes ; la multitude des 
Décrets qui étoit fi grande qu'il éroit 
difficile qu'on n'en violât quelqu'un -, 
la corruption des mœurs-, ik le peu de 
compte que l'on tenoit des régies Ec- 
clellafliques : de forte que l'on étoit 
obligé d'obvier à ce mépris par des dif- 
pënfes , & on croyoït couvrir la tianl- 
greflion en la permettant. Les Papes ne 
difpenfoient pourtant p.ts en chofe 
contre la Foi , ni contre les bonnes 
mœurs , mais bien en celles qui n'é- 
toient défendues ou permifes que par- 
le droit pofîtif. Quant au droit divin 
Se naturel , ils n'en difpenfoient pas 
directement , mais par interprétation 
& par déclaration. 

Pour les exemptions des Monafteres , Exemptioijl 
nous avons marqué dans le fixiéme lié- d ^ Mouaftj» 
clc comme elles commencèrent pir la 

concelîion 






EGLISE DU XII. SIECLE. 175 

conceftîon des Evêques , ôc comme Siège de certaine quantité de marcs 

tous les Grands fe piquèrent d'en de- d'argent , payable tous les ans. 

coter les Abbayes qu'ils fbndoient. Les Nonobstant ces exemptions les Ab- 

premieres que l'on trouve avoir été ac- bés ne laifïbient pas d'are obligés après 

cordées n'ctoicnt que pour délivrer les leur élection de rendre obéïflance aux 

Moines des charges & droits tempo- Evêques , ôc par écrit : mais la plupart 

rels y depuis ils y rirent ajouter quel- le rerufoient , de forte qu'il fallut que 

ques autres privilèges :entr autres qu'ils le Concile de Reims fît un décret pour 

éliroient leurs Abbés , qu'ils feroient les y aftreindre ; ôc néanmoins ils ne fe 

maîtres de leur dilcipline : &c que les mirent pas trop en devoir d'y déférer. 

Evêques leur ordonneroient des Prê- Cette défobéïllance étoit tellement paf- 

tres à leur réquifition. Après ils trou- fée en droit commun , que Henri II. 

verent aulîi moyen de les étendre à la Roi d'Angleterre , fe plaignit amere- 

jurif iictron fpintuelle , & de fe fouf- ment au Pape Innocent II. de ce que 

traire de la dépendance de leurs Eve- Hugues Archevêque de Rouen exigeoit 

ques : à quoi trois chofes étoient re- ce devoir des Abbés de Normandie, 

quifes , le confentement de l'Evêque , Le Pape voyant la chaleur avec laquelle 

l'autorité du S. Siège , Ôc les Lettres ce Roi lui en 'écrivoit , manda à l'Ar- 

Patcntes du Roi. chevêque qu'il eut à relâcher pour 

Le nombre de ces exemptions sac- quelque tems de la rigueur de fon 

croiiîant de jour en jour , le Pape s'ar- droit , pour éviter de plus grands in- 

rogea à lui feul le pouvoir de les don- conveniens. 

ner , Ôc de foumettre les Monafteres au Le befoin que les Papes eurent du Abb ^' 

Saint Siège , malgré les Evêques Dio- crédit de l'Ordre de faint Benoît du- 

céfains. Il en ufa de même à l'égard de rant leurs querelles avec les Empereurs, 

quelques Evêques ôc de quelques Cha- les porta , comme je crois , à.commu- 

pitres , fouftrayant ceux-ci à leurs Eve- niquer aux principaux Abbés de ces 

ques , ôc les Evêques à leurs Métropo- Congrégations les ornemens qui n'a- 

litains. Les gens de bien ne fe purent voient appartenu qu'aux Evêques : fça- 

taire de ce défordre , leurs écrits en par- voir la croiïè , la dalmatique , les gants 

lent encore : faint Bernard , quoique ôc les fandales ; quelques-uns depuis j 

Moine , ôc très-zélé pour le Saint Sic- ajoutèrent la mitre. Mais ceux qui ai- 

ge , les condamnoit hautement. ,, Car moient l'ordre hiérarchique déteftoient 

j, exempter les Abbés de la jurifdiétion cet abus , ôc les Abbés qui conferyoient 

des Evêques , qu'étoit-ce autre cho- encore un peu de l'humilité religieufe, 

fe , difoit ce grand Saint , que de ne fe chargeoient guère de cet hon- 

leur commander la félonnie ôc la neur , croyant que ce qui eft la marque 

rébellion ? Et n'étoit-ce pas une di- de la jurifdiction dans un Evêque , eft 






, formité aulTi monftrueufe dans le une tache d'ambition dans un Moine. 

,, cotps de l'Eglife , d'unir immédiate- Pierre de Blois écrivit à fon frère , Ab- 

r ^1 v . ALI l_i J 1- n J_ M 1__ i _.. 

Q-»i»-ir Qi/inr^ nup /^anc \e> rnm<: hn- 1p Panf» avoir 
s» 



ment un Chapitre ou une Abbaye au bé dans le Royaume de Naples , à qui 
Saint Siège , que dans le corps hu- le Pape avoit fait préfent de ces orne- 
main d'attacher un doigt à la tête ? mens Pontificaux , qu'il eut à les lai 
Ces grâces ne fe donnoient pas gra- renvoyer , ou à fe défaire de fon Ab- 
tuitement à Rome , les Abbés ôc les baye. Le Pape Urbain II. voyant le 
Moines dépouilloient leurs Monafteres bienheureux Pierre Abbé de Caves nue 
pour acheter cette indépendance, Ôc les tête dans un Concile , lui envoya une 
rendoient fouvent tributaires au Saint mitre pour fe couvrir-, ce faint homme 
Tome IL Mai 



i 74 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

l'ayant reçue avec grand refpect, ne la furfragans. S'il les jugeoit bonnes, il 

voulut pourtant point mettre , & la les approuvoit , 8c s'il y trouvoit quel- 

tint toujours fur les genoux. Mais Hu- que défaut , il les calToit , 8c renvoyoit 

gués Abbé de Clugny ne refufa pas ces ordre aux Electeurs de procéder à une 

ornemens des mains du Pape , qui les nouvelle : s'entend s'ils n'avoient pas 

accorda à lui 8c à tous fes fuccelfeurs. feiemment 8c de propos délibéré, élu 

Califte II. défirant gratifier cette Ab- un fujet qui en rut indigne , ou qui 

baye-là , parce qu'il y avoit été élu 8: fut lié par quelqu'empêchement cano- 

facré , donna aulîi le titre de Cardinal nique j car alors le Métropolitain &: 

à l'Abbé Ponce de Melgueil, pour en {es fuftragans en élifoient un eux-mê- 

jouir lui 8c tous les Abbés de cette mai- mes. Les Evêques n'étoient pas obligés 

fon. d'afiifter en perfonne à ces élections 8c 

Les Papes originairement n'avoient à ces jugemens : mais ils y envoyoient 

droit de confirmer que les élections des des Eccléfiaitiques , qui repréfentoient 

* La Diocèfs Métropolitains de la Diocèfe * Romai- leur perfonne. 

rft route ré- ^ j e p a m um qu'^s s'aviferent d'en- La confécration des Evêques fe fai- conijc 

tendue dun , * ... n \\- %~ r- r , „ i A/f ' rt „ A 1 ;,' étions. 



'■ju'i-nEvêché. ce Archevêque de Mayence , les enga- le Métropolitain reiufoitde lacrer l'élu, 

cea à rechercher cet honneur , afin de les Electeurs en appelloient au Pape , 

les faire entrer par ce moyen dans une qui quelquefois le facroit lui-même, 

plus grande dépendance : puis quand Quand les Métropolitains étoient fuf- 

ils furent accoutumés à fe parer de cet pendus de leurs fonctions Epifcopales > 

ornement, qui à leur avis les diftin- les Légats, comme représentant le iaint 

guoit fort des Evêques , le Pape les Père , prétendoient que celle-là leur 

obligea à le prendre toujours de lui apparrenoir. 

comme une chofe nécelîaire , 8c leur Les élections 8c le droit qu'avoient 
défendit de foire' aucunes fonctions les Métropolitains de facrer les Evê- 
qu'ils ne l'eullènt reçu. ques , ne turent pas directement ren- 
Les Evêques ne pouvoient palier à verfés durant ce liécle-ci , mais y fout- 
un autre Evêché , s'ils n'étoient chaf- frirent de grandes brèches. Car la nou- 
fés du leur par les barbares, ou s'il n'y velle Jurilprudence fondée iur les épï- 
en avoit une néceflité très-urgente -, 8c très fuppofées des premiers. Papes , 
cela par la fentence du Métropolitain ayant perverti tous les anciens Canons, 
8c des Evêques de la Province : les Pa- 8c réduit toutes les élections aux formes 
■pes néanmoins le leur permirent fans de la chicane i comme il arrivoit fou- 
les aftreindre à aucune de ces formes, vent des conteftations entre les brigues 
Ce qui s'introduifit dans ce douzième des élifans, ou des difficultés furie Ju- 
fiécle , non pas tout d'un coup , mais sèment des Métropolitains , l'une des 
peu à peu , 8c pour ainli dire en fon- deux parties ne manquoit jamais d'en 
dant le gué. appeller à Rome. Cette Cour là étoit 
t ■•-.lions. L'ancienne forme des élections fe un labyrinthe inextricable de procédu- 
confervoit encore comme l'ame de la res •, 8c s'il y avoir manque de quelque 
hiérarchie, c^eft-i-dire qu'elles fe fai- formalité à l'élection , le Pape la décla- 
foient par le Clergé & par le peuple : roit nulle, 8c fe réfervoit à lui feul le 
après elles étoient examinées par le droit de pourvoir à l'Evêché % 8c de fa- 
Métropolitain , affilié du confcil de fes crer celui qu'il choifiiloit- 



EGLISE DU XII. SIECLE. i 75 

Quoiqu'il fut défendu de rien pren- d'Orient & d'Occident , que ceux qui 

tire pour cela , néanmoins les Officiers en uieroient de la forte , leroient re- 

de la Cour de Rome exigeoient funeu- tranchés de la communion de 1 Egiife; 

fement, fous prétexte de leurs lalaires , 8c que s'ils demeuroient deux mois en 

de leur papier 8c de leur encre. Enluite cet état , ils ne pourroient être abfous 

les Papes même , qui avoient tant con- que par le Saint Siège. Ce qui fut reçij 

damné ces exactions , convertirent à en France , pourvu que ces excommu- 

leur profit propre les abus qu'ils n'a- nications fuilènt juftes , 8c qu'elles ne 

voient pu empêcher. Je trouve que bleiiaifent point les droits du Roi. Oc 

l'Evêque du Mans donna pour fon Or- comme il dépendoit de fes Officiers de 

dination fept cens marcs d'argent. Avec prononcer là-deilus , ils les rendôienç 

le tems ils fixèrent , cette exaction au re- le plus fouvent illufoires, 8c faifillbient 

Anaatcs. venu d'une année *•' modérément taxée, le temporel tant de ceux qui les por- 

qu'eux 8c les Cardinaux partageoient toient , que de ceux qui y déféroient ;■ 

enfemble. &: même faiioient abattre leurs mai- 

PuîfTance La puilïance des Evêques de France fons. 

desEvêques. étoit aulîi fort grande à proportion. La raifon pourquoi on fe prémunit 

Outre qu'ils étoient le membre le plus foit fi fort contre ces cenfures, étoit 

puiflant de i'Etat , outre qu'ils avoient qu'en ce tems-là on avoit la croyance 

le plus de pouvoir dans les grands Par- que dès qu'un homme étoit excommu- 

iemens ou Aifemblées générales , les nié , il perdoit l'ufage de fes biens, 

Rois déféroient beaucoup à Lur's con- honneurs & dignités j que chacun pen- 

feils, fe foumettoient à leurs admoni- ibit avoir droit de le piller; qu'on lui 

tions , 8c recevoient la couronne de dénioit les Sacremens &c lafépulture, 

leurs mains à toutes les têtes folemnel- 8c qu'il ne pouvoit être abfous qu'à de 

les de l'année. Si bien que lorfqu'un fort rudes conditions , &c en faifant une 

Roi étoit excommunié, comme le fut pénitence publique, dont la mortifica- 

Philippe I. les Evêques refufoient de tion eft plus cruelle que la mort à ceux 

faire cet office, 8c tenoient en quelque qui ont plus la honte du monde que la 

fiçon comme en fufpens , non pas la crainte de Dieu devant les yeux. Aufiî 

Royauté, mais le reipect des peuples, les Eccléfiaftiques ne vengoient leurs 

A l'exemple des Papes, ils fe fervoient injures, quelque grandes qu'elles fuf- 

Excommuni quelquefois d'interdits, fouvent d'ex- fent , que par le glaive fpirituel -, & ils 

communications; lefquelles , à force étoient fi jaloux de leurs fentences, que 

d'être employées pour de légères occa- Ci un Juge féculier eut voulu prendre 

fions , devinrent fi odieufes , que les un homme qui eût été excommunié 

Juges féculiers fe foulevant contre , pour avoir tué un Eccléfiaftique , Se le 

faifoient prendre au corps ceux qui les châtier félon les loix du Prince , ils 

porroient , les tourmentoient en leurs s'y fuflTent oppofés, comme à un atten- 

biens & en ceux de leurs parens ; 8c tat fur leur jurifdidion. Voilà pour- 

vexoient même ceux qui obéilEoient à quoi le meurtre d'un Laïque étoit puni 

ces fulminations , ou qui refufoient de mort , & celui d'un Prêtre , 8c 

d'avoir communication avec ceux qui d'un Prélat même , n'étoit fouvent pu- 

étoient excommuniés. C'eft pourquoi ni que d'excommunication, 
l'an 1274. le Concile de Lyon, l'un des La plupart des Evêques étoient tirés Evé.jucs tïr& 

plus célèbres qui ayent été tenus en des Monaftéres ; car comme les élec- ^ s 

France, ordonna en préfence du Roi tions avoient lieu , 8c que ces maifons 

Philippe le Hardy , 8c des Empereurs palToient pour des Ecoles de piété & 

Mm ij 






citions. 



res. 



n€ ABREGE CHRONOLOGIQUE 

de fagefTe , ceux qui afpiroient à cette Ç'avoit été un abus fort ancien dans Kegale. 
dignité, ou à celle d'Abbé, qui n'é- les Eglifes d'Orient & dans celles d'Oc- 
toit pas fi honorable , mais plus com- cident > que les Clercs pilloient les 
mode, fe jettoient dans le tond d'un biens de l'Évoque dès qu'il avoir les 
cloître, {a) Plusieurs en effet y appre- yeux clos. En France depuis l'an mille 
noient une vertu très-aultére Ôc une au moins à ce que j'ai pu remarquer , 
profonde humilité *, mais plusieurs auf- les Laïques prenoient la même licence , 
fi n'en affecloient que l'extérieur -, ils rant à 1 égard des Evêques que de rous 
s'abailîoient ainfï afin de s'élever, ôc fe les autres Bénéficiers, le fondant peut- 
cachoient pour fe faire rechercher -.puis être fur ce que les biens d Eglife font 
quand leur hypoenfie avoit fi bien les biens des pauvres , ôc que le peuple 
ébloui les yeux des (impies, qu'on les les pouvoit reprendre, quand le Pafteur 
avoit élus , ils levoient le malque , ôc à qui il les avoit donnes pour cette fin- 
fe donnoient du bon tems. là, les avoit retenus pour lui. Quoi- 
Souvent les bons Prélats qui n'a- qu'il en foit , cet abus palTa en coutu- 
voient point été portés à l'Epifcopdt me malgré toutes les défenfes des Papes 
par d'autre motif que par celui d'une ôc des Conciles. Or les Souverains qui 
puiiTante vocation , lorfqu'ils fentoient penfent que tous les droits du peuple 
diminuer leurs forces, quittoient l'E- leur appartiennent éminemment , par- 
vêché , ôc faifoient retraue dans quel- ce qu'Us en font les chefs , s'en firent 
que Monaftére pour s'y recolliger , ôc un de cette coutume , tk dans peu de 
fe préparer a rendre compte de leur ad- tems retendirent fur les revenus des 
miniftration au fouverain Juge. Evêchés vacans, ôc après s'attribuèrent 
Canonifa- Ils avoient encore alors le pou- la collation des Canon icats ôc de tous 
voir de déclarer au peuple ceux qu'il les autres Bénéfices qui en dépendent , 
pouvoit honorer Ôc prier en qualité de horfmis de ceux qui ont charge d'a- 
Saints-, c'eft ce qu'on appelle canonifer. mes. On appelle ce droit Regale. Cet- 
Cet adte fe faifoit ordinairement dans te coutume étoit avant le régne de 
un Concile , ou dans une AfTemblée de Louis VII. quoique de fon tems elle 
leurs confrères : l'Evêque dans le Dio- ne rut pas louée de tout de monde , ni 
cèfe duquel étoit morte la perfonne reçue qu'en peu d'Evêchés. Yves de 
qui méntoit cet honneur , y faifoit le Chartres la racheta du Roi Philippe I. 
rapport des grandes vernis qui avoient pour fon Evêchéj ôc Louis VII. permit 
illuftré fa vie, ôc des miracles qui écla- à Pierre Archevêque de Bourges de tef- 
toient fur fon tombeau , félon la re- ter des fruits de cette Eglife , lorfqu'il 
nommée publique , ôc le témoignage mourroit. 

de piufieurs particuliers*, ôc là-deilus La coutume du Royaume , qui obli- 
l'AUemblée donnant fon jugement par geoit les Evêques de fuivre les Rois à 
des acclamations plutôt que par écrit , caufe de leurs fiefs , n'étoit pas fort dé- 
ils alloient tous relever le corps faint, le fagréable à ceux d'entr'eux qui fe plai- 
mettoient dans une châlTe fur l'autel, foient plus à la Cour qu'à l'Eglife. Tou- 
l'expofoient à la dévotion du peuple , tefois les autres qui aimoienr mieux 
ôc ordonnoient qu'on célébreroit ia être confiderés comme Pafteurs que 
lête. comme Grands de l'Etat, fe retiroient 



{a) Au lieu de ce qui fuit, il y avoit dans l'édition profonde humilité, s'abaiffanc ainf» afin Je s'élever, Se 
de i(î68. & aiUuoicut une venu ucs-auitcrc ii une le cachant pour fc faire fcchcicher. 



ï;p»s. 



EGLISE DU XII. SIECLE. 277 

de la Cour : mais quelquefois les Rois toient de leurs Prêtres pour deflèrvir 

interprétoient cecte retraite à un man- ces Chapelles j & comme ils virent que 

que de devoir. Nous avons vu que le ce fonds étoit excellent , parce qu'il 

Roi Louis le Gros en voulut mal à l'Ar- vient fans main mettre, ils en attirèrent 

chevêque de Sens , ôc à l'Evêque de tout autant qu'ils purent. Les Chanoi- 

Paris : ôc que Philippe Augufte fit fai- nés Réguliers en prirent autfî queîqucs- 

fir les biens des Evêques de Paris ôc unes : ii bien qu'il n'en demeura guère 

d'Auxerre , parce qu'ils avoient man- aux Prêtres féculiers. 

que de fe trouver à l'armée. A la fin les Ces Moines de faint Benoît ainfi dif- 

bons & vertueux gagnèrent ce point fur perfés par les villages, le détraquant 

- l'efprit des Rois , qu'ils les difpenfe- de l'obfervance de leur Règle , ik fe 

rent d'aller en perfonne à la guerre , corrompant hors de leur Monaftére , 

pourvu qu'ils y envoyaient le nombre de même que le poiffon le meurt hors 

d'hommes à quoi ils étoient obligés par de l'eau -, le Concile de Clermont , l'an 

leurs fiefs. 1095. ordonna qu'ils abandonneraient 

paroifTesdela Les Eglifes Paroifliales des Bourgs ôc cet emploi aux Prêtres féculiers. Mais 

Campagne yjn^ avo j ent fa& iong-tems defïervies ce Décret ne fut pas exécuté, non p. us 




quanc 
Seigneurs ayant bâti des Chapelles aux qu'en l'an 1 1 1 5 . que le Concile de La- 
champs pour la commodité de leurs tran les leuiôta toutes par une conftuu- 
coulons ôc payfans , s'en approprièrent tion générale. On leur laifla pourtant 
les oblations , les prémices ôc les col- le droit dy préfenter , ôc les dixmes- 
lectes : car originairement elles n'a- auffi, horfmis une médiocre patrie pour 
voient point les dixmes des fruits de la la iubfiftance des Curés qui deifervi-' 
terre ôc du bétail -, Ôc c'étoient les Sei- roient ces Eglifes. 
gneurs qui les prenoient. C'eft une On excepta de cette conftitution les 
grande queltion de fçavoir à quel titre j Chanoines Réguliers de Saint Auguf- 
je penfe moi qu'elles faifoient partie tin , à condition qu'ils auroient unr 
Dixmes. de leur domaine , Ôc que c'étoit un Compagnon afin de s'entretenir avec 
droit qu'ils levoient fur leurs tenan- lui , ôc de ne pas s^abrutu d:.ns la tré- 
ciers i prefque dans tous les lieux la quentation des paifans, beaucoup pire 
dixième, en d'autres la treizième , la que la folitude. Ce Compagnon n'étoit. 
quinzième, la vingtième. Quoi qu'il que le fécond ôc par coniéquent l'autre 
* ils fe furent en foit, quand * ils furent bien periua- qui defiervoit étoit le premier à fon 
laiflès perfua- dés qu'elles appartenoient de droit di- égard-, à caufe de cela on le nomma 
1668.^' d ' vin aux Miniftres de l'Eglife, ôc qu'il Prieur, ôc voilà pourquoi ces Bénéfic- 
ies leur falloit reftituer, ils en donne- ces s'appellerent Prieurés-Cures , quoi- 
rent une bonne partie aux Moines Béné- qu'ils ne foient en erfet que fimples 
chemins , qui en ce tems-là rendoient de Cures , non plus que celles qui font te- 
grands fervices à l'Eglife , ôc fe fai- nues par les Prêtres féculiers. 
foient fort aimer de la Nobleftè , parce II y a plufieurs preuves dans les Con- *S^ ft ^J* 
que leurs Monaftéres étoient comme ciles ôi ailleurs, que la pluralité des fo^u^ 
des hôtelleries gratuites pour les Gen- Bénéfices étoit défendue ; abus qui fera 
tilshommes ôc autres voyageurs , ôc des toujours condamné par les vrais Ecclé- 
écoles pour inftruire leurs enfans. fiaftiques , qui regardent les Bénéfices 
Moyennant ces donations ils commet- comme des charges j. mais toujours pra- 



-S ABREGE CHRONOLOGIQUE 

tiqué par ceux qui ne les confiderent hérétiques i mais les trop curieux laï- 
que comme des revenus. foient plusieurs queftions fur la manie- 
enec des Les Princes de ce tems-là s'empor- re & fur les circonftances de ce Myftére 
"'• toient facilement à de grandes vengean- incompréhenlible. Quelques - uns ne 
ces, 6c à des violences extrêmes; mais concevant point ce que pouvoir deve- 
lorique le premier feu de leur palfion nir le facre Corps de Notre-Seigneur 
étoit ralenti, ils fe laifloient bien-tôt après qu'on l'avoir pris par la bouche, 
ramener à la repewance, tant par les difoient qu'il s'en ailoit avec les relies 
fentimens du Chnftianifme qu'ils de la digeltion. Rupert Abbé de Tuit, 
avoient bien avant imprimé dans le étoit dans ce fentiment , que le Pain 
cœur , leur Religion n étant pas une ôc le Vin demeuroient avec le Corps 
politique, mais une vraie foi , que par 6c le Sang de Jesus-Christ ; de il fem- x 
les remontrances des Evêques Ôc des ble que Pierre de Blois croyoit que l'on 
autres Eccléliaftiques. Car ces vérita- ne confacroit point le Calice fans eau , 
blés Pafteurs ne fçachanr ce que c'étoit 6c que le Sacrement ne fe faifoit point 
de diflimuler les péchés manifeftes de fans le Calice, d'autant quec'eft un re- 
qui que ce fut, encore moins de Harter pas myftique , &c que dans un repas il 
la délicateiïe de la domination , &c de faut qu'il y ait à boire aufîî-bien qu'à 
diflimuler le dérèglement des Grands , manger. 

les reprenoient hardiment de leurs fau- On communioit encore en ce tems- Cali , ee re " 

res parce qu'autrement ils en eulfent là fous les deux Efpeces; mais plufieurs, 

été chargés eux-mêmes devant Dieu, entr'autres les Moines de Clugny, pour 

Ils y employoient premièrement les ad- empêcher la profanation qui le pou- 

monitions fécretes , qu'ils faifoient ou voit laire , fi le Calice fe répandoic , 

de bouche , s'ils pouvoient avoir accès ou s'il en demeuroit quelque goutte 

auprès d'eux -, ou par lettres. Après, dans les mouftaches des Commumans, 

s'ils voyoient le mal devenu' incurable, adminittroient le Pain trempé dans le 

ôc le fcandalecontinuer & s'augmenter, Calice •-, &c ce Pain étoit rond &c grand 

ils y ajouroient des répiéhenlions pu- comme un écu. Or cet ufage ne fem- 

bliques, &à la lin ils lâchoient les cen- blant pas conforme à l'inititution du 

fûtes de l'Eglife. Avec cette liberté Sacrement faite par Jesus-Christ, fut 

Evangélique , foutenue de l'efprit de fouvent repris ôc condamné par les Pa- 

Dieu , ils amolifloient fouvent les âmes pes même , lefquels enfin n'ayant pu 

les plus endurcies , de faifoient révérer ôter cet abus , retranchèrent tout-à-faic 

leur fermeté Apoftolique , tandis que le Calice aux Laïques. Au refte , ceux 

l'on avoir à mépris la lâcheté de ceux qui impugnent la réalité font mal fon- 

qui n'avoient oie ouvrir la bouche. dés de dire que le mor de tranjubjian- 

Quand quelqu'Eglife étoit perfécu- tier fut introduit par le Concile de La- 

rce en fa liherré ou en fes biens , les tran , qui fe tint l'an 1215. car on le 

Pafteurs en defeendoient les chafles 3c trouve dans Pierre de Blois , qui ccri- 

les images des Saints , ôc les pofoient voit quelques années auparavant -, mais 

à terre , foir pour toucher le cœur des il e(t vrai que le Concile autorifa ce ter- 

perfécuteurs, 6c les induire à pénirencej me-là. 

foit pour irriter l'indignation du peu- L 'ufage de la pénitence publique ?j :111 ' t:ejlce » 

pie contr'eux. étoit encore fort commun.. Les péni- 

Ceux qui ne tenoient pas la croyan- tens ne pouvoient entrer dans l'Eglife, 

ce de la réalité du corps de Jésus- ni communier , ou recevoir le baifer 

< '; iust dans le Saint Sacrement, étoient de paix, ni fe laire les cheveux , ni fe 



EGLISE DU XII. SIECLE. 27? 

rafer > ni vêtir du linge , ni tenu* des qucs-uns même la corde au col , d'au- 
enfans fur les Fonts. Ils ne mangeoient très avec l'habit de Moine , croyant que 
que du pain fec , Ôc ne buvoient que cette fainte livrée les mettroit plus à 
de l'eau le Lundi , le Mercredi & le couvert des peines de l'autre monde. 
Samedi de chaque femaine. Mais cette La Confefiion auriculaire avoir tou- Confcfioa^ 
rigueur fut fort adoucie par les indul- jours été pratiquée dans l'Eglife,Gratian 
gences , ou relaxations des peines por- examinant dans la féconde partie du 
tées par les Canons. Les Papes en don- Décret , fi elle étoit de néceiîité abfo- 
noient libéralement à ceux qui fe croi- lue ou non , après avoir apporté les rai- 
foient pour la Terre-Sainte , ou con- fons de part ôc d'autre , luivant fa mé- 
tré les Schifmatiques &c Hérétiques : * thode , iemble en laiiTer le jugement 
les Evêques aulîi , quand ils dédioient libre, aflurant que les perfonnespieuil-s 
quelqu'Eglife , n'en étoient point chi- Ôc dévotes étoient partagées pour &c 
ches à ceux qui la vifiteroient , à la contre. Mais l'Eglife a décidé nette- 
charge qu'ils y vinuent faire la veille , ment pour l'affirmative. 
8c qu'ils y apportaient quelques aumô- Les Religieux n'adminiftroient point 
nés pour l'entretien de ia Fabrique. les Sacremens aux Laïques , ôc n'en- 

Ils avoient alors un goût particulier tendoient point les conreilions , fi ce 

pour bâtir des Chapelles foûterraines. n'étoit de ceux de leur robbe , leur 

J'ai remarqué qu'en édifiant des Egli- étant défendu par les Conciles de faire 

fes , ils y enterroient quelquefois dans les fonctions Curiales. Un certain Ab- 

les fondemens des vaies pleins d'ar- bé de Saint Riquier ayant entrepris de 

gent , afin que lorfque le tems , ou confeffer des Séculiers , ôc de prêches: 

quelqu'accident les détruiroit, on trou- fans permiffion des Ordinaires , il y en 

vât de quoi les rétablir. Avec cela eut des plaintes à Rome , ôc le Pape le 

quand elles tomboient , ils portoient fit citer Ipardevant lui ; mais il plaida iî 

les Reliques du Saint qui y étoit hono- bien fa caufe , que le S. Père lui accor- 

ré par tout le pays des environs , pour da l'un ôc l'autre , ôc lui donna des fan- 

exciter la dévotion des peuples à con- dales , qui en ce tems4à écoient la mar- 

tribuer à leur réédification. Au refte il que de Prédicateur, 
ne fe pouvoit pas qu'elles ne devinfïent Les Eccléfiaftiques s'occupèrent forr 

fort riches , d'autant qu'il ne mouroit à multiplier les cérémonies , les orne- 

perfonne qui ne les avantageât de quel- mens , &c les pratiques de dévotion ; & 

que legs. Je marquerai en panant que à faire plufieurs queftions allez inutiles 

plusieurs , par leurs Teftamens , alfran- fur ces chofes-là. 
chiffoient quelque nombre de Serfs fe- Les Laïques ne s'adonnant guéees à 

Ion leurs facultés , &c qu'on peut comp- l'étude , la profeflïon du Médecin &c 

ter cela entre les caufes qui ont peu à celle d'Avocat n'étoient prefque exer- 

peu aboli la fervitude en France. cées que par_ des gens d'Eglife. Com- 

Les perfonnes qui avoient commis me elles étoient fort lucratives , il prit 

de grands péchés , quoiqu'ils ne fuf- auïïi envie aux Moines ôc aux Chanoi- 

fent pas de ceux à qui les Canons or- nés Réguliers de les embraffer. Le 

donnoient une pénitence publique , Concile de Latran fous Innocent IL 

ne laiflToient pas , particulièrement à leur en fit une exprefle défenfe. 
l'article de la mort , de les confelîer Les mortifications & aufterités , la A'uftcrices, 

publiquement-, & plufieurs grands Prin- haire , le cilice ôc la fuftigation volon- 

ces vouloient mourir à platte terre, taire , qu'on nomme difeipiine, étoient 

couchés fur une croix de cendre -, quel- fort en pratique , pour le moins dès le 



iSg abrégé chronologique 

fiécle précèdent -, puifque Pierre Da- Diacre & de Soûdiacre. Plufieurs , par 
mien en parle comme d'une chofe très- humilité , demeuvoient toujours Dia- 
comraune. Lorfque l'on vouloir appai- cres,ou au moins fort long- tems, ne 
1er la colère de Dieu, ou obtenir quel- prenant l'ordre de Prêtrife que fur la 
que grâce particulière de fa bonté , le fin de leurs jours. Nous liions que Ce- 
Pape 8c quelquefois les Evêques de leur leftin III. lorfqu'il fut élu Pape , ne- 
chef, ordonnoient de nouveaux jeu- toit que Diacre, 6c qu'il avoir pafle 
nés. Ainfi l'an 1187. Grégoire VIII. foixanre-cinq ans dans cet Ordre-là, 
amèrement touché de la perte de Je- fans afpirer à la Prêtrife. 
rufalem , trouva bon , afin d'animer On toléroit quelquefois le mariage 
les Chrétiens à s'armer puiifamment aux Soûdiacres , mais c'étoit un facri- 
pour la recouvrer , de leur commander lege aux Diacres, 
à tous , hommes 8c femmes , de jeu- Le Baptême ne fe conféroit ordinai- 
re r pendant cinq ans tous les Vendre- rement qu'à la fête de Pâques , fi ceux 
dis de chaque femaine , avec la même qui dévoient le recevoir n'étoient en 
rigueur qu'en Carême-, 8c de s'abftenir danger de mort. On les plongeoir par 
de charnage le Mercredi 8c le Samedi* trois fois dans les facrés Fonts -, ce qui 
Il enjoignit pareille abftinence aux Car- marquoir bien l'opération que ce Sa- 
dinaux 8c à leur famille pour le Mer- crement fair dans l'ame , la lavant Se 
crecli , 8c fe l'impofa à lui-même 8c nettoyant de la tache du péché ori- 
aux liens. ginel. 
ïfùncs. Quant au jeûne du Carême , on l'ob- Après avoir donné l'Extrême-Onc- 
fervoit alors forr auiterement : on ne tion aux malades , on les couchoit or- 
mangeoit qu'une fois le jour , 8c après dinairement fur la paille , où ils ren- 
ie Soleil couché, tout le Service Di- doient l'efprir. Quelques-uns vou- 
vin étant fait , 8c les Méfies dires à ces loient mourir fur un lit de cendre, une 
heures-là. On en voit encore des vefti- pierre fous leur tête, 
ges aujourd'hui , en ce qu'on y dit Vê- En ces tems - là les Eccléfiaftiques Faux M*r« 
près avec la MeiTe avant midi. Quel- appelloient Marryrs tous ceux de leur ty "' 
ques-uns fe donnoient la liberté de Ordre qui étoient tués, quand même 
manger à l'heure de None ; c'eftà trois ce n'eût pas été pour foutenir la Reli- 
iieures de relevée. Les Moines ne jeu- gion &c les vérités chrétiennes. On 
«oient que jufqu'à cette heure là , de- voir dans les Décretales des Lettres 
puis la Septuagefime jufqu'à la Qua^ Apoftoliques d'Alexandre III. qui dé- 
dragefime ; mais depuis la Quadrage- fend d'honorer pour Martyr le Prieur 
lime jufqu'à Pâques , eux 8c tous les du Monaftere de Griftan. L'hiftoire 
iidéles ne mangeoienr qu'après Vêpres, en eft allez étrange. Les Moines diftri 
Les Princes ôc les Grands ne fedifpen- buoient au peuple je ne fçai quelle 
foient point de l'abftinence , ni du jeu- eau , qu'ils béniiïoient avec cerraines 
ne même , qui n'altéroient pas tant Oraifons , 8c par cette invention atti- 
leur fanté comme ils amortiflbient leur roient beaucoup d'aumônes, dont ils 
concupifcence : 8c dans ce faint tems faifoient grand-chere. Il arriva un jour 
les plus indévots étoient obligés, au que leur Prieur érant* y vre, donna deux * Sâ0 "'- £r/ * 
moins par honneur , de faire tous les coups de couteau à deux de (es Reli- 
jours des aumônes. gieux , 8c qu'eux fe fentant blefles , 
• ■■«• Les fonctions des Ordres facrés l'aifommerent fur l'heure d'une perche 
étoienr encore différentes 8c féparées -, qu'ils trouvèrent là par hazard. Les au- 
les Prêtres ne faifoient guci es celle de très., au lieu de couvrir ce icandale , 

eurent 



EGLISE DU XII. SIECLE. 



ï8'i 



eurent l'effronterie d'en vouloir tirer 
du ptofit , Se feignirent divers mira- 
cles fur ce corps , en vertu delquels 
ils le eouronuoient de l'auréole du 
♦Lefotpeu- Martyr , & * le peuple trop facile les 

■le. Ed. ac J r r r 

\c6i. en croyoït. 

célibat. On avoir eu de la peine dans l'autre 
fiécle à réduire les Piètres dans le cé- 
libat, il y en avoit encore quelques- 
uns qui ne pouvoient s'y accoutumer. 
Les Papes Callifte II, & Eugène III. 
les y contraignirent par divcrfes- pei- 
nes ; entr'auties choies ils les privèrent 
de leurs Bénéfices , Se excommuniè- 
rent ceux qui entendroicnt leurs Mef- 

* Or ne leur fes. * La Loi de Dieu , c'efi-à-dire , 

ïfôrJd» fon ri S llll> > klu défendant d'avoir des 
droits de la enfans , l'auteur de tout dérèglement 
nature dans le f u bftituoit de grandes bandes de ne- 

maruge , il . , ° „ , s , f - 

s'en trouvoit, veux en la place. * De-ia s enfui voient 
mais en petit d'extrêmes défordres : car fi ces neveux 

nombre , qui , • r i > r n.- 1 ' 

s'en fervôienr etoient Ecddiaftiques, ils perpetuoient 
contre natu- les Bénéfices dans leur maifon par 
ïu'ne 1 flamme coadjutoreries ou autrement , & poffé- 

qui 



lui ne doit dotent comme par droit d'hérédité le 
'éteindre que Sancluaire du Seigneur. S'ils étoient 

par le feu du . >-i r ,-r / 

ciel. Ed. de Laïques , Se qu ils tullent ménagers , 

166%. j| s rendoient leurs oncles avares , ufu- 

* Cumque L j eL - s ^ conculîionnaires pour leur 

Sator rerum ^ , , r 1 • • 1 a 

ptivaiTet f e . amailer des trefors j ou bien ils ta- 
minecierum. choient par tous moyens de diftraire 
votum^c- ^ s terres de l'Eglife pour les mêler 
ceflic turba parmi les leurs , Se fe les approprier, 
nepotum. I3i en fouvent ils fe rendoient les maî- 
tres des maifons de leur parent , Se s'y 
logeant avec Lur train , diffipoient le 
patrimoine du Crucifix Se des pauvres 
en feftins , en équipages de chiens Se 
de chevaux , Se fouvent en quelque 
chofe de plus mauvais. On pourroit 
rapporter quantité d'exemples de ces 
fcandales-, j'en çotterai un qui eft de 
deux neveux d'un Archidiacre de Pa- 
ns. Ces jeunes gens commettant d'ex- 
trêmes violences Se exactions dans fa 
charge , Thomas Prieur de faint Vic- 
tor leur en fit fouvent de fortes remon- 
trances *, mais au lieu d'en profiter ^ 
Tome II. 



ils alïaflînerent ce faint Religieux en- 
tre les bras de l'Evêque même , auprès 
de Gournay , comme il revenoit de 
fa vifîte. 

Les Conciles de l'Eglife Gallicane Concile 
n'ayant plus guéres d'autorité , parce 
que les dédiions en étoient fouvent 
calices à Rome fans ouïr leurs motifs , 
les Evêques ne fe mettoient plus tant 
en peine d'en tenir. Je ne fçai auquel 
ce rut qu'un vieil Evèque comparut 
avec un méchant habit , une Mitre 
toute déchirée , Se une Crôfle demi 
rompue, pour montrer, par cet équi- 
page , l'avililfement où l'on avoit ré- 
duit ces faintes Affemblées. Prefque 
tous ceux que la France vit durant ce 
fiécle , furent convoqués parles Papes , 
ou par leurs Légats. Les Papes affilièrent 
en perfonne à fix. Pafchal II. à celui 
de Troyes l'an 1107. Se là les Simo- 
niaques, 8ç les Laïques qui conféroient 
Us Bénéfices , furent excommuniés. 
Gelafe en tint un à Vienne l'année 1 1 1 8. 
où il lança anathême fur l'Empereur 
Henri V. Se fur fon Antipape. Califte 
II. fon fneceffeur qui avoit été Guy 
Archevêque de Vienne , fit la même 
chofe l'année fui vante dans celui de 
Reims , qui avoit été indiqué par Ge- 
lafe. Ceux qui vendoient les chofes 
facrées , Se qui prenoient de l'argent 
pour les fépultures des morts , pour 1© 
chrême Se pour le Baptême , y furent 
aufli excommuniés. Innocent IL en 
tint un à Clermont l'an 1130. 8c un 
autre à Reims l'an 1131. où il fulmi- 
na contre l'Antipape Anaciet Se fes 
adhérans. Eugène III. en célébra un à 
Reims l'an 11 37. où il fe fit plufieurs 
beaux Réglemens. Et Alexandre III. 
un à Tours l'an 1 1CT5. où il rendit 
compte de fon élection , Ôc montra la 
nullité de celle d'Oétavien fon rival. 

Voici une bonne partie de ceux qui 
furent convoqués par les Légats. Un 
à Troyes l'an 11 04. auquel l'Evêque 
de Senlis fut aecufé de fimonie par 

Nn 



282 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

quelques malveillans ; mais les Eve- Celui de Paris de l'an 1147. donna 
ques les rejetterent comme parties in- atteinte aux opinions de Gilbert Po- 
capables. 11 demanda néanmoins à le rée Evêque de Poitiers : lequel fe re- 
purger de ce ïbupçon par ferment de- tracta devant le Pape Eugène à Reims, 
vant le Légat -, à quoi il fut reçu. Deux après le Concile qui fe tint en cette 
Cardinaux Légats en allembïerent un Ville-là. 

à Poitiers Tan 1109. pour réformer les Celui de Eeaugenci l'an 1-151. fut 

mœurs & les habits des Eccléfiaftiques : pour difîbudre le mariage du Roi 

il leur fut défendu à tous de prendre Louis VIL 8c d'Alienor d'Aquitaine, 

aucun Bénéfice de la main des Laï- Dans celui d'Avranches en Normandie 

ques : aux Abbés d'ufer de gants, de l'an 1172. les Légats donnèrent pour 

iandales 8c d'anneau *, 8c aux Moines la féconde fois Panfoliuion du meurtre 

d'exercer les fondions Parochiales de faint Thomas de Cantorbery à Hen- 

comme de baptifer & de prêcher-, ce ri IL Roi d'Angleterre. Celui d'Alby, 

qu'on permit néanmoins aux Chanoi- qui fut Tan 1176. condamna l'hérélie 

nés Réguliers. Il y en eut un à Vienne des Albigeois. Dans celui de Dijon , 

l'an 11 12. où préfidoit Godefroy Eve- qui fe tint le jour de faint Nicolas de 

que d'Amiens, en qualité de Légat, l'an 1199. le Légat du Pape Innocent 

parce que l'Archevêque Guy n'avoit III. mit toute la France en interdit , 

pas la langue bien libre. L'Empereur pour contraindre le Roi Philippe Au- 

Henri V. y fut excommunié, comme gufte à quitter Agnès de Meranie , qu'il 

aum" les fimoniaques , 8c les Laïques avoit époufée au préjudice d'Ifembur- 

qui donnoient les inveftitures des Bé- ge fa femme légitime. Dans celui de 

néfices. Sens, qui fut tenu l'an 1198. l'Abbé 

Il y en eut trois l'an n 14. un à defaint Martin de Nevers,& le Doyen 

Soillons , un à Beauvais, 8c un autre à de la grande Eglife de la même Ville 

Reims pour excommunier Henri V. &c préfens , furent convaincus de l'hère— 

Eurdin fon Antipape. Un à Touloufe lie des Popelicains , l'Abbé dépofé, le 

l'an 1 124. qui condamna certains faux Doven fuipendu , 8c tous deux envoyés 

Moines qui déclamoient contre les au faint Siège. 

biens temporels de l'Eglife , 8c contre II s'en trouve à peine cinq ou fixqui 
les Sacremens, Un à Troyes l'an 1 1 27. ayent été tenus par l'ordredu Roi , ck par 
où l'Ordre des Templiers fut confirmé, l'autorité des Evêques de France. Entre 
Les Abbés Etienne de Cîteaux , 8c Ber- autres un à Reims l'an 1 109. unàEtam- 
nard de Clairvaux y affilièrent , 8c le pes l'an 1 150. 8c deux à Paris :1e premier 
dernier y dreffa la Régie de ces Che- l'an 11S6, l'autre l'an 11 88. Tous deux 
valiers. Il en fut alîèmblé un l'an 1 1 30. furent convoqués par le Roi Philippe ,. 
à Erampes pour condamner l'Antipape pour avi fer aux moyens de fecourir la 
Anaclet. Un aufîi à Jouareen la même Terre-Sainte ; 8c dans le dernier on lui 
année , pour venger par les peines ca- accorda la dixme, qu'on nomma la o«- 
noniques le meurtre du B. Thomas ladine , parce qu'elle devoir être em- 
Prieur de faint Victor. Un autre à Soif- ployée contre le Sultan Saladin. Celui 
fons l'an 11 36. qui condamna les er- d'Etampes fut alfemblé par le Roi Louis 
reurs de Pierre Abailard. LTn à Sens, VIL afin de juger auquel des deux Pa- 
quatre ans après , pour le même fujet : pes il falloit obéir , à Innocent ou a 
le Roi Louis le Jeune y affilia. Un au- Victor. Celui de Reims le fut par le 
tre à Vezelai en Bourgogne, l'an 1 145. mouvement propre des Evêques de cet- 
pou r l'expédition de la Terre-Sainte, te Province , pour faire droit à Gode.- 



EGLISE DU XII. SIECLE. 



185 



froy Eve que d'Amiens , contre les 
Moines de faine Valeri, Il avoit décou- 
vert que certaines lettres d'exemption 
par eux obtenues du faint Siège étoient 
rauilès : leur caufe ne valoit rien en 
France , ils la traduisirent à Rome , 6c 
y trouvèrent des Avocats qui leur fi- 
rent donner fentence à leur profit. 
L'Evêque s'en plaignit à l'alTemblée. 
On voit dans la LXVIII. Epître de 
Pierre de Blois, qu'il fe trouvoit quel- 
quefois de femblables lettres qui étoient 
fabriquées : celles-là furent déclarées 
telles par le Concile. Ainfi le rapporte 
Nicolas moine à Soilîons , qui a écrit 
la vie de ce fainr Evèque. Un auteur 
moderne s'eft efforcé de détruire cette 
narration par la contradiction des tems : 
on peut examiner fes raifons. 

Ladifcipline Religieufe étoit en vi- 
gueur dans les Ordres nouveaux : mais 
quelques-uns des vieux Monafteres , 
tant d'hommes que de filles , &c les an- 
ciens Chanoines s'étoient fort déréglés. 
Il fe trouvoit quelquefois des Evêques 
qui prenoient foin de les réformer par 
la voye de douceur ; mais quand la dé- 
bauche y étoit trop grande, on mettoit 
des Chanoines réguliers , ou de nou- 
veaux Moines en la place. 

Il y avoit de tems immémorial des 
Chanoines dans l'Eglife de fainte Ge- 
neviève du Mont , que l'on appelloit 
le Chapitre faint Pierre , & qui à la re- 
commandation du Roi Robert avoient 
été exemptés de la dépendance de l'Evê- 
que , &c fournis immédiatement au 
faint Siège. Il arriva que le Pape Eu- 
gène IV. étant logé dans leur maifon , 
il s'émeut querelle entr'eux &c fes Offi- 
ciers , ceux-ci voulant emporter un ri- 
che tapis de foye , dont le Roi avoit 
fait préfent au faint Père pour couvrir 
fon Prie-Dieu ; & les autres prétendant 
qu'il devoit demeurer à leur Eglife. 
Des paroles ils en vinrent aux mains *, 
les Chanoines chargèrent fi rudement 
les Officiers du Pape , cui'il y en eut 



plulîeurs de bleifés : le Roi même peia- 
la l'être } comme il fe mêloit d'empê- 
cher cette échautourée. En punition 
de cette infolence , Se fur la plainte du 
faint Père, il réibiut de les chaifer de 
cette mai ion-là , &c en donna la charge 
à Suger Abbé de iaint Denis , qui y mit 
douze Chanoines réguliers qu'il tira 
de faint Victor. Ainii d'un Chapitre 
on fit une Abbaye , dont le premier 
Abbé fut un nommé Odon. 

Quant à celle de faint Victor , elle 
avoit été bâtie l'an 11 15. ou plutôt 
amplifiée par Louis le Gros , car au- 
paravant il y avoit la demeure d'un 
reclus. Un fameux ProfeiTeur nommé 
Guillaume de Champeaux , qui enfei*» 
gnoit la Phiiofophie à Notre-Dame ., 
ayant pris l'habit de cet Ordre , fut 
chargé de la conduite de cette nouvel- 
le inftitution , de tranfporta les écoles 
en ce lieu-là , où il fit fes leçons , juf- 
qu'à ce qu'il fut appelle à 1 Epifcopat 
de Châlons. Geduin fon difciple lui 
fuccéda , ôc porta le titre d'Abbé. Ou 
peut dire à la louange de cette mai- 
fon , qu'elle ne s'eft jamais fouftraite 
de l'obeiiïance de fon Evêque, de qu'el- 
le a toujours reçu fa vifite &c fa correc- 
tion : dont elle s'eft fi bien trouvée , 
que depuis cinq cens cinquante ans 
qu'elle fubfifte , elle n'eft jamais tom- 
bée dans aucun défordre qui ait eu be- 
foin d'une entière réforme , comme 
l'ont eu toutes les autres , qui ont fe- 
coué le joug de cette légitime autorité. 

L'Ordre de Fonte vraud , dont nous^9 rJrc:Rcl * : "' 
avons parlé fur la fin du dernier fié- b 
çle , fut confirmé par le Pape Pafchal 
II. l'an n 17. L'année fuivante quel- 
ques Gentilshommes zélés pour la dé- 
fenfe des faints lieux , entr'autres Hu- 
gues de Paganis , & Gefroy de faint 
Ademar , instituèrent pour cette fin un 
Ordre de Chevaliers religieux , que 
l'on nomma premièrement Us Pauvres 
Chevaliers de la Sainte-Cité , puis Us 
Templiers, à caufe qu'ils avoient leur 

N12 ij 



<-U 



ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



premier logement près du Temple de Ces bons Pères avoient tant de ref- 

jerufalem. Par la même raiibn on ap- pedt pour le Saint lacririce de la Meilè,-. 

petla auffi Temples les maifons qu'ils qu'ils ne la célébroient dans leurs mai-- 

avoient en France Se dans les autres pays, ions que les Dimanches Se les Fêtes*, 

Leur Ordre reçut fa confirmation, fa néanmoins ils accordoient quelquefois 

régie cv Ion habit au Concile de Troyes la liberté de la dire tous les jours à 

de l'an 1117. Sa régie lut compoiée ceux qui avoient cette dévotion. Il ne 



par faine Bernard , Se ion habit devoit 
être blanc pour les Chevaliers proies, 
Se noir ou gris pour les frères fervans. 
Leur nombre etoit alors fort petit , 
mais il s'augmenta dans peu de teins 



faut pas s'étonner de cette pratique , 
qui iembleroit étrange aujourd'hui > 
puiique laint François par les lettres 
qu'on nomme fon teltament , ordonne 
à fes Frères qu'il ne fe dife qu'une Meflè 



iulqu'à trois cens. J'entends celui des par jour aux lieux où ils demeureront , 

Chevaliers feulement , car celui des ïelon la coutume de l'Eglife Romaine. 

Servans étoit preique innombrable. Alors elles ne faifoieht pas encore une 

L'Ordre de Prémontié fut inftitué l'an partie conlidérable de la fubfiftance des- 

11 2.0. par faint Norbert, qui depuis Convens , Se des pauvres Prêtres. 



fut promu à l'Archevêché de Magde 
bourg. Celui des Carmes ne commen- 
ça que l'an 1 181. comme nous le di- 
rons dans l'autre fiéclè.- 

Les Ordres des Chartreux , de Grand- 
mont Se de Cîteaux , avoient été infti- 
rués dès le précédent , comme nous 
l'avons dit. Ils étoient tous en grande 



Il y avoit cent ans que la Congréga-- 
tion de Clugny étoit en une haute répu- 
tation, mais les Moines s'éroient rendus 
un peu trop délicats , prenant trop de 
complaifance à être vêtus des plus fi- 
nes étoffes , fe choyant contre le chaud 
& le froid, fuyant le travail Se le grand' 
air, Se cherchant l'ombre Se le repos. 



vénération à caufe de leur auftérité , &C Us amalfoient du bien à toutes mains , 
les deux premiers l'étoient encore par tiroient à eux prefque toutes les Cures 
leur affreufe folitude. Auffi les mettoit- pour en avoir les ofriandes de les dix- 
on l'un Se l'autre au rang des Hermi- mes , Se même obligeoient les Chapi- 
tes ; Se de plus on confidéroit celui de très &: les Evêques de leur donner des 
Grandmont par fa rigoureufe pauvre- prébendes dans leurs Eglifes. Tellement 
té. Les Frères Convers de ce dernier , que quand la réforme de Cîteaux pa- 
on les nommoit les Barbus , parce rut , &c qu'on vit ces nouveaux Reli- 
qu'ils portoient la barbe grande, avoient gieux oblervant la règle de feint Benoît 
du commencement le maniement des à la lettre , fans en obmettre un feu! 
biens temporels -, Se par ce moyen ils point , travaillant de leurs mains , re- 
vouloient avoir le gouvernement de fufant d'accepter aucunes dixmes , &T 
l'Ordre , Se réduire les Prêtres fous fe comportant avec beaucoup de fou- 
leur férule i mais à la fin ils perdirent mifiion envers leurs Prélats j la vénéra- 
leur caufe. tion du peuple , de les dévotions tour- 
Les Chartreux ont confervé jufqu'à nerent de ce côté-là. Ainii ilsacquirenr 
cette heure leur clôture Se leur difei- de grandes richefTes tant par les dona- 
pline , parce qu'ils fe font toujours tions qu'on leur faifoit, que par leur tla- 
éloignés des intrigues du monde, de la vail amdu , y ayant telles de leurs Mai- 
fréquentation des femmes , Se de Tarn- fons où il fe trouvoit trois ou quatre cens 
bition de parvenir aux Prélatines -, trois Frères qui défrichoient la terre , deiré- 
écueils qui ont toujours été,& qui feront choient les marais , labouroient & plan- 
toujours funeftes aux Ordres Religieux, toiem, Se avec cela vivoient dans uns 



EGLISE DU XII. SIECLE. *3$ 

grande épargne 6c frugalité. A caufe que rens faifoit le Moine, aufli bien que 
du commencement ils étoient fort pau- fon propre choix. Le peie pouvoir don- 
vres, le Pape Innocent voulut qu'ils fuf- ner les enfans à la Religion fans y ap- 
fent exempts de payer aucunes dixmes peller la mère , 6c même malgré elle, 
pour leurs terres •■, cette grâce fut aulîi ac- Il avoir ce droit fur eux jufqu a ce qu'ils 
cordée à quelques autres Abbayes , aux euffent atteint l'âge de dix ans-, après 
Ladreries , Chanoines réguliers & aux on étendit ce terme jufqu'à l'âge de 
ChevaliersTempliers &Hofpitaliers.Or treize ans , comme le dit Y ves de ^har- 
comme leurs menagemens 6c les dona- très ; puis jufqu'à quatorze , comme _ 
tions des perfonnes pieufes , leur four- on le voit dans Gratian. Quand le père 
nillbient des moyens de faire fans celle avoir deftiné un enfant au Monachat , 
de nouvelles acquiiitions , les Prélats il l'offroit à Dieu dans l'Eglife du Mo- 
fe plaignirent forr de certe avarice, qui naftére, enveloppé tout entier, ou le 
leut ôtoit un bien qu'ils croyoienr leur bras feulement, dans une nappe de TAu- 
apparrenir de droit divin. Les Moines tel; & par cette tradition, il l'y atta- 
de Clugny qui en recevoient aulli un choir fi tort , qu'il ne s'en pouvoit dé- 
notable préjudice , parce qu'ils levoient dire. Mais Clément III. 6c Calhlte III. 
les dixmes en plusieurs endroirs , en fi- changèrent ce droit trop dénaturé, 6c 
rent du bruit en tous les lieux ou ils pu- prononcerenr que les enfans ne pou- 
rent faire écouter leurs plaintes-, tant voient être aftreints à la vie Monaftique, 
qu'enfin au Concile de Latran , qui fe s'ils ne s'y obligeoient eux-mêmes par 
tint l'an 1 1 1 5 . on reftreignit ce privi- leur propre choix , lorfqu'ils auroient 
lége aux acquittions déjà faites. atteint l'âge d'adolefcence. 

Ce différend joint à la jaloufie de la La dignité des Cardinaux étok en Cardinaux.) 
puilîance , conrrepoinra ces deux Con- grand éclat , leur Collège fort nom- 
grégarions , 6c les pouffa à fe décrier breux , 6c leur vertu ou leur naifîance 
mutuellement. Toutes deux étaient tort très-éminente. La France avoir pour le 
puiilantes , les Papes 6c les Rois pre- moins autant de parti cet avantage que 
noient leur confeil , leur donnoient l'Italie. André Duchefne qui a très- 
avis de leurs bons 6c mauvais fuccès, fe exactement écrit leurs vies, en a marqué 
recommandoient à leurs prières pour dans ce douzième îiécle plus de cin- 
les entreprifes importantes , 6c leur fai- quante de François , donr la plus grande 
foient de riches donations, afin d'être partie avoient été élevés dans les Mo- 
affociés 6c participans aux mérites de naftéres , partculiérement de la Con- 
leurs Religieux. Celle de Clugny avoit grégation de Clugny 6c de l'Ordre de 
acquis beaucoup d'éclar par les vertus Cîteaux. Ces derniers étoient prefqne 
de quarte ou cinq de fes premiers Ab tous intimes amis ou difciples de faint 
bés ; mais elle en perdit un peu par la Bernard. Galon difciple d'Yves de Char- 
délicatefTe de fe» Moines 6c par les dé- très, enfuite Evêque de Beauvais, puis 
reglemens de l'Abbé Ponce, qui diflipa de Paris, Guy frère d'Etienne Comte 
une partie des biens de cette riche Mai- de Bourgogne , Archevêque de Viennes 
fon. Au conrraire Cîteaux s'accrut fi 6c après fouverain Pontite fous le nom 
fort en crédit par la réputation de fon de Callifte IL Ponce- de Melgueil Abbé 
faint Bernard , que fes Moines devin- de Clugny , Etienne fils de Thierry 
rent les agens ou les organes de toutes Comte de Montbeliard , Guillaume de 
les grandes affaires de ce rems-là. Champagne fuccefîivement Archevê- 

Je dirai ici (& peur-être que je l'ai que de Sens 6c de Reims, oncle mater- 

dit ailleurs) que la deftination des pa- wel du Roi Philippe Auguûe,.& tout 



lU 



ABREGE CHR 



puiifant dans le gouvernement du 
Royaume -, Raoul de Ncile , Henri de 
Sully ôc Albert frère du Duc de Bra- 
banc , furent tous de fang illuftre , ôc 
avec cela de rare vertu. J'en excepte 
Ponce qui fe ilgnala par les défordres 
de fa vie •, fi fcandaleux depuis qu'il 
fut rentré par force dans cette Abbaye à 
.laquelle il avoit renoncé, qu'étant allé 
à Rome fur la citation du Pape , il fut 
confiné dans une prifon perpétuelle où 
il mourut un mois après. Et néanmoins 
un certain Martyrologe cité par Duchef- 
ne , le nomme Saint. 

La fin d'Albert fut aufîi tragique, 
mais la caufe en étant belle, fa mémoire 
en eft plus glorieufe. Il avoit été élu Evê- 
que de Liège par les pourfuites de Henri 
Duc de Brabant fon frère ; l'Empereur 
Henri VI. qui les haïtloit tous deux , 
refufa de donner fon consentement à 
cette élection ; le Pape cependant la 
confirma, ôc Albert fe vint faire facrer 
à Reims, qui alors étoit la Métropole 
de Liège. L'Empereur prit cela pour un 
mépris outrageux, ôc dépêcha quelques 
cavaliers Allemands après lui pour s'en 
venger. Ces aflafîins s'étant adroite- 
ment infinués dans la familiarité de l'E- 
vèque , qui pour lors féjournoit à 
Reims , n'ofant pas retourner à Liège , 
trouvèrent moyen de l'attirer un jour 
à la promenade hors de la Ville , Ôc le 
tuèrent de dix-neuf coups, puis fe fau- 
verent à Verdun , ôc de-là en Allema- 
gne vers l'Empereur. Quatre cens vingt- 
ans après, fçavoir l'an i6n. l'Archi- 
duc d'Autriche , ôc fon époufe l'Infan- 
te Claire Eugénie , obtinrent permif- 
fion du Roi Très-Chrétien Louis XIII. 
d'enlever ce corps faint de l'Eglife Ca- 



ONOLOGIQUE 

thédrale de Reims , où il étoit demeu- 
ré en dépôt jufqu'à ce jour-là , Se le fi- 
rent porter en grande pompe à Bruxelles. 
Paul V. acheva de combler fa gloire en 
le canonifant comme martyr de la li- 
berté de l'Eglife , qui eft l'époufe de 
Jesus-Christ. 

Je remarque huit ou dix autres Car- 
dinaux qui n'avoient aucune noblellè 
que celle que donne la vertu -, comme 
un Robert de Paris, qui avec quelques 
autres prefla tant le Pape Pafcal , qu'il 
lui fit rompre le traité par lequel il avoit 
concédé les Inveftitures à l'Empereur 
Henri V. Foulcher de Chartres , Mat- 
thieu de Reims } ôc Alberic de Beau- 
vais , defquels le premier avoit été Se- 
crétaire de Godefroy de Bouillon dans 
l'expédition de Terre-Sainte, le fécond, 
Prieur de Saint Martin des Champs ; ôc 
le troifiéme , Religieux à Clugny ôc 
Abbé de Vezelayj de plus Etienne de 
Châlons , Bernard de Rennes ces deux 
avoient aufli été Moines , Rolland d'A- 
vranches ôc Matthieu d'Angers , tous 
lefquels portoient le nom de leurs Vil- 
les natales , félon la coutume des gens 
de lettres qui étoient ilfus de bas lieu. 

Il y en eut plufieurs autres dont les 
parens nous font tout-à-fait inconnus j 
comme Yves Chanoine de Saint Vic- 
tor élevé par fa do&rine à la Pourpre 
facrée , ôc un Martin qui fortit de l'Ab- 
baye de Cîteaux, Ôc fut Evèque d'Oftie, 
Prélat d'une continence ôc d'une fruga- 
lité vraiment apoftolique. On raconte 
de lui qu'ayant été envoyé Légat en 
Dannemarc pour la converiion des Infi- 
dèles , il en revint fi pauvre , qu'il s'en 
retourna à pied jufqu'à Florence, (a) 
en cela beaucoup plus femblable aux 



(4) Saint Bernard danî le quatrième Livre de fon 
Traité de la Confidération ,• chap. ç. parle ainfi de ce 
fait: Martin ayant été fait Car dinal-rrétrc , fut envoyé 
Légat en DannemarK , 6c en revint C\ pauvre , que ve- 
nant à manquer de Chevaux, il eut beaucoup de peine 
à arriver à Florence. L'Evéque <lc cette Ville lui donna 
un Cheval qui le conduifit à PHe où nous étions. Le 
turlcndemaLu l'Evcquc de F%e«ce , qui avoic un pro- 



cès , lequel devoir être jugé promptement , vint trouver 
le Cardinal à Pife , & comptant beaucoup fur fon fiuTra- 
ge à eaufe de ce qu'il venoit de faire pour lui , il le 
requit de lui être favorable. Alors Martin lui dit : vous 
m'avez, trompé , j'ignorois que vous aviez quelques af- 
faires : reprenez votre Cheval , il cil dans l'étuiie ;. X 
il le lui fit rendre aulli-tùt. 



EGLISE DU XII. SIECLE. i8 7 

humbles Apôtres de Jésus - Christ , tous les Evèques de ce tems-là, qui 

que les autres Légats de ce tems-li , méritent place dans l'immortalité. Mais 

qui venant fort gueux dans les Provin- peut-on oublier Yves 8c Jean de Salis- 

ces où le Pape les envoyoit, en for- beri, qui gouvernèrent TEgliiè de Char- 

toient après avec de riches dépouilles, très, le premier au commencement du 

comme d'un pays de conquête , 8c s'en liécle , 8c le dernier fur la fin : Gode- 

retournoient à Rome avec un équipa- froi d'Amiens , dont nous parlerons ci- 

ge de Rois. L Evêque de Florence après ; Pierre de Poitiers, lequel réfifta 

voyant ce bon homme à pied , lui fit courageufement à Guillaume VIII. Duc 

prefent d'un cheval, non point par gé- d'Aquitaine, qui le vouloit forcera 

nérofité , mais dans la vue de l'obliger l'abloudre de l'excommunication donc 

à le fervir dans un procès qu'il avoir en il étoit lié : Gilbert Porée qui tint le 

Cour de Rome prêt à vuider : mais même fiége que Pierre , mais vingt- 

quand on vint à le juger, & que ce fut cinq ans après •, Arnoul Evêque de 

à ce bon homme à dire fon avis, il adref- Lifieux -, Robert de Beauvais , il 

fa fa parole à l'Evêque , 8c lui dit tout il étoit fils de Hugues Duc de Bour- 

franchement , qu'il n'avoit pas prevû gogne : Jean furnommé de la Gril- 

qu'il dût être fon juge -, 8c qu'ainfi il le , qui tranfporta i'Evêché de Quida- 

le prioit d'aller en fon écurie reprendre let au lieu qu'on nomme maintenant 

fon cheval, afin que fon furTrage fut libre, faint Maio \ Simon de Noyon , 8c Gue- 

La France ne manqua pas aum" d'Eve- rin de Senlis ; du tems de Simon , tan- 

ques, à qui la doctrine., le mérite, le dis qu'il étoit au voyage de Jerufalem 

zèle 8c ta piété ont acquis le titre de avec le Roi Louis VII. ( c'étoic l'an 

grands 8c de faints. Sans remettre en 1146. ) l'Eglife deTonrnay fut démem- 

compte ce Galon, ce Guy de Bourgo- brée de celle de Noyon, à laquelle 

gne, ce Guillaume de Champagne, cet elle avoit été jointe du cems de faintMe- 

Albert de Brabant que nous venons de dard , 8c eur pour premier Evêque An- 

voir parmi des Cardinaux : elle eut en- felme qui étoit Abbé de faint Vincent 

(d'autres fept grands Archevêques, fça- de Laon. Guerin de Senlis fut tout-puif- 

voir Hildebert de Tours , Pierre de fant fous le régne de Philippe IL 8c de 

Bourges, il étoit de la maifon de la Louis VIII. Garde des fceaux fous le 

Chaftre , Odart de Cambray , Arnoul- premier. Chancelier fous le fécond. 

Amaulry de Narbonne , Henri de Je finirai par quatre Evêques de Pa- 

Reims , Rotrou de Rouen , & Hugues ris , dont la mémoire doit être fort 

de Vienne. Arnoul avoit été Abbé de chère à cette grande Ville , & à route 

Clairvaux , 8c fut le premier Inquifi- l'Eglife Gallicane : Etienne de Garlan- 

teur de la foi pour déraciner l'héréiie de, Pierre Lombard, Maurice &Odon. 

des Albigeois. Rotrou étoit fils du Ces deux derniers portoient le furnom 

Comte de Varvic , proche parent du de Sully : Maurice , parce qu'il en étoiç 

Roi d'Angleterre , 6c Henri l'étoit du natif, de très-pauvres parens , Odon, 

Roi Louis le Gros : mais tous deux parce qu'il étoit de cette illuitre mai- 

plus éminens par leur humilité chré- fon iiïue des Comtes de Champagne, 

tienne que par leur haute naifiance. Etienne avoit été Chancelier de France 

Hugues fournit d'être chaflTé de fon fié- fous Louis VI. Pierre Lombard fur fur- 

ge par l'Empereur Federic I. plutôt que nommé h Maître de Sentences^ à caufe 

de renoncera Alexandre III. qu'il croyoit de ce livre fi connu de toute la Chré— 

le vrai &c légitime Pape. tienté, 8c qui a été le fondement de la 

Je n'aurais jamais fait de rapporter Théologie Scholaftique> Maurice, a voie 



cens 



iS3 ABREGE CHRONOLOGIQUE 

l'ame noble, libérale 6c magnanime. Il ne : la plûpar.t ont lailfé des écrits j 

fonda les Abbayes de Henvaux & de dont queiques-uns ont été mis au jour , 

Kermiéres, comme aufli deux. MonalTc- les autres lont encore cachée dans les 

resde filles, Gif&Hierres, 6c jetta les Bibliothèques. Et certes comme ce fiécle 

fondemens de l'Eglife de Notre-Dame ne fin pas ingrat au mérite , la liberté 

de Paris , l'un des plus grands bâtimens des élections rourniflant de quoi le îé- 

qui le voyent en France. Odon fon fuc- compenfer , il fe trouva plus de beaux 

ceifeur l'acheva ,& fonda un Monaltére efpnts qu'on n'en avoit vu de long- 

de tilles de l'Ordre de Cîteaux au Port- tems , qui cultivèrent les feiences ai- 

Royal , étant aidé en cette œuvre pieu- fez heureufement , 6c attirèrent à Paris 

fe par la libéralité de Mathilde fille de un nombie incroyable dctudians en 

Guillaume de Garlande. Philolbphie &c en Théologie. 

Il travailla encore à arracher une an- Il y avoit eu de tout tems bon nom- 
cienne , mais ridicule coutume , qui bre d'Ecoles dans la France ; C.hatiema- 
s'étoit foufferte dans l'Eglife de Paris , gne , Louis le Débonnaire , 6c Charles 
&c en plufieurs autres du Royaume, le Chauve en avoient inftitjuç plufieurs 
C'étoit la feste des F o u x ; en le premier entr'autres celle de Tours , 
quelques endroits on Pappelloit l a dont Alcuin étoit l'Intendant , une au- 
FSce des Foux feste des Innocens. Elle fe fai- tre encore dans fon Palais Royal -, 6c 
!!l. des Inno " ^ olz à P aris > principalement le jour de félon la probabilité , une troiiiéme à 
la Circoncilion: les Prêtres 6c les Clercs Paris. La plupart des Evêchés 6c des 
alloienten mafque à l'Eglife, 6c y corn- célèbres Abbayes en avoient aulii. Leur 
mettoient mille infolences ; au fortir luftre fut extrêmement diminué par la 
de là ils fe promenoient dans des cha- çonfulion que cauferent les guerres ci- 
nets par les rues , 6c montoient fur des viles , pendant les cinq ou lix derniers 
théâtres chantant toutes les chanfons Rois de la féconde Race. Sous la troi- 
les plus vilaines, 6c faifant toutes les fiéme elles commencèrent à refleurir, 
poftures 6c toutes les bouffonneries les 6c il s'en, établit quantité d'autres ; on 
plus effrontées, dont les bateleurs ayent les peut voir dans le Livre que le très- 
accoutumé de divertir la forte popu- fçavant Docteur Jean de Launoy en a 
lace. Odon s'efforça d'ôter cette dé- donné au public. 

teftable mommede, ayant à cet effet Celle de Paris lésa toutes offufquées, 

obtenu un mandement d'un Légat du ayant recueilli dans fon fein tous les 

faint Siège , qui venoit viliter fon Egli- Arts 6c toutes les feiences pour les dif- 

fe : mais il faut bien croire que fon in- tribuer au relie de la chrétienté. Il y a 

tention n'eut pas fon entier effet , 6c apparence qu'elle commença par celle 

que cette folie dura encore plus de deux de l'Evcché véritablement peu célèbre, 

cens cinquante ans -, puifque nous trou- 6c où je crois qu'on n'enfeignoit que 

vons que l'an 1444. la Faculté de Théo- la Grammaire 6c quelques principes 

logie , à la requête des Evcques, écri- de Théologie. Guillaume de Cham- 

vit une lettre à tous les Prélats 6c Cha- peaux ,puis ce fameux Pierre Abailard, 

pitt es , pour la condamner 6c l'abolir, tous deux étant encore féculiers , en- 

6c que le Concile de Sens, qui fe tint feignerent la Philofophie à Paris ; après 

l'an 1460. en parle encore comme d'un ils y lurent les faintes Ecritures avec 

abus qu'il falloit retrancher. une ardente émulation , 6c pour ainu* 

Tous ces Evèqucs travaillèrent puif- dire avec un flux 6c reflux d'auditeurs , 

famment à édifier &: inftruire les fidé- fivorable tantôt à l'un, tantôt à l'autre, 

les par leurs oeuvres 6c par leur doctri- Tous deux avoient fait leurs études 

dans 



EGLISE DU XII. SIECLE. iî 9 

■dans TE^ple de Laon , très-célebre du- de Pierre de Blois Archidiacre de Batlie 

rant l'onzième fiécle , 8c dans les corn- en Angleterre ; de Jean de Salisbery , 

mencemens du douzième. Champeaux d'Etienne de Tournay , premièrement 

s'étant fait Chanoine Régulier à faint Abbé de Sainte Geneviève , 8c d'Yves 

Victor, il s'y établit un fameux audi- de Chartres , fçavant Colle&eur , ÔC 

toire. Le concours des Ecoliers y fut vigoureux défenfeur des SS. Canons, 

encore plus grand fous fes fuccelïeurs , Nous avons les Epîtres de tous ces fept, 

Hugues ôc Richard qu'on a tous deux d'où l'on peut tirer beaucoup de cho- 

furnommés de faint Victor , à caufe fes remarquables pour l'hiftoire de leur 

qu'ils en étoient Chanoines. Le pre- tems. Pierre Comeftor ou le Mangeur, 

mier étoit Parifien , &: l'autre Irlan- Doyen de PEglife de Troyes -, &c après 

dois. Moine de faint Victor, compila l'Hif- 

II y avoit donc trois Ecoles pour le toire Eccléfiaftique , aufli en fut-il ap- 

moins à Paris , celle de Notre-Dame , pelle le Maître , ôc Elinand natif de 

celle de faint Viétor, 8c celle de fainte Beauvais , Moine de Froidmond , fit 

Geneviève du Mont. Pour cette der- l'Hiftoire Univerfelle , jufqu'en l'an 

niere il y avoit eu de célèbres Profef- mi. en 48. Livres , dont la plus gran- 

feurs dès l'an 1000. Elle fut r 'ou ver te de partie eft perdue. 

quelque 130. ans après par Abailard. Nous avons de ce fiécle-là quelques Fù & :î * 

Je ne fçai pas qui lui fuccéda. Verfificateurs Latins , qui ne font pas 

Dans toutes les trois on n'enfeignoit à méprifer. Trois entr'autres , Galte- 

d'abord que la Grammaire , la Rhéto- rus, Guillaume le Breton, 6c Léonins 1 , 

rique , la Dialectique & la Philofo- Le premier compofa un Poème des 

phie ; mais dans peu de tems il s'en beaux Faits d'Alexandre , qu'il appella 

établit encore d'autres, où l'on enfei- l'Alexandreide, le Breton , à fon exem- 

gna aulîi le Droit Civil , le Droit Ca- pie fit la Philippide, contenant l'Hiftoi- 

non &c la Médecine , 8c il y afflua de re du Roi Philippe Augufte ; & Leo- 

divers endroits , ou s'y forma de très- nius fut connu par plufieurs Pièces qui 

fçavans perfonnages. Enfin de toutes ne font pas véritablement de longue 

ces différentes Ecoles il fe fît un corps, haleine , mais pleines d'efprit Se de 

qui peu à peu prit une forme certaine gentilleiîè. Il étoit Chanoine de faint 

<k. durable , lorfque Louis VIL 8c à fon Victor. 

exemple Philippe Augufte l'eurent pris Pour la Philofophie 8c la Théolo- 

fous leur protection , 8c qu'eux 8c les gie , nous avons Rouffelin , Abailard 8c 

Papes eurent donné de fort beaux Pri- Gilbert Porée Evèque de Poitiers , qui 

vileges aux Maîtres 8c aux Ecoliers , s'égarèrent pour n'avoir pas voulu fui- 

comme l'a écrit fort exactement Cefar vre le grand chemin , mais fe laifferent 

Egafle du Boulay , qui a été Profeffeur ramener -, Hugues 8c Richard furnom- 

en Eloquence au Collège Royal de Na- mes de faint Victor -, Pierre Abbé de 

varre , 8c Recteur de cette très-illiaftre Clugny , dit le Vénérable ; Pierre le 

Univerfité. Chantre , 8c Pierre Lombard. Celui-ci 

Les Belles-Lettres firent auflî quel- fit un corps de Théologie de pafTages 

ques efforts pour fe déterrer , qui ne tirés des fainrs Pferes , qui a depuis été 

furent pas tout-à-fait inutiles. On le le canevas fur lequel tous les Scholafti- 

voit par les écrits de Hildebert de La- ques ont bâti leurs écrits. Il fut Evèque 

vardin Evèque du Mans, puis Archevè- de Paris, Maurice qui lui avoit fuccédé 

<jue de Tours ; d' Arnoul Evèque de Li- en la charge d'Ecolâtre , lui fuccéda en 

•iieux , de Gefroy Abbé de Vendôme , l'Evèché. 

Tome II. Oo 



i 9 o ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

&iû«. Je ne cotterai point tous ceux de ce rageuxPrélatrefufad'admettneàlafain- 
douziéme iîécle que l'Eglife mit au te Table tous ceux qui s'y prefenterent 
nombre des Saints ; mais je nommerai ajuftés de la forte. Ce rems les étonna, 
feulement les deux Bernards , l'un pre- ik leur caufa tant de confufion , qu'ils 
mier Abbé de Tiron , de l'Ordre de fe les coupèrent eux-mêmes tout fur 
faint Benoît , ik l'autre Abbé de Clair- l'heure , aimant mieux perdre ce vain 
vaux. Quant à ce dernier, la beauté ik ornement de leur tête, que la confola- 
les lumières de fon efprit , fon zélé ik lion de manger le facré Pain des Anges, 
fa piété, fa conduite & fa capacité pour Quand il les vit dans une li bonne dif- 
les grandes affaires , le firent briller avec pofition , il reçut en hommes ik en chré- 
plus d'éclat qu'aucun autre de fon tems. tiens ceux qu'il avoit repouiTés comme 
J'ajouterai trois Instituteurs d'Ordres des femmes diflolues. 
Religieux ; Robert Abbé de Molême , Vers l'an 1180. le peuple révéroit 
de celui de Cîteaux , Etienne de celui pour Sainte une certaine fille nommée 
de Grandmont , & Norbert de celui de Elpide , ou Alpaide , demeurant au vil- 
Prémontré *, cinq Evêques , Anfelme lage de Cudot , Diocèfe de Sens •, la- 
Archevêque de Cantorbery , que je quelle , depuis dix ans entiers , ne pou- 
mets au rang des François , quoiqu'il voit rien avaler que la fainte Hoftie » 
fut natif du Val d'Aofte , parce qu'il & quoique (impie Villageoife, avoit de 
étudia en France, & fut Abbé du Bec -, grandes lumières des chofes naturelles 
Pierre Abbé de la Celle , puis Evêque ik des chofes divines. Cette débilité 
de Troyes : un autre Pierre Evêque de lui étoit demeurée d'une facheufe ma- 
Poitiers j Albert de Brabant Evêque de ladie qui lui avoit mis tout le corps en 
Liège •, & Godefroi Evêque d'Amiens, pus &c en bouc extrêmement inteéte. 
Nous avons parlé déjà de ces trois der- Je ne fçai pas combien elle vécut après 
niers. l'an 1180. mais on voit encore dans 
On raconte de Godefroy une action l'Eglife Paroifîiale de ce lieu-là fon tom- 
que notre tems admireroit plutôt qu'il beau de pierre , & fon effigie qui eft 
ne la voudroit imiter. C'étoit la mode deiïus, couronnée de fleurs. Ceux du 
d'alors que ceux qui faifoient les beaux pays allurent que Dieu a approuvé par 
& les galants , portoient les cheveux quantité de miracles la dévotion que le 
longs , frifés & trefTés : un jour ce cou- peuple a pour elle. 






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Il-i T rf "" if l lM IT T*.« -l'f ■UJ giTTW TMfatfrhlhllÉMir T T-~rTTT~ T * T ' r; *T— °= — — —^ * 



LOUIS VIII. 

SURNOMME' LE LION, 
ET LE PERE DE SAINT LOUIS. 

ROI X L I I. 

Agé de trente-six ans. 

Dans les évenemens que la guerre fit naître , 
Ce Roi fut des premiers , quand il fallut donner : 
Et de Ces partions fe rendant toujours maître , 
Il fçût comme un lion , & vaincre & pardonner. 



PAPES. 

Encore Honoré III. tout du long de ce régne , & par-delà. 

PHilippe Augufte n'avoit point père. Ils reçurent la même réponfe que m?, 

fait couronner lbn fils de fon vi- l'autre fois.; on leur dit qu'elles avoient 

vant , foit qu'il eût quelque jaloufie de été confifquées par le Jugement des 

Un , foit qu'il crût fa maifon fi bien Pairs , & qu'on avoit rélolu d'avoir 

établie, qu'il n'eût pas befoin de cette encore celles qu'il détenoit , bien 

précaution pour lui afiurer la Couron- loin de lui rendre celles qu'il rede- 

ne. Il fut donc facré à Reims le dixié- mandoit. 

me du mois d'Août, par l'Archevêque Les peuples du Languedoc étant rc- 

Guillaume de Joinville , qui le même tournés facilement à leur Seigneur na- 

jour couronna auffi la Reine Blanche turel , Raimond Comte de Touloufe , 

fon époufe. Amaulry ne fe trouva plus affez fort 

Le Roi d'Angleterre n'aflifta pas à pour tenir ferme en ce pays-là : voilà 

fon Sacre , comme il le devoit en qua- pourquoi il vint remettre & céder tous 

lité de Pair de France : mais il envoya les droits qu'il y avoit, entre les mains 

des Ambaffadeurs le fommer , que fui- du Roi , qui pour récompenfe le fit 

vant le ferment folemnel qu'il en avoit fon Connétable. 

fait dans Londres , il eût à lui rendre Ce rihoit alors quun emploi , qui ne 

la Normandie & les autres terres qui duro'u pas plus long- tems que la guerre; 

ayoient été prifes fur le Roi Jean ion de forte que Von trouve quelquefois tel 

Oo ij 



29i ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 

1 "" ' Seigneur à qui il a été conféré deux ou ne, &c reçue les hommages de tous les 

IZ2 4' trois diverfes fois. Seigneurs de ces quartiers-là. 12.2.4. 
Après cela, Raimond s'étant adrelTé II ne reftoit plus que la Rochelle ; 
au Pape Honorius avec toute forte de Savary de Mauleon s'y défendit allez 
foumilîîon , le faint Père manda à fon long-tems , attendant le fecours d'An- 
Légat de convoquer un Concile à Mont- gleterre. Enfin ayant été trompé vilai- 
peilier , pour le reconcilier à l'Eglife. nement par les Miniftres du Roi Hen- 
Enfuite de la fentence de ce Concile , ri , qui lui envoyèrent des coffres pleins 
Raimond promit devant une affemblée de ferrailles , au lieu de l'argent qu'il 
du Clergé de Languedoc , 6v jura en- efpéroit pour le payement de fa garni- 
riez obéilfance à l'Eglife Romaine , fon , il fut obligé de rendre la ville le 
pleine sûreté aux Eccléfiaftiques pour 28. du mois de Juillet. Et depuis lui- 
la reftitution &c pour la jouilfance de même prenant prétexte , vrai ou faux, 
leurs biens , tk l'extirpation des Héré- d'avoir été traité en Angleterre comme 
tiques de toutes ks terres. Cette fa- une perfonne de foi fufpecte , quitta 
tisfaction accomplie , le Pape le reçut fon ancien Maître , 6c fe donna au Roi 

à merci , ck le reconnut pour Comte de France. 

de Touloufe. Depuis la prife de cette ville impor- __, ~ 

Mais comme la réfiftance de fes Su- tante , les Rois de. France pour fe la con- 
jets l'empêcha de tenir fes promeffes , ferver , Vavoient comme à l'envi , grati- 
le Pape qui defiroit les dompter , en- fiée de plujîeurs grands privilèges , par 
voya un Légat vers le Roi , c'étoit Ro- le moyen defquels elle sétoit élevée à un 
main Bonaventure , Cardinal du titre haut degré de gloire , de richeffes & de 
de faint Ange , pour lui per fuader d'en- liberté : mais pour avoir mal ménagé ces 
rreprendre cette expédition. Si elle avantages , elle les a tous perdus dans 
étoit conforme à fon zélé , elle s'accom- ces derniers tems. 
modoit encore mieux avec fes intérêts : Le refte de la Guyenne eût été era- 
il promit donc avec joye d'y employer porté par les François , fi le Roi Henri 
fes armes fi-tôt qu'il auroit vuidé fes n'y eût pas envoyé de bonne heure Ri- 
plus prenantes affaires. chard fon frere,lni ayant donnéla Com- 
Cependant il s'aboucha avec Henri té de Comotiaille , & le titre de celle 
d'Allemagne , fils aîné de l'Empereur de Poitou. Ce Prince étant defeendu à 
Federie , à Vaucouleurs , pour traiter Bourdeaux avec une puifiante armée , 
de plufieursdirférens d'entre leurs Cou- retint les courages fort ébranlés , <k fi- 
ronnes. On les y difeuta avec divers gnala fon voyage par la prife delà place 
raifonnemens de part & d'autre -, Se il de faint Macaire , au-deiïîis de Bour- 
s*y fit plufieurs propofitions , mais ce deaux -, de celle de Bergerac , 6c de plu- 
fut fans rien conclure. fieurs autres qui s'étoient foufiiaites à la 
Au retour de-là , fuivant la réfolu- domination Angloife. Mais la Reoule 
non qui avoir été prife de chafler en- le repoulla vigouieufement ; & comme 
tierement l'Anglois des terres de Fran- il eut appris que l'armée Françoife , 
ce , Louis entra dans le Poitou, puif- commandée par le Comte de la Mar- 
famment armé. Il gagna une bataille che, venoit à lui, & qu'elle approchoit 
fur Savary de Mauleon , Général des ar- des bords de la Garonne , il fe rembar- 
mées d'Angleterre dans la Guyenne; fe qua , &z laifla la charge à Aimery Vi- 
rendit maître des villes de Niort & de comte de Thouars , de moyenner une 
Saint Jean d'Angely , & généralement trêve. Toutefois les Hiftoriens Anglois 
do toutes les places jufqu'à la Gavon- écrivent qu'il battit les François dans 



112.6. 



LOUIS VIII. ROI X L I I. i 9i 

— — — - une embufcade , &c qu'il prie la place. l'obligea de prolonger la trêve avec Ai- — — — 

IZ M« Il coLiroit alors en Flandre un hom- inery Vicomte de Thouars, le feul Sei- liz 5 

me qui fe difoit être ce Baudouin Corn- gneur qui réfutât encore aux François 

te du pays, & Empereur de Conftanti- dans le Poitou. Ce Vicomte peu après 

nople , qui avoit été pris par le Roi des vint à Pans rendre hommage au Roi , 

Bulgares. Il racontoit comme il étoit en préfence des Ambaifadeurs d'An- 

échappé de priion , &c donnoit quanti- gleterre. 

té de marques pour fe faire reconnoî- Toutes les affaires de Louis termi- ■ 
rre. Les Flamands qui avoient tort ai- nées , il fongea à s'acquitter de la pro- 
mé le véritable Baudouin , donnèrent melïe qu'il avoit faite au faint Père , 
croyance à cet homme» & le mirent en d'aller contre les Albigeois ; & pour cet 
pollefîion prefque de toute la Flandre. effet , vers la fête de la Chandeleur , il 
La Comtelïe Jeanne , fille de Bau- prit la Croix des mains du Légat , avec 
douin , fe trouvant fort empêchée , grand nombre de Prélats & de Sei- 
( car fon mari Ferrand étoit toujours gneurs. Ils alignèrent leur rendez -vous 
prifonnier à Paris , ) eut recours au Roi général à Bourges-, & leur deffein étoit 
qui manda à ce prétendu Baudouin qu'il de nétoyer la Provence d'hérefies , puis 
eût à le venir trouver à Peronne. Il y de palfer de là en Languedoc pour y 
vint hardiment : mais ayant dédaigné faire la même chofe.. 
de répondre aux queltions qu'on lui fai- La ville d'Avignon, qui appartenok 
foit fur des chofes qu'il devoir bien fça- à Raimond , ayant refuie le palîage à 
voir , foit qu'il ne s'en fouvînt pas , s'il leurs troupes, fut afliégée le 14. de Juin, 
étoit le vrai Baudouin, foit qu'il l'igno- Elle fe défendit opiniâtrement ; Guy 
rât, s'il étoit un fourbe ; le Roi lui corn- Comte de faint Pol , l'un des plus bra- 
manda de fortir de (es terres dans trois ves des afliegeans , y fut tué -, la perte fe 
jours , &c néanmoins lui donna un fauf- mit dans l'armée : & le Comte de Cham- 
conduit pour aller où il lui plairoit. pagne mal-content partit du camp fans 
Etant enfuite délaiilé de tout le monde,, congé. Le Roi néanmoins jura de ne 
il tâcha de fe fauver en habit déguifé : point décamper de là qu'il n'eu* mis les 
mais il fut pris en Bourgogne , & ame- afliégés à la raifon. En effet, il les preiTa 
né à la Comtelïe , qui , après lui avoir fi fort , que le jour de l'Aflomption ils 
fait fouffrir diverfes tortures , l'envoya furent réduits à capituler. Ils donne- 
au gibet comme un impofteur. Son rent deux cens otages , leurs murailles 
fupplice n'empêcha point le peuple ma- furent abattues , leurs folfés comblés , 
lin de croire que la fille avoit mieux ai- & trois cens maifons à tourelles démo- 
mé pendre fon père que de lui remettre lies. Cet oient les Hôtels des Gentils- 
la fouveraineté. Et la conreliion qu'on hommes , qui en avoient de même à 
fit faire à ce miférable , palfa dans les Touloufe , & aux autres grandes ville? 
efprits pout une chofe ou extorquée , de ces Provinces-là. 
ou fuppofée ; d'autant plus qu'on accu- Au partir de là le Roi entra dans la 
foit cette Princefîe de ne pas apporter Provence , puis dans le Languedoc , 8c 
tous les foins, ni faire toutes les înftan- toutes les villes fe rendirent à lui juf- 
ces qu'elle devoir pour délivrer fon ma- qu'à quatre lieues près de Touloufe. 
ri i mais de le laifler croupir en prifon, Mais comme la faifon devenoit mau- 
afin de n'avoir poinr de compagnon dans vaife, & que fa fanté éroit délicate , il re- 
le gouvernement de fes Etats. prir le chemin de France , laifTant la 
Cette même année le Roi étant en conduite des troupes & le gouverne- 
Touraine , le Légat l'alla trouver, &c ment de ce pays-là à Imbett deBeaujeu-, 



294 ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE 



" Sur fon retour il fut attaqué d'une Comme il voyoit les difpofîtions ■* 

nz6. dysenterie fort violente, qui le con- prochaines à de grandes brouilleries I12( >.. 
traignit de s'arrêter au Château de après la mort , à caufe que fon père 
Montpenfier en Auvergne , & y tran- avoit abbaitfé les grands , ôc foulé les 
cha le lil de fa vie un jour de Diman- peuples , il prit le ferment ôc le feing 
che dans FO&ave delà Toufïaints izi6. de douze Seigneurs qui étoient auprès 
Il avoit tenu le fceptre trois ans ôc qua- de lui , qu'ils feroient couronner ion 
tre mois , ôc en avoit vécu trente-neuf, iiis aîné-, ôc s'il en venoit faute , qu'ils 
On l'inhuma à faint Denis auprès de mettroient le fécond en fa place, 
fon père. Il avoit l'an izoo. époulé Blanche, 
La commune opinion de ce tems-li l'une des puînées d'Alionfe le Noble , 
fut, que fa maladie étoit procédée d'un Roi de Caftille , ôc d'Alienor d'Angle- 
poiibn qui lui avoit été donné par un terre , dont il eut neuf fils &: deux fil- 
grand de fon Royaume. Les Hiftoriens les. Il ne reftoit que cinq fils vivans ; 
François n'ont olé le nommer : mais Louis , Robert , Alfonfe , Charles ôc 
Matthieu Paris moins fcrupuleux Ôc Jean. Suivant fa difpofition reftamen- 
plus hardi, n'a point teint de dire que taire, Louis régna, Robert eut la Com^ 
c'étoit le Comte de Champagne, lequel té d'ARTois , ôc provigna la branche 
étant dans l'impatience de revoir la Rei- de ce nom. Alfonfe eut celle de Poitou, 
ne Blanche, dont il étoit épris , avoit ôc Charles celle d'Anjou. De celui-ci 
demandéfon congé après quarante jours vint la première Branche d'Anjou. 
de fervice , à quoi il étoit feulement Alfonfe n'eut point de poftérité , ni 
oblige ; ôc ne l'ayant pu obtenir , l'a- Jean non plus , étant mort à l'âge de 
voit pris de lui-même. Le Roi en fut quatorze ans. L'une des deux filles, qui 
tellement irrité » qu'il jura de l'en châ- étoit l'aînée de tous les onze enfans , 
tier. Le Comte le prévint, ôc le per- n'avoit vécu que 4. ou 5. ans. L'autre, 
dit pour fe fauver. qui fe nommoit Ilabelle , ayant été 
Mais les gens d'Eglife , à caufe de fa promife à plufieurs Princes , fans qu'au- 
pieté ôc de fa chafteté , publièrent que cun de ces mariages réufîit , ôc étant de- 
fa maladie étoit venue de fa trop Ion- venue vieille fille, prit le voile facré 
gue continence-, ( car fa femme ne ôc s'enferma l'an 1160. dans un Monaf- 
l'avoit pas fuivi, ) ôc qu'il avoit mieux tére de filles de fainre Claire, que le 
aimé mourir que d'ufer du remède cri- Roi fon frère lui avoit fondé entre Pa- 
minel qu'on lui préfentoit pour fa gué- ris ôc faint Cloud. Elle y vécut en fi 
rifon. Il eft bon , quoiqu'il en foit , de grande fainteté , que Dieu l'honora de 
faire de ces beaux exemples de vertu : plufieurs miracles durant la vie ôc après 
car il ne s'en trouve guéres ailleurs que fa mort. 



fur le papier. 



V 




i?S 



BLANCHE 

FEMME 

DE LOUIS VIII. 

MERE DE S. LOUIS. 

Si tu veux imiter par une illuftre envie 
Celle dont l'efpric fe voit ici dépeint 
Admire auparavant l'exemple de fa vie, 
Par qui d'un graud Monarque elle en fit un grand Saint. 

De quelle [ L fort quelquefois de beaux rejet- toit tout ce que les François avoienç 

maifon étoît JL tons d'une mauvaife fouche. De cet- pris fur lui deçà la mer ; £ outre cela 

te infâme Eleonor répudiée par Louis on lui donnoit Château Roui , Illou- 

le Jeune , 8c jointe avec Henri II. Roi dun , Gralfay , 8c les fiefs tenus en Ber- 

d'Angleterre , entre plufieurs enfans , ry par André de Chauvigny , à la char- 

naquit Eleonor mariée à Aifonfe Roi ge de reveriion , fi Louis mouroit fans 

de Caftille, laquelle eut onze ou douze enfans-, comme auffi fi Jean mouroit 

filles -, Urraque mariée à Aifonfe II. dit lui-même fans en avoir , il lui cédoic 

le Gros , Roi de Portugal ; Berangele à tous les fiefs que les Comtes d'Aumale, 

Aifonfe neuvième du nom , Roi de du Perche & de Gournay polfédoient en 

Léon , &c la cadette Eleonor donnée France. Cette alliance conclue , fora 

à Jacques Premier, Roi d'Arragon : ayeule Eleonor alla elle-même la deman- 

les autres moururent jeunes ou fe reti- der en Caftille , avec des Ambalîadeurs 

rerent dans des Cloîtres. Blanche l'aînée envoyés de lapait des deux Rois. Les 

de toutes , 8c par conféquent héritière époufailles furent célébrées par Procu- 

préfomptive de Caftille, vu que fon reur à Burgos avec grande magnificence 

père n'avoit point d'enfans mâles , tut 8c cérémonie publique. Son père &Eftamenéed& 

le fceau de la paix entre la France 8c toute la Cour vinrent la conduire avec^^ c > & 

l'Angleterre : car le Roi Jean craignant un bel équipage jufques fur les frondé- Louis , l'aa 

Elle eft pm- que les armes d'Augufte ne le dépolfé- res de Gafcogne y où Louis avoit en- UM< 

S? r ant dallent en faveur de fon neveu Artus, voyé Matthieu de Montmorency avec 

Louis fiis s'aboucha avec lui entre Vernon &l'Ifle des Officiers 8c un autre train pour la 

4'Auguile. d'Andely , où entr'autres conditions , recevoir : on lu