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Full text of "Actes de l'Academie Royale (Nationale) des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux"






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Des Scicncps, Bcllcs-lellros el Aiis de Bordeaux. 



A BORDEAUX, 

place l'uj-Paulin, 1. 



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DES 



ACTES DE L ACADEMIE 



DES SCIENCE!^ , BELLES-LETTRES ET ARTS DE BORDEAUX. 



QUINZIÈME AiNNÉE. — 1853. 





BORDEAUX , 

CHEZ CHAULES LilWALLE, LIBRAIRE. 

allées da Touruy, o. 46. 



PARIS , 

CHEZ DERACHE, LIBRAIRE, 

ruî du Bouloy, n. 7, 



AVIS. 

L'Académie n'acccplo point la solidarilé de loiiles 
les opinions cn>ises dans les articles insérés au re- 
cueil de ses Acles. 



ANALYSE CHIMIQUE 



des 



EAUX DU DEPARTEMENT 

DE LA GIRONDE; 



IlITEODUCTIOlî. 

Les jM'ogi'ès (le l'iiygiène générale et de l'industrie 
agricole, sont si intimement liés à l'étude des eaux 
dont les populations disposent, qu'on est étonné du 
peu de travaux dont cette étude a jusqu'à ce jour été 
l'oljjet. 

Frappé de cette immense lacune, le laborieux et sa- 
vant Ministre qui, en 1850, dirigeait l'agriculture, 
M. Dumas, invita l'Académie de Médecine de Paris à 
léunir en un seul faisceau les analyses éparses faites 
sur cette importante matière, et l'engagea à stimuler 
le zèle des hommes spéciaux qui voudraient se livrer, 
dans leurs localités respectives, à l'étude des eaux de 
toute nature qui sillonnent le sol, soit à sa surface, 
soit à certaines profondeurs. 



2 

Encouragé par cet appel, adressé à toutes les intel- 
ligences, à toutes les capacités, j'ai entrepris de rem- 
plir, pour le déparlement de la Gironde, si vaste et si 
bien arrosé, une lacune regrettable, et je me suis con- 
formé aux vues j)hiiantropiques de l'illustre chimiste, 
en soumettant à une analyse exacte et rigoureuse les 
eaux des sources, des fontaines, des puits, des ruis- 
seaux , des rivières , du fleuve et même de la mer qui 
baignent notre département. 

En commençant ce long et minutieux travail , je ne 
me suis pas dissimulé l'étendue et les difllcultés de la 
tâche que je m'imposais. J'en eusse été découragé si 
j'avais moins vivement senti l'importance de ce travail, 
et si je n'eusse eu la certitude qu'il en sortirait quel- 
ques données utiles, quelques enseignements profita- 
bles à la santé générale de nos populations agricoles, 
de celles surtout que la mauvaise qualité des eaux ex- 
pose chaque année à des fièvres pernicieuses qui les 
déciment. 

Ne voulant m'en rapporter à personne du soin de 
recueillir les échantillons sur lesquels je devais opérer, 
c'est sur les lieux et dans chacun des (luarante-huit 
cantons du département, que j'ai puisé moi-même ces 
échantillons et recueilli les renseignements utiles à mes 
recherches. 

Ces eaux, renfermées dans des bouteilles neuves en- 
tièrement remplies, solidement bouchées et étiquetées 
à mesure, étaient apportées dans mon laboratoire, où 
elles ont été successivement soumises aux diverses opé- 
rations qu'elles avaient à subir. 



Tous les produils obtenus par ces opérations ont été 
exactement pesés ou mesurés, puis enfermés dans des 
vases convenables, et conservés avec le plus grand soin 
jusqu'au moment où, à leur tour, ils ont dû être soumis 
aux manipulations et aux dosages qui devaient en faire 
connaître la nature et les proportions. 

J'ai suivi , dans ces nombreuses et minutieuses ana- 
lyses, la marche rationnelle, méthodique, certaine, tra- 
cée par les chimistes distingués qui m'ont précédé 
dans de semblables recherches, notamment par mon 
excellent maître François Lartigue, et MM. Dupas- 
quier, Boutron-Charlard, Ossian Henry, Filhol, etc. 

Toutefois, persuadé que sous l'influence de l'ébulli- 
tion, il s'opère des modifications importantes dans la 
nature des sels , j'ai adopté un mode particulier d'éva- 
poralion, ïétuve, qui ne permet pas aux liquides d'ac- 
quérir plus de 40 à 45 degrés de chaleur. C'est à l'aide 
de ce procédé lent, mais sûr, que j'ai pu isoler, sans 
altération apparente, la matière organique contenue 
dans certaines eaux. 

J'ai toujours opéré sur cinq litres au moins : trois 
litres étaient réservés pour être soumis à l'évapora- 
tion; un litre était légèrement alcalisé, puis conservé 
pour y rechercher l'iode et le brome ; l'excédant était 
examiné à l'aide de réactifs titrés, pour reconnaître 
tout d'abord la nature et la quantité ai)proximative des 
sels qu'il renfermait. 

En recueillant sur place, j'ai mesuré avec précision 
la température des eaux de sources, de puits, de fon- 
taines, comparativement à celle de l'air, et me suis 



4 

rendu un compte exact des caractères physiques que 
ces eaux présentent sur les lieux mêmes. 

Bien que notre département ne renferme que peu 
d'eaux minérales, j'ai cependant pu noter quchpies 
sources ferrugineuses, parmi lesquelles je signalerai 
celles de Bernos, de Saucats et de Belloc. 

Tant et de si minutieuses recherches ne seront pas 
perdues, nous en avons l'espoir, pour notre population 
agricole; elle y trouvera, entre autres renseignements 
utiles, les moyens de convertir sans frais de mauvaises 
eaux en eaux saines et potables. Le progrès de son 
bien-être sera la récompense de mes travaux : c'est la 
seule que j'ambitionne. 



CHAPITRE I" 

Considérations générales sur les eaux. 



L'eau est le premier des corps liquides, nou-seule- 
menl parce quelle est l'un des éléments constitutifs des 
êtres organisés, mais encore parce qu'elle est indispen- 
sable à leur entretien, à leur développement, à leur 
croissance. 

Véhicule universel, c'est l'eau qui transmet à la 
plante, à l'animal, à l'homme, l'électricité et le calori- 
que, la vigueur et la vie. L'eau à l'état liquide ou à l'é- 
tat gazeux, est le milieu dans lequel ils vivent ; sans elle, 
leurs tissus, bientôt desséchés par l'air, perdraient la 
souplesse nécessaire à toutes les fonctions de l'exis- 
tence. 

Dissolvant général, l'eau pénètre tout, s'assimile à 
tout, dissout, entraine, charrie tout ce qu'elle rencon- 
tre sur son passage; rien ne peut résister à son action : 
la roche la plus dure, le granit le plus compacte, le 
métal le plus tenace, sont peu à peu désagrégés, dis- 
sous, détruits par elle. Qu'on juge delà facilité avec la- 
quelle elle s'empare des corps moins résistants, et dès 
lors combien sa pureté doit varier, selon la nature du 



6 

sol qu'elle parcourt et des couches alniosphcriques et 
terrestres qu'elle traverse. 

L'eau n'attaque pas seulement les corps inorgani- 
ques; elle dissout encore les corps organises. Partie 
constituante des êtres vivants, elle devient après la mort 
leur dissolvant le plus actif, et se charge, alors surtout 
que la température favorise son action, de matières or- 
ganiques qui deviennent bientôt les éléments d'une fer- 
mentation où elle joue le double rôle de dissolvant et 
d'agent de destruction. 

Ainsi altérée et chargée de produits morbides , l'eau 
peut devenir un poison d'autant plus dangereux, que 
ses caractères physiques n'indicpicnt pas toujours la 
présence d'éléments toxiques. L'iniluence pernicieuse 
de ces eaux empoisonnées sur les populations qui s'en 
abreuvent, faute d'autres, produirait des résultats bien 
plus désastreux si elles ne trouvaient dans l'action de 
l'air et dans une circulation vaste et rapide des mo- 
dificateurs puissants qui annihilent en partie, soit les 
miasmes délétères produits d'une fermentation prolon- 
gée, soit les sels solubles qu'elles contiennent : et, en 
elfet, à mesure que la fermentation qu'on observe dans 
certaines eaux donne naissance à des produits morbi- 
des, l'influence réparatrice de l'air, favorisée par l'agi- 
tation, oxide et solidifie tout ou partie de ces produits 
dangereux, et les précipite sous forme de sédiment. 

Elles se débarrassent de la sorte des impuretés qui 
les altèrent, et reprennent peu à peu les caractères des 
bonnes eaux potables; c'est ainsi que s'expliciue la pu- 
reté remarquable des eaux courantes : l'agitation, le 



roulement, le mouvemenl conlimi, changent en peu 
de temps des eaux impures , cliargées de matières or- 
ganiques, en eaux limpides d'exccUenle qualité. 

Celte heureuse métamorphose est due principalement 
à l'atlraclion moléculaire, considérablement augmentée 
par la multiplicité des surfaces, surtout lorsque celles- 
ci sont remplies d'aspérités, comme les lits caillouteux 
des rivières, les sinuosités rocheuses des torrents. 

On avait remarqué depuis long-temps la pureté des 
eaux courantes ; on s'était même aperçu que des eaux 
de mauvaise qualité à leur source, acquéraient bien- 
tôt , en roulant sur le sable ou sur le gravier, les qualités 
des bonnes eaux potables; mais on n'en connaissait 
pas la cause. La physique est venue récemment expli- 
quer ce phénomène par le roulement continu et l'ac- 
tion oxidante que l'air, mis en rapport avec de minces 
couches li(|uides, exerce sur la matière organique et cer- 
tains sels minéraux. Dès-lors, on a pu se rendre compte 
de la disparition si prompte et si complète des débris 
organicjues que la Seine et surtout la Tamise reçoivent 
sans cesse par les nombreux égouls qui s'y déversent, 
débris dont l'analyse la plus minutieuse retrouve à peine 
des traces. 

Les sels minéraux très-s.olublcs fournis par certains 
terrains, trouvent aussi dans le sein de la terre des élé- 
ments propres à en débarrasser les eaux; les couches 
argileuses s'assimilent les sels à base de chaux, pendant 
(|uc les roches siliceuses s'approprient les sels à base 
de soude, de potasse, de magnésie. 

La nature, celte bonne mère, avait prévu les effets 



8 

désastreux que des eaux très-chargées de matières sa- 
lines ou de débris organiques pouvaient produire sur 
les animaux, et, dans sa sage prévoyance, elle a joint 
aux éléments de dépuration dont nous venons de par- 
ler, une autre force absorbante bien active et bien puis 
santé, la végétation. Celte force permanente, mais 
qui se produit au printemps avec plus d'intensité, en- 
lève aux eaux les sels solubles qu'elles contiennent, pour 
les transmettre, par les mille spongiolcs des racines, 
aux végétaux dont ils sont l'un des principes constitu- 
tifs. 

L'eau pluviale elle-même ne se salure des gaz de 
l'atmosphère que pour les transmettre aux plantes, (|ui 
se les assimilent et les consomment pour leur nutri- 
tion. 

Evidemment, les eaux ne peuvent être identiques; 
leurs (pialités varient comme les éléments qu'elles ren- 
ferment, et il doit exister de grandes didcrences entre 
elles, suivant qu'elles sont courantes ou stagnantes, 
souterraines ou superficielles. Aussi , lorsqu'on jette un 
coup-d'œil rétrospectif sur le sujet qui nous occupe, on 
voit que de tout temps on s'est vivement préoccupé 
des moyens propres à reconnaître la pureté et la bonté 
des eaux, surtout de celles employées à la boisson. 

Les anciens, qui n'avaient pas les moyens d'analyse 
dont nous disposons, mais qui appréciaient peut-être 
mieux que nous les avantages des bonnes eaux po- 
tables, admettaient généralement comme bonnes les 
eaux fraîches, aérées , limpides, sa7is odeur, sa- 
veur, ni couleur appréciables , froides en été, ton- 



9 

pérées en hiver, dissolvant le savon sans le grume- 
1er, et cuisant bien les légumes. 

Ces caractères généraux, consacres par l'observalion 
et renseignement des siècles, doivent servir de point 
de départ aux investigations de la science moderne, car 
ils renferment à eux seuls des indications suffisantes 
pour faire admettre ou rejeter à priori les eaux desti- 
nées à la boisson. En eOet, (juand l'eau est sans odeur 
ni saveur, elle est ordinairement pure de tout corps 
étranger. Si elle affecte désagréablement l'odorat, il faut 
se garder d'en faire usage, car elle est altérée. Il faut 
s'en abstenir encore, quand elle déplaît au goût, car 
une saveur quelconque autre que celte saveur fraîche 
et légèrement piquante qui caractérise les bonnes 
eaux, est l'indice certain qu'elles contiennent une subs- 
tance étrangère presque toujours de nature organique, 
souvent en décomposition. Il en est de même de la 
couleur, de la limpidité : l'eau, pour être potable, doit 
cire sans couleur et d'une transj)arence parfaite; toute 
eau colorée ou trouble et bourbeuse tient en solution ou 
en suspension , soit des corps organiques qui peuvent 
être dangereux, soit des matières terreuses qui peuvent 
amener des désordres dans les fonctions digestives, ne 
fût-ce que par le dégoût qu'elles inspirent. 

La température des eaux est aussi l'un des carac- 
tères les plus importants à signaler, car des eaux de 
très-bonne qualité d'ailleurs, pourraient être nuisibles 
à la santé par cela seul qu'elles seraient ou trop froides, 
ou trop clmudes. C'est en raison de l'égalité de tempé- 
rature des eaux de sources (pi" il convient de leur don- 



10 

ner la préférence sur les eaux de rivières, dont la lem- 
péraUire suit toutes les variations almosphériques. Per- 
sonne n'ignore combien l'eau froide pJail, en été, au 
palais et à l'estomac : elle procure instantanément un 
sentiment de bien-être; elle apaise la soif, ranime les 
forces, tant par son action tonique que parce qu'elle 
modère par sa fraîcheur l'activité de la transpiration. 
Au contraire, rien n'est plus désagréable et plus nuisi- 
ble dans les chaleurs que l'usage d'une eau dont la tem- 
pérature se rapj)roche trop de celle de Tasmosphère, 
quelle qu'en soit d'ailleurs la pureté : elle ne plait ni 
au palais, ni aux organes digestifs. 

D'après l'expérience des âges, les eaux potables doi- 
vent, en outre, être aérées, pouvoir dissoudre le 
savon sans le grumeler , et cuire bien les légumes. 
Ces dernières propriétés indiquent la légèreté et la pu- 
reté des eaux, et se rapportent à leur composition chi- 
mique. Ainsi, une eau est aérée, légère, (juand elle 
contient une quantité convenable d'air atmosphéri(|ue 
et d'acide carbonique; elle grumèlera le savon et s'op- 
posera à la cuisson des légumes, si elle contient une 
([uanlité trop forte de sels minéraux. 

Mais si ces caractères généraux suflirent long-temps 
pour apprécier la pureté des eaux, on conçoit qu'il 
n'en fut plus de même quand les progrès de la chimie 
eurent permis de démontrer la nature et la quantité de 
toutes les substances gazeuses, salines et organiques, 
qu'elles contiennent en solution ou en suspension. Des 
analyses rigoureuses furent faites, et ne s'en tenant 
plus aux caractères physicpies indiqués par nos an- 



11 

ciens, on arriva à ne regarder comme propres à la bois- 
son que les eaux chimiquement pures : de telle sorte 
que l'eau distillée, convenablement aérée, fut le proto- 
type des eaux potables. Il est advenu de cette opinion 
exagérée, ce qui arrive toujours dans les sciences lors- 
qu'on substitue trop promptemenl et sans assez de ma- 
turité des résultats partiels à des résultats généraux, 
positifs, sanctionnés par le temps. Des travaux en eux- 
mêmes d'une grande exactitude, peuvent conduire à 
des applications dangereuses, jusqu'à ce que l'expérience 
ait fait de nouveau luire la vérité. 

Depuis quelque temps, une réaction en sens contraire 
s'opère dans le monde savant; les tendances de quel- 
ques hommes spéciaux semblent les porter vers un 
ordre d'idées complètement opposées aux principes de 
leurs devanciers; ils sont disposés à regarder comme 
bonnes toutes les eaux qui ne contiendraient que des 
sels assimilables, quelles que fussent d'ailleurs les 
jyroportions que ces eaux en continssent. Ces tendan- 
ces, qu'il nous fut donné de signaler, dès l'année 1838 , 
au sein de la Société de Médecine de Bordeaux, lors de 
la discussion que soutint le docteur Arthaud, mon 
excellent ami, l'un des antagonistes les'plus spirituels 
de l'eau chimiquement pure, ces tendances, dis-je, 
se sont encore accrues depuis les travaux de Dupas- 
quier, de Lyon, qui, loin de regarder certains sels 
comme nuisibles, établit, au contraire, que leur pré- 
sence est indispensable à la bonne qualité des eaux 
destinées à la boisson. 

Sans repousser complètement une pareille théorie, 



12 

je crois qu'il convient de faire des réserves. Par leur 
action excitante et digeslive, certains sels minéraux 
contenus dans les eaux de sources ou dans les eaux 
courantes peuvent quelquefois être utiles , ou ne 
saurait le contester; mais il y aurait de l'impru- 
dence à admettre comme boisson ordinaire, dans 
un état régulier de santé, des eaux où ces agents 
se trouveraient en fortes pro|)orlions. Préservons-nous 
donc de toute exagération , et en matière d'hygiène 
comme en économie politique, restons dans un sage mi- 
lieu. Les faits chimiques les plus concluants coïncident 
parfaitement avec les caractères primitifs que le pa- 
triarche de Cos, et bien plus tard le savant Halle, 
Nysser, Rostan et autres nous ont transmis ; tous ad- 
mettent la limpidité, la fraîcheur , la saveur fran- 
che et pure, la faculté de dissoudre le savon et de 
cuire les légumes, comme caractères immuables des 
bonnes eaux; or, les expériences de Dupasquier, celles 
de M. Boutron-Charlard et Ossian Henry, et enlin, 
s'il m'est permis d'en parler , celles qui me sont pro- 
pres, démontrent qu'il suffit de dix centigrammes de 
sulfote de chaux ou de vingt centigrammes de chlorure 
ou d'azotate calcaire par litre d'eau, pour lui communi- 
quer une saveur fade et faire grumeler le savon. Cette 
réaction devient plus marquée à mesure que ces pro- 
portions sont dépassées , ou lorsque plusieurs de ces sels 
se trouvent réunis dans la même eau. 

Le carbonate de chaux dissous dans un excès d'acide 
carbonique, peut bien échapper au goût et être sans ac- 
tion sur le savon, même à la dose d'un gramme par litre; 



13 

mais si l'on emploie à la cuisson des légumes de l'eau 
ainsi chargée, dès que le calorique chasse l'excès de 
l'acide carbonique, l'eaii se trouhle, et la plus grande 
partie du sel calcaire se dépose sur les légumes et nuit 
à la cuisson. 

En résumé , je considère comme eaux fotahJes de 
bonne qualité, celles qui réunissent aux caractères 
généraux déjà indiqués, l'avantage de ne pas contenir 
par litre plus de 60 centigrammes de matières sa- 
lines ou terreuses, plus de 4 centigramme de ma- 
tières organiques. 

Au delà de ces limites, bien que limpides encore, 
sans odeur , sans couleur, elles sont fades , grumèlent le 
êavon , cuisent mal les légumes. Toutefois , les organes 
digestifs les tolèrent chez les personnes en santé, et tant 
que les proportions des matières salines ne dépassent 
pas un gramme, elles n'ont sur l'économie aucune ac- 
tion marquée. 

Ces eaux, qui sans être précisément mauvaises, ne 
sont pas non plus précisément bonnes , je les caracté- 
rise par l'épithète d'indifférentes. La plus grande par- 
tie de l'eau de nos puits appartient à celte classe. 

Certaines eaux contiennent des sels minéraux en 
plus forte proportion encore; j'en ai trop souvent, dans 
mes explorations, rencontré de telles. Elles sont limpi- 
des, sans odeur ni couleur, mais elles ont une saveur 
terreuse; elles grumèlent abondamment le savon, con- 
tiennent de la matière organicpic en forte proportion, 
cl laissent , par litre d'eau évaporée , un à deux grammes 
de résidu , dans lesquels les azotates et les sulfates en- 



14 

trent au moins pour un quart. Ces eaux, généralement 
désignées sous le nom lYeaux crues et séléniteuses , fa- 
tiguent les organes digestifs des personnes qui n'y sont 
pas habituées, et ne sont pas plus projjres à la cuisson 
des légumes et au blanchissage du linge, qu'à la bois- 
son. Il n'en faut faire usage (pie lorsqu'on ne peut ab- 
solument s'en procurer d'autres : je les appelle eaux 
malsaines. 

Pour donner à mon travail l'ordre et la clarté que 
nécessite la muUi|)licité des opérations, j'ai divisé les 
eaux du département i)ar catégories, suivant leur na- 
ture, afin de les classer selon leur mérite. 

Voici la classification que j'ai cru devoir adopter : 



couraiilcs 



EAUX. 



slagnaDles 





/ Fleuve. 




l Rivières. 


superficielles 


; Ruisseaux. 
Sources. 




Fontaines. 


profondes. 


Puits. 




/ Étangs. 


superficielles 


1 Lagunes. 
( Marais. 




profondes. 


( Puits. 

( Sous-sol des Landes 



15 



CHAPITRE II. 



Procédés adoptés par l'auteur pour reconnaître et doser les 
diverses substances organiques ou inorganiques contenues 
dans les eaux. 



Pour arriver à une analyse complète et aussi exacte 
que possible des eaux que j'avais à examiner, j'ai fait 
usage de tous les moyens d'analyse qui étaient à ma 
disposition. Ces moyens, tendant à se contrôler les uns 
les autres, présentent toutes les garanties désirables 
d'exactitude. 

Ce sont l'appréciation des caractères physiques , 
l'action des réactifs, et enfin l'examen des résidus après 
l'évaporation complète des eaux. 

Les caractères physiques sont : la température , la 
limpidité, la couleur, l'odeur et la saveur. Ces carac- 
tères une fois constatés , je passais à l'examen par les 
réactifs : des liqueurs soigneusement titrées me per- 
mettaient de doser avec exactitude soit les acides, soit les 
bases contenues dans les eaux à fétat de combinaison 
ou de liberté, puis je procédais à la troisième, à la plus 
concluante épreuve, l'évaporation à siccité. 

Les corps contenus dans les eaux étant de difléren- 
tes natures, les uns gazeux et les autres solides, orga- 
niques ou inorganiques, j'ai dû m'occuper d'abord de 



16 

rechercher et de recueillir les corps gazeux ; pour cela, 
j'ai suivi le procédé le plus ordinairenieiU employé , 
l'ébulUlkm à vase clos. 

Les gaz contcuus dans les eaux courantes ne pou- 
vant être que de l'acide carbonique, de l'oxigèneoude 
l'azote, j'ai disposé pour cette expérience l'appareil 
suivant. Un matrasà long col, de la contenance exacte 
d'un litre d'eau, était rempli de l'eau à analyser, et 
après y avoir adapté, à l'aide d'un bouchon convenable 
elUeurant l'eau, un tube recourbé rempli d'eau distillée, 
j'engageais la courbure de celui-ci sous le récipient 
d'une petite cuve hydrargyro-pneumatique, surmontée 
d'une cloche allongée, exactement graduée et pleine de 
mercure : chaufl'ant alors avec précaution le matras 
placé au bain de sable, sur un fourneau disposé à cet 
elFet , j'arrivais à chasser complètement les gaz conte- 
nus dans l'eau du matras, et à les faire passer dans la 
cloche graduée, qui indiquait exactement leur volume. 
Quelques fragments de potasse à l'alcool, introduits 
alors sous la cloche, absorbaient peu à peu l'acide car- 
bonique, et lorsque l'absorption n'était plus apparente, 
je voyais, à la diminution du volume, la quantité de gaz 
qui avait été absorbée. Je transvasais ensuite avec 
beaucoup de soin dans une autre cloche graduée , et 
sous la cuve hydrargyrique, le gaz non absorbé; j'y fai- 
sais passer un petit cylindre de phosphore; l'absorption 
de l'oxigène par ce corps inllammable diminuait d'au- 
tant le gaz restant, et lorsque le phosphore était sans 
action marquée, cette diminution était notée, et le gaz 
non absorbé, lavé à l'eau distillée, était examiné, me- 



17 

sure el noté : c'était de l'azote. C'est ainsi que j'ai re- 
cueilli l'acide carl)oni(|ue, l'oxigène et l'azote. La mul- 
tiplicité de ces opérations m'a bientôt mis à même de 
constater que, dans l'eau de puits, l'air atniosphéri- 
(pie change à peine de composition, c'est-à-dire que 
l'oxigène et l'azote y restent dans les mêmes proportions 
<|ue dans l'atmosphère. Il n'en est pas de même dans 
les eaux superficielles : il est rare d'y rencontrer l'oxi- 
gène et l'azote dans les proportions normales de l'air 
atmosphéri(|uc; dans quelques-unes, la quantité d'azote 
est beaucoup plus considérable ; dans le plus grand 
nombre , ce sont les proportions d'oxigène qui se sont 
accrues. J'ai donc admis l'air atmosphérique contenu 
dans les eaux de puits et de fontaine, comme étant 
dans les proportions normales, et n'ai mesuré isolé- 
ment les proportions d'oxigène el d'azote que pour les 
eaux courantes. 

Les sels et autres corps fixes contenus ordinairement 
dans les eaux, sont des carbonates, des suivîtes, des 
hydrochlorates, des azotates, terreux ou alcalins, de la 
silice, de l'alumine et de l'oxide de fer; leur présence 
était signalée à l'avance par les réactifs. Pour les re- 
cueillir, je réunissais dans de petites capsules en porce- 
laine exactement tarées, le produit de l'évaporation de 
trois lit; es d'eau ; je desséchais convenablement ces 
j)roduits à une température de cent degrés, et après 
les avoir pesés avec soin , pendant qu'ils étaient chauds, 
à l'aide d'une balance d'essai très-sensible , je notais avec 
la plus scrupuleuse exactitude, le poids de chacun 
d'eux. Ils étaient ensuite détachés, pulvérisés dans les 



18 

capsules mêmes, et traités par de l'alcool à GS deirrés, 
jusqu'à ce (pic ce véliicule ne leur enlevât plus rien ; 
la partie insoluble dans l'alcool était desséchée de nou- 
veau et pesée, puis soumise à l'action de l'eau distillée. 

Ces diverses opérations |)ermeltaient de diviser en 
trois parties les sels contenus dans les résidus de l'éva- 
poration, savoir : ceux qui sont solubles dans l'alcool, 
ceux qui sont solubles dans l'eau et insolubles dans 
l'alcool , et enfin ceux qui sont insolubles dans ces deux 
menstrues. La séparation ainsi opérée, je m'occupais 
de leur dépouillement respectif, en commençant par 
la matière complètement insoluble, qui était composée 
de carbonate de chaux , de magnésie, de fer, de sul- 
fate de chaux, de silice, et quel(|uefois d'un peu d'alu- 
mine. 

Après l'avoir desséchée et pesée, je la traitais par 
l'acide hydrochlorique faible , qui la dissolvait pres- 
qu'en entier avec effervescence; ce (jui restait d'insolu- 
ble dans cet acide, était lavé, séché et examiné: c'était 
ordinairement de la silice, mêlée d'un peu de matière 
organique, dont on la débarrassait par la calcinalion. 
Le solulum hydrochlorique était évaporé à siccité et 
repris par de falcool à 65 degrés , qui en séparait le 
sulfate de chaux, dissous à la faveur de l'excès d'acide 
hydrochlori(|ue, et dissolvait les hydrochlorates nou- 
vellement formés. La li(iueur alcooli(|ue était alors 
évaporée; vers la fin de l'évaporalion , on ajoutait un 
peu d'acide snlfurique étendu; on continuait à chauf- 
fer pour chasser l'acide hydrochlori(|ue, transformer 
les bases en sulfates, et volatiliser l'excès d'acide sul- 



19 

fiirique ; cela l'ait , on lavait lo résidu avec de l'eau 
distillée, qui dissolvait, les sulfates de magnésie et de 
fer, et laissait le sulfate de chaux; celui-ci était sé- 
ché et pesé ; snn poids indiquait la (piantité de chaux 
fournie par le carbonate calcaire que contenait le ré- 
sidu insoluble, traité primitivement par l'acide hydro- 
chlorique. 

Le solutum de sulfate de magnésie et de sulfate de 
fer était ensuite traité par le carbonate d'ammoniaque, 
qui en précipitait le fer; on lavait, desséchait et cal- 
cinait fortement pour avoir l'oxide pur, tandis que le 
solutum magnésien était évaporé et fortement calciné, 
pour volatiliser les sels ammoniacaux et obtenir la ma- 
gnésie pure, que je pesais avec soin. 

Ainsi se trouvaient isolés, la silice, le sulfate de 
chaux, le carbonate de chaux, de magnésie, de fer, 
etc., qui formaient la i)artie insoluble du résidu de l'é- 
vaporation. 

Je passais ensuite à l'examen du solutum aqueux; 
il était évaporé à siccité et pesé, il ne contenait (jue 
des sulfiites solubles mêlés d'un peu de sulfate de chaux ; 
un simple lavage à l'eau distillée suflisait pour enlever 
les premiers. Après avoir dosé l'acide sulfuri(|ue à 
l'aide de l'azotate de baryte, j'isolais et dosais les bases 
par le phosphate de soude, l'antimoniate de potasse ou 
le chlorure de platine, qui précipitaient la magnésie, 
la soude, ou la potasse, seules bases avec lesquelles 
l'acide sulfurique eût pu former les sels solubles se 
rencontrant ordinairement dans les eaux. 

Enfin , le solutum alcoolique était placé dans une 



capsule t'ii porcelaine et évaporé à une douce chaleur, 
jusqu'à dessiccation parfaite; le résidu, desséché et exac- 
tement pesé pendant qu'il élail chaud, pouvait renfer- 
fer des chlorures, des azotates et de la matière orga- 
nique. Le chlore était dosé par l'azotate d'argent, 
l'acide azotique par le procédé Christisson ou par la 
limaille de cuivre et l'acide sulfurique; quant à la chaux, 
la magnésie, la soude, la potasse, avec lesquels ces 
acides pouvaient être unis, je les dosais par les procé- 
dés indiqués dans le précédent paragraphe. 

I! me reste à dire à quels procédés j'ai eu recours 
pour isoler les corps qu'on ne rencontre qu'exception- 
nellement, c'est-à-dire la matière organi([ue, l'iode, 
le brome, l'ammoniaque; et dans quelques eaux ferru- 
gineuses, le soufre , le manganèse et l'arsenic. 

Alntière orsnui(|ue. 

La matière organique contenue dans les eaux, peut 
être végétale ou animale; celle-ci ne s'y trouve ((u'ac- 
cidentellement; celle-là au contraire s'y rencontre sou- 
vent, mais dans des i)roportions très-variables. 

Pour l'obtenir pure, il faut l'extraire directement, en 
faisant évaporer par ébullition une quantité donnée de 
l'eau à analyser. Dès les premières impressions de la 
chaleur, les eaux ((ui contiennent de la matière orga- 
nique albumineuse se troublent, et il s'en sépare, au 
moment de l'ébullition, une foule de petits globules ((u'on 
voit nager dans la liqueur. Après quelques instants, 
on laisse refroidir, sans remuer, et l'on isole par dé- 



21 

canlalion celle inalière, que l'on iiouve réunie au fond 
du vase; on la dessèche , on la pèse el on note le poids. 
Cette matière, ainsi coagulée, est de l'albumine ani- 
male ou de l'albumine végétale , ce qui est indiqué dans 
le premier cas par la couleur et les sels ammoniacaux; 
dans le second, par l'absence des produits azotés. On 
achève à l'étuve l'évaporation de l'eau d'où l'on a séparé 
l'albumine, jusqu'à ce qu'elle soit réduite à quelques 
grammes; on la délaye alors avec de l'éther alcoolisé, 
qui dissont la matière organique non séparée par l'é- 
buUition, sans toucher au résidu salin qui raccom|)a- 
gne. L'évaporation de l'alcool éthéré laisse la matière 
organique dans l'état de quasi pureté ; en cet état , elle 
a une saveur anière, une couleur brune; elle se dissout 
dans/ l'eau et dans l'alcool : c'est de la matière orga- 
nique passée à l'état d'humus. 

Un fait digne de remar([ue, c'est que les eaux les 
plus insalubres el les plus dangereuses à la santé, con- 
tiennent une forte proportion d'albumine végétale, et 
qu'à mesure que ce principe immédiat des végétaux est 
solidifié par l'action de l'air ou séparé par toute autre 
cause, l'insalubrité disparait. 

Quant à la matière organique passée à l'état d'hu- 
mus, son action est peu a|)préciable; on rencontre 
souvent des eaux qui en contiennent de fortes quanti- 
tés, et (|ui néanmoins sont bues impunément par les 
hommes et les animaux. C'est donc surtout à l'albu- 
mine végétale (|u'il faut attribuer faltération rapide des 
eaux marécageuses et l'insalubrité (|ui accompagne cette 
altération; on peut reconnaître promplement la pré- 



22 

sence de ralbumine dans les eaux, en versant dans 
celles-ci (luchiuos goullcs de solution de lanin pur ou 
d'alcool gallique : il se forme bientôt après une opacité 
blanchâtre, d'autant plus marquée que l'albumine s'y 
trouve en plus forte proportion. 

Comme je l'ai dit, la matière organi(|ue animale se 
reconnaît aux sels ammoniacaux et à l'ammoniaciue 
([u'elle dégage (juand on la chaulfe à vase clos. 

■ode. 

Depuis (jue M. Cliatin a annoncé la présence de 
l'iode dans toutes les eaux, il n'est plus permis de s'oc- 
cuper de leur analyse sans y rechercher spécialement 
ce corps simple. Ne connaissant point le procédé parti- 
culier à l'aide duquel ce chimiste est parvenu à recon- 
naître dans certaines eaux des quantités infinitésimales 
diode, j'ai dû, parmi les procédés connus, en choisir 
un qui unît à la plus grande simplicité possible, assez 
de sensibilité pour déceler la présence de ce corps dans 
les eaux qui en contiendraient la millionième partie de 
leur poids. 

Le chloroforme, |)roposé par M. Rabourdin , le chlo- 
rure de palladium, proposé par M. Lassaigne, la solu- 
tion d'amidon activée par l'acide sulfuriquc, bien que 
très-sensibles, n'ont pu me permettre de reconnaître 
l'iode qu'à plus d'un millionième du poids de l'eau en 
expérimenlalion, et je ne suis arrivé à constater sa pré- 
sence dans cette |)roportion qu'en me servant d'une solu- 
tion d'amidon aiguisée d'acide azotiijue. C'est avec sa- 



23 

tisfitclion que j'ai vu toiil récemment dans les journaux 
scienliliques, que MM. Clialin el Gaultier de Claubry 
donnaient aussi la préférence à l'acide azotique; il est 
fâcheux que M. Cliatin n'ait pas dit si c'était là le moyen 
dont il s'était servi. 

Voici le procédé que j'ai suivi, — L'eau alcalisée sur 
laquelle je devais opérer était rapidement évaporée jus- 
qu'à siccité ; le résidu était traité par de l'alcool à 65 de- 
grés; je filtrais pour séparer les matières insolubles 
dans l'alcool, et je faisais évaporer complètement le li- 
([uide alcoolique; je reprenais de nouveau le résidu par 
une petite quantité d'eau distillée, et je versais le tout 
dans un lube en verre blanc, bien diaphane, fermé par 
un bout ; j'ajoutais une petite (piantité de solution d'ami- 
don, quel([ues gouttes d'acide azoti([ue, et j'agitais pour 
opérer le mélange ; puis je laissais reposer. A l'aide d'une 
feuille de papier blanc placée derrière le tube, j'arri- 
vais à distinguer la coloration bleue, pour peu qu'elle 
liil aj)parente. Je n'ai pu la constater que dans un très- 
petit nombre d'échantillons. 

Uroiiie. 

Quebjue soin (|ue j'aie mis dans mes recherches, je 
n'ai pu découvrir des traces de brome que dans les eaux 
de la Gironde avoisinanl la mer. 

Le procédé (|ue j'ai suivi pour isoler le brome des 
eaux salées est celui indiipié par M. Ossian Henry : 
concentration du li(|uide après l'avoir légèrement alca- 
lisé par la |)otasse pure à lalcool; précipitation par le 



24 
soliitum d'azotate d'argent, et, après un repos convena- 
ble à l'abri de la lumière, lavage du précipité; on le re- 
cueille exactement et on le place dans un vase avec 
une petite quantité d'eau distillée et un excès de li- 
maille de zinc et d'acide sulfurique pur; on laisse en 
contact jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'action apparente, 
c'est-à-dire jus(|u à ce (|ue le dégagement du gaz hy- 
drogène ail cessé : on liltre ce liijuide , (jui renferme du 
sulfalle , du chlorure , du bromure et de l'iodure de 
zinc; on le met dans un tube allongé, en y ajoutant un 
tiers environ de son volume d'élher rectifié , et quelques 
gouttes d'eau chlorée récente ; on agite fortement et on 
laisse en repos : l'éther se réunit bientôt à la partie su- 
périeure du lube; et pour peu qu'il y ait du brome dans 
le liquide, il s'en empare et prend une teinte jaune. La 
coloration plus ou moins foncée du véhicule indiciuela 
présence d'une plus ou moins grande quantité de brome. 
Le chloroforme, proposé par M. Rabourdin, ne m'a 
pas mieux réussi que fétlier; divers motifs me font 
croire qu'il vaut mieux s'en tenir à ce dernier. 

Aiunioniaiine. 

L'ammoniaque libre, et plus souvent l'ammoniaque 
combinée, se retrouve en quantité appréciable dans 
(jucbiues eaux de puits et dans certaines eaux maréca- 
geuses; j'ai pu le constater, en foisant évaporer à un 
feu doux, jusqu'à consistance j)àleuse, l'eau ovi j'en 
supposais, après l'avoir préalablement acidulée par 
quel(|ues gouttes d'acide sulfurique. Je versais ensuite 



25 

un léger excès de potasse à l'alcool : l'animoniaque se 
décelait bientôt par son odeur vive et pénétrante, et 
un morceau de papier de tournesol rougi , placé à l'o- 
rifice du vase où se faisait l'opération, reprenait su 
couleur bleue. 

En général, les eaux de sources ne contiennent 
qu'accidentellement de raminonia((ue; les eaux sta- 
gnantes et les eaux pluviales sont celles où on la ren- 
contre le plus fré(iuemmenl. 

Soufre, IHanenMë««c, Arsenic. 

Ces corps simples pouvant se rencontrer dans quel- 
ques eaux minérales ferrugineuses, j'ai dû les recher- 
cher dans celles de notre département 

La présence du soufre se reconnaît sans peine à l'o- 
deur hépatique que répandent les eaux qui en contien- 
nent; on peut le doser par une foule de réactifs, les 
sels d'iode, de plomb, d'argent, etc. 

Fréquemment, le manganèse accompagne le fer; 
pour les séparer, on les dissout dans l'acide sulfurique 
faible, on suroxide le fer par l'addition de quelques 
gouttes d'acide azotique et une légère ébuUilion. Pen- 
dant que la li(iueur est bouillante, on la neutralise 
exactement avec le carbonate d'ammoniaque, qui pré- 
cipite le fer; le manganèse reste en solution; on 
évapore à siccité, et on calcine fortement pour l'obtenir 
j)ur. 

La présence de l'arsenic dans quelques eaux minéra- 
les, surtout dans celles où se trouvent le fer et le man- 



26 

ganèse, nùi engagé à le rechercher dans nos eaux 
ferrugineuses; je l'ai fait, en traitant le résidu de l'c- 
vaporation de plusieurs litres d'eau, par de l'eau distillée 
acidulée d'acide sulfurique pur; je versais le tout dans 
un appareil de Marsh perfectionné, c'est-à-dire disposé 
avec un tuhe à étranglement, renfermant une mèche 
d'amianthe, et je brûlais le gaz hydrogène à son pas- 
sage, à l'aide d'une forte lampe à l'alcool. 

Tel est le sommaire des opérations chimiques aux- 
(pielles toutes les eaux du département ont été succes- 
sivement soumises. Ce travail, long et minutieux, n'a 
pas exigé moins de trois années de patientes recher- 
ches; les résultats eu sont exposés dans les chapitres 
suivants. 



27 

CHAPITRK III. 

Résultat de l'analyse des Eaux du département. 

ARTICLE 1''^ — l"^*" SECTION. 
E,aux couvantes suvevficicWcs. 

1.— FLEUVE. 

Gironile. 

C'est au Bec-d'Ambès , confluent des deux grandes 
rivières, la Garonne et la Dordo^ne , que delà réunion 
de leurs eaux se forme la Gironde. Resserrée d'abord 
entre la côte du Médoc et le Blayais, elle prend bien- 
tôt du développement, et sa largeur, (jui est à peine 
de trois kilomètres devant Blaye, atteint douze kilomè- 
tres devant Talais. Les deux rives se rapprochent en- 
suite brusquement, et nonobstant la pointe de Grave, 
extrême limite du littoral, elle a encore six kilomètres 
de largeur. 

La masse d'eau qui entre et qui sort par celte énorme 
embouchure, varie selon les phases de la lune, lélat 
de l'atmosphère, la force des courants, etc. Quo'i- 
(pielle soit constamment agitée par les vents et par le 
mouvement que lui imprime le flux et le reflux, la 



28 

coinposilion do l'eau de la Gironde est très-variable; le 
mélange de l'eau douce que fournissent les deux gran- 
des artères supérieures, ne s'opère avec l'eau salée que 
d'une manière très-incomplète : on rencontre fré(jueni- 
ment des courants d'eau de mer pres(jue pure, montant 
ou descendant le fleuve sans se mêler à l'eau douce; 
c'est surtout dans les couches inférieures que ce phé- 
nomène s'observe. 

Dans les nombreuses prises d'eau i\\\e j'ai faites sur 
plusieurs points du fleuve et à diverses profondeurs , il 
m'est arrivé de rencontrer des nappes d'eau contenant 
deux fois autant de sel que les couches supérieures; 
j'ai pu constater aussi la diflérence qui existe entre 
l'eau prise au milieu du fleuve et celle puisée sur ses 
bords. A Royan , par exemple , l'eau de la grande cou- 
che contient de moins 5 à G p. 100 de sel que l'eau 
prise le même jour et à la même heure, soit au milieu 
de la Gironde, soit sur les bords de la pointe de Grave. 
Mais c'est surtout en remontant le fleuve, et de Talais 
à Blaye, que l'inégalité est appréciable. 

Vingt opérations faites avec l'eau de la Gironde, prise 
sur divers points de son parcours, depuis Cordouan 
jusqu'au Bec-d'Ambès, m'ont permis de suivre pas à 
pas la marche de l'eau de mer jusqu'à sa disparition 
complète dans la Garonne. 

Ainsi , un kilogramme d'eau de mer prise à Cordouan, 
à haute mer , a laissé , après évaporation complète , un 
résidu salin, pesant, bien sec 3.^ gr. 905 

La môme quantité (feau , puisée à la 
pointe de Grave, le même jour 34, 230 



i9 

A Richard, au large, haïUe mer 33, 105 

A La Maréchale, au large, haute mer. . 13, 7G7 
Vis-à-vis Pauillac, au large, haute mer . 8, 974 
Vis-à-vis Blaye, au large, haute mer . . 5, 298 
Vis-à-vis La Roque, au large, haute mer. 2, 107 
Au Bec-d'Ambès, au large, haute mer. . 0, 545 
A Lormont , leau de la Garonne ne contenait le 
même jour que 0,132 de matières salines. 

A basse mer, la nature de l'eau de la Gironde est 
complètement changée; l'eau salée, qui arrive jusqu'au 
Bec quand la mer est haute, dépasse à peine Pauillac 
quand elle est basse; encore y est elle affaiblie, puis- 
qu'elle ne contient plus, par kilogramme, que 4,035 de 
matières salines, au lieu de 8. 

A Pauillac, l'eau du fleuve cesse de pouvoir être 
utilisée pour les irrigations; elle renferme trop de sel 
pour ne pas nuire à toutes autres plantes que les plantes 
marines. Aussi , quoique encore chargée des sédiments 
alluvionnaires que lui apportent les deux grandes ri- 
vières qui l'alimentent , la Gironde ne peut servir sur 
toute cette étendue au colmatage du sol; mais depuis 
Richard jusqu'au Verdon, on extrait le sel que ces eaux 
contiennent, et cette exploitation constitue une des ri- 
chesses de la localité. 

Toute cette partie du Bas-Médoc, baignée par la 
Gironde, manque de bonnes-eaux potables , et le mé- 
lange des eaux saumàlres du fleuve avec les courants 
d'eau douce, forme des mares d'autant plus dangereu- 
ses pour la santé publicjue, que des myriades d'êtres 
organisés, vivant très-bien dans ces eaux isolées, meu- 



30 

roni promplomcnl dans los oaux mixtes, trop salées 
pour les uns, trop douces pour les autres. 

On verra par les résultats, comment varie la com- 
position de l'eau du fleuve, depuis le Hec-d'Ambès jus- 
qu'à Cordouan. Ainsi (pi'il sera focile de s'en convain- 
cre, le rapport de l'eau douce à l'eau salée décroît 
progressivement jusqu'à l'embouchure du fleuve; mais, 
selon toute apparence, il est encore appréciable à une 
assez grande dislance et dans un rayon très-élendu, 
puisipie l'eau de mer prise à Arcachon, contient du 
sel en proportion beaucoup plus forte que l'eau puisée 
à Cordouan, à dix kilomètres de la côte. 



31 



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34 

U. — RIVIÈRES. 

En général, les eaux des rivières dont le courant 
est rapide et le lit sablonneux ou caillouteux, sont pu- 
res, et plusieurs d'entre elles contiennent à peine un 
dix-millième de leur poids de résidu salin. Les eaux de 
ces rivières pourraient donc être regardées comme les 
meilleures pour la boisson , si les variations de leur 
température et leur opacité accidentelle, n'ofl'raienl de 
grands inconvénients. Celte extrême pureté les rend 
éminemment propres au blanchissage du linge, parla 
faculté qu'elles ont de dissoudre le &avon sans le gru- 
me 1er. 

Comme toutes les eaux combinées à la chaleur, les 
eaux de ces rivières possèdent à un haut degré la fa- 
culté végétative; mais elles ne rendent aux terrains 
(|u'elles parcourent aucun des principes que les végé- 
taux leur soutirent sans cesse. Elles rafraîchissent, hu- 
mectent , raniment, mais elles ne nourrissent pas, com- 
me le font les eaux troubles et limoneuses chargées de 
sédiments minéraux enlevés aux sols argilo calcaires. 

Le département est arrosé par plusieurs rivières, 
dont les eaux appartiennent aux deux catégories que 
je viens d'indiquer. La Leyrc, l'Isle, le Ciron, four- 
nissent des eaux limpides et pures, ne contenant des 
sels minéraux qu'en faible proportion; la Garonne, la 
Dordogne, le Drot, au contraire, charrient et aban- 
donnent sans cesse des alluvions réparateurs. Ainsi, si 
l'on doit préférer pour la boisson l'eau j)ure et trans- 



35 

pareille, l'eau liinonouse, chargée de débris organiques 
ou minéraux, convient mieux pour les irrigations, les 
arrosages et autres travaux agricoles. 

Les rivières du département sont : la Garonne, la 
Dordogne, leDrot, l'Isle, la Dronne, la Leyre et le 
Ciron. Nous allons successivement les passer en revue. 

Garonne. 

Après avoir traversé les trois déparlements qui lui 
empruntent son nom, la Garonne entre dans celui de 
la Gironde, un peu au-dessus de La Réole, reçoit le 
Drot à Gironde, passe sous Langon et Cadillac, et ar- 
rive, grossie d'une foule de ruisseaux, devant la capitale 
de la Guienne, qui développe sur sa rive gauche la 
majestueuse étendue de ses quais; puis elle s'éloigne 
de la grande ville, passe à Lormonl, Bassens, Monl- 
ferrand, Ambès, et vient enfin joindre ses eaux à cel- 
les de la Dordogne, pour former l'immense fleuve dont 
nous avons parlé. 

Depuis son entrée sur noire territoire jusqu'à sa 
jonction à la Dordogne, la Garonne roule constamment 
une masse de débris alluvionnels, qu'elle dépose sur 
toute l'étendue de cet immense parcours, enrichissant 
les berges du meilleur de tous les terreaux; sa-compo- 
-silion chimique varie peu depuis Castets jus<(u'au Bec; 
la masse de sels solubles qu'elle renferme est très-mi- 
nime, mais les déj>ôls terreux qu'elle charrie varient 
beaucoup selon l'étal de l'atmosphère: dans les lemps 
secs, elle est opacpie; après de fortes pluies, elle est 



trouble et même bourbeuse; ce qui ne permet pas 
de l'employer poui' alimenter le système hydraulique 
dont Bordeaux aurait besoin pour sa nombreuse po- 
pulation. 

Prise à Caslcts, à Langon, à Cadillac, à Bordeaux, 
à Lormont, à Bassens et au Bec-d'Ambès, l'eau de la 
Garonne, ainsi que nous l'avons déjà dit. ne présente 
que de légères didërences sous le rapport de la compo- 
sition chimique. 



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EAU DE LA GARONNE. 



A BASSENS. 

HAUTE MER. 



AU BfC-D'AMBÈS. 

HAUTE MER. 



Très - trouble ; elle laisse déposer 
0,725 (le vase par litre. 

Elle coutieiU par litre : 

Gaz acide carbonique 0,0030 

Gaz oxigène 0,0035 

Gaz azote 0,0095 

0,0160 

Carbonate de chaux 0,073 

de magnésie 0,014 

Sulfate de chaux 0,011 

de magnésie 0,016 

Chlorure de sodium 0,066 

de magnésium 0,023 

de calcium 0,010 

Silicate d'alumine 0,016 

Oxidedcfer 0,004 

Matière organique animaliséc. 0,006 



0,337 



Très - trouble ; elle laisse déposer 
0,970 de vase par litre d"eau. 

Elle contient : 

Gaz acide carbonique 0,0025 

Gaz oxigène 0,0038 

Gaz azote 0,0093 

0,0155 

Carbonate de chaux 0,076 

de magnésie 0,016 

Sulfate de chaux 0,018 

de magnésie .. . 0,055 

Chlorure de sodium 0,271 

de magnésium 0,076 

de calcium 0,010 

Silicate d'alumine 0,014 

Oxidedcfer 0,004 

Matière organique animaliséc. 0,005 
Iode, des traces très-légères. 

0,545 



Dordognc. 



C'est un peu au-dessus de Castillon que la Dordogne 
pénètre dans le département de la Gironde. Après avoir 
arrosé dans son cours sinueux les rives fertiles du Li- 
hournais, longé les communes de Saint-Germain, de 
Cuhzac , de Fronsac et de Bourg , elle vient mêler ses 
eaux à celles de la Garonne au Bec-d'Ambès, confluent 
de ces deux magnifiques rivières. 

Puisée près de la berge et aux pieds des coteaux de 
Bourg, l'eau de la Dordogne ne présente pas la même 
composition chimi(|ue que celle qu'on recueille au mi- 



40 

lieu de sa largeur. Cette différence dans les résultats, 
dont je transmettrai plus loin les chiffres, tient, sans 
aucun doute, à la force avec laquelle les courants in- 
férieurs entraînent l'eau de mer dans la Dordogne. En 
effet, l'analyse m'a démontré que l'eau de la Garonne, 
à deux kilomètres du Bec, dans les temps ordinaires, 
ne contenait que des traces d'eau salée, tandis que 
dans la Dordogne, même à dix kilomètres de son em- 
bouchure, on en trouve encore des (|uanlités très-ap- 
préciables. 

Ces résultats sont beaucoup plus sensibles dans l'eau 
puisée à une certaine profondeur, que dans celle re- 
cueillie à la surface. Cette variation dans la nature des 
couches deaux lient à la différence de leur densité, et 
il n'est pas rare de voir dans la Gironde, ainsi que je 
l'ai constaté devant Blaye et devant Pauillac, des mas- 
ses d'eau salée montant le fleuve au dessous de couches 
d'eau bien moins salées qu'elles. Celte dilTérence, très- 
appréciable à la fin du montant dans la Gironde et dans 
la Dordogne lors des grandes marées, est très-tranchée 
devant Bourg. Eu effet, tandis que l'eau prise à haute 
mer, sur les bords de cette rivière et à la surface, ne 
contenait que 0,282 de matières salines, celle que je 
puisais au milieu de sa' largeur, vis-à-vis le môme point 
et à deux mètres de profondeur, en contenait 0,765. 

En s'éloignanl du Bec pour remonter vers sa source, 
l'eau de la Dordogne s'éclaircil à Libourne; elle est 
moins trouble à Coutras; elle est opaline à Castil- 
lon; à Sainte-Foy, elle est presciue transparente dans 
les beaux joiirs. 



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Le Drot. 

Pelile rivière prenant sa source clans le département 
de la Dordogne qu'elle parcourt, ainsi que celui du 
Lot-et-Garonne; avant d'entrer dans le département de 
la Gironde, près de Monségur, elle baigne les murs de 
celte ville, et vient se jeter dans la Garonne, près de 
Casscuil. 

L'eau du Drot est généralement trouLle, de couleur 
ambrée; sa saveur est un peu marécageuse : après 
deux jours de repos à vase clos, elle a laissé déposer 
0,062 de limon par litre. 

Ainsi dépurée, elle contient : 

Gaz acide carbonique 0,0025 

Gaz azote 0,0103 

Gaz oxigciie 0,0048 

0,0175 

Carbonarte de chaux 0,087 

Sulfate de chaux 0,036 

Chlorure de sodium 0,042 

decalcium 0,027 

de magnésium 0,014 

Silicate d'alumine 0,012 

Oxide de fer 0,005 

Matière organique albumineuse 0,041 

0,264 



Cette eau, moins limoneuse ([ue celle de la Dordogne 
et de la Garonne, est néanmoins chargée d'une assez 
grande quantité de sels calcaires pour qu'on puisse 
l'employer aux irrigations; la quantité de matière or- 
gani(|ue augmente encore ses propriétés fertilisantes; 



44 

mais on ne devrait en faire usage pour la boisson qu'a- 
près l'avoir filtrée au charbon , suivant le procédé que 
j nidi(iuerai |tlus loin. 

L'IsIc. 

La rivière de l'isle prend sa source dans la Haute- 
Vienne, Iraverse le déparlenienl de la Dordogne, et 
vient arroser ensuite loute la partie du département de 
la Gironde comprise entre Saint-Antoine et Libourne, 
où elle vient se jeter dans la Dordogne. 

L'eau de llsle est légèrement ambrée; sa saveur n'a 
rien de remarquable; elle est un peu opaline, et con- 
tient moins de matière organique que celle du Drot. 

Voici le résultat de l'analyse des eaux puisées à Ab- 
zac, à Laubardemont et à Libourne : 



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S'il était besoin d'un nouvel exemple pour indiquer 
Taction dépurative que h roulement et l'agitation 
exercent sur les eaux, l'Isle nous le fournirait : colorée, 
légèrement marécageuse, chargée de sels calcaires à 
Aljzac , elle en a déjà perdu plus d'un tiers à Laubar- 
deniont, et la moitié à Libourne; il est vrai que le 
pont d'Abzac qui traverse la rivière de l'Isle, venait d'ê- 
tre terminé depuis (juelques mois lors(|ue les échantil- 
lons sur lesquels j'ai opéré ont été puisés, el que le lit 
de celte rivière devant Abzac devait être encore garni 
de débris de démolition; toujours est-il (pie dans un 
cours de huit à dix kilomètres, sur un terrain sinueux 
et accidenté, l'eau de l'Isle a perdu plus du tiers des 
corps solubles dont elle s'était saturée sous le pont el 
dans les environs d'Abzac. 

La Droiinc. 

Cette petite rivière, qui prend sa source dans le dé- 
partement de la Haute-Vienne, n'arrose qu'une faible 
partie de notre département, dans lequel elle entre aux 
Églisottes, pour aller se réunir presque aussitôt à l'Isle, 
un peu au-dessous de Coutras. 

L'eau (le la Dronne est légéiement colorée; sa saveur est marécageuse, et 
elle fournit par l'ébulliiion de petits globules d'albumine végétale coasulée. 
Elle contient par litre : 

Gaz acide carbonique 0,0020 

Gaz oxigènc 0,0054 

Gaz azote 0,0106 

0,0180 



Carbonate de cliaux 0,104 

Sulfate de cliaux 0,037 

Chlorure de sodium 0,031 

de calcium 0,012 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière nrganiipie albumineuse . 0,017 

0,205 



47 



l.c Cirou. 

Prenant sa source dans le département de Lot-et- 
Garonne, le Ciron entre dans le département de la Gi- 
ronde près de Captieux; il traverse plusieurs com- 
munes de ce canton, se détourne vers Villandraut, et 
vient se jeter dans la Garonne, près de Barsac. 

L'eau du Ciron coulant sur un sol siliceux et alio- 
tique, se charge de la matière soluble de l'alios, et 
prend une teinte jaune paille assez prononcée; elle 
contient j)eu de sels calcaires, est transparente, rougit 
sensiblement le tournesol, et favorise peu la végéta- 
lion; c'est de telles eaux qu'on peut dire qu'elles hu- 
mectent et raniment, mais ne nourrissent pas les 
végétaux. 

EAU DO CIROM. 



A VILLANDRAUT. 



A BARSAC, 

PRÈS DE SON EMBOUCHURE. 



Elle est de couleur jaunâtre; sa sa- La couleur jaune est bien moins 

veur est marécageuse; son odeur pré- sensible; la saveur marécageuse est 'a 
sente aussi quelque chose d'herbacé. peine appréciable. 



Elle contient par litre : Elle contient par litre : 

Gaz acide carbonique 0,0020 Gaz acide carboiiiiiue 0,0025 

Gaz oxigène 0,0045 Gaz'oxigéne. .. 0,0052 

Gaz azote 0,0080 Gaz azote 0,0088 



0,0145 



0,0165 



Carbonate de chaux 0,053 Carbonate de chaux 0,002 

Sulfate de cliaux 0,016 Sulfate de chaux 0,021 

Chlorure de sodium 0,038 Chlorure de sodium 0,027 

Silice oxide de fer 0,012 Silice et oxide de fer 0,014 

Matii're organique.' 0,041 Matière organique 0,013 



0,149 



0,137 



48 



t.a l.eyre. 



La I>eyrc prend sa source dans le déparlemenl des 
Landes, entre dans celui de la Gironde par le canton 
de Belin, parcourt le territoire de Belliet, de Lugos, 
de Salles, de Mios, de Biganos, du Teich; et après 
s'être divisée en deux bras, elle va aboutir au bassin 
d'Arcachon. 

Le sol que parcourt la Leyre est éminemment sili- 
ceux;' des sables presque purs forment la base de son 
lit; aussi ses eaux sont-elles d'une pureté remarquable; 
et, n'était la matière végétale aliotique qu'elle enlève à 
ses berges, ce serait de l'eau pluviale dans toute sa 
pureté. Elles sont, du reste, de toutes les eaux cou- 
rantes du département, tant superficielles que pro- 
fondes, certainement les plus pures. 

EAU DE LA LETRE, A BIGANOS. 



Elle onnliPiit par litre : 

Gaz acide carbonique 0,0015 

Gaz oxigètie 0,0037 

Gazazote 0,0078 

0,0130 



Carbonate de chaux 0,023 

Sulfate declianx 0,010 

Chlorure de sodium 0,017 

Silice et oxide de fer 0,011 

Matit-re organique un peu albumincuse. 0,018 



0,078 



49 



m. — RUISSEAUX. 

L'eau des ruisseaux est généralement moins pure 
que l'eau des rivières; son écoulement, moins rapide, 
lui permet de se saturer de tous les principes soluMes 
(|ue lui fournissent en abondance les nombreux végé- 
taux qui vivent et meurent incessamment sur le sol 
qu'elle parcourt; elle doit donc être considérée comme 
impropre à la boisson , non qu'elle contienne des sels 
minéraux trop abondants ou dangereux, mais en rai- 
son de la masse de matières organiques albumineuses 
qu'elle renferme. On doit la réserver pour les usages 
agricoles; et s'il devenait nécessaire d'en faire usage 
pour la boisson, il faudrait préalablement la filtrer au 
charbon. 

La composition chimique de ces eaux est à peu près 
la même sur tous les points du déparlement; les pro- 
portions seules varient. 

Le département de la Gironde est sillonné par un 
grand nombre de ruisseaux. Ne pouvant soumettre 
toutes ces eaux à lanalyse chimique, j'ai pris dans 
chaque arrondissement ceux (pie leur importance si- 
gnalait plus particulièrement à mon attention. 

Ainsi, dans le 1"'' arrondissement, j'ai choisi le 
Mouron et la Saye; 

Dans le 2", le Lary, la Soulège et le Signol; 

Dans le 3% l'Andouille, la Durèze et lEngranne; 

Dans le 4% la Bassane, le Lizos et le Barlhoz; 

4 



50 

Dans le 5% lEauBourdp, l'Eau Blanche et la Jalle; 
Dans le 6" aiTondissemenl , il n y a aucun ruisseau 
d'eau douce. 



I" ARRONDISSEMENT. 



LE MOURON. 

Le Mouron est le ruisseau le plus 
considérable de l'arrondissement de 
Blayc; il prend sa source au-dessus d(! 
Saugeon , et se jetle dans la Dordogne à 
Mercamps, apri;s un trajet de 50 à 55 
kilomètres. 

L'eau du Mouron est l'une des eaux 
courantes du département les plus char- 
gées de matières salines. Elle contient 
aussi une grande quantité d'albumine 
végétale qui la rend impropre 'a la bois- 
son , mais qui doit lui donner une pro- 
priété végétative supérieure ;i celle des 
autres cours d'eau . 

PRISE AU PONT DE MAr.RlGXE, l'eAU UU 
MOURON CONTIENT PAR LITRE : 

Gaz acide carbonique. 0,0020 

Gaz oxigène 0,0045 

Gaz azote 0,0105 

0,0170 

Carbonate de chaux 0,145 

.Sulfate de chaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,056 

de calcium 0,010 

Silicate d'alumine 0,020 

Oxidcde fer 0,00G 

Matière organique albumi- 

lieusc 0,034 

0,304 



LA SAYE. 

Moins considérable que le Mouron, 
la Saye prend sa source aux conllns du 
département de la Charente, et, après 
un cours de 60 kilomètres, vient .se je- 
ter dans l'isle, au port de Girard. 

La Saye baignant des rives sur les- 
quelles croissent une grande quantité de 
plantes aquatiques, ses eaux ont une 
odeur et une saveur marécageuse très- 
prononcées; elles sont moins chargées 
de matières salines que le Mouron. 

EAU DE LA SAÏE PRISE A DEUX KILOME- 
TRES DU PORT DE GIRARD. 

Par litre : 

Gaz acide carbonique 0,0020 

Gaz oxigène 0,0047 

Gaz azote 0,0108 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,008 

Sulfate de chaux 0,010 

Chloiure de sodium 0,037 

do calcium... 0,020 

Silicate d'aiumiiie, oxide de 

fer 0,034 

Matière organique alhumi- 

neuse 0,020 



0,191 



51 



2<' ARRONDISSEMENT. 



LK LARY. 

Eau colorée en jaune-vord^li'e; sa- 
veur fade herbacée ; dépose, par le re- 
pos, des particules terreuses ' . 

Gaz acide carbonique 0,0025 

Gaz oxigène 0,0065 

Gaz azote 0,0115 

0,0205 

Carbonate de cliaux 0.122 

Sulfate de chaux 0,022 

Chlorure de sodium 0,051 

Silicate d'alumine et oxide de 

fer 0,035 

Matière organique albumi- 

neusc 0,027 

0,2CO 



LA SOULEGE, 

A C4PI,0.\G. 

Eau trouble; dépose un sédiment de 
couleur jaunâtre; saveur herbacée. 

Gaz acide carbonique 0,0030 

Gaz oxigène 0,0048 

Gaz azote 0,0103 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,102 

Sulfate de chaux 0,037 

Chlorure de sodium 0,028 

decalcium 0,023 

Silicate d'alumine et oxide de 

fer 0,017 

Matière organique albumi- 

neuse 0,022 

0,229 



LE SÉGNOL , 

A MARGUERON. 

Eau sensiblement opaque; légère teinte 
roussâtrc, saveur herbacée; contient un peu 
d'albumine végétale. 

Gaz acide carbonique 0,0025 

Gaz oxigène 0,0050 

Gaz azote 0,0110 

0,0185 

Carbonate de chaux 0,073 

Sulfate de chaux 0,017 

Chlorure de sodium 0,021 

de calcium 0,013 

Silicate d'alumine et oxide de fer.... 0,021 

Matière organique albumincusc 0,028 

0,173 

Pour éviter les redites , nous croyons devoir prévenir que tous nos chilTrcs 
se rapportent à un litre d'eau. Il est bien entendu aussi que l'évaluation des gaz a 
pour unité le litre , cl le poids des matières salines le gramme. 



52 



5" ARRONDISSEMENT. 



L'ANDOUILLE, 

A ROt'U EUR Ul* E. 

Couleur jaune-vcrdâtre, saveur et 
odeur marécageuses. 

Gaz acide carbonique 0,0030 

Gazoxigène 0,0045 

Gaz azole 0,0120 

0,0195 

Carbonate de chaux 0,067 

Sulfate de cbauï 0,041 

Chlorure de sodium 0,046 

de calcium 0,024 

Azotate alcalin, des traces. 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique très-albu- 

mineuse 0,04-../ 

0,241 



LA DUREZE, 

A LISTRAC. 

Eau limoneuse, saveur marécageuse. 
Gaz acide carbonique...^ ^^3„,^^. 

Gaz oxigéne .> imiéterminée. 

Gaz azote ) 

Carbonate de chaux 0,113 

Sulfate de chaux 0,021 

Chlorure de sodium 0,03/ 

Silicate d'alumine 0,034 

Matière organique albumi- 

neuse 0,038 

Oxide de fer ^'^^^ 

0,238 



L'ENGRANNE , 

PRÈS SAINT-GENIS. 

Couleur ambrée, saveur et odeur 
marécageuses. 
Gaz acide carbonique...^ ^j^g^lH^ 

Gaz oxigéne \ indéterminée. 

Gaz azole > 

Carbonate de chaux 0,094 

Sulfate de chaux 0,037 

Chlorure de sodium 0,040 

de calcium ' 0,014 

Silice et oxide de fer ■ 0,010 

Matière organique peu albu- 

mineuse — 0,024 

0,325 



53 



ie ARRONDISSEMENT. 



LE LIZOS, 

A AILLAS. 

Eau limpide , un peu colorée en 
jaune ; se trouble légèrement par l'é- 
bullilion. 

Gaz acide carbonique 0,0030 

Gaz oxigone 0,0047 

Gaz azote 0,0123 

0,190 

Carbonate de chaux 0,081 

Sulfate de chaux 0,035 

Chlorure de sodium 0,044 

Silicate d'alumine 0,013 

Oîiide de fer 0,006 

Matière organique albumi- 

neuse 0,018 

0,197 



LA BASSANE. 

Eau légèrement opaque et jaunâtre, 
sans saveur ni odeur. 

Gaz acide carbonique 0,0020 

Gaz oxigènc 0,0045 

Gaz azote 0,0115 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,105 

Sulfate de chaux 0,042 

Chlorure de sodium 0,037 

de calcium 0,021 

Silicate d'alumine et oxide de 

for 0,023 

Matière organique albumi- 

neuse... 0,017 

0,341 



LE BARTHOS, 

A lAVAZAN. 

Eau sensiblement opaque; saveur maré- 
cageuse prononcée. 

Gaz acide carbonique 0,0025 

Gaz oxigène 0,0048 

Gaz azote 0,0123 

0,0195 

Carbonate de chaux 0,089 

Sulfate de chaux 0,036 

Chlorure de sodium 0,054 

de calcium 0,022 

Silice et oxide de fer 0,031 

Matière organique albumincuse . 0,026 

0,258 



54 



5«' ARRONDISSEMENT. 



L'EAU BOURDE, 

A CANÉJEAN. 

Li'fîi'iemeiil opaque , sans saveur ni 
odeur marquées. 

Gaz acide carbonique.. | quantilé 

Air almospliérique 'indéterminée. 

Carbonate de ebaux 0,103 

Sulfate de chaux 0,023 

Chlorure de sodium 0,071 

Silice et nxide de fer 0,017 

Matière organique cxtractivc. 0,036 

0,239 



L'EAU BLANCHE. 

A lÉOC.XAN'. 

Plus opaque que la précédcnle ; odeur 
marécageuse. 

Gaz acide carbonique.. | quantité 

Air atmosphérique t indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,128 

Sulfate de chaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,078 

Silice et oxide de fer 0,023 

Matière organique albumi- 

neusc 0,034 

0,289 



LA JALLE 

DE BLANQUliFORT. 

L'eau de la Jalle de Blanqucforl est de cou-, 
leur ambrée ; elle est transparente , a une saveur 
herbacée et point d'odeur. 

Gaz acide carbonique 0,0020 

Gaz oxigène 0,0046 

Gaz azote 0,0104 

0.0170 

Carbonate de chaux 0,058 

Sulfate de chaux 0,024 

Chlorure de sodium 0,035 

Silice et oxide de fer 0,015 

Matière organique peu albumineuse.. 0,033 

0,164 



fi*^ ARRONDISSEMENT. 



[Nous avons dit qu'il ne renferme aucun ruisseau lemarquable] 



IV. _ SOURCES ET FONTAINES. 

Les sources qui jaillissent à la surface du sol sont 
nombreuses dans le départeinenl; loules fournissent 
des eaux potables de bonne qualité, mais toutes ne sont 
pas remar([uables. 

J'ai négligé les moins importantes pour ne m'occu- 
j)er que de celles qui m'ont été signalées pour leur pu- 
reté, leur abondance ou les services qu'elles rendent. 



I- AIIUONDISSE.^IEM. 

Blayc. 

Cet arrondissement est divisé en quatre cantons, 
(|ui ont pour chefs-lieux Blaye, Bourg, Saint-Savin et 
Saint-Ciers-Lalande; il est baigné par la Dordogne et 
la Gironde, et traversé par deux autres cours d'eau, 
le Mouron et la Saye. 

Quelques fontaines publiques remarquables et un 
grand nombre de puits y fournissent l'eau nécessaire 
aux besoins domestiques et à la boisson. Nous ne nous 
occuperons, dans ce chapitre, ([ue des eaux de sour- 
ces ou de fontaines. 

Blaye, chef-lieu de l'arrondissement, possède l'une 
des fontaines les plus abondantes du déparlement; elle 
fournil , |)ar six cannelles de 6 centimètres d'ouverture 
chacune, une eau limpide, agréable, sans odeur ni 
couleur, manjuanl de 9 à 10 degrés au thermomètre 



56 

centigrade, l'air étant à 24; elle sullfit amplement à la 
boisson des habitants de la ville, et alimente un lavoir 
public, très-vaste , dont les eaux se rendent dans le 
fleuve. Kn voici l'analyse : 

Gaz acide carbonique 0,0190 

Air atmosphérique 0,0030 

0,0220 

Carbonate de chaux 0.165 

Sulfate de chaux 0,030 

Chlorure de sodium 0,048 

Sihcc et oxidc de fer 0,017 

Matii're organique , des traces. 
Aucune trace d'iode. 

0,250 

BOURG. — La population de Bourg fait usage pour 
boisson de l'eau d'une fontaine placée au bas du coteau 
sur lequel est bâtie la ville, non loin des bords de laDor- 
dogne. Cette fontaine coule par <iuatre cannelles, de 
trois centimètres d'ouverture, et fournit en toute saison 
une eau fraîche et limpide, exempte d'odeur et de cou- 
leur; elle suflit non-seulement à la boisson des habi- 
tants, qui reconnaissent sa supériorité sur l'eau de 
leurs puils, mais encore, comme la fontaine de Blaye, 
elle alimente un beau lavoir couvert, très-bien disposé, 
dont les eaux s'écoulent dans la Dordogne. 

Celte eau , qui parait d'une grande fraîcheur en été 
et tempérée en hiver, marque de 9 à 10 degrés au 
thermomètre centigrade. 

GAURiAc. — La petite ville de Gauriac est privée de 
fontaine publi(iue; la population n'emploie pour sa 
boisson (|ue l'eau de puits. Cette commune renferme 



57 

cepcndanl de petites sources superficielles , peu abon- 
dantes il est vrai, mais dont l'eau est bien supérieure 
à l'eau des puits de l'endroit. 



FONTAINE DE BOURG. 



SOURCE DE GAURIAC. 



Gaz acide carbonique 0,0220 Gaz acide carbonique 0,0l6o 

Air atmosphérique 0,0020 Air atmosphérique 0,0035 

0,0240 

Carbonate de chaux 0,307 

Sulfate de chaux 0.057 

Chlorurede sodium 0,065 

de calcium 0,062 

Silice el oxide de fer 0,017 

Matière organique , des traces. 

0,508 



0,0200 

Carbonate de chaux 0,268 

Sulfate de chaux 0,062 

Chlorure de sodium 0,084 

de calcium 0,013 

Silice et oxide de fer 0,012 

Matière organique 0,006 

0,445 



BAYON. — Comme la commune de Gauriac, celle de 
Bayon est privée de fontaine publique; les babitants ne 
font usage pour leur boisson que d'eau de puits , bien 
(ju'il se trouve à peu de distance du bourg de belles et 
bonnes eaux de sources. 

Voici l'analyse de ces dernières eaux, puisées dans le 
domaine de M. de Châtaignier : 



SOURCE DU SOL. 



FONTAINE DV CAILLOU. 



Gaz acide carbonique 0,0195 Gaz acide carbonique 0,0200 

Air atmosphérique 0,0025 Air atmosphérique 0,0025 



0,0220 

Carbonate de chaux 0,195 

Sullate de chaux 0,045 

Chlorure de sodium 0,036 

de calcium . 0,014 

Silicate d'alumine 0,020 

Oxide de fer et matière orga- 
nique 0,000 

0,310 



0.0225 

Carbonate de chaux 0,170 

Sulfate dechaux 0,110 

Chlorure de sodium 0,090 

de calcium 0,010 

Silice et oxide de fer 0,015 

Matière organique 0,008 

0,403 



58 

ÉTAiiLiERS. — Au cenlre du hoiirg d'Étaulicrs, dans 
la propriété de M. Perrault, il cxislc une fontaine 
très-abondante, dont l'eau jaillit à trois mètres du sol, 
et est retenue dans un bassin d'où elle se répand en- 
suite dans la propriété, et sert à des irrigations; elle 
jouit dans la contrée d'une grande réputation , non- 
seulement à cause de sa fraîcheur et de son abondance , 
mais aussi parce qu'elle renferme une petite (juanlité de 
crénate de fer, qui lui donne une propriété appéritive 
et emménagoguc; aussi est-elle recherciiée des per- 
sonnes qui ont une tendance à la chlorose. Comme 
toutes les eaux minéralisées par le crénate de for, l'eau 
delà source de M. Perrault est légèrement atrainentaire 
en sortant de la source; mais cette saveur disparaît 
bientôt sous l'influence de l'air et de la lumière qui 
décompose le sel ferreux; l'oxide métalli(|ue se dépose 
sous forme d'une matière ocracée, et l'eau devient alors 
excellente au goût, car elle est d'ailleurs d'une grande 
pureté. Ainsi , cette eau, à sa source , est une eau miné- 
rale dont les effets sont remaripuibles, et quebpies heu- 
res après avoir été puisée, elle est potable et de très- 
bonne qualité. 

SAixT-SAViN. — A feutrée du bourg de Sainl-Savin , 
on remarque plusieurs sources jaillissant au niveau 
du sol, au pied d'un coteau peu élevé, d'où elles sem- 
blent provenir. La plus considérable de ces sources est 
celle dite de la Garenne; ses eaux alimentent un la- 
voir public avant de se |)erdre dans un vaste fossé, 
qui la conduit dans les propriétés voisines : elles sont 



59 

d'une fraiclicur remarquable, leur lempéraUire n'étant 
que de 8 degrés '/^ quand lair est à 24; leur linij)i(lilé 
est parfaite, leur saveur franche et agréable; on pour- 
rail à peu de frais les conduire sur la j)lace de Sainl- 
Savin, et procurer par là aux habitants une boisson 
aussi agréable que salubre. 

SOURCE DE M. PERRAULT. SOURCE DE LA GARENNE. 

Gaz aciile ciii'boiiiquc 0,0110 Gaz acide carbonifiiic 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 Air aliiiospliérique 0,0020 



0,0125 0,0185 



Carbonalc (le chaux 0,043 Carbonale de chaux 0,162 

Sulfate de chaux 0,007 Sulfate rie chaux 0,0.37 

Chlorure de sodium 0,034 Chlorure rie sodium 0,002 

Crénatc de fer 0,021 Silice et oxide de fer 0,016 

Silice et matière organique... 0,033 Maticjrc organique 0,004 



0,126 0,381 



2« ARRONDISSEMENT. 

I.ihoiii'iie. 

L'arrondissement de Libourne, le plus fertile et l'un 
des plus riches et des plus pouj)lés dn département, 
est divisé en neuf cantons, ayant pour chefs-lieux Li- 
bourne, Brannes, Castillon, Contras, Sainte-Foy, Fron- 
sac, Guitres, Lussac et Pujols. Il est arrosé par trois 
rivières navigables, l'Isle, la Dronne et la Dordogne, 
et par un grand nombre de ruisseaux dont nous avons 
déjà parlé. Indépendamment de ces cours d'eaux, le 
deuxième arrondissement renferme un grand nondtre 



60 

(le sources supcrlicielles ou fontaines, que nous allons 
passer successivement en revue. 

Libourne, chef-lieu de rarrondissemenl, est, après 
Bordeaux, la principale ville du département; sans 
avoir des fontaines élégantes, elle a l'inappréciable 
avantage d'être pourvue d'excellentes eaux, qu'elle dis- 
tribue dans ses divers quartiers à l'aide de fontaines à 
pompe d'une grande simplicité. Il est fâcheux qu'étant 
située sur la Dordogne et au conlluent même de la ri- 
vière de l'Isle , elle n'ait pas augmenté son système hy- 
draulique de l'eau nécessaire à l'irrigation de ses rues 
et de ses marchés. 

Émule de notre cité, Libourne ne voudra pas rester 
en arrière de Bordeaux, qui va enfin se voir doté d'un 
système hydraulique complet. 

Ses fontaines, ses puits nombreux, suffisent sans 
doute aux besoins domestiques; mais un chàteau-d'eau, 
placé sur le point culminant de la ville, lui est indis- 
pensable pour ses a([ueducs et ses bas quartiers. 

L'eau des fontaines publiques et celle des puits est, 
à peu de chose près, identique, ce qui fait supposer 
qu'ils sont alimentés par la même nappe d'eau. L'eau 
de la source des lavoirs fait exception ; elle est remar- 
(juable par sa pureté. 



61 



EAU DES FONTAINES DE LIBOURNE. 



FONTAINE DE LA HALLE. 

Marque 12 degrés , l'air étant îi 24. 
Saveur fraiclie, agréable, limpidité 
parfaite; sans odeur ni couleur. 

Gaz afide carbonique 0,0175 



FONTAINE 
DE LA RUE DE GUITRES. 

Mêmes caractères physiques que celle 
de la fnnlaine delà Halle. 

Marque 11 degrés '/, , l'air 'a 24. 



Air atmosphérique 0,0020 Gaz acide carbonique 0,0170 

- Air atmosphérique 0,0020 



0,0195 

Carbonate de chaux 0,237 

Sul-fate de chaux 0,042 

Azotate de potasse 0,026 

Chlorure de sodium 0,0.31 

Silice et oxide de fer 0,012 

Matière organique 0,007 



0,355 



0,0190 

Carbonate de chaux 0,213 

Sulfate de chaux 0,047 

Azotate de potasse 0,028 

Chlorure de sodium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,01.') 

Matière organique 0,008 



0,337 



SOURCE DES LAVOIRS. 

Fraîche, agréable, limpide, sans 
odeur ni couleur. 

Marque 10 degrés '/. . ''»'!' ^ 24. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0025 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,158 

Sultate dechaux 0,072 

Chlorure de sodium 0,018 

de calcium 0,012 

Silice et oxide de fer 0,011 

Matière organique 0,006 

0,277 



FONTAINE REDEUILH. 

Saveur agréable , limpidité parfaite. 
Marque 10 degrés '/.;• 

Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmosphérique 0,0035 

0,0170 

Carbonate de chaux 0,105 

Sulfate de cliaux 0,075 

Azotate de potasse 0,042 

Chlorure de sodium 0,038 

de calcium 0,053 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,008 

0,339 



SAiNT-ÉMiLioN. — Petite ville fort ancienne, aussi 
vemaniuable par sa position pittores((ne que par la 



62 

bonic de son vin , l'abondance et la pureté de ses eaux. 
Elle renferme deux fontaines |)ubli(|ues : l'une, la prin- 
cipale, coule des ruines de l'ancien Château du Roi, 
par deux cannelles de quatre à cin(i centimètres d'ou- 
verlurc; elle fournit une eau fraîche, limpide, d'une 
saveur agréable, qui alimente un vaste lavoir; l'autre, 
un peu moins abondante, se nomme la Fontaine de la 
Place : l'eau quelle débile est aussi limpide, mais moins 
fraiclie que la première; elle se répand dans la grande 
rue, dont elle lave le pavé, y entretenant en été une 
fraîcheur aussi agréable que salutaire. Ces deux fon- 
taines suflisent, et au delà, à tous les besoins de la po- 
pulation. 



FONTAINE DU ROI 
Marque 9 degrés, l'iiir élanl h 25. 



FONTAINE DE LA PLACE. 

Marquo 10 degrés, l'air étant ii 25. 



Gaz acide carbonique 0,0100 Gaz acide carbonique 0,0170 

Air aimospbériiiue 0,0035 Air atmosphérique 0,0035 



0,0185 



0,0195 



Carbonate de cbaux 0,156 Carbonate de diaux 0,303 

Sulfate de cbaux 0,047 Suliate de chaux 0,045 

Azotate (le potasse 0,038 Azotate de potasse 0,021 

Chlorure de sodium 0.(r21 Chlorure de sodium 0,025 

de calcium 0,030 de calcium 0,014 

Silice et oxide de fer 0,033 Silice et oxide de fer 0,009 

Matière organique 0,008 MatiiMC organique 0,005 



0,313 



0,421 



tsAROX. — Ce ]!elit bourg ne renferme aucune fon- 
taine publi(|ue, bien qu'il existe dans la localité une 
foule de sources superlicielles dont les eaux sont bien 
supérieures à celles des puits. 



63 

SOURCES SUPERFICIELLES DE LA PROPRIÉTÉ 

A nARON. 

Fraîche, agréable, limpide, sans odeur ni couleur. 

Marque 10 degrés, l'air étant S 22. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air almospliérique 0,0035 

0,0190 

Carbonate de chaux. . 0,157 

Sulfate dechaux 0,092 

Clilorure de sodium 0,083 

Silicate d'ahimine 0,037 

Oxide de fer 0,007 

Matière organique 0,011 

0,387 



r.ASTiLLON. — Castillon possède un assez grand noni- 
hrc de fontaines dont l'eau, d'excellente qualité, suflit 
à la hoisson des habitants; avantage d'autant plus im- 
portant pour la population, que l'eau des puits de la 
localité est fort mauvaise. 

Les trois fontaines principales sont : la fontaine Pey- 
ronin, celle de Lagrave et celle de Tranchard , dont les 
eaux abondantes et pures réunissent toutes les qua- 
lités désirables. 

FONTAINE TRANCHARD. 

Limpide, fraîche, agréable. 
Marque 9 degrés '/,, l'airélant h 22. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0020 

~Ô,W9Ô 

Carbonate dechaux O.ÛfJS 

Sulfate de cliaux 0,Oi!l 

Azotate de potasse 0,025 

Chlorure de sodium 0,027 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,008 

0,102 

Cette eau est l'une des meilleures du 
département. 



FONTAINE LA GRAVE. 

Limpide, incolore, inodore; saveur 
fraîche, agréable. 

Marque lOdegrés, l'air étant h 22. 

Gaz acide carbonique 0,0190 

Air atrno'^I)llériaue 0.0020 






Carbonate de chaux... 
Sulfate de chaux.... . 
Azotate de potasse 


0,0210 

0.152 

0,085 

0,013 

0,085 


de calcium.. 


0,017 


Silice et oxide de fer.. , 
Matière organique 


0,008 

0,005 



0,305 



64 



FONTAINE PEYRONIN. 

Légère, agréable, limpide. 

Marque 10 degrés, l'air étant \) 32. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0190 



Carbonate de chaux 0,097 

Sulfate de chaux 0,031 

Azotate de potasse 0,028 

Chlorure de sodium ,. 0,046 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,008 



0,226 



couTRAS. — Le canton de Contras, arrosé par denx 
petites rivières, la Dronne el l'Isle, est le pins fertile de 
l'arrondissement. Vn dn haut des coteaux qui bordent 
la rivière de l'Isle, la plaine de Coutras présente l'as- 
pect le plus pittoresque el le plus ravissant; les sinuo- 
sités de risle, la richesse des pâturages, la variété des 
cultures, tout dénote l'un de ces terrains privilégiés où 
se trouvent réunis la qualité du sol el l'abondance des 
eaux (pii le vivilienl. Ce canton joint à tant d'avanta- 
ges celui de posséder des eaux délicieuses qui jaillissent 
sur presque tous les points, el s'écoulent dans l'une 
des deux rivières qui le traversent, après y avoir ré- 
pandu la fraîcheur, la fertilité, la vie. 

La petite ville de Coutras renferme un grand nom- 
bre de sources superficielles appartenant toutes à la 
même nappe d'eau, de telle sorte (jucn analyser une, 
c'est, à peu de chose près, connaître la nature de 
toutes les autres. Nous allons indiquer les résultats 



m 

(le l'analyse de la source ou fontaine Vidal, située au 
centre de la grande rue, comme type de l'eau des fon- 
taines de Coulras. 

FONTAINE VIDAL, a coutras. 

Abondante, pure, rraiciio , agréable. 

Marque 10 degrés, l'air étant à 23. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,075 

Sulfate de chaux ■.... 0,029 

Azotate de potasse 0,020 

Chlorure de sodium 0,041 

Silice et oxide de fer 0,01 G 

Matière organique 0,003 

0,189 

SAiNTE-FOY. — La ville de Sainle-Foy ne renferme 
dans son enceinte proprement dite, aucune fontaine 
jaillissante; mais on a établi sur quelques points, iio- 
lamnicnl à chacun des angles de la grande place, des 
puits-fontaines qui servent aux besoins domestiques et 
à la boisson. L'eau de ces puits-fontaines rentrant dans 
la catégorie des eaux profondes, nous aurons à les 
examiner plus loin. Je me bornerai ici à faire connaî- 
tre les résultats de l'analyse de l'eau de la fontaine de 
la Porte de Bergerac , seule source superficielle (pie 
possède Sainle-Foy. 

CADiLLAC-suR-DORDOGNE. — Lc petit bourg de Ca- 
dillac ne possède aucune fontaine publi((ue; les habi- 
tants font exclusivement usage d'eau de puits. Toute- 
fois, à peu de distance du bourg, dans la propriété du 



Branda, apparicnani à M. de Vassal, il cxisic une fon- 
taine abondante très-renommée, dont j'ai voulu ana- 
lyser les eaux. 

FONTAIXE DE LA PORTE DE FONTAINE DU BUANDA , 

BERGERAC , a sainte-f(iy. a cadillac-sir dordogne. 

Limpide, fraiclie, agréable nu goûl, Saveur fraîche, agréable, lirapidilé 

mais pou abondante. parl'aiic, sans odeur ui couleur. 

Gaz acide carbonique 0,0100 Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atniosplicrique • 0,00-20 Air almospliérique 0,0025 

0,0180 

0,0150 



Carbonate de cliaux 0,250 

Sulfate de chaux 0,067 Carbonate de chaux 0,218 

Azotate de potasse 0,031 Sulfate de chaux 08.5 

Chlorure de sodium 0,127 Azotate de potasse 0,020 

Silice et oxide de 1er 0,014 Chlorure de sodium 0,112 

Matiiîrc organique 0,002 Silice et oxide de fer 0,019 

Matière organique 0,008 



0,491 



0,468 



Rien de remarciuable dans la nature chimique de 
l'eau de la fontaine du Branda , ne vient juslilier la ré- 
putation dont elle jouit dans la localité. 

GLiTREs. — Bàli sur un coteau au confluent de l'Isle 
et du Lary, Guilres possède deux fontaines publiques, 
dont l'une est due à la munificence de M. le duc de 
Caze. L'eau de ces fontaines n'est pas de très-bonne 
(lualilé; elle est loin de valoir celle de la fontaine Grin- 
eliamp, située à quelque dislance du bourg. L'eau de 
celle-ci jaillit par deux cannelles de trois à quatre cen- 
timètres d'ouverture, et alimente un lavoir; sa saveur 
est fraîche et agréable, et sa température est à 1) de- 
grés '/, , l'air élan! à 24. 



67 



EAU DE LA FONTAINE DE CAZE, 

A GUITIIES. 



ANCIENNE FONTAINE 

PF. (iUITRES. 



Gaz acide carboniiiiic 0,0170 Gaz acido carboiiiiiue 0,0165 

Air atiiiosiiliérique 0,0020 Air atniosplu'riqiie 0,0020 



0,0190 



Carbonate de rhaux 0,410 

Sulfate de diaux 0,187 

Azotate calcaire... 0,018 

Clilorure de sodium 0,053 

decalcium 0,031 

Silice et oxide de fer 0, 022 

Matière organique 0,007 



0,753 



0,0185 

Carbonate 'de clianx 0,385 

Sulfate de cbaux 0,108 

Azotate calcaire 0,050 

Chlorure de sodium 0,0G2 

de calcium 0,028 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,005 



0,721 



EAU DE LA FONTAINE GRINCHAMP, 

PRÈS GUIIRES. 

Gaz acide carbonique 0,0100 

Air almosphérique 0,0025 

■ 0,0185 

Carbonate de chaux 0,207 

Sulfate de chaux 0,088 

Azotate dépotasse 0,053 

Chlorure de sodium 0,102 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,006 

0,529 



LussAC occupe une position très-agréable sur un 
plateau élevé, entouré de ruisseaux et de riants val- 
lons. Si le bourg ne renferme aucune fontaine, ou en 
trouve à peu de distance plusieurs (jui fournissent des 
eaux d'excellente qualité; nous avons surtout remarqué 
les fontaines de Piquol et de Picampot : la première, 



68 

de forme carrée, de conslruction antique, bâtie à mi- 
coteau, au centre d'une prairie qu'elle irrigue dans 
tous les sens, fournil une eau limpide, pure, agréable au 
goût. La deuxième, à ([uelques centaines de mètres de 
celle-ci, est plus abondante encore; elle est aussi, fraî- 
che, agréable, limpide, mais elle contient un peu plus 
de sels calcaires et de matière organique. 

FONTAINE DE PIQUOT , SOURCE DE PICAMPOT. 

PRÎÎS LUSSAC ALIMENTANT UN LAVOIR, l'RÈS LUSSAC. 

r.az acide carbonique 0,0170 Gaz acide carbonique 0,0100 

Air atmospliérique 0,020 Air aimospliérique 0,0020 

0,0190 0,0180 

Carbonale de cbaux 0,201 Carbonate de chaux 0,258 

Sulfaie de cliaux 0,033 Sulfate de chaux 0,018 

Chlorure de sodium 0,018 Azotate de potasse ... 0,05-2 

Silice et oxide de fer 0,016 chlorure de sodium 0,0-22 

Matière organique -... 0,005 silice et oxide de fer 0,024 

Matière organique 0,009 



0,272 



0,.S83 



PUYSSEGUiN. — Commune roclieuse, fournissant d'ex- 
cellentes pierres et des argiles d'une> grande pureté. 
C'est sans doute à la présence des couches argileuses 
nlcrposées dans les bancs calcaires, (pi'il faut attri- 
buer la bonne (jualilé des eaux de ses puits, bien supé- 
rieures à celles des puits des environs. Sur le bord de 
la roule, et à peu de dislance du bourg, il existe une 
petite fontaine dont runi(|ue cannelle fournit cons- 
tamment une eau pure et limpide. 



69 



EAU DE LA PETITE FONTAINE 

DE PUVSSEGUIiN. 

Gaz aciile carbonique 0,0130 

Air atmosphérique 0,0015 



0,0145 



Carbonate de chaux 0,107 

Sulfate de chaux 0,096 

Azotate de chaux 0,032 

ChUii'ure de sodium 0,085 

Silicate d'alumine 0,015 

Oxide de fer et matière organique.... 0,012 



0,347 



5^ ARRONDISSEMENT. 



La Itéole. 



L'arroiulisscinenl de La Réole est divise en six cail- 
lons, qui ont pour chefs-lieux : La Réole, Saint-Ma- 
cairc, Monségur, Pellegrue, Sauveterre et Targon. 
Bien qu'arrosé sur plusieurs points par le Drol, la Ga- 
ronne el plusieurs de leurs petits aflluenls, le sol est 
généralement plus sec dans cet arrondissement que 
dans le reste de la Gironde. Ce fait trouve son explica- 
tion , tant dans la topographie du pays que dans la na- 
ture perméable du terrain, qui le rend moins propre à 
conserver l'humidité; aussi les sources sont-elles ijénc- 
ralemcnt peu nombreuses, et les puits profonds. 

Chef-lieu de l'arrondissement, la ville de La Réole, 
bàlic sur un tertre élevé, ne renferme aucune fontaine 
remarquable; celles qui servent aux besoins de la po- 



70 

pulation sonl de triste apparence et fournissenl peu 
d'eau; encore est-elle de qualité inférieure. Mais il 
existe à quelque distance de JLa Réole une source qui 
jaillit à trente ou quarante centimètres du sol, et four- 
nit une eau abondante et pure ; on la nomme la fon- 
taine du Turon; elle jouit dans la contrée d'une cer- 
taine réputation, en raison sans doute de la pureté, 
de ses eaux, qui est, en efl'et, rcmarijuable. 

SAiNT-MAiXANT, petite communc située partie sur 
le coteau littoral, partie dans la vallée de la Ga- 
ronne, renferme quelques sources et des puits nom- 
breux; les sources jaillissent du coteau; feau qu'elles 
donnent est fraîche, limpide, d'une saveur franche et 
agréable. En voici l'analyse : 



FONTAINE DU TURON. 

Marque 10 degrés, l'aii' étant b 24. 
S:iveur fraîche , agréable, limpidité 
parfaite; sans couleur ni odeur. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmospliérique 0,0020 



EAU DE SOURCE 

PUISÉE AU CHATEAU DK LAVISON, PRES 

SAINT-MAIXANI. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosiiliérique 0,0020 



0,0180 



0,0180 



Carbonate de chaux 0,270 

Sulfate de chaux 0,081 

Chlorure de sodium 0,152 

de calcium 0,038 

Silicate d'alumine 0,0.32 

Oxide de fer et matière orga- 
nique 0,011 



Carbonate de ciiaux._ 0,177 

Sulfate de chaux .. .". 0,002 

Chlorure de sodium 0,054 

de calcium 0,014 

silice et oxide de fer 0,01 6 

Matière organique 0,008 



0,331 



0,584 



MONSÉGUR. — Ce canton est traversé par le Drot et 
par plusieurs petits ruisseaux; le plus considérable est 



71 

rAïulouille, qui prend sa source dans le déparlenienl 
du Lot-el-Garonne. 

La petite ville de Monségur, située au sommet d'un 
coteau (|ui domine la vallée du Drot , possède une fon- 
taine publique, qui fournil à la population une eau 
d'excellente qualité; l'excédant alimente un lavoir vaste 
et bien entretenu. 

L'eau s'écoule par deux cannelles de trois à ((uatre 
centimètres d'ouverture; sa température est de 9 dé- 
lires Vv» 'i*''' étant à 22 degrés. Monségur renferme 
aussi un grand nombre de puits fournissant d'assez 
bonnes eaux dont nous examinerons la nature au cba- 
pitre des eaux profondes. L'eau de la fontaine pu- 
blique est limpide, d'une saveur agréable, sans couleur 
ni odeur. 

FONTAINE DE MONSÉGUR. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air alttiosplièrique 0,0020 



0,0150 



Carbonate de chaux 0.1-24 

Sulfalc de chaux 0,06.5 

Chlorure de sodium 0,0.54 

de calcium 0,034 

de magnésium 0,011 

Silice cl oxide de fer 0,024 

Matière organique 0,003 

0,305 



72 



4^ ARRONDISSEMEINT. 



Uazas. 



I 



L'arrondissemcnl de Bazas renferme sept cantons, 
(lonl les chefs-lieux sont : Bazas, Auros, Captieux, 
Grignols, Langon, Saint-Symphorien et Villandrault; 
il est bordé par la Garonne et arrose dans son intérieur 
par un grand nombre de cours d'eaux, dont le plus 
important est le Ciron , qui partage l'arrondissement en 
deux parties. 

Bazas est l'une des villes les plus anciennes du dé- 
partement; elle renferme plusieurs fontaines publi- 
(|ues; les plus remarquables sont celle de Bragous, la 
Fond d'Espans et celle des Capucins. La première four- 
nit, par trois cannelles de quatre centimètres d'ouver- 
ture, une eau dont les sécheresses les plus prolongées 
ne diminuent pas l'abondance; les deux autres n'en 
ont (ju'une; elles suffisent néanmoins aux besoins de 
leurs quartiers. La Fond d'Espans alimente en outre un 
vaste abreuvoir. 

Les environs de Bazas renferment aussi des sources 
nombreuses; je signalerai surtout la fontaine d'Ausone, 
la source incrustante du Trou d'Enfer, la fontaine du 
Bourreau, l'eau ferrugineuse de Belloc, et l'eau sulfu- 
reuse de Recaire. Toutes ces sources sont remarqua- 
bles, les unes par les souvenirs qu'elles rappellent, les 
auires par leur action médicale. Nous laisserons celles- 
ci pour nous en occuper avec les eaux minérales. 



73 



FONTAINE DES CAPUCINS. 

Une cannelle. Marque 10 degrés. 

Limpide, saveur terreuse trcs-pro- 
noncée. 

Gaz acide carbonique 0,03-20 

Air almosphérique 0,0015 

0,0235 

Carbonate de chaux 0,383 

Sulfate de chaux 0,278 

Azolale de chaux 0,095 

de magnésie 0,052 

Chlorure de sodium 0,340 

Silice et oxide de fer 0,022 

Matière organique 0,009 

1,179 
EAU DU TROU D'ENFER. 

INCRUSTANTE. 

Limpidité parfaite, saveur fraîche et 
piquante. 

Gaz acide carbonique 0,0270 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0290 

Carbonate de cliaux 0,607 

Sulfate de chaux 0,055 

Chlorure de sodium 0,037 

de calcium 0,018 

Silice et oxide de for 0,021 

Matière organique 0,004 

0,742 



FONTAINE DU BOURREAU, 

,V '/, KILOMÈTRE DE BAZAS. 

Source abondante , eau limpide, fraî- 
che et agréable. 

D'après la tradition du pays , c'est ;i 
celte fontaine que le bourreau lavait les 
instruments du supplice. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0190 



FONTAINE D'ESPANS. 

Une cannelle. Marque 9 degrés '/.• 
Limpidité parfaite, saveur fraîche et 
agréable. 

Gaz aciilc carbonique 0,0160 

Air almosphérique 0,0020 

0,0180 



Carbonate de chaux 0,232 

Sulfate de chaux 0,051 

Azotate de chaux 0,024 

de magnésie 0,018 

Chlorure de sodium 0,042 

Silice et oxide de fer 0,013 

Malièrc organique 0,006 

o7386 



Carbonate de chaux 0,220 

Sulfate de chaux 0,063 

Chlorure de sodium 0,060 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique.. 0,005 

~0,371 



FONTAINE BRAGOUS. 
Trois cannelles. Marque 10 degrés, 
l'air étant îi 24. 

Limpidité parfaite, saveur terreuse. 

Gaz acide carbonique 0,0180 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0200 



Carbonate de chaux 0,507 

Sulfate de chaux 0,106 

Azotate de chaux 0,065 

de magnésie 0,030 

Chlorure de sodium 0,182 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique 0,007 

0,918 

FONTAINE D'AUSONE. 
Limpide, agréable, sans odeur ni 
couleur. 

Gaz acide cnrboni(|ue 0,01''i-5 

Air atmosphérique 0,0025 

0,0170 

Carbonate de chaux 0,178 

Sulfate de chaux 0,022 

Azotate de potasse 0,018 

Chlorure de sodium 0,042 

de calcium 0,016 

Silice el oxide de fer 0,014 

Matière organique . 0,003 

0,293 



74 



CANTON DE CAPTIEUX. 



Ce canton, Tun des moins fertiles de l'arrondissement, 
se ressent du voisinage des Landes; son sol, complè- 
tement sablonneux, est arrosé par le Ciron et plu- 
sieurs de ses affluents. 

L'alios qui recouvre une grande partie du sous-sol 
du canton de Captieux, maintient à peu de profondeur 
les eaux pluviales, qui, en été, s'évaporent |)rompte- 
menl sous l'inlluence des rayons solaires, mais inon- 
dent en hiver presque tout le canton. Cette couche alio- 
tique imperméable a le double inconvénient de s'op- 
poser à l'intîllration des eaux dans les profondeurs du 
sol, et d'empêcher l'ascension interstitielle de l'eau 
des couches souterraines lorsque le sol est desséché. 

Aussi le canton de Captieux ne possède-t-il aucune 
source ascensionnelle importante; les habitants ne font 
usage pour la boisson que d'eau superiicielle ou du 
moins très-peu profonde, accumulée dans de.i puits ou 
citernes à fleur de terre. Cette eau, de couleur jaune, 
de saveur marécageuse, forme une catégorie spéciale 
que nous examinerons en son lieu. 

Je ne parlerai ici que de la fontaine de Lagïie, si- 
tuée dans le bourg de Captieux, et remarquable par sa 
pureté; c'est de l'eau pluviale presque pure échappée 
à l'action de l'alios, et conservée dans (juel([ue cavité 
soutcrraiue argileuse. Voici sa composition : 



75 



FONTAINE DE LAGUE, 

A CAPTIEUX. 

Saveur agréable, fraîche, sans odeur ni ceu- 
leur. 

Marque 12 degrés, l'air étiint à 30 

Gaz acide carbonique 0,0070 

Air almospliérique 0,0030 

0,0090 

Carbonate de chaux 0,021 

Sulfale dccliaux 0,011 

Chlorure de sodium 0,036 

Silice et oside de fer 0,012 

Matière organique 0,006 



0,086 



CANTON DE GBIGNOLSi 



Ce canlon est arrosé par plusieurs ruisseaux; les plus 
considérables sont le Lizos el le Berlhos. Le Icrrain 
y est Lien meilleur au point de vue agricole que dans 
le canton précédent; néanmoins il ne renferme au- 
cune source considérable; mais on trouve sur plu- 
sieurs points de petites sources dont l'eau serpente' 
à la surfarcc du sol. Le bourg de Grignols renferme un 
puits-fontaine public, dont la population fait usage 
pour ses besoins. A (pu'l(|ue dislance du bourg , il 
existe une fontaine peu remarquable pour son abon- 
dance, mais très-renommée pour la pureté el la légè- 
reté de ses eaux; elle est connue dans la contrée sous 
le nom de Fontaine de Presbos. 



76 



FONTAINE DE PRESBOS, 

J'niiS GRIGNOLS. 

Eau limpide, fraîche, agiéablc. 
Marque 11 degrés, l'air étant à 21. 

Gaz acide carbonique 0,0210 

Air atmospliérique 0,0025 

0,0235 

Carbonate de cliaus 0,082 

Sulfate de chaux 0,063 

Chlorure de sodium 0,065 

de calcium 0,015 

Silice et oxidc de fer 0,012 

Matière organique 0,006 



0,243 



CANTON DE LANGON» 



Ce canlon se divise en deux grandes pailies, la 
hanle et la basse-plaine : la basse-plaine, formée de 
terrains alluvionnels, est bordée par la Garonne; il ne 
s'y trouve aucune source jaillissante; elle renferme des 
puits nombreux. La haute-plaine, au contraire, for- 
mée de calcaire et de graviers , permet aux eaux plu- 
viales de traverser le sol , et de former dans les par- 
tics souterraines des nappes d'eau qui viennent se 
faire jour sur plusieurs point du coteau. L'une de 
ces sources, la plus remarquable pour son abondance, 
est celle qu'on désigne dans le pays par le nom de 
Fontaine du Briou , et dont les eaux alimentent un la- 
voir. 



77 

LANGON. — La pclile ville tle Langon possède des 
fontaines publi([ues qui, jointes aux puits nombreux 
de la ville, suffisent à tous les besoins de la population. 
L'eau de ces fontaines est élevée au-dessus du sol, à 
l'aide de pompes à manivelles; elle est transparente, 
agréable au goût; sa température est de II degrés, 
l'air étant à 20. 

FOiNTAINE DU BRIOU, FONTAINE DE LA PLACE, 

PRÈS lA^OON. A LANGON. 

Eau lirapiile, agréable. Gaz acide carbonique 0,0185 

Marque 10 degrés, l'air élaiU h 23. /^i,. almospliérique 0,0020 

Gaz acide carbonique. .. 0,0130 

Air almospliérique 0,0020 0,0205 



0'01'''Q Carbonate de cliaux 0,195 

Suliale de cbaux 0,103 

Chlorure de sodium 0,04-2 

de calcium 0,016 

, , „ Aci Azotate de potasse 0,065 

Azotate de chaux 0,02a „.,. . ,> , . ,-i „tt 

a:,: :.,„..„ r„.. r, A 1 , Silicate d alumine 0,017 



Carbonate de cbaux 0,197 

Sulfate de chaux 0,081 

Chlorure de sodium 0,054 



Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,005 

0,373 

On trouve rarement des azotates dans 
l'eau (les fontaines rurales. J'attribue la 
présence de celui qui se trouve dans l'eau 
de la fontaine du Briou , aux fumiers qui 
recouvrent les terres aux environs de 
cette source. 



Oxide de fer et matière orga- 
nique 0,010 



0,417 



CANTON DE VlLtANDRATJLT. 



Comme le canton de Captieux, celui de Villandrault, 
limitrophe du département des Landes, participe de la 
nature de son sol. Villandrault, clief-lieu du canton, 
est un gros bourg baigné par le Ciron, sur lequel on 
a jeté un pont. Pas plus que les localités environnaii- 



78 

los, Villandranll ne possède de fontaine; sa popula- 
lion iail exclusivement usai:;e d'eau de puits. A peu de 
dislance du pont de Viliandrault , jaillissent deux sour- 
ces assez renianjuahles , connues sous le nom de Fon- 
taines du Credo : l'une est légèrement alramentaire, 
l'autre a une saveur franche et agréable. 

Il n'en est fait usage que par les personnes du voi- 
sinage, bien (jue la première ait été, jjendant long- 
temps, recommandée dans les alVections chlorotiques. 

Nous ne donnons ici que les résultats de l'analyse de 
la seconde, nous réservant de donner ceux de l'eau fer- 
rugineuse au paragraphe des eaux minérales. 

FONTAIiNli: DU CREDO. 
Eau fraîclie, agréable, sans odeur ni coalcar. 

C,;n acide carbonique 0,0110 

Air atmo<pliéri([ue 0,0015 

0,01-25 

Carbonate de chaux 0,092 

Sullale dccliaux 0,064 

Cliiorure de sodium 0,045 

Silice et oxide de 1er 0,012 

Matière orijanique 0,006 

0,219 



5« ARRONDISSEMENT. 

Bol'dcniis. 



Ce vaste arrondissement, le plus riche el le plus po- 
puleux du département , est arrosé par la Gironde , la 
Caronne, la Dordogne, la î.eyre, le Ciron, la Jalle de 
ni:iiH|ueforl , el une foule de pelils ruisseaux; il ren 



79 

ferme treize canlons , et boidc les deux rives de la Dor- 
dogne et de la Gironde. 

CANTON DE BORDEAUX. 

Ce canton comprend, indépendamment de Bordeanx, 
les cinq communes qui forment sa banlieue : Bègles, 
Talence, Caudcran, le Bouscat et Bruges. 

Toutes ces communes renferment des sources nom- 
breuses, fournissant des eaux abondantes, fraîcbcs et 
salubres. Bordeaux seul, bâti aux bords d'une grande 
rivière, sur un sol alluvionnol et dans la partie la plus 
déclive du bassin de la Gironde, ne contient aucune 
source capable de fournir l'eau dont il aurait besoin 
pour alimenter des fontaines publiques. 

Bordeaux possédait jadis une fontaine qui suffisait 
aux besoins de sa population; mais l'onde intarissable 
qui alimentait la fontaine Divona, a disparu avec ce 
monument , et aucune trace n'indique le lieu où elle 
jaillissait. Aujourd'hui, Bordeaux n'a que des sources 
peu importantes, encore sont-elles enfouies sous l'ex- 
haussement considérable que le sol de la ville a éprou- 
vé, et ne sont plus pour les habitants, bien qu'ils leur 
aient conservé le nom de fontaines, que des puits plus 
ou moins profonds. Ce sont : 

1° La fontaine Bouquière, dont la source est actuel- 
lement à huit mètres au moins au-dessous du sol. 

2° La fontaine Daurade, enterrée à une profondeur 
a peu près égale, et (|ui fournil une eau de très-mau- 
vaise (jualilé. 



3° La fonlaine (rAudège, donl une pompe fait mou- 
tei' l'eau à la surface du sol. 

4" La fonlaine de l'Or. Son eau, moins impure (jue 
les précédentes, est élevée dans un vasle bassin \m' 
une pompe à manège el se distribue ensuite sur plusieurs 
points de la ville, où elle alimente les fontaines de la 
Grave, de la porte Bourgogne, de la place du Palais, 
de la rue de la Bourse, du quai des Cliartrons, vis- 
à-vis les rues Razc el Borie, et enfin celle du marclié 
des Charlrons. 

5° La fontaine de Figuereau. Celte fontaine , bien su- 
périeure aux i)réccdentes en abondance et en qualité, 
est exploitée par les marchands d'eau. 

G" La fontaine Lagrange , propriété particulière, donl 
l'eau, à peu près de même nature que celle de Figue- 
reau, reçoit la même destination. 

Telles seraient les eaux auxquelles la population b.or- 
delaisc se verrait réduite, si la ville n'eùl acheté les 
sources d'Arlac el du Tondul, situées à peu de distance 
de son enceinte, el fournissant de quinze à vingt pou- 
ces fonlainiers d'une eau d'excellente ([ualilé, avec la- 
(pielle on a pu établir six nouvelles fontaines rue Sainl- 
Chrisloly, place Sainl-Projel, place du Poisson-Salé, 
rue des Minimes, place de la Bourse el allées d'Albrel, 
derrière rHôlel-de-Ville. Quelques filets deau onl en 
oulre élé fournis à quelques-uns de nos établissements 
publics, tels que la prison déparlemcnlale, l'hùpilal 
civil, la caserne municipale, etc., etc. 

Le manque de sources superficielles dans l'intérieur 
de la ville, la mauvaise (jualité des eaux souterraines 



81 

cliargées de loules les inCillralions d'une grande cilé, 
le peu d'abondance des sources qui l'avoisinent, telles 
sont sans doute les causes qui ont fait diiïérer l'élalilis- 
senient dans Bordeaux de fontaines publiques en rap- 
port avec les besoins hygiéniques de la population. On 
répugnait d'ailleurs à dépenser de fortes sommes pour 
aller chercher de l'eau au loin , alors qu'on avait sous 
les murs de la ville le plus beau fleuve d'Europe, et 
qu'on n'avait pour ainsi dire qu'à se baisser pour la 
puiser. Des essais nombreux, des propositions plus 
nombreuses encore furent faites à diverses époques, pour 
clarifier l'eau de la Garonne et lui donner la limpidité 
indispensable aux eaux destinées à la boisson. Toutes 
ces tentatives , toutes ces recherches furent infructueu- 
ses ; on n'a pu jusqu'à ce jour trouver un moyen simj)le 
et peu dispendieux d'enlever aux eaux de notre rivière le 
limon si ténu et si délié qu'elles tiennent en suspension. 
Aussi, après de vains efforts, tous ces projets gigan- 
tes((ues de filtration, toutes ces théories brillantes de 
dépuration ascendante et descendante furent abandon- 
nés. La science dut s'incliner devant les difiicultés 
insurmontables que présentaient la liltration quoli- 
dicnne des vingt-quatre mille mèlres cubes d'eau né- 
cessaires à la consommation de la cité. 

Il faut avoir suivi toutes les phases d'un pareil tra- 
vail , pour se rendre compte des obstacles que rencon- 
trerait cette immense opération; on s'en fera une idée, 
lors(|u'on saura qu'à certaines épo(jues, il faudrait, et 
cela chaque jour, séparer de la masse d'eau nécessaire 
aux besoins de la ville, deux à trois cent mille kilo- 

6 



82 
grammes d'une vnse d'une ténuité extrême, traversant 
les couches filtrantes les plus épaisses, déposant dans 
leurs interstices le limon dont elle se compose, et obs- 
truant ainsi tous les filtres en peu de temps. 

Ce ne fut qu'après s'être assurée de l'impuissance des 
moyens de filiration proposés, que l'administration 
municipale, frappée clia(iue jour davantage des incon- 
vénients sans nombre qui résultent de l'insuflisance et 
de la mauvaise qualité des eaux de la ville, prit la ré- 
solution d'établir un système hydraulique plus en rap- 
port avec les besoins de la population , et chercha sé- 
rieusement, hors des murs delà cité, la masse d'eau 
fraîche, limpide, saluhre, que le fleuve ne pouvait lui 
fournir. 

Les sources ne manquaient pas : Bordeaux en est 
entouré; mais il fallait en trouver qui joignissent à la 
([ualité et à l'abondance, une position qui permit de 
l'amener en ville à peu de frais. Les communes de 
Mérignac, de Talence, de Gradignan , de Villenave d'Or- 
non furent explorées ; mais ces recherches ne produi- 
sirent aucun résultat satisfaisant. 

Tel était l'état des choses, quand les bords (\q la Jalle 
de BlanqueforI , où déjà on avait remarqué quelques 
sources abondantes, furent parcourues avec soin par 
un homme intelligent et capable ', qui reconnut bientôt 
que des coteaux du Taillant jaillissaient, dans la Jalle 
même et sur une vaste étendue , des sources abondantes 
et nombreuses. Avec un désintéressement qui l'iio- 

' U. Jouis. 



83 

nore, il en informa M. Brun, alors maire de Bordeaux. 
Après bien des oppositions, des éludes furent enfin 
commencées sous la direction de M. Mary, ingénieur 
hydraulique de la ville de l'aris, homme spécial dont 
le savoir et l'intégrité sont depuis longtemps reconnus. 
Ce savant praticien fut chargé de visiter les lieux, et 
il reconnut qu'en ellel le volume des sources signalées 
était considérable; qu'elles réunissaient toutes les con- 
ditions désirables, qualité, abondance, durée; (ju'il 
était, en un mot, à peu près impossible de trouver 
mieux. 

Le jaugeage en fut opéré par les soins de M. De- 
vannes, à qui M. David Johnston venait de confier la 
direction des travaux publics de la ville , et il fut cons- 
taté que les sources de la Jalle, réunies, présentaient 
une masse d'eau courante équivalant à 1,190 pouces 
fontainiers, soit 23,800 mètres cubes par vingt-quatre 
heures. 

Des modifications importantes furent apportées au 
plan que dressa alors M. Mary; dix années s'écoulè- 
rent en études, en nivellements, en discussions, et 
enfin le projet était sur le point d'être mis à exécu- 
tion, lorsque la révolution de 1848 vint encore en re- 
tarder l'accomplissement. 

Il fut repris en 1850; le tracé primitif reçut de nou- 
velles modifications; on rectifia le parcours, et sous 
riiabile direction de notre ingénieur hydraulique , un 
nouveau plan fut dressé. M. Mary, appelé pour don- 
ner son avis sur les changements apj)ortés à son tra- 
vail, s'entendit avec M. Devannes, et tous deux pré- 



84 

sentèrcnt à la Commission un projet complet qu'arrêta 
(létinitivemenl la délibération du Conseil municipal du 
2 juin 18S1. Une somme de 4,200,000 fr. , néces- 
saire à son exécution, fui volée dans la même séance. 
Les plans el devis ont clé depuis approuvés par le gou- 
vernement, et l'autorisation d'emprunter accordée à la 
ville. Cet emprunt vient d'être réalisé à des conditions 
très-avantageuses. Rien ne s'oppose donc plus à ce que 
les travaux d'exécution ne soient enlin entrepris et 
poussés avec vigueur. Dans trois années, il faul l'es- 
pérer, la ville de Bordeaux, dotée d'un système hydrau- 
li(iue complet, n'aura, sous ce rapport, rien à envier 
à aucune autre cité. 

Quelques craintes s'étant élevées, à la suite de la sé- 
cheresse excessive des premiers mois de l'année 1852, 
sur l'abondance des sources du Taillant, M. le Maire 
ordonna un nouveau jaugeage; il y fut procédé au mois 
de juillet, alors que toutes les sources environnantes 
avaient diminué de plus de moitié. Cette opération, faite 
avec le plus grand soin, sous les yeux d'une Commis- 
sion nommée à cet elïet , permit de constater ([uc les 
sources avaient subi l'influence de la sécheresse généra- 
le , mais d'une manière bien moins sensible , puisqu'elles 
fournissaient encore 800 pouces fonlainiers, soil i6,00() 
mètres cubes d'eau dans les vingl-quatre heures, quan- 
tité bien suflisante pour l'alimentation quotidienne de la 
cité. Toutes les craintes sont donc évanouies; dans peu 
d'années, tous nos établissements publics, jus(|u'à pré- 
sent si mal pourvus, ella population entière , auront en 
abondance des eaux fraîches el salubres. 



85 

Toutes les fontaines, tous les puits, el généralement 
toutes les sources qui se font jour dans le périmètre de 
la ville, fournissent une eau de (|ualilc inférieure, que 
nous avons classée dans les %''■ el 3" catégories. Les fon- 
taines de Figuereau, de Lagrange el des Enfants-Trou- 
vés, sont les seules qui, avec les sources d'Arlac el du 
Tondul , alimentant les six fontaines déjà désignées, 
puissent figurer dans la première. 



SOURCES 
D'ARLAC ET DU TONDUT 

RÉUNIES, 

Alimenlanl les fontaines de Saint- 
Projet, du Poisson Salé, des Mi- 
nimes, deSaint-Christoly, du cours 
d'Albrel et de la place de la Bourse. 

LégÈrc, l'iMiclic, parfaitement lim- 
pide. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmospliériquc 0,0020 

0,0165 

Carbonate de chaux 0.198 

Sulfate de cliaux 0,009 

Chlorure de sodium 0,019 

de calcium 0,010 

Silice et oxide de ter 0,007 

Matière organique 0,002 

0,345 



FONTAINE DE FIGUEREAU , 

rnorRiÉTÉ de la ville. 

La source est ii 3 ou 4 mhUc» du 
sol. On élève l'eau à l'aide de deui corps 
de pompe mus k bras. 

Limpide, fraîche et agréable. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,308 

Sulfate de chaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,097 

de calcium 0,068 

de magnésium 0,015 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique.. 0,002 

0,535 



8d 



FONTAINE LAGRANGE. 

Fraîche, limpide, d'une saveur agréa- 
ble. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,0025 



FONTAINE 
DES ENFANTS TROUVÉS. 



0,0185 

Carbonate de chaux 0,257 

Sulfate de chaus 0,021 

Chlorure de sodium 0,075 

de calcium 0,042 

de magnésium 0,013 

Silice et (ixidc de fer 0,013 

Matière organique 0,002 



L'hnspice des Enfants possède , au 
milieu de la grande cour, une fontaine 
alimentée par la source de St-Vincent, 
commune de Règles, il l'aide d'une con- 
duite souterraine. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0160 



0,432 



Carbonate de chaux 0,315 

Sulfate de chaux 0,063 

Chlorure de sodium 0,056 

de calcium 0,038 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,003 

0,395 



Les sources Bouquière, Daurade, d'Audège, de l'Or, n'étant plus snijcrfi- 
cielles, je les ai comprises dans les sources profondes, puits. 

BANLIEUE DE BORDEAUX. 

BÈGLES. — La commune de Bèglcs est l'une des mieux 
arrosées de l'aiTondissenienl; le ruisseau de l'Eau Bourde 
et trois autres cours d'eau la traversent dans toute sa 
longueur. Bègles possède aussi un grand nombre de 
sources superficielles, fournissant d'excellentes eaux. 

SOURCES SUPERFICIELtES DE BÈGLES. 



PROPRIÉTÉ JEANTET. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,247 

Sulfate dechaux 0,068 

Chlorure de sodium 0,058 

de calcium 0,034 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,010 

0,434 



PROPRIÉTÉ JOCQUEL. 

Gaz acide carbonique 0,0180 

Air atmosphérique 0,0015 

~Ô70Î95 

Carbonate de chaux 0,238 

Sulfate de chaux 0,071 

Azotate de potasse 0,068 

Chlorure de sodium 0,032 

Siliie et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,006 

0,437 



CAuuÉRAN. — Le sol de celte corainuue est grave- 
leux, léger; il contient peu d'alumine; les eaux séjour- 
nent à peine à sa surface, et la rapidité avec laquelle 
elles le traversent, ne lui donne pas le temps de se 
charge;' de tous les principes solubles qu'il contient ; 
aussi les eaux de Caudéran sont-elles généralement lim- 
pides, fraîches, agréables, et de bonne qualité. Voici 
les résultats donnés par l'analyse : 

EAU DE SOURCE 

PRISE A CAUDÉRAN, CHEZ LES FRERES 
ARNAUD. 

Saveur fraîche et agréable, limpidité 
parfaite , ni odeur ni couleur. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmosphérique O.,0015 

0,0160 

Carbonate de chaux 0,345 

Sulfate de chaux 0,057 

Chlorure de sodium 0,064 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0.003 

0,482 

TALENCE. L'une des communes les plus agréables de 
la banlieue de Bordeaux, si elle n'était envahie par les 
sécheries de morues, qui nuisent, par leur odeur re- 
poussante , à l'agrément des jolies villas que cette com- 
mune renferme. Ces sécheries ne sont pas d'ailleurs 
sans influence sur la qualité des eaux souterraines de 
la localité , en raison de la masse de sel marin que les 
eaux de lavage entraînent dans les profondeurs du sol , 
au grand préjudice de tous les piiits environnants. 

Les eaux superficielles ne participent pas de l'alté- 
ration que font éprouver aux eaux profondes les infil- 



88 

trations salées dont je viens de parler; elles sont géné- 
ralement d'excellente qualité. 

SOURCES 

SUPERFICIELLES DE TALENCE , PROPRlÉlÉ 

TOMASSON. 

Gaz acide carbonique 0,0155 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,248 

Sull'ate de cliaux 0,062 

Clilorure de sodium 0,071 

de calcium 0,027 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,004 

0,425 

BouscAT. — Commune très-boisée, dont le sol, énii- 
nenimcnt sablonneux, est mal cultivé et renferme de 
vastes terrains en friche. Il y a cependant de jolies pro- 
priétés dans la partie cpii avoisine Bordeaux. Les eaux 
du Bouscat sont généralement pures, limpides et de 
bonne (jualité, bien que quelques puits fournissent des 
eaux très-chargées de sels calcaires. 

SOURCES SUPERFICIELLES DU BOUSCAT. 

RUE DE LA SEPPE. PROPRIÉTÉ BRISSON. 

fisz acide carbonique 0,0140 Gaz acide carbonique 0,0150 

Air atmospliérique 0,0015 Air atmosphérique. 0,0020 

0,0155 0,0170 



Carbonate de chaux 0,321 Carbonate de chaux 0,242 

de magnésie 0,020 Sulfate de chaux 0,054 

Sulfate de chaux 0,013 Chlorure de sodium 0,068 

Chlorure de sodium 0,065 de calcium 0,012 

de magnésium 0,007 Silice et oxidc de fer 0,011 

de calcium 0,030 Matière organique 0,003 

Silice et oxide de fer 0,025 (TSOO 

Matière organique 0,005 ' 

0,486 



89 

BRUGES. — Le sol de la commune de Bruges est hu- 
mide, marécageux; les eaux employées à la boisson s'y 
ressentent un peu de la nature du sol; elles sont char- 
gées d'une bien plus grande quantité de matière orga- 
nique que dans les autres communes de la banlieue de 
Bordeaux. 

SOURCES SUPERFICIELLES DE BRUGES. 



RECUEILLIE PRÈS DU BOURG, PRISE 

DANS UN TEBRAIN SEC ET GRAVELEUX. DANS l'N SOL HUMIDE ET MARECAGEUX. 

Gaz acide carbonique 0,0125 Gaz acide carbonique 0,0110 

Air almospliérique 0,0015 Air atmosphérique 0,0015 



0,0140 0-"1^5 



Carbonate de cbaux 0,167 

Carbonate de cliaux 0,176 gulfale de chaux 0,038 

Sulfate de cliaux 0,034 chlorure de sodium 0,053 

Chlorure de sodium 0,033 de calcium .. 012 

Silice et oxide de 1er 0,011 silice et oxide de fer.'.'.!!!'.!!! o!oi4 

Matière organique 0,009 j,g,j..,,g o,.ga„ique albumi- 



0,352 



neuse 0,038 



0,.321 



CANTON DE BLANQUBFORT. 

Le canton de Blanquefort est l'un de ceux où les 
eaux de sources sont le plus abondantes. Bordé par 
la Garonne, et traversé par la Jalle, qui porte son 
nom , il peut être irrigué à volonté. 

Néanmoins, le bourg de Blanquefort ne possède 
aucune fontaine publique, et les habitants ne font 
usage que d'eau de puits. 

EYSiNES. — La commune d'Eysines possède un grand 



90 

nombre de sources; les principales sont : la fontaine 
de Canlinolle, à M. Leniotlieux; celle de M. Boue, et 
les sources abondantes de la propriété Abiet. 



FONTAINE DE CANTINOLLE , 

A M. LEMOTHEUX. 

Incolore, limpide, saveur fraîclie et 
agréable. 

Marque 10 (les . '/. , l'iiirétantàâd. 

Son abondance peut êlre évaluée à 
100 pouces fontainiers environ. 

Gaz acide carbonique 0,0155 

Air almospliérique 0,0020 

0,0175 

Carbonate de cliaiix 0,217 

Sulfate de chaux 0,042 

Chlorurede sodium 0,045 

decalciuni 0,024 

Silice el oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,010 

0,355 



FONTAINE DE M. BOUE, 

ANCIENNE PROPHI^IÉ DURAND. 

Deux cannelles. 

Limpide, agréable, sans couleui ni 
odeur. 

Marque 10 deg., l'air étant a 23. 

Gaz acide carbonique 0,01 15 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0165 

Carbonate dccliaux 0,275 

Sulfate de chaux 0,012 

Chlorure de sodium 0,055 

Silice et oxide de fer 0,008 

Matière organique 0,004 

0,354 



La quantité de malii're organique que conlient l'eau de la fontaine de Can- 
linolle, s'explique par l'état où se trouve le bassin qui la renferme ; il est com- 
plètement envahi par des plantes aquatiques qui y meurent et s'y décomposent. 



SOURCE DE LA PROPRIETE ABIET. 



Cel<e eau sert à des irrigations. Au moment 
où elle jaillit il la surface du sol , elle contient : 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,205 

Sullalc de chaux 0,013 

Chlorure de sodium 0,042 

de calcium — 0,011) 

Silice et oxide de fer 0,007 

Matière organique 0,004 

0,287 



91 

LE TAILLANT. — Cette comniune n'a d'importance et 
ne niériie d'être remarquée qu'à cause de l'abondance 
et de la pureté des sources ([u'ellc renferme. C'est au 
pied d'un coteau boisé qui borde la Jalle, que sourdent 
de toutes parts les sources qui doivent fournir l'eau 
nécessaire à l'alimentation du grand système hydrau- 
lique que Bordeaux va établir pour l'arrosage de ses 
rues et les besoins de sa population. 

Ces eaux viennent de deux points difl'érents; les 
plus éloignées de la ville se font jour dans la propriété 
de M. Tenet, au bas d'une petite prairie, d'où elles 
se dirigent vers un large fossé, qui les conduit à la 
Jalle. Elles se grossissent dans ce court trajet de celles 
d'une foule de petites sources, à ce point qu'elles for- 
ment un petit ruisseau, bien au-dessous du moulin du 
Tliil , au moment où elles viennent se mêler à l'eau de 
la Jalle. Les autres sortent du coteau boisé dont j'ai 
parlé, et qui appartient à M'"'" Lapone. Elles sont nom- 
breuses, et fournissent à elles seules 5 à 600 pouces 
fontainiers, d'une eau pure, limpide, agréable au goût , 
qui, réunies à celles du Thil, compléteront l'approvi- 
sionnement nécessaire à notre cité. 

Pour connaître le degré de pureté de ces diverses 
sources, j'ai dû les analyser séparément. Voici les ré- 
sultats que j'ai obtenus : 



92 

SOURCK MÈRE, AU THIL, 

A M. TENET. 

Eau fraîche, agréable, sans odeur 
ni couleur, d'une limpidilé parfaite. 

Gaz acide carbonique 0,0120 

Air aimospliérique 0,0015 

0,135 

Carbonate de chaux 0,168 

Sulfate de chaux 0,011 

Chlorure de sodium 0,035 

de calcium 0,008 

Silice et oxide de fer 0,009 

Matière organique 0,004 

0,335 



SOURCE PRINCIPALE 

DE SlOlS lAPÈNE. 

Pure, limpide, agréable. 
Marque 10 degrés, l'air étant à 24. 

Gaz acide carbonique 0,0150 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0170 

Carbonate de chaux 0,214 

Sulfate de chaux 0,014 

Chlorure de sodium 0,027 

de calcium 0,008 

Silice et oxidc de fer 0,003 

Matière organique 0,004 

0,270 



EAU 

DE TOUTES LES SOUnCES DU THIL, 
RÉUNIES , 

prise un peu avant leur jonction avec 
l'eau de la Jalle, ii M. Tknet. 
Mêmes caractères physiques. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0165 

Carbonate de chaux 0,200 

Sulfate de chaux 0,014 

Chlorure de sodium 0,037 

de calcium 0,010 

Silice et oxidc de fer 0,006 

Matière organique . 0,006 

0,282 



EAU 

DE TOUTES LES SOURCES RliUNIES , 

telle qu'elle sera pour l'alimentation des 
fontaines de Bordeaux. 

Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atmosphérique 0,0030 

0,0155 

Carbonate de chaux 0,212 

Sulfate de chaux 0,010 

Chlorure de sodium 0,036 

de calcium 0,010 

Silice et oxide de fer 0,005 

Matière organique 0,006 

0,279 



Le bourg du Taillant possède une tbiUaine qui four- 
nissait autrefois une eau pure el abondante; depuis 
quelque temps , elle a été entièrement négligée. Par 
suite de cette incurie, une grande partie de l'eau qui 
l'alimentait a été détournée, el le bourg est menacé de 



93 

perdre complélcmenl une source qui fournissait de l'eau 
non-seulement pour la boisson , mais encore pour ali- 
menter un petit lavoir construit tout près de là. Il se- 
rait à désirer que l'autorité municipale ouvrît enfln les 
yeux et s'opposât énergiquement aux empiétements de 
quel(|ues voisins, qui compromettent l'existence delà 
fontaine et du lavoir. 

LUDON. — La commune de Ludon possède quelques 
sources superficielles fournissant de bonnes eaux ; celle 
de la propriété de M. Dufiour-Dubergier nous fera con- 
naître la nature de ces eaux, qui, quoique très-pures, 
contiennent cependant un peu trop de matière organi- 
que. 

FONTAINE SOURCES DE LUDON. 

I)U BOURG DU TAILLANT. PBOPRTÉTÉ DUFFOUR-DUBERGIER. 

Gaz aciile carbonique . 0,0115 Gaz acido carbonique 0,012.5 

Air atmospliérique 0,0020 Air atmospliérique 0,0015 

0135 0.0140 



Carbonate de chaux 0,231 Carbonate de cbaux 0,135 

Sulfate de fbaux 0,010 Sulfate de chaux 0,017 

Chlorure de sodium 0,038 Chlorure de sodium 0,013 

de calcium 0,017 Silice et oxide de fer 0,011 

Silice et oxide de fer 0.008 Malière organique 0,011 

Matitjre organique 0,004 



0,308 



CANTON DE QASTELNAU. 



0,217 



Le canton de Castelnau présente, à côté des terrains 
les plus fertiles, les landes les plus incultes; l'eau, très- 
abondante et très-pure dans certaines communes, est 



04 

rare et de mauvaise qualité dans plusieurs autres; il 
est arrosé par plusieurs ruisseaux; il renferme aussi 
(le nombreux marais, dont les plus étendus sont ceux 
d'Arcins, et plusieurs étangs, parmi les<|uels je citerai 
ceux de Lacanau et d'Hourtins. 

CASTELNAU. — Lc bourg de Castelnau renferme une 
seule fontaine et un grand nombre de puits, qui four- 
nissent de leau en quantité plus que suffisante. L'eau 
de la fontaine sert à alimenter un lavoir; elle est bien 
supérieure à celle des puits. 

ARCiNS. — Ce petit bourg est bâti sur un sol maré- 
cageux; il existe, à peu de distance, une source abon- 
dante, dont l'eau limpide et incolore serait propre à la 
boisson, si elle ne contenait pas de la matière organi- 
que végétale, qui en altère la qualité. L'échantillon 
que j'ai pris au mois de juillet dernier, contenait : 

FONTAINE DE CASTELNAU. SOURCE D'ARCINS. 

Limpide, fraîclie, sans couleur ni Gaz acide carbonique 0,0125 

odeur; saveur agréable. Air atniospliérique 0,0030 



0,0115 



Gaz acide carbonique 0,0090 

Air atmosphérique 0,0025 "■^^''^''^ 

Carbonate de cbaux 0,178 

Sulfate de cliaux 0,041 

Cblorure de sodium 0,038 

Silice et oside de fer 0,017 

Matil're organique végétale al- 

bumi neuse , 028 



Carbonate de cliaux 0,215 

Sulfate de cliaux 0,087 

Chlorure de sodium 0,062 

de calcium 0,020 

-Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,006 

0,413 



0,303 



95 

MARGAUX. — La commune de Margaux, renommée 
pour les vins délicieux quelle produit, n'est pas aussi 
bien partagée sous le rapport des eaux. Les puits, qui 
seuls fournissent l'eau nécessaire aux besoins de la po- 
pulation, sont peu profonds, et l'eau, chargée de ma- 
tière organique, est de mauvaise (jualité. 

A quelque distance du bourg, il y a une fontaine 
assez abondante connue sous le nom de Fontaine Ma- 
riotte, dont l'eau est meilleure que celle des puits, bien 
qu'elle soit encore de qualité inférieure. 

soussANS, — La commune de Soussans renferme peu 
de sources superiicielles; celles (|ue l'on trouve sont de 
peu d'imi)ortance, et l'eau qu'elles fournissent n'est 
guère supérieure à celle des puits, 

FONTAINE MARIOTTE. SOURCES SUPERFICIELLES 

Gaz acide carbonique 0,0110 ^^ soussans. 

Air atmospliérique 0,0015 Gaz acide carbonique 0,0140 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0125 . 



0,0155 



Carbonate de chaux 0,274 

Sulfate de chaux 0,109 Carbonate de chaux 0,315 

Chlorure de sodium 0,135 Sulfate de chaux 0,0G2 

decalcium 0,039 Chlorure de sodium 0,050 

Silice et oxide de fer 0,034 de calcium 033 

Matière organique 0,010 de magnésium. . !.. 0^021 

Silice et oxide de fer 0,011 

^'^^^ Matière organique 0,010 



0,508 



CANTON DE PESSAQ. 



Le canton de Pessac contient de bonnes eaux de 
sources; il est arrosé par les ruisseaux, l'Eau Bourde 



96 

01 l'Eau Blanche, cl quelques autres cours d'eaux 
moins importants. 

PESSAC. — Bien que l'on rencontre aux environs de 
Pessac des sources nombreuses , le bourg ne renferme 
aucune fontaine publique; les habitants font usage 
d'eau de puits, qui, du reste, est de Irès-bonne qualité. 

GRADiGNAN. — Celte couimune renferme j)lMsieurs 
sources abondantes; la plus considérable est celle de 
Monijau, dont le volume est de 150 à 200 pouces fon- 
lainiers : l'eau est d'excellente qualité. 

MÉRiGNAc. — L'une des jolies communes de l'arron- 
dissement; le sol y est graveleux, les sources abondan- 
tes , et l'eau d'une pureté remarquable. 

viLLENAVE d'ornon. — Communc agréable et fertile, 
arrosée par plusieurs petits ruisseaux; les puits y sont 
nombreux et peu profonds, l'eau excellente. 

LÉOGNAN. — Jolie commune bien cultivée, baignée 
par le ruisseau l'Eau Blanche; elle renferme plusieurs 
sources, qui autrefois alimentaient l'un des aqueducs de 
l'antique Burdigala. 

CASTRES. — Petite ville bâtie sur un tertre grave- 
leux, dominant la Garonne; il n'y a point de fontaine 
publique dans la partie haute de la ville, mais il y en 
a une près du port. 



SOURCES SUPERFICIELLES 

HE l'EiSAC. 

Tiaz ariilo fiirboniqiiP 0,0110 

Air almuspliLTique. O.OOiO 

0,0160 

Carbonate de rliaux 0,183 

Sulfate (le chaux 0,044 

Chlorure (le soilhim 0,086 

(le calcium :... 0,017 

Silice et oxidede fer 0,014 

Matière organique 0,010 

0,353 



97 

SOURCE DE VILLENAVE-D'ORXON 

Gaz acide carbiini(|ue.. ( quanlil(',' 
Air ntmnsph(!'rii|Ne...... » indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,193 

Sulfate de chaux 054 

Chlorure de sodium 0,048 

Silice et oxidc de fer 0,016 

Matière organique 0,007 



SOURCE MONTJAUX, 

A r.RADIGNAN. 

Marque 10 deg., l'air étant il 24. 

Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmosiJhéri(|ue 0,0025 

0,0160 

Carbonate de ciiaux 0,205 

Sulfate de chaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,054 

de calcium 0,034 

Silice et oxide de fer 0,030 

Matière organique 0,004 

0,331 



SOURCE DE MÉRIGNAC. 

Gaz acide carbonique.. ...... 0,0115 

Air atmosphérique 0,0025 

0,0110 

Carbonate de chaux 0,156 

Sulfate de chaux 0,047 

Chlorure (le sodium 0,043 

Silice et oxide de fer 0,024 

Matière organi(iue 0,007 

0,376 



0,317 



ANCIENNE SOURCE ROMAINE, 

A LÉOGNAK. 

Limpide; fraîche, agréable. 
Maniue 10 d(^grés, l'air étant il 33. 

Gaz acide carbonique ^.. 0,0i:.!0 

Air atmosphérique . 0,0035 

0,0155 

Carbonate de chaux 0,151 

Sulfate de chaux 0,049 

Chlorure de sodium 0,074 

Silice et oxidc de fer 0,011 

Matière organique 0,005 

0,290 

SOURCE DU MOULIN DE VAYRES , 

A LÉOGNAN. 

Claire, limpide, sans odeur. 

Gaz acide carbonique. .. 0,0145 

Air atmosphérique 0,0030 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,171 

Sulfate de chaux 0,055 

Chlorure de sodium 0,065 

Silice et oxide de fer 0,031 

Matière organique 0,008 

0,317 



98 

FONTAINE DE CASTRES, 
vais r.r i'out. 

Gaï aciilc caiboniquo 0,011.') 

Air aliiiosphwiqiiu 0,0015 

0,0130 

Carbonate (le cliaux 0,102 

.Sulfate (le chaux 0,041 

Azntale de potasse 0,031 

Chlorure de sndium., 0,078 

Sillee et nxide de l'ei' 0,017 

Matière ori;aiii(|iie 0,009 

0,281 



SALCATs. — [.('S soui'ces \ soni nombreuses, et ce- 
pendant il n'y il aucune fontaine pubii(|ue; les puits, 
peu profonds, fournissent une eau légèrement colorée. 

SOURCE DE SAl'CATS. 

Limpide , fraîche , agri^able, sans couleur et 
sans goût. 

Oaz acide carbonique / quanlilé 

Air atmosphérique t jndclcrniiiiée 

Carbonate de chaux 0,178 

Sulfate de chaux 0,044 

Chlorure de sodium 0,050 

de calcium (),012 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,014 

0,.318 



CANTON DE X& TESTE. 

Ce canton forme l'exlréme limite du département; il 
borde l'Océan à l'ouest, el le département des Landes 
au sud; le sol en est sablonneux, sec cl aride : quelques 
puits peu profonds fournissent aux habitants une eau 
colorée, souvent iilbiimineuse. Il n'y a point de fon- 



99 

tainos jMil)li((i\os dans ce caiiloii ; nous aiii'ons occasion. 
on pailaiil des caiix prolondcs, de l'aiic connailro la 
naliire des eaux des Landes. 

CANTON DU CARBON-BLANC. 

Ce canton, bordé par la Garonne ei la Dordogne, 
est l'un des plus piltoresipies et des plus fertiles de l'ar- 
rondissemeut ; indépeudaninient des nombreux cours 
d'eaux qui l'arrosent , il possède de nombreuses sour- 
ces superlicielles. 

FoxTAixE DES LADRES, — Situéc à pcu dc dlslauce 
du Carbon-Blanc, sur le bord de la grande roule de 
Paris, la source dite des Ladres alimente un lavoir 
presque en sortant du sol; l'eau qu'elle fournit est liuj- 
pide, fraîche, agréable; elle était fort renommée au- 
trefois, à cause de la propriété qu'on lui attribuait de 
g lérir la lèpre; elle est à peu près abandonnée aiijour- 
«riiui, (pioique d'une excellente qualité. 

FONTAINE DES LADRES. 

fiaz .nciile carbc)niqiie 0,0080 

Air atiiiospliérique.. 0,00.1(1 

0,0110 



Caibonale de chaux 0.192 

.Sulfate (le rhaux 0,0.30 

Cliliuure de sodium 0,064 

dc calrium 0,0.37 

de magnùsium 0,014 

Silifp cl oxidc dc fer 0,024 

Matière ()igani(|iie 0,006 

0,367 



100 

FLOiRAc. — L'une dos communes les plus vastes cl 
les mieux situées du canton , elle renferme plusieurs 
sources sortant du coteau, sur lequel est bàli le bourg. 

L'une des principales est celle qui se fait jour dans 
la jolie pro|)riété de Monrepos, et qui fournil à La Bas- 
tide l'eau potable, dont elle est compltMemenl dépour- 
vue. Floirac renferme aussi un grand nombre de puits, 
fournissant de très-bonnes eaux. 

LORMONT. — Gros bourg sur le bord de la Garonne, 
entre deux coteaux qui l'abritent du vent du nord. 
Lormont possède une fontaine fournissant de l'eau ex- 
cellente, et un grand nombre de puits. 



SOURCE DE MONREPOS, 

A FLOIRAC. 

Liiiipidilé parfaite, sa\eur fraiclic, 
agréable, sans couleur ni oileur. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmosphérique 0,015 



0,0160 



Carbonate de chaux 0,235 

de magnésie 0,013 

Chlorure de sodium 0,081 

de magnésium 0,042 

de calcium 0,070 

Sulfate do chaux 0,035 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,005 



FONTAINE DE LORMONT. 

Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air airaospliérique 1 indéterminée. 

Carbonate de chaux 0, 145 

Sulfate de chaux 0,052 

Chlorure de sodium 0,071 

de calcium 0,028 

de magnésium 0,014 

Silicate d'alumine ,... 0,016 

Oxide de fer et matière orga- 
nique 0,009 



0,335 



0,494 



SAiNT-LouRÈs. — Bâti sur un coteau qui domine la 
vallée de la Dordogne, le bourg de Saint-Loubès occupe 
l'une des plus jolies positions du canton. 



101 

Il existe près du bourg, sur reniplaceinenl de l'au- 
cicn prieuré, uue source dont les eaux sont excellenles. 
On pourrait y établir à peu de frais une fontaine j)U- 
bli(iue, qui sufiirait aux besoins de la population 

SOURCE DU PRIEURÉ, 

A SAIM-LOUBÈS. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air atmospliérique 0,0030 

0,0150 



Carbonate de cliaux. 0,253 

Sulfate decliaux 0,048 

Cliloruie de sodium 0,062 

de calcium 0,044. 

de magnésium 0,033 

Azotate de chaux ) 

de magnésie \ ' 

Silice et oxidc de fer 0,016 

iMalière organique 0,006 



0,505 



CENON LA BASTIDE. — Le bourg de La Bastide, situé 
dans la plaine, est complètement dépourvu d'eaux po- 
tables ; c'est , comme nous l'avons dit , au pied du co- 
teau de Monrepos , que jaillit la source qui alimente les 
bornes-fontaines qu'on y a récemment établies. Le co- 
teau de Cenon , comme celui de Floirac, renferme des 
sources abondantes qui se font jour sur plusieurs points. 
La fontaine Delbos, sur la grand' route de Bordeaux 
à Paris; la source de M. Faure-Laubarède, sur le ver- 
sant opposé, et celle de M. Firmin Dussaut , au centre 
du coteau, fournissent toutes des eaux fort bonnes. 



102 



FONTAINE DHLBOS. 



SOURCE FIRMIN DUSSAUD. 



("i;iz acide carbiiniiiiie.. ( qiianlilé Gaz acide carbonique. . | (luaiililé 

Air atmospliériquc. ... • ir.délerniiiiée. .\ir almos|iliérique Wndèteriniiii'e. 

Carbonate de cliaux 0,162 Carbonate de cliaux 0,148 

de magnésie 0,018 de magné.^ie 0,013 

Sulfate de chaux 0,033 Sulfate de chaux 0,037 

Chlorure de sodium 0,094 Chlorure de sodium 0,036 



de magnésium 0,018 

de cakiuni 0,012 

Silice et o.videdefer 0,031 

Matière organique 0,006 



de magnésium 0,033 

de calcium 0,018 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,004 



0,36.3 



0,295 



SOURCE FAURE-LAUBAUÉDE. 

Gm acide carbonique / quantilé 

Air atmosphérique i indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,167 

de magnésie 0,013 

Sulfate de chaux 0,030 

Chlorure de sodium 0,038 

de magnésium 0,031 

de calcium 0,018 

Silice cl oxide de fer 0,033 

.Matière organique 0,002 

0,311 



CANTON DE CREON. 

Ce canton, Ircs-clcndu , embrasse une grande par- 
tie de tEntre-deux-Mer^; il esl traversé par plu- 
sieurs ruisseaux, mais ne possède aucune source le- 
niar(iuai)le. 

La petite ville de Créon ne fait usage que deau de 
puits. 



CARiGNAN. — Plus favoHsç (|ue Créon, Carignan 
renferme des sources nombreuses et d'excellentes eaux. 



Li's Ȏ><iillals oi-dessous coiisii^ucs foiil coiiiiailrc la 
(|iialilé de la nappe d'eau qui aliuiente celle eonli-ée. 

FONTAINE DE BELLEFOND , 

A CAnir.MAN. 

Limpiilc, fiaiclie, agréable; du volume do 
3 pouces fontainiers. 

("■az acide caiboniquc (),0150 

Air atraosiihérique 0,0030 

0,0170 

Caibuiialc de cliaux 0,392 

Siilt'alc de chaux 0,0-38 

Cliiciruic de sodium 0,042 

de calcium 0,026 

de magnésium 0,037 

Silice el oxidc de fer 0,018 

Matière organique... 0,003 

0,54G 



CANTON DE FODENSAC. 



(ùe canton, sur la rive gauche de la Garonne, esl 
traversé jKir le Ciron el par plusieurs de ses petits al- 
lluents; le sol de celle localité est siliceux. 

Podensac, chef-lieu du canton, renferme quehiues 
bonnes sources, ainsi (|ue le déiuonlre l'analyse (|ue 
nous avons faite de l'eau fournie par l'une d'elles. 

iLLATS. — Le bourg dlllals possède une .source (|ui 
suflit amplement aux besoins de la po|)ulalion, el ali- 
mente un fort joli lavoir nouvellement construit. 

Il ^ existe aussi un grand nombre de puits, dont 
leau est pres(pie aussi pure (pie celle de la fontaine. 



104 

BUDOS. — Remarquable par son ancien château sei- 
gneurial el la fontaine qui lavoisine. Les eaux de cette 
fontaine suflisenl |)Our faire marcher deux moulins; 
elles sont aussi pures qu'abondantes, ce qui a valu à 
la source le nom de Font-Bonne. 



PORTETS. — Le bourg de Portets, situé sur le bord 
de la Garonne, possède une fontaine excellente, dont 
les eaux arrivent d'un coteau voisin. Cette source, plus 
que suflisante pour les besoins de la population , est du 
volume de trois pouces fontainiers environ. 



SOURCE DE PODENSAC. 

Gaz acitle carbonique... J quantité 

Air atmospliérique \ indéterminée. 

Carbonate (le cbaux 0,137 

• Sulfate de chaux 0,021 

Chlorure de sodium 0,055 

Je calcium 0,012 

Azotate de cliaux 0,01C 

Silice et oxide de l'er 0,015 

Matière organique 0,003 

0,259 



FONT-BONNE , 

A BUDOS. 

Limpide, fraîche, agréable au goût. 

Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0165 

Carbonate de chaux 0,195 

Sulfate de chaux 0,062 

Chlorure de sodium 0,044 

de calcium 0,013 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organi(iue 0,002 



FONTAINE D'ILLATS. 

Limpidité parfaite, saveur fraîche et 
agréable. Volume, 5 k 6 pouces fon- 
tainiers. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,0025 

■ *- 0,0185 



Carbonate de chaux 0,192 

Sulfate de chaux 0,038 

Chlorure de sodium O.O.'iâ 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,004 

0,293 



FONTAINE DE PORTETS. 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

Air atmosphérique 'indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,213 

Sulfate riechaux 0,027 

Azotate de potasse 0,016 

Chlorure de sodium 0,031 

Silice et oxide de fer 0,011 

Matière organique 0,006 

0,304 



0,333 



105 



CANTON DE CADILLAC. 

Ce canton, situé sur la rive droite de la Garonne, 
est l'un des plus productifs de l'arrondissement ; il est 
sillonné par de petits cours d'eaux qui rafraîchissent 
le sol et fournissent l'eau nécessaire aux besoins 
agricoles. 

CADILLAC. — L'eau des puits de Cadillac est lourde, 
séléniteusc, malsaine; mais cette petite ville possède 
une fontaine publique alimentée par l'eau de l'Euille, 
.qui est d'excellente (|ualité. 

LANGOiRAN. — JoH bourg bùti sur un coteau qui do- 
mine la Garonne; les eaux y sont abondantes. 

FONTAINE DE CADILLAC. SOURCE DE LANGOIRAN. 

Gaz acide carbonique 0,0110 Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air atniosiihérique 0,0030 Air atmospbériqne (indéterminée. 

Q Qij^o Carbonate de cbaus 0,178 

' Sulfate de cliaux 0,048 

Carbonate de cliaux 0,1-57 Chlorure de sodium 0,0.ôl 

Sulfate de cbaux 0,053 Silice et oxide de fer 0,017 

Chlorure de sodium 0,033 Matière organique 0,007 

Azotate de cbaux 0,019 

Silice cl oxide de fer 0,010 ^■■^'^'^ 

Matière organique , 0,00'' 

0,378 



CANTON DE SAINT-ANDRE-DE-CUBZACt 

Ce canton est bordé par la Dordogne sur une assez 
grande étendue; il est arrosé par la Virvée et plusieurs 
de ses allluents. 



t06 

sAiM-ANDRÉ. — Le boiiri? de Sainl-Anilro, Làli sur 
un |)latonu (jui domine toute la j-ive droite de la Dor- 
dogne, ne renferme aucune source remar(|ual)le; la 
fontaine (|ui fournil l«ui nécessaire aux besoins de la 
population, est évidemment alimentée par la même 
nappe deau que les puits; elle est d'ailleurs d'une bonne 
<|ualilé. 

A (|uel(|ue distance du bourg de Sainl-André existe 
une fontaine abondante, renommée par la pureté et la 
bonté de ses eaux. L'eau de celte fontaine, dite font de 
Boudeau, est limpide, fraîche, agréable; elle alimente 
un lavoir. 



FONTAINE 

Uli SAIMl-ANURJÎ-DIi-CUBZAC. 

Gaz inide rarboniqui-. . / quanlitc 

Air nlmosplu'iique ' in(l('ti'rniin(''(' . 

CaiboDHtc (le rhaiix 0,302 

Siill'ate lie cliaux 0,104 

Azoïale de potasse 0,051 

CliloPHrt- de siiilium 0,070 

de calcium 0,047 

Silice et oxide de 1er 0,014 

Matière organique 0,010 

0,598 



FOiNT BOUDEAU. 

Ciaz acide carbonique 0,()l.'î,5 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0155 

Carbonate de chaux 0,1.'!4 

Sulfate de chaux 0,032 

Chlorure de sodium 0,037 

Silice et oxide de fer 0,OIG 

Matière organique 0,009 



0,228 



107 
6« ARllONDISSEMEÎNT. 

Lcsporre. 

Si rarroiulissemciil de Lcspanc est remarquable par 
la bonté des vins quon y récolte, il est bien mal doté 
sous le rapport des eaux. 

Baigné par la mer sur une grande étendue, une par 
lie de sa basse plaine disparaît presque complètement 
pendant l'iiiver, sous de nombreux marais, résultat du 
séjour des eaux pluviales et des eaux saumàtres de 
la Gironde sur un sol peu perméable. Ces eaux crou- 
pissent pendant Tété, et ré|)andent au loin des miasmes 
putrides, souvent pestilentiels. 

C'est dans ces localités sui'tout, dépourvues de bon- 
nes eaux potables, (|u'il conviendrait d'établir des fon- 
taines publi(|ucs d'eau dépurée au cbarbon , où les lia- 
bitants pourraient, à j)eu de frais, trouver une boisson 
salubre, non-seulement pour eux, nuiis encore pour 
leurs bestiaux. 

Les sources y sont rares, peu abondantes, et con- 
tiennent presque toutes de la matière organi(|ue en 
forte (|uantilé. 

En général, la population du Tv arrondissenu'ul 
ne fait usage que d'eau de puits; l'eau des sources 
isolées que renferment quelques belles propriétés est de 
même nature, et parait ap|)arlenir à la même nappe. 
Le bi'au domaine de (^liàteau-Laflitte, si renommé par 
la linesse, le velouté et la supéri(U'ité de son vin, ren- 



108 

ferme de Irès-bonnes eaux, (|iic nous prendrons pour 
type des petites sources superficielles qui se font jour 
sur plusieurs points de rarrondisscnienl. 

BOURGES SUPERFICIELLES DE CHATE&U-LAFITTE. 



SOURCE PRES LE CUVIER. 

I,iiiipiil(-, parfaite, saveur agréable. 
Marque 10 deg., l'air étant îi 22. 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

Air atiuospliérique * indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,182 

Sull'ale de cliaux 0,018 

Clilorure de sodium 0,081 

Silice et oxide de l'cr 0,017 

Matière organique 0,010 

0,311 



SOURCE DU JARDIN. 

Limpide, fraîche, agréable. 

Gaz acide carbonique... ) quantité 

Airatmospbériqui; \ indéterminée. 

Carbonate de chaux.. 0,3i!5 

Sulfate dechaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,0G1 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique 0,015 

0,4.'i3 



EAUX MINERALES FERRUGINEUSES» 



Le département de la Gironde ne renferme aucune 
source d'eau thermale, mais il possède quelques Eaux 
ferrugineuses froides , dont les plus remar((ualjles sont 
celles de Bernos, de Saucats et de Belloc. 

Ces eaux, d'une saveur slyptique très-prononcée au 
moment où elles sortent du sol, perdent bientôt et leur 
saveur et leur propriété médicale, quelques précau- 
tions que l'on prenne pour la leur conserver. 

L'eau ferrugineuse de Bernos, l'une des plus char- 
gées et des plus abondantes du département, conserve 
à peine vingt-quatre heures ((uel(|ues traces de fer en 



109 

solulion ; ce mêlai y esl conihiiié à l'acide créniqiie, dont 
la force de saluralion est si faible, (|ue l'aclion de l'air 
el même celle de la lumière, sunisenl pour la dêlruiie. 
Le fer se suroxide aux dépens de l'oxigène que ces 
eaux contiennent , et se dépose sous forme de flocons 
légers, de couleur ocracée; l'eau a alors complètement 
perdu sa saveur première. 

Les médecins ne peuvent donc attendre de bons ef- 
fets des eaux ferrugineuses du département, qu'en en- 
gageant leurs malades à aller les boire à la source 
même : sous tous les rapports, celles de Bernos, 
en raison de la situation agi'éable de la source, de 
leur abondance et de leur ((ualité, méritent la préfé- 
rence. 

Source de Bernos, canton de Saint-Vivien. — 
A quelque distance de Saint-Vivien , dans la propriété 
de Bernos, sur un petit plateau garni d'arbres touffus, 
sort en bouillonnant d'un sol sablonneux une source 
abondante, maintenue dans un bassin carré de quatre 
mètres environ. 

Cette eau, d'une saveur ferrugineuse très-pronon- 
cée , laisse sur sou parcours un dépôt rougeàtre abon- 
dant, j)uis elle perd sa saveur et va serpenter dans 
une prairie peu éloignée. 

Elle est peu connue; les habitants de la localité ne 
paraissent pas même comprendre (|ue celte eau ait une 
vertu médicale : sa lempéralurc, au sortir de la source, 
est de 13 degrés, l'air étant à 24. 



11(1 

Source (le Sauvais, canloii ilc Caslrcs. — Ollo 
(':hi , assez ahoiidaiilo, perd <'ii livs-pcii de leinps, 
coiniiic la procodcnlc, sa saveur airamcnlairo , et dé- 
pose également, dans une assez grande éleiulue, la 
matière rougeàtre dont nous avons tait mention. 

Source de lielloc, canton de Bazas. — Transpa- 
rente à sa source, elle se trouble à l'air et dépose, 
comme les précédentes, un sédiment ocracé, (|ui gar- 
ni! \uK' partie du bassin où elle est reçue; sa sa- 
veur, très-prononcée d'abord, diminue |)romplement , 
et quel(|ues heures d'exposition à l'air suflisent pour la 
lui faire perdre complètement. 

Source du Credo, près Villandrault. — A peu de 
distance du pont de Villandrault, jaillit une source fer- 
rugineuse, connue dans la localité sous le nom de 
Source du Credo. La saveur atramcnlaire de ses eaux 
et les bons ed'ets (|u"en ont obtenu bon nombre de per- 
sonnes, lui ont valu une certaine réputation. Elle oflre 
les mêmes caractères physi(|ues que les précédentes. 

Source de Monrepos , près Bordeaux. — Elle 
jaillit du coteau boisé du Cypressat, est peu abon- 
dante, et présente les mêmes caractères que celles 
(pie nous venons de mentionner. Il existe dans le dé- 
partement un grand nondtre d'autres sources ferru- 
gineuses aussi abondantes (|ue celle-ci, et de même 
nature. 



111 



SOURCE DE BEI.I.OC. 

flaz acide raibonique 0,011(1 

Air atiiio.-.|iliéi'iiiue 0,0030 



SOURCE DE SAUCATS. 



0,0130 

Cai'bonale lie clmux 0,183 

(le fiT 0,0U! 

Sulfate (le cliaux... 0,009 

Chlorure de sodium 0,027 

Civnate de fer 0,030 

Silice et inaliijre organique ... 0,011 



0,331 



Air îilniosplièritiuc 


0,0030 








0,0120 


C.arboniitp de cliaux .. .. 


. 0,217 


de fer 


. 0,012 


Siilfiile de chaux 


. 0,058 
. 0,047 


Crénate de fer 

Silice et matii're organique.. 


. 0,032 
. 0,013 




0,378 



SOURCE DU CREDO. 



SOURCE DE MONREPOS. 



Gaz acide carbonique .. ( quanlii(' 

Air atmosphérique ) indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,137 

de fer 0,012 

Sulfate de chaux 0,014 

Chlorure de sodium 0,033 

Crénate de fer 0.018 

Silice et matière organique... 0,016 



0,330 



Gaz acide carbonique... / quantité 

Air alniosphérique (indéterminée. 

Carbonaie de chaux 0,315 

de fer 0,018 

Chlorure de sodium 0,055 

de magnésie 0,017 

Sulfate de chaux 0,031 

Crénate de fer 0,030 

Silice et matière organique 0,018 



0,361 



SOURCE DE BERNOS 

Gaz acide carboni(|uc 0,0105 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0120 

Carbonate de chaux 0,171 

de fer 0,019 

Siilfatede chaux 0,032 

Chlorure desodium 0,042 

Crénate de 1er 0,038 

Siliceet matière organique 0,011 

0,313 



Je n'ai reconnu aucune trace d'arsenic ni de manganèse, soit dans le dépi'it 
ocracé, soit dans le résidu de l'évapiu'ation de ces caiix. 



0,0150 

CarbonatP de clianx 0,195 

Siill':ile lie cliaux 0,013 

Cliloriiie"ile sodium 0,007 

Silice el oxide de fer 0,016 

Matière organique alljumineuse 0,004 

Acide liydro-sulfuriquo , des iraces. 

0,325 



I 



112 

Eau sulfi(rei(se de Recaire. — Cette source assez 
nbondanie, située à quel([ues kilouièlres de Bazïis, jouil 
dune certaine réputation dans la localité; elle a une 
odeur sulfureuse très-prononcée en sortant de la source, 
mais qui disparaît pronipteinenl à Tair; sa température 
est de 12 degrés, l'air étant à 22; elle mousse légère- 
ment par Tagilalion, comme si elle conlenail un mu- 
cilage; sa saveur est sulfureuse; elle noircit les sels de | 
plomb : ces derniers caractères ne sont appréciables (|ue 
|)endant peu d'instants. 

EAU SULFUREUSE DE RECAIRE. 

Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmospliériquc 0,0015 



113 



Ra«x couvantes yvofonfles. 



V. — PUITS. 



L'eau (le puils est généralement employée à la bois- 
son et aux usages domesli((nes par les populations ru- 
rales, <iui se préoccupent beaucoup jjIus, en les faisant 
creuser, de la proximité, ((ue de la nature de l'eau. 

Les puils sont donc des excavations ordinairement 
circulaires, plus ou moins profondes, revêtues de ma- 
çonnerie, dans lesquelles les eaux souterraines vien- 
nent se réunir. Ces eaux, fournies par des nappes pro- 
fondes, proviennent d'infiltration; leur nature varie à 
l'infini, suivant la composition chimi((ue des couches 
(|u"elles traversent ou des terrains (lu'elles parcourent : 
généralement, les eaux profondes sont beaucoup plus 
chargées de sels minéraux que les eaux superlicielles, 
mais elles contiennent moins de matière organique. On 
conçoit, eu cfl'et, qu'en traversant les couches argilo- 
calcaires du sol , elles se dépouillent de celle-ci et se 
chargent de ceux-là, double eiïet d'autant plus sensible 
que les couches ont plus d'épaisseur, ou , ce qui re- 
vient au même, que les puils sont plus profonds. 

Nous allons suivre, pour indiquer la nature des eaux 
des puits du département , la marche que nous nous som- 
mes tracée pour les eaux de sources, c'est-à-dire par- 
courir successivement les arrondissements, les cantons 
cl les communes principales. 

8 



14 



^'^• ARRONDISSEMENT. 



BLAYE'. 

E:ui Limpide, saveur fraiVlie, agréa- 
ble. 

Marque 10 deg. '/, .l'a'iélant îi 22. 
Profondeur, 12 b 14 mètres. 

Gaz acide earbonique 0,0200 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0220 

Carbonate de chaux 0,187 

Sulfale de chaux 0,081 

Chlorure de sodium 0,053 

Silicate d'alumine 0,025 

Onide de fer 0,005 

Matière organique 0,002 

0,353 
BOURG. 

PUITS PUBLIC DU UIsmiCT. 

Eau Limpide, saveur fade, terreuse. 
Marque 9 degrés 7;. l'^ir étant h 
22. Profondeur, 17 ii 18 mètres. 

Gaz acide earbonique 0,0200 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0315 

Carbonate de chaux 0,409 

Sulfate de cliaux 0,215 

de magnésie 0,013 

Chlorure de sodium 0,090 

de calcium 0,127 

de magnésium 0,069 

Silice et oxide de fer 0,032 

Matière organique 0,004 

0,958 



COMPS. 

Kau limpide , .saveur fade. 
Marque 10 degrés 'j,, l'air étant ;i 
22. Profondeur, 12 il 15 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0200 

Air almosphériiiue 0,0030 

0,0220 

Carbonate de chaux 0,576 

Sulfate de chaux 0,078 

Chloiure de sodium 0,0.36 

de calcium 0,073 

Silice cl oxide de fer 0,019 

Matière organique 0,003 

0,784 

GAURIAC. 

Eau limpide, saveur fade, terreuse. 

Marque 10 degrés, l'air étant ;i 22. 
Profondeur, 14 il 16 mètres jusqu'il la 
nappe d'eau. 

Gaz acide carbonique. 0,0200 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0220 

Carbonate de chaux 0,584 

Sulfale de chaux 0,097 

Chlorure de sodium 0,105 

de calcium 0,065 

Silicate d'alumine... 0,017 

Oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,004 

0,878 



' Quand le puits n'est pas nommé, ou sa position précisée, c'est rjue tous les 
puits de la localilé l'iiurnissent des eaux de même nature. 



11! 



BAVOX. 



Limpidité paif:Mle, saveur fadi!. 
Marqua 10 ilegrés '/.. ''^ir élan! ;i 
23. l'i-olonilcur, 12 à 15 mètres. 



Gaz acide carbonique 

.4ir almospliérique 



0310 



Carbonate de cliaux 0,325 

Sulfate de chaux 0,165 

Chlorure de sodium 0,096 

de calcium 0,014 

Silicate d'alumine 0,022 

Oxide de fer 0,007 

Matière organique .. 0.005 



0,634 



SAINT-AUBIN. 

Limpide, fraîche, agréable. 
Marque 11 degrés, l'air étant il 24. 
Profondeur, 12 ii 14 mètres. 



0,0190 Gaz acide carbonique 0,0170 

0,0020 Air atmosphérique 0,0020 



0,0190 



Carbonate de chaux 0,166 

Sulfate de chaux 0,071 

Chlorure de sodium 0,0f)3 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organiiiue . 0,003 



0,320 



SAINT-CIERS-L ALANDE . 



l'UlTS VINCEiN'T, 

A l'kx'irkmitk du bourg, 

ou viennent se pourvoir les habitants 

du marais. 

Limpidité parfaite, saveur fraîche, 
agréable. 

Marque 10 d%'. , l'air étant il 23. 
l'rofond., 10 m. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0145 

Carbonate de chaux 0,145 

Sulfate de chaux 0,067 

Chlorure de sodium 0,055 

de calcium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,006 

0,315 



PUITS JOLY, 

AU CEMRE. 

Limpide , fraîche , agréable. 
Marque 10 deg. . l'air étant k 23. 
Prof. 12 a 14 m. 

Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0140 

Carbonate de chaux 0,157 

Sulfate de chaux 0,076 

de soude 0,013 

Chlorure de sodium 0,064 

Silicate d'alumine 0,018 

Oxide de fer 0,008 

Matière organique 0,004 

0,33!) 



11G 



PUITS CAZENAVE, 

\ L'ENiniJE DU BOURG. 

Limpide , saveur frniclie et agréable. 

Miiique 10 aeg. , l'airétanla 23. 
Prnfiiiuleur, 11 m- 

Cri acide carbonique 0,0135 

Air atmosphérique 0-00^*^ 

0,01b5 

Carbonate de cliaux 0,135 

Sulfate de chaux 0,043 

Chlorure de sodium 0,074 

Silicate d'alumine 0,032 

Oxide de fer 0,006 

Matière organi(iuc 



ÈTAULIERS. 

Eau limpide, saveur fade. 
Marque 12 deg. , l'air étant a 23. 
Profondeur, 6 m. 

Gaz iicide carbonique 0,0190 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0210 



0,005 



0,285 

SAINT-SÂVIN. 

Eau limpide, saveur terreuse. 
Marque 11 deg. , l'air étant h 23. 
Profond., 8 à 9 m. 

Gaz acide carbonique 0,0185 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0200 

Carbonate de chaux 0,362 

Sulfate de chaux 0,193 

Chlorure de sodium 0,117 

rie calcium 0,065 

Silicate d'alumine 0,016 

Oxide de fer 0,004 

Matière organique 0,003 

0,760 



Carbonate de chaux 0,415 

Sulfate de chaux 0,132 

Chlorure de sodium 0,104 

de calcium 0,055 

de magnésium 0,037 

Silicate d'alumine 0,018 

Oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,005 

0,772 
CAVIGNAC. 

PUITS rUBF.IC. 

Limpide, saveur désagréable. 

Marque 11 deg. , l'air étant a 23. 
Profondeur, 8 m. 

Gazacide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,475 

Sulfate de chaux 0,137 

de magnésie 0,032 

Chlorure de sodium 0,138 

de calcium 0,067 

de magnésium 0,034 

Azotate de chaux 0,082 

Silice et oxide de fer 0,01(5 

Matière organique 0.014 

0,975 



' L'eau du puits public de Cavignac est bien inférieure en qualité à celle des 
puits particuliers qui l'avoisinent. Celle-ci, en effet, ne contient pas pins de 
0,487 de sels de toutes natures. J'attribue celte différence aux corps étrangers 
que les enfants y jettent, et il la poussière que sa proximité de la grand'route 
permet au vent d'y apporter. Ce puits, fuiirnissant de l'eau a la piipulation pauvie 
du bourg, celle qui mérite le plus de synipalliie , il serait urgent (jue l'autorité 
municipale le fit recurer et recouvrir d'««e portière à châssis, qui le préservât 
du double inconvénient que nous venons de signaler. 



ir 



2« ARRONDISSEMENT. 



Lilionriie. 



Les puits sont nombreux, de profondeur moyenne, 
l'eau à peu près identique. 



PUITS 

DE l'hôtel UU grand OKIE.NT. 

Limpide , fraîclie , agréable. 
Marque 10 tlcg. '/î-- l'air étant à 
22. Profond., 8 m. 

Gaz acide carbonique 0,0180 

Air atniospliériqiie 0,0020 

0,0200 

Carbonate de chaux 0,185 

Sulfate decliaux 0,095 

Cblorure de sodium 0,073 

de calcium 0,084 

Azotate de chaux 0,062 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique un peu ani- 

malisée 0,007 



PUITS 

DE LA PLACE d'aRMES. 

Limpidité parfaite , saveur agréable. 
Marque 11 deg. , l'air étant il 22. 
Profondeur, 10 m. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air almospliérique 0,0020 

"1)^0195 

Carbonate de chaux 0,215 

Sulfate de chaux 0,097 

Chlorure do sodium 0,088 

Azotate de chaux n,075 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique un peu ani- 

nialisée 0,008 



0,526 



La proximité des écuries n'est pro- 
bablement pas étrangère b la présence 
de l'ammoniaque dans l'eau de cepuiis. 



0.500 

Cette eau a beaucoup d'analogie avec 
celle de l'Iiôtel du Grand Orient. 



PUITS 

DES EXVIRONS DE LA MALLE. 

Limpide , agréable. 
Marque 11 deg. , l'air étant à 33. 
Profondeur , 11 m. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0015 

T,0185 



Carbonate de cliaux 0,235 

Sulfate de chaux (',0C8 

Chlorure de sodium 0,096 

de calcium 0,0.'}6 

Azotate de chaux 0,054 

Silice et oxide de fer 0,022 

Matière organique 0,007 

0,0518 



CANTON DE BRANNES. 



Les puits sont assez profonds; l'eau repose sur un sol 
calcaire, dont elle se sature; elle grumèle abondam- 
ment le savon , cuit mal les légumes. 



BRANNES. 

Marque 10 deg., l'air étant à 22. 
Profoniieur, 11 m. 
Saveur fade , terreuse. 

Gaz acide carbanique 0,0170 

A\r atraospliérique 0,0020 

0.0190 



Carbonate de cbaux 0,505 

Sulfate de cliaux 0,247 

Azotate de chaux i „ „„_ 

de magnésie l 

Chlorure de sodium 0,047 

de calcium 0,073 

de magnésium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,009 



0.0990 



BARON. 

Maripie 10 deg., l'air étant à 22. 
Profondeur, 13 m. 

Saveur terreuse plus prononcée. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de cliaux 0,36.^ 

de magnésie 0,017 

Sulfate de chaux 0,183 

de magnésie 0,023 

Azotate de cliaux ) ^ «o.^ 

de magnésie \ ' 

Chlorure de sodium 0,173 

de calcium 0,064 

de magnésium 0,082 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,007 



0,0959 



ESPIET. 

Marque 10 deg. Profondeur, 9 mètres. 
Saveur fraîche , agréable. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0150" 

Carbonate de chaux 0,393 

Sulfate de chaux 0,102 

Azotate de potas.'ie 0,05(i 

Chlorure desodium 0,067 

de calcium 0,024 

de magnésium 0,018 

Silice et oxide de 1er 0,014 

.Matière organique 0,004 

0,677 



119 



CASTILLON. 



PUITS 

DE (.A PLACE. 

Saveur désagréable, terreuse. 

Gaz a(:i(!e rarbonique 0,0190 

Air almospliériiiue 0,0020 

0,0210 

Carbonate île eliaux 0.402 

.Sulfate (le chaux 0,.502 

Azotate de chaux i 

de magnésie i ' 

Chlorure de sodium 0,187 

de calcium 0,023 

de magnésium 0,019 

.Silicate d'alumine 0,021 

Oxidedefer 0,000 

Matière organique 0,008 

1,273 



PUITS 

DE I.'hOTBI. des DlUfiKNCES 

Mar(|ue 10 degrés, l'air étant ît 22. 
Profondeur, 9 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0185 

Carbonate de chaux 0,405 

Sulfate de chaux 0,.i74 

.azotate de chaux i 

, . . 0,092 

de magnésie ( ' 

Chlorure de sodium 0,260 

de calcium 0,041 

de magnésium 0,020 

Silice et oxide de fer 0,023 

Matière organique 0,008 

1,388 



SAINTE-TERRE. 

Point de fontaine publique. Puits nombreux 
assez profonds. 11 mètres. 

Eau limpide, mais lourde et sélénileuse. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de cliaux 0.327 

Sulfate de chaux 0,414 

Azotate calcaire i 

de magnésie ! «'OS^ 

Chlorure de sodium 0,103 

de calcium 0,044 

.Silice et oxide de fer 0,010 

Matière organique 0,006 

0,972 



120 



CANTON DE COUTRAS. 



Puits du Châleau. — Il ne rcsle plus du château 
célèbre ([u'habilèrent pendant longtemps Catherine de 
Médicis, Marguerite sa fdle, et Henri IV, qu'un joli 
puits de forme hexagone, d'un n. être de côté, recouvert 
d'une petite lanterne couronnée d'une calotte à écailles , 
sur laquelle repose un dauphin ; le tout soutenu par 
six colonnettes, s'appuyanl elles-mêmes sur des vases 
de diverses formes qui leur servent de socle. A six mè- 
tres de profondeur, il se. rétrécit brhsquement , cl atteint 
ainsi le niveau de la nappe d'eau, à onze ou douze 
mètres au-dessous du sol. 

Il contient en toute saison trois à quatre mètres d'eiu 
fraîche et limpide, d'une saveur agréable, marquant 
10 degrés, l'air étant à 22. 



PUITS 

hV CHAIEVU DE COUTlt.tS. 

Ci37. aridf carbonique 0,0175 

Air atiiiuspliérique 0,0020 

0,0195 

Cai'Lonate do cliaux 0,071 

Sulfate (le chaux " 0,029 

Azolate (le potasse 0,027 

Chlorure (le sodium 0,034 

Silice et oxide de fer 0,012 

Matière organique 0,002 

0,175 

Celte eau est la plus pure de toutes 
les eaux de puits du département. 



PUITS D'ABZAC. 

Gaz acide carbonique 0,0180 

Air atmo.-phérique 0,0020 

0,0200 

Carbonate de chaux 0,138 

Siilfatc' de chaux 0,085 

Chlorure de sodium 0,042 

de calcium 0,021 

Silice et oxide de 1er. ... .... 0,018 

Matière organique 0,010 



0,314 



121 



GOITRES. 

Puits nombreux. Prof , 13 à 14 m. 
Eau limpide , saveur fade et terreuse. 
Marque 9 deg. '/,, l'air élaut ;i 32. 

Gaz acide carl)Oiii(iuc. . j quantité 

Air atmospliérique i indéterminée . 

Carbonate de cliaus 0,510 

Sulfate de cbaux 0,215 

Azotate de potasse 0,057 

Chlorure de sodium 0,064 

de calcium 0,030 

Silicate d'alumine l ç^ q^q 

Oxide de fer I 

Matière orgmique 0,008 

0,910 



SAINT-DENIS-DE-PILES. 

L'une des communes les plus consi- 
dérables du canton de Gnitres. Point 
de fontaine publique. Puits nombreux, 
profonds de 7 a 8 mètres. 

Eau limpide , sans odeur ni couleur. 

Marque 10 deg. '/,, l'air étant a 23. 

Gaz acide carbonique.. ( quantité 
Air atmosphérique. ... I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,267 

Sulfate de chaux 0,160 

Azotate de potasse 0,047 

Chlorure de sodium 0,152 

de calcium 0,028 

Silice et oxidede fer 0,017 

Matière organique 0,004 



0,681 



MARANCIN. 

Puits nombreux. Prof , 12 à 14 m. 

Eau lourde et séléniteuse. 

Marque 9 deg., '/, l'air étant à 22. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmosphérique. . 0,0015 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,413 

Sulfate de chaux 0,285 

Azotate de potasse 0,082 

Chlorure de sodium 0,065 

de calcium 0,071 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0, 005 

0,938 



SAINT-MÉDARD DE GUIZIERS. 

Puits peu profonds, 6 à 7 mètres. 

Eau limpide , agréable. 

Marque 11 deg., l'air étant ;i 22, 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0180 



Carbonate de chaux 0,168 

Sulfate de chaux 0.103 

Azotate de potasse 0,057 

Chlorure de sodium 0,103 

de calcium 0,021 

Silice et oxide de fer 0,033 

Matière organique 0,006 



0,4^9 



SAlNTE-rOY. 



PUITS 

Fie I.'nOTEL DES UESSAOBBIES. 

Gaz acide carbonique .. / quantité 

Air atmosphérique \ indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,614 

Sulfate de chaux 0,296 

Chlorure de sodium 0,193 

de calcium 0,037 

Azotate de potasse 0,085 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,007 

~1,348 



PUITS 

A L'EXTRtE DE LA VILLE. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,582 

Sulfate de chaux 0,375 

Chlorure de sodium 0,167 

de calcium 0,048 

Azotate de potasse 0,183 

Silice et oxide de fer. 0,032 

Matière organique . 0,010 

1,386 



i'Ii 



PUITS-FONTAINE 
ni: [.A R n A is D f - P I. A c K . 

Saveur fade , terreuse. 

Marquell deg. '/;. l'aii'étant "a 33 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

.\iratinosplicriquc I indéterminée. 

Ciirboiiale de cliauoc 0,592 

Sulfate de cliaux 0,287 

Clilorurc de sodium 0,215 

decalciuni 0,063 

Azotate de potasse 0,137 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique O.OlO 



PUiTS-FONTAINE 
i)E l'Église. 
Marque 10 deg. '■/> > 'air étant ii 23. 
Gaz acide carbonique. . ) quantité 

Air almospliérique i indéterminée. 

Carbonalc de cliaux 0,.595 

.Sulfate de chaux 0,325 

Chlorure de sodium 0,227 

de calcium 0,050 

Azotate de potasse 0,173 

Silicate d'alumine 0,021 

Matière organique et oxide de / ^ j., , 
fer ( ' 



1,325 



1,410 



FRONSAC. 

I,e bourg de Frnnsac n'a point de 
fontaine publique. Les puits y sont nom- 
breux , assez profonds, l'eau de bonne 
qualité. 

PUITS DE FRO.VS.VC. 

Gaz acide carbonique... | quantité 

Air atmosphérique < indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,272 

.Sulfate dechaux 0,117 

Chlorure de sodium 0,078 

de calcium 0,036 

de magnésium. . .. 0,037 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,006 

0,550 



CADU LAC-SUR-DORDOGNE 

Ne renferme non plus aucune source 
superficielle ; les puits fournissent à tous 
les besoins. 

PUITS- DE CADILLAC-SUn-DORDOGNE. 

Gaz acide carbonique... | quantité 

Air atmosphérique ( indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,365 

Sulfate de chaux .... 0,103 

Azotate calcaire 0,014 

Chlorure de sodium 0,078 

de calcium 0,033 

Silice et oxide de fer 0,011 

Matière organique 0,007 

0,629 



LussAC. — Le bourg de Lu.ssac, entoure d'eaux su- 
perlicielles, ne fait usage que d'eau de puits de mau- 
vaise ((ualité, bien qu'à (|uekjues centaines de nièlrcs 
il V ail d'excellentes eaux courantes. 



PUJOLS est un liros boum situé sur un coteau do- 



123 

iniiianl la vallée de la Dordogne; les puits y sont pro- 
fonds; l'eau qu'ils fournissenl est, comme celle de tous 
les puits du canton , lourde et séléniteuse. 



PUITS DE LUSSAC. 
Eau limpide , saveur terreuse. 

Gaz acide carl)oiii(|ue... | quantité 

Air atmnspliérique (indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,402 

Sulfate de chaux 0,287 

Azotate de potasse ... 0,310 

Clilorure de sodium 0,265 

Je calcium 0,048 

Silice et oxide de fer... 0,016 

Malii're organique 0,004 

1,2.33 



PUITS DE PUJOLS. 

Eau limiiide , saveur fade, désa- 
gréable. 

Gazacide carbonique... ( quantité 

Air atmosphérique . i indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,.515 

Sulfate de cbaux 0,396 

Azotate de cliaux ' n iq7 

de magnésie i ' 

Chlorure de sodium 0,165 

de calcium 0,142 

de magnésium 0,064 

Silicate d'alumine et oxide de 

fer 0,041 

Matière organique 0,006 

1,466 



GENSAC, situé également sur un plateau élevé, n'est 
pas mieux partagé (pie Pujols. 

Les puits y sont profonds, de dix-huit à vingt mètres. 



RAUZAN. — Commune populeuse et commerçante; 
puits nombreux et profonds. L'un de ces puits pré- 
sente une intermittence remarcpiahle : il fournit pen- 
dant une partie de l'année une eau abondante et très- 
bonne, tarit tout à coup, et reparait après trois à quatre 
mois. 11 était à sec à l'époque où je visitai Ilauzan. 



424 



PUITS DE OENSAC. 

Marque 9 degivs l'air étant à 23. 

Gaz acide carbonique. . ; quantité 

Air atmosphérique * iniléterminéc. 

Carbonate de chaux — 0,515 

■Sulfale (le chaux 0,387 

Azotate calcaire 0,162 

Chlorure de sodium 0,105 

de calcium 0,182 

Silicate d'alumine 0,028 

Oxide (le fer ot matière organi- 
que 0,012 

1,391 



PUITS DE RAUZAN. 



Gaz acide carbonique. . ( quanlilé 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,312 

Sulfate de chaux 0,167 

Chlorure de sodium 0,102 

de calcium 0,184 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,006 



0,789 



y^ ARRONDISSEMENT. 



I.a Réolo. 



Ce clief-lioii (rari'ondi.ssemcnt ne renferme aucune 
source superliciclle; leau des fontaines qui servent aux 
besoins de la population , est élevée au-dessus du sol 
par des pompes à manivelles; c'est pour cela que nous 
les avons rangées dans la catégorie des eaux profondes. 



PUITS-FONTAlNES DE LA RÈGLE. 

Gaz acide carbonique 0,0180 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0200 



Carbonate de chaux 0,325 

Sulfate de chaux 0,187 

Azotate de potasse 0,042 

Chlorure de sodium 0,095 

de calcium 0,027 

Silicate d'alumine 0,021 

Oxide de fer 0,007 

Matière organique 0,006 



0,710 



PUITS DE LA RÈGLE. 

Gaz acide carbonique 0,0200 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0220 



Carbonate de chaux 0,475 

Sulfate de chaux 0,267 

Azotate calcaire 0,073 

Chlorure de sodium 0,082 

de calcium 0,063 

(le magnésium 0,037 

Silicate d'alumine 0,021 

Oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,010 

1,034 



12S 

GIRONDE. — Gros bourg assez peuple. La population 
ne {'ail usage (jue d'eau de puits : il n'y a point de fon- 
taine puhli(|ue; l'eau des puits est à onze mètres du 
sol; sa température est de 10 degrés, l'air étant à 22. 



PUITS DE GIRONDE. 

Gaz acide carbonique j quantité 

Air atmospliérique ) indéterminée. 

Carbonate de chaiix 0,51 6 

Sulfate decliaiix 0,265 

Clilorure de sodium 0,10-2 

de calcium 0,036 

de magnésium 0,028 

Azotate de cliaux 0,063 

Silice et oxide de fer 0,026 

Matière organique 0,003 

1,038 



SAiNT-MACAiRE. — L'uue des plus anciennes villes 
du département; les rues y sont étroites, les maisons mal 
bâties et mal aérées. La ville ne possède aucune source 
superficielle; aucune eau courante ne vient rafraîchir 
en été l'intérieur de cette vieille cité, qui se trouve 
ainsi réduite à user exclusivement d'eau de puits. 

Celte eau a une température de 1 1 degrés, l'air étant 
à 24 ; elle est limpide , sans odeur ni couleur, mais elle 
a une saveur fade et terreuse. 

CAUDROT. — Bourg considérable sur la Garonne, 
à quel(|ues kilomètres de Sainl-Macaire, est, comme 
celte ville, dépourvu d'eaux courantes superficielles; 
feau des puits y est encore plus malsaine. 



126 



PUITS DE SAINT-MACAIRE. 

Gaz acide carbonique 0,0200 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0220 



Carbonate de cliaux 0,427 

Sulfate (le chaux 0,252 

Chlorure de sodium 0,0G5 

de calcium 0,044 

de magnésium 0,036 

Azotate de potasse 0,081 

Silicate d'alumine 0,021 

Oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,008 

0,940 



PUITS DE CAUDROT. 

Gaz acide carbonique 0,0210 

Air atmosphérique :. 0,0020 

0,0230 



Carbonate de chaux 0,655 

Sulfate de chaux 0,237 

Chlorure tic sodium 0,09 2 

de calcium 0,048 

de magnésium 0,034 

Azotate de potasse 9,065 

Silicate d'alumine.... 0,022 

Oxide de fer 0,006 

Matière organiiiue 0,003 

1,162 



rriTS DE MONSEGUR. 

Eau limpide, saveur franche, agréable. 

Marque 10 deg., l'air étant il 23. 

Profondeur, 12 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0195 

Carbonate de chaux 0,263 

Sulfate de chaux 0,185 

Chlorure de sodium 0,082 

de calcium 0,060 

de magnésium 0,028 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,004 

0,640 



PUITS DE SAINT-MAIXANT. 

Limpidité parfaite. 

Marque 10 degrés, l'air étant îi 23. 
Profondeur, 11 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0190 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0210 

Carbonate de chaux 0,208 

Sulfate de chaux 0,072 

Chlorure de sodium 0,089 

de calcium 0,036 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,004 

0,426 



ROQUEBRUNE. — Boiu'g assez populeux, arrosé par le 
Drol et l'Aiidouille, au.xquels il doit de l'eniporlcr en 
ferlililé sur les coninuincs voisines; il n'y a point de 
fontaine publi(|uc. Les puits y sont profonds de dix à 
douze mètres; leur température est de 10 degrés '/a, 
l'air étant à 22; l'eau (|u"ils fournissent est limpide, in- 
colore, mais de mauvaise qualité. 

Dans le canton de Pellegrue, le terrain est monlueux 



ni 

el coupé dcU-oilcs vallées; le sol argilo-calcaire, hlaii- 
cliàlre, friable cl très-froid. 

Le bourg de Pellegrue est situé sur un plateau éle- 
vé; il ne possède aucune fontaine publifjue, mais il a 
un puits communal couvert. Ce puits, où vont se pour- 
voir une partie des habitants, est très-profond (23 mè- 
tres au moins) ; il fournil une eau lourde, d'une saveur 
fade el désagréable. 



PUITS DE ROQUEBRUNE. 

Marque 10 deg. '/., l'air étant i;22. 
l'rofonrieiir, 13 mètres. 

Gaz acide carbonique.. 0,0200 

.\ir atmosiiliérique 0,001.5 



0,0215 

Carbonate de cbaux 0,629 

Sulfate de chaux 0,268 

Chlorure de sodium 0,084 

de calcium 0,053 

de magnésium 0,037 

Azotate de chaux 0,105 

Silicate d'alumine 0,022 

Oxide de 1er 0,005 

Matière organique 0,009 



1,211 



PUITS DE PELLEGRUE. 

Marque 9 degrés, l'air étant à 33. 
Profonileur, 25 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmosphérique 0,0015 



0,0190 



Carbonale de chaux 0,435 

Sull'ale de chaux 0,173 

Chlorure de sodium 0,091 

de calcium .. 0,046 

de magnésium....... 0,021 

Azotate de chaux 0,043 

Silicate d'alumine 0,016 

Oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,004 



0,833 



SAINT-FERME. — Joli bourg bien situé, sol léger, sa- 
blonneux, eaux courantes, abondantes; point de fon- 
taine ))ubli(pie; puits nombreux, de profondeur moyen- 
ne; eau limpide et salubre. 



128 



PUITS DE SAINT-FERME. 

Marque 10 '/, > l'air ilant à 23. Profon- 
deur, 12 mètres. 

Gaz acide carbonique i quantité 

Air atmospliérique t indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,367 

Sulfate de chaux...., 0,091 

Chlorure de sodium 0,065 

de calcium 0,063 

Silicate d'alumine , 0,017 

Azotate de chaux. ...^.. 0,044 

Oxide de fer k\:., 0,005 

Matière organique 0,006 

0,657 



SAUVETERRE. — Celte petite ville ne renferme aucune 
source superficielle; quelques filets d'eaux peu abon- 
dants et dos puits nombreux, suffisent aux besoins de 
la population. On y a établi tout récemment, un puits 
à pompe qui tient lieu de fontaine publi([ue; le bourg 
possède aussi plusieurs puits communaux. 

MAURIAC. — Petit bourg à sept ou huit kilomètres 
de Sauveterre; point de fontaine, puits assez nom- 
breux; eau scléniteuse et lourde. 



129 



PUITS DE S&UVETERRE. 



PUITS-FONTAINE. 

Eau limiiide, saveur franche. 
Marque 10 rteg. '/,, l'airétanta 23. 

Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmospliérique 0,0020 

0,0155 

Carbonate de cliaux 0,247 

Sulfate de chaux 0,163 

Chlorure de sodium 0,172 

de calcium 0,048 

de magnésium 0,031 

Silice et oxidc de fer 0,01 6 

Matière organique 0,008 

0,685 



PUITS COMMUNAL DE LA HALLE. 

Eau incolore, inodore, saveur fade. 
Marque 11 degrés , l'air étant il 23. 
Profondeur, 14 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0190 

Air atmosphérique 0,0013 

0,0205 

Carbonate de chaux 0,337 

Sulfate de chaux 0,245 

Chlorure de sodium 0,183 

de calcium 0,045 

de magnésium 0,028 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,007 



0,858 



PUITS DE LA GEND.\RMER1E 

L'eau de ce pui's est excellente et 
bien supérieure à celle des puits du 
bourg; le sol en est caillouteux. 

Marque 10 degr., l'air étant à 23. 

Profondeur, 13 m. 

Gaz acide carbonique 0,0155 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,197 

Sulfate de chaux 0,122 

Chlorure de sodium 0,046 

de calcium 0,024 

de magnésium 0,010 

Azotate de potasse 0,035 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,005 

0,458 



PUITS DE MAURIAC. 

Limpide , fade , terreuse. 
Mar(|ue 11 deg. , l'air étant il 23- 
Profondeur, 11m. 

Gaz acide carbonique 0,0195 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0215 

Carbonate de chaux 0,425 

Sullale de chaux 0,272 

Chlorure de sodium 0,102 

de calcium 0,064 

de magnésium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0.006 

n,ni2 



130 



CANTON DE TARGON. 



TeiTahi silico-ai'gilcux peu lortile, inaii(|iiiuit d'eau 
pour les irrigalions. Targoii, chef-lieu du canlon , n'a 
aucune fonlaine publique; des puits nombreux assez 
profonds fournissent l'eau nécessaire aux besoins de la 
population. 



PUITS DE TARGON. 

Eau limpide, mais lourde et séloiiitcuse. 
Marque 10 degrés, l'air clarità 23. 
Profondeur, 14 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0190 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0210 



Carbonate de cliaux 0,495 

Sulf;ilede chaux - 0,270 

Chlorure de sodium 0,094 

de calcium 0,086 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,006 

0,960 



h^ ARRONDISSEMENT. 



Bnxa.s. 



Bazas renferme, indépendamment des lontaines dont 
nous avons parlé, un grand nombre de puits, dont 
l'eau est de (|ualilé très-médiocre. 

cuDos. — Commune populeuse au sud de Bazas; une 



I 



I 



131 

partie du terrain est marécageux, les liabitants ne l'ont 
usage (juc deau de puils. 

PUITS DE BAZAS. PUITS DE CUDOS. 

Eau limpide, saveur fade Eau lini|iide, un peu fade. 

Marque 10 deg. '/.. l'air élatiUa 23. Marque 10 deg. , l'air étant ii 23. 

Profondeur, 14 m. Profondeur, 11 m. 

Gaz aciile carbonique 0,0195 Gaz acide carbonique 0,0175 

Air almospliérique 0,0015 Air atmosphérique 0,0015 



0,0310 0,01<)0 



Carbonate de cLaux 0,376 Carbonate de chaux 0,383 

Sulfate de chaux 0,257 Sulfate de chaux 0,313 

Chlorure de sodium 0,091 Chlorure de sodium 0,103 

de calcium 0,054 de calcium 0,048 

de magnésium 0,038 Azotate calcaire 0,066 

Azotate de chaux 0,072 Silice et oxide de fer 0,015 

de magnésie 0,036 Matière organique... 0,007 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,008 0,733 



0,936 



AURos. — Chef-lieu du canton de ce nom, situé sur 
le sommet d'un coteau escarpé, ne renferme aucune 
fontaine, et la population, comme celle de Cudos, ne 
fait usage que d'eau de puits. 

BARiE. — Commune fertile, arrosée par la Garonne 
et la Bassanne; terrain plal fré(|uommenl inondé; il n'y 
a point de fonlaine; l'eau de la Garonne sert à presque 
tous les u.sages domestiques, et l'eau des puits fournil 
à la boisson. 



132 



PUITS D'AUROS. 

Eau limpide , agréable. 

Marque lOdeg. '/., l'air élaiil ii 2i. 

Profondeur, 8 m. 



PUITS DE BARIE. 

Eau limpide, saveur franche, agréable. 
Marque 10 deg., l'air étant à 22. 
Profondeur, 12 m. 



Gaz acide carbaniquc 0,0190 Gaz acide carbonique 0,0163 

.\ir atmospliérique 0,0020 Air atmosphérique ,■ 0,0020 



0,0210 

Carbonate de chaux 0,280 

Sulfate de chaux 0,184 

Chlorure de sodium 0,086 

de calcium 0,127 

Silice et oxide de fer 0,021 



0,0185 

Carbonate de chaux 0,234 

Sulfate de chaux 0,152 

Chlorure de sodium 0,074 

de calcium 0,026 

Azotate de potasse 0,041 



Matière organique 0,003 Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,005 



0.701 



0,518 



GRiGNOLS. — Ce canton est arrosé par plusieurs cours 
deau considérables, le Lizos, le Berlhoz, etc. 

Le bourg de Grignols ne renferme que des sources 
superficielles d'un volume insignifiant; les puits sont, 
comme dans tout l'arrondissement, les seuls réservoirs 
d'eau potable dont fiisse usage la population. Il possède 
un puits-fontaine à pompe , qui fournit en toute sai- 
son une eau assez abondante, mais de mauvaise qua- 
lité, comme celle de tous les puits du canton. 



LAVAZAN. — Le sol de cette commune est beaucoup 
plus siliceux que celui de Grignols, aussi les eaux y 
sont-elles plus pures. Lavazan n'a aucune fontaine pu- 
blique; la nappe deau (pii alimente ses puits, n'est qu'à 
huit ou dix mètres du sol. 



^m 



PUITS DE GRIGNOLS. 

Eau limpide, saveur tcireuse. 
Marqua 10 dcg., l'air étaiil à 21. 
Profondeur, 12 mètres. 

Gaz acide carbonique 0,0200 

Air almospliérique 0,0035 



PUITS DE LAVAZAN. 

Eau limpide, Iraiclie, agréable. 
Marque 10 degrés, l'air étant à 24. 

Gaz acide carbonique 0,0155 

Air atmosphérique 0,0020 



0225 



0,0175 



Carbonate de chaux 0,337 

.Sulfate de chaux 0,306 

Azotate de chaux ' 107 

de magnésie I ' 

Clilornre de sodium.. 0,310 

de calcium 0,036 

Silicate d'alumine 0,023 

Oxide de fer et matière or- 
ganique 0,011 



Carbonate decliaux 0,386 

Sulfate de chaux 0,156 

Chlorure de sodium 0,07-4 

de calcium 0,036 

Az(J(atc de chaux 0,027 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,004 



0,001 



1,029 



LANGON. — Les puits (le Langon sonl nombreux, 
peu profonds , creusés dans un sol caillouteux , et ali- 
mentés par de bonnes eaux. 

CASTETS EN DORTHE. — Petit bourg daus la basse 
plaine, avec un port sur la Garonne. Les puits deCas- 
tets, creusés dans un sol argileux, fournissent une eau 
excellente, dépouillée d'une grande partie des sels cal- 
caires qui se trouvent dans l'eau des puits des cantons 
voisins. 



TOULENNE. — Petite localité j)rès de Langon , rcmar- 
(piable j)ar son collège; il n'y a pas de fontaine piibli- 
([ue, les puits fournissent à la population l'eau néces- 
saire à ses besoins. 



434 



PUITS DE LANGOX. 

Eau limpide , saveur asicabif. 

Marque 11 deg. . l'air étant à -21. 

Gaz acide carbonii|UP 0,0175 

Air aimosplièrique 0,0020 



0,0195 



Carbonate de chaux 0,208 

Sulfate de cliaux 0,ll5 

Chlorure de sodium 0,042 

de calcium 0,038 

Azolale de potasse 0,087 

Silice et oxide de fer 0,010 

Matière organii|ue 0,004 



0,510 



PUITS DE CASTETS-EN-DORTHE. 

Limpidité parfaite, saveur fraîclie et 
agréable. 

Marque 10 d^g. , l'air étant ;i 23. 
Profond., 11 ra. 

Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmosphérique 0,0020 

0,0155 



Carbonate de chaux 0,137 

Sulfate de chaux 0,091 

Chlorure de sodium 0,072 

Azotate de potasse ..• 0,008 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,003 



0,385 



PUITS DE TOULENNE. 

Beau limpide, frai'che , agréable. 
Marque 10 deg. '/., , l'air étant il 22. 
Profondeur, 11 mètres. 

Gaz acide carbonique. . / Quantité. 

Air atmosphérique i indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,217 

Sulfate de chaux 0,104 

Chlorure de sodium 0,042 

decalcium 0,026 

Azotate de potasse 0,058 

Silicate d'alumine 0,016 

Oxide de fer 0,004 

Matière organique 0,005 

0,'i.73 



SAiNT-SYMPHORiEX. — La constiliilioii géologi(|no (le 
ce canlon et de celui de Villandraul, est la même (|ue 
celle du canlon de Captieux. Nous aurons occasion 
d'en parler plus loin, quand nous nous occuperons 
de l'eau du sous-sol des Landes. 



135 



5« ARRONDISSEMENT. 

Bordeaux. 

Comme nous l'avons déjà dii , la ville do Bordeaux 
possède un grand nombre de puits; mais creusés dans 
un terrain rapporté, conslanimenl imprégné de liqui- 
des animalisés, presque tous fournissent une eau mal- 
saine. 

Il est aisé de comprendre que les eaux d'inlillra- 
lions qui traversent le sol, altèrent les sources qui ali- 
mentent les puits. Tous les établissements publics et une 
grande partie des établissements privés ne font usage, 
pour les besoins domestiipies, que d'eau de qualité infé- 
rieure, lorsqu'elle n'est |)as malsaine : les résultats que 
je vais faire connaître le démontreront suflisammenl. 



PARTIE SUD DE LA VILLE. 



PUITS-FONTAINE 

DE l.t PLACE DU MAUCAII.f.ÛUS. 

Eau limpide , saveur fade , terreuse. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmospliL'riquc 0,0015 

0,0190 

Carbonate de chaux 0,370 

Suilale de cliaux 0,185 

demagnésie 0,015 

A/.olatc de chaux / 

de magnésie I ' 

Chlorure de sodium 0,134 

de calcium 0,105 

de magnésium 0,066 

Silice et oxide de fer 0,0J5 

Matière organii|iic azolée 0,011 

1,053 



PUlTS-FONTAlNE 

DE LA PLACE CANTELOUP. 

Gaz acide carbonique.... 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,322 

Sulfate de chaux 0,210 

demagnésie 0,027 

Azotate de chaux.. 0,07S 

Chlorure de sodium 0,162- 

de calcium 0,138 

de magnésium 0,054 

Silice et oxide de fer 0,028 

Maiiérc organiqi.-e 0,009 

1,038 



136 



PUITS-FONTAINE 

PLACE DU MiRCHli-NEUK. 

Eau limpide, saveur leireuse. 

daz acide carboniiiue 0,0170 

Air atmospiiériiiue 0,0020 

0,0190 

Carbonate de cliaux 0,445 

Sulfate de chaux 0.127 

de magnésie 0,018 

Azotate de chaux / q j^gg 

de magnésie t 

Chlorure rie sodium 0,153 

de calcium 0,235 

de magnésium 0,065 

Silicate d'alumine 0,023 

Oxide de fer et matière orga- 
nique 0,013 

1,202 



PUITS-FONTAINE 

BUE DU MIRAIL. 

Ciaz acide carbonique 0,0105 

Air atmosplÉcriquc 0,0015 

0,0180 

Carbonate de cliaux 0,715 

Sulfate de cliaux 0,195 

Azotate de chaux / . .„-, 

, . . , 0,0o-i 

de magnésie » 

Chlorure de sodium 0,180 

de calcium 0,137 

de magnésium 0,054 

Silicate d'alumine et oxide de 

fer 0,042 

Matière organique azotée. .. . 0,009 

1,394 



HOSPICE SAINT- JE AN. 



PUITS DE LA COUR DES HOMMES 

Gaz acide carbonique 0,01 GO 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,377 

Sulfate de chaux (',135 

Azotate de chaux ( 

de magnésie I ' 

Chlorure de sodium 0,082 

de calcium 0,074 

de magnésium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique azotée 0,007 

0,0827 



PUITS DE LA COUR DES FEMMES. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de chaux 0,345 

Sulfate de chaux 0,145 

Azotate de chaux ( r. j-,,.q 

de magnésie i 

Chlorure de sodium 0,084 

de calcium 0,071 

de magnésium 0,022 

Silice et oxide de 1er 0,019 

Matière organique 0,006 

0,760 



437 



PUITS DE L'ABATTOIR GENERAL. 

Eau limpide, saveur fade, terreuse. 
Marque 12 deg. , l'air étant à 32. 



PUITS DU PETIT-SÉMINAIRE. 

Limpide, sans couleur ni odeur, sa- 
veur terreuse. 



Gaz acide carboniijue 0,0160 Gaz acide carbonique 0,0145 

Air atuiospliérique 0,0015 Air almospliérique 0,0015 



0,0175 



Carbonate de chaux 0,4.34 

Sulfate de chaux 0,135 

de magnésie 0,010 

Azotate de chaux / 

de magnésie ) ' 

Chlorure de sodium 0,093 

de calcium 0,084 

de magnésium 0,031 

Silicate d'alumine 0,014 

Matière organique et oxide de 

fer 0,009 



0,880 



0,0160 



Carbonate de chaux 

Sullale de chaux 

Azolalc de cliaux 

de magnésie 

Chlorure de sodium 

de calcium 

de magnésium 

Silicate d'alumine 

Matière organique et oxide de 
fer 



0,485 
0,365 

0,068 

0,115 
0,103 
0,044 
0,017 

0,009 
1,205 



ASILE DES FEMMES ALIÉNÉES. 



PUITS DE LA BUANDERIE. 

Acide carbonique ( Quantité 

Air atmosphérique ( indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,475 

Sulfate de chaux 0,128 

Azotale de chaux i 

de magnésie , ( P>078 

Chlorure de sodium 0,167 

de calcium 0,087 

de magnésium 0,044 

Silcate d'alumine 016 

Matière organique et oxide de 
'T 0,012 

1,007 



PUITS DE LA CHAPELLE. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosphérique ( indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,510 

Sulfate de chaux 0,253 

Azotate deciiaux ( 

de magnésie ) 0,064 

Chlorure de sodium 0,098 

de calcium 0,006 

de magnésium 0,032 

Silicate d'alumine, matière or- 
ganique et oxide de fer.... 0,011 



1,036 



10 



138 



GRAND SEMINAIRE. 



PUITS A l'OMPE. 

Gaz acidi,' cailioiiii|uo.. j qiianlilé 

Air atiiinsplit'miue I iinli'lfiiininée. 

Carboiiatf lie chaux 0,410 

Sullale (le chaux 0,155 

Azcilale (le chaux 0,043 

Chloiuie de sodium 0,108 

de calciuin 0,064 

Silicate d'alumine 0,016 

Matli'rc oi'gani(iue et oxide de 

fer 0,007 

0,808 

PUITS-FONTAINE DE L'OR. 

Gaz acide carboniciue 0,0155 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0170 



PUITS DU JARDIN. 

Gaz acide carboniiiuc. . / quanlilé 

Air almosphi'iiiiue I indiMermini'e. 

Carbuuate de chaux 0,4:jC 

Sulfate de chaux 0,lfi5 

Azotate do chaux 0,048 

Chlorure de sodium 0,128 

de calcium 0,08-.J 

Silicate d'alumiue 0,013 

Matière organique et oxide de 

fer 0.008 



Carbonate de chaux 0,4 15 

de magnésie 0,017 

Sulfate de chaux 0,125 

de magnésie 0,014 

Chlorure de sodium 0,108 

de calcium 0,092 

de maguésiura 0,037 

Azotate de chaux ( q nos 

dp magnésie ( ' 

Silicate d'alumine et oxide de 

1er 0,021 

Matière organique 0,006 

0,960 



0,880 



HOSPICE DES INCURABLES 

Eau Limpide, saveur fade. 
Marque 10 deg. 7,, l'air étant ii 23. 

Gaz acide carbonique. . j quantité 

.\ir atmosphérique (indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,364 

Sulfate (le chaux 0,102 

Azotate de chaux / ,, nfc 

. . . 0,005 

de magnésie ' 

Chlorure de sodium 0,081 

de calcium 0,087 

de magnésium 0,032 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0.008 



0,816 



HOSPICE DES VIEILLARDS. 

EAU DU l'ClTS A l'OMPE. 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

Air atmosphérique (indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,292 

Sullale de chaux 0,418 

Chlorure de calcium 0,118 

desodium 0,113 

(le magnésium 0,046 

Azotate de chaux ( 

de magnésie t ' 

Silice et oxide de fer 0,022 

Matière organique 0,008 

1,123 



PUITS DE PALUDATE. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,514 

Sulfate de chaux 0,105 

de magnésie 0,010 

Azotate de chaux ( ^ ,-,_ 

de magnésie \ ' 

Chlorure de sodium 0.055 

de calcium 0,047 

Silicate d'alumine 0,018 

Matière organique et oxide de 

fer 0,010 

0,856 



139 



HÔPITAL MILITAIRE. 



PUITS DE I.A BUANDERIE. 



PUITS DU SERVICE GENERAL. 



Gaz acide cirboniquo... ( qiisnlilé 
Air atm()splu'ri([ue. .. . I indélerminoe. 

Carbonate de chaux 0,274 

de magnésie 0,012 

Sulfate de chaux 0,1G3 

Azolale de niagncsie / „ , „^ 

de chaux ^ ' 

Clilorure de sodium 0,078 

de calcium 0,085 

do masiiésium. . .. 0,042 

Silice el oxide de Icr 0,018 

Matière organique 0,005 



Gaz aciile carboni(iue... j quantité 

Air atmosphéri(|ui' I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,357 

de magnésie 0,02] 

Sulfalc dechaux 0,103 

Chlorure de sodium 0,070 

de calcium 0,078 

de magnésium... 0,033 

Azotate de chaux / 

de magnésie I "'"^^ 

Silice el oxide de fer 0,015 

Matière organique 0,004 



0,743 



0,7G0 



QUARTIER ODEST DE LA VILLE. 



CASERNE SAINT-RAPHAEL. 

PUITS A POMPE. 



HOPITAL SAINT-ANDRÉ. 



PUITS A POMPR. 



Gaz acide carbonique... | quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux . 0,353 

de magnésie 0,018 

Sulfate de chaux 0,327 

Azotate de chaux j 

de magnésie \ ^'^^^ 

Chlorure de sodium 0,132 

de calcium 0,105 

de magnésium 0,048 

Silice et oxide de fer.. 0,016 

Matière organique 0,008 



1,022 



Gaz acide carbonique. . ( quantité 

Air atmosphérique » indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,321 

de magnésie 0,014 

Sulfate de chaux 0,235 

de magnésie 0,021 

Azotate de chaux / -, ..j, 

de magnésie ' ' 

Chlorure de sodium. .. : 0,094 

de calcium 0,106 

de magnésium 0,048 

Silice el oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,006 

0,064 



140 



CASERNE SÉGUR. 

PUITS A POMPE. 

Saveur terreuse très-prononcée. 

Gaz acide carbonique. .. 0,0140 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0155 

Carbonate de ebaux 0,565 

de magnésie 0,037 

Sulfate de clwux 0,720 

Chlorure de sodium 0,288 

de calcium 0,217 

demagnésium 0,083 

Azotate de chaux i 

de magnésie I ' 

Silice el oxirie de fer 0,022 

Matière organique... 0,009 

2,075 



PUITS-FONTAINE DU COURS 
CHAMPION. 

PUITS A POMPE. 

Saveur fade 

Marque lOdeg. '/j. Tairélantà 22. 

Gaz acide carbonique.. 0,0155 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0170 

Carbonate de chaux 0,365 

Sulfate de chaux 0,199 

Azotate calcaire 0,034 

Chlorure de sodium 0,068 

de calcium 0,017 

Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique 0,007 

0,706 



PUITS BRONDEL, 

A BELIEVILLE. 

Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0140 

Carbonate de chaux 0,311 

Sulfate de chaux 0,068 

Chlorure de sodium 0,031 

decalcinm 0,054 

demagnésium 0,018 

Silice et oxide de fer 0,012 

Matière organique 0,004 



PUITS 

DE LA MA.NUFACTURE DE TABACS. 

Gaz acide carbonique. . ( Quantité. 

Air atmosphérique ( indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,249 

Sulfate de chaux 0,0l2 

Chlorure de sodium 0,037 

de calcium 0,064 

Silicate d'alumine 0,012 

Matière organique et oxide de 

fer 0,009 



0,413 



0,i.98 



141 



CASERNE DES FOSSES. 



QUARTIER DE CAVALERIE. 

l'UITS \ l'OMl'E. 

Kau limiiiile, saveur agréable. 
Marque 10 d^g. , l'air étant 'a 33. 

Gaz acide farboniquc 0,0170 

Air at.Tiosiiliérique 0,0015 

0,0185 

Carbonate de filiaux 0,207 

Sulfate de chaux 0,173 

Chlurure de sodium 0,106 

de calcium 0,114 

de magnésium 0,044 

Azotate de cliaux / q Qgg 

de magnésie I 

Silice et oxide de 1er 0,017 

Matière organique 0,006 

0,791 



INFANTERIE. 



rUITS \ POMPE. 



Eau limpide, abondante. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,001.5 

0,0175 

Carbonate de chaux 0,295 

Sulfate de chaux 0,133 

Chlorure île sodium 0,106 

de calcium 0,127 

de magnésium 0,038 

Azotate de chaux | „ ^.y,^ 

de magnésie t 

Silicate d'alumine 0,016 

Matière organique et oxide de 

fer 0,008 

0,799 



PUITS-FONTAINE 

DU on AND MAUCHÉ. 

Gaz acide carbonique.. ( Ouanti'é 

Air atmosphérique t indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,302 

Sulfate de chaux 0,165 

Chlorure de sodium 0,313 

de calcium 0,307 

de magnésium 0,064 

Azotate de chaux / „ _„, 

, 0,08o 

de magnésie ( 

Silice et oxide de fer 0,015 

Matière organique 0,009 

1,060 



PUITS DES CORDELIERS. 

BAIN PUBLIC. 

Gaz acide carbonique... / Quantité 

Air atmosphérique ' indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,370 

Sulfate de chaux .*. 0, 195 

Chlorure de sodium 0,123 

de cali ium 0,0t)4 

de magnésium 0,033 

Azotate de chaux | ^ jj,jg 

de magnésie ) ' 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,007 

0,880 



142 



CENTRE DE LA VILLBt 



PUITS-FONTAINE BOUQUIKRH. 

Gaz aciilo rnrbonique... ( Qiioiilité 

Aiivilmospliériqiie I iiidélcrminée. 

Oaibonale de chaux 0,413 

Sulfate de chaux 0,135 

de masnéoic 0,033 

Chlorure de sodium 0,135 

de calcium 0,103 

de maguésiiim 0,016 

Azotate de chaux ( . -., 

. . . ,0,0/0 

rie maçnesie ( 

Silicate d'alumine ... 0,023 

Matière organique et oxide de 

fer 0,010 



PUITS- FONTAl.NE MALRIAC. 

C,:n aHi\e carbonique... / quantité 

Air alniosphériquc i indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,560 

Sulfate de cliaux.. 0,165 

Azotate de chaux / q «q.) 

de magnésie i ' 

Chlorure de sodium 0,105 

de calcium 0,319 

de magnésium 0,075 

Silicate d'alumine 0,014 

Matière organique et oxide de 

fer 0,013 



0,999 



1,393 



PUITS DE LA RUE DU LOUP. 

Gaz acide carbonique... | Quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,347 

Sulfate de chaux 0,211 

Chlorure de sodium 0,007 

de calcium 0,105 

de magnésium 0,031 

Azotate de chaux 0,003 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,006 

0,847? 



PUITS-FONTAINE DAURADE. 

Gaz acide carbonique 0,0175 

Air atmosphériiiue , 0,0015 

0,0190 

Carbonate i|e chaux 1,535 

Sulfate de chaux 0.675 

de magnésie 0,087 

Chlorure de sodium 0,237 

de calcium 0,348 

de magnésium 0,094 

Azotate de chaux j „ ,,„ 

de magnésie \ ' 

Silice et oxide de fer 0,038 

Matière organii|ue 0,014 

3,065 



PUITS SAINT-SIMÉON. 

Gaz acide carbonique... ) Quantité 

Air atmosphérique. ... \ indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,382 

Sulfate de chaux |i,374 

Chlorure de sodium 0,083 

de calcium 0,164 

de magnésium 0,048 

Azotate de chaux j 

I . . . 0,078 

de magnésie t 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique 0,008 

1,053 

PUITS 
Di;s Fossts DE l'intend\m:e. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosphérique 0,0015 

0175 

Carbonate de chaux 0,710 

Sulfate de chaux 0,325 

de magnésie 0,037 

(Chlorure rie sodium 0,102 

de calcium r.. 0,114 

de magnésium 0,038 

,\zolat(' de chaux / ,. ,,,.,, 

de magnésie » 

Silice et oxide de fer 0,031 

Matière organique azotée 0,013 

1,426 



143 



PUITS 

DE r.\ RUE POllTt-DI.IIMIlX. 

Ga?. acide fai'boiii(|iie. . / qiianiilé 

Air aimospliériquc t iiKlèlormiiii'e. 

Carbonate de chaux 0,427 

Sull'ale de cliaux 0,315 

Azotate de rliaiix / „ „,,,, 

, , . 0,090 

de magnésie t 

Chlorure de sodium 0,10i 

de calcium 0,080 

de magnésium 0,028 

Siliccet oxide de Ter 0,021 

Matière organique 0,009 

"1,084 



PUITS 

lit. LA RUK DU PAI.AIS-GALIKN. 

Gaz acide carbonique. . ( quantité 

Air atmosphérique ' indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,075 

Sull'ate (le chaux 0,598 

Azotate de chaux / „ ,„- 

. . 0,10o 

de magnésie ( 

Chlornie de sodium 0,104 

de calcium 0,127 

de magnésium 0,056 

Silice et oxide ih: 1er 0,036 

Matière organique 0,013 

1,763 





QUARTIER E 


PUITS 




DE LA nuK NEUVE SAIM-SEUUI.V. 


Gaz acide carbonique. .. 


0,0100 


Air atmospliérique 


0.0015 




0,0175 


Carbonate de chaux 


0,302 


Suinue de chaux 


0,105 


Chlorure de sodium 


0,048 


de calcium. .. 


0,074 


de magnésium. 


0,036 


Azotate de chaux 


0,002 


de potasse 


0,028 


de magnésie.. .. 


0,040 


Silice et oxide de 1er 


0,021 


Matière organique 


0,009 







0,731 



PUITS DES ALLÉES D'AMOUR. 
Gaz acide cari)ouique... / quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,292 

Sulfate de chaux 0,206 

Chlorure de sodium 0,087 

de calcium 0,058 

Azotate de potasse 0,027 

de daux 0,036 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière orgmique 0,005 

0,729 



PUITS CARAYON, 

HUES DE LA TRÉSORERIE ET RURCUET. 

Gaz acide carbonique 0,0155 

Air atmosphérique 0,0020 

0.0175 

Carbonate de chaux 0,l:)70 

de magnésie 0,010 

Sulfate de chaux 0,085 

Chlorure de sodium 0,025 

de calcium 0,105 

de magnésium 0,^58 

Azotate de chaux 0,137 

de magnésie 0,065 

de potas.se 0,030 

Silice et oxide de fer 0,036 

Matière organique 0,007 

0,934 



PUITS DE LA RUE CAPDEVILLE. 

Gaz acide carbonique. . ( quantité 

Air atmos|jliériqne ( indéterminée. 

Caibonate de chaux 0,307 

Sulfate de chau\ 0.154 

Chlorure de sodium 0,105 

de calcium 0,0()3 

de magnésium . ... 0,026 

Azotate de chaux ( 

, . . ,0,048 

de magnésie t ' 

Silice et oxide de ter 0,014 

Matière organique 0,006 

0.733 



fii 



PUITS DE LA RUE DE LERME. 
Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosplioriquc l indrlermiiu^o. 

C:irl)oiKilc (le rliaiix 0,377 

Sullate lie cliaux 0,082 

Azotate de chaux / „ .„„ 

, . . , O.Obo 

de magnésie 

Clilorurc de sodium 0,073 

de calcium 0,10.j 

de magnésium 0,033 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,004 

0,649 



PUITS-FONTAINE D'AUDEGE. 

Gaz acide carbonique.. ) quantité 

Air atmosphérique (indéteruiinée. 

Carbonate de chaux 0,473 

Sulfate de chaux 0,315 

Chlorure de sodium 0,007 

de calcium 0,0G5 

de magnésium 0,035 

Azotate de chaux ( ,i 1 1 o 

, . . , 0, 1 l o 

de magnésie \ 

Silicate d'alumine 0,024 

Matière organique et oxide de 

fer 0,011 

1,037 



PUITS DE LA RUE LAROCHE. 

Gaz acide carbonique.. ( quantité 
Air atmosphérique. ...) indéterminée. 

Carbcmate de chaux 0,3.30 

Sulfate de chaux 0,293 

Azotate de chaux 0. 177 

(le potasse 0,033 

Chlorure de sodium 0,193 

de calcium 0,087 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,007 

1,131 



PUITS 

DE l'institution DES SOUnDS-MOETS. 

Gaz acide carbonique . ( quantité 

Air atmosphérii|ue t indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,410 

Sulfate de chaux 0,175 

Chlorure de sodium 0,157 

de calcium 0,056 

de magnésium 0,023 

Azotate de chaux / , 

de magnésie \ ' 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique .. 0.008 

0,914 



PUITS DE LA RUE HUSTIN. 

Gaz atide carbonique.. ( quantité 
Air almnsphérii|ue. .. \ indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,335 

Sulfate de chaux 0,117 

Chlorure de sodium 0,064 

de calcium 0, 103 

Azotate de chaux 0,013 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 004 

0,008 



PUITS DE LA CROIX DE SEGUEY. 

Gaz acide carbonique. . ) quantité 
Air atmosphérique. .... I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,292 

Sulfate de chaux 0.083 

Chlorurede sodium 0,008 

de calcium 0,047 

de magnésium 0,031 | 

Azotate de diaux / 1 

e magnésie ( ' 

Silice et oxiile de fer 0,017 

Malii're organique 0,006 

0,C07 



U5 



QUARTIER NORD. 



PUITS DU PAVÉ DESCHARTUONS 

Gaz aciile carbonique.. | qiiantilé 

Air alini)s|iljéiii|ue • inrii'iciminée. 

CarboiLite de cliaux 0,-520 

de magné.<>le 0,032 

Sulfate de chaux 0,305 

de iiiagiiésie 0,043 

Clilnrure de sodium 0,150 

de calcium 0,069 

de magnésium 0,037 

Azotate de eliaux ( 0086 

de magnésie ' 

Silice et oxide de fer 0,01-1 

Matière organique 0,006 

""1,262 



PUITS DU MAGASIN DES VIVRES 

DE LA MARI.VE. 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

Air atiiio.sphérique ( indéterminée. 

Carbonate de cliaux 1,475 

de magnésie 0,062 

Sulfate de cbaux 0,901 

dp magnésie . 0,056 

Clilorure de sodium 0,225 

de calcium 0,012 

Silicate d'alumine et oxide de 

for 0,024 

Matière organique 0,008 

2,763 



PUITS DU QUAI DES CHARTROXS. 

Gaz acide carbonique, i quantité 
Air atmosphéri(|ue .... ' indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,620 

de magnésie 0,038 

Sulfate de chaux 0,376 

de magnésie 0,002 

Chlorure de sodium 0,082 

de calcium 0,106 

de magnésium 0,062 

Azotate de chaux 0,046 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique 0,009 

1,422 



PUITS DU yUAI DE BACALAN. 

Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air atmosphérique i indéterminée. 

Carbonate de chaux 1,372 

de magnésie 0,048 

Sulfate de chaux.... 9,836 

de magnésie 0,104 

Chlorure de sodium 0,182 

de magnésium 0,065 

Azot.ate de chau.x j 

de magnésie , t ' 

Silicate d'alumine et oxide de 

fer 0,026 

Matière organique 0,011 

277Ï2 



PUITS 

DU COURS DU JAKDIX PUBLIC. 

Gaz acide carboni(|UP... / quantité 

Air atmosphérique i indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,392 

Sulfate de chaux 0,187 

Chlorure de sodium 0.136 

de calcium 0,092 

de magnésium 0,062 

Silice et oxide de fer 0,0J8 

Matière organique 0,008 

^0>95 



PUITS DE I.A PLACE PICARD. 

Gaz acide carboniqii". . / quantité 

Airatmos[diérique t indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,416 

Sulfate de chaux 0.202 

Chlorure de sodium 0,046 

de calcium 0,062 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organiqne 0,008 

0,748 



11 



PUITS DE LA RL'E DE LA COURSE. PUITS DES ALLEES DES NOYERS. 

(_l:iz acide f:iibi)nii|iip... / quanlilé Gaï aciile farliOiiii|ue. .( quaiitilé 

AiraliiiusiJhéru|Uf ' iiuléterminéc. Air atmosphérique \ indétei'niiiiée. 

Caibniiale (le chaux.. 0,622 Carbonate de chaux 0.5C4 

Sulfate de chaux 0,380 Snlfato de chaux 0,430 

Chlorure de sodiuûi 0,10-2 Chlorure de sodium 0,108 

de calcium.. 0,066 de calcium 0,084 

de magnésium 0,021 de magnésium 0,020 

Azoiate de chaux / „.., Azolale de chaux i „ ,„^ 

, . 0,004 , , . 0, 102 

(le magnésie demagnesie I ' 

Silice et oxide (le fer 0,018 Silice et oxide de fer 0,014 

Maiiére organi(iue 0,005 Matjj're organique 0,007 



1,168 1,341 



BANLIEUE DE BORDEAUX. 

Comme nous l'avons dit ailleurs, les communes de 
la banlieue de Bordeaux renfermenl des sources super- 
ficielles nombreuses et de bonne ([ualité; néanmoins, 
les habilants, en raison de la proximité, font usage 
d'eau de puits. 

, l'UITS DE BÈGLES. PUITS DE CAUDÉRAN. 

Gaz acide carbonique... / qnaiililé Gaz acide carbonii|ue... ( quanlité 

Air atmosphérique ( indéterminée. Air atmosphérique \ indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,310 Carbonate de chaux 0,297 

Sulfate de chaux 0,167 Sulfate de chaux 0,068 

Chloiure de sodium 0,084 Chlorure de sodium 0,076 

(lecalcium 0,041 decalcium 0,032 

Silice et oxide de fer 0,016 Azolale de chaux ( ^ 

Matière organique 0,004 de magnc^sie 1 ' " 

Silice et oxide de fer 0,014 

0,622 Matière organique 0,000 

0,521 



147 



PCITS DE TALEXCE 

AVOISIXANT LKS Sl'cHERIES DE MORI'IS. 

Gaz aciile carbonique 0,0145 

Ail' atmnspliériqiie 0,0015 

0,0100 

Carbonate (le cliaux 0,:i05 

.Sulfate de chaux 0,102 

(le magnésie 0,023 

Chlorure (le sodium.... 1 0.187 

decalcium 0,0-34 

de magnésium 0,042 

.Silice et oxide de fer 0,01G 

Matière organique 0,007 

Iode, des traces. 

0,71.5 



PUITS DE TALEN'CE 

Él.filC.NK DES SÉCllEniES DE MORCES. 

Gaz acide carbonique 0,0160 

Air atmosi)h(:'riquc 0,0015 

0,0175 

Carhiiuale de chaux 0,;il2. 

Sulfate de cliaux 0,081 

Chlorure de sodium 0,007 

de calcium 0,052 

(le magnésium 0,012 

Silice et oxidc de fer 0,01 1 

Matière organique 0,004 

~0.542 



BOUSCAT. 



PUITS DE LA PROPRIÉTÉ B. 

Gaz acide carLoniiiue 0,0170 

Air atinos|iliérii|ue 0,0015 

0,018.T 

Carbonate rie chaux 0,476 

Sulfate de chaux 0,247 

Chlorure de sodium 0,066 

de calcium 0,052 

Silice et oxidc de fer 0,021 

Matière urgani(|ue 0,008 

0,870 



PUITS DU BOURG. 



Gaz acide carbonique 0,0170 

Air atinosphérique 0,0015 

0,0185 



Csrbonate de chaux 0,297 

Sulfate (le cliaux 0,108 

Chlorure de sodium 0,052 

de calcium 0,015 

.Silice et oxide de fer 0,018 

MatiiTe organique 0,000 

0,0490 



BRUGES. 



PUITS DU BOURG. 



Gaz acide carbonique. . ( quantité 

Air atinosphéri(|ue » indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,207 

Sulfate de chaux 0,082 

Chlorure de sodium 0,074 

decalcium 0,021 

Silice et oxide de fer. 0,017 

Matière organique 0,014 

0,415 



PUITS DE f.A PROPRIÉTÉ P. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air almos|i!iéri(|ue I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,192 

.Sulfate de chaux 0,068 

Chlorure de sodium 0,046 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,016 

0,340 



148 

Je renvoie l'exiimen des eaux que fournisseiU les can- 
tons d'Audenge, Bclin, la Tesle, etc., au clia])ilre des 
eaux du sous-sol des Landes. 

CANTON DE BLANQOErORT. 

Quoique le canlon de Blancjueforl soit un des plus 
favorisés sous le rapport des sources superlicielles, les 
habita nls n'en font pas moins usage de l'eau de leurs 
puits, très-inférieure en ([ualilé; Blan((ueforl nous en 
donne la [)reuve : l'eau de ses puits est lourde, séléni- 
teuse, malsaine, et partout aux environs circulent, à 
la surface du sol, des eaux pures et légères. Il en est de 
même dans les communes du Taillan, d'E3sines, elc. 



PUITS 

DU BOURG Dr. PLAN QUE FORT. 

Profoiiilcur, 16 à 18 inclres. 
M;iiqiu' 10 ilt'g., r.iii' él;illt il 24. 



PUITS 

DU BOURG Di; TULLAN. 

Profondeur, 11 ii 12 nièlres. 
Marque lOdcg. '/.> l'airéta:!! à 31. 



Gaz nn.le cnrbonhjur 0,125 Gaz acide carbonique 0,0130 

..\ir atmosphérique 0,015 Air atmosphérique .^(Mm5 

""7^ "°'"''' 

Carbonate de chaux 0,435 

Sul ate d(> cliaux 0,267 

Chlorure de sodium 0,123 

de calcium 0,096 

Azotate de chaux 0,078 ., ... 

cil- . . -1 1 r ,\ nn. Matière orKaiiuiiie 

Sllire et oxide de fer 0,024 ' 

Matii're ori;aiiique 0,009 

1,031 



Carbonate de cliaux 0,317 

Sulfate de chaux 0,102 

Clilornre de .sodium 0,056 

de calcium 0,033 

Silice et oxide de 1er 0,016 

0,006 



0,539 



149 



PUITS DU UOUUG D'EYSINES. PUITS DE LA l'ROl'IUÉTÉ A., 

COMMUVK d'£VS1.M!S. 

(iaï ;uicl(> caiboiiique 0,0135 

Air atmosphérique 0,0015 C;,/ acide c;irl)iini(iue 0,0140 

A:r nlmcisphériquo 0,0020 



0,150 



0,100 



Carbonale ilc cliaux 0,315 — ^— — 

Sulfate de cliaiix 0,183 Carbonate de oliaux..- 0,375 

Clilorurc de sodium 0,(156 Sulfate de cliaux 0,167 

(le calcium 0,031 Clilorurc de sodium 0,013 

de magnésium 0,019 de calcium 0,031 

Silice et oxide de fer 0,021 Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,012 Matière organique 0,010 



0,026 0,516 



l.cs communes de Liidoii et de Macaii conlienneiil 
quchiucs Ijonnes sources; mais généralcmonl Peau des 
puils est de (|ualité inférieure, cl rentic dans la classe 
des eaux indifférentes. 

PUITS DE MACAU. PUITS DE LUDON. 

daî acide carbonique.. ( quantité Gaz acide carbonique.. / i|uantité 

Air atmosphérique .... j indéterminée. Air atmosphérique Undélerminée. 

Carbonate de chaux 0,435 Carbonate de chaux 0,476 

Sulfate de chaux 0,308 Sulfate de chaux 0,184 

Chlorure de sodium 0,123 Chlorure de sodium , ... 0,107 

de calcium 0,016 de calcium 0,024 

Silice et oxide de fer 0,014 Silice et oxide de fer Os016 

.Matière organique 0,008 Matière organique 0,012 



0.803 0,819 



CANTON DE CASTELNAU. 



Les puils sonl nombreux; l'eau (|u'ils fournissenl, 
bonne dans quelques communes, esl très-inférieui'c 
dans d'autres; ils sonl généraleineiil peu profonds : 
creusés dans un sol siliceux Irès-perméable, l'eau con- 



150 

lienl presque partout de la matière organique en forte 
quantité. 

Le bourg de Castelnau, celui de Margaux, de Sous- 
sans, d'Arcins, sont alimentés par des eaux de puits 
assez chargées de matières organiques pour les rendre 
malsaines. 



PUITS DE CASTELNAU. 

Profondeur, 6 mètres. 

Marque 11 deg. , l'air étant à 23. 

Eau limpide, un peu colorée. 

Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atmospliérique 0,0015 

0,0140 

Carbonale de cliaux 0,252 

Sull'ate de chaux 0,087 

Chloiure de sodium 0,102 

de calcium 0,028 

Silice et oxide de fer 0,026 

Matière organique aliotique... 0,022 

0,.517 



PUITS DE MARGAUX. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0145 

Carbonate de cliaux 0,295 

Sulfate de chaux 0,154 

Chlorure de sodium 0,1. S7 

de calcium 0,049 

Silice et oxide de fer 0,01(i 

MatiiM'e organique légèrement 

albumincuse 0,020 

0,671 



PUITS DE SOUSSANS. 



PUITS D'ARCINS. 



Gaz aciile c;irhoniqur- 0,0120 Gaz acide carbonique 0,0135 

Air atmosphéri(|ue ,. 0,0015 Air atmosphérique 0,001.5 



0,0135 



0,,0140 



Carbonate de chaux 0,303 

Sulfate de chaux 0,087 

t'hlorure de sodium 0,072 

de calcium 0,048 

de magnésium 0,024 

Silice et oxide (le fer 0,019 

.Matière organique 0,017 



Carbonate de chaux 0,287 

Sulfate de chaux 0,062 

Chlorure de sodium 0,091 

de calcium 0,014 

Silice et oxide de fer 0,01.") 

Matière organiiiue un peu al- 

buniineuse 0,026 



0,6.30 



0,495 



151 



CANTON DE PESSAC. 



Les eaux profondes de ce canton sont de Irès-bonne 
qiialilé, le sol ((ui les recouvre étant généralement sa- 
blonneux. Pessac, Canéjean, Gradignan, Mérignac, 
Villenave-d"Ornon, Ceslas, ont des puils (|ui rivalisent 
de pureté avec les sources superlicielles les plus renom- 
mées. 



PUITS DU BOURG DE PESSAC. 

Piiifondcur, 7 il 8 niMres. 



PUITS DE CANÉJEAN. 



Peu iirofond. 
Marque lOdeg. '/;, l'air étant a 23. 
Marque 10 deg. '/, , l'air élaiità 22. 
Gaz aride carbonique. 0,0110 Gaz acide carbonique 0,0125 



Air almosiiliériquu. 



. 0,0015 Air atmosplicrique 0,0015 



0,0155 



Carbonate de cbaux 0,203 

Snllatc de cbaux 0,087 

Clilorure de sodium 0,072 

de calcium 0,025 

Silice et oxide de fer 0.018 

Matière organique 0,009 



0,47 



0,0110 

Carbonate de cbaux 0,256 

Sulfate de chaux .. 0,012 

Clilorure de .«odium 0,054 

Silice et oxidede fer 0,021 

Matière organique 0,008 



0,381 



PUITS DE GRADIGNAN. 



PUITS DE MÉRIGNAC. 



Gaz acide carbonique 0,0135 Gaz acide carbonique 0,0135 

Air almospbérique 0,0020 Air atmosphérique 0,0015 



0,0155 



0,0150 



Carbonale de chaux 282 Carbonate de chaux 0,245 



Sulfate rie chaux . 0,(i9() 

Chlorure de sodium 0,082 

de calcium 0,048 

deniaguésium 0,027 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique .. 0,007 

0,563 



Sulfate de chaux 0,102 

Chlorure de siuliuni 0,007 

de calcium 0,031 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organique 0,007 



(1,170 



152 



PUITS DK VILLlsNAVE-D'ORNON. 

fiiiz acide carbonique.. ( quanlilé 

Air atniospliérique ' iiidélenninée 

Cirboiiate de cliaux 0,282 

Sulfate de fliaux 0,064 

Chlorure de sodium 0,087 

de calcium..' 0,061 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique G 005 

0,513 



PUITS DE CESTAS. 

Gaz acide caiboniqiio . ( quantité 

Air fliniosphérique I indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,193 

Sull'ale de chaux 0,035 

Chlorure de sodium 0,083 

de calcium 0,056 

Azotate de potasse 0,0-34 

Silice et oxide de fer 0,023 

Matière organique un peu albu- 

mineuse 0,013 



0,434 



CANTON DE LA BRÈDB. 



Ce canton , quoique arrosé par plusieurs petits ruis- 
seaux, est cependant moins favorisé que celui de Pcssac. 

Le bourg de La Brède possède un puils public, dont 
l'eau est assez pure en été; mais le sol où il a été creuse 
est lellonicnl perméable, que dans les fortes pluies l'eau 
double de volume au détriment de sa qualité. Les puits 
dont le bourg est abondamment pourvu , sont généra- 
lement peu profonds, et feau qu'ils fournissent chargée 
de matières organitiuos. 



PUITS PUBLIC DE LA BREDE. 

Gaz acide carbonique 0,0125 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0140 



PUITS 
DE LA MAISON MONTESQUIEU, 

A L\ BKKDE. 

Gaz acide carhoni(ine 0,0155 

Air airnosphérique 0,0015 



0,0170 



Carbonate de chaux 0,182 

Sulfate de chaux 0, 05 

Chlorure de sodium 0,072 Darhnnate de chaux 0,295 

de calcium 0,048 Sulfate de chaux 0,084 

Silice cl oxide de fer 0,018 Chlorure de sodium 0,132 

Matière organique 0,014 de calcium 0,043 

Silice et oxide de fer 0,018 

"■■'^9'^ Matière organique- 0,018 

0,589 



153 

Les puits de Léognan, de Castres, de Saucats, four- 
nissent une eau (jui dilTère jieu quant à la (juautitc de 
matière saline, de celle de La Brède; mais elle con- 
tient beaucoup moins de matière organiiiue, ce qui la 
rend préférable pour la boisson. 

PUITS DE LÉOGNAN. PUrrS DE SAUCATS. 

Gai acide carbonique 0.012.5 Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air aimospliériquc 0,0020 Air atmosphérique » indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,273 

0'^^^^ Sulfate de chaux 0,068 

Carbonate de chaux 0.253 Chlorure de sodium 0,052 

Sulfate de chaux 0,102 ''««'■"'™ O-"'^^ 

Chlorure de sodium 0,004 Silice et oxule de 1er 0,010 

decalcium 0,038 ^""«^6 organique • "'""^ 

Silice et oxide de fer 0,021 0,473 

Matière organique 0,007 ^^— 

0,485 



PUITS DE CASTRES, PUrfS DE C.\STRES, 

HAUTE PI.4I.NE BASSE l'LAINE. 

Gaz acide carbonique 0,0125 Gaz aciilc carboniciue 0,0135 

Air atinos|ihérique. . . .....0,0015 Air atmosphérique 0,0015 

0,0140 0,0150 



Carbonate de chaux 0,244 Carbonate de chaux 0,205 

Sulfate de chaux 0,094 Sulfate de chaux 0,102 

Chlorure de sodium 0,007 Chlorure de sodium 0,121 

decalcium 0,062 decalcium 0,048 

Silice et oxide de fer 0,017 de magnésium 0,037 

.Matière organique 0,007 Silicate d'alumine 0,021 

Matière orgaiii(iue et oxide de 

"■•^^^ fer 0,011 

0,545 



CANTON DD CARBON-BLANC. 



Los puits sont profonds, l'eau ((u'ils contiennent est 
de (pialité très-ordinaire; dans (juel(|ues localités, elle 
est même malsaine. 



154 

CARBON BLANC. — Gi'os boiu'g sitiic sup tiii |)Iiileau; 
élevé; comme le plus grand nombre de nos communes 
rurales, il manque de fontaine publique; les puits y 
sont nombreux. 

AMBARÈs. — Joli bourg, bien bàli , terrain fertile, 
sol calcaire, eau sélénileuse. 

BouiLLAc. — Jolie commune sur le coteau qui borde 
la rive droite de la Garonne. Point de sources super- 
ficielles remarquables; puits profonds de 16 à 18 mè- 
tres, eau de bonne (lualilé. 

FLOiRAC. — Site élevé dominant la Garonne, terrain 
argilo-calcaire, puits très-profonds, 18 à 30 mètres; 
eau limpide, fraicbc et pure. 

LORMONT. — Sources profondes, nombreuses, sol 
argilo-siliceux; puits abondants, eau linipide, saveur 
franche et agréable. 

SAiNT-LOUBÈs. — Puits peu profouds, eau séléni- 
leuse, lourde, malsaine. 

CENON-LA-BASTii)E. — Lcs puits dc La Bastide sont 
peu profonds, Teau (jui les alimente n'est pas à plus de 
4 ou 5 mètres du sol; celle eau, chargée de matières 
organiques, contient du crénate de fer, (jui lui donne 
une saveur atramentaire assez sensible, et la rend im- 
))ropre à certaines industries, telles (jue la fabrication 
de la bière, celle des poteries blanches, etc. 



155 



PUITS DU CARBON-BLANC. 

Gaz acide carbonique 0,0130 

Air atniospliérique 0,0030 

0,0150 

Carbonate (le cliaux 0,463 

Siiinilc (le fliaux 0,19G 

ClilorurcMlc sodium 0,115 

de calcium 0,070 

de magnésium 0,013 

Siliialc d'alumine 0,011 

MaticMX' organique et oxide de 

fer 0,009 



0,914 



PUITS D'AMBARÈS. 

Gaz acide carboni(|ue 0,0165 

Air atmosplit^>rique 0,0015 

0,0180 

Carbonate de cliaux 0,630 

Sulfate de chaux 0,465 

Azotate de chaux / . ,.„„ 

, , . ,0,0/6 

de magnésie < 

Chlorure de sodium 0,115 

de calcium 0,253 

de magnésium 0,081 

Silice et nxide de fer 0,014 

Matière organique 0,008 

1,631 



PUITS DE BOUILLAC. . 

Profondeur, 14 mètres. 

Marque 10 dcg. '/. • l'airétant à 33. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosphérique ' indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,376 

Sulfate de chaux 0,054 

Chlorure de sodium 0,003 

de calcium 0,071 

dcmagnésium 0,023 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique 0,006 

0,505 



PUITS DE LORM0NT. 
Piiifondeiir 1 1 mètres. 
Marque 11 deg., l'air étant à 2.3. 
Gaz acide carbonique.. ( (|uantité 
Air atmosidiérique. ... Ur.délerminée. 

Carbonate de chaux 0,252 

Sulfate de chaux 0,064 

Chlorure de sodium 0,031) 

de calcium 0,038 

de magnésium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,021 

Malière organique 0,003 

0,429 



PUITS DE FLOIRAC. 

VILLA nOSA. 

Profondeur, 31 mètres. 

Marque 9 de^'. '/, , l'air étant ;i 23. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atmosphérique 0,0015 

0,0180 



Carbonate de chaux 0,280 

Sulfate de chaux 0,044 

Chlorure de sodium 0,056 

de calcium 0,033 

de magnésium 0,017 

Silice et oxide de fer 0,021 

Matière organique 0.003 

0,453 



PUITS DE SAINT-LOUBES. 
Profondeur, 14 mètres. 
Marque 11 dcg., l'air étant ii 23. 

Gaz acide carbonique... ( Quantilé 

Air almosphérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,725 

Sulfate (le chaux 0,442 

Chlorure de sudium 0,402 

de cahiiMU 0,064 

de magnésium 0,038 

Azotate de chaux / . ,„- 

.„ ,0, 165 

de magnésie i 

Silicate d'alumine ... 0,024 

Matière organique et oxide de 

fer 0,010 

iTs'TO 



1S6 

PUITS DE I.A BASTIDE. l'UlTS DE CENON-LA-BASTIDE. 

Gaz acide carbonique. ( quanlilé Gaz acide carboniinic .. ( (|uanlilc 

Air alniosiihcrique I indélerininée. Air almosplicriqut ( indrierminée. 

Carbonate de chaux 0,167 Carbonate de cbaux 0,325 

Sulfate de chaux 0,038 Sulfate de cbaux 0,102 

Chlorure de sodium 0,051 Chlorure de sodium 0,046 

de calcium 0,042 de calcium 0,038 

de magnésium 0,018 Silice cl oxide de fer 0,016 

Silicate d'alumine 0,011 Matière organique 0,00.' 

Crénate de fer et matière or- 

gaiiique 0,009 0,520 

0,339 

CANTON DE CRÉON. 

Créon n"a point de fontaine j)ubli(iue, les puits y 
sont nombreux, l'eau lourde et malsaine. 

LA SAUVE. — Le collège do la Grande Sauve possède 
des sources profondes, ([ui fournissent à ses puits une 
eau abondante et de bonne qualité. 

CARiGNAN. — Petite commune contenant de bonnes 
eaux, tant superficielles que profondes; le sol est silico- 
argileux, les puits abondants et peu profonds. 

LA TRÈNE. — Petit bourg dans la vallée de la Ga- 
ronne; il est entouré de sources superficielles; mais les 
habitants n'emploient que l'eau de puits, (jui est plus 
à leur portée. 



ni 



)/ 



PUITS DE CRÉON. 

Eaulimpidç, inodore, siivciir fade 
et terreuse. 

Cai ncide rarhoniiiiic 0,0145 

Air almosphérique 0,0015 

0,0160 

Carbonate de cliaux 0,362 

Sulfate de chaux 0,340 

Chlorure de sodium 0,127 

de calcium 0,102 

de magiicsiuni 0,054 

Silicate d'alumine 0,021 

Matière orijaniiiue et o\ide de 

fer 0,009 

1,015 



PUITS 

DU rOI.LKC.E DE tA GRANDE SAUVE. 

Eau limpide , fraîche , a:;réable et 
légère. 

Gaz acide carbonique 0,0165 

Air atnii)sphérii|ue 0,0020 

0,0185 

Carbonate de chaux 0,177 

Sulfate de chaux.. 0,113 

Chlorure de sodium 0,0G8 

de calcium 0,053 

Azotate de chaux 0,024 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière orijanique 0,002 

0,453 



r-UITS DE CARIGNAN. 

Eau Limpide, un peu fade. 
Protimdeur, 11 à 12 mètres. 
Marque 10 deg. , l'air étant à 23. 

Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air atmosphérique ' indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,438 

Sulfate de chaux 0,057 

Chlorure de sodium 0,051 

de calcium 0,034 

Silicatf d'alumine 0,016 

Matière organique et oxide de 

fer 0,008 



PUITS DE LA TRENE. 

Eau limpide , un pen fade. 
Profondeur, 11 ;i 12 mètres. 
Marque 10 deg. , l'air étant à 23. 

Gaz acide carbonique... ( quantité 

Air atmosphérique ' indélerminée. 

Carbonate de chaux 0,422 

Sulfate de chaux .... 0,137 

Chlorure de sodium 0.042 

de calcium 0,030 

Silicate d'alumine 0,012 

.Matière organique et oxide de 

1er 0,011 



0,604 



0,000 



CANTON DE PODENSAC. 



I 



PODEXSAC. — (]ominmio popiilousc, sourcos ahnn- 
(lanlos, eau pure el agréaMe; pii il s profonds de 9 à 10 
mèlres. 



138 

BARSAC. — Bourg cnnsidôralile; poini do f'onlaine; 
eau de puils fraîche, agréable el pure. 

iLLATS. — Eaux ahondanles el salubres, sol siliceux; 
puits profonds d'environ 8 à 9 mètres. 

poRTETS. — Eaux excellentes; puils nombreux el peu 
profonds. 



PUITS DE PODENSAC. 

Gaz acide carbonique... ) quantité 

.Mratmospliérique i iniléterminée. 

CiU-bonaie de chaux 0,193 

Snil'ate de rljaux 0,034 

Chlorufc de sodium 0,038 

de calcium 0,0:i3 

Azotate de cliaux 0,018 

Silice et oxide de fer 0,011 

Malit're organique 0,003 

0,337 



PUITS DE BARSAC. 

(iaz aiide carbonique... / quantité 

Air almo.spliérique ( indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,348 

Sulfate de cl.aux 0,068 

Chlorure de sodium 0,057 

Azotate de chaux 0,030 

Silice et oxide de fer .. 0,014 

Matière orginique 0,006 

0,539 



PUITS D'ILLATS. 

Gaz acide carbonique... ( Quantité 

Air atmosphérique 'indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,367 

.Sulfate de cliaux 0,012 

Azotate de chaux 0,016 

Chlorure de sodium 0,048 

de calcium 0,034 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique 0,003 

0,'i.3] 



PUITS DE PORTETS. 

Gaz acide carbonique.. / Quanlilé 

Air atmosphérique t indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,293 

Sulfate de chaux 0,067 

Azotate de chaux i „ nn^ 

, 0,036 

de magnésie I 

Chlorure de sodium \ 

de calcium | 0,OG4 

de magnésium ) 

Silice el oxide de fer ' 0,012 

.Matière organique 0,006 

0,478 



150 



CANTON DE CABILLAG. 

CADILLAC. — Jolio petite ville; elle possède une fon- 
taine publiipie; les puits y sont profonds et fournissent 
de très-mauvaises eaux. 

LANGoiRAN, — Eau de puits bien supérieure à celle 
des puits de Cadillac. 

PUITS DE CADILLAC. PUITS DE LANGOIRAN. 

Gaz acide carbonique 0,0160 Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air atmospliérique 0,0015 Air almosiihérique I indéterminée. 

• Carbonate de cliaux....! 0,329 

0,0175 Sulfate de chaux 0.112 

Chlorure de .sodium 0,06.î 



Carbonate de cliaux 0,792 de calcium 0,034 

Sulfate de chaux .. 0,475 Silice et oxide de fer 0,014 

Azotate de chaux / Matière organique 0,008 

, . - , , lo / 

de magnésie I ' 

Chlorure de sodium 0,130 0,5(J0 

de calcium / n qiA ' " 

de magnésium. . .. ( '' 

Silice et oxide de fer.. 0,016 

Matière organique 0,012 



1,826 



CANTON DE SAINT-ANDRÉ-DB-CUBZAC. 

SALNT-ANnRÉ. — Boui'g populeiix situt' sur un liaul 
plateau; puits nombreux, de 10 à 12 mètres de pro- 
fondeur, eau limpide et de bonne qualité. 

SALiGNAc. — Point de fontaine pMbiitjue; puits pro- 
fonds, eau limpide, un peu séléniteuse. 



160 



PUITS DE S.-ANDRK DK-CUBZAC. 



PUITS DE SAMC.NAC. 



Gaz. acide fiirLoniqui»... ( guaiilili' Gaz aciile carlinniqiip. . ( quaiitilé 

Airatniosphéniiui' t imlélcrmiiuM'. Air almospliériqiie i iiuUHcrniincP. 

Caibonale (le chaux 0,251 Garbonalc de chaux 0,381 

Sulfale de chaux . 0,105 Sullate do chaux 0,162 

Azotate lie chaux 0,067 Chlorure de sodium 0,056 

Chlorure di,' sodium O.OIS Je cak'ium 0,064 

de cah'ium 0,013 de mai^nésiiim 0,027 

Silicate d'alumine et oxide de Silice et oxide de fer 0,013 



fer 0,030 

Matière organiiiue... 0,009 



Matière orsîaniiiue. 



0,575 



0,006 



0,711 



G'- ARRONDISSEMENT. 



I<osi»ai-ro. 



Conslruile au milieu d'une plaine fertile, la petite 
ville (le Lespai're, bien Làtie el assez populeuse, ne ren- 
ferme aucune fontaine publique; les puits suflisent aux 
besoins de la population. 

f.iVRAC. — Boui'ii; peu important: point do fontaine; 
puils peu profonds; eau lourde, sélénileuse, malsaine. 



QUEYRAC. — Bourg Considérable, sol fertile, marais 
étendus; point de fontaine; puils nombreux, eau mal- 
saine. 



161 



PUITS DE LESPARRE. PUITS DE CIVRAC. 

Profondeur, 9 à 10 mètres. Profondeur. 7 à 8 mètres. 

Marque 10 deg. , l'air étant à 32. Eau limpide, saveur un 'peu mare 

Eau limpide, saveur fade, terreuse. cageuse. 

Carbonate do chaux 0,505 Gaz acide carbonique... | quantité 

Sulfate de chaux 0,310 Air atmosphérique (indéterminée. 

Azotate de chaux 0,043 Carbonate de chaux 0,475 

Chlorure de sodium 0,13G Sulfate de chaux 0,225 

de calcium 0,013 Chlorure de sodium 0,185 

Silice et oxide de fer 0,014 de calcium 0,096 

Malifcre organique 0,010 Silice et oxide de fer 0,037 

Matière organique 0,011 



1,035 



PUITS DE OUEYRAC. 

Profondeur, 6 à 7 mètres. 
Eau limpide , marécageuse. 

Gaz acide carbonique . . | quantité 

Air atmosphérique ( indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,535 

Sulfate de chaux 0,083 

Azotate de chaux ( „ .^qg 

de magnésie i ' 

Chlorure de sodium .. 0,135 

decalcium 0,103 

de magnésium 0,037 

Silice et oxide de fer 0,022 

Matière organique albumin.... 0,013 

1,012 



1,019 



CANTON DE SAINT-LAURENT. 



Terrain sablonneux, aride, peu fertile; point de 
sources superficielles, puits nombreux, peu profonds, 
eau chargée de matières organiques. 

SAINT-LAURENT. — BoUl'g aSSCZ populcUX , puitS 

13 



162 

plus profonds (|uc dans les autres parties du canton, 
eau de meilleure qualité. 

PAuiLLAC. — Bâtie sur le bord du fleuve, la petite 
ville de Pauillac manque de fontaine |ml)li(|ue; les ha- 
bitants font usage d'eau de puits. 

SAixT-ESTÈPHE. — Joli bourg sur la Gironde; point 
de fontaine publique; puits nombreux, eau lourde et 
sélénileuse. 



PUITS DE PAUILLAC. 

Acide carbonique j Quantité 

Air atmnspliérique ( indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,195 

Sulfate de chaux 0,053 

Chlorure de sodium 0,115 

de calcium 0,034 

de magnésium 0,021 

.Silice et oxidc de l'er 0,014 

Matière organique 0,007 

Iode , des traces. 

0,438 



PUITS DE SAINT-ESTEPHE. 

Gaz acide carbonique... j quantité 

Air atraos|)hérique I indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,585 

Sulfate de cliaux 0,233 

de magnésie 0,036 

Chlorure de sodium 0,102 

de calcium 0,024 

de magnésium 0,038 

Silice et «xide rie 1er 0,018 

Matière organique 0,006 

Iode , des traces. 

1,031 



PUITS DE -SAINT-LAURENT. 

Gaz, acide carbonique. . ( quantité 
Air almospliérique. ... (indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,266 

Sulfate de chaux 0,080 

Chlorure de sodium 0,056 

de calcium 0,022 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organique aihumiii... 0,016 

0,457 



163 



CANTON DE SAINT-VIVIEN 



Silué à rextrème limite du département du côlé de 
la mer, ce caiilon n'est arrosé par aucun cours d'eau ; 
de nombreux marais salans occupent tout son littoral. 

SAixT-viviEN. — Ne renferme aucune source super- 
ficielle; les puits y sont nombreux, peu profonds, l'eau 
cbargée de matières organiques. 

TALAis. — Petit bourg , dont les eaux sont encore 
plus chargées que celles de Saint-Vivien. 

souLAc. — Petite localité au pied des dunes; l'eau 
des puits est de mauvaise qualité. 

PUITS DE SAINT-VIVIEN, PUITS DE TALAIS. 

r.az acide carbonique... I quanlitt; Gaz acide carbonique... ( quanlité 

Air almospbérique. ... j indéterminée. Air almospbérique ) indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,395 Carbonate de cbaux 0,346 

Sulfate de chaux 0,210 Sulfate de chaux 0,084 

Chlorure de sodium 0,135 de magnésie ojou 

demasnésium 0,042 Chlorure de sodium 0,147 

Silice et oxidc de for 0,017 de calcium 0,0(54 

Matière organique albumin .. 0,02-3 de ma.gnésium 0,018 

Iode , des traces. Silice et oxidc de fer 0,016 

Ô~82T Matière organique albumin... 0,034 

' Iode, des traces. 



0,753 



PUITS DE SOULAC. 
Gaz acide carbonique. . / quantité 

Air atmos|)liéri(iue (indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,382 

Sulfate de chaux 0,177 

de magnésie 0,027 

Chlorure de sodium 0,231 

de calcium 0,054 

de magnésium 0,046 

Silice et oxide de fer 0,014 

Matière organique albumin... 0,038 
Iode, des traces. 

0,969 



m 

ARTICLE 2. — 1"" SECTION. 
Eaux siagnanlos s\i\H'vficU>\\es. 

I. — ÉTANGS. 



Les eaux que le sol des landes ne peul relenir, se 
rendent vers la mer par linelinaison naturelle du sol. 
Arrêtées par les dunes qui bordenl l'Océan , elles for- 
ment à leur hase, sur une grande partie des côtes du 
golfe de Gascogne, une suite d'étangs communiquant 
ensemble et présentant une vaste étendue. Plusieurs de 
ces étangs appartiennent au département de la Gi- 
ronde; les principaux sont : l'étang de Hourtins, celui 
de Lacanau, et l'étang de Cazeaux ou de Sanguinet. 
Un nombre considérable d'autres étangs moins étendus 
se trouvent dans les communes du Porge, de Sainte- 
Hélène et du Temple, et se relient presque tous avec 
les deux grands étangs de Hourtins et de Lacanau. 

Ces grandes masses d'eau , retenues sur des surfaces 
de douze et même de quinze kilomètres d'étendue, sont 
d'une pureté remarfjuable, le sol qu'elles ont parcouru, 
composé de sable pur, n'ayant pu leur fournir (pie de 
très-petites quantités de sels minéraux et de faibles par- 
lies de matière organi(|ue. 



165 

Elles sont donc bonnes pour la boisson ; néanmoins 
on doit leur préférer les eaux courantes, qui, saturées 
d'air et d'acide carbonique, sont beaucoup plus légères, 
et de plus facile digestion. Comme les eaux de quel- 
ques rivières que j'ai signalées, l'eau des étangs est 
peu fertilisante : elle ne fournil point aux végétaux les 
éléments de nutrition dont ils auraient tant de besoin 
sur le sol aride des landes. 

Mais ces eaux, qui sont, sans contredit , d'un grand 
secours pour les populations du voisinage, ont encore 
l'inappréciable avantage de pouvoir servir à l'arrose- 
ment des rizières (culture nouvellement introduite dans 
nos landes), sans compromettre la santé des travail- 
leurs; car elles ne laissent après leur évaporation que 
des (piantités très-minimes de matière organique. Il ne 
faut donc pas confondre, au point de vue de l'bygiène 
publi(pie, l'eau des étangs et celle des marais et des 
ruisseaux; une différence énorme les sépare, ainsi que 
le démontrent les résultats suivants : 



EAU DES ETANGS 

DE HOURTINS. DE LACANAU. 

Eau limpide, sans couleur. Eau Ircs-limpidc. 

Marque 17 deg. , l'air étant à 23. Maïquc ISdog. , l'air étant à 25. 

Gaz aride carbonique 0,0019 Gaz acide carbonique 0,0017 

Gaz oxigcnc 0,0024 Gaz oxigène 0,0025 

Gaz azote , 0,0072 Gaz azote 0,0070 

0,0115 0,112 



Carbonate de cbaux 0,119 Carbonate de chaux 0,102 

Sulfate de chaux 0,011 SuHate de chaux 0,014 

Chlorure de sodium 0,053 Chlorure de sodium 0,016 

Silice et oxide de fer 0,008 Silice et oxide de ler 0,006 

Matière organique, des traces. Matière organique, des traces. 

0,190 0,108 



166 

DE CAZEAUX OU SANGUINET. 

Limpidité parfaite. 

Gaz acide carbonique 0,0018 

Gaz oxigène 0,0038 

Gaz azote 0,0074 

0,0120 

Carbonate de chaux 0,132 

Sulfate de chaux 0,016 

Chlorure de sodium 0,041 

Silice ot oxide de fer 0,007 

Matière organique, des traces. 

0,196 



II. — LAGUNES. 

On désigne dans nos landes, sous le nom do lagu- 
nes, des bassins naturels, de forme généralement cir- 
culaire, de profondeur variable, creusés sur un fond 
argileux ou aliolique que les eaux pluviales emplissent 
en hiver, et qui se dessèchent souvent en été, s'ils ne 
sont alimentés par quelques sources. 

Les lagunes les plus considérables du département 
sont celles de Rouquières, de Saint-Magne et de ïrou- 
pins; ce sont aussi les seules dont j'aie étudié les eaux. 

Quoique l'eau des lagunes se rapproche beaucoup de 
celle des étangs par l'absence presque complète de sels 
minéraux, elle en dillère cependant en ce qu'elle con- 
tient une certaine quantité de matière organique, qui 
la rend souvent impropre à la boisson. 

Puisée en été, après une sécheresse assez prolongée, 
l'eau des lagunes est légèrement colorée; elle a une sa- 
veur fade et désagréable. 



m 



EAU DES LAGUNES 



DE ROUOUIÈRES. 

Limpide, mais colorée en jauiic- 
liaille. 

Marque 19 dcg., l'air é(aiit à 21. 

Gaz acide carbonique... ( quanliié 

Air atmosphérique I indélerminéc. 

Carbonate de chaux 0,092 

Sulfate do chaux 0,016 

Chlorure de sodium 0,043 

Silice et oxide de fer 0,006 

Matière organique 0,014 



DE TROUPINS. 

Limpide, fade, sans dégoût, 
colorée , sans odeur. 



peu 



Gaz acide carbonique. . j quantité 

Air atmosphérique ' indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,086 

Sulfate de chaux 0,006 

Chlorure de sodium ,.. 0,034 

Silice et oxide de fer 0,007 

Matière organique 0,011 



0,170 



DE SAINT-MAGNE. 

Saveur un peu marquée, colorée en 
jaune-paille. 

Gaz acide carbonique.. / quantité 

Air atmosphérique i indéterminée. 

Carbonate de chaux 0,085 

Sulfate de chaux 0,016 

Chlorure de sodium 0,048 

Silice et oxide de fer 0,010 

Matière organique cxtraclive.. 0,016 



0,144 



■0,175 



168 



m. — MAllAlS. 

Le département renferme un grand nombre de ma- 
rais, tant sur les bords de la Gironde (jue sur ceux de 
la Garonne et des étangs littoraux. 

Ces marais ne sont pas tous de même nature ; quel- 
ques-uns sont sans action marquée sur la santé des 
populations; d'autres au contraire deviennent, pendant 
les chaleurs de l'été, des foyers pestilentiels. Les marais 
qui présentent ce dernier caractère au plus haut degré, 
sont situés dans les communes de Blanquefort, de Pa- 
rempuyre, de Montferrant sur la Garonne, de Sous- 
sans, d'Arcins, d'Avensan et de Vendays sur la Gironde. 

L'éducation de la sangsue a instantanément arrêté 
les travaux de dessèchement et de colmatage dont on 
s'occupait depuis plus de vingt ans, et qui avaient mo- 
ditié et presque complètement changé la nature du sol 
bourbeux d'une partie des marais de la Garonne. Quel- 
ques années encore, et la plus grande partie des ma- 
rais de Blanquefort et de Parcmpuyre avoisinant la ri- 
vière allait disparaître; un sol alluvionnaire des plus 
fertiles aurait remplacé la fange humide et bourbeuse 
(|ui forme , à une grande profondeur, le sol de ces ma- 
rais. A cette amélioration si importante au point de 
vue agricole, si utile et si salutaire au point de vue de 
la santé publique, ont succédé des travaux d'une nature 
diamétralement opposée : les jjrairies nombreuses (pii 
commençaient à recouvrir ces tourbières imparfaite- 



V 



V 



169 

ment colmatées , et que quelques centimètres de plus de 
terre argileuse eussent transformés en des terrains d'une 
fertilité remarquable, sont changées en cloaques per- 
manents , par le piétinement incessant des animaux 
qu'on ad'ecle à la nourriture des sangsues : bientôt tous 
nos marais seront employés à la reproduction de ces 
annélides. Cette industrie oblige les éleveurs à mettre 
ces marais à sec alors qu'ils devraient être submergés 
par l'eau limoneuse de la Garonne, et de les tenir cou- 
verts d'eau précisément à l'épocpie où les chaleurs de 
l'été rendent plus actives et plus malfaisantes les exha- 
laisons miasmatiques dont ils deviennent le foyer. Le 
séjour de ces couches d'eaux répandues à dessein sur de 
castes surfaces présente d'autant plus de danger, que 
la masse liquide ainsi abandonnée à une évaporation 
lente et continue, contient le plus souvent, indépen- 
damment d'une forte quantité de matière albumineuse 
végétale, des portions considérables de débris prove- 
nant des animaux (ju'on donne en pâture aux sangsues. 

Il est donc urgent que l'administration supérieure 
réglemente au plus tôt une industrie qui nuit d'une 
manière aussi directe à la santé des populations rura- 
les des rives de la Garonne et de la Gironde. 

L'eau des marais a des caractères tjui lui sont pro- 
pres, et qui permettent de la distinguer des eaux cou- 
rantes; elle est ordinairement colorée; sa saveur et son 
odeur ont aussi quchpie chose de particulier qui la dé- 
cèle ; l'ébullition la trouble légèrement; elle s'éclaircil 
par le repos, en déposant de petits globules albumineu: 
coagidés par la chaleur; souvent l'action du calorique 



X 



170 

suflît pour la décolorer el lui enlever son odeur el sa 
saveur; elle devient alors fade, nauséalwnde, el son 
évaporalion complète ne laisse pour résidu (|uc de la 
matière organique et une petite quantité de sels. 

Ces eaux ne servent point à la boisson; mais si dans 
quelques localités éloignées on était réduit à en boire, 
il faudrait d'abord les faire bouillir el les ventiler après 
leur refroidissement, ou, ce qui vaudrait mieux en- 
core, les (illrer sur de la |)oudre de charbon , ainsi ((u il 
sera indiqué plus loin. 



EAU DES MARAIS 



DE BLÂNQUEFORT, 



DE PAREMPUVRE, 



PUISEE AU MOMENT DE LA PECHE DE I.A PUISEE PEMDAST LA PECHE DE LA SANGSUE. 
SANGSUE. ... . , . u t 

Légèrement colorée en brun fauve; 

Cette eau est colorée en jaune-paille ; saveur marécageuse. L'ébullition la imu- 

elle a une odeur de marécage et une ble; elle s'éclaircii par le rayon qui sé- 

savcur nauséabonde. pare l'albumine végétale coagulée. 

Carbonate de cbaux 0,105 Carbonate de chaux 0,086 

Sulfate de chaux 0,024 Sulfate de chaux 0,019 

Chlorure de sodium 0,046 Chlorure de sodium 0,043 

de calcium 0,018 decalciura 0,013 

Silice et oxide de fer 0,011 Silice et oxide de fer 0,016 

Matière organique albumin 0,038 Matière organique albumin .. 0,041 



0,342 



0,216 



DE MONTFERRANT, 

PUISÉE A l'époque de LA PÉCHE. 

Légèrement colorée en brun ; saveur 
marécageuse, odeur particulière. L'ébul- 
lition est sans action apparente. 

Carbonate de chaux 0,09 l 

Sulfate de chaux 0,014 

Chlorure de sodium 0,056 

de calcium . 0,008 

.Silice et oxide de fer 0,010 

Matière organique extractive.. 0,044 

0,324 



9e 



171 



SECTIOX. 



Caux slagnantcs pvofonAes. 



I. — EAU DU SOUS-SOL DES LANDES. 



On sait que les eaux pluviales relonues à peu de 
profondeur parles couches aliotiques imperméables (|ui 
forment le sous-sol de nos landes, y croupissent, se 
chargent des principes soUihles de l'alios, et forment 
ensuite celte nappe deau souterraine qui alimente tous 
ces puisards qui fournissent à la population landaise 
l'eau dont elle a besoin pour ses usages domestiques, 
sa boisson et celle des animaux. 

Ces eaux, presque entièrement privées de sels miné- 
raux, ont une couleur jaune-brun plus ou moins foncé, 
et contiennent une grande quantité de matière organi- 
que provenant soit de leur séjour sur l'alios, soit de la 
décomposition des végétaux, qui meurent sur ce sol 
perméable; aussi portent-elles le germe des maladies, 
Irop souvent mortelles, (|ue les chaleurs de l'été déve- 
loppent parmi les populations qui s'en abreuvent faute 
d'autre. 

La composition chimique de ces eaux n'a encore été 
consignée tudle pari; c'est ce qui m'a déterminé à ap- 



172 

porter dans l'cxainen analytique que j'en ai fait, des 
soins plus minutieux encore (|ue pour les autres caté- 
gories. 

Lorsqu'on 1847 j'annonçai à l'Académie des Sciences 
de Bordeaux que le tuf de nos landes n'est point, 
comme on l'avait cru jusqu'alors, une agrégation fer- 
rugineuse, mais un amas sablonneux résultant de l'ad- 
hérence des molécules siliceuses, liées entre elles par 
un sédiment végétal qui se durcit sous l'influence des 
rayons solaires, j'expliquai que cette matière extraxîti- 
forme, s'infiltrant tout d'abord dans l'intérieur des cou- 
ches sableuses qui constituent la presque totalité du 
sous-sol des landes, s'y dessèche, s'y solidifie , et forme 
ainsi un réseau imperméable, qui retient les eaux plu- 
viales et les empêche de pénétrer plus avant dans le 
sol. C'est cet agrégé végélo-siliceux, qu'on nomme 
alios. 

Les eatix pluviales séjournant sur ce terrain alioti- 
que, s'em|)arent de toutes les parties solubles de l'alios 
et des débris organiques ((u'elles baignent, prennent de 
la couleur, contractent une odeur particulière, et peu- 
vent devenir dangereuses pour la santé des popula- 
tions; elles ne sont pas toujours de même nature, et 
varient suivant leur profondeur. La matière végétale 
que contiennent celles qui séjournent à une profondeur 
de 3 à 4 mètres a perdu ses qualités délétères , parce 
que les diverses phases de la fermentation (pi'elle a su- 
bie l'ont transformée en une matière cxtraclive en par- 
tie résinifiée, sorte d'humus qui parait être sans action 
sur l'économie animale. Je nommerai ces eaux alioti- 



173 

ques, parce qu'elles ne paraissent contenir que la par 
lie soluLle de l'alios. 

Les autres, retenues à ] ou 2 mètres du sol, ont une 
couleur plus foncée, (juclquefois légèrement verdàlre; 
leur saveur et leur odeur ont ([ueUpie chose de maré- 
cageux; elles se troublent i)ar l'ébullilion, et bientôt 
après il se sépare un petit sédiment floconneux, a^ant 
les caractères de l'albumine végétale : je les nommerai 
eaux aliotiques albumineuses. 

Cette dernière eau a beaucoup d'analogie avec celle 
des marais, dont elle est le diminutif; comme elle, elle 
perd en bouillant la plus grande partie de son odeur de 
marécage, sa saveur devient plus franche; renfermée 
dans des bouteilles soigneusement bouchées, elle peut 
se conserver un mois et plus sans altération, tandis 
que (juand elle n'a n'a pas bouilli , quatre ou cinq jours 
suflisent pour l'amener à putréfaction. 

Filtrée au travers de la poudre de charbon, ou mise 
en contact avec des copeaux de bois de chêne, l'eau 
albumineuse perd, comme par l'ébullition , l'albumine 
([u'elle contient, et, avec elle, l'odeur et la saveur ma- 
récageuse; sa qualité est de beaucoup améliorée, et elle 
peut alors être bue sans danger. Des expériences com- 
mencées depuis plusieurs années et qui se continuent 
encore, ont démontré que ces eaux si malsaines, dont 
on est cependant réduit à faire usage dans cerlaines 
localités, subissent ainsi une modification des plus sa- 
lulaii'es. L'action du charbon ou du tanin de chêne est 
bien j)lus marquée sur les eaux franchement albumi- 
neuses que sur les eaux alioti(|ues; en ellVl, la poudre 



174 

(le charbon absorbe la matière alburnineiise, le tanin 
la coagule cl la rend insoluble. 

Sans vouloir faire jouer à lalbuniinc végétale un 
rôle plus important (|ue celui (|u'on lui a attribué jus- 
tju'ici, je suis cependant tout disposé à' admettre (|ue 
c'est surtout à sa présence qu'il faut attribuer l'alléra- 
lion rapide des eaux marécageuses, la fermentation (|ui 
s'y produit , et la formation des principes délétères 
quelles exhalent ou qu'elles retiennent en solution. 

De tous les principes immédiats des végétaux, lal- 
bumine est un de ceux qui se putrifie le plus prompte- 
ment; el en raison de sa nature animalisée, elle donne 
naissance à des produits azotés, (jui contribuent au 
développement des lièvres paludéennes, si meurtriè- 
res dans quelques-unes de nos localités. On ne sau- 
rait donc trop recommander de filtrer au charbon tou- 
tes les eaux colorées de nos landes ou du Médoc (pi'on 
destine à la boisson ; cette précaution devrait être prise 
surtout dans les années de sécheresse, oii les eaux sont 
rares et où elles accumulent sous un petit volume les 
éléments morbides (jui viennent d'être signalés. 

La construction de filtres dépurateurs est d'ailleurs 
si simple, si peu dispendieuse, que toutes les popula- 
tions de nos landes s'empresseront d'en faire usage, 
dès qu'on aura pu les con.vaincre des avantages (ju'elles 
doivent en retirer. Comme il ne leur serait pas possible 
de distinguer les eaux j)urement aliotiques de celles qui 
sont albumineuses, je les engage à filtrer indistincte- 
ment toutes les eaux destinées à leur boisson, lors- 
qu'elles auront ujie couleur, une saveur ou une odeur 
quelcon(iue, 



175 

Pour consiruirc un lillrc dépurateur, on place une 
barrique debout , après lavoir bien nelloyée el défoncée 
d'un côté; on établit à 25 ou 30 cenlimètres du fond , 
une cloison circulaire ou double fond en bois de chêne, 
percé d'un grand nombre de trous de la grosseur d'une 
plume à écrire; on étend sur ce fond une couche de 
gravier de 8 ou 10 centimètres d'épaisseur, et l'on ré- 
pand par-dessus une couche de 12 centimètres de 
charbon de chêne pulvérisé grossièrement. Ce charbon 
ne suflit pas toujours pour décolorer complètement les 
eaux; pour obtenir ce résultat , il faut ajouter au char- 
bon de bois un cin(|uième de charbon animal concassé,, 
recouvrir le tout de 8 ou 10 centimètres de sable fin 
bien lavé , et placer par-dessus une seconde rondelle 
ou fond, pour comprimer les matières filtrantes régu- 
lièrement étendues. Ce dernier fond, percé comme le 
premier, doit être fortement assujetti à faide de (|uel- 
(|ues clous ou de ciievilles en bois de chêne. 

Ces dispositions prises, on remplit la barrique de 
l'eau qu'on destine à la boisson, el on la retire filtrée 
au fur et à mesure des besoins, à l'aide d'un petit ro- 
binet eu bois placé à la partie inférieure. Pour obtenir 
une pression suffisante et une filtration rapide, il con- 
vient de maintenir la barrique pleine. 

Un filtre ainsi préparé peut fonctionner longtemps, 
sans qu'il soit besoin de renouveler les matières filtran- 
tes , car la propriété absorbante du charbon est considé- 
rable. On reconnaîtra d'ailleiu-s que le charbon doit 
être changé, lorsijue son action décolorante et absor- 



baille ne suflira plus pour purHier complélcment Teau 
([u'on soumcltra à la fillration '. 

Les postes des douanes situés sur le littoral, ceux 
surtout des communes de Saint-Vivien, du Verdon, 
de Talais, de Soulac, de Béchcvclle, etc., sont privés 
chaque année pendant létc de bonnes eaux potables; 
aussi une partie des douaniers de ces stations sont- 
ils périodiquement atteints de fièvres très-graves. J'ai 
la certitude que l'administration des Douanes prévien- 
drait en grande partie ces accidents, en établissant dans 
chacun de ces postes un filtre-tonneau, et en obligeant 
les employés à ne foire usage (jue d'eau filtrée. Les 
mêmes précautions pourraient être prises sur tous les 
])oints du département où l'on ne peut se procurer 
pour la boisson que des eavœ aliotiques ou albumi- 
neuses. Les avantages qu'on procurerait ainsi aux po- 
pulations, sont trop évidents pour ne pas fixer l'atten- 
tion de l'administration départementale. 

Les cantons du déparlcmenl où se trouvent des eaux 
aliotiques et albumineuses, sont ceux d'Audenge, de 
Belin, de Captieux, de La Teste, de Saint-Sympho- 
rien , de Villandraull. Il faut y joindre quelques commu- 
nes des cantons de Castelnau, de Saint-Laurent et de 
Saint-Vivien. 

CANTON d'aUDENGE. 

Le canton d'Audenge, borné par le bassin d'Arca- 

' Dans toutes les localités où l'on a fait, pendant l'été, un usa^c liabiluel Je 
l'eau filtrée aU charbon, on a vu disparaître les lièvres pernicieuses; et dans cer- 
taines foinniunes, des l'aniillcs ont été préservées des épidémies annuelles par 
celte précaution si simple. 



177 

clion, esl en j)leine lande; c'est à peine si l'on Irouve 
de loin en loin (|uelques couches de terre argileuse su- 
perficielle : le sahle recouvre la presque totalité du sol , 
variant seulement de nature, selon (pi'il s'y trouve 
mêlé une plus ou moins grande quantité d'humus, pro- 
venant de la décomposition permanente des végétaux. 
Les eaux, chargées de matières organiques alLumi- 
neuses, qui les rendent promptes à s'altérer, y sont dé- 
testables '. 

AUDENGE. — Bourg peu considérable près du bassin 
d'Arcachon; l'eau qu'on y boit est jaunâtre et sent le 
marécage; les puits sont peu profonds. Cette commune 
renferme un assez grand nombre de marais qui vicient 
l'air et occasionnent fré(|uemment des fièvres que la 
mauvaise qualité des eaux dont s'abreuve la population 
rend souvent mortelles. 

BiGANos. — Commune assez populeuse arrosée par 
la Leyre; les eaux emi)loyées par les habitants sont à 
peu près de même nature que celles d'Audenge; cepen- 
dant les puits y sont plus profonds et fournissent en gé- 
néral de l'eau purement alioliqiie; les eaux albumi- 
neuses y font exception. 

Mios. — Le bourg de Mios est l'un des plus fertiles 
du canton; il doit cet avantage à l'humus dont le sol 

' Toutes ces eaux filtrées au oliarljoii perdent leur couleur, leur saveur ilésa- 
Rréable et leurs principes délétè'res. Par cette opération, on les dépouille des 
neuf dixièmes de In matii'rc orgaiiicpie (pi'elles conliennent. 



•17S 

est clinriii' : le niaïsi ol le seiiile s'y t'onl roinniqucr |»;ir 
leur viiiueur. L'eau de celle coininuiie a une icinte 
liruiie; elle osl recueillie dans de pelils puisards peu 
profonds; elle esl pi"es(|uc parloul aliofKjue el albunii- 
neuse. 



EAU DES PUITS D'ACDEiNGE. 



EAU DES PUITS DE BIGANOS. 



Ci'lle eau est ronlOMiite dans ilcs Plus ciilori'i' que oelle d'AuiliMifto; 

puits nu citernes peu profonds; elle est elle n'est qn'ii 1 ou 2 mélres du sol. 
Si 2 ou 3 mètres du sol. 

Elle est colorée; saveur el odeur Corps gazeux comme la précédente. 



désagréables. 

Gaz acide carbonique 0,0020 

(laz azote 0,0035 

Gazoxigf'ne 0,0005 

0,0000 



Carlionale da cliaux 0,056 

Suirale de cliaux 0,007 

Chlorure de sodium 0,035 

Silice et oxide de ter 0,012 

Matière organique alioliqne.. 0,046 



0,164 



Caibonate de cliaux 0,001 

Sulfate de chaux 0,012 

Chlorure de sodium 0,026 

Silice et oxide de fer 0,010 

Watiére organique aliotiquc, al- 

bumineuse 0,052 



0,0102 



EAU DES PUITS DE MIOS. 

.Moins colorée (|ue celle di! Biganos. 
La nappe d'eau il 2 mètres.' 

Corps gazeux indélerminés. 

Carbonate de chaux 0,058 

Sulfate de chaux 0,016 

Chlorure de sodium 0,024 

Silice et oxide de fer 0,014 

Mali('reorgani(|ue aliotiipie, al - 

bujnineusi,' 0,0 17 

0,159 



179 



CANTON DE BELIN 



I 



Sol iiridc et sablonneux, couverl de Lrnyère; ce n'est 
que dans le voisinage des villages qu'on rencontre (|uel- 
ques bouquets d'arbres et des clianips cultivés. Au mi- 
lieu de ces vastes plaines uniformes, la petite ville de 
Belin s'élève comme une oasis dans le désert, entourée 
d'une riche végétation qu'entretiennent et alimente>nt 
quebjues filons argilo-calcaires. C'est à cette nature de 
terrain qu'est due en grande partie la bonté de ses eaux. 
Belin a un puits public pourvu d'une pom|)e à levier, 
dont l'eau est bien supérieure à celle des puits situés 
hors de son enceinte. A peu de distance de la ville, on 
trouve, dans la propriété de M. Peringuey, une source 
que pourraient envier les localités les mieux partagées. 

SALLES. — Cette commune, traversée par la Leyre, 
est relativement assez fertile; l'eau des puits du bourg 
est chargée de moins de matières organiques que celle 
des puits environnants. 

LE BARPT. — L'une des communes du canton où 
les eaux sont le plus détestables; on a peine à com- 
prendre que des hommes puissent boire et employer 
pour leur besoins domesticpies une eau aussi chargée 
d'humus. 

LE Bucn. — Petite station sur la rouie de Belin à 
Bordeaux ; l'eau y est encore plus mauvaise qu'au Barpi ; 



180 

la nii|)|)e deaii (|ni aliincnle les piiils n'csl pas à un 
mètre el demi du sol, de sorte qu'elle se charge in- 
cessamment de toute la matière organi(|ue ([ue lui 
fournit un sol perméable à Texccs 

BELLiET, traversé par un ruisseau abondant, ren- 
ferme une belle forge el plusieurs poteries; l'eau y est 
moins mauvaise qu'au Bucli, mais elle est encore tro|) 
chargée d'albumine végétale, pour qu'on puisse se dis- 
penser de la filtrer au charbon. 



PUITS DE BELIN. 



PUITS DE SALLES. 



Gaz aciilc carbonique 0,0070 Gaz acide carbonique... ) qnanlilé 

Air atmospbLMique 0,0010 Air almospliérique ) indL'lorniinée. 

■ Carbonate de chaux 0,098 

0-080 Sulfate de cbaux 0,027 

Chlorure de sodium 0,034 

de calcium 0,019 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matii^re organique alioti(|ue.. 0,022 



Carbonate de cluuix 0,149 

Sulfate de chaux 0,042 

Chlorure de sodium 0,054 

de calcium 0,048 

Silice et oxide de fer 0,013 

Matière organique aliolique... 0,016 

0,322 



0,218 



PUITS DU BARPT. 



PUITS DR BUCH. 



Trc'S-colorée , saveur désagréable. 



Très-coidrée, saveur désagréable. 



Carbonate de chaux 0,0G7 Carbonate do chaux 0,114 

Sulfate de chaux 0,021 Sulfate de chaux 0,027 

Chlorure de .sodium 0,006 Azotate de chaux ' 0,110 

dccalcium 0,024 Silice et oxide de fer 0,014 

Silice et oxide de fer 0,010 Chhirure de sodium 0,086 

MaliiMc organique aholique, al- Matière organique aliotique, al- 

bumineuse 0,180 bumineuse 0,217 



0,380 



0,574 



' Les étables sont tri's-rapp'ocliée.s 
lies puits. 



181 

PUITS DE BELLIET. 

Moins coloivc, sans saveur. 

Carbonate de cliaux 0,093 

Sull'ale (le chaux 0,043 

Chlorure de sodium 0,082 

Silircet oxide de l'er 0,015 

Malicre organique aliotiquo... 0,105 

0,336 



CANTON DE CAPTIEUX. 

Dans ce canton, l'un des moins fertiles, Talios recou- 
vre une grande partie du sous-sol el retient à peu de pro- 
fondeur les eaux pluviales, qui en hiver l'inondent pres- 
que complètement. 

Le bourg de Captieux possède quelques sources su- 
perficielles dont l'eau est très-pure; il y a aussi un grand 
nombre de puits peu profonds, dont l'eau est colorée, 
désagréal)le au goût et chargée de matière organique. 

Giscos. — Petit bourg isolé, dont les habitants, entiè- 
rement dépourvus d'eau de source , ne font usage que de 
l'eau de qucl(|ues puits creusés dans le sable et à 2 mè- 
tres au plus du sol. Celte eau, de couleur jaune foncé, 
a une saveur marécageuse très-désagréable. 

PUITS DE CAPTIEUX. PflTS DE GISCOS. 

Gaz aride carljoniiine... ( Quanliti' Gaz acide carbonique.. | Ouantilé 

Air atmospliérique i indéterminée. Air atmospliérique ) indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,027 Carbonate de chaux 0,027 

Sulfate de chaux 0,021 Sulfate de chaux 0,013 

Chlorure de sodium 0,038 Chlorure de sodium 0,037 

Silice et oxide de fer 0, 1 G silice et oxide do fer 0,014 

Matière ori^anique 0,044 Matière organique albumineuse 0,033 

0,146 0,143 



182 



CANTON DE LA TESTE, 

Ce canton forme rexlième limite du département; il 
est borné à l'ouest par l'Océan, et au sud par le dé- 
partement des Landes; le sol en est sec cl aride; (|uel- 
qiies puits peu profonds fournissent aux habitants une 
eau colorée, la seule dont ils puissent faire usage. 

La Teste, bâtie près du bassin d'Arcachon , n'est pas 
mieux pourvue que le reste du canton ; éloignée de 
grands cours d'eau, elle ne renferme aucune source 
superficielle abondante; la population ne fait usage que 
d'eau de puits. 

ARCACiiox. — Petite bourgade nouvellement bâtie sur 
les bords mêmes du bassin; elle se compose d'une foule 
de petites maisons aussi élégantes que commodes; les 
puits, peu profonds, fournissent de l'eau moins colorée 
que celle de La Teste. 

GUJAN ne renferme non plus aucune source super- 
ficielle; l'eau dos puits y est colorée et chargée de 
matière organiciue. 

PUITS DE LA TESTE. PUITS D'ARCACHON. 

Gaz acide carbonique... ( quantité Gaz acide carbonique. . i quantité 

Air atmospliériquc i indéterminée Air atraospliérique ' indéterminée. 

Carbonate de (iiaux 0,155 Carbonate de eliaux 0,137 

Sulfate de cliaux 0,08a Sulfate de cliaux 0,074 

Chlorure de sodium 0,121 de magnésie 0,022 

decalcium 0,034 Chlorure de sodium 0,131 

Silice et oxide de fer 0,010 de calcium 0,026 

Slatiére organique 0,026 Silice et oxide do fer 0,017 

Iode , des traces. Matière organique 0,020 

Q J3^ Iode , des traces. 

~Ô7l'27 



183 

l'LlTS DE GUJAN. 
Gaz acide c;ii'l)iiiiii|uc... ( iiu:uiiiir' 

AiiMlmosphériquc i iiuléleriniiicc. 

Caibonale de cliaiix 0,153 

Sulfate de chaux 0,078 

de magnésie 0,0y5 

Clilomre de sodium 0,127 

decalcium 0,030 

Silice et oxide de fer 0,018 

Maiière orgaiiiciue 0,0:53 

Iode, des traces. 

0,462 



CANTON DE SAINT-SYMFHORIEN . 



Ce caiilon, limilroplic du drpartcincnl dos Laiidos, 
a la même coiisiiUiUon u;éologi(|ue; il n'est arrosé que 
par le Ciron ou ses affluents. 

SAixT-SYMPUORiEN. — Cliof-lieu du canton, est un 
gros bourg nian<|uant de bonnes eaux; la population 
ne fait usage que d'eau de puits; elle est de très- 
mauvaise (|ualité, colorée cl chargée de matière orga- 
nique. 

BALizAC. — Petit bourg dont le sol fournil d'excel- 
lent minerai; l'eau est de même nature qu'à Saint- 
Sympliorien, mais elle est encore plus chargée de 
matière organicjue. 

PUITS DE SAINT- SYMPHORIEN. PUITS DE BALIZAC. 

Gaz acide carbonique... / quantité Gaz acide carbonique... j quantité 

Air atmospliérique. ... (indéterminée. Airatmospliérique i indéterminée. 

Carbonate de cbaux 0,082 G:'rbonate de cliaux 0,077 

Sulfate de cliaux , (i,014 Sulfate de cbaux 0,01(i 

Chlorure de soilium 0,038 Chlorure de sodium 0,0-13 

Silice et oxide de fer .. 0,011 Silice et oxide de fer 0,013 

Matière orij-iniqnc aliotiiiue... 0,013 Matii're organique, aliotique, 

,) iQQ albumineuse 0,047 

' oTlDS 



184 



CANTON DE VlLLANDRAULTi 



viLLANDRAULT. — Clicf-licu , baigné par le Ciron ; 
on n'y fait usage que d'eau de jtuits, mais elle esl géné- 
ralement meilleure ([ue celle des communes qui l'avoi- 
sinent; plus chargée de carbonate de chaux, elle con- 
tient beaucoup moins de matière organitiue. 



uzESTE. — Petit bourg à quelques kilomètres de Vil- 
landraull. Il est remaripiable par son église, où se trou- 
ve, dit-on, le tombeau du pape Clément V, son fonda- 
teur. La grande majorité des puits de cette commune 
fournit une eau alioti(|ue très-colorée; quelques privi- 
légiés possèdent des puits creusés dans des couches 
silico-argileuses, dontleau est incolore et de très-bonne 
qualité. 



PUITS DE VILLANDRAULT. 
Gaz acide carbonique... ) quantilé 

Air atmosphérique t indéterminée. 

Carboiiale de cliaux 0, 171 

Sulfate de rliaux 0,107 

,\zntato de chaux 0,058 

Chliiiure de sodium 0,087 

de calcium 0,014. 

Silice et oxide de fer 0,010 

Matière organique 0,016 

~ 0,1 6 9 



PUITS 

DE LA COMMUNE D"UZESTE. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmospliérique \ indéterminée. 

Carbonate de cliaux 0,083 

Sull'ale dechaux 0,054 

Chlorure de sodium., 0,068 

Silice et oxide de fer 0,018 

Matière organi(|ue albuniin... 0,0.Î8 



0,260 



PUITS DU BOURG DUZESTE. 

Gaz acide carbonique... / quantité 

Air atmosphérique I indéterminée. 

Carbonate de iliaux. . 0,118 

Sulfate de chaux 0,037 

Chlorure de sodium 0,05.3 

Silice et oxide de fer 0,017 

Matière organiquepeu album. 0,014 

0,369 



185 

EAU DE PLUIE. 

C'est toujours avec les venls marins ouest, nord- 
ouest et sud-ouest, ((u'il |)Ieul dans le doparlemenl de 
la Gironde et surloul à Bordeaux; si, par exception," la 
pluie est amenée par d'autres vents, elle n'est ((ue pas- 
sagère et dure peu. 

Dans le courant de l'année 18oâ, il n'a plu qu'une 
fois avec le vent du sud , et trois fois seulement avec 
les vents du nord ou du nord-est. 

Ea constitution chimique de l'eau de pluie se ressent 
évidemment de ce phénomène atmosphéricpie, et les 
émanations que nous apportent les vents d'ouest, doi- 
vent être toujours imprégnées de vapeurs d'eau de mer. 
Bien pénétré de ces faits, et désireux de m'en convain- 
cre, j'ai recueilli à diverses fois de l'eau de pluie avec 
les venls d'ouest , et je me suis assuré que lorsque le 
temps est à la tempête et les vents d'ouest très-forts, 
la |)!uie contient du sel marin et de l'iode en (piantité 
très-appréciable; qu'elle en contient beaucoup moins 
lorsque le vent d'ouest a peu d'intensité, et (|u'elle n'en 
contient pas du tout lorsqu'elle nous vient d'une autre 
région que les côtes de l'Océan. 

(rest ainsi que le 24 avril 1852, par une pluie assez 
abondante et un fort vent du nord, 5 kilogrammes 
d'eau recueillie avec beaucoup de soin dans un vase 
vernissé contenant une petite (piantité de solution de 
potasse très-pure, ne présentèrent aucune trace de 
chlorure, d'iodure, ni de bromure. Je ne fus pas plus 



lieiireux le 16 septembre de la même année, avec 5 au- 
tres kilogrammes recueillis dans les mêmes circonstan- 
ces, sauf le vent qui soudlail du sud. Le 22 novem- 
bre 1851, au contraire, pareille quanlilé d'eau de pluie 
traitée de la même manière, mais obtenue pendant un 
fort vent d'ouest, m'avait donné des traces Irès-évi- 
denles d'iodure et de chlorure. Toutes les expériences 
auxquelles je me suis livré depuis cette époque ont con- 
firmé ces premiers résultats; je n'ai trouvé des traces 
de ces sels que dans l'eau de pluie tombée pendant les 
forts vents marins; dans un temps calme, même avec 
les vents d'ouest, l'eau de pluie en contient beaucoup 
moins; quel(|uefois même ce n'est qu'en opérant sur 
une quantité relativement considérable, ((u'on en ob- 
tient ((uelques traces : j'ai pu le constater de nouveau 
au mois de décembre dernier. 

Ces faits expli(iuenl comment je n'ai pas trouvé d'iode 
dans la grande généralité des eaux (|ue j'ai examinées: 
recueillies presque toutes pendant l'été et dans des 
temps secs, la faible quantité que les vapeurs marines 
peuvent en apporter dans les eaux de notre départe- 
ment avait probablement disparu , absorbée par les 
terres el les végétaux. 



187 

RÉSUMÉ. 

Les faits résullaul du (ravail et des observations qui 
précèdent, peuvent se résumer ainsi : 

La constitution physique et cliiini(|ue des eaux du 
déparlement de la Gironde, varie selon l'état de Tal- 
mosphère. 

Dans les temps secs et les vents de terre, les chlo- 
rures diminuent, l'iode disparaît, les sels calcaires et 
la matière organique prédominent. 

Dans les temj)s pluvieux et les vents de mer, les sels 
marins augmentent, la matière organi(|ue diminue, 
l'iode devient appréciable. 

Le carbonate de chaux, le chlorure de sodium et la 
silice s'y rencontrent dans toutes les eaux, mais dans 
des proportions extrêmement variables; les sels à base 
de potasse y sont très-rares ; ceux à base de magnésie 
s'y rencontrent peu, et les azotates ne se trouvent que 
dans les eaux qui traversent les centres dépopulation. 

L'arrondissement de Libourne fait exccplion; les 
azotates y existent dans pres(iue toutes les eaux, ap- 
portés sans doute par les terreaux de ville dont on re- 
couvre dans cet arrondissement une grande partie des 
terres cultivées. 

L'eau de mer qui baigne le littoral est plus ou moins 
salée, suivant qu'elle se rapproche ou s'éloigne de l'em- 
bouchure de la Gironde. 

Elle remonte le fleuve jusciu'à Ambès, où elle se di- 
vise; les courants en entraînent dans la Garonne une 



188 

faible parlio ; ils la poussent au conlrairo avec force 
dans la Dordognc , puisqu'on en trouve des (races très- 
appréciables à plus de 10 kilonièlres de Bourg. 

Celle tendance des courants à se porler dans la Dor- 
dogne , est très-remarquable; elle indique une des cau- 
ses de l'envasement de la Garonne. 

Les eaux courantes superficielles de notre déparle- 
ment sont peu chargées de matières salines; le sulfate 
de chaux et autres sels nuisibles à la végétation ne s'y 
trouvent (ju'en très-petite quantilé, tandis (|u'au con- 
traire, quelques-unes d'entre elles contiennent de la 
matière organique en forte proportion ; deux circons- 
tances qui les rendent on ne peut plus propres aux ir- 
rigations. 

Au point de vue de l'hygiène publi(]uc, dont nous 
nous sommes occupé plus spécialement dans ce tra- 
vail , les eaux de sources et les eaux de rivières du dé- 
partement , lorsqu'elles sont limpides, sont éminem- 
ment propres à la boisson. 

L'eau des ruisseaux, au contraire, ne doit être em- 
ployée que pour les usages agricoles. 

Les eaux profondes, celles des puits, sont feaucoup 
plus chargées de sels minéraux (jue les eaux superli- 
cielles, ce qui les rend lourdes et séléniteuses; d'où il 
résulte que , (jUoi(|ue contenant généralement moins de 
matière organique, elles sont néanmoins presque tou- 
jours malsaines; leur usage peut même n'être pas sans 
danger, lorsqu'elles ont traversé des terrains imprégnés 
de matières azotées. 

Les eaux stagnantes suj)erlîcielles, étangs et lagu- 



189 

nés, sont les plus pures de foules, et cependîuil elles 
conviennent moins pour la hoisson , parce (|u"elles ne 
contiennent que peu de hi-carbonate de chaux et d'air 
almospliéricpic. 

L'eau des marais est très -souvent stagnante et 
toujours malsaine , parce qu'elle repose sur un sol po- 
reux, s'imprégnant lacilemenl de matières organiques; 
celles-ci fermentent promptement sous l'inlUience de 
la chaleur, et donnent naissance à des gaz et à des 
produits insalubres, dont se saturent ensuite les eaux 
qui viennent le recouvrir : on ne doit jamais en faire 
usage, à moins de l'avoir au préalable dépurée par le 
charbon. 

L'eau du sous-sol des Landes et de quelques localités 
du Bas-Médoc forme une catégorie toute particulière. 
Chargée de la matière soluble de l'alios, et très-sou- 
vent d'albumine végétale, elle peut devenir une cause 
d'insalubrité bien grande , si cette dernière s'y trouve 
dans de fortes proportions. 

Toute la partie aIu département située sur la rive 
droite du fleuve, est pourvue d'excellentes eaux pota- 
bles; c'est sur la rive gauche surtout (|ue se trouvent 
les marais et les eaux aliotiques et albumineuses que 
nous venons de signaler. 

C'est aussi dans celte partie du département que se 
rencontrent les eaux ferrugineuses les plus remarqua- 
bles. Nous avons dit (|ue ces eaux se décomposent ra- 
pidement, et qu'on ne peut compter sur leur action 
médicale (|ue loi'S(|u'elles sont bues à la source même. 

L'eau de pluie ([ui tombe dans le déparlement ne cou- 



190 

lient (le l'iode en (luanlilé appréciable, (pie lorsrpi'elle 
est anient'e par les venis (roiiesl , cl dans ce cas elle 
contient aussi du chlore '. 

On sait (jue les eaux courantes su|»er(icielles ('prou- 
vent dans leur parcours des variations rapides; jai pu 
le constater plusieurs fois pour la Dordogne, l'Isle, la 
Dronne et la Leyre : leurs eaux perdent cl recouvrent 
plusieurs fois les nu'uies produits, selon la nature des 
sols ({u'clles parcourent; et, sous l'influence de l'air cl 
de la hunière, favoris(^'e par le roulenienl continu, elles 
se d(''pouillent promptenient de la malière organi(|ue et 
de certains sels minéraux. 



Nous livrons ces faits à la science; ils sont le ré- 
sultai d'observations longues, patientes, consciencieu- 
ses; à elle d'en déduire les conséquences, el de dire le 
parti que pourront tirer de nos eaux les arts, l'indus- 
trie, l'agricullure. 

Pour nous qui dans le cours de ces rechercbes nous 
sommes constamment el exclusivement préoccupé de 
la santé publique, nous éprouvons, en arrivant au 

' A cei'laiijgs époques de rMiiiiéo, suilout au mois de mars, le département 
est assailli par des vents de nord-ouest très-secs, qui poussent avec une grande 
force vers la terre les émanations de la mer. 

Ces vents sont trés-niiisibles ii la véijélatinn, surtout aux arbres fruitiers: 
s'ils arrivent au moment de la Horaison, il ne reste plus, au liout de queliiues 
licures , aucune espère de réculie. 

L'elïet produit par ces vents sal('s peut être allribué à ileu\ causes principales : 
l'action corrosive des chlorures et des iodures secs sur les jeunes pousses et sur 
les lleurs, et l'avidilé avec laquelle ces sels anhydres s'emparent di; riiumidité; 
peu d'instants leur suftiscnl pour dessécher et brûler les bourgeons. 



m 

terme de noiro U'iolio, le Lesoin d'iippeler de iionvejui 
l'aUemion de l'aïUorilé dépoiieineiilale et des iminici- 
palilés, sur les populations déshérilées de nos landes. 

Un iîUre-fonlaine en maeonnerie élevé au centre de 
chaque village; à défaut de maçonnerie, une cuve; à 
défaut de cuve, un tonneau, voilà ce que nous deman- 
dons pour elles. Il ne s'agit , on le voit, ni de longs tra- 
vaux, ni de dépenses considérables; il n'y a pas même 
nécessité de faire intervenir la loi : de simples mesures 
administratives sufliront, pourvu ((u'on leur donne un 
caractère obligatoire. 

Nous refusera-l-on (|uand nous demandons si peu? 
Nous ne saurions le croire , surtout (|uand nous consi- 
dérons rimporlance des résultats que Ton obtiendrait à 
ce prix. 

Certes, nous ne prétendons pas que la substitution 
d'une eau dépurée à l'eau corrompue dont ces popula- 
tions font usage fera immédiatement disparaître les 
fièvres de toutes sortes qui les déciment si souvent ; 
nous savons que les effluves marécageuses pénètrent 
dans l'économie par la peau qui les absorbe, par les 
poumons avec l'air; mais on ne contestera pas qu'elles 
n'y soient apportées plus directement encore par la 
boisson et les aliments. 

Il est donc certain qu'en contraignant les habitants 
de ces contrées si mal partagées à venir échanger au 
filtre commun le rK|uide insalubre dont ils font usage 
contre un breuvage limpide et sain, on aura supprimé 
la cause la plus prochaine de la faiblesse constitution- 
nelle, de l'étiolement et du rachitisme, si communs 
parmi eux. 



i9â 

11 appartioiulrait à radiniiiistralion à la fois si éclai- 
rée el si paternelle des Douanes, de donner l'exemple 
de celle utile innovation; nul doute qu'en pourvoyant 
d'un tonneau-filtre chacun des postes disséminés dans 
les communes de ïalais, de Soulac, du Verdon et sur 
tout le littoral, elle ne réduisît considéraLlement les 
cas de fièvres paludéennes auxquelles ses préposés sont 
plus sujets encore que les habitants du pays eux- 
mêmes. 

Les trois années de recherches el de peine que nous 
a coulées ce travail n'eussenl-elles que ce résultat, nous 
nous trouverions encore assez bien payé. 



i03 



EAUX COURANTES SUPERFICIELLES. 



ori^tw. 



FEpElJVK. 



Ui'alitps Poids des corps liies cou- 

oii l'eau a élé puisée. lenusdansun litre d'eau. 

Amirlion, sur la plngo. 38 gram. 727 

Coi'duuaii, à la Tour.. 35 905 

Royaii, à Foiicillon... 32 550 

Poiiile-dc-Giave 31 ,250 

bORDOGNE. 

A Bourg, au large 0,765 

A Bourg, sur les bords 0,282 

A Libourne 0,357 

A Brauncs 0,153 

A Castillon 0,172 

A Sainte-Fny 0,130 

GARO.UNE 

(clarifiée par le repos j. 

A Castots 0,145 

A Langoii 0,162 

A Cadillac 0,168 

A Horileaux, haute mer 0,106 

A Bordeaux, basse mer 0,174 

A Lormont 0,150 

A Ba.ssens , baute mer 0,237 

Au Bcc-d'Ambès, haute mer. 0,545 
l'isle. 

A Abzac 0,209 

A Laubardeinonl 0,167 

A Libourne 0,147 

LX Dno.WE. 

A Cûutras 0,205 

LE nnoT. 

A Monségur 0,261 

L.4 lEÏKE. 

A Bigaiins 0,078 

I.E CIRON. 

A Villamlrault 0,149 

A Barsiu' 0,137 



Localités Poids des corps (iies 

oiil'eau a élé OIRoMJE. contenus 

puisée, dans un litre d eau. 

Au Verdoii , au large 33,475 

A Richard, au large 33,105 

A la Maréchale 13,767 

A Pauillac, en rade -..,.. 8,974 

A Blaye, au Pàlé 8,398 



Isr Ani(0.\UISSEMENI. 

Le Mouron , il Magrigne 0,304 

LaSaye, près le port de Girard. 0,191 

2'' .\RRONrilSSE.MENT. 

LeLary 0,200 

La Soulége , à Caplong 0,229 

Le .Ségnol , à Margueron 0,173 

3'= .\IiUO.\DISSEMEM. 

L'Andouille,^ Roquebnitie.... 0,241 

La Durèze, à Listiac 0,238 

L'Angrarine, prés Saint-Genis. 0,225 

4e ARRONDtSSEMENT. 

Le Lizos, ;i Aillas 0,197 

La Bassanne 0,244 

Le Barlhos, .'i Lavazan 0,258 

5*^ ARnO\DISSEME!MT. 

Eau Bourde, à Canéjean 0,239 

Kau Blanche, îi Léognan 0,289 

La Jalle, ù Blanquelort 0,104 



13 



11)4 



EAUX COURANTES SUPERFICIELLES. 



SOURCE.^ ET FO\T.%i:VES. 

PREMIÈUE CATÉGORIE. — EAUX DE BONNE Ql'ALITÉ, 



ler Anno.vDissEJiEiXT. 

Blaye: fonlairie publique 0,260 

Bourg: foiilaiiit? [jubliquo Oj^OS 

(iauiiac ; source 0,445 

Bavoii: du Caillou 0,403 

— (lu Sol 0,316 

fitauliers: source INjftaull 0,120 

Sl-Savin: source la Gaieiine. <),281 

2e ABRONDISSEMEM. 

Libournc: fonlainc de la Halle. 0,355 

— (le la ruelle Guilies 0,337 

— des Lavoirs 0,277 

— Redcuilh 0,339 

Saint-Éinilion , du Roi 0,313 

— de la Plaie... 0,421 

Baron : source S 0,387 

Castlllon : fonlaine la Grave... 0,365 

— Traiiehard 0,103 

— Peyronin 0,226 

Couiras : fontaine Vidal 0,186 

Sainle-Foy : porte de Bergerac. 0,491 
Cad.-sur-Dordogno: duBranda. 0,438 

Guilres : Grincliant 0,529 

Lussac: Picot 0,272 

- — Picampot 0, 83 

Puysseguin : fontaine publique. 0,347 

3'^ ARRONUISSKMRNT. 

La Réole: fontaine du Tuion. 0,.584 
St-Maixenl: chàti-au Lavison.. 0,331 
Monségur: publique...' 0,305 

4^ ARRONDISSEMENT. 

Bazas : fonlaine du Bourreau. 0,371 

— d'Ausone 0,293 

— d'Espans 0,316 

Captieux: fontaine Laguê .... 0,086 

Grignols: Presbos 0,243 

Langon: de la Place 0,447 

— du Briou 0.373 

Villandrault: du Credo 0,219 



50 AURONDISSEMfiNT. 

Bordeaux : sources d'Arlacet du 

Tondut 0,245 

— Figuereau 0,535 

— Lagrange 0,423 

— Enfants-Trouvés .. 0,393 
Bi'gk's: source Jeanlel 0,434 

— - source Joc(|uel 0,427 

C.iudéran : frères A ma ud 0,482 

Talence : Tomasson 0,425 

Bouscal : rue de la Seppe 0,486 

— propriété Bresson 0,390 

Bruges: bouri; 0.252 

EyMnes : Cantinolle 0,355 

— propriété Boue 0,354 

— propriété Abiet 6,287 

Taillan : source-mére, auThil. 0,235 

— sources du Tliil réunies 0,282 

— source Lapéne 0,270 

— toutes les sources réu- 

nies 0,270 

— lontaiiie du bourg 0,308 

Ludon : DulTour-Dubergier. .. 0,217 

Arcins : source 0,302 

Caslclnau: fontaine publique. 0,413 

Margaux: fontaine Mariolle. . 0,591 

Soussans : source 0,508 

Pcssac : source 0,353 

Gradignau : Monijaux 0,334 

Mérignac : source 0,276 

Villenave-d'Ornon : source 0,317 

Léognan : source romaine 0,290 

— moulin de Vayres... 0,317 

Castres: fontaine du port 0,281 

Sauçais : sources 0,318 

Carbon-BI : font, des Ladres. 0,367 

Floirac: Monrepos 0,494 

Lorniont: fontaine publique.... 0,335 

Saiul-Loubés : ancien Prieuré 0,505 

Ceiion-La-Bast.: source Dilbos. 0,363 

— source Dussault. 0,265 



195 

Smie (/« 5« ABRO.NDISSEMENT. L:ingoiiai] : souiTC 0,304 

Cenon- La -Bastide : source St-André-dc- 1 font, publiqiio. 0.598 

Fauie-Laubarède 0,311 ^ubïac / Font-Boudeau . 0,228 

Carignan: fontaine Bcllcforid.. 0,546 »» 

n , „ „,„ C ARRONDISSEMENT. 

Podensac : source 0,259 

Iliats : fontaine publique 0,292 Pauillac , Cliateau-Lalilte : 

Budos : Fonl-Bonnc 0,.332 fontaine du jardin.. 0.311 

Portets : fontaine publique.... 0,304 fontaine du cuvier. 0,452 

Cadillac : fontaine publique.. 0,278 



DEUXIÈME CATÉGORIE. — EAUX liVDlFFÉHEiNTES. 



AimONDlSSEMENT. 



2e ARnoNDIS.SEMENT. 4e 

Guilres, de Caze 0,753 Bazas : trou d'Enfer 0,742 

— ancienne fontaine.... 0,721 — fontaine Bragous O.'oiH 

— fontaine des Capucins.. 1,170 



196 



EAUX COURANTES PROFONDES. 



PCITdl. 



rBEMIÈRE CATÉGORIE. — EAUX DE BONNE QUALITÉ. 



1'-' ARRONDISSEMENT. 

Blayc : de l'hôtel du Lion-d'Or. 0.352 
S.-C.-Lalande : de Vincent... 0,315 

— deJoly 0,339 

— do Cazenave. 0,285 
Saint-Aubin : puits du bourg. 0,320 

28 ARBONDISSEMENT. 

Libournc: de l'hôtel des Princes. 0,526 

— de la plare d'Armes. 0,500 

— de la Halle 0,518 

Coulras : du château 0,175 

Abzac: du bourg 0,314 

Sairii-Médard-de-Guiziers : de 

M. Camus 0,470 

Fronsac: du bourg 0,550 

3® ARRONDISSEMENT 

St-Maixant : château-Lavison. 0,426 
Sauvcterre : caserne de la gen- 
darmerie 0,458 

4^ ARKONDISSKMENT. 

Barie; du bour? 0,548 

Langon: public 0,510 

Caslets-en-Dorthe : du bourg. 0,385 

Toulenne: du Collège 0,472 

5^ ARRONDISSEMENT. 

Bordeaux: Brondel, îi Belleville. 0,498 

— Manufact. de tabacs. 0,413 
Caudéran; bourg 0,521 



Talence: bourg 0,542 

Bouscat: bourg 0,496 

Bruges: bourg 0,415 

Le Taillan : bourg 0,529 

Eysines: M Abiet 0,546 

Pessac : bourg 0,474 

Canéjean: bourg 0,381 

Gradignan : bourg 0.563 

Mérignac : bourg 0,470 

Yillenave-d'Ornon : bourg 0,513 

Cestas : bourg 0,434 

La Bréde: public 0,390 

— maison Montesquieu. 0,589 

Léognan : bnurg 0,485 

Saucats: bourg 0,473 

Castres: baule plaine 0,511 

— basse plaine 0,545 

Bouillac: bourg 0,505 

Floirac: Villa-Bosa 0,453 

Lormont : bourg 429 

Cenou-La-Bast.: sur le coteau. 0,529 

La Grande-.Sauve : Collège... 0,453 

Podensac: bourg 0,337 

Barsac: bourg 0,529 

lllats: bourg 0,421 

Portets: bourg 0,478 

Langoiran : bourg 0,860 

St-André-de-Cub7.ac : bourg. 0,575 

fie ARRONDISSEMENT. 

Pauillac : bourg 0,438 

Saint-Laurent: bourg 0,457 



197 



PEUXIÈME CATÉGORIE. — EAl'X iriDIFFEREKTES. 



1"' AnnONDISSEMENT. 

Bourg : (lu district — 0,958 

Comps : bourg 0,784 

Gauriac : bourg 0,878 

Bayoïi : bourg 0,634 

Étauliers : publie 0,772 

Saint-Savin : bourg 0,760 

Cavignac : public 0,975 

2° ARRONDISSEMENT. 

Brannes : bourg 0,990 

Baron : bourg 0,959 

Espiet : bourg 0,677 

Guitres : bourg 0,910 

St-Dcnis-de-Piles : bourg.... 0,681 

Marancin : bourg 0,938 

Cadillac-siir-Dordogne : public. 0,629 

Rauzan : bourg 0,789 

3' ARRONDISSEMENT. 

La Rt'oift : puits-fontaine public 0,710 

Saint-Macaire : ville 0,949 

Monségar : ville 0,640 

Pellcgrue : bourg 0,833 

Saint-Ferme: bourg 0,657 

Saiivelerre : de la Halle 0,858 

Mauriac : bourg 0,912 

Targon : boin-g 0,969 

4' ARRONDISSEMENT. 

Bazas : ville 0,936 

Cudos : bourg 0,733 

Auriis : bourg 0,701 

l.avczan : bourg 0,601 

5" ARRONDISSEMENT. 

Bordeaux : hospice Saint-Jean , 

l'iHir des hommes. 0,827 

— i(i. cour des femmes 0,760 



— Abattoir général.... 0,880 

— Gr. Séminaire, puits 

i pompe 0,808 

— id. du jardin i 0,880 

— de l'Or 0,960 

— des Incurables 0,816 

— de Paludate 0,856 

— de l'hopit militairi', 

buanderie 0,742 

id. service général. 0,760 

— hôpital St-André. . 0,964 

— cours Champion, pu- 

blic 0,706 

— caserne des fossés, 

cavalerie 0,794 

— id. infanterie 0.799 

— des Cordeliers, bains 

publics 0,880 

— de la rue Bouquière. 0,999 

— de la rue du Loup.. 0,843 

— de la rueS.-Seurin. 0,731 

— des Allées d'Amour. 0,739 

— de la r. Capdeville. 0,723 

— Burguet- Carajon. 0,934 

— delà rue de Lerme. 0,649 

— de la place Picard. 0,748 

— du cours du Jardin- 

Public 0,895 

— de la ruellusiin .. 0,068 

— des sourds-muets . 0,914 

— delaCr.-de-Secuey. 0,607 

Bégles : du bourg 0,622 

Eysines : du bourg 0,626 

Rlacau : du bourg 0,803 

Ludon : du bourg 0,819 

Margaux : du bourg 0,671 

Soussans : du bourg 0,630 

Carbon-Blanc : du bourg 0,914 



198 



TROISIÈME CATÉCOUIE. — EAIX MALSAINES. 



2* ARRONDISSEMKNT. 

Castillon : puits de la plaoc... 1,273 

— iniits (le l'Hôtel des 

diligeiifes 1,388 

Ste-Foy : puits de l'Hôtel des 

diligences 1,248 

— puits il rentrée de lu 

ville 1.386 

— puils-fonlaine de hi 

t;rand'place 1,325 

— puits-fnutaine prés 

l'église 1,410 

Lussac 1,232 

Pujols 1,466 

Gensae 1,391 

3° ARRONDISSEMENT. 

La Réole 1,034 

Gironde 1,038 

Caudrol 1.162 

Roqucbiune 1,211 

4" ARRONDISSEMENT. 

Grignols 1,029 

5" ARRONDISSEMENT. 

Bordeaux : du Maucailloux.... 1,058 

— delà pi. Cynleloup. 1,038 

— du Marché-Neul.. 1,202 

— de rue du Mirail... 1,394 

— du l'otit-Séminaire. 1,205 

— de l'Asile des fem- 
mes aliénées , buan- 
derie 1,007 



Bordeaux : id. de la chapelle.. 1,036 

— de l'Hospice des 

vieillards 1,123 

— de la caserne Saint- 

Raphail 1.023 

— de la caserne Ségur. 2,075 

— du Grand-Marché. 1,060 

— de l'imp. Mauriac. 1,292 

— de la nieSl-Siméon. 1,053 

— delà font. Daurade. 8,065 

— des fossés de l'In- 

tendance 1 ,420 

— delaPortc-Dijeaux. 1,084 

— de la rue du Palais- 

Galien 1,763 

— de la rue Laroche. 1.131 

— du pavé des Char- 

trons 1,262 

— iluq.dcsChartrons. 1,422 

— du Magasin des vi- 

vres . 2,763 

— du q. de Bacalan. . 2,712 

— de rue de la Course. 1,168 

— des al. des Noyers. 1,341 

— delà fontaine d'Au- 

dége 1,087 

Blanquel'ort : du bourg 1.031 

Ambarés : du bourg 1,631 

Saint-Loubès : du bourg 1,870 

Créon : du bourg 1,015 

6« ARRONDISSEMENT. 

Lespariv 1,035 

Civrac 1,019 

Oueyrac 1,012 

.Saint-Estèphe 1,031 



m 

EAUX STAGNATSTES SUPERFICIELLES. 



I 



Curpsfiies. 

Hourlins 0,190 

Lacniiau O.KiS 

CaziMux ou Sanguinet 0,196 

Matière orgaDiqur. Matière saline. Total. 

Des Bouquiores 0,014 0,15G 0.170 

Des Tioupèics 0,011 0,133 0,144 

De Saiiil-Magnc 0,016 0,159 0,175 

Hlanquefort 0,038 0,200 .0,243 

Parempuyre 0,041 0,175 0,216 

Monlferiant 0,044 0,180 0,224 

EAU nu !iOUS-@OI. UES l>.«.«DES. 

Aiidenge 0,046 0,118 0,104 

Biganos 0,052 0,110 0,162 

Mios 0,047 0,112 0,159 

Beliii 0,010 0,300 0,322 

Salles 0,022 0,196 0,218 

Le l'arpl 0,180 0,194 0,380 

Le Buch 0,217 0,357 0,574 

Belliet 0,105 0,231 0,330 

Caplieux 0,044 0,102 0,146 

C.isfos 0,052 0,091 0,143 

La Teste 0,026 0,408 0.434 

Arcaclion 0,020 0,407 0,427 

r.ujan 0,032 0,430 0,463 

Sainl-Symphorlen 0,042 0,148 0,190 

Balizac 0,047 0,148 0,195 

Yillanilraull 0,016 0,453 0,409 

Uzeste 0,024 0,245 0,209 

Saint-Vivien 0,023 0,799 0,821 

Talais 0,034 0,719 0,753 

Soulac 0,038 0,931 0,969 

Certains puils île Tahils et de Soulac rontiennent de l'eati sauinàlre i|u'il n'est 
pas porsible de rendre potable. 



201 



RAPPORT 



sur les 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ STATISTIQUE DE LONDRES 

SUIVI DE QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

SUR LE SYSTÈME HYPOTHÉCAIRE ET LE CRÉDIT FONCIER; 
Par m. DAHRIEUX. 



Messieurs , 

Charge de vous i)résenler l'anayse des Mémoires re- 
çus celle année de la Société Slalislique de Londres , 
je viens remplir ce devoir au moment où, en France, 
le Gouvernement, convaincu avec raison des avanta- 
ges à obtenir d'une science qui semble les résumer tou- 
tes, a voulu lui imprimer une marche régulière en 
établissant une Commission de Statistique au chef-lieu 
de chaipie canton. Tel est, en effet, le sens du Décret 
du 1" juillet 1852, dont la fidèle exécution mettra en 
saillie l'étal des forces vives du pays, en procurant à 
l'Administration les moyens de composer avec exacti- 
tude la plus utile de toutes les statistiques, celle (|ui 
embrasse la partie industrielle et agricole de la France. 

14 



202 

Lorsque les inslitiUions d'un pays invitent tous les 
citoyens, par la voie du suH'rage, à se grouper autour 
du Pouvoir, et même à s'y associer hiérarchi(|uemenl, 
pour prêter à l'Étal l'appui de leurs lumières dans l'in- 
térêt public, et comme pour venir en aide au progrès 
social, il est du devoir de tous les hommes d'intelli- 
gence de se familiariser avec la science de l'économie 
politique , science dont les principes généralement 
adoptés et l'application bien entendue mainlicnnent 
l'Europe, depuis près do quarante ans, dans des dis- 
positions pacifiques. 

Il est donc indispensable que les hommes dont l'am- 
bition utile , le dévouement louable et les connaissan- 
ces spéciales les encouragent à aider de leur concours 
la marche de l'Administration publique, ne négligent 
jamais l'étude de la statistique, quant aux branches 
qui peuvent éclairer le Gouvernement sur l'état agri- 
cole, industriel et commercial de la France, compara- 
tivement à celui des autres nations. 

Le Pouvoir, désireux de mettre un terme aux dis- 
cussions stériles, pour obtenir, sans perte de temps, 
la réalisation de projets déjà débattus, appréciés, 
mais sans cesse ajournés, s'est gardé, néanmoins, de 
substituer le caprice de sa volonté aux enseignements 
résultant de l'observation des faits. 

Il a compris que la réserve, même dans le désir d'a- 
méliorer, ne doit jamais être négligée comme moyen 
de succès, et que par conséquent toute institution nou- 
velle, pour être accueillie sans défiance, doit être in- 
troduite sans ellorl. Telle est, sans doute, la pensée 



203 

qui a jM'ésidc à l'exposé des motifs présentés par le 
Ministre de l'Inlérieur, de rAgriculture et du Com- 
merce, pour faire adopicr le Décret du 1" juillet 
1852, prescrivant la formation de Sociétés Statistiques 
cantonales dont les travaux doivent commencer le ]" 
janvier prochain. 

Des Sociétés à peu près semblables fonctionnent de- 
puis longtemps chez la plupart des puissances du nord. 
M. le Ministre l'a lui-même rappelé dans ses motifs, 
et a fait observer qu'en Angleterre toutes les grandes 
villes ont des Sociétés Statistiques libres, qui corres- 
pondent avec la Société centrale de Londres, celle-là 
même dont les intéressantes publications vous sont 
adressées avec exactitude. Déjà elle vous a fait parve- 
nir les trois premiers cahiers de celte année. Soumis à 
mon examen , je les dépose sur le bureau après les avoir 
parcourus , non pour en présenter une fidèle analyse, 
ce qui dépasserait les limites d'un rapport, mais pour 
indiquer ceux des sujets dont l'intérêt doit captiver 
l'attention générale. 

En tète de ceux-ci, je placerai un Mémoire sur la 
statistique et la législation commerciale, inséré dans 
le cahier du mois de juin dernier, et qui devait avoir 
passé sous les yeux du Ministre de l'Inlérieur, de l'A- 
gricullure et du Commerce , lorsqu'un mois plus lard , le 
]" juillet , ou soumettait à la signature du Prince-Pré- 
sident le Décret tendant à régulariser les investigations 
que réclament depuis longtemps les intérêts matériels 
du pays. 

Ce Mémoire, lu à la Société Statistique de Londres, 



204 

par un de ses membres, M. Leone Levi, n'est ((u'iine 
succincle analyse d'un grand travail du même a\iteur, 
analyse où sont d'abord déduites les causes qui, dans 
certaines branches, empèciient d'obtenir des rensei- 
gnements exacts. La difliculté, en efl'ct, dans presque 
toutes les parties, est de coordonner des travaux épars, 
d'en composer un recueil méthodique, d'en former un 
tout exempt d'erreur. 

En France, le Pouvoir a compris cette difliculté ; 
aussi par le Décret du 1'' juillet, il a eu l'intention 
d'obtenir d'une manière régulière les recensements de 
statiques agricoles et industrielles, auxquels des Com- 
missions composées d'hommes éclairés imprimeront 
désormais un caractère de vérité. 

Cette intention a-t-elle puisé quelque encouragement 
dans le Mémoire du statisticien anglais? Je l'ignore; 
mais, au surplus, voici l'entrée en matière de M. 
Leone Levi : 

« La Statistique, depuis quebpie temps, a obtenu 
» une position élevée; et maintenant il est générale- 
» ment reconnu ((ue de toutes les sciences, c'est celle 
» qui ofl're le plus de ressources pour concourir au 
» progrès de la législation. 

« De l'ensemble et de l'exactitude des renseigne-- 
» ments qu'elle peut ofl'rir, résulte une connaissance 
» plus étendue de l'état économi(iuc et commercial des 
» nations; mais comme, jusqu'à présent, le progrès 
» signalé de celte science n'est dû à aucun enseigne- 
» ment méthodifpie, il en résulte (|u'il y a beaucoup à 
» faire pour obtenir (|ue les avantages aux(|uels elle a 



205 

» présidé, ou que les amélioralions qui peuvent lui 
» èlre attribuées, se traduisent en un bienfait généra- 
» lement répandu. 

« Le perfectionnement introduit dans quelques con- 
» trées, mais restreint à certaines branches, est sus- 
» ceptible de recevoir une application plus complète, 
» sans limite , et c'est ce qui nous permet de détermi- 
» ner quel pourra être, dans un temps donné, l'état 
» des nations considérées isolément, ou chacune d'el- 
» les à l'égard des autres. La voie à suivre pour attein- 
» dre ce but désiré, doit être bien tracée, et il faut 
» aussi que nos besoins actuels et l'imperfection de nos 
» travaux soient clairement exposés. » 

M. Leone Levi était aux prises avec cette préoccu- 
pation, lorsque le grand ouvrage par lui entrepris sur 
la législation commerciale de toutes les puissances lui 
a suggéré l'idée de faire connaître l'état du commerce 
et des finances de toutes les nations à deux époques 
séparées i)ar un intervalle de dix ans, 1840 et 1850. 

Dans ce but, il avait envoyé dans les pays étrangers 
des tableaux questionnaires pour être remplis. Quel- 
ques-uns de ces tableaux lui ont été fidèlement ren- 
voyés avec les instructions demandées; mais les ren- 
seignements ainsi obtenus présentaient des dates si dif- 
férentes, et se rattachaient à des objets si divers, qu'il 
reconnut fimpossibilité de réaliser son premier dessein. 

Comment d'ailleurs, et d'a|)rès lui, en aurail-il pu 
cire autrement? Les recensements de la population 
sont faits à des époques (jui n'ont aucune concordance. 
Dans (juelques pays, ils ont lieu tous les dix ans, et 



206 

dans d'autres, tous les cinq ou tous les trois ans ; de 
sorte que, si ce n'est par approximation, on ne peut 
constater la population actuelle, et à une même date, que 
de deux ou trois nations. Dans quelques États, l'année 
linancière a pour terme le mois de juin, et dans d'au- 
tres, elle lînit en janvier ou en octobre. Il résulte de 
là, (|ue des écrivains d'un mérite égal et dont l'auto- 
rité a une égale portée, se trouvent souvent en oppo- 
sition, encore qu'il s'agisse de documents ou de calculs 
de la même année. Et comme pour le total du produit 
de l'agriculture, à quelques exceptions près, aucune 
statistique n'a encore été faite, bien que ce soit là un 
sujet d'une très-haute importance, nous sommes obli- 
gés, dit M. Leone Levi, de nous en rapporter à des 
estimations (jui sont souvent autant d'erreurs. 

C'est cette lacune signalée devant la Société Statisti- 
que de Londres , que le Ministre veut combler en France 
à l'aide des Commissions instituées par le Décret du 1*' 
juillet 1852, Décret dont les moyens d'exécution font 
l'objet d'une circulaire du 18 septembre dernier, adres- 
sée par le Ministre de l'Intérieur à tous les Préfets, et 
où l'on voit que deux tableaux questionnaires, déposés 
au chef-lieu de chaque canton pour être remplis par 
les Commissions, sont soumis à un système de vérifi- 
cation et de contrôle qui , à l'avenir, ne laisseront plus 
de doute sur l'exactitude des faits industriels et agri- 
coles. 

Si M. Leone Levi s'est trouvé dans l'impossibilité de 
mettre à exécution son plan de stalistiijue déccniuilc de 
1840 à 1850, parce (jue quelques renseignements lui 



207 

ont fait défaut, il a néanmoins voulu assurer la mar- 
che progressive de la science dont il s'occupe. 

Dans ce but, il a commencé un travail qui compren- 
dra une série de tableaux où seront encadrés d'une 
manière synoptique les renseignements annuels desti- 
nés à faire connaître la population de tous les pays, en 
distincuanl les races et la religion, l'étal de leurs finau- 
ces, les contributions directes et indirectes, l'intérêt 
de la dette, la dette inscrite ou flottante de chaque 
Étal, les manufactures, le nombre des lilalures el des 
factoreries , la quantité des divers produits naturels ou 
industriels, les importations el les exportations, le 
nombre et le tonnage des bâtiments de chaque nation . 
le système rail-way comprenant le nombre de milles de 
chemins de fer construits, de ceux en cours d'exécu- 
tion ou projetés dans chaque pays. 

Déjà, pour l'année 1851, M. Leone Levi a présenté 
à la Société Statistique de Londres plusieurs de ces 
nombreux tableaux, dont voici (piclques extraits: 

Marine marchande du monde. 

ISOMBRE ET TONNAGE DES BATIMENTS APPARTENANT AUX 
NATIONS CI-APRÈS : 

Pays. Navires. Tonneaux. 

Grande-Bretagne 54,090 3,700,105 

France 15,679 551,557 

Norwègc 3,0fii 500,94 1 

Russie 750 » 



A reporter 51,585 4,552,(i04 



208 

Pays. Navires. 

Report 5^,585 

Grèce 4,000 

Naples » 

Hambourg 286 

Belgique J 6^ 

Cap de Bonne-Espérance 54 

États-Unis » 

Hollande \ ,795 

Autriche » 

Danemarck 4 ,7^ 

États-Romains ^ ,520 

Canada %\ô 

Ceylan 609 

Maurice ^25 

Toscane 775 

Prusse 977 

Totaux 67,^84 



Tonneaux. 

4,352,604 

^ 55,928 

89,285 

75,26^ 

20,550 

5,65^ 

5,136,632 

554,595 

158,928 

130,875 

119,109 

61 ,634 

27,525 

8,946 

24,641 

119,557 

9,055,117 



Productions du monde. 

GRAINS. 

Pays. Hectolities. 

Grande-Bretagne 1 68,000,000 

Autriche 73,600,000 

France 175,600,000 

États-Unis 550,400,000 

Russie 143,600,000 

Canada .35,200,000 

Espagne 55,600,000 

Danemarck 22,400,000 

A reporter 1,002,400,000 



209 

Pays. Hectolitres. 

Report ^, 002, 400, 000 

Dcux-Sicilcs 21,000,000 

États-Romains 8,400,000 

Belgique 16,800,000 

Sardaignc 14,000,000 

Suède 9,800,000 

Portugal 8,400,000 

Mexique 8,400,000 

Hollande 8,400,000 

Bavière 5,600,000 

Egypte 4,200,000 

Total \ ,107,400,000 

CHARBON. 

Pays. Tonneaux 

Grande-Bretagne 54,000,000 

États-Unis 4 ,000,000 

France 20,000,000 

Belgique 4,000,000 

Nouvelle-Galle 40,000 

Total 62,040,000 

MÉTAUX PEÉCIECX. 

Pays. Francs. 

Californie .362,500,000 

Brésil 175,000,000 

Russie 85,750,000 

Grande-Bretagne ( argent ) 1 ,250,000 

Australie » 

Asie 35,000,000 

Total 657,500,000 



210 

FER. 

l'ays. 

Grandc-Brclagne 

États-Unis 

France 

Belgique 

Russie 

Aiitriclic 

Sarduigne 

Bavière » 

Espagne ' 

Suède 

États du Pape 

Total 

SOIE. 

Pays. 

Italie 

Sardaigne 

États du pape 

Deux-Sicilcs 

Prusse 

Saloniquc 

Total 



Tonnoaux. 

^, 650, 000 

» 

600,000 

205,000 

I40,0(»0 

I) 
20,000 
•13,000 

^6,ooo 
^ '.0,000 

700 
2,7SÎ,700 



Kilogrammes. 

6,230,000 

2,200,000 
700,000 

-1,070,000 
560,000 
150,000 

^ 0,9 10,000 



Tableau général du commerce du monde. 

Pays. Importations. Exportations. 

Grande-Bretagne .... 2,500,000,000^ J ,750,000,000' 

France >• • 1,125,000,000 1,400,000,000 



4. reporter. 



3,625,000,000 3,150,000,000 



211 



Pays. Importations. 

Report 5,625,000,000 

Élals-Unis 975,000,000 

Hambourg 550,000,000 

Pays-Bas 550,000,000 

Belgique 400,000,000 

Russie 550,000,000 

Nouvelle-Galle 57,500,000 

Autriche 220,000,000 

Brésil -162,500,000 

Espagne -150,000,000 

Sardaigne 225,000,000 

Danemark J57,500,000 

Ile de Cuba 142,500,000 

Canada -100,000,000 

Egypte 62,500,000 

Suède 57,500,000 

Portugal 62,500,000 

Java 50,000,000 

Ile Maurice 50,000,000 

Ceylan 50,000,000 

Grèce 25,000,000 

Cap de B"'-Espérance 27,500,000 

Bavière 21,250,000 

Terre de Vandiémen. -15,000,000 

États du pape 57,500,000 

Totaux 8,0 '.5,750, 000^ 



Exportations. 

5,150,000,000 

800,000,000 

500,000,000 

450,000,000 

575,000,000 

550,000,000 

45,000,000 

«50,000,000 

-157,500,000 

125,000,000 

162,500,000 

87,500,000 

140,000,000 

75,000,000 

50,000,000 

62,500,000 

40,000.000 

125,000,000 

50,000,000 

57,500,000 

21,000,000 

12,500,000 

50,000,000 

12,500,000 

50,000,000 

6,998, 500, OOOf 
8,045,750,000' 



Total général 



15, 042,250, OOOf 



212 



Système rallway. 

Pays. Kilomètres. Sommes employées. 

Grande-Bretagne et l'Irlande. H, 200 6,250,000,000^ 

Etats-Unis H 6,462 ^ ,662,500,000 

L'Allemagne 8,547 -1,668,750,000 

La France 2,908 ^ ,225,000,000 

La Belgique 85-1 257,500,000 

La Russie 320 75,000,000 

L'Italie 272 75,000,000 

L'Espagne 76 » 



Total 40,656 H,^95.750,000f 

Voici le résumé de ce premier travail : 

Le tableau comparatif de 1 état des finances des prin- 
cipales nations, parait être celui-ci : La Grande-Bre- 
tagne a 75 millions de francs de revenu au-dessus de 
sa dépense. 

L'Autriche i75 millions, et les Étals-Unis 25 mil- 
lions, pendant que le budget de la France présente un 
déficit de 50 millions, et celui de la Prusse de 7 millions 
500 mille francs. 

La dette de la Grande-Bretagne est la plus considé- 
rable de toutes; elle s'élève à 787,000,000 de livres ster- 
ling, ou 19 milliards G75 millions de francs. 

Celle de la France, à 5 milliards de francs; 

Celle deil'Kspagne à 3 milliards (S75 millions de francs. 

Celle de l'Autriche et de la Hollande, à 2 milliards 500 
millions. 

Celle de la Russie, à 1 milliard 325 millions, cl celle 



213 

des États-Unis, à 342 millions 500 mille francs; mais 
la plupart des Etats de l'Union ont une agglomération 
de dettes de 1 milliard 100 millions de francs. 

Le total approximatif des grains récollés dans les 
divers pays, d'après le tableau ci-dessus, s'élève à 
1,107,400,000 hectolitres. 

La quantité de froment produite dans la Grande-Bre- 
tagne est évaluée à 51,000,000 d'hectolitres. 

Or, comme sa population, de 27 millions d'âmes, 
consomme près de 57,000,000 d'hectolitres de Lié, et 
qu'il en faut 4,900,000 hectolitres pour la semence, 
il en résulte que le vide à combler annuellement par 
l'importation est d'environ 11,000,000 d'hectolitres. 

Les minéraux constituent la principale richesse de 
la Grande-Bretagne. Les énormes (piantités de fer et 
de charbon , si heureusement combinés dans les cou- 
ches de la terre , donnent à ce pays une supériorité 
marquée sous le rapport du bas prix de cette double 
production et de fintroduction de l'usage du fer dans 
plusieurs branches de l'industrie. 

La quantité de ftr produite dans les pays dont la 
désignation précède, s'élève à 2,784,700 tonneaux, 
dont 1,050,000 tonneaux sortent des forges de la 
Grande-Bretagne ; 600,000 des forges de France; 
140,000 de celles de la Suède. Dans la production 
générale de 02,040,000 tonneaux de charbon de terre, 
la Grande-Bretagne y concourt pour 34,000,000 de 
tonneaux, et la France pour 20,000,000. 

Les métaux précieux extraits annuellement des mines 
de la Russie s'élèvent à 83 millions 750 mille francs. 



2U 

CeuxduBrésilclderAniénqucdu Sud, à 175,000,000. 

Ceux de la Cilifornie, depuis la dccouverle des mi- 
jusqua la tin de lannce 1850, à 3G'2,500,000 francs, 
el dans le courant de l'année 1851, à 300 millions en- 
viron. 

La valeur des importations et des exportations des 
ditlcrenls pays, dans leurs mutuels rapports com- 
merciaux, selève à 15 milliards 42 millions 250 mille 
francs, dont 8 milliards 43 millions 75t), 000 francs 
d'importations, cl iî milliards 998 millions 500 mille 
francs d'exportations. 

La marine marchande de tous les pays comprend 
270,040 Làtiments , jaugeant ensemble 40,072,421 
tonneaux. 

Le système des chemins de fer, si merveilleusement 
développé dans un court espace de temps, présente en 
saillie les chitlVes ci-après : 

Il parait qu'il y en a maintenant 40,030 kilom. déli- 
vrés à la circulation, et qui ont coûté 11 milliards 193 
millions 750 mille francs. 

Sur celte étendue il y en a 11,200 kilom. en Angle- 
terre, dont la dépense s'est élevée à milliards 250 mil- 
lions, ou environ 550,000 francs par kilomètre. 

En Améri(|ue, il y en a 10,402 kilom., (pii ontcoùté 
1,002,500,000 francs, ou 100,000 francs environ par 
kilomètre. En Allemagne, 8,548 kilom., donl le coùl 
s'élève à 1,008,750,000 francs, ou 185,000 francs par 
kilomètre. Au mois d'octobre 1851 , la France en avait 
2,908 kilom., qui ont coûté 1,225,000,000 de francs, 
ou 420,000 francs par kilomètre. 



215 

Après avoir ainsi succinclemement analysé les slatis- 
liqucs de l'agricullure, du commerce el de l'induslrieà 
une époque fixe, ce qui servira de point de départ ou 
de terme de comparaison pour reconnailre et détermi- 
ner, à l'avenir, la progression croissante ou décrois- 
sanle de chaque État, dans toutes les branches, il est 
bien de porter son allenlion sur les lois qui règlent et 
protègent les transactions commerciales. 

Des relations sans nombre ([ui résultent du com- 
merce, naissent aussi des droits et des devoirs qu'il 
appartient à la législation de définir et d'établir. Ces 
droits el ces obligations résultent le plus souvent d'un 
principe d'équité, base de toute justice, et quelquefois 
des lois j)ositives. Ces dernières ne forment qu'une 
faible partie de celles en vigueur dans les relations 
commerciales, pendant que les lois naturelles, fondées 
sur des principes d'une application universelle, sont 
les mêmes dans tous les temps et chez toutes les na- 
tions. Aussi les diflërents Codes de commerce qui ren- 
ferment de tels principes, ne font que reproduire une 
frappante ressemblance dans leurs dispositions impéra- 
tives; mais à cause de la dillérence des langues, du 
système des lois, et du plus ou moins de développe- 
ment imprimé à la jurisprudence commerciale , ces 
grandes maximes reposent enfouies sous un graml 
nombre de dispositions, ce ([ui laisse dans une bien 
nuisible ignorance les hommes voués au commerce. 

La loi de la Grande-Bretagne, réglant les intérêts 
des négociants avec les principes de l'association, des 
compagnies de banque, des contrats, de la lettre de 



216 

change, des assurances, de la navigation et de la fail- 
lite, contient 2,335 dispositions générales; en outre, 
il y a 90 Statuts touchant la législation commerciale. 

Sur ces mêmes sujets , en Américjue , on ne compte 
que 817 articles; mais aussi, dans ce pays, la loi n'em- 
brasse que les cas généraux, pendant qu'en Angleterre 
elle pénètre toujours dans des détails minutieux. 

En France, le Code de Commerce ne comprend que 
648 articles ; il est en vigueur en Belgique. Celui d'Es- 
pagne en comprend 1,219; celui de la Hollande, 923; 
du Portugal, 1,286; du Wurtemberg, 1,164; de la 
Hongrie, 575 ; de la Prusse, 2,358 ; de la Russie, 1,514; 
de la Sardaigne, 723; du royaume Lombardo-Véni- 
lien, 634; des Iles Yoniennes, 608; des Deux-Siciles, 
711; et tous ces Codes réunis comprennent 15,515 
articles. 

A ces lois doivent être ajoutées celles du Brésil , du 
Danemarck, de Hambourg, du Hanovre, de la Suède, 
de la Norwége , de Lubec , de la Grèce et d'autres pe- 
tits États, ayant chacun des lois distinctes. 

De là, le négociant qui a des relations avec plusieurs 
pays, ignore complètement les lois qui protègent ses 
intérêts, ainsi que les droits qui lui sont garantis. 

En présence de ces graves inconvénients, il devient 
important de signaler rulilité d'un Code International 
j)0ur le commerce; par conséquent, d'extraire, pour 
les réunir, tous ces grands principes dont l'application 
est universelle, afin que sous la forme d'un Code, ils 
puissent être adoptés et suivis par toutes les nations. 

La réalisation d'un tel plan serait féconde en consé- 



217 

(|uonces heureuses; elle dirigerait l'esprit public, chez 
tous les peuples, vers l'unité de lois. Elle donnerait 
une nouvelle vie à l'administration de la justice à l'in- 
lérieur comme à l'extérieur; et toutes les puissances, 
plus étroitement unies par ce nouveau lien , concour- 
raient à vaincre un de ces obstacles s'opposant encore 
à la marche du progrès universel. 

Et, en etïet, une loi internationale est la base sur 
laquelle les droits mutuels des nations sont fondés; 
et si c'est une barrière à l'usurpation, en temps de 
guerre , c'est aussi un heureux lien de justice en temps 
de paix. 

Telle est la pensée émise, tels sont à peu près les 
vœux exprimés par M. Leone Levi; mais si l'Académie 
trouve, comme je dois le craindre, que j'abuse de l'at- 
tention qu'elle me prête, en dépassant le cadre dans le- 
quel doit se renfermer un rapport, j'invoquerai, comme 
excuse, l'obligation (|ui semble nous être imposée par 
le Pouvoir, de nous occuper d'une manière plus suivie 
de travaux statistiques. 

Cette obligation résulte implicitement, et en pre- 
mier lieu, des motifs du Décret du 1" juillet, qui or- 
donne la formation d'une Commission de Slatisticpie 
au chef-lieu de chacjue canton; et en second lieu, de 
la Circulaire du 18 septembre dernier. 

Par cette Circulaire, le Ministre de l'Intérieur com- 
prend d'abord , de droit , dans le personnel de ces 
('ommissions, non seulement les fonctionnaires salariés 
par l'État, par le département, par les communes, 
mais encore ceux non salariés; et, en outre, il invite 

15 



218 

1 es Préfets à porter de i)référence leurs choix sur les 
membres des Sociétés savantes, des Comices agricoles 
et du Corps médical. 

Ces Sociétés, habituées à prêter le concours de leurs 
lumières aux institutions qui réclament leur appui, 
s'empresseront de seconder les sages intentions du Pou- 
voir, toutes les fois surtout qu'il s'agira de venir en 
aide à l'Administration dans l'intérêt de l'agriculture. 

Et, en eU'et, le Décret du 1'' juillet peut être consi- 
déré comme le corollaire ou le complément de celui du 
28 février 1851 , qui autorise les Sociétés de crédit 
foncier; car, faire connaître la nature des terres, leur 
produit, leur valeur, c'est faciliter les opérations d'une 
Banque ayant pour mission de diminuer, de rendre 
moins lourd le poids des 8 milliards grevant hypothé- 
cairement le sol de la France. 

De|)uis l'année 1838, époque à laquelle je présentai 
à l'Académie la première partie d'un travail sur les 
améliorations réclamées par nos lois pour combattre 
les causes qui privent l'Agriculture du crédit dont elle 
a besoin, le mouvement en faveur de la réforme hypo- 
thécaire n'a cessé d'être généralement approuvé. Ainsi, 
les Cours d'Appel, les Facultés de Droit , les juriscon- 
sultes et les auteurs les plus éminenls, ont répondu à 
la Circulaire de M. le Ministre de la Justice, du 21 mai 
1841 , soumettant à leur examen les points principaux 
sur lesquels devrait |)orler la réforme, et on a générale- 
ment reconnu avec, M. Persil, que, sans puhUcilé, 
V hypothèque eslunesourcedefraudeel de supercherie, 
pendant qu'avec la publicité , l" hypothèque devient 



219 

la compagne de la bonne foi et peut faire renaître la 
confiance et consolider le crédit public 

C'est avec ce désir de metire un terme aux hypoUiè- 
qucs occullcs, el de rendre aux transactions les avanta- 
ges autrefois garantis par la loi du 11 brumaire an 
Vil, (|ue les diverses chambres ont été appelées à se 
prononcer sur le projet tendant à modifier le régime 
des privilèges et des hypothèques, dont l'application, 
depuis près d'un demi siècle, a fait ressortir les vices 
et entrevoir les lacunes. 

Ce projet n'a cessé, depuis dix ans, d'être discuté 
par les divers Pouvoirs législatifs, et jusqu'à présent 
celte discussion , côté brillant des Chambres, n'a pro- 
duit aucun résultat utile. 

C'est aussi cette longue indifférence, en présence de 
laquelle demeure dans l'oubli l'amélioration réclamée de 
puis si longtemps par les besoins du commerce et de l'a- 
griculture, qui a motivé le Décret du 28 février dernier. 

Ce Décret, émané d'un Pouvoir sans contrôle, sous- 
trait les Sociétés de crédit foncier aux vices de la lé"is- 
lation existante, en leur traçant, à titre de préroga- 
tive, la voie à suivre, les formalités à remplir pour 
reconnaître ou pour purger les hypothèques légales, 
les privilèges et les actions résolutoires dont seraient 
grevés les immeubles ofleris en garantie par les em- 
prunteurs. 

C'est là une exception qui sans doute, plus tard, 
après avoir acquis la sanction de l'expérience, devien- 
dra la règle générale el cessera de soumettre à des 
principes dilTèrcnts des intérêts identi(|ues. 



220 

Jus(ju'alors, les Sociétés de prêteurs proliteronl soû- 
les de cette dérogation au droit commun, et à côlé de 
cette attribution , (|ui, dans l'intérêt de la justice, ne 
peut être que temporaire, se rencontre pour toujours 
l'avantage exclusif olïert aux propriétaires i)ar les ban- 
ques de crédit foncier, de mobiliser, pour la rendre 
négociable à volonté, une partie de leur fortune immo- 
bilière, grevée ainsi d'un capital devenu disponible, et 
dont on essaie de faciliter le remboursement au moyen 
d'annuités multipliées. 

Néanmoins, ou ne doit pas perdre de vue toutes les 
consé(|uences à attendre dune réforme bypotliécaire 
générale oflrant à tous les prêteurs la plus grande 
sécurité. Et si les améliorations réclamées par la législa- 
tion en vigueur sont obtenues, si elles ne laissent pla- 
ner aucune arrière-pensée sur les garanties oftertes, 
si, enlin, on peut faire obtenir à l'agriculture comme 
à l'industrie et au commerce la réduction apportée au 
taux de l'intérêt, — le crédit, dès lors , rendu à la terre, 
ajoutera bientôt à la production, la production à la 
richesse, puis au bien-être des cultivateurs, première 
garantie d'ordre et de moralisalion. Personne n'ignore, 
en ell'et, (|ue les populations heureuses sont à la fois 
reconnaissantes envers le Pouvoir (|ui les protège, et 
toujours attachées au sol qui les nourrit. 



(Séance générale du 2 (lécen)l)re ^852.) 



221 



RAPPORT 



SUR UN OUVRAGE DE M. DULUC, MEDECIN VÉTÉRINAIRE, 

ayant pour titre : 

DE L4 RAGE OU HYDROPIIOBIE 

CUEZ LE CHIEN ET AUTRES ANIMAUX ; 

Par M. LEDrCOSTES'. 



Messieurs , 

Vous avez reçu de M. Duliic, médecin véléi'inaire, 
un travail inlilulé : De la Rage ou llydrophobie chez 
le chien et autres animaux. Une commission a été 
nommée ])our examiner ce travail, et je viens aiijour- 
d'iuii, comme son Rapporteur, vous faire part de son 
jugement et vous soumettre les propositions qui en sont 
la conséquence. 

C'est à l'occasion des faits nombreux de rage obser- 
vés dans ces dernières années, surtout dans l'été de 
1852, que l'auteur a cru utile de publier le Mémoire 

' Au nom d'une Commission composée de MM, Oratoloup, Gintrac , Burguet, 
Marclian', Déjjraiiges, Gosics, rapporteur. L'Académie , ratilianl les conclusions 
ilu rapport, a accordé h ce trav.iil une mention lionorablc, et décidé que le rap- 
port serait publié dans ses Actes. 



222 

qu'il vous a envoyé. Dix ans d'expériences personnel- 
les l'ont mis à même de connaître des faits qui , trop 
méconnus, sont devenus ta cause de bien des mal- 
heurs. 

La trap grande multiplicité des chiens est d'abord ce 
qui frappe l'observateur; puis, la reproduction, surtout 
de ceux qui , s'éloignant le plus du type naturel , of- 
frent par cela même leur système nerveux à l'état anor- 
mal. Ainsi , comme le dit l'auteur : 

« On recherche les chiens de type distingué, cl l'on 
se trompe, en cela que l'on prend pour tel ce qui 
n'est que le résultat , le plus souvent , d'une véritable 
dégénération; ces petits animaux, à peine dévelop- 
pés, chétifs, malingres, à qui l'on ne conserve la vie 
qu'à force de soins, et qui sont d'autant plus beaux 
(affaire de mode) qu'ils sont davantage avortés, ont 
généralement le système nerveux excessivement pré- 
dominant. Il n'est pas rare de les voir être atteints 
subitement de suffocations ou d'attaques d'épilepsie 
par le trop grand bruit du passage d'une voiture; ils 
ont des convulsions à l'ouverture de la soupape dune 
machine à vapeur , et on les rend malades en les 
grondant seulement. Aussi, avec de pareilles dispo- 
sitions organiques, il n'est pas étonnant qu'ils soient 
fréquemment frapj)és d'affections du système ner- 
veux, et parmi elles de la rage. » 

Les symptômes de cette maladie, surtout celui (jui 
se trouve implicilemonl dans sa dénomination, dans 



le mol (Hiydrophobie, la signification qui semble en- 
core ressortir de celle épilhète iXenragé , atteint de la 
rage, semblent très-propres à induire le public en er- 
reur; c'est donc un service à rendre à la société, au 
point de vue de la prophylactique, que de dévoiler les 
erreurs qui semblent découler des notions qui s'alla- 
chenl à certaines dénominations. 

Ainsi, on n'est pas étonné d'entendre dire à M. Du- 
luc : 

« Les premières fois que je fus consulté sur fhydro- 
pliobic, je mis dans plusieurs circonstances de fhé- 
silation à me prononcer. On le comprendra sans 
peine; le mol rage entrainail pour moi fidée de 
tout ce (|u'il y a de plus terrible dans la pose, dans 
le regard, dans l'expression, et j'avais peine à recon- 
naître celle épouvantable maladie dans un animal 
qui refusait, il est vrai, de manger, mais qui était 
doux, aimable, caressant, se traînant aux pieds de 
son mailre pour lui lécher les nuiins. Plusieurs fois, 
j'ai trouvé des chiens enragés dans des appartements, 
au milieu de personnes qui les caressaient et qui ne 
pouvaient penser ([ue de pareils sujets fussent atteints 
de cette maladie. En 1847, une jeune dame ne vou- 
lant pas croire (jue son chien fût hydrophobe, ainsi 
que mes confrères et moi le lui avions assuré, com- 
mit f imprudence de lui faire prendre un purgatif. 
Elle donnait pour raison de son incrédulité : « f/w'(/n 
» chien hydrophobe avait horreur de l'eau, et que 
» le sien buvait très-bien. » 



224 

L'erreur qui s'attache à la lettre de qualifications 
impropres est impoi'tante à dévoiler. 

L'auteur a fait quelques pas dans celte voie, dans le 
Mémoire que nous avons sous les yeux; mais lui-même 
n'a peut-être pas assez précisé la véritable distinction 
qu'il faut établir, au moins chez l'homme, entre la rage 
et fhydrophobie, ou, si l'on aime mieux, entre l'hy- 
drophobie, maladie spontanée chez l'homme, simple 
névrose i et la rage communiquée ou Ihydrophobie due 
au virus rabique.' 

L'étude, que fait l'auteur, de l'étiologie de la rage, 
nous laisse à peu près dans l'obscurité; c'est qu'en ellel 
dire (jue la rage est due à un virus, et convenir après 
que nous ne savons pas comment il se produit sponta- 
nément dans l'espèce canine, est assez peu satisfaisant. 
Nous ne pouvons donc qu'assigner de loin les condi- 
tions qui nous semblent jouer un rôle dans la produc- 
tion de ce virus. 

Si, dans l'état peu soigné du chien de campagne, ou 
mieux encore du chien vagabond , dans la privation d'eau 
que peuvent quelquefois amener les saisons estivales, on 
a cru trouver une cause de la rage, comment concilier 
ce fait que la rage a été observée en toute saison. 

Mais, au point de vue des cas de rage spontanée 
que Ton remarque (pielqucfois au sein des villes, sur 
des chiens qui n'ont cessé d'être bien soignés, nous 
devons admettre comme assez plausible lexplicaliou 
qu'en donne notre auteur dans le passage suivant : 

« Il est d'observation (|ue les chiens, ceux surtout à 



225 

longs poils, qui hiibilenl les appartements étroits, 
peu aérés, dont la constitution n'a pas pris le déve- 
loppement vigoureux (jue favorisent l'exercice et l'air 
excitant et tonique de la campagne; ceux chez qui 
le tempérament sanguin-nerveux est prédominant, 
sont excessivement impressionnés par l'électricité at- 
mosphérique, 

» A l'époque des temps orageux, ils sont inquiets, 
tristes, agités, tirent la langue, battent des lianes, 
se plaignent fréquemment , aboient d'un hurlement 
plaintif et refusent la nourriture. 

» Je connais une chienne de forte taille, dite de 
montagne, à longs poils, qui est tellement excitable, 
(|ue par les temps d'orage elle se plaint et jette des 
hurlements effrayants. La première fois qu'on remar- 
qua cette disposition de son tempérament, elle se 
trouvait renfermée dans une cour, et toute la nuit 
elle eifraya les habitants de la maison et les voisins 
par des hurlements continuels; rien ne pouvait la cal- 
mer; elle se précipitait le long du mur, elle avait 
comme des accès de folie; dans la matinée, on lui ou- 
vrit la porte, elle alla courir dans la ville; (|uand elle 
revint, on ne remarqua plus aucun caractère d'in(|uié- 
tude : avec la température normale, elle était devenue 
calme. 

» Le manque et la mauvaise qualité des alimenls 
ont été classés au nombre des causes occasionnelles de 
la rage ; on oubliait probablement, en énonçant une 
pareille assertion , (pi'un grand nombre d'animaux aflec- 
lés appartient à la classe des chiens dits de luxe, (lui 



sont les mieux soignés. Des expériences ont été faites, 
et les chiens sont morts d'inanition sans fournir un 
symptôme de rage. 

» Les chiens sont, de leur nalure, voraces et essen- 
tiellement carnivores. Il leur faut la liberté, le grand 
air et l'agitation pour satisfaire leur tempérament san- 
guin. L'état de domesticité modifie tout cela. Une 
nourriture choisie, mais prise en dehors de leur con- 
venance, un manque complet d'exercice, la tempéra- 
ture constamment élevée des appartements, l'air échauf- 
fé, altéré, vicié qu'ils respirent, les soins assidus qu'on 
ne cesse de leur prodiguer, la servitude avec toutes 
ses douceurs et toutes ses exigences, les appétits véné- 
riens non satisfaits, la jalousie de plusieurs, qui se 
croient remplacés dans l'afl'ectiou de leur maître par 
les simples caresses prodiguées à un enfant, tout cela 
change prodigieusement leur nature primitive, et rem- 
place leur tempérament vigoureux par une prédomi- 
nance nerveuse, irritable, pouvant en faire autant de 
causes prédisposantes aux névroses.» 

Mais la cause qui, pour l'homme, doit nous tenir 
toujours en éveil, c'est l'inoculalion. A cet égard, on 
sait qu'elle n'a lieu que par l'introduction sous la peau, 
par une blessure, du virus rabiquc; et bien qu'il ne faille 
pas s'exposer à toucher la bave d'un chien enragé, 
même avec la peau des mains intacte , il est bon de 
savoir, pour sa tranquillité, (|u'on n'est pas nécessai- 
rement atteint de la maladie bien qu'un chien enragé 
vous ail léché la figure ou les mains. C'est ce que les 



227 

faits ont prouvé, et ce que dcmonire M. Duluc dans 
les lignes que voici : 

« Le virus rabique ne paraît avoir aucune action 
sur l'économie, (piand il est appliqué sur l'épidcrme 
sain. J'ai fait beaucoup d'autopsies sans gants; la gueule 
des chiens a été principalement le but de mes recher- 
ches; j'ai eu de la bave, de la salive, du sang, plein 
les mains, du vivant même de l'animal, en faisant mes 
expériences sur l'éthérisalion ; je me suis coupé une 
fois en ouvrant l'abdomen d'un chien mort, que l'on 
me priait d'examiner et où je trouvai les caractères de 
la rage, éclairé par les renseignements du maître du 
chien, sur l'étal de l'animal avant sa mort. Jamais il ne 
m'est rien survenu; dans celte dernière circonstance, 
il est vrai, je me cautérisai immédiatement avec la 
pierre infernale. 

» Je n'induirai pas néanmoins, de ces circonstances , 
qu'on doive toujours agir imprudemment avec les chiens 
enragés, et leur essuyer sans crainte avec les mains 
la salive qui s'échappe de la gueule au début de la ma- 
ladie; loin de moi cette pensée: je ne mentionne, au 
contraire, ces faits que pour rassurer ([ucl((ucs esprits, 
trop préoccupés d'avoir eu chez eux des animaux hy- 
drophobes et de leur avoir donné des soins. 

» Mais il n'en est pas de même quand la peau est 
dénudée de son épidcrme; une gerçure, une écor- 
chure, une petite plaie, favorisent l'inoculation. » 

Une question importante (pie soulève l'étude de la 



228 

rage, c'est celle de la rapidité de l'absorption du virus. 
Elle n'est pas égale dans toutes les parties du corps, 
selon notre auteur, et ceci serait essentiel à savoir. Le 
moyen de détruire le virus sur place pourrait avoir une 
cfiicacité relative. — Peu de temps suffirait pour l'ab- 
sorption aux lèvres, à la conjonctive ; il pourrait falloir 
une heure, plus longtemps même sur d'autres parties, 
selon M. Duluc. 

Nous avons quelque peine à nous ranger de son avis, 
à cet égard. L'absorption a lieu par la circulation, sur- 
tout par la circulation veineuse, et nous avouons que , 
dans toutes les parties du corps, le cycle circulatoire 
nous parait le même. 

Au nombre des effets que produit le virus rabi(|ue, 
l'auleur ne pouvait manquer de mentionner les vési- 
cules ou pustules que le médecin russe Marochetti pré- 
tend être un des caractères de la maladie; mais M. Du- 
luc ne les a jamais rencontrées chez les animaux, ce 
qui, pour le dire en passant, rend pour nous un peu 
problématicjue celte assertion de l'auteur, qui a trouvé 
dans une autopsie d'un animal mort enragé les carac- 
tères de la rage, car il n'y en a pas de précis, ([ue 
nous sachions. 

Bien que le travail que nous examinons ne contienne 
rien de nouveau sur le sujet qu'il traite, cependant, 
en se mettant au point de vue de l'auteur, « qui, en 
écrivant ces quelques pages, déclare n'avoir eu qu'un 
seul but , celui de faire connaître l'hydrophobie du 
chien sous toutes ses phases et avec tous ses symptô- 
mes, de répandre des connaissances trop ignorées, et 



de ineltre les propriélaires de ces animaux, parfois trop 
conlianls ou même trop imprudents , à l'abri de tout 
malheur , » nous devons convenir qu'il a atteint 
son but. C'est surtout par rapport à la symptonialo- 
logie. Aussi, votre Commission a-t-elle désiré que nous 
missions sous vos yeux le tableau qu'il en a tracé, et 
qui lui a paru plein de vérité. 

Rien n'est plus variable que la forme de celte mala- 
die, et néanmoins elle a des traits si caractéristiques, 
qu'on ne peut la méconnaître, bien qu'une erreur soit 
plus facile au début. Aussi , nous estimons que l'auteur 
a eu raison de tracer à part les symptômes {|ui déno- 
tent la rage, soit chez le chien de forte race, soit chez 
le chien de luxe. 

« Le premier, dit l'auteur, devient triste, irritable, 
moins obéissant, laisse de sa nourriture, boit comme à 
l'ordinaire, souvent davantage, grogne aux étrangers, 
hérisse son poil, se calme diflicilemenl, reste seul, re- 
cherche même les endroits retirés, et s'éloigne du bruit. 

» Le chien de luxe , et particulièrement celui de 
petite race, est inquiet, préoccupé, obéit, mais avec 
distraction, prend sa nourriture, l'abandonne et s'en 
éloigne |)arfois, comme s'il était subitement frappé par 
la pensée d'un devoir oublié et devant être rempli im- 
médiatement. Il boit sans répugnance tout liquide, 
rentre dans sa corbeille, n'y reste qu'un instant, change 
de place, caresse son maître, et fixe sur lui des yeux 
si douloureux, que c'est à ce regard souvent (pi'on s'a- 
perçoit que cet animal souffre. 



230 

» Les caractères généraux, qui d'ordinaire échap- 
pent à tout le monde, ne seraient que de peu d'impor- 
tance, puisque beaucoup de maladies de l'espèce ca- 
nine en fournissent de semblables au début, si l'on ne 
remar([uait avec soin cette tristesse particulière, cette 
sorte de préoccupation mentale, qui, saisissable plus 
tard, en fera un symptôme patliognomonique, ainsi 
que le regard, qui, par son éclat passager, vient as- 
sombrir davantage cet état de tristesse. 

» Bien que j'établisse, pour faciliter l'étude de la symp- 
lomatologie de la rage, deux catégories parmi les chiens, 
il ne faudrait pas en conclure que les caractères observés 
chez les uns ne puissent pas se traduire chez les autres. 
Rien n'est plus variable que la forme sous laquelle se pré- 
sente cette maladie ; et en écrivant ces quelques pages, 
je n'ai qu'un seul but , que j'ai déjà énoncé , celui de faire 
comiaitre fhydrophobie du chien sous toutes ses phases 
et avec tous ses symptômes; en les publiant, rfle répan- 
dre des connaissances trop ignorées, et de mettre les 
propriétaires de ces animaux, parfois trop confiants, ou 
mieux trop imprudents, à l'abri de tout malheur. » 

L'auteur cite des faits qui témoignent de la grande 
diflîcullé qu'il y a à reconnaître l'hydrophobic dès son 
début, c'est-à-dire du moment où elle possède la funeste 
propriété de se transmettre par inoculation. Ces faits 
nous paraissent utiles à reproduire. Le premier a été 
rapporté par M. Bouley, professeur de l'ÉcoIo vétéri- 
naire d'Alfort, cl appartient à Williams Youatt, pro- 
fesseur vétérinaire anglais : 



231 

« Dans rannéc 1813, un jeune enfant essaya d'en- 
» lever à un chien sa ration du matin, qu'on venait de 
» lui donner. 

» Le chien , en se défendant, Tégratigna légèrement 
» d'un coup de dent. 

» Huit jours après, les symptômes de la rage se dé- 
)) clarèrenl sur le chien; la maladie suivit son cours, 
» et l'animal mourut. Peu de jours après la mort du 
» chien, l'enfant tomba malade, les caractères de la 
» rage se manifestèrent de la manière la plus évidente, 
» La maladie suivit aussi fatalement son cours, etl'en- 
» fant succomba. » 

Le second est relaté par M. Pierquin, dans son 
livre sur la folie des animaux. 

« Une dame avait un lévrier habitué à coucher sur 
» son lit; elle remarqua un matin qu'il avait déchiré 
» la couverture, et qu'il buvait plus qu'à l'ordinaire. 

» Le jour suivant, ce chien la mordit au bout du 
» doigt au moment où elle lui offrait à manger. Elle le 
» conduisit chez un vétérinaire, qui ne reconnut au- 
» cun des symptômes de la rage. Le jour suivant, le 
» chien mourut. Il n'avait cessé de boire très-abon- 
» damment jusqu'à la lin. Trente-neuf jours après, au 
» moment 6ù cette dame dînait avec son mari, elle 
» éprouva ([uelques diflicullés de déglutir. Elle désira 
» prendre un peu de vin, mais elle ne put l'avaler, et 
» elle mourut de la rage ajjrès quatre jours de cruelles 
» souffrances. » 



232 

Mais exposons le 1al)leau de la maladie développée , 
tel que l'a tracé M. Duhic : 

« Après les prodromes , qui n'ont de dnrée que deux 
ou trois jours, apparaissent des symptômes beaucoup 
plus sérieux : le cliien de race vigoureuse est plus 
abattu, porte la lète basse, se relire dans les lieux iso- 
lés, gratte la terre, la paille, y plonge la tète et la 
mord; il n'a pas de repos, est constamment en éveil; 
il entend de loin ceux qui viennent le visiter, se lève 
à leur approche, jette sur eux un regard fixe, péné- 
trant; ses reins sont légèrement voûtés en contre-haut; 
il porte la queue basse , entre les jambes. 

» Si on lui oft're à manger, il refuse sa nourriture, 
ou en prend à peine. Il éprouve une grande difliculté à 
déglutir; le bol alimentaire s'arrête parfois au passage 
pharyngien, et ne le franchit que par un violent elïort, 
(|ui détermine un frémissement général sur tout l'indi- 
vidu. Il boit souvent, quchpiefois avec avidité; mais il 
arrive qu'au déclin de cette période , la déglutition 
étant très-difticile , peut-être impossible , il lape le 
li([uide et ne peut étancher sa soif. D'autres ont véri- 
tal)lement horreur de l'eau , mais ils sont très-rares. 

» Les corps brillants, luisants, lui donnent de la fu- 
reur; la salive est filante, mousseuse, et humecte les 
lèvres ou tombe en filaments. Il aboie d'un hurlement 
lent, à plusieurs intonations, qui est caractéristique, 
et (|ue l'on appelle le hurlement de la rage. S'il est 
libre, il s'éloigne de sa niche, court à la poursuite d'un 
objet imaginaire, revient, lape l'eau de son écuelle, 



233 

conserve son inquiétude et remue la paille de son lit. 
» Ces S} nîi)tômes s'aggravent ; alors apparaissent les 
accès. Ils sont provoqués i)ar une douleur ([uelconque, 
par la diflicullé qu'éprouve le chien h uriner, l'excita- 
tion d'un bâton , surtout la vue d'un animal de la même 
espèce, enfin par la seule influence de l'action de la 
maladie. Le corps se redresse, se dispose à l'attaque, 
les yeux brillent subitement , s'injectent de sang et 
deviennent cHVayants de fureur; Ta gueule s'entr'ouvre 
pour mordre avant même d'avoir approché l'objet; la 
morsure est cruelle , car il y met toutes ses forces ; il 
lâche prise aussitôt, mais il y revient à plusieurs repri- 
ses. S'il est libre, il abandonne sa demeure, il court les 
chemins, les grandes roules, il prend les ruetles dé- 
tournées, le bord des ruisseaux; il ne va pas très-vite, 
s'il n'est pas poursuivi; sa marche est souvent pénible, 
préoccupée; il a néanmoins l'instinct de sa conserva- 
lion, il évite le danger et comprend quand on le pour- 
suit. Il est poltron dans celle circonstance, car il se 
réfugie où il peut. Il rentre douze à vingt-(|ualre heu- 
res après, ayant mordu, en passant et presque sans s'ar- 
rêter, les animaux, les personnes, particulièrement les 
chiens qu'il rencontre. Il est fatigué, bat des flancs, 
se couche sur le ventre, ouvre la gueule et sort la lan- 
gue, (pii est d'un ronge foncé; l'œil est fixe, hagard ; 
un aspect de sombre fureur se dénote dans toute la 
pose de la tête et la crispation de la face, cl cependant 
le maiire (pii commande est encor'e obéi; mais il ne 
faudrait pas le frapper ou le contrarier trop fort, le 
faire boire de force, par exemple; car il pouirail, dans 

16 



234 

un transport de fureur facile à provoquer, oublier la 
main qui l'a nourri. Si à ce moment on lui présente 
un corps quelconipie, un fer rougi au feu, il le mor- 
dra; la sensibilité est beaucoup diminuée. 

» Apparaissent ensuite les symptômes de la dernière 
période. L'œil hagard devient terne, la gueule ne se 
meut plus avec autant de facilité, il y a commence- 
ment de paralysie, la salive est épaisse et ne parait 
plus à la commissu^e des lèvres; (juelques cliiens la- 
pent encore l'eau, d'autres sont afl'aissés et laissent 
écliapper un hurlement plaintif; le corps est amaigri , 
dans le marasme, les reins et les flancs so.nt relevés, 
la queue est entre les jambes, la paralysie du train de 
derrière indique que la mort n'est pas éloignée; enlin, 
après avoir beaucoup essayé, pendant quelques heures 
et à plusieurs reprises, d'enlever un obstacle de la 
gorge, avec ses pattes de devant, le chien enragé meurt 
sans pouvoir changer de place. 

» Celte maladie, de son début à sa terminaison par 
la mort, a une durée variable, mais qui est comprise 
entre le deuxième et le neuvième jour. 

» Le chien de luxe présente des différences impor- 
tantes à connaître et qui se retrouvent également chez 
le chien de garde. 

» Il reste couché dans son lit , qu'il défait fréquem- 
ment; il est agité, in(iuiet, va sous les meubles et re- 
vient dans sa corbeille, après avoir fait des caresses à 
ses maîtres et leur avoir jeté un profond regard de tris- 
tesse sombre, semblant Icnr demander un remède à ses 
soufl'rances. Il obéil à leur voix, et, bien (ju'il ne se dé- 



;235 

range que (lifticileinenl , il peut encore exécuter les 
ordres qu'on lui donne. Il vomit jjarfois des matières 
verdàtres, sanguinolentes. Il urine diflicilemcnt ; il 
refuse la nourriture, et cependant, chose digne de 
remarque et qui prouve toute la docilité de ces ani- 
maux quand ils ont été habitués à une grande obéis- 
sance, c'est que le maître peut, par son autorité, leur 
faire j)rendre ((uelqucs matières liquides. 

» Un des caractères de celle maladie, le plus im- 
portant à connaître cl que l'on a toujours observé 
chez toutes les espèces de chiens, c'est la dépravation 
de l'appétit; c'est, sans contredit, le symptôme le plus 
caractéristique du début de la rage. 

» Toutes les fois qu'un chien perd l'appétit, (|u'il 
prend dans la gueule sa nourriture sans pouvoir la 
déglutir, s'il est triste, s'il vomit, si surtout il recher- 
che les terreaux , déchire des morceaux de bois, de chif- 
fon, boil son urine, ou mange ses matières excrémen- 
titielles, il faut être très-prudent à son égard ; et si la 
température est élevée ou très-froide, l'animal devra 
être surveillé atlcnlivement; on éloignera surtout les 
enfants, qui , en le caressant ou en le contrariant, sont 
exposés à se foire mordre. 

» Le chien de salon est le plus disposé à ce délire, 
qui ne trompe jamais, au dire de M. Youatt, qui fait 
autorité en cette matière, « Si dans un salon vous 
» voyez un chien fixer son altenlion avec persévérance 
» sur chaque coin, et en lécher le mur avec une per- 
» sistance infatigable; tenez-vous en garde contre lui: 
» il y a tout à craindre ([u'il ne soil sous le coup de la 



"m 

» rage, el l'on peut même, sans aucun autre symp- 
» lôme, affirmer qu'il est décidément enragé. Je n'ai 
» jamais vu ce symptôme tromper. » 

» Le chien est préoccupé comme d'un objet lointain 
ou d'un bruit indéûnissable, il se précipite le long du 
mur, et semble vouloir attrappcr des mouches; d'autres 
fois, couché sur une chaise, ses paupières s'abaissent, 
il cache sa léte dans ses pattes, il paraît endormi; mais 
sa tête, glissant la première, emporte le corps : l'ani- 
mal tombe sur le parquet, el presque insensible à celte 
chute, se pelotonne comme s'il voulait se réduire eu 
plus petit volume; un instant après, il semble se ré- 
veiller, ouvre les yeux et recommence à mouler sur 
les chaises. 

» L'endroit de la morsure , au moment où se déclare 
la rage, enfle (|uclquefois el produit une grande dé- 
mangeaison. M. Youall, qui l'a le plus observé sur l'es- 
pèce du chien , nous met en garde contre ces prétendues 
douleurs d'oreilles (|ui font que le chien se gratte conli- 
nuellemenl, el qui ne sonl ([ue des symptômes de rage. 

» Le hurlement que le chien enragé fait entendre 
est si particulier , (|u il suflil de l'avoir entendu une fois 
pour toujours se le rappeler. Il est parfaitement dis- 
tinct dans le bruit discordant que fait une meute aux 
abois. M. H. Bouley nous dil (Recueil de Médecine 
vétérinaire pratifjue, 'ISA! ) : 

« Il y a quel(|ues jours, un dimanche, des élèves en 
» rentrant à l'Ecole vétérinaire d'Alforl, à neuf heures 
» du soir, entendirent le hurlement de la rage poussé 
» par un chien de garde dans une maison voisine. 



237 

» Ils s'empressèrent de prévenir le propriétaire du 
y> danger (pii le menaçait. Le chien heureusement était 
» encore à laltache, et y fut mainlenu toute la nuit. 
» Le lendemain, on le conduisit à l'École, où il fut re- 
» connu enragé, au grand étonnement de son maiire, 
» qui ne pouvait croire que cet animal, si docile 
» encore, si caressant et (\m lui obéissait comme 
» en santé , était atteint d'une aussi redoutable ma- 
» ladie. » 

» Cette modification de la voix à plusieurs tons, sac- 
cadés, lents et lugubres, est des plus significative. 

» Sa démarche devient pénible, le derrière se meut 
diflicilement, s'affaisse quelquefois; le flanc est agité, 
le regard est de plus en plus inquiet, triste, étrange, 
fixe, douloureux, mais jamais effrayant comme chez 
le chien sauvage. 

» Enfin, ces symptômes augmentent :1e chien refuse 
toute nourriture, maigrit, ne peut plus se mouvoir; la 
paralysie du train de derrière, presque toujours cons- 
tante, gagne les mâchoires, les yeux se fondent, dimi- 
nuent de volume, deviennent ternes; les orbites ne 
sont plus que deux cavités rouges par la conjonctive, 
cl l'animal est aveugle. Le corps tombe dans le ma- 
rasme et se déforme, les muscles diminuent de volume, 
la violence de cette horrible maladie semble tout ab- 
sorber; enfin, l'animal meurt avant une huitaine de 
jours, sans avoir mordu personne de la maison s'il n'y 
a pas été provoqué. 

» Tous ces symptômes, réunis (juelquefois chez un 
seul individu, (|ui caraclérisent la rage du chien, et 



238 

qui, s'ils n'étaient pas si ignorés, éviteraient bien des 
malheurs, ne sont pas les seuls qu'il faut répandre. » 

Il est, dans ee tableau, deux symptômes qui exigent 
(juelques réflexions : c'est l'hydrophobie ou horreur de 
l'eau, et la grande salivation. Ces deux symptômes, 
caractéristiques selon beaucoup d'auteurs et l'opinion 
générale, n'ont pas toute l'importance qu'on leur a al- 
Iribuée. 

Mais notre auteur va peut-être trop loin lorsqu'il dit 
que « l'existence de l'un et de l'autre de ces symptô- 
mes est assez futile. » Notons cependant que M. Wil- 
liams Youatt dit qu'il ne se rencontre pas plus d'une 
fois sur cinq, — et que notre auteur, qui a vu beau- 
coup de chiens enragés, dit n'avoir jamais remarqué 
cette grande répulsion de l'eau , au point d'en faire un 
caractère important, ni de salivation plus abondante 
que dans l'état normal. La croyance à l'hydrophobie 
comme symptôme de la rage, consacre une erreur po- 
pulaire. En effet, d'après M. Duluc, le chien hydro- 
phobe lape l'eau sans la déglutir, souvent avec avidité. 
Il boit avec prédilection son urine, et lèche longtemps 
après la place desséchée. 

« Chez lui, la salivation n'est pas abondante, comme 
on le pense généralement. Aux premiers jours de l'af- 
fection, on l'aperçoit sur le bord des lèvres; c'est sur- 
tout après un accès : elle est claire, filante, mousseuse, 
mais pas abondante. L'histoire de ces aninuiux enragés 
couverts d'écume est fabuleuse. Dans les dernières pé- 



239 

riodcs de la maladie , la salive esl iilulôl rare que fré- 
(jiicnle, cl c'est même à son épaississemenl dans le 
pharynx que l'on attribue non-seulement la gène dou- 
loureuse qu'éprouvent ces animaux, mais encore les 
mouvements qu'ils font avec les pattes de devant comme 
pour arracher un obstacle dans la gorge, et l'asphyxie 
qui leur donne la mort. 

» Ce mouvement que font les chiens avec les pattes 
de devant, cherchant à se débarrasser de la douleur 
qu'ils éprouvent dans le gosier, ne manque pas de 
faire supposer aux propriétaires que leurs animaux 
ont avalé un os. Il en esl de même quand le chien est 
atteint de la paralysie des mâchoires , dans le cas de 
rage mue, fausse-rage, où la gueule esl toujours ou- 
verte. L'historique de l'os incriminé, et qui s'est mis 
tout exprès en travers du pharynx, remonte quelque- 
fois à plus de quinze jours de date. On croit fort, tant 
l'imagination est complaisante en pareille matière, que 
ce doit être à sa présence dans la gorge qu'est due la 
soufl'rance qu'éprouve l'animal. Quelqu'un, après m'a- 
voir consulté sur un chien que je déclarai atteint de la 
rage mue, me dit, afin de me persuader que je me 
trompais, ([ue son animal n'avait qu'un os dans le go- 
sier, et que déjà il avait introduit la main dans la 
gueule pour l'en sortir; mais (|ue n'ayant pas réussi, il 
se disposait à fessayer de nouveau , espérant être plus 
heureux. Je l'engageai à ne plus recommencer. La nuil 
suivante, celte bête ne fit (|u'abo}or du hurlement si 
caractéristique de la rage. Elle mourut dans la ma- 
tinée. 



240 

)) Autre fait. Le 10 juillet 1852 , une femme me 
portail dans ses bras, recouvert d'une serviette, un 
petit chien an'ectc de rage mue au début, et (|u'elle 
m'assurait n'être indispose que parce qu'il avait un os 
dans le gosier. Un enfant en avait été mordu il y avait 
plusieurs jours (heureusement, il n'y avait eu que pin- 
cement). La maîtresse voyant la salive découler de la 
gueule de son chien, l'avait essuyée. Elle tenait dans 
ce moment un morceau de pain à la main, qui en avait 
été imprégné. Se contentant d'enlever la partie seule- 
ment du pain (pi'elle supposait avoir été touchée par le 
liquide, elle avait mangé le reste. » 

En terminant l'exposition du tableau symptomatolo- 
gique delà rage, nous devons signaler avec approba- 
tion l'observation que fait M. Duluc relativement à celte 
opinion qu'il appelle à bon droit dé|)lorable, à savoir : 
que la salive du chien est des plus propres à la cicatri- 
sation des blessures. 

« Des mères imprudentes, dit-il, pour faire guérir 
certaines jjlaies à leurs enfants, les font lécher par ces 
animaux. En Angleterre, on a aussi la croyance (pie 
les boutons à la figure, par exemple, cèdent à l'action 
bienfaisante de la langue d'un chien. C'est ainsi que 
William Youatt a observé beaucoup de cas d'inocula- 
tion de virus rabicpie, par le simple contact sur les 
plaies de la salive d'animaux même ((uc rien ne pou- 
vait faire supposer malades. Combien de personnes, 
parmi nous, ont aussi la mauvaise habitude de se faire 



241 

ainsi embrasser, ignorant sans tloiile que, par une 
pareille imprudence, elles s'exposent à la mort la plus 
affreuse. » 

M. Duluc a consacré un article à ce qu'il a appelé 
lésions de la rage. Mais nous pensons que les traits 
qu'il a tracés de l'anatomie palhologi(|ue dans cette af- 
fection , ne caractérisent rien qu'une irritation vive des 
voies digestives, et qu'on ne saurait rien CQnclure de 
celle-ci à celle-là. 

Ix mot qu'il dit sur la rage mue nous parait offrir 
de l'intérêt comme tableau descriptif et surtout par sa 
conclusion , qui nous parait manjuée au coin de la 
prudence. Ainsi, comme lui, nous n'oserions aflirmer 
que la rage qu'on appelle mue ou muette, parce qu'on 
pense que le chien qui en est atteint ne peut aboyer , 
n'est pas contagieuse. En effet , elle tire sa source de la 
morsure de l'animal enragé; et bien que celui ([ui a la 
rage me semble ne pouvoir mordre, ses mâchoires étant 
spasmodiquement écartées , rien ne dit que sa salive 
inoculée ne donnât pas la rage. 

Pour une maladie si cruelle, l'article le i)lus impor- 
tant que devrait offrir la science, devrait être celui du 
traitement. Malheureusement, notre auteur, sous ce 
rapport , n'a rien à nous dire d'intéressant ni de nou- 
veau. Ainsi, quand on a vanté la cautérisation, et cela 
même au moment le plus rapproché de la morsure, on 
a tout dit; — car c'est vainement (jue, dans l'impuis- 
sance de la vraie médecine, on a eu recours à des 
moyens plus ou moins excentriques; ils ont tous échoué, 



242 

cl les prétentions de l'homœopathie ont clé aussi vai- 
nes, quoi quelle en ait dit. Dans son exagération, elle 
s'est éblouie, et, comme dit M. Duluc, elle n'a cité (|ue 
des faits inexacts et incomplets. 

Au reste , à l'égard des statistiques (|u'on pouvait 
faire sur les résultats probables de tels ou tels traite- 
ments , il suffit de savoir que tous les individus inocu- 
lés, même directement , du virus rabique, ne devien- 
nent pas enragés. 

Ainsi, M. Renaud, directeur de l'École vétérinaire 
d'Alfort, dans son Rapport lu à l'Académie nationale de 
Médecine, le 13 janvier 1852, s'exprime ainsi : 

« Depuis 1830 jusqu'en 1852, dit M. Renault, à 
» des époques difïérentes et dans des vues diverses, 
» tantôt j'ai fait mordre à plusieurs reprises par des 
» chiens complètement enragés {|ue j'avais sous les 
» yeux, sur des parties où la peau est Ime et dépour- 
» vue de poils, des chiens ou des herbivores, tantôt 
» j'ai puisé dans la gueule de ces chiens enragés, au 
» moment de leurs plus forts accès, une certaine quan- 
» tité de salive (jue j'ai inoculée sur plusieurs régions, 
» sous l'épiderme d'autres animaux. 

» Quatre-vingt-dix-neuf individus (chiens, chevaux 
» ou moutons) ont été ainsi mordus ou inoculés. Sur 
» ce ne bre : 

» Soixante-sept sont devenus enragés; 

» Les trente-deux autres, restés en observation pen- 
» dant plus de cent jours, n'ont rien éprouvé. 

» Les trois (|uarls des animaux soumis à des expé- 



243 

riences sont devenus enragés, et un quart, sans avoir 
été soumis à aucun traitement , n'a rien éprouvé. 

» Les mêmes chiffres ont été obtenus à l'École vété- 
rinaire de Lyon. Si on rapproche les résultats des trois 
tails précédemment énoncés, où les personnes mordues 
par des animaux enrages ont été traitées par le mer- 
cure, de ceux observés sur les individus inoculés, et 
qui n'ont été soumis à aucun traitement, on trouve : 
que sur quinze personnes mordues par un chien en- 
ragé, et traitées par le mercure, trois sont devenues 
hydrophobcs, et deux sont mortes accidentellement. 

» Que sur onze personnes traitées par M. Biais, à 
la suite des morsures d'un loup enragé, cinq personnes 
contractèrent la maladie. 

«Que sur vingt personnes mordues par une louve 
enragée, et soignées par M. Thiesset, sept moururent 
de cette affection. 

» En sorte que, sur quarante-six personnes mordues 
par des chiens ou des loups enragés , et soumises au 
traitement mercuricl, quinze de ces personnes, c'est- 
à-dire, le tiers en sont mortes. Comme on le voit, si 
l'on s'en tenait à la valeur mathématique des chiffres, 
on pourrait évaluer^ à priori, qu'il est plus avanta- 
geux de ne rien faire que de soumettre les individus 
mordus par des animaux enragés à un traitement mer- 
curiel, surtout (|uand on observe que ceux qui ont 
servi d'expérience à M. Renault ont été placés dans les 
conditions les plus favorables au développement de 
celte maladie, tandis (|ue les personnes mentionnées 
dans les faits précédents n'ont été mordues, le plus 



244 

souvent, qu'au-dessus de leurs vêlements, que leurs 
blessures ont même été cautérisées, et que deux den- 
tr elles sont mortes de l'emploi de ce médicament. Telle 
est la valeur curalive des traitements connus jusqu'à 
ce jour, employés pour combattre la rage. » 

A peine l'étliérisation, soit par l'élher , soit par le 
chloroforme, eut été connue, (|ue l'analogie en indi- 
qua l'emploi contre la rage ; mais on l'a tentée encore 
sans succès , et les expériences qu'a faites à cet égard 
M. Duluc sont curieuses, ([uoi(|ue également déses- 
pérantes. 

Or, puisque nous ne pouvons guérir la rage, dimi- 
nuons au moins les occasions qui peuvent la produire. 
De là, la nécessité de diminuer graduellement la popu- 
lation des chiens; de là aussi, le devoir de s'occuper un 
peu plus de leur hygiène, pour ceux de luxe qu'on peut 
vouloir conserver; de là encore , la nécessité d'instituer, 
comme le demande l'autour, une Commission spéciale 
chargée d'étudier la rage et de se livrer à des expé- 
riences tant sur les causes de celte maladie que sur sa 
nature, sa marche, ses symptômes, sa propagation, 
et enfin son traitement. 

Messieurs, si je vous ai fait apprécier le degré de 
l'ouvrage que vous a envoyé M. Duluc, peut-être au- 
rai-je en même temps ratifié le jugement qu'en a porté 
votre Commission. En efl'el, ce travail a un mérite 
réel , c'est de vulgariser de saines idées sur le sujet (ju'il 
traite. Il dissipe qucl((ues erreurs, et ceci est toujours 
un grand service. S'il est un peu long, et peut-être 



I 



245 

li'Oj) diffus pour (jue voire Commission vous propose de 
l'insorer en enlier dans vos acies, il est tels passages 
(jui offrent un véritable intérêt; ce sont ceux que voire 
Commission m'a prié de mettre sous vos yeux, j)our 
quai)rès leur lecture vous puissiez juger s il vous paraît 
utile de les publier. 

Ainsi, Messieurs, voire Commission vous propose 
d'accorder une mention honorable au travail de M. 
Duluc. 



TABIiEAU METEOROLOGIQUE. 
aANTIEB 1853. 



JOURS 

DU MOIS. 


BAROMÈTRE A 


Oo. 


TEMPÉRATURE. 


~ 




7 11. du m. 


2 h. (lus. 


Oh. (lu s. 


Maxiiua. 


Minima. 


1 


mm 


mm 


mm 




\ 


69,11 


66,76 


65,99 


8»2 


3°8 


2 


64,44 


62,18 


61,08 


8,4 


3,5 


3 


60,45 


62,09 


63,95 


10,4 


3,7 


4 


62,94 


61,46 


61,39 


9.9 


3,1 


5 


59,85 


59,00 


59,87 


10,8 


7,6 


6 


r.0,80 


59,99 


60,19 


12,5 


6,3 


7 


58,83 


55,84 


54.62 


11,5 


5,7 


8 


52,06 


51,74 


55,24 


14,5 


10,0 


9 


60,70 


61,82 


63,24 


12.3 


7,0 


10 


61,40 


59,85 


59,74 


12,1 


3,0 


11 


62,94 


65,49 


66,63 


1 4, 4 


9,8 


12 


65,52 


63,00 


61, 'i9 


12,5 


6,0 


13 


56,90 


» 


54,56 


13,9 


8,5 


14 


62,52 


64,43 


64,94 


13,6 


7,3 


15 


60,65 


58,87 


59,95 


12,6 


4,3 


16 


56,20 


51,18 


» 


12,2 


8,0 


17 


47,69 


47,70 


33,98 


9,6 


6.8 


18 


60,49 


61,43 


64,34 


10,0 


3,2 


19 


66,34 


66,81 


67,58 


10,7 


3,3 


20 


65,89 


63,48 


63,48 


11,2 


3,3 


21 


60,79 


60,46 


57,83 


14,1 


» 


22 


62,39 


60,58 


60,79 


11,5 


7.2 


23 


62,25 


62,10 


63,21 


8,4 


4,3 


24 


64,20 


64,69 


63,39 


6,7 


4,1 


25 


58,07 


52,00 


47,78 


5.8 


0,5 


26 


43,28 


45,37 


43,25 


'?,9 


3,0 


27 


46,22 


47,52 


48,31 


11,8 


6,6 


28 


51,12 


54,10 


54,80 


10,6 


2,8 


29 


54,85 


53,79 


55,08 


13,9 


6,8 


30 


56,82 


57,74 


60,80 


13,0 


7,0 


31 


61,91 


63.24 


66,79 


8,1 


5,4 


MOYENNES 












du 1"au 10 


61,06 


60,07 


60,53 


11 "08 


5,77 


du 11 au 20 


60,51 


60,26 


61,88 


12,07 


6,11 


du 21 au 31 


56,72 


56,51 


56,64 


10,16 


4,77 


1 Moy. générale. 


1 .59,34 


58,82 


39,51 


11,08 


5,33 



Température moyeune du mois... 8o3. 



Pluie dans le mois... 08™"" 



247 

FÉVRIER 1853. 



JOURS 

vu MOIS. 


BARC 


)MÈTRE A 


0». 


TEMPÉF 


lATURE. 


" 




7 11. du ra 


2 h. (lu s. 


9 11. du s. 

mm 


Maxima. 


Mininia. 




mm 


mm 






-1 


G4,99 


03,81 


65,29 


8°6 


2,8 


2 


66,10 


64,31 


03,29 


9.1 


1,0 


3 


50,41 


48,07 


49,31 


8,9 


5,5 


4 


47,93 


40,14 


47,55 


9,4 


3,8 


5 


.50,58 


.50,50 


51,38 


9,7 


2,6 


6 


52,50 


51,40 


51,65 


9,6 


4,1 


7 


50,13 


49,02 


49,03 


6,7 


3,0 


8 


44,49 


40,87 


37,48 


8,7 


2,5 


9 


35,03 


34,15 


34,30 


7,7 


3,3 


10 


38,29 


38,08 


41,00 


7,5 


1.2 


M 


43,14 


45,24 


47,59 


6,7 


1,0 


12 


44,98 


43,07 


43,59 


4,0 


-1,1 


13 


43,90 


45,50 


46,68 


3,1 


1,0 


14 


48,68 


50.46 


54,01 


6,9 


1,0 


15 


54,59 


53,75 


53,07 


5,0 


-0,2 


16 


52,26 


50,07 


52.83 


8,4 


2,3 


17 


55,36 


55,49 


54,95 


• 3,8 


-1,4 


1« 


50,40 


51,65 


51,79 


3,8 


—1,0 


19 


47,84 


48,00 


51,80 


4,5 


—1,7 


20 


56,78 


57,54 


00,53 


4,8 


-3,7 


21 


64,61 


65,08 


05,71 


5,5 


-3.4 


22 


66,01 


65,53 


66,32 


5,0 


—1,9 


23 


64,10 


59,38 


54,68 


8,6 


—1,7 


24 


58,88 


61,12 


60,58 


7,7 


1,7 


25 


52,73 


55,20 


61,60 


10,2 


3,0 


20 


60,30 


.50,83 


55,54 


10,4 


2.0 


27 


53,90 


52,50 


51,83 


8,1 


6,0 


28 


51,78 


54,34 


58,49 


5,5 


1,3 


MOYENNES 












du 1"aii 10 


50,05 


48,76 


49,03 


8059 


3,04 


du 1 1 au 20 


49,80 


50,14 


51,74 


5,10 


—0,38 


du 21 au 28 


59,05 
52,75 


58,75 
52,11 


59,34 


6,20 


0,00 


Miiy. feviiéralc. 


52,95 


7,10 


1,10 



TcnipéiaUire moyenne du mois. . . 4ol 



Pluie dans le mois,.. Sômni 



248 



MjtRS 1853. 



JOURS 

DU MOIS. 


BAROMÈTRE A 


0°. 


TEMPÉR 


ATURE. 


' 






7 h. (lu m. 


2 h. (lu s. 


9 h. dus. 


Maxima. 


Minima. 




mm 


mm 


mm 






1 


60,42 


59,48 


57,63 


6"9 


—107 


2 


56,13 


56,95 


53,95 


9,1 


1,7 


3 


57,14 


59,34 


0/i,81 


10,2 


3.4 


4 


69,10 


69,63 


70,44 


9,1 


—0,7 


5 


69,22 


65,64 


64,40 


12,0 


2,2 


G 


64,51 


64,64 


65,86" 


11,7 


7,2 


7 


65,29 


64,51 


64,86 


13,9 


8,0 


8 


65,38 


65,17. 


65,87 


13,9 


8,8 


9 


65,95 


65,33 


6j,05 


14,4 


8,4 


10 


65,97 


64,39 


64,67 


14,5 


3.7 


il 


62,12 


59,27 


58,55 


15,7 


6,0 


12 


58,15 


57,59 


58,08 


15,1 


9,2 


13 


58,65 


58,60 


61,33 


15.8 


6,0 


14 


61,91 


60,23 


58,75 


12,6 


5,0 


15 


52,78 


48,28 


45,40 


12,1 


4,5 


10 


44,14 


46,90 


51,98 


10,9 


4,2 


17 


54,31 


54,55 


54,62 


11,5 


2,0 


18 


54,50 


54,63 


56,09 


12,1 


•3,5 


19 


57,57 


61,51 


64,68 


1,9 


-0,1 


20 


65,84 


64,61 


64,64 


7,2 


-2,1 


21 


61,27 


58,24 


56,93 


"',"' 


-1 ,6 


22 


53,79 


54,14 


55,84 


9 2 


—0,6 


23 


56,41 


55,31 


54,81 


7,5 


-0,4 


2 4 


56,36 


56,49 


57,60 


7.4 


—1.0 


25 


56,38 


53,66 


52,49 


8,6 


-1,6 


26 


53,26 


53,25 


55,20 


10,5 


4,0 


27 


60,06 


61,91 


64,89 


8,6 


3,0 


28 


64,88 


62,32 


61,. 32 


10,5 


—0.4 


29 


57,26 


56,58 


56,51 


13,4 


1,0 


30 


55,60 


55,34 


56,46 


16,9 


6,3 


31 


57,81 


57,46 


57,07 


8,2 


7,8 


MOYENNES 










'du 1"au 10 


63,91 


63,51 


63,85 


4-10 


5°94 


du 11 au 20 


56,99 


56,62 


57,41 


3,82 


5,60 


du 21 au 31 


57,55 


56,79 


57,21 


1,54 


4,89 


'M()y.g(''iu''ral('. 


59,42 


58,90 


59,42 


3,10 


5,46 


Tempéra tur 


c moyenne du 


mois... 70 


l Pluie 


dans le mois 


,. 43nim 



L' Académie 7i' accepte pas la solidarité des opinions 
émises dans les articles insérés an Recueil de ses 
Actes. C'est un avis génôral qu'elle reproduit chaque 
année en tète de la première livraison. Il a paru cepen- 
dant utile de le rappeler ici d'une manière spéciale, à 
propos d'un Mémoire de M. Duboul , intitulé : — Du 
Bouddhisme, et de so7i action civilisatrice en Orient , 
et publié dans le cahier du 3'^ trimestre de 1851. 

Ce travail a donné lieu, dans le sein de la Compa- 
gnie, à des réclamations nombreuses et à une réponse 
détaillée do la part d'un de ses membres, M. l'abbé Bla- 
tairou, suivie elle-même d'une répli(|ue de M. Duboul. 

Comme il n'est point dans les usages de l'Académie 
d'autoriser une polémique publiciuc entre ses membres, 
elle n'a pas cru pouvoir, quoi(|ue à regret, insérer la 
réponse de M. Blatairou dans ses Actes; mais voulant 
donner satisfaction aux convictions religieuses que le 
lra\ail de M. Duboul a pu froisser, l'Académie déclare 
ne point accepter la responsabilité des assertions et des 
doctrines de ce Mémoire, qui sont personnelles à l'au- 
teur. 

(Le Conseil d'Administration de l Académie. J 



Errata du 14^ volume des Actes (1852). 



Page 64-1, ligue M , ;ui lieu de et nos loisirs, lisez : cl nos 
misères. 

Page 801 , an lieu de dagues à mains (jauches, lisez : dagues 
et mains gauches; au lieu dj êpées du grand maître, lisez: 
épécs de grand maître; au lieu de pertuisans, lisez : pertui- 
sanes; au lieu de l'étrinal, lisez : le pétrinal; au lieu de 
Sarrazin , lisez : Sarrazitis. 



251 (') 



HISTOIRE 



BASQUES on ESCUÂLDDN&IS PRIffllTIFS 

restaurée 
D'APRÈS LA LANGUE, LES CARACTÈRES ETHNOLOGIQUES ET LES MŒURS 

DES BASQUES ACTUELS '; 

PAR M. A. BACDRIMONT. 



Le voile qui recouvre l'histoire des races primitives 
qui ont habité le globe terrestre est si épais qu'il paraît 
impénétrable. En effet , comment remonter à l'origine 
des nations , comment savoir d'où elles viennent et quels 
ont été leurs rapports mutuels , lorsque les moyens em- 

( ' ) c'est par erreur typographique que la pagination du trimestre précédent s'est 
arrêtée au no 348, tandis que la note de l'Académie, relative au travail de 
M. Blalairou, aurait dii porter le folio 249, et l'errata qui la suit le folio :250. 

Voir une note à la fin de ce Mémoire, pour l'intelligence du texte. 

17 



252 

ployés pour transmettre ces notions n'étaient pas en- 
core inventes? Comment, sans le secours de l'écriture, 
retrouver les traces des faits accomplis? 

Ce problème, je me le suis posé bien des fois, et je 
n'ai jamais désespéré de le résoudre, quoiqu'il m'eût 
d'abord été bien difficile de dire comment il serait 
possible d'y parvenir d'une manière satisfaisante; mais 
j'étais guidé par cette pensée, que les archéologues 
restaurent des monuments avec quelques-uns de leurs 
débris; que Cuvier est parvenu à restaurer des ani- 
maux antédiluviens, à l'aide de leurs ossements de- 
meurés à l'état fossile; que les géologues ajoutent tous 
les jours quelques pages à l'histoire primitive du globe 
terrestre, considéré à des époques qui ont de beau- 
coup précédé la création de l'homme. En effet, les 
masses minérales qui entrent dans la composition de 
la croûte observable du globe que nous habitons , leur 
constitution chimique et mécanique, leur disposition 
relative, tout parle aux yeux du savant qui sait les in- 
terroger : il y trouve de véritables annales, qui lui révè- 
lent des faits qui se sont accomplis même avant qu'au- 
cun être vivant ait pu les observer. Et , chose bien di- 
gne de remarque, à mesure que l'homme s'éloigne de 
son origine, il apprend à la mieux connaître par suite 
des progrès de la science et du perfectionnement des 
méthodes d'observation! 

Pénétré de la pensée qu'il ne fallait point désespérer 
sl'arriver au but que je me proposais d'atteindre, j'ai 
analysé tous les éléments qui m'ont paru pouvoir y 
conduire, et peu à peu je suis parvenu à me créer 



253 

une méthode qui m'a paru assez satisfaisante pour 
m'engager à entreprendre de restaurer l'histoire d'un 
peuple primitif. 

L'histoire de nos ancêtres était, sans aucun doute, 
celle qui devait mériter la préférence; mais la France 
étant habitée par plusieurs races fort distinctes, le pro- 
blème que je me proposais de résoudre eût été trop 
compliqué pour un simple essai; j'ai dû le scinder et 
n'aborder que l'étude d'une seule race. Si j'ai com- 
mencé par celle des Basques ou Escualdunais, c'est 
parce qu'elle s'est conservée dans toute sa pureté , parce 
qu'elle habite en partie le sol de la France, et parce 
que je croyais y trouver une simplicité que je recher- 
chais par-dessus toutes choses. 

Depuis que j'ai accompli mon travail, j'ai dii chan- 
ger d'opinion à cet égard; car il n'est point de peuple 
qui puisse présenter dans son histoire primitive une 
plus grande complication que la race escualdunaise, 
par suite des rapports qu'elle a eus avec les princi- 
paux peuples que l'histoire et la géographie nous font 
connaître, et je me suis aperçu que l'histoire des Es- 
cualdunais primitifs était celle du genre humain tout 
entier. 

On a déjà fait des tentatives pour retrouver les affi- 
nités des races anciennes. Les uns les ont faites en 
s'appuyant principalement sur la linguistique, et les 
autres sur l'ethnographie. 

Depuis la publication polyglotte de l'illustre Catherine 
de Russie, d'autres travaux du même genre ont été 
publiés par divers savants, ))armi lesijuels on distingue 



254 

d'une manière toute spéciale Pallas, Adelung, MM. Kla- 
proth et Balbi. 

On doit à plusieurs savants, et notamment à M. Pri- 
chard , des travaux considérables sur Thistoire naturelle 
de l'homme, où j'ai puisé de précieux renseignements. 

Les travaux de linguisli(|ue comparée de M. Kla- 
proth, et l'atlas ethnographique de M. Balbi, m'ont 
été très-utiles par les vocabulaires qu'ils renferment et 
qu'il m'eût été impossible de me procurer ailleurs. Le 
parallèle des langues de M. Eichhofl" m'a aussi rendu 
de grands services. 

A l'époque où j'écris , il n'existe point de diction- 
naire commençant par la langue bas(|ue, si l'on ex- 
cepte un très- court vocabulaire que l'on trouve dans 
la grammaire d'Harriet, publiée en 1741 ', La non- 
existence d'un tel dictionnaire a rendu mon travail très- 
long et très-pénible; elle seule est cause que les raci- 
nes basques que je donne sont incomplètes. 

Afin d'arriver au but que je me proposais d'attein- 
dre, j'ai dû d'abord composer le dictionnaire par ordre 
de matières qui termine cet ouvrage, et c'est de lui 
que je me suis constamment servi pour compléter mon 
travail. Pour cela, j'ai fait usage du dictionnaire de 



' M. Archu, Basque de naissance, et connu par sa traduction des fables de 
La Fontaine en langue euscharienne , a fait un dictionnaire complet de cette 
langue avec la coopération de M. Francisque-Michel ; mais ce dictionnaire, qui 
m'eût été si utile, n'est point encore paru. 

On publie en ce moment , i) Saint-Sébastien ( en Espagne ) , une nouvelle 
édition du dictionnaire trilingue, espagnol, basque t-t latin, de Larramendi, 
et l'on annonce la publication d'un dictionnaire commençant par le Basque; 
mais cette dernière publication n'est malheureusement encore qu'k l'état de projet. 



255 

Larramondi , commençant par la langue espagnole. 

Avant de terminer ces observations, je suis heureux 
de pouvoir témoigner ma gratitude à divers savants, 
pour l'empressement qu'ils ont mis à me communiquer 
tous les renseignements qui ont pu m'être utiles : à 
M. Delas, conservateur de la Bibliothèque de la ville 
de Bordeaux, qui a mis à ma disposition les trésors de 
ce riche établissement ; à M. Archu , inspecteur de l'A- 
cadémie de la Gironde, auteur de plusieurs travaux sur 
la langue basque, pour les renseignements qu'il m'a 
donnés avec une obligeance sans égale; à M. Brunet, 
membre de l'Académie de Bordeaux , qui m'a donné plu- 
sieurs collections de proverbes et de poésies basques, re- 
cueillis et publiés par ses soins; à M. Pomiers, de Bor- 
deaux et Basque de naissance, qui , par amour pour son 
pays, a pu me procurer des livres fort rares sur les 
langues de l'Amérique du sud ; à M. Latouche, de Paris , 
neveu du célèbre linguiste du même nom ; à M. Geffroy, 
professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux; à 
M. Le Mar([uicre, de Paris, pour l'obligeance qu'ils ont 
mise à me procurer divers renseignements. 

Je commencerai par exposer l'ensemble de la mé- 
thode que j'ai adoptée; puis, après en avoir examiné 
les différentes parties, j'en ferai l'application au peuple 
Basque ou Escualdunais. 



256 
Fe PARTIE. 



METHODE D'INVESTIGATION HISTORiaUL 

INTRODUCTION. 

L'histoire comprend l'exposition de faits qui se sont 
accomplis d;ins des lieux déterminés, à des époques 
que l'on rapporte à la suite non interrompue du temps 
mesuré par le mouvement des astres. 

Elle ne laisse que peu de chose à désirer lorsque l'on 
a complètement satisfait à ces trois conditions : expo- 
sition fidèle, indication des lieux, fixation du temps. 

Les événements rapportés par l'histoire sont de plu- 
sieurs ordres : tantôt elle ne s'attache qu'à faire con- 
naître la vie des hommes qui ont gouverné les peuples, 
et les principaux faits qui se sont accomplis sous leur 
direction ou leur gouvernement; d'autres fois, prenant 
les nations pour objet, elle fait connaître leurs mœurs, 
les modifications qu'elles ont éprouvées, leurs migra- 
tions, les inventions dont elles ont doté l'espèce hu- 
maine, et les progrès qui se sont accomplis par elles. 
En un mot, cette partie de l'histoire s'attache à l'évo- 
lution sociale des nations, plutôt qu'aux actes spéciaux 
des individus qui les com|)osent. 

C'est cette dernière partie de l'histoire qu'il m'a paru 
possible de faire surgir de la tombe où elle était ense- 
velie. Si elle est dénuée de l'intérêt dramatique qui se 
ratlache aux actions de (juehiues hommes mis en évi- 



257 

dcnce parles circonstances, elle n'en a pas moins une 
grande imporlance; car, à mesure que les événements 
s'éloignent de nous, les détails sefl'accnt, et l'histoire 
des individus se trouve absorbée dans celle des nations. 

Ce n'est pas sans éprouver une indicible émotion, 
qu'après avoir franchi l'espace ténébreux qui sépare 
les temps historiques des lemps primitifs, on peut con- 
templer le spectacle offert par le développement maté- 
riel et intellectuel des races humaines : on les voit d'a- 
bord grandir, puis se répandre à la surface du globe 
suivant des lois déterminées, et emporter avec elles 
leurs caractères primitifs, leur langue, leurs usages. 
Puis , on les voit s'isoler ou se pénétrer mutuellement , 
el opérer ainsi la diffusion et l'altération de leurs ca- 
ractères distinctifs. Mais, guidé par le flambeau de 
l'ethnologie et de la linguistique, on sait les distinguer 
et les reconnaître partout où elles se trouvent; et, 
suivant une marche inverse, on peut remonter à leur 
origine. C'est en vain que plus de quarante siècles se 
sont écoulés, que des changements considérables se 
sont accomplis dans les caractères ethnologiques, les 
mœurs el les langues des différentes races qui couvrent 
la surface de la terre; il sera possible de reconnaître 
d'où elles viennent, et, quebjue rapide qu'ait été leur 
course, elle aura laissé des traces inefl'açables pour ce- 
lui qui veut les observer. 

Les lieux parcourus par les races humaines dans 
leurs migrations, pourront quelquefois être fixés avec 
précision; d'autres fois, ils ne pourront fêtre que d'une 
manière approximative. 



258 

Pour ce qui concerne le temps , il faut considérer 
Vépoque à laquelle les événements se sont accomplis , 
et la durée de ces événements. 

Les époques ne peuvent être établies que d'une ma- 
nière relative, c'est-à-dire dans l'ordre même de la pro- 
duction des événements auxquels elles se rapportent : 
les plus anciennes avant celles qui le sont moins. 

La durée des événements ne pourra aussi être indi- 
quée que d'une manière relative. 

On verra bientôt comment on pourra retrouver la 
trace des événements antérieurs et les relations mu- 
tuelles des races. 

Ces notions pourront paraître bien minimes auprès 
de ce que l'on espère rencontrer en étudiant l'histoire ; 
cependant, si l'on songe qu'elles sont les seules de ce 
genre et qu'elles seraient demeurées inconnues sans la 
création de la méthode que j'expose ici , j'ose espérer 
que l'on voudra bien les accueillir et leur accorder 
quelque valeur. 

Les moyens que l'on possède pour restaurer l'histoire 
d'un peuple, sont : 

1° L'histoire proprement dite, la tradition, la poé- 
sie, les légendes, les chroniques, les annales des peu- 
ples voisins ; 

2° La religion ; 

3° Les monuments de toutes natures; 

4" La langue, les inscriptions, la littérature; 

5° Les caractères ethnologiiiues ; 

6° Les mœurs , les coutumes , les usages ; 

7° L'étude comparée des diflérents peuples qui habi- 



259 

tent le globe, depuis l'état primitif jusqu'à l'étal social 
le plus avancé. 

Parmi les peuples qui habitent l'ancien monde, il 
n'en est peut-être pas un seul qui se présente à nous 
dans toutes les conditions qui viennent d'être indi- 
quées. 

Nous ignorons notre propre origine, et les premiers 
temps de notre histoire ne nous sont connus que par 
les écrivains romains. 

Les Égyptiens, les Grecs et les Romains ont changé 
de langue et de religion : leurs mœurs et leurs usages 
s'en sont ressentis. 

Les Juifs ne se sont conservés parmi les autres peu- 
ples que par leur religion. 

Les individus errants que nous nommons Bohémiens; 
que les Anglais, les Espagnols et les Basques nomment 
Égyptiens; que les savants nomment Zinganes, et qui 
vivent à létat nomade parmi les autres nations, ne 
possèdent par cela même aucun monument, et ils n'ont 
pu se conserver, comme peuple distinct, que par leur 
langue, leurs mœurs et leur religion. 

Les anciens Basques n'ont point eu d'historien qui 
nous ail fait connaître les principaux faits qui se sont 
accomplis dans leur nation. 

Les Basques actuels sont chrétiens et catholiques. 
On ignore quelle était leur religion et même s'ils en 
avaient une avant d'embrasser le (Christianisme. 

Leurs monuments historiques sont presque nuls; des 
irtscriptions, on ne leur en connaît pas, et leur litlé- 
ralure se borne à fort peu de chose. 11 ne reste donc 
que leurs caractères ethnologiques, leurs mœurs et 



260 

leur langue qui puissent être interrogés pour en tirer 
des notions historiques. 

Les caractères ethnologiques et les mœurs des Bas- 
ques, tout en ayant une valeur réelle, ne peuvent 
donner de bien amples renseignements sur l'origine de 
ce peuple, et encore moins sur les faits principaux de 
son histoire. Il n'en est point do même de sa langue : 
conservée depuis plus de deux mille ans, sinon dans 
toute sa pureté, au moins dans toute son originalité, 
elle se trouve dans des conditions on ne peut plus fa- 
vorables pour une élude historique. 

Si aux caractères propres des lîasques , à leurs mœurs 
et à leur langue, on ajoute l'étude comparée du déve- 
loppement de la civilisation tel ([u'on peut l'observer à 
la surface du globe, on aura l'ensemble des moyens 
qu'il est possible d'invoquer pour reconstituer l'histoire 
de ce peuple. 

La première partie de ce travail sera divisée en quatre 
chapitres principaux, qui correspondront aux (pialre 
points de vue particuliers qui viennent d'être signalés : 

1° Langue; 

2° Caractères ethnologiques; 

3° Mœurs ; 

4" Étude comparée de l'évolution sociale. 
L'étude de la langue basque, indépendamment de sa 
grammaire, se subdivisera elle-même en trois parties 
correspondant aux trois conditions principales de l'his- 
toire : 

1° Faits; 

2° Temps ; 

3» Lieux. 



261 
LANGUE. 

Détermination des faits historiques. 

L'élude d'une langue peut donner des renseignements 
précieux sur l'origine du peuple qui la parle , soit qu'on 
la considère au point de vue des mots qui la constituent, 
soit qu'on étudie son mécanisme ou la grammaire qui 
lui est spéciale. La valeur de chaque mot, l'étude des 
racines, des dérivés et des composés; la comparaison 
des racines d'une langue avec celles des autres lan- 
gues; le classement des mots dans un ordre emprunté 
aux sciences naturelles ou à la chronologie spéciale à 
l'évolution des sociétés humaines, peuvent donner les 
renseignements les plus précieux sur l'histoire sociale 
d'un peuple, rapportée au temps, aux lieux et aux re- 
lations qu'il a eues avec d'autres i)euples. 

Les propositions qui précèdent vont être démontrées 
dans une suite de paragraphes. 

L 

Le vocabulaire d'une langue est formé de mots qui 
ont chacun une signification déterminée. Les uns ser- 
vent pour désigner des êtres réels ou abstraits; les au- 
tres, à très-peu d'exceptions près, ne sont employés 
que pour indiquer l'état, les actes et les rapports de 
ces êtres considérés dans l'espace et dans le temps. 

Tous ces mots , quelles que soient les fonctions 



262 

grammaticales qu'ils remplissent , représentent chacun 
une idée spéciale. La réunion do tous ces mots ou de 
toutes ces idées représente l'ensemble des connaissan- 
ces des nations qui font usage du vocabulaire auquel 
ils appartiennent. 

On peut donc dire qui/ y a un rapport évident en- 
tre le vocabulaire d'une langue et les connaissances 
du peuple qui la parle. 



II. 



Il découle de ce qui précède, que si l'on classe les 
mots principaux d'une langue par ordre de matières, 
en s'astreignant aux méthodes suivies dans les sciences 
naturelles, on aura une suite de tableaux qui représen- 
teront les connaissances d'un peuple dans chaque spé- 
cialité. 

Le tableau relatif à l'astronomie donnera des rensei- 
gnements sur l'étendue des connaissances astronomi- 
ques. Ce tableau pourrait servir, au besoin, pour sa- 
voir si le peuple qui parle la langue qui a servi à le 
former, a connu les deux hémisphères terrestres, par 
suite des constellations qui s'y trouveraient inscrites. 

Le tableau relatif à la division du temps serait émi- 
nemment précieux; car il permettrait de savoir quel 
était primitivement le nombre des saisons, des mois de 
l'année, des jours de la semaine, et par suite, quelle 
était la région habitée i)ar le peuple dont la langue est 
soumise à cette sorte d'examen. 

Des tableaux relatifs aux sciences naturelles, la mi- 



263 

néralogie, la botanique et la zoologie, on pourra en- 
core tirer de précieux renseignements; car des végé- 
taux et des animaux déterminés n'existent qu'entre des 
latitudes également déterminées. 

Tout, jusqu'au nom des objets usuels les plus com- 
muns, peut être utilisé pour rappeler les mœurs, les 
usages et les coutumes des peuples dans le premier 
âge de leur existence. 

// est donc bien vrai de dire que le vocabulaire 
de la langue d'un peuple représente l'inventaire le 
plus complet des connaissance^ de ce peuple, et qu'il 
est possible de les en déduire. 



III. 



Chaque idée propre à un peuple doit être en harmo- 
nie avec l'état social dans lequel il se trouve; quelques 
exemples serviront pour le démontrer : Les différences 
qui existent entre l'homme nu et celui richement vêtu; 
entre l'arc et le fusil; la barque et le navire; l'àne, le 
cheval, le chameau, le lama, l'éléphant et la vapeur 
utilisée comme génératrice de force; l'idole et la divi- 
nité; le bon vouloir du despote et un code de lois, dé- 
montrent jusqu'à l'évidence que ïétat social d'un 
peuple peut être déduit des mots composant la lan- 
gue qu'il parle. 

IV. 

Non-seulement la présence des mots qui composent 



264 

un vocabulaire a une valeur historique, ainsi que cela 
vient d être démontré; mais l'absence même des mots 
a une signification qu'il ne fiuil point négliger; car si 
les mots représentent des idées, l'absence des mots in- 
dique l'absence des idées. Par exemple, au point de 
vue des transactions commerciales, on a les idées sui- 
vantes : rien, échange, kauris , monnaie, papier 
monnaie ou son équivalent, crédit, qui correspon- 
dent à des états bien distincts de l'évolution sociale. 
En général , l'absence des mots dans le vocabulaire 
d'un peuple, indique un arrêt de l'évolution sociale 
dans l'ordre auquel appartient le mot qui manque. 



Lorsque l'on soumet les mots d'une langue à l'analyse 
logique, on trouve qu'ils peuvent être classés en qua- 
tre groupes : 1° les racines; 2" les mots dérivés de 
ces mêmes racines; 3° les mots composés ou formés 
par la réunion de plusieurs racines; et 4° les déri- 
vés des mots composés. 

Les racines sont les véritables éléments des langues, 
parce que c'est d'elles que tous les mots des langues 
sont tirés; aussi, leur étude est-elle de la plus haute 
importance pour les investigations historiques. 

Si l'on se borne à rechercher les racines d'une seule 
langue sans la comparer à aucune autre, on la réduit 
à ses éléments les plus simples. 

Ce genre d'analyse, qui est celui que l'on a généra- 
lement pratiqué, peut être utile pour apj)rendre à tra- 



265 

duire ou à parler les langues; mais il ne donne que des 
renseignements très- bornés lorsqu'il s'agit de la philo- 
sophie de la linguistique et de l'investigation des fliits 
historiques. 

Le moindre inconvénient des racines extraites d'une 
seule langue, c'esl-à-dire des éléments avec lesquels 
elle est constituée, est de donner plusieurs fois la même 
racine avec des significations et quelquefois une orlho 
graphe différentes. Ainsi, on trouve dans les racines 
latines de M. Boinvilliers ' : filum, fil, et hikim, hile, 
qui dérivent du seul mot radical fil; car le hile est 
l'empreinte laissée sur la graine par le fil ou cordon 
ombilical. 

Dans la première page de cet ouvrage, on trouve 
encore : 

AcET, est aigre, acide ou rude. 

AciES, pointe ou bataillon. 

Acus, dit aiguille, ardillon. 

Les trois mots : acet, acies et acus, dérivent de la 
racine ac, qui , en grec et en latin , indique une pointe 
ou quelque chose d'aigu et de pénétrant, ainsi que 
cela a été démontré par Court-dc-Gébelin, antérieure- 
ment à la publication de M. Boinvilliers. 

Un autre inconvénient attaché à la détermination 
des racines d'une seule langue, est de prendre pour des 
racines, des mots venant d'une autre langue et qui sont 



' tes racines de la langue latine, mises en vers françnis par M. Boinvilliers. 
Paris, MDCCCXXXI. 



266 

eux-mêmes composés. Par exemple, dans cette même 
première page des racines latines de M. Boinvilliers, 
on trouve : 

Adamas, diamant superbe. 

Le mol adamas est grec; il est composé de l'a pri- 
vatif, et de damaô, dompter, et veut dire indomptable ; 
car le diamant est si dur, que les Grecs, si habiles dans 
l'art de tailler les pierres, n'ont pu l'entamer. Cela n'a 
pu être fait qu'en 1476, par L. de Berquem, qui par- 
vint à l'user à l'aide de sa propre poudre, c'esl-à-dire 
à l'aide de diamants réduits en poussière. 

Si l'on examinait les racines grecques du P. Lance- 
loi , celles de M. Romain-Cornut , ou celles de M. l'abbé 
Bonnevialle et bien d'autres encore, on trouverait plu- 
sieurs prétendues racines grecques qui seraient des mots 
composés. 

Par exemple : le terme phalanx, phalange, qui se 
trouve dans les deux premiers ouvrages, est un mol 
composé de deux racines grecques : paie, combat, et 
anjo , rapprocher, serrer; combat serré, combat 
dans lequel les guerriers se rapprochent en se serrant 
les uns contre les autres. 

Le mot paie est lui-même un dérivé analogique, 
comme on le verra plus tard. 

En écrivant ces lignes, je n'ai point l'intention de cri- 
tiquer les travaux de littérateurs qui n'ont eu d'autre 
but que d'instruire la jeunesse. A leur place, j'aurais 
agi comme eux; car, dans ce cas, il vaut mieux répé- 
ter une racine ayant plusieurs acceptions, que de la 



267 

passer sous silence; et, dans les racines basques, j'in- 
troduirai plusieurs mots dérivés ou composés , qui se 
suivront immédiatement ou seront distingués par des 
astérisques (*). 

Comme résumé de ce qui vient d'être dit, je crois 
pouvoir aflirmer qu'i7 nest pas une seule langue qui 
possède toutes les racines qui entrent dans sa cons- 
titution. 

Les langues que nous considérons comme très-an- 
ciennes, telles que le sanscrit, le grec et le latin, 
sont des langues usées, très-compliquées, qui ont 
perdu la plupart de leurs racines, ou qui ne les ont 
jamais possédées, parce qu'elles ont puisé des mots 
tout faits dans d'autres langues. 

On ne peut connaître la véritable valeur des ra- 
cines des langues, qu'en comparant entre elles celles 
des principales langues. 



VI. 



Escu, en eskuara, veut dire main. 

Une sorte de bouclier qui se porte à la main et qui 
n'est pour ainsi dire qu'une extension de la main avec 
la(|uelle on pare les coups portés par un adversaire, a 
reçu le nom iVescutakia \ Ce nom est devenu fran- 
çais, en l'abrégeant selon le génie de notre langue. 

Les escus ont été décorés par des peintures repi'é- 

Escutakia vient probableiUL'nt i.\'ei.cu, main, et de tcy ou tek, toit, :\M, 
couverture, proléger, et vomirait dire abri manuel ou main protectrice. 

18 



268 

sentant des armoiries et des devises. Plus tard, on les 
a imprimés sur la pile des monnaies, et ces monnaies 
ont été nommées des escus, ou simplement des éciis. 

Une même racine peut donc avoir plusieurs si- 
gnifications fort distinctes qui dérivent toutes d'une 
même idée primitive. 

Si un peuple a adopté un des mots dérivés, il est 
évident que la racine du mot adopté vient d'une autre 
langue, et très -souvent avec une autre significa- 
tion. 

La filiation des racines et leur recherche dans 
plusieurs langues peut donc être éminemment utile 
pour l'investigation des faits historiques des temps 
primitifs, car elle donne la clef des rapports des 
nations et de l'ordre chronologique selon lequel ces 
rapports se sont établis. 



VII. 



Il arrive presque toujours que rorthogra|)lie des mots 
change lor3(|u ils passent d'une langue dans une autre; 
cela lient au génie particulier de ces langues. 

Ce que les Escualdunais écrivent par es, les La- 
lins l'écrivaient par une seule s. Il résulte de là que 
la racine escu, avec la signiflcation de bouclier, en 
passant chez les Romains, a été écrite par scu, et l'on 
a efl'ectivement le mol scutum, un bouclier, un écusson. 

Le mol eskuarien escutakia étant composé , il en 
résulte (pie le mot latin scutum, qui en vient directe- 



269 

ment, est loin d'élrc radical comme on le pense com- 
munément '. 

Le mot iallua '\ statue en eskuaricn , dérive de no- 
tre verbe français tailler, que nous avons conservé sans 
altération, malgré la |)résence des Romains. 

// doit 'paraître bien évident qu'une langue peut 
servir pour trouver les racines d'une autre langue, 
lors même que celte dernière est fort ancienne, et je 
dirai même lorsqu'elle est plus ancienne que la pre- 
mière, parce qu'une langue moderne peut posséder 
des racines qui remontent aux langues p7'imitives. 



VIII. 



Le mot scriptum, écrit, latin, n'est pas plus une 
racine que le mot scutum. Ce mot rappelle, par Vs et 
le c qui le commencent , l'action de la main qui est 
employée pour parler aux yeux, comme Ta dit Boilcau; 
et le reste du mot, si l'on cherche, doit représenter le 
son, le bruit de la voix, ou une trace, et peut-être 
l'un et l'autre à la fois. 



• Il faut aussi conclure de ce qui est contenu dans les paragraphes VI cl VII, 
que notre mol escu ne vient pas de scutum latii;. 

J'ajouterai encore ici que l'on regarde comme élant d'origine latine, tous les 
mots français dont les racines sont latines, et qu'en cela on est trôs-souvcnldans 
l'erreur, non-seulement h cause de l'exemple qui vient d'être donné, mais parce 
qu'une foule de moty celtiques ou basques ont des racines communes avec le laliu , 
sans pour cela venir de cette langue, mais parce que les peuples qui parlaient ou 
parlent encore ces langues, les ont puisées à une source commune. 
■ Prononcer tailloua. 



270 

Scriptum peut donc se partager en se et riptum, 
ou plutôt en se et criptum. 

Pour représenter criptum, les Latins n'ont aucun 
inol primitif; mais nous avons cri, crier, qui repré- 
sente le bruit que la pointe fait en traçant sur la pierre; 
car c'est sur la pierre que l'on a d'abord écrit dans les 
temps anciens. Les Grecs ont glyptô, glaphô et gra- 
phô, pour dire crewser, tailler, graver, tracer, écrire. 
Les mots français craie et crayon ont une même ori- 
gine que les précédents. 

Le mot scriptum, le verbe scribere, les mots fran- 
çais escrit et escrire, dérivent en partie du basque et 
de l'onomatopée; et ces deux derniers mots de notre 
langue, que l'on croit dérivés du latin, sont, par leur 
orthographe, plus rapprochés de leur origine basque 
que les mots latins correspondants dont ils ne viennent 
pas. 

Le mol sculpture, soumis à la même analyse, veut 
dire couper, tailler avec la,main. 

Dans le mol manuscriplum, latin, et le mol ma- 
nuscril, français, on trouve deux fois l'idée de main, 
rendue par des racines différentes, escu el manus; 
et cela a été fait par les Latins, qui n'ont pas connu 
les véritables racines du mot scriptum. Il est plus cu- 
rieux encore de voir les Escualdunais dire escuscri- 
balua, pour exprimer un manuscrit, et avoir deux 
fois la même racine dans le même mol sans le savoir. 

Nous verrons plus tard (|uel immense parti l'on peul 
tirer de cette sorte d'analyse des langues. 

En résumé : une langue a des racines étrangères 



271 

dont l'origine peut être ignorée de tous ceux qui la 
parlent. 

Une même racine peut entrer plusieurs fois dans 
le même mot, soit avec la même si gnif cation et par 
des mots différents, soit avec la même signification 
et des mots semblables. 



IX. 



Lorsque, par un travail assidu et par la comparaison 
des racines, on en recherche l'origine, on trouve que 
des mots très-simples, dans la constitution desquels il 
n'entre qu'un très-petit nombre de lettres et qui sont 
considérés comme de véritables racines par tout le 
monde, sont souvent susceptibles d'être décomposés en 
deux ou trois mots ayant une valeur significative , 
réelle; c'est-à-dire que les racines trouvées don- 
nent une explication suffisante de leur origine, parce 
qu'elles s'appliquent nettement à la signitication des 
mots qu'elles concourent à former. 

On pensera ce que l'on voudra des détails dans les- 
quels je vais entrer ; mais je crois devoir les exposer ici. 

En général, les racines primitives se résument en 
une forme très-simple et quelquefois en une seule let- 
tre, qui est alors une voyelle. 

Il y a deux formes fondamentales qui veulent dire 
aller. 

L'une est I, d'où îb, Iv, Ir, Jt; l'autre est Va, ou 
Oua. 

La première forme se trouve dans le verbe latin ire; 



272 

la seconde est dans notre verbe aller, va : Je vaiSi 
tu vas, il va. 

La lettre N est le signe de la négation dans presque 
toutes les langues; on la trouve dans ne, nec, nek, 
neg, non, no, nein, nicht, negare, etc. 

Cela établi, nous avons les mots negua, l'hiver en 
eskuarien ; neige en français, et niœ, gémùï nivis en 
latin, qui veut dire aussi neige. 

[Ira veut dire de Yeau en eskuarien ; et dans la com- 
position des mots, ce nom peut être réduit à ua, s'il est 
final, ou simplement à u, s'il commence le mol ou se 
trouve dans son intérieur. 

Negua, hiver en eskuarien, a son correspondant 
dans le mot 7ieige français. Neg, va, veut dire priva- 
tion d'eau, il n'y a plus d'eau. Mais ua, vient de 
va, aller, parce que l'eau coule dans le lit des ruis- 
seaux, des rivières et des fleuves '; et negua, veut en- 
core dire ne va pas, ne coule pas. 

La neige est de l'eau solidifiée qui ne coule plus. 

Le mot latin 7iix, nivis, vient de nec, iv... , qui re- 
présente exactement la même idée avec d'autres racines. 

Un mol aussi simple que nix est donc susceptible 
d'être analysé, même sa7is le secours d'une autre 



' Dans presque toutes les langues, le nom de l'eau, quel qu'il soit, veut dire 
aller, couler. Le mot latin aqua , le mot roman agua , viennent du verbe latin 
ago , ou dérivent de la même racine que lui. Le mot eau vient d'une forme du 
verbe aller : eo. Ura , eskuarien , et hydor, grec , sont déjii des mots composés 
qui contiennent la racine va, ou son équivalent. Le premier contient, si simple 
qu'il soit , la racine rhéô , je coule , et renferme deux fois la même idée , ou aller 
eu ooulant. 



273 

langue que celle à laquelle il appartient : nix veut 
dire qui ne coule pas. 

X. 

Chaque mot, à quelque langue qu'il appartienne, a 
une raison d'existence et a dû être formé d'après cer- 
taines lois naturelles. 

Je ne chercherai point ici à établir ces lois, dont la 
connaissance offre cependant un vif intérêt. Je ne cher- 
cherai pas non plus si tous les mots dérivent de l'ono- 
matopée, si les 7ioms dérivent des verbes, ou si les 
verbes dérivent des noms, quoi(|ue cette discussion 
puisse avoir une valeur réelle; mais comme elle m'é- 
loignerait trop du but que je me propose d'atteindre, 
je me bornerai à adopter quelque chose qui puisse être 
immédiatement mis en pratique. 

Ce qui se passe aujourd'hui a dû avoir lieu dans tous 
les temps : ou bien les idées nouvellement acquises 
sont représentées par des mots dérivés les uns des au- ■ 
très, ou bien elles le sont par des mots composés for- 
més par la réunion de plusieurs racines. 

Dans le premier Cas, on est conduit d'une idée à une 
autre qui s'y rattache immédiatement. 

Dans le second, on combine plusieurs racines pour 
représenter une idée composée. 

Les dérivés sont de plusieurs ordres. 

Les uns sont grammaticaux , et ont pour but de 
changer les fonctions grammaticales des mots, comme 
de faire un adjectif ou un verbe à l'aide d'un substan- 



274 

tif, ou le contraire, etc. Par exemple : de fer, on lire 
ferreux et ferrer; de graisse, on tire graisseux et 
graisser. 

La dérivation des mots peut porter, non plus sur les 
fonctions grammaticales qu'ils remplissent, mais sur 
leur propre signification, en passant d'une idée déter- 
minée à une autre idée qui s'y rattache par des liens 
étroits; mais, en passant de dérivés en dérivés, la si- 
gnification primitive peut se trouver tellement altérée, 
qu'il est souvent fort difficile de la reconnaître. Ces 
dérivés seront appelés analogiques, pour les distin- 
guer des précédents. 

La racine ber signifie chaleur en langue eskua- 
rienne. 

De celte racine est venu le mol aber, animal , parce 
qu'une chaleur propre est le caractère de la vie chez 
les animaux supérieurs revêtus de plumes ou de poils. 
L'idée d'animal a dû conduire à celle de troupeau; 
et l'on a abere, pour indiquer cette dernière acception. 
Enfin, on trouve que les Escualdunais indiquent la ri- 
chesse par le mol aberatsa. 

Cette remarquable filiation des mots permet de pen- 
ser que les Escualdunais primitifs étaient des peu- 
ples pasteurs, et que leurs richesses consistaient en 
troupeaux, puisque le mol richesse est immédiatement 
dérivé de celui de troupeau. 

Plus lard, nous parviendrons sans doute à détermi- 
ner quelle était la nature de ces troupeaux. 

Concluons donc, de ce qui est contenu dans ce pa- 
ragraphe ; 



275 

1° Que les dérivés grammaticaux allèrent peu la 
valeur des racines dont ils proviennent; 

2° Que les dérivés analogiques qui portent sur 
la signification des racines, altèrent plus ou moins 
leur valeur et les rendent souvent fort difficiles à 
reconnaître ; 

3° Que la filiation des dérivés analogiques peut 
conduire à des renseignements bien dignes d'inté- 
rêt sur les mœurs des peuples primitifs. 



XI. 



Lorsque les mots passent d'une langue dans une au- 
tre, ils éprouvent des modifications analogues à celles 
qui viennent d'être indiquées pour les dérivés du se- 
cond ordre. Ces modifications peuvent aller si loin, 
(ju ils finissent par indiquer des choses absolument con- 
traires de celles qu'ils indiquaient à leur origine. 

On a déjà vu comment l'idée de chaleur conduisait 
à celle d'animal, de troupeau et de richesse. 

La racine eskuariénne ur ' , qui veut dire eau, 
donne iirdin, bleu, parce que l'eau parait bleue lors- 
qu'elle réfléchit la couleur de l'atmosphère privée de 
nuages; et nous trouvons ouranos, qui veut dire ciel 
en grec, mot qui dérive évidemment de la racine es- 
kuariénne ur. 

Le nom du ciel peut donc dériver de celui de Veau, 

' Il faut prononcer our. V. la partie grammaticale de ce travail. 



276 

et le lien qui unit ces deux significations, est la cou- 
leur sous laquelle ils apparaissent. 

Par une analogie du même ordre, le mol océan, qui 
parait être dérivé du persan, oiikianous, se décompose 
en u basque et kyanos grec, qui veulent dire : eau 
bleue '. 

De la même racine sont encore venus ouron et urina, 
qui sont les noms de l'urine en grec et en latin; mais 
les dérivés de cette racine sont loin de se borner là : il 
y en a plus de trente, qui comprennent principalement 
les idées cYeau, d'urine, d'humidité, de bleu, de jour, 
de ciel, de verre, de mamelle, de pluie, de cruche, 
d'«rne, de potier de terre, de plongeur, de sueur, 
d'hiver, de neige, etc., comme on le verra dans le 
catalogue des racines anologiques ou parasrjnonymi- 

ques. 

On retrouve dans une foule de langues de l'ancien 
et du nouveau continent les mots ata, ama et papa, 
qui signifient allcrnativement père et mère. 

Comme on le voit, non-seulement les mots s'allè- 
rent, mais il en est de même des racines. 

Il arrive quelquefois que les significations des mois 
s'expliquent avec moins de travail : ainsi, le mot grec 
Daimôn, signifie tour à tour Dieu et démon. Cela 
vient, sans doute, de ce qu'il a aussi une valeur cor- 
respondante à celle de génie, et à ce que l'on admet 

' Remarquez que Ircs-snuvcnt, et dans toutes les langues, les noms des cou- 
leurs sont tires des substances qui les possèdent : carmin, rose, violet, mar- 
ron, café, chocolat, puce, coquelicot, bleuet, flamme de punch, gorge de 
pigeon, liège, etc. 



277 

de bons el de mauvais génies; les bons génies condui- 
sent à l'idée de Dieu, el les mauvais, à celle de démon. 
On ne devra donc admettre l'origine des racines et 
des mots ainsi altérés, que lorsque leur iiliation sera 
bien établie, en faisant voir les modifications successi- 
ves (|u elles auront éprouvées en passant d'une langue 
dans une autre. Cela est souvent assez facile, si l'on 
compare un nombre de langues suflisant pour établir 
cette filiation. 



XII. 



Non-seulement les mots changent de signification 
en passant d'une langue dans une autre, mais leur 
orthographe éprouve presque toujours des modifica- 
tions considérables. Cela est facile à concevoir, puis- 
que les différents peuples qui couvrent le globe ont des 
alphabets particuliers, el que la correspondance des 
alphabets n'est pas toujours facile à établir. En effet, 
comment établir les relations d'un alphabet qui a cin- 
quante lettres, comme l'alphabet sanscrit, avec un al- 
phabet qui n'en a que vingt-cinq, comme le nôtre? 
Et quoi(|ue les Persans aient adopté l'alphabet arabe 
en y ajoutant quatre lettres , comment représenter en 
arabe ces quatre lettres qui manquent à l'alpluibel de 
cette langue? Cela ne pouvait être fait qu'en analysant 
tous les sons de la voix, toutes les articulations dont 
elle est susceptible, et en les représentant par des si- 
gnes de convention. 

Mais cela n'a pu être exécuté qu'à une époque très- 



278 

rapprochée de nous, par divers savants, parmi lesquels 
M. Eichhoff occupe une place Irès-honorable, puis- 
qu'il a fait coïncider quarante alphabets avec le nôtre. 
Les anciens peuples n'ont donc pu profiler de ces 
travaux, qui sont tout modernes. Aussi ne peut-on re- 
connaître les mêmes mots dans diverses langues qu'a- 
près avoir trouvé comment les sons d'une langue sont 
traduits dans une autre. Il résulte de là qu'une même 
racine peut se trouver écrite et même prononcée de 
plusieurs manières fort différentes. Lorsqu'on la consi- 
dère dans plusieurs langues, et même lorsque l'on veut 
reproduire les diverses formes de cette racine dans une 
seule langue, comme la nôtre, par exemple, on trouve 
qu'elle peut être écrite à l'aide d'une foule de lettres 
qui peuvent se substituer les unes aux autres. Les let- 
tres se rangent ainsi par groupes, et l'on trouve un 
de ces groupes qui peut renfermer jus(ju'à quatorze 
lettres différentes pour une seule expression. 

J'ai adopté une manière toute particulière d'écrire 
ces racines, manière que j'avais introduite dans la chi- 
mie pour exprimer les substitutions par les corps iso- 
dynamiques. 

Par exemple, on trouvera la racine : 



D 


a 




F 


e 


m' 


V 








' On pourrait aussi écrire { D, F, V ) {a,e, o) ( m ). Le résultat serait le 
même; mais il paraîtrait moins évident. 



279 

que l'on pourra lire dam, sanscrit; dorn, latin, espa- 
gnol; fem, français; vom, anglais, racines qui cor- 
respondent toutes à une idée de domination active ou 
passive, et représentent successivement le maître, son 
domaine; la femme et la femelle, qui sont sous la domi- 
nation du mâle, etc. 

Je qualifie les racines ainsi altérées dans leur signi- 
fication et leur symbolisation , par le nom de parasy- 
nonymiques. 

Je joindrai à ce travail quelques exemples de ces 
transformations des racines, considérées soit au point 
de vue de leur signification , soit à celui de leur sym- 
bolisation. 



XIII. 



Si la détermination des racines des mots simplement 
dérivés est diflicile et sujette à erreur, celle des mots 
composés l'est souvent davantage; car la difiiculté est 
de diviser le mot composé en plusieurs tronçons qui 
représentent ses véritables racines, et, celle division 
opérée , il faut assigner la valeur réelle de chacune 
d'elles; nouvelle diflicullé qui rentre dans celle signa- 
lée dans le paragraphe précédent. Quelquefois môme 
il faudra chercher les racines des mots dans plusieurs 
langues afin d'en trouver de satisfaisantes. Les notions 
dévclo|)pées dans le paragraphe précédent ont dû dé- 
montrer la nécessité d'agir ainsi; l'exemple suivant le 
démontrera d'une manière plus évidente encore. 

Par exemple, le mol ezcurra appartient au chêne 



280 

qui produit le gland comestible, et à ce gland même. 

On verra par la suite (|u'il est d'une grande impor- 
tance de connaître la formation précise de ce mot. 

Afin d'obtenir ce résultat, il importe d'abord de ju- 
ger s'il est simple ou composé. Pour cela, il faut l'a- 
nalyser. S'il se refuse à l'analyse, on pourra admelire, 
non pas qu'il est simple, mais que, relativement à la 
langue qui l'emploie, il peut passer pour tel. 

Le mot ezcurra se divise naturellement en es cur ra. 
Nous négligerons la dernière syllabe, qui n'est qu'une 
terminaison grammaticale, et nousconsidéreronslesdeux 
autres. Ez, particule négative, qui semblerait indiquer 
qu'il manque quehiue cbose à ce gland. Que lui man- 
que-t-il donc? Évidemment, ce qui le différencie des 
autres glands, qui sont âpres et non comestibles. Cher- 
chons dans cette direction, et nous trouvons </flrrrt et ^o- 
gorra, qui veulent dire rude, âpre. Cur est-il une 
modification de gar ou ('e gor? Gela parait possible. 
Le g se change souvent en c dur ou en k, a en o, et 
en M, portant le son ou français. Le gland comes- 
tible aurait donc un nom qui voudrait dire sans âpreté. 
Mais dans cette explication le sujet manque, et il est 
rare que l'on forme des mots qui se trouvent dans cette 
condition. Divisons le mot autrement, nous aurons ezc 
urra, qui viennent d'esca et ^urra. Ezca n'est pas 
eskuarien; mais cette racine est latine, et elle signifie 
aiment, nourriture. Urra étant le nom de la noi- 
sette en eskuarien, il en résulte qu'ezcwrra voudrait 
dire noisette, et probablement gland à manger, gland 
comestible. Évidemment, cette dernière signification 



281 

l'emporte sur la première, car elle satisfait à toutes les 
conditions désirables, et il faut l'adopter, quoiqu'elle 
soit le résultat de l'adjonction de deux racines tirées de 
langues diflerentes. 

La racine ezca ou esca peut d'ailleurs avoir existé 
dans la langue eskuarienne; car on trouve encore le 
mot ezcalea, qui veut dire mendiant; et ce nom s'ap- 
pliquait sans doute exclusivement à celui qui deman- 
dait sa nourriture, ezca. 

Lorsqu'il s'agit de trouver les racines d'un mot com- 
posé, il faut donc agir avec la plus grande circonspec- 
tion, et éviter d'accepter des racines insignifiantes ou 
n'ayant aucun rapport avec la signification du mot 
composé. 

Il est arrivé à la plupart des auteurs basques de com- 
mettre ce genre d'erreur lorsqu'ils ont voulu recher- 
cher les racines de leur langue. Le P. Larramendi, 
Iliarce de Bidassoet, et l'abbé d'Arrigol, qui était bien 
certainement un des écrivains les plus judicieux et les 
plus réservés de celte nation , sont tombés dans ce dé- 
faut. Iharce de Bidassoet est allé si loin dans la com- 
paraison des racines, que, confondant les homonymes 
avec les synonymes , il a fait dériver tyr, de liro un 
coup de fusil en basque! choses qui n'ont aucun rap- 
port, et qui feraient venir tyr, mot très-ancien, d'un 
coup de fusil, chose très-moderne '. 

' Je dois faire remarquer que la racine basque tir est fort ancienne et signifie 
lancer, frapper. Tirua signille un coup quelconque porté avec une arme de jet. 
Ce mot est passé dans la langue espagnole avec la même signification, on dit 
tiro de pistola , coup de pistolet. Les Basques désignent un arc par fti'u:luta, 
tireur de déclics. 



282 
L'origine des Basques est assez intéressante pour 
que l'on n'ait pas besoin de faire intervenir le merveil- 
leux afin delà signaler à l'attention des savants. Je le dis 
avec peine : il sufllt que les racines d'un mot soient 
données par un Basque, pour que je croie devoir les sou- 
mettre à un examen rigoureux. Je n'aurai peut-être 
pas été moi-même à l'abri d'erreurs du genre de celles 
que je viens de signaler, malgré les eflorts que j'ai 
faits pour les éviter. 



XIV. 



Un peuple accepte des mots composés aussi bien que 
des mots radicaux; il accepte même des mots dont la 
signilication ne dilïère en aucune manière de ceux 
qu'il possède déjà, mais qui dérivent d'autres racines 
ou se prononcent autrement : c'est ainsi que nous avons 
les mots journalier et quolidien, qui ont une même 
valeur et des racines différentes, et que, récemment, 
nous avons introduit dans notre langue le mot anglais 
(jenlleman, qui est le représentant exact de notre mol 
gentilfwmme. 

Il résulte de là qu'une langue possède souvent des 
mots dont elle n'a pas les racines, et qu'à une racine, 
comme jour et homme, correspondent des dérivés tirés 
d'autres langues. C'est encore ainsi que nous avons le 
mot cheval et le mot équitation qui dérive du latin 
equus, cheval. 

Le caractère d'une véritable langue-mère conservée 



283 

dans toute sa pureté, serait de posséder toutes ses ra- 
cines et n'avoir d'autres mots que ceux qui en seraient 
dérivés ou seraient composés avec elles. Il faudrait 
encore qu'il n'y eût qu'un seul mot pour chaque signi- 
ûcalion. 

Quoique la langue eskuarienne ait conservé des ra- 
cines dont l'ancienneté ne peut être douteuse, puisque 
l'on a déjà vu que plusieurs d'entre elles sont antérieu- 
res à l'existence des langues grecque et latine, il n'est 
pas moins vrai qu'elle en a perdu un grand nombre. 
D'une autre pari, elle a souvent jusqu'à cinq et six 
synonymes dérivés de racines différentes pour expri- 
mer une même idée. Cela démontre qu'elle a fait de 
nombreux emprunts à d'autres langues; et l'on en peut 
déduire que les Escualdunais ont eu des relations fort 
étendues avec d'autres peuples. Je démontrerai ulté- 
rieurement (|ue la langue eskuarienne a des aflinilés 
non équivoques avec plusieurs des langues les plus im- 
portantes qui aient été ou soient encore parlées sur le 
globe, telles que le sanscrit, le persan, l'hébreu, l'a- 
rabe, le turc, le grec, le latin, le français, les lan- 
gues slaves, les langues celtiques, les langues des Sa- 
moyèdes, des Esquimaux, des Guarani du Brésil, et 
d'une foule d'autres peuples. 



Détermination da temps. 

Dans la détermination du temps relatif aux événe- 
ments histori([ues, il faut considérer deux cas dilVé- 

19 



284 

rents : 1° la fixation des époques où les événements 
ont eu lieu ; 2° la durée de ces événements. 

Ces deux cas peuvent être déterminés d'une manière 
relative et par un seul ordre de recherches. 



XV. 



Puisque les langues sont la représentation fidèle des 
connaissances des peuples qui les parlent, il est évi- 
dent qu'elles ont dû se former successivement , à me- 
sure que ces connaissances se développaient. 

Si l'on pouvait déterminer l'ordre dans lequel une 
langue s'est formée , on connaîtrait par cela même 
l'ordre dans lequel se sont développées les connaissan- 
ces du peuple qui la parlait, et l'on aurait ainsi la 
chronologie relative de l'évolution sociale de ce peuple. 

La formation d'un vocahulaire disposé selon l'ordre 
chronologique n'est pas une chose impossible; la phi- 
losophie des sciences est assez avancée pour que l'on 
sache, non -seulement quelles doivent être les connais- 
sances primitives que l'homme peut acquérir, ce qui 
est assez facile à déterminer, mais même dans quel or- 
dre les connaissances ultérieures doivent se développer. 

Les premières connaissances acquises sont celles qui 
résultent de l'observation directe et immédiate des êtres 
naturels les plus faciles à distinguer les uns des autres : 
Its principaux astres, les animaux, les végétaux, les 
pierres, les différentes parties du corps de l'homme et 
des animaux, les premiers degrés de la parenté, les 
phénomènes offerts par le feu et la lumière, quelques 



285 

idées générales ou abstraites. Par exemple : les idées 
de soleil, de lune, à' étoile , i\ animal , lYarbre ou 
d'herbe; la distinction des dill'érenles parties du corps 
de l'homme, telles que la tête, les mains, les pieds, 
la bouche, le nez, les yeux, les dents, la langue, le 
sang, etc. , seront acquises par l'homme, même dans 
l'état le plus sauvage. 

Si l'on considère, d'une autre part, que les progrès 
de la civilisation sont le résultat d'observations plus 
précises et plus détaillées, ou celui de diverses inven- 
tions, ([ui, s' ajoutant les unes aux autres, finissent par 
constituer tout le domaine des connaissances de l'hom- 
me, on pourra trouver l'ordre successif de ces obser- 
vations ou des inventions. 

Les observations se perfectionnent en passant du su- 
perficiel au profond, de ce qui est le plus évident à ce 
qui exige un examen plus attentif et quelquefois des 
instruments spéciaux, comme cela a lieu dans les scien- 
ces, lorscpie nos organes deviennent insuffisants : le 
microscope , le télescope, nous permettent d'observer 
un monde nouveau qui échappe à l'observation directe 
au moyen des sens que la nature nous a donnés, et la 
chimie, par ses réactions, pénètre encore |)lus loin. 

Le développement des connaissances humaines est 
soumis à des lois inévitables, qui ont été exposées par 
Ampère dans son Traité de la philosophie des scien- 
ces, et ces lois remontent, des observations les plus 
simples, aux conceptions les plus sublimes aux(|uelles 
ail pu parvenir l'homme dans noire état de civilisation 
moderne. 



286 

On peut donc établir la filiation des observations 
dans l'ordre chronologique de leur développemcnl pour 
tous les états possibles de la civilisation. 

Le moindre examen démontre que les inventions ont 
dû se produire dans un ordre déterminé; par exemple, 
que les canons n'ont pu être inventés avant la poudre. 
Si l'on considère, en outre, que les inventions ont tou- 
jours pour but de perfectionner ce qui existe, en le 
simplifiant, le rendant plus précis ou moins onéreux, 
on pourra pénétrer jusque dans les détails. Sans quit- 
ter l'ordre des armes à feu, on trouvera que le fu- 
sil à mèche a dû précéder ceux à pierre ; et parmi ces 
derniers, on trouvera encore que le fusil à rouet a dû 
précéder celui à batterie proprement dite , puisque le 
premier exige l'emploi d'une clef indépendante de l'ar- 
me, qui rend son maniement moins rapide. Par d'au- 
tres raisons, on trouvera que le fusil à piston est venu 
le dernier. 

On peut donc conclure des détails contenus dans ce 
paragraphe : qu'il est possible de construire un vo- 
cabulaire chronologique qui représente les différen- 
tes phases de l'évolution d'un peuple. 



XVI. 

Les notions histori(|ues que l'on peut déduire de la 
connaissance d'un vocabulaire sont loin de se borner à 
ce qui précède; car les relations qui s'éiablissent entre 
les peuples amènent un échange d'idées nouvelles et de 



287 

mots qui représentent ces idées. Ainsi, les Brezads ', 
confinés aujourd'hui dans trois départements de l'ex- 
trémité occidentale de la France, ont dans leur langue 
un grand nombre de mots fort anciens, que nous pos- 
sédons aussi à quelques modifications près. S'ils ne 
nous ont pas donné ces mots, nous les avons au moins 
puisés à la même source qu'eux; mais, depuis cette 
époque, combien de mots ne nous ont-ils pas emprun- 
tés? Et quels sont ces mots, si ce ne sont ceux que la 
civilisation a forcément introduits chez eux depuis 
qu'ils sont confinés dans les lieux qu'ils habitent? tels 
sont les mots mousquet, fusuil, bistolen, x^^^07i, vou- 
let xO'non, qui n'ont pas besoin d'être traduits pour 
être compris de ceux qui entendent la langue fran- 
çaise. Il en est de même des mots basques : mosquetea, 
fusila, pistola, canoyac, bola. Toutefois, je crois de- 
voir faire remarquer que les mots canoyac et bola dé- 
rivent de racines purement basques, canoya, un tube, 
et boilla, une boule. Si nous n'avons pas emprunté 
ces racines aux Basques, je dirai encore que nous 
avons dû, directement ou indirectement, les puiser à la 
môme source qu'eux; et, plus tard, ces mêmes racines 
sont retournées chez eux avec un nouvel emploi indi- 
quant une nouvelle application et une importation. 

XVII. 

Les mois empruntés à une langue peuvent être re- 

' Les Bas- Bretons se iKimnient cu\-inèraes Brezads, et iloiinenl le nom de 
Brezonne à leur langue. J'emploierai ces deux termes, pour éviter ce mot de 
Bas-Breton. 



288 

latifs à la guerre, au droit, au gouvernement, à la re- 
ligion, au commerce, aux sciences, aux arts, ou à 
toute autre partie de l'ordre social. 

L'ordre auquel appartiennent les mots empruntes à 
une langue indique la nature des relations qui ont 
existé entre le peuple dont on veut établir l'histoire, et 
celui qui parlait la langue à laquelle les emprunts ont 
été faits. 

Si les mots empruntés sont groupés dans l'ordre 
chronologique, il deviendra donc possible de connaître 
non-seulement la nature des relations des peuples, mais 
même l'époque relative à laquelle ces relations ont eu 
lieu. 

Les termes empruntés au droit indiquent en général 
que les lois d'un peuple, celui dont viennent ces ter- 
mes, ont été imposées par force à un autre peuple, ce- 
lui qui les a reçus. C'est ainsi que les termes du droit 
français existent en Angleterre par suite de l'envahis- 
sement de ce pays par Guillaume-le-Conquérant; que 
le code Napoléon a été imposé à une partie de l'Alle- 
magne, et que les Polonais subissent la loi des Russes. 

Les termes empruntés au gouvernement ou à l'admi- 
nistration indiquent aussi une domination et l'intro- 
duction d'un nouveau mode de gouvernement par un 
peuple vainqueur. 

Des observations analogues peuvent être faites pour 
ce qui concerne la religion , les sciences et les arts. 

On peut donc, en analysant la langue d'un peu- 
ple, déterminer la nature et l'époque des relations 
qu'il a eues avec d'autres peuples. 



289 
XVIU. 

Pour ce qui concerne les sciences, il peut se pré- 
senter plusieurs cas assez embarrassanls. Ainsi, la mau- 
vaise habitude que nous avons de fabriquer des termes 
scientifiques avec des racines grecques, pourrait faire 
croire, si l'on n'avait d'autres renseignements, que les 
Grecs possèdent où possédaient toutes les sciences dont 
les noms sont construits ainsi qu'il vient d'être dit, et 
que c'est à eux que nous les avons empruntées. D'une 
autre part, la langue basque se prêtant très-facilement 
à la construction des mots par ses propres racines, il 
arrive que la plupart des noms des sciences connues 
de ce peuple sont tout à fait basques en apparence, et 
que l'on pourrait croire que les Basques sont les inven- 
teurs de ces sciences , lorsque très-probablement ils les 
ont reçues toutes faites, et n'ont eu que la peine d'en 
imiter les noms avec leurs racines. C'est ainsi qu'ils ont 
sans doute formé, à une époque assez rapprochée de 
nous, les noms suivants : 

Jainkokindea, théologie, 

Erakindea, chronologie, 

qui sont formés des racines Jainkoa, Dieu ; era, temps ; 
kindea, science, qui correspondent exactement aux 
racines grec(|ues Oéos, x'f'onos et lo(jos, qui ont la 
même signilicalion. 



290 
On ne saurait affirmer que 

Jzarkindea, qui signilie Vastrologie, 

et se trouve formé des racines izar, asire, et kindea, 
science, ait été formé de la même manière; car, sa- 
chant aujourd'hui que les Basques viennent de l'Asie, 
et sachant d'ailleurs que l'astrologie judiciaire a pris 
naissance dans ce continent à une époque fort éloi- 
gnée de nous et avant d'avoir pénétré chez les Grecs , 
il est possible que les Basques aient connu ce nom 
avant de venir en Europe. 

Il faut encore reconnaître que plusieurs sciences ont 
en basque des noms plus précis qu'en grec ou en d'au- 
tres langues qui en dérivent : tel est le nom de neur- 
takindea ( de wewria, mesure ), par lequel ils dési- 
gnent la géométrie. Cela pourrait servir à démontrer 
que cette science n'a pas pris naissance en Egypte, 
comme on le pense communément; qu'elle est née en 
Asie, qui est le pays originaire des Basques, ainsi que 
je viens de le dire, et que là elle avait tout le caractère 
d'une science, lorsque, considérée dans son étymolo- 
gie grecque, qui signifie mesure du sol, elle ne re- 
présente qu'une pratique ou un art que nous nom- 
mons arpentage. 



XIX. 



La durée et l'intensité, si l'on peut se servir de ce 
terme, des relations des peuples, pourront être recon- 



nues par le plus ou moins grand nombre de mois qui 
seront passés d'une langue dans une autre; el le temps 
qui s'est écoulé depuis l'origine de ces relations pourra 
aussi être déterminé jusqu'à un certain point, quand 
même ces relations auraient précédé l'invention de l'é- 
criture : on se fondera pour cela sur ce que les nations 
se sont généralement dispersées el fondues les unes dans 
les autres, et que les mots qui ont été empruntés à 
une seule langue ont éprouvé les mêmes vicissitudes 
que la nation qui parlait cette langue, et se trou- 
vent dispersés dans une famille de langues. 

J'entends par famille de langues, un groupe de lan- 
gues réunies par leur plus grande affinité, ainsi que 
M. Balbi en a établi un grand nombre dans son re- 
marquable Atlas ethnograhique. C'est ainsi que nous 
verrons la langue basque dispersée dans la famille tur- 
que, dans celle des Samoyèdes el dans celle des Es- 
quimaux. 

On comprendra facilement d'ailleurs que si l'histoire 
d'un peuple qui a eu des relations avec un autre peu- 
ple, esl connue, cette histoire pourra donner des ren- 
seignemenls précieux, en permettant de fixer quelques 
époques d'une manière précise. 



XX. 



Si l'on dispose les mots principaux du vocabulaire 
d'un peuple dans l'ordre chronologique de leur appari- 
tion , el si , pour avoir des termes définis de comparai- 
son , ce vocabulaire esl divisé en âges successifs cor- 



292 

respondanl aux divers étais sous lesquels Ihomme existe 
ou a existé sur le globe, par exemple : en âge primilif 
ou premier âge, en deuxième, troisième, quatrième 
et cinquième âge, soit depuis l'habitant des îles de la 
mer du Sud jusqu'à nous, en passant par les princi- 
paux degrés de civilisation connus; si l'on compare 
ensuite ce vocabulaire avec ceux des autres langues, 
les affinités se dessineront dans l'ordre même de leur 
apparition fixée dans le temps. 

Un travail exécuté comme il vient d'être dit satisfe- 
rait à toutes les conditions discutées et exposées dans 
les paragraphes précédents relatifs aux déterminations 
chronologiques. 

On verra, par suite de l'exécution de ce travail, que 
les Basques, dès le premier âge, ont eu des relations 
avec des peuples des deux Amériques et du nord de 
l'Asie; qu'ils en ont eu avec les Indiens sanscrits; et 
enfin, qu'à des époques plus rapprochées de nous, mais 
fort anciennes, ils en ont eu avec les peuples Sémiti- 
ques, les Grecs^ surtout avec les Latins. L'étude chro- 
nologique de la langue basque poussée jusqu'à nos 
jours, démontrerait, s'il en était besoin, les relations 
de ce peuple avec les Français, les Espagnols et les 
Portugais. 

Investigation des lieux. 

Les lieux qui ont été successivement occupés par 
une race ou une nation , peuvent se déduire de plusieurs 
sortes de considérations : 



293 

1° De celle des noms mêmes des lieux qui peuvent 
appartenir à la langue du peuple dont on entreprend 
de restaurer Ihisloire; 

2° De celle des relations de celte nation avec d'au- 
tres nations qui n'ont cessé d'habiter les régions où 
elles existent encore, ou bien des régions indiquées 
par l'histoire ; 

3° Par les noms des familles qui peuvent se trouver 
dispersées à la surface du globe ; 

4° Par la déduction la plus plausible qui peut résul- 
ter de l'ensemble des recherches faites pour restaurer 
l'histoire d'une nation. 



XXI. 

Les hommes qui habitent une région pour la pre- 
mière fois, éprouvent la nécessité de donner des noms 
aux différents accidents des lieux qu'ils habitent, alin 
de pouvoir parler de ce qu'ils ont fait ou vu, ou de 
donner des renseignements, des indications ou des 
ordres. 

Ces noms, comme tous les autres, sont formés d'a- 
près certaines lois et sont presque toujours significa- 
tifs, c'est-à-dire qu'ils rappellent un des points les plus 
saillants de la localité qu'ils désignent. 

Si les noms ne sont point significatifs, ils ne sont 
l)oint pour cela faits en associant des sons ou des lettres 
au hasard, mais à l'aide de noms empruntés à la lan- 
gue du |)euple qui habile la localité, noms qui rappel- 



294 

lenl le plus souvent quelque circonstance ou (juclque 
fait liisloriciue dont la trace est bientôt perdue; ou bien 
ce sont des noms d'iionimcs ou de familles. Comme ces 
noms ont souvent un caractère linguistique spécial, 
cela permet encore de reconnaiire leur origine. 

Enfin, les noms sont cons'ruits avec des racines 
perdues et entièrement sorties d'une langue, de telle 
manière qu'ils n'ont aucune signification délermina- 
ble; mais, dans ce cas, ils j euvent encore être de 
quelque utilité, parce qu'ils ont un caractère de famille 
qui permet de reconnaître leur origine, c'est-à-dire 
de les rapporter à une langue connue. 

Plusieurs localités habitées actuellement par les Bas- 
ques ont des noms entièrement basques. 

Bayonne vient de Bai ona { bonne baie ) ; Meiidi- 
helza, montagne Noire, montagne de France, Basses- 
Pyrénées ; Mendigorria , { montagne Rouge ). Bourg 
d'Espagne en Navarre, situé sur une montagne. Usalso 
{ mer ) , village de France situé sur une montagne d'où 
l'on voit la mer, Basses-Pyrénées, etc. 

XXII. 

Les noms des lieux ou des contrées ont une prépon- 
dérance relative, lorsqu'on les considère au double point 
de vue de leur ancienneté et de leur durée. Les noms 
des montagnes, des fleuves, des lacs et des rivières, 
sont ceux qui persistent le plus , non-seulement parce 
que les objets qu'ils désignent sont eux-mêmes très- 
persistants, mais parce (jue généralement ces noms 



29S 

sont acceptés par ceux qui viennent habiter les régions 
où se trouvent les objets auxquels il se rapportent. 
Souvent ces noms subissent des altérations considéra- 
bles dans leur terminaison et dans la manière de les 
écrire, mais on peut encore reconnaître leur origine 
par leurs racines. 

Le mont le plus élevé de la chaîne du Caucase se 
nomme Elburu. Si ce nom a une origine basque, on 
trouve qu'il vient delur, neige, et de buru, tête, et 
qu'il veut dire tête de neige. 

Vers 42° de latitude N. , et 75° de long. 0. , on trouve 
Boiirouts dans la chaîne de montagnes qui sépare au- 
jourdhui la Chine du reste de l'Asie. Faut -il encore 
voir dans ce nom le mol tête en Basque? 

Le pic Cayamburo , un des plus élevés de la chaîne 
des Andes, sous l'équateur, n'a-t-il pas un nom qui 
rappelle aussi le mot tête, souvent appliqué aux mon- 
tagnes élevées? 

Près de Biel, dans le nord de l'Aragon, on trouve la 
Cabeza mayor, nom qui, en espagnol, signifie tête 
majeure, ou la plus haute tête, c'est-à-dire le pic 
le plus élevé. Ce nom vient à l'appui des citations pré- 
cédentes, dans l'emploi du mot tête, pour désigner un 
pic ou une montagne élevée. 

Les noms des villes sont souvent moins anciens que 
ceux des accidents superficiels du globe. Cela se con- 
çoit facilement, puisque les peuples ont existé long- 
temps avant de bâtir des villes. 

Les noms des localités secondaires par leur impor- 
tance géographi(|ue sont aussi ceux qui s'allèrent le 



296 

plus rapidement; ou bien, au moins, c'est par eux que 
des noms appartenant à de nouvelles langues viennent 
s'intercaler parmi les plus anciens. 

Les noms les plus anciens relatifs aux accidents 
physiques du globe sont donc ceux qui appartien- 
nent à ceux de ces accidents qui sont les plus appa- 
rents; et moins il y a de ces noms appartenant à 
une langue déterminée , dans une contrée où l'on ne 
parle plus cette langue, et plus il y a de temps que 
cette contrée a été abandonnée par le peuple qui la 
parlait. 

Et par contre, lorsque dans une contrée on ne 
trouve pas d'autres noms que ceux tirés de la lan- 
gue du peuple qui l'habite, on est conduit à penser 
que ce peuple est autochlhone de cette contrée, et 
qu'il n'a cessé de l'habiter depuis qu'il y est venu 
pour la première fois. 



XXIII. 

Si dans une langue on trouve des mois appartenant 
à plusieurs autres langues, on est conduit à penser 
(|u'il y a eu des relations entre les peuples qui parlaient 
ces langues, soit parce (|u'ils étaient tous d'une même 
origine, soit parce qu'ils ont fait invasion les uns chez 
les autres, soit enfin parce qu'ils ont eu simplement 
des relations commerciales ou autres. 

Le problème qui vient d'être posé est un des plus 
compli(|ués et des plus difliciles à résoudre. Cependant, 



297 

la méthode exposée jusqu'à ce monienl permet d'en 
avoir la solution. 

Il faudra voir : 

1° Si CCS mots sont primitifs dans l'ordre chronolo- 
gique; 

2° S'ils sont primitifs ou dérivés dans l'ordre gram- 
matical ; 

3° Enfin, il faudra, par leur propre valeur, cher- 
cher la nature des relations établies entre les peuples. 

Cela étant bien considéré, on pourra en déduire si 
les mots dérivent d'une origine commune, s'il y a eu 
invasion, ou s'ils sont le résultat de relations commer- 
ciales ou autres. 

En admettant que cela ait pu être fait, il faudra 
chercher quelle est la combinaison qui se concilie le 
mieux avec les observations. 

C'est par des considérations de l'ordre précédent que 
j'ai pu établir le lieu d'origine des Basques, et ceux 
qu'ils ont habités à dilïérentes époques, dont la moins 
éloignée de la nôtre remonte à plus de deux mille ans. 



XXIV. 

Les noms de quelques familles se conservent quelque- 
fois sans altération pendant un temps considérable, et 
lorsqu'un peuple a changé de langue, on retrouve en- 
core des noms propres qui se rapportent à sa langue 
primitive. 

Les noms des individus, combinés avec leurs carac- 



298 

tères ethnographiques, peuvent donner des renseigne- 
ments d'une assez grande valeur. 

Si le nom se rapporte aux carctères ethnographi- 
ques, il peut passer pour un véritable nom propre long- 
temps conservé. Sans cette concordance, il pourrait 
n'être qu'un sobriipiet, ou bien il aurait une tout au- 
tre signification que celle dont il est ici question. 



XXV. 

Il n'y a point que le vocabulaire d'un peuple qui 
puisse être utilisé pour une restauration histori(|ue; 
les autres éléments de la langue de ce peuple ofl'rent 
aussi des sujets de recherche d'une haute importance; 
la prononciation, l'alphabet, la grammaire proprement 
dite, et la littérature, sont dans ce cas. 

Le mécanisme du langage, les lois auxquelles sont 
assujettis les mots pour l'expression de la pensée ou la 
grammaire, sont en général plus durables que ces mê- 
mes mots. Ceux-ci s'usent, se contractent, et dispa- 
raissent des langues par mille causes diverses; tan- 
dis que les règles de leur association persistent tou- 
jours; seulement, ces règles vont en se compliquant à 
mesure que les langues font des acquisitions nouvelles. 

La langue française ofl're un exemple remarquable 
de la persistance des grammaires. Principalement for- 
mée de mots primitifs ou communs à une foule de lan- 
gues anciennes ou modernes, de mots celtiques, es- 
kuariens, latins et grecs, elle est assujettie à des lois 



299 

grammaticales qui ne sont ni celtiques, ni eskuarien- 
nés, ni latines, ni grecques '. 

Indépendamment de son mécanisme, chaque langue 
a encore un cachet spécial qui la caractérise. La pro- 
nonciation, l'orthographe des mots, leurs désinences, 
sont astreintes à des lois qui, pour nèlre pas écrites, 
n'en sont pas moins très-évidentes. C'est à celte parti- 
cularité des langues que ceux mêmes qui ne les con- 
naissent pas savent les distinguer, soit à l'audition, soit 
à la lecture. 

Par suite des lois spéciales à chaque idiome, les mois 
qui passent d'une langue dans une autre subissent des 
modifications profondes, soit dans la manière de les 
prononcer, soit dans celle de les écrire. 

Ces modifications rendent souvent les origines fort 
difliciles à reconnaître. 

Plusieurs savants linguistes ont déjà signalé les avan- 
lages que l'on peut recueillir de la comparaison des 
grammaires et de la suprématie qu'elles ont sur les 
mois des vocabulaires, pour reconnaître les affinités des 
langues. Sans me préoccuper de cette suprématie, qui 
pourrait être contestée pour le cas particulier dont je 
m'occupe, ce ne sera point trop d'avoir recours à tout 
ce qui peut apporter quelque lumière pour éclairer un 
sujet aussi obscur. 

Je donnerai quelques détails sur la grammaire es- 

' Je ferai remarquer en passant, que la grammaire française n'est pas telle 
qu'on l'expose généralement dans nos livres élémentaires : elle est plus simple et 
fait tous les jours des progrès b mosur(' que l'on apprécie mieux les fonctions 
granuiiaticales des mots qui (.omposent notre langue. 

30 



300 

kuarienne, laquelle est bien digne de l'intérêl de ceux 
qui s'occupent de linguistique. Simple dans sa marche, 
aussi générale que possible et ne présentant aucune es- 
pèce d'exception, elle peut être signalée comme un 
type que l'on pourrait imiter, mais que l'on seiïorce- 
rait en vain de dépasser. 

La grammaire eskuarienne, conservée intacte pen- 
dant un grand nombre de siècles, est un fait des plus 
remarquables, non-seulement au point de vue de la 
linguistique, mais aussi de l'histoire de Ihumanité, 

CARACTÈRES ETHNOLOGIQUES. . 

Si les langues peuvent être scrutées pour retrouver 
les traces de l'histoire primitive des peuples, elles ne 
peuvent cependant avoir une valeur absolue; et il est 
indispensable, non-seulement d'y joindre les caractères 
anthropologiques de ces peuples, mais même tous les 
documents, quels qu'ils soient, propres à nous éclairer. 

Les langues peuvent parfaitement servir pour éta- 
blir les affinités qu'elles ont entre elles; mais elles ne 
suffisent pas toujours pour démontrer celles des na- 
tions ou des races qui les ont parlées. On conçoit très- 
bien elïectivement ((ue plusieurs races did'érentes, réu- 
nies en corps de nation ou isolées, puissent parler la 
même langue; on conçoit bien encore que la même 
race, en se divisant ou en se fondant dans les autres 
races, puisse arriver à parler des langues diflerentes. 

Cette seule pensée fait naître une foule de problèmes 
dont la solution est souvent fort difficile et exige as- 



301 

sûrement un grand travail. J'en examinerai quelques- 
uns par la suite, et je m'efforcerai (Ken donner une so- 
lution probable; mais ce ne pourra être par les seules 
études linguistiques : il faudra leur adjoindre des re- 
cherches sur les races humaines et sur leur conserva- 
tion , leur altération et les modiflcalions plus ou moins 
profondes qu'elles éprouvent de la part du temps, des 
circonstances et des croisements. 

Je donne le nom d'elhnologie à une partie de Yan- 
thropologie qui comprend l'ensemble de ce qui est re- 
latif aux races considérées en elles-mêmes, dans leurs 
ascendants et leurs descendants, et dans leurs rapports 
avec les circonstances qui les entourent; l'ethnogra- 
phie n'en est elle-même qu'une partie fort circonscrite. 

Les caractères ethnologiques qu'il faudra consulter 
pour essayer de résoudre les problèmes qui se ratta- 
chent à l'histoire des Escualdunais primitifs, appar- 
tiennent à cinq ordres principaux, susceptibles d'être 
divisés et subdivisés, qui comprennent : 

1° Les caractères anatomiques; 

2° Les aptitudes et les facultés ' physiques; 

3° Les aptitudes et les facultés instinctives; 

4° Les aptitudes et les facultés artistiques; 

5" Les aptitudes et les facultés intellectuelles. 

Les caractères anatomiques se réduisent générale- 
ment, et faute de plus amples renseignements, à l'as- 
pect extérieur des individus; c'est parmi eux que vien- 
nent se ranger la forme du visage et du crâne, celle 
des mâchoires et du nez, la taille, la couleur, etc. 

' Le mot faculté est pris dans le sens de puissance de faire ou d'exéi utcr. 



302 

Les aptitudes et les facultés physiques compren- 
nent les dispositions naturelles, qui permettent d'exer- 
cer certaines actions avec ou plus ou moins de facilité; 
c'est à elles que se rapportent la gymnastique et les 
professions manuelles. Ces dernières ont des con- 
nexions intimes avec le groupe des facultés artistiques. 

Les aptitudes et les facultés instinctives compren- 
nent une foule de penchants que l'homme possède sou- 
vent en commun avec les animaux supérieurs; il en 
est cependant plusieurs qui sont propres à l'homme. 
Ces penchants, lorsqu'ils sont modérés, passent ina- 
perçus. Développés jusqu'à un certain point et dans 
des circonstances déterminées, ils peuvent devenir des 
vertus, des vices, des tendances au crime et à la mo- 
nomanie. 

Parmi ces penchants, on distingue la làchelé, la 
bravoure; la probité, le penchant au larcin, au vol; 
la crainte, le courage, la témérité; l'indolence, la pa- 
resse, le penchant au travail; l'intempérance, l'abus 
de toutes choses ; la charité, l'égoisme; la franchise, la 
dissimulation , l'hypocrisie; la loyauté, la ruse, la four- 
berie, etc. 

Les aptitudes et les facultés artistiques compren- 
nent tout ce qui se rattache aux beaux-arts, tels que 
la sculpture, le dessin, la peinture, et l'architecture, 
comprise dans le sens de sa valeur étymologique. 

Les aptitudes et les facultés intellectuelles compren- 
nent principalement la mémoire, la conscience, l'ap- 
préciation des relations et des analogies ', et les fiicul- 

' c'est de ccKe faculté que dépendent le jugement, le raisonnement, la dé- 



303 

tés d'analyser, de réunir, d'abstraire et d'inventer. 

Plusieurs auteurs admettent la persistance des ca- 
ractères ethnologiques, malgré l'influence des circons- 
tances; d'autres admettent au contraire, et M. Pri- 
chard est de ce nombre, que les caractères ethnologi- 
ques s'altèrent avec une grande facilité, et surtout avec 
la latitude habitée par l'homme. Sans prétendre juger 
ici quelle est de ces deux opinions opposées celle qui a 
le plus de probabilités pour elle, on devra admettre, 
sans aucun doute, qu'à l'abri des croisements et dans 
des circonstances toujours les mêmes, les races se con- 
servent dans toute leur pureté. Ce sera sur ce théo- 
rème, dont la solution ne peut laisser le moindre doute, 
que je m'appuierai principalement. 

Les principaux problèmes que nous aurons à résou- 
dre, pour apporter quelque exactitude dans l'histoire des 
Basques primitifs, seront les suivants : 

\° Lorsqu'il existe des rapports linguistiques entre 
deux peuples qui diffèrent essentiellement par leurs ca- 
ractères ethnologiques, faut-il admettre que ces deux 
peuples dérivent d'une même souche, modifiée par les 
circonstances; ou bien qu'étant nettement distincts par 
leur origine, les rapports linguistiques se sont établis 
par des communications de race à race? 

2° Lorsque des races possèdent des caractères eth- 
nologiques semblables et parlent des langues essentiel- 
lement différentes, faut -il admettre qu'elles ont une 
origine commune, ou le contraire? 



daction, l'induction, la généralisation, la détermination des lois de la nature 
et la coordination ou la classiûcalioo. 



304 

3° Que peut-on conclure de ce que des peuples of- 
frent des relations restreintes entre les langues qu'ils 
parlent et leurs caractères ethnologiques? 

Afin d'éviter des répétitions, ces problèmes ne seront 
étudiés que dans la troisième partie de ce travail. Il est 
facile de voir que le troisième problème est complexe, 
et que les solutions (|uc Ton peut en donner doivent va- 
rier selon la nature des relations linguistiques et elh- 
nologitiues. 

MOEURS, COUTUMES, USAGES. 

11 est des coutumes et des usages qui se perpétuent 
chez les peuples pendant un temps si considérable, 
malgré une foule de modifications religieuses, politi- 
ques ou sociales, que ces mêmes usages peuvent servir 
pour reconnaître les affinités qui existent entre eux. 

Les Basques ont des coutumes bizarres qui se pra- 
tiquent lorsque les femmes accouchent, qui ont existé 
autrefois en Corse, et que l'on a retrouvées dans la 
province de Kardan, chez plusieurs hordes tarlares, 
et jusque dans l'Amérique du Sud. 

Lorsqu'un Basque meurt, on fait de grandes réjouis- 
sances, et cet usage singulier existe encore au Chili. 

Les usages et les coutumes des peuples ne peuvent 
seuls permettre de juger les affinités des races, mais 
ils donnent des indices pour rechercher ces affinités 
par d'autres moyens plus précis. Si l'on trouvait réu- 
nis, par exemple, des usages semblables avec des affi- 
nités linguistiques et des relations ethnologi(jues, on 
serait forcé de conclure, même malgré l'histoire, qu'il 



305 

y a unilé d'origine. Ce résullal pourra èlre obtenu 
pour plusieurs peuples ([ui ollrent ces relations avec 
les Basques. 

ÉVOLUTION SOCIALE COMPARÉE. 

L'homme existe encore à notre époque à tous les de- 
grés de l'évolution sociale, dans les différentes régions 
du globe. On l'y trouve, depuis l'étal sauvage où il vit 
sans vêtements et sans agriculture, jusqu'à celui de 
l'Europe moderne, en passant par tous les points in- 
termédiaires que l'histoire de l'évolution sociale nous a 
fait connaître. 

L'élude comparée de l'homme dans ces différentes 
conditions, celle des moyens par lesquels il s'élève peu 
à peu de l'étal de la plus grande simplicité à celte con- 
dition qui est la nôtre, peut fournir d'amples rensei- 
gnements pour faciliter l'étude de l'histoire primitive 
d'un peuple quelconque; car celle histoire nous ap- 
prend que toutes les races, suflisamment perfectibles, 
sont passées à peu près par les mêmes degrés de civili- 
sation , et que les mêmes inventions relatives, soit à 
leurs besoins de tous les jours, soit à leur défense per- 
sonnelle, onl été à peu près les mêmes partout. 

C'est ainsi que tous les peuples se sont servis de ha- 
ches de pierre, et qu'ils ont fait des poteries même à 
répo(|ue antédiluvienne ', et que partout ils ont su se 
servir de bâtons, de zagaies, d'arcs et de flèches. 

' On a rencontré des débris de poteries mêlées a des ossements liumains et 
enfouies dans des grottes, au-dessous de débris d'animaux dont plusieurs espè- 
ces sont perdues, telles que l'ursus spœleus, etc. 



306 

C'est là le résultat de l'observation ; mais il est facile 
de se rendre compte de la filiation forcée de ces faits; 
car partout l'homme étant construit de la même ma- 
nière, à moins de n'être pas homme, et partout ayant 
rencontré les mêmes matériaux, soit minéraux, soit 
organiques, il a dû en disposer selon la nature de ses 
organes et le plus ou moins de puissance de ses facul- 
tés intellectuelles. 

De l'identité de l'être et des circonstances dans 
lesquelles il s'est trouvé, on déduit l'identité des 
produits qu'il a formés. 

Cette unité du mode d'évolution sociale et industrielle 
de l'homme a tellement été générale , que tous les jours 
elle vient se confirmer par les recherches des archéo- 
logues; mais, bien plus : l'histoire proprement dite, 
telle qu'elle a été écrite par Hérodote, Strabon et Dio- 
dore de Sicile, nous apprend que, du temps de ces his- 
toriens , plusieurs peuples européens étaient encore 
dans l'état de barbarie où se trouvaient à peu près les 
peuples océaniens lorsque la découverte en fut faite par 
les navigateurs. Les Eskuariens , et même nos propres 
ancêtres, étaient dans cette condition il y a environ 
deux mille ans. 

L'étude comparée de révolution sociale de l'homme, 
telle quelle peut être observée à notre époque sur 
divers points du globe, l'invariabilité du mode d'é- 
volution, peuvent donc être d'un grand secours pour 
l'élude de l'histoire primitive d'une race quelconque, 
car ce qui a eu lieu pour un peuple a eu également 
lieu pour les autres peuples, à quelques modifica- 
tions près. 



307 



W PARTIE. 



APPLICATION DE LA MÉTHODE D'INVESTIGATION HISTORIODE. 

LANGUE. 

Je me suis efforcé de démontrer, dans la première 
partie de ce travail, qu'en soumeUanl la langue d'un 
peuple à un examen spécial, il était possible d'en tirer 
des renseignements considérables sur son origine et 
sur les relations qu'il avait pu avoir avec d'autres peu- 
ples; en un mot, que Ion pouvait en déduire des no- 
lions suffisantes pour restaurer son histoire sociale. 
Dans cette deuxième partie, je vais m'efforcer dappli- 
quer la méthode d'investigation historique qui a été 
développée dans la première. 

L'étude de la langue d'un peuple comprend essentiel- 
lement celle des mots qui la forment et celle des rè- 
gles auxquelles leur association est soumise pour repré- 
senter les idées et les transmettre. 

L'ensemble des mots forme un vocabulaire. 

Les règles de l'association des mots constituent une 
grammaire. 

Les mots peuvent être considérés non-seulement au 
point de vue de leur signification directe, mais ils peu- 
vent aussi être étudiés aux divers points de vue de 
leurs racines, de leur dérivation et des analogies qu'ils 
présentent avec les mots des autres langues. 



308 

Pour compléter cette étude , il fiuidra classer les mots 
de celte langue dans l'ordre chronologique, rechercher 
à quelles époques se présentent les analogies qu'ils of- 
frent avec les mots d'autres langues, et il importera 
enfin de rechercher les lieux dont les noms peuvent 
avoir été formés avec les racines de cette langue. 

L'examen qui vient d'être fait conduit à étudier une 
langue dans l'ordre suivant : 

Grammaire, 

Vocabulaire, 

Racines, 

Parasynonymes , 

Vocabulaires comparés, 

Vocabulaire chronologique. 

Vocabulaire des noms de lieux. 

Avant de procéder à l'examen de ces diverses par- 
ties, il est utile de rechercher l'origine des noms divers 
qui ont été portés par les Basques. 

Des noms divers de la nation basque 

Le peuple que nous désignons aujourd'hui sous le 
nom de Basque a été nommé successivement Ibéricn, 
Cantabre el Basque; il se nomme lui-même Eskual- 
dunac, et il donne à sa langue le nom d'eskuara ou 
(ïeuskara. 

Tant de peuples ont formé des colonies en Espagne, 
que l'histoire ne permet pas d'alllîrmer que les Basques 
actuels soient les descendants des anciens Ibériens; ce- 



309 

pendant, cette opinion a de grandes probabilités pour 
elle. 

L'Espagne a porté très-anciennement le nom dlbé- 
rie; et comme les Basques passent pour avoir été les 
premiers habitants de cette contrée, on a cru devoir 
les nommer Ibériens. 

D'une autre part, la Géorgie actuelle, située au pied 
méridional de la chaîne du Caucase, a porté très-an- 
ciennement aussi le nom d'Ibcrie; et rapprochant ces 
noms, on a pensé que les Ibériens, partis du Caucase, 
étaient venus s'établir en Espagne et avaient donné 
leur nom à cette contrée. 

Lorsque Hérodote écrivait, dans le cinquième siècle 
avant Jésus-Christ, les Ibériens du Caucase avaient, 
déjà émigré, et cette contrée, comme aujourd'hui , était 
habitée par plusieurs nations diflorentes. Ce serait donc 
au moins cinq siècles avant Jésus-Christ que les Ibé- 
riens auraient émigré. Selon Varron, ce serait quinze 
cents ans avant le Christ qu'ils se seraient rendus en 
Espagne par le nord de l'Italie. 

Arrivés dans la péninsule hispanique par le passage 
qui existe entre la Méditerranée et les Pyrénées, ils 
auraient d"abord habile la Catalogne, l'Aragon, puis les 
provinces qu'ils occupent encore. C'est là qu'ils auraient 
donné le nom d'iberus à YÈbre '. 

Strabon , qui vivait dans le premier siècle de l'ère 



' Iberus veut dire un véritable fleuve; nu tirant ce nom d'/fcota, ou eau 
courante, rivic're ou fleuve, el A'eria, terre, ce nom voudrait dire terre arrosée 
par un tleuve. Ce nom convient parfaitement li la vaste plaine de l'Aragon, arro- 
sée par l'Èbre et ses atlluents. 



310 

vulgaire, a désigné les Basques uctuels sous le nom de 
Cantabres; ils habitaient alors la contrée où ils se 
trouvent maintenant. 

Les détails donnés par ce savant géographe sont si 
précis, qu'il ne peut y avoir aucun doute sur l'identité 
des Cantabres et des Basques. 

Strabon donne aussi des détails sur les Vascons, qui 
habitaient la contrée comprise entre les Pyrénées et la 
Garonne, et il les distingue nettement des Cantabres par 
leurs caractères ethnographiques et par leurs mœurs. 

Ce nom de Vascon parait être l'origine des noms Bas- 
que et Gascon, en changeant la mutable t) en 6 et 

en g. 

Il faut remarquer ici que la transformation du b en 
V appartient au génie des langues du midi de la France, 
et que celle du t; en g' appartient aux langues du nord 
de ce pays ou aux Flamands '. 

Les Espagnols ont étendu le nom de Vascon aux 
Cantabres, qu'ils ont nommés Basques; et les Fran- 
çais, ne confondant point les Cantabres et les Vascons, 
ont donné le nom de Gascons à ces derniers, et celui 
de Basques à ceux que les Espagnols nommaient Bas- 
ques [ lisez Baskèsses ). 

Le nom de Vascon vient d'un mot commun aux lan- 
gues les plus anciennes comme aux plus modernes, et 
qui veut dire successivement nourriture, paître el 
pasteur (V. les dérivés analogiques), el semble indi- 

' En Flandre, on dit wantier pour gantier; et une ruedeValenciennes porte 
encore le nom de rue Des Wantiers. On dit aussi Guillaume pour Willaime, 
et Gallois pour Wallons. 



311 

quer que les peuples qui habitaient l'Aquitaine étaient 
des peuples pasteurs. 

Les Basques se nomment eux-mêmes Escualdunac. 
Ce nom a donné naissance à des recherches qui n'ont 
point été heureuses. 

Iharce de Bidassoel voit dans ce nom escu aide 
dunac, main favorable à ceux qui l'ont! Et il se 
fonde, pour appuyer sa trouvaille, sur ce qu'il n'est au- 
cun peuple qui soit aussi habile à se servir de ses mains 
que les Basques. Il est malheureux que des mains aussi 
habiles n'aient jamais produit d'œuvres artistiques; car 
elles eussent sans doute dépassé tout ce que l'on a pro- 
duit jusqu'à ce jour. 

On dit encore qu'ils se nomment ainsi, parce qu'ils 
vivaient de glands ( ezcurrac). 

On peut voir, dans ce mot composé : ezcu aide diin, 
main, ou clmie, ou gkmd; région ou côté, et monta- 
f/ne, eu tirant ce nom de la langue celtique et proba- 
blement d'une racine basque perdue. D'où, en choisis- 
sant dans ces racines, ce nom signifierait : habitant de 
la région montagneuse des chênes. Ce nom convient 
parfaitement à la partie des Pyrénées habitée par les 
Basques. 

Les Basques ne sont point d'accord sur le nom donné 
à leur langue : les uns veulent que ce soit ezkuara, 
et les autres veulent que ce soit euzkara et même 
uskara. 

L'interprétation donnée au mot ezcualdunac vou- 
drait que le premier nom fût le seul vrai; il serait une 
contraction, qui voudrait dire : des chênes, ou habi- 
tant des chênes. 



312 

En résumé, on verra par la suite qu'il est éminem- 
ment probable (|ue les Basques sont les descendants des 
Ibériens; que ce sont certainement les anciens Canta- 
bres dont parle Slrabon; que le nom de Basque qu'on 
leur donne actuellement n'est point le leur, et que le 
nom Escualdedunac, sous lecjuel ils se désignent d'une 
manière spéciale, a une signification fort incertaine, 
(pu)ique ce soit bien évidemment un nom composé et 
qui doit être significatif '. 

Grammaire. 

La langue basque (eskuara) peut être parlée à l'aide 
de cin([ voyelles et de vingt-quatre articulations " qui 
n'existent pas dans tous les dialectes; il résulte de là 
que son mécanisme verbal est fort simple. 

Les voyelles sont toutes très-sonores el rendent cette 
langue éminemment apte à être cbantée; car tous les 
sons pourraient en être exprimes à pleine voix comme 
ceux de la langue italienne. 

' s'il était possible de rechercher dans le quichua , ou la langue des Incas, 
l'origine du mot escuara (escu, main; huarakca , fronde), ce nom signifie- 
rait manieur de fronde. 

Cette éiymolngie singulii're rapproclierait les Basques des habitants des Iles Ba- 
léares, que l'on croit de la même origine, et qui n'ont reçu ce nom que parce 
qu'au moyen de la fronde ils lançaient des pierres avec une telle adresse, qu'ils 
s'étaient rendus fort redoutables. 

' Les voyelles se nomment bechao , en basque, et le,« consonnes oskide. 

Les premières rappellent l'organe de la bouche par la particule bech on bec, 
qui est conservée dans la langue brezonne avec la même significalion. 

Les secondes rappellent le son par os, contraction d'ots, et veut probablement 
dire qui détermine le son. 



313 

On trouve souvent plusieurs voyelles de suite dans 
la langue basque, et cela est peut-être cause que plu- 
sieurs d'entre elles sont aspirées; mais pour peu qu'on 
s'exerce à lire celte langue, on n'y trouve pas le moin- 
dre hiatus qui nuise à la diction. 

La langue basque ne possède pas le x gi'ec, qui se 
retrouve dans la langue brezonne sous la forme ch' ; 
dans l'allemande, sous celle de ch, et dans l'espagnole, 
sous celle de j ou de x. 

A Itsaso, le c est prononcé ts, comme en Prusse, 
et ce son se rapproche du c italien tch. Les habitants 
de ce village peuvent écrire harca pour hartza, ours. 
II est éminemment probable que les Latins pronon- 
çaient ainsi le c, peut-être bien des deux manières, 
selon les dialectes. 

Le ch se prononce comme en Espagne, tchi. A Us- 
taritz et à Ilsatso , Ys se prononce comme le ch français. 

La lettre n, semblable à celle des Espagnols et au 
gn nazai des français, remplace la lettre n dans les dia- 
lectes parlés en Espagne. Il est probable que ce son 
est étranger à la langue basque proprement dite. 

Le V est rare dans la langue basque, et se trouve 
presque constamment remplacé par le son b. Les sons 
de Vf ou du ph ne sont employés que plus rarement 
encore, et tous lui sont étrangers. Dans le dialecte du 
Labourt, on écrit ehamjelio pour évangile. 

Je n'ai vu aucun auteur distinguer la prononciation 
de (piebiues villages français, Itsaso et Ustaritz, de 
celle des autres contrées basques; cependant, elle en 
diffère essentiellement, et l'opinion la plus probable, est 



3U 

que celle prononcialion est la moins allérée de loules, 
parce qu'e/Ze affecte un son particulier à chaque let- 
tre. En dehors de ce dialecle, le ç, Ys et ie :; se trou- 
venl confondus. Pour ces contrées, ces sons corres- 
pondent aux sons français ts, ch et s silllante. 

Il résulte de ce court examen , que la prononciation 
basque la moins allérée, à quelques exceptions près, 
se rapproche infiniment de celle du latin, et que l'al- 
phabet des deux langues est le même, non-seulement 
quand on le considère dans les lettres qui servent à le 
former, mais quand on le décompose en ses véritables 
éléments phonaux. Nous verrons bientôt qu'il existe 
d'autres points de contact entre ces deux langues. 

La grammaire basque, hilzekinda, science de la pa- 
role, diflère essenliellement de loules les grammaires 
d'Europe. Ce qui la caractérise particulièrement, c'est 
une simplicité extrême el une harmonie parfaite de 
toutes ses parties. 

La simplicité de la grammaire basque la rapproche 
tellement de la grammaire générale la mieux raisonnée, 
que Ion pourrait croire qu'elle est le résultat d'une 
profonde analyse des langues, si l'on ne devait plutôt 
demeurer convaincu que celle simplicité est le résul- 
tai et la preuve de l'ancienneté de la langue à la- 
quelle elle s'applique, el de l'isolement complet du 
peuple (|ui la parle. En eftet , les grammaires de l'Eu- 
rope moderne , el même les grammaires grecque et 
latine, ne paraissent présenter quelque complication 
que parce que, à n'en pas douter, les langues parlées par 
tous les peuples auxfjuels appartiennent ces grammai- 



315 
res, sont formées par les lambeaux de plusieurs autres 
langues; ce qu'il serait facile de prouver, et par la lin- 
guistique, et par relhnologie. 

Si Ton voulait s'en rapporter à quelques auteurs bas- 
ques qui ont écrit sur leur langue, celle-ci ne com- 
prendrait que deux espèces de mois : le nom et le verbe. 
C'est là une prétention fondée sur un système lin- 
guistique peu éclairé et qui veut trouver du merveil- 
leux là où il ne peut y en avoir. Si une langue était 
réduite à ces deux seules espèces de mots, telles que nous 
les comprenons, elle serait d'une pauvreté extrême et 
ne pourrait exprimer ni les divers états des êtres, ni 
leurs rapports mutuels. Mais par deux sortes de mots, 
il faut entendre, qu'à cela jjrès de quelques faibles ex- 
ceptions, tous les mots de la langue bascjue sont réduc- 
tibles aux conditions grammaticales du nom et du ver- 
be; c'est-à-dire que tous les mots peuvent être déclinés 
ou conjugués. 

Voici comment Darrigol prétend démontrer que la 
langue basque n'a pas de véritables conjonctions : 

« Mais pour ce qui concerne les conjonctions envi- 
» sagées comme une espèce particulière de mois, elles 
» se réduisent à peu de chose, n'étant pour la plu|)art 
» que des noms tantôt modifiés par les déclinaisons, 
» tantôt employés comme indéclinables '. » 

La langue basque, comme toutes les autres langues, 
a besoin de conjonctions pour réunir les parties du 
discours, ou plutôt pour indiquer la liliation (jui existe 

Dissertation sur la langue basque, p. 88-89. 

2l 



316 

enlre les idées el les raisonnements; el si c'est parce 
([u'olles ne comprennent ([uun [)elil nombre de mots 
qu'il faut n'en pas tenir compte dans celte langue, il 
est évident que l'on peut, au même litre, supprimer 
celle partie du discours dans toutes les autres langues. 

Qu'un mol puisse être pris et employé tour à tour 
comme substantif ou adjectif, cela se peut et se ren- 
contre dans toules les langues; mais ce mot n'est pas 
moins alternativement substantif ou adjectif, sa valeur 
grammaticale ne dépendant pas de sa ressemblance 
écrite ou phoni(|ue avec uii autre mot, mais de son em- 
ploi dans le discours, ou, en propres termes, de sa 
fonction grammaticale. 

En résumé, la langue basque, quels que soient les 
moyens (|u'elle emploie, satisfait à toutes les fonctions 
grammaticales des parties du discours reconnues dans 
les autres langues, et elle peut tout exprimer avec sim- 
plicité, netteté et précision. 

L'immense simplicité de la grammaire basque ne pou- 
vant être considérée comme le résultat d'un profond tra- 
vail de linguistiipie, se trouve être l'expression naturelle 
et naïve d'une langue primitive, qui a su se préserver 
de l'invasion des autres langues, soumises à des méca- 
nismes ditïérents, souvent corrompues et représentant 
le mélange de plusieurs langues. Elle indique aussi, 
dans le peuple qui en fait usage, une grande indépen- 
dance de caractère, qui a pu être conservée depuis l'o- 
rigine de la race escualdunaise jusqu'à nos jours, mal- 
gré les vicissitudes (|ui sont indi(|uées j)ar la chute 
successive d'un grand nombre d'empires. 



3i7 

Les principes de la grammaire basque se rappro- 
clieiU lellemeiU des principes de la grammaire générale 
la mieux raisonnée, que si l'on devait un jour adopler 
une langue universelle, ce serait la langue basque qu'il 
faudrait prendre de préférence à toute autre. En un 
mot, la grammaire basque oli're un modèle d'une si 
grande perfection , que l'on pourra peut-être l'imiter, 
mais qu'on ne le dépassera jamais. 

Les langues que l'on croit les plus parfaites, telles 
que le sanscrit, le grec, le latin, deviennent des mo- 
dèles de confusion lorsqu'on les compare à la langue 
basque. Si la simplicité des moyens mécaniques d'une 
langue indique une simplicité d'origine; la complica- 
tion de ces moyens, les exceptions qu'ils offrent à cha- 
que instant, doivent être la preuve du contraire. Les 
langues ([ui sont dans ce dernier cas oui dû accroître 
letir vocabulaire el leur grammaire par une foule d'em- 
prunts faits à d'autres langues. 

On a taxé les grammairiens basques d'exagération 
lors(ju'ils ont parlé de leur langue; mais ils sont plus 
qu'excusables : l'enthousiasme est permis (juand on 
s'occupe d'un sujet aussi remarquable et aussi digne 
d'intérêt. 

On ne peut douter que l'étude de la langue el de la 
grammaire basques ne j)uisse devenir l'origine de re- 
cherches linguistiques qui seraient à jamais restées en- 
sevelies dans l'oubli , si cet idiome n'avait été conservé 
d'une manière pour ainsi dire miraculeuse. 

Plusieurs auteurs pensent ([ue les Bas(|ues avaient 
un alphabet fort ancien cpi'ils ont abandonné; mais il 



318 

n'en reste aucune preuve. Si l'on consulte leur voca- 
bulaire, on trouve successivement : 

Escritura, écriture; Librua, livre; 

Escuscribatua , manuscrit; Abecea, alphabet; 

Escola, Icasola, école; Escolamaistrca, maître d'école ; 

qui semblent indi((uer (|ue les Basques ont reçu l'écri- 
ture des Romains, et que l'ouverture des écoles a été 
la consétiuence de cette nouvelle ac(|uisilion, 

La similitude des mots basques et romains relatifs 
aux premiers éléments des langues et à leur enseigne- 
ment, pourrait peut-être porter à penser que ce sont 
les Romains qui ont reçu un alphabet des Basques. Cela 
serait possible; mais Sirabon, (|ui écrivait au siècle 
d'Auguste, nous dépeint les Bas(|ues ou Cantabres com- 
me des hommes nus ou couverts de peau, dont la plu- 
part vivaient dans des tannières : l'opinion contraire 
est donc infiniment plus probable. 

Lorsque l'on s'occupe de rechercher l'histoire des 
Basques par les mots de leur vocabulaire, il faut faire 
bien attention que chaque idée est souvent représentée 
par des mots fort dillérents, et qu'en prenant certains 
synonymes à l'exclusion des autres, on pourrait tom- 
ber dans l'erreur. C'est ainsi (|ue l'on trouve aussi 
agercaya pour exprimer l'écriture; d'où l'on peut con- 
clure que les Basque avaient quelque moyen d'exprimer 
leur pensée par des signes tracés à la main; mais (|ue 
ces moyens étaient inférieurs à ceux ([u'ils ont adoptés 
définitivement, puisqu'ils les ont abandonnés. 



319 

La logique n'était pas étrangère aux Basques, puis- 
qu'ils ont deux mots pour la représenter : billegidea 
et dialectica. Le premier est un mot composé de raci- 
nes basques, le second est grec. 

Ils peuvent exprimer l'idée d'argument de plusieurs 
manières difl'ércntes; et, chose incroyable, argimen- 
dua parait d'origine basque, et veut dire : lumière de 
l'esprit. Cette étymologie est tellement significative, 
qu'elle porterait à penser que les Basques sont les vé- 
ritables créateurs de ce mot, contre l'opinion généra- 
lement reçue qui en fait honneur à Aristote; mais, il 
faut le reconnaître, contrairement à son propre aveu. 

La littérature est représentée \>av jakindea, qui est 
le nom de la science en général. C'est, en effet, par la 
littérature que les sciences peuvent être consignées 
dans des ouvrages et transmises d'âge en âge, 

La poésie n'était pas étrangère aux basques, puis- 
qu'ils ont une suite de mots divers et de différents âges 
qui s'y rapportent; et quoique nous n'ayons pas d'an- 
ciennes poésies basques, il est évident que cette partie 
de la littérature était connue de ce peuple. Toutefois, 
cela est-il dû au caractère du peuple basque, cela est- 
il inhérent à sa langue, qui , par cela même qu'elle est 
fort sinijjleet pour ainsi dire mathémati([ue, ne se prête 
pas aux élucubrations poéti(iues, le peu de poésie bas- 
que que l'on possède est plus prosaïque ([ue poétique; 
on n'y trouve ni profondeur d'imagination, ni coloris, 
ni richesse d'expressions. 



320 

Vocabulaire. 

ASTRONOMIE ET DIVISION DU TEMPS '. 

L'étude des connaissances astronomiques des Bas- 
ques el de leur manière de diviser le temps est une 
des plus importantes auxquelles on puisse se livrer, 
parce qu'elles peuvent donner des renseignements pré- 
cieux sur leur origine et les premiers lieux qu'ils ont 
habités; aussi entrerai-jc dans des détails aussi considé- 
bles que le comporte un sujet de cette importance. 

Les Basques ont donné le nom dizarjakindea (scien- 
ce des astres) , à l'astronomie el à l'astrologie. 

Par izarra, ils entendent un astre ou une étoile. Ce 
nom parait vouloir dire lumière de la nuit ( ikus 
zaroaj, comme ceriiargia , son synonyme, veut po- 
sitivement dire lumière du ciel. 

Les noms du ciel, cerua et zelia, rappellent cœlum 
des Latins. 

Le soleil ekia, eguzkia et iruzkia, a, dans le pre- 



' Larraraendi, qui ignorait les sciences naturelles el médicales, ignorance dont 
il a donné plusieurs preuves dans son dictionnaire trilingue, a dû commeltre bien 
des erreurs en astronomie , en minéralogie , en botanique , en zoologie , en ana- 
toraie et en médecine. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour les éviter; mais je n'ai 
pas toujours réussi , faute de racines plus complètes que celles que j'ai tirées de 
ce même dictionnaire. 

Larramendi a aussi laissé des lacunes h remplir, et je n'ai pu les combler. Par 
exemple, il ne donne pour le nom du requin qu'une phrase, voulant dire : une 
espèce de loup de mer. Il est impossible que les Basques , liardis navigateurs , 
n'aient pas eu un nom spécial pour cet animal. 



321 

mier cas, une communaulé d'origine avec la racine 
sanscrite eg, qui veut dire luire '. 

La lune a reçu le nom dilargia; ce nom veut dire 
lumière morte, pour exprimer (|ue la lumière de Ja 
lune est sans chaleur ou sans ardeur '. 

Les Basques ayant désigné l'obscurité par illuna 
(sans lune), il est probable qu'ils ont connu le nom 
de luna; mais ce n'a pu être que par les Latins, ainsi 
que le démontre la particule négative il, qui vient de 
cette langue. Les Basques auraient dit ezluna, ou lu- 
naguea, pour exprimer la même idée. Ils distinguaient 
la nouvelle lune ilherria, et la pleine lune illargibe- 
tea. Ils nommaient ilzarra, ou vieille lune, celle qui 
est sur son déclin. 

Les comètes sont nommées izarkea , ce qui veut 
dire étoile, ou astre vaporeux. 

Il y a plusieurs noms pour exprimer la nuit, et ce- 
lui de zaroa est de la même origine (jue notre mot 
soir. 

Le zodiaque est connu des Basques , qui lui ont donné 
le nom de senesia (signes), nom qui indique qu'ils ne 
l'ont pas reçu des Grecs. 

Les signes du zodiaque basque ne difïèrent en rien 
de ceux que nous avons adoptés. 

Le zodiaque des Ghaldéens différait du zodiaque des 

Les iiutres noms ont des racines incertjines; ils voudraient dire : lumière 
du jour, véritable lumière, ou qui lance ou dispense la lumière. 

Darrigol et d'autres auteurs ont cliercho les racines d'ilargia, et n'ont rien 
trouvé lie |)lausit)le. L'étymolosie que je viens de donner me parait si simple et 
naturelle, qu'elle doit être vraie. 



322 

Égyptiens; celui-ci n'avait pas le signe du bélier, que 
l'on trouve sous le nom cYanizara dans le zodiaque 
basque. Les Basques n'ont donc point acquis la con- 
naissance du zodiaque par les Egyptiens; ils ne sont 
dont point passés par l'Egypte pour venir en Europe; 
ou, s'ils l'eussent fait, c'eût été à une époque anté- 
rieure à l'invention du zodiaque égyptien, et plus tard 
ils auraient connu le zodiaque dans la péninsule hispa- 
nique, par leurs communications avec les Latins. 

Il parait que les Grecs n'ont commencé à se livrer à 
l'étude de l'astronomie que ((uatorze siècles avant J.-C, 
et que c'a été l'un des résultats du voyage des Argo- 
nautes. Ce voyage avait pour but de se rendre en Col- 
chide, située au S.-O. du Caucase, et qui touchait à 
ribérie. Si les habitants de la Colchide connaissaient 
le zodiaque, ceux de l'Ibérie devaient le connaître aussi ; 
mais déjà les Ibériens avaient émigré, si ce n'est le 
voyage des Argonautes qui ne leur a donné l'idée d'al- 
ler chercher une autre patrie, où ils seraient moins ex- 
posés aux invasions de leurs redoutables voisins du S.-E. 

Il n'existe chez les Basques aucune trace de la divi- 
sion du zodiaque en vingt-sept signes, qui paraît avoir 
précédé, chez tous les })euples observaleurs, la division 
en douze signes. Les Basques n'ont donc pu connaître le 
zodiaque que depuis l'établissement délinilif de l'année 
solaire , qui en a fait fixer le nombre des signes à douze. 

Les Basques nomment l'année urlea. Ils ont main- 
tenant quatre saisons : uda herria, le printemps; uda, 
l'été; udazkena, l'automne; negua, l'hiver. 

En analysant les noms des saisons, on trouve qu'ils 



323 

veulent dire ; le nouvel été, l'elé, l'été finissant, et 
l'hiver. 

Il est éminemment probable (jue les Basques n'ont 
d'abord distingué (|ue deux saisons, uda et negua, et 
que parla suite ayant changé de résidence, et par 
analogie avec les saisons des peuples devenus leurs 
voisins, ils ont employé les noms intermédiaires. 

Il est deux circonstances dans lesquelles on peut 
n'admettre que deux saisons : c'est lorsque l'on habite 
les pôles ou la région tropicale de l'Amérique méridio- 
nale. Dans le premier cas, on a une saison de glace, 
de sommeil et de nuit, et une saison dans laquelle l'eau 
reprend son état liquide; dans le second cas, on a la 
saison des pluies et la saison de la sécheresse. 

Cherchons laquelle de ces deux opinions il faut 
adopter. 

Negua veut dire plus d'eau , et convient aussi 
bien à la saison des glaces qu'à celle de la sécheresse. 
l]da n'a pas de racine qui le rende explicable; mais il 
parait vouloir dire : le don de l'eau, la saison de l'eau; 
et ce nom convient encore aussi bien à la saison d'été 
des terres polaires arctiques qu'à la saison des pluies 
des régions équatoriales de l'Amérique. 

Si l'on considère que negua est la paraphrase de 
notre mot neige; que negua correspond à la saison 
d'hiver chez les Basques, qui n'ont point dû avoir de 
raison pour changer la signification, de ce mot, il de- 
vient certain que ces noms conviennent aux terres 
polaires et non aux régions équatoriales du nouveau 
monde. 



324 

Les mois se nomment ila, illa, et illabele en lan- 
gue eskuarienne. 

lia ou illa est une partie du nom de la lune qui n'en 
rappelle nullement la significalion, puisque ce nom 
employé seul indique la mort. Mais il arrive souvent 
dans les langues que des fractions de mots composés 
entrent dans la construction de nouveaux mots com- 
posés, avec le sens entier du mot dont ils viennent, et 
rendent ainsi les analyses des ) lus difficiles. 

Ilabetea est le nom de la pleine lune, et doit, pour 
le cas présent, sans doute, être traduit par une lunai- 
S071 entière. 

Les mois de l'année basque sont représentés par 
plusieurs synonymes pour chacun d'eux. Plusieurs de 
ces synonymes sont oubliés dans certains dialectes et 
se retrouvent dans d'autres. Ces synonymes ont dû 
cire établis à des époques fort distantes les unes des 
autres, et pour satisfaire à certaines exigences. 

S'il est difficile de trouver la signification de quel- 
ques mois de l'année romaine, il ne l'est pas moins de 
trouver celle des mois de l'année basque *. Cependant, 
plusieurs des noms de ces mois se prêtent à une ana- 
lyse qui parait salisflusante sous tous les rapports. 
Considérés sous ce point de vue, les mois de l'année 



' Plusieurs érudits basques ont cherché l'iiiterprélalion de la signifiralion des 
mois de l'année. Darrigol a donné une explication plausible de la plupart d'entre 

eux. 

J'ai consulté sur ce sujet M. Archu, qui, avec son obligeance habituelle, a 
bien voulu me donnet des renseignements conformes a ceux de Darrigol, et qui 
viennent les corroborer. 



325 

basque appartiennent à trois catégories : 1° celle de 
noms dont l'analyse est diflicile et incertaine; noms 
qui paraissent appartenir à une époque fort ancienne; 
2" celle de noms qui se prêtent à l'analyse, et qui, en 
général, se rapportent à l'agriculture; 3" celle de noms 
d'origine romaine. 

Les mois basqiies sont disposés selon cet ordre dans 
le tableau suivant : 



BeUtilla-Ilballxa. 




Vrtarilla. 


Janvier. 


Otsailla, Ceceila. 






Février. 




Epailla. 


Marcchoa. 


Mars. 




Jorailla. 


Aphirilla. 


Avril. 




Ostaroa. 


Mayatxa. 


Mai. 


Garagariila, Yagicilla, 
Ekaina. 


' , Erearoa. 




Juin. 


Carilla. 


Uitailla. 




Juillet. 




Agorilla. 


Abostoa. 


Août. 


Irailla. 


Buruilla. 




Seplembre. 




Vrilla, Uria. 




Octobre. 




Acilla. izaroa. 


Cemendilla. 


Novembre. 


Lohilla, Lotatilla. 


Abendua. 


ibendua. 


Décembre. 



Bellzilla et llbaiza veulent dire la lune noire. 
Ce nom, qui ne trouve guère d'explication dans nos 
contrées , convient parfaitement aux terres polaires 
arctiques, où la lunaison de la fin de décembre et du 
commencement de janvier correspond à la plus grande 
obscurité de la nuit polaire de six mois. 

Urlarilla veut dire lune de l'année, comme nous 
disons : jour de l'an, pour exprimer le premier jour 
de l'année. Ce nom n'a dii être adopté par les Basques 
qu'après avoir accepté l'année romaine commençant 
avec le mois de janvier. 

Olzailla. La racine olz signifie : son, bruit, loup. 



326 

froid et agréable. On a cherché quelle pourrait être 
la signification la plus convenable ^^our ce mois; el il 
faut avouer que l'on n'en a trouvé aucun'é, à moins 
d'admettre qu'il correspondait à quelque fête oubliée 
dans laquelle on faisait beaucoup de bruit ; ou que 
dans la région polaire, les loups se livrent dans ce mois 
à quelque action que nous igntrons, ou que c'était le 
mois convenable pour leur destruction. Ceceila, (jui 
veut dire : lune du taureau, rappelle sans doute quel- 
que sacrifice qui se faisait à celle éjwque, ou peut-être 
encore que cette épo(|ue convenait à la chasse du tau- 
reau sauvage. 

Goragarilla, vagicilla, garilla, irailla, qui ap- 
partiennent à répoipie primitive, demeurent sans ex- 
plication plausible. 

Ekaina, iïeki gain, selon Darrigol, veut dire : so- 
leil élevé, et indiquerait le solstice d'été dans notre hé- 
misphère, (|ui a effectivement lieu dans le mois de juin. 

Selon Darrigol , irailla voudrait dire : qu'/7 faut 
songer à s approvisionner de fougère pour l'hiver. 
La fougère a-t-elle une importance telle pour les Bas- 
ques, qu'elle ait pu donner son nom à un mois de l'an- 
née? Je ne le pense pas. Faut-il voir dans ira le nom 
que le lichen aurait porté chez les anciens Bas(iucs, el 
la nécessité de s'en approvisionner pour la nourriture 
des rennes? cela serait plus plausible, el l'on pourrait 
savoir à quoi s'en tenir en consultant plusieurs voca- 
bulaires de terres polaires, où l'on pourrait trouver 
quelque indice du mot ira, comme étant le nom du 
lichen. 



327 

Lohilla, ou lotacilla, veut dire moisj ou lune du 
sommeil. Ce nom convient parfailemenl au mois de 
décembre dans les terres polaires, où Tliomme, ren- 
fermé dans une caverne et presque engourdi, se trouve 
dans un étal voisin de celui des animaux pendant l'Iii- 
bernation. Ce nom a pu être conservé dans nos con- 
trées, où il signifie : repos du laboureur, ou sommeil 
de la nature. 

Les mois de la deuxième catégorie correspondent 
aux opérations agricoles : épailla, lune de la taille des 
arbres, sans doute; jorailla, lune du sarclage; osta- 
roa, lune de la feuillaison; erraoa, lune de la saison 
brûlante; agorilla viendrait iXagor, tarir, et voudrait 
dire : lune de la sécheresse; huruilla, lune de la tète; 
urriaei urilla indiqueraient les pluies d'octobre; acil- 
la, lune des semailles, et azaroa, saison des semail- 
les, conviennent au mois de novembre. 

Les mois de la troisième série, qui paraissent em- 
pruntés au calendrier romain, n'ont pas besoin d'ex- 
plication; cependant, il est quelques observations que 
je ne puis passer sous silence, car l'élude de la langue 
basque permet seule de les foire. 

On admet généralement que le nom latin du mois 
d'avril, aprilis, vient (ïaperire, ouvrir, parce que 
dans ce mois la terre ouvre son sein pour donner issue 
aux plantes germées. Cette origine, il faut le recon- 
naître, ne peut |)araitre convaincante; car, au lieu 
d'aller cberchcr le verbe ouvrir, qui n'a qu'un rapport 
fort indirect avec la germination , il eût été plus con- 
venable de cbercher (piebiue mot plus précis, comme 
germinal, (jue nous avons adopté lors de notre pre- 



328 

mière révokilion. Celle origine ne paraissant pas bien 
fondée, il s'en présente une aulre, (jui a plus de valeur 
à cause de l'idenlilé des mois. 

Abril, en eskuarien, veut dire sacrifier. Ce nom 
vient (Xaber, animal, et A'il, tuer. Or, il est éminem- 
ment probable que le mois d'avril a reçu ce nom, parce 
qu'au renouvellement de la saison de printemps on 
faisait des sacrifices, comme nous faisons, quoique un 
peu plus tard, les Rogations, mais dans le même but. 

Dans le cas qui vient d'être exposé, le nom du mois 
d'avril ne vient pas du latin , mais directement de la 
langue bas(|ue, qui en a perdu lusage, pendant que, 
passé chez ses voisins, il y est demeuré. Et, chose 
remar(|uable, il est retourné plus lard chez les Bas- 
ques, mais altéré, méconnaissable et avec une origine 
linguisti(iue incertaine! 

Cemendilla a la même signification (\\\acilla; mais 
acia s'y trouve remplacé par la racine latine semen, 
qui, comme elle, veut dire semence. 

Abendua. Tous les auteurs basques s'accordent à voir 
dans ce mot un synonyme d'Jueni ( Adventus ) , épo- 
que qui précède la venue du Messie ou la fête de Noël '. 

Les noms des jours de la semaine sont plus difliciles 
à interpréter que ceux des mois. Ces noms diiïèrenl 



' Celte opinion peut être bien fondée; mais n'est-ce point abandon qu'il 
faut voir dans ce mot, pour dire que la nature ne produit rien dans ce mois, ou 
qu'il faut l'abandonner à elle-même? Le mot abandon n'est ni latin, ni brezon, et 
il existe dans les langues française et espagnole ; il faut donc qu'il existe aussi dans 
la langue basque, ou au moins qu'il en vienne. On trouve dans Harriet : larga- 
tua et abandonaUea , pour abiindonner ; mais ce dernier mot, qui a son ho- 
monyme et dont on a pu se passer pendant longtemps, a pu retourner dans la 
langue ba^q^e après l'avoir quittée pendant un temps assez long. 



329 

essenliellemenl des nôtres, et ils démontrent que les 
Basques ont été longtem|)s privés de relations intimes 
avec les peuples (jui ont étudié laslronomie; car tous 
ces peuples ont adopté une semaine, des jours, et ont 
donné aux jours les mêmes noms des divinités païennes 
que nous avons adoptés '. 

La semaine, astea, veut dire le commencement. 
Les trois premiers jours de la semaine sont nommés 
astelehena , asle artea, et aste azkena, le premier 
du commencement, le milieu du commencement, et 
la lin du commencement. Ces trois noms indiquent 
une période de trois jours seulement, qui a dû précéder 
l'adoption de la semaine de sept jours, période qui se 
rapportait probablement au commencement de quelque 
phase de la lune. 

Les noms des quatre derniers jours de la semaine 
basque ne se prêtent à aucune interprétation plausible. 
On ne pourra en avoir l'explication que par une étude 
approfondie de la langue et de l'histoire des peuples 
qui ont eu des relations avec les Basques dans les pre- 
miers âges de leur évolution. 

GÉOLOGIE ET MINÉRALOGIE. 

Les divisions de la terre ; les divers accidents de sa sur- 
face; les eaux, leur manière d'être dans la nature; les 
principaux minéraux ou éléments solides de la croûte 
du globe, ont été rassemblés dans un chapitre spécial. 

' l.cs Portugais font exception. 
< 



330 

Les Basques ont donné le nom du luciazalda à la 
description de la terre. 

Le nom de la mer, ilsaso, parait composé. Ses ra- 
cines, tirées du basque, itsal, ombre, et de sea, amas 
deau, dans les langues irlandaise et teutoni(|ues, vou- 
drait dire : eau sombre, eau ténébreuse \ 

Les montagnes, dont la crête est formée de pierres 
(pii leur donnent l'apparence des dents d'une scie, ont 
reçu le nom d'arcaitzerra, pierre -scie, que les Es- 
pagnols ont contracté dans le mot sierra. 

Les eaux courantes, errioa ei chirripa, rappellent 
une racine primitive , 7'i, qui se retrouve dans les noms 
sanscrit, lalins, français et espagnols : arivi ; rivus, 
ripa; ruis (picard), ruisseau, rivière, rivage; rio, 
ribera, par le moyen des mutables b, p, v. 

Chirripa vient de cho, petit, et iX irripa, ruisseau. 

Le mot acha, pierre ou rocber, est remarquable pour 
nous, parce que c'est de lui que vient le nom de la 
hache, ([ue l'on faisait primitivement en pierre; et, ob- 
servation bien digne de l'allenlion des philosophes, la 
hache des Basques, aizcora, dérive d'un autre nom 
bas(|ue de la pierre, aitza, et aizcora veut sansdoule 
dire pierre coupanle. 

L'origine primitive des mots hache et aizcora est 
donc trouvée, et les racines qui permettent de remon- 



' On ine velra souvent tirer des racines de plusieurs langues en apparence 
fart différenles , mais qui , en général, dérivent d'une même origine, soit parce 
qu'une race primitive a parlé une langue qui est demeurée par fragments dans les 
langues qui lui ont survécu, soit parce que les liommcs de même race ont dû 
parler la même langue à des époques déterminées de leur évolution sociale, 



331 

ter à celte origine existent dans la langue basque; elle 
vient de l'époque où les Celles et les Basques, con- 
fondus dans une même nation, et probablement avant 
d'arriver en Europe, possédaient le mol acha dans 
leur langue, puisque l'un de ces peuples en a fail le 
nom de la hache , et que l'autre a conservé la racine 
acha. De plus, le mot acha a dû être créé après la 
séparation de ces peuples, parce que, sans cela, le 
nom de la hache, instrument Irès-vulgaire, très-ré- 
pandu, devrait s'être conservé chez les Basques. 

D'une autre part, ces deux noms : hache et aiz- 
corra, quoique fort différents, ne viennent pas moins 
confirmer que l'homme, passant par les mêmes modes 
d'évolution sociale , a dû former les mots par suite d'ap- 
plications de mêmes principes dérivant d'une loi géné- 
rale qui l'asservit à ses conditions d'existence. 

Arria est le nom de la pierre que les Basques font 
entrer le plus ordinairement dans la composition des 
mots; ils en ont fait pizarria, pierre fissile (ardoise) ; 
arricatza, pierre-charbon (houille); et ziiarria, feu- 
pierre ( amianthe ) , parce que l'amianlhe sert à faire 
des tissus qui résistent au feu. 

On dit que les anciens habitants de l'Inde brûlaient 
leurs morts après les avoir enveloppés d'un tissu d'a- 
mianthe , afin d'en pouvoir recueillir les cendres. Ce 
serait là une preuve que les Basques ont habité l'Asie, 
et qu'ils y ont connu cette propriété remarquable de 
l'amianlhe '. 

' L'amiaiitlie est une substance minérale du groupe des amphiboles , qui cris- 
» 22 



332 

On trouve encore a7Tia dans burnarria ' et mear- 
ria, qui sont les noms du sulfure d'antimoine, qui a été 
usité chez les Romains, dans l'Orient, et qui l'est en- 
core en Perse, pour noircir les sourcils et pour brunir 
l'angle externe de l'œil, afin que cet organe paraisse 
plus grand. 

Pillaria, nom du grenat, vient de celui de la gre- 
nade, pillatima, dont les grains forment un assem- 
blage, pilla '. 

Le nom du vermillon, bermejoya, mérite aussi une 
mention. Ce nom vient de sa couleur, qui est celle de 
la flamme : bermea. 11 résulte de celte observation, 
que ce nom est véritablement basque, puisque bermea 
dérive des racines bero et me, vapeur ou fumée en 
feu. Les Brezons nommaient le vermillon flammaish , 
nom qui rappelle aussi sa couleur de flamme. Ces 
mots viendraient à l'appui de ce qui a été dit en par- 
lant de la hache, s'il en était besoin. 

MÉTÉOROLOGIE. 

La météorologie a reçu le nom de kemeairakinda, 

talltse en longs prismes soyeux et flexibles. Il est possible de liler cette subs- 
tance en la mêlant avec des Qbres textiles organiques. Quand le tissu est fini, 
on le soumet au feu, qui brûle la substance organique, et laisse intacl le tissu 
minéral. 

' Le nom de burnarria, qui signifie pierre de fer, pourrait bien n'être pis 
celui du sulfure d'aïuimoine naturel Sh .S,. 

' Le nom du grenat peut servir pour démontrer combien les Basques aliérciu 
les étymologies , en tronquant des mots déjà composés pour en faire d'autres. 
Pilla, pris isolément, ne signilie plus grenade , mais assemblage, et n'a plus 
de rapport avec grenat. 



333 

ou science des vapeurs de l'air. Ce nom, par sa si- 
gniflcalion , diirère beaucoup de celui que nous avons 
tiré du grec, et pour être plus précis il n'en est pas plus 
exact, car tous les phénomènes météorologiques n'exi- 
gent pas la présence d'une vapeur pour se produire : 
les vents secs sont dans ce cas. 

Les noms divers que la glace a reçus méritent quel- 
que attention. Leya semble rappeler notre mot lier, 
et indiquer que les parties de l'eau ont été reliées en- 
tre elles. Izotza est un mot composé formé des ra- 
cines iz et otz. La première est d'origine teutonique, 
et à elle seule veut dire glace; la seconde est basque, et 
indique le froid; izotz voudrait donc dire : glace pro- 
dxiile par le froid. Gela, qui rappelle le mot jalan 
du sanscrit, celui de gelu du latin, et celui de ge- 
lée de notre langue, est une des racines du mot grec 
hyalos ( cristal ) ; car gela est en basque la même 
chose que yela. Hyalos renferme de plus la racine 
ura, eau, et voudrait dire eau congelée. Elura, la 
neige, parait venir d'e/, atome, poussière, et ù'urra, 
eau : eau en poudre. 

VÉGÉTAUX. 

Ainsi que cela a déjà été dit, l'étude des êtres vi- 
vants, végétaux ou animaux, a de l'importance pour 
rechercher l'origine des races, non-seulement parce 
que les êtres organiques ne vivent qu'entre des latitudes 
déterminées, mais payce que la plupart des espèces sont 
propres à certaines contrées. C'est ainsi que le quin- 
(fuina est propre à l'Amérique du Sud, et que le che- 



334 

val, notre bœuf, leléphant , le rhinocéros, le chameau; 
étaient tout à fait étrangers à ce continent avant la 
découverte de Christophe Colomb. N'avons-nous pas 
nous-mêmes le marronnier et le coq d'Inde qui ont été 
importés dans les contrées que nous habitons, et qui, 
pouvant y prospérer, ne s'y trouvaient cependant pas 
parce qu'ils n'y avaient point été créés? 

Le café est originaire d'Arabie; le thé croit à la 
Chine; le cerisier, l'abricotier, le pêcher, ont été im- 
portés chez nous. 

Malheureusement, on ne peut avoir l'espoir de tirer 
tout le parti possible des productions naturelles, parce 
qu'un peuple ayant émigré pendant un grand nombre de 
siècles, et n'ayant plus sous les yeux les objets qui se 
trouvaient dans les climats qu'il habitait en premier lieu , 
a dû oublier leurs noms , qui sont alors perdus à ja- 
mais, à moins que des fractions de la même nation, 
retrouvées dans les lieux qui l'ont vu naître, ne vien- 
nent nous les rappeler un jour. C'est ainsi que le nom 
du lichen aurait une grande importance s'il existait 
dans la langue basque '. 



' LarijmiiHli n'en parle pas, t't M. Archu , ii qui j'ai écrit à ce sujel , ne 
connaît pas le iio;n de ce végétal dans sa langue. J'ai déjà dit comment le nom 
du lichen aurait pu être donné à la fougère, et serait ira ou iratz ; mais cela 
est fort douteux. Harriet nomme la fougère hiretcea. En général, le nom du 
lichen , qui croit souvent sur di's végétaux, a été donné îi plusieurs maladies de 
la peau. Les Russes nomment ces deux sortes de lichens, lichaï. Larramendi 
donne le nom de leguen heltza, nu de lichen noir, !i l'éléphantiasis, et semble 
indiquer par lii que le nom du lichen existait dans la langue basque. 

Le nom du lichen, qui servait pour nourrir les rennes dans les terres polaires, 
s'est perdu dans les pays basques; mais il y est resté comme le nom d'une ma- 
ladie. 



335 

Les noms des êtres vivants ont ((ueNiuefois une si- 
gnification dont on peut tirer des indications considé- 
rables. 

Ou les noms ont suivi les peuples dans leur émigra- 
tion, ou bien ils ont été adoptés ou créés sur les lieux 
que ces peuples ont habités définitivement. 

Dans le premier cas, les noms ont pu être appliqués 
à des espèces différentes, mais voisines de celles qui 
les avaient primitivement reçus, et des noms analogues 
peuvent être retrouvés chez les peuples qui avaient des 
relations avec ceux qui ont émigré. 

On peut tirer de ces indications des renseignements 
sur les lieux habités par un peuple antérieurement à 
son émigration , et sur les peuples avec lesquels il a eu 
des relations. (F.orena, zaldia, elefandia, naranjoa.) 

Dans le second cas, les noms sont acceptés de ceux 
qui habitaient les lieux où l'immigration s'est faite; ou 
bien ces noms sont construits avec des racines propres 
à la langue du peuple immigré , ou bien avec des raci- 
nes empruntées à plusieurs langues 

Ces deux cas donnent encore des indications pré- 
cieuses. Si les noms sont empruntés, le peuple immi- 
gré a été précédé par d'autres peuples dans les lieux 
qu'il habite. Si le nom est formé avec des racines mê- 
lées, on en déduit des relations du même ordre, ou 
bien que les racines étaient communes aux deux lan- 
gues d'où les noms sont tirés. ( V. ezcurra. ) Quand 
les noms sont faits avec des racines propres à la lan- 
gue du peuple émigré, le cas est plus difficile; mais 
il y a des probal)ilités pour que l'être qui a reçu un 



336 

nom ainsi formé, ail été nouveau pour ce peuple lors 
de son arrivée dans le lieu où il l'a trouvé, et qu'il lui 
ait fait un nom, soit en imitant les noms composés des 
autres langues, soit en rappelant quelque trait carac- 
téristique de l'être. Ces deux cas donnent encore des 
indications spéciales faciles à juger par ce qui a été dit 
dans la I" Partie. 

Il a été question, dans la V" Partie, des racines 
du mot ezcurra, qui est le nom du gland; il a été 
également question de la grenade. Je n'oserai rien con- 
clure du nom du thé, tea, parce (|ue les Basques ont 
pu le connaître dans la contrée qu'ils habitent. Le nom 
du châtaignier, gastana, existe avec de faibles altéra- 
lions dans presque toutes les langues de l'Europe. 

Les noms de la vigne, mastia et matsa, ont quel- 
que analogie avec mustum et mousl, qui sont les noms 
du suc de raisin en latin et en français. Le nom de 
l'olivier diffère du nom français juste autant que le 
génie de la langue basque l'exige. 

Les noms de l'orange , larana, larandia et naran- 
joa, méritent une attention toute spéciale ; car ces noms, 
analogues à ceux des Français, orange; des Italiens, 
arancia; des Espagnols, naranja^ et des Portugais, 
laranja, se retrouvent chez les Hindous, les Persans 
et les Arabes, sous les noms de naranj , de narang et 
de naringe, tandis qu'il est tout à fait étranger aux 
Grecs et aux Latins, qui employaient un nom composé 
équivalent de 'pomme d'or. 

Il faut ajouter en oulre que les trois noms basques 
de l'orange contiennent arana, qui veut dire prune 



337 

dans la même langue. Larana osl probablement la 
contraction de lai'go arana, grosse prune, et laran- 
dia viendrait de larana andia, grande prune. Quant 
au mot naranpa, il pourrait bien être revenu dans la 
langue basque après avoir été altéré en passant chez 
des peuples divers. 

Malgré les probabilités des origines précédentes, il 
ne faut cependant pas perdre de vue que la terminai- 
son ranj peut venir du sanscrit , et veut dire : animer, 
colorer, rougir. On ue peut non plus passer sous si- 
lence les analogies qui existent entre le mot latin au- 
rantia, que l'on considère probablement à tort com- 
me un adjectif ' , avec le mol italien arancia, qui est 
pourtant si rapproché d'arana. 

Le citron, qui a été importé de la Médie en Europe, 
est nommé cidra par les Basques \ 

L'abricot, importé d'Arménie, pays voisin de l'an- 
cienne Ibérie d'Asie, est nommé alberchiga ou abri- 
cola par les Basques. 

La pèche, importée de la Perse, pays encore voisin 
de ribérie, est nommée mirchica par les Basques. 

La datte, fruit du dattier, est nommée dalila; le lys, 
lirioa, lilia. 

Le chanvre est nommé kanbara à Itsalso, et cala- 
7?iwa dans les dialectes des autres pays basques. Il sem- 
ble rappeler par là que sa lige fistuleuse est analogue 

' A auranlia corrcsp;incI r.idji'clir auranliacus, qui manque dans la plupart 
(les diclioniiaircs. ' 

' Je dois l'aire remarquer que le citronnier pousse en pleine terre dans la par- 
lie l;i plus opfidpnlalr et espasmilo des pays basques. 



338 

à celle des roseaux, canna et calamus en latin. Kani- 
bara parait être d'ailleurs de la même origine que 
kanbous en hébreu, cannab en persan, cannabis en 
lalin, et chanvre en français. Calamua'a ses homony- 
mes dans kalamas en sanscrit et calamus en lalin. 

Canna et ca/a paraissent d'ailleurs venir d'un même 
nom primitif. Il n'est pas moins fort difticile de décider 
lequel des deux noms du chanvre les Basques ont reçu 
le premier. 

Le nom du chou, aza, est celui d'une ombellifère 
en Perse. 

Le pois chiche, cicer des Latins, est nommé gar- 
bantzua par les Basques , et ce nom veut dire graine 
sèche, selon Larramendi; c'est de là que vient le nom 
espagnol garbanzo. 

Le nom de la fève, baba, rappelle celui des Latins, 
faba. 

Le nom du haricot , indi babac ( fèves de l'Inde ) , 
semblerait indiquer qu'il vient de ce pays. 

L'aloès est appelé zubila et belarmintza; mais ce 
dernier nom parait être celui du bois d'aloès, que les 
Chinois brûlent comme parfum. 

Le nom du coton , linabera, peut vouloir dire véri- 
table toile. 

L'anil, plante indigofère, est nommée belarurdina, 
plante bleue. 

Les épices, telles que le poivre, la canelle, la mus- 
cade, ont reçu des noms qui rappellent ceux usités en 
Europe. 

Le nom du girofle, urriltza, contient celui de la 



339 
noisette ou du gland, parce que l'on a cru à tort que 
cette fleur non épanouie était un petit fruit, et celui 
de clou, à cause de sa ressemblance avec cet objet : 
c'est donc un gland-clou. 



ANIMAUX. 



Les animaux connus des Basques sont très-nom- 
breux; tous pourraient être l'objet de recherches spé- 
ciales; cependant, afin d'éviter des détails, je ne m'oc- 
cuperai que de ceux qui méritent des mentions parti- 
culières. 

Le mot animal , abere, a déjà été l'objet d'une dis- 
cussion spéciale, dans laquelle j'ai cherché à démon- 
trer que ce nom venait de ber, chaleur, et qu'il était 
l'origine ^aberals, qui veut dire richesse. Comme 
être riche, c'est posséder, c'est avoir, il est éminem- 
ment probable que le verbe latin habere, considéré 
non comme verbe auxiliaire, mais comme indiquant 
la possession, vient (ïaberats, et que notre verbe avoir 
a la même origine; cela deviendra bien plus sensible si 
on le prononce avèr. 

Le nom du chat, katua, ou yatua, est analogue à 
ceux usités chez les Arabes, les Grecs, les Latins et 
les principaux peuples de l'Europe. 

Les Basques ont donné le nom de caturdea à Yich- 
neumon '. On sait que cet animal peut vivre en do- 
mesticité comme le chat, et qu'il étai\ en grande véné- 

Viuerra iW Linné, Haiiijouste île Cuvier. 



340 

ration dans l'ancienne Egypte, parce qu'il détruit les 
œufs du crocodile, les reptiles venimeux et les petits 
animaux nuisibles. Les habitants de ce pays le nom- 
ment nems. Le nom d'ichieumon est grec et veut dire 
bon chercheur de traces, c'est-à-dire qui suit les ani- 
maux à la piste, en un mot chasseur. Le nom de 
caturdea veut dire chat-porc, ou peut-être chat aqua- 
tique. Quelle que soit l'opinion que l'on adopte, ces 
deux noms conviennent parfaitement à cet animal; car 
il vit en domesticité comme le chat, dont il remplit les 
fonctions, et dont il est d'ailleurs très-rapproché par 
son organisation. De plus, il a le corps couvert de 
soies rudes comme celles du sanglier, et il vit sur les 
bords des grands fleuves. 

Ce qui vient d'être dit de Yichneumon permet de con- 
clure que les Basques ont parfaitement connu cet ani- 
mal, tout à fait étranger à l'Europe, puisqu'ils lui ont 
donné un nom qui rappelle non-seulement son analo- 
gie avec le chat domestique, mais encore son aspect 
ou ses habitudes. Toutefois, les mangoustes étant ré- 
pandues dans toute l'Afrique et dans l'Inde, on n'en 
peut conclure que les Basques ont habité les bords du 
Nil, mais seulement l'Inde ou l'Egypte. 

Le chien a reçu plusieurs noms qui peuvent donner 
des renseignements sur les pérégrinations des Basques. 

Zacurra, ou chacurra, selon le dialecte, est pres- 
que identique avec le koukoura des Sanscrits qui ha- 
bitaient la presqu'île de l'Inde. 

Potzoa rappelle pes et pessik, qui sont russes; pies 
el piesi, qui sont polonais. 



341 

Ora rappelle oiiri, qui est taïtien. 

Le nom de l'éléphant, elefandia, exige une atten- 
tion toute spéciale. Cet animal, ainsi qu'on le sait gé- 
néralement, habite la région méridionale de l'Afrique 
jusqu'au cap de Bonne-Espérance, et la partie méridio- 
nale de l'Asie depuis l'Indus jusqu'à la mer orientale. 

Le nom basque de l'éléphant s'analyse fort simple- 
ment en ele handia, ou grand animal domestique ; 
car ele est le nom des troupeaux formés de grands ani- 
maux. 

L'origine du nom de l'éléphant peut donc être tirée 
de la langue basque, soit que ce nom y ait été con- 
servé, soit qu'il y soit revenu par des peuples inter- 
médiaires après un temps plus ou moins long. 

Les 'parhomonymes ' du nom de l'éléphant existent 
en grec, en latin, dans les langues celtiques et germa- 
niques, dans Éléphantine, nom d'une ville très- an- 
cienne de l'Egypte, et ne se retrouvent ni en sanscrit, 
ni en hindouslani , ni en arabe, ni en hébreu ^ 

Si le nom de l'éléphant est d'origine basque, ce n'a 
pu être qu'en Asie que ce nom a été créé à une épo- 
que oîi cet animal était déjà réduit à l'état de domesti- 

' Presque homonymes. 

' L'éléphant a plusieurs noms en sanscrit. Ces noms rappellent en général le 
nez ou les dents de cet animal; il en est deux qui veulent dire nez-main. Il en 
est de même de l'/iâtin dos Indous , qui est sansc-rit. Le nom arabe de l'éléphant 
est fil; son nom hébreu est schen habitn, qui paraîtrait vouloir dire dent d'e- 
bène , mais qui est probablement une corruption de schen aben , dent de pierre. 
Cette version serait d'autant plus probable, que les ni't;(^'s cbangallas, d'Abyssi- 
nie, nomment encore aujourd'hui l'éléphant ahbe'na. En russe, le nom de l'é- 
léphant est sloni ; en polonais, il est sion; cependant , imi dialecte de celte der- 
nière langue dit elefanty. 



342 

cité, et dans une contrée autre que l'ancienne Ibérie, 
Géorgie actuelle, où il n'y avait probablement point 
d'éléphants, puisque du temps d'Hérodote, comme au- 
jourd'hui , cet animal n'était connu qu'au delà de l'Indus. 

On peut même dire encore que l'éléphant n'a pas été 
dompté pas les Basques, parce qu'il eût eu un autre 
nom avant d'appartenir à un troupeau. Toutefois, ce 
nom primitif a pu élre oublié chez une nation qui a 
été plus de trois mille ans sans avoir cet être extraor- 
dinaire sous les yeux. 

Les Basques ont dû connaître le cheval, zaldia, 
zamaria, et la jument, behorca, avant de venir en 
Europe; car ces noms ne rappellent aucun de ceux 
usités chez les peuples de ce continent '. Celte obser- 
vation est de la plus haute importance, car elle sunit 
à elle seule pour démontrer qu'ils ne viennent pas d'A- 
mérique, comme leur langue pourrait le faire soup- 
çonner, puisque le cheval, absolument inconnu dans 
toute l'étendue de ce vaste continent, y a été importé 
postérieurement à la découverte qui en fut faite par 
Christophe Colomb, à la fin du quinzième siècle. 

Si les Basques avaient trouvé le cheval pour la pre- 
mière fois en arrivant eu Europe, ils eussent fait de 
même que pour l'éléphant : ils lui eussent donné un 
nom qui eût rappelé au moins une de ses qualités les 
plus saillantes, ou bien ils auraient accepté un dos 
noms de la localité, et c'est ce qui n'a point ou lieu. 

M. Klapiotli trouve de l'analogie entre zamaria et khamoura en langue 
syriaque; mais cela ne change rien à l'observation qui vient d'ùtre faite; au con- 
traire, puisque la Syrie est en Asie. 



. 343 

Les noms du taureau, cecena; du bœuf, idia; de 
la vache, beia , perraetlenl, et au même titre, de faire 
les mêmes observations que pour ceux du cheval. 

Le nom de la vache, beia, a quelque analogie avec 
celui du bœuf en général , et en particulier avec celui 
qu'il porte dans les langues slaves, byk. 

Le nom du cerf, orena, servirait, s'il en était besoin, 
pour démontrer que les Basques ont habile les régions 
septentrionales les plus reculées de notre hémisphère; 
car ce nom rappelle celui du renne, qui rend de si 
grands services dans ces contrées, que, sans cet ani- 
mal, elles seraient presque inhabitables pour l'homme. 

Le nom du cerf, olen en langue russe, et oron 
en toungouse, rappelle la même origine et les contrées 
polaires; car les toungouses, peuplade nomade de l'A- 
sie, poussent leurs pérégrinations jusqu'au cercle po- 
laire, depuis la rive droite de l'Iénisséi jusqu'à la mer 
orientale. 

On trouve enfin dans le nord et sur le bord occi- 
dental du golfe de l'Obi la presqu'île habitée par les 
Olénéï. 

Afin d'éviter de trop longs détails, les noms des ani 
maux oflrant moins d'intérêt que les précédents, se- 
ront réunis par groupes. 

Noms significatifs. 

Otsoa, loup; hurleur, d'ofsa , son, bruit. 

Arrahioa , scorpion; enragé, d'errabioa, rage; rabies en la- 
lin : a cause de la douleur que produit la piqûre faite par cet 
animal. 



344 

Zaina , sangsue; tic zaina, veine, en basque; saigner, français. 
Trichua. hérisson, hérissé; Brix, cheveu en grec. 
Adar, rhinocéros; adar, corne. 

Noms composés par imitation. 

Ibaizaldia, hippopotame (cheval de rivière); ibaia, rivière; et 

zaldia, cheval. 
Indiollara, poulet d'Inde; India , Inde; oUloa, poulet; ara, 

sufF. habitant. 

Noms venus des Iodes. 

Artza, ours; arksa, sanscrit; arktos, grec; ursus, latin. 
Musarra, marmotte; musas, rat, sansc. ; mys, grec; mus, lat. 
Pitosa, putois; putikas, sanscrit; putacius, latin. 
Aria, bélier; avis, sanscrit; ois, ars, grec; aries, latin. 
Antzara, oie; hamsas, sanscrit; anser, latin. 
Anatea, canard; anas, latin. 

Noms d'origine grecque. 
Ostra, huître; Mena, hyène. 

Noms basques ayant leurs analogues dans d'autres langues. 

Harmina, hermine; erratoya, rat; balena, baleine. 
Lehoya, lion; lincea, lynx; crocodiloa, crocodile; gamelica, 
chameau. 

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 

Les connaissances anatomiqueset physiologiques des 
Basques sont fort peu étendues ; elles comprennent ce- 
pendant les noms des principales parties du corps de 



345 

l'homme et des animaux, et ceux des fonctions qu'elles 
remplissent. Les noms de la plupart de ces parties ap- 
partenant au premier âge, permettent de faire des rap- 
prochements remarquables dont on peut déduire le plus 
ou moins d'ancienneté des nations. 

Le nom de la vie, bicia, se retrouve en grec, bios; 
en latin, vita; en français, vie; en espagnol, vida, 
et dans plusieurs autres langues. Il se retrouve encore 
dans plusieurs aliments, bihia et pipia, de même que 
nous l'avons dans vivres. 

On a déjà vu que le nom de la mort, ila, entre dans 
celui de la lune; et peut-être a-t-il été donné aux poils 
et aux cheveux, qui, dépourvus de sensibilité, sont 
comme des parties mortes du corps de l'homme. 

Ce nom ila, ou illa, qui signifie poil en général, a 
été spécifié par les Latins dans pilus et capillus, qui 
veulent dire poil de la peau et poil de la tête ( pellis 
ila, et caput illa). 

Buru , tête, parait être un nom composé; cepen- 
dant , il est fort ancien et remonte à plus de trois mille 
ans, puisqu'il a servi pour désigner XElburu, qui est 
le pic le plus élevé de la chaîne du Caucase '. 

Burua pourrait dériver des langues sémitiques, et 
voudrait dire siège de l'esprit ( de bou, possesseur en 
arabe, et rouach, esprit en hébreu ). 

Le cerveau, burmuna, veut dire moelle de la tête 
( buru , tète ; mun, moelle ) . Dans leur langue , les Bas- 

* D'après Varrnn, il y aurait environ trois mille trois cent cinquante ans que 
les Ibériens seraient arrivés en Kurope, et probalilement après avoir (juilté le 
Caucase, dont ils ont diî être les premiers habitants, puisque c'est eux qui ont 
donné un nom au pic le plus apparent de celte chaîne de raontaRnes. 



346 

(jues confondent la moelle des os avec la matière céré- 
brale; et nous, qui avons fait de grands progrès dans 
les sciences analomiques, nous avons encore une trace 
de notre ignorance primitive dans le mot moelle épi- 
îiière, qui n'est pas plus excusable. 

Combien de gens en France coupent-ils encore la 
(jucue de leur chat ou de leur chien , parce (|u'ils pren- 
nent les cordons nerveux émanés de la moelle cpinière 
pour des vers ! 

Quelques mots , relatifs à l'anatomie , sont formés 
dune manière très-remarquable : 

Bihotza, cœur, vient de bici olza : son ou bruit de 
la vie. 

Biscaya, membre, vient de bici caya : agent ou 
instrument de la vie. 

Bulharac, poumon , vient de 6m/ araghia : chair 
huileuse. 

Urina ou urina, huile de baleine, vient d\ir, bas- 
que, et ignis, latin, ura ignea, eau de feu, eau in- 
flammable. Un autre synonyme de la même substance, 
lumera, lumière, vient confirmer celte origine. L'huile 
est une eau inflammable employée pour l'éclairage. 

MÉDECINE. 

La médecine, chez les Basques, ne pourrait donner 
lieu de faire des observations de quelque importance 
qu'autant que le vocabulaire en eût été recueilli par un 
médecin. Larramendi , étranger à cette science, a pu 
commettre des erreurs, qu'il ne m'a pas toujours été 
possible de corriger. 



;347 

On remarquera (jue le nom de barber est employé 
dans le Labourd pour dire médecin. Ce nom esl tout à 
fait moderne et ne remonte qu'à 1 époque où le barbier 
cumulait avec sa profession celle d'exercer la médecine 
et la petite chirurgie *. 

Les noms de la fièvre, sucara et beroa, rappellent 
le feu et la chaleur que les malades éprouvent lorsqu'ils 
sont affectés de ce symptôme morbide. 

On verra encore que le mot legen sert pour dési- 
gner plusieurs maladies de peau. 

Larramendi ' émet l'opinion que le nom de la ladre- 
rie esl d'origine basque, et qu'il dérive de landerria, 
construit avec landerra, étranger, et eria, maladie, 
par.îe que la ladrerie viendrait des Cagots, restes des 
Goths vaincus , qui seraient demeurés dans la Canlabrie. 

L'opinion de Larramendi n'a aucune probabilité pour 
elle. Si une maladie porte le nom de landeria dans la 
langue basque, ce ne doit point être la ladrerie, mais 
la pellagre des Landes; car landeria veut dire ma- 
ladie des Landes, maladie propre aux habilanls des 
Landes. Cette maladie, qui existe toujours dans ce 
pays, et qui affecte principalement la peau des mains, 
qu'elle rend hideuses, diffère essentiellement de la la- 
drerie \ 

' J'ai vu à Bordeaux un diplnme datant de moins d'un siècle, qui autorisait 
un individu à pratiquer la cliirurgie et il porter des plats à barbe pour enseigne ! 

' Dictionnaire trilingue, 1" vol. , p. 'il 

' I/j ladrerie, presque entièrement disparue de l'Europe, existe encore dans 
1.1 Hrpuhlique de l'iviuatenr, où l'un a établi un lirtpilal dans lequel les malades 

33 



us 



ETHNOLOGIE. 



Sous ce litre, j'ai réuni quehjues mois relatifs à la 
famille, aux races et aux nations. 

On verra plus tard que le nom de père, aita, est très- 
répandu dans diverses langues, à quelques modiflca- 
tions près; que celui de mère, ama, l'est encore plus, 
et qu'il se trouve dans le sanscrit sans aucune modi- 
tication. 

Il est remarquable que le mot amiia, qui veut dire 
lante paternelle en latin , soit exactement formé avec 
les mots basques ama, mère, et aita, père, et que ce 
mot veut dire mère paternelle. Cette origine du mot 
amila est si précise, que l'on ne peut douter qu'il soit 
formé avec des racines basques. 

MÉTAPHYSIQUE. 

Les Basques, privés de littérature et d'enseignement 
scientifique, ont dans leur langue beaucoup plus de 
mots pour exprimer des abstractions que l'on ne pour- 
rait le penser. Plusieurs de ces mots sont composés et 
formés d'une manière vraiment heureuse. 

Le nom basque de la métaphysique , meicetakindea, 
qui se décompose en me iceta kindea, semble vouloir 



sont entièrement séquestros. Celte maladie esl alliibuée, sur les lieux, !i l'usage 
(le U viande du porc. 

Les Juifs avaient la même opinion sur l'origine de celle maladie, et c'est pour 
cela qu'ils défendaient de manger la chair de cet animal. 



349 

dire scieîïce ou connaissance des sabiilUés naturelles. 
Les noms de l'âme, arima et anima, paraissent ti- 
rés directement du latin, parce que celte dernière lan- 
gue, ainsi que la nôtre, a beaucoup de dérivés de cette 
racine '. L'opinion contraire aurait moins de probabi- 
lités pour elle. Ce n'est peut-être même qu'avec la re- 
ligion chrétienne que ce nom a pénétré chez les Bas- 
ques. 

ARITHMÉTIQUE. 

L'arithmétique, cemhateen jakindea, ou science des 
nombres, permet de faire des observations très-impor- 
tantes. 

L'examen des divers systèmes de numération usiiés 
chez diflérenis peuples a déjà été l'objet des études d'un 
grand nombre de savants; car, à eux seuls, ils pour- 
raient suflire pour reconnaître l'origine et la filiation 
des nations. 

On peut considérer dans la numération, les noms 
des nombres élémentaires et la manière d'exprimer les 
nombres élevés. 

Les noms de nombres basques s'éloignent de tous 
ceux qui sont connus, à l'exception : 1° de hi, deux, 
qui se retrouve en latin dans his, qui veut dire deux 
fois; 2° de sei, six, qui se rapproche de l'hébreu, du 

' Les noms de l'âme ont leur origine dans celui de l'air. Anima vient du 
sanscrit et du grec, ànas , anilas, air; anc'mos, vent. Arima viendrait à'aer, 
grec et lalin, qui a la même signification. 

L'âme, mal définie dans les premiers temps, a dû tirer son origine de mois 
indiquant des êtres ou des choses que l'on croyait impondérables. C'est là une 
preuve de la dérivation successive et significative des mots. 



350 

sanscrit, du latin; qui est italien, pi'es(|ue espagnol, 
et se rapproche en général des principales langues de 
l'Europe; 3° dïca, qui existe dans onze, amaica, et 
est presque le nom de l'unité en sanscrit. 

Bal, un, est une racine qui entre dans la composi- 
tion des mots pour exprimer l'idée d'unir, de réunir, 
comme on dit en latin adunare, et en vieux français 
adune7'. 

Le nombre cinq, bozt ou borlz, semble rappeler 
l'idée de la force, symbolisée par une main entière 
comprenant cinq doigts '. 

Le nombre dix, amar ou hamar, me parait venir 
du verbe amar, qui veut dire lier, ou plutôt fixer 
à l'aide d'un nœud. Ce rapprochement rappelle une 
machine à calcul d'origine chinoise, qui passe pour 
avoir été inventée environ deux mille sept cents ans 
avant J.-C. 

Cette machine est formée de trois baguettes parallè- 
les sur lesquelles les dixaines étaient indiquées par des 
nœuds ou des pièces mobiles. 

N'y a-t-il point un rapport entre cette machine à 
calculer et le nombre dix hamar? 

Si ce rapprochement était fondé, on pourrait dire 
que les Basques n'ont formé leur système de numéra- 
tion qu'en apprenant à calculer à l'aide de la machine 
qui vient d'être indiquée, et que cela n'a pu être plus 
tôt que deux mille six cents ans avant l'ère vulgaire. 

' Il a été (lènioiitié depuis longtf-mps qui' l'universalilù û\\ système de numé- 
ration décimale était due iiceque l'on se sert des doigts pour compter. Une main 
entière représente donc cinq unités; ces cinq unilés réunies se trouveraient ca- 
ractérisées par l'union des do:gts qui fait la force, de la main. 



351 

Le système de numération des Basques est décimo- 
vigésimal ; ils disent : berogei, hirurogei, laurogei, 
deux vingts, trois vingts et quatre vingts, pour ex- 
primer 40, 60 et 80. 

Ce système de numération rapproche les Basques 
des Brezads, des Français et des Géorgiens; il les éloi- 
gne des Hébreux, des Arabes, des Sanscrits, des Grecs, 
des Latins, des Goths, des races germaniques, des Po- 
lonais, des Russes, des Lithuaniens, des Espagnols, 
des Portugais, des Italiens et de la langue Romane, 
restée à l'étal de patois dans l'ancienne Aquitaine. 

GÉOMr.TRlE. 

La géométrie sera d'un faible secours pour l'histoire 
des Basques; seulement, elle permettra de faire quel- 
ques observations. 

Le nom de la ligne, cinuza, donne lieu de penser 
que nous en avons dérivé celui du sinus, et que ce 
nom n'a pas l'origine invraisemblable qu'on lui attribue 
généralement. 

Le nom urka, ou bien hurka, qui entre dans la 
composition des noms des polygones, et qui signifie an- 
gle, permet de penser qu'il existait libre dans la lan-* 
gue basque. Il y existe encore, mais veut dire pendre, 
et il entre dans la composition du mot potence, ur- 
khabea. 

Le mot latin furca, et son équivalent fourche en 
français, doivent être de la môme origine. 



352 

Les noms du cercle et de la sphère rappellent les 
mots boule et pelotte, français. 

Le nom de l'axe, acha, rappelle les noms sanscrit, 
aksas: grec, axôn; latin, axis; lithuanien, aszis; 
allemand, achse; anglais, axle; français, axe; ita- 
lien, asse; espagnol, exe; et portugais, eixo. 

Le cône et le cylindre ont reçu des noms singuliers 
qui ne sont tirés d'aucune des langues européennes; 
ils se nomment : higancia, deux faces, et hirgana, 
trois faces '. 

MÉCANIQUE. 

Les noms relatifs à la mécanique sont peu nombreux 
et sont l'indice que cette science, considérée aux points 
de vue rationnel et technique, est peu cultivée chez 
les Basques. 

Lancaya, nom collectif des machines, veut dire 
instrument ou agent du travail. 

Le nom de la balance est le même qu'en latin, lihra. 

Le nom de l'hydrotéchine est ulancaikintza. Il vient 
d'ur, eau; lancay, machine; kintza, art. 

Le nom de la mécanique considérée comme science 
n'existe point chez les Basques; et cela n'a rien qui 
puisse étonner, puisque la mécanique ne date que de- 
puis les travaux de l'illustre Galilée. C'est le P. Mer- 
senne qui rendit compte de ses travaux en France 
dans un ouvrage intitulé : Les Mécaniques de Galilée. 

' Ces noms ont l'inconvénient d'être tirés de deux dialectes différents; mais 
je les ai U'issés tels que je les ai trouvés dans le dictionnaire de Larraracndi. 



353 

On pourrait élre étonné de ne j)oint trouver le nom 
de la mécanique dans le dictionnaire de Larramendi, 
et d'y trouver celui d'hydrotécliie , si l'on ne savait 
que les Basques sont très-habiles dans l'art de conduire 
leau, à de grandes dislance et à peu de frais, pour 
arroser leurs champs ou leurs jardins. 

PHYSIQUE. 

La langue basque offre un vocabulaire assez étendu 
de noms qui se rapportent à la physique. Toutefois, ces 
noms, indispensables aux usages de la vie, ne repré- 
sentent pas une science constituée. Le nom qu'ils ont 
donné à la physique, icetakinda, veut dire science de 
la nature, comme le nom grec qui y correspond. 

Le nom de la vapeur, haoa, rappelle celui de buée, 
usité dans les patois du nord de la France. 

On trouvera dans les parasynonymes un assemblage 
de mots de même origine que hero, chaleur, et argi, 
lumière. 

Les Basques ont donné le nom (Yiinan à l'aimant; et 
je soupçonne que le nom de solimana, donné au mer- 
cure, est à moitié latin et à moitié basque, et veut dire 
aimant du soleil, ou plutôt aimant de l'or, parce 
que le mercure s'allie à l'or avec facilité. ^ 

Le nom de la boussole, itsasorratsa, veut dire ai- 
guille de mer. 

CHIMIE. 

Rien ne démontre que les Basques aient eu des con- 
naissances en chimie; cependant, plusieurs noms qu'ils 



354 

(iiil donnés à (|uel(|ues phénomènes et à plusieurs pro- 
duits sont remarquables. Tous ces noms , générale- 
ment originaux ou tirés de racines basques, donnent 
l'assurance que cette langue se prêterait à tous les dé- 
veloppements scientifiques imaginables, si les Basques 
se livraient sérieusement à l'étude des sciences. Toute- 
fois, leur pays est trop restreint et leurs dialectes trop 
nombreux pour qu'ils puissent publier des ouvrages 
importants dans leur langue avec l'espoir d'en couvrir 
les frais. 

La combinaison cum binatio, ou réunion deux far 
deux, est rendue par le mot équivalent binakidea. 

Le nom du sédiment, liac, rappelle notre mol lie. 

Larramendi émet l'opinion i\\ialambicar, qui veut 
dire distiller, et que l'on sait d'origine arabe, signifie 
double travail de la vapeur, parce que, dans la dis- 
tillation, elle se forme et se condense ensuite. Pour 
cela, il décompose ce mot en lan, travail; bi, deux, 
et kea, vapeur. 

Le nom de l'évaporation, kemeartzoa, qui veut dire 
réduire en vapeur subtile, parait être l'origine du 
verbe espagnol queinar, brûler ( réduire en fumée ). 

Le verbe ur, liquéfier, veut dire réduire en eau. 

La flamme, bermea, veut dire esprit du feu. 

La cendre, hauxa, est sans doute de même origine 
i\\i'autza, qui veut dire poudre, poussière. 

Le nom de l'or, urrea, parait être dû à sa ductilité; 
il viendrait d.e la racine sanscrite ur, étendre. Cette 
racine vient elle-même d'ura, qui est le nom de l'eau 
en bas(|ue. 

Le nom du cuivre, cebrou , est analogue au cujyruin 



355 

des l.alins. Urraida veut sans doute dire semblable à 
l'or. 

Beruna, le nom du plomb, veut sans doute dire fu- 
sible, de ber, chaleur. 

Le nom du nilre, gatzua, veut dire sel-feu. Ce 
nom lui vient de ce qu'il active la combustion lorsqu'on 
le jette sur des charbons ardents. Il est probable que 
les Basques connaissaient ce nom avant de venir en 
Europe; sans cela, ils eussent probablement adopté un 
des noms latins nitrum ou sal petreus. 

Beira rappelle le nom du verre , et ce nom ne paraît 
pas avoir été accepté en Europe. 

Le nom de cupritza, donné au verdet, a dû être 
formé avec la racine latine cupruni, et par conséquent 
adopté en Europe. Ce produit est fabriqué dans les en- 
virons de Montpellier depuis un temps immémorial. 

Le nom de l'huile, oliva, rappelle l'olivier et le nom 
lalin oleum. 

Les noms du vin sont nombreux, et l'un d'eux, noa, 
mérite une mention toute spéciale à cause du nom de 
Noé, à qui l'on en attribue l'invention. Ce nom est-il 
une indication traditionnelle qui rappelle que les Bas- 
ques ont eu connaissance de Noé? Il serait de la plus 
haute importance d'avoir une solution précise de cette 
question. *^ 

Un des noms de l'eau-de-vie , usutua, veut dire eau 
de feu. 

Un des noms de la cire, argicaya, indique qu'elle 
était employée pour l'éclairage; car ce nom veut dire 
producleur de lumière. 



m) 

Le nom de ralcliiinie, urrekiiitza , vcul dire arl de 

l'or. 

Le nom de filosofarria, pierre pliilosophnle, moitié 
grec, moitié basque, renferme deux fois le son f, (jui 
n'est pas de celle dernière langue. C'est donc un mol 
récemmenl introduit dans la langue basque. 

ÉTAT SOCIAL. 

Toutes les connaissances d'un peuple, toutes ses con- 
ditions d'existence, se rapportent à son état social. Ce- 
pendant, j'ai réuni dans un article spécial ce qui se 
rattache le plus immédiatement à cet ordre : le mode 
de gouvernement, les différents rangs de la société, la 
législation, la guerre, la navigation. La religion, qui 
joue un rôle si important dans l'existence des peu- 
ples, a été traitée à part pour ne point trop augme'iter 
cet article. 

Gouvernement 

Des deux noms d'une république , dierondea et er- 
republica, le premier est basque, le second est positi- 
vement latin , et tous deux ont à peu près la même va- 
leur. 

Les différents noms de l'empire, mempea, jabaria, 
agindea, veulent dire commander ou diriger. 

Bateronkia, royaume, semble indiquer une réu- 
nion sous un seul chef ou en une seule masse; erre- 
l'iua doit être latin. 

Les noms des chefs, burua et buruzagia, dérivent 
de léte et correspondent à notre mot capitaine, dans 



357 

le sens où nous disons que tel guerrier fui un grand 
capitaine; oginlaria correspond au mot duc, et indi- 
que cependant plutôt celui qui fait agir que celui qui 
dirige. 

Des noms de la noblesse, le plus ancien semble vou- 
loir dire : lumière de la lignée ou de la famille, et 
ce nom indique le haut prix que les Basques attachaient 
à une origine distinguée. Le mot noblecia est proba- 
blement d'origine française ou espagnole. 

Le nom du peuple, jendaiea, est de la même ori- 
gine que gens, latin et français, et se retrouve dans 
le verbe grec gennaô, engendrer, et dans la racine 
sanscrite yan, naître, produire. Ces filiations linguis- 
tiques indiquent que les Basques primitifs ont rattaché 
l'idée de race à celle de peuple, et peut-être bien aussi 
celle d'une espèce de confrateruité. 

Jaima, nom par lequel on honore celui à qui l'on 
parle, se rattache à une foule de noms répandus dans 
toutes les langues principales d'Europe et d'Asie, et 
qui expriment l'idée d'un homme supérieur, et quel- 
quefois même de la Divinité. ( V. les parasynonymes. ) 

Les Basques ont plusieurs noms pour exprimer la 
domesticité, la servitude et l'esclavage. Kitagea veut 
dire privé de liberté, et c'est bien le nom de l'escla- 
vage. Mempecoa et serbitua paraissent tii-és du latin. 
Lolekintza, employé comme servitude, rappelle peut- 
être l'ilotisme de Lacédémone. Le nom de mutyla 
rappelle peut-être aussi le nom des eunuques , par l'o- 
pération barbare subie par ces malheureux. MoiToya 
et morroca semblent rappeler les esclaves Maures que 
Ion cinplnyail dans les tem|)s anciens. 



358 

Tous ces termes, moins un, reçus de l'étranger, dé- 
montrent que les Basques les ont acceptés pour parler 
de ce qui se passait chez d'autres peuples, plutôt que 
de ce qui avait lieu chez eux. Kitagea parait avoir été 
employé pour dire qu'wn homme avait perdu sa liberté; 
car Strabon nous apprend que les Basques avaient un 
tel respect pour leur propre liberté, qu'ils ne faisaient 
point d'esclaves. 

Le nom de landerra, employé pour exprimer l'é- 
tranger, paraît dériver du mot teutonique land, qui 
veut dire terre : ceux qui habitent la terre étrangère. 

Les Basques ont connu des pauvres et des riches, 
et parmi ces derniers, ils distinguaient ceux qui étaient 
peu fortunés de ceux qui demandaient leur nourriture, 
ezkaleac. 

Le riche, aberatsa, était le possesseur. {V. p. 274.) 

Les Basques nommaient les Zinganes ou Bohémiens 
errants, Asiagamharia et Igitucoa. Par le premier 
mot, on peut admettre que les Basques n'ignoraient 
pas que ce peuple vagabond était originaire de l'Asie : 
découverte assez récente pour les Européens, et qui a 
été faile au moyen de la linguistique. Le second nom 
aura été adopté postérieurement et à l'exemple de plu- 
sieurs peuples européens, qui faisaient venir les Zin- 
ganes de rÉgypte. 

On |)eut encore conclure que les Basques ont eu des 
professions variées , et ont connu le mariage depuis un 
lemps très-considérable , parce qu'ils ont des mots 
fort anciens pour exprimer ces choses. 



351) 

Législation. 

La loi écrite n'a pu évidemment exister qu'après 
l'introduction de l'écriture chez les Basques ; aussi l'é- 
criture proprement dite ayant été introduite par les 
Latins, le nom de la loi, legCj doit être d'origine la- 
tine ou romaine. 

Le droit, neurlartea, veut, à proprement parler, 
dire Xart des mesures, mais peut-être bien aussi le 
code des règlements. 

Le jugement, dehedea, parait avoir dû être consi- 
déré comme un devoir auquel il faut satisfaire. 

Les Basques, d'ailleurs, connaissaient les délits et 
les crimes, et ont des noms pour les distinguer. 

Le nom du bourreau, burreba ou burreroa, parait 
être l'origine certaine de notre mol bourreau, car il 
dérive du mol burua, qui veut dire tête en basque, 
et qui démontre que l'office de l'exécuteur des hautes 
œuvres était de donner la mort en coupant la tête. 

Guerre. 

Les noms relatifs à la guerre ne manquent pas chez 
les Basques, qui de tout temps ont été des hommes in- 
trépides. 

Les noms du guerrier, gudaria el gerratia, rap- 
pellent la même origine que notre mot guerre. Mais 
quelle est la racine primitive de ces mois? On retrouve 
la racine gud dans ingudea, enclume. La particule 
in indid.iie, à n'en pas douter, (luo ce mot dérive du 



360 

latin meus, incudis, qui exprime la même chose. Cu- 
dere veut dire forger, el a dû signifier primitivement 
frapper, battre; car ciisio est l'action de frapper ou 
de battri. la monnaie. Le guerrier est donc celui qui 
frappe '. 

En général , j'ai remarqué que , dans la plupart des 
langues, une bonne partie des noms indiquant le guer- 
rier ou la guerre, dérivent de frapper, battre, ou de 
l'instrument avec lequel on frappe. 

Les mots battre, se battre, combattre, donnent 
une idée de ce qui vient d'être dit. 

Le mot grec paie vient de la racine pal, bâton, 
pieu, qui est resté dans notre langue jusque dans le 
dernier siècle écoulé , et qui existe encore dans la lan- 
gue espagnole, f)a/o. 

Maxè vient probablement de la racine primitive mac, 
faire, agir, combattre; et, de plus, ce mot renferme 
peut-être aussi le nom de la main , x^^^- 

Le verbe latin pugnare vient de pugnus, le poing, 
comme nous disons en venir aux mains. 

Le mot soldadua est probablement moderne el in- 
dique le militaire payé ou soldé pour se battre. 

Le mol campicheca, tente, veut dire abri de cam- 
pagne. 

Le mot arma est commun aux Latins el à la plupart 
des peuples modernes. 

' On pourrait pousser plus loin l'analyse des mots gudaria cl yudartaria , 
en qu(l arria et gud art arria, qui voudraienl dire : coup de pierre , ou guer- 
rier lan.ant des pierres, ou guerrier exerce' à lancer des pierres; mais aria 
et taria sont des sudixes qui servent pour former des adjectifs. 



■Mr\ 

Le mol lanza, lance, qui était sans doute un jave- 
lot destiné à être lancé à la main, esl resté dans notre 
langue. 

Le mot picttj pique, ou instrument long et aigu, esl 
commun à un grand nombre de langues. 

Les noms de la flèche sont nombreux; ils indi(|uent 
que les Basques en ont puisé dans plusieurs langues. 
Istoa, ou plus simplement ist, est tiré de l'onomato- 
pée et exprime le sifflement de la flèche lorsqu'elle est 
lancée; guecia, une pointe ou un dard de guerre; 
sayeta rappelle le mol sagilta des Latins et celui de 
zagaie, si répandu qu'on le rencontre dans presque 
toutes les langues. 

Les noms de la fronde, ahalla et aballaria, rap- 
pellent la balle qu'elle sert à lancer. 

Le nom ezpatdj qui est sans doute un mot composé, 
est de la même origine qyiespada, spada et épée. 

Il est une foule d'autres mots moins importants qui 
offrent encore des analogies remarquables et que l'on 
trouvera dans le vocabulaire. 

Navigation. 

Des noms relatifs à la navigation, il en est un fort 
remarquable, c'est baloa ou batel. Ce nom dérive, à 
n'en pas douter, de bat, nom de l'unité, et indique que 
les bateaux, contrairement aux canots évidés dans le 
tronc d'un arbre, sont formés de pièces réunies. Le 
nom du bateau dérive donc de la langue eskuarienne, 
et les Hastjues sont probablement les inventeurs des 



302 

barques formées par un assemblage de morceaux de 
bois. 

Le nom du navire, xmlzia, rappelle les noms étran- 
gers onou, des Samoyèdes, et ongosou, des Toungou- 
ses, peuples qui habitent près des régions polaires, el 
viennent confirmer ce qui a été dit précédemment 
relativement aux lieux anciennement habités par les 
Basques. 



REUGION. 



Avant d'être chrétiens, les Basques avaient reconnu 
un être supérieur qu'ils nommaient Jaiticoa, Seigneur 
d'en haut. Ce nom composé, dont le premier terme se 
rattache à une racine répandue chez tous les peuples 
tant anciens que modernes de l'Europe et de l'Asie 
( y. les parasynonymes) , peut être fort ancien; ce- 
pendant, il n'a dû dater que de l'époque où plusieurs 
familles réunies se sont données un chef commun, qui 
a pu être appelé Jauna; car pour distinguer le Sei- 
gneur d'en haut, il faut avoir reconnu celui d'en bas, 
ou celui auquel on obéit sur cette terre. 

Il n'y a aucune trace linguistique qui ait pu me dé- 
montrer que les Basques aient été idolâtres ou poly- 
théistes. Est-ce dû au défaut de leur imagination, qui, 
pleine de positivisme, ne crée ni n'adopte les idées fan- 
tastiques, superstitieuses et religieuses des races sémi- 
tiques? On peut le penser. LesBasquesont eu des cou- 
tumes bizarres , qu'ils ont transportées d'une région dans 
une autre, mais qui n'ont aucun ra|)porl à ces croyan- 



3(33 

ces plus poéti([iies (\\\e ralionnclles, où les produits 
d'une imagination exallée tiennent lieu de la réalité. 

Il ne faut cependant point oublier de noter qu'Ignace 
de Loyola , fondateur de l'Ordre des Jésuites , était Bas- 
que; mais cet homme a fait preuve de fanatisme plutôt 
que de religion. 

Le nom de l'idole Ceagia parait venir de la particule 
er ', et d'agin ou egin, faire agir, et paraîtrait vou- 
loir dire sans puissance. 

Il sa sans dire qu'à de Irès-faibles exceptions près, 
les noms relatifs à la religion catholique, observée par 
les Basques, sont modernes et des sub-homonymes de 
ceux qui sont usités chez les autres nations. 

Ils distinguent le [iAnxdis, paradisua, du ciel, ze- 
rua '. 

D'où l'on peut penser que les Basques méprisaient 
les idoles, et les considéraient comme de faux dieux 
ou des êtres impuissants et dont on attendrait en vain 
quelque secours. 

Les Basques ont cependant le mot arritu, synonyme 
d'ensorceler, et le mot sorregin, qui veut dire je- 
ter un sort, qui témoignerait qu'ils ont partagé cette 
fausse croyance, qu'un individu pouvait jeter un sort 
à un autre et en faire ainsi sa victime. Cela n'a d'ail- 
leurs rien d'étonnant : l'ignorance et la superstition 
laissant le champ libre à l'imagination , permettent 

' Uz est souvorit transformé en ce dans Li langiit basqun. 

' Le nom du paradis, que l'on dit d'origine persane, s'analyse fort bien en 
grec , el voudrait dire auprès de Dieu. Ce serait le séjour dans l('(|uel les élus 
seraient appelés ;i jouir de la présenrc de Dicn. 

Si 



364 

d'admellre une foule de choses impossibles, il n'y a (jiic 
la science cl la saine philosophie qui aient pu extirper 
ces erreurs si fatales au genre humain. 

Le nom de Jaincobagea est la paraphrase d'athée 
et veut dire sans Dieu. 

Le nom de donedea, donné aux choses saintes, vient 
d'une racine qui exprime la domination et qui est ré- 
pandue dans une foule de langues. ( F. les racines pa- 
rasynonymiques. ) 

Les noms divers de la création sont remarquables , 
en ce sens qu'ils expriment en général l'action de faire, 
du verbe egin, et même celle de faire quelque chose 
avec rien , haguelic. 

Les Basques paraissent n'avoir connu les temples, 
temploa, que par les Romains. Effectivement, on ne 
trouve dans les pays basques aucune trace d'anciens 
monuments qui auraient pu être consacrés à un culte 
religieux. Le nom elizea est une simple imitation du 
mot ecclesia, qui est d'origine grecque '. 

Obi, sépulture, est aussi le nom d'un fleuve consi- 
dérable du nord de l'Asie '. 



' ÈglUe vient à'eklégô, clioisir. On tndoit généralement le nom d'église par 
\' assemblée des fidèles ; mais ce nom peut dire plus encore : il indique un choix 
de personnes tirées de la foule des autres personnes; car le'gô seul veut dire choi- 
sir, appeler, et ek légo veut dire tirer de la foule ceux qu'on appelle; en un 
mol, choisir. Les membres de l'Église sont les élus. 

Élisea, nom basque, est plus prochain du verbe français élire que de tout 
autre nom. 

■■ Ce nom semblerail indiquer que le verbe hilin obire n'a pas besoin d'un 
fomplément pour exprimer l'action de mourir. l'ar exemple : obire. seul, veut dire 
mourir, aussi bien qu'o/n're diem. 



\ 






AGRICULTURE. 



Les noms de l'agricullure, achurza, aitzulza, ont 
cela de singulier que tous deux commencent par ach 
et aitz, qui sont des noms de la pierre ou du rocher 
en basque. Or, comme on ne cultive point les pierres, 
mais que l'on peut cultiver à l'aide de pierres, il est 
probable que les premiers instruments agricoles des 
Basques étaient armés de pierres dures qui leur per- 
mettaient de pénétrer dans le sol. 

L'agriculture , chez les Basques , a donc dû précéder 
l'emploi du fer et du bronze pour faire les instruments 
agricoles. 

Dans les terres polaires, où les métaux sont rares et 
où l'on n'a pas même un morceau de bois pour faire un 
manche d'outil, on emploie les bois du renne ou de l'é- 
lan pour faire des instruments agricoles. 

Le nom du joug du bœuf, ulzarria, contient aussi 
un troisième nom de la pierre arria. Celte coïncidence 
est vraiment remarquable '. 

Il est probable que le joug n'a pu être fait avec de 
la pierre, car il eût été fort pesant et bien peu solide; 
mais, sous ce nom, on confondait probablement l'ins- 
trument aratoire et le joug des bœufs, qui pouvaient 
être réunis en une seule pièce '. 



Vlz pourrai! être de la iu?me origino que les racines sanscrites us et rts-, 

|ii'llélrcr, percer, t'tiarn'a voudrait dire pierre qui perce . uni entame la terre. 

' Dau.< les moiuatrues du iidrd de l'Espagne, on emploie une charrue cxcessi- 



366 

Lantzettj qui veut dire encore agricullwe, vient 
sans doulc de latida et (ïantzea, industrie de la terre. 

La ferme porte le nom d'acienda, d'acia, semence, 
grain, parce que c'est dans ses greniers que l'on con- 
serve les grains provenant des récoltes. 

Dans le dialecte du Labourd, l'a d'acienda est aspiré, 
et l'on écrit hacienda. La ferme étant la demeure de 
celui qui dirige les travaux des champs, il est possi- 
ble que les verbes facere, latin; hacer, espagnol, et 
faire, français, dérivent de hacienda. 

Les noms suivants présentent des analogies encore 
plus douteuses que les précédentes : 

Le nom de la charrue, goldea, semble venir de ce 
(|uelle coupe le sol en faisant des sillons. 

Le nom de la herse, area , semble venir de ce quelle 
égalise le sol et en fait une aire. Le nom de la charrue 
en lalin, aratrum, parait avoir une origine semblable. 

Pour que Ihomme se livrât à l'agriculture, il a fallu 
qu'il observât que les plantes se reproduisent par leurs 
graines, et qu'il fit de plus cette réflexion : qu'une plante 
en donnant plusieurs, il serait possible de multiplier 
beaucoup celles qui sont utiles, en recueillant leurs 
graines et les enfouissant dans une terre disposée pour 
cela. 

Ce résultat des observations et des réflexions de nos 



vemenl simple : elle est formée par deux pièces de bois, réunies en T, mais 
faisant entre elles un angle d'environ 50°. f.a pièce représenlée par la tige du 
T peut être tixce au ^oui;. La deuxième pière, représentée par la barre de cclii' 
lettre, entame la terre par une extrèmiti', tandis que l'autre, tenue dans la main 
du laboureur, sert pour diriger tout l'appareil. 



367 

premiers pères, dont nous jouissnns sans même nous 
en(|uérirde son origine, a dû demander l)ien du (emps 
si nous en jugeons par les progrès dos inventions de no- 
tre épo((ue ; car il a fallu arriver jusqu'au milieu du dix- 
huitième siècle, pour que l'illustre botaniste Linnœus 
nous enseignai comment les plantes se fécondent. 

Si l'étude de la nature a pu conduire à l'agriculture, 
il est une pratique, fort ancienne déjà, qui a dû de- 
mander plus de temps encore pour se produire : c'est 
l'emploi des engrais pour fumer les terres. Il a fallu 
observer que les plantes poussaient en plus grande 
abondance dans les lieux où l'on avait déposé des ex- 
créments : de là, l'idée d'en introduire dans le sol pour 
en réparer les perles et en augmenter le rendement. 

L'agriculture est l'indice d'une augmentation de la 
population et d'un progrès de la civilisation. 

Les Basques nomment l'engrais abono , et par là ils 
semblent vouloir dire bonificateur ou améliorateur. 
Hon veut dire bon en basque, et l'emploi du b semble- 
rait indiquer qu'ils ont tiré cet usage des Latins. Je dis 
des Latins et non des Français, parce que les Basques 
du Labourd, qui sépare la France du reste de la Canla- 
brie, ont un autre terme et disent cekina. 

Il résulte de là que les Basques connaissaient les en- 
grais avant de venir en Europe, mais qu'ils ont acquis 
de nouvelles notions sur cette matière par les peuples 
de l'Italie. 

Pour l'expression de fumer les terres, les Basques 
ont encore gorotzu, cimaurtu, basaratu et inaur- 
kindu. 



368 

Le premier verbe a quelque analogie avec le nom 
grec kôpros, et, il faut le dire, avec noire mol crolle. 

Le second paraît se rapprocher du mol fimus des 
Lalins; le troisième, venant de bas aralu, semblerait 
vouloir dire cultiver ou rendre producteurs des lieux 
incultes ou sauvages. 



INDUSTRIE. 



L'industrie, peu développée chez les Basques, com- 
prend cependant quelques arts dont les noms sont ras- 
semblés dans le vocabulaire. 

Le nom ekinlza , fabrique, vient du verbe egin, 
faire '. 

Les noms icazkintza, fabrique de charbon, et bei- 
rakinlza, verrerie, s'expliquent facilement. 

Le nom du cordonnier, zapataria, est l'origine du 
mot zapatero des Espagnols , et se retrouve par sa ra- 
cine dans notre mot savatte. 

Le nom du moulin , errota, rappelle la forme circu- 
laire de la meule par celle d'une roue, rota en latin. 

Aizerrota, moulin à vent, vient ^aice, vent, et de 
la racine précédente. 

Errotarria, nom de la meule, veut dire roue de 
pierre. 

Le verbe filer, irun, rappelle celui d'une ville d'Es- 
pagne non loin de la Bidassoa. 



La racine de ce verbe paraît n'être pas étrangère aux racines ag , mouvoir 
en sanscrit; ayo . faire, a^ir, en latin, et agû , aller, rondniie, on giec. 



369 

Aria, le nom du ûl, semblerait indi(iuer que Ton a 
filé la laine du bélier, aria, avant de chercher dans les 
plantes une fibre textile. Ce nom a encore cela de sin- 
gulier, qu'il rappelle le fil d'Ariane dont se servit Thé- 
sée pour se guider dans le labyrinthe de Crète '. 

Les verbes eo et cheitu semblent exprimer : l'un, éo, 
le mouvement que fait le tisserand ; l'autre , l'emploi de 
la main, xeïr en grec. D'où il résulterait que si les 
Basques ont précédé les Grecs dans l'art de filer la laine, 
ceux-ci leur ont enseigné à tisser leur fil. 

L'un des noms du tisserand, cheila, vient à l'appui 
de cette origine; il voudrait dire 7nain et laine, ou tra- 
vail manuel de la laine. 

Le nom de la toile, enta, veut dire une chose tissée; 
celui de tela a été introduit postérieurement chez les 
Basques par les Latins et peut-être par nous. 

Un des noms de la soie, ciricua, en rétablissant 
l'orthographe, semble indiquer que les Basques ont 
connu celte substance par la Syrie; et c'est efTective- 
ment par cette contrée qu'elle a dû être introduite en 
Europe avant que le ver à soie y fût cultivé. 



COMMERCE. 



Les Basques ne produisant que pour eux-mêmes, 
se sont généralement peu livrés au commerce. Les noms 
du vocabulaire relatifs à celte partie sont représentés 

Ce nom fort romarqiMble rapproche les Grecs des Basques par leur origine 
la plus reculée. Le verbe yrec harô , ajuster, allier, accommoder, vient proba- 
blemeiil de la même origine, et serait poslérieur à l'emploi de la laine du bé- 
lier pour faire du fil formé de brins de laine que l'on ajuste et relie ensemble. 



370 

par quelques verbes qui se trouvent dans le catalogue 
de ces demies, tels qu'acheter, erostea; vendre, sal- 
cea, bercerencea; payer, pagatu, etc. 



ARGHITBCTUBE. 

Sous le nom iY architecture , j'ai réuni plusieurs ter- 
mes relatifs aux habitations et aux constructions en gé- 
néral. 

Murrua rappelle le mot lalin munis, et les mots 
français mur et muraille. 

Etchea, echea, maison, rappellent le même nom, 
Oixos en grec, le mol chai, français, usité à Bordeaux 
pour désigner un grand cellier à l'usage des négociants 
en vins, et le mol che, des chinois 

Iria ou hiria, ville, parait venir de l'hébreu, îr, 
mot qui a la même valeur. 

Le nom d'une forteresse, gaztellu, rappelle celui de 
castellum, latin; de castel, de chaslel et de château, 
français. 

Les noms qui viennent d'être comparés sembleraient 
indiquer l'inverse de ce qui a eu lieu : que les Basques 
ont connu les murailles par les Latins; puis que, mar- 
chant vers la Grèce, ils y ont connu les maisons ou 
constructions spacieuses et commodes à plusieurs com- 
parlimenls; que, marchant toujours vers l'orient, ils 
ont connu les villes par le peuple hébreu; et que, re- 
venant enfin vers l'ouest, ils ont accepté le mol castel- 
lum, une forteresse ou un château fort, dont ils ont 
fait gaztelua. 



371 

L'ilinéraire qui vienl d'être tracé n elanl point en 
rapport avec les indications tirées des autres parties 
étudiées jusqu'à ce moment, il est plus convenable d'ad- 
mettre que les Basques, les Latins et les Grecs, ont pu 
puiser à une même source les noms qu'ils possèdent 
en commun ; que c'est bien aux Hébreux que les Bas- 
ques ont emprunté iri, le nom des villes, à leur arri- 
vée dans le nord de la Chaldée. Quant au mol gaztelu, 
il est propre aux Basques, et c'est par eux qu'il a dû 
être communiqué aux Latins, puisque les Brezads pos- 
sèdent le mol castel et qu'ils viennent de la même ori- 
gine (|ue les Basques. 

Un autre mot, tiré du vocabulaire de l'architecture, 
vienl rappeler cette communauté d'origine : c'est es- 
tratea, rue, qui rappelle les mots street des Anglais 
primitifs, et stread des Brezads, leurs congénères. 

Le mot cale se retrouve dans le castillan , calle, rue. 

BEAUX-ARTS. 

Les beaux-arts ont été peu cultivés par les Basques. 
Vivant indépendants, ils se contentent de leur liberté. 
Je dois cependant dire qu'ayant traversé à petites jour- 
nées les pays basques espagnols dans toute leur lon- 
gueur, depuis Santillana jusqu'à Saint-Sébastien , en 
passant par Puente de Arce, Bilbao, Azpeitia et Tolosa, 
jai rencontré des châteaux de la renaissance ruinés, qui 
attestaient une élégante architecture el étaient recou- 
verts de riches sculptures. Le portail de l'un d'eux était 
encore debout ; son sommet était surmonté d'une statue 



37-2 

(Je femme habillée portant un cornet , qui était d'une 
grande pureté de forme et d'un eftel admirable. Sur les 
maisons de Saniillana, on remarque un grand nombre 
d'écussons très-bien sculptés; mais là on n'est pas à 
proprement parler dans les pays basques. On peut 
encore citer le monument élevé à la mémoire de Loyola, 
dans une pleine située près d'Azpeilia. 

Le nom de la sculpture, otallua, et celui des sta- 
tues, tallua, rappellent notre verbe tailler, ainsi que 
je l'ai déjà '^it '. 

La musique,, otsankida, rappelle le son qui la pro- 
duit : ois. 

Le nom de la danse, dantza, rapproche les Basques 
des Brezads, et les éloigne des Espagnols, qui disent 
bailar pour danser. 

Le chant, cantua, se retrouve dans le latin, le bre- 
zon et le français. 

Comme on a dansé et chanté à toutes les époques, il 
est probable que les peuples qui ont des noms sembla- 
bles, ou à peu près tels, pour exprimer ces actions, 
sont de la même origine. 

Il serait illogique d'admettre que les mots cantua 
et dantza fussent tirés du latin : les Basques ont 
chanté avant qu-l fût question du peuple qui a parlé 
celte langue. 

OBJETS USUELS. 

Sous le nom d'objets usuels , j'ai réuni une foule 

' Le nom \nh\eHal , fraiic^iis, vient peut-èlre du mol tallua ^ 



373 

d'objels, d'outils el d'instrumenls qui n'ont pu trouvt r 
place dans les divisions précédentes. Ces objets sont 
fort nombreux et peuvent donner des renseignements 
très-utiles. Cependant, pour ne point trop prolonger 
une dissertation déjà fort longue, je ne m'occuperai que 
des principaux. 

Le marteau, mallua, et la lime, lima, rappellent 
le nom du maillet et de la lime, français, ainsi que 
maUeus et lima, latins. Il a déjà été dit d'où vient le 
nom de l'enclume. 

Le nom de la faux, igitaya, semble indiquer qu'elle 
vient d'Egypte, à moins que son nom ne vienne d'e;/m, 
faire, agir, et de tailler ', et veuille dire couper en 
agissant. Itaya voudrait dire aussi couper en allant. 

La fourche, sardea, semble dire de Sardaigne. 
Cependant, la fourche est une chose si simple, otferte 
naturellement par les branches des arbres, que l'on 
peut douter de celte origine. Hurka, un angle, parait 
être l'origine des mots furca et fourche. 

Jostorratza, le nom de l'aiguille à coudre, est un 
nom composé qui semble indiquer tout à la fois le verbe 
joindre et le nom de la coulure; de telle manière que 
joindre et coudre viendraient d'une même racine. 

Le nom du plat, platea, et le nom de la tasse, taza, 
rappellent les noms qui les expliquent en français; le 
dernier est aussi persan. Luhoilla, plat de terre, veut 
dire un rond de terre. 

Cullida et collara, cuiller, rappellent l'action de 
cueillir. 

Cette racine a dû exister dans la langue basque. ( Y. 1" Tarlie, p. 2G9. ) 



374 

Canibeta, nom du couleau, rappelé le knife, an- 
glais, et notre canif. 

Les noms divers de la cuisine rappellent zu, nom 
du feu employé pour cuire les aliments; comme les 
noms français, espagnol, italien, portugais, allemand 
et anglais rappellent l'action de cuire. 

Le nom delà bière , gararnoa, veut dire vin d'orge. 

Les noms du fromage, gazla, gazlaya, et même 
gasna, rappellent notre mot français gâté, gasté, qui 
en est la racine, et caseum pourrait bien aussi en dé- 
river. Ce nom viendrait de ce que l'on fait le fromage 
avec du lait gâté. 

Avec un peu d'attention, les autres noms du voca-. 
bulaire consacrés aux objets divers fourniront d'autres 
analogies. 

Le nom du rmjon de la roue, besaga, parait être 
connu des Basques depuis fort longtemps; cependant, 
leur pays est encore sillonné par une foule de voilures 
de charge ou de transport dont les roues sont pleines 
ou seulement évidées par deux ouvertures percées dans 
les madriers qui les forment. Les essieux de ces voitu- 
res sont généralement en bois; aussi font-elles enten- 
dre un bruit fort incommode. 

DIVERS. 

Dans ce groupe se trouvent réunis des noms qui 
n'ont pu trouver place dans les groupes précédents. On 
peut remarquer parmi eux : 

Andréa, dame, maltresse de maison, féminin du 
grecanèr, gen. Andéros, mari; rencontre bizarre, <iui 



375 

place le mari chez les Grecs et la femme chez les Basques! 

La lampe, argiontzia, veut dire vase-lumière! 

Lampa vient probablement du grec. 

Baga, vague de la mer. Vague , qui est aussi le signe 
de l'incertitude ou de rindélermination dans notre lan- 
gue, devient une négation dans le dérivé basque bagea. 

Ou a cherché l'origine du mot français bouteille 
sans la trouver. Ce nom vient du diminutif de bota, 
une outre à vin, en basque et en espagnol. Botella 
est une petite outre ou une bouteille *. 

Quand on compare la vie à un sentier, on ne se 
doute pas généralement que sentier et vie deviennent 
presque homonymes dans la langue basque, comme 
dans la nôtre d'ailleurs : bicia, la vie; bidia, une 
voie. 

On trouve du reste, dans ce groupe, d'autres ana- 
logies faciles à saisir et qu'il est inutile d"indi(|uer : tel- 
les sont celles relatives aux mots ampolla, barrica, 
caxa, hucha, arca, espia, salaria, er mua, Irabail- 
lua, plama, virgina et usura, qui correspondent à 
ampoule, barrique, caisse, huche, arche (coffre), 
espion, salarié (espion), ermite, travail, feuille de 
papier, vierge et usure. 



' Le nom de l'outre, bota, vient sans doiile de celui des boita avec les- 
quelles nons nous chaussons, parce qu'on les a d'abord faites avec des peaux 
sans coutures et liées i leurs ouverlures naturelles comme une outre. 



37G 



ADJECTIFS, VEBBES, ADVERBES, PREPOSITIONS, CONJONCTIONS. 

Les généralités relatives aux parties du discours de 
la langue basque se trouvent clans les notions gramma- 
ticales placées en tète des II" et IV*' Parties. 

Racines de la langue eskuarlenne. 

Si l'analyse des langues et la comparaison des mots 
qui les constituent peuvent donner des renseignements 
sur l'histoire sociale des peuples primitifs, l'étude de 
leurs racines ne parait pas devoir être moins féconde en 
heureux résultats. En effet, il y a une analogie évi- 
dente entre rechercher les racines dune langue et re- 
monter à l'origine du peuple qui la parle. La compa- 
raison de ces racines avec celles des autres langues, 
l'étude de la formation des mots, nous permettraient 
pour ainsi dire d'assister à l'évolution sociale des races 
et des nations. 

Il serait bien à désirer que l'analyse des langues fût 
facile à faire, car il est évident que l'on en retirerait 
d'immenses avantages; mais il n'en est point ainsi : ce 
n'est que par un grand travail et une application cons- 
tante que l'on y peut parvenir. Ce qui a été dit dans la 
V" Partie le démontrerait , si cela n'était une chose re- 
connue de tous ceux qui se sont occupés de linguistique. 

Il faudrait d'abord savoir au juste ce que l'on en- 
tend par racines d'une langue, et où l'analyse peut et 
doit s'arrêter. Il n'y a rien de décidé à cet égard. Les 



377 

uns veulent que toutes les racines des langues soient 
tirées de l'onomatopée. Un auteur, dont je tairai le 
nom, veut qu'elles soient tirées de linterjection. D'au- 
tres veulent qu'elles viennent des noms des êtres; les 
autres les voient dans les verbes. Au lieu de discuter 
la valeur de ces diverses opinions, je vais me borner à 
raconter ce qui m'est arrivé en cherchant les racines 
de la langue basque; cet exemple sera plus utile qu'une 
dissertation. 

Après avoir fait-un vocabulaire d'environ deux mille 
acceptions principales de la langue basque, j'ai cher- 
ché les racines de ces acceptions, et j'en ai trouvé onze 
cent cinquante-huit ', 

L'étude et la réflexion m'ont appris que plusieurs raci- 
nes que j'avais adoptées sont des mots dérivés, ou même 
quelquefois des mots composés. E: Gn, quelques mois 
après le premier travail, j'ai soumis à un nouvel exa- 
men les racines commençant par la lettre A, et sur cent 
soixante-deux racines, j'ai obtenu les résultats suivants : 

Racines ayant la même valeur dans diverses 

langues i6 

Racines analogiques ou ayant une acception 

prochaine dans d'autres langues 12 

Racines dérivées d'autres racines basques.. 23 

Mots composés 8 

Racines réelles et propres à la langue basque. 73 

162 

Le nombre des racines élémentairps de la langue basque ne s'élèverait guère 
au riclli (le deux mille, si l'on opérait sur les treize à quatorze mille mots dont 
elle se compose. C'est parce que les mots élémentaires ont été choisis qu'ils ont 
lioniié un nombre de racines relativement aussi élevé ; presque tous les autres 
sont ries dérives. 



378 

Sur les soixante-lreizo, racines qui mijourd'hui me 
paraissent propres à la langue basque, il y en a douze 
qui peuvent être composées et dont j'ai une des racines 
constituantes. II y en a encore quatre autres qui me 
paraissent l'être, mais dont je n'ai aucune racine; le 
nombre des racines proprement dites est donc réduit 
à cinquante-sept. Dans quelques mois, il le sera peut- 
être à cinquante, et dans un an il pourra y en avoir 
encore moins , si j'ai le loisir d'y songer. 

On ne trouve pas les racines d'un mot quand on le 
veut; il faut pour cela saisir des analogies ([ui ne se 
présentent pas toujours d'elles-mêmes. C'est ce dont 
il sera facile de se pénétrer en cherchant les analogies 
qui relient les mots suivants : 

Hamua hameçon. 

Hamar dix. 

Ama mère. 

Amarra cancre (crustacé). 

Amaralu amarrer. 

Amore amour. 

Hamon. — harpon. 

En faisant dans l'orthographe de ces noms quelques 
changements permis par les divers dialectes de la lan- 
gue basque , les réduisant à leur forme indéfinie et les 
mettant dans un autre ordre, nous aurons le tableau 
suivant, qui rendra les analogies plus faciles à saisir : 

Am.., mère. 

Ainar amour. 



379 

Ainar lien. 

Amar dix. 

Hamu hameçon 

Hamon harpon . 

Amarra homard. 

Les liens qui unissent une mère à ses enfants sont 
le plus bel exemple de Yamour. Lier, c'est amarrer; 
amarrer, c'est arrêter, c'est fixer les animaux à l'ex- 
trémité d'un lien terminé par un hameçon ou un har- 
pon. 

Il a déjà été dit comment le nombre dix , amar, dé- 
rive ^ainaratu, et il suffit de considérer les pattes des 
crustacés, tels que les crabes et les homards, pour 
comprendre comment ces animaux peuvent amarrer 
leur proie '. 

On a vu qu'at'rcora, la hache, dérive ô!aitz, pierre 
ou rocher. Il doit en être de même ^aizlua, le cou- 
teau, et {Xailzura, bêcher '. Asbida, le larynx, de- 
vient asne bidea, la voie de la respiration ou le 
passage de l'air. Acienda, la ferme, devient l'endroit 
où l'on serre le grain, acia; et bien d'autres mots en- 
core que je pourrais expliquer sans sortir de la lettre yi. 

Parmi ceux-ci , il en est un trop remarquable pour 
que je le passe sous silence : c'est airgea, ténèbres. 
Ce mot s'analyse assez facilement on air gea ', sans 
air Si l'on considère que, dans les temps primi- 

' Àmar pst basque , liébrcu et français. Homard est sans doute une corrup- 
tion à'hamar 

' Aitzura renfiTme aussi le nom du bois. 
Gea vient de bagea. Les Basques, peu soucieux di; conserver les traces de 

25 



380 

lifs, on a dû contbiulrc Yair avec le ciel, le jour el la 
lumière, on adinoUra facilomeni qu'arrr/ea veuille dire 
sans himicre ou ténèbres. 

Les exiMuplos (|ui pn-cèdonl cl ce qui a été dit dans 
la l" Pai'lic de ce travail doivent démontrer (juc l'ana- 
lyse des lani^ues peut reuionler beaucoup plus haut 
(juon ne le soupçonne ordinairemeul, el (|ue les raci- 
nes vérilablenienl primitives doivent être eu très- petit 
nombre. 

Si cent soixante-deux racines, qui viennent d'être 
examinées, se réduisent à cinquante-sept, deux mille 
racines que la langue basque pourrait donner par l'a- 
nalyse immédiate, se réduiraient à sept cent trois. 

M. EichholT a réduit les racines verbales de la lan- 
gue sanscrite à cinq cent cinciuanle. Mais de ces ra- 
cines, qui sont presque toutes représentées par des ver- 
bes actifs, on remonte diflicilemeut aux mots usuels 
des langues. 

En poussant aussi loin l'analyse de cette sorte de 
racines, on arrive à des expressions si générales, que 
l'on retombe presque toujours dans les mêmes. Ainsi, 
dans le petit nombre de racines admises par M. EichholT, 
il y en a cinquante-quatre qui sont traduites par moii- 

voir ! 

Il résulte de ce qui précède , que l'on prend géné- 
ralement pour des racines des mots qui n'en sont pas, 



l'origine dos mots romposiV qu'ils formcnl , coupcnl Iciiis racines pour les em- 
ployer : ils en meltonl la ihimuu'ic pai'lic ;iu commcnrcmonl dos mots, ou la dcr- 
nifcrc il la (in. D'uiilrcs fois, ils li's rclouriiciil : ei , lurliniic nt'ualivc, se rliaiipp 
sniivi'iil l'n ce. 



n 



381 

puisqu'on les soumettant à une analys;' convenable, on 
parvient à les décomposer et à leur trouver un sens 
déterminé qui convient parfaiiemeni à leur sfgnili- 
calion. 

L'utilité des racines des langues et les diflicultés que 
l'on éprouve pour les trouver, permettraient d'en dis- 
tinguer deux espèces : les racines primitives et des 
racines que je nommerai élémentaires , parce qu'elles 
sont les éléments des langues, qu'elles soient simples 
ou composées, comme les éléments chimiques de no- 
tre époque sont les éléments des combinaisons, que leur 
simplicité ait été démontrée ou non. 

Si l'on réduisait plusieurs langues en leurs racines 
élémentaires, et si l'on comparait ces racines, elles se 
rangeraient en trois groupes analogues à ceux qui ont 
déjà été établis pour les racines basques : 

1° Racines communes à plusieurs langues avec une 
même signification ; 

2° Racines communes à plusieurs langues avec une 
signification dérivée; 

3° Racines propres à chaque langue. 

Pour savoir quel parti l'on peut tirer de ce classe- 
ment des racines , admettons pour un moment qu'une 
race primitive se divise eu plusieurs nations, et que 
ces nations finissent par avoir de nouvelles relations 
entre elles et avec des nations provenant d'autres races. 

Dans cette condition, chaque nation perd un certain 
nombre de racines primitives, crée des dérivés et des 
mots composés. Plus tard, en communiquant avec 
d'autres races, elle acquiert des racines quelle avait 



382 

perdues, el elle en prend d'étrangères à son idiome 
primitif. Lorsque ces nations seraient arrivées à ce 
point, les racines du tableau précédent se répartiraient 
selon le tableau suivant : 

\° Les racines communes à plusieurs langues se- 
raient évidemment des racines primitives. 

2° Les racines dérivées permettraient de remonter 
à des racines primitives. 

3° Les racines propres comprendraient : 

a. — Des racines primitives conservées dans cer- 
taines langues et oubliées dans les autres; 

b. — Des racines revenues après avoir été plus ou 
moins altérées; 

c. — Des racines puisées dans des langues primiti- 
ves différentes de celles soumises à l'analyse ; 

d. — Un résidu formé de racines tellement altérées 
qu'elles seraient méconnaissables, et de racines déri- 
vées et composées qui auraient échappé à l'analogie et 
à l'analyse. 

Ce travail, que je n'ai pu qu'ébaucher et dont je ré- 
serve les résultats généraux pour une autre publication, 
me conduit à conclure : 

4° Que la langue basque contient beaucoup de raci- 
nes primitives perdues pour les autres langues; 

2° Qu'elle est beaucoup plus ancienne que les lan- 
gues grecque el latine; 

3° Qu'elle a concouru à former toutes les langues 
dites aujourd'hui iiido- germaniques , la langue tur- 
que, la langue des Esquimaux, et celle de plusieurs 
peuplades de l'Amérique méridionale. 



383 

Ces conclusions seront conlirnioes d'ailleurs par lé- 
lude qui va suivre des racines |)arasynonynii(|ucs, du 
vocabulaire chronologique el des études topologiques. 

Parasynonymes oa dérivés analo^qaes. 

Les parasynonymes ont été définis p. 277, § XII. 
Je me suis en outre assez étendu sur les racines déri- 
vées, pour qu'il soit utile d'entrer dans de nouveaux 
détails à ce sujet. 

Les parasynonymes, tout en démontrant comment 
les racines et les mots s'allèrent en passant d'une lan- 
gue dans une autre, pernieltenl de reconnaître l'uni- 
versalité et l'ancienneté des racines de la langue basque. 

La racine 6er, chaleur, dont sont successivement 
dérivés les substantifs animal, troupeau, richesse^ et 
le verbe liahere des Latins, se retrouve dans le sans- 
crit, l'hébreu, le grec, le latin, le français et les lan- 
gues celtiques et germaniques. 

La racine su, feu, se retrouve dans le sanscrit, l'hin- 
douslani, dans les langues celtiques et germaniques, 
et dans celles des Esquimaux el des Groënlandais , avec 
des signitications variées qui correspondent à soleil, 
œil, beau temps, etc. 

La racine u, tirée {Xura, l'eau, donne lieu à un 
grand nombre d'acceptions dillerentes, déjà signalées 
p. 276. 

Cette racine est plus ancienne que les noms primi- 
tifs grec et latin urina el oyron, qui en dérivent iin- 
iiiediatemenl. 



384 

La racine anrg est aussi fort ancienne et donne nais- 
sance à des dérivés grecs et latins. 

Je n'ai pu décider si les racines sanscrites êcj et âg, 
qui veulent dire luire, briller, sont plus anciennes 
que les mots basques egun, jour, et ekia, soleil; mais 
selon toutes les probabilités, les racines sanscrites sont 
dérivées des mots basques , parce qu'ils sont tout à 
fait primitifs. C'est ici le lieu de dire que des verbes 
peuvent dériver de noms substantifs; car le soleil est le 
type de ce qui brille et n'a pu recevoir ce nom d'aucune 
autre lumière terrestre, parce qu'il les a précédées tou- 
tes. Il est donc éminemment probable que deux racines 
sanscrites très-anciennes sont dérivées de la langue 
basque. 

Comme conséquence de ce qui vient d'être dit, la 
racine sanscrite nr, mouvoir, étendre, vient plutôt de 
la racine basque ura, eau, que celle-ci ne vient du 
sanscrit. Les idées sont la conséquence de l'existence 
des êtres, et il a fallu de l'eau, qui s'étendit et coulât 
dans tous les sens, pour donner celle de répandre. Si 
les eaux courantes paraissent dériver de mots qui , en 
général, veulent dire aller, ces mots sont générale- 
ment composés et veulent dire : l'eau va en coulant 
dans le lit des fleuves et des rivières. 

L'examen des parasynonymes suffira pour démontrer 
que la langue basque est une des langues les plus an- 
ciennes qui soient parlées sur le globe; il n'y a peut- 
être que les langues arabe et chinoise qui puissent lui 
être comparées sous ce point de vue. 



385 
Vocabulaires comparé* à la langue basque. 

Ces vocabulaires sont une dépendance du vocabu- 
laire chronologique; mais comme ils servent pour dé- 
terminer les faits, les lieux dans lesquels ces faits se 
sont accomplis cl les relations des peuples, et qu'il eût 
été diflicile de les faire rentrer dans le vocabulaire 
chronologique, je les ai conservés à part. 

Les vocabulaires comparés comprennent l'hébreu et 
le chaldéen , l'arabe, le persan , le sanscrit , le grec, le 
latin, le guarani, l'esquimau, le français, et quelques 
mots qui se rapportent à diverses langues réunies en- 
semble et par groupes, selon les lieux habités par les 
peuples qui les parlent. Le latin, l'espagnol et le fran- 
çais, se trouvent d'ailleurs comparés avec le basque 
dans toute l'étendue du vocabulaire général. 

L'examen des vocabulaires comparés conduit aux re- 
lations suivantes : 

Tous les peuples dont les vocabulaires ont été ana- 
lysés, ont eu des relations dès l'âge primitif. 

Cet âge a duré longtemps pour les Basques, puis- 
qu'ils s'y trouvaient encore, à peu de chose près, à 
l'époque où Strabon écrivait. 

Dès l'époque où les Basques furent en contact avec 
les Samoyèdes, ils ont connu les navires ou des bar- 
ques d'une dimension assez considérable. 

Plus tard, les Basques ont eu de nouvelles relations 
avec les Hébreux, à l'époque où ceux-ci construisaient 
des villes; ils en ont eu aussi avec les Persans, lorsque 



38G 

l'on avait déjà invenlé les serrures, puisque c'est de ce 
peuple qu'ils tiennent le nom de la clé. 

Les Basques paraîtraient s'être trouvés avec les In- 
diens-Sanscrits, dont ils auraient emprunté le nom 
de lessieu. Cependant, il est probable que ces dei'nières 
relations n'ont pas existé, et que ce nom a été tiré des 
autres langues, telles que le grec et le latin. Cela n'a 
rien qui puisse étonner, puisqu'il exisle un très-grand 
nombre de mots sanscrits dans ces deux langues. 

Les relations des Basques avec les Turcs remontent 
aussi jusqu'à l'époque primitive; cependant, il est pro- 
bable qu'à celte époque la race turque n'existait pas; 
mais comme elle a eu nécessairement des ascendants, 
les Basques doivent en faire partie, puisqu'il y a une 
relation très -fréquente entre les noms primitifs des 
deux langues. 

Les Turcs me paraissent être des métis. 
Si l'on analysait leur langue comme j'ai analysé 
celle des Basques , on retrouverait facilement les races 
qui ont concouru à leur production. 

Je crois pouvoir dire dès aujourd'hui que , par leurs 
caractères elhnograpliiques et par leur origine topolo- 
gique , les Turcs me semblent venir des Basques et de 
la race mongole. 

Les relations des Basques et des Arabes ont été fort 
étendues e( se rapportent probablement à plusieurs 
époques fort distinctes, quoique les termes communs à 
ces deux ra^es ne paraissent pas l'indiquer; mais l'exa- 
men des circonstances générales dans lesquelles ces 
deux peuples se sont trouvés, permet de le penser. U 



387 

est difticile, d'ailleurs, de conclure quelque chose d'ah- 
solu relativement à l'ensemble des relations des peuples 
dès le premier âge, parce qu'il faudrait faire, pour cha- 
cun d'eux, un travail semblable à celui que je fais en 
ce moment pour les Basques» Il a pu y avoir des in- 
vasions et des pérégrinations que l'histoire ne nous fait 
pas connaître. Les Arabes sont aujourd'hui répandus sur 
une zone considérable, qui s'étend de la presqu'île arabi- 
que à l'océan Atlantique. Ils ont eu des rapports assez 
récenis avec les Basques, qui les ont chassés du nord 
de l'Espagne, et ils ont sans doute une foule de métis 
qui s'étendent à des latitudes plus boréales. Il est donc 
probable, ainsi que je l'ai dit, que les Basques se sont 
trouvés plusieurs fois en i)résence des Arabes. Il ne 
faut pas oublier non plus que les Basques ont eu des 
relations immédiates avec les peuples qui ont parlé les 
divers dialectes de la langue hébraïque, et que beau- 
coup de mots de ces langues peuvent se trouver tout à 
la fois et dans la langue basque, et dans la langue 
arabe. Par exemple : le mot hébreu arag, qui veut 
dire luerj se retrouve dans le basque aragia, viande, 
et dans le mot arabe arq , os couvert de chair. 

Les relations des Bas(iues, des Esquimaux, des Gua- 
ranis et des Quiclîuas, remontent à l'époque primitive. 

Les Esquimaux appartiennent à la race mongolique 
et n'ont pu avoir avec les Basques que des relations 
telles qu'il peut s'en établir de race à race. Ces rela- 
tions tendent à démontrer que les Esquimaux, nés dans 
le sud de l'Asie et refoulés dans le nord de ce conti- 
nent , se sont rencontrés avec les Basques, et que ce 



388 

n'est (ju'après avoir établi ces relations qu'ils se sont 
rendus en Amérique. 

Des observations, (jue je publierai ultérieurement, 
me portent à penser que les Esquimaux actuels sont 
• des métis de la race mongole par les hommes, et des 
races du nord de l'Amérique par les femmes. 

En résumé, les Bas(jues ont eu, des l'époque primi- 
tive, des relations indubitables avec les peuples sémi- 
tiques, les peuples indo-gerraani(jues, les peuples qui 
habitent les régions les plus septentrionales de l'Asie, 
et de plus, avec des peuples qui habitent le nord de 
l'Amérique seplentrionale et d'autres peuples qui ha- 
bitent une vaste étendue de l'Amérique méridionale, 
comme ou le verra par les études lopographiques. 

Vocabnlaire chronologiqoe. 

Pages 283 et suivantes je me suis longuement étendu 
sur les moyens qu'il était possible d'employer pour re- 
trouver les époques des faits accomplis, dont les traces 
pouvaient cire retrouvées par des études linguistiques 
et anthropologiques. J'ai été ainsi amené à la création 
d'un vocabulaire chronologique. Il ne reste donc plus 
qu'à exposer comment ce vocabulaire a été exécuté. 

Si la raison ne donnait les lois de la filiation du pro- 
grès de la civiliation, la simple observation de ce qui 
se passe dans les différentes régions habitées du globe 
suffirait pour l'établir. 

On voit ainsi que la civilisation , parvenue chez nous 
à un développement considérable, existe à tous les de- 



389 

grés cliez les peuples de l'Océanie, de l'Afrique, de 
l'Asie et de l'Europe, et même dans le seul conlinenl 
américain. 

En partant du principe développé pages 205 et sui- 
vantes, qui établit qu'il y a une relation forcée entre 
l'homme et les produits de ses travaux, selon les cir- 
constances qui l'entourent, on est conduit à appli(|uer 
à une race quelconque les résultats de l'oLservation gé- 
nérale. 

L'évolution sociale a été divisée en plusieurs âges. 

En réalité, il n'y a qu'un seul âge, qui a commencé 
avec l'homme et qui iinira avec lui; mais afin d'avoir 
des termes de comparaison, j'ai établi cinq âges, qui 
représentent les divers degrés de l'évolution sociale ob- 
servée à la surface du globe. 

Les points, d'arrêt reconnus chez les races qui peu- 
plent le globe m'ont servi pour établir les âges, de 
même que Werner a dû diviser les terrains considérés 
géologiquement, d'après les arrêts observes dans les 
formations qui l'entouraient. 

Les âges de la civilisation ne sont point absolus; car 
il est des races plus perfectibles que d'autres, lors- 
qu'aucune tyrannie ne pèse sur elles ; c'est ainsi que les 
Grecs ont pu, dès les premiers temps de l'histoire, 
créer des chefs-d'œuvre scientifiques, littéraires et ar- 
tistiques, qui seront à jamais des modèles de perfec- 
tion, tandis que les Basques, jouissant d'une grande 
liberté, n'ont rien produit de semblable. 

Le vocabulaire chronologique peut être établi dans 
l'ordre suivant : 



390 



AGE PRlMlTir. 



Age d'or ; hourrilure sans Iravail; habitanls des 
Ues de l'Océanie avant leur découverte -par les Eu- 
ropéens. 

Êtres et phénomènes cosmologiques : lune, soleil, 
éloile, jour, nuil, elc. 

Êtres terrestres anorganiques et organiques : 
monlagne, plaine, rivière, mer, elc. 

Nom du peuple dans la langue qu'il parle et dans 
celle de ses voisins. 

Nom de l'homme. 

Noms des parties du corps de l'homme et des ani- 
maux : tète, membres, ailes, elc. 

Idées générales et abstraites : feu, lumière, eau, elc. 

Parenté : père, mère, enfant, fils, fille, elc. 

Objets divers et instruments : bâton , arc , flèches, 
lance ou zagaie, elc. 

Mois divers représentant nos prépositions et nos 
adverbes : haut, bas, loin, près, elc. 

Arts libéraux : premières traces de l'art par des 
sculptures. 



DEUXIEME AGE. 



Travail indispensable à l'alimentation. Climat 
nécessitant des abris j des vêtements et du feu. Peu- 
ples aulochloncs de l'Amérique, Celles et Bretons. 



391 

Pliisieiir.^ imiples de l'Afrique. Premiem ûijes de 
la Grèce et de Rome. 

Superstition, idolâtrie, culte : idole, autel, tem- 
ple, sacrificateur, etc. 

Hiérarchie sociale : chef, castes privilégiées, escla- 
ves; tente, hutte, village, ville. 

Les objets et les actes qui se rapportent à cet âge 
varient selon que la nation à laquelle ils se rattachent 
ne vit que de chasse, de pèche, de troupeaux ou d'a- 
griculture. 

Peuples chasseurs : appâts, pièges, peaux, elc. 

Peuples ichthyophages ou pêcheurs : filet, ligne, 
hameçon, harpon, elc. 

Peuples pasteurs : troupeaux , pâturages , toi- 
sons, etc. 

Peuples agriculteurs : sol arable, instruments ara- 
toires; semer, récolter, elc. 

Les peuples de cet âge sont nomades, à cela près de 
ceux qui se livrent à l'agriculture : ils sont tous guer- 
riers. Les peuples nomades ont des tentes et divers ob- 
jets de campement; ils ont tous des armes plus perfec- 
tionnées que ceux de l'âge précédent; ils commencent 
à porter des armes défensives. A cette époque, se ratta- 
chent donc des armes variées, des vêtements, des ob- 
jets de luxe, et, de plus, des noms d'animaux domptés 
ou réduits à l'état de domesticité, qui varient selon les 
lieux. 



TROISIEME AGE. 



Cet aie, qui est la continuation du précédent, est 



39:2 

caraclérisé par le développeinenl des idées religieuses; 
l'idée d'un Dieu unique, celle de l'existence etdel'uni- 
versalilé de l'àme, commence à se produire. On remar- 
que l'organisalion d'un gouvernement, la création de 
monuments publics, la lactique militaire. 

Chez les Romains et surtout chez les Grecs, avec 
les mêmes moyens d'exécution, mais guidés par une 
intelligence supérieure, l'architecture et les beaux-arts 
ont pris un développement considérable. Les sciences 
naturelles ont été créées par le génie d'Aristote; l'arith- 
métique et la géométrie ont été fondées par les génies 
de Pythagore et d'Euclide. 

L'apparition de quelques machines élémentaires, la 
fabrication de divers produits, le commencement de In 
métallurgie, le commerce, finvention de la monnaie, 
celle de l'écriture, celle des beaux-arts, le perfec- 
tionnement de l'astronomie, la création de l'année so- 
laire et l'origine de quelques sciences, caractérisent ce 
troisième âge. 

On a donc à signaler tous les mots nouveaux qui 
correspondent à ce nouvel ordre de choses '. 

QUATRIÈME AGE. 

Religion et hiérarchie, comme les précédents; ré- 
publique. 

Constructions : édifices publics plus développés que 
dans l'âge précédent. 

On les trouvera réunis (l;ins le vorabul^ire dironoîogigiii' , c'est pour éviior 
un double emploi qu'on ne les donne pas ici 



393 

Navigation porteclionnée par les connaissances as- 
tronomiques et les instruments de physique; usage de 
l'aimant. 

Commerce très-étendu par le perfectionnement de 
la navigation : introduction des noms de diflerents peu- 
ples qui habitent le globe; développement des connais- 
sances géographiques. 

Armes à feu : attaque et défense des places. 

Création des sciences expérimentales : physique, 
chimie, développement de la mécanique pratique, per- 
fectionnements considérables apportés à lastronomie, 
création de la géologie, nouvel aspect des sciences re- 
latives aux êtres organiques. 

Arts chimiques : vitrilication . porcelaine , aci- 
des, sels, potasse, soude, savon, métallurgie du fer, 
trempe de l'acier, tannage des peaux. 

Existence des beaux-arts. 

CINQUIÈME AGE. 

Cet âge, qui représente l'état de noire civilisation 
depuis quelques siècles, se trouve caractérisé : 

Par des oscillations dans les idées religieuses; 

Par le renversement de la féodalité, la création et le 
renversement du gouvernement représenlaiif ou parle- 
mentaire ; 

Par la discussion des idées philosophicpics, socialis- 
tes et humanitaires; 

Par des invasions réciproques qui opèrent un échange 
mutuel d'idées et de mots; 

Par une foule d'inventions qui facilitent la commu- 



394 

niciUion de la pensée, soil en la lépandanl a\ec une 
grande difl'usion, soil avec une rapidité extrême : lel- 
les sont l'imprimerie, l'application de la vapeur à la 
navigation et aux chemins de fer, la télégraphie; 

Par la création d'une foule de machines et d'indus- 
tries nouvelles, qui occupent des populations tout en- 
tières ; 

Par d'immenses progrès dans les sciences, qu'elles 
soient abstraites, comme les mathématiques, ou qu'elles 
aient la nature pour objet, comme la physique, la chi- 
mie et les sciences naturelles proprement dites; 

Par des progrès non moins grands dans les beaux- 
arts et la littérature. 

On remarque en outre : 

Substitution du crédit à la monnaie; 

Introduction d'un jury dans les tribunaux; 

Abolition de l'esclavage; 

Création de colonies pénitentiaires; 

Abolition momentanée de la peine de mort; 

Tendance à l'abolition de la guerre; 

Amélioration matérielle et morale des classes infé- 
rieures de la société. 



Dans l'application , je n'ai pas poussé l'étude du vo- 
cabulaire historique relatif aux Jiasques au delà de la 
troisième époque, parce que depuis que cette époque a 
commencé, l'histoire a parlé. 

Le vocabulaire historique a été comparé avec les vo- 
cabulaires des autres langues. Cela n'a pu être fait 



395 

pour tous les mots qu'il renferme, soil par le manque 
de vocabulaires, soil par leur insuflisance. 

Les noms appartenant à chaque langue ont été comp- 
tés, et voici le résultat obtenu pour le premier âge : 

Français el Brezon 48 — Latin 14 

Turc 14 — Nord de l'Asie 9 

Sanscrit 8 — Amérique du Sud 8 

Esquimau 7 — Langues germaniques. 6 

Hébreu 6 — Arabe 3 

Persan 3 — Saxon 3 

Roman 3 — Thubélain el Grec 2 

Espagnol, chinois, berbère, japonais, mongol, koph- 
te, coréen, langues du Caucase, un mot pour chacune 
de ces langues. 

Le petit nombre de mots primitifs reconnus pour 
avoir appartenu à plusieurs langues, tient au peu d'é- 
tendue du vocabulaire chronologique. Si ce vocabu- 
laire eût été plus considérable, beaucoup d'autres mots 
seraient venus y prendre place. Cela sera rendu évi- 
dent par les vocabulaires comparés, qui ne sont qu'une 
extention du vocabulaire chronologique. 

Dans les deux âges suivants, les relations des lan- 
gues s'établissent avec moins de facilité; je n'ai pas pu 
d'ailleurs me procurer toujours des vocabulaires assez 
complets pour y trouver tous les mots utiles; cepen- 
dant, voici le résultat de mes observations : 

Dans le second âge, le latin domino, puis le fran- 
çais, l'arabe, le syriaque, l'hébreu, le sanscrit, les lan- 



gues du Caucase. 



S6 



396 

Dans le troisième âge, le latin est très-abondant, 
le français vient ensuite, puis le saxon, l'allemand et 
l'espagnol; les noms des autres langues donnent des 
résultats insignifiants et négligeables. 

Les résultats numériques qui viennent d'être signalés 
n'ont pas besoin de commentaire; cependant, je pense 
qu'ils pourraient conduire à des erreurs, si on les ad- 
mettaient eu masse et sans pousser l'analyse plus loin. 

Il importe de considérer d'abord si les mots des lan- 
gues, qui correspondent au Basque, sont simples ou 
composés, directs ou dérivés. Il faut voir en outre, en- 
fin, si les caractères anthropologiques sont d'accord 
avec la linguistique. 

Si les noms des langues comparées au Basque sont 
dérivés ou paraissent l'être par leur longueur, ils ne 
sont point primitifs pour la race qui les emploie ; par 
exemple : les Basques eux-mêmes ayant deux noms 
pour désigner le soleil, ekia et eguzkia, ces deux 
noms ne peuvent être de la même époque , et le second 
est moins ancien que le premier, puisqu'il exprime une 
idée composée dont la première fait d'ailleurs partie. 

Si les mots ont une acception dérivée, ils ne peu- 
vent indiquer les mêmes rapports que s'ils en avaient 
une qui fût directe. En eflet , dans ce cas, on ne peut 
affirmer (|ue les peuples viennent de la même souche, 
mais seulement qu'ils ont eu des rapports entre eux. 
Cependni»! , lidentité de race n'est pas impossible dans 
ce cas; car des lapporls ultérieurs avec d'autres races 
peuvent conduire à changer les noms. Enlin, si les ra- 
ces ditlereni par leurs caractères anthropologiques, on 



397 

lie peul non |»liis afliriiici' que 1 identité de (juclqucs 
n\ols de leur vocabulaire commun ail le caractère in- 
faillible d'une même origine. 

Mais lorsque le vocabulaire coïncide avec les carac- 
tères anthropologiques, je pense que l'on en peut con- 
clure que les nations qui se trouvent dans cette cir- 
constance dérivent d'une même race primitive. 

Il peut arriver enfin qu'une race déterminée soit mo- 
difiée par les circonstances, et surtout par le mélange 
avec d'autres races, et c'est là le cas le plus fréquent. 

En tenant compte de toutes ces considérations, voici 
ce qui me parait résulter de l'examen du vocabulaire 
historique : 

Les Basques, les Celtes (désignés sous le nom de 
Français et Brezads dans le résumé du vocabulaire 
chronologique), les Germains et les Saxons, les Sans- 
crits et les Latins, sont de la même origine que les 
Basques. Quelques-uns sont modifiés par les circons- 
tances , et peut-être par des races qui en sont très-voi- 
sines par leur organisation : tels sont les Sanscrits et 
les Latins. 

Les peuples sémitiques proprement dits, les Arabes, 
les Persans, peuvent être de la même origine que les 
Bascjues; mais ils ont été modifiés par le métissage. 

Les Turcs, ceux qui ont parlé et parlent encore la 
langue romane et qui en sont les descendants, sont des 
métis de la race basque et de la race mongolique. 

L'Améritpie du Sud a compté parmi ses habitants 
divers peuples d'Eurofie, chez lesquels il y a eu des 
Basques, des Sansci'its, et probablement des Celles, 



398 
donl les races se sont tondues avec celles indigènes, 
parce que probablement ces peuples , qui ne sont arri- 
vés en Amérique qu'en y faisant naufrage, n'avaient 
point de femmes avec eux. 

J'ai déjà dit que les Esquimaux, reconnus de race 
mongolique, ne pouvaient descendre des Basques. 

Les quelques mots de la langue basque qui corres- 
pondent à l'esquimau peuvent, pour la plupart, être 
rapportés à la langue sanscrite. 

Les mots esquimaux du premier âge qui se rappor- 
tent à cette langue sont au nombre de sept, pouvant 
être groupés ainsi : 

BiSQDB. SANSCRIT. 

Signification directe 5 3 

— indirecte... 2 < 

— nulle.. » _^ 

_1 — 

Les mots esquimaux sont d'ailleurs tirés de plusieurs 
régions; ils appartiennent donc à une famille et non 
point à une nation proprement dite '. 

Vocabalalre toponymlqae. 

Les noms des lieux qui paraissent d'origine basque 
pouvant être utiles pour retrouver les régions qui ont 

* Je n'ai pnint pu d'antre vocabulaire i> ma disposition que celui de l'Atlas 
ethnographique de M. B:ilbi, qui ne romprend que vingt-six mots en comptant 
les dix premiers noms des nombres, en tout seize noms d'êtres primitifs. 



i 



399 

été successivement habitées par les Basques, je les ai 
recherchés avec soin. 

J'en ai trouvé peu; mais comme ils sont en rap- 
port avec les renseignements donnés par le vocabulaire 
général , il en résulte qu'ils offrent une certaine valeur. 
Les voici par région. 

Nord de l'Asie. 

Obi, fleuve, sépulture. 

Ce fleuve a pu recevoir ce nom , parce que les Bas- 
ques y jetaient leurs morts au lieu de les enterrer 
comme on le fait en Europe. Cette pratique est encore 
usitée dans l'Inde, et on lui attribue l'origine du choléra. 

Lac Baïcal, bacaillab, morue en basque. 

Les eaux de ce lac ne contiennent probablement pas 
de morue, mais un poisson qui y ressemblerait et (jui 
aurait permis aux Basques d'en conserver le nom, en 
l'attribuant à une autre espèce en Europe. Baïcal pa- 
rait être un nom composé dans lequel entrerait la 
particule aflirmative bai_, et baïcal voudrait dire ?m 
vrai ■« 

La région comprise entre l'origine de l'Obi, le cours 
de ce fleuve et le lac Baïcal, s'étend depuis le 65'' jus- 
qu'au 107* degré de longitude orientale; elle se trouve 
bornée au midi par la chaine des monls Allaï. 

D'après une carte de I\l. Klaproth, les Samoyèdes 
occupaient celle région tni siècle de Cyrus, 530 ans 
avant J.-C. Une nation de race mongole exiskiii de 
l'autre côté du lac Baïcal. Aujourd'hui, les Samoyèdes 



400 

ont été refoulés plus au nord, et les Toungouses les ont 
remplacés. 

La rivière Angara, qui prend sa source dans le lac 
Baïcal et va se perdre dans l'ïénisséi, parait avoir un 
nom basque; mais je n'ai pu l'expliquer. 

Hf'fjiun moyewne de V Asie. 

En côtoyant la chaîne des monts Altaï et s'avançant 
vers le S.-O. , puis tournant vers le midi , on rencontre : 

Les lacs Balkhach et Issicoul, et une nouvelle région 
située au S. de la grande Boukharie actuelle, entre 40 
et 50" de latitude, où se trouvent plusieurs noms qui 
paraissent basques ; 

La rivière Sarasou, Bourouts, de huru, lôle; du 
côté oriental des montagnes, d'autres lacs; puis Bai, 
oui, et Aksou, aksu, pointe de feu? 

La Mer d'Aral , connue aussi sous le nom de Mer 
des Aigles, lire son nom du basque, arranoa, aigle. 

Caucase. 

Elburu. Ce nom est celui du pic le plus élevé de la 
chaîne du Caucase ; il veut dire tête de neige en basque. 

Monts cÉRAUMENS. Strabon signale ces monts, où 
Il existe une foule de reptiles et de serpents venimeux. 
Cerau est le nom de la vipère en basque '. 

' Kerayna orè , mnniagne ilc la chimère. 

Selon le iiiyllie grer , la cliimoip élall un iiiDiisIro rnmpnsé fie la tète d'iin lion, 



401 

Ibérie. Le nom de celle province vient sans doute 
des fleuves qui l'arrosent. Ib, erria, terre arrosée par 
des eaux courantes. ( V. la note p. 309. ) 

Kurd de l'Italie. 

Chi. On trouve dans toute l'Italie, et en Sicile, beau- 
coup de villes et de localités commençant par cette par- 
ticule, qui vient sans doute de chit, petit. Dans le 
nord, au sud du lac Oglio, est Chiari (petit bélier), 
ville de six mille huit cent cinquante habitants. 

Arana, prune; autre localité au sud du lac Majeur. 

Paya bastjuii. 

Presque tous les noms de cette contrée, située en 
partie dans le nord de l'Espagne et en partie dans l'ex- 
trême S.-O. de la France, sont d'origine basque; i's 

du corps d'une chèvre et Je la queue d'un dragon Ce prétendu monstre était 

une montagne au sommet de laquelle était un volcan entouré de lions. Il y avait 
au milieu des pâturages oii paissaient des chèvres , et au pied , beaucoup de ser- 
penta. [Dict. ab. de la fable; par Chompré. ) 

Ovide nommait cette montagne Chimerifera; Chompré la place en Lycic. Le 
diolionnaire grec de Jos. Planche ve!it qu'elle soit en Épire : elle est en réalité 
dans l'ancienne Albanie, au N.-E. de l'ancienne Ibérie caucasienne. 

L'erreur de Planche vient sans doute de ce qu'il a confondu l'ancienne avec la 
nouvelle Albanie, qui est efTectivement la même contrée que l'ancienne Épire. 

La description scientifique de Strabon , la Fable, tout vient contirraer que les 
monts Céraiiniens doivenl leur nom îi celui de la vipère : cerau. 
•La racine du mot cerau est d'ailleurs demeurée dans la langue grecque : c est 
kèr, maladie, peste, mort fatale. Celle racine est sans doute la même i\n'eria, 
maladie en basque. 

Ceraua viendrait donc de kèr, peste, venin, et d'uyo, bouche : bouche ou 
gueule venimeuse. • . 



402 

ont élé étudiés à diverses reprises par plusieurs auteurs, 
parmi lesquels on peut citer Iharce de Bidassouet et 
G. de Humboldl '. 

Quoique les noms des accidents géiques des pays 
basques soient d'une origine certaine, on n'a pu les 
expliquer tous d'une manière heureuse; ceux mêmes 
des principales divisions de cette contrée sont restés 
pour la plupart sans explication plausible. C'est là une 
preuve évidente que la langue basque a perdu beau- 
coup de racines faute d'avoir une littérature qui ait 
pu permettre de les conserver. 

On retrouve dans les noms des pays basques, et dans 
beaucoup d'autres noms de l'Amérique du Sud, beau- 
coup de racines homonymes qui ne peuvent être ex- 
pliquées d'une manière certaine. 

Les noms véritablement basques dépassent rarement 
Santander dans l'ouest, et l'Aragon dans l'est. 

On peut conclure de là que les Basques n'ont point 
fait un long séjour en Catalogne et en Aragon , et que 
depuis plus de deux mille ans que Strabon en a parlé , 
ils sont restés dans les limites où ils se trouvent actuel- 
lement. C'est d'ailleurs une grande erreur de vouloir 
que les Espagnols soient les descendants directs du peu- 
ple basque '\ 



* G. de HumbulJt a fait un ouvrage remarquable sur la langue des Basques 
et sur les noms des lieux qu'ils liabitenl. J'ai le profond regret de n'avoir pu me 
procurer cet ouvrage, et de ne le connaître que par les éloges qu'en font les^- 
teurs. 11 est évident qu'il aurait pu m'ètre d'un grand secours, et cela d'autant 
plus, qu'il est l'œuTre d'un des plus grands philologues de noire époque. 

' [.PS pays basques sont bornes à l'est par l'Aragon. Ce pays est habité par 
une raco qui diffère des Basques. Les Aragonais sont en général d'uiic belle slit- 



403 

La majeure partie des Espagnols est d'une tout au- 
tre race que celle des Basques; toutefois, elle en dé- 
rive, comme je le démontrerai dans un ouvrage géné- 
ral sur l'origine des nations; mais ce n'est point en Es- 
pagne que cette nouvelle race a été produite. 

Les travaux qui ont été faits sur les racines des noms 
des contrées basques me permettent de ne pas m'occu- 
per de ce sujet. 

Amérique méridionale. 

On -retrouve plusieurs noms d'origine basque dans 
l'Amérique méridionale, depuis le fleuve des Amazones 
jusqu'au Rio de la Plata. On en trouve aussi vers les 
Cordillières en remontant au nord, jusque dans la 
Louisiane. 

Andes. Andiac, hautes. Il était impossible de den- 
ture; ils ont la poitrine très-développée , contrairement aux autres Espagnols; 
leurs cheveux sont bruns foncés ou noirs. Mais ce qui les distingue de toutes les 
autres races qui les environnent, c'est le volume considérable de leur tête. A ce 
snjet, je raconterai une aventure qui m'est arrivée et qui permettra d'apprécier 
l'énorme différence qui existe sur ce point entre les Aragonais et les Bordelais, 
qui sont d'ailleurs en général de la même origine que la plupart des Espagnols. 

En 1846, je quittai Paris pour me rendre en Espagne. En passant par Bor- 
deaux, je voulus aclieler une casquette, et il me fut impossible d'en trouver une 
dans laquelle ma tête put entrer, quoique j'aie cherché dans un grand nombre de 
magasins. Je partis donc sans casquette, el rae rendis ainsi jusqu'à Saragossc. 
Lii, je voulus de nouveau en acheter une, qui me devenait indispensable pour 
voyager ii cheval. J'entrai chez un cliaiielier français qui habitait le Coso, et, à 
MM grand étonnement, foules les casquettes de son magasin se trouvèrent trop 
prjndfs pour ma lèle : sur plus de cinquante, il n'y en eut qu'une seule qui put 
m'aller ! 

Il faut ajijjtcr ijiir ma Icte a 59 cenlimelri's de circonférence. 



V04 

lier lui nom plus caraclorisiiquo à coUo chaîne de mon- 
tagnos, qui truverso les doux Ainoriquos dans toule leur 
louiiueur. 

Vrk.iay, Aura iiguya, eau pernumeule alinienlée 
par des sources. 

Ce nom convient lelloinent à la contrée arrosée par 
rifaguay, qu'il est impossible de ne pas v voir un nom 
basque; et cependant je ne pense pas que ce nom ait 
été donne à celle contrée par des Basques depuis la dé 
couverte de Cbristopho Colomb '. 

P.vR.vGi AY. Para veut dire pluie en quichua . et 
Paraguay voudrait dire eau permanente alimenlee 
par les pluies. 

I/OuKxoorE parcourt une contrée remplie de cerfs : 
or en on basque. 

I'bay. (/ bai, bonne eau. Large rivière du Pérou , 
qui sort d'un lac formé par la rivière Parapiti. 

11 existe aussi en France, dans le déparlement des 
Uasses-.Mpes , une rivière qui porte le mémo nom : 
l'baye. Celte contrée a d'ailleurs pu être habitée par 
les Basques lors de leur passage dans le midi de la 
France. On trouve encore une rivière du nom d'ibar 
qui prend sa source en Albanie. 

l bay est d'autant plus d'origine basque, que le son 
du b est étranger à la langue quichua qui est parlée au 
Pérou. 

P11.1.A CHiQriR. montagne de la Colombie, l.e mol 
pilla veut dire un assemblage en basque. 

' {'n< veal dire pia<n*, ou (i>h 6<m en ituirhua. Ea romhiiMut les d«ax Ub- 
gucs Kj5<]uo iM i)iiiohiM . on uunit ;>{aiii« iiomi^r i^tr dtf tau* dt ptui*. 



405 

Une cérémonie (|ui a lieu en Columbie, et dans la- 
quelle on offre au chef d'une fête un monceau de fruits 
et de pâtisseries qui porte le nom de pillarico, me 
donne lieu de penser que pilla a la même valeur dans 
la langue du pays. Pilla veut dire couronne en qui- 
chua. 

PiCACUo, montagne de la Colombie. Ce nom est bas- 
que et veut dire montarjne ou pic de pierre. 

Cayambouro, montagne des Andes sous l'Equateur, 
un des plus haut sommets. Les trois parties du nom 
sont basques; la dernière, bouro, veut dire tête. 

Arinos. Arina, rapide. Rivière du Brésil. 

On pourrait encore augmenter ce petit vocabulaire; 
mais ce qui précède suffit pour démontrer qu'il est émi- 
nemment probable que des Basques ont très-ancienne- 
ment habité l'Amérique méridionale. 

On a pu être étonné de me voir invoquer la langue 
quichua pour expliquer des noms appartenant aux ré- 
gions du Brésil ou de la Colombie; mais le peu que j'ai 
pu connaître de ces langues me donne lieu de penser 
qu'elles ont beaucoup d'analogie entre elles, et de plus, 
avec le basque, le sanscrit, le latin et le français '. 



' Je possède le vocabulaire qiiirlma du P. Diego de Torres. J'y [ai trouvé 
plusieurs mots tout \t fait basques, et un plus grand nombre encore de [mots 
ilérivei de cette 'Urnière langue. Je publierai ultérieurement le résultat de mes 

observations. 



406 



111« PARTIE. 



RESUME ET CONCLUSIONS. 

La P* Partie de ce travail a été consacrée à l'expo- 
sition d'une méthode ayant pour but de rechercher les 
traces des faits qui se rattachent à l'histoire sociale des 
peuples primitifs. 

La IP Partie de cette méthode a été appliquée d'une 
manière toute spéciale à la langue des Escualdunais ou 
Basques primitifs. 

Dans cette IIP Partie, je me propose de résumer les 
faits recueillis à l'aide de la méthode, et de les présen- 
ter autant que possible sous la forme historique. 

La IV^ Partie comprendra tous les documents ana- 
lysés dans la IP Partie et appliqués dans la IIP. 

L'histoire des Escualdunais sera divisée en cinq épo- 
ques qui se rapporteront aux lieux qui ont été succes- 
sivement occupés par les Basques. 

I" ÉPOQCE '. 

Région indéterminée . 

La P* Époque de l'histoire des Escualdunais remonte 
à l'antiquité la p/lus reculée. 

' Je (I()niiPi-ai lt> nom di^ race ;i un ensemble d'indiviilus dnivaiU d'uni' môme 



407 

L'originalité de la liingue hasquo, la sublime naïveté 
de sa grammaire, l'universalité de ses racines, la pos- 
sibilité d'en dériver des mots appartenant à des lan- 
gues fort anciennes et éteintes depuis longtemps, nous 
forcent d'en reconnaître l'ancienneté. 

Une langue ne pouvant s'être formée sans avoir été 
parlée, il faut reconnaître que la nation basque a pré- 
cédé la plupart des nations connues, et que les plus 
anciennes sont, ainsi qu'elle, dérivées d'une souche 
unique. 

L'examen comparé des vocabulaires des langues dé- 
montre que les deux grandes sous-races que l'on nom- 
me aujourd'hui indo-germanique et sémitique, déri- 
vent d'une souche unique dont les basques faisaient 
partie, et tout porte à penser que ce peuple en a con- 
servé la langue presque intacte jusqu'à nos jours. 

La race basque se serait donc divisée en deux sous- 
races : l'indo-gernianique et le sémitique. 

La race indo-germanique comprend principalement 
les Sanscrits, les Latins, les Celtes, les Germains '. 

La race sémitique se compose essentiellement des 



famille, possédant les nirnios caractères anthropologiques, mais pouvant parler 
(IKlÏTfntcs langues et habiter des contrées séparées les unes îles autres. 

Les sum races seront des rameauj des races, parlant des idiomes appartenant 
à une même famille. 

Les nations >eioiit formées par une léiiiiion il'imlividus de même race et par- 
lant la même langue. 

Les jieuples pourront être représentés par plusieurs races habitant le même lieu, 
liaiiant même des langues différentes , mais soumis aux mêmes lois politiques. 

Les Slaves et les Finnois apparlienueiU , au moins en partie-, :i celt» sous- 
laie, mais il ne iin.i eu être question dans ce traiail que d'une iiianirre imidente. 



4Ù8 

Hébreux, des Syriaques, des Clialdéeus et des Arabes. 

J'ai déjà eu l'occasion de dire que les Turcs descen- 
dent des Basques et des Mongols. 

Les Grecs me paraissent aussi être une race mé- 
tissée; mais je ne puis encore me prononcer à leur égard. 
Leurs rapports avec la race escualdunaise n'en sont 
pas moins évidents. 

A une époque fort ancienne, tous ces peuples, ou 
leurs ascendants, ont parlé la même langue. 

La langue basque ayant peu varié, il est plus que 
probable que c'est elle qui est la langue mère dont dé- 
rivent toutes celles de la même famille. 

Cette opinion, déjà émise par Iharce de Bidassouet 
et Darrigol, et qui pouvait paraître hasardée, me sem- 
ble aujourd'hui confirmée. 

Pour en être convaincu , il suffira de reproduire des 
observations qui le démontrent. 

La langue hébraïque est fort ancienne; mais on sait 
qu'elle a beaucoup varié chaque fois que les Hébreux 
ont été emmenés en captivité chez d'autres nations. Au 
sortir de la captivité d'Egypte, leur langue avait été 
considérablement modifiée par le cophte. Pendant 
soixante-dix ans que dura leur captivité dans Baby- 
lone, ils adojjtèrcnt un grand nombre de mots Chal- 
déens. 

La langue hébraïque, que l'on regarde avec raison 
comme une des plus parfaites, a donc varié, tandis 
que celle des Basques est demeurée intacte. 

Il n'y a d'ailleurs rien de plus variable qu'une lan- 
gue. Il faut qu'un peuple habile des monlagne.s près- 



409 

que inaccessibles, el qu'il ne tasse pas d'incursions chez 
ses voisins, pour que sa langue demeure intacte. 

On a retrouvé dads le désert habité par les Hébreux, 
après leur sortie d'Egypte, des inscriptions gravées sur 
les roches de Sina'i, parmi lesquelles se trouve souvent 
lao, le nom de Dieu. Le nom basque Jau, commence- 
ment de Jauna, Seigneur, est sensiblement le même '. 

A l'époque primitive, les Basques avaient le makila, 
espèce de bâton ou de casse-tête qu'ils ont conservé 
jusqu'à nos jours, et qu'ils manient avec une grande 
adresse. 

Le nom de ce bâton est d'origine basque, puisqu'il 
vient des racines mak \ agir, faire, el ila, la mort; 
instrument qui fait ou donne la mort! 

De makila les Hébreux ont fait maquel. 

L'inverse est aussi arrivé : 

De bon, père ou possesseur en Arabe; et de rouack, 
esprit en Hébreu, père ou possesseur de l'esprit, les 
Basques ont fait hurua, tête. 

La comparaison d'autres langues anciennes avec le 
basque, conduit à des résultats analogues aux précé- 
dents. 

Le nom du feu, sua en basque, se retrouve dans 
plusieurs dérivés sanscrits. ( F. le vocabulaire com- 
paré. ) La racine eg, luire, paraît venir A'ekia, le so- 



' The Voice nf Israël from the roks of Sinat , hy llie révérend Cli. Forstcr. 
I.ondnn 1851. 

■ Mak est une racine do la langue primitive, perdue pour l;i lanniie l):isi|uo 
el qui se retrouve dans toutes les autres langues. 



410 

leil, el d'eguna, le jour. La racine ur, étendre, com- 
mune au sanscrit et au basque, viendrait d'ur, eau en 
basque. 

La racine sanscrite jan, naître, a donné naissance 
à gendea, race; bak et vag, aller et se mouvoir, ont 
donné naissance à baga, vague (de la mer). 

Kij savoir, a servi pour former A:mrfea, science; de 
pitan, boisson, les Basques ont fait piilara, cidre. 

Du basque ur, eau , est dérivé oyron, urine en grec ; 
de la même racine est venu oyranos, ciel. 

D'une autre part, on a vu que la racine grecque A;èr 
entre dans le nom de la vipère, cerau. 

Les origines basques de la langue latine sont nom- 
breuses : 

D'wr, eau, vient urina, comme en grec. 

D'z^, poil ou cheveu, sont venus pilus, poil, et ca- 
pillus, cheveu. 

Amare, aimer, vient d'ama, mère, et d'amar, lier, 
fixer à l'aide d'un lien. 

Habere vient d'aberaisa, richesse, «pii dérive de 
ber, chaleur. 

Facere vient de hacienda, ferme, venant d'acia, 
semence. On a vu d'ailleurs comment escu, le nom de la 
main, entrait dans scriplum et dans scutmn. 

La langue latine, par contre, a conservé des racines 
de la langue basque. On y trouve cudo, frapper, for- 
ger, qui entre dans gudaria, guerrier, et ingudea , 
enclume; esca, nourriture^ aliment, que l'on retrouve 
dans ezcurra, gland comestible, el dans ezcalea, men- 
diant. 



411 

De man, vient eman , donner '. 

Il serait possible de multiplier ces exemples, s'ils ne 
suffisaient pour établir d'une manière certaine la com- 
munauté d'origine des Basques, de la race indo-ger- 
manique et de la race sémitique. 

Je donnerai le nom de souche escualdunaise à celle 
dont ces deux races dérivent. 

Il découle encore de ce qui précède, l'immense pro- 
babilité que la langue basque est la langue primitive 
qui a été parlée, sinon par toutes ces sous-races, au 
moins par leurs ascendants. 

L'ancienneté de la langue basque est d'ailleurs prou- 
vée par la simplicité et l'on peut dire par la pureté de 
sa grammaire, les exceptions grammaticales pouvant 
être considérées comme la preuve assurée d'un mélange 
de divers idiomes. 

L'orthographe des mots, leurs désinences, les con- 
jugaisons des verbes, représentent autant d'invasions 
ou d'acquisitions étrangères que d'irrégularités ou d'ex- 
ceptions ^ 

Le lieu primitivement habité par la souche escual- 
dunaise ne peut être déterminé directement à l'aide des 
renseignements qui découlent de la II" Partie de ce 
travail. Ce n'est qu'en combinant tous les résultats, en 



' Uan est l:i ncine de manere , demeurer, resler. Eman veut Aire quitter 
un lieu pour aller dans un autre . faire sortir une chose du lieu ou elle 
demeurait. 

° Je mi» propose de publier une gramniaire générale déduile de l'observation 
delà nature, dans laquelle, remontant jusqu'à l'origine du langage, je démon- 
trerai cette assertion de minière b ne laisser aucun doute. 

27 



412 

tenant compte des émigrations successives et en faisant 
une étude générale et comparée de tous les rameaux 
de ces races, que l'on pourrait avoir quelque rensei- 
gnement précis. 

Ce lieu pourrait être dans les terres voisines du cer- 
cle polaire arctique, dans la Mésopotamie, dans l'Inde 
ou dans la région caucasique. 

La première supposition est celle qui présente le plus 
de simplicité; car on se rend facilement compte des 
émigrations successives qui ont eu lieu. Ces émigra- 
tions se trouvent suffisamment justiCées par l'accrois- 
sement de la population et par la tendance à chercher 
un climat meilleur que celui que l'on habite. 

Cette supposition a pour elle le phénomène constant 
de l'invasion des régions méridionales par des peuples ve- 
nus du Septentrion, le contraire ayant rarement eu lieu. 

Des régions polaires, seraient partis successivement 
les Hébreux, les Arabes, les Sanscrits, les Basques, 
les Grecs, les Latins, les Celtes, les Germains, etc. 

Dans cette supposition, les Basques seraient allés 
jusque dans l'Inde, où ils auraient connu l'orange, l'é- 
léphant, l'ichneumon; puis ils seraient revenus habi- 
ter le Caucase, qu'ils auraient quitté définitivement pour 
se rendre en Espagne. 

Plusieurs objections s'élèvent cependant contre cette 
première hypothèse : comment le Nord , pays peu fa- 
vorable au développement de la population , pourrait- 
il avoir donné naissance à tant de nations? Il n'est 
pas probable non plus que l'homme soit né dans un 
lieu si peu favorable à son existence. On peut seule- 



4i;i 

nient admetire qu'il y aurait survécu à la suite d'un 
déluge (jui aurait anéanti le reste de la race humaine. 
En oulre, l'examen des lieux habités par les diverses 
races qui peuplent le globe, démontre que rarement 
elles s'étendent sur une zone de plus de 40° de latitude, 
à moins d'être métissées. 

Les trois hypothèses qui suivent exigent que les Bas- 
ques quittent une première région pour aller habiter 
les terres circumpolaires. 

Si l'on fait naître la race basque dans la Mésopotamie 
ou quelque autre contrée d'Asie située à peu près à la 
même latitude , on suit encore la marche des sous-ra- 
ces; mais les Basques, repoussés vers les terres polai- 
res, les quittent après un temps assez long, et reve- 
nant sur leurs pas entre la mer d'Aral et les monts 
Moussours, vont jusque dans la Mésopotamie, et de là 
dans le Caucase. 

Si les Basques viennent de l'Inde, les mêmes événe- 
ments s'accomplissent; ils peuvent connaître l'éléphant 
à l'état domestique. Ils quittent les Sanscrits, qu'ils 
n'ont connu que dans le premier âge, et ils se ren- 
dent dans le nord de l'Asie, pour ne plus revenir dans 
l'Inde. 

Enfin, la troisième supposition, qui ferait venir les 
Basques du Caucase, aurait pour elle l'avantage de 
coïncider avec la Bible , qui nous apprend que l'arche 
de Noé s'est arrêtée sur une montagne de l'Arménie : 
cela aurait permis que le Caucase se peuplât prompte- 
ment, et les Basques auraient pu se former en corps 
de nation. 



414 

Celle dernière supposilion conduirait à faire émiijrer 
les Basques pour les lerres polaires, el à les faire re- 
venir ensuite au Caucase. 

Il faut remarquer qu'entre le déluge historique et l'é- 
migralion définitive des Basques pour les contrées 
qu'ils habitent maintenant, il y a un espace de dix- 
huit siècles, qui permet d'adopter telle opinion que 
l'on voudra. 

En résumé, une souche unique a donné successive- 
ment naissance à la race indo-germanique el à la race 
sémitique. Les Basques proviennent directement de 
cette souche, et de leur langue sont dérivées toutes 
celles des races de la même origine. 

Le lieu primitif d'où sont émanées toutes les races . 
provenant de la souche escualdunaise demeure indé- 
terminé. 

S" ÉPOQUE. 

Région polaire. 

C'est sans doute contraints par la guerre que les 
Basques ont quitté la région qu'ils ont primitivement 
habitée, pour se rendre dans le nord de l'Asie; car on 
ne quille pas volontairement une contrée richement 
dotée par la nature, pour une autre contrée où l'hom- 
me ne peut vivre que de privations et par un grand 
travail. 

La région principalement habitée par les Basques a 
déjà clé indiquée; elle élail comprise entre \c fleuve 



415 
Obi el le lac Baïcal, depuis environ 65° juscpi a 107° 
de longiUide orienlale, et depuis environ 50° de lati- 
tude jusqu'aux extrémités polaires. 

Dans cette région, les Basques ont admis deux sai- 
sons voulues par les circonstances : negua, saison de 
neige et d'hiver; uda, saison dans laquelle l'eau re- 
prend sa forme liquide el arrose la terre. Beltzilla, la 
lune noire, correspondait à celte époque de l'année où 
le soleil ayant abandonné la région polaire, il règne 
une obscurité profonde juste au solstice d'hiver. Eki- 
na, le mois du soleil élevé, corres|)ondail au solstice 
d'été, lorsque le soleil a pris sa plus grande élévation 
au-dessus de l'horizon. 

Dans cette contrée, les Basques onl connu le renne, 
orena, dont le nom est resté chez les Russes, olen, et 
chez les Toungouses, oron. Là ils ont connu le lichen, 
qui sert pour nourrir cet animal, végétal cryptogame, 
dont le nom, legen, est resté pour désigner plusieurs 
maladies de la peau : le lerjen simple ou herpès; le le- 
(jenarra, la lèpre, el le krjen bellza ou lichen noir, 
qui correspond à l'éléphanliasis, selon Larramendi. Le 
traîneau, narra, dont le nom est resté chez les Kamt- 
chadales, narla, a été mis en mouvement par le renne. 
Les Basques onl aussi connu le chien, potzoa, dans 
celle région; son nom est resté chez les Russes, peSj 
pessik, el chez les Polonais, pies et piesi. 

Dans le lac Baïcal, les Basques onl sans doute pé- 
ché ce singulier poisson, qui, selon Pallas, contient 
une quantité considérable d'huile, et que les Russes 
nomment snlomanha. C'est probablement de ce pois- 



416 

son qu'ils tiraient riiuile, urina, eau de t'en, dont ils 
alimenlaient leurs lampes. 

Dans ces régions, les Basques ont construit le 6a- 
toa, bateau, formé de plusieurs pièces de bois réunies. 

Dans ces mêmes régions, les Basques ont dû même 
construire des navires, onlziac, d'une plus grande di- 
mension, que les Samoyèdes deTouroukliansk nomment 
encore onou, et que les Toungouses désignent sous le 
nom (ïo7igosou. Si cela est, pour faire usage des navi- 
res, les Basques ont dû s'étendre jusqu'à la mer gla- 
ciale Arctique, ou jusqu'à la mer d'Okhotsk, située à 
l'orient de l'Asie. 

11 faut cependant remarquer qu'on/zt'a veut dire non- 
seulement un navire, mais un vaisseau ou un vase en 
général, comme cela est prouvé par le nom composé 
de la lampe argionlzia, vase- lumière. Cela étant et 
subissant la loi qui préside au développement du lan- 
gage par une suite d'analogies non interrompues, lors- 
que ce n'est point par des acquisitions directes, plu- 
sieurs peuples qui ont connu le nom ontzia comme 
celui d'un vase, ont pu l'appliquer ultérieurement à un 
vaisseau de mer, à un navire. 

Les Basques ont laissé dans les terres polaires d'au- 
tres traces que celles dont le souvenir vient d'être in- 
diqué; on les retrouvera dans les vocabulaires compa- 
rés des Samoyèdes, des régions polaires et des Slaves. 

C'est dans le nord de l'Asie que les Basques ont connu 
des individus de la race mongole, comme eux re- 
poussés d'une terre plus prospère. C'est là qu'ils y ont 
fait un échange de mots et d'idées, que les Mongols 



417 

uni Iranspurtés avec eux dans le nord de rAinériqué. 

Il a été possible à des hommes experts dans la navi- 
gation de se rendre d'Asie en Amérique : de 52 à 55° 
de latitude septentrionale , les îles Aléoutiennes forment 
un cordon non interrompu qui a rendu le passage fa- 
cile. Lors de la découverte de l'Océanie par les Euro- 
péens, tous les peuples qui en habitent les îles se con- 
naissaient entre eux; ils connaissaient même les nè- 
gres, ainsi que cela est dit dans la relation du second 
voyage du général Alvaro de Mendana, de Neyra, qui 
aborda l'île Christine en 1595. Les Indiens voyant un 
nègre avec les Espagnols, montrèrent le sud, faisant 
entendre qu'il y avait des contrées habitées par des 
peuples de cette couleur; que les nègres se servaient 
de flèches, et que leurs grandes pirogues étaient desli • 
nées à des expéditions dans le pays de ces hommes 
noirs. 

L'Océan n'était donc pas une barrière insurmonta- 
ble pour les peuples primitifs. 

Il résulte de mes observations, que les Esquimaux 
sont des métis de la race mongole par les hommes, et 
d'une race américaine par les femmes. 

Les Samoyèdes me paraissent être des descendants 
des Basques, modifiés par les circonstances et peut- 
être par le métissage, mais qui en ont conservé les 
principales mœurs et les habitudes. 

Ces deux derniers peuples, dont la taille est aujour- 
d'hui rabougrie , peuvent servir pour démontrer com- 
ment la race humaine s'altère lorsqu'elle n'est pas dans 
dos conditions convenables à son existence. 



418 

Les races polaires ne sont ))oinl des petits hommes : 
ce sont des hommes d'une taille plus élevée qui se sont 
affaissés. Cela est sans douie dû à ce que ces hommes 
n'ont point trouvé dans leur nourriture, presque entiè- 
rement formée de poisson et de graisse, une quantité 
suffisante de phosphate de chaux pour donner à leur 
système osseux la résistance convenable : la pesanteur, 
agissant sans relâche, a diminué leur hauteur sans 
leur faire rien perdre sur leur largeur, et c'est cela qui 
les rend hideux et difformes, car un petit homme pour- 
rait être aussi bien fait qu'un grand. C'est aussi cela qui 
fait que chez les Esquimaux , les pommettes des joues 
paraissent encore plus saillantes que celles de la race 
mongole en général. 



S" EPOQUE. 

Région moyenne de l'Asie. 

Les Basques, trop courageux pour demeurer éter- 
nellement dans les régions polaires, sont revenus vers 
le Sud; ils ont passé entre la mer d'Aral ou des Aigles, 
Aranoa, et cette immense chaîne de montagnes qui 
enveloppe la Chine et la protège contre les invasions 
étrangères. 

C'est dans celte région qu'une partie des Escualdu- 
nais, se croisant avec des Mongols, et peut-être pos- 
térieurement au départ des Basques pour le Caucase, 
ont donné naissance à la race turque, qui s'est beau- 



419 

couj) dc'\elo|)pt'e, a conslitininent niarclié vers TOcci- 
(lent, et occupe atijourdliui IA(juilaine sous le nom de 
Gascons, el l'Espagne, dont elle forme les plus nom- 
breux iiabilanis. 

Il est probable que les Basques se sont avancés dans 
l'Inde par le Nord, du côté d'Héral, jusqu'à la région 
des éléphants. C'est là qu'ils ont pu avoir quelques nou- 
velles relations avec les Sanscrits; ils sont ensuite re- 
venus sur leurs pas, et ont eu des rapports nombreux 
avec d'autres rameaux de la souche escualdunaise, dis- 
tinguée aujourd'hui sous le nom de race sémitique. 

C'est dans ces lieux que les Basques ont connu les 
villes Iri [Ir en hébreu), que les peuples sémiticpies 
construisaient d'une manière durable et fort distinctes 
des huttes habitées dans le nord par les Basques. C'est 
par les Latins que les Basques ont reçu beaucoup de 
noms d'une civilisation fort avancée; c'est par les Bas- 
ques que les Hébreux ont sans doute connu le renne, 
qu'ils nommaient rês; celui du loup, Isêb, car le nom 
olsoa est significatif en basque, et veut dire hurleur. 
Toutefois, les Hébreux ont ozen, oreille, fort rappro- 
ché du mol otsa, son en basque, dont vient le nom du 
loup. 

C'est A'arag, tuer, en hébreu, que les Basques ont 
ftiit araghia, chair à manger ou viande. 

Les Basques ont pu recevoir de nouveaux mots sé- 
mitiques par les Phéniciens, après leur arrivée en Es- 
pagne. 

Les Arabes, de race sémitique, comme les Hébreux, 
les Chaldéens, les Syriaques, et probablement les Phé- 



4:20 

niciens, ont dans leur langue beaucouf) de mois pri- 
mitifs dont l'origine ne peut s'expliquer que par le 
basque. Ces deux peuples ont dû avoir de nouveaux 
rapports dans l'Asie méridionale. On sait par l'iiisloire 
qu'ils en ont eu d'assez récents dans la Péninsule his- 
panique. 

Les Basques ont aussi eu des rapports avec les an- 
ciens Persans. C'est de ce dernier peuple que les Bas- 
ques ont tiré le nom de la clé, gilça en basque; ki- 
lid en persan ; et il faut remarquer que notre mot clé 
n'est lui-même qu'une contraction de ce dernier. 

Les anciens Persans ont dû exercer une influence 
considérable sur une foule de langues comprenant le 
latin , le grec, et les deux principaux idiomes français, 
le celtique et le roman '. 

C'est à cette époque que les Basques ont reçu des 
peuples sémitiques l'écriture, qu'ils ont nommée ager- 
caya. 



' Dans la crainte de n'avoir plus l'occasion de revenir sur ce sujet, je dirai 
ici que les Toulousains m'ont toujours paru être d'anciens Babyloniens. Les Tou- 
lousains et les Persans sont les seuls hommes qui nous rappellent les traits des 
statues et des basrelicfs trouvés dans la Mésopotamie. J'ai trouvé depuis, que le 
Père Angelo Joseph , carme déchaussé , et auteur d'un dictionnaire persan , a pu- 
blié une liste de mots qui établissent des analogies considérables entre le patois 
toulousain et le persan. Il y a donc une relation évidente entre les Babyloniens , 
les Persans et les Toulousains. C'est du persan que vient le mot matar, tuer, qui 
est roman et espagnol. La petite phrase corrompue, échec et mat, employée dans 
le jeu d'échec, vient du persan, scia mat, et veut dire le roi est mort. 



421 

Régioti caucasienne . 

Les Escualdunais, après s'être répandus dans la ré- 
gion moyenne et occidenlale de l'Asie, ont été repous- 
sés, au moins en partie, dans la région comprise en- 
tre la mer Noire et la mer Caspienne, jusque dans le 
Caucase, Celte dernière région convenait d'ailleurs à 
ce peuple, qui, ayant vécu par lui ou par ses ancê- 
tres dans le nord de l'hémisphère arctique, retrouvait, 
à une altitude convenable, un climat analogue à celui 
qu'il avait habité pendant si longtemps. 

Les Escualdunais ont donné le nom û'Elburu, tête 
de neige, au pic le plus élevé de la chaîne du Caucase. 
Une branche de cette chaîne, qui s'étend vers la mer 
Caspienne , a reçu celui de Monls cérauniens ou Monts 
des Vipères j nom tiré de ceraua, la vipère, à cause 
du grand nombre de serpents venimeux qui s'y trou- 
vent. Ces monts portaient aussi le nom de Monts de la 
Chimère j chez les Grecs et les Romains '. 

L'Aragwi ( sans doute l'Araghus de Strabon ) , qui 
roule ses eaux dans le Caucase, rappelle YArago7i, qui 
a donné son nom à une province d'Espagne, où coule 
aussi l'Ebre, Iberus des Romains, qui a été primitive- 
ment habitée par les Ibères, après qu'ils eurent quitté 
le Caucase. Ce nom , quoique donné par les Ibères , peut 



' Pallas ciie le Sclilangcmberg ou Vontagne des serpents iju; rxisto dans le 
Caucnsp. f voyage de Pallas. ) 



H'2 

venir de la racine hébraï(jue arag ^ Uier, qui a peul- 
ètre appartenu à la langue hascpic, sans qu'il me soil 
possible de dire pourquoi ce cours d'eau a été ainsi 
désigné. 

Les noms qui rappellent le séjour des Escualdunais 
dans le Caucase, datent peut-être d'une époque plus 
ancienne : ils ont pu être donnés lors du premier sé- 
jour de leurs ancêtres dans cette région, et ils sont 
peut-être aussi la preuve que les anciens Hébreux et 
les Escualdunais ont parlé la même langue à l'époque 
de Noé. 

Cette opinion est encore confirmée par noa, vin, 
qui rappelle Noé, l'inventeur de cette boisson '. 

On sait d'ailleurs (|ue Noé a habité l'Arménie, voi- 
sine de l'ancienne Ibérie et du Caucase , et que dans ces 
pays la vigne croit avec facilité et donne d'excellent vin. 

La Géorgie actuelle est située dans le même lieu que 
l'ancienne Ibérie; ses habitants parlent une langue dont 
le vocabulaire n'a que des analogies rares et incertai- 
nes avec celui des Basques. 

Au point de vue grammatical, elle offrirait ce rap- 
prochement, qu'elle n'a pas d'articles, et que les pré- 
positions sont représentées par des suflixes. La numé- 
ration des Géorgiens est décimovigésimale , comme celle 
des Basques; mais les noms de nombres de ces deux 
peuples n'ont aucune analogie entre eux. 

Quant à l'alphabet des Géorgiens, il n'a aucune ana- 
logie non plus avec celui des Basques. 

' .\oe veiil (lire repos en hébreu. 



423 

M. Hi'ossel jeune, dans sa |,Maniniaire géorgienne, 
rappelle que cet alphabet a été inventé par P'harnavaz, 
roi de Géorgie, qui chassa de ce pays le vice-roi qu'A- 
lexandre-le-Grand y avait placé; par conséquent, dans 
le troisième siècle qui a précédé lere vulgaire. 

Malgré l'énorme différence existant entre la langue 
des Géorgiens et celle des Basques, ces deux nations 
possèdent les mêmes caractères ethnologiques et parais- 
sent provenir d'une même souche. 

La beauté des Géorgiennes, la couleur de leurs che- 
veux, qui est la même que celle des femmes basques, 
tout porte à confirmer cette assertion. 

Les Géorgiens actuels, s'ils ne sont les descendants 
des anciens Ibériens, sont évidemment leurs collaté- 
raux, et viendraient par conséquent des Basques ré- 
pandus en Asie. 

Selon M. J. Klaproth , il y aurait encore dans le Cau- 
case un peuple nommé Gudamakari , habitant les hau- 
tes montagnes à l'est de l'Aragwi, qui conserverait son 
indépendance et parlerait encore la langue des an- 
ciens Géorgiens. 

11 eût été de la plus haute importance, pour élucider 
l'histoire des Escualdunais, de se procurer des rensei- 
gnements sur la langue des Gudamakari, qui serait la 
même que celle des Basques actuels, s'il est vrai qu'ils 
descendent des anciens Ibériens du (laucase. Quelques 
recherches que j'aie faites ou l'ail faire, je n'ai pu m'en 
procurer un seul mot, si ce n"est celui de Gudamakari, 
nom par le(|uel on les désigne. 

Jai donc cherché ce que voudrai! dire on langue 



W4 

basque ce nom, <jui esl composé et qui doit être si- 
guificatif. 

Je n'hésite point à dire que ce nom esl d'origine basque ; 
la première partie, guda, veut sans aucun doute dire 
guerrier. Le reste peut être interprété de diverses ma- 
nières; mais il en esl une qui l'emporte sur les autres. 
Si l'on employait deux r au lieu d'une, on aurait Guda 
mak arri : guerriers qui combattent à coups de pierre; 
de guda, guerrier; 7nak, combattre (racine perdue de 
la langue basque) ; arri, pierre. Si l'on songe aux ha- 
bitants des iles Baléares, d'origine escualdunaise, qui 
étaient si redoutables par l'adresse avec laquelle ils lan- 
çaient des pierres au moyen de la fronde , événement 
consacré par l'histoire et conservé dans le nom même 
de ces iles, l'explication du mot gudamakari devien- 
dra très-probable, si elle ne doit être considérée com- 
me l'expression de la vérité. 

L'avenir donnera une solution certaine à celte ques- 
tion ; car il existe une Bible en gudamakari : si je puis 
me la procurer, il me sera bien facile de savoir si elle 
est en langue basque. 



S" ÉPOQUE. 

irrivée des Escualdunais en Espagne. 

Les Basques , sans cesse harcelés par les peuples de 
la région méridionale et occidentale de l'Asie, ont dû 
abandonner l'Ibérieen traversant le Caucase. L'époque 
de cette émigration remonterait à quinze siècles avant 



425 

l'ère vulgaire, selon Varron. De là, ils onl côtoyé la 
mer Noire et se sont rendus, par terre, dans le nord 
de l'Italie, où ils onl laissé des traces par quelques 
noms de localités que j'ai cités. De ce point, ils se sont 
étendus, en rayonnant, en Italie, en Corse, en Sar- 
daigne, en Sicile, dans les iles Baléares, dans la Pro- 
vence française, et de là en Espagne. 

Le rameau escualdunais, qui s'est rendu en Espa- 
gne, est venu finalement se fixer dans les Pyrénées, 
où il a retrouvé le même climat que dans le Caucase. 
C'est là qu'il a su conserver son indépendance et l'i- 
diome merveilleux qu'il parle. 

Colonie basque en Amérique. 

Ainsi que je l'ai fait voir, on trouve dans l'Amérique 
du Sud une région considérable dont les points les 
plus importants ont reçu des noms d'origine basque; 
tels sont l'Uruguay, l'Orénoque, l'Ubay, l'Arinos, les 
Andes, le Pillachiquir, le Picacho, le Cayambouro, et 
bien d'autres noms, moins importants il est vrai, qui 
sont là pour démontrer cette assertion. 

M. de Humboldt a trouvé de l'analogie entre la gram- 
maire des Basques et celle des Quichuas, qui habitent 
le pays des Incas et qui en sont les descendants; mais, 
indépendamment de cela, beaucoup de mots quichuas 
et de mots guaranis onl une analogie profonde avec 
ceux de la langue basque, et de plus, avec le sans- 
crit et le français. Toutefois, ces mots sont dispersés 
dans divers dialectes; cependant, ils ont exercé une 



426 

iiiflueiice assez grande sur la langue de ces peuples, 
pour que l'on puisse admettre (|ue ce n'est pas une 
seule fois, mais bien des fois, que des Européens sont 
échoués en Amérique. 

M. A. de Humbokit signale une tradition qui exis- 
tait dans l'Amérique du Sud, selon laquelle des mu- 
railles auraient été bâties par des hommes blancs ayant 
de la barbe et qui habitaient les Andes. Il existe en- 
core, en Amérique, une tribu d'hommes blancs qui 
est anthropophage et fort redoutée de ses voisins.... 
Il ne peut donc exister le moindre doute que, bien 
longtemps avant la découverte de Christophe Colomb, 
des hommes blancs ou des Européens ont habité l'A-' 
mérique. Parmi ces hommes, il y eut des Basques. 
Cette assertion n'a rien qui doive étonner : les Basques, 
hardis navigateurs, qui passent pour s'être livrés les 
premiers à la pêche de la morue, auraient été entraî- 
nés jusque dans le Nouveau-Monde. Là , privés des 
moyens de reconstruire un navire, n'ayant point de 
connaissances astronomiques et géographiques sufli- 
santes, étant d'ailleurs dépourvus de ces instruments 
merveilleux dont on fait maintenant usage dans la na- 
vigation pour déterminer les latitudes et les longitudes, 
ils ont dû rester où ils se trouvaient. 

Tout ce qui précède, la communauté d'origine des 
Basques, des principaux peuples de l'Asie et de l'Eu- 
rope; la connaissance qu'ils avaient de l'éléphant et du 
cheval, suflisent d'ailleurs pour démontrer que les Bas- 
ques ne viennent point d'Amérique, mais qu'ils y sont 
allés. 



» 



427 

L'époque à laquelle les Basques se sont rendus d'Eu- 
rope dans l'Amérique méridionale, ne peut être détermi- 
née; elle doit remonter cependant assez loin, car on n'a 
pas trouvé, dans les langues des peuples de ce continent, 
de noms qui rappelassent notre civilisation moderne. Ce 
n'a cependant pu être antérieurement à l'émigration 
du Caucase, qui remonte à quinze cents ans au delà 
de l'ère vulgaire , comme cela a déjà été dit. 

Les Basques, lors de leur arrivée en Espagne, ne 
connaissaient point l'écriture qu'ils emploient actuelle- 
ment; ils avaient, pour conserver leurs pensées, un 
moyen moins parfait, qu'ils nommaient agercaya ', 
auquel ils ont renoncé après avoir reçu un alphabet 
des Romains. Les Géorgiens, qui les ont remplacés 
dans l'ancienne Ibérie, n'ont eux-mêmes reçu un al- 
phabet que trois siècles avant l'avènement du Christ. 

Slrabon dit que les Ibères se rassemblaient le jour de 
la pleine lune, et qu'ils passaient la nuit à rendre un 
culte à une divinité anonyme. Il n'est resté aucune 
trace qui démontre d'une manière certaine qu'ils aient 
adopté le culte polythéiste des Romains. Le nom de 
ceagia, impuissant, qu'ils donnaient aux idoles, ten- 
drait à démontrer qu'ils étaient peu disposés à recon- 
naître la divinité de ces êtres fantastiques. On sait que, 
plus tard, ils sont devenus chrétiens. 

Les Basques ont toujours aimé l'indépendance et 
ont souvent préféré la mort à la perle de leur liberté 

' Depuis que j'ai écrit ce paragraplie, j'ai appris que l'écriture des anciens 
Basques avait été retrouvée depuis quelques années : elle s'écrivait de droite h 
gauche , comme celle des peuples sémitiques. 

28 



428 

ou à une vie sans honneur. Strabon, qui vivait à une 
époque forl diftcrenle de la nôtre au point de vue des 
idées morales, rapporte d'une manière singulière quel- 
ques faits qui sont très-honorables pour les Basques, 
et qu'il considère tout simplement comme des actes de 
férocité. « Les Ibériens sont féroces, — dit-il. — Des 
» individus que l'on avait mis en croix, n'ont cessé 
» d'entonner des chants guerriers jusqu'à leur mort! » 

Le chef d'une famille qui venait d'être fait prison- 
nière, ordonna à l'un de ses fils, encore enfant, qui 
avait les mains libres, de prendre un glaive qui était 
près d'eux, de les mettre tous à mort et de se frapper 
ensuite. Ce qui fut exécuté. 

Un jeune Ibère prisonnier se jeta dans un feu ardent , 
plutôt que de céder à la brutalité de Romains qui s'é- 
taient enivrés dans une orgie! 

Quel est le plus féroce, de celui qui crucifie des guer- 
riers malheureux, ou de celui qui chante en recevant 
la mort? Quel est le plus féroce, de celui qui asservit 
inutilement des hommes, ou de celui qui meurt parce 
qu'il ne peut conserver sa liberté? Quel est le plus fé- 
roce, de celui qui s'enivre et qui veut assouvir d'igno- 
bles passions, ou de celui qui souffre une mort cruelle 
pour éviter une flétrissure? 

Honte aux Romains! honneur aux Basques! 



Je me résumerai en quelques mots. Les peuples de 
l'Europe et de l'Asie occidentale descendent d'une même 



I 



429 

famille, d'un même père : la race indo-germanique, 
comme la race sémitique, 

La langue basque est, à n'en pas douter, la langue 
la plus ancienne qui soit parlée sur le globe. 

Les Escualdunais, que l'on nomme Basques aujour- 
d'hui, ont habité le nord de l'Asie, l'Asie centrale, le 
Caucase, et se sont rendus en Espagne. Ils ont fourni, 
probablement sans le vouloir, des colons à l'Amérique. 

La plupart des nations de l'Asie occidentale et de 
l'Europe ont des aflinilés non équivoques avec la race 
escualdunaise, qui sont démontrées par les langues 
qu'elles parlent et par leurs caractères anthropologiques. 

En général, l'altération de la race est en rapport 
avec celle de l'idiome qu'elle parle. 

11 faut ajouter que les aflinités des Escualdunais 
avec les autres nations ne se bornent pas à celles que 
j'ai signalées. 

La famille nubienne, qui est nègre et habite l'Afri- 
que orientale sur les bords de la mer Rouge, parle une 
langue dont plusieurs mots se rapportent à celle des 
Basques. 

Plusieurs lieux du nord de l'Afrique portent des noms 
qui se traduisent d'une manière significative en Basque. 
Un seul suffira pour donner une idée de l'universalité 
de celle langue : Sahara, le grand désert, veut dire 
plaine ou sable de feu. 

Je termine ici ce que j'ai à dire sur les Basques; 
mais j'aurai l'occasion de revenir sur ce sujet en fai- 
sant une application de ma méthode d'investigation 
hisloriiiiie aux principales nations du globe. 



431 



RAPPORT 



SUR 

LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, 

SCIENCES ET BELLES-LETTRES DE ROCHEFORT 

et notamment sur 

les doublages en cuivre employés pour les carènes de navires; 

Par M. W. MAmÈS. 



Messieurs, 

Le Recueil, que vous m'avez chargé d'examiner, des 
travaux de la Société d'Agriculture, Sciences el Belles- 
Lettres de Rochefort, pendant l'année 1851 à 52, n'est 
pas très-volumineux, car il ne contient que cinq no- 
tices assez courtes; savoir : 

Sur les chaudières de bateaux à vapeur; 

Sur les doublages en cuivre pour carènes de navires; 

Sur le mouvement de la population de Rochefort en 
1851; 

Sur les fortifications de Cherbourg; 

Sur les améliorations agricoles introduites dans le 
domaine du Négrier. 



432 

Parmi ces diverses nolices, il n'est que les deux pre- 
mières qui m'ont paru mériter de fixer votre attention. 

La Notice sur les chaudières de bateaux à vapeur a 
été écrite par M. Auriol, ingénieur de la Marine, à 
la suite de l'examen qu'il a fait du résume qui a été ins- 
crit dans les Actes de l'Académie, sur les chaudières à 
vapeur en général. 

M. Auriol y donne, concernant les chaudières à va- 
peur employées dans la marine militaire, des détails 
intéressants que je dois vous faire connaître. 

On se sert uniquement, dans la marine militaire, de 
chaudières en tôle, dont on a diminué le poids par la 
suppression des fers en cornières dans les angles. La 
forme de ces chaudières est exclusivement, depuis sept 
à huit ans, celle des chaudières tubulaires, avec tuyaux 
chauffeurs dans les coffres à vapeur. Ces sortes de chau- 
dières encombrent un peu moins que les chaudières à 
tombeau , et permettent de pousser plus haut la tension 
de la vapeur; mais elles élèvent un peu la position du 
centre de gravité, ce qui est contraire à la stabilité du 
navire, et sont d'un entretien plus difficile, qui peut 
cependant être obtenu d'une manière satisfaisante par 
des extractions régulières d'eau. 

Toutes les faces planes et parallèles de ces chaudières 
sont consolidées par des boulons qui ne permettent ni 
l'écartemenl, ni le rapprochement. 

Les corps cylindriques sont terminés par des calottes 
hémisphériques. 

Les tubes calorifères employés sont en cuivre plutôt 
qu'en fer étiré, parce qu'ils s'oxidcnt moins, durent 



433 

plus longtemps et ont une plus grande faculté conduc- 
trice de la chaleur. 

La tension de la vapeur ne dépasse pas, sur nos bâ- 
timents, celle de deux atmosphères. On n'y fait point 
usage de la haute pression , pour ne pas être obligé 
d'augmenter l'épaisseur de la tôle et le poidsdes appareils. 

On dispose sur la plupart des navires de plusieurs 
degrés de détente, suivant les diverses circonstances de 
mer et de vent , en même temps qu'on éteint les feux 
dans une proportion correspondante du nombre des 
corps de chaudières employés : c'est là un moyen sûr 
de diminuer la dépense et de ménager le charbon pour 
une plus longue route; car on sait, par expérience, 
que par l'emploi de la détente, la vitesse du sillage du 
navire est diminuée dans un rapport beaucoup moindre 
que la consommation du combustible. 

Quant aux dangers d'explosion, on s'en met à l'abri 
par un service régulièrement établi et exécuté : 

1° On porte une attention particulière sur les rivets, 
qui se détruisent plus promptement que la tôle ; sur les 
bouts rivés des tubes, à l'extrémité des foyers et au re- 
tour de la flamme; sur les boulons, sur les joints, et 
l'on répare immédiatement les petites avaries , à mesure 
qu'on les voit. 

2° On veille à ce que les soupapes de sûreté soient 
toutes en bon étal et fonctionnent sans surcharge. 

3° On prend gardé à ce que les feux soient bien con- 
duits. L'usage est de mettre sur les grilles environ dix 
centimètres d'épaisseur de charbon en morceaux gros 
comme des pommes et des noix, d'allumer avec du bois, 



43 4. 

de ramener toujours la houille crue vers les portes des four- 
neaux , et de la pousser vers le fond lorsqu'elle est con- 
vertie en coke; de lui laisser développer toute sa flamme, 
d'éviter toute augmentation brusque de chaleur et tout 
refroidissement, d'empêcher que le combustible ne colle 
aux grilles et ne forme une croule, de nettoyer les 
cendriers. 

Un perfectionnement remarquable est résulté de la 
suppression du registre de la cheminée et de son rem- 
placement par des registres particuliers appliqués con- 
tre les ouvertures des cendriers des divers fourneaux. 
Par là , on peut régler ou modérer le tirage de chaque 
fourneau , suivant l'activité du feu. 

4° On veille à ce que l'alimentation se fasse bien , et 
à ce qu'il n'y ail point d'adhérence entre le fond des 
chaudières et les dépôts des sels calcaires qui s'inter- 
posent entre l'eau et la tôle, attendu que ces dépôts di- 
minuent l'effîcacilé de la chaleur et obligent à chauffer 
davantage , d'où il résulte que la consommation du 
combustible augmente, et qu'on fait rougir le métal, 
dont la ténacité est alors altérée. 

Des divers moyens qui ont été indiqués pour préve- 
nir les dépôts salins, celui de l'emploi de largile à un 
extrême degré de ténuité a été en usage dans la marine 
pendant plusieurs années, et a eu des succès incontes- 
tables. L'argile mêlée aux sels empêchait leur adhérence 
aux parois, et les extractions d'eau entraînaient à la 
fois les sels et l'argile, qui était continuellement rempla- 
cée; mais comme celte argile passait avec la vapeur 
dans les tuyaux, dans les articulations, dans les gar- 



435 

nitures, et jusque sur les pistons des cylindres dont le 
service était compromis , on a dû y renoncer. 

M. Polonceau considère toutes les tentatives de ré- 
duire les dépôts dans les chaudières des locomotives, 
comme très-incomplètes et sujettes à de graves incon- 
vénients; il a successivement essayé différents produits 
chimiques ayant pour base des sels de soude, du sel 
marin, du tannin, des décoctions de bois, et n'a ob- 
tenu que des résultats peu satisfaisants. Les acides vé- 
gétaux n'ont pas assez d'action, et les acides minéraux 
rongent le métal. 

M. Auriol conclut que le plus sûr moyen de conser- 
ver les appareils évaporatoires en état de propreté et 
de bon fonctionnement, se réduit, au moins jusqu'à 
présent, à établir un service régulier dans les extrac- 
tions d'eau, qui doivent être continues ou très-fré- 
quentes. 

Dans la Notice sur les doublages en cuivre pour les 
carènes de navire, M. Auriol expose le résultat des 
travaux d'une commission qui, par ordre du gouver- 
nement anglais , s'est occupée récemment de rechercher 
quelles pouvaient être les causes de la prompte détério- 
ration des doublages en cuivre. 

On sait que les doublages ont un double but : 1° em- 
pêcher les vers et autres animaux marins de s'introduire 
dans le bois et de détruire le vaisseau ; 2° empêcher 
l'adhérence des algues et coquillages à la carène du na- 
vire, ce qui ralentit considérablement sa marche et 
nuit à ses qualités nautiques. 

Mais on ne larda pas à s'apercevoir que lesdits dou- 



436 • 

blages s'usaient rapidement, et on chercha les moyens 
d'y obvier. 

En 1824, le célèbre chimisie Davy vil la cause de 
celte destruction dans la condi;ion électrique du métal 
en rapport avec l'eau de mer : il imagina de rendre la 
surface totale du doublage négative par la superposi- 
tion, dans le sens de la longueur du navire, de bandes 
minces et étroites d'un métal positif, comme le zinc, 
de manière à occuper environ la deux centième partie 
de la surface du doublage, et ces essais furent couron- 
nés d'un plein succès; le cuivre fut préservé de toute 
oxidation. Davy prévit alors que le cuivre, ainsi pro- 
tégé, pourrait bien se couvrir d'un dépôt de sels cal- 
caires et magnésiens, sur lequel les algues et les co- 
quillages viendraient s'attacher ; mais il pensa qu'on 
pourrait prévenir cet eflel en diminuant, dans une juste 
proportion , la quantité du métal protecteur. Il faut 
croire, toutefois, que cet inconvénient persista à se 
montrer, car c'est pour celte cause que cette belle ap- 
plication d'un principe philosophique dut être, en moins 
de deux années, complètement abandonnée. 

Plus tard, on crut trouver la cause de la destruction 
des doublages en cuivre dans la qualité du métal; il 
parut que l'eau de mer agissait plus directement sur le 
cuivre pur que sur le cuivre allié, et on proposa pour 
doublages des cuivres alliés soit à de l'élain , soil à du 
zinc, soit à du fer. Le métal de Mùntz, composé de 
deux parties de cuivre et une partie de zinc, fut alors 
employé avec quelque avantage; le bronze donna aussi 
de bons résultats. 



437 

M. Prideaux, chimiste attaché officiellement à l'ar- 
senal de Plimouth, émit, lui aussi, eu 1841, cet avis 
que le cuivre allié était le meilleur pour le doublage. 
Depuis, et après avoir eflectué un grand nombre d'a- 
nalyses sur plusieurs spécimens de doublages de bonne 
ou mauvaise qualité, vieux ou neufs, il dut reconnaître 
qu'il n'y a point de diflérences caractéristiques ou cons- 
tantes entre les bons et les mauvais cuivres de doubla- 
ges. Le tableau suivant des alliages trouvés par lui dans 
divers cuivres , et où l'on voit que le cuivre qui a duré 
trente ans était le plus pur de tous, l'a amené à cette 
conclusion : 





CUIVRE AYANT 


DURÉ 

5 ans. 


CUIVRE 

à 
rapide usure. 




30 ans. 


17 ans. 


Étain 

Zinc 

Fer 


0,08 
0,09 
0,07 
0,01 


0,07 
0,14 
0,26 
0,14 


0,10 
0,21 
0,15 

0,01 


0,07 
0,15 
0,56 
0,06 


Argent 


Total.... 


0,25 


0,61 


0,45 


0,64 



M. Prideaux examina aussi les effets des clous em- 
ployés, et vit que, dans quelques cas, ils semblaient 
avoir protégé le cuivre, ce dernier étant plus épais au- 
tour d'eux; que, dans d'autres cas, ils avaient eu un 
effet contraire , le cuivre étant usé autour des clous. 

A l'aide du galvanomètre , les clous furent trouvés 
pour la plupart négatifs au cuivre ; mais lorsiju'ils 



438 

étaient couverts de vert de gris et que le cuivre était 
propre, ils lui étaient positifs. 

Voici la composition comparative de clous anglais 
trouvés très-bons pour doublages, et des clous français, 
destinés au même usage, qui sont fabriqués à Roche- 
fort pour tous les ports militaires : 



CLOUS ANGLAIS 

pour doublages en cuivre. 


CLOCS FRANÇAIS 

pour doublages en cuivre. 


Cuivre 62,62 

Zinc 24,64 

Plomb 8,69 

Étain 2, 64 


Cuivre 92,00 

Étain 8, 00 

Total... -100, 00 


Total... 98, 59 



M. Auriol fait observer, en terminant, que de toutes 
les recherches faites sur les causes qui affectent les 
doublages par des hommes du plus haut mérite, en An- 
gleterre comme en France, il n'est guère possible de 
tirer une conclusion nette et claire. Aussi, M. Pri- 
deaux, résumant en 1850 les divers travaux effectués, 
a-t-il déclaré publiquement, dans le Journal des Mi- 
nes, que presque aucun progrès n'avait été réalisé de-' 
puis 1824. 

Dans ces derniers temps, M. Bobierre, ayant été 
chargé par le Tribunal de Commerce de Nantes de re- 
chercher les causes de l'altération du bronze employé 
au doublage d'un navire du nom de Sarah, fit à ce su- 



439 

jet beaucoup de recherches, el les a exposées à l'Inslitut 
clans plusieurs Mémoires, dont voici le résumé : 

« Les doublages en bronze sont préférables, au point 
» de vue de la durée et de la solidité, aux doublages 
» en cuivre ou en laiton. Les altérations anormales, 
» souvent ruineuses pour les armateurs, et qui ont, 
» depuis quelques années , été l'objet de nombreuses 
» contestations, sont le résultat d'une fabrication dé- 
» fectueuse. La présence de l'arsenic dans les bronzes 
» à doublage n'entraîne pas nécessairement l'altération 
» rapide de ces alliages, ainsi que cela paraît avoir lieu 
» pour les cuivres rouges. L'expérience a prouvé que 
» les bronzes à doublage ayant fait un excellent service 
» à la mer, renfermaient en général de 4,5 à 5,5 d'é- 
» tain sur 100 de métal, tandis que presque tous les 
» bronzes qui ne contiennent que 2,4 à 3,5 d'élain 
» pour 100 , sont hétérogènes et s'altèrent inégale- 
» ment. » 

Ces résultats sont , comme on voit, fort différents de 
ceux obtenus par M. Prideaux. M. Bobierre ajoute d'ail- 
leurs que le désir de laminer à bas prix, en diminuant 
la dureté de l'alliage et l'appât offert au fabricant par 
l'infériorité de prix des cuivres aigres, sont les causes 
principales de la pauvreté en élain et de l'hétérogénéité 
des bronzes à doublages livrés aujourd'hui à la marine 
marchande. Il n'est pas dès lors étonnant que, vu la 
grande incertitude existante sur la bonne fabrication de 
ces bronzes, le doublage en cuivre rouge soit encore 
généralement conservé, malgré son prix élevé. 

On a cherché encore à préserver de l'oxidation les 
cuivres de doublage, en recouvrant ceux-ci d'un en- 



440 

duit; mais quelles que soient les prétentions des inven- 
teurs des divers enduits proposés, ils n'empêcheront 
jamais les coquilles , les herbes et les mousses , de s'at- 
tacher aux flancs des navires , qu'ils transformeront 
bientôt en espèces d'Iles flottantes. Ce moyen ne saurait 
donc être recommandé. 

M. Arman , de notre ville, bien loin de chercher à 
empêcher l'oxidation du cuivre de doublage, voit dans 
cette oxidalion même une des garanties du maintien en 
bon état de marche de la carène du navire. Dans l'opi- 
nion personnelle de cet habile constructeur, le dou- 
blage en cuivre n'a d'eflicacité spéciale qu'à cause pré- 
cisément de son usure continue à la mer. En eff'et, les 
coquillages qui s'attachent sur la carène d'un navire dou- 
blé, rencontrent sur la paroi une couche permanente 
d'oxide, et c'est sur elle ([u'ils adhèrent; mais bienlôt ils 
sont emportés avec la couche d'oxide et de petites pail- 
lettes de cuivre qui se détachent successivement sous 
la pression du courant continu qu'opère la marche du 
navire. L'oxidation du doublage empêche ainsi l'en- 
crassement de la carène, qui foit perdre au bâtiment 
une grande partie de sa marche , et la durée de ce 
doublage est dès lors proportionnée à l'épaisseur du 
métal employé. 

Nous appelons l'attention des industriels sur celte 
question intéressante, qui laisse encore bien des doutes 
et des incertitudes, et nous les invitons à chercher les 
moyens d'assurer enfin de bons résultats dans la pra- 
tique. 

Bordeaux, ce 4 août 1853. 



m 



RAPPORT 



sur 



L'ÉLOGE DE ROMAS; 



Par 1». ABUIA '. 



Messieurs , 

En mettant au concours Icloge de l'un des membres 
de l'ancienne Académie de Bordeaux, vous avez voulu 
payer à la mémoire de de Ronias le juste tribut de louan- 
ges auquel il a droit, cl rappeler aussi l'aUenlion des 
physiciens sur les expériences célèbres auxquelles est 
resté attaché le nom de notre compatriote, et sur les 
observations qui les ont accom|)agnées. C'est à de Bo- 
rnas, en effet, que l'on doit l'élude des propriétés élec- 
tricjues des nuages orageux, la plus remarquable, sans 
contredit, par l'intensité et la variété des effets obte- 
nus; et quoique les Mémoires vérilablemenl importants 
que nous lui devons soient en petit nombre et puissent 
se résumer en quelques pages, les observations qu'il a 
faites dans les recherches qui ont rendu son nom célè- 

Commission composée de MM. Maiics, Haulin, Baudrimont, Magoiity, et 
Abria , rapporteur. 



442 

bre n'ont rien perdu de leur importance, et l'on est 
loin d'en avoir déduit toutes les utiles conséquences qui 
paraissent devoir en résulter. 

Le seul Mémoire qui vous soit parvenu sur la ques- 
tion que vous avez posée, oflVe un résumé fidèle et com- 
plet des divers travaux scientifiques de l'assesseur au 
présidial de Nérac '. Ces travaux, assez nombreux, ne 
sont pas tous remarquables au même degré. Quelques- 
uns même renferment de graves erreurs ; mais ils in- 
diquent un esprit inventif, ardent au travail, ingénieux 
et hardi dans les procédés d'expérimentation. Leur au- 
teur aurait certainement occupé un rang élevé parmi 
les physiciens de son époque, s'il avait reçu une forte 
éducation scientifique. A côté de Mémoires sur la tri- 
section de l'angle, le mouvement perpétuel, le raccour- 
cissement du télescope de Newton , la détermination des 
latitudes par l'inclinaison de l'aiguille aimantée, qui 
n'ont absolument aucune importance , nous remarquons 
quelques recherches sur le baromètre , le thermomètre, 
la capillarité et la météorologie, qui contiennent des 
observations intéressantes et faites avec soin. Il est à 
regretter même aujourd'hui que nous ne possédions pas 
un journal d'observations météorologiques qui paraît 
avoir été tenu par de Romas avec exactitude, et qui 
nous fournirait certainement quelques données utiles 
sur le climat de l'Aquitaine. 

Les véritables travaux scientifiques de notre compa- 

' Les Mémoires de de Romas n'ont pas été tous imprimés, mais la plupart 
ont été conservé! dans les a^clli^os de l'ancienne Académie Je Bordeaux, archi- 
ves qui sont déposées aujourd'hui h la Bibliothèque de la ville. C'est lii que rau- 
teur a puisé les principaux éléments de son travail. 



443 

triote, ceux qui lui assignent une place honorable parmi 
les physiciens du dix-huitième siècle, sont relatifs, on 
le sait, à l'électricité atmosphérique. L'auteur du Mé- 
moire les rapporte avec détails; il fait ressortir la portée 
des observations faites par de Romas dans le cours de 
ses recherches, observations qu'on peut résumer ainsi : 

1° L'intensité électrique de l'atmosphère croit avec 
la hauteur au-dessus du niveau du sol. Cette remarque, 
parfaitement exacte, conduisit le physicien de Nérac à 
lancer un cerf-volant vers les nuages orageux. 

2° L'électricité se manifeste par un temps serein, ob- 
servation qui fut faite à la même époque par Lemonier. 

3° On peut obtenir des signes d'électricité dans des 
pluies non accompagnées d'orage, et aussi avant ((u'on 
n'entende le bruit du tonnerre. 

4" Les nuages sont entourés d'atmosphères électri- 
ques, quelquefois très-étendues, soumises à l'influence 
des vents. 

5° Le bruit du tonnerre, la lumière des éclairs, per- 
dent notablement de leur intensité quand on décharge 
les nuages orageux. 

Celte dernière observation est une des plus impor- 
tantes parmi celles qu'on doit à de Romas. Elle prouve 
qu'en déchargeant, à l'aide de paratonnerres mobiles 
et suflisamment élevés, les nuages orageux, on pour- 
rait atténuer singulièrement, peut-être même annuler, 
les désastreux efl'ets de la foudre. Aujourd'hui , qu'à l'aide 
de ballons captifs il nous serait aisé de faire pénétrer 
dans la région des nuages des canaux par lesquels 
pourrait s'écouler leur fluide éleclri(iue, nous parvien- 

39 



444 

drions peiU-êtrc à prévenir la formation de la grêle, ou 
du moins à affaildir l'inlensilé des causes (|ui parais- 
sent lui donner naissance. Les intérêts engagés dans 
la question sont assez nombreux, ils ont trait à une 
portion trop considérable de la richesse nationale, pour 
ne pas justifier une dépense qui épargnerait peut-être 
à l'agriculture des perles» énormes, et préviendrait des 
malheurs auxquels jusqu'ici on n'a jamais pu porter un 
remède efficace. Si ces essais sont tentés quelque jour, 
et si leurs résultats répondent aux espérances que l'on 
est en droit de concevoir, l'honneur des services qu'on 
rendra ainsi à l'humanité devra rejaillir en partie sur 
notre illustre compatriote, qui , le premier, aura mis sur 
la voie par des expériences aussi hardies qu'étonnantes 
dans leurs résultats. 

On ne peut disputer à de Romas le mérite d'avoir fait 
sur l'électricité atmosphéri((ue des expériences qui , par 
la grandeur de leurs effets, ont considérablement dé- 
passé celles qui se faisaient à la même époque; on ne 
saurait non plus, nous le croyons, lui contester, sans 
injustice, d'avoir eu, en même temps que Franklin, l'i- 
dée d'appliquer le cerf-volant à l'exploration électrique 
de l'atmosphère. 

On a remarqué bien des fois que les auteurs se bor- 
nent généralement à copier leurs devanciers, sans pren- 
dre la peine de remonter aux sources et aux Mémoires 
originaux. Dans fhistoire de l'électricité atmosphéri- 
que en parliculier, les différents historiens se sont 
contentés de copier Prieslley, /jue l'on ne peut vrai- 
ment considérer dans cette question comme un modèle 



445 

d'impartialité. Franklin a eu le mérite incontestable 
d'indiquer le premier le pouvoir des pointes comme 
propre à vérifier l'identité de la foudre avec l'électri- 
cité, comme propre aussi à préserver les édifices des 
désastreux eftets de ce météore; mais il faut ajouter 
quelques remarques pour que l'histoire de la science 
sur ce point soit complète et conforme à une rigoureuse 
exactitude. 

1° Dès le mois d'août 1749, l'Académie de Bordeaux 
proposait pour sujet de prix la question des rapports 
entre la foudre et l'électricité. D'après le témoignage de 
Franklin lui-même, c'est le 7 novembre 1749, c'est-à- 
dire deux mois au moins après la publication du pro- 
gramme de l'Académie de Bordeaux, qu'il inscrivait sur 
son registre d'observations les analogies entre la foudre 
et le fluide électrique, et qu'il se trouvait conduit à es- 
sayer le pouvoir des pointes. Sa lettre à CoUinson , dans 
laquelle il propose ce moyen , et qui forme véritable- 
ment le premier document authentique, est du 29 juil- 
let 1750. 11 nous semble qu'il serait juste, dans l'his- 
toire de la science , de faire remarquer que l'Académie 
de Bordeaux a réellement provoqué les méditations des 
physiciens sur l'identité de la foudre et de l'électricité. 

2° D'Alibard est le premier qui ait obtenu des signes 
d'électricité atmosphérique, le 10 mai 17S2. Ce n'est 
qu'en septembre de la même année que Franklin en ob- 
tint avec la verge de fer qu'il avait fait placer sur sa 
maison. Rien ne prouve, comme l'aflirme Priestley, que 
l'expérience du cerf-volant ail été faite par Franklin 
en juin 1752. La icltre où le physicien de Philadelphie 
l'annonce, est du 19 octobre de la même année; et d'à- 



446 

près la manière dont elle est écrite, tout porte à croire 
que l'expérience était récente. 

3° Dès le 13 juillet 1752, par conséquent avant la 
lettre de Franklin, probablement avant son expérience, 
de Romas avait écrit à l'Académie de Bordeaux qu'il 
songeait à un moyen très-peu coûteux (la dépense, dit- 
il, ne doit pas excéder six francs) et emprunté à un 
jeu d'enfant, pour porter une aiguille électrique dans 
la région des nuages. Quoique le |)hysicien de Nérac 
n'ait pas nommé le cerf-volant, il nous parait vraiment 
diflicile, d'après ces expressions, de croire qu'il ait eu 
en vue un autre appareil. 

Nous croyons donc que de Romas a foit autre chose 
que répéter les expériences du physicien de Philadel- 
phie; on ne saurait lui contester l'invention de l'appa- 
reil qu'il a employé. C'est en effet dans ce sens que l'A- 
cadémie des Sciences de Paris s'est prononcée en 1764; 
et si notre compatriote n'a pu obtenir de son vivant la 
justice qui lui était due, il est de toute équité qu'on re- 
connaisse aujourd'hui ses droits. 

Votre Commission pense que le Mémoire qui vous a 
été adressé remplit les conditions imposées par le pro- 
gramme de l'Académie , et que les savants liront avec 
intérêt les détails donnés par l'auteur sur un physicien 
dont la biographie était tout à fait inconnue. Nous 
avons donc l'honneur de vous proposer de lui décerner 
le prix, et d'autoriser l'insertion de son travail dans le 
Recueil de vos Actes. 11 nous parait très-digne d'y figu- 
rer avec honneur. 

12 janvier 1883, 



447 

ÉTUDE 

sur les 



TRAVAUX DE ROMAS; 

Par M. lUEROBT, 

Professeur de Physique iiu Lycée impérial de Bordeaux. 



Sic vos non vobis. 

La découverte de la nature électrique de la foudre, 
faite au milieu du dernier siècle, eut un immense re- 
tentissement en Europe, et produisit sur les imagina- 
tions étonnées l'impression la plus universelle et la plus 
profonde. Accueillie avec de véritables transports d'en- 
thousiasme par des générations ardentes aux nouveau- 
lés et avides d'émotions, elle conserva longtemps sa 
vogue, et, de nos jours encore, quoiqu'il suffise de l'in- 
telligence d'un enfant pour comprendre les principes 
sur lesquels elle repose, quoiqu'elle ail été suivie de 
beaucoup d'autres découvertes dont l'enfantement exi- 
geait pour le moins autant de génie, et dont les appli- 
cations ont été plus utiles et plus fécondes en grandes 
conséquences, elle n'a pas cessé d'occuper le premier 
rang parmi les plus populaires. Les poètes ne laissent 



448 

pas échapper une occasion de rimer en son honneur 
des vers qui n'ont servi jusqu'à présent qu'à prouver la 
difficuUé d'accorder la physique avec la césure , et les 
savants eux-mêmes, malgré leurs habitudes sérieuses, 
se résignent rarement à parler d'elle sans mclhaphores. 

On a fait moins de réthorique bruyante pour la va- 
peur elle-même, quoiqu'elle méritât, à bien plus de ti- 
tres, les honneurs de l'amplitication oratoire;. préfé- 
rence partiale qui resterait inexplicable si l'on ne savait 
que nos plus chaudes admirations sont toujours celles 
dont s'accommode le mieux notre vanité. Les autres 
grandes victoires que l'homme a remportées sur les 
agents naturels, lui ont, il est vrai, coûté plus de pei- 
ne, et lui rapportent aussi plus de profits que celle qui 
a établi sa domination sur la foudre, mais jamais au- 
cune ne fut j)lus flatteuse pour son amour-propre. Ha- 
bitué comme il l'était à trembler devant les éclats du 
tonnerre, il salua de ses plus vives acclamations le jour 
où il put enfin commander en maître à ce redoutable 
météore; moins il comptait sur la victoire, plus il se 
trouva fier de l'avoir remportée, et, suivant la cou- 
tume des poltrons, il manqua de modération dans son 
triomphe. 

Il est résulté de cet engouement de l'opinion une dis- 
position três-marquée à exagérer les mérites du savant 
qui passe pour avoir démontré le premier que la foudre 
est un phénomène électrique; aussi Franklin, auquel 
on attribue généralement l'initiative de cette glorieuse 
démonstration, est-il en possession d'une brillante re- 
nommée scientifique dont le temps n'a pas terni la splen- 



449 

deur; et quand la reconnaissance des peuples exalte 
l'ouvrier imprimeur de Philadelphie, devenu par occa- 
sion physicien éminenl et grand homme d'État, elle fait 
passer l'inventeur des paratonnerres avant le fonda- 
teur de la République américaine. 

La réputation de Franklin comme homme politique 
ne lui a cependant pas été inutile pour consolider et 
pour étendre sa réputation comme physicien. L'éclat 
jeté sur sa personne par le rôle important qu'il joua 
dans le plus grand événement de l'histoire du dix-hui- 
tième siècle, la vénération enthousiaste dont il fut l'ob- 
jet, ne laissèrent plus à l'opinion assez de liberté pour 
juger le savant. On proclama de confiance la supério- 
rité de ses litres, sans trop se donner la peine de les 
examiner; et comme si ce n'était pas assez de la part 
de gloire (fui lui était due pour ses travaux personnels, 
on l'a grossie de la part d'autrui ; car, en physique 
comme ailleurs, on prèle volontiers aux riches. 

Il s'en faut de beaucoup cependant qu'on doive rap- 
porter à Franklin seul le mérite d'avoir découvert l'iden- 
tité de la foudre avec la matière électrique. Annoncée 
comme possible , et pressentie instinctivement assez 
longtemps avant d'avoir été réalisée, celle mémorable 
découverte devint, vers le milieu du siècle dernier, le 
but des préoccupations et des travaux du plus grand 
nombre des électriciens, et pendant quelques années, 
elle fut maintenue à l'ordre du jour de la science. Des 
travailleurs hardis et infatigables, des sociétés savantes 
éclairées , la prirent pour point de mire de leurs actives 
investigations, et la poursuivirent sans relâche, dans 



450 

des voies diverses, avec des succès fort inégaux, mais 
avec le même courage intrépide et la même émulation 
de zèle. Ce fut à la ligue de tous ces généreux efforts, et 
non pas à l'inspiration isolée d'un homme de génie , que 
l'on fut enfin redevable de la conquête de la vérité. 

Parmi les physiciens qui prirent part avec le plus 
d'ardeur à cette émouvante lutte où l'homme osa fière- 
ment se mesurer avec une des forces les plus redouta- 
bles de la nature et parvint à l'asservir, les annales de 
la science mentionnent, très-discrètement, un juge obs- 
cur de Gascogne , un certain M. de Romas , que les his- 
toriens de la physique ont jusqu'à présent jugé trop 
provincial pour accorder à ses travaux l'honneur d'un 
sérieux examen. 

M. de Romas naquit en 1706 dans cette petite ville 
de Nérac qui fut aussi le berceau de la famille de Mon- 
tesquieu. Entraîné, dès sa jeunesse, par une vocation 
bien décidée vers l'étude des sciences, l'obligation de se 
faire un état l'empêcha de suivre sa passion dominante; 
il se tourna donc vers la magistrature, et ses études de 
droit terminées, il obtint la modeste place d'assesseur 
au présidial de sa ville natale. 

Qu'il ait été magistrat plein de zèle et légiste recom- 
mandable par ses lumières , nous l'accordons sans peine, 
et ceja se montre assez clairement par l'estime générale 
qu'il sut conquérir dans l'exercice de ses délicates fonc- 
tions. On peut croire cependant (|u'il ne ressentit ja- 
mais pour les spéculations abstraites du droit qu'une 
afteclion très-modérée, et qu'au lieu de consacrer ses 
loisirs à méditer Cujas et Bariole , il préféra les em- 



151 

ployer à étudier la physique dans les ouvrages de Nol- 
let, donl il adopta les vues cl dont il fut à l'occasion le 
zélé partisan. 

Toujours esl-il qu'il nous a laissé, non pas des com- 
mentaires sur des questions de jurisprudence, mais de 
nombreux écrits scientifiques, qui fixèrent assez l'atten- 
tion des hommes spéciaux de son temps pour lui mé- 
riter les suffrages des deux Académies des Sciences de 
Bordeaux et de Paris, dont la première lui conféra le 
litre de membre correspondant en 1745, et celui d'as- 
socié en 1754; la seconde, le titre si rarement accordé 
de membre correspondant, en 1755. 

L'homme privé ne nous est pas mieux connu que le 
jurisconsulte. La vie de M, de Romas s'écoula modes- 
tement et sans épisodes dans la sphère calme d'une pe- 
tite ville de province ' ; il la partagea tout entière entre 
l'accomplissement des devoirs de sa charge et la pour- 
suite de ses entreprises de physique ; il n'a légué à la 
postérité, sous bénéfice d'inventaire, ni Mémoires pos- 
thumes, ni Impressions de voyage, et pour le connaî- 
tre, nous en sommes réduits à chercher dans ses œu- 



' M. de Romas, qui paraît avoir eu des goûts trfcs-sédenlaires, ne quitta Né- 
rac qu'à de rares intervalles, pour venir ;i Bordeaux, où il ne fit que des séjours 
de courte durée. Le retentissement que donnèrent îi son nom ses belles expériences 
sur !e cerf-volant électrique, lui attira la visite de quelques personnages il- 
lustres, entre autres celle du ctievalier d'Acosl-a, ancien ambassadeur du Portugal 
auprès des Provinces-Unies, et celle de la célèbre lady Montague. Le chevalier 
d'AcosIa , exilé par le très-philosophe marquis de Pombal , devint l'ami ne notre 
compatriote, auprès duquel il se fixa; quant à lady Montague, elle se lia plus 
particulièrement avec M'"° de Romas, qui la combla de prévenances, lui od'rit 
l'hospitalité la plus généreuse, et sut gagner l'aflection dfl la spirituelle touriste. 



452 

vres scientifiques des rcvélatioin éparses sur les traits 
dominants de son caractère. 

A le juger par son style incorrect et ditïus, où les 
négligences les plus fortes et les infractions les plus 
hardies aux règles grammaticales viennent trop souvent 
mettre en relief des pensées qui étonnent par leur naï- 
veté , M. de Romas ne reçut sans doute qu'une éducation 
fort incomplète, et l'isolement auquel le condamna son 
existence toute provinciale , l'empêcha d'arriver à cette 
maturité de talent que l'on peut acquérir par le com- 
merce des hommes, quand elle n'est pas donnée par la 
culture sévère de l'esprit. 

Les documents, fort peu nombreux d'ailleurs, où il 
est question de lui, tout en attestant sa parfaite bon- 
homie et les excellentes ((ualités de son cœur, insinuent 
qu'il ne fut pas exempt de ce défaut de vanité presque 
inséparable d'une origine gasconne; et aussi trouve-t- 
on plus d'une fois dans ses Mémoires la preuve qu'il 
joignait à une simplicité primitive de caractère, une 
confiance en lui-même qu'on excuse volontiers tant elle 
est de bonne foi. 

Ce qui rachète largement ces imperfections légères, 
c'est l'ardeur intrépide et désintéressée qu'il montra pour 
les recherches scientifiques, recherches qui furent cons- 
tamment l'objet de ses plus chères prédilections, et pour 
lesquelles il n'hésita pas, dans l'occasion, à exposer sa- 
santé et sa vie. L'âge même ne parait pas avoir amorti 
la passion généreuse avec hKiuelle il s'y livra; et il faut 
qu'il l'ait bien vivement ressentie, pour que ses forces 
aient pu suflire à la multiplicité des études .qu'il em- 



I 



453 

brassa. Il n'y a pas, en effet, de branche de la physique 
sur laquelle noire curieux compatriolen'ail porté ses in- 
vestigations; et commes'illrouvait trop restreint pour ses 
facultés le vaste champ de cette science, nous le voyons 
s'occuper encore de météorologie, de mécanique, de 
géographie, de navigation, d'agriculture, d'élève des 
bestiaux, expérimenler, inventer des machines, faire 
des essais de toutes sortes, écrire enfin trois gros vo- 
lumes de Mémoires, le tout en remplissant exactement 
les devoirs de sa charge et sans jamais trahir la moin- 
dre lassitude. Les manuscrits des Mémoires dont nous 
venons de signaler l'existence, après avoir fait partie 
jusqu'à la fin du dernier siècle des archives de l'ancienne 
Académie de Bordeaux, appartiennent maintenant à la 
Bibliothèque de notre ville, où j'ai pu les consulter à 
loisir, grâce à l'obligeance bienveillante de l'habile con- 
servateur de ce riche établissement. M. Delas ne s'est 
pas contenté de mettre à ma disposition les documents 
bibliographiques que je devais consulter , il s'est cor- 
dialement empressé de me fournir tous les renseigne- 
ments propres à faciliter et à étendre les recherches 
que j'avais entreprises; je suis heureux d'acquitter ici 
la dette de reconnaissance que j'ai contractée envers 
lui. 

Par un malheur à peu près inévitable, quand on veut 
toucher à tout, on s'expose à ne rien approfondir, et 
il est arrivé à M. de Romas ce qui arrive presque tou- 
jours en pareil cas aux hommes (|ui ne savent pas ré- 
gler leur mobile imagination. Il ellleura beaucoup de 
sujets sans en creuser aucun ; il eut par moments des 



454 

inspirations très-heureuses, sans jamais se montrer ca- 
pable d'en tirer parti jusqu'au bout; et, en moyenne, 
avec des focullés brillantes, mais mal employées, il ne 
s'éleva que par accident au-dessus du niveau de la mé- 
diocrité. 

Parmi les nombreux travaux dus à son infatigable 
activité, ceux qui sont étrangers à l'électricité n'offrent 
aucune partie digne de remarque, et ne renferment pas 
un seul résultat qui mérite de fixer notre attention; 
souvent, au contraire, ils contiennent des erreurs con- 
sidérables, dont quelques-unes appartiennent en propre 
à l'auteur et doivent lui être reprochées, tandis que les 
autres tiennent à l'imperfection des méthodes scienti- 
fiques en usage à l'époque où il vivait. L'analyse de ces 
divers travaux serait sans intérêt el sans profit; nous 
les passerons donc sous silence, pour nous attacher ex- 
clusivement à l'examen des recherches de notre compa- 
triote qui ont pour objet les phénomènes électriques. 

Au temps où vivait M. de Ronias, l'électricité tenait 
une grande place non-seulement dans les discussions 
des savants, mais aussi dans les préoccupations des 
hommes du monde, et plus encore en France que dans 
le reste de l'Europe. C'était la grande époque où se fon- 
dait cette branche si attrayante et si curieuse des scien- 
ces physiques; chaque jour apportait une découverte 
nouvelle, el, h chaque pas en avant dans ce vaste 
champ dont les perspectives infinies se déroulaient pour 
la première fois devant les yeux étonnés et ravis des 
physiciens, quelque fait aussi merveilleux qu'inattendu 
venait frapper les imaginations et enllammer les espé- 



455 

rances des intrépides expioraleurs de ce nouveau monde 
scicnlilique. 

On vit alors dans tous les pays civilisés s'organiser 
une véritable croisade philéleclrique^ entreprise avec 
cette fougue que donne l'enthousiasme, et continuée 
avec celle persévérance invincible qu'inspire une foi 
forte, car on croyait à l'électricité et on lui demandait 
même des miracles. Tout le monde se mit bravement 
en campagne, les uns avec leur léger bagage d'ama- 
teurs, les autres avec leur bagage plus lourd de savants, 
ce qui nous explique sans doule comment il se fit que 
les savants n'arrivèrent pas toujours les premiers. L'en- 
gouement devint irrésistible et gagna toutes les classes 
du public, depuis les quakers de Philadelpiiie, qui ou- 
blièrent la bible pour les globes de verre et de soufre , 
jusqu'aux grands seigneurs élégants et raffinés de Ver- 
sailles. Ce qui est plus significatif encore, les marquises 
à talons rouges assiégeaient en foule les cabinets des 
physiciens, où elles venaient chercher les émotions de 
l'étincelle, et, d'un bout à l'autre de l'Europe, elles en- 
tretenaient des correspondances fort sérieuses , non i)Ius 
avec leurs marchandes de modes, mais avec les élec- 
triciens les plus éminenls de la capitale; quelques-unes 
même poussèrent le fanatisme de la propagandejusqu'à 
se faire professeurs publics d'électricité '. 



' Ce fait assez curieux se présenla en Italie : M'"c Laura Bassi , membre Je 
l'Académie de l'Inslitut de Cologne, dirigeait une école de pliysique expérimen- 
tale, fréquentée par un grand nombre d'auditeurs. Une autre Ualienne, M'io 
Ardinglielli , se fit aussi remarquer par son ardeur li étudier l'électricité : cette 
jeune personne, qui appartenait a une des l'amillos les plus illustres et les plus 



456 

La France, comme on se l'imagine sans peine, ne 
fut pas le pays (jui prit pari avec le moins d'ardeur à 
ces luttes de la science, ni celui qui fournit le moindre 
contingent d'infatigables travailleurs. Les sociétés sa- 
vantes de notre ingénieuse patrie se placèrent à la léte 
de cet important mouvement; elles furent les premiè- 
res à donner l'élan à l'opinion, et par l'empressement 
avec lequel elles discutèrent les grandes questions alors 
à l'ordre du jour, par les prix qu'elles proposèrent comme 
une glorieuse récompense aux meilleurs travaux desti- 
nés à en donner la solution, elles contribuèrent puis- 
samment à l'accroissement de l'émulation universelle. 

Parmi ces sociétés savantes, celle qui montra le 
plus d'activité, d'intelligence et d'esprit d'initiative, 
celle dont l'action éclairée et forte se fil le plus effica- 
cement sentir, cl qui contribua, pour la plus large 
part, à diriger les esprits dans la voie du véritable pro- 
grès, fui sans contredit l'Académie des Sciences de 
Bordeaux, qui traversait alors une période glorieuse et 
trop peu connue de son histoire. Il y aurait injustice à 
ne pas rappeler ici les services éminents rendus par ce 
corps savant à la cause du progrès scientifique; celle 
étude se rattache d'ailleurs Irès-étroilcmcnt au sujet que 
nous traitons. 



anciennees de Toscane, fit imprimer en 1749, alors (|u'elle n'avait que seiie 
anS; une traduction italienne de \' Hémostatique de Haies, avec des remarques 
très- savantes et tri's-judicieuses. Plus tard, elle publia une traduction de la 
Statistique des Végétaux du mc^rae auteur. Toutes deux ('talent des disciples de 
l'abbé Noilet, qui les tenait au courant du mouvement de la science, et qui leur 
dédia deux de ses lettres imprimées sur l'électricité. 



457 

En 1747, les premiers travaux sérieux sur l'éleclricilé 
venaienl à peine (Iclro révélés au monde savant; leur 
haute portée philosophique ne pouvait encore être que 
Irès-dillicilement comprise; et l'Académie des Sciences 
de Paris elle-même, n'osant pas se prononcer, se con- 
tentait prudemment d'attendre, pendant que l'Académie 
de Bordeaux, devinant dès-lors avec une rare puissance 
de pénétration toute l'importance des faits nouveaux 
dont la science s'était récemment enrichie, pressentait 
heureusement et montrait dans l'avenir les grandes dé- 
couvertes auxquelles ces faits devaient inévitablement 
conduire, en même temps qu'elle encourageait les sa- 
vants à en poursuivre la conquête. 

C'est ainsi que nous la voyons, en 1748, proposer 
pour sujet du prix des sciences la recherche des rap- 
ports entre le magnétisme et l'électricité; et, en 1749, 
celle des rapports entre l'électricité et la foudre. 

Une initiative aussi éclairée et que signalait tant d'à- 
propos doit nous faire concevoir une haute idée de la 
valeur scientifique des hommes éminents qui n'hésitè- 
rent pas à la prendre; elle suffirait, à déftuil d'autres 
preuves, pour nous apprendre que la compagnie illus- 
tre dont la réputation jetait alors tant d'éclat sur notre 
ville, renfermait dans son sein des esprits d'élite ca- 
pables au besoin de réaliser les grandes choses dont ils 
provoquaient l'entreprise. 

Cependant, parmi tous les memlres de l'Académie, 
on ne comptait pas alors un seul physicien de profession. 
Ces promoteurs hardis de grandes découvertes étaient 
des hommes du monde, simples amateurs des sciences, 



458 

à la culture closquclles ils ne pouvaient consacrer que 
les heures trop peu nombreuses de leurs loisirs. Rap- 
prochés par la communauté des goûts autant que par 
la distinction des manières et par toutes les qualités ai- 
mables de l'esprit et du caractère , ils formaient une de 
ces sociétés souverainement élégantes et polies dont 
alors larislocratie de la naissance faisait noblement et 
délicatement les honneurs à l'aristocratie du talent, et 
où les savants trouvaient toujours des prolecleurs géné- 
reux et éclairés, devenus bien souvent leurs émules. 

Le fondateur et l'inspirateur de ce petit cénacle de 
savants bordelais était le chevalier de Vivens, un des 
esprits les plus cultivés de son époque, tout à la fois 
agronome de premier ordre, littérateur brillant et sa- 
vant plein de zèle , digne enfin , par les excellentes qua- 
lités dont il présentait le rare assemblage, de présider 
les hommes éminents dont il aimait à s'entourer, et 
auxquels il oITrit souvent une généreuse hospitalité dans 
son château de Glairac. 

C'est dans celle riante demeure que se réunissaient, 
pour s'entretenir de leurs travaux de prédilection et 
pour se communiquer les résultats de leurs méditations 
fécondes, l'immortel auteur de \ Esprit des Lois, qui 
se délassait de ses hautes spéculations sur la philoso- 
phie et sur l'histoire par la culture suivie de la physi- 
que et de l'histoire naturelle; le baron de Secondât, son 
fils, auteur de plusieurs opuscules scientifiques juste- 
ment estimés, et d'une excellente histoire de l'électri- 
cité; le docteur Raulin , qui fut depuis médecin par 
quartier de Louis XV; les frères de Dutilh, ardents et 



459 

habiles expérimenlaleurs; les abbés Guasco el Venuti , 
et enfin M. de Romas, qui iiabilail dans le voisinage. 

Ce dernier était sans contredit la télé scientiliqiie la 
plus forte de l'assemblée, et, à côté des trop apparentes 
erreurs que l'on peut signaler dans ses œuvres, des ins- 
pirations heureuses et des trails d'une sagacité peu com- 
mune dénotent de sa part une incontestable aptitude 
aux investigations scienlitiques. Malheureusement, pour 
féconder les rcmar({uables qualités dont il avait reçu le 
germe, il lui manqua, ce qui ne se remplace guère, 
une éducation première forte et sagement dirigée. Re- 
légué dans une province éloignée, il vécut au milieu 
dun cercle d'amis trop indulgents pour ses erreurs; il 
n'eut à redouter ni les luttes de la discussion, ni les 
mordantes attaques de la critique; on lui épargna les 
avertissements rigoureux , mais salulaires , qui relè- 
vent l'homme qui bronche, et le replacent dans la voie 
droite; aussi sa marche fut-elle toujours très-irrégu- 
lière et très-inégale; et si nous analysions ses nombreux 
Mémoires, nous aurions malheureusement plus d'une 
chute à constater. 

Le défaut d'éducation scientifique sérieuse devait être 
moins nuisible à M. de Romas dans ses recherches sur 
l'éleclricité que dans celles auxquelles il se livra sur 
les autres branches de la physique. De son vivant, 
comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire , on dé- 
butait à peine dans rex|)loration du vaste champ de l'é- 
lectricité. Tout était à faire, ou presque tout; et une 
imagination ardente, jointe à une activité infatigable, 
pouvait conduire au succès aussi bien el mieux peut- 

30 



460 

être que la réflexion froide sappuyanl sur des connais- 
sances acquises. Aussi le niodesle amateur de Nérac 
se monira-l-il quelquefois, dans ses travaux sur les phé- 
nomènes électriques, mieux inspiré que les savants les 
plus exercés el les plus habiles. Nous devons toutefois 
nous hàler de dire que c'est comme expérimentateur 
seulement, el non pas comme théoricien, qu'il peut 
être mis en parallèle avec eux. Jugeons-le d'abord comme 
théoricien. 

Deux systèmes, à celle époque, se partageaienl les 
préférences des physiciens: celui des afllucnces el des 
ellluences, dont l'auteur, l'ingénieux abbé Nollet, expli- 
quait lous les phénomènes de l'éleclricilé par l'action 
d'cflluves simultanées qui s'échappaient des corps pen- 
dant l'acle de l'électrisation; el celui des électricités en 
plus el en moins, imaginé par Franklin. Ce physicien 
suppose d'abord qu'il existe un seul fluide très-délié , 
auquel il donne le nom de fluide électrique. Cet agent 
est répandu partout ; ses molécules se repoussent, et le 
verre résiste victorieusement à leur passage. Plongés 
originairement dans ce fluide, les corps en prennent 
en raison de leur attraction et de leur caj)acité, jus- 
qu'à ce qu'il se soit mis en équilibre avec lui-même 
dans lous les corps de la nature. Alors, aucun n'est 
électrisé; ils sont lous dans l'état naturel. Mais du 
moment que le frotlemenl ou toute autre action quel 
conque détermine la rupture de cet équilibre, les at- 
tractions des corps pour les fluides électriques perdent 
leuf rapport d'égalité : les uns acquièrent une surabon- 
dance de fluide électri(|ue, les autres man(|uenl d'une 



461 

partie de leur fluide nalurel , et c'est cet excès ou ce 
défaut de fluide qui les constitue dans deux états élec- 
triques difl'érents. 

Le système de l'abbé NoUel, dont l'idée première est 
empruntée aux tourbillons de Descartes, n'avait abso- 
lument aucune valeur scientifique. Accepté d'abord 
avec une assez grande faveur, faute de mieux, il fut 
promptement abandonné pour celui de Franklin, plus 
simple et par conséquent plus séduisant, mais n'em- 
brassant qu'un petit nombre de faits , et ne se prêtant 
pas au calcul mathématique des lois ; aussi , ce dernier 
tomba-t-il à son tour devant l'hypothèse des deux élec- 
tricités, dont celle de l'électricité en plus et en moins 
n'est qu'une maladroite reproduction. 

Pour le dire en passant, celte hypothèse des deux 
électricités sur laquelle la science moderne est aujour- 
d'hui victorieusement assise, et à laquelle elle est rede- 
vable de la plupart de ses admirables progrès , a pris 
naissance en France vers le commencement du dernier 
siècle, et elle a été formulée avec la plus grande net- 
teté par Dufay, dont les remarquables Mémoires, insérés 
tout au long dans le Recueil de l'Académie des scien- 
ces, furent comme non avenus pour les savants con- 
temporains. Mais Dufay était français, ce qui est la 
plus sûre condition pour n'être pas écouté en France ; 
on lui contesta ses belles expériences , alors qu'il sufli- 
sail d'avoir des yeux pour s'assurer de leur rigoureuse 
exactitude, et ses découvertes eurent le sort de bien 
d'autres découvertes faites dans notre pays. Il fallut 
(|u"olU's abandonnassent leur sol natal pour aller se faire 



462 

naturaliser ('Irangères; et quand elles nous revinrent 
déligurées et assez mal comprises avec le passeport de 
Franklin, alors on ne trouva plus pour elles des for- 
mules d'admiration assez hyperboliques; elles eurent 
leurs enthousiastes incorrigibles, leurs défenseurs in- 
trépides toujours prêts à rompre des lances contre qui- 
confjue oserait manifester des velléités d'ojjposition, et 
trop long temps, dans l'opinion presque unanime des 
savants européens, le physicien de Philadelphie passa 
pour le véritable fondateur de la théorie électrique. Pen- 
dant qu'on parlait partout, et à tout propos, de Fran- 
klinisme, de Franklinistes et de système Franklinien, 
on poussait l'ingratitude jusqu'à oublier le nom même 
de Dufay. 

Nous devons rendre celle justice à M. de Romas, qu'il 
ne sacrifia pas aux dieux étrangers et qu'il resta fidèle 
au drapeau national; mais la Physique n'y gagna pas 
grand chose; et s'il repoussa vigoureusement les idées 
de Franklin , ce fut pour adopter celles de l'abbé Nollet : 
évitant ainsi Charybde pour aller, lélc baissée, se jeter 
dans Scylla. Du reste, les questions de pure théorie ne 
paraissent pas avoir pris une bien large place dans ses 
préoccupations, et il ne les a que très-superficielle- 
ment abordées dans deux Mémoires, fort courts, s'ils ne 
sont pas très-bons. 

Dans l'un de ces Mémoires , pour prouver la réalité 
des matières allluenle et ellluenle, il prétend que lors- 
que la décharge électrique se produit entre deux corps 
conducteurs , deux étincelles bien distinctes prennent 
naissance sur ces deux corps, viennent se cho(|uer 



163 

avec bruit au milieu de linlcrvalle (|ui les sépare, et 
reviennent ensuite très-iklèlenienl chacune à son point 
de départ primitif. Il ne fournit absolument aucune 
preuve en faveur de celte singulière assertion: il se 
contente daflirmer très-cavalièrement que les choses se 
passent comme il dit les avoir vues, et on a peine à 
comprendre d'où lui vient limperlurbable assurance 
avec laquelle il se porte caution pour un fait aussi ma- 
tériellement faux. 

Lors même qu'il aurait exactement observé, nous 
n'avons pas besoin de dire que son observation n'aurait 
pu fournir aucun argument en faveur de l'insoutenable 
système des affluences et des eflluences. 

Le second Mémoire qu'il composa pour la démons- 
tration de ce système est consacré à établir ce point de 
fait, nié par les Franklinistes et affirmé contradictoire- 
ment par les partisans dé l'abbé Nollet, que le verre est 
perméable à la matière électrique. Cette question était 
alors assez vivement controversée parmi les savants, à 
l'occasion de l'explication récente donnée par Franklin 
de la charge et des eflets de la bouteille de Leyde, et 
dans laquelle ce savant admettait liniperméabilité du 
verre au fluide électrique. 

M. de Romas, qui se moque de cette explication, et 
qui s'oublie jusqu'à l'appeler entorlillée, imagina, pour 
prouver que le verre est perméable, (|uel((ues expé- 
riences assez ingénieuses et qui lui parurent décisives. 
Il s'en fallait de beaucouj) cependant qu'il eût le droit 
de chanter victoire, car il n'opéra ((u'avec du verre ex- 
trêmement mince; et s'il est vrai (jue sous de faibles 



464 

épaisseurs, cette substance livre passage à la matière 
électrique , elle perd celle propriété sous des épaisseurs 
un peu considérables. 

En dehors des deux Mémoires que nous venons d'a- 
nalyser fort brièvement, et de quelques pages où il 
raconte les efTets du traitement électrique essayé par 
lui dans deux cas de paralysie, tous les autres travaux 
que M. de Romas entreprit sur l'électricité ont eu pour 
objet l'étude de l'électricité atmosphérique, et c'est dans 
ces derniers que nous devons chercher ses véritables 
litres de gloire. 

Dès 1750 , nous le voyons fortemement préoccupé de 
celle pensée, que la foudre est un phénomène électri- 
que , et déjà il se livre à d'activés recherches pour con- 
firmer par l'expérience ses idées théoriques. Le point 
de départ de ces recherches fut l'observation des efTets 
produits par la chute de la foudre sur le château de 
Tampoi'iy, près de Nérac (juillet 1750). Comme on 
remarqua, dans cette circonstance, deux lames de feu 
qui se croisèrent à plusieurs reprises avec des sillle- 
ments assez forts, et que des corps solides volumineux 
furent soulevés et transportés à des distances considé- 
rables, Romas vit dans ces particularités une ressem- 
blance avec les phénomènes d'attraction et de répulsion 
des corps légers par les corps éleclrisés, et avec la 
double étincelle qui , d'après lui , part entre deux con- 
ducteurs au moment de la décharge. Ces analogies 
étaient assez mal choisies; mais telles qu'elles étaient, 
elles frappèrent son imagination; et à la fin du Mé- 
moire où il les consigne, il écrivait les mois suivants, 



40 



Yrt 



que nous transcrivons comme écliantillon de son slyle, 
et qui annoncent de sa |)arl lintention bien arrêtée 
d étudier à fond cet intéressant sujet : « Je me réserve, 
» si ce Mémoire est bien reçu, de traiter un peu plus 
» amplement , dans un autre que je me propose de 
» donner sous la forme d'un ouvrage lié, de toutes les 
» parties qui me paraîtront les plus propres à faire 
» connaître l'analogie de la foudre et de l'électricité '. » 
Le temps manqua pour la confection de cet ouvrage ; 
notre compatriote fut devancé dans ses recherches, et 
la gloire de démontrer par des expériences décisives 
l'identité de la foudre et de l'électricité, lui fut enlevée 
au moment peut-être où il était sur le point de la con- 
quérir. Sans se laisser atteindre par le découragement, 
il entra avec résolution dans les voies nouvelles où 
d'autres plus heureux favaienl précédé; il prit une 
part très-active au mouvement scientifique que provo- 
qua cette grande découverte ; et s'il ne brilla pas au 
premier rang, ses remarquables travaux lui assignaient 
au second une place encore fort honorable. Cette place 
cependant lui fut injustement contestée, et on le dé- 
pouilla sans scrupule des litres scientifiques qu'il avait 
si laborieusement amassés, pour en faire honneur à un 



■ Il parait qu'à la suite du cas de foudre de Tampoûy et des réllexious dont il 
fut le point de départ, Romas conçut le projet d'un instrument destiné à attire 
le tonnerre. Cet instrument, qu'il ne décrit nulle part, mais auquel il lait quel- 
ques allusioDS dans sa lettre à Lution, consistait, autant qu'on peut en juger sur 
de vagues indications, en un conducteur isolé terminé par une boule, ce qui au- 
rait fait un fort mauvais paratonnerre. M. de Vivons, qui eut connaissance du nou- 
vel instrument , et qui lui donna même le nom de brontomètre, comprit sans 
doute les dangers que son emploi aurait inévitablement entraînés, et détourna 
Romas de publier son invention. 



466 

autre. Ce sont ces litres que nous allons nous efforcer 
de lui restituer; ils appartiennent d'ailleurs à l'histoire, 
jusqu'à présent incomplètement ou inexactement ra- 
contée , de la découverte de l'identité de la foudre avec 
la matière électrique. En rétablissant cette histoire dans 
sa vérité, nous ne sortirons pas de notre sujet : l'expo- 
sition pure et simple des fiiits est le meilleur éloge 
qu'on puisse faire du physicien de Nérac. 

Le premier rapprochement entre l'électricité et le 
tonnerre est dû au physicien anglais Gray, qui s'ex- 
prime de la manière suivante dans une lettre adressée, 
en 1735, à Cromwell Mortimer, secrétaire de la So- 
ciété Royale de Londres, et publiée peu de temps après 
dans les Transactions philosophiques. « Il est probable 
)) qu'avec le temps on trouvera un moyen de rassem- 
» hier une plus grande quantité de feu électrique , et 
» par conséquent d'augmenter la force de ce feu , qui , 
» par plusieurs expériences , si licet magnis componere 
)) parva, parait être de même nature que celui du ton- 
» nerre et des éclairs. » 

A l'époque où Gray s'exprimait de la sorte, les faits 
connus de l'électricité n'étaient encore ni assez nom- 
breux, ni assez bien interprétés, pour qu'on attachât 
quelque importance au rapprochement indiqué par ce 
savant; aussi sa lettre ne produisit aucune impression 
sur l'esprit des physiciens contemporains , et elle 
n'exerça aucune influence sur la direction de leurs 
recherches. 

Plus tard, en 1748, l'abbé Noilet se montrait un 
peu plus explicite ; à cette date, les faits s'étaient mul- 
tipliés, et devant le faisceau de convictions qu'ils ap- 



467 

portiiient, l'ingénieux physicien se laissait aller aux 
réflexions suivantes : « Si quelqu'un entreprenait de 
» prouver, par une comparaison suivie des phénoniè- 
» nés, que le tonnerre est entre les mains de la nature 
» ce que l'électricilé est entre les nôtres; que ces mer- 
» veilles dont nous disposons à notre gré, sont de peli- 
» les imitations de ces grands effets qui nous effraient, 
» et que tout dépend du même mécanisme ; si l'on 
» faisait voir qu'une nuée préparée par l'action des 
» vents, par la chaleur, par le mélange des exhalai- 
» sons, etc., est vis-à-vis d'un objet terrestre ce qu'est 
» le corps électrisé en présence et à une certaine dis- 
» tance de celui qui ne l'est pas, j'avoue que cette idée, 
» si elle était bien soutenue, me plairait beaucoup; et 
» pour la soutenir, combien de raisons spécieuses ne se 
» présentent pas à un homme qui est au fait de l'élec- 
» Iricilé! L'universalité de la matière électrique, la 
» promptitude de son action , son inflammabilité et son 
» activité à enflammer d'autres matières, la propriété 
» qu'elle a de frapper les corps extérieurement et inté- 
» rieurement jusque dans leurs moindres parties , 
» l'exemple singulier que nous avons de cet effet dans 
» la bouteille de Leyde, l'idée qu'on peut légitimement 
» s'en faire en supposant un plus grand degré de vertu 
» électrique, etc., tous cespointsd'analogiequejemédite 
» depuis quelque temps commencent à me faire croire 
» qu'on pourrait, en prenant l'électricité pour modèle, 
» se former, touchant le tonnerre et les éclairs, des 
» idées plus saines et plus vraisemblables que tout ce 
» qu'on a imaginé jusqu'à présent. » 

Tout cela, sans aucun doute, est fort joli; mais il 



468 

n'y avait encore que des mots mis en circulation, et 
les sciences ne vivent pas seulement de beau langage. 
Dans une question de celle importance, il fallait des 
faits concluants, et ce fut pour provoquer leur produc- 
tion, qu'en 1749 l'Académie de Bordeaux proposa har- 
diment, pour prix des sciences physiques, la démons- 
tration des rapports de la foudre avec l'électricité. 

Celte initiative audacieuse [)arlant d'un corps sa- 
vant dont la réputation était alors à son apogée, et 
dont les hommes les plus éminenls de l'Europe s'em- 
pressaient de briguer les suffrages, a été dédaigneuse- 
ment passée sous silence par les divers historiens de 
l'éleclricité. On peut affirmer cependant qu'elle exerça 
l'influence la plus salutaire et la plus décisive, et qu'elle 
donna la première impulsion au grand mouvement 
scientifique dont nous la voyons immédiatement suivie. 

Le simple rapprochement de quelques dates nous 
fournira des lumières à cet égard. 

C'est en 1749 que l'Académie de Bordeaux propose 
son prix sur la nature éleclri(|ue de la foudre; et ce 
qui prouve que l'appel fait par elle aux savants de tou- 
tes les nations fut entendu, c'est que jamais il n'y eut 
pareille abondance de Mémoires; de sorte qu'en 1750, 
les juges du concours se trouvèrent fort embarrassés 
lorsqu'il fallut faire un choix parmi les nombreux can- 
didats dont les dissertations étaient soumises à leur exa- 
men '. 

Le prix de l'Académie fut solennellement décerné en 

' Ce fui M. Berfc'Crel , médecin de Dijon, qui reiui)ort:i le prix; s;i dissertation 
ne renferme aucun fait nouveau : il se borne à résumer les faits alort; ((irmus, et 
il les interprète avec assez d'Iiabiletô en faveur de l'afTirmalive. 



4()9 

séance publique, au mois d'août 1750; à la da!e du 29 
juillet de la même année, Franklin adressait de Phila- 
delphie, à son ami Collinson, membre de la Société 
Royale de Londres , deux longues et remarquables let- 
tres, dont la première est consacrée à l'énuméralion et 
à l'interprétation des faits alors connus, qui tendaient 
à prouver que le tonnerre était un phénomène électri- 
que, et dont la seconde était accompagnée d'un Mé- 
moire, intitulé : Opinions et conjectures sur les effets 
de la matière électrique, qui résultent des expérien- 
ces et des observations faites à Philadelphie en 1749. 
Dans ce Mémoire, l'auteur propose d'utiliser le pouvoir 
que possèdent les pointes de soutirer l'éleclricilé des 
corps conducteurs, pour vérifier d'abord si les nuages 
orageux sont électrisés , et pour se préserver ensuite 
des atteintes de la foudre. 

La coïncidence est au moins remarquable, et vaut la 
peine qu'on la signale. 

A l'époque où l'illustre physicien de Philadelphie 
écrivait les deux remarquables lettres que nous venons 
de mentionner, connaissait-il, oui ou non, le pro- 
gramme de l'Académie de Bordeaux? C'est là, nous 
devons le dire, une question d'une délicatesse extrê- 
me, qu'il faudrait trancher non pas avec des présomp- 
tions, mais avec des documents authentiques, et ces 
documents nous font absolument défaut. Franklin , pour 
sa part, ne dit pas un mot, ne laisse pas échapper une 
allusion qui autorise à croire qu'il ait puisé ailleurs 
que dans ses méditations |)ersonnelles l'heureuse inspi- 
ration (jui le conduisit à s'occuper de l'éleclricilé almos- 



470 
phéritiue, cl la réserve impénélrable dans laquelle il se 
renferme laisse le champ libre à loiUes les suppositions. 
Un de ses amis lui ayant demandé , en 1755 , d'où celte 
inspiration lui était venue, voici la réponse rpii lui fut 
faite (Philadelphie, mars 1755) : «A l'égard de la 
)) question que vous nie faites, d'où m'élait venue la 
» première idée de proposer lexpérience d'attirer la 
» foudre alin de constater son idenlilé avec le fluide 
)) électrique, je ne puis mieux y répondre qu'en vous 
» donnant un extrait des minutes que j'ai coutume de 
)) garder des expériences que je fais , et des mémentos 
)) de celles que je propose de faire, avec les motifs sur 
» lesquels je me fonde et les observations qui en résiil- 
)) tent; minutes d'où je tirais ensuite de quoi composer 
)) mes lettres. Vous verrez par cet extrait que cette 
)) idée n'était pas un hors-d'œuvre, et qu'il n'y avait 
)) pas d'électricien à qui elle ne pût se présenter. 7 no- 
» vembre 1749. Propriétés communes au fluide élec- 
» trique et à la foudre : 1° de rendre de la lumière; 2° 
» couleur de celte lumière; 3" direction en zig-zag; 4° 
)> rapidité du mouvement; 5° facilité à se laisser con- 
)) duire par les métaux; 6" bruit ou craquement dans 
» l'explosion; 7° de subsister dans l'eau ou la glace; 8° 
» de déchirer les corps au travers desquels il passe; 9° 
« de tuer des animaux; 10° de fondre les métaux; 11° 
» d'allumer des substances inflammables; 12° l'odeur 
» sulfureuse. Le fluide éleclri(|ue est attiré par les 
)) pointes. Nous ne savons pas si la foudre a celle pro- 
» priété. Mais puisque ces deux substances conviennent 
» en tous les points dans lesquels on a pu les comparer 



471 

» jusqu'à présent, il est probable quelles conviennent 
» également en celui-ci ; il serait à propos d'en faire 
» l'expérience. » 

Quoique nul ne puisse servir de témoin dans sa pro- 
pre cause; quoi(|ue Franklin, sans jamais avoir eu per- 
sonnellement recours au mensonge pour accroître sa 
répulation , ait fait la sourde oreille alors que des amis 
oflicieux mentaient sciemment à son intention , nous 
admettrons que la pensée de comparer la foudre à l'élec- 
tricité lui soit réellement venue, pour la première fois, 
en novembre 1749. Ce qui n'en reste pas moins irré- 
vocablement acquis, c'est que la note où il consigne 
celte pensée, est postérieure de plusieurs mois à la pu- 
blication du programme de l'Académie de Bordeaux. 
Or, depuis le mois d'août 1749, date de l'apparition de 
ce programme, jusqu'au mois de novembre, il s'écoula 
plus de temps qu'il n'en fallait pour que le prix sur la 
foudre fût annoncé aux pbysiciens anglais d'abord, et 
bientôt après aux physiciens américains, qui étaient 
alors en correspondance très-aclive avec les savants 
de la mère-patrie. 

Si l'on objecte que nous accordons trop d'impor- 
tance à une Société savante de province, en supposant 
qu'on tenait compte d'elle et de ses programmes en 
Angleterre, nous répondrons (jue l'Académie de Bor- 
deaux, toute provinciale qu'elle était, jouissait alors 
d'une réputation très-étendue et très-justement méri- 
tée. Les électriciens surtout avaient les yeux (ixés sur 
elle, et apportaient une scrupuleuse attention à suivre 
ses travaux; ils puisaient dans les remar(|uables sujets 



472 

de prix dont elle avait le talent de faire choix ', l'inspi- 
ration féconde de leurs recherches, et dans l'espoir de 
conijnérir ses suflVages, le stimulant le plus énergi((ue 

' L'Académie de Bordeaux a successivement posé toutes les grandes questions 
de la physique et de la chimie ; mais elle n'a pas toujours trouvé des hommes de 
génie pour les résoudre : elle était évidemment en avance sur son siècle. Pour en 
fournir la preuve, nous allons transcrire ici quelques-uns des sujets de prix pro- 
posés par elle de 1726 à 1752. Ces sujets, choisis avec un rare bonheur et 
avec un merveilleux pressentiment de l'avenir, embrassent les problèmes les plus 
vastes et les plus féconds de la science , ceux dont la solution devait enrichir no- 
tre âge des plus brillantes découvertes : 

1726. Cause et nature du tonnerre et des éclairs. 

1739. L'air de la respiration passe-t-il dans le sang? 

1741. Origine des fontaines. — Fertilité des terres. 

1743. Sur l'électricité des corps. — Le prix fut remporté par Désaguliers, alors 
réfugié en Angleterre; et le Mémoire i-ouioniié révéla des faits nou- 
veaux qui contribuèrent eflicacenient b l'avancement de rélectricité. 

174.3. Théorie de l'élévation des vapeurs. 

1746. Cause de la rouille des métaux. 
Id. Mécanique des sécrétions. 

1747. Cause de l'augmentation de poids que certaines matières acquièrent 

par la calcination. 

1748. Rapport entre la cause des effets de l'aimant et celle des phénomènes 

électriques. 
1750. Rapport qui se trouve entre les phénomènes du tonnerre et ceux de 

l'électricité. 
1752. Nature et fornitition de la grêle. 

On attribue le choix de ces beaux sujets b Montesquieu, qui avait une prédi- 
lection marquée pour les spéculations scientifiques, et qui parvint à la faire par- 
tager il ses collègues de l'Académie de Bordeaux. Avant lui, cette Académie, dont 
il fut le directeur en 1717, 1723 et 17.31, était exclusivement littéraire; il en 
fit un corps scientifique en 1710, et ce fut lui encore qui fit instituer ce prix 
annuel des Sciences, brigué dès l'origine par les savants les plus éminenls de 
l'Europe. 

L'auteur de \' Esprit des Lois cultivait lui-même les sciences avec distinction; 
il composa plusieurs Mémoires sur des sujets de physique et d'histoire naturelle, 
et il avait coutume de dire qu'wne bonne expérience vaut mieux qu'un beau 
discours. 



473 

de leurs efforts. Elle élail alors, de toutes les com- 
pagnies savantes de l'Europe, celle (pii se montrait la 
plus digne de diriger et d'accroître le mouvement scien- 
lifique dont elle fut la première et la seule peut-être à 
comprendre l'immense portée , et l'on n'a pas encore 
assez fait valoir la décisive influence qu'il lui fut donné 
d'exercer sur l'avancement des sciences pendant plus 
de la première moitié du dix-huitième siècle. 

Ce qu'il y a d'assuré, c'est qu'elle était connue et 
dignement appréciée en Angleterre. Ses membres les 
plus éminents, M. de Vivens, M. de Secondât, et le 
grand Montesquieu lui-même, y avaient séjourné pen- 
dant de nombreuses années, avaient été nommés mem- 
bres de la Société Royale de Londres, et entretenaient 
avec les hommes les plus illustres de celte Société des 
relations actives et amicales, pendant que, d'un autre 
côté, plusieursAnglais de distinction faisaient partie de 
l'Académie de notre ville. Enfin, ce qui lève tous les 
doutes, c'est que le Mémoire auquel l'Académie décerna 
le prix de physique en 1742, venait d'Angleterre, et 
qu'il avait pour auteur Désaguliers, un des électriciens 
les plus renommés de celte époque. Dans une autre 
circonstance, le prix de physiologie fui remporté par le 
docteur Stuart, médecin de la reine d'Angleterre; et 
sur la liste des lauréats de 1740 à 1750, nous voyons 
figurer les noms de savants suisses, prussiens, saxons 
et polonais. 

Quand Franklin , qui s'occupait activement depuis 
1745 de l'étude des phénomènes électriques, et qui 
pendant plusieurs années n'écrivit pas un seul mot se 



474 

rapporlanl de près ou de loin à réleclricité atmosphé- 
rique, se tourna brusquenienl de ce côté en 1749, il 
est donc probable (|ue ce fut l'éveil donné aux savants 
par l'Académie de Bordeaux, qui fut la cause de celte 
nouvelle direction imprimée à ses études. Dans tous les 
cas , en ne tenant compte que des documents ofliciels, 
les seuls après tout qui fassent foi, le mérite d'avoir 
attiré l'attention du monde savant sur le grand pro- 
blème de l'identité de la foudre et de l'électricité, et 
d'en avoir ainsi préparé la solution, ce mérite, nous 
ne saurions trop le répéter, revient tout entier à l'Aca- 
démie de Bordeaux. C'est à nous, quand l'bistoire des 
sciences l'oublie, de nous en souvenir et de le procla- 
mer bien haut. 

Ce qui appartient à Franklin, et sa part est encore 
assez belle, ce sont ses expériences sur la fusion des 
métaux par la bouteille de Leyde, expériences qui vin- 
rent ajouter une nouvelle et frappante ressemblance de 
plus entre les effets du tonnerre et ceux de l'électricité; 
c'est enfin la pensée originale et féconde (ju'il eut d'ap- 
pliquer le pouvoir des pointes, analysé par lui avec 
une sagacité rare, à la démonstration de la présence 
du lluide électrique dans les nuages orageux. 

Voici , d'après une traduction littérale , le passage de 
sa lettre où il fait part de cette pensée à Collinson; et 
comme point important à noter au débat, ne perdons 
j)as de vue que cette lettre n'était pas destinée à l'im- 
pression : 

« Pour décider celte question , savoir si les nuages 
» qui conliennent la foudre sont électrisés ou non, 



475 
» j'ai imaginé de proposer une expérience à lenler en 
» un lieu convenable à cet eflet. Sur le sommet d'une 
» haute lour ou d'un clocher, placez une espèce de 
» guérite assez grande pour contenir un homme et un 
» tabouret électrique; du milieu du tabouret, élevez une 
» verge de fer, qui passe en se courbant, hors de la 
» porte, et de là se relève perpendiculairment à la hau- 
» teur de vingt ou trente pieds et se termine par une 
» pointe fort aigiie. Si le tabouret électrique est pro- 
» pre et sec, un homme qui y sera jjlacé lorsque des 
» nuages orageux passeront au-dessus , pourra être 
» éleclrisé et donner des étincelles, la verge de fer lui 
» attirant le feu du nuage. S'il y avait quelque danger 
» à craindre pour l'homme (quoique je sois persuadé 
» qu'il ny en ait aucun) ', qu'il se place sur le plan- 
» cher de sa guérite, et que de temps en temps il ap- 
» proche de la verge le tenon d'un fil d'archal qui a 
» une extrémité attachée aux plombs de la couverture, 
» le tenant par un manche de cire; de cette sorte, les 
» étincelles, si la verge est électrisée, frapperont delà 
» verge au fil d'archal, et ne toucheront point l'hom- 
» me. » 

Après avoir parlé de la sorte, que va faire Franklin? 
Si ses convictions sont fortement arrêtées sur l'eflica- 
cilé du moyen qu'il propose, il devra se hàler de l'é- 
prouver par l'expérience. Il a si peu de chose à lenler 
et la matière présente tant d'importance , que des 



' Cplte parenthèse a tort; c'est pour ne s'être pas assez méfié d'elle que Rich- 
mann fut foudroyé en 1753. 

31 



476 

retards ne se coniprendraienl guère de la pari d'un 
savant convaincu et sûr de son fait. Rien ne prouve 
cependant qu'il ail eu, même un seul instant, l'inten- 
tion de se mettre à l'œuvre, ni qu'empêché d'agir per- 
sonnellement, il ail pressé quelque autre savant d'ex- 
périmenter à sa place. Ainsi, c'est en 1749, s'il faut 
l'en croire, que l'expérience des barres pointues lui 
vient à la pensée; il laisse écouler 1750 sans rien en- 
treprendre pour la réaliser. En 1751 , les lettres où il 
en propose l'exécution sont imprimées en Angleterre 
par Collinson; en 1752, la traduction française de ces 
lettres est publiée par d'Alibard. Ces deux savants, à l'oc- 
casion de cette double publication, sont en relations fré- 
quentes avec l'illustre physicien de Philadelphie, qui 
entretient en outre, à la même époque, une correspon- 
dance scientifique Irès-suivie avec Kinnersley, son com- 
patriote, et cependant il ne dit pas un seul mot, il ne 
tente aucune démarche pour engager ces habiles expé- 
rimenlaleurs à vérifier ses hardies prévisions, qu'il ou- 
blie comme s'il les trouvait trop peu fondées pour que 
l'expérience vienne jamais les confirmer. 

Ses panégyristes ont bien répété qu'il attendait, pour 
se mettre à l'œuvre, l'achèvement d'un clocher qu'on 
était alors en train de construire à Philadelphie, et qiie 
ce fut la faute de ce malencontreux clocher si les cho- 
ses n'allèrent pas plus vile; mais cette explication, 
puisée on ne sait trop à quelle source, n'a jamais été 
donnée par Franklin lui-même, qui n'aurait pu l'in- 
voquer pour la défense de sa cause sans formellement 
se contredire ; car il reconnaît dans ses lettres, delà 



477 

façon la plus explicite, qu'une maison, un arbre, un 
mât de vaisseau peuvent parfaitement servir à défaut 
dun clocher. 

« Je demande, dit-il, si la connaissance du pouvoir 
» des pointes ne pourrait pas être de (pielque avantage 
» aux hommes pour préserver les maisons, les églises, 
» les vaisseaux, etc., des coups de la foudre, en nous 
» engageant à fixer perpendiculairement sur les parties 
» élevées de ces édifices des verges de fer en forme 
» d'aiguilles. Ces verges ne tireraient-elles pas proba- 
» blemenl en silence le feu du nuage avant qu'il vint 
» assez près pour frapper. » 

Toutes ces idées étaient excellentes sans doute, mais 
il ne suflisait pas de les développer plus ou moins in- 
génieusement et d'en foire la matière d'amplifications 
littéraires; il fallait se hâter de les appliquer, et per- 
sonnne n'y songea, ni en Amérique ni en Angleterre. 
On dirait que les graves physiciens de ces deux pays, 
oîi la prudence est un des traits dominants du carac- 
tère national, voulaient prendre le temps de réfléchir 
avant de se mesurer avec un météore aussi redoutable 
que la foudre, et qu'ils se réservaient, avec sagesse, 
pour le premier jour où se présenterait une bonne oc- 
casion. Ce fut en France, sur cette terre native de 
l'intelligence et de l'audace, que les idées de Franklin 
furent pleinement comprises, et le danger des expé- 
riences qu'il proi)Osait, au lieu d'être un obstacle, se 
changea en un attrait de plus pour ceux qui tentèrent 
de les réaliser. 

Par une singularité qui n'a pas été remarquée, ce 



478 

fui le roi Louis XV qui devint le promoteur de ces mé- 
morables expériences, et c'est à peu près le seul grand 
événement accompli sous son règne auquel on puisse 
ratlacher honorablement son nom. 

Pour le distraire de l'ennui chronique sous lequel il 
s'affaissait, les courtisans chargcsdu soin diflicile d'amu- 
ser sa royale personne, imaginèrent, entre autres expé- 
dients, d'avoir recours à l'électricilé. Le moyen réussit: 
Louis XV suivit avec intérêt les expériences éleclri(|ues 
qui furent répétées en sa présence, et l'on sait que ce 
fut sous ses yeux que l'abbé Nollet, en 174G, fit passer 
la commotion de la bouteille de Leyde à travers une 
chaîne formée par deux cents hommes des gardes fran- 
çaises. Depuis lors, il parait que le roi ne resta pas 
étranger au mouvement de la science, et qu'il se tint 
assez régulièrement au courant des principales décou- 
vertes. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une let- 
tre en date du 20 mai 1752, adressée par l'abbé Ma- 
zéas au célèbre docteur Haies : 

« Monsieur , les expériences de Philadelphie , que 
» M. Collinson , de la part de la Société Royale de Lon- 
» dres, a eu la bonté de communiquer au public, ayant 
» été universellement admirées en France, le Roi dé- 
» sira de les voir exécuter. Sur quoi M. le duc d'Aven 
» ayant offert à Sa Majesté sa maison de campagne de 
» Saint-Germain pour les y faire exécuter par M. de 
» Lor, maître de physique expérimentale, Sa Majesté 
» les vil avec beaucoup de satisfaction et fil un grand 
» éloge de MM. Franklin et Collinson. Ces applaudis- 
» sements du Roi ayant ins|)iré à MM. de Buffon, d'A- 



479 

» libni'd ol (le Lor l'envie tle vérilicr les conjectures de 
» M. Franklin, sur l'analogie du tonnerre el de l'élec- 
» tricilé , il se préparèrent à en faire l'expéi'ience. M. 
» d'Alibard choisit , etc. ( suivent les détails de l'expé- 
» rience de Marly ). » 

Louis XV, qui ne se piquait pas de prévoir de loin, 
ne se doutait guère que cet amateur de physique dont 
il applaudissait les travaux et auquel il prodiguait avec 
tant de générosité ses éloges, entraînerait bientôt toute 
la France dans une irrésistible croisade en faveur de la 
liberté des colonies anglaises de l'Amérique, el serait 
un des fondateurs de cette république des États-Unis, 
dont l'établissement ne contribua pas médiocrement à 
la ruine de la monarchie française. 

Par une coïncidence dont on nous permettra de 
signaler rétrangeté, le nom du plus actif démolisseur 
de cette grande monarchie appartient encore à l'his- 
toire de l'électricité; car ce fut un plaidoyer pour les 
paratonnerres, prononcé dans une cause qui fit grand 
bruit vers la fin du siècle dernier , qui révéla pour la 
première fois à la France le nom de M. de Robespierre. 

Voilà pourtant par quelle série d'enchaînements les 
plus petites causes engendrent quelquefois les plus 
grands effels. Si Louis XV n'avait pas montré tant 
d'enthousiasme à Saint-Germain, les savants qui l'en- 
touraient n'auraient pas été tentés peut-être de de- 
mander à l'expérience la vérification des idées de Fran- 
klin, l'invention du paratonnerre se trouvait par le tait 
indéfiniment ajournée , Robespierre perdait la belle 
occasion (jue celte invention lui offrit de sortir de fobs- 



480 

curitc du barreau de sa ville natale, il n'était pas 
nommé député à l'Assemblée Nationale, ne faisait pas 
partie de la Convention; et lui de moins, qui sait ce 
qui serait arrivé? 

BulTon et d'Alibard ', qui ne s'imaginaient pas que 
leur zèle monarcliique aurait de pareilles conséquences, 
se mirent immédiatement à l'œuvre, et ils érigèrent, le 
premier à Montbard, le second à Marly-la-Ville, dos 
tiges métalliques isolées et terminées en pointe, d'après 
les prescriptions de Franklin. Ce fut du côté de Marly 
que le hasard dirigea la première nuée orageuse , el le 
10 mai 1752 s'accomplit le grand événement qui doit 
former une époque à jamais mémorable dans les fastes 
de la physi(|ue, et qui apprit à l'univers savant que le 
fluide électrique est le principe de ce terrible météore 
que les nuages enfantent au sein des tempêtes. 

Neuf jours plus tard, le 19 mai 1752, Buffon cons- 
tatait lélectrisalion des barres qui s'élevaient au-dessus 
des tours de Montbard; et de Lor, de son côté, faisait la 
même observation à Saint-Germain-en-Laye, avec une 
tige de fer de cent pieds de hauteur. A la suite de ces 
hardis expérimentateurs, les savants français s'élan- 
cèrent avec une généreuse émulation dans le nouveau 



' L'abbé Berlholon affirme très -explicitement que re fut Buffon qui conçut le 
premier le projet de vérilier les idées de Franckin sur l'électricité des nuages 
orageux, et qu'il lit élever dans cette intenlion, sur la tour de Monlbard, une 
barre de fer isolée, h laquelle il joignit un conducteur, pour tirer plus commo- 
dément des étincelles, et des timbres, qui devaient l'avertir par leur bruit de la 
présence du (luide électrique. D'Alitiard n'aurait été délerminé ii construire un 
appareil semblable que sous l'inspiration et par l'exemple de son maître, Buffon. 



481 

champ de recherches fécondes qui s'ouvrait devant eux. 

Après avoir rendu compte de Texpérience de Marly , 
dans un Mémoire dont la lecture à l'Académie des scien- 
ces provoqua le plus vif enthousiasme , d'Alibard s'em- 
pressa de faire connaître les détails de cette expérience 
à Franklin , avec lequel il était déjà en correspondance. 
« Je lui lis pari, dit-il, dans le temps, du succès de 
» mon expérience sur le tonnerre, et lui envoyai le Mé- 
)) moire que j'en avaijs donné à l'Académie des sciences 
» le 13 mai 1752; il en fut charmé, et m'envoya avec 
» sa réponse son premier supplément, dont je véritiai 
» également les expériences. Le second ne m'a été rendu 
» que longtemps après, en 1753. » 

Cette réponse ne se trouve nulle part dans la corres- 
pondance imprimée de Franklin , cl on doit le regret- 
ter, car en présence de ce document, il n'aurait pas 
été possible à certains écrivains de dénaturer, comme 
ils l'ont fait, l'histoire de la découverte de l'électricité 
atmosphérique. On a dit très-souvent, en effet, et cela 
se répèle encore aujourd'hui dans les livres spéciaux 
les plus dignes de foi, que pendant que d'Alibard expé- 
rimentait en France, Franklin, à Philadelphie, lassé 
d'altendre son éternel clocher, et ignorant d'ailleurs 
complètement ce qui se passait en Europe, avait spon- 
tanément imaginé de diriger vers les nuages orageux 
un cerf-volanl à corde isolée, muni d'une pointe mé- 
talli((ue. On fixe en outre au 22 juin 1752 la date du 
premier emploi du cerf-volant. On ajoute que la même 
expérience fut répétée en France, en 1753, par M. de 
Uomas, (juon représente généralement comme un imi- 



482 

taleur assez habile du physicien de Philadelphie, et 
auquel on n'accorde d'autre mérite que celui d'avoir su 
perfectionner quelques détails de l'expérience qu'il re- 
produisait. 

Voilà ce qu'aflirment des historiens sérieux, tels que 
Priestley, par exemple, en Angleterre, et M. Becquerel 
eu France. D'autres vont plus loin encore, et pour 
augmenter l'éclat de l'auréole de Franklin , ils vont jus- 
qu'à supprimer d'AIibard lui-même. Nous lisons, en 
effet, ce qui suit dans le récit de la vie de Franklin 
composé, pour la Biographie universelle , par un des 
physiciens les plus en renom de notre époque : « Il 
» reconnut aussi le pouvoir que possèdent les pointes 
» de déterminer lentement et à distance l'écoulement 
» de l'électricité; et tout de suite, comme son génie le 
» portail aux applications , il conçut le projet de 
» faire descendre ainsi sur la terre l'électricité des nua- 
» ges, si toutefois les éclairs et la foudre étaient des 
» effets de l'électricité. Un simple jeu d'enfant lui ser- 
» vil à résoudre ce hardi problème. Il éleva un cerf- 
» volant par un temps d'orage, suspendit une clé au 
» bas de la corde, et essaya d'en tirer des étincelles. 
» D'abord, ses tentatives furent inutiles; enfin, une pe- 
» tile pluie étant survenue , mouilla la corde , lui donna 
» ainsi un faible degré de conductibilité, et, à la grande 
» joie de Franklin, le phénomène eut lieu comme il 
» l'avait espéré. Si la corde avait été plus humide, ou 
» le nuage plus intense, il aurait été tué, et sa décou- 
» verte périssait probablement evec lui. » 

Ce récit, aussi touchant que pittoresque, est fort 



483 

habilement arrangé pour faire naître l'intérêt , et doit 
plaire aux âmes sensibles; il ne lui manquerait abso- 
lument rien pour devenir un petit chef-d'œuvre de 
narration, s'il n'était ftiux par malheur d'un bout à 
l'autre. Ce qui est véritablement et non pas dramati- 
quement vrai, c'est que Franklin n'a pas reconnu le 
premier le pouvoir des pointes, constaté par d'autres 
expérimentateurs avant lui '; son unique mérite fut de 
mettre ce pouvoir en évidence, par des expériences plus 
variées et plus précises, et surtout d'indiquer le parti 
qu'on pouvait en tirer pour étudier la constitution des 
nuages orageux. 11 ne fit pas un pas de plus; loin de 
demander tout de suite à l'expérience la confirmation 
de ses prévisions théoriques, et bien que d'après un 
témoignage honorable son génie le portât aux applica- 
tions, il resta inditTérent et inactif pendant près de 
trois années , attendant tranquillement que d'autres 
expérimentassent à sa place, et ne prenant pas même 
la peine de les encourager. Ce fut seulement après avoir 
appris leur succès, que lui-même se mit tardivement à 
l'œuvre, et qu'il entreprit l'expérience du cerf-volant, 
laquelle, par parenthèse, il conduisit fort gauchement, 
sans avoir été toutefois exposé un seul instant â périr , 
ni sa découverte avec lui. 

Malgré toutes les assertions contraires, il est incon- 
testable que la pensée de substituer le cerf-volant aux 
pointes s'offrit â Franklin seulement après qu'il eut ap- 
))ris par les journaux d'Europe et par la lettre de d'Ali- 

' Notamment par Jalabert, de fienève. 



484 

biird les détails de l'expérience si concluanle de Marly- 
la-Ville. Prieslley lui-même en convient dans son his- 
loire de réleclricitc, publiée à Londres en 1767. Or, 
Prieslley élail rhommc du physicien de Philadelphie; il 
marchait au premier rang de ses admirateurs les plus 
fanatiques, et il n'est pas permis de supposer que Fran- 
klin, alors en mission à Londres, ne lut pas le chapi- 
tre qui le concernait, dans une histoire écrite sous ses 
yeux et dont il palronait l'auteur. 

Voici le texte de Prieslley : « M. Franklin est le pre- 
» mier ( nous savons maintenant à quoi nous en tenir 
» sur cette priorité ) , qui ait soupçonné l'identilé des 
» éclairs et du fluide électrique; il a indiqué d'avance 
» le moyen de constater cette identité, en proposant 
» d'isoler à l'air libre, en temp d'orage, une aiguille 
)) électrisablc par communication; le premier spectacle 
» électrique que cet instrument ait oflert, a paru en 
)) France sous les yeux de MM. de Lor et d'Alibard. 
» M. Franklin, animé par le succès de ces deux Mes- 
» sieurs, éprouva lui-même le succès de son aiguille à 
» Philadelphie, où il était alors. Ce physicien ayant eu 
» aussi un heureux succès, pensa bientôt qu'au moyen 
» d'un cerf-volant il pourrait se procurer un accès plus 
» sûr et plus facile dans la région où s'engendre la fou- 
» dre : l'idée de ce moyen se trouva juste, par l'épreuve 
» qu'il en fit au mois de juin de la même année 1752, 
)) dans la campagne de Philadelphie, où il jugea à 
» propos d'opérer sans autre témoin que son fils, pour 
» éviter la risée des sots. » 

Quoique l'ensemble de ce récit soit vrai , il y a ce- 



485 

pendant quelque chose d'inexact, c'est la date assignée 
par Prieslley à l'expérience du cerf-volant. Cette expé- 
rience n'ayant été faite à Philadelphie qu'après l'an- 
nonce, par la lettre de d'Alibard, de l'expérience de 
Marly-la-Ville , il est matériellement impossible que 
Franklin se soit mis à l'œuvre pendant le mois de juin, 
car la nouvelle de la réussite de Marly mit plus d'un 
mois à passer de France en Angleterre, et de l'Angle- 
terre dans l'Amérique du Nord. Il est infiniment pro- 
bable que l'essai du cerf-volant eut lieu seulement à la 
fin d'août, ou même pendant le courant de septembre, 
car Franklin fixe lui-même au mois de septembre 1752 
la date de l'épreuve de la verge de fer élevée au-dessus 
de sa maison ; et d'après le témoignage de Priestley, ce 
n'est qu'après le succès de celte épreuve qu'il imagina 
de recourir au cerf-volant. 

Ce qui ajoute un degré de probabilité de plus à l'opi- 
nion que nous venons d'émettre, c'est que la lettre dans 
laquelle Franklin annonce à CoUinson les résultats de 
l'expérience du cerf-volant, est écrite de Philadelphie à 
la date un peu reculée du 19 octobre 1752, et il y est 
constamment parlé de celte expérience comme si elle 
était toute récente. 

Cette lettre de Franklin fut lue aux membres de la 
Société Royale de Londres dans les premiers jours de 
janvier 1753; le 15 du même mois, Watson la traduisit 
et la fit parvenir à fabbé Noilet, qui s'empressa d'en 
donner immédiatement communication à l'Académie 
des Sciences. 

Cinq mois après, le 13 mai 1753, M. dcRomas, 



480 

aïKiuel il est temps que nous revenions, accomplissait 
de son côté, à Norac, rexpérience du cerf-volant, et 
comme il suivait Franklin d'assez loin , on put s'ima- 
giner qu'il n'avait été que le irès-humhle copiste du 
physicien de Philadelphie. Prieslley, qui a toujours le 
ton très-tranchant , l'aflîrme sans hésiter. « MM. de Lor 
» et d'Alibard, dit-il, firent également l'expérience du 
)) cerf-volant en Angleterre, l'année suivante (ce qui est 
» complètement faux), et M. de Romas voulant s'assu- 
» rer par lui-même de ce qu'il entendait raconter à ce 
» sujet, la répéta en France avec beaucoup plus d'ap- 
» pareil. » 

Cette assertion si précise, placée dans un livre qui 
obtint un éclatant succès de vogue et qui devint bien- 
tôt très-populaire, désespéra noire ingénieux compa- 
triote, qui se redressa de toutes ses forces contre un 
pareil déni de justice; mais la première impression, la 
seule qui dure en France, était produite; il eut beau 
réclamer, il ne parvint pas à faire rapporter par l'opi- 
nion publique le jugement inique qui le frappait dans 
sa réputation. 

Il est faux cependant que Romas ait emprunté à au- 
trui la pensée première de rapi)licalion du cerf-volant 
à l'étude de l'électricité des nuages; les documents les 
plus authentiques, fournis par lui sur cette question et 
vérifiés par l'Académie des Sciences, établissent pé- 
remptoirement l'originalité de ses recherches ; c'est 
d'après ces documents que nous allons essayer de réta- 
blir les faits dans leur vérité. 

L'expérience de Marly-la-Ville fut faite , comme nous 



487 

avons eu déjà l'occasion de le dire, le 12 mai 1752; 
Ronias en recul la nouvelle par la Gazette de France, 
vers la fin du même mois; et sans perdre de temps, il 
se mit à l'œuvre pour la répéter ; non pas , il prend le 
soin de le déclarer, « qu'il doutât du succès, mais 
» pour étudier les nouveaux 'phénomènes quelle 
» offrait, et en tirer, s il lui était possible, quelque 
» iitilité pour la société civile ou pour les progrès de 
» la physique. » Les détails des recherches qu'il entre- 
prit alors sur les barres isolées, sont consignés dans six 
lettres adressées à l'Académie des Sciences de Bordeaux, 
du 12 juillet 1752 au 14 juin 1753. Pendant la période 
comprise entre ces deux dates, M. de Romas fit preuve 
d'une activité vraiment infatigable, servie par une rare 
habileté d'expérimentation, S'altachant sans relâche à 
varier ses essais, il eut bientôt imaginé des dispositions 
nouvelles pour perfectionner lisolement des barres com- 
me pour les rendre plus capables de résister à l'effort des 
vents, et il ne laissa pas passer un seul jour sans le 
marquer par d'utiles travaux. Afin d'être averti de 
l'électrisalion de ses appareils, sans être assujetti à la 
gène dune observation continuelle, il termina les con- 
ducteurs par des carillons électriques, dont les tinte- 
ments répétés l'avertissaient en temps opportun et ren- 
daient toute omission impossible. Grâce à cet ingénieux 
perfectionnement, appliqué par luidès le 13 juillet 1752, 
et dont Nollet et Berliiolon eurent le tort d'attribuer 
l'invention à Buffon, il put noter quelques faits très- 
importants d'électricité atmosphéricjue, tels que l'élec- 
Irisation des barres en temps serein, leur électrisation 



188 

par la pluie sans qu'il y eût d'orage, l'apparilion des 
élincelles longtemps avant l'audition du bruit du ton- 
nerre , et enfin l'existence d'atmosphères électriques 
très-étendues autour des nuages orageux. 

Cette dernière observation , la plus importante sans 
contredit de toutes celles qui viennent d'être citées, fut 
faite un jour que des nuages orageux passaient, à l'est 
de son observatoire, à une dislance de plus d'une lieue; 
Romas constata que les barres s'électrisaient lorsque le 
vent soulTHait de Test, et que les signes électriques ces- 
saient brusquement lorsque les rafl'ales venaient de 
l'ouest. Les atmosphères électriques qui environnent 
les nuages orageux peuvent donc avoir des dimensions 
considérables, et nous voyons en outre qu'elles obéis- 
sent à l'impulsion des vents, fait curieux rarement ob- 
servé depuis lors, et dont les conséquences météorolo- 
giques n'ont pas été jusqu'à présent suflisammenl 
approfondies. L'existence des atmosphères électriques 
vient à l'appui de fingénieux système proposé par l'abbé 
Laborde pour l'explication des pluies d'orage. 

Dans la belle série des expériences que nous venons 
d'énumérer, Romas s'imposa d'abord l'obligation rigou- 
reuse de suivre à la lettre les prescriptions de Franklin; 
mais venant à douter bientôt qu'il fût nécessaire que 
les barres isolées s'élevassent verticalement, il les dis- 
posa de manière à pouvoir les incliner à son gré, et il 
reconnut que plus elles s'approchaient de fhorizontale, 
moins fortement elles s'électrisaient. Cela le conduisit 
à conclure que l'intensité des phénomènes électri(|ues 
observés croîtrait en raison de l'élévation des barres au- 



489 

dessus du sol; cl pour s'assurer de la justesse de ceUe 
conclusion, il dressa au-dessus du faite de sa maison , 
cl en les séparant par une dislance de quinze pieds, 
deux barres dont l'une était de dix pieds plus haute (|ue 
l'autre. Il constata que, dans les mêmes conditions, 
c'était la première qui donnait toujours les plus fortes 
étincelles; et à partir de ce moment, il n'eut plus qu'une 
pensée, « celle de porter des conducteurs le plus haut 
» possible dans la région des nuages, afin d'augmenter 
» le feu du ciel. » Entre autres moyens, il imagina 
d'abord de se servir d'un très-long màt; mais arrêté 
par les diflicultés de la mise en place, il chercha quel- 
que combinaison plus simple encore, et ce fut alors 
que l'idée de tirer parti du cerf-volant s'offrit à son es- 
prit inventif. 

Il s'empressa de prendre date sur le champ, dans 
une lettre qu'il écrivit à l'Académie de Bordeaux le 13 
juillet 1752, et où, tout en informant ce corps savant 
du succès des expériences foites avec l'appareil de 
Franklin, il annonçait qu'il se proposait de les répéter 
avec un procédé d'une complication moins grande , 
emprunté à un simple jeu d'enfant. Ces paroles trop 
vagues étaient insuffisantes, il faut bien l'avouer, pour 
signifier que Romas, en les employant, pensait au cerf- 
volant électrique; mais en même temps qu'il révélait à 
moitié son secret à l'Académie, afin de ne pas le faire 
tomber trop tôt dans le domaine public, le 9 juillet il 
faisait une confidence sans périphrases et sans restrie- 
lions à un gentilhomme de Nérac, M. de Dutilh , qui 
l'aidait avec le plus grand zèle dans ses recherches; et 



490 

le 19 août, comme il expérimenlail au chàleau de 
Clairac devant MM. de Vivens el de Secondât , il renou- 
vela cette confidence au chevalier de Vivens el au curé 
de Clairac, en l'accompagnant des détails les plus cir- 
constanciés. 

En 1764, lorsque l'Académie des Sciences fut ap- 
pelée à prononcer entre Romas et Franklin , les person- 
nages honorables que nous venons de citer n'eurent 
pas de peine à retrouver leurs souvenirs , et les témoigna- 
ges irrécusables qu'ils s'empressèrent de fournir, éta- 
blirent sans contestation possible l'originalité des recher- 
ches de notre compatriote. Ce fut en s'appuyant sur 
leurs déclarations, que NoUet et Duhamel, les commis- 
saires nommés par l'Académie, arrivèrent à formuler 
comme il suit les conclusions de leur rapport : « Ayant 
» égard à toutes ces preuves, nous croyons que M. de 
» Romas n'a emprunté à personne l'idée d'appliquer le 
» cerf-volant aux expériences électriques, et qu'on doit 
» le regarder comme le premier auteur de cette inven- 
)) tion, jusqu'à ce que M. Franklin ou quelque autre 
» fasse connaître par des preuves suflisantes qu'il y a 
» pensé avant lui. (4 février 1764.) » '. 

Avec sa prudence ordinaire, Franklin se garda bien 
de réclamer; il resta bouche close, comme s'il recon- 
naissait pour sa part l'équité du jugement de l'Acadé- 
mie; mais cette résignation sournoise ne l'empêcha pas, 
trois ans après, en 1767, de laisser son ami Priestley 
parler de Romas dans les termes cavaliers que nous 

' Nous trouvons le Rapport tout entier à la suite de ce Mémoire ( Note A ). 



491 

avons iranscrils plus haut. On peut alléguer, il est vrai, 
pour sa juslilicalion, qu'il ignorait la déclaralion des 
commissaires de l'Académie, ce qui est très-possible 
sans èlre aucunement probable. Mais ce qui est hors 
de doute, dans tous les cas, c'est qu'il connaissait dans 
toute leur étendue les prétentions de son compétiteur; 
car ce dernier, à la date du 19 octobre 1753, lui avait 
adressé deux Mémoires où ces prétentions sont très- 
nettement exprimées, et où l'expérience du cerf-volant, 
racontée dans tous ses détails, est présentée comme 
une expérience originale. 

A de semblables avances, Franklin se contenta de 
répondre, le 29 juillet 1754, par la très- laconique 
lettre qui suit : 

« Monsieur, la très-obligeante lettre dont vous 
» m'avez favorisé le 19 octobre, et vos deux excellents 
» Mémoires sur le sujet de l'éleclricité, ne m'ont été 
» rendus qu'hier par un vaisseau qui est sur le point 
» de partir pour Londres. Je ne puis que vous en ac- 
» cuser la réception , et vous assurer que la corres- 
» pondance que vous m'oll'rez d'une manière si polie 
» me sera extrêmement agréable. Je suis obligé de dif- 
» férerune plus particulière réponse à la plus prochaine 
» commodité. Je vous envoie en même temps un de 
» mes nouveaux Mémoires sur la foudre , qui ne sera 
» peut-être pas imprimé avant de parvenir jusqu'à 
» vous. 

« Je suis respectueusement, Monsieur, 

« Votre très-humble et très reconnaissant serviteur. 

« B. Franklin. » 

33 



492 

La réponse promise n'arriva jamais, et Romas dut 
prendre pour du comptant, en attendant mieux, ces 
protestations de politesse banale sous lescjnelles d'habi- 
tude on étoulle la franchise. On dirait que Franklin, 
auquel l'opinion publi(iue, trop prévenue, attribuait si 
libéralement le double mérite d'avoir conçu et réalisé 
l'expérience qui démontre la présence de l'électricité 
dans les nuages orageux, ne persista dans son silence 
obstiné que pour entretenir une méprise, fort profita- 
ble sans doute à sa réputation , mais très-nuisible à la 
réputation de ses émules scientifiques. Il semble envier 
à ces derniers, expérimentateurs plus actifs et plus ha- 
biles, l'honneur de l'avoir devancé ou surpassé dans 
leurs hardies expériences; il lui en coûte d'avouer 
qu'il a eu des collaborateurs dans cette grande décou- 
verte qui a immortalisé son nom; aussi, pour éviter cet 
aveu, pénible à son amour-propre, fait-il de la diplo- 
matie, et s'il ne ment pas pour le triomphe égoïste de 
sa cause, du moins il ne défend pas à ses amis de men- 
tir quand il y trouve son profit. 

Ce ne fut pas seulement envers Romas qu'il se com- 
porta de la sorte ; il ne traita pas avec plus de gé- 
nérosité d'Alibard, dont il n'a pas prononcé une seule 
fois le nom dans sa volumineuse correspondance scien- 
tifique, et dont il tenta peut-être de se faire attribuer 
les beaux travaux. 

Ainsi , pendant que l'Europe tout entière donne à 
l'expérience si audacieusement abordée par le physicien 
français le nom d'expérience de Marly-la-Ville, Fran- 
klin seul l'appelle XexpériencedePhiladelphie (lellredu 
18 octobre 1752) , et quand il résume, dans une lettre 



493 

adressée à Collinson (septembre 1753), l'ordre liislo - 
rique de ses recherches sur 1 électricité atmosphérique, 
après la description de quelques expériences infruc- 
tueuses sur Télectrisalion de l'air par le frottement, il 
ajoute, sans faire la plus légère allusion à d'Alibard, 
dont il semble même ignorer le nom : « En septembre 
» 1752, j'élevai une verge de fer pour tirer l'éclair dans 
» ma maison, afin de faire quehpies expériences dessus, 
» ayant disposé deux timbres pour m'avertir quand la 
» verge serait électrisée. Cette pratique est familière à 
» tout électricien. » 

Nous n'accusons pas Franklin d'avoir mis une pré- 
méditation calculée dans son silence; toujours est-il 
que ce silence , avec lequel s'accordent si bien les as- 
sertions de Priestley, donna le change à l'opinion pu- 
blique, lui fit méconnaître les titres des émules du 
savant américain, et fut cause qu'elle attribua sans 
examen à ce dernier la part du lion , qu'il trouva trop 
belle sans doute pour la refuser. ( Note B. ) 

Pour ajouter encore à l'éclat de sa renommée, la 
poésie s'empara de ses travaux, et l'on se fiiliguerait à 
citer les vers plus ou moins heureux inspirés par sa 
fameuse expérience du cerf-volant électrique, beaucoup 
moins poétitjuedans la réalité que dans les descriptions 
emphatiques dont elle a fourni le thème. Quoiqu'il nous 
en coûte de détruire les illusions entretenues par les 
descriptions des poètes, nous devons dire, pour être 
vrai, que cette expérience tant vantée fut conduite 
d'une façon fort prosaïque, et il est facile d'y signaler 
des lacunes qui auraient rendu le succès impossible 
sans l'intervention du hasard qui arrangea tout. L'es- 



494 

pril de pénétration et d'analyse dont Franklin donne 
ailleurs tant de preuves, semble ici lui faire défaut : 
ses préparatifs sont incomplets et mesquins, ils les dé- 
robe soigneusement à ceux qui l'entourent; seul dans les 
champs avec son jeune (ils, il se cache comme s'il allait 
commettre une mauvaise action, et quand on lui de- 
mande le motif de ces précautions extraordinaires, il 
répond qu'il a voulu éviter la risée des sols , qui for- 
maient sans doute à Philadelphie une bien formidable 
majorité. Il construit avec deux bâtons en croix, sur 
lesquels il étale son mouchoir de poche, un cerf-volant 
qu'on peut trouver fort économique, mais qui devait' 
être lourd et dilTicile à enlever; il ne se préoccupe pas 
du défaut de conductibilité de la corde, ne prévoit au- 
cun des dangers auxquels peut l'exposer la tension élec- 
trique trop forte des nuages, et combine tout, enfin, 
comme s'il voulait se ménager un échec, (|ui lui serait 
infailliblement arrivé, si la pluie, qu'il n'avait pas mis 
■ de la partie et sur laquelle il n'était pas logique de 
compter, n'était pas venue tout exprès pour le faire 
réussir malgré lui. 

Demandons-nous maintenant comment, appelé à ré- 
soudre le même problème, M. de Romas parvint à sur- 
monter les mêmes diflicultés. 

La comparaison ici est tout à l'avantage de notre com- 
patriote, et c'est lui qui se montre le physicien habile 
et consommé; il prépare son expérience avec sagesse, 
la conduit avec vigueur, sait en calculer toutes chan- 
ces bonnes et mauvaises, et sa conliance dans les me- 
sures profondément raisonnées qu'il prend est si grande, 
qu'au lieu de se cacher comme un physicien honteux, 



495 

il invite de nombreux assistants à venir admirer les 
éclatantes merveilles qu'il leur annonce. 

Le premier cerf-volant qu'il lança n'avait pas moins 
de dix huit pieds carrés de surface: il était simplement 
attaché à une corde de chanvre comme celui de Fran- 
klin; mais cet appareil gigantesque ayant été enlevé 
une première fois, le 14 mai 1753, on ne put tirer de 
la corde aucune étincelle, quoiqu'il tombât alors une 
pluie légère, et que les barres isolées donnassent ce 
jour-là des signes manifestes d'électricité. Ce premier 
insuccès, fait pour décourager une volonté moins ar- 
dente et moins forte que celle de Romas, ne l'arrête 
pas un seul instant; il l'explique avec sagacité parla 
remarque « qu'une corde de chanvre qui n'est pas 
» mouillée ne conduit jamais bien le feu électrique que 
» lorsque l'électricité est très-forte ; » et il cherche aus- 
sitôt un moyen de remédier à ce défaut de conducti- 
bilité. 

« Si j'eusse été moins ardent , dit-il , à faire ces expé- 
» riences, j'aurais bien pu laisser les choses dans l'état 
» de simplicité où elles étaient , et renvoyer mes ob- 
» servations à un autre temps où j'aurais un orage 
» violent suivi de pluie. Mais mon impatience me faisait 
» entrevoir que des affaires de famille ou de mon état 
» moteraient peut-être les plus belles occasions; que 
» d'ailleurs il était intéressant de faire aussi des expé- 
» riences pendant un orage qui ne nous donnerait ni 
» grêle ni pluie ; je me déterminai donc à huiler le 
)) papier du cerf-volant et à garnir la corde, d'un bout à 
» l'autre, d'un fil-trait de cuivre, de la même manière 



496 

» qu'on en garnit les cordes de violon , avec cette dif- 
» férence que ce fil n'y fut pas mis aussi serré qu'il 
» l'est sur les cordes de violon [Sav. Elr., t. II, page 
» 396. ) » 

Le cerf-volant ainsi préparé fut muni d'une corde de 
260 moires de longueur, et lancé le 7 juin 1753, vers 
des nuages orageux; il atteignit la hauteur de 183 mè- 
tres. Le bout de la corde fut attaché à un cordon de 
soie de I^IS de long, et ce cordon lui-même vint se 
rattacher à un lourd pendule suspendu au-dessous de 
l'auvent dune maison voisine des promenades de Né- 
rac. A la corde, et tout près du cordon de soie, fut 
rattaché un cylindre en fer blanc de 35 centimèt. de 
long sur 3 centimèt. de diamètre, sur lequel devaient 
être tirées les étincelles en cas d'éleclrisation; mais 
comme Romas comprit sans peine qu'il serait dange- 
reux d'approcher de ce cylindre la main ou tout autre 
corps conducteur tenu par elle, il imagina, pour éli- 
miner toutes les chances d'accident, un instrument qui 
eut désormais sa place marquée dans tous les cabinets 
de physique, ïexcitateur à manche de verre, qui a 
donc été , non-seulement inventé , mais aussi nommé 
par Romas, ce qu'on ignore trop généralement. 

Les premières étincelles qu'il tira avec l'excitateur 
étant très-faibles, il osa s'aventurer à les tirer avec les 
doigts, et tous les assistants, au nombre de plus de 
deux cents, qui suivaient, sous le coup d'une émotion 
facile à comprendre, ces hardies expériences, voulu- 
rent faire comme lui. Avec cette insouciance du dan- 
ger, sous quelque forme qu'il se présente, (jui caracté- 



197 

rise, entre tous, les Français du Midi, et pleins d'ar- 
deur dans leur empressement , on les vit s'efforcer à 
l'envi de toucher le cylindre de fer-blanc, les uns avec 
les doigts, les autres avec leurs clefs ou leurs épées, 
certains enfin avec leurs cannes et leurs bâtons. Cette 
joyeuse assemblée, dont la verve toute méridionale se 
traduisait par de vifs propos et par de bruyants éclats 
de rire, jouait gaiement avec le tonnerre, qui faisait 
patte de velours , quand tout à coup et sans que rien 
fit présager ce brusque retour offensif, Romas reçoit 
une commotion violente qui le secoue jusque dans les 
malléoles des pieds, et que les plus courageux de la 
troupe qui l'entoure veulent néanmoins recevoir comme 
lui. Huit d'entre eux ayant formé la chaîne, et le pre- 
mier ayant tiré une étincelle du cylindre de fer-blanc, 
le choc électrique arriva jus(|u'au cinquième de ces 
hardis expérimentateurs. 

Mais de gros nuages noirs s'élevaient à l'horizon, l'o- 
rage s'approchait et s'animait de plus en plus, le dan- 
ger aussi devenait de plus en plus imminent. Alors 
Romas, qui s'aperçoit que l'heure des jeux est passée, 
éloigne la foule qui le presse, et restant seul à côté du 
cylindre conducteur, il en tire, avec l'excitateur, des 
étincellesd'un pied de long et de trois lignesde diamètre, 
dont le craquement retentit à deux cents pas. Malgré le 
péril croissant dont l'avertit une forte impression de 
toile d'araignée au visage, à peine s'écarte-l-il de quel- 
ques pas de son poste d'observation, où il est seul, af- 
frontant sloï(pu'ment la mort pour les intérêts sacrés de 
la science, avec cette fermeté calme (|ui est le signe du 



498 

véritable courage , et conservant au milieu de cette scène 
émouvante, la plus solennelle sans contredit qu'aient 
enregistrée nos annales scientifiques, assez de sang- 
froid pour observer les phénomènes qui se manifestent 
dans les nuages amoncelés au-dessus de son appareil, 
et ceux que présente le conducteur en fer-blanc. 

Il sent d'abord une forte odeur sulfureuse, qu'il com- 
pare à celle des machines éleclri(iues; il distingue, mal- 
gré l'éclat de la lumière du jour, un cylindre lumineux 
de trois ou quatre pouces de diamètre, qui entoure la 
corde du cerf-volant; il entend un bruissement continu, 
comparable au bruit d'un soufflet de forge, et enfin il 
décrit avec une vérité saisissante les phénomènes sin- 
guliers présentés par les pailles, qui exécutèrent au- 
dessous du conducteur une curieuse danse de pantins. 

A ces diverses observations, il en ajoute encore une 
dernière, qui lesdomine toutes par son importance : c'est 
qu'à partir du moment où les étincelles tirées du con- 
ducteur de fer-blanc furent un peu fortes, jusqu'à la fin 
de l'expérience, les nuages orageux ne donnèrent \)\\\s 
ni éclairs ni pluie, et qu'à peine entendit-on le ton- 
nerre, ce qui n'eut plus lieu après la chute du cert- 
volant. 

Cette observation capitale, dont on ne saurait con- 
tester la fidélité, méritait qu'on en tint compte, et elle 
ouvrait une large et brillante carrière, dans laquelle il 
est regrettable qu'on ne soit pas entré. Elle faisait en- 
trevoir la possibilité de transformer les nuages orageux 
en nuages ordinaires, à l'aide de conducteurs élevés à 
des hauteurs convenables, et par conséquent de pré- 



499 

venir la formation de la grêle, qui semble incontesta- 
blement liée à la présence, dans les nuages, d'une grande 
quantité de fluide électrique fulminant. 

Un juge bien compétent sur cette matière , M. Arago , 
s'autorisant principalement des expériences de Nérac, 
qu'il place bien au-dessus de toutes celles du même 
genre qui ont été tentées ailleurs, croit au succès de 
celte hardie entreprise. Il i)ropose seulement de rem- 
placer les cerfs-volants par des ballons captifs, et il af- 
firme, avec l'autorité qui s'attache à sa parole, qu'on 
arriverait ainsi à faire avorter les plus forts orages. Si 
jamais cette grande conquête se réalise, c'est à notre 
compatriote que reviendra l'honneur de l'avoir préparée. 

Franklin, comme nous le voyons, est dépassé de 
cent coudées; et quand on lit le récit des admirables 
expériences dont nous venons d'esquisser les traits prin- 
cipaux, on se demande pourquoi Ronias, qui en avait 
eu l'idée en 1752, diflera cependant leur exécution jus- 
qu'en 1753. Ce retard, qui fut si préjudiciable à sa 
gloire, et qui facilita l'usurpation de renommée dont 
Franklin se rendit coupable, fut dû indirectement à une 
démarche de l'Académie de Bordeaux. 

Cédant aux sollicitations de ce corps savant, qui, 
tout en le félicitant des beaux résultats auxquels il était 
parvenu avec les barres isolées, l'engageait à épuiser ce 
sujet avant de l'abandonner, Romas continua ses re- 
cherches jusqu'à la fin du mois d'août. Absorbé par le 
soin des observations délicates auxquelles il se livrait , il 
chargea son collaborateur M. deDutilh, qui était en même 
temps dépositaire de son secret , de construire le cerf- 



500 

volant doiil il avait déjà annoncé à l'Académie l'intcn- 
lion de faire bientôt usage. Par malheur, M. Dulilh fut 
négligent ; il laissa passer la saison des orages sans rem- 
plir la mission de confiance qu'il avait reçue , et force 
fut, par conséquent, de remettre la partie à l'année sui- 
vante. M. Dulhil s'accusa plus lard publiquement de 
celle négligence; mais son loyal mea culpa ne modifia 
pas le jugement partial qu'avait déjà porté l'opinion. Ou 
n'en continua pas moins de regarder Franklin comme 
l'homme aux grandes vues et au génie supérieur, qui 
avait partout donné l'impulsion et l'exemple, pendant 
que les autres physiciens passaient pour de simples imi- 
tateurs à la suite. 

En décrivant, comme nous venons de le faire, l'ex- 
périence du 7 juin 1753, nous avons donné la subs- 
tance du Mémoire dans lequel Romas en a consigné 
toutes les circonstances. Ce Mémoire, auquel l'Acadé- 
mie de Bordeaux accorda les honneurs d'une lecture en 
séance publicpie, et que l'Académie des Sciences de 
Paris jugea digne de l'insertion dans le Recueil des sa- 
vants étrangers, est sans contredit le plus remarcpiable 
de ceux (|ue Romas a produits. Non-seulement le fond 
se recommande par les plus solides qualités, mais le 
style même s'y relève; il empruule quelques accents à 
la majesté du sujet; le tour de i)hra3e est vif, chaleu- 
reux et quelquefois entraînant; il est probable que l'au- 
teur prit la plume au sortir de la grande expérience à 
laquelle il essaie de nous faire assister, et l'émolion 
(pi'il ressentait encore suflil pour le transformer pendant 
(|uel(|ues inslanls en bon écrivain. 



501 

Ce Mémoire, plein de choses et trop peu connu des 
savants, se termine par des conseils que Romas adresse 
à ceux qui, suivant son expression, ayant un mâle 
courage, voudraient répéter l'expérience du cerf-vo- 
lant. Ces conseils sont donnés avec une précision ri- 
goureuse, à la(|uelle on ne saurait rien ajouter après un 
siècle de progrès dans la théorie et dans la pratique de 
l'électricité; ils ne sont pas applicables seulement au 
cas du cerf-volant, mais encore à celui des barres; et 
s'ils avaient été formulés plus lot, l'infortuné Richmann 
ne serait pas mort foudroyé à Saint-Pétersbourg. 

Après avoir accompli sa gorieuse expérience, Romas 
ne suspendit pas les travaux qu'il avait si admirable- 
ment inaugurés; il continua ses recherches sur l'élec- 
tricité atmosphérique, soit avec les barres, soit avec le 
cerf-volant, et consigna les nombreux résultats de ses 
observations dans un journal d'expériences qui n'a pas 
été conservé. Quelques extraits de ce journal, relatifs 
à l'électricité de l'air en temps ordinaire et en l'absence 
de tout nuage orageux, lui fournirent la matière d'un 
Mémoire présenté à l'Académie de Bordeaux ( avril 
1753) , et qui existe encore en manuscrit. 

Romas crut avoir constaté le premier l'électricité de 
l'air atmosphérique par un ciel serein ; mais la mauvaise 
fortune qui ne cessait de le poursuivre voulut que le 
docteur Lemonier eût fait avant lui la même découverte, 
dont il donna communication à l'Académie des Scien- 
ces en novembre 1752. 

Nous devons dire cependant (pie les expériences de 
Nérac, si elles vinrent après celles de Paris , furent fai- 



o 



02 



tes sur une bien plus large échelle; que les conclusions 
en furent plus neltemenl formulées, el quelles établi- 
rent certains faits eniièrement nouveaux, tels que les 
suivants : augmentation de lelcclricité de l'air avec la 
hauteur; éleclrisation en sens contraire de lair el de 
quel(|ues nuages d'un aspect particulier. 

Dans la plupart de ses expériences avec le cerf-vo- 
lanl, Romas déploya une audace qui n'a jamais été 
égalée, el il arriva à des résultais vraiment prodigieux. 
Plus d'une fois sa vie fui exposée, sans que jamais il 
reculât. En 1756, par exemple (21 juin), il reçut une 
commotion si terrible, qu'il fut violemment renversé par 
terre. La crainte de voir se renouveler pareil accident 
lui fil imaginer une petite machine , portée sur un char- 
riot mobile , et à l'aide de laquelle il déroulait la corde 
de son appareil sans avoir besoin d'y toucher. Il rem-, 
plaça aussi, à la même époque, l'excitateur à manche 
de verre par un instrument d'un nouveau genre, con- 
sistant en un fil métallique attaché à la corde du cerf- 
volanl, el manœuvré de loin à l'aide d'un cordon en 
soie; mais il revint bientôt à ses premières dispositions. 
En 1757, les effets qu'il obtint dépassèrent en intensité 
tous ceux qu'il avait obtenus jus(|u'alors. Ce ne furent 
plus des étincelles de sept à huit pouces de longueur, 
mais des lames de feu de neuf à dix pieds de longueur 
el d'un pouce de grosseur, (|ui faisaient autant de bruit 
que des coups de pistolet. « En moins d'une heure, dit- 
» il, j'eus certainement trente lames de celte dimen- 
» sion, sans compter mille autres de sept pieds et au- 
» dessous. Mais ce qui me donna le plus de satisfaction 



503 

» dans ce nouveau speclacle, cesl (jue les plus grandes 
» lames furent spontanées, et que, malgré l'abondance 
» du feu qui les formait, elles tombèrent constamment 
» sur le corps non électrique le plus voisin. Cette cir- 
» constance me donna tant de sécurité, <(ue je necrai- 
» gnis pas d'exciler ce feu avec mon excitateur dans le 
» temps même que l'orage était assez animé, et il ar- 
» riva que lorsque le verre dont cet instrument est cons- 
» truit n'eut que deux pieds de long, je conduisis où je 
» voulus, sans sentir à ma main la plus petite commo- 
» tion, des lames de feu de six à sept pieds, avec la 
» même facilité que je conduisais des lames qui n'a- 
» valent que sept à huit pouces. » (Mémoires des sa- 
vanls étrangers, t. II, année 175S. 

Le peuple de Nérac, qui assistait fréquemment à ces 
imposantes scènes, ne pouvait se défendre d'un senti- 
ment de terreur superstitieuse devant l'homme qui se 
jouaitainsidu tonnerre, et l'assesseur au présidial, armé 
de sa mystérieuse baguette de verre , passait , auprès de 
ses administrés, pour un sorcier plutôt ((ue pour un lé- 
giste. 

De peu s'en fallut que les Bordelais ne partageassent 
la même opinion, et partout, à cette époque, la masse 
du peuple regardait d'un assez mauvais œil ces savants, 
qu'elle trouvait trop habiles dans l'art de conjurer la 
foudre pour ne pas su|)poser qu'ils devaient leur pou- 
voir à quelques maléfices. Dans plus d'une ville, on fut 
sur le point de faire un mauvais parti aux amateurs fort 
innocents cependant de jjaratonnerres et de cerfs-vo- 
lants, et Bordeaux même eut sa petite émeute antiélec- 



504 

trique ; voici à quelle occasion : M. de Romas, s'étanl 
rendu dans notre ville, en 1759, pour répéter ses ex- 
périences en présence dcM. deTourny, qui désirait les 
connaître, choisit le Jardin-Public pour y installer ses 
appareils, et en attendant un jour d'orage, il déjjosa 
provisoirement son cerf-volant chez un cafetier logé dans 
les bâtiments de la terrasse. Le hasard ayant permis que 
la foudre tombât sur ces bâtiments, quoiqu'elle neùt 
pas atteint la pièce qui renfermait le cerf volant , la voix 
publique accusa cet innocent appareil d'avoir attiré la 
matière fulminante. Le cafetier épouvanté se hâta de 
s'en débarrasser, et la foule, qui s'en empara, le mit im- 
pitoyablement en pièces. L'expérience projetée ne put 
pas avoir lieu. Depuis ce jour, quand Romas passait 
dans les rues de notre ville, le peuple le montrait au 
doigt, en disant : « Voilà le maître du tonnerre; voilà 
» celui qui fait tomber la foudre â sa volonté. » ( Note 
C.) 

Après avoir si laborieusement étudié l'électricité at- 
mosphérique, M. de Romas fut naturellement conduit 
à rechercher les moyens de se préserver des atteintes 
de la foudre; mais ici la haute pénétration dont nous 
venons de lui voir donner tant de preuves, lui fait com- 
plètement défaut. Par ignorance ou par secrète irrita- 
lion contre Franklin , dont il avait beaucoup à se plain- 
dre, il repoussa les paratonnerres, sous prétexte que 
l'électricité pourrait fort bien abandonner le conduc- 
teur et se porter vers les corps voisins, au lieu de sui- 
vre la voie qui lui était ouverte et d'aller se perdre dans 
le sol. Or, le moyen qu'il propose pour remédier â cet 



505 

inconvénient, aurait eu pour elîet infaillible de l'accroi- 
Ire, car ce moyen consiste à isoler le conducteur avec 
soin et à le terminer brusquement à quatre ou cinq pou- 
ces du sol. Il prétend <|ue, grâce à cet isolement, le 
conducteur aura le temps de se charger, et qu'on verra 
le lluide électrique s'écouler par sa partie inférieure sous 
forme d'aigrettes, tandis qu'avec la disposition de Fran- 
klin, comme on n'a ni aigrettes ni étincelles à cause 
de la communication intime avec le sol, l'absence de 
ces signes électri(iues visibles lui fait supposer que le 
conducteur ne se charge pas. 

Il ne parait pas avoir persévéré longtemps dans ces 
étranges idées, que nous trouvons exposées dans une 
de ses lettres à l'Académie, mais auxquelles il ne donna 
pas de place dans l'ouvrage ex-professo qu'il publia , en 
1776, sur les moyens de se préserver de la foudre dans 
l'intérieur des maisons. 

Dans ce dernier ouvrage, qui est un de ceux dont la 
confection lui coûta le plus de soins, et où ne manque 
pas l'esprit de déduction, il pari de cette idée très-sim- 
ple et très-vraie, qu'un nuage orageux ressemble par- 
faitement, à la forme près, au conducteur électrisé d'une 
machine; que l'éclair est figuré par l'étincelle qui part 
de ce conducteur, et la personne foudroyée par le 
doigt avec lequel on excite l'étincelle. Ces faits une fois 
acquis, ce qu'il y avait de plus immédiat à constater, 
c'est qu'en présentant une |)ointe au conducteur, on le 
décharge en évitant fétincelle; mais au lieu d'utiliser 
celte remarque, qui le mènerait droit aux paratonner- 
res, M. de Romas observe que si on soumet à l'action 
du conducteur chargé de fluide électrique des corps 



50(> 

d'une contluclibililé nulle ou imparfaite, entourés d'au- 
tres corps bons condnclcurs, tels que les métaux, et 
communiquant eux-mêmes avec le sol, c'est sur ces 
derniers exclusivement que se porte la décharge, pen- 
dant que les premiers se trouvent ainsi radicalement 
préservés. Il observe encore que si on dirige la décharge 
de la machine électrique sur un conducteur ramifié en 
communication avec le sol, la matière électrique suit 
fidèlement les diverse^ ramifications, en s'afl'aiblissant 
d'autant plus que ces ramifications sont plus nom- 
breuses. 

S'appuyanl sur cos observations, qui sont toutes ri- 
goureusement exactes, et dont il confirme du reste 
l'exactitude par des expériences conçues et exécutées 
avec sagacité, il est conduit à proposer le procédé sui- 
vant pour se préserver de la foudre dans l'intérieur des 
maisons : 

Il veut qu'on tapisse le plafond d'un réseau de fils 
d'archal croisés descendant le long des murs et venant 
se rattacher à des clous de fer enfoncés dans le plan- 
cher. Ces clous eux-mêmes doivent être reliés par un 
fil d'archal d'un assez gros diamètre, dont les deux ex- 
trémités réunies servent à former une corde tressée 
aboutissant à une partie du sol extérieur très-humide. 

Au centre de cette véritable cage en fil d'archal , il 
suspend, à l'aide de cordons de soie isolants, une caisse 
en bois sec et résineux, enduite partout de substances 
isolantes et à fenêtres exactement vitrées. C'est dans 
cette caisse qu'on doit se réfugier en temps d'orage, et 
il recommande de la construire assez spacieuse, pour 
qu'on puisse y passer les heures du danger en bonne 



507 

compagnie; à la rigueur cependant, il fait remarquer 
qu'on pourrait se contenter des fils. 

Théori(|uement parlant, ce procédé de préservation 
est bon. Le tonnerre qui frapperait un appartement 
muni de l'appareil que nous venons de décrire, sui- 
vrait très-probablement, on peut même dire certaine- 
ment, les fils conducteurs, et il irait se perdre dans le 
sol; cependant, quelques-uns de ces fils, ou tous en- 
semble, venant à se fondre, le redoutable météore pour- 
rait fort bien s'écarter de sa route et se porter sur les 
corps conducteurs renfermés dans l'appartement. Le 
mieux est donc de ne pas s'y fier, et de dire avec un 
homme d'esprit : « Il est des grands seigneurs dont il 
» ne faut pas s'approcher; le tonnerre est de ce nom- 
» bre »' 

Du reste, Romas, comprenant très-bien que, dans 
une question de celte importance, il ne suflisait pas de 
faire de la théorie, imagina une expérience très-origi- 
nale pour démontrer ce qu'on pouvait attendre de son 
procédé dans la pratique. Un jour qu'il avait lancé son 
cerf-volant vers un nuage orageux, et ([uil' tirait du cy- 
lindre de fer-blanc des étincelles de dix à douze pieds de 
longueur, il plaça juste au-dessous de ce cylindre, dans 
une cloche en verre renversée et recouverte d'une cage 
en fil de laiton reposant elle-même sur le sol, un pigeon 
au-dessus de la tète duquel pendait une chaîne niétal- 
li([ue fixée à un des barreaux supérieurs de la cage. Il 
dirigea des étincelles en grand nombre sur ce frêle ap- 
pareil; le pigeon parut elïrayé, et de plus courageux 
(jue lui, mis à sa place, n'auraient pas fait meilleure 

33 



508 

contenance; mais il en fui quitte pour la peur, et se tira 
définitivement de cette rude épreuve sans perdre une 
seule plume. Lorsqu'il fut bien démontré que l'électri- 
cité était impuissante contre lui, le pigeon fut remplacé 
par un énorme chien de boucher, simplement attaché 
à un pieu voisin par un cordon de soie. Romas attendit 
que l'orage fût assez affaibli pour ne plus donner (|ue 
des étincelles longues de cinq à six pouces, et l'une 
d'elles lui suffit pour foudroyer le robuste animal. Quoi 
qu'il en soit, ni pigeon ni chien n'eurent assez de cré- 
dit pour faire adopter les cages en fil d'archal , et le pa- 
ratonnerre n'eut pas un seul instant à redouter la con- 
currence. 

A la suite de l'opuscule dont nous venons de donner 
une rapide analyse, Romas fit imprimer une longue let- 
tre qu'il avait adressée en 17(38, avec demande d'inser- 
tion, à M. Lutton, directeur du Journal encyclopédi- 
que, et dans laquelle il défendait avec énergie ses droits 
méconnus contre les assertions mensongères de Priest- 
ley, dont l'histoire de l'électricité avait été publiée par 
fragments dans le journal de M. Lutton. Celui-ci, qui 
a tout l'air d'un spéculateur anglais, entrepreneur de 
gazettes françaises, fit d'abord la sourde oreille; plus 
tard, vivement pressé par les instances de Romas, et 
relancé jusque dans Paris par quelques amis de notre 
compatriote, il répondit qu'il ne se rappelait pas avoir 
reçu la lettre dont on lui parlait, et que, du reste,- il n'a- 
vait d'autre service, dans le journal, que celui des abon- 
nements. 

Ainsi éconduil, Romas, après une attente de quel- 



509 

((lies années, résolut de faire imprimer et de livrer à la 
puLlicilé celte lettre, où sa justilicalion est mise dans 
la plus éclatante lumière, et il la joignit au Mémoire 
pour se préserver de la foudre dans l'intérieur des mai- 
sons, formant du tout un petit volume in-12, (|ui parut 
à Bordeaux en 1776. 

Cette lettre ne renferme rien de plus que les docu- 
ments à l'aide desquels nous avons établi déjà l'origina- 
lité des recherches de noire compatriote sur l'électricité 
atmosphérique; nous pouvons donc nous dispenser d'en 
faire l'analyse. Ce que nous devons mentionner ici , c'est 
quelle est écrite avec un sentiment des convenances et 
avec une dignité calme qui méritent des éloges sans 
restriction. Malgré l'évidente mauvaise foi de ses ad- 
versaires, Romas ne se départ pas envers eux de la rè- 
gle de la modération la plus généreuse; il ne répond 
pas à l'injustice par l'injure, et n'oublie pas un seul 
instant les obligations de son double litre de magistrat 
et de gentilhomme. 

Loin qu'il cherche à se venger des procédés déloyaux 
dont il est victime, en rabaissant les mérites et la gloire 
de Franklin , il est le premier à les proclamer et à re- 
connaître hautement tout ce qu'il doit à l'homme de gé- 
nie qu'il honore toujours comme son maître. — « Si 
» l'aiguille de Franklin n'eût pas réussi, dit-il, peul- 
« être n'aurais-je jamais eu l'idée du cerf-volant; j'ai 
» travaillé sur le fond de Franklin : je lui ai rendu cet 
» hommage dans ma lettre du 18 octobre 1753. » Mais 
une fois celte concession faite, laissant de côté les hom- 
mes pour lesquels sa belle âme ne saurait ressentir au- 



510 

cane animosité, il prend les faits corps à corps, et il 
démontre avec force et clarté que « ni les hommes, ni 
» Dieu qui sait tout, ne peuvent lui reprocher d'avoir 
» emprunté à personne la plus petite pièce qui concerne 
» son instrument. » 

La démonstration ne vint pas assez tôt pour qu'on 
rendit à Romas, de son vivant, la justice qu'il récla- 
mait. Il mourut avant la publication du livre dans le- 
quel il revendiquait ses droits, attristé à ses derniers 
moments par la pensée de l'injustice dont ses contem- 
porains se rendirent coupables envers lui, mais consolé 
peut-être par l'espérance que la postérité , à laquelle il 
léguait les pièces du procès , se chargerait de la répa- 
ration due à sa mémoire. 

Cette réparation s'est fait trop longtemps attendre; 
le bruit sourd, précurseur des grands événements qui 
se préparaient, l'avènement d'un nouveau prince, les 
préoccupations d'un avenir déjà plein de menaces, ti- 
rent qu'on ne prêta qu'une attention distraite à des ré- 
clamations toutes personnelles et dont l'intérêt dispa- 
raissait devant les émotions des luttes passionnées de 
cha(iue jour. 

Un siècle s'est écoulé depuis que notre intrépide com- 
patriote accomplissait ses belles et audacieuses expé- 
riences, sans qu'aucune voix se soit élevée pour protes- 
ter en sa faveur. C'est au corps savant dont il fut un 
des membres les plus zélés, que revenait la tâche de 
mettre un terme à cet injuste oubli, et de replacer au 
rang qu'il doit occuper parmi nos célébrités provincia- 
les, le savant persévérant et courageux qui lui dut Tins- 



B11 

piralion de ses travaux les plus remarquables, et qui 
resta médiocre lorsque celte inspiration lui manqua. 

On ne saurait donc louer M. de Romas sans faire re- 
monter l'éloge jusqu'à cette illustre Académie des Scien- 
ces de Bordeaux, la première sans contredit des Aca- 
démies de province , supérieure même sur quelques 
points à l'Académie des Sciences de Paris, pendant la 
période commune de leur existence de 1716 à 1789, 
et dont le glorieux passé nous venge des jalouses cla- 
meurs de ces détracteurs ignorants qui osent soutenir, 
malgré l'éclatant démenti de l'histoire, que le culte sé- 
vère des sciences ne saurait convenir aux hommes nés 
sur le sol fécond qui enfanta les Montaigne et les Mon- 
tesquieu. 

Bordeaux, 1852. 



512 



Rote A. 



Bapport présenté à l'Académie des Sciences, le 4 février 1764, 
par MM. Duhamel et Nollet, commissaires. 

On voit par la lettre de Watson ( 15 janvier 1753) , que M. 
Franklin a fait indubitablement usage du cerf-volant électrique 
plus de quatre mois et demi avant M. Romas. 

Mais comme on peut inventer longtemps avant que d'exécuter, 
et que la lettre de M. Watson, en annonçant le fait, ne dit pas si 
M. Franklin y avait pensé longtemps auparavant, M. de Romas 
cherche à constater l'époque de son invention , et prouve qu'au 
mois de juillet 1752 il avait déjà imaginé d'éprouver l'électricité 
de l'atmosphère ou des nuages par le moyen d'un cerf-volant. 

Il le prouve : 1° par une lettre de M. le chevalier de Vivens, 
qui est un homme très-initié dans les sciences, et dont le témoi- 
gnage doit être d'un très-grand poids. M. de Vivens dit en ter- 
mes formels, qu'il se souvient très-bien qu'à l'occasion de quel- 
ques expériences électriques que fit M. de Romas en sa pré- 
sence, le 19 août 1752, celui-ci lui fit part du projet qu'il avait 
conçu de tirer l'électricité des nuées par le moyen d'un cerf-vo- 
lant. 

Il le prouve : 2° par la lettre d'un curé du voisinage, qui paraît 
avoir pris beaucoup de part à ces expériences, et qui, n'osant 
pas par scrupule déterminer au juste le jour auquel M. de Romas 
lui fit la confidence de son projet de cerf-volant, afErme que c'é- 
tait à cinq ou six jours près d'une expérience qu'on sait d'ail- 
leurs avoir été faite le 19 aoîit 1752. 

11 le prouve : 3° par le témoignage très-circonstancié de M. de 
Dulilh , où il paraît que la plupart de ces expériences ont été fai- 
tes, et qu'il y a contribué par ses dépenses et par ses soins. 
M. de Dutilh, en attestant que M. de Romas a imaginé le cerf- 
volant électrique un an avant que d'en faire usage , avoue qu'il 
s'était chargé de la construction de l'instrument dès le mois d'août 



513 

1752, et se reproche d'en avoir négligé l'exéculion ei, d'avoir 
laissé passer la saison de s'en servir en 1752. 

M. de Romas le prouve : 4° par un certificat en forme , do l'A- 
cadémie des Sciences de Bordeaux, par lequel il parait que M. de 
Romas a fait remettre, le 12 juillet 1752, à l'Académie, une let- 
tre dans laquelle il fait mention, non pas explicitement du cerf- 
volant, mais d'un moyen plus propre, dit-il, que les barres de 
fer élevées en l'air pour éprouver l'électricité des nuages, moyen 
qu'il appelle un jeu d'enfants. 

Nous avons vu de plus une lettre de M. Franklin, en réponse 
à M. de Romas qui lui avait fait part de son cerf-volant électri- 
que , dans laquelle réponse M. Franklin ne revendique nullement 
cette nouveauté, comme il semble qu'il aurait dû faire s'il eût 
pensé en être le premier auteur. 

Ayant donc égard à toutes ces preuves, nous croyons que 
M. de Romas n'a emprunté à personne l'idée d'appliquer le cerf- 
volant aux expériences électriques , et qu'on doit le regarder 
comme le premier auteur de cette invention, jusqu'à ce que M 
Franklin ou quelque autre fasse connaître, par des preuves suffi- 
santes , qu'il y a pensé avant lui. 



Note B. 

L'éclatante réputation scientifique dont Franklin jouit encore 
parmi nous, date du voyage qu'il fit en France pour négocier 
l'intervention de notre pays en faveur des États-Unis d'Amérique ; 
elle lui fut faite par les beaux esprits philosophiques du dix- 
huitième siècle , qui le présentèrent comme la personnifica- 
tion des idées dont ils poursuivaient le triomphe. Il est évident 
maintenant, pour tout juge impartial, que ses admirateurs allè- 
rent trop loin dans leur enthousiasme, et qu'ils exaltèrent outre 
mesure ses mérites scientifiques. Il serait temps que la vérité fîit 
rétablie sur ce point, et nous avons un intérêt d'autant plus sé- 
rieux à la rétablir , que les savants aux dépens desquels elle a été 
faussée sont nos compatriotes. 



514 

Les Anglais, qu'on n'accusera pas de partialité pour nous, ren- 
dent aux travaux de ces savants la justice que nous ne leur accor- 
dons pas encore, et ils savent mettre Franklin à la place qui lui 
appartient. Le jugement qu'ils portent sur son compte a été for- 
mulé avec autant de modération que d'équité, par le docteur 
Wheweli, directeur du collège de la Trinité à Cambridge, auteur 
d'une récente et fort remarquable histoire des sciences naturel- 
les. Voici en quels termes s'exprime ce savant, dont personne 
ne conteste ni la vaste érudiction ni l'honorable caractère. 

« En 1750, Franklin émit quelques vagues conjectures tou- 
» chant l'existence de l'électricité dans les nuages; mais il n'était 
» pas possible, avant l'explication des phénomènes d'influence à 
» distance pas Wilcke et par ^Epinus, de comprendre véritable- 
» ment l'état électrique des nuages. Cependant , en 1752, d'Ali- 
» bard et d'autres savants français furent désireux de vérifier les 
» conjectures de Franklin sur l'analogie du tonnerre et do l'élec- 
» tricité; ils le firent en érigeant à Marly , etc.» 

Quanta la portée qu'il attribue aux idées théoriques du physi- 
cien de Philadelphie, le docteur Wheweli, après avoir rappelé 
que la théorie d'un fluide unique fut imaginée simultanément par 
Watson et par Franklin, tandis que ce dernier passe pour en être 
seul l'auteur, s'explique ainsi sur la valeur de cette théorie : 

« En 1751, Symmer soutenait encore l'existence des deux 
» fluides, et Cigna faisait disparaître le défaut principal du sys- 
» lème de Dufay, en démontrant que les deux électricités se 
» produisent en même temps. Malgré cela, l'apparente simplicité 
» de l'hypothèse d'un seul fluide lui donna beaucoup de partisans : 
» c'était elle que Franklin avait adoptée dans l'explication de la 
» bouteille de Leyde ; et quoique après la première conception 
» de la charge électrique, qui la faisait considérer comme une 
» rupture d'équilibre , il n'y avait rien dans les développements 
» ou les détails des vues de Franklin qui méritât de leur at 
» tirer aucune autorité , sa réputation et son habileté comme 
» écrivain donnèrent une influence très-grande à ses opinions. 
» Aussi, pendant un certain temps fut-il considéré en Europe 
» comme le créateur de la science, et les termes FranJdinisme , 



o 



1.H 



» Frankliniste , sijstème Franklinien , se rencontrent presque à 
» chaque page dans les ouvrages relatifs à l'électricité publiés sur 
» le continent. 

» Au fond , cependant , les phénomènes électriques auxquels 
» Franklin ajouta le moins, je veux parler des phénomènes d'in- 
» fluence, furent ceux qui donnèrent la plus puissante impulsion 
» au progrès de la science, et ils s'accordent généralement avec 
» la conception des deux électricités introduite par Dufay et 
» confirmée par les travaux de Coulomb et de Poisson. Quoique 
» les relations des corps non conducteurs avec l'électricité et 
» quelques autres phénomènes encore restent imparfaitement 
» expliqués dans la théorie des deux fluides, nous pouvons dire 
» cependant qu'elle est sûrement et définitivement établie ; et 
» 710US devons , je le crois, attribuer à Dufay plus de mérite 
» qu'on ne lui en accorde pour la part qu'il prit à cet établis- 
» sèment. Il vit clairement, en effet, et il énonça d'une manière 
» qui prouvait qu'il appréciait avec précision leur caractère, les 
» deux principes fondamentaux suivants : 1" les conditions de 
» l'attraction et de la répulsion; '2° l'existence apparente do deux 
» espèces d'électricité. 

» Le mérite réel de Franklin, comme inventeur, fut d'avoir été 
» un des premiers à concevoir distinctement la charge électrique 
» comme une rupture d'équilibre. La grande réputation dont il 
» jouissait lui vint de la clarté et de l'esprit avec lequel il racon- 
» lait ses découvertes , de la grandeur du sujet qu'il traitait en 
» s'occupant des éclairs et du tonnerre, et en partie peut-être 
» de son caractère comme Américain et comme homme politique ; 
» car il était déjà en 1736 engagé dans les affaires publiques 
» comme secrétaire général de l'Assemblée de Philadelphie. Ce- 
» pendant, le moment n'était pas encore venu où ses amis dirent 
» de lui : 

Eripuit cœlo rulmen , sceptrumque tyrannis. 

A propos de ce vers latin tant de fois cité, nous ferons remarquer 
en passant, que, tout sublime qu'il est au point de vue poétique 
pur, il n'en renferme pas moins deux pensées fausses ; et à ce 
prix, ou peut trouver le sublime un peu cher. 



516 

On sait en effet que les colons américains s'insurgèrent contre 
la Métropole, non pas parce qu'elle les gouvernait tyrannique- 
ment, mais, ce qui est infiniment moins poétique, parce qu'elle 
voulait leur faire payer trop cher le droit de boire leur thé. Voilà 
donc le second hémistiche convaincu d'exagération; quanta la 
pensée que le premier exprime, et dont le sens est que l'homme 
a désarmé la divinité de sa foudre, Bernardin de Saint-Pierre, 
qui valait Turgot en histoire naturelle , qualifie cette pensée d'im- 
pie, et il justifie cette épithète par les considérations suivantes : 

« Le tonnerre n'est point un instrument particulier de la jus- 
» tice divine. Il est nécessaire au refroidissement de l'air dans 
» les chaleurs de l'été. Dieu a permis à l'homme d'en disposer 
» quelquefois, comme il lui a donné le pouvoir de faire usage du 
» feu, de traverser les mers, de se servir de tout ce qui existe 
M dans !a nature. C'est la mythologie des anciens qui, en nous 
B représentant Jupiter toujours armé du foudre, nous en inspire 
» tant de terreur. Il y a dans l'Écriture sainte des idées de la 
» divinité bien plus consolantes, et une bien meilleure physique. 
)> Je puis me tromper, mais je ne crois pas qu'il y ait un seul 
» endroit oii elle nous parle du tonnerre comme d'un instrument 
» de la colère divine. Il n'est pas compté parmi les dix plaies 
» d'Egypte ; Sodome fut détruite par une pluie de feu et de sou- 
» fre; dans les menaces faites au peuple dans le Lévitique, il n'est 
» pas question du tonnerre. Au contraire, ce fut au bruit des 
» tonnerres que la Loi fut promulguée sur le mont Sinaï; enfin, 
» dans le beau cantique où Daniel invite tous les ouvrages du 
» Seigneur à le louer, il y appelle les tonnerres; et il n'est pas 
» inutile de remarquer qu'il comprend dans son invitation tous 
» les météores qui entrent dans l'harmonie nécessaire de l'Uni- 
» vers. Il les qualifie du titre sublime de puissances et de vertus 
» du Seigneur. » 

Note C. 

Cette accusation d'attirer la foudre , et d'ùlrc ainsi plus dan- 
gereux qu'utiles, fut aussi portée dans l'origine contre les para- 



517 

tonnerres; elle fut soutenue avec obstination, à l'aide d'argu- 
ments théoriques, par des savants distingués, tels que Wilson 
et Nollet, et leur opposition, qui nous étonne aujourd'hui, 
nous paraîtra justifiable si nous nous rappelons que Franklin, se 
trompant lui-même théoriquement, expliquait l'efficacité de ses 
barres en disant qu'elles soutiraient l'électricité des nuages ora- 
geux . Ce mot soutirer effraya longtemps les imaginations , et fut 
cause sans doute de la lenteur avec laquelle l'emploi des para- 
tonnerres se vulgarisa. Ce fut aux États-Unis qu'ils se multipliè- 
rent d'abord avec le plus de rapidité , grâce à l'esprit pratique du 
peuple de ce pays et aux recommandations incessantes de Fran- 
klin, dont l'influence alors était toute puissante. 

En Europe , les choses marchèrent moins vite , et pendant long- 
temps encore les particuliers refusèrent de laisser ériger au-des- 
sus de leurs demeures ces tiges de fer pointues dont ils redou- 
taient le mystérieux pouvoir. L'exemple vint d'en haut : à Lon- 
dres, en 1768, le chapitre de l'église Saint-Paul, après avoir 
pris l'avis de la Société royale, décida que l'église métropolitaine 
serait munie d'un paratonnerre; un second s'éleva quelque temps 
après sur le palais de Buckingham-House, et bientôt les maga- 
sins à poudre et les principaux châteaux eurent chacun le leur. 
Le grand-duc de Toscane , la République de Venise, l'empereur 
d'Autriche et le roi de Prusse se montrèrent favorables à l'intro- 
duction des paratonnerres dans leurs États; cependant, par une 
de ces bizarreries qui se rencontrent souvent dans son caractère, 
le grand Frédéric , qui en fît placer partout sur ses magasins mi- 
litaires, n'en voulut pas pour le palais de Sans-Souci. La France 
resta longtemps en arrière, malgré les efforts de quelques savants, 
parmi lesquels il faut citer en première ligne Leroy et Charles, 
de l'Académie des Sciences. En 1784, il n'y avait encore pres- 
que rien de fait , et lorsque à Saint-Omer, M. de Vissery s'avisa 
d'armer sa maison d'un paratonnerre, la foule s'amassa mena- 
çante, et peu s'en fallut qu'elle ne fît un mauvais parti au témé- 
raire novateur. La municipalité de Saint-Omer, qui partageait 
alors les passions aveugles de ses administrés , au lieu de soute- 
nir M. de Vissery, lui enjoignit d'abattre l'appareil suspect ; M. de 



518 

Vissery résista ; il fil appel devant le Tribunal d'Arras , et confia 
le soin de défendre sa cause à M. de Robespierre, qui n'était en- 
core qu'un très-obscur avocat de province. Cette cause eut beau- 
coup de retentissement; l'attention publique en suivit les diver- 
ses phases avec un vif intérêt, et on accueillit avec d'unanimes 
applaudissements le jugement du Tribunal d'Arras, rendu le 31 
mai 1783, qui cassait l'arrêté de la municipalité de Saint-Omer. 
M. de Robespierre, au dire du Journal des Savants, traita son 
sujet avec beaucoup d'érudition et d'esprit; le plaidoyer qu'd 
prononça dans celte circonstance fui lu par toute la France, et 
ne contribua pas médiocrement à étendre au loin la réputation de 
l'auteur. 

A Sienne, une émeute fut aussi sur le point d'éclater, parce 
qu'on avait élevé un paratonnerre sur la tour qui domine la place 
du Marché. 

L'affaire de Saint-Omer eut pour elîet d'attirer l'altention des 
corps scientifiques sur la question des paratonnerres ; l'Acadé- 
mie de Dijon fut celle qui s'en occupa la première, et elle char- 
gea MM. Guilon de Morreaux et Maret de lui faire un rapport sur 
ces appareils, dont ces deux savants constatèrent l'utilité, en 
même temps qu'ils formulèrent quelques-unes des règles relatives 
à leur bonne construction. 

Leroy et Charles donnèrent à ces règles une plus grande pré- 
cision , et enfin, en 1823, elles furent formulées avec toute l'au- 
torité du talent et de l'expérience, dans l'instruction pour l'éta- 
blissement des paratonnerres, rédigée par Gay-Lussac au nom 
de la commission choisie par l'Académie des Sciences. 



519 

FRAGMENT 

DE 



L'HISTOIRE DES AHTS 

A BORDEACX ; 



Par m. J. UEi^piT. 



ACADÉMIE DE PEINTURE ET MimU SOUS LODIS XIV \ 



Dans la première moitié du dix-septième siècle, à 
Bordeaux, comme dans toute la France, la direction 
des arts était nulle et leur culture considérée à peu 
près comme un métier. Or, selon l'esprit de ce temps, 
tels métiers devaient être héréditaires; d'autres étaient 
soumis à des règlements qui fixaient le nombre des maî- 
tres et celui des apprentis, le temps de l'apprentissage, 
les matières qui devaient être employées. Le fisc en était 

' Les documents qui m'ont fourni le sujet de cette Notice sont peu nombreui; 
il y en a vingt-deux, imprimés ou manuscrits. M. Lacour, leur possesseur, qui les 
lient de son père, lésa fait réunir par une élégante reliure portant cette inscrip- 
tion : Titres et documents relatifs à l'École académique de peinture et sculp- 
ture sous Louis XIY. Il se propose d'en faire hommage îi la ville; mais, en at- 
tendant, il m'a semblé que leur analyse était assez intéressante pour être détacliée 
de l'Histoire des Arts à Bordeaux, que je prépare, et séparée de la description 
des édifices et autres objets d'art contemporains qui doivent nalurellcmenl l'ac- 
compagner. 



520 

venu jusqu'à créer des ofliccs pour les métiers, et à les 
vendre, non au plus habile, mais au plus offrant. Au 
commencement du règne de Louis XIV, lorsqu'on vou- 
lut soumettre des règlements faits pour des corporations 
d'ouvriers à l'action du courant qui portait alors toutes 
les idées vers la centralisation , l'effet immédiat de cet 
essai d'organisation du désordre produisit dans les arts 
des conséquences étranges, et que semblait pourtant 
justifier la logique d'un principe faux en lui-même. 

Ainsi, la corporation des Maitrespeiîitres de Var'is, 
qui se faisait appeler : Académie de Saint-Luc, mais 
qui n'en était pas moins la corporation des peintres ou- 
vriers, prétendit avoir le singulier privilège d'empêcher 
quiconque ne lui était pas aflilié de s'occuper de pein- 
ture, et, par conséquent, fil saisir et vendre à son pro- 
fit les tableaux de tous les artistes qui ne faisaient i)as 
partie de la communauté. 

Quelques-uns des plus habiles artistes de Paris, fati- 
gués par les exigences de cette corporation absurde dans 
sa logique, se déterminèrent, vers l'année 1648, à 
reunir leurs efforts pour secouer ce joug humiliant. 
M. Charles Lebrun, qui venait d'Italie, joignit à leurs 
efforts l'influence de sa célébrité, et la fondation de 
l'Académie royale de peinture fut résolue. 

Ce n'est pas ici le lieu d'en foire l'histoire et d'en décrire 
l'organisation ; qu'il nous suflisc de dire que la nouvelle 
Académie, comme elle devait s'y attendre, eut à lutter vio- 
lemment contre linfluence de la communauté des maîtres 
peintres. Cette corporation, déjà puissante par son an- 
cienneté, fut soutenue, nous le disons à regret, par la 
jalouse rivalité d'un artiste éminent, émule de M. Le- 



521 

brun, M. Pierre Mignard. iNéaninoins, malgré, ou 
peut-être à cause des troubles civils, l'Académie 
triompha de tous les obstacles que la jalousie ajouta aux 
hésitations et aux fausses démarches inséparables d'un 
établissement nouveau sur un terrain inconnu. 

Dès l'année 16S4, la nouvelle Académie réforma ses 
statuts, prit pour protecteur M^' le cardinal Mazarin, 
et obtint, entre autres privilèges accordés par le Roi le 
28 décembre 1654, confirmés en janvier 1655, et en- 
registrés au Parlement le 25 juin suivant, que les mem- 
bres de l'Académie seraient exemptés de tutelle, de cu- 
ratelle et de faire le guet, et qu'ils jouiraient, en outre, 
du droit de commiltimus pour tous leurs procès , comme 
les membres de l'Académie française et les ofiiciers com- 
mensaux du roi '. 

Les progrès de la nouvelle Académie furent long- 
temps encore enrayés par l'influence des nombreux et 
puissants amis de M. Mignard; mais, à la mort de M^"^ 
le cardinal de Mazarin, M. Colbert, nommé vice-pro- 
tecteur de l'Académie, prit chaudement en main la cause 
de celte Compagnie, et son existence fut désormais as- 
surée. 

En 1663, l'Académie obtint une pension de 4,000 
livres. Le roi , qui s'en était déclaré hautement le pro- 
tecteur, fit encore plus : en 1665, il fonda à Rome l'É- 
cole de France, où les jeunes lauréats de l'Académie de 
Paris devaient se perfectionner par l'étude des maîtres. 
L'influence de l'Académie grandit; on en comprit l'uti- 

' Titres... de l'École académ. de Bordeaux, n" 1. 



522 

lité, et enfin, sur l'instigation de M. Colbert, au mois 
de novembre iG76, Louis XIV rendit une ordonnance, 
enregistrée le 22 décembre suivant, (|ui autorisait la 
création d'une espèce d'Université des Beaux-Arls sous 
le litre d'Ecoles académiques de peinture et de sculp- 
ture. 

Pour encourager les beaux arts, qui font à l'intérieur 
la splendeur et la félicité d'un État, comme la gloire 
des armes la procure au dehors, celle ordonnance per- 
mettait au sieur Colbert , ce sont les propres termes des 
lettres patentes, de créer, dans les diflérentes villes de 
France, des écoles académiques de peinture et de sculp- 
ture, sous la conduite et administration des officiers de 
l'Académie royale de Paris. M. Colbert en était déclaré 
chef et protecteur, et pouvait seul en approuver les sta- 
tuts et les règlements '. 

En conséquence, l'Académie de Paris, sous la direc- 
tion de M. Lebrun, rédigea des statuts, approuvés |)ar 
M. Colberl, pour l'établissement d'écoles académicpies 
dans les principales villes du royaume. Ce fut une me- 
sure aussi habile que hardie. On comprend en elVel 
qu'elle était destinée à exercer une immense influence 
sur l'avenir des arts; malheureusement, par des cir- 
constances diverses, ce plan gigantesque ne put être 
exécuté dans son ensemble. 

Il ne faut pas d'ailleurs se laisser tromper par la si- 
militude des mots et perdre de vue que, selon les temps 
et les lieux, les mêmes expressions ont souvent une si- 

' Titres... de l'École acadi'm de Rordcaux , n» 2, 



523 

gnification loute différenle. Nous avons vu que la pré- 
tendue Académie de Sainl-Luc n'était rien moins (ju'une 
association académique comme nous le comprenons 
aujourd'hui. L'Académie royale de peinture elle-même 
n'était pas alors ce qu'est devenue depuis l'Académie 
des Beaux-Arts; et, par conséquent, les écoles acadé- 
miques qu'il s'agissait d'établir dans les villes de pro- 
vince, n'avaient, pour ainsi dire, rien de commun avec 
ce que nous appelons aujord'hui une Académie. 

Quoi qu'il en soit, il parait que cette mesure, digne 
du génie de M. Colbert, ne reçut d'autre application 
qu'à Bordeaux, dans celle ville rebelle qu'agitaient en- 
core tant de passions diverses, et que d'innombrables 
ouvriers, dirigés par M. de Vauban, entouraient de ci- 
tadelles formidables, uniquement destinées à réprimer 
et punir nos turbulents ancêtres. Il est donc important, 
pour notre histoire particulière et pour l'histoire géné- 
rale des arts, d'examiner avec soin les effets produits 
par cet essai d'organisation artistique. 

Nous avons un exemplaire imprimé des statuts rédi- 
gés par l'Académie royale de Paris '. Voici le résumé 
de leurs principales dispositions : 

Le protecteur des écoles académiques avait le droit de 
choisirdanschaque ville le vice-protecteur de cette école, 
et l'Académie-mère elle-même nommait les gouverneurs 
des écoles, sur les((uels elle se réservait un certain droit 
de surveillance et de juridiction. Ces gouverneurs étaient 
d'ailleurs tenus de se conformer aux préceptes et ma- 

* Titres,., de l'École aeade'm. de Bordeaux, n° 2. 

H 



524 

nière d'enseigner de l'Académie. Ils pouvaient se faire 
aider par des gens capables, auxquels ils iransmel- 
laienl tous leurs privilèges; mais, au moins quatre lois 
par an , les ofliciers délégués pour la direction des éco- 
les devaient soumettre les ouvrages de "leurs élèves à 
lexamen des académiciens de Paris. 

Du reste , il était expressément défendu dans les éco- 
les de parler de toute autre matière que de peinture et 
de sculpture , et l'article 5 est assez remar(|uaLle sous 
ce rapport. Le lieu où les exercices se feront, y est-il 
dit , estant consacré à la vertu..., s'il arrivoit qu'au- 
cun vinst à blasphémer le saint nom de Dieu ou par- 
ler de la religion et des choses saintes avec irrévé- 
rence, ou proférer des paroles deshonnêtes , il sera 
banny des dites écoles... 

Les écoles devaient être ouvertes tous les jours pen- 
dant deux heures, excepté les jours de fête..., etc. 

Les lettres patentes de 1076 qui autorisaient la créa- 
lion des écoles académiques, ne furent mises à exécu- 
cution , comme nous l'avons déjà dit, ni à Lyon, ni à 
Toulouse, ni à Marseille, ni à Rouen; pendant douze 
ans, il n'en est question nulle part. Cependant, il pa- 
raît que le 26 juillet 1688, il y avait déjà longtemps 
que M. Leblond de Latour, peintre ordinaire du roi et 
membre de l'Académie de peinture de Paris , fixé à Bor- 
deaux depuis 1656, avait essayé, aidé de M. Larraidy"^ 
et de quelques autres artistes ou amateurs , de faire créer 
une école académique à Bordeaux. 

11 résulte d'une lettre que M. Guérin, secrétaire de 
l'Académie de peinture de Paris, écrivait ce jour-là à 



525 

son collègue à Bordeaux ', M. Lehlond de Laiour, que 
ce n eiail pas sa faute si la demande des arlisles borde- 
lais navail pas encore reçu de solution, mais que la 
maladie de M. de Louvois avait tout relardé. M. Guérin 
félicitait d'ailleurs M. Leblond d'avoir découvert l'auteur 
d'une lettre malicieuse écrite par un anonyme à l'Aca- 
démie, et qui méritait d'être puni '. 

Néanmoins, le 21 janvier 1689, rien n'avait encore 
été fait, et M, Guérin écrivait de nouveau que la de- 
mande des peintres bordelais avait dû être accordée lors 
de la présentation de l'Académie à M""^ de Louvois, à 
l'occasion du premier de l'an; mais que le Ministre était 
si occupé, qu'on n'avait pas osé l'importuner de cette 
afl'aire. Il ajoutait que M. Lebrun avait pris à cœur 
cette demande et promettait de s'en occuper activement. 
Il félicitait ces messieurs d'avoir écrit directement à 
l'Académie, Cette lettre devait être un moyen de plus 
pour s'occuper de leur affaire '. 

Dans l'intervalle, M. Lebrun mourut (23 février 
1G90); il y avait à craindre que son successeur, ce 
même M. Mignard qui s'était si fortement opposé à la 
création de l'yVcadémie de Paris, ne mît pas beaucoup 
de zèle à terminer une afl'aire que son prédécesseur et 
son antagoniste avait patronée; il parait qu'il en fut 
autrement. Arrivé en lin au pouvoir, objet de sa jalou- 
sie et de sa convoitise, M. Mignard, comme tant d'au- 
tres, envisagea les choses sous un tout autre aspect 
qu'il ne l'avait fait jusqu'alors; et enfin, Ie3juin 1690, 

' Nicolas Gut'iin avait été reçu membre de l'Académie le 20 décembre IC81 , 

■ Preuves, n" 1. 

' Pièces justificatives , u° 3. 



526 

l'Académie royale, ayant pris l'avis de M°^ le marquis 
de Louvois, fil expédier des leKres sous forme autlien- 
licjue autorisant l'établissement de l'École académique 
de Bordeaux. 

Ce documcnl important , car il est probablement uni- 
que en son genre, mérite d'être reproduit en entier. Il 
est écrit sur parchemin , dans la forme des lettres pa- 
tentes, parfaitement conservé, et revêtu des signatures 
autographes des principaux membres de l'Académie des 
Beaux-Arts decetle époque. Malheureusement, la terreur 
qu'inspirait la stupidité des prétendus patriotes de 1793, 
en a fait enlever le sceau de l'Académie , dont l'emprein- 
te portait peut-être quelques emblèmes dangereux. 

« L'Académie royalle de peinture et de sculp- 
ture establie par lettres patentes du Roy, vérifiées en 
Parlement, présentement sous la protection de mon- 
seigneur le marquis de Louvois et de Courlenvcaux, 
conseiller du roy en tous ses conseils, ministre et se- 
crétaire d'Eslat , commandeur et chevalier des ordres de 
Sa Majesté, surintendant et ordonnateur général des 
basiiments, arts et manufactures de France, 

» A TOUS CEUX QUI CES PRÉSENTES LETTRES VERRONT , 

SALUT. La Compagnie s'estant fait représenter les let- 
tres à elle cy devant escrittes par plusieurs peintres et 
sculpteurs de Bourdeaux, qui proposent de faire un es- 
tablissement académique dans leur ville, au désir et 
conformément aux lettres patentes du Roy, portant l'es- 
lablissement des Académies de peinture et de sculpture 
dans les principales villes du royaume, et règlement 
dressé à ce sujet , du mois de novembre 1G76, regislrez 



827 

en ParleineiU le 22 décembre en suivant, après avoir 
examiné les délibéralions parliculières et résultais sur 
ce projet dudil établissement, et voulant de sa part con- 
tribuer au zèle que les dits peintres et sculpteurs font 
paroistre de se perfectionner dans leur art autant qu'il 
leur sera possible, a résolu elarresté, sous le bon plaisir 
de monseigneur de Louvois, son protecteur, de consen- 
tir à l'établissement demandé par lesdits peintres et 
sculpteurs de Bourdeaux, à la charge d'observer les règle- 
ments contenus esdites lettres patentes, et de se con- 
former, autant que faire se pourra, à la dissipline qui 
s'observe dans cette Académie royalle; à l'eft'ect dequoy 
elle a ordonné qu'il leur seroit envoyé une expédition 
en parchemin du présent résultat, signé de monsieur 
le directeur, de messieurs les ofliciers en exercice, de 
messieurs les recteurs et adjoints-recteurs, et des deux 
plus anciens professeurs, scellez de son sceau et con- 
tre signez par son secrétaire, et une copie collationnée 
des lettres patentes et règlements, qui pourront servir 
à leur établissement et à la régie de leur compagnie. » 

A Paris , le troisième juin mil six cens quatre vingt dix. 

Signé : micinari», gieardon, desjardin, de sève, coyi-el, 
recieuvs; coysevox , paillet, adjoinls-recleurs; 

REGNACDIN, BLANCHARD, HOCASSE , JOCVEJiET , pvo- 

fisseurs; Boulogne le jeune, p. seve, n. de 
plate-mointagne', j.-b. leclerc edelinck. 

Au dos est écrit sur le pli : 

Visa : mignard '. Par l'Académie : ouérin. 



' Nicolas Vaiiplallenbcrg (Plafc-Monlagne), connu sous le nom de Montagne 
et de van l'iaten. 

' Tiires... de l'École académ. de Bcn'deaux, n° 3. 



52 



Remarquons, en passant, que les lettres patentes de 
1676 ne parlent, comme nous l'avons vu, que de l'éta- 
blissement en province d'écoles académiques, et que 
cependant il résulte des termes de l'acte que nous ve- 
nons de transcrire, que l'Académie royale elle-même 

comprit que l'Ecole académique de Bordeaux devait 
être considérée comme une Académie; car il y est 

dit : « Conformément aux lettres patentes portant 
» l'établissement des Académies... dans les princi- 
» pales villes...;» et peu après, les artistes bordelais 
composant la nouvelle Société l'intitulèrent Académie 
royale. 

Il fallut près d'un an pour que les lettres de rétablis- 
sement de la succursale bordelaise pussent recevoir un 
commencement d'exécution , après plusieurs hésitations 
et tâtonnements, soit pour trouver un local, soit pour 
réunir un nombre suflisant d'artistes qui voulussent 
faire partie de la nouvelle société. Aucun document ne 
nous fait connaître comment furent choisis la pre- 
mière fois les membres de l'Académie. Après plusieurs 
tentatives inutiles, disons-nous, les nouveaux acadé- 
miciens parvinrent enfin à se réunir en nombre sufli- 
sant, le 29 avril 169i, et à constituer définitivement 
leur Académie. Le procès-verbal de cette première as- 
semblée n'est pas long , et nous croyons devoir le trans- 
crire tout entier. Il fera mieux juger, que ne pourrait 
le faire une analyse, ce que fut cette première réu- 
nion. 

«Aujourdhuy vingt neufviesme d'avril mil six cens 



529 

quatre vingt onze, nous soussignez, composant l'Aca- 
démie royalle de peinture et de sculpture établie à Bor- 
deaux, estant assemblés dans le palais archiépiscopal, 
conformément à la délibération précédente, en présence 
de monseigneur l'Archevêque de Bordeaux, nostre vice- 
protecteur, avons procédé à la nomination et l'élection 
des professeurs et adjoints de la ditte Académie, et com- 
mencé par nommer monsieur Leblond de Latour pour 
premier professeur, en considération de son méritte 
et de ce qu'il a l'avantage d'estre du nombre de ceux 
qui composent l'illustre compagnie de l'Académie 
royalle de Paris , laquelle nomination a esté unani- 
mement faitte. Ensuitle avons procédé à la nomination 
des autres comme s'ensuit; le tout à la pluralité des 
voix : 

Professeurs : MM. 

LEBLONn DE LATorR, peintre, bentcs , peintre. 

DtiBois, scîilpteur. Thibault, sculpteur. 

FouRNiER aisné , peintre. pcclairc aisné , peintre. 

CATILIER , sculpteur. BERQUIN le jcune , sculpteur. 

larkaidy, peintre. tibman , peintre. 

BEKQCiN aisné, sculpteur. dobimon, sculpteur. 

Adjoints à professeurs : MM. 
FOURNIER le jeune , duclairc le jeune , Constantin. 

» r)es((uelles élections ci dessus avons dressé le pré- 
sent procez-verbal pour servir et valoir en temps et 



530 

lieu , el a mondit seigneur Archevesque déclaré aprouver 
les dittes éleclious '. » 

Celte pièce, écrite de la main de M. Larraidy, est 
revêtue des signatures autographes de tous ceux de ces 
messieurs qui étaient présents ou savaient signer '; car 
il y manque trois signatures : un des MM. Berquin, 
MM. Dorimon et Constantin; elles sont précédées de la 
signature de M""^ l'Archevêque , qui , le premier, a si- 
gné : Louis, Arch. de Bordeaux. 

Remarquons encore que les lettres patentes de 1676 
réservaient expressément à l'Académie de Paris le droit 
de désigner les oflîciers directeurs des Écoles académi- 
ques, et qu'ici ce sont les nouveaux membres qui choi- 
sissent eux-mêmes les professeurs. 

Quoi qu'il en soit, cet acte curieux nous révèle le 
nom de quinze artistes bordelais, à peu près inconnus 
ou oubliés, qui, il y a près de deux cents ans, dans 
l'enceinte resserrée de nos fortifications si souvent 
émues du bruit des armes, à quatorze ans d'une com- 
motion violente qui avait vivement ébranlé la cité, s'oc- 
cupaient d'art avec assez de zèle et de talent pour éta- 
blir une École académi(|ue de peinture et de sculpture 
dans une ville où il n'en existe pas au milieu du dix- 
neuvième siècle, et où il serait peut-être difficile,, à en 
juger par ce que nous connaissons du mérite de quel- 

' Titres... de l'École acade'm. de Bordeaux, n» 7. 

' On s'étonnera peut-être de celte supposition; mais elle e.st justifiée par 
quelques exemples. Il passe pour certain que le célèbre Carie Vanloo ne savait ni 
lire ni écrire. 



531 

ques-uns des fondateurs de notre ancienne Académie, 
de réunir un nombre si considérable de peintres et de 
sculpteurs aussi habiles et aussi instruits. 

Constatons le fait, sans chercher à l'expliquer; mais 
profitons de cette occasion pour consigner ici tous les 
renseignements que nous avons pu recueillir sur cha- 
cun de ces artistes, et prier tous ceux de nos compa- 
triotes qui connaîtraient d'autres renseignements sur 
ces personnages ou sur d'autres artistes de Bordeaux, 
de vouloir bien nous les communi(iuer, leur promet- 
tant de faire tout ce qui dépendra de nous pour que ces 
notes ne soient pas perdues, et que la reconnaissance 
en revienne à ceux qui nous les auront communiquées. 

M. Leblond de Latour, peintre et écrivain distingué, 
que ses collègues nommèrent à l'unanimité premier pro- 
fesseur de lAcadémie de Bordeaux, en considération de 
son mérite et de l'honneur ([u'il avait déjà d'être mem- 
bre de l'illustre compagnie de l'Académie royale de Pa- 
ris, n'est mentionné dans aucune biographie. Ses ou- 
vrages de peinture ne sont indiqués dans aucun cata- 
logue de tableaux, et pas un catalogue de bibliothèque 
ne fait connaître les livres qu'il a publiés. 

Quand je dis aucune bibliothèque, je me trompe; il 
en est une, celle de la ville de Bordeaux, qui possède 
un exemplaire, probablement unique, d'un ouvrage 
publié par M. Leblond de Latour, et qui nous permet 
de constater que la considération dont l'artiste jouis- 
sait auprès de ses collègues, était justement méritée. Ce 
livre nous vient de la bibliothèque des Capucins de Bor- 
deaux; il a pour titre : Letlre du sieur Leblond de 



532 

Lalour à un de ses amis, conlenani quelsques ins~ 
truclions touchant la peinture ; dédiée à M. de Buis- 
garnier, R. D. L. C. D. F. à Bourdeaux ; par 
Pierre du Coq, imprimeur et libraire de l'Université, 
4069, in-8° de 79 pages. 

Ce M. de Boisgarnier, ami el protecteur de M. Le- 
blond de Latour, est encore un amateur des arts à Bor- 
deaux dont le nom était tout à fait oublié ; il possé- 
dait une des plus belles collections de tableaux qu'il y 
eût dans la province. Ce n'était pas peu dire; car les 
Musées publics n'absorbaient pas, alors comme aujour- 
d'hui , tous les chefs-d'œuvre , el il y avait à Bordeaux 
plusieurs collections célèbres : entre autres, pour ne 
parler que de deux ou trois, celles des d'Épernon, des 
Sourdis el celle de M. Raphaël Trichel, dont les livres 
enrichirent la Bibiolhèque royale, el les tableaux la 
célèbre collection de la reine Christine, de Suéde. 

La lettre du sieur Lehlond de Latour à un de ses 
amis est illustrée, comme nous disons aujourd'hui, 
iWine épigramme en son honneur, par M. de Lama- 
ihe, avocat au Parlement de Paris; elle n'esl pas lon- 
gue, la voici : 

Latour nous fait voir dans son livre 
Qu'il a su joindre deux talents 
Fort rares et fort diUérents , 
Et qui sauront le faire vivre 
Malgré les jaloux et les ans. 

Si l'exemplaire que possède notre bibliothèque esl 
unique, comme tout nous porte à le croire, il s'en 



533 

est fallu de bien peu que la prédiction poétique de M. 
de Lanialhe ne devint un rcve complet; mais, grâce à 
la publicité que les Actes de l'Académie donneront, je 
l'espère, à ces lignes, elle est assurée de s'accomplir 
encore pendant quelque temps. 

M. Antoine Leblond de Lalour signe sa lettre du ti- 
tre de peintre de l'Hoslel de Ville de liourdcaux. Ce 
titre, joint à l'aveu de la supériorité que lui reconnu- 
rent unanimement ses collègues, sont les seuls indices 
qui puissent nous faire apprécier son mérite artisti- 
que '. Quant au mérite littéraire de M. Leblond, sa 
lettre prouve qu'il écrivait avec une habliété peu com- 
mune dans ce temps, et qu'il était non -seulement 
instruit dans son art, mais qu'il avait même des pré- 
tentions tant soit peu verbeuses à la théologie et à la 
métaphysique. 

En commençant son ouvrage, M. Leblond développe 
celte pensée, que la peinture étant une sorte d'émana- 
tion de la puissance divine, puisqu'elle aussi sait créer, 
elle doit surtout avoir pour but de glorifier Dieu en 
représentant la beauté de ses créatures. 

De l'exposé de cette théorie, il passe à un éloge pom- 
peux de Louis XIV; mais l'entousiasme pour son art 
l'amène bientôt à une appréciation philosophique du 
règne des conquérants et des Mécènes , diamétrale- 

' M Leblond de Latour, d'après une note coramuniqaôe par M. Arnaud Del- 
chevcrry , archiviste de la Mairie , aux rédaclours des Archives de l'Art fran- 
çais, t. I«r, page 135 , prêta serment en qualité de peintre de l'Hôtcl-de-Ville 
le () juin 1665. Il remplaça M. riiilippc Dcliay, peintre de Paris , décédé après 
dix-sept ans d'exercice. 



534 

incnl opposée el certainement pliisvraie que celles (ju'on 
en fait ordinairement; il en conclut que ce ne sont pas 
les grands règnes qui créent les grands hommes, mais 
que ce sont les grands hommesqui font les grands règnes. 

Sous le rapport de l'art proprement dit, M. Lcblond 
se montre admirateur de la couleur et du Titien. Les 
préceptes et les règles qu'il donne sont très-simples el 
peu nombreux; mais ils sont dictés avec une certaine 
hauteur de vues qui leur prèle je ne sais quoi de magis- 
tral, tout à fiiil en rapport avec le style dans lequel ils 
sont écrits. L'auteur paraît avoir la conscience intime 
de leur valeur et du mérite personnel de celui qui les 
donne. 

J'ai remarqué (pag. 37) le récit détaillé du procédé 
dont le célèbre M. Poussin , que l'auteur avait sans doute 
vu travailler, et dont la mémoire et la gloire étaient alors 
toutes récentes, se servait pour composer et éclairer 
ses tableaux. Le fameux M. Poussinj cet homme ad- 
mirable et presque divin, composait en petit, avec de la 
cire molle, qu'il maniait avec une adresse et une tran- 
quillité singulières , les diflërents accidents des ter- 
rains et des monuments de la scène qu'il voulait repré- 
senter, dans la position et le geste convenables; puis, 
arrangeant de petits mannequins habillés et drapés à 
l'aide d'une baguette, il recouvrait toute sa composition 
d'une grande caisse, où la lumière pénétrait par des 
ouvertures semblables à celles qui éclaireraient le ta- 
bleau dans le local qu'il devait aller occuper. Il prati- 
quait ensuite sur le devant de la caisse un trou qui lui 
permettait de dessiner sa composition sans y introduire 



535 

aucun jour étranger, car son œil le fermait exacte- 
ment. Plusieurs artistes modernes ont employé avec 
succès le procédé dont l'invenlion est ici attrilniée à 
M. Poussin; mais ces détails n'en sont pas moins uti- 
les et curieux. 

M. Leblond de Lalour avait joint à son livre une 
planche représentant les proportions de trois figures : 
un homme, une femme et un enfant. Elle nous eût per- 
mis d'apprécier M. Leblond comme dessinateur; mais 
cette planche a été enlevée, ou n'a jamais été mise dans 
l'exemplaire de notre bibliothèque. 

On ne trouve dans cet ouvrage aucune indication 
relative à la famille et au pays de l'auteur. Cependant, 
pour s'excuser d'avoir écrit son livre, M. Leblond, s'a- 
dressant à son ami, lui dit : Ayant considéré que no- 
ire petit Marc- Antoine pourroit quelque jour profiter 
de ce petit travail... Le petit Marc-Antoine était le fils 
de l'auteur. Il succéda à son père dans la charge de 
peintre de l'Hôtel-de -Ville de Bordeaux, dont il reçut 
la survivance le 30 août 1690 ', et (|u'il exerça jus- 
qu'au i4 septembre 1742. 

Dans l'absence de tout autre renseignement sur M. 
Leblond de Latour, j'ai recueilli tous les indices qui 
peuvent se rattacher plus ou moins directement à son 
nom, et voici ce que j'ai trouvé : 

Antérieurement à l'époque dont nous nous occupons, 
en IGâl), il y avait à Amsterdam un artiste du nom de 
Leblond, qui a gravé des ornements, des damasquinu- 
res, etc. Était-ce le père de notre auteur? 

' Preuves , n» 3 . 



53(i 

Il sérail d'autant plus diflicile de l'assurer, qu'à peu 
près à la même épocpie existait un anire graveur, Ali- 
cliel Leblond, dunl on a, entre autres, douze sujets tirés 
de la vie de la Vierge, d'après les compositions d'Al- 
bert Durer, D'un autre côté, M. Dussieux, dans l'ou- 
vrage intitulé : Les A7'iistes français à l'étranger , 
pag, 125, cite Jean-Baptiste-Alexandre Leblond, né à 
Paris en 1679, célèbre dessinateur de jardins, d'orne- 
ments el d'architecture, passé en Russie en 1716, où 
il mourut en 1719, premier architecte du Czar; et, 
dans la liste chronologique des membres de l'Académie, 
que le même M. Dussieux a publiée dans les Archives 
de l'art français, 1. 1, pag. 271 , figure encore un Jean 
Leblond, peintre d'histoire, né vers 1635, reçu mem- 
bre de l'Académie le 1" août 1681, et mort le 13 août 
1709. 

Quoi qu'il en soit, d'après la liste de M. Dussieux, 
Antoine Leblond de Latour, dont nous nous occupons, 
avait été reçu membre de l'Académie royale de pein- 
ture de Paris le 28 décembre 1682; mais aucun autre 
renseignement n'accompagne son nom. M. Dussieux 
donne aussi la liste des membres agréés par l'Académie, 
qui n'ont jamais été reçus, el il y mentionne (pag. 399) 
le même Jean Leblond, qu'il avait déjà indiqué comme 
reçu en 1681. M. Dussieux a confondu Jean avec An- 
toine Leblond. Antoine Leblond, dont le séjour à Bor- 
deaux est constaté en 1665, 1668, 1688 et 1690, fut 
sans doute agréé par l'Académie en 1682, mais ne fut 
probablement jamais reçu membre titulaire. 

Postérieurement à l'époque où vivait Antoine Le- 
blond, on trouve que, vers 1740, l'abbé de Saint-Ro- 



S37 

main-de-BIaye clait M. Denys Lchlond. É(ail-ce un 
desceudanl de notre académicien? On peut le suppo- 
ser, car cet abbé, grand amateur des arts, lit graver 
par Charles Dupuis, graveur distingué dont l'histoire 
est aussi mêlée à celle des arts à Bordeaux , le célè- 
bre et joli tableau du Mariage de la Vierge^ par Carie 
Vanloo, Ce tableau appartenait probablement, à cette 
époque, à l'abbé Leblond ou au cardinal de Polignac, 
à qui l'abbé dédia la gravure , chef-d'œuvre de Charles 
Dupuis. 

A ces indices, j'ajouterai que la notice des tableaux 
du Musée de Bordeaux dit que le célèbre M. Taillasson, 
également né à Blaye, était un des descendants de M. 
Leblond de Latour. 

Après M. Leblond de Latour, l'homme le plus remar- 
quable de l'Ecole académique de Bordeaux était sans 
contredit M. Larraidy, peintre et secrétaire de l'Aca- 
démie, homme instruit et considéré, comme nous le 
verrons bientôt par les lettres qu'il écrit et qu'on lui 
écrit, mais sur lequel nous n'avons aucun autre ren- 
seignement. 

M. Dubois, sculpteur, fut nommé, le premier, profes- 
seur après M. Leblond de Latour; il faisait précéder sa 
signature d'un P. Nous ne savons rien autre chose de lui. 

M. Fournier aîné, peintre, jouissait sans doute 
d'une certaine estime, quisqu'il est porté sur la liste 
des professeurs avant M. Larraidy; M. Fournier jeune, 
peintre, qui fut nommé premier adjoint à professeur, 
était probablement son frère. Tous les autres académi- 
ciens sont également inconnus. M. Gaulier ou Gaul- 



538 

lier, Pierre el Jean Berquin, frères, Thibault et Dori- 
mon, tous sculpteurs; MM. Bentus et Tirman, pein- 
tres. M. Duclairc aine, professeur de peinture, signe : 
Duclaircq ; tandis que M. Duclairc jeune, adjoint à 
professeur, signe : Duclercq. Quanta M. Constantin, 
le troisième des adjoints à professeur, nous ne savons 
même pas s'il était sculpteur ou peintre. 

Espérons que ces remarques et nos recherches ulté- 
rieures ne seront pas tout à fait inutiles, et qu'elles 
contribueront à arracher à l'oubli quelques-uns des 
hommes généreux dont les efforts tentèrent de doter 
notre patrie d'une institution qui manque encore au- 
jourd'hui non-seulement à son éclat et à sa gloire, mais 
à sa prospérité et à son bonheur. 

En attendant, reprenons l'histoire de la trop courte 
existence de l'École académique bordelaise. 

Quoique les lettres patentes de 1G76 eussent réservé 
au protecteur de l'Académie royale le privilège de dé- 
signer le vice-protecteur de l'École académique , les 
nouveaux académiciens choisirent eux-mêmes, pour 
vice-protecteur de l'École académique de Bordeaux, 
l'archevêque du diocèse, M^"^ d'Anglure de Bourlemont ' ; 
c'était non-seulement le choix le plus distingué qui 
pût être fait, mais le plus heureux. L'intendant et le 
gouverneur de la province avaient peu de crédit, le 
Parlement était exilé, et pour faire tolérer dans une 
ville de province un établissement où l'on devait faire 

' Louis d'Anglure de Bourlemont, nommé Archevêque de Bordeaux le 6 
septembre 1080, mort le 9 novembre 1697, h l'Jge de 70 ans, 



539 
poseft' (les ])ersonnes nues devant une réunion de jeunes 
hommes, il ne fallait rien moins que la protection du 
manteau vénéré du chef du sacerdoce bordelais. Heu- 
reusement , M-"^ d'Anglure de Bourlemont avait une 
piété tempérée par une large et haute éducation ; il 
comprit parfaitement, comme tant d'autres de ses pré- 
décesseurs et de ses successeurs, qu'il est des circons- 
tances où l'intérêt de la société doit l'emporter sur les 
mesquines exigences d'un zèle peu éclairé; et non-seu- 
lement il consentit à être le protecteur de l'École aca- 
démique, mais il lui donna un asile dans son palais 
archiépiscopal. Le chef du clergé bordelais payait ainsi 
aux artistes une partie des services que l'art rend à la 
Religion. 

Une marque de protection aussi ouverte et aussi 
illustre stimula le zèle de MM. les Jurats, et les encou- 
ragea à prêter aussi leur concours à cette utile institu- 
tion. Nous allons bientôt voir l'École académique passer 
du palais archiépiscopal dans les bâtiments de la Muni- 
cipalité. 

Dès le 13 août 1691, une délibération de la Jurade 
de Bordeaux permit à MM. Leblond de Latour, Four- 
nier et autres peintres et sculpteurs , d'établir une 
École académique dans la ville, et leur concéda , dans 
ce but , une des salles du collège de Guyenne, à con- 
dition d'y ftiire à leurs frais les ouverture et les ferme- 
tures nécessaires '. 

Munis de cette {autorisation , et avec l'agrément d'; 

' Preuves . n» i. 

35 



540 

M. Bardin, principal du collège, les artistes bordelais 
mirent à profit le temps des vacances, et le 12 décem- 
bre, une dépulation se présenta en Jurade pour prier 
MM. les Jurats de vouloir bien leur faire l'honneur 
d'assister , le dimanche suivant , à une messe solen- 
nelle qu'ils se proposaient de faire célébrer dans la 
chapelle du collège de Guyenne pour l'inauguration de 
l'Académie. Les Jurais répondirent , que pour rendre 
cette cérémonie yj/(/s célèbre, ils y assisteraient revê- 
tus de leurs robes rouges '. 

En conséquence, le dimanche 16 décembre 1691, 
au bruit du canon et cloche sonnante, MM. les Jurats, 
velus de leurs robes rouges , sortirent de l'Hôtel-de-Ville, 
précédés du chevalier du guet et de ses archers, des 
héraults, massiers, trompettes, huissiers et autres offi- 
ciers, pour se rendre dans la chapelle du collège de 
Guyenne. 

En tète de la Jurade, en l'absence de M. le marquis 
d'Estrades, maire de Bordeaux, marchait M. d'Aste , 
premier jurai, suivi de MM. Eyraud, Lavaud, Borie 
de Poumarède, Leydet et Jeantille de Moras, jurais; 
venaient ensuite M. de Jehan, procureur syndic, et 
M. du Boscq, clerc de la ville. Arrivés dans la cha- 
pelle, ornée pour celle circonstance, et dans laquelle 
on avait mis vis-à-vis la chaire un portrait du Roi, 
sous un dais élevé sur un trônCy messieurs les Jurats 
furent placés au haut du baluslre et du côlé de l'Evan- 
gile; M-' le marquis de Sourdis, commandant pour 

' Preuves, n'> 5, 



541 

S. M. en Guyenne, avait été placé au milieu du far- 
terre * avec beaucoup de personnes éminenles; et W^ 
d'Anglure de Bourlemont, archevêque de Bordeaux, 
en camail et rochet, vint prendre place sur le inarche- 
l)ied de l'autel, du côté de l'Épltrc. Pendant la messe, il 
fut chanté un motet en musique et symphonie, et le 
panégyrique du Roi fut prononcé avec éloquence et 
applaudissements par M. l'abbé Barré '. 

I.e lendemain, 17 décembre, l'École fut ouverte, et 
les éludes commencèrent dans la salle, au-dessus de 
laquelle on lisait en gros caractères : Académie de 
•peinture et sculpture. 

Nous ne savons pas d'une manière précise combien 
de fois la nouvelle Académie s'assembla , et si elle le fit 
régulièrement ; mais d'après le peu de documents qui 
nous sont restés de celte époque, nous serions tenté de 
croire que l'Académie, une fois installée, se borna 
principalement au professoral et se rassembla très-ra- 
rement pour autre chose. 

Cependant, dès le 26 janvier 1692, deux membres 
nouveaux se présentèrent pour faire partie de l'Acadé- 
mie : c'étaient M. Leblond de Latour, peintre, fils du 
principal fondateur de l'Académie de Bordeaux ', et 

' François d'Escoubleau i)e Soiirdis, chevalier des ordres du roi, l'un de ses 
lieutenanls-générauï en ses armoes . gouverneui' cl lieutenant -général pour 
S. M. des villes et duchés d'Orléans, pays Orléanais, Charirain, Perchegouet , 
Sologne , Vendômois , Blaisois et dépendanres d'iceux , et de la ville et château 
d'Aniboise, commandant en Guyenne et pays circonvoisins , avait fait son entrée 
à Bordeaux le 11 avril 1690. 

' Preuves, no 6. 

' Marc-Antoine Leblond di! Latnnr avait été reçu , en survivance de la place 
de son père, le 30 aoiit 1690. Preuves, «o 3, 



542 

M. LemoyiiP, sculpteur. L'Académie les agréa. Klle 
demanda au peintre, pour morceau de réception , un 
Christ en croix avec une Madelaine à ses pieds, sur 
une toile d'un mètre de hauteur, étant du devoir ^ dit 
le procès verbal, que le premier tableau exposé dans 
l'Académie soit à la gloire du Sauveur. Cependant, 
on demanda au sculpteur un portrait du Roi en grand, 
en bois de noyer, pour mettre au-dessus de la porte 
de l'Académie. 

Les récipiendaires n'étaient sans doute pas riches, 
et l'Académie modifia, dès la première fois, le montant 
du cadeau en argent que ses Statuts exigeaient des 
nouveaux membres. Elle ne leur demanda que 50 liv. 
à chacun. Celte somme leur parut néanmoins trop 
forte. Le 4 mars suivant, il y eut une nouvelle réunion 
de l'Académie, qui abaissa à 30 liv, pour chacun le 
présent des membres élus, et fixa à six mois le délai 
pour exécuter leur morceau de réception. 

Les nouveaux élus , présents à la séance, acquiescè- 
rent à la délibération '. Néanmoins, ils eurent sans 
doute beaucoup de peine à se procurer cette somme , 
car sept mois après, le 4 octobre, une nouvelle déli- 
bération de l'Académie les admit à prendre séance en 
payant la moitié de la somme (ixée, c'est-à-dire 15 liv., 
l'autre moitié devant êlre payée en livrant leur mor- 
ceau de réception \ 

' Titres..., n" 8. 

' 50 liv. était une somme assez importante îi fctle époque. En 1625, Guil- 
laume Cureau, peintre de l'Hfilel-de-Ville, eut une diseussion avec les Jnratsdont 
il avait fait les portraits. Il demandait 00 liv. pour chacun. Les Jurais prélcn- 
d.iienl qu'ajant fourni les cadres, ils ne devaient payer que 30 liv. 



543 

Quoi qu'il en soit , voici donc l'École académique 
complètement installée, fonctionnant régulièrement, 
s'adjoignant de nouveaux membres, et commençant le 
Recueil de ses registres et des objets d'art qui devaient 
former avant peu un véritable et précieux Musée. Mal- 
heureusment, la gloire des grands règnes a besoin, elle 
aussi, de s'alimenter par les finances, et aux exigences 
du fisc vinrent se joindre les convulsions administrati- 
ves, qui devaient nécessairement amener l'établisse- 
ment de celte séduisante unité d'action que nous allons 
voir fonctionner et étouffer l'École académique dont 
l'existence paraissait si bien assurée. 

En effet, la tranquillité dont jouit l'École académi- 
que ne fut pas longue. Cette même année, elle com- 
mence à être attaquée par les traitants. Le 5 mars 
1692, M. d'Eslrehan, personnage important, et qui 
était récemment venu à Bordeaux, écrit à M*-' l'Arche- 
vêque qu'il n'a pas répondu plus tôt à la lettre du 16 fé- 
vrier, parce que M. Mignard est malade. Enfin, il l'a 
vu aujourd'hui même, dit-il, et dans une grande con- 
férence qu'ils ont eue malgré les souffrances de M. Mi- 
gnard, celui-ci a promis de porter l'affaire à la pre- 
mière réunion de l'assemblée, et de s'employer de tout 
son crédit auprès de M. de Ponchartrain pour faire 
conserver ses privilèges à l'Académie de Bordeaux. 

Comme M. Mignard est très-vieux et fort souffrant , 
M. d'Estrehan n'a pas négligé de se présenter chez les 
principaux directeurs de l'Académie qui pourraient le 
remplacer. Ils ont promis de faire prendre une délibé- 
ration favorable à l'intérêt de leur Ecole académique. 



544 

car c'est ainsi, selon eux, que l'Acadoniie de Bordeaux 
se doit qualifier. El M. d'Eslrelian recommande, comme 
il en a déjà averti M. Larraidy, que l'Académie n'ou- 
blie pas de garder ce degré de subordination envers les 
anciens barbons de Paris, qui en sont fort jaloux. Pour 
guérir la délicatesse du cœur de ses gros maîtres , il 
faut se servir du terme nominal d'École académique 
quand on leur écrit, mais laisser vulgariser le nom 
d'Académie à Bordeaux et partout ailleurs. 

La lettre de M. d'Estrehan contient une particularité 
curieuse. Il annonce à l'Arclievèque , que dans une pro- 
chaine lettre il lui rendra compte des démarches que 
fait M. de Pontac contre M. d'Hugla, ce qui cause de 
nouveaux embarras dans l'aflaire de Bonséjour '. 

Le 5 août 1692, M. Larraidy, secrétaire de l'Aca- 
démie, écrivit à M*^"" le Chancelier pour se plaindre que, 
contrairement aux privilèges accordés aux Académies 
par les lettres patentes qui les ont établies, les agents 
chargés du re.'.ouvrement des taxes imposées sur les 
métiers et arts mécaniques, veulent comprendre les 
académiciens dans leurs rôles, contrairement à l'inten- 
tion de S. M., qui les eût nominativement désignés 
dans son édit si elle avait voulu les assujettir à la taxe. 
L'Académie priait, en conséquence, M^^ le Chancelier 
de vouloir bien faire comprendre à M. deBezons ', in- 
tendant de Guyenne, la différence que S. M. faisait 
entre les corps académiques et les corps de métiers. 



' Preuves, n° 11. 
' Preuves, n° 8. 



545 

M"' tic BouiltMiionl , archevêque de Bordeaux, vou- 
lut bien ajouter sa recommandation à leur lettre, et 
écrivit à M-' le Chancelier en même temps que l'Aca- 
démie '. Pour ne négliger aucune ressource, M. Lar- 
raidy , secrétaire de l'Académie , écrivit aussi à M. 
dEsIrehan pour lui demander son appui et le prier de 
voir en leur faveur MM. Mignard et Guérin '. 

Ces mesures obtinrent enfln un plein succès. Un 
arrêt du Conseil ( nous, ne l'avons pas trouvé), (it 
rayer les académiciens desdits rôles, et désormais ils 
purent continuer paisiblement leurs travaux. 

L'orage semblait évité; mais à toutes les époques, les 
agents du fisc se sont montrés fort ingénieux à trouver 
de nouvelles sources d'impôts. 

Bientôt après, les édits du mois d'août 1701 et de 
juillet 1702 déclarèrent et confirmèrent l'hérédité des 
oITices de syndic et d'audileur des comptes des com- 
munautés. Sur l'avis dusieur de Labourdonnaye, alors 
intendant de Guienne , la communauté des peintres, 
sculpteurs et doreurs de Bordeaux, fut taxée à 1 ,200 liv. 
et les membres de l'École académique furent sommés 
par huissier, le 28 juin 1703, en la personne de M. 
Leclerc aine, demeurant au coin de la rue Maucoudi- 
nal, au nom du sieur Vallrin, de payer la taxe comme 
les autres. 

Les poursuites furent plus vives que la première fois, 
et les académiciens, ne sachant comme s'en garantir, 



' Preuves ,n°9 

' Preuves , ii» 10. , 



W d'Anglurc étant mort , ils dénoncèrent cette nou- 
velle tracasserie aux maire et jurais , et pour les enga- 
ger à vouloir bien prendre l'Académie sous leur protec- 
tion, ils les prièrent dors et déjà de désigner l'un d'en- 
tre eux pour visiter les travaux de l'École et faire faire 
à leur salle les réparations nécessaires. 

En même temps, M. birraidy adressa une réclama- 
lion à M. de Labourdonnaye, dans laquelle il exposa 
(|ue les académiciens n'avaient jamais été compris dans 
les taxes imi)osées aux corporations, et le pria de dé- 
fendre au sieur Valtrin de les poursuivre. Le 15 avril 
1704, M. de Labourdonnaye ordonna au sieur Valtrin 
de lui expliquer, dans trois jours, les motifs qui lui 
faisaient poursuivre injustement les membres de l'Aca- 
démie '. 

Le 20 avril 1704, le sieur Valtrin répondit, avec cette 
aisance et celte foluité qui caractérisaient, alors comme 
aujourd'hui, les hommes qui ne reconnaissent rien de 
supérieur à l'administration à laquelle ils ont l'honneur 
d'appartenir : 

1° Que les lettres patentes de l'Académie ne contien- 
nent aucune exemption des charges particulières des 
villes ; 

2° Que la taxe demandée est pour la confirmation 
de l'hérédité des offices de la communauté dans la- 
quelle les suppliants sont compris, et qui a déjà 
payé 500 liv. pour cet objet; 

3° Que les suppliants ne rapportent aucun titre jus- 

' Titre)... de l'École acad., u° 16, 



547 

lificalif d(! rélablissement de l'Académie de Bordeaux, 
ni une lisle de ceux qui en font partie. 

En conséquence, le 25 avril, M. de LaLourdonnaye 
ordonna , qu'avant de faire droit , les académiciens 
seraient tenus de produire, dans le délai de huitaine, 
les litres qui leur étaient demandés et l'extrait du rôle 
conlenanl les taxes qu'ils avaient payées. 

Les pièces que nous venons d'analyser prouvent qu'il 
ne fut pas difficile au sieur Leclerc aîné, en l'absence 
du secrétaire, de produire les pièces demandées. Il les 
remit le 7 mai 1704; quant à l'extrait du rôle, il ré- 
pondit avec raison , que n'ayant jamais payé aucune 
taxe, il lui serait difficile d'en rapporter le rôle. 

Néanmoins, faflaire fut loin d'être terminée, et les 
académiciens eurent encore à lutter contre les mesqui- 
nes tracasseries des agents du fisc. 

Dans sa détresse, l'École académique de Bordeaux 
s'adressa à sa mère, l'Académie royale de Paris, et M. 
Guérin,- son secrétaire, toujours zélé pour ses collègues 
bordelais, écrivit, le 29 septembre 1704 ', à M. de 
Labourdonnaye, pour le prier, puisqu'il ne trouve pas 
assez authentique le certificat que l'Académie de Paris 
a déjà envoyé, de suspendre sa décision jusqu'au retour 
du Roi de Fontaineblau, car S. M. n'a point changé 
de sentiment à l'égard de l'Académie: elle continue tou- 
jours à l'honorer de ses faveurs , et l'intention formelle 
du Roi est (Yélever en France les arts de peinture et 
de sculpture à la plus haute perfection qu'il est 
possible. 

' Preuves , n" 11. 



348 

On est heureux de trouver de loi» en loin de ces 
nobles et belles paroles pour relever 1 aine attristée du 
spectacle pénible de ces ignobles luttes que l'insatiable 
avidité du fisc livrait aux mallieureux artistes. Pour 
donner plus de poids à sa déclaration, M. Guérin fil 
signer sa lettre des principaux officiers de l'Académie, 
MM. Coyscvox, Girardon et Coypel. 

Le 30 mars 1705 , M. Guérin écrivit à M. Larraidy ', 
qu'il qualifie de peintre ordinaire du roi en son Acadé- 
mie de Bordeaux, que l'Académie de Paris est aussi 
impatiente que celle de Bordeaux de voir que ses solli- 
citations auprès de M. Mansard ' ne produisent aucun 
résultat, malgré les instances de M. Coysevox, nouveau 
directeur de l'Académie. 

Deux choses méritent d'être remar(iuées dans cette 
lettre. M. Guérin la termine en assurant M. Larraidy 
de son dévouement à son illustre Compagnie. Cette 
épltre est scellée de deux cachets : l'un , porte des ini- 
tiales croisées, comme c'était alors l'usage; l'autre, un 
écu coupé : au premier, de sable au soleil d'or; au 
deuxième, d'azur à la fleur de lys d'argent. 

Ces armoiries sont timbrées d'un casque de chevalier, 
et sont exactement celles du célèbre M. Lebrun, pro- 
moteur et premier directeur de l'Académie de peinture, 
M. Lebrun avait-il adopté les armes données à l'Acadé- 
mie, ou l'Académie, par reconnaissance, se servait- 
elle toujours du cachet de son ancien directeur? Quoi 

' Preuves, n" 12. 

'Jules Aidouin Mansard, neveu du célèbre architecte français Mansard, 
nommé surintendant des bâtiments et des manufactures royales en 1609, mort 
le IJ mai 1718, 



549 

qu'il en soit , c'est une circonstance qui nous a paru 
curieuse à noter. 

L'École académique de Bordeaux est donc obligée de 
faire de nouvelles démarches. Le 21 avril 1705 ', son 
secrétaire écrit, au nom de l'Académie, àM. Mansard, 
lui rappelle les faits, et foit valoir les services déjà ren- 
dus par l'École bordelaise, dont il est sorti trois ingé- 
nieurs alors au service. Pour intéresser plus particuliè- 
ment M. Mansard à celle atTaire, il ajoute adroitement 
que l'Académie de Bordeaux compte sur la protection 
de celui qui a été choisi par Louis-le-Grand, parmi 
tant de beaux génies, pour diriger les beaux-aris, pour 
obtenir de S. M. l'exemption qui seule peut empêcher 
la destruction de tous les fruits obtenus par tant d'an- 
nées d'efforts. 

M. Larraidy écrivit en môme temps à l'Académie de 
Paris, et à M. Guérin en particulier ^ Néanmoins, ce 
ne fut que le 24 septembre 1705 que M. Guérin an- 
nonça aux académiciens de Bordeaux que leur demande 
avait été enfin mise sous les yeux de M. d'Armenon- 
ville, directeur des finances, et qu'on en espérait une 
heureuse issue \ 

Il était temps, car M. Larraidy avait écrit, le 21 
novembre 1705, à M. Guérin \ que les poursuites du 
Irailant étaient devenues si fatigantes, que les académi- 
ciens bordelais s'étaient résignés à payer provisoire- 

' Preuves, n» 13. 
' Preuves, no 14. 
' Preuves, n» 15. 
' Preuves , n» 16. 



!J 



50 



menl, jusqu'à ce que M. d'Armenonville leur ait enfin 
rendu justice. On sent que l'Académie était lasse, et que 
sa fin approchait. 

Cependant, le 12 janvier 1706, un arrêt du Conseil 
d'État ', rendu sur la requête de l'Académie de Paris, 
au rapport du sieur Fleuriau d'Armenonville, et dont 
l'expédition est contresignée Leseurrc, déchargea les 
membres de l'École académique de Bordeaux, et tous 
ceux des Écoles que l'Académie avait établies dans 
d'autres villes ( nous n'en connaissons aucune , comme 
nous l'avons déjà dit ) , de leur contribution à la taxe 
spéciale, dont ils demandaient à être exempts. 

La tranquillité que cet éclatant succès procura aux 
membres de l'École académique ne fut pas de longue 
durée. Pour faire de grandes choses, il faut de grandes 
sommes, et pour se procurer ces grandes sommes, les 
grands rois eux-mêmes sont obligés d'employer de pe- 
tits moyens. 

Vers 1709, les académiciens récemment exemptés 
des taxes ordinaires des corporations , furent sommés, 
par le même M. Vallrin , directeur de la recelte géné- 
rale des finances de Guyenne, demeurant rue du Cha- 
peau-Rouge, à Bordeaux, de payer leur quote-part de 
la somme de 25 liv. pour le dixième des revenus du 
commerce et industrie des marchands , négociants et 
artisans d'icelJe. On voit par là que les idées qui 
paraissent jeunes et belles à quelques adorateurs du 
budget, sont renouvelées des vues démocratiques d'un 

' Titres..., n» 22. 



551 

grand socialiste, Louis XIV, (jui voulait, lui aussi, qur 
tout appartînt à l'État. 

M. Larraidy, secrétaire de l'Académie, mit donc 
encore la main à la plume, et s'adressant au nouvel 
intendant de Guyenne, M'^' de Lamoignon, comte de 
Launay-Courson , etc., lui cita l'arrêt tout récent que 
l'Académie avait obtenu du Conseil d'Étal, et lui démon- 
tra, avec une certaine fierté, que les académiciens ne 
pouvaient être confondus avec les autres peintres, 
sculpteurs et doreurs (|ui ne sont pas du corps acadé- 
mique, et n'ont pas la jouissance des privilèges ac- 
cordés, ajuste titre, à un art que les plus grands 
hommes des siècles passés ont tenu à honneur d'exer- 
cer, et pour lequel les plus grands conquérants ont 
eu de la vénération. 

Une note marginale de la main même de M^"^ de La- 
moignon témoigne que l'intendant approuva la récla- 
mation de l'Académie '. 

Cette requête de 1709 est le dernier vestige, j'allais 
presque dire le dernier soupir de l'existence de l'École 
académique de Bordeaux. Elle s'éteignit bientôt après, 
sans doute, sans quoi nous eussions trouvé des traces 
de nouvelles exigences du fisc, il suflit., pour anéantir 
notre Académie, d'un simple accident, peut-être de la 
mort de M. Larraidy. Ne nous en étonnons pas. Si les 
arts ont quelquefois fleuri au milieu des guerres civiles 
et dans l'eflervescencedes partis politiques, il n'existe pas 
un seul exemple qui nous les montre en progrès à une 

' Titres. ., Il» 13. 



552 

époque de décrépitude et d'abaissement. Or, ce règne 
si glorieux de Louis-lc-Grand i)orlait enfin ses fruits si 
connus, mais trop souvent oubliés. Tout décroissait, 
excepté la misère et la corruption. L'Académie de Pa- 
ris se soutenait à peine , celle de Bordeaux disparut. 

Il y avait à peine vingt ans que la pensée mère de 
Colbert, l'organisation et l'afliliation des Académies pro- 
vinciales à celle de Paris, avait été formulée, et déjà 
elle était complètement oubliée ' ; le goût des arts s'était 
perdu, parce qu'il n'y avait plus eu ni discipline ni règle. 
Contrairement à une assertion trop souvent répétée, 
cette notice nous fait voir, que lorsque Louis XIV pro- 
tège les arts et institue des Académies et des Écoles, les 
arts fleurissent ; lors(iu'il les néglige , les académies s'étei- 
gnent et les arts tombent. Louis XV réorganise les 
Académies, et les arts renaissent. Je n'ai pas besoin de 
citer ce qui s'est passé de nos jours, en 1793, et à l'or- 
ganisation de l'Institut. 

' L'École ou l'atelier de peinture fondé h Toulouse par M. Dupuy-Dugrez n'a- 
vait rien de commun avec les Écoles académitiues fondées par M. Colbert, puis- 
que les médailles qu'on y distribuait portent cette inscription : Tolosœ Pallad. 
prœmium graphices privato sump datum. Et, chose singulière et qui montre 
combien les documents que nous venons de publier sont précieux et contredisent 
l'opinion jusqu'ici la plus répandue sur ce sujet, c'est que le savant auteur de 
l'Histoire des Institutions de Toulouse, M. Dumège, auquel nous empruntons 
cette note, en prend l'occasion défaire les réflexions suivantes : « Les magistrats 
» niunicipaus ne pouvaient s'habituer il la pensée qu'il y aurait dans cette École 

» des modèles vivants des deux sexes ; il ne put vaincre \s cet égard l'opposi- 

» tion systématique des magistrats. Il crut alors devoir s'adresser au roi; mais 
» on ne croyait pas qu'il dût y avoir des artistes en province, et Louis XIV rejeta 
>/ le projet de Michel. » Ilist. des Inst. de Toulouse, t. IV, pag 361 et 362. 
Et voilîi comment s'écrit l'histoire! 



553 



PIÈCES JUSTIFICATIVES ET PREUVES. 



No 1. 

Lettre de M. Guérin , seci'étaire de P Académie Eoijalc de 
Peintvre et de Scîilptvre de Paris, à M. Leblond de 
Latocr , à Bordeaux. 



Monsieur 



Ne vous impatientes pas, s'il vous plaist, si jusqu'à pré- 
sent vous n'avez point eu de nouvelle sur vostre aflaire; 
les indispositions de Monseigneur de Louvois en ont esté 
cause , et le voyage qu'il faict à Forget pour prendre des 
eaux. J'ay Lien de la joye que vous ayes découvert celuy 
qui a escript la lettre malicieuse que je vous ay envoyée. 
Il mérite assurément d'en estre puni. J'en parleray samedy 
prochain à l'Académie. Soyes, s'il vous plaist, persuadé 
que je n'ay point oublié ce que vous désirez de moy , et 
que je ne laisseray pas eschapper les moments où je vous 
pourray rendre service, que je m'y employé tout entier, car 
je suis assurément à M. Larraidy et à vous. Monsieur, 

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, 

GUÉRIN. 

Ce 26 juillet ^ 688. 

Au dos : A Monsieur 

Monsieur Leblond de La tour , peintre ordinaire du Hoy, en son 
Académie Royalle de l'einlure et Sfulplure, 

A Sourdeaux. 



354 



N» 2. 



Lettre de M. Guéein , secrétaire de l'Académie Royale, à 
MM. les Membres de l'École académique de Bordecmx. 

Messieurs , 

Je vous avoue que c'est avec chagrin que j'ay esté si 
longtemps sans avoir l'honneur de vous escrire; mais j'es- 
pérois toujours que vostre affaire flniroit et que je pourrois 
vous mander quelque chose de plus positif, car toute l'A- 
cadémie va rendre au commencement de l'année ses de- 
voirs à Monseigneur de Louvois , son protecteur. Je croyais 
que l'on trouveroit l'occasion de luy faire signer les arti- 
cles qui ont esté dressés pour vostre Establissement , car il 
ne reste que cela à faire : je les avois portez pour ce sujet; 
mais on le trouva si occupé par les grandes affaires qu'il a , 
que l'on ne trouva pas à propos de l'en importuner. Je suis 
bien aise que vous ayez escrit à l'Académie , cela me don- 
nera occasion de presser. Pour m.oy, je n'ay rien à me re- 
procher, et feray toujours tout ce qui sera possible pour 
vous rendre service. Je vous manderay ce que l'Académie 
aura ordonné sur vostre lettre , que je luy présenteray le 
dernier samedy de ce mois, qui est la première assem- 
blée. 

Je viens de faire voir à M. Lebrun la lettre que vous me 
faites l'honneur de m'escrire , et celle pour l'Académie. Il 
est toujours dans la même disposition de vous rendre ser- 
vice et de seconder vostre zèle autant qu'il pourra. Je le voy 
dans la pensée de finir vostre affaire au plus tost. 



555 

Je suis toujoui-s, avec beaucoup d'estime pour vostre mé 
rite et bien du respect , Messieurs , 

Votre très-humble et très-obéissant serviteur, 

GUÉRIN. 

Ce 2^ janvier 1689 * 



N<> 3. 

Extrait des Registres de la Jurade, du mercredi 
30 août 1690. 

S'est présenté Antoine Leblond de La Tour, peintre or- 
dinaire de la ville, qui a prié MM. les Maires et Jurats 
vouloir recevoir à sa place en survivance , Marc-Antoine- 
Leblond de Latour, son fds, en qualité de peintre ordinaire 
delà ville, pour jouir, après le décès dudit Antoine-Leblond 
de Latour, son père, des mesmes gages, émoluments, hon- 
neurs et prérogatives. A esté délibéré qu'acte est octroyé 
audit Latour, et qu'à sa placcest reçu en survivance Marc- 
Antoine-Leblond de Latour, son fds , pour jouir par ledit 
Marc-Antoine des mesmes gages, émoluments, honneurs 
et prérogatives après le décès dudit Antoine, son père, et 
à l'instant le Marc Antoine Latour a preste le serment au 
cas requis. 

d'Estrades, «««/re; h'Estigîsols de Lancrf: , GRÉr.oiRE , 

BaRREVRE, BORIE. J. CaRPEIVTEY , >/-rt^S ' ; DUBOSCQ , 

clerc de ville. 



Le sixième jurai élait M, Secondât de Montesquieu, absent. 



36 



b56 



Ko 4. 

Extrait des Registres de la Jurade de 1691, du 13 
août 1691 1 

Les maire, jurais, gouverneurs de Bordeaux, juges cri- 
minels et de police , ayant esgard à la requeste des sieurs 
Leblond de Latour, Fournier, Larraidy, Dubois etBerquin, 
et autres peintres et sculpteurs , leur permettent , confor- 
mément aux patentes de Sa Majesté du mois de novembre 
-1676, et règlement fait en conséquence, et l'approbation 
de l'Académie Royalle de Peinture et Sculpture du 5 no- 
vembre 1690, d'establir en la présente ville une Escole 
académique de peinture et sculpture; à ces fins, leur ont 
concédé une salle dans le Collège de Guyenne pour faire 
leurs exercices, à la charge de faire toutes les fermures né- 
cessaires pour empescher l'interruption qui pourroit sur- 
venir, tant par les escoliersque principal et régent, et qu'ils 
feront une ouverture à la grande rue, de sept pieds de hau- 
teur et quatre de largeur, et que les degrés qui y faudra 
faire seront en tout enfoncés dans la muraille que faire ce 
pourra ; en oultre , les fenestres du costé du parterre seront 
fermées jusques au second grilhat , et que lesdits peintres 
et sculpteurs pourront faire ouvrir , si bon leur semble, les 
deux fenestres qui sont sur la rue, comme aussy de mestre 
une inscription sur la porte , en ces termes : Académie de 
Peinture et Sculpture. Et pareillement que, au cas que les- 
dits sieurs maire et jurats eussent besoing de ladite salle , 
lesdits peintres et sculpteurs seront obligés de la quitter, 
et pourront emporter toutes les peintures, sculptures et 
autres effets , pourvu qu'elles ne soient attachées à la mu- 



537 

raille , et à la charge aussy de remettre les choses en pre- 
mier estât. 

BoRiE , CarpeiMey , Daste , EïRACD , Lavacd , jurais. 

(La délibération fut, par mégarde, copiée deux fois sur le registre, au f» 113 

et au fo 115). 



N» 5. 

Extrait des Registres de la Jurade de Bordeaux, 
du 12 décembre 1691. 

Se sont présentés en Jurade les peintres et sculpteurs de 
la présente ville, qui ont prié MM. les maire et jurais de 
vouloir, dimanche 16 du courant, leur faire l'honneur d'as- 
sister à une messe et au panégyrique du Roy, qu'ils veu- 
lent faire faire dans le Collège de Guyenne , à l'honneur 
d'une nouvelle Académie de peinture et de sculpture qu'ils 
ont estably dans la présente ville, dans ledit Collège, dont 
MM. les maire et jurats sont patrons , sur quoy eu déli- 
bération. 

Les maire et jurats gouverneurs de Bordeaux, juges cri- 
minels et de police , ont délibéré de se donner (sic) à la- 
dite cérémonie revestu de leurs robes rouges, pour la ren- 
dre plus célèbre et sans tirer à conséquence. 

Eyracd , Levdet, Poumarede , Jemille de 
MoRAS , jurats. 



55S 
N > 6. 

Extrait du Registre de la Jurade de Bordeaux, du 
dimanche 16 décembre 1691 . 

MM. les jiirats estant assemblés dans l'Hostel-de-VilIe , 
en exécution de la délibi^ration du 12 du courant, sont par- 
tis dudit Hostel revestus de leurs robes rouges , précédés 
du chevalier du guet et de ses archers , du héraut massié , 
trompettes et huissiers , et autres officiers accoutumés, pour 
se rendre dans la chapelle du Collège de Guyenne , et as- 
sister à l'ouverture de l'Académie de peinture et sculpture, 
comme estant patrons (liulit Collège et ayant donné la per- 
mission ; là où estant arrivés , ils auroient esté placés au 
haut du balustre , du costé de l'Évangille, et Monseigneur 
le marquis de Sourdis , commandeur dans la province , s'y 
estant rendu , a esté placé au milieu du parterre ; et Mon- 
sieur l'Archevesque ayant esté prié d'y assister par ceux de 
ladite Académie , auroit esté placé sur le marchepied de 
l'autel, du costé de l'Épistre, en camail et rochet, où il se 
fit un discours contenant le panégyrique du Roy, prononcé 
par l'abbé Barré ; et du costé des fenestres , il y avait le 
portrait du Roy sous un dais eslevé sur un trosne et vis- 
à-vis de la chaire où l'on a accoutumé de prescher ; et la cé- 
rémonie finie, lesdits seigneurs , jurats, procureur, scindiq 
et clerc de ville se retirèrent audit Hostel , au mesme rang 
et ordre que dessus , pour y quitter leurs robes. 

La Jurade était alors composée de : 
MM. d'Estrade, maire, absent; d'Aste, Eyraud, Lavaud , 

BORIE DE POUMARÈDE , LeYDET , JeMILLE DE MoRAS , /«- 

ral)>; de Jean, procureur-syndic; Dr Bosc, cirrc de ville . 



sno 



N > 7. 

Lettre de M. d'Estrehan , à Monseigneur l' Archevêque 
de Bordeaux. 

A Paris, le 5e mars 1693. 

J'ay différé, Monseigneur, ù répondre à la lettre que 
V. G. m'a fait l'honneur de m'escrire le -1 6 du passé , au 
sujet de la taxe de MM. les peintres et sculpteurs de l'A- 
cadémie de Bourdeaux , parce que iM. Mignard , chef de 
l'Académie Royalle, était indispozé , et que c'étoit à luy 
qu'il falloit insinuer les justes remontrances pour soutenir 
l'exemption portée par les lettres patentes. 

Enfin, Monseigneur, j'ay eu ce matin une longue con- 
férence avec M. iMignard , que j'ay trouvé fort incommodé 
d'un rhumatisme; et l'ayant prié . de vostre part, d'avoir 
la bonté de protéger l'Académie de Bourdeaux dans celte 
occasion, il m'a dit qu'il n'avait encore eu aucune connois- 
sance de cette affaire; mais que dans la première assemblée 
qui se tiendra, il ne manquera pas d'en parler, et qu'il eni- 
ployera volontiers tout son crédit et tous ses amys auprez 
de M. de Pontchartrain , pour faire conserver l'Académie 
de Bourdeaux dans les mêmes privilèges et prérogatives 
que celle de Paris , étant juste qu'elle jouisse des mesmes 
advantages, puisqu'elle travaille pour le jjicn public et pour 
la gloire du Roy. Il m'a ajou'é qu'à votre considération , 
Monseigneur, il redoublera ses empressements en faveur 
de ces Messieurs, et qu'il prendra plaisir à donner en cette 
rencontre des marques de son dexoir et de son l'cspect. 

Comme M. Mignard est valétudinaire et fort ;1gé , et que 
peut-estre sa santé ne luy permettra pas d'aller à l'assem- 
blée, j'ay fait le même compliment aux principaux direc- 



560 

leurs qui sont en tour d'y assister, et qui m'ont promis de 
faire prendre une délibération pour appuyer et favorizer 
cet intérêt de leur école académique , car c'est ainsy qu'ils 
prétendent que l'Académie de Bourdeaux se doit qualifier 
envers celle de Paris. J'en ay adverti autrefois INI. Larraidy. 
C'est un degré de subordination dont ceux-cy paraissent 
fort jaloux, surtout les anciens Barbons, qui veulent faire 
valoir le droit de supériorité sur les fdiations subalternes 
des provinces. Pour guérir cette délicatesse qui touche le 
cœur des gros maîtres , il faudrait se servir du terme no- 
minal d'école académique quand on leur écrit, et laisser 
vulgariser le nom d'Académie à Bourdeaux et partout ail- 
leurs, comme je l'ay conseillé sur les lieux. 

Je vous rendray conte, Monseigneur, par le prochain 
ordinaire , des mouvements que se donne icy M. de Pontac 
contre M. d'Hugla, ce qui cause de nouveaux embarras 
dans l'affaire de Bonséjour. 

Je vous suis toujours, Monseigneur, et vous seray à ja- 
mais entièrement dévoué. 

DESTREIIAN. 



N° 8. 

Reqïiétede l'Ecole académique de Bordeaux, envoyée à Paris 
à Monseigneur le Chancelier, le 5 août 1692. (Copie.) 

Monseigneur le Chancelier, 

Les peintres et sculpteurs qui composent l'Académie de 
la ville de Bourdeaux, remontrent très-humblcment à vostre 
Grandeur, qu'ayant plu au Roy d'accorder des lettres paten- 
tes pour l'establissement des Académies de peinture et 



561 

sculpture dans les principales villes du royaume où elles 
seront jugées nécessaires, on a estably une académie des 
mesmes arts à Bordeaux , par des lettres patentes qui ont 
esté envoyées par l'Académie Royalle de Paris à quelques 
peintres et sculpteurs de la mesme ville , qui ont observé 
toutes les formalitcz requises, ayant pris .Monseigneur leur 
Archevesque pour leur vice-protecteur, conformément aux 
intentions de Sa Majesté , qui veut qu'on choisisse pour 
vice-prolecteur une personne esminente en dignité , dans 
les mesmes provinces oîi les Académies seront establies. 
Lesdits académistes ayant joui assez paisiblement jusqu'à 
présent de leurs estudes depuis leur establissement , qui 
n'est que du mois de décembre -1 69 1 , se voyent aujourd'huy 
troublés à leur avènement par les autres peintres et sculp- 
teurs de la mesme ville , qui , d'intelligence avec ceux qui 
sont chargés du recouvrement des taxes imposées sur les 
métiers et arts mécaniques , les veulent comprendre dans 
leur corps pour les y rendre sujets , sans avoir égard aux 
patentes et aux privilèges accordés par Sa Majesté auxdits 
peintres et sculpteurs qui entretiennent l'Académie à leurs 
dépens , au profit de la jeunesse et à l'ornement de la ville. 
Que si cela avoit lieu, Sadite Majesté auroit compris dans 
son esdit les Académies des Arts et des Sciences ; mais n'en 
faisant aucune mention , vous estes très-humblement sup- 
plié , Monseigneur, de vouloir faire connaître à M. de 
Bczons, intendant de cette province, la distinction que Sa 
Majesté fait des Académies d'avec les corps de métiers, afin 
qu'on laisse jouir les suppliants, qui sont au nombre de 
quatorze , du fruit de leurs estudes , et qu'ils ne soient pas 
inquiétés pour raison desdites taxes par les autres peintres 
et sculpteurs de la ville , qui sont beaucoup plus en nombre 
qu'eux, et ils continueront leurs vœux et leurs prières pour 
la santé et prospérité de vostre grandeur. 



562 



N> 9 



Lettre de Monseigneur l'Archevêque de Bordeaux, à Mon- 
seigneur le Chancelier, le 5 août i692. (Copie.) 

Monseigneur , 

Je dois vaus dire que dans l'Académie des peintres et 
sculpteurs qu'il a plu au Roy faire establir icy, il s'y trouve 
des sujets qui s'appliquent avec diligence , et font espérer 
de bien réussir. Ils ont l'honneur, Monseigneur, de vous 
présenter une requeste pour estre conservés dans les pri- 
vilèges que le Roy leur accorde ; cette grâce leur donnera 
du cœur pour travailler avec plus de soin. Je joins mes 
supplications aux leurs , et suis avec tous respects , Mon- 
seigneur , 

LOUIS , 

,lrc/ierc.5(/ue de ISourdeanx 



N<> 10. 

Lettre de M. Lakraidï, secrétaire de l'Académie de Bor- 
deaux, à M. d'Estbehan , à Paris, envoyée le 5 août 
ion. (Copie.) 

Monsieur , 

Comme on nous veut inquiéter au sujet des taxes impo- 
.sées sur tous les corps de métiers, nous sommes après à 
défendre nos droits avec toute la vigueur possible , estant 
animés par Sa Grandeur, qui prend nostre cause fort à 



563 

cœur, u.yaut bien voulu se donner la peine d'esorire à Mon- 
seigneur le Chancelier, en lui envoyant une requeste de 
nostre part , suivant l'avis que j'en ay reçu de M. Mignard, 
qui m'a fait l'honneur de m'escrire qu'il n'y auroit aucune 
dii'licuUé pour obtenir ce que nous souhaitons, si Monsei- 
gneur se donnoit cette peine : mais comme on a besoin de 
sollicitations dans les meilleures causes, j'ose vous prier, 
par ces lignes, de continuer vos bontez pour l'exercice de 
la vertu , et sollicitant incessamment une réponse de Mon- 
seigneur le Chancelier à Monseigneur l'Archevesque. Si 
\ous jugez à propos et que vous ayez la commodité de voir 
M. Mignard et M- Guérin, qui sont forts dans nos intérests, 
nous laissons le tout à vostre volonté Comme je suis per- 
suadé que vous ne vous lassez jamais de faire du bien, j'at- 
tends cette grâce de vous pour joindre à toutes les autres ^ 
(jui m'engagent à me dire éternellement , Monsieur, 

Votre très-humble et obéissant serviteur, 

LARRAIDY. 



N» 11. 

Lettre de M. Gdéiun , secrétaire de l'Académie Royale de 
Peinture et Sculpture de Paris, à Monseigneur de La- 
BOURDONNAïE, conseiller du Roi en ses conseils, maître 
des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de la 
généralité de Bordeaux, écrite de Paris le 29 septem- 
bre 1104. (Copie.) 

Monseigneur , 

L'Académie Royalle de Peinture et de Sculpture a cru 
que vous écouteriez favorablement la très-humble prière 



564 

qu'elle se trouve obligée de vous faire en faveur de l'École 
académique établie à Bordeaux, en conséquence des lettres 
patentes du Roy, et elle espère que vous lui ferez la justice 
de la protéger contre les trailans , qui prétendent la com- 
prendre dans l'imposition qui est faitte sur les corps de 
métiers. Ceux qui composent cette École ont écrit à la Com- 
pagnie que vous aviez différé à prononcer sur leurs con- 
testations , jusqu'à ce que vous eussiez esté mieux informé 
que l'Académie n'est point comprise dans cette taxe. Elle 
a déjà envoyé un certificat pour justifier de ce fait, qui est 
connu de tout le monde, et ce qu'elle prend à présent la 
liberté de vous demander, IMonscigneur, est que comme 
ce certificat n'a pas paru assez autcntique , d'avoir la bonté 
de faire différer les poursuites jusqu'après le retour du Roy 
de Fontainebleau , pour avoir le tems de prendre des me- 
sures pour les faire cesser, Sa Majesté n'ayant point cbangé 
de sentiment à l'égard de l'Académie, qu'elle honore tou- 
jours de ses grâces, de pensions et d'un appartement dans 
le Louvre. La Compagnie est persuadée que vous lui ac- 
corderez ce qu'elle attend de vostre bonté, avec d'autant 
plus de confiance, que vous savez que l'intention du Roy 
est d'élever en France les arts de peinture et de sculpture 
à la plus baute perfection qu'il est possible , et que Sa Ma- 
jesté n'a point trouvé de meilleur moyen pour y réussir que 
l'establissement de l'Académie. Elle a fait signer ce placet 
par ses principaux officiers, qui ont autant de respect que 
d'estime pour vostre personne. 

COYSEVAUX, GlUARDOIN , CoiPEL. 

Par V Académie , 
GUÉRIN. 



565 



N<> 12. 



Lettre de M. Guériiv , secrétaire de l'Académie Roijale de 
Paris, à M. Lauraidï, secrétaire de l'Ecole académique 
de Bordeaux, 

Monsieur , 

Je ne doute point que vous ne soyez dans une grande in- 
quiétude de ne point recevoir des nouvelles de vostre affaire, 
estant dans une situation aussi fâcheuse que celle que vous 
me faittes l'honneur de me marquer. L'Académie est aussi 
dans l'impatience de voir que ses sollicitations auprès de 
M. Mansard ne produisent point l'effect qu'il faict toujours 
espérer à la Compagnie, mais dont elle ne voit pas la fin. 
Aussitost que j'ay eu receu vos deux dernières lettres , l'A- 
cadémie m'ordonna d'en escrire à M. Mansard, et de luy 
renouveler les instances en vostre faveur. Je luy ay mesme 
envoyé vos deux dernières lettres, afin qu'il fût convaincu 
de Testât oîi vous vous trouvez ; mais quoiqu'il ayt receu 
ces deux lettres, et que dans l'entretemps de l'une à l'autre 
il ayt encore promis à M. Coysevox, nostre directeur, qui 
eut occasion de luy parler, qu'il songeoit à vostre affaire et 
qu'il donneroit à l'Académie la satisfaction qu'elle attend de 
lui, jusqu'à aujourd'hui je n'ay receu aucune nouvelle. 
Comme je vous fais un récit fidèle de ce qui s'est passé , 
vous jugerez de l'embarras de la Compagnie et des mesu- 
res que vous croirez le plus à propos de prendre dans de 
pareilles circonstances. Si j'aprens quelque chose de plus 
favorable, je vous le feray savoir aussitost. Ce que je vous 
puis assurer, est que je n'ay manqué à rien de ce que je 



5()() 

pouxais faire de ma pari , estant très-parfaittement à vttslre 
illustre Compagnie et à vous en particulier, iMonsieur, 
Votre très-humble et très-obéissant serviteur , 

GUÉRIN. 

Ce 50 mars nos. 

Alt dus : A Monsieur 

Monsieur Larraioï, peinlri- orilinairc du Roy, en son Académie 
de Bourdeaux , 

A Bourdeaux. 



N ' 13. 



Lettre de M. Larraidy , secrétaire de l'École académique 
de Bordeaux, à MM. de l'Académie Royale, envoyée le 
21 avril 1105. (Copie.) 



Messieurs 



Comme nous sommes informés des bontés que vous avez 
toujours pour nostre Compagnie, nous ne cessons de vous 
en marquer nos très-humbles reconnaissances, en vous 
priant de nous continuer l'honneur de vostre protection, de 
laquelle nous avons toujours plus de besoin dans les pour- 
suites continuelles du traittant. Nous aimons mieux souf- 
frir les contraintes , que de consentir à la destruction de 
nostre Académie. Nostre espérance ne nous paroît point 
mal fondée , tant que vous daignerez vous employer à l'af- 
fermissement de vostre ouvrage; et comme nous croyons 
bien que M. Mansard effectuera ce qu'il vofls a promis en 
nostre faveur, nous l'attendons toujours avec soumission. 

Nous nous donnons , Messieurs, l'honneur de lui écrire 
à ce qu'il lui plaise nous obtenir ce que \ous avez la bonté 



50 



de lui demander pour nous ; mais comme nostre Compa- 
gnie ne fera jamais rien sans vostre participation , nous 
vous envoyons la lettre, aflln d'en disposer selon vostre 
prudence ordinaire , persuadés que vous ne ferez rien qu'à 
nostre avantage; aussi serons-nous toujours avec respect, 
Messieurs , 

Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs. 

Les Acahémiciens de Bordeaux. 

Par l'École académique: 
LARRAIDY. 



N< 14. 



Lettre de l'Académie de Bordeaux , à M. Gcékin, secrétaire 
de l'Académie Royale de Paris, envoyée le 21 avril 
nos. (Copie.) 



Monsieur 



Nostre Compagnie est si sensible aux continuations de 
vos boutez, qu'elle espère une heureuse issue de nostre 
affaire tant que vous daignerez continuer vos sollicitations. 
Nous suporterons toujours les contraintes autant que nous 
pourons, fondez sur cette espérance. Comme nous apre- 
nons, par vostre dernière, que M. Mansard est toujours 
dans la volonté de donner à l'Acadéniîe Royalle la satisfac- 
tion qu'elle attend , nous nous donnons l'honneur de lui 
écrire et nous envoyons la lettre à \ostre illustre Compagnie, 
qui en disposera à sa volonté. Ayez , s'il vous plaît, la bonté 
(le nous faire savoir le succès d'icelle, et soyez persuadé 



508 

que nous sommes avec toutte la reconnoissance et le zèle 
possible, Monsieur, 

Vos Irès-humbles et très-obéissants serviteurs. 

Les Académiciens de Bordeaux. 

Par l'École académique: 
LARRAIDY. 



No 15. 



Lettre de M. Giiérin, secrétaire de l'Académie Royale, à 
M. Lauraidy , secrétaire de l'École académique de Bor 
deaux. 

Monsieur , 

Je viens d'aprendre tout présentement que l'on a mis les 
Mémoires que j'ay faicts sur vostre affaire entre les mains 
de M. d'Hermenonviile, directeur général des finances, et 
qu'il a promis d'y mettre ordre incessamment. Comme je 
chercbe à vous faire tout le plaisir qu'il m'est possible, j'ay 
voulu vous en donner avis au plus tost, sans même atten- 
dre le temps de l'Assemblée , qui se fera samedy prochain. 
Lorsque je sçaurai quelque chose de plus, je vous le feray 
sçavoir. 

Je suis très-parfaitement à vous et à vostre Compagnie , 
Monsieur, 

Vostre très-hujjfible et très-obéissant serviteur. 

GUÉRIN. 

Ce 24 septembre nos. 

,lu dos : A Monsieur 

MonskMir Labraidy, peintre ordinaire du Roy, en son Académie 
de Peinture cl de Sculpture , 

A Bourdeawc. 



569 

No 16. 

Lettre de M. Larraidy , secrétaire de l'École académique 
de Bordeaux, à M. GtÉuiN, secrétaire de l'Académie 
Royale de Paris, envoyée le 21 novembre 1105. (Copie.) 

Monsieur , 

Nostre Compagn-e , toutte persuadée de vos bontez et de 
la continuation de vos soins pour elle , m'a charge de vous 
remercier, de sa part, de la dernière dont vous m'avez ho- 
noré, qui nous a servi jusqu'à présent de rempart contre 
les poursuittes du traittant; mais enfin, ennuyé de tant de 
remises , dont , dit-il , on nous repaist à Paris , il continue 
à nous chagriner fortement , de manière que nous payons 
actuellement les contraintes qui nous viennent de sa part. 
Cela fait (jue nous réitérons nos instances auprès de vostre 
illustre Compagnie , à ce qu'elle ait la bonté de solliciter 
M. d'IIermenonville à nous sortir de peine. Nous attendons 
nostre repos de la continuation de sa protection , et nous 
vous prions de joindre vos instances aux nostres à la pros- 
cliaine Assemblée, et de nous donner avis des délibérations 
qui seront prises à ce sujet. C'est la grâce qu'attendent de 
vous ceux qui sont en général, et moy en particulier, 
Monsieur , 

Vostre très-humble et obéissant serviteur. 

Par l'École académique de Bordeaux : 
LARRAIDY. 



TABLEAU MÉTÉOROLOGIQUE. 



AVRIIi 1^53. 



JOURS 

DU MOIS. 


BAROMÈTRE k 


0°. 


TEMPÉR 


ATURE. 








1 h. (lu m. 


2 h. (lus. 


91]. (lus. 


Ma.xinia. 


Miiiiiiia. 


mm 


ram 


n»m 




i 


753,78 


756,35 


760,60 


14o,| 


8"5 


2 


64,33 


64,69 


63,02 


13.3 


15,0 


3 


60,91 


61,09 


63,46 


16,1 


6,0 


4 


64,32 


65,78 


67,51 


13,4 


10,4 


5 


68,57 


68,88 


69,19 


14,6 


11,6 


6 


66,88 


63,37 


61,64 


22.0 


7,0 


7 


61,18 


62, o3 


63.76 


20,8 


1 1 ,0 


8 


62,38 


63,05 


65,04 


14,7 


9.4 


9 


69,23 


68,14 


70,08 


14.4 


5,2 


40 


70,78 


67,53 


67,51 


15,2 


4,0 


11 


G'-,72 


67,89 


» 


» 


4,0 


12 


65,74 


61,86 


59,43 


» 


» 


13 


56,48 


54,67 


57,70 


n 


» 


14 


60,41 


62,28 


65,17 


11,5 


» 


15 


66,67 


67,74 


69,17 


14,4 


3,2 


16 


69,09 


67,77 


67,91 


15,5 


4,5 


M 


67,26 


66,39 


66,03 


12,7 


4,0 


18 


64,54 


62,17 


60.60 


20,0 


0,8 


19 


58,75 


57,06 


53,03 


22,0 


9,0 


20 


59,02 


60,29 


60,71 


16,6 


9,5 


21 


57,90 


55,76 


55.37 


13,3 


6,7 


22 


54,29 


54,23 


56,41 


16,2 


11,0 


23 


58,86 


63,1b 


66,86 


14,1 


10,1 


24 


67,37 


65.35 


63,68 


17,9 


6,0 


25 


57,58 


56,47 


59,48 


H,5 


5,7 


26 


59,52 


.59,02 


61,34 


13,2 


4,5 


27 


60,35 


57,76 


53,78 


14,1 


5,7 


28 


53,40 


53,08 


33,08 


15,2 


10,0 


29 


52,50 


54,33 


55,43 


14,6 


8,6 


30 


55,44 


35,67 


37,29 


18,7 


3,7 


MOVE^^'F,s 












du i"aii 10 


64,24 


64,14 


63,38 


16006 


8,01 


du 11 nu 20 


63,57 


62,81 


62,75 


16,10 


5,86 


du 21 au 30 


57,72 


'57,48 


58,27 


15,10 


7,40 


Moy. générale. 


61,84 


61,38 


62,11 


15,71 


"~7,22~ 


Température 


moyenne du a 


lois... llo5 


Plui 


; dans le mois 


42IÏ1IU 



571 

UAI 1853. 



JOURS 

DU MOIS. 


BAROMÈTRE A 


0°. 


TEMPÉRATURE. 

• 


■ 






7 h. du m 


2 11. (lu s. 


9 h. (lu s. 


Maxima. 


Miuima. 




mm 


mm 


mm 






1 


757,58 


755,45 


754,85 


24''0 


9,2 


■i 


54,96 


55,37 


58,23 


20,0 


9,3 


f .3 


59,36 


59,89 


60,45 


14,4 


9,1 


4 


60,48 


58,31 


56,81 


17,9 


8,9 


5 


54,76 


54,85 


54,69 


20,4 


8,8 


(i 


51,88 


30,57 


52,14 


19,7 


11,4 


7 


53,24 


52,72 


53,02 


17,8 


9,5 


S 


53,60 


» 


57,28 


17,8 


9,6 


!) 


54,93 


54,24 


38,32 


18,7 


■7,1 


10 


61,58 


61,09 


60,44 


16,2 


4,6 


II 


55,95 


54,32 


55,96 


1 2,9 


10,3 


12 


59,75 


60,46 


60,66 


16,3 


7,9 


13 


59,70 


57,32 


37,02 


21,0 


8,2 


■14 


55,70 


53,77 


53,98 


21,6 


12,1 


13 


53,62 


32,34 


53,37 


20.1 


12,6 


l(i 


53,02 


32,50 


52.33 


17,6 


12,8 


-17 


53.25 


53,42 


56,21 


18,1 


11,0 


IS 


59,76 


62,67 


65,33 


16,3 


11,3 


1!) 


65,66 


64,55 


64,35 


18,1 


8,8 


20 


64,65 


63,51 


63,20 


20,7 


11,9 


21 


6^,39 


38,69 


57,90 


21,6 


11,8 


22 


56,12 


34,23 


53,95 


20,1 


11,3 


23 


31,25 


31.63 


51,93 


21,4 


13,6 


24 


47,64 


44,73 


47,87 


21,0 


14,5 


25 


48,96 


48.49 


49,44 


23,9 


10,2 


26 


31,22 


51,16 


52,38 


23,3 


12,6 


27 


54,23 


56,37 


39,37 


18,6 


13,0 


28 


61,18 


62,53 


63,89 


18,6 


13,2 


29 


63,91 


63,78 


63,71 


17,9 


13,0 


30 


62,98 


61,60 


60,87 


16,2 


12,2 


31 


60,14 


58,39 


57,59 


20,1 


9,0 


JIOVENNES 






(lu l"au 10 


56,24 


5ô,85 


56,64 


17°69 


8,75 


(lu 11 au 20 


58,11 


57,51 


58,26 


18,27 


10,71 


(lu 21 au 31 

lliiy. générale. 


56,27 


55,61 


56,30 


20,43 


12.31 


56,85 


56,32 


57,04 


18,85 


10,64 



Tcinpénilure moyenne du mois. . . \4.°7 



Pluie dans le mois. . . 74™™ 



572 

JUIK 1853. 



JOURS 

DU MOIS. 


BAROMÈTRE A 


0°. 


TEMPÉR 


ATURE. 


"^ 






7 h. du m. 


2 h. (lu s. 


9 h. dus. 


Maxima. 


Mininia. 




mm 


mm 


mm 






1 


756,54 


57,49 


59,06 


15»7 


1206 


2 


01,43 


00,95 


61,25 


23,1 


14,0 


3 


61,18 


60,16 


59,75 


19,1 


12,4 


4 


58,24 


56,60 


58,04 


22,7 


14,5 


1 5 


58,21 


57,39 


58,35 


24,1 


12,1 


i 6 


58,71 


59,05 


61,64 


22,3 


11,2 


7 


62,74 


03,48 


65,14 


19,9 


11,0 


8 


65,38 


65,00 


66,28 


23,0 


12,9 


9 


64,19 


01,89 


60, o9 


20,1 


12,5 


10 


59,17 


57,59 


56,97 


18,4 


14,9 


11 


56,03 


50,09 


57,05 


17,5 


13,7 


12 


57,25 


59,29 


60,92 


15,7 


11,5 


13 


61,49 


01,90 


61,67 


18,5 


12,2 


14 


60,30 


02,15 


04,44 


18,1 . 


10,9 


15 


00,94 


67,21 


07,80 


19,3 


8,2 


16 


65,54 


64,45 


65,70 


21,2 


14,3 


17 


66,37 


60,27 


65,84 


23,7 


13,4 


18 


65,39 


02,76 


62,57 


23,9 


14,1 


19 


64,03 


59,37 


58,77 


21,1 


13,5 


20 


58,24 


58,08 


58,84 


19,9 


13,0 


21 


56,11 


55,39 


55,59 


18,0 


11,0 


22 


50,73 


52,66 


54,82 


18,1 


11,8 


23 


56,08 


57,61 


59,41 


20,8 


11,3 


24 


61,32 


62,35 


63,76 


20,9 


14,9 


25 


65,23 


64,90 


65,25 


21,8 


14,1 


26 


64,78 


64,82 


65,33 


19,9 


16,8 


27 


64,03 


01,30 


59,67 


25,3 


14,0 


28 


58,50 


56,91 


60,53 


33,5 


18,0 


29 


61,85 


00,74 


61,23 


26,7 


16,9 


30 


60,91 


61,11 


62,92 


24,4 


16,5 


MOYENNES 












du 1"au 10 


760,58 


60,02 


60,78 


21°44 


12»87 


du 11 au 20 


62,16 


01,76 


62,36 


19,89 


12,48 


du 21 au 30 


59,95 


59,78 
60,52 


60,85 


23,00 


14,59 
13,31 


Moy. générale. 


00,89 


61,33 


21,44 



Température moyenne du mois... 17o4. Pluie dans le mois... 111m"» 



573 



HISTOIRE 



DES 



BASQUES on ESCDALDUNÂIS PRIMITIFS 

restaurée 
D'APRÈS LA LANGUE, LES CARACTÈRES ETHNOLOGIQUES ET LES MŒURS 

DBS BASQUES ACTUELS ; 

PAR M. A. BAUDRIIMONT. 

C Suite et fin '.J 



IV PARTIE. 

PIECES A L'APPUI DE L'HISTOIRE DES ESGUALDUNAIS 
OU BASaUES PRIMITIFS. 



s 



Notions §^rammaticales de la langue enskarlenne. 

Les langues ont pour hul de transmctire par des si- 
gnes la connaissance des êtres réels ou ablrails, de 
leurs modilîcalions, de leurs relations et de leurs actes, 
rapportés au temps et à l'espace. 

Les signes sont parlés, écrits, ou transmis par des 
moyens Irès-variables , dont il n'y a pas lieu de s'oc- 

' Voir le commencement de ce travail, 2» trim. 1853, p. 251 à 429. 

37 



574 

cuper ici. Les signes parlés, associés d'une manière 
déterminée, conslitiienl le lan(ja<je; les signes tracés 
à la main représenlenl Yécrititre. 

La grammaire générale a pour Lui d'exposer les 
lois auxcjuelles se trouve transmise la communication 
de la pensée. 

Les grammaires spéciales exposent simplement les 
règles relatives à une langue déterminée. 

Une grammaire spéciale doit comprendre dans son 
ensemble : 

1° L'étude des signes .parlés et écrits; 

2° L'étude des modifications que les mots éprouvent, 
afin de faire connaître les rapports des êtres et de leurs 
actes considérés dans le temps et dans l'espace; 

3° L'étude des règles de l'association des mots pour 
formuler les idées , ou de la syntaxe ; 

4° L'étude des fonctions grammaticales des mots et 
de leur dérivation lorsqu'ils passent d'une partie du 
discours dans une autre. 

Ces trois dernières parties seront réunies en une 
seule, pour ne point entrer dans trop de détails. 

La grammaire basque peut être étudiée d'abord en 
elle-même, puis dans ses rapports avec les principales 
grammaires des langues avec lesquelles la langue bas- 
que oflVe des relations, et enfin dans ses rapports avec 
la grammaire générale. C'est sous ce triple point de vue 
qu'il conviendrait de l'examiner. Ne pouvant avoir j)our 
but de la développer dans toute son étendue , je me bor- 
nerai à en exposer les principes généraux. Ce (|ui a été 
dit précédemment |)Ourra servir à en compléter l'étude. 



575 



EXAMEN DES SIGNES ELEMENTAIRES DE LA LANGUE 
EUSKAUIENNE. 

Les signes parlés comprennent essenliellement des 
sons et des articulalions. On peut encore considérer 
les accents, appartenant à la partie musicale des lan- 
gues parlées, qui portent sur la quantité ou la durée 
relative des sons , et sur leur intonation , dont nous- 
n'aurons pas à nous occuper. 

Les signes écrits sont généralement des lettres que 
l'on divise en voyelles et en consonnes, selon qu'elles 
représentent des sons on des articulations. 

Il est rare qu'une langue possède autant de lettres 
que de sons et d'articulations. On y supplée par des 
combinaisons de voyelles et de consonnes. 

La langue basijue comprend cinq sons représentés 
par autant de voyelles, et vingt-quatre articulations 
spéciales représentées par dix-neuf consonnes '. 

Les Basques écrivent avec l'alphabet romain , tel (|ue 
tous les peuples de l'Europe occidentale l'ont adopté. 

Ils le nomment abecea. \ 

Les vingt-cinq lettres adoptées par les Bascpies sulli- 
sent pour rendre tous les sons et toutes les articula- 
tions de leur langue, ainsi que cela est exposé dans le 
tableau suivant : 

En cmployanl le fr , le c et qti se trouvent supprimés. 



576 



Sons et Articulations de la langue basque. 



Lettres 

simples 

ou 

composées. 



A 
E 
I 


U 



B 
C 
D 
F 
G 

H 

Ch 

J 
K 

Kh 
L 
Ll 
M 
N 
N 
P 
Ph 
Qu 
R 
S 

T 
V 
X 

z 



VALKUR DES LETTRES ET OBSERVATIOJIS. 



Voyelles. 



a français. 
é fermé. 



i 



ou français , u de presque toutes les langues , excepté 
la française et la turque, 

Douteuse. 

i, ou j, ou g; yan, manger; Yaincoa, Dieu, pour 
Jaincoa. 

Articulations. 

6 français. 

c français et ts à Ilsasso. 

d français. 

/"française. — Presque inusitée. 

gu ou gh. — Toujours dur, même devante eti : gi=^ 
gui français. 

h aspirée française. 

ch espagnol, tchi : ftchij a, ftchij é, ftchij i, 
ftchi) 0, f tchij u. 

j français, en France; j aspiré en Espagne. 

c dur et qu. — Remplace ces deux articulations, 

k aspiré. 

l française. 

U espagnoles, ll mouillées françaises. 

m française. 

n française. 

n espagnole, gn français, comme dans Espagne. 

p français. 

y grec, /"française. — Presque inusitée. 

k. — Qu est abandonné par plusieurs écrivains. 

r française. 

s toujours sifflante; ch français à Itsasso ; sirnu, 
singe =: chimou. 

t français. 

V français. — Rare. 

ks et ts 

z espagnol, s toujours sifflante ou ç prononcé la lan- 
gue contre les dents supérieures. 



577 

Lorsque plusieurs voyelles sont réunies, on les lit 
successivement, et jamais leur combinaison ne donne 
naissance à des sons particuliers, comme cela a lieu 
en français. 

ai — aï — au ^= aou — ei = êï — eu — éou — 
oi = oï — ou = oou — Ml = ouï. 

La langue basque peut être lue comme la langue es- 
pagnole, à cela près du,/, qui s'articule comme il a été 
dit au tableau des articulations. 

La langue basque a quatre dialectes principaux. A 

. ces quatre dialectes, il faudrait peut-être en ajouter un 

cinquième, celui d'Itsasso, qui offre des particularités 

vraiment remarquables, surtout dans la prononciation. 

Les mots, en passant d'un dialecte à un autre, su- 
bissent souvent des altérations assez profondes dans 
leur prononciation , et par suite dans leur orthograpbe. 

Les diflerents dialectes d'une langue qui n'est fixée 
par aucane espèce de littérature, sont le résultat de 
mots altérés et mal prononcés. 

L'altération de la prononciation se faisant en passant 
d'une voyelle ou d'une consonne à une autre voyelle 
ou à une autre consonne qui en est procbaine, par le 
mécanisme employé pour la prononcer ou l'articuler, 
il en résulte que ces altérations sont soumises à cer- 
taines lois, et que, partant d'un mot altéré, on peut 
remonter à son origine. 

L'étude des lettres (|ui peuvent passer de l'une à l'au- 
tre, est indispensable pour recbercher les racines et les 
origines des langues. 



578 

Les leltres qui peuvent ainsi passer de l'une à l'au- 
tre portent le nom de mutables. 

On peut établir des groupes représentant les muta- 
bles d'une seule langue ou les mutables de plusieurs 
langues. 

Les principaux groupes des mutables de la langue 
basque sont : 

Voyelles. 



A, 0. 


E, l. 


E, 0. 


I, UI. 


I, Y, J. 






Consonnes. 


n, F, V, 


B, P. Cdur, K, G. Qu. 


D, T. 


L, R. 


N, N. 


Ç, S, z. 


Ch, X. 





Les principes grammaticaux de la langue basque 
sont d'une simplicité extrême, et ne soutirent d'ailleurs 
qu'un très-petit nombre d'exceptions. Ces deux condi- 
tions permettent de les exposer nettement el complè- 
tement en quelques mots. 

Tous les noms substantifs et adjectifs sont représen- 
tés chacun par un mot spécial, qui ne prend une signi- 
tication déterminée que par une suite de terminaisons, 
fort simples d'ailleurs, qui tiennent lieu d'articles, de 
cas et même de prépositions, comme on le verra dans 
le tableau de la déclinaison. 

Les comparatifs, très-multipliés el indi(iuant tous 
les degrés imaginables des rapports des êtres, excepté 



I 



nid 

ceux de rinfini et de la transition insensible, sont as- 
sujettis aux mêmes lois. 

La langue basque n'admet point la distinction du 
genre grammatical, ou il n'y en a qu'un seul pour 
tous les noms. 

Le nom indéfini, ou l'espèce, chez les animaux su- 
périeurs, se trouve représenté par un nom radical ou 
plulùt élémentaire. Lorsque parmi les animaux on veut 
distinguer le mâle ou la femelle d'une manière toute 
particulière , on emploie les suffixes arra et emea : 
oreh, cerf; orenarra, cerf màle; orehemea, biche. 

Les pluriels sont indiqués par les modificateurs suf- 
fixes. 

L'accord des substantifs et des adjectifs ou qualifica- 
teurs ne se fait pas comme dans la plupart des autres 
langues. 

Lorsque plusieurs noms substantifs , adjectifs et même 
adverbes, se suivent et se rapportent à un même sujet, 
il n'y a que le dernier qui se décline; les autres sont 
représentés parle mot élémentaire, sans aucune mo- 
dification : ur garhia, et non ura garhia, eau claire; 
nongo ' gizona da ori, d'où est cet homme? 

Les noms de nombre sufiisent pour indiquer le plu- 
riel : bi etche handi hellz, deux grandes maisons 
noires. 

Enfin , dans la phrase suivante, qui est assez longue, 
le verbe suffît pour indiijuer le pluriel : gizon eta emas- 
Ic, handi ela clvipi, zahar eta gazte, aberatsa eta 

' A est supprimé dans nongoa. 



fiSO 

pobre, adi-zazue oroc; hommes et femmes, grands 
et petits, vieux et jeunes, riches et pauvres, écoutez 
tous. 

Les pronoms personnels, les pronoms démonstratifs, 
les noms propres des personnes, les surnoms, la plu- 
part des noms de lieux et les adverbes ne prennent point 
les désinences a, ak ou ek au nominatif singulier ou 
pluriel. 

Les mots dont l'a flnal est précédé de ai, h, c, d, 
m, Pj il, ne le perdent en aucune circonstance, com- 
me : anaia, frère; arreba, sœur; aza, chou; arro- 
da, roue ; haga, perche; erroma, Rome; capa, man- 
teau; aita, père. 

Déclinaison. 

La langue basque n'a qu'une seule déclinaison, qui 
comprend au moins treize cas. 

Les flexions de la déclinaison tiennent lieu d'articles 
et peuvent suppléer à plusieurs prépositions. 

L'accusatif, indiquant le régime des verbes actifs, 
n'existe point dans la langue basque. 

Les noms, les adjectifs, le génitif , les pronoms, les 
infinitifs des verbes, le futur de l'infinitif, les partici- 
pes, plusieurs adverbes et les racines qui donnent nais- 
sance aux postpositions ( prépositions des autres lan- 
gues ) , sont susceptibles d'être déclinés. 



581 



Exemple de Déclinaison basque. 









SUFFIXES 




FONCTION 
GRAMMilTICALE 

du mot basque. 


VALEUR FRANÇAISE 

des mots basques 
déclinés. 


BASQUES 

indéterminés 
invariables. 


OU 
DÉSINENCES 

déterminant 

les cas. 


VALEUR P8ANÇA1SK 

des 
suffixes basques. 










SINGULIER. 








o 


le, la. 








ak 


le, la. 








aren 


du, de la. 








an 


dans le, dans la. 








ari 


au, à la. 








arekin . . . 
arekila . . . 


avec 1», avec la. 








ara 

aganat ... 


vers le , vers la. 


Nom 


Père 

Du père 

Des pères 

Quel 


Ait 

Aitaren '. 
Aiten '.... 

Cein 

Beltz 

Errate — 


arentaco . 
arenzat . . 

etik 

a; 


pour le, pour la. 

du, de la , delà part de. 
par, par le moyen de. 




Adjectif 


Noir 

Dire 


PLURIEL. 


Infinitif 


ak 


1 


Fct' de I'Infinit. ' 


Celui ou celle qui 
doit être chanié 


Cantatceco 


ek 


les. 








Participe 


Déchiré 


Urratu . 


en 


des. 


Nom tenant lieu de 
prépos. lorsqu'il 






Hors, dehors 


Campo 


etan 


dans les, parmi les. 


prend la flcx. an.' 














er 


aux. 








ei 

ekin 








avec les. 








ekila 








etara 










enganat. ■ 


vers les. 








entako.... 
enzat 


pour les. 








entaric. .. 


des, de la part des. 








es 


par le moyen des. 



' Troisième cas du singulier, soumis h la déclinaison régulière, et voulant dire : celui ou 
celle du père, de celui du père, etc. , au singulier, et ceux ou celles du père, de ceux 
ou de celles du père , etc., au pluriel. 

' Troisième cas du pluriel, soumis à la déclinaison : celui ou celle des pères, etc.; 
eeua; ou celles des pères, etc. 

* Les pronoms personnels se déclinent irrégulièrement ou {l'après une déclinaison qui leur 
est propre; loulefois, leurs cas sont Irès-reconnaissables à l'aide de cette déclinaison, qu'ils 
n'altèrent que dans les premières letlres. — Les adjectifs possessifs, que plusieurs grammai- 
riens confondent avec les pronoms, se déclinent régulièrcmcnl. 

' Ce temps de l'inOnitif est propre à la langue basque. 



582 

Un nom peut se décliner jusqu'à six fois lu ne dans 
l'aulre; mais il n'y a que les trois premières ([ui soient 
usitées. 

L'exemple suivant donnera une idée de celle singu- 
lière sorte de déclinaison : 

<" Racine Ait, père. 

2» Génitif Aitaren, du père. 

3° GÉNITIF DÉCLINÉ. AUcirena , celui du père. 

4" NoMiN. DU GÉNiT. Aitarenarcna , celui de celui du père. 

5° Aitarenarenganicacoarena , celui de celui 

de celui du père. 

6" Aitarenarengau.icacoarenarena , celui de 

celui de celui de celui du père. 

7" Aitarenarenarcnganicacoarenarena, ce- 
lui de celui de celui de celui de celui du 
père. 

PRONOMS PEESOMNELS. 

Singulier. Pluriel. 

1" Personne. iVi OU nife. Guonguc. 

2° Personne.. Hi ou hik. Zuek. 

3" Personne.. Hura, hare, hunek. Hec ou hanc. 

VERBE. 

En général, un verbe basque comprend, dans son 
énonciation : \° un pronom; 2° le nom que l'on con- 
jugue; 3° le verbe auxiliaire. 

Le pronom est supprimé dans (jucbiues temps des 
verbes, par exemple dans l'impératif. 

Le nom verbal varie peu dans sa désinence; sa ter- 
minaison est en ea à linfinilif; en en à l'indicatif pré- 
sent; en lu au participe passé, à moins d'irrégularité; 
et en co au futur de l'indicatif. L'impératif est le radical 
et n'est pas distingué par une terminaison spéciale. 

La langue basque n'a qu'un seul verbe : izalea. 



583 

Ce verbe correspond aux verbes français être et 
avoir, considérés comme auxiliaires. 

Il est coujugé de deux manières distinctes, selon 
qu'il indique une forme active ou passive et neulre. 

On se sert des deux modifications de ce verbe pour 
conjuguer une foule de qualificatifs , que l'on désigne 
généralement sous le nom de verbes. 

La conjugaison suivante comprend les deux formes 
du verbe izatea, et peut servir pour conjuguer tous 
les prétendus verbes '. 

INFINITIF 

PbÉSENT Izatea Être ou avoir. 

Participe PRÉSENT. Izaten Étant ou ayant. 

Participe PASSÉ Izan Été, ayant été, ou ayant eu. 

Participe FOTUR... îzanen Devant être ou devant avoir. 





INDICATIF. 




PRÉSENT. 


PASSÉ DÉFINI 
et PLUS-QUE-PAEFAIT. 


rroDoms '. Forme actiTe. 


Foriiie Dtalre et passiie 


Forme acli«. 


Forme passire. 


Ni. Dut. 


Niz. 


Izan nuen. 


Izan nizen. 


Hi. Duk. 


Hiz. 


huen. 


hinzen. 


Zu. Duzu. 


Zira. 


zinuen. 


zinen. 


Hura. Du. 


Da. 


zuen. 


zen. 


Gu. Dugu. 


Gira. 


ginuen. 


ginen. 


Zuek. Duzue 


Zarete. 


zinuten. 


zineten 


Hek. Dute. 


Dira. 


zuten. 


ziren. 


imparfait. 


PASSÉ 
ET PASSÉ 


DÉFINI 
ANTÉRIECR. 


Nuen. 


Ninzen. 


Izan dut. 


niz. 


Huen. 


Hinzen. 


duk. 


hiz. 


Zinuen. 


Zinen. 


duzu. 


zira. 


Zuen. 


Zen. 


du. 


da. 


Ginuen. 


Ginen. 


dugu. 


gira. 


Zinuten. 


Zineten. 


duzue. 


zirete. 


Zulen. 


Ziren. 


dute. 


dire. 



' Le verbe avoir indiquant la possession, est représenté par ukhalea à l'iu- 
finilif présent; il l'est par ukhan ^ l'impératif. 

Les pronoms doivent être répétés partout, excepté dans l'impératif. 



584 



FCTllR. 


FDTUR ANTERIEUR. 


Forme actiic. 


Forme passiie. 


Furrae actiie. 


Forme passive. 


IziiDen dut. Izanen oiz. 


Izan duket. Izanen ninzen. 


duk. 


hiz 


dukek. 


hinzen. 


duzu. 


zira. 


dukesu. 


zinen. 


du. 


da. 


duke. 


zen. 


dngu. 


gire. 


dukegu. 


ginen. 


duzue. 


zarelc. 


dukesue. 


zinelen. 


dute. 


dire. 


dukele. 


ziren. 




CONDITIONNEL. 




PRÉSENT. 


PASSÉ 




Nukien. 


Ninteke. 


Izan nukien. Izan 


ninteke. 


Hukien. 


Hinteke. 


hukien. 


hinteke. 


Zinukien. 


Ziniteke. 


zinukien. 


zinitezke. 


Zukien. 


Liteke. 


zukien. 


hleke. 


Ginuken. 


Ginitezke. 


ginukien. 


ginitezke. 


Zinukelen. 


Zinitezkete. 


zinukien. 


ziniteskete 


Zuketen. 


Litezke. 
IMPÉ] 


zuketen. 
RAÏIF. 


litezke. 


Ezak, 


Hadi. 


DezaguG. 


Giten. 


Zazu. 


Zite. 


Zazue. 


Zilezte. 


Beza. 


Bedi. 

SUBJO 


Bezate. 
NCTIF. 


Bite. 


PRÉSENT. 


PASSÉ. 




Dezadan. Nadin 


ou Nodila. 


Izan dezadan. izan nadin. 


Dezeian. Hadin 


Hadila. 


dezeian. 


nndin. 


Dezazun. Zilen 


Zitela. 


dezazun. 


ziten. 


Dezan. Dadin Dadila. 


de/an. 


dadin. 


DczaguD. Giter 


Gitela. 


deziigun. 


giten. 


Deznzuen. Ziterten Ziteztela. 


dezazuen. 


zitezten. 


Dezaten. Diten Ditela. 


dezaten. 


diten. 


IMPARFAIT. 


PLCS-QtlE-PARFAIT. 


Nezan. 


Nindadin. 


Izan nezan. Izan 


nindadin. 


Hezan. 


Hindadin. 


hezan. 


hindadin. 


Zinezan. 


Zinilen. 


zinezan. 


ziniten. 


Lezan. 


Zadin. 


lezan. 


zadin. 


Ginezun. 


Giniten. 


ginezan. 


giniten. 


Zinezaten. 


Zioitezten. 


zinezaten. 


zinitezten. 


Lezaten. 


Ziten. 


lezaten. 


ziten. 



Le premier verbe se traduit en français par le verbe 
être, el le second, par le même verbe ou le verbe 
avoir, .selon le besoin. 



585 

Il n'y a de temps simples dans ces verbes que le pré- 
sent et l'imparfait de riiuliealif et du subjonctif, le pré- 
sent du conditionnel et l'impcralif. 

A l'aide des temps simples et de la valeur attribuée à 
chaque temps de rinlînitif, il est facile de traduire en 
français les deux conjugaisons qui viennent d'être ex- 
posées ; par exemple : les futurs izanen niz et iza7i en 
dut, veulent dire devant être je suis, ou plus simple- 
ment je serai, et devant avoir je suis, ou j'aurai. 

Le premier mode de conjugaison auxiliaire sert pour 
représenter les verbes actifs. 

EXEMPLE DE CONJUGAISON D'cN VERBE ACTIF : 

Nie hilzen dut Je tue. 

Hic hilzen due Tu tues. 

Hare hilzen du Il tue. 

La deuxième forme du verbe auxiliaire est employée 
pour conjuguer les verbes neutres, passifs ou réfléchis. 

EXEMPLES : 

10 Verbe neutre. 

Ni hilzen niz Je meurs. 

Hi hilzen niz Tu meurs. 

Hura hilzen da Il meurt. 

8° Verbe passif. 

Ni maithatua niz Je suis aimé. 

Hi maithatua hiz Tu es aimé. 

Hura maithatua da.... Il est aimé. 

3° Verbe réfléchi. 

Ni gidatzen niz Je me conduis. 

Hi gidatzen hiz Tu te conduis. 

Hura gidatzen da Il se conduit. 



586 

On voit par ces exemples comment le nom hil peut 
signifier tuer ou mourir, selon ([u'il est conjugué avec 
dut ou niz. 

Le verbe egin, faire, sert quelquefois d'auxiliaire 
pour conjuguer d'autres verbes, comme dans la langue 
brczonne; mais il nesl employé que pour les verbes 
unipersonncls. Exemple: uriaegitea, pleuvoir; elliura 
egitea, neiger. C'est ainsi que, dans noire langue fran- 
çaise, on dit il fait beau, en parlant du temps. 

La partie déterminante ' d'un nom verbal varie se- 
lon les modes et les temps auxquels elle s'applique. 

L'impératif est la racine dont les autres temps sont 
tirés; sa terminaison est irès-variable. Exemple : urra, 
déchire; gozal, déjeune; yants, descends; erran, dis; 
urrun, écarte; /e/îcr, écrase ; hihi, égrène; egor, en- 
voie; cgin, fais, etc. 

Cette racine entre avec ou sans terminaison spéciale 
dans la formation des prétérits, du plus-que-parfait et 
du futur passé de findicalif , dans les conditionnels pré- 
sent et passé, dans l'imparfait et le prétérit du sub- 
jonctif. 

Ten, tzen et sten, sont les terminaisons du présent 
et de l'imparfait de l'indicatif; nen et co sont celles du 
futur de l'indicatif; na est celle du plus-que-parftiit du 
subjonctif 

Les terminaisons de l'infinitif du verbe izan peuvent 

' Celle qui délerniine le mode d'action ou d'état; celle que l'on nomme vul- 
gairement verbe et qui est cependant fort dislincie des verbes latins, espagnols, 
etc. , qui contractent en un seul mot : le pronom , le nom verbal et le verbe 
auxiliaire, comme amo , lego , cantu . etc. 



587 

donner une idée des terminaisons des inlinitifs des au- 
tres verbes. 

Indépendamment des conjugaisons qui viennent d'ê- 
tre exposées, le verbe auxiliaire peut encore éprouver 
vingt-deux modifications pour exprimer les rapports du 
sujet à son complément ; seize de ces modifications 
sont applicables à des compléments impersonnels , et 
six à des compléments personnels. 

EXEMPLES RELATIFS AUX CAS IMPERSONNELS : 

1" — Y at en dut Je mange. 

2" — Yaten ditut Je les mange. 

3" — Yaten daizquidac. Tu me les manges. 
4* — Yaten doiat Je te le mapge. 

EXEMPLES RELATIFS AUX CAS PERSONNELS : 

Yaten nailc Tu me manges (moi-même). 

— haut Je le mange à loi-même. 

Elc. 

Les verbes ont en outre des formes spéciales , selon les 
conditions relatives des êtres qui parlent entre eux. Ils 
ont une forme enfantine, une forme lYégalilé, une forme 
respectueuse et une forme |)our parler aux femmes. 

La forme respectueuse des Basques est spéciale, et 
n'est représentée par aucune des trois personnes ordi- 
naires des autres langues. 

EXEMPLE : 



[ Dauchut.... enfantin. 



, , , 1- -, ) Darjat égalité. 

Je vous les donne. Emaiten \ „ , , 

I Dautzut respecti 

V Daunat féminin 



588 

La langue euskarienne a des conjonctions comme 
les autres langues; on en trouvera une liste à la iin du 
vocabulaire. Elle a aussi des adverbes. 

Les adverbes de lieu varient selon (|u'il y a ou (|u'il 
n'y a pas mouvement. 

Le tableau suivant donnera une idée de ces varia- 
tions : 



où 



SEJOUR. 



iVon ou nun ? 
Hemen. 

Or. 

Au. 

Goian. 
Bamtan. 
Campoan. 



DÉFAUT. 


tiundi . . . 


.c '? 


Ilemendi. 


c. 


Orti 


c. 


Àndi 


c. 


Goiti 


c. 


liarreneti 


c. 


Campoti. 


c. 



TENDANCE. 


Nora .... 


t '? 


Hurra... 




Orra 




.ira 




Gora .... 




Barrena 




Campora 





Nondican ? 

Hemendican. 

Ortican. 

Andican. 

Goitican. 

Harrenelican. 

Campotican, 



Où? 

Ici où je suis. 

Vi où lu es. 

Là où il esl. 

En Ijaut. 

Dedans. 

Dehors. 



Un même adverbe de lieu a une terminaison varia- 
ble, selon la question à laquelle il répond; ces ques- 
tions sont : îioiz, quand? noizco, pour quand? et 
noiziic, depuis quand? 

Les terminaisons sont celles de la question, ou à peu 
près : gaur, aujourd'hui, oran, maintenant, donnent 
gaurco, orange, pour la deuxième question, et goiz, 
de bonne heure, donne goitetic pour la troisième. 

11 existe des degrés de comparaison pour les adjectifs 



' Quand la question prend un c ou un t flnal , la réponse le prend également. 



589 

et les adverbes, dont le tableau suivant donnera une 
idée : 

DEGRÉS DE COMPARAISON DES ADJECTIFS ET DES ADVERBES. 

Positif comparatif superlatif. 

(Nom) agio suffixe.... arras o\i hainitz prélibres ' ou 

en suffixe. 

Les adjectifs se déclinent, les adverbes ne se décli- 
nent pas. 

Adverbe irrégulier. 

Ongi ou onsa, bien; /io6efci, mieux; arras on hainitz ongi, ou 

/io6efcîe7t, très-bien, le mieux. 

Les prépositions sont remplacées dans la langue 
basque : 1° par plusieurs cas de la déclinaison ; 2° par 
des mots au quatrième cas du singulier terminé en an. 

Ces mots se placent après ceux auxquels ils se rap- 
portent, de telle manière qu'ils sont des postpositions : 
c'est ainsi que les nomme Larramendi , plutôt que de 
véritables prépositions; mais leur fonction grammati- 
cale est la même que celle des prépositions des autres 
langues. 

Plusieurs postpositions régissent le génitif, comme 
gizonaren aurrean , avant l'homme; elizaren aldean, 
près de l'église. 

En résumé, la langue basque n'admet point la dis- 
tinction des genres, et ne connaît l'accord du nom et 
de l'adjectif ni en nombre, ni en cas. Il résulte de cela, 

' Je donne ce nom pour indiquer que la particule se place avant le mot au- 
quel elle se rapporte et qu'elle demeure libre. 

38 



590 

que les adjectifs ne peiivenl être distingués des subs- 
tantifs que par la fonction grammaticale qu'ils rem- 
plissent. L'article et une grande partie des prépositions 
se trouvent remplacés par une déclinaison fort étendue. 
La distinction du nominatif el de l'accusatif, ([ui rem- 
plissent une fonction grammaticale si élevée et portent 
une si vive lumière dans le discours , n'existe point dans 
la langue basque, quoiqu'elle soit congénère de la langue 
latine. Il n'y a qu'un seul verbe, qui se modifle pour 
conjuguer activement ou passivement. La conjugaison, 
qui est très-riche, comprend renonciation complète du 
pronom personnel , du mot que l'on conjugue et du verbe 
proprement dit. Les prépositions sont en général rem- 
placées par des noms au cas en an. La langue basque 
a d'ailleurs des adverbes nombreux, des comparatifs 
pour les adjectifs et les adverbes, des conjonctions el 
des interjections. 

La grammaire basque se rapproche de la grammaire 
anglaise par son défaut de genre et par la généralité 
de sa conjugaison ; mais elle s'éloigne des grammaires 
de la plupart des langues, tant anciennes que moder- 
nes de l'Europe, par son verbe, qui n'est point con- 
tracté en un seul mot el présente tous ses éléments 
primitifs : le pronom, le nom, el le verbe proprement 
dit. 

Il va sans dire que la langue basque, comme toutes 
les autres langues, a quelques interjections. Ces inter- 
jections étant pour la plupart le cri animal particulier 
à l'homme, doivent exister et existent dans toutes les 
lan£;ues. 



S9i 



VOCABULAIRE BASQUE, 

CLASSÉ PAR OnORB DE MATIÈRES, 

EXPLiaUÉ PAR L'ESPAGNOL, LE LATIN ET LE FRANÇAIS. 



I. — Langue, Grammaire , Littérature, Poésie, Enseignement. 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Hitzekinda. 


Gramatica. 


Grammalice. 


Grammaire. 


Iliskiintza , mhitzoa. 


Lengua, idiom.i 


. Lingua. 


Langue, idiome. 


Hilza, minlzoa, vcrba. 


Habla, palabra 


Verbum. 


Parole. 


Hitzegin, verbegin, minlzo, 
edas. 


{ Hablar. 


Loqui, Fa ri. 


Parler, dire. 


Muladia, isitza. 


Geroglifico. 


Hieroglyphus. 


Hiéroglyphe. 


Agercaya , escrilura. 


Escrilura. 


Syngraphia. 


Écriture. 


Librua, Liburua. 


Libro. 


Liber. 


Livre. 


Escuscribatua. 


Manuscrito 


Manuscriptum, 


Manuscrit. 


Azgarria, Margoa. 


Letra.ca racler. 


Litlera. 


Lettre, caractère 


Abecea. 


Airabeto. 


Alphabetuni. 


Alphabet. 


Bechaoa . 


Vocal. 


Vocalis. 


Voyelle. ' 


Bibechaoa. 


Diptongo. 


Diphlhongus. 


Diphthungue. 


Oskides. 


Consonante 


Lil(«ra eoosooaos. 


Consonne. 


Geibcchia. 


Silaba. 


Syllaba. 


Syllabe. 


Icena. 


El nombre. 


Nonien. 


Nom. 


Otsicena. 


Onomalopeya. 


Onomatnpeia. 


Onomatopée. 


Egopearra. 


Suslanlivo. 


Substantivum. 


Substantif. 


Eraskitza. 


Verbo. 


Verbum. 


Verbe ( gram. ). 


Besteri dichecan icena. 


Adjetivo. 


AdjecliTum oomeo 


. Adjectif. 


Osicheca. 


Arliculo. 


Ariiculus. 


Article. 


Orlicena. 


Pronombre. 


Pronomen. 


l'ronom. 


Leipintza. 


Preposicion. 


Prseposilio. 


Préposition. 


Isaskida. 


Coiijuncion. 


Cunjuiiclio. 


Conjonclion. 


Artizkinilca. 


Orthogralia. 


Orthographia. 


Orthographe. 


Dialeclica, billegidea. 


Logica, dialeclica 


Logica, 


Logique, dialectiq. 


Âbilidadea, gaytasuna, cintzo- 
tazuna. 


{ [{abilidad. 


Ingenium 


Génie, habileté. 


Megnpea, ispiritua. 


Espiritu. 


Spiritus. 


Esprit (faculté). 


Iracasdea , jakintza, jakindea. 


Erudicion. 


Erudilio. 


Érudition. 


Coudera , istorioa. 


Hisloria. 


Hisloria. 


Histoire. 



592 



BASQUE. 




ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Ceja kindea. 






Ignorancia. 


Ignorantia. 


Ignorance. 


Ariladiera. 






Raciocinio. 


Ratiociniura. 


Raisonnement. 


Eialdelarra. 






Racional. 


Rationalis. 


Ralionel. 


Ecadoikia. 






Juicio. 


Judicium. 


Jagement ( opéra 
tion de l'esprit} 


Argûimena , 
iharduntza. 


arguimendua , 


Argumento. 


Argumentum 


Idée. 


Irudidea. 






Idea. 


Idea; 


Apparence. 


Irudia. 






Apeiencia. 


Representatio. 


Syllogisme. 


Bida urrecoa. 






Silogismo. 


Syllogismus. 


Syllogisme. 


Ocipabia. 






Dilema. 


Dilemma. 


Dilemme ( argu 
ment cornu ) 


Utseragoa. 






AbstracJo. 


Abstraclum. 


Abstrait. 


Lototkindea , 


biursakindea , 


I„ . 






I.otoskintza , 


biursakintza. 


jPoesia. 


Poesis. 


Poésie. 


Biursatea , lotostea. 




Poema. 


Poema. 


Poëme. 


Escola, icasola 






Escuela. 


Schola. 


École. 


Maislrea. 






Maestro. 


Magister. 


Maître. 


Escolamaislrea. 






Maestro d'estuela 


Scliolasticus. 


Maître d'école. 


Jakindea , jakiatza. 




Litcratura. 


Litteratura. 


Littérature. 


Biursa , lototsa, 
hitzac. 


versoa, 


neurt- 


Verso. 


Carmen. 


Vers ( paroles ) 


Asiea. 






Autor. 


Auctor. 


Auteur. 


Obrac. 






Obras. 


Opéra. 


Œuvres. 



H. — Astronomie et Division du temps. 



Izarjakindea. 




Astronoraia y 


Astronomia et 


Astronomie et 






asirologia. 


astrologia. 


astrologie. 


Izarkida, 




Constelacion. 


Sidus. 


Constellation. 


Izarra, Ccrnargia '. 




Astro. 


Astrum. 


Astre. 


Cerua , zelia . 




Cielo. 


Cœlum. 


Ciel. 


Ekia , eguzkia , iruzkia 


arch. 


Sol. 


Sol. 


Soleil. 


Illargia , ilargia, arguzaita. 


Luna . 


Luna. 


Lune. 


Ilberria , illarguiberiia. 




Luna nueva. 


Novilunium. 


Nouvelle lune. 


Ilgora. 




Lunacreciente. 




Lune croissante 


Illargibelea. 




Luna Uena. 


Plenilunium. 


Pleine lune. 


libéra. 




LuD3 meogoante. 




Lune décroiss'8 


Ilzarra. 




Luna que acaba 




Fin de la laniisoD. 


Izarra. 




Estrella. 


Stella. 


Étoile. 


Izarkea. 




Cometa. 


Cometa. 


Comète. 


Izarcoloca. 




Planeta. 


Planeta. 


Planète. 



Ceru argia ( lumière dti ciel ). 



593 



» 



BASQUE . 


ESPAGNOL. 


la"ïin. 


FRANÇAIS. 


Artizarra ', Aurkzarra, Venus 


. Hespero, luccro Jubar. 


Vénus (planète) 




del alba. 






Saluino. 


Saturno. 


Saturne. 


Saluroo (plaaète.) 


Lurra. 


Tierra. 


Terra. 


Terre. 


Eguna. 


Dia. 


Dies. 


Jour. 


Gaûa, gauba, airatsa , zaroa. 


Noche. 


Nox. 


Nuil. 


Acha. 


Eje. 


A xi». 


Axe. 


Eucacha. 


Polo. 


Polus. 


Pôle. 


Iguru bcrdinzallea. 


Ecuador. 


Equator. 


Equateur. 


Eguerdi boillia. 


Meridiano. 


Circulus meri- 
dianus. 


Méridien. 


Arguzieguia. 


Ecliptica. 


Ecliptica. 


Écliptique. 


Marboilla. 


Horlzonte. 


Horizon. 


Horizon. 


Egucrdia. 


Mediodia. 


Meridies. 


Midi. 


Sorlaldea. 


Orienle (Lev'» 


) Oriens. 


Orient ( Lev' ). 


Sartaldea. 


Ocaso(Occid'«] 


) Occasus(Occids)Occid' (Couch*). 


Ifaraldea. 


Las parles sep- 
tentrionales 


- Regio septentrs 


Le Nord. 


Cigupea. 


Nadir. 


Nadir. 


Nadir. 


Erpii'ia, burgaila. 


Zenith. 


Zenith . 


Zénith. 


Argea, argigea, argulsa. 


Eclipse. 


Eclipsis. 


Éclipse. 


Artizarra. 


Eftrella del iiorte Stella polaris. 


Étoile polaire. 


Izar carra. 


Canicula. 


Canicula, Syrius Syrius. 


Iznr pilla ala deritzana. 


Casiopea. 


Cassiopea. 


Cassiopée, 


Izarlira. 


Lyra. 


Lyra. 


La lyre. 


Izaroteoa. 


Lobo. 


Lupus. 


Le loup. 


Izardi zazpikia '. 


Pleyades. 


Pléiades. 


Pleyades. 


Ceruco esnebidea. 


Via lactea 


Via lactea. 


Voie lactée. 


Senesia. 


Zodiaco, 


Zodiacus, 


Zodiaque. 


Izardia, izarpilla , izarmolzua. 


SignodeIzodiacoSignum zodiaci, 


, Signe du zodiaq. 


Aziizarra. 


A ries. 


Aries. 


Le bélier. 


Cecena. 


Toro. 


Taurus. 


Le taureau. 


Birichiac. 


Geminis. 


Gemini. 


Les gémeaux. 


Argiamarra. 


Cancer. 


Cancer. 


L'écrevisse. 


Izar leoya. 


Léon. 


Léo. 


Le lion. 


Virgifiizarra. 


Virgo. 


Virgo. 


La Vierge. 


Izar libra. 


Libra. 


Libra. 


La balance. 


Lupu izartia. 


Escorpion. 


Scorpio. 


Le scorpion. 


Sayetizarra. 


Sagitario. 


Sagittariusi 


Le sagittaire. 


Akelargia. 


Capricornio. 


Capricorne. 


Le capricorne. 


Urjarioa. 


Aquario. 


Aquarius. 


Le Verseau. 


Arraizarra. 


Piscis. 


Pisces. 


Les poissons. 



' Larramendi a sans doute fait erreur : arUxarra est l'étoile de l'ours ou 
''étoile polaire. 

' Les sept chamois. 



594 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


lAIIN. 


FRANÇAIS. 


Era , dembora. 


Era , tiempo. 


Tempus. 


Ère ( temps ) 


Era boillanza. 


Ciclo. 


Cyclus. 


Cycle. 


Eankia, mendea, secnla. 


Siglo. 


Seculum. 


Siècle. 


Urtea. 


Ano. 


Annus. 


An , année. 


Uda. 


Estio, verano. 


^stas. 


Été. 


Udazkena, udazena, udarrazkia 


Otono. 


Autumnus. 


Automne. 


Negua , L. ; Neguja , lu. 


Invierno. 


Hiems. 


Hiver. 


Uda berri», Era lora L. ; pri- 
madera, Hz. 


j Primavera. 


Ver. 


Printemps. 


Illa, ila, illabetea. 


Mes. 


Mensis. 


Mois. 


Beltzilla, urtarilla. 


Enero. 


Janaarius. 


Janvier. 


Otsailla, ceceila. 


Febrero. 


Februarius. 


Février. 


Epailla, Marclioa. 


Marzo. 


Mars. 


Mars. 


Jorrailla, apirilla, opea. 


Abril. 


Aprilis. 


Avril. 


Maibaca. 


Mayo. 


Maius. 


Mai. 


Garagarilla , vagicila, erearoa. 


Junio. 


Junius. 


Juin. 


Uztailla, garilla. 


Julio. 


Julius. 


Juillet. 


Agorilla , aboztua. 


Agoslo. 


Augustus. 


Août. 


Eriarua. 


Seliembre. 


Seplember. 


Septembre. 


Urrii, uriilla , beldilla. 


Octubre. 


October. 


Octobre. 


Acilla, cemendila , azaroa. 


Noviembre. 


November. 


Novembre. 


Âbendua, lotacilla. 


Diciembre. 


December. 


Décembre. 


Astea. 


Semana. 


Hebdomada. 


Semaine. 


Âstelena , ilena. 


Lunes. 


Luuae dies. 


Lundi. 


Asteartea, malizena. 


Martes. 


Dles martis. 


Mardi. 


Asteaskena , egastena. 


Miercoles. 


Dies mercurii. 


Mercredi. 


Osteguna , orceguna, eguena. 


Jueves. 


Dies Jovis. 


Jeudi. 


Obtirala, orcirala, baricua. 


Viernes. 


Dies veneris. 


Vendredi. 


Larumbata , zapalua , iracoitza 


. Sabado. 


Sabbatum. 


Samedi. 


Igandea, iandea, domeca. 


Domingo. 


Diesdominica. 


Dimanche. 


Egunsentia , eguanza, eguaisea 
arthatsa, argiaren begia. 


j Anroro, aurora. Aube. 


Aurore. 


Goiza. 


La manana. 


Manë. 


Matio. 


Arralsaldea, arrastegia. 


La tarde. 


Vesper. 


Soir. 


Gaereiza , kerciza , itzala 
ailoa, erranoa. 


j Sombra. 


Umbra. 


Ombre. 


Illuna , airgea 


Tinieblas. 


Tenebr.x. 


Ténèbres. 


Oren, rauga, hora. 


Hora. 


Hora. 


Heure. 


Ordu. 


Hooeoto, iostaate. Momentum, 


Moment. 



m. — Géologie et Minéralogie. 



Luciazalda. 

Lurra. 

Mundua. 



GcograBa. 


Gcograpbia . 


GèograpLie, 


Tierra. 


Terre. 


Terre. 


Mundo. 


Mundus. 


Monde. 



S95 



BASQUE. 

Itsasoa , ichasea. 

Iclmso bclea , icliaso sabela. 

Ujola, ubeldea, ugolilea , idola. 

Airea. 

Lutugea. 

Ugai'tea , uribilarlca. 

Aintzirra , uraancia. 

Ugayozcoa. 

Cingiradia,ainlsiralea, uniancilea 

Errioa , ibaya. 

Erreca , chirripa. 

Mendia. 

Arcaitzerra. 



ESPiGNOL. I.AIIN. 

Mar, Ocoano. Marc, Oceanus. 
Piclago. Pclagus. 

Diluvio. Diluvium. 

Aire. Aer. 

Continente. Continens. 
Isla. Insula. 

Lago. Lacus. 

Agua manantial Jugis aqua. 
Marea, pantano. Palu.*. 
Rio. Fluvius. 

Arroyo. Rivus. 

Montana, monte Mons 
Sierra démontes Rupes. 



Picaclia. 
Mendisca 

Lurruspea . 

Meatzea. 

Moa. 

Menasta. 

Ondoa. 

Arepiilac, ondar, muuoac. 

Lutarra. 

Lurra, Lurgaiia. 
Ibarra, hara , irura , errepira, ( 
belaiia , nava. I 

Lauba, celaya , nava. 
Oi'hana, selva. 
Pefia , aitza , arha, arcaitza. 

Arria. 

Arri boilla , arri leuna. 

Arri mugerra, chingarria. 

Ruzlinzurria. 

Pizarria , lauza. 

Agnrria. 

Marmola. 

Clera. 

Quisca, lyelsoa. 

Arricatza , lapitza. 

Lapitzaria. 



Plcaclio. Saxicacumen. 

Colina, collado, Coliis. 

ceno. 
Cueva. Specut, crypta, 

spelunca. 
Mina. Mina. 

Veta. Vena melallifera 

Minerai. Fossile. 

Pie de monlaila. Radix, basis 
Dunas, mogote, Duna;. 

megano. 
Terreno. Terrenas. 

Suelo. Solum. 



FRANÇAIS. 

Mer, Océan. 
Haute mer. 
Déluge. 

Air (atmosphr") 
Continent. 
Ile. 
Lac. 

Eau permanente 
Marais. 

Fleuve, rivière. 
Ruisseau, 
Montagne. 
Montagne den- 
tée en scie. 
Pic. 
Colline. 



Valle. 

LIano. 
Selva. 
Pefia. 

Piedra. 

Guijarro , pe- 

dernal. 
Silex. 
Arcilla. 
Pizarra. 
Porfldo. 
Marraol. 
Greda. 
Yeso. 
Lapiz , Carbon 

de piedra. 
Lapicero. 



Vallis. 



Caverne. 

Mine. 

Filon. 

Minéral. 

Pied de montagne 

Dune. 

Terrain. 
Sol. 

Vallée. 



Planifies, Kquor Plaine, 

Silva , neraus. Forêt. 

Rupes , petra Rocher, pierre. 

saxum. 

Lapis , saxiim , Pierre. 

petra. 

Saium. Caillou roulé. 

Silex. Silex. 

Argilla. Argile. 

Schislus. Schiste, ardoise 

Porphyrus. Porphyre. 

Marmor. Marbre. 

Creta. Craie. 

Gypsum. Gypse. 

Carbo fossilis. Houille. 

Lapis delinea- Ampélite. 
toriut. 



n96 



BASQUE. 




KSFA6N0L. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Agata. 




Agata. 


Acliates. 


Agathe. 


Tclla , pusca. 




Tejo. 


Saxuni. 


Galet. 


Basa mortua, eremua, ermua. 


Paramo , de- 


Solitudo, eremus Désert, solitude. 






sierto. 






Area, ondarra, legarra , 


sablea. 


Arena , sable. 


Arena. 


Sable. 


Sutokarpia. 




Volcan. 


Vulcanus. 


Volcan. 


Ludaidara, lurricara. 




Terremoto. 


Terra! motus. 


Tremblement de 
terre. 


Arrocarria. 




Piedra ponce. 


Pûmes. 


Ponce. 


Belchurica. 




unique. 


Onyx. 


Onyx, agathe. 


Eztera, zoriostarria. 




Piedra de amola 


rCos. 


Pierre à repasser 


Arrandania. 




Piedra de aguila iStites. 


jEtite ( pierre 










d'argile). 


Policarria ( pierre ï pol 


ir). 


Esmeril. 


Smyrls. 


Émeri. 


Zuarria. 




Amianto. 


Amiantus. 


Amianthe. 


BJIguztarria. 




Opalo. 


Opalus. 


Opale. 


Diamanlea , arlurgia. 




Diamante. 


Adamas. 


Diamant. 


Bonis tea, ferdatistea. 




Esmeralda. 


Smaragdus. 


Émeraude. 


Caztistea. 




Rubi y carbun- 
culo. 


Rubimus. 


Rubis. 


Pillalarria. 




Granate. 


Granatus. 


Grenat. 


Meatzeco, cristala, leyarra. 


Cristal de roca. 


Crystallus. 


Quartz. 


Gatza. 




Sal. 


Sal. 


Sel. 


Solimana.azogca, cillai 


bicia. 


Azogue. 


Hydrargyrum. 


Mercure (métal) 


Burnarria, mearria. 




Alcool, antimo 
nio. 


- Stibium. 


Sulfure d'anti- 
moine. 


Bermejoya, arminca. 




Oiiiabrio , ver- 
mellon. 


Cinnabaris. 


Cinabre. 



IV. — Météorologie. 



Kemeairakinda. 


Mcteorologia. 


Mctcotologia. 


Météorologie. 


Kemeaira. 


Meteoro. 


Meleorus. 


Météore. 


Aicetorkia. 


Clima. 


Climas. 


Climat. 


Aroa , giroa , adina. 


Sazon. 


Tcmperies. 


Saison. 


Aicea. 


Viento. 


Vcntus. 


Vent. 


Urtaiza. 


Euro , viento 
levante. 


Eurus. 


Zéphir. 


Ipliar, A.; Artecaicea , L. 


Aquilon. 


Aquilo. 


Vent du Nord. 


Hegora . 


Viento del sud 


Auster, notus. 


Vent du Sud. 


Oltzodarra, ostrellaca. 


Iris. 


Iris. 


Iris, arc-en-ciel 


Odeguzkia. 


Parhelias. 


Parlielius. 


Parhélie. 


Odeia , odoya , osa. 


Nube, nublado 


Nubes. 


Nuages. 


Ecaitza, ocacha. 


Tempestad, tor 


Tempestas, pro 


-Orage, tcmpèle 




menta. 


cella. 





597 



BASQUE. 

Chimista, oïïeslua, ofiastargia, | 
Igurzuria. ' 

Turmoya , ostotsa , odotsa , os- \ 
tiya , iurlzuria , igorciria , > 
inust'jria , iusturia, calcrna. j 

Euria , uria. 

Eluna. 

Abazuza, cliingorra , iiiatacia,\ 
babazuca , cizarcora , ezca- V 
barra. ) 

Ecea, ecetea, buslia. 

Intza. 

Laiioa , lafiua , inuntza , lan- | 
choa , brumâ. i 

Otza. 

Izotza , orma , Icya , gela. 

Escarcha, ecachea , bitsuria. 



ESPAGNOL 


LiriN. 


FBAI<{AI3 


Relampago. 


Fulgur. 


Éclair. 


Trueno. 


Tonitru. 


Tonnerre. 


Lluvia. 


Imber. 


Pluie. 


Nieve. 


Nix. 


Neige. 



Granizo. 

Huraedad. 
Kocio. 

Niebla. 

Frio. 

Hiclo. 

Escarcha. 



Grande. 

Humiditas. 
Ros. 

Nebula. 



Grêle. 

Humidité. 
Rosée. 

Brouillard. 



Frigidus. Froid. 

Gelu , glacies. Glace. 
Pruina. Gelée blanche. 



V. — Végétaux; leurs parties et leurs produits. 



Belarjakindea, bclarrenezagea. 

Zuhatza. 

Sustraya, erroa, funtza, betarra. 

Zorlena , cliortena , zurtoina , ) 

ocia , gara. ) 

Motea, ninica. 
Lora , motea , leca . 
Ostoa , ostroa, orria. 
Lorea , lora. 
Ostaleac. 

Frula, frutca, alorta. 
Acia , belarracia. 
Arecha, suhaitza, L. ; arbola , / 

L. et Itz. I 

Belharra, bedarra , L. ; hierba. 
Adarra. 

Zulondea, zucoitza, ondoa. 
Aritza , arecha. 
Arica , ezcurra. 
Ezcurra , ezcurracia. 
Zi. 

Gastai'ia. 
Pagoa, fagoa. 



Botanica. 


Botanices. 


Botanique. 


Végétal. 


Planta. 


Plante. 


Ralz. 


Radix. 


Racine. 


Tallo. 


Scapus, caulis. 


Tige. 


Brota en losarboles Gemma. 


Bourgeon. 


Brola ea las flores Calix. 


Calice (de lleur). 


Oja. 


Frons, folium, 


, Feuille. 


Flor. 


Flos. 


Fleur. 


Bayas. 


Baccas. 


Baies. 


Frula. 


Fructus. 


Fruit. 


Semen, semilla 


. Semen. 


Graine , semence 


Arbol. 


Arbor. 


Arbre. 


Yerba . 


Herba. 


Herbe. 


Brazo, rama. 


Ranius. 


Branche. 


Tronco. 


Truncus. 


Tronc d'arbre. 


Roble. 


Robur. 


Chêne. 


Encina. 


Quercus ilex. 


Chêne vert. 


Bellota. 


Glans. 


Gland comestible 


Borla. 


Glans. 


Gland. 


Castaiio. 


Castanea 


Châtaignier. 


Haya. 


Fagus. 


Hêtre. 



598 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


UIIN. 


FRANÇAIS, 


Picozoroa. 


Sicomoro. 


Sycomorus. 


Sycomore. 


Ezpela , urrosta. 


Box. 


Buxus. 


Uuis. 


Zu marra. 


Alamo negro. 


Ulmus. 


Orme. 


Cipresa , necosta. 


Cipres. 


Cupressas. 


Cyprès. 


Pinua , pinoa. 


Pino. 


Pinus. 


Pin. 


Abetoa. 


Abelo. 


Abies. 


Sapin. 


Agina. 


Tejo, tejoD. 


Taxus. 


If. 


Gorostia. 


Acebo. 


Ulex aquifolium Houx. 


Urriza. 


Avellano. 


Corylus. 


Coudrier, noisetier. 


Urra. 


Avellana. 


Avelana. 


Aieline, noisette 


Inchaurra , nogerra. 


Nogal. 


Juglans regia. 


Noyer. 


Incliourra , ellzaurra. 


Nuez. 


Nux. 


Noix. 


Tea. 


Te. 


Tliea. 


Thè. 


Cafea. haba ismiila. 


Café. 


Cofœum . 


Café. 


Pillaltuna , mingrana. 


Granada. 


Malum punicum Grenade. 


Matsa , mastia , aiheiia. 


Vid. 


Vilis. 


Vigne. 


Oliva, olivoa. 


Oliva, olivo. 


Olea , oliva. 


Olivier. 


Larana, larandia , naranjoa. 


Naranjû. 


Malus aurantia 


. Oranger. 


Cidroa. 


Çedro. 


Citrus medica. 


Citronnier. 


Cidra. 


Limon. 


Citruni. 


Citron. 


Arana , ocarana. 


Ciruelo 


Prunus. 


Prunier. 


Albercliiga. 


Albaricoque. 


Prunus arme- 
niaca , L. 


■ Abricot. 


Mirchica ( har). 


Melocoton. 


Porsicura. 


Pèche (fruit). 


Sagarra (har). 


Manzana. 


Malum. 


Pomme. 


Marrabidia, malluguidia, L. 


Fresal. 


Fragarla. 


Fraisier. 


Chirivia. 


Chirivia. 


Siser. 


Chervi. 


Otzeri'i. 


Cicuta. 


Cicuta. 


Ciguë. 


Garraisca. 


Cidroncla. 


Artomisia pontica 


, Citronelle. 


Gireguzkia 


Girasol. 


Heliotropium. 


Héliotrope ? 


Erramua , enenotza , L. ; Ju- 


! Laurel. 


Laurus. 


Laurier. 


lusraia, Itz? 








Erruibarboa. 


Ruibarbo. 


Bhabarbarum. 


Rhubarbe. 


Meloya , meloca , moloya. 


Melon 


Melopepo. 


Melon. 


Angurria. 


Sandia , melon 


Cucurbita an- 


• Pastèque. 




de agua. 


guria. 




Khuia (A. ) 


Calabaza. 


Cucurbita. 


Citrouille. 


Aza , L. ; beiroa , fr. 


Col, berza. 


Brassica. 


Chou. 


Garbantzua. 


Garbanzos 


Ciccr. 


Pois chiche. 


Ilarra, Itz. 


Guisante. 


Pisum. 


Pois. 


Gorroba. 


Aganobo, arveja Vicia. 


Vesce. 


Illarra. 


Arveja. 


Ervilia. 


Ers? pois? 


Baba. 


Haba. 


Faba. 


Fève. 


Baberrumac , maillarrac, iii- 


Âlubias, judias 


. Phaseolus. 


Haricot. 


dia babac; hilara, Itz. 






Dilisla, chilistea, L.; nan- 
tilla , Hz. 


Lenteja. 


Lens. 


Lentille. 


Datila. 


Datil. 


Fructus palmae. 


Datte. 



599 



BASQDE. 


ESPAGNOL. 


LAIIN. 


FRANÇAIS. 


Lirio.i , lilia , lilioa. 


Lirio. 


Lilium. 


Lys. 


Zabila , belarniintza. 


Aloe. 


Aloe. 


Aloès (plante). 


Baratzuria , baracatza. 


Ajo. 


Allium. 


Ail. 


Tipula, kipula. 


Cebolla. 


Ca;pa . 


Oignon. 


Ihia ( A. ), ia, ja , L. 


Junco. 


Juncu.«. 


Le jonc. 


Garia , ocaya , L. ; ogija , 


fr. Trigo. 


Triticura. 


Blé ( plante ). 


Cecalea , cikiroa, cekela , 


ce- 1 „ 






kelea. 


Centeno. 


Seca le. 


Seigle. 


Garagarra, L. , Moraina, 


fr. ? Cebada. 


Hordeum. 


Orge. 


Oloa , L. ; chercspluna , fr 


. ? Avena. 


Avena. 


Avoine. 


Maiza, artoa, L. 


Maiz . 


Maïs. 


Maïs. 


Arroza, I,.; irisa, fr. 


Arroz. 


Oryza . 


Riz. 


Goroldioa , oroldioa. 


Moho, musgo 


. Muscus. 


Mousse (plante) 


Zuricacha. 


Brezo. 


Erica. 


Bruyère. 


Altzbelaira. 


Escabiosa. 


Scabio.ia. 


Scabieuse. 


Ciursa. 


Eaphorbio (arbolj. Eupbarbium. 


Eapherbe (plante). 


Osifia, osin8, asnna. 


Ortiga. 


Uriica. 


Ortie. 


Calamua , L. 


Cailamo. 


Cannabis. 


Chanvre. 


Lizuna, lizunqueria. 


Moho (del pan) 


. Mucor. 


Moisissure. 


ZumiDtza. 


Aloe, linalve. 


Agallochum. 


Bois d'aloës. 


Linabera. 


Algodon. 


Gossypium. 


Coton. 


Canela , L. , Hz. 


Canela. 


CinnamoDinm 


Canelle. 


Pimiila, piperra. L.; bipera, 


Hz. Pimienta. 


Piper. 


Poivre. 


Inchaur, muscalua. 


Moscada. 


Moschala nux. 


Muscade. 


Belarurdiila. 


Afii! 


Indicum. 


Indigo 


Urrillza. 


Girode. 


Caryophyllum. 


Girolle. 


Erresina. 


Résina. 


Résina. 


Résine. 


Ganuskiaren Heurta. 


Trementina, 


Terebenlhina. 


Téré')entliine. 


Licurta, iicalca. 


Goma. 


Gunimi. 


Gomme. 




VI. — animaux. 




Ihizia (A.). 


Animal. 


Animal. 


Gibier. 


Aberca, abrea, animalia. 


Animal. 


Animal. 


Animal. 


Lurtarra. 


An. terrestre. 


An. terrestris, 


An. terrestre. 


U narra. 


An. acuatico. 


Aquatil. 


An. aquatique. 


Urlurrecoa. 


An. amObio. 


Amphibium. 


An. amphibie. 


Aicetiarra. 


An. volatil. 


An. volatile. 


Volatile. 


Lavoinduna 


An. cuadrupedo. Quadrupes. 


Ouadrupi'-de. 


Ointzagea. 


An. reptil. 


Reptile. 


Reptile. 


Aninialiacboa , aberechoa. 


Animalejo. 


Animalculum. 


Animalcule. 


Bizaberac. 


Inscclo. 


Insectum. 


Insecte. 


Guiiona. 


Hombre. 


Homo. 


Homme. 


Emacumca , andiea , andracii- i 






mea, Emaztekia. 


î Muger. 


Mujier, facmini, 


Femme, 



600 



BASyUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Emazlea. 


Muger casada. 


Uxor. 


Femme mariée. 


Arra. 


Macho. 


Mas. 


Mâle. 


Emea. 


Hembra. 


Fsemina. 


Femelle. 


Cliimua. 


f ono. 


Siraius. 


Singe. 


Artza. 


Oso, 


Ursus. 


Ours. 


Azoenarra, 


Tejon, tarugo. 


Melis. 


Blaireau. 


Misaria, musarra. 


Marmota. 


Mus montanus Marmotte, 
a rctomys mar- 






mota, L. 




Calua, L 


Gato, gâta. 


Felis, catus. 


Chat. 


Lelioya. 


Léon. 


Léo. 


Lion. 


Catamotza? L. 


Tigre. 


Tigris. 


Tigre. 


Leoinavarra? 


Leopardo. 


Léopard us. 


Léopard. 


Leoiarremea"! 


Onza. 


Panthera. 


Panthère. 


Lincea^ 


Lince. 


Lynx. 


Lynx. 


Armiria, armifioa. 


Armiiio. 


Mus ponticus. 


Hermine. 


Erbinudea, pirocha, ogigastaya 


Comadreja. 


Mustella. 


Belette. 


Pitosa , piztia, udoa, mierlea, 
catacuisaneha , martea. 


[ Garduna. 


Muztella. 


Martre ou fouine? 


Udoa, uncliarla. 


Huron. 


Viverra , L. 


Furet. 


Caturdea. 


Ichneumon. 


Ichneumon. 


Ichneumon. 


Otsoa, L.; oxoa , Itz. , A. 


Lobo. 


Lupus. 


Loup. 


Zacurra, chacurra, ora, potzoa 


Perro. 


^ Canis. 


Chien. 


Azeria. 


Zorro. 


* Valpes. 


Renard. 


Hiena. 


lena. 


Hyena. 


Hyène. 


Basurdea. 


Jabali. 


Aper. 


Sanglier. 


Cherria, charria, L. ; urde, Itz 


Puerco. 


Perçus. 


Porc. 


Elefandia. 


Elefante. 


Elephas. 


Éléphant. 


Abere adar bacocha 


Rinoceronte. 


Rhinocéros. 


Rhinocéros. 


Ibaizaldia. 


Hipopotamo. 


Hippopotamus. 


Hippopotame. 


Zaldia, L. ; zamaria , Har. 


Caballo. 


Equus. 


Cheval. 


Astoa , L. ; astuca, Hz. 


Asno, burro. 


Asinus. 


Ane. 


Cecena , L. 


Toro. 


Taurus. 


Taureau. 


Idia, L. 


Buey. 


Bos. 


Bœuf. 


Beia. 


Vaca. 


Vacca. 


Vache. 


Basauntza, arcaitzauntza , L. 


Gamuza. 


Rupicapra. 


Chamois. 


Orefia , orina , L.; Orkhatr. 
orefimea , Ar. 


Cierro. 


Cervus. 


Cerf, biche. 


Gamelica, L. 


Camello. 


Camclus. 


Chameau. 


Vieuna , basaunza motabat. 


Vicuila. 


Capra peruana 


Vigogne. 


Akerra. 


Macho de cabra 


. Hircus. 


Bouc. 


Untza. 


Cabra . 


Capra. 


Chèvre. 


Aria. 


Carncro. 


Aries. 


Bélier. 


Chiquiroa , L. ; Aharia , Itz. 


CarnerocastradoVervex. 


Mouton. 


Aricho, L. ; achari , A. 


Cordcro. 


Agnus. 


Agneau. 


Erbia. 


Liebre. 


Lc'pus 


Lièvre. 


Unchia , conejua , L. 


Coiiejo. 


Cuniculus. 


Lapin. 


Sagua, sabua. 


Soriza. 


Sorex. 


Souris. 



601 



i 



nASQUE. 


ESPAGNOL 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Arratoya, erratoya. 


Raton. 


Mus. 


Rat. 


Basacua, liimisaira. 


Liron. 


Glis. 


Loir. 


Tiicua, kirikina, sagarroia. 


Erizo. 


Erinaceos,eciiiDus 


. Ht'i'isson. 


Satorra , satsuria. • 


Topo. 


Talpa. 


Taupe. 


Clicrritricua , tatoa. 


Tato. 


Tatus. 


Tatou. 


Balena. 


Balena. 


Balena. 


Baleine. 


Adar bacocha. 


Unicornio. 


Unicoinis, mo- 
noccros. 


Naraal? 


Soriba, Ite. ; egaztia, egaztina 


. Ave. 


Avis. 


Oiseau. 


Egoa , L. ; heggala , Itz. 


Ala. 


Al». 


Aile. 


Egatsa. 


Pluma. 


Plumo. 


Plume. 


Mocoa, aolzia, L. ; matura, lU 


. Pico. 


Rostrum. 


Bec. 


Ananoa. 


Aguila. 


Aquila. 


Aigle. 


Buzoca , saya . 


Builre. 


Vultur. 


Vautour. 


Mozolloa. 


Mochuelo. 


Noctua. 


Chouette. 


Cucua. 


Cnclillo. 


Cuculus. 


Coucou. 


Enada, elaya , ainliara, L. 


Golondiina. 


Hirundo. 


Hirondelle. 


Clioarrea, curroca, ecliachoica, 
ormochoria , parrachoiia. 


Gorrion, pardal Passer. 


Moineau. 


Erresinola. 


Ruisenor. 


Luscinia. 


Rossignol. 


Buztanicara. 


Chirivia. 


Motscilla. 


Fauvette? 


Loroa , L. ; Perucela , Itz 


Papagayo. 


Psittacus 


Perroquet. 


Okilla, catachoria, aotzilaria. 


Pico, picama- 


- Picus. 


Pic, pivert, bec- 




deros. 




bois. 


Sayea. 


Avestruz. 


Slruthio-cainelus. 


Autruche. 


Egazterrena. 


Pavo leal. 


Pavo. 


Paon. 


Indiollarra ollapavoa? L. ; in- 
dioiloa, Itz. 


Pavo. 


Gallus indicus. 


Dindon. 


Nauderra , faisana. 


Faisan. 


Phasianus. 


Faisan. 


Ollarra, L.; oiloa cocorasra, 
Hz.; oillarra, Ar. 


j Galle. 


Gallus. 


Coq. 


Oilloa. 


Gailina. 


Gailina. 


Poule. 


Eperra. 


Perdiz. 


Pcrdix. 


Perdrix. 


Usacumea , ussoa. 


Pichon. 


Coluraba. 


Pigeon. 


Belea , belaa , erroya , belija , 
Itz.; belia, Ar. 


Cuervo. 


Corvus. 


Corbeau. 


Belcharga. 


Cisne. 


Cygnus. 


Cygne. 


Anizarra, L. ; ancara. Itz. 


Oca , aasar, gaozo Anser. 


Oie. 


Atea , alaa , alialea , L. ; alia- 
tea, Itz. 


1 Anade. 


Anas. 


Canard. 


Suguea. 


Culebra. 


Coluber. 


Couleuvre. 


Sugamsta, L. ; subija, Hz. 


Sierpe, serpientcSerpens. 


Serpent. 


Sugue lotaria. 


Aspid. 


Aspis. 


Aspic. 


Ciraua , ceraua. 


Vibora. 


Vipera. 


Vipère. 


Crocodiloa. 


Cocodrilo. 


Crocodilus. 


Crocodile. 


Muskerra. 


Lagarlo. 


Laccrla. 


Lézard. 


Zapoa; apoa, L. , Hz. 


Sapo, escuerzo 


. Bul'o. 


Crapaud. 


Iguela , iiigucla , zarrapoa , 
ugarayoa. 


1 Rana. 


Rana. 


Grenouille. 



(j()2 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Arrai, L. ; arraina , L. , Itz. 


Pt'scado. 


Piscis. 


Poisson. 


Arraizpata. 


Espiida. 


Xipliias. 


Espadon ( pois- 
son ). 


Ugotsa , caboca , Hz. 


Sollo. 


Lucius. 


Brochet. 


Amurraya , amuarraina , ar- 
rancaria. 


j Trucha. 


Tructa. 


Truite. 


Izokia 


Salnion. 


Salmo. 


Saumon. 


Carpa , L. 


Carpia. 


Cyprinus. 


Carpe. 


Lrgatza, lebatza. 


Merluza. 


Merlus. 


Merlus. 


Bacaillaba. 


Hacalao, abadejo. 


, Morua. 


Morue. 


Sardifia igarra. 


Arenque. 


Harengus. 


Hareng. 


Atuna. 


Atun. 


Tliinnus 


Thon 


Goizcata. 


Esturion, sollo. 


. Sturio. 


Esturgeon. 


Sortarraya? 


Torpcdo treiuielga. Torpédo. 


Torpille. 


Aiiigira, L. : ancgira , Itz. 


Anguila. 


Anguila. 


Anguille. 


Camarroa , cliangurrua , amar- 
ra , amaratza. 


1 Cangrejo. 


Cancer marinus 


;. Cancre. 


Arrabioa. lupua. 


Escorpiun, alacraa 


. Scorpio. 


Scorpion. 


Armiaima. 


Arafia. 


Aranea. 


Araignée. 


Amama , amelauna. 


Telaraila. 


Aranea; tela. 


Toile d'araifnie 


ArbLsca. 


Insecto. 


Insectum. 


Insecte. 


Erica. 


Abeja. 


Apis. 


Abeille. 


Chingurria, chinduiria , clii- 
naunia. 


Hormiga. 


Formica. 


Fourmi. 


Eiilia , ulia. 


Mosca. 


Musca. 


Mouche. 


Elchoa, ellzoa. 


Mosquito. 


Culex. 


Cousin (insecte) 


Larrapotea, otiya, otliia. 


Langosla, sal- 
ta régla. 


Locusta. 


Saute.-ellc. 


Chimica. 


Chinclie. 


Cimes. 


Punaise. 


Cucusa, arcacusoa, ardia , L. ; 
cucusua , Hz. 


j Pulga. 


Pulex. 


Puce. 


Zorria, L. ; corija , Itz. 


Piojo. 


Pediculus. 


Pou. 


Gusonoa. 


Gusanodeseda. 


Borabix. 


Ver à soie. 


Arra , gachoa. 


Gusano. 


Veiinis. 


Ver. 


Izaya , izaina. 


Sanguijuela. 


Hirudo. 


Sangsue. 


Lapa, Magurioa. 


Marisco. 


Conch» marina; Coquille. 


Ostra , ostrea. 


Ostra. 


Ostrea. 


Huître. 


Cliirlac. 


Almeja. 


Modiola? 


Moule. 


Altistea perla. 


Perla. 


Margarita. 


Perle. 


Arrokia, belokia , ezpoinia. 


Esponja. 


Spongia. 


Épouge. 



VII. — Anatomie et Physiologie. 



Ilillcuskera. 

Aberca , abrca , animalia. 

Aberea , abrea, atzieiida. 



Analomia. Aualome. Anatomie. 

Animal. Animal. Animal. 

Bestia , bruto. Bestia. Bfte. 



603 



BASQUB. 

Gorputza. 

Frinlza, larraea , narmea. 

Incerilia. 

Burua. 

Arpegia , aurpegia , begitar- 

tea, bisaya. 
Belaguiria , irudia. 

Ocotza , cocolza. 
Bizarra, bidarra. 
llea, ulea, biloa. 



LATIN 



FRANÇAIS. 



Cuorpo. 

Cutis. 
Siulor. 
Cabcza . 

Cara, rostro. Os, oris. 

Pareccr del ros- 
tro. 
Barba. 
Barba. 
Pclo. 



Corpus. Le corps. 

Cutis. Peau. 

Sudor. Sueur. 

Caput. Tête. 

Visage, face. 

Oris apparenlia. Mine, physio- 
nomie. 

Meratum. Menton. 

Barba. Barbe. 

Pilus, capillus Poil, laine, che- 
veu. 



Munen, muna, muîia, L. ; ba- ( 
resarca , Hz. ' 

Burmuna, L. Cercbelo? 

Goraiùa. Nervio. 

Bidadigarria. Sensibilidad. 

Lela, loloa, gueza, aula, goza. Insipidez. 
Adilua, gosartua, zenzu. Entcndimiento 



Sesos, cerebro. Cerebrum. 

Cerebellum ? 

Nervus. 

Sensibililas. 

Insipidilas. 

Intellectus. 



i 



Irudia , irudetsia. 

Irudeslea , irudikiila , irudi- 

gillea. 
Burua. 

Izpiritia ( A ). 
Becokia , betondoa , copeta , 

belarra , belarria. 
Btcinla , bepurua 
Begia . 
Icustea. 

Sudurra, surra. 
Usaya , usaûa. 
Usila, usma , usaikina. 
Aoa , aboa, auba, aba. 
Mia, mihia, Diiûa, niingafia. 
Asbida. 

Bozon , Aozquia. 
Ortza. 
MarOIa. 
Belarria, bearria. 



Imaginacion. Imaginatio. 



Imaginativa. 

Caletre. 
Espiritu. 

Frente. 

Cejo. 

Ojo. 

Vision. 

Nariz. 

Olor. 

Olfato. 

Boca. 

Lengua. 

Laringe. 

Voz. 

Diente. 

Marfil. 

Oreja, oido. 



Bizcaya, L. Miembro. 

Bczoa, L. ; sarcea, Hz. Brazo. 

Bernea, zancoa, aztala, bcr- 



nazakia, L. 
Escua. 



I Pierna. 
Ma no. 



Facultas ima- 

ginendi. 
Mens . 
Spirilus. 

Frons. 

Supercliura. 

Goulus. 

Visio 

Nasus, nares. 

Odor. 

Odoratus. 

Bucca. 

Lingua. 

Laryni. 

Vox. 

Dens. 

Ebur. 

Auris. 

Mcmbruni. 
Brachiuin. 

Crus. 

Manus. 



fa- 



Cerveau. 

Cervelet? 

Nerf. 

Sensibilité. 

Insipidité. 

Intelligence, 
culte. 

Imagination, in- 
vention. 

Imagination, fa- 
culté. 

Esprit. 

L'esprit. 

Front. 

Sourcil. 
Œil. 
Vision. 
Nez. 
Odeur. 

Odorat , olfacl" 
Bouche. 
Langue. 
Larynx. 
Voix. 
Dent. 
Ivoire. 

Oreille (son, au- 
dition ). 
Membre. 
Bras. 

Jambes. 

Main, 



604 



B4SQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FUANÇAIS. 


Ona, oifia, L.; cangoa, Har. 


Pie. 


Pes. 


Pied. 


Alza , liealza , crliia , L. ; i 


! Dedo. 


Dix. 


Doigt. 


liura , Itz. 


\ 






Lepoa, iduna, garrondon. 


Cerviz. 


Cervix. 


Cou? 


Sobalda, lesaburna, soina, soina. 


, Hombro. 


Humérus. 


Épaule. 


Bularia, L.; bularac, Itz. 


Pecho. 


Pentus. 


Poitrine. 


Sabela, L. 


Vientrc. 


Venter. 


Abdomen, ventre 


Muna, mufia, mamia. 


Tuetano. 


Medulla. 


Moelle. 


Gartzurra. 


Vertebra 


Vertebra. 


Vertèbre. 


Sayetsac , sayet sezurrac , al- 


[ Costilla. 


Costa. 


Côte. 


boco ezurrar . 








Bacia. 


Bacin. 


Pelvis. 


Bassin. 


Nasarkia. 


Miisculo. 


Musculus. 


Muscle. 


Haragia , okela. 


Carne. 


Caro. 


Chair (viande). 


Zaintulea. 


Tendon. 


Tendo. 


Tendon. 


Barbillea. 


Contiaccion. 


Contraclio. 


Contraction. 


Ulzequia, bustana, hopa. 


Cola. 


Cauda. 


Queue. 


Belaiina , belafia. 


Rûdilla. 


Genu, poples. 


Genou; jarret. 


Ucondoa, ucalondoa, besacoscoa Codo. 


Cubitus. 


Coude. 


Esqueletoa, eztir, azurrutza. 


Esquelelo. 


Ossa arliculata 


. Squelette. 


Ezurra, azurra, L. ; estcija, Itz 


. Hueso. 


Os. 


Os. 


Titia, ditia, ugatza. empia. 


Teta , pecbo. 


Mamma. 


Maranielles. 


Bularra, ugatza, boillczna. 


Pecbodemuger 


. Mammse. 


Sein. 


Eznea 


Lèche. 


Lac. 


Lait. 


Biria, birica , biriac, biricac. 


Pulmon, livienc 


1 Pulmo. 


Poumon. 


Atsedea, atra, asnasea, «rnasea 


. Respiracion. 


Respiratio. 


Respiration. 


Bicia , bicitza. 


Vida. 


Vita. 


Vie. 


lia, illa, balbea. 


Mueile, muertc 


1. Mortuus, mors 


.. Mort. 


Biotza. 


Corazon. 


Cor. 


Cœur. 


Zafia, zaifia, zaina. 


Vena. 


Vena. 


Veine. 


Arleiia. 


Arteria. 


Arteria. 


Artère. 


Lazaflac. 


Carotida. 


Carotida. 


Carotide. 


Odola . 


Sangre. 


Sanguls. 


Sang. 


BoUagira, ingurandea. 


Circulacion. 


Circula tio. 


Circulation 


Egostokia, estomago, urdal- 


\ 






la , L. ; urdabila , esto- 


Esloniago. 


Gaster. 


Estomac. 


maca, Itz. 








Mora, eslea, estzea, L. ; tri- 


Intestino. 


Intestinum. 


Intestin. 


pac , Itz. 








Legosia . 


Qullo. 


Chylus. 


Chyle. 


Chegosketa , chpgoskera , era- 


Digestion. 


Digestio. 


Digestion. 


jatea, Ichiriz.tea , ecboitza. 








Gibela. 


nigadfl, bepar 


. Jecur, bepar. 


Foie. 


Supita, erracita? colera? 


Colera. 


Bilis. 


Bile. 


Barea. 


Bazo, raelza. 


Splcn. 


Rate, 


Gillzurruna , guntzurruna. 


Riilon. 


Ren. 


Rein. 


Bisiga , mascuria. 


Vejiga. 


Vcsica. 


Vessie. 


Pysia , cbysya, gernua, garnura. Orina. 


Urina. 


Urine. 



605 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


ERANÇAIS. 


Verga. 


Verga. 


Virga. 


Verge. 


Barrabilla. 


Testicule. 


Teslieulus. 


Testicule. 


Acia. 


Esperraa. 


Semen. 


Sperme. 


Emasabela. 


Utero. 


Utérus. 


Matrice. 


Illodolizea , ilbetcUea. 


Menstruacion. 


Menstruatio. 


Menstruation. 


Airaultza. 


Huevo. 


Ovum. 


Œuf. 


llumekia. 


Feio. 


Fœtus. 


Foetus. 


Cliilbora, cila. 


Ombligo. 


Ombilieus. 


Ombilic, nombril 


Limuria , labana. 


Lubrico. 


Lubricus. 


Lubrique. 


Eraajaulzea, andrakda, pail- 
lardiza. 


Foniicacion. 


Fornicatio. 


Fornication. 


Errun. 


Ovar. 


Ovum parère. 


Pondre. 


Seboa, Ciboa, bicorra. 


Sei)0. 


Sébum. 


Suif. 


Fuilcorra , saifia, sain. 


Manteca. 


Axonge. 


Saindoux. 


Coipea , gantza. 


Grasa. 


Adeps. 


Graisse. 


Lumera, urina. 


Grasa de ba- 


Balenaj pin- 


Huile de baleine 




Ilena. 


guedo. 




Azala, atzazala, azcazala. 


Ufia. 


Unguis. 


Ongle. 


Aztaparra. 


Garra. 


Unguis. 


Griire. 


Adaira. 


Cuerno. 


Cornu. 


Corne. 


Croca , chungurra , burcoilia , 


Giba , joroba. 


Gibbus. 


Bosse. 


cuncurra. 


\ ' 






Aurdcra, scindera. 


Infancia, nifiez 


. Infantia. 


Enfance. 


Gaztelasuna , nerabetasuna. 


Juventud , mo- 
cedad. 


-Juventus. 


Jeunesse. 


Zartza, zarrera , zarraldia. 


Vejez. 


Senoctus. 


Vieillesse. 


Galordea. 


Nutricion. 


Nutritio. 


Nutrition. 


Basca, janaria, othoraza. 


Aliniento , sus- 


- Gibus. 


Aliment, nour- 




tento. 




riture. 


Edaria. 


Bebida. 


Potus. 


Boisson , keuT.ige. 


Gosca , aniia . 


Hambre. 


Famés. 


Faim. 


Egarria , edayalea. 


Sed, ansia. 


Sitis. 


Soif. 


Bidutzia, gucyurlia. 


Monstruo. 


Monstrum. 


Monstre. 



VIII. — Ethnologie. 



, Gcneracion. 



Natio. 
Generatio. 



Dicrria. Nacion 

Encartea , encartza , encar- | 

meta, samantza. 
Arraca, leinna , etorkia. Linage, cstirpe, Genus, slirps. Race. 

raza. 
Humeac, sumeac. Proie. Proies. Race. 



Nation. 
Génération. 



39 



606 



BASQUE. 

Gendca. 

Mota , mueta. 

Alla. 

Ama. 

Semea. 

Alaba. 

Anaya , anagea. noiiea. 

Arreba ( sœur du frère ). 

Aizpa, aizla(sœurdelasœur). 

Osaba. 

Illoba, illobea , senidumea. 

Gusua. 

Europarra , europaeoa. 

A.«iarra , asiatarra. 

InUiarra, indialarra. 



ESPAGNOL. 


LATIN. 


CRANÇAIS. 


Gente. 


Gens. 


Peuple. 


Linage, especie 


. Genus, spccies. 


Genre, espèce 


Padre. 


Pater. 


Père. 


Madré. 


Maler. 


Mère. 


Hijo. 


Filius. 


Fils. 


Hija. 


Filia, 


Fille. 


Hcrmano. 


Frater. 


Frère. 


Hermana. 


Soror. 


Sœur. 


Tio. 


Avunculus. 


Oncle. 


Sobrino. 


Sobrinus. 


Neveu. 


Primo. 


Consobrinus. 


Cousin. 


Europeo. 


Europœus. 


Européen. 


Asiatico. 


Asiaticus. 


Asiatique. 


ludiano. 


Indicus. 


Indien. 



IX. — Pathologie, Médecine. 



Sendakindea, éruskindea. 


Medicina. 


Medecina. 


IWédecine. 


Barber ( Archu , Labourt ). 


Medico, 


Medicus. 


Médecin, barbier 


Erjakindea, lainjakindea. 


Patologia. 


Pathologia. 


Pathologie. 


Osakintza. 


Cirugia. 


Cliirurgia. 


Chirurgie. 


Obratu, ekin. 


Operar. 


Opéra ri. 


Opérer. 


Senda, gallintza, sendacaikinza 


. Farmacia. 


Pharmacia. 


Pharmacie. 


Curatu, gerilu, scndagaitu. 


Curar. 


Curare, sanarc 


. Guérir. 


Eria, gaisotasuna, erarzuna. 


Enfermedad . 


Infirmitas, moi 


- Maladie, inflr- 






bus. 


milé. 


Balioza. 


Valide. 


Validus. 


Valide. 


Elgaitsa, sucarra, beroa, ba- 


/ „ 






damina. 


Calentura. 


Febris. 


Fièvre. 


Errabia. 


Rabia. 


Rabies. 


Rage. 


Birikeria , biricaniifia. 


Pulmonia. 


Pulmonia. 


Pneumonie. 


Gozaiilcn galcordca. 


Par.ilisis, perlesia 


. Paralysis. 


Paralysie. 


Ere, erotu. 


Perder el juicio In insaniam in 


- Déraisonner (de- 






cidere. 


venir fou ). 


Usuria. 


Dysuria. 


Dysuria. 


Dysurie. 


Sabeldarsuna. 


Dysenteria. 


Dysenteria. 


Dysenterie. 


Suazala. 


Erysipela. 


Erysipelas. 


Érysipèle. 


Maizanarra, susterra. 


Herpès. 


Herpès. 


Dartre. 


Supitzaya. 


Eai peine. 


Impétigo. 


Impétigo. 


Legenarra, sorayotasuna. 


Lepra . 


Lepra. 


Lèpre. 


Legen bellza. 


Elefancia. 


Elephantia. 


Éléphantiasis. 


Zauria. 


Ulcéra. 


Ulcus. 


Ulcère. 


Minbicia , minjalea. 


Cancer. 


Cancer. 


Cancer (maladie) 



(Î07 



IIASyUE. 

Autsia. 

Guiltzagea, locazurguelu. 
Zoina, guerlia, licustcla. 
Usiu , ulsitu. 
Ustutzca , ulsilutzca. 
Sangria , zancia. 



ESPAGNOL. 



UTIN. 



Sualea. 

Ira , pozoina , edcna , 
iioa , vcncnoa. 



FRANÇAIS. 



Ouebrado. Fraclus. Rompu , cassé. 

Descoyuntura. Luxalio. Luxation. 

Pus. Pus. Pus. 

Evacuar Evacuare. Évacuer. 

Evacuacion. Evacualio. Évacuation. 

Sangria. Vena!seciio,san-.Saignce. 

guinis missio 
Boton dé fuego. Cauteriumigni- Cauttre. 

tum. 



mène- | 



Vcneno. 



Venenum. 



Poison. 



X. — Métaphysique. 



Moicctaliindca. 

Arima , anima. 

Burua. 

Indarni , keniena , erreraanka, 

portidca , sendogoa. 
Bucahagca , ondobagea , at- 

zenbagea. 
Cecaya , gaycza. 
Neurtezdea. 
Ilczcorra , ilezcoya , illezki- 

zuna , illeciila. 
Bicicaya. 
Izana, izatu, izandu, izaitza, 

isantza. 
Cerabea , irozcaya. 
Gorpuschoa. 

Pisca , puisca, parlechoa. 

Pitsa , Fitsa , icabea , ela. 

Era , dembora 

Arica , tocartea. 

Soildura , utsunea. 

Causa. 

Causa, equifioya , cgulllea. 

Arrengoa, causa, cergaticoa, 

cergaticacoa. 
Causa gayezcoa. 
Causa lena , Icnengoa. 
Arrcngo;!. 
Causalu , sorlu , eracarri egin. 



Melafisica. 


Metapbisices. 


Métaphysique. 


Aima. 


Anima 


Ame. 


Caletre. 


Mens. 


Esprit. 


Fucria . 


Vis. 


Force. 


1 Influidad , in- 


■ Infinitas, infini 


i-InOnité, infini. 


1 linito. 


tus. 




Imraaierial. 


Immalerialis. 


Iniraatérifl. 


Immensidad. 


Imniensitas. 


Immensité. 


Immortal. 


Immorlalis. 


Immortel. 


Espiritu vilal. 


Spiritus vitalis. 


Esprit vital. 


jser. 


Essenlia. 


Être ( subst. ). 


Maleria. 


Maleria. 


Matière. 


Cuerpccillo, ci 


-Corpusculum. 


Corpuscule. 


to, zuelo. 






Parlicula. 


Parlicula. 


Particule. 


Atomo. 


Atomus. 


Atome. 


Tiempo. 


Tempus. 


Temps, durée. 


Espacio. 


Spatiuni. 


Espace. 


Vacio, cl vacio. 


Vacuum. 


Vide(substantf). 


Causa. 


Causa . 


Cause. 


Causa cSlcicnte 


. Causa efflciens. 


Cause efficiente. 


Causa linal. 


Causa Gnalis. 


Cause finale. 


Causa matcrial. 


. Causa malerialis Cause matérielle 


Causa primera. 


Causa prima. 


Cause première. 


Causal. 


Causalls. 


Causalité. 


Causar. 


Efflccrc, cdere 


.Causer, déter- 




«ignere. 


miner. 



608 



XI. — Arithmétique. 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Cembateen , jaliindea. 


Aiitraetica. 


Ariihmelica. 


Arithmétique. 


Cembalea. 


Numéro. 


Numerus. 


Nombre. 


Batnsuna, balagoa. 


Unidad. 


Unitas. 


Unité. 


Contirbeca, partida. 


Adic on, suma. Sumraa. 


Addition. 


Cerbakitu. 


Sustraccion. 


.Substrahere. 


Soustraire. 


Diaskitea. 


Multiplicaciori 


. Multiplicalio. 


Multiplication 


Ucilu , bercci. 


Dividir. 


Dividere. 


Diviser. 


Uzcuya, uzeoa, uzcura, berczoca Division. 


Divisio. 


Division. 


Dindea , doidoa, lagindea. 


ProporciOD. 


Proportio. 


Proportion. 


Bcrdindea. 


Equacion. 


Equatio. 


Équation. 


Araldea, ondedaira. 


Série. 


Séries. 


Série. 


Ceroa, ciabolla. 


Cero. 


Arithmeiica3 
nota. 


Zéro. 


Âlgebrea. 


Algebra 


Algebra. 


Algèbre. 


Bat. 


Uno, una. 


Unum. 


Un, une. 


Bi. 


Dos. 


Duo. 


Deux. 


Hiru. 


Très. 


Très. 


Trois. 


Lau. 


Quatre. 


Quatuor. 


Quatre. 


Bost. 


Cinco. 


Quinque. 


Cinq. 


Sei. 


Sais. 


Sex. 


Six. 


Zaspi. 


Siete. 


Septem. 


Sept. 


Zoitzi. 


Ocho. 


Oclo. 


Huit. 


Bederatzi. 


Nueve. 


Novcni . 


Neuf. 


Amar. 


Diez. 


Decem. 


Dix. 


Aniaica. 


Onze. 


Undecim. 


Onze. 


Aniabi. 


Doce. 


Duodecira. 


Douze. 


Auiairu. 


Trece. 


Tredecim. 


Treize. 


Ainalau. 


Catorce. 


Quatuordeeira. 


Quatorze. 


Amabost. 


Quince 


Quindecim. 


Quinze. 


A ma sei. 


Diez y seis. 


Sedecim. 


Seize. 


Amazazpi. 


Diez y siete. 


) Sepicmdecim. 
1 Decem et septem 
\ Decem etocto. 


Dix-sept. 


Araazorlzi. 


Diez y ocbo. 


1 Duo de viginti 


^ Dix-huit. 


Emercizi. 


Diez y nueve. 


Decem et novem Dix-neuf. 


Ogei. 


Veinte. 


Viginti. 


Vingt. 


Ogeitabat. 


Vcinte y uno. 


Unus et vigint 


.Vingt et un. 


Ogeilabi. 


Veinte y dos. 


Duo et vigenti. 


Vingt-deux. 


Ogei cta amar. 


Trcinla. 


Triginta. 


Trente. 


Berrogei. 


Cua renia. 


Quadraginta. 


Quarante. 


Beirogei ela amar. 


Cincuenta. 


Qulnquaginta. 


Cinquante. 


Hirurogei. 


Scsenla. 


Sexaginta. 


Soixante. 


Hirurogei eta amar. 


Selenta. 


Sepiuaginta. 


Soixante-dix. 


Laurogei. 


Ochenta. 


Octoginta. 


Quatre-vingts. 



609 



B.VSyUE. 

Laurogei cla amar. 

Eliun. 

Berrehun. 

HirurehuD. 

Milla. 

BirmUla. 

Hirurailla. 

Milliun. 



ESPAGNOL. 


lAIlN 


FRANÇAIS. 


Novcnta. 


Nonoginta. 


Quatre-vingt-di: 


Cieiito. 


Cenlum. 


Cent. 


Doscientos. 


Duccnti. 


Deux cents. 


Trescientos. 


Trecciiti. 


Trois cents. 


Mil. 


Mille. 


Mille. 


Dos mil. 


Duo millia. 


Deux mille. 


Très mil.^ 


Très millia. 


Trois mille. 


Millon. 


Mille millia 


Million. 



XII. — Géométrie. 



Neurtakinda. 

Neurtua . 

Lcuna , cinuza. 

Erodusa. 

Chakezkia. 

Eskina. 

Zocoa, chocoa , bazterra. 

Ciria. 

Camutza, ciacaitza. 

Bidasligoala. 

Bollesia, bollagira, ingura. 

Eidioya, ertcia, centroa. 

Lcrroa, ciluza. 

Marrerdia. 

Arraulzera . itarca. 

Marmacurra , L. 

Hiraurka. 

Ondapea. 

Aldaurkea. 

Aida , aldea , alboa. 

Laurca. 

Zortziaura. 

Leplauntia. 

Aide ascolacoa. 

Seialda , seiaurca. 

Scigaila, 

Geiganlla. 

Plauna. 

Scplauntia, 

Hirgaîla. 

Auzkia, aisala, asyala, naifia. 

Bigancia. 

Boilla, bola, pella. 



Geometria. 

Medida. 

Linea. 

Punto. 

Angulo. 

Esquina. 

Rincon. 

Cuno. 

Obtuso. 

Paralelo. 

Circulo. 

Centro. 

Radio. 

Diaraelro. 

Ovalo. 

Lunula. 

Triangulo. 

Base. 

Hypotenusa. 

Lado. 

Cuadro. 

Octûgono. 

Paralelogramo. 

Poligono. 

Hcxagono. 

Cubo, liexaedro. 

Cubico. 

Piano. 

Paralelipedo. 

Cilindro. 

Superficie. 

Cono. 

Gloho. 



Geometria. Géométrie. 
Hensura, dimeosus Mesure. 

Linea. Ligne. 

Punclum. Point. 

Angulus. Angle. 

Angulus. Angle (saillant) 

Angulus. Angle, coin (an- 
gle rentrant) 

Cuneus. Coin. 

Obtusus. Obtus, camus 

Parcllellus. Parallèle. 

Circulus. Cercle. 

Cenlrum. Centre. 

Radius. Rayon. 

Diameter. Diamètre. 

Ellipsi?. Ellipse, ovale. 

Luniila. Lunule, 

Triangulum. Triangle. 

Basis. Base. 

Hypothenusis. Hypothénuse. 

Latus. Côté. 

Quadrum. Carré. 

Octogonum. Octogone. 
ParallelogramumParallélograrame 

Multilalerus. MuUilatère. 
Hexagonum. 
Cubum. 
Cubicus. 
Planuni. 



Hexagone. 
Cube. 
Cubique. 
Plan. 



Parallelipipedus Parallélipipède. 
Cylindrus. Cylindre. 

Superficies. Superficie. 
Conus Cône. 

Spha;ra. Sphère. 



610 



BASyUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Acha. 


Eje. 


Axis. 


Axe. 


Aurkelougoya. 


Tetraedro. 


Teiracdron. 


Tétraèdre. 


Zortzi. 


Octaedro. 


Octoedrum. 


Oclaèdrc. 


Ogciaurliea. 


Icosaedro. 


Icosaedrum. 


Icosafedre. 


Bcruna, berdincaya. 


Nivel. 


Libella. 


Niveau ( fil à 
plomb). 


Cartajoia. 


Escuadr.i, car- 
ia bon. 


-Norma. 


Équerre. 


Oinkida, ciakida. 


Compas. 


Circinus. 


Compas. 


G ira. 


Giro, cerco. 


Gyrus 


Tour, rond, cercle 


Marroldu. 


Reglar, pautar 


. Delineare. 


Régler, rayer. 


Berunean. 


 plamo. 


Verticalis. 


Vertical, aplomb 



XIII. — Mécanique. (V. industrie. Arts mécaniques.) 



Lancaya , lanabesa. 



Maquina, arliB- Machina. 



cio. 
Aimbastuna. Equilibrio. 

Mugida, ibillia, igina, uherriza. Movimiento. 
Ciya . Cufia . 

Libra. Balanza. 



Machine. 



Ulancaikintza. 



Equilibrium. 


Équilibre. 


Molus 


Mouvement. 


Cuneus. 


Coin. 


Libra. 


Balance. 



Hydrotechuia. Hydrotechnia. Hydrotechnie. 



XIV. — Physique. 



Icctakindea. 


Physica. 


Physica . 


Physique. 


Iceta. 


Naturaleza. 


Natura 


Nature ( collec- 
tion des èlres 
composant l'u- 
nivers ). 


Izaira, izatea, sortiza. 


Naturaleza. 


Natura . 


Nature (considé- 
rée comme 
puissance). 


Gorputza. 


Cucrpo. 


Corpus. 


Corps ( être ma- 
tériel ). 


Gorputz Irincoa. 


Cuerpo denso. 


Corpus densani, 


, Corps dense. 


— argiguroa. 


— diafano 


— transpar. 


— diaphane, 
transpar'. 


— ezakia. 


— fluide. 


— fluiduni. 


— Iluide. 


— aranlia. 


— rcgular. 


— rcgulare. 


— régulier. 


— gogorra. 


— solido. 


— solidum. 


— solide. 



611 



BiSQUB. 




ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Gorputz ostia. 




Cuerpo sonoro. 


Corpus sonorum Corps sonore. 


— argitua. 




— illiiminado - illuminatum — éclairé. 


— a ri fia. 




— levé. 


- levé. 


— léger. 


— arguitsua. 




— luminoso - luminosura 


. — lumineu) 


— arroa. 




— raro. 


- rarum. 


— rare. 


Lodikia , ciokia , trincokia. 


Dell sida d. 


Densitas. 


Densité. 


Beregoitza. 




Elasticidadr 


Elasticitas, vis Élasticité. 








olastica. 




Utsunea. 




Vacio. 


Vacuum. 


Vide. 


Mea. 




Fluido. 


Inanis. 


Fluide. 


Jatorria, etorkia. 




Eraanacion. 


Emanalio. 


Émanation. 


Sendarra. 




Solido. 


Firmus, solidas Solide, ferme. 


Gogorra. 




Duro. 


Durus. 


Dur ( phys. ). 


Zuta, zutina. 




Yerto, tieso, de 
recho. 


- Rigidus. 


Droit, roide. 


Idortaria, chucatzaii 


ia. 


Absorbante 


Absorbons. 


Absorbant. 


Pusca , zatia . 




Pieza, pedazo. 


Pars, portio. 


Partie , pièce 
morceau. 


Biltzea, batzea, biri 


Ibillatzea. 


Agrcgacion. 


Aggregation. 


Aggregation. 


Dia , taldea , pilla , 


molsoa , 


1 Agregado, con- 


- Congeries. 


Assemblage. 


montoya. 




j juntodecosas 




Mospilla . 




Desmocho. 


Parliura mutila 


- Amas de parti 








tarum congeries coupées. 


Otsa. 




Sonido. 


Sonitus. 


Son. 


Pisua . 




Peso. 


Pondus. 


Poids. 


Pisatu. 




Pesar. 


Ponderare. 


Peser. 


Berotu. 




Galet) tar. 


Calefacere. 


Cliauffer. 


Baoa , Kemearra. 




Vapor. 


Vapor. 


Vapeur. 


Bcroa , berotasuna , 


sukindea. 


Calor. 


Calor. 


Chaleur. 


Icuskindea. 




Oplica. 


Optice. 


Optique. 


Argia. 




Luz. 


Lux. 


Lumière. 


Igargikea. 




Opacidad. 


Opacitas. 


Opacité. 


Igarguia. 




Diafanidad, Irans- 
paroDcia. 


Luciditas. 


Transparence. 


Distialu, tistiatu, gaiiargilu. 


BriUar, reliicir, 


Micare. 


Briller, luire. 






resplandecer. 






Mirallla. 




Espejo. 


.Spéculum. 


Miroir. 


Miscrac, Har. 




Anlcojos. 


Perspicillum. 


Lunettes. 


Imana. 




Iiuan. 


Magnes. 


Aimant. 


Itsasorratza. 




Bnijula. 


Pixis nautica. 


Boussole. 



XV. — Chimie 



Lenmena, lenastea. 
Nastua. 



Elcnientd. Elemento, orum Élément. 

Mezclado. Mixtus. Mixtc(romposé 

mélange). 



612 



BASQUE. 


ESPAGNOL- 


lATIN. 


FRANÇAIS. 


Nasiero, naskcra, naspilla. 


Mezcla.mixlur; 


1 Mixtio. 


Mélange. 


Binakidea. 


Combiiiacion. 


Combinatio. 


Combinaison. 


Licura 


Licor. 


Liquor. 


Liqueur. 


I.iac, ondakina. 


Pie 


Sedimentum. 


Sédiment, lie. 


Iraci, iragaci. 


Colar. 


Colare. 


Passer, filtrer- 


Alambicar. 


Alambicar. 


Stillare. 


Distiller. 


Kemearra , baoa. 


Vapor. 


Vapor. 


Vapeur. 


Keraeac, kemearrac. 


Espiritu, vapor, 


. Spiritus. 


Esprit (vapeur). 


Celaustea, kcmcarUaa. 


Evaporacion. 


Evapora lio 


Évapora tion. 


Urlu. 


Dcrretir. 


Liquorc, lique- 
facere. 


Fondre, liquéfler 


Sua. 


Fuego. 


Ignis. 


Feu. 


Garra , carra , bermea. 


Llama. 


Flamma 


Flamme. 


Kea, gea. 


Hurao. 


Fumus. 


Fumée ( vapeur 
apparente). 


Hauxa. 


Ceiiiza. 


Cinis. 


Cendre. 


Maca, macatu. 


Podrirse. 


Putrescere. 


Se putréfier, se 
corrompre. 


Sufrca, L., Itz. 


Azufrc. 


Sulphur. 


Soufre. 


Icalza, iketza. 


Carbon. 


Carbo. 


Charbon. 


Urrea , urregoria . 


Oro 


Aurum. 


Or. 


Cillarra. 


Plala. 


Argenlum. 


Argent. 


Solimana, cillar bicia , azogea. 


Azogue. 


Argenturavivum Mercure ( mé- 






hydrargyrum 


tal. 


Cirraida, estafiua. 


Estailo. 


Stannum. 


Étain. 


Beruna. 


Plomo. 


Plombum. 


Plomb. 


Cebrea, urraida. 


Cobre. 


Cuprum. 


Cuivre. 


Broncea. 


Bronce. 


Œs 


Bronze. 


Burnia, burdina. 


Hicrro. 


Ferrum. 


Fer. 


Cirberukia, peirea. 


Peltre 


Stannum plumbo Alliage de plomb 






admixtuni. 


et d'étain. 


Arminca, bermcjoya. 


Vermellon. 


Cinnabaris 


Vermillon. 


Gatzastea. 


Alcali. 


Alkali. 


Alcali. 


Caliza , edacaya , cdoiitzia , ga- 


- Cal. 


Caix. 


Chaux. 


porra. 








Carobia. 


Homo de cal. 


Calcaria fornax 


. Four h chaux. 


Erdoya, ordoya. 


Cardcnillo. 


jErugo, rubigo. 


Vcrt-de-gris. 


Gatzua. 


Nitro. 


Nilrum. 


Nitre. 


Menoslora. 


Caparrosa. 


Atramcntumsu- 


- Couperose verte 






torii. 


(suif, de fer). 


Anoduna. 


Alumbre. 


Alumnus. 


Alun. 


Licurta indietaca. 


Atincar, borax. 


Borax. 


Borax. 


Beira , beirakia , vidrioa. 


Vidrio. 


Vilrum. 


Verre. 


Naulurrea. 


Esmallfc. 


Encausliim. 


Émail. 


Ozpina, arlacha, vinagrca. 


Vinagre 


Acetum. 


Vinaigre. 


Cupritsa. 


Vcrdete. 


^rugo 


Vert-de-gris. 


Liardora. 


Tarlaro. 


Tartarus. 


Tartre. 


Upezmea. 


Cremor tartaro 


, Cremor tarlari 


Crime de tartre. 



613 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Azuciea. 


Azucar. 


Saccharura. 


Sucre. 


Olioa. 


Aceite. 


Olcum. 


Huile. 


Ardoa, ardaua, arnoa, matsa, 
11 oa. 


Vino. 


Vinum. 


Vin. 


Sagarnoa. 


Cidra. 


Vinum è malis. 


Cidre. 


Gdrarnoa. 


Cerbeza. 


Cerevisia. 


Bière. 


Uricekia , urecioa , iicartua , 
usutua. 


Aguardiente. 


Spiritus vini. 


Eau-de-vie. 


Tinta, coransia. 


Tinta. 


Atianientum. 


Encre. 


Tintura , ganihustea , coranstea 


, Tintura. 


Tinctura. 


Teinture. 


LaiTua , narrua. 


Piel, cuero. 


Pellis, corium. 


, Peau, cuir. 


Ezlia. 


Miel. 


Mellis. 


Miel. 


Ez coa, arguzagia, argicaya, 
ezkidca. 


{cera. 


Cera. 


Cire. 


Chaboya , salboina , jaboca. 


Jabon. 


Sapo. 


Savon. 


Urrekintza. 


Âlquimia. 


Alchimia. 


Alchimie. 


Eraldaira. 


Transmulacion. 


Transmutatio. 


Transmutation 


Filosofarria. 


Piedra filosofal. 


Lapis philoso- 


Pierre philosn- 






pbicus. 


phale. 



XVI. — Etat social : Gouvementent , Législation, Guerre, Navigation, 

Chasse et Pêche. 



Dierondea, errepublica. 


Republica. 


Respublica. 


République. 


Mempea , jabaria , agindea , 
bringia. 


Imperio. 


Imperiuio. 


Empire. 


Batcronkia , einua. 


Reine. 


Regnum. 


Royaume. 


Erreguc. 


Rei. 


Rex. 


Roi. 


Buiua, buruzagia, agintaria. 


Gefe. 


Dux, praeses. 


Chef. 


Lefiargia, noblecia. 


Nobleza. 


Nobilitas. 


Noblesse. 


Jendaiea. 


Pueblo. 


Pnpulus. 


Peuple. 


Jauna. 


Sefior. 


Dominus. 


Monsieur, sei- 


Kitagea , mempea , lotekintza. 


Esclavitud. 


Servilus. 


gneur. 
Esclavage. 


Serbitua. 


Scrvitud. 


Servitus. 


Servitude. 


Kilagoa, lotekia , mempecoa. 


Esclavo. 


Mancipium. 


Esclave. 


Kilagea , mempecoa , lotekia , 
esclavoa. 


Siervo. 


Scrvus. 


Serf. 


Morroya, nescamca, seya, niu- 
lyla, mirabea. 


( Scrvidor, criado Famulus. 


Domestique. 


Charra , chatarra. 


Proletario. 


Proiclarius. 


Prolétaire. 


Landeia , laridericoa. 


Forastero. 


Barbarus. 


Étranger. 


Lancaitza, eztakindua , azal- 
keretsua. 


j Barbaro. 


Barbarus. 


Barbare. 



614 



BASQUE. 

Basolia, basatarra, oyandarra, 

sarobcarra. 
Tarra. 
Ermita. 
Eskalea cskean , dcbillerra 

eraumesa , noairoina. 
Karitate. 
Aberatsa. 
Maiïterra. 

Asiagambaria , i(;itucoa. 
Joslallua, jarilunaya. 
Cabildei , profesioa. 
Senaitea , esconlza. 
Astura, bezoa , oicuna , oitura, 

plegua , costuma. 
Hiztuna. 
Era. 
Eragoa. 

Itsaspitegia. 

Neurlartca , araudea. 

Lege, logea. 

Escuciatiia. 

Hogena , hobena , legautsia. 

Araustea. 

Debedea. 

Eripea , condenacioa. 

Lapurra, ohoina. 

Erallea. 

Burrcba, borreroa , gicerlea. 

Eibestetua , eirctic, botalua , 

ogoizia , camporatua. 
Gaislakidea. 
Basalaria , bidcetaco, lapurra, 

olioina. 
Guprra , gueriea . 
Gerratia , gudarlaria , snlda- 

dua , gudaria. 
Diandea , kersitua. 
Ointaridia. 

Zaldundia , zamaldundia. 
Brigada. 
Pilla, zadia , giza , cambetea. 

Bandera. 



Silvestre. 

Vccino. 
Ermita. 

Mendigo. 

Caritad. 

Rico. 

Colono. 

Gitano. 

Juglar. 

Profesion. 

Matrimonio. 
( Uso , coslum- 
I brc, habile. 

Orador. 

Era. 

Cronica. 

Eslanco. 

Derecho. 

Lei. 

Codigo. 

Crimen. 

Delito. 

Fallo. 

Condenacion. 
Ladron. 
Asesino. 
Verdugo. 



rR*N{AIS. 



Sylvestris. Sauvage. 



Incola. 
Solitarius. 

Mendicus. 

Charitas. 

Dives. 

Colono. 

Ludio. 

Professio. 
Matrimonium. 
Consuctudo , 

mos. 
Orator 
iEra. 
Annales. 

Mercium vetita- 

rum locus. 
Jus. 
Lex. 
Codex. 
Crimen. 
Deliclus. 
Decisio. 

Damnatio. 

Fur, latro. 
Sicarius. 
Carnifex, tortor 



Habitant. 
Ermite. 

Mendiant. 

Charité. 

Riche. 

Colon. 

Bohémien. 

Jongleur. 

Profession. 

Mariage, 

Coutume, usage. 

Orateur. 
Ère. 

Chronique, an- 
nales. 
Débit de la régie. 

Droit. 
Loi. 
Code. 
Crime. 
Délit. 

Jugement, sen- 
tence. 
Condamnation. 
Voleur. 
Assassin. 
Bourreau. 



Desterrado. 


Proscriptus. Proscrit. 


Complice. 


Particeps. Complice 


Salteador. 


Grassator, latro.Brigand. 


Guerra. 


Bellum. Guerre. 


Soldado. 


Miles. Guerrier. 



Ejercito. 
Infanteria. 
Caballeria. 
Brigada. 
Partido de hom 

bres. 
Bandera. 



Exercitus. Armée 

Peditatus. Infanterie. 

Equitalus. Cavalerie. 

.Maims, turma. Brigade. 
Cohors, maiius. Parti. 

Signum, vexil- Drapeau, ensci- 
lum. gne. 



615 



BASQUE. 



ESPAGNOL. 



LATIN . 



FRANÇAIS. 









fd.-apeau. 


Banderetuna , bandeiatua. 


Abanderado. 


Vexilifer. 


Porlejenseigne. 
[bannière. 


Gudalu, galezcatu, pcicatu. 


Combatir, pelearPugnare. 


Combattre. 


Bilo'ria , Victoria. 


Victoria. 


Victoria. 


Victoire. 


Diandea, pillandea. 


Campo. 


'■ Actes. 


Camp d'une armée 


Cainpicheca. 


Tienda de cam 
paiia. 


- Tentorium. 


Tente. 


Arma , armea. 


Arma. 


Arma , orum. 


Arme. 


Lanza , lancia 


Lanza. 


Hasta , lancea 


. Lance. 


Pica. 


Pica. 


Hasta, 


Pique. 


Tiruztaya. 


Arco. 


Arcus. 


Arc (arme ). 


Sayela , guecia , istoa , lulzia 


Saela, llecba. 


Sagitla. 


Flèche. 


Dardua, azagaya, chochoa. 


Dardo. 


Telum. 


Trait , nèche. 


Ubalarria, aballa. 


Hunda. 


Funda. 


Fronde. 


Balleslà. 


Ballesta. 


Balista. 


Balisle (de guerre). 


Arblalea, 


Catapulta (ma- 
quina). 


- Catapulta. 


Catapulte. 


Puîiala, traketa, ucabicia, L.; 


/ „ 






Puileta , Itz. 


PuHal. 


Pugio. 


Poignard. 


Ezpala, L. ; apala, Itz. 


Espada. 


Ensis, gladius 


Épée. 


All'angea , L ; sabrea , Itz. 


Sable. 


Acinaces 


Sabre. 


Agapnrua. 


Maza. 


Clava. 


Massue. 


Makila , makilla , hua , nia- 


{ Palo. 


Fustis, palus, 


Bâton. 


kliila , L. 


sudes. 




Brokela, czcutakia, adarga. 


Proquel, escudo 


1, Clypeus , pelta 


, Bouclier. 




adarga. 


cctra. 




Burantza. 


Morrion. 


Cassis, galea. 


Casque. 


Soiburnia, bularcaya. 


Coraza. 


Lorica. 


Cuirasse. 


Cota, colea. 


Cola de maila. 


Lorica hamis 
conserta. 


Cotte démailles. 


Ontzia, untzia. 


Navio, nao. 


Navis. 


Navire. 


Batcla , L. ; batoa. 


Bo:e. 


Scaplia. 


Bateau. 


Barcochoa, Chanela. 


Barquilla , o. 


Cymbula. 


Barque. 


Uasca , urasca . 


Barca. 


Cymba, scaplia. 


Barque. 


Arrauiia, errauna , boacaya. 


Rcrao. 


Bemus. 


Aviron. 


Vcla , L. 


Vêla. 


Vélum. 


Voile. 


Lenra, buztega , L.; gober- 


1 ~. 






naria , Itz. 


Timon. 


Gubernaeulum. 


Gouvernail. 


Uricala. 


Naufragio, 


Naufragiura. 


Naufrage. 


Eiza, ihicia. 


Caza. 


Venatio. 


Chasse. 


Artea , lakioa , iazoa. 


Cepo, lazo. 


Laqueus. 


Piège. 


Cebo , cebar. 


Cebo. 


Illex. 


Appât. 


Arrantza. 


Pescado 


Piscatio. 


Pèche. 


Zurda. 


Sedal, codai. 


I.inea. 


Ligne à pécher. 


Amua. 


Anzuelo. 


Hamus. 


Hameçon. 


Barpoa. 


Arpon. 


Uarpago. 


Harpon. 


Butroea. 


Buitron, butron Nassa. 


Nasse, tilct, 



616 



XVII. — Reliijion. 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


lATIN. 


FRANÇAIS. 


Jaincoa, Jincoa 


Dios. 


Deus. 


Dieu. 


Jésus. 


Jésus. 


Jésus. 


Jésus. 


Aingerua. 


Angel. 


Angélus. 


Ange. 


Aingeru guardacoa , aitzinda- 
ria , gure zaya , xaina , zait- 
zalea, beguiralea. 


JAngel de la 
1 guarda. 


Angélus custos 


. Ange gardien. 


Donc, jaun done. 


Santo. 


Sanctus. 


Saint. 


Paradisua , L. 


Paraiso. 


Paradisus. 


Paradis. 


Ifernua. 


Infierno. 


Infernus. 


Enfer. 


Dealrua, dealruja, deabrua. 


Diablo. 


Diabolus. 


Diable. 


Demonioa. 


Demonio. 


Dœmonium. 


Démon. 


Bosiliburu. 


Pcntateuro. 


Pentateucum. 


Pcntaleuque. 


HitzaldU. 


Oracion, ruego 


. Oratio. 


Prière. 


Etorkuzunen, asmeguia profecia 


. Profecia. 


Proplieiia, vati' 
cinium. 


- Prophétie. 


Donakia, donatia, donetia, do- 
iietua. 


Sagrado, a. 


Sacer, a, um. 


Sacré. 


Ganulsa, eztondea. 


Profaiiidad. 


Profanatio. 


Profanation. 


Habro. 


Hado. 


Fatum, sors. 


Destin, sort. 


Ceagia. 


Idolo. 


Idolura. 


Idole. 


Asmariac, somaiiac, igerleac, 
egaztictatic. 


( Auguro. 


Augur. 


Augure. 


Sacrificaria , sacriDcatzallca , 
doscainlea . 


1 Sacrificador. 


Sacrifieus. 


SacriDcalenr. 


Donguedea. 


Supersticion. 


Superslitio. 


Supersiilion. 


Mirabilla, marabilla, miraria. 


Maravilla. 


MIrum. 


Merveille. 


Mira , raiiara , milagroa. 


Milagro. 


Miraculum. 


Miracle. 


Mirakindea. 


Magia, 


Magia. 


Magie. 


Mirakinde beitza. 


Magia ncgra, 


Magia diabolica Magie noire. 




diabolica. 






Arritu , sorgindu , sorregiii. 


Encantar. 


lucantare. 


Enchanter, en- 
sorceler, jeter 
un sort. 


Jaincobaguea. 


Alheo, a. 


Athcus. 


Athée. 


Doncdea. 


Religion. 


Religio. 


Religion. 


Christaua , guiristioa 


Cristiano. 


Christianus. 


Chrétien, 


Fedea, sinistciagillea. 


Fc. 


Fides. 


Foi. 


Cincz czcrtatu. 


Abjurar. 


Abjurare. 


Abjurer. 


Batayoa , balcoa. 


Bautismo. 


Baplismus. 


Baplêmc. 


Apoiza, apeza, abodca. 


Cura , sacerdole.Prcsbyler. 


Curé, prêtre. 


Abrildu. 


Immolar. 


Immolarc. 


Immoler, tuer. 


Inoteriac, jauteriac, aratuz- 
teac, zampanlzarlar. 


; Carnaval. 


Bacchanalia. 


Carnaval. 



G17 



BASQUE. 

Garizuma. 
Naspilla , naslapilla. 

Bagetic, egilea, utzelic, ece- 
reztic , deuseztic, ateraizea. 
Temploa , elizea . 
Altarea , aldarea. 
Obia , elioitzuloa. 
Turaboloa. 
Obarria. 



FRANÇAIS. 



Cuarcsma. 
Caos. 

Cieacion. 

Templo. 
Allar. 
Sepultura 
Tumulo. 



Oiiadragesima. Carême. 
Indigesta rcrum Cahos. 
moles. 



Création. 

'Ttinpium. 
Altare. 
Sepultura. 
Tumulus. 



Création. 

Temple, église. 
Autel. 
Sépulture. 
Tombeau. 



Lapida sépulcral Lapis sepulchrasis. Tierre tumulaire 



XVIII. — Agriculture. 



Achurza, aitzutza, lanlzea. 
Soloa , alorra , ordakia , soroa 
Ostadia , erial. 
Naroa , ugaria , joiia , mucu- 

rua , murna. 
Agortasuna. 
Luralferra. 
Acienda , aeiendea. 
Baratza. 
Baratzaya , L. 

Goldea, Lar. ; goMiga , Lab. 
Utzarria. 
Arrea , area. 
Goldatu, eisar. 

Landa, soloa, soroa, Larroa, L, 
Landeta , sorodia , larraga , 

larrela. 
Aléa, bihia, garua, pipia. 
Ljstoa , Lar, fr. 
Itua, licia, bagastegia. 
Celiina, Lab.; Aboiio, Lar. 
Sastu, gorozlu, basaratu, ci- 

maurtu, inaurkindu. 
Suguzuzta, uzta. 
Erein, ereindu. 
Aizilu, batu, biiibillatu. 
Laudatu. 
Bihitcgia. 

Sarcoya, basoa , oyaiia. 
Arizaya. 
Ganadua. 



Agricultura. 


Agricultura. 


Agriculture. 


. Campos. 


Sata. 


Terres cultivées 


Erial. 


Ager incullus. 


Champ inculte. 


Abundancia. 


Ubertas, co- 


j Fertilité, abon- 




pia. 


1 dance. 


Esterilidad. 


Slerililas. 


Stérilité. 


Erial. 


Ager incultus. 


Friche. 


Hacienda. 


Ruslicum prsdium Ferme. 


Huerto. 


Hortus. 


Jardin. 


Hortolano. 


Olitor. 


Jardinier. 


Arado. 


Aratrum. 


Charrue. 


Vu go. 


Jugum bovis. 


Joug des bœufs. 


Arojo cuadrado Aralrnm dentalum Herse. 


Arar. 


Arare. 


Labourer. 


. Prado. 


Pralura. 


Pré. 


j Pradera. 


Pascua. 


Pâturages. 


Grano. 


Granum. 


Grain, céréales. 


Paja. 


Palea. 


Paille. 


Muladar. 


Sterquilinium. 


Fumier. 


Estiercol. 


Stercus, fimum. 


Engrais. 


Estercolar. 


Stercolare 


Fumer le.s terres 


Mies , siega. 


Messis. 


Moisson. 


Sembrar. 


Serere, seminari Semer. 


Coger, recoger 


. Congerere. 


Récolter. 


Plantar. 


Plaiitarc. 


Planter. 


Desvan. 


Granarium 


Grenier. 


Sclva. 


Sylva. 


Foret. 


Pastor. 


Arietor pastor. 


Berger. 


Ganado. 


Grez , pecus. 


Troupeau ( en 



général ). 



618 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


L*TIK. 


KHAn^Alb. 


Elea , abcrea . 


Ganado mayor. 


Armcnlum. 


Troupeau de 
grand bêlait. 


Elumea, abrumea. 
Illca, ulea. 
Arullea. 
BicaHa. 


Ganado menor. 
Lana. 
Esi|uileo. 
Nata. 


Grex. 
Lana. 
Vellus. 
Pinguedolactis. 


Menu troupeau 
Laine. 
Toison. 
. Crème. 



XIX. — Industrie, Arts mécaniques et Arts chimiques. 



Mana , Antzea. 

Irun , irulea , ardazketan , 

egon ou egin. 
Aria, pillera, fillera. 
Eo, clieitu. 
Eulea , cheila, L. 
Cuerda, esgarria , Locarria , 

baga , L. 
Eula, L.; ehoiliala, Hz.; euta 
Ulea, ulea. 
Oyala. 

Scda , ciricua. 
Errota , igara , bolua , L. 
Aizerrola, aizigara, aizabolua. 
Errolarria , eotarria , L. 
Erremeniaria , L. 
Dendaria, ccojoslca , L. 
Zapataria , oskegillea , L. 
Arotza, zuarntza, zurgina, 
Ekintza. 
Icaskin'.za. 
Bcirakiniza. 
01a , burniola. 



Industria. 


Ars, industria. 


Industrie. 


{ Hilar. 


Nere. 


Filer. 


Hilo. 


Filum. 


Fil îi coudre. 


Tejer. 


Texcre. 


Tisser. 


Tejfidor. 


Textor. 


Tisserand. 


! Cuerda. 


Punis. 


Corde. 


. Tela , lienzo. 


Tela. 


Toile. 


Lana. 


Lana. 


Laine. 


Pane. 


Pan nus. 


Drap. 


Seda. 


Sericnm bonibis 


; Soie. 


Molino. 


Molendinum. 


Moulin. 


Molino de vieil 


ito Mola alola. 


Moulin îi vent. 


Muela de molino Mola. 


Meule. 


Herrero. 


Faber ferrarius 


. Forgeron. 


Sastre. 


Sartor. 


Tailleur. 


Zapatero. 


Sutor. 


Cordonnier. 


Carpinlero. 


Faber ligniarius 


i Charpentier. 


Fabrica. 


(IflicJDa l'abricandi 


. Fabrique. 


Carboneria. 


Carbonis fabrica Fab. de charbon 


Vidi'ieria. 


Vitri fabrica. 


Verrerie. 


Hcrreria. 


Officinaferraria, 


, Forge ( fonderie 
de fer. 



XX. — Commerce 



Tralua, haremana. 
Erospena. 



Comercio, Commercium, Commerce. 

Compra. Emplio. Achat. 



' V. les verbes acheter, vendre, payer, etc. 



619 



BASQUE. 



Salpeiia , Har. 
Dirua, moneda. 



ESFAr.NOL 

Yen la. 
Moneda. 



Vendilio 
Moneta. 



FRANÇAIS. 

Vente. 
Monnaie. 



XXI. — Architecture et construction des bâtiments. 



Cliaola, echola. 


CabaHa. 


Casa. 


Hutte. 


Lagoya, sabaya. 


CLoza. 


Teclum.lerreum Hutte, tanière. 


Adrillua , adrallua , buztifierra 


. Ladi'illo. 


La ter. 


Brique. 


Echea, ichea. 


Casa. 


Domus 


Maison. 


Sucaldea , subaiea , suina , cz- 


1 






caralza, L. ; cusina , Hz. 


Cocina. 


Culina , coquina Cuisine. 


Sala , L. , Hz. ; mandiota , 


1 o , 






tarbea , sollerua. 


Sala. 


Aula. 


Salle. 


Echufubea , utsagiria , L. 


Patio. 


Impluvium. 


Cour. 


Zamaltcgia. 


Caballeriza. 


Equile. 


Écurie. 


Leorpea, echapea, L. , Hz. 


Sotecbado. 


Tectum. 


Hangar, remise, 


Soilleriia, vicitza, goiticoa. 


Piso, alto. 


Altior domus 
contiguaiio. 


Étage. 


Soto, gelupea. 


Cueva, bodega 
sotano. 


, Specus, cella. 


Cave. 


Kertokia.chimitua.chiminea, L 


. Cliimenea. 


Caminus. 


Cheminée. 


Iria, uria, eriia , Lar. 


Lugar, pueblo. 


Pagus. 


Village. 


Iria , hii'ia , uria 


Ciudad. 


Urbs. 


Ville. 


Jauregia, echandia. 


Palacio. 


Palatiuni. 


Palais. 


Bitloquia. 


Teatro. 


Tlieatrum. 


Théâtre. 


Plaza. 


Pl.iza, liigar. 


Forum. 


Place publique. 


Calea, caiiica, ataria, eslra- 








tea, L. 


Calle. 


Via, 


Rue. 


Leyoa, icliarguia, ventana. 


Ventana. 


Fenestra . 


Fenêtre. 


Ichagoya , atarbea, barrum- 








bea, tcilatua. 


Teclio, tejado. 


Tectum. 


Toit. 


Colonia, liabea. 


Columna. 


Columna. 


Colonne. 


Metola. 


ColumnadcmadcraColumna lignea 


Colonne de bois. 


Metarria. 


Obelisco. 


Obeliscus. 


Monolithe. 


Guizamela. 


Coloso. 


Colossus. 


Colosse ( statue 
colossale. 


Dorrea. 


Torre. 


Turris. 


Tour. 


Murrua. 


Muralla. 


Murus. 


Rempart. 


Esindartzca. 


Forlidcacion. 


Munitio. 


Fortilication. 


Gaztelu, gailza. 


Ciudadela. 


Arx. 


Citadelle. 



mo 



XXII. — Beaux-Arts. 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Ciamartea. 


Dibujar. 


Dclineatio. 


Dessin. 


Pintura, antzesliintza. 


Pintura. 


Pictura. 


Peinture. 


Otalliia. 


Escultura. 


Sculptura. 


Sculpture. 


Otsankida , musica. 


Musica. 


Musica. 


Musique. 


Tallua, talluDza. 


Estatua. 


Statua. 


Statue. 


Tallunlza. 


Imagen. 


Icon, nis. 


Planrlie (ligure, 


Daniza , oinearidea. 


Baile. 


Saltatio. 


gravure) . 
Bal, danse. 


Canta, cantea, cantua, otsastea 


. Canto. 


Cantus. 


Cliant 


Lira. 
Tuta, A. 

Adarturunta, autsaoya. 


Lira. 

Cuerno ( trom 

pela ). 
Corneta. 


Lyra. 
- Cornu tuba. 

Cornu buccina. 


Lyre. 
Trompette (corne 

de bœuf). 
Cornet (musique) 


Biurlurunta 


Gaita. 


Symphoniacus. 


Cornemuse. 


Chirola 


China. 


Tibia tribus fo- 
raminibus. 


■ Galoubet. 



XXIII. — Objets usuels : instruments et Outils divers. 



Erremienta, burnilancaya. 
Errementaritegia, burnikinztegia 
Auspoa , haicemetecua, Itz. 
Currica , belzearra , tenaza , j 

L. ; trucasac, Itz. i 

Mallua , mallukia , L. 
Ingudea , chungurea , L. 
Lima, Itz.; limea , L. 
Cerra , L. 
Aizcora , puda , L. 
Puda , ayotza , ifiauseaya , L. 
Ganibetea. 
Pala , chabola , L. 
Escubarca , L. 
Aitzurra , achurra. 
Andiagoa, L. ; hancarra, Itz. 
Sardea , L. 

Igitaya, itaya, L.; porcacija, Itz. 
Gurdestalia , orgestalia , L. ; j 

orgac, Itz. i 

Titarca , azcutaya , L. ; di- 

(arja, Hz. 



Herramienla. 


Instrumenlum. 


Instrument 


Fragua. 


Ferra ria. 


Forge 


Fuelle. 


Follis. 


Soufflet. 


Tenaza. 


Forceps. 


Tenaille. 


Martillo. 


Maliens. 


Marteau. 


Ayunque. 


Incus, dis. 


Enclume. 


Lima. 


Lima. 


Lime. 


Sierra. 


Serra . 


Scie. 


Hacha. 


Securis. 


Hache. 


Podadora. 


Scirpicula. 


Serpe. 


Cuchillo. 


Culter. 


Couteau. 


Pala. 


Pala. 


Bêche. 


Rastrilio. 


Rastrum. 


Bateau. 


Azada. 


Ligo, pastinum 


. Houe. 


AzadoD. 


Ligo, grandior, 


. Pioche. 


Horca. 


Merga . 


Fourche. 


Falce, hoz. 


Faix, cis. 


Faulx. 



Carriola. 



Dedal. 



Carracutiuni. Brouette. 



Digitale. 



D6, 



621 



BASQUE. ESPAGNOL. 

Cicela, L. ; liausturra, Itz. Cincel.escoplo, 

lijera. 
Jostorratza. 
Ezlena. 

Cacoa, macoa, L. ; rorceta, Iiz. Ganclio, 
Maya, mata, maiiia , mahaiiia. Mesa 
Zamaùa , zabaua, dafailla. 
Serbilleta, L. 



Botella , beiracolla , L. 
Beiia, L.; baso, Itz. 
Hupea , dupa. 
Calillua, L.; asca , Hz. 
Platca , luboilla. 

Platina, platerchoa , luboichoa. 
Taza , edoncia , L. 
Cucbara, cullida , collara. 
Canibela , aiztua , L. ; na- | 

liala, Itz. i 

Eusiea, forelieta , achordea. 
Sucaldea , subalea , suina , ez 

caratza. 
Zartagia. 

Bazoa , janaria, othoianza. 
Aragia , okela. 
Arzai-bitanza. 
Salda, Har. 
Ii'ina. 
Leganiia , oranza, ailiza , a\-\ 

cbagariia , beranzagia , az- > 

carria, cliancbadurea. ) 

Ogia, L. ; ogoja , Itz. 
Arniiya , Hz; arnoa, noa, L. 
Gararnoa. 
Sagarnoa. 
Pittara. 
Gazia , gasna. 
Guria, L. ; burua , Itz. 
Buriuncia , burduncia , guerrena 
Labea , L. ; cacuja , Itz. 
Âlaja , alajea , alhaja. 
Oya, oea , oatzea, L. ; clioca, | 

Itz. ) 

Silla , besalkia, catabera, e.sal- 1 

kia, cadira, coya. j 

Espillua , ispillua , miralla , L. 
Sofiof oa , jazraya , jauiizcay;i , ^ 

aldagania , lilda , abilla- > 
mendua. J 



LATIN. 



Scolprum 



FRANÇAIS. 

Ciseaux. 



Aguja. 


Acus. 


Aiguille. 


Estilo. 


Slylus. 


Style, poinçon. 


Ganclio, 


Uneus, uncinus 


, Crochet. 


Mesa. 


Mensa. 


Table. 


Mantel. 


Mantilia,inappa 


Nappe. 


Servilleta. 


Mappula, man- 
telium. 


Serviette. 


Botella. 


Ampulla. 


Bouteille. 


Vaso. 


Vas. 


Verre à boire. 


Cuba. 


Cupa. 


Coupe. 


Escudilla. 


Scutella. 


Ecuelle. 


Plato. 


Lanx, catinus, 
paropsis. 


Plat. 


Piatillo. 


Catlllus. 


Assiette. 


Taza. 


Paiera. 


Tasse. 


Cacha ra. 


Coclilear. 


Cuiller. 


Cuchillo, navaja Culter. 


Couteau. 


Tenedor. 


Furcilla. 


Fourchette. 


Cocina. 


Cuiina. 


Cuisine. 


Sarlen. 


Sartago. 


Poêle à frire. 


Alimento. 


Alimentuni. 


AliiBcnt. 


Carne. 


Caro. 


Chair. 


Merienda. 


Cibaria pastorom. 


Pitance du pâtre 


Caldo. 


Sorbitio. 


Bouillon. 


Harina. 


Farina. 


Farine. 


Levadura , fer- 
mente. 


' Fermenlum. 


Lctain, ferment. 


Pan. 


Panis. 


Pain. 


Vino. 


Vinum. 


Vin. 


Cerveza. 


Cerevisia . 


Bierre. 


Cidra. 


Vinum è malis 


Cidre. 


Bebida. 


Potus. 


Boisson. 


Queso. 


Caseus. 


Fromage. 


Manteca de vaoa Bulyrum. 


Beurre. 


Asador. 


Veru. 


Bioche. 


Homo. 


Furnus. 


Four. 


Mueble. 


Supellex. 


Meuble. 


Cama. 


Lectus, torui. 


Lit. 


Silla. 


Sedes, scdile. 


Chaise. 


Espejo. 


Spéculum. 


Miroir. 


Yeslido, ropaje 


. Vestilus. 


Vêlement. 



40 



622 



B48QUE. 

Capela , chapela , sombrellua. 
Chaniia , boiieta. 
Galueta , L.; galcerdija , Hz. 
Gallzac, fracac, L. ; labeca, Hz. 
Arropa, jazcaya, L. 
Gonazpicoa , L. ; colylun , Hz. 



Alcandora, atoria, camisa, ca- 
misca , L. ; atora, Hz. 



ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇA 


Sombrero. 


Galerus. 


Cliapeau. 


Gorra , gorro. 


Pileu.s. 


Bonnet. 


Media . 


Tibiale. 


Bas. 


Calzado. 


Caligœ. 


Chaussure 


Ropa. 


Vcstis,induineiilumRobe. 



Enaguas (guar- Muliebris lunica Jupon, 
d.ipies , za- inlerior. 
galejo). 



Camisa. 



Subucula. 



Chemise. 



Goronlza, jipersa. 


Corpifio. 




Thorax. 


Corset. 


Bolinac. bernaiialac. 


Botines. 




Ocrea . 


Bouc. 


Uzlaya , cimitza. 


Aro. 




Arculus, circu- 
lus, annulus 


Anneau. 


Idundea . lepandea. 


Collar. 




Torques. 


Collier. 


Besakia, ajorca. 


Brazalelc, ma- 


■ Brachiale, ar- 


Bracelet. 




nilla. 




milla. 




Gerricoa, uzlaya, ûala. 


Cingulo, 


cinlo 


Cingulum. 


Ceinture. 


Silla , cerraikia 


Silla. 




Ephippium. 


Selle. 


Ezproya , orpizarra. 


Espuela. 




Calcar. 


Éperon. 


Brida. 


Brida. 




Frenura. 


Bride. 


Oneuscaria, estribua. 


Estribo. 




Stapeda. 


Étrier. 


Nara. 


Rastra , 


narria 


Traha. 


Traîneau. 


Gurdia, orga. 


Carro. 




Currus. 


Char, voilure 


Gurdisca, orgasca. 


Carrela. 




Carruca. 


Charrette. 


Curpilla, boibilla. 


Rueda. 




Rota. 


Roue. 


Besaga. 


Raye de 


rueda. 


Radius. 


Raie. 


Errodacha. 


Eje. 




Axis. 


Essieu. 



XXIV, — Noms abstraits : Fonctions intellectuelles , Passions, 
Impressions, Sentiments, etc. 



Adia , aldia, erosta. 
Adiskiundea , adiskidecra , | 

adiskidetasuna. ) 

Amodioa, amoria , naicundea, "i 

amacra , mailaera, amorça, > Anior. 

onesguna , onirizcoa. J 

Ancinaera, ancinatea, zartasuna. Anligucdad. 
Bakitea. Union , junla. 

Banernea, Produccion. 

Balunea , bilgura. Compleion. 

Becaitza, bccaizcoa, ondamua Envidia , gana 
Bigiria. Vigilia. 

Bidurra. Tcmor, 



Planido.lamenloGemilus, lamoDla. 
Amislad. Amistad. 



Amor. 



Plainte. 
.Emilie. 

Amour. 



Antiquilas. 


Antiquité. 


Unio. 


Union. 


Productio. 


Production. 


Complcxio. 


Coraplcxion. 


Hividia. 


Envie. 


Vigilia. 


Veille ( action ) 


Timiir. 


Crainte. 



C23 



BASQUE. 



FRANÇAIS, 



Controkida , ctsaikida. 
Cordea, bidadia, sentieia. 



Coniplicacion. Complicatio. Complication. 
Sensacion, im- Sensatio, per- Sentiment, 
presion. ceptio. 

Coudaira, esagaroa, tempiztea. Historia. Historia 

Deadarra , ojua, eyagura, zan- j . 

coa , marrasca. ) 

Diclia, doaya , doaiila, zoriona, 

doaisundea. 
Elhea. 

Eman. Data,feclia. Data. 

Endea. Ausencia. Abscntia. 

Enganua , gainla , atzinea , j 

baira , cililoca. \ 

Eracaya. Motivo. 

Erdia. Mitad. 

Ermua, eiemua. Soledad. 

Fama , iomena , osmena. Fama. 



Ito, clamor. Clamor. 



Dicha , felicidad Félicitas. 

Fabula, cucnto. Fabula. 
Data , fecha. 
Ausencia. 

Eugailo. 



Dolus. 



Histoire. 

Cri. 
( Félicité, bon- 
I heur. 

Fable, conte. 
Date, époque. 
Absence. 

Fraude. 



Galgii'oa. Vicio. 

Galla , gaitzea, galera. Pordida. 

Icekia , beroicekia, beroiza. Ardor. 

Icia, izua. Terror. 

Igaltasuna, bcrdindea, idelasuna Igualdad. 



Causa , ratio. 
Dimidium. 

Sacelluni. 
Fama , 
Vilium 



Cause, motif, raisou 
Moitié. 
Solitude, 
nonien. Renommée. 
Vice. 



Amissio, jactura Perte. 



Irautca , iraupena. 

Irri , fana , bane. 
Isilgoa , isiltasuna. 
Izaira, izatca , sortiza. 
Jakindea, jaquinlza. 
Larra , bearra , trabaillua. 
Leicea, leiza , ondolacea. 
Loa , lokliunba. 
Mendeca , venganza. 
Mina , damua , onacea, 

Mua. 

Mugna, derechea, parada, mu- 
galdia, goitaldia. 

Ogena. 

Pasionea , pairakunza. 

Poza, aszegina, gozaldia, pla- 
cera, sendagalla, bozcarioa. 

Sinhex. 

Sosegua, paaza, cesua, sosagua 

Ustea, peskiça. 
Usura, lucnrua , irabasgoya, 
Utzii'ia , lajaera, largaera. 
Virluti'a, vcrtulea. 



Duracion. 

Reir. 
Silencio. 
Naturaleza. 
Ciencia. 
Trabajo. 
Abismo. 
Suci'io. 
Venganza. 
Pena, dolor, af- Dolor. 
fliccion. 



Ardor. 
Terror. 
jEqualitas. 
Duratio , diu- 

turnitas. 
Risum. 
Silcniium. 
Natura. 
Scienlia. 
Labor. 
Abysus. 
Soranus. 
Ullio. 



Mugido. 

Ocasion. 

Engailo. 
Pasion , afecto. 



Mugitus. 

Occasio. 

Dolus. 
Ardor. 



Ardeur. 
Terreur. 
Égalité. 
Durée. 

Rire (subst. ). 

Silence. 

Nature. 

Science. 

Travail. 

Abîme. 

Sommeil. 

Vengeance. 

Peine. 

Mugissement. 

Occasion. 

Fourberie. 
Passion. 



Gusto. 

Fe. 

Calma, tranqui- 

lidad. 
Espéra nza. 
Usura. 
Abandono. 
Virtud. 



Voluplas,g3udiain. Plaisir, joie. 

Fides. 
Tranquillltas. 



Spes. 
Usura. 
Derelictio. 
Virtus. 



Foi. 
Calme. 

Espérance. 
Usure. 
Abandon. 
Vertu. 



624 



XXV, — Divers. 



BASQUE. 

Aizekina, aizcgillea, aizemallea. 

Ampolla. 

Amarrac, bagac, soca. 

Argicaya, camlela, ezcorra. 
Arginntzia, lampa, lampara, L. 
Baga. 

narrica, L. , Itz. 
Bota , sacoa , zagia , zakia , 
loiroa, lanuico, narruzco. 
Camio, camino, bidea. 
Canoyac. 
Catea. 

Caxa, cuchala, iskipola. 
Cia, punta. 
Coiilza , opna. 
Cucha, hucha , arca. 
Ecanza. 

Espia , salaria, salalaria. 
Fratrikera, fradriquera. 
Gamboilla. 

Gillza, gacoa, L. ; cacuja, Itz. 
Giralda. 

Laligoa. 

Lugorria. 

Musua, niulurra, ahurpegia. 

Muzorroa. 

Oiilzia. 

Plama. 

Sarralla, L. , cerula. 

Gilza , gaklioa. 

Saskia , Har. 

Ucaba. 

Zorroa, larruzco, narruzco. 

Zura. 



ESPAGNOL. LATIN. FRANÇAIS. 

Ahanico. Flabellum. Éventail. 

Ampolla. Ampulla. Ampoule. 

Amarra. Reiinacula , ru- Amarre, lien, 

dentés. corde, câble. 

Candela. Candela, lucerna Chandelle. 

Lampara. Lampas. Lampe. 

Olas, ondas. Fluctus, unda. Vague, (loi, ondes. 

Tonneau. 



Barrica, 
Bola. 



tonel. Doliolura. 
Urtriculus 



Camino. 

Tubo. 

Cadena. 

Caja. 

Punta. 

Quicio. 

Arca. 

Imagen. 

Espia , espiador 

Faltriquera. 

Quitasol. 

LIave. 

Giralda. 

Latigo. 

Almagre. 

Gara. 

Mascara. 

Vaso. 

Oja de papcl. 

Cerra(]ora,Cerraja 

LIave. 

Cesta , batea. 

Code. 

Coracha. 

Madera. 



Outre. 

Chemin. 
Tube. 
Chaîne. 
Caisse. 



Via , itcr. 

Tubus. 

Catena. 

Capsa. 

Mucro , cuspis. Pointe 

Cardo. 

Arca. 

Imago. 

Explurator. 

Marsupium 



coffre. 



Umbella. 

Clans. 

Index ventorum 

gyrans. 
Flagrum. 
Rubrica. 
Vultus, faciès. 
Larva , persoiia Masque. 



Gond. 

Arche, 

Image. 

Espion. 

Bourse , poche. 

Ombrelle. 

Clé. 

Girouette. 

Fouet. 
Ocre rouge. 
Visage. 



Vas. 

Folium. 

Sera. 

Clavis. 

Corbis. 

Cubitus. 



Vase (en général) 

Feuille de papier 

Serrure. 

Clé. 

Corbeille. 

Coude. 



SaccuscoriaceusSac de cuir. 
Lignum. Bois (matière). 



XXVI. — Adjectifs. 



Aberatsa, ondiatsua , dirulia. Rico. 
Abill, amarrutzia. Habll. 



Dives, locuples Riche. 
Habilis. Habile, rusé. 



625 



BASQUE. 

Âhaldun.i, alduna, altuna , al- 

inentsun , puchanla , pui- 

syanta. 
Audia, aundia , larrij , csker- 

gea , ordongoa. 
Animoisua , aloitsua, indart- 

sua , kemandua. 
Ânutia , bildurtia. 
Argia, argilua , ocea , claroa. 
Arina , loslerra, beloskia. 
Arrca. 
Arradu , aularia , ascotacoa , 

askilacoa , anilzelacoa. 
Arroa, iianditiia, mealsa, bacan 
Arrotia, arrutia , anlusteduna, 

furfuialsua , facalia. 
Ausarla , ati'ebitua. 
Auscorra, zalicorra. 
Aspadifoa, anciîlacoa, anchi- 

nacoa , lengoeracoa. 
Azkena, atzena. 
Bacuna. 
Bacuna, tolesbagea. 

Bagaya, nagia, alfer, alperra, | 

erabea , alper, polza. ) 

Bakida. 

Bakida , anizkiila. 
Bambesteco , biderbico. 
Bornaria, barrencaria. 
Bean , betic. 
Beitza, belchia. 
Berdina, igoala, bardina. 
Beimea , bcrmeoja. 
Berria. 
Bcroa , berotsua , bcrotia, be- 

roduna. 
Beslilura. 
Betea. 
Bezalako. 
Bicia. 

Bilutsa , biluza. 
Bisiratua , babalarrutua. 
Ccchaiia, cegarbia , chaubeza, 

chaûeza, garbieza. 
Celaya, lauba , nava , plauna. 
Chaiia , ieusia , garbia. 
Chikia , tipia , cbumea , men- 

drca , niminoa. 



Poderoso. 



Grande. 



Animoso. 



LATIN. 



Polens. 



FRANÇAIS. 



Puis.sanl. 



Magiius.grandisGraiid. 



Anininsus. 



Courageux. 

Ignarus, (imidus. LâchR. 
Clair. 



Cobarde. 

Claro. Lucidus. 

Bapido, veloz. Velox, celer. 
Pardo. Fuscus 

Comun, ordina- Vulgaris. 

rio. 
,Raro. Rarus. 

Soberbio, arro-Arrogans. 

gante. 
Atrevido. Audens, audax. Hardi. 

Fragile. 



Rapide, léger. 
Brun. 

Commun , vul- 
gaire. 
Rare. 
Fier. 



Fragil, quebradizo. Fragills. 

Anliguo, viejo. Priscus. 

Ultimo, postrero Ultimus. 
Simple. Simplex. 

Inorente, inge-Iiinocens. 
nuo. 



Ancien. 

Dernier. 
Simple. 
Innocent. 



Perezoso. 

General. 

Comun. 

Doble. 

Pénétrante. 

Bajo. 

Negro. 

Unido, igual. 

Bermejo. 



Piger. 

Gcneralis. 
Communis. 
Duplex. 
Pénétra ns. 
Sublùs, infrà. 
Niger. 



Paresseux. 

Général. 

Commun. 

Double. 

Perçant. 

Bas. 

Noir. 

Planus, œqualis Uni, égal. 
Roseus. Vermeil. 



Nuevo, recienle Novus, recens. Récent, nouveau 



Caliente, calido Calidus. 



Chaud. 



Vestidura 


Vestilure. 


Habillement. 


LIeno. 


l'Ienus 


Plein. 


Semejante. 


Similis. 


Comme, semblable 


Vivo. 


Vivns. 


Vif. 


Vil, bajo. 


Vills, infimus 


Vil. 


Ampollado. 


Vesiculosus. 


Vésiculeux. 


Impure. 


Impurus. 


Impur. 


LIano, llana. 


Planus, sequalis 


. Plane. 


Puro. 


Purus. 


Pur, limpide. 



Pequefio. 



Parvus. 



Petit. 



626 



BASQUE. 



ESPAGNOL. 



LATIN. 



FRANÇAIS. 



Chit, cipia. 

Chiinria. 

Ciatua, lodia, galzalua, Irincoa, 

Colorea. 

Crocalua. 

Descigotua. 

Dohatxua. 



Minimo. 

Amarillo. 

Denso,compaclo 

Color. 

Jorobado. 

Arruinado. 

Feliz. 



Ederra, galanta, polita, Gctioa. Hermoso. 



Miniraus. 

Flavus. 

Densus. 

Color. 

Gibbosus, 

Eversus. 

Félix. 

Pulcher, 



Très-petit. 
Jaune. 
Dense. 
Couleur. 
Bossu. 
Dolruil. 
Heureux, 
venus- Beau. 



Ekiascoa. 

Egokieza , cgokibagca , bear- 

zakea , bearrezlana. 
Egosia. 
Erbala, ebaina. 

Eskerdo, ezkena. 
Eskergea . eskerbagea. 
Eskersalea, eskertzallea. 

Estna, ersia, chidorra. 
Falsoa, palsoa. 
Fauna , utsa , vanoa. 
Fedebagea , fedegea , fedeba- 

geduna , fedageduna. 
Fedecarlea, fiela. 
Fuertea , indartsua, indartia, 

crsconasendoa, porlitza, az 

carra. 
Gaiztoa, dongea , deungea. 
Gastatia. 
Gautarra. 
Gay, acuiua, eintzoa , cniregu. 

Geldia, asiitsua, malsoa, za- 

barra , langia. 
Gogorra. 

Goia, goicoa, goratua, goititua 
Gorra . 

Gozoa , eztia . 
Gorria. 
Guci eracoa. 
Gozuria. 
Hanitz. 
Ibllgarria. 
Icaragarria. 
Illuna. 

Itsiia, ichua. 
Itsusia, ichusia , czaiia, que- 

menguea. 



Verdadero. 

Absurde. 

Cocido. 
Debil, endcble, 

flaco. 
Izquierdo. 
Ingralo. 
Reconof ido , 

agradecido. 
Angoslo. 
Falso. 
Vano. 

Infiel. 

Fiel, leal. 

Fuerle. 

Malo. 
Podrido. 
Noclurno. 
Habil , capaz , 
diestro. 

I Lento. 

Duro. 

Alto. 

Sordo. 

Dulce. 

Colorado. 

Universal. 

Encarnado. 

Muclio. 

Movii. 

Terrible. 

Oscuro. 

Ciego. 

Feo. 



tus, formosus 
Verus. Vrai. 



Absurdum. 

Coctus. 
Debilis. 



Absurde. 

Cuit. 
Faible. 



Scœvus. Gaucher. 

Ingralus. Ingrat. 
Beneflcii , me- Reconnaissant. 

mor. 

Augustus. f:iroit. 

Falsum. Faux. 

Vanus. Vain. 



InQdelis. 
Fidelis. 

Fortis. 



Infidèle. 
Fidèle. 

Fort. 



Malus. Méchant. 

Putridus. Gâté. 

Noclurnus. Nocturne. 

Habilis aptus , Apte, propre à , 
idoneus. habile. 



Lenlus. 

Durus. 

Altus. 

Surdus. 

Dulcis. 

Ruber. 

Universalis. 

Rubfium. 

MuUum. 

Mobile. 

Formidandus 

Obscurum. 

Cajcus. 



Lent. 

Dur. 
Haut. 

Sourd. 

Doux. 

Rouge. 

Universel. 

Incarnat. 

Beaucoup. 

Mobile. 

Redoutable. 

Obscur. 

Aveugle. 



F;edus,deformisLaid. 



627 



Divino. Divinus. 

Claro, manficslo Evidens. 
Corto. 
Laborioso. 



•j 



Aspero, rudo. Asper. 



BASyUE. 

Jaincozcoa. 

Jakifia, icusia , clarua. 

Laburia , esrasa. 

Lan, bear. 

Lasierra, frunla , bieia. 

Legarra, legaraueoa, cadoyarra 

Leia. 

Lotsagarria , alialgania. 

Loua , garratza , gogorra 

malcorra , erroya , mukerra 

ikezua. 
Lucea. 
Macurra 

Macurtua, beeratua, ceartua. 
Mea. 

Meharra , bcrchia , Har. 
Mina, saniina, carniina, karatsa 
Navarra. 

Necatua, uiiatua , aricalua. 
Ona. 

Ondecoya, barnacoya. 
Osandetua. 

Otzaiia, onirizgarria , naicaria. 
Pare, berdin. 
Parebagea. 
Pisua . astuna. 

Pobrea , bearlua. 

Escalca, eskelea. 

Primuarra, guruzcuyarra. 

Si'ndarra. 

Sicua, leorra, idorra , agorra, 

leihorra , cicorra, sicatua. [Seco. 

leorlua . } 

Soilla , faûa, faiina. Esteril. 

Suleoa. Purpura. 

Tolescorra , biurcorra , cimela. Flexible. 

Triste. Triste. 

Tzarra. Grande. 

Urdina. Azul. 

Urdiilarrea. Ceniciento. 
Urguna, errena, makia, mainga. Cojo. 

Urratua. Roto. 

Usatua , usua , usantza. Usado, gaslado 

Utzi, lajaiu , largatu. Abandonado. 

Verdca. Verde. 

Violdarra. Morado. 

Zabala , lucca. Amplio, anclio 

Zarra. Viejo. 



FRANÇAIS. 



Divin. 

Clair, évident. 
Brevis. Court. 

Laboriosus. Laborieux. 
Pronlo. Profflptus, vivus Prompt , vif. 

Légitime. Legiiimus. Légitime. 

Insipide. Insipidus. Insipide ou fade. 

Vcrgonzoso. Pudeodas, tarpis. Honteux. 



Largo. 

Curbo. 

Iiiclinado. 

Claro, lluido. 

Estrecho. 

Amargo. 

Abigarrado. 

Fatigado, caosado. 

Bueno. 

Hoodo, profuodo. 

Corapleto, cabal 

Agradable. 

Igual. 

Incomparable. 

Pesado. 

Pobrc. 
Mendigo. 
Hcreditario. 
Soiido, coDsiilaDle 



Largus, longus. 

Curvus, a, um. 

Inclinatus. 

Inanis. 

Strictus. 

Amarus. 

Variegdtus. 

Lassus. 

Bonus. 

Profundus. 

Completus. 

Oratiosus. 

iEqualis, similis 

Incomparabilis. 

Gravis , onero- 

sus. 
Pauper, inops. 
Mendicus. 
Hœredilarius. 
Solidus, flrmus. 



Siccus. 

Sierilis. 
Purpura. 

Flexibilis. 
Tristis. 
Magnus. 
Cseruleus. 
Leucophœus. 
Claudus. 
Sfissus. 
. U si ta tus. 
Rclirtus. 
Viridis. 
Violareus. 
Amplura. 
Vêtus. 



Rude, âpre. 

Long. 

Courbé. 

Penché. 

Clair, fluide. 

Étroit. 

Amer. 

Bigarré, rayé. 

Fatigué. 

Bon. 

Profond. 

Complet. 

Agréable. 

Égal, semblable. 

Sans pareil. 

Lourd. 

Pauvre. 
Mendiant. 
Héréditaire. 
Solide, ferme. 

Sec. 



Stéril. 

Pourpre. 

Souple. 

Triste. 

Grand. 

Bleu. 

Gris. 

Boiteux. 

Rompu , cassé. 

Usé. 

Abandonné. 

Vert. 

Violet. 

Ample, large. 

Ancien, vieux. 



628 



BASQUE. ESPAGNOL. LATIl 

Zorigaistocoa, doacabea, doat- j j_^^^,.^ ^^^^^.^^ 

sucza. I 

Zucen.i, chiiisena,arlcza,margoaDerecho, recto Reclus. 

Zuria , churia. Blanco. Album. 



FIUNÇAIS. 



Malheureux. 

Droit. 
Blanc. 



Zute, zulinie, chutie, chut, zut. En pie. 



Sopra, pcdes, sUns Debout. 



XXVIl.— Verbes. 



Aci, bezatu, oitu. 


Acostumbrarse. 


Assuesco. 


vS'accoulumcr. 


Ailitu , enzun , beatu. 


Oir. 


Audire. 


Entendre. 


Ad indu. 


Teniplar. 


Temperare. 


Tremper. 


Agiri, agirtu. 


Parecer. 


A p parère. 


Paraître. 


Aitçurtu. 


Cavar. 


Fodere. 


Bêcher. 


Aitzin, agotu, aurrcragotu. 


Avanzar. 


Promovere. 


Avancer. 


Ailu, acabatu, bucatu, azkenan. 


, Acabar. 


Finirc. 


Finir. 


Alaraci. 


Nutrir 


A 1ère. 


Nourrir 


Alegeratu. 


Alegrarse. 


Gaudere. 


Se réjouir. 


Altzatu. 


Elevar. 


Extollo. 


Elever. 


Amatu, Ouetsi, ouiritzi. 


Amar. 


Amare. 


Aimer. 


Amarratu, lotu, uzcaldu. 


Alar, amarrar. 


Alligare, figere 


. Lier, attacher. 


Anditu, geiagotu. 


Crecer, aamentsr. 


Cresccre. 


Croître. 


Apaldu. 


Almorzar. 


Prandere. 


Déjeuner. 


Argitn. 


Alumbrar. 


Illuminare. 


Eclairer. 


Arkitu, idoro, causilu. 


Hallar, ioTenlar. 


Invenire. 


Trouver, ioTenter. 


Articasi, estudiatu. 


Estudiar. 


Sludere. 


Etudier. 


Arlu. 


Tomar. 


Capere. 


Prendre. 


Asacatu , neitu. 


Acabar, lermioar. 


, Finire. 


Finir, terminer. 


Asi, abia. 


Coraenzar. 


Incipere. 


Commencer. 


Atheratu. 


Salir. 


Gredi. 


Sortir. 


Atrabesatu, lanzartu. 


Alravesar, Iras- 


-Transire. 


Pafser . traver- 




pasar. 




ser. 


Atscgin, atseden, asnalu, asnase 


Respirar. 


Spirare. 


Respirer. 


Azipelu , bairatu , ciliboca- 


Burlar. 


Ludere. 


Jouer. 


tu , gaintatu, enganatu. 








A'urkitu. 


Enconlrar. 


Invenire. 


Trouver. 


Aztaparcatu. 


Arailar. 


Laccrare. 


Esratigner. 


Baholatu. 


Cribar. 


Cribrare. 


Cribler. 


Baliù. 


Valer. 


Valerc. 


Valoir. 


Banemelu. 


Producir. 


Producere. 


Produire. 


Baranda , ibeilli, goalea. 


Ir, marchar. 


Ire, ambulare 


Aller, marcher. 


Baratu, Iricatu, gcidilu, geratc 


1. Parar, delener 


. Arcere. 


Arrêter. 


Barnatu. 


Profundizar. 


Penelrarc. 


Pénétrer profon- 
dément. 


Balhaiatu 


Bautizar. 


Baptizarc. 


Baptiser. 


Batu, bililu. 


Reunir, junlar. 


, Corapilarc, col- 


• Réunir, rassem- 






ligere. 


bler. 



629 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Bazcalu. 


Pacer. 


Pascere. 


Paître. 


Begietsi. 


Admirar. 


Admirari. 


Admirer. 


Bclaliunealu. 


Arrodillar.<;e. 


Genua inllcclere. S'agenouiller. 


BeiH'ulu. 


Vencer. 


Vincere. 


Vaincre. 


Benedicatu. 


Bendccir. 


Benedicere. 


Bénir. 


Berotu. 


Calentar. 


Calefaclare. 


Chauffer. 


Besarcatu. 


Besar. 


Arapleclare. 


Embrasser. 


Bici. 


Vivir. 


Vivere. 


Vivre. 


Bici. 


Habitar. 


Morari. 


Habiter. 


Bidaditu , sentitu. 


Senlir. 


Sentire. 


Sentir. 


l'idagea, Biagca. 


Viajar. 


Peregrinari. 


Voyager. 


Biliitu. 


Desgraiiar. 


Grana cxcuterc 


!. Egrener. 


Biluci. 


Desnudar. 


Vestem detra- 
here. 


- Déshabiller. 


Bridatu, Lab. 


Embridar. 


Frenare. 


Brider. 


Brodatu. 


Bordar. 


Acu p ngere. 


Broder. 


Bulzatu. 


Empujar. 


Pellere. 


Pousser. 


Calmalu. 


Tranquilizar. 


Scdare. 


Calmer. 


Canlatu, Olsatu. 


Canlar. 


Cancre. 


Chanter. 


Caresain. 


Acariciar. 


Blandire. 


Caresser. 


Castigatu. 


Casligar 


Casligare. 


Corriger, punir 


Cclebratii. 


Cclebrar. 


Célébra re. 


Célébrer. 


Cerbilçalu. 


Servir. 


Servire. 


Servir. 


Cerralu. 


Serrar. 


Secare. 


Scier. 


Chahtitu. 


Barrer. 


Verrere. 


Balayer. 


Clieatu. 


Pegar. 


Verbcrare. 


Frapper. 


Churilu. 


Blanquear. 


Candefacere. 


Blanchir. 


Ciakidatu, gclakidatu, iso/.ki- 
dalu. 


1 „ 






Congelar. 


Congelare. 


Congeler. 


Colpatu. 


Herlr. 


Vulnerare. 


Blesser. 


Conlatu. 


Contar. 


Narrare. 


Conter. 


Créa lu. 


Crear. 


Creare. 


Créer. 


Damnatu. 


Condenar. 


Daninare. 


Damner. 


Danlzatu , Oincaritu. 


Bailar. 


Sallare. 


Danser. 


Danzkitu, progatu. 


Probar. 


Probare. 


Prouver. 


Dastalu, gusiatu. 


Tastar, guslar 


. Gustare. 


Goûler 


Deithu. 


Llamar. 


Vocare. 


Appeler. 


DciUi. 


Ordefiar. 


Mulgere. 


Traire. 


Dcseigotu. 


Arruinar. 


Evertere. 


Ruiner. 


Distiatu , ganargilu. 


Relucir, brillar 


. Micare, fulgere. 


. Briller. 


Doitu. 


Ajuslar. 


Aptare. 


Ajuster. 


Ebaki, picatu, trencatu, ucilu. 


Corlar, partir, 


Scindere, arapn, 


. Couper, diviser, 




dividir. 


tare, dividere 




Ebatsi. 


Hurtar. 


Furari. 


Dérober. 


Eçagutu. 


Conocer. 


Cognosrere. 


Connaître. 


Eçarri. 


Poner. 


Poncre. 


Meltre. 


Echeden, zai ou bcgira , egon. 


Aguardar. 


Expectare. 


Attendre. 


Edan, 


Beber, 


Bibcre, 


Boire. 



630 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


UTIiV. 


FRANÇAIS. 


Ederlu. 


Hermosear. 


Ornare. 


Embellir. 


Egiii. 


Hacer. 


lacère. 


Faire. 


Egoatu, egaldatu. 


Volar. 


Volare. 


Voler (avec des 
ailes). 


Egon, egondu, egotu. 


Ser, estar. 


Esse, starc. 


Être. 


Egorri. 


Enviar. 


Miltere. 


Envoyer. 


Egosi. 


Cocer. 


Coquere. 


Cuire. 


Egotea, geldilrea. 


Morar, quedaisc.Maneie. 


Demeurer, res- 
ter. 
Moudre. 


Eho. 


Moler. 


Molere. 


Ekharri. 


Traer. 


Ferre. 


Porter. 


Eman. 


Dar. 


Dare. 


Donner. 


Emondatu. 


Aumentar. 


Augmenlare. 


Augmenter. 


Enzun. 


Escuchar. 


Audire. 


Entendre, ouir. 


Eraman. 


Llcvar. 


Abducere. 


Emmener. 


Eraisi, Jachi. 


Bajar, dcscen- 
der. 


■ Descendere. 


Descendre. 


Eratzatu, etzineraci, echuiia- 
raci. 


Acostarse 


Cubare. 


Coucher (se). 


Eriolu. 


Matar. 


Necare. 


Tuer. 


Erran. 


Deeir. 


Dicere. 


Dire. 


Eraso, acopilalu. 


Atacar, invadir 


. Invadere. 


Attaquer, enva- 
hir. 
Tomber. 


Erori. 


Caer. 


Cadere. 


Erosi. 


Comprar. 


Emere. 


Acheter. 


Errabili. 


Mover. 


Movere. 


Mouvoir. 


Erre. 


Asar. 


Assare. 


Rôlir. 


Escubilalo. 


Cepillar. 


Delergere. 


Brosser. 


Escatu. 


Suplicar, pedir 


. Postiilare. 


Demander. 


Esuidatu. 


Comprender 


Tnlelligere. 


Comprendre. 


Estali. 


Ocullar, cubrir 


. Tegere. 


Couvrir. 


Estampatu. 


Imprimir. 


Imprimere. 


Imprimer. 


Estu, Ertsia. 


Comprimir. 


Premere. 


Comprimer. 


Etartu. 


Recibir. 


Recipere. 


Recevoir. 


Elçan. 


Ecliarse. 


In leclo tollocare. 


Coucher. 


Etorri , eldu , zeitu. 


Venir, arrivar. 


Venire. 


Arriver, venir. 


Eyaiu, lasteregin, corri, liilli. 


Corrcr 


Currere. 


Courrir. 


Flacatu. 


Enflaquecer. 


Macère. 


Maigrir. 


Freitu, frigitu, sertagitu, erra- 
gosi. 


j Freir. 


Frigere. 


Frire. 


Gainbia. 


Carabiar. 


Permulare. 


Echanger. 


Garbitu, jeiui, chautu, araztu. 


Limpiar. 


Mundare,purgare 


. Nettoyer. 


Gidalu. 


Guiar, coiiducir.Ducere. 


Conduire. 


Giralu. 


Girar. 


Gyrare. 


Tourner. 


Goratu, irlen, io, igo, gaindu. 


Subir, montar 


. Asrendere. 


Monter. 


Gorde. 


Esconder. 


La 1ère. 


Cacher. 


Gorrotatu , higindu , iduki. 


Aborrecer. 


Odisse. 


Haïr. 


Gosaldu. 


Almnrzar. 


Jenîare. 


Déjeûner. 


Guducalu. 


Combatif. 


Pugnare 


Combattre, 



631 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


lATIN. 


FRANÇAIS. 


Gurulcatu. 


Cruzar. 


Decussare. 


Croiser. 


Hasi. 


Cnracnzar. 


Incipere 


Commencer. 


Hastandu. 


Alejar. 


Separare. 


Eloigner. 


Hautsi. 


Roniper 


Rumpere. 


Rompre. 


Heci. 


Domar, subyu- 
gar. 


- Domare. 


Dompter. 


Jan. 


Corner. 


Ederc. 


Manger. 


Iakin, iakitea, A. , Hir. 


Saber. 


Scirc. 


Savoir. 


Iccki , sutu , qarlu , ecio. 


Arder. 


Ardcre. 


Brûler. 


Icusi. 


Ver. 


Videre. 


Voir. 


Igeritu. 


Nadar. 


Natare. 


Nager. 


Iguriks. 


Aguardar. 


Expeclare. 


Attendre. 


Ikhasi. 


Aprender. 


Discere 


Apprendre. 


Ikitu, aztalu. 


Tocar. 


Tangere. 


Toucher. 


Il, ill. 


Morir, matar. 


MorI, necare. 


Mourir, tuer. 


Inès , inesi. 


Huir. 


Fugere. 


Fuir. 


Iraun. 


Durar. 


Burare. 


Durer. 


Irten , ilkilu. 


Salir. 


Egredi. 


Sortir. 


Isuri. 


Derramar. 


Ellundere. 


Répandre. 


Izan. 


Ser, haber. 


Esse , habere. 


Etre, avoir. 


Jayo. 


Nacer. 


Nasci , cor. 


Naître. 


Josi. 


Coser. 


Consuere. 


Coudre. 


Kea eraan. 


Humear. 


Fumare. 


Fumer. 


Khamustu. 


Embotar. 


Obtundere. 


Emousser. 


Khondalu. 


Contar. 


Computare. 


Compter. 


Kiscaldu. 


Abrasar. 


Nimiumassare, 


. Trop rôtir. 


Lagundu. 


Ayudar. 


Adjuvare. 


Aider. 


Landu. 


Cultivar. 


Colère. 


Cultiver. 


Lanegin, bearrcgin, trabajatu, 
trabaiilatu. 


Trabajar. 


Laborarc. 


Travailler. 


Lanzatu , bolatu , Iiailzi, 
egotzi, aurtiki. 


Lanzar. 


Jacere. 


Lancer. 


Larrutu. 


Desollar. 


Excoria re. 


Ecorcher. 


Lehertu. 


Aplastar. 


Oblcrcre. 


Ecraser. 


Libratu, irukindatu. 


Salvar. librarj( 


;.Salvare, servare. Sauver, délivrer 


Lo, loegin , loacartu. 


Dormir. 


Dormire. 


Dormir. 


Lotu , lia tu , estccatu. 


Atar, ligar. 


Ligare. 


Lier. 


Lurpetu. 


E n terra r. 


Inhumere. 


Enterrer. 


Macliacatu, cealu. 


Machacar. 


Contundere. 


Broyer, fripper. 


Macurtu. 


Curbar. 


Curvare. 


Courber. 


Mercaritu , salerosi , arreman, 


. Comerclar. 


Negotiari. 


Commercer. 


Minhatu. 


Bailarse. 


Lavare. 


Baigner. 


Mintzatu, edasi, hitzegin , 
verbegin. 


Inablar. 


Loqui. 


Parler. 


Mugitu, iglndu , igitu , uher- 
riztu. 


Movcr. 


Movere. 


Mouvoir. 


Nagustu. 


Crccer. 


Crescere. 


Croître. 


Nastu, naspillatu. 


Mczclar. 


Misccrc. 


Mêler. 


Ncgarregin. 


Llorar. 


Flerc. 


Pleurer. 


Ohitu. 


Acostumbrar. 


Assuefacerc. 


Accoutumer. 



632 



BASQUE. 


ESPAGNOL 


LATIN. 


ERANÇAIS. 


Oi, ei. 


Soler. 


Solere. 


Avoir coutume. 


Onharlu. 


Consentir. 


Assentire. 


Consentir. 


Oflon egin. 


Grunir. 


Grunnire. 


Grogner. 


Ordaindu , zorrotzicatu. 


Corn pensa r. 


Compensare. 


Compenser. 


Orhoitu. 


Acordarse. 


Meminisse. 


Souvenir (se). 


Orron , ibili. 


Vagar, ir. 


Vagari. 


Errer, aller. 


Otseratu, atzeralu, gibeleratu. 


Airasar, recula: 


■.Rcgredi. 


Reculer. 


Pagatu 


Pagar. 


Solvere. 


Payer. 


Pensatu, uste izan. 


Pensar. 


Cogitare. 


Penser. 


Peritu. 


Perecer. 


Perire. 


Périr. 


Phicatu. 


Cortar. 


Secare. 


Couper. 


Pliitztu. 


Indamar. 


Accendere. 


Allumer. 


Picatu , ciricatu , chulalu, 
zulatu , cicatu. 


Picar, pinchar. 


Pungere. 


Piquer. 


Pisu. 


Pesar. 


Ponderare. 


Peser. 


Pitzatu, idilii, arracatu. 


Hendir. 


Findere. 


Fendre. 


Porroscatu. 


Pestrozar. 


Rumpere. 


Déchirer. 


Saingatu. 


Ladrar. 


Latrare. 


Aboyer. 


Salatu , gaizgertu , acusatti. 


Acusar. 


Defertuli. 


Accuser. 


Saldu. 


Vender. 


Vendere. 


Vendre. 


Saltatu, jauci, jasapatu. 


Sallar, brincar, 


. Sallare. 


Sauter. 


Sarbaskitu. 


Matar. 


Necare. 


Tuer. 


Sarlu. 


Meter. 


Immitere. 


Mettre. 


Sartu , barratu. 


Entrar. 


Intrare, ingredi 


i. Entrer. 


Sinhetsi. 


Créer. 


Credere. 


Croire. 


Sortu. 


Nacer. 


Nasci. 


Naître. 


Sufritu, pairatu, osartu, eram- 
petu. 


! Sufrir. 


Pati. 


SoulTrir. 


Lanegin, beanegin, traballatu. 


Trabajar. 


Laborare. 


Travailler. 


Trochal. 


Envolvcr. 


Involvere. 


EoTeiopper, entou- 
rer, enlorliller, 


Uklian. 


Tener. 


Habere. 


Avoir. 


Urratu, étendu, arrasgatu. 


Rasgar. 


Scindera. 


Déchirer. 


Urruii. 


Descarriar. 


Amovere. 


Ecarter. 


Usmatu.usmeatu. 


Oler, olfatcar. 


Olfacere. 


Flairer. 


Utsegin. 


Errar. 


Errare. 


Errer, faireerreur, 


Yarri. 


Sentarse. 


SeJere. 


S'a.sseoir. 


Yo. 


Bâtir, golpear. 


Percutere. 


Battre. 


Yosi. 


Coser. 


Sucre. 


Coudre. 


Zor. 


Deber. 


Debere. 


Devoir. 


Zulatu. 


Horadar. 


Perfora re. 


Percer. 


Zulcatu, sildatu, tincatu. 


Fijar. 


Figere. 


Fixer 



XXYIII. — Adverbes. 



ÂQcin, haraincina , lengo. 
Atzo, 



Antiguatnente. Antiquitus. 
Ayer. Heri. 



Anciennement. 
Hier. 



633 



BASQUE. 


ESPAGNOL 


LATIN. 


FRANÇAIS. 


Azpean, 


Debajo. 


Subter, infra. 


Dessous. 


Bai. 


Si. 


Ita. 


Oui. 


Barncrat. 


Dentro. 


Intro, intus. 


Dedans. 


Balero. 


Nulamenle. 


Nequaquam. 


Nullement. 


Batzutan. 


Alguna vez. 


' Aliquando. 


Quelquefois. 


Behinere, egundaino, seculan. 


Nuiica , jamas. 


Nuiiquani. 


Jamais. 


Berant, beranki. 


Tarde. 


Tarde. 


Tard. 


Bercelan, hercelarat. 


En olra parte. 


Alibi , alio. 


Ailleurs. 


Berech. 


A parle. 


Separalim. 


A pan. 


Berliala, lastcr. 


Luego. 


Modo. 


Bientôt. 


Bcrtan. 


Pronlo, presto, 


Céleri 1er. 


Vile, pronipte- 




ai inslanie. 




mcnt, sur le 
cbamp. 


Bi'itce, orduz. 


En liempos pa- 
sados. 


■ Olim. 


Jadis. 


Beslcla. 


De otro modo. 


Aliter. 


Autrement. 


Belhi. 


.Sienipre. 


Semper. 


Toujours. 


Betliirtanic. 


En todus liempos. 


Semper. 


De tout temps. 


Bezpora ou bczperan. 


Vispera. 


Diesantecedens.La veille. 


Biliar, bigar. 


Mafiana. 


Cras. 


Demain 


Biliaramunn. 


Al dia signieDte. 


Postera dies 


Le lendemain. 


Bissian , bis. 


En frente. 


In eonspeclu. 


Vis-à-vis. 


Biziki. 


Con viveza. 


Vivacilcr. 


Vivement. 


Bizkitai'tean. 


Por tanto. 


Attamen. 


Pcurlant. 


Campoa. 


Fuera. 


Foris. 


Le dehors. 


Camporat. 


Fuera. 


Foras. 


Dehors 


Cerlaco. 


Porquc. 


Quare. 


Pourquoi. 


Eghiazki. 


Verdadcramentc. 


Yere. 


Vraiment. 


Eguii. 


Hoy. 


Hodie. 


Aujourd'hui. 


Elkliarrekiii. 


Junte. 


Simul. 


Ensemble. 


Eiilian. 


En medio. 


Médium. 


Au milieu. 


Ere. 


Tanibien. 


Eliam. 


Aussi. 


Etzi. 


Pasado mailaoa. 


Pcrindie. 


Après dem.Tin. 


Ez. 


No. 


Non. 


Non. 


Gaur. 


Esta tarde, es- 


- Vespere. 


Ce soir, cette 




ta noclie. 




nuit. 


Gauz. 


De noclie. 


Noctu. 


De nuit. 


Ghero, A. ; guezo, H. 


Despues , en se 
guida. 


- Post, dein. 


Après, ensuite. 


Ghibela. 


Detras. 


Post. 


Le derrière, en 
arrière. 


Gogotic. 


Con guslo. 


Libenter 


Volontiers. 


Gorago. 


Muy allô. 


Allior. 


Plus haut. 


Gichi, Guti. 


Poco. 


Parum. 


Peu. 


Hain , bertcc. 


Tanto. 


Tantum. 


Autant. 


Han , hor. 


Aqui. 


Hic. 


Là, y. 


Hanlik. 


Deahi, alli^; porlllinc, istinc, 


il-De \l>, par lîi. 




M, alli. 


lac , istac. 




Haia ou horra. 


Yc a(iui. 


Ecce. 


Voil;i. 



634 



BASQUE. 


ESPAGNOL. 


14TIN. 


FH*NÇAIS. 


Harat. 


Abi, alli. 


Illic, illuc, illo 


. Là, en cet en- 
droit. 


Hebeki. 


Mejor. 


Melius. 


Mieux. 


Hemen. 


Aqui. 


Huf. 


Ici. 


Hemen , gindi. 


Por aqui. 


Hac. 


Par ici. 


Hemcnrtie. 


De aqui. 


Hinc. 


D'ici. 


Hobe. 


Mejor. 


Meliusacmelior. Meilleur. 


Holachet. 


Asi. 


Sic, ila. 


Ainsi. 


Honkitzen. 


Sobre. 


De, super. 


Sur, toucbaut. 


Huna. 


He aqui. 


Ecce. 


Voici. 


Hunat. 


Aca. 


Hue. 


Ici. 


Jadanic. 


Ya. 


Jam. 


Déjà. 


Lehen. 


A nies. 


Prias. 


Auparavant 


Mais. 


A menudo. 


Saipe. 


Souvent. 


Nabi, eta, nez. 


A pesa r de, no 


1 Invite. 


Malgré, non 




obstanie. 




obstant. 


Neholcre. 


De cingun modo. 


Minime. 


Nullement. 


Nihon. 


£a parte oingaaa. 


Nullibi. 


Nulle part. 


Nehorat. 


En oiagiina parte. 


Nuspiam. 


Nulle part. 


Noiz. 


Cuando. 


Quando. 


Quand. 


Non. 


Donde. 


Ubi. 


Où. 


Non gaindi. 


Por donde. 


Qai>. 


Par cil. 


Nondic. 


De donde. 


Unde. 


D'où. 


Noral. 


A donde. 


Quô, unde. 


Où. 


Ongbi, onxa. 


Bien. 


Benè. 


Bien. 


Orara 


Ahora. 


Nunc. 


Maintenant. 


Oiobat. 


Igualmente. 


Pariter. 


Pareillement. 


Orotan. 


En todas partes 


.Ubique. 


Partout. 


rota rat. 


Por lodas partes 


. Quocunque, un- 
dique. 


• Partout. 


Salbu, lekhat. 


Excepto, salvo 


Prœler, salvum 


Excepté, sauf. 


Segurki. 


Ciertamente. 


Certe. 


Assurément. 


Urrun , burrun. 


Lejos. 


Longe. 


Loin. 


Ustegabe. 


Por Ventura. 


Forte. 


Par basard. 


Zcren, zeientako. 


Porque . 


Cur. 


Pourquoi. 


Zoin. 


Cuanto. 


Quoi , quan- 
tum. 


Combien. 



XXIX. — Prépositions. 



Aitcinean, 


H. 


Delante. 


Anie. 


Devant. 


Aldean, urrean. 


Proximo. 


Circiter, 


Près de. 


Azpian. 




Debajo. 


Sub. 


Sous. 


Barnean. 




Denlro. 


Intra. 


Dedans. 


Contra. 




Contra. 


Contra. 


Contre. 


Gabe. 




Sin. 


Sine, absque. 


Sans. 


Gainen, A 


; gainean , 11. 


Encima. 


Super, supra. 


Sur, dessus 


Gana , ganat. 


Acia, 


Versus. 


Vers. 



635 



BASQUE. 



Gatik. 

Gibilcan, H. 

Haial , horrat. 

Hartan. 

Hortara. 

Hurbil. 

lni,'uruna. 

Lehenago. 

Ondoan. 

Zal. 



ESPAGNOL. 


lATIN. 


FRANÇAIS. 


Por. 


Proptcr. 


A cause de. 


Atlas. 


Post. 


Derrière. 


Aca , alla. 


Eo. 


U, y. 


En. 


In. 


Dans ce ou celle 


Acia aqui. 


A^ersus. 


Vers ce ou celle. 


Cerca. 


Circum. 


Près. 


Al redcdor, casi 


i.Circa. 


Environ 


Ailles. 


Anlea. 


Avant. 


Al lado de. 


Propc, juxta. 


Auprès, près de 


Para. 


Pro. 


Pour. 



XXX. — Conj onctions . 



Amoreagatic. 


Con ei fin de. 


Ut. 


Afin que. 


Arabera. 


Segun. 


Secunduin. 


Selon, suivant. 


Bada. 


Asi pues. 


Porro. 


Or. 


Bainan. 


Pero. 


At, sed. 


Mais. 


Bainan oraino. 


Pero tambicn. 


Scd eiiam. 


Mais encore. 


Baizik. 


Sino. 


Si non. 


Sinon. 


Baldin. 


Si. 


Si. 


Si. 


Beçala. 


Como. 


Ul. 


Comme. 


Beraz. 


Pues. 


Igilur. 


Donc. 


Berheala. 


Desde luego. 


Primo. 


D'abord. 


Biskilartean. 


Sin enbargo. 


Tamen. 


Néanmoins. 


Ceren. zerenlako. 


Porque. 


Quia. 


Parce que. 


Eceo. 


Atendido que. 


Enini. 


Car. 


Edo. 


0. 


Vel, aut. 


Ou. 


Eta. 


Y. 


Ac, et, que. 


Et. 


Ez choilki. 


No solamente. 


Non solum. 


Non seulement. 


Finean. 


En fin. 


Tandem. 


Enfin. 


Ganik. 


De. 


Ex. 


De. 


Gliehiago. 


Demasiado. 


Plus. 


Plus, davantage, 


Gherollk, A; Gueroztic, Har. Desde. 


Abhinc. 


Depuis, lors. 


Guciagalic. 


Toda vez. 


Tamen. 


Toutefois. 


Hall , hargatic. 


Mienlras tanto 


. Tamen. 


Cependant. 


Heltubada. 


Puede ser. 


Forsan. 


Peut-être. 


Hemendic, ailcina. 


Por ultimo. 


In posterum. 


Désormais. 


Hola. 


Asi. 


Sic. 


Ainsi. 


Mena. 


Mas. 


Sed. 


Mais. 


Menturaz. 


Quizas. 


Forsan. 


Pcul-étre. 


Naliiz. 


Aunque. 


Ouamvis 


Quoique. 


Noizeta ère. 


Mienlras. 


Cum. 


Lorsque. 


Noia. 


Como. 


Ut. 


Comme. 


Oraino, orano. 


Aun, todavia. 


Adliuc, rnrsus 


. Encore. 


Ordanlino. 


Ilasla ahura. 


Ilaclcnus. 


Jusqu'alors. 


Ordian , nrduaii. 


Eiitonccs. 


Tune. 


Alors. 


Orobat. 


Tambicn. 


Eliam, 


Aussi, 



mi 



PRINCIPALES RACINES ESKUÂRIENNES. 



Afin de ne point rompre les analogies et d'éviter les 
répétitions, les mutables ont été réunies ensemble. 

Les mots précédés d'une astérisque (*) sont dérivés. 

Les mots suivis d'un c sont composés. 

Il n'y a donc de racines probables ou réelles que celles 
qui n'ont aucune indication spéciale. 

Les racines sont représentées par leur forme indéfi- 
nie, ou sans désinence délerminative. 

En général, les lettres / et r se doublent dans les dé- 
sinences : cela est indiqué par une particule séparée, 
la ou ra. 

Les principales racines a/jîooes ont été jointes aux ra- 
cines ordinaires : elles sont distinguées en préfixes et 
en suffixes. 



RACINES ESCUARIElXNES. 



Ab" 
oa 


Bouche. 


Aker ra 
Akliaba 


bouc, 
lin , finir. 


Abul l:i 


Fron le. 


A fusa tu 


accuser. 


Ab^'' 
re 


animal , bêle. 


Acutu a 
Aeal 


apte, habile, cjercé. 
agalhe. 


» 


troupeau. 


Agin 


if. 


* Aberats 


riche. 


Id., suir. 


direction, commamlem' 


Abeto 


sapin. 


Agiri 


paraître. 


Abilid 


génie. 


Ach 


axe. 


Abon 


engrais. 




roclier. 


* Abril du, c 


:. immoler. 


* Achurz , c 


. agiicullure. 


Apal du 


souper, V. 


Adar ra 


corne, branche. 


♦ Apiil 


souper, subst. 


Adar 


rliinorfros? 

•Il 



638 



Adarg 
Adrillu 
Aili 
AJio 

* Aditu a 
Ainliar 
Ailien 
Alisi 
Aintzir 
Aice 
Aire 

* Airge, c. 
Aizcor, c. 
Aizp 

Aiztu, c. 
Ait 

Aitz 

* Aitzur, c. 
Alab 

Alaj 
Alaraci 
Aiberchigu 
Alfang 
Alper ra 
Aid a et ea 

Al are 

* Aldean 

* Aide a 
Aldl 

AI un 

Aie 
A léger 
Alor ra, c. 
Alort, c, 
Am 

* Amar 

* Amara atu 

* Amar ra 

* Am re 



Ami 

Ampoll 

Amu 

Anai 

A Date 

Andi et handi 

André 



A. 

bouclier. 

brique. 

entendre, comprendre. 

adieu. 

intelligence. 

hirondelle. 

vigne. 

levure, ferment. 

lac. 

vent. 

air. 

ténèbres. 

hache. 

sœur de sœur. 

couteau. 

père. 

rocher, pierre. 

bêcher. 

fille. 

meuble. 

paître. 

abricot. 

sabre. 

paresseux 

côté. 

autel. 

auprès, 
région, 
plainte. 

puissant. 

grain , céréales. 

réjouissant. 

champ, sol cultivé. 

fruit. 

mère. 

dix. 

amarrer, lier. 

cancre, homard ou crabe. 

amour. 

faim. 

ampoule. 

hameçon. 

fils. 

canard, tt. 

grand. 

dame, demoisKlc 



. ne . 

A . gir, 

m 



* Animal la 

Anodun 

, c . 

An , in 

ch 

Antz 

Antzar rA 

Ano 

Ao 

Aub 

Aaolz ia, c. 

Ar 

Aran 

Arau 

Arbol 

Arc 

Ard ia 

a" '1 
Ar 0, 
n ' 



c. 



Are a 

Arech 

Argi 

A ri 

* Ari et hari 

Aricat 

*Arlacli, c. 

Arm 

Arina 

Arilz 

Armina 

Arp 

Ar ra 

Arra, suif. 

Arrano 

Arrac 

Arrai 

Arrats 

Arratz 

Arrau 

Arraullz 

Arraun 

Arre 

Arreb 

Arri 

Arri lu 



A. 

anguille. 

ime. 

animal. 

alun. 

ancien, vieux. 

industrie. 

oie. 

ombre. 

bouche. 

bouche. 

bec. 

herse ( agric. ) 

prune. 

droit (législ. ) 

arbre. 

arche, coffre. 

puce. 

vin. 

sable, herse. 

arbre, chêne. 

lumière. 

bélier. 

Fil. 

fatigué. 

vinaigre. 

arme. 

léger, rapide. 

chêne. 

hermine. 

harpe. 

ver. 

mâle, 
aigle. 

race, 
poisson, 
nuit. 

tambour . 

commun , vulgai e , or- 
dinaire, 
œuf. 
rame, 
brun. 

sœur Je frère, 
pierre, 
ensorceler. 



639 



A. 



AlTO 


rare. 


Azoge, c. 


mercure. 


AlTOZ 


riz. 


Aiotz, c. 


charpcniier. 


. b 
Arrop 


robe. 


Azucre 
Aztal 


sucre, 
ortie. 


A rie 


espace. 


Asun y 


jambe , jarret. 




chêne- vert. 


Aste 


semaine, commencement. 




lac, piège. 


Astun 


iine. 


Artcri 


artère. 


Asto 


pesant, lourd. 


Arto 


mais. 


Astur 


coutume 


Artu 
Artz 


prendre, 
ours. 


< 


canard. 


Az 


chou. 


Atari 


rue. 


AzaI 


ongle. 


Athe 


porte. 


Azaz tu 


nettoyer. 


* Alhera 


-sortir. 


Asbid , c, 


laryiu. 


Atrabes atu , 


, c. traverser. 


Aspad ifoa 


ancien. 


Ator ra 


chemise. 


Azpi 


dessous. 


Atz 


doigt. 


A se 


écuelle. 


Ats 


respiration. 


Azcar ra 


fort. 


Atzen. 


dernier. 


Azéri 


renard. 


Atz! tu 


récolter. 


Aci 


s'accoutumer. 


Atïo 


hier. 


Aci et haci 


semence, graine, sperme 


i.Aul 


insipide. 


i , . Il , et ha 

*Acie d . , 

r ciend 


' ferme (agric.) 


Aurc 
Aurder 


angle. 

enfance (premier âge). 


* Azkin 


dernier. 


Aurki 


trouver. 


Aski 


assez. 


Aurliki 


lancer. 


* Ask' tacoa , c 


. commun, ordinaire 


Auspo 
Auts 


soufflet (instrument), 
poudre, pulvériser, di- 


AsI 


auteur. 




viser, cendre. 


A *Dase 


respiration. 


M. 


rompre, briser, fracture. 



H,F, V, B, P. 



H.F. V, B, P. 



Bab 


rêve. 


Hainitz 


beaucoup. 


Habe 


colonne. 


Bair 


fraude. 


Ilabro 


destin, sort. 


Pairatu 


soufl'rir. 


Bahol 


cribler. 


Faisan 


faisan. 


Ilakid 


commun , a 


ulj.; gêné- Balbe 


mort. 




rai, adj. 


Balen 


baleine. 


• Bakite 


union. 


Balio 


valeur, prix. 


* Bacun 


simple, adj. 


; Innocent, * Balioz 


valide. 


Bag 


adj. 
vague, subst 


F 

Jaiso 


faux, adj. 


pa8o(p) 


corde. 


^'t(P) 
Fam 


faute. 


hêtre. 


renommée. 


Bai 


oui , part, a 


inrmalive. Bander 


enseij^ne, drapeau, banilerollu 



G40 



n, 


F, V,B. P. 




H, 


F, V, B, P. 


Banerne 


produi'lion. 




llei 


fumier. 


Hanitz 


plusieurs, beaucoup. 


Beir 


verre. 


Vano 


vain, faux. 




Belan 


genou. 


fiao 


vapeur. 




Belar ra 


herbe. 


Bara tu 


arrêter. 






front. 


Har (V. are). 


vallée. 




Bêle 


corbeaa. 


' Baratz 


jardin. 




Peleatu 


combattre. 


^ Barbille. 


contraction (composé). 


Belcharg 


cygne. 


Pare 


égal. 




Pcl la 


boule, pelotte. 


Bare 


rate. 




Beloski 


rapide, vite. 


* Harritz 


chêne. 




Beitz 


noir. 


Uarminc 


vermillon. 




Hen 


haine. 


Barn 


dans, dedans. 




Veneno 


poison. 


* Barnalu 


pénétrer. 




Venganz 


vengeance. 


Harp 


liarpe. 




Benzu 


vaincre. 


B 


rire (le). 




Pen 


rocher, pierre. 


par ra 




Ber 


même, vrai (affirmrtif). 


Barratu 


arrêter. 




Herchi, Lab. 


étroit. 


Harrapalu, c. 


attraper. 




Berdin 


égal, pareil, semblable. 


Burric 


barrique, tonneau. 


Bereci 


diviser. 


Has 


commencer. 




Berne 


jambe. 


Bas 


sauvage. 




Bero 


chaleur. 


Basa, préf. 


id. 




Verb , en comp 


. parole. 


Bazc 


nourriture. 




Berri 


nouveau. 


* Bazcal 


dîner. 




Bertce 


jadis , autrefois. 


Baci 


bassin. 




V *rlut ea 


vertu. 


Baso 


forêt. 








Hastan 


éloigner. 




Berun. 


plomb. 


Bat 


un. 




Bilutz 


vil. 


* Bato 


bateau. 




Hez 


dompter. 


* Batu 


réunir, rassembler, ré- 


■ Besag 


raies (rayons de roue ). 




colter. 




* Bezatu 


s'accoutumer. 


* Baleron 


royaume. 




Bezo 


coutume, usage. 


* Batz ea 


aggrégation. 




Bezo 


bras. 


Faû 


stérile. 




Bezperan 


veille. 


Fa un 


faux. 




Betar ra 


racine. 


Hauts 


poudre. 




Bete 


plein. 


Beau 


bas, en bas , 


inférieur. 


Belle 


bas. 


Bear 


travail. 




Petre 


alliage d'étaiD et de plomb 


Bearri 


oreille. 




Bi 


deux. 


Beartu 


pauvre. 




Bi^ar 


demain. 


Hebcki 


mieux. 




g 




Beliinere 


jamais. 




Bihi a 


grain, céréales, vivres. 


Becaiz coa 


envie. 




♦ Bihi 


égrener. 


Bochau 


voyelle. 




Phicatu 


couper. 


Bcgi 


œil. 




Pic 


pic, pique. 


Fede 


foi. 




* Picatu 


piquer. 


Bederatzi 


neuf. 




Picozoroa, c. 


sycomore. 



011 



Bide 

Fiel 

Hien 

Higin 

Hil 

B., , 

pli la 

* Bildu 

* BiiUe. 
Biluz 
Fin 

Pin" 
u 

Biol 

Pipi 

Biri 

Hiru 

Virgin 

Piroch 

* Piz 
Pis, a 



atu 



Bizar ra 
Bici 

Filrt 
Bisig 
Piztia 
Pilos 

* Pitz 

* Pitz atu 
Hitz 

Biurs, c. 
Plaz 

Flac atu 

Plam 

Plate 

Plegu 

Pobre 

Ho en 

g 
Bol 

* Boill 

* BoUesi 
Polit 



H, F, V, B, P. 

voie, chemin. 

fidèle. 

hyène 

Haïr. 

mort , mourir , tuer 
(V./i.) 

réunion, assemblage, pi- 
le, monceau, chercher. 

réunir, rassembler, com- 
piler. 

aggrégation. 

déshabiller. 

fin. enfln. 

pin. 

violette. 

grain , céréales. 

poumon. 

trois. 

vierge. 

belette. 

fissile. 

poids, pesant, lourd, 
peser. 

barbe. 

habiter, vivre, vie, vif, 
prompt. 

vêlement. 

vessie. 

martre ou fouine. 

marlreou fouine. 

atome, particule, par- 
celle. 

fendre , diviser. 

parole. 

vers (poésie). 

place. 

affaiblir. 

feuille de papier. 

plat, écuelle 

coutume, usage. 

pauvre. 



boule, sphère, 
cercle. 

cercle , boule, 
beau, joli. 



H, 



* Bolu 
Ponzel 
Hope 
Borch 

Porrosc atu 
Portitz ' 

B 

poz a 

' Bozo 
Pozoi 
Bost 

Bot 
BoUtu 

* Potz 

* Potzo 
Brid a , a*u. 
Bringi 
Frintz 
Rrokel 
Progatu 

B ronce 

Brum 

Frunt 

Frut 

Bucoc 

Fuerte 

Pud. 

p1"sc 
I 

Bular ra 

Ruizatu 

Humeki 

Punla 

Funtz 

Puil 

Hur 

Hurbil 

Burdin 

Burni 

B . 

g"" 

Buru 
Pusc 
Buzoc 
Bustan 

* Bustcg 
Busti 
Butro 



F, V, B, P. 

moulin. 

vierge. 

queue. 

contraindre. 

briser. 

fort. 

joie. 

Toix. 

poison. 

cinq. 

outre. 

lancer. 

paresseux. 

chien. 

bride, brider. 

empire. 

peau. 

bouclier. 

prouver. 

bronze. 

brouillard. 

prompt. 

fruit. 

hirondelle. 

fort. 

serpe. 

particule. 

poitrine. 

pousser. 

puanteur. 

pointe. 

racine. 

poignard. 

doigt. 

près. 

fer. 

fer. 

beurre. 

tête, chef, esprit (faculté) 

partie, pièce, morceau. 

vautour. 

queue. 

gouvernail. 

humidité. 

nasse, filet. 



(J42 



Cdur.K.G. 




G dur. K, G. 


Gabe 

Cabilde 


sans (privatif), 
profession. 


C 

g"" 


flamme. 


Caco , gaco , maca 


croc , crocliet. 


Garratz 


âpre, rude. 


Gaco 


clé. 


Garrena 


suff. employé pour for- 


Cacui 


four. 




mer les nombres ordi- 


Cadir 


siège. 




naux. 


Caya 


matière, argent, instru- 


- Carric 


rue. 




ment , organe , pro- 


■ Garrondo 


cou. 




ducteur. 


Gartu 


brûler. 


* Gain 


dessus. 


Gastail 


châtaigner. 


♦ Gaindu 


monter, s'élever. 


Gaz tel u 


castel. château fort. 


Gaiut 


fraude. 


Casligatu 


corriger. 


Gay 


babile. 


Gastu 


fromage. 


Gay(tasuna),c 


;. génie. 


Gatezc 


combat. 


Gailz 


citadelle, château fort 


Catillu 


ècuelle. 


Gaitzo 
Calamu 


méchant, 
chanvre. 


C , 

g"'" 


chat. 


Cale 


rue. 


Galz 


sel. 


Calern 


tonnerre. 


Gaii, gaui 


nuit. 


Galant 


beau. 


Caus 


cause. 


Caliz a 


chaux. 


Gauz 


chose. 


GaItz ac 


perte 


Cax 
K 


coffre, caisse. 


bas (vêtement). 


G« 


fumée, vapeur. 


Gambi 


change, échange. 


Gec 


flèche, trait. 


Gamb uste, c. 


teinture. 


Gel 


glace. 


Gamel 


chameau. 


Geldi 


lent. 


Caminn 


chemin. 


Geritu 


guérir. 


Camutz 
* Khamus 


angle obtus, 
émousscr. 


G . 
^ere.z 


ombre. 


Ganado 


troupeau. 


Gerli 


pus. 


Canbar 


chanvre. 


Gero 


après. 


Cango 


pied 


Ger ra 


guerre. 


Canibel 


couteau. 


* Gerric oa ceinture. 


Canoy 

Cant a et atu 


tube, canal , canon, 
chant, chanter. 


G^z 




insipide. 


Gantz 


graisse. 


Gibel 


foie. 


Ganuts 


profanation. 


Gibil ean 


derrière. 


Capu 


tête. 


Gidatu 


conduire , guider. 


Gar 


tige. 


Giltz 


clé. 


Gar 


grain, céréales 


Kinde.c. 


connaissance, science. 


Caudair, c. 
Caratz 


histoire, 
cuisine. 


^ip..! 


ciboule. 


* Garbi 


clair, pur. 


Giratu 


tourner. 


* Gnrbi lu 


nettoyer. 


Kirikiu 


hérisson. 


Karg 


charge. 


Giz 


cohorte, bataillon, parti, 


Caria, taria 


suir. de l'adjectif aclif. 


Gis 


mode , manière. 


Carobi 


four à chaux. 


Giso 


gypse. 


Carp 


carpe. 


GizoD 


homme. 



643 





.K,G. 




C dur, K,G. 


Kit 


quitte, libéré, l.bre. 


Gorrob 


vesce. 


Cler 
Cleru 


craie. 

clair, évident. 


Goro ' 
z 


fumier. 


Goa 


suif, indiquant l'alistrac 


- Cor ra 


graisse. 




tien ; <^ et ion, fran 


- Gor ra _ 


sourd. 




çais. 


Gorri 


rouge. 


Coki 


deusité. 


Gosal 


déjeûner. 


Cocolz 


mouton. 


Gosartu , c. 


intelligence. 


Gogor ra 


solide, âpre, rude. 


Cozc 


limitti, borne, crâne. 


Coy 


chaise. 


Gose 


faim. 


Goi a et coa 


haut, élevé, hauteur. 


Gozo 


doux. 


Coipe 


graisse. 


Col 


coite ( de maille ). 


Goiz 


matin. 


Cotilon , c. 


jupon. 


Gold 


charrue. 


Croc 


brosse. 


Colore 


couleur. 


Crocatu 


bossu. 


Colp a et atu 


blessure, blesser. 


Gudari 


guerrier, combattant 


Khondatu 


compter. 


" Gud ua et 


atu guerre, combattre. 


Coneju 


lapin. 


Cucu 


coucou. 


Contz 


gond. 


Cucus 


puce. 


Gor a et atu 


haut, monter, s'élever. 


Cuch 


coffre, huche. 


Goraill , c. 


nerf (anat. ) 


Cuna 


coin. 


Corians 


encre, teinture. 


Cupritz 


verdet. 


Cord 


corde. 


Cura lu 


guérir. 


Corde 


sentiment. 


Gurdi 


char. 


Gorde 


cacher. 


Cuiric 


tenaille. 


Khoro 


couronne. 


Gurutz 


croix. 


Goroldio 
Grostia 


mousse, 
houx. 


Guz'^ 
tia 


tout. 


Gorpulz 


corps. 


Guti 


peu. 



D, T. 



D, T. 



Talde 


agrégation, assemblag». 


Deilz. 


traire. 


Tallu 


statue. 


Dembor 


temps. 


Darou 


peine. 


Tempizt 


histoire. 


Danz a et atu 


danse, danser. 


Templo 


temple. 


Dardu 


dard , (lèche. 


Tenaz 


tenaille. 


Taria 


suif, de l'adj. actif. 


Di 


agrégation, asse!iilj!a{,'e. 


Tarra 


suff naturel; (subst. ), 


Dian 


armée. 




habilant. 


Dierri 


nation. 


Tassuna 


suffi, pour former les Dinde et dorde 


proportion. 




noms abstraits. 


Tint a et ura 


encre et teinture. 


Datil 


datte. 


Tipi 


minime, très-petit. 


Taz 


lasse. 


Diru 


monnaie. 


Tcea 


suif, pour former l'infi- 


* Dirut 


riche. 




nitif des verbes. 


Tiru 


tir (le). 


Debeeatu 


défendre. 


Distialu 


briller, luire. 


Tegi 


abri , toit , case, local. 


î^iti 


mamelle. 


Deit 


appeler. 


T 





()44 





D, T. 




D, T. 


Doilu 


ajuster. 


Trist 


triste. 


Toki 


lieu, point , endroit. 


Trochalu 


emmailloter. 


Done 


saint , sacré. 


Tu, atu, itu 


suff. servant à former le 


Trabaiu 


travail. 




participe passé des 


Traket. 


poignard. 




verhes. Ex.: ur, eau; 


Trencalu 


couper. 




urtu, liquéfié. 


Tricii 


hérisson. 


Dup 


coupe (subst. ). 


• Trincatu 


fl:^er. 


Turmoy 


tonnerre. 


Trinco 


dense. 


Tut 


corne, cornet (musique) 


Trip ac 


intestin. 


Tzarra 


suif, grand. 



E 





couper. 


Emendatu 
Eraocatu 


augmenter, 
crépir. 


Ebats 


dérober. 


Enad 


hirondelle. 


Eho 


moudre. 


Engan 


fraude. 


Ehun 


cent. 


Entregu 


apte, habile. 


Econr 


image. 


Entzun 


écouter. 


ECC€ 


ardent. 


Eo 


tisser. 


Ecûe 


maison. 


Eper ra 


perdrix. 


Ega... 


aile. 


Epor ra 


chaux. 


* Egatî 


plume. 


Ere 


temps. 


* Egazti 


oiseau. 


Id. 


mode, manière. 


Egaitz 


fièvre. 


Eraman 


emmener. 


Egi 


vérité. 


Eratzi 


descendre. 


Egin 


faire. 


Erbol 


faible. 


Egon 


être et reMé. 


Erbi 


lièvre. 


Egor 


envoyer. 


Erdi 


demi ,semi, moitié, 


Egosi 


cuire. 


* Erdoy 


vert-de-gris. 


Egolzi 


lancer. 


Erein 


semer. 


Egun 


jour, aujourd'hui. 


Eremu et ermu .solitude. 


Ekhar 


porter. 


Erbi 


doigt. 


EU 


soleil. 


Eri 


maladie 


Edan 


boire. 


Erial 


champ inculte. 


Edas 


parler. 


Eripe 


condamuatioD. 


Eden 


poison. 


Erle 


abeille. 


Edonti 


tasse. 


Erotu 


déraisonner. 


Eisar 


labourer. 


Erodus 


point. 


El 


atome, poussière. 


Eror 


tomber. 


Elay 


hirondelle. 


Eros 


acheter. 


El* 

1 


troupeau. 


Erran 
Errapi 


dire, 
mamelle. 


Elcor ra 


sécheresse. 


Errabi 


rage. 


Elhe 


fable, conte. 


Erramu 


laurier. 


Elize 


église. 


Erratoy 


rat. 


Eman 


donner. 


Erre 


briller. 


Eman 


date. 


Errec 


ruisseau. 


Emet) 


suff. femelle. 


Erregc 


roi. 



64o 



E. 



Erren 


boiteux. 


Estali 


couvrir. 


Erresino! , c. 


rossignol. 


Eslaflu 


étain. 


Errio 


rivière. 


Este 


intestin. 


ElTO 


racine. 


Esleij 


os. 


Erroy 


âpre, rude. 


Estrate 


rue. 


Erroy 


corbeau. 


Estu 


serrer, compiimcr 


Ersi 


étroit, comprimer 


Ezagut 


connaître. 


Ertzi 


semer. 


Ezar 


mettre. 


Esagaro , c. 


histoire. 


Ezcor ra, c. 


chandelle. 


Esca 


nourriture, aliment. 


Ezpal , c. 


épée. 


* Eskale 


mendiant. 


Ezpel 


buis. 


* Esca tu 


demander, mendier. 


Ezten 


slilet , pointe. 


Escas 


court. 


Ezter 


pierre à repasser. 


Ece 


humidité. 


Ezti 


miel, doux. 


Ecio 


briller. 


Ezur 


os, squelette. 


Eskin 


angle. 


Etartu 


recevoir. 


Escu 


main. 


Ethor 


venir. 


Ezcur ra, r. 


chêne il gland comes- 


■ Etorki 


race. 




tible. 


Etzan 


coucher. 


Escuar, c. 


langue basque. 


Eule 


tisserand, 


Esne 


lait. 


Euli 


mouche. 


Espi 


e.'^pion. 


Eusie 


fourchette. 


Escol 


école. 


Eki 


après-demain. 


Escrit 


écrit. 






Escualdunac, c 


. basque. 







I, Y, J, G doux. 



I, Y, J, G doux. 



Jabari 


empire. 


Ikesa 


âpre, rude. 


Jaboc 


savon. 


Ikhas 


apprendre. 


Jakin, c. 


savoir, connaissance, 


Ikhus 


voir. 




science. 


* Icus 


clair, évidunt. 


Jakin 


clair, évident. 


♦ Icusi 


pureté. 


Jachi 


descendre. 


Ikuz 


allumer. 


Jayo 
Yan 


naître. 


* ..cheden 


attendre, demeurei 


manger. 


E 




lar 


s'asseoir. 


leuzi 


nettoyer. 


Jauci 


sauter. 


Idi 


bd'uf. 


Jaun 


seigneur. 


Idor 


sécheresse. 


Yauts 


descendre. 


Idun 


cou. 


Iba) 


rivière. 


* Idundea 


collier. 


I „ar ra 


vent du nord. 


Jeitu 


arriver. 


P 




Gende 


race. 


Ibilli 


mouvement. 


* Igel 


grenouille. 


Ica 


un (dans onze). 


* Igeri 


nager. 


Icasol 


école. 


Igin 


mouvement. 


Ikftz 


charbon. 


* Igilayetilay 


fauli (instrument), 


e 




* Iglla el igiadu 


mouvoir. 


Icabe 


atome. 


Igo 


monter. 



646 





I.Y.J. 




I.Y.J. 


Igoal 


égal. 


Iri 


ville. 


Iguriki 


attendre. 


• Iril et urio 


population. 


■5" 




Irri 


rire. 


moulin. 


Irltn 


monter. 


Ihi 


jonc. 


Irudi 


apparence, image. 


Ibiz 


animal , gibier. 


Irur 


vallée. 


lyelso 


gypse. 


Izay 


sangsue. 


II la 


mort, mourir, tuer. 


Izan 


être (subst. etierbc). 


11, ill 


lune, mois. 


Izair et izate 


nature. 


lie et ule 


laine, poil , clieveu. 


Izar ra , c. 


astre, étoile. 


Ilki 


sortir. 


Izcribatu, c. 


écrire. 


Illob 


neveu. 


Iceki 


ardeur, brûler. 


Illun 


obscur. 


Icen 


nom. 


Iman 


aimant. 


Icerdi 


sueur. 


Ingude, c. 


enclume. 


Icet 


nature. 


Ingurun 


environ. 


Isiigu 


silence. 


UVi 


rosée. 


Isitz 


biéroglyphe. 


lo 


monter. 


Ist 


nècbe, trait. 


Yo 


battre. 


lii, izu 


terreur. 


Yoan 


aller. 


* Izoï/. 


glace. 


lomen 


renommée. 


Ispiritu 


esprit (faculté). 


Vos 


. coudre. 


Isuri 


verser. 


Ir 


temps (dans les com- 


Itzu 


aveugle. 




posés ). 


ItzaI 


ombre. 


Ir, irun et i 


rut filer. 


Itsatso, icbase 


mer. 


Ir a , ea 


poison. 


Itan 


faute. 


Iraci 


passer, filtrer. 


Ilzuci etitchusi 


i laid. 


Iraitzi 


• lancer. 


Itare 


ellipse. 


Iraun 


durée. 


Itu 


fumier. 


Irin et irin 


farine. 








L,R. 




L, R. 


Labaft 


Lubrique. 


La pur ra , 


voleur. 


Labur ra 


bref, court. 


Lar... 


pré. 


Labe 


four. 


Laran et naraii 


1 orange. 


Lakio 


lac, filet. 


Larri 


grand 


Lagun 


ailler. 


Larru et narru 


peau , cuir. 


Lampar 


lampe. 


* Larru 


écorcher. 


Lan 


travail. 


Lazo 


lac, filet. 


Lafio 


brouillard. 


Last 


paille. 


Land 


étranger, barbare. 


Lastcr ra 


rapide, prompt, bientôt, 


Land 


lande. 




vif. 


Landatu 


planter. 


Latigo 


fouet. 


Landu 


cultiver. 


Lau 


quatre. 


Langi 


lent. 


Laub 


pleine. 


Laoz . 


lance. 


Lee 


bourgeon (loral. 


Lap 


coquille, marinf 


Lecu 


lieu, endroit. 


Lapiz 


bouille, ampélite. 


Le<nliago 


avant. 



64' 



Legami 

Legar ra 

Legen 

Legosi 

Legu 

Leher 

Leher 

Leiz 

Lehoy 

LeI et loi. 

Lein 

Len 

Leor ra 

Leorpo 

* Lcpande 
Lepo 
Lerro 
Lenn 

Ley 

* Leyo 
Lo 
Lor 



Macatu 

Makhur 

Maki 

Maco 

Mai 

Mainha 

Maitha 

Maistre 

Maiza 

Mallu 

Maiso 

Mati 

Mar 

* Marg 
Margo 
Marmol 
Marrasc 
Masti et mats 

* Mats 
Me 

* Meatieco 
Megope. 
Met) 



L, R. 

levure, ferment. 

sable. 

lichen, herpès. 

chyle. 

loi. 

écraser. 

crever. 

abime. 

lion. 

fade , insipide. 

gouvernail. 

premier. 

sécheresse. 

hangar. 

collier. 

cou 

rayon. 

ligne (géom.). 

glace. 

fenêtre. 

sommeil. 

fleur. 

M. 

putréfier. 

courber. 

boiteux. 

crochet. 

table. 

baigner. 

aimer. 

maître. 

maïs. 

marteau. 

lent. 

industrie. 

limite. 

lettre , caractère. 

droit, adj. 

marbre. 

cri. 

vigne. 

vin. 

clair, fluide, vapeur, 

esprit, 
quartz. 

esprit (faculté), 
éiruil 



Loro 

Liatu, loatu 

Lotz 

Liac 

Libr 

Liburu 

Libratu 

Lirale 

Liii , lirio 

Lira 

Lir 

Limuri 

Lizun 

Lodiki 

Lotos 

Lotu 

Lucurru 

Lumer 

Lupu 

Lur ra 

Luie 

Lutz 



Mempe 

Mendec 

Mendi 

Mepon 

Meiol 

Mi et mihi 

* Miatz 
Mierle 
Mini 

* Mlntz 
Mir 
Mirabe 
Mirail la 
Moco 
Meiso 
Mor 
.Morroe 
Mote 

Mot et muet 

Mu 

Mucuru 

Mug 

Mugid 

Munae'munen 



L, R. 

perroquet. 

lier. 

âpre, rude. 

lie, dépôt, sédiment. 

balance. 

livre. 

sauver, délivrer. 

gomme. 

lys. 

lime. 

lyre. 

lubrique. 

moisissure. 

densité (des fluides). 

vers ( poésie). 

lier, attacher. 

usure. 

graisse. 

scorpion 

terre. 

ample, étendu , long. 

flèche, trait. 

M. 

esclave , empire. 

vengeance. 

montagne. 

serf. 

colonne. 

langue (organe). 

langae (idiome). 

martre ou fouine. 

maladie , soulTrance. 

parole. 

merveille, miracle. 

domestique, subst. 

miroir. 

bec. 

agrégation , assemblage. 

intestin. 

domestique. 

bourgeon. 

genre, espèce. 

mugissement. 

fertilité, abondance. 

limite, borne. 

mouvement. 

moelle, cervelle. 



648 



M 

Muno ac dune. Muiadi 

Mund monde. Mutur 

Murru mur, remparl. Muttiyl 

Murn fertilité, abondance. Muzorro 



M. 

hiéroglyplie. 

bec. 

domestique. An eunuque ? 

masque. 



Nabar ra 
Nabar ra 
Nabar ra 
Nagustu 
Nahal 

Narme el larme 
Nas... 
* Nasiu 
Nauder ra 
Nav 



N 

coutre , fer de charrue. Navo 
Necos 
Nek 

Negu 

NefC 

Neûe 

Neurt 

Ninic 

No 



Obi 

Obr ac 

* Obra tu 
Ocaya 
Oce 

Ocia 

Odei et odoy 

Odol 

Obi 

Ohoin 

Ogoi et" oguei 

* Ogoi et ogui 
0«ii 

Oi et ei 

Oicunetoitun 

Oillo 

OJD 

01 

Olio 

* Oliv a el oa 
Olo 

On 

Ondape et ondo 



bigarré, rayé. 

vallée, plaine. 

croître. 

couteau. 

peau. 

mélange. 

mêler. 

faisan. 

plaine. 

0. 

sépulture, tombe. 

œuvre (littéraire). 

opérer. 

blé , froment. 

clair, brillant. 

tige. 

nuage. 

sang. 

s'accoutumer. 

voleur. 

vingt. 

pain. 

blé, froment. 

s'accoutumer. 

coutume, usage. 

coq. 

cii. 

forge, fonderie. 

huile. 

olive. 

avoine. 

bon 

base, pied. 



Ondamu 
Ondar 
Ondar ra. 
Ondo 
Ondolau 
Ongi 
Onhar 
Oin et oft 

* Ofiace 
Ofiestu 
Onx 
Opo 

Or 

Orai 

Oranz 

Ordaki 

Orduz 

Oren 

Org 

* Org ac 
Orhoit 
Ori 



Orkhatz(Archu)cerf '. 



N 

fertilité, abondance, 
cyprès. 

manque, privation , né- 
gation, disette, 
hiver. 

domestique, 
tils. 

mesure, dimension, 
bourgeon, 
vin. 

0. 

envie. 

dune. 

sable. 

tronc d'arbre. 

abîme. 

bien. 

consentir. 

pied. '' 

peine. 

éclair. 

bien. 

gond. 

chien. 

maintenant. 

levure, ferment. 

champ, sol cultivé. 

jadis, autrefois. 

cerf. 

char. 

brouette. 

se souvenir. 

pâle. 



' Ce nom , donné au cerf pnr M. Archu , me par.iît devoir être celui du lynx , 
que l'on nomme loup-cervier et qui devrait plutôt être nommé chat-cervier, 
parce que c'est un véritable chat; d'où oren , cerf, et khat, chat, et orkhatz. 
Alors ce mot ne serait pas une racine. 



«49 



o. 



0. 



Orni 


glace. 


Orn 


dent. 


Orri 


feuille. 


Olhi 


sauterelle. 


Orron 


errer, vaguer. 


OIS 


son, bruit. 


Os 


nuage. 


Otso 


loup. 


Osab 


ongle ou oncle. 


OU 


froid. 


Osartu 


souffrir. 


Otzan 


agréable. 


Osin ou osin 


ortie. 


Oy et oe 


lit. 


Ostadi 


champ inculte. 


Oyal, c. 


drap (de lit). 


Oslo 


feuille. 


Oyan 


forêt. 


Oslallu 


sculpture. 


Ozpifl 


vinaigre. 


Oslr 


huître. 






C si 


filant, S, Z. 


C sifilanl, S, Z. 


Zabal 


étendu, ample, large. 


Zar ra 


vieux, ancien. 


Zabar ra 


lent. 


Zaro 


nuit. 


Sabel 


ventre. 


Sartu 


entrer, introduire. 


Zabil 


aloës. 


Sasitu 


fumer ( la terre ). 


Sable 


sable. 


Saski 


corbeille. 


Sabre 


sabre. 


Zaspi 


sept. 


Sabu elsagu 


souris. 


Zati 


partie, pièce, morceau. 


Sagar ra 


pomme. 


Ce 


pr. sans in, part. nég. 


* Sagarroi 


hérisson. 


Ceatu 


broyer. 


Sa CD 


sac, outre. 


Cebar, cebo 


appât. 


Zad 


cohorte, bataillon, parti 


. Sebo et cibo 


suif. 


Zay 


gardien. 


Cebre 


cuivre. 


Say 


vautour. 


Sed 


soie. 


Saye 


autruche. 


Seg 


continuer, suivre. 


Sayct 


Ilêche, trait. 


Cekele 


seigle. 


Zain ou zaiil 


veine. 


Sci 


six. 


Saing 


aboyer. 


Zeli 


ciel. 


* Zaintule 


tendon. 


Cembate 


nombre. 


Sain 


graisse. 


Semé 


(ils. 


Salarielsolata 


ri espion. 


Sen et seîl 


signe. 


Salavu 


accuser. 


Send a et atu 


force, santé, vigneur. 


Salbu 


sauf. 




guérir. 


Sald 


bouillon. 


* Scndar ra 


solide. 


Saldu 


vendre. 


Ceniro 


centre. 


Sallatu 


sauter. 


Zonza 


entendement , sens ( fa- 


* Salpen 


vente. 




culté). 


Zaldi 


cheval. 


Celay 


plaine. 


Zanco 


cri. 


Ccrale 


matière. 


Zanco 


jambe, pied. 


Cero 


zéro. 


Sangri 


saignée. 


Sey 


domestique. 


Zapat... 


cordonnier. 


Cerbakitu 


soustraire. 


Zapo 


crapaud. 


Scrbitu 


serviteur. 


Sarcoy. 


forêt. 


Cer ra 


scie. 


Sarde 


fourche; 


Cerii 


ciel. 


Sarce 


bras. 


Cecen 


taureau. 



6H() 



G si 


filant, S, Z. 


C sifflant, S, Z. 


Cecen 


taureau. 


Soil la 


stérile. 


Cesu 


calme. 


Sol cl sor 


terrain, sol. 


Ci 


pointe. 


Soilee 


vêtement. 


Zi 


gland. 


Zor 


devoir. 


Ciazaldc 


description. 


Sor 


sort. 


Sicu 


sec. 


Soriba 


oiseau. 


Cikurio 


seigle. 


Zorn 


pus. 


Cidr 


citron. 


Zor et zur ra 


renard. 


Ciy 


(Oin (instrument). 


Zorri 


pou. 


Cil 


ombilic. 


Zorien 


tige. 


SU la 


siège, selle. 


Sortit 


destin , sort , nature. 


Cillar ra 


argent. 


Zortzi 


huit. 


Sildatu 


lixer. 


Sasaguetsosegu calme. 


Ciluz 


rayon. 


Su et sutu 


feu, briller. 


Cime! 


souple. 


Zuhain et su- 




Ciraitz 


anneau. 


liaitz, c. 


arbre. 


Sinexte 


foi. 


Suhatz 


végétal. 


* Sinhetsi 


croire. 


Sufritu 


souffrir. 


Cinuz 


ligne. 


Sufre 


soufre. 


Cirau 


vipère. 


Sugarasletsub: 


ii serpent. 


Ciri 


coin. 


Zulatu 


percer. 


Ciricu 


soie. 


Zulcalu. 


fixer. 


Ciraid 


étain. 


Zumar ra 


orme. 


Cizarcor 


grêle. 


Supit 


bile. 


Cicei 


ciseau. 


Zur 


bois (matière). 


Sudar ra 


nez. 


Zurd 


ligne (à pêcher). 


Ciurs 


euphorbe. 


Zuri 


blanc. 


Ciulz 


apte, habile. 


Sur ra 


nez. 


Sobald 


épaule. 


Zucen 


droit, adj. 


Soc 


corde. 


Sustray 


racine. 


Soin et soifl 


épaule. 


Zut 


droit, roide, tendu. 


Soildar 


vide. 








U. 




U. 


Ual 


ceinture. 


Urgun 


boiteux. 


Ucondo 


coude. 


* Uri et euri 


pluie. 


Ud 


été. 


Urratu 


déchirer. 


Udo 


furet. 


Ur ra 


noisette. 


Ugari 


fertilité. 


Urre 


or. 


Ugals, c. 


mamelle. 


Urrean 


près de, environ. 


Uherriz 


mouvement. 


Urrost 


buis. 


Ukhan 


avoir. 


Urrun 


éloigner, écarler, loin. 


Unchart.c. 


furet. 


un 


orient. 


Unchi 


lapin. 


Une 


année. 


Untzietontzi 


navire, vaisseau, vase. 


Urten et irten 


sortir. 


Ura 


eau. 


*Urta 


liquéfier, fondre (d'ur, 


Urdal la 


estoHisc. 




eau ). 


Urde 


porc. 


Usaldi 


faute. 



651 





U. 




U. 


Usay et usaFi 


odeur. 


Ustu et utsilu 


1 évacuer. 


* Usma el usna olfaclion. 


Usu 


usé. 


Ucilu 


diviser. 


Usur 


usure. 


* Uzco 


division. 


Uts 


fauK. 


Uso et usu 


pigeon. 


Vil 


joug (des bœufs). 


Vil 


moisson. 


Utzeki 


queue. 


Uztai 


anneau. 


* Utsune 


vide. 


Uste 


espérance. 








X et Ch. 


X el Ch. 


Cliaboy el sal- 




Chilist et dilist 


lentille. 


boin. 


savon. 


Chimie 


punaise. 


Chahu 


balayer. 


Chimist 


éclair. 


Ghacuretzacorra 


chien. 


Chimu 


singe. 


Cliangurru 


cancre (crustacé marin). 


Cliirolelchurol 


flûte, galoubet. 


Chaol 


hutte. 


Chit 


prèf. diminutif, petit 


Chaû a et atu 


clair, pur, pureté et net- 


Chito et chilcz 


petit. 


Cheatu 


toyer, 
frapper. 


Chirlac 
Chilori 


moule (mollusque), 
jaune. 


Cheilu 


lisser. 


Choc 


lit. 


Cherri 


porc. 


Choco et zoco 


angle rentrant, coin. 


Chilbar 


ombilic, nombril 


Chume 


pelil. 



()f)8 



DÉRIVÉS ANALOGIQUES 



oc PARASyiSONÏMES. 




a 



Aoa, aba, aboa, nuba 

Aboyer 

Abogado 

Boô 

Boo 

Boô 

Boaô 

Boys 

Bos 

Bu 

Boatus 

Bootes 

Ohen, ouhen 

Vox 

Voice 

Votiim 

Votiez, BoUeh 



5 i 
F i « 

v\ " 



(basque). 

(français). 

(espagnol). 

(grec). 

(latin). 

(gfec). 

(grec). 

(grec). 

(iatinj. 

(brezon). 

(latin). 

Malin). 

(brezon). 

(latin). 

(anglais). 

(latin). 

(brezon). 



Bouche. 
Aboyer. 
Avocat. 

JBeugler. 

Bruit, mugissemcKl, retentir 

gronder. 
Crier. 

Bœuf. 



Beuglement. 

Bouvier. 

Bœuf. 

Voix. 

Vœu. 
Voix. 



An 

Anima , arima 

Anas, auîlas 

Anémos 

Animus 

Anima 

Animus 

Animal 

Animalis 

Anime 



An 



(sanscrit;. 

(basque). 

(sanscrit). 

(grec), 

(latin). 

(latin). 

(latin). 



m 
l 

Mouvoir, vi\re. 

Ame. 

Souffle, haleine. 

\v 



Vent. 



Souffle, esprit, âme, vie. 

Esprit, courage, cœur, fig. 
(Iat.,basq.,l'r.) Animal, 
(latin). D'air respirable , d'animal 

(latin). Animer, vivifier. 



Argia 



Arg. 
(basque). Lumière, clair, subsl. 



654 



Argilu 



Argos 

Argyros 

Argentum 

Argus 

Arguo 



(basque). 

(grec), 

(grec). 

(latin) 

(latin). 

(latin). 



Briller. 
Blanc, brillant. 



Argent. 

L'oiseau aux cent yeux, paon. 
Démontrer, prouver (éclairer 
l'esprit . 

Argulus (latin). Ingénieux , fin , subtil; lumi- 

neux, fig. 
Argumentum ( argui-mentis : lumière de l'esprit ou preuve de 

l'esprit), argument. 
Et les mots français : argent, arguer, argument , arguties. 



B 
V 
© 
F 
H 



er. 



Bero et bern 

©ermos 

Warme 

Hères. 

Herer 

Bhar 

Ver 

©éros 

Barazal 

Ferrum et fer 

Hermès 

Bero, berff, berr, verr 

Ferveo 

Fermentum 

Ferment 

Ferveur 

Verve 

Bermea ' 

Vermeil et vermillon ' 



(basque), 
(grec), 
(allemand), 
(hébreu), 
(hébreu), 
(sanscrit), 
(latin). 
(grec). 
(hébreu), 
(lat. etfr.) 
(copthe, lat. 
grec, fr.) 
(brezon). 
(latin), 
(latin), 
(français), 
(français), 
(français) 
(basque), 
(français). 



Chaleur. 

Soleil. 

Sèche, brûle. 
Chauffer, briiier. , 
Printemps. 
Été. 
Fer. 
Fer. 

Créateur de l'alchimie 
opère par la chaleur. 

Bouillir. 



qui 



|.\gent déterminant une ébul- 
i lilion. 

Passion ardente. 

Activité chaleureuse. 

Flamme. 

Couleur de flamme. 



' Behmka est un mot composé veiianî de ber, chaleur, et de mea, esprit, 
fluide : fluide brûlant. 

' Le vermillon se nomme vermylhoun eiflammaish, en langue brezonne. Ces 
deux mots rappellent l'analogie de couleur de la flamme et du cinabre pulvérisé, 
ou vermillon. Les Brezads n'ont dû connaître le vermillon que par les Basques, 
puisqu'il est naturel a l'Espagne, elle nom de flammaish est la i>araplirase de 
celui de vermillon. 



De la même racine 
Aberea 
Behem 
0er 

Fera et férus 
Bera 
Bahr 
Bear 
Béer 
Boréal 
Borée 
Féroce 
Phera 
Bar 

Aberasa et aberalsa 
Habcre 
Haber 

Avoir, verbe el subst. 
Aber 



*o 



Id. 
Id. 
Id. 

urs. 



05S 

viennent encore " : 
(basque). Animal, 
(bébreu). 
(grec), 
(lalin). 
(sixon). 
(teut.), 
(anglais), 
(holland.). 
( français), 
(français), 
(français), 
(hébreu), 
(sanscrit), 
(basque). 
Matin), 
(espagnol), 
(français), 
(liébreu). 



De l'ours ou seplenirional. 

Venl de l'ours ou du nord. 

Féroce. 

Sauvage, farouche. 

Nourrir. 

Riche, possesseur. 

Avoir, posséder. 

Avoir. 

Avoir. 

Fort, puissant. 



B I . 



Bici 


(basque . Vivre. 


Bicia 


(basque . Vie, vif. 


Bios 


(grec). 1 


Vila 


(lat.etital.).[vie. 


Vida 


espagnol), 
grec). Vivre. 


Bioô 


Bia 


grec). Force. 


Vis 


latin). Vertu, puissance, force 


Vir 


l;ilm). Homme. 


Virtus 


latin , Gouraae. 


Bir, beo, beU 


hrezon). Vif. 


Buhe7, buez 


brezon). Vie. 


Buée 


Iiatoisde Lille) Vapeur vésiculaire. 




D l \ 






^ ) " 



Dam 



(sanscrit). Calmer, dompter. 



Ces mois dérivent de bbh, chaleur, parce que les animaux onl uno tempé- 
rature propre et généralement plus élevé.- que celle du milie.j ambiant Dériver 
le nom .le l'anim.lde la température .pii lui e.l propre par ubcrea, c'est dire qui 
possède .m qui a la chaleur. 



G5() 



D.imin, dcimânâs 

Diimô 

Domnre.domilare, 

minari 
Donvi, ot, et , 
Domaie, dotninare 
Domar 
Daimôn 
Dœmon 
Demonio 
Donea 

Dommcneddio 
Domiiius 
Dam 
Varna 
Femme 
Dame 

Dam, woman 
Domina 
Dama 
Madama 
Donna 
Damaza 
Damuzza 
Damerino 
Damo 
Domus 
Domaitio 
Domain 
Doraâne 
Domanio 
Domestique 
Domeslic 
Domicile 
Domination 
Dominion 
Dom 
Dôme 
Damniim 
Dommage 
Damner 
To Damn 
Dam no 
Daiinalo 
Damned 
Damnare 
Dannare 



do- 



(sanscril). 
(grec). 

(latin). 

(brezon). 

(italien). 

(espagnol). 

(grec). 

(latin). 

(italien). 

( basque). 

(italien). 

(latin). 

(sanscrit). 

(sanscrit). 

(français). 

(fr., allem. 

(anglais). 

(latin). 

(italien). 

(basque). 

(italien). 

(espagnol). 

(italien). 

(italien). 

(italien). 

(latin). 

(français). 

(anglais). 

(allemand). 

(espagnol). 

(français). 

(anglais). 

(français). 

(fr., angl.). 

(anglais). 

(allemand). 

(fr.,angl.). 

(latin). 

(français). 

(français). 

(anglais). 

flatin). 

(italien). 



Vainqueur, maîlr(>, dominateur. 



^Dompter. 



ïGénie, démon. 

Saint, sacré. 

Dieu. 

Seigneur, m?ître. 



)Dome, femme, maîtresse. 



/ 

Belle femme. 
Femme perdue. 
Damerel. 
Galant. 
Habitation du maître, maison, 

) 
Domaine. 



an 



5lais). 
(latm). 
(italien). 



Domestique. 

Domicile. 

Domination. 

)Qui domine l'édifice, dôme, 
! coupole. 

Dommage. 
Damner. 

Damné. 

Condamner. 






Damner (friiuçais). 

Don (titre espagnol de noble'sse ou de politesse ] 

Demos (grec). Peuple. 

Fœmina (lalin). 

Femme (français). jFemme. 

Emea (basque). 

Homo (latin). 

Huomo (italien). jHomme, 

Hombre (espagnol). 



Eg, 



Eg.âg 




(sanscrit). Briller, luire 


Egun 




(basque). Jour. 


Ag 




(mahratte). Feu. 


Egia, ekia 




(basque). Soleil. 


Gun 




(languestur- 
ciques). Soleil. 


Eagh, eigh 




(irland.). Lune. 


Icekia 




(basque). Ardeur. 


Kaiô 




(grec). Je brûle. 


Begia 




(basque) OEil. 


Gjiin et koun 




(turcs ouigours) Soleil. 


Gjiin 




(lurcs ouigours) Jour. 


Giin, kun, koun (famille turque). Jour. 


Aghrir, agri, 


agir, 


(kurdes) Feu. 

J [ a } 
J \ e l u 
H { o] a 



laô.inscriptionsdesrocbesdeSinaï.) 

faites par les Hébreux dans le/ Dieu. 



désert. 

Ihéoa (hébreu)'. 

Jauna (basque). 
Jaincoa, mol composé (basque). 

Jau (celtique). 

Jovis, (latin). 

Heou (chinois). 



) 

Dieu. 

Seigneur. 

Dieu. 

Dieu, Jupiter 

De Jupiter 

Prince. 



' Cette particule s'ajoute au nom de baptême et diffère essentiellement de la 
particule française de , qui se place devait un nom de localité. Don est sans 
rioule le domine lalin, qui a perdu sa terminaison par le fréquent usage que l'on 
en a fait. On en tient lieu par ténor , monsieur ou seigneur, nom par lequel nous 
traduisons domine, latin. 

' On transcrit généralement ce nom par Jehova. Je ne crois pas que celte 
transcription soit «acte. On pourrait encore lire ihaolt. 



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M 



a 
é 



k et c 

X 

ch 



Mak, racine primitive, 

Maka 

Machen 

Macan 

Make 

Ma^é 

Mé;)^anè 

Machina 

M;iq 

Machina 



Main faire, agir, combattre, 

(océanien). Faire, attaquer, battre, guerre, 

(allem.), faire agir. 
( saxon ) , idem. 

(anglais). Créer, faire, fabriquer, forme, façon, 

fgrec). Combat, 

(grec). Mouvement, 

(latin). Machine, mécanique, 

(turc). Sert pour former les verbes actifs, 

(quichua ). Le gros du bras ou de la jambe. 



M 



I i t 



Mira 


(basque), i 


1 


Miraculum 


(latin).