(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Ambassades de Messieurs de Noailles en Angleterre"

% 



% * 



m 



im 



/ *é3K 





srm 



m \ 




'^^ffSt^Sk 



AMBASSADES 

DE MESSSIEURS 

DE NOAILLES 

EN ANGLETERRE; 
TOME T^ROIS IEM & 



AMBASSADES 

DE MESSIEURS 

DE NOAILES 

EN ANGLETERRE. 

Rédigées par feu M. l'Abbé de VmrtotI 

Ouvrage pofthume de cet Auteur, 

TOME TROISIEME, 



A 



*w^/; 







#*?■&** 

V 



A LEÏDE, 

& fe trouve à Paris 

! Dessaint & Saillant , Libraires, rue 
Saint Jean de Beauvais , vis-à-vis le 
Collège. 
Durand, Libraire , rue du Foin* 

^— — — — — — Ma— — 

m ' i » 

m, d c c, i> xi il 



*C y ADAMS JU.£" 

AT. 3 



f*3aXX30aXX30GOOaX]pOOOOOQtXXX3QOOOa( ! !( 

* <T* *>jO* *Ov gif 

&XmXX0mXXXX>^XXXXXXXXXXXXXX5SnH 

PIECES 
JUSTIF ICATIVES 

DES AMBASSADES 

DeM res . Antoine &Françoisdi 
Noailles en Angleterre. 



M. le Contestable à M, de 
Noailles, 

30 décembre iyj3# 

Projet de mariage entre h prince de 
Piémont £r la princejfe Elifabeth. On 
ordonne à Antoine de Noailles de 
traverfer cette négociation, 

iVlONSiEDR de Noailles, je ne vous feray 
poin&icy de redicle de ce que le roy vous el- 
cripx prefentement, eftant bien aifeuré que 
vous ne fauldrez. de vous comporter en tou- 
tes chofes , félon ce qu'il vous en faict fea- 
voir par Tes précédentes , & qu'il vous mande 
encores présentement pour le regard de eel- 
luy dont voftre dernière defbefche faifcic 
Tome M. A 



^ Négociations 

mention. Quant à moy , je n'ay aultre chofij 
à vous dire , fînon que nous avons advis que 
3a royne de Hungrie [a] fè délibère pafter. 
en Angleterre , après que les defputés que 
l'empereur y envoyé feront arrivez , en in- 
tention d'y moyenner encores le mariaigede 
madame Eliza'beth avecques le prince de 
Piedmont [b]. Vous ferez fervice au roy 
-d'employer tous les moyens que vous pour- 
rez pour en fçavoir la vérité , & fî ladi&e 
«dame Elizabeth [c] feroit pour s'y laifîèr per- 
fuader , eftant ledict prince de Piedmont pau- 
vre & defpouillé [d] de fon bien comme il 
«ft , & félon ce que vous en pourrez en- 
tendre , ce feroit très bien faiâ: à vous qui 
eftespar delà, &' qui y voyez beaulcoup plus 
clair à la difponV.ion des cbofes que nous ne 
fçaurions pas fainv d'icy , que vous adviiaf- 
iîez de quelz moyens Ton fe pourroit ayder 
à rompre celle ptaticque, & à en divertir 
ladide dame Elizabeth pour nous en donner 
advis, & après vous en faire entendre l'in- 
tention & refolution du roy. Je vous en- 
voyé ung paequet pour le fleur d'Oyfel qui 
-fera arrivé par-delà , comme j'eftime , ad- 
vant la réception de celle defpefche , & 
m'attends que nous aurons bientoft nou- 

C« h . ■ ii .. * « 

[aj Marie d'Autriche, fœur aînée de l'empereur, 
auprès duquel elle s'étoit retirée depuis la mort du 
roi de Hongrie fon mari. 

[fc] Philibert Emmanuel. 

fc[ Notre ambafTadeur fit infinuer à cette prin- 
ceÏTe, que ces projets de mariage n'étoient que pour 
ia tirer d'Angleterre Se la livrer à l'empereur. 

£<fj Depuis que François 1 avoir chafTé de Ces 
états Charles III, ditjle bon 7 fon père ,& Jbe.au-fr.e- 
H de l'empereur. 



de Nouilles. 5 

relies de luy & de vous , de ce que vous 
aurez refolu par enfemble defpuis Ton arri- 
vée. Efcript à Fontainebleau le 30 jour de 
décembre 1553. Voûre bon amy , Mont- 
morency. 

Defpuis celte lettre efcripte , j'enayreceu 
une de Berteville , qui me donne advis de 
beaulcoup de chofes d'importance , & m'aC 
fèure tant de la bonne volunté qu'il a de faire 
quelque bon & grand fervice au roy , qu'il 
m'a femblé luy debvoir faire ung ir.ot de 
refponce que je vous envoyé pour luy faire 
fècrettement bailler ; & vous prie que vous 
luy faiftes dire que pour la crain&e que j'ay 
que mes lettres foyent interceptées , je ne le 
nomme poinct dedans ma lettre, & que s'il 
veult mander quelque chofè, il vous en- 
voyé Ces lettres , & que vous les ferez met- 
tre en chiffre pour les me faire tenir d'aul* 
tant plus (èurement , & auffy affin que G. el- 
les efloient furprinfes, il ne foit poinct de£- 
couvert , luy donnant toute affëurance que 
vous pourrez , que demourant par-delà y 
ainfy que je luy efcripts , & faifant fêrvice 
au roy tel que en peuit bien avoir le moyen, 
je m'employeray en ce qu'il demande & le 
remettray en la bonne grâce du roy aultant 
qu'il fuft jamais , & d'aultre part luy feray 
tenir argent pour s'entretenir & fournir à la 
defpence qu'il fera par-delà. Voftre bon amy, 
Monfmorency. 

Aï)' 



Né gociations 



M. DE NOAILLES à M. LE CoNNESTABLE* 

31 décembre 15-5-3. 

ha reine d'Angleterre ne veut poim 
renouvelles les anciens traités de paix 
avec la France , de peur de pren- 
dre des engagement contraires à lin- è 
7 • • I 

clination quelle a pour la maifor^ 

d'Autriche* 

JM.ONSETGNEUR , vous verrez par lalettre qu» -I 
j'efcripts au roy les occurrances qui Ce fon| 
parlées de deçà defpuis ma dernière defpef 
ehe~ du 25 de ce mois ; enfemble la ref 
ponce que j'ay tirée de celle royne & Cei 
gneurs de Ton confeii -, fur ce que je les ay r< 
cherchez fuyvantles infir unions que Hogii 
m'a apporté , qui me gardera vous en fai: 
rediâe. Seullemcnt vous diray que je tram 
ladicîe dame tant gaignée de l'empereur, qt|rc 



tout ce qu'elle faict en noflre endroict, n'c 
que diffimulation ; combien que vous aun 
peu veoir , tant par les honneftes prop( 
qu'elle m'a tenus, que parce que fon an 
baHadeur qui eft par-delà en a dicl de 
part au roy & à vous , monfeigneur , cor 
me elle a obligé fa parolle à l'entreteneme 
de celle commune paix & amitié de laquelle 
tous les fufdicts Teigneurs de ce confeii m\l r . 
fèurent , quelque mariaige qu'elle fafîe , L 
croys que pour le moings ilz la continulj; 
ront tout ce prochain elle. Car, à ce çJcr... 






b s Nouilles» J 

j'en peulz congnoiilre , ilz craignent gran- 
dem«nt d'entrer à la guerre, combien que 
l'on m'a did qu'il y a ung ancien traidé [a] 
d'alliance entre ce royaulme & les Pays- 
Bas^ par lequel reciprocquement ilz fe doib- 
vent donner fecours l'ung à l'aultre [b~] , & 
que, comme j'ay desjà par cy- devant eG- 
cript, ces feigneurs qui viennent de Flan- 
dres ont exprefîe charge de les faire recon- 
firmer à ladide dame. Je ne fçay û celaem- 
pefcher-oit qu'elle ne veuille entrer à en faire 
ung nouveau avecques le roy , craignant que 
ledid feigneur veuille entreprendre quelque 
chofe fur lei-dids Pays-Bas , 8c que par-là 
elle fini lice à ne les pouvoir fecourir. 
Elle doibt remettre le Parlement dans peu 
de jours , & did l'on que c'efr. pour y f.ive 
paffer les articles de fondid mariaige. Tou- 
tesfois les ungs tiennent que c'efl une ru(ê 
obfervée de long temps en ce pays, qu© 
quand leur prince ou princeife crain<ft quel- 
que efmotion, le remède eft de dreiîèr le 
did parlement, pour, par telle affemblée » 
rompre le defTeing des audheurs d'icelle , & 
que ladide dame s'en veult ayder à pre- 
fent pour plus faciliter la venue & pafiaigs 
du prince dEfpaigne, qui eti auiourd'huy 
tout fon defîr & efperance- 



[a] En 1492 erure Maximilien I & Henry VII, 
coi d'Angleterre, & depuis par le traité de'Weft- 
tnonfter en 15+2, & celui d'Utrecht en is4<S. 

[J Les Anglois, dit Philippes de Com:ïiines, 
ïtandonnés de cette maifon de Bo.irco-Tne perdirent 
t?aris & petit i petit tout ce qu'ils tenoient dans- 
ce loyauato. 

Aiij 



€ Négociations 

m. h connestable à m. de noaillej* 
9 janvier 1573. 

ISamhaffœdeur de la reine dlAngleterr 
le prejfe de fçavoir les intentions d 
roi , au fujet de la paix que fa ma 
trejfe vouloit ménager entre la Frai 
ce & l'empereur. 

iVloNsiEUR de Noailles, defpuis la dei 
niere defpefche*qui vous a eÛè foifte , l'an / 
bafladeur d'Angleterre m'a de nouveau m 
en advant les propo* qu'il avoit cy-de 
vant tenus au roy du de/îr que la royne I 
mailtreffe avoit de continuer & perfeven 
en la refolution par elJe prinfè de faire tou 
jours tout ce qu'elle pourroit pour l'entr 
tenement de la bonne paix & amitié qui( 
éfitsé ledid feigneur & elle , leurs royau 
fnes , pays & fubje&z ; & pour plus gran< 
confirmation de ce, m'a did d'advantaig 
qu'elle vouidroit bien élire ii heureufe qi 
de pouvoir moyenner fèmblable paix 
amitié entre l'empereur & ledici feigneu: 
pour lequel effect elle s'efloit jà mife « 
debvoir tant d'ung couflé que d'aultre , m< 
•qu'il n'avcit fur cela efté refpondu à Ces ar 
balTadeurs qu'en termes généraux , & q- 
£ le roy voulloit parler plus particulier 
rment pour parvenir à quelque bon accor 
l'en advertiiïant , elle s'employeroit de to 
fon pouvoir envers l'empereur pour les 



D M N O A 2 LLJSSo f 

faire condefcendre , & en parleroit avec- 
gues Ces députez qui de prefent font vers' 
elle. Ce que je luy dis que je ferois enten- 
dre audid; feigneur , comme je feis incon- 
tinant. Hier il m'efcripvit une lettre , me 
priant luy vouloir faire fçavoir la refolution 
de fa manette pour en advertir ladiâe royne fa' 
maiilrefTe. Ce que j'ay faid celle après dil- 
uée , luy defclairant pour conclusion, après 
plufîeurs propoz , que iedift feigneur cong- 
noiiTant combien la guerre d'entre luy & led e - 
empereur efloit préjudiciable , non ieulle- 
ment à leurs fubjedz., mais auiïy à toute la 
chreitienté , & principallement au bien de 
iioitre religion [a] , il avoit tousjours defiré 
la paix , mais que ledid empereur , au con- 
traire , avoit de Ton coutëéfaid fi grande de- 
monflration de n'y voulloir entendre, qu'il? 
ïl'avoit voullu qu'avecques grande difficulté 
ouyr le légat l&) de nofïre faind père , fur 
les ouvertures que fur ce il avoit à luy faire 
de la part de fa faincleti , & d'advantaige 
qu'il avoit puis n'aguieres clos la bouche 
à tous ceulx qui luy en vouldroient parler, 
faifant le roy fi petit & fi defnué d'argent 
& de toutes aultres chofes , qu'il fembloit 
qu'il euft jà la maiftrife de luy , Ce vantant 
qu'il le faifoit rechercher de ladide paix , 
& qu'il l'auroit quand il vouldroit. Au moyen 
de quoy il ne feroit raifonnable ny honno- 



[V] On met toujours dan? les manifeftes des prin- 
ces i'intcrêt de larelifion à la place d'honneur, à 
condition de le facrifier fouvenc a la politique*. 

[ j Dandino. 

Aiy 



5 Négociations 

rable [c] au roy , qui, fur toutes choies , 
veult garder fa réputation , de tenir pour 
ledid effecl aultre langaige que celluy qu'il 
a tenu jufques icy. De quoy ne fe Tentant 
ledicl ambaiï'adeur fatisfaid , il m'a replie- 
que les propoz fufdids , me faifant la plus 
grande inftance qu'il luy a elle pofifîble de vou- 
loir eftre moyen que ledid feigneur voul- 
luft (e faire plus particulièrement entendre 

6 mettre quelque party en advant pour U 
faid de ladide paix. A quoy je luy ay ref- 
pondu que c'eitoit chofe que pour les rai- 
ibns que je luy avois jà toufehées , fa ma- 
jefté ne pouvoit faire avecques fon honneu; 
& réputation , mais que û ledid empereu: 
envoulloitpropofer aulcuns, & ladide roynr 
les voulloit envoyer à fadi&e majeité , ell( 
y entendroit voluntiers , pourveu qu'ilz fu( 
iènt raifonnables , & combien que le mariai 
ge d'entre le prince d'Efpaigne & ladidi 
royne la deuffent rendre fufpede envers luy 
toutesfois confîderant fa bonne volunté t 
affection, & l'eitimantfî vertueufe , 11 faig 
Se tant recongnoifîante des grâces qu'elle 
reçeues de dieu , que pour parent ny mar 
elle ne vouldoit s'aliienerde la raifon ny fai. 
liràl'alfeurance qu'elle luy a par tant de foi 
faid donner de Con amitié ; ilferabeaulcou 
plus contant qu'elle s'entremette de ladid 
paix que nul aultre. Et pour ce que ledit 
ambalîadeur me f raldra d'eferipre tout ce qu 
deffus par-delà , j'ay bien voullu vous en ad 
vertir , à la vérité , affm que Ci ladide dam 



£c] Parce que celai qui fait la première propo£ 
îiovi, fembie marquer quelque foibk&e. 



DE N O A I L L E 3* 9 

©u ceulx de ion conièii , ou aulcun d'eulx 
vous en tiennent propoz , vous fçaichiez 
mieulx ce que vous aurez à leur y refpondre. 

Au demourant, monficur de Noailles,nous 
avons nouvelles' que dom Ferrand a defparty 
Ces forces par les garnifons , & qu'il prefte 
les Lanfquenets que l'empereur a par delà 
aux Genevois pour envoyer en Corfè où ilz 
Ce peuvent affeurer de n'avoir guieres bon 
traidfment, puifque le peu de gens qu'iiz 
y ont eu jufquesicy y meurent journellement 
de faim & de froid , fans ceulx qui y font or- 
dinairement & en grand nombre tuez & blef- 
Cçl des nofires, & n'eft bruid d'aultre cho(e 
£non de ceulx qui en reviennent mailades à 
Gennes, defquels puis n'aguieres Ce font 
noyez environ quatre ou cinq cens qui ef- 
toient dans ung navire qui par la tourmente 
& impetuofité du temps s "eftoit brifé en la 
cofte de Provence près de Frejqs, ainfy que 
mon frère le comte de Tende [d] a efcdpt au 
roy &à moy,ne vous voullant celer que le roy 
envoyé audict Corfe ung fi grand fecouis de 
vivres & de gens, que fefpere que le fieur 
de Termes, qui efl là fon lieutenant géné- 
ral , n'aura feuilement moyen d'enviet-ailler 
les places qu'il y tiend pour ledicl feigneur , 
mais auffy d'en chaflêr du tout les ennemis. 

Quant à noitre faintt père [e] , par ce que le 
iieur de Lanfac [/] en efeript, fa faincleté a 



[dj. Honorât de Tende , marquis de Villars, 
fbrt't dcRéné de Tende , fils naturel de HiiUp.pe I> 
ducdeSavoye. Le connétable avoit épouiefa.: Cœur, 

[ c j Jules ill. 

£/ j Louis de àaint-Gelais .&i L<-ij£iun» 

Av 



TQ Négociations 

depputécinq cardinaux avecques M- le car-^ 
dînai du Bellay [g] & lediâ fieur de Laniac *. 
pour regarder aux meilleurs & plus honnef- 
tcs moyens qui fe pourront trouver , non 
fèullement pour prolonger la fufpenfion d'ar- 
mes d'entre fa fain<fteté & ledid feigneur, 
mais dadvantaige pour parvenir à une bonne 
& perpétuelle paix entre eulx, montrant la 
defïrer fîngulierement. Qui efl tout ce que je 
vous puis dire pour le prefent , après vous 
avoir adverty que vous ferez bien grand 
fervice audiâ: feigneur , de mettre toute la 
peyne que pourrez d'entendre ce que les 
depputez dudict empereur négocient & traie- 
îent par delà-, & comme les fubje&z le 
prennent , pour en advertir fa majeflé le 
plus fouvent que vous pourrez , en quoy 
tous n'efpargnerez la pofte. Eicript à Fon- 
tainebleau le oe. jour de janvier 1^53» 

De/puis cefte defpefche faide & eitant prefte 
à fermer , la voftre dernière eft arrivée, par 
laquelle la royne a entendu tous les propoz 
cfui font paffèz entre la royne d'Angleterre, 
Eaget &Ci vous , en l'audiance qu'avez eue 
defpuis le retour d'Hogius ; par ou il eâ 
ayfé à iuger qu'ilz ne tafehent qu'à nous en- 
dormir de belles parolles, pendant que le 
prince d'Efpaigne fera fon paifaige en leur 
pays* Quoyque ce foit , le roy s'eft bien 
fort contenté de la refponce que vous avez 
fagement faiâe aux ungs & aux aultres fur 
ce. que vous leur avez propofé , & qu'ilz • 

% ' 1 • ■ ■» 

[g 1 ] Jean du Bellay, frère de Guillaume de 
.l'angey & dé Martin,, feigneurs illuftres par les 
ftryices impoxuns qu'ils, rendirent à. la FraJJca^ 



de N ' o y A r L L ES, ti 

vous ont mis en advant ; & eufle bien de/î- 
ré , quant à moy , que quand Paget vous de- 
manda G vous voulliez poind d'oftaiges de 
la promefTe & parolle de leur royne , que 
vous luy euffiez demandé enjiant, fî iuy 
n'en prenoit poinct du prince 'd'Efpaigne 5 
de tout ce quii leur protnettoit fi liberaiie- 
ment, & quelle fèureté il en avoit. Eftant 
bien aiïèuré fî ledicfc prince d'Efpaigne vient 
où il prétend , que luy & les aultres trou- 
veront bien à dire de leur compte. Quant 
à ce que vous de/irez fçavoir comme vous 
aurez à vous gouverner , fi vous elles ap- 
pelle aux ades folempnels dudid mariaige; 
le roy veult que vous vous y trouviez quand' 
vous y ferez appelle , comme ambaiTadeur 
de fa majeîié refidentpres la royne d'Angle- 
terre fa bonne fœur Mais s'il y eil propofé 
chofe où vous voyiez ou doubtiez. qu'il voys 
de rintereft & préjudice aux affaires de fa 
majefté, vous n'y refoondrez rien & remet- 
trez à en advenir fadi&e majefté , pour fa 
refponce ouye, la leur faire entendre. Qui 
eft tout ce que j'ay à vous dire fur voflredicte 
defpefche, vous fatisfaifant cefle-cy fur le 
fiirplus. J'ay faid efquipper la barque de 
Boullongnedont vous m'avez cy-devant eC- 
cript , laquelle ne fauldra défaire toutes les 
iêpmaines drulx voyaiges à Douvres pour' 
y aller recueillir vos pacquets & vous porte*- 
de nos nouvelles, 



^ff!w 



A vj 



12 Négociation-* 

M. DE NOAILLES à LA R.EYNE d'ESCOSSE* 

3 janvier i-f \ j. 

Le* ambaffadeurs de l'empereur vien- 
nent pour conclure à découvert a qui 
avoit été négocié fecrettement , tou- 
chant le mariage de la reine d'An* 
gleterre avec le prince d'Efpagne. 

.Madame, ayant efté en grande peyne de 
l'arrivée en ce lieu de M. d'Oyfel , j'ay pré- 
lèvement fçeu i'occaû*on de (a longue de- 
meure , & le fejoûr qu'il a faid tant à Dieppe 
qu'à Boullongne ,'où il eft de cefte heure at- 
tendant la commodité de Ton pafTaige. Le- 
quel m'a aufty envoyé ung pacquet pour vous 
faire tenir ; & pour ce que j'eftime que par 
îcelluy il faifl à voftre majefté ample dif- 
eours de Ces fortunes , je ne vous en feray 
redide par cefte- cy. Mais bien vous diray , 
madame , comme hier arrivèrent en cefte 
ville les comtes d'Aiguemont , Cieurs de La- 
lain , de Nigry , chancellier de l'ordre de la 
toifon, Se de Corrieres, en nombre de fbixante 
à quatre-vingt tant gentil/hommes que aul- 
tres, pour confirmer & ratiffier les articles 
dumariaigede cefte royne avecques le prince 
d'Efpaigne , & furent tousjours accompai- 
gneziceulx fîeurs , defpuis Douvres où ils 
defeendirent jufques en cedicl: lieu par le* 
millords Guillaume Howard à prêtent admi- 
lal, & auparavant debiîis de Calais & es 



D E No AILLES» ï J 

Cobhamau logis duquel ilz {ajournèrent trois 
ou quatre jours pour eulx rarfraifehir du tra- 
vail de la mer, & leur allèrent au-devant 4 
l'arrivée en ceftedide , le /Teur de Courte- 
nay, que Ton appelle le comte de Damp- 
chierOJ; les comtes d'Hexter& Haftingues, 
grands efeuyers & le millord Eiîrang , fiiz du 
comte d Herby , avecques bien peu de certe 
noblefle qui les conduisirent en leurs logeis , 
demonftrant le peuple petite faveur & re£ 
jouyiïànce. De façon qu'il Ce jugeoit évi- 
demment que l'occafîon de leur venue en ce 
pays n'eftoir trop agréable à ceulx de celle 
nation ; ce que lefdids feigneurs ont afTez. 
clairement congneu. Mais le bon YiCaige Se 
honnorable recueil que leur a aujourd'huy 
faid Jadide d^me , & Ces plus privez au- 
theurs & conducteurs dudid mariaige, les 
en a rendus contans & fatisfaids. 

Madame, defpuis- le parlement de voftrê 
herauit, j'ay eu audiance deceitedide rcyite 
v.oftre bonne foeur , laquelle m'a derechieF 
& avecques bonnes parolles, afleuré fur aul- 
cuns propoz que je luy tins comme de moy- 
mef me , que quelque mariaige qu'elle fifl 
avecques ledid prince d'ufpaigne , elle veuh 
entretenir les traidez qui ont efté ùid:s par 
cy-devant entre le roy yoilre bon frère &le 
fien, & les feuz roys d'Angleterre Ces père 
& frère , aufquels ne veult adjoufter ny dimi- 
nuer , & oultre que l'amour de fon mary ne 
luy fera en rien allienner la bonne volunté 



|û} DeDevonshire , t'tre héréditaire dans cette 
iliultre mail'on. ïl étoit 1s oiiiièma^ui le portoit, 



14 Négociations 
Se affection, qu'elle a de faire vivre Ces fûb- 
je&z. en bonne paix & amitié avecques ceulx 
dudicl: feigneur. Qui me faiâ: penièrqueM, 
«l'Oyfel paffant par icy , n'y trouvera aul- 
cun empefehement , mais au contraire toute 
honnêteté & civillité , ainfy que j'en ay 
rousjourseuoppinion ; &eu*imant, madame, 
que par les lettres de luy , ferez au long & 
fraifehement advertie de la profperité du 
roy , de mefieigneurs vos frères , & de tou- 
tes les occurrances de delà, joind auiïy que 
}e ne fuis pas afîèuré que recepviez eefte-cy^ 
Teu qu'il fault paffer à la diferetion des fei- 
gneù'-s de ce confeil pour la faire tenir à 
voftre majefté. De Londres ce 3 janvier 



M, d'Oyîel au Roy. 
14 janvier 1553. 

Murmures en Angleterre contre le m&> 
riage de la reine d! Angleterre , Q? 
projets de rébellion». 

Oire , je ne fçaurois rien adjoufrer à la deC- 
pefcheque M. de Noailles& moy avons fai&e 
à voftre majefté du 1 x de ce mois , finon que 
tout ainfy que celle royne & Mrs. Ces con- 
seillers qui ont accordé & pafTé tous leurs ar- 
ticles avecques les Imperiaulx , cuydent plus- 
aflêuré ce mariaige. Cefte commune en aug- 
mente fa fureur , parlant d'icelluy plus licen- 
îieufement &> avecques plus de fcandalle S&. 



b- e Nouilles* Tf. 

fe promet de le deftruire. Toute la noblefle,> 
hormis quelque nombre de ceulx qui font à 
l'entour de ladide dame , fuit cette voix 5 
& n'y a faulte d'intelligence des ungs avec- 
ques les aultres , partie defquelz > pour ne Ce 
laiflTer furprendre ny eftre conftituez, prifon- 
niers , Ce retirent en leurs maifons pour y vi- 
vre aveeques leurs gens en attendant le temps 
qui foit plus propre à leurs defleings. Et à 
cela, n*re , y ont efté meuz & perfuadez 
beaulcoup de ceulx de cefte faction , pour 
avoir efté advertis comme il eft vray , que 
ceulx du confèil ont defpefché commiflion 
trf s exprefTe pour faire prendre au pays de 
Dampchier, qui eft au millord de Courte- 
nay , ung gentilhomme nommé Piètre Car© 
[fl], qui eft de grande audhorité parmy le 
peuple, toutesfois Ces amys & adherans Ce 
cuydent afTeurer qu'ilz ne le lairront poind, 
& que du party dudid Caro Ce trouveront. 
les plus forts , jufques à dire que quand ceC- 
tuy-là feroit mort & cent aultres telz que luy, 
leur exécution ne laifTeroit à eftre faicle. Def- 
puis deulx ou trois jours en ça le fîeur James 
Crof [b] , /îr Thomas Wiat [c] , qui eft ung 
aultre gentil chevallier & fort eftimé parmy 
cefte nation, (ont entrez en efperance qu'ilz. 
tireront à leurs propoz. quelques ungs du 
confeil mefme de cefte royne, & qu'il leur* 
fembloit congnoiftre qu'il y en avoit parmy 
eulx de mal contans. Ce que je voy s facille- 



[i] Ufefiuvaen France 

[b] I>utenanc de la tour pendant ie règne 
i" ditiard. 
E£L Depuis chef de. la révolte». 



l6 Né g o c i t r i a jr? 

ment tant pour ce que l'importance de s< 
mariaige n'eft pas moindre ou plus grand' 
encore*, comme aufïy qu'il z voyent toutl< 
inonde contrarier à ce defièing ; chofe qu 
ne leur doibt eftre peu moings certaine qui 
l'elmotion que je vis l'année pafTée de tou 
ce peuple pour appeller à la couronne 1; 
royne qui eit aujourd'huy , laquelle ilz di 
fent leur avilir manqué de promeffe en deub 
articles ;. l'ung , quant au faict de la reli- 
gion [à] qu'elle devoir, laiiïer en liberté, & 
l'aultre de ne fe marier à aulcun eftrangier 
Ce que me fouvient avoir lors ouy dire l 
deulx ou trois feigneurs de Ton confeil, de£ 
quelz le Privefeel e#oit l'ung , qui eit un£- 
poind:, oultre fa promefle ; & comme ib 
difent , expreffement deffendu par le tefta- 
ment du feu roy Henry [e] Ton père. 



[dj Ce fut au peuple de Sufrblc qu'elle fit cettJ 
promefle». 

[e] On ne voit pas qu'il l/ifût défendu d'époufe 
un étranger, mais bien de fe marier fans l'aveu di 
sonfeil & des feiie régens nommés par fon tefta- 
snejiî. 




de Nouilles* 17 

M. DE NOAILLES au RoY. 

15 janvier 1^3, 

Vans la conjonclure du mariage de la 
reine d i * Angleterre avec le fils de 
l 'empereur notre ennemi, des Anglois 
mécontens veulent prejfentir notre 
ambajjadeur , fur h fecours qu'ils 
pourroient efpérer de la France ; 
fur quoi , fans s'ouvrir à eux , il 
demande les ordres du roi J on maître* 

biRE , eftant arrivé M. d'Oyfel en ce lieu , 
où après avoir communicqué enfembie pour 
le bien de vos affaires, je luy ay faicT: entendre, 
reoir & toufchier à l'œil & au doigt , en 
huid jours qu'il a fejourné icy toutes les 
praticques & menées qui (è font par-deça., 
& l'ay faid parler aux principaulx audheurs 
& condudeurs d'icelle - r & d'aultant , iire , 
qu'ayant bien pefé & confîderé toutes chofes 
& rapportées à l'expérience du paffé , il a 
efté de la mefme oppinion des advis que 
j'ay par cy-devant donnez à vofïre majefté , 
defpuis que j'ay commencé à fentir la me- 
née de ce mariaige , & pour ce qu'il vous 
eh efeript amplement tant par Ces lettres 
du iz. de ce mois , comme aufîy il faict. en- 
cores par celle que la Marque porte à voitre 
majefté , de tout ce qui s'offre à prêtent p 
je n'en feray de redide i feullement vous 



ïS Négociation-» 

diray, fire, qu'avecques (on ad vis j'ay de£ 
pefché prefentement lediâ: la Marque pour 
faire entendre à icelle plus particullierement 
& par le menu , fuyvant tes inftru&ions & 
créances , ce de quoy nous l'avons chargé , 
& me rapporter vos bons commandement 
fur le chemin qu'il vous plairra que je tiegne, 
en ce qui Ce prefente par-deça pour le bien 
de voftre fèrvice. Au furplus , fîre , defpuis" 
le partementdudid/ïeurd'Oyfel , il eftbruid 
que le prince d'Efpaigne a desjà faict voile, 
& dicton , veu la difpoiîtion du temps, que 
bientoil il arrivera en ce pays , qui eil caufe 
de faire advancer & prendre les armes à ceulx 
qui délibèrent Je chaffer , lefquelz je n'ay en- 
eores veu fî prelts de faire quelque bon ef- 
fect pour achever leur entreprinfè qu'aujour- 
d'huy. Toutesfois , fire , je vous fupplie très 
humblement de croire que je ne puis pré- 
voir ce qui eft a advenir , & moings m'aC- 
ferrer de chofe qui dépend de la puiffance 
& volunté d'aultruy. Mais en ce que j'y puis 
affeoir jugement , je veois s'apprefter une 
telle fubverfîon & trouble parmy ce peuple, 
qu'elle ne fera ayf'e à efteindre , & croii 
certainement que pour peu que les princi- 
paulx d'icelle foyent confortez & fecouruz, 
qu'ilz viendront au bout de leurs deffeings , 
pour Je mal contantement que je congnois 
en la plus grande part des fubje&z de celle 
royne pour raifbn de cedict mariaige , lef- 
«uelz en parlent plus ouvertement de jour 
aaultre qu'ilz n'avoient ofé faire jufqu'icy;, 
& ce qui me donne encores plus d'efperance,. 
eft qu'ilz ont recouvert à eulx le comte de 
Pembrock qu'ilz avaient perdu comme j'ay 



DE N O ,4 I L L E S. 1$ 

efcript par cy- devant ; de quoy me remet- 
tant fur cedict pourteur & fur les mémoires 
qu il en a pour ceft effecl: , je n'entretien- 
dray voftredi&e majefré de plus longs pro» 
poz que pour prier dieu, De Londres ce 
15 janvier ij^.. 



M. DE NoAlLLESa M. LE CONNESTABLK» 

15 janvier 155 3 ► 

NaiJJance , caractère £r conduite de 
Faget , qui a toute la confiance de 
la reine dans V affaire de fon ma* 
fi âge* 

IVjonseigneur, voullant clorre cefle àeC- 
pefche, eil arrivée celle qu'il a pieu au roy 
& à vous me faire du 9 de ce mois, par la 1 - 
queile , & expreffement par vos lettres , j'ay 
veu tous les propoz que l'ambaflâdeur de celle 
roy ne près ledicl: feigneur vous a tenus fur la 
paix qu'elle de/ire mettre entre le roy &" 
l'empereur , qui vieignent , ain(y qu'il eft 
ayfé à croire félon le langaige de la propre 
bouche dePaget, comme eftant les mefmes 
qu'il a par tant de fois eus avecques moy , 
& ne fai&s doubte, monfeigneur , que par 
la refponce qu'avez .faifte audid ambaiïàdeur, 
£a maiftrefle, icelluy Paget & Ces compai- 
gnons ne s'eftiment eftre bien loing de leur 
compte , & que leur nouvelle alliance avec- 
ques le prince d'Elpaigne ne donnera telle 



20 Négociations 
crain&e au roy comme ilz Te promettent, 
mefemblant , Ci je l'ofois dire, que c'eft le 
meilleur chemin que l'on puifîe tenir auprès 
de telles gens Ci fuperbes & foubçonneux , 
lefquelz tant plus on leur monftre avoir 
doubte de perdre leur amitié , d'aultant prei- 
gnent ilz d'audace &d'entreprinfepour faire 
la guerre ; & oultre fe peult facilement 
croire que tout ce qui fera dicy en ça pro- 
pose par la bouche de cefledi&e royne & 
de Ton Paget ( quant à ce qui concernera 
les affaires du roy & de Con royaulme ) for- 
tira de celle de l'empereur. Me fèmblant 
que nous n'aurons de ceft endroid plus de 
iêjour & repoz , que tant qu'ilz verront & 
congnoiftront eftre leur propre commodité 
& prouiFiâ: ; & fuis bien marry , monlei- 
gneur , qu'il ne me fouvint de refpondre 
audicl: Paget , fur la demande qu'il me feiik 
des oilaiges , ce qu'il vous a pieu m'e£ 
cripre. iVlais je m'affeure qu'il viendra en~ 
cores à propozaux premières aiïèmblées où 
je me tronveray de luy en dire quelque mot, 
qui ne fera fans y avoir allez d'argument , 
parce que celt homme de bien n'en a jamais 
faulte. Bien vous veulx je aflecrer que je 
luy ay desjà donné deulx ou trois attaques 
devant la plufpart de tous Ces compaignons, 
de façon qu'il en changea de coulieur & 
contenance, & dont je m'afTeure qu'il y en 
avoit du confeil de fa maiftrefle qui en eC- 
toienî bien ayfes pour le defplaifir qu'ilz ont 
de la faveur en quoy iiz voyent parvenu ung 
tel homme [a] de Ci baffe condition comme 

[a~l Il s'éleva fgus le règae de Hs.iry VJIi , fut. 



DE N ,1 I L L E S* 2 S 

t ceftuy-cy que l'on diâ eftre filz d'un 
fergent. Vous pouvant bien dire, monfèigneur, 
que la feulle praticque & menée qu'il a faicl: 
de cedid mariaige , l'a mis en telle aucthorité 
& credid , que le chancellier & aultres du- 
dift confeil n'ofent qu'avecques grande 
crainâe ouvrir la bouche, fïnonainfy qu'ilz 
ont licence de luy , & pour ce que vous 
verrez par les lettres que le fîeur d'Oyfel 
a efcriptes au roy des 12- & 14 de ce mois, 
comme toutes chofespafTenten ce royaulme, 
& aufTy que vous pourrez par icelles cong- 
noiftre que tout ce qu'il en efcript, e£ con- 
forme à tout ce que je vous en -ay par cy- 
<3evant adverty , je ne vous en fer;iy mainc- 
tenant plus long difcours , m'en remettant 
aux inftru&ions & mémoires que la Marque 
vouf en porte , & à ce qu'il vous en dira, 
tant de la part dudicl ileur d'Oyfel que de 
moy. 



agréable à Sommerfet , quoique catholique. Nor- 
chumberland le perfécuta. il rentra dans les affaires 
à J'avénement de Marie, & mourut retiré dans fa 
tnaifen , quand Elifabeth fut parvenue à la cou» 
renne. Cani.f* ij2 



22 Ni 



EGOCIATZO N S 



Instruction à la Marque , de ce 
qu'il aura à aire au roy 3 devers la 
majeflé duqud moy de Noailles le 
depefche prefentemenu ij janvier 

Premièrement^ comme vendrcdy dernier 
feurent arreftez, concluds , paifez & fîgnez 
les articles de mariaige de cefte royneavec- 
ques le prince d'Bfpaigne ; & lundy fuft 
proclamé publiquement par la bouche du 
chancellier en la cour d'Hoeflcemeftre.Tous 
les fubje&z de ladifte dame, tant la nobleffe 
que commune de tout led. pays parlent fort lf- 
centieufement d'icelluy , difant clairement 
qu'ilz ne fouffriront jamais ledi prince eftre 
leur roy , ny luy porteront aulcune obei£ 
lance , deliberans pluftoft mourir tous en 
«ne bataille contre luy, & defFendans leurs 
libertez, que non fe mettre en telle fer- 
vitude. 

Hz fè préparent d'un jour à l'aultre de 
,prendre les armes pour chaffer ceftedicl-e 
royne , la connoifTant , comme ilz difent , 
indigne de telle couronne , pour leur avoir 
deulx fois failly de promeiïe , après avoir 
«fté eflevée au degré qu'elle eft par eulx ; 
la première , d'avoir changé leur religion, 
leur ayant promis la lahTer en leur liberté ; 
& ia féconde , de prendre à mary ung eftran- 
gier j combien qu'elle euft auiïy promis le 
contraire* 



de Nouilles. 2% 
Et délibèrent de/lever pour leur roy & 
fû) rie , millord He Courtenay & madame 
Elizabeth • 



Auffy fera entendre à fa majefté que ladicte 
dame & feigneurs de fon confeil ne peuvent 
tant difllmuier , qu'ilz ne fafTent fufïifani- 
ment congnoiftre que la paix d'entre ces 
deulx royaulmes ne pourra longuement du- 
rer , faifànt tous a&es de demonftrations con- 
traire à icelle. 

Que tous les propoz qu'ilz tiennent pour 
mettre ledict feigneur & l'empereur auiîy à 
la paix, ne font que pour l'endormir foubs 
belles parolles , craignant l'empefchement 
que fadi&e majefté pourroit faire au pafTaige 
dudicT; prince d'Efpaigne. 

Lequel plusieurs efHmenteftre desjà party 
& eftre en mer avecques foixante .voiles , 
& que oultre les gens de guerre qu'il mefne 
d'Efpaigne , ledid empereur luy prépare 
huiâ; mil Allemans pour faire defcente en 
ce royaulme pour la fèureté de fa perfonne. 



Et pour defcouvrir ce qu'on doit attendre 
de cefle entreprinfe, femble fort à propoz que 
M. de Gyé s'approchail de fa maifon jus- 
qu'à Mortain, le fieur de Fontaine à fainft 
Malo, &M. de Langez au Havre-de-Grace 
& tous aultres feigneurs & capitaines ayant 
charge au long des cofles de Normandie & 
Bretaigne en leur place , pour tenir la mais 



£4 Négociations 
le plus qu'il leur fera poilible , fans toutes- 
fois s'en defclairer plus acfvant que feulle- 
ment d eftre en leurfdides charges pour les 
garder dudid prince , de furprinfe des for- 
ces qu'on entend approcher icelles & recep- 
voir les advertifTemens que les fufdicts leur 
donneront. 

Et que pareillement le chevallier de Ville- 
gaignon & quelques aultres capitaines de ma- 
rine, faiges & advifez , aillent & viennent 
quelquefois en ces ports de mer de Cor- 
ïiuaille pour entendre comme toutes choses 
fe conduiront. Ce qui fervira , comme il 
leur femble , de leur donner grand cueur , 
fçaichant des vaiffeaulx de fa di de maje/té fur 
la mer & près deulx , avecques la faveur 
que ledid fleur de Viliegaignon & aultres 
leur pourront faire , les confortant dex- 
frement avecques telz moyens & langaige 
qu'il plaira à la majefté dudid fëigneur leur 
commander , Se verra eftre neceffaire pour le 
bien de Ces affaires. 

Suppliera aufiy très humblement le roy 
advertir ledid fëigneur de Noailles par luy 
du moyen & langaige qu'il aura à tenir à 
ceulx de qui il eft recherché des chofes CuC- 
dides , & s'il plaifl à fa majefté de faire quel- 
qu'entreprinfè des places & lieux où les fuf- 
dids perfonnaiges fe pourront adreffer pour 
luy donner leurs intelligences & l'advertir 
d'heure i aultre de ce qu'ilz. exécuteront. 

Nouvelles 



DE No AILLE S. 2| 



Nouvelles & avis que la Marque 
(lequel eftoit defpefché en court par 
M. de Noailles ) aura à dire au roy 
& à monfeigneur le connétable, \$ 
janvier 15*53. 

x rcmierfm^nt , comme le bruicl: eu que 
l'empereur eftconfeillé par les médecins de 
changer d'air , & qu'il fe délibère après la 
venue du prince Ton filzpar-deça , paffer icy, 
& s'en aller en Efpaigne , toutesfois l'on 
dicl: qu'il elt bien mal difpofé encores. 

Que la royne d'Hungrie fe délibère aufîy 
venir par deçà aux nopces de fbn nepveu. 

Que les feigneursde ce confeil font grand 
difficuitez bailler palTeport pour aller en EC- 
cofie T & à prefent nous ont du tout oiié les 
commiiïions qu'ilz nous foulloient bailler 
pour recouvrer des chevaulx fur le chemin, 
de façon que qui y vouldra des ença aller, 
fault qu'il achette les chevaulx. Mefme , mon- 
/îeur d'Oyfel pafTant par Londres , a eu grand 
difficulté à avoir ladide commifTion peur 
huid chevaulx , & n'en peult avoir pour 
Viliemor qui vient après. 

Fuft mandé audiâ fieur d'Oyfel nommer 
les gens qu'il avoit avecques luy , & pour 
lefqueisil voulloitpafieport, par nom & fur- 
nom , ce qui n'avoit jamais efté faic>. 

Les pacquets que le roy envoyé pour mire 
tenir en Efcoffe , ou que ledicl: feigneur de 
Noailles y defpefché pour les araires dudid 

Terni III. B 



2>6 Négociations 
iifcciïe qui le négocient en ce confeîl, 
avoient accouflumez élire mis entre les mains 
*Tung fecretaire de celle royne , qui le fai~ 
i bit tenir par la pofle à Barvick , ou à or- 
dinaire , pour les porter à Dombare, mais 
à prefcnt n'en yeullent plus faire courir, 
iriefme en a eflé renvoyé ung audicl feigneur 
de Noailles , eftant iediâ fîeur d'Oyfel à 
Londres , cju'avoit quinze jours- qir'eftoit 
.entre les mains duditi fecretaire, & fauldra 
Ticceffairement qui en y -vo.uldra faire tenir , 
y envoyé exprès. 

Hz ontfaid arrefler par furprinfe plusieurs 
navires Normans fur celle rivière , difant 
.qu'en France on leur arreftoit les leurs. 

Paget avoit deulxfois promis venir difner 
atilogeis dudit feigneur de Noailles avecques 
Iediâ fîeur" d'Oyfel , & toutes fois tous les 
deulx a failly , & eft à croire qu'il a eité diC- 
luadé par les ambafîàdeurs de l'empereur qui 
ne veullent qu'on l'approche. 

Le chancellier n'eft en telle faveur qu'il 
avoit accouftumé ? mais au contraire allez 
defiavorïfë , & cNâ - on que c'eft pour avoir 
parlé librement à fà maiftreffe du tort qu'elle 
faict à fon peuple d'entendre à ce mariaige, 
Qui font lès mefmes propoz que leditft fei- 
gneur de Noailles avoit remonftré audicl 
chancellier au commencement de la menée 
d'icelluy mariaige. 

L'ambaffadeur de Venife auffy a eflé def- 
couvert par les Imperiaulx , d'avoir faicl: plu» 
fîeurs praticques pour traverfer ledicl ma- 
riaige & le conduire en faveur de Courte* 
îiay , lefquelz en ayant donné advis à l'em- 
pereur , Mr. d'Arras en a faid plaincte % 



de Noailles 27 

l'ambafTadeur Vénitien qui refîde près dudicl 
empereur, lequel en a efcript à fa feigneu» 
rie qui en a toufché ung mot à leur am- 
bafïadeur qui refîde par-deça , lequel de£- 
•puis ne s'accointe fî familièrement dudid 
feigneur de Noailles qu'il avoit accoutumé, 
fçaichant qu'à foninilance il avoit faict lef» 
dictes pourfuites, & craignant qu'on nepenfe 
qu'il pourfuive encores. 

Ledict de Courtenay demouradece temps 
deux nuicts fans Ce coucher, eftant adverty 
par fa mer-e , qu'à quelque heure d'icelles il 
feroit envoyé quérir pour efpoufer celte 
royne , ce qui certainement eftoit conclud 
entre elles. Defpuis que ces feigneurs Fla- 
mans font par- deçà, en la grande rue que 
Ton va vers Ouefcemeflre, ont efH ortées 
par certains Anglois , de nuict , deulx chai£- 
nes à deux gencilzb.om.mes des fufdicts fei- 
gneurs , qu'on dict vailoir huict cens efeus* 
& n'a t'on jamais fçeu fçavoir qui eitoient , 
iry les recouvrer; & les leur oitant, n'efpar- 
gnerent les charger de coup à ceulx qui 
yoifirent faire refîitance- 

Fera entendre ledict la Marque à monfîeuf 
le connectable les bons fervices que le fleur 
Broefton faict par-deça pour le fer/ice du 
roy , & qu'il luy plaife le faire fecourir de 
quelqu'argen-t. 

Sçaura aulTy d u d i ft feigneur , fî advenant 
que par quelque foubçon ou jaloufîe ledict fei- 
gneur de Noailles foit congédié de cefte 
royne , Se contrainct Ce retirer , fî elle 
îuy envoyé prefent, comme l'on a accouf- 
tumé faire auxaultres ambaiTadeurs , s'il luy 
plaift que led, feigneur deNoaiilesle reçoive* 

Si] 



2$ Négociations 

Que le capitaine Martin doibt tenir de l'am- 
bafîadeur de l'empereur , que celle ro)ne fè 
délibère faire vingt mil hommes de pied de 
fa nation. Toutesfois lediâ: feigneur de 
Noailles n'en a euaultre advis que ceulx qu'il 
a efcript par cy-devant. 

Ladide royne ne met plus en Tes qualité^ 
Bc titres fuprefmes, en Péglifë d'Angleterre* 

IJng Anglois nommé Meynard , venant 
jiouv.ellement de France , faicl courir le 
bruicl: qu'il ne fault que les Anglois s'atten- 
dent d'avoir réparation de leur déprédation* 
Seroit bon les entretenir le plus longuement 
y^u'on pourra.. 



M» ps Noailles au Roy. 
il janvjer 1553. 

Voyagé du prince d'Efpagne différé, 
Difpofition des Anglois au fujet de. 
cette alliance, 

Oire 9 defpuis vous avoir le 15 de ce mois 
envoyé la Marque amplement informé de 
tout ce que j'avais peu apprendre pour le 
Cemps , jay eflé adverty de l'arrivée en ce 
lieu d'nng courrier venant d'Efpaigne , qui- 
âi€t que le prince d'icelle ne pourra îitofî 
yenir que l'on penfbit , pour n'élire fort 
efquipaige encores prefl , qui fera , comme il 
aîîèure , de huicl vingt voilles , ramaflees 
de plu/îeurs endrci&s , tant d'Anglois , Vé- 
nitiens , que aultrts navires eftrangiers, qui 
ont cfié retenus audid Elpaigne detpuis troi§ 



2> £ NûslïLLJEf* 2Q 

ou quatre mois en çà> oultre bon nombre 
de Caravelles que le roy de Portugal luy 
prefte des meilleures qu'il aye , avecques 
trente vaifFeaulx Flamans qui eftoiem pour 
apporter des provifions de carefme , & dict- 
on que celle armée Ce drefTe à Billebao & la 
Rede , & que là ledict prince Ce doibt embar- 
quer avecques peu d'Efpaignols de qualité , 
mais d'Italiens , Neapolitains , Flamans & 
Bourguignons le plus qu'il pourra, dont 
entre aultres Italiens font les marquis de 
Pefquiere [a], Afcagne, de Gonzague [£]> 
&trois ou quatre feigneurs colonels ; & pouf 
Ce , fire , que en pourrez eftre mieulx ad- 
verty par le gouverneur de Bayonne & aul- 
tres de vos ferviteurs qui font fur celte 
frontière , je laiiïèray ce propoz pour vous 
dire , fire , que le retardement de cedict prin- 
ce pour deuîx mois pourroit amefner ung 
grand fruict au bien de vos affaires y pour 
donner tant plus de ioym- à ces communes 
d'eulx préparer , attendant le temps nou- 
veau. Le comte d'Aiguemont & toute fa 
eompaignie font encores en ce lieu , fans' 
avoir refolution de ce qu'iiz doibvent faire t 
mais font de jour à aultre attendant la vo- 
lume de l'empereur. Ceite roy ne & feigneurs 
de fon confeil ont tel & C\ grand foubcon 
de ce que la noblefTe & peuple de ce pays 
parlent fi ouvertement de n'endurer ce 
prince , qu'il y a desjà trois jours que le 



[<T] Delà maifon d'Avalos , fils du marquis du 
Guaft, qui perdit h bnaiile de Cerifolles. 
[.'J Delaœaifon deMantoue. 

Biij 



5 ô N É G O C I AT 2 O N- S 

millord Warton [c] s'en alla au pays de 
Kent, pour, s'il peult, garder & faire con- 
tenir le peuple de s'efmouvoir ; & les aul- 
très millords qui ont charge , fe doibvent 
rendre chafcun en la /îenne, pour y faire 
le femblabie , & doibvent aller , comme 
Ton dift , le i'rivefeel [d] & comte de Pem- 
broug [e] ez pays de Dampchier & Walles > 
qui font de leur gouvernement! pour aufîy 
appaiïèr la commune qui y efl desjà plus 
efmue que en nul aultre endroict de ce 
royaulme,& jufques à ne voulloir obéir à nuls 
ccmmandemens que celle royneleur fafle , 
le voullant au premier jour , qui fera vers 
celte Chandeleur, faifîr du revenu qu'elle y 
a , & délibèrent encore faire le mefrwe à 
Fendroict de tous ceulx qui vouldront tenir 
aultre party que le leur. Je penfe que bien- 
toft il y en aura afTez d'aultres qui en feront 
îe femhlable; & n'ont ieeulx befoing que 
de devlx chofes , l'une du temps nouveau 
pour mieulx s'affembler, & l'aultre d'élire 
confortez, des grands-. 

Le Cardinal Polus doit eltre maintenant 
à Bruxelles > félon le double d'une letre 
que ung mien amy m'a- envoyée dudict lieu, 
dont l'extraid eft cy enclos ; & y a long- 
temps qu'il a defpefché ung gentilhomme 
Anglois vers cefte royne , laquelle luy a 
efeript lettres fort favorables , qui ont eflé 
envoyées toutes ouvertes à l'ambaiTadeur de 
Fempereur 3 . pour les veoir& faire tenir, par 



{c] Chelnci. 

[d] Comte de Bedfort»- 

£] Ruflel. 



de Nouilles. $< 

feftjuelles, entre aultres chofes, elle le gra- 
tifie de (a venue comme légat en ce pays,. 
luy délirant à Ton pouvoir peur le bien de 
la religion. Vous pouvez penfer , lire * fi 
celle tragédie eii maniée d'ung bon prati- 
cien , comme eiî ceft empereur qui a tous- 
jours voullu eiloigner lediâ: cardinal de ne 
venir en ce lieu , jufques à ce qu'il aytpenfé 
fon oeuvre y eftre confommé , & que mainc- 
$enant il le faiâ: approcher, tant pour gra- 
tifier le pape de 1 obeiifance à fa faincteté y 
en quoy il cuyde veoirbientoilcedid royaul- 
me , que aufTy pour ce qu'il luy fembie & à 
ladicle dame , que fa présence pourra ad- 
raortir ce peuple, qui eiîa la veille de pren- 
dre les armes contre fon filz.- 



M. de Noailles au R O Y. 

ii janvier if?3. 

Courtenay révêle au chancelier le fecret 
d'une cotifpiration. 

oiRE,defpuis ma lettre duzi,j'ayfceu de bon 
lieu que ce jeune homme de Courtenay eftant 
recherché du chancellier pour- les grands 
foubçons que on avoit fur luy , comme à 
ion àmy , affez indiferetement luy adefdairé 
l'entreprinfe de Pietro Caro & de Tes cem- 
paignons au pays de Dampchier , qui eft la 
feule caufe pourquoy tous ces millords font 
mandez d aller en leurs charges , s'efhnt 
ledici de Courtenay endormy en quelque 
affeurance qu'on luy -a faiâe qu'il feroitbien 

Biv 



J2 Négociations 

& favorablement traité de cefteroyne, de 
façon qu'il lailfe le chemin de fa grandeur 
& liberté , pour recepvoir bientoft une mil 
ferable captivité qui luy eft promife à la 
venue de cedicl prince, pour le plusloing. 
Auiïy vous puis-je dire, fire , que les en- 
trepreneurs contre cedict prince d'Efpaigne 
n'en perdent aukunement le cueur pour 
cela , mefme James Gros ; bien leurdefplaiiï 
te\ie & fi grande faulte faicle par leditt comte 
«le Dampchier , & vouldroient pour le 
mîeulx, comme ilz difoient, qu'il fuft desjà 
mis en prifon , pour de tantpluftoit efmou- 
voir le peuple. 

Sire , j'ay aufly fceu de mefme lieu , com- 
me encores qu il y ayt grand nombre de 
voides à Tannée de cedid prince , il n'y 
pourra avoir que trente navires de guerre» 
entre lesquelles les fijc caravelles que luy 
prcite le roy de Portugalfont des prin-cipauix 
& meilleurs. 



M. DE NOAÎLL^S à A'1. DE StHARPCNT» 

24 janvier 15^3. 

Il V avertit de plufeurs entreprifes que 
l'empereur forme fur quelques places 
frontières Gr' de J on gouvernement*. 

jViONSiEUR mon comraignon , je croy qu'a- 
vez elîé adverty comme l'empereur propofe 
s'approcher de veus 8t de ce royaulme ju(- 
ques en la viiie de Bruges ,. & ainiy , comme 
diTent ceulx qui me donnent ceit advis , tant 



de Nouilles. $J 

pour favoriler \ts affaires de fon fîlz. en ce- 
dict royaulme & les /ïens ; que auify pour 
exécuter quelques entreprinlès qu'il a des 
long temps fur Ardres , & fur les ports de 
Blaquenay , Ambleteuilh & auitres du Bol- 
lonnois. Vous advifant , s il vous plaift , 
monsieur mon compaignon , de pourveoir 
en cela en ce que verrez plus mille pour le 
Service du roy , vous priant à ce propoi voul- 
loir commander à ceulx de la frégate de ve- 
nir continuellement pa -deçà pour recepvoir 
mes pacquets deulx fois la fepmaine pour 
le moings , fuyvant l'intention du roy. De 
Londres ce 14 jour de janvier 1553. 

Je vous prie faire continuellement tenir 
la fregatte de deçà à Douvres ; car de trois 
jours Fung il y aura de mes pacquets, 8c 
iliffira de rapporter ceulx du roy quand on 
pourra. Car le maiftre veult eiire fou vent 
adverty ( comme à la vérité il en eâ befjing)»- 
Àuffy ,. monsieur mon compaignon , il y tw 
aura plus de moyens de pafîer par Calais- 
ceulx de fa majefté venans à moy , & fans 
tel foubçorr avecques voitre bon ayde Se fa-- 
veux que les miens aller au-delà» 




Bv 



J4 Négociations 

Le Roy à M. de Noaillej» 
z6 janvier 1553. 

La reine d'Angleterre fe voyant à la 
veille (Fépoufer le prince ôHEfpagne j 
refufe de ratifier les traités que les. 
rois fes père & frère avoient faits ave? 
la France , pour fe conferver la li- 
berté de nous déclarer la guerre , 6r 
de joindre fes armes à celles, de V em- 
pereur, 

ivioNs de Noailles , j'ay recru par la 
Marque la lettre que m'avez efcripte du 14: 
de ce mois. Tant- par icelle que par les inf- 
tructions que luy avez baillées, ay bien & 
amp'ement entendu en quel eftat & difpofi- 
tion fe rc treuvent de prefent les affaires d' An- 
gleterre, & mefmement le faiâ: de ce ma- 
riaige de la royne avecques le prince d'Ef* 
paigne , les articles duquel ont efté, ainrm- 
que me faictps fçavoir , pafTez & fîgnez , 8c 
ledict mariaige proclamé par la bouche du . 
chancellier , chofè qui de long temps le 
prevoyoitj & dont par vos précédentes def- 
pefches m'avez tous jours donné bon & cer- 
tain advis» Et encores- que par les propoz 
que la royne d'Angleterre vous a cy-devanf 
tenus , lefquelz elie m'a puis deux jours faift 
rameute voir par fon ambaffadeur refidant au- 
près: de moy 3 non qu'il . (bit .venu;. en Taper- 



D E N O A I LL ES* <) 

Tonne pour quelque indifpoiîtion de mala- 
die qui luy eft Parvenue , mais par une let- 
tre qu'il a eferinte à mon coufîn le connec- 
table , dont je vous envoye.le double (a, . La- 
dicte royne s'efforce de m'afîeurer que ce 
mariaige ne pourra aulcunement violer ne 
diminuer la bonne paix & amitié qui eft 
entre elle & moy, nos royaulmes , pays 
& fubjeetz. A quoy quelques belles parolies 
qu'elle vous ayt portées , ne que fondict 
ambalTadeur m'ayt remontrées de par elle , 
je ne veoy pas que je puifTe prendre aul- 
cune feurté quelle qu'elle (bit ; car puif- 
qu'elie dict avoir celle volunté , & néant- 
moings n'en veult paffer aulcune chofepar 
traicté ne par efeript , c'eft chofe qu'on 
peult juger contrevenir à elle mefme ; tant 
y a qu'il fault conduire ceû araire avecques 
la plus grande prudence que faire fe pourra, 
& tout ain/ïn qu'ilz cuydent m'endormir 
de belles parolies, que de voftre parc vous 
mettez, peyne de les en paiftre & continuer 
de faire entendre de par moy à iadicte dame, 
comme vous ave2 cy-devant faict , que j'ay 
telle affeurancede fa vertu , fermeté & conf- 
iance , qu'elle ne- vouldroit pour rien du 
monde faillir à ce que tant de fois elle m'a 
promis; & puisqu'elle ne trouve bon d'en- 
trer en aultre nouveau traicti que ceulxqui 
ont efté faicts avecques les feuz roys Ton 
père & frère , qui s'edendent, comme elle 
fçait très bien, tant pour le regard deulx 



ta] On trouvera ce double à la fuite de cette 
•«Jipéche, 

Bvj 



3& Ne goczatio&s 

que de leurs fucceffeurs , je m'en arrefteray 
à cela , moyennant aue à la convention du- 
dict maria ige foit adjoufté article , ainfy que 
leditt ambaliadeur âià par fa lettre vous avoir 
efté propofé par ceulx de Ton confeil , que 
le royaulme d'Angleterre n'aura à entrer ert 
guerre contre le royaulme d'EfcoiTe pour 
quelque querelle de l'empereur que ce (bit;. 
et G d'advantaige vous y pouvez faire ad- 
joufler pour toutes auhres querelles, ce me 
ferait encôréS donner plus grande feurté 
& approbation de fa parolle ; duquel article 
vouspourfuy vrez de par moy vous eftrc baille 
afte authenticqueparles fecretairesde ladiâe- 
dame, & quant & quant aifrfterez au fer- 
ment que leàïS: prince fera là delfus. Au 
demeurant, puiioue les chofes en font /î 
advant & que Ton peult affez. clairement 
juger & confîderer que ayant fbrty effect ce - 
dict mariaige , il eÛ impoffible que mon 
royaulme & celluy d'Angleterre fe puifîênt 
longuement conferver en paix. Il fauldra 
conforter foubz main les conducteurs des 
entreprîmes que fçavez, le plus dextrement 
que faire fe pourra & sVfiargir plus ouver- 
tement & franchement parier avecques eulx. 
que n'avez encores fait ; en manière qu'ilz 
mettent la main à l'œuvre , & le fault faire 
fi fecrettement & avecques telle diferetion. 
Se Ci bien congnoidre & vous afieurer des 
perfonnes qui s'adrefTerort à vous , que l'af- 
faire ne puiffe err voftre endroict eftre de£- 
couvert ; vous advifant que je me délibère 
de les ayder& favorifer par tous les moyens^ 
que je pourray. Et pour ceft eflèct. ay faiefc 
mettre & délivrer entre les mains de la 



DE N O A T LL ES» ^f 

Marque cinq mil efcus (for au fblleîl qu'il 
porte quant & luy ; & quant & quant j'en- 
vcne prefentement le fîeur de Gyé en Bre- 
taigne pour leur donner le long de certe 
courte toute la faveur & ayde que faire Ce 
fe pourra. Et auify fais le fèmblable au fîeur 
de Fontaines capitaine de fainci IVlalo & aul- 
tres qui font le long de certe frontière. J'eÊ- 
crips pareillement au fîeur de Langez fe re- 
tirer au Havre-de-Grace. Et feront toutes 
ces deux courtes de Normandie & Bretaigne 
difpofées à i'erred que deftus, & à recepvoic 
les intelligences & advertiffemens des auc- 
theurs defdides entreprinfes , dont les pour- 
rez advertir. Priant dieu , mons de Noail- 
les , qu'il vous ayt en fa garde. Efcript à 
Pcîris le z6 jour de janvier 1?$$.. Signé 
Henry , r> fias bas , Bochetel. 



Double de la lettre que M. Vam* 
bajfadeur d' Angleterre ( Woton ) 
écrit à M, le connétable , du 23 
janvier 1553» 

JVlONSEiGNEUR , environ le temps que vous 
partîtes de Fontainebleau, je reçeus lettres 
de la royne ma maiftrene pour délivrer au; 
roy & aultres pour moy mefme , par le£~ 
quelles j'ay aulcune chofe à defclaker an 
roy, & pourtant après avoir trouvé logeisicy 
à Paris le 15 de ce mois , je y a-riviv , &: c& 
mefme jour tumbay en ung peu de fiebvre~ 
avecques ung caterre & doulleur de terte -,= 
&efperam que avecques ung peu de diette 



3$ , iSJ r i ': g o c i a ' t î e x s 
& abftinence pour deulx ou trois jours , cela. 
fe pafferoit ; quand je veys qu'il en advint 
aultremcnt , je m'advifay d'ufer du confeil 
de Mi Fernel {ia] que j'avois congnu aupa- 
ravant ; mais pour tout cela voyant que en- 
cores pour le prefent je me trouve fî foible 
que par l'advis dudiâ: Fernel, & comme il 
le me femble aufîy , je ne pourray eftre fort 
aflêz de huid ou dix jours pour venir né- 
gocier en 3a court, il m'afemblé le mieulx 
de vous envoyer, monfieur, la lettre de la 
royne au roy , & de vous advertir de tout 
'C.e pourquoy j'eufTe requis audiance du roy 
moy mefme , fi j'eufTe elle en eflat pour ce 
faire. 

Doncques voflre ambaffacieur [b] en An- 
gleterre avoit eu auaisnce de la royne ma 
mai/treflë 3 & luy avoit prefenté lettres que 
le roy luy efcripvoit, par lefquelles le roy 
mandoit à la royne qu'il avoit entendu de 
moy la bonne volunté qu'elle avoit de con- 
tinuer toujours la paix & bonne amitié qu'elfe 
avoit avecques luy , & que combien qu'il y 
eufteu quelque communication du mariaige 
de la royne avecques le prince d'Efpaigne, 
tûutesfois quand il adviendroit que cela for- 
lift effecl: , que la royne promettoit bien au 
roy que par occafion dudict mariaige, elle 
ne romproit jamais la bonne paix & amitié 
Qu'elle avoit avecques luy. Ce que le roy 
ayant ainfy entendu par moy , difoit qu'il 
prenoit en très- bonne part & pourtant pro- 

*— — — —J— ■ ii ■ ii»———»—— ■ ■'■ m 

\_o.~\ Premier médecin de Henry il, auteur de - 
dirTéxens ouvrages. V. M. de Tdou fur l'année 15580* 
Jf.] , Antoine. , feigneux deNoailles. 



de Nouilles* 3$ 

mettoit à la royne que femblablement de (à 
part il garderoit & obferveroit la paix & 
bonne amitié qu'il avoit avecques elle , &. 
le furplus ladide lettre remettent à la defclai* 
ration de voitre ambafTadeur ; & voftre am- 
baffadeur , après avoir defclairé le mefme 
effed, répéta lespromeffes que la royne tant 
de fois luy avoit faides pour la conferva- 
tion de l'amitié, & defclaira aufîy la grands 
confiance que le roy avoit auxdides pro- 
iriefTes 3 pour les grandes vertus qu'il difoit 
que le roy efrimoit eftre en la royne , & puis 
defclaira bien largement l'affedion que por- 
te la femme au mary, & combien le mary 
peult impetrer de fa femme , & que tout le 
monde fçait comme parle temps la volunté 
de la femme fe pourroit changer par le ma* 
ry ; & que pour aultant , combien que le roy 
penfe aultant d'honneur & ferme intenticm 
en la royne qu'il pourroit penfer de nul aul-^ 
tre prince ne princefTe du monde, fi eft ce^ . 
cedid voftre ambafladeur, que cecy pourra 
engendrer aux (ubiects du roy une peur & 
crainde des fequelies qui de ce pourroient 
enfuivre. A quoy la royne ma maiftreffe re£- 
pondift que tout ainfy comme defpuis qu'il 
euft premièrement accez, à fa majefté j juf- 
ques à celle heure là, elle luy avoit tous- 
jours promis & affeuré que jamais elle ne> 
donneroit occaiîon de rompture de la paix Se 
amitfé quelle avoit trouvée entre fes royaul- 
mes & le royaulme de France, lorfqu'elle 
vinfl à la couronne. Tout ainfy derechief elle 
luy affeuroit & promettoit qu'elle demourois 
& continuoir en cefte mefme volunté & af~ 
feâicn^ & quelques. chofes que mary z£ui£r 



40 Négociations 

iem donner à entendre à leurs femmes , & 
eit-ce qu'elle efperoit, encores que ce ma- 
riaige fortifl effecl:, que dieu ne luy permet- 
tra jamais de mettre en oubly la promefTe & 
ferment qu'elle a faiâsà Ton premier mary 
le jour qu'elle fuit couronnée ; & dift la 
royne qu'elle efperoit en dieu que ce ma- 
riaige, s'il venoit à fortir effed , ferapluf- 
loft occasion de moyenner quelque bon ap- 
poindement, paix& concorde en la chref- 
tienté, que de nourrir & augmenter guerre 
& difTenfîons ; à laquelle pacification elle 
deiîroit grandement employer toute la force, 
puifîà-nce &fens que dieu luy adonné, au- 
quel affaire , s'il advenoit qu'elle en euft le 
maniement, elle fe monfireroit du toutin- 
differente , fans plus incliner vers l'une par- 
tie que vers l'aultre. A cecy voftre amba£- 
fadeur refpondit , que combien que le roy 
ne faiCok point de doubte que la royne * 
comme prince/Te de grant honneur & vertu, 
ne voulfîfl accomplir tout ce qu'elle avoit 
diil ; tcutesfois, ce dilt-il , pour vous dire 
deTney-meime ce qu'il m'en femble , quelle 
afleurance pourront avoir les fubjeâz du 
xoy mon maiitre pour leurs navires & biens 
en trafiquant par deçà , où leur ennemy 
aura le gouvernement du royaulme , & où- 
fes navires , forces & autorité leur pour- 
ront journellement molefter & donner empe£- 
chement. Et à cefte caufe voftre ambaffa- 
deur fouhaitioit que quelque nouveau trai&é 
<k afleurance fe peuft faire pour la libre 5t 
fèure trafîcque entre les deux royaulmes, & 
pour citer toutes occafîôns de doubte. Quelle 
afleurance (cedid la royne) fçauriez vous- 



de Nouilles. 41 

j fouhaitter plus grande que ma parolle & pro- 
i mefTe , à laquelle tant que je vivray j'ay 
J bien délibéré jamais ne contrevenir ? Je 
s vous ay plusieurs fois defclairé que je gar- 
! deray le mefme trai&é & amytié que mon 
feu père & mon frère eurent tous deulx 
! avecques l'empereur 8c avecques le roy mon 
: bon frère voure maiftre ; & de cecy derechief 
je vous en aifeure. Et quelle aultre affeu- 
; rance dadvantai^e je vous pourray faire? Je 
ne puis comprendre. Et ainfy après avoir 
quelque temps parlé de ces affaires , la royne 
dit! à voftre ambaffadeur que ceulx de Con 
confeilauroientconféranceavecques luy plus 
amplement fur ce poinét. Se trouvant donc 
voftre ambafladeuravecques MM. duconfeil, 
il leur miic ce mefme propoz derechief en 
advant, difant que cela feroit grandement 
pour la feureté & liberté de la trafTkque 
commune fi ung nouveau traitté fe faifoit y 
Se requeroit fort que ainfy fe feifL A quoy 
mefiieurs luy refpondirent qu'on ne luy en 
fçauroit donner plus grande afieurance qu'il 
n'avoit desjà de la royne, qui eiloitfa foy 
& promené : car quand on feroit ung nou- 
veau trai&c , toute I'aiTeurance dudiâ: traicté 
ne fçauroit dépendre que de la parolle Se 
promefie de la royne, & veu que la royne 
avoit tant de fois defclairé & répété à fi bon 
efeient fa volunté en cefi: endroict , & avoit 
efeript au roy , & luy avoit faid defclairer 
le mefme II fembloit à veoir à meilleurs que 
cecy pouvoit fuffire ou rien ne furrirok, & 
dirent nteffieurs dadvantaige , que encores- 
que ce mariaige fortift efFeS , rr demourera 
tousjours le gouvernement du royaulrae à 



ép. Hè G O C ' I A T ï OMS 

la royne & non au prince; & fî l'on euftea 
envie de prendre cccaiion d'entrer en guerre j 
avecques la France pour l'amour de l'em- 
pereur, occasions avoient déià eflé offertes , 
& grandes in(bnces& requeilesfur ce faiâes; 
mais que ce noncbflant jamais on n'y a vou- 
lu prefier aureiile ; &- dirent, meilleurs., que 
û le mariaige le faifoit,que l'on y pourveoi- 
roit exprefïëment ; que le royaulme d'An* 
gleterre n'aura à entrer en guerre pour que- 
relle quelconque de l'empereur, lequel ar- 
ticle [c] entre aultres le prince fera tenu de 
promettre & jurer , par quoy , fe dirent-ilz , 
afTez appert combien la royne defïre la conr 
tinuatien de l'amytié qui de foy-mefme a 
voulu fî bien pourveoir pour icelle. Voftre 
ambafTadeur , après avoir entendu ces re£- 
ponces de meilleurs du confeil , leur diU 
que fi tel ferment fe faifoit par le prince , 
qu'il defireroit bien qu'il y puft eitre prê- 
tent. A quoy meilleurs luy dirent qu'il y 
pourroit eftre prefent s'il luy plaifoit. 



fc] Prîmura. Qiôi occafione-hujus matrimonii 1 , 
non debebit regmun Angliae, dire&è vel indirecte , 
mifeeri beîlo e;< ibnti inter ihviâi/fimuiti impera- 
rorem ejus dontîtii principis geniiorem , de Fien- 
ricura Francorurc régi :-rn. Sed' ipfe demi mis PhiJip- 
pns , quantum in fe eiir , ex parte dlât regni Àn- 
gliz , curabit pacem inter dicla regna Francise <5r 
Angliae exifientem ob ervari ; vel alicujus infrac- 
tionis caufam praliebit , ira quôd non cenfeatur per 
hoc ex aliquo derogatum rra&atui noviffimo arâio- 
tis amiciti* : Verr.m fie in fuo vigore permanebir. 
Claufu'a. annexa. traBiatui matrimonii inter rtginam 
& principem Hijpanïarum, Vide Rymtr tçrn, %y ^ 
j>ag. 3 81.. 



D E N O ^ I L LE S r 4J 

Ces conférences entre la royne & voftrer 
jambaflâdeur, & defpuis entre voflrediâ: am- 
Ibaiïàdeur & mefTieurs du confeil de la royne 
ma maiitrefTe , Ton plaifir efioit que je def- 
clairaïïe au roy. Et pour aultant que pouc 
lie prefent je ne me treuve en eftat pour le 
!pouvoir faire , je vous prie , mon/îeur , qu'il 
vous plaife faire tenir au roy la lettre de la- 
i-Dyne que je vous envoyé, & lui donnera 
'entendre ce que je vous en efcriptz ; & 
's'il vous plaùl vous me ferez entendre la. 
refpunce fur ce de fa majellé , affin que j'ert 
puhTe advertir la royne ma maiflreffe» 



M. DE NO AILLE S au RûY, 

23 & z6 janvier. 1553. 

La confpiration éclate» Wlat prend les 
armes. La reine nomme le duc de 
Nortfolc & le comte de Hafîings pour 
marcher contre luy.. 

Sire , defpuis le partement de la marque je 
vous ay faift deux defpefches des 20 & 24, 
de ce mois , par lefqueiles j'advertifïbis. 
voftre majefté de l'eitat en quoy eftoient 
toutes les chofes par deçà , mefme comme 
pour raifon du millord de Courtenay , qui. 
a defcouvert l'entreprinfe que l'on avoit 
fairïe en fa faveur , les entrepreneurs d'icelle 
font maintenant contraints prendre les armes 
C fepmaines ou 2 mois plufloft qu'il n'eftou 
befoing j yqu« aiTeurant , fire , que M'Y 



44 Négociations 

Thomas Wiat, qui eiï l'ung d'iceulx , n'a. 
failly à Ces amys au jour qu'il leur avoit 
promis de fe mettre aux champs , ce qu'il fift 
des hier avecques forces qui luy augmentent 
d'heure àaultre, que cefte royne & Ces con- 
feillers s'en trouvent fort eftonnez , delî- 
berans envoyer le duc de Nortfolc , le 
comte d'Haftings , grand efcuyer , & tout 
ce qu'elle pourra promptement afîembler , 
pour les rompre avant qu'ilz foyent plus 
forts & joinâs avecques les aultres entre- 
preneurs qui les doibvent fecourir bientoft. 
Ce que je trouve eftre difficille de faire à 
ladicte dame , d'aultant que ceulx là dont 
elle Ce cuydoit affeurer feront peur tourner 
avecques ied;d Wiat. 

Madame Elifabeth s'efl reculée trente mil 
plus loing qu'elle n'eiloit , en une aultre 
de Ces maifens 7 ob •* comme on dict , Ce 
ûià desjà aiTemblée de gens à fa dévotion , 
citent fouvent vifîtée par efeript de la part 
de ceite royne, pour les foubçons que l'on 
a d'ei e. J'ay recouvert le double d une let- 
tre qu'elle efcripvoit à ladî&e royne que 
l'ambaffadeur de l'empereur a faid traduire 
en François, qui eft cy enclofe. Le comte 
d'Aiguemont & aultres Imperiaulx Ce trou- 
vent en ce lieu bien efbahis ; de façon qu'ilz 
fe font tous retirez en deux ou trois logeis 
joignants l'un àl'aultre, &dobt ceùe royne 
dans lundy prochain Ce retirer à la tour , ou 
il y a , comme il fe dict, bien peu de pcul- 
dres , pour ce que ont eflé prinfespour les 
navires; & les aultres difènt quV lie pourraal- 
ler à W£nd(ôr , pour eitre chaiieau afiez fort 
à reiîiler pour quelque temps aux cemmu- 



D E N O A F L L E U 45" 

nés. Le marquis de Northampton, quieùoit 
en liberté il y a bien ung mois, & quelques 
aultres ont efté reflêrrez en ladide tour à 
ce matin. Ce pourteur eft le quatriefme des 
miens , comptant la Marque , par lequel j'ay 
-defpefché à voftre majelte, fans en avoir eu 
nouvelles , qui me faid plaindre de ce que 
la barque de Boulongne efl fi négligente à 
les recepvoir; j'ay doubté que d'icy en çà 
les paiïaiges ne foyent fermez. Qui me faid 
vous fupplier très humblement, lire , fi par 
cy après vous n'avez fi fouvent advis de la 
difpofition des chofès de deçà , de m'en tenir 
1 celle occafion plus excufé. Toutesfois je y 
feray tout le debvoir poiîible pour en tenir le 
plus fouvent que je pourray voitre majefté 
adyertie. 

De Londres ce 

Sire, craignant que cedid pourteur ne foit 
recherché des lettres qu'il porte, je luy enay 
baillé d'aultresà part,afrin que advenant cefî 
inconveniantjil les peuft libéralement donner 
à ceulx qui l'en rechercheroient, pour faulver 
cefte-cy. Toutes chofes , grâces à dieu , font 
en bon chemin; & bientofl j'efpere que 
vous , fire , en aurez d'aultres nouvelles : 
vous fuppliant très humblement commander 
qu'il ne foit faid; à nul des Anglois aulcunes 
<ïerTences,& que pareiilementon ne courre 
fur leurs terres , mai; au contraire leur faire 
pâfrir par les voiîres , foubz main , toutplai- 
fir & bon traidement. On attend d'heure à 
aultre une efmotion en cette ville , qui donne 
une grande crainde à tous les eftrangiers , de 
quoy je ne fuis fans peine pour mon inte- 
\ reû particulier ,* mais j'pfe bien dire que 



j$6 NÉ G0CIATZ0N3 

tous les ferviteurs de l'empereur l'ont en- 
cores plus grande. 



M. de Noaules au Roy. 

28 janvier 1553. 

Les rébelles s'emparent de Rochefler , 

qu'ils fortifient de Vartillerie qui 

étoit dans cinq vaijjeaux .deflinés à 

fervir d'efcorte au printe d'Efpagne» 

Oire 5 defpuis le partement de la Marque , 
je vous ay efcrïpt des 21 , 24 & 16 jours de 
ce mois, dont de nuls de ceulx qui ont porté 
mes lettres, je n'ay encores ouy aulcunes 
nouvelles. Qui me faiét de nouveau , pour 
la crainde où je fuis que voitre ma j e-fté n'ayt 
Teçu icelles , vousenvoyer celte- cy par ung 
Anglois, lequel, comme j'efpere , la faul- 
vera , encores que les paffaiges foient dou- 
blement fermez , tant par le commande- 
ment de cefte royne , que par fcs commit- 
îies qui fe font eflevées au pays de Kent 
defpuis jeudy , ainfy que je vous ay , fire , 
par cy-devant efcript. M e . Thomas Wiat eft 
chef dicelles , qui eft eftimé par deçà homme 
vaillant & de bonne conduire , avecques 
plufîeurs bons capitaines , entre lefquelz 
Randal eit des premiers. Vous afleurant, 
iîre, qu'ilz. n'y oublient rien du debvoi-- de 
la guerre , pour bien conduire & exécuter 
tme telle & fï grande entreprinfe que la leur, 
Etait iceulx logez dans Rochefler, vilk 



d £ Nouilles, 47 

& cité à vingt-cinq mil d'icy , en nombre 
.de douze à quinze cens hommes atfez bien 
armez , & ayant une grande rivière au de- 
vant, fur le pont de laquelle Se le long du 
bord d'icelle ils ont mis leur artillerie^ 
qu'on eftime ertre de foixante à quatre-vingt 
pièces, montées fur roues qu'ilzont prinfes 
en cinq grands navires de guerre que celle 
royne avoit faict elquiper fur cefte rivière^ 
pour aller au-devant du prince d'Efpaigne, 
defquelz M c . Winter [a], -que vous, iîre^ 
congnoifTez , eftojt vice -admirai , qui s'eït. 
rendu de leur party,&d'aultre courte, ilz n'ont 
pas grand craincte pour 1-e pa)squi efl affez 
fort & du tout à leur dévotion , d'aultant 
que en un inllant , au Ton de la cloche , ilz 
s'aiTembleront avecques les aultres cinq o« 
■jfix mil hommes , fans ceulx qui s'y vien- 
nent rendre d'heure àaultre pour le mal con- 
tentement qu'ilzont dudict mariaige. Leduc 
de Nortfolc efl party , il y a deulx nuicts.,pour 
les aller rompre , s'il peult , advant qu'ils 
s'augmentent dadvantaige , ou les appaifer , 
eiTant avecques luy fon frère l'admirai le 
comte d'Haftings , grand efcuyer de la garde 
•de celle royne , & le plus de forces qu'ilz 
ont peu alTembler , qui ne font, à beaulcoup 
près , fi grandes que celles defdictes .com- 
munes , & encores de^eulx-.là mefmes., Ce- 
Ion que le bruict en court , les principaulx 
.capitaines & gens de .pied [b] Ce tourneront 



[4] Ce prinee luy avoit fait donner quelque ar- 
gent pour une prife qu'il avoir réclamée. 

£6j Milices que la ville de Londres avoir four* 
aies. 



4^ N Ê G O C T u4T I O N S 

vers icelles quand ce viendra au befoing. Le 
duc de Sufrblck a failly d'eftre prins par les 
gens de ladicle dame en ung fien logeisoùil 
eitoit à cinq ou fïx mil d'icy ; ayant pour- 
veu à fon affaire C\ à propoz qu'il s'eft re- 
tiré en petite compaignie vers le pays de 
Galles avecques fes deulx frères qui font 
gens de plus grand efprit & conduire que 
]uy, & ne faids doubte que millord Tho- 
mas, l'un d'iceulx, fuyvant ce que je vous 
en ay , fîre , fai<5t entendre par cy-devant, 
ne (oit bientoft pour remuer men.ifge ; & 
comme celuy qui a defclairé à quelqu'un de 
fes amys & des miens en ces propies mots, 
que voyant la faulte que a faifte Courte- 
nay , ilefï délibéré de tenir (on lieu, qu'il 
fault qu'il (bit roy ou pendu. Toutefois le 
comte de Honthiton & ung aultre capitaine 
nommé Staffort , font allez après en dilli- 
gence avec quarante ou cinquante chevaulx 
pour les prendre , s'ilz peuvent , & ont com- 
iniffîon d'affemblcr gens pour ceft efFed. 

Cejourd'huy Henry Dudelay [c] , millord 
Darcy, qui eftoit grand chamberlant du feu 
roy voftre bon fllz ^ & plufîeursaulrre.'îgen- 
îîlzhcmmes , ont efté refTerrez en la tour; & 
à ce que j'entends ', ledid de Courtenay eft 
pour les y fuivre de bien près avant qu'il 
(bit peu de temps , & de quoy il n'olera (e 
plaindre. Car encores a t'il beau moyen de ie 
retirer là par où il vouldra. je n'ay aultre op- 
pinion de luy , Gnon qu'ayant négligé là 
grandeur, il eft predeitiné de mourir ainfy 



€ \\ fut tué depuis à la bataille de S. Quentin. 

captif 



de Nouilles* 49 

Captif & miferable ; & pour fin de la pre- 
iènre, je vous diray , fîre , que aultantd'Ef- 
coflbys que voudrez envoyer en Efcoflè , il 
les fault faire pafler par mer , car je ne puis 
avoir nuls fauf-conduifts pour eulx. Toutes- 
fois j'en ay eu une grande difficulté pour le 
commandeur de Corafquel , fuyvant ce que le 
fieur d'Oyfel, pafTant par icy , me did de 
la part de voftre majefté , à laquelle je fupplie 
le créateur donner en parfai&e fan dé & prof- 
perité très longue & très heureufe vie. De 
Londres ce 28 janvier 1553* 



M. DE N O A I L L E S HU R O Y. 

1 février 1553. 

Progrès des rebelles qui marchent vers 
Londres, Difcours de la reine au 
fujet de cette rébellion. Les ambajfa- 
deurs de V empereur fe retirent, 

OiRE , il y a tantoft ung mois que je n'ay 
receu lettres de voftre majefté , vous ayant 
toutesfois envoyé la Marque le 15 jour de 
janvier, & defpuis efcript des 21, 24, 26 
& 28 d'icelluy , dont je n'ay eu nouvelles, 
ny de ceulx à qui j'ay baillé mes lettres , fî- 
rion de Nicolas voftre courrier , que j'ay fçeu 
avoir efté defvalifé près Rochefter , par le 
millord Gobham qui luy a ofté deulx de mes 
pacquets qu'il vous portoit dudid 26. Et 
quant à celluy dudid 28 , j'efpere , l'ayant 
baillé à ung Anglois pour le faulver , qu'il 
fera parvenu jufques à voftrç majefté. La? 
£9Blt Uh fi 



5*0 Négociations 

quelle je tenois advertie d'heure à aultre par 
iceulx , de tout ce que j'avois peu apprendre 
de la diipo/ition des chofes de deçà. Vous 
envoyant celle- cy pour vous dire , lire , tri- 
cotes que ces palîàiges foyent fermez , que 
Me. Wiat , en continuant (on entrepriniè le 
lendemain qu'il euft donné la chafTe au duc 
de Nortfolc [a] comme je vous ay , lire , ef- 
cript dudid 28, il alla mettre le lîege de- 
vant ung chaiteau qui eft audiâ: Cobham , 
nommé Couvain, lequel il print& pilla après 
avoir enduré quelques coups de canon , en- 
semble ledid Cobham qu'il emmena prifon- 
nier avecques luy & marché droid en celle 
ville en compaigne de quatorze ou quinze 
mil hommes , qui adonné, veu celle diili- 
gence , telle erainde à celle royne & Tei- 
gneurs de Ton confeil , que cejourd'huy elle 
ell allée en perfonne à la hillehalle de ladide 
ville , qui eft la grand'falle du maire , où elle 
a faiâ: elle mefme defclairation en pubiicq, 
comme il luy defplaift grandement de veoir 
l'eflevation de fon peuple , qu'elle ne cuy- 
doit élire mal contant pour Ton mariaige , 
pour ce qu'il luy fembloit élire party conve- 
nable tant pour le bien du royaulme que 
pour elle ; mais puifque ainly eftoit que Ces 
fubjeftz le trouvoient maulvais , elle deli- 
beroit de s'en depporter ; routesfois qu'elle 
voulloit advant, faire ung parlement pour 
en élire par icelluy décidé félon les voix & 
oppinions de tous Ces feigneurs & ellats de 
fon royaulme , Ce fouciant bien peu de mary 7 

» ■ ■ . ■ ■ - ■ 1 ■ ■ m 

[a] Après s'être rendu maître de Ces troupe»» 



BË NostlLLËS* 5"* 

duquel elle n'avoit encores refolu , félon à 
i'inftance que parleseftats derniers tenus luy 
en i'uft faiâe. Leur defclairant au furplus que 
JUe.ThomasWiatluy avoitfaict entendre qu'il 
voulloit(oultre l'occafîon de la rupture de fort- 
dicl mariaige ) avoir quatre perfonnaiges de 
Ibndidcon&il, la place de latcur , &laper- 
fonne d'elle mefrne entre Ces mains , & dad- 
vantaige faccaiger [b] la ville. Toutes lef- 
quelles parolles & plu/îeurs aultres n'ont eflé 
Tans myftere , & ne faicls doubte , lire , qu'el- 
les nefoyent pour mouveoir à quelque pitié 
ce peuple , l'appaifant ung peu par icelles 
de la maulvaiiè volunté qu'il avoit envers 
elle. Vous aiïèurant, fîre, comme celluy 
•qui l'a veu, que fcaichant ladite dame aller 
.audict lieu , je me deliberay en cape de veoir 
de quel vifaige elle & fa compaignie y al- 
1 oient , que je congneus eftre aufïy trifte & 
defplorée qu'il fepeult penfer. Eftantcejour- 
dhuy mefme le comte d'Aigueinont [c] & 
tous les députez de l'empereur qui eitoient 
par-deça embarquez à la Marée de la nui<9: 
fecrettement , & s'en font retournez par 
ce.le rivière en Flandres pour la grande 
crainde & peur qu'ilz ont eus; & à ce que 
j'ay fceu , ilz font pour faire venir en ce 
lieu quelque fecours pour cefte royne, & 
dict l'on que ce fera de quatre à cinq mil 
tant Efpaignolz qu'Allemands , qui feront 
biencoâ par-deça du long de ladi&e rivière, 
t ^ ■'■■■ i ■ . ■ 

[&] Pour rendre Wiat plus odieux, 
[cj Comme unç déclaration tacite de la rupture 
■du mariage, 

Cij 



J2 NAgoci atîoxS 



M. di Noailles au Roy. 
5 février 1553.» 

Les bourgeois de Londres prennent les 
armes pour Soppofer aux rebelles. 
Les ambajjadeurs de l empereur & un 
évêque Efpagnol jont maltraités dans 
leur retraite. 

Oire , ayant efeript jufques en ceftendro'd 
celle lettré du premier de ce mois que j'ay 
e/té contraint garder dtulx jours pour ne 
pouvoir trouver homme feur qui. veuille en- 
treprendre, durant ces troubles, de les por- 
ter , tant ilz les Tentent fufpectes & dange- 
reuses de pafîaige , j'ay feeu que celle royne 
a elté tellement & fî bien fervie defpuis ce 
propoz qu'elle a tenu à Ton peuple , qui fuit, 
comme ii me femble , une façon d'amende 
honnorable qu'elle leur fift pour raifon de 
ion mariaige ; de forte que lediâ: peuple qui 
avoit délibéré la faccaiger ou expofer elle- 
xnefme entre les mains dudicl Wiat , îe 
propole aujourd'huy de bien garder & def- 
fendre leur ville , où ilz font en armes pour 
c.efl effed plus de ving-cinq mil hommes. 
Le comte de Pembrougfort demain pour al- 
ler contre led.W iatavecques é ou 7 mil hom- 
mes, comme on eftime,& non plus; car ceulx 
de celte ville ne la veullentabandonner ny paf- 
fer la rivière, &eitfort à craindre que ledic"fc 
'JjFiat n'ayt beaulcoup d'affaires # attendu 



Ê>£ N G A t L L Ê S* 55 

que Ton frcours eft encores bien loing ; & 
d'advantai ge il y a desjà dix iours qu'il tient 
la campaigne avecques Ces forces, qui efl 
beaulcoup faid à ung gentilhomme de la 
qualité , & vous ofe bien dire , fîre , que 
s'il euft peu venir le premier de cedid mois 
jufques au bout de ce pont, veu la peur qui 
eiloit à tous les ferviteurs de ladifte dame , 
qu'elle- mefme n'avoit aultre remède que de 
fe jetter en la tour comme elle avoir pro* 
pofé & eue je vousay efeript par cy-devant, 
& par ce moyen tout ce peuple demouroic 
à la dévotion dudiâ: Wïat pour faire f ilec- 
tion d'aultre roy ou royne , lequel eft venu 
jufques à deux mille d'icy , où il eil enco- 
res de prefent. Je ne fçay quelle fin prendra 
celle entreprinfe. 

Le comte d'Aiguemont & aultres Flamans 
& Efpaignolz qui s'en font fuys , laiflans 8c 
abandonnans leurs chevaulx , meubles &ba- 
gaiges, & veu le bon traitement que le peu- 
ple leur a faic"l: par-deça , qui a efté tel qu'une 
partie d'iceuiz ont efté def/alifez tant en 
cefte ville que par les chemins, ofté chaif- 
nes d'or , battus & contraints fe retirer ds 
cefle façon ; & aufTy a l'on ufé le femblabie 
àungevef-iue Efpaignol qui eftoit defeendu 
du couilé du Houeft allant vers l'empereur, 
auquel on a faict plusieurs grandes infolen- 
ces , & jufques à luy avoir prins tout ce 
qu'il avoit; injurié , oultragé les fiens , & 
luy-mefme n'en euft eu pas moings, sil ne fe 
fuft faulvé , qui font toutes chofes & plufîeur* 
aultres que je ne diray pour cette heure , de 
f eur d'ennuyer voftre majefté , qui feront 

Ciij 



5*4 Négociations 

bien penfer audid prince advant que cpy de£ 

cendre & s'y voulloir fier. 

Je fuis encores contraint retenir celle let- 
tre de tant que le pourteur qui m'avoit pro- 
mis la paffer , n'ofe encores l'entreprendre 
par le doubte qu'il a eftant defpuis icelie ef- 
cripte , arrivé ledi& Wiat dans ung des 
fauxbourgs de celte ville nommé Soutkwark, 
ayant entre luy & ladide ville la rivière de 
ia Thamife , le pont de laquelle a efté rompu 
par ceulx de dedans , & tous les aultres qui 
font à plus de quinze mil fur icelle , qui 
ofte le moyen audid Wiat de pouvoir paf- 
fer par-deça, n'y ayant aulcuns batteauîx.Qui 
me faicl penfer , veu l'injure du temps & 
la faulte d'argent qu'il a pour payer (es gens, 
qu'il fera contraind rompre Ces forces & 
prendre la fuite. 

Je penfe , fîre , que le duc de Suffolc, f- s 
frères , Pietro Caro & les aultres entrepre- 
neurs qui ont efté proclamez traiftres , ne 
laifïèront pafTer ces chofes , (ans mettre quel- 
qu'un de leurs deffeings à exécution , pour 
en avoir eulx plus de moyen que n'a eu le- 
di& Wiat, 



i*3& 



de Nouilles* $$ 



M. de Noailles au Roy. 
4 février 1^3. 

Wiat tient la ville de Londres inveflie. 
Les miniftres & les confeillers d'état 
déclarent qu'ils nom jamais approu- 
vé Valliance de VEfpagne. La reine 
fait faire différentes propojïtions à 
Wiau 

Or re, j'ayfçeu cejourd'huy que lediâ Wiat 
a trouvé grands vivres aux fauxbourgs , 8c 
que cela pourroit eftre caufe de les faire en- 
eores attendre pour quelque temps nouveau 
fecours qu'il efpere venir deçà la rivière * 
duquel on s'esbahit fort , & difoit l'on que 
s'il n'en a nouvelles qu'il eft pour faire quel- 
que grand effort de nuiâ: avecques ung pont de 
batteaulx qu'il a devers luy ; /entant enco- 
eores que cefte ville a reprins nouvelle op- 
pinion en fa faveur, & ne puis, fire , que 
vous en refouldre , 11 n'eft que je fçay que la- 
di&e dame Ce tsouve plus eftonnée qu'elle 
ne fuft jamais pour fe veoir alliegée elle & 
(on ccnfeii par fî peu de gens en une telle 
ville & au milieu de (on royaulme avecques 
fous les (eigneurs d'icelluy , fans que nul 
d'iceulx ofait entreprendre de les deffaire; 
qui faict ayfement croire que laplufpartfont 
bien ayfes que les chofes paflent ainfy ; & 
d'aultre coufté chafcun fçait que ceulx de 
ladtâe ville le défirent , mais auffy craignent- 

Civ 



f6 NEGOCIATIONS 

ilz beaukoup le recepvoir de peur d'être fac^ 
caigez. Qui eft tout ce que je vous puis dire, 
fire, finon que nous Tommes tous affiegez. 
par fa petite compaignie , que j'ay fçeu , à 
la vérité , n'eftre plus hault de fept ou huid 
imil hommes , & en dangier que fi ledid 
Wiat, s'opiniaftre, que n'ayons faulte de 
vivres eftant toutes chofès doublement ren- 
cheries en la ville. 

Sire , je ne veulx oublier à vous dire que 
tous les feigneurs de ce confeil , defpuis le 
plus grand jufques au plus petit , Te déchar- 
gent maintenant à tout le monde & defad- 
vouent n'avoir jamais trouvé bon ledid ma- 
riaige ; qui mefaid efperer, nonobstant que 
celle royne foit bien obflinée , qu'il ne fuc- 
cedera poind comme elle defîre , encores 
qu'elle vinfï au-defîus de cefîe première eP- 
motion, qui l'a tellement troublée, qu'il 
ne fera jamais à mon advis., qu'il ne luy en 
fbuvienne , & à tous Tes confeillers. 

Je viens à celle heure d'efl'e advertyque 
Tentreprinfe que je vous efcripvois, fîre, 
du comte de Pembrcug, eft différée pour 
la crainde qu'elle a que Tes gens , quand 
ilz feroient fortis , ne fufTent pour fe ren- 
dre audid Wiat , comme ont fait ceulx 
dudid de Nortfolc. 

Cette royne a faid rechercher ledid 
Wiat de laifïer les armes , luy promettant ne 
fe marier avecques le prince d'Efpaigne , 
& luy pardonner & à toute fa compaignie; 
& dadvantaige qu'elle ne luy en portera ja- 
mais maulvais vifaige. Mais luy ne feveuk 
fier en Ces parolles , que premièrement elle 
jae (bit mariée à ung Angtois , & luy bail- 



jd e Nouilles. $7 

lit entre Ces mains quatre de Ces confeillers 
& la tour. 

J. i ■-»-* 

Le R oy à M. de Noaiuiî. 

io février 1^3. 

Relation de l'audience qu'il a donnée 
à Uambaffadeur de la reine d'Angle- 
terre , au fujet de la rébellion qui 
avoit ^éclaté dans [on royaume* 

jViONj de Noailles , l'ambafFadeur [a] 
d'Angleterre re/ïdant par-deça , m'efl venu 
cejourd'huy trouver , & en l'audiance que 
je luy ay donnée , m'a dift que l'occafion 
qui l'avoit amené devers moy eftoit pour 
quelque advis qu'il a eus que audicl: pays 
d'Angleterre Ce font faides des efmotions^ 
& qu il efî pafle de deçà ung nommé Fietro 
Caro qui fe di<5t des principaulx feigneursdu 
pays de Dampchier , lequel m'a recherché 
de le fecourir de dix mil hommes de pied 
pour la faveur defd. efmotions à rencontre 
de lad. rovnedud. Angleterre fàmaiftreiîè, & 
que Ton luy a rapporté qu'il m'a tellement 
persuadé, q e ie luy ay accordé led. fecours» 
Et pour cpq'î'ily a environ ung mois qu'il 
n'a eu nouvelles de ladicte royne , ne des 
ièigneurs de fon confeil , il n'a peu 
moings faire pour le debvoir du lieu qu'il 
lient, Sqaufly pour l'amytié qu'il a tousjours 



M Woton, doyen de Kentorbery. 



jS ^ Négociations 
eitimc que je porte à fadicle maiftrefie , que 
de fe retirer pardevers moy^pour me fupplier 
de luy voulloir dire ouvertement & franche- 
ment ce qui en eft, affin d'en pouvoir donner 
advis par-delà àf a d. mainreflè, & aufîy pour 
m'afTeurer que leditfPietro Caroeft homme 
de iî peu d'auclhorité, pouvoir & crédit y 
«m'il ne fçauroit rien exécuter de ce qu'il 
me pourroit avoir promis. En cela je luy 
ay refpondu là-deffus que je n'avois rien 
entendu du paffaige dudidPietro Caro , & 
moings avois-je eflé recherché de favorifer 
lefdicles efînotîons ; mais au contraire fïtoft 
que j en avois eu quelque advis , j'avois 
donné charge à mon cou/in le conneilable 
de l'en advertir , qui luy eftoit aflez ouverte 
demonflration de ma volunté en ceft en- 
droicl avecques ce qu'il fçavoit bien , que 
encores que des les premiers propoz du ma- 
riaige de fadicle maiftreiTe avecques le prince 
d'Efpaigne , j'euffe bien preveu que les cho- 
fes ne fe pouvoient paiïer fans l'entier raef- 
contentement de tous Ces fubjeftz. & fans 
une grande efmotion & fublevation de Ton 
peuple- Ce neantmoings j'avois faict recher- 
cher ladicle dame d'entrer en nouveau traiâé 
d'amytié avecques elle & faid faire par mon 
ambafiadeur refidant par-delà toutes ouver- 
tures honnefles & raisonnables pour y par- 
venir. A quoy je n'avois encores jamais penfé 
de contrevenir ny de faire chofe qui peutë 
altérer noftredide amytié en quelque forte 
que ce fuit , & qu'il s'en pouvoit bien afîèu- 
rer. Et pour ce que je fçay que ledicl am- 
bafTadeur ne fauldra de faire incontinant en- 
tendre ce que deiïus à ladifte royne d'Angle- 



de Nouilles. Jp 

terre, j'ay bien voullu vous faire ce petit 
difcours, affin que lï l'on vient à vous en, 
parler par-delà , vous fçaichiez. comme cela 
eft palté entre luy & moy , & leur en reC- 
pondiez conformément à madicte refponce, 
n'ayant rien à vous en dire dadvantaige pour 
cefle heure. Efcript à Paris le io jour de fé- 
vrier 1553. Henry ; & plus bas , Bourdin. 



M. DE NOAILLES à M. LE CONNESTABLE«l 

lï février 1 ^ 5 3. 

Défaite des rébelles , dont le chef ejl 
arrêté. Antoine de Noaillesfe plaint 
aux miniflres de la reine de ce que, 
Von arrête fes courriers, 

JVIonsfigneur, j'ay efcript au roy des i, 
3 & 4 de ce mois , & eftant en crainde que 
^es lettres n'ayent efté retenues , comme 
ont efté deux pacquets que j'envoyoisaudi<ft 
feigneur des 26 , 28 & 30 du paffë , j'ay ad- 
vifé faire pafîer jufques à vous ce gentilhom- 
me nommé le Claus , auquel j'ay bonne 
fiance , comme a celluy que j'ay longue- 
ment norry , pour dire au roy & à vous, 
monfeigneur , comme toutes chofes ont 
pafTé en ce lieu durant le premier trouble 
que cefie royne a eu par ung gentilhomme 
nommé Wiat , du pays de Kent , le plus 
vaillant & aiïeuré de quoy j'aye jamais ouy 
parler , qui a mis ladide dame & feigneurs 
de fon confeil en telle & lî grande peur , 



€o N EG O C Ij*T TON é 

qu'elle s'eft veue par l'efpace de huiâ jouff 
en branfle de fa couronne. Toutesfoisdieu 
a conduid: tellement les chofès en fa faveur, 
que leàlâ Wiat & les plus grandes conf- 
pirateurs font prins & defeouverts , ainfy 
que mieulx vous , monfeigneur , pourrez 
entendre par le gentilhomme qui s'en va 
en cempaignie avecques ledid leClaus,& 
beaulcoup d'aul re s particularités , que pour 
les remettre en luy je ne vous en faids aultre 
difeours , linon , monfeigneur , qu'il m'a 
lemblé eflre très necefîare vous envoyer 
icelluy gentilhomme, tant pour vous rendre 
compte de ce qui s'eft pafTé dans ce tumulte 
que pour aultres chofès que vous pourra 
dire îediCt le Claus; me femblant aufTy, mon- 
feigneur > eflre neceffaire de rémonftrer à 
Tambafladeur de cefte royne qui re/ide par- 
delà , les injures que l'on a faidts aux fervi- 
teurs du roy , non Nullement en voilant [aj 
à Gravefend les lettres que i'efcripvois à 
fa majefté, lefquelles ont elle portt'es aux 
fèigneurs de ce confeil, qui ne me les ont 
encores rendues ; mais dadvantaige avoir 
mis prifonnier audicr. lieu de Gravefend le 
chevaulcheur d'efeurie nommé Nicolas, qui 
les portoit , ouflé fon argent, fes armes & 
defvalifé entièrement de tout ce qu'il avoit. 
Et defpuis encores a efîé faict le femblable 
à ung Anglois, ayant ung aultre mien pac- 
quet qui leur a pareillement efté porté , & 
luy tenu prifonnier par trois ou quatre jours y 

»- - i ■ ' * 

faj Si c'eft pécher conrre la sûreté publique que 
d'arrêter les lettres dts particuliers , on ne peut 
intercepter celle des ajnbaffadeurs far»5 violer le 
droit des gens. 



19 E N 0.4 1 LLSSl &f 

le menalîànt, s'il prenoit jamais charge d'en 
porter cTaultres pour moy , de le faire pen- 
dre. Et auiîy , monfeigneur , feroit très à 
propoz luy parler delà fregatte du fieur de 
Villrgaignon [ô] rompue & brifée au port de 
Margatte par les Flamans aydez & fecourus 
des Anglois dudift lieu de Margatte ; en-, 
femble luy faire entendre le tort qu'ilzfont 
aux fubjeetz. du roy , paîiant paricy pour al- 
ler en Efcofle , aufquelz ik n'ont voullu & 
ne veullent donner auicuns pafîeports ; toutes 
lefquelies injures, & après en avoir eu Vef- 
tomach bien enrlé , je leur remonilray hier 
iî fermement , en une audiance que )'avois 
pourchafîee par l'efpace de huiâ: jours , que 
je les ay rendus un peu plus gracieulx que 
de couftume , leur faifant très bien congnoif- 
tre que je ne fuis à petit maittre de cueur ny 
de forces pour fouffrir telles cruautez & in- 
jures; leur demandant paiïeport pour m'en- 
voyer & faire pafier par delà telz, & tant de 
perfonnaiges qu il me plairroit & en tout 
temps , lequel iiz. m accordèrent & firent 
defpefchicr en la mefme heure ; & me fem- 
ble , mon r eigneur , que leur donner entre 
deulx vertes une meure , les faid conde£ 
cendre mieulxà la raifon , confiderer & poi- 
fèr ce qui peult advenir. 

Monfeigneur , je ne veuîx oublier vous 
dire comme ceftedide royneeilant au nauf- 
fraige de Ces grands troubles , deïclaira par 
deulx fois , dont ) une fuft publiquement 
en la maifon commune de celle vilie , que 



[b] Nicolas Durand. 



62 Négociations 

le mariaige du prince d'Efpaigne n'eftoît en- 
cores iî advancé qu'il ne Ce peult ayfement 
rompre, & qu'elle drefTeroitung parlement 
par larefolution duquel elle vouloit fe gou- 
verner en celle affaire. Mais elle n'a ntoft 
veu fa profpere vidoire qu'elle a bien chan- 
gé de langaige , difant fur l'heure mefme de 
la defîaicte de Wiat , & plusieurs fois deC- 
puis , s'eflre tant oubliée de (a promelîe 
qu'elle n'efpouferoit jamais que leàïèt prince, 
quelque fortune qu'elle duft courir , lequel 
venant par-deça, efl ayfé à croire qu'il mè- 
nera fes plus grandes forces , qui fera contre 
fa parolle & promeffe, & article exprès de 
leurs traiâez. & le propre moyen pour re- 
mettre encores ce royaulme en plus gran- 
des fubverfions & efmorions qu'il n'a elle ; 
pouvant bien affeurer le roy , à ce que j'en 
peulx congnoiftre , que de ce prochain elle , 
il n'aura empefchement de ladide dame 
d'exécuter les bonnes entreprinfes où bon 
luyfemblera, s'eflant elle affaiblie de pli 
de deulx cens mil efcus pour le moings ej 
ces dernières aflemblées , lefquelz elle n'a 
prins en fà bourfe, mais au contraire lésa 
mandiez de beaulcoup de perfonnaiges, juf- 
ques à ceulx mefmes qui n'ont raifon d'eflre 
contans d'elle , & fî elle a tiré la meilleure 
& plus grand part de la fubflance de Ces de- 
niers , elle efl encores plus foible d'hommes, 
ayant tous les plus grands &vaillans perfon- 
naiges prifonniers qu'elle délibère faire mo- 
rir , mefme plufîeurs innocens qui n'en font 
de rien coupables , & aufquelz elle mefme 
avoit donné pardon & grâce ; qui la fai<S 
juger d'ung chafçun eflre entrée en la cruauté 



DE N O A 1 LL ES* 6$ 

de fon père [c]. Vous aifeurant , monfèi- 
gneur, qu'il me femble qu'elle tient le che- 
min pour mener bientoft fon royaulme à 
une entière & totalle ruyne, & je croy que 
fi ledid prince d'Efpaigne y eil arrivé , que 
luv-mefme s'en reiïèntira & qu'il fauldra 
que l'empereur £uTe torner la plufpart de Tes 
forces de ce couilé-là, s'il y veult remédier, 
qui ne fera pas pour advantaiger Ces affaires 
contre le roy. L'on avoit délibéré envoyer 
refiderpres dud. empereur millorddeCourte- 
nay en la place d'ambaffadeur pour cefted. 
royne , mais il a fai et. ung plus court voyaige 
ayant elle mis en garde entre les mains du 
comte de SufTex [a] ; le filz duquel nommé 
miilord Foaltes'en va tenir fon lieu vers le- 
did empereur, & doibt partir à la prochaine 
marée fort bien accompaigné. Ladite dame 
a aufTy envoyé de cinq à (ix. cens chevauïx 
quérir madame Elizabeth fa fœur , qu'on 
mènera bientoft, & fi elle continue , ne Ce 
trouvera prou place en la tour pour loger 
tant de gens. Le bruict eft icy que cedid em- 
pereur ne s'amande poind de fa maladie , 
& qu'il avoit délibéré s'approcher jufques à 
Bruges; ce qu'il euft faid: long temps y a, 
fi fa fandé l'eufl peu permettre , & la pluf- 
part tiennent qu'il va tousjours en em- 
pirant. 



0] Qui avoit fait mourir , fous ditîérens prétextes» 
deux reines , un Cardinal, douze tant ducs* marquis 
ijue comtes , dix-huit barons &C» 

JXI MilordRatcliâf, 



&4 



2$ £GÔ C Z AT t UNS 



M. de Noailies à M. d'Oysel. 
13 février 1$$ 5. 

Relation de la révolte de Wïat. Sup- 
plice de Jeanne Gray G* de milord 
Guillefort [on mari. 

JM oksieur mon compaîgnon , je vouf 
aj efcrfpt par le capitaine Fauchier , & deC- 
puis par Baudet & Viliemor, comme les 
chofes eftoient en ce lieu , Jefquelz Baudet 
& Viliemor je ne me puis afïeurer que 
foyent allez jufqufs à vous , mais au con- 
traire les cro) s pluftoft arrêtiez fur la fron- 
tière , à Foccafion des grands troubles & 
efmotions furvenues ces jours paffèz, en ce 
royauime- defquels je vous cfcripvois par 
eulx quelque commencement. S'eiian; le 24 
du paiïé eilevé un g gentilhomme du pays 
de Kent , nommé M e . Thomas Wiat , le- 
quel a)ant afïèmblé grand nombre de com- 
munes dudicl: pays, te jetta aux champs fur 
le grand chemin d'entre cy & Pouvres, oit 
il traicla les Efpaignols & les Fiamans qu'il 
trouva allans & \enars fur icelluy , de telle 
forte que ceulx qui en peurent échapper 
leurs vifs faulves , sVftimerent bien heureux. 
Et après s'effant mis dans la ville de Rochef- 
ter avecques Ces forces . ayant grandement 
eftonné celle royne* & feigneurs de fon con- 
feil du grand bruict qui couroit de luy , & 
plus de Yeoir tout le peuple incliner à fa 



3 E Nû AILLES* '6f 

I devoiîon , elle defpefcha le duc de NbrÉ- 
folck avecques quelque nombre de gens de 
| pied , & fept ou huift pièces d'artillerie , 
pour l'aller rompre dans ladiâe ville. Le- 
quel eftant adverty qu'icelluy duc l'appro- 
choit , le vint rencontrer au-deilus d'une 
petite montaigne qui efl par deçà ledict Ro- 
cheiter, où eflant preftz à Ce joindre, par- 
tie descompaignies dudittduc Ce retornerent 
devers ledict W'iat , de façon que leur paul- 
vre & caducque chief fuit contraind de 
prendre la fuite, ce qu'il fçeut faire fî à 
propoz qu'il Ce fauvadans Gravefend , aban- 
donnant tout Ton bagaige & artillerie , qui 
demoura audid Wiat. Lequel Ce voyant la 
fortune /î profpere au commencement de 
fon entreprinfe, alla forcer près de là ung 
chafteau de miilord Cobham , où il print 
icelluy Cobham & deux fîens filz, lefqtiels 
il mena quant & luy marchant droid en 
cette ville qu'il efperoit trouver favorable ; 
& s'alla loger d'arrivée au fauxbourg appelle 
Southwarck , qui augmenta tellement la 
crainde à ceftedide royne , qu'elle fift rom- 
pre le pont de la Thamife & tous aultres 
eitansà quinze mild'icy fur celte rivière, & 
fïft retirer tous les batteaulx eftant furicelle 
de fon coufté. Mais ne Ce pouvant encores 
afTeurer, combien qu'elle euiî une telle ri- 
vière qu'eft ! a Thamife entre deulx , & que 
le paifaige d'icelie , pour le bon ordre 
qu'elle y avoir mis , fuft prefque impofïîble 
à fon ennemy. Toutesfois voyant journel- 
lement augmenter Cts forces , elle voullut 
entrer en capitulation avecques luy , le priant 
£e defarmer, & qu'elle n'efpouieroitjàEiaig 



66 Négociations 

le prince d'Eipaigne , fçaichant bien que ïâ 
raifon de fon eilevation & malcontentement 
du peuple venoit dudid mariaige , & oul- 
tre pardonnerait & promettoit ne fçavcir 
maulvais gré à luy ny à fa compaignie de 
chofe qu'ilz euflènt faid. Mais luy congnoif 
fant bien telles offres ne procéder que de 
î'extrefmité en laquelle ladide damefètrou- 
voit, & que luy defaffèmblant fes forces, il 
demouroit en proye àicelle ; & nevoullant 
d'ailleurs faillir de promeffe à plufieurs qui 
efloient de fon intelligence & defquelz il el- 
peroit d'eftre fecouru, s'excufa envers elle 
fur grandes demandes, comme de luy met- 
tre la place de la tour & quatre des princi- 
paulx confeillers de fa majeflé entre fes 
rhains , jufques à ce qu'elle auroit fatïsfaift 
à fa promette & efpoufé ung Anglois. Qui 
fuft caufe que icelle dame, pour fon dernier 
remède , délirant fur tout eonferver & tor- 
nercefledide ville en fa faveur, vintaccom- 
paignée de tout fort confeil de Houeftee- 
meftre en la maifon commune deHiiiehalle , 
©ù elle propofa le dèfplaifir qu'elle avoit de 
veoir fes fubjedz eflevez à fon occafion , 
leur defclairant publiquement que fon ma- 
riaige n'efioit fî advancé qu'il ne fe peuil 
deffaire, & que pour cefc effed elle delibe- 
roit dreiïer ung parlement fuyvant l'oppi- 
liion duquel elle fe gouverneroit. Ce qu'elle 
avoit faid remettre audid Wiat , lequel s'ef- 
toit rendu fi outre-cuydé que de luy faire les 
demandes fufdides & plufieurs aultres qu'elle 
y adjoufta , comme de voulloir auffy avoir 
fa propre perfonne & le fac de la ville ; ce 
qu'elle did avecques fi defploré vifaige que 



de Nouille r. Cj 
Éàflïfhtfce qui eftoit làaîfemblée commença 
à flefchir & délibérer d'abandonner [a] cel- 
hiy , qui, à leur infiance , avoit prins îes~ 
armes pour deffendre leur liberté, lequel au 
bout de deulx jours, voyant l'injure du temps 
eftre telle qu'elle luy defnioit tout le fecours 
qu'il efperoit du couflé de Galles & Houefty 
& par faulte d'argent commençant à per- 
dre partie de Ces gens , avecques quelque 
advis qu'il avoit eu , qu'encores de nouveau 
ceulx de la vilie s'eftoient réduits aie re- 
cepvoir s'il pouvoit approcher les portes , 
Ce refolut de jouer à la defefperade ; Scie 6 
jour de ce mois partit dudidSouthwark avec- 
ques environ quinze cens hommes , & s'ew 
alla au pont de Quinfton, par-deflus lequel, 
combien quil fuit rompu, avecques certains 
engins qu'il drefïa, fift paiïèr tous Ces gens 
& artillerie en moings de deulx heures , 
força cinq cens hommes que cefîedide royne 
y avoit mis de guarde pour deffendre leclid 
pont , & marcha droid en cefîe ville où ii 
arriva le lendemain environ midy au-devant 
du palais de Houeltcemeitre , près lequel la- 
dide dame avoit faid mettre en bataille tou- 
tes les forces qu'elle avoit peu atîembler , 
qu'eltoient environ de fept à huid mil hon> 
mes bien armez , & dreiîé (on artillerie au- 
deiïus d'une vieille croix qui eft auprès du- 
did palais , du couilé que ledid Wiat venoit, 
lequel ayant mis en fuitte quelques gens 
d'armes à cheval qu'il trouva en première 
rencontre, print une enfeigne au poing, 



[aj Les prote&eurs du peuple en font ordinaire,, 

meat lesmartirs. 



68 Négociations 

n'ayant avecques luy plus hault de ttolt 
cens hommes , entre la tête baillée dans 
lad'&e artillerie, Laquelle il gaigna & mar- 
cha droid , (ans trouver homme qui iuy ofaft 
fairerciiKan.ee , jufques à la porte de la ville, 
qu'il penib-t eertainement trouver ouverte. 
JMais ayant ce matin lad. dame mis de garde 
enicelle millord Guillaume,; £]ibn admirai, il 
trouva vitàige de bois, qui mit Ces gf s en 
Celle frayeur & eflonnemen-tj que foubdain 
il ne Ce trouva accompaigné de plus Je qua- 
tre-vingt hommes, avec lefquelz toutesfoi* 
il fit telle à toute l'armée dicelle dame, 
de laquelle èfloit chief le comte de Ptm- 
broug, & Ce recuite jufques à là porte de 
Temple-Barre, où il tint bon (ans Ce voul- 
loir rendre, jufques à ce que, par compoii- 
tion , ladi&e daine eufi envo)é pardon gêne- 
rai à tous ceulx qui Favoiént iui\y & ac- 
compaigné en fon entrëpriiife , après quoy 
il ït rendiit & fufl mené en la tour, où 
l'on iuy feift fon procez, & croys que bien- 
toit 1 en le fera mourir, comme Ton feihV 
hier madame jehanne de Suftblc , jadis pro- 
clamée royne , & millord Guillefort fon 
mary, & penfe eue le duc de Suftblc fon 
père & deulx de Ces frères, qui font aufiy 
prifbnniers , n'en efchapperont à meilleur 
marché. Britf, monfeur mon compaignon, 
ceftedide royne tient tous les plus grands 
& vaillants perfonnaiges de fon royauime 
prifonniers, mefme millord de Courtenay, 
& délibère, comme Ton dict , faire mourir 



[a] Howard , dit milerd Effinghaia. 



DE NOUILLES. 6$ 

tousceulx qui ont confpiré à contrarier Ton 
mariaige; & non feuliement ceulx là, mais 
encores , ccmmel'on peult clairement veoir, 
tous ceulz qui peuvent luy fucceder ou a£ 
ÉMT er à fa couronne. De ma part , je ne fçay 
Que vous en dire, finon que je la veois af- 
faiblir de tous les meilleurs hommes qu'elle 
euft en Ces pays , & Ce faire hayr journelle- 
ment à tous les liens, jufques aux domeltic- 
ques de C\ maifon. Pietro Caro [c] a fceu 
tçes bien Ce retirer de bonne heure & eft en 
France, qui n'eit pas pour diminuer le foub- 
çon que ce fie roy rie a de nous. Je fuis en 
telle pèy-e de fçavoir des nouvelles de la 
royne & de -vous, que j'ay prié ce pour- 
teur eftre le moyen çîen refcouvrer, lequel 
cirant banny d ïicoflè, ne me vo.ulloit pro- 
mettre paffer Dombarre ; mais je l'ay tant 
preifé qu'il ira jufques à vous , pour m'en 
rapporter refponce. Je vous prie qu'il ne 
fbit offencé en corps ni bien , mais pluftofr. 
favorifé, affin que je m'en puiiîè ayderpour 
le fervice du roy &" d'icelle royne fa bonne 
fœur , à ia maieilé de laquelle je vous fup- 
plîe que je fois très humblement recom- 
mandé & excufé fi je ne luy efcriptz , car 
Je pointeur ne feveult charger de plus d'une 
lettre, eftant cefte cy principalement faicte 
pour la tenit advertie des occurrances de 
deçà. 



[c] 11 revînt depuis en Angleterre fous le règne 
4'EHfabeth, & fe %nala dans ks guerres d'Ir- 
lande. 



7$ Négociations 

James Croftz [d] a efté prins dans Ton lit , 
en fa maifon au pays de Galles, a efté mené 
prifonnier à ungchafteau dans ledit* pays où 
il eft encores, & cuyde que ce a efté par 
foubcon de la grande amytié qui eftoit entre 
luy & Wiat. 



[rf] Elifabeth le fit c'epuis gouverneur de 
•Barwick. 



JVÏ. le Contestable à M. de No ailles. 
§5 février 1553. 

On fait pajfer du fecours dans Vifle de 
Corfe. Le duc de Florence tente une 
entreprise fur la ville de Sienne» 

Ivi onsieurde Noailles, jepenfè 
que le fieur d'Oyfel dernièrement qu'il a pafte 
par vous , vous aura faid entendre la résolu- 
tion qui fuft prinfè avecques luy à Ton par- 
lement de cefte court , de defpefchier ung 
peu après qu'il fêroit arrivé en Efcofle, 
l'abbé de Coftagwel prefent pourteur, pour 
les occafîons que vous aurez entendues du- 
éiâ fieur d'Oyfel , & que fuyvanteela vous 
aurez obtenu fo n fauf conduid pour pafîer 
audid pays d'Efcofle , le chemin d'Angle- 
terre ; & pour ce qu'il s'en va prefentement 
avecques efperance de trouver Ton lauf con- 
duit tout defpefchié entre vos mains , je 
vous prie, fi vous ne l'avez encores obtenu, 
d'en faire toute l'jnftance qu'il vous fera poi- 



DE N A I L L E S.» . Jï 

ble , afrin que cela ne retarde Ton voyaige. 
Nous n'avons peincteu de vos nouvelles àeC- 
puis le 14 du pafie , dont nous Tommes en 
peyne, & vous prie que s'il y a moyen de 
nous en faire fçavoir, vous nous en defpar- 
tiez ie plus fouvent que vous pourrez , & 
n'efpargnez la defpenfè de nous envoyer 
gens exprès & par divers chemins , fi vous 
voyez que les paffaiges foyent fi eftroi&e- 
ment gardez qu'ilz ne puiiTent venir leur 
chemin ordinaire. 

Noftre armée de mer , qui eil de fo toîê» 
les toutes armées , a faict voifle pour aller 
envidailler faintt Florent, dont nous atten- 
dons nouvelles d'heure à aultres, que nous 
ne pouvons elperer que bonnes. Le duc de 
Florence a penfé faire une furprinfe à la ville 
oelîenne , ayant fçeu que le fleur Pierre [s] 
en eftoic party pour aller vi/iter les places de 
la Marenne , & de faid avoit furprins ung 
fort [b] qui eft à l'endroit de ia porte regar- 
dant le chemin dudicl: Florence ; mais deC- 
puis que ledift fïeur Pierre efl retorné Se 
rentré dedans la ville , & en une faillie qu'il 
a faicte , a chafie les ennemys du fort qu'il 
a regaigné fur eulx. Je ne fçay fi. après cela 
ledict duc eil à fe repentir de ladide entre- 
çrinCe 3 de laquelle il ne fortira peult-eitre 
tant à fon ayfe qu'il y efl trop facillement 
entré. Quieft, monfîeur de Noailles , tout 
ce que j'ay à vous dire pour cefle heure. Ef- 
cript à Villeneuve St. Georges le 13 jour de 
février 1553 . Voftre bon amy, Montmorency. 
t- . — — «, 

\_a\ Strczzy , depuis maréchal de France. 

[b] Situé proche la porte Caraolia, & emporté 
par ie marquis de Marignaru 



72 Négociations 



AI. de N o a i l l i s au Roy. 

17 février 1^3. 

^Relation de V audience que la reine lui 
a donnée , £r à François de Noailles 
fon frère, 

oiRE, defpuisle partement du fîeur du BrouC- 
ion Sr d'ung mien gentilhomme que j'ay def- 
pefchié vers voftre majefté avecoues lettre* 
du 11 de ce mois , j'ay recherché une au- 
diance de cette royne, tant pour fentir & 
congnoifîre fi Ton heurer.fe victoire en ces 
dernières cfmotions avoit en rien altéré vof- 
tre commune amytié , que pour luy faire 
entendre, fuyvant ce qu'il vc-s a pieu me. 
mander de la defpefche que mon frère [a] 
m'a portée, combien vous, iire , deviez 
entretenir & conferver icelle ; & m'eflant 
accordée aujourd'huy je fus à Y7eitmunfter, 
où après avoir baifé la main à ladicte dame 
& luy avoir donné de voftre part toute telle 
aiïèurance de bonne , parfaire & fin cere 
amytié que j'ay faid par cy-devant , pour la 
conforter encores plus , j'appellay à tef-* 
moing mondict frère, lequel je luy dis eitre 
defpelchié de voftre maiedé exprefîèment 
par-deça pour l'en afleurer mieulx, après 
avoir entendu de fon ambaiïadeur qui re/ide 



[a] Si connu depuis par fes arabaflades , fous 
2$ uom dei'évcguç d'Aces. 

par- delà } 



N O -4 T L L F. 3, 75 

par-delà , les difcoi 'eftoieht pafièz 

fur ce négoce entre elle, Mrs. de Ton con- 

: moy. Ce que ladide dame reçeut fî 
St de tel vitaige , que reconfirmant les 
me fines propoz qu'elle m'a fï (buvent te- 
nus , y adjouda dadrantàige qu'elle eitoic 
princeffè iï véritable que l'empereur" ny fort 

ne pourroient jamais faire la contreve- 
nir à la parolle & promeiiè , ne luy faire 
faire chofe qui la peuft aliéner de volrre 

:ié. M'aflèurant que je verroys quand il 
me plairroit l'article [£] exprès qu'eft con- 
tenu aux traidez de ion mariaige, pour la 
confervation & entretenenient d'icelle , & 
adule rois quand il (eroit promis & juré par 
le prince cTEïpaigne ; & difcourant ainfy fur 
celle affaire , elle medict avoir entendu que 
quelques rebelles de ies fubjedz ayans com- 
mis crime detrahifon, s'eftoient retirez en 
France, mefmes ung nommé Pietro Caro , 
que elle eftoit advertie eilre arrivé en vofire 
court & avoir parié à voitre majefié & à M. 
le conneflable. Ce qu'elle avoit desjà faict 
entendre à fon ambafiadeur qui efl par-delà, 
pour vous en faire inftance Se requérir que 
f.iyvant le traicté par lequel il eft diât, que 
nulle de vos deulxrnajeit.ez ne pourra recel- 
ler le transfuge de l'aultre chargé du crime 
de ieze majeité , il vous piaife permettre 
qu'elle le puifïe recouvrer d^ns vos pays, 
me priant de mon courte vous en eferipre 
& fupplier très humblement Li voulloir gra- 
tifner en cela , de me fine qu'elle fi il en ca* 



[fc"i Voyez la page 42 

'Tome Î1L 



74 Négociations 

Semblable à Ton advenement à la couronne 
pour le /îeurde ChejTelles& aultres vos fub- 
jeâz retirez par-deça, combien qu'ilz y fuC- 
fent receus long temps advant le decez de Ton 
feu frère. De quoy , fîre , je vous puis por- 
ter tefmcignaige que en l'inftance que fuft 
par moy faicte fuyvant voftre bon comman- 
dement , pour raifon dudicl CheiTelles & aul- 
tres, je trouvay ladi&e dame très voluntaire 
& affectionnée à fatisfaire à ma re^uefte , me 
faifant délivrer toutes commiffions & com- 
mandemens pour Ce faijîr de leurs perfonncs, 
& les prendre en quelque lieu qu'ilz fuflênt 
trouvez en fon royaulme ; & fî lefdi&s com- 
m'ândemens ne furent exécutez, ce fuft parce 
cu'keulx transfuges furent longuement re- 
celiez en ce pays. Et fur cède particularité 
j'ay refpondu à lad dîme que je n'avoisaulcu- 
riëment fceu qu'icelluy Caro fuit en France ; 
bien fçavois-je que tous les eftrangiers e£- 
toient les bien venus & receus en voftre court, 
&mefme fes fubjeâz, lefquelz faifant hon- 
norer par les voftres, vous , fîre , penfïez 
la gratiffier en cela , & augmenter ce tant 
plus vos bonnes & parfaites amytiez. Mais 
que croyois que fi ledicf Caro y eitoit , & que 
voftre majefté entendit! qu'il l'euft offenfée , 
que tant s'en fault que vous , fîre , le voul- 
îufliez en rien favorifer , que au contraire 
vous commanderiez tenir la main que elle 
Je peufl recouvrer. A quoy icelle dame me 
replicqua que ledicl Caro faifoit courre le 
bru ici qu'il efperoit entièrement en voftre 
faveur & ay.de , ce que toutesfois elle nç 
j>oulvoit croire , s'afieurant en vos bonté? 
§i Yertuz, que vous ne vouldriei entendre 3 



deNoazllës^ 7T 

chofe qui peuft violer l'amytié de quoy vof- 
tre mijefté l'a fi fouvcnt fai&e aflcurer. 
Voilà , Gre , comme mon audiance s'eft paf- 
fée avecques ladi&e dame ; vous pouvant 
bien afleurer que les fèigneurs de Ton confeil, 
à ce que j'en ay peu congnoiiîre par les longs 
propoz. que j'ay eus avecques eulx tant ge- 
nerallemcnt que à plufîeurs en particullier , 
font en grand crain&e que par quelque fcub- 
çon , vous , /ire , entriez à la guerre avec- 
ques eulx ; & dadvantaige me femble veoir 
à leur contenance qu'ilz. feroient très con- 
tans que leur maifireiïè euft changé d'oppi- 
nion, en perdant la grande atfe&ion qu'elle 
a à ceft Etpaignol pour la loger en quelque 
aiiltre duquel l'affemblée en fuft plus facile. 
J'ay fçeu que quelques nombres d'Efpaignolz. 
font entrez en voftre royauhne pour fe reti- 
rer en Efpaigne , craignans paiTer par icy 
pour le maulvais traidement queaulcund'i- 
ceulx y ont eu. Et parce , iïre, que je crains 
qu'ilz recherchent d'eftre receus en vos ban- 
des , il me femble qu'il (eroit très bon les 
envoyer en leur pays le plufioft qu'il fera 
pofliule , affin que parle rapport qu'ilz fe- 
ront de la bonne chiere qu'on leur a fai&e 
par- deçà , tant à eulx que au comte d'Ai- 
guemont , ilz oftent toute volunté au prince 
& aultres ièigneurs d Efpaigne de fe hasarder 
& venir en lieu où l'on prépare ung Ç\ maul- 
vais recueil à toute leur nation. L'empereur 
eft toujours fort malade, & pour railbn de là 
maladie a différé longuement à donner au- 
diance aux ambaffadeurs de cefte royne , la- 
quelle enfin il leur donna , eftant dans fon 
lid , le i4 du paire , pour congédier Me* 

Dij 



*j6 Négociations 

?.îaflbn,& reçepypir l'evefque ce Nordouytz, 
qui doibt refider en la place dudict Mailon , 
qui eft desjà party de Bruxelles , & porte , ) 
comme l'on dict , la bulle de difpenfè pour 
le mariaige de ladi&e dame , à Laquelle le 
pape a faict mettre le plomb. Le cardinal Po- 
lus arriva audict Bruxelles le 1 5 dudict mois , 
<k dict l'on qu'après avoir demoavé quelque 
femps en la court dudicl empereur , il doibt 
paffer devers voftre majefté, fur l'efperance 
de compofer quelque bonne paix , que je 
vous puis afïeurer , lire , eftre defirée de- 
ceitedicte royne fur toutes les chofes de ce 
monde , & Ton Paget m'en fift hier une gran- 
de infîance fur ce que voltre majeflé n'y veult 
entendre ; lequel eu. entré en une merveil- 
leufe crainétè avecques cculx qui font de ce 
party , de quelque preparatif de mer qu'ilz 
fentent que vous , lire , dreffëa , qu'ilz efti- 
ment fort grands , eftans en doubte que ce 
loit pour empefchicr le paffaige dudict prince. 
Sire , au retour de mon audiance , ladef- 
pefche qu'il vous a pieu me faire du 10 de ce 
mois , m'eil arrivée , par laquelle j'ay veu 
l'inftance que l'ambaiTàdeur de cetfe royne 
qui refide par-delà, vous a faide de Pietro 
* Caro , & croy bien qu'il en fera encores 
quelque recharge fuyvant les lettres que la- 
dite dame m'a di«5t luy ayc ir efcriptes , à la- 
quelle m'a femblé n'eflre befoing aller tenir 
aultre langaige, attendu que la refponceque 
je luy en ay desjà fai&e, eft conforme au 
chemin que vous voulez que je tiegne , que 
je fuîvray en cela & toutes auitres chofes 
qu'il vous-pîairia me commander avecqueç 
j-'ayde de dieu» 



e No^jrzzjss» 77. 



Double de lettre de M. de No ailles à M. 
d'OysEL. 

zi février iffj. - 

L'ambafladeur de France rend compte 

au jieur d'Oyfd , ambajjadeur de 

France en Etoffe , des révolutions 

' arrivées en Angleterre , £r fuivks 

de fupplices Or d'exécutions. 

JVloNSisuR mon compagnon , defpuis voC- 
tre partement de ce lieu , je vous ay eferipe 
par le capitaine Fauchier, le fîeur de Ville- 
mor & dernièrement par ung aultre ( que 
j'eftime vous aura faid tenir mes lettres) de 
toutes les occurrences qui s'y font preien- 
tées ; qui me gardera par cefte-cy vous en 
faire redi&e , finon pour vous dire que def- 
puis la deftaide de Me. Thomas Wiat &dè 
ù compaignie , tout ce peuple continue à 
murmurer fî fort pour raifon du mariaige de 
ceûe royne avecques le prince d'Efpaigne, 
que. j'ay oppinion que ladide dame n'en 
viendra fitoil , ne fia fon ayfe à bout qu'elle 
il promet , au moings qu'avecques très gran- 
de difficulté. Vous pouvant aiTeurer , mon- 
/leur mon compaignon, que les plus beaulx 
fpectacles que l'on puiiîe veoir en cette vill§ 
& par tout ce pays , ce font gibetz accompai» 
gnez des plus braves & vaillantz homme* 
qu'elle eufî poincîen fon royaulme, eflant 
par tout les priions fî pleines de cefte no- 

D iij 



7§ Négociations 

blefTe & aultres plu* apparens de ce peuple, 
qu'il eft force que les ungs par leur mort ce- 
dent la place aux aultres qui journellement y 
font amenez de toutes paru; de façon que 
ladicle royne a délibéré non feullement de 
faire mourir tous fes fùbjeétz qu'elle cong- 
noiflra trouver maulvais l'exécution de fcn 
mariaige ( qui font en grand nombre & où 
elle aura beaulcoup affaire ) mais encores 
délire extirper & ruyner entièrement tous 
ceulx qui peulvent prétendre quelque droift 
en fa couronne , affin que plus feurement 
elle puii r e venir au-deffus de Ces intentions [fl] 
en faveur dudift prince fon promis mary , 
dont madame Jehanne de Sufrolc, aultre- 
fois proclamée royne , & millord Guille- 
fort fon mary , ont commencé defpuis cinq 
ou /îx jours fur ung efchaffault ; & doibvent 
demain , ou dans la fin de cefte fepmaine , 
y jouer leur perfennaige, le ducdeSuffblc, 
millord Jehan Gray fon frère , millord 
Gobham , f s deulx enfans & plufîeurs 
aultres grands feigneurs & gentilshommes 
qui ont efté jugez à la mort ; ayant fem- 
blablement millord de Courtenay efté refferré 
& mis prifonnier en la tour comme aupara- 
vant , lequel j'eftime eftre predeflync de mou- 
rir en miferable captivité ; & dadvantaige 
James Croffz & millord Thomas Gray font 
prisonniers en ung chafteau au pays de Wall 
les , def^uelz on n'en penfe pas meilleure 
ifîue , ny mefmement de madame EHzabeth 
qui eit à fept ou huid milles d'icy fi fort mala- 

fa] C'eft-à-dire de lui sflfurer la fucce/îi*nà la 
çourQiuie d Afigleurre. 



DE NoAILLEJk 7 à 

de que l'on n'y efpere plus que la mort, & 
en la commune oppinion qu'elle a elle em- 
poifonnée, parce qu'elle eft fi enSée & def- 
faiâe que c'eit grand pytié de laveoir. Bref, 
monjfîeur mon compaignon , il n'eit aultre 
bruis que de ceulx qu'on condampne tous 
les jours à la mort , qu'on exécute & que on 
prend prifonniers ; de forte que je prevoy 
par toutes ces occurrances & aultres qui fe- 
roiest trop longues à vous efcipre » les 
chofes élire en maulvais chemin de te . . * 
pour celte royne & en train de ruyner ce 
royauhne. Et peur ce que j'eitime que M. lé 
commandeur [6] de Cofr^gnel qui va pre- 
femement vers vous , vous fera part de la 
difpofition & profperité des affaires du roy , 
je ne vous en feray femblablement plus long 
difeours ; mais bien vous prierai-je , mon- 
iîeur mon compaignon , me vouiloir faire 
entendre de vos nouvelles le pluftoit. que 
vous pourrez ; & fi avez receu le nouveau 
chiffre que je vous ay envoyé parledid Vil- 
lemor ,^parce que defpuis voftre paiement, 
je n'en ay receu aulcunes , qui fera pour me 
recommander en cefl endroi&bien humble- 
ment à voftre bonne grâce, fans oublier ma- 
dame de Villepari/is , fuppliant le créateur 
vous donner, monfîeur mon compaignon, 
en parfaide fandé , très bonne & longue vie, 

[b] Robert Carnegye de Kynnard. 

Di? 



$0 N £ G O CIATI0N3 

M. D'OYSEL à M. DE NOAILLES. 

zi février 1753. 

affaires d'EcoJJe. Le régent fe démet du 
gouvernement en faveur de la reine 
douairière» 

jViONSiEUR mon compagnon , j'ay long- 
temps attendu à vous faire part de nos oc- 
currances, tant peur ce qu'il ne s'en eil of- 
fert commodité allant par-delà , comme 
auify principalement que deipuis mon arri- 
vée en ce royaulme , nous avons continuel- 
lement elle empefehiez pour le faid de la 
négociation que j'avois à manier par- deçà, 
ainfy que je vous ay communicqué à mon 
paiTaige par Angleterre. Sur quoy je vous ad- 
VÏCe^ mcniieurmon compaignon , qu'il y a eu 
pluiîeurs chofes en debaft & grande difpute 
auparavant que pouvoir faire venitee gou- 
verneur |>] au poinci eue nous de/irons; & 
encores y a il deux jours paffez que je n'e£ 
lois en efperance d'y veoir prandre refoiu- 
îidi approchant ce Tintention du roy. Tou- 
îesfois avecques l'ay de. de dieu , la conduire 
de cède princeiTe , join&auiîy que ledicl gou- 
verneur a veu & congneu qua/ï tous les fei* 
gneurs de ce royaulme , tant fpirituels que 
temporels, accempaigner noflre oppinion, 
& y demeurer fermes & conftans. Nous en 

■■[»■] Jac^i . ntîtoB a comte iI'Aran. 



* £ No a lïLBfi Si 

avons fînablement obtenu la victoire au grand 
regreâ: dudiâ gouverneur , comme vous 
pouvez penièr, & de quelques ungs de ion. 
confeii. Les principaulx pcin&s de noflrci 
affaire font, pour abbregier , que lediâ: gou- 
verneur délivre famedy prochain le chafleau 
de l'Iilebourg es mains d'ungfeigneur [è]de 
ce pays, qui eil fort fidèle à la royne , Se 
pouvez penfer que fi je FeulTè peu ou fçeu 
honnêtement avoir la garde es mains de 
nos gens , je ne m'y feufte elpargné ; & au 
premier parlement qui fera au dixième d'ap- 
vril, il promet & s'oblige de laiiTer à celle 
royne le gouvernement [c] & adminiltration 
de ce royaulme. Voilà, moniîeur mon com- 
paignon, ce que je vous diray pour celle 
heure de ma négociation. 



[/>] Arefquin. 

[c] Cette demi filon lui valut de la part de 
ï ranee , le duché de Châtellerault. 



M. DE NoAILLESa LA R.EYNE d'EfcoiTe. 

2r février i$t$. 

îl lui fait part de ce qui fe pajfe en 
France & en Angleterre» 

JVIadame , j'ay longuement attendu palier 
par icy M. de Coftagwell , prefent pourteur y 
ayant il y a long temps adverty le roy & M. 
le cardinal [a] voltre frère , que j'avois ob- 

£3] Charles, cardinal de Lorraine. 



$2. NÀGOGI ETIONS 

tenu Ton fauf conduit, fuyvant cequ'illetia 
avoit pieu m'en efcripre , & parce qu'il s'en 
va prefentement devers voitre majefté , fl| 

que vous entendrez de luy plus de nouvelles 
du lieu d'où il vient , que je ne vous en Peau- 
rois efcripre , je veusdiray feullement, ma- 
dame , qu'il m'en apporte de très bonnes , 
eftant icy le bruicl de la furp'rinfe que le dire 
de Florence [b] avoit faict en ung fort qui 
cft vis à vis d'une des portes de Sienne, 
lequel il avoit forcé & prins en l'abfence du 
fîeur Pierre Strozzy , qui defpuis l'a vail- 
lamment recouvert, ainfy que M. le con- 
nectable me l'a efeript. Et combien , ma- 
dame , que je m'affeure que fî bonnes nou- 
velles ne vous font cellées, je li'ay vouliu 
faillir, à foutes adv^antures , eftant deçà fî pu- 
bliées, vous envoyer ung extraict des let- 
tres que mondicl /îeur le connellable m'en ef- 
cript, par lequel vous verrez aum" le bon 
efquipaige de mer qui eiî desjà party pour 
aller fecourir fainct Florent en Corfe , & re- 
mettant le furplus en la îuffifance dudicl /îeur 
de Loftagwel , je laiiïè ce propoz pour vous 
dire» madame, comme cefte roy ne Ce déli- 
bère, ain r y que l'on dict , de dreffer ung 
parlement à Hceilfcrt [c] pour appaifer les 
mut.'naticns de Ces fub ectz, qui ne Ce peu- 
vent contenir ne garder de s'efmouvoir pour 
raifon de fon maria ge •-, vous afleurant, ma- 
dame , quej'ay veu une partie de leur mal- 
contentement par efFed , ayant ung gentil- 



[!>] Cofrr.e de Médicis. 

[cj llfcmble q.ie J'élo : gnement de Londres dizr.I* 
nue la liberté <k.\ membres d.i Parlement. 



d s Nouilles. 8 3 

homme nommé Me. Wiat, prins celle har- 
dieiTe de venir donner une bataille à ladicte 
dame jufques devant la porte de Ton palais 
de Wcitmunfter, lequel toutesfois s'en ell 
trouvé mauvais marchand, eflant defFaicl Se 
prins prifonnier oùil eft encores. Defpuis, 
madame Jehinne qui avoit efté proclamée 
royne , & millord Guillefort Ion mary, ont 
eu la tefte tranchée , & le duc de Suffolc 
fon père condampné à fouffrir mefme mort, 
lequel n'eft encores exécuté. L'on a mené 
ung frère dudid duc cejourd'huy en juge- 
ment, qui, comme je croy, n'en efchap- 
pera à moings. Il n'y a par toute celle 
ville , triomphe que de gibets & teïïes de 
jufriciez par-deifus les portes ; mais ce n'efî 
qu'ung commencement, s'ilz. veullent faire 
mourir & tuer ceulx qui y ont efté con- 
dampnez. , qui font, en nombre de plus de 
deulx cens. Je prie dieu qu'il veuille pre- 
ferver leurs âmes & vous maintenir , ma- 
dame , &c. De Londres. 



Cj- y . i-iïïSJlLSS-Z. Z^. ^m 



M. DE NoAÏLLESà M. DE VlLLÉGAIGKON, 

23 février 1553. 

Les Anglois fe difculpent d'avoir eu 
part à la perte de fa frégate. 

JYloNSiEuR de Villlgaignon [a] , le ca- 
pitaine de voftre fregatte , prefent pourteur, 



[a] Nicolas Durand , chevalier de Malthe, grand 
homme de mer, 

Dvj 



#4 Négociations 
s'en retournant par-delà, vous pourra faire 
entendre le tore & injure faides au roy & à 
vous pour raiion d'iceile rompue par les 
Flamans au port de Margatte , ain fy que 
j'ay tenu par cy devant adverty ledicf fei- 
gneur, de laquelle , quelque inflance que 
j'en aye faille moy me (me , & faiéf faire 
par plusieurs fois à cède royne & feigneurs 
defon confeil , je n'en ay peu avoir recom- 
penfe, m'a} ant tousjours aulparavant cejour- 
d'huy tenu e n quelque efperance d'en avoir 
raifon.Toutesfois enfin après longue pour- 
fuite & remife d'ung jour à aultre, ilz man- 
dèrent le baillif de Margatte pour entendre 
de luy comme le tout s'efîoit paffé ; lequel 
venu cejourd'huy devant eulx en plein con- 
feil , prefentl'ung des miens & voitre capi- 
taine y leur a faict entendre comme eflant 
voftredide fregatte, arrivée audiâ port, il 
ne refufa à vos gens la franchilè d'icelluy ; 
mais que au contraire il offrit les deffendre 
à l'encontre des Flamans, en le payant , ■& 
que les voftres refuferent à ce qu'il diél y 
abandonnant leurdicte fregatte & prinfe que 
les Flamans emmenèrent bien avant en mer, 
hors ledict port , où ilz la rompirent , & 
que la mer jetta les pièces d'icelle à bord ; 
ce que jefçay bien n'eflre véritable. Toutes- 
fois la-de/fus lefdicfs feigneurs du confeil 
m'ont faiâ; dire que veu ce que leur àiCoit 
& affermoit ledicf baiilif qu'ilz eftimoient 
homme de bien , la royne ny eulx n'eftoient 
tenus àauîcune recompenfe, ny à deffendre 
les François contre les Flamans , ny les Fla- 
mans contre les François, & qu'il fauldroit 
fi cela avoit lieu , que fa majèfté entretint 



DE Nu si IL LE S» &5* 

: wrs gens de guerre q\ii fufîent ordi- 
ment fur le rivaige de la >ner , pour 
conforter la faction des eitrangiers , 8c aifeu- 
rer le larcin de tels pyrates , comme ilz di- 
rent qu'eftoit lediâ: capitaine, 8c aufly que 
ladide fregatte n'avoit eflé rompue dans le- 
diâ: Margatte , qui n'eft port , ny havre , 
mais feullement une plage , ny dans les 
franchîtes d'icelluy , mais bien advant en 
mèr, & qu'à cette occasion , fi iedid capi- 
taine n'avoit aultre chofe à faire par-deça 
qu'il ne deiaillâft de s'en retourner , ayant 
commandé audid baiiiif qu'il eut! à luy faire 
rendre l'artillerie , matz & voifles d'iceiles 
qui font demourez encores audift lieu, & 
dadvantaige qu'ilz avoient entendu par ung 
de leurs capitaines de navire venu d'Efpai- 
gne, aulcun oultraige que vous luy aviez 
ïàià faire à Breft, & quelques paroiles irt- 
jurieufes que vous aviez dides d'eulx. Tou- 
tesfois que pour tout cela ilz ne defiroient 
en rien diminuer , mais tousjours continuer 
la bonne paix & amytié qui efl entre le roy 
& cefte roy ne fa bonne fœur. Laquelle ref- 
ponce j'ay bien vouiiu vous faire entendre, 
encores que lediâ capitainel'ayt luy mefme 
ouye , ainfy qu'il vous pourra dire , afïm 
eue vous n'eftimiez qu'ii ait tenu à leur en 
faire remontrances ny importunitez. Vous 
aifeurant que je y ay faiét Se faici faire tout ce 
qui m'y a eili poffible, mais je n'en ay peu 
avoit aultre raifon ny de beaulcoup d'aul- 
rres chofes dont ilz me tiennent grand tort. 
Oui fera pour me recommander en cefê en- 
droict humblement à voitre bonne grâce. 



86 Négociation! 

i 



M. de Noailles au Roy. 
24 février 15^3. 

La reine témoigne de la difpofîtion à 
entretenir la paix avec la France* 
Convocation du parlement à Oxford, 
Hydropifle de la princejfe Elifibeth. 
Supplice du duc de Suffolc. 

Oîr-e , par ung mien gentilhomme nommé 
le Claux, & defpuis le courrier Pierre , que 
}\v defpefchié le 17 de ce mois, j'ay au \o?>% 
difcouru à voi'îre majefté tout ce qui Ce pre- 
fèntoit par-deja digne d'icelle , & mefme H 
bonne volunté en laquelle j'ay trouvé con- 
tinuer cefle royne voftre bonne faeur par nu 
dernière audiance fur l'entretenement de 
voftre commune & parfaiHe amytié. Def- 
puis ladiâe royne a propofé de faire ung pa«- 
lement qui Ce doibt tenir à Oxford , qui eu. 
une ville à cinquante milles d'icy fur le com- 
mencement de certe rivière ; lequel parle- 
ment commencera , comme l'on dict , le 17 
ou 18 d'avril, & y fera propofé & décidé 
par l'oppinion des eilats le mariaige de la- 
diâe dame avecques le prince d Euaigne , 
pour appaifer les mutinations de fon peuple 
qui encores ne fepeult contenir. Il y a quel- 
ques ungs qui trouvent effrange & chofe non 
accoutumée qu'icelîe dame laifTe cf (le ville 
qui eft (1 commode , & le chief de fon royaul- 
me en laquelle la plufparc de ceulx qui doib- 
vem eifre appeliez audiâ parlement, fon| 



^ E NOS I L L ES. &7 

ordinairement refîdens pour choifîr aultre 
lieu moindre & plus incommode pour aflêm- 
bler leCdi&z, elîats , & veullent dire que c'eft 
pour n'y appeller que ceulx qu'elle fc;ait al- 
fe&ionr.ez à la conduicte de fondicT: mariaige, 
& pour plus ayfement gaigner ceulx qui 
vouldroicnt le contrarier. Les aultres difent 
qu'elle va en ce lieu pour la hayne qu'elle 
porte à ceitedicte ville , l'ayant veue branf- 
1er en ces dernières efmotions. D'aultres di- 
fent aufîy que (entant de tant plus approcher 
la venue du prince d'Efpaigne que l'on diCt 
devoir descendre de bien advant en mer. Je 
ne (çay lequel des deulx eil le plus véritable. 
Bien di&i'on qu'après ledicl parlement elle 
s'en va à Yorque pour y faire quelque fe- 
jour. Defpuis trois jours , comme j'ay fçeu, 
elle a defpefchié devers ledicl: prince d'Ef- 
paigne pour retarder Ton partement; & s'il 
eft ainfy, fire , icelluy prince ne fçaurci: 
venir icy qu'il ne foit bien advant en Fefté. 
L'on m'a aufîy donné advis qu'elle faid le- 
vée de quelques gens de pied , une partie 
defquelz l'acompaigneront en ce voyaige , 
& l'aultre , elle les envoyé delà la mer , 
faifant courre ung grand bruict de quelque 
furprinie que les voftres , fire , ont cuydé 
faire à ceulx de Guynes [a]. Madame Eli- 
sabeth [£] , fœur de ladide dame , arrive 



[a] Un voifîn puifïartt fournît toujours des pré- 
textes favorables pour armer, à un prince peu aimé 
èc fes fujets. 

[b] Maladie f .ivorabh , qui épargna peut-être un 
crime à la reine fa fœur qui fe flattoit qu'elle en, 
Hjçurroit» 



£3 N 



EGOCI^TIONS 

jeudy, en ccfte ville , fi mal de fa fanâé par 
une hydropifîe où enfleure qui luy tient tout 
le corps & mefme le vifaige, queceulx qui 
l'ont veue , ne luy promettent guieres lon- 
gue vie. Je croy que à caufe de fa maladie, 
elle ne pourra accompaigner fa fœur , mais 
demourera icy , fi tant eu que fès jours la 
portent jufques là. Le duc de SufFolc [c] n'a 
guieres tardé à tenir compaignie à fa fille, 
ayant perdu la tefte du jour d'hier en la place 
de devant la tour, lieu accouttumé à faire 
tels fàcrifices. Ses deulx frères [d] font en- 
cores prifonniers , je croy qu'ilz: n'en efchap- 
peront à meilleur marché. Il y a eu une 
grande penderie tous ces jours paffez en cette 
ville , exécutant par douzaines [e] ce peuple 
qui avoit prinsles armes contre leur royne. 
Toutesfois l'on m'a did que ladicte dame 
avoit faicl grâce à foixante qui dévoient mou- 
rir hier ou aujourd'huy , & après avoir eu 
la corde au col [/]. Je ne fçay fî elle ufera 
de telle mifericorde envers ce qui refte. 
Sire, je prie notre feigneur &c. 



[c] Henrv Gray. 
fa] Jean & Thomas Gray. 
[e] Cinquante huit furent pendus. 
[/j ils furent flétris par cette marque d'ign.0": 
minie, ayant que de recevoir leur grâce. 






ȣ Nouilles. Sp 

M. LE CONTESTABLE à M. DE NOAILLES. 

2 7 février i?f$» 

Le connétable loue V habileté &f la pru- 
dence d'Antoine de Noailles , d'avoir 
été féliciter la reine fur la défaite 
des rébelles 3 qui cependant navoient 
pris les armées que pour empêcher que 
la reine népoufât le fils de. notre en< 
nemu 

Monsieur de Noailles, îe/îeur 
le Claux prêtent pourteur m'a apporté les 
deulx lettres que m'avez éferiptes dçs n & 

ii de ce mois , & le courrier Pierre, qui eil 
arrivé avecques luy , celle du 17 , par les- 
quelles , & ce que cedid pourteur & le gen- 
tilhomme Efcoffoys qu'il a amené quant & 
luy nous ont did à bouche , nous avons 
bien particullre rement entendu comme Ten- 
treprinfe de M e . Wiat eft paffée , Se les gran- 
des exécutions que h royne d'Angleterre 
faifoi* faire pour la démonstration & puni- 
tion de ceuîx qui s'eftoient e/îevez [a] à 
rencontre d'elle , pour empefehier ion ma- 
■ avecques le prince d'Efpaigne , Se 
pour pourvecir à l'avenir que fembiable ef- 
levation ne Ce face à (on préjudice. Vous 



[a 3 Les révoltes fans fuccès ne fervent qu'à porter 
fias loin l'autorité de ceux qui gouvernent. 



J>0 Négociations 

aflèurant que vousfaiâesfervice au roy bien 
agréable , de le tenir ainfy amplement ad- 
verty des chofes dudiâ: pays, & vous prie 
que vous continuyez le plus (burent que 
vous pourrez , ainfy qu'il s'offrira chofe qui 
le mérite. Eilant bien de voitre advis , que 
quelque chofe qui (bit advenue audicï Wiaf, 
il fera bien mal ayfé que ce peuple là puiffe 
endurer Se comporter d'erlre commandé par 
ung prince eftrangier, dont le temps nous 
efclaircira. 

Au demeurant , le roy a trouvé fort à 
propoz l'audiance que vous avez ù'iâ de- 
mander à la royne d'Angleterre fi bonne 
fœur , depuis la pn'nfe & deffaiâe dudid Me. 
Wiat , & que en icelle vous luy ayez donnîé 
telle afîèurance de fa bonne , parflude 3c 
fîrcere amjtié, qu'il l'a veu par voltre let- 
tre du i 7 , & que fi à propoz vous vous 
foyez fervi de l'arrivée par d^là de voitre 
frère, & ne fçauriez mieux faire que de 
continuer à la confirmer tousjours en cède 
aiïeurance & oppinion avecques tous les 
plus hcnneflfs propoz qu'il vous fera polïl- 
ble ; & fî el.'e & les fîeurs de fon con(èii 
viennent à vous parler encores des rebelles 
& transfuges qu'ilz difent eflre pafîëz de 
deçà , vous les affeurerez qu'ilz ne font 
poincl venus jufques à nous - & n'en avons 
eu aukune congnoifTance ; S: s'ilz fe font 
addrefTez en quelques endroicis de ce royaul- 
me , où Ces fubjecls ont tousjours eflé bien 
receuz & recueUijz pour le refpecl: de la 
commune amytié d'entre leurs deux majef- 
tez , ilz ne s y y font poinét fait congnciilre 
pour telz, d'aulaat qu'ilz n'y eurent clié 



de Nouilles. pt 
les bien tenus , & encores moings les voul- 
droit le roy favorifer , n'ayant jamais pente 
de commencer le premier à faire chofe pré- 
judiciable à laJide dame , Se contraire & 
indigne de leurdide amytié. J'ay donné bon 
ordre peur porter jufques en Efpaigne la 
nouvelle du bon traitement qui a eCté faicc 
par delà aux ambafTadeurs de l'empereur & 

aux qui s'y font trouvez, & 

du langaige que tout le peuple tient ainfy 
licencieufement dudid mariaige ; & ne doub- 
te poinâ que l'empereur & ledid prince 
Ton fîlz n'en foyent en grand peyne , & qu'ilz 
ne trouvent la perfedion dudid maris ige 
beaulcoup plus dangereufe & difficile qu'ils 
ne Ce l'eftoient premièrement promis. Je 
n'ay point receu vos lettres des z6, H & 
30 du paiTé , mais bien celle des 1 , 5 & 
4 de ce mois , que ung Anglois a appor- 
tée à Dieppe , d'où elle me fuft envoyée 
fèullement avanthier; & fuis bien délibéré, 
iîtoft que l'ambaiTadeur d'Angleterre fera ap- 
proché d'icy , de luy faire telle plainde de 
la deftrouiTe de vos pacquetz, &de l'outrai- 
ge qui a été faid à Nicolas , chevaucheur 
d'écurie *du roy , & aufTy de la frégate du 
fîeurde Villegaignon , & du refus qu'il z font 
de bailler faufz. conduidz aux iubjeds du 
roy, pafTans par Angleterre pour aller en 
ElcofTe, que je penfe qu'ilz le montreront 
cy après plus gracieulx & retenus en cela 
que de couftume. Me remettant fur lafufrï- 
fance de ce pourteur de plufieurs aultres par- 
ticularités que je luy ay donné charge 
vous dire de ma part, dont je vous prie le 
croire tout ainfy que feriez, ma propre 



$2 Négociations 
perlbnne. Et fur ce, mon/leur de Noaiïlei* 
je prie dieu qu'il vous doint- ce que plus 
délirez. Efcript à Fontainebleau le 27 jouf 
de fcbvrier 15^3. Votre bon amy , Jigni 
.Montmorency. 

Le Roy à M. de N o a i l l e s. 
3 mars 1^3. 

Perte de Saint-Florent dans Vifle de 
Corfe. On prend deux vaijjéaux ds 
l'empereur , chargés de troupes de 
débarquement, 

JViONS de Noailles , par mes lettres cïu 
27 du pafTé , portées par le /leur le Claus , 
je vous ay faict ample refponce à celles 
que j'avois receues aulparavant de vous , 
& adverty de tout ce qui s'olfroitde deçà, 
& fuis attendant de fçavcir par vos premiè- 
res lefuccez que auront prins les chofes de 
delà , au trouble & efmotion auquel elles 
efloient, que je feray très ayfe pouvoir eftre 
au contentement & faeisfaâion de la royne 
ma bonne fœur , pour le deiir que j'ay de 
la veoir en repoz , & vous prie que j'en 
fçaiche d heure à aultre des nouvelles ; & 
afrin que vous entendiez de celles d'icy , pour 
n élire àefguïCces par-delà hors de la vérité, 
je vous envoyé ung extraie! que j'eus hier 
de Prouvence, par où vous verrez lefuccez 
«rue a prins le fiege que les ennemys a\oknt 



de Nouille f, 93 

fois devant St, Florent en Corfeque [iz] qui 
s'eit perdu par la dureté du temps qui n'a 
jamais voulu permettre que le fecours 8c 
safraifchifîëmçnt de gens & de vivres que je 
y-envoyois, vinfl jufques à terre, encores 
que mon armée de mer ayt faict. tout l'ef- 
fort qu'il a été poftible , jufques à tenter de 
combattre celle de l'ennemy qui eiloit beaul- 
jCOUp plus groiTe de gallaires & vaifTeaulx 
qu'ilz tenoient à l'entrée du port du courte 
Bttdid St> Florent, d'où elle n'a jamais ofe 
bouger ; & durant cela a eité la mienne fi 
rigoureufement furprinfe d'ung temporal 
que quatre ou cinq de mes gallaires ont 
donné à travers , de forte que je les tiens 
pour perdues » au moings le corps des vaif- 
feaulx , car la plus grande partie de ce qui 
efîoit dedans s'e& fauve. Mais au mefme 
inihnt il eft advenu que dix de mefdiétes 
gallaires allans chercher le couvert, ont ren- 
contré deuix grands navires des ennemys, 
dedans lefqueiz y avoit quatre enfeignes 
àrEfpaignolz , vieulx fouidats , levez de Na- 
ples peur aller à la guerre de Sienne , fai- 
sant le nombre de neuf cens hommes, leP 
quels mefdictes gallaires ont prins & faiét. 
ouk:e cela ung très grand butin , qui eu 
une telle perte pour l'empereur que vous 
pouvez penfer* Par ledict extraie!:, vous 
fçaurez les chofes p'us par le menu , pour 
:1er g? refpondre par-delà où befoing 
fera. 



[a] Afliégé par André Dgrta, & défendu par 
Paul- Jourdain Urfin* 



$4 NÉGOCIATIONS 

Au demourant, je vous advife que j'ay 
faift expédier les marchands Anglois qui 
font par-deça, desfommes qui leur avoient 
eité adjugées pour leurs déprédations , & 
ufé envers eulx de telle faveur pour le ref- 
pccl de la commune amytic d'entre madide 
bonne foeur & moy, qui, combien que leur* 
condampnations fu fient contre les dépréda- 
teurs , voyant qu'ilz n'ont de quoy payer, 
j'ay prins cela fur mes coffres , & leur ay 
faiâ: bailler une partie des deniers comptans 
& bonnes aliénations du demourant ; par 
ou elle & les feigneurs de fon confeil pour- 
ront congnoiftre de plus en plus le bon & 
favorable traitement que leurs fubjedz ont 
par-deça pour eitre meus à faire aux miens 
qui ont affaire à eulx beaulcoup mieulx qu'ilz 
n'ont eu par le pafTé , & mefme defpefchier 
le paiîlvre Guillaume Legras qui a confumé 
tant d'argent & de teF^<;s h la pourfuite dung 
navire qui luy fuit arrcfté des la mort du 
feu roy Henry d'Angleterre, & aultres infi- 
nis paulvres gens mes fubjeclz , qui s'en re- 
tournent ordinairement peu ou poind fa- 
tisfaids des torts qu'ilz prétendant leur eftre 
faids; dont vous me ferez fervice très agréa- 
ble , nions de Ncailles , de faire vifve re- 
montrance & pourfuitte envers eulx quand 
l'occafïon s'en prefentera , auffy bien que 
font leurs minières par deçà des chofes qu'ilz 
demandent. Efcript à Fontainebleau le 3 
jour de mars 1553- Signé Henry ; Cr J>lus 
bas, de TAubefpine. 



de Nouilles» $$ 



Instruction pour le fieur de 
La Marque fur ce qu'il aura à dire 
au roy £r à M. le conneflabh. Du 4 
mars 1JJ3. 

irimierement , comm£ cefle royne doibt 
partir le 6 jour de ce mois pour s'en aller à 
Hamptoncourt & à Windfors, y faifar.t Ton 
chemin pour fe rendre le 2 jour d'apvril à 
la ville & univ.erfité d'Oxford [a] , à cin- 
quante milles cTicy,où ung parlement fe doibt 
commencer à tenir audjeï lieu pour raifon 
de Ton mariaige , & où Ton doibt enjoindre 
grandes peynes à Tentretenement de la re- 
ligion. 

Dira auffy comme ladiâe dame n'a voullu 
ztTemblerles eiîatsen cède ville pour la hay ne 
qu'elle a aux habitans d'icelle , les ayant 
congnus de maulvaife volume [b] & peu af- 
fectionnez à icelle en ces dernières efrno- 
tions , & di&nt les ungs qu'elle les faifï aufïy 
tenir audict Qxfort, pour tous'ou's s'ap- 
procher du lieu où le prince d Efpaigne doibt 
faire fa defeente , & mefme qu'elle déli- 
bère , après ledicl parlement tenu , pafïèr 
plus advant & aller faire quelque fejour à 



[*] Qui pafioit pour la plus illuftre de l'Europe ; 
après celle de Paris. 

[fc] Les habitans de cette capitale ont toujours 
cri en poflefTion de faire la bonne ou la mauvaiP» 
defHnée de leurs fouverains^ dans les révolutions 
frétât. 



cô Négociations 

Yorck , qui n'eilpas loing de Brifto , où l'on 
eiume que ledid prince pourra venir des- 
cendre. D'aultres veuilent auiïy dire qu'elle 
va en ce quartier pour conforter fa fron- 
tière du couflé d'EfcoiTe, pour laquelle elle 
eil entrée en quelque craincle & foubçon [c], 

Diralediâ la Marque comme iadiâe dame 
délibère faire marcher ordinairement avec- 
ques elle en ce voyaige quinze cens hom- 
mes de cheval pour la feurté de faperfonne, 
& desjà a envoyé devant quelques pièces d'ar- 
tillerie jufques audicl Windfors, qu'elle ve-ult 
zuïly faire traifner par pays après elle, faifant 
faire levée de bon nombre de gens de pied; 
une partie defquelz l'acccmpaignera , & l'aul- 
tre fera envoyée , comme Ton dicl delà, la 
mer pour renforcer les garnifons de Cala} s 
& Guynes , pour raifon d'une jaloufie où 
ladifté dame eft entrée defdides places , «à 
caufe de l'ailemblée de gens que M. le ma- 
refchal de St. André [d] a commencé défaire 
en Picardie , iefquelz, comme le bruicl eft 
icy, font afîèz près d'icelles. 

Dira aulTy comme ladicte dame defpuis 
peu de jours a prins|trente mille livres fîer- 
lins à intereft de la ville d'Anvers» pour 
fàtisfaire au payement defdicts Calays & 
Guynes, lesquelles n'avoient, comme l'on 
dict, deulx ans y à receu argent. 

Fera aufTy entendre que ladide dame efl 
en teiie necefîitc d'argenr , qu'elle eft tous 
les jours aux emprunts , & jufques aux plus 

M» 1 "" ■ " > " ■ 1 , 11 .i 

[cj A caufe de la démiflloa du régent en faveur 
de la reine douairière. 
[d] Jacques d'Aibon. 

petits 



b s Nouilles. $J 

■petits & privez pourvoyeurs de fa maiicn, 
ne peulventeflre fatisfaicls ny payez de leurs 
frais advancez, & auffy qu'elle entre tous 
les jours en plus grande & nouvelle defpence, 
comme de la foulde de Tes gens qu'elle fa ici 
lever , frais du parlement qui Ce doibt tenir, 
& aultres chofes extraordinaires qui ne font 
de peu de coufl. 

Fera auiîy entendre ledid la Marque , 
comme le mal contantement de Ces fubje&z 
ne diminue en rien , mais au contraire ac- 
croift tous les jours ; & veullent les ungs 
dire que Ci ladicte dame a une fois abandonné 
cefte vil'e , que le peuple d'icelie s't /lèvera 
peur chafîer & faccager le demourant des 
élira ngiers qui y feront demourez , difant 
qu'ilz font caufe de leurs malheurs, & que 
pour raifon d'eulx ladi&e dame farci; mourir 
tous les grands & vaillans hommes de fa na- 
tion ; & en: à croire que pour faire cefTer 
celle occafion, elle a faift faire la criée der- 
nière par laquelle eft commandé &enjoinft 
à tous les eltrangiers [e] qui ne font natu- 
ralifez dans ce pays, de vuyder dans vingt 
quatre jours hors ce royaulme. 

Dadvantaige que quelque pacifiement que 
ladicie dame ait mis en ces derniers trou- 
bles , C\ ne Ce peult elle bien afTeurer de n'eftre 
oftènfce en fa propre perfonne , de façon que 
tousjours defpuis elle a faict coucher, ouî- 
tre Ces gardes ordinaires , vingt-cinq ou trente 



[e] Cela regardent principalement les François 
proreftans qui s'étoient réfugiés en Angleterre , foua 
Je règne d'Edouard. 



<$"% N EGO CI AT I O N S 

" gentilshommes [y] dans (a fallede prefènce, 
quieil auprès de (à chambre, lefquelz, deulx 
..foi* la nuid vont faire la ronde & visiter 
>out Je palais qui eft afîèz de demonltra- 
iion ; qu'icelle dame via; en une merveii- 
leufe craincïe & foubçon , Se qu'elle n'a 
guieres de fiance en ceulx mefmes qui font 
les plus près de fa majefté. 

Dira toutesfois qu'elle a tant affoibly (on 
peuple , luy ayant ofté tous les perionnaiges 
qui les pourroient conduire & faire eflever, 
iaifant mourir les ungs , aultres bannis, & 
la plufpart deftenus en les prifons ; de fa- 
çon qu'il leur refte bien peu de moyens d'em- 
pefchier ny contredire à choie qui fbit de la 
yolunté de ladide dame. 

Et pour plus encores les affoiblir & ren- 
dre fans nulle puiiTance , délibère , ainfy 
qu'on a adverty le fîeur de Noailles , de 
ïeur ofter les armes ; & pour ceil effed veult 
jdans peu de jours faire faire les monftresge- 
neralles par tout fon royaulme , feignant 
voulloir fçavoir à la vérité de combien 
.d'hommes elle peult faire eftat en toutes Ces 
forces , & avoir des commiffaires es lieux 
où lefdides monflres fe feront pour fe iaifîr 
de toutes lefdi&es armes & icelles porter 
dans les chafteaulx & places fortes qui font 
■dans les provinces où icelles afïèmblées le 
-feront. 

Dira aufly la Marque , comme lorfque le 
«ardinal Polus arriva à Bruxelles , î'em- 



f/] Un prince aimé de fes peuples , 
«ai des $uc de fujeçs. 



a autans «je 



SB N O A I & L E Ù Ç$ 

-pereur luy envoya au-devant les premier* 
|r plus grands perfonnaiges de fa court, Se 
fr.il porté le poeile fur icelluy cardinal par 
là ville , marchant le prince de Savoye [gj 
à Ton coufté , & après M. d'Arras [A] au 
-coulU d'un evefque de la compaignie du- 
dict cardinal , Te continuant tousjours le 
hruiâ. par-deça, que bientoŒ il pafTera en 
France , & cuyde que de p relent il foie 
party. 

Dira dadvantaige comme Me. Maflbn [ i ] 
'eii revenu de devers lediâ empereur , Se 
<m'il print congié de luy dans le lia: , (ê 
trouvant fi foible qu'il fallut trois ou quatre 
gentilzhommes pour luy foultenir le corps» 
les bras , & luy guyder la main pour fîgner 
la lettre qu'il efcdpvoit à ladi&e dame. 

Aufly dira comme l'on a donné advis 
sudict lîeur de Noailles , qu'icelluy empe- 
reur, depuis fept fepmaines a cafTé cinq ou 
lîx mil hommes de pied Wallons , & defpuis 
a envoyé en Allemaigne pour faire levée 
de vingt mil Allemans. 

Dom Ferrand [&] a eflé mandé de Milan 
s'en venir vers luy , & eftime l'on qu'il y 
peult eûre de prefent, difant les ungs que 
c ? eft pour demance qu'il a de ion fervice , 
& d'aultres que c'eft pour s'en fervir du couflç 
de deçà» 



[g] Phileberc Emmanuel. 

[/i] Granvelle. 

{" i j Secrétaire d'état* 

[f] De la maifon de M antoue, grand capitaine <£ 
habile politique , mais odieux au peuple & aux foi- 
d*:e , à caufe de foa varice» 

Eij 



XOO Négociations 

Prefentera le livre imprimé des articles S 
•aciesiaicls au dernier parlement ; & au pre- 
mier fe trouvera Patte par lequel appert le 
divorce de la royne Catherine , mère de 
ceftedîcle royne avoir eité mal faitt , & pai 
ainfy defclaire tacitement madame Elizabetl 
illégitime. ; 

Dira auily ledîct la Marque , comme eeiî< 
royneaeftéadvertie que M es . Picquering [/] 
Yon , & infinité d'atiitres gentilshommes $ 
font retirez en F an.ee defpuis l'arrivée pa 
delà de Pietro Càro ; chofe qui la troubl 
merveilleufement , faifant de tant plus ac 
crciitre les foubçons qu'elle a envers Ce 
fubjects, eftimant auiTy que telz, perfonnai 
ges feront pour perfuader au roy de fe de( 
claircr à la guerre contre elle, ou pour 1 
rncingz faire par foubz.vnain plufîeurs groffe 
entre prinfes en fa deftaveur. 

Wiat a defcQuvert beaulcoup de gentilz 
hommes. 

Jehan Wulhan afouy , & did-l'on qu'il e 
pour revenir. Ledid Wulhan efl l'ung d< 
quatre cappitaines de celle royne, vaillaj 
perfonnaige. 

Madame Elizabeth efl guérie , & areche: 
ché de parler à la royne , que luy a ef i 
refîufé jufques à ce que elle Ce foit juttifié 

Auffy dira , que ladide dame & feigneu 
de fon confeii font courre le bruict que 1\ 
ïe marekhal de Sainft-Àndré elt avecqu* 
grandes forces à l'entour de Guynes 



[/] Depuis un des miniflres & des favoris d'E 



h M N O AÎL L £ Si iOÏ 

^Câllays, pour entreprendre quelques cho- 
e 'fès fur icelles places, & que les Efcofîbys 
I e ont courra leurs frontières d'Angleterre , &, 
ae bru/lf leur pays ; faifant le roy préparer 
a [lihe grande armée de mer, pour entrepren- 
1 dre fur ceulx de cefte nation, qui font tous 
myfteres joués par Tadvis , comme j'eftime, 
^ de Pambaflâdeur de l'empereur & de Paget, 
•Ipour de tant plus efmouvoir ce peuple con- 
fi tre ledicl feigneur , difant dadvantaige que 
' a fa majeité eft caufe de toutes les fubverfîons 
* & troubles de ce royaulme. A quoy je in/ifte 
I de toute ma puiflance, pour faire entendre 

I au peuple & à ung chafcun tout le con- 

II traire. 

Et feroit po/Tible b'en à prcpoz que de 
la part dudicl feigneur fu fie rit faicles plu- 
fïeurs criées, tant à Paris, Rouen, Bour- 
deaulx , que aux frontières & codes de Pi- 
cardie , Normandie, Bretaigne , Guyenne 
& aultres lieux où les Anglois habitent & 
fréquentent , pour ofler telz bruiclz & foub- 
çons que ceulx de celle nation ont entendu 
par deçà. Qui font caufes d'empefchier le 
trafficq & négociation de la marchandife ; 8c 
que pour celte occafion fa majefté fa ici def- 
clairer & publier à ung chafcun que fon in^ 
tention eft non feullement de vouiloir en- 
tretenir la paix & amytié qu'il a avecques 
ceûe royne , mais aufiy avecques fesroyaui- 
mes , pays & fubjeclz. Commandant à tous 
les fubjeclz d'icelluy feigneur de faire pour 
ceft effecl toute la faveur & bon trai&ement 
qu'il fera poifible à tous les Anglois & aultres 
fubjeclz de ladicle dame. 

Dira que Picquering a envoyé de Dieppe 

Eiij 



Î02 NÂ G OC I AT 20 M » 

une lettre à celte royne & à quelqu'un de Ces- 
amys , pour obtenir la bonne grâce de la- 
dite dame , juftifriant les raifons de fon allée 
par-delà , pour feullement en ces grands 
iroubles fouir l'occafion de fon indignation 
Se recherchant le moyen de fon retour. 

Ce que ladide dame luy a desjà accordé 
& envoyé fecrettement perfonnaige devers- 
icelluy Picquering , pour qu'il veuille & 
jpuiiïe fonder & fentir les entreprinfesde Pie - 
iro Caro & aultres Anglois , & mefme s'il, 
peult encores , celles du roy , à quoy fera, 
bon de pourveoir. 

Qu'il feroit bon , comme fèmble audîcl, 
fieur de Noailles , de rechercher par lettre 
exprefîè celle royne, fur l'empefchementr 
«mi eit faid aux ferviteurs du roy de pafTer 
en EfcofTe, & de plufieurs aultres griefs, 
comme mes pacquets prins & retenus; &, 
la fregatte de Villegaignon rompue dans le 
port , & aufîy de ce que nul de Ces fubjecu 
ne peult avoir expédition par-deça, qui eft. 
bien au contraire de la bonne & briefve juftice- 
que ceulx de ladide dame reçoipvent en 
France, qui font toutes chofes qui ne fen- 
tent rien des bons propoz qu'icelle dame tient- 
& faid tenir à l'entretenement de la commu- 
ne amytié du roy & lienne. 

Que j'ay eu a'dvis comme le gouverneur 
«TEfcofFe [w] s'eft defehargé du gouverne- 
ment qu'il avoit , de quoy cefle royne & 
lès confeillers font merveilleufement mar- 
ris ; & m'a l'on did que le comte de Le- 



[m] Jacques HamiltOB, 



É*É Nouilles* l'OJ; 

ne a |>] tient quelques propoz d'aller bien-' 
ioû fur celle frontière d'Efcoiiè pour y faire 
quelques menées , & femble audîct lîeur de 
Noaiiles qu'il feroit fort raifonnable de ren- 
forcer les garnifons qui font audict EfcofTe 9 
pour ce que les comtes d'Aiguemont&d , Ho^• , 
nés font icy de hier venus en pofte, feignant 
s'en debvoir retourner en Flandres , mais 
que j entends qu'ilz s'en vont quérir le prince 
cl'Efpaigne avecques. 

Et aulTy prefemera les articles du mariaige 
de cette royne avecques le prince d'Efpai- 
gne, & fçaura s'il doibt rechercher envers 
ladide dame de veoir l'article dernier par 
jèquel cil parlé de la France , ou s'il doibt 
attendre que ladiâe dame ou feigneurs de 
fon confeil l'appellent pour le veoir , at- 
tendu qu'il en a desjà faid inftance , & qu'il 
lùy a efté accordé qu'il le verroit» 



[ n ] Mathieu Stuart. 



M. : LE CONNESTABLEà M. DE NOAILLES a - 

8 mars IJJ3»- 

Flaintes' réciproques des François & 
des Anglois. 

Monsieur de No ailles, je vous eferip- 
vis dernièrement par le Claus , que à la pre- 
mière audiance que FambaiTadeur d'Angle- 
terre demanderont > je ne fauldrois à luy re- 
saonûrer les infolences & indignitez dont il 



104 N £G C IAT T NS 

a efté ufé pardelà envers les ferviteurs du 
roy , & aultres chofes qui le toufchent & re- 
gardent, afnn qu'il connuftle peu de con- 
tantement que le roy en doibt avoir pour en 
efcripre par-delà, Suyvant cela il eft advenu 
que defpuis deulx jours , il eft venu difner 
avecques moy à Fontainebleau ; & au fortir 
de là , l'ayant mefné en ma chambre il a 
commencé le premier à Ce plaindre , me 
difant qu'il avoit eu lettres de la royne fa 
maiftrelîe pour faire derechief remonitrance 
au roy de ce que Fietro Caro [a] s'efîoit re- 
tiré en la cofte de Normandie , ayant ap- 
pelles attiré à luy plufieurs Anglois rebelles 
& transfuges & quelques ungs de ceulx qui 
fontdesjà au fervice du roy , en intention & 
délibération d'entreprendre quelque chofe au 
préjudice de ladicle dame fa maittrefTe ; qu'il 
avoit fceu véritablement qu'il eftoit là & 
donné tel ordre d'obferver fesadions & dep- 
portemens, qu'il fe trouvait que luy eftant 
arrivé par- deçà fans ung feul liard } avoit 
neantmoings efté fecouru d'argent , dont il 
avoit achepté nombre deharquebufes & aul- 
tres armes, auffy avoit trouvé ayde de poul- 
dre, & l'avoit on accommodé de quelque 
vaiffeau qui font toutes chofes qui regar- 
doient le détriment des affaires de fadide 
maiflreffe , laquelle pour celte caufe & pour 
le refpect de la commune & bonne amytié 
qui eu. entre leurs deulx majeftez , deiiroit 
bien qu'il plcufl au roy , fuivant les traiclez , 



[a] Il paîfa depuis ea Irlande , ou il mourut fous 
(c règne d'Elifabetk» 



DE No AILLES* IOy 

faire rendre & remettre en fa puifTance ledict 
Caro & autres rebelles de fa qualité. Il me 
parla auffy de quelques gentilshommes An- 
glois qu'il diâ avoir efté arreftez à Breft , & 
de certains navires qu'il prétend y avoir efté 
depredez > faifant comme tous ceulx qui ont 
mal fdicl qui commencent les premiers à 
tenfer. Je luy feis refponce, comme jà je 
vous ay efcript , quant audid Caro , qu'il 
ne fe trouvoit plus par-deça , & que s'il y 
efloit venu , ce avoit efté foubz la commune, 
bonne & franche liberté que ont les Anglois 
de venir en ce royaulme ; & pour con/îdera- 
tion de ladicte amytié , ilz y avoient trouvé 
& trouvoient ordinairement tout tel, auffy 
bon & favorable recueii & trai&ement que 
ies propres iûbje&z du roy^ &encores meil- 
leur s'il en eftoit befoing ; que cela eitoit 
caufe que l'on ne s'enqueroit pas du nom 
& qualité des perfonnes , & efloient indif- 
féremment tous ceulx de fa nation venus 
& receuz en ce royaulme avecques toute 
la faveur qu'il eftoit poffible , n'ayant ledict- 
feigneur failly défaire dilligence de fç avoir 
û lediâ Caro feroit en fon royaulme , pour 
eflant de la qualité que difoit lediâ; ambaf- 
fadeur en gratiffier ladicte dame , encores 
que le femblable n'a pas tousjours efté ob- 
fervé en l'endroicl: dudid feigneur , 
quand il avoit faid requefîe de quelques ungs 
de {es fubjedz transfuges en Angleterre, 
que l'on fcavoitbien combien de temps Lar- 
tigue avoit efté contre fon intention retenu 
par delà ; defpuis ung aultre nommé Berthe- 
ville qui y eit encores , & fraifchement ung 
nommé de Cheffelles , fa femme & une aulue 

Ey 



T06 NEGOCIATIONS 

nommée la dame de Sain^i-Peravy , que 
ledid feigneur avoit faicl requérir par plu- 
sieurs fois , dont il ne s'eiîoit enfuivie aul- 
cune (atisfaclion ; non que je voulfifTe met- 
tre cela en efchange de la pourfuite qu'il 
faifoit dudicl Caro , mais Nullement pour 
exemple ; & au regard defdids geatilz-hom- 
mes arreflez à Breil , qu'il n'y avoit rien fî 
vray, que ayant le gouverneur dudid lieu 
veu que peu auparavant ung navire Anglois 
qui avoit elle longuement dedans le port , 
& là bien trai&é & rccueilly , avoit attendu 
à partir ung aultre navire François qu'il 
veoyoitpreft à faire voifle , chargé de riches 
marchandifes , lequel au partir de la radde, 
& à la vcue de tout le monde il a afTailly , 
pillé & emmeiné ledicl: navire François , ne 
f cachant qui eftoient lefdîâs gentilz-hom- 
Tnes Anglois ; & à la plaindre de ceulx qui 
avoient part audiâ navire depreddé , dont 
la playe eftoit encore récente, auroit ledi<fc 
gouverneur fai&arrefterleurdicT: navire; mais 
cela n'avoit duré que du jour au lendemain 9 .. 
congnoifTant qu'ilz ne fçavoient rien de la- 
difte déprédation , encores qu'il euft bien 
defcouvert qu'ilz alloient devers le prince 
d'Efpaigne, & ne feufl fans doubte qu'il y 
cuft quelques Efpaignolz parmy l'efquipaige 
de leur vaifTeau : que quant aux aultres na- 
vires qu'il dicl avoir efté depredez , que la 
vérité en feroit fceue , & en feroit-on faire 
la réparation telle qu'il appartiendroit , 
tout ainfy qu'il avoit congneu avoir efté 
faicl par cy-devant des aultres choies qui 
eftoient venues à la congnoiiTance du roy & 
des feigneurs de fon confeil , & que nous 



de Nouilles. J07 

fous contenterions bien grandement que 
l'on en ufaft ainfy fînecrement à l'endroid 
des nôtres pour les torts que l'on nousfai- 
foit tous les jours, & encorcs defpuis peu 
de temps; & là-deflus commencé à luy par- 
ler de l'oultraiga faiéfc au chevaulcheur Ni- 
colas , portant le pacquet du roy , qu'ils 
mirent prifonnier au lieu de Grave/înd , luy 
ofterent Ces pacquets , Con argent & Ces ar- 
mes. Depuis firent le femblable àung An- 
glois defpefché de vous avecquesungaultre 
pacquet ; & lequel , après avoir efté tenu 
prifonnier quatre ou cinq jours , fuft mené 
devers les feigneurs du confeil de ladicle 
dame , qui le menafîerent de le faire pendre 
û jamais il prenoit charge de rien porter 
de vous ; de la fregatte du fîeur de Ville- 
gaignon rompue & brifée par leurs gens au 
port de IVIargatte ; du reffus qu'ilz font de 
bailler paffeport aux fubjeetz. du roy pour 
aller enEfcoffe; de la grande longueur que 
l'on tiend à nofdi&s fubjeetz pour avoir 
juflice & reftitution des déprédations que 
i "on a faiâe* fureulx, mefmement du tort 
que l'on tienct au paulvre Guillaume Le- 
gras, marchand de Paris ; des nouveaux im-- 
qu'ilz mettent fur la marchandife qui 
efl menée de France par delà , & de la li- 
berté qu'ilz oflentà nos paulvres marchands 
quand ils font par-delà d'en faire leur prouf- 
fea, Que c'efloient toutes chofes fi efloignées 
de Fhonnefteté que l'on obfervoit en France 
à l'endroid des leurs , que c'eftoit à nous 
de nous en plaindre à bonefeient, & d'infi- 
nies aultres petites rigueurs que nous voyions 
ci fentions indignes de cefteleuramytié , que 

E vj 



1o8 Négociations 

je ne pouvois penfer efîre fceues de la royne. 
& des feigneurs de fon confeil , dont je 
m'eilois bien voullu defcharger à luy ? le 
congnoiffant homme bien & qui a tousjours 
faict demonflration d'aymer l'entretenement 
& augmentation de celle mutuelle amytié > 
affin qu'il en efcripvift par delà, & tefmoi- 
gnaft le fincere depportement du roy en 
toutes ch :>fes qui regardent & concernent 
fadide dame & fesfubjedz , où il ne fe trou- 
vera jamais faulte de Ton coufté , comme 
ledift feigneur eftime qu'il ne fera de celluy 
d'elle , qui ayant jufques icy faiefc tenir tant 
d'honneftes paroles de Ton affeclion & fin- 
gulier defir à la continuation de leurdide 
amytié , dont je luy en touchay aulcuns 
& des plus preignans , mefme de ceulx qui 
ont pafie entre elle & vous en ce pourparlé 
du mariaige dud'd prince & d'elle , dont je 
ne vous feray redicte. Mais j'ay bienvoullu, 
monfieur de Noailles , vous faire ce long 
difeours des propo2 pafïes entre nous deulx , 
defquels il doibt eferipre bien au long par 
delà , aifin de veoir iî ce fera au mefme 
langaige , & que vous en puiflîez ainfy refpon- 
dre & parler où il fera befoing ; faifant toute 
l'inftance qu'il vous fera poflible pour avoir 
raifon deschofes deflusdides, & à ce mef- 
mement que l'on aye dorefnavant aultre ref- 
pect à l'endroid de nos pacquets & des fub- 
jec~ts qui trafiquent par-delà , & ayent ré- 
paration du pane , ne pouvant croire pour 
le longtemps qu'il y a que n'avons point de 
vos lettres , qu'il n'y ait encores quelques 
empefehement au paifaige de vofd.'ts pac- 
fluets , d'aultant que vous n'auriez pas efté 



de Nouilles. IOQ 

uçfpuis le \6 du paffé fins nous faire fçavoir 
de vos nouvelles, mefmement que l'on dift 
que toutes chofes font de prefent en fort 
bon train par-delà pour le repoz & fa tis fac- 
tion de ladicte dame , dont le roy a eu grand 
plaiîîr. De Nemours le 8 jour de mars 1^3. 
L'ambaiïadeur d'Angleterre nousaadver- 
tiz que le comte d'Aiguemont eft retourné 
en Angleterre , & avecques luy le comte 
d'Horne3 , dont vous me ferez plaifir me 
faire fçavoir des nouvelles , & de ce qu'ilz 
y auront faift. 



REMONSTR^NCEde, Vambaffadeur 
d'Angleterre , envoyée à M, de 
Noailles. 

Ayant l'ambaffadeur [a] d'Angleterre en- 
tendu que Me.Pietro Caro, Wyalin , Cour- 
tenay , Eyllegrey .& aultres gentiizhommes 
avecques une grande fuite d'Anglois à fon par- 
tement de Paris , eftoîent venuz à Rouen , 
& delà allez au Havre de Grâce pour Ce 
mettre fur la mer, & avecques quelques 
ques vaifTeaulx faire la guerre à l'empereur 
& fes fùbjefts , & que journellement il ar- 
rivoit devers luy ung nombre infîny d'An- 
glois. 

Il envoya de Ces gens tant à Rouen que 
audiâ: Havre , pour fçavoir le nom de tous 
les Angloisquiy eftoieiit & accompagnoient 
ledid Me. i'ietro Caro , & leur commanda 



03 Wotoo ? doyen de Kantorbéry & dTorc t 



HO Négociations 

s'enquérir dilligemment de leurs entreprinfès 
& délibérations. 

Il fuft adverty comme il y arrivoit tous 
les jours une infinité d'Anglois , d'Angle- 
îerre , de France & de Flandres, & que 
îous demandoient d'eftre employés au fervi- 
ce du roy , pour faire la guerre à l'empereur 
fur mer, difans tous d'une voix que jamais 
ilz ne comporteroienîque ung prince eftran- 
gier les dominaft. 

Dadvantaige, il eult advis que une corn- 
paignie de chevaulx legiers Anglois qui 
eftoit au fervice du roy en Picardie , eftoit 
allé trouver ledid Me. Caro , & s'efloit of- 
ferte d'aller avecques luy fur la mer , & 
courre la mefme fortune qu'il courroit. 

Etdefpuis , fçaichant que Me. Cray , capi- 
taine de cent chevaulx Angiois , eftans au fer- 
vice du roy eiloit à la court, pourfuyvant 
quelque recompenfe pour fa prifon avecques 
n ou i? gentilshommes Anglois, il les 
envoya quérir & leur dict ; vous avez en- 
tendu la mutinerie & rébellion qui s'e. 
faicte en Angleterre contre la royne noitA 
fouveraine dame ? & les aulteurs & fac- 
teurs d'icelles ; il fault que vous fçaichiez 
Tocca/ion qui les a meux de ce faire , & 
i'bubz quelle couleur ilz pafTent journelle- 
ment deçà la mer, & nos Anglois mefmes 
qui font dedans leur adherité , commeafaid 
une compaignie des chevaulx legiers qui font 
au fervice du roy , qui eil allé trouver les 
rebelles pour fe joindre à eulx , & faire la 
guerre aux Imperiaulx , laquelle occaiîon 
n'ett venue que d'aultant que noftre royne 
a contradé mariaige avecques le prince d'Ef- 



D E No AILLES» I I ï • 

joigne , chofe qui vous defplailt & ennuyé , 
& dont vou^ demourez mal contant , pen- 
dant que noftre royaulme doibve eftre fub-* 
jecl à des eflrangierj, & que les Angloisde- 
moureront à jamais efclaves des Efpaignols; . 
difantque fi le prince y met une fois le pied, 
il s'y fortiffièra de façon que les Anglois 
feront perpétuellement fubje&s , s'impatro- 
nifant des places fortes & y mettant fi groffes,- 
garnifons d'Efpaignolz , qu'il pourra faire ce 
qu'il vouldra du peuple & du pays. 

Tous ces difcours qui font en Angleterre 
&vous aultres faiftes , penfàns que noltre 
ruyne & deftruefion totalle dépend de ce 
mariaige 5 je veux vous monftrer & vous 
faire toufeher par vifves railbns avecques la 
main , que eulx & tous ceulx qui les font & 
les prennent ainiy font en grande erreur; & 
que ni eulx ni les aultres qui font en celle 
oppinion ne les ont bien difeouruz , pefez 
ne balancez au bien, utillité, confervation 
8c augmentation de noitre royaulme , mais 
pluftoit à la ruyne , deftruclion & fubyerlîon . 
d'ice.Uuy & de nous tous. 

Et qu'il ne foît vrày , vous voyez & touf- 
chez avecques la main que le roy de Fran- 
ce eft ung très grand prince, & qui pour 
la grandeur , puiffance , richeffe & union de 
fon royaulme, croift & augmente fon em- 
pire de jour en jour ; c'eft pour l'accroiflre 
de plus en plus. Vous voyez qu'il a en fa, 
puiffance ung royaulme -d'Efcoflê & la roy ne 
en fa main , quieft ung ligne & une menace 
à nous aultres , & une bride à noftre royaul- 
me* Il a acquis ung duchic de Lorraine , qui 
eft.uiie clef & .feuretc de fon royaulme, & 



ÏI2 Négociations 
vng chemin pour s'aggrandir plus advant ï 
ou pour le moings clone le chemin à Tes 
ennemis. Vous voyez ce qu'il a acquis en 
Itallie & acquiert continuellement , &' la 
bonne ifiue qui luy en vient , moyennant 
laquelle il croift & aggrandifl Ton empire , 
non tant au bénéfice de fa couronne feulle- 
ment, mais de la réputation qu'il acquiert 
par le monde entre tous les princes & po- 
tentats. 

Vous voyez la guerre continuer & devenir 
tous les jours plus forte & gagliarde , & qu'il 
ne luy manque gens de toutes fortes & na- 
tions , ne luy manquent cavallerie , appa- 
reilz pour la guerre , capitaines & threfors , 
& qu'il ne luy manque l'union & concorde 
de Ces fubjeâz dans Ton royaulme pour 
continuer & entretenir la guerre en quelque 
lieu qu'il vouldra, & aura mis le pied pour 
s'accroifh'e &pour fe derrendre auffv ce i'ef- 
foit de Tes ennemys ; & par-ià vous pouvez 
juger que advenant la mort d'ung empe- 
reur , fur les difeordz qui font en noftre 
royaulme, comme vous verrez qu il eft peu 
iîable & fùbji et à nouvelle^ rebellions , Se 
lur une telie oççafîon avecques le bras & 
l'entrée d'Efcofiè & la faveur des rebelles, 
que lediâ royaulme n'efl pas feullement en 
péril eminent , mais qu'il eft pour demou- 
rer perpétuellement fubjed desFrançois pour 
la façon dont Ton ufe maintenant au fâïà 
de la guerre , différente de celle de nos 
predecefieurs ; car en ce temps là Ton venoit 
au combat 8cà une bataille , où la force des 
hommes belliqueux & courageulx donnoient 
la victoire & dexnouroiem dominateurs de 



'b f Nouille si Hj 

tout. Mais maintenant les royaulmes s'ac- 
quièrent par mettre ung pied fur l'eftat de 
voiîre ennemy , où il fe faid unefortereffe, 
laquelle fe munift fort bien , & puis il s'en ac- 
quiert une aultre, de façon que de main en main 
tout s'acquiert & procède l'on par ce moyen 
d'indufîrie , & peu fouvent vient on à la 
bataille. Oultre cela, vous fçavez l'ancienne 
hayne & inimitié qui efî entre nous & les 
François. Vous fçavez que France efl: ac- 
coutumée de payer une penfîon de cinquante 
deulx mil efcus par an. Qu'il y a de grands 
arreraigesdu pafTé , que noftre roy ou royne 
portent le nom & tiltrede France , lefquelies 
caufes avecques les aukres fufdi&es, inci- 
tent & provoquent ung prince grand com- 
me eft cefïuy-cy , à fe reffentir & fe oflec 
une telle fubiedion de delfus les efpaules & 
de devant la face , & mefme eftant jeune &: 
puiifant , & fur une belle occafion comme 
celle qui fe prefente , eftant noflre royaulme 
en difcord & n'ayant qu'une royne Se non 
poind ung roy , ayant ung royaulme d'Ef- 
coffe derrière à nos efpaules, eftant luy armé 
& continuellement en armes, & venant là 
deffus la mort d'ung empereur qui n'ell pas 
pour vivre guieres longuement, pour lade- 
bilitation & indifpolition de (on corps. 

Confîderez, jugez & poifez bien en queli 
termes, en quel eftat , en quelle mifere & 
en quel péril demoure & feroit noitre royaul- 
me, & ne veuillez eftre caufe de la ruyne 
& fubjection de nous & nos enfans , laquelle 
ces rebelles avoient ja préparées. Mais dieu 
n'a poindvouliu permettre que ung fi grand 
ynal adyinit , à la prière des bons fubjeetz 



î-ï 4 Ne G O C î AT î O Pt 

qui font audict royaulme, qui ayment leur 
princefFe & le bien publicq , & prient dieu 
inceiTammentpourlaprofperité & repozdu- 
dic"l royaulme ; lefquelz font bons chre£- 
tiens, & craignent dieu & l'adorent comme 
doibt faire ung bon chfeftien, Srnon poincl 
comme font ces rebelles qui Te font muti- 
nez, partie pour empefchier ledid mariaige, 
êc partie pour conferver & maindenir cefte 
fàulfe religion , lefquelz tous à caufe de la 
faulfetc- dicelle , dieu a permis tumber en ce 
pefché pour les extirper du tout , affin que 
les bons demouraflent , qui fuyvent la bonne 
religion. Et quant audift mariaige , pour 
Vous faire entendre le bien & utiJlité qui en 
enfuyvra pour la confervation & augmenta- 
tion dudid royaulme ; premièrement , l'em- 
pereur a capitulé que nous conferverons & 
demeurerons en nos anciennes loix , les- 
quelles il nous promet n'altérer jamais en fa- 
çon quelconque. Il ne veult s'empefehier de 
mettre ou ofter les capitaines, officiers & fol» 
datz des places fortes de noflre royaulme ou 
hors d'icelluy. Il ne veult mettre officiers de 
quelque qualité que ce foit en la court. 11 
3ie veult mettre gardes auprès du prince , 
d'aultre nation que àcs Anglois propres. il 
veult que ledict prince arrive là avec (on train 
ordinaire. Il ne veult poinct qu'il ait armée 
de mer quelconque que des Anglois, & ne 
veult qu'il y ait aultres garnifons ny dans le 
royaulme ny dehors que des Anglois; fi le 
confe il de la royne ne demande quelque ban- 
de d'harquebuziers, comme il feit du temps 
du roy Henry VIII , lequel pour n'élire les 
Anglois exercices à manier l'harquebuze , 



DE N-0 st I LL E S* 17 5' 

fuuldoyoit des foldatz eflrangiers , & feni- 
blablement de la cavallerie legiere. 

Voilà ces forces avecques lefquelles l'em- 
pereur & le prince veullent fubjuguer l'An- 
gleterre ; d'aultre part , je vous veulx mon£* 
trer ie bien qui en proviendra. Le premier 
fiiz que le prince aura de noftre royaulme^ 
fera roy d'Angleterre & feigneur de Flan- 
dres , fera filz d'ung roy d'Êfpaigne & frère 
de l'héritier de la couronne d'Efpaigne 8c 
coufîn germain d'ung roy de Bohême & roy 
de la couronne d'Hungrie , dont noftre roy 
viendra à eftre plus puifTant & avoir les bras 
plus longs pour fe deffendre de Ces ennemis» 
Il aura plus de commodité d'avoir les cho- 
Ces necelTaires pour le faid de la guerre, qu'il 
n'a de prefent, pour ce que venant la guerre,, 
il fera fourny de cavallerie de toutes fortes , 
a caufe de la Flandres, dont maintenant' 
nous avons faulte. Nous aurons abondance 
de toutes fortes d'armes , munitions & appa- 
reils pour la guerre dont nous avons.befoing, 
& que nous ne pourrions recouvrer fans la 
commodité de Flandres , duquel pays vous 
voyez combien nous tirons de commoditez, 
& y portant & débitant toutes les marchandi- 
ses, de noilre pays & en rapportant des riche£ 
fes incroyables; &en fomme nous dilaterons 
&eftendrons noftre empire de la mer, d'ung 
pays très pumant très riche &- fertile; 8c 
moyennant icelluy mariaige nous ferons a£ 
feurez de ne conferver pas feullement noftre 
royaulme, mais de l'amplifier & augmenter 
pluftoft, & fera ofté le moyen 8c coupé le 
chemin à nos ennemis de ufurper le pays 
d'aiâtruy , s'ilz avoient maulvaife volunté & 



1\6 NÊG0Ù7 J4TÎ0NS 

piuftoit eftre contrainds de défendre le Iêuf 
& demourer en paix , & mefmement Te trou- 
vant au milieu de trois princes puiiTins tous 
frères & coufins , ayant devant l'Angleterre, 
par flanc la Flandres & l'Efpaigne , ung roy 
de Bohême & de Hungrie derrière aux eC- 
paules ; & pour ce , ne vous laiifez vaincre 
& aveugler de l'ignorance , & notez bien le 
tout avecques plus de jugement, & croyez à 
oeulx qui ayment la confervation du royaul- 
ine , de vos enfans, &qui l'entendent mieulx 
que nous , qui font la royne & Ton noble 
confeil. 

Et pour ce .vous aultres congnoiiïez le & 
le remontrez aux aultres de noitre nation. 
Exhortez les & les persuadez avecques ces 
raifons, affin qu'ils ne tumbent au d.ingier 
des aultres. Soyez fidclles & confiants a voitre 
prince; ne foyez iîlegiers de vous révolter 
îùr les parolies des mefchans , qui ne crai- 
gnent ny adorent dieu, & pour ce n'eft fou- 
vent de la destruction de leur pays, de leurs 
femmes & enfans, comme vous pouvez veoir 
de ces rebelles qui ont perdu eulx , leurs 
femmes & enfans. 

Tous les rebelles ont donné à entendre au 
peuple , que incontinant que le prince d'Ef- 
paigne aura efpoufë la royne , luy avecques 
l'empereur s'impatroni'era de tout le roy ani- 
me & desfortereflês , & y mettra grofTes gar- 
nirons d'Efpaignolz & aultres eitrangiers , 
affin de s'aiieurer dudift royaulme & n'avoir 
à craindre les rebellions & les tenir fans ar- 
mée, leur rompant Ces promefîes. 

Ne penfèz poind que l'empereur tende là, 
il le veult tenir armé , non feullement pour 



»e Nouille s. ivf 

ledeffendre de France & Efcoiïe , niais pour 
«s'en f-rviren fesentrepri nfes , fçaichant que 
la nation Angloife eft belliqucufe , coura- 
geufe & robufte ; car quand les capitaines 
feroient bien aguerris & bien guidez , ilz 
.feroient aufîy bonsfoldatz que çTaultre quel- 
conque nation. Penfez vous que l'empereur 
veuille defarmer l' Angleterre ? Ce feroit la 
mettre entre les mains de Ces ennemys. Ne 
voyez vjus pas que Ci aoftre royaulme eftoit 
deiarmé , le royaulme d Efcoflè , avecques 
l'ayde de France , luy feroit incontinant à 
doz pour le Subjuguer fins aulcunerelî fiance, 
pour ce que , comme fçave/ , entre Angle- 
terre & EfcofTe, il n'y a ny mer, ny gro£- 
fes rivières , ny montaignes qui puifTentem- 
pef.hier le paflaige à nos ennemys ; cela ne 
feroit poffibie , car il n'auroit moyen de 
porter la defpence , ny la fournir de vivres 
& aultres ch jfes neceffaires ; d'aultant que 
une armée ne fè peult mainctenir dans le 
royaulme plus de dix ou quinze jours , pour 
la fauite & neceiTué de vivres ; ce qui Ce 
vérifie par ce que les Anglois , toutes les fois 
quiÏL ont faid la guerre aux Efcoffoys, n'y 
on* peu demourer plus de huict jours par 
fauite de vivres ; & de fraifche mémoire y 
quand le duc de Sommerfet défait les Ef- 
coffoys, il ne puft fuyvre la vi&oire & fu# 
contraind fe retirer pour celte occa/îon ; 8c 
toutesfois eftans en nos maifons, nous avons 
toutes les commoditez qu'il eft pollîble de 
defirer à la campaigne , nous n'y fçaurions 
demourer plus de quinze jours. Et pour ce 
îie foyez Ci aveuglez de penfer que l'empereur 
feuille deiarmer les Anglois, ou amoindrir 



>î I 8 N £ G OC I AT 1 17 S 

leurs forces, mais au contraire les croiflf 
& augmenter; n'ayant faid ce mariaige qu 
pour maindenir & eflablir l'empire de Coi 
iilz , d'aultant qu'il fe veoit tous les jour 
mortel & moribond ; & il veult laifTer foi 
fîlz fi puiflant qu'il ne puifTe craindre fe. 
-ennemis» Et moyennant ce mariaige , il fer* 
afièuré de ne conferver poind feullement Cor. 
empire * mais de tenir en paix & crainde fes 
AuiDuue' Et par le moyen de cefte ligue 
d'Angleterre, Flandres & Efpaigne , il de- 
mourera en repoz & mourra contant. Mari 
îaifïant Ton filz en guerre defpuis fa mort , 
il feroit le plus foible , &pour ce il le veuli 
laifTer fort advant fa mort , le joignant avec- 
ques le royaulme d'Angleterre qui eft puif- 
fant, eitant armé des liens propres ; & pour 
ce oilez celle oppinion qu'il veuille defar- 
mer l'Angleterre pour y mettre des efïran- 
giers, car la grandelfe fe maintiendra en con- 
lervant le royaulme & fon eftre , & non 
poinâ: defarmant les Anglois & les faisant 
'Cfclaves , comme ces rebelles ont did à nota- 
ire peuple , que par ignorance s'elt eflevé 
& les a creuz , encourant en celle rébellion 
où tous ceulx qui s'eflevent lans jugement 
encoureront. Et pour ce foyez en paix, 
craignez dieu & l'adorez, & le priez conti- 
nuellement pour le repoz d'icelluy royaul- 
-me. Soyez obeifTans & ridelles à la royne. 5 
Se priez pour la proiperité de fa majefié. 



^vJS^ 



DE Nû AI-LIE S* ïîjp 

.Î..DE NoAlLLESa M.XE CONNESTAELK» 

io mars 1^3. 

Un Anglois qui commandait un vaijje au 
pour le fer vice du roi, en dérobe la 
charge & le conduit dans ies ports 
d'Angleterre, 

iVLoNSEiGNEUR, ellant fur le poinct de clorre 
celle defpefche , eft arrivé ce gentilhomme 
Efcofïbys , fiiz [a] du fîeur des Granges, 
n'aguieresthreforierd'EfcofTe, qui m'a faict 
la retarder ung jour pour la luy mettre en- 
tre les mains , aftin qu'elle vous fuit plus dil- 
igemment & feurement rendue; & atten- 
dant Con paiïeport , j'ay apprins comme ung 
Anglois courfaire & larron de mer, nom- 
mé Eltranguys , s'efl venu rendre à celle 
royne, dont elle & tous les liens ont reçeu 
grand plailir pour ce , comme ilz difent , 
qu'il a apporté grande quantité d'armes que 
les noiîres luy avoient baillées pour les pafFer 
en EfcofTe ; & à celle occafion Ce promet- 
tent nous faire beaulcoup de mal par ce mal- 
heureux inltrument. Cela , monfèigneur s 
vous fera clairement congnoiftre le peu d'à- 
mytié que nous pouvons efperer de ce coufté* 
Attendu qu'ilz ont beaulcoup par cy-devant 

ni 1 w 1 1 .!■ m i 

Xal Il étok accufé d'avoir eu beaucoup de par* 
f l'affaiSnac du Cardinal tféton. 



120 NÉGOCIATIONS 1 

defpendu pour prandre & faire mourir < 
traiftre , & maintenant l'honorent & eft 
ment d'avoir faid ung fï mefchant ade co 
tre le roy , efperans de s'en prevalloir p 
cy- après. AufTy ay-je efté adverty qu'ur 
nommé Thomas Wuillan , aultrefois cle 
de ce confeii,, a defcouvcrt & accufé rrc 
plus grand nombre de ceGe nobleffeque l'< 
n'avoit jamais penfé , les chargeant de s'eft 
non feuliement entendus avecques Wiat, < 
ce que ces jours pafiez a efté faid, mais e 
. cores d'avoir tous refoluraent confpiré 
mort de cefte royne, dont elle eft entrée 
plus grand foubçon que jamais, qui luy 
allez conforté par l'ambafTadeur de Vem\ 
reur , luy remémorant fouvent l'advis ce 
maiftre [è] , qui eft d'exterminer tous ceu 
qui contreviendront, foiten fecret ou en p 
blicq , contre fa volunté , à quoy fa fblli 
tation peult beaulcoup ; car eile y croi 
comme l'on did, plusvoluntiers que en r 
aultre àes Gens ; aufîy luy a t'il faid prei 
de l'argent pour fon maiflre pour dreffer i 
armée de mer qui luy coufte desjà vingt mil 
vres de celle monnoye, qui eft de la noftre e 
viron fbixante-cinq milefcus fol ; faifant 
did empereur & elle infinis prefens à lei 
fèrviteurs, & promettre beaulcoup, fans 
pargner chofe qui puiffe fervirà conduire 
mariaige, mefme leurs confciences , lefqu 
lesilz ont desjà tant eflargies que la pam 
madame Elifabeth[c] s'en pourra biemoft i 



[bj De ne pas biffer vivre un feul des re'belJ 
t c l La providence la conferva pour faire voir 

le trône, une femme avec toutes les vertuspol 

euies des plus grands hommes, 

perccv 



ï 



S> £ No^lLL£S* Ï2I 

percevoir ; laquelle eft amandce de ù. fanâé, 
nais peu luy fervira ceà amandement, puif- 
ue fa mort, à ce que j'entends , eit refolue, 
ombien que l'on n'y trouve occalîon fumfan- 
e. Courtenay [d] en eft encore pis , car il a 
esja efté par cinq fois interrogé. L'on di& 
ue ceiie fepmaine prochaine Ce fera grand 
àcrifice de plusieurs, comme des frères [e] 
u duc de SuSolck , Wiat [ j ] , James Crofz 
jg & aultres ; & que ung peu idvant pafquej 
f-fle royne fe retirera à Richemont eu à 

amptoncourt pour y faire fa penitem e & 
..ecuter û cruauté ; puis ira à Wi idibrs & 
)xfort au parlement où iadicte dame faict 
?pa'e'. quelques maifons ; qui me fiid croire- 
u'elie attendra là -ce prince d'Efpaigne , & 
ar ainly j'eftimerois qu'il deuft faire fà def- 
snte par. Br . . . qui nepeu't eftre guiere# 
oing delà* 

Monieigneur , je ne veuîx oublier vous 
ire , comme iuyvantles deuîx lett-cs qu'il 
pleuaurcy & à vous m'eferipre, tant par 
: Claux que du % de ce mois >. j'ay faiâ e£- 
tnt un peu mal difpofé ) entendre par mort 
ère [A] aux feigneurs de ce- conîèiî , [es 
ans traidemens que fa majeflé faift par-delà 
ix fubjeetz d'icelle dame & qu'iiz vouiuf- 
•nt avoir quelque regard de faire riubn à 

[i] Wiat., dans J'efpérance de fa grâce, l'avois 

large. 

[ej Jean & Thomas Grav. 

£ • J li demanda ia vie a Ces juge» avec beaucoup 
; foibj Gfe. 

[t j i - t puis • n grande considération fous le règne 
flifabeth. 

[hj François de Noailles > depuis évèqo? d'Acqif 

ToaeliL. 3? 



122 Négociations 

çeulx du roy eiïant à la pourfuite par-deça: 
Mais encores que mondid frère n'ait rien ou= 
blié à leur remontrer & demander bien haute 
&* vifvement réparation pour Guillaume Le- 
gras & aultres plufieurs qui font icy , de me£ 
ïïie la restitution de mes pacquets , il n'a peu 
obtenir meilleurefatisfadion que j'avois faicl: 
par tant d'aultres audiances , auxquelles je 
leur en avois faicl; inftance (ans la Sollicita 
lion & importunité que les miens leur en 
ont faid de ma part. 

Monfeigneur , je vous fupplie très hum* 
blement voulloir mander à M. de Senarpont 
qu'il faiïe bailler de l'argent à ung nommé 
Olivier , maiftre de la fregatte de Boullon- 
gne , anin qu'il fafTe mieulx & plus dilligem- 
înent fon debvoir qu'il n'a faiet par c> -de- 
vant à recevoir & palier mes pacquets , oi 
il faicl grand faulte , s'excufant qu'il n'en ; 
encores pour celte occafion receu aulcun de- 
nier. 

Monfeigneur , cedift pourteur vous port 
m- g pacquet de M. d'Oyfel qui luy fuit prin, 
s jarwich & envoyé aux feigneursde ce con 
feil qui me l'ont faict envoyer^ avecques unj 
; c:e qui s'adrefTok à moy ; par lequel j'a; 
j ;u entendre que ledid îîeur d'Oylei a re 
ç u quatre de mes pacquets , & qu'il m'a faiC 
rt /pence que je n'en ay receue , & aufly pei 
y i ceuk qui les ont portez. Vous defclai 
rr i y inonlèigneur , que ces feigneurs on 
e ; bien mar-is contre le capitaine de Bar 
^ ;h qui aveit donné pafTeport à cedicl pour 
î< r pour venir en ce art. Me refufant mainc 
î- ia;'t de luy en baiiler ung aultre pour al 
1er par-delà j qui me faiâ le hasarder d 



DE No AILLE J. 12$ 

pafîèr fans icelluy avecques ung de mes gens 
que je luy baille pour porter ion pacquet 5c 
le mien a toutes rencontres , & par ce moyen 
me faites tenir aulçunes lettres par- deçà pour 
envoyer en Efcoiïe , fi ne voulez qu'elle* 
foie rit veues ou perdues pour le peu d'afleu- 
ranœ qu'il y a. 



IVI. le prcthonotaire de Noaillls à M. Li 

CpNNESTABLE. 

il mars 1553. 
Relation de la mon de Jeanne Gray* 

JVlcNSEiGNEUR , je vous diray comme le 28 
de janvier dernier , m'ayant commandé le 
fï*y pafîèr de deçà, non pour conforter aul- 
cunement Ton fervice, ains feullementpour 
faire mon apprentiiïage en l'exhoie de M, 
l'ambaffadeur mon frère, j'airivay en ce^e 
ville de Londres le n du pdfîé. Ego intefhft 
fubtUeo quituis periculis thikl malè tu.um fue- 
rit iter cum vix egreâiens navim omnia hic ef- 
fent in tuniw.ui , commotaque pl-be non jine 
peri'.ulo extiterit negotium. Ne igitur tantd 
jermon'n ambage tïli aur?s obtund.un. Je vous 
diray comme le jour de mon arrivée fuftfaicl: 
le (acrifice de madame Jrhinne de SuTolck 
n'a guieres prociafmée royne d Angleterre , 
&-demi][cid Guiilefort ton mary. Adoïef- 
centes quinondùm dicimum-fepnnv mœtaûs an- 
num excejferam , qui cîim pires £en~ œt.ue^ 
■pari edam cr elegamifuer n^facie, cor pore om- 
nibus numcris abjoluto incrciïibili .ir we, prxf- 

Fij 



ï£^ Négociations 

tmti eloquio JinguJari denique [a] âoftrinâ , 
qu* omnicL cùm in vit a fuis prodidijjem longé 
abundantiàs in morte conjlintis & infracli am- 
mifwgularefpecimen ediderunt quodgraviùs 
feyendum efl , (i in petenda dignitate adipifcen- 
doqueregno quicquam in eis culpèfuerat, hoc 
parentibus tribuendum fuit qui libères . . . . . 
«... animumque avertentes ( non paucis "ac- 
ceptis . . . ) arcem que regum defignationi dt- 
àicata ejl) . . . Horum auem omnium deàerat 
reginaveniam , . . potijfin.um argumentis cog- 
nationïs , quœ multo pro .... ejjè non pote- 
rat) & œtatis (que irTtOLfntiam fatisinàic abat) 
ratione* Veriim kœc clen.entice immemor nichil- 
que ampliùs muliebiis humanitatis referens,fed 
omnia pro voluntàte idminijlrans , ron longos 
pojl dies in proprium fariguinem çrudeliter féç 
vue vifaefl | née ilh'fitis fuit prœfiantijjimo- 
rum juvenum mors. Nam undscim â a l <~<inc die , 
patrem qui dux de Suffolc apud Briian, s appel- 
latur , ecdemfuppliciï génère damnavv. 

Je ne vous conte poinft par le menu toute 
la penderie, il vous fufîîra fèullement que 
de douze ou quinze cens hommes qui s'ef- 
toient eilevez , il y en a desjà eu plus de 
quatre cens de pendus , où il y avcit bon 
nombre de braves foldats, fans en ce com- 
prendre plus de cinquante capitaines , che- 
valliers ou gentilzhommes qui ont eu pareil 
traitement ; à quoy l'on peult congnoiûre la 
clémence denoftre bon roy> lequel en la fe- 
dition de Bourdeaulx [£] ne vouluifc punir la 



fû» Jeanne Cray, à l'âge de feixt ans, iifoie 
Pla r on & Cicéron ^ans leur langue. 
p j Au fujeç de réuMifiemenc de h gabelle, 



a s Nouilles, ï 2 5 

îmiltitude . comme l'on a faid en ce pays. 
La toui eft e-cores plaine de pluficurs mil- 
lords & grands perïonrviges , comme de 
pourtenay, comte de Devonshire & les frères 
du feu duc de Suffolck , quieftoit le premier 
de ce royaulme &-aultres. Encores dict on 
que madame Elizabeth , fœur de la royne , 
y fera bientoiî menée , combien que elle foit 
fort mallade & prefque toute enflée. Non dé- 
funt qui veneno hujus morli occajionefn afcrl- 
bant. La royne s'en Va tenir ung parlement 
en Puniverfité d'Oxfort pour le faid de fon 
mariaige , duquel , comme je croy , elle eil 
refolue ; & hoc nojninefu.oru.rn , omnium in fi 
concitavit odium. Je prie à dieu luy voulloit' 
confeiiler en cecy ce qui feroit neceffaire 
pour le bien commung de toute la chreftienté, 
& vous donner , monfeigneur , (a faincte 
grâce, me recommandant, &c. 

C y - ^ p r ë s enpuyvent les parolles 
de madame Jehanne Gray , fille du 
duc de Sicffblck, eftant' dcjjus Vef- 
chajfault pour eftfe exécutée, le 12 
jour de febvrier ij $3. 

1 rfmifremfkt, quand elle fuft montée deC- 
fus l'efchaurfault , elle did au peuple eftant 
emprez, je vous prie, bonnes gens , me avoir 
recommandée à vgs bonnes prières & orai- 
fpns ; & après elle Ce tourna vers Me. Tho- 
mas Eriges qui eftoit près d'elle pour faire 
faire l'exécution, luy difant : voulez vous 

Piij 



12.6 'Négociations 

me donner licence de parler l 8c il lui ref- 
pordit , ouy madame , tout ce qu'il vous 
plairra. Adonc elle commença en cette ma- 
nière. 

Je fuis cy venue mourir, & par la loy j'y 
fuis condampnée pour eaufe dufaict commis 
à l'encontre de la majeité delà royne, lequel 
eftoit injufte & y fis confentante ; mais tout- 
chant le procurement de ce par moy ou de 
ma part, j'en lave mes mains, comme in- 
nocente devant dieu, &vous, bonnes gens 
cejourd'huy ; & adonc elle joignift les mains 
tenant Ton livre, & puis après dicl: : Bon- 
nes gens , je vous prie me porter tefmoignai- 
ge comment je meurs vraye chrétienne, & 
que j'ay c fpoir d'eitre faulvée par la miferi- 
corde Se mérite du précieux fang de Jefus- 
chrift , & confeiTe que quand je entendis la 
paroi, e de dieu , je jus négligente de l'ac- 
complir, &aymois moy mefme & le mon- 
de ; & pour ceiîe caufe celle playe & puni- 
tion de dieu m'tft advenue dignement pour 
mes pefchez , & remercie dieu de ce qu'il luy 
a pieu me donner temps & efpace de me 
repenti-. Bonnes gens ,, je vous prie , tandis 
que je fuis en vi n , de prier peur moy ; & en 
foy agenouillant , elle Ce tourna vers Fer- 
nant, luy difànt, diray-je ceft pfeaume , & 
il luy rependitt, ouy madame. Adonc elle 
commença le pfeaume Miferçre mei Veus, 
en Anglcis, très dévotement jufques à la fin, 
après elle Ce leva fus & bailla à fa damoi- 
Celle nommée Maiftreflè Tyînie , Ces gands 
8c fon mouchoir, 8f (on livre audicVmaiftre 
Briges , 8c après delaîTa fa robbe , & le bour- 
reau luy rouiûit ayder , mais elle luy pria 



DE N O A 1 L L £ J. ïlf 

delà laifler faire elle meime, & Ce tourna 
vers une gentille fem me qui luy ayda , la- 
quelle iuy bailli ung eau moufchoir pour 
bander Ces yeux. Ado- le bourreau fe mift 
à genoulx en luy demandant pardon , & elle 
luy pardonna voluntiers. Adonc il vouliuil la 
faire tenir fur la paille , & adonc elle appert 
çeuft le chouquet , i-.y demandant en celle 
manière, eft-ce icy le cbouq'.et f Je vous 
prie , defpefchez virement , à puis elle fc 
agenouilla en bas, difant, vous le oilez. de- 
vant que je fois agenouillée ; le bourreau luy 
refpondift, non tais madame. Adonc elle lia 
fbn moufchoir à l'entour de Ces yeux , en di- 
Cint) que feray-jef cherchant de Ces mains 
le chouquet , demanda où il eftoit. On luy 
apporta , elle mift ia teile humblement âeC- 
fas , en difant, mon dieu , entre tes mains 
je recommande mon efprit , & fuft exécu- 
tée & defeapitée en grande abondance de 
faire* 




Fir 



*2t N 



EG0CIAT10NS 



M. le prcthonotaire de Noaillis à M. t 

Contestable, 



iz mars 1^5 j. 

Les enfans de Londres fe partagent au 
fujet du mariage de la reine , for- 
ment deux partis £r fe battent avec 
la même pajjlon quaur oient pu faire 
leurs pères & des personnes plia 
âgées. 

JViOKSEiGNEUR , C\ le ïangaige de ce gentil- 
homme Efcoiïbys, piefenc porteur , euiï 
cité Tuffifint pour vous faire le di (cours d'u- 
ne alTez legiere hifloire , qui , ces jours paf- 
fez , eft advenue en cefie ville , j'euiT* 
trop mieulx aime la commettre en fa créan- 
ce cjiie la vous efenr::- , )our ec ou'eiie me 
femble indigne de ce papier. Toutefois celle 
royne s'en efrant efnieue *& chafeun crins ung 
iimaulvais augure, que je ne craîndray vou* 
en faire le conte. 

Vous avezafiêz entendu, monfeigneur, 
comme ayant les ef ..; • ce pays, pièce à 
defeouvert , Vextveùn d'efîr que leur royne 
avoit d'appeller ung eftrangier au gouverne- 
ment de ce royaulme , ilz n'ont celle de ten- 
ter tous moyens pour emcefchier ce defîêing, 
prévoyant bien que ce (bit ia tctalle ruyne 
de leurs anciennes franchîtes & libertez. Et 
pour ce luy en ont faiâ plufirurs remon£ 
trances 2c requeiles tant en particulier qu'en 



de Nouille r. I 2 9 

gênerai , à quoy ilz n'ont oublié de luy allé- 
guer l'ancienne couftume du pays, le ten- 
aient [a] du feu roy Henry Ton père, & mcC- 
me le ferment & promeflè qu'elle leur fifl 
orfqu'ilz l'allerent quérir jusqu'aux dernie- 
- es parties de Nortfolc peur luy donner la 
:ouronne, ce que toutesfois ne Ta fçeue al- 
iéner de fa première oppinion , qui a eftê 
:aufe que ceulx qui ont efté de cueur plus 
nagnanime , craignans cette tyrannie , ont 
•.herché leurs remèdes en la force, laquelle 
oucesfois n'a reufTy comme ilz efeeroient 
ayant peulteflre dieu refervé cela en aultre 
emps & par aultre moyen ) dont elle s'efl: 
ant haulfée & orgueiilie qu'elle n'a attribué 
a félicité de cette viftoire qu'à fa feulle pru- 
lence , fans en donner la gloire à qui elle ap- 
partient ; & à cette occatton il eft advenu 
qu'après avoir meprifé & rejeclé le confeii 
les plus faiges & des mieulx advifez, dieu 
.'a voullu frire advenir parles enfans , lef* 
juelz s'ettans lundy dernier afiêmblez de plu- 
îeurs efcholes jufqu'au nombre de deulx ou 
:rois cents, fe départirent en deulx troupes, 
lent ilz appelloient l'une l'armée du roy & 
ie Me. Wiat, & l 'aultre celle du prince d'Ef- 
:)aigne & de la royne d'Angleterre, lefquel- 
ies incontinant fe méfièrent par telle haine 
*Sc fureur, que le cornbatt en fuit long. & 
trop plus cruel que l'aage ne le permettait, 
de façon qu'il ne putt prendre fin que par 



(al Henry VIII avoit défendu à fes deux filles 
Marie & Eiifabeïh de fe .mrier fans le confenc ment 
du confeii , de peur de livrer l'Angleterre à quelque 
prince étranger, 

Fr 



130 Négociations 
la prinfe du pri-ce cTEfpaigne , qui fuft fout 
clairement mefné au giLet par ceulx de. 
part du roy & de Me. Wiat; & fans que 
ques hommes nui tout à propez y accouri 
jent , ilz l'eufiènt ePaanglé ; ce que Ce peu 
clairement juger par tes marques qu'il e 
a & aura encores d'icy à long-temps a 
col. Cela a tant defpleu à iaroyne , que le 
plus jeunes de cefle alfemblée n'ont peu eftr 
exans du fouet, & les plus grands de j 
prifon, où elle enfaicl gasder bon numbre 
& dict-on qu'elle veukquel'ungd'eulx fo: 
iacrifié pour tout le pruple. Par là vous poi 
vez veoir comme le prince d'Elpaigne fer 
le bien venu en ce pays , puifque les enfan 
le logent au gibet. 

Monfeigneur, efhnt M. PambafTadeur moi 
frère allez occupé en la defpefche qu'il faid 
au roy & à vous , j'ay prins la hardielTe d 
vous faire ce maulvais difeours , vous fup 
pliant très humblement le prendre d'aufT 
bonne part que je veus en eferiprois uni 
meilleur & de plusheureulx effed , s'il ad 
venoit aufïitoil: que je le de/ire* Priant diei 
vous donner , monfeigneur, aultantde fanetc 
& de vie que nous en avons de befoing. D< 
Londres ce xij mars 15 53» 



D S No A 1 LLES* I3Î 



M. DE NoAlLLESa M. LE CONNESTAELE, 
• • • • • • • 

La reine lui donne audience , qui fe 
pajfe en des plaintes réciproques. 

.Monseigneur, vous aurez peu veoir par 
la defpefche que j'ay faiâe au roy & à vous 
du dernier du pane , par le lieutenant de la 
Mote-Rouge , qu'il avoit en Efcoflè, nommé 
Mollinery, comme toutes chofes fe retrou- 
vent par-deçà. Defpuis, j'ay eu une audiance 
de celle royne , laquelle m'a elle pius libé- 
ralement donnée que je ne l'avois recher- 
chée , & l'occafïon fuft que m'eftant delîogé 
defpuis quelques jours de la maifon de la 
Chartreufe , dont, comme je croys, l'on 
m'a voullu getter par oppinion que je ne- 
gociays là trop fecrettement , & m'ayanc 
ladiâe dame baillé cefle-cy de Bridoel , entre 
laquelle & le logeis de ce chancellier [a] n'a 
'que la rivière à pafTer. J'envoyayung jour 
devers luy pour l'afleurer que puifque je luy 
eftois afteure lî proche voifin , que je le ver- 
rcis fouvent , luy priant qu'il me fift celle 
fabveurde me permettre le viiiter quelques 
foys ; & que s'il fe trouvoit à ce jour où 
le lendemain une heure de loifîr , que je 
l'irois voluntiers veoir , ce qu'il m'accorda 



[<z] Gardiner, évê^ued^ Wincheftre. 

F vj 



J 3 2 NEGOCIATIONS 

îii confinant. Et c fiant à fondict logeis Se 
communicquant avecquesluy, entr'aultres 
propo- je luy clique j avoisde s lettres du roy 
addrcfTantes à la royne fa maiflreffe , mais 
parce que je fçavcis bien que ce n'efloit que 
fur quelques plaincles que aulcuns de Ces 
fubjects venans d Efcoffe luy avoyent faic~tes 
de la difficulté qu'ilz treuvoiem en leur paf- 
faige narmy ce royaulme , & auffy du peu 
d'expédition que les marchands qui fort par 
deçà peuvent avoir, leur en ayant desjàfaid 
par plufeurs foys grand'inftance , mefme 
defpuis ma dernière audiance , je n'avoir 
voullu peur cela en rechercher une parti- 
culière, combien qu'il me fembloit avoir (i 
long-temps que je n'avois veu ladide dame 
fa maiflreffe , que voluntiers je chercherois 
l'occafion d'avoir ce bien & honneur de luy 
aller bai fer la main , mais que ce feroit quand 
il plairroit à fa majefté. Toutesfois ilz ne 
tardèrent guieres à m'en fatisfaire , car le 
fapmedy après ils m'envoyèrent ung clerc 
du confeil pour me dire que ladiâe dame 
m'entendroit voluntiers le lendemain qu'ef- 
toit dimanche le premier jour de ce mois , 
à laquelle je feis les mefmes difeours que. 
j'avois faids à fon chancellier , luy difant 
dadvantaige que je m'en eflois fî fouvent 
plainct & faid inftance , que je penfois que 
par fon commandement, meilleurs de fon 
confeil y avoient tellement pourvçu , que 
déformais les François qui paieront & re- 
paieront par fon royaulme , jouyroient de 
leurs privilèges & franchises accoutumées y 
Se paflèroient par Ces pays avecques toute 
liberté , & que auffy les pourfuyvans re- 



de Nouilles. 133 

cepvroient plus promptes expéditions, com- 
me ilz avoient jà commencé, ayant millord 
Paget, qui eftoit là prefent, defpuis peu de 
jours raid payer ung de fa propre bourfe , 
& M. le chancellier promis d'en defpefchier 
ung aultre , ce que m'eftoit telle fatisfac- 
tion ; mais qu'ils continuaient , qu'il ne me 
refîeroit rien à me plaindre que de la réten- 
tion de mes pacquets prins , pour lefquelz 
je luy avois deulx fois faid requefle , non 
pas pourcrainde que j'eufle qu'il fe trouvai 
chofe dedans mes lettres qui contrariait le 
debvoir & office d'ung ambaffadeur , ny au 
bien & entretenement de la commune & 
parfaide amytié d'entre le roy &famajeité, 
mais parce quej'avoisfçeu quel'ambafiadeur 
de l'empereur voulloit faire accroire qu'il 
les avoit defchiffrées , & imprimé à fadide 
majefté, que dans icelies avoit plufïeurs pa- 
rolles & praticques contre & au préjudice 
de ion efîat , ce qui eftoit , foubz l'honneur 
de ladide dame, faux & contre vérité. Car 
il ne pourroit ny ne fçauroit trouver que 
j'euffe did , efcript ou faid chofe au pré- 
judice de ladide dame , & fi m'affeurois 
dadvantaige que ledid ambaffadeur ne fcau- 
roit avoir déchiffré mefdides lettres ; & , 
s'il luy plaifoit les me faire rendre , je les 
luy ferois efclaircir & entendre de mot à 
mot, & ne craindrois en rien qu'elle veiil 
& leult tout le contenu d'icelles , où ne fe 
trouveroit chofe qui concernai ny fondid 
eftat , ny fa couronne. Sçaichant bien aufiy 
que le roy , tant qu'il demourera en bonne 
paix & amytié avecques elle , ne portera 
moings de peyne de ce qui luy fuccedera 



134 Négociations 

mal , que s'il advenoit en Tes propres affai- 
res ; bfen y trouveroit-elle des paroles con- 
tre l'empereur & fon û\s , chofe que je ne 
voullois cacher ni taire , puifque ilz eftoient 
pour le prefent ennemys du roy fon bon 
frère ; & vous diray , monseigneur , que je 
pouvois parler de toutes ces chcfes plus clai- 
rement que parle pafTé , de tant que ayant 
laiiïe , l'ambafiadeur dudiâ: empereur , ce 
logeis de Bridoel pour fe loger plus près* 
de Oueftcemeftre , ung peu après qu'il en 
fuit party , fçaichant que l'on le me vculloit 
bailler, je l'allay vifiter fi foubdain , que je 
trouvay entre quelques papiers rompus qui y 
eftoient demourez , & que j'ay fàié. raiiem- 
bler dans un cayer defdid s papiers, la pluf- 
part des caractheres de mon chiffre , qu'il 
avoit extraiâz de mefdicles lettres , & mis 
grand peyne de les recongnoiitre , à quoy 
il n'a fceu tenir , comme il eft ayfé à 
veoir par ledicl: cayer ; & defpuis > com- 
me j'ay entendu , il a effayé à quelques 
Italiens qui refident en celle ville , s'ilz y 
pourroicnt entendre quelque choie , ce qu'ilz 
n'ont peu faire. Brief, monfeigneur , après 
tous ces longs propoz par moy tenus à 
ceftediôe ro) ne , je ne tira) d elle que tout 
l.-ingaige de continuation & entretenement 
de fa prcmelTe , & que chcfe du monde ne 
la povrroit defmouvoir, ny de fon coufté 
faire rompre la bonne paix & amytié qu'elle 
a ayecques le roy, fi eft ce qu'elle ne peult 
enfin tant fe retenir , que au prendre con- 
gié elle ne me dift que je faifbis beaucoup 
de plainctes qu'eftoient peu de chofe au 
refpecl de l'occafîon qu'elle avoit d'en faire 



de Nouilles. Ijj* 

une qui luy touchoic fort de près. Toutes- 
fois qu'elle s'en taifoit & remettoit à MM. 
de fon confeil de la me faire entendre, & 
fans voulloir permettre que je l'enquilîè plus 
avant , me laifîa, vous afTeurant , monsei- 
gneur , que ce feufl d'une telle fureur & 
^avccques ung tel vifaige de collere , qu'il 
n'y avoit rien de la doulceur féminine ; & 
■ y pouvoit-1'on ayfement lire combien l'af- 
faire duquel elle voulloit parler luy eftpres 
du cueur; & m'eftant retiré avecques lefd. 
/îeurs de fon confeil, ilz m'efclaircyrent de 
ce que leur maiftreiïè voulloit dire , & d? 
quoy je me doubtois bien aufiy , qui n'eil 
aultre chofe fînon que de recouvrer Caro [b] , 
duquel ilz ne me parlèrent en moindre véhé- 
mence que ladiâe dame , me fai fan t enten- 
dre combien elle eftoit defpite que fon re- 
belle, qui a commis trahifon contre (à ma- 
jelté , receuft tel recueil , fabveur & bon 
traiâement par delà , & encores eilre con- 
forté , fecouru & accomodé pour voulloir 
entreprendre contre fa royne & fouveraine 
dame ; à quoy leur voullant refpondre que 
defpuis que vous , monfeigneur , aviez, efté 
adverty de (à qualité , il ne s'eiîoit trouvé 
en lieu où l'on le peuft trouver ; iiz, me 
replicquerent comme il faiâ efquipper des 
navires à Dieppe & au Havre de grâce , & 
où il eft ordinairement & publiquement , 
mefme le jeudy faind dernier à S*. Valéry. 
Qui me faid croira* monfeigneur , qu'ilz 
ont des intelligences & de bons ad/ertifTe- 

[frjj Partifan de Cçmrteiuy, Ôc uu des chefs de la 
der&i&re révolte, 



*%6 Négociations 
mer-s par delà ; & m'a di& cefl admiraî , 
que defpuis peu de jours ilz ont prins le 
mefme navire avecques lequel ledift Caro 
s'en eftoit fouy de ce pays, qui a efté trou- 
vé en compaignie du Sacre de Dieppe & 
d'aultres deux navires François qu'ilz di- 
fent efke baillez en charge à icelluy Caro : 
je ne vous fçaurois dire , monfeigneur, 
comme ilz prennent chauldement ceft affai- 
re, & fault de deux chofes l'une , ou qu'ilz 
craignent merveilleufement ledid Caro & 
fes praticques, ou qu'ilz en veuillent fonder 
ung propre fubject pour fe defclairer à la 
guerre , car je ne veoys pas qu'ilz en ayent 
d'aultre; & me fembie, monfeigneur , que 
pour leur fermer la bouche & olîer toute 
occafîon d'eftre les premiers à fe plaindre, 
que f? iedicl Caro n'a encores moyen d'en- 
trer à fon entreprinfe , qu'il feroit bon le 
faire receller en quelque lieu, & eflant af- 
feuré de fa perfonne , fatisfaire à fon amba£ 
fadeur qui eft par-delà de toutes commiflions 
& aultres fabveurs qu'il pourra demander 
pour le chercher & prendre , jufques à le 
faire crier par les villes & lieux où ilz di- 
fent qu'il habite , fî befoing eft. Ce qui pour- 
ra fervir de leur ciler celle maulvaife oppi- 
nion qu'ilz ont, que le roy favorife ces com- 
munes qui veullent s'eflever , lefquelles , 
comme il me fembie , ne font fi obftinées & 
fermes en langaige comme avoyent couftu- 
me > & cntings fort que leurs deffeings ne 
fe rendent tousjours plus débiles, s'ilz ne 
font bien à bon efcient confortez de cculx 
qui font abfents de cedict royaulme* Car 
ladicle dame n'oublie lien qui puifTe fervir 



D X NôAïLLESl 137 

pouf achever Ton entreprinfe : & dimanche 
dernier furent (acrez fix nouveaulx evefques 
pour remplir, le nombre de ceulx qui doib- 
vent eftre de ce parlement, lequel elle feiâ 
ouvrir le lundy , & y feift Ton entrée avec- 
ques les cérémonies accoutumées. L'on n'a 
encores commencé d'y rien expédier, mais 
bien fçay-je qu'il ne Te parlera que de l'a;- 
ticle du mariaige , qui fera le premier dé- 
cidé , & après de Ce remettre foubz l'o- 
beilTance du pape & de l'egîife Romaine, 
Toutesfois les ungs difent que la caufe de 
madame Elizabeth, focur de ceftedideroyne, 
y doibt aufiy eftre décidée , mais ce n'eft 
encores chofe afieurée. 



M. DE NoAlLLrs- à M. d'O/SEL. 

2p mars 1554» 

Difficultés que les Anglois apportent 

au paffage de nos couriers de France 
en Ecojje. Tout fe prépare en Angle- 
terre pour aller au-devant du prince 
d'Efpagne, 

.Monsieur mon compaïgnon , le proteftant 
prêtent pourteur , arriva icy tnardy dernier 
en compaignie de la Marque qui revenoit de 
devers le roy, où je Pavois defpuis peu de 
jours defpefchié ; &fçaichant que vous de/i- 
rez fort entendre des nouvelles du maigre & 
du lieu d ? ou ii vient , j'envoyay incontinant 
taon fecretaire à Mrs, de ce confeil, pour de- 



Ï38 Négociations 

mander fbn pafTeport & commifîlon pour re 
couvrcr chevaulx de pofle pour plus advan 
cer Ton voyaige. Mais luy ayant accordé le 
àiât pafTeport, ilz réfutèrent la commiffio 
pour prendre chevaulx fur le chemin , qv 
a contraint ledi&proteftant Ce pourveoir aul 
tremem pour aller jufqu'à vous ; & comm 
je croy tous aultres qui parleront , fauldr 
qu'ilz en faffent de mefme , combien que pa 
îa grande infiance que j'ayfaiâe & faiâs tou 
les jours à cedid confeil fur la difficulté & 
empefchement que les fubjedz & ferviteur. 
du roy allans & venans par ce royaulme . 
trouvent en leurs pafiaiges avecques les let- 
tres de créance fur moy, que fa majefté en 1 
efcriptàcefte royne pour ceft efFect , j'efperÉ 
que par cy- après le chemin leur fera plus ou- 
vert & facille , & qifilz pourront plus ayfe- 
inent palier fans aulcune difficulté. Toutes- 
fois je ne me veulx afleurer qu'ilz accordent 
comn.iffions pour recouvrer chevaulx, car 
en ce rcincT: je les trouve très difficilles. Le 
jour mefme que ledicl proteftant eft arrivé , 
les capitaines Mollînery & Malle font auliy 
venus, qui m'ont rendu vos lettres du 5 de 
ce mois , pour lefqueiles faire tofr. expédier, 
& aufîy pour faire congnoiflre aux feigneurs 
de ce confeil qu'il revient de braves & vail- 
lants homme 4 - de delà , qui eit bien contre 
J'oppirion qu ilz ont que le roy en y fafTe 
tous les jours pafTer habillez en vallets, 
comme ilz m'ont voullu feurement faire ac- 
croire i je les ay tous envoyez aux fufdids Sei- 
gneurs demanderavecques mondiâ Secrétaire 
leur pafTeport , pour le nombre de chevaulx 
& d'hommes qu'ilz ont , ce qui ne leur a eue 



oalieb 
re :enc 



tt> e Nouilles. Ijp 

cordé, & croy que oientoft ilz prendront 
nr chemin pour paflêr la mer. Je ne vous 
ray comme la jaloufie quelefdi&s feigneurs 
"•oivoient du coudé de delà , leur eltoit de 
i CD eaulcoup augmentée pour avoir entendu $ 
'flil' omme ilz m'ont di& en plein confeil, de 
■• uelcuns de leurs prifonniers qui voluntaire* 
*Mp nent s'en font defchargez , que'vous pailànc 
■paiternierement par icy , combien qu'ilz vous 
toi 'uiïènt faiâ bon recueil, toutesfois vous aviez 
• «barlé avecques quelques perfonnaigesaudef- 
iiri riment & contre l'eitat de leur maiitrefîe» 
e, Vlais je leur ay bien fçeu retoufcher leurs 
:lous quant à ce poind, & me femble que ne 
"ebvez faire congnoiflre d'en avoir rien en- 
du , ny fçavoir qu'aulcunement ilz Ce 
plaignent de vous ; car je tiendra) le chemin 
iroiâ contre tous vents. Et laiflant ce pro- 
poz , je ne m'eitendray à vous dire des nou- 
velles de France , m'affèurant que cedict 
ilpourteur vous en rendra bon compte. 

Et quant aux occurrances de deçà, je vous 
advife , mon/ieur mon compaignon , que cède 
royne eit C\ entière en Ces voluntez , qu'elle a 
délibéré à quelque péril que ce foit, d'ache- 
ver la confommation de Ton mariaige avec- 
ques le prince [a] d'Efpaigne. Devers lequel 
delpuis peu de jours elle a envoyé millord 
Privefeel [b] Se Foaltre [c] qui font partis 
avecques. les comtes d'Aiguemont [a] 8c 
d'Horne [e) qui eitoient dernièrement pafîez 

[>] Philippe ïï. 

[b] MilordRjtfel, comte de Bedfort, 
\c] Fils aîné du comte d'Herby. 
£i] Lamoral. 
fej De la maifon de Montmorency» 






X 



1^0 N ÉGOC î ATI G If S 

de Flandres en ce lieu , & s'en vont emb 
quer à Plefmuth , où cinq grands navires 
guerre de celle dame les doibvent recepvoi 
& croy que prefentement ilz ont faiâ: voiflc 
par où eft à croire qu'icelluy prince ne ta 
dera guieres à arriver en ce pays , mefn 
de tant qu'il n'attend à entrer en mer au. 
tfe choie que la venue d'iceuîx feigneur 
Tous les aultres vaiiTeaulxde lad. dame foi 
prefts fur celte rivière pour fe joindre avecqu( 
quelques forces de mer que l'empereur er I e 
voye du coulté de Flandres , & aller recueil * JI 
lirledid prince, lequel, comme l'on àiâ 
aura en tout, de fept àhuid vingt navires d 
guerre ; ce que touteéfois je ne puis croire 
làns les aultres petits vaitïeaulx deleurfuit< 
pour pourter les victuailles & aultres chofe. 
neceffaires. Vous pouvez penfer , monfîeu 
mon compaignon , quel efquipaige ce iera 
& quelles forces ii fauldroit pour ie defîaire. 
L'evefquede Nordouych qui refide ambaflà- 
detir près ledict empereur, eft mandé poui 
les efpoufer ; &à fdn arrivée , luy doibt eftre 
baillé i'arckevefché d'Yorcq pour garder tou- 
tes les folempnitez accoutumées. Voilàcom- 
me je ne m'attends que deveoir au premier 
jour braveries & triumphes à ces nopees ; 
efquelles je vous deiîrerois eltreavecquestelz 
habitz& accouilremens que vous & moy déli- 
rerions , n'eftoit que vous fçay allez empef^ 
chié, & pour affaires neceflàires au Jieu où 
vous eues. Me.Wiatatiïé condampné à mou- 
rir , toutesfois il ireft encores exécuté ; 8c 
advant que luy prononcer fa fentenre , on 
luy avoit promis tant de belles chofes , que 
yaincu de leurs doulces parolles , oultre la 



de Nouilles. i,j.I 

libération, il a accufé beaulcoup de per- 
îJnnaîges, & parle [/] au defkdvantaige de 
j, iliord de Courteaay & de madame Èiiz.a- 
h , laquelle a eilé defpuis menée en la 
ur, & luy faiâ on Ton procès. Plufîeurs 
l.tres feigneurs ont efté aufîy prins , & tous 
; jours en relTerrent quelqu'un. Si eil-ce 
e iedid empereur , qui ne defîre rien en ce 
onde tant que la perfection dudicl: mariai- 
, ne s'en peult C\ bien affeurer qui! ne 
ngne , comme l'on did , dix mil Aile- 
ans preftz pour faire paffer dans ee royaul- 
e , s'il veoit en eftre beCoulng pour la feure- 
de fon filz ; lefquelz viendront du coufté 
Flandres au nom de ceiledide royne, oul- 
; ce que , comme l'on did > ledid prince 
Efpaigne mené avecques luy fept ou huid 
il Efpaignolz. 



£/] Il fe dédit depuis hautement fur l'échaffeu^ 
anaUAngLl. 3 > p. «»> 



OSh. 



I q.2 Nâ gociattons 

M, il Contestable à M. de Noailles. 
30 marsi?f4. 

II luy envoyé phujïeurs pajjeports quil 
avoit demandés en faveur de quelque: 

feigneurs Efpagnols , qui fouhait oient 
s en retourner en Efpagne , par la 
France. 

JVIonsieur de Noailles, parRobertet [a], 
defpefchié devers vous incontinant après 
l'arrivée devoftre frère [b] , vous aurez en. 
tendu l'intention du roy fur ce qu il nous rap- 
porta de voftre part , & combien luy a elle 
agréable fa négociation. Sur quoy nous atten- 
dons Ton retour & faifons compte qu'il ne 
fçauroitplus efire là que quand cefte deipef 
che y arrivera, laquelle j'ay bien vou lu vous 
faire pour vous faire tenir les fauf-conduictj 
dont il apporta les mémoires , lefquelz le 
roy a voluntiersaccordez^que vous diitribue- 
rezoù & ainfy que verrez qu'il fera à propoz. 
Vous advifant que defpuis ce temps il n'efl 
rien furvenu de nouveau, fînon que aujour- 
d'huy avons fçeu pour certain que les Sien- 
nois[c]ont encores à vivre grafTement pour 



£a] Le fieur Dufrefne depuis fé-rctaire d'état. 

[£>] François de Noailles. 

j\ J On la biffa perdre, faute d'y jetter des vivres 
& du fecours , par une jaloufie de cour , & à caufe 
que Montluc , qui en croit gouverneur , ctoit crça» 
lure des Guifes. 



3 E NosfTLLES. l^J 

tout le mois de may , & Ci ont efperance 
bu'il s'y en pourra trouver dadvantaige j> 
hui n'eli pas une des plus agréables nouvel- 
les que l'ennemy puiiFe avoir. 
| Au demourant , je vous envoyé une re- 
guefte que M. du Ludde [d] m'a prefente^ 
ment addrefTée de Bourdeaulx , où s'eii 
trouvé ung capitaine d'ung navire Normand, 
pour faire informer parmy les Anglois qui 
font là, de la prinfe faicte de fbn navire de- 
dans ung des ports de la royne d'Angle- 
terre , par ung nommé Ondeman. J'eftime 
bien que c'eft celluy-là à qui ilz, ont donné 
congié d'aller^u fervice de l'empereur ; miis 
quelque adveu qu'il puiffè avoir, il ne fçau?» 
roit eftre trouvé bon , ne reçeu entre les 
amys que dedans leurs ports & franchilèsdo 
leurs havres , telles defpredations Ce faifent s 
dont vous demanderez la réparation telle 
qu'il appartient, & m'advertirez, de la ref.- 
ponce qui vous y fera faicte , enfemble de 
$out ce que vous aurez apprins de nouveau* 
De Vauluyfant le 30 jour de mars 1554» 
Voftre bon amy , Montmorency. 
--■ ■ 
ld} Guy. de DaiUon. 



fs&c&f 



ï-^4 Négociations 

M. DE NOAILLES à M. LE CONTESTABLE. 

31 mars 1554. 

On équipe la flot e pour aller au-devant 
du prince d'Efpagne , Gr la reint 
nomme les officiers de fa maifon. 

jVloNSEiGNEUfc , l'admirai s'apprefte fort 
pour partir incontinant après l'expédition de 
l'article de ce mariaige, qui fera le premiei 
décidé en ce parlement , & grecques les na- 
vires de guerre de ladiéte dame, qui peuvent 
eftre environ trente , Te doibt aller joindre à la 
flotte de Flandres pour faire voifle droid en 
Efpaigne ; d'où le prince ne doibt bougier 
jufques à leur arrivée , & me fembie qu'il 
feroit très bon d'advertir ceulx qui ont charge 
Ci ports & havres de Normandie & Bretai- 
gne , qu'ilz. Ce tiennent fur leurs gardes lors- 
que ladiâe flotte pafTera , affin qu ilz ne pui£- 
fent rien entreprendre fur eulx. Car on peult 
bien dire dudiâ: admirai [a] , que le glaive 
eft en la main du furieux ; ce que je ne di* 
fans caufe, ayant feeu qu'icelluy admirai com- 
municquant avecques TambafTadeur de l'em- 
pereur qui eft par-deça , ufe de langaige fort 
advantageux & grands menaces [b] contre les 
liibjedi du roy.'Vous pouvez penfer, mon- 



[a] Guillaume Hovard , auparavant gouverneur 
de Calais. 

ib] On ne f ai (bit jamais mieux fa cour à cett* 
fêiae , «ju'en paroiflant enaeiui de la France. 

feigneur, 



DE No AILLE?* î^ 

(êigneur,, en quelle necefTité d'hommes là 
maiuVeiTe Ce trouvé , pour qu'on l'eftime au- 
jourd huy le premier de ce royaulme pour 
commander à la guerre , & entre les mains 
d'd^uei on met l'entier maniement d'icelle. 
Ce qui faid juger à beauleoup de gens que 
Wiat ne mourra poir.d, mais que ladide dame 
le rendra tant Ton obligé par cède grâce de 
luy rendre la vie , qu elle en pourra tirer 
beauleoup de bons & grands fervices. Ce qui 
fe faid par le moyen dudid ambaiTadeur de 
l'empereur , par l'advis duquel Ce condui- 
fent aujourd huy toutes les oppini :ns d'icelle 
dame , & lequel traide cette compofïtion 
avecques la Femme dudid Wiat , à laquelle il 
a afTeuré , comme l'on did, la vie de.'ondid 
mar) [c]. Vous aflêurant, monseigneur, que 
ien'eflime poind peu de g;in à ladide dame 
de proffiter & Ce r endre affèdionné ung tel 
perfonnaige. Je ne vous en puis dire aultre 
chofe de ce lieu , que ce que vous verrez par 
iedid extraid. Mai| de ce qui furviendraen 
:edid parlement & entre cy &là , je ne faul- 
dray vous en donner advis à la mefure que 
les chofes paieront. 

Monseigneur, ce pourteur a demouré icy 
defpuis mes lettre « eferiptes , deulx jours 
30ur attendre ung Efcoflbys qui pourfu) voit 
?on pafîeport dans lequel il s'eft faid com- 
prendre pour pafter plus ieurement, pendant 
efqueiz j'ay eu advis que Mrs. de ce confeil 
~e trouvent fort troublez de ce qu'ilz ont 
trouvé avoir perdu ung capitaine d'ung de 



ici A condition d'aceufer Courcenav. 
Joint III, 



%^6 Négociations 

Jeurs navires qui doibvent aller en Efpaîgn^ 
lequel le nomme Eftaford [d] , perfonnaige 
fort expérimenté à la mer, & a on oppinior. 
; qu'il s'eft retiré en France , de quoy ilz fom 
311 ermlleufe ment marris, mefm? que cher> 
chant celluy-là en trouvent tousjo.urs faultc 
4e quelques-aultres. Et croy, monfeigneur. 
t que fi le roy attache la guerre en Picardie & 
au plus près des places de cefle royne, que et 
■fera chofe.qui fera plus voluntiers entrepren- 
dre à s'eflever &.efmouveoir & rendre icelk 
,dame tant plus fcubçonneufe & crainctive & 
: tous ceulx de Ton party qui ne font fans 
.craînete.- J'ay entendu à la vérité, que le/ 
rioflres ont vi/îté les navires Anglois qui al- 
^oient pour embarquer à Plefmuth le comte 
jd'Aiguemcnt & Privefeel ; qui mefaict pen- 
fer qu'ilz n'ont pas bien entendu le comman- 
dement que vous en aviez donné, fuyvan; 
j'advis que je vous av.ois faict par la Mar- 
que. .Car s'ilz euffent attendu de ne vifitei 
qu'au partir de Plefoiurfi & s'eftre tenus ai 
guet fur le large de la mer , ilz les eufTen 
trouvez avecquesrï petite force qu'ilz n'eut 
-fentfailly de rendre bon compte de tous le: 
Imperiaulx qui s'en font allez avecques. 

.Cejourdhry plusieurs gentilzhornmes An 
glois qui doibvent eftre & font retenus de h 
maifcii du prince d'Efpaigne , ont preflé 1< 
ferment de fidélité entre les mains de Tarn 
bafladeur de l'empereur, en la chambre d.i 
comte d'Arondel , dans Weftmunfter, del 



£cfj Il périt depuis dans une entreprife qu'il avo 
j&JB.véc pour faire foulever Izs co2îiniun.es. 



de Nouilles. 143 

rmelz fontmiilords d'Arc) , grand chambre- 
lan du vivant dufeuroy Edouard ; Anthony 
Brorap, ni z du feu grand efcuyer ; &. Jean 
Vulhien, capitaine bien eftimé. Voilà, mon- 
seigneur, comme ladicte dame faicl: obliger 
e plus de gens qu'elle peult & veult tirer 
:ous les plus grands à fa dévotion & de l'em- 
pereur. Cefi admirai doibt partir , comme 
e vous ay efcript par ma dernière defpefche, 
undy prochain avecques tout l'efquipaige de 
mer de ladicte dame ; toutesfois non fanj 
rraincle de l'armée du roy , qu'ilz font icy 
le beaulcoup.de voifles & de bons vaifTeaulx t 
.enans desjà le large de la mer. Le comte 
i'Aigueinont s'embarqua le z6 du pafTé avec- 
ques trois petits navires; il euft deulx ou trois 
ours de bon temps , mais defpuis il a faicl: 
ang tel & Ci impetueulx vent contraire à Ton 
voyaige, que s'il n'eitoit bien près des mar- 
ches d'Efpaigne , il eft impofïlble qu'il n'eufl 
?flé contraint relafcher ou en la cofte d'Ir- 
lande , ou en celle-cy, & peult-eftre l'aura 
fortune porté en celle de France. Millord 
Privefeel & aultres qui alloient de la part de 
celte royne , font encores à Plefmuth , Se 
croy puifqu'ilz ne font femblant de revenir, 
gu'ilz attendent la flotte dudicfc admirai pour 
paffer arecques i celle* 



GIj 



Ï48 Négociations 

Le R o y à M. de Noailles. 
4 avril IJ14. 

Il blâme la févérité de la reine i 
Végard defesfujets : & prévoit quell 
fe joindra au parti de l'empereur con 
tre la France. 

IvloNS de Noailles, tout en ung jour j 
receus vos lettres des ix x. xvi & xvn di 
mois paffé , par lefquelles j'ay entendu le 
nouvelles de delà que me faides fçavoir & 
les cruelles exécutions que la royne faicl cor 
tinuer , ayant faid emprifonner fa fœur & 1 
niiilord deCourtenay,leiqueii,comme il faul 
penfer , font au mefme dangier [a] des aultre. 
prifonniers,puifque l'empereur luy donne un ( 
fi bon & hon nèfle confeil [b] que de Ce faou 
1er au fang de tous ceulx qu'elle penfera lu; 
tflre contraires, dont à la fin elle Ce pour 
roit bien repentir. Nolîre feigneur efl juil 
juge, comme il s'en fault afleurer. Quant 
moy je fçaybien qu'elle fera tout ce qu'ell 
pourra pour faire venir à bout fon manaige 
& qu'eitantfaid,puifqu'elle commence à ufe 
envers moy de telz. defportemens que la ût 
n'en amènera rien de bon , & qu'eftant po( 



[g] La crainte feule que Marie Stuart, drftiné< 
pour époufer le Dauphin de France, ne fuccédât 
Marie , fauva la vie à cette princefle. 

Lb~] De ne pardonner à aucun de ceux <jui a?oien 
py part à la dernière rébellion. 



DE UOAÎLLES. 1^9 

sdce & maniée comme elle eft , elle fera 
e mes plus grands ennemys ; Se jà ay-je a£ 
z defeouvert que l'empereur en penfe tirer 
e grandes faveurs au defadvantaige de mes 
aires. Ses minières & fon ambaiîadeur 
aefme qui eit icy, n'en font poin&ia petite 
ouche. Si eft ce que je me veulxeiTayerde 
?s vaincre d'honnefteté, & que s'ilz m'ef- 
reuvent en mon endroit , il foit notoire 
tout le monde que le tort eft de leur coufté, 
omme vous leur pourrez tousiours faire en- 
?ndre ; trouvant que vous leur avez très 
[en refpondu & ne fçauriez mieulx faire que 
e continuer à leur tenir le mefme langaige 
ue vous avez faicl pour la retenue 
[u'ilz font de mes pacquets. Qui eil 
;hofe qui ne convient peina à l'amytié que 
ous avons enfemble; & fî elle continuoit , 
. feroit raifonnable que i'eri feiiTe aultantde 
eulx que defpefche ledid ambaiîadeur [c] , 
uquel j'en ay faid parler très exp^eiTement: 
ar mon coufîn le connectable, afrîn qu'il y 
i(Te pourveoir , & que la mefme liberté qu'il 
cy, ne vous foit niée par-delà. Qui eft 
Dut ce que j'ay à vous dire des affaires de 
elà, fînon que vous ne me fc.au riez faire plus 
rand fervi< e que de continuer à m'eferipre 
buvent de vos nouvelles. Efcript à Fontai- 
ébleau le 4 jour d'apvril 1^54 après paf- 
uer. Signé Henry j & plus bas , de l'Aubef- 
une. 



UJ "Worcm , doyen de Cantorbéry & d'Yorck* 

G iii 



%£Q Né g C C 1 A T- I o && 

M. le Connectable à M, de Noailles. 

6 avril 1554. 

Les troupes du duc de Florence font 
' battues. 

Monsieur de Noailles , de/puis deulx 
jours il vous a eftéfaicVune defpef he affez 
ample, & adverty de tout ce qui s'ofrroit 
par homme exprès. Defpuis nous avons eu 
nouvelles du /îeur Pierre Strozzy qui a def- 
faicT: [a] une grande partie des troupes du duc 
de Florence [frj, prins le fîeur Afconio de 
la Corgne [c], gênerai de fa fanterie , nep- 
veu du pape, & le /îeur Ridolphe Bâillon, 
gênerai de infanterie tué , comme verrez par 
ung extraie! defdicles nouvelles que je vous 
envoyé , ainfîn que le fecretaire dudict. fieui 
Pierre , pourteur de celte bonne nouvelle , 
J'aluy mefme mis par efcript, nevcusvcui- 
lant faire plus-longue lettre peur le prefent, 
priant dieu , monteur de Noarlles , vous 
donner ce eue devrez, DeViileroy le 6 jour 
d'Apvril 1554. Voflre bon amy , Mont- 
morency. 

Celle lettre faiâe à la liafte, eft de lamaing 
d'ung de vos fèrviteurs qui fera recommandé 
à- voUre bonne grâce». C'eft de l'Aubefpine. 



|" :] Près Chuzii. 
HJ Cofme , qui prie depuis le titre de gr^nd 
«lue. 

[Vj Neveu du pape Jules III* 



DE 



N 'c A I LLE S* l'ft 



mjfemblée du parlement , le $ avril- 

p'EKS'OYrFNT les propcz que lundy dernier' 
:e chancellier propofa en ce parlement [a] , 
iifant qu'il eftoit très necefTaire de faire plu- 
îéurs bonnes l'oix en ce royaulme, tant pour 
a feureté de l'eflat de leur princefTe , que 
D'our la police commune des fubjeâz. Ce' 
^u il deduict par trois raifons. 

Premièrement , combien que la couronné 1 
appartint à l'a royne par droid d'heritaige St 
rucceifion , toutesfois que Fou voy oit cous' 
les jours qu'elle n'eftoit poinct aflèurée err 
Ton eftat , & que plufïeurs la voulloient 
troubler contre dieu & raifon ; parquoyef- 
toitde befoing faire une loy par laquelle la- 
dicte dame & Ces fucceffeurs feuflènt mis en 
telle afTeurance d'icelluy , que nul de ûs- 
fubjedzne peufTcnt ny ofaffent jamais entre- 
prendre contre icelle. 

Et de mefmeen faire d'aukres pour contenir' 
fefd. fubjeclz en l'amour & obeifTance qu'iiz 
c'oibvent à leur princefTe , leur oftant défor- 
mais tout moyen de plus s'eflever contre fa 
majefté. 

Secondement , comme par droict divin &' 
naturel le facrementde mariaige doibt eftre 
chofe /i libre, que la feulle voiunté le doibt 
confommer , laquelle eitant contrainte &' 
forcée en l'une des deulx parties , ne fe peuit 



Le z tTAv.il 1 55+. 

Giv 



2^2 Négociations 

plus appeller mariaige ; ce qui a eflé ainfy ob- 
fervé & gardé de toute ancienneté. De façon 
qu'il n'y avoit fi paulvre miferable fubjecle 
en ce royaulme qui ne peuft faire efle&ion 
de tel mary qui luy feroit agréable , fans que 
iâ volunté fuir, en cela gouvernée par aul- 
fruy , & qu'à plus forte raifon la royne qui 
efl leur fouveraine , en la main de laquelle 
eft de leur faire la loy , & mefme à prefert 
qu'elle n'a plus père ny mère aufquels elle 
peuft prefter obeillanee & chercher confeil , 
doibt avoir pleine liberté & puiff?nce de con- 
tracter mariaige où bon luy Semblera ; lequel 
toutefois après longue & meure délibération, 
elle a ces jours accordé au grand bien& ad- 
vantaige de fon royaulme avecques le prince 
d'Efpaigne ancien allié [è] comme font tous 
fes predeceflèurs de fondicl: royaulme , dont 
neantmoingz plu/ieurs en ont murmuré foubz 
couleur que ladi&e dame vient a efpoufer ung 
eitrangier, comme fi c'eftoità eulx [c] à luy 
donner mary félon leurs affections , ne met- 
tant en connaeration lès anciens & grands en- 
îiemys [à] de ce pays, qui feroientpourrof- 
fenfer bientoft fans une fi faincte & grande 
alliance. Mais encores cefle bonne & ver- 
tueulfe princeffe ,.|au cueur de laquelle n'y a 
que tout amour & charité envers les liens, a 



t£0 A caufe des anciennes alliances entre les 
maifons de Bourgogne Ôc d'Angleterre. 

jû] Henry VJ II aveit défendu aux Princeffes fes 
filles de fe marier fans l'avis dzs feize feigneurs 
nommés dans fon teftament , à peine d'ècre deï- 
héritées. 

[JJ Les François & les EcoiTois unis. 



de Nouilles, l f >' 
oien voullu Ce humilier jufques là, qu'attjour- 

î'h.'v elle vous faid prefenter les articles & 
pondi'ion; de fondid mariaige , par lefquelz 
vous verrez combien iceliuy rapporte d'hon- 
neur à ù maielté , & de bien & proufnd à 
ous Ces fubje&z, lefquelz en debvroient de- 
îrer prompte confommation pour avoir bien- 
oit lignée d'elle pour fucceder à celle cou- 
onne. 

Tiercement , qu'ils avoient veu par deulx 
bis, dont cefte-cy eitoit l'une, le fang royal 
î près de faillir par faulte de fuceefTeurs , 
jue cejourdhuy il n'y avoit d'iceliuy que la 
oyne leur fouveraine & madame Elisabeth, 
k que pour obvier à tous inconvénient qui 
oourroient advenir de ceuix qui vouldroient 
jfurper ladide couronne , il luy fembloit 
res necefïàire de faire une loy [/] par la- 
quelle ladicte dame peuft difpolèr en fin de 
fes jours d'icelle & de Ces royaulmes , & le 
lai fier entres les mains de celluy ou celle que 
fa majeilé congneiftra digne d'avoir com- 
mandement en ung tel citât. Qui ne feroit 
chofe nouvelle, car le feu roy Henry en dif- 
pofa , chofe qui a eité approuvée & trouvée 
bonne par tous iufques aujourd huy ; & ainfy 
ce ne fera que mettre & rédiger ladicte loy 
au coffre des trefortz. de cedid rcyaulme , 8c 
de tenir la main à ce qu'elle foit obfervés 
& gardée. 

Il eft à croire que celle dernière invention 
procède de l'empereur qui ne defîre aultre 
chofe que d'ufurper cefle couronne , voul- 

[ej Afin défaire paiTer fa couronne dans la maifon 
Au. riche. 

G 



.î'5*4 -S^É G C I u4 T I O N->S 

lant par ce moyen , advanc que Ton filz arn 
rive par-deça,. eitablir tellement les chofe 
que la difpofition d'icelle (oit entre les main 
de cette royne. S'aïleurant bien par tel mo'yer 
qu'elle tumbera en celles de Con filz , mefme 
<3ui plus elï , bienroit après, faire defmettrc 
ladide dame de l'entier gouvernement di 
royaulme, pour le bailler à Ton mary, ce 
qu'elle délire , comme elle monflre par tou: 
les defportemens & actions., plus que luy- 
mefme. 



M. DE NOAILLES A M. u'OïSEU, 

13, Avril .IJJ4»- * 

Supplice de IViat. 

JVI oksieur mon compaignon, le capitaine 
Reguain , prefent pourteur, a eflé longue- 
ment entretenu en parolles foubz l'espérance 
d'ung paffeport pour aller en EfcofTe ; qu'à h 
fin il a elle contraint de prendre aultre che- 
min Se conduicte telle qu'il vous dira, avec- 
ques plusieurs aultres propoz qui ne font , 
comme i Ime femble , à defprifer , & les laif 
Tant en la fumfance de Ton jugement plus que 
de fon langaige ; je vous dîray comme mer- 
credy dernier M e . Wiat euftla tefte coupée 
& mis en quartiers , defehargeant, advant que 
demourir,madameElizabeth&Courtenay[>] 
»■ ■ ■ 

TâJ On prétend qu'il demanda à lui parler > qu'il 
fe jettaà fe<; y'izds , ôc qu'il le conjura de lui par- 
donner fon injufte acçufation, AïuxaI^ AngL l, 3.*? 3 

£..lîS. 



de Nouilles* ï$) 

(u'il avoit aulparavant chargez de s'edie 
•ntendus en fbn entreprinfe , fur promeilés 
juc Ton luy avoit faicîes de luy faulver la 
v;e ; vous pouvant affeurer qu'il eft biend.'aul- 
tres & femblablesWiat en ce monde, & qu'il 
s'en trouvera une infinité qui hazarderont 
leurs viespourconferverlalibertéde leur pays; 
ne vous voullant taire en continuant ce pro- 
pos , comme il s'en va ordinairement grand 
nombre de cette nobleiïe en France, & y 
courrent tous les- jours de telle affection, - 
qu'il femble que la moitié de ce royaulme 
branfle pour y aller , n'eftant queftion que 
de trouver paffàige afTeuré. Je ne fçay que 
vous dire en cecy dadvantaige , ii ce n'cft- 
que j'eftime fe debvoir bientofi préparer une- 
aultre nouvelle efmotion qui fera plus difn- 
cille à éteindre que la première. Et fur ce, 
vous prie, monfîeur mon compaignon, 
avoir de voûre côufté l'œil ouvert pour con— - 
forter & ayder ce que verrez eftre neceffaire' 
pour le fervice du roy & de la royne fa bonne 
fœur. L'armée de mer que conduid ce ft ad- 
mirai , eft de z8- ou 30 navires en affez bon 
efquipaige qui s'en va ( attendant celle de 
Hollande & de Flandres ) prandre à Plef- 
muth les' comtes d'Aiguemont &aultreslm- 
periaulx , enfemble lesPrivefeel & feigneurs 
Anglois qui y font pour aller vers le prince 
d'Efpaigne, qui doibt arriver au pays d'Hamp- 
ton environ la fin du mois de may , fi dieu , 
les vents & la fortune le veullent ainfv per- 
mettre, félon l'intention de celle royne qui' 
ne- defire rien plus en ce monde' ; & pour fe 
trouver au-devant d'icelluy princ doibt 
partir de ce lieu ie quatriefme àudl c t mois, 

G vj 



ï$6 Négociations 

pour l'aller recepvoir & préparer le Iogeis 
en la ville de Wincheflre , quatre milles par- 
delà ledicl: Hampton, où l'on tien& pour cer* 
tain que Ce folempniferont les nopces , auf- 
quelles encores que je fais compte qu'elles 
feront belles & magnifiques , fî pouvez 
vous croire qu'il y en aura de mal con- 
tans, & pour le moings je vous afîëureray 
d'en eftre l'urg 9 fi j e fuis de la feite. 



M. d'Oysel à M. de Noaillis. 
15 avril 1 5<4« 

Succès de la négociation de d'Oyfeî , 
ambajfadeur en Ecojfe. 

JVÏ onsïEur mon compaignon , defpuis peu 
de jours en ça, eft icy arrivé le proteftant 
par lequel j'ay reçeu ung pacquet du roy avec* 
ques les lettres qu'il vous a pieu m'elcripre 
du 20 du pafTé. Par icelies j'ay apprinsbeaul- 
coup de nouvelles, tant de la profperité àes 
affaires de fa majefté , que des cruautez qui 
a'execuent journellement par voftre royne , 
dont comme je croy , elle n'eft encores au 
bout. Quant à nos nouvelles que je vous ay 
par cy devant efcript, monfieur mon com~ 
paignon, par plufieursfois, leftat où Ce re- 
irouvoit la négociation dont il avoit pieu au 
roy me donner t harge , & ce qui s'eftoit con» 
clu & accordé là defîiis entre cefte royne & 
M. le duc de Chaftellerault [a] , de quoy l'ef- 

[a] La France foi avoit donné ce duché avec 
Jâoco liv. de renie po.ir reneiger à cette démiffion» 



de Nouilles* IfJ 

;fe& s'en efc enfui v\ , a anc efté ladite dame 
iinveilie lb] de la régence ieudy dernier îz de 
ce mois^K mife en l'adminiflration & en- 
tière audhorité de ce royaulme, au grand 
contentement de tout ce peuple qui en efpere 
& attend le traitement, la police & bonne 
juitke qui leur efl très neceiïaire. Voilà , 
jnon/îeur mon compaignon , ce que je vous 
diray quant à ce propoz. ; & au regard de ce 
qui Ce diâ icy des nouvelles d'Angleterre, 
elles ne font aultres /inon ai mefeontente- 
ment de ce peuple-là , à rencontre de leur- 
dide royne. Si eft-ce que parmy cela je me 
cuyde appercevoir qu'ilz. en parlent plus re- 
fervement qu'il/, n'ont fai t par cy devant ; 
par ou ilz. monftrent , monfîeur mon com- 
paignon , à mon advis , (e deffier de leurs 
forces, lefquelles ne Ce trouvant a\dées de 
meilleurs moyens que les leurs, je me doubte 
que l'entreprinle qu îlz pourreient faire ne 
reuffira pas à grand erfeifl , ainfy que j'eferipts 
derechiefprelertementa monfeigneurle con- 
neilable , le jugement duquel estant C\ grand 
& parfaid en toutes chofes , je m'aueure que 
en cefte-cy qui eft de telle importance que 
vousfçavez, , il y fera choie digne de la gran- 
deur, lit pour vous compter plus à plein ce 
qui Ce dict Ky , c'eft que le comte de Pem- 
broug a eue mis à ia tour , que le comte 
d'Arondel t ft fugitif. Les Anglois mefmc qui 
font icy le dilènt ainfy. ^hiant à moy , je 



[M Elle reçut de i "Oyfel Pénée, le feeprre <Sr 
îa couronna , a <}\i'\ le :omté<i*HamiIta«i les avoic 
remis, en vertu des pouvoirs qu'il en avoic de 1* 
jeune reine» 



T$B NEGOCIATIONS' 

vous baille celle nouvelle au prix qu'elle m'a: 
elle vendue. Bien vous veulx ie fupplier , 
monfîeur , me faire fçavoir, s'il Wws plaiit, 
ce que vous congnoiffez du voyaige du cardi- 
nal d'Angleterre [c] devers le roy, lequel par 
les lettres que j'ay dernièrement receues de 
la court , y eftoit jà arrivé quelques jours au- 
paravant, & n'avoit encores eu audiance de 
fa majefté [J] ; & pour vous en dire ma fo- 
ire oppinion , je croy que V ung & l'aultre. 
de ces deulx princes vouldroient bien eflre à 
la paix * mais qu'il eCt bien mal ayfé voyant 
les affaires d'Angleterre ainfv bien préparées * 
àla faveur de l'empereur , de la pouvoir bien 
eflablir du coudé de noftre maiftre. Toutes- - 
fois noflre feigneur , lequel congnoiil trop- 
mieulx ce qui leur efl bon & à nous , con- 
duira , s'il luy plaid , l'œuvre à fon hon- 
neur Se à noilre advantaige. lime relie à vous 
dire, monfîeur mon compaignon , que je 
me fuis efbahy que par vos dernières lettres, 
vous ne me faictes mention du retour de l'Ef- 
coiTcys que m'aviez envoyé , aulTy peu de 
l'homme qui avoit icy conduid le rieur de 
Villernort & du filz du lord des Granges , 
par lefquelz je vous ay faicV trois amples def- 
pefches; Vous fuppliant par ce pourteur, 
me donner advis de ce qui en fera fuccedé ; 
lequel celle royne envoyé par-delà, & le vous- 
adrefTe pour moyenner , s'il efl poflible,. 

* i . i umm 

fc] Folus. 

[dj li venoit pour négocier la paix avec l'empe- 
reur. » Je fuis fâché; l;i dit Henri li., de ne vous 1 
;»•. avoir pas connu avant le dernier conclave ; vous 
»r feriez pape , ou tout mon, pouvoir m'auroit- 
53 manque. 



D- £ N*0 AILLE T. ^S9' 

çng fàuf-conduicl: pour l'abbé de Cofhgwei 
fîere du comte de Caiîèlles -, que ladicle dame, 
délibère renvoyer devers le roy. Mais cefte 
delpefche le faid bien aultant , monfîeur 
mon compaignon , pour vous faire tenir ce- 
pacquet qu'il vous plairra faire courrir in- 
continant à fa majefté, pour icelle bien te- 
nir advertie de ce qui s'eflfaicl par-deça 
jeudi dernier, & pour nous rapporter par 
mefme moyen de vos nouvelles. De rifle- 
bourg ce 15 jour d'Apvrii 1^54. Oyfel. 

J'adjoufteray encores ce petit mot à ma 
lettre, monfîeur mon compaignon, pour 
vous dire que celle royne a receu ces jours 
paffez, parla voye des polies d'Angleterre,, 
que le capitaine de- Barwichluy envoya ung 
pacquet expédié tant Ceulïémmt de M. de 
r.Àubefpine en datte du 3 jour de mars , fans 
eflre accompaigné de lettres du roy , ny des-- 
voftres , & aufTy peu fufcriptde voltre part. 
Ce qui a tenu ladiâédamé en quelque doubte 
& moy pareillement, ne pouvant penfer 
qu'il foit ainfy paiTé fans vortre congnoif- 
fance. Qui fuft caufe que je vous feis quel- 
ques jours après une delpefche pour vous te- 
nir adverty de ce faict , & l'avois envoyé au— 
did capitaine de Barwich pour la faire cour- 
rir 3 mais elle m'a efté defpuis renvoyée, & 
encores eit-elle demourée parmy mes befoi- 
gnes qui viennent icy par merde Sterling, 
& fuis contraincl par ce moyen attendre com- 
modité pour vous ia envoyer. Y r ous fuppliant 
cependant, mon/ieur mon compaignon, me 
mander par ceft herault , prefent pourteur , . 
ce. que vous fçavez. dudict pacquet , s'il eâ . 
paiTé par vos mains, & fi. vous l'ave* faicl. 



l60 N ÉG O C I siT 1 O N 3 

diflribuer aux feigneurs du confeil de delà 
pour le faire tenir à ceilediâe royne fans y 
«lettre de vos lettres» 



Le R oy à M. de Noailles. 
17 avril if$4. 

Ce prince approuve la conduite qu'il a 
tenue dans l'audience qu'il a eue de la 
reine, 

$1 ons de Noailles , il y a deulx ou trois 
Jours que j'ay receu tout à la fois trois lettres 
de vous des 29 > 30 & dernier de mars, & 
defpuis une tlu 3 de ceftuy avecques les dèf- 
pefchf s venues d'Efcoife , dont il ne Ce trouve 
une Ouïe perdue que celle du 8 de ce mois, 
au moings fî le fîeur d'Oyfel a bien retenu la 
datre. Car fen ay eu deulx dfs 9 8c 10 parles 
vofires. J'av bien au longent» ndu routee qui 
efl fuccédé par-delà defpuis les précédentes 
que vous m'avez fai&es , aufTy les propez 
que* vous avez tenus au chancellier d'Angle- 
terre , qui , après vous avoir faid donner 
audiante par la royne à lanuelle vous avez 
ires bien iceu faire entendre [a] & remonf- 
trer ce dont je vous avois efeript , & à ce 
que l'a) veu par voflre dernière lettre à mort 
toufîn le connedable , favez trouvée fort 
animée fur la venue par-deça de M e . Caro 



[<jj On juge foivent d"e la puifiance d'un prince 
par k fermeté lie foarainiilr&. 



DE N OA I LLE f. \6l 

& des aultres Anglois qui l'ont fuivy. Sur 
<quoy vous avez trcs bien refpondu aux Ceï- 
gneurs de Ton confèil, qui n'ont failly d'en 
, efcripre icy à l'ambaiTadeur, lequel envoya 
jhier me demander audiance ; & eftant venu 
trouver mondid coufin le conneftable , luy 
defclaita que Tocca/îon pourquoy il la voul« 
loit avoir, eitoit pour me remontrer trois 
ou quatre chofes allez legieres toutesfois, & 
| dont il m'a parlé desjà deulx ou trois fois* 
La première, du maulvais office qu'il diA 
avoir efté faict par le fieur d'Oyfel allant 
en Efcofle , qui a effayé praticquer & fubor- 
ner aulcuns de leurs frort ; eres. L'auitre, 
des rebelles & transfuges [/>] bannis d'An- 
gleterre qui font G bien recueillis & tant fa- 
yorifez en mon royaulme i de plufï?urs àeC« 
portements dont on faifoit deimonitraiiori 
par deçà en leur endroid aultres qu'il appjr- 
tient entre amys , & qu'il avoit charge me 
prier voulloir pourveoir à tout cela avec- 
ques telle fincerité que la royne fa mii!t.eiîe 
ufoit envers moy 6c les miers , continuant 
lequel bon office , elle voulloit bien me 
faire advem'r de Teftat en quoy elle e/loit 
de (on mariaige avecques le prince d'Klpai- 
gne qu'elle avoit conclud, &defpefchié l'ad- 
mirai d'Angleterre avecques grand nombre 
de vaifîeauix , qui, en la compaignie d'aul- 
cuns Flam ans , s'en atloient au devant de 
luy, & qu'elle l'attendrit bientoft- M'aflèu- 
rant que neantmoings eile avoit délibéré 
obferver en mon endroict, & continuer la 
mefme bonne am> tié & pariaicle intelligence 

[>] Fi&tro Caro. 



ÎÔ2 Négociations 

dont elle m'avoit cy-devant faiâ: tenir p'ra- 
poz, s'effàyant ledid ambaiTadeur par per- 
fiiafîon & aultres grandes remontrances qu'il 
me feit après, femblablesà ce qu'il en avoit 
did à mondieT coufin , me faire croire qu'elle 
avoit l'affèdion beaulcoup mieulx difpofée 
envers moy , qu'elle n'en a jufquesicy monf- 
tré les effeds. A quoy luy fuit très bien re£- 
pondu que ce me feroit bien le plus grand 
plaifir que je fçaurois avoir , que de veoir 
qu'elle eufl fuivy en cela le bon chemin où 
nous en eitions le feu roy Ton frère & moy ; 
& que je m'eftois imprimé de conferver 8c 
augmenter par tous moyens l'amytié & con- 
fédération que j'avois traidée avecques luy 
& Ton royaulme auiTy chierement que la cho- 
fe du monde que j'eftimois le plus. Mais 
que ayajitveule commencement de ce ma- 
r-iaige avecques ung prince que je ne dois 
eitimeraultre que mon bien grand ennemy, 
après avoir fenty par infinis fïniftres de£ 
portemens tout ie contraire de ce qu'il di- 
foh , je ne fçaurois qu'en croire, & lui fu- 
rent redids & réitérez les maulvais traide- 
mens qu'ils ont cy-devant faidsau chevaul- 
eheur Nicolas ; l'arreft de l'Anglois que vous 
m'envoyiez avecques quelques pacquets ; Je 
vaiiTcau du lîeur de Villegaignon ainfy rom- 
pu au pert de Margatte ; les fubfîdes & an- 
garies qu'ilz mettent tous les jours nouvel- 
lement Tur les marchandées venans delà en. 
mon royaulme; les rigueurs qu'ilz tiennent 
à mes fupjedz qui ne fçauroient en tirer ung. 
tonneau de marchandises que fur leurs vail-- 
feaulx mefme ; îe peu de iuftice que trou- 
vent par-delà ceulx des miens qui y v/oat* 



DE Nu A I LL ES. l6$ 

p'ourfuivre ung tort ou dommaige qui leur 
a efté faid ; la difficulté qu'il y a à faire pa£ 
fer perfonne pour EfcofTe ; tant demespac- 
quets arrêtiez & mis entre les mains de Tarn-- 
baiïàdeur de l'empereur, comme je fçavois> 
certainement qu'il eftoit vray par ce mefme 
que en avez dernièrement efcript ; je luy 
ramenteuz auiïy une vieille demonflration 
qu'il avoit faid au capitaine Cray Anglois , 
qui eft icy en mon fervice , afîez eltrange & 
hors de ce que luy-mefme did tous les jours 
de la bonne volunté de fa maiflrefTe,. comme, 
vous verrez par ung double d'icelle que j'ay 
£ai<ft rédiger par efcript, que présentement* 
je vous envoyé ; & n'y fuit oublié une in- 
finité d'aultres petites indignitez que je fens< 
& congnois-à vue d'œil, defquels ilz s'aydenfc 
tous les jours, fi bien que ledid ambaffadeur 
qui efloit venu pour fe plaindre à tort& fans- 
propoz^, fe trouva allez eftonné , voyant que: 
l'on ne luy difoit rien qui ne fuit véritable, 
n'ayant de quoy fe dépendre, fînon que Ton- 
ne luy en avoit rien efcript de delà , mais 
toutes chofcs contraire^ & qui ne fentoienr 
rien que bonne & affectionnée volunté de fa- 
dide maiflreffe, dont il rendoit affèz foible 
raifon, & venoit tousjours tumber fur ledid- 
Caro , Picquerin & aultres transfuges. Sur 
quoy mondid coufin le connefiable iuy d.d 
tout ouvertement , qu'il, n'y avoit rien fi vray> 
qu'iizeftoient en mon royaulme , & beaui- 
ccup d'aultres qui font venus pour me faire 
fervice contre mes ennemys , où je les ay- 
voluntiers acceptez , en quoy je ne penfois- 
en rien mefprandre en Tendroid de ladide 
dame avecques laquelle je n'ay aulcun traidé> 



164 Négociations 

linon que d'ara) tié aultant qu'elle l'exerce- 
roit en mon encroicf. Encores penfois-je 
faire beaulcoup de faveur à fa nation & à feP 
diâz fubjecfzde tes recueillir & m'en fervir 
quand ilz fe prefentuient ; que ce n'eft pas 
de cefie heure que j'en ay à mondial fervice, 
dont on ne m : a jamais faid iniïance , comme 
j'ay aufTy de toutes auhres nations, & fem- 
blablemenc l'empereur mon ennemy. Qu'il 
fçavoit bien qu'elle ne m'avoit jamais voullu 
gratifier fur la reddition duiïeur d Cheiïeiles 
& fa femme ; ia dame de fàinâ Ptravy & 
d'aultres que je luyavcisfaid de mander par 
vous, de quoy je m'efloîs contante ne la y 
voyant aukunemtnt di:pcfe, (ans m'enei- 
tre vouilu ar.ltrement plaindre, encoiesque 
ce fufent gens concami e? quiavoient rompu 
îesprifons, i'e fentars convaincus des cas à 
eulximpc fez , mefmemrnt du faict de la re- 
ligion de nr elle veult avoir le nom de faincte 
obfervatrice , comme elle y a , dieu mercy , 
très bien commencé , qu'au contraire ces 
gemtilzhommesky difent n'avoir en rien mef- 
faid , & mefme a mondicl: coufm le connefta- 
bie , monfiré audicT: ambaftadeur une lettre 
dudid Caro qui s'offre fe jufnffier par tout 
011 l'on vouldra , & prétend bien avoir la 
raifon de ion ccufté , s'afleurant tant de la 
bonté de ladiâe princeffe qu'elle ne le voul- 
dra poirct tenir pour rebelle, après qu il luy 
aura pieu confiderer les juftes cccanons de 
fon abfenee, fondée fur le falut de fa vie qu il 
voyoit endifcrime par quelque inimytié par- 
ticulière. A tout tel? ne f euit \<-ditt ambaf- 
deur que diie, vcy.mr que l'on luy en par- 
loït ainfy ouvertement ; & dadvantaige qu'il 



DE N O A I L I. Ë S. I 6f 

pouvoit bien juger qu'au lieu de tous ces 
maulvais offices , j'eflàyois de la contenir en 
mon araytié parle meilleur debvoir <k gra- 
cieulx defportement envers elle & les fiers 
dont je me pouvois advifer, luy difant qu'il 
me feift entendre en quoy ledid fîeur d .)} fel 
a faiily , & que je donnerons ordre d en faire 
faire telle réparation qu'elle- congnoiftroit, 
que je ne veulx rien tant que Ton repoz & con- 
tantement , comme on doibt defîrer celluy de 
Ces amys. Il Ce plaignit auify de ce que i 'avois 
faict ordonner que les courrier* qu'il defpef- 
cheroit , n'euflènt poinct de chevaulx fans 
porter de billet fïgné d'ung de mes fecirtai- 
res, qui eftoit chofe non accôuftumée. Mais 
mondict coufîn le conneftable luy did que la 
couftume qu'iiz avoient rompu à rendroict 
de mespacquetS) qui font au fîy longuement 
retenus par-delà, de forte que le plus frais a 
eflé toujours quinze ou feize jours par les 
chemins, en eiloit caufe , n'eftant pas raifon- 
nable que luy defpefche à toute heure fans 
que l'on fçaiche rien, & que vous ne puif- 
iîez envoyer une feulle lettre qui ne palîe 
foubz la peyne d'une douzaine à? congiez , 
ou de gens qui ne les lailîènt aller qu'aultant 
que bon leur femble ; tous ces propoz , 
mons de Noailles, pafTez entre ledicT: am- 
baiïadeur , moy & mondid coufîn le connec- 
table, ay je bien voullu vous faire entendre 
au long, affin que vous les fçûchiez pour en 
refpondre en mefme langaige par-delà , me£ 
mement defdi&s Caro , Picquerin & aultres 
Angloisdontilzont cy-devantfaicttantd 'inf> 
tance , lefquelz font à ma foulde & à mon fer- 
vice contre l'empereur ? fans ce que j'aye 



2 6t> Négociations 

jamais penfé m'en fervir , ne les tenir am 
dommaige de ladide dame. Efcript à Paris le 
-1.7 jour d'Apvril 1554. Signé Henry ; & plus 
bas , de l'Aubeipine. 



■ r wp»cw«Mfiim»r|i|ll.ll,l-n-ft. 



S u 1 t e de la relation de ce qui fe 
pajfe dans le Parlement & à la cour 
d'Angleterre. Du 17 avril iJSé* 

aJng Anglois nommé Drieure , efîant par- 
delà au fervice du roy, faid (comme Ton m'a 
.did ) des advertiffemens par-deça & par ex- 
jpres à Paget , de ce qu'il peult apprendre de 
l'intention du roy , & pour ce ,fault avoir 
l'œil fur luy. 

Defpuis cinq ouiîx jours cefîe royne a faict 
retirer aux forterefTes-, tant delà mer, que 
aultres , toute l'artillerie &. munition qui en 
.eftoient dehors, .& l'a faict mettre dans les 
ports & havres, craignant quelque nouvelle 
^efmotion & que les mutins fiuTent pour s'en 
fai/ïr. 

Il Ce did dadvantaige que par arreil dudid 
parlement^ feront levez & annuliez tous les 
ades par cy« devant faids par le feu roy 
Edouard dernier , faifans mention de la nou- 
velle religion [a], affin queiceulxoftez,icel- 
luy puifie demourer à 1'obeiiTance de l'églifë 
romaine , comme elle -eftoit aulparavant. 

Madame Elizabeth ayant elté delpuis fbo 



[û] C'croit pour préparer lesefprits àrextmftioa 



DE N ' O A I L L E S* T&J 

Cinprifbnnement tous jours refïèrrée de fort 
près , eu. main&enant plus eflargie , de façon 
qu'elle a liberté [Z>] d'aller par toute la tour. 
Tans toutesfois ofer parler à aultre perfonne 
que à ceulx qui font ordonnez pour fa gar- 
de, & d'aultant qu'on ne la peult trouver 
chargée , on penfe qu'elle ne mourra poind 
& que l'empereur & celle royne la voul- 
droient marier au prince de Piedmont [c] ou 
aultre grand perfonnaige fur lequel ilz au- 
ront puhTance & au&horité, & difent aulcuns 
que de la tour l'on la leur fera enlever & 
mefner en Elpaigne ou pour le moings en 
Flandres. 

Tous ces gentilshommes , officiers Se gar- 
des qui ont prefté le ferment audid: prince 
d'Efpaigne , doibvent cejourd'huy ou demain 
partir pour aller au-devant préparer fon lo- 
geis à Wincheftre & à Hamp.ton , & celle 
royne les fuivra dans huicl; ou dix jours après, 
lorfque le parlement aura prins fin. 

Aulcuns difent que le marquis de Noran- 
thon demoirrera en cefte ville lieutenant de 
ladicte dame , & ledict comte de Pembroug 
.dans la tour. 

Le comte de Lenox [d] eft party defpuis 
deulx jours de celte court pour s'en aller , 
comme l'on dicl, en une fîenne maifonvers 



Çh] Elle dut cet adouciflfement à tnilord Chandoisy 
\_c] On n'a fa unir une û habile princefife, & à 
jùmée des Anglois , avec un aufïî grand capitaine,. 
£d] Mathieu S'cuart , fécond du nom, fils de Ma- 
thieu I , qui avoit époufé Marie Hamiiton , fille 
At Jacques IJamilcon & de Marie Stuàrt, filte de 
Jîc^es II , rci d'Ecslfo» 



l6S Négociations 
le nord , à huid ou neuf vingt milles d'icy 
& près des frontières, dont Ion ne fçait en 
cores l'occaiîon. 

L'on tienâ: icy pour certain que Tempe 
yeur s'approche à Bruges , & d'aultres afTei: 
rent qu'il doibt venir jufques à Calais. 

Millord Gray , qui eft capitaine & gouver 
reur rie Gi'yne , a efté fï marry de la mort d 
duc de Stffolc fen parent, & de tantde vail 
lans hommes de guerre , & mefme de ce qui 
les deuix frères d' icelluy duc font pareille 
ment condampnezàmourir,qu'ilena efcrip 
lettres à cefte ro} re& leigneurs de fon confei 
allez auldacieuies [e] , de forte qu'il leur e{ 
entré en grande ialcufie, & tellement qu'il: 
l'ont mandé, venir par-deça , ce qu'il n\- 
voullu faire. 

AufTy dict on qu'il a grand defplaifîr di 
changement de la religion , comme pareil 
lement le miliord Wenvorth debitis de Ca 
lais; & pour ce refpecl:, l'on eftime que l'em 
pereurtakhe d entrer dedans ledict Calais [f] 
craignant qu'il y ayt biemoil une nouvelle 
cfmotion en Angleterre, & fe faiiîflant d( 
telle & G importante place , il faid for, 



ffj On fçair l'biftoire de Gerulicus que Tiberç 
vouloit révoquer. Ma. fidélité, écrivit-il à ce priri!- 
ce j a été jihtu' ici inviolable ; je la conserverai avec 
mon gouvernement '.mais je regarderai un Juccejfeur 
comme l'avant- coureur de ma mort. Que l'empire 
refie à iêar 3 & à moi mon gouvernement, Ann« 
Tac. 1. 6. 

£/] 11 ne voulue jamais fouffrir que le fils de 
l'empereur Se le n.ari de la reine fa maîcrefTe, 
enn.âc dans fa place avec plus de quarante hom- 
jaiçs, 

£0mpî5 



de Nouilles, 1(5*9 

rompte, que quelque choie qui puifle adve- 
nir du de mourant , que cefte-là luy demou- 
■er.i, s'il y peult entrer p"Bur gaige. 

La ncblefle & petit peuple de ce pays de- 
Jîrent [g] tant mutation & changement, qu'ils 
è perfuadent & tiennent pour alïeuré que le 
ardinai Polus a eflé proclamé à Paris duc 
l'Yorck, de Lanclaftre , marquis d'Q) Tel ôc 
eigneur de Montagut, difent dadvantaige , 
lue au premier jourildoibt faire defeenteen 
:e pays, ce qui eft bien mal ayfé à croire, 
ttendu la qualité du perfbnnaige qui nede- 
nande trouble , au contraire toute tranquil» 
hé & repoz. 

Il ne Ce parle icy ordinairement d'aultre 
hofè que des gentilzhomm.es qui fe defro- 
ent pour aller en France, s'eitimant bien 
nieulx celluy qui peult vendre fon bien & 
aiTer fans dangier , defirans , comme Hz 
ifent , de veoir le roy , pour eftre le pre- 
lier , & qu'ilz ayment, honnorent & efti- 
lent le plus. 

Mercredy dernier , unzieme de ce mois, 
n la grande folle de Weftmenfler , feurent en 
lain parlement > levez , paffbz & accordez 
?s articles de mariaige de celle royne avec- 
ues le prince d'Efpaigne * & en l'heure 
aefme publiés les qualitez & filtres qu'il de- 
ra avoir , eflant arrivé par-deça , qui font 
dz ; Philippes & IVSarie , par la grâce 
dieu , roy & royne d'Angleterre , 
ïance &Hirlande, deffenfeurs de la foy,prin- 
es d'Efpaigne , ducs de Brabant , comtes de 



{••] La devife du peuple 5 Nous croyons tout ce 
uï navs flatte, 

tome III. H 



170 Négociations 

Flandres & aukres Paj s-Bas , &c. dont plu 
£eurs des aflîftans & la plus grande partie d': 
ceulx ne feurent*trop contans. Toutesfoi 
iediél prince , comme l'on continue de dire 
doibt eitre couronné ung mois ou fix fep 
maines après fbn arrivée par-deça , fi ceft 
royne peult , combien qu'il ne foit encore 
accordé par cediét parlement. 



M. D2 NOAILLES à LA R.EYNE D'ESCOSSE» 

ï8 avril 1554. 

Relation d'une conférence qu'il a eu 
avec le chancelier d'Angleterre , a 
fujet d'un EcoJJbis qui avoit éi 
arrêté. 

JViadame , comme cejourdhuy après avo 
eu audiance de celle royne , Ton chancelli 
m'a djc't en la prefence de plufieurs des Ce 
gneurs de ce confeil , que l'homme du com 
de Bothuel [a], qui eft icy prifonnier , & d 
quel j'ay par cy-devant efcript à M. d'Oyf 
le 16 de ce mois , avoit di& & confeffé vc 
luntairement qu'il avoit elle mandé par-de< 
de la part de voftre majefté & de fond] 
maiftre , pour praticquer ung nommé M 
Percy [b] défaire quelque menée au pays c 



£a] Homme noirci de mille crimes, qu'il confor 
nia depuis par l'aïTaffirfat de milord Darlay , mari 
Ja reine d'EcclTe. Il périt en Dannemarc. 

[/'] Henri , qui périt à la tour fous le règ 
ftuyaoï» 



a £ Nouilles* i~Jl 

nord pour troubler celle roy ne en Co n eftat, 
& que pour le conforter en fon entreprinfe, 
il avo t charge de luy offrir tel e fabveur» 
-que le comte de Northumberlani [cj dont il 
e il grand héritier , ne luy pourroit faillyr, 
ou fî mieulx aimoit quelques auitres biens 
du couflé de France , qu'il luy en feroit faicfc 
bonne part. A quoy , madame, vous pou- 
vez croire que j'ay refpondu ce que j'ay 
congneu élire utille & necelïaire pour la 
defcharge de voilre' grandeur & fîncerité; 
leur difant entre auitres chofes, que quand 
il vous plairroit entreprendre quelque pra- 
îicque pour troubler leur maiflreife , que le 
maniement d'icelle en feroit faict par aui- 
tres perfonnaiges plus dextres & entendus 
qu'icelluy prifonnier , & que vos jugemenfe 
& forces ne font poincl fi petits que vous 
n'euiîiez desià faiâ fentir à celle royne, fî 
tel euit eflé voilre plaifir, que vous, madame, 
n'eiles petite amye , ny foible ennemye. 
Mais je m'afTeurois qu'il s'en falloit tant que 
:ela fufl de voflre invention , que jepleige- 
rois fur ma telle tout le contraire , & que 
pofîible oncques vous ne parlafles aùdid fer- 
iriteur ; fçaichant d'ailleurs que lediu: comte 
de Bothuel feroit ung des derniers perfonnai- 
ges de vollre royaulme, auquel vous voui- 
driez commettre vosfecrettes affections, & 
ju'il eftoit affez commung à ung chafcun 
jui congnoifl icelluy comte, que vous, ma- 
dame , ne l'avez trop en grâce , mais que 
Dluftot il eftoit ayfé à croire que ung tel 

£c] Thomas , qui eut la tête coupée fous le règne 
rEiifoketh, 

Hij 



% W J2 NÉGOCIATIONS 

•jeune fol entrepreneur , pour fa defcharge* 
vous auroit voîuntairement allégué en Ces 
interrogatoires plus pour faulver fa vie , que 
pour choie qui fuft vrayfemblable en feidi&s 
propoz. Et voilà , madame , comme pafla 
ce petit difeours & langaige , auquel après 
avoir repiiequé & refpondu ce que defl'us, 
tout eft demouré en grand filence de leui 
couflé; & comme vous pourra dire plus au 
long & apprendre Me. David Foreft, peur- 
teur de cefte , qui fui! le premier qui me 
di& que icelluy ferviteur avoit elté prins 
pour cefle occasion , fur lequel je m'en re- 
mettray & de toutes aultres occurrances de 
ce lieu, s'il plaift à vofîre majeflé luy fairc 
cefi honneur de Fefcouter. 



M. de Noàilles au Roy, 

2,3 avril i?H«' 

guite du procès fait aux complices d 
IViat. La reine reprend la qualit 
de chef de Vèglife Anglicane. 

uire, j'ay présentement receu ung pacqut 
de la royne régente & gouvernante d'Efcofl 
à voftre majefté, que j'ay promptenent mi 
en chemin pour vous advancer une nouvelle 
de laquelle, comme je croy, ne recepvre 
moings de plaifir , que vous portez d'afFec 
tion & bonne volume au lieu d'où elle pan 
Jït pour .ce que les lettres de ladifte dame vou 
dilcourrent affez comme \os affaires & fîen 
pesfe retrouyentenEfcoflè, jenevQuspaj; 



dé Nouille si 1 73 

Beray , fire, que de l'Angleterre, où la nou» 
kreaulté de toutes chofes va tous les jours en 
augmentant. A quoy je vousallegueray pour 
|le premier exemple , comme mardy demies 
17 de ce mois, ainfy que cedicl jour j'e£- 
cripvois à voflre maieité , James CrofFtz, 
Me. Winther & Nicolas Throgmorthon, 
feurent menez en la Hillehalle, devant les 
Juges que ceiïe royne leur avoic commis Se 
députez , où prefidoient les comtes de Shrew- 
burv\z] & d'Hèrby[2>], n'efpéransrien mieulx 
ces paulvres prisonniers que d'avoir chacun 
leur condampnation au retour. .Toutesfois 
edict Throgmorthon qui fuit le premier in- 
terrogé , feeuft fi bien & fi longuement def- 
•aattre l'interprétation de la loy qui futtfai&e 
& publiée à l'aultre parlement , fur le crims 
de trahison & leze maieité , que ce jour on ne 
peuft vacquer qu'à entendre fes juft imcations 
auxquelles il Ce fervit fi bien & de la vérité 
& de fon bon efprit , qu'il fuit renvoyé ab- 
bubz & defehargé , dont la royne fuft in- 
lontinant advertie , qui en receuft tel defV 
laifir, que non feullement e le commanda 
émettre ledicl Throgmorthon en la tour % 
ontre la loy & couitume du pays ( qui efl 
le promptement efiargir les juftimez) mais 
ncores fift personnellement adjourner leC- 
iiâts juges ( que l'on appelle icy juges de la 
quefte ) qui font douze, pour rendre raifon de 
Leur (entence dont ilz font en grande pey- 

ne [c], & tout le peuple en murmure fort y 

— ,— ** 

[a] Georges Talbot. 
[rj Stanley. 

le] Ce qui coûta la vie à Jean Throgmorthon 
foa frère. 

Hiij 



174 Négociations 

lequel congnoift affez que ladide dame, non 
peur ai ltre occafïon , (e deult de 1 abfolution 
dudiâ: Throgmorthon , que pour aultant 
qu'elle veoit bien que par mefme raifon il ne 
peult pis advenir à Courtenay , pour ce que 
ladite loy ne permet la mort de celluy qu: 
feullcment aura feeu ou entendu quelque 
trahifon , s'il ne l'exécute .> ou s il n'a afïiftt 
ou de prefence ou aukrement à l'executior 
d'icelle. Et ainfy la foif qu'elle & les fei: 
gnev.rs de fon confeil ont du fang dudiâ 
Ccurtenay , leur font tenir le chemin d< 
toute injudice & cruaulté , de laquelle ilz er 
feirentveoir hier un eftrange fpectacle , qu 
£uû de deulx marchands de cefte ville d'af 
fez bonne apparence , lefquelz furent public 
quement attachez parles aureilies au pillon 
& clouez à gros cloux , pour avoir feulle 
ïnent , ainfy qu'il efîcit efeript fur leur. 
teftes , affermé & mainctenu quelque chof 
contre cefte royne ; & par exprès , comnn 
IVIe. Wiat eftant près de la mort ^ avoit pu 
-blicquement defehargé madame Elizabet 
& le comte de Devonshire. Cela, fîre, n' 
en rien amoindry la maulvaife penfée qu 
ce peuple garde à ladide royne, kquelie n 
cefïè par tous moyens de baftir & fortifîle 
l'entreprinfe de ce mariaige , auquel elle 
fi extrefme a'Te&ion qu elle le prepofe à l'hor 
neur de dieu & à Teftabliffement de la reli 
gion , où elle difoit du commancement avoi 
û bon zèle , & qu'elle confentiroit pluitoi 
à la perte de fa couronne qu'à la fouMranc 
des abus ; dont toutesfois , /îre , elle s'ei 
tellement reffroidie, qu'elle n'a voulhi beaul- 
coup amutèr, àcequeaulparavant elle avoi 



et 



DE NOUILLES. fjf 

faiât propofer à ce parlement pour le faicl de 
jla religion; comme de remettre l'eglife d' An- 
gleterre a l'obeifïance du pipe , luy rerti tuant 
île tiltre de fuprefme chief que 11 long temps 
Ion hiy avoit ufurpé & occupé, de rendre autf 
levefîjues & aultres perfonnes eccle/îaftiques 
leurs premiers biens & au&horitez , & plu- 
sieurs aultres articles aufqueU foubdain qu'elle 
la apperceu quelque contradiction , elle s'en 
eft incontinant defport'e , prévoyant bien 
que la nobîefTe de Ton royaulme ne pouvoit 
lavoir agréable la reilitution des biens de 
U'eglife qu'ilz. ont par cy-devant acquis pair 
[don eu achapt des feux roys Henry & Edouard 
iers. Et à celle caufe, pour plus les 
fleurer en leur poffefïion & les rendre plus 
ilfavorables & patians à la venue de ce prince, 
elle n'a eu honte de reprendre ce tiltre de bia£ 
Ipheme, qu'elle avoit laiffé trois mois a ; fer 
ifaifant maintenant & defpuis dix jours ap- 
ipeller supresme chiev de l'egllî£ d'An- 
gleterre et d'Hîri.ande. 

Sire, je ne veulx oublier àrefpondre à ce 
i qu'il vous a pieu m'eferipre par voftre lettre 
du 4 de ce mois, par laquelle voftre majefté 
me faifbit entendre comme aulcunes barques- 
de pefcheurs avoient efté prin Tes près Breft, 
par des navires Anglois allans en Efpaigne , 
& que plufieurs aultres vaiffeaulx de vos fub- 
jectzeltoient arrêtiez en Hiriande. Chofe qui 
m'a lèmblé mericer une particulière audiance 
de cette royne que jeux jeudy dernier , ou 
après avoir faict ma plainâe , elle me ref- 
pondill , quant aux barques , que s'il en 
avoit efté prins aulcunes , ç'auroit efté par 
pyrates & non par (es vaifTeaulx , defqueU 

Hiv 



fj6 Négociations 

elle m'afTeiua n'en eftre encores party ung 
feul hors de Ces havres pour tirer cefte route, 
qui luy faifoit croire que tel bruid pouvoit 
avoir elle porté jufques à vos aureilles, nort 
qu'il fuft veritabèe. Et qu^nt aux navires ar- 
rêtez, en Hirlande , il fault que je vous dife , 
/ire, que ce propoz luy altéra grandement &• 
là coulleur & le langaige > mefmement quant 
après m'av^r nié & contredid ce faid com- 
me chofe irrcroyable & impoflible, je luy leuz 
en prefence des feigneurs de Ton conièil la 
commiffion du vis- admirai d Hirlande , en 
vertu de laquelle iceulx navires avoient efm 
arreflez ; enlemble ratreftation que le navire 
de Dublaîn avoit donnée à ce marchand Bre- 
ton , qui'eft venue devers moy, caufée fur 
le bruid de la, guerre entre voftre majefté 
& iadide dame, comme vous, fîre , avez 
peu veoir par les doubles que je vous en ay 
envoyez du 17 de ce mois. Ce qu'ilz trou- 
vèrent fi effrange qu'ilz travaillèrent beaul- 
coup tant ladicte dame que ceulx de fort 
conieil , pour me faire croire certainement 
qu'elle ne defîre rien tant que d'obferver 
inviolablement i'entretenement de voftre 
commune am) lié , & que telie choie n'a voit 
elle faiCie par Ton contentement 5 ains à Ton 
grand regret. Ce que promptement ilz me 
firent congnoiître , car ledid vis- admirai , 
qui eftoit lors à la court , s'en vint vers moy 
]e lendemain s'accufèr de la faulte qu'il avoit 
i'aide en fa commiiTion , par laquelle il man- 
doit d'arreller generallement tous navires 
François & Efcofloys , leurs biens & leurs 
perfonnes, (ans toutesfois en defdairer l'oç- 
eaûon.Ce qu'il diioiteûre advenu par i'ignQ- 



ùe Nouilles. 177 

lance de fon Secrétaire auquel ii avoir trc3 
exprefTement commandé de la caufer lur les 
dommaiges que les pyrates faifoient ordinai- 
rement en la cofle d'Hirlande , dont ilavoit 
tous les jours nouvelles plainâes ; & ainfy 
ique Ton intention n'avoit efté que de faire ar- 
irefter ceux-là feullement qui feroient foub- 
(çonnez de celte qualité , en quoy il accu- 
foit fon lieutenant & le navire de Dublain de 
trop rigoureufe exécution, & mefme en ce 
qu'iiz avoient eaufé l'atteftation dudicl; mar- 
chand fur le bruid de guerre à eulx encores 
incognu. Chofe à laquelle il n'avoit jamais 
penfé & dont il me fupplioit non feullement 
luy voulloir pardonner , m'offrant prompte 
réparation de fon erreur & entière fuisfac- 
tion de tous les dommaiges & intereits des 
marchands , mais encores luy voulloir eftre 
médiateur envers la royne (à rnaiftrefïè &. 
fon confèil,pour la feureté de fon honneur & 
de tes biens ; ce qu'il n'efperoit luy ejfke ac- 
cordé qu'à ma grande requefle & foilicita- 
tion ; & pour ce, foe , que je fçay combien 
voftre majefié cefire de gratieuMement en- 
tretenir tousceulx de ceite nation _, & que 
vous ne vouldriez la honte & ruyne d'ung 
paulvre gentilhomme, mefme pour une faul- 
te à laquelle Ton prefente réparation ; je luy 
accorday fort volun tiers toute mon ayde, 8c 
envoyay Ces excufes , Ces offres & lecontan- 
tement que le marchand en avoir, fi à prc- 
poz aux feigneurs de ce confeii qu'ils, me 
mandèrent que , ou telle fabveur Wty ëuû eftè 
retardée ce jour-là , que le lendemain on 
luy euft faid fon logeis en la tour, & que: 
par-ià je pouvais congnoiftre que cela n'avoit 

H-V 



2jS Négociations 
eftc faict par le contentement de la royne \ 
m'alleurans qu'elle voulloit paix Si repos » 
& que fi elle avoit jamais eu affeârion à la 
guerre , à tout le moings ne la vouloit-elle: 
commencer par telles fur p ri nie s. (,/ui eil urr 
propos , fire , par lequel , félon mon advis,. 
on peult congnoitlre la crainde qu'ilz ont d'f 
entrer advant la venue du prince d'Efpaigne». 
laque'le , comme 1 on dict à prefent « ne 
fera fitoft que l'on penfoit, ny le paiement 
fitoft fixé que l'on efperoit , àcau;è des con- 
trariétés qu<- de juur à aultre s'y engendrent 
pour raifon d^ la religion , & mefme entre 
les plus grands, de ce confeil , dont le chan- 
celier & queiqueseveiques font une friction ; 
Faget, les comtes d'Arondel & de Percrjrougy 
l'auitre ; de forte qu'ils ne font trop loing 
d'entrer en partialité & divifion , qui a efté 9 
comme je croy , oc:afion de retarder pour 
îing- mois, comme l'on dic"t, le partement 
de celle royne pour aller à Wmcheilre& juf- 
ques à ce qu'elle foit feur^ment.advertie que 
îédid prince foit en mer; fi eil ce qu eliefaict: 
faire audiâ Winchefire & à Hampton de 
grands préparatifs pour le recepvoir- Mais- 
bien penîe Ton que ce foit une pareille fe nte 
à celle qu'elle feit d'aller tenir (on parlement 
à Oxford pour convier ceulx de Londres de 
îa requérir à leur voulloir faire ceil hon- 
neur de lolempnifer Ces nopees en leur ville? 
où (comme ie vous ay , fire, par cy-devanc 
efeript ; ii ell à craindre que ce prince vien- 
dra defcerPdre , duquel les filtres & les qua- 
lités onteité n'a guieres publiées, plus par 
l'au&horité &feuîle afïèdio.n de celle royne, 
crue par le commung consentement & accord 



de Nouilles* iyp* 

delà baflô chambre de ce parlement; ainiy 
que deulx des feigneurs de ce confeil ont 
alfez librement ài& Se defclairé en bonne 
compaignie , & dont j'ay efté adverty par 
ung qui n'eïloit des moindres de la troupe ; 
lequel m'a aufly de nouveau confirmé ce que 
j'efcripvis à voftre majefté du 17, comme 
ung Anglois nommé Drieurt , boiteux dîme 
bleilure qu'il receuit au dernier camp deBoul- 
longne , eJlant à prel'ènt par delà en voftre 
fervice , ne celle de faire adverti lie mens par 
deçà & par exprès à Paget , de tout ce qu'il 
peult apprendre tant de vos deffèings que de 
eeulx de Pietro Caro , dont defpuis trois 
jours il a faict un adverriiîement à celte 
rovne & audicl: Paget fur lequel on a faict 
nouveaulx interrogatoires à madame Eiiza- 
beth & à miliord de Courtenay ; & crainâ- 
on que à celle occaiîon ilz ne fuient reifer- 
rez de quelque ellargiiTement que i'on leur 
a faicl defpuis peu de jours en la tour. De 
façon que fi on n'y prend garde de bien 
près, & que ledid Caro n'en foit bien ad- 
verty , il eft allez malheureux pour fufeiter 
beaulecupde mal à ceulx qui le vouldront 
fier de luy. Tout ce peuple ne de/îre rien 
tant que troubler ce mariaige , & s'eft def- 
puis huid jours grandement resiouy, com- 
me au contraire tout ce conlèil s'eli con- 
trite du partemfnt hors ce pavs , d'un gen- 
tilhomme & chevallier nommé Quinceton, 
de la ville de Glocefire , qui ne <e trouve 
plus en ce pays, 8c dicl l'on qu'il s'eft retiré 
en France , lequel on eltime Ci fb;t que l'on 
efpere fa \ertu & expen'ance debvoir gran- 

Hvj 



3io Négociations 
dément accroîfire & fortifier le party dey 
malcontans. 

Sire, ce jour fa-inâ Georges a efté faide 
bien petite cerimonie pour l'ordre de la Jar- 
tiere. Seuliement font allez les chevalliers 
qui fe font trouvez, prefens à la grand méfie 
Se procefîion avecques leurs habits & grands 
colliers ( & poinét à l'offrande ) s'eftant cofte 
royne , durant le fervice ? reiTerrée toute 
feulie en une chappelle hauite où elle n'ef- 
toit veue de perfonne. Il a elle conclud pas 
ledicl chapitre de faire leur chief d'ordre le 
prince d'Efpaigne & fîx aultres chevalliers 
qui (èront fai&s , qui font , comme Ton m'a 
dict , les comtes d'Aiguemont, d'Aitingues 
grand efcuyer de i&dicte dame, Roceiire, 
controiieur de fa maifon , iir Antoine Bron 
grand efcuyer dudicl: prince , & Bruges lieu- 
tenant de la tour. Du 2.5 d'apvril 1554. 

Le Roy à M. de No aille s» 
26 avril 15*4» 

Il lui ordonne de pourfuivre la rejli- 
îution de quelques vaijjeaux mar- 
chands arrhes dans les ports & An* 
gleterre s £r de prejfemir la difpo- 
Jition de la reine , au fujet de la. 
France*. 

iMqNS de Noailles, par la dernière de£ 
pefche qui vous a efté faicte , vous aurez en- 
lendu comme je me fuis trouvé fatisfaici dû 



DE NOUILLES. l$î 

bon compte que la Marque m'a rendu des- 
affaires de delà , l'ayant icy retenu pour at- 
tendre s'il furviendroit rien de nouveau, 
affin de le vous renvoyer mieulx infkui&de 
toutes choses. Cependant l'ay receu voitre 
lettre du 1 7 de ce mois , avecques le double 
de la commMion décernée parle vis-admi- 
ral d'Hirhnde , pour arrefter par-delà tous 
mes fubjedz & leurs biens 5c vaitTeaulx 
comme d'ennemys , ainfy qu'ilz ont très 
bien commencé par les marchands St 
mariniers que m'efcripvez y avoir elle ar- 
rêtiez & emprifonnez , dont l'ung efl venu 
jufques à vous, que vous n'aurez, comme 
jem'affèure, failly de prefenter aux feigneurs 
du confeil de la royne d'Angleterre madame 
ma bonne loeur, & y faire ouyr & entendre 
les j uftes plaindes que j'ay à leur faire du 
tort qu'iiz font au debvoir de noftre amytié, 
& à l'obfervation fi fincere dont je ufe à leur 
endroift. Ce que je vous prie & veulx que 
vous fai&es bien expreflement , fi jà ne Ta- 
rez faiâ ; mefmement àl'endroid deladicle 
dame , luy représentant une copie de la com- 
miffion que je m'affeure n'avoir pas eilé 
defpefchée par fon commandement , à ce 
qu'il luy plaife m'en faire faire la rai ton , 
telle qu'il appartient entre amys, avecques 
la délivrance de mefdi éts fubiectz , & répa- 
ration du tort & dommaige que l'on leur 
a- fai<£t. Cela fervira , mons de Noailles , 
pour defcouvrir & fonder plus ayant quelle 
eft fon intention, laquelle je ne puis eitimer 
que maulvaifè ; % par adventure eâ ladiâe- 
commifïïon faiâe à cautelle , pour avoir 
cy -après excufe de dire, que dès le temps 



S82 Négociations 
de l'expedrion d'icelle , elle m'avoit faict 
defclairer la guerre, & foubz ce prétexte > 
faire trouver bonne, n* elle vient cy-apres, 
comme ilz en font bonscouftumiers , à faire 
arrefte'r de mes navires , la façon dont elle 
y aura procédé , à quoy il faut avoir l'œil 
bien ouvert & obferverexadementles façons 
de faire dont elle ufer.a à i'endroiâ de mefd. 
fubjedz , ayant tousjours veu par cy-devant 
qu'ilz ont par divers moyens y avant que de 
commencer la guerre , retendu tant qu'ilz 
ont peu des vailTeaulx de mefdiCts fubie&z. 
foubz quelques legir res occasions , chofe que 
je veulx éviter , s'il eu pofïible , en prenant 
garde de bien près à leurs actions & deppor- 
temens. Ce que j'en dis n'eft pas fans grande 
apparence par les. (iniilres offices qu'il/ font 
ordinairement , comme fa ici; voyez. En quoy 
ne fault obmette ce que l'admirai millord 
Guillaume dicl dernièrement à voffre fècre- 
taire , qu'il fr roit contraire de drffendre les 
vaifTeaulx de lempereur , avec lefquelz il 
alloit de eonferve en E'paigne ; que fai& 
ne debv^z oublier à bien faire entendre à 
ladicle dame & fondicl confëil , la priant, 
comme de vous mefme , quVlle vous àeC- 
clair*? ouvertement comme elle a délibéré 
de vivre avecques moy , afrin que eftant mi- 
nière , comme vous eues , vous ne puiiîiez. 
faillir à m'en advertir. Efcript à Ennet le 
%6 jour d'apvril 1554 ; ain h figné Henry. Et 
m dejjOub\ , de Laubt-fpine.. 



D-E N O A I L L E Je iSj 

! b— «w *"» ?, * i m» — — i— «■ > 3E5E5 EB53B 

M. d £ No ailles au Roy. 
19 avril ij?4. 

Nouvelles exécutions des complices de 
IViat. On publie une généalogie dw 
fils de l 'empereur , quon fait defeen- 
drt d'un prince Anglois. 

uire, je vousayfaid une defpefche du 25 
de ce mois, & par icelie au long entendre 
les occurrances du temps & du lieu ou je 
fuis , & par mefnu moyen vous ay envoyé 
deux pacquets , Tung de la ro>ne régente 
d'Efcolie, & l'autre du fîeur d'oyfél , par 
lefqueli voftre majefté aura peu veoir en- 
tr'auitres chofes comme le gouvernement 
& régence dudid royaulme atité mis entre 
les mains de LadicVe dame [a] > au grand 
contantement de tous if s eûzts Defpuis j'ay 
renvoyé ion herault qui m avoit apporté les 
fîifdids pacquets, avecque 3 un iauf- conduid 
pour 1 abbé de ^oftagwel , oui fera, comme 
j'entends , bientoil en chemin pour aller 
vers voitre majefté , ainiy que iadicte dame 
m'a mandé. 

Sire, je reçeui jeudy dernier les lettres 
qu'il vols a pieu m'eferipre du 17 de cedi& 



[aj Marie de Lorraine , pnncefle face & pru-- 
dente , & dont le gpuvemement auroit été plug; 
heureux fî elle fe fur moins abandoance aux corifeUs 
violens des princes fes frères. 



• 



ï £4 Négociations 
mois, par lefquelles j'ay veu les longs pro- 
poz qui fe font panez entre voflre majeflé, 
M. le conneftable & l'ambafT-deur de cefle 
royne, lefquelz, comme je mVffeure ( en- 
cores qu'ilz fufïènt certains. & véritables ) ne 
l'auront guieres fatisfaid félon Ton defir , 8c 
encores moins £1 maiflrelTe & feigneurs de 
fon confeil , & euiïènt à mon advis trop 
mieulx aimé l'avoir faid plus retenir de 
tant demander Pietro Caro & aultres An- 
glois , & que vous , /ire , eufliez pafTé cela 
encores plus longuement en diffimulation » 
que d'en avoir efté fïtofl efclaircy par ung- 
moyen qu'ilz n'efperoient. De forte que je 
cuyde que la parolle de voftre majefté ai nfy 
ouvertement prononcée , comme lefdids 
Angloisefloienten voftre iervice,& que vous, 
iîre , n'aviez aulcun traidé avecques ladide 
dame, qui vous oblige fînon d'amytié aul- 
tant qu'elle Texerceroit en voflre endroid , 
leur aura donné ung merveilleux regret de 
ce qu'ilz ne receurent mieulx les propoz que 
je leur tins comme de moy , à Richpmont y 
par voflre commandement pour entrer en 
nouveaulx traidés avecques ladide dame y 
puifqu'elle fe marioit à voflre ennemy. Qui 
me fembla des-lors & faid encores trop plus 1 
à- Tadvantaige de ladide dame & de fon 
mariaige, que de voftre majefté ; car ce euft 
eflé une bride à tous ceulx de fa nation, qui 
TfeufTent après cela ofé rien entreprendre soin 
tre fon intention comme ils ont faid defpuiV 
& font encores pour faire, ainfy que chafcun 
peult congnoiftre par le commung langaige 
de la plufpart , qui difent affez hault qu'a- 
vant qu'il foit la fninâ Jehan 1 il y aura de 



de Nouilles. l8j* 

ces communes plus de cinquante mil hom- 
imes en armes pour deffiire ce prince, cho- 
ie que ladide dame craind allez, comme 
elle faid évidemment congnoiftre par la 
rompture de l'entreprinfe qu'elle avoit faide 
i d'aller recepvoir ledid prince à Wincheilre, 
craignant que durant ce voyaige , ceite ville 
i s'eflevafl ; pareillement d'avoir faid refTerrer 
toutes munitions & artillerie qui eitoient fur 
Iles ports, havres & aultres lieux foibles , 
afHn que lefdides" communes ne s'en puffent 
prévaloir. Au furplus , je vous diray , fîre , 
comme elle ne laiiTe vivre ung feul homme 
qu'elle penfe feullement luy debvoir trou- 
bler Ton efîat , comme il fe peult veoir en- 
cores hier par Thomas Gray [À] , frère du feu 
duc de SufFolck qui euft la teite coupée. Ce« 
jourd huy James Crofftz a eiîé condampné » 
qui à mon advis fera lundi exécuté , nonobs- 
tant qu'en fa prefence ung nommé Throg- 
morthon feuft defclairé abfoabz comme je 
tous ay cy-devant efcript , & lequel efloit 
aultant ou plus chargé que cefluy cy. Tou- 
tesfois j'efiime que icelluy mefme n'en fera 
moins exempt que l'aultre , comme il fe 
peult croire parl'emprilbnnement&eftroicte 
détention des douze juges de la quefle qui le 
jugèrent. Et tout cecy , fîre , je vous puis dire 
eitre faid contre les loix de ce pays, qui faid 
encores croire que madame Elisabeth & 
Courtenay en palTeront par-^à y nonobftant 
toutes leurs innocences;& ce qui me conforte 
telle oppinion , font les propoz que je viens 

■ ■ Il I I — ■—■ I ! d 

[£] Il avoit afpiré à fe rendre chef de ce parti * 
&a époufe- ia princelîe Elifabetru 



lS6 Négociations 
inaindenant de fçavoir comme mardy dès 
nier 24 , les feigneurs de ce confèil , mil- 
lordz & tvefqueseiiantafTemblezenlelleile 
chambre ( quiefl celle eu Ce traident les af- 
faires grands & importans) , ce chancelliei 
qui prrfidoiî propofa entr'aultres chofes le 
grand bonheur & bien qui advenoit à ce 
royauime par ce mariaige , ce qu'il efTaya 
vérifier par plufieurs raifons ; & après def- 
claira pour la meilleure comme de bonne 
fortune, cedicl prince efiait après la mort de 
celte royne le plus fumfant k prochain de re- 
cepvcir celle fucceffiori , pour eftre defeendu 
de la m.iifon ce Eourgongne & d'ung nommé 
Jehan de Gar.d [c] , qui efloit pareillement 
venu de celle maifon d'Angleterre. Etfuflle 
m} flere tellement joué, que après la propo- 
sition dudid chancellier , Paget confirma la 
choie eflre véritable ; comme aufïy firent 
plufieursaulrres qui dirent fçavoir & avoir la 
généalogie , par laquelle il efloit certain que 
nul aulre homme ny femme au monde pour- 
voit eflre ii prochain de celle couronne. 
Voilà, /ire , les impoflures defquelles celle 
royne fe veult ayder , avecques le bon advis 
de l'empereur, p^ur ofter, poflible , ladite 
couronne à elle nfefme ; S:k tout le moings 
ne veult-elle faillir de la faire perdre à tous 
eeulx de Von fang. 



UJ Duc de Lancallre , quatrième fils d'E 
douanl lll. 






DE NostILLES. lSj 

M. DE NoAILLES à M. LE CONTESTABLE. 

19 avril if 54. 

Le cardinal Polus revient à la cour de 
Vempereur. U ambaj] adeur d* Angle- 
terre en France , donne avis à fa- 
maîtrejje qu'il ne fe paffe rien dans- 
fon confeil , dont Vambajjadtur de 
France ne fut averty. 

iVlONSEiGNEUR, j'ay à vous dire que celluy 
duquel j'ay chargé la Marque vous- faire en- 
tendre le nom, m'a mandé maintenant com- 
me le cardinal Polus eft arrivé en la court de 
l'empereur , auquel l'on a beaulcoup dimi- 
nué [a] , la fabveur & bonne cbiere qu'iî 
avoit receue ài*aukre voyaige, pour la fu£- 
pition que l'empereur Si ceuix-cy ont ou& 
le roy Tayt gaigné de fa part. Car Me. Wo- 
thon [è] leur a mandé que ledid feigneur 
deulx ou troisième avoit parlé à luy quatre 
ou cinq heures en lieu fecret ; & pour ce eft 
d'advis ledid advertifTeur qu'il ne doibt en- 
treprendre de venir en ce pays , finon qu'il 
fe fentift bien afleuré d'aultre fabveur que 
celle de celle rcyne & de fon mary. Il m'a 
dadvantaige faid dire, comme ledid Wo- 



[a] Ce prince lui dit avec dureté qu'il fe ferois: 
bien difpenfé de la peine qu'il avoit prife de 
revenir. 
• [pj ArabaiTadeur Anglois» 



l88 Négociations 

thon a aufîy efcript par-deça qu'il z ne fai- 
foient ou difoient aulcunes chofes en leui 
confeii que je n'en fuiîe adverty incontinant 
comme il s'efl apperceu affez fouvent par les 
advis qu'il a eus de delà. Vous pouvez croire, 
monfeigneur * que s'ib avoient maulvaijj 
volunté en mon endroicl advant cefte nou- 
velle, de combien elle leur (èra augmentée 
avecquesre nfort de gueteontinuel qu ilz met- 
tront fur moy ; de façon que je vous puis dire 
que je continueray icy maintenant ma charge 
plus en prifonnnier qu'en ambaiTadeur» 



M. DE NOAILLES. à M. LE CONNECTABLE» 

4 may 15*4. 

Les miniflres de l'empereur fouhaitent 
la paix avec la France , pour don- 
ner lieu à la reine d 1 Angleterre 
(Tépoufer le prince dËfpagne 3 6- 
d' établir fon autorité dans le royaume* 

JV1 ONSEIGNEUR , defpuis la defpefche que j'ay 
faide au roy & à vous ie 29 du palfé , la Mar- 
que eft arrivé par lequel &les lettres que fa 
majefté m'a eferiptes , j'ay efié amplement 
înftruict de fa volunté ; & pour y fatisfaire , 
je luy fais présentement une lettre où vous 
Terrez en quelz termes les affaires Ce retrou- 
vent par-deça,où l'on ne ce(îe de forger nou- 
velles inventions pour faciliter ce mariaige, 
& pour ceft effed l'on continue de dire que 
l'empereur doibt venir à Calays , mais que 



D£ NOAILLES. iSp 

les deux roynes [a] les Cœurs y arriveront ad- 
orant luy , & dià on que cefie royne y f.nd 
iprep irer logeis pour quatre mil chevaulx , 
ipomoien que les h.iDitans dudicl lieu ont a. if z, 
BeLlairé qu ilz ne y permettront rentrée dj 
ladide ville [/>] Ci libre & fi commune qu3 
l'on penfe, L'on a tousjours icy oppinian que 
le roy a une fort grande & puiflante armée fur 
la mer , à quoy ilz. ont telle efperance qu'ilz 
he font nul dmbte que les forces n'empef- 
chenc le pafïaige à ce prince ; & croy , mon- 
feigneur , que fi fa majeflé faifoit remuée 
quelques préparatifs à Brelf ou aultre lieu en 
Bretaigne , fbubz coulleur d'envoyer des 
gens en EfcolTe ou aultrement , cela aug- 
memeroit le couraige à ce peuple & la def- 
pence à l'empereur, & Ci rendroit au roy 
trop plus fabvorables & advantageufes les 
conditions de la paix ou de la trefve , G. elle 
advient , ainfy que celle royne & feigneurs 
de fon conlèil l'efperent & défirent ; à quoy 
ilz feront grandement confortez par l'am- 
balfadeur de l'empereur qui en a telle envie, 
que defpuis peu de jours , difeourantavecques 
deulx ou trois de Ces plus privez & famikers, 
il feit requête à dieu d'envoyer la paix pour 
n'en tirer aultre fruid que une» courte van- 
geance de ce peuple , qui Ci obftinement con- 

fa] Marie d'Autriche , veuve de Louis JagellorV] 
roi de Hongrie & de Bohême , & Elconore d'Au- 
triche , veuve d'Emmanuel, roi de Portugal, ôc 
en fécondes noces de François!, ro'tdeFrance. 

[à] Milord Wenvorch m voulut jamais y re:e- 
voir Philippe II , quand il eue époufé la reine 
d'Angleterre , avec plus de quarante psrfoane, 4 
fi fuite, d 



I i)Q Négociations 

tre dift & trouble le defleirg de l'on maifb 
Comme au contraire je le lupplie très hurr 
blement nevoulloir tant donner d auclhorit 
& de puiflance à fondict maiilre en ce royau. 
sue, que luy ne aultres de fa race puiffet 
commander à celte nation; laquelle eii ton 
les jours allez travaillée & affligée de let 
ambition. L'on dic~t icy qu'en Hirlande il 
y (ont plus efmeus que jamais , & que le 
iàulvaiges du pays viennent tous les jour 
courre jufques aux portes de Dublain , brul 
lans&faifans tous les dommaiges qu'ilz peu] 
vent à tout ce qui leur refifte , & mefme 
ceulx qui tiennent pour ceftedi&e royne 
& que au contraire les François y font tre 
bien venus & fabvorifez. Si telles nouvelle 
continuent, je ne fauldray , monfeigneur 
vous en donner de jour à aultre ?.àvis l 
de toutes aultres chofes qui fe prefênteron 
avecques i'ayde de dieu auquel je fupplie vot 
-bénir* 



MX* 



de Nouilles. 1 9 ï 



sv îwsci -■>: as --:—■-' : — ■-_ -n? vpaïsressBS 



M. de N o a 1 l l e s au R O Y. 
4 niay 1554. 

LambaJJadeur de France obtient juflice 
de la reine d' Angleterre fur plujieur s 
griefs. Cette princeffe fait drejjér 
une généalogie pour faire voir que 
la couronne' d' Angleterre appartient. 
au prince d'Efpagne , Jî elle meurt 
fansfe marier ou fans poflérité. 

oirf , voûre majef!é aura peu veoir par ma 
defpefche du 17 du pafle , comme advant le 
retour de la Marque , je m'eftois desià plaind 
à cefle royne de la détemption de vos fubje&z 
& de l'ar rendement de leurs vahTeaulxen Hir- 
iande ; & comme elle avoit faiâ: grand deb- 
voir de m'en rendre promptement fatisfaiâ:, 
tant par plusieurs fermens qu'elle me feit de 
ne l'avoir oncques entendu , que par les 
grandes prières & foilicitations , lesquelles 
me furent faictesdez le lendemain par fonvis- 
admiral , à ce que je me vouluffe contanter 
que iuy qui avoit faiâ la faulte , la me re- 
paraît ; aufly offrant oultre la libération des 
pcrfonnes & vaifleaulx , la reftitutionde tou- 
tes marchandées, ce qui adefpuis forty Ton 
efFeâ: , comme j'ay fceu par le marchand 
Breton , qui , pour me porter cefle nouvelle, 
eft revenu iufquesàmoy. A quoy , fîre, on 
peut congnoiftre que cela n'eftoit advenu du 
ponièntement de ladicte dame , laquelle de£ 



î$2 Négociations 

puis peu de jours a faid rendre à vofire che- 
vauii heur d'efeurie une partie de l'argent que 
îuy fuir cité au deftrou fie ment de mes pac- 
«juets, & me femble dadvantaige que les fei- 
gneurs de ce confeil ont ouvert quelque meil- 
leur chemin de juftice à vos fubjedz pourfuy- 
vansdedeça, qu'ilz n'avoient encores faid, 
Je ne fçay toutesfois quelle raifon ilz en au- 
ront , mais je me do'ubtc bien que telle nou* 
veau !té leur part plus de craindeque d'amour, 
& que certainement ilz. ne fe defclaireront 
qu'ilz ne fe foyent bien & feurement fortif- 
iez de leur alliance , à quoy ilz veillent de 
toutes leurs forces & ne fe contantent de 
chercher ung mary à leur maiflreffe , mais 
encores advant fa venue , n'ont honte de pro- 
poser en plain parlement prefeher en leun 
eglifes & publier par-tout que le prince d'Ef 
paigne eft le vray & feul héritier par droic 
d'hoirie & fucceffion de cefte couronne; & 
pour cefl efFect ilz ont forgé ung arbre d< 
confanguinité auquel ilz introduifent feulle 
ment les perfonnes qui fervent à la farce", 
comme vous , fire , pourrez veoir par une 
figure que je vous en envoyé , dont le peu- 
ple eft tellement ofFenfé que je ne cuydc 
pas qu'ilz en aymentde rienrnieulx ce nou- 
veau héritier, ne celle qui luy veult tant de 
bien ; laquelle ne faid confeience de voul- 
loir citer ce royaulme aux plus prochain! 
héritiers pour le mettre entre les mains d'ung 
eftrangier. 

Voilà , fîre , ce qui a paiTé ces jours en ce 
parlement, lequel doibt finir demain fam 
aulcune reformation de la religion , que 
çefledide royne a bien voullu remettre en 

aultre. 



DS No AILLES. Ip3 

sultre temps, peur advancer & faciliter ce 
{que plus elle a en afFe&ion ; gratirfiant ce- 
pendant fa noblefie & aultres Ces fubjeclz , 
par celle iïmuiée elperance de leur première 
liberté. 

J'ay envoyé demander une auldiance que 
"j'efpere avoir bientoft , où je ne fauldray, 
/ire , faire grand infiance à ladide dame de 
la fabveur que les habitans de l'iue de Ger« 
zay ont prefté à vos ennemys , contre le 
/ieur de la Bretonnyere , fuyvant les mémoi- 
res que M. de Langey en a baillez , & qu'il 
vous a pieu «l'envoyer par ledict la Marque ; 
combien que je m'aifeure n'en avoir nulle ré- 
paration , & qu'ilz. me refpondront que le 
vaifTeau qui a faid cefle prinfe , eft Flamand 
& que s'il y avoit eu des Anglois dedans , 
c'eftoient de ceulx qui eftoient au fervice de 
l'empereur, comme vous, fire, en avez 
au voftre. Toutesfois cela me pourra fervir 
pour leur toufeher tousjours quelques mots 
des maulvais defportcmens qu'iU font 
nvers vous & vos fubjecti ; enfemble du 
propoz que lediâ admyral tint à mon fecre- 
taire & par après Ces plai n&es. Je n'oublie- 
ay , fire, défaire entendre à ladiâe dame, 
:omme il vous a pieu , le jour faincl: Geor- 
ges dernier, folempnifer l'ordre de la Jar- 
-etiere , & luy diray l'empefcliement de fort 
imbaiïadeur , ainfy que monfeigneurle con- 
nétable m'a efeript. 

Sire, je croy bien qu'advant la réception 
le ces lettres, voftre majefté aura donné aul- 
diance à l'evefque de Rofle [a] , lequel , fire , 

["dj Jean de Lefly , auteur de l'hiftoire d'Ecoffe qui 
porte fon nom, & écrite avec beaucoup d'exactitude» 
TomeîIL I 



194 Négociations 

en tout ce que j'ay peu entendre au temp» 
qu'il a fejourné icy 8c defpuis , par toutes Tes 
actions & langaige ne tient ] ( le chemij 
d'eftre t:es humble &: affectionne ferviteur 
de voitre majefté ; & cuyde q; e ia demeure 
qu'il a faicle en ce lieu a eité ^.. rt»e pouriç 
fèjourncr & raffrefehir ffs ^b p - ■■,-. ulxdu ionJ 
chemin qui cft ertre cy c\ 1 t d 3ii il ei]:ofl 
party , & aully pour n'a: rjvi . 1 ,oit à vous 
que la nouvelle de Te tjefi hitisfaàion de 
yoftre volunté au royauime d'Efcoiîe , & 
penfe, fire , que les ôfiènees qu'il a par cy- 
devantfaides audietpays ■> n'ont procédé que 
de la grande am) tié & obligation qu'il a au 
gouvernement ; lequel ayant aultrefois re? 
mis Tadminiflration dudici royauime entre 
les mains de la royne régente d'iceliuy , le- 
àïtl fieur de Roffe convertira toute fon af- 
fection envers voflrcdide majefté & de la 
royne fa fouveraine ; & s'il veult efire tel, 
înefemble, /ire, que perfonnaige du cer- 
veau que chafeun l'ertime , fera tousjours 
très mille 8c fort neceffaire audict royauime 
peur le bien de vos affaires , mefme eftant 
de leur nation j comme il eft. 




DE No AILLES* l$f 



M. de Noailles au Roy. 

8 may i?f4' 

La reine lui âonne une audience , dans 
laquelle ils s* expliquent V un £r Vautre 
des griefs des deux nations. 

Sire , je vous efcripvis le 4 de ce mois com- 
me j'attendois une audiance de cefte royne,' 
que j'eus hier, pour le commencement de la- 
quelle je luy remonftray & feis entendre la 
rabveur que les habitans de Tes ports & ha- 
vres, gardes & officiers d'iceulx font jour- 
nellement aux Flamans, & le peu de feureté 
que pour celle occafîon vos fubjedz trou- 
vent dans fes franchifes , n'ayant moings de 
peyne à fe garder des fiens que de leurs en- 
nemys; & pour ia preuve de ce propoz, je 
mis en advant ce qui advint au fieur de la 
Bretonnyere le 18 du palFé , lequel allant ea 
l'ifle de Sarck par voilre commandement, 
Puft prins par trois navires Flamans aufqûelz 
il y avoit plufîeurs Anglois de fon Me & cha£ 
:eau de Gerzay , duquel l'artillerie tiraiî fou- 
irent fur ledict la Bretonnyere , qu'il fuflt 
:cntraind admener par trois fois & mouil- 
er l'ancre en figne d'amytié, ce que toutes- 
bis luy fervîft peu ; car cependant lefdidis 
Flamans , foubz ia fabveur de l'artillerie de 
fondicl chafleau , yindrent au combat , de 
kçon qu'il fufl contraind de fe rendre à 
sulx , qui le menèrent prifonnier avecques 
fes compaignons audicl: chafteau de Gerzay, 
lequel encores , à leur retour , tira plusieurs 

lia 



Pgé Négociations 

<:oups pour le resjouir avecques lefdicls Fia- 
ynans de leur victoire ; & comme je vcul- 
lois entrer plus advant pour déduire toutes 
les particularitez du mémoire de M. de 
Largey [a] qu'il vous a pieu, fîre , m'en- 
voyer , celle royne ne me permift jamais de 
paîfer plus oultre, ains toute impatiente de 
plus retenir & cacher celle colère , qu'elle 
m'avoit aux deulx précédentes audiancesaf- 
fez ibbrement defcouverte , me dicl: qu'il 
efloit raifonnable , puifque je me plaignois 
fî fouvent , qu'elle fe complaigniû aufly, & 
mefmement avecques une telle & fi notoire 
occaiîon , qu'il eftoit impoiîible que plus ells 
fe continften patiance, attendu aufly qu'elle 
e&oit du fexe auquel le parler eôoit permis 
en plus grande liberté. Lors elle commença 
par les proteflations que elle m'a fî fouvent 
réitérées, de ne donner jamais commence- 
ment à la guerre ; de ne troubler en façon 
,de ce monde voilre commune amytié ; de 
fouffrir pluftofl la perte de fon mary & de 
fa couronne, mefme de fa propre vie, que 
de faillir à fa parolle. Ce que toutesfois elle 
ne pouvoitplus penfer de vous, qui contre 
le tiltre de très chreftien roy , contre l'obli- 
gation des trai&ez & contre le debvoir de 
l'amytié que je luy ay tant de fois promife & 
jurée de voitre part , avez non feullement 
receu , fabvorifé & honnoré fes transfuges , 
rebelles&traiftres,mais aufTy les heretiques[£j 
& commungs ennemys de la foy & religion 

[a] Martin du Bellay > lieutenant de roi en Nor- 
m ar. die , dont nous avonsles mémoires. 

[7>] La reine les avoit fait pafier elle-même ea 
Allemagne , comme on le voit dans le mauifefte 
du roi » a la fin de cette aiubaffade» 



DE ïtà J TLtE é* ï5>7 

dont vous fai&es principalle profefnon ; à 
<|uoy elle congnoilToit que elle eitoit gran- 
dement mefprif^e , puifque vous ne l'aviez 
voullu gratifier de chofè /î jufte & raifon- 
nable , & qui vousimportoit (i peu, & qu'elle 
en avoic aultrement ufé en voftre endroid y 
quand vous , fire , l'aviez faic~te rechercher 
pour le fieur de ChefTelles & fa femme*. 
& la dame de St. Peravy , lefquelz fi bien 
vofire maiefté ne les- a eus , pour le moings 
n'a t'il tenu à elle , d'aultant que l'on m'a 
fourny de toutes commiflions neceuaires 
pour les prendre ; lefquelles fi n'ont efté exé- 
cutées, ceJa eft advenu par la labveur de quel- 
ques particuliers & compaignons de ces here- 
kes , le jour donné peur les faire efvader , 8C 
non d'aulcun recellement qu'elle ou aulcun 
de fes minittres en ayent fai& , combien qu'ils 
nefeufient acculez de telle gravité de crime* 
que les fiens , lefquelz pour inftance & re- 
quefle qu'elle & ion ambafladeur vous eri 
ayent feeu faire , elle ne les a peu avoir ; 
ains les tenez ordinairement & publique- 
ment en voftre court. Aquoy elle veoit clai- 
rement par tel depportement que vous, fire , 
ne faivftes confeience de rompre & violler les 
rraiâez. Voilà , fire, les propoz de celte 
! oyne l qui me defpleurent tant , 8c mefme 
sour la fréquente réitération qu'elle me feit 
que vous , fire , ne voulliez élire obferva- 
reur defdids traictez , me mettant tousjours 
En advant de quelle intégrité & fincerité ung 
prince d'oibt tenir fâ parolle , & que pour 
mourir mil fois elle ne vouldroit faillir à 
la fienne, que je feus contrainCt pour voftre 
fiiftimcation de me fervir des propres ter- 

Iiij 



I$$ Négociations 
mes que M. le connectable avôit tenu à Ton 
ambaffadeur , ainfy que voftre majefté m'a 
bien au long faid entendre par fa lettre du 
17 du paiTé, par laquelle vous me comman- 
dez très exprefiement de refpondreenmefme 
langaige par-deçà, quand ilz m'en feroienc 
infiance, & mefmementpour le faid de Caro. 
Ce que je ne pouvois faire plus à propoz, 
veu les grandz reproches eue ladi&e dame 
m'en faifoit lors , à laquelle je refpondis 
qu'il n'yavoit rien fi vray que lefdiâsCaro, 
Picquering & aultres Anglois eftoient em 
voftre royaulme, & beaucoup d'aultres qui 
font venus pour vous faire (èrvice contre 
vos ennemys, & non contre fa majefté , & 
en celle condition , ou vous les avez volun- 
tiers acceptez ; en quoy vous ne penfîez en 
rien mefprendre à l'endroicl: d'elle , avecques 
laquelle vous n'avez aulcun trai&é finor 
d'amytié , auîtant qu'elle l'exerceroit en 
voftre endroict. A quoy j'adjouftay (oultre 
le contenu de voftre lettre) comme vous. 
jîre , faicïes chafeun jour congnoiltre que 
vous délirez l'exercer perpétuellement ai 
fien , & que vous cuydez faire beaulcour. 
de fabveur à fa nation de la recueillir & 
de vous en fervir quand ilz Ce rurefentoient, 
Que ce n'eft pas de cefle heure que vouser 
avez à voftre fervice , comme auily de tou- 
tes aultres nations , & fembhblement l'em- 
pereur voftre ennemy , dont toutesfoiî 
on ne vous avoit jamais fuict inftance. 
Qui font , /ire , les propres mots de ma ref- 
poince que ladicte dame ne voulloit aulcu- 
pement efeouter ; ains interrompant tous 
les coups mes propoz , ne cefToit de conti- 
nuer Ces colleres ; mais fon ehancellier ft 



de Nouilles* Ipp 

jPaget recueilloient bien ces parolles que 
j'avois dictes, que vous, lire, n'aviez aul- 
|cun traierc avecques elle, finon d'amytié * 
aulrant qu'elle l'exerceroit en voflre endroit 
jfans plus me redire ce que javois adjoufté 
du mien , comme vous fai&es tous les jours 
Jcongnoiltre que vous , fire , defîrez l'exercer 
■au tien. Cela leur lèmbla fore aigre , & vous 
laiïeure qu'ils Ce fentirent picquez fi au vif, 
Iqu'ilz retindrent leur maiitreffe , laquelle 
In'avoit prins garde à ce que j'avois did, de 
[façon qu'ilz me prièrent fouvent de le redire. 
A quoy je refpondis que ce mefme propoz 
avoit efté tenu par M. le conneftabie à leur 
ambafîadeur ; mais ilz m'aiîèurerent qu'il 
n'en avoit rien efeript; & que jamais n'a- 
voient entendu que vous , fire , ne penfaifiez 
avoir avecques ladite dame les mefmes 
trai&ez que vous aviez contractez avecques 
le feuroyfon frère; & que s'il efloitainfy 
(qu'il n'y euft aultre obligation qae d'amy- 
tié , qu'il n'y auroit aujourd'huy rien à\C- 
feuré entre vos majeflez ; & me priè- 
rent fort de leur bailler ces pa-oîles par ef- 
eript , ce que je leur refufay comme choie 
mon accoutumée de faire , & mefme qu'ilz 
n'en ont voullu uferainfy en mon endroicl: 
quand je leur en ay priez & recherchez. Quoy 
voyant ilz me prièrent encores de la part de 
la royne leur maiilrefle , de vous eferipre , 
fire, leur efclaircir ces mots: Que vous na- 
ve\ aulcun traitât avecques elle , finon que 
ïamytié , afrin que les termes auxquelz les 
:hoiës font aujourd'huy , ne Ce puiffent al- 
térer qu'avecques bonne & meure délibéra- 
tion; me di&nt dadvanLaige le chancellicr 

I iv 



J200 N Ê G OC I A-T I O N S 

que s'il eiloit ainfy qu'il n'y euft auîcun 
traidé entre vous , /ire , & la royne fa maif- 
trefTe , & que ceulx qui ont efté faids par le- 
paiïe , ne s'eftendifiént jufques aujourd'huy ; 
que le prince dEfpaigne quia juré & promis 
par procureur , & doibt jurer & promettre en 
pffrfonne e fiant par- deçà, d'entretenir lefdicTfl 
îraidez, & continuer la commune paix & 
amytié de vcflre royaulme & de ceftuy-cy r 
fercit quitté de fa promeiTe & ferment , car 
s'il n'y avoir traidé , il ne pourroit élire obli- 
gé. Je leur feis refponce fur ceit articl? I 
qu'il ne m'apparciiïcit encores que ledid. 
prince eufl rien promis, mais bien eOoit il 
certain qu'il aveit tenu à eulx que lefdids- 
traidez n'ayent eOé confirmez par vous , 
iîre , avecques leurdide maiftreiïè ; & qu'ilz, 
fçavoient bien l'inftance que je leur en avois; 
faide à Richemont , &r la refponce qu'ilz. 
m'en feirent. A( quoy Paget me refpondifl 
que ce que je les en a vois recherché n'eflcit. 
que de moy , mais que s'il vous eufl pieu , 
iîre , en fferipre à ladide dame, ou que 
j'eufTe parlé parvoftre commandement, que 
peult-eilre ilz euffent fuivy aultre chemin. 
Toutesfois je leur ay faid très-bien enten-- 
dre comme mondid fîeur leconneftable l'a- 
Yoit remonftré par-delà à leurdid ambalTa- 
deur , après que je leur en eus parlé icy; 
& aufly que de voftre courte , /îre , il n'y 
avoit jamaiseufaulteàl'entretenement def- 
dids traidés » tout- ainfy qu'on faifoit , vi- 
vant le feu roy Ton frère; mais que je voul- 
lois bien que ladide dame & eulx me âeC- 
clairaifcnt comme ilz entendoient garder Ja.< 
neutralité contenue en keulx , & Q. k* 



de Nouille jv 20 1 

vaïfleaulxde l'empereur , qui vont avecques 
les Uurs en Efpaigne , eftoient rencontrez 
àes voflres & venoient au combac , fi les 
leurs les laifferoient bittre avecques leurs 
feulles forces , comme ils doibvent , fans 
leur donner aulcune aydeny fècours. Auquel 
poinct me fuft ouvertement & franchement 
refpondu , que leur admirai & celluy qui 
meine la flotte de Flandres ont exprès com- 
mandement de l'empereur & de ladiele da- 
me , de n'afTaillir ny faire tort à aulcun na- 
vire François pendant leur voyaige, mais 
fèuilement fuyvre leur routte ; & que G les 
Fhmans venoient à paffer ce commanda- 
ment , que certainement les leurs fe ren- 
deroient neutres & ne combatteroient au- 
cunement ny pour les ungs ny pour les 
aultres. Mais fî au contraire les François 
venoient afTaillir kfdicls Fiamans en leur 
compaignie , qu'ils employeroient toutes 
leurs forces pour les defFendre & conferver ; 
qui font les mefmes propoz. que leurdict 
admirai tint à mon Secrétaire. Je ne failliz 
à^ leur bien faire entendre comme ce n'ef» 
toit pas tenir le chemin de la neutralité ; 
& qu'encores j'avois feeu que ettant les 
deux flottes & armées enfemble entre Dou- 
vres & Boulongne , quelques-ungs des bat- 
teaulx Fiamans de ladide troupe eftoient 
venus- prendre des pefcheurs jufques àdemy 
lieu près du havre dudid Boulongne , qui 
efloit bien contre ledict commandement ; 
& aufTy que ce n'efloit de leur coufté en 
rien obferver les traidez qu'ilz difent voul- 
îoir entretenir ny garder la neutralité qu'ilz 
doibvent. Toutesibis je n'en peux tirer aul- 

Iy 



202 Négociations 

tre refponce : Et pour n'importuner vouVe 
maie/té dadvantaige , je vous d:ray feulle 
ment , /îre , qu'en fin de compte leur conclu- 
sion fuft de me prier fort inftamment de fup- 
plier voftredifîe majefté les efclaircir , û 
vous n'entendez avoir aulcim traidé avec 
ques iadicle dame leur mainVeife que feul- 
lemenr d'amytié; & me dict le chancelier 
particulièrement me conduyfant hors du 
logeis entre luy & moy , montrant ne 
voulloi-eflre entendu de Ces compaignons : 
que c'eftoit une chofe de grande importance. 
& qu'il me prioit inihmment de tenir la 
main à la rabiller ; car ilz eftoient tou.< 
les jours follicitez des Imperiaulx d'entrei 
à la guerre avecques eulx. Qui me fai6 
croire, puifqu il elt venu à s'en defcouvri: 
jufqùes là , qu'ilz la craignent grandement 
Sire, puifque voilre intention eft, ainf] 
qu'il vous a pieu tousjours m'efcripre , d( 
faire contenir cefte royne en bonnes & doul- 
ces parolles, ileft jà neceffaire de prompte- 
ment refpondre , quelque langaige qui 1; 
puifie mettre en affeurance , de tant que j 
vous puis dire, fire, l'avoir hier iaiffre ej 
extrefme peyne & coliere , quelques hon 
nèfles & gracieuîx propoz que je luy ay fcei 
tenir ; de façon qu'il me femble qu'ilz n 
défirent rien tant qu'une gracieufe interpre 
tation de ces parolles [ ahnn que l'amytié tell< 
qu'elle eft , foincle & fîmul e de leur courte 
les puifTe conduire jufques au temps auque 
ilz espèrent que le moyen & les forces ne- 
ceflaires peur entrer à la guerre , leur feron 
a{Teurces& augmentées par cette nouvelle al 
liante, qui fera poilibie aulunt de commo- 



DE No Jî LLE S. 203 

dite au bien de vos affaires , & le moyen de 
conduire toutes aultres entreprinfesque vof- 
itre majeiîé peult avoir ailleurs» 

AVIS. 
S may 15-54. 

I/empereur eft après à faire levée en Alle- 
tnaigne de quinze mil hommes de pied & 
;inq mil chevaulx. 

Il y a près Brefme & aultres villes mariti- 
mes dix mil Aiiemans desjàaiTemblez , lef- 
juelzon ne fçait quel chemin iiz, prendront^ 
îy pour qui ilz font en campaigne. 

Martin Vanrouife [c] faict auiTy quelques 
evées de gens en Gueldres. 

Le marquis Albert [fi?] a envoyé , ainfy 
jue Ton diâ: , ung n'en fecretaire vers lediâ 
•mpereur , pour luy defclairer qu'il ne veult, 
ly entend fervir aultre prince que luy , quel- 
que bruiét qui Ce die au contraire. 

Celle royne euu: nouvelles ftmedy paiïe 6 
le ce mois , que le prince d'Efpaigne ne 
jourroit encores arriver icy de deulxmois, 
k que Ton ne commençoit que d'envictailier 
•es navires que ledicl: prince faift préparer 
pour Ton emoarquement. Laquelle nouvelle 
uy fuft plus facheufe que chofe qui luy foit 
advenue defpuis fon couronnement; mefrne 
que grande quantité de vivres qu'elle avcit 
^aid préparer par deulx fois à Hampton, 
•^mcheltre, où elle efperoit fiirefes nopces, 



[<r] Maréchal de Gueldres , un dis généraux de 
'empereur. 
{àj Margrave de Brandebourg. 

ÏVJ 



noq Né GocistTioiï 

le fontguaftezen attendant de jour en jour ledl 
prince, pour lequel les Iogeis eftoient desj.v 
faiâs aufdicls lieux , & avoit ladide dame j 
faiâ faire expreflement plusieurs riches ac- 
couilremens donnez audicl: prince , & entre- 
aultres deulx robbes de tiflu , l'une d'or 8c 
l'aultre d'argent , duquel tiflula verge mef- 
me de ce pays couftoit 30 livres efterlins>~ 
qu'eft plus de cent dix efcus l'aulne de Paris. 

Les navires de ladicte dame qui s'en vont 
enEfpaigne,"ont mangé toutes leurs victuail- 
les en attendant le temps, & salivent ravi- 
tailler en paflant à Piefmuth , auquel iiêir 
avoit-on préparé nouveau avi&ailliement 
pour ung mois, & defpuis ladite dame a 
envoyé audift i'iefmuth pour faire mettre en- 
cores dans kfdiâs navires aultres vivrez 
pour deulx mois dadvantaige. 

Il eu. bruiâ icy que les François ontprins^ 
x\ng navire Flamand allant en Efpaigne, dans* 
lequel il y avoit quatre cens corffellets &: 
huicl cens liarquebuz.es, de quoy rambafTà- 
deur de l'empereur eft grandement marry>, 
comme font auffy cefte royne & Ces confeil- 
lers , mais non pas encores tant comme ung 
ferviteur du chancellier , lequel venant d'Ef- 
paigne & portant le pacquet du prince dans- 
ung navire Anglois , a efté fouillé defdids 
François qui ont trouvé & prins ledicl: pac- 
quet; de quoy ladide dame eft merveilleu- 
fement fafchée ; ce que ledicl ferviteur meP 
me a dicl: au lieur de Noailles. 

Le partement de ladicte dame pour aller 
à Wincheftre, eft différé jufques à la fin de 
ce mois ; & cependant on ne ceffe de be- 
&ngner audicl Wincheftre & faire trayailler. 



D ' E Ko .4' I LL £ 1 S. 20 : f 

grand nombre d'ouvriers pour préparer tou- 
tes chofes pour la venue dudid prince. 

Ladide dame , defpuis dix ou douze jours,. 
a encoves prins à l'intereden Flandres douze- 
mil livres eflerlins , qui font environ qua- 
rante mil efeus fol , & emprundé audid 
pays pour aultant de munitions , comme 
falpefïres & pouldres qu'elle faid porter par- 
deçà. 

Celle royne & les feigneurs de Ton confêii 
ont elle defpuis cinq ou Sx jours advertys de 
quelque entreprinfe que les François veul- 
lënt taire fur Calais par le moyen de Jac- 
ques Grenade qui eft maindenant en Flan- 
dres , frère de l'eicuyer Grenade qui eil par- 
deçà, de forte qu'ilz. ont defpefché en gran- 
de diliigenceung d'entre eulx nommé Cour- 
nouailles, pour aller audid Calais pour re- 
médier à ladide entreprinfe , & par mefrne 
moyen faire préparer les logeis pour y re- 
cepvoir les reines d'Hungrie & Alyenor , en- 
femble l'empereur qui y doibt efire bientoii 
après. 

Lefdids feigneurs de ce confeil font le plus 
qu'ilz peuvent courir le bruid -, que la paix. 
fe faid entre le roy & l'empereur , & il n'y 
a pasencores trois jours que ung gentilhom- 
me Anglois vint demander à Paget une li- 
cence ou pafTeport pour aller en France au: 
fervice du roy ; lequel Pàget luy filV ref- 
ponce que la paix, efloit faide , & que ad— 
vant qu'il fuft la fin de ce mois , la royne 
leur maiftreffe envoyeroit devers ledid fei- 
gneur ung de ceulx de fon confeil pour la; 
confirmer de fon couflé & £e resjouyr d'i- 
celle ayeeques fa majeflé j luy difant qu'il 



200 Négociations 

en pouvoit afleurer les aultres gentilzhom- 
mes fes compactions qui avoienifembiable 
volume d'aller au lërvice dudit leigneur. 

Il eu aufîy bruict que M e . Picqueùng seft 
retire en Italie ou ailleurs, & qu'il n'efcplus 
en France nv en pays du roy , de quoy lef- 
dicls feigreurs fe resjouyffent. 

Madame Eiizabeth eil en quelques termes 
d'avoir meilleur traiâement eue l'on n'avoit 
penl'é par le paflé ; & did-on que la royne 
parlant de ladite dame Elisabeth , 1 appelle 
fa iœur. Ce qu'elle n'avoit encores faidee£- 
puis Ton refferrement , meime a faid remet- 
tre ung tableau de la portraiture de ladiéie 
dame E'lizabeth qu'elle avoit faid ofter d une 
/ïenne gallerie, tout joignant de celle de fa 
majefté. 

Mais au contraire millord de Courtenay 
efi en grand dargier de fa vie , lequel det- 
puis deulx jours a efté rei erré plus eitreie- 
tement qu'il n'avoit accot.fîumé J & a Ton ofté 
tous les lèi'.'iteurs domefticques qu*il avoit 
pour le fervir , ne cédant de chercher te£- 
moings peur defpofer contre luy , de façon 
que plufieurs eitiment qu'il n'en fortira ja- 
mais la vie faulve, & que à bien ou à mal 
l'on le fera mourir. 

L'on penie par-delà avoir découvert icy 
pour les grands grains qui ont efté portez à 
Ardres foubz umbre d cnvicrailler la place, 
que le roy a quelque auitre entreprise prej 
delà. 

L'on dicl icy que le pape s'eil declairé en 
fab-vetrdu duc de Florence contre les Sien- 
nois. 
JLe Heur de Noaii^e* tient de bon lieu que 



u e Nouilles. 20J 

: Tempereur a faid venir d'Italie dam Fer- 
nand de Gonz^gues pour accompaigner les 
fiifdiâes roynes jufques à Calais, pour y de- 
meurer gouverneur & debitis, attenda h que 
icelluy empereur y fou arrivé en peribnne, 
ou qu'il y en ayt pourveu d'aultre , & in- 
continant après doibt patter en Angleterre 
avecques quelques forces pour aller par terre 
au-devant du prince d'Efpaigne quand il y 
deovradefcendre,& après doibt demourer fou 
lieutenant gênerai; & dict-on que lefd ctes 
dîmes feront advant qu'il foit ung mois au- 
dict Calais, au moings laroyne de Hungrie. 

h £ Roy à M. de Noaillev 

12 may tf>4» 

Il lui ordonne de pourfuivre toujours 
vivement la réparation des torts 
faits aux François , pour découvrir 
r intention de la reine 6r celle de 
l empereur , au fujet de la aix , dont 
le légat Va trouvé , à [on retour , très- 
éloigné, 

JVIons de Noaïlles, j'ay receu les lettres 
que m'avez eferiptes des 24 & 29 e jours du 
mois paiïe, par où j'ay entendu l'eftat de 
toutes ch )fes de delà & les refponces que 
la royne d Angleterre vous a faictes à ce 
que vous luy avez remonftré de ma part dés 
indignitez dont Ces gens ont ufé à l'endroid 
des mkns en Hirlande , & la demonitratioa 



208 N £ G O C Z s4 T Z O ÎTS 

qu'ilz ont faiâ femblant de faire à l'endroicT; 
de ce vis-admiral qui avoit defpefché ceile 
belle commifïion ; eflimant qu'ilz n'auront 
failly, puifque ainfy efî«, de faire inconti- 
nant relafcher & délivrer mes fubjeftz ls 
arrêtiez avecques leurs marchandifes & vaif- 
feaulx, & fatisfaire à la réparation fur ce ne- 
cefïàires, comme il me femble raifonnable, 
& ne me fçauriez faire fervice plus agréable 
que d'en faire la pourfuite qu'il appartient, 
affin que vous puiiïiez avoir par là tousjours 
tant plus d'argument de mieulx defcouvrir 
quelle eft leur volunté & leur efclairer de 
plus près, congnoiflant très bien qu'il en 
eft plus de befoing que jamais ; car je voy 
& commence l'on à. fentir par leurs deppor- 
temens que tant plus ilz vont en advant , 
plus s'aigriffent les chofes , & en efi caufe 
l'afTeurance qu'ilz. ont du mariaige du prince. 
D'ailleurs en efl l'empereur aufty plus ahurté 
en fon oppiniaitreté ; de forte que retour- 
nant par-devers luy le légat, il l'a trouvé fî 
dur [a] & obftiné, qu'il a efcript icy au nonce 
du pape,, quil ne veoit lieu ny moyen de 
traicleraulcune chofe avecques luy, contre 
l'efperance que en avoit leoid légat lorfqu'il 
partit d'avecquesmoy, de laquelle oppinion 
je ne l'ay jamais peu deftourner , luy ayant 
par infinies raifons faict toufcher au doigt 
& à l'œil qu'il ne trouveroit jamais audicl 
empereur que toute vanité & defguifement, 
&que ce qu'il en faifoitn'efïoitque pour cuyder 



[Y] Dans refpérance de tourner toutes les forces 
d'Angleterre contre la France , à h faveur du ma* 
ri âge qui fe négocioit. 



IX E NOATLLES. 10Ç 

endormir le monde & reffroidir mes amyj» 
jAu(fy pour donner plus de moyen au fd. affai- 
res d'Angleterre r- faifantcependantpar foubz. 
main, comme je fçavois, bien infinies pra- 
ticques & menées toutes contraires à ce qu'il 
feifbit entendre audi<5t légat de la fain&e 8c 
droicte volunté qu'il difoic avoir au ùid & 
Irepoz. de la chreftienté , lorfque à moy je 
n'en ay jamais moings penfé , auffy n'ay-je 
laiiFé perdre ne paffer une fèulle occasion ne 
moyen de pourveoir à mes affaires & tenir 
mes forces & préparatifs telz. & Ci gaillards-» 
que j'efpere avecques l'ayde de dieu , qu'il 
n'y aura aulcunadvantaige , & je luyferay 
bien fentir que j'ay l'allaine & les moyens 
aufly bons & aufïy forts pour le moings que 
iuy , dont vous aurez bientôt des nouvelles, 
& ne croyez, poincl, quelque bruid que fa fie 
courir par-delà ledicl empereur & Ces minis- 
tres , que je fois pour entrer en aulcuti trairîé 
ne accord- avecques luy , fî. vous, n'en avea 
particulières nouvelles de moy , encore» 
que nous foyons es termes deflufdi&s ; Ci ne 
laiiïè-il, comme j'ay nouvelles de plufîeurs 
lieux , de faire publier par tout qu'il ne de- 
mande que la paix , & que nous en fom~ 
mes fur les, voyes [b]> qui eu. bien loing de 
la vérité. Jeilime bien que vous en feave^ 
par-delà aflêz, de nouvelles, mais elles' ne 
font pas fouvent bien feures , & feray "bien 
ayfe que vous faictes entendre par -tout 
ce que je vous en eferipts , ainfy que vous 



[b] Afin de contenir les Anglois mécontens , par 
le dcfefpoir de ne trouver aucune prote&ion du côté, 
de U France. 



S.IO Négociations 

verrez qu'il fera befoing. Quant à la prinfi 
de l'homme de l'evefque [c] de Rofîè & d< 
l'occaiîon d'icelle , je trouve bonne la ref 
ponce que voira y avez faicle, C\ eu ce qu< 
vous prie mettre peyne de fçavoir quell* 
ilTue en prendra la procédure pour m en ad- 
vertir, & aufly ce que vous au;ez peu def 
couvrir comme ilz auront prins ce que j< 
leur ay ainiy ouvertement defclairé que j'1 
vois retenu Me. Caro à mon fervice & leî 
aultresAnglcis qui y font venus , faifantbiel 
entendre par-tout que je n'ay pas délibéré 
d'en refufèr pas ung. Il efl vray qlfefrantM 
fleur de Picquering venu jufques à Paris, 
faigr-ant avoir la mefme volunté des aul- 
tres à me faire fervice, il- s'eft defpuis efva- 
nouy & faict courir le bruiâ qu'il s'en eil 
allé en Ailemaigne ; mais, à ce que j'en- 
tends, il efl repaiTé de delà. Qui me failj 
croire ce que c) -devant m'avez: efcrîpt de 
luy, & qu'il etfoit praticqué pour décou- 
vrir ce que faifoient les aul-tres par-deçà, 
& me ferez bien grand fervice de mettre 
peyne de feavoir s il fera là& ce qu'il y aura 
faicl entendre. Si ainfy ell: , il n'aura faicl 
chofe qui n'appartienne à fa nation; car j'en 
ay peu veu où il y ait grande fidellitc & dont 
il ne faille eltre tousjours en doubte. ].\y 
au furf lus veu le petit billet de Breteville [c] 
dontie ne demande aultre interprétation que 
Veffeà qui s'en enfuyvra ; vous eitimant tou- 



[c] Jean Lefley , de la branche Blaghane. 

f.'j Gcntillion mf François exilé, qui faifoic de 
lui ircine la ibn&ioa d'efpion pour mériter fa 
grâce. 



b e Nouilles. 2 r r 
lesfbis afïê-c ad vile pour ne vous laiiler de 
|-ien entendre à luy , mais recepvoir ce qu il 
)Ourra faire de bon pour tel qu'il fera. Du 
lemourant vous en aurez elle Ci advant ad- 
r erty par la Marque , defpjiis le parlement 
jluquel il n'eftaultre choie furvenue, qui me 
gardera vous faire plus longue lettre. E£- 
j:ript à Verberye le i- jour de may i$H« 
Kinfy figné Henry ; G- plus bus y de l'Au- 
•elpine. 



M. DE NoAlLlEsà M. LE CojNNESTABLE» 

î3 mayij54. 

?afquina.des qui fe publient, contre la 
reine , £r qu'on répand jufques dans 
fa chambre. Elle veut demander au 
pape , qu'on n inquiète point les dé- 
tenteurs des biens eccléjîaftiques : Pîa- 
lus s'y oppofe , & l'empereur demanda 
aufouverain pontife fa révocation, 

IVlONSEiGNE'JR, du 8 de ce mois, j'ay def- 
Defché Hogiusavecques amples mémoires & 
ettres par lefqueiles j'efcripts au roy 8c à 
rous au long & par le menu , les propoz, 
qui fe font paiTez entre celle royne , Mrs. 
de fon confeii & moy , en la dernière au- 
diance que j'ay eu de ladic~te dame ; & crai- 
gnant que par le commung dangier qui e(l 
au paiïaige de la mer , ledift Hogius ou foa 



2.Ï2 NÎGOC 2 AT 2 'O N S 

pacquet ne trouvent quelque empefchemenr. 
& me femblant que 1 aff.iire eft de grand; 
ïhiportance > & auquel mérite eftre bientoi 
refpondu y j'ay advife de faire ung extrait 
& duplicata de la lettre de fa majefté , S ! 
vous l'envoyer par ceite-cy* qui ne fervin 
de rien, fi vous, monfeigneur, avez recei 
l'aultre , finon pour vous dire , comme âpre: 
le partement dudid Hogius , eftimant biei 
que lefdiâs feigneurs de ce confeil eftoien 
demeurez en peyne & foubçon pour la ref 
ponce que j'avois faid à leur maiftreffe 
fur la grande infhnce qu'elle me faifoit pou: 
fes transfuges qui font par-delà , j'envoya] 
devers eulx mon fecretaire les rechercher àt 
quelques expéditions pour les particuliers, 
plus pour defeouvrir en quels termes & vo 
lunté il Us trouveroir que pour auhre chofe 
lequel m'a affeuré que defpuis que je fui. 
icy , il n'avoit eu fi bon & favorable vifaigf 
que ce jour-là. Ce que j'ay auify congnei 
par effed , car il eufl plus d'expéditions S 
plus de requeftesappoinâréey en demie heure 
qu'iî n'avoir eu en trois mois. Qui me faicl 
croire que leur donner entre deulx, parolle? 
doulces une qui les picque bien advant, n'ef 
qu'advantaiger les affaires du roy. Vous af- 
feurant, monfeigneur, que telle refponce 
les a toufthé juî^ues au fond ducueur; & 
m'a l'on dict qu'ilz ont desià envoyé donner 
quelque ordre pour tous leurs ports & fron- 
tières, mefme jufques en la tour de cefte ville 
en laquelle ilz ont mis quelques munitions 
■de renfort, 8c faicl: remonter bien cent pie- 
ces d'artillerie & retirer dedans toute celle 
qui en eftoit dehors fur le quay. Que le fe- 



DE No BILLET. 213 

retaire de ce chancellier auquel a efté ofté 
e pacquet du prince d'Efpaigne parles Fran- 
çois , comme je vous ay faid entendre par 
es advis qui font dans madicte dernière deC- 
pefche , vint parler jeudy dernier à moy , me 
demandant fi je voulloisefcripre en France , 
pu il alloit , me priant luy faire tant de fab- 
•eur que par mon moyen Ton maiiîre peuil 
:ecouvrer ledid pacquet Je croy que* leur 
imbaiïade.ur qui eit par-delà vous en fera re- 
luefle. Si vous congnoiiîez., monfeigneur, 
près l'avoir veu , que la garde n'en foit 
j. 'importance, il me femble qu'il feroit bon 
romettre audid ambaffadeur de luy rcn~ 
[ire quand ilz feroient de mefme de ceulx 
u'ilz m'ont prins par -deçà , combien que 
; penfe qu'ilz. n'en feront rien , encores 
u'ilz difent efrre fort marris de ceiluy-cy. 
)n a trouvé defpuis quelques jours tout 
Jain de lettres femées par le logeis de celle 
oyne , & jufques dans fa propre chambre $ 
•arlant au defadvantaige de ladide dame & 
le fes principaux confeillers, eïrant en grande 
>eyne fçavoir qui les y a mifes ny efcriptes. 
S. cauie de quoy elle faid crier & publier 
ous les jours par cefîe viiiie , que qui con- 
moiilroit telz perfonnaiges , ou fçauroit 
uelque chofe de ce faid, par foubçons ou 
.ultrement , les venant révéler, il aura cent 
feus de cefte^nonnoye. Toutesfois j'ay en- 
endu que nonobftant tout cela , cefte nuid 
nefmes il s'en eil trouvé de plus injurieu- 
ès. Vous verrez, par là , monfeigneur , com- 
>ien d'angoiffes iè présentent tous les jours 
levant les yeux de cefte princefTe, qui eft fî 
>bftinée en fon oppinion , quil n'y a péril 



214 & EGO C I AT I O NS 

qui luy puifle faire changer de volunté ; maïs 
au comraire que tout cela la luy accroift 
avecques extrefme oppiniaftreté. 

Monfeigneur , m'afTeurant que vous aurez 
eflé adverty de la prinfe que les François 
ont fai&e fur le paffaige de Calais , d'ung 
navire dans lequel eftoient les chevaulx, 
meubles &■ h'ardes des feigneurs de Corrie- 
res [a] & de Bouchard , grand alcade ou pré- 
voit de l'empereur, je ne vous en donneray 
aultre advis , feullement vous diray qu'en 
efcripvant cefle cy le chancellier a envoyé 
devers moy ung fecretaire du confeil, nom- 
tné Me. Hampton , pour me dire de fa part, 
qu'il avoit entendu que lefdicls François 
avoient prins & emmeiné fur icdid palTaige 
ung navire de la royne fa maiftrefîè , danî 
lequel eftoient les chevauix & befongnei 
àes fufdicls fleurs , & donné la chaflè à ung 
aultre qui portoit leurs perfonnes, jufquei 
dans la franchife de Douvres, ce qui eftoii 
contre i'amytié du roy & de ladide dame, 
mefme d'emmener ainfv ledid navire qu: 
appartient à fadide maiftreiTe , & les mari- 
niers d'icelluy , qui font Anglois. Ce qu'r 
craignoit que ce ne fuft ( avecques les pro- 
poz. que j'avois tenus en ma dernière au- 
diance) quelque commencement d'alterfj 
ladide amytié ; de tant que d'aultres fou 
je m'eftois plaincl en leur confeil qu'ils ne 
debvoient permettre que leurs vaiffèaulx paf- 
fagiers feulfent fouillés ny d'ung coufté ny 
d'aultre ; ce qu'il avoit lors faicî entendre à 
l'ambafladeur dudict empereur , & penfoit 

■ i i n I il — — ^ 

la] Ambafiadeur de l'empereur. 



DE N O A I L L E S. 2 I j* 

fii'il ne Ce feift pus. Je luy ay faicT: refpon- 
:e que Ci le vaifïêau prins eiloit Anglois, je 
n'a feurois qu'après l'avoir defchargé au 
)remier port de France , de ce qui Ce trou- 
'eroit dedans appartenant aux Imperiaulx , 
e de mourant leur feroit envoyé faing & 
àuf & entier, comme il avoit elle prins, 
c que ladicte prinfe nepouvoiten rien trou- 
ier cefte commune amytié , eilant chofe 
ccouftumée de vifîter leurfdi&s vaiiTeaulx 
encontre? fur mer, & prendre dedans les 
Sro;eâ:s de l'empereur & ce qui leur appar- 
ient ; comme ilz font le femblableaux Fran- 
ois , combien que nonobilant, comme il 
iibit , j'en eufîe faicT: par cy-devant quel- 
ue inftance, pour laquelle toutesfois n'y 
yoit efté mis aulcun ordre, mais au con- 
raire du coudé defd. Imperiaulx a tous jours 
(l; continué de nrendre tout ce qu'ilz ont 
•eu des François, & ontfailly roefine plu- 
ears de mes gens portans les pacquets du 
:;y ; & mbîngs pou voit a Itérer ladicle amy- 
ié les propoz tenus en madiâe audiance , 
ai ne furent en fu'oftance finon que le roy 
exerceroit en fon endroiâ aultant que la- 
ide dame feroit au fien , qui eft bien au 
ontraire defclairer ouvertement que led. £èi- 
neurladefîre non ièullement continuer,mais 
erpetuer. Qui font les mefraes propoz que 
ay refpondus audid Hampton, & qu'il m'a 
îâ delà part dudiét chancellier, duquel je 
ous diray , monfeigneur, quejecroy qu'il 
e demourera guieres en cefte auclhorité , 
e tant que l'ambaffadeur de l'empereur & 
'aget , ayant gaigné la meilleure part àes 
îigneurs de ce confeil , font après à le 



J2TO Négociation* 

deffaire. En faifant la fin de cefîe-cy , on 
m'a adverty que celle royne a faicft portei 
de la tour en fa maifon de Saind-James ot 
«lie re/ide defpuis le commencement de c( 
dernier parlement, plufîeurs armes , & n'ef 
permis à aulcun m illord de fa court , tan 
grand foit-il , d'y entrer accompaigné qin 
luy deuxième. Ladicte dame a faicl dire pu- 
bliquement en la Hiile-Halle de celte vil- 
le , comme .elle doibt bientoft partir de c< 
lieu pour aller à la contrée , les rerner 
ciant de leur fidélité , en laquelle elle le 
prioit de continuer , & que fa majeité leui 
laifTeroit pour fon lieutenant -gênerai & 
gouverneur le millord Clyton , naguiere 
admirai, avecques quelques forces , pou 
( enfemble l'au&horité du maire & des al- 
dremants) les tenir en plus grande feuret 
de leurs personnes & biens, 

AVIS AU ROY. 

13 mai if?4. 

{T Les rebellions & courtes des faulvaiges ( 
continuent tousjours en Hirlande au delàd 
vantaige des affaires de cefte royne , de faço 
que ladicte dame a délibéré y envoyer dar 
dix ou douze jours pour les refpriiner, le 
comte d'Ormont [5] & millord Garet, avei 
ques huiâ: ou neuf cens hommes de guern 
Celle royne avoit durant ce parlement e; 
voyé ung gentilhomme Anglois verslecat 
dinal Polus, pourfçavoir s'il trouveroitbo 
que ladicte dame envoyai! vers le pape pou 



[b] Chef de la maifon de iUuler, v 

prie 



de Nouilles. 2ij 

prier & requérir fa faindeté de voulloir per- 
mettre que le bien de l'eglife de ce pays 
qjemoufaft perpétuellement à ceulx quipré- 
lèntement en jouyfîent, qui eu. pour touf- 
jours gratifier Ces fubjedz & mefmementla 
noblelie, & par foubz main d'aultant plus 
faciliter Ion mariaige , priant ledid fieur car- 
dinal y tenir la main ; lequel ayant entendu 
l'intention de ladide dame & de quelle im- 
portance eftoit ledid affaire , incontinant 
defpefcha ung des fîens vers le pape , tant 
pour luy difluadèr cefald ( G. ainfy eftoit 
que fa faindeté en fuit requile } que aufîy 
pour.fupplier icelle vculloir avoir agréable 
qu'il puliie requérir le bien temporel qui luy 
peult appartenir en ce pays , defquelz deulx 
poinds ledid cardinal efien attendant de jour 
à aultre la refponce , ayant renvoyé ledid 
gentilhomme Anglois vers fa maiftrefîe fans 
aulcun effed , dont l'empereur & elle font 
entrez en grande jaloufîe & merveilleufe- 
ment marryz contre luy , tant àcaufe de ce 
faid, que pour la crainde qu'ilz ont qu'il 
n'ayt elle praticqué par le roy. 

De façon que ledid empereur did ces mots 
du fembiabiesen parlant à queiqués-u.ngs de 
:eft affaire. Que £ ledid cardinal voulloit 
naindenantavoir quelque bien en Angleterre, 
ru aultrement y demander quelque chofe., il 
jujrldroit parler à luy mefme , qui enaau- 
ourdhuy le feul & entier gouvernement. 

Ayant ledid empereur telle maulvaife op- 
inion dudid cardinal , que (à majelîé a eC- 
:ript au pape pour le revocquer de fa lega- 
ion & le faire retirer à Rome , luy faiiaht 
întendre qu'il iCeà afiez expérimenté aux 

Tome III. K 



2ï1S Négociations 

£hofcs du monde pour manier telz. & fi grands 
affaires , comme de traicter la paix pour la*» 
quelle fa faiirâetél'avoit envoyé. 



M- de Noaïlles au Roy* 

i8 may 1554. 

Dijfenjïon parmi les miniflresde la reine, 
qui s 'unifient pour perdre le chancelier» 

jDire 5 defpuis voftre dernière defpefche du 
%6 du paiTé, que la Marque m'apporta , je 
vous ay fouvent efcript & donné advis de 
toutes chofes qui le pafîbientde deçà, mef- 
m-e par mes dernières defpefches des 8 & 13 
•de ce mois , du fcubçon & craincle en ouoy 
efioit entrée cefte royne & Seigneurs de Ton 
confêilpour leur avoir parlé fi ouvertement 
comme j'ayfaiift par vcflre commandement 
fur la reltitution de Caro & auîtres Anglois 
"en ma dernière audiance , delpuis laquelh 
ilz Ce font rendus plus facilles qu'iiz n'avoien 
accouitumé , en ce que je les recherche 
attendant en grande defvotion la refpcnc 
.qu'il vous plairra me donner pour les d 
claircir ce ce doubte ; \ vs pouvant bie 
affeurer , fire, que Ton ne les pourroitavo: 
prins en temps pour plus craindre l'oi 
verture de la guerre , tant pour la craint 
des nouvelles efmctionsqu'ilzlè veoyent pr 
parer tous les jcurs , que pour la divific 
& contradiction en quoy lefdids feigneu 
fe trouvent en leurconièil; seihntlapl 
grand part d'icelluy bandée & formalifée ce 



de Nouilles* £ 1 .2 

*rele chancellier £a] la ruyne duquel ilz ont 
jurée ; ce qui luy fuft desjà advenu fans le 
grand fupport qu'il a de la royne (a maif- 
trelie , laquelle toutesrois ne peult tant com- 
mander à fondit ccnfeil en ceft affaire qu'il 
veuille ceflêr la pourfuite de ce chancellier, 
fur lequel ilz diiènt avoir de leurs chiefz. 9 
aucthorité & pui;iance, comme de cho(e qui 
concerne le commung bien & repoz de toute 
la Refpublicque , & y font entrez fî advant 
que Ton m'a diâ qu'icelle dame a eilé con- 
trainte pour Ton dernier remède de com- 
mander au capitaine de Tes gardes de ne pran- 
dre ny mettre la main fur fondid chancel- 
lier , quelque commandement qui luy en foit 
î.\\âi par fondid confeil , & de mefme aiî 
lieutenant de la tour de ne le recepvoir iî 
Ton le luy ameyne prisonnier fans luy eftre 
monurc une bague que iadiâe dame luy en- 
voya pour enleigne , que Ton appelle icy 
une toque [b]. Et combien , fïre , que celle 
àivifion ne vienne pour raifon du miriaige 
de ladide dame , duquel ilz. font tous refo- 
lus» mais feullement pour le fai:c de la re- 
ligion. Si eft-ce que telle contrariété d'op- 
pinions en eulx le retarde & erapefche gran- 
dement , & au contraire donne cueunà ceulîc 
qui le veullent traverfer , qui en parlent 
maintenant , comme il femble , plus vifve- 
ment, voyans les fufdiâs feigneurs emp€f- 



[uj Gardiner, évêque de Wincheftre, mini/Ire 
habile, mats opiniârrc & trop impérieirtfc 

['] Henri VIII en avoir ufé de la même manière 
à l'égard de Cramtner, a qui Ton conieilvQuloic faire 
faire le procex pour crime d'hérélîe» 



220 Négociations 
chîez à le deffaîte l'un l'aultre. Et à ce pro- 
pcz, je vous diray, /ire, qui! eft advenu ung 
mutinement entre les mariniers de l'armée, 
que cefted. royne envo) citen Efpaigne,iè raf- 
fraifchiiïant de vivres à Piefmuth , où après 
avoir femé dans leurs navires plusieurs bil- 
lets , faifant entendre à l'admirai [c] de n'en- 
treprandre les mener quérir le prince fur pey- 
ne de fa vie. Non contants de cela, Hz le 
ïuy ont encores defclairé ouvertement de 
bouche, le menaiîant, comme il m'a eÛê 
àià • de le mettre, & ledict prince entre les 
mai des François. Ce qui l'a tellementef^. 
tonné ju'il a envoyé devers ladite dame 14 
maiitre :e, luy faire entendre le peu d'obeif- 
fànce qu il a en fa charge, & combien qu'il 
fuit tout preft à le (âcrifier pour exécuter (a 
volunté, qu'il la fupplioit très humblement 
de confîderer en quel péril elle mettoit Ces 
forces de mer , les abandonnants en trèfles 
mains de personnes C\ mal contants de faire 
ce voya'gc. (^nn a efté eau Ce qu'icelle dame 
a faict rompre ùdicle armée , foubz couU 
leur que Ces navires font iî vieulx & gaftez; 
par le long temps qu'il y a qu'ilz n'ont na- 
vigué , que la plus grand part d'iceulx fai- 
foient eau , qui eft aufl'y choie véritable, 
&pour cefie derrière occafion a commandé 
er faire venir huïâ: ou dix des meilleurs au 
Pas de Calais pour rendre plusaffeuré le pa£ 
faige deù FI aman s qui vouldront palTer .de 
deçà , eflant encores fort fafchée de la der- 
nière prîn% que les voines , /ire, ont faicle 
des chevav.lx & hardes des fleurs de Corr- 
" ■ ■ - 1 . ■ .. - * 

[c] GaUIauraç Howard. 



h M No A II LE S. 2%t 

îîeres & de Bouchard , & le demourant de 
fefdids vaifTeaulx ne doibt bouger avecques 
ceulx de Flandres , d^ la couiie de Cor- 
nouaille? , pour tenir plus leure la mei & at- 
tendre le paffaige dudicl prince , ieqiiel efl 
entré , comme l'on dict , de l'on coufté en 
telle deffiance defdids Anglois, qu'il a def- 
clairé au Privefeel & aultres qui font de- 
vers luy , de la part de ced' dicte royne, 
qu'il eftoit aflez fort pour venir feurement, 
lànsl'ayde des forces de leur maiftréne. Au 
moyen de quoy le bruiâ; eft icy commung 
que ledicl Privefeel & aultres Anglois par- 
tiront bientoft dudict Efpaigne pour s'en re- 
venir , & que ledid prince ne viendra pluf- 
to(k qu'au commencement de l'hyver, tant 
pour ce qu'il n'a encores fon efquipaige preft 
que pour attendre que la faifon à°s efmo- 
tions foit pafTée, & croit l'on, lire, que 
Te traitement que les fiens receurent par- 
deçd aux dernières eflevationsde Wiat, luy 
eft encores de fi fraifebe mémoire , qu'il ne fe 
hafardera au péril fans premier veoir ce qu'a- 
meinera ladide faifon , mefme que l'on âid 
icy afîèz communément, que bientoft il y aura 
aux champs ung nouveau Wiat avecques plus 
grandes forces que les aultres. Il fe continue 
tousjours que la royne de Hungrie s'achemi- 
ne pour paner de deçà, & qu'elle arrivera 
bientoft à Calais avecques le duc de Savoye 
& dom Ferrand , où l'empereur les doibt 
fuivre peu de temps après , lequel eft en meil- 
leure difpofition de fa perfonne que fa mala- 
die ne promettoit ; & diét-on qu'il fe laifîe 
•veoir fouvent afîis fur une chiere, ne monf- 
itrant avoir plus grand mal en foy , que de 

Kiij 



222 Négociations 

la fafcherie de veoif tant d'olflacles s'oppo- 
fer à l'exécution de ce mariaige Ce qui faiit 
juger à plu fleurs qu'il n'y aura à la fin con- 
dition qu'il n'accorde peur venir à la paix 
avecques vous , /ire, comme Ces minières, 
font alfez congnoiûxe par-deça, afîeurant pu- 
blicquement qu'icelle fera bientoft conclue. 
Qui font prepez qui ne plaifent guieres a 
ce peuple, auquel je faiefts fecrettement tous- 
Jours afieurer le contraire. Mus il eft venu 
defpuis peu de jours quelques ungs de Fran- 
ce , qui font courrir le bruiâ que ladicte 
paix ne fuft jamais en fi bons termes qu'au- 
jourd'huy , de laquelle on efperoit par-delà 
bientoft la publication. Je ne fais doubte que 
les feigneurs de ce confeil ne faffent tenir 
tellangaige peur la grande envie qu'ilzenont» 
Toutesfois s'il eft airfy , je m'affeure , iîre , 
qu'elle ne fera moings honnorable & advan- 
tageufê pour voilre majefH , que proufn&a- 
ble pour tous ves fubjeclz. 

Sire , je ne veulx oubliera vous dire com- 
me il y a cinq ou fîx jours que cefre royne 
le trouvant mal difpofée., n'a permis elîre 
veue que de bien peu de gens, de façon que 
eeulx qui défirent fa ruyne l'ont faicl: morte 
une nuicl entière. Mais je vous puis aiTeu- 
rer, fîre , que fon plus grand mal vient du 
defir qui n'efl pas fatisfaicT: ; & m'a l'on did 
qu*elle eft tant impatiente de ce qui fuccede 
iiniftrement en ceft affaire , que C\ la venue 
de ce prince luy eft efloignée , comme aul- 
cuns penfent > jufques à l'hyvert y elle pour- 
ra efire en dangier de fa perfbnne ou de Con 
entendement; à tout le moings n'tfpere-l'oa 
pas qu'elle puifle jamais porter enfans. 



SE N ' O A I LL E J. 22$ 

m m ' 11 . ' '■■ » 

M. de Noaules au Roy. 

i?may r^4« 

Le fis du comte de Bedfort veut fi 
retirer en France. Le chancelier prend 
le defjus dans la faveur. La prin* 
cejfe Elifabeth eft délivrée deprifon; 
on parle defon mariage avec le prince: 
de Savoye*- 

oïre , voullant fermer celte defpefche,. ]\\f 
receu la voftre du iz de ce mois , par oir 
j'ay veu en quelz. termes ePc la paix d'entre 
vous y (ire, & l'empereur, qui- eflbien loing 
du lang ige que ces minières tiennent par 
deçà , lequel jfay tousjours contrarié pouc 
tenir en aîlayne plufeursqui ne la de/irent',- 
& déformais en parlera)' plus ouvertement 
©ù il fera befoing , ne laiffant perdre aul- 
cune occasion de conforter par foubz mair* 
eeulx qui commencent à reprendre cueur, 8z 
& qui délibèrent brouiller fi bien les affai- 
res dudicl empereur de ce coufté , quej'ef- 
père , avecques l'empefchement que vos 
forces luy donneront de delà , qu'il fera 
lûntramâ de la rechercher à bon efcient<5r 
plus virement qu'il n'a jamais faid. A quoy 
me femi le , fre , que le bon traitement 
que vous faites à .V.e- Caro & aulnes An- 
glois qui font à vo£-e feivice , fervira de 
leaulconp& en y pourra appeller trente aul- 
tres pour ung qui fe reurera , comme a 

Kiy 



£24 Négociations 
faicï Me. Picquering , dont je me fuis tous- 
jours doubté defpuis le premier advis que 
j'en donnay à vofîre majefté. L'on m'a af- 
feuré qu'il eft encores à Strasbourg , déli- 
béré de paflèr bientoit par-deçà , par le 
moyen de Ton pardon, qui luy efideiong^ 
temps promis , plus pour s'ayder de fort 
tefmoignaige contre Courtenay & tirer 
de Juy ce qu'il aura peu apprendre en Fran- 
ce , que pour aulcune volunté qu'ik ayent 
icy de le bien traicter. Vous affeurant,firej 
que la grand hayrie que tout ce peuple porte, 
audicl empereur, &rafTediofï qu'ils ont 
à voflre majefté* , n'en fera que trop pajïèl 
par delà , s'il vous plaift les y recepvoir. 
Et à ce pfopoz je vous diray qu'il n'y a paj 
plus de 5 ou 6 jours que le filz de miilord 
Privefcel , qui a edé fort tormenlé de ce 
règne pour la reliigion , m'a envoyé fecUeti 
cher il je le pourrois accommoder d'ung 
navire François, dans lequel il peuft feu- 
rement pafTer de deû , pour s'aller retirer 
avecques leàiû Caro •; & congnoiiTant la 
part que fon père, qui efc comte de Red- 
for: a au pays de l'Hocil, je luy feis alTez 
bonne rcfponce. Toutesfois defpuis je n'en 
ay ouy parler, & croy que par aultre adrefie 
il entreprend fon paiTaige : & d'ailleurs , 
Eftrangouys m'a faid auify dire que les fei- 
greurs de ce confeil luy vculloient donner 
la charge de deux ou trois grands navires , 
lefquelz il n'aveit envie de prendre que 
pour Ce vanger d'eulx ; mais n'ozant Ce 
mettre dans vos portz , ayant par le paffé 
encouru vofîre tjialiegrace , il me prioit 
feavoir de voftre majefté , n après avoir 



de Nouilles. 22 J 

faid quelque prinfe fur iesEfpaignolsavec- 
ques lefdids navires , il vous plairroit le 
recepvoir & remettre en voftre fervice. Au- 
quel , fire , je n'ay voullu m'eftendre, que 
feullemcnt luy promettre de vous en adver- 
tir. si eft-ce qu'il me femble qu'il fe fault 
fervir de telz gens, en ce qu'ilz, pourront 
nuire à voftre ennemy , fans s'affeurer plus 
advanten eulx que leur fidilité le requiert, 
mefme que c'eft aujourd'huy la chofè que 
je veoy que eefte royne & Ces confeillers 
craignent le plus, comme vous , fîre , aurez 
peu congnoiftre par mes précédentes àeC- 
pefches, où je vous ay amplement & par le 
menu advcty de tout ce que j'ay peu àeC- 
couvrir de leurs voluntez en voftre en- 
droid ; & tant s'en fault qu'ilz fe foyent 
en rien aigris defpuis ma dernière audiance, 
qu'au contraire je trouve qu'ilz me payent 
avecques beaulcoup plus de raifon qu'ilz 
n'avoient accoutumé. 

Sire, je vous ay faid entendre par m* 
dernière lettre, qui eu cy enclofe, le trou- 
ble en quoy ce chancellier Ce trouvoit, le- 
quel a feeu /î dexcrement conduire fon af- 
faire , avecques la faveur de la royne, qu'il 
a faid tumber le (ort fur Paget. De façon 
qu'il a eité contraind fe ietter à genoulx 
devant ladide dame avecques la larme à 
l'œil, ce qui ne l'a feeu toutesfois garder 
d'eftre fort reculle ; & croy, fîre, que l'am- 
baffadeur de l'empereur a tenu t n ceft en- 
droid le party dudid • hancf Hier , combien 
que iceliuy Paget oit eité le premier auc- 
theur & conducteur de l'entreprinfe de fon 
maiftre pour le faid de ce mar.aige $ & 



22.6 Négociations 

eftime l'on que puifque ledid chancellier 
a commencé à deffàire ceftuy-ià, ilendef- 
fera bien d'aultres de celte ligue , mefmes 
le comte d'Arondel [a] , chofe. que je n'efti- 
merois peu pour le bien de vos affaires. 
Madame Elizabeth après avoir efté purgée 
& trouvée innocente de tout ce dequoy on 
îa chargeoit , eft cejourd'huy fortie de la 
tour pour aller coucher à Richemont, & a 
pafTé par au devant de Weftminlter , fans y 
defeendre veoir la royne fa fœur. L'on m'a 
adverty que les fîeurs de Corrieres & de 
Bouchard doibvent demain aller fouper 
avecques elle , & luy ouvrir propoz de la 
marier avecques le duc de Savoye y pour 
lequel effeâ ilz ont pafTé exprefïèment de 
deçà ; & m'a-l'on diâ d'advantaige que /î 
îeÙiàs /leurs ne trouvent icelle dame dif- 
poiee à y entendre, que lundy prochain luy 
doibvent efîre envoyés quarante archiers de 
guarde pour la conduire jufquesà fa maifon 
d'Oxfort ,. où demoureront avecques elle 
certains perfonnaiges [&] qui auront l'oeil fur 
fà perfonne , jufques à ce que ladicte royne 
fa- feeur , partant de cède viile pour aller à 
Winche flre l'aille trouver en fadiéte maifon 
pour la faire condescendre par ung moyen 
©u aultre. \ ous verrez par-là , Jîre , comme 
ledid empereur a converty la maulvaife pen- 
fée qu'il avoit contre ladicie dame Elizabeth, 
à en faire ung înftrument pour s'aflêurer que 



\_a] Grand-maître de la maifon de la reine* 

OJ Millord, Williams , & défais- le chevalier- 

Beaneicld , homme dur Si violent, qu'aile appeiloi* 

fon geôlier». 



de Nouilles, 22*f 
cette couronne ne lui eichappe, advenait 
que lalicte royne n'a) t enfans. 

Sire , je vous ay efcript par cy-devant 
d'une levée de quinze mil hommes & de 
cinq mil chevauix que faifoit l'empereur 
en Aliemaigne. J'ay defpuis eu aultre advis 
de bon lieu , qu'il ie levé foixante en feignes 
& quatre mil chevauix , qui fe conforme 
affez au premier Et encores , (ire, vous di- 
ray je "un advis contraire à ma précédente 
lettre, que l'on me vient tout à celle heure 
de dire, que ledid empereur eft red'nid au 
lid en telle extrefmité , qu'il n'a rien de 
fàin que ia hngue ; & vous fupplie très hum- 
blement croire que je fuis efclairé de fî près 9 
qu'il faultque j'envoye chercher mes adver- 
riiïemens bien loingde mon logeis , lefquelz- 
Je recouvre avecques toutes les difficultés 
qu'il eu. pofhble. >i e(t ce que jufouesicy j'ay 
trouvé certains la plus grand part de ceulx 
que ie vous ay djnnei par cy-devant- Et 
quant à Bertheviiie , ie reçois ce qu'il 2B£ 
diâ: pour m'en ayder comme de tel perfon- 
naige , lequel toutesfcis entend quelque cho(e 
par le moyen d'une vieille congnoifTknce' 
qu'il a d'une femme qui eiî de ia chambre' 
de celle royne; mais il efi reduicl en telle 
paulvreté , que j'ay efté contrainct luy Faire 
encores donner vingt elcus , ouitre les cent 
qu'il vous pleuil dernièrement fliy faire de f- 
livrer. Et quant à l'homme de 1 evefque de" 
RofTe , duquel il vous plaift m eferipre , l'on, 
n'a poinetfaiit defpuis les premières inqui^- 
iitions auicune procédure contre luy , feul- 
lement le détiennent en pri'on , & croy 
qu'ilz om tant d'affaires plus grands, qu'il- 

K vj 



2.2% "Négociations 

ne leur foulent de cefhiy-là; mais de ce 
qui en fuccedera & de toute aultre chofe que 
le temps amènera , je ne fauidray vous en 
donner advis. 



Le R o y à M. de Noailles. 

19 may 1^54. 

Il approuve la conduite pleine de fer - 
meté y quil a tenue dans fa dernière 
audience , & lui marque en même 
temps ce qui s*efî pajje dans celle 
quil a donnée à ïamhaffadzur £ 'An- 
gleterre. 

JVI onsde Noaillfs, Hogius efl arri- 
vé defpuis cinq ou fîx jours avecques deulx. 
derpefches de vous ; l'une du 4, l'aultre du 
■ 8 de ce mois. Par la première j'av fceu com- 
me fur les rem on {Iran ces que vous avez faic- 
tes à la royne d'Angleterre ma bonne Cœur 
& feigneurs de Ton confeil , ilz fe font dif- 
pofez à faire meilleure & plus grande ou- 
verture de juiiice à mes fubjeclz , qu'ils n'a- 
voient faicl aulparavant , fe monflrans en 
toutes chofes beaulcoup plus doulx & ma- 
niables qu'ilzne fouiloient;& nefaiclsdoubte 
que le derîr qu'il/, ont de mener afin cema- 
riaige , ne foit caufe de leur faire diflimuler 
beaulcoup de la volunté qu'ilz ont du con- 
traire ., dont il fault recepvoir ce qui en 
viendra de bon & en faire doulcement fon 
proufnct, les payant en femblable monnoye 



be Nouille t. 22$ 

fans ccfler de pourfuivre , le plus dextrement 
que vous pourrez , la réparation des tons 8c 
dommaiges de mesfubjedz, pour tousjours 
lesdefcouvrir plusadvanten leurs intentions, 
dont par mes dernières defpefches je vous ay 
encores donné nouveau argument de mon, 
artillerie que ceulx de Gerzay & de Grene- 
zay ont oftée à ceulx par qui je Pavois faide 
repefcher auprès de rifle de Sarck , difant que 
les Flamans la leur avoient donnée s'iiz la 
pouvoient avoir ; chofe que je ne puis paffer 
fbubz. fllence, ne en eitre fatisfaid, s'ilz ne 
chaftient très bien ceulx qui ont faid cefle 
faulte, dont je vous ay envoyé les noms par 
efcript, & me ferez fervice fort agréable de 
leur en faire vifve remontrance. Par voflre 
■dernière aultre lettre &dudid Hogius, aufly 
j'ay entendu les propoz qui pafTerent entre 
ladide royne & vous en l'audiance qu'elle 
vous donna , 8c avecques quelle collere elle 
Vous parla des occafions qu'elle avoit de fe 
plaindre de moy , dont je ne vous feray icy 
redide , & viendray à la refponce que vous 
luy filtes , fuyvant ce que je vous avois ef- 
cript des fleurs Caro, Picquering & aultres 
Anglois, de la reititution defquelz elle faid 
tant d infiance d'efîre gratimée , que je ne 
penfois en rien mefprendre envers elle , les 
ayant receus & tenans en mon fervice con- 
tre mes ennemys , & non contre elle avec- 
ques laquelle je n'ay aulcun traidé flnon d'a- 
mytié , aultant qu'elle lexerceroit en mon 
endroid. Et comme le* chanceliier & Paget 
recueillirent ladide refponce & feirent de- 
monltration d'en eftre dbahys , vous préf- 
ixant d'en réitérer iefdictes parolles , & les 



2$& N ÊG O C I AT 2 ON S 

leur bailler par efeript , & feignant n'en avoir 
jamais rien, entendu 5- encores que j'en- 
cuiïe atrltant faicl aulparavant dire à fon 
ambaffadeur qui eft près de moy , qui n'au- 
roit pas faicl: fon debvoir s'il ne leur en euft 
efeript. Ce que je ne puis croire, puifqu'il 
n'eft pasparefîèux, comme je congnois bien 
à leur faire feavoir bien fouvent beaulcoup 
de chofes moings neceffaires que celle-là ; 
& n'efc poflîble , mons de Noailles ^ de vous 
eûre en cela mieulx ne plus prudemment 
porté , que j'ay veu par yoilredicte lettre que 
vousavez faict, ne aufîy à vous faire efclair- 
cir, comme Ces v ai (Te aulx qui accompaignent 
ceulx de l'empereur, ailans au - devant du 
prince d'Efpaigne, auroient à Ce depporter 
envers les miens , dont ilz ne vous ont poincl 
faicl: la petite bouche , qui n'eft pas- iîgne 
qu'il Ce foucient guieres delà neutralité dont: 
Hz parient tant. Si ay-je oppinion qu ilz fe- 
roient bien marriz que je feiflè ouverte de£ 
monftration de ne luy efire non plus amy 
qu'elle m'en donne occafîon. Car inconti- 
siant que vousfuftesparty de ladicleaudiance 
ilz feirent une defpefche à leur ambafTadeur 
par homme exprès, qui pafTa quant & ledid 
Hogius, & l'adve-tirent de tout ce que def- 
fus r pour lequel effecl il me feit demander 
audiance dez dimanche , que ie ne luy peuz 
donner jufques à mercredy dernier qu'il me 
commença fa harangue parla fin de voftre- 
difte lettre du 8 ; difant que vous eiliez venu 
versladide dame luy remontrer que vous 
aviez entendu que fes vaiffeaulx alloient df 
cenf rve a ecques ceulx dudid empereur.. 
&dciiriez. bien feavoir Ce venans. rencontrer 



DE N ' O A T LL ETS, 1^ î 

avecques les miens , comme elle entendoir 
q.u'iJz (êdeportaflènrà l'observation deladide 
neutralité. La refponce qui vous y avoit 
cfté faide , que delà Ce continuant ladide 
audiance , ladide dame eftoit venue tum- 
ber fur les plaindes defdids Anglois tran£ 
fuges , & combien elle fe tenoit offen- 
cée de moy en cefl endroid, adoucifTant tou- 
tesfois icelluy ambafïadeur le difcours de Ces 
remontrances le plus qu'il pouvoit, pour 
me faire croire que fa maiftrefle en avoit 
parlé beaulcoup plus fobrement qu'en faid 
votredide lettre , encores qu'il ne fceuft rien 
dudid contenu , & qu'elle 8c les feigneurs 
de fon confeil s'eftoient trouver merveilleu- 
sement eftonnez de ce que luy aviez veC- 
pondu que je ne penfois de rien luy faillir 
de tenir lefdids Anglois enmondid (ervice, 
puifque je n'avois aulcun traidé avecques 
elle Sinon d'amytié , aultant qu'eile l'ëxer- 
eeroit ert mon endroid 9i dont ifz défirent 
efire bien efclaircis pour la grande impor- 
tance dontcelaefi, pour les mefmes caufeff 
que vous dirent des lorslefdias chancellier 
&Paget, ou ledid ambaffadeur n'oublia rien 5 
me demandant fi je n'entendois pas entrete- 
nir envers elle les mefmes traidez que javois 
avècques le feu roy fon frère , ainfy que je 
Fen avois tant de fois faid prier, comme 
elle avoit tousjours faid & délibéré faire de 
ià part. J'eus a(Tez de quoy iuy refoondre » 
mons de Noailles r ainfy que vous pouvez 
penfer ,. & commenjay à luy dire qu'i l fei— 
gnoient entrer en ung- fbubçon dont ilz n'a- 
voient aulcune occairbn pour empefefer^ 
comme je cuydois y que je ne m en- plai— 



2.32 Négociations 

gnifie le premier, d'aultant qu'ilz fçavoient 
bien que j'avois traidé avecques le feu roy 
fon frère & fon ro) aulme , une perpétuelle 
paix & amvtié , laquelle j'avois jurée & pro- 
mife & donné ordre d'obferver aultant fainc- 
tement que j'ay peu jufques icy , fans ce 
çu'ilzy ayent jamais veufaulte;&dadvantaige 
pour me mettre plus qu'en debvoir, avois 
faict rechercher ladide dame , à fon adve- 
nement de confirmer ledid traidé , en quoy 
elle avoit faid l'oreille lourde , qui eft aul- 
tant à dire qu'elle n'en voulloit poind , Se là 
deflus contradé mariaige avecques le prince 
d'Efpaigne , qui ne me doibt eftre pour rai- 
fon moings ennemy que Ion père ; que je 
veoy tous les jours I'ayde, fabveur & con- 
fort qu'iiz donnent aux Imperiaulx ; i'arreft 
de mes navires & fubjedz en Hirlande, avec- 
ques lettres patentes d'ung vis-adrniral ; mes 
fubjedz prins par les leurs aux ifles de Gef- 
zay & Grenezay ; au moings à l'exécution 
de ladide prinfe, y avoit-il trente Anglois 
pour ung Flamant ; ce que l'admirai Guil- 
laume avoit did à voftre fecretaire, & que 
eulx meimes vous ont defpuis defclairé ou- 
vertement que leurs vaiiTeaulx détiendront 
ceulx de J'empereur & tant d'aultres chofes 
efloignées de ce qu'elle me faifoit dire de fon 
affedion à l'entretenement de cedid traidé. 
Que c'eftoit à moy avecques grande & no- 
toire raifon à avoir ce foubçon , & pourois 
dire que je n avois aulcun traidé avecques 
elle , puifqu'eiie ne l'a votillu ratirher, com- 
me à la vérité eft- il allez apparent. Carcelluy 
que j'ay faid, eft, iomme did eft, avecques 
le feu roy & le royaulme , lequel je ne fçay 



i> s Nouilles* 233 
fi elle trouve bon & le veult obferver, puil- 
cue jufques icy elle en a faicT: affez reffus, 
qu'il n'y avoit homme au monde qui y peud: 
prendre alfeurance , eftant le foubçon caufë 
'd'elle & de Ces depporremens , qui n'eftoit 
pas la façon accouitumce entre ceulx en- 
ivcrs lefquelz l'on veult affeurer une amytié , 
I mefmement en occafion fi fulpede que l'al-^ 
Nliance qu'elle prend. Que je fçavois bien ce 
[[que ung mary grant & laige prince , tel. que 
■'eftime celluy d Efpaigne , peult à l'endroit 
Ide fa femme, & ce que une femme doibt à 
fon mary, fi elle eft telle que je repute lad. 
dame. Par où tout le monde pouvoit juger 
qui de nousdeulx avoit plus d'occafion de fe 
plaindre , & luy toufchay toutes ces chofes 
là par le menu & fi a propoz , qu'il fe trouva 
affez efciaircy comme j'entendois ce que vous 
luy aviez dicl: , que je n'avois poincl d'aultre 
tra'idé que d'amyîié avecques fa maiftrefTe,- 
aultant qu'elle l'exerceroiten mon endroift, 
fans avoir oublié neantmoings à luy dire qu'il 
ne tiendra jamais à moy que en cela ne fe 
mette le plus ferme fondement qu'elle yfçau- 
roit defirer , pour faire cefier toutes ces cc- 
afions , & que je n'ay poincl eu d'aultre vo- 
lume envers elle que celle que je luy ay tou- 
ours faid dire, & qu'elle trouvera perpe- 
uelle quand elle vouldra en ufer reciproc- 
juement , &aufly clairement fe laiiTerenten- 
îre en ceft endroift qu'il appartient aux cho- 
cs que l'on veult faire durer. A toutceiane 
ôeut ledict ambafîadeurque refpondre , & je 
:roy qu'il ne fauldra en efcripre en mefme 
iibttance , comme je veulx & entends que 
ious leur en parliez , s'ilz retournent à vous 



2J^. Négociations 

en rechercher. Qui eit tout ce que j'ay à vous 
dire pour le prefent Efcript à Compiegne 
le 15? de may 15^4. Signé Henry ; ù $ lus- 
bas, de l'Aubefpine. 



Le Roy à M. de Noaillej, 

24 may 1554. 

Qiiil n a qu'un traité verbal & feule- 
ment d'amitié réciproque avec la reim 
d 'Angleterre. 

.Nloxs de No ailles, le 19 de ce mois je 
vous feis une bien ample defpefche & adver 
iîs de la refponce que j'avois faide à Tarn- 
bafiadeur d'Angleterre fur ce qu'il m'avoi 
did de la part de la royne fa maiftrelîe , de 
propoz, que vous li'y avez tem:s du traid 
que j'avois avecques le feu roy Ton frère , c" 
l'en efjlaircis tellement que j ftime elle c" 
les fèigieurs de fon confeii ne debvront plu 
eftre n eitonnez. ne les mettre en doubte 
d'aultant qu'il me femble qu'il n'y a rie 
£ raifonnabie que de penfer le tort e ftre d 
leur couiié , puifqu'iiz ont rerriifé de ratii 
fier [a] ledit traidé, après les en avoir /î e? 
preiîemert faid rechercher p.ir vousqu j a 
faid % l'avoir auiîy faid entendre audid an 
baitadeur , & veoir dadvantaige l'ailianc 
que prend en ce ternes icy ladicte royne 



[a] La ratification ctoicen ce temps l.i eflentiel 
aux.tr ai ces* 



Dmme vous leur pourrez encores faire en- 
>ndre s'ilz retournent à vgus en parler^com- 
ien que j'eftime ladide dame Ci fubjecte à 
. raifon , que quand elle aura bien confî- 
?ré madide refponce, elle congnoiilra que 
iy plus d'occafion de me plaindre que non 
as elle. Vous priant, mons de Noailles,, 
s poind faillir à me faire fçavoir comme 
dus aurez entendu qu'ilz auront prins la- 
de refponce , ayant bien voullu par le ca- 
taine Gaillard qui s'en retourne en EfcolTe, 



us faire celle lettre , pour vous prier luy 
Dnner pour ion palfaige tout le moyen dont 

aura befcing, & par luy efcripre bienam- 
.ement à la royne , madame ma bonne 
eur, nouvelles de tout ce qui s'offrira de 
Dftre coufté. De celtuy , il n'eft rien fùr- 
?nu defpuis,. iînon que l'empereur après 
toit veu qu'il ne pouvoit plus couvrir ce 
fil avoit faid publier par toute la chre£- 
enté, que nous eftions en termes de paix, 
icores qu'il n'en fuil rien , a efcript en la 
Germanie & en divers aultres lieux , que je 
avois faid rechercher dune paix très do m- 
tageable à ladide chreftienté , à laquelle 
Dur celle caufe il n'avoit poind vouiluen- 
ndre , à quoy je n'ay Jamais pen£3 ; car 
mgnoilfant de quelles humeurs ileftpiam 

de quel bois il a accoutumé Ce chauffer,, 
• n'ay jamais moings penf; de la négocia- 
on de la paix que menoitle leg t cirdinal 
kngleeerre, que ce que jenveoy. Voilà 
Durquoy je ne 1 iy ay te.iu au tre la^ngaige 
non qu'il ne tiendroit poind à moy queia^ 
irelHenté ne fufl en repoz , eftant preil 8c 
iipofé d'entendre à toutes chofe* honne£* 



2.^6 Négociations 

tes & raisonnables, & croy que le légat ( le 
quel eft tenu pour digne & vertueulx perfor 
naige , aymant [b] & congnoifîant dieu ) fça: 
bien à qui eft le tort , dieu mercy, J'ay aul 
tant de quoy me pafTer de ladide paix , & fiu 
d'aage & de fan clé pour la defîrer encore 
moi ngs ; de façon que je penfe que en ce. 
endroicl on me trouvera le cueur &l'allayn 
aulTy longue que à luy. Ce que j'ay bien voui 
lu vous dire en paflant, afïîn que vous aye 
de quoy en refpondre fî on vient à vous e 
parler par-delà ; fçaichant très bien que ft 
minières remplifTent le monde d'une in 
finité demenfonges&faindes di Simulations 
Efcript à OfTemont Je 24 jour de may 155^ 



[b] Quoique ce grand homme eût été profcri 
par Henri VIJI, pour n'avoir pas voulu adhérer 
ion fchifme, il eut cependant la douleur de vc 
fa foi rendue fufpe&e à Rome & dans un conclavi 
après la mort de Paul 111, 



M, de Noailles au RoVi 
14. may 15 ?+. 

La princejje Elifabeth eft conduite û 
château de Woftoch 

O ire , je vous ay efcript par ma dernière de 
pefche du 19 de ce mois, comme madan 
Elizabeth eftoit fortie de la tour & conduit 
àRichemont, où les'ambafTadeurs de rerr 
pereur la dévoient aller trouver. Mais j'; 



D JE N O A I LL ES* 2"$"] 

:eu defpuis que celle entreprinft a eiïe rom- 
ue , & que ladite dame ne feiftque coucher 
ndict Richemonc , & le lendemain fuft me- 
éepar Ca guarde à ung chafïfau nomméWof- 
pck qui eit auprès d : Oxford, où les ungs 
ifênt que fon procez luy fera faict fur la ré- 
gion par les dodeurs [a] & Théologiens de 
univerfité dudicl Oxford , & les aul- 
■es , qu'elle demourera dans le chafleau 
pmmifè à la volunté dudiâ: empereur 
leur la marier à fa dévotion , ~ou luy 
.ire tel aultre traitement que bon luy 
mblera; & m'a l'on afleuré que millord 
ourtenay fortiroit femblablement cefte nuid 
Dur eflre conduit en ung aultre lieu du pays 
DmméFoleringhey [èj , & y attendre auiïy 
mifericorde dudid empereur. Toutesfois 
en court de fi diverfès oppinions & mefme 
tre ceulx qui en cuydent fçavoir le plus 
Ivant » que je ne puis en donner aulcun 
îrtain advis à voftre majetëé. Mais je tien- 
*ay l'œil ouvert à ce qui en fuccedera pour 
dus en advertir d'heure à aultre. Et à ce 
ropoz , je vous diray , /îre , que le lende- 
tain que ladide dame Elizabeth fufl fortie , 
envoyay ung de mesadvertifleurs lafuyvre 
Richemont , lequel foubz coulleur de luy 
Drter ung prr-fent de pommes, m'avoit pro- 
is entendre tout ce que lefdids ambaiïa- 
:urs de l'empereur negccieroient avecques 
le ; mais il n'euft Gtoft mis le pied dans 
chafteau , qu'il fuft prins par les guardes 



[a] On prétend que la conférence fe pafïa entre 
tte princeflfe & le cardinal Polus. 
[fcj Château qui fervit depuis de prifon à l'informa 
;c Marie Smart* 



2$8 Négociations 

des de ladicle dame - & vifué jufques à h 
chemife ; & -encores qu'ilz ne luy trouvaf- 
fènt aultre chofe que ces pommes , fî fuft-i]| 
envoyé prifbnnier à meilleurs de ce confeil. 
lefquelz-en l'examinant luy demandèrent qu 
Pavoit meu de voulloir faire ce prefent à la- 
dide dame . ? fur quoy il fceut fi dextremen 
jouer Ton perfonnaige , qu'il en efl efchappé 
exempt de tout fcubçon , avecques meil- 
leure volunté de vous faire fervke que ja 
mais. L'on faiâ: icy courir un bruict , qu< 
<ruelques-ungs des mal contans de cePce roy 
ne , qui font retirez en France , ont prin 
l'ifle de Cheley [c] , qui leur a elté rendu 
allez libéralement par les capitaines &guar 
des d'icelle. Et encores que peult-eitre i 
n'en (bit rien, cela donne grand cueur i 
resjouyt fort ceulx de deçà , lefquel2 ei 
perent par ce moyen le paffaige du princ 
plus difficile & hazardeux -, ayant d'ailleur 
grande fiance en ves forces , qu'ilz alleu 
rent qu'ilz feront en campaigne le premie 
jour de juing , allant droict aux plus pro 
chaînes places que l'empereur ayt près Ca 
lais. Vous afïeurant, /ire, que vos fubjecl: 
ne défirent avecques plus grande devotio 
que vous preniez bientôt! queiqu'unes d'; 
celles, qu'eulx, pour l'efperance qu'ilz or 
<me ledid Calais & Guynes en foyent tenu 
de plus court & empeïchez de tumberer 
tre les mains de l'empereur , lequel ne de 
£re aultre chofê que s'en faifîr* On m'a di< 
aufïy que les feigneurs de ce confeil for 



ici Proche Jerfey & Game fey. fur les côtes c 

Normandie* 



i,: 



DE NoATtL^S, 2|9 

en craincle que quelques navires font par- 
tiz d'Efcofle, délibérez de venir faire des- 
cente en ce pays , fous la conduite du com- 
te de Bothuel , ce que je ne crcytoutes- 
foys eftre. On eft ordinairement en grand 
fouûçon & ne ceffe de reparer à la tour , 
& y faire faire plattes formes pour efïàyer 
l'artillerie; & encores m'a -Ton adverty 
qu'elle y faid porter beaulcoup de tapifie- 
ries , qui eft fîgne d'y voulloir loger ou 
d'y recepvoir le prince quand il viendra en 
cefte ville , pour eftre en plus grande feu- 
reré ; & mefmes faicVon bruid qu'elle y 
veult mettre quelques Efpaignolz dedans, 
î'envoyay dernièrement à voftre majefté 
une figure dung arbre de généalogie , par 
lequel l'on veult fuppofer ledict prince fuc- 
céder à cefte couronne, lequel j'avois re- 
couvert de bon lieu & fecrettement ; mais 
defpuis ladide dame l'a faicl imprimer 8c 
mettre par les carrefours & lieux publicqs 
de cefte ville , cuydant par- là rendre 
ledid prince plus acceptable à (es fubjedz , 
qui au contraire ne fertquede leur croiftre 
la maulvaifevelunté qu'ilzluy portent. J'ef- 
criptz au long à M. le conneftable les pro- 
poz qui fe paftèrent dernièrement entre ce 
chancellier & moy~, defquelz , pour n'im- 
portuner voftre majefté, je ne feray icy de re- 
dicle. Seullement vous diray, fire* quej'ay 
receu voftre defpefcbe du 20 de ce mois , 
par où j'ay veu la refponce qu'il vous a 
pieu donner à l'ambafTadeur de cefte royne 
(ùr ce que fa maiftreiïe defire eftre efclair- 
cie , que j'eferiray en mefme iangaige ou 
li leur fauldra refpondre parde^à , qui fer$ 



2<JO Négociations 

bientofl & à la ^première audiance que 
j'auray. 



|M. DE NoAILLEsàM. LE COKNESTABLE. 

Z4 may 1554. 

Conférence entre l'ambajfadeur di 
France & le chancelier d'Angleter- 
re , fur les griefs & les forces de: 
deux nations. 

jMonseigneur , defpuis ma dernière de Cpei 
che des 1 8 & 19 de ce mois , j'ay efté trouve 
ce chancellier en fonlogeis , pour luy faire 
plainâe des habitans de Gerzay & Grene 
zay pour l'artillerie qu'ilz ont ouitéeàceub 
que lé fieur de la Bretonniere avoit envoyé: 
en rifle de Sarck , & luy feis entendre li 
faiâ: au long, fuivant le double de la lettn 
eferipte à M. de Langey , qu'il vous a plei 
m'envoyer, mefme luy reraonftray com 
me procédant de bonne foy , lediCt fîeur df 
la Bretonniere s'efioit addreffë à leurs pro 
près fubje&z , pour halier ladi&e artillerie 
au fond de la mer , auxquelz lefdids ha 
bitans de Grenezay n'avoient feullemen 
prins ce qui nous appartenoit, mais enco 
res leurs inllrumens de quoy ilz s'ayden 
en leur art, qui eftoit affez pour faire con 
gnoiftre , qu'oultre la maulvaife volunt' 
qu'ilz portent aux François , ilz veul 
lent encores empefeher que nul de leurna 
tionleur faife fecours , fabyeur ny plaifîr 

l3 



I 

i 

i\ 



DE NosfILZES, 24I 

ce que je m'afïèurois bien n'eftre entendu 
de la royne la maiftrefle. Toutesfois que 
tant de maulv'ais depportemens qui te fai- 
foient tous les jours au préjudice de cefte 
commune amytié, & le peu de raifon qui 
m'en eftoit faid, pourroit bien à la fin l'al- 
térer. A quoy je le prioys voulloir tenir 
la main , que fi petites occasions ne peu£- 
fènt faire n mpre une fi bonne paix & tant 
■>rouffidable pour tous les deulx royauimes, 
Scexpreflèment pour le leur qui par ce moyen 
irivoità prefent en entier repoz.. Mais au lieu . 
ie me faire reparer ce tort , il entra à <e voul- 
oir juftimer, me difantqu'eftant lad« ifle de 
Sarck abandonnée par les noftres, les Fla- 
nans l'avoient reprinte & donné ladide ar- 
illerie & tout ce qu'on trouveroit dedans 
iux leurs , mefme ladide ifle , s'iiz la voul- 
oient recepvoir , laquelle auiïy appartenoit 
. fadide maiftrefTe, comme font pareillement 
o'utes les aultres qui font entre les deulx 
oftes. Sur quoy je luy refpondis que je n'a- 
r oisfceu que lefdids Flamans eulfent de nou« 
•eau reprins ladide ifle , & que tant s'en fai- 
oit qu'ils euffent gaigné l'artillerie, qu'au 
ontraire les noftres pour empefehier qu'ilz, 
es'en prévalurent •, & pour la (àulver, ef- 
erans bientoft la revenir pefcher , l'avoient 
?ttée dans la mer, d'où iizla fai foie nt tirer 
uand elle leur fuft ouftée , &• ne penfofs 
as que de leur coufté ilz. voulurent faire 
aofe G mal fentant ladide commune amy- 
é que (h prandre ladide iile des mains d'i- 
eulx Flamans qui n'y ont aulcun droid, 
aefme que je fçavois bien que ladide royne 
1 maiftrefle avoit gardé celle honnêteté de 
Tome 11L L 



£4-2 JVi GOCIATIONS 

la refiufer d'aultres fois qu'ilz la luy om 
voullv b : iiler. Et quant à ce qu'il la difoii 
arpaneri: à lad.'&e dame, je pourroif dire 
le (emllable peur le roy , des ifles de gerzaj 
& Greneiay [a] ^ui dépendent de fa duchi< 
de Normandie , comme il Ce veoit claire 
suent, citent icelles du diocefe de Couftance 
& parlans tous leshalitans le langaige Fran 
çois; & enecres en diray-je bien aultant& 
avecques grand raifen , de Calais [/>] & di 
la comté de Guy ne s. Mais je le prioys qut 
nous n'entraffions poincl: en difpute de ce 
vieilles querelles , & qu'il fe contentait qu< 
par les derniers trai&ez,lad. ifle de Sarck eftoi 
demourée au roy. Brief, monfeigneur, ce 
propoz. furent fi longuement débattus entn 
luy & moy , qu'enfin il me promift de fair. 
enquérir comme la chofe eftoit pafTée , £ 
delà vint à tumber fur Ces transfuges qu 
font par-delà, lelquelz il n'avoit jamais pei 
recouvrer , Ce plaignant du peu de demonf 
tration d'amytié que le roy avoit faict en cei 
endroict à fadict e maiftrefîe, laquelle nedefî 
roi: que vifvre en bonne paix , combien qu 
fon royaulme ne fuft jamais plus riche 6 
abondant en toutes choies neceflaires pou 
faire la guerre qu'au jourd'huy , eftant pleir 
de jeunes gens qui ne demandoient aultri 
çhofe , de façon que je pouvois veoir leu 
jeunelie tant ennuyée du fejour par-deça 
qu'elle elloit contrainte de rechercher l'ex- 



[a] C'cft tout ce que les Anglois ont confervé d< 
la Normandie, Guienne, Poitou &c. 

[£>] Conquis après un an de fiégc far Edouard III 
•n 13 47. 



DE NOUILLES. 245 

beriance des armes au fer-vice des princes 
pftrangiers , & que d'ailleurs ilz n'avoient 
faulte de bons chiefs, & que de nouveau il 
?n faifoit encores venir quelques-ungs. A 
ijuoy je debvois confiderer qu'ellant le prince 
î'Efpaigne en ce pays, jeune & bouillant» 
pcmbien il deiîreroit de trouver quelque oc- 
pafion pour mettre en befoigne les forces de 
leça , &que après tel inconveniant, il n'au- 
l'oit plus de puiffance ; car où la guerre eH » 
es gens de confeil n'ont plus d'audorité pour 
etenir la fureur de la jeunefië qui ne veult 
lebattrela raifon qu'avecques les armes. Mais 
[ue je m'afleurafîè fur fa vie quefadidemaif^ 
reffe efloit princelTefî bonne & vertueulë Se 
ant aymant Ion repos & celiuy de fon peu- 
>le , que jamais elle ne commenceroit ny fe- 
oit chofe de fon courte qui la peuft aliéner 
le l'amytié du roy. A quoy je luy refpondis 
nie ledicl: feigneur roy mon maiftre ne pour- 
■oit avoir plus honneflement fatisfaid à la- 
licle dame pour raifon defdids transfuges 
ui'il avoit faicl: , luy defclairant ouverte- 
nent qu'il a detouseiTrangiers à fon fervice, 
:omme a aufîy l'empereur & de ceulx de fa 
îation & d'aultres, &ne vouldroit reffufer 
eulx qui fe viennent prefenter comme ont 
aift Me. Caro & aultres, mefme qu'il ne le 
îeult mieulx fervir que de ceulx qui por- 
ent maulvaifè voluntéà fon ennemy, coni- 
)ien que je m'afïèurois qu'il les au roit tous 
'ung après l'aultre ; car je n'avois jamais 
ireu Anglois qui vouluft mourir hors de Ion 
Days , & desjà avoient-ilz recouvert Picque- 
ring qui feroit , comme l'on m'avoit did , 
«eiroft icy. Luy difanf dadvantaige que je 

Lij 



244 Négociations 
ne iaifois douUe que leur royaulme ne fuft 
fort & puiffant , & leur nation belliqveufe, 
mais que jerafîeuroisaufTy que defpuisChar- 
lemaigne , le royaulme de France n'avoit elle 
fî heureux en prince, fi fortuné en confeil, 
fî abondant en capitaines & aultres perfonnes 
d'ignés de commander à la guerre , fi bien 
pourveu de bons (bldats pour la faire, d'al- 
liances pour la fouflenjr , & de deniers pour 
la conduire ; de quoy je ne luy voullois don- 
ner aultre preuve que d'avoir faid ladide 
guerre trois ou quatre ans continuellement 
par tous endroids à l'empereur & aultres 
grands princes , & trouver aujourd'huy Ces 
forces plus vifves & plus gaillardes que le 
premier jour qu'il commença, & plus d'ar- 
gent comptant en Ces finances que jamais roy 
de France n'en peult afîëmblerà la fois. Vous 
■affairant , menfeigneur , que ce propoz fift 
changer au d ici chancellier & de coulleur 
& de langaige , & le reffroidit fî bien qu'il 
revinft à la grand volunté que fa maiftrefle 
a de conferver la paix à Ces fubjedz , lafcj 
quelle elle ne defîre feullement en fon royaul- 
me , mais en toute la cbrcflienté , mefme 
de la pouvoir mettre entre le roy & led.cl 
empereur. Ce qui luy fembloitpoffible com- 
bien que beaulcoup de grands perfonnaiges 
y aillent failly» & me prioitvous advertir , 
ynonfeigneur, que fîvous le trouviez bon,U 
feroit très voluntkrs l'inllrument pour en 
ouvrir encores quelque nouveau chemin , 5f 
tiendroitla main que fadide maiftrelle s'em- 
ployeroit de toute fa force à faire condes- 
cendre ledid empereur à tous partys honnef- 
tes & raifonnables. Ce qu'il me did /î fou^ 



DE N A I L L É 'T. 247 

rl^ert & de telle affection que je ne peuz 
Hmoings faire que de luy promettre de vous 
>l?n donner advis , & me femble que tous ces 
jpropoz ne viennent que delà craincte qu'ils 
:pnt que le • . • . 

t- = 

M. di Noailles au Roy. 
5 juin 1554. 

Tout fe prépare en Angleterre pour la 
réception du prince d'Efpagne. Les. 
ambajjadeurs de lempereur devien- 
nent les miniflres fecrets de la 
reine, 

>ire , encores que defpuis le partementde 
a Marque je vous aye faic"t une defpefchç 
[u 1 de ce mois , fi ay-je penfé , fuyvant ce 
u'il a pieu à vofère majefté me comman- 
er vous e r cripre fbuvent , de vous faire 
ncores cefte-cy pour advertir voftremajeflé 
ue d heure à aultre, je veoy , ce me fèm- 
le , toutes chofes fe difpofèr en ce lieu 
our reftabliîfement du prince d'Efpaigne ; 
ftans les fubiectz de ce royaulme , tant la 
obleffe que le peuple , retenus de plus grand 
raincte & filence qu*'ilz ne foulloient , 8c 
aefme à prefentqu ilz fe veoyent à la veille 
e fon arrivée auquel ilz prefparent tant en 
e lieu que ailleurs , tous les honneurs & 
riumphes qu'ilz penfent luy deovoir eftre 
.greables. Et pour cefc efrec~t fe font deC- 
i grandement cottifez ceulx de cefte ville. 

Liij 



0.^6 Négociations 
Le marquis de ras Navas la] , duquel je vou« 
ay efcript cy-devant, efl arrivé au pays de 
Corncuailles , & s'en vient par terre pour 
advenir cède royne comme il a laine le 
prince qui faifoit embarquer tous les fiens. 
Ladi&e dame cil encores à Richemont d'où 
elle doibt bientoft partir & s'approcher de 
Wincheflre & Hampton où le fufdid prince 
doibt pour vray arriver , combien que j aye 
par cy-devant penfé qu'il duil defcendre à 
la tour , & s'en debvoient aller cejourd'huy 
les Heurs deCorrieres , PAlcaïde & aultres 
grands feigr.eurs Anglois, Tes officiers & pen- 
donnai res , luy prefparer Ton logeis & quel- 
ques forces audict Hampton pour tenir la 
defccnte en plus grande aiïeurance. L'am- 
taTadeur ancien demoure près ladide royne 
en. telle fabveur & aucthorité , que les plu» 
grands du pays en ont desjà murmuré, mef- 
îjne d aul'cuns mit *- • -«•- J~ii~ — •....* 

. u „. ont t*cw u.uugezpou. ^j% 
& dadvantaige j'ay fceu de bon lieu que Paget 
defcla'ra n^guieres àurg fien amy Ce repen- 
tir bien fort d'avoir tenu la main à ce ma* 
riaige. Qui me faict croire que d'aultres plus- 
grands millordsqui en ont plus d'occafion» 
s'en de fcouv riront bientoilau hazard de leurs 
telles. Le logeis de Duramptar efl paré de 
meubles , vins & bière pour y recepvoir 
Mr. de Savoye, & Ce continue tousjours le 
propoz du mariaige de luy & de madame 
Elisabeth. J'entends , fire , qu'il vous doibt 
eftre parlé par M e . \7oton , ambaiTadeurd| 
celle royne ( fi desjà n'a efté faict) de faire 

[a] I! avoir déjà été ambafTadeur pendant le règnl 
d'Edouard Vi. 



D £ NOAILLES» £^*f 

ifeftituer les cheVaulx & aultres befoignes 
i qui furent prinfespar les voftres entre Dou- 
vres & Calais, appartenants aux fufdi&s fei- 
gneurs de Corrieres & Bouchard pour ce 
iqu'ilz difent icy ( comme j'ay entendu ) que 
jvoftre maiefté a accordé au fufâià ambaffà- 
j deur , que les navires fervans audid pafTai* 
: ge ne feroient vifitez , ny aulcun François 
I ni fubied de l'empereur prins dedans iceulx» 
i Ce qui me femble , fïre , élire fort raifon- 
nable s'il eftoit bien obfervé , efhnt chofe 
très utile pour les voftres. Mais je fçay que 
les imperiaulx en ont prins fouvent , quel- 
que chofe que j'en ave fceu dire Se remon£ 
trer aux feigneurs de ce confeil , dont jô 
n'ay eu raifon , combien que iceulx fei- 
gneurs veullent fuppoferque à mon inftance 
îl'avoit efté eonclud & arrefté d'ainfy en ufèr. 
Mais je vous afïèure , fire , qu'ilz ne m'ont 
jamais (àtisfaict aux plain&es que je leur en 
ay faides. 

AVIS. 

Du \G Juin 1554. 

Le bruiâ: fe continue de l'arrivée en brief 
par deçà du prince de Piedraont, au-devant 
duquel cefte royne envoyé ung des feigneurs 
de fon confeil , nommé M e . Sodouel , qui 
partira bientoft pour l'aller attendre à Dou- 
vres ou aultre lieu de fd defeente. 

Le marquis de las Nav.is doibt auiïy ar~ 
river vers ladide dame dans deulx ou fois 
jours avecques prefens & quelques excuies 
fur le retardement du prince d'Efpaîgne , 
ayant foubz ce;re couleur charge de veoir. 

Liv 



2.^.8 Négociations 
& fonder les cueurs & intentions de ceulx 
de celte nation, enfemble la difpofition de 
touteschofes , pour après le faire entendre 
audid prince , & pour plus facilement Ce 
refouldrede Ton voyaige, & cependant faire 
contenir ce peuple en quelque crainâe, luy 
confirmant tousjours celte prochaine arri- 
vée par la continuation des appareilz & 
magnificences q#*on faicT: pour fon entrée. 
Et penfe lediel Jehan que C\ ledict prince efl 
retardé pour deulx mois , que ce mariaige 
ne prendra le chemin que Ton eilimoit, & 
queleschofes fe pourront difpofer tout au- 
trement qu'elles ne font à prefent, pour les 
jaloufies & grands foubçons en quoy ces 
deulx nations entrent tant d'ung couflé que 
d'aultre. , 

Celle royne defpuis quatre ou cinq jours 
a did privéement en fecret à une de les 
dames qui couchoit quelquesfois avecques 
elle, comme elle efl mal contante dudi<ffc 
prince , de tant que defpuis fon mariaige 
conclud ne luy a efeript de Ces nouvelles, 
ny faicl aulcunes recommandations, s'efba- 
hyflant bien fort de fa longue demeure [3], 
dont elle eft en grande peyne & merveil- 
leufement fafchée.Toutesfois qu'elle prioit à 
dieu , que s'il debvoit venir que ce fuft bien- 
toit, ou qu'il demouraft jufques à laSainc} 
Michel. 

On feme journellement, tant à la court 
de ladicte dame que ailleurs, plufieurspla- 

m — — — — 1| 

[t] Comme û ce jeune prince , qui avoir onze 
ans moins qu'elle , eût dû fouhaiter autre chofe 
en fa perfonne, que fa couronne. 



de Nouilles. 2±p 

cardz, lettres & aultres libelles diffamatoires 
à Tencontre d'elle & des (eigneurs de fou 
confeil, qui font aiïez, de preuves , avec- 
ques beaulcoup d'aultres depportemens , de 
la maulvaifè volunté de Tes fubjedz pour 
raifon de Ton mariaige , de forte quelle en 
ert entrée en tel defpit [c] Se courroux con- 
tre ceulx de fa nation , que tant au grand 
que au petit, elle ne leur parle ordinaire- 
ment que en collere & maulvais vifiige , 
imputant aux ungs leurs maulvais offices, 
auxau'tres le peu de fidellité & fîniflres ac- 
tions qui Ce font iournellement contre Ton 
voulloir,&qu'ilzfbnt caufépar telz. efFectz, 
tant des retardemens dudiâ: prince Ton mary, 
que de beaulcoup d'inconveniants qui leur 
pourront advenir cy-apres. 

D'aultre part, ladide dame efl: entrée en 
grande crainde d une armée qu'on did icy 
que le roy a fur la mer , quaulcuns afleurent 
eûre de 200 voifles ; & plus tant pourl'em- 
pefchement queile pourra donner au pafïaige 
dudid prince & de Ces deflêings, que au'fy 
pour e doubte qu'elle ne foit pour entre- 
prendre fur Ton eilat , mefmes a celle heure 
qu'elle feveoit defnuée de tous moyens pour 
faire la guerre avecqises fi peu d'amour que 
Ces fub : edz. luy portent. De forte qu'incon- 
tinant après avoir eu nouvelles de ladide 
armée qu'on avoit découverte en mer , au- 
moings la plus grande partie d'icelie à 
la veue de Cà courte , qui fuft dimanche 



fc} Ces pièces voîanres tombent & perJ'nîletjar 
agrément & leur malignité > quand -oa içair le* 
Jfcéprifer, 



2$0 Négociations 
dernier, ion progrez qu'elle avoit délibère 
faiie à Hampton fuft diffère à ung aultre 
temps peur revenir en celte ville où elle 
fera dans deulx. eu trois jouts , craignant 
que la continuation de rel bruict ne feifl 
cflever ceulx qui en fort à la veille. 

Dimanche dernier , ung gen ilhomme 
Italien , nommé de Montecucullo , am- 
bafiadeur du duc de Ferrare [d] , eufl au- 
diance publicque de ladide dame; & di&- 
l'on qu'il attendra icy la venue dudiâ prin^ 
ce, comme aufTy deibt faire celluy du duc 
de Florence [e] , nommé l'Evefque de 
Coronne, qui eft encores à Bruxelles ver* 
l'empereur, venans tous deulx pour affilier 
à Ces nopees , & Ce conjouyr de la confom- 
mation d'icelles. 



[<Tj Hercules. d'Eft, fécond du nom» 
[€} Cofme de Médicis. 



'W* 



J> £ No^tTLLJES. 2£Z 

M. de Noailles au Roy. 
17 juin ifv4» 

Vivacité Gr inquiétude de la reine ; 
fur le retardement du prince d'Ef- 
pagne. On for se une nouvelle généa» 
l&gie de ce prince. 

oire, il y a dculx ou trois jours que le 
Capitaine Gaillard & le controlleur Ailier 
font arrivez en ce lieu, par lefquelz i'ay 
receu deulx lettres de voitre majefté des 
24 & zp du pafle, & defpuis la Marque eft 
encores venu , qui , avecques celles qu'il 
vous a pieu m'efcriprc par luy du 10 de ce 
mois , m'a amplement inllruid de voftre 
volunté & commandemens que je fuyvray 
de toute ma puifTance , m'eftimant fi heu- 
reulx & honnoré d'eflre employé pour voftre 
fervice , que je ne vouldrois rachepter ma 
propre vie d'aulcun péril ny dangier , pou- 
vant faire chofe qui vous loit agréable , Se 
ne fauldray de continuer à pourfuyvre ins- 
tamment envers eefle royne & Ces confeii- 
lers la réparation des torts qui ont eûé faids à 
vos fubje&zen leurs ifles,avecques toutesfois 
tant de raifon & doulceur [a] , qu'ilz n'auront 
jamais couileur ny occasion de rompre par- 
là cefle amytié & intelligence qu'ilz diiènt 
> 1 1 1 1 1 

[a] Les emportemens d'un ambaffadeur font 
les ccueils «jui font échouer la négociation* 

Ly} 



2f2 NÉGOCIATIONS 

vculloirtant faire durer, laquelle je ne puis 
croire que fïmulée de leur couflé , voyant 
leurs tfttdiS fi contraires à leurs langaiges,& 
croy qu'ilz le feront encores plus après la 
confomrmmon du raariaige de ladite dame » 
quelle travaille de mettre à fin le plus qu'il 
luy eft pofïîble , & luy fembie que tout le 
monde la veult empefther, encores qu'il 
ne fe prefente aulcun grand ny peut, qui fe 
defc faire ouvertement. Si eil ce pourtant 
qu'elle ne laifTe deftre en continuelle & 
extrefme collere contre piefque tous les /îens» 
&' mefme eft mal contante de Ton propre 
mary, qui tarde fî longtemps à venir; de 
façon que combien que .e marquis de Las 
Navas fuft desjà defcendu en Cournouailles, 
venant de la part du prince , & alTeurant 
que bientôt! il feroit par-deçà , toutesfois 
elle ettoit en telle crainâe que ce fuftchofe 
coll'orée & fainde, & que cediâ marquis 
ne vinfl que pour l'entretenir en celle lon- 
gueur, que l'on m'a dift que quelques heu- 
res de la nuid elle entre en telle refvere 
de Ces amours & paillons, que bien fouvent 
elle Ce met hors de foy & croy que la plus 
grande occafion de fa doulleur vient du def- 
plajilr qu'elle a de vecir faperfonne fi dimi- 
nuée, & fes ans [b] multiplier en tel nom- 
bre , qu'ilz luy courent tous les jours à grand 
intereft Jcind le don b te en quoy elle eft 
que Ton entreprinfe preigne quelque mauî- 
vaife fin _, qui luy efl fouvent augmentée par 
pîu/îeurs marchands , mariniers & aultres 



|>j EUe avoit 3S ans, & le prince *?» 



de Nouilles, 2fj 
maîconuns de Ton mariaige , 'jui venaas de 
| France & Efpaigne , luy defguifetu & luy 
j controuvent unc-infinitf de nouvelles earan- 
; ges., les ungs du peu de volunté que le 
I prince a de venir par deçà , les aultres d'a- 
; voir ouv & entendus combats fur la mer, 
& pluiïeurs d'avoir defcouvert grand nom- 
I bre de voiiles Françoifès avecques grand ap- 
| pareil. Ce qui luy donne de (î grandes peurs 
I & extrefines frayeurs , que toutes les heu- 
res elle change d'advis & oppinions , de 
forte que en Ton faid n'a que toute incerti- 
tude ; qui me contraint par cy-devant vous 
donner pluiïeurs advis divers & contraires. 
Ce que toutesfois ne procède de ma faulte 
ny de mes ad^ertiuêurs , mais feullement 
de la mutation en quoy ladictt- dame entre 
iî fouvent- t mefmesdefpu.s dimanche der- 
nier pour une telle menfonge que queicun 
publia d'avoir defcouvert plufîeurs de. vos 
navires auprès de Plefmuth , elle délibéra 
rompre fon progrès d'Hampt m, & Ce rendre 
dans deulx jours en ceite vilie. Ce que tou- 
tesfois fuumcontinant interrompu pourl'a£* 
fêurance qu'ung Anglois de ceulx qui ont 
praticqué avecques Pietro Caro y luy donna 
que vous , /îre y n'aviez aulcune entreprinfe 
de ce coutié, & n'y aviez vouilu entendre , 
qu icue perfuafîonque led.Caro en euil faide 
à voure majeité, qui l'a rendue quelque peu 
plus afïëurée, & faict attendre à Rlchemont 
où elle eu, le fufdict irurquis de lasNava» 
qui y eu arrivé, comme l'on m'a adverty,, 
ayant receu fur le chemin defpuis defeente 
jufque.s audicT: lieu , le plaifir de chaTe 3c aul- 
tres chofes que l'on a peu luy donner > & 



SLfJf NI GO C 1AT 2 0X3 

croy que fuyvantla couftume des mîniftret 
de l'empereur, il ne fauldrade pairtre ladide 
dame de belles parolles & promefles , mefme 
de la prochaine venue dudict prince que 1 on 
eftime debvoir eftre à la fin de ce mois , 
qui efr tout ce qu'elle de (ire, pour la récep- 
tion duquel ilz font faire icy tous les jour» 
grands prefparatifz. Ladide dame a deffèndu 
3a publicquation de la généalogie dudid prin- 
ce, qu'elle avoit dernièrement faict publier, 
parce qu'ilz en ont defpuis forgé une aultre 
que je vousenvo\e, par laquelle vous pour- 
rez veoir , lire , qu'ilz embraffentbeaulcoup, 
mefmes y veullent comprendre voftre eftat. 
JVlais je m'affeure qu'ilz eftraindront bien 
peu, & qu'il s*y trouvera des oppofans [c] 
à leur grande confufion , moyennantla grâce 
du créateur , lequel vous accroiftra & aug- 
mentera à leur grand regret & dommaige , 
comme je le fupplie très defvotement , 5c 
vous donner, fîre, &c. 



[c] Pierre, comte deSavoye, enquis de qui il ce- 
noit le Chablais, tira fonép^e nue , & dit ; voilà 
mon titre 7 & que j'ai figné en bonne compagnie» 



^^ 



DE NoAILLES* 2£<j 

■■il— — il ■!!,■ «il mu i i ■— — enea— — — «■» 

Le RoïàM. de Noailles, 
17 juin 1^4. 

Succès des armes de la France dans Us 
Pays-Bas» 

IVIons de Noailles, defpuis le parlement 
d'avecques moy , de mon coufîn le connef- 
table , qui , avecques mon armée , efl de- 
vant la ville de Mariembourg, j'ay receu les" 
lettres que m'avez efcriptes du \6 jour de 
ce mois. Tant par icelles que parce que vous 
avez pareillement efcript à mondiâ coufîn 
le conneftable , par trois advis que avez en- 
voyez à l'Aubefpine , j'ay veu bien ample- 
ment & entendu toutes les nouvelles que 
me faictes fçavoir ; & encores qu'il y ayt 
quelques diverfîtez efdids advis, fî efl-ce 
que vous ne pouvez mieulx faire que de les 
recueillir & continuellement m'advertir de 
rout ce que pourrez entendre , ne faifant 
doubte, ainfy que m'efcripvez , que cefte 
pauivre royne n'y foit agitée de bien gran- 
des & diverfès paflîons , & ayt pour la lon- 
gue demoure de ce prince Ton mary , que 
pour veofr Con aage qui eft bien advancé , 
de jour en jour empirer fa marchandife, Se 
penfebien qu'elle l'a déjà imprimée quelque 
oppinion & jaloufîe , qu'il ne luy porte pas 
l'affe&ion telle qu'elle vouidroit bien , com- 
me cela eft bien certain , & dont une fois 
elle Ce reputera malheureuse , avecques le 
icmors de confeience que elle aura de tant 



2y<5 Négociations 

de fang que ele a faift efpandre , pour une 
chofe dont elle & Ton royaulme n'auront ja- 
mais que afflidion & defplaifir. Vous priant, 
mons de Noailks, mettre toute la peyne & 
diiligence que pourrez à fçavoir & enten- 
dre au vray l'arrivée dudid prince ; de la 
force quil amènera , & toutes les aultre* 
choOs qui fuccederont de par-delà ; ne voul- 
lant fail ; ir à vous advertir qu'il y a quatre 
ou cinq jours que mondid coufin le connec- 
table eft entré dedans le pays de mes enne- 
mys, & tient de prêtent ledict Mariembourg 
afïiegé ayant desià prins Glayon [a] , Trelon, 
Simay & quatre ou cinq aultres petits fortz, 
&efperequede briefled. Mariembourg fera, 
reduift en mon obeiffance. Mon coufin le 
duc de Nevers [h] eft d'ung aultre cou'îé 9 
qui, avant que de fe joindre avecques mon- 
did coufin le cenneflable , s'efforcera de por- 
ter à mefdids enn^mys tout le dorrimaige 
qu'il pourra ; & de ma part je me délibère 
ainTy efïre dedans trois ou quatre jours en 
mon camp, pour exploiter mon armée le 
plus honnorablement que je pourray. 

En vous faifant la prefente defpefche, j'ay 
eu lettres de mondid coufin le eonneftable, 
qui m'a faid entendre la prink & reddition, 
de Mariembourg [c] , qui efl une des plus, 
fortes villes de toute celle frontière. 



Ta'] Qu'il fit rafer. 

|TJ François de Cleves. 

[c] Bâti par Marie d'Autriche, reine de Hongrie» 



D E 



Nouilles. 277 



M. de Noailles à M. d'Oysel. 
19 juin 1554. 

Le roi affemble fes forces* Notre am- 
bajfadeur demande fon congé dans 
Vimpatience de fervir fous les yeux 
du maître. 

Monsieur mon compaignon , je vous ay 
efcript, il y a dix ou douze jours, par la me£- 
me defpefche que vous fift Mr. l'abbé de 
iCoftagwel fi au long des occurrances de de- 
çà , qu'il ne me refle plus à vous dire , fî- 
non que defpuis mefài&es lettres , le mar- 
quis de las Navas eft arrivé devers cefte royne 
de la part du prince d'ËXpaigne , qui a af- 
I fèuré lacliâe dame avoir laifTé fon maiftre 
preft à s'embarquer. Je vous laiiTe à pentèr 
de quel vifaige elie a receu cefle nouvelle, 
qui l'a fi fort resjouye , qu'incontinant elle 
s'eft acheminée de Richemont vers Win- 
cheftre,où l'on di&que fes nopces Ce folemp- 
niferont, fe faifant tant là que icy û grands 
& fomptueuix appareils pour le recepvoir, 
que j'etlime fa venue prochaine & de le veoic 
bientoft icy , comme vous pouvez croire, 
contre ma volunté, ayant par cy-devantfaid 
demander inftamment mon congié par la 
Marque qui revint jeudy dernier pour aultres 
affaires de devers le roy , ce que je n'ay peu 
obtenir ; de quoy je fuis bien marry tant pour 
le peu de plaifir que j'ay de fesjourner en ce 
pays , que pour me trouver loing & fruilré 



2j8 Négociations ■ 
de la prefence du maiflre , mefmement eri 
ce beau voyaige qu'il s'en va faire avecques 
la plus gaillarde & puifïànte armée qu'il'ayt 
encores jamais eue , laquelle il afTemble à 
Crecy près de Laon en Laonnoys , eftant 
de cent enfeignes Françoifès fans les eitran- 
gieres qui font au nombre de vingt-cinq à 
trente mil hommes, de dix àonzemilche- 
vaulx & quarante groiTes pièces d'artillerie 
fans celles de campaigne. Sa majefté doibt 
entrer en fondict camp qui doibt marcher 
incontinant après; mais (on entrepnnfe eil 
tenue fi fecrette que les capitaines mefme 
ne fçavent le chemin qu'ilz. tiendront. Mr, 
de Neverseftdu coufté de Champaigne avec- 
ques une aultre petite trouppe de dix mil 
hommes de pied , & deux mil cinq cens ou 
trois mil chevaulx qu'il a aflèmblez. à At- 
tigny par-delà Rheims 5 & a commencé il 
y a cinq ou fîx jours de fe mettre aux champs 
menant avecques luy aultre bon nombre 
d'artillerie pour faire faire ouverture. J'e£ 
père, moniieur mon compaignon , que le$ 
premières nouvelles que m, us en aurons, ces 
deulx forces feront attachées à quelque bon- 
ne place ; ce qui fe peult ayfement cong- 
Jioiftre par la grand defper.fe qu'il faicttous 
les jours en plusieurs lieux, tantenFranca 
que Italie , où il a envoyé , pour fecourir 
Sienne, dix mil Grifons ou Suiflês, douze 
mil Italiens & grand cavailerie du pays. Tou- 
tesfoisles choies de deçà me femblent bien 
aufly neceflaires, lefquelles je crains, nous 
amèneront quelque jour ung mervei leux 
regret , ce que dieu ne veuille permettre» 
Et remettant fur la fuflîfance du capitaine 



de Nouilles. 25*9 

Gaillard Se du contrôleur Aftier , prefens 
pourteurs , vous faire plus particulièrement 
entendre des nouvelles du lieu d'où ilz vien- 
nent , enfemble de ceftuy cy , je feraylafm 
de cefte lettre, en prefentant mes bien hum* 
blés recommandations à voftre bonne grâce, 
priant dieu vous donner , &c. 



M. LE COKI ESTA3LE à M. DE NoAILLES. 

21 juin 1554, 

Difpojition des trempes £r des forces de 
la France. 

JVloNsiEf.R de Noailles, vous aurez en- 
tendu de cefte heure quelle eft l'armie que 
le roy a mife Vus en intention de l'exploicter 

uu couae ae ^nimpaigne, que fera en lieu 
dont je vous fera) bientoft advertir , m'ef- 
tant desjà acheminé icy pourceft effect. Et 
pour ce qu'il s'y veulr trouver en perfonne 
& qu'il drefle de ce cou i\é là Ces principal- 
les forcés & Cm p us grand effort j & qu'il 
efl à doubter que les- ennemys, pour le dl* 
vertir de Con entreprise , fufTent pour en- 
treprendre quelque cho ê du courte de la Pi- 
cardie ou de la Normandie 1- d. feigneur ad- 
vife d'y biffer M. le p-; \ce le laRxhe-fur- 
Yon [aj Con lieutenant gênerai , attendu que 



[j] Charles de Bcurbon , fils de Louis de Bour- 
bon A- 4e Louife de Bourbon > fille de Gilbert de 
BaurUofit 



2.6c NEGOCIATIONS 

M. de Vendofme [b] l'accompaigne en cefte 
armée & expédition. Ayant faid donner fi 
bon ordre pour la deffenfe defdifts pays & 
fi bien pourveu (es places de toutes chofes, 
que je ne penfe pas que nofdi&s ennemys 
nous y fceufTent en rien offenfer. Toutes- 
fois pour ce qu'il eït bien necefTaire d'avoir 
foigneufement l'œil fur tout ce qu'iiz fe- 
ront, & mefme au lieu où vous elles , je vous 
prie que vous mettiez plus de peyne que ja- 
mais pour fçavoir en quel temps le prince 
fera fon pafïàige en Angleterre , & fi fai- 
fant fa route, il n'aura poincl de deffeing [c] 
& d'entreprinfe furaulcunesde nos places ma- 
ritimes, femblablement s'il ne fefera poinct 
par-delà de prefparatifz , pour à fon arri- 
vée ou après, entreprendre quelque choie à 
Tencontre de nous , & s'ilz le voulloient 
faire, en quel lieu ilz deiibereroient de s'at- 
tacher. Ft û vous voyez que vous n'en pui£ 
fiez rien defcouvrir au lieu où vous elles , 
faictes tout ce que vous pourrez pour en eftre 
adverty de Flandres 3 félon le moyen que 
vous en avez ; & ne faillez , oultre ce que 
vous en efcriprez au roy , d'en advertir or- 
dinairement mondid fieur le prince qui (ê 
tiendra le plus fouvent à Monureuil , affin 
que s'il eft befoing Ce pourveoir prompte- 
ment à quelqu'une de nos places, ou d'em- 
pefchier quelque defcente , il le falfe félonie 

{Tj Antoine de Bourbon, depuis roi de Navarre» 
du chef de Jeanne de Navarre fa femme. 

[c] Ce prince peu guerrier, ne fongeok qu'à dé- 
rober fa route, & il fit éteindre iojs les fanaux de 
fa flotte, en pafianc dans la Manche. 



de Nouilles. 261 

moyen qui luy en e'à donné , & que la ne- 
ceflité de l.i choie le requerra. Du camp de 
|Eftreaupont le 21 jourdejuing if 54. Voilre 
ibon amy Montmorency. 



M. de Noailles au Roy. 

i6]u'm 1554» 

Concours c> arrivée d'ambajfadeurs qui 
viennent féliciter la reine fur fon 
mariage. On continue de parler de 
celui de la princeffe Elisabeth avec 
le prince de Savoye* Un parent de 
cette princeffe Ven diffuade , par les 
foins de ïambaffadeur de France, 

ijorRE, j'ay receudeulx pacquetsde laroyne 
[régente d'Efcoffe & de Mr. cTOyfel , que je 
bvous envoyé prefentement , & pour ce que 
[ipariceulx voftre majeflé fera amplement fa- 
jltisfaicte des occurrances dudicl; royaulme, 
je vous parleray feullement de ce pays, où 
Icefte royne attend tous les jours la venue 
jdu prince, laquelle toutesfois luy eit enco<- 
[1res affez incertaine pour n'en avoir eu nou- 
Ivelles plus frefches que par le marquis de las 
■Navas, qui aaffeuré le bagaige de Ton mai£- 
j tre eftre embarqué quand il partift d'Efpai^ 
flgne, & fa perfonne debvoir faire voifle à la 
^première commodité du vent , ou pour le 
«plus tard à la fin de ce mois. L'on ne peult 
} lencores entendre toutes les occafions du paf- 
) jlàige dudift marquis. Pluiîeurs doubtent que 



262 Négociations 

la plus grande loit pour demander les pla- 
ces fortes de ce royaulme advant l'arrivée 
dudid prince , à ce qu'il y puiffe trouver 
plus de feureté qu'aux incertaines affedions 
des fubjedz. Bien m'a Ton adveny que la- 
dide dameluy avoit donné particulière au- 
diance où nul de Ces conseillers ne fuit ap- 
pelle. Elle s'approche tousjours de Hamp- 
ton, où ledid prince , comme l'on tient 
•maindenant pour certain, abordera, & e{| 
à prêtent en unglieu nommé Fernand , aufly 
près de Wincheltre où elle doibt faire quel- 
que fejour. Cejourd'huy font arrivez en celle 
villedomPietro Laiîb & domHernando Garn* 
boa , ambaffadeurs de la part des roys des 
Romains [0] & de Bohefme [b] , lefquelz 
ont efté faluezde l'artillerie de la tour , ce 
que l'on a trouvé fort eftrange , comme fab- 
yeur qui ne fuit oncques fai.de à aultres am- 
baffadeurs. Celluy du duc de Florence n'eil 
encores paffé. L'on did icy que le pape en 
doibt aufly defpefchier ung , ù jà ne l'a faid, 
pour venir gratiffierladide dame & fon mary, 
& fe conjouyr avecques eulx de leur ma- 
riaige. Le duc de Mantoue [c] & la feigneurie 
de Gennes en doibvent faire le femblable ; 
de forte qu'ilz font conte par-deça que les 
ambaffadeurs de tous les princes chrefïiens 
fe trouveront à lafefte. Il Ce continue quel» 
que bruid du mariaige de madame Elizabeth 
avecques le prince de Picdmont. Toutes- 
fois l'on m'a adverty qu'elle n'y entendra > 



[a] Ferdinand I II portoit ce titre dès liiu 

££>] Maximilîen II. 

[c] Guillaume de Gonxague. 



de Nouilles. 2$J 

fi on ne l'y eontraind; & pour luy confor- 
ter çeiîe oppinion , fuyvant ce cju'il vous a 
jpleu me commander par cy-devant , j'ay 
praticqué ung (îen fort proche parent du 
coulié de fa mère , lequel m'a promis luy 
faire dextrement entendre combien de tort 
(elle Ce feroit d'efpoufèr ung prince deshe- 
jrité [d] & duquel l'empereur ne veult que 
; forger ung inftrumentpour luy oflerle droid: 
^qu'elle peult efperer à cefte couronne. Mais 
délie eft Ci maltraidée que je crains fort que 
spour recouvrer fa liberté elle n'y condef- 
jkende. J'ay recouvert un advis que l'amba£ 
Jfadeur Vénitien , qui refide près de Tempe* 
jlreur a envoyé à celluy qui eft par-deça, de 
il'afTemblée des forces que ledid empereur 
ijfaid , lequel je vous envoyé. Toutesfoij 
Ij'ay defpuis entendu , /îre , qu'elles ne font 
là beaulcoup près fi prefantes que led;d Ve- 
unitien efcript. L'on attend par-deça nouvel- 
files du chemin que voftre armée prendra, 
(laquelle eft eftimée la plus belle & gaillarde 
jque prince chrefiien ayt eu de noftre fouve- 
Inance; & s'efmerveille l'on fort que voftre 
lentreprinfe foit fi fecrettement conduide , 
Sque l'on n'en puiffè rien defcouvrir. Je prie 
à dieu la voulioir accompaigner d'aultant de 
bonheur & profperité que la raifon de voftre 
[bon droid le promet, & vous donner , fire, 
len toute parfaide fandé très heureutè & très 
longue vie. De Londres ce 26 juing 15 $4» 



id] Il étale fils de Charles III die le bon , ou le 

'dépouillé. 



2^4 Néggci^tions 

M. DE NOAILLES HU Roy. 

2 juillet 1554. 

Etat de V Angleterre dans la conjonc- 
ture du mariage de la reine. 

SiRF> il y a quatre ou cinq jours que j'ay 
receu vos lettres du 21 du pafle, & paricel- 
les veu comme il a pieu à voftre majefté dé- 
léguer Mr„ le prince de la Roche-fur-Yon 
pour (on lieutenant gênerai en Picardie & 
Normandie, auquel , iuyvant voftre com- 
mandement , je ne feray faulte donner tous 
advertiflemens des chofes qui paiTerorit par- 
deça concernans voftre fèrvice , pour la feu- 
reté des frontières où il eft. Et desjà par 
cefte defpefche je luy ay efeript ce que j'ay 
penfé le mériter & fupplier m'envoyer ung 
alphabeth en chiffre pour plus fèurement & 
au long faire fçavoir ce que je verray eneftre 
digne pour ceft effecl: , & cependant j'auray 
tous jours l'œil le plus ouvert quil me fera 
pofïibîe pour defeouvrir fï cefte royne aura 
aulcune entreprinfe de ce confié , ne faifant 
doubte qu'elle ne foiten grande jalou/ie d'en- 
tendre vos forces fî grandes & gaillardes dans 
les pays de l'empereur, auquel, comme vous, 
lire , pouvez fçavoir, elle eft tant affection- 
née, & à tout ce qui luy appartient, que le 
peu de moyens qu'elle veoit en luy pour y 
renfler promptement., pourroit bien donner 
envie à ladiâe dame de le fecourir , eftanf 
d'ailleurs affez confortée par les grandes per- 

fuafions 



D E No AILLES. 2.6$ 

fuafions Se infiances que les minières dudict 
empereur luy en font tous les jours, avec- 
ques remonltrances que vous , lire , ne pou- 
vez, prevalloir & accroiftre es Pays-Bas, que 
aux grands interefts & domjnaiges délie & 
*le Tes enfans, luy eliant iceulx donnez par 
le traicté [a] de fon mariaige. Ce que de 
nouveau j'ay defeouvert par ung courrier de 
Flandres, portant la nouvelle de la prinfè 
de Mariembourg , qui a dicl à ung perfon- 
Inaige paflant hier par icy en extrefme dilli- 
gence , qu il avoit charge exprefTe de dire 
audici ambaffadeur de fon maifire qu'ilzfei£- 
fent tous leurs efforts pour efmouvoir celte- 
dicte royne à la guerre ; fî efl-ce toutesfois 
mue je n'y veoy grande apparence. Mais 
Ivoitre majefté entend très bien qu'ilz ont 
Ipar-deça affez de facillité & promptitude 
IcTaitembler gens , mefme que je fçay de£ 
Ipuis les dernières efmotions de Wiat , que 
Iles comtes de Schrofbury [£], d'Erby L C J & de 
|Pembrock[2] & aultresleigneurs , ont touC- 
Ijourstenu en leur paysqueiques gens arrêtez. 
|& prefts à prendre les armes qiund il en fe- 
Iroitbefoing, craignans nouvelles eflevations 
Idu peuple , lefquelz feroient bientoft mis aux 
■champs pour paiïer de delà. Mais tous mes 



[Vj Ils dévoient hér'uer des Pays-Bas & de la 
ourgogne , fans pouvoir rien prétendre au relie 
-■des Etats de la maifon d'Autriche. On trouve 
eflee contrat de mariage tout au long dans le recueil 
"e Rymer , tome 15. 
[/>] François Talboc» 
£cj Edouard Stanley, 
[rf] Guillaume Herbert» 

Tome IJL M 



2.66 Négociations 

advertiflêurs font ladi&e dame fi necefliteufe 
d'argent , de chiefs & capitaines pour la con- 
duicte de ce qu'elle vouldrcit entreprendre 
que je ne puis encores croire que fitoft ell< 
fepuifTe defclairer, avecques le peu de def- 
votion qu'elle peult eftimer que ceulx don 
elle fe vouldrcit fervir , luy porteroientei 
ceft affaire; & oultre ce , elle eft encores 1 
mal aiïèurée de Ton mariaige pour lagrandf 
longueur que Ton mary meta venir , ayan 
efîé defpuis deulx mois , de jour à aultre 
entretenue de menfbnges que je croy qu'ell 
ne penfe qu'à contenir Ces fubje&z en l'at 
tendant ; eftant encores advertie defpuis cin 
ou fix jours qu'il ne fe doit embarquer jui 
qu'au ioe. de ce mois; & dadvantaige m' 
l'on donné advis qu'il pafTa dimanche der 
nier, au pas de Calais, une flotte de qua 
rante-cinq navires venants d'Efpaigne ; qi I 
me faiclxroire que fi ledift prince a laifi 
partir ladicle flotte qui eftoit expreflèmei | 
arrêtée audiâ Efbaigne pour fon pafTaige 
qu'il n'efl encores prefl à venir. Ce qui fai 
aufTy juger à plufieurs qu'il n'a volunté c 
paiier qu'à la fin du mois de (èptembre, 
que cependant il entretiendra cefîedide ro; 
ne de belles promettes & quelques prefei 
pour la garder d'ennuyer. Ce que je cuyd 
fera mal ayfé déformais , fe voyant ladic" 
darne fi foùvent deceue & remife de celte y 
rue tant dcnrc'e. Et à ce propoz m'a fen 
blé , fire , vous dire , comme aulcuns ma 
chands venans de Co rogne [c] , afleurentqi 



[e] Port fameux dans la Galice, à fept lieues 
Corap oftelle. 



i? E NoAILLE*. %6j 

quelque choie que le marquis de las Navas 
Se aultres ayent diCt à ladidte dame de l'em- 
barquement dudict prince , il n'avoit enco- 
res , à la ^St. Jehan , approché ledict lieu de 
la Corogne ( où il fe âoibt embarquer ) de 
quarante lieues près, qui n'eiiplus Cigne qu'il 
je hafte fort. Cela , /ire , me f-iid: penfer 
bue tout à propoz il a ufé de celle longueur 
pour cependant laifTer rerfroidir & la coilere 
ne aulcuns & la challeur de ce temps auquel 
es efmotions font en ce pays plus de faifon; 
ne façon que je ne cuyde plus que ledid 
rince fe halle plus fort , fi le befoing & la 
îeceffité que fon père peult à prefent avoir 
es forces qu'il doit amener, & de l'argent 
[u'il doibt apporter, ne le contraignent de 
advancer pour s'en fervir aux Pays-Bas , 
ufquelz. je ne faicts doubte que voftre armée 
ie le force de chercher tous ces remèdes , 
de faire defclairer celle royne qui feraaf- 
ez facille d'y entendre couvertement , & 
oflible à jeu defeouvert , G par la prudence 
le Ces confeillers elle n'eft retenue & parla 
tecefïité du temps. 
Il ne fe continue plus la venue par-deça 
u prince de Piedmont, pour ce que l'em- 
ereur l'a faid (comme Von dict ) fon lieu- 
nant gênerai aux Pays-Bas , ayant délibéré 
envoyer dom Fernand de Gonzagues en 
e pays à l'arrivée dudid prince d'Elpaigne. 



JTlk 



Mij 



3.6$ Négociations 



M. DE NûAILLES à LA R.EINE dEsCOSSE* 

4 juillet 1554. 

Prife de Mariembourg & de Binchs. 

jVlADAME, je viens préfèntement de re- 
cep voir ung pacquet du roy, vcflre bon frère, 
par lequel j eftime vous eftre envo) é une def- 
pefche , qui vous donnera plai/îr Ce qui m'* 
d'aultant plus faict recommander ia dilligen- 
ce à ce pourteur , pouradvancer une bonne 
nouvelle , & ce qui me faict aiieurer que vof- 
tremajefté la trouvera telle , font les lettres 
que j'ay reçeues dudid feigneur & de M r . le 
Connectable , par mefme defpefche par le£ 
quelles ilz. me font entendre que une ville 
nommée Mariembourg [a] des plus forte*' 
qui foient en tous les Pays-Bas dudiâ: empe- 
reur eftmaindenant réduideà fon obeiffance 
avecques Trelon > Jaillon , Simay & quatre 
ou cinq auitres petits fortz. Et pour ce que je 
ne douate } madame _, que toutes les particu 
laritez de telles prinfes ne vous Coyent bien ai 
long& parle menu eferites, je ne vous en fera) 
d'auitre redide ; feullement vous diray , ma^ 
dame , que ung tel & fi heureux commence- 
ment nous promet une bonne & profpere 
ilfue , attendu que le roi a la plus groiîè. Si 
telle armée , tant de cavallerie , que de 



[ti] Détruite par repréfailles de Folembray, <ju< 
ie comte perdus »voit brûlée. 



D E îJ O A I LLE S* $69 

Igens de pied, quiayt eité veue à nul aultr* 
prince chreftien, defpuis noftre fcuvenance* 
N'ayant faict perte d'ung feul homme , juf îue* 
à cefte heure icy, efïant d'aultre courte l'em- 
[pereurfidefriué de forces , qu'il fe trouve bien 
fortempefché ; voyant for, c.memy Ci avant 
»dans Ces pays, avecques telle & fi gaillarde 
compaignie & trois mois encores de bon ÔC 
gracieulx temps pour la bien exploiter. 

Madame , pour la difficulté que j'ay par- 
deça en pafleports ]-^ur vous faire entendra 
des nouvelles du roy, je me fais aydé des 
moyens -du docteur Durand , qui m'a baillé 
ce pourteur pour vous faire tenir ce pacquet , 
qui m'a promis de le vous rendre, & Ce hasar- 
der au paiTaige &à tout péril fans paiîeport« 
Ledid Durand eft celuy dont je voxis ay mandé 
par-c} devant tfcripre qu'il a affaire de voftre 
clémence- & bonne grâce, en laquelle s'ii 
plaid à voftre majefté,il defîre demourer très- 
humblement pour recommandé. 

Madame, en etcripvant la pfefème', il cfS 
venu lettre d'ung marchand de la ville de 
Bruges en Flandres à un aultre de cefte ville 5 
comme la ville de Binchs a encore efté prinfe 
par mondift feigneur le Conneftablc. Qui eil 
une féconde nouvelle qui accroiltra bien le" 
drfplailîr à l'empereur Se à la royne deHungrie 9 
pour eftre lefdi&es deulx places de tous le» 
Pays-Bas les plus favoriféesde ladite dame, 
l'une pour la force,& l'auitre pour le plaifîr» 
Et m'a-l'on dicl que l'effroy en eft tel à l'en- 
tour de noftredide armée , qu'il femble desja 
que tous lefdi&s pays foyent perdus. 

Madame , je fupplie le créateur vous don- 
ner enparfaicîe fanclé & profperité tres-lon- 

M iij 



270 Négociations 

gue & tres-heureufe vie. De Londres ce4 jour 
de iuillet i<< &* 



- -*-■;■; 5j;-/.-jvrjv Î.-?,T rK!~ ' S~ PS 



M. LE CCNNESTABLE à M. DE NOAILLEJ. 

3 juillet iJî4« 

Suite Je5 avantages des armes de lot 
France. 

jM onsieur de Noailles , dernièrement je 
vous donnay advis ce la prinle que j'avois- 
faiéte de Mariembourg. Je veus efcripvis que 
j'allois pourfuyvre noftre entreprinfe^en lieux 
dont j'efperois vous mander bientoft bonnes 
nouvelles, Ce que je puis faire par ce mot de 
lettre ; vous advifant que après avoir donné- 
ordre à la feureté de iadide ville de Mariem- 
bourg,qui ne peult élire fans y avoir employé 
quelque temps, & aufTy pour attendre la venue- 
du roy,qui a voullu venir trouver ion armée > 
nous femmes ce matin arrivez devant la ville 
&chafteaudeBouvines[a] que delà première 
abordée j'ay faict battre tout à defeouvert fans 
tranchée ne gabion , fi furieufement que de- 
vant les cinq heures du foir,le roy a eu le 
paiTetemps d'y veoir donner l'aiTault par Ces 
foldats , lefquelz fe font portez fi vaillamment 
qu'ilz l'ont emportée de furie, encores que la 
brefche fui! fort malavfée n'y pouvant monter 
que l'ung après l'aultre , & par ung feul en- 

m 1 ■ 

[jj Célèbre parla v doire que Philippe Augufte 
remporta en 1414 fur Othon IV empereur d'Alle- 
magne 5 Jean Sans-Terre, roi à' Angleterre 5 & Fer- 
«■and, comte de Flandres. 



de Nouilles* Z^t 

droktfort eftroid & dirficille. il y avoit dedans 
de 7 à 800 hommes qui ont tous eilé ou 
mis en pièces ou pendus [b]. Demain de grand 
matin j'efpere attaquer la ville & chaiteaude 
Dinant , & y faire continuer une fi foubdaine 
& furieufe bapterie que les cinq ou fix cens 
Efpaignols qui font dedans n'en auront pas 
meilleur marché que ceulxdudid Bouvines , 
dont & de tous les aultres fuccez de ce voyai- 
ge, je n'oublieray de vous tenir ordinaire- 
ment adverty , pour vous en fervir au lieu ou- 
vous eftes avecques la prudence que vous fjau- 
rez bitn faire , & que je vous ay efcript par 
mon ault;e lettre de la prinfedudid .Viariem- 
bourg. Priant Dieu , mons de Noailies, qu'il 
vousdoint ce que plus délirez. Du camp de 
Bovifnesie 8 jour de juillet 1554. 



[b] Pour avoir répondu brutalement au hérault 
<5j roi, que s'ils tsnoient fon cœur ils le mange» 
xoienc. De Th. L. 13. 



M. DE NOAILLEsà M. LE CONNESTAEL£. 

12 juillet 1554. 

Le prince d'Efpagne s embarque. La. 
reine £ Angleterre s avance de fon 
côté vers Wincheflre. 

JVl onseigneur, vous verrez par les lettres 
quej'efcriptsprefentementau roy, la nouvelle 
qui eft venue cejourd'huy du paiîaigedu prin- 
ce d'Eipaigne, Qui me raicl croire , fi ain Cy 

Miv 



« 



T^l N É G O C I AT I O N S 

eft , qu'il ayt desja faict voifle , que bientoft 
nous le verrons icy. Et ne fais doubte que la 
necefllté en quoy il a entendu Ton père pour 
réfifter aux forces du roy> ne lui ayt faicl: avan- 
cer fon parlement pour le (ècourirde l'argent 
&gens qu'il mené avecques luy. Combien 
que aulcuns veullent dire qu'après qu'il aura 
faicl: fa defcente,une bonne partie de fesforces 
de la mer font pour faire quelque entreprinfe 
aux codes de Bretaigne & Normandie. Tou- 
tesfois je ne puis croire que l'empereur fe 
voyant en tel befoing qu'il en a, le veuille tant 
efloigner de luy ; iî ce n'eiloit cuydant par-là 
faire defmouvoir le roy , de l'entreprinfè où il 
eftà prefent. Ce que toutesfois femble eftre 
malavfé, citant les places defamaiefté fur 
lefdicles codes iî fortes & bien munies de tour- 
tes chofes neceflaires qu'elies ne doibvent 
craindre fi peu de gens que lcdiâ prince y 
pourroit envoyer.fi ceile royne ne les voulloit 
conforter des fîennes ; dequoy je ne veoy en- 
cores aulcune apparence ny démonflration 
que de doulceur ; ayant defpuis que ladiâe 
dameefl en fon progrez vers Wincheiter & 
Hampton, envoyé fouventde mes gens en (a 
court pour rechercher fon chanceiiier & fei- 
gneurs de fon conièil , de quelques petites ex- 
péditions particulières , auxquelles m'a eflé 
tousjcurs donné quelque peu defatisfa&ion » 
accompagnée d'honneûes & gracieulxpropoz, 
combien que ladicle dame a eflé grandement 
fafchée de la prinfe de Mariembourg , que les 
miniftres de l'empereur lui figurent avoir eflé 
par aulcune intelligence & moyennant argent- 
Mais j'efpere que bientoft elle aura nouvelle 
de tant d'atilues places miles en Fobeiilanc e 



de Nouilles, 275 
du roy , qu'elle croira ; telle* chofès advenir 
p.ir la vertu de Ces forces, vaillance & bonne 
conduide, moyennant l'ayde de Dieu, auquel 
je fupplie , monfeigneur , &c. 



M. de Noailles à M. d'Oysel. 

1? juillet 1554. 

La cour d'Angleterre riefl occupée que 
des differens avis qui arrivent , du 
départ £r de la route que tïtnt la 
flotte qui portoit le prince d'EJpagne, 

JVl onsieur mon compaignon, en envoyant 
maintenant à la roy ne par ung Me. de navire 
prefent pourteur tout ce que je puis entendre 
digne de fa majeflé, je ne vous difeourray aul- 
tre propoz que pour vous dire comme l'on 
trompette icy tous les jours l'arrivée de ce 
prince d'Efpaigne , & la nous faid on tant de 
fois véritable que j'eitime que telles & fi faul- 
Ces publicquations ne fe font que par myflere 
& invention deslmperiaulx, afnn de décou- 
vrir & veoir fi par tant de nouvelles de fon 
arrivée, il y eult quelques Anglois fi auda- 
cieulx que de prandre les armes , mais je vou* 
puis bien aiTeurer que par telles vrayes ou faul- 
frs allarmes ce peuple ne cuydera de long- 
temps lever la tefee , tant il eft mer ti ffié du 
grand nombre de fang qu il a veu refpandre 
par l'eflevation de Wiat & auffy le peu de 
moyen qu'ilz congnoiflent d'eflre d'aillé ur 

Mv 



^74 Négociations 

favorilez [a], b r laifTant les occurrances d€r 
ce lieu , je vous diray comme le commung 
bruid efl en tout ce pays,melme j'en fçajf 
d'aultrts perfonnaiges de qualité qui eftoient 
à Bruxelles quand la nouvelle vinft à l'empe- 
reur de la prinfe de Mariembourg, qui affeu- 
rent que fî le roy euft faid un logeis-ou deulx 
tirans vers l'empereur, qu'il s'en alloit avec- 
queslaplus grande honte & defordre que ja- 
mais peuit avcirprince en fe retirante], Se 
avecques telle desfabveurdes fîengs, qu'il n'ea 
euft fceu aiîembler de longtemps aulcunes 
forces & encores moings en tirer argent, tant 
ilz Ce tiennent ofîenfez de luy parles oppref- 
fions qu'ilz en ont receues par le palTé & re- 
çoipvent tous les jours» Bien vous diray , 
monfîeur , que tous ces propozne font que 
langaige dépeuple , & pas ung vrayfembla- 
ble , que le roy accompaigné de fî grandx 
ehiefz & capitaines a très bien fceu faire 
efledion pour la plus feure voye du bien & 
yrofperité de Ces affaires, tenant le chemin de 
Dynant,que j'efpere de l'heure que je parle 
eitreen (on obe) fiance. L'on m'a did que le 
Capitaine Jullian [•] r fpaignol r qui combat- 
dit à Fontainebleau & vaincquifl allez piteufe- 
aient , efl chief dedans la place ayant neuf en- 



£a] La France s'étoi: expliquée par fon ambaflfa» 
ieur que les mécontens n'en dévoient rien at» 
tendre. 

[fc] On avoir changé dans Ta devife ces parole» 
ÏIA'S outre en celles PLUS arrifre, faifanr 
iltufiott à la ftiîte d'infpruck ; à la retraice *i* 
Mtzi r & depuis a la déroute de Renty. 
fcj Romeio, 



DE N <4 1 LLE 'vSV 2^^ 

Peignes de gens de pied, J'ay auiîy entendu 
par Ja voye de l'ordinaire d'Italie , venant aux 
marchands qui font en ce lieu , comme le 
fleur Pierre Strozzy elt forty de Sienne , & en 
detpit du marquis de Marignan & Ces forces , 
s'eft ioind avecques le duc Octavio comte de 
la Mirande , les Grifons & SuifTes qui font tous 
affèmblez. au nombre de vingt-cinq mil hom- 
mes de pied & une troupe de cavallerie , en la 
Tofcane , pour faire mal les befôignes du duc 
de Florence , qui ne bouge longtemps a de 
fon palais. L'empereur l'a faict feccurir de 
toutes les forces qu'il peuît tant de Naples , 
Milan que de Corfeigne. Nousnefcavonsen- 
cores à la vérité fi l'armée Turquefque nous 
viendra au fecours , vous affeurant , monfîeur 
mon cornpaignon , que les affaires du roy 
profperent de tous collez , jufques icy fort 
heureufement. Mais deux choies , parlant 
entre vous & moy,me donnent grande crainc- 
te qu'il ne puiiTe fort longuement continuer 
en telle fabveur ; l'une eli pour Fextrefme & 
exceffive defpenfe qu'il fupporte en tant de 
divers lieux , qui ne pourra,comme il efl ayfé 
à croire, tousjours durer ; l'aultre efl: le ma- 
riaige de ce prince , qui faid j uger à ung chaf- 
eun que nous aurons fur les bras au premier 
jour , les forces de ceûe roy ne. Ce que toutes- 
fois je ne puis encores defcouvrir que elle en 
veuille ou puiiTe faire defclairation pour ceft 
tCié , qui e il tout, monfîeur mon cornpai- 
gnon, ce que je vous puis dire par la prefente, 
pour fin de laquelle je me recommanderay 
bien humblement. 

Monfieur mon cornpaignon , eftant preft a 
fermer cefte lettre , j'ay eu advis de bo.i lieu *■ 

Mvj 



2.J.6 Négociations 
que l'on defcouvriit en mer, vendredy der- 
nier , l'armée du prince , dont on a aiïeure 
cefre royne , qui Ta faict fcavoir en dilligence 
à Ces confeillers en Ton confeil privé , gentils- 
hommes & autres magiitrats qui font en ce 
lieu , d'eulx tenir prefls quand ilz. feront 
mandez. 



M. de No ail les au R o Y. 
20 juillet i J54. 

Prife de Dinan. Suite de V affaire de 
Vijle de Sarck. On cherche différent 
prétextes pour ne pas inviter Vam- 
bajjadeur de France à la cérémonie: 
du mariage de la reine. 

Oire , je receus hier les lettres qu'il vous a 
pieu m'efcripre de voftre camp de Dynant du 
ï x de ce mois, par lefquelles & les extraidr 
de la capitulation [a],deceulx qui eftoient de- 
dans ladi&e ville & chafteau , j'ay peu veoirla 
grande & heureufe conquefîe , qu'il a pieu à 
Dieu vous donner en Ci peu de temps,promet- 
tant encores , comme il eft vrayfernblable , de 
Taccroiftre & augmenter en merveilleufe ré- 
putation , que je vous puis dire,fîre, cfire telle 
en ceroyaulme , que les propres fubjeclz de 
TempereurTont contraints de vous dire & 
publier le plus heureulx prince du monde. 



[a] L'amiral de Coligny eut beaucoup de part à. 
la prife «5c à U capitulation. 



3 E NOsfILLES* 277 

Sire,je vous envoyé ung procez verbal juftif- 
fîcatif du capitaine de rifle de Gerzayfur le* 
propozefcripts & tenus par le fieur de la Bre- 
tonniere , tant de la fabveur qu'il adicl que 
ceulx de ladicte ifle avoient fai&e aux Fla- 
mans à fa priniè > que pour le retenement de 
voltre artillerie par ceulx de Grenezay ; par 
lequel, s'il contient verité,led. la Bretonniere, 
auroit grandement failly de Ce plaindre fi in- 
juftement. Mais quant à ladi&e artillerie il 
me femble, que par ledid procez la chofe n'efi 
pas Ci bien juftimce que ceulx dudict. Grene- 
z.ay ne peuffent eflre encores tenus de la ren- 
dre ; à quoy je feray , s'il eft befoing , toute 
l'inftance qu'il, vous plairra me commander. 
Ledid: procez me fuft hier apporté par ung 
nommé /ire Richard Soudouel , confeiller du 
confeii privé de cefte royne voûre bonne fœur, 
connectable de la tour, &fuperintendant main- 
tenant en cefle ville en tous les affaires de 
fà majefté ; lequel medict (après plufieurs Se 
bons propoz de la part des feigneurs du con- 
feii de ladi&e dame)qu'ilz luy avoient donné 
charge me faire exeufe de ce que je ne ferois 
mandé pour me trouver comme les aultres 
ambafîadeurs à la venue de ce prince & fo- 
lempnité de Ces nopeesà Wincheftre , & qu'il 
avoitefté advifé pour bonnes considérations de 
ne m'y faire appeller , de tant que l'ambaffa- 
deur du roy des Romains n'avoit encores parlé 
à ladicte royne , & qu'il eftoit très necefTaire 
qu'il y allaft avecques lettres & créance de 
grande importance qu'il avoit à tenir à fa ma- 
jeflé de la part de fon maiftre , & que fi je m'y 
trouvois il pourroit advenir quelque diffe- 
jer.d entre luy & moy fur les cérémonies de. 



5r}% NI'GOCTjfTiojry 

nosrangscome par cy-devant [b] ainfy qu'îï 
difoit, qu'il eft fouvent advenu en telles afiem- 
blées ; à quoy ladide dame comme faige & 
prudente voulloit bien pourveoir , fans qu'il 
me fuft faiét tort , comme eftant miniftre & 
fèrviteur de vous , iîre , fon bon frère Se 
amy 5 ny aufîy à l'aultre qui luy efloit en 
mefme degré & dadvantaige fon proche pa- 
rent, me priant de ne m'ennuyer jufqu'à fort 
retour , lequel feroit fort brief. Je feis ref- 
ponfe audicl: Soudouel que je ne me pour- 
rois garder d'efire bien defplaifant de n'afftf- 
ter à une /î grande & honnorable aifemblée 
dont aujourdhuy toute la chrétienté a les- 
oreilles remplies > à laquelle tous les prin- 
ces chrefliens eftoient appeliez , hormis 
voflre majefté , laquelle feulle efloit inter- 
dire de la fefîe , & par une occa/îon qui m* 
fèmoloit ne debvoir eftre mifè en aulcune 
difpute. Eflant vous , fire , comme chafeun 
fçait , le premier & plus grand roy de 
îoute la chreftienté , premier filz de l'eglife* 
& très - ehreflien. Toutesfois puifque la 
volunté de ladicle dame efloit telle que je 
sn'abftinfïè de m'y trouver , que je le ferois 
pour fatisfaire au commandement que j'ay de 
voflre majeflé, de luy obeyr en toutes cho- 
ses , mais non pas pour céder mon lieu & 
snon rang audict ambafladeur , eflant trop 
afTeuré que telle chofe ne debvoit eftre mifè 
en aulcune difficulté. Voilà, fîre , comme 
par leur propre moyen , ilz m'ont efclaircy 

* — — .* 

\h\ Ce prince n't'à confédéré que comme le vi~ 
caire de l'Empire , à qui même le roi de Portugal* 
4ifpute la préséance. 



DE No AILLES^ 2'Jty 

vmg doubte dont j'avois efcript à M. de 
l'Aubefpine m'en faire entendre voftre in- 
tention. Con^noiflant bien par les fabveurs 
& depportemens que Ion raid audid am- 
bafladeur , que ceftedide royne defire fur tou- 
tes chofes (après fon mary ) de gratirHerfon 
maidre. Vous adviferez. , fire , Ci je doibf 
faire à ce chancellier aulcune plainde du 
palfé & iniîance pour me trouver à l'entrée 
& couronnement dudict prince en celle ville ,,. 
pour après avcir receu voftre bon plai/ïr & 
commandement , l'enfuyvre Se y obeyr de 
toute ma puifiance avecques l'ayde du créa- 
teur , que je fupplie vous continuer en toute 
heureufe profpérité , & vous donner, &c. 

Sire , le fecretaire de l'ambafïadeur de 
l'empereur, palîànt cefte nuiâ: par icy , a 
di& à l'ambaffadeur du roy des Romains, 
& à la femme de fon maiftre, que le prince 
d'Efpaigne efioit arrivé à i'ifle d'Ouych , 8ù 
que cejourd'huy il de voit defeendre à Hamp- 
tonne, en l'affeurant comme celluy qui avoit 
parlé audid fèigneur prince en ladicie ifle , 
& que quand il y arriva > s'en alloit vers ? 
l'empereur luy en porter la nouvelle ; la- 
quelle j'ay penfé en^l'heure me fme faire en- 
tendre à voitre majefté , eiîimant , à la. vé- 
rité , que s'il n'efl venu, il arrivera bientonv 
De quoy, fîre, & de tout ce qui furvien- 
dra par cy-apres, je ne ferayfaulte d'ente- 
«ir advertie voftre majefté. 






ii8o Négociation* 

M. DE NOAILLES â M. LE CONNECTABLE. 

23 juillet 1554. 

Arrivée du prince d'Efpagne. Le ma- 
giftrat efl obligé de commander au 
peuple d'en faire des feux de joye. 

NaiJJance à Loiidres de Henri de 
Noailles ; cérémonies de fon batême, 

iVj onseigneur , vous aurez entendu par ma 
dernière defpefche du ao de ce mois l'arri- 
vée du prince d'Efpaigne & la contenance 
que ce peuple tient pour la réception de 
leur nouveau roy , pour la venue duquel iiz> 
feirent famedy les feux de joye. Bien eft vray 
qu'avant la demonftration de ceite resjouyf- 
fance , le maire fuΠprefque par toutes les 
rues pour leur en faire commandement de 
la part de la royne fa maiftrefîe , fur la peyne 
accoutumée en ce pays , qui n'efî aultre que 
de la vie ; de façon qu'il y a eu en cela plus 
de contrain&e que d'arTe&ion. Toutesfois, 
monfeigneur , je veoy que ladide dame leur 
a desjà tant accoutumé à comporter fes vo- 
luntez , que je ne fais doubte qu'elle ne fe 
faiïè accroire de cefîe-cy. Elle & Ces conseil- 
lers ne font encores aulcune defmonftration 
que je puiffe congnoiflre de fe voulloir allie- 
ner de l'amytié du roy ; mais au contraire 
femble qu'ilz défirent la continuer. Je n« 
fçay fi ce confeil d'Efpaigne vouldra cher- 
cher quelque nouveaulté, dont je n'ay (e£ 



JO £ N A 1 t L S S. 2 S 1 

tant leur venue fi fraifche ) encores rien peu 
defcouvrir de la volunté & crainde qu'ilz, 
ont du maiftre , par la fabveur fai&e au fer- 
riteur. 

Je vous diray , monfeigneur, que eftant 
ma femme accouchée d'ung fïlz [a] , il me 
fëmbla debvoir envoyer mon frère devers 
celle royne , pour fupplier très humblement 
fa majeilé , qui a remis en ce royaulme les 
facremens de l'eglife catholicque , me voul- 
loir faire tant d honneur de luy faire donner 
baptefme , remettant la nomination des com- 
pères à fon efledion ; & de fortune , mon- 
diâ; frère [£] arriva en fa court le propre 
jour qu'elle avoit receu la nouvelle de l'arri- 
vée de fon mary en l'ide d'Ouych , qui ne 
la garda pourtant qu'elle & Mrs. de fon 
confeil ne le receufïènt avecques plus d'hon- 
neur, de fabveur & bon traitement que je 
n'avois déformais efperé pour moy-mnme > 
& après avoir baifé la main & fai.fi fa re- 
queue à ladide dame , elle monftra en re- 
cepvoir grand plaiiïr , affleurant que (î elle 
euil elle en cède ville , qu'elle-mefme i'euli 
porté fur les fonds ; & ayant rerFufé* par deulx 
ou trois fois la nomination defcLicts corn- 
pères, elle s'amufa tant en celle conten- 
tion , & à particulièrement enquérir mon- 
dld frère de ma fanai , de la naiifance de 
mon fîkj & de quel nom je voullois qu'il 



£d] Henri de Noailles , comte d'Ayen , lieute- 
nant général & bailiif du haut pays d'Auvergne, 
capitaine de cent hommes d'armes , & chevalier de 
Tordre du Sùnt-Eipric. 

[bj François de Noaillcs» aumôaier du roi» 



2L%2 Né G O C 1 AT I O A* S 

fuit nommé , qu'elle luy prefla plus longue 
patience & plus grand loy/îr que je n'en 
eufTe voullu pour quatre bonnes audiances. 
Toutesfois à la fin elle efleut le comte d'A- 
rondel [c] & fon chancellier [d] , qui font 
les deulx premiers de fbn conieil & plus 
grands perfonnaiges de fbn royaulme , & 
envoya gentilshommes fervans & officiers 
pour garder la cerimonie qui fuft faide com- 
me fi fa majefti y eiul efté , en la perfonne 
de la comtefle de Surrey , laquelle , après la 
mort du vieulx duc de Nortfort , fera la 
première duchefîe de ce royaulme, qui, te- 
nant le lieu de ladicte royne, feit hier ledict 
baptefme grandement accompaignée & avec- 
crues plus grande folempnité & fomptuofité 
qu'il n'avoit eflé faict. encores par-deça en 
femblables chofes. Ce que, monfeigneur, 
j'ay bien ofé vous difeourir pour plus au long- 
& par le menuvousfaire entendre leurs dep- 
portemens, combien que je croy que telle 
volunté leur procède plus, du peu de moyen 
qu'ilz ont encores de fe remuer, & de la 
profperité qu'ilz veoyent aux affaires du 
roy que par aultre occafion. De Londres ce 
23 jour de juillet 1J54. Voftre , &c. 



]c] Fitx-alan » grand-maître de la maifon de U 
jeine. 
£ij Gardiner, premier miniftre. 



V^9?V 



DE N OA I LLES. 285 



M. de N o a 1 1 l e s au Roy, 

23 juillet ifï4» 

Le prince d'Efpagne arrive en Angle» 
terre fuivi de quatre mille hommes » 
qu'il doit envoyer à l 9 empereur [on 
père , après la cérémonie defon ma<* 
riage* 

Cire , je vous ay efcript des 2 , 3, ï2 , 17 
& 20 de ce mois-cy , pour tousjours tenir 
advertye voftre majefté de la venue de ce 
prince , de laquelle on avoit parlé aftez in- 
certainement jufques au temps de ma der- 
nière defpefche du 20 , par laquelle je vous 
ay faiâ entendre , fire , qu'il eitoit arrivé le 
jour précédent à Hamptone. Ce que je vous 
puis encores mieulx aiTeurer maintenant *, 
& comme celle royne & luy Ce doibvent veoir 
aujourd'huy à Wincheltre , &mercredy pro- 
chain faire leurs nopces. 

Et à ce que je puis entendre , fîre , les 
forces que a amenées ledid prince , ne font 
pas telles ne fi grandes que l'on les a faic- 
tes, n'excédant point le nombre de quatre 
mil hommes de pied , que lediâ: feigneur 
n'a voullu aulcunement permettre des- 
cendre à terre, mais les faiâ tousjours te- 
nir en eiîat à bord de leurs navires pour 
les envoyer incontinant après lefdides nop- 
ces confommées , au fecours de l'empereur 
£on père, duquel , comme j'ay eu advispac 



284 Négociations 

la voye de Flandres , ne fçauroït avoir eft 

campaigne quinze mil hommes de pied, ne 

fuieres plus de deulx à trois mil chevaulx", 
'ay envoyé ung des miens à Hamptonne 
& à Vv incheftre , & defpefcheray demain 
encores ung aultre pour eflre mieulx par 
le mefnu adverty de tout ce qui fe fera tant 
à la terre que fur la mer, affin d'avoir toufc 
jours plus de moyen d'en tenir de jour à 
aultre advertye voftre majellé. 

Difcours de la cérémonie obfervée £r de 

l'ordre tenu en la defcente- du prince ■ 

d'Efpagne à Hamptonne. 
27 juillet 1554. 

Ayant l'admirai d'Angleterre defeouvert 
l'armée du prince , alla avecques fa flotte au- ' 
devant de luy ; & après l'avoir falué de fon ar- 
tillerie , tourna voifle vers le port de Sou- 
thampton pour donner advertifîement de fa 
venue. 

Voyant le marquis de Las Navas que le 
prince n'eftoit loingde terre, fe mift dansua 
batteau avecques le comte de Surrey [a], mil-, 
lord Maltraver* [£] filz aifné du comte d'A- 
rondel ; millord Eflranguys filz aifné du 
comte d'Herby ; millord Talbot , filz aifné 
du comte de Cherrfbury ; le filz aifné du 
comte de Pembroug , & un aultre fixiefme, 
& alla dans le navire où efloit le prince; au- 
quel ilprefentalesfufdids fl-igneurs Anglois, 

m • . 1 » 

(Vj How.-rd, ..... de Nortfolc. 

[fr] II mourut peu après à jCruxelles le dernier de 
fa mai fon , * la comté d'Arondel pafla dans U 
mailou de Howard* 



de Nouilles. 2$f 

pour eitre gentilshommes de fa chambre , 
qu'il récent fortgracieulfèment. 

Les comtes d'Arondel , d'Herby , de Che- 
rufbury , de Pembroug, & aultres feigneurs 
du confeil d'Angleterre entrèrent dans une 
barque richement parée & dorée & exprefïè- 
ment a pp reliée pour mettre IedicT: prince à 
terre, & allèrent à Ton navire, où ledicl comte 
d'Arondel lui prefenta l'ordre de la jartiere , 
qui luy fuit incontinant mife & attachée par 
le herault de l'ordre ; puis luy furent lèues 
les loyx , coutumes & ordonnances de ce 
royauime , lesquelles ledicl: prince jura d'en- 
tretenir & faire obferver. 

Puis entra dans ladicte barque pour venir à 
terre avecques lefdiâs feigneurs de ce confeil, 
prenant feulement des feigneurs avecques luy 
les ducs d'Aibe [c]iàe Mrdina Cely[d] l'admi- 
rai de Caftilie [ej & dom Rui Gomes [/], qui 
#efté (on gouverneur, & eft encorescelluy 
par l'oppinion duquel le prince fe conduit le 
plu>. 

A la fortie de lad i de barque fîr Anthoine 
Brown [g] Ce trouva fur le bord de l'eau tenant 
par les reines une haquenée richement houffée 
&. harnachée. lequel, incontinant que le prince 
euil mis le pied dehors , miil un genouil en 
terre & fut une harangue en latin , luy faifant 
entendre comme il avoit receu ceft honneur 
advant fon arrivée d'efrre retenu fon ferviteur 
enl'eftat de grand efcuyer, & que combien 
qu'il euft preijé 1' ferment de fidélité à Con am- 
- ' ■ " ■■■ " ■ '■ » 

fcj Dom Fefnand de Tolède. 

[ii] Dom ;vodrigue-Gom..z de Silva» 

£e] Dom Antoine àt Tolède. 

£/] Dora Ped o de Lo^ez,. 

lgj Vicomte de Montaigu» 



2.26 Négociations 
bafladeur, qu'il fupplioit encores très hum- 
blement fa majeité le voulloir recepvoir » 
comme l'ung de Ces plus fidelies , humbles Se 
loyaulx fubjedz & ferviteurs. Ce que ledid 
prince euft fort agréable & le leva fort gra- 
cieulfement, puis ayant ledid Brown baifé 
l'ellrieu de la haquenée le monta defTus. 

De ce pas il alladroid àl'eglilè d'Hamp- 
tonne , marchans à pied au-devant de luyla 
telle nue , tant les fufdids feigneurs Anglois , 
que les Efpaignols qui eftoient defeendus 
avecques luy. 

Et après avoir rendu grâces à Dieu,fuft mené 
aulogis,oùapres s'eflreaiTemblezles feigneurs 
du confeil d Angleterre,leur fiil ung long di£ 
cours de l'occa/ion de fa venue en ce royaulme 
& corne il n 'avoit pas laiiîe Ces pays pour venir 
en Angleterre accroilire ny augmenter Ton 
eftat & fa grandeur de pouvoir ny de richelle. 
Car Dieu par fa grâce luy en avoit faid telle 
part qu'il avoit raifon de Ce contanter aultant 
qu'aultre prince qui vifve. Mais que l'ayant fa 
divine bonté appelle pour eftre mary de la 
royne leur maifireiTe , il n'avoit pas voullu 
contredire à fa divine voiunté , & pour ceit 
efteci avoit pâlie la mer pour vifvre avecques 
ladide dame &eulx, non pas comme prince 
d'Efpaigne & eflrangier, mais comme natu- 
rel Anglois [/z] , lesalfeurans que continuans 
en cefte bonne voiunté de luy eftre fidelies, 
obeyflans & loyaulx comme ilz luy promet- 
tent, il leur Cevoit très bon &famillier prince. 

Ce foir , après le fouper , ledid prince vinft 



[/)] Par rapport à cette prétendue généalogie qui 
le,faifo:t deicendre d'ua duc de Lanclaftre, 



DE NoAILLES. 287 

en la faile de prefence où eftoit grand nombre 
<legentilzhommes Anglois avecques lefquelz 
il devifa allez privement , & entre aultres 
avecques l'admirai d'Angleterre j auquel il 
faifoit grand fabveur, & lui dict qu'il s'eftoit 
venu marier en ce pays, fans avoir apporté 
de quoy fe vefHr & parer fî richement que la 
grandeur de la royne le meritoit. Mais qu'il 
efperoit que la houfTe de la haquenée que cefte 
dame lui avoit envoyée , lui pourroit fervir 
d'ungprecieulxaccouftrement ; voullant par- 
là eftimer la richefîe d'icelle houfle. 

Bientôt après fuil apporté la collation 
avecques grand nombre de pGts & va(ês d'ar- 
gent pleins de vins , bières & halles , félon la 
coufhime du pays. Lors il appella les feigneurs 
Efpaignols qui envoient près deluy &leur did 
qu'il falloit delbrmais oublier toutes les couf- 
tûmes d'Efpaigne, &vifvre de touspoincts à 
rAngloife,à quoy il voulloit bien commancer 
& leur monftrer le chemin , puis fe fift ap- 
porter de la bière de laquelle ii beut, 

Tousfes navires font encores à la veuedu 
port d'Hamptonne, &di&- l'on qu'il y a de- 
dans 17 enfeignes de gens de pied 5 quipeulvent 
eftre environ quatre mil hommes. 

Apres que ledid prince fuit defeenda, il fiel: 
crier & commanda aux Efpaignols que chaf- 
cun fe retiraft en Ton navire & que fur la peyne 
d'eûre pendu , nul ne defeendiit à terre. 

Ladicte armée eft encores là à l'ancre, tant 
pour attendre où il plairra à l'empereur la 
faire defeendre , que pour fe fortifier encores 
de quelques aultres compaignies qu'iiz atten- 
dent d'Efpaigne pour fournir le nombre des 
ûx mil hommes que ledid empereur avoit 



28$ Négociations 
demandez afftn de s'en aller d'une flotte ea 
Flandres. 

Il a efté crié audiâ lieu d'Hamptonne que à 
tout Anglois qui fe vouldroit embarquer dans 
lefdicts navires pour aller au fervice de l'em- 
pereur, il luy feroit advancé une paye. 

L'on^ltime que ceite royne envoyera bien- 
tôt des forces à l'empereur, tant pour la ne* 
ceflité qu'il en a, que auffy pour mettre hors 
de lès pays la plus grand part de ceulx qui 
pounoient efmouvoir ce peuple. 

t j j'Ai fDom RuiComes.premier 
LeducdAlve.{ gentilhûmme 

Le duc de Médina Celi. 

L'admirai de Caftille. 

Le marquis de Peicara. 

Le marquis de Savie. 

i a ~ • j i xr /Te mai or de Val» 

Le marquis de las Navas.^ le _ fi £ uicre . 

Le marquis de los Velles. 

£e comte de Ferias. 

Le comte dOlivares* 

Le comte de Modica, 

Le comte de Chinchon. 

Le comte de F. . . . 

Le fieur dom Diegue de Mendocs. 

Le grand commandeur de la Croix, 

Le majour de Valledolif. 

Le marquis de Bergues, 

Le comte d'Aiguemont. 

Le comte d'Hornes. 

Le iîeur de Martini. 
Dom Celar de Gonzague , filz aifné de 

dom Ferrand. 

Le 



B X N O A I L L E J» 28 J 

T"C duc d'Alve &■ fa femme. C 3 ducs. 
Le marquis ilePefcaire. < 6 marquis. 
Le marquis de las Navas. (.10 comtes, 
le marquis de Berghes. 
Le comte d'Egmont. 
Le filz de dom Fernand de Gonzague< 
_X 'admirai d'Efpaigne. 
Xe comte de Fuenfalida. 
Le jeudy , la ducheffe d'Alve arrive* 
Le duc de Médina Celi. 
Le marquis de Los-Velés. 
Le marquis de S. . . • 
Le comte d'Hornes. 
Le comte de Feria. 
Le marquis Enguillare. 
Le comte de Modîca. 
Le comte de Saldaigne. 
Le comte de Chinchon. 
Le comte d'Olivarés. 
Le comte Landrrano. 
Le comte de Caftellar. 
Le baron de Cuença. 

Le cavalier maior dom Anthonio de Toledé* 
Le commandeur major de Calatrava. 
Rui Gomes Silvio, grand mignon du prineej 




IW M, R 



£J0 Négociations 



IVL de Noailles au Roy. 
17 juillet I5Ï+. 

Mariage du prince d'Efpagne avec la 
reine d'Angleterre , qui fe célèbre à 
Winchejlre. 

Sire , vous aurez, fceu par mes précédente} 
defpefches des 10 & 23 de ce mois , l'arrivé* 
du prince d'Efpaigne en ce pays & lesapprefh 
que l'on faifoit à Winchefrre pour Ces nopces 
lefquellezfeurent folempnifées mercredy [ifl 
avecques tous les triumphes [b ] dont ceuS 
royne s'eft peu advifer , defquelz elle a prin: 
bonne part fuivant fa coufîume eftans Tes ha> 
bits & perfonne couverts de pierreries infinies 
Et attendant , fîre, de plus particulieremen 
le faire entendre à voflre majefté , ilm'afem 
blé vous debvoir envoyer cependant les nom 
des feigneurs qui font venuz. avecques ledid 
prince, les qualitez destiltres [c] que l'on lu 
donne & les advis que j'ay eus de ce qui i 
fift à fa defceiue à Hamptonne , enfemb) 
ce qu'il Ce di& du nombre des enfeigm 
qu'il a icy , de celles qu'il attend encore. 1 
Au chemin qu'ilz doibvent prandre, comm 



[j] Jour de St. Jacques, patron de rEfpagne. 

f£J L'évêque de Winche.'lre en fit Ja cérémonie 

£c] On les proclama roi & reine d'Angleterre 

«le France &de Naples , de Jerufalem & d'Irlande 

duc & duchefle de Milan, comte & cojntefîe à 

,Hiibourg,dc FLindres & de Tirol , &c. 



3 E NOUILLES* 29 ï- 

vous , fîre, pourrez, veoir par les extraits 
que je vous envoyé prefentement. L'ondid 
que ledicl: prince fera dimanche prochain, 
•en huid jours à Windefor , où il folempni- 
fera la cerimonie de Tordre de la jartiere, 
qu'ilz laiiïerent à faire le jour de St. Geor- 
ges dernier pafTé, pour attendre fa venue , & 
delà doibt incontinant venir faire fon entrée 
& couronnement en celte ville , pour l'en- 
tière confommation de fon entrepriniè. Qui 
eft tout ce que je puis pour le prêtent dire 
à voftre majefté. 

Sire , dcfpuis ces lettres efcrlptes , j'ay eflc 
adverty qu'il eft arrivé à Hamptonne quinze 
hourgues ou grands navires chargez du de- 
meurant des ibldats Efbaign^lz, qui font en 
tout le nombre de fîx mil hommes, lefqueU, 
comme je penfe , feront bientoft voifle ow 
l'empereur les a desjà mandez. 

Le Roy à M. de Noailles, 

31 juillet 15^4. 

Marche de V armée du roi. Ce prince 

ordonne à fon ambajfadeur de con~ 

ferver la préféance , s'il efl invité à 

la cérémonie du mariage delà reine» 

jVIons de Noailles, fa:;ft que je feus ar* 
tivé en ce lieu , je vous feis entendre bien 
au long le progrez de mon voyaige, & ce 
que mon armée avoit falcl: & exploité àeC- 
puis que je n'avois peu vous eferipre pour 
eftre entré /î advant que j'eftois dans le pays 
de mon ennemy ; & defpuis n'efl aultre 

Nij 



•pÇQ. N i G OC I AT I e 'Ne 

.•çhofe furvenue , eitant icy attendant veoif 
■où lediâ: ennemy vouldra marcher , pouc 
^fTayer, comme j'ay desià plusieurs fois faid , 
Ae le combattre. .Cependant j'ay receu deulx 
^efpefches de vous, hier une du io , & ce- 
.jourdhuy l'aukre du z$ , & entendu par la 
première ce que vous aviez fceu de l'arrivée 
du prince d Efpaigne en l'ifle d'Quych ; & 
comme la royne ; monftre afTez à delcouvett 
de plus en plus avoir Faffe&ion en mon en- 
droit aultre qu'elle ne vous a did: , & telle 
que je l'ay tousjours jugée & penfée de£- 
j>uis le temps qu'elle s'elt laiflee aller à ce 
mariaige , dont , à ce que j'ay veu par vo£ 
tre dernière lettre, elle s'eft enfin trouvé* 
fatisfaide , puifque les nopces ont deu eflre 
folempnifées mercredy dernier, dont je m'a£ 
feure que ..vous ne fauldrez pas à m'adver- 
tir par le menu & au vray a des forces que 
aura amené lediâ; prince , ce qu'elles de- 
viendront, & en cmeile volunté & difpofi- 
tion vous lès trouverez par-delà , de coa- 
tinuerl'amytié qui elloit entre elle & moy, 
n'eftant pas d'advis que vous vous trouviez 
à l'entrée & couronnement dudid prince, 
£non que vous en Toyez bien fort prié de 
la part de ladide royne , & que aufTy vofîre 
rang & defgré , en préférence de tous aul- 
tres ambaftadeurs de tousaultres roys, vous 
folt laiflee & gardée fans aulcune difpute ne 
difficulté, youllant que en çeftendroidvouf 
gardiez l'honneur [a] & le debyoir qui m'ap,- 

■ ' , . " " ' ' , ' ' f ». 

[a] La raaifon d'Autriche élevée tout d'un coup 
jr diffère n s mariages , à ce haut degré de paifTance. 
entreprit ious Philippe II. de nous contefter la pré- 
face 



D'£ Hô'jfl'L £ E S* OfyY 

f&riîent, fans y fbuffrir ny laillèr faire la' 
moindre entreprinfe ne efcorne quelque qu'eîV 
le Toit. 

Je fçay bien , mons de Noailles , que vous 
eftes là en lieu pour ne faire pas pour le' 
regard de mon lervice tout ce que vous' 
vouldriez; mais je defife que pourtant vous" 
ne laitfiez rien paflêr de ce qui appartient au 
lieu & à la dignité [b] que vous y tenez, & que ' 
iB*adve«i(fiez jour pour jour des depporte- 
mens donc ili uferont en voitre endroit, pour 
lerr faire d-s mefme à l'endroict de l'ambaP 
(fadeur qui eft icy. Vous advifant que de G 
[puis que je fuis icy il y a trois jours , l'aï-" 
mée dudict ennemy n'a-faiet que une lieue, 
venant tousjours couverte d'une rivière, de 
crarrrcte qu'elle a que je la trouve en place-" 
marchande, comme je cherche de fai-e il y 
a- long- temps- pour la combattre. Je fcay 
bien qu'il faid courir le bruict par - tout 
qu'il me fuit à grandes journées par les lo- 
geis que j'ay faicts dedans Ces pays. Mais 
croyez que tant sen fault que je m'en (ois' 
jamais hafté d'ung feul pas , que je me fuis, 
à fa barbe , amufé à prendre de fes villes en' 
pafîànt , bruflé tout le pays où j'ay paffé à' 
quatre ou cinq lieues de la r ge, & au dernier 
lôgeis que j'ay faid près da-Quefnoy, fçai- 
chant quMl venoit là > y ay expreiïement fë- 
journé deulx jours pour effayer de l'attirer 
au combat & veoir fi j'en pourrois trouver 
le moyen. Mais il eft tousjours couvert d'une 



[£'] François de Noailles, étant AmbafTadeur à.' 
Venife, fie décider par le Sénat cetee querelle d'hoir 
Bftur en faveur du roi fou maître* 

Niij 



2^4 Négociations 
de les villes & d'une rivière, & cherche les 
ténèbres pour éviter ce qu'il craint trop , 
quelque ftmblant qu'il falfe de le defirer. 
Voilà où nous en Tommes pour le prefent ; 
de ce qui furviendra cy-apres, je ne faul- 
dray à vous en faire part , comme vous me 
ferez fêrvice très agréable de continuer à me 
faire fçavoir de vos nouvelles. Au camp de 
Crevecueur le dernier jour de juillet 1554. 
Signé Henry ; & plus bas , de l'Aubefpine. 



M. de Noailles auRov. 
1 août 1554» 

Etat des troupes que le prince d'Efpa- 
gne a amenées en Angleterre , £r 
qui doivent pajjer en Flandres. Il 
défend y en entrant dans la Manche, 
quon tire du canon, de peur d*ètre 
reconnu £r attaqué par les vaijjeaux 
François qui croifoient. 

Sire , defpuis ma dernière defpefche du 17 
du pafîe.il eft encores revenu ung des miengs 
de Hamptonne & Porfmuth, qui m'a rap- 
porté avoir eflé jufques dans les navires Ef- 
paignolz , où i! a veu les compaignies que 
ce prince a amenées , qu'il eftime eftre de 
3500 à 4000 hommes , tous jeunes gens peu 
expérimentez , mal vertus & mal armez. Ce 
qu'il a plus ayfement peu congnoiftre par 
cinq oulîx cens, qui, par congié, eftoient 
éefeendus en terre aufdicts portz pour Ce 



D E No AILLES» SpjT 

"i teffraifchir. Bien eft vray que ouître ledi<3 
I nombre il y a une troupe de foldatz qu'ils 
:j appellent Lanças-Marillas , qui font baillez. 
I pour un debvoir que les fubjectz d'Efpaigne 
i| doibvent à leur roy pour le fervir fur mer 
1 toutes les fois qu'il y entreprend voyaige , 
îllcfquelz font gens de meilleur ordre & uhp; 
H peu mieulx armez que les aultres , & tous en- 
Semble peuvent eflre , comme l'on dict , le 
Inombre de cinq mil hommes qui doibvent 
I bientoft faire voifle pour aller au fècours de 
I l'empereur & mener avecques eulx aultant 
■J'Anglois qui fe vouldront embarquer pour 
le fervice dudict feigneur , fuyvant la criée 
que je vous ay efcript par madide dernière 
defpefche qui en avoit eflé fai&e audiâ lieu 
'de Hamptonne, & defpu ; s en crite ville. 
Mais je croy qu'ilz en trouveront peu qui 
voluntairement y aillent, combien que cefle 
royne a encores délibéré faire paffer de brief 
jufques à fîx ou fèpt mil hommes de pied 
delà nation pour envoyer audicl: empereur 
& fouldoyer à fes defpens , toutesfois au 
nom dudict feigneur fon beau-pere , & foubz. 
umbre que de leur bonne volunté , ilz font 
allez à fbn fervice , comme font plusieurs 
au voftre. A quoy, (ire , je ne faicts nul 
doubte , fi elle peult recouvrer hommes 8c 
argent , qu'elle ne le gratiffie de cela & de 
toutes aultres commoditez qu'elle pourra, 
ayant desjà faict, porter grande quantité ds 
bœufs & chairs fallces à Forfmuth pour en- 
viâaiiier les navires Efpaignolz &Flamans» 
faifant delarmer les fiengs& revenir fur celte 
rivière à ung lieu nommé Gerîugnan , oh 
fliontaccouilumé de les tenir , laiffant feub- 

N, VF 



É$$- Négociation! 
lement fept eu huict des meilleurs qui de— 
jnourent avecques mil foldats , oultre les ma- 
riniers & aultre efquipaige peur la feureté do, 
leur cofte, defquelz s'en eilperdu ung des plus 
beaulx par naufrage en entrant dans le port 
de Douvres. Et le prince & lad. dame font fur 
leur chemin de Windfor , en délibération*, 
d'approcher bientoit de celle ville, pour de 
brief y faire l'entrée & couronnement du, 
nouveau roy , ainfy que j'ay par cy-devant. 
efeript à voilre majefté; Vous arTeurant, fîre,, 
qu'il eft bien malayfé que ces deulx nations* 
de moeurs fi différentes fe comportent lon- 
guement enfemble. Et desjà il a efté prins. 
& deftroufle beaulcoup de bagaiges des Ef- 
paignolz , & mefme dict-on qu'il y a des-r 
coffres dudiâ prince perdus , que l'on n'a 
feeu recouvrer ny fçavoir qui les a prins,. 
Et dadvantaige il fe commence engendrer 
une jaloufie entre les gemilzhommes An- 
glois & Efpaignolz fur le fervice de la per- 
sonne du prince , de quoy lefdicts Anglois- 
fe font faict. accroire jufques icy , dont jet 
cuyde qu'à la fin il y aura du bruiâ, avecr 
quesd'autres petits depportements de moc- 
querie qui croiffent tous les jours d'ung 
coulté & d'aultre. Tellement que je vous. 
puis dire 3 lire , que ufques.aux femmes Se 
petits enfans de cefte ville , s'en méfient , 
difant & criant aux Efpaignolz qui arrivent 
icy de jour à aultre avecques leur mefnage,. 
qu'il n'eiloit jà befoing de traifner tant dm 
bagaige avecques eulx pour y faire fi peu. 
de fejour qu'ilz feront. Nous n'avons eu. 
icy nouvelles de l'empereur il y a.aiïez long- 
temps j que bien fecrettement , par cquj.>~ 



SE NOAILLES. 2£7 

îiers exprès , & encores moings de voftr« 
armée defpuis la prife de Dinan. Ce prince 
defpefcha devers fon père inconrinant après 
la folempnifition de tes nopces , le comte 
d'Hornes [a] , & did-on que le duc d'Albe [b] 
le fuivra bientôt après pour s'en aller vice- 
rby à Naples , ayant ledid empereur , au 
jour defdides nopces, donné ledid royaulme 
à fon filz. Je croy qu'il n'y a celuy des Cei- 
gneurs qui font venus avecques ledid prince 
( que prevoyans par la demonftration dô ce 
peuple quelque inconvenant advenir ) ne 
vouluft bien eftre hors de ce pays. Toutes- 
fois ilz fe comportent le plus doulcement 
qu'ilz peuvent, efperans que la prudence de 
cette royne & de fondid confeil y mettra 
meilleur ordre avecques le temps. Je ne vous 
diray , fîre , les peurs que ledid prince a 
eues en fon pafTaige , mais je fçay que fà 
erainde eftoit fi grande , qu'av2nt eu advis 
par une fienne FinafTe d'avoir veu quel- 
que nombre de vos navires en mer , 
il fift faire commandement exprès à toute 
fon armée de ne tirer ung coup d'artillerie 
paflant devant luy pour le faluer , ny faire 
aultre fîgne qui peuft aulcunement les def- 
couvrir ou donner intelligence de luy à vo£ 
dids navires ; & did-on que Ces genseftoient 
fîeftonnez de peur & mallades de la mer, 
qu'il n'euft fallu grand force à le deffaire , 
mefmement veu le peu de navires de guerre 

[û] De la maifon de Montmorency, <5rqueleduo 
d'Albe fit depuis périr, étant gouverneur des Pays- 
Sas. 

[b] Grand capitaine, mais cruel & fajiguinairc. 

Ht 



2£)& N ÈG O C I ATIO NS 

qu'il avoit, qui n'eftoient en nombre que 
de trente à trente-cinq , & le demeurant 
tous vaiffeaulx marchands II en a perdu 
vmg entre rifle d'Ouych Se Hamptonne de 
7 à 800 tonneaux qui efloit au duc de Flo- 
rence , & s'eft péri avecques toute fa charge 
de foldatz & bagaiges , fans qu'il s'en foit 
faulvé que vingt ou vingt cinq hommes... 
Mais les Anglois difent qu'il a eu encores 
bon marché d'avoir palTé avecques fi peu de 
perte & de dangier , à quoy la fabveur du 
temps luy a beaulcoup fervi. 

Sire , l'on m'a adverty que le comte de 
Lenox [c] filant de prefentiur les frontières 
d'Eicofie,faicl pratiquer avecques les feigneurs 
du confeil dudicl royaulme , Ton retour & ref- 
tabliilement audicr pays , faignant avoir quel- 
que mefeontantement de cefle royne , qui , 
comme l'on m'a diâ: r luy faid jouer ce per- 
lonnaige pour avoir moyen de faire des bri- 
gues & mefnées dans ledict pays , s'il advenoift 
defclairation de guerre entre voitremajefté & 
elle , ce que je ne puis encores croyre.Toutes*- 
fois ayant feeu queledift comte ne s'eft trou- 
vé en ces aiTembléez & nopees où tous les 
feigneurs efto:'ent appf liez , je ne fcay com- 
ment prendre ceft advis , & par ce je ne feray 
faulte d'en advertir la royne rfgerte pour y 
faire tenir To^! &y pourveoirainfy q e fa ma- 
jefté verra efte neceifaire pour le repozde-, 
l'eftatde la royne [d] voftre fille 

Laducheifed'Albe [e] eit icy venue avec— 

£cQ Mathieu Stuart. 

[dj Marie Sruart , deftinée à épeufer le dauphin»- 
[ej Varie Henrique*, fiiie du comte d'Aleiîc & 
<àe Cubaine de Tolède 



de Nouilles. spp 

ques le prince & infiny nombre d'aultres fem- 
mes de petite qualité. 
Sire , je fupplie le créateur &c. 

■■m i„i.i«i ,_. ._ J M "— — — —" jfi 

M. de Noailles à M. (TOysel. 
6 août 1554» 
Emprejfement du comte de Lenox de 
retourner en EcoJJe , fuf petit d'intel- 
ligence fecrette avec la reine d'An-* 
gleterre. 

JV1 OKSiEUR v mon compaignon , me fbuve- 
nant des propoz que vous m'avez eferipts par 
cy-dvant du comte de Lenox [3] je vous diray 
maindenant comme aulcun de fa nation m'a 
faid advertir que ledid feigneur eftoit près de 
vos frontières, faifant praticquer ion retour 
enEfcofTe foubz coulleur d'avoir bonne envie 
faire fervice à la roynefa fouveraine & recou- 
vrer (a bonne grâce. A quoy plufîeurs de vos 
feigneurs du confeilont preiié- l'oreiiie par le 
moyen de fon frère & d'ung autre Efcoifois 
nommé Manitor , penfans que ledid comte y 
procède de bonne foy. Mais à ce que ledid 
advertiiïeur m'a faid dire , c'e$ ung myitere 
que cefle royne luy faid jouer , afïin que quel- 
que temps après ledid comte remis en la 
bonne grâce de ladide dame fa fouveraine & 
dans Ces biens , il y puyfïe trouver lerepoz [bj 
— — ■ — » ii.' . i m, ■■ 

[<zj Père de milord d'Arlay , qui ép.oufa depuis 
Marie Stuart, veuve de François II. 

[•?] Il parvint depuis à la régence d'Ecoffe pen- 
dant la prifon de Marie Scuarc, & la minorité de 
fon fils Jacques VI. & il fut affafliné. 

Nvj 



300 Négociations 

Se tranquillité de l'eflat & gouvernement?, 
d'icelluy. Ce que je ne puys tout à fait croy- 
re, fi en fuis- je entré en quelque foubçon , 
tant pour les qualitez. & condition que vous 
în'avezdefpainft du perfonnaige, que pour ne 
s'eftre trouvé à Ces nopees & aflêmblées où 
tous aultres grands feigneurs.ont efté mandez 
& aufTy pour veoir la difpofition du temps eflre 
Celle, que nous ne pourrons longuement de- 
gmourer en bon mefnage, joind aufli que or- 
dinairement poftes vont & viennent, fecrette- 
snent de cefle royne audicl comte, & de luy à 
iadi&e dame & feigneurs de fon confèil , ainfy 
xp\e aflêure le fufdiâ: advertifTeur. Ce que j'ay 
bien voullu, monfieur mon compaignon, vous 
faire entendre affin que félon voftre prudence 
& dextérité, fi ainfy efloit , vous y veuilliez 
avoir l'œil ouvert. Vous priant tenir ceft ad- 
vis fi près de la royne & de vous , que je ne 
puifTe eflre defeouvert ni allégué* Car comme 
vous pouvez feavoir & croyre ceulx de deçà 
m'en veullent afTez d'ailleurs- Et quant au doc- 
teur Durant, j'ay veu par vofdides lettres, les 
caufes pour lefquelles la royne a eflé fi rete- 
nue luy accorder jufques icy ce dont j'avois 
par cy-devant requis fa majeflé , qui me gar- 
dera d'en pafler plus oultre cy -après & crains 
que ladiâe dame n'ayt trouvé maulvais la 
grande inflance & requefie que je luy en ay 
faicte qui a eflé pour ne congnoiflre lediâ Du- 
rant [ç] de telle qualité, & aufTy pour la grande 
afFedion , où je le voyois cheminer pour le 
fèrvice du roy Scd'icelle dame, à laquelle je 

» » ' ■ ■■ i m 

[V] Sftupjonni devoir emgoifonnc Jacques Y. r«i. 



D £ No AILLE J. 5 QT> 

vous prie , monfieur mon compaignon, voul- 
loir faire mes excufès , fi ainfy efloit , que fa. i 
majeflé euilreceu aulcune chofe de moy en. 
maulvaife part. 



Ede NoAuuiauRoY.. 

16 août i?î4.- 

Le roi d'Angleterre diffère fort entrée: 
Etat des forces de ce prince , £r des 
fecours qiion défi ine pour V empereur.» 

OiRs , ce nouveau roy a retardé Ton entrée 
ea cefte ville , qui devoiteftre jeudy dernier, 
Jufques à mercredy prochain ; à laquelle vous 
pouvez croyre , fîpe, que je ne rru'advanceray 
plus avant pour y afilâer qu'il vous plaift me 
commander, ou m'y trouvant par l'inftance 
&femonce de cefte royne, je ne feray faulte 
de garder le rang & le lieu qui appartient^ mi- 
nière du premier & plus grand roy [a] du 
monde. Au furplus, iîre , je vous diray que 
l'admirai de Caftille doibt" partir du premier 
beau temps & bon vent après, ladi&e entrée 
pour ramener toute la flotte d'Efpaigne en leur 
pays. Et quant aux foldatz Efpaignois , ilz 
s'en doibvent encores plufloft aller dans rlour- 
(jues &,aultres navires. defcendre en Flandres, 



£û] I/antiquité daïa couronne de France; l'indé- 
pendance de nos rois;- l'antiquité delà grandeur de 
leur augufté maifon ; les conquêtes 5c la valeur des 
François ; les fervices rendus à FEglife , lui ont mé° 
îlté cette prééminence. 



$02 Négociations 
Se cependant on leur a faid à Anvers grand'- 
provifion d'armes & d'accouflremens pour 
après fe rendre au camp de l'empereur. Mais: 
j'ay efperance que tel fecours , qui n'eft com- 
me j'entends, que pour remplir les vieilles 
bandes Efpaignolles , n'augmentera pas de 
beaulcoup les forces dudid feigneur,ni pareil- 
lement celles du duc de Brunfwich ne rejoin- 
dront fîtoft que vous , fire , n'ayez, exploidé 8c 
achevé yos heureufes entreprinfes,& fi davan- 
taige, je vous puis dire , qu'encores que ledid 
empereur ayt affe mblé toutes fes pièces , fi ne- 
pourra-il eflre tellement ne fi grandement ac- 
compaigné qu'il vous ofe combattre, ainfy 
que je l'ay entendu de bonne part & par le lan- 
gaige mefme que beaulcoup de es minières 
en tiennent par-deçà } où il y a plusieurs qui 
pratiquent de mefme fecrettement des An~ 
gloisen Ton fer vice. Mais je ne puis encores 
defeouvrir qu'il y en foit allé que bien petit- 
nombre , combien que l'on m'ayt faid plu- 
iîeurs fauffes ai armes d'en y debvoir aller 
ung bien grand me difant dadvantaige que ce 
ne feroit pour demourerlonguement icy après 
l'entrée de cedid roy. Toutesfois , fire , je 
ne vous en puis encores par er à ia vérité juf- 
quesà cequ'ilz (oient en celle ville, où j'au- 
ray plus de moyen de defeouvrir & fonder leurs 
intentions avéeques l'a) de de mes plus feures 
intelligences, qui font ordinairement en leur: 
fcompaignie. 



Ttë& 






d £ Ko ailles'. 3 oy 



Le Roy à M. de Noailles. 
17 août 1554. 

Ce prince fe loue de fort exactitude à W 
tenir averti de tout ce qui fe pajje y 
£r il lui donne avis de la victoire 
quil a remportée cl Renty fur L'em- 
pereur. 

JvloNs de Noailles, j'ai receu les lettres 
que m'avez efcriptes le 1 , 4 5c 10 de ce mois » 
par Iefquelles & ce que la Marque qui a elle 
pourteur de voftre defpefche du 4 , m'a dict à 
bouche, i'ay eftébien ayfè d'entendre toutes les 
particularitez dont m'avez donné advis , tant 
des forces qui ont: paffé avecques le prince , & 
ce qu'il en debvoit envoyer dedeçà au fecours 
de l'empereur, que de toutes aultres chofes 
de ion voyai^e,& m- ime des deportemens des 
Anglois & Efpaignoisles ungs envers les aul- 
tres defpuis la célébration de fon mariaige , SC- 
31e me fcauriez faire plus agréable fervice que 
de continuer à m'en d nner advis le plus Cou- 
Vent que vous pourrez , & ainfy que vous^ 
congnoiftrez chofe qui le mérite , & furtout 
d'avoir l'œi. bien ouvert pour entendre & def- 
couvrir s'ilz. ne feront poinit par-de:A de pre- 
paratifzqui donnent à cognôifirequ 'il z (oyent 
pour Ce mouveoir Coït du cofté de deçà ou E£ 
coffe . affin que de i'ung ny de l'aultre endroicl 
ilz ne nous puiïïent prendre au defpourveu > 
ne faifant poind de doubte que l'empereur & 
ion filz nefoyent du tout difpofez, pourpe&» 



504 N i G OC I AT IONS 

iiiader & conduire la royne à les gratifier de* 
toutes les commodite2 qu'ilz peuvent tiret' 
d^elle , & ne fuis pas afTeuré que ladicte royne 
ne s'y iâifêayfement aller. J'ay bien confideré 
ce que m'efcripyez du comte de Lenox&avez I 
fort prudemment faict d'en avoir de bonne 
heure donné advis à la royne ma bonne fœur*, 
affin qu'elle mette la choie en confideration 
avant que luy prefter l'oreille &ayt l'œil fur 
les praticques qu'il. pourroit faire en Efcoffè 
au defàdvantaige de la royne ma petite-fille & 
de fon pays. Et quant au perfonnaige qui defire 
entrer en mon fervice, dont ledict la Marque 
m ? a parlé , fuivant la charge qu'il en avoit de 
vous & le contenu en vôtredide defpefche du 
4 , je de/ire bien avant que m'en refbuldre • 
que vous regardiez de fentir doulcement dé ■ 
luy ce qu'il vouldroit de moy pour fon entre- - 
tenement , & m'en advertifïez , pour après 
vous en faire entendre mon intention. Je vous 
faicts envoyer un difeours de l'heureuxfuccez 
qu'il a pieu à Dieu me donner à l'enipntre du- 
dict empereur [a] où touter chofes font par- 
ticulièrement & véritablement difeourues , 
ainfy qu'elles fontpaiïees , defpuismon arrié- 
rée à Crevecueur [b] , affin que fi Ton vous, 
en parle par-delà vous en puifllez refpondre 
à la vérité , fuivant le contenu audict difeours; 
fc avecques la prudence & modeftie que vous 
rfçavezeftre neceffaire au lieu où vous eflesj 
& toutesfois avecques la cenfervation & repu* 
3 . ■ ■ 1 11 m » h 

la] Bataille de Renty. 

[&'J Les François raferent quelques fortificatioas-- 
^ie les Impériaux y avoient faites pour eouvrir» 
Cambray. 



bs Nouilles. 305* 
fetïon de mes affaires. Au campd'Eltrée, lô 
27 jour d'aoufl if £4. Henry. Bourdin. 



M. DE NOAILLES à M. LE CONNESTABLE» 

là août I5Ï4* 

Èes minifires de la reine d'Angleterre 
le font inviter à Ventrée du prince 
d'Efpagne. Il s'en difpenfe , £r rend 
compte au connétable des motifs de: 
fa conduite ^ 

JVloîqsEiGNEuR. , j'efcrrptsau roy tout ce qui' 
m'a femblé digne de fa majefté ,par ainfyil 
ne me refte qu'à vous dire la façon de laquelle 
j d y eité cejourdhuy feniond à celte beile en- 
trée, par ung homme d'affezmaulvaife appa- 
rence,que Ton difteûre herault nouvellement • 
créé , lequel eft venu près moy tout feul en- 
viron une heure après- midy , pour me dire de 
la part des feigneurs de ce conlèil feulîèrnenti 
( fans parler de la roy ne leur maiitreffe ) que je 
me trouvaiTe demye heure après à Soudouarr* 
pour accompaigner ce royàfon entrée. Ce 
qui m'a femblé fieftrange que me fouvenant' 
des dernières lettres qu'il a pieu au roy & à* 
vous m'efcripre , je luy a y incontinant refpon^ • 
du que je ne pouvoiscroireqifilzeuiTentgran- 
dé envye que je me trouvafîe en celle corn* 
paignie , tant pour ce qu'ilz. ne m'avoienf 
appelle à Ces nopces, que pour eftre adverty 
fi tard. Toutesfois que fi on me l'euft fai<fcl 
Ravoir d'heure , je n'euffe youllu faillyr d'y. 



%o6 Négociations 
afîifter en la façon qu'il appartient à minière 
d'ungtel & fi grand roy.A quoy il me fembloit 
qu'il falloit du temps peur s'y difpofer. Mon- 
feigneur, je ne faiâsdoubte que vous ne cong- 
noiftiez ayfèment que c'eftoitune chofe ainfy 
apoftée pour ne me donner ny le loifir , ny la 
volunte d'y affilier ; puifque je n'euffe feeu y 
eftre à temps, encores que je me fuffe refolu 
d'y aller premptement , attendu qu'il n'y a 
guieres moings de deux mille de mon Jogeis à 
Soudouart, & auiîy par leschofes paiféeson 
peult juger âes auîtres a advenir, ainfy que je 
vous ay fouvf nt ouy - dire , me fouvenant à ce 
propoz que cefre royr.e me fiû advertir long- 
temps devant de me trouver à Ton entrée , & 
me vint quérir des le matin , & difner avec- 
ques moy le jour dicelle, millord Paget , 
chevalier de fon ordre & de fes plus favorisez 
qui ne m'abandonna de toute la journée. Jcf- 
pere à la première audiance qui me fera don- 
née d'en tourner ung mot à ce chancellier , 
afîîn qu'il puille congnoiftre que telle chofe 
ne pafîe devant les yeux d'ung prince fi grand 
& fi clairvoyant que le roy, (ans eftre recueil- 
lis & pour s'en reflentir avecques le temps. 
Monfëigneur , il eftarrivé par-deçà defpuis 
hier foir ung capitaine Anglois nommé Aran- 
dal, qui vient de l'armée tenant de bons & 
advantageux propoz. dudicl feigneur à fes 
privez & familiers amys , auxquelz il a di& 
qu'il eft venu fur la parolle & promeiïe d'ung 
pardon gênerai que tous les Anglois bannis 
qui font par-delà au fervice dudicl: feigneur 
ont eu de celle royne , difant dadvantaige 
qu'ilz font praticquez tous les jours pour ufer 
de quelque grande infidélité envers fa majefié 



DE No AILLES. ^OJ 

en fabveur de l'empereur Ci l'on vient au com- 
bat, de quoy, monfeigneur , j'ay penfé vous 
debvoir donner advis encores que je ne le 
tienne pour trop certain , aifin que fuivant ce 
que je vous ay par cy-devant efcript de leur 
faire bon traitement , vous fa fiiez au (ïy foi- 
gneufement prandre garde à leurs dcppor- 
temens, pour ne leur commettre choie de 
plus grande importance que leur fidélité ne 
mérite. 



M. de Noailles au Roy. 
z6 août if?4. 
Le protonotaire de Noailles fe difpojc 
à retourner en France pour rendre 
compte au roi de ce qui s'efl pajfé 
dans V audience que V ambaffadeur fin 
frère a eue du roi £r de la reine & An- 
gleterre. 

oire, prefentement je viens derecepvoir la 
defpefcbe qu'il vous a pieu m'envoyer du 
camp d'Eftreesle vj de ce mois,eihnt mon 
frère , près à partir il y a trois ou quatre jours 
pour retourner devers voftre majefté , mais 
pour ung rhume qui luy eft furvenu comme 
àbeaucoulp d'ault es ■> de celle nation, 8c 
principallement à une grande partie de ceulx 
de cette ville, il a efté contraint retarder fort 
partementjufques à cejourd'huy. Et pour ce 
qu'il s'en va bien informé des occurrances de 
deçà , mefmes des propoz que je tins comme 
de moy à celle royne & au roy fon mary def- 



§o£ Négociât rexp 
puis leur entrée en celle ville & des refpofï^ 
fèsqu'ilz m'y ont faictes , je ne vous en fe- I 
ray , fire , par cefte-cy plus long difcours,: 
remettant le toutenluy & aux mémoires qu'il 
en a pour ceft eflfed , où n'a efté oublié le 
commandement qu'il vous a pieu me faire à^ 
la fin de voilre lettre de (èntirdu perfonnai- 
ge ( duquel je vous ay efcript par c) -devant ) 
quel entretenement il vouldroit avoir, en voC~ 
ire fervice, lequel j'ay trouvé fi honnefte en 
fès propoz & refponfès que j'euiïeeu honte 
d'y entrer plus advant, ainfy , fire, quevou* 
pourrez plus au long entendre de mondict 
i 'ère 

MEMO IRE. 

z6 août i $$4' 

Mon frère fera entendre airroy &• à M, >le 
oonneflable comme ayant le roy d'Angleterre 
faid fon entrée en celte ville de Londres le fa- 
medi 1 8iour d'août, & me fouvenant des maul- 
vaifes excufes que l'on m'avoit faicte-s pour 
n'eitre appelle- à- Ces nopces, desquelles on avo ; r 
uféàme femondre à lad. entrée , je'voullus 
lailTer palier quelques jours advant de deman- 
der mon audiance , & (ans leur partement qui 
fufl le mercredy d'après j j'euffe plus longue- 
ment temporife pour leur faire paisiblement 
entendre que le roy ne defiroit leur congratu- 
ler en tela&e & que ceque j'en faifois eft-oir 
fëullement de ma part, ceque jeleurfeisafTez 
cognoiftre tant par le langaige que je tins à 
l'ung &àraultre,queparcequemondi<S frère" 
éïà le lendemain de madiâe audiance à ce 
ehancellier, yut je n'avois reçeu lettres dé* 



u e Nouille si g 0$ 
«roy defpuis trois fcpmaines > & que encore* 
,j)ar icelle leditt feigneur ne me failbît en«- 
tendre qu'il euft encores receu l'advertifie»- 
.jment que je luy avois faiâ de la defceme du- 
dic~r. roy en ce pays. 

Le mardy 21 e . jour dudift mojsjefus vers 
.celte ro) ne & luy ài& entre aultres chofes que 
combien que je n'euiïe receu ceft honneur 
d'élire appelle à Ces nopces , fî ne voullois-je 
pourtant faillir a la gratimer d'auffy bon 
cueur quepourroient avoir faiâ: tous les aul- 
tres ambaiïadeurs qui y ont e#é fernonds , 
luy fouhaittant en fon mariaige aultant de 
j)rofperité & bonne fortune qu'elle mefme e* 
pourroit deïîrer aubiencommung& prouffifr. 
'de toute la chrefiienté , & particulièrement 
des deulx royaulmes de France & d'Angle- 
terre de façon que la bonne paix & amytié 
fuit perpétuellement entre iceulx continuée. 
A quoy elle me refpondiâ: qu'elle n'avoit 
joind oublié les propoz qu'elle m'avoit 
tenus la première fois que je fus vers elle , 
furl'entretenement de l'amytié qui fuit con- 
.tra&ée. entre ces deulx royaulmes durant la 
vie des feuz, roy s Ces père & frère qu'elle ^avoit 
très bien obfervée. Et pour ce que l'on pour- 
joit penfer «que le trouble auquel s'eJîoient 
retrouvez, Ces affaires par le paiTé l'y auroient 
contrainte, eftant à prefent toutes Ces entre- 
prinfes confommçes à fon grand contante- 
ment, elle avoit neantmoings pareille affec- 
tion & defîr à robfervation d'icelle , laquelle 
ne feroit de fon couflé jamais viollée ny of- 
fenfée. 

Me retirant de la chambre de 1 idicte dame , 
je dis au chançeliier mie je defirois faire h 



3TO Négociations 

révérence à ce roy. Ce qu'il trouva très bon 
& me mefna vers luy , auquel je dis que in- 
continant qu'il m'avoit efté permis , je n'a- 
vois voullu faillyr de venir faire la révéren- 
ce àfamajefté &luy dire comme a mbafTadeur 
du roy très chreftien reridant près la royne 
d'Angleterre fà bonne fœur que leurs deulx 
majeftez avoient jufques icy vefcu & faid 
Vifvre leurs fubje&z en bonne paix &lîncere 
amytié que je n'eftimois debvoir eftre aul- 
cunement troublée ny diminuée pour fon ad- 
venement à cefte couronne , mais pluftoft 
accreue & augmentée &poflibleeftre occafïon 
de mettre toute la chreftientë en repoz^commc 
ladiâe dame & feigneurs de fon confeil m'a- 
yoient foulvent predicl. Ce que je fuppliois 
ncitre feigneur voulloir permettre ou à tout 
le moingz que l'eftat& tranquillité enlaquelle 
âl avoit trouvé ces deulx royaulmes de France 
& d'Angleterre puft perpétuellement durer. 
A quoy il fe pouvoit afieurer que je ferois 
comme minière & très humble fèrviteur du 
roy tous bons offices à ce utilles & neceffaires 
félon le debvoir de ma charge , & l'exprès 
commandement que je reçois tous les jours 
de la majefté dudiet feigneur , lequel comme 
prince très véritable, faid profeffion deinvio- 
îablement garder & obfèrver tout ce qu'il 
promet. 

Mon propoz finy , ledid roy appella le 
chancellier & luy dict en latin qu'il avoit très 
bien entendu ce que je luy avois diâ: , toutes- 
fois pour ce qu'il nepouYoitparierla langue 
françoife , il le prioit de me reîpondre comme 
advant & defpuis fon arrivée en ce pays, il 
avoit juré ^promis d'entretenir les atnytiez. 



de Nouilles. 311 

& alliances que ce royaulme d'Angleterre a 
avecques les princes & pays voiiïns & eftran- 
giers, à quoy de Ton couttéil ne voulloit faire 
aulcune faulte & mefmement de la paix en la- 
quelle il avoit trouvé ced royaulme &celluy 
de France, qu'il garderoit de fa part, & entre- 
tiendroittant & fi longuement que ce feroit 
l'utilité & commodité de cedici royaulme 
d'Angleterre ; davantaige qu'il me remercioit 
des bons offices que j'offrois faire pour l'en- 
tretenement de ceitedi&e amytié & de la pey ne 
quej'avois prinfe de venir vers luy. 

Cette refponfè me (èmbla eftre de la forge 
de l'empereur & des Anglois par laquelle ilz, 
font demonflration qu'ilz. n'ont poind faulte 
ûe maulvaife volunté pour entrer du premier 
jour à la guerre , fi par la commodité des cho- 
Ces neceflaires à iceîle il leur eftoit permis. 

Mais la crainde qu'ilz ont encores de leur 
peuple faulte de finance, & la commodité que 
l'empereur & Ces fubjedz reçoipvent du traficq 
de la marchandife de France par le moyen 
du pays, les pourront contenir en paix tout 
cefthyver& peult eûre l'efté qui vienâ:. Et 
cependant cefle royne n'oublyera d accom- 
moder lediâ empereur d'hommes , argent, 
navires & aultres chofes qui feront en fa 
puifïànce , de façon que ledicT: empereur fe 
pourra mieulx prévaloir de ce royaulme par 
telle diflimulation couverte, que fi ouverte- 
ment il faifoit defclairer la guerre ; comme 
plus particulièrement mondid frère pourra 
difeourir k fa majefté ; à laquelle il n'oublie- 
ra de remonftrer que je ne m'attends pas 
jd'avoir déformais grande réparation des 
^lainctesqui furviendront de jour à aultre de 



gT2 NI GO C I AT 10 NS 

les fubje<5tz defquelles Je nombre pourrai 
tre par cy-apres plus grand qu'il n'a efté en- 
cores, d'aultant que les Anglois ne fe pour- 
ront abftenir de fabvorifer les Flamans dedans 
-& dehors leurs porrz,& partout ailleurs où ilz 
en auront la puiffance , comme aufTy font 
lept ou huicl des propres navires de celte 
royne, lefquelz defpuis l'arrivée & defeente 
de ce roy en ce pays n'ont bougé du pas de Ca- 
lais pour fabvorifer & affeurer le paffaige des 
Flamans & Efpaignols , ce que toutesfois ilz 
rie font aux noftres comme il fe peuk claire- 
ment & de fraifche mémoire congnoiflre par 
aulcun du pays , lefquelz après avoir faid 
quelque prinfe en la cofte de Frife furies 
Flamans & repayant par ledid pas de Calais 
furent arreftez par le capitaine d'ung navire 
de ladiéte dame nommé le Faultray , lequel 
les contraignit de mefner & laiiîer ladide 
prinfe à Germuth , où elle e& encores de 
celte heure, dont j'ay parlé au chancellier 
qui m'a promis qu'ïLy pourveoyroit , toutes- 
fois je n'en efpere que une grande longueur 
& à la fin peu ou poind de raifon. 

Ledict chancellier m'a faiel exeufe de la 
retemption d'ung homme de pied allant en 
EfcofTe & portant ung pacquet du roy à la 
royne régente avecques te -pafîeport que je 
luy avois baillé. Aquoy je luy refpondis que 
je trouvois fort eftrange que <»pres nous avoir 
ofté la commodité àts chevaulx de pefle 
pour le pafïàige d'Efcoffe , & tant de gçn- 
tilzhommes & pourteurs de pacquets retenus 
par cy-devant , qu'ilz voulluffent encores 
fnainclenant donner empefehe^nent aux gens 
de pied ; il me promit çnje cela feroit promp 

teirien^ 



de Nouille?. 313 
tement reparé, mais qu'il falloit aufly que 
d'iun en ça a il fuft permis aux Anglais le 
pafîàige libre par France pour aller en E(- 
paigne , & d'Eipaigne icy. A quoy je replie- 
quay , fans luy faire argument , que les cho- 
ies n'eftoient pas fembiables , & qu'il n'eftoit 
ja befoing de mettre en advant ces propoz, 
attendu qu'il fçavoit bien, comme ayant 
efté ambafîadeur en France, que tous eftran- 
giers y paflent , repaffent & converfent plus 
librement qu'en tous les lieux du monde. 

N'oubliera aufly mor-dict frère de dire le 
langiige qui le tienft en privé parmy ces Ef- 
p^ignois, de ce qu il? prétendent , âpre* 
avoir aflêuré cefle couronne à leur roy avec- 
ques grand contantement & obeyflance de* 
fubjeetz d'iceile , & incontinant après mettre 
en advant toutes les vieilles querelles de ce- 
àià royaulme , & commencer par celle de 
la penfion qu'ilz appellent desjà tribut. 

Dira comme le duc de Médina Celi &tous 
aultres feigneurs d'Efpaigne qui eitoient par- 
tis , il y a environ quinze jours , pour le 
trouver à la bataille av cques l'empereur, 
furent retenus à Douvres p.sr le vent con- 
traire, qui les y tint fi longuement , qu'ils 
furent advertys que le roy a voit levé Ton 
fïege de Renty , & par ainfy font desjà re- 
tournez , il y a (ïx ou fept jours , en ce lieu 
!& à fiamptoncourt; mais il Ce àlâ que de 
mouveau ilz Ce prefparent & efquipent pour 
y retourner ; qui faid croire & eili mer à plu- 
fîeurs que l'empereur vealt entreprendre fur 
quelque place, ou tenter quelque chofe de 
nouveau. 

Fera aulfy entendre naondid frère au roj 

Tome III. O 



g ; ï 4 Négocia t io i: e 
,& à M. le connf uaL>le comme nous, citant 
allez veôir le lieu de Windfor, & expref- 
lêment la chapelle de Tordre delà Jartiere, 
peur veoir quelle cenmonie on y avoitfaide 
aji dernier chapitre qui fuil tenu , il y euft di- 
manche trois fepmaines , à la venue de ce 
roy ; de quoy je n'en feray icy plus long 
difeours , remettant en luy d'en rendre 
compte par le mefnu , mefme de ce que 
toutes chofes y font en femblable eftat qu'el- 
les efloient par cy devant, eftant le roy & 
M le connectable aux mefmes fieges où ilz 
ont tousjours elté; mais leurs noms, eCcuC- 
fons & qualitez, ny font comme auxaultres; 
& demandera mon. J ict frère à M. le connec- 
table , s'il luy plaift que je les y fafTe mettre, 
& fî ainly eft , qu'ilz me foyent envoyez en 
painâure avecques les devilès & qualitez, 
smn de les faire faire par -deçà & appofer 
par le herault de la Jartiere, pour tousjours 
montrer 1 arfedion qu'on a à Tentretene- 
ment de la paix & amytiéo 

Souviendra pareillement à mondiâ frère- 
de dire fur les dimeuitez que l'on a faictes 
de me faire appelier à ces nopees , pour le 
lefpect de l'ambaffadeur du roy des Romains, 
que fi les feigneurs du conleil de cefte royne 
euilent bien confideré ce qu'eulx-mefmes 
ontfaict par cy devant, & expreifement en 
ladiéte chapelle de l'ordre 3 ilz euilent trouvé 
que le roy précède ( comme la raifon le 
venlt ) celluy àes Romains, & par ainiy n euft 
lent faift ung fi évident erreur , comme 
pourra monftrer mendict frère par ung roolle 
des chevalliers dudid ordre qu'il emporte 
ciyecques luy a 



O £ N O A I L L E S* 3 I f 

f 



M. de Noailles à M. de Senaupont* 
gouverneur de Boulogne. 

5 feptembre 1554. 

ïi lui donne avis que les Impériaux 
forment des dejjeins fur fa place. 

JMons-ieur mon compaignon, fe prefen- 
ta*nt l'occafion de cède defpeflhe au roy y 
je n'ay voullu faillir l'accompaigner de ce 
mot, pour vous dire que defbuis le parte- 
ment de mon frère, il n'eit furvenu aultre 
chofe de nouveau par deçà , fînon par les 
advis que j'ay receu d'Anvers & d auitres 
bons endroi&s , voitre place elr. bien menait 
fée d'eitre de brief atfiegée , fi l'empereur [a] 
peult continuer Ces aukres entreprinfes de 
Dorlens & Àrdres. Et encores que j eitime 
que ne (oyez fans ettre adverty & avoir l'œil 
bien ouvert de tous courrez , fï n'ay je tou- 
tesfois voullu faillir, monfîeur mon corn-, 
paignon , vous en efcripre , & aufïy pour 
vous dire , quant à nos occurrances de deçà, 
que les chofes n'y Com encores fî bien aiîèu- 
rées pour le prince d Efpaigne [b] , que luy; 
& les fîens n'y foyent en merveilleufe craîrtc- 
jte 3 tant pour le maulvais traidement que y 

"j.îl Toutes fes conquêtes, 2près la déroute de 
Renty , aboutirent à brûler quelques villages auprès» 
de Montreuil. 

[b} il avolt bien été proclamé roi d'Angleterre; 
truis comme il ne fut jamais couronné , c/écoic 
»n titre fans fonction & fans puiûance. 

Oij 



$T<5 Négociations 

reçoipvém les Efpaignols , que pour plu- 
fieurs efmotions qui ont efté découvertes, 
& qui eftoient jurées à leur ruyne & perdi- 
tion. Vous aileurant que jamais lefdiâs Ef- 
paignols n'y furent plus mal venus qu'ilz 
font à prefent. Je vous prie , monfieur mon 
compaignon , me voulloir faire part de cel- 
les de delà & de la prcfperité des affaires du 
roy ; du camp de Tennemy , & devant quelle 
place il eflde celle heure, & d^-toutes aul- 
tres nouvelles dont on peuit faire part à Ces 
aw.ys» 

De Londres ce 5: jour de feptembre i?J4 f 



M. de Noailles à M. d'Oysei. 
11 feptembre 15*4» 

Bataille de Renty &* de Maciano. Af- 
faires de Sienne. Mécontentement 
des Anglois au fujet du mariage de 
la reine avec le fils de l 'empereur, 

JvlONSiEua mon compaignon, defpuis ma 
dernière defpcfche que je vous ay envoyée 
le 3 de ce mois , ny quinze jours aupara- 
vant , je n'ay receu aulcunes lettres du roy, 
qui me gardera de tous faire affeuré dif- 
cours du fuccez de fon armée defpuis Ren- 
ty M -> P 0U1 " l'incertitude & variété des nou- 
velles qui s'en diïenticy chafeun jour, mais 

(Y] Le roi y défit Tavant-^arde de l'empereur, 
& le comte de Tavannes reçut , de la bouche du r<»i, 
les premières louanges de cette journée» 



DE No AILLES* ^l^ 

bien vous diray-je ( /iji ne le fcavez) com- 
me les affaires de Sienne fe font portées par* 
cy-devant afTez mal pour une bataille que le 
fîeur Pierre Strozzy a perdue [b] il y a plus 
d'ung mois , contre le marquis de Mari- 
gnan [c] , & dont je n'euiïe tant mis vous 
faire part , n eftoit qu'une mauivaife nou- 
velle eit tousjours feeue alTcz toll, &mef- 
mes comme celle-là , qui avecques grand 
dim;ulté , doibt p^iTer par la bouche d'ung 
ainjalTadeur. Mais maintenant ( adieu gla- 
ces ) tout fe porte en ce lieu affez bien, y 
eftant les forces du roy auuy gaillardes , 
pour le moïngs, que celles du duc de Fio- 
rance, & à fa majefté bonne volunté de les 
y continuer pour la confèrvation d'une û an- 
cienne refpubîicque. Mr. de LanîTac [â] am- 
baffadeur dudid feigneur vers le pape , allant 
de Rome audid Sienne , a eflé prins prifon- 
nier, & eu de prefènt, comme j'ettime, en- 
tre les mains du duc de Fiorance. Eltant 
toute la Tofcane en extrefmité de vifvres, 
combien que Sienne en a pour fîx mois, & 
les places du Sien n ois toutes en bons ter- 
mes de Ce bien conferver contre ce bon duc 
de Fiorance qui a maindenant jette fon plus 
grand feu. Mais quelque profperité qu'il ad- 
vienne en levant pour le fervice du roy , je 



[fr] Poar avoir voulu faire fa retraite en plein 
jour , & devant un ennemi plus fort que lui. 

[V] Frère du cardinal Jean-Aneje Medeq.iin , qui 
parvint depuis au fouverain pontificat foin le nom 
de Pie IV. 

f ] Il fat depuis éc ange contre Afcanio de, 1» 
Corgae» 

O il] 



gî-8 Négociations 

vouldrois de bien bon cueur que fa majefté 
l'euft négligée pour tourner vifaige au po- 
nant , où Tes affaires luy font de plus près 
importantes , & mefmes en ce pays , auquel, 
comme je vous puis aiTeurer , tous les fub- 
je<ftz tant grands que petits , font auffy m;>l 
contans de ce mariaige qu'ilz furent oncques^ 
n'attendant que l'heure qu'il y ait quelqu'un 
iî gentil entrepreneur que de fe mettre aux 
champs pour le fuivre tous d'ung bon voui- 
loir, & de chafer de ce royaulme ce nou- 
veau prince qu'ilz ont à contre-cueur aultant 
que toutes chofes de ce monde; & me femble 
que fi le roy n'eul't fitoil rompu fon camp , 
comme il afaicl , que cela leur euft tousjoars 
accreu dadvantaige celte bonne volunté qu'ilz 
ont de remuer mefnage quand iiz en auront- 
la commodité. Toutesfois fa majefté a laifTé 
IVÎr. de Vendofme avecquesun camp voilant 
aux frontières de la Picardie , où l'empe- 
reur n'a pourtant delaiffé deprandre Auchy- 
le-Chafteau & St. Riquier-, qu'il a ruynez, 
faiit tailler en pièces & pendre deulx cens 
hommes qui eftoient- dedans , & bruilé quel- 
ques viilaiges le long de ladi&e frontière , 
ayant efté grand bruict par-delà qu'il debvcît 
aller afïieger Ardres ou Dorlens ; mais pour 
tes avoir trouvez trop bien munis de toutes 
chofes , il a changé d'oppinion ; & avecques 
fon armée & grand nombre de pionniers, 
eft après à faire ung fort- au miilieu d'ungj 
marais , demie lieue près de Hefdin ( où i& 
roy a voit délibéré l'année paiTée d'y fortif* 
fier , & fe nomme le Mefnil (e), pour ccrrv- 

•' — '■ — — ■ ■ < i ■ • nr "m 

L e 2 -A prcfenc Ké.iin,. 



de Nouilles. fl$ 
mander au bailliage dudict Hefdin. Qui efl 
tout ce que je vous puis efcripre pour celii 
heure , attendant en bonne defvotion nou* 
velles du maiilre , defqueiles je ne feray 
faulte vous faire part, par la première corn* 
modité qui s'en prefentera. 



M. le Contestable de Montmorency à 
l'Evesque de Winchestre ? chancelier 
d'Angleterre, 

24 (èptembre \% f 4. 

JHettre de créance du Connétable pour 
les deux frères de Noailles , adref 
fée au chancelier £ Angleterre , qu'il 
félicite fur fa difpofition à mainte- 
nir La paix entre les deux nations 

.Monsieur, le proth'onotaire de Noailles , 
prefent pourteur , m'ayant faia entendre le* 
bons & bonnettes propoz que vous luv tin- 
tes à Ton partement , de l'affé&ion que vo*us 
avez à la continuation & entretenement de 
la bonne paix 6c amytié qui ett entre nos 
princes , je' n'ay voullu faillir par luy à vous 
faire affeurer que je correfoondray de fem- 
blable affeclion & volunté du coudé de deçà, 
l'ayant oultre cela prié vous dire & defclai- 
rer aulcunes chofes dont je vous prie le 
croire , aufly bien que le fîeur de Noailles , 
ambaiïadeur du roy par-delà, tout ainfy que 
tous feriez moy meîme ; priant dieu, mon- 
fisur, vous, donner bonne vie Se longue. De 

Oiv 



JîO Négociations 

Villers-Cotteretz le 25 jour de feptembrc 
1554. Ainfy figné, voûre entièrement bon 
amy Montmorency. 



Le Roy à la Reyne d'Angleterre 

24 feptembre I5Î4» 

Autre lettre de créance du roi pour le 
protonotaire de No aille s , adreffée à 
la reine d'Angleterre , & dans la- 
quelle ce prince Vajjure de [on eftimz 
& du dejïr fincère au il a 9 d'entretenir 
la paix qui eft entre les deux royaumes* 

1 rez haulte, trez excellante & trez pui£- 
fante princeiTe, noftre trez chiere & trez amée 
bonne fœur , & comme à vous tant affedueu- 
fement que faire pouvons , nous recom- 
mandons. Nous avons entendu de noftre 
amé & féal conseiller & aufmonier ordinaire 
le prothonotaire de Noailles, prefent pour- 
teur , les bons & honnefles & favorables 
prôpoz qu'il vous a pieu tenir à noftre amé 
& féal aufï) confeiller, maitlre d'hoftel or- 
dinaire, & ambafîadeur refîdant auprès de 
vous , le fieur de Noailles & à luy , du de- 
/îr & affection que vous continuez de porter 
à l'oùfervation & entretenement de noftre 
commune, (ïncere & parfaiâe amytié, dont 
pour l'eftat & eftime que nous en avons touf- 
jours faiâ , aultant ou plus que d'aultre prin- 
ceiTe de ce monde , nous ne pouvons recep- 
Toir que infiny plaiiir & ne voulions faillir 



de Nouilles* $2'? 
a vous en mercier de très bon cueur; & 
quant & quant vous afleurer que nous vous 
correfpondrons tousjours de telle fincerité 
d'affection que vous n'aurez jamais prince 
qui vous foit & demeure plus feur & entier 
amy que nous ferons toute noftre vie, ainfy 
que nous avons donné charge audic~t protho- 
notaire de Ncailles le vous deiclairer plus 
particullierement de noftre part , lequel nous 
vous prions voulloir benignement ouyr,& 
à iuy adjouiter la mefme foy & créance que 
feriez; à nofîre propre perfonne ; & fur ce 
trezhaulte, trez excellante & trez puiiïante 
princeffe , noftre trez chiere & trez amée 
bonne fœur & coufine , nous fupplions le 
créateur vous avoir en fa trez faincte & digne 
garde. De Villers-Cotteretz le 24 jour de 
Septembre 1554. Ain (y fignè voftre bon frère 
& cou/ïn Henry ; 6* au-àejjbus, Bourdin,- 



(»;<>-.-^' 



L'Evesque de Winchestre , chancelier 
d'Angleterre, à M. le Connectable. 

\6 novembre 1554. 

Réponfe du chancelier d'Angleterre à la 
lettre précédente du connétable , £r 
qui ne contient que des difeours gé- 
néraux aufujet delà confervationdz- 
la paix. 

JMoNsiELRle conneftable, tant par la lettre 1 
qu'il vous a pieu m'eferipr e comme parce que 1 
me a monftré de voitre part 5 monteur le-' 

Ov 



522, JV É GOCI ETIONS 

prothonctaire de Noailles frère de monfTeirf- 
î'ambaffadeur refîdant icy , j'ay entendu la. 
bonne affedion que portez devers la confer-»- 
vation de l'amytié d'entre ces deulx royaul- 
xnes , avecques une fain&e difpofîtion à la 
paix pour le bien univerfel , chofe certes qui 
correspond à l'opinion que j'ay tousjours eue 
de voflre feigneurie en cert endroid ; car 
quant à moy je n'ay oncques peu apperce-- 
veoir que n'ayez tousjours monftrélamefme 
inclination en quoy s'il femblera bon à vof- 
tre feigneurie de perfeverer , vous pouvez 
cflre aiïèuré que aultant qu'il fera en mort 
poffible , feray tout ce que je verray eftre 
non feullement à la confervation de ladide 
amytié , mais auffy au bien & proufrld de 
toute la chrétienté , comme vous fçaura dire 
plus à plein lediâ: monfieur le prothonotaire» 
Et ainfy en me recommandant de bien bon 
cueur à la bonne grâce de volke feigneurie , 
je prie à Dieu vous vouiloir donner, mon- 
fieur le connectable , très bonne vie & longue ».. 
De Londres ce 16 jour de novembre 1554» 
Ainfy iîgné votre anciennement bon amy, 
S>t e . Winton Cancell. Et au-dejfus , à mon- 
teur , monsieur le conneftable de France, • 



&%> 



DE NOÀILLEÎ. 3 2 3 



La Reyne d'Angleterre au Roy. 

14 novembre 1554. 

Réponfe de la reine d' Angleterre au 
roi y en conformité de ce que ce prince 
lui avoit écrit au fujet de la paix* 

J. REzhaut, trez excellent & trez puifTant 
prince , noitre trez chier & trez amé frère Se 
cou(în,àvous tant afFectueufement que faire 
pouvons nous recommandons. Nous avons 
entendeu tant par les lettres qu'il vous a pieu 
naguieres nous adreffer, avecques voi'tre con- 
feiiler prothonotaire de Noailles , voltre ani- 
bafTadeur rendant auprès de nous, &luy mef- 
me nous ont did de voflre part l'affedion & 
defîr que vous monftrezavoirj de correfpon- 
dre de voflre coufté à la bonne inclination 
qu'avez tousjours trouvée en nous de conti- 
nuer Se entretenir noflre commune , /încere 
& parfai&e amytié , chofe qui nous a cflé 
aultant agréable que aultre qui nous pouvoit 
avoir entrevenue , vous affairant que tout 
ainfy que nous vous avons par plufieurs fois 
faid entendre le defîr qu'avons d'obferver la- 
dite amytîé d'entre nous , par ainfy nou* 
trouverez à jamais prefte de vous montrer 
par erfecT: ce que vous avons affeuré de pa- 
rolle , ainfy qu'avons prié voflre ambaflà- 
deur & ledid prothonotaire vous defclairer de 
noitre part. Et fur ce, trezhault, trez ex- 
cellent , & trez puifTant prince , noftre trez 
chier & trez amé frère & coufîn , nous prions 

Ovj 



3^4 NÉ GO C I AT 1 N S 

Dieu qu'il vous ayt en fa trez fainâe & digne 
garde. Efcript à Weftermeft le 14 jour de nov. 
1554. Ainfy ngné , voftre bonne fœur & cou- 
fine Marie. Êtefid la foubfcri'Jtion , à trez 
hault , trez. excellent & trez puilTant prince , 
noftre trez chier & trez amé frère & coufïir 
le Roy de France. 



Lettre du Légat Polus au Roy. 
13 décembre 1554. 

Le cardinal Polus marque au roi > que 
le pape V ayant chargé par fa léga- 
tion de deux affaires très-importan- 
tes, par la grâce de dieu , il étoit 
venu à bout de la première , qui étoit 
de remettre V Angleterre fous Vobéif- 
fance du faim fiége , £r qu'il efpé» 
roit de la piété du roi qu'il concou- 
reroit à la féconde , qui étoit de réta- 
blir la paix entre lui 6r l'empereur» 

Sire > 

EfTendo piaciuto alla divina mifericordia' 
di condurre al de/iderato fine il n ego tio délia 
riduttione di queOio regno alP unira délia: 
chiefa& obedientia délia fede apoflclica fono 
entrato in maggior fperanza di potermi piu: 
utilmente adorerare, féconde la commiiîio<- 
ne datami da S. S ta . procurar lapace traW 
M ta , & la M ta . Cefarea : videndo maulme la 



DE No AILLES* J2j.: 

prima condutta al fuo dcbito fine per'quei no- 
hili mezzi y quali hogiudicato & fperato fem- 
pre dovere effëre attiilimi alla perfettionedi 
cjuefl altra onde mi fono modo a fcrivere hora 
a V. M ta . Chr ma . parte per rallegrarmi con 
lei di'quefta grande opéra di Dio fatta, a be- 
neficio & confolatione cofli grande del po- 
pulo criitiano : fapendo che per la pieta Tua 
ella non puo Ce non riceverne molto piacere 
fi corne nel parlar che fi degno far meco 
moftro , haverne molto defiderio : & parte 
per dirle del defiderio que io ho di poter fèr- 
vir in quefta altra legatione air una & alF 
altra che V. M ta . infieme col ben publi- 
co corne fpero chefendome data la occafione 
con gli eftetti cognofceranno : & à V. M ta . 
bocio con ogni débita riverentia le mani. D£ 
Londra, ail* xin di décembre 1554. D.V. M*» 
Chr m ». humilifr.fervusreg. Car lis .Polusleg,- 




%$& NÉ G C 1 AT I N S 



Lettre du Légat Polus à Monfeigneur li 
Contestable. 

14 décembre 1 5^4» 

Seconde lettre du légat , adrejfée au 
connétable en conformité de laprèci-- 
dente écrite au roi , & dans laquelle 
il exhorte ce feigneur 3 premier mi- 
niftre de [on maître s de continuer 
la paix, 

Illustrissimo & excelientiffimo Sre. 

f f Poi che ii fîgnor Dio fî è degnato concedere 
îldefïderato fine & componimento alnegocio 
délia riduttione di quefto regno ali' tinita délia 
chiela &obedientia délie fede aptoûolica ,ha- 
vcndo ioprelTa qualche maggior fperanza che' 
la divina ïuabonta,con li medefimi cofi nobili 
6c atti mezzi di quetla Maefta , fia per confo- 
lare anche la Chr ta . délia pace tra l'Impera- 
tore & fua Maefta chr ma . ho giudicato per la 
commifîione cheio ho dellaSantita del Papa , 
anche fopra difio convenerfi al debito mio , 
con l'occafione di rallegrami con fua M ta . 
Chr ma . di cofî felice iuccefTo farinfïeme men- 
done di quefto altre negorio nel quale (a- 
pendo io quanto voftra excellen za fi /îa fem- 
pre moftrata inclinaca & ben difpofta, mi 
confido ch'ella fia per far con fua M ta . ogni 
buono officio & con laprudentia & autorita 
£ùa aiutar queftacofï fanta opra& tanto ne- 



se Nouilles* 327" 

cefiaria ni bifbgno dell' afflicta Chr ta . onde 
non mi oflendero in dirle altro fe non che DIo 
le dia ogni profperita in fuo fervitio. Dt 
Londra alli xnn de décembre 1554» Di Y» 
Ecc tia . ditfiiF. reg. card lis . Polus leg. 



Lettre du Roy au cardinal Polus. 

.... décembre 1)^4' 

Le roi félicite le légat de la réunion de 
l'Angleterre à la religion catholique* 
Il lui marque qu'il en a fait remer- 
cier dieu folemnellement dans toutes 
les églifes de fon royaume, £r qiiïl 
le trouvera toujours difpofé à con- 
tribuer de fon côté au rétablijfement. 
de la paix» 

JVloN cou/în, par voftre lettre du 13 de ce- 
mois que j'ay eue par ]a main du nunce de 
noftre trez fàinâ: père le pape refîdantpres- 
demoy , & ce qu'ii m'a did auffy , j'ay fceu 
& entendeu le bien & la grâce qu'il a pieu à 
Dieu no lire créateur faire au royaulme d'An- 
gleterre le reduifant à l'union de fon eglhè 
& obeyffance du faind fîege apoftolicque, & 
combien voftre bonzele, fincerité & dexté- 
rité ont vallu & fervi à ung tel & fi falu— 
taire. œuvre , de quoy comme roy trez chref- 
tien & qui a en première confédération ce 
qui touche Dieu & fa faincte religion je n'ay 
obmis de le louer & faire louer & remercier 
par les eglifes & gens de bien de mon royaul- 



3^8 N È-XTQ C LA T 1 O N S 

me , comme d'une des plus agréables non- 
Telles que je fçaurois jamais recepvoir,voyanJ 
par là ion eglife d'aultant fortimée à la confu- 
sion des malheureulx & aveuglez qui ont prins 
aultre chemin , & quant à vous , mon coufin , 
je ne veulx faillir à m'en congratuler avec- 
ques vous , & ne fera jamais que je ne vous 
aye en plus grand amour , révérence & re- 
commandation pour avoir conduit à fin tant 
heureufe chofe iî utille à la chreftienté & 
agréable à Dieu, & auffy de l'affection que je 
veoy que vous defmonflrez, à la paix & re- 
conciliation d'entre l'empereur &moy pour 
le bien publicq. Sur quoy je vous diray que 
vous feavez en quelle volunté vous m'avez 
trouvé , quant à cela , & ce que je vous enay 
did & faid dire par mes minières qu'il ne 
tiendra poindàmoy , & que je prefereray à 
mon particulier le bien de ladictechrefhenté 
pour l'honneur de Dieu & repoz de fon peu- 
ple , & defpuis n'ay en rien changé & ne chan- 
geray jamais cefte volunté , pour les effedz 
de laquelle l'on me trouvera à toute heure 
preft & difpofé d'entendre à toutes chofès 
honnefles &'raifonnables que j'eflime à grand'- 
heure eftre traidées par fi bon moyen que le 
voftre , fortiffié de ceulx que noftre feigneur 
a voullu employer à la perfection du premier 
poind de voftre légation ja fi bien fuccedée 
êc fur cefaifant fin , je prie Dieu, mon cou- 
fin , vous avoir en fa fainde & digne garde, 
Efcript à faind Germain en Laye le ••«.•• » 
four de décembre 1554. 



DE No AILLES* 32$ 

g' " ' - - " Tg 

Lettre de M. le Connestable aufeigneur 
Légat. 

. . • . décembre i<m» 

Nouvelles ajfurances que le connétable 
donne au légat , qu'il contribuera de 
tous [es foins à un auffi grand bien 
que celui de la paix , pourvu qu'il 
fe fajje des proportions quon puijfe 
recevoir, 

JVIûksieur, il fault qu'en premier lieu je 
me resiouiffe avecques vous de la grâce que 
noftre feigneur vous a faiCte d'avoir conduid 
& meiné à h bonne & heureufe fin le faid de 
la religion du royaulme d'Angleterre , Se 
qu'il luy ayt pieu tellement enluminer ce 
peuple -là qu'il ayt feeu congnoiftre iedange- 
reulx chemin où il eftoit & le foit auïïy bien 
redrelîë à l'union de Teglife & obeyfTance du 
faind fiege , dont quant à moy,mon(ieur , je 
remercie Dieu de très bon cueur, & vous en 
auray tant que je vivray en plus grand hon- 
neur, eftimant qu'il ne vous a poind faidr 
miniftre d'une chofe fi fainde & qui luy efï: 
tant agréable , fans vous aimer beaulcoup. 
Louant grandement l'efperance en laquelle 
vous m'efcripvez que fur cefîe occafîonvous 
eQ.es entré, que reprenant par vous la pratic- 
que de la paix d'entre le roy & l'empereur, 
avecques les bons & aptes moyens que vous 
avez. , la bonté de Dieu ne s'eilende à confo*> 



3$0 Né GO C I A T T 0\V f 

1er Ton peuple du bien de ladite paix, aufTy: 
voluntiers qu'il luy a pieu vifîter defamiferi- 
corde lediâ; rcyauiroe d'Angleterre , enquoy* 
moniîeur, je ne veulx faillir à vous confor- 
ter comme celluy qui la délire aultant que 
nul aultre v & qui fe vouldroit employer jut- 
ques au fàng pour 1 honneur de Dieu & le 
bien de la chreftienté ; vous advifant que là- 
bonne difpofition en quoy vous avez trouvé 
les chofes , quant au faict de ladicte paix 9 vous 
eftant par-deça n'eft de rien changée , & que 
à toutes occafions l'on trouvera le roy prefl 
& diipofé defe lailfer conduire à ce qui fera 
d'honneite & de raiibn ; de forte que l'on ne 
pourra dire qu'il tienne a luy ; & de ma part r 
ïnon/ieur , je vous prie croire & élire afleuré 
que je n'y obmettray aulcun bon office que 
je y puifîè faire , non plus que j'ay faid par 
le pafTé , quand je y congnoiflrsy quelqu'aul- 
îte meilleur expédient que ceilùy qui a elle 
tenu jufques icy , ainfy que j'ay prié le pro- 
thonotaire de Noailles, frère de i'ambafïadeur 
que ledict fèigneur a de delà , où il l'envoyé" 
pour fe congratuler de fa part avecques la 
royne fa bonne fœur de ce nouveau bien ad- 
venu à fondid royaulme , vous faire plus am- 
plement entendre de ma part s'il vous plailî 
l'en ouyr & croire ; & fur ce je prie Dieu , 
rnon/ieur , vous donner bonne & longue vie. 
De faind Germain en Laye le . . jour d». 
décembre 15:5:4» 



s js Nouilles* $31 

Mémoire au prothonotaite de Noailles 1 ? 
retournant en Angleterre. 

24 feptembre 1554. 

Le roi content de la négociation du 
protonotaire de Nouilles , le renvoya 
en Angleterre pour profiter des ou- 
vertures de paix que le chancelier 
lui av oit faites. Ce qui dans la fuite 
eut un heureux fuccés , par les foins 
& l'habileté des deux frères. 

Le prothonotaire de Noailies , a Ton retour 
d'Angleterre a rendu au roy fi bon compte 
& tant par le menu des affaires de delà , & de 
Teftat d'iceulx, que ledid feigneur en eft de- 
mouré grandement fatisfaicl: , ayant par Ton 
rapport , à peu près jugé , quelle eu l'inten- 
tion du nouveau roy & de la royne qui eu ,, 
ce quelediâ feigneur en avoir tousjours ren- 
ie , eftimant bien quecefîe aliiatrce ainfy faicre 
parce mariaige, ne peult rien avoir rameiné 
de bon à Tes afiaires , ainfy que tefmoigne afîez. 
auiTy la refponce ambiguë dudict nouveau 
roy , qui die! qu'il obiervera les traidez de la 
paix d'entre le roy & l'empereur, qu'il y a 
trouvez à Ton advenement à la couronne 
d'Angleterre aulrant [a] & tant qu'ilz feront: 

m ^ 

\_a\ Intention qu'on peut dire prefque générais, 
dans la plupart des fouverains, qui, malgré la re- 
ligion des fermens , ne manquent jamais de pré» 
textes pour rompre Its traités les plus folemnel s s 
^uand%ls y trouvent leur intérêt» 



3^2 Négociations 
utilrs audid royaulme Toutesfois luy a ce 
cfté grand plaifîr de nVflre encores ainfy 
plus efclaircy pour lui eftre ung argument de 
tant plus foigneufement penfer aux affaires 
qui regardent & concernent lediôfaid d'An- 
gleterre & fetenir en tous cas plus prefparé 
pour y efviter tout inconveniant comme il 
fçaura très bien faire & ne luy fçauroit le- 
did fîeur de Noailles fon ambaffadeur par- 
del à faire plus grand fèrvice que d'avoir tous- 
jours l'œil [jQbiea ouvert àdextrementveoir 
& defeouvrir tout ce qui s'y pourra faire , 
drefler pratienues & manyer au préjudice de 
iès affaires, eflant bien certain que par foubz 
main lefdids roy & royne n'y oublieront 
rien, & ne prend icelluy fèigneur en paye- 
ment aulcun,les tant belles parolles de ladide 
royne de la bonne volume qu'elle did avoir , 
de luy demourer bonne fœur , & de voulloir 
continuer , entretenir & obferver inviolable- 
ment les traidez& bonne paix, en quoy elle 
a trouvé ledid royaulme avecques ledid fei- 
gneur, fieft ce qu'il fera bien ayfe & veult 
que ledid iîeur de Noailles la paiffede fem- 
blables paltures > & fafTe envers ledid roy & 
elle , toute rhonnefteté & apparente demonf- 
tration qu il pourra , de correfpondante vo- 
lunté de fa majeflé envers eulx , & n'y efpar- 
gne icelluy fieur de Noailles tous les gra- 
cieulx propoz & aultres moyens qui y pour- 
ront fervir, affin qu'ilz ne puiiTent avoir oc-i 
cafîon de penfer que le roy fe vueille aultre^j 

[î 1 ] L'ambaflTadeur eil un sfpion privilégié, 3n 
(bayent ur. dangereux ennemy >, que le craie de^ 
gens faic refpeâijer. 



9 E N C A r LI.E S. 33? 

ment comporter envers euix , quî ce qu il 
leur en a faiâ dire ordinairement. 

Encores que toutes les confédérations J e(îus 
dicles bien poifces & digérées de ceulx qui 
congnoifTent les humeurs de l'empereur & 
ont veu comme oppinnftrement il a pour- 
ftiivy ce mariaige , plus pour s'en prevailoir 
( ainf) qu'il fault penfer ) à l'advantaige de 
fes affaires contre le roy , que pour nul aultre 
refped ; aufly qui fcavcnt comme il fcut 
faire Ton proumcî de toutes chofes , ayant mef- 
mement trouvé celle royned'Angle:erre paf- 
fîonnée de grandeur, pour laquelle il faict Ton 
compte de l'avoir difpofée à Ion intention & 
parce moyen tirer ledicl royaulme d Angle- 
terre à tel poinâ qu'il le vouidra conduire , 
fv a le roy oppinion que ledicl nouveau roy 
Se ladicle royne , luy , pour eilre prince qui 
ayme plus fon ayfe & Ton repoz que la guer- 
re , & elle ,pour ne laifTer poind efloigner 
d'elle fon mary , & aileurer les couvertes 
(éditions qui font en fon royaulme , fercient 
par adventure bien aifes qu'il y eufi une 
bonne paix entre ledicl feigneur & l'empe- 
reur , afîîn que venant ledicl empereur à 
faillir , comme il y a apparence qu'il ne peult 
faire longue traicle , débilité de fa perfonne 
comme il eu. , ilz ne fe trouvaient enve- 
loppez de la guerre de tous couliez , & leurs 
eflatzainfy difperfez qu'ilz font, & les aul- 
cuns compofezdegens qui fouventont ayme 
les révoltas & changemens de feigneurs , en 
dangier de fe perdre & par ce moyen feuf- 
fent interrompus du repoz qu'ilz fe promet- 
tent enfemble. 

A cefte caule a icelluy feigneur trouvé boa 



^~3 L N É G O C I .4 T7 C KS 

que Më*. le conneilable defpechaft par fo& 
c. mmândeirçent ledicl prothonotaire de 
Noailles prêtent pourteur par-delà , pour 
faire entendre audiâ: fieur de Noailles Ton 
îrere tout ce que defTus , & luy dire qu'il fem- 
bi< mondiâ: fîeur le conneflable que les 
JKonneftes propoz dernièrement pafiez entre 
Fevefque de Wincheike,chancellier d'Angle- 
terre , & ledid prothonotaire de Noailles , 
dont on ne faicl icy redi&e, & luy donnent 
argument de croire qu'il n'auroit pas à def- 
plaifîr d'eftre miniilre d'une /î grande & Ci 
faincte œuvre, pour après avoir du tout bien 
au long communicqué enfemble & difco.uru 
fur la difpoiltion en quoy feront , à fon arri- 
vée les affaires de delà, trouver moyen de 
parler par enfemble audict chancellier & de 
la part de mondid feigneur le conneilable, 
duquel il luy prefentera les lettres de créan- 
ce , luy dire que au retour dudict. prothono- 
taire , il a bien entendu par les propos dont 
il luy a faiâ rapport , comme la iincere & 
droic"te affedion qu'il a tousjours congneue 
en luy, à toutes les a bonnes choies } luy dure 
& perfevere , comme perionnaige vertueulx 
en ce qu'il a eltimé très bon à lhonneur de 
Dieu & repoz de la chreftienté , que aufTy' 
noftre feigneur monilre bien qu'il l'ayme , 
layant durant tant decalamitez ftaffliclions 
qui ont efté au royaulme d'Angleterre , con- 
fervé jufqu es à prêtent pour le remettre au 
premier lieu dudiét royaulme , où mondid 
ikur le cor.neftable qui l'a tousjours aymé 8c 
eflimé comme il fcait , eft très ayfe de le- 
veoir , s'afleurant qu'il n'y fçauroit avoir ung 
fneiileurne plus faind miniilre p ourl 'entre- ■! 



& e Nouilles» 3-3-5 

-tcnement & conservation de la bonne paix & 
amytiéqui eit entre ces deulx royaulmes; où 
il le prie continuer de faire le bon office 
qu'il a commencé , comme de (a part il fera 
auprès du roy , affin qu'ilz puiffent chafcun 
d'eulx vivre aurepoz qu'ilz doiovent atten- 
dre d'une telle amytié & là-dei-ms entreront 
à luy dire que mondi& fîeur le conneflable a 
donné charge audicl prothonotaire luy def- 
clairer de fa part , & foubz la fiance qu'il a 
de l'amytié & intégrité dudid fîeur ch-incel- 
lier , qui en fçaura bien prendre ce qui iera 
bon & à propoz., comme cho(e venant de 
luy mefme , feullement que queiquesfbispen- 
fant aux grands biens & honneurs que l'em- 
pereur laiflèra au roy d'Angleterre fon filz 
après fa mort , il l'eftyme ung des grands 
piinces & plus heureulx de la chrétienté., 
efhnt jeune comme il etë 5 roy& prince de 
tant de royaulmes & eftatz qui feront iiéns 
après fondict père , honnoré de la repputa- 
tion grande qu'il luy lailfera auffy , de forte 
ou'il luy femble ne luy relier plus que une 
feulle chofè, c'eft qu'il luy laiflàft quant & 
quant le moyen & Foccafîon de jouyr en paix 
& repoz de tous Ces biens , & d'uler avec- 
ques une fî vertueulfe princefTe que celle qu'il 
a, la doulce vie que fond, père luy a préparée» 
Ce qui ne le pourrok mieulx faire que pre- 
nant, icelluy roy d'/\ngleterre &ladicte roy ne, 
en main de faire entre ces deu-lx princes 
une bonne paix , devant que la mort pré- 
vienne ledift empereur, fî mal que chafcun le 
veoit; que mondiâ: fieur le co inefhble crek 
& efl aifuré que fî cela fe doibt faire , que 
.Je roy s'y lailTeroit plus aylement condujrç 



336 Négociations 

par celle main-là, que de nul de la chref- 
tientr , eftant Ci grans princes qu'iiz font & là- 
defius pourront defclairer audiri chancel- 
ier, ce quelefdi&s roy & royne feront pour 
eulx & pour leur repoz & leur toucher comme 
d'eulx mefmes & de la part de mondiâ: fleur 
le connefïable , des points cy-defïus defeiai- 
rez , ce qu'iiz jugeront edre à propcz , qu'il 
y allez de prirces , potentats & aultres qui 
ont voullu mettre en advant le faiâ: de la- 
di&epaix , mais que les chofes ne s'y font 
pas trouvées difpofées d'une part n'y d'aul- 
tre ; eflant lors ie feu plus allumé par ad- 
venture qu'il n'efr,que l'ung Se Paultre de£ 
dicts deulx princes [c} ont efprouvé ce que 
chafeun peult ; que fî lediâ: chancellier juge 
qu'il y ayt apparence d'en faire comme de 
luy mefme ouverture aufdicts feigneur & 
dame roy & royne pour en fonder leur in- 
tention, ce feroit très grand plaifîr à mon- 
diâ fleur ie conneftabie,que luy & ledid chan- 
cellier peuiîent doulcement conduyre une /î 
bonne œuvre à fin; mais s'il juge qu'iiz ne 
l'eufient à gré , il le prie qu'il n'en foit ja- 
mais nouvelles & demoure cella entre eulx 
deulx. 

àelon que lefdids fleurs de Noailles trou- 
veront iceliuy chancellier difpofé, le condui- 
ront doulcement & dextrement audict affai- 
re & iuyvant la refponce négocieront lediâ: 
»■ ' ' ' " > 

[c] Jules Céfar avant la bataille de Pharfale > 
fît dire à Pompce par Vibullius Rufus, que la for- 
tune jufques là fen lloit avoir ménagé, entre lea 
deux partis , le' avantages & les pertes, pour les 
obliger l'un & l'autre à fe rendre plus faciles à 
l'accomraodejmenc. 

affaire 



se Nouilles* 3 3 7 

affaire fecrettement felo n l'importance 8c 
mérite d'iceliuy. 

Les aultres chofes Ton t remifes fur lediâ: 
prothonotaire de Noailles , tant d'Italie que 
d'ailleurs , pour en taire part audiâ fîeur de 
N-oaiiles. 

FaiA à Villiers-Coftereftz le 24 e . jour de 
Septembre l'an i$l4»',Signé , Henry, ht plus 
las, de l'Aubefpine* 

bj l! — " ' ■■' -n 

M. de Noailles au Roy., 
7 o&obre 1554» 

Quelques vaijfeaux Fr ançois arrêtés dans 
la Manche , caufent de l 'inquiétude 
à la reine OU Angleterre , & donnent 
lieu à une explication entre fon ami" 
rai £r notre ambajjadeur, 

Oire, j'avois une defpeche preflepour en- 
voyer à voftre maiefté ^ quand i admirai [a] 
de cefte royne m'efl venu trouver en mon 
logeis & tenir les propoz que j'eferipts à M. 
le coiineftable > toufehantaulcunsde vos na- 
vires qui lont entre Douvres & Calais ., oiiil 
n'a failly de mett:e en advant (ce que ceulx 
de fa nation font de longtemps ) que ce def- 
troicl eft en la puifTance [£] de la rov ne la mai£ 

[a] Guillaume Howard, d ; : milo'ii Effingham._ 
[î?j On verra dans une ajt;e d.'pcche , qu'An** 
toinc de Noailles lui répondu avec autant d cou- 
rage que de fermeté , que la me* éroir large Se <pa- 
cieufe , & qu'il n'v connoifibit poinc d'autres droits 
•que ceux du plus fortt 

Tome 1JL P 



5jS Négociations 
trèfle, laquelle n'auroit poind d'honneur ft" 
elle ne gardoit à Ton poflibie , que les fubjcâz 
/de l'empereur & du roy Ton mary , ne pafîat- 
lênt feuremenc & librement. Ce que cong- 
nohTant, fire, & meime ledift admirai eftre 
perfonnaige affez ayféà s'efmouvoir de peu 
2e chofe , voyant d'aultre coufté qu'il Ce con- 
vioit à difner cejourd'huy avecoues moy > 
)e ne voullus faillyr de paffer les chofes le 
plus doulcement que je peulz & m'accom* 
înoder à la prière qu'il me faillit, qui eftoic 
d'envoyer exprès vers vcitremaieué, pour en 
fçavoir l'intention^ icMie & iuy refpondifî 
feullement quant à ces > es , qu'il y avoit 
bienlongtemps que je n 'a v o i$ ceceu ettres 
de vous , lire , ny aulcunes nouvelles de 
roftre rcyaulme-, & que j ce moyen j'e£- 
tois incertain quelz vâifîêa ce pouvoient 
eltre , &que j'eitimois qui i y en avoit aul- 
cuns des voftres, mais poifibj uelques Nor- 
înans qui vont à l'advanti & à la guerre 
fur les Flamans & Efpaigi , tout ainfy 
comme font les lubjerîz duc ...l empereur fur 
ceulx de voftre majetti , lei elz ne le veul- 
lent efpargner de faire de bt les prinfes lur 
le large de la mer , quelque part qu'ilz en 
trouvent le moyen. Il me fi refbonfe à ce 
propoz qu'il eftoit adverty pc rr certain qu'il 
y avoit audid: deitroid de v> 5 navires , 8c 
que dadvantaige au Havre -d Grâce & aux 
environs , s'en prefparoit di îuict ou vingt 
pour quelque aultre effecT:. À quoy je veC~ 
plicquay qu'il m'en difbit la < ~emiere nou- 
velle , & que lî ainfy eftoi: , il avoit meil- 
leur advertifTement de vo. c affaires que moy ; 
jpais bien le vouliois-je aiièurer que quelque 






de Nouilles. 539 

appareil qu'il y euft ou non , voftre majeilé 
ne faifoit pour le prefent , ny feroit par cy- 
apres aulcune choie qui peuft diminuer ny al- 
térer l'amytié qui efl entre vous, lire, & 
ladi&e dame fa maiftreffe roûre bonne fœur. 
Il me dict à ce langaige , que le foir précè- 
dent il menoit dancer ceitedi&e royne, la- 
quelle luy monflra deulx bagues qu'elle porte 
aux doigts , luy difant , que de l'une elle 
avoit efpoufé Ton roysulme , & de l'aultre 
fon mary , mais que la première eflo't de 
plus grande obligation à 1 entretenement de 
voftre amytié que la féconde , à laquelle 
pour nulle chofe elle ne vouldroit contre- 
venir. 



M. DE NOAILLES à M. LE CONNECTABLE. 

6 octobre 1554. 

L'amiral d'Angleterre retourne cheç 
VambaJJadeur de France , pour lui 
dire que la reine fa mtiîtreffe avoit 
trouvé à propos d'envoyer reconnoi^ 
tre nos vaijfeaux. 

.Monseigneur. , 4'fpuis ma lettre efcrîpte 
du ? à la requefle de cetë admirai, ileil ve- 
nu ceiourd'huy difner avecques moy , me 
defclairant entre aultres chofes , que ù mai£ 
trèfle & feigneurs de fon conseil ont defpujs 
penfé aux propoz, qu'il m'avoit hier tenus, 
& aux refponces que je luy avois fai&es que 
ladite dame trouvent bonnes ; mais que ce 



3 40 Négociations 
■jferoit une trop grande longueur que d'at- 
tendre la refpcnce du gentilhomme que j'£i> 
voyois devers le roy & vous, & devers les 
capitaines qui elîoient au paflàige d'entre 
Douvres & Calais , eûimans aufly qu'iiz ne 
feroient pour s'abilenir pour les lettres que 
je leur efcriprois; & par ainfy ladi&e dame 
voyant qu'il y va de fa réputation & de 
grande importance pour beaulcoup de per- 
fonnaiges de qualité , & plufieurs particu- 
liers qui font retenus tant du coufté dudift 
Calais que Douvres, defpuis dix ou douze 
jours en ça, que fadi&e majeilé avoitordon- 
né des hier qu'il y fuit envoyé de Tes navires 
en dilligence pour afieurer le pa{Iaige ; & pour 
aller fçavoir, avecques ies capitaines des na- 
vires Francois,s". z voudront donner empefc 
chement, affii: : ? fuy vant ce qui fera trou- 
vé en leurs intej >ns, elle y puiflê pour* 
veoir , délibérée d : voulloir affeurer ce pa£« 
faige de façon <jue -.outes quaiitez de gens, 
tant fubjedz de l-'.npereur qvv du roy Ton 
miry , y puifîèni ■■ Ter libre ment fcrs eftre 
aulcunement emmêleriez,, nie voulant le- 
dicl: admirai bien : ? entendre , que nulle 
aultre que la maiftreilè avoit puifrance en 
ce deftroict. Voila nonfeigneur , la muta- 
tir- n qu'il y euii c .. ur , i'aultre , qui m'a 
faid encores ad 1 er ta defpefche de le 
Claux prêtent pc i eur , &ïïn d'a^vertir ce 
tant pluitoll les f icts capitaines de ce eue 
deifus, & puis dej )us aller rendre compte, 
tant de ce qu'il a . trouvé eneuix , & de 
l'efqujpaige que : . ix-cy feront par les che- 
mins, que d'ault -es particularitez dont il a 
charge & mémoires , & affin auffy , mon? 



Q E No A I L L E S* 34Î 

ieigneur , que par iy je fois promptement 
adverty de ce que je doibs rcipondre fur ce 
propoz , ayant eflé retenu beaulcpùp plus que 
je ne vcullois , pour craincle démettre ic- 
dict. admirai en quelque aigreur, advant que' 
je fcetifïe l'intention d j roy & la volîre, com- 
bien que je luy aye donné à entendre allez 
clairement le contraire de ce qu'il me dicl , 
en l'apurant que les navires du roy ny d'aul- 
çun de Tes fubiedz., ne feront choie qui ne 
fe doibve faire , ainfy qu'il eiî permis à ung 
chafeun qui va à la guerre. Et à ce propoz , 
je vous dirav que la demoure de ces navires 
en ce lieu là les ennuyé en extrefmité > & 
de façon qu'il eiî à croyre fi tel nombre ou 
plus g'-and font obftinez de demourer là ; que 
pour l'intereft de l'intelligence des affaires de 
l'empereur & de ce roy & royne , ilz feront 
eontraincts d'entendre & demander bientoil 
quelque party de paix ; ou bien celle royne 
à le dclciairer ouvertement à la guerre , tant 
i!z Tentent & leur defplaHÛa prefenoe de ces : 
navires en ce paffaige, où maintenant font 
arre.lez du coulïé de Douvres , les ambaya- 1 
citiïs [7] du roy âçs Romains & de Lucquè> 
oui s'en retournoient en Flandres", Jecomte 
d Glyvarés , le fecretaire de l'empereur 
Grafib , la femme du baillif de Mûftto antbat- 
fad? ur de l'empereur & infinis Efpaignolz ; 
jjfe; de mefme du coufté de Calais , do m Fer- 
«and [b] de Gonzagues, le marquis de Ber- 

l'a] Dom Pierre LafT. 

[£] L'empereur l'avait retiré du gouvernement: 
<ùj Mihnois , ce il é:oit venu pour féliciter fon rév 
çablifTement par le créait de dom Rui Gomes de Sil^ 
va - favori às\ roi d'Angleterre* 

P iij; 



342 , Négociations 
gués & de Renty , le comte d'Horne v & ung 
aultre fecretaire de l'empereur ncmméVer- 
gafïb, qui font defpuis dix ou douze jours 
attendans affeurance du pafTaige , de quoy il 
fè parle en celte ville à la grande deftaveur 
de celle royne , dont elle & les feigneurs de 
fon confeilo«it grand defpicl & la plufpart 
des Anglois grand plaifîr , difant que peur 
ung qu'il en y a , ilz vouldroient qu'il y en 
euft cent. Qui font toutes choies > monfei- 
gneur, qui vous pourront faire croyre eue 
trois^ou quatre bons navires du roy , envoyez 
ainfy fouvent pour endommaigtr les enne- 
mys, avecques tant d'aultres navires Nor- 
inans & Bretons , qui vont pour leur pïai- 
firà la guerre , leseufl mis en telle defpeniè 
& jaloulîe qu'il s'en fuft tiré, comme il eit 
ayfé à congnoiôre , grande utiilité pour le 
Service de là majeité. 



Le Roy à M. de Noahles. 
17 oclobre 1^54. 

Le roi approuve la conduite que le fei- 
gneur de Noailles, fon ambajfadeur, 
a tenue avec V amiral £ Angleterre* 

JVloNs de No ailles, j'ay receu voftre de£- 
pefche du ix du palle , & defpuis leClaux, 
prêtent pourreur eft arrivé avecqres lesaul- 
ires des 4, 5 & 6 de ce mois, par lefquelles 
j'ay bien particuilierement entendu ce que 
me faicles fçavoir, de Te#at auquel fe retrou- 
vent les choies àv. pays où vous elles , & mel« 



mement , tant à ce qui concerne le couron- 
nemt;f [a] de leur nouveau roy,dont quejque 
murmure que les Anglois en falTënt parrriy 
eulx, jenepenfe p?s que )ed. roy & la royne 
fà femme ne viennent aufly ayfement à bout,- 
comme ilz ont iaict jufques icy du précèdent» 
me remettant quant à cela, à ce que le temps 
nous en apprendra. Cependant vous ne me 
fçauriez faire plus agréable fervice que de me 
tenir adverty continuellement de ce qui fur- 
viendra parmy eulx digne de m'eftre eicript* 
Quant aux propoz que l'admirai d'Angle- 
terre vous alla tenir en voftre logeis, touC- 
chant quelques navires François qui eilolene 
entre Douvres & Calais , vous £ites très bien 
pour le t<=mps [_b] & la faifon où nous fom- 
mes,de pafferia chofe doulcement, & de n'en^ 
trer en difpute avecques luy * fur .ce qu'il 
vous dict que ce deftroicl là » e(i ea k 
puiiTànce de fa maifirelTe ; & au démou- 
lant , fçaurez de cedicl: pourteur com- 
me lefdiâs navires fe font retirez , & n'ef* 
toient H que pour fe garder de quelques na- 
vires Flamand qui cherchoient à les offdn- 
cer. De forte que vous pourrez tousjoursaf- 
fèurer ledicl admirai & tous ceulx qui vous' 
en parleront, que mes vaiflèauix ny ceulx- 



f\z] Perfonne ne put empêcher le mariage de la 
reine , princefTe prévenue par fa paffion & obfédsc 
Ses miniftres de l'empereur. Mais notre ambaflfadeur 
feut habrement traverfer lo-mefures prifes paur le 
couronnement. 

[b] Le roi é^itoir. avec foin une rupture avec l'An-- 
gleterre, dans une conjoncture où il étoit obligé 
Savoir des armées en Italte , en Flandres & dais 1© 
Luxembourg, 

Tir 



344 Négociations 

de mes fubje&z , en quelque lieu qu'ihf 
foyent , ne feront jamais chofe qui foit au 
dommaige & defadvantaige de ladide royne 
ma bonne fœur & de Tes fubje&z ; comme 
aufïy je m'afleure qu'elle ne permettra ja- 
mais que Ces narres , ne ceulx de feCài&s 
fubjeCtz. , orTenlent & endommaigent les 
xniengs, &faiïènt chofe contraire & indigne 
de noftre commune & parfaideamytié, pour 
Tentretenement & confervation de laquelle 
je ne manqueray jamais de chofe qu'elle doib- 
ye attendre & efperer de prince fcn bon frerè 
& parfaict amy. Qui eft tout ce que vous au- 
rez de mcy pour celle heure , pour avoir 
remis le furplus à la créance de ce pourteuri. 
Efcript a Paris le 17e jour d'oftobre 1554. 
jjenry. Bourdin. 



M. p e N o a 1 l l e s au Roy^ 
io oâobre 1^4/ 

L'amiral d'Angleterre vïent tout de 
nouveau che% notre ambajjadeur, pour 
lui faire part de lareponfe quavoient 
faite les capitaines, qui comman- 
doient les vaijjeaux François dans 
la Manehe. 

Oire , combien que, Je vous ave efcript des 
4, <> & 6 de ce mois & envoyé ung gt rtil- 
homme pour foire entendre à vo^re ma;cié , 
ce que l'admirai d'Angleterre m'avoit dï& 
de la part de là maiitreil'è 3 toufchant le def- 



n e Nouilles. 545* 

pîaifîr que ladicte dame recepvoit de f\\ ou 
fèpt navires des voftres qui Ce tenoient au 
pas de Calais. Si ay- je penf^ en atiendant le 
retour dudiel gentilhomme , vous faire en- 
cores cefte defpefche pour vous dire , /ire , 
comme iediét admirai, accompagné de bon 
nombre de jeunes millords & gentibhom- 
mes de fà nation , eu revenu encores difner* 
avecquesmoy pour me gratifier, comme il 
difoit , de la refponce qui avoit efté faiéte par 
les capitaines defdicls navires ( à ceulx qui 
leur furent envoyez de la part de celle roy- 
ne, ) qui fuit de n'avoir faictdemoure audift 
pas , que par la force du vent qui ne leur per- 
mettoit tenir aultre route } & qu'i'z n'enten- 
doient faire empefchement aux fubje&z de 
ladicle dame , ny à aulcuns aultres allans 
«S: venans par cedeftroict: ce que véritable- 
ment ilz avoient bien monftré par effect , 
quand dom Fernand & ceulx de fa compai- 
gnie avoient paiTé auprès d'eulx, car ilz les 
euiîènt bien peu cfFenfer, neantmoings ilz les 
fajuerentde leur artillerie, comme l'onaac- 
coudumé entre amys fur la mer.Tous cesbons 
depportemens , /ire, ainfy qu'il m'a defclai- 
ré , ont elle C\ bien«receuz de fa maiflreffe ,. 
qu'il ne pcuvoit mo:ngs pour fon debvoir 
que de m'en faire ce bon rapport , lequel je 
lu y monltray avoir fort agréable. Si eft-ce , 
fîre , qu'il me defplaifoit aiïe?. d'entendre que 
lefdicts capitaines eufient laiffé pafîer une 
telle occasion & plusieurs aultres qui le font 
présentées, très à propcz , comme j'ay eilé 
adv.erty, pour faire beaulcoup- de bonnes & 
grandes prir.fes. 

Sire, ^ambaffadeur de M. 1» duc de Cle- 

By 



$4.6 Négociations 
ves [ci] qui eil feuiiement arrivé defpuis cinq 
ou fix Jours en cefte ville, pour gratifier ce 
mariaige comme les aultres , m'eit venu 
trouver de nuid en mon logeis , aveccharge 
de Ton maifiue, ainfy qu'il m'a did , de fe- 
crettement me faire entendre de fa part , 
comme Gx. gentilshommes vos fubjedz qui 
furent prifonniers à Hefdin , quand il fuft 
dernièrement prins , ont trouvé moyen de 
fortir de la prilcn où jlz eiloient eftroide- 
snent détenus aux Pay&Bas de l'empereur & 
fe font retirez iufques en la ville où ledid duc 
faid .fa refidence,.& pour ce qu'ilz avoient 
deiclairé à ung chafcun , ad van t que fondid 
maiftre en full adverty , l'occafîon de leur 
fuide & faulveté en iacLde ville, & craignant 
ledidduc que l'empereur luy en fift quelque 
ii. fiance & pourfuite, les auroit faid retirer 
en une maifon , & baillé en charge au maii- 
ire d'icelle pour en rendre compte quand il 
en fera befoing , ayant faid toutesfois adver- 
tir par faubz main , celluy des fix qui luy a 
femll ' le plus apparent & fecret , que ledid 
£eur duc les faifoit ainfy arrefter pour leur 
proufïid,, comrr.e il leur feroit congnoiftre à 
l'advenir , les faifànt encores fecourir d'ac- 
ecuftrerm ns & aultres chofes necelTaires ; 
xne priant ledid amoaifadeur de la part du- 
did duc fon maiftre , vous faire entendre , 
fîre , tout ce que defTus , & vous dire dadvan- 
taige > que pour le de/îr que a ledid feigneur 
de gratifier voitre majefté en toutes chofes 
où il en aura le moyen, qu'en cecy qui fe 
prcfenje maindenant , il ne veult aulcune- 

l.a] Martin de Gièves. 



3E NOAILLES* 347 

ment faillir de faire ce qu'il vous plaira en 
ordonner, pour mettre iceulx gentilshommes 
en plaine & entière liberté, & m'a did dadvan- 
taige , que encores que l'empereur les en- 
voyait quérir, qu'il* ne luy feront délivrez ; 
avecques beaulcoup d"aultres propoz qui me 
faifoient clairement congnoiflre que ledifr 
duc [J], nonobflant l'alliance qu'il aavecques 
lediift empereur , defîre neantmoings plus de 
profperité au bien de vos affaires queàceulx 
de voftre ennemy. Ledicl ambafïàdeur Ce 
nomme Crucheftz & eil le dernier qui a re- 
fîdé près voflre majefté. Du 20 octobre 
1554. 

Aàvis de Flandres £> aultres envoyé^ 
au roy.- 

20 octobre 1Î54. 

Que le prince de Savoy e [c] a efté Se eif 
fort mal contant de ce que ion ambafïàdeur» 
qui eft par-deçà, a dict à aulcuns de Ces privez, 
amys , que fi l'empereur ne luyfai& quelque 
recompenfe & meilleur trai&ement pour les 
ferviecs qu'il luy a fai&s par cy- devant, que 



(7>] Ce prince, accabla de la puifftnce de Tempe- 
reùr qui lui diiputoit la fucceiTion de Charles d'Eg- 
mont, dac de Gueldres <5r de Zutphen, fur contrainc 
di fe jetrer à fes pieds. L'empereur lui demanda 
avec mépris, quiilétoit? Le duc lui répondit hum- 
blement - qu'il étoir ce qu'il plaïroit à fa majk.fté fa- 
crée. li fut reçu en grâce, en renonçant à notre al- 
liance & t duené de Gueldres. Mei tom* 2. p. 1020. 
[cj P. ibert Emmanuel, fils Je Charles le Itea, 
dit le dépouillé, 

Pr; 



34^ Négociations 
dans peu de jours il fe retirera furie peu dfl' 
bien qui luy refte, avecques intention de to$ 
après le venir rendre entre les bras du rcy 
pour l'efperance qu'il a d'y eflre mieuixtraic- 
té, mais il s'entend ioy que ce roy & royne 
pour le gratiffier 3 & rendre plus à leur dévo- 
tion , luy doibvent envoyer par le millord 
Clython qui partira c'icy à trois ou quatre, 
jours, l'Ordre de la Jartiere, & i'amefher 
par- deiça , pour après qu'il y fera paffé , traic- 
ter le mariaige de luy avecques madame Eli- 
zabeth. Toutesfois aulcuns eftirnent que le- 
die] - mariaige tirera en quelque longueur , & 
par exprès fî cefle royne n'eiï enceinte > 
comme l'on la tient efire pour certain , ainfy 
qu'elle mefme l'a defclairé à aulcuns de Ces 
privez» 

Il Ce continue en ce lieu que bientoft après 
le couronnement [d] de ce roy, l'empereur 
doibt paffcr en Efpaigne, mais que premiè- 
rement ledid-feigneur roy ion filz le doibt 
aller vifîter en Flandres. 

Que le parlement de ce royaulme doibt 
elîre environ le ia : ou 15 du mois prochain. 
Que par les mandemens que l'on a envoyez 
aux fcigneurs & villes de ce pays pour en 
faire l'aîiemblée , il leur eflexpreifementen- 
joind & commandé, qu'ilz envoyent les per> 
fonnaiges plus cathoiicques & fîdelles qu'il-z 
congnoiftron t,affin de tant mieulx& plus clai-- 



[rf] L'empereur n'avoir rompu leç engagemen 
qu'il avoir, pour le prince fon fils, avec l'infante de 
Portugal , & marié dom Philippe à la reine d'Acgle- 
îcrre, que dans l'efperance de lui en voir tomber la 
c^uionne fur -la %k\t f . 



DE N A I LL E S* £45>» 

renient déterminer du règlement de la reli- 
gion ; defclairant au furpius par iceulx man- 
demens,que ce roy & royne neveullent au- 
cunement depofiëder [e] ny troubler en leurs 
poffeflloias, ceulx qui tiennentaulcuns bien*; 
de l'eglife. 

Les feigneurs de ceconfeil & Imperiaulx 
ont faict grand cas de quelque roupte [/] que 
l'on a faide fur le feigneur Pierre Strozzy , 
faifant leur compte que bientoft la ville Se 
eflat de Sienne feront entre les maings de. 
l'empereur. 

Que dom Fernand doibt partir lundy pro- 
chain 22 e . de ce mois pour s'en retourner- 
en Flandres. 

Que jamais les vivres pour hommes & 
chevaulx ne furent plus chiers qu'ilz font de 
prefent en Flandres , comme auffy font ilz 
en ce royaulme à raifon de la traicte des bledz 
qui font mefnés chafeun jour tant audicV 
pays de Flandres que en Efpaigne. 

Le comte de Warvich, filz du feu duc de 
Northoinberland , a efté mis hors de la tour,. 
& baillé en garde à fon beau-frere nommé M e ». 
Sidneti. 

Il fe dict que ArafTo , fècretaire de Tern- 



[e] Le cardinal Polns, légat du pape Jules III, 
ïvo'ic pouvoir de confirmer la pofleflîon des biens 
eccléfiaftiques, à tous ceux pour qui la.reine inter-- 
céderoit. 

[/] Défaite de Crapajo, où Pierre Stroizy , de- 
puis Maréchal de France , perdit deux censhommes*- 
Le chevalier Caraffe , depuis fi connu fous le nom dz 
Cardinal fous le pontificat de Paul IV. fon oncle , fe • 
trouva en cette rencontre , portant les armes pour, 
le.fervice de la Fraaçe» £) e Thêu, L, i*. 



55*3 NÉGOC I AT IO NS 

perçut , qui a patte icy avecques dom Fer- 
nand , eft venu devers cefte royne pour ef- 
fayer par tous moyens , de la mettre à la 
guerre & s'y delclairer contre le roy ; à quoy 
ladiâe dame , ainfy qu'on did, n'a voullu 
preHer l'oreille ; ayant ledift (ecretaire co- 
loré fondiâ: pafTaige , foubz umbre d'eflre 
venu demander à ce roy Ces contentement & 
confirmation de quelques bénéfices, que l'em- 
pereur luy a donnez, ez royaulmes d'Eipai- 
gne &de Naples. 

Les jeux de cannes & de jouxtes que cedid 
roy & ceuix de fa nation debvoient faire par 
cy-devant, ont efté différez jufques entre cy 
& le commencement de ce parlement, que 
tous les millords & grandz feigneurs d'An- 
gleterre qui ont efté mandez foyent arrivez 
en celle ville, affin qu'ilz puiiTent eftre de la 
partie , & par telz moyens les entretenir & 
rendre plus faciles à ce couronnement. 

On tiend icy pour certain que le fort du 
Mefnil [g] eit en defrenfe,& que pour ungad- 
vertiffement que l'on y a eu, de quelque en- 
îreprinfe que M. de Vendofme y debvoit 
faire , avecques les forces que le roy a fur 
les frontières de Picardie , l'empereur ne 
rompra encores Ton armée ( combien que 
à la fiie elle fe diminue de beaul- 
coup ) jufques à ce que îedid fort foit en 
plus grande & meilleure deffènfe , & advant 
que ce faire veullent eflàyer de brùfler ce 
qu'ilz pourront le long de la rivière de 
Somme. 



1x3 Appelle à prefent Hpdhs» 



DE No A I L L E S. 3fï 

M. DE NOAILLES. à iM. LE CONNESTABLE, 

16 octobre 1 5 5^4. 

Mort du comte de Warvick 3 fils aîné 
du duc de Northumberland. On ar- 
rête à Londres un libraire qui débi- 
toit des libelles diffamatoires. Diète 
d'Ausbourg. Groffejfe imaginaire de 
la reine, 

.Monseigneur, je n'ay voullu perdre l'op- 
portunité du paifaige de ce pourteur , fans 
l'accompaigner de la prefente , pour vous 
dire comme defpuis mes dernières du 2,0 de ce 
mois & fuivant l'advis contenu en icelles , 
domFernand de Gonzague[a]& le miilord 
Clython [&] font partis de ce lieu pour aller 
en Flandres devers l'empereur &"prmce de 
Piedmont [c] ayant eité iediâ: Fernand gra- 
tifié de cefie royne de prefents pour luy & 
fa femme. Le comte de Warvich [d] filz ai- 
ne .du feu duc de Northomberland ( après 
avoir efté retiré de la tour par les grandes 



\_a) Minière difgracié. 

[&] Ci-devant amiral, originaire de Normandie, 
de la maifon de Tancarville. 

£c] Pour continuer à le flatter de l'efpérance de 
lui faire époufer la princeffe Elifabetb. 

[cQ Dudley, 11 avoit été condamné à mort avec 
le duc de Northumberland Ton père ; il en reçut l'Ar- 
rêt avec beaucoup de fermeté» 11 demanda pour 
toute grâce à tes juges que fes dettes fufleht payé;s. 



jy2: Négociations 
prières & folKcitations de M. Sidnei Com 
beau-frere ) eft mort d'une maladie de la- 
quelle il a efté longuement deftenu durant fa 
captivité. AufTy ne veulx-je oublier à vous 
dire, monfeigneur, que ung libraire [e] de 
cefte ville, qui avoit faid imprimer en An- 
glois, defpuis le mariaige de cefte royne ,une 
infinité délivres parlans contre iadiâe. dame 
&la religion,a efté defcouvert &prins, & def- 
puis plus de cent cinquante perfonnes qui 
s'en font trouvées faifîes, de forte qu'il eft à 
eroyre que telle chofe ne pafTera, que quel- 
ques grands perfonnaiges de cefle nation ,. 
n'en îbvent pour ce refpeétempefchées. 

Il eft venu icyadvis de Flandres comme à 
cefle faincl Martin il fe doibt tenir une 
diette [f] à Aufbourg , où le roy des romains 
& princes d'Allernaigne fe trouveront , en la- 
quelle j'eflime qu'il ne fera aulcune chofe à 
l'advatitaige des affaires ce l'empereur. Cefle 
royne eft tenue pour enceinte , mais il femble 
qu'elle en veuille mettre en doubte Ton pro- 
pre mary, de tant qu'elle craincl: (ainfy que 
plu/Teurs font de cexte oppinion ) qu'après fon 
couronnement cella pourroit eftre occafîon 
de l'efloigner d'elle pour aller veoir ledid 
empereur, & comme la plufpart des grands 
de fa nation eftiment , pourra après donner 



[>] Aug-ufte fut le premier , dit Tacite dans fes 
annales, liv. i, ch. 71 > qui comprit les libelles 
diîfnnatolres dans le crime de lèze-maieAé. - 

[/j Cette diète avoit d'abord" été indiquée a Ul- 
mc; elle fut depuis transférée à' Aasbourg;, ou elle 
ne fe tint cependant que le 5 de février de l'année 
fuivante. De Th, L. i^« 



DE NoAÏLLStl 3.T5 

Jufques a Naples , ce que je trouve bien dur 
a croyrè, mais aufly eft-il à eftimer que tous 
les fîens le vouldroient hors d'icy , pour l'en- 
nuy & fafcherie qu'ilz y reçoipvent , avec- 
ques une continuelle crainde qu'ilz y ont 
acccmpaignée d'une extrefme chierté de vi- 
vres, & de toutes aultres neceflrez qui s'y 
augmentent tous les jours , qui eft bien la 
chofe, comme vous fçavez, monfeigneur » 
que lefdids Efpaiertolz: craignent le plus* 
Be Londres ce 2(5 Odobre 1554. 



M. d î Noailles au R Y.. 
5 novembre iyj4.. 

La reine d'Angleterre donne une au- 
âience favorable au protonotaire de 
Noailles , Gr paraît l'entendre avec 
beaucoup de plaifir. 

ptRE , le retour du gentilhomme que îV.*o.V 
dernièrement envoyé vers voltre ma je a a 
efté G longuement retard? par l'injure eti 
rent à Bouîongne &à Calais, que non frère 
n'a peu donner commencement à la négo- 
ciation de (a charge devant ie jour d'hier & 
que je le prefentay à eefte royne , laquelle 
receuft û favorablement & îuy & 1e langaige- 
qu'il a tenu de voiire part , que : e vous pu -s: 
dire, (ire, qu'il ne s'eit palTé audiaha de£ 
puis que je fuis par-deça , qui luy aid ,. 
comme il me fembie, apporté tan; 1 «tvff Se 
de contantement que les propoz quii... fu- 
rent tenus par mondiet frère. Ce qui nou« 



§5*4 Négociations 

fuftaffez defcouvert & tefmcigné parl'hoff- 
nefîe refponce que ladide dame nous fi& 
fur la continuation de voftre commune 
amytié, à quoy elle promet de perfîfter in- 
violablement., & pour ce , iîre , que j'ef- 
cripts bien au long à M. le conneftable, Se 
aufïy que j'efpere renvoyer dans cinq ou fix 
jours vers voftre majefté mondid frère , am- 
plement inftruid, tant deschofes qui fe font 
pafTées en ladi&eaudiance,que de toutesaul- 
tres occurrances de deçà , je ne vous tien- 
dray plus longuement en ce difeours > me 
contantant feullement de vousadvancer cefte' 
nouvelle & vous dire dadvantaige , fîre i 
comme ladite dame nous a par toutes Ces 
contenances faift tacitement [a] congnoi£ 
ire qu'elle efïoit enceinte.- 



[flj Cette princeffe infinuoic à tous ceux qui l'an- 
procr oient, fa prérendue grofïeffe ■> afin de dii'bpeï- 
les cabales , par la crainte de voir naître un héritier 
de la couronne du prince d'Efpagne. 



D JS NOUILLES. 3$ f 

M. DE NOAILLEsà M. LE CONNESTABLEt 

5 novembre 1^54. 

Le chancelier d'Angleterre fait quel- 
ques ouvertures de paix aux deux' 
frères de Noailles. Ils écoutent ce 
miniflre, & lui répondent avec beau* 
coup de retenue ; & notre ambajfa- 
deur mande au connétable que Von 
ne fera de progrès dans cette négo- 
ciation , quà proportion que l'on fera 
paroître d'indifférence, 

Jvl onseigneur, pour ce que le maulvaiV 
temps a longuement retardé à Boulon^ne & 
à Calais le Claux que j'avois envoyé vers-' 
le roy & vous , & que defpuis Con arrivée en 
ce lieu iufni'.i l'heure del'audiance que mon 
frère a eue de celte royne , il a pafle beaul- 
coup de jours fans vous avoir donné advis 
du fuccez de la charge & négociation qu'il 
vous a pieu luy commettre, j'ay penfé , en 
attendant Con retour par-delà , vous advan- 
cer cette defpefche pour vous dire , comme 
cefte royne & feigneurs de Ton confeil ont 
receu fort agréablement cefte gratification 
& avecques beaulcoup plus grand plaifîr que 
je ne m'eflois promis. Ce qui m'a encores 
elle aiïèz confirmé parles demonftrations& 
apparences de fon chancellier qui nous a 
defpuis parlé plus ouvertement mie de couf- 



-jytf Ne 6 OC Ï4TI ONtS 

fume & avecques grand'requefte femonds à 
difner cejourd'huy en fa mailbh, où il nou*' 
a fî bien & familièrement receuz 8t traic- 
tez, qu'il fe peult ef r erer quelque bon fruid 
de cei.e occafîon , de laquelle, monfeigneur, 
pour vous en abregirrle difcours, je vous di- 
ray irullementque led. chancelier a prins à 
grand honneur & plaifîr la réception de vof- 
îre lettre & encores plus la créance d'icelle. 
Sur quoy après beaulcoup de* paroiles & 
proteflarions par lu v f; ides, du defîr qu'il a 
d'embraffer une fî louable & fî lainde œuvre 
que cefie-cy.s'eu refolu de nous en refpondre 
bientôt! l'intention delà royne Ca maift:eiie r 
qu'il nous a desja alfeurez cheminer en ce 
laid en telle & fi bonne affedion que vous v 
mcnieHgne ur -, je j uurriez defîrer ; n'oubliant 
ledid cfian cellier de lu) mefme, nous mettre 
en advant que ;es mîriaigvs de madame i'li- 
zaueth [aj avecques- le prince d Eij.aigne. [bj 
fil, de <e rcy & de madame Marguerite [c\ 
aveequ.fs le pTJnce de Savoye , font inilrn- 
mer.s propres po<:r la conlbmmation & ef- 
tabliiïemçnt perpétuel d ung fi vertueulx, 
efied ; adjouftant d<idvar.taigepcur meilleure 
espérance de ce propoz > que le cardin.il Po- 
lus venant lega; par-deeà , doibt eitre icy 
dans dix ou dru^e jours , qui îuy fembla 



[*?] Elisabeth Slk de. Henri II- & de Catherin» 
de Medicis 

[/] Dom Caries, fî connu par fes malheurs. 

[c] l ;le de Krançois .. Â- ! .e <.i>ui: de France 1 
pri "e qui avoit hérité du r<y fon . è r e , dejicon- 
noifi . cqu'-il avoir d*s belksi lettre», cV de fafti 
BÔtaion pou. ks gerfonnes. djwtes*. 



de Nouilles, 3fJ 

-eitre encores ung perfonnaige fort propre au 
maniement de teile & C\ grande chofe & 
comme celluy qui en a de>jà eu charge de 
noitre fainCc père. Vouliant fur ce difcours 
(ledid chancellier) fentir de mondict frère 
& de moy quelle intelligence nous pouvions 
avoir des partis defquelz, les deulx princes 
ie pourroient accorder. Mais congnoiiîant [d] 
l'humeur du perfonnaige & de ceulx de fa 
nation , luy fuppliafmes que propoz. de tel 
poids & confequence , fufi ouvert delà pro- 
pre invention de la roynv. fa maiflreiTe , la- 
quelle nouselUmions iî prudente^catholicque 
& ii heureufe de faire fucceder à bien ce qu'el- 
le entrep end , que nous ne fanions doubte 
-qu'en œuvre lî faincte & utille à toute la 
chrétienté , comme cefte-cy , elle y oublie- 
rait toute particulière affedion pour mettre 
.en advant partis fî raifonnables que j'efpe- 
rois ôiïre receus de la part du roy Ton bon 
frère , ainfy que ledid feigneur a tousjours 
did, le maniement de telle choie par fa ma- 
jefté, luy eitre plus ?greable que de nul aul- 
tre prince ou princeffe qui toit aumonde ; & à 
vous parler , monfeigdeur , à la vérité , j'ay 
«ne aflez bonne efperanee de ce négoce, en 
l'exécution duquel ie ne crains rien tant que 
la perfaafîon que s'eit promis 1 empereur de 
ia briefve réduction en la puihance 'de l'eftat 
de Sienne , &lajalouiîe qu'il a de la ville de 
Met* , où pour ceit eftect, il craindra d'en 



[tfj Le feigneur de Noailles .écoute le chancelie r 
fecgnme une créature de l'empereur» Se lui report^ 
-cependant en ternie; honnêtes , mats généraux 
$o;nme au miniftre d'une reine alliée. 



3^8 N ÈG OC I AT I ON S , &C. 

trer en une trefve ; & par ainfy , monsei- 
gneur , il me femble [fauf voftre meilleur 
advis & commandement qu'il fauldra efîre 
fobrement [c] retenu d'en faire de noftre 
coufté aulcune defclairation , mais attendre le 
plus longuement que l'on pourra fur les 
partis quifeprefênteront, & avoir tousjours 
l'œil ouvert fi du coufté dudid légat & chan- 
cellier , ( fur les grandes difficultés qui s'y 
pourront trouver ) ilz parleront de ce mot 
de trefve; car je ne faids doubteque iceulx 
congnoiffant le roy eftre faify de beaulcoup 
de bonnes places , defpuis le commence- 
ment des guerres , qu'ilz ne veuillent tendre 
à la restitution d'aulcunes, & par ce moyen 
ledid mot de trefve leur pourra eftre odieulx ; 
& auffy d'ailleurs vous fçavez. , monfeigneur, 
quefionfaift paroiftreà cefte nation ii foub- 
çonneufe l'affection que nous pourrions avoir 
en ce négoce, cela amefneroit grande lon- 
gueur & retardement à l'exécution d'icelluy. 
Monfeigneurj il vous plairra par la pre- 
mière defpefche , m'efclaircir de la volunté 
& intention du roy & voftre en ce que je 
debvray faire (quant au faict de celle négo- 
ciation ) à l'endroict dudiâ: cardinal Polus 
âpre* fon arrivée en ce lieu , au-debvant du- 
quel doibvent aller enfemblement en dilli- 
gence jufques à Bruxelles , les milords Pa- 
get & comte d'Aftingues grand efcuyer de 
cefte royne. 
^ , , , . ■ 

fe] Cette retenue de notre ambafladeur , fon air 
froid & prefque indifférent , jertèrent dans la fuite 
le chancelier dans J'cnp-agvment de s'expliquer le 
premier 5 ce qui fit réa/fir cette négociation. 

Fin du troijiéme volume. 



Cleaned & Oiled 



ily \ c \ïio 



r- 



fh%\ 



mr/À 



i 



% 




■% 



1