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Full text of "Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodes"

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in 2012 with funding from 

Field Muséum of Natural History Library 



http://archive.org/details/anatomiephysioloOOdufo 









ANATOMIE 
PHYSIOLOGIE ET HISTOIRE NATURELLE 

DES GALÉODES 



EXTRAIT DU TOME XVII 



MÉMOIRES PRÉSENTÉS PAR DIVERS SAVANTS À L'ACADEMIE DES SCIENCES. 



ANAT0M1E 



PHYSIOLOGIE ET HISTOIRE NATURELLE 



DES 



GALEODES 



PAR M. LEON DUFOUR 




PARIS 



IMPRIMERIE IMPÉRIALE 



è 



M DCCC LXI 



6?L 
.£1 



AMTOMIE, 

PHYSIOLOGIE ET HISTOIRE NATURELLE 



I » i : S 



GALÉODES. 



PROLEGOMENES. 

Après avoir publié, dans les Mémoires de l'Académie des 
Sciences, pour 1 856, l'anatomie des scorpions, dont les di- 
vers appareils organiques avaient été si mal compris, si 
défectueusement décrits et figurés par mes devanciers, je 
tiendrais à honneur de donner h cette anatomie le pendant 
de celle des galéodes à laquelle je viens de consacrer trois 
années de recherches assidues. 

Ces deux notabilités arachnidiennes offrent, tant par 
leur organisation intérieure ou viscérale que par leur struc- 
ture extérieure ou tégumentaire, un haut intérêt de science. 
Quoique contiguës dans le cadre actuel de la série clas- 
sique, elles sont néanmoins longuement distancées lune 
de l'autre par leurs principaux appareils de la vie, par celui 
surtout de la respiration qui, dans la méthode naturelle, a 
une valeur physiologique de premier ordre. Ainsi le scor- 
pion termine la série des arachnides h poumons, et le ga- 
léode commence la série des arachnides à trachées. 

Sans avoir eu le bonheur, vivement ambitionné, de por- 
ter le scalpel dans les entrailles vivantes ou récemment ex- 

Hisloire naturelle des galéodes. i 



- 






2 HISTOIRE NATURELLE 

pirées des galéodes, comme je l'avais fait pour les scor- 
pions, j'ai pourtant eu à disséquer un bon nombre d'indi- 
vidus qui n'avaient fait qu'un court séjour dans l'alcool, le 
temps nécessaire pour arriver directement par la poste du 
Sahara austral de l'Algérie, de Boghar principalement, jus- 
qu'à mon laboratoire à Saint-Sever. Je dois ce signalé ser- 
vice à mon ami le capitaine Dastugue, chef d'un bureau 
arabe, investigateur aussi intelligent qu'actif, intrépide et 
dévoué à la science. Dans l'intérêt de celle-ci, j'ai souvent 
harcelé ce brave officier, pour activer ses chasses confiées 
à des Arabes éprouvés; je lui dois la justice de dire que 
mes importunités ne l'ont point découragé; qu'il veuille 
bien recevoir ici le témoignage de ma sincère reconnais- 
sance. 

Dans mes appréciations anatomiques et dans mes induc- 
tions physiologiques, une longue pratique du scalpel m'a 
mis à même de tenir un compte consciencieux et rationnel 
des diverses altérations des organes ou des tissus produites, 
soit par le séjour prolongé des sujets dans les liqueurs con- 
servatrices, soit par les effets immédiats et inévitables d'une 
mort violente et des tourments qui l'accompagnent. De 
semblables dissections, quand on se fait un devoir d'appré- 
cier les circonstances dont je viens de parler, sont délicates 
et d'une interprétation ardue; aussi est-ce par centaines 
que j'ai pratiqué ces autopsies. Ces minutieuses et souvent 
désespérantes difficultés, inhérentes à ces altérations cada- 
vériques, auraient pu lasser une patience moins pratique 
que la mienne, mais j'ai su me tenir en garde contre des in- 
ductions trop empressées, et je ne donne comme positils 
que les faits réitérativement avérés. J'ai restreint le cadre 
de ceux-ci, et, tout en évitant une concision obscure, j'ai 
cherché à en faire saisir l'individualité et les connexions. 



DES GALÉODES. 3 

J'ai dès longtemps acquis l'intime conviction que dans 
les petits êtres à l'étude desquels je me suis voué il n'est 
pas une configuration, une modification de structure, une 
saillie, un creux, une soie, un poil, qui n'aient leur raison 
d'existence, et qui ne soient appelés à remplir une attribu- 
tion physiologique; aussi me suis-je constamment attaché 
à poursuivre, à interroger tous ces riens organiques, négli- 
gés par les zootomistes habitués à tailler en grand. C'est 
surtout dans ces études que j'ai vivement déploré de 
n'avoir pas été à même d'observer directement les mœurs, 
les habitudes, les manœuvres, la vie privée des galéodes. 
De quel précieux secours m'eût été cette connaissance pour 
arriver au complément histologique de ces fiers habitants 
du désert, que de perplexités, que de conjectures, que de 
pertes de temps n'aurais-je pas évitées? 

Le scorpion est, je le répèle, le noble chef des arach- 
nides pulmonaires, comme le galéode est le représentant 
éminent des arachnides trachéennes. Cette double anatomie 
comparative est faite pour stimuler puissamment l'ambi- 
tion d'un scalpel vieux de service, mais non encore rouillé. 

Les viscères, les tissus, le squelette de ces deux orga- 
nismes étudiés en regard nous font assister, avec un inté- 
rêt toujours croissant, à ces transitions, à ces fusions, à ces 
conformités, à ces dissemblances qui témoignent si haut 
des étonnantes ressources de la nature pour diversifier ses 
productions, tout en maintenant les types à travers des 
nuances si merveilleusement échelonnées. Esquissons à 
grands traits cet instructif parallèle. 

Le scorpion a un cœur et une circulation vasculaire de 
sang blanc, un système nerveux à nombreux ganglions rachi- 
diens, des poumons circonscrits, un estomac simple, un 
appareil génital des deux sexes à larges mailles fermées. 



4 HISTOIRE NATURELLE 

Le galéode manque de cœur et de circulation vasculaire 
sanguine; il inaugure la circulation aérifère des trachées, 
circulation qui, au-dessous de lui, forme le trait anatomique 
caractéristique de la vaste classe des insectes; il a un énorme 
ganglion thoracique avec le simple vestige d'un seul gan- 
glionule rachidien, un estomac rameux ou à longs boyaux 
latéraux, un appareil génital formé dans le mâle de quatre 
testicules isolés, et dans la femelle de deux sacs ovariques 
distincts et simples. 

C'est à ces deux organismes typiques que viendront se 
rallier plus lard une foule d'arachnides dont on n'a point 
encore sondé les entrailles. Heureux le scalpel appelé à 
faire à la science l'oblation de l'anatomie des phrynes, des 
théhphones, des phalang ium , trocjulus, etc. Ces arachnides 
offriront, je n'en doute point, ces affinités, ces différences 
organiques qui font ressortir l'admirable échelonnement 
des créations. 

Venons maintenant à l'exposition succincte des coniormi- 
tés organiques, communes à ces dignes représentants de 
deux familles contiguës; ils ont l'un et l'autre : 

i° Un grand ganglion thoracique d'où partent les nerfs 
mandibulaires, palpaires, cruraux et abdominaux; 

2° Un cerveau sessile sur ce môme ganglion, et donnant 
naissance aux nerfs optiques et buccaux; 

3° Une carcasse intra thoracique, sorte de charpente 
cornéo-osseuse abritant les centres nerveux, et fournissant 
attache à de puissants et nombreux muscles; 

4° Un énorme foie parenchymàteux multilobulé, récep- 
tacle de tous les viscères abdominaux; 

5° Un tube digestif membraneux, fragile, de la simple 
longueur du corps, avec un cœcum latéral très-dilatable; 

6° Une génération ovovivipare. 



DES GALÉODES. 5 

Si de ce parallèle d'organisation viscérale ou intérieure 
nous passons à celui de la configuration et de la structure 
extérieures de ces deux sommités araclinidiennes, nous 
verrons : 

i° Que le scorpion a un véritable céphalo-thorax, tandis 
que le galéode a une tête et un thorax Irès-distincts l'un 
de l'autre; 

2° Que les pattes, et je ne donne ce nom qu'aux membres 
ambulatoires, insérées au thorax et terminées par deux 
ongles ou griffes, sont au nombre de quatre paires dans le 
scorpion et de trois seulement dans le galéode; 

3° Que l'abdomen est annelé ou segmenté dans les deux 
arachnides, mais le tégument est corné et glabre dans le 
scorpion, coriacéo- membraneux et velu dans le galéode; 

4° Que le premier de ces articulés a une longue queue, 
qui manque complètement au second; 

5° Dans l'un comme dans l'autre l'orifice externe de la 
génération des deux sexes est à la base du ventre, d'où la 
conséquence de la supination de la femelle dans l'acte co- 
pulatif; 

6° Le scorpion et le galéode sont organisés pour être 
chasseurs, et se nourrissent d'une proie vivante qu'ils 
broient pour en avaler seulement les sucs ; 

7° Les galéodes n'ont qu'une paire d'yeux, tandis que 
les scorpions en ont trois et le plus souvent quatre 
paires; 

8° Enfin le galéode et le scorpion partagent ensemble 
cette grande différence avec les légitimes araignées ou ara- 
néides, qu'ils sont privés d'organes propres à filer. 

Malgré une patience, devenue chez moi constitutionnelle, 
malgré ma vieille passion entomotomique encore dans sa 
période d'acuité, je ne me dissimule point les côtés vulné- 



6 HISTOIRE NATURELLE 

rables de mon travail. Le scalpel assez favorisé pour se li- 
vrer aux vivisections des galéodes, ou à des autopsies pra- 
tiquées immédiatement après la mort, pourra fournir un 
contrôle éclairé sur cette difficultueuse anatomie, dissiper 
des incertitudes , redresser des erreurs faciles en présence 
d'entrailles plus ou moins altérées par leur séjour dans les 
liqueurs spiritueuses, et d'une délicatesse, d'une fragilité 
désespérantes. Bien loin de moi la prétention d'avoir d'un 
premier jet élucidé une anatomie qui a si souvent mis à 
de cruelles épreuves et ma pince et mes lentilles ampli- 
fiantes! Je ne m'offenserai pas de la critique, si elle est pro- 
fitable à une science pour laquelle je professe un véritable 
culte. Qu'on me combatte par les armes courtoises du scal- 
pel et de la loupe, je m'inclinerai sincèrement devant l'au- 
thenticité des faits. 

Il est des idées d'un grandiose scientifique incontestable 
qui frappent l'imagination, surtout quand elles sont procla- 
mées, formulées par des esprits supérieurs, par des génies 
hors ligne. Celle de Geoffroy Saint-Hilaire sur Y Unité de 
composition organique est dans cette catégorie. Depuis de 
longues années je suis le sincère, le fervent admirateur de 
ce sublime naturaliste philosophe, et dans mes études mi- 
crotomiques, auxquelles j'ai consacré les deux tiers d'une 
longue vie, j'ai toujours cherché à ramener à cette unité 
les appareils vitaux des petits êtres soumis à mon scalpel; 
j'ai religieusement conservé les dénominations techniques 
dès longtemps adoptées pour les animaux de l'ordre le 
plus élevé. Mais je n'hésite point à le dire et à le dire bien 
haut, on a exagéré, on a mal interprété la pensée du grand 
homme, on l'a fait descendre trop bas dans l'échelle des 
êtres; elle ne saurait encore avoir une juste application aux 
animaux articulés. La pénurie des faits dûment constatés 



DES GALÉODES. 7 

dans ces organismes inférieurs si prodigieusement multi- 
pliés a été méconnue par des esprits trop enclins à la gé- 
néralisation , trop ambitieux d'imposer à la nature des lois 
quelle réprouve , parce qu'elles émanent d observations 
trop restreintes, mal étudiées, mal digérées. Oui, pour les 
invertébrés, cette unité d'organisation est encore à l'état 
d'idée, et non à l'état de principe. Dans mes recherches ac- 
tuelles je demeure conséquent à mon passé, je ne cesse 
point de poursuivre, de signaler, de mettre en relief ces 
analogies anatomiques; mais je suis circonspect. 

Ces réflexions m'ont été suggérées par le désordre tech- 
nologique qui règne dans la zoologie inférieure, et notam- 
ment dans les galéodes. La nomenclature des parties ex- 
ternes de cette remarquable arachnide a subi par des 
rapprochements forcés, tous les caprices des prétendus 
méthodistes. Que de faits à rassembler, à classer, à compa- 
rer avant d'acquérir le droit de s'élever à une législation 
qui promette quelque durée ! Et que faut-il pour modi- 
fier ou abroger ces lois? La découverte de quelques êtres 
nouveaux ou réfractaires dans cette inépuisable créa- 
tion, ou une certaine trempe d'esprit dans les savants 
appelés à les interpréter, à en rédiger le code. Ces mil- 
liers de créatures, chacune avec son type inaltérable, 
remplissent toutes, par des organes variés à l'infini, le 
triple but de vivre, de croître et de se multiplier; toutes 
concourent, dans la mesure de leurs facultés pondéra- 
trices, aux sublimes harmonies qui régissent l'univers. 

En procédant tout naturellement du simple au composé, 
de l'extérieur à l'intérieur, l'anatomie des galéodes se par- 
tage en deux grandes divisions : celle des organes extérieurs 
ou tégumentaires, et celle des organes intérieurs tant nerveux 
que viscéraux. 



HISTOIRE NATURELLE 

DIVISION PREMIÈRE. 

ORGANES EXTÉRIEURS. 

Dans les animaux supérieurs, le squelette est une charpente 
intérieure solide, osseuse, destinée à fournir attache ou appui aux 
parties molles, et ces insertions ont lieu à la face externe de cts os. 
Ceux-ci servent aussi avec des formes appropriées à protéger, à 
envelopper certains organes délicats. 

Dans les animaux articulés parvenus à leur dernière morphose, 
le squelette est presque tout extérieur ou tégumentaire; c'est une 
peau durcie, conacée, cornée ou crétacée, à nombreuses segmen- 
tations et articulations fournissant à sa face interne des points 
d'attache aux tissus charnus locomoteurs et autres, et servant de 
bouclier protecteur aux divers appareils organiques ou viscéraux. 
Vous le voyez, ce squelette, tout tégumentaire qu'il est, remplit 
les mêmes fonctions que celui des êtres le plus haut placés dans 
l'échelle zoologique. Mais nos articulés offrent, en outre, cette cu- 
rieuse particularité que des muscles s'introduisent, se fixent dans 
l'intérieur même des os ou tubes cornés qui constituent les 
membres ou autres appendices, afin d'en déterminer, d'en régler 
les mouvements. 

Le corps du galéode ou son squelette se divise en : 

Tête, 

Ihorax, 

Membres ou appendices, 

Abdomen, 

Carcasse intrathoracique. 

Cette étude sérieusement comprise au point de vue physiolo- 
gique des corrélations viscérales avec les actes extérieurs amène 
comme conséquence naturelle, comme complément scientifique, 
Y histoire des genres et des espèces, et en même temps la classifi- 
cation. 



DES GALEODES. 



CHAPITRE PREMIER. 



TETE. 



Je maintiens cette dénomination parce qu'elle est rationnelle 
et fondée, tant sur les faits anatomiques que sur la physiologie. 
Toutefois, je me hâte de le dire, c'est une tête incomplète, un 
demi-crâne de transition. 

Le nom de céphalothorax affecté aux arachnides pulmonaires est 
pleinement justifié par la soudure en une seule pièce de la tête 
et du thorax; mais il ne saurait convenir au galéode, dont la tête 
est très-distincte et indépendante du thorax, quoique les auteurs 
les plus récents, obéissant à une sorte de laisser-aller et à un res- 
pect irréfléchi pour la parole du maître, attribuent encore au ga- 
léode un céphalothorax. Du reste, la tête de notre arachnide pré- 
sente la particularité, insaisie par les entomologistes, de n'être, à 
proprement parler, ainsi que je viens de le dire, que la moitié 
d'une tête, un hémicéphale. Elle consiste en effet en une sorte de 
carapace, de boucher, de calotte crânienne, cornée, de forme le 
plus souvent demi-circulaire, parfois trapézoïdale ou transversale- 
ment ovalaire. Son côté antérieur est le plus long et presque droit. 
Mais ce qui rend cette tête fort originale, et il était réservé au 
scalpel de nous l'apprendre, c'est qu'elle n'est point le réceptacle 
du cerveau, quoiqu'elle soit le siège des yeux et parfois d'un rudi- 
ment d'antennes. 

Nous allons examiner sommairement, comme dépendants de la 
tête ou ayant avec elle des connexions articulaires, les parties 
suivantes : 

Yeux , 

Mandibules , 

Antennes ? 

Palpes, 

Rostre buccal. 

Histoire naturelle des saléodes. 2 



10 HISTOIRE NATURELLE 

ARTICLE PREMIER. 

YECX. 

Loin d'être au nombre de six ou de huit comme dans le scor- 
pion et les arachnides pulmonaires, il n'existe dans le galéode, 
ainsi que je l'ai déjà dit aux prolégomènes, qu'une seule paire 
d'yeux qui représentent parfaitement les grands yeux médians du 
scorpion. Dans l'intérêt des transitions et des échelonnements or- 
ganiques, il faut noter cette disparition complète, dans le galéode, 
des petits yeux du scorpion, en même temps que le maintien, la 
survivance des grands yeux. Rapprochés sur une éminence médiane 
du bord antérieur de la tête, ceux-ci sont ronds, lisses, c'est-à-dire 
non réticulés, médiocrement convexes, et ils appartiennent aux 
stemmates comme ceux des autres arachnides. 

Les orbites qui enchatonnent les globes oculaires sont latérales, 
ainsi que les cornées transparentes, en sorte que l'axe visuel a 
cette même direction , et l'animal voit habituellement de côté. Mais 
comme le bouclier céphalique est garni en dessous de muscles nom- 
breux et puissants, ceux-ci peuvent déterminer au gré de l'animal 
d'insensibles mouvements qui, en inclinant ce bouclier, modifient 
la direction de l'axe visuel. 

Quand on parvient à évulser adroitement, quand on désencha- 
tonne le globe oculaire de dessous la cornée transparente qui 
l'abrite, on constate que la rétine qui en fait la masse a une forme 
ovoïde, de globuleuse qu'elle devait être avant l'énucléation. La 
rétine entraîne avec elle le pigmentant noir dont il est coiffé. Ce 
pigmentum, qui adhère au pourtour interne de la cornée transpa- 
rente, est sans doute une choroïde; mais, pour la fonction active 
de l'œil, il faut de toute nécessité supposer l'existence d'une pupille. 
Or, je n'ai pas pu constater celle-ci, parce que cette délicate et 
molle membrane se déchire pendant la mort à la moindre traction 
exercée sur elle. On ne saisira la pupille que dans l'animal vivant 
et lors de l'exercice de l'acte visuel. 

Voyez comme dans les plus minimes détails la nature sait adap- 



DES GALÉODES. II 

ter aux divers organismes les instruments propres à les servir, 
comme elle est ingénieuse à sauvegarder les actes physiologiques. 
Le lourd et ténébreux scorpion étant destiné à traîner son corps 
sur la terre, sans pouvoir quitter celle-ci, avait besoin de la 
double série de petits yeux latéraux et myopes qui touchent 
presque le sol pour en éviter les inégalités et saisir une proie fa- 
cile. Le galéode, au contraire, voltigeur de profession, agile cour- 
sier, effleurant à peine l'arène, d'une activité incessante sous un 
soleil éclatant, n'a reçu que deux yeux sincipitaux; mais ils sont 
grands et brillants pour viser de loin une proie aussi preste que 
lui, pour l'atteindre jusque sur les arbrisseaux, suffisants enfin 
pour satisfaire à tous ses besoins, à tous ses plaisirs. 

Il existe sans doute dans l'œil du galéode un cristallin. Je ne 
l'ai point constaté. 



ARTICLE II. 

.MANDIBULES. 



On a lieu de s'étonner que des hommes graves, des savants 
dignes de ce titre, et surtout des partisans de la conformité orga- 
nique, aient pu méconnaître les préceptes de celle-ci au point de 
dénier le nom de mandibules à des organes durs, robustes, cornés, 
didactyles, armés de dents incisives, canines et molaires, à des 
organes placés près de la bouche, évidemment destinés à la pré- 
hension, à la lacération, à la trituration. 

Sans égard pour une structure anatomique si hautement signi- 
ficative, au mépris d'actes émanant si naturellement de cette 
configuration, de cette composition, on s'est laissé entraîner à 
je ne sais quelles conséquences outrées d'organisation compa- 
rative; enfin, on a eu la malencontreuse idée de destituer ces 
légitimes mandibules, malgré leurs dents défensives, et de créer 
arbitrairement les noms de cheliceres, de forcipales, d 'antennes- 
pinces. Antennes-pinces ! Comment leur plume ne s'est- 
elle point desséchée en traçant ces deux mots si antipathiques? 
Quoi ! une antenne que sa configuration articulée et la délica- 



12 HISTOIRE NATURELLE 

tesse de sa texture rendent le siège de l'ouïe, de l'odorat et d'un 
tact exquis, on en appliquerait le nom à une dure tenaille dont 
les vigoureuses dents protestent si énergiquement contre l'alliance 
hétéroclite de ces deux noms! On verra à l'article du système ner- 
veux les raisons puissantes qui militent en faveur du nom de man- 
dibules. 

Avec ce grand mot sonore de philosophie, avec ce parti pris 
d'une conformité organique despotiquement imposée et faussement 
appliquée, on arrive à violer les rapprochements les plus naturels, 
à méconnaître les actes physiologiques les plus palpables, à s'éga- 
rer dans ces idées transcendantes d'outre-Rhin qui hérissent la 
science au lieu de l'aplanir. 

Je viens de dire que les mandibules des galéodes sont armées 
de trois ordres de dents comme celles des animaux les plus élevés 
dans l'échelle. Cette singulière composition dentaire, qui se prête 
si bien à l'unité organique, sera saisie avec avidité parles partisans 
quand même de cette idée. Mais il ne faut pas se hâter de la trop 
généraliser. Toutefois, comme c'est un fait très-positif, je tiens 
à le mettre en relief. 

Qu'on veuille bien pour cette démonstration jeter les yeux sur 
la figure des mandibules du g. Dastuguei, qui, par leur grandeur, 
forment un spécimen typique. Son mors supérieur a douze dents 
bien comptées, indépendamment de sa pointe apicale. Celle-ci, en 
crochet médiocrement arqué, forme avec celle du mors inférieur 
une pince, une tenaille faisant l'office en même temps d'instru- 
ment préhensif et vulnérant. La proie, ramenée sans doute par 
les palpes et les griffes jusqu'à celte tenaille, commence à y subir 
son sort de victime. 

Viennent ensuite deux incisives pointues et tranchantes qui n'ont 
pas de correspondantes au mors inférieur. Puis succède une pre- 
mière canine très-saillante et fort grosse, opposée à une semblable 
canine du mors inférieur. Deux autres incisives suivent la pre- 
mière canine et combinent leur action lacérante avec de pareilles 
incisives du mors inférieur. 



DES GALÉODES. 13 

Chaque mandibule didactyle de ce grand galéode se trouve donc 
armée de : 

6 incisives, 

4 canines, 

6 molaires, 
en tout îG dents, et par conséquent 32 pour les deux mandibules 
du même animal. 

Ce chiffre de 32 dents du galéode présente une remarquable 
et bizarre conformité avec le nombre des dents de l'espèce hu- 
maine. Je suis loin d'en tirer aucune conséquence rationnelle d'u- 
nité organique. C'est un fait positif que j'ai dûment constaté et 
que je livre avec sincérité, voilà tout. Cependant revenant au point 
principal de mon sujet, quoi de plus caractéristique, de plus signi- 
ficatif, de plus physiologique que ce nom de mandibule! 

Mais ce n'est pas tout que d'avoir des instruments, des armes 
propres à saisir, à lacérer, à briser une proie vivante dont les 
sucs exprimés servent à la nourriture définitive du galéode. I! 
existe encore au milieu des diverses dents de la mandibule des or- 
ganes sétiformes représentés par Savigny, et auxquels, depuis lui, 
on n'a fait nulle sérieuse attention. Personne, pas même Savigny, 
n'en a soupçonné les attributions physiologiques. Je vais les faire 
connaître. Ces organes sétiformes se rencontrent dans toutes les 
espèces algériennes que j'ai disséquées. Je prendrai encore pour 
type de ma description et de mes figures ceux du Dasluguei. 

Indépendamment des poils qui hérissent les mandibules, et dont 
les uns sont implantés sur un exanthème orbiculaire, comme on 
le voit dans Yaraneoides de Savigny, tandis que les autres naissent 
tout simplement d'un point brunâtre, on observe, soit dans les 
interstices des dents, soit au-dessous de celles-ci, dans les deux 
branches ou mors de la même mandibule didactyle, des soies 
d'une nature toute différente de celle de ces poils. Ces soies, d'un 
aspect moelleux, sont plus ou moins courbées d'avant en arrière 
et blanchâtres. Soumises au microscope, ou même â une forte 
loupe bien éclairée, on les voit finement barbues, excepté à leur 



IU HISTOIRE NATURELLE 

base, qui est glabre. On peut les considérer comme de petits pa- 
naches ou balais simples, des scopules, qui dans l'acte de la mas- 
tication ramènent la substance alimentaire vers les dents mo- 
laires, puis la font cheminer vers le rostre buccal, qui, lui aussi, 
est muni de deux semblables scopules bien plus grandes, attei- 
gnant le même but fonctionnel. Savigny n'avait pas, je crois, pé- 
nétré ce dernier. 

Les mandibules des galéodes présentent extérieurement à la 
face interne, par laquelle elles sont contiguës, une sorte de grande 
plaque subquadrilalère un peu écbancrée en avant, et se faisant 
remarquer par une surface glabre, lisse, luisante, fort peu saillante. 
Cette plaque est représentée dans les figures de Savigny, et s'ob- 
serve avec les mêmes traits dans toutes les espèces de ces aracb- 
nides. Dans les prolégomènes j'ai avancé que dans tout orga- 
nisme, même dans les plus petits, rien n'a été créé sans un but 
d'utilité, sans une prévision physiologique. Il s'agit de chercber la 
raison d'être de ces plaques mandibulaires. L'explication me 
semble simple et rationnelle. Comme ces plaques existent sur les 
faces correspondantes des deux mandibules, il est évident que 
leur texture, parfaitement unie et glabre, est destinée à faciliter les 
mouvements mutuels de glissement de ces deux puissants instru- 
ments de trituration. 



ARTICLE III. 

ANTF.NNES. 



Mais si tant ils voulaient, ces conformistes si mal inspirés, des 
antennes là où la nature n'en voulait qu'un simulacre, un vague 
rudiment, comme jalon de la marcbe graduelle de ses créations 
et de ses gradations, pourquoi, au lieu de travestir les mandibules 
en antennes, n'ont-ils pas su tenir compte de ce rudiment? Ils au- 
raient trouvé dans cette ébauche organogénique, si savamment 
mise en relief par Savigny, un document de quelque valeur scien- 
tifique, un précieux enseignement pour se tenir dans la voie de 
la véritable conformité organique. 



DES GALÉODES. 15 

On voit, en effet, sous le bord antérieur du bouclier céphalique 
au-devant des yeux, là où chez la plupart des articulés siègent 
les antennes, deux petits tubercules séparés par la ligne médiane, 
terminés chacun par un long poil roide ou une soie. Ces deux tu- 
bercules sétifères, susceptibles d'un mouvement obscur, et d'une 
nature un peu charnue, rappellent à l'entomologiste les antennes 
mieux: conditionnées de quelques diptères, notamment des mus- 
cides et en particulier des œstres. En descendant l'échelle zoolo- 
gique, c'est le galéode qui offre le premier exemple de ce jalon 
organique, car il n'en existe pas la moindre trace dans les arach- 
nides pulmonaires, même dans le scorpion, qui précède dans la 
série le chef des arachnides trachéennes. 

Ce n'est pas sans beaucoup d'hésitation que je me suis servi de 
ce nom d'antennes pour ces poils bulbeux du galéode. Aussi ai-je 
fait mes réserves, en accompagnant cette dénomination du signe 
du doute. Ma conviction est devenue bien plus flottante encore, 
lorsqu'en étudiant les diverses espèces de galéodes, j'en ai trouvé 
qui, comme le barbarus, le Dastuguei, Yintrepidas et les grands 
galéodes de Savigny, n'avaient qu'une seule paire de ces poils bul- 
beux, tandis que le nigripalpis, le brunnipes , le quadrigerus , ont, 
à ce même point des environs des yeux, plusieurs poils roides 
dirigés en divers sens et nullement bulbeux. 

On retrouve dans ces transitions organiques de poils bulbeux 
binaires, à des poils multiples dépourvus de bulbe, un de ces 
nombreux exemples des créations graduelles. 

ARTICLE IV. 

PALPES. 

Ces organes, d'une configuration, dune structure et d'une si- 
tuation tout à fait insolites quand on les compare aux palpes des 
autres articulés, sont sans doute exposés à prendre une autre dé- 
nomination technique, dès qu'on découvrira de nouvelles arach- 
nides voisines du galéode , ou lorsqu'on aura mieux apprécié 
sur ces animaux vivants les actes ou les fonctions tant présumés 



16 HISTOIRE NATURELLE 

qu'inconnus de ces curieux tentacules, de ces balanciers. En atten- 
dant, nous adopterons provisoirement le nom consacré de palpes. 

Us ont, par leur insertion latérale et patente, ou à découvert, 
une singulière ressemblance avec les pattes; et Olivier, comme 
Latreille, leur donnait ce dernier nom. Mais ces deux savants, 
ainsi que d'autres auteurs modernes, n'avaient nullement réfléchi 
ni à la différence essentielle des fonctions, ni à l'absence des 
ongles ou griffes qui caractérisent si éminemment les membres 
ambulatoires, ni à leur insertion, non pas au thorax comme les 
pattes, mais bien sous la tête dans les appartenances de l'appareil 
buccal. Mais ce qui a lieu de m'étonner, de m' attrister même , 
c'est de voir un savant du haut mérite de Von Siebold donner 
dans la même page le nom de palpes en pinces aux mandibules 
que quelques lignes auparavant il appelle des antennes en pinces. 

Il existe dans le galéode deux paires de palpes, les antérieurs et 

les postérieurs. 

1° Palpes antérieurs. 

Toujours plus robustes, plus puissants, plus longs que les 
postérieurs, ils constituent un organe plus actif, plus parfait, 
plus typique, d'une valeur fonctionnelle mieux déterminée. J'en 
parlerai donc avec quelque détail. 

Chacun deux se compose de cinq articles cylindriques unis 
bout à bout, à savoir : 

a. Le trochantérien, qui est unique, court et articulé avec la 
hanche comme dans les pattes; 

b. Le fémoral, long et comparable à la cuisse de celles-ci; 

c. Le tibial, pareillement long, représentant la jambe; 

d. e. Les tarsiens, formés de deux articles étroitement unis, 
analogues au tarse. 

Latreille donne à ces palpes six articles, parce qu'il regarde 
comme le premier la hanche, qui dépend de l'appareil buccal, 
comme je le dirai. 

Le trochantérien du palpe antérieur est généralement conoïde, 
de manière que la pointe du cône s'incline en arrière pour se ter- 



DES GALÉODES. 17 

miner à la ligne médiane inférieure; il résulte de cette configura- 
tion et de cette position que les deux coxaux laissent en avant un 
intervalle en V qui correspond au rostre buccal. Chacun d'eux, 
avant son articulation à la hanche, présente une apophyse plus ou 
moins conoïde, garnie de poils formant le pinceau. Latrcille, se 
fondant sur les figures de Savigny, et présumant trop de la forme 
et des fonctions de cette pièce, lui a imposé le nom, peu justi- 
fiable, de coxo-maxille. Je me crois plus rapproché de la vérité en 
considérant cette apophyse trochantérienne comme un de ces 
pinceaux ou balais auxiliaires destinés à ramener vers la bouche 
les parties alimentaires broyées par les mandibules. C'est là, à 
mon avis, sa mission physiologique, sa fonction; il n'y a rien là 
qui ressemble à une mâchoire. 

Ce palpe antérieur étudié dans l'animal vivant, ainsi que j'ai 
eu occasion de m'en convaincre sur Yintrepidus, lorsqu'en 1808 
je le découvris pour la première fois en Espagne, est susceptible 
de mouvements variés et prompts, soit pour exercer une tentacu- 
lation quand il marche sans être inquiété, soit pour se redresser 
ou se projeter en avant lorsqu'il s'agit d'attaque ou de défense. 
Outre sa villosité, il est garni, au côté interne surtout, de soies 
ou de piquants mobiles sur leur bulbe radical, et que l'on peut 
considérer comme des armes offensives. 

L'article terminal, beaucoup plus court que celui qui Je pré- 
cède, et uni à lui par une articulation circulaire serrée et presque 
imperceptible, quoique très-positive, est oblong ou turbiné et 
inonguiculé. Il est le réceptacle d'un organe rétractile qui, dans le 
repos, y demeure inclus. Mais cet organe, que le premier j'ai dé- 
couvert, ne saurait être constaté sur les sujets conservés dans 
l'alcool; du moins j'ai vainement essayé de le mettre en évidence 
par une compression expulsive dans les plus grandes espèces al- 
gériennes. On parvient seulement, par ce procédé, â mettre en 
légère saillie une petite hernie charnue, glabre, molle, subvési- 
culeuse, offrant une fente médiane subbilabiée qui en occupe 
tout le diamètre. Il est possible, probable même, que pendant 

Histoire naturelle des galéodes. 3 



18 HISTOIRE NATURELLE 

la vie de l'animal cette fente donne issue à un organe analogue 

à celui que je vais bientôt décrire. 

C'est donc sur des sujets vivants ou très-récemment morts 
qu'il faut se livrera l'investigation de la curieuse structure interne 
de l'article terminal du palpe antérieur; je l'ai étudiée dans le 
g. intrepidus. Qu'on me permette de citer textuellement le pas- 
sage qui s'y rapporte et d'en reproduire le dessin original. 

« Le bout de l'article terminal du palpe antérieur paraît 
fermé par une membrane blanchâtre; mais, lorsque l'animal est 
irrité, cette membrane, qui n'est qu'une valvule repliée, s'ouvre 
pour donner passage à un disque ou plutôt à une cupule arrondie 
d'un blanc nacré. Cette cupule sort et rentre au gré du galéode, 
comme par un mouvement élastique. Elle s'applique, et paraît 
adhérer à la surface des corps, comme une ventouse; son contour, 
qui semble en être la lèvre, est marqué de petites stries perpen- 
diculaires au centre, et l'on voit par ses contractions que sa tex- 
ture est musculeuse. On peut soi-même déterminer la saillie de 
la petite ventouse en comprimant au-dessous de son extrémité un 
palpe frais, récemment arraché du corps de l'animal. Cet organe 
ne sert-il au galéode que pour s'accrocher et grimper? Est-il des- 
tiné à saisir les petits insectes dont il fait sa nourriture? Est-il le 
réceptacle ou l'instrument d'inoculation de quelque venin ? etc. » 
[Ann. génér. des se. phys. de Brux. t. V, pi. lxix, lig. 7; 1820.) 

Ce fait, encore isolé dans les archives de la science, semble 
être demeuré inaperçu pour les auteurs et les compilateurs de 
mon époque. 

J'ai lieu de m'étonner qu'un observateur aussi sagace que Sa- 
vigny, lui qui avait vu en Egypte beaucoup de grands galéodes 
vivants, lui qui a figuré de si admirables détails sur ces arach- 
nides, n'ait jamais eu occasion de constater ces ventouses. La 
figure 7 /de la planche VIII des aptères de l'Atlas d'Egypte offre, 
grossie, la hernie charnue et bilabiée de sa solpuga arancoides , 
mais on n'y voit rien qui rappelle les ventouses en question. Sa- 
vigny a été moins favorisé que moi. 



DES GALÉODES. 19 

En consultant l'Atlas entomologique de l'Algérie, où M. Lucas a 
fait figurer le mâle du g. barbants, j'ai cru au premier aspect, et 
de plus habiles que moi s'y tromperaient, que le peintre avait 
voulu représenter au bout des palpes antérieurs une ventouse 
exserte ou saillante, et sa forme ronde m'en imposa d'abord pour 
celle de Yintrcpidus; mais un examen plus scrupuleux et le silence 
absolu du texte de l'auteur me détrompèrent aussitôt. Je recon- 
nus que le pinceau, ou le burin, avait mal saisi et très-défectueu- 
sement rendu l'article terminal de ce palpe. 

2° Palpes postérieurs. 

Composés du même nombre d'articles que les antérieurs , 
ils en diffèrent au premier aspect par leur gracilité, leur fai- 
blesse, le défaut de piquants, l'absence d'un organe pulpeux inclus, 
et la privation, du moins dans les espèces à longues pattes, d'une 
double griffe. Je n'ignore point que Savigny, dans l'habileté du- 
quel j'ai toute confiance, a représenté dans une figure fort grossie 
le bout de ce palpe postérieur dans le melanus avec deux crochets 
simples. N'ayant pas eu l'occasion d'étudier cette espèce, je ne 
balance pas néanmoins à admettre ces crochets. 

Quoi qu'il en soit, ces palpes postérieurs ne me semblent que 
des instruments préhensifs rudimentaires ou vestigiaires, faisant 
peut-être l'office de balanciers ou de régulateurs dans l'exercice 
actif des palpes antérieurs. Leur article terminal est plus long pro- 
portionnellement que celui de ces derniers, et son articulation avec 
l'article qui le suit, est surtout bien plus sensible, plus distincte. 

ARTICLE V. 

nOSTRE BUCCAL. 

Il me reste, pour terminer l'anatomie des organes annexés à 
la tête, à parler du principal et jusqu'ici du plus mal connu de 
ces organes, la bouche, ou mieux le rostre buccal. 

Entre les mandibules du galéode, mais profondément et au 
niveau du plancher inférieur de la tête , s'aperçoit un corps dé- 



20 HISTOIRE NATURELLE 

taché, oblong, lancéolé, dur, corné, glabre, blond, roide, dirige 

en avant : c'est le rostre buccal. 

Fabricius lui donnait le nom de labium haustelliformc , et La- 
treille d'abord celui de labium liguliforme , puis celui de languette 
sternale, enfin plus tard, dans son Cours d'entomologie, celui de 
camerostome. Von Siebold, conséquent à ses idées erronées sur 
les mandibules des galéodes, devait nécessairement s'égarer en 
abordant les attributions de la bouche de ces arachnides, et c'est 
ce (iui lui est arrivé. Voyez dans quelles vicissitudes technolo- 
giques on se laisse entraîner lorsqu'on s'empresse de nommer 
des organes ou mal étudiés, ou mal interprétés sur les figures 
des auteurs ! 

Sans contredit Savigny est l'auteur qui a le mieux étudié ce 
singulier suçoir, mais il n'en a point compris toute la structure, 
comme je le dirai bientôt, et ses figures, devenues classiques, 
ont été si diversement, si arbitrairement traduites, qu'il en est 
résulté un désordre extrême dans la nomenclature. 

Pour bien juger la composition et la structure du rostre buccal 
du galéode, il faut l'arracher adroitement d'un coup de pince, 
puis l'étudier immergé dans l'eau d'un verre de montre. C'est 
alors qu'on peut apprécier la forme, la position respective et le 
mode de connexion des parties qui le constituent. L'extérieur de 
ce rostre, tel qu'il se présente dans sa situation normale entre les 
mandibules, est un demi-étui un peu relevé à la ligne médiane 
supérieure, qui est en carène ou en dos d'âne avec une rainure de 
chaque côté de cette carène. Il est échancré en arrière, par où il 
s'attache, au moyen de muscles, à la base des palpes antérieurs, 
et par où s'introduisent l'œsophage et les canaux excréteurs des 
glandes salivaires. 

Je dis que ce rostre est un demi- étui, car s'il est formé en 
dessus d'un tégument dur et glabre, il est garni en dessous par 
des parties molles et musculeuses; ce serait comme un epistome. 
Son extrémité antérieure est obtuse, comme tronquée, et s'applique 
étroitement à une pièce en apparence linéaire, parce qu'on n'en 



DES GALÉODES. 21 

aperçoit que la tranche supérieure ou dorsale. Une bonne loupe 
suffit pour constater à cette dernière pièce un duvet court, serré, 
uniforme, d'aspect velouté; ce serait là le labre, d'après Latreille. 

Si l'on renverse le rostre de manière à le coucher sur le flanc, 
on se convainc que la tranche dorsale dont je viens de parler est 
échancrée en croissant, et que le prétendu labre se continue en 
une base large, en forme de cotylédon, revêtue du même duvet 
dont j'ai parlé. Cela a été parfaitement représenté par Savigny et 
ses compilateurs; mais ni Savigny, ni Latreille, ni aucun autre 
entomologiste, ne se sont doutés que le susdit labre était composé 
de deux panneaux semblables contigus ou appliqués l'un contre 
l'autre. Il était réservé au scalpel de mettre en évidence ce fait 
nouveau, qui a une haute importance physiologique. Je suis donc 
parvenu, à ma grande surprise, à ma vive satisfaction, à disjoindre 
ces deux panneaux, ces deux moitiés d'un même organe, ces deux 
mâchoires verticales dune même bouche. Les faces par lesquelles 
se touchent les deux cotylédons maxillaires n'ont point de villo- 
sité , et le microscope y rend sensibles de fines cannelures paral- 
lèles, qui sont de véritables limes. Les bouts seuls de ces cotylé- 
dons ont de. la viliosité en dedans comme en dehors. 

De chaque côté de la base inférieure de ces mâchoires (et je 
justifierai bientôt cette dénomination) se voit en dehors un article 
pyramidal ou conoïde, assez gros, blanchâtre, quoique faible- 
ment corné, mobile sur une masse musculaire de sa base, hérissé 
de poils roides et que termine, avant sa pointe, une longue soie 
barbue. Une lentille microscopique bien dirigée, bien éclairée, 
découvre à l'axe de cette soie, surtout aux approches de son 
implantation, une fine rainure médiane. 

Savigny a désigné ces deux articles sous le nom de palpes de la 
lèvre. Latreille, dans son dernier livre (Cours d'entomologie), se 
contente de les appeler des appendices , en leur donnant pour 
synonymes les noms de Savigny que je viens de dire. 

Si, malgré sa forme insolite, l'absence d'articulations, et sur- 
tout par l'existence d'une longue soie plumeuse, il faut qualifier 



22 HISTOIRE .NATURELLE 

de palpe cet appendice, j'y consens, au moins provisoirement, à 
cause de sa position, mais je fais mes réserves. Dans tous les cas, 
ce ne serait pas, à mes yeux, un palpe labial; je suis porté à le 
prendre, d'après les fonctions que j'indiquerai bientôt, pour un 
organe accessoire, une espèce de scopula. Je laisse aux microto- 
mistes qui me suivront le soin d'une désignation technique, qui 
leur sera peut-être inspirée par l'autopsie de quelques arachnides 
voisines des galéodcs. 

Maintenant je vais m'expliquer sur les attributions physiolo- 
giques respectives des parties qui constituent le rostre buccal , et 
plus particulièrement la bouche. 

Avant que j'eusse découvert le double cotylédon maxillaire 
dont j'ai donné la description et la figure, il était impossible 
d'arriver à une solution logique et rationnelle du premier acte 
de la digestion, la manducation, l'ingestion, et personne n'a 
entrepris cette tâche. 

Lorsque le galéode, chasseur par toute sa structure anatomique 
comme par le fait, a saisi sa proie, ses grands palpes antérieurs, 
par leur mobilité, par leur position d'avant-garde, leur vigueur, 
leurs soies, leurs spinules, l'apophyse pénicillée de leur base, 
entraînent, précipitent la victime, plus ou moins mutilée, entre 
les terribles dents des mandibules. Ces dents incisives, canines 
et molaires déchirent, comminuent, triturent l'aliment, le rédui- 
sent en bol au moyen de leurs scopules et le dirigent vers la 
bouche. C'est alors que le plumet du palpe maxillaire ou labial, 
avec les poils qui hérissent son support, entre en fonctions, 
faisant l'office de balai, de plumeau, d'écouvillon, pour présenter 
aux lèvres ou mâchoires qui s'entrouvrent un mets à demi digéré 
par sa comminution. La villosité des bouts des cotylédons labiaux 
ou maxillaires saisit, retient la pâte triturée et la livre aux deux 
plans cannelés; ceux-ci, après l'avoir broyée, mâchée et imbibée 
de salive, la rendent propre à la déglutition. La véritable bouche 
serait donc l'entr'ouverture du bout des lèvres. 

Sans doute, je n'ai point constaté ex visu tous ces actes méca- 



DES GALÉODES. 23 

niques de la digestion, et personne, je pense, n'est appelé à les 
constater sur un animal aussi sauvage que Test l'agile galéode; 
mais l'anatomie parle haut, et les inductions physiologiques ne 
sauraient tromper le praticien habitué à apprécier la valeur des 
moindres détails. 

Cette manière d'envisager le premier acte digestif du galéode 
diffère entièrement, comme on le voit, de tout ce qu'on a écrit 
et répété sans contrôle sur cette question : il fallait des dissections 
soigneuses et multipliées, personne ne s'y est livré; il fallait avoir 
constaté la double lèvre formée de deux lames étroitement ap- 
pliquées l'une contre l'autre, et personne ne l'avait soupçonnée. 
Cette découverte anéantit tontes les théories émises sur ce point. 

Quand le scalpel a mis en évidence une pareille composition 
buccale , quand on a clairement constaté un œsophage d'une ténuité 
plus que capillaire, quelle conliance accorder à ces relations d'un 
voyageur anglais qui parle d'un lézard de trois pouces de long 
dévoré, sauf la queue, par un galéode du Bengale? Tout en fai- 
sant la part du narrateur qui vient de loin, c'est par trop fort pour 
nous Européens. Je ne doute point qu'il n'y ait là équivoque, 
quiproquo pour le nom de gaféodes ou solpaga. Ce dévoreur exo- 
tique sera un autre animal qu'une arachnide. 

. 

CHAPITRE II. 

THORAX. 

J'ai déjà dit que les arachnides pulmonaires avaient un cépha- 
lothorax, où des yeux exercés peuvent encore discerner les traces 
fugitives de la délimitation des parties qui constituent un même 
tout continu. Dans le galéode, il existe incontestablement un 
thorax distinct, destiné à l'insertion des véritables pattes. Ce 
thorax, déprimé et placé au-dessous du niveau de la tête, se 
compose de trois segments transversaux, un pour chaque paire de 
pattes, pouvant, à bon droit, porter, comme dans les articulés en 
général, les noms de prothorax, mésothorax et met a thorax. Le pre- 



24 HISTOIRE NATURELLE 

micr de ces segments, ou le prothorax, est souvent plus étroit et 
moins prononcé que les suivants; il est même parfois tellement 
pressé et adhérent contre le contour de la tête, qu'il semble lui 
former un simple bourrelet; mais, en donnant attache à la pre- 
mière paire de pattes, il revendique hautement ses droits. 

CHAPITRE III. 

ABDOMEN. 

Les araignées n'ont pas de segmentation à l'abdomen, tandis 
que le scorpion, qui appartient pourtant comme elles aux arach- 
nides pulmonaires, a cette segmentation très-prononcée malgré 
son test corné et glabre. Le galéode , dont le tégument est souple 
et velu, a celui de l'abdomen avec dix segments bien comptés, 
et non neuf seulement, comme on le dit. Celte partie du corps est 
généralement oblongue , mais susceptible d'un grand développe- 
ment, suivant l'âge et suivant l'état de gestation des femelles. Sa 
région inférieure ou ventrale présente, à son extrémité, l'anus, 
dont il sera question ailleurs; à sa base, l'ouverture génitale dans 
les deux sexes, et vers son milieu les stigmates abdominaux. 

CHAPITRE IV. 

PATTES. 

Le galéode, vu son poste dans le cadre des arachnides, forme, 
sous le rapport du nombre de ses pattes, une bizarre exception. 
Les arachnides pulmonaires, avec le scorpion, qui dans la série 
précède immédiatement le galéode, et le phalangium, arachnide 
trachéenne qui suit ce dernier, sont oclopodes, tandis que le galéode 
est hexapode. On ne doit, je le répète, considérer comme pattes 
ambulatoires que celles qui ont leur attache au thorax et qui se 
terminent par deux ongles. 

Quoique les pattes du galéode soient d'inégale longueur, cette 
inégalité est moins prononcée que clans les araignées en général; 



DES GALÉODES. 25 

la première paire est plus courte que la deuxième, et la troisième 
est bien plus longue et plus robuste que celle qui la précède. 

Cette supériorité de force et de longueur des pattes posté- 
rieures trouve sa raison d'existence dans une fonction de plus 
ajoutée à l'ambulation, c'est de servir plus spécialement à l'acte 
copulateur; je le dirai bientôt. 

Les troclianters sont composés de deux articles, sans y com- 
prendre le coxal, qui forme le plancher sous-thoracique ; les pos- 
térieures ont un article de plus, parce qu'elles sont le siège des 
raquettes trocbantéro-coxales, auxquelles je consacrerai bientôt 
un article. 

La cuisse et le tibia sont comme dans toutes les arachnides. 

Les tarses varient suivant les espèces, et pour le nombre des 
articles qui les composent, et aussi pour leur structure. C'est sur- 
tout à Koch , qui a publié un travail monographique sur les ga- 
léodes, que l'on doit d'avoir signalé à l'attention des classifica- 
teurs la composition des tarses de ces arachnides. C'est sur le 
nombre des articles tarsiens qu'il a formé des coupes génériques. 
Je reprendrai ce sujet au chapitre des espèces. 

Je ne connais aucun articulé dont les ongles des tarses soient 
comparables à ceux du galéode ; toutefois, en consultant les ligures 
de Savigny, on voit que ceux des chelifer leur ressemblent. 

Les ongles du galéode sont remarquables par leur longueur, 
leur finesse, leur forme modérément arquée et surtout par un 
crochet terminal, un onglet plus dur, plus fort et toujours glabre 
qui se distingue, par une articulation, du corps de l'ongle qui, 
celui-ci, serait une espèce de doigt. Ce dernier peut être velu ou 
glabre, et c'est là un caractère qui n'est pas sans valeur. 

Cette longueur, cette forme des ongles du galéode sont-elles 
destinées à favoriser l'action de grimper, en même temps qu'elles 
servent à saisir une proie vivante? 

Ces ongles ou grilles ont leur point d'attache non pas direc- 
tement au bout du dernier article tarsien, mais sur un talon ou 
une pelote charnue dont la forme et la grandeur varient suivant les 

Histoire naturelle des galéodes. k 



26 HISTOIRE NATURELLE 

espèces, et dont les invisibles muscles intérieurs sont destinés à 

régler surtout les mouvements de diduction des ongles. 

Dans toutes les espèces de galéodes soumises à mon étude, je 
remarque aux. pattes comme aux palpes, indépendamment de la 
villosité générale et des soies ou piquants, des poils isolés fort 
longs et fins, que j'ai pris soin de représenter dans mes figures. 
Ces poils, dans ma manière d'envisager la microtomie, ne sont 
pas de vains ornements; mobiles sur leur point d'implantation, 
ils peuvent être considérés comme des organes tactiles, des mo- 
niteurs pour prévenir d'un danger ou avertir d'un besoin. 

Mais, outre cette toison et ces longs poils isolés, il existe sur 
les côtés, et même au-dessous des tarses, des piquants, des spi- 
nules, des papilles mobiles qui sont des armes offensives et dé- 
fensives, et qui paraissent avoir été négligés dans les figures de 
la plupart des auteurs, même dans celles de Savigny. Je me dis- 
pense de les décrire, mais je les ai religieusement représentés 
dans tous mes portraits. 

Et puisque j'en suis à l'article des poils, qui paraîtra peut- 
être minutieux et futile aux yeux de ceux qui apprécient peu les 
petites choses, je dirai que parfois on trouve, soit aux mandi- 
bules, soit aux palpes antérieurs, organes susceptibles d'une éner- 
gique activité, des soies tronquées, ainsi que les représente Savi- 
gny; j'en ai même vu qui étaient bifides. Ce ne sont là que des 
formes accidentelles, des mutilations qui s'observent surtout dans 
les vieux sujets; on ne les rencontre ni dans les jeunes individus 
ni dans ceux récemment adultes. Ces soies mutilées sont donc les 
indices de l'âge et d'une vie plus ou moins tourmentée. 

Des raquettes Irochantéro-coxales. 

Toutes les espèces du genre galéode offrent à la face inférieure 
et basilaire des pattes postérieures, seulement, cinq appendices 
en forme de raquettes, organes fort singuliers qui méritent d'ar- 
rêter noire attention. 

De ces cinq raquettes, deux appartiennent au coxal , deux au 



DES GALÉODES. 27 

premier article du trochanter et une seule au deuxième article; 
le troisième n'en a point. 

M. Guérin-Méneville, dans son Iconographie du règne animal 
de Cuvier, a représenté sept de ces raquettes dans le g. spinipalpis, 
originaire de l'Amérique. Ce fait, si exceptionnel, éveille d'aulant 
plus mes soupçons et mes doutes sur sa réalité, que M. Guérin, 
qui l'exprime isolément et cpii donne trois de ces appendices au 
deuxième article trochantéricn, qui d'ordinaire n'en a qu'un, n'a 
pas fait dans son texte la moindre mention d'un trait si éminem- 
ment caractéristique. Latreille lui-même, dans son dernier ou- 
vrage [Cours d'entomologie), tout en citant la figure de M. Guérin, 
auquel il avait communiqué l'espèce, garde un silence absolu sur 
ce nombre insolite de raquettes. 

Celles-ci ont été négligemment étudiées par la plupart des au- 
teurs, qui en ont pourtant donné de bonnes ligures. Personne 
n'a abordé la question physiologique ou fonctionnelle. 

Ces organes sont parfaitement glabres et ils présentent quelques 
modifications suivant les espèces de galéodes. Il faut y distinguer 
la palette et le pétiole. 

La palette est, à mes yeux, l'organe principal, le véritable or- 
gane. Elle est, même dans l'individu vivant, plate comme une 
lame, largement triangulaire, parfois même sécuriforme; son 
plus grand bord, celui opposé au pétiole, est taillé en biseau. 

Je comprends difficilement sur quoi s'est fondé Latreille en 
l'appelant un demi-entonnoir, expression hasardée que tous les au- 
teurs ont répétée par écho. Elle est formée sur ses deux faces par 
une fine membrane hyaline fermée dans son limbe. Toutefois il 
existe entre ces deux membranes une pulpe sub-gélatineuse, qui 
par son séjour dans les liqueurs conservatrices se coagule, se 
condense, devient blanchâtre et opaque. J'ai souvent constaté que, 
par le retrait de cette pulpe, le bord principal est finement transpa- 
rent et paraît même noirâtre au premier aspect. Enfin il est des 
sujets où la palette est entièrement diaphane, comme si la pulpe 
avait disparu de son intérieur. 



28 HISTOIRE NATURELLE 

Mes plus puissantes lentilles microscopiques, favorisées même 
par la projection d'un rayon de soleil, ne m'ont point révélé la 
moindre apparence de fibres dans la double membrane de la pa- 
lette. Cependant je suis loin de nier cette texture fibreuse. 

Le pétiole s'unit à la palette, ainsi qu'au trochanter ou au 
coxal, par une articulation qui permet à l'organe un double mou- 
vement aux deux points d'insertion; il est blancbâtre, charnu, 
et, je crois, de nature musculeuse. 

Essayons maintenant un aperçu physiologique sur ces raquettes; 
remarquons d'abord qu'elles sont communes aux deux sexes sans 
qu'il y ait aucune différence appréciable. La texture délicate de 
la palette et l'existence interne d'une humeur lubrifiante font 
naître l'idée d'un organe érectile. Leur surface glabre, leur aspect 
comparable aux articles terminaux des palpes de beaucoup d'in- 
sectes, rappellent des facultés tactiles. 

Leur insertion à la face inférieure des trochanters et des 
coxaux, leur voisinage de l'orifice externe des organes génitaux, 
leur disposition en série rapprochée et leur mobilité offrent, sauf 
la forme, une frappante analogie avec les peignes sous-thoraciques 
des scorpions, les voisins des galéodes dans le cadre classique. 
Latreille avait déjà signalé celte analogie. 

J'ai la conviction intime que ces raquettes sont appelées à rem- 
plir le même rôle, le même but physiologique que les peignes 
des scorpions. Je présume que dans les ébats qui préludent à un 
accouplement, rendu difïicultueux dans les galéodes par la posi- 
tion ventrale des orifices génitaux des deux sexes, les raquettes, 
dans leur turgescence érectile, peuvent s'engrener mutuellement 
et devenir ainsi un organe de titillation réciproque, un organe 
de volupté, comme je l'ai avancé avec Treviranus à l'occasion des 
peignes du scorpion. 

Je l'ai dit cent fois, et je ne me lasse point de le répéter, la 
diversité des moyens de la nature pour atteindre un même but 
est inépuisable, et l'avide curiosité de l'homme, malgré la pré- 
tention du savoir, trouve partout le mystère. El quel mortel pri- 



DES GALEODES. 29 

vilégié pourra, en explorant le silencieux, désert du Sahara, sur- 
prendre le genre de vie, épier les amours des sauvages galéodes? 

CHAPITRE V. 

CARCASSE INTRA-THORAC1QUE. 

Dans mon analomie des scorpions, j'ai donné ce nom de car- 
casse à une charpente squelettique, sinon osseuse, du moins dure 
et cornée, garnissant l'intérieur du céphalothorax et formant un 
arc-boutanl compliqué, soit pour protéger les grands centres ner- 
veux, soit pour fournir des points d'attache aux muscles infinis et 
puissants de cette cavité. Ce singulier squelette intérieur n'avait 
été signalé par aucun de mes prédécesseurs- 
Une semblable carcasse, mais beaucoup plus simple et tout 
aussi nouvelle pour la science, se rencontre dans les galéodes et 
y présente les mêmes attributions. C'est là une conformité orga- 
nique d'un incontestable intérêt entre le magnate des arachnides 
pulmonaires et l'agile représentant des arachnides trachéennes. 

C'est surtout sur les sujets préalablement dépouillés des parties 
molles qui encombrent l'intérieur du thorax et desséchés ensuite 
qu'on peut se livrer plus facilement et plus sûrement à l'étude 
de la carcasse intra-thoracique du galéode. C'est celle du g. bar- 
bants que je vais décrire. 

Quand on dissèque le thorax des individus récemment retirés 
de l'alcool, on sent la pince et le scalpel butter contre des parties 
dures, dont il est alors difficile de saisir la configuration et les 
limites. Cette carcasse consiste, dans l'état de dessiccation, en 
deux tiges sub- osseuses, roides, canaliculées, qui, partant d'un 
point correspondant aux hanches des pattes antérieures, s'élèvent 
en convergeant l'une vers l'autre par leurs bouts supérieurs. Ces 
bouts sont creusés en cuillerons, imitant les mors d'une tenette 
à opérer la taille. Ces cuillerons laissent entre eux une large et 
profonde gorge ou coulisse dont le fond a une symphyse médiane 
bordée par un filet d'une extrême finesse. Dans les individus frais, 



30 HISTOIRE NATURELLE 

et surtout dans les jeunes, on peut, en tirant en sens contraire 

ces tiges, disjoindre ou désarticuler cette symphyse médiane. 

A leur point de départ, ces tiges, ces sortes d'apophyses mon- 
tantes, s'articulent d'une manière serrée à une côte sub- osseuse 
comme elles, obliquant à la ligne médiane et couchée sur le plan- 
cher sternal. Les deux côtes et les deux tiges circonscrivent une 
losange au milieu de laquelle, dans les individus frais, apparaît 
le cerveau à nu, tandis que dans la gorge de la tenette s'engage 
l'œsophage. 

Le troisième segment du plancher sternal, celui où s'insèrent 
les pattes postérieures, offre en arrière trois lames cartilagi- 
neuses triangulaires, dont celle du milieu, un peu plus longue, se 
termine par un stylet particulier. Ces lames sont séparées à leur 
base par une échancrure arrondie. N'est-il pas présumable qu'en 
correspondant justement aux hanches postérieures, siège des 
raquettes coxales, elles donnent attache à des muscles dont les 
invisibles fibres peuvent jouer un rôle dans l'exercice actif de 
ces singulières raquettes ? 

A l'aspect de cette petite et curieuse ostéologie interne, qui, 
surtout dans le scorpion, correspond plus ou moins à la tête, les 
esprits préoccupés verraient dans cette complication, dans cette 
apparente irrégularité, quelque analogie avec le sphénoïde du 
crâne de l'homme, et les imaginations aventureuses s'empresse- 
raient de proclamer des conformités organiques là où la froide 
raison n'aperçoit que d'illusoires rapprochements. 

Nota. Depuis la rédaction de ce chapitre sur le squelette intra-lhora- 
cique du galéode, et lorsque déjà mon manuscrit avait été livré à l'Académie 
des sciences, j'ai eu connaissance de deux figures qui représentent ce même 
squelette. L'une, de date plus ancienne (1848), fait partie d'un Mémoire 
de Modest Kittary sur l'anatomie du galéode aranoïde (Bulletin de la Société 
nationale de Moscou, vol. XXI), mémoire qui m'a été communiqué par mon 
digne ami le professeur Milne-Edvvards; l'autre, se Lrouvantdans une planche 
du grand ouvrage de M. Emile Blanchard intitulé l'Organisation du règne 
animal, planche que je dois à l'obligeance de cet auteur et qui est en voie 
de publication. 



DES GALEODES. 31 

La figure 3 de la planche VI de Kitlary est prise sur le g. aranoïdes, 
grande espèce de la Russie méridionale, tandis que mon scalpel s'est princi- 
palement exercé sur le g. barbarus, espèce algérienne. Comme moi, Kittary 
donne le nom de squelette à l'ensemble des pièces de celui-ci, et il le dis- 
tingue en céphalique et en thoracique. Ce squelette a une grande analogie 
de structure et de composition avec celui du barbarus. Cette analogie est, à 
mes yeux, d'un intérêt d'autant plus apprécié qu'elle confirme et corrobore , 
à ma vive satisfaction, mes recherches sur ce point et qu'elle sert efficace- 
ment la science; mais l'auteur représente ces iiges, ces côtes étalées sur un 
plan horizontal, et il n'en est point ainsi dans la nature. Je comprends, du 
reste, toute la difficulté iconographique. 

Toutefois, en analysant avec une rigoureuse mais sincère attention les 
parties constitutives du squelette de l'aranoïde de Kittary, je retrouve en f 
les apophyses que j'ai appelées montantes, parce qu'elles s'élèvent au-dessus 
du plancher sterual; en « l'image des cuillerons, et en i l'intervalle en 
losange, représenté ici triangulaire. Enfin je reconnais les analogues des 
trois lames cartilagineuses de l'origine des pattes postérieures, mais avec- 
une configuration et une disposition différentes, tenant peut-être à l'espèce 
de galéode disséquée par le savant russe. 

Quoi qu'il en soit, Kittary a, sans nulle contestation, la priorité de la 
découverte du squelette intérieur des galéodes; c'est une vérité et une justice 
que je me plais à lui rendre. 

Le squelette inlra-thoracique de M. Blanchard (/. c. pi. XXV, fig. 9), pris 
sur un grand galéode égyptien désigné sous le nom de g. araneoides Oliv. 
a, quant à la figure, une frappante analogie avec celui de Yaranoïdes Kitt. 
par conséquent avec celui du barbarus. L'espace en losange y est mieux des- 
siné; les cuillerons des apophyses montantes confirment, par leur écarte- 
ment, ce que j'en ai dit, et je reconnais avec plaisir les trois lames cartila- 
gineuses citées tout à l'heure. 



■-> 



CHAPITRE VI. 

MOEURS, HABITUDES ET GENRE DE VIE DES GALÉODES. 

Les archives de la science demeurent encore bien pauvres de 
faits authentiques et rationnels sur le genre de vie des galéodes. 
Dans tous les pays habités par ces derniers, on les regarde comme 
des animaux dont la morsure est venimeuse. Leur corps hérissé, 
leurs longues pattes, leurs robustes mandibules, leur agilité, leur 
audace à se défendre, semblent justifier cette réputation. Pallas 



32 HISTOIRE NATURELLE 

et Olivier, ainsi que la plupart des auteurs après eux, ont consigné 
dans leurs écrits tout ce que leur ont raconté de vrai, d'exagéré 
ou de faux, les indigènes du pays de ces arachnides. Dans mes 
publications sur Yintrepidus et le barbants, j'ai bien signalé quel- 
ques rares traits de la vie privée de ces deux espèces; mais, pour 
remplir cette vaste lacune, j'ai senti le besoin de recourir à la sa- 
gacité et au zèle dévoué d'amis placés dans la sauvage patrie des 
galéodes, auxquels j'avais transmis une série de questions à ce su- 
jet. La science doit donc les intéressants détails qu'on va lire soit au 
docteur Dours, qui a séjourné comme médecin militaire à Orléans- 
ville et à Pontéba , soit au capitaine Dastugue, chef du bureau 
arabe, d'abord à Bogbar, désert privilégié des grands galéodes, 
puis à Blidah. J'apprécie d'autant plus la valeur de ces documents 
qu'ils n'ont point été concertés entre ces observateurs, qui ne se 
connaissent point. 

Les Arabes des provinces d'Alger et d'Oran appellent le galéode 
akreb-errih, ce qui veut dire scorpion du vent. Il est surtout fréquent 
dans la région saharienne. Le barbaras, la seule espèce que les 
deux entomologistes précités ont directement observée , s'avance 
jusqu'à la Métidja, Milianah, Orléansville , Pontéba. Je parlerai au 
chapitre des espèces de celles du Sahara. 

Olivier, qui a voyagé dans le désert de l'Arabie et de la Méso- 
potamie, où il a rencontré beaucoup de galéodes, dit qu'ils se 
cachent dans le jour et ne sortent que la nuit. 11 raconte que tous 
les soirs dans sa tente et dans celles de la caravane ces arachnides 
s'introduisaient et couraient sur les tables et sur les lits sans 
que personne eût été mordu. Si ces habitudes nocturnes ou cré- 
pusculaires sont vraies pour les galéodes du Levant, elles cessent 
d'être applicables aux grandes espèces de l'Algérie. C'est au con- 
traire sous les rayons verticaux du soleil de midi, lors des ardentes 
bouffées du vent du désert, que le galéode est plus vif, plus alerte, 
qu'il se livre à tout le feu de la chasse. Ses palpes pédiformes 
s'agitent alors comme pour interroger l'espace ; les mouvements 
de sa tête témoignent de son impatience à découvrir, à viser, une 



DES GALÉODES. 33 

proie. Ce fait des mouvements de la tête, constaté par M. Das- 
tugue, confirme ce que l'étude anatomique des muscles puis- 
sants du crâne et de la direction des yeux m'avait déjà fait pré- 
sumer. 

Le galéode recherche les lieux sableux et déserts. Il parait 
depuis le mois de juin jusqu'à la fin de septembre. 11 est d'une 
vélocité surprenante à la course, et quand on le poursuit il se 
retourne , fait face à son agresseur, se redresse sur ses pattes pos- 
térieures et prend l'attitude hardie d'une défense ou d'une attaque 
énergique. J'avais jadis fait connaître cette manœuvre dans l'm- 
trep idus. 

MM. Dours et Dastugue s'accordent à dire que le barbarus, à 
défaut d'un abri naturel creusé dans le sol où il puisse se réfugier, 
trace dans le sable à l'aide de ses griffes et de ses tenailles une 
large dépression circulaire dont il balaye les déblais de manière 
à ce que le limbe de l'enceinte soit un peu relevé. Il se tient 
au centre, qui est plus déprimé, pour s'élancer à l'occasion sur 
une proie qui passe à sa portée. Mais le galéode ne se creuse 
pas un terrier comme la tarentule : c'est le camp volant du 
nomade. 

Ce n'est pas seulement en rase campagne que le barbarus se 
livre à ses excursions chasseresses. On le voit grimper sur les 
hauts chardons, les atriplex, les grandes ombellifères, pour s'em- 
parer des acrjdium, dont il paraît friand, des mylabris maro- 
cana, etc. Il descend avec sa proie entre les mandibules pour la 
transporter au loin et la dévorer. 

M. Dours raconte que, dans ses courses vagabondes, le galéode 
n'est point attaqué par les terribles sphex afra et maxillosa, qui se 
précipitent sur les plus grosses araignées, telles que la tarentule, 
qu'ils charrient dans leurs larges repaires, en présence du galéode, 
qu'ils ne convoitent point. 

M. Dastugue a constaté un fait de mœurs qui intéresse à un 
haut degré l'histoire naturelle de notre arachnide. La mère galéode, 
malgré sa sauvagerie, ne faillit point à la tendresse maternelle : à 

Histoire naturelle des galéodes. 5 



34 HISTOIRE NATURELLE 

l'instar du scorpion et de la lycose, elle rallie autour d'elle et 
dresse à la chasse sa jeune famille, composée de six, de sept et 
jusqu'à douze ou quinze petits qui la suivent et ne la perdent pas 
de vue. Si elle fait une bonne prise, si elle saisit un gibier du 
goût de ses enfants, comme un jeune orthoptère, une tendre pha- 
lène, les petits galéodes se groupent près de la mère et sucent à 
l'envi la victime. Ce tableau de famille dans la solitude du Sahara 
a bien sa valeur de sentiment. 

Les galéodes ne sont point sociables ; ils vivent isolément. 
L'instinct seul de la reproduction rapproche les deux sexes. Mais 
l'accouplement terminé, la femelle fait une guerre acharnée au 
malheureux étalon, qui paye de la vie celle qu'il vient de donner. 
De semblables faits s'observent, comme on sait, dans d'autres 
arachnides. 

M. Dastugue, afin d'étudier de plus près quelques traits de la 
vie des galéodes, a tenté des expérimentations analogues à celles 
que je faisais il y a un demi -siècle sur les tarentules. Il plaça 
huit barbants vivants dans une grande caisse au fond de laquelle 
étaient des mottes de terre plus ou moins divisées ; ces galéodes 
coururent aussitôt dans diverses directions, soit pour reconnaître 
le terrain, soit pour chercher à s'évader. Trois minutes ne s'étaient 
pas écoulées que des rencontres hostiles eurent lieu , et que bientôt 
une mêlée, une bataille générale, s'engagea. Un seul des combat- 
tants survécut aux autres, et le premier résultat de sa victoire fut 
de se jeter sur les morts pour les dévorer. 

Le lendemain, M. Dastugue, qui conservait encore un barbants 
fort et vigoureux, le lâcha dans l'arène du galéode vainqueur. 
Celui-ci, refait de ses combats par un repas copieux et succulent 
et aguerri par le triomphe d'une grande lutte, se précipita sur le 
nouvel athlète. Les étreintes de leurs pattes enlacées, la vibra tilité 
des palpes antérieurs, témoignaient de la rage frénétique des deux 
combattants. Mais enfin, après quelques secondes d'une boxe achar- 
née, la victoire demeura encore du côté du triomphateur de la 
veille. Après avoir terrassé son antagoniste, il se cramponna avec 



DES GALÉODES. 35 

ses deux tenailles sur le derrière de la tête de ia victime, à l'en- 
droit correspondant au cerveau ; il déchirait et suçait le thorax 
ainsi qu'une partie de l'abdomen. En épiant attentivement cette 
manœuvre, on s'assure que le mors supérieur de la mandibule 
servait de pivot, de point d'appui, tandis que le mors inférieur, 
bien plus mobile, ne cessait pas de broyer le tégument en faisant 
entendre de légers craquements. La déglutition, en s'opérant d'une 
manière continue, témoigne du mouvement de succion dont j'ai 
parlé ailleurs. Dans cet acte de la déglutition de petits battements 
ondulatoires ont lieu le long de l'abdomen dans la direction du 
ventricule chylifique. 

On pourrait croire au premier coup d'œil que ces pulsations 
ondulatoires sont d'une constatation impossible à cause du feutre 
de l'abdomen. Cependant, vu le large ruban noir et presque 
glabre de celui-ci dans le barbarus, ce mouvement peut devenir 
sensible à des yeux clairvoyants. 

Au dire de M. Dastugue, les galéodes ne sont pas naturelle 
ment voraces ; du moins ils peuvent, comme beaucoup d'autres 
arachnides, supporter une abstinence prolongée sans une notable 
altération de la santé. Il en a conservé isolément dans des boîtes 
pendant un mois sans la moindre nourriture, et non -seulement 
ils se sont maintenus vivants, mais ils ne donnèrent aucun signe 
de faiblesse. 

Pallas cite des faits constatés par lui qui prouveraient que 
le g. aranoïdes a un venin mortel, si l'on n'y apporte point re- 
mède. Olivier, ainsi que je l'ai déjà dit, les regarde comme inof- 
fensifs. 

Le docteur Dours m'a transmis un cas de blessure venimeuse 
du barbarus, dont il a été témoin et dont voici l'observation 
textuelle : 

« Bricet, colonàPontéba, fut mordu, le 6 août, au tiers supérieur 
et interne de la jambe par un magnifique barbarus; il s'empressa 
d'écraser l'animal pour ainsi dire sur la plaie et se borna à en- 
duire celle-ci d'un peu de salive. Une heure après, M. Dours fui 

5. 



36 HISTOIRE NATURELLE 

appelé en loule hâte. Bricet était pâle et vomissait des flots de 
bile. Il accusait une douleur très-vive à la partie interne de la 
jambe mordue et de la caisse du même côté. Tout le membre 
était affecté de soubresauts et commençait à s'enfler, surtout au- 
dessous du genou. (Olivier, Voyage en Perse, III, p. 44 ', dit que 
les Arabes parlaient du gonflement considérable de la partie mor- 
due , de la gangrène et de la mort.) 

« M. Dours administra à l'instant un verre d'eau avec douze 
gouttes d'ammoniaque liquide. La piqûre fut agrandie et reçut 
quelques gouttes d'alcali. La potion fut continuée par cuillerées 
à bouche d'heure en heure. Le soir les accidents généraux avaient 
cessé, mais le membre blessé était devenu énorme et dur. On 
sentait le cordon des lymphatiques de sa partie interne, et Bricet 
ne recouvra l'usage de sa jambe que dix-sept jours après l'accident. 
Des frictions mercurielles à haute dose avaient été pratiquées 
pendant tout ce temps. M. Dours pense que cette intoxication 
avait produit une phlébite. » 

Maintenant je me demande et je demande aux autres par quelle 
voie s'inocule , s'instille le venin du galéode et quelle glande le 
sécrète ? La structure du rostre buccal , telle que je l'ai fait con- 
naître, et de ses cotylédons maxillaires, rend impossible cette 
inoculation par la bouche. Les mandibules ou tenailles, indépen- 
damment de ce qu'elles ne tiennent au corps que par des muscles, 
des trachées et des nerfs, sans pénétrer ni dans la bouche ni dans 
les cavités splanchniques, n'ont à leurs dents ni aux crochets 
terminaux aucun orifice, aucun pore qui rappelle les pertuis de 
l'aiguillon du scorpion. Serait-ce donc, comme je le soupçonnais 
jadis pour Yinlrepidus, cette ventouse protractile du bout du palpe 
antérieur, ventouse que personne n'a vue depuis moi, qui insi- 
nuerait le venin dans une plaie préalablement pratiquée, ou par 
les tenailles, ou par les griffes? Adhuc sub judice lis est. 



DES GALEODES. 37 

CHAPITRE VIL 

HISTOIRE DU GENRE ET DES ESPECES. 



ARTICLE PREMIER. 

IIISTOIHE DD GENRE. 



Olivier fonda le premier, en 1791,1e galéode, galeodes (Encycl. 
met.), sur le phalangium arancoides du célèbre Pallas et sur le 
galéode séiifèrc du cap de Bonne-Espérance l . 

Fabricius, en 1781, avait inséré dans le genre phalangium de 
son Species insectorum la singulière arachnide de Pallas. 

Herbst, ignorant la publication d'Olivier, créa, en 1797, pour 
ces arachnides le genre solpaga, dont six espèces l.outes exo- 
tiques. 

Fabricius, sans égard pour le précepte sacré de la priorité 
scientifique, et quoiqu'il connût très-bien la publication d'Olivier, 
adopta, en 1798, le genre solpaga de Herbst dans le supplément 
de son Entomologia syslematica. 

Mon respect pour la propriété scientifique, mon amour de la 
justice et du droit, me font un devoir de préférer au nom de 
solpaga celui de galéode, qui a sur ce dernier l'antériorité de 
publication. 

La conformation générale, la structure, la physionomie et 1 a- 
natomie font des galeodes un groupe si naturel, si homogène 
dans l'ordre des arachnides trachéennes, qu il doit constituer à 
juste titre une famille parfaitement distincte, qui prendra le nom 
de galéodides comme celle des scorpions s'appelle les scorpionides. 

L'existence d'un rostre buccal, de six pattes ambulatoires, d'une 
tête distincte du thorax, de palpes pédiformes, de stigmates 

1 Olivier a fail galéode du genre masculin, el j'ignore par quels motifs plusieurs 
de ses successeurs l'ont rendu féminin. Cet auteur ne nous a point indiqué l'élymo- 
logie de ce nom , qui vient, sans nul doute, de la ressemblance de la tête du galéode 
avec un casque [galea) ou mieux avec un bouclier. 



38 HISTOIRE NATURELLE 

abdominaux avec ou sans peignes ventraux , et surtout de raquettes 
coxales, ne permet point de laisser le galéode clans le même 
cadre que le chelifer et le pltalangium. 

Koch, ainsi que je l'ai déjà dit, a établi sur la composition 
articulaire des tarses de ces arachnides des coupes génériques. 
J'apprécie toute l'importance organique de ces caractères; mais, 
dans ma manière d'envisager la constitution des genres ces carac- 
tères, clans un groupe aussi homogène que celui des galéodes, 
ne sauraient avoir une valeur générique légitime. Mais ils peu- 
vent servir à établir d'excellentes divisions qui facilitent la déter- 
mination des espèces, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. D'après 
ces considérations j'ai adopté, en me restreignant à la vérité aux 
types algériens qui ont servi à mes dissections, l'unique nom 
générique de galéode. 

ARTICLE IL 

HISTOIRE DES ESPÈCES. 

Mes études anatomiques des galéodes m'ont fourni l'occasion 
de découvrir dans leur structure extérieure des faits tant positifs 
que négatifs qui ont échappé à plusieurs de mes devanciers et qui 
ont une importance de premier ordre pour la distinction des 
espèces. Je citerai entre autres la forme de la tète, la présence ou 
l'absence des peignes ventraux, le nombre des articles tarsiens, 
les ongles glabres ou velus. 

Comme mon scalpel n'a pu s'exercer que sur les galéodes algé- 
riens, dont j'ai disséqué cinq grandes espèces, je me suis tenu 
dans une prudente réserve quant à la généralisation de ces traits 
sous le rapport de la classification. 

Pour mieux apprécier certains caractères extérieurs, et en 
particulier la villosité, j'avais eu le soin de recommander aux 
amis qui m'expédiaient ces arachnides que, indépendamment des 
individus plongés vivants dans l'alcool, on m'en réservât d'autres 
conservés à sec en les plaçant isolément dans des cornets de 
papier. 



DESGALÉODES. 39 

Dans l'intérêt des entomologistes qui étudieront après moi les 
galéodes, je vais donner un aperçu de statistique géographique 
tant des espèces décrites ou mentionnées par les auteurs que de 
celles que j'ai obtenues de nos possessions d'Afrique. Je puiserai 
les principaux documents de ce travail dans le volume de M. Paul 
Gervais, formant le tome III de l'Histoire des aptères de Walc- 
kenaër. 

ÉTAT DES ESPÈCES DE GALEODES (OU SOLPUGa) CONNUES JUSQU'À CE JOUR, 
AVEC LEUR HABITATION. 

1. Brevipes (Gervais); Népaul. 

2. Melanus (Savigny); Egypte, Tunis. 

3. Phalangiste. (Savigny); Egypte, Algérie (Boghar). 

4. Fatalis (Herbst); Bengale. 

5. Persicus (Herbst); Perse. 

6. Araneoides (Pallas); Russie méridionale, Egypte. 

7. Arachnodes (Herbst). 

8. Setifer (Olivier), Chelicornis (Herbst) ; Afrique australe. 

9. Intrepidus (Dufour); Espagne, Egypte, Algérie, Grèce. 

10. Tardas (Herbst); Grèce, Naples. 

11. Spinipalpis (Latreille); Amérique. 

12. Cubœ (Lucas); Cuba. 

13. Africanus (Herbst); Afrique australe. 

14. Limbatus (Lucas); Mexique. 

15. Scenicus (Herbst); Grèce, Crète. 

16. Gryllipes (Gervais); Martinique. 

17. Lethalis (Kocb); cap de Bonne-Espérance. 

18. Rufescens (Kocb); cap de Bonne-Espérance. 

19. Jabalas (Kocb); cap de Bonne-Espérance. 

20. Cinclus (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

21. Badius (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

22. Fuscas (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

23. Hirtuosus (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

24. Lineaius (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

25. Lateralis (Koch); cap de Bonne-Espérance. 

26. Flavescens. (Koch); Egypte. 

27. Grcecus (Koch); Grèce, Sibérie. 

28. Arahs (Savigny); Egypte, 



40 HISTOIRE NATURELLE 

29. Scalaris (Koch); Arabie. 

30. Leucophœus (Koch); Arabie. 

31. Lunatus (Koch); Afrique australe. 

32. Furiosus (Koch); Arabie. 

33. Impavidus (Koch); Arabie. 

34. Prœcox (Koch); Mexique. 

35. Elongatus (Koch); Mexique. 

36. Cincrascens (Koch); Mexique. 

37. Gracilis (Koch); Venezuela. 

38. Geniculatas (Koch); Colombie. 

39. Foi^inicarius (Koch) ; Mexique. 

40. Striolatus (Koch); Portugal. 

41. Barbarus (Lucas); Algérie. 

42. Nigripatpis (Dufour); Algérie. 

43. Drunnipes (Dufour) ; Algérie. 

44. Quadrigerus (Dufour); Algérie. 

45. Dastuguei (Dufour); Algérie. 

46. Lucasii (Dufour); Algérie. 

Ainsi qu'on le voit par ce tableau, le nombre des types 
de galéodes connus jusqu'à ce jour est de quarante - six. Il 
n'était que de trois au temps de Fabricius, il y a soixante ans. 
Je ne serais point surpris qu'on en découvrît au moins une 
vingtaine de nouveaux en Afrique, soit en deçà soit surtout au 
delà de l'Atlas, Je crois que c'est la patrie privilégiée de ces 
aracbnides. 

Je n'ai point à porter un contrôle sérieux sur la validité, la 
légitimité de tous ces quarante-six types. Mon travail actuel, dont 
l'anatomie forme la partie essentielle, ne concerne, je le répète, 
que les galéodes algériens soumis à mon scalpel. Je dirai seule- 
ment que Koch a établi , sur la seule considération de la structure 
des tarses des galéodes, cinq genres dont je vais faire connaître 
les noms et les signalements : 

1° SoI/jucjo. Tarses antérieurs et intermédiaires à quatre arti- 
cles ; les postérieurs à sept. 

2° Galéodes. Tarses antérieurs et intermédiaires à deux articles; 
les postérieurs à trois. 



DES GALÉODES. kl 

3° /Ellopus. Tarses antérieurs et intermédiaires à deux articles; 
les postérieurs sans ongles. 

h° Rhax. Tous les tarses sans ongles. 

5° Gluvia. Tarses inarticulés, longs et grêles. 

En ne portant un contrôle que sur les espèces algériennes, dont 
quelques-unes sont comprises dans la répartition générique de 
Koch, je ne saurais, dans l'intérêt de la science et de la vérité, 
passer sous silence les remarques suivantes : 

i° Les melanus et phalangista du genre rhax de Koch ont, malgré 
l'assertion contraire de cet auteur, deux ongles bien prononcés 
à tous les tarses. Les figures de Savigny (/. c. fig. 9 et 10) ne 
sauraient laisser le moindre doute à cet égard, et je l'ai moi-même 
confirmé dans le phalangista dont j'ai publié la figure dans les 
Annales de la Société entomologique^ 1867, pi. IV. 

2 Trois grandes espèces de l'Algérie, les brunnipes, qaadri- 
gerus et nigripalpis , ayant toutes les trois huit articles aux tarses 
postérieurs, ne sauraient trouver place dans les genres établis par 
Koch. 

TABLEAU SYNOPTIQUE DES GALEODES ALGERIENS. 

„ ... ( Abdomen à ruban dorsal noir. . Barbarus. 

Peignes ventraux stigmatites < 

( Abdomen unicolore Dasluguei. 

I Abdomen unicolore Intrepidas. 

! Ongles velus j Abdomen à double rangée de 
( taches Lucasii. 
I Tous les tarses à j Palp es unicolores Melanus. 
i deux articles, j Palpes antérieurs à bout noir. Phalangista. 
y Ongles glabres.) / / Abdomen 

Tarses l 

1 unicolore Brunnipes. 

m intermédiaires ] ., , , 

larses postérieurs] , . \ Abdomen a 

... . , ; a six 1 , , 

a huit articles-; \ . I taches 

articles. f , , n , . 

\ dorsales .... (Juadrigerus. 

Tarses intermédiaires à cinq 

articles Nigripalpis. 

Ce petit tableau, tout artificiel qu'il est, met à même d'arriver 
promptement à la détermination de ces neuf espèces algériennes. 

Histoire naturelle des galéodes. 6 



42 HISTOIRE NATURELLE 

A mesure que les espèces d'une famille ou d'un genre se mul- 
tiplient, la science devient plus exigeante, et pour les signale- 
ments spécifiques comparatifs et pour le développement de cer- 
tains caractères. En procédant à la description des espèces, je 
demeurerai conséquent à la sobriété de ma plume en m'abste- 
nant de répéter ce qui aura été déjà dit, soit dans la diagnose 
aphoristique, soit dans les généralités du genre. 

DESCRIPTION DES ESPÈCES. 

1. G. BARBARCS. PI. I, flg. }. Ç 

t} G. BARBARA. Lucas, Histoire naturelle des articulés de V Algérie, t. I, p. 270, pi. XVIII, fig. 7. 
Ç Dufour, Annales de la Société entomologique , 1832. 

« Setœ binae antennœformes. 

« Tarsi postici quadriarticulati, intermedii biarticulati. 

« Citrino dense villosus, abdominis thoracisque vitta dorsali 
« nigra; tarsis posticis subtus papillosis; maris cirrbo brevi lanceo- 
> lato; feminœ pedibus quam in cospeciebus brevioribus validiori- 
« busqué. Long. i5-2 lin. 

« Hab. in variis Algiriae regionibus. » 

Le trait le plus saillant, celai qui saute aux yeux et qui est 
de tous les âges de ce type, c'est une villosilé citrine longue et 
bien fournie. Le ruban noir dorsal de l'abdomen est aussi un 
trait caractéristique, surtout dans les individus en livrée de noces; 
mais il peut disparaître en tout ou en parlie, soit par le fait de 
la macération, soit par des variétés individuelles. J'ai disséqué 
des sujets qui, au lieu d'un ruban continu, n'avaient qu'une ou 
deux grandes tacbes isolées, carrées ou semi-lunaires, et parfois, 
à la suite de ces taches, une série de petites mouchetures, mais 
toujours la villosité citrine; en outre, ce ruban a un encadre- 
ment tégumentaire limité par un léger bourrelet : c'est là un trait 
organique qui ne faillit point et qui ramène toujours à l'espèce. 
Ce ruban, ces taches, sont produits par un pigmentum qui peut 
se fondre par le séjour dans l'alcool. Le plancher ou le fond de 



DES GALÉODES. 43 

l'encadrement a une peau bien plus fine que le tégument et 
subdiaphane. 

En décembre 1 856 , je disséquai une grande femelle bien 
adulte, qui n'offrait extérieurement aucune trace ni de ruban ni 
de taches, et quelle fut ma surprise, en renversant le tégument 
dorsal, de voir à sa face interne ou viscérale une suite de taches 
noires bien tranchées, une pour chaque segment! La villosité 
citrine ne manquait pas. 

Toutes ces variations, quand on n'a pas été à même d'étudier 
un grand nombre d'individus, peuvent en imposer aux entomo- 
logistes trop tourmentés du besoin de créer des espèces. 

Le barbariis mâle, toujours plus svelte que la femelle, a des 
pattes proportionnellement plus longues et plus grêles. Le cirrhe, 
bien plus court que le corps de la mandibule, est en forme de 
fer de lance. On voit au bord supérieur de la mandibule non 
un lobe tégumentaire, comme dans quelques espèces, mais une 
touffe de soies roides, longues et redressées. 

Ce sexe est le seul représenté dans l'Atlas enlomologique de 
l'Algérie. Il est fâcheux que la science ait à reprocher au peintre 
de cet élégant portrait de notables oublis et des défectuosités; on a 
omis le cirrhe mandibulaire, et il n'en est pas même question dans 
le texte. J'ai déjà signalé à la section de la squelettologie l'incor- 
rection du bout des palpes antérieures, et je dénonce surtout celle 
du nombre des articles des tarses, qui n'a point été saisie, ainsi 
que les poils et les piquants, qui ont été arbitrairement rendus. 

Quoique j'aie figuré (/. c.) la femelle du barbarus, je la renou- 
velle dans mon travail actuel pour en faire disparaître quelques 
imperfections. D'ailleurs, comme j'ai pris cette belle espèce pour 
sujet principal de mes dissections, j'ai voulu, sachant qu'elle est 
commune en Algérie, fournir aux entomotomistes qui se livreront 
aux investigations du scalpel l'occasion d'un contrôle bien fondé. 

Palpes antérieurs armés, dans les deux sexes, de soies roides, 
spiniformes, mais non bulbeuses. 

Mandibules, plus faibles et plus oblongues dans le mâle que 

6, 



44 HISTOIRE NATURELLE 

dans la femelle, avec le mors supérieur armé de dix dents. Celles-ci, 
en procédant de la pointe à la base, consistent, dans la femelle, 
en deux incisives, une canine, une incisive, une canine et cinq 
molaires sur deux séries, 3 et 2. Dans le mâle, les cinq pre- 
mières dents n'ont aucune distinction de canines ; il n'y a que 
des incisives, et encore peu prononcées, comme usées ou oblité- 
rées. Le mors inférieur de la femelle a trois dents, dont deux 
canines et une petite incisive intermédiaire. Le mâle a parfois 
quatre dents, dont la pénultième est une incisive presque imper- 
ceptible, et dans d'autres individus il n'en existe que trois, peut- 
être canines. Toutes ces dents ont été mal saisies dans l'Atlas de 
l'Algérie. 

Tarses des pattes postérieures avec une structure curieuse, 
originale et inédite jusqu'à ce jour, faisant soupçonner des actes 
fonctionnels encore inconnus. Le second et le troisième de ces 
tarsiens sont garnis en dessous, indépendamment des piquants 
latéraux, par des espèces de papilles dures, grêles, mobiles sur 
leur point d'insertion. Ces papilles sont droites ou incurvées, par- 
fois renflées en massue pointue ou obtuse, implantées sans ordre. 
Une figure représente cette singulière composition. 

Comme cette structure existe dans le mâle et la femelle, elle 
suggère l'idée d'un usage accessoire dans l'accouplement; celui-ci 
ayant lieu ventre contre ventre, n'est-il pas vraisemblable que, 
pour le maintien de cette posture difficile, ces papilles s'enche- 
vêtrent réciproquement les unes dans les autres? Ce qui vient à 
l'appui de cette opinion, c'est qu'elles n'existent point dans les 
jeunes barbarus, et qu'elles ne commencent à se montrer qu'à 
mesure que l'arachnide approche de l'état adulte. 

Le barbarus habite différentes zones, ou, du moins, des loca- 
lités diverses dans l'Algérie. M. Lucas le cite à Sétif et à Tunis ; 
le docteur Dours la pris abondamment à Pontéba et Orléansville, 
M. Dastugue à Blidah, et en prodigieuse quantité à Boghar. 



DES GALEODES. 45 

2. G. dastuguei. Dufour, pi. I, flg. 2. 

« Setae binae anlennaeformes, ungues villosi. 

« Tarsi postici quadriarticulati , intermedii triarliculati. 

« Uniformiter albido-pallescens, rufescenli villosus; palpis an- 
« ticis elongatis cura setis internis bulbosis rigidis; capitc trape- 
«zoideo; mandibulis magnis ; cirrbo longo, seliformi, fusco, 
« flexuoso, subreflcxo, basi incrassato. Long, i pollic. 

« Hab. in Algiria, Sabara, Bogbar. » 

C'est, comme on le voit, le géant des galéodes de l'Algérie, 
au moins jusqu'à ce jour. Sa couleur, d'un blanc uniforme, qu'une 
villosité à peine roussâtre ternit peu, surtout dans les individus 
récemment adultes, s'étend aux mandibules, aux palpes et aux 
pattes. L'abdomen a une villosité plus serrée qui passe au feutre. 

La tête n'est point demi-circulaire comme dans le plus grand 
nombre des espèces; elle s'étrécit en arrière, où elle est tronquée, 
ce qui donne à son ensemble la forme trapézoïdale. Les mandi- 
bules, plus grandes, plus velues que dans les autres galéodes, 
ont leur pointe seule brune. Le mors supérieur a douze dents et 
l'inférieur quatre. J'en ai donné une suffisante description dans 
la section de la squelettologie, et des figures les expriment, 

Cirrhe long, brun, corné, très-renflé à sa base, atténué ensuite 
en un filet sétacé, recourbé en haut et diversement flexueux. 

Abdomen d'un gris roussâtre, pâle, sans raie ni taches, plus 
hérissé, plus étroit dans le mâle. 

Palpes antérieurs proportionnellement plus longs que dans 
les autres types algériens. J'ai vu des individus adultes où leur 
longueur égalait presque celle de tout le corps. Des soies bul- 
beuses hérissent le bord interne de la moitié antérieure du fémoral 
et celui des deux articles suivants. Ces soies sont mobiles sur leur 
point d'insertion et exercent une préhension active sur la proie 
vivante. 

Pattes robustes, quoique dune bonne longueur. Les deux avant- 
derniers articles des tarses postérieurs garnis en dessous, non de 



46 HISTOIRE NATURELLE 

papilles, comme dans le barbants, mais d'une brosse de poils 
longs et serrés qui doit remplir les mêmes fonctions; pelote des 
ongles simple, arrondie; raquettes coxo-trochantériennes plus 
longuement pétiolées que dans le barbarus; dernière de ces ra- 
quettes avec le pétiole inséré latéralement à la palette. 

Cette espèce m'a été envoyée du Sahara de Boghar, par M. le 
capitaine Dastugue, auquel je la dédie comme un témoignage 
bien mérité de ma reconnaissante amitié. 

OBSERVATIONS SUR LE GALEODES ARANEOIDES DE DIVERS AUTEURS. 

Le phalangium araneoides de Pallas [Spicil. zool.fasc. IX, tab. ni, 
fig. 7, 8, 9) est le point de départ, le berceau du genre galéode 
ou solpuga. Grossièrement figuré et défectueusement décrit par 
ce célèbre auteur, il est devenu de nos jours un type probléma- 
tique dont la synonymie est presque inextricable. Je vais essayer 
de la débrouiller. 

A en juger par les figures de Pallas, le galéode des steppes de 
la Russie méridionale, vu l'existence à l'abdomen d'une série dor- 
sale simple de lunules noires dont l'échancrure est postérieure, 
est bien Yarachnodes Herbst (tab. 1, fig. 2); mais il ne saurait être 
ni Y araneoides d'Olivier, dont, selon ce savant, l'abdomen est sans 
taches et qui habite le Levant; ni Y araneoides de Blanchard, que 
cet auteur rapporte à l'espèce susnommée d'Olivier; ni Y araneoides 
de Savigny, qui a l'abdomen sans taches; ni Y araneoides de Koch, 
qui a sur l'abdomen deux rangées de taches noires. Mais par une 
inadvertance ou un flagrant quiproquo que je ne saurais m'ex- 
pliquer, Yinlrepidas de Kittary (/. c. tab. 1, fig. 1 ), rapporté par cet 
auteur au type de ce nom, dont je donne la description et la 
figure (voir plus bas), et qui a l'abdomen unicolore, cet intre- 
pidas n'est pas autre que Y araneoides Pall. et il habite la même 
contrée. Ainsi tous ces araneoides, sauf le primitif de Pallas, de- 
vront changer d'épithète spécifique. 

Notre Dastuguei, n'ayant non plus aucune lâche sur l'abdomen, 
semble avoir par sa conformation générale, ainsi que par sa 



DES GALÉODES. 47 

grande taille, des affinités avec Yarancoides d'Olivier et de Savigny. 
Nous allons voir quels traits l'en distinguent. 

Le cirrhe du mâle de Y araneoides Sav. ainsi que de celui d'Oliv. 
et Blanch. ne ressemble pas du tout à celui du Dasluguei. Le 
leur est court et droit, étroitement lancéolé; le mien est long, 
fortement renflé à sa base et terminé en une soie cornée, flexueuse. 

La tête de Y araneoides Oliv. et Sav. est largement arrondie 
en arrière, tandis que, dans le Dasluguei, la partie postérieure 
est un côté droit plus court faisant le trapézoïde. 

Les segments du thorax ont, dans Savigny, une configuration 
qui n'a aucune analogie avec ceux du Dasluguei. 

Les soies bulbeuses du palpe antérieur du Dastuguei font dé- 
faut dans Yarancoides Sav. et c'est un trait organique appréciable. 
Ces soies bulbeuses sont représentées dans Y araneoides Oliv. par 
la figure de M. Blanchard. 

Enfin, le nombre des articles tarsiens est conforme dans Savigny 
à celui de mon Dastuguei : quatre aux tarses postérieurs et trois 
aux autres; tandis que la figure de M. Blanchard aurait cinq de 
ces articles aux tarses postérieurs et trois aux autres. 

Je conclus de cette dissertation synonymique que le g. Daslu- 
guei est une espèce distincte de tous les araneoides des auteurs. 

M. Lucas [Bull. Soc. ent. 1 855 , p. 66) cite le g. araneoides 
Pal. et Sav. comme ayant été trouvé à Laghoual par mon confrère 
et ami le docteur Reboud. J'ai de bonnes raisons de présumer 
que ce galéode n'est pas autre que le Dastuguei de Boghar. 

3. G. intrepidus. Dufour, pi. I, fig. 3. ç 

Dufour, Annales des sciences physiques de Bruxelles, t. V, pi. LX1X, lig. 7. d 

Savigny, Arachn. Eyypt. pi. VIII, fig. 8. & Ç 

G. dorsalis. Latreilie, Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, nouvelle édition, t. XII. 

Lucas, Anim. artic. de l'Alger. I. I, p. 281. 

« Setœ binae antennœformes. 

« Tarsi postici triarticulati, reliqui biarticulati. lingues vil- 
losi. Rufo - ferrugineus, villosus ; abdomine interdum obscu- 



48 HISTOIRE NATURELLE 

- riore; capite subsemicirculari; cirrho simplici lanceolato. Long. 

6-8 lin. 

« Hab. in Hispania (Madrid, Valence), in Algiria et in yEgypto. » 

En 1808, je découvris ce galéode à Madrid, et je le commu- 
niquai à Latreille, qui le mentionna sous le nom de dorsalis 
(/. c). Je publiai plus tard la description et la figure du mâle, et 
Audouin, qui en eut connaissance, en appliqua la dénomination 
spécifique à un galéode sans nom représenté par Savigny (/. c). 
Mon dessin et la lithographie, qui était à son début, ont des 
incorrections auxquelles je cherche à suppléer aujourd'hui par la 
ligure d'une femelle adulte et de forte taille. 

La tête n'est point rigoureusement demi -circulaire, car son 
contour postérieur est un peu tronqué, et une bonne loupe y 
constate un fin rebord. Mandibules hérissées de poils uniformes 
assez roi des, mais non bulbeux; mors supérieur à neuf dents 
placées ainsi: deux incisives, une canine, une incisive, une ca- 
nine, quatre molaires sur une même ligne, dont une excessive- 
ment petite. Ligne de la seconde rangée des molaires dépourvue 
de dents; mors inférieur à deux canines séparées par une incisive. 

Pattes, ainsi que les palpes, avec des poils et des piquants fidè- 
lement représentés dans la figure, ce qui me dispense d'en parler; 
ongles perdant souvent leur villosité, mais bien constatables dans 
des individus moins dégradés. Du reste ce trait, ainsi que celui 
des poils, des piquants et des articles, ne saurait être bien mis 
en évidence qu'après une convenable macération. 

Dans la femelle adulte et de grande taille qui a posé pour mon 
dessin, l'abdomen avait une teinte obscure; mais ce caractère est 
loin d'être constant. 

Quelquefois les deux derniers articles des palpes antérieurs 
sont un peu noirâtres. J'ai déjà dit plus haut que le g. intrepidus 
Kitt. est Yaraneoidcs Pall. 

4. G. lucasii. Dufour, pi. II, fig. 5. 9 
« Setae binae antennaeformes. 



DES GALÉODES. 49 

« Tarsi postici quadriarticulati, reliqui triarticulati. Ungues 
« villosi. 

« Rufescenti pallidus; capite semicirculari; palporum anterio- 
«rum arliculo penultimo dimidiatim, antepenultimo toto, api- 
« cibus exceptis, atris; honim articulorum setis bulbosis; abdo- 
« minis série dorsali duplici macularum quadratarum nigrarum, 
« Long. 19 lin. 

< Hab. in Algiria australiori. » 

Je n'ai vu de ce grand et beau galéode qu'un seul individu 
conservé dans l'alcool. J'en dois la généreuse communication à 
mon collègue et ami M. Lucas, l'auteur de l'Entomologie algé- 
rienne. C'est une femelle bien adulte qu'il a prise en juillet i 85 o 
à quarante lieues au sud de Boghar; j'espère qu'il voudra en 
agréer la dédicace. 

La taille de cette espèce égale presque celle du Dastaguei ; une 
foule de traits tant positifs que négatifs l'éloignent de tous les 
types de nos possessions d'Afrique qui me soient parvenus jusqu'à 
ce jour. 

Tête de la même configuration que celle de Yaraneoides Sav. 
demi-circulaire, arrondie en arrière, avec une légère teinte rous- 
sâtre, ainsi que les mandibules. La loupe y découvre un duvet 
excessivement court, qui est peut-être velouté pendant la vie. 
Plongée dans l'eau claire, on y aperçoit deux lignes dorsales pa- 
rallèles d'un roux plus foncé , et il y en a trois ou quatre sem- 
blables sur le dos de chaque mandibule. Ces lignes ne sont point 
des stries. Les deux poils antenniformes placés au - devant des 
yeux manquent dans cet individu; mais une bonne loupe y cons- 
tate le bulbe ombiliqué de chacun d'eux, ce qui donne l'assu- 
rance qu'ils existaient dans l'animal vivant. 

Mandibules ayant près de deux fois la longueur de la tête, 
velues de poils simples assez moelleux, et non de soies roides. 
Mors supérieur en tout semblable pour le nombre et la qualité 
des dents à celui du Dastuyuei; deux incisives, une canine, deux 
incisives, une canine, six molaires sur deux rangées, en tout 

Histoire naturelle des galéodes. 7 



50 HISTOIRE NATURELLE 

douze. Mors inférieur à deux canines et une incisive intermé- 
diaire. J'aperçois au-dessous de ce mors un coussinet oblong formé 
de poils cendrés, serrés, feutrés. 

Palpe antérieur remarquable par sa longueur, qui mesure 
presque celle de tout le corps de l'arachnide, toute velue de 
poils à peine roussâlres sur un fond pâle. Il y a vers le milieu du 
bord interne de l'article fémoral une série de soies plus longues, 
et au tibial, ainsi qu'au premier tarsien, des soies bulbeuses plus 
ou moins roides; le terminal est turbiné. 

Thorax pâle, avec son premier segment en croissant pour s'ap- 
pliquer au contour de la tête; les autres carrés. 

Pattes longues et grêles à peu près comme celles du nigri- 
palpis, pâles ou à peine roussâtres, velues. La première paire 
presque aussi longue que la deuxième; le premier article de son 
tarse ayant au bord externe une rangée de quatre piquants séti- 
formes. La deuxième patte avait ses derniers articles du tarse 
mutilés; mais comme ordinairement ce tarse se compose du 
même nombre d'articles que la patte antérieure, je l'ai représenté 
ainsi. Cependant, le premier article de ces tarses étant demeuré 
entier, j'ai pu constater qu'il n'a pas les piquants du correspon- 
dant de la patte antérieure. Les aurait-il perdus dans la mutilation? 
Pattes postérieures presque aussi longues que tout le corps, à 
peine plus fortes que les autres, leurs tarses avec un seul piquant 
aux articulations. Raquettes plus longuement pétiolées que dans 
d'autres espèces, surtout les dernières, dont la palette est sécu- 
riforme. Ongles blancs, grêles et velus; pelote ovalaire, simple 
et velue. 

Abdomen distendu, ovalaire en apparence, glabre à cause 
d'une dépilation accidentelle, mais velu à une loupe scrupuleuse; 
double rangée dorsale de taches carrées noires , et non un large 
ruban comme le barbarus, ou une seule série de taches comme 
le quadrigerus. 

La longueur et la gracilité des pattes du galeodes Lucasii por- 
tent à penser que cette espèce est agile et prompte à la course, 



DES GALÉODES. 51 

mais peu propre, je crois, à combattre une proie qui opposerait 
quelque résistance. Il se pourrait même que sa nourriture fût 
une substance molle, des chenilles par exemple, car j'ai trouvé 
quelques piquants des tarses antérieurs, et les scopules du rostre 
buccal salis, enduits par une matière noire que j'avais d'abord 
prise pour des poils de cette couleur. 

Si on ne s'arrêtait qu'aux taches abdominales de cette espèce, 
on pourrait croire qu'elle ressemble au g. araneoides de Koch, 
qui est représenté avec deux séries de taches dorsales. 

5. G. melanus. Olivier, voy. 3, pi. XLII, lig. 5. 

SOLPDGA MELANA. SdV. Égypt. pi. VIII, fig. Ç). 

« Setae binae antennœformes ; 

< Tarsi omnes biarticulati; 
Cirrhus duplex brevis; 

« Ungues glabri. 

Cette espèce, que je ne connais que par les ligures des au- 
teurs, est citée par M. Lucas comme habitant le royaume de 
Tunis [Annal. Soc. ent. 3 e série, t. IV; Ballet, p. ^9, 1 856 ). 

6. G. phalangista. PI. I, fig. U, mandib. 

d" SOLPUGA PHALANGISTA. Sav. Égypt. pi. VIII, fig. ÎO. 

$ Dufour, Annales de la Société entomologiqne , 3 e série, t V, p. 64, pi. IV, fig. 1 1. 

« Setse binas antennaeformes; 

< Tarsi omnes biarticulati ; 
« Cirrhus duplex brevis ; 

« Ungues glabri. 

«Rufescens, capite, mandibulis, palporum amborum articulis 
« duobus ultimis abdomineque nigris; capite semicirculari; pe- 
« dibus brevibus; lamellis coxalibus brevi petiolatis. Long. 10 lin. 

« Habit, in Algiriae Boghar et in /Egypto. » 

Pour ce qui tient à la description de cette espèce, je renvoie 
à celle que j'ai insérée dans le recueil précité. Je me bornerai aux 
observations suivantes : 



52 HISTOIRE NATURELLE 

Le melanus et le phalangista forment dans le groupe galéode 
une section particulière remarquable par un corps trapu, des 
pattes courtes et fortement armées, des mandibules robustes, 
avec une grosse dent unique au mors inférieur, et surtout par 
un cirrhe double et court. Ces galéodes, quoique de petite ou de 
moyenne taille, ont une vigoureuse constitution et des armes 
qui les rendent redoutables pour l'attaque et pour la défense. 
Us doivent étreindre avec force leur proie, si résistante et dure 
quelle soit, et la lacérer cruellement avec leurs tenailles. 

Le phalangista, du moins la femelle que j'ai sous les yeux, a 
le premier article des tarses antérieurs et intermédiaires garni 
extérieurement d'un terrible râteau, de six piquants mobiles sur 
leur base. 

J'ai jugé à propos de donner ici une nouvelle figure des deux 
mors mandibulaires et de leurs dents, que j'ai mieux étudiées. 
Pour bien mettre en évidence ces dernières, il faut gratter avec 
ménagement la brosse de la villosité compacte et serrée qui les 
cache; c'est alors seulement qu'on peut bien les apprécier. 

Le mors supérieur est armé de neuf dents, et non de onze, 
comme dans la figure de Savigny, qui pourtant n'a représenté que 
la mandibule d'un mâle, sexe où d'ordinaire les dents sont moins 
nombreuses et moins prononcées. Ces dents, dans notre femelle, 
sont ainsi disposées : deux incisives, une canine, quatre incisives 
subégales dont les deux postérieures, en m'étayant plus de l'ana- 
logie que de la forme, doivent faire l'office de molaires; enfin 
deux molaires placées en dehors de la série précédente, sur une 
petite ligne parallèle. Le mors inférieur se fait remarquer par une 
seule et énorme canine qui fait la pince avec celle du mors supé- 
rieur. Outre cela, il existe avant l'énorme canine une incisive 
d'une extrême petitesse, qui aura échappé à Savigny, à moins que 
le mâle n'en soit dépourvu. 

7. G. brunnipes. Dufour, pi. Il, lig. 6. 
« Setœ plurimae oculares. 



DES GALÉODES. 53 

« Fusco-badius, rufo villosissimus; capite transversim ovato- 
«rotundato, dorso subcanaliculato ; palpis pedibusque uniformi- 
« ter brunneis; abdomine immaculato; cirrho simplici setiformi 
« mandibulis duplo breviore, lobo mandibulari adnato. Long. 
« 1 8-2 o lin. 

« Hab. in Algiria australi, Boghar. » 

Ce galéode et le suivant, faits absolument au même moule, 
forment une section bien tranchée dans ce genre, et par la con- 
figuration particulière de leur tête, et par le grand nombre des 
soies oculaires, et par la pluriarticulation des tarses. Je ne vois 
dans les ouvrages qui traitent de ces arachnides rien de semblable, 
et si Koch les avait connus, il n'aurait pas manqué de créer pour 
eux une dénomination générique. 

La forme de la tête du brannipes est suffisamment exprimée 
et par la diagnose et par la figure. L'éminence oculifère, au lieu 
des deux soies antenniformes qui s'observent dans la généralité 
des galéodes, est ici, comme dans l'espèce suivante, le siège de 
nombreuses soies assez roides, roussâtres, dirigées en divers sens 
et dépourvues de bulbe articulé. Ce Irait original n'est signalé 
nulle part. 

Les mandibules, grandes et épaisses, sont uniformément hé- 
rissées de poils assez rudes. Le mors supérieur a, surtout dans 
la femelle, dix ou onze dents, savoir : une incisive, une canine, 
une très-petite incisive, une canine plus forte, trois molaires sub- 
globuleuses sur une même série, suivies d'une quatrième à peine 
sensible; deux autres molaires en dehors de la précédente série, 
suivies d'une autre molaire imperceptible. Le mors inférieur a 
deux fortes canines et une petite incisive intermédiaire. 

La mandibule du mâle présente, près de l'insertion du cirrhe, 
une éminence en lobe arrondi qu'exprime suffisamment la figure. 
Celle-ci représente le cirrhe arqué; mais on le voit aussi droit et 
rejeté en arrière. 

Les scopules des mandibules sont plus courtes et plus droites 
que dans d'autres espèces. La plaque lisse de la face interne des 



54 HISTOIRE NATURELLE 

mandibules est marquée à son bord antérieur et latéral de sept 
à huit stries très-fines et d'inégale longueur. 

Palpes antérieurs robustes, assez longs dans les deux, sexes, 
hérissés, mais sans poils bulbeux. 

Pattes d'un brun roussâtre, uniforme; ongles pâles, avec une 
pelote bilobée. La villosité et les piquants des pattes sont bien 
rendus par la figure. 

Le brunnipes ne paraît pas rare en juillet dans le désert de 

Boghar. 

8. G. quadrigeuus. Dufour, pi. II, fig. 7. 

« Setœ oculares plurimœ. 

« Rufo villosus; capite transversim ovato-rotundato, dorso sub- 
« canaliculato; palpis pedibusque rufo castaneis; abdominis villo- 
« sioris série dorsali unica macularum quadratarum nigrarum. 
« Long. 20 lin. 

« Hab. in Algiria australi, Boghar. » 

Je n'ai connu de cette espèce qu'un seul individu, et c'était 
une femelle. Avant de le sacrifier au scalpel, je l'ai étudié rigou- 
reusement à l'extérieur, et j'en ai fait le portrait, en sorte que 
j'en ai tiré tout le parti possible. 

Il ressemble en tout point au brunnipes, soit pour la confor- 
mation générale, soit pour tous les traits de détail, soit enfin 
pour sa taille, sa physionomie, sa toison et son habitat. Le seul 
caractère différentiel est l'existence au dos de l'abdomen d'une 
série médiane de taches noires en carré transversal , un pour chaque 
segment décroissant de grandeur en approchant du bout de l'ab- 
domen; il serait superflu d'en donner la description. La diagnose 
et la figure suffisent. 

9. G. nigtupalpis. Dufour, pi. II, fig. 8. 

« Setae binae antennœformes; 
« Aliœque plurimœ. 

« Pallidus nec non partim rufescens, rufo villosus; capite semi- 
«circulari; prothoracis nervo duplici; palporum anteriorum arti- 



DES GALEODES. 55 

« culis doobus ultimis nigris; cirrho setiformi glabro fusco, man- 
« dibulae longitudine, laminae mandibulari elevatœ subrhomboidali 
« adnato. Long. 1 2-1 5 lin. 

« Hab. in Algiria australi, Bogbar. 

Parmi les grandes espèces du désert bogharien, celle-ci est d'une 
taille moyenne; sa tournure est svelte, ses pattes grêles, et lon- 
gues, en sorte qu'il est permis de croire que ce galéode est agile 
à la course et peut-être peu courageux. Les traits spécifiques, 
tant extérieurs qu'intérieurs, surabondent dans ce type, et pour 
peu qu'on eût de la velléité à la création d'un genre nouveau, il 
ne serait pas difficile de. la justifier. Toutefois, malgré la confor- 
mité de huit articles aux tarses postérieurs avec les deux espèces 
précédentes, il ne leur ressemble point par sa structure et son 
faciès. 

Tête en écusson demi-circulaire légèrement échancré en avant. 
Son contour postérieur, parfaitement arrondi, a une fine bordure 
canaliculée, et de celle-ci part une nervure cornée oblique qui se 
prolonge et adhère au prothorax. C'est là une structure que je 
n'ai vue dans aucune autre espèce, dans aucun auteur, et dont la 
raison d'existence, car il y en a une, me demeure encore in- 
connue. Cette solution est réservée à l'étude des actes extérieurs 
de cette arachnide. 

L'éminence oculifère n'est point noire comme dans d'autres 
espèces, mais de la couleur pâle du tégument. Les yeux sont plus 
grands et plus isolés que de coutume. Indépendamment des deux 
soies antenniformes à base bulbeuse et articulée, il existe d'autres 
poils roides et divergents qui se combinent avec ces deux soies 
fondamentales. C'est là un caractère de transition intéressant à 
saisir et à méditer. 

Mandibules à fond pâle hérissées de longs poils roussâtres. 
Dans quelques individus récemment adultes il y existe trois raies 
linéaires longitudinales plus foncées, analogues à celles que j'ai 
déjà mentionnées dans le îucasii. Mors supérieur armé de neuf 
dents : une incisive, une canine, une incisive, une canine, une 



56 HISTOIRE NATURELLE 

incisive, quatre molaires sur deux rangées parallèles. Mors infé- 
rieur à deux canines, séparées par une incisive. Plaque glabre de 
la face interne de la mandibule ayant, comme les deux précédentes 
espèces, six ou sept traits parallèles, stries ou cannelures. 

Cirrhe d'une longueur supérieure à celle des autres espèces, 
dépassant par sa pointe la base de la mandibule ; marron vif, 
corné, droit, glabre, canaliculé à sa base, déjeté en arrière. Il est 
implanté et abrité près d'une apophyse mandibulaire en lame 
verticale subrhomboïdale. 

Palpes antérieurs, tant du mâle que de la femelle, avec les deux 
articles terminaux constamment noirs. 

Pattes blanches, avec les tibias et les cuisses des postérieures le 
plus souvent d'un roux obscur, excepté à leur base; ongles blancs 
et glabres, avec leur onglet rembruni. Pelote sous-ongulaire bilo- 
bée, glabre, flanquée par deux longues soies roides. 

J'ai déjà dit implicitement que Roch, dans sa Monographie des 
galéodes, n'avait signalé aucune espèce qui eût huit articles aux 
tarses postérieurs. 

Les raquettes sont plus longuement pétiolées que celles du 
barbarus et ressemblent à celles du Dastuguei et du Lucasii. 

Le g. nigripalpis paraît commun dans le Sahara de Boghar, à 
en juger par le grand nombre que j'en ai reçu. 



DEUXIEME DIVISION. 

ORGANES INTÉRIEURS. 

Je réunis sous ce titre tout ce qui concerne les divers appareils 
vitaux intérieurs qui président aux grands phénomènes de la vie, 
aux actes ou fonctions des différents instruments de la machine 
animale. 

Je divise tout simplement ces appareils, ainsi que je l'ai fait 
jusqu'à ce jour dans mes recherches entomotomiques, en ceux 
qui sont généraux, c'est-à-dire dont les fonctions s'exercent dans 



DES GALÉODES. 57 

l'ensemble de l'organisme, tels que les appareils sensitif, respi- 
ratoire, nutritif, musculaire (on voit qu'il n'est pas question, et 
pour cause, d'appareil circulatoire), et en ceux qui sont spéciaux, 
ou qui fonctionnent à la faveur d'organes circonscrits, comme les 
appareils digestif et génital. 

Loin de moi toute prétention de généraliser cette division ana- 
tomique. Elle ne regarde que les animaux articulés à respiration 
trachéenne, et en particulier les galéodes, qui sont le sujet actuel 
de mes dissections. 

Lorsque j'avais déjà présenté à l'Académie des sciences mon 
anatomie des galéodes, je n'avais connu d'autres précédents sur 
cette anatomie qu'une notice fort incomplète de M. Emile Blan- 
chard, relative au canal digestif et au système nerveux de cette 
arachnide, notice insérée, soit dans les Annales des sciences natu- 
relles, 1 8/17, soit dans les Comptes rendus de l'Institut, 18^9. Ce 
savant vient de se livrer à de nouvelles recherches, maintenant en 
voie de publication, et dont je ne connais que deux planches. Ces 
recherches annulent, pour ainsi dire, ses précédentes notices, et 
m'imposent aussi le devoir d'annuler ma critique. 

J'avais moi-même publié, aux époques que je viens de citer, 
quelques documents à ce sujet dont je reconnais l'insuffisance. 

Mais, ainsi que je l'ai insinué plus haut au chapitre du sque- 
lette intra-thoracique, un savant russe, M. Kittary, a publié, il y a 
dix ans, des études anatomiques sur le galéode dont je n'ai eu 
connaissance que depuis la rédaction terminée de mon travail. 
La valeur que je leur accorde me fait un devoir de remanier mon 
manuscrit pour les soumettre à un équitable contrôle. 



Histoire naturelle des galéodes. 



58 HISTOIRE NATURELLE 

SECTION PREMIÈRE. 

APPAREILS GÉNÉRAUX. 









CHAPITRE PREMIER. 

APPAREIL SEN'SITIF. 

J'ai déjà avancé dans les prolégomènes que le galéode et le 
scorpion , quoique appartenant l'un et l'autre à l'ordre des arach- 
nides, et quoique même presque contigus dans le tableau de 
la classification, étaient néanmoins fort distancés quant à leur 
système nerveux respectif. Ainsi dans le galéode, arachnide tra- 
chéenne, il y a absence presque absolue d'une chaîne ganglion- 
naire rachidienne, tandis que celle-ci dans le scorpion, arachnide 
pulmonaire, se présente avec une série remarquable de huit 
ganglions. 

Et cependant, fait physiologique bien singulier! les actes essen- 
tiellement présidés par l'influence nerveuse semblent être , quant 
à leur énergie, en raison inverse dans ces deux arachnides. Ainsi 
le galéode, qui n'a que deux centres nerveux principaux , cerveau et 
ganglion thoracique, est doué d'une locomobilité très-active; sa 
vie se passe au grand jour, sous l'influence de la chaleur et d'une 
vive lumière, tandis que le scorpion, animal chasseur comme le 
galéode, mais d'une allure lente et paresseuse et d'habitudes noc- 
turnes ou crépusculaires, possède, indépendamment des deux 
centres nerveux qui lui sont communs avec le galéode, un chape- 
let de ganglions rachidiens qui émettent chacun de riches paires 
symétriques de nerfs. 

Toutefois cette différence dans le nombre des centres nerveux 
est loin d'être propre à l'ordre des arachnides. On en trouve de 
nombreux exemples dans plusieurs ordres et familles d'insectes, 
sans que les actes physiologiques qui émanent de ces différences 
soient toujours justifiables. Ainsi, parmi les coléoptères, les cara- 



DES GALÉODES. 59 

biques ont une chaîne rachidienne de plusieurs ganglions distincts, 
tandis que les lamellicornes ont tous les ganglions soudés en un 
seul. Dans les diptères, la tipule a huit de ces ganglions et la 
mouche un seul. 

Je divise l'appareil sensitif du galéode en cerveau , ganglion 
thoracique, un seul ganglion rachidien, fort petit, vestigiaire, et 
en nerfs symétriques qui naissent de ces centres médullaires. Pour 
abréger mon texte et pour suivre une marche qui me semble et 
plus naturelle et plus logique, je décrirai à l'article des centres 
nerveux les nerfs qui y prennent leur origine. 



ARTICLE PREMIER. 

CERVEAU. 



Avant d'aborder sa description, arrêtons nous un moment sur 
cette dénomination de cerveau. Voyez où nous entraîne cette 
ambitieuse manie des innovations technologiques, ce coupable 
dédain des termes investis d'une consécration séculaire. Pourquoi , 
même dans les écrits les plus récents, s'aheurter à désigner sous 
les noms de ganglion cérébroïde, de ganglion suscesophagien, que 
tout le monde répète par écho, un organe qui n'est point un 
ganglion, un organe qui par son poste, sa texture, ses fonctions, 
justifie, dans les animaux dits articulés, l'application du nom de 
cerveau, qu'il partage légitimement avec la zoologie supérieure, 
un organe qui est le centre des sensations et des volitions, le 
siège des nerfs qui se distribuent aux sens, le trône de l'intelli- 
gence, ou, si vous voulez, de l'instinct, un organe enfin dont le 
prolongement donne naissance à la moelle épinière ? Oui, le ga- 
léode a un cerveau comme le scorpion, son voisin, comme la 
plupart des articulés. C'est une violation de la conformité orga- 
nique, une erreur flagrante, une injustice, de lui dénier cette 
appellation. 

Je l'ai déjà dit, et je tiens à le répéter, dans les animaux, en 
général, le cerveau est dans la têle; il en est autrement dans le 
galéode , où cet organe est situé tout à fait en arrière de la cara- 



60 HISTOIRE NATURELLE 

pace ou voûte crânienne, qui tient lieu de tête et où les yeux sont 
placés. Le scorpion, remarquez bien cette curieuse transition, 
quoique ayant un véritable céphalothorax, a néanmoins le siège de 
son cerveau correspondant juste à sa partie antérieure, qui repré- 
sente la tête tant par sa proéminence que par l'existence des yeux. 
Ainsi, dans ce chef des arachnides pulmonaires, la nature, tout 
en nous donnant, par cette soudure de la tête et du thorax, un 
seul tout portant ajuste titre le nom de céphalothorax, a encore 
été fidèle à son plan de corrélation organique; mais elle en a 
dévié pour le galéode. L'opulence créatrice semble se jouer de 
notre prétention à lui imposer des lois, avant d'avoir sondé ses 
nombreux et souvent impénétrables mystères. 

La texture du cerveau du galéode diffère essentiellement de 
celle des ganglions; sa pulpe a une mollesse, une finesse compa- 
rables à celles des cerveaux de beaucoup de vertébrés, et il fournit 
directement les nerfs optiques. Comme celui du scorpion, il pré- 
sente cette particularité d'être sessile à la partie antérieure et 
supérieure du ganglion thoracique, dont il ne semble au premier 
aspect qu'une proéminence; il est subarrondi, médiocrement con- 
vexe et à peine échancré en avant. Celte échancrure, un peu plus 
prononcée dans quelques sujets moins altérés, peut être consi- 
dérée comme une ébauche de la forme bilobaire si générale dans 
les animaux. Il faut, dans la microtomie, savoir apprécier ces 
traits vestigiaires, tout insignifiants qu'ils paraissent. 

Quoique sessile sur le ganglion thoracique, le cerveau du ga- 
léode n'a dans sa partie moyenne inférieure que des rapports 
d'étroite contiguïté de sa surface avec celle du ganglion, tandis 
que ses parties latérales sont continues avec ce dernier par des 
espèces de très-courts piliers. Qu'on veuille bien se pénétrer de 
cette disposition anatomique, que je crois avoir convenablement 
signalée. 

C'est dans celte partie moyenne eontiguë que passe l'œsophage: 
c'est là le collier œsophagien. Ce fait est entièrement nouveau pour 
la science. 



DES GALÉODES. • 61 

Kittary (/. c. tab. vm, fig. i3) désigne sous le nom de niasse 
cérébrale à deux ganglions réunis l'ensemble du cerveau propre- 
ment dit et du ganglion tboracique. Toutefois il dit cette masse 
composée d'un ganglion supérieur plus petit et d'un ganglion 
inférieur plus grand, s'unissant l'un à l'autre par toute leur lar- 
geur. Il y aurait donc entre eux non une simple contiguïté, mais 
une continuité, ce qui, suivant moi, est contraire au fait anato- 
mique acquis par mes dissections. 

Cet auteur a figuré un trou rond assez grand, ayant son siège 
à la partie postérieure même de son ganglion supérieur (cerveau), 
et ce trou serait pour lui le collier œsophagien. 

En admettant l'existence de ce trou (que je conteste formelle- 
ment), voyons son mode de fonctionner. Le ganglion tboracique 
étant immédiat au plancher ventral du thorax et continu au cer- 
veau, suivant Kittary, comment l'œsophage peut-il, en s'enfonçant 
dans ce trou, ne pas venir butter contre ce plancher, et comment 
de là doit-il se fléchir pour arriver à la bouche? Mais, dans cette 
marche, combien d'obstacles insurmontables ne rencontre -t-il 
point dans le squelette intrathoracique et dans d'autres tissus 
qui garnissent le dessous du ganglion? 

Toutes ces difficultés anatomiques, tous ces embarras physio- 
logiques cessent dès qu'on admet comme fait avéré la simple 
contiguïté entre la partie moyenne du cerveau et le ganglion 
thoracique. 

M. Blanchard, du moins dans le système nerveux du galéode 
primitivement décrit et figuré dans les Annales des sciences natu- 
relles pour 18A7, a parfaitement distingué le cerveau du gan- 
glion thoracique, et il a placé sur ce dernier un trou rond comme 
celui de Kittary, qu'il appelle aussi le collier œsophagien. Je ferai à 
son égard les mêmes objections que j'ai adressées au savant russe. 
Je ne saurais me défendre de l'idée que ce trou ou cette lunette 
est schématique ou artificiel. 

Mais revenons au cerveau du galéode; il fournit directement 
une paire de nerfs, les optiques. Ceux-ci naissent, non pas pré- 



62 HISTOIRE NATURELLE 

eisément du bord même des insaisissables lobes cérébraux, mais 
d'un point de la face supérieure de ceux-ci, un peu en arrière 
de ce bord, où ils sont comme implantés; ils se font remarquer 
par leur longueur, leur simplicité, leur rectitude. Qu'on se rap- 
pelle la situation du cerveau en arrière du bouclier céphalique, 
et, par conséquent, la distance des yeux du siège de ce cerveau, 
et on aura une rationnelle explication de cette longueur des op- 
tiques-, ceux-ci se terminent cbacun par un bulbe oculaire. Je ne 
reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit de celui-ci à l'article des 
yeux. 

Je n'ai point suffisamment constaté les nerfs spéciaux qui du 
cerveau vont se distribuer au rostre buccal. Je crois à leur exis- 
tence, et M. Blanchard les a signalés comme allant «se ramifier 
dans les muscles de la lèvre supérieure. » Kittary (Anatomie des 
galéodes) les représente aussi comme se rendant aux palpes. 

ARTICLE IL 

GANGLTON TIIOr.ACTQl'E. 

Ce grand ganglion représente à lui seul tout le système ner- 
veux rachidien de notre belle arachnide. Abrité, enfoncé, enclavé 
sous la carcasse thoracique, et au milieu des divers tissus qui se 
rattachent à celle-ci, on ne peut, malgré l'enlèvement circonspect 
des trois segments constitutifs du thorax et du bouclier crânien, 
le mettre à découvert, et surtout l'arracher dans son intégrité du 
sein de ses entraves. Sa présence est alors plus particulièrement 
révélée par les forts troncs nerveux qui partent de son pourtour. 

Le meilleur procédé pour révulsion de ce centre médullaire 
consiste à amputer préalablement les troncs nerveux dont je viens 
de parler. Alors une pince hardiment adroite peut l'extirper, non 
sans quelque mutilation, et, en le plaçant dans l'eau d'un verre 
de montre, il se présente sous une forme ovalaire, déprimée, 
sublenticulaire; mais ce n'est certainement pas là sa véritable 
configuration durant la vie ou après une mort récente, lorsque 
rien n'a été dérangé. La forme en carré allongé du thorax ne se 



DES GALÉODES. 63 

prête point à une circonscription ovalaire du ganglion inclus. Cette 
forme est donc accidentelle, et ici, comme dans les organes pul- 
peux de beaucoup de vertébrés, elle tient à une expansibilité, une 
élasticité de tissu qui a besoin, pour l'accomplissement physio- 
logique normal, d'être contenue par une résistance tégumentaire. 

Quoi qu'il en soit de ces variations de formes, le ganglion tho- 
racique émet dans son périmètre les nerfs principaux suivants : 

i° Une paire de nerfs mandibulaires; 

2° Deux paires de nerfs palpaires; 

3° Trois paires de nerfs cruraux; 

4° Trois nerfs abdominaux. 

Je n'entreprendrai point de donner une description détaillée 
de chacun de ces grands troncs nerveux qui vont distribuer la 
vie et la motilité dans les appendices locomoteurs du thorax; leur 
dénomination est assez explicite. Je me contenterai de dire que 
leur grand calibre se maintient simple jusqu'à leur entrée dans 
ces appendices, mais qu'en y pénétrant ils se divisent à l'infini. 
Je me bornerai donc à une exposition plus spéciale des nerfs 
mandibulaires et des nerfs abdominaux. 

Nerfs mandibulaires. — Je me suis surabondamment expliqué 
sur la légitimité du nom de mandibules, au point de vue des ca- 
ractères extérieurs et des attributions fonctionnelles. Je vais pour- 
suivre ma thèse sous le rapport des nerfs qui les animent. 

Kittary (/. c.) a figuré les nerfs qui se distribuent, soit aux 
palpes, soit aux pattes (et pour lui ce sont cinq paires de pattes), 
avec un double tronc, l'un plus petit que l'autre. Je n'ai rien vu 
de semblable dans mes nombreuses autopsies, non plus que 
M. Blanchard. 

Les nerfs mandibulaires tirent-ils leur origine du cerveau ou 
du ganglion thoracique? C'est là une question anatomique d'une 
grande portée. Toutes mes dissections m'ont acquis la certitude 
qu'ils naissent du ganglion et non du cerveau. J'ai aussi, dans 
mon anatomie des scorpions, représenté ces mêmes nerfs comme 
émanant du grand ganglion thoracique. Cependant d'illustres ana- 



64 HISTOIRE NATURELLE 

tomistes, Von Siebold, Newport, Blanchard, soutiennent que 
c'est le cerveau qui fournit ces nerfs. Ne se serait-on pas laissé 
séduire par l'idée de justifier par cette origine la dénomination 
antiphysiologique d 1 antennes-pinces? Je crois avoir fait raison de 
cette technologie; je n'y reviendrai point. 

Les théories préconçues, les affinités organiques établies de 
gré ou de force, entraînent au delà des limites du vrai. Pourquoi 
cette téméraire invocalion au système nerveux de sanctionner 
une étroite filiation entre les galéodes, animaux atmosphériques 
à respiration trachéenne, et les crustacés, animaux aquatiques à 
respiration branchiale? Il y a là rapprochement forcé, antipathie 
flagrante, atteinte portée à la méthode naturelle, violation de la 
succession des organismes, de cette échelle zoologique l'honneur 
de la création comme la consolation du naturaliste. 

Mais indépendamment des grands troncs nerveux issus du 
ganglion thoracique, et dont je viens d'indiquer la destination, 
ce ganglion émet un nombre indéterminable de petits nerfs 
qui naissent, soit de ses bords, soit de sa face inférieure. Ces 
nerfs, disposés sans doute par paires symétriques (ce que leur 
petitesse ne m'a point permis de constater), se distribuent 
surtout aux masses musculaires considérables qui garnissent 
le thorax et la tête, ainsi qu'aux autres organes et aux divers 
tissus. 

Nerfs abdominaux. — Ils partent, au nombre de trois, du bord 
postérieur du ganglion thoracique; ils sont d'abord simples; mais, 
après avoir franchi le détroit thoraco-abdominal, ils se ramifient 
pour se distribuer aux tissus et aux viscères de l'abdomen. De ces 
trois nerfs, deux sont latéraux, pairs ou symétriques; le troisième 
est médian et unique. 

Les nerfs latéraux, à leur sortie du thorax, se divisent chacun 
en deux branches principales émettant à droite et à gauche une 
foule de rameaux. De ces branches, l'interne, ou le nerf génital, 
envoie ses subdivisions aux organes de la génération dans les 
deux sexes; l'externe, tout aussi ramifiée, mérite le nom de nerf 



DES GALÉODES. 65 

hépatique, parce quelle se distribue surtout dans l'énorme masse 
du foie. 

Le grand nerf médian se dirige suivant Taxe du corps, et je 
l'appellerai pour cela rachidien. Dans son court trajet depuis sa 
naissance jusqu'à un fort petit ganglion vestigiaire que je vais 
faire connaître, il ne m'a présenté qu'un seul nerf, dont les rami- 
fications se perdent à la base de la cavité abdominale sans que 
j'aie pu connaître positivement sa destination spéciale. 

Malgré son exiguïté, le ganglion rachidien offre un grand inté- 
rêt comme organe de transition, ou, si l'on veut, de décadence. 
Il est ellipsoïdal - oblong et ne semble qu'une simple et fort 
légère nodosité du nerf rachidien. Cette ébauche du ganglion 
est, dans le fait, le représentant solitaire de la chaîne plurigan- 
glionnaire du scorpion; c'est un jalon anatomique précieux qui 
met sur la voie des organismes échelonnés. Dans quelques au- 
topsies heureuses j'ai pu y constater deux paires latérales de 
nerfs excessivement courts et ramifiés, l'une en avant, l'autre en 
arrière des bords. 

Le nerf qui fait la continuation de ce ganglionule reprend le 
calibre qu'il avait avant la formation de celui-ci. Il ne tarde point 
à se diviser en trois branches principales qui enlacent de leurs 
fines ramifications la partie la plus essentielle du canal digestif, 
le ventricule chylifique. 

Ce nerf rachidien impair, ce ganglionule, ces trois branches 
exclusivement ventriculaires, semblent constituer un système 
particulier sur les attributs duquel je suis loin d'être fixé et que 
je ne saurais encore désigner par un nom significatif. A cette 
occasion, je rappellerai que dans le scorpion, arachnide si rap- 
prochée du galéode, j'ai découvert, sinon le système stomato- 
gastrkjue complet de Brandt et d'Audouin, du moins un gan- 
glion bien caractérisé qui s'y rattache évidemment. Jusqu'à ce 
jour les dissections les plus scrupuleuses ne m'ont fait trouver 
rien de semblable dans le galéode, sans que pour cela je nie son 
existence. 

Histoire naturelle des gaiéodes. \) 



60 HISTOIRE NATURELLE 

Le ganglionule dont je viens de parler n'a échappé ni à Kittary 
ni à M. Blanchard. Quoiqu'il n'ait aucune connexion, aucun rap- 
port avec la bouche ni avec l'œsophage, je le considère en définitive 
comme un renflement ganglioniforme du nerf rachidien, un rudi- 
ment de ganglion. Toutefois, les petits nerfs symétriques qui en 
partent semblent lui donner de l'importance et le faire envisager 
comme l'ébauche d'un centre nerveux qui pourra se rencontrer 
mieux organisé, plus explicite, dans d'autres arachnides qui auront 
de l'affinité avec le galéode. 

A chaque coup de scalpel donné dans les entrailles difficiles des 
arachnides, et malgré les investigations ardues des Lyonel, des 
Ramdohr, des Newport, des Brandt, des Siebold, des Blanchard, 
des Kittary, des Milne-Edwards, on peut se convaincre de l'indi- 
gence de la science en faits positifs qui puissent autoriser à s'éle- 
ver à des généralisations. 

CHAPITRE IL 

APPAREIL RESPIRATOIRE. 

Le galéode, par son poste à la tête des arachnides trachéennes, 
inaugure, je me plais à le répéter, le mode de respiration par des 
stigmates et des trachées. Cet appareil, de premier ordre dans la 
classification anatomique générale, va devenir, en descendant l'é- 
chelle des articulés, l'apanage de l'immense nation des insectes. Il 
entraîne l'existence d'une circulation aérienne et l'exclusion d'une 
circulation sanguine. C'est là une différence capitale avec le scor- 
pion, qui, prépondérant au galéode dans cette échelle, mais par- 
tageant avec lui plusieurs traits d'organisation viscérale, a, comme 
chef des arachnides pulmonaires, le privilège d'une circulation 
sanguine et d'une respiration par des poumons. 

Examinons donc les stigmates et les trachées, ces deux instru- 
ments de la respiration du galéode. 



DES GALEODES. 67 

ARTICLE PREMIER. 

STIGMATES. 

En publiant, il y a plus de trente ans, la figure et la description 
du g. intrcpidus, je crus avec Latreille qu'il n'existait dans cette 
arachnide qu'une seule paire de stigmates ayant son siège au tho- 
rax. J'étais dans l'erreur; M. Milne-Edwards, dans une Iconogra- 
phie du règne animal de Cuvier, a signalé dans le g. barbarus 
l'existence de stigmates abdominaux, et avant lui Kittary les avait 
fait connaître. J'ai confirmé et développé ce fait. 

Nous avons donc à exposer les stigmates, thoraciques et abdo- 
minaux. 

i° Sligmales (horaciques. 

Latreille fit le premier connaître ces orifices respiratoires dans 
la deuxième édition du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle 
(1817), et j'en ai dit deux mots dans la description du g. inlrepidus 
(1820). Dans mes récentes dissections je les ai plus particulière- 
ment étudiés dans le g. barbarus, et ce sont ceux-là qui devien- 
nent le type de ma description actuelle. 

Il n'en existe qu'une seule paire, et d'après une étude rigou- 
reuse de leur véritable siège, ce sont des stigmates prothoraciques, 
vu que, dans la profonde anfractuosilé qui sépare les hanches de 
la première et de la deuxième paire de pattes, ils sont placés en 
avant de la suture qui délimite ces deux hanches. 

Ces stigmates sont grands, bivalvulaires, transversaux, ovales- 
oblongs, un peu en forme de croissant dont la concavité est anté- 
rieure. Ce croissant a un bout plus gros qui regarde l'axe du corps. 
Il résulte de cette configuration que la valve antérieure du stigmate 
est plus grande et plus grosse. L'une et l'autre de ces valves ou 
lèvres sont constituées par un bourrelet blanchâtre presque lisse 
et uni dans les galéodes qui n'ont pas subi l'action de l'alcool. 
Malgré la dureté de ce bourrelet sous la pince qui le presse et 
sa callosité apparente, mon habitude de ces autopsies me donne 
lieu de présumer que c'est un muscle orbiculaire destiné au jeu 



08 HISTOIRE NATURELLE 

de cette bouche respiratoire. L'étude de ces organes sur des indi- 
vidus vivants ou récemment morts pourrait seule lever mes doutes 
à cet égard. 

Quoi qu'il en soit, il existe entre ces deux lèvres ou bourrelets 
un diaphragme membraneux ayant une fente médiane dans le 
sens du grand diamètre du stigmate. Cette fente s'ouvre directe- 
ment dans la puissante souche trachéenne de l'intérieur du thorax, 
et sert ainsi à l'inhalation et à l'exhalation de l'air pour l'acte 
mécanique de la respiration. 

Dans les sujets retirés de l'alcool, les lèvres stigmatiques sont 
granuleuses. Ces granulations, vues à une bonne loupe, forment 
un élégant cordonnet, dont les granules sont ou simples ou avec 
une empreinte transversale. J'ai représenté ces divers états du 
stigmate par des figures qui dispensent d'autres détails. Ces lèvres 
granuleuses sont parfois tellement rapprochées par leur inflexion 
réciproque qu'elles se touchent, ne laissant entre elles qu'une 
très-fine rainure qui rend invisible le diaphragme. Mais dans 
quelques individus moins maltraités par la macération j'ai pu 
constater une portion de ce dernier. 

Ces granulations cadavériques ne sont pourtant pas sans quel- 
que valeur physiologique. Leur régularité fait naître l'idée que 
durant la vie le muscle orbiculaire du stigmate peut être intime- 
ment composé de faisceaux dont les contractions peuvent s'exer- 
cer isolément ou concurremment pour la dilatation ou l'occlusion 
de cet ostiole respiratoire. Je présume que ces curieux granules 
sont le résultat immédiat et permanent des violences de l'asphyxie 
par immersion dans les liquides spiritueux. 

2° Stigmates abdominaux. 

Les galéodes algériens ne m'ont offert que deux paires de 
stigmates abdominaux, situées l'une au bord postérieur du 
deuxième segment ventral, l'autre à ce même bord du troisième 
segment. Indépendamment de ces deux paires, qu'on peut appeler 
normales, Kittary signale un cinquième stigmate impair ou soli- 



DES GALÉODES. 09 

taire et dépourvu de peigne; il le place au milieu de ce môme 
bord du quatrième segment. M. Milne-Edwards n'admettrait dans 
le barbants que deux stigmates abdominaux l et M. Blanchard ce 
même nombre dans Yaranoïdes^. 

A la vue des figures du savant russe, mon œil armé de la loupe 
s'est de nouveau mis en quête de ce stigmate impair en explorant 
scrupuleusement, soit les fragments tégumentaires déjà disséqués 
et conservés secs de manière à se prêter à l'étude par transpa- 
rence, soit dans les individus entiers du barbants et. du Dasluguei, 
les plus grandes espèces de ma collection , et je ne suis point 
parvenu à le reconnaître. 

J'ai vu et revu vingt fois dans les deux espèces algériennes que 
je viens de citer les curieux peignes stigmatiques dont j'ai indi- 
qué le siège normal, et j'ai toujours constaté, ainsi que cela est 
marqué dans les figures de Kittary et du professeur Milne-Edwards, 
qu'un espace linéaire médian, facile à mettre en évidence, parta- 
geait chaque série transversale de ces élégantes dents en deux 
peignes distincts, de manière à constituer deux paires de ceux-ci, 
tandis que M. Blanchard n'a représenté à chaque segment qu'une 
seule série continue. 

Chaque peigne a, dans le barbants, de quinze à dix-sept dents 
fines, pointues, cornées, brunes, uniformément serrées entre 
elles et dirigées en arrière. Il y en a quatre ou cinq de plus clans 
le Dastuguei. Ces dents sont fixées, ou mieux articulées, à une 
sorte de talon charnu, noirâtre dans le premier de ces galéodes, 
blanc et atténué aux deux bouts dans le second. La figure 7 de la 
planche VII de Kittary représente dans Varanoïdes une sorte de cha- 
pelet de granulations ovalaires contiguës, correspondant sans doute 
à ce que j'ai appelé peigne, mais d'une configuration bien différente. 

Les stigmates proprement dits, ou les osticles respiratoires, 
ont, dans le barbarus et le Dastuguei, éludé et ma loupe et mes len- 
tilles microscopiques. Je suis arrivé à l'induction de leur existence 

1 Règne animal illustré de Cuvier, PI. XX bis. 

2 L'organisation du règne animal, PI. XXV, fig. 10. 



70 HISTOIRE NATURELLE 

par la voie des trachées ventrales, dont j'ai poursuivi les troncs 
primaires jusqu'aux points de leur insertion tégumentaire. Par 
ce procédé, j'ai facilement acquis la certitude qu'il existait deux 
paires de ces troncs trachéens parfaitement isolables, aboutissant, 
non pas au milieu du peigne, comme il me semblait naturel de le 
croire, mais au bout interne de chacun de ces peignes. Aussi je 
ne m'explique pas bien les attributions de ceux-ci , qui ne semblent 
pas abriter les stigmates. 

Après cette constatation bien positive des quatre troncs tra- 
chéens, j'ai tourné la page pour passer de la face viscérale du 
tégument à sa face externe; mais, je le répète, les ostioles res- 
piratoires me sont demeurés inaperçus. On verra qu'il n'en a 
pas été de même dans d'autres galéodes dépourvus de peignes, 
tels que les nigripalpis , Lucasii, intrepidus, brunnipes, quadrigerus, 
melanus et phalangista. Dans les plus grands individus de ces types, 
les stigmates, quoique fort petits, peuvent néanmoins être cons- 
tatés, même à la simple loupe. Il y en a deux paires, et ils sont pla- 
cés absolument comme dans les espèces à peignes. Ce sont des 
orifices circulaires avec une fine bordure cornée, brune» glabre, 
tout à fait nus et sessiles sur le tégument. L'aire de ces orifices 
est sans doute occupée par un diaphragme fibro-membraneux 
qui s'entrouvre pour le passage de l'air; mais j'avoue que je ne 
l'ai point encore vu. 

J'ai lieu de m'étonner que Savigny, qui a enrichi la science de 
si précieux détails iconographiques sur la structure extérieure des 
galéodes de l'Egypte, n'ait fait aucune mention de ces peignes 
stigmatiques. Il est très-probable qu'ils n'existent point dans les 
espèces qu'il a figurées. 

ARTICLE IL 

TRACHÉES. 

Bien entendu, les trachées des galéodes appartiennent toutes à 
l'ordre des tubuleuses ou élastiques. A en juger par la quantité et 
le gros calibre de ces vaisseaux aérifères, ces arachnides jouissent 



DES GALÉODES. 71 

d'une grande somme de respiration. Cette condition a pour con- 
séquence physiologique une vie active, une locomobilité éner- 
gique, que justifient pleinement les habitudes et le genre de vie 
de ces animaux, chasseurs de profession, agiles et prestes à la 
course. 

Une souche de trois ou quatre gros troncs trachéens part de 
chaque stigmate thoracique et distribue ses ramifications aux 
puissants muscles du thorax, de la tête, des mandibules, de la 
bouche et des membres. Cette même souche émet aussi de fortes 
branches qui pénètrent dans l'abdomen. 

Dans le Dastuguei, le plus grand des galéodes de l'Algérie, cette 
souche thoracique envoie des trachées plus larges, plus nom- 
breuses que dans d'autres espèces, tandis que les troncs qui cor- 
respondent aux stigmates abdominaux sont proportionnellement 
plus grêles. 

A chacun des quatre stigmates abdominaux aboutit non pas une 
souche multiple comme dans les stigmates thoraciques, mais un 
tronc trachéen assez gros, dont les subdivisions se répandent dans 
le tégument de cette partie, dans les muscles perforants, le foie 
et les principaux viscères de celte cavité. Ce tronc s'atténue à son 
point d'insertion tégumentaire, ce qui confirme encore la petitesse 
du stigmate qui lui correspond. 

Je dois prévenir les microtomistes qui auraient à étudier ces 
trachées dans des galéodes qui ont fait un long séjour dans l'al- 
cool, des méprises ou illusions auxquelles ils peuvent être expo- 
sés. Ces canaux trachéens, par l'absence de l'air dans leur intérieur 
et par l'introduction de l'eau à la place de l'air, deviennent dia- 
phanes et en imposent pour des vaisseaux sanguins, quand on n'a 
pas les yeux exercés à ces sortes d'altérations cadavériques. En 
définitive, le dévidement de ces canaux à filets spiroïdes tranche 
la question 



72 HISTOIRE NATURELLE 

CHAPITRE III. 

VAISSEAU DORSAL ET NUTRITION- 



ARTICLE PREMIER. 

VAISSEAU DORSAL. 



Avant d'aborder la question physiologique de la nutrition dans 
le galéode, et pour ne rien négliger de l'anatomie de cette illustre 
arachnide, je donnerai une description sommaire de ce qu'on a 
appelé le vaisseau dorsal. Je ne reviendrai point sur la valeur scien- 
tifique de cette espèce de cœur vestigiaire et encore probléma- 
tique. Je crois avoir épuisé ce sujet dans divers écrits qui, si je 
ne m'abuse point, sont demeurés victorieux dans la lutte. Je ré- 
pète aujourd'hui, comme je le dis depuis vingt-cinq ans, cette vé- 
rité proclamée parle célèbre Cuvier, qu'une circulation vasculaire 
d'air et une circulation vasculaire de sang sont incompatibles. 

Il est nécessaire de se rappeler, pour l'intelligence et l'appré- 
ciation des successions organiques, qu'en descendant l'échelle des 
articulés le galéode est le premier genre où l'on constate le vais- 
seau dorsal. Le scorpion, qui dans la méthode naturelle le pré- 
cède , a sur lui une haute prééminence organique, et par l'existence 
incontestable de sa circulation vasculaire sanguine, par celle de 
poumons circonscrits, et par un véritable cœur dorsal. Notre 
brave arachnide trachéenne n'a conservé de ce dernier organe que 
le mince et insignifiant héritage d'un simulacre de cœur, d'un 
tube infonctionnel. Mais la nature, dans ses infinies créations, où 
on dirait qu'elle a voulu, en défiant notre intelligence, nous forcer 
à la contemplation, ne déshérite aucun de ses organismes si dispa- 
rates de ses droits à une existence qu'elle sauvegarde pour le 
maintien du tout universel. 

Dès que le tégument abdominal du galéode a été enlevé, de 
manière à laisser en place sur le foie la double rangée de tendons 
articulés où se fixent les muscles perforants, le vaisseau dorsal 



DES GALÉODES. 73 

apparaît à nu entre ces deux rangées, logé dans une légère gout- 
tière du foie et sans aucune connexion organique, soit avec celui- 
ci, soit avec les tissus voisins. 11 est très-simple, c'est-à-dire sans la 
moindre division ou ramification, sans nul vestige de ces ouver- 
tures latérales si gratuitement décorées du nom d'oreillettes par 
les partisans quand même d'un cœur dans les insectes. Il ne faut 
pas s'en laisser imposer par quelques rares trachéoles, qui, ayant 
perdu par la macération, comme je viens de le dire, leur aspect 
nacré, peuvent être prises pour des vaisseaux sanguins. Ces tra- 
chéoles témoignent simplement de la participation du vaisseau 
dorsal à la vie. 

A cette occasion, je déplore encore vivement de n'avoir pas eu 
à étudier des galéodes vivants. J'aurais été témoin, je n'en doute 
pas, de ces intermittences de contraction et de dilatation, de ces 
semblants de systole et de diastole que j'ai cent fois constatés dans 
les divers ordres et les divers âges des insectes, et que l'on a si 
différemment interprétés. 

Dans les individus plus frais ou moins altérés par un court 
séjour dans l'alcool , je me suis assuré que la portion abdominale du 
vaisseau dorsal était tout d'une venue, plus ou moins cylindroïde, 
partout de texture identique, sans aucune interruption dans son 
trajet, telle enfin que je l'ai représentée dans la figure consacrée 
à l'occasion du foie. Dans les galéodes qui ont séjourné longtemps 
dans les liqueurs conservatrices, ce vaisseau est parfois plat comme 
un ruban, et il n'est pas rare qu'il offre des intersections, des 
espèces de fausses articulations, dues évidemment à la contracti- 
lité des segments tégumentaires qui y ont laissé chacun leur em- 
preinte. Dans mon anatomie du scorpion j'ai déjà fait connaître 
ces effets cadavériques sur le cœur de cette arachnide pulmonaire, 
source de si graves erreurs de la part des illustres anatomistes qui 
m'ont précédé dans cette étude. Pour le galéode , ce sont les mêmes 
causes, le même mécanisme, les mêmes effets. 

Le vaisseau dorsal qui nous occupe s'atténue en entrant dans 
le thorax, de manière à y prendre le plus souvent une finesse, 

Histoire naturelle des galéodes. 10 



1k HISTOIRE .NATURELLE 

une simplicité, une pellucidité égales à celles de l'œsophage qu'il 

accompagne. 

J'ignore si, comme dans beaucoup d'insectes, le vaisseau dorsal 
du galéode se fixe à l'œsophage. Je le présume sans l'avoir cons- 
taté; mais en arrière il s'attache aux derniers segments dorsaux 
de l'abdomen, ainsi que je l'ai pareillement observé dans les in- 
sectes. 

Nota. Kitlary, partageant le préjugé général, et n'ayant eu aucune con- 
naissan-ce de mes écrits sur la prétendue circulation du sang dans les 
insectes, consacre un chapitre et des figures au système sanguin du galéode. 
Il appelle cœur une dilatation thoracique (accidentelle, suivant moi) du 
vaisseau dorsal, et il réserve cette dernière dénomination à la portion abdo- 
minale de celui-ci, que tout le monde désigne sous ce nom. Il admet de 
prime abord une circulation sanguine, et, par une contradiction acca- 
blante, il déclare n'avoir vu aucune branche sortir ni du cœur ni du vais- 
seau dorsal. Une semblable dénégation suffit pour faire écrouler sa théorie 
de circulation, en même temps qu'elle paralyse, qu'elle anéantit toute cri- 
tique de ma part. 

ARTICLE II. 

NUTMTION. 

L'absence d'un véritable cœur et la présence d'un système vas- 
culaire aérifère me confirment et me corroborent dans la néga- 
tion d'une circulation sanguine, pour le galéode comme pour 
tous les articulés trachéens. 

J'ai déjà expliqué ailleurs le mode de nutrition dans les in- 
sectes; cette même explication s'adapte de tout point au galéode. 
Je me bornerai donc à en résumer ici les traits principaux. Ainsi, 
dans notre arachnide, l'air puisé dans l'atmosphère par les stig- 
mates ou orifices respiratoires est livré à la circulation par les 
innombrables ramifications de brillantes trachées et, s'insinuant 
dans leurs infinis ramuscules, va donner le baptême de l'oxygène 
et imprimer la faculté assimilatrice aux éléments liquides pré- 
parés par l'appareil digestif, soit que ceux-ci se trouvent épan- 
chés dans les cavités splanchniques, soit qu'ils pénètrent par in- 



DES GALÉODES. 75 

filtration dans îes plus délicats tissus de l'organisme. Le galéode 
est donc, dans le cadre de la classification, le premier des arti- 
culés qui cumule dans un seul et même appareil les deux hautes 
fonctions de la respiration et de la circulation. 

L'air respiré, ayant perdu son principe vital par un procédé de 
chimie organique, à nous inconnu, est ensuite expulsé par les 
mêmes stigmates qui l'avaient inhalé. C'est par celte alternative 
d'inspirations et d'expirations que se manifeste dans le galéode, 
comme dans les animaux supérieurs, l'acte respiratoire. Ainsi, 
par cette irrigation organique, pour me servir de l'heureuse ex- 
pression de M. Lacaze-Duthiers \ le liquide réparateur se répand 
incessamment dans tous les coins et recoins de l'organisme. 

Ce peu de lignes exprime toute ma pensée sur la nutrition du 
galéode. Oui, cette belle et agile arachnide du désert, quoique 
privée de cœur et de circulation sanguine, non-seulement n'est 
pas pour cela déshéritée des attributs qui caractérisent la vie des 
animaux le plus haut placés, mais elle les possède tous. Elle voit, 
elle sent, elle respire, elle poursuit, saisit et dévore une proie 
vivante, elle attaque et se défend avec énergie, elle vaque à ses 
amours, elle s'accouple, et, devenue mère, elle en remplit tous 
les devoirs, elle en a toutes les sollicitudes, elle prend soin de 
l'éducation de ses enfants. Et qui nous dira son industrie, ses 
ruses, sa vie privée? 

Devant ce galéode sans cœur et sans circulation , que devient la 
loi de la théorie unitaire et de la concordance organique? 11 faut 
l'abroger ou la reviser. Notre ignorance ou notre amour-propre 
qualifie d'anomalies ces organismes rebelles ou réfractaires à nos 
classifications, à nos prétentions législatives. C'est là un moyen 
provisoire de sauver, d'esquiver l'embarras physiologique jusqu'à 
plus ample informé de faits plus nombreux ou mieux compris. 
J'en ai dit assez sur ce point dans mes prolégomènes. 

1 Organisation du dentale, Annules des sciences naturelles, 1 8 5 7 , t. VII, p. 5. 



76 HISTOIRE NATURELLE 

CHAPITRE IV. 

APPAREIL MUSCULAIRE. 

Je suis loin de prétendre donner une myologie des galéodes 
et d'affecter une dénomination technique aux nombreux muscles 
qui servent et la locomotion des membres et les mouvements des 
diverses parties du corps de ces arachnides. Une étude semblable, 
indépendamment de ce qu'elle s'accompagnerait d'incroyables dif- 
ficultés, n'entre pas dans mon plan et ne saurait avoir, dans mes 
recherches actuelles sur un organisme presque neuf pour la 
science qu'une utilité fort secondaire. Je me bornerai donc pour 
le moment à signaler sommairement ces organes contractiles. Je 
les diviserai, comme les grandes cavités du corps, en muscles de 
la tête, du thorax et de l'abdomen. 

ARTICLE PREMIER. 

SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA TETE. 

C'est ici que je confesse mon ignorance, quant à la dissection 
des muscles nombreux, et pour moi inisolables, qui garnissent le 
dessous de la carapace céphalique ou la demi-tête des galéodes. 
J'ai déjà insinué à l'article des yeux que le rayon visuel de cette 
arachnide pouvait éprouver pour sa direction des modifications 
par les mouvements de la tête. Les muscles de celle-ci, soumis à 
l'empire de la volonté, président à ces mouvements, que per- 
sonne n'a encore constatés et qu'on ne constatera peut-être jamais, 
mais dont l'anatomio prouve la possibilité et la nécessité. J'ai plu- 
sieurs fois constaté à la carcasse thoracique les attaches de ces 
muscles et au pourtour de la tête les insaisissables tendons. 

Mais ma pauvreté myologique se fait encore bien plus sentir 
quand il s'agit des muscles qui ont la mission importante de 
mettre en jeu le rostre buccal et ses organes accessoires; à d'au- 
tres cette difficultueuse microtomie. 



DES GALEODES. 77 

ARTICLE II. 

SYSTÈME MUSCULAIRE DU THORAX. 

Le thorax , où s'articulent les six pattes, est le centre des grands 
mouvements; il est le siège des puissants et innombrables mus- 
cles locomoteurs. Il faudrait l'habile patience de Lyonet pour en 
donner une monographie. Ils se fixent, d'une part, aux solides apo- 
physes de la carcasse intrathoracique ; de l'autre, ils revêtent les 
parois internes des segments du thorax et de la tête; enfin, ils 
s'insinuent dans les membres de ce buste. Je me bornerai donc à 
la simple énumération de ces muscles, en y comprenant ceux qui 
appartiennent aux appendices de la tète : 

i° Une paire de muscles mandibulaires; 2° deux paires de 
muscles palpaires; 3° trois paires de muscles cruraux pour les six 
pattes. 

ARTICLE III. 

SYSTEME MUSCULAIRE DE L'ABDOMEN. 

Les muscles de ce grand réceptacle viscéral vont nous offrir un 
rapprochement intéressant avec ceux du scorpion» Ces muscles, 
et je n'entends parler en ce moment que de ceux qui appar- 
tiennent à la vie animale, peuvent se diviser en peaussiers et en 
perforants. 

i° Muscles peaussiers. — Cette dénomination, que j'ai déjà 
employée pour les scorpions, est significative et bien définie. 
Sous la forme d'un mince panicule, dont le microscope révèle 
la texture fibro-musculaire , ils revêtent la face inférieure de la 
peau souple de cette arachnide. Ils favorisent la contra ctilité et 
l'expansibilité de l'abdomen, en même temps qu'ils font jouer les 
uns sur les autres les segments abdominaux. 

2° Muscles perforants. — Quand on enlève avec précaution la 
peau ou le tégument dorsal de l'abdomen, sans léser les parties 
sous-jacentes, on découvre à la ligne médiane du foie deux rubans 
étroits, parallèles, d'un blanc nacré et entrecoupés, formés cha- 



78 HISTOIRE NATURELLE 

cun par une série longitudinale d'articles allongés, plats, parfois 
sensiblement renflés à leurs extrémités et unis bout à bout, abso- 
lument comme les phalanges osseuses de nos doigts. Ces articles, 
en nombre égal à celui des segments du tégument dorsal, par 
conséquent de dix, sont d'autant plus longs qu'ils approchent 
davantage de la base de l'abdomen, où les segments sont aussi plus 
larges. Les postérieurs sont à peine distincts. 

L'aspect finement strié, la texture fibrilleuse et le blanc res- 
plendissant ou nacré du tissu caractérisent la nature tendineuse 
ou aponévrotique de ces articles. Leurs bouts se touchent dans 
leurs articulations réciproques, et celles-ci, où la tunique hépa- 
tique paraît adhérer, correspondent juste aux plis intersegmen- 
taires du tégument dorsal. 

Deux rubans tendineux semblables, mais plus larges, s'obser- 
vent à la face inférieure ou ventrale du foie. Ces rubans ventraux 
sont plus rapprochés l'un de l'autre que les dorsaux, souvent 
même contigus, parce qu'il n'existe entre eux aucun organe inter- 
médiaire, tandis que le vaisseau dorsal sépare les rubans dorsaux. 
Outre cela, les fibrilles constitutives de chaque article du ruban 
ventral sont plus distinctes et ressemblent à des cannelures. 

C'est entre ces rubans articulés et tendineux du dos et du 
ventre que sont placés, comme des cordes filiformes, les muscles 
que j'ai appelés perforants dans le scorpion et les araignées, et 
qui méritent ce nom dans le galéode, parce qu'ils traversent de 
part en part le foie. Ces muscles perforants, proportionnellement 
plus grêles dans cette dernière arachnide, sont parfaitement sim- 
ples, c'est-à-dire sans la moindre division. Ils ont leur double in- 
sertion, d'une part, au bout postérieur, inférieur et latéral des 
articles dorsaux; de l'autre, au bout postérieur, supérieur et la- 
téral des articles ventraux. Il résulte de ces insertions opposées 
que, dans l'exercice de leur contractilité, ils tendent à rapprocher 
les rubans dorsaux des ventraux et vice versa. 

Les muscles perforants ne percent le parenchyme du foie que 
dans des gaines appropriées à ce passage ou percement. Ces gaines 



DES GALÉODES. 79 

étant revêtues par un reploiement de la tunique hépatique, les 
muscles perforants ne sauraient blesser ni les ulricules du foie, 
ni les organes auxquels celui-ci sert de réceptacle. Elles se trou- 
vent ainsi favoriser le glissement des muscles. Ces gaines , lorsque 
les muscles sont détachés, se révèlent à l'extérieur par des trous 
ronds que Ton voit exprimés dans la figure où j'ai représenté l'en- 
semble du foie. Ces trous deviennent insaisissables à la partie 
postérieure de l'organe, à cause de leur petitesse et de leur rap- 
prochement. 

Nota. Kittary (loc. cit. tab. VI, fig. l\) a bien reconnu les deux rubans 
tendinaux dorsaux dont je viens de parler; mais il en a mal saisi la struc- 
ture articulée, et ne parait pas en avoir compris les fondions. 

Ce même auteur (loc. cit. fig. 5) décrit et figure un diaphragme dans 
laraneoides; il lui donne une configuration régulière, avec des trous symé- 
triques pour le passage des nerfs, des trachées, du canal digestif, et même 
une échancrure pour les vaisseaux sanguins. Dans mes innombrables autop- 
sies des galéodes, il m'est bien arrivé parfois de rencontrer, au voisinage du 
détroit thoraco-abdominal , des lambeaux membraniformes plus ou moins 
mutilés; j'avais constaté ce même fait dans les scorpions [Ariat. et phys. des 
scorp.), et l'idée de diaphragme m'était venue à l'esprit et à la plume; mais 
rien ne justifiait celte dénomination, à laquelle j'avais renoncé. Encore 
aujourd'hui, quoi qu'en dise Kittary, je ne saurais comprendre la raison 
d'être d'un diaphragme dans un organisme comme celui d'un galéode. H y a 
de sa part idée préconçue. 

SECTION II. 

APPAREILS SPÉCIAUX. 



CHAPITRE PREMIER. 

APPAREIL DIGESTIF. 



Cet appareil se compose, ainsi que dans la généralité des ani- 
maux articulés et même des vertébrés, de la bouche, des glandes 
salivaires, du canal alimentaire et du foie. 

J'ai déjà, à la section des organes extérieurs, suffisamment dé- 



80 HISTOIRE NATURELLE 

crit ce qui est relatif à l'appareil buccal et mandibulaire des 
galéodes, et, pour l'intelligence de la physiologie du premier acte 
de cette grande fonction, j'ai, en même temps, fait connaître ce 
que nous savions sur les habitudes et le genre de vie de ces habi- 
tants du brûlant désert. Je renvoie donc à cet article. 



ARTICLE PREMIER. 

GLANDES SALIVAIRF.S. 



L'existence de ces glandes dans le scorpion, où, après de 
grandes difficultés, je parvins à les découvrir, m'avait fait pré- 
sumer qu'on pourrait aussi les rencontrer dans le galéode. Je ne 
tardai pas, en effet, malgré leur ténuité et la profondeur de leur 
siège, à les mettre en évidence; mais, ce qui m'a singulièrement 
étonné , c'est la différence de ces glandes dans certaines espèces. 

Dans le barbants, chacune d'elles consiste en une aggloméra- 
lion subarrondie des replis fîexueux d'un seul et même vaisseau 
simple, filiforme, blanchâtre ou hyalin, suivant le degré d'élabo- 
ration de la salive, et se terminant par un bout libre. Cette agglo- 
mération, qui n'a pas la grosseur d'un anis couvert, est enfoncée 
derrière la carcasse thoracique, d'où il n'est pas facile de la dé- 
loger dans son intégrité, à cause de sa mollesse et de sa fragilité. 
C'est là l'organe essentiellement sécréteur de la salive, tandis que 
la portion du même vaisseau qui s'en détache pour se porter vers 
la bouche, en longeant les flancs de la carcasse, en devient le 
conduit excréteur. 

La glande salivaire du nigripalpis a une configuration et une 
texture totalement différentes de celles du barbarus et de la plu- 
part des autres espèces. Ce n'est point un seul peloton et un 
unique vaisseau; mais, dans le cas où la pince est assez heureuse 
pour exhiber cet organe, on constate deux grandes aggloméra- 
tions de vaisseaux grêles, fragiles, plus ou moins transparents, 
tellement anastomosés entre eux qu'il est impossible de les dé- 
rouler. Ces agglomérations sont reliées entre elles par une sorte 
de tresse ou de cordon à trois ou quatre chefs, où la loupe atten- 



DES GALÉODES. 81 

tive reconnaît un ou deux canaux traversiers iort courts. Cette 
tresse aboutit à six vaisseaux de même calibre, rangés sur un 
même plan, et s'abouchant tous six à un réservoir basilaire en 
forme de croissant, qui émet par le centre de sa convexité un 
conduit excréteur d'une brièveté qui échappe à l'œil le plus 
exercé. 11 est même vraisemblable que je n'ai vu qu'un court 
tronçon de ce conduit. La figure que j'en donne n'exprime que 
ce que j'ai constaté. 

En démêlant ou en déchirant celte curieuse glande salivaire, 
je me suis assuré qu'il existe, tant dans les agglomérations que 
dans la tresse, des vaisseaux anastomotiques qui constituent comme 
des mailles irrégulières; mais ce qui est demeuré pour moi un 
fait inexplicable, dont je lègue la solution à un scalpel plus acéré 
ou plus heureux que le mien, c'est le mode de connexion ou de 
terminaison des trois ou quatre vaisseaux, le plus souvent trois, 
qui constituent la tresse, et desquels naissent les six vaisseaux pa- 
rallèles qui s'abouchent au réservoir. C'est là une de ces fines 
anatomies qui ont défié mes yeux. 

11 arrive parfois, toujours dans ce même nigripalpis , que la 
glande d'un côté s'enchevêtre avec celle de l'autre côté, de ma- 
nière à constituer, par leur ensemble, un organe inextricable et 
indéfinissable aux yeux de l'anatomiste qui n'aurait pas disséqué 
auparavant dans plusieurs sujets ces deux glandes séparées. 

Nota. Kittary (loc. cil. tab. VIII, fig. 12 , gg, hh, k) a évidemment connu 
les deux glandes salivaires clans Yaranoides; mais il s'est mépris, et sur la 
nature, et sur les fonctions, et sur le mode d'insertion de cet organe, au- 
quel il a donné au hasard le nom de pancréas ou de boyau sous-stomacal. Ce 
qu'il a désigné en h h comme un appendice fixé à la peau n'est qu'une portion 
du tégument, accidentellement détachée, où adhérait accidentellement aussi 
le conduit excréteur de la glande. Cet auteur a représenté en k, sous le nom 
d'organe glandulaire , l'agglomération commune aux deux glandes salivaires. 
Cette agglomération confirmerait admirablement mes dissections sur ce point, 
et témoigne aussi de l'habileté de son scalpel. 

M. Blanchard a pareillement vu les glandes salivaires dans Yaraneoîdes. 
Il les appelle des glandes stomacules, et il me semble en avoir mal saisi 

Histoire naturelle des "aléodes. î î 



82 HISTOIRE NATURELLE 

les connexions. La complication de ces glandes rappelle celles du nigri- 
palpis. 

ARTICLE IL 



CANAL ALIMENTAIBE. 



11 n'a que la longueur du corps de l'animal; il est, par consé- 
quent, tout à fait droit dans son trajet de la bouche à l'anus; sa 
texture membraneuse, délicate et fragile, ses connexions avec les 
conduits hépatiques et la singulière division de sa portion tho- 
racique le rendent très-difficile à isoler; aussi faut-il multiplier 
à l'infini les autopsies, et avoir une patience éprouvée pour s'en 
faire une idée exacte. 

L'œsophage est capillaire et court; sa ténuité et sa diaphanéité 
désespérantes le dérobent souvent au scalpel le plus pratique; il 
faut des circonstances heureuses pour le bien constater, et dans 
mes autopsies, si multipliées, je ne l'ai vu nettement que deux 
fois. Après être sorti du rostre buccal, il s'enfonce sous le cer- 
veau, entre ce dernier et le ganglion thoracique. Or, comme le 
cerveau est presque sessile, il faut une pince bien servie pour 
déchirer celui-ci et en dégager cet imperceptible œsophage. Ce 
passage insolite remplace, dans le galéode, le collier œsophagien 
des insectes et autres articulés. Je m'en suis expliqué au chapitre 
du système nerveux. 

L'estomac ou jabot, confiné dans le thorax, passe par- dessus 
la carcasse thoracique, de manière à s'enchâsser par son axe dans 
sa poulie; en sorte qu'après l'enlèvement circonspect des seg- 
ments tégumentaires du thorax il demeure à nu. Sa configuration 
compliquée , dont quelques autres arachnides fournissent des 
exemples plus ou moins modifiés, demande pour sa complète 
dissection une grande ténacité de patience; son trait caractéris- 
tique est l'existence de trois paires de longs boyaux latéraux, 
grêles, effilés, fermés au bout comme des doigts de gant et pé- 
nétrant, par les hanches, dans les cuisses des six véritables pattes. 

Cette remarquable division ou ramification du jabot est le 
trait caractéristique différentiel du galéode et du scorpion; on 



DES GALÉODES. 83 

lui a donné le nom de phlébentérisme, affecté par M. de Quatre- 
fages à certains invertébrés dont le tube digcstil est ramifié comme 
des veines. J'admets cette comparaison, quoique un peu forcée. 
Le jabot à boyaux cruraux de notre arachnide peut, à plus juste 
titre, cire comparé aux appendices gastriques, dont les acrydium, 
mantis, blatta, etc. offrent de notables exemples que j'ai exposés 
dans mon anatomie de ces orthoptères. 

Au point de vue physiologique, ces boyaux cruraux semblent 
destinés à y faciliter le séjour de la matière alimentaire dans le 
double but de son élaboration ou d'une réserve dans des cas de 
diète prolongée. Peut-être aussi sont-ils destinés à des usages 
qui restent encore inconnus. 

Je viens de dire que ces boyaux sont au nombre de trois paires 
et destinés exclusivement aux pattes; il n'y en a pas davantage, et 
les palpes en sont absolument dépourvus ; mais loin d'être sim- 
ples, ils offrent constamment au voisinage de leur origine au 
jabot, et toujours au côté antérieur, un court boyau appendicu- 
laire de longueur variable. 

Les boyaux principaux et leurs appendices sont d'autant plus 
longs qu'ils sont plus postérieurs, ce qui tient à la longueur res- 
pective des pattes. Dans la troisième paire de celles-ci, j'ai parfois 
trouvé le boyau appendiculaire presque aussi long que le boyau 
principal, de manière à le faire prendre pour un boyau double; 
mais c'est là un cas exceptionnel. Dans quelques conditions de 
plénitude ou d'infarctus , j'ai rencontré des boyaux cruraux avec 
un renflement ou une boursouflure à leur naissance. J'ai exprimé 
ce fait par une figure II m'est arrivé aussi, à ma grande surprise, 
qu'en désengaînant ces boyaux de leurs étuis fémoraux posté- 
rieurs j'ai trouvé que leur longueur dépassait de deux fois au 
moins celle de la hanche et de la cuisse ensemble. J'en ai conclu 
que ces boyaux doivent avoir dans ces étuis des flexuosités plus 
ou moins rapprochées. 

Le ventricule chylifique, ou la portion du tube digestif qui nait 
du jabot au détroit thoraco-abdominal, est cylindroïde et d'une 



84 HISTOIRE NATURELLE 

texture fort délicate comme le reste de l'organe. Dans des sujets 
qui avaient séjourné un an dans l'alcool, j'ai trouvé le ventricule 
chylifique si grêle et d'un blanc si mat qu'il en imposait pour un 
cordon nerveux. 

Ce ventricule occupe le fond de la grande scissure médiane 
du foie où le maintiennent ses étroites et inextricables connexions 
avec les bourses hépatiques; ce siège et ces connexions, qui ont 
bien leur raison d'être physiologique, ne se sont révélés à mon 
scalpel qu'après plus de vingt dissections. Malgré ma sobriété à 
invoquer la loi de l'analogie, je pense qu'un semblable siège 
pourrait bien se rencontrer dans d'autres arachnides, notamment 
dans le scorpion, quoique je ne l'aie pas encore constaté. 

Mes investigations scrupuleuses pour découvrir à la fin du jabot , 
ou au commencement du ventricule, chylifique, une valvule pylo- 
rique comme dans la plupart des insectes, ont été complètement 
sans résultat; j'ai seulement remarqué entre les deux organes que 
je viens de nommer un étrécissement dont la contractilité peut 
remplir l'office de valvule. 

Le ventricule se termine en arrière par un tissu sensiblement 
plus dense, plus serré, et par un léger bourrelet circulaire quel- 
quefois bien apparent. Ce bourrelet est l'indice positif d'une 
valvule ventriculo-intestinale analogue à l'iléo-cœcale des grands 
animaux, et qui existe dans la plupart des insectes. Toutefois 
l'exiguïté et la délicatesse des tissus ne m'ont pas permis de cons- 
tater intérieurement cette valvule. 

Le bourrelet en question est suivi d'un col d'une extrême 
brièveté, vestige d'un intestin; celui-ci, à parois plus charnues, 
plus épaisses, s'ouvre sur le côté du cœcum. 

Le cœcum est une énorme poche latérale très-dilatable et d'un 
volume variable, suivant la quantité de matière excrémentitielle 
accumulée. Le plus souvent il déborde en haut le foie, et il est 
rare qu'il ne soit pas crevé par un scalpel inattentif. En avant, il 
se termine en un grand cul-de-sac; en arrière il s'atténue, et 
pour recevoir l'embouchure de l'intestin, et pour se continuer en 



DES GALÉODES. 85 

un rectum sans limite tranchée qui s'ouvre à l'anus. Ce ccecum 
est méconnaissable quand il est ridé et ratatiné. Je l'ai souvent 
rencontré déprimé, plissé et cannelé dans sa longueur, ainsi que 
le représente un de mes dessins. Dans son état de plénitude, il 
renferme une pulpe excrémentitielle pins ou moins liquide, 
blanche comme de l'amidon. Une semblable pulpe blanche s'ob- 
serve dans le scorpion et dans les araignées. 

Une dissection rendue plus heureuse par une macération pro- 
longée m'a permis de reconnaître dans le ccecum du quadrigerus, 
ou du moins dans une tunique de cet organe, une texture cu- 
rieuse qui vraisemblablement existe aussi dans les autres espèces 
de galéodes, mais que jusqu'à ce jour je n'ai constatée que dans 
celle-ci. Cette poche ccecale est formée de bandelettes musculaires 
annulaires, à fibres courtes longitudinales, bien distinctes les 
unes des autres et parallèles. Ces fibres s'insèrent, en avant et en 
arrière, à un filet linéaire pareillement annulaire, que je présume 
être fibro- membraneux. Je constate aussi que ce ccecum offre , à 
son embouchure dans un court rectum cylindrique, un bourrelet 
circulaire, qui doit être un sphincter distinct de celui de l'anus. 
J'ai représenté par une figure cette élégante structure qui, je le 
redis, ne doit pas être exclusivement propre au quadrigerus. 

L'anus des galéodes occupe l'extrémité ventrale de l'abdomen. 
Il existe à cette extrémité un disque rond, glabre, à peine pro- 
éminent, de texture charnue et constituant un sphincter orbicu- 
laire. Au milieu de ce disque est une fente linéaire dans le sens 
de l'axe du corps, à fin rebord calleux, de teinte brune. 

Nota. Kittary (loc. cit. tab. VIII, fig. 12) avait très-bien vu les boyaux 
cruraux de l'estomac du galéode, qu'il se contente d'appeler des diverticu- 
lum. Il avait parfaitement saisi et pas mal représenté les appendices basi- 
laires de ces boyaux. Il désigne sous le nom malencontreux de cloaque le 
cœcum de cette arachnide, et il s'est laissé aller à l'idée peu physiologique 
d'appeler organes urinaires des dilacérations du foie dont la pulpe avait été 
éliminée, et qui se réduisaient, par le lavage, en canaux hépatiques ou 
cholédoques confusément appréciés ou bizarrement dessinés. 

M. Blanchard a représenté, dans l'Organisation du règne animal (pi. 28), 



86 HISTOIRE NATURELLE 

le canal digestif de Yaraneoidcs. Cette figure devient la sévère censure de 
celle qu'il avait publiée dix ans auparavant. Elle m'oblige donc à supprimer 
ma critique, et je m'y résous Irès-volontiers. Mais je le dis sans détour : le 
pinceau de M. Blanchard, malgré son habile élégance, est inférieur en fidé- 
lité à celui de Kittary. Le boyau crural antérieur est mal saisi ou singulière- 
ment exagéré. J'en appelle à sa confrontation avec la figure de Kittary et 
avec la mienne. L'appendice basilaire de ce boyau est démesurément grand. 

ARTICLE III. 



Dans le scorpion et les arachnides pulmonaires, ainsi que dans 
le galéode, arachnide trachéenne, le foie est un organe paren- 
chymateux, une énorme glande conglomérée; sa grandeur, sa 
configuration sont le moule de l'abdomen, dont il remplit toute 
la capacité. Or, dans le galéode, celle-ci varie suivant les sexes et 
suivant certaines conditions de turgescence séminale. Ainsi, dans 
les femelles d'une gestation avancée, le foie est grandement dé- 
veloppé et ovalaire, tandis qu'il est oblong ou allongé dans les 
mâles un peu épuisés ou dans les femelles vierges. 

Mais le foie ne remplit, pas seulement la cavité abdominale du 
galéode, il envoie, ainsi que dans le scorpion, des divisions ou 
des lobules de sa substance dans le thorax, où il n'est pas difficile 
de les constater et où ils se rattachent par leurs conduits propres 
à la masse de l'organe. 

On trouvera peut-être hasardée cette dénomination de glande 
conglomérée que Cuvier refusait aux animaux privés de circula- 
tion sanguine ou humorale ; mais remarquez bien que dans les 
arachnides, ainsi que dans les hauts vertébrés, le foie est com- 
posé de granulations vésiculeuses ou bursiformes, destinées à re- 
tenir les éléments de la sécrétion biliaire pour les transmettre 
dans un état de première élaboration aux conduits biliaires, aux 
canaux hépatiques qui, en définitive, l'épanchent dans le tube 
digestif. J'avais déjà fait ce rapprochement dans mon analomie 
des scorpions, et je crois opportun de la renouveler da-ns l'ana- 
tomie des galéodes. Remarquons toutefois dans ce parallèle qu'il 



DES GALÉODES. 87 

n'existe pas clans les arachnides de réservoir particulier pour la 
bile, de vésicule biliaire, comme dans les animaux supérieurs. Or, 
quoique le scorpion, ce grave représentant des arachnides pul- 
monaires, possède une véritable circulation sanguine, et que le 
galéode, cet agile chef des arachnides trachéennes, soi! dépourvu 
de cette circulation, il existe néanmoins dans ces deux arachnides 
une parfaite identité dans leurs foies respectifs, soit quant à la 
configuration, soit quant à la texture intime et aux fonctions. 

Le foie du galéode partage avec celui des autres arachnides le 
remarquable privilège d'être le réceptacle de tous les viscères 
abdominaux. Il a une teinte blonde ou cannelle due à la pulpe 
constitutive. Il est revêtu et étroitement enveloppé par une fine 
tunique diaphane, fibro-membraneuse , où le microscope décèle 
de longues fibres qui, après une certaine macération, se disjoi- 
gnent et ressemblent à de subtils filets, à de fort curieuses colon- 
nades. 

Il n'est, pas rare, lorsque le galéode a séjourné fort longtemps 
dans l'alcool , que le foie induré conserve l'empreinte plus ou 
moins profonde des segments de l'abdomen. J'ai trouvé dans 
quelques individus ces empreintes transversales, avec leurs bords 
si tranchants, que le foie a l'air d'être formé de compartiments 
imbriqués. C'est là le moule, le fac simile des dix segments du 
tégument dorsal. Cet effet cadavérique de la contractilité de tissu 
est produit par le muscle peaussier qui, plus éminemment con- 
tractile à ses intersections, presse, déprime, enfonce la pulpe hé- 
patique, dont la mollesse cède à cet effort progressif et finit, en 
s'indurant, par en conserver l'empreinte. 

Qu'on me permette de raconter une anecdote à ce sujet. Dans 
le dernier convoi de galéodes reçu du Sahara de Boghar, en 
septembre 1 857, quelle fut ma surprise de trouver ces sculptures 
hépatiques fortement prononcées dans tous les individus de cette 
importante communication : comme ces sujets étaient assez ré- 
cemment incarcérés, j'en conclus que les Arabes, chargés de la 
chasse de ces arachnides, au lieu de les avoir plongées vivantes 



88 HISTOIRE NATURELLE 

dans l'alcool, comme il était recommandé, avaient dû les con- 
server un certain temps mortes, et qu'elles s'étaient desséchées 
au souffle brûlant du désert. Plus tard j'appris que je ne m'étais 
point trompé. Ce fut pour l'anatomiste une perte irréparable, car 
le scalpel ne put en tirer aucun parti. 

Après l'enlèvement du tégument dorsal de l'abdomen, sans lé- 
sion du foie et de sa tunique propre, cet organe présente à l'œil 
nu une réticulation superficielle à aréoles arrondies. Si on le dé- 
pouille avec précaution de sa tunique, sans entamer sa pulpe, on 
met en évidence une rainure médiane qui loge à sa surface le 
vaisseau dorsal, puis qui se continue en une scissure profonde 
dont l'entrée est masquée par la contiguïté , l'entrecroisement des 
bourses hépatiques. Le canal digestif repose au fond de cette 
scissure. Mais celle-ci ne pourfend pas complètement le foie, 
comme on pourrait le croire au premier coup d'œil; il y a là un 
plancher, ou mieux un édredon parenchymateux, qui supporte 
le tube de la digestion. J'ai déjà prouvé que, contre l'opinion de 
Treviranus, le foie du scorpion présente une semblable scissure, 
et non une division en deux moitiés égales. 

Examinons maintenant la structure intime de l'organe hépa- 
tique. Elle va nous révéler une conformité organique des plus 
saisissantes avec celle des autres arachnides, notamment du 
scorpion. 

Sa tunique propre, dont j'ai déjà indiqué l'organisation, s'en- 
lève facilement, parce qu'elle n'adhère au parenchyme que par 
d'imperceptibles brins nerveux et trachéens et par les muscles 
perforants. 

Le parenchyme consiste en une prodigieuse quantité de bourses 
hépatiques ou allongées, ou en massue, ou filiformes, suivant leur 
degré de plénitude. La pulpe qui emplit ces bourses est crémeuse 
et blonde. C'est elle qui donne sa couleur à toute la glande. Elle 
m'a paru plus pâle dans le nigripalpis. Ce sont les bouts borgnes 
ou fermés de ces bourses qui, pressés entre eux, forment à la péri- 
phérie du foie ces mosaïques en aréoles arrondies dont j'ai parlé. 



DES GALÉODES. 89 

Ces bourses, tantôt simples, tantôt bifides ou trifides, se grou- 
pent de manière à former des faisceaux, des bouquets, des grap- 
pillons plus ou moins serrés. Ce sont elles qui constituent f or- 
gane essentiellement sécréteur de la bile. Les conduits propres 
de ces grappillons s'unissent successivement les uns aux autres 
pour former les canaux excréteurs. Le déploiement et la mise en 
évidence de ces mille grappillons mettent à une rude épreuve la 
patience la plus héroïque. 

C'est dans une si délicate, si minutieuse dissection qu il faut 
user et d'un fin pinceau pour crever les utricules, en balayer le 
contenu, et de l'insufflation directe bien ménagée sur le flot de 
la pulpe délayée pour déterger et mettre à nu toutes ces bourses 
vides et leurs conduits, qui représentent dans cet état des buis- 
sons, des houppes, en apparence inextricables. J'avais déjà dissé- 
qué une vingtaine de galéodes de tous les âges, de tous les sexes, 
sans avoir découvert dans les profondeurs d'un parenchyme que 
je tourmentais ces canaux cholédoques, destinés à recevoir le tri- 
but de la sécrétion des utricules ou bourses pour le transmettre 
au ventricule chylifique. J'étais demeuré un temps infini dans le 
désespoir du scalpel et de la loupe, dans les horreurs du doute, 
dans toutes les perplexités physiologiques. Les microtomistes pas- 
sionnés comprendront seuls mes joies, mon extase, à la décou- 
verte de ces canaux tant convoités. 

C'est à l'origine et à la terminaison du ventricule chylifique 
qu'ont lieu les insertions cholédoques. La partie moyenne de cet 
organe, dans une assez grande étendue, en est totalement dépour- 
vue. Ce n'est point ici, comme dans le scorpion, par des paires 
symétriques que ces canaux versent la bile dans le tube digestif. 
Le nombre de ces canaux excréteurs est indéterminé et jusqu'à ce 
jour indéterminable dans le galéode. Je n'y ai rien aperçu de sy- 
métrique, quoique je sois disposé à croire qu'il doit en être ainsi. 
Il y a environ sept à huit de ces cholédoques à chacune des ex- 
trémités du ventricule chylifique. 

Ce mode d'insertion des cholédoques, que j'ai constaté, non- 
Histoire naturelle ck-9 galéode9. 1 2 



90 HISTOIRE NATURELLE 

seulement dans le barbarus, mais dans d'autres espèces, fait pré- 
sumer de curieuses modifications dans les arachnides classique- 
ment voisines des galéodes. 

Nota. Kittary, malgré le volume du foie, s'est égaré dans l'appréciation 
de sa texture intime et dans ses attributions. Son pinceau semble avoir 
reculé devant cette pulpe parenchymateuse si habilement organisée, et sa 
plume est demeurée muette. 

M. Blanchard a bien saisi cette texture, mais ses figures n'ont point abordé 
les connexions de l'organe avec le canal digestif. 

CHAPITRE II. 

APPAREIL GÉNITAL. 

Nous allons terminer la splanchnologie du galéode par l'expo- 
sition des organes qui président à la vie de l'espèce, par la géné- 
ration. Aucun auteur n'a abordé cette anatomie; le sujet est en- 
tièrement neuf. 

Ces organes génitaux sont bissexuels, comme ceux des autres 
arachnides, c'est-à-dire qu'il faut l'approche, le concours du mâle 
et de la femelle pour accomplir l'œuvre de la reproduction. 

Ils offrent avec ceux du scorpion une énorme dissemblance, qui 
constitue entre ces deux sommités arachnidiennes le trait diffé- 
rentiel d'anatomie viscérale le plus caractéristique. On ne trouve 
dans le galéode aucune trace de ces grandes mailles quadrilatères 
propres au mâle comme à la femelle du scorpion, et j'aurai le 
soin de signaler, dans la description des détails, les grandes diffé- 
rences et les quelques affinités qui existent, sous ce rapport, entre 
ces deux arachnides. 

L'appareil génital, dans les deux sexes du galéode, est ren- 
fermé, ainsi que les autres viscères abdominaux, dans la tunique 
du foie, dont il occupe la partie tout à fait inférieure. Pour s'en 
convaincre, il faut, après avoir incisé et rabattu sur les côtés le 
tégument dorsal, sans intéresser cette tunique, soulever avec pré- 
caution la masse du foie, comme pour le renverser doucement. 



DES GALEODES. 91 

On s'assure alors qu'il n'existe entre la tunique et le tégument 
ventral que les trachées qui aboutissent aux stigmates abdomi- 
naux. Cette constatation est facile. 

Comme dans le scorpion , cet appareil , principalement au temps 
de la gestation ou de la turgescence spermatique, semble pénétrer 
la substance du foie; mais une pince pratique ne tarde pas à re- 
connaître que ces organes ne font que s'insinuer entre les lobules 
ou bourses hépatiques, ainsi que je l'ai déjà démontré dans mon 
anatomie des scorpions. 



ARTICLE PREMIER. 

APPARF.IL génital mâle. 



Savigny, dans son remarquable atlas enlomologique de l'Egypte, 
avait signalé comme caractère distinclif extérieur du mâle des 
galéodes l'existence d'une ou de deux soies cornées, insérées à 
la base dorsale du crochet du mors immobile de chaque mandi- 
bule. Ce trait sexuel, désigné par Latreilîe sous le nom de 
cirrhe, a été dénié comme tel par quelques auteurs; mais il est 
pleinement confirmé parle scalpel, et il ne saurait plus y avoir le 
plus léger doute sur sa signilication. 

Le cirrhe est mobile à un faible degré sur son point d'inser- 
tion; il varie, selon les espèces de galéodes, par la configuration, 
la longueur, la direction, le nombre, ainsi qu'on le voit à la 
description des divers types. A-t-il quelque fonction spéciale ? Je 
l'ignore. N'est-il qu'un attribut, un signe distinctif de puberté? 
Est-ce la livrée du mâle? Je le crois. Voici un fait à l'appui : dans 
le mois de juillet 1 85 7, je reçus un très-grand nombre d'indi- 
vidus du barbarus en bas âge, et je ne découvris point dans aucun 
d'eux le moindre vestige de cirrhe, quoique la dissection m'eut 
démontré, dans plusieurs d'entre eux, l'ébauche des organes 
masculins. J'en conclus assez logiquement, je pense, que le cirrhe 
devait s'improviser à l'âge adulte. 

L'appareil génital mâle présente dans ses parties constitutives 
des exceptionnalités organiques qui me font présumer que dans 



92 HISTOIRE NATURELLE 

des arachnides trachéennes voisines, dont le scalpel n'a point 
encore sondé les viscères, on pourra rencontrer des faits plus ou 
moins analogues, qui permettront d'établir des règles. 

Nous allons examiner, dans l'appareil génital mâle des ga- 
léodes, les testicules, les conduits déférents, les vésicules séminales, 
les canaux éjaculateurs , X orifice génital externe, etc. 

§ 1 er . TESTICULES. 

Quoique les organes mâles de la génération du scorpion soient 
considérés comme doubles, il n'y a pourtant, en fait d'organes 
préparateurs du sperme, que ce qui se voit dans presque tous 
les animaux : un testicule unique de chaque côté, consistant, dans 
cet organisme spécial, en un vaisseau spermifique disposé en 
grandes mailles confluentes ou anastomosées. 

Le galéode, au contraire, a, de chaque côté, deux testicules, 
en tout quatre, distincts et séparés les uns des autres , et parfai- 
tement conformes entre eux. C'est dans de semblables dissections 
qu'il faut faire appel au labor improbus pour dérouler, isoler des 
organes si fins et si fragiles. Chacun des quatre testicules consiste 
en un seul vaisseau spermifique simple, fiexueux, capillaire, tantôt 
diaphane, tantôt pointillé de blanc, suivant que le sperme y est 
plus ou moins coagulé; sa longueur est excessive et égale cinq 
ou six fois au moins celle de tout le corps de l'arachnide; ses 
nombreuses mais lâches circonvolutions sont à nu, c'est-à-dire 
non renfermées dans une tunique commune; elles serpentent dans 
les innombrables utricules hépatiques, et c'est une heureuse 
chance quand on parvient à les dévider intégralement. Dans mes 
premières dissections, la capillarité et parfois les varicosités de 
ces testicules me les firent prendre pour des vaisseaux biliaires 
analogues à ceux des scorpions; mais je ne tardai point à me 
convaincre qu'ils n'existaient point dans les femelles. En les dé- 
roulant, je pus remonter à leur origine et les qualifier à bon droit 
du nom de testicules. 

Il est bon de prévenir que les figures qui représentent les tes- 



DES GALÉODES. 93 

ticules du barbaras et du nigripalpis ont des ilexuosités arbitrai- 
rement régulières que j'ai dessinées ainsi dans le double but de 
mettre en évidence leur continuité et d'économiser la gravure. 

§ 2. CONDUITS DÉFÉRENTS. 

C'est dans le seul barbarus que je les ai constatés, et il faut 
une attention scrupuleuse pour les distinguer du testicule lui- 
même, dont ils ne sont, en effet, qu'une continuation; ils en 
diffèrent par un calibre à peine plus fort; leur origine au testicule, 
surtout dans la condition de turgescence séminale, se fait re- 
marquer par une sorte de bourrelet. Le sperme qu'ils renferment 
m'a toujours paru plus blanc, plus compacte, plus abondant 
que dans le testicule. 

Quoique j'aie disséqué un fort grand nombre de mâles adultes 
du nigripalpis avec les mêmes instruments qui avaient autopsié 
le barbarus, j'avoue que j'ai complètement échoué à y découvrir 
ces conduits déférents. 

S 3. VÉSICULES SÉMINALES. 

Malgré une forme et une situation insolites, je ne saurais, à 
défaut d'organe plus digne de ce nom, assigner une autre desti- 
nation physiologique à ce que j'appelle vésicules séminales dans 
les galéodes; mais ces vésicules offrent de singulières différences, 
suivant les espèces de ces arachnides. 

Celles du barbarus sont au nombre de quatre, autant qu'il y a 
de testicules; elles ont une forme vésiculaire ovoïde, dont les 
dimensions varient suivant certaines conditions génératives. Cha- 
cune d'elles présente un col tubuleux qui reçoit bout à bout le 
conduit déférent correspondant. Du côté opposé, un semblable 
col l'unit à celui de son congénère pour la formation du canal 
éjaculateur. 

La pellucidité de ces vésicules permet d'apercevoir au milieu 
d'un sperme floconneux intérieur des corps ou noyaux plus blancs, 
plus compactes, qui ne sont que des coagulations albumineuses 



94 HISTOIRE NATURELLE 

certainement produites, ou par l'effet de la mort, ou plutôt par 
la macération alcoolique. 

Nous venons de voir que, dans le barbaras, il existe de chaque 
côté une paire de vésicules séminales pour une paire de testi- 
cules. Il en est autrement dans le nigripalpis; chaque paire de 
testicules n'a qu'une vésicule séminale unique ; celle - ci est 
allongée ou droite, ou courbée en hameçon, cylindroïde, unie ou 
boursouflée, avec ou sans noyaux albumineux dans ces boursou- 
flures. Toutes ces configurations, sauf la forme allongée, sont 
accidentelles et dépendantes, ou du degré de turgescence sper- 
matique au moment de l'immersion mortelle, ou de l'action des 
liqueurs conservatrices. Dans tous les cas, cette vésicule séminale 
du nigripalpis reçoit à son bout postérieur les deux testicules, et 
les insertions de ceux-ci sont parfaitement distinctes et isolables. 
La vésicule d'un côté converge en avant vers celle de l'autre côté, 
et les deux arrivent tout d'une venue à l'orifice génital externe, 
sans offrir la moindre trace d'un canal éjaculateur propre. 

Il est presque superflu de dire qu'entre les deux glandes sper- 
magènes ou testicules, des troncs trachéens de fort calibre vien- 
nent vivifier ces organes d'une profusion de trachéoles nutritives 
qui témoignent hautement de l'importance physiologique de ces 



glandes. 



S k- CANAUX ÉJACULATEURS. 



Je ne les ai positivement constatés que dans le barbaras ; il 
y en a une paire. Chacun d'eux est le tronc commun de l'appa- 
reil génital d'un côté; il reçoit, à angle ouvert les vésicules sémi- 
nales afférentes, dont il a toute la texture et la couleur; il est un 
peu plus court qu'elles. 

Les deux canaux s'abouchent ou plutôt se continuent à un sac 
intermédiaire, sorte de cloaque sessile, d'une forme que je n'ai 
pas bien déterminée dans des sujets macérés; toutefois la simple 
loupe permet de constater à la ligne médiane de ce cloaque une 
espèce de raphé enfoncé, qui semblerait l'indice d'une division 
symétrique. 



DES GALÉODES. <J5 

J'ai déjà dit implicitement que, dans le nigripalpis, il n'existe 
aucun organe qui puisse mériter à bon droit le nom de canal éja- 
culateur, et cette absence me fait naître des doutes sur la légi- 
timité technique de ce que je viens de décrire comme tel dans 
le barbants. Quoi qu'il en soit de mes incertitudes, les deux 
vésicules séminales qui reçoivent chacune, dans le nigripalpis, 
une paire de testicules, s'atténuent à peine en approchant de 
l'orifice externe, où elles s'ouvrent isolément. La figure que j'en 
donne dispense d'autres détails. 

§ 5. ORIFICE GÉNITAL EXTERNE ET MODE D'ACCOUPLEMENT. 

L'aboutissant, au dehors, de l'appareil génital mâle, est un 
orifice que je vais décrire plus particulièrement dans le nigri- 
palpis, parce que c'est dans cette espèce que j'ai eu occasion de 
le mieux étudier. 

Cet orifice offre, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, une forme 
elliptique, oblongue, bivalvulaire, ou mieux bilabiée, avec des 
lèvres en bourrelet assez gros. Ces lèvres, envisagées du côté de 
la cavité splanchnique, sont glabres, calloso-musculaires, se con- 
tinuant à droite et à gauche par un filet de même texture prolongé 
jusqu'à la ligne d'union du premier segment ventral avec le se- 
cond. Ces deux filets sont évidemment destinés aux mouvements 
variés de contraction et de dilatation de ces lèvres durant l'acte 
copulatif. 

A l'extérieur les lèvres de l'orifice génital sont revêtues par le 
tégument et hérissées de poils, de manière à présenter de la res- 
semblance avec les grandes lèvres de la vulve de la femme. Et, ce 
qu'il m'importe de faire remarquer, c'est l'identité de forme et 
de texture de cet orifice du mâle avec la vulve de la femelle, ainsi 
que je le redirai bientôt. 

Encore que j'aie multiplié mes autopsies à l'infini, et avec cette 
ténacité de persévérance qui s'attache à la découverte d'un fait 
ardemment convoité, je suis forcé de déclarer que dans les di- 
verses espèces de galéodes soumises à mon scalpel je n'ai pas 



y 



96 HISTOIRE NATURELLE 

trouvé le moindre vestige, je ne dis pas seulement d'une verge 
ou pénis, mais la plus minime parlie dune pièce cornée cartila- 
gineuse ou calleuse qui pût faire naître l'idée d'un étui , d'un 
fourreau copulateur. 

Cette absence anatomique entraîne la conviction intime que 
dans l'accouplement des galéodes il ne saurait y avoir véritable 
intromission de l'organe mâle dans l'organe femelle. 

Par ces faits anatomiques, tant positifs que négatifs, je me crois 
donc autorisé à penser que dans l'acte du coït le mâle et la 
femelle sont nécessairement placés ventre contre ventre, et que 
dans l'état d'orgasme qui accompagne cet acte il se passe, ou une 
simple confiscation mutuelle, semblable à celle du moineau, ou, 
comme dans le coq, une titillation de quelque papille improvisée, 
d'une verge rudimentaire instantanée, éjaculant une liqueur fé- 
condante, une aura seminalis. Honneur au scalpel ! 

Ainsi dans la série descendante des animaux articulés, le ga- 
léode serait le premier de ceux-ci, peut-être même le seul, qui 
offrirait ce mode de fécondation. C'est là un fait entièrement 
nouveau. 

ARTICLE II. 

APPAREIL GÉNITAL FEMELLE. 

Quoique cet appareil présente avec celui du scorpion une grande 
différence de forme et de structure il s'en rapproche néanmoins 
par quelques traits de détail que je ferai bientôt connaître, et sur- 
tout par l'ovoviviparition. 

S l". OVAIRES. 

Au lieu des quatre grandes mailles quadrilatères qui forment 
les ovaires du scorpion, il existe dans le galéode, de chaque côté 
de la cavité abdominale, un seul sac ovarique simple, long, plus 
ou moins plat, qui de la base de l'abdomen se porte à son extré- 
mité. Il est logé sous le foie, entre le parenchyme et la tunique 
hépatique. Dans une gestation avancée il s'engage au milieu des 
utricules du parenchyme. 



DES GALEODES. 97 

Ce sac ovarique est garni, à son bord externe seulement, de 
deux , parfois de trois rangées de gaines ovigères sphéroïdes 
uniloculaires, sessiies, plus ou moins serrées entre elles, rappelant 
celles du scorpion, et s'ouvrani par un col imperceptible dans la 
cavité du sac. Jusqu'ici je n'avais pas vu de semblables ovaires 
dans les autopsies des nombreux articulés trachéens qui ont passé 
sous mes yeux. 

Mais ce sac ovarique varie pour sa forme et son développement 
suivant l'âge et la période de gestation des galéodes. Lorsque 
celle-ci approche de son terme, le bord externe, celui qui est le 
siège des capsules ovigères, offre trois festons quelquefois bien 
prononcés. Il ne présente aucune trace de ces derniers dans les 
femelles ou jeunes, ou vierges quoique adultes, ou récemment 
fécondées, ou après le temps de la parturition. 

Dans le seul individu du quadrigerus soumis à mon scalpel, j'ai 
constaté ces trois festons, ce qui prouve qu'il était adulte. 

Lorsque les œufs ou les fœtus sont pondus dans l'ovaire, les 
gaines ovigères, surtout les plus marginales, ont une forme non 
pas sphérique mais oblongue ou conoïde. 

Le bord interne du sac ovarique n'a, ainsi que je l'ai déjà insi- 
nué, ni gaines ovigères ni festons. D'un tissu un peu plus com- 
pact que l'autre bord, il est côtoyé immédiatement par une trachée 
de fort calibre, qui envoie à tout le sac d'innombrables ramifica- 
tions nutritives, témoignage authentique de la valeur physiologique 
de l'organe. 

A la base de l'abdomen les deux sacs ovariques deviennent 
confluents pour s'ouvrir à la vulve. Mais avant cette confluence, 
chacun d'eux présente une dilatation dont le développement et 
même l'existence sont variables suivant certaines conditions. Ainsi 
dans des femelles du barbarus, que j'avais des raisons de supposer 
récemment fécondées, cette dilatation semblait mériter le nom 
de poche copulatrice ou de réservoir séminal. 

Dans d'autres individus de cette même espèce, mais d'une ges- 
tation très-avancée, tantôt cette poche était nulle et remplacée par 

Hisloire naturelle des galéodes. i3 



98 HISTOIRE NATURELLE 

un col utérin long, cylindrique, à peine renflé à sa connivence ou 
à sa soudure avec son congénère, et tantôt cette poche était bien 
dilatée, et j'observais en arrière de chacune d'elles un très-petit 
lobule appendiculaire oblong. 

A la confluence des deux poches ou des deux vagins se voit 
un ligament suspenseur des ovaires qui se fixe au détroit thoraco- 
abdominal. 

Quant à la texture des sacs ovariques, elle consiste en deux 
tuniques, l'une externe, l'autre interne. L'externe est mucoso- 
membraneuse, opaque, souple, extensible, parfois comme cintrée 
par des rameaux trachéens rapprochés et même contigus qui m'en 
avaient d'abord imposé pour des fibres transversales. L'interne 
est éminemment fibreuse. Le microscope y constate des fibres 
longitudinales parallèles séparées par de fins intervalles hyalins. 

En arrière les sacs ovariques ont un mode de terminaison qui 
varie suivant les espèces de galéodes et suivant des circonstances 
difficiles à préciser. Dans le barbarus, ce bout fermé et arrondi 
est maintenu en place par de fins ligaments ramifiés, fixés au 
tégument ventral de la partie postérieure de l'abdomen. Toutefois, 
clans un individu de ce même type dont la gestation était telle- 
ment avancée que le sac ovarique était farci, c'est le mot, de 
fœtus, le bout postérieur détaché et courbé en hameçon était 
totalement dépourvu de ligaments, par conséquent libre et flot- 
tant. Sans doute que cette abondance des fœtus a déterminé par 
la distension du sac la rupture et, par suite, la disparition des liga- 
ments et enfin la contraction de l'organe en hameçon. 

Dans une femelle du brunnipes adulte, mais encore vierge, ou 
au moins au début de sa gestation, les deux sacs ovariques grêles, 
filiformes et sans gaines ovigères visibles, communiquaient entre 
eux, en arrière, par une anse continue tout à fait dépourvue de 
ligaments de fixation. J'ai exprimé par une figure ce fait très-po- 
sitif, que la simple loupe a parfaitement constaté, et qui est peut- 
être propre à l'espèce brannipes. Mais cette anse, malgré l'iden- 
tité apparente de sa texture avec les sacs ovariques, est un cordon 



DES GALEODES. 99 

plein, et non un tube, un conduit qui communiquerait intérieure- 
ment d'un sac à l'autre. 

Dans deux sujets femelles du nigripalpis j ai constaté une ano- 
malie ou un état particulier des sacs ovariens, qui m'a jeté, pen- 
dant plusieurs jours, dans le plus cruel embarras physiologique. 
Pour prémunir les microtomistes contre de semblables cas, j'en 
donnerai succinctement l'histoire. 

Lors de la dissection de ces deux sujets, que, d'après leur 
taille, je reconnaissais pour adultes, malgré tous mes soins à dé- 
blayer les pincées de pulpe hépatique soumises au plus scrupu- 
leux examen, je ne découvris aucune trace des sacs ovariques 
dans leur siège ordinaire, aucun vestige de gaines ovigères. Mais 
je trouvai à la base de la cavité abdominale deux: énormes sacs 
oblongs, remplis d'une pulpe homogène, blanchâtre, confluents 
ensemble â la vulve et dégénérant en arrière en un col. La loupe 
et les plus amplifiantes lentilles ne me décélèrent rien qui me 
rappelât les sacs ovariques qui m'étaient devenus si familiers. Je 
me creusais la cervelle à donner quelque valeur fonctionnelle à 
cette sorte d'aberration que, dans mes idées de conformité orga- 
nique, je qualifiais parfois de mole, lorsque, trois jours après, je 
fis l'autopsie d'un troisième nigripalpis, qui me donna la solu- 
tion de l'énigme. J'y rencontrai les deux sacs ovariques à l'état 
normal. 

Il est probable que les deux premières lemelles venaient de 
recevoir l'approche du mâle lorsqu'elles trouvèrent une mort 
subite dans l'alcool. Les gaines ovigères n'avaient pas eu le temps 
de se développer, et la matière qui remplissait les sacs dont j'ai 
parlé n'était peut-être que du sperme coagulé. 

Voici, relativement à l'époque de l'accouplement et de la par- 
turition des galéodes, quelques faits qui peuvent mettre sur la 
voie. 

Dans un convoi de ces arachnides, reçu au commencement de 
juillet 1857, et dont les individus avaient été plongés dans l'al- 
cool vers la mi juin, je trouvai des barbarus dans un état de ges- 

i3. 



100 HISTOIRE NATURELLE 

talion fort avancée, puisque les sacs ovariques étaient farcis d'em- 
bryons; tandis que les nigripalpis , malgré leur taille avantageuse, 
étaient vierges ou presque vierges, les sacs ovariques étant plats, 
subpellucides, avec quelques granulations imperceptibles, tenant 
lieu des gaines ovigères. 

Dans les premiers jours d'août, il m'arriva de Boghar un fort 
grand nombre de jeunes individus d'âges divers du barbarus. 

D'après cela, il est permis de croire qu'au mois de mai , époque 
où la température est déjà fort élevée dans le sud de l'Algérie, 
l'accouplement de ce galéode doit avoir lieu, et que la gestation 
peut se prolonger pendant deux mois environ, de manière à ce 
que, vers la mi-juillet, la parturition s'effectue. 



3 2. FOETUS. 



J'ai déjà dit que les œufs du galéode, parvenus à terme, tom- 
baient dans le sac ovarique, et qu'aussitôt les fœtus y éclosaient. 
C'est là l'ovoviviparition qui lui est commune avec le scorpion. 
Ces fœtus, ou plutôt ces embryons, ont généralement une forme 
ellipsoïdale , où la loupe la plus attentive ne laisse apercevoir que 
les vagues linéaments des membres ployés, avec quelques varia- 
tions de formes dues sans doute à la macération. 

S 3. VULVE. 

Le premier segment ventral présente extérieurement une ou- 
verture longitudinale, composée de deux grandes lèvres bordées 
de poils, c'est la vulve. 

La frappante analogie de situation, de forme, de grandeur et 
de structure de cette vulve bilabiée avec l'orifice génital externe, 
pareillement bilabié, du mâle, vient encore corroborer l'idée émise 
plus haut de la confri cation mutuelle de ces lèvres dans le coït. 

Et qui pourra jamais devenir témoin oculaire des ébats amou- 
reux, de l'union conjugale de ces fières arachnides du désert! 
Vraisemblablement c'est au crépuscule, ou dans la nuit, que s'ac- 
complissent ces actes mystérieux. Honneur au scalpel qui, en 



DES GALÉODES. 101 

mettant en évidence l'anatomie matérielle des organes, a pu sup- 
pléer au défaut d'observation directe sur leurs fonctions, et nous 
amener logiquement à des inductions physiologiques irréfra- 
gables! C'est ainsi que je crois avoir été clans le vrai en dédui- 
sant des dispositions anatomiques le mode d'accouplement des 
galéodes. 

Mais, hélas! que de mystères dont le voile demeure à soulever 
sur les stades de l'évolution embryonnaire, sur l'époque et le lieu 
de la parturition, sur les soins maternels aux nouveau-nés; enfin 
sur tant de questions de mœurs et de vie privée! Ah! que ne 
puis-je devenir Arabe du désert pendant une ou deux saisons, 
pour épier toutes ces manœuvres, pour m'initier à tant de se- 
crets! 

Non omnibus licet adiré Corinthum. 

SUPPLÉMENT. 

J'avais raison de dire, dans le chapitre des espèces de ce travail, 
que le sud de l'Algérie était la patrie privilégiée des galéodes, et 
qu'il y en avait encore plusieurs à découvrir dans ces déserts 
sahariens. En effet, en septembre dernier, je reçus de ces contrées 
un envoi de ces belles arachnides, parmi lesquelles j'eus le bon- 
heur de trouver et le g. melanus, et deux nouvelles espèces que 
je vais faire connaître. 

Galéodes Melanus (Olivier). 
Savigny, Egypt. pi. VIII, fig. 9- cf ? 

« Totus ater villosus, capite, thorace, abdomine pedibusque 
« concoloribus. 

« Long. 1 2 lin. 

« Hab. in deserto Tlemsen Algiria (Dastugue), in Kgypto (Savi- 
« gny), in Oriente (Olivier). » 

Je n'ai reçu qu'un seul individu de cette espèce, un mâle, mais 
il était d'une parfaite conservation. 



102 HISTOIRE NATURELLE 

Les traits blancs représentés aux pattes, au thorax et à l'abdo- 
men dans les figures citées de l'Atlas d'Egyte ne sont que les inter- 
valles des articulations ou des segments rendus plus saillants, 
plus blancs par la macération, et mal interprétés par le des- 
sinateur. 

Les poils de la tète et des mandibules ne sont point bulbeux. 

Les raquettes coxales ont un pédoncule long et assez gros. Je 
ferai remarquer à leur occasion que ces organes sont représentés 
presque sessiles dans une figure fort grossie de Savigny. Il est 
fort vraisemblable qu'il y a eu de la part du graveur, ou une 
transposition ou une méprise, car ces raquettes ne ressemblent 
pas du tout à celles du melanus, que j'ai sous les yeux et qui est 
bien le type de Savigny. 

Galeodes ochropds (Dufour, pi. 3, fig. B. ç? ). 

« Ater villosus immaculatus, thorace pedibus palpisque ochra- 
«ceo-rufis; palporum amborum apicibus atris; cirrho duplici 
« sub recurvo sub apice interno mandibularum inserto. 

« Long. 1 7 lin. 

« Hab. in deserto Tlemsen Algiria (Dastugue). » 

J'ai reçu deux individus de cette belle espèce, du sexe mascu- 
lin, pris dans le Sahara méridional de la province d'Oran, qui 
avoisine la frontière du Maroc. 

Les pattes et les palpes avec leurs hanches ainsi que le thorax 
sont d'un roux ochracé. Les deux articles terminaux des deux 
paires de palpes sont d'un noir profond. Les raquettes coxales 
ont une teinte blanchâtre. 

Le premier article des tarses de la première et de la deuxième 
paires de pattes est garni en dehors d'une série de six à sept pi- 
quants roides, indépendants des poils ordinaires. 

Galeodes curtipes (Dufour, pi. 3, fig. A. ç ). 

« Ater villosus immaculatus, thorace pedibus palpisque pallido 
« rufis ; palporum amborum apicibus atris; pedibus brevissimis. 



DES GALÉODES. 103 

« Long. î/j. lin. 

« Hal). in regno Tunetano (Lucas). » 

Cette espèce a plusieurs traits de ressemblance avec le g. ochro- 
pus, mais elle en diffère et par la taille bien plus petite, quoique ce 
soit une femelle que je suppose dans un état de gestation, et par 
les pattes proportionnellement beaucoup plus courtes, et par une 
plus grande brièveté du pédoncule des raquettes coxales , et par 
la différence d'habitat. Les deux derniers articles du palpe anté- 
rieur sont armés au côté interne de fortes spinules destinées à 
être préhensives et vulnérantes, infiniment plus prononcées que 
dans le g. ochropus. 

Malgré tous ces traits différentiels, comme je n'ai encore vu 
qu'un seul individu du cartipes, j'avoue qu'il me reste encore des 
doutes sur la légitimité de ce type. 

OBSERVATION. 

Parmi les galéodes algériens obligeamment communiqués par 
M. Lucas, je vis dans un tube de verre à l'alcool une de ces arach- 
nides avec l'étiquette collée de g. melanus, et que je citai sur sa 
parole ainsi que sur ses écrits comme provenant de Sifax, dans 
l'est du royaume de Tunis. Ce tube demeura en mon pouvoir 
pour être plus tard étudié. 

Lorsque je reçus deTlemsen le véritable melanus, parfaitement 
identique à celui de Savigny, je mis dans un godet le melanus de 
M. Lucas, et je n'eus pas de peine à me convaincre qu'il y avait 
eu de la part de ce savant, ou méprise ou erreur flagrante, 

OBSERVATION. 

Les galéodes melanus, phalangista, ochropus, curtipes, et sans 
doute d'autres espèces analogues qui me sont encore inconnues, 
constituent dans ce genre d'arachnides un groupe particulier 
caractérisé par les traits suivants : 

Corps trapu ; 

Pattes courtes et robustes : 



104 HISTOIRE NATURELLE 

Ongles glabres ; 

Cirrhe double ; 

Mandibules à mors supérieur garni de piquants ; 

Tous les tarses biarticulés ; 

Palpes postérieurs terminés par une paire d'onguiculés faibles 
et simples; 

Premier article des tarses antérieurs et intermédiaires garni en 
dehors de spinules roides. 

Ils appartiennent au genre rhax de Koch. 

Par le fait de cette conformation et de cette structure anato- 
mique les galéodes de ce groupe ne sont point taillés pour la 
course comme ceux à pattes longues et à tarses pluriarticulés. Ils 
doivent guetter, suivre à la piste ou surprendre un gibier plus ou 
moins sédentaire et facile. 

Quant aux deux petits crochets cornés, mais faibles, qu'une 
loupe attentive découvre au milieu des poils ordinaires du bout 
du palpe postérieur, je persiste à les considérer comme des or- 
ganes vestigiaires ou de transition. 










t 










































EXPLICATION DES FIGURES 



i . Galeodes barbarus 9 . Grandeur naturelle. 

1 a. Mandibule du mâle, grossie, vue par sa face interne, pour mettre en évi- 
dence le cirrhe et les dents. 

î b. Mandibule de la femelle, grossie, vue par sa face interne, pour mettre 
en évidence le cirrhe et les dents. 

î c. Tarse postérieur, très-grossi, vu en dessous, pour faire voir les papilles 
cornées du deuxième et troisième tarsien. 

î d. Deux de ces papilles détachées. 

î e. Portion grossie des hanches, pour mettre en évidence deux raquettes 
coxales. 

2. Galeodes Dastuguei 9 . Grandeur naturelle. 

1 a. Mandibule grossie du mâle, vue par sa face interne, pour voir le cirrhe, 

les dents, la plaque glabre. 

2 c. Portion très - grossie de ce mors, pour voir les poils bulbeux et les 

seopules. 
2 d. Une scopule isolée. 

2 e. Tarses des pattes postérieures, très-grossis, pour montrer les brosses des 

deuxième et troisième articles, et les ongles velus, avec leur pelote 
simple et glabre. 

3. Galeodes intrepidus ç . 

3 a. Mesure de sa longueur naturelle. 

3 b. Mors supérieur de la mandibule, très-grossi, pour montrer ses dents 
3 c. Bout du palpe antérieur, avec la saillie du corps vésiculaire. 
3 d. Tarse très-grossi d'une patte intermédiaire, pour en faire voir les articles , 
les piquants, les ongles velus, la pelote. 
l\. Portion fort grossie de la mandibule du galeodes phulangista , pour montrer ses 
dents. 

5. Galeodes lucasii 9 . Grandeur naturelle. 

5 a. Portion détachée et grossie du tarse postérieur, pour montrer les ongles 

velus et la pelote simple ovalaire. 

6. Galeodes brunnipes Ç . Grandeur naturelle. 

6 a. Portion de mandibule, fort grossie, pour montrer les dents. 

6 b. Mandibule du mâle, pour montrer le cirrhe, Yapophyse tégumentaire qui 

l'avoisine. 
6 c. Deux seopules droites et courtes. 
6 d. Tarse plus grossi d'une patte postérieure, pour voir ses articles, les 

ongles , la pelote. 

histoire naturelle des galeodes. i4 



106 HISTOIRE NATURELLE 

7. Galeodes quadr-ige rus 2 . Grandeur naturelle. 

7 a. Portion de la tête plus grossie, pour montrer les yeux et les soies diver- 
gentes qui les accompagnent. 

7 b. Tarse postérieur fort grossi, pour montrer les ongles et la pelote 

simple. 

8. Galeodes nigripalpis d . Grandeur naturelle. 

8 a. Mandibule grossie, pour montrer le cirrhe, l'apophyse tégumenlaire, les 

dents, les stries de la plaque glabre. 
8 b. Tête fort grossie, pour monlrer les yeux, les soies divergentes et les deux 

nervures du prothorax. 
8 c. Tarse grossi d'une patte intermédiaire, pour montrer ses articles. 
8 d. Tarse grossi d'une patte intermédiaire, pour montrer ses articles, ses 

ongles, la pelote bilobée et ses deux soies. 

8 e. Portion très-grossie des hanches postérieures, pour monlrer les raquettes 

coxales. 

9. Appareil nerveux, très-grossi , du galeodes barbarus. 

9 a. Ganglion thoracique. 
9 b. Cerveau. 

9 c. Portion du jabot et de l'œsophage passant entre le cerveau et le ganglion 

thoracique , c'est le collier œsophagien. 
9 d. Nerfs optiques et bulbes oculaires. 
née. Nerfs mandibulaires. 
9 ff. Nerfs palpaires antérieurs. 
9 g g. Nerfs palpaires postérieurs. 
9/1/1 h. Nerfs cruraux. 
9 ; ;'. Nerfs abdominaux. 

9 j. Ganglionule et nerf rachidien. 

10. Stigmates tlioraciques fort grossis du galeodes barbarus. 

10 0. Un de ces stigmates avec son diaphragme et son bourrelet lisse. 
10 b. Le même avec des bourrelets granuleux. 

10 c. Le même, vu par sa face inlralhoracique, avec les troncs trachéens qui 

Y aboutissent. 
1 1. Stigmates abdominaux fort grossis du galeodes barbarus. 

1 1 a. Peiqnes sligmatiques et leur position sur les deux segments ventraux qui 

en sont le siège. 

I 1 b. Un de ces peignes isolé, pour montrer le nombre des dents. 

I I c. Troncs trachéens aboutissant aux invisibles stigmates. 

12. Peignes sligmatiques fort grossis du galeodes Dusluguei. 

i 2 a. Troncs trachéens aboutissant aux stigmates. 

12 b. Portion de ce tronc avec l'orifice du stigmate. 

12 c. Ce même orifice vu extérieurement avec un Irès-fort grossissement. 

1 3. Appareil digestif fort grossi du galeodes barbarus 

1 3 a. Rostre buccal. 

i3 h /). Palpes labiaux avec leur scopule. 













• 









DES GALEODES 



107 



10 c. Labre. 

i3 dd. Glandes salivaires. 

i 3 e. OEsophage. 

i3/i Estomac ou jabot. 

;3 g g g- Boyaux latéraux du jabot avec leur appendice basilaire. 

i3 g a. Un de ces boyaux fort renflé à son origine. 

i3 gb. Autre boyau des pattes postérieures où l'appendice est presque aussi 

long que le boyau principal. 
3 h. Ventricule chylifique. 

3 i. Intestin fort court, précédé du bourrelet de la valvule ventriculo-intesûnule . 
i 3 j. Cœcum latéral très-enflé. 
l3 ja. Ce cœcum isolé, vide, affaissé, cannelé. 
.3 k. Origine du rectum. 

i3 /. Portion du dernier segment ventral , pour montrer l'anus. 
i3 ram. Fragments du foie, avec les utricules constitutives, les canaux 
biliaires, liépatiques et cholédoques, et plusieurs souches de ceux-ci 
tronquées. 
i4- Cœcum du galeodes quadrigerus, isolé, très -enflé, pour montrer sa texture 
spéciale. 
i4 «• Bandelettes musculaires annulaires et fibres longitudinales. 
1/4 h. Portion de l'intestin. 
i/t c. Portion du tégument ventral de l'abdomen et anus. 

1 5. Portion fort grossie du rostre buccal, vue de côté pour montrer sa com- 

position. 
i5 a. Rostre proprement dit, sorte â'épistome. 
i5 bb. Conduits excréteurs des glandes salivaires. 
1 5 c. OEsophage. 
1 5 d. Faisceau musculaire. 
i5 e. Palpe labial. 

1 5 f. Scopule ou soie plumeuse insérée avant l'extrémité du palpe. 
i5 g g. Les deux lèvres du labre disjointes ou entrouvertes; l'une vue par sa 
face externe veloutée, l'autre vue par sa face interne glabre, à fines 
stries saillantes. 

16. Glande salivaire isolée et fort grossie du galeodes barbarus. 

17. Idem du galeodes nigripalpis. 

17 a. Grande agglomération des vaisseaux salivaires. 

17 b. Tresse ou cordon à trois chefs anastomosés par des conduits tra 

versiers. 
17 b. Autre agglomération. 

17 d. Les six conduits subparallèles nés de celle-ci. 
17 e. Résçrvojr salivaire, ou s'abouchent les six conduits précédents, avec une 

portion du conduit excréteur. 

18. Portion de cette même glande salivaire, pour montrer les anastomoses irrégu- 

lières. 



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108 HISTOIRE NATURELLE 

i 9. Foie fort grossi du galeodes barbarus. 

19 a. Portion thoracique cle cet organe. 

19 bb. Sa portion abdominale. — On voit à la ligne médiane la scissure de 
cet organe, et, de chaque côté de celle-ci, les rubans tendineux, 
blancs, articulés, elles trous qui donnent passage aux muscles per- 
forants. 
19 c. Lambeau de la tunique hépatique renversé en dehors. 
20. Portion grossie du foie, préparée de manière à tenir écartés les deux grands 
lobes, pour montrer la scissure médiane profonde. Les utricules hépatiques 
ne sont que contiguës lors du rapprochement des deux lobes. Le vaisseau 
dorsal se voit au milieu; à gauche, la tunique hépatique est renversée en 
dehors. 
2 1 . Le foie passé à l'état d'induration par un long séjour dans l'alcool, et conser- 
vant l'empreinte, la sculpture des segments abdominaux. 

22. Un bouquet fort grossi et isolé d'utricules hépatiques. 

23. Portion considérablement grossie et isolée d'un ruban tendineux de la région 

dorsale du foie. On y voit la texture fibrillaire. 

23 aa. Muscles perforants. 
ik. Appareil génital mâle fort grossi du galeodes barbarus. 

2 k aaaa. Les quatre testicules. 

it\ bbbb. Les quatre conduits déférents 

ik ce. Les quatre vésicules séminales. 

2 k dd. Les quatre canaux éjaculateurs. 

2/t e. Sorte de cloaque. 
2 5. Ce même appareil grossi dans le galeodes nigripalpis. 

25 a. Premier segment ventral de l'abdomen vu par sa face interne ou viscé- 
rale, pour montrer l'orifice génital où aboutit l'appareil. 

25 bbbb. Les quatre testicules. 

2!) ce. Vésicules séminales; une seule pour deux testicules. Point de canal 

éjaculaleur distinct. 
2 5 a. Une vésicule séminale isolée, non renflée, pour montrer l'insertion des 

deux testicules. 
2,5 b. Orifice génital interne, isolé. 
2 5 c. Ce même orifice vu en dehors. 
26. Appareil génital femelle, fort grossi, du galeodes barbarus. 

26 aa. Sacs ovariques, avec le bord externe à trois festons garnis de gaines 

ovigères; le bord interne côtoyé par une grande trachée. 
26 bb. Terminaison des sacs ovariques avec les ligaments ramifiés qui les 

fixent au tégument ventral. 
26 ce. Dilatations des cols utérins ou vagins, peut-être des réservoirs séminaux. 
26 d. Ligament suspenseur des sacs. 

26 a. Un sac ovarique du même galéode dans un étal de gestation très-avancé, 
farci d'embryons; son bout postérieur détaché, libre, dépourvu de 
ligament; son ool à peine dilaté à sa confluence avec l'autre sac. 



DES GALÉODES. 109 

26 b. Portion de ce sac avec un lambeau de sa lunique externe renversé, 

pour mettre en évidence les fibres de la tunique sous-jacente. 
26 c. Autre portion de ce sac encore plus grossie, pour montrer les capsules 
ovigères externes , vicies et oblongues , et les fœtus ou embryons 
tombés dans le sac. 
26 d. Deux embryons encore plus grossis et isolés. 
27. Portion des sacs ovariques du galeodes Dastuguei , pour montrer leur communi- 
cation réciproque par un cordon continu. 



EXPLICATION DES FIGURES DU SUPPLEMENT. 






A. Galeodes curtipes (Dufour, $. PI. 3, fig. A), à peine supérieur à la grandeur 

naturelle. 

B. Galeodes ochropus (Dufour, cf. PI. 3, fig. B), de grandeur naturelle. 
Ba. Une mandibule fort grossie, vue par sa face interne. 

Mors supérieur avec ses dents et son cirrbe double. 

Mors inférieur avec sa grosse dent canine. 
Bb. Portion grossie d'un palpe antérieur avec ses poils et ses spinules. 
B c. Portion grossie du palpe postérieur avec ses deux ongulés terminaux. 
B d. Tarse intermédiaire grossi, pour mettre en évidence les spinules latérales 
externes du premier article. 



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