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Full text of "Anesthésie : chirurgicale et obstétricale"

Boston 

MEDICAL LlBRARY 

8 The Fenway 



BIBLIOTHÈQUE MÉDICALE 



PUBLIEE SOUS LA DIRECTION 



DE MM. 



J.-WI. CHARCOT 

Professeur à la Faculté de médecine 

de Paris, 

membre de l'Institut. 



G.-M. DEBOVE 

Professeur à la Faculté de médecine 

de Paris, 

médecin de l'hôpital Andral. 



BIBLIOTHÈQUE- MÉDICALE 
chârcot-deb'oVe 



VOLUMES PARUS DANS LA COLLECTION 

V. Hanot. — La Cirrhose iiYi>ÉR-TROP-iifQUf.AVEC- ictère chronique. 

G.-M. Debove et Courtois-Suffit. — Traitement des Pleurésies purulentes 

J. Gomby. — Le Rachitisme. ' ; 

Ch. Talamon. — Appendicite et Pérityphlite. 

G.-M. Debove et Rémond (de Metz). — Lavage de l'estomac. 

J. Seglas. ■ — Des Troubles du langage chez les aliénés. 

A. Sallard. — Les Amygdalites aigjës. 

L. Dreyfus-Brisac et I. Bruhl. — Phtisie aiguë. 

P. Sollier. — Les Troubles de la mémoire. 

De Sinety. — De la Stérilité chez la femme et de son traitement. 

G.-M. Debove et J. Renault. — Ulcère de l'estomac. 

G. Daremberg. — Traitement de la phtisie pulmonaire. 2 vol. 

Ch. Luzet. — La Chlorose. 

E. Mosny. — Broncho-Pneumonie. 

A. Matbieu. — Neurasthénie. 

N. Gamaleïa. — Les Poisons bactériens. 

H. Bourges. — La Diphtérie. 

Paul Blocq. — Les Troubles de la marche dans les maladies nerveuses. 

P. Yvon. — Notions de pharmacie nécessaires au médecin. 2 vol. 

L. Galliard. — Le Pneumothorax. 

E. Trouessart. — La Thérapeutique antiseptique. 

Juhel-Rénoy. — Traitement de la fièvre typhoïde. 

J. Gasser. — Les Causes de la fièvre typhoïde. 

Patein. — Les Purgatifs. 

A. Auvard et E. Gaubet. — Anestiiésie chirurgicale et obstétricale. 



POUR PARAITRE PROCHAINEMENT 

Catrin. — Le Paludisme chronique. 

Labadie-Lagrave. — Pathogénie et traitement des Néphrites et du mal de 

Bright. 
L. Gapitan. — Thérapeutique des maladies infectieuses. 
Chambard. — Mokphinomanie. 
R. du Castel. — Tuberculoses cutanées. 
Pierre Janet. — État mental des hystériques. 



Chaque volume se verni séparément. Relié : 3 fr. 50 



ANESTHÉSIE 



CHIRURGICALE ET OBSTÉTRICALE 



PAR 



e/ 

A. AUVARD & E. GAUBET 



PARIS 

RUEFF ET G ie , ÉDITEURS 

10G, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 106 
Tous droils réservés 




JL$J(.JLJb 



PRÉFACE 



Depuis plusieurs années, mon excellent ami et 
assistant le docteur Caubet est chargé de l'anesthésie 
pour mes opérations gynécologiques; aussi est-il 
arrivé scientifiquement et pratiquement à une con- 
naissance approfondie de l'anesthésie chirurgicale. 

De mon côté, alors que j'étais interne, et, depuis, 
soit à l'hôpital, soit dans ma clientèle privée, j'ai 
étudié d'une façon spéciale l'anesthésie obstétricale, 
qui diffère, comme on le sait, de l'anesthésie chirur- 
gicale, à de nombreux points de vue. 

Nous avons pensé qu'en réunissant le fruit de nos 
études et de notre pratique, nous pourrions faire sur 
l'anesthésie chirurgicale et obstétricale un ouvrage 
utile ; c'est lui que nous livrons aujourd'hui à la 
publicité. 

A l'étranger, notamment en Angleterre, l'anes- 
thésie, soit à l'hôpital, soit dans la clientèle privée, 
est confiée à des spécialistes, et non abandonnée au 
premier médecin ou interne venu ; nous sommes 
persuadés que cette spécialisation est indispensable 
et pour le chirurgien, s'il veut avoir, lorsqu'il opère, 
un sommeil bien complet et régulier, nécessaire à 

i 



2 PRÉFACE. 

certaines opérations délicates, et pour le patient, s'il 
désire éviter les accidents parfois mortels de l'anes- 
thésie. Il est à souhaiter qu'en France, soit à l'hôpital, 
soit dans la clientèle privée, on arrive aussi à avoir 
des médecins spéciaux pour la chloroformisation : 
cette réforme, de même que beaucoup d'autres que 
la routine empêche seule d'accepler, constituera un 
réel progrès. 

Le livre actuel, en montrant l'étendue des connais- 
sances nécessaires pour bien pratiquer l'anesthésic, 
fera comprendre, nous l'espérons, la nécessité de 
celte spécialisation, et prouvera que pour faire de la 
bonne chirurgie il ne suffît pas d'être un opérateur 
brillant et bien aseptique, mais qu'il faut aussi être 
doublé d'un bon anesthésiste. 

Quant à l'anesthésie obstétricale, nous aurons 
atteint notre but si nous avons dissipé les préjugés 
que des critiques passionnées ont tenté d'accréditer 
à son égard; elle n'est pas, eu effet, un vain mirage 
exploité par de soi-disant charlatans, mais repose 
sur des bases réellement scientifiques. 

Auvard. 

Paris, novembre 1892. 



ANESTHÉSIE EN GÉNÉRAL 



HISTORIQUE 




A. — Anesthésie chirurgicale. 

Si l'on étudie les origines de l'anesthésie, on voit que 
de tous temps ceux qui s'occupaient de l'art de guérir se 
sont toujours préoccupés de supprimer l'élément douleur. 
Dans l'Odyssée, Homère nous montre Hélène cherchant à. 
calmer les souffrances de Ménélas blessé Pline et Dios- 
coride rapportent les différents moyens employés dans ce 
but par les Romains. Les Assyriens et les Égyptiens ont 
beaucoup étudié les agents anesthésiques. L'un des pre- 
miers procédés fut la compression des vaisseaux du cou, 
c'est-à-dire des carotides et des troncs nerveux voisins, 
au moyen d'une ligature médiate autour du cou tout 
entier. 

M. Fleming, médecin anglais, reprenant ces expé- 
riences, fit sur lui-même et sur d'autres personnes une 
compression sur le trajet des carotides en respectant les 
jugulaires internes. Il constata que l'arrêt de la circula- 
tion artérielle amenait un sommeil calme et profond avec 
perte de la sensibilité. Comme il y a eu à ce sujet d'autres 
expériences contradictoires, cette opinion aurait besoin 
d'être confirmée par des résultats plus probants. 



ANESTHES1E CHIRURGICALE. 

Dioscoride et Pline nous parlent de la pierre de Mem- 
phis, qui était 'probablement une espèce de marbre, car 
on n'est pas renseigné sur la nature de cette pierre. On 
la broyait et, après l'avoir mélangée avec du vinaigre, on 
l'appliquait sur les parties à inciser. Au bout de quelques 
instants de contact l'aneslliésie était obtenue grâce au 
développement d'acide carbonique que produisait l'action 
du vinaigre sur le marbre pulvérisé. 

Citons encore : la mandragore, le ma-yo des Chinois, 
qui n'est autre chose que le chanvre indien, le hachich 
dont l'absorption amenait l'ivresse, sous l'influence de 
laquelle le malade se trouvait plongé dans un sommeil 
anesthésique. 

Sassard, chirurgien de la Charité, en 1781, prescrivit 
les préparations opiacées. 

On employa aussi la compression énergique des tissus, 
moyen dangereux qui peut amener la gangrène du 
membre et l'altération des nerfs avec paralysie consé- 
cutive. 

James Moore, en comprimant seulement les troncs ner- 
veux, fait sans douleur une amputation de jambe au lieu 
d'élection. Cette pratique est soutenue par Benjamin Bell. 

Liégeard de Caën, en 1857, recommande la compres- 
sion circulaire du membre sur une large étendue. 

Hunter, expérimentant sur des lapins, constate que la 
congélation des tissus au moyen des mélanges réfrigé- 
rants amène l'anesthésie. 

Après la bataille d'Eylau, pendant les amputations qu'il 
pratique, Lnrrey est frappé du peu de sensibilité accusée 
parles blessés engourdis par le froid. 

Arnolt et Yelpeau recommandent l'emploi des mélanges 
réfrigérants pour les opérations de courte durée. Une 
trop longue application de ce mélange amènerait, en 
effet, la mortification de la peau. 

L'ivresse alcoolique provoque aussi une anesthésie as- 
sez grande pour que Kaller et Deneux aient pu observer 
sous son influence des accouchements sans douleur, et 
Blandin une amputation de cuisse. Ce moyen fut justement 



HISTORIQUE. 5 

repoussé à cause des congestions cérébrales et pulmo- 
naires qu'il provoque et qui peuvent tuer le malade, alors 
même que l'intoxication a disparu. 

Les émotions vives, la colère, la frayeur, si nous em- 
ployons une locution vulgaire, « nous laissent sans force », 
et autrefois les chirurgiens, tels que Jussy et Dupuytren, 
se servaient de moyens violents, coups, soufflets ou in- 
vectives qui « saisissaient leurs malades dont la fibre était 
sensible » et amenaient ainsi la résolution musculaire 
dont ils avaient besoin dans leurs opérations. 

Chez les sujets très effrayés, chez les enfants, on peut 
pratiquer l'ouverture d'un abcès, la réduction d'une her- 
nie, d'une luxation, l'exploration d'une fistule , pendant 
le sommeil naturel, alors qu'il y a repos complet des 
centres nerveux et que l'esprit n'est plus en éveil. 

L'insensibilité que présentent certains sujets en état 
de somnambulisme fit naître le mesmérisme avec ses ba- 
quets fantastiques. L'Académie condamna ces pratiques 
en 1784, et elles étaient oubliées, lorsqu'en 1829, J. Clo- 
quet fit à une dame mise en somnambulisme l'ablation 
d'un cancer du sein. Ce fait souleva de nombreuses polé- 
miques et, comme toute nouvelle théorie, eut ses parti- 
sans et ses contradicteurs. Cloquet reçut le conseil de ne 
pas s'engager dans cette nouvelle voie, lorsque, dix ans 
plus tard, Oudet fit connaître un cas semblable. 

En 1842, Ward pratique une amputation de cuisse chez 
un sujet soumis à l'action magnétique. 

En 1845, Loysel, de Cherbourg, opère ainsi quelques 
malades. 

Velpeau, en 1859, lit à l'Académie des sciences une 
communication à ce sujet au nom de Broca. 

Bref, l'engouement devient général. Chacun en fait, 
chacun veut en faire, mais les insuccès surviennent, les 
opérés ne sont pas tous des sujets excellents, et le manque 
de réussite des tentatives amène le découragement des 
chirurgiens, qui abandonnent cette méthode, reprise, ces 
temps derniers, en obstétrique. 

Après avoir énuméré tous les procédés qui furent tour 



G ANESTHESIE CHIRURGICALE. 

à tour employés et répétés, et dont l'instabilité fut la 
cause première de leur abandon, il nous faut arriver à la 
découverte des trois grands agents anesthésiques : le pro- 
toxyde d'azote, l'éther et le chloroforme. 

En 1795, un médecin anglais, Beddoes fonda un éta- 
blissement où les malades atteints de phtisie ou d'autres 
affections pulmonaires pouvaient aller faire des inhala- 
tions d'éther. Beddoes, qui était un des grands partisans 
de ce traitement, attacha, en 1798, au laboratoire de son 
hôpital, appelé Institution pneumatique (Médical Pneu- 
matic institution), Humphry Pavy, âgé alors de vingt 
ans, et le chargea de la préparation des gaz. C'est ainsi 
que ce dernier fut amené par le hasard de ses prépara- 
tions à trouver l'oxyde nitreux , le protoxyde d'azote. 
Frappé de son action sur les centres nerveux et de l'hi- 
larité qu'il provoquait, il pensa que le gaz hilarant pou- 
vait, par inhalation, atténuer la sensibilité. Il l'expéri- 
menta dans ce sens deux ou trois fois sur lui-même, et 
parvint de cette façon à faire disparaître la douleur vio- 
lente d'une céphalalgie et d'une rage de dents. 

Le premier pas était fait, les expériences se succédè- 
rent, mais leurs résultats furent contradictoires, proba- 
blement à cause de la pureté plus ou moins grande du 
produit, et le protoxyde d'azote fut abandonné. 

Tout essai d'anesthésie chirurgicale ne fut plus tenté 
jusqu'en 1828. A ce moment, le docteur anglais Hickraan 
écrivit au roi Charles X une lettre dans laquelle il disait 
qu'en leur faisant respirer certains gaz il provoquait chez 
les animaux la perte de la sensibilité pendant toute la 
durée de l'opération , si longue qu'elle fût. Envoyée à 
l'Académie, celte lettre fut l'objet d'un rapport défavo- 
rable, et cette opinion ne fut pas admise. 

Vingt ans s'écoulent alors pendant lesquels aucune 
autre tentative n'est faite, lorsqu'en 1844 Horace Wells, 
dentiste à Hartford, découvrit l'anesthésie par le pro- 
toxyde d'azote. 

Nous n'entrerons pas dans les longues discussions qui 
eurent lieu à propos de cette découverte. 



HISTORIQUE. 7 

Les uns, avec MM*. Perrin et Lallemand, l'attribuent à 
Humphry Davy et ne voient dans M. Wells que l'homme 
d'études qui a voulu vérifier les propositions de H. Davy. 
Les autres, avec MM. Rotteinstein, attribuent à H. Wells 
le mérite tout entier de cette -grande découverte. 

Ce fut à un cours de chimie fait par le docteur Cotton, 
que Horace Wells observa les propriétés anesthésiques du 
protoxy de d'azote. Un des assistants, M. Cooley, ayant été 
mis sous l'influence du gaz hilarant, présenta une excita- 
tion considérable pendant laquelle il se livra à des gestes 
désordonnés. Au cours de ses mouvements et de ses évo- 
lutions il se blessa les jambes en se heurtant contre les 
bancs. Lorsqu'il fut éveillé, il affirma qu'il n'avait res- 
senti aucune douleur, quoique le sang coulât abondam- 
ment des blessures qu'il s'était faites. Ayant recueilli ce 
fait et après avoir mûrement réfléchi, H. W T ells pensa que 
l'on pouvait profiter pour l'avulsion des dents de l'insen- 
sibilité que procurait le protoxyde d'azote. 

Après avoir tenté sur lui-même une première expé- 
rience , l'extraction d'une grosse molaire faite sans dou- 
leur, pendant que M. Cotton administrait le gaz, H. Wells 
partit pour Boston (décembre 1844) afin d'y présenter son 
modus operandi, qui faisait faire un si grand pas à la 
science chirurgicale. Enhardi par ses succès opératoires, 
encouragé par ses amis, il aurait aussi essayé les inhala- 
tions d'éther, qu'il aurait abandonnées après des essais 
négatifs. 

Une expérience malheureuse avec le protoxyde d'azote 
(le patient ayant, poussé un cri pendant l'extraction d'une 
dent) affecta tellement son esprit qu'il tomba malade et 
devint fou. Qualre ans plus tard, le 14 janvier 1848, il se 
donnait la mort en s 'ouvrant les veines aux quatre mem- 
bres, et en respirant de l'éther sulfurique jusqu'à la perte 
de connaissance. 

Un des élèves de H. Wells, Morton, était venu s'établir 
à Boston vers 1845. Lorsque II. Wells vint en Amérique, 
il s'associa à Morton à qui il enseigna sa méthode. Ce 
dernier, que plusieurs accusent d'avoir volé au dentiste 



8 ANESTIIESIE CHIRURGICALE. 

de Hartford sa découverte des propriétés aneslhésiques de 
Yéther, se trouvant un jour chez le chimiste Jackson qui 
connaissait, dit-on, ces propriétés, reçut le conseil de 
s'en servir pour une opération qu'il devait faire. L'expé- 
rience qu'il tenta sur lui-même et sur un de ses malades 
fut très satisfaisante, et après beaucoup d'autres extrac- 
tions de dents sans douleur, le 14 octobre 1846, la pre- 
mière grande opération fut pratiquée, à l'hôpital du Mas- 
sachusetts, sur un malade endormi par ce nouveau 
procédé. Le résultat fut merveilleux : « Le malade, interrogé 
au réveil, déclara qu'il n'avait rien senti ». 

D'autres opérations furent pratiquées les jours suivants 
avec le même succès, et bientôt Morton voulut voler à 
Jackson la gloire d'avoir découvert le nouvel agent anes- 
thésique. Un procès eut lieu. Le cadre restreint de cet 
ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans les longs dé- 
bats que cette cause célèbre fit naître entre ceux qui 
attribuent le mérite soit à H. Wells, soit à Morlon, soit à 
Jackson. L'incertitude est fort grande a ce sujet : d'au- 
tres chirurgiens, en effet, revendiquent l'honneur de 
cette découverte. M. M. Sims prétend que M. Long se se- 
rait servi de l'éther sulfurique en 1842, avant H. Wells; 
mais M. Long n'a publié ses observations qu'en 1849, 
alors que les expériences de II. Wells et de Morton étaient 
déjà connues depuis longtemps. Le Congrès n'admit pas la 
réclamation qui lui fut adressée en 1855. Le docteur Par- 
nely avait du reste employé l'éther en 1840. 

Le 11 janvier 1847, Malgaigne l'expérimente à l'hôpital 
Saint-Louis, et bientôt Velpeau, Cloquet, Roux, Jobert, 
Laugier deviennent des partisans chaleureux de ce procédé. 

La marche triomphale de l'éthérisation se continua à 
travers l'Europe, et avec l'impulsion donnée, les perfec- 
tionnements de la méthode s'accentuèrent; l'ancienne 
bouteille à tube de Jackson fut remplacée par des appa- 
reils plus ingénieux à soupapes. Charrière et Lùer, après 
de nombreux tâtonnements, construisirent un appareil 
qui réalisait les meilleures conditions de sécurité et de 
régularité. 



HISTORIQUE. 9 

lu nouvel aneslhésique devait, en 1847, remplacer 
léther, nous avons nommé le chloroforme. L'Amérique 
et l'Angleterre n'ont cependant pas abandonné le « lé- 
théon » de Morton (c'est sous ce nom que l'éther fut 
d'abord connu), et, en France, l'école de Lyon l'emploie 
toujours dans la pratique chirurgicale. 

Le 8 mars 1847, Flourens rapporta qu'il avait provo- 
qué l'aneslhésie chez des animaux au moyen du chloro- 
forme ; mais, en France, aucun essai ne fut tenté sur 
l'homme avec ce nouvel agent. Un Anglais, J. Bell, l'expé- 
rimenta et réussit. Simpson, ayant appris ce résultat, 
essaya le chloroforme sur lui et sur deux de ses amis, 
MM. Keith et Duncan ; satisfait de son expérience, il la 
répéta pour de petites opérations, puis pour des cas plus 
sérieux, enfin pour les accouchements où il employait 
l'éther. 

Cette découverte des propriétés anesthésiques du chlo- 
roforme a été contestée à Simpson, et d'après des recher- 
ches récentes de sir Robert Chrïstison, c'est Furnell, un 
médecin-major de l'armée des Indes, qui, le premier, les a 
constatées en 1847, mais ce dernier n'en a jamais réclamé 
la priorité. 

Bientôt, quelques morts après les inhalations de ce 
nouvel anesthésique suscitent une polémique ardente. 
Malgaigne, le 51 décembre 1848, défendit vaillamment 
la cause du chloroforme, en incriminant les appareils, 
en contestant l'asphyxie comme source unique de l'anes- 
thèsie, et en ne l'admettant qu'à titre d'accident. Sé- 
dillot, Blandin, J. Guérin croyaient à la syncope chloro- 
formique plutôt qu'à l'asphyxie. 

Depuis cette époque les travaux sur ce sujet ont été 
nombreux, et l'étude du chloroforme a été l'objet des 
recherches studieuses d< s physiologistes et des chirur- 
giens. Aussi peut-on aujourd'hui administrer le chloro- 
forme presque sans danger, grâce à une pureté plus 
grande de ce produit chimique, et à une attention rigou- 
reuse de la part de celui qui le donne. 

Un autre anesthésique, le bromure (Véthyle, fut expéri- 



10 ANESTHESIE CHIRURGICALE. 

mente par Nunneley, de Leeds, en 1849, et par Robin en 
1851. Repris de nouveau, en 1880, par Turnbnll, il est 
donné avec succès par quelques chirurgiens français, 
entre autres le D r Terrillon. 

En 1856, Snow en Angleterre, et Giraldès en France, 
firent usage de Vamylène, qui, d'après eux, n'offrait pas 
les dangers du chloroforme. La vogue fut d'abord immense, 
mais, l'année suivante, Tourdes signalait le peu de durée 
de l'insensibilité produite par cet agent, et quelques 
morts survenues entre les mains mêmes de Snow le firent 
tomber en oubli, d'autant plus qu'il amenait des mouve- 
ments convulsifs très violents, qu'il répandait une odeur 
insupportable et que son prix était élevé. 

Vers 1850, Hodges, à Roston, essaya le kérosolène, pro- 
duit de la distillation du charbon de terre, mais ce produit 
déterminait une grande faiblesse du pouls qui devenait 
intermittent; il suivit dans l'oubli l'amylène et les autres 
anesthésiques que l'on chercha à tirer des hydrocar- 
bures. 

Citons encore Y acide carbonique et Y oxyde de carbone 
avec lesquels on a tenté vainement de remplacer l'éther 
et le chloroforme. La congestion que provoque l'acide 
carbonique et les paralysies persistantes après son em- 
ploi signalées par Hip. Bourdon, en 1855, le firent rejeler 
de la pratique chirurgicale ainsi que l'oxyde de carbone, 
dont une quantité relativement faible produit l'asphyxie 
par son action spéciale sur les globules sanguins. 

Un médecin anglais, Benj. Richardson, a aussi recom- 
mandé l'inhalation des produits de combustion du Lyco- 
perdonproteus (vesse-de-loup); mais, dans ce cas, l'anes- 
Ihésie parai! être due à l'asphyxie provoquée par la 
fumée et non au principe. narcotique que contiendrait le 
champignon. 

Lambert, d'Edimbourg, et Gerson da Gunha donnèrent 
le chloral pendant l'accouchement; ils rapportèrent les 
bons résultats qu'ils avaient obtenus et que constata de 
nouveau Bourdon en 1872, à la Charité. 

Vantipyrine, découverte par Knorr on 1882, fut in- 



HISTORIQUE. 11 

tfodùite dans la pratique obstétricale par Layet, à Mar- 
seille en 1887, par Queirel, Auvard, et enfin Rivière à 
Bordeaux. 

Von Arep, en 1880, et Laborde, en 1881, expérimen- 
tent le chlorhydrate de cocaïne après le rapport de Karl 
Koller, de Vienne. Polk l'employa en Amérique pour les 
accouchements, et Doléris en France en 1885. Tout ré- 
cemment, après un très grand nombre d'opérations et 
d'expériences, M. Reclus a établi les doses à employer et 
le mode opératoire. 

Quand nous aurons cité Y électricité, le chloralamide, 
Yérythrophléine et la gelsémine, qui n'ont pas encore 
donné des résultats assez positifs pour prendre rang' à 
côté de la cocaïne dans l'anesthésie locale, nous aurons 
terminé l'historique des agents anesthésiques. C'est à 
dessein que nous n'avons pas parlé des essais tentés par 
différents chirurgiens sur les méthodes composées, c'est- 
à-dire sur le mélange combiné de deux ou trois agents 
anesthésiques. Nous nous réservons d'en parler dans des 
chapitres spéciaux. 



B. — Anesthésie obstétricale. 

L'anesthésie obstétricale a, depuis le jour où elle est 
née, en 1847, jusqu'à l'époque actuelle, traversé diverses 
périodes très mouvementées, où elle a eu ses partisans 
ardents à la défendre, et ses détracteurs acharnés; la lutte 
a été vive de part et d'autre, et ce n'est pas sans de nom- 
breuses péripéties qu'elle en est arrivée à s'établir victo- 
rieusement, sinon encore dans l'enseignement officiel, du 
moins dans la pratique journalière. 

Nous allons résumer rapidement les diverses phases ; 
elles peuvent se diviser en cinq périodes bien distinctes. 

Première période. Naissance. — C'est en Angleterre 
qu'eurent lieu les premiers essais, en 1847; Simpson, 



12 ANESTHESIE OBSTETRICALE. 

d'Edimbourg, employa d'abord l'éther : après plusieurs 
essais heureux, il fit à ce sujet, le 10 février 1847, une 
communication importante à la Société obstétricale d'E- 
dimbourg. 

Il fut suivi dans cette voie par plusieurs chirurgiens et 
accoucheurs français, anglais et américains; mais dans 
cette année même, 1847,1a découverte d'un nouvel agent 
anesthésique, le « chloroforme », vint donner un nouvel 
essor à l'anesthésie obstétricale: c'est encore Simpson 
qui, le premier, administra le chloroforme dans les accou- 
chements naturels ; Tannée suivante il a déjà pratiqué 
avec succès 150 accouchements avec l'aide du chloro- 
forme et il préconise la nouvelle méthode. Il a bientôt, 
en Angleterre et en Amérique, de nombreux imitateurs : 
dans ces deux pays l'entraînement fut général, surtout 
lorsque l'on apprit que la reine d'Angleterre venait 
d'être accouchée sous l'anesthésie chloroformique (1855). 

L'Italie et l'Allemagne suivirent le mouvement, mais la 
France et la Belgique résistèrent au courant : quelques 
médecins français, P. Dubois entre autres, acceptèrent 
bien les nouvelles théories, mais avec de nombreuses 
réserves au point de vue pratique : ils n'admettaient 
l'anesthésie que dans les cas exceptionnels, lorsque la na- 
ture, contrariée dans son œuvre par une cause quelcon- 
que, demandait l'intervention du chirurgien. 

Le fanatisme religieux vint encore augmenter le 
nombre des détracteurs de ces nouveaux procédés. Ainsi 
le D r Graux, en pleine séance de l'Académie belge, put 
prononcer ces paroles : « La femme doit enfanter dans la 
douleur », sans qu'aucune voix s'élevât pour le contredire. 

Deuxième période. Éducation. — Cependant, malgré ces 
attaques, malgré tous les obstacles élevés sur sa route, 
l'anesthésie obstétricale poursuivait sa carrière. Dès 1855 
des tentatives de réaction se manifestaient dans les milieux 
adverses; jusqu'à cette époque les médecins qui em- 
ployaient le chloroforme ne faisaient, comme Simpson, 
aucune différence, dans son administration, entre les cas 
chirurgicaux et l'obstétrique. Ce fut M. Houzelot, de 



HISTORIQUE. 13 

Meaux, qui, en 1854, précisa et limita nettement l'anes- 
thésie obstétricale; dans un mémoire à la Société de 
chirurgie il exposa sa méthode qui consistait à ne donner 
le chloroforme qu'à petites doses, de manière à ne pro- 
voquer qu'une atténuation de la douleur, sinon la dis- 
parition complète, une demi-anesthésie en un mot. 
Laborie, chargé de faire un rapport sur ce mémoire, 
s'en montra très partisan, mais il fut à peu près le seul, 
et le silence se fit de nouveau sur ces idées nouvelles. 

Troisième période. Perfectionnement. — 11 n'en était pas 
de même en Allemagne; en 1857, Spiegelberg, un des 
plus fervents adeptes de l'anesthésie, divise l'action du 
chloroforme en trois stades, dont le premier correspond 
à ce que Campbell appellera plus tard le stade obstétri- 
cal. Le deuxième stade est le stade chirurgical ; le troi- 
sième est la résolution complète, le stade dangereux, 
c'est l'exagération du stade chirurgical. 

A la même époque, 1857, en France, dans sa thèse de 
concours pour l'agrégation, M. Blot reconnaît que par 
l'emploi des doses faibles on peut arriver à produire chez 
les parturientes un état dans lequel, sans avoir perdu con- 
naissance, pouvant parler et dire ce qu'elles éprouvent, 
« elles ne souffrent pas; elles sentent les contractions uté- 
rines se produire, mais elles nen éprouvent pas de dou- 
leur » (Ghaigneau). Mais il ajoute qu'il n'est pas possible 
de savoir le plus souvent quelle anesthésie l'on va pro- 
duire, et conclut en rejetant l'emploi des faibles doses, 
et en ne conservant l'administration du chloroforme qu'à 
fortes doses pour les opérations chirurgicales. 

En 1864, Depaul et, en 1866, Pajot s'élèvent contre 
l'anesthésie obstétricale d'une manière générale; ils la 
tolèrent dans quelques cas compliqués et exceptionnels, 
ou bien à la fin de l'expulsion, chez quelques femmes 
trop nerveuses, impressionnables, qui sous l'influence des 
douleurs concassantes pourraient dans des mouvements 
désordonnés compromettre la vie de l'enfant. 

Quatrième période (l&7^). Vive lutte. — La lutte devient 
de plus en plus ardente entre les partisans convaincus des 



U ANESTHESIE OBSTÉ I RICALE: 

nouvelles méthodes et leurs adversaires. Campbell, dans 
plusieurs publications, rend compie de ses travaux; pen- 
dant trente ans il a constamment employé le chloroforme 
dans les accouchements naturels, et toujours avec succès : 
il établit nettement la diiï'érence entre l'anesthésie chi- 
rurgicale et l'anesthésie obstétricale, et par conséquent la 
différence d'administration du chloroforme chirurgical 
et du chloroforme obstélrical; il est partisan des deux 
modes, différemment indiqués suivant les circonstances, 
et indique les avantages de l'anesthésie obstétricale et de 
la demi-anesthésie, les cas où il faut employer l'une ou 
l'autre. Mais il ne se sert jamais du chloroforme dans la 
première période du travail. 

Au congrès de Genève, en 1877, Piachaud préconise 
l'emploi du chloroforme dans les accouchements natu- 
rels, par la méthode de Snow, c'est-à-dire par de faibles 
doses de chloroforme au moment des douleurs et pendant 
les contractions utérines. 11 cite des observations de 
Barker, de New-York, qui a vu, chez des femmes épui- 
sées par un long travail, et à qui on donnait le chloro- 
forme pour faciliter l'introduction du forceps, les con- 
tractions utérines revenir très fortes sous l'influence de 
l'agent anesthésique, et l'accouchement se faire naturel- 
lement, sans application du forceps. 

Courty, de Montpellier, Fredet, Bailly adoptent la 
méthode de Campbell : Bailly lui reconnaît de si grands 
avantages qu'il voudrait la voir metlre constamment en 
usage dans la pratique hospitalière (Chaigneau). 

Mais ses adversaires ne désarment pas : Tarnier, 
Cazeaux, Winckel rejettent avec modération l'anesthésie 
obstétricale. Les professeurs Pajot et Depaul la rejettent 
avec violence et restent les adversaires du chloroforme 
obstétrical; le D l * Pinard, dans une thèse sur l'action 
comparée des anesthésiques chez les femmes en travail, 
reflète l'opinion de ses juges et conclut contre leur em- 
ploi; l'enseignement officiel repousse l'anesthésie* obsté- 
tricale. 

Cinquième période. Triomphe. — Malgré ces obstacles. 



HISTORIQUE. 15 

l'anesthésie poursuit victorieusement sa carrière, et ac- 
tuellement elle triomphe, malgré les contestations de 
quelques reiardataires. Quant à nous, nous sommes par- 
tisans des plus convaincus des très grands avantages que 
l'on retire de l'administration du chloroforme dans les 
accouchements naturels, et à plus forte raison dans les 
autres, et avec Campbell nous insistons sur la distinction 
entre l'anesthésie obstétricale et l'anesthésie chirurgicale 
dans les accouchements : anesthésie obstétricale, c'est- 
à-dire demi-anesthésie dans les cas ordinaires, dans les 
accouchements physiologiques : anesthésie chirurgicale, 
dans les cas compliqués, lorsque l'intervention de l'ac- 
coucheur est nécessaire, ou lorsque pendant la période 
d'expulsion les douleurs sont trop violentes ; nous déve- 
lopperons plus loin ces divers modes d'administration du 
chloroforme. 



CHAPITRE PREMIER 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE 

A. MÉTHODES SIMPLES 
B. MÉTHODES DES MÉLANGES. — C. MÉTHODES MIXTES 



A. — Méthodes simples. 

Sommaire. — 1° Amylène. — 2° P entai. — 5° Bromure 
d'éthyle. — 4° Chloral. - - 5° Chlorure d'e'thyle. — 
6° Ether. — 7° Protoxyde d'azote. — 8° Somnambu- 
lisme. — Hypnotisme. — 9° Chloroforme. 



1° Amylène. 

Sommaire. — Préparations. — Caractères. — Effets physiologiques. 
Dangers. 



L'amylène ou triméthylélhylène, G 10 H 10 , a été décou- 
vert, en 1844, par Ballard. 

C'est un liquide clair, transparent, incolore et très 
mobile ; soluble dans l'éther et l'alcool, il est à peu près 
insoluble dans l'eau. 

L'odeur de l'amylène est désagréable et légèrement 
alliacée; très inflammable, il brûle avec une flamme 
blanche et très lumineuse. 

Sa densité est 0,652 à 16°. 



18 ANESTHESIE GENERALE. 

Il bout entre 35° et 5G° (59° d'après Ballard, 45° d'après 
Kékulé). Ces points d'ébullition variables montrent com- 
bien il est difficile d'avoir un produit parfaitement pur, 
exempt d'isomères ou d'autres produits étrangers. 

Pour préparer l'amylène , l'industrie emploie diffé- 
rents procédés. Nous ne citerons que les deux plus im- 
portants. 

Le premier consiste à faire tomber goutte à goutte de 
l'alcool amylique sur du chlorure de zinc en fusion. On 
soumet, ensuite le produit de la réaction à la distillation 
fractionnée. Ce mode de préparation est très défectueux. 
Sous la double influence du chlorure de zinc et de la cha- 
leur, il se produit du diamylène, du triamylène, du tétra- 
mylène et d'autres produits plus condensés constituant 
également les polymères de l'amylène. La formation de 
ces polymères diminue beaucoup le rendement en amy- 
lène. 

11 est bien préférable d'employer le procédé suivant, 
qui exige plus de temps, il est vrai, mais qui permet 
d'obtenir un rendement plus considérable et un produit 
beaucoup plus pur. 

On met en contact pendant deux jours, en agitant fré- 
quemment, parties égales d'alcool amylique et de chlo- 
rure de zinc fondu et finement pulvérisé à l'abri de l'hu- 
midité. On distille ensuite le mélange, on rectifie au 
bain-mari e les hydrocarbures obtenus ; enfin on frac- 
tionne par distillation le produit desséché en recueillant 
ce qui passe vers 59°. 

Cette façon d'opérer, supérieure à toutes les autres, 
donne néanmoins un produit qui est loin d'être pur. 
Lorsqu'on le traite par l'acide sulfurique, la moitié seu- 
lement se dissout en formant de l'acide sulfoamylique. 
La partie insoluble est constituée par un mélange d'hy- 
drure d'amylène et d'un isomère de l'amylène. En somme, 
l'amylène commercial ne renferme guère plus de la moitié 
de son poids d'amylène ordinaire. 

Expérimenté pour la première fois en 1856, en Angle- 
terre, par Snow, cet agent anesthésique eut d'abord de 



am:stiii:sie générale. 19 

nombreux partisans. MM. Giraldès, lourdes, Debout re- 
connurent l'avantage qui résultait d'une action rapide, 
courte, et qui ne laissait aucune trace dans l'organisme; 
l'anesthésie était prompte, sans angoisses, sans toux, ni 
suffocation. « Pendant toute la durée de l'amylénation, 
dit M. Debout, le pouls reste large, plein, très fréquent, 
les mouvements respiratoires amples, la peau chaude, le 
visage fortement coloré; en un mot, il y a absence des 
signes qui dénotent que ce nouvel agent atteint facile- 
ment les phénomènes de la vie organique. » 

Mais cet engouement ne fut pas de longue durée, et 
les inconvénients que présente l'emploi de cet agent, 
aussi nombreux que les avantages qu'il procure, ne tar- 
dèrent, pas à être signalés. D'abord son action sur le sys- 
tème musculaire : chez les animaux, il provoque des 
mouvements convulsifs violents; chez l'homme, Robert a 
observé le renversement de la tété en arrière, la raideur 
des membres ; Jobert, des convulsions internes, des rai- 
deurs tétaniques. Ces accidents survenaient d une ma- 
nière brusque, inattendue, et c'est ainsi qu'eut lieu, en 
1857, un premier cas de mort subite, suivi bientôt d'un 
deuxième, dans la pratique même de Snow, qui, le pre- 
mier, avait donné à cet agent une renommée momen- 
tanée. 

D'autres motifs ont contribué à le faire abandonner : 
sa grande volatilité exige qu'il soit administré dans un 
appareil, et, comme ses effets sont de courte durée, il 
faut, à chaque instant, remettre du liquide dans le réci- 
pient; l'opérateur se trouve par conséquent en présence 
d'une suite d'à-coups, qui l'empêchent d'agir. 

Très inflammable, il prend feu même à distance, ce 
qui doit faire rejeter son emploi pour les opérations de 
nuit. 

Nous ajouterons à ces reproches la grande difficulté de 
l'obtenir complètement pur, son prix très élevé et son 
odeur très désagréable. 

M. Stolz s'en est servi cependant dans la pratique des 
accouchements douloureux; à petites doses, et d'une façon 



20 AN.liSTIIESIE GENERALE. 

interrompue, .son action est moins profonde, moins dura- 
ble que celle du chloroforme, et peut rendre quelques 
services. 



2 U Pental. 

Sommaire. — Caractères. — Hyclrure d'amyle. — Chlorure 
d'amvle. 



M. Von Mering, de la Faculté de médecine de Halle, 
qui, en 1887, avait signalé les propriétés anesthésiques 
de l'hydrate d'amylène, vient, après de nombreuses ten- 
tatives, d'obtenir del'amylène pur, qu'il appelle « Pental » 
à cause des cinq atomes de carbone qu'il contient. 

Le pental est volatil, combustible comme l'éther; on 
l'administre, comme le chloroforme, sur un masque ou 
une compresse : l'anesthésie est rapide, générale, mais 
peu profonde et ne convient qu'aux petites opérations. Le 
pental ne parait exercer aucune action nuisible sur les 
organes de la circulation et de la respiration; cependant, 
dans un cas, M. Brener, de Vienne, a observé une syn- 
cope avec dilatation de la pupille, et il a fallu pratiquer 
la respiration artificielle pour ranimer le malade. Le 
pental s'élimine en grande partie par les poumons à l'état 
de pureté. 

M. Hacker, de Vienne, a également employé le pental 
et a fait des. opérations qui ont duré plus d'un quart 
d'heure : dans un cas, il a même prolongé la narcose 
pendant trente et une minutes. 

La dilatation de la pupille observée par M. Brener, dila- 
tation qui est le plus souvent un très mauvais signe, 
prouve que le pental n'est pas aussi inoffensif qu'on pour- 
rait le croire. 

D'après M. Philipp, de Berlin, il a sur le chloroforme 
l'avantage de ne pas exercer une action fâcheuse sur le 
cœur : le réveil a lieu sans malaise. L'anesthésie est ob- 
tenue en moins d'une minute chez l'enfant, tandis qu'il 



ANESTHESIE GENERALE. 21 

faut trois ou quatre minutes pour un adulte. M. Philipp 
se sert du pental pour des opérations de longue durée, 
et n'a observé qu'une seule fois de la cyanose pendant 
le cours de l'anesthésie. 

Pour M. Schede, on ne saurait être trop réservé dans 
l'emploi d'un anesthésique qui a déjà provoqué un cas 
do mort, bien que d'un usage peu courant. (Congrès de 
chirurgie de Berlin.) 

On a également employé Yhydrure cTamyle (C l0 H 12 ), que 
Richardson a essayé sur lui-même, et qui a été utilisé 
par les dentistes; et le chlorure cVamyle (G 10 M 11 Cl), que 
l'on a aussi employé avec quelques succès pour l'extrac- 
tion des dents. 



5° Bromure d'éthyle. 

Sommaire, — Découverte. — Préparation. — Elfets. — Administration. 
Dangers. — Du bromure d'éthyle en obstétrique. 



Le bromure d'éthyle, ou élherbromhydrique (G 4 Il s Br.), 
a été découvert, en 1829, par Serullas. 

C'est un liquide transparent, incolore, neutre et très 
volatil; il dégage une odeur alliacée éthérée. Sa saveur 
est d'abord sucrée, puis désagréable et cuisante. A peu 
près insoluble dans l'eau, il est soluble en toutes pro- 
posions dans l'alcool et dans l'éther. 

Difficile à enflammer, il brûle avec une flamme verte, 
sans fumée, en donnant une forte odeur d'acide bromhy- 
drique. 

Sa densité est de 1,475 ; il bout à 40°. 

Très volatil, il produit un froid considérable quand on 
l'applique sur la peau. 

Parmi les nombreux savants qui l'ont étudié, Personne 
est celui qui a donné le meilleur mode de préparation. 

On introduit dans une cornue tubulée, entourée d'eau 
froide, 50 à 40 grammes de phosphore rouge et 200 gram- 



22 ANESTHESIE GENERALE. 

mes d'alcool, très concentré; on y ajoute peu à peu 
200 grammes de brome. 

On détermine ainsi la formation d'acide bromhydrique 
qui réagit sur l'alcool à l'état naissant. On laisse digérer 
le tout pendant quelque temps, puis on distille et on 
précipite par l'eau le produit condensé. On décante le 
liquide lourd qui se précipite, on le fait digérer sur du 
chlorure de calcium pour le faire sécher et on le rectifie. 

De Vrij conseille de distiller simplement un mélange 
de 4 parties de bromure de potassium, 4 parties d'acide 
sulfurique et 2 parties d'alcool. C'est la méthode donnée 
par le Codex de 1884. 

Les propriétés anesthésiques du bromure d'éthyle fu- 
rent reconnues par Nunneley, de Leeds, en 1849. 

De nombreuses recherches ont été faites, depuis cette 
époque, par L. Turnbull en Amérique, et en France, par 
MM. Ed. Robin, Rabuteau, Terrillon, Bourneville, Ollier, 
Roux, Lebert, Ducasse, sur son emploi comme agent 
anesthésique ; Ed. Robin l'employa en France pour la 
première fois, en 1851. 

Rabuteau a démontré que le bromure d'éthyle s'éli- 
mine en nature sans subir de modifications dans l'orga- 
nisme. Cette élimination a lieu presque totalement par 
les voies respiratoires. Quel que soit le mode d'absorp- 
tion, il n'est arrivé, en effet, qu'à en déceler de très mi- 
nimes quantités dans l'urine. 

Après absorption par le tube digestif les urines ne sont 
pas excrétées en plus grande abondance. 

Au contraire, après anesthésie, le même expérimen- 
tateur a vu des chiens, des lapins, des cochons d'Inde 
uriner abondamment et les urines ne contenaient ni 
sucre, ni albumine. 

Les effets observés sur l'homme sont les suivants : 
l'anesthésie arrive rapidement, en une minute, sans agi- 
tation, et l'affaissement musculaire en deux ou trots 
minutes : ni toux, ni suffocation; la tête et le cou se 
congestionnent; la pupille se dilate; la respiration est 
plus vive, le pouls plus rapide, les mouvements du cœur 



ANESTHÉSIE GENERALE. k 2"> 

un peu affaiblis; les vomissements sont fréquents; dès 
que l'inhalation cesse, la sensibilité revient instantané- 
ment chez le malade. 

Cette disparition si rapide de l'action anesthésique 
oblige à apporter une extrême attention dans son emploi; 
de plus, on ne saurait l'administrer sans danger an delà 
de 40 minutes; aussi ne peut-il rendre de services que 
pour les opérations de courte durée. 

M. Kôlliker, dans un travail récent (16 mai 1891), recom- 
mande son emploi dans un grand nombre de petites opé- 
rations chirurgicales ; il pratique l'anesthésie, le malade 
placé dans le décubitus dorsal, et après avoir examiné 
avec la plus grande attention l'état du cœur. 

Son mode d'administration de l'anesthésique est le 
suivant ; 

Il emploie un masque recouvert de caoutchouc et d'une 
couche de flanelle : la dose est de 10 à 15 grammes pour 
l'adulte, 5 à 10 grammes pour l'enfant. On verse d'abord 
quelques gouttes de bromure d'éthyle, puis, au bout de 
quelques secondes, la dose entière. 

L'anesthésie arrive ordinairement au bout d une mi- 
nute environ ; pour la constater facilement, on dit au 
malade de tenir un bras élevé : dès qu'il le laisse retom- 
ber, on peut agir. 

Dans la séance du 18 décembre 1891 de la Société im- 
périale et royale des médecins de Vienne, M. Gleich a 
fait la communication suivante : 

11 a employé le bromure d'éthyle chez 150 malades pour 
produire l'anesthésie. La dose nécessaire pour arriver à 
l'anesthésie complète est de 5 à 10 grammes pour les en- 
fants, 10 à 20 grammes pour les adultes : des doses infé- 
rieures échouent, des doses supérieures provoquent de 
la cyanose et du collapsus. Le réveil a lieu subitement 
ou progressivement. Dans un certain nombre de cas la 
durée de l'anesthésie est plus longue que celle de la perte 
de conscience. L'air expiré n'a aucune odeur chez les 
alcooliques, on observe parfois une courte période d'exci- 
tation au début de l'anesthésie ou avant le réveil. Les 



24 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

vomissements ne se produisent que lorsque les malades 
ont avalé des vapeurs de bromure d'éthyle en respirant : 
on n'en observe jamais lorsque les malades respirent tran- 
quillement. 

Dans la correspondance de Vienne (Semaine médi- 
cale, 16 mars 1892), M. Gleich cite le cas de mort sui- 
vant : Un homme de 48 ans, atteint d'un furoncle au 
niveau du bras droit, fut soumis à l'anesthésie par le 
bromure d'éthyle. L'opération dura deux minutes. Tout 
à coup le malade se cyanosa, la circulation et la res- 
piration s'arrêtèrent et ne reparurent plus malgré toutes 
les tentatives pratiquées dans ce but pendant une heure 
et demie. A l'autopsie, on trouva une dégénérescence 
graisseuse du cœur et du foie et une dégénérescence 
parenchymateuse des cellules épithéliales du rein. Ces 
altérations prouvent que le malade aurait succombé à 
une anesthésie pratiquée avec n'importe quel agent. Il 
n'y a donc pas lieu d'attribuer cette mort au bromure 
d'éthyle, mais à l'emploi de l'anesthésie. Contrairement 
à ce qui s'observe dans les cas de mort par le chloro- 
forme, le cerveau n'était pas hypérémié. 

Une seule fois, M. Gleich a vu survenir pendant la 
narcose au bromure d'éthyle des convulsions épileptiques 
chez un malade qui n'en avait jamais eu. — On peut faire 
manger ou non les malades avant de les endormir. Lors- 
qu'on doit opérer dans la bouche, il faut avoir soin de 
faire usage d'un coin pour la maintenir ouverte, parce 
que le tonus musculaire ne disparaît pas entièrement; 
aussi la langue ne se renverse-t-elle jamais en arrière. 
Pour la même raison le bromure d'éthyle ne saurait rem- 
placer le chloroforme lorsqu'on doit procéder à l'explo- 
ration de la cavité abdominale. — Dans le service de 
M. Billrolh le bromure d'éthyle est employé pour toutes 
les petites opérations. 

M. Metnitz emploie souvent le bromure d'éthyle à 
l'école odontologique de la Faculté. Cet anestliésique 
est préférable au gaz hilarant, non seulement parce que 
son emploi est plus facile, mais encore parce qu'il ne 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 25 

produit jamais de cyanose. Pour l'extraction d'une dent, 
il faut environ 10 grammes de bromure d'éthyle. Les 
enfants sont anesthésiés en 50 secondes, les femmes au 
bout d'une minute; pour les hommes, il faut une minute 
et demie. (Semaine médicale.) 

Employé dans la pratique obstétricale, le bromure 
d'éthyle exerce sur les douleurs une action favorable, 
mais cette action est plus profonde que le prétendent les 
auteurs; nous avons vu se produire, dans un cas, un 
véritable accès de délire, analogue au délire qui survient 
parfois chez les alcooliques soumis au chloroforme. 
(Àuvard, Travaux d'obstétrique, t. I, p. 514.) 

Très instable, le bromure d'éthyle se décompose très 
facilement; il est fort difficile de l'avoir complètement 
pur; il contient le plus souvent du brome, du phosphore 
qui rendent son administration dangereuse. 

Dans l'accouchement, il ne supprime pas complètement 
les douleurs et n'active pas le travail.' 

Pour ces divers motifs, il vaut mieux lui préférer les 
autres anesthésiques. 



4° Chloral. 

Sommaire. — Découverte. — Caractères. — Effets physiologiques. — 
Mode d'administration. — Intoxication. — Traitement. — Injections 
intra-veineuses. 



En faisant agir du chlore sur l'alcool, Justus Liebig 
découvrit, en 1851, un corps qu'il appela chloral, en 
prenant à chacun des deux corps qui le composent les 
premières syllabes de leur nom. 

C'est sous la forme hydratée, hydrate de chloral, 
(C 2 HC1 5 0) qu'il est employé en médecine. 

Étudié d'abord, en France, par M. Dumas, ses pro- 
priétés anesthésiques furent bien démontrées en 1875 et 
en 1874, par MM. Oré et Vulpian. 

Mis en présence d'alcalis ou de carbonates alcalins, le 
chloral se dédouble en chloroforme et acide formique ; 



26 ANESTHESIE GENERALE, 

cette production de chloroforme fit supposer à Liebreich 
qu'une réaction semblable a lieu dans le sang, et que 
c'est précisément le chloroforme, qui en résulte, qui 
amène l'anesthésie. Cette théorie, adoptée par Personne, 
Roussin. Byasson, Pollet, etc., fut vivement combattue 
par Demarquay, Vulpian, Labbé, Dieulafoy; d'après eux 
le dédoublement du chloral dans le sang 1 ne donne pas 
une quantité de chloroforme assez considérable pour expli- 
quer la rapidité de son action. 

Gubler est encore plus affirmatif : pour lui, les effets 
produits par ces deux agents sont complètement différents ; 
plus rapide avec le chloral, l'anesthésie est plus profonde 
avec le chloroforme. 

Le chloral a été employé pour la première fois, en 
Angleterre, en 4 870, pour les accouchements naturels, 
par Lambert, d'Edimbourg ; en France, en 1872, par 
Bourdon, à l'hôpital de la Charité. Après lui, de nom- 
breux praticiens t'essayèrent et recommandèrent son 
emploi dans l'obstétrique. 

N'ayant pas d'action sur les fibres de l'utérus, il ne 
modifie les contractions, ni dans leur nombre, ni dans 
leur durée, ni dans leur fréquence. D'après Bourdon, il 
combattrait avec succès l'inertie utérine. 

Administré avec prudence, à doses convenables, c'est, 
dit Pellisier, un agent d'une inocuité parfaite, qui ne 
met en danger ni la mère ni l'enfant; la marche du travail 
est un peu accélérée (Chouppe). 

Sans rival pendant la première période, il a été employé 
avec succès contre l'éclampsie par Saint-Germain, en 
1£69, et plus tard en Allemagne et en Angleterre. 

11 est indiqué, et peut rendre de grands services dans 
le cours de la grossesse pour arrêter le travail d'avorte- 
ment, et dans l'accouchement, lorsque la femme est ner- 
veuse et excitée, lorsque les contractions sont irrégulières 
et partielles, lorsque la contraction du col utérin rend. le 
travail irrégulier, lorsque la résistance du périnée met 
obstacle à la sortie de la partie fœtale qui se présente. 

L'anesthésie qu'il procure étant moins profonde que 



ANESTHÉSIE GENERALE. 27 

colle du chloroforme, il ne faudra pas l'employer toutes 
les fois qu'une opération sera nécessaire. 

Son action déprimante et. paralysante sur le système 
cardio-vasculaire doit également le faire rejeter toutes les 
fois que l'état d'affaiblissement ou d'épuisement de la 
malade, ou la présence d'une affection cardiaque peut 
faire craindre des syncopes. 

Plusieurs modes d'emploi ont été essayés : les injec- 
tions sous-cutanées doivent être rejetées, à cause des 
accidents qu'elles peuvent entraîner, abcès, phleg- 
mons, etc.; les potions, variables à l'infini, ont le grand 
inconvénient d'avoir une odeur désagréable, d'irriter les 
muqueuses, et d'amener des vomissements; les capsules 
de chloral, les sirops ont été employés avec succès : pen- 
dant la période de dilatation, la dose de 5 à 4 grammes 
doit être donnée, à de faibles intervalles, pour obtenir une 
atténuation des douleurs; les lavements seraient préfé- 
rables aux potions si les malades pouvaient les garder, et 
s'ils n'étaient pas le plus souvent expulsés par les con- 
tractions. 

Formulaire. — On prescrira les lavements de la façon 
suivante : (D.-Beaumetz.) 

Hydrate de chloral. .... 1-4 grammes. 

Eau distillée 50 — 

Jaune d'œuf . ....... N.°l 

Lait 120 — (un verre). 

Il est bon de faire précéder ce lavement, que l'on 
recommandera de garder, d'un premier lavement d'eau 
simple, qui lavera l'intestin et aidera la parturiente à con- 
server le second. 

Le lait, véhicule de l'agent médicamenteux, atténue 
l'irritation produite par le chloral sur la muqueuse intes- 
tinale. Le jaune d'œuf sert de mucilage. 

Voici une seconde formule : (Gallois.) 

Hydrate de chloral 2-5 grammes. 

Hydrolat de laitue 150 — 

Mucilage de gomme adragante. . . Q. S. 



28 ANESTHESIE GÉNÉRALE. 

La dose maximum est de 5 grammes. 

Le chloral est incompatible avec les alcalis et les car- 
bonates alcalins. 

Intoxication. — Les symptômes de l'intoxication par le 
chloral sont les suivants : (Duj.-Beaumetz et Yvon.) 

Sommeil profond, abolition de la puissance musculaire, 
diminution ou abolition des réflexes et de la sensibilité : 
face livide et gonflée, quelquefois rouge : pouls lent, ou 
faible et rapide. Diminution de la fréquence des mouve- 
ments respiratoires. Pupilles contractées pendant le som- 
meil, parfois dilatées. Extrémités et surface du corps 
froides ; température s'abaissant à 55°. Il peut y avoir sur 
la peau une éruption semblable àl'urticairedanslescas pro- 
longés. Mort par arrêt de la respiration ou paralysie du 
cœur. Dans un cas, après guérison, le malade est resté 
idiot. 

Traitement . — 1° Pompe stomacale ou vomitifs : 

Moutarde (1 cuillerée à bouche). 
Sulfate de zinc, ou ipéca, 2 grammes. 
Apomorphine (50 centigr. de la solution à 2 p. 100). 

Répétez cette médication si elle est nécessaire. 

2° Relever la température avec des couvertures chaudes, 
fréquemment, renouvelées, des bouteilles d'eau chaude, 
des frictions sèches, etc. Le massage est d'une grande 
utilité. 

o° Réveiller le malade en le stimulant de toutes les 
manières, en lui parlant fort, en lui frappant le visage et 
la poitrine avec une serviette mouillée, en le pinçant, en 
lui sinapisant les jambes, en employant les courants dans 
les membres, etc. 

4° Injection d'un demi-litre de café, fort et chaud, dans 
le rectum. 

5° Dans les mauvais cas, injection hypodermique de 
50 centigrammes de la solution à 2 pour 100 de strych- 
nine, ou 80 centigrammes de teinture de noix vomique 
par la bouche ou par le rectum ; répétez si c'est néces- 
saire. 



ANESTIIESIE GENERALE. 29 

G Inhalation de nitrite d'amyle de temps en temps. 

7 U Respiration artificielle h continuer pendant quelques 
heures, si cela est nécessaire. 

L. Labbé, J. Goujon, Oré de Bordeaux, ont essayé aussi 
les injections intra-veineuses; mais cette méthode dange- 
reuse doit être abandonnée comme les injections sous- 
cutanées. 

Le chloral s'élimine par les poumons et les reins. 
L'urine, après absorption de cet agent, serait plus abon- 
dante (Demarquay, Labbé, Goujon, Personne), plus dense 
(Tuke et Bouchut), plus acide (Tuke). 

La pureté de cet agent est absolument nécessaire; 
exposé à l'air, ou conservé dans un flacon mal bouché, le 
chloral s'altère vite et devient acide. 



5° Chlorure d'éthyle, ou Éther chlorhydrique, ou 
Hydrure d'éthylène monochloré. 

Sommaire. — Caractères. — Préparation. — Effets. — Mode 
d'administration. 



Le chlorure d'éthyle (C'H S C1) est un liquide neutre, 
très mobile, doué d'une odeur agréable et pénétrante. 

Sa densité à zéro est de 0,921. 

Il bout à 12°. 

Peu soluble dans l'eau, il est très soluble dans l'alcool; 
il ne précipite pas les sels d'argent, même en solution 
alcoolique. 

Sa vapeur brûle avec une flamme verte, en produisant 
de l'acide chlorhydrique. 

Pour le préparer, on introduit dans un ballon 2 par- 
ties de sel marin et l'on verse sur cette substance un 
mélange à parties égales d'alcool et d'acide sulfurique. 
Un chauffe doucement : le chlorure d'éthyle se dégage 
sous forme gazeuse; on le lave dans un vase contenant 
de l'eau tiède, on le sèche en le faisant passer dans des 
tubes contenant du chlorure de calcium, enfin on le con- 



50 ANESTHESIE GENERALE. 

dense dans un vase entouré d'un mélange réfrigérant. Ce 
produit très altérable doit être conservé dans des matras 
scellés à la lampe. 

On le prépare encore de la manière suivante, par le 
procédé de M. P. Mou net, de Lyon : 

Dans une chaudière autoclave en fer forgé ou acier 
bien émaillé, de 200 litres de capacité, on introduit : 

Alcool pur à 92° centésimaux 55 kil. 

Acide chlorhydrique du commerce à 22° Baume. 110 — 

La chaudière est munie d'un manomètre, d'un ther- 
momètre et d'un robinet de dégagement. 

L'autoclave étant hermétiquement clos, on chauffe le 
mélange, pendant deux heures, à 125° centigrades. La 
pression dans l'autoclave monte à 25 atmosphères. Après 
avoir laissé refroidir jusqu'à 60° environ, on ouvre le ro- 
binet de dégagement, qui, par un tube de cuivre, met en 
communication l'autoclave avec un réfrigérant dont le 
serpentin est entouré déglace et de sel piles. Le chlorure 
d'éthyle distille rapidement. 

Pour l'avoir complètement pur, il est rectifié à nouveau 
sur de l'eau légèrement alcaline et immédiatement en- 
fermé dans des vases clos. Il est ensuite divisé par por- 
tions de 10 grammes dans les ampoules destinées à l'anes- 
thésie locale. (Marcel Baudouin, Progrès médical.) 

Le chlorure d'éthyle a été découvert, en 1795, par les 
chimistes hollandais, Deimann, Troostwyk, Bondt et La- 
werenburg. Snow employa cet anesthésique, pour la pre- 
mière fois, en Angleterre, en 1851 ; Simpson, Glover, 
Nunneley le suivirent dans cette voie ; en Allemagne, 
Liebreich, Langenbeck et Steffen s'en sont également 
servis et ont publié leurs observations. 

D'après les recherches faites par le comité de la Bri- 
tish Médical Association sur les propriétés de cet anes- 
thésique, les effets suivants ont été observés : 

Sur les grenouilles, l'anesthésie se produit en 4 minu- 
tes, le cœur bat naturellement pendant 56 minutes. 



AKESTHESIE GENERALE. 31 

Sur les animaux à sang chaud, les mouvements du 
cœur n'éprouvent aucune modification. Une expérience 
comparative entre le chlorure d'éthyle et le chloroforme, 
tentée sur un chien, a démontré qu'anesthésiépar le chlo- 
rure d'éthyle, le rythme du cœur reste le même ; dès 
que le chloroforme est substitué à l'éthylène, le cœur 
droit se dilate et devient sourd, la force cardiaque dimi- 
nue rapidement. Le comité conclut que le chien pouvait 
vivre pendant une assez longue période en complète 
aneslhésie sous l'influence du chlorure d'éthyle, tandis 
qu'il serait mort dans un temps beaucoup plus court 
sous celle du chloroforme. 

Sur l'homme, on observe les effets suivants : au début 
de l'inhalation, une chaleur agréable s'étend sur tout le 
corps ; bientôt, en une ou deux minutes, les sensations 
deviennent confuses, avec, le plus souvent, tintement ou 
sifflement dans les oreilles; puis une certaine rigidité 
musculaire apparaît et l'anesthésie commence. Le ma- 
lade est plus longtemps à reprendre connaissance qu'avec 
le. chloroforme, mais les effets consécutifs sont moindres. 
Les vomissements sont fréquents, mais ils sont moins pé- 
nibles et durent moins qu'avec le chloroforme. 

C lover, qui en faisait un grand usage, et qui n'a eu 
qu'un seul cas de mort sur 1877 anesthésies, recom- 
mande de commencer d'abord par le protoxyde d'azote 
et de prolonger l'anesthésie par l'éthylène. Quand on le 
donne seul, il convient de continuer l'inhalation jusqu'à 
ce que la période d'agitation soit passée; à partir de ce 
moment, l'administrer avec prudence et retirer l'inhala- 
teur de la face toutes les trois ou quatre inhalations, 
pour laisser respirer de l'air froid. L'anesthésie est obte- 
nue en trois à cinq minutes. La dilatation de la pupille 
indique le moment où il faut cesser les inhalations. 



ANESTHESIE GENERALE. 



6° Éther. 

Sommaire. — Préparation. — Purification'. — Caractères. — Découverte 
de ses propriétés anesthésiques. — Action physiologique. — Contre- 
indications. — Mode d'administration. — Inhalateur Clover. — 
Effets des inhalations. — Accidents. — Injections hypodermiques, 
— De l'éther en obstétrique. 



L'éther (C 8 H 10 2 ), très improprement désigné sous le 
nom d' éther sulfurique, a été découvert, en 1540, par 
Yalerius Cordius. 

Scbeele, Dumas, Boullay et Williamson l'ont étudié 
complètement. 

Préparation. — Pour préparer l'éther on fait agir de 
l'acide sulfurique concentré sur de l'alcool. L'opération 
se fait en mélangeant 10 parties d'acide sulfurique con- 
centré avec 7 parties d'alcool et en chauffant le tout dans 
un ballon à la température de 140°. — La température 
doit rester constante malgré l'addition lente et continuelle 
d'alcool à 75° qu'on fait tomber goutte à goutte dans le 
ballon. 

Il se forme de l'éther et de l'eau et le tout passe à la 
distillation. 

L'acide sulfurique est capable d'éthériser de grandes 
quantités d'alcool; dans la pratique il éthérise de 25 à 
50 fois son poids d'alcool ; à partir de ces limites et même 
vers la fin, il noircit fortement. 

Purification. — Pour purifier le produit obtenu, on le 
mélange avec 12 pour 100 de son poids d'une solution de 
potasse caustique, marquant 152° au densimètre : on 
maintient les liquides en contact durant 48 heures, en 
prenant le soin de les agiter souvent. 

L'éther est ensuite décanté à l'aide d'un siphon de verre ; 
on le mélange avec 6 pour 100 d'huile d'amandes douces 
et on le soumet à la distillation, au bain-marie, dans un 
alambic bien sécbé. On recueille seulement les quatre 



ANESTHÉSIE GENERALE. 53 

premiers cinquièmes de l'éther ; le dernier cinquième 
mis à part servira pour une opération suivante. 

L'éther, ainsi obtenu, est agité avec deux fois son vo- 
lume d'eau distillée; puis, après un repos suffisant, on 
le décante et on le met en contact pendant 56 heures 
avec un dixième de son poids d'un mélange à parties 
égales de chlorure de calcium fondu et de chaux éteinte 
calcinée : on agite fréquemment et vigoureusement. 

On décante ensuite et on distille au bain-marie, en ne 
recueillant que les neuf dixièmes du produit. 

Caractères. — L'éther, ainsi purifié, a une odeur suave 
et pénétrante, une saveur brûlante. 

Sa densité est de 0,756 à zéro et de 0,720 à 15°. 

Il bout à 54°, 5. 

La vapeur d'éther a pour densité 2,565. 

L'éther est soluble dans 9 parties d'eau; il dissout 
lui-même 1/56 de son poids de ce liquide; il se dissout 
en toutes proportions dans l'alcool, les huiles volatiles et 
fixes. 

S'il est bien privé d'alcool et d'eau, il reste parfaite- 
ment incolore en présence d'un cristal de fuchsine. 

Les vapeurs d'éther sont extrêmement inflammables : 
c'est ce qui rend l'emploi de cet agent fort dangereux. 
Aussi, un vase ouvert contenant de l'éther étant placé 
dans un courant d'air, il est possible d'enflammer l'éther 
en plaçant dans le courant d'air qui entraîne les va- 
peurs une allumette enflammée, même à la distance de 
plusieurs mètres. On ne doit donc jamais manier l'éther 
près d'une lumière ou d'un foyer. Cependant un charbon 
rouge plongé dans le liquide ne l'enflamme pas. 

Cette propriété des vapeurs d'éther empêche de s'en 
servir toutes les fois que l'on doit opérer à la lumière 
des lampes, ou que l'on doit .employer le thermocautère, 
ou dans le voisinage d'un feu quelconque. 
^ La découverte des propriétés anesthésiques de l'éther 
appartient aux Américains. Il était déjà connu comme 
médicament. En 1775, M. Pearson, de Birmingham, l'em- 
ployait en inhalations pour le traitement de l'asthme, et 



54 ANESTHES1E GENERALE. 

plus tard, au commencement du siècle, on s'en servait 
également pour combattre la phtisie. 

En 1818, le journal anglais des Sciences et des arts 
publiait une note attribuée à Faraday : cette note faisait 
savoir qu'on pouvait obtenir des effets semblables à ceux 
du protoxyde d'azote en faisant respirer un mélange d'air 
et de vapeurs d'éther. Un fait était cité à l'appui : un 
homme après avoir respiré des vapeurs d'éther était 
tombé dans un état léthargique qui avait duré 30 heures. 

Ces propriétés narcotiques de l'éther furent rapide- 
ment connues et les expériences commencèrent de tous 
les côtés : Orfila, Brodie, Giacomoni, Christison, le pro- 
fesseur Cruveilhier publièrent le résultat de leurs recher- 
ches sur les animaux et sur l'homme, et les effets stupé- 
fiants qu'ils avaient obtenus. Les inhalations d'éther 
devinrent à la mode, ce fut un engouement général, et, 
comme le dit Figuier, « les élèves de chimie dans les 
cours publics, les apprentis dans les laboratoires de 
pharmacie, étaient dans l'habitude de respirer des va- 
peurs d'éther comme objet d'amusement, ou pour se 
procurer cette ivresse de nature si spéciale qui résultait 
de l'inspiration du protoxyde d'azote. La tradition qui con- 
firme cette pratique est encore vivante en Angleterre et 
aux États-Unis. » 

Malgré la vulgarisation de ces propriétés spéciales de 
l'éther, aucun essai d'opération chirurgicale sous l'in- 
fluence de ce narcotique ne fut tenté à cette époque : ses 
propriétés anesthésiques restèrent dans l'ombre et ne 
furent produites au grand jour que beaucoup plus tard, 
en 1841, par le docteur américain Jackson. 

Jackson avait abandonné la médecine pour se livrer 
entièrement aux études de chimie. Ayant un jour, dans 
son laboratoire, aspiré involontairement une grande quan- 
tité de chlore, provenant d'une bouteille brisée par acci- 
dent, il eut l'idée de respirer des vapeurs d'éther et 
d'ammoniaque, non pas pour calmer l'irritation des voies 
respiratoires, mais dans la pensée, bien naturelle à un 
chimiste, de transformer ainsi le chlore en chlorhydrate 



ANESTHESIE GENERALE. jo 

d'ammoniaque. L'inlialation de l'éther supprima pres- 
que immédiatement la douleur et amena successivement 
d'autres phénomènes d'insensibilité, qui lui donnèrent 
cette conviction que sous cette influence on pouvait 
opérer un malade sans qu'il ressentit la moindre dou- 
leur. 

D'après ses conseils, le dentiste Morton en fit le pre- 
mier essai, pour l'extraction d'une dent, avec grand suc- 
cès. Les éthérisations se multiplièrent dans son cabinet, 
mais y restaient confinées, lorsque, poussé par Jackson, 
il proposa son moyen d'anéantir la douleur au chirur- 
gien de l'hôpital général du Massachusetts. Le 14 octo- 
bre 1846, une opération fut faite sur un malade endormi 
par Morton; au réveil, le malade déclara n'avoir rien 
ressenti. 

Le 18 du même mois, et le 7 novembre suivant, de 
nouvelles opérations furent faites avec le même succès; 
les propriétés anesthésiques de l'éther étaient définitive- 
ment reconnues. 

Dès la fin de 1846, les dentistes anglais, les médecins 
ensuite, connurent les secrets de l'éthérisation, et de 
nombreuses expériences furent faites par Guthrie, La- 
wrence, Fergusson, etc. 

En France, c'est à Malgaigne qu'appartient l'honneur 
d'avoir, le premier, employé l'éther dans les opérations 
chirurgicales, à l'hôpital Saint-Louis. Le 12 janvier 1847, 
il rendit compte à l'Académie de médecine des résultats 
et des succès qu'il avait obtenus, et à partir de ce mo- 
ment les expérimentations se poursuivirent avec ardeur 
à Paris et en province ; les communications scientifiques 
furent innombrables ; la cause de l'éthérisation, défendue 
par les plus grands noms des savants, des chirurgiens 
français et étrangers, était désormais gagnée; l'éther en- 
trait comme un anesthésique incontesté dans la pratique 
de la chirurgie, et ne devait être détrôné que parle 
chloroforme. Londres, Boston, Naples, Lyon l'emploient 
encore aujourd'hui de préférence à son rival. 

Action physiologique. — Les inhalations d'éther don- 



56 ANESTIIÉS1E GÉNÉRALE. 

nent, au premier instant, à la bouche et au pharynx la 
sensation d'une brûlure et le sentiment d'une suffoca- 
tion imminente; son action semble double : indirecte sur 
les nerfs centraux qui subissent son pouvoir anesthésique, 
et directe sur les extrémités des nerfs du pharynx et des 
voies respiratoires; sous son influence la salivation aug- 
mente, ainsi que la sécrétion aqueuse des muqueuses 
des bronches. En contact avec la peau ou les muqueuses, 
il produit un froid très marqué, assez intense pour être 
utilisé clans certains cas d'anesthésie locale. 

L'éther apporte de grands troubles dans la respiration : 
au début des inhalations, les mouvements respiratoires 
sont précipités et profonds, mais ils deviennent bientôt 
plus lents et plus superficiels, et finiraient par cesser 
complètement si l'on continuait Féthérisation. 

L'action du cœur également augmente d'abord, les 
battements sont plus forts et plus rapides : puis ils se 
calment et deviennent très faibles, mais cette faiblesse 
ne présente aucun danger. La pression du sang augmente 
jusqu'à ce que l'anesthésie soit complète : une dépression 
se produit alors. Le sang afflue à la peau, qui devient rouge 
avec de la sueur et une éruption roséolique. 

Sous l'influence de l'éther les muscles raidissent 
d'abord, mais celte raideur n'est pas de longue durée, 
elle cesse bientôt, ils deviennent mous et flasques ; chez 
certaines personnes la période de raideur se prolonge 
plus que chez d'autres, de même que les muscles des 
différentes parties du corps n'arrivent pas tous en même 
temps à l'état de résolution. 

Le système nerveux est aussi profondément affecté. 
L'action de l'élher atteint d'abord les hémisphères céré- 
braux et leur cause une excitation passagère; le patient 
très excité a du délire, des hallucinations, du désordre 
dans les idées ; il lutte, il crie, il se débat, il veut 
s'échapper. Cette excitation est beaucoup plus violente 
chez les alcooliques, les femmes et les enfants. Mais 
bientôt cette période d'agitation cesse, les hémisphères 
cérébraux ne fonctionnent plus; la parole est faible, à 



ANESTHESIE GENERALE. 57 

peine articulée ; le malade n'a plus la conscience de ses 
mouvements, les nerfs moteurs eux-mêmes ne répondent 
plus à aucune excitation, si ce n'est à une excitation 
électrique : c'est le repos absolu, le sommeil. 

Peu après, la moelle, atteinte par l'intoxication, est 
pi'ise à son tour, la sensibilité disparaît, l'anesthésie 
commence. Si les inhalations continuent, les centres 
moteurs sont bientôt paralysés, la respiration est arrêtée, 
le cœur cesse de battre. Ce résultat semble être dû à 
l'action de l'éther transporté par le sang aux centres 
nerveux, comme cela a lieu lorsque cet agent anesthé- 
sique est injecté dans les veines; l'éther agit donc d'abord 
comme un stimulant, puis comme un déprimant. Sous 
l'influence de l'éther la température du corps s'abaisse 
de 1°,5 à o° centigrades. Les sécrétions augmentent, 
excepté peut-être celles des reins. L'élimination est 
rapide et se fait principalement par les poumons. 

Il y a des cas où l'on ne saurait l'employer : 

1° Dans toutes les opérations sur la bouche, le nez, 
les joues, le pharynx, en un mot dans toutes celles qui 
exigent que la bouche et le nez soient découverts, la 
rapidité avec laquelle le patient reprend conscience dès 
que les inhalations sont interrompues, ne permettant pas 
au chirurgien de prolonger son opération. 

2° On ne peut l'employer sur des malades atteints de 
bronchite, ou dont les bronches sont délicates; de même 
avec les emphysémateux prononcés et les asthmatiques, 
car l'éther excite la toux et ferme les bronches par les 
sécrétions exagérées qu'il provoque. 

5° Dans les maladies des reins, l'éther ayant la pro- 
priété d'arrêter les urines; on ne l'emploiera donc, dans 
ce cas, qu'avec de très grandes précautions. 

L'action vaso-dilatatrice de l'éther est également une 
contre-indication de son emploi chez les personnes dont 
les artères sont probablement fragiles, athéromateuses 
ou chez lesquelles la circulation se fait mal. On sait que 
lorsqu'une hémorragie cérébrale a eu lieu, par suite de 
la rupture d'une artériole, l'éther, par la grande tension 



58 ANESTHESIE GENERALE. 

qu'il occasionne aux artères, peut renouveler ce terrible 
accident. 

Comme l'éther accélère la respiration et provoque très 
fréquemment des accès de toux, il ne faudra pas l'em- 
ployer toutes les fois que ces effets consécutifs aux pre- 
mières inhalations pourront être nuisibles au malade ou 
au succès de l'opération. 

Les tumeurs du cerveau, une obstruction intestinale, 
des tumeurs cancéreuses, sont également des contre - 
indications de son emploi. 

Mode d'administration. — Les principales recomman- 
dations sont celles-ci : 

Il faut que l'air respiré soit saturé de vapeurs d'éther, 
mais que les vapeurs ne puissent pas se. répandre dans la 
chambre où se fait l'opération, au grand préjudice de 
l'opérateur et des personnes qui l'assistent. — Il est im- 
portant que pendant les premières inhalations le malade 
ne respire que des vapeurs assez diluées, pour ne pas 
irriter le larynx. L'éther ne saurait être convenablement 
donné, pour tous ces motifs, sur une compresse. 

L'inhalateur de Clover est celui qui répond le mieux 
à toutes les conditions nécessaires pour de bonnes inha- 
lations, et c'est aussi celui qui réalise assurément la plus 
grande économie d'anesthésique. 

La figure suivante le représente : 

Le cornet ou masque, face-piece, dit Buxton, est bordé 
d'un coussin à air. Cette pièce est variable, de dimensions 
diverses, et il faut choisir celle qui s'adapte le mieux au 
visage du patient. Le réservoir d'éther et la chambre à 
eau qui l'entoure et le maintient à la température néces- 
saire pour l'évaporation, tournent sur la monture de 
cette face-piece. Au débet, au moment où l'appareil est 
appliqué, le goulot de la chambre à eau doit être opposé 
au front du patient, et l'indicateur qui marche sur la 
partie inférieure de cette chambre à eau doit marquer 
zéro. Le sac à air ne doit pas être mis en place avant 
que le malade ait fait deux ou trois inspirations; on le 
gonfle alors d'air et on le fixe au bout supérieur de la 



ÀNESTHÉSIÉ GÉNÉRALE. 39 

chambre à eau, comme l'indique la figure. — Quand on 
fait tourner le vase qui contient l'éther, l'indicateur passe 
successivement du zéro à 1, 2, 5, et enfin au trait marqué 
F, l'air traverse le vase à éther avant d'arriver au sac, et 
le patient aspire graduellement une atmosphère saturée 
de plus en plus d'éther. — Avant de commencer l'opéra- 
tion on verse dans le réservoir deux onces (57 grammes 
environ, exactement 56 gr. 8) d'éther, et cette quantité 




Fi g. 1. — Inhalateur d'éther de Clover. 

est le plus souvent suffisante. L'ouverture est pratiquée de 
telle façon qu'on ne peut en user une grande quantité ; il 
n'est pas possible que quelques gouttes puissent s'échapper 
par les ouvertures intérieures. 

Le réservoir d'éther et la chambre à eau qui l'entoure 
sont disposés de telle sorte que, bien que la vapeur 
puisse s'échapper librement, aucun fluide ne déborde, 
dans quelque position que soit placé l'inhalateur. Au 
centre de la chambre à eau se trouve un tuyau qui est en 
communication avec l'intérieur du réservoir d'éther, la 
vapeur passe dans ce tuyau. En bas un cylindre métallique 



40 ANESTHESIE GENERALE. 

creux, ajusté à la face-piece et façonné à sa partie supé- 
rieure comme l'embouchure d'une clarinette, entre dans 
ce tuyau, le ferme et peut en même temps tourner avec 
le cornet; à ce cylindre est adapté un long indicateur 
métallique coudé à angle droit à son extrémité. En haut 
est fixé un cylindre métallique semblable, de sorte que 
les deux embouchures de clarinette sont adjacentes, l'une, 
l'inférieure, pouvant tourner, l'autre, la supérieure, étant 
fixe. Enfin le tuyau est complètement fermé en haut par 
le sac à air, qui est fixé sur un cylindre métallique qui 
ferme le tuyau, mais qui se meut librement dans ce 
tuyau. L'éther ne peut arriver au patient que lorsque les 
deux embouchures de clarinette coïncident partiellement 
ou totalement. Quand l'embouchure de clarinette infé- 
rieure est mise en mouvement, l'indicateur tourne avec 
elle; si cet index est sur le zéro, cela veut dire que le 
passage de l'éther est fermé, le patient respire simple- 
ment de l'air qui passe par le tuyau en venant du sac. 
Aussitôt que l'indicateur s'écarte du zéro, les embou- 
chures de clarinette cessent d'intercepter le passage, 
l'air entre dans la chambre à éther et s'imprègne de ses 
vapeurs. Lorsque l'indicateur arrive à F, le patient n'as- 
pire que de la vapeur d'éther diluée seulement par l'air 
qu'il exhale de ses poumons. 

Voici les précautions nécessaires pour un bon emploi 
de l'appareil, et pour obtenir l'anesthésie dans les condi- 
tions les plus favorables. 

On choisit d'abord, comme nous l'avons dit, un cornet 
qui s'adapte parfaitement au visage du malade : on verse 
dans le réservoir 57 grammes d'éther (deux onces anglaises), 
on enlève le sac à air, et on met l'index à zéro. On enjoint 
alors au patient d'aspirer profondément, et on applique, 
fortement mais avec douceur, le masque sur son visage. 
Une pression uniforme est bien supportée, il n'en serait 
pas de môme d'une pression brusque et inégale. Quand le 
patient a respiré deux ou trois fois très largement, le sac 
à air est gonflé et fixé à l'ouverture supérieure du dôme, 
le patient ne respire alors que l'air du sac. L'index est mis 



ANESTHÉSIE GENERALE. 41 

en mouvement et poussé de zéro à 1 : le patient respire 
un quart d'éther et trois quarts d'air. Quelques inspira- 
tions d'éther ainsi dilué habituent le larynx à cette vapeur 
irritante, et empêchent la toux, le spasme et la sensation 
désagréable de suffocation qui ne manquent pas d'avoir 
lieu lorsque, au début de l'inhalation, on donne au patient 
une atmosphère fortement chargée d'éther. Quand celte 
tolérance est acquise, l'index est poussé sur le chiffre 2 : 
le patient respire alors moitié éther, moitié air. Si cette 
atmosphère plus chargée d'éther ne l'incommode pas, on 
peut après quelques secondes pousser l'indicateur au 
chiffre 5 (trois parties d'éther, une partie d'air) et enfin à F, 
c'est-à-dire tout éther. Il faut de 10 secondes à 2 minutes 
et demie pour que le patient soit complètement inconscient 
et prêt pour l'opération. Quelques personnes ont besoin 
de plus d'éther pour, arrivera ce point; ceux qui résistent 
à l'anesthésie en ne respirant pas ou en respirant aussi 
peu que possible retardent beaucoup le moment de l'in- 
sensibilité. Ces personnes d'ailleurs souffrent aussi beau- 
coup plus que les autres, parce qu'en agissant ainsi elles 
se donnent volontairement une demi-asphyxie et toutes 
les sensations pénibles de la suffocation. 

Aussitôt que l'anesthésie complète est bien établie, l'in- 
dicateur est ramené sur le chiffre 2, et y demeure pen- 
dant tout le temps de l'opération. 

Il peut être nécessaire, par un temps chaud, ou pour 
une opération prolongée, de remettre de l'éther dans le 
récipient. Cela se fait très facilement en éloignant l'appa- 
reil du visage du patient, on enlève le bouchon, on verse 
l'éther nécessaire et on rebouche avec soin. 

Si l'opération est longue, il est prudent de retirer de 
temps en temps, toutes les six respirations à peu près, 
l'appareil du visage du patient, afin qu'il puisse prendre 
quelques aspirations d'air pur. On reconnaîtra la néces- 
sité de cette précaution par le degré de cyanose apparent 
de la face, et par le caractère de la respiration et des bat- 
tements du pouls. Il est bon de se rappeler que la quantité 
d'anesthésique nécessaire pour produire l'anesthésie est 



42 ANESTHESIE GENERALE. 

beaucoup plus grande que celle nécessaire pour le main- 
tenir dans cet état. De plus, le degré de narcose à obtenir 
n'est pas invariable; bien au contraire, il varie suivant la 
région du corps où doit se faire l'opération. (Buxton, Anœs- 
t lie tics.) 

En Amérique, on se sert le plus souvent d'un simple 
cône. Une éponge imbibée d'éther est placée dans ce cône; 
pour, renouveler on renverse simplement le cône et on 
ajoute de l'éther. 

L'inhalateur du D r Ormsby (fig. 2) n'est qu'une modifi- 
cation de ce cône. D'autres appareils du même genre, et 
qui s'en écartent plus ou moins, ont été également in- 
ventés par les Américains; aucun d'eux ne présente de 
supériorité incontestable. 

Effets des inhalations. — Ces effets sont très variables 
suivant que l'anesthésie est rapide ou lente : il y a avan- 
tage à ce qu'elle soit rapide,, afin de rendre aussi peu 
prolongée que possible la période d'excitation. 

• Dès les premières aspirations des vapeurs d'éther, le 
patient tousse, retient sa respiration et essaye de résistera 
l'inhalation. Ce premier résultat est proportionné à l'abon- 
dance des vapeurs inspirées, il cesse au bout de quelques 
inhalations, la face se colore, le regard devient vague et 
la respiration rapide. Le pouls est large, accéléré, plus 
mou que d'habitude. Quoique déjà engourdi, le patient 
peut encore accomplir certains mouvements, certains actes 
conscients, comme de tirer la langue hors de la bouche 
si on le lui ordonne à haute et forte voix. 

Cette période de suffocation est bientôt remplacée par 
une période de gaieté, d'excitation; la dyspnée cesse, la 
respiration est large et profonde, les pupilles se con- 
tractent le plus souvent. Puis vientune tendance au délire, 
une sorte d'anémie cérébrale, avec cris et mouvements 
désordonnés : la respiration et les mouvements du cœur 
sont accélérés fortement, la peau est moite, la face noi- 
râtre. Une période de repos lui succède ; le but d'une 
éthérisation bien faite doit être d'y arriver le plus tôt 
possible et de raccourcir ainsi l'état de délire et d'excita- 



ANESTHÉSIE GENERALE. 



lion. Dans ce nouvel état, les membres se raidissent, les 
muscles se contractent violemment, tout le corps devient 
rigide. La respiration est embarrassée par la raideur des 
muscles du thorax, et il est nécessaire d'y veiller. Si la 
respiration s'arrête, il faut immédiatement pratiquer la 
respiration artificielle et forcer l'air à rentrer dans les 
poumons. La pupille se 
dilate, la peau est cou- 
verte de sueur : une 
éruption roséolique ap- 
paraît par plaques au 
cou et à la poitrine ; ces 
plaques deviennent noi- 
râtres. Le pouls reprend 
sa marche ordinaire, et, 
quoique mou, il est 
régulier et plus fort 
qu'avant les inhala- 
tions. 

Bientôt la résolution 
musculaire arrive : le 
patient est complètement 
insensible à toute exci- 
tation extérieure, les 
muscles sont flasques; 
la respiration, quoique 
plus rapide qu'à l'état 
normal, est beaucoup 
plus profonde, l'anes- 
thésie est complète et l'opération peut commencer. 

Accidents de Véthér nation. — L'anesthésie par l'éther 
n'est pas exempte d'inconvénients et d'accidents, quel- 
quefois fort graves. Les principaux et les plus fréquents 
ont pour siège les voies respiratoires. — La respiration 
peut être arrêtée par l'obstruction du larynx : l'orifice 
de la glotte étant fermé ne laisse plus l'air arriver aux 
poumons. Dans d'autres circonstances le même inconvé- 
nient peut avoir lieu par la rigidité des mâchoires, les 




Fk 



2. — Inhalateur d'éther 
du D r Ormsby. 



44 ANESTHESIE GENERALE. 

dents restant fortement serrées ; l'inspiration par le nez 
est le plus souvent embarrassée par les narines rappro- 
chées de la cloison centrale ; le peu d'air qui entre par 
cette voie est insuffisant et le patient se cyanose. Le 
spasme du larynx est moins à redouter: qu'il soit parliel 
ou complet, la respiration continue. 

On obvie à cet accident en renversant la tête en arrière 
et en amenant la langue au dehors ; la respiration re- 
prend presque toujours : dans le cas contraire, il faut 
avoir recours à la trachéotomie. 

Un accident plus grave, mais fort heureusement aussi 
beaucoup plus rare, c'est l'arrêt des mouvements respi- 
ratoires par la rigidité des muscles du thorax : il faut 
alors et immédiatement pratiquer la respiration arti- 
ficielle. 

Si les inhalations d'éther continuent trop longtemps 
sans précaution, et s'il n'arrive pas de temps en temps de 
l'air frais dans les poumons du patient, la respiration 
peut s'arrêter, bien que les muscles continuent à se trou- 
ver dans l'état de résolution et parfaitement flasques. Cet 
accident est la conséquence de l'excès d'éther entraîné 
par le sang aux centres nerveux. Le remède est dans la 
respiration artificielle : si elle est convenablement faite, 
le sang reprend l'oxygène qui lui est nécessaire, et les 
centres nerveux, sous l'influence de ce sang renouvelé, 
retrouvent leur action sur le mécanisme de la respiration, 
qui redevient normale. 

Les troubles du côté du cœur sont rares : on cite 
cependant quelques cas de syncopes fatales au commen- 
cement des inhalations, mais nous ne croyons pas que 
ces accidents soient uniquement occasionnés par l'éther. 

Un inconvénient de moindre importance, mais qu'il est 
bon de surveiller, consiste dans la sécrétion exagérée des 
muqueuses de la bouche et de tout le trajet respira- 
toire. 

Des accès de toux surviennent souvent, surtout lors- 
qu'au début des inhalations les vapeurs d'éther sont trop 
concentrées; mais ce serait, clans ce cas, faire une fausse 



ANESTHESIE GENERALE. 45 

manœuvre que de retirer l'inhalateur : il faut au con- 
traire, lorsque cela a lieu, presser l'inhalation et pousser 
à l'anesthésie. 

Les vomissements sont presque toujours la conséquence 
de trop faibles closes d'éther et d'une tendance de retour 
à l'état normal ; on observe alors une respiration profonde 
et irrégulière, accompagnée de bâillements. Puis vien- 
nent des efforts pour avaler, une respiration rapide et 
principalement abdominale, et enfin les vomissements. 

Deux précautions sont alors indispensables : d'abord 
de débarrasser le malade des matières qu'il vomit, pour 
éviter qu'elles soient entraînées dans le larynx par l'as- 
piration large qui suit d'habitude le vomissement, puis 
d'empêcher le retour à la vie normale. Pour cela, il faut, 
sans lever le patient, incliner la tête sur le côté, essuyer 
avec un linge les matières rejetées, et appliquer vivement 
l'inhalateur; si les vomissements recommencent, avoir 
recours de nouveau à la même manœuvre. Mais, le plus 
souvent, une dose plus forte, quoique prudente, de 
l'anesthésique donnée au premier symptôme arrête et 
prévient les vomissements. — Si cependant, et malgré 
toutes les précautions prises, les vomissements ont lieu, 
il faut veiller avec soin à ce que les matières rejetées ne 
puissent venir engorger les voies respiratoires. — Trois 
ou quatre heures après la fin de l'anesthésie on peut 
donner au malade des stimulants. On doit l'encourager 
à prendre de temps eu temps de petites cuillerées d'eau 
très chaude : l'eau tiède provoque les vomissements, Teau 
chaude les calme ; il ne faut pas se servir, pour donner 
l'eau chaude, d'une cuiller en métal, qui aurait l'incon- 
vénient de brûler la langue ou les lèvres. Dans d'autres 
cas on se trouvera bien d'eau de Seltz glacée donnée 
peu à peu par petites cuillerées, ou bien de café noir 
froid avec du bromure (0 gr. 60 pour une petite tasse). 
Repos absolu; le malade, couché sur le dos, est placé 
dans une chambre bien aérée, les fenêtres ouvertes, bien 
chaudement enveloppé de couvertures de laine. Si les 
vomissements ne sont pas trop violents on peut donner 



46 ANESTIIESIE GENERALE. 

à sucer de petits morceaux de glace, mais il faut user 
de ce remède- avec modération, la glace pouvant avoir 
pour l'estomac de graves inconvénients. 

Si les vomissements ne cessent pas, si le malade est 
affaissé, de petites cuillerées de Champagne frappé 
données de quart d'heure en quart d'heure procurent un 
grand soulagement. 

Chez quelques personnes, ces nausées et ces vomisse- 
ments sont tenaces et très douloureux. Dans ce cas on 
emploiera de faibles doses de teinture de noix vomique : 
on donnera mill. 060 (deux gouttes) dans une cuillerée 
à café d'eau chaude, toutes les dix minutes pendant une 
heure. Le docteur Ringer conseille d'essayer quelques 
gouttes de vin d'ipéca. — L'acide hydrocyanique dilué, 
à la dose de mill. 060 (une goutte), peut également 
rendre de grands services. (Procédé anglais.) 

Le hoquet, quelquefois opiniâtre, est aussi un effet 
consécutif de l'éthérisation : on s'en rend maître par une 
infusion de moutarde prise à petites gorgées (28 grammes 
dans 14 centimètres cubes d'eau chaude) ; il y a d'autres 
remèdes moins agréables, le musc, le chloral, et les in- 
jections hypodermiques de morphine. — On réussit sou- 
vent avec une petite tasse de thé vert, très fort et très 
chaud, sans sucre et sans lait. 

Injections hypodermiques. — On emploie aussi l'éther 
en injections hypodermiques. Il est important qu'il soit 
absolument pur et qu'il ne contienne ni eau, ni alcool, 
ni acide sulfurique. 

La seringue ne devra pas avoir de soudure, et il faut 
faire l'injection dans une région riche en tissu adipeux 
et aussi loin que possible du voisinage des vaisseaux et 
des nerfs. 

D'après R. Wallace, le lieu d'élection est le tissu cellu- 
laire sous-cutané ; et si on fait l'injection dans un mus- 
cle, il faut choisir une masse de tissu épaisse, telle que 
le deltoïde ou le grand dorsal . 

L'injection d'éther est immédiatement suivie d'une 
douleur très vive, et c'est pour cela qu'on s'en sert dans 



ANESTHESIE GENERALE. 47 

tous les cas de collapsus, quelle qu'en soit la cause. 

Il y a très rarement des abcès consécutifs, mais les 
injections hypodermiques d'éther ne sont pas, malgré 
cela, exemptes de dangers; on a observé des accidents 
graves du côté de la motilité et de la sensibilité, des cas 
de paralysie. 

Les injections d'éther sont devenues classiques dans la 
période algide du choléra et dans les cas de coma de la 
fièvre typhoïde. Kums s'en est servi dans des cas de coli- 
ques hépatiques. Dans deux cas le résultat a été satis- 
faisant : on peut y avoir recours quand on cesse de faire 
les injections de morphine. 



DE L ETHER EN OBSTETRIQUE 

Dès que les propriétés anesthésiques de l'éther furent 
connues, il entra presque aussitôt dans la pratique de 
l'obstétrique. Le 19 janvier 1847, Simpson s'en servit 
pour la première fois, dans un cas de rétrécissement du 
bassin : l'éther fut donné avant l'application du forceps, 
et le résultat fut satisfaisant : l'utérus continua à se 
contracter régulièrement. D'autres tentatives heureuses 
suivirent et fournirent à l'éminent professeur un faisceau 
d'observations sérieuses, qu'il communiqua le 10 fé- 
vrier 1847 à la Société obstétricale d'Edimbourg, et qui 
établirent les bases de l'anesthésie obstétricale. 

Dans la même année, et presque en même temps, 
Fournier, Deschamps, Dubois publiaient à Paris des 
observations semblables, et cet exemple fut suivi de près 
par MM. Stolz, à Strasbourg, Eugène Dumas, à Montpel- 
lier, Hauner, à Mannheim, Siebold, à Gœttingue, Grenser, 
à Dresde. Leurs observations, publiées dans les journaux 
spéciaux, vinrent confirmer les conclusions de leurs pré- 
décesseurs et fixer l'opinion générale sur la valeur 
réelle de cette nouvelle méthode, qui fut bientôt appli- 
quée par la plus grande partie des chirurgiens, surtout 
à l'étranger. 



48 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

En France, et aussi en Belgique, l'enthousiasme ne fut 
pas le même : là où les médecins anglais voyaient une 
méthode qu'il fallait vulgariser à outrance et appliquer 
à tous les accouchements, les accoucheurs français ap- 
portaient de nombreuses réserves à sa pratique journa- 
lière, et le D r Graux put dire à l'Académie belge, sans 
soulever de controverse : « L'obstétrique lui devra peu 
de chose : la femme est condamnée à enfanter dans la 
douleur ». 

Tout autre était la confiance de Simpson dans la valeur 
de la nouvelle méthode ; il était si convaincu, qu'il an- 
nonçait sans hésiter qu'avant cinquante ans elle serait 
d'un usage universel et que l'accouchement avec douleur 
serait une exception fort rare. 

La théorie de la non-intervention des anesthésiques en 
obstétrique fut généralement et pendant quelques années 
encore, même après la vulgarisation du chloroforme, la 
règle de conduite des accoucheurs français. 

Des études ont été faites par M. Francis Minot, méde- 
cin de l'hôpital général du Massachusetts, dans le but de 
savoir si l'éthérisation n'amenait pas d'hémorragies 
après l'accouchement : d'après ses conclusions, l'éther 
ne produit pas l'hémorragie, mais il favorise l'écoule- 
ment sanguin chez les femmes faibles, fatiguées, surtout 
lorsque le travail de l'accouchement est laborieux et 
pénible. 

L'éther est en obstétrique un auxiliaire utile, lors- 
qu'on se propose de calmer clans une certaine mesure 
les douleurs, et d'obtenir une demi-anesthésie, mais il 
présente de grands inconvénients ; on ne peut le donner 
la nuit, à la lumière, car il s'enflamme même à distance; 
on ne peut le donner à l'air libre, sur une compresse, de 
peur d'anesthésier l'accoucheur, voire même les assistants, 
il faut donc se servir, de toute nécessité, d'un appareil, 
d'un masque : il faut de plus en employer de très gran- 
des quantités, et attendre quelquefois longtemps le sou- 
lagement: il ne peut donc entrer en lutte avec le chloro- 
forme dans la pratique journalière de l'obstétrique. 






ANESTIIESIE GENERALE. 49 



7° Protoxyde d'azote. 

Sommaire. — Caractères. — Préparation et. purification. — Inhalations ; 
Appareil d'Heymen-Billard. — Mémoire de V. Bert. — Cloche Fontaine 
lixe. — Cloche Fontaine mobile. — Travaux de M. Martin, de Lyon. 
— Du protoxyde d'azote en obstétrique. 



Le protoxyde d'azote (Az 2 2 ) a été découvert, en 1772, 
par Priestley. 

Nous avons dit, dans les premières pages de ce manuel, 
que les propriétés anesthésiques de ce gaz, reconnu par 
Davy, en 1799, ne furent mises en pratique qu'en 1844, 
par le dentiste américain Horace Wells, qui conçut l'idée 
de s'en servir pour supprimer la douleur dans l'extrac- 
tion des dents. 

Le protoxyde d'azote est un gaz neutre, incolore et 
inodore, composé, comme l'air, d'oxygène et d'azote, 
mais dans des proportions différentes, le protoxyde d'azote 
contenant une plus grande quantité d'oxygène. 

Le protoxyde d'azote possède une partie des propriétés 
chimiques de l'oxygène : comme lui, il active la com- 
bustion des corps en ignition. 

Il devient liquide sous une pression de 50 atmosphères 
et à la température de zéro à 7 degrés, ce qui permet de 
le transporter dans des récipients métalliques; il devient 
solide à 100 degrés. 

L'eau froide dissout son poids de ce gaz, l'eau chaude 
le dissout en quantités moindres. Il se décompose sous 
l'influence d'une chaleur rouge ou d'une série d'étincelles 
électriques. 

Préparation et purification. — On l'obtient en chauf- 
fant dans une cornue de l'azotate d'ammoniaque bien 
pulvérisé. L'azotate d'ammoniaque fond, se décompose en 
eau et en protoxyde d'azote, que reçoit un récipient 
réuni à la cornue. 

Dans la pratique chirurgicale il est nécessaire d'avoir 
ce gaz complètement pur, débarrassé des corps étrangers 

4 




50 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. • 

pourrait contenir. Pour arriver à ce résultat, on 
interpose entre la cornue et le récipient trois, quatre et 
même cinq vases à moitié remplis d'eau. La forme et la 
disposition de ces vases peuvent varier : ou bien ils por- 
tent avec eux deux tubulures qui permettent de les unir 
*M'un îfljautre, avec la cornue et le récipient, par de forts 
tubes en caoutchouc, ou bien ils sont fermés par un bou- 
^ chonSfe caoutchouc percé de deux trous, dans lesquels 
^ passant des tubes en verre recourbés. 

L# préparation de ce gaz est donc bien simple; il y a 
cependant une précaution importante à prendre. Si la 
~* cornue chauffe trop vite, si la chaleur est considérable, la 
production du gaz est rapide, il s'échappe avec force et 
traverse en bouillonnant l'eau des vases sans se purifier. 
11 faut donc que l'action de la chaleur soit lente et régu- 
lière. 

Nous avons dit que le protoxyde d'azote devient liquide 
sous une pression de 50 atmosphères ; nous ne donnerons 
pas ici la description des machines compliquées qui arri- 
vent à ce résultat. Cette condensation permet de trans- 
porter sous un petit volume une grande quantité de gaz; 
une bouteille en contient environ 500 litres. 

Divers appareils ont été inventés pour l'administration 
du gaz liquide : ils se composent d'une bouteille métal- 
lique contenant le gaz, d'un ballon de réception et d'un 
inhalateur. 

Les inhalateurs sont ordinairement construits avec 
deux soupapes : l'une d'inspiration, l'autre d'expiration, 
Le malade inspire directement dans la bouteille qui con- 
tient le gaz et expire dans l'air. Mais les phénomènes 
chimiques ordinaires de la respiration sont très modifiés 
dans l'état anesthésique; voici ce qui se passe avec le 
protoxyde d'azote : aux premières expirations le malade 
rejette bien de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau, 
mais bientôt apparaît une certaine quantité de protoxyde 
d'azote, qui devient de plus en plus abondante, à mesure 
que les inhalations se prolongent ; il y a donc perte ab- 
solue d'un produit très coûteux. 



ANESTHÉSIE GENERALE. 51 

Pour obvier à cet inconvénient, on a cherché à utiliser 
cet excès de gaz, en supprimant la soupape d'expiration, 
le malade accomplissant dans le même sac les deux actes 
de la respiration. 

Mais les inconvénients de ce procédé ne tardèrent pas 
à être signalés : le malade absorbait un mélange d'acide 
carbonique et de protoxyde d'azote : les lèvres, les extré- 
mités se cyanosaient, prenaient une coloration bleue, 
violette, noire; l'anesthésic devenait de l'asphyxie. 

Les recherches continuèrent et l'on est parvenu à pu- 
rifier le protoxyde d'azote expiré, à le séparer de l'acide 
carbonique et de la vapeur d'eau en faisant passer les 
produits de l'expiration à travers une solution de potasse 
caustique, ou une bouillie de chaux, qui s'emparent de 
l'acide carbonique pour former un carbonate de chaux 
ou de potasse; la vapeur d'eau expirée est en grande 
partie absorbée par la propriété, hygrométrique du mé- 
lange, et s'il est très concentré, il n'en reste qu'une quan- 
tité négligeable. 

M. Heymen-Billard a présenté à la Clinique anesthé- 
sique de l'école dentaire libre de Paris un appareil qui 
réalise toutes les conditions désirables : il est simple et 
léger; son faible volume permet de le transporter faci- 
lement, et l'économie qui résulte de son emploi est con- 
sidérable; en voici la description, que nous empruntons à 
V Aide-Mémoire du Chirurgien-Dentiste de 1885: 

« Nous ne parlerons pas de la bouteille contenant le 
protoxyde d'azote liquéfié, ni du ballon de caoutchouc et 
de ses conduits, qui n'offrent pas de modifications. 

« Tout l'intérêt se concentre sur l'embouchure et le 
purificateur dont la figure 3 (p. 55) donne une idée exacte. 

« L'embouchure A est un cône tronqué, en caoutchouc, 
souple, malléable et compressible en tous sens, de façon 
à pouvoir s'appliquer hermétiquement sur le visage du 
malade en embrassant, à la fois, le nez et la bouche. 

« Ce cône tronqué est terminé par un manchon égale- 
ment en caoutchouc qui emboîte, à frottement dur, l'ex- 
trémité métallique B du purificateur. 



32 ANESTHESIE GENERALE. 

« Le purificateur se compose d'un cylindre métallique 
creux C, dont' la coupe est représentée à côté de la figure 
d'ensemble ; il est destiné à recevoir soit des fragments 
de pierre ponce imbibés d'une solution concentrée de 
potasse caustique , soit un goupillon préalablement trempé 
dans un lait de cbaux épaissi à consistance de bouillie. 
La base antérieure G du cylindre est un couvercle muni 
d'un pas de vis qui se monte ou se démonte à volonté et 
qui permet d'introduire soit la pierre ponce, soit le gou- 
pillon et de nettoyer la cavité du purificateur. 

« La base postérieure F, soudée au cylindre, présente 
un orifice circulaire, surmonté d'une portion de tube 
métallique destinée à s'emboîter avec le coude du tuyau 
d'arrivage du gaz. L'orifice de la face postérieure F est 
situé au-dessus de l'axe du cylindre, et cette position 
excentrique a pour but de permettre aux liquides con- 
tenus dans le purificateur (potasse caustique ou lait de 
cbaux) de se collecter à la partie inférieure du cylindre 
sans pouvoir pénétrer dans les tuyaux d'arrivée du gaz et 
de là dans le ballon. 

« La face supérieure du cylindre est enfin surmontée, 
à l'union de son quart antérieur avec ses trois quarts 
postérieurs, d'un coude métallique qui sert à le réunir à 
l'embouchure : le coude est muni d'un robinet que l'on 
retrouve dans tous les appareils ordinaires et qui permet 
de mettre l'embouchure en communication soit avec le 
gaz (position D), soit avec l'air extérieur (position E). 

« Supposons l'appareil monté et disposé pour l'anes- 
thésie, le ballon rempli . de ■ protoxyde d'azote pur, le 
purificateur chargé de potasse caustique ou de lait de 
chaux, l'embouchure bien appliquée sur le visage du 
malade, le robinet ouvert, c'est-à-dire amené en D; pen- 
dant l'inspiration, le protoxyde d'azote passe du ballon 
dans les poumons du malade; pendant l'expiration, les 
produits expirés (acide carbonique, vapeur d'eau et pro- 
toxyde d'azote) sont rejetés vers le ballon ; mais en 
traversant le purificateur, l'acide carbonique et une 
parlie de la vapeur d'eau se fixent sur l'alcali minéral; 



ANESTHESIE GENERALE. 



55 



le protoxyde d'azote et un peu de vapeur d'eau arrivent 
seuls jusqu'au ballon. 

« Après la première expiration, le ballon contient 




donc : le protoxyde d'azote pur resté après la première 
inspiration, l'excès de protoxyde d'azote expiré et une 
quantité de vapeur d'eau insignifiante. 

« C'est donc encore du protoxyde d'azote pur que le 



54 ANESTHESIE GENERALE. 

malade inhale pendant les inspirations suivantes. On le 
voit, la théorie démontre a priori que la conception de 
cet appareil si simple est rationnelle. 

« La pratique confirme de tous points ces données. » 

M. Auheau, auquel nous empruntons ces lignes, donne 
à la suite de cette description une série d'expériences qui 
démontrent qu'en employant ce procédé, l'interposition 
du lait de chaux sur le passage des gaz n'en modifie ni 
l'odeur ni la saveur; qu'avec huit litres de gaz, et dans 
l'espace de quarante secondes, on est parvenu à anesthé- 
sier assez profondément pour opérer l'extraction de 2, 5 
et même 4 dents; enfin que le malade n'éprouve, au ré- 
veil, aucun malaise. 

Il tire de ces expériences les conclusions suivantes : 

\° D'une façon générale, la bouillie de chaux, comme 
purificateur chimique, est préférable à la solution de 
potasse caustique, et cela pour deux raisons : d'une part, 
avec la chaux, l'anesthésie a paru plus prompte, plus 
profonde et de plus longue durée ; d'autre part, la con- 
sistance de bouillie empêche que le gaz se charge de 
vapeurs caustiques et produise l'irritation des voies res- 
piratoires. 

2° Avec le purificateur, la période d'aneslhésie confir- 
mée est retardée de quelques secondes et le sommeil un 
peu plus agité. Ces légers inconvénients doivent être at- 
tribués à la présence de la vapeur d'eau de l'expiration 
qui n'est pas complètement absorbée par le purificateur. 
Plus la bouillie de chaux sera concentrée, plus sa puis- 
sance hygrométrique sera augmentée et l'anesthésie par- 
faite. 

5° Pour obtenir l'anesthésie avec l'appareil ordinaire, 
il faut employer en moyenne 55 litres de gaz; avec le 
purificateur de M. Heymen-Billard, huit à dix litres suf- 
fisent : c'est donc une économie importante. 

4° L'anesthésie obtenue par ce procédé permet d'effec- 
tuer toutes les opérations chirurgicales de courte durée: 
elle est inoffensive et ne ressemble en rien à l'asphyxie. 

Le protoxyde d'azote paraissait donc être un anesthé- 



ANESTHESIE GENERALE. 55 

sique utile seulement dans les opérations de l'art den- 
taire ou de la petite chirurgie, lorsque, le 11 novembre 
1878, M. Paul Bert lut, à l'Académie (des sciences, un 
mémoire dans lequel il démontrait qu'il était parvenu 
à obtenir une anesthésie indéfiniment prolongée, sans 
crainte d'asphyxie. 

Nous extrayons de ce mémoire la partie relative h la 
théorie de sa découverte : 

« Le fait que le protoxyde d'azote doit être administré 
pur signifie que la tension de ce gaz doit,, pour qu'il en 
pénètre une quantité suffisante dans l'organisme, être 
égale à une atmosphère. Sous la pression normale, il 
faut, pour obtenir ce résultat, que le gaz soit à la propor- 
tion de 100 pour 100. Mais si nous supposons le malade 
placé dans un appareil où la pression soit poussée à deux 
atmosphères, on pourra le soumettre à la pression voulue 
en lui faisant respirer un mélange de 50 pour 100 de 
protoxyde d'azote et de 50 pour 100 d'air; on devra ob- 
tenir de la sorte l'anesthésie, tout en maintenant dans le 
sang la quantité normale d'oxygène, et par suite en con- 
servant les conditions normales de la respiration. » 

La pratique vint bientôt confirmer les données de sa 
théorie. Les expériences furent tentées d'abord sur des 
animaux et enfin sur l'homme. Le 15 février 1870, 
M. Léon Labbé opérait une jeune fille ayant un ongle 
incarné. Voici le résumé de cette opération, la première 
pratiquée en France par cette nouvelle méthode : 

« 11 s'agissait de l'extirpation d'un ongle incarné avec 
ablation de la matrice de l'ongle. La malade était une 
jeune fille de 20 ans, très timorée et très nerveuse. La 
malade, M. Labbé et ses aides entrèrent dans la grande 
chambre en tôle de l'établissement de M. Daupley, où la 
pression de l'air fut, en quelques minutes, augmentée, 
sous courant, de m. 17 (pression totale 0,92). La ma- 
lade s'étendit sur un matelas, et M. Pre terre lui appliqua 
sur la bouche et sur le nez l'embouchure à soupapes 
qu'on a coutume d'employer pour l'inhalation du pro- 
toxyde d'azote pur; ici, le sac avec lequel elle commun:- 



50 ANESTHESIE GENERALE. 

quait était rempli d'un mélange contenant 85 de pro- 
toxyde d'azoté et 15 d'oxygène. Je tenais, dit M. Paul 
Bert, l'un des bras de la malade, dont le pouls était assez 
rapide, lorsque soudain, sans qu'aucun changement dans 
le pouls, dans la respiration, dans la couleur de la peau, 
dans l'aspect du visage nous eût avertis, sans qu'aucune 
raideur, aucune agitation, aucune excitation se fût pro- 
duite, lorsque, dis-je, dix à quinze secondes après la 
première inspiration du gaz anesthésique, je sentis le 
bras s'affaisser complètement. L'insensibilité et la réso- 
lution musculaire étaient obtenues; la cornée elle- 
même pouvait être impunément touchée. L'opération 
commença aussitôt et le pansement suivit, sans un seul 
mouvement de la patiente, qui dormait du plus calme 
sommeil; le pouls était revenu à un chiffre normal. Au 
bout de quatre minutes, au moment où M. Labbé termi- 
nait le pansement, survinrent de légères contractures 
dans un bras, puis dans une jambe. Tout était fini, on 
enleva l'embouchure et aussitôt la contracture cessa. 
Pendant trente secondes la malade continua à dormir; 
puis, quelqu'un lui ayant frappé sur l'épaule, elle s'éveilla, 
nous regarda d'un air étonné, se mit sur son séant et 
soudain s'écria que son pied lui faisait mal, assez mal 
pour qu'elle se mît à pleurer pendant quelques secondes. 
Interrogée, elle déclara se trouver fort bien, sans aucun 
malaise, et fort désireuse de manger, car, dans sa ter- 
reur, elle n'avait ni déjeuné le matin, ni dîné la veille. 
Elle déclara de plus n'avoir rien senti, rien rêvé, mais 
se rappeler qu'aux premières inhalations du gaz elle 
éprouva un grand bien- être, qu'il lui semblait monter au 
ciel et qu'elle voyait bleu avec des étoiles. Cela dit, elle 
se leva, s'en alla regagner à pied la voiture qui devait la 
ramener à l'hôpital, et se plaignit tellement de la faim 
en route, qu'il fallut s'arrêter pour la faire manger. Elle 
n'eut du reste aucun accident consécutif. » 

De nouveaux faits vinrent bientôt confirmer la supé- 
riorité de cette méthode et en établir les avantages. Le 
27 mars 1879, en présence de plusieurs chirurgiens, Péan 



ANESTHESIE GENERALE. 57 

pratiquait, dans l'une des cloches à air comprimé de 
l'établissement aérothérapique de M. Fontaine, l'ablation 
d'une tumeur du sein à une femme de quarante-six ans. 
L'opération durait quatorze minutes, la patiente déclarait 
n'avoir rien s,enti, et descendait seule, sans aide, du lit 
d'opération. 

Du 27 mars au 17 juillet, Péan pratiquait, dans le 
même établissement de Fontaine, seize opérations diver- 
ses; la durée de l'anesthésie variait de quatre à vingt-six 
minutes; l'anesthésie était obtenue au bout de quinze 
secondes à deux minutes au maximum, sans période d'ex- 
citation, sans vomissements; le retour à la sensibilité se 
faisait après trente secondes, une minute au plus. 

La méthode de M. Paul Bert réalise donc, en ne consi- 
dérant que les résultats, une anesthésie rapide, calme et 
inoffensive. Malheureusement les difficultés qui provien- 
nent de l'appareil nécessaire à son application en rendent 
l'emploi peu pratique et l'empêchent de se généraliser. 

L'appareil se compose d'une chambre ou cloche pneu- 
matique dans laquelle, au moyen d'une pompe à com- 
pression, on peut faire monter la pression. 

Nous empruntons au traité d'anesthésie chirurgicale du 
docteur Rottenstein la description de cette cloche : 

« La cloche pneumatique est une capacité en tôle, de 
forme cylindrique, dont le haut et le bas sont fermés par 
des calottes hémisphériques ; elle doit pouvoir résister à 
l'essai, à une pression de deux atmosphères supplémen- 
taires. La lumière a accès dans l'appareil par quatre 
verres épais, montés dans des châssis de fonte rivés sur 
les tôles. La porte s'ouvre de dehors en dedans : ses bords 
portent une saillie qui, pressant sur une bande de caou- 
tchouc, assure l'herméticité de l'appareil. A sa partie 
postérieure, en face de la porte, se trouve un petit sac à 
air, muni de deux clapets, qui permet de faire passer au 
malade ou à l'opérateur les objets dont ils peuvent avoir 
besoin. 

« Un tube à moitié rempli de mercure, et dont une 
branche est dans la cloche, sert de manomètre. La déni- 



58 ANEST11ESIE GENERALE. 

vellation du mercure indique la pression : toute éléva- 
tion d'un centimètre dans la branche externe indique un 
abaissement d'un centimètre dans la branche interne; 
aussi les centimètres sont-ils indiqués dans l'une et l'autre 
branche par des traits séparés de 5 millimètres seulement; 
l'échelle intérieure descend, celle extérieure monte. 

« La cloche repose sur un socle en bois ou en fonte, 
à 50 ou 40 centimètres du sol ; un tuyau sert à l'alimen- 
tation de l'appareil, et un autre à sa ventilation. 

« Au-dessus de la calotte hémisphérique inférieure 
se trouve un plancher percé de trous pour le passage de 
l'air : c'est sur ce plancher que se trouvent les fauteuils 
et la table qui forment le mobilier de l'appareil. » 

Les appareils de compression employés pour obtenir la 
pression voulue dans les cloches pneumatiques ont beau- 
coup varié, et peuvent varier à l'infini. 

On a d'abord employé la pompe à compression à dou- 
ble effet dont le piston était mis en mouvement par une 
bielle et des poulies dépendant d'une machine motrice 
quelconque; les inconvénients sont ceux-ci : l'air arrive 
trop chaud, trop sec, et apporte l'odeur des huiles ou des 
graisses de lubrification du cylindre de la pompe, du 
piston, etc. 

La pompe à piston liquide évite ces inconvénients : sa 
chaleur provenant de la compression est annulée par la 
vaporisation d'une faible quantité d'eau qui donne à l'air 
l'état hygrométrique correspondant à la température et à 
la pression ; de plus, l'air n'étant pas en contact avec le 
piston métallique n'apporte aucune odeur de graisse dans 
l'appareil. Une pompe de ce système est employée à Milan, 
à l'établissement médico-pneumatique. 

Le docteur Fontaine emploie un compresseur hydrau- 
lique, mais les cloches fixes de petites dimensions ne 
permettaient pas aux chirurgiens d'avoir un grand nom- 
bre d'aides ; il fallait de plus y transporter les malades à 
opérer. Pour vaincre les difficultés, le docteur Fontaine 
a fait construire une cloche mobile dont voici la descrip- 
tion (Union médicale du 18 septembre 1879) : 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 59 

Cet appareil, monté sur un camion faisant corps avec 




lui, est peint en blanc intérieurement. Il reçoit la lu- 
mière par dix hublots, dont quatre supérieurs éclairent 
directement le lit d'opération ; sa largeur est de 2 mètres, 



60 ANESTÏIESIE GENERALE. 

sa longueur 3 m. 50 et sa hauteur de 2 m. 65. Dix ou douze 
personnes peuvent y tenir très à l'aise. 

A côté de la cloche, on voit sur un petit chariot : 

1° Une pompe à bras à double corps, avec piston li- 
quide, pouvant donner de 400 à 600 lilres d'air à la mi- 
nute ; 

2° Un réfrigérateur B, placé sur le chemin de l'air com- 
primé par le corps de pompe pour empêcher la tempéra- 
ture de la cloche de s'élever à plus de 1 à 2 degrés au- 
dessus de celle de l'air ambiant. Pendant l'hiver, ce 
réfrigérateur peut être remplacé par un calorifère à eau 
à serpentin plongé dans l'eau chaude ; 

5° Un récipient en tôle C, contenant 550 litres du mé- 
lange anesthésique gazeux, comprimé à 10 atmosphères 
(soit 5 m. cubes 1/2 à la pression ordinaire). 

Sur les parois de la cloche, on voit deux clefs : la pre- 
mière manœuvre un robinet qui est raccordé avec le 
récipient sous pression G et avec le sac placé sous le lit 
d'opération. Quand le sac est près d'être vidé, on le rem- 
plit en y détendant une certaine quantité du gaz du réci- 
pient. La seconde appartient à un sifflet F, pour la com- 
mande de l'équipe des pompes. 

Le masque employé pourl'anesthésie est en caoutchouc ; 
il porte à sa périphérie un bourrelet qu'on peut gonfler 
à volonté et qui permet une obturation parfaite. Pendant 
l'inspiration, la soupape d'expiration est fermée par la 
pression ambiante; pendant l'expiration, cette soupape 
s'ouvre, et celle d'inspiration est fermée par l'excès de 
pression du gaz expiré sur celle du mélange gazeux. 

Celte belle découverte de Paul Bert, les perfectionne- 
ments apportés par le docteur Fontaine à la construction 
des grands appareils pneumatiques, ont fait enlrer le pro- 
toxyde d'azote dans le domaine de la grande chirurgie. 

Dans la pratique plus simple de l'art dentaire, l'Aide- 
mémoire, que nous avons déjà cité, indique certaines 
précautions importantes, que nous résumons ainsi : 

Le praticien devra examiner avec soin l'état du cœur, 
des poumons, du système nerveux du sujet; s'il constate 



ANESTHESIE GENERALE. 01 

ou soupçonne des désordres, il devra refuser l'anesthésie, 
ou la laisser incomplète, le malade dût-il ressentir quel- 
que douleur pendant l'opération. 

Aucun lien ne doit serrer le malade, il est important 
de faire desserrer les vêtements, à la taille et au cou, 
pour faciliter les mouvements respiratoires; enfin il faut 
que le praticien suive avec méthode la marche de l'anes- 
thésie. Le meilleur moyen pour cela est de faire, comme 
le recommande Àubeau, accomplir au malade, pendant 
les inhalations, un mouvement de l'avant-bras, convenu 
d'avance avec lui. 

Avant de commencer, le patient est prévenu qu'il devra 
lever et abaisser l'avant-bras toutes les fois qu'il entendra 
compter cinq, dix, quinze, vingt, etc., prononcés à haute 
voix, de 5 en 5 secondes, par le praticien; dès que 
l'avant-bras ne se meut plus, l'anesthésie commence, 
la perception est abolie, la résolution musculaire sur- 
vient, la sensibilité est éteinte; on continue encore les 
inhalations jusqu'à ce que, les paupières étant écartées, 
on puisse toucher la conjonctive sans provoquer de 
réflexe. Cette méthode bien simple permet à l'opérateur 
d'intervenir mathématiquement au moment opportun sans 
craindre l'asphyxie. 

M. C. Martin, de Lyon (De Vanesthésie par le protoxyde 
d'azote avec ou sans pression, 1885), conseille l'emploi du 
protoxyde d'azote de préférence à tout autre anesthé- 
sique, à la cocaïne même, soit pure, soit mélangée à 
de l'antipyrine, qu'il avait d'abord préconisée. 

M. Martin a pratiqué un très grand nombre d'opérations, 
sans le moindre accident, à l'aide du protoxyde d'azote, 
seul ou sous pression, et le considère comme le meilleur 
et le plus inoffensif des agents anesthésiques, à la condi- 
tion absolue qu'il soit absolument pur. « Il faut, dit-il, 
attacher à sa préparation une importance considérable. 
Les -premiers expérimentateurs se servaient d'un gaz 
impur, et leurs résultats ne sauraient être invoqués. Si Je 
protoxyde d'azote est mélangé à du bioxyde d'azote, ce 
dernier se transformera dans l'arbre aérien en un produit 



02 ANESTI1ESIE GENERALE. 

toxique, l'acide hypoazotique. Si le gaz contient de L'air, 
ses effets seront encore modifiés. » 

Pour être certain de la pureté du gaz, il le prépare lui- 
même. Il se sert, de préférence aux ballons en verre, 
d'une cornue en fonte de cinq à six litres de capacité; son 
ouverture a 5 centimètres de diamètre, de manière à per- 
mettre un dégagement facile, et ses parois sont assez 
épaisses pour être à l'abri d'une explosion. Il cristallise 
le nitrate d'ammoniaque fondu du commerce pour le dé- 
gager de ses impuretés. Le gaz dégagé par la chaleur 
passe successivement dans six flacons de huit à dix litres 
de capacité. Le premier contient, comme à l'ordinaire, 
une mince couche d'eau; le second renferme de l'eau 
distillée, ou simplement de l'eau récemment bouillie, de 
manière à en chasser l'air qui pourrait avec du bioxyde 
d'azote, venant à se dégager, former de l'acide hypoazoti- 
que; en même temps cette eau refroidit le gaz qui, dès 
lors, altérera moins les solutions suivantes. Viennent en- 
suite des flacons contenant, par ordre, des solutions de 
sulfate ferreux, puis de potasse caustique, puis encore 
de sulfate ferreux, et enfin de bicarbonate de soude. 

11 se sert, pour pratiquer les inhalations, d'une embou- 
chure tout en caoutchouc qui a à peu près la forme de 
celle de Clover; elle a l'avantage sur cette dernière de 
durer presque indéfiniment et de s'appliquer exactement 
sur tous les sujets. 

M. Martin traite, dans cette étude, des symptômes qui 
accompagnent souventl'anesthésie parleprotoxyde d'azote, 
symptômes bien faits pour effrayer ceux qui n'y sont pas 
habitués, et qui ont contribué à jeter le discrédit sur 
cet anesthésique. « Je veux parler, dit-il, de la cyanose 
qui envahit la face du patient, suivie quelquefois de mou- 
vements ressemblant aux spasmes tétaniques. Mais à tout 
bien considérer, cette cyanose a son bon côté ; c'est peut- 
être à elle que l'on doit l'absence des accidents, et, par 
le fait, le succès de ce moyen de suspendre la douleur. 
Car, en présence de cet état des téguments et de la respi- 
ration stertoreuse qui l'accompagne, je ne connais per- 



ANESTIIKS1E GÉNÉRALE. <>3 

sonne qui soit assez téméraire, qui ait assez de courage 
pour continuer les inhalations. La cyanose marque leur 
limite: on s'arrête, et comme à ce moment, si le gaz est 
pur, l'anesthésie est toujours complète, l'opérateur agit. 
Cette limite risquera d'autant moins d'être dépassée que 
le praticien aura moins d'expérience, sera moins habitué 
à administrer le protoxyde d'azote, car il aura peur plus 
vite et les inhalations seront suspendues. C'est à cela qin> 
l'on doit, à mon avis, de n'avoir pas plus d'accidents à 
déplorer. 

« Cependant la cyanose n'apparaît pas toujours, elle 
est alors remplacée par la respiration stertoreuse; sa pré- 
sence ou son absence dépendent des divers sujets. J'ai 
remarqué que ceux qui se cyanosent le plus s'endorment 
plus vite, mais ont un sommeil plus court. Lorsque le 
protoxyde d'azote est bien préparé, un tiers à peine des 
sujets présentent la cyanose : les autres s'endorment en 
conservant une figure un peu vul tueuse peut-être, mais 
néanmoins très rassurante. Chez eux, le sommeil est plus 
calme, plus profond, et déplus longue durée (j'ai pu, dans 
un cas de ce genre, pratiquer avant le réveil l'extraction 
de seize dents ou racines) : il s'accompagne aussi de 
rêves plus agréables. » 

M. Martin signale une sensation particulière du réveil. 
Le patient, dit-il, croit sentir sur le côté de la tête un 
choc plus ou moins prononcé, mais en tous cas tou- 
jours sensible et presque constant ; le réveil est suivi 
souvent, chez les opérés, d'une sorte de crainte qui se 
reflète sur le visage : certains poussent des cris, d'autres 
pleurent; quelquefois on observe une excitation exagérée, 
souvent suivie d'une crise de nerfs, surtout chez les 
femmes. Mais ce sont les cas les moins fréquents; il 
arrive que quelques sujets rêvent de leur opération 
et affirment au réveil avoir tout vu sans avoir rien 
senti. 

M. Martin recommande de ne pas employer le gaz fraî- 
chement préparé : il est urgent qu'il se passe au moins 
vingt-quatre heures entre sa fabrication et son emploi, 



64 ANESTHESIE GENERALE. 

et que pendant cet intervalle le gaz soit en contact avec 
de l'eau. 

Dès que la découverte de Paul Bert eut montré les 
avantages de l'anesthésie sous pression, M. Martin fit 
construire un appareil semblable à celui du savant pro- 
fesseur et commença une série d'essais en suivant exacte- 
ment les règles tracées par P. Bert; il n'obtint pas de 
résultats satisfaisants : il se trouvait, dit-il, toujours en 
présence d'une excitation plus ou moins vive, d'un som- 
meil inquiet, presque pas anesthésique : les phénomènes 
observés ressemblaient en tous points à ceux qui se pro- 
duisent lorsque l'on administre le protoxyde d'azote à la 
pression ordinaire et que, accidentellement ou non, le 
gaz contient un peu d'air. 

M. Martin se trouva par conséquent amené à modifier 
les règles premières, et les proportions des deux gaz, en 
s'écartant le moins possible des instructions de Paul 
Bert ; poursuivant avec persévérance la série de ses essais, 
ne se décourageant pas des insuccès, après de nombreux 
tâtonnements, il est arrivé au but désiré, c'est-à-dire à 
un sommeil profond, sans excitation. 

Les modifications apportées par M. Martin à la méthode 
de Paul Bert consistent dans les proportions différentes 
des deux gaz mélangés, et dans une augmentation de 
pression au début de l'opération. Il se sert d'un mélange 
de 88 parties de protoxyde d'azote et de 12 d'oxygène; 
il fait, dès le début, élever la pression à 110 et à 115 
centimètres, et même, chez les sujets difficiles à anes- 
thésier, à 120 et à 125 centimètres, sauf à ramener cette 
pression à 100 et a 95 centimètres lorsque l'anesthésie est 
prononcée. 

M. Martin décrit ainsi les anesthésies qu'il pratique : 

« Lorsqu'on est entré dans la cloche et qu'on élève la 
pression, à ce moment, si les trompes d'Eustache ne sont 
pas complètement libres, on ressent un bourdonnement 
d'oreilles et une sensation plus ou moins pénible du côté 
du tympan, que des mouvements de déglutition font 
bientôt cesser. Mais j'ai remarqué que, préoccupé de son 



ANESTHESIE GENERALE. 05 

opération, le malade la perçoit à peine. Ce n'est donc pas 
là une contre-indication à l'emploi de la pression. Dès 
que le patientest enfermé clans l'appareil, on peut souvent 
observer une légère augmentation des pulsations artérielles , 
les préparatifs, l'idée d'une opération à subir suffisent 
pour l'expliquer. Pour diminuer autant que possible 
l'excitation je fais élever la pression à 110 centimètres; 
et alors seulement je commence les inhalations. » 

Une minute environ après le début des inhalations, 
temps variable avec les sujets, l'anesthésie commence sans 
secousse, sans malaise; on évite l'angoisse, souvent très 
pénible, et la suffocation qui accompagnent presque tou- 
jours le début de l'anesthésielorsqu'on emploie leprotoxyde 
d'azote pur sans pression. M. Martin recommande d'atten- 
dre deux ou trois minutes avant d'opérer : si une agitation 
doit se produire, c'est à ce moment qu'elle survient; dès 
les premiers signes il faut surélever la pression jusqu'au 
calme complet ; à ce moment un instant de suspension 
est une garantie. L'anesthésie est alors absolue. 

« En résumé, dit M. Martin, je n'ai pu obtenir en sui- 
vant les règles classiques les résultats qui ont été signalés ; 
mais en modifiant les proportions du mélange de protoxyde 
d'azote et d'oxygène, et en augmentant la pression, j'ai 
retrouvé les effets indiqués par les expérimentateurs de 
la théorie de P. Bert. J'ai obtenu des anesthésies faciles, 
exemptes de danger et un réveil prompt ne laissant 
aucune trace dans la majorité des cas. Les patients peu- 
vent presque aussitôt quitter la salle d'opération et s'en 
retourner chez eux à pied sans vertiges ni malaises, » 

M. Martin termine sa communication par une série 
d'observations fort intéressantes qui démontrent les heu- 
reux résultats obtenus par la méthode. 

En obstétrique, l'emploi du protoxyde d'azote a été 
essayé pour combattre et calmer les douleurs de l'accou- 
chement, et il est évident que la rapidité de l'anesthésie, 
son innocuité, et la disparition immédiate des effets pro- 
duits, dès que l'inhalation cesse, feraient de cet anesthé- 

5 



66 ANESTHESIE GÉNÉRALE. 

sique un précieux agent pour le praticien; mais tous les 
appareils inventés successivement pour apporter aux 
malades le mélange gazeux sont encombrants et par suite 
abandonnés par le médecin, qui trouve dans le chloro- 
forme administré avec prudence, pour les grandes opéra- 
tions, et dans la cocaïne pour les petites, des anesthésiques 
plus simples, plus utiles et surtout plus pratiques. 



8° Somnambulisme. — Hypnotisme. 

Sommaire. — Historique. — Magnétisme. — Léthargie. — Catalepsie. — 
Somnambulisme. — De l'hypnotisme en obstétrique. — État second 
d'Azam. — Fascination. — Travaux de M. Luys. — Conclusions. 



Dans la recherche des moyens propres à supprimer 
l'élément douleur pendant les opérations chirurgicales, 
les praticiens ne pouvaient manquer d'utiliser le som- 
meil naturel d'abord, puis le sommeil qui survient dans 
l'état de somnambulisme ou d'hypnotisation. 

Le sommeil naturel, qui sépare complètement l'être 
endormi du monde extérieur et diminue la sensibilité 
dans une certaine proportion, réalise, s'il est très profond, 
une condition favorable à l'exécution des opérations 
courtes, rapides : il peut permettre de réduire une her- 
nie, une luxation; de percer un abcès, etc., et peut ren- 
dre des services, surtout chez les enfants. Des opérations 
de courte durée ont été tentées dans ces circonstances 
favorables, et le plus souvent ont été avantageusement 
exécutées. 

De l'utilisation du sommeil naturel à l'idée de profiter 
de l'état de somnambulisme, et de provoquer cet état 
par le magnétisme et par l'hypnotisme, de manière à 
rendre le sommeil plus profond, de plus longue durée, 
de le mettre, pour ainsi dire, à la volonté de l'opérateur, 
il n'y avait qu'un pas, et il a été rapidement franchi. 
— Mesmer et ses adeptes affirmaient que magnétisés, 
les malades pouvaient supporter sans douleur les opé- 



ANESTHESIE GENERALE. 07 

rations chirurgicales les plus graves, et qu'il n'en résul- 
terait aucun inconvénient. Cette doctrine, condamnée 
solennellement en 1784 par l'Académie, était oubliée 
depuis longtemps, lorsque, le 16 avril 1829, M. Jules 
(Hoquet, professeur agrégé de la Faculté de médecine, fit 
à la Section de Chirurgie de l'Académie royale de méde- 
cine, une communication si inattendue qu'elle plongea 
tout l'auditoire dans une stupéfaction profonde : M. Clo- 
quet avait enlevé un sein cancéreux à une femme en- 
dormie par des passes magnétiques. L'observation a une 
importance trop caractéristique pour que nous ne la 
citions pas en entier. 

Observation. (Archives générales de Médecine, t. XX, 
p. 151, l re série.) 

« Le 8 avril 1829, M. Cloquet fut consulté, par une 
dame âgée de soixante-quatre ans, pour un cancer ulcéré 
du sein droit, compliqué d'un engorgement considérable 
des ganglions axillaires correspondants. Il pensa que le 
seul moyen de sauver la malade était de pratiquer l'opé- 
ration, mais comme elle ne se trouvait pas dans des con- 
ditions très favorables, il l'engagea à prendre l'avis de 
quelques-uns de ses confrères. M. le docteur Chapelain, 
médecin ordinaire de la malade, appuya près d'elle les 
motifs de M. Jules Cloquet, et chercha à la décider à une 
opération qu'elle redoutait extrêmement et à laquelle elle 
se refusait. Cette dame, d'une constitution éminemment 
nerveuse, très irritable, était très facilement impression- 
née par l'action du magnétisme animal, que M. Chapelain 
avait employé sur elle depuis quelques mois, mais sans 
succès, dans le but de dissoudre l'engorgement du sein. 
Celui-ci proposa donc à M. Cloquet de pratiquer l'opéra- 
tion pendant que la malade serait dans le sommeil ma- 
gnétique, afin de lui épargner, par la suspension de la 
sensibilité, les douleurs de l'opération et les accidents 
qui en sont ordinairement la suite. M. Cloquet n'y voyant 
pas d'inconvénient, bien que persuadé que la malade se 
réveillerait au premier coup de bistouri, l'opération fut 
fixée au dimanche 12 avril; la veille et l'avant-vcille, la 



68 ANESTHES1E GENERALE. 

dame fut somnambulisée plusieurs fois par M. Chapelain, 
qui, dans cet état, la disposait à supporter sans crainte 
l'opération, tandis qu'à son réveil elle en repoussait 
l'idée avec horreur. 

« Le jour fixé, M. Jules Cloquet, en arrivant à dix 
heures et demie, trouva la malade habillée et assise dans 
un fauteuil, dans l'attitude d'une personne paisiblement 
livrée au sommeil naturel; il y avait une heure à peu 
près qu'elle était revenue de la messe, qu'elle entendait 
habituellement à la même heure, et M. Chapelain l'avait 
mise dans le sommeil magnétique depuis son retour. La 
malade parla avec beaucoup de calme de l'opération 
qu'elle allait subir. Tout étant disposé pour l'opérer, elle 
se déshabilla elle-même, s'assit sur une chaise, M. Cha- 
pelain soutint le bras droit, le bras gauche fut laissé 
pendant sur le côté du corps : M. Pailloux, interne de 
l'hôpital Saint-Louis, fut chargé de présenter les instru- 
ments et de faire les ligatures. Une première incision, 
partant du creux de l'aisselle, fut dirigée au-dessus de la 
tumeur, jusqu'à la face interne de la mamelle ; la se- 
conde, commencée au même point, cerna la tumeur par 
en bas, et fut conduite à la rencontre de la première. Les 
ganglions engorgés furent disséqués et enlevés avec beau- 
coup de précaution, à raison de leur voisinage de l'artère 
axillaire, et la tumeur fut extirpée; la durée de l'opéra- 
tion a été de dix à douze minutes ; pendant ce temps, la 
malade a continué à s'entretenir tranquillement avec 
l'opérateur et n'a pas donné le plus léger signe de sensi- 
bilité. Aucun mouvement dans les membres ou dans les 
traits, aucun changement dans la respiration, ni dans la 
voix, aucune émotion dans le pouls ne s'est manifestée ; 
la malade n'a cessé de présenter cet état d'abandon et 
d'impassibilité automatique qu'elle offrait à l'arrivée de 
M. Jules Cloquet; on n'a pas été obligé de la contenir, 
mais seulement de la soutenir ; une ligature a été appli- 
quée sur l'artère thoracique latérale, ouverte pendant 
l'extraction des ganglions ; mais, chose digne d'observa- 
tion, lorsque le chirurgien vint à laver la peau, aux 



ANÉSTIIESTE GENERALE. 69 

environs de la plaie, avec une éponge imbibée d'eau, la 
malade manifesta des sensations semblables à celles pro- 
duites par le chatouillement, et dit plusieurs fois avec 
hilarité : eh! finissez, ne me chatouillez pas. La plaie 
étant réunie par des agglutinatifs et pansée, l'opérée fut 
mise au lit, toujours dans l'état de somnambulisme, dans 
lequel on la laissa pendant quarante-huit heures. — Une 
heure après l'opération, il se manifesta une légère hémor- 
ragie qui n'eut pas de suites. Le premier appareil fut 
levé le mardi suivant, la plaie fut nettoyée et pansée de 
nouveau, la malade ne manifesta aucune sensibilité, ni 
douleur, le pouls conserva son rythme habituel. Après 
ce pansement, M. Chapelain réveilla la malade, dont le 
sommeil magnétique durait depuis deux jours. Elle ne 
parut avoir aucune idée, aucun sentiment de ce qui 
s'était passé; mais en apprenant qu'elle avait été opérée, 
et voyant, ses enfants autour d'elle, elle éprouva une émo- 
tion très vive, que M. Chapelain fit cesser en l'endormant 
aussitôt. Aujourd'hui, 16 avril, la plaie a été pansée pour 
la seconde fois, elle est en bon état, la malade est calme, 
et aucun accident n'est survenu. » 

Cette communication si surprenante souleva, au milieu 
môme de l'Académie, de violentes controverses, les 
incrédules furent en grand nombre : malgré cela, une 
commission fut nommée, chargée de faire une enquête 
sur les faits signalés; mais, soit mauvaise volonté, soit 
par suite d'un concours de circonstances défavorables, la 
commission ne put remplir son mandat, et M. Cloquet 
fut invité officieusement à ne pas persister dans cette 
voie. Le magnétisme était de nouveau condamné. 

De nouvelles tentatives ont été cependant faites à di- 
verses époques, et leurs résultats heureux publiés dans 
les journaux spéciaux et communiqués aux sociétés 
savantes : nous nous bornerons à enregistrer ces faits en 
suivant l'ordre chronologique dans lequel ils se sont 
produits. 

En 1859, M. Oudet fait l'extraction d'uue dent à une 
dame plongée dans le sommeil magnétique; au moment 



70 ANEST1IESIE GENERALE. 

de l'avulsion de la dent, la patiente pousse un cri; mais 
au réveil, elle ne sait pas que la dent a été arrachée, et 
affirme n'avoir ressenti aucune douleur. 

En 1842, un chirurgien anglais, M. Ward, pratique avec 
succès l'amputation d'une cuisse, during the mesmeric 
state, à uu homme de quarante-deux ans : l'opération se 
fait, dit l'observation, sans que le patient en ait connais- 
sance. 

En 1845, le docteur Esdaille, chirurgien des hôpitaux 
de Calcutta, écrivait en Angleterre que depuis plusieurs 
années il employait le « mesmérisme » dans l'Inde, et 
qu'il avait fait, toujours avec succès, plus de trois cents 
opérations, dont un grand nombre des plus graves, sans 
que les malades aient éprouvé la moindre douleur. 

En France, la même année, M. Loysel, de Cherbourg, 
faisait, avec succès, une amputation de jambe à une 
jeune fille qu'il magnétisait depuis longtemps. 

La Gazette des hôpitaux (1860, p. 15) cite encore : 
« En mars 1845, amputation de la cuisse d'un jeune 
homme par M. Fanton ; en septembre 1845J amputation 
du bras chez une dame par M. Jolly ; amputation de la 
cuisse sur une jeune fille par M. Tossvel. — En 1847, 
M. Ribaud et M. Kiars, dentiste, enlevèrent, a Poitiers, 
une tumeur volumineuse de la mâchoire à une jeune fille 
endormie par M. Valette. — Toutes ces opérations avaient 
été pratiquées sans douleur et par le même moyen. » 

Dès 1845, M. Braid, de Manchester, qui étudiait depuis 
longues années le magnétisme et ses effets, et qui re- 
cueillait avec grand soin tout ce qui se publiait à ce 
sujet, signalait un fait nouveau et d'une grande impor- 
tance. En faisant regarder fixement un objet brillant 
placé entre les deux yeux, en dedans de la vision dis- 
tincte, en concentrant l'attention sur cet objet, on arri- 
vait chez certaines personnes, et plus particulièrement 
chez les femmes, à les plonger dans uu sommeil abso- 
lument semblable au somnambulisme et au sommeil 
magnétique. 

Cet état particulier fut appelé hypnotisme par M. Braid. 



AXESTHESIE GENERALE. 71 

ou braidisme, du nom de celui qui l'avait vulgarisé ; car 
il était connu depuis longtemps en Angleterre et en Amé- 
rique. Ces faits si extraordinaires excitaient la curiosité 
et aussi la défiance. Il y eut des enthousiastes et des 
incrédules, mais l'anesthésie chirurgicale n'avançait pas 
d'un pas, lorsque, le 5 décembre 1859, M. Velpeau com- 
muniqua à l'Académie des sciences une observation de 
M. Broca qui, sous l'influence du sommeil hypnotique, 
avait opéré une jeune femme d'un abcès volumineux et 
extrêmement douloureux de la marge de l'anus. 

Celte communication fit grand bruit dans le monde 
médical; les recherches, les expériences sur ce nouveau 
mode d'aneslhésie commencèrent avec ardeur ; malheu- 
reusement elles furent le plus souvent impuissantes; 
l'insuccès accompagnait toutes les tentatives et rebutait 
les praticiens. Un chirurgien de Poitiers avait cependant 
été assez heureux pour trouver un malade docile et 
facile à hypnotiser; son observation mérite d'être rap- 
portée : 

« Observation. — Jarric (Georges), âgé de trente- 
quatre ans, du village de Morthenser, département de la 
Vienne, entré à l'Hôtel-Dieu de Poitiers le 25 octobre 1859, 
pour y être traité d'une tumeur blanche du genou gauche. 
Ce malade, d'une constitution lymphatique, très amaigri, 
ne paraît nullement impressionnable ; fatigué par des pri- 
vations de toute nature et par une maladie qui dure 
depuis deux ans, il réclame lui-même l'amputation de la 
cuisse. Certains symptômes fournis par l'auscultation 
faisant craindre la présence de tubercules, on prescrit 
pendant deux mois environ une nourriture substantielle, 
le vin de quinquina et l'huile de foie de morue. 

« Le 19 décembre, l'état s'étant beaucoup amélioré, je 
propose l'opération, qui est acceptée sans hésitation pour 
le lendemain; il faut ajouter que pendant le séjour à l'hô- 
pital, le genou gauche, qui présentait un volume d'un 
tiers au moins plus considérable que le droit, avait été 
traité localement, mais sans succès, par tous les moyens 
employés d'ordinaire contre les tumeurs blanches. Ce 



72 ANESTI1ESTE GENERALE. 

genou était tellement douloureux que le moindre mouve- 
ment imprimé au membre arrachait des cris au malade. 
Ce dernier craignait la douleur à ce point, qu'il a mieux 
aimé se traîner peu à peu lui-même jusqu'à la salle d'opé- 
rations, que de s'y faire porter par des infirmiers : toute- 
fois, épuisé de fatigue, il se trouva mal en y arrivant. 

« Une heure environ après cette syncope, j'explore le 
pouls, qui était un peu faible; le malade, il est vrai, 
n'avait pas voulu prendre de nourriture depuis vingt- 
quatre heures. 

« J'opérai en présence de MM. Pomonti, chirurgien- 
major au 72 e de ligne, Delaunay, professeur adjoint, 
Jallet, chef des travaux anatomiques, et des élèves de 
l'école de médecine de Poitiers. L'un d'eux place une spa- 
tule à 2 décimètres environ de la racine du nez du malade, 
couché dans la position horizontale, les jambes et les 
cuisses ne reposant pas sur le lit. Craignant les vives dou- 
leurs que le moindre mouvement imprimé au genou faisait 
naître, Jarric soutenait sa jambe gauche, avec la droite 
croisée au-dessous : un des élèves maintenait les deux 
membres dans cette position. Le strabisme convergent et 
en haut se produit promptement. Je veux alors séparer 
les deux jambes du malade» il se plaint beaucoup et s'y 
oppose. Je lui fais observer qu'il m'est impossible d'opé- 
rer dans la position qu'il occupe; il se décide alors à lais- 
ser placer les deux cuisses dans l'abduction, malgré la 
vive douleur qu'il éprouve et en poussant des gémisse- 
ments. 

« Cinq minutes s'étaient écoulées depuis que les yeux 
étaient fixés sur la spatule. J'élève le bras gauche au- 
dessus du lit, puis je l'abandonne; il y retombe aussitôt. 
Il n'y a point de catalepsie, le malade me dit que je ne 
pourrai pas l'endormir par ce procédé. Je recommande 
aussitôt le plus grand silence dans la salle, où de nom- 
breuses conversations particulières s'établissaient déjà, 
et moi-même je n'adresse plus la parole au patient, qui 
regarde la spatule avec persévérance. 

« Après cinq minutes du plus profond silence, je pra- 



ANESTHESIE GENERALE. 73 

tique l'aniputation à la partie inférieure de la cuisse par 
la méthode des deux lambeaux. Pendant cette opération 
qui dure une minute et demie, le malade ne profère aucune 
plainte et ne fait pas le moindre mouvement, bien qu'il 
soit à peine maintenu ; je lui adresse alors la parole, et 
lui demande comment il se trouve, il me répond qu'il se 
croit dans le paradis, saisit aussitôt ma main et la porte 
à ses lèvres. 

«Pendant l'opération, les yeux étaient agités d'un mou- 
vement oscillatoire; ils avaient l'air de chercher avoir la 
spatule. L'un des élèves pinça la cuisse deux minutes avant 
l'opération et demanda au malade s'il éprouvait de la dou- 
leur. « Oh ! je sens bien un peu », répondit-il. Vers le même 
moment, un autre élève souleva le bras, qui retomba sur 
le lit; il ne paraît donc pas y avoir eu de catalepsie. 
L'amputation terminée, le malade dit à l'élève : « J'ai 
« senti ce qu'on m'a fait, et la preuve, c'est que ma cuisse 
« a été coupée au moment où vous me demandiez si j'éprou- 
« vais quelque douleur. » Or ce n'est que deux minutes 
après celte interrogation que commença l'opération, et 
pendant tout ce temps les traits du visage n'ont pas mon- 
tré le moindre spasme, ni la moindre contraction. Jarric 
semblait toujours chercher des yeux le corps brillant. 

« 11 est bien resté avéré pour tous les assistants que 
le malade n'avait pas éprouvé de douleur, car il n'a pas 
proféré la moindre plainte, tandis qu'auparavant il criait 
aussitôt qu'on imprimait le plus léger mouvement au 
membre lésé. » 

Cette observation si précise donna une nouvelle impul- 
sion aux recherches ; mais les tentatives ne furent pas 
heureuses, et la plupart des chirurgiens qui ont essayé 
d'employer l'hypnotisme comme moyen d'anesthésie ont 
échoué, ou n'ont obtenu que des anesthésies incomplètes 
et dont ils n'étaient pas les maîtres ; ou bien une anesthé- 
sie limitée aux téguments, sans qu'il ait été possible 
de découvrir la cause de ces différences ou de ces 
insuccès. 

En un mot, le magnétisme animal n'est pas encore 



74 ANESTI1ESIE GENERALE. 

discipliné : il n'est encore qu'un agent trompeur, infidèle, 
que le chirurgien peut essayer d'employer sans incon- 
vénient, mais qui lui échappe au moment opportun et 
le laisse désarmé. Il peut rendre quelques services dans 
l'art dentaire. Dans une observation récente recueillie 
dans le service de clinique dentaire du docteur Andrieu 
à la Charité et rapportée dans les Annales de Psychiatrie, 
une jeune hystérique fut hypnotisée, et, pendant son som- 
meil, la l ra et la 2 e multicuspidées inférieures du côté 
droit furent extraites « sans le moindre tressaillement de 
la part de la patiente ». À son réveil elle dit n'avoir rien 
senti. En l'examinant de nouveau, le docteur Andrieu 
s'aperçut qu'un léger fragment alvéolaire était détaché 
et ne tenait que par une faible adhérence à la gencive. 
Avec une pince à becs très fins il saisit le fragment et l'en- 
leva. Mais quelque bénigne et rapide que fût l'opération, 
elle provoqua une légère douleur, ce qui fut la preuve 
évidente que la sensibilité était revenue. 



L HYPNOTISME EN OBSTETRIQUE 

L'emploi de l'hypnotisme en obstétrique n'a été l'objet 
que de courtes mentions des auteurs les plus autorisés. 
Le praticien devrait y trouver cependant un terrain solide 
d'observations, car les douleurs de l'enfantement sont 
un critérium peu trompeur; il paraît bien difficile de 
dissimuler ces souffrances et de paraître sommeiller en 
ce moment souvent si cruel. 

Cette garantie morale, ajoutée aux symptômes cliniques 
presque pathognomoniques des différents états hypno- 
tiques, augmente notre conviction et nous permet de livrer 
avec assurance les faits d'hypnotisme recueillis récem- 
ment à la maternité de la Charité 1 . 

Il est nécessaire de rappeler d'abord les traits distinctifs 

1. Auvabd, Travaux d'obstétrique, t. I, p. 277. En collaboration 
avec Secheyron. 



ANESTHESIB GÉNÉRALE. 75 

des différents états hypnotiques, afin de les comparer aux 
étals hypnotiques obtenus pendant l'accouchement. 

Le professeur Charcot a établi dans la névrose hypno- 
tique trois états distincts : 

1° La léthargie, obtenue par simple hypnotisa tion, et 
caractérisée par l'aspect d'un sommeil profond, l'aneslhé- 
sie variable, la résolution musculaire avec hyperexcita- 
bilité des muscles et des nerfs ; 

2° La catalepsie, caractérisée par la propriété qu'ont 
les muscles de rester en raideur dans la position où on 
les place. Cet état s'obtient par une impression sensorielle 
vive, communiquée à un sujet préalablement mis en 
léthargie; 

o° Le somnambulisme, ou état d'hyperexcitabilité senso- 
rielle et intellectuelle, avec anesthésie et abandon muscu- 
laire. Cette phase est produite soit, spontanément, soit 
par des frictions sur le vertex, soit par l'ancienne méthode 
des passes magnétiques. De ces trois phases, seule la 
dernière serait propre aux suggestions post- hypno- 
tiques. 

Nos recherches personnelles et la lecture attentive 
des observations, des conclusions des auteurs, indiquent 
un premier point de grande importance. Un petit nombre 
de femmes, même parmi les hystériques dûment caracté- 
risées, sont sensibles à l'hypnotisation pendant l'ac- 
couchement. Toute femme rebelle à l'hypnotisme échap- 
pera sûrement, pendant le travail, à l'influence de 
l'hypnotiseur. Un certain entraînement est nécessaire. 
L'hypnotisable sera, en général, une femme enlachée 
fortement d'hystérie et ayant subi un certain nombre 
de séances d'hypnotisation. A ce prix, la femme aura 
acheté la possibilité de rester plongée en état hypnotique 
pendant l'accouchement. Ce principe est capital, pri- 
mordial, car il montre combien, en obstétrique, l'ap- 
plication de l'hypnotisme doit être restreinte. 

Les limites sont évidemment peu précises : de nombreux 
éléments peuvent modifier, avec l'état moral de la partu- 
riente, les résultats des tentatives d'hypnotisme. Il faut 



76 ANESTIIESIti GENERALE. 

non seulement tenir compte du degré d'excitabilité du 
sujet, de son état mental, du développement de sps 
facultés, de sa condition physique et morale, fille-mère, 
veuve, misère au moment de l'accouchement ; mais il est 
nécessaire de considérer l'hypnotiseur, le degré de 
confiance qu'il inspire, les influences extérieures de 
toute nature qui peuvent faire varier à l'infini le caractère 
de l'hypnotisée. Toutes ces influences existent et consti- 
tuent parfois autant de pierres d'achoppement dans 
l'hypnotisation. 

Un second principe est à signaler. Pendant le travail, 
l'hypnotisée est et reste identique à elle-même ; elle se 
conduit comme dans les états antérieurs. Elle bénéficie 
ainsi de l'anesthésie pendant l'accouchement ou du moins 
de l'absence de tout souvenir douloureux au moment 
du réveil. 

L'analgésie obtenue sans aucun préjudice pour l'évo- 
lution heureuse est Je but désiré de l'accoucheur. 

Il est intéressant de montrer l'hypnotisée sur le lit de 
travail : tous les états hypnotiques peuvent être observés 
à ce moment. 

L'apparition de ces états est subordonnée en partie 
à l'accoucheur, en partie à la réaction spéciale de la 
femme, entrant d'emblée dans un état hypnotique, léthar- 
gie ou somnambulisme, et persistant dans cet état jusqu'au 
réveil en l'absence de toute sollicitation, de toute ma- 
nœuvre venant de son entourage. 

L'hypnotisation peut venir spontanément : le fait doit 
être fort rare et n'a pas été signalé, croyons-nous, au 
moins dans son apparition spontanée pendant l'accou- 
chement. Peut-être certaines femmes atteintes de somnam- 
bulisme spontané pourraient-elles accoucher pendant une 
de leurs crises : ainsi s'expliqueraient quelques faits 
d'accouchements pratiqués pendant le sommeil et à l'insu 
de la parturiente, étonnée au réveil de se trouver ac- 
couchée. 

D'une manière générale, l'hypnotisme pendant l'accou- 
chement est produit par les procédés ordinaires : fixation 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 77 

d'un point brillant, boule de métal, objet coloré, compres- 
sion des globes oculaires, contact d'une zone hystérogène, 
frictions sur la colonne vertébrale, suggestion avec les 
mille procédés usités : compler à haute voix jusqu'à un 
certain chiffre, lever la main un certain nombre de fois, 
bruit brusque, etc. 

Le caractère qui révèle au médecin la présence d'un 
sujet hypnotisable est complexe et d'une description 
délicate. Il n'y a pas qu'un seul sujet : il y a des 
sujets. 

Le plus fréquent rappelle le type suivant : tempéra- 
ment lymphatique, affectivité peu développée ou déve- 
loppée à l'excès, caractère versatile ou idées fixes, extra- 
vagantes, stigmates d'hystérie; sensation déboule, crises 
hystériques, plaques d'anesthésie cutanée, rétrécissement 
du champ visuel, somnambulisme spontané, accidents 
paternels ou maternels, aliénés nerveux. Les yeux sont 
brillants, les paupières animées de quelques oscillations, 
surtout sous l'influence du regard. Enfin, l'hypnotisable 
tend à exagérer des douleurs que les moindres remèdes 
soulagent et font disparaître. 

Avec une certaine habitude, le médecin parvient faci- 
lement à reconnaître les sujets qu'il peut mettre à 
l'épreuve. 

11 est bien près d'un résultat probable s'il constate 
à l'état normal, chez une hystérique, l'hyperexcitabilité 
neuro -musculaire. Le résultat est seulement probable, 
car le phénomène a été constaté par MM. Richet et 
Gilles de la Tourette chez des hystériques non hypno- 
tisables. 

L'habitude du choix des sujets joue ici un grand rôle, car 
l'observateur considère les moindres nuances ' dans la 
parole, le geste, l'habitus extérieur. Mais le plus expert 
ne doit pas être surpris s'il a à subir des mécomptes. 

Nous avons essayé l'hypnotisation sur un assez grand 
nombre de femmes; peu étaient hypnotisables à un point 
suffisant pour subir avec succès l'épreuve de l'accouche- 
ment en hypnotisme. 



78 ANESTHESIE GENERALE. 

L'entraînement est, nous le répétons, un point essen- 
tiel, et en outre il est important que cet entraînement 
particulier soit préparé de longue date. 

11 ne faut pas se dissimuler toutes les difficultés que 
l'on est exposé à éprouver pour fixer l'attention de la 
parturiente. Cette attention est bien nécessaire pour le 
résultat de l'épreuve. Mais elle est détournée à chaque 
instant par les douleurs, l'inquiétude, l'agitation habi- 
tuelle de l'accouchée. On se trouve alors dans les plus 
mauvaises conditions d'hypnolisation : une grande pa- 
tience de la part de l'accouchée et de l'accoucheur est 
de rigueur. 

Tous ces procédés peuvent réussir chez les personnes 
faciles à hypnotiser, soumises depuis longtemps à l'hypno- 
tisation ; mais, au moment des douleurs, ces procédés 
échouent souvent. 11 faudra choisir : le meilleur est celui 
qui fixe l'attention, la détourne quelques instants; la fixa- 
tion d'un objet brillant, la compression des globes oculaires 
pratiquée avec instance malgré l'agitation de la malade, 
constitue le moyen de choix. 

La parturiente soumise à l'hypnotisation résiste d'abord, 
puis les mouvements respiratoires sont plus rapides, les 
paupières deviennent lourdes, un léger clignotement les 
agite, plusieurs soupirs s'échappent de la poitrine ; les 
bras sont inertes, la respiration devient plus lente: la 
parturiente est hypnotisée. 

On peut alors constater les caractères cliniques de 
chacun des états hypnotiques. 

La catalepsie est un état intermédiaire dans lequel ne 
doivent guère rester les parturientes en dehors de la 
période intercalaire des douleurs. Il n'a pas été, croyons- 
nous, observé d'accouchement en catalepsie. Pendant la 
catalepsie, la respiration est rare, lente, superficielle; 
prise au pneumographe, le tracé offre une tendance à l'im- 
mobilité, de longues pauses et des dépressions peu pro- 
fondes. Au tracé, la ligne de l'inspiration est peu abaissée, 
celle de l'expiration est marquée par une ligne prolongée 
et graduellement ascendante. 



ANESTHESIE GENERALE. 79 

La léthargie, l'état de résolution est l'état de prédilec- 
tion pour l'accouchée hypnotisée. 

Cet état peut être provoqué de prime abord, ou être 
développé consécutivement à la catalepsie par l'abaisse- 
ment des paupières. 

On sait que dans la léthargie, l'individu n'existe plus 
qu'à l'état de masse inerte, sans mouvement; le léthar- 
gique est comme plongé dans un sommeil calme : c'est 
une pâte molle, un chiffon. 

La sensibilité est abolie, comme dans la catalepsie et le 
somnambulisme ; on note chez l'hypnotisée ce phénomène 
si bien analysé par Charcot et l'école de la Salpêlrière, 
l'hyperexcitabilité musculaire. 

Les réflexes seuls sont conservés, le système spinal vit 
encore, et avec intensité, ainsi que le témoigne le phéno- 
mène de l'hyperexcitabilité. 

L'accouchement est un phénomène réflexe : aussi n'est- 
il nullement influencé par la léthargie. 

Les douleurs se succèdent avec la même fréquence 
qu'à l'état normal : les contractions utérines rappellent 
les contractions des muscles abdominaux et pelviens. 
L'insensibilité est réelle : mais cet état d'immobilité ne 
persiste pas. La malade, sous l'influence des douleurs, ne 
tarde pas à s'éveiller ou à passer en somnambulisme. 
Cette transition est pour ainsi dire spontanée. 

En léthargie, la malade n'appartient plus au monde 
extérieur; en somnambulisme elle y rentre et ressent d'une 
manière complète chacune des douleurs. Il semble toute- 
fois que l'intensité des sensations perçues soit moindre ; l'ac- 
coucheur, il est vrai, opère alors par suggestion auprès de 
sa malade, lui déclarant qu'elle ne souffre nullement. Les 
contractions utérines néanmoins se succèdent suivant le 
type normal; d'abord espacées par de longs intervalles, 
elles se reproduisent après un temps variable jusqu'à deve- 
nir continues, subintrantes. L'accouchée sent venir les 
douleurs, se plaint, manifeste quelquefois qu'elle a con- 
science de son état, puisqu'elle redoute chaque début des 
douleurs, craignant d'être réveillée, par leur intensité. Ces 



80 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

douleurs l'obligent à des mouvements où se reflètent 
l'anxiété, la crainte, les efforts. 

Les yeux ouverts, ou les paupières à demi baissées, la 
somnambule voit les assistants, s'impatiente devant, eux 
du retard de son accouchement. Le cours de la conver- 
sation est interrompu dans l'acmé des douleurs : .elle 
pousse alors des gémissements, elle réclame d'être mieux 
endormie. 

Un sommeil plus profond, s'il est obtenu, montre sim- 
plement une transition du somnambulisme dans la 
léthargie. 

Quelques malades privilégiées n'éprouvent, malgré les 
contractions utérines, aucune sensation désagréable; la 
figure reste calme et souriante, le masque ne change pas : 
tel est le cas, cifé par M. Ladame, d'une femme accouchée 
à Genève, par M. Fauconnet, et endormie par Ch. Lafon- 
taine. 

Le somnambulisme hystérique, c'est-à-dire déterminé 
chez des sujets hystériques, est presque le seul observé. 

A côté de lui vient se placer une variété de somnam- 
bulisme observé également chez les hystériques, le som- 
nambulisme prolongé, l'état second d'Azam. 

Cet état hypnotique, dont la description complète est 
due à M. Azam, de Bordeaux, peut être caractérisé d'un 
mot : c'est une sorte de double vie dont est affligée la 
malade : la vie normale en dehors du somnambulisme, la 
vie seconde ou pendant la période du somnambulisme. 
Prolongez l'état de somnambulisme pendant quelques 
heures, quelques jours, un mois et plus, et vous aurez un 
état second d'une plus ou moins grande durée. On con- 
çoit que les cas sont fort rares. 

Nous avons pu réunir 15 observations 1 , les unes déjà 
publiées, les autres inédites, d'accouchements effectués 
sous l'influence des divers états hypnotiques. Les résul- 
tats obtenus ont été les suivants : 

Dans 4- cas, on a complètement échoué; l'hypnose ob- 

1. Auvard ot Seclieyron. 



ANESTHESIE GENERALE. 81 

tenue, même facilement pendant la grossesse, a été 
impossible pendant le travail, quels que fussent les pro- 
cédés employés. Dans 4 cas, le succès a été complet ou à 
peu près complet; enfin dans 5 cas le succès a été 
partiel. 

Nous trouvons dans le Journal de Médecine de Paris 
(numéro du 21 décembre 1890) une communication de 
M. Luys, médecin de l'hôpital de la Charité, relative à une 
méthode d'anesthésie obstétricale par l'hypnotisme dont 
il est l'inventeur, et qu'il a inaugurée dans son service à 
la Charité. 

« Le procédé opératoire est des plus simples : il suf- 
fit, chez la femme enceinte arrivée entre le 7 e et le 8 e mois 
de la grossesse, de pratiquer chez elle tous les jours la 
fascination et de la maintenir ainsi en période de fasci- 
nation pendant 15 à 20 minutes. Il est indispensable dans 
les premiers temps d'avoir recours aux miroirs rotatifs. 
Au bout de quelques séances, l'état de fascination est 
produit, les sujets deviennent alors anesthésiques, cata- 
leptiques et suggestionnables. 

« Quelquefois même, dès la première séance, l'état de 
fascination est produit d'emblée. Au bout de quelques 
séances on supprime les miroirs et on arrive à provoquer 
la fascination rien qu'avec le regard, ce qui est absolu- 
ment indispensable pour le moment de l'accouchement. 
Une fois l'état de fascination produit, on réveille le sujet 
par suggestion, et, comme tous les fascinés similaires, il 
reprend le cours de la vie sans avoir la moindre con- 
science de ce qui s'est passé dans l'intervalle. » 

M. Luys ajoute : 

« Le côté délicat de l'opération, c'est d'arriver au bon 
moment, lorsque le travail est déjà commencé et que les 
douleurs expulsives, conscientes, s'exhalent avec une 
notable intensité. 

« Aussitôt que le médecin qui a dirigé l'entraînement 
fascinatoire arrive, il pratique avec le regard ou un objet 
brillant l'état de fascination. — Dans les trois cas qui se 
sont passés dans mon service, ces états de fascination se 

G 



82, ANESTHESIE GENERALE. 

sont révélés instantanément, au commandement en quel- 
que sorte :' ce qui indique le bon entraînement des 
sujets. — Et alors la scène change, les douleurs cessent 
d'être conscientes, et le sujet, suggestionné dans la direc- 
tion qu'on lui indique, concentre tous ses efforts au 
point de vue des mouvements d'expulsion ; il y a là toute 
une technique spéciale qu'avec un peu d'habitude on 
arrive facilement à connaître. » 

M. Luys termine sa communication par deux observa- 
tions. 

Dans le premier cas, le travail ne marchait qu'avec 
une certaine lenteur. C'est alors que l'action d'une sug- 
gestion bien donnée montre son efficacité : on dit à la 
patiente d'activer le travail et de pousser avec plus de 
suite et d'efforts. Elle obéit immédiatement, les efforts 
devinrent plus énergiques, la tête fut amenée à la vulve 
en trois poussées consécutives. La délivrance eut lieu dix 
minutes après, et pour la hâter, on eut encore recours 
aux effets d'une suggestion appropriée. 

Dans le second cas la malade s'endormit sous la simple 
action du regard et accoucha normalement sans avoir 
éprouvé aucune douleur. 

Ces deux femmes avaient subi un entraînement prépa- 
ratoire, et toutes les deux, au réveil, ne conservaient 
aucun souvenir de ce qui s'était passé. 



CONCLUSIONS 

L'hypnotisme est susceptible d'être provoqué pendant 
l'accouchement, mais d'habitude avec plus de difficulté 
qu'à l'état normal. 

Pendant le travail, l'hypnotisme peut vraisemblablement 
exister sous toutes ses formes : catalepsie, léthargie, som- 
nambulisme ; toutefois nous n'avons pas trouvé d'obser- 
vation bien précise d'accouchements en catalepsie, qui 
aient été nettement signalés. 

L'avantage de l'hypnotisation pendant l'accouchement 



ANESTHESIE GENERALE. 83 

est d'amener Fanesthésie. La suppression de la douleur 
pourra être obtenue soit par simple léthargie, soit par le 
somnambulisme, avec ou sans suggestion. 

L'insensibilité est loin d'être le résultat conslant de 
l'hypnose provoquée pendant la parturition. A côté des 
cas où le succès a été complet ou à peu près complet, il 
y a des cas où le succès a été partiel, d'autres cas enfin 
où l'on a totalement échoué. 

Les insuccès sont dus soit à ce que la suggestion est 
mal ou incomplètement acceptée, ou à ce que la douleur 
utérine fait passer de l'état léthargique ou de l'état som- 
nambulique à l'état de veille. En d'autres termes, la 
contraction utérine douloureuse est une cause continuelle 
de réveil, contre laquelle ne peuvent efficacement lutter 
les moyens qu'on emploie d'habitude pour provoquer 
l'hypnotisme. Dans cette lutte entre l'utérus et l'hypno- 
tiseur, la victoire reste souvent à l'utérus, surtout pen- 
dant la période d'expulsion. 

Certaines femmes accouchent en souffrant clans l'état 
second, ne se rappellent plus leurs douleurs dans l'état 
premier; on peut en conclure à tort de cette absence de 
mémoire au succès de l'hypnotisme comme anesthésique. 

L'hypnotisme ne paraît pas avoir d'influence nette sur 
la marche du travail, si ce n'est peut-être un certain 
ralentissement dans les douleurs utérines. 

L'hypnotisme est donc un anesthésique inconstant, et 
le plus souvent incomplet; en obstétrique il ne mérite 
pas grand crédit : il ne saurait être blâmé, mais il est 
nécessaire qu'il reste exceptionnel et que l'on ne cherche 
pas, quand même, des sujets à hypnotiser ; l'accoucheur 
n'en retire pas grand mérite et l'état de l'accouchée 
pourra en éprouver une mauvaise influence. 

Cependant, sans entraînement préalable, on pourra, 
sans grand inconvénient, à notre avis, provoquer le som- 
nambulisme ou même la léthargie, pendant la dilatation 
du col; mais pendant la période d'expulsion on laissera 
l'hypnotisme de côté, et la parturiente, ramenée à son 
état normal, sera soumise, s'il y a lieu, aux anesthésiques 



84 ANESTHESIE GENERALE. 

ordinaires, au chloroforme, par exemple, donné à la 
dose obstétricale. 

Enfin, à côté de l'hypnotisme véritable, il y a la sug- 
gestion à l'état de veille; le pseudo-chloroforme, ou au- 
tres moyens semblables, qui, chez les esprits facilement 
impressionnables, pourront atténuer les douleurs. L'em- 
ploi de cette méthode est à conseiller, car ses inconvé- 
nients sont nuls, et ses avantages sont réels. 



9 e Chloroforme ou Formène trichloré. 
(C 2 H Cl 3 ou C H Cl 3 ) 

Sommaire. — Découverte. — Synthèse. — Préparation. — Purification. 

— Propriétés. — Impuretés. — Causes d'altération. — Moyens d'y 
remédier. — Tubes. — De la chloroformisation à la lumière arti- 
ficielle du gaz d'éclairage. 

Toxicologie. — Doses toxiques. — Pveclierches du chloroforme dans 

les cas d'empoisonnement. — Appareils. 
Effets physiologiques. — Processus. — Poumons. — Cœur. — Pouls. 

— Historique : Doses massives. — Doses fractionnées. — Blode 
d'administration. — Tubes. — Flacon. — Incidents. — Surveillance 
active. — Face. — Yeux. — Pupille. — Langue. — Salivation. — 
Respiration. — Son rythme. — Circulation. — Réflexes. — Position 
de Trendelenburg. — Avantages du procédé à doses fractionnées. 

— Méthode de P. Bert. — Mélanges titrés. — Machine de II. Dubois. 
Anesthésie générale. — Indications et contre-indications. — Age. — 

Tempérament. — Grossesse. — Sexe. — Régions. — Effets patho- 
logiques. — Alcooliques. — Cardiaques. — Bronchitiques. 

Analgésie obstétricale. — Moment de l'administration du chloro- 
forme. — Avantages. — Contre-indications. — Accidents. — Hémor- 
ragies. — Fœtus. — Mère. — Mode d'administration. 

Anesthésie obstétricale. — Indications et contre-indications. — 
Instruments et procédés divers. — Cornet de la marine. — Appareil 
de Le Fort. — Appareil de Guyon. — Inhalateur de Junker. — 
Appareil d'anesthésie de Galante. — Appareil modèle d'armée. 

— Appareil de Budin. — Procédé Gosselin. — Procédé Peyraud. — 
Procédé Nicaise. 

Respiration artificielle. — Inversion totale de Nélalon. — Procédé 
Kœnig. — Procédé Maas. — Nitrite d'amyle. — Electricité. — Respi- 
ration artificielle par insufflation pulmonaire. — Appareil Labordc. 

— Conclusions. — Conclusions générales. 

Deux illustres chimistes, Soubeyran ? en France, Liebig, 
en Allemagne, découvrirent, à peu près en même temps 



AiN'ESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 85 

(1851), le chloroforme, sans toutefois en déterminer la 
nature. 

C'est Dumas, en 1855, qui l'étudia complètement et 
lui donna le nom de chloroforme dans le but de rappeler 
sa décomposition en chlorure et formiate dans certaines 
conditions. 

Synthèse. — Dumas a fait la synthèse du chloroforme 
en partant du chlore et du formène ; un volume de for- 
mène et trois volumes de chlore additionnés d'un gaz 
inerte donnent, sous l'influence de la lumière solaire, du 
formène trichloré : 

C 2 H 4 4- 5 Cl 2 = C 2 H Cl 3 H- o H Cl. 

Ce mode de formation est purement théorique; on a 
recours pour préparer le chloroforme à des procédés plus 
pratiques et donnant surtout un rendement plus consi- 
dérable. 

Préparation. — Les procédés de préparation sont nom- 
breux. Nous citerons seulement les trois le plus ordinai- 
rement employés aujourd'hui. 

1° Le procédé le plus répandu dans l'industrie con- 
siste à faire réagir dans un appareil distillatoire de l'al- 
cool sur du chlorure de chaux en présence d'une cer- 
taine proportion d'eau et sous l'influence d'une chaleur 
modérée. 

Voici la théorie de la réaction généralement admise : 

Le chlore réagit sur l'alcool en donnant de l'aldéhyde 
qu'un excès de chlore transforme immédiatement en 
chloral. 

C* H 6 O 2 -h Cl 2 = C 4 H 4 O 2 -4- 2 H Cl. 
Cv H 4 O 2 -f- 5 Cl 2 = C 4 H Cl s O 2 -f- H Cl. 

chloral.. 

Puis le chloral se détruit à mesure de sa formation, 
sous l'action de la chaux, en produisant du chloroforme 
et du formiate de chaux. 

On obtient ainsi un mélange de chloroforme, d'alcool 
et d'eau. On le rectifie de manière à séparer grossière- 



80 ANESTHES1E GENERALE. 

ment l'alcool- et l'eau ; on le purifie ensuite en l'agitant 
dans des vases métalliques, d'abord avec de l'acide sul- 
furique concentré, puis avec une solution de carbonate 
de soude, et enfin avec de l'eau. 

Le produit est rectifié une dernière fois sur du chlo- 
rure de calcium. C'est le chloroforme du commerce; il est 
loin d'être pur, et on s'exposerait à des mécomptes, à de 
graves accidents peut-être, si on se servait d'un pareil 
produit pour anesthésier. Nous verrons plus loin com- 
bien sa purification parfaite est longue et pénible. 

2° Pour avoir un chloroforme presque immédiatement pur 
il est préférable de s'adresser au modvs operandi suivant : 

On traite le chloral (hydrate de chloral cristallisé) par 
la lessive de soude à 56°. Le chloroforme se sépare et 
forme une couche au fond du vase. On le décante, on 
l'agite avec de l'eau distillée, et après l'avoir séché sur 
du chlorure de calcium, on le rectifie au bain-marie. 

C* H Cl 3 2 H- Na HO 2 = C 2 H Cl s -j- C 2 H Na 0\ 

Le chloroforme ainsi obtenu contient peu de sub- 
stances étrangères; sa purification est donc bien moins 
longue que celle du chloroforme préparé par le premier 
procédé. 

5° Enfin un procédé plus récent est basé sur la réac- 
tion du chlorure de chaux sur l'acétone. Il est employé 
surtout en Allemagne et permet d'obtenir un rendement 
considérable (206 pour 100 en théorie, pratiquement 
200 pour 100). 

L'inventeur de ce procédé donne l'équation suivante 
de la réaction : 

2 C 5 H 6 Q -f -6CaOCl 2 ^2GCPH -t- Ca(C 2 ILQ 2 ) 2 

acétone chlorure de chloroforme acétate de 

chaux chaux 

+ 2Ca(OH) 3 H -5CaCl 2 

chaux chlorure de 

calcium 

En raison de la nouveauté de cette préparation, nous 
allons entrer dans quelques détails. 



ANESTHESIE GENERALE. 87 

L'appareil employé pour cette nouvelle manière de 
produire le chloroforme se compose d'un alambic droit 
muni d'un agitateur. L'alambic est rempli d'eau aux deux 
tiers environ, et par l'ouverture pratiquée en haut on 
introduit la charge de chlorure décolorant, après quoi 
on lute avec du ciment l'ouverture et on met en marche 
l'agitateur. 

L'acétone préalablementdiluéeestamenée dans l'alambic 
à l'aide d'une pompe ; dès qu'elle arrive en contact avec 
la solution de chlorure de chaux, elle donne lieu à la 
formation du chloroforme qui se dégage par un tube 
abducteur et se rend dans un serpentin où il se condense. 
On le reçoit dans l'eau. 

L'acétone doit être introduite à certains intervalles, 
sans cela une portion de l'acétone distille inaltérée, ou 
bien la réaction devient trop violente. 

Lorsque le dégagement du chloroforme commence à 
se ralentir, on introduit de la vapeur dans l'alambic pour 
réchauffer le mélange et chasser les dernières portions 
du chloroforme. On laisse alors écouler le contenu de 
l'alambic composé d'une solution très étendue d'acétate 
de chaux mélangé à de l'hydrate de chaux et à du chlo- 
rure de calcium. 

Le chloroforme ainsi obtenu est exempt des produits 
accessoires chlorés qui accompagnent souvent le chloro- 
forme préparé avec de l'alcool. On le purifie néanmoins 
en le traitant par de l'acide sulfurique et en le lavant. 
Dans cet état, il répond exactement au produit exigé par 
la Pharmacopée des États-Unis (Mon. Scient, d'après 
Ihe Pharmaceutic Journal). 

Purification. — La purification du chloroforme de 
l'alcool exige des opérations longues et délicates. En 
voici les détails d'après le Codex de 1884 : 

Le chloroforme du commerce est d'abord agité avec la 
moitié de son volume d'eau distillée. Après un repos 
suffisant, on sépare les deux liquides. Ainsi lavé, le chlo- 
roforme est additionné de 1/100 de son poids d'acide 
sulfurique pur, et les deux liquides sont maintenus en 



88 ANESTHESIE GENERALE. 

contact pendant quarante-huit heures, en subissant de 
vigoureuses secousses souvent répétées. Tant que l'acide 
sulfurique se colore, le traitement doit être renouvelé. 

Après décantation on mélange le chloroforme avec 
5 pour 100 de son poids de lessive des savonniers, on 
laisse en contact pendant vingt-quatre heures en agitant 
de temps en temps. 

Enfin on lui ajoute 5 pour 100 d'huile d'œillette, on 
brasse fortement le mélange et on le distille au bain- 
marie. 

Le chloroforme obtenu est mis en présence de chlorure 
de calcium concassé et fondu ; pendant vingt-quatre heures 
on l'agite doucement. Après décantation on le soumet à 
une dernière distillation au bain-marie et on ne recueille 
que les huit dixièmes du produit. 

Il est de toute nécessité d'enfermer le chloroforme dans 
des flacons colorés en jaune, absolument pleins et bien 
bouchés. 

Un autre procédé de purification vient d'être indiqué 
tout récemment par M. Piclet, qui a pris un brevet pour 
l'application du froid à la purification de diverses sub- 
stances liquides, et notamment du chloroforme. 

On commence par refroidir à — 70° le chloroforme du 
commerce. Une congélation partielle se produit et la 
partie solide est séparée. 

On refroidit de nouveau la partie liquide à — 100°, le 
chloroforme cristallise à l'exception d'une très faible 
partie qui reste liquide. — Ainsi purifié, le chloroforme 
est absolument pur et se conserve indéfiniment, même à 
la lumière. Sa densité est alors de 1,51 à 15°. 

Propriétés. — Le chloroforme est un liquide incolore, 
très mobile, possédant une odeur agréable, éthérée, qui 
se rapproche de celle de la pomme de rainette. La saveur 
est à la fois piquante et sucrée. 

Sa densité est 1,491 à 17°. 

Il bout à 60°,8 à la pression 760. 

Sa densité de vapeur par rapport à l'air est 4,199. 

Il est exactement neutre au tournesol. 



ANESTflÉSIE GENERALE. 89 

Il est fort peu soluble dans l'eau. 

Au contraire sa solubilité est très grande dans l'alcool 
et dans l'éther. 

Son pouvoir dissolvant est considérable sur les résines 
et les matières grasses. 

Il brûle très difficilement à l'air, en colorant la flamme 
en vert. 

Si on met en présence du chloroforme une solution 
aqueuse de potasse ou de soude, il ne se produit pour 
ainsi dire pas de réaction, en raison de l'insolubilité du 
chloroforme dans les solutions aqueuses. 

Il n'en est plus de même si les hydrates alcalins inter- 
viennent en dissolution alcoolique; le chloroforme se 
mêle alors au réactif; il se produit une violente réaction 
qui engendre des chlorures alcalins et un formiate du 
même alcali. C'est cette propriété qu'a voulu rappeler 
Dumas, en donnant au corps qui nous occupe le nom de 
chloroforme. 

Si à un mélange de solution alcoolique de soude et 
d'aniline on ajoute quelques gouttes de chloroforme, il 
se dégage, sous l'action de la chaleur, une odeur repous- 
sante due à la production denitriteformique de l'aniline. 

Lorsqu'on chauffe en vase clos à la température de 100° 
du chloroforme avec de l'acide azotique chargé de 
vapeurs nitreuses il se forme au bout d'un certain temps 
de la chloropicrine, G Cl 5 Az O s , qui bout à 110°, 5. L'acide 
azotique sans vapeurs nitreuses ne produit aucune réac- 
tion. (Mills, S. chim., t. XYI, p. 271.) 

Un courant d'air humide passant à travers du chloro- 
forme produit un abaissement de température suffisant 
pour transformer l'eau en une masse neigeuse. 

Le couple zinc-cuivre est sans action sur le chloro- 
forme parfaitement pur, mais en présence de l'alcool il 
se manifeste un vif dégagement de gaz composé de for- 
mène et d'un peu d'acétylène. Le résidu est formé de 
chloréthylate de zinc. (Gladstone et Tribe, S. chim., 
t. XXIV, p. 474.) 

Dans une thèse soutenue à l'école de Pharmacie, 



90 ANESTHESIE GENERALE. 

Walizenski (thèse 1879) a fait connaître la propriété que 
possède le chloroforme de colorer en bleu une flamme 
au milieu de laquelle on place une toile métallique de 
cuivre. 

Cet auteur propose d'appliquer cette propriété à la 
recherche toxicologique du chloroforme, en se servant 
de la flamme d'un appareil de Marsh. L'idée est évidem- 
ment excellente, mais ce procédé présente un grave incon- 
vénient : cette réaction est commune à tous les composés 
chlorés volatils, ce qui diminue considérablement sa 
valeur. 

Cloëz a démontré qu'à haute température les vapeurs 
de chloroforme en présence du gaz ammoniac produisent 
de l'acide cyanhydrique et de l'acide chlorhydrique 
d'après la réaction suivante : 

C 2 H Cl" + Az H 5 = 5H Cl + C 2 Az H. 

C'est avec intention que nous citons en dernier lieu la 
plus importante propriété du chloroforme au point de 
vue médical et chirurgical, nous voulons parler de son 
pouvoir anesthésique. 11 est tel que 5 grammes de chlo- 
roforme introduits dans l'économie par inhalations pro- 
duisent une anesthésie complète, et que moins de 4 
grammes peuvent amener brusquement la mort. En rai- 
son même de cette propriété, il est utile de rappeler qu'à 
la température de 20°, un litre d'air saturé de vapeurs chlo- 
roformiques, contient un peu plus de 1 gramme de cette 
substance, et à 50°, près de 2 grammes. 

On conçoit dès lors toute l'étendue de la responsabilité 
encourue par le pharmacien qui remet entre les mains 
d'un chirurgien un chloroforme impur ou altéré. Nous 
allons donc examiner en détail les impuretés que peut 
offrir ce produit, les moyens de les éviter et les moyens 
d'y remédier. 

Le chloroforme peut être impur pour deux raisons. 
D'abord parce qu'il a été mal préparé ou mal purifié ; 
puis parce qu'après avoir été parfaitement pur, il s'est 
altéré. 



ANESTHESIE GENERALE. 91 

Les impuretés sont : 

De l'éther et de l'acide chloroxycarbonique, gaz extrê- 
memenl délétère. 
Du chloral. 

De l'acide chlorhydrique. 
Du chlore. 

De l'acide hypochloreux. 
De l'acide formique. 
Des huiles hydrocarbonées. 
Des composés méthyliques et amyliques. 
De l'aldéhyde. 
De l'alcool. 
De l'éther ordinaire. 
De l'eau. 

Voici d'autre part les caractères de pureté du chloro- 
forme nettement tracés par M. Regnault : 

Evaporé sur une feuille de papier, il doit le laisser sec 
et sans odeur. 

Densité = 1°,491 à 17°. 

Point d'ébullition==.60°,8 à 76°. 

Il ne rougit pas le papier bleu de tournesol. 

Il reste transparent au contact de l'eau. 

Il ne trouble pas l'azotate d'argent. 

Il ne brunit pas au contact de l'acide sulfurique à 66 n . 

Il ne se colore pas sous l'action de la potasse bouillante. 

Il ne rougit pas en présence de la fuchsine. 

Ces caractères suffisent amplement pour affirmer la 
pureté du chloroforme, cependant nous croyons utile de 
citer certaines réactions récemment indiquées et qui ne 
peuvent qu'aider le praticien dans ses recherches, lors- 
qu'un doute vient à son esprit. 

En faisant dissoudre la phtaléine du phénol dans de 
l'eau saturée de carbonate de soude, on obtient un réactif 
indicateur de l'acidité d'une liqueur. Vulpian a appliqué 
cette réaction à l'essai du chloroforme. Dans deux centi- 
mètres cubes d'eau on met deux gouttes de solution alca- 
line de phénolphtaléine. D'autre part on mesure 10 cen- 



92 ANESTHESIE GENERALE. 

timètres cubes de chloroforme que l'on mélange à la 
solution ci-dessus. Si le chloroforme est acide, il y a 
décoloration immédiate. Quand le chloroforme est pur, il 
ne doit. pas décolorer le réactif même dans l'espace de 
vingt-quatre heur &%{Annalidi Chimica e diFarmàcologia). 

Celte réaction, que nous avons souvent mise en prati- 
que, donne d'excellents résultats (Bréaudat). La solution 
alcaline de phénolphtaléine est extrêmement sensible et 
la décoloration est tellement évidente qu'il est impossible 
de conserver le moindre doute sur la réaction du chlo- 
roforme essayé. 

On a proposé pour déceler la présence de l'aldéhyde 
l'emploi du réactif de Nessler (iodure double de potassium 
et de mercure) . 

Si le chloroforme contient de l'aldéhyde il doit préci- 
piter par ce réactif, et ce précipité peut aller du rouge 
brun au noir, suivant la proportion d'aldéhyde. Pour le 
différencier du précipité formé par l'ammoniaque on le 
traite par le cyanure de potassium qui le redissout s'il 
est dû à l'ammoniaque, et le laisse au contraire intact s'il 
provient de la présence de l'aldéhyde. 

Nous ne donnerons aucune appréciation sur la valeur 
de ce procédé, que nous n'avons pas appliqué assez sou- 
vent pour pouvoir le juger. 

Pour la recherche de l'alcool, un procédé est sans con- 
tredit supérieur à tous les autres : c'est celui de Roussin. 
Il consiste dans l'addition au chloroforme de binitrosul- 
fure de fer, sel découvert par ce chimiste. Quelques 
centigrammes seulement de ce corps produisent une 
teinte brune, plus ou moins foncée, suivant que le chlo- 
roforme contient plus ou moins d'alcool. Roussin prétend 
que son procédé s'étend également à la recherche de 
l'éther, de l'aldéhyde et des alcools méthyliques et arny- 
liques. La rareté du binitrosulfure de fer dans les phar- 
macies fait que ce réactif est très peu employé; d'ailleurs 
la fuchsine est elle-même extrêmement sensible. 

Causes d'altération du chloroforme. — D'où provient 
l'altération du chloroforme? Des avis bien différents ont 



ANESTHESIE GENERALE. 93 

été émis à ce sujet. Les savants se sont trouvés en contra- 
diction absolue dans l'explication de ce phénomène. Il 
est cependant admis aujourd'hui que le chloroforme s'al- 
tère spontanément sous l'influence de l'air humide, delà 
lumière directe, et aussi sous l'action des matières orga- 
niques contenues accidentellement dans des vases mal 
nettoyés. M. le professeur Regnault a démontré d'une 
façon indiscutable que la lumière et l'oxygène sont les 
agents principaux de l'altération du chloroforme, et que 
la rapidité de cette altération est directement proportion- 
nelle à la quantité de lumière reçue par le produit. 

Voici ses expériences : 

Du chloroforme soumis, après purification complète, à 
l'action de la lumière, en présence de l'air, n'a pu être 
conservé pur que pendant deux jours en été et cinq jours 
en hiver. 

Le même produit conservé dans une obscurité absolue 
durant quinze mois, et mis de temps en temps en con- 
tact avec l'air par l'ouverture du flacon, ne s'est pas al- 
téré. 

Ces deux expériences prouvent bien que l'oxygène sans 
Ja lumière n'a pas d'action sur le chloroforme. 

Inversement la lumière sans l'oxygène ne l'altère pas 
davantage. En effet, du chloroforme s'est conservé pur 
durant seize mois dans une atmosphère d'azote pur et sec, 
et placé en pleine lumière solaire. 

Conclusions. — L'altération du chloroforme est due à 
l'action simultanée de l'oxygène et de la lumière solaire. 

En raison de son grand pouvoir dissolvant sur les sub- 
stances grasses et résineuses, le chloroforme trouve dans 
les vases qui le renferment une cause presque continuelle 
d'altération. Il est bien rare, en effet, que des précau- 
tions suffisantes soient prises pour le nettoyage des fla- 
cons. 

Suivant leur nature, les matières qui souillent les vases 
agissent plus ou moins rapidement sur le chloroforme en 
l'altérant plus ou moins profondément. Il est donc de 
toute nécessité de placer le chloroforme pur dans des fia- 



94 ANEST1IÉSIE GÉNÉRALE. 

cons rigoureusement propres. Nous donnons plus loin le 
moyen de satisfaire complètement à cette condition. 

Moyens de remédier aux causes d'altération du chloro- 
forme. — Pour conserver pur un chloroforme bien pré- 
paré et le mettre à l'abri de toute cause d'altération, nous 
conseillons les moyens suivants : 

1° Nettoyage des flacons. 

Les flacons seront lavés à l'eau aussi chaude que pos- 
sible et y séjourneront une demi-heure environ. 

Lorsqu'ils seront bien égouttés, on les plongera dans 
de l'acide sulfurique concentré, et on les y laissera pen- 
dant douze heures, dans le but de carboniser les pous- 
sières, et aussi les matières grasses. 

On les rincera ensuite à l'eau froide jusqu'à ce que l'eau 
de lavage ne soit plus acide. 

Enfin, on les lavera à l'alcool fort et on les séchera 
parfaitement à l'étuve ou, mieux, dans une cloche conte- 
nant de l'acide sulfurique concentré. 

Les vases ainsi nettoyés seront d'une propreté parfaite ; 
ils ne devront sortir de la cloche desséchante que pour 
recevoir le chloroforme. 

2° Des récipients et de leur fermeture. 

Les vases devront être en verre jaune foncé et assez 
épais, pour s'opposer autant que possible à l'action de la 
lumière. De plus, ils seront proportionnés au débit du 
chloroforme afin de ne jamais laisser ce produit au con- 
tact de l'air. Enfin ils seront parfaitement bouchés et con- 
servés dans un lieu tout à fait obscur. 

Pour l'usage de la chirurgie, on emploie un tube de 
verre jaune épais, d'une longueur de 20 centimètres et 
d'un diamètre de 20 millimètres. Ce tube est d'abord 
étiré à une distance de 15 centimètres de la partie fer- 
mée; il reçoit ensuite 50 grammes de chloroforme 
pur. 

Après l'avoir plongé quelques instants clans de l'eau 
tiède pour chasser l'air contenu dans la partie vide par 
la formation de vapeurs chloroformiques, on porte vive- 
ment l'étranglement du tube dans la flamme mince du 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. ( J5 

chalumeau et on eu scelle rapidement la partie infé- 
rieure (fig. 5). 

On obtient ainsi une fermeture parfaite. De plus, par 
le refroidissement du tube et la condensation des vapeurs 
qui emplissent l'espace non occupé par le chloroforme, 
il se forme un vide relatif qui fait disparaître la cause 
d'altération venant de l'oxygène. 

Il est important de noter que la distance entre la sur- 
face du liquide et le point de fusion du verre doit être au 
minimum de 25 à 50 millimètres. En n'observant pas 
cette condition, la température du rouge, à laquelle est 
porté le verre, pourrait amener une décomposition du 



Fig. 5. 

chloroforme et le souiller par les produits pyrogénés qui 
en résulteraient. 

Une première enveloppe de papier jaune foncé protège 
le produit contre l'accès de la lumière, mais, pour plus 
de sécurité, on l'introduit en outre dans un solide étui en 
bois qui assure l'obscurité absolue. (Bréaudat.) 

On a beaucoup préconisé pour l'anesthésie l'emploi du 
chloroforme tiré du chloral ; nous pensons, au contraire, 
qu'il est préférable de préparer cet anesthésique par le 
procédé à l'alcool ou par l'acétone, et de lui faire su- 
bir scrupuleusement la purification indiquée par M. Re- 
gnault. Le chloroforme du chloral offre un grave incon- 
vénient : souvent il retient du chloral à l'état libre qui 
échappe à la purification, et, comme l'a démontré clai- 
rement Personne, produit à la longue de Tacide chlor- 
oxycarbonique, substance éminemment délétère. 

Enfin, comme dernier moyen à opposer à l'altération 
spontanée de i'anesthésique qui nous occupe, nous don- 
nerons un procédé indiqué également par M. Regnault, 



% ANESTHESIE GÉNÉRALE. 

et qui consiste à restituer au chloroforme, après purifi- 
cation, 1/1000 en poids d'alcool éthylique pur et absolu. 

M. Bréaudat prépare pour nous depuis un certain 
temps du chloroforme anesthésique en suivant très ri- 
goureusement les méthodes que nous venons d'indiquer, 
et nous pouvons tous les jours nous convaincre de la com- 
plète efficacité des moyens de conservation donnés plus 
haut. 

Élimination du chloroforme. — Le chloroforme introduit 
dans l'économie s'élimine de deux façons différentes : 

1° Par les voies respiratoires; 

2° Par les excrétions. 

L'élimination par les voies respiratoires est extrême- 
ment facile à constater ; l'air expiré par le malade offre 
une odeur caractéristique de chloroforme. Cette élimi- 
nation se fait très rapidement, et c'est précisément un 
des grands obstacles à la détermination du poids exact 
du chloroforme nécessaire à l'anesthésie. 

L'élimination par les excrétions est moins évidente. 
Le chloroforme s'y trouve-t-ii à l'état naturel, ou subit-il 
une décomposition dans l'organisme? 

Rabuteau et Bourgoin, Stenbauer et Vogel déclarent 
que le chloroforme se retrouve dans l'urine à l'état na- 
turel. — Raphaël Dubois en doute ; Paul Bert affirme que 
jamais on n'a pu en donner de preuves bien certaines. 

Nous avons tenté diverses expériences dans le but de 
nous éclairer à ce sujet et nous ne sommes jamais arrivés 
à démontrer le passage du chloroforme à l'état naturel 
dans l'urine. 

Trente échantillons d'urine, prélevés à notre clinique 
chez des malades ayant subi l'anesthésie chloroformique, 
ont été examinés et analysés , dans son laboratoire, en 
notre présence , par M. Bréaudat. 

Ces échantillons ont été d'abord soumis, dans l'appareil 
de Lallemand, Perrin et Duroy, au passage lent et régulier 
d'un courant d'air, et pendant une demi-heure qu'a duré 
l'opération, aucun de ces échantillons n'a fourni la moindre 
trace de chlorure d'argent. 



ANESTHESIË GENERALE. 97 

D'autre part, après avoir constaté par le polarimètre 
l'absence de matières sucrées dans les urines, elles ont 
été mises, pendant un quart d'heure, au bain-marie d'eau 
bouillante, en contact avec leur volume de liqueur de 
Fehling récemment préparée. 

La plupart des échantillons sont restés sans action sur 
la solution cupro-potassique ; quelques-uns seulement ont 
produit une réduction extrêmement faible, que nous 
devons attribuer à différents éléments normaux de l'urine 
avant de songer à en rendre responsable le chloro- 
forme. 

D'après Rabuteau et Bourgoin, le chloroforme donne 
à l'urine la propriété de réduire la liqueur de Fehling. 
Loin de nous l'idée de démentir l'assertion de ces deux 
savants ; mais qu'il nous soit permis au moins de regretter 
qu'ils n'indiquent pas leurs procédés de recherches et les 
conditions dans lesquelles ils se sont placés. 

M. Bréaudat a fait sur lui-même une expérience qui 
nous paraît décisive. Pensant que l'absence de réaction 
pouvait provenir de la quantité trop faible de chloro- 
forme arrivé dans le sang d'abord et ensuite dans l'urine, 
à la suite des inhalations, il a ingéré, dans l'espace de 
vingt-quatre heures, deux grammes de chloroforme en 
solution aqueuse, et a recueilli le volume total d'urine 
émise pendant cet intervalle de temps. 

Les expériences ci-dessus énoncées ont été reprises 
immédiatement et ont donné les mêmes résultats. 

Nous avons donc le droit de conclure, jusqu'à ce que 
des preuves indubitables du contraire nous soient appor- 
tées, que le chloroforme ne s'élimine pas en nature avec 
l'urine. 

Dans le cours de ces recherches, nous avons pu remar- 
quer divers points intéressants que nous croyons bon de 
signaler. 

L'acidité de l'urine après anesthésie par le chloroforme 
est beaucoup plus considérable qu'à l'ordinaire. 

La quantité de chlore éliminée est augmentée d'un tiers 
environ. 



98 ANESTHESIE GENERALE'. 

L'urée elle-même s'y trouve en plus grande pro- 
portion. 

Ces deux faits ont été déjà publiés par Kort et Mester 
(Zeitsch. fur klin. MecL, t. XVIII, p. 469), qui ajoutent 
que l'augmentation du chlore et de l'azote est la preuve 
d'une destruction plus grande des matières albumi- 
noïdes. 

D'après les mêmes auteurs, on constate aussi très sou- 
vent chez l'homme anesthésié une urobilinurie plus ou 
moins marquée. 

Dans nos recherches, il nous a été donné une fois 
seulement de rencontrer de l'urobiline en quantité très 
notable. 

Quant à l'élimination de l'azote, elle est augmentée dans 
la proportion d'un cinquième environ, et cet effet persiste 
quelquefois deux jours. 

Kort (New-York, Med. Joum., p. 225, 1 er mars 1890) 
a analysé l'urine de 500 opérés chez qui la narcose chloro- 
formique avait duré de une heure et demie à deux heures 
et demie. Cette urine, chauffée avec de la lessive de soude 
et de l'acétate de plomb, produit un précipité très abon- 
dant de sulfure de plomb, beaucoup plus copieux que 
celui fourni avant la chloroformisation ; il en conclut que 
le soufre non oxydé augmente surtout dans l'urine; sa 
proportion dépasse 20 pour 100. L'action prolongée du 
chloroforme trouble donc les échanges nutritifs. 

Nous devons citer encore Schmiedeberg, qui admet 
l'idée d'une relation entre le chloroforme et les globules 
du sang. Pohl soutient cette manière de voir et prétend 
que la combinaison de l'anesthésique aux éléments figurés 
du sang, aux globules rouges surtout, est très facilement 
détruite par le passage d'un courant d'air. L'auteur aurait 
fait des déterminations de chloroforme dans le cerveau, 
le foie, le tissu adipeux et l'urine. (Archiv fur experim. 
Pathol. med. PharmâkoL, t. XXVIII, p. 229. 1891.) 

De la chloroformisation à la lumière artificielle du gaz 
d'éclairage. — L'anesthésie par les vapeurs de chloro- 
forme présente de sérieux inconvénients lorsqu'on la 



ANESTÏÏESIE GENERALE. 99 

pratique en présence de la lumière artificielle du gaz 
d'éclairage, du pétrole, ou dans le voisinage d'un foyer 
de gaz en combustion (appareils de chauffage ou 
autres). 

Des observations recueillies en Allemagne nous appren- 
nent que plusieurs malades opérés dans ces conditions 
ont succombé brusquement, en présentant tous les 
symptômes de l'asphyxie, sans cependant que le chloro- 
forme pût être incriminé. 

M. Bréaudat a fait sur ce sujet des recherches fort 
intéressantes, et nous croyons faire chose utile en expo- 
sant les résultats qu'il a obtenus. 

Le chloroforme ne s'enflamme pas, mais ses vapeurs, 
portées à une très haute température par la flamme 
qu'elles environnent, se décomposent et remplissent la 
pièce de vapeurs blanchâtres très irritantes, qui pro- 
voquent la toux, même chez les assistants. Van Langen- 
beck attribue cette action irritante à la formation d'acide 
chloroxycarbonique, gaz éminemment délétère. Dastre, 
qui constate simplement le fait, pense que les vapeurs 
blanches sont dues à la présence de chlorure de carbone 
(Dastre, les Anesthésiques) . 

Dans le but de préciser, autant que possible, la nature 
et la quantité des produits provenant de cette décompo- 
sition des vapeurs de chloroforme, M. Bréaudat a vaporisé 
et brûlé soixante grammes de chloroforme pur dans un 
appareil disposé de façon à pouvoir recueillir soigneuse- 
ment et séparément tous les produits de la combustion. 

C'est ainsi qu'il a pu caractériser les composés sui- 
vants : 

Benzine perchlorée (chlorure de Julin), obtenue en 
beaux cristaux dont l'agglomération formait des feuilles 
de fougère. 

Chlorure d'éthylène perchloré (liqueur des Hollandais 
perchlorée) . 

Acide chlorhydrique. 

Chlore en petite quantité. 

Acide carbonique. 



100 ANESTHESIE GENERALE. 

Carbone (noir de fumée) en proportions considérables. 

Contrairement à l'opinion de l'auteur allemand cité 
plus haut, il ne se forme pas d'acide chloroxycarbo- 
nique. 

L'oxyde de carbone, l'acide formique ne se rencontrent 
pas davantage dans les gaz qui s'échappent de la flamme. 
Toutefois M. Bréaudat a obtenu, dans la distillation frac- 
tionnée, un liquide jaune-verdâtre, assez consistant, 
extrêmement acide, soluble dans l'eau et dans l'alcool, 
insoluble dans l'éther, le sulfure de carbone, la benzine, 
le chloroforme, le pétrole, etc., et qu'il n'a pu encore 
définir. 

Ce liquide a une odeur pénétrante, désagréable ; il ne 
s'enflamme pas, mais il émet, lorsqu'on le chauffe, beau- 
coup de vapeurs. 

La faible quantité qu'il en a obtenue ne lui a pas per- 
mis de faire les recherches pour le caractériser; il fait 
provision de cette matière pour pouvoir l'étudier plus 
complètement. 

Continuant ses recherches, il a vaporisé, par un cou- 
rant d'air, dans un laboratoire de 28 mètres cubes, 
bien clos, 15 grammes de chloroforme pur dans le voisi- 
nage de trois becs de gaz d'éclairage. 

Après une demi-heure de contact des vapeurs chloro- 
formiques et du gaz enflammé, l'atmosphère du labora- 
toire était devenue insupportable pour une personne en 
bonne santé. 

D'autre part, 15 grammes de chloroforme pur ont été 
brûlés, à l'aide du gaz d'éclairage, dans un appareil qui 
permettait de recueillir les résultats de la combustion. 
L'opération terminée, voici ce qu'il a trouvé : 

Acide chlorhydrique gr. 288 

Huile acre et acide (contenant de la benzine 
perchlorée , du chlorure d'éthylône per- 
chloré, du chlore) 4 74 

DonCj en admettant que dans la pièce de 28 mètres 



AxNESTIIESIE GENERALE. 101 

cubes toutes les vapeurs de chloroforme subissent l'action 
décomposante de la température du rouge, l'atmosphère 
contiendra, au bout de peu de temps, les substances 
ci-dessus énoncées, dans les proportions indiquées par 
l'expérience. Et cet état de choses arrivera d'autant plus 
vite que l'éclairage de la salle sera plus brillant. 

On se rend facilement compte du danger que courraient 
malades et opérateurs clans une pièce où se feraient suc- 
cessivement plusieurs opérations, l'acide chlorhydrique 
exhalé donnant lieu, dit Ghapuis, à des trachéo-bron- 
chites très intenses. 

Pour éviter ce danger, la première idée qui vient à 
l'esprit est d'établir une ventilation suffisante, un cou- 
rant d'air dans les parties supérieures de la pièce. Le 
moyen est évidemment recommandable , mais nous 
croyons préférable encore de suspendre, dans la salle 
d'opérations et dans le voisinage des sources de lumière 
ou de chaleur, des tissus trempés dans une solution 
faible de potasse ou de soude. On se débarrassera par ce 
moyen des vapeurs chlorhydriques et en général de tous 
les produits acides 

L'éclairage électrique (lampe à incandescence) ferait 
bien mieux encore, il éviterait l'emploi fastidieux de tous 
ces correctifs, et écarterait tous les dangers que nous 
venons d'indiquer en en supprimant la seule cause, c'est- 
à-dire la décomposition des vapeurs chloroformiques. 

Toxicologie du chloroforme et doses toxiques. — Lalle- 
mand, Perrin et Duroy ont montré que des chiens pou- 
vaient vivre sans en être incommodés dans une atmo- 
sphère à 4 pour 100 de chloroforme, tandis qu'ils mou- 
raient rapidement clans une atmosphère à 8 pour 100 
de cet anesthésique. 

Paul Bert dit que la mort survient brusquement lorsque 
l'air inspiré par le patient contient le double de la quan- 
tité de chloroforme nécessaire à l'anesthésie. 

D'après les expériences de Gréhant et Quinquaud, il 
suffirait de 1 gramme de chloroforme par litre de sang, 
soit 5 grammes pour la totalité du sang de l'homme, 



402 ANESTHÉSIE GENERALE. 

pour produire une anesthésie complète; 4 gr. 25 par litre 
pourrait amener rapidement la mort. 

En résumé, on admet généralement que 2 gr. 50 à 
o grammes de chloroforme sont des doses toxiques. 

Recherche du chloroforme dans les cas $ empoisonne- 
ment. — Différents procédés ont été proposés pour la 
recherche toxicologique du chloroforme ; le plus recom- 
mandahle est, sans contredit, celui de Perrin, Lallemand 
et Duroy basé sur la propriété que possède le chloroforme 
de se décomposer au rouge en donnant du chlore et. de 
l'acide chlorhydrique. 

L'appareil dans lequel se passe la réaction se compose 
d'un ballon A, placé sur un bain-marie B et susceptible 
de recevoir un courant d'air venant d'une trompe C ; le 
ballon communique avec un tube de porcelaine I), qui 
traverse un fourneau à réverbère E et se termine par un 
tube à boule de Liebig (fig. 6). 

Pour se servir de cet appareil, on commence par ré- 
duire en pâte et délayer dans un peu d'eau la matière 
cérébrale, le sang, le foie et le tube digestif : la bouillie 
ainsi préparée est introduite dans le ballon A. Dans le 
tube de Liebig on verse une solution de nitrate d'argent 
acidulée avec de l'acide azotique pur. 

Les choses étant ainsi disposées, on fait un premier 
essai sans chauffer le tube de porcelaine, mais en portant 
vers 40° la température du bain-marie B. L'air, après 
avoir barboté dans la bouillie, vient se laver dans la so- 
lution de nitrate d'argent et la laisse parfaitement lim- 
pide, s'il n'a pas entraîné de produits chlorés autres que 
le chloroforme. 

A ce moment on porte au rouge le tube de porcelaine. 
Si des vapeurs chloroformiques le traversent, il se forme 
immédiatement de l'acide chlorhydrique et du chlore, 
qui produisent dans la solution de nitrate d'argent un 
précipité blanc de chlorure d'argent. On pousse l'opéra- 
tion jusqu'à ce qu'il paraisse ne plus se former de préci- 
pité et on s'assure que ce précipité est bien du chlorure 
d'argent. Le corps blanc doit être insoluble dans l'acide 



ANEST1IÉSIE GÉNÉRALE. 



105 



nitrique, soluble dans le cyanure de potassium, l'hypo- 
sulfite de soude, l'ammoniaque. Il doit de plus noircir 
rapidement à la lumière. 

Si le corps obtenu est bien du chlorure d'argent, il y 
a tout lieu de croire qu'il est du à la décomposition du 
chloroforme, puisqu'on s'est assuré auparavant de l'ab- 
sence du chlore et de l'acide chlorhydrique libre. 

Malgré cela, il ne sera pas encore permis de conclure 
à l'empoisonnement par le chloroforme. On devra, avant 




mmimmmmmm 



Fiff. 6. 



de se prononcer, chercher à savoir quels médicaments 
prenait le malade avant sa mort. 

Nous savons en effet, d'après les travaux de Personne, 
que le chloral se décompose dans l'économie en chloro- 
forme et en formiate. 

Ce n'est qu'après s'être assuré de l'absence de toute 
cause d'erreur que l'expert pourra conclure à la pré- 
sence du chloroforme. 

Un autre procédé de recherches dû à Gréhant et Quin- 
quaud est basé sur la propriété que possède le chloro- 
forme de réduire la liqueur de Fehling. 



104 ANESTHÉS1E GÉNÉRALE. 

On soumet les matières suspectes à la distillation et 
l'on fait ensuite réagir le produit de cette opération sur 
la liqueur cupro-potassique. On peut aussi le mettre en 
présence de quelques gouttes d'aniline dans une solution 
alcoolique de soude. Il se dégage alors une odeur repous- 
sante si le liquide contient du chloroforme. 

Si l'on veut doser le chloroforme trouvé dans les or- 
ganes, il faut employer le procédé de Perrin et Duroy et 
peser le chlorure d'argent. 

Effets physiologiques. — Sans nous étendre longuement 
sur la physiologie expérimentale, il nous faut dire cepen 
dant par quelles phases successives se fait l'éthérisation. 
Nous admettons avec Willième et Duret la division sui- 
vante : 

l re Période. — Suspension des fonctions des lobes cé- 
rébraux (sommeil). 

2 e Période. — Suspension des fonctions de la moelle 
ou de la protubérance, etc., comme agents de sensibilité 
(anesthésie) . 

5 e Période. — Suspension des fonctions des centres 
cérébro-spinaux, comme organes excito-moteurs (résolu- 
tion musculaire) . 

4 e Période. — Suspension des fonctions du bulbe et 
des nerfs organiques, comme principe des mouvements 
respiratoires et cardiaques (cessation de la respiration et 
arrêt du cœur : mort). 

Gomme on le voit, les phénomènes bulbaires sont im- 
portants à connaître ; ils constituent pour ainsi dire la 
zone dangereuse et annoncent l'imminence d'accidents 
mortels auxquels il faut remédier tout de suite par la res- 
piration artificielle, 'qui, malheureusement, à cette pé- 
riode, reste souvent inefficace. 

En donnant le chloroforme à doses fractionnées, cette 
période bulbaire est évitée, car, la quantité d'agent anes- 
thésique inhalée étant réduite au minimum, on a moins 
à craindre l'intoxication. 

D'après les expériences de Cl. Bernard, on sait que le 
sang est le véhicule du chloroforme, qu'il transporte dans 



ANESTHESIE GENERALE. 105 

l'économie tout entière et jusqu'aux centres nerveux. Le 
chloroforme détermine alors dans le cerveau un état 
presque analogue à celui du sommeil naturel, de l'ané- 
mie cérébrale, précédée ou non de congestion, causée 
par l'irritation de la muqueuse respiratoire au début des- 
inhalations : il faut ajouter que la présence du chloro- 
forme dans le sang produit, en plus de l'anémie, des 
phénomènes qui rappellent ceux qu'amène, dans l'ivresse, 
l'intoxication alcoolique. La cellule nerveuse centrale, la 
cellule sensitive en particulier, va être coagulée (Duret). 
La cellule reprendra son état primitif normal, à mesure 
que s'élimine l'agent toxique (Duret) '. 

Tout récemment M. Raphaël Dubois, reprenant les ex- 
périences célèbres de Cl. Bernard sur l'arrêt de la germi- 
nation de la graine soumise à l'influence des anesthési- 
ques, a démontré qu'il se forme une dessiccation de la 
plante, par substitution de l'agent anesthésique à l'eau du 
protoplasma. Si. l'on opère sur une orange, l'eau devenue 
libre se déverse dans les interstices « en donnant à 
l'orange l'aspect d'un fruit dégelé ». 

L'action des anesthésiques sur la graine serait donc 
analogue à celle de la dessiccation ou du froid. 

11 en est de même pour les tissus animaux et pour le 
vitellus de l'œuf, dont la composition chimique se rap- 
proche beaucoup de celle du tissu nerveux, ce qui per- 
met de supposer que cette affinité est la seule cause de 
l'élection particulière des anesthésiques généraux pour 
le système nerveux. 

Cette déshydratation de l'épitliélium sous les vapeurs 
anesthésiques expliquerait, d'après M. Dubois, le dépoli 
de la surface cornéenne, qui disparaît après le réveil, 
« dû à l'affaissement irrégulier du tissu cornéen « par 
déshydratation des éléments épithéliaux de la face interne 
de la cornée. 

Cette déshydratation expliquerait encore l'hypersécré- 
tion salivaire et stomacale du début de l'anesthésie, la 
soif et la sécheresse de la bouche comme dans l'ivresse 
où l'alcool est la cause de la déshydratation des tissus. 



106 ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 

M. R. Dubojs a de plus appuyé sa théorie sur les re- 
cherches de Graham au sujet des matières colloïdales mi- 
nérales. — Si on fixe de l'eau sur l'albumine ou la silice, 
on a un hydrogèle; si on soumet un hydrogèle à l'action 
de l'alcool, celui-ci se substitue à l'eau de l'hydrogèle, et 
l'on a un alcoogèle; et de même que l'alcool a chassé 
l'eau, l'éther chasse l'alcool et on aura un éthérogèle. 

Comme le fait remarquer le D r Capitan, la théorie de 
M. Raphaël Dubois est fort intéressante, car on aurait 
ainsi l'explication de « ce qui se passe dans les cellules 
de l'organisme après la suspension de l'action de l'agent 
anesthésique au moment du réveil ». En effet, « l'alcoo- 
gèle mis en présence d'une masse d'eau suffisante rede- 
vient hydrogèle ». 

Donc, lorsque l'on a suspendu l'administration de 
l'agent anesthésique, « le sang peut éliminer par les pou- 
mons l'anesthésique qui y est dissous, puis alors enlever 
à son tour cet anesthésique combiné aux tissus, et, en 
leur rendant leur eau de constitution, le ramener ainsi 
à l'état normal » . 

Si sous l'influence de doses massives et répétées la sa- 
turation des tissus est trop grande, la mort arrive par 
intoxication, et l'on comprend ainsi l'avantage de la mé- 
thode fractionnée. 

Ce n'est qu'après la perte de la sensibilité que s'ob- 
tient la résolution musculaire. Il faut -pousser le chloro- 
forme plus loin, de façon que, après avoir imprégné les 
centres cérébraux (insensibilité), il amène, par son action 
sur les centres cérébro-spinaux, cette résolution muscu- 
laire nécessaire pour les grandes opérations. 

M. Cl. Bernard, par ses expériences sur des grenouilles, 
a démontré la marche ascendante de l'anesthésie, qui 
s'empare d'abord des extrémités périphériques pour ga- 
gner le tronc, puis les racines postérieures. Tous ceux 
qui ont quelque pratique du chloroforme savent combien 
certains organes gardent leur sensibilité alors que l'anes- 
thésie est complète et que le sujet ne réagit plus quand 
on excite les nerfs périphériques. Parmi ces organes nous 



ANESTHESIE GENERALE. 107 

citerons : les organes génitaux (dilatation brusque du col, 
incision du périnée dans la périnéoraphie, le péritoine et 
la masse intestinale, le pharynx, l'anus, le tube diges- 
tif, etc.). 

Poumons. — Les expériences de Franck et Arloing, 
relatées par Duret et les auteurs, ont montré l'action 
toxique du chloroforme donné à doses massives. C'est 
ainsi qu'ils ont relaté trois façons de produire l'asphyxie : 

« 1° Par syncope primitive, laryngo-trachéale de Duret, 
causée, au commencement de l'anesthésie, par l'action 
du chloroforme sur le larynx et sur la trachée; 

« 2° Par tétanisation des muscles respiratoires, si, la 
syncope primitive ne s'étant pas produite, on continue 
la chloroformisation à doses massives. — C'est la syncope 
secondaire ou bulbaire (Duret), syncope que l'on évite si 
l'on suspend à temps cette dangereuse méthode; 

« 5° Si la syncope secondaire n'a pas lieu, la respira- 
lion s'arrêtera après quelques mouvements thoraciques 
superficiels par suite de l'accumulation de l'agent toxique 
dans l'économie '. » 

De plus, d'après les expériences d'Arloing, comme 
la circulation pulmonaire se ralentit pendant la chlo- 
roformisation, la congestion ou l'engouement pul- 
monaire seraient des contre-indications, car la stase 
sanguine artificiellement produite ne pourrait que les 
augmenter. 

Dans la méthode fractionnée, aucun de ces phénomènes 
ne peut se présenter; puisqu'il n'y a pas doses massives, 
il n'y a plus de syncopes primitives ni secondaires, il n'y 
a pas non plus de toxicité, et les affections pulmonaires 
(engouement, congestion) ne sont plus des contre-indi- 
cations, car le ralentissement de la vitesse du courant 
sanguin est très faible, et dans le cas où, malgré toutes 
les précautions prises, quelque menace de congestion se 
produirait, la quantité de chloroforme charriée par le 
sang étant minime, il suffirait de quelques inhalations 

1. Duret, Contre-indications de l'anesthésie, 1881. 



108 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

d'air pour rétablir la rapidité normale de la circulation 
pulmonaire. 

Cœur. — La syncope cardiaque étant mortelle, on 
s'est beaucoup occupé de l'action du chloroforme sur 
le cœur. Nous ne ferons que citer les noms de Vulpian, 
Trinquart, Franck, Arloing en France; le comité de 
chloroforme anglais ; Scheinesson, Koch, Vierordt en Alle- 
magne ; Boodwitsch et Mint en Amérique, etc. ; nous ne 
relaterons que le résultat des expériences d'Arloing et 
l'opinion de Duret. 

Cette syncope cardiaque reconnaît trois causes : 

1° Une irritation du cœur par voie réflexe, irritation 
qui, comme nous venons de le dire en parlant de l'action 
du chloroforme sur les voies respiratoires, s'exerce 
d'abord sur le larynx et la trachée; cette irritation, ayant 
pour point de départ l'excitation du trijumeau, du larynx, 
sera transmise au bulbe, au pneumo-gastrique, puis au 
cœur : d'où la syncope primitive ou laryngo-réflexe (Duret) ; 

2° L'action sur le bulbe des vapeurs de chloroforme 
donné à doses massives, qui, pénétrant dans le sang, 
déterminera l'arrêt du cœur par l'excitation des centres 
respiratoires transmise par les nerfs vagues ; c'est la 
syncope secondaire ou bulbaire (Duret) ; 

5° L'intoxication par accumulation de chloroforme dans 
les tissus saturés, ou syncope tertiaire de Duret, syncope 
mortelle par paralysie des ganglions excitateurs des mou- 
vements du cœur (Vulpian). 

Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons 
dit plus haut au sujet des poumons; les trois causes de 
syncope n'existent plus avec la méthode fractionnée, et 
en particulier la dernière syncope par intoxication. 

Il est une quatrième cause de syncope cardiaque indé- 
pendante de l'anesthésie et de l'agent anesthésique; c'est 
celle qui est produite par le choc traumatique, ou syncope 
opératoire, et contre laquelle on ne peut remédier. Cette 
syncope cependant se rencontre moins souvent dans la 
méthode fractionnée, qui a l'avantage de diminuer fort 
peu l'énergie du cœur. 



ANESTHESIE GENERALE. 109 

Pouls. — D'abord rapide au début, la pression arté- 
rielle étant augmentée, il devient de plus en plus lent à 
mesure que s'établit l'anesthésie, la pression artérielle 
diminuant pendant la période de résolution. 

Il en est de même de la tension veineuse : le pouls reste 
plein, bien battu, le sang ne stagne pas, ce qui fait que 
l'on observe la pâleur de la face et des téguments : pâleur 
qui disparaîtra pour faire place à la congestion, s'il y a 
un commencement d'intoxication. 

Le sang, d'après Paul Bert, reste rutilant pendant la 
période de calme ; il ne noircirait que pendant la période 
d'excitation, à cause des troubles respiratoires. 

Ainsi que le fait remarquer judicieusement le M. Duret, 
comme il y a diminution de l'absorption du gaz oxygène 
au niveau de la surface pulmonaire, quoiqu'il y ait aug- 
mentation de l'oxygène dans le sang artériel des animaux 
anesthésiés, le ralentissement des oxydations dans le 
réseau capillaire général est une des causes de refroidis- 
sement dans l'anesthésie. 

Cette diminution des oxydations dans les tissus jointe 
à la diminution de l'absorption de l'oxygène par la surface 
pulmonaire, au repos et à l'immobilité du sujet, enfin à 
l'augmentation du rayonnement sur la surface du corps, 
sont des causes de l'abaissement de la température, observé 
par Duméril et Demarquay, Keppeler, Àrloing, etc., abais- 
sement qui varie de deux tiers de degré au minimum, 
jusqu'à 4° et 4°, 5 au maximum. 

Historique. — Avant la méthode dite à doses frac- 
tionnées, que nous allons décrire, on avait coutume de 
se servir de doses massives. 

Cette dernière pratique était défectueuse pour beaucoup 
de raisons : en effet, on avait à craindre l'intoxication et 
la saturation des tissus presque toujours mortelle, et 
cette congestion asphyxique qui constitue un des plus 
dangereux accidents de la chloroformisation, si l'on n'y 
remédie pas à temps. La période d'excitation était plus 
longue, plus mouvementée, bref l'organisme se révoltant 
contre ces doses massives rendait fort difficile la tâche 



110 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

de l'anesthésiste. De plus, le prix coûteux du chloroforme 
est une question qui, elle aussi, doit être envisagée, et la 
méthode fractionnée a l'avantage de permettre des anes- 
thésies assez prolongées avec 20 ou 50 grammes. 

C'est le D r Léon Labbé qui, à propos de la discussion 
soulevée par Gosselin, en 1881, sur la chloroformisation, 
signala les grandes lignes de cette méthode à l'Académie 
de médecine. 

En 1883 (1 er décembre) P. Bert rapportait, devant la 
Société de biologie, une communication du D r Peyraud, 
de Libourne, relatant un moyen d'administrer le chloro- 
forme, présentant de grandes analogies avec celui du 
D r Labbé. 

Malgré ces deux appels à l'attention scientifique, les 
chirurgiens continuèrent à employer les doses massives, 
et ne s'occupèrent point de ces deux nouveaux procédés 
d'anesthésie. Gomme le dit le D r Baudouin dans son intéres- 
sant travail 1 , ce furent les internes, chargés de chloro- 
formiserles malades, qui vulgarisèrent la méthode Labbé. 
Parmi eux, citons les noms des D rs Boncour et Péraire qui 
ont le plus contribué à améliorer le procédé et à le faire 
entrer dans la pratique chirurgicale. 

M. Sédillot, à Strasbourg, préconisa un mode de chlo- 
roformisation un peu différent, du moins quant à la 
quantité d'agent employé. Au lieu de verser deux ou trois 
gouttes sur le mouchoir, il recommande d'y mettre 
quatre ou cinq gouttes. 

M. Schwartz (Revue générale de clinique et de thérapeu- 
tique, 1889) a voulu revendiquer la priorité de cette nou- 
velle méthode, mais, d'après les recherches minutieuses 
auxquelles s'est livré le D 1 ' Baudouin, c'est bien à M. Labbé 
que revient l'honneur d'être le promoteur de ce procédé 
facile et sûr. 

Quelques chirurgiens s'élèvent encore contre cette 
pratique des doses fractionnées, qui tend à se répandre de 
plus en plus en France, et même à l'étranger, ainsi que 

1. Baudouin, Gazette des Hôpitaux, juin 1890. 



ANESTHESIE GENERALE. 111 

le prouvent les communications des I) rs Popescu, en Rou- 
manie, et Cordero, au Mexique. 

Il faut toujours lutter pour faire admettre une théorie 
nouvelle, alors même qu'elle est confirmée par de nom- 
breuses observations. La méthode à doses fractionnées, 
faibles et continues, n'a pas échappé à cette période 
d'indifférence qui précède les découvertes importantes; il 
a fallu l'autorité de chirurgiens tels que M. Terrier à 
l'hôpital Bichat, Quénu, Richelot, Ricard, etc., pour la 
faire admettre dans les services hospitaliers, d'où elle 
s'est répandue dans la pratique de la clientèle. Et il serait 
impardonnable, à l'heure actuelle, de se servir, quand 
on donne le chloroforme, d'un procédé différent, procédé 
qui se résume en ces trois règles principales : le inoins 
(Vair possible, le moins de chloroforme possible, et admi- 
nistration la plus continue possible sans la moindre inter*- 
mittence (Baudouin). 

Mode d- administration du chloroforme. — La première 
condition pour obtenir une bonne anesthésie est d'avoir 
un chloroforme chimiquement pur. On ne peut recourir, 
avant l'opération, à toutes les réactions que nous apprend 
la chimie, cependant il est bon de respirer le chloroforme 
pour reconnaître s'il a une odeur franchement éthérée, 
analogue à celle de la pomme reinette, agréable même 
et non piquante. Si l'on verse quelques gouttes sur une 
feuille de papier blanc ou sur la main, le chloroforme 
pur se vaporisera entièrement sans laisser aucune trace 
persistante ni de liséré jaunâtre. Enfin il doit être incolore 
et limpide, d'une saveur légèrement sucrée. 

Tout chloroforme qui reste exposé à l'air devient géné- 
ralement acide ou perd ses propriétés anesthésiques; 
aussi ne faut-il employer que du chloroforme conservé à 
l'abri de l'air dans des tubes à essai en verre coloré en 
jaune foncé, fermés à la lampe, et contenant environ 
50 grammes 1 , quantité largement nécessaire pour une 



1. Nous nous servons, pour nos anesthésies. de tubes préparés 
d'après ces principes par M. Bkéaudat. 



112 ANESTHESIE GENERALE. 

chloroformisation de longue durée (une heure à une heure 
un quart) grâce à la méthode fractionnée. 

Avant de commencer l'anesthésie, on brise l'extrémité 
effilée du tube à chloroforme et l'on verse l'agent anes- 
thésique dans un flacon gradué. 

Ce flacon, d'une contenance de 60 grammes environ, 
en verre jaune foncé et gradué, sera percé au milieu du 
goulot d'un petit orifice pour laisser pénétrer l'air. Le bou- 
chon, en verre dépoli à l'émeri, présente une disposition 
particulière : il est creusé de deux gouttières, opposées 
l'une à l'autre, comme le montre la figure 7. 

Si l'on met ce bouchon de façon à obturer l'orifice du 
goulot, l'air ne pouvant pénétrer, le liquide ne coule pas, 
et la bouteille est fermée; si, au contraire, on dispose le 
bouchon de façon qu'une des gouttières corresponde au 
trou du goulot, l'air entre dans le flacon, et permet, en 
l'inclinant, l'écoulement goutte à goutte à l'extérieur, 
grâce aux gouttières du bouchon en verre. 

De cette façon on remplace le stilligoutte des parfu- 
meurs, qui a été préconisé, et qui se compose d'une ron- 
delle de liège percée d'une armature en métal terminée 
par une vis, dont le desserrement rend possible l'écou- 
lement du liquide. Mais au contact du chloroforme la 
rondelle de liège peut s'altérer ; il en résultera des 
débris ou des impuretés qui se mêleront au liquide 
anesthésique et qui, entraînés par lui, pourront même 
obturer la lumière du stilligoutte et empêcher la sortie 
du chloroforme. 

Si pour une cause quelconque on n'avait point à sa 
disposition le flacon compte-gouttes, on pourrait le rem- 
placer facilement par le tube à essai qui contient le 
chloroforme. 

Pour cela il suffit de briser ce tube d'un coup sec tout 
près de son extrémité effilée, de façon à obtenir un orifice 
étroit, comme celui des compte-gouttes qu'on livre dans, 
le commerce. En agitant ce tube par saccades, l'agent 
anesthésique tombera goutte par goutte sur le moucboir 
à chloroforme. 



ANESTHESIE GENERALE. 



113 



Ce procédé est loin de réunir les mêmes avantages que 
celui du flacon, mais il peut, le cas échéant, être d'une 
grande utilité. 

Vaseline. — On a recommandé d'enduire l'extrémité du 
nez et le menton d'un corps gras, tel que la vaseline, afin 
de prévenir l'inflammation amenée par le chloroforme, qui 
possède une action légère- 
ment caustique. 

Si l'on a soin de verser 
les deux ou trois gouttes 
de chloroforme au milieu du 
mouchoir, de façon que, lors- 
qu'on le retourne, la partie 
imbibée soit située au-dessous 
des narines, on évitera ce 
léger ennui, car, de cette fa- 
çon, ni le nez ni le menton 
ne seront en contact direct 
avec l'agent anesthésique. Il 
est inutile, en effet, pour em- 
pêcher l'accès d'une trop 
grande quantité d'air, d'appli- 
quer très fortement le mou- 
choir sur le visage ; il suffira, 
et on y réussit facilement avec 
un peu d'habitude, de fixer 
les bords libres de ce mou- 
choir contre les joues et le 
menton avec le pouce et l'in- 
dex de la main droite, pendant que le pouce et l'index de 
la main gauche le serrent contre le nez, manœuvre que 
nous décrirons plus loin. 

M. Terrier pense qu'il vaut mieux, quand il s'agit 
d'une femme, l'endormir à l'improviste, après avoir 
obtenu antérieurement son consentement, sans la préve- 
nir du jour et de l'heure de l'opération. Nous ne sommes 
pas de cet avis; les femmes sont d'abord souvent plus 
courageuses que les hommes, et, d'un autre côté, com- 




Fisr. 7. 



114 ANESTHES1E GENERALE. 

ment pourra-t-on faire préparer, en ville, ce qui sera 
nécessaire, si l'opération est impromptue? 

Le malade doit, en effet, être à jeun depuis la veille, 
afin d'empêcher autant que possible les vomissements 
qui se produiraient inévitablement sous l'influence du 
chloroforme, si l'estomac n'était pas vide. Pour les inter- 
ventions importantes il est d'usage même de prescrire un 
purgatif que le malade doit prendre l'avant-veille de 
l'opération. 

Les préparatifs terminés, approchez-vous de la per- 
sonne que vous allez endormir; parlez-lui sans brus- 
querie, avec douceur ; gagnez sa confiance : tout est là et 
vous en retirerez de grands avantages dans la suite. Pré- 
venez-la de ce qu'elle va ressentir, de façon que, moins 
effrayée, elle n'applique pas son attention à se rendre 
compte de ce qu'elle éprouve, ce qui retarderait la rapi- 
dité de l'anesthésie. 

Engagez donc le patient à respirer normalement, 
comme à l'ordinaire; dites-lui qu'il va avoir une sensa- 
tion de picotements dans la gorge, d'étouffement, qu'il 
entendra le son des cloches, ou le roulement d'une voi- 
ture, mais que cela est forcé, et qu'il ne s'en inquiète pas. 

Assurez-vous qu'il n'y a pas de fausses dents ni de 
râteliers, et si quelques femmes, par coquetterie, hési- 
tent à répondre, ou vous font des réponses embarrassées, 
insistez en les prévenant des graves accidents qui peuvent 
en résulter. 

Ceci fait, débarrassez le cou des liens qui peuvent le 
serrer (cravates, lacets de bonnet), dégagez la poitrine et 
le ventre, desserrez les boulons de la chemise et des 
gilets de flanelle ; toutes ces précautions un peu longues 
sont bonnes à prendre, nécessaires même. Vous vous 
évitez des ennuis pour la suite, vous les prévenez, et 
votre surveillance pourra mieux s'exercer. 

Auscultez le cœur et les poumons pour reconnaître s'il 
y a une lésion de ces organes, et ne pas l'oublier, si elle 
existe. Nous en reparlerons aux indications et aux contre- 
indications. 



ANEST1IESIE GENERALE. 115 

Utez les oreillers, de façon que la tête ne repose que sur 
le traversin, et faites prendre à votre malade la position 
horziontale, sur le dos. 

Recommandez le silence absolu autour de vous, éloignez 
les parents trop impressionnables. Ce silence est impor- 
tant à obtenir; le malade que vous cbloroformisez a l'es- 
prit en éveil, le moindre bruit prend pour lui de l'impor- 
tince, et défendez surtout de parler, car le malade écoute 
et le nerf auditif est un des derniers qui soit anes- 
thésié. Le silence au contraire le calme, l'endort et vient 
ajouter son action à l'effet des vapeurs anesthésiantes. 

Versez alors deux ou trois gouttes de chloroforme sur 
un mouchoir plié en plusieurs doubles. De la main gauche, 
si vous êtes à droite du malade, appliquez le mouchoir 
contre la racine du nez, sans violence ; de l'autre main, 
fixez les autres bords sur les joues et le menton, sans 
écraser le nez, en créant pour ainsi dire un petit espace 
où le malade ne respirera que du chloroforme, l'accès de 
l'air n'étant pas possible (fig. 8). 

Après deux ou trois inspirations, versez deux nouvelles 
gouttes sur la face libre du mouchoir, retournez-le pour 
l'appliquer de la façon précédente, et profitez pour cela 
de l'intervalle de deux inspirations, pour empêcher que 
le sujet n'introduise de l'air dans ses poumons. 

Surveillez les mouvements respiratoires; s'ils sont trop 
rapides, si le malade se dépêche de respirer, calmez-le, 
et le calme obtenu, continuez votre chloroformisation sans 
répondre à ses questions, et exigeant le plus grand silence 
autour de vous. 

On avait autrefois l'habitude de questionner le malade ; 
cette pratique est défectueuse en ce qu'elle prolonge 
l'anesthésie en forçant pour ainsi dire l'intelligence du 
sujet, à rester éveillée. 

Un contact étranger, la main d'un assistant qui pren- 
dra le pouls suffisent parfois à provoquer le réveil. 

Comme le dit fort bien le D r Baudouin, vous rencontre- 
rez « des hommes instruits, de profession libérale, qui 
croient tout connaître, qui veulent tout comprendre^ ui 



116; ANESTUESIE GENERALE. 

exigent qu'on leur donne les plus grandes explications, des 
gens qui ont' l'habitude de penser, de s'observer » ; ou 
Bien encore « qui n'ont qu'une confiance modérée dans la 
valeur anesthésique du chloroforme, et sont persuadés 
qu'étant plus forts que le commun des mortels, on ne 
pourra pas les endormir ». Avec tous ces malades il est 
important de ne pas parler, ou vous aurez des difficultés 
excessives à provoquer l'anesthésie. En ne leur répondant 
pas on les oblige à garder le silence, et la durée de la 
chloroformisation est par suite abrégée. 

Il ne faut pas non plus parler au chloroformiseur, afin 
de ne pas le distraire et détourner ainsi sa surveillance, 
ne serait-ce que quelques instants, qui, si courts qu'ils 
soient, peuvent être fatals à l'anesthésie. 

Sans recourir au procédé que voulait faire appliquer le 
D r Tillaux (Académie de médecine, 1882) et qui consiste- 
rait à placer entre l'anesthésie et l'opérateur un écran 
suffisant, il suffira de prier les assistants de ne pas parler, 
en les prévenant des conséquences fâcheuses qui souvent 
en sont le résultat. 

Toutes ces précautions, si méticuleuses qu'elles puissent 
paraître, ont leur importance, et si elles avaient été tou- 
jours prises, on aurait peut-être eu à enregistrer moins 
de morts sous le chloroforme. En un mot, la vie de l'anes- 
thésie est entre les mains de l'anesthésiste, qu'il ne l'oublie 
pas, et c'est pourquoi il faut éviter de laisser à des mains 
inexpérimentées l'administration du chloroforme, comme 
on le fait à l'hôpital et même en ville, où l'accoucheur, 
n'étant point assisté d'un confrère, confie quelquefois 
l'anesthésie à une garde ou à un membre de la famille. 

Ne quittez pas des yeux le visage, ni la poitrine mise à 
découvert, de façon à être prévenu si quelque accident 
allait se produire. Si vous avez pris toutes les précautions 
que nous venons d'indiquer, généralement la période 
d'excitation est, sinon totalement abolie, du moins fort 
atténuée, même chez les alcooliques et les hystériques, et 
l'anesthésie est obtenue dans un délai de trois minutes à 
un quart d'heure au maximum. 



ANESTHESIE GENERALE. 117 

Le plus souvent, vous observerez des mouvements laté- 
raux de la tète qui veut se dérober au mouchoir; mainte- 
nez-la de la paume de la main gauche appliquée sur le 
front, ou faites-la maintenir par un aide, si les mouve- 
ments sont trop violents et si le malade veut se soulever. 
11 y a aussi des mouvements automatiques des bras qui se 
relèvent, battant pour ainsi dire la mesure, et qui vous 




Fi* S'- 
indiquent le commencement de l'anesthésie quand ils 
cessent ; ou bien ce sont des mouvements convulsifs des 
bras et des mains, des tremblements; les mains cherchent 
à pincer, à saisir, et si elles ont pris le drap entre les 
doigts, elles ne le lâchent plus jusqu'à ce que l'anesthé- 
sie soit obtenue ; il en est de même pour les membres 
inférieurs, qui s'agitent, se fléchissent pour rester bientôt 
inertes. 



118 ANESTIIESIE GENERALE. 

La perte de la sensibilité n'est que l'avant-coureur de la 
résolution musculaire constatée en soulevant un des bras 
qui, ne se maintenant plus en l'air, retombe flasque sur 
le lit. Continuez donc votre chloroformisation, et pour 
savoir si l'anesthésie est complète, relevez les paupières, 
la conjonctive restera insensible au toucher, et la pupille 
sera puncti forme. 

Il est d'autres signes de l'anesthésie, tels que le réflexe 
crémastérien chez l'homme, obtenu en pinçant la partie 
supéro-interne des cuisses, à la base ; sous ce pincement 
le crémaster se contracte et les testicules remontent vers 
l'anneau, mais il faut qu'ils ne retombent pas dans le 
scrotum pour que l'anesthésie soit complète. 

Chez la femme, « je prends trois poils à la vulve, 
disait Pajot, et je tire ». C'est un excellent critérium ; il en 
est de même du réflexe costal. L'anesthésie confirmée de 
cette façon, le chirurgien peut commencer son opération. 

Si l'opéré a été endormi dans son lit, ce que nous con- 
seillons toujours, et qu'il faille le transporter sur la table 
d'opération, faites relever doucement la tête et le dos par 
un aide, tandis qu'un autre prend le malade sous les épaules 
et sous les jarrets pour le déposer sur la table, pendant 
que vous maintenez le mouchoir à chloroforme sur le nez 
de votre sujet, que les mouvements pourraient éveiller. 

Disposez une alèze sous la tête du malade, et vous pla- 
çant à droite du sujet, si vous le pouvez sans gêner l'opé- 
rateur, à moins que celui-ci ne vous indique une position 
plus commode pour lui, continuez votre chloroformisation 
sans vous inquiéter de ce qui se passe autour de vous. A ce 
moment, nous avons coutume de saisir la langue de notre 
sujet avec une pince, celle de M. Lucas-Championnière 
entre autres, ou bien la pince tire-langue de M. Berger, 
afin de ne plus avoir à nous en occuper par la suite, et 
éviter une complication ennuyeuse et quelquefois fort dan- 
gereuse, à savoir la chute de la langue dans Y arrière-gorge. 
Les mâchoires ne sont pas contractées, ou le sont fort peu, 
et, en abaissant le maxillaire inférieur, il est en général 
très facile de faire sortir la langue suffisamment pour la 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 119 

saisir avec la pince. Choisissez le milieu de la langue si 
vous le pouvez et vous éviterez, quand vous retirerez l'in- 
strument, la petite hémorragie qui pourrait résulter de 
la piqûre d'une veine ou d'une artériole, hémorragie du 
reste sans danger, mais qui peut effrayer l'entourage ou 
le malade à son réveil. Un simple lavage de la bouche à 
l'eau boriquée chaude suffit pour l'arrêter. 

Si cependant les mâchoires sont contractées, vous pouvez 
employer, pour ouvrir la bouche, le crochet ad hoc inventé 
par M. Collin. 

Ayez soin de relever la chemise du sujet de façon à 
découvrir l'abdomen et surveiller la respiration abdomi- 
nale. Ceci est très important, principalement chez les 
femmes, où la respiration est abdominale. 

Si le sommeil anesthésique est bon, les mouvements 
respiratoires sont pour ainsi dire normaux, quoique 
accélérés au début, l'inspiration est franche, l'expiration 
nettement perçue. L'abdomen et le thorax se soulèvent 
et s'affaissent en mouvements rythmés. 

Si les mouvements abdominaux deviennent précipités, 
prenez garde, il va y avoir des vomissements ou de la 
toux, ou asphyxie par absorption de trop de chloroforme. 
Regardez la pupille et vous serez renseigné. 

Si la pupille est punctiforme, continuez le chloroforme, 
goutte par goutte : la respiration va redevenir normale. 
Si la pupille se dilate lentement, donnez du chloroforme : 
le malade va avoir des vomissements et se réveiller. Si la 
pupille se dilate brusquement, cessez le chloroforme : 
l'asphyxie va se produire; laissez l'air entrer dans les 
poumons, aidez les mouvements thoraciques par des 
pressions abdominales pour stimuler le diaphragme, et 
apprètez-vous à faire la respiration artificielle. La face, 
dans ce cas, se couvre d'une bueur froide, visqueuse, se 
cyanose, les lèvres et la langue prennent une teinte vio- 
lacée, la poitrine se couvre de plaques rouges, la respi- 
ration est stertoreuse, les mouvements thoraciques ne se 
font plus, seule la respiration abdominale continue con- 
vulsivement ; n'hésitez pas : faites une piqûre d'éther 



120 ANESTHESIE GENERALE. 

pour relever le pouls, et, mettant la tête renversée en 
arrière, pendante, faites la respiration artificielle, comme 
nous l'indiquons plus loin. 

Tout rentre dans l'ordre au bout de quelques instants, 
je parle des cas peu graves de syncope pulmonaire, la 
respiration se fait de nouveau entendre, les téguments 
reprennent leur couleur rosée, l'opération peul se conti- 
nuer et vous pouvez recommencer l'administration du 
chloroforme en étant encore plus prudent. En effet, cet 
accident ne survient jamais brusquement, il y a des 
signes prémonitoires. Il faut toujours entendre respirer 
le malade, et c'est en n'observant pas ce précepte que 
l'on peut s'exposer à de graves accidents. L'attention de 
l'anesthésiste ne doit pas un instant faire défaut : l'examen 
de la pupille, de la face, de la poitrine et de l'abdomen 
sera donc fait jusqu'à la fin de l'opération. 

Celle-ci terminée, cessez l'administration du chloro- 
forme, retirez la pince à langue (l'extrémité de la langue 
reste en général, jusqu'au réveil, en dehors de la bouche). 
Puis, le pansement fait, reportez le malade dans son lit, 
la tête basse, en disposant autour de sa tête et au-dessous 
du menton une serviette dans laquelle il pourra vomir 
sans salir les draps. 

Le réveil se fera naturellement, l'opéré n'ayant aucune 
conscience de l'opération qu'il a subie; il n'est pas besoin 
de recourir aux flagellations ou aux aspersions d'eau 
froide pour provoquer ce réveil plus rapidement, à moins 
d'un état particulier du malade (anémie considérable, 
hémorragies, tiraillements nerveux, etc.) ou d'une très 
longue durée d'anesthésie. La plupart du temps sur- 
viennent des vomissements et chez quelques femmes très 
nerveuses des crises de larmes. 

Il faudra prescrire une diète sévère, et recommander 
de ne donner dans le courant de la journée (pendant 
même les 24 heures qui suivent) que quelques cuillerées 
à café de grog, de Champagne ou de café fort. Plus les 
malades boivent, plus ils vomissent. 

La période d'excitation chez les alcooliques, chez les 



ANESTHÉSIE GENERALE. 121 

hystériques et les pusillanimes peut être longue et très 
inarquée. Vous aurez alors à lutter contre des mouve- 
ments désordonnés qui ne vous permettront pas de tenir 
le mouchoir appliqué sur le nez : il vous faudra deux, 
trois aides pour maintenir le sujet. 

La respiration, surtout chez les hystériques, peut être 
saccadée, stertoreuse même, et, quoique la pupille soit 
punctiforme et la cornée insensible, le malade réagira et 
s'agitera pendant l'incision de la peau par le bistouri. 
Dans ce cas, laissez la respiration devenir normale et 
procédez ensuite goutte par goutte, comme il vient d'être 
dit. 

Un des incidents qui entravent le plus la chloroformi- 
sation est le vomissement, 

C'est toujours l'indice d'un réveil imminent : la pupille 
se dilate, les mouvements convulsifs du diaphragme se 
précipitent, si vous n'arrêtez pas les hoquets par l'admi- 
nistration de quelques gouttes de chloroforme. Si vous 
n'avez pu empêcher les vomissements, inclinez la tête de 
côté pour faciliter l'écoulement de la salive et des glaires; 
avec un morceau d'ouate au bout d'une pince à forci - 
pressure, ou d'une éponge montée, essuyez la bouche, 
débarrassez la gorge des mucosités qui l'obstruent et con- 
tinuez le chloroforme, l'anesthésie sera obtenue rapide- 
ment, et avec une surveillance attentive vous éviterez la 
reproduction de ce désagréable incident. 11 est cependant 
des sujets à estomac si intolérant que, quelque attention 
que vous portiez, quelque surveillance que vous exer- 
ciez, vous ne pourrez empêcher le vomissement. 

Ce vomissement n'apparaît, en général, que lorsque, 
l'opération étant finie et la chloroformisation arrêtée, le 
réveil commence. Dans ce cas, vous n'avez pas à intervenir 
et il suffira de favoriser l'écoulement de la bile et de la 
salive, en ayant soin de disposer sous la tête et le menton 
une serviette pour empêcher le malade de se souiller. 

Quelquefois ce vomissement n'apparaîtra que quelques 
heures après le réveil, parfois même le lendemain. 

En tous les cas, recommandez de ne pas donner à 



12â ANESTHESIE GENERALE. 

boire, ou du moins fort peu, quelques cuillerées à café 
de grog ou de Champagne; l'ingestion de liquides ou 
d'aliments favorise le vomissement, et vous devrez tou- 
jours prévenir le malade ou son entourage de la possibi- 
lité de ce phénomène, pour qu'il n'en soit pas effrayé. Le 
lendemain, le malade pourra s'alimenter, du moins quant 
à ce qui concerne l'anesthésic, mais avec des aliments de 
facile digestion. 

Nous avons dit plus haut que la surveillance de l'anes- 
thésiste ne devait pas faire défaut une seconde; voici 
comment cette surveillance devra s'exercer : 

Face. — La face est avec la poitrine et l'abdomen la 
région importante à observer, et les différentes modifica- 
tions qu'elle présente dans le cours de la chloroformisa- 
tion ne doivent pas échapper à Fanesthésiste. 

Au début, la face garde sa coloration, plus ou moins 
rose, suivant l'état de santé du malade. Généralement 
rosée, elle devient de plus en plus pâle à mesure que 
l'anesthésie devient plus profonde. 

Chez quelques malades débilités, entre autres les ané- 
miques, à la fin d'une longue opération, ou après une 
période d'excitation considérable, elle se recouvre d'une 
certaine quantité de sueur plus ou moins abondante sui- 
vant les sujets. 

La face peut présenter deux changements de colora- 
tion importants à noter : elle devient rouge ou blême. 

1° Si la pâleur normale de la face est remplacée par 
un aspect vultueux du visage qui prend une teinte viola- 
cée, elle indique un commencement d'asphyxie méca- 
nique par diminution de l'oxygène et augmentation de 
l'acide carbonique dans le sang. Les lèvres bleuissent, et 
La langue, tirée au dehors, subit les mêmes changements 
de- coloration que la face, elle est aussi violacée. 

2° Si au contraire une sueur froide s'étend sur le visage, 
qui devient blême et froid, on est en présence d'une 
asphyxie toxique. La muqueuse des lèvres, de la conjonc- 
tive se décolore, les paupières prennent une teinte plom- 
bée, une froideur marmoréenne s'étend sur les pommettes 



ANESTHESIE GENERALE: 125 

et les narines (Baudouin), sur le lobule de l'oreille; la 
cornée insensible ne réagit plus au contact du doigt 
explorateur, les traits prennent une immobilité cadavé- 
rique, la mort est proche, et il ne faut pas perdre une 
seconde pour intervenir et faire la respiration artificielle. 

On a décrit d'autres moyens pour remédier aux acci- 
dents de la chloroformisation, nous y reviendrons plus 
tard, mais nous pouvons dire tout de suite que de tous 
ceux qui ont été préconisés, la respiration artificielle est 
le meilleur. 

Dans ces deux cas, face vultueuse et face blême, on 
doit d'abord cesser l'administration du chloroforme, pour 
faire disparaître, dans le premier cas, la cause de l'as- 
phyxie en permettant l'introduction de l'air dans les pou- 
mons, dans le second cas pour empêcher que l'intoxica- 
tion ne continue par la pénétration de nouvelles doses de 
l'agent anesthésique. Si la suppression de la cause de 
l'asphyxie mécanique ou de l'apnée toxique n'est pas 
suffisante pour faire disparaître les changements de colo- 
ration de la face, il faut avoir recours immédiatement à 
la respiration artificielle. 

Yeux. — L'examen du globe de l'œil rend d'importants 
services pendant l'anesthésie. 

Pendant la première période, si l'on soulève les pau- 
pières généralement abaissées, on constate des oscilla- 
tions du globe oculaire caractérisées par des mouvements 
de rotation de droite et de gauche, et sur leur axe autéro- 
postérieur, comme dans le nystagmus d'origine centrale. 
D'après M. Duret, ces axes reviennent à l'horizontalité 
dans la narcose profonde. Le renversement en arrière des 
axes optiques prouve que le malade se réveille ou qu'il 
n'est pas encore assez endormi. 

Les recherches de Budin et Goyne ont fait connaître le 
rapport qui existe entre l'anesthésie complète du sujet et 
la contraction avec immobilité de la pupille, entre le retour 
à la sensibilité et la dilatation avec motilité de cet organe. 

1° Au début, pendant la période d'excitation, la pupille 
se dilate; 



124 ANESÏHESIE GENERALE. 

2° À mesure que s'établit l'anesthésie, la pupille se 
contracte progressivement, tout en restant sensible aux 
excitations ; 

5° La narcose obtenue, la pupille présente deux phéno- 
mènes constants : une immobilité absolue et un état de 
constriction ; 

¥ Quand la sensibilité revient, si on diminue la dose 
d'anesthésique, ou si un vomissement, indice du réveil r 
se produit, la pupille se dilate progressivement, et il 
suffira de continuer plus attentivement l'administration 
du chloroforme pour la faire redevenir puncliforme ; 

5° Chez les alcooliques, cette contraction pupillaire est 
lente à se produire, elle arrive tardivement pendant le 
sommeil anesthésique, et est difficile à maintenir persis- 
tante. « Cela tient à ce que, chez ces malades, l'état 
neuro-paralytique des vaisseaux qu'ils présentent est une 
mauvaise condition pour l'imprégnation définitive des 
éléments nerveux par l'agent anesthésique » (Duret), et 
rend plus longue la période d'excitation. 

MM. Perrin et Lallemand, dans leur traité d'anesthésie, 
avaient, eux aussi, indiqué cette contraction persistante 
de l'iris. 

Yulpian et Carville, Schiff et Foa, Schlôger etWinslow 
ont confirmé cette opinion. 

La contraction pupillaire, le retour des axes antéro- 
postérieurs des globes oculaires à l'horizontalité , après 
leur divergence en haut sous la paupière supérieure sont, 
avec la perte des mouvements associés, étudiée par Mer- 
cier et Warner, des signes importants de narcose pro- 
fonde. Pendant qu'un axe optique reste horizontal, l'autre 
diverge; d'autres fois on observe un strabisme conver- 
gent ou divergent (Mercier et Warner). 

Nous venons de dire que, si l'anesthésiste se relâche, 
de sa surveillance et oublie de donner du chloroforme, 
la pupille se dilate lentement, annonçant le réveil ou le 
vomissement; mais si, au lieu de cette dilatation lente, 
on observe une dilatation pupillaire brusque et considé- 
rable, on a, par une trop grande quantité de chloroforme, 



ANESTHESIE GENERALE. 125 

produit de l'intoxication; la dilatation pupillaire brusque 
annonce l'apnée toxique que nous avons signalée plus 
haut. 

La sensibilité de la cornée permet à l'anesthésiste de se 
renseigner sur le degré plus ou moins grand de la nar- 
cose : c'est un bon esthésiomèlre pour juger du moment 
de saturation des centres nerveux. Son insensibilité est le 
signe d'une anesthésie complète. 

En résumé, d'après l'examen de la pupille et de la cor- 
née, on peut formuler les règles suivantes : 

1° L'anesthésie absolue nécessaire au chirurgien n'est 
obtenue que lorsque la pupille est contractée et immobile. 
Si sous l'excitation du réflexe crémastérien ou vulvaire la 
dilatation pupillaire ne se produit pas, le chirurgien peut 
commencer l'opération, et doit ne la commencer qu'à ce 
moment; 

2° Si pendant l'anesthésie la pupille se dilate lente- 
ment, donnez du chloroforme, car le malade se réveille 
ou va avoir des vomissements ; 

3° Si la pupille se dilate brusquement, cessez le chlo- 
roforme: le centre bulbaire de la pupille perd son exci- 
tabilité, il va se produire de l'apnée toxique. Cette dilata- 
tion brusque est le fait d'une intoxication dangereuse 
(Duret), et il faut recourir à la respiration artificielle. 

En résumé, l'anesthésiste ne perdra pas un seul instant 
de vue la pupille : c'est la boussole qui lui indique la 
route à suivre. 

Langue. — Quelques anesthésistes blâment l'emploi de 
la pince à langue. Dans notre pratique, nous nous en 
servons toujours et nous nous en trouvons bien. Nous ne 
pinçons la langue que lorsque le sujet est anesthésie, et 
nous n'avons plus à nous préoccuper de la chute de cet 
organe dans le pharynx, accident quelquefois mortel, et 
toujours fort ennuyeux. On a, il est. vrai, indiqué, pour 
l'empêcher, la fermeture de la bouche par la main de 
l'anesthésiste, mais cette fermeture ne peut être continue, 
puisqu'il faut, à chaque instant, retourner le mouchoir 
d'une main et verser du chloroforme de l'autre. Le sou- 



126 ANESTIIES1E GENERALE. 

lèvement du maxillaire inférieur et du plancher buccal, 
indiqué par-M. Labbé, est, pour la même raison, fort diffi- 
cile à maintenir, et il nous semble préférable d'éviter 
la recherche de la langue qui bouche l'épiglotte par la 
précaution que nous prenons d'attirer le muscle au de- 
hors. 

De plus, nous pouvons, de cette façon, observer l'état 
de la langue continuellement et constater les change- 
ments de coloration, si importants comme précurseurs 
de l'asphyxie mécanique. Souvent, en effet, le sujet en- 
dormi ne respire que par la bouche, et il faut alors, si 
l'on a exécuté la manœuvre de M. Labbé, soulever avec 
le doigt l'une des commissures (Baudouin) pour que les 
vapeurs anesthésiques puissent être inhalées, sinon les 




Fig. 9. — Pince tire-langue de Collin. 

lèvres flasques empêchent la respiration de s'accomplir 
et ferment la bouche en se collant sur les arcades den- 
taires. La respiration ainsi obtenue sera loin d'être calme, 
et ne se fera qu'avec bruit, tandis qu'avec l'emploi de la 
pince elle sera normale. L'ouverture de la bouche per- 
met la facile introduction des vapeurs chloroformiques, 
et si la respiration devient stertoreuse, on pourra aisé- 
ment tirer la langue en avant, et débarrasser l'arrière- 
gorge des mucosités qui l'obstruent. 

On a construit plusieurs modèles de pinces; citons 
celle de Nicaise, le crochet de Collin, la pince tire-langue 
de Collin (fig. 9). 

La pince la plus commode est celle du docteur Lucas- 
Championnière (fig. 10), modifiée par le docteur Berger 
(fig. 11). Elle se compose de deux branches: l'une est 
terminée par un ou deux crochets coudés à angle droit, 



ANESTIIÉS1E GÉNÉRALE. 1*27 

dont L'extrémité aiguë pénètre dans un ou deux orifices 
situés sur l'extrémité de l'autre branche ; celle-ci se ter- 
mine en spatule dont la face inférieure est renflée pour 
loger la pointe des crochets (fig. 11). 
On introduit dans la bouche cette pince ouverte afin de 




Fig. 10. — Pince du D r Lucas-Cliampiomiière. 

pouvoir saisir la langue entre les deux branches, la bran- 
che à crochets regardant la face supérieure du muscle, 
la branche spatulée s'appliquant sur la face inférieure. 
On pince la langue, et pour fixer l'instrument, on engage 
le crochet que présente un des anneaux avec la tige à 




Fig-. 11. — Pince du D r Berger. 



crémaillère ainsi que le montre la figure, en ayant soin 
que l'extrémité des crochets ne fasse pas saillie au- 
dessous de la branche spatulée. 

Une bonne précaution à prendre est d'avoir une pince 
aseptique pour éviter la possibilité d'une infection con- 



128 ANESTHESIE GENERALE. 

sécutive, produite par l'entrée d'un germe pathogène 
dans la plaie" de la langue. Terrier a tout particulière- 
ment signalé les septicémies, telles que les broncho-pneu- 
monies, qui ont pour point de départ la plaie linguale 
due à une pince non stérilisée. 

Disons encore que les éraillures, les grandes perfora- 
tions, les déchirures, et même les gangrènes de la pointe 
de la langue occasionnées par les anciens instruments 
dont on se servait autrefois (pinces de Museux ou à pres- 
sion ordinaire) ne sont plus à craindre avec la pince de 
Berger. 

Salivation. — Il arrive que, pendant le cours de la 
chloroformisation, le malade salive plus ou moins abon- 
damment, en particulier les emphysémateux, les lympha- 
tiques et les obèses, aussi faut-il avoir à côté de soi de 
petites éponges stérilisées et montées, ou bien un peu de 
ouate hydrophile entre les deux mors d'une pince à forci- 
pressure, pour débarrasser l'arrière-gorge des mucosités 
qui peuvent rendre la respiration difficile, surtout après 
le vomissement. 

Cette salivation est produite par un réflexe provoqué 
par l'irritation des muqueuses linguale et buccale au dé- 
but de l'inhalation des vapeurs chloroformiques ; mais 
pendant l'anesthésie complète les réflexes ayant disparu, 
la salivation se tarit. 

Respiration. — La suspension de la respiration con- 
stitue un des dangers les plus importants de l'anesthésie 
chloroformique ; il faudra donc surveiller les mouvements 
respiratoires avec le plus grand soin, car, ainsi que l'ont 
démontré les travaux de la commission de Hyderabad, la 
respiration s'arrête avant le cœur. L'examen du pouls ne 
mérite pas, en conséquence, l'attention que l'on y portait 
autrefois; il n'indiquera, par sa tension ou son ralen- 
tissement, que la force ou la diminution de la circulation 
artérielle. 

11 faut donc écouler le malade respirer (Péraire), et 
si la respiration est très faible, quoique régulière, chez 
les anémiés ; par exemple, on applique l'oreille presque 



ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 129 

contre la compresse qui est devant la bouche du ma- 
lade. 

Quelques chirurgiens avaient coutume autrefois de 
coller, au moyen d'une goutte de collodion, un petit mor- 
ceau d'ouate sur une des narines, afin de pouvoir suivre 
les mouvements respiratoires par le soulèvement de cette 
ouate sous le souffle respiratoire. Ce procédé n'a pas sa 
raison d'être avec la méthode à doses fractionnées, le 
mouchoir s'appliquant hermétiquement sur le nez, qu'il 
cache à l'anesthésiste. 

La respiration, ordinairement saccadée et bruyante 
au début, devient calme dans le courant de l'anesthésie, 
sauf cependant si le sujet est obèse, emphysémateux ou 
alcoolique. 

Quelques malades suspendent leur respiration quand 
on commence l'anesthésie; il suffit, en général, si la face 
reste normalement colorée, d'attendre l'arrêt de la con- 
traction diaphragmatique (femmes nerveuses, impres- 
sionnables). Si la face, au contraire, devient pâle et le 
pouls irrégulier et très rapide, il faudra faire une pression 
sur le creux épigastrique ou sur les parois costales pour 
provoquer une inspiration. 

Rythme. — Des trois respirations : costale supérieure, 
costale inférieure, abdominale, c'est la dernière qui devient 
prédominante. Elle est généralement dicrote (Dastre et 
Morat); il y a un ressaut au début de l'expiration. Il arrive 
parfois que l'on observe une contraction tétanique d'une 
des moitiés des muscles de la paroi abdominale, l'autre 
moitié se soulevant et s'abaissant normalement pendant 
l'acte respiratoire. 

Comme, d'après les recherches de P. Langlois et de Ch. 
Richet, l'expiration est purement passive, il faut empêcher 
qu'un obstacle, si léger qu'il soit, puisse gêner cette 
expiration. C'est pour cela qu'il faut débarrasser la gorge 
des mucosités et des glaires, et empêcher, au moyen de 
la pince, l'obstruction du larynx par la langue. 

Les autres causes de l'arrêt de la respiration sont : la 
syncope initiale de Duret ou laryngo-trachéale, la syncope 

9 



130 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

secondaire ou bulbaire (Duret) et l'apnée toxique, que 
nous avons 'décrites plus haut. 

Circulation. — L'examen du pouls est donc, comme on 
le voit, d'une importance relative ; cependant il sera bon 
de l'interroger de temps en temps, car sïl est bien battu, 
quoique ralenti, il indique une bonne anesthésie. Au 
début, il est rapide, serré et plein; puis il diminue de 
fréquence et devient mou. Si l'anesthésie est régulière, 
il est calme et régulier. Sa petitesse précède les vomisse- 
ments, le rythme respiratoire étant normal. Les hémorra- 
gies abondantes, au cours d'une opération, amènent sa 
faiblesse avec battements réguliers. 

Nous ne faisons que mentionner l'irrégularité ou l'arrêt 
du pouls, indiquant la menace d'asphyxie ou l'apnée 
toxique, ces deux accidents étant précédés généralement 
de l'arrêt de la respiration. 

Brame, Dastre et quelques physiologistes français pré- 
tendent que l'arrêt du cœur précède dans quelques cas 
l'arrêt de la respiration ; mais, avecMM. Baudouin et Aubeau, 
nous pensons que le seul danger, « l'épée de Damoclès », 
est la syncope respiratoire. 

Avec la syncope primitive, laryngo-trachéale, on a une 
syncope cardiaque primitive, rare heureusement, car elle 
est d'ordinaire mortelle. 

Avec la syncope secondaire, bulbaire, il y a d'abord 
arrêt de la respiration, puis arrêt du cœur après trois ou 
quatre systoles lentes. 

Enfin, dans la syncope tertiaire, il y a arrêt de la respi- 
ration, puis arrêt du cœur après accélération des mouve- 
ments cardiaques. 

Réflexes. — Quand l'opération sera une lithotritie, une 
périnéoraphie, il faudra pousser très loin l'anesthésie 
chloroformique, le réflexe vésical et le réflexe périnéal 
étant fort difficiles à supprimer. On peut cependant y 
arriver avec la méthode à doses fractionnées. 

Pendant les laparotomies, il est fort important d'em- 
pêcher les vomissements, pour que l'intestin ne puisse 
être chassé par les contractions du diaphragme, faire 



ÀNESTHESIG GENERALE. 



151 



hernie à travers la plaie abdominale et gêner l'opérateur: 
l'anesthésie devra donc être assez complète pour que ce 
réflexe soit anéanti ; l'étude de la pupille et du pouls per- 
mettra d'éviter ce désagréable incident. 

Position de Trendelenburg. — Lorsque, pour faire la 
laparotomie, le chirurgien met l'opérée en position de 
Trendelenburg, comme le montre la figure 12, la tête en 
bas, l'anesthésiste devra surveiller attentivement la lan- 
gue pour l'empêcher de tomber, par son propre poids, 




Fig. 12. 



dans l' arrière-gorge, et, dans ce cas, la pince de Berger 
rendra un réel service : l'écoulement des mucosités étant 
impossible, il faudra, au moyen des éponges montées ou 
de ouate hydrophile au bout d'une pince à forcipressure, 
nettoyer fréquemment la gorge et la bouche. Une précau- 
tion importante à prendre est celle-ci : l'opération ter- 
minée, alors que l'opérée dort encore, il ne faut pas la 
mettre brusquement sur un plan horizontal, pour éviter 
la syncope que pourrait produire un trop subit change- 
ment dans la circulation, mais on devra abaisser gra- 
duellement le plan incliné avant de remettre l'opérée 
dans son lit. . 



132 ANESTHESIE GENERALE. 

AVANTAGE DU FROCÉDÉ DES DOSES FRACTIONNÉES 

Ces avantages sont : 

1° Une période d'excitation tellement atténuée qu'elle 
peut être regardée comme nulle. 

Cette agitation du début se traduit par quelques mou- 
vements, par des paroles incohérentes, des larmes, des 
rires. Les femmes très nerveuses peuvent ressentir une 
impression voluptueuse dont elles se souviennent au 
réveil. 

On ne voit plus cette grande agitation, ces contractions 
musculaires énergiques qui nécessitent l'emploi d'aides 
nombreux pour prévenir les grands écarts du patient, 
que Ton ne manque jamais de constater lorsqu'on emploie 
de fortes doses de chloroforme. Cette période se limite, 
chez nos anesthésiés, le plus souvent à une excitation 
cérébrale se manifestant par des paroles plus ou moins 
incohérentes, des cris, des chants. Puis, peu à peu, le 
malade se tait, devient immobile, la respiration reprend 
sa régularité et le sommeil s'établit franchement (Boncour). 
On se figure, « à distance, bien entendu, que le malade 
commence à peine à perdre connaissance alors qu'il dort 
du sommeil le plus profond» (Baudouin). 

L'alcoolisme est. le seul cas où cette période d'excita- 
tion peut apparaître; dans l'hystérie, on ne la rencontre 
pas si la méthode est appliquée avec soin. 

L'explication de l'absence de la période d'excitation 
par l'emploi de ce procédé est difficile à donner, et l'on 
est réduit à de simples hypothèses. Pour M. Baudouin, 
les quatre ou cinq gouttes que l'on met au début chaque 
fois sur la compresse semblent représenter le mélange titré 
de P. Bert de 10 à 12 pour 100 (dose anesthésique). — Le 
sommeil obtenu, les deux ou trois gouttes nécessaires 
à la ration d'entretien correspondent au mélange ordi- 
naire, 8 pour 100. 

Avec cet auteur, nous admettons que, a le tant pour cent 
de vapeurs chloroformiques, par rapport à la quantité d'air 



ATSESTIIESIE GENERALE. 133 

inspiré, étant trop peu élevé, l'agent anesthésique se 
dissout (?) dans le sang en trop petite quantité ; partant, 
le sang contenant trop peu de chloroforme réagit sur la 
cellule nerveuse avec une intensité trop faible, et, au lieu 
d'anéantir d'emblée les éléments cellulaires, les excite 
tout d'abord. C'est comme ces brasiers de houille dont 
la tlamme est attisée par les premières gouttes de l'eau 
qui finira par les éteindre » (Baudouin). — Celte explica- 
tion contredit la loi des physiologistes, qui établissent 
en principe que le poison qui abolit les propriétés d'un 
organe nerveux commence par les exalter, que la para- 
lysie est toujours précédée d'une période d'excitation, 
même chez les végétaux. 

Le fait clinique est là pour prouver qu'il ne s'agit pas 
de proportion dans le mélange des gaz, et que la tension 
des vapeurs chloroformiques dans l'air est plus impor- 
tante à considérer que la quantité absolue de poison. 

2° La chloroformisation à doses proportionnées supprime 
l'étouffement pénible que ressentaient les sujets soumis 
aux doses massives, elle n'a plus rien de désagréable. 

5° L'anesthésie obtenue est complète. 

¥ Faite avec soin, cette méthode empêche la production 
des vomissements, qui réveillent le sujet et gênent l'opé- 
rateur, surtout quand il s'agit d'une opération sur le 
thorax ou l'abdomen (laparotomie en particulier). 

5° L'anesthésie peut être prolongée le temps nécessaire 
à l'opération. 

6° Le réveil est naturel, et, s'il est le plus souvent 
accompagné de vomissements, qui manquent dans bien 
des cas, chez les sujets dont la tolérance de l'estomac est 
grande, ces vomissements n 'existent pas. 

7° La dose de chloroforme employée est minime; 15 à 
20 grammes par heure suffisent ordinairement. 

Méthode de P. Bert. Mélange titré d'air et de chloro- 
forme. — Nous avons mentionné les travaux de P. Bert 
sur la pression barométrique et le protoxyde d'azote; 
continuant ses expériences sur le chloroforme, le savant 
physiologiste a créé la méthode dite de « mélanges titrés » , 



\U ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 

c'est-à-dire du mélange d'une certaine quantité en poids 
de chloroforme à 100 litres d'air ; le mélange prend le nom 
du nombre de grammes de chloroforme volatilisé dans 
100 litres d'air. 

Après de nombreuses expériences sur les chiens. M. R. 
Dubois fut chargé, à l'hôpital Saint-Louis, des premières 
applications sur l'homme. « Les résultats furent très sa- 
tisfaisants. Environ deux cents anesthésies furent pra- 
tiquées avec succès dans le courant des années 1884 et 
1885, pendant les opérations les plus graves et les plus 
variées, dans des limites d'Age comprises entre six mois 
et soixante-seize ans. » (R. Dubois.) 

On employa d'abord de grands gazomètres de labora- 
toire très lourds, très encombrants, peu maniables. M. Du- 
bois imagina une première machine, plus légère et plus 
facile à transporter, mais qui présentait certains inconvé- 
nients dans les mouvements ; une seconde machine, plus 
perfectionnée, construite par M. Mathieu, présente toutes 
les garanties désirables. 

Cette machine à anesthésier (fig. 15) se compose : 
1° d'un corps de pompe ; 2° d'un verseur automatique ; 
5° d'un vase évaporatoire. 

Le corps de pompe renferme un piston d'un modèle 
spécial, qui est mis en mouvement par la manivelle m. 
A la fin de chaque course de ce piston, un volume d*air 
déterminé a pénétré dans le corps de pompe, entraînant 
avec lui une quantité exactement mesurée de chloroforme 
déversée dans le vase évaporatoire e , par la descente du 
piston plongeur p dans le récipient r, contenant le chloro- 
forme. Ce mélange sera chassé du corps de pompe clans 
la course inverse du piston pendant qu'une nouvelle 
quantité du mélange titré s'accumulera dans l'appareil. 
Le débit du mélange titré s ;;:. donc continu. 

Le masque est sans soupapes et permet au patient de 
respirer dans un courant d'anesthésique titré sans aucune 
gêne possible. De cette façon la vitesse avec laquelle on 
débite le mélange titré n'offre aucun danger, et le seul 
inconvénient qui puisse résulter d'une marche trop lente 



AXESTIIÉSIE GENERALE. 135 

est de permettre la respiration à l'air libre qui amène le 

«2- i» 



Kg. 13. — Machine à anesthésier de Dubois. 

réveil. Pour les opérations de la face ou des premières 
voies respiratoires on peut remplacer le masque inhala- 
teur par un tuyau nasal ou par un tube plus gros qui 



136 ANESTIIESIE GEMïlMit:. 

rend en même temps de grands services comme abaisse- 
langue et comme écarteur de mâchoire (M. Dubois). 

D'après lui, les avantages de cette méthode sont les 
suivants : 

• 1° Avec la machine, le chirurgien sait ce qu'il fait; 
il n'en est pas de même avec les autres procédés dans les- 
quels le chloroforme sera versé à la main, fût-ce goutte 
à goutte, même avec un compte-gouttes. 

2° L'anesthésie est régulière et continue. Ce dernier 
point est important, si l'on veut éviter les mouvements 
qui ne sont qu'un symptôme de réveil. 

5° La période d'agitation du début de l'anesthésie est, 
en général, supprimée ou tout au moins très atténuée, 
même chez les alcooliques. 

4° Le chloroforme étant dilué avec la quantité d'air 
maxima compatible avec l'anesthésie, les phénomènes 
d'irritation locale des muqueuses nasale, buccale, pha- 
ryngienne et laryngienne (toux, spasmes, suffocation), 
font défaut, et la syncope convulsive réflexe du début, 
toujours grave et parfois mortelle, n'est pas à craindre. 

5° Le mélange à 6 pour 400 étant le plus faible de 
tous, le patient est toujours sur la limite du réveil, qui 
s'effectue très vite quand on cesse l'inhalation. 

M. R. Dubois a remarqué que les malades sont endor- 
mis vite avec un mélange de 10 pour 100, et que l'on 
peut ensuite entretenir l'anesthésie avec un mélange à 
6 pour 100, incapable de provoquer d'emblée l'insensibi- 
lisation, mais susceptible d'être toléré beaucoup plus 
longtemps par l'organisme. 

Il recommande au chirurgien, même avec les mélanges 
titrés, une surveillance active. « // ne devra pas oublier 
que le malade qui respire du chloroforme, s il nest pas 
complètement insensibilisé, ne se trouvera pas plus qiiun 
autre opéré à Vabri d'une syncope cardiaque mortelle, que 
peut toujours provoquer une douleur aiguë et soudaine 
ou Une frayeur. Cette dernière cause de syncope est sur- 
tout à redouter dans la période de l'ivresse chloroformi- 
que, où le sujet commence à ne plus interpréter saine- 



ANESTIIESIE GENERALE. 137 

ment ce qu'il senl, ce qu'il entend ou ce qu'il voit. Ce 
qu'il importe avant tout de surveiller, c'est l'état de la 
pupille et celui de la respiration : le chloroforme tue 
toujours par syncope respiratoire, jamais par syncope 
cardiaque primitive s avec un mélange titré moyen clair 
et de chloroforme de bonne qualité. » (R. Dubois, Revue 
générale des Sciences, n° 11, 15 juin 1891.), 



INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 



On doit avoir recours au procédé des doses fraction- 
nées, toutes les fois qu'on veut soumettre un sujet à 
l'anesthésie chloroformique; nous niions le démontrer 
en analysant ce que, dans les traités classiques, on ap- 
pelle les contre-indications. 

Age. — C'est la méthode de choix chez les vieillards 
(Schwartz, Kallenthaler, Perrin, Rappeler, Duret), la régu- 
larité de la respiration devient remarquable. Chez les en- 
fants, il est, d'après Bergeron, d'une innocuité absolue 
et on peut l'administrer dès les premiers jours après la 
naissance. 

M. de Saint-Germain emploie la méthode sidérante dans 
son service des Enfants Assistés. 

M. Lannelongue, à Sainte-Eugénie, se sert de la mé- 
thode ordinaire. 

Les statistiques de ces deux chirurgiens ne relatent pas 
d'accidents mortels. 

Nous préférons les petites doses : si l'enfant, comme 
cela arrive le plus souvent, ne veut pas entendre raison, il 
suffira de le maintenir énergiquement au début : l'anes- 
thésie obtenue se continuera comme chez l'adulte. 

M. Beaupère conclut, dans sa Thèse inaugurale, des tra- 
chéotomies faites par le D r Vincent, chirurgien-major à la 
Charité de Lyon, à l'adoption du chloroforme pour l'opé- 
ration de la trachéotomie. Sur les 40 trachéotomies que 
M. Rabot a eu l'occasion de faire en 1890, les huit pre- 



158 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

mières ont été faites sans chloroforme, les trente-deux 
autres avec anesthésie. Autant les premières ont été péni- 
bles et laborieuses, autant les autres ont été simples et 
faciles. Avec l'anesthésie, le spasme laryngé est diminué, 
l'enfant respire plus facilement, la trachée n'a plus les 
secousses qui déroutent le doigt qui la cherche et créent 
de véritables dangers au moment de la ponction. La fa- 
cilité relative de la respiration amène un abaissement de 
la pression sanguine et partant une diminution de l'hé- 
morragie, les veines se trouvent moins gonflées. Le sen- 
timent de la douleur est aboli, ce qui n'est pas un mince 
avantage, alors qu'il est nécessaire de saisir un vaisseau 
donnant un peu trop et devenant par là même gênant. 

Il est certain qu'il est des enfants, en petit nombre, il 
est vrai, qui supportent mal le chloroforme, mais ces 
derniers et tous les autres supportent bien plus doulou- 
reusement l'opération. Cette anesthésie, le D r Rabot la 
pratique encore bien souvent pour changer la canule ou 
pour l'enlever complètement. Cette ablation, qu'il fait 
généralement cinq jours après l'opération, est souvent 
difficile : l'enfant est indocile, il a peur d'abandonner 
cette canule, il lui semble que sans elle les premières 
atteintes du mal vont revenir. A ceux-là il faut mettre 
une petite compresse imbibée de chloroforme devant 
l'ouverture trachéale, en quelques secondes ils sont anes- 
thésiés, la canule est enlevée, et à son réveil le petit 
malade se trouvant avec sa cravate ne s'apercevra pas de 
ce qui s'est passé. 

Il est bon de commencer toujours, au début de la 
chloroformisation, par serrer le nez du patient, évitant 
ainsi tout réflexe du côté de la pituitaire (Journal de 
médecine et de chirurgie pratiques, 10 novembre 1891). 

Tempérament. — Si l'on a pris le soin de rassurer le 
patient, comme nous l'avons dit plus haut, si l'on a gagné 
sa confiance, « ce que l'on devra toujours tenter », on 
évitera la syncope mortelle, par émotion très vive, la 
mort par frayeur chez les pusillanimes, chez les personnes 
extrêmement impressionnables. 



ANESTHESIE GENERALE. 159 

Les anémiques ont une tendance aux syncopes, il ne 
faudra pas l'oublier. 

Il s'agit, clans ce cas, de syncopes par émotion, de syn- 
copes cardiaques primitives, contre lesquelles le plus sou- 
vent la respiration artificielle est sans effet : la mort est 
presque toujours fatale. 

Grossesse. — L'anesthésie de la femme grosse est, con- 
trairement à ce que l'on croyait autrefois (Verneuil, 1870), 
relativement bénigne, à condition que l'antisepsie soit 
rigoureuse (Terrier, Robson, Doléris, Baudouin). 

Pendant l'accouchement, on pourra encore appli- 
quer le procédé dosimëtrique : nous l'avons expéri- 
menté chez des femmes très pusillanimes et, il nous a 
rendu les plus grands services. L'anesthésie a duré 
en moyenne de six à huit heures : la dose de chloroforme 
employée a été, suivant les cas, de 60 à 90 grammes. 

Sexe. — Si l'on a cru pouvoir dire que la mort sous le 
chloroforme était plus fréquente chez l'homme que chez 
la femme, cela tient à ce que les opérations avec anesthésie 
sont plus fréquentes chez le premier que chez la seconde. 
La question du sexe est donc sans importance. 

On évitera cependant de pratiquer une opération pen- 
dant les époques menstruelles (Terrillon) ; le moment le 
plus propice est le quatrième ou le cinquième jour qui 
suit l'arrêt des règles. 

Régions. — Quelle que soit la région, on pourra employer 
la méthode dosimétrique. Dans les opérations sur le 
pharynx ou le larynx, avec l'habitude de la chloroformi- 
sation et une grande surveillance on évitera tout ennui, 
en débarrassant l'arrière-gorge des mucosités ou du 
sang qui l'obstruent, au moyen d'épongés montées. 

États pathologiques. — Gomme nous l'avons dit, les 
hystériques supportent très bien le chloroforme, et leur 
anesthésie est très calme. 

La polysarcie présente les mêmes phénomènes que 
l'alcoolisme. 

On ne sait rien de précis sur les tabagiques. 

Quant aux rénaux, nos expériences faites avec M. Bréau- 



140 ANESTIIESIE GENERALE. 

dat nous permettent d'affirmer qu'ils supportent très bien 
l'anesthésie.- 

. Les alcooliques, quel que soit le procédé employé, pré- 
sentent : 

1° Une période d'agitation constante, intense, avec me- 
naces fréquentes de syncopes respiratoires ou cardiaques 
(Baudouin). 

2° Une période d'anesthésie absolue, troublée à chaque 
instant par des alertes : respiration stertoreuse, conges- 
tion de la face, sueurs profuses, apnée toxique, vomisse- 
ments, crachements, salivation et sécrétion bronchiques 
exagérées, flaccidité des joues et des lèvres, affolement 
de la pupille (Baudouin). . 

Quoique atténués, ces phénomènes se présentent tou- 
jours avec des degrés plus ou moins forts, suivant le 
degré d'intoxication du sujet. 

Nous ne parlons pas de la chute de la langue sur la 
glotte, si fréquente dans ce cas, car nous avons toujours 
la précaution de saisir la langue et de l'attirer au dehors 
dès le début de l'anesthésie, que l'on ne peut obtenir, 
souvent, qu'au bout de 15 à 20 minutes, quelquefois 
même une demi-heure. La quantité de chloroforme 
employé sera en conséquence plus grande, et au lieu de 
15 à 20 grammes, on usera 50 à 55 grammes par heure. 

Cette difficulté que l'on rencontre dans la chlorofor- 
misation de l'alcoolique tient à l'imprégnation des élé- 
ments nerveux par l'alcool; « l'inhalation de la plus 
petite quantité de chloroforme suffit à surcharger des 
cellules nerveuses devenues hypersensibles, et où se sont 
déjà accumulées les lésions intimes de l'alcoolisme. 
C'est la goutte d'eau qui fait déborder le verre. C'est, 
comme le délirium tremens, une crise aiguë au cours 
d'une affection chronique. A la moindre invite, ces petites 
bouteilles de Leyde lâchent leur étincelle et tout s'en- 
flamme » (Baudouin). 

Cardiaques. — Les cardiaques avec lésions valvulaires 
peuvent être endormis au moyen du procédé dosimé- 
trique : sous l'influence du chloroforme administré à 



ANESTIIESIE GENERALE. 141 

petites doses, le pouls perd son irrégularité à mesure que 
l'anesthésie devient plus complète. 

L'agitation du début est quelquefois assez marquée, 
bien moins toutefois que chez les alcooliques. 

La dégénérescence du cœur rentre avec la polysarcie 
et l'alcoolisme dans les cas difficiles, qui exigent le 
plus de prudence et de précautions. 

Bronchitiques. — Avec le procédé des doses fraction- 
nées, on pourra anesthésier les bronchitiques, les tuber- 
culeux, les emphysémateux, les catarrheux et les pleu- 
rétiques. Avec une surveillance attentive la narcose sera 
exempte d'incidents. 

Vivresse, le choc traumatique après les blessures ou 
les accidents survenus pendant un combat ou produits 
par une cause violente, sont des contre-indications, ainsi 
que les hémorragies abondantes. 



ANALGESIE OBSTETRICALE 

L'analgésie est la perte de la sensibilité à la douleur. 
Le plus souvent, elle est suffisante dans la pratique ob- 
stétricale pour faire disparaître les douleurs de la partu- 
riente pendant les périodes de dilatation du col et d'ex- 
pulsion du fœtus. L'intelligence reste intacte ainsi que la 
motilité et la sensibilité au contact et à la température. 
Les douleurs péri-utérines, sous l'influence des vapeurs 
cbloroformiques, disparaissent les premières, puis les 
douleurs utérines elles-mêmes s'évanouissent. La partu- 
riente a, dans l'abdomen, la sensation de quelque chose 
qui serre, qui presse, et la main mise sur le ventre con- 
state que cette sensation coïncide avec une contraction 
de l'utérus (Budin, Leçons de clinique obstétricale) . 

Campbell a beaucoup insisté sur cette demi-anesthésie 
si favorable à l'accouchement, et dans un ingénieux 
schéma il a établi les différences qui existent entre 
l'anesthésie chirurgicale et l'analgésie obstétricale. 

On a appelé ce mode d'administration chloroforme à 



142 ANESTIIESIE GENERALE. 

la Reine, pour rappeler le fameux accouchement de la 
reine d'Angleterre pratiqué par Simpson. 

Le procédé consiste à faire respirer à la parturiente 
quelques gouttes de chloroforme au début de la contrac- 
tion, et l'inhalation doit être continuée jusqu'à ce que la 
contraction ait disparu. 

Si les contractions utérines sont très régulières et 
reviennent, par exemple, toutes les dix minutes, il est 
facile d'éviter à la parturiente le commencement de la 
douleur en lui faisant respirer le chloroforme quelques 
secondes avant le début présumé de la contraction. 

Il est cependant des cas où les douleurs sont subin- 
trantes et n'accordent pas à la femme une minute de 
calme. Il faut alors poursuivre l'administration de l'anes- 
thésie jusqu'à la période chirurgicale. 

Moment de V administration. — Ce moment est très va- 
riable et dépend de la tolérance de la parturiente à la 
douleur. Les unes réclament le chloroforme dès le début 
de la période de dilatation ; d'autres seulement quand la 
dilatation est presque complète; d'autres enfin, moins 
pusillanimes, au moment de l'expulsion. 

Avantages. — Le chloroforme rétablit le calme alors 
que l'agitation est extrême : il supprime la douleur qui, 
violente et continue, peut épuiser la parturiente, il permet 
la dilatation rapide du col dans les cas de rigidité de l'ori- 
fice utérin, et ici il est tout particulièrement indiqué. 

Contre-indications. — Il n'y a pas de contre-indica- 
tions : la femme enceinte supporte admirablement le 
chloroforme, elle acquiert, de par sa grossesse, une tolé- 
rance remarquable pour cet anesthésique. 

De plus, comme on l'a vu plus haut, le chloroforme 
donné à des doses fractionnées peut être administré à 
tous les malades, qu'ils soient cardiaques, pulmonaires ou 
brightiques. 

Le D r Budin a donné le chloroforme à des parturientes 
dont l'une multipare avait « depuis les premiers mois 
de sa grossesse des battements de cœur très intenses, 
sans lésion valvulaire » ; une autre, primipare, dont le 



AKESTHÉSIE GÉNÉRALE. 143 

travail durait depuis dix-huit heures, avait des contrac- 
tions si douloureuses qu'à « chacune d'elles il y avait 
une menace de syncope ». Sous l'influence du sommeil 
anesthésique les palpitations de la première disparurent, 
ainsi que les phénomènes inquiétants de la seconde. 

Nous l'avons donné à une multipare très craintive, 
qui avait une lésion mitrale double (rétrécissement avec 
insuffisance), pendant huit heures à la dose chirurgicale 
(sur la demande de la parturiente qui avait peur de souf- 
frir), et l'accouchement s'est terminé fort heureusement. 
L'enfant expulsé en position occipito-pubienne a crié dès 
sa naissance, et la délivrance a été faite sans hémorra- 
gie, alors qu'il s'en était déclarée une aux deux accouche- 
ments précédents. 

Accidents. — On a accusé le chloroforme d'amener un 
ralentissement dans la fréquence des contractions uté- 
rines. 

Il est bien difficile de se prononcer à ce sujet. Comme 
le dit fort judicieusement le D r Budin, il y a des femmes 
chez lesquelles les contractions qui s'étaient succédé fort 
régulièrement, cessent tout à coup, sans raison appa- 
rente; si l'on avait administré le chloroforme on n'aurait 
pas manqué de l'accuser de ce retard de travail. 

Chez d'autres, qui sont très agitées, dont les contrac- 
tions sont très, douloureuses, et dont les cris sont ef- 
frayants à entendre, l'inhalation de quelques gouttes de 
chloroforme fait tout rentrer dans le calme et le silence. 
Les contractions se sont-elles apaisées en -même temps 
que les douleurs? Il suffit de palper l'abdomen et l'on 
sentira l'utérus se contracter, aussi souvent et avec la 
même intensité qu'auparavant. 

Hémorragies. — Le reproche de causer des hémor- 
ragies n'est pas prouvé. — Cependant il est possible que, 
dans une certaine mesure, il prédispose à l'inertie uté- 
rine pendant le travail et la délivrance. 

Dans le cas de notre pratique personnelle relaté plus 
haut, la parturiente avait eu des hémorragies après la déli- 
vrance pour les deux premiers accouchements : au troi- 



144 ANESTHESIE GENERALE. 

sième la délivrance a été normale, quoique l'accouchée 
fût depuis huit heures sous le sommeil chloroformique 
de l'anesthésie chirurgicale. 

Du reste, quand il s'agit d'une application de forceps, 
ou de l'embryotomie, quand on veut, dans le cas de ver- 
sion, amener la résolution musculaire, de façon à mieux 
pouvoir la pratiquer pendant le relâchement des parois 
abdominales, ou chez des femmes éclamptiques, on 
n'hésite pas à donner le chloroforme, sans s'arrêter à la 
crainte d'une hémorragie. 

Comme l'a dit le D r Byers (de Belfast), à la 60 e session 
de l'Association médicale britannique, tenue à Nottingham 
(26 juillet 1892), il serait bon que dans tous les cas où 
l'hémorragie paraît avoir été déterminée par le chloro- 
forme, l'on pîit savoir : 

a) L'âge et le nombre de grossesses antérieures de la 
parturiente ; 

b) Si elle a été anesthésiôe lors de ses accouchements 
précédents ; 

c) La quantité de chloroforme employée et son mode 
d'administration ; 

d) La durée de la chloroformisation ; 

e) La raison qui a déterminé l'emploi de l'anesthésie; 

f) Enfin la conduite de l'accoucheur pendant la déli- 
vrance et la 5 e période du travail. 

Fœtas. — Quant à l'enfant, il ne se ressent nullement 
de l'anesthésie procurée à la mère; il est quelquefois 
somnolent et peut être facilement réveillé. 

On a accusé le chloroforme de favoriser l'avortement; 
Kied, Romili l'ont, au contraire, donné pour empêcher 
un accouchement prématuré, en faisant cesser les con- 
tractions utérines (?) . 

Il y a d'abord une légère accélération des battements 
du cœur fœtal au début de l'anesthésie, puis le rythme 
redevient normal. Dans l'état actuel de la science, en face 
des opinions contradictoires, il est très difficile de se pro- 
noncer; néanmoins, tout en admettant que de fortes doses 
de chloroforme ne soient pas sans action sur le fœtus, 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 145 

nous pensons que l'anesthésie ne nuit pas à la santé de 
l'enfant, et ne provoque pas l'ictère des nouveau-nés 
(Porak). 

Mère. — L'influence sur la santé de la mère est nulle : 
le chloroforme n'altère en rien la sécrétion lactée. 

Mode (V administration. — C'est à la méthode des doses 
fractionnées, que nous avons décrite plus haut, qu'il 
faudra avoir recours. Son administration ne devra être 
confiée qu'au médecin. 

État de la pupille. — La pupille dans l'anesthésie ne 
subit les modifications importantes que nous avons signa- 
lées (page 123) que pendant la grande anesthésie. 

Par conséquent, en obstétrique, dans la petite anes- 
thésie, la contraction pupillaire n'étant pas obtenue, 
l'examen de l'œil ne pourra pas donner de renseigne- 
ments. 

Cependant, pendant la grande anesthésie obstétricale, 
il se fait une dilatation légère de la pupille, causée par 
la contraction de l'utérus. Campbell a prétendu que 
c'étaient la contraction utérine et l'effort qui l'accompa- 
gnait, qui donnaient l'innocuité à la grande anesthésie 
obstétricale. Cette opinion est confirmée par la légère di- 
latation pupillaire, qui prouve que l'anesthésie chirur- 
gicale n'est pas obtenue. 



INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 

DE L'ANESTHÉSIE OBSTÉTRICALE 



Les deux principales objections des adversaires du chlo 
roforme donné à dose obstétricale sont les suivantes : 

1° La demi- anesthésie ri existe pas; si le sommeil ri est 
pas complet, la parturiente ne peut éprouver de soulage- 
ment. — La femme en pareil cas est seule juge, et l'ac- 
coucheur doit se contenter d'enregistrer son dire. Or, 
autant que nous avons pu le juger par notre pratique per- 

10 



1W ANESTHESIE GENERALE. 

sonnelle, les , patientes se divisent, à cet égard, en trois 
catégories à peu près égales : la première où il y a sup- 
pression complète ou presque complète de la douleur, la 
seconde où il y a un soulagement notable, la troisième où 
la douleur persiste avec la même intensité. — L'objection 
n'est donc vraie que dans un tiers des cas environ. 

2° Le chloroforme donné pendant le travail amène 
I'inertie utérine, cause de ralentissement pour V accouche- 
ment et d'hémorragie au moment de la délivrance. — 
Cette affirmation est loin d'être prouvée : une statistique 
comprenant de nombreux faits comparatifs serait néces- 
saire à cet égard. Mais admettons cependant sa réalité. 
Est-ce une raison parce que le chloroforme, favorisant 
l'inertie utérine, peut amener un retard d'une demi-heure 
à une heure et expose aux hémorragies de la délivrance, 
pour ne pas essayer de soulager la femme? — Le chloro- 
forme en chirurgie expose à de bien plus graves accidents, 
puisque de temps en temps il amène la mort subite. 
Malgré cela, hésite-t-on à s'en servir? — Le chirurgien 
qui, à l'heure actuelle, ferait une opération sérieuse sans 
anesthésique serait considéré comme barbare : il ne tar- 
dera pas à en être de même pour l'accoucheur qui ne 
tenterait pas d'atténuer les souffrances des parturientes 
confiées à ses soins. 

Le chloroforme peut être employé à dose obstétricale 
pendant toute la durée de l'accouchement, au moment de 
la dilatation ou de l'expulsion. 

Il est trois circonstances où son emploi nous parait 
contre-indiqué : 

1° Quand il n'amène aucune sédation notable dans la 
douleur. 

2° Quand les douleurs de l'accouchement, grâce à leur 
faible intensité, sont bien supportées par la femme. 

5° Quand une femme a eu, après ses accouchements 
antérieurs, des hémorragies sérieuses de la délivrance, 
le chloroforme pouvant être une cause d'aggravation. 

Ce n'est pas seulement durant l'accouchement qu'on 
peut employer le chloroforme à dose obstétricale, mais 



ANESTKÉSIË GÉNÉRALE. 



147 



aussi pendant la grossesse pour calmer, par exemple, les 
douleurs causées par une colique hépatique ou néphré- 
tique, et pendant les suites de couches, alors qu'il existe- 
rait des tranchées réellement pénibles pour les femmes, 
et contre lesquelles le Viburnum prmiifolhmi ou les pré- 
parations opiacées ont échoué. 



XSTRUMENTS ET PROCEDES DIVERS 




Cornet à chloroforme de la marine. — Dans la marine 
française, l'anesthésie est pratiquée à l'aide d'un cornet 
spécial ; ces cornets , 
en carton ou métalli- 
ques, sont doublés en 
laine, et dans le fond se 
trouve un diaphragme 
de flanelle, sur lequel 
on verse le chloroforme 
et qui laisse toujours 
passer une certaine 
quantité d'air (fig, 14). 

Dans la séance de l'A- 
cadémie de médecine 
dul6juinl891,M. Be- 

renger-Féraud a préconisé Fusage de ces cornets. « Il ré- 
sulte, dit-il, de mes investigations sur ce sujet que de 
1886 à aujourd'hui on n'a signalé, dans toute la marine, 
que 4 cas de mort avec ce cornet. 

« Démon côté, dans une pratique de quarante années, 
je n'ai vu aucun cas de mort survenir avec l'emploi du 
cornet. 

« Les chirurgiens de marine ont souvent affaire à des 
alcooliques et à des anémiques, ils pratiquent des opéra- 
tions de longue durée; le cornet, qui permet de surveiller 
la figure du patient, qui empêche le contact du chloro- 
forme avec les narines, qui permet l'arrivée de l'air avec 
les vapeurs anesthésiques, qui a fait ses preuves à la 



Fig. 14. — Cornet de la marine. 



148 ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 

Maternité de Paris, a un si faible nombre d'accidents 
mortels à déplorer, comparativement à la compresse ordi- 
naire, que son adoption par les chirurgiens est à désirer. » 
(Semaine médicale, n° 55, 4 nov. 1891.) 

Appareil de M. le professeur Le Fort. — C'est un cornet, 




Fis. il 



Appareil Le Fort. 



sorte de boîte en maillechort, percée de deux trous pour 
l'accès de l'air, et présentant sur sa paroi supérieure un 
ressort en fer à cheval permettant de fixer quelques ron- 
delles de linge sur lesquelles on verse le chloroforme. 
Cet appareil peut être tenu très propre et le linge peut 
être renouvelé facilement. (Jamain, Manuel de petite chi- 
rurgie.) (Fig. 15.) 



ANESTHESIE GENERALE. 149 

Appareil de M. le professeur Guy on. — M. le professeur 
Giiyon, partisan de la compresse, dans le but de la tenir 
mécaniquement éloignée de la face du patient, a fait con- 
struire par M. Collin un masque en fil métallique présen- 
tant à la partie supérieure, au-dessus du point qui corres- 
pond à la partie supérieure du nez, un anneau à ressort 
dans lequel on engage la compresse pliée servant à l'anes- 
thésie. (Jamain.) (Fig. 16.) 

Le D r anglais Junker a inventé un inhalateur très ingé- 
nieux dont voici la description. 

Inhalateur Junker. — L'appareil se compose d'un flacon 
en verre recouvert de cuir; l'enveloppe porte une fenêtre 



Fig. 10. — Anneau du P r Guyon pour tenir la compresse. 

verticale occupant toute la hauteur du flacon, et graduée 
sur les bords; le flacon est muni d'un goulot métallique 
aussi. La tête de ce bouchon porte trois ouvertures circu- 
laires, une centrale, et les deux autres plus petites, sur 
le même diamètre, à droite et à gauche de la première, 
au milieu des rayons (fig. 17). 

L'ouverture centrale sert de passage à un petit enton- 
noir, soudé au bouchon, et qui permet de verser du chlo- 
roforme dans le flacon sans dévisser le bouchon ; un bou- 
chon en liège à tête métallique plate et striée sur les 
bords le ferme hermétiquement ; sur le bord de l'enton- 
noir est adapté un crochet en S, que l'aide chargé du 
chloroforme accroche à une boutonnière de son vêtement, 
afin d'avoir les deux mains libres. 



150 



ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 



Les deux autres trous du bouchon sont traversés par 
deux cylindres métalliques creux qui entrent dans le flacon 
et qui font également saillie en dehors. L'un de ces 
cylindres descend jusqu'au bas du flacon et est percé d'un 
petit trou à la partie inférieure; l'autre, très court, un 
centimètre à peine, est creux également. Les parties exté- 
rieures de ces cylindres sont recourbées en dehors. Aux 




Inhalateur Junker 



deux extrémités courbes de ces cylindres viennent se fixer 
des tubes en caoutchouc ; le tube qui est fixé sur le petit 
cylindre du flacon se termine par une armature en métal 
qui entre, à frottement doux, dans un cylindre métallique 
placé au sommet de la pièce en forme de cornet ou de 
demi-sphère qui doit s'appliquer sur la face du patient. 
Sur la surface de ce cylindre sont pratiquées deux 
ouvertures rectangulaires et diamétralement opposées, 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 151 

de 1 centimètre de base sur 2 millimètres de hauteur. 
Deux ouvertures exactement semblables se trouvent sur 
l'armature métallique du tube : cette disposition permet 
au chirurgien, en tournant le tube, d'ouvrir ou de fermer 
à volonté les ouvertures, c'est-à-dire de faire entrer ou non 
de l'air dans le cornet, selon qu'il le juge convenable. 

Le second tube en caoutchouc est double au moins en 
longueur; il va s'adapter à un souffleta air en caoutchouc, 
qui repose sur le sol par une partie plate, et qui est 
garni de lanières et de bandes destinées à fixer sur ce 
soufflet le pied de l'aide, qui le manœuvre comme une pé- 
dale de piano ou de toute machine à pied. Au milieu de ce 
tube se trouve un ballon en caoutchouc qui se gonfle 
d'air dès que le pied se met en mouvement : ce ballon 
où s'emmagasine l'air a pour but de rendre plus régulier 
et plus continu le passage de l'air dans le flacon. 

Pour se servir de cet appareil, on débouche l'entonnoir, 
on verse dans le flacon 14 grammes de chloroforme, et 
l'on rebouche avec soin. Le flacon est suspendu par le 
crochet à une boutonnière de la redingote de l'aide, dont 
les deux mains restent libres. Le cornet est placé sur la 
face du patient, un coussin à air qui en borde les con- 
tours permet une adaptation complète. 

Dès que le pied se met en mouvement, l'air chassé 
gonfle le ballon, et suivant le tube pénètre régulière- 
ment dans le flacon par le long cylindre, traverse 
l'épaisseur de la couche de chloroforme, et ressort chargé 
de vapeurs anesthésiques pour se rendre dans le cornet, 
où il est aspiré par le patient. 

Il est très important de ne mettre dans le flacon que 
14 grammes de chloroforme, et de manœuvrer le pied 
régulièrement et avec douceur. En agissant par saccades 
ou avec trop de force ou de précipitation, il pourrait 
arriver que le chloroforme, chassé brusquement du flacon, 
parvînt jusqu'au cornet, et lors même que cet accident 
n'aurait pas lieu, il y aurait de grands inconvénients à 
ce qu'une bouffée d'air imprégnée de chloroforme vînt 
violemment frapper la face du malade. 



152 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

Lorsque le flacon est vide, on enlève le bouchon de 
l'entonnoir, et l'on verse dans le flacon une nouvelle dose 
de 14 grammes de chloroforme, on rebouche avec soin : 
cette disposition permet de ne pas décrocher l'appareil 
du vêtement de l'aide, de ne pas dévisser le bouchon 




Fi g. 18. — Appareil Galante. 



jusqu'à ce que les inhalations soient terminées, et que le 
flacon soit complètement vide. 

Cet inhalateur, bien qu'il ne soit pas complètement 
parfait, est très pratique et a son mérite; il ne faudrait 
cependant pas supposer qu'en l'employant le malade se 
trouve absolument à l'abri de tout danger. 

Appareil à anesthésie, modèle Galante. — Nous citerons 
encore l'appareil à anesthésie de Galante ; il se compose 
de : 



ANESTIIESIE GENERALE. 



155 



Un mascfiie articulé muni d'un crochet dans lequel 
s'engage l'index de la main gauche de l'anesthésiste; 

Et d'un flacon compte-gouttes, qui permet de verser 
peu à peu le chloroforme. (Fig. 18.) 

Appareil d'anesthésie, modèle d'armée. — Cet appareil 




facilement transportable se compose de : un masque 
simple, un flacon et compte-gouttes en verre, une pince 
à langue; le tout est contenu dans une sacoche en cuir, 
qui peut être ou portée en sautoir, ou passée dans le 
ceinturon. 



15i ANESTIIESIE GENERALE. 

Appareil du D 1 ' Budin. — Dans la pratique de sa clien- 
tèle, le D r 'Budin se sert depuis longtemps d'un petit 
appareil qu'il a fait construire et qui se compose (fig. 19) : 

« De deux armatures métalliques exactement semblables 
comme forme; elles sont ovalaires et superposées; la 
supérieure est articulée avec l'inférieure et mobile sur 
elle. On fixe entre les deux armatures un morceau de 
flanelle, qui se trouve soulevé dans son milieu par un arc 
de cercle en métal placé perpendiculairement à l'arma- 
ture inférieure, à laquelle il adhère. On obtient ainsi une 
sorte de masque très léger, qui est facilement manié et 
ne cache que le nez et la bouche; on a de plus l'avantage 
de pouvoir changer la flanelle chaque fois qu'on en a fait 
usage. Le chloroforme est contenu dans un flacon en 
verre jaune, plan d'un côté, sphérique de l'autre, ce qui 
permet de le poser à plat sur le lit ou sur une table. Ce 
flacon est muni d'un robinet à levier qu'un seul doigt 
peut ouvrir ou fermer à volonté. 

« L'armature et le flacon, auxquels on ajoute une 
pince, sont réunis dans une petite boîte qu'on peut mettre 
dans sa poche. » (Budin, Leçons de clinique obstétricale.) 

Quelques chirurgiens se servent encore de doses mas- 
sives pour foudroyer le patient, nous avons signalé quels 
étaient les dangers de cette méthode, dangers le plus 
souvent mortels. 

Le procédé Gosselin consiste dans l'administration de 
doses progressives avec intermittences, c'est-à-dire qu'a- 
près avoir fait inhaler une certaine quantité de chloro- 
forme, on permet au malade de respirer de l'air pur pour 
reprendre ensuite du chloroforme. 

Dans les hôpitaux, on voit encore la compresse sur 
laquelle on verse une certaine quantité de l'agent anes- 
thésique, et que l'on maintient au-dessous du nez et de 
la bouche, sans qu'elle touche le visage, afin que le 
patient respire de l'air mêlé aux vapeurs chloroformi- 
ques. — Quand on suppose la compresse sèche, on y verse 
de nouveau du chloroforme, et ainsi de suite. De cette façon 



ANESTIIESIE GENERALE. 



455 



on peut, pour une opération d'une demi-heure, employer 
250 à 500 grammes de chloroforme. — Cette méthode a 
été aussi appelée méthode des inhalations nécessaires. 

M. Pcyraud, de Libourne, ne verse qu'une goutte sur 
une compresse de toile fine appliquée sur le nez et sur la 
bouche, de façon que le malade ne respire qu'une goutte 
à chaque inspiration ; pour cela, il verse la goutte de chlo- 
roforme sur la compresse à la fin de chaque inspiration. 
Quand l'anesthésie est obtenue, c'est-à-dire au bout d'un 
temps qui varie entre sept à dix minutes, il cesse l'admi- 
nistration de l'anesthésique pendant une ou deux minutes 




j0&r.< 



Fis. 20. 



Appareil Nicaise. 



et recommence avec une ration d'entretien de trois gouttes 
par minute. 

Cette façon économique est bonne assurément, mais, 
d'après le D r Baudouin, le temps nécessaire pour obtenir 
l'anesthésie est d'un quart d'heure environ, et notre 
confrère « s'inscrit en faux contre l'affirmation du 
D r Peyraud, qui prétend qu'avec sa méthode, les alcooli- 
ques ne présentent pas d'agitation. 

« Le malade, profondément endormi, est absolument 
inerte sur la table d'opérations. Il ne fait aucun mouve- 
ment ; on dirait un véritable cadavre quand l'anesthésie 



156 AINESTUÉSIE GÉNÉRALE. 

dure depuis quelque temps, ou plutôt une de ces statues 
de cire, clou fameux des musées anatomiques ambulants, 
statues dont on voit le thorax, à l'aide d'un ingénieux 
mécanisme, se soulever et s'abaisser alternativement pour 
simuler les mouvements de la respiration. » (D r Baudouin, 
De la chloroformisation à doses faibles et continues, 1 892.) 

Procédé du D T Nicaise. — Le D r Nicaise, chirurgien 
des hôpitaux, préfère le masque en flanelle (fig. 20) appli- 
qué sur les narines et la bouche, et sur lequel on verse 
le chloroforme, goutte à goutte, au moyen d'un flacon 
gradué muni d'un bouchon stillatoire. Le masque est 
formé d'un support en fil de maillechort, sur lequel on 
applique un morceau de flanelle qu'une disposition parti- 
culière permet de tendre légèrement et de changer pour 
chaque malade {Revue de chirurgie., juillet 1892). 

« Cet appareil a, dit-il, l'avantage de pouvoir être 
manié d'une seule main ; les deux sont nécessaires pour 
bien appliquer la compresse. L'aneslhésie est assez rapi- 
dement obtenue, sans période d'excitation, sans angoisse, 
ni cyanose. Aussi ce procédé du masque diffère-t-il beau- 
coup de celui de la compresse collée sur les narines. » 

On perd plus de chloroforme par ce procédé, et « l'air 
est aspiré en grande quantité » , ce qui constitue la diffé- 
rence la plus notable avec le procédé de la compresse 
collée. Le D r Nicaise dit avoir observé quelquefois la 
cyanose avec la compresse collée ; nous ne l'avons 
jamais vue se produire pour notre part : l'air qui pénètre 
à travers le mouchoir ou entre deux changements de 
surface est suffisant pour que l'on évite la cyanose. 

Accidents chloro for iniques. — Moyens d'y remédier. — 
Respiration artificielle. — La respiration artificielle est, 
de tons les procédés, celui qui a le plus d'efficacité dans 
le cas de collapsus chloroformique produit par la syncope 
pulmonaire (la syncope cardiaque étant irrémédiable le 
plus souvent). 

Pour pratiquer la respiration artificielle il faut : 

1° Placer le sujet la tête renversée en arrière et pen- 
dante, de façon que le sang afflue au cerveau; 



ANESTHESIE GENERALE. 



157 



2° Faire des mouvements d'élévation et d'abaissement 
des membres supérieurs. Pour cela, un aide se mettant 
à la tète du sujet saisit les deux poignets, élève d'abord 
les bras, puis les abaisse de façon à les croiser sur la 
poitrine. Il les élève encore pour les abaisser de nou- 
veau. Il doit faire exécuter aux deux bras ces mouve- 
ments de seize à vingt fois par minute, de façon à imiter 
les mouvements de la respiration naturelle (méthode 
Sylvester) ; 

o° Pendant l'abaissement des bras, un second aide 




Respiration artificielle. 



comprime l'abdomen avec les deux mains de façon à 
favoriser l'expiration. 

11 faut ne pas se rebuter si la respiration ne revient pas 
tout de suite, et continuer avec persistance les mouve- 
ments indiqués. On n'est pour ainsi dire autorisé à ces- 
ser la respiration artificielle que si au bout d'une heure 
le sujet n'a donné aucun signe de vie. Chez les personnes 
maigres on peut, se plaçant derrière la tête du malade, 
saisir à pleine main de chaque côté le rebord des côtes 
et le porter fortement en dehors, puis les rapprocher en 
comprimant la base du thorax (Nicaise) . 



158 AXESTHESIE GENERALE.. 

On peut encore se placer sur un des côtés du malade 
et comprimer de chaque côté la base du thorax, puis à 
l'aide des pouces écarter en dehors le rebord des côtes 
(Nicaise, Revue de chirurgie, 10 juillet 1892). Ces pro- 
cédés s'appliquent aux cas de congestion encéphalique. 

Une précaution qu'il faudra toujours prendre sera de 
tirer la langue en avant au moyen d'une pince, et de 
débarrasser la gorge des mucosités qui peuvent l'obstruer. 

Nélaton conseille Y inversion totale : il renverse le 
malade de façon que la tête soit en bas et les pieds en 
haut : ce moyen lui a parfaitement réussi. On devra 
l'appliquer dans les cas d'anémie cérébrale. 

M. Kœnig (clinique chirurgicale de Gœttingue) préco- 
nise la compression de la région cardiaque, exercée 
de 30 à 40 fois par minute, pendant qu'on presse sur le 
thorax dans le but de provoquer des mouvements artifi- 
ciels d'inspiration. 

Ce procédé modifié par le D r Maas aurait sauvé la vie à 
deux malades, chez qui toute tentative de respiration 
artificielle aurait échoué. 

Voici la technique de ce procédé (Semaine médi- 
cale, n° 12, 1892) : 

« Le médecin se tient à gauche du malade et exerce 
avec la pulpe du pouce de la main droite des pressions 
très énergiques entre la pointe du cœur et le bord droit 
du sternum. Ces pressions sont répétées environ 120 fois 
par minute; sous leur influence, les pupilles (toujours 
dilatées) se contractent, et on constate l'apparition d'un 
pouls carotidien artificiel. Puis, au bout d'un certain 
temps, apparaissent des mouvements respiratoires spon- 
tanés. On peut alors suspendre la compression et se 
reposer tant que les pupilles restent contractées et que 
persistent les mouvements respiratoires. Puis on recom- 
mence et on continue ainsi jusqu'au rétablissement défi- 
nilif de la circulation et de la respiration. » 

Comme antidote du chloroforme, on a aussi beaucoup 
préconisé le nitrite d'amyle. Le D r Burrall l'a employé en 
inhalations, sur une compresse placée sous le nez, à la 



AN'ESTHESIE GENERALE. 450 

dose de 4 à 10 gouttes. Si le patient ne respire plus, il 
faut faire la respiration artificielle, pendant que l'on met 
sous le nez la compresse de nitrite d'amyle. Dans les 
cas exceptionnels on peut avoir recours aux injections 
hypodermiques de nitrite d'amyle. 

D'après Burrall, le nitrite d'amyle agirait comme vaso- 
dilatateur, et la vaso-dilatation combattrait l'anémie céré- 
brale (Progrès thérapeutique, n° 7, nov. 1891). 

Le D 1 ' M.-E. Mammen cite un cas d'empoisonnement 
grave parle chloroforme, guéri par l'inhalation du nitrite 
d'amyle (The N.-Y. Mecl. Record, 25 avril 1891). 

On pratiqua l'inhalation du contenu d'une ampoule de 
nitrite d'amyle. Quinze minutes après, on renouvela ce 
traitement, sous l'influence duquel la respiration reprit 
son rythme et le pouls se releva. Répétition de six à 
huit inhalations semblables, puis injection sous-cutanée 
d'atropine. Quatre heures après l'accident, plus de stu- 
peur. Le malade eut de l'ictère pendant deux semaines. 

Enfin on a employé aussi les aspersions d'eau froide, 
la compression des membres inférieurs avec la bande 
d'Esmarch, la douche froide sur le nez et la tête (Cl. 
Bernard), le marteau de Mayor sur la région précordiale, 
la respiration d'oxygène.... 

L 'électricité en cas d" accident chloro for inique. — M. Fau- 
con a communiqué à la Société médicale de Lille un cas 
de syncope respiratoire et cardiaque pendant le sommeil 
chloroformique. Après avoir employé tous les moyens 
dont on se sert en pareil cas, l'enfant ne revenait pas à 
lui ; on eut alors recours à la faradisation du nerf phré- 
nique, ce qui provoqua quelques mouvements respira- 
toires; mais dès que l'on cessait l'électrisation, les mouve- 
ments respiratoires cessaient, ce qui prouve bien, ajoute- 
t-il, l'influence de l'électricité dans le cas présent. 

Il fallait trois minutes pour arriver à ce que l'enfant 
pût respirer sans le secours de cet agent, ce qui prouve 
que l'on ne devrait jamais pratiquer l'anesthésie chloro- 
formique sans avoir un appareil prêt à fonctionner et à 
portée de la main. (Bulletin général de thérapeutique. 



160 AîS'ESTIIESIE GENERALE. 

15 déc. 1891.) L'électrisation des nerfs pneumogas- 
triques etpa'r suite l'arrêt du cœur est à redouter; dans 
ce procédé il faut placer un électrode sur lescalène droit 
et l'autre dans le sixième espace intercostal droit, au 
niveau des attaches costales du diaphragme (Nicaise). On 
a aussi conseillé l'électrisation galvanique, en plaçant 
un des pôles au niveau de la poitrine et du diaphragme, 
l'autre sur la colonne vertébrale (Lyman) : ou bien en 
plaçant le pôle négatif dans la bouche et le positif dans 
Je rectum (Onimus). 

Respiration artificielle par insufflation pulmonaire. — 
M. Laborde est l'inventeur d'un dispositif de la respi- 
ration artificielle, chez l'homme, sans intervention de la 
trachéotomie. [Tribune médicale, 25 juin 1891.) 

Ce dispositif se compose d'un masque avec ses acces- 
soires et d'un soufflet. 

Le masque est un cylindre en métal, surmonté à sa 
partie évasée d'un col en caoutchouc permettant et réali- 
sant une adaptation aussi parfaite que possible à la face 
de l'individu, le nez compris : cette adaptation doit être, 
en effet, quasi hermétique, et telle que l'air insufflé ne 
puisse s'échapper par la moindre fissure. L'extrémité 
inférieure du masque se termine par un tube approprié, 
muni d'un trou d'échappement à glissière, pour la prise 
d'air, et destiné à communiquer, à l'aide d'un tube inter- 
médiaire de caoutchouc, avec le soufflet. 

En prévision du cas où, par suite de l'accident qu'il 
s'agit de combattre, il y aurait occlusion de l'isthme gut- 
tural par la langue gonflée et rétractée, ce qui constitue- 
rait un obstacle à l'insufflation avec le masque seul, 
celui-ci est accompagné d un tube en métal, aplati en 
forme d'abaissement à son bout postérieur, et approprié 
par son bout antérieur à la communication avec le 
soufflet : ce tube s'adapte à l'ouverture terminale du 
masque; il peut être enfoncé jusqu'à la base de la lan- 
gue, qu'il déprime par conséquent, et jusqu'à l'ouver- 
ture supérieure de la glotte, et permettre ainsi l'insuf- 
flation directe de l'air à travers le larynx. Dans cette 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 164 

éventualité, et pour prévenir un refroidissement direct 
et trop rapide, on pourrait surchauffer légèrement l'at- 
mosphère ambiante avec un dégagement de vapeur 
d'eau, ou mieux encore à l'aide d'un flacon contenant 
de l'eau chaude à la température normale du corps, 
disposé sur le passage de l'air insufflé, lequel est ainsi 
à la fois humidifié et chauffé. 

On peut, en outre, prendre la précaution tutélaire, 
contre l'infection microbienne extérieure, d'interposer 
un tampon d'ouate stérilisée et tamisant l'air insufflé. > 

Enfin, le soufflet très portatif et facilement maniable 
présente un dispositif particulier, permettant le dosage 
exact du volume d'air insufflé ; ce résultat est obtenu à la 
faveur d'une tige métallique lalérale soumise, à volonté, 
à des crans d'arrêt, en limitant la course du soufflet, 
partant la quantité de prise d'air. Cette prise répond exac- 
tement, en volume, aux chiffres de graduation inscrits 
sur la tige et déterminés d'avance au spiromètre. On sait 
que ce chiffre moyen, pour l'homme, oscille normale- 
ment, au point de vue de la capacité pulmonaire, entre 
trois ou quatre litres d'air par respiration. 

M. Laborde a fait également construire un pneumo- 
graphe, qui enregistre les mouvements respiratoires. 

Enfin, il est bon d'avoir à sa portée une machine élec- 
trique et des ballons d'oxygène, afin de provoquer la res- 
piration et de ranimer le malade qui présentera de l'apnée 
toxique. 

Il faut ajouter qu'avec la méthode à doses fractionnées, 
ces précautions, qui ne peuvent être prises qu'à l'hôpital, 
sont pour ainsi dire inutiles, car les accidents d'ordre 
asphyxique sont très rares, à moins d'une négligence de 
la part du chloroformiseur. (Baudouin.) 



1! 



162 ANESTHESIE GENERALE. 



ANESTHÉSÏE GÉNÉRALE. — CONCLUSIONS 



l u Le chloroforme est, dans toutes les circonstances où 
l'on veut l'obtenir une anesthésie profonde, certaine, de 
longue durée, le seul anesthésique à choisir ; 

2° L'éthérisation passe par les quatre phases suivantes : 

a. Suspension des fonctions des lobes ce'rébraux spinaux 
(sommeil) ; 

b. Suspension des fonctions de la moelle ou de la pro- 
tubérance (anesthésie) ; 

c. Suspension des fonctions des centres cérébro-spinaux 
(résolution musculaire) ; 

d. Suspension des fondions du bulbe el des nerfs orga- 
niques (cessation de la respiration et arrêt du cœur; mort). 
(Willième et Duret) ; 

5° L'asphyxie et la syncope cardiaque peuvent se pro- 
duire de trois façons : 

a. Par syncope primitive, laryngo-trachéale de Duret; 

b. Par syncope secondaire et bulbaire (Duret); 

c. Par intoxication. 

La syncope cardiaque reconnaît une quatrième cause : 

d. La syncope opératoire, amenée par le choc trauma- 
tique. 

4° La méthode d'administration dite à doses fraction- 
nées présente à tous les points de vue toutes les garanties 
désirables. Nous en avons développé longuement les avan- 
tages comparativement aux autres méthodes, nous allons 
les résumer en quelques mots : 

a. La période d'excitation du début peut être consi- 
dérée comme nulle. 

b. Suppression du sentiment de l'étouffement. 

c. Anesthésie complète. 

d. Pas de vomissements pendant l'anesthésie. 



ANESTHESIE GENERALE. 163 

e. Anesthésie prolongée autant que cela est nécessaire 
à l'opération. 

f. Réveil naturel. 

g. Dose employée très petite. 

5° 11 faut que le chloroforme soit chimiquement pur. 

6° On devra suivre avec le plus grand soin toutes les 
recommandations données dans le cours de ce manuel 
pour l'application de la méthode. 

7° Surveiller, pendant l'anestliésie, la pupille, l'état 
de la face, la respiration et le pouls. 

8° Être toujours prêt à combattre les accidents qui 
pourraient se produire et avoir toujours sous la main l'in- 
strumentation nécessaire (pince à langue, seringue hypo- 
dermique, nitrite d'amyle, etc.). 

9° De tous les moyens préconisés pour remédier à la 
syncope chloroformique, c'est à la respiration artificielle 
que l'on devra toujours s'adresser. 

10° L'anesthésiste ne doit s'occuper que de l'adminis- 
tration du chloroforme : son attention ne doit pas être 
distraite un seul instant. 



Anesthésie obstétricale. — Conclusions. 

1° L'anestliésie obstétricale peut atténuer, diminuer les 
douleurs de l'accouchement, sans suspendre les contrac- 
tions de l'utérus, « qui échappe à l'influence directe de 
la moelle épinière » (Richet), ni celle des muscles abdo- 
minaux qui dépendent de la moelle allongée ; d'où con- 
servation de l'effet. Quelquefois elle affaiblit la résistance 
musculaire du périnée, ce qui facilite la sortie de la 
partie fœtale. 

L'analgésie peut être obtenue avec conservation de l'in- 
telligence. 

Il y a d'abord disparition des douleurs irradiées (pé- 
riode de dilatation) qui ont leur siège dans l'utérus (nor- 
malement peu sensible), parce que la douleur est d'autant 
plus facile à faire disparaître que l'organe qui en est le 



164 ANESTHÉSIE OBSTÉTRICALE. 

siège est doué d'une sensibilité normale moins vive 
(Drouet). 

Puis vient l'atténuation même des douleurs de la pé- 
riode d'expulsion (compression des nerfs sous-jacents à 
l'utérus, distension du vagin et de la vulve) plus difficiles 
à faire disparaître, parce que « leur siège est dans des 
organes normalement plus sensibles que l'utérus «(Drouet). 
c 2° Il faut donner le chloroforme suivant la méthode à 
doses fractionnées pendant la contraction utérine. 

Si la période d'analgésie a été dépassée, « une ou deux 
contractions laissées sans chloroforme ramènent l'anes- 
thésie à ce point obstétrical » (Drouet). La disparition de 
la sensibilité cutanée (pincement de la peau) permettra 
de constater cette analgésie. 

3° Le chloroforme régularise la contraction de l'uté- 
rus, la femme pousse mieux , « plus rarement il ralentit 
la marche du travail » (Ghaigneau); mais le plus souvent 
l'effort persiste et la durée du travail n'est pas allongée » 
(Drouet). 11 ne semble, en résumé, « ne pas avoir une 
grande action sur la marche du travail » (Chaigneau). 

La contraction est « silencieuse » (Simonin) et suivie 
du « grand silence » (Campbell). 

4° La délivrance ne paraît pas être accélérée ni ralentie 
(Chaigneau). 

5° Les hémorragies de la délivrance ne doivent pas 
être plus à redouter après l'administration du chloro- 
forme qu'après un accouchement naturel et normal. L'anes- 
thésie, en effet, en évitant la fatigue de l'utérus sup- 
prime l'inertie utérine (Lebert). Dans le cas où des 
hémorragies se produiraient, on y remédiera au moyen 
d'une injection hypodermique d'ergotinine Yvon ou 
d'ergotinine Tanret (V à X gouttes). 

6° Le rétablissement de l'accouchée sera plus rapide, 
la femme n'ayant pas été épuisée par la douleur. 

Le chloroforme semble n'avoir, en somme, aucune in- 
fluence sur les suites de couches ni sur la lactation. 

7° L'anesthésie est sans inconvénient pour la santé de 
la mère ni pour celle du fœtus. Comme elle est d'une 



ANEST1IESIE GENERALE. 165 

innocuité parfaite, on peut dire, avec M. Drouet, « qu'il 
est permis de donner le chloroforme sur la simple 
demande d'une femme qui redoute les douleurs de l'ac- 
couchement », bien qu'il soit préférable de s'en abstenir 
dans les accouchements simples, naturels, qui ne sont 
accompagnés que d'une douleur modérée, supportable el 
efficace. 

8° Néanmoins, comme on a eu à déplorer des cas de 
mort sous l'anesthésie en chirurgie, on ne saurait admi- 
nistrer le chloroforme obstétrical avec trop de prudence. 

9° Le médecin seul devra donner le chloroforme. 

10° L'anesthésie est toujours indiquée dans les accou- 
chements pénibles, laborieux, compliqués; dans tous les 
cas de douleurs excessives, chez les femmes nerveuses; 
lorsque l'utérus se contracte irrégulièrement ; dans les cas 
de contractions spasmodiques et de rigidité du col (Bou- 
tequoy); lorsque, l'utérus se contractant trop énergique- 
ment, il y a rétention du placenta, ou que les tranchées 
utérines sont difficilement supportées et la résistance du 
périnée trop grande. Enfin, il faudra pousser l'analgésie 
jusqu'à l'anesthésie chirurgicale dans toutes les opéra- 
tions obstétricales, qui doivent augmenter la douleur que 
la femme aurait éprouvée si elle était accouchée sponta- 
nément. 

11° La manie, l'éclampsie, l'excitation nerveuse, loin 
d'être produites par le chloroforme, sont heureusement 
combattues par lui (Chaigneau). 

12° Il n'y a, en résumé, pas de contre-indications pour 
l'administration du chloroforme à doses fractionnées, 
faite avec prudence; d'autant plus que cet anesthésique 
est très bien supporté par les femmes enceintes, même 
lorsqu'elles ont une tendance à la syncope (Budin). 

15° Avant l'anesthésie on s'assurera de la pureté du 
chloroforme. 

14° S'il survient une syncope pendant l'anesthésie, on 
aura recours soit à la respiration artificielle, soit à l'in- 
version totale du corps, comme nous l'avons décrite 
page 158. 



166 ANESTHESIE GENERALE. 

La mort subite ne peut pas plus être attribuée au chlo- 
roforme qu'à toute autre cause. 

15° Il est très important de faire un diagnostic précis, 
pour ne pas méconnaître une cause de dystocie (viciation 
du bassin, présentation du tronc) nécessitant une inter- 
vention opératoire. 

Dans ces cas, en effet, c'est à l'aneslhésie chirurgicale 
qu'il faudrait s'adresser, pour faire œuvre utile. L'accou- 
chement n'étant plus naturel, l'anesthésie obstétricale 
serait insuffisante. 

16° Suspendre l'anesthésie après la sortie de l'enfant, 
à moins que, la déchirure du périnée étant fort étendue, 
on n'ait à pratiquer la périnéoraphie après la délivrance. 



B. — Méthodes des mélanges. 

1° Mélange A. C. E. — 2° Mélange de Vienne. — o° Mé- 
lange de Linhart. — 4° Méthylène. — 5° Mélange de 
Billroth. 



L'idée d'utiliser les propriétés des divers anesthésiques 
et d'éviter les inconvénients que présente chacun d'eux, 
en les associant, en les mélangeant, était toute naturelle ; 
elle a créé la méthode des mélanges anesthésiques titrés. 

Les mélanges anesthésiques les plus communs et les 
plus utilisés, par les médecins anglais surtout, sont les 
suivants : 

Mélange A. C. E. — Ce mélange se compose de : \ partie 
d'alcool, 2 parties de chloroforme, et 5 parties d'éther. 

Ce mélange a été proposé par le D r George Harley et 
très recommandé par le Comité anesthésique de la Société 
médico-chirurgicale ftoyale de Londres. D'après le rapport 
de ce comité, son action tiendrait le milieu entre celle du 
chloroforme et celle de l'éther. On s'en sert beaucoup en 



ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 107 

Angleterre, et c'est un bon moyen, surtout dans les cas 
où l'on ne peut employer l'éther. La principale objection 
contre le mélange, et ceux de même nature, est que les 
substances employées pour le composer ne s'évaporent 
pas dans la même proportion qui a présidé à la composi- 
tion, et. que par conséquent il est impossible de savoir si 
le pour cent de vapeurs de chloroforme est bien inhalé. 
Pour surmonter cette difficulté, Ellis a proposé de marier 
d'abord les vapeurs d'éther, d'alcool et de chloroforme, 
et d'administrer au patient ce mélange des trois vapeurs. 
L'appareil dont il se sert est trop compliqué pour être 
pratique : des quantités bien mesurées des trois anesthé- 
siques étaient vaporisées séparément dans trois récipients 
distincts, qui communiquaient tous les trois avec un qua- 
trième récipient, récepteur des trois vapeurs, et servant 
ensuite à anesthésier. 

Le mélange A. C. E. peut être donné avec un inhala- 
teur de Clover, un cornet, ou même plus simplement par 
la méthode ouverte. Dans ce dernier cas, des vapeurs 
d'éther peuvent s'échapper et se mêler à l'air ambiant, 
retarder par conséquent l'anesthésie, et, de plus, rendre 
le mélange plus riche en chloroforme. — La présence 
du chloroforme dans le mélange oblige à donner de l'air 
au malade; il faudra donc écarter fréquemment de sa 
bouche le cornet ou l'inhalateur. La respiration et le 
pouls seront observés avec soin, et il sera aussi nécessaire 
de veiller aux accidents de syncope ou d'asphyxie qui 
pourraient se présenter. 

Les effets consécutifs sont les mêmes que ceux qui 
accompagnent l'administration du chloroforme ou celle 
de l'éther. — Des cas de mort sont survenus dans l'emploi 
de ce mélange. 

Richardson se sert d'un mélange de 2 parties d'alcool, 
2 parties de chloroforme et 5 parties d'éther ; il affirme 
qu'il s'en est très bien trouvé et qu'il n'a jamais eu d'ac- 
cident. 

M. John Reeve, de Dayton, se sert du mélange A. C. E. 
pour la plupart des opérations gynécologiques de longue 



168 ANESTIIES1E GENERALE. 

durée : avant de l'administrer il fait une injection hypo- 
dermique d'une solution de morphine et d'atropine. 

Les avantages de cette méthode sont les suivants d'après 
lui : 

« 1° Elle empêche l'excitation émotive de la malade ; 
2° elle permet d'obtenir pîus rapidement l'anesthésie 
complète et celle-ci est plus uniformément maintenue ; 
3° elle prolonge la durée de l'insensibilité après l'opéra- 
tion ; 4° les vomissements après le réveil de l'opérée sont 
plus rares qu'après l'anesthésie ordinaire. » 

M. Reeve ajoute que cette méthode est relativement 
plus exempte de dangers que n'importe quelle autre; il 
connaît cependant trois cas de mort qui lui sont attri- 
buables. (Semaine médicale, n° 49, 7 oct. 4891.) 

Mélange de Vienne. — Il se compose de 1 partie de 
chloroforme et 3 parties d'éther. Ses partisans prétendent 
l'avoir employé 8000 fois sans accident. On l'administre 
comme l'éther, mais en prenant la précaution de faire 
respirer de l'air frais à de courts intervalles. 

Mélange de Linhart. — Ce mélange se compose de : 
1 partie d'alcool et 4 parties de chloroforme ; il est admi- 
nistré comme le chloroforme; les mêmes précautions 
doivent être employées, et sont d'autant plus nécessaires 
que le mélange est plus riche en chloroforme. 

M. Stephens, de Brighton, emploie un mélange à 
parties égales de chloroforme et d'alcool, auquel on peut 
ajouter quelques gouttes d'eau de Cologne : il considère 
ce mélange comme le meilleur anesthésique obstétrical. 

Méthylène. — Cette substance ou plutôt le mélange 
connu en Angleterre sous le nom de chlorure de mé- 
thylène, en France sous celui de liquide de Regnault, se 
compose de 1 partie d'alcool méthylique et 4 parties de 
chloroforme. 

Le D r Richardson qui, le premier, l'a introduit en An- 
gleterre préconise son emploi, mais il soutient à tort que 
ce mélange titré n'est autre chose que du bicblorure de 
méthylène : les chimistes français combattent vivement 
cette assertion. Le chlorure de méthylène n'est pas un 



AN'ESTIIESIE GENERALE. 169 

anesthêsique, mais bien un convulsivant violent, qui tue 
les animaux en quelques secondes, et qui est tout à fait 
impropre aux opérations chirurgicales. 

Le mélange titré de Regnault au contraire est un véri- 
table anesthêsique : son action est semblable à celle du 
chloroforme et son emploi présente les mêmes dangers, 
mais atténués. 

11 faudra surveiller avec soin la respiration et le pouls ; 
et éviter autant que possible l'accumulation des vapeurs 
dans les bronches. Lorsqu'on administre le méthylène 
avec un inhalateur, il est bon de ne pas pousser la nar- 
cose trop loin ; dès que le malade a perdu conscience, 
on peut diminuer les inhalations, de manière à obtenir 
l'anesthésie avec une quantité moindre de vapeurs de 
méthylène : mais, et on le comprend facilement, le 
méthylène n'étant que du chloroforme dilué, le patient 
reprend bien plus vite la conscience et la sensibilité que 
lorsqu'on emploie simplement le chloroforme. 

Les effets consécutifs du méthylène sont les mêmes 
que ceux du chloroforme, mais à un degré de gravité 
moindre. Malgré cela, quelques cas de mort consécutifs 
à l'emploi du méthylène ont été observés. 

Pour administrer le méthylène, la méthode à l'air 
libre, sur une compresse, doit être rejetée, parce quelle 
favorise trop le détitrage du mélange : c'est même à ce 
mode d'administration, et par conséquent au détitrage du 
mélange, qui en est la conséquence, qu'il faut sans doute 
attribuer les irrégularités observées, les insuccès, et les 
jugements très différents apportés par divers opérateurs. 
C'est ainsi que Spencer Wells qui s'est servi de l'inhala- 
teur de Junker a obtenu de très bons résultats, tandis 
que Polaillon déclare que les mérites de cet agent sont 
très exagérés. 

Le mélange de Billroth se compose de 5 parties de 
chloroforme, 1 partie d'éther, 1 partie d'alcool; ce mé- 
lange est peu connu et peu employé en Angleterre. 
Comme il contient une proportion assez forte de chloro- 
forme, il est bon d'apporter le plus grand soin à son 



170 ANEST1IESIE GENERALE. 

emploi. On peut l'administrer soit par la méthode à l'air 
libre, soit par les inhalateurs Junker ou tout autre. Mais 
quel que soit le mode d'administration, il faut donner 
fréquemment au patient de l'air frais. 

Les dangers et les précautions à prendre sont les mômes 
que lorsqu'on emploie simplement le chloroforme. 

Pawlik a employé cetle solution pour une opération 
d'ovariotomie ; malgré les soins les plus minutieux mis 
par les aides à verser le liquide sur le masque, l'anes- 
thésie n'a jamais été complète, la malade a constamment 
remué. 

Cette méthode ne présente donc pas une certitude 
absolue ; des cas de mort ont été observés à la suite de 
son emploi. 



G. — Méthodes mixtes. 



aie 



Sommaire. — 1° Chloroforme et morphine. - — 2° Morph 
et éther. — 5° Chloral et chloroforme. — 4° Chloral et 
éther. — 5° Chloral, morphine et chloroforme. — 
6° Chloral et morphine. — 7° Atropine, morphine et 
chloroforme. — 8° Protoxijde oV azote et éther. — 9° Bro- 
mure cVéthyle et chloroforme. 



1° Chloroforme et morphine. 

Cette association du chloroforme et de la morphine, 
connue sous le nom de Méthode combinée de Cl. Bernard 
ou de Narcose de Nussbaum, consiste à faire précéder 
les inhalations de chloroforme d'une injection sous- 
cutanée de chlorhydrate de morphine. La morphine 
paralysant d'abord les hémisphères cérébraux, puis la 
moelle, prépare le sujet à l'anesthésie qui arrive tout d'un 
coup, dès les premières inhalations du chloroforme; 



ANESTHESIE GENERALE. 171 

la période d'excitation est supprimée ; l'irritation sur les 
voies respiratoires amoindrie, il n'y a plus à craindre 
la syncope laryngo-réflexe. 

De plus, les centres nerveux étant déjà paralysés par 
la morphine, il suffit d'une faible quantité de chloroforme 
pour obtenir l'anesthésie, et l'on évite ainsi le danger des 
fortes doses. 

Cette méthode présente l'avantage de pouvoir obtenir 
facilement l'analgésie. En faisant inhaler au sujet mor- 
phine de très faibles doses de chloroforme, on arrive 
à supprimer la sensibilité sans anéantir tout à fait la 
conscience; le malade, qui a perdu la sensibilité générale, 
voit et entend, l'intelligence subsiste, elle est seulement 
comme voilée : cet état peut être très utile dans certaines 
opérations, celles sur la bouche, par exemple ; le malade 
perçoit les ordres de l'opérateur et peut les exécuter, sans 
cependant éprouver de douleur. 

Mais cet état est difficile à maintenir et ne peut être 
utilisé que pour les opérations rapides et de courte 
durée. 

Pour toutes les autres, l'anesthésie profonde est néces- 
saire, et on l'obtient plus facilement qu'avec le chloro- 
forme. 

Pour ces opérations, ainsi que pour celles de la pratique 
obstétricale, on injecte d'abord 15 à 20 milligrammes 
de chlorhydrate de morphine ; on attend que l'absorption 
soit complète, et 15 à 20 minutes environ après l'injection 
on commence les inhalations du chloroforme. 

Cette méthode a donc les avantages de supprimer 
l'excitation du début et l'irritation du larynx, de supprimer 
également les syncopes des voies respiratoires et du cœur, 
et d'économiser le chloroforme. D'après Vibert, on éloigne 
ainsi, dans une certaine mesure, le danger de la syncope 
secondaire. 

Mais, d'un autre côté, les vomissements sont plus fré- 
quents, ainsi que les syncopes respiratoires. On observe 
de plus, et très fréquemment, une période de stupeur 
prolongée et un abaissement de température dangereux. 



172 ANESTIIÉSIE GÉNÉRALE. 

Poncet les signale et rapporte que pendant la guerre 
de 1870 il a*vait dû, pour ce motif, abandonner cette 
méthode. 

Ces inconvénients, il faut le dire, ne sont pas unique- 
ment propres à cette méthode ; on les observe et on les 
retrouve dans tous les procédés d'anesthésie. 



2° Morphine et éther. 

On a également essayé les injections de morphine pré- 
cédant les inhalations d'éther, mais ces expériences n'ont 
pas donné les résultats qu'on en attendait. Cette méthode 
a le grand désavantage de prolonger la période d'excitation , 
au lieu de la supprimer, comme cela a lieu avec le chloro- 
forme. Le patient éprouve une violente agitation, et le 
réveil est suivi de vives douleurs à la tête, de prostration 
et de vomissements. Rappeler, qui a fait de nombreux 
essais sur cette association de la morphine à l'éther, pré- 
tend que dans beaucoup de cas il a complètement échoué ; 
il ne faut pas considérer cependant comme absolues les 
conclusions de Rappeler : à l'hôpital de l'University Col- 
lège, cette méthode a été employée, et l'on n'a observé 
ni l'agitation ni les inconvénients signalés par Rappeler. 



3° Chloral et chloroforme. 

MÉTHODE DE FORNÉ (1874). 

Le D r Forné, médecin de la Marine, a proposé de rem- 
placer la morphine par le chloral (Contributions à Vanes- 
ihésie chirurgicale, 1874). D'après lui, cette méthode 
a l'avantage d'abréger considérablement la période d'ex- 
citation, de diminuer les dangers de l'administration du 
chloroforme et d'éviter aux malades peureux ou rebelles 
les accidents des premières inhalations ; elle est donc 



ANEST1IES1E GENERALE. 173 

basée sur le principe de l'association d'un narcotique à un 
anesthésique. 

M. Forné administre le chloral soit par la bouche, soit 
par le rectum, à des doses qui varient de 2 à 5 grammes, 
suivant l'âge des malades, et obtient ainsi le sommeil 
au bout d'une heure au plus tard. Dès que le patient est 
endormi, il administre le chloroforme à petites doses, 
et le sujet passe sans transition du sommeil du chloral 
au sommeil anesthésique. L'auteur cite deux observa- 
tions dans lesquelles il a obtenu par ce moyen l'anesthésie 
avec des résultats satisfaisants : l'une chez une petite fdle 
de 4 ans, pour l'exploration des voies urinaires ; l'autre 
chez un jeune homme de 21 ans, pour l'incision d'une 
collection purulente à la fesse. Mais les deux malades ne 
se sont réveillés que longtemps après, l'un au bout de 
quatre heures et l'autre après trois heures. Ce long som- 
meil, qui suit l'opération, supprime la réaction et amène 
un refroidissement progressif qui peut entraîner la mort. 

M. Forné termine son travail par cette phrase : a Les 
inhalations du chloroforme cessent d'être dangereuses 
lorsqu'elles sont administrées pendant le sommeil chlo- 
ralique, au moyen d'un appareil à l'air libre permettant 
le dosage de l'anesthésique. » 

Cette théorie a soulevé au sein de la Société de chirurgie 
une vive et longue discussion ; cette affirmation de dimi- 
nuer les dangers de la chloroformisation ne paraît pas 
justifiée. En effet, le danger principal de l'administration 
du chloroforme consiste dans l'arrêt du cœur, et le chloral, 
dont on connaît l'action cardiaque très marquée, ne peut 
qu'augmenter ce danger au lieu de le diminuer. Y a-t-il 
avec le chloral moins à craindre les arrêts de la respira- 
tion? Ce n'est pas certain. 

M. Forné administre le chloroforme au moyen d'un cor- 
net, sans diaphragme, tapissé intérieurement de molleton. 

M. Perrin a employé ce procédé avec succès chez un 
malade atteint de nervosisme; mais il ne le conseille que 
dans ce seul cas seulement ; dans tous les autres cas, 
il préfère le chloroforme seul. 



174 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

M. Verrier .s'en est servi dans un accouchement labo- 
rieux : le chloral avait amené le sommeil, mais les dou- 
leurs étaient vivement ressenties ; les contractions uté- 
rines disparurent peu à peu; il fallut employer le forceps. 
Après l'expulsion de l'enfant, la malade, de nature très 
nerveuse, eut quatre syncopes. 

Nous l'avons employé nous-même, dans un accouche- 
ment qui menaçait d'être très douloureux ; bien qu'il fût 
nécessaire d'avoir recours au forceps, la malade a été 
considérablement soulagée. 

Malgré cela, et en tenant compte de tous les arguments, 
favorables ou défavorables, il ne nous paraît pas que cette 
association du chloral et du chloroforme présente de tels 
avantages qu'il faille préférer le chloral à tout autre 
narcotique. 

4° Chloral et éther. 

Rappeler a essayé le chloral donné antérieurement aux 
inhalations d'éther. La durée de l'anesthésie a été pro- 
longée et le réveil retardé également. Cependant les effets 
consécutifs, prostration, vomissements, douleurs de tête, 
ont été moindres que lorsque F éther est employé seul. 

Priestley Smith administra le chloral 20 minutes avant 
l'éther, et s'est très bien trouvé de ce procédé pour des 
opérations de cataracte. 

Lyman a constaté un cas de mort consécutif à l'emploi 
de cette méthode. 



5° Chloral, morphine et chloroforme. 

PROCÉDÉ DE TRÉLAT (1879). 

Le professeur Trélat a employé ces trois agents dans 
la pratique chirurgicale de la Charité, et d'une manière 
différente, suivant les opérations à faire et le degré 
d'anesthésie qu'il voulait obtenir. 



ANESTHES1E GÉNÉRALE. 175 

Dans tous les cas où il n'avait besoin que d'une 
anesthésie incomplète, analgésie sans résolution muscu- 
laire, il employait seulement le chloral et la morphine; 
il administrait une potion contenant, suivant les âges, de 
4 à 9 grammes d'hydrate de chloral pour 20 à 40 grammes 
de sirop de morphine dans 120 grammes d'eau. — Cette 
potion était donnée en deux fois à 15 minutes d'inter- 
valle. Il survient quelquefois, après l'ingestion, des nau- 
sées et une abondante sécrétion de salive, accélération du 
pouls et de la respiration, coloration de la face, dilatation 
de la pupille. La somnolence arrive au bout de 40 minutes 
environ, avec engourdissement, diminution de la sensi- 
bilité générale et de la sensibilité cornéenne. 

Un quart d'heure après, le malade est plongé dans un 
état comateux, avec affaiblissement du goût, du tact, de 
la vue, de l'odorat et de l'ouïe. C'est pendant cette 
période, qui dure environ une heure et demie, que l'on 
procède à l'opération, et principalement aux opérations 
sur la bouche, qui nécessitent chez l'opéré un degré de 
sensibilité suffisant pour aider l'opérateur et obéir à ses 
ordres. 

Dans le second cas, c'est-à-dire celui où le chirurgien 
a à faire des opérations douloureuses ou de plus longue 
durée, M. Trélat ajoutait au mélange de chloral et de 
morphine l'action du chloroforme. De très faibles doses 
suffisent ainsi pour amener l'anesthésie complète avec 
résolution musculaire; la période d'excitation est sup- 
primée; mais le retour à l'état de réveil absolu se fait 
lentement ; la somnolence, l'assoupissement persistent 
quelquefois pendant 48 heures, et c'est là le grand et 
sérieux inconvénient de ce procédé. 

Il est évident que les états dépressifs doivent être une 
contre-indication. 

Le D r Perrier procède de la même façon que Trélat, 
mais par des essais faits pendant plusieurs jours avant 
l'opération, il connaît à peu près exactement la quantité 
d'aneslhésique à administrer au malade pour obtenir 
le degré d'anesthésie qu'il juge nécessaire. 



176 ANESTHESIE GENERALE. 

6° Chloral et morphine. 

MM. Cadéac et Malet (Lyon médical, 14 février 1892) 
ont fait de très nombreuses expériences sur l'action com- 
binée du chloral et de la morphine, et cherché quel était 
le meilleur moyen d'administrer ces médicaments pour 
arriver à une aneslhésie certaine et complète, comme aussi 
quelles étaient les quantités que l'on pouvait déterminer 
d'avance et qui n'exigeaient aucune surveillance exté- 
rieure. 

Après avoir donné un rapide aperçu de leurs diverses 
expériences, MM. Cadéac et Malet arrivent aux conclusions 
suivantes : 

« On obtient une anesthésie parfaite en combinant l'in- 
jection sous-cutanée de morphine avec l'administration 
d'un lavement de chloral; 10 centigrammes de chlorhydrate 
de morphine en injection hypodermique, 20 grammes de 
chloral en lavement plongent pendant une demi-heure et 
plus un chien de 20 kilogrammes dans le sommeil anes- 
thésique; 120 grammes de chloral par la même voie et 
1 gramme de chlorhydrate de morphine insensibilisent 
complètement un cheval de taille moyenne. 

« Il est avantageux de laisser un intervalle de quelques 
minutes entre l'injection sous-cutanée de morphine et le 
lavement de chloral. 

« L'innocuité des lavements et la facilité de leur 
administration nous font préférer la voie rectale à toute 
aulre. » 



7° Atropine, morphine et chloroforme. 

PROCÉDÉS DE DASTRE ET MORAT 

Des essais sur la combinaison de ces trois substances 
avaient été faits en 1861, 1868, 1875 par Pitha (de 
Vienne), par Harley, en Angleterre, et par Franckel. 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 177 

En 1878, MM. Dastre et Morat commencèrent sur des 
chiens une série d'expériences en employant ces trois 
agents et obtinrent d'excellents résultats. « Depuis dix 
ans (1878-1888), dit M. Dastre (les Anesthésiques, 1890), 
tous les chiens opérés ont été aneslhésiés par le procédé 
mixte, et, sur des centaines d'animaux, je n'en ai pas vu 
mourir un seul. Toujours j'ai obtenu l'anesthésie absolue 
typique, complète, sans agitation, avec résolution parfaite, 
pouvant durer deux et trois heures sans aucun danger. 
M. Morat, à Lyon, est dans le même cas. Il faut, pour 
arriver sûrement à ce résultat, dépenser une quantité de 
chloroforme vingt fois, trente fois moindre que pour y 
arriver problématiquement avec la méthode ordinaire. » 

C'est M. Aubert, de Lyon, qui le premier a employé ce 
procédé dans la chirurgie humaine. 

Voici comment il procède : 

Quinze à trente minutes avant l'opération, il fait une 
injection de 1 centimètre cube 1/2 de la solution sui- 
vante : 

Chlorhydrate de morphine 10 centigr. 

Sulfate d'atropine 5 milligr. 

Eau distillée 10 grammes. 

Puis on fait respirer le chloroforme; 2 ou 3 grammes 
de chloroforme suffisent pour une anesthésie parfaite de 
deux heures de durée. 

L'auteur, rendant compte de ses essais, signale les avan- 
tages suivants de ce mode opératoire : 

1° La sécurité, 2° la rapidité plus grande avec laquelle 
on obtient le sommeil, 5° le calme absolu du malade, 
4° la facilité du réveil, 5° la simplicité des suites au point 
de vue des malaises et des vomissements ultérieurs. 

M. Gayet, de Lyon, qui a employé ce procédé pour la 
chirurgie oculaire, s'en loue tout particulièrement, et 
modifie le mode opératoire de M. Aubert de la manière 
suivante : 

« Vingt minutes avant l'opération, il injecte un centi- 
mètre cube d'une solution de ; 

12 



17X ANESTHESIE GÉNÉRALE. 

Chlorhydrate de morphine 20 centigr. 

Sulfate d'atropine 2 — 

Eau distillée. 20 grammes. 

« Les résultats obtenus ont été excellents. Le nombre 
des cas s'élevait, en 1887, à plusieurs milliers sans aucun 
accident. » 

« Cette méthode n'est cependant pas exempte d'incon- 
vénients : ce calme si profond dans lequel sont plongés 
les sujets est certainement très avantageux pour l'opéra - 
teur, mais sa prolongation après l'opération n'est-elle pas 
un danger? Ce sommeil chez l'opéré, réparateur, dit 
M. Dastre, n'est-il pas plutôt le signe d'un abattement, 
d'un anéantissement considérable qui peut amener des 
accidents sérieux? On cite en effet des cas où la mort, sur- 
venue dans les premières heures qui suivirent l'opération, 
peut être attribuée à l'emploi de l'atropine et de la mor- 
phine. )) (D r Marcel Baudouin, De la chloroformisation, 
1892.) 

Enfin M. Dastre reconnaît lui-même que son procédé 
ne supprime pas les accidents respiratoires. 

« Le chirurgien devra être prévenu que ces menaces 
de syncopes respiratoires, déjà rendues plus rares, si elles 
venaient à se produire encore, n'auraient plus la forme 
périlleuse qu'elles revêtent dans la chloroformisation 
simple. Elles céderont toujours à quelque manœuvre de 
respiration par pressions thoraciques. » 

11 y a de plus à craindre des accidents graves post- 
opératoires. Régnier, Terrier, Poitou-Duplessy ont observé 
des cas de mort dans un temps variable après l'opération, 
de quelques minutes à trois heures. 



8° Protoxyde d'azote et éther. 

PROCÉDÉ DE CLOVER 

Le D r Clover, inventeur de plusieurs appareils d'inhala- 
tion, propose de supprimer la période d'agitation qui 



AM-STHESIE GENERALE. 



179 



accompagne les inhalations d'éther en commençant à anes- 
thé'sier le patient par le protoxyde d'azote. Dès que le 




malade est devenu complètement inconscient par les 
inhalations de protoxyde d'azote, on continue l'anesthésie 
par l'éther. 

Ce procédé exige, comme tous ceux dans lesquels on 
emploie le protoxyde d'azote, des instruments encombrants 
et assez compliqués. L'appareil se compose d'un premier 



180 ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 

grand récipient contenant le protoxyde d'azote à l'état 
liquide, d'un second vase rempli d'eau chaude à travers 
laquelle passe le gaz pour empêcher son refroidissement; 
un troisième vase contient l'éther. Tout le système com- 
munique par des tubes avec le masque qui recouvre la 
face du sujet. Dans ce masque se trouvent donc les ouver- 
tures de deux tubes : une disposition particulière permet 
d'ouvrir et de fermer rapidement les tubes, de manière à 
faire respirer à volonté au patient soit du protoxyde 
d'azote, soit de l'éther, soit un mélange des deux gaz 
réunis. (Fig. 22.) 

Cette méthode, en plus de l'instrumentation encom- 
brante qu'elle exige, abolit, il est vrai, la période d'agi- 
tation du début de l'anesthésie par l'éther, mais ne sup- 
prime aucun des autres inconvénients qui accompagnent 
l'emploi de cet anesthésique. Il y a de plus un danger 
signalé par Paul Bert : le mélange des vapeurs d'éther et de 
protoxyde d'azote est un mélange détonant qui, malgré 
les plus grandes précautions, peut amener des accidents 
très graves. 



9° Bromure d'éthyle et chloroforme. 

PROCÉDÉ POITOU-DUPLESSY 

Ce procédé consiste dans les inhalations préalables de 
bromure d'éthyle. (Communication à la Société d'obsté- 
trique, Journal de médecine de Paris, 12 juin 1892.) 

D'après l'auteur, les avantages de cette méthode sont 
les suivants : 

« 1° Atténuation (comme par la cocaïnisation de 
Fr. Franck) de la sensibilité périphérique des muqueuses 
laryngée, nasale (et même bronchique) ; 

« 2° Atténuation (comme par la morphine et l'atropine 
de Dastre et Morat) de Y excitabilité nerveuse centrale, avec 
diminution de la réflectivité bulbo-médullaire. 

« En effet? d'une part* le bromure d'éthyle n'est nulle- 



ANESTIIESIE GENERALE. 181 

ment, comme le chloroforme, un agent irritant pour les 
premières voies respiratoires, ainsi que l'ont constaté tous 
les expérimentateurs et Dastre en particulier (les Anesthé- 
siques, p. 189). 

« D'autre part, l'action du bromure d'éthyle comme 
modérateur des réflexes bulbo-médullaires est bien con- 
nue. Il a été employé avec avantage contre les attaques 
convulsives d'hyslérie, contre les accès d'éclampsie. » 

L'auteur ajoute : 

« On a cité plusieurs observations; j'en possède, pour 
ma part, plusieurs personnelles. J'ai arrêté, d'une façon 
très nette, des attaques d'hystérie en faisant respirer lar- 
gement du bromure d'éthyle aux malades. 

« En 1887 j'ai été appelé par une sage-femme très 
effrayée auprès d'une femme prise pendant son accou- 
chement de crises d'éclampsie très violentes. J'obtins 
rapidement avec le bromure d'éthyle la cessation des 
accidents convulsifs, et pus extraire l'enfant avec le 
forceps ; une seconde crise étant survenue un quart 
d'heure après fut presque instantanément arrêtée par 
une nouvelle inhalation de bromure. 

« Le bromure d'éthyle est un excellent anesthésique 
qui ne provoque ni nausées, ni excitation cérébrale ; il 
amène rapidement une demi-insensibilité ; mais l'anes- 
thésie complète qu'il peut produire n'est que de courte 
durée, et il devient dangereux si l'on veut avec lui pro- 
longer la durée de l'anesthésie : c'est ce qui l'a fait 
abandonner après un moment de vogue. Il retrouve tous 
ses avantages si l'on borne son emploi à la première 
période de l'anesthésie, en lui substituant ensuite le 
chloroforme. 

« Voici donc comme il convient de procéder : 

« Verser sur le cornet, par l'entonnoir extérieur, le 
bromure d'éthyle assez largement (bien que goutte à 
goutte). 

« Faire respirer pendant 2 à o minutes. Dès que le 
malade commence à perdre (sans excitation) le senti- 
ment des choses extérieures, substituer le chloroforme 



182 ANESHIESIE GENERALE. 

versé sur le même cornet d'une façon méthodique (10 à 
15 gouttes par quart de minute). On obtient assez vite 
l'anesthésie, quelquefois directement, quelquefois en tra- 
versant une période d'excitation très modérée et très 
courte. 

« Si, toutefois, cette période d'excitation paraissait un 
peu forte et prolongée, ainsi que cela peut arriver à un 
alcoolique, on l'arrêterait presque instantanément en 
revenant momentanément (et largement) au bromure 
d'éthyle. 

« Tout récemment encore j'ai constaté le fait, en anes- 
thésiant (pour une énucléation de l'œil) un homme de 
62 ans, alcoolique invétéré, à la clinique ophtalmolo- 
gique du D r Dehenne. 

« Bientôt on a la résolution musculaire complète, 
l'abolition des réflexes (réflexes palpébral, cornéen, etc.), 
et il ne reste plus qu'à entretenir cette anesthésie, en 
versant sur le cornet quelques gouttes de chloroforme, 
en moyenne de 4 à 6 gouttes par quart de minute 
(= 1/5 à 1/2 centimètre cube par minute). 

« Le D r Lebert avait préconisé le bromure d'éthyle 
pour l'anesthésie obstétricale. J'en ai obtenu de bons 
effets, et un jour que je venais d'en administrer à une 
femme en travail, et que celle-ci, ayant conscience du 
soulagement obtenu, me suppliait de continuer et de lui 
en donner d'autre, comme ma provision de bromure d'é- 
thyle était épuisée, je lui substituai le chloroforme; je 
fus très surpris de voir, au bout de quelques inhalations, 
la patiente tomber très doucement et très rapidement 
dans un sommeil anesthésique complet. Ce fait me mit 
sur la voie de la méthode d'anesthésie mixte que je pré- 
conise aujourd'hui. 

« Je l'ai employée depuis deux ans, en présence de 
plusieurs chirurgiens : toujours les résultats ont été 
parfaits. Le D 1 ' Richelot l'a expérimentée dans son service 
à l'hôpital Tenon. 

« 11 m'écrivait en juillet dernier : « J'ai positivement 
« constaté que les muqueuses ayant subi le contact du 



ANESTHESIE GÉNÉRALE. 185 



bromure d'éthyle admettent le chloroforme sans pro- 
testation ; il y a beaucoup plus de calme pendant les 
premières inhalations chloroformiqu.es, moins de ré- 
sistance et de sensations désagréables. Au point de vue 
« de la suppression des réflexes dangereux à ce moment, 
« le bromure d'éthyle me paraît infiniment supérieur à 
« la piqûre d'atropo-morphine, à laquelle j'ai du re- 
« noncer après une expérience de 2 ans. » 

a 11 y a quelques jours le même chirurgien m'écrivait : 

« Je suis toujours partisan du bromure d'éthyle au 

« début de l'anesthésie, et m'en sers quand j'ai lieu 

« de craindre des réflexes dangereux, qu'il faut éviter 

« absolument. 

« Dernièrement, à Tenon, j'ai dû faire une hystérecto- 
« mie vaginale à une femme qui a un rétrécissement mi- 
« tral grave, avec souffle intense et irrégularité extrême 
« du pouls. J'ai fait respirer d'abord le bromure d'éthyle, 
« pendant quelques minutes, puis le chloroforme a été 
« substitué sans secousses, accepté sans intolérance, et 
« le pouls s'est merveilleusement régularisé pendant le 
« sommeil.... Tout va bien aujourd'hui. 

« J'ai fait hier matin une hystérectomie vaginale qui a 
duré 2 heures, chez une femme de 62 ans, souffrant 
terriblement de fibromes utérins enclavés dans la cavité 
« pelvienne. De l'avis du professeur Hardy, il n'y avait 
pas à différer l'opération, malgré un rhume contracté 
par la malade, un enrouement marqué et une toux 
« persistante. Dans ces conditions et à cet âge, je crai- 
« gnais la congestion pulmonaire. J'ai fait respirer le 
« bromure d'éthyle, l'anesthésie s'est établie sans intolé- 
« rance, et aujourd'hui, après ce traumatisme considé- 
« rable, la malade, entièrement calme et apyrétique, n'a 
« pas eu, depuis l'opération, la moindre secousse de toux. 
« En résumé, le bromure d'éthyle, employé pendant 
« quelques minutes avant le chloroforme, paraît en- 
« gourdir les muqueuses et prévenir les réflexes dangereux 
« de l'anesthésie. » 

« J'ai entendu reprocher au bromure d'éthyle son 



184 ANESTHESIE GENERALE. 

odeur désagréable. D'après Dastre, lorsqu'il est pur, son 
odeur est éthérée et suave, et il n'a d'odeur désagréable 
que lorsque, mal rectifié, il contient des dérivés bromes 
nuisibles. 

« Nous avons déjà dit que le bromure d'éthyle, à l'in- 
verse du chloroforme, n'a aucune action irritante locale, 
topique, sur la peau ou sur les muqueuses. C'est pour 
cela qu'il n'expose pas au danger de la syncope laryngo- 
réflexe. 

« Il importe en outre de remarquer, au point de vue 
physiologique, qu'au lieu d'être, comme le chloroforme, 
un vaso-constricteur, le bromure d'éthyle est un vaso- 
dilatateur; il diminue donc la pression sanguine et ses 
effets sur le cœur. 

« Ainsi, dans Y association du bromure d'éthyle au chlo- 
roforme nous voyons quelque chose d'analogue à ce qui 
se passe dans l'association thérapeutique de la morphine 
et de l'atropine. 

« Les effets anesthésiques s'ajoutent, tandis que les 
effets toxiques se combattent. 

« Appareil. — C'est simplement le cornet de la ma- 
rine, modifié de façon à supprimer les quelques inconvé- 
nients reprochés à cet excellent instrument, à le rendre 
plus propre et plus portatif, et surtout de façon à per- 
mettre, par la forme spéciale du diaphragme intérieur et 
du tube entonnoir central, une introduction méthodique 
du chloroforme goutte à goutte pendant toute la durée 
de l'anesthésie, une évaporation régulière, un mélange 
intime à l'air inspiré (qui rentre par des orifices entou- 
rant de toutes parts la surface d'évaporation réduite au' 
minimum) et donnant, en somme, la possibilité de réali- 
ser, avec une approximation suffisante, dans la pratique 
(et suivant les données de Paul Berl), le titrage du mé- 
lange d'air et d'anesthésique inspiré (40 gouttes par 
minute, 40 par quart de minute, correspondant au 
titrage 8 pour 100 ; 40 gouttes ne représentent qu'un 
demi-centimètre cube) ; une fois l'anesthésie obtenue, 
elle s'entretient avec une dose moitié moindre. 



ANESTHESIE GENERALE. 185 

« Il n'y a pas de symptôme d'intolérance : l'anesthésie 
est obtenue sans secousse, sans période d'excitation, 
sans vomissement ni pendant ni après. — Ainsi, sécurité 
extrême pour l'administration, diminution toujours et 
souvent même suppression complète de la période d'ex- 
citation et des vomissements pré- et post-opératoires, 
réveil facile et calme. » 



CHAPITRE II 



ANESTHÉSIE LOCALE 

Sommaire. — 1° Réfrigérants : A. Mélanges; B. Bromure 
d'éthyle; C. Chlorure d'éthyle; D. Chlorure de méthyle; 
E. Acide carbonique liquide; F. Acide carbonique soli- 
difié; G. Éthérisation localisée. — 2° Acide carbonique. 
— 3° Anesthésie locale par infiltration artificielle des 
tissus avec l'eau. — 4° Narcotiques. — 5° Compression. 
— ■ 6° Électricité. — ■ 7° Narcotisme voltaïque. — S°Anti- 
pyrine. — 9° Cocaïne. — 10° Méthodes mixtes : A. Co- 
caïne et élher; B. Cocaïne, beurre de cacao, éther. 



Comme nous l'avons dit au début de ce livre, à toutes 
les époques de la vie humaine, aussi loin que nous repor- 
tent les traditions du passé, les médecins de tous les 
temps ont essayé de rendre moins douloureuses les opé- 
rations, même les plus simples, qu'ils avaient à prati- 
quer. L'anesthésie locale est donc, pour ainsi dire, aussi 
vieille que le monde; et cependant, malgré des tentatives 
constamment réitérées, malgré les efforts infatigables des 
chercheurs, ce problème si important, quand on consi- 
dère les accidenls que peut entraîner l'emploi des anes- 
thésiques généraux, est toujours à résoudre. Les moyens 
sont nombreux, mais aucun d'eux n'est absolument cer- 
tain, absolument efficace; aucun d'eux n'assure au prati- 
cien une insensibilité complète, assez profonde et assez 
longue pour lui permettre d'opérer sans préoccupation. 
Tous les agents employés jusqu'à ce jour ne donnent 



ANESTilESIE LOCALE. 187 

qu'une demi-anesthésie locale, instable, passagère, qui 
s'arrête à la surface et ne pénètre pas les tissus sous- 
jacents; elle est cependant d'une utilité incontestable et 
d'une efficacité réelle pour toutes les opérations de courte 
durée qui s'adressent aux mains et aux pieds, c'est-à-dire 
à toutes les parties que l'on peut entourer, comme aussi 
pour toutes celles qui n'intéressent que la surface et 
l'épaisseur de la peau, comme l'ouverture des abcès, des 
panaris, des phlegmons, etc. Le domaine de l'anesthésie 
locale est donc restreint, mais les ressources qu'il offre 
au chirurgien, quoique limitées, n'en sont pas moins 
précieuses; elles sont pour l'anesthésie générale un auxi- 
liaire puissant, un complément dont, grâce aux progrès 
de la science, le cadre peut s'accroître tous les jours. 

Nous allons passer successivement en revue les divers 
procédés employés jusqu'à ce jour. 



1° Réfrigérants. 

L'action d'un grand froid sur les extrémités et sur la 
peau, l'insensibilité qui en résulte, ont été connues de 
tout temps. L'idée de supprimer la douleur d'une opéra- 
tion par la production d'un froid artificiel était donc 
toute naturelle. Ce fut un médecin anglais, James Arnott, 
de Brighton, qui fit la première tentative; elle fut assez 
heureuse pour qu'il vînt en France en parler à M. Velpeau, 
et ils continuèrent ensemble les épreuves; ils se servaient 
d'un mélange réfrigérant composé de deux parties de 
glace, et d'une partie de sel marin, le tout enveloppé 
d'un morceau de mousseline. 



A. — Mélanges. 

. Sous l'influence de ce mélange réfrigérant et de son 
application sur la peau, les tissus qu'il touche devien- 
nent blancs, d'un blanc terne et mat; puis ils durcissent 



188 ANESTHÉSIE LOCALE. 

peu à peu, et peu à peu aussi la sensibilité diminue pour 
disparaître tout à fait si l'application du mélange se pro- 
longe. Cette application fait tout d'abord l'effet d'une 
brûlure, mais cette sensation disparaît rapidement. 

L'insensibilité ainsi obtenue est assez réelle pour qu'on 
ait pu par ce procédé pratiquer l'ablation d'un ongle in- 
carné et toutes les opérations qui consistent dans des 
incisions delà peau. Au delà delà peau et du tissu cellu- 
laire sous-jacent la sensibilité reparaît. Cette insensibi- 
lité est donc suffisante pour toutes les opérations super- 
ficielles. 

M. Adolphe Richard emploie un mélange réfrigérant 
composé de glace et de sel en parties égales et d'un cin- 
quième de chlorhydrate d'ammoniaque. Le froid que pro- 
duit ce mélange est beaucoup plus intense, et son appli- 
cation est un peu plus douloureuse; mais, grâce à lui, 
M. Richard a pu désarticuler un doigt sans que le patient 
ait ressenti la moindre douleur : l'insensibilité avait été 
obtenue au bout de sept minutes sous une température 
de 16 degrés au-dessous de zéro. 

Un des avantages de ce procédé d'anesthésie locale, 
c'est que, pendant tout le temps de l'opération, il n'y a 
pas écoulement du sang, la plaie reste exsangue. M. Mar- 
grave sut habilement saisir cette indication dans un cas 
où il avait à extraire une aiguille engagée sous l'aponé- 
vrose plantaire (Perrin et Lallemand). 

Le procédé des mélanges réfrigérants est d'une innocuité 
parfaite sur les tissus sains ; sur les tissus malades ou 
enflammés il y a des réserves à faire. «Rien que la ques- 
tion ait été déjà envisagée à ce point de vue, dit M. Per- 
rin, de nouvelles observations nous paraissent encore 
nécessaires pour déterminer leur degré de tolérance. » 

M. Coste, professeur à l'École de médecine de Mar- 
seille, a fait connaître les excellents résultats qu'il avait 
obtenus dans un grand nombre de petites opérations, il 
n'a jamais remarqué de réactions inflammatoires consé- 
cutives. 

La gangrène ne paraît pas devoir être à redouter. 



ANESTIIESIE LOCALE. 489 

M. Perrin cite à l'appui de cette opinion un fait qu'il a 
observé. Chez un malade auquel il allait pratiquer l'ex- 
cision d'un ongle incarné, le mélange réfrigérant ayant 
été trop longtemps conservé en place, l'orteil était com- 
plètement gelé, glacé, terne et sonore, l'opération n'amena 
pas une goutte de sang ; mais au bout de dix minutes 
environ, l'écoulement de sang se fit, avec une sensation 
de brûlure ; il n'y eut aucun accident conséeutif. 

Pour que la réfrigération ait toute son activité, il faut 
que le mélange soit aussi intense que possible; pour cela 
il faut piler la glace et ajouter peu à peu le sel en conti- 
nuant à piler ; le tissu qui sert d'enveloppe doit être 
poreux et non imperméable, afin de favoriser l'écoulement 
de l'eau, qui, si elle ne pouvait s'échapper, élèverait ra- 
pidement la température; les tissus à préférer sont la 
gaze ou la mousseline dite tarlatane. 

Nous partageons l'opinion de M. Perrin; cette méthode 
si simple et si inoffensive pourrait rendre de très nom- 
breux services, elle mérite d'être mieux appréciée. 



B. — Bromure cVéthyle. 

Nous avons, dans le chapitre consacré à l'aneslhésie 
générale, parlé du bromure d'éthyle, et dans rénuméra- 
tion de ses propriétés chimiques nous disions que, « très 
volatil, il produit un froid considérable T quand on l'ap- 
plique sur la peau ». Cette propriété a été utilisée par le 
docteur Terrillon pour produire l'anesthésie locale. 

Employé clans le vaporisateur de Richardson, il pro- 
duit un très grand froid, semblable à celui de l'éther, et 
il a sur ce dernier plusieurs avantages : l'action du bro- 
mure d'éthyle est plus rapide et l'économie est plus 
grande ; de plus, ses vapeurs ne s'enflamment pas comme 
celles de l'éther et on peut l'employer sans inconvénient 
près d'une lampe, d'une bougie, d'un fer rouge. Enfin il 
n'irrite pas les bronches et ne peut incommoder ni le 
malade^ ni le chirurgien et ses aides. 



110 ANESTIIÉSIE LOCALE. 

Il faut le projeter sur la peau de très près, 10 centimè- 
tres au plus, et largement ; la région touchée par le liquide 
projeté devient blanche et insensible, ainsi que les tissus 
immédiatement sous-jacents; mais cette insensibilité est 
peu profonde, elle disparaît vite, et il faut opérer rapi- 
dement. 

C. — Chlorure (Véthyle. 

Le chlorure d'éthyle, que nous avons classé dans les 
agents d'anesthésie générale, est aussi un anesthésique 
local très puissant, et son emploi doit être d'autant plus 
recherché qu'il est sans danger; projeté sur la peau, il 
produit un abaissement thermique rapide et une anes- 
thésie complète de la région touchée par le liquide et des 
parties sous-jacentes. Il faut préalablement couvrir la 
peau d'un corps gras, glycérine oucollodion, pour éviter 
l'action directe du chlorure d'éthyle, qui pourrait occa- 
sionner une douleur vive, surtout sur des points déjà 
irrités. 

Cette action anesthésique locale peut être très avanta- 
geusement, utilisée pour l'ouverture des abcès, le traite- 
ment de la sciatique, les opérations de la bouche et l'a- 
vulsion des dents. 

Le chlorure d'éthyle est d'un prix très élevé. Pour ren- 
dre son usage plus pratique et aussi peu coûteux que 
possible, M. Bengué a inventé un appareil contenant 
50 grammes environ de liquide, et qui permet de n'em- 
ployer que la quantité nécessaire pour produire l'anes- 
thésie. 

Cet appareil est tout simplement une ampoule en verre 
à bouchage hermétique. Son mode d'emploi est facile; il 
suffit de dévisser le bouchon qui ferme l'ampoule à tube 
capillaire calibré et de diriger le jet sur la partie malade ; 
le liquide, vaporisé par la chaleur de la main, est vivement 
projeté sur la partie à anesthésier, recouverte, comme 
nous l'avons déjà dit, d'un corps gras. 

MM. Gilliard, P. Monnet et Cartier préparent égale- 



ANESTIIESIE LOCALE. 191 

ment, d'après le procédé de M. P. Monnet, des ampoules 
contenant 10 grammes de chlorure d'éthyle pur. Ces am- 
poules sont tout simplement des tubes en verre, sembla- 
bles à ceux qu'on emploie pour le chloroforme, à bout 
étiré et soudé à la lampe. Pour s'en servir, on casse le 
bout avec une pince, « le liquide s'échappe avec force 
sous la chaleur de la main ». 

Le. mode d'emploi est du reste toujours le même; on 
dirige le jet de chlorure d'éthyle sur la région à aneslhé- 
sier, en tenant l'ampoule à 50 ou 55 centimètres de ce 
point. La peau, d'abord rose, devient bientôt rouge, et 
enfin blanche et ridée ; c'est le signe de l'anesthésie, et 
il faut alors opérer promptemenl, car elle dure de 1 à 
2 minutes seulement, temps du reste bien suffisant pour 
l'ouverture d'un abcès et pour toute opération superfi- 
cielle de peu de durée. 

Dans le Progrès médical, M. Marcel Baudouin s'élève 
contre le conseil de recouvrir préalablement la peau d'un 
corps gras, huile, axonge, vaseline, collodion ou glycé- 
rine. « C'est à peine, dit-il, si dans ces cas nous tolére- 
rions la glycérine purifiée ou phéniquée. Pourquoi dépo- 
ser, en un point où l'on doit faire une incision, un corps 
qui peut être un réceptacle de microbes? La peau n'est 
pas si sensible, si délicate que cela! » 

Ce mode d'anesthésie locale peut rendre de très grands 
services dans une grande quantité d'opérations de courte 
durée, telles que ouverture de panaris, ablation d'on- 
gles incarnés, de kystes, de lipomes, etc., et dans les 
opérations dentaires. Il a sur la cocaïne le grand avan- 
tage d'être absolument sans danger; son action est la 
même que celle de l'éther vaporisé, mais son maniement 
est bien plus commode et n'exige pas, comme ce dernier, 
des appareils spéciaux et encombrants. 



192 ANESTHESIE LOCALE. 



EMPLOI DU CHLORURE D ETHYLE DANS L EXTRACTION DES DENTS. 
PROCÉDÉ DE M. CRIGNIER. 

Nous avons dit l'action douloureuse de la projection 
directe du chlorure d'éthyle sur des points irrités : cet 
effet particulier de cet agent anesthésique est très mar- 
qué dans l'extraction des dents. Malgré un badigeonnage 
préalable de glycérine, l'application brutale du chlorure 
d'éthyle dans la cavité buccale est pénible à supporter 
pour les gencives et pour les dents. C'est pour obvier à 
cet inconvénient que M. H. Grignier commence par anes- 
thésier superficiellement la muqueuse avec un mélange 
ainsi composé : 

Eau distillée 20 grammes. 

Alcool 2 — 

Chlorhydrate de cocaïne 2 — 

Mêlez. — Usage externe. 

M. Grignier place dans une gouttière en papier plomb, 
construite suivant les exigences du cas, des tampons de 
ouate imbibée de la solution, et enveloppe ainsi la dent 
à extraire antérieurement et postérieurement. En trois mi- 
nutes la région est suffisamment insensibilisée pour qu'on 
puisse pulvériser le chlorure d'éthyle et. en obtenir une 
anesthésie pénétrante, profonde et assez sérieuse pour 
amener une réelle atténuation de la douleur pendant 
l'extraction. (Semaine médicale, n° du 10 février 1892.) 

Dans le même ordre d'idées nous citerons une note de 
M. Baratoux : 

« On arrive à ouvrir le sinus maxillaire sans douleur, 
en ayant soin de badigeonner la gencive avec un mélange 
de glycérine cocaïnée au 1/10. Quelques minutes après 
on projette le jet de chlorure d'éthyle sur la partie préa- 
lablement anesthésiée. Nous avons eu recours à ce pro- 
cédé dans de nombreux cas, même chez des malades 
très pusillanimes, qui ont déclaré ne ressentir aucune 



A.NEST1IESIE LOCALE. 193 

douleur pendant celte opération que nous pratiquons 
avec le tour des dentistes. (La Pratique médicale, 25 fé- 
vrier 1892.) 



D. — Chlorure de méthyle. 

Le chlorure de méthyle (C H" Cl.) a été également uti- 
lisé pour produire, par réfrigération, l'anesthésie locale. 

Le chlorure de méthyle entre en ébullition à la tem- 
pérature de 25° centigrades au-dessous de zéro. On ne 
peut donc le conserver à l'état liquide qu'en le mainte- 
nant à haute pression dans un récipient métallique. C'est 
en effet sous cet état qu'il est offert par l'industrie. Il 
est enfermé dans un vase métallique à parois résistantes 
(siphon Vincent) : le jeu d'une vis lui permet de s'en 
échapper par un ajutage annexé au siphon. Il sort à 
l'état de liquide pulvérisé, qui s'évapore aussitôt et pro- 
duit un froid intense (Dastre). 

Mais cette évaporation rapide, et ce froid intense qui 
en est la conséquence, et qui arrive à 55° et même à 
60° centigrades au-dessous de zéro, rendent dangereux 
l'emploi d'un agent aussi énergique. L'anesthésie de la 
région touchée est vite produite, mais il n'est pas facile 
de s'y arrêter : on dépasse rapidement le but ; l'anes- 
thésie fait place à la désorganisation des tissus, des 
escarres plus ou moins larges apparaissent bientôt. 

La réfrigération directe par le chlorure de méthyle 
étant donc trop difficile et trop dangereuse eût été aban- 
donnée, lorsque M. Bailly eut l'idée d'en continuer l'em- 
ploi en interposant un corps perméable entre la peau et 
l'instrument vaporisateur; c'est le procédé du stypage. 

M. Bailly se sert de tampons composés au centre par de 
la ouate non hydrophile et à la périphérie par de la 
bourre de soie : ces tampons sont maintenus entre les 
deux mâchoires d'un porte-tampons, stype, sorte de longue 
pince ou plutôt de cadre en bois ou en ébonite, avec 
manche. Le tampon étant fixé au stype, on projette direc- 
tement sur lui le chlorure de méthyle, ou bien on reçoit 

15 



104 ANESTHESIE LOCALE. 

ce jet dans un récipient, le thermo-isolateur, dans lequel 
on plonge ensuite le tampon. 

Le tampon bien imbibé, bien imprégné de chlorure 
de méthyle, est promené sur la région à anesthésier, il 
produit un refroidissement brusque des parties touchées; 
la peau devient blanche, puis insensible : Fanesthésie 
est variable» suivant que l'application des tampons est 
plus ou moins prolongée. 

L'avantage de ce procédé consiste dans la régularité 
du refroidissement. Cette régularité permet, avec un peu 
d'habitude, de l'arrêter à temps, de ne pas pousser trop 
loin la réfrigération et d'éviter ainsi la désorganisation 
des tissus et la production d'escarres, accidents que l'on 
ne peut empêcher par la réfrigération directe. 

M. Lebrun (Annales de la Société médico-chirurgicale 
du Brabant) a utilisé ce procédé pour l'anesthésie den- 
taire en se servant d'un double stype imaginé par M. Mar- 
tin. C'est un stype à deux branches, réunies par une 
charnière, pour pouvoir anesthésier à la fois les deux 
côtés de la dent ; il faut de plus que les tampons soient 
enveloppés dans une feuille de gutta-percha très mince, 
pour éviter l'adhérence du coton à la muqueuse. 

Voici la technique du procédé : 

On recueille dans le thermo-isolateur une petite quan- 
tité de chlorure de méthyle, on y plonge un des tampons 
pendant un certain temps, de façon à bien l'imprégner 
de la substance anesthésique, puis on le retire et on le 
remplace immédiatement pendant quelques secondes 
par le second tampon. On recouvre ensuite rapidement 
les deux tampons de deux morceaux de gutta-percha la- 
minée, et, saisissant la dent au niveau de son collet entre 
les deux tampons, on serre fortement les branches de la 
pince et on les maintient serrées jusqu'au moment où 
se produit au lieu d'application une tache blanche par- 
cheminée. Si, quand on enlève la pince, on s'aperçoit 
que l'on n'est pas parvenu à produire le parcheminement, 
on replace pendant quelques secondes l'appareil. L'anes- 
thésie est très rapidement complète. 



AN'ESTIIÉSIE LOCALE. 195 

Par ce moyen très simple, M. Lebrun est arrivé à enle- 
ver un grand nombre de dents dans les conditions les 
plus difficiles, sans déterminer aucune douleur (Journal 
de Médecine et de Chirurgie pratiques, n° du 10 avril 

1892). 

E. — Acide carbonique liquide. 

Le D 1 ' Wiesendenger produit une anesthésie locale de 
quelques minutes au moyen du froid qui résulte du con- 
tact de la peau avec un tube métallique contenant de 
l'acide carbonique liquide. Le premier phénomène obtenu 
est une anémie du tissu cellulaire accompagnée d'une 
légère sensation de brûlure et bientôt suivie d'une anes- 
thésie qui dure de une à deux minutes et disparaît sans 
mauvais effets. Gomme il est possible de donner diverses 
formes à l'instrument, il est évident qu'on peut s'en ser- 
vir dans différents buts. Il suffit de tourner une vis pour 
avoir un courant d'acide carbonique à 54°. Pas d'humi- 
dité. Quand on s'en sert dans une cavité comme la bouche, 
il faut d'abord bien sécher le point d'application : sans 
cela les tissus adhéreraient à l'instrument. 

Kummel a appliqué ce traitement à l'hôpital Sainte- 
Marie, à Hambourg. Une incision de 12 centimètres put 
être faite sans que le malade sentît rien. Au lieu d'acide 
carbonique on peut prendre un gaz quelconque qui se 
liquéfie. (Le Mois médical, n° 11, 30 novembre 1891 .) 

F. — Acide carbonique solidifié. 

Si on laisse échapper à travers un robinet très fin un 
jet d'acide carbonique liquide contenu dans un récipient 
métallique, et que l'on reçoive ce jet dans un petit sac de 
laine, il se forme insensiblement de l'acide carbonique 
solide qui prend l'aspect neigeux. En introduisant cette 
neige dans un moule conique où on la comprime à coups 
de marteau, on obtient un bâtonnet d'acide carbonique 
solide qui peut se conserver pendant plusieurs heures et 



196 ANESTHÉSIE LOCALE. 

dont on peut se servir pour produire l'anesthésie locale. 
Il suffit, pour obtenir cette anesthésie complète, d'effleu- 
rer la surface cutanée avec le bâton d'acide carbonique. 
L'insensibilité est le résultat du froid intense déterminé 
par ce contact. 

M. Kummel a eu l'idée de se servir de cette anesthésie 
pour pratiquer chez un enfant de treize ans une opération 
sanglante ayant nécessité une incision très profonde et 
très étendue de la cuisse. 

G. — Éthérisation localisée. 

MM. Simpson et Nunneley, dès que les propriétés anes- 
thésiques de l'éther et du chloroforme furent connues, 
firent de nombreuses recherches dans le but d'arriver à 
anesthésier seulement les points à opérer. Les essais pra- 
tiqués sur des animaux d'espèces très diverses réussirent 
parfaitement ; mais, dès qu'ils essayèrent sur eux-mêmes 
ou d'autres personnes, les résultats furent tout différents ; 
l'anesthésie s'arrêtait à la peau, était insuffisante, con- 
gestionnait les tissus et causait, parfois une vive douleur. 

M. Jules Roux, directeur du service de santé de la ma- 
rine à Toulon, eut l'idée d'employer l'éther pour prévenir 
le tétanos traumatique chez les amputés. Ces tentatives, 
dit M. Perrin, ne furent ni absolument nulles ni bien con- 
cluantes. Elles firent reconnaître que par ce procédé on 
pouvait engourdir la plaie : que l'action était plus prompte 
sur les plaies récentes que sur les blessures anciennes ; 
que les anesthésiques n'exerçaient aucune influence sur 
la peau, sur les muqueuses et très probablement sur les 
séreuses; enfin que l'éthérisation directe paraissait empê- 
cher les douleurs consécutives et certaines réactions 
fâcheuses. 

Si l'anesthésie locale préventive ne donnait que des 
résultats peu encourageants, par un singulier contraste 
l'anesthésie locale curative faisait merveille (MM. Perrin 
et L. Lallemand). M. Aran signalait l'heureux emploi des 
anesthésiques contre la douleur, quelle qu'en fût 



AINEST11ES1E LOCALE. 



197 



l'origine. M. Hardy, de Dublin, combattait avec succès 
les douleurs des névralgies utérines et des affections 
carcinomateuses au moyen de douclies de vapeurs 
d'éther ou de chloroforme. Mais dès que les mêmes 
vapeurs furent essayées comme moyen préventif sur des 
parties à opérer, les insuccès se 
multiplièrent, on n'arriva à obte- 
nir que des succès partiels et 
rares. 

M. Guérard renouvela les expé- 
riences ; il imagina de remplacer 
les vapeurs par l'éther lui-même 
qu'il faisait arriver directement 
sur la partie à anesthésier, et fit 
construire à cet effet par M. Ma- 
thieu un appareil spécial. 

Cet appareil se compose d'une 
petite seringue mobile à long bec 
muni d'un robinet (fig. 25) : la 
seringue remplie d'éther se plaçait 
sur un support portant un ressort à 
boudin sur lequel venait s'appuyer 
la tête du piston de la seringue. 
Dès qu'on ouvrait le robinet, le res- 
sort à boudin poussait le piston, et 
l'éther était projeté sur la peau : à 
cet appareil était adapté un souf- 
flet ordinaire que l'on faisait mar- 
cher en même temps. Guérard et 
d'autres opérateurs obtinrent des 
résultats très satisfaisants. 

Le professeur Richet a égale- 
ment obtenu avec l'instrument de M. Guérard des résultats 
très heureux qu'il a fait connaître dans un mémoire très 
intéressant ; il employait, un procédé peu différent et 
qui dérivait du même principe ; il laissait tomber goutte 
à goutte l'éther sur la partie à opérer : un aide activait 
l'évaporation au moyen d'un soufflet ordinaire. 




Fig. 23. 
Appareil Guérard. 



198 ANESTHÉSIE LOCALE. 

Les effets produits n'ont pas toujours été aussi heureux: 
MM. Perrin et Lallemand, entre autres, rapportent, dans 
leur Traité d'anesthésie, qu'ils ont, par ce procédé, com- 
plètement échoué, que malgré les précautions les plus 
minutieuses ils n'ont pu réaliser une anesthésie « digne 
de ce nom » . 

Ces résultats très opposés peuvent s'expliquer ainsi : 
c'est que l'anesthésie produite par ce procédé ne provient 
pas de l'action directe de l'étherou du chloroforme, mais 
bien du refroidissement considérable qui résulte de leur 
évaporation sur la peau. C'est la réfrigération qui produit 
l'anesthésie, et c'est pour cela que l'éther, plus volatil 
que le chloroforme, doit, dans ce cas, lui être préféré. 

M. Fournier préconise un mélange à parties égales 
d'acide acétique et de chloroforme: « C'est, d'après lui, 
le moyen anesthésique local le plus sûr, le plus facile, le 
plus économique, le plus simple et le plus général. » 11 
l'appelle la « chloracétisation » . 

M. Claisse, de Saint-Valérien, associe le camphre à 
l'éther ; M. Martenot de Cordoux se sert de chloroforme 
camphré et d'une ligature préalable ; mais tous ces pro- 
cédés, toutes ces applications diverses de l'éther et du 
chloroforme ont fait place à l'éther pulvérisé. 

Il peut se faire que l'idée première d'utiliser les vapo- 
risateurs pour projeter l'éther sur la peau, et produire 
ainsi la réfrigération, appartienne à Giraldès ou tout 
autre médecin, mais la vulgarisation de ce procédé et 
son application pratique sont dues à Richardson et à l'ap- 
pareil dont il est l'inventeur. 

Cet appareil se compose d'un flacon dans lequel on 
met de l'éther, flacon qui présente un col assez large, 
fermé pur un bouchon, livrant passage au système lubulé 
destiné à produire la pulvérisation. Ce système se com- 
pose de deux tubes métalliques d'inégale longueur, 
d'inégal diamètre, et placés l'un dans l'autre, sans juxta- 
position. Leur extrémité supérieure, située à 2 centimètres 
l'une de l'autre, est effilée; par leur extrémité inférieure, 
l'un des tubes, le plus petit de diamètre, plonge dans 



ANESTHÉSIE LOCALE. 



199 



l'éther ; l'autre, qui lui sert de manchon, n'atteint pas la 
surface du liquide. Le courant d'air est fourni et entre- 
tenu d'une façon continue par deux poires en caoutchouc, 
reliées entre elles par un tube de communication : l'une 
des poires, munie d'une soupape, fait l'office de soufflet, 
l'autre de réservoir à air. Cette dernière est en commu- 
nication médiate avec le flacon. 

Pour faire fonctionner l'appareil on met en mouvement 
la poire à soupape avec la main ; l'air est ainsi projeté 
d'abord dans la seconde poire, puis dans le flacon, dont la 
pression augmente. Cet 
excès de pression fait 
monter le liquide dans 
la partie supérieure du 
petit tube, en même 
temps qu'elle établit un 
courant de dedans en 
dehors à travers l'es- 
pace ménagé entre les 
deux tubes. Il résulte 
de cette disposition in- 
génieuse que le liquide 
anesthésique, au fur et 
à mesure qu'il s'écoule 
par l'orifice supérieur 
du tube interne, est en- 
veloppé par un courant 

d'air etdivisé à l'infini. L'air comprimédans la seconde poire 
transforme la force de projection intermittente du soufflet 
en une force de projection continue. On conçoit sans 
difficulté que l'activité du soufflet peut être variée au gré 
de l'opérateur. (Jamain, Manuel de Petite Chirurgie.) 

L'éther ainsi projeté sur la peau amène rapidement 
l'insensibilité de la surface, l'anesthésie atteint peu à peu 
les tissus sous-jacents et s'étend profondément, à la 
condition que l'éther soit très pur et très rectifié : l'anes- 
thésie est alors complète et l'opération peut commencer. 

La sensation éprouvée au début et pendant la projection 




Fig. 24. 



Pulvérisateur de Richardson. 



200 ANESTIIESIE LOCALE. 

de l'éther n'est pas la même suivant les parties sur 
lesquelles on agit et la sensibilité des sujets : les sensa- 
tions brûlantes, aiguës parfois, sont d'autant moins vives 
que l'éther est plus pur et l'anesthésie plus rapide. 

M. Mathieu a modifié l'appareil de Richardson. 

Le système d'envoi et de régulateur de l'air est le 
même : le flacon est renversé de manière à favoriser la 
sortie de l'éther qui s'échappe tout naturellement et qui 
est saisi par le courant d'air et divisé ainsi à l'infini. 

C'est une simplification du système Richardson. 

Sulfure de carbone. — M. Perrin remplace l'éther par 
le sulfure de carbone dans l'appareil Richardson, pour 
produire par le même principe l'anesthésie locale. 

Mélange de Richardson. — Richardson emploie dans 
son vaporisateur le mélange suivant : 

Éther sulfurique. . 75 grammes. 

Acide phénique gr. 50 c. 

Ce mélange, employé sous forme de spray, présenterait, 
sur les pulvérisations d'éther sulfurique pur, l'avantage 
d'amener plus rapidement l'insensibilité des parties et 
de produire, une anesthésie plus durable et pénétrant plus 
profondément dans l'épaisseur des tissus. Au réveil de la 
sensibilité, les douleurs seraient aussi moins accusées 
qu'après les pulvérisations d'éther. (La Semaine médi- 
cale, n° 11, 2 sept. 1891.) 



2° Acide carbonique. 

L'emploi de l'acide carbonique comme anesthésique 
local est connu depuis bien longtemps, sans remonter 
jusqu'à la pierre de Memphis, qui ne devait probable- 
ment son action calmante qu'à l'acide carbonique produit 
par le mélange du vinaigre, à la pierre broyée, ni aux 
recettes d'Ambroise Paré; on attribue à Percival, en 1772, 
les premiers essais de ce moyen de calmer la douleur 



ANESTHÉSIE LOCALE. 201 

dans certaines maladies; Percival s'en était servi avec 
succès dans le traitement de la phtisie pulmonaire, des 
ulcères et des cancers : il était ainsi parvenu à amoindrir 
considérablement la douleur. 

Peu de temps après, Tngenhouz, médecin hollandais, et 
en 1784 Beddoes, en Angleterre, reconnurent l'action 
sédative très prononcée de l'acide carbonique sur la peau 
mise à nu : leurs communications devinrent le point de 
départ de nouveaux essais, qui continuèrent pendant 
plusieurs années avec des succès plus ou moins heureux, 
lorsque Follin commença une série d'expériences pour 
déterminer la valeur analgésique de cet agent. Il l'em- 
ploya en douches vaginales dans les affections cancéreuses 
de l'utérus, et parvint à calmer les douleurs; il obtint 
même ce résultat dans des engorgements sans ulcérations 
de la matrice, et des névralgies de cet organe; mais les 
effets n'étaient pas constants: si certaines malades étaient 
soulagées, pour d'autres les effets étaient à peu près, sinon 
tout à fait nuls; cet apaisement de la douleur n'avait, du 
reste, qu'une durée momentanée : au bout d'une heure 
ou deux, les douleurs recommençaient, si on ne renouve- 
lait pas le médicament. 

Sur les autres parties du corps, les résultats furent 
encore moins avantageux; on remarqua que le courant ga- 
zeux exerçait surtout son action sur les parties ulcérées ou 
dénudées: celte action était 1res amoindrie lorsque l'acide 
carbonique était mis en contact avec les muqueuses, et 
elle était nulle lorsque le courant gazeux était projeté 
sur des téguments sains et recouverts de leur épidémie. 

Bien qu'il soit admis en principe qu'on peut l'employer 
sans danger, on cite cependant quelques accidents con- 
sécutifs; d'après C. Bernard il y aurait eu, chez des 
femmes, à la suite de douches vaginales, des commence- 
ments d'asphyxie, nausées, étourdissements, douleurs de 
tête et grande faiblesse ; chez une femme il y eut pen- 
dant quelques jours incontinence d'urine. (Archives gé- 
nérales de médecine, 6 e série, t. X, p. 529.) 

Pour administrer les douches d'acide carbonique, 



202 ANESTHÉSIE LOCALE. 

Follin se seryait d'un flacon à trois tubulures muni de 
tubes disposés comme dans les laboratoires de chimie 
pour la préparation des gaz; un tube par lequel on admi- 
nistrait l'acide carbonique, un tube de sûreté et un tube 
qui introduisait dans le flacon l'acide chlorhydrique dont 
la combinaison avec le carbonate calcaire pulvérisé pro- 
duisait le gaz. On donnait chaque douche pendant deux 
à trois minutes 

On peut aussi produire le gaz en faisant agir de l'acide 
tartrique sur du bicarbonate de soude dans le même 
flacon à trois tubulures ; la troisième tubulure est, dans 
ce cas, garnie d'un entonnoir à robinet. On remplit le 
llacon aux deux tiers d'eau, on y ajoute le bicarbonate de 
soude en excès; on verse ensuite dans l'entonnoir une 
solution très saturée d'acide tartrique, et en tournant, 
avec précaution, le robinet, on fait tomber goutte à 
goutte l'acide tartrique dans le flacon : on peut ainsi 
régler la production du gaz par l'arrivée plus ou moins 
lente de l'acide tartrique dans le récipient. 

Ce procédé, dû également à Fol lin, est de beaucoup 
préférable au premier. Avec l'acide chlorhydrique, en 
effet, dont il est très difficile de régler l'arrivée dans le 
flacon, il y a, au début, production considérable d'acide 
carbonique, qui, malgré le tube de sûreté, peut faire 
éclater le récipient; de plus, le gaz entraîne avec lui des 
vapeurs d'eau chargées d'acide chlorhydrique; il faut 
donc le purifier, avant de s'en servir, et le faire passer 
dans un autre flacon, rempli d'eau distillée : ce second 
moyen, qui évite tous ces inconvénients, est en consé- 
quence bien préférable. 

Quand on veut donner à une partie du corps un bain 
d'acide carbonique, il suffit de recouvrir exactement 
cette partie d'un sac en caoutchouc, dans lequel on con- 
duit le gaz. 

M. Fordos a essayé de mélanger l'acide carbonique au 
chloroforme : pour cela il fait passer le courant gazeux 
à travers une éponge imbibée de chloroforme ; au bout 
d'une minute de douche, des douleurs très vives ont 



ANEST1IESIE LOCALE. 205 

cessé pendant trente-six heures. M. le professeur Yerneuil 
a pu, par le même moyen, pratiquer le cathétérisme chez 
un malade auquel l'introduction de la plus petite sonde 
causait des douleurs extrêmement violentes. (Jamain, 
Manuel de Petite Chirurgie.) 

Nous sommes donc amenés à conclure que jusqu'à ce 
jour, l'acide carbonique n'a réellement réussi qu'à calmer 
les douleurs dans certaines maladies des organes génito- 
urinaires ; que quel que soit son mode d'administration, il 
ne saurait être considéré comme un ancsthésique local 
sufîsant pour les opérations chirurgicales. 



5° Anesthésie locale par infiltration artificielle 
des tissus avec de l'eau. 



M. le docteur Schleich, de Berlin, voulant déterminer 
la limite d'extrême dilution à laquelle une solution de 
cocaïne exerce encore des effets analgésiants, se demanda 
si l'infiltration des tissus par un liquide indifférent ne 
produirait pas les mêmes résultats. Des expériences faites 
sur lui-même et sur deux de ses aides lui ont montré 
qu'il en était bien ainsi. Il suffit donc d'injecter de l'eau 
dans l'épaisseur du derme, pour développer une anes- 
thésie locale dans tout le territoire où, sous l'influence 
de l'injection, il se produit un œdème blanc. Cette anal- 
gésie persiste pendant quelques minutes. 

Voici comment on procède : 

On aspire de l'eau bouillie stérilisée dans une seringue 
Pravaz, et l'on désinfecte la peau à l'endroit où l'on se 
propose de faire la piqûre. L'injection est plus ou moins 
douloureuse, suivant la région où elle est faite et suivant 
la rapidité avec laquelle on opère. Ainsi une injection 
faite lentement à la face externe de l'avant-bras est presque 
indolore, tandis que la même injection faite à la face 
interne de cet avant-bras est ordinairement très doulou- 
reuse. Pour supprimer toute sensation de douleur il 



204 ANESTHESIE LOCALE. 

faut employer concomitamment avec l'injection le spray 
d'éther (éther sulfurique 4 parties, éther pétroléique, 
1 partie). Pendant une demi-minute, on dirige le jet 
de vapeur sur la région de la peau qu'on veut anesthé- 
sier, puis, tout en continuant la pulvérisation, on enfonce 
l'aiguille parallèlement à la direction de la peau et l'on 
a soin de rester dans l'épaisseur du derme. On voit alors 
se produire un œdème cutané, et au bout d'une demi- 
minute environ, la zone occupée par cet œdème est deve- 
nue tout à fait insensible ; on peut l'inciser sans la 
moindre douleur. 

M. Schleich a employé ce mode de production de l'anes- 
thésie locale dans un cas d'anthrax siégeant à la cuisse, 
et du volume du poing d'un adulte. Huit incisions de 
8 centimètres chacune ont été pratiquées dans la tumeur : 
les parties nécrosées ont été excisées et raclées avec la 
cuiller. Le malade a bien supporté l'opération et il a 
déclaré que les choses se sont passées beaucoup moins 
mal qu'il ne l'avait craint. 

On comprend que si ce mode d'anesthésie locale se montre 
réellement pratique, il sera bien préférable à tous ceux 
qui reposent sur l'emploi de substances plus, ou moins 
toxiques. 

Pour les pulvérisations, M. Schleich se sert du mélange 
suivant : 

Éther su'furique 100 grammes. 

Essence de pétrole 25 — 

Mêlez. — Usage externe. 



4° Les narcotiques. 

On a essayé d'anesthésier localement les régions sur les- 
quelles on devait agir, par l'application préalable de nar- 
cotiques; cette méthode n'a pas réussi et ne peut rendre 
que très peu de services : cependant M. Bon voisin a pu 
diminuer d'une manière très marquée les douleurs d'une 
opération de fissure à l'anus, par des onctions de bella- 



ASESTHES1E LOCALE. 205 

doue mêlée à un corps gras, et celles de l'arrachement 
d'un ongle par un emplâtre d'opium. — Mais, comme le 
fait remarquer Claude Bernard, leur action est plutôt 
stupéfiante qu'anesthésiante. 

En obstétrique, l'opium, et ses dérivés, est le remède 
aujourd'hui le plus souvent appliqué contre les menaces 
d'avortement et d'accouchement prématuré d'une pari, 
et, d'autre part, contre les tranchées consécutives à la 
délivrance. Non seulement il anesthésie, mais à dose 
suffisante arrête les contractions utérines. 

Les deux préparations les plus usitées sont soit les 
lavements de laudanum, soit les injections sous-cutanées 
de chlorhydrate de morphine, quelquefois les deux simul- 
tanément. 

On connaît la grande tolérance des femmes enceintes 
pour les préparations opiacées. Les doses peuvent être 
triples et même quadruples de ce qu'elles sont à l'état 
normal, en dehors de l'état puerpéral, et les résultats 
fournis par l'opium sont, dans les deux accidents obsté- 
tricaux cités plus haut, aussi satisfaisants que possible. 

Mais l'opium (nous embrassons sous ce nom générique 
tous les dérivés, morphine, laudanum, etc.), quoique par- 
faitement supporté d'ordinaire dans l'état puerpéral. I 
n'en est pas moins toxique, car on est obligé d'en employer \ 
des doses considérables. 

L'opium est de plus un constipant énergique, et l'on | 

sait combien, chez les femmes enceintes, la constipation 
est déjà fréquente et opiniâtre. £5 

Enfin, dans les cas de congestion rénale ou d'albumi- fj! 
nurie, si fréquents dans l'état puerpéral, l'influence con- 
gestive de l'opium est des plus fâcheuses. Q 

Aussi, dans le traitement des accidents obstétricaux '"'* 
dont nous venons de parler, lui préférons-nous le vibur- " i - 
num prunifolium, qui présente les avantages de l'opium 
sans en avoir les inconvénients. Nous avons, dans nos tra- 
vaux d'obstétrique, développé un parallèle entre ces 
deux médicaments. 



â 



206 ANESTHESIE LOCALE. 



5° La compression. 

L'effet de la compression est connu depuis longtemps; 
un membre fortement comprimé, de manière à inter- 
rompre la circulation du sang, s'engourdit, est le siège 
pendant un instant d'une sorte de fourmillement et 
devient insensible. 

Cette insensibilité n'est pas cependant obtenue sans 
quelque danger, comme le fait si justement remarquer 
M. Perrin, si la compression est assez énergique pour 
arrêter complètement la circulation; elle provoque la 
stagnation du sang dans les capillaires, le gonflement du 
membre, et, si elle se prolongeait, préparerait la mort des 
tissus. Et de même les nerfs pourraient rester paralysés, 
si ce n'est pour toujours, du moins pour un certain 
temps. 

Quelques chirurgiens ont, malgré cela, essayé d'em- 
ployer ce moyen pour supprimer la douleur dans les opé- 
rations. 

A la fin du siècle dernier. James Moore, chirurgien 
anglais, fit de nombreux essais dans cet ordre d'idées, et 
après bien des tâtonnements il fit construire un com- 
presseur à deux pelotes, analogue à celui dont se servait 
Dupuytren pour arrêter les hémorragies artérielles ; ce 
compresseur agissait en même temps sur le nerf sciatique 
et sur le nerf crural. Moore affirmait obtenir ainsi l'anes- 
thésie complète de tout le membre au-dessous de la com- 
pression et citait à l'appui de son affirmation l'amputa- 
tion d'une jambe, pratiquée par son procédé, pendant 
laquelle le patient n'avait ressenti aucune douleur. 

Cette méthode, dans laquelle ceux mêmes qui la 
défendent voient plutôt un moyen de calmer la douleur 
que de la supprimer, a été rejetée par les chirurgiens. 

M. Liégeard, de Caen, préconise la compression circu- 
laire du membre, répartie sur une large surface, et pra- 
tiquée avec mesure un certain temps avant l'opération. 



ANESTHESIE LOCALE. 207 

La bande d'Esmarch a été inventée dans ce but de com- 
pression circulaire, mais d'après les travaux de M. Chau- 
ve!, les résultats obtenus sont loin d'être satisfaisants 
au point de vue de l'anesthésie. Dans quelques cas clc 
petites opérations rapides, et lorsque l'on agit sur des 
nerfs superficiels, on a pu obtenir une anesthésie suffi- 
sante. 

Nous pensons donc que l'opérateur pourra peut-être 
trouver dans la compression circulaire des tissus, bandes 
ou tubes d'Esmarch ou autres, un auxiliaire à d'autres 
anesthésiques pour empêcher la diffusion, mais non un 
moyen absolu d'anesthésie locale. 

6° Électricité. 

L'électricité a été également essayée pour obtenir 
l'anesthésie locale clans l'extraction des dents et l'ouver- 
ture des abcès. C'est en Amérique qu'eurent lieu les pre- 
mières tentatives. Le dentiste américain J.-B. Francis 
imagina de faire passer un courant électrique à travers 
une dent qu'il allait extraire, espérant supprimer par ce 
moyen la douleur de l'opération ; il affirma avoir com- 
plètement réussi. 

Les expériences se multiplièrent en Amérique : à Phi- 
ladelphie une Commission, nommée par l'Institut de 
Franklin, rendit compte de l'avulsion de 64 dents; les 
patients, grâce à l'électricité, n'avaient, pour la plus 
grande partie, éprouvé aucune douleur. 

Ces résultats eurent rapidement un grand retentisse- 
ment en France. Une extraction dentaire fut faite à l'Hô- 
pital des cliniques, sous les yeux de M. Nélaton, et sur 
un élève de son service, qui déclara n'avoir éprouvé au- 
cune douleur. A l'hôpital Saint-Antoine, M. Morel-La- 
vallée obtint des résultats aussi satisfaisants : 15 avul- 
sions de dents eurent lieu, également sans douleur, ou à 
peu près sans douleur. 

Une série d'expériences fut organisée dans les hôpitaux 



208 ANESTHESIE LOCALE. 

de Paris ; sous la direction de M. Magitot, elles furent 
conduites avec beaucoup de précautions, de régularité et 
de science, mais les résultats furent peu satisfaisants et 
surtout très contradictoires : ces résultats constatèrent 
des variations considérables dans l'intensité de la dou- 
leur ressentie par les divers sujets. Ces variations se re- 
trouvèrent également dans les diverses opérations essayées 
par ce même moyen, par MM. Nélaton, Velpeau, etc., 
ouverture d'abcès, panaris, de bubons suppures, abla- 
tion d'ongles incarnés. 

Cependant MM. Morel-Lavallée et Fonssagrives signa- 
lèrent quelques petites opérations rendues moins dou- 
loureuses ou à peine douloureuses par l'électricité. 

De la condensation de toutes ces expériences, M. Ma- 
gitot a tiré les conclusions suivantes : 

« 1° Les opérations chirurgicales et particulièrement 
les extractions dentaires sont susceptibles de causer des 
douleurs infiniment variées d'intensité, suivant les sujets 
et les conditions opératoires. 

« 2° Les opérations chirurgicales effectuées avec l'in- 
tervention du courant électrique ont présenté les mêmes 
variations de douleurs que dans les opérations ordinaires. 

« 5° Toutefois le passage brusque du courant élec- 
trique a produit chez certains sujets une impression si 
imprévue et si spéciale, qu'elle a pu servir de diversion 
à la douleur, d'ailleurs légère, d'une opération rapide. 

a 4° En définitive, le courant électrique ne saurait être 
considéré comme un agent anesthésique. » (A. Jamais, 
Manuel de Petite Chirurgie, 1880.) 



\\ 

|| 7° Narcotisme voltaïque. 

J' Le D r Richardson essaya de se servir de l'électricité 
i pour faire pénétrer plus facilement dans les tissus les 
I substances narcotiques, et il appela ce procédé narco- 
I tisme voltaïque. Des expériences furent faites à l'École de 



ANESTI1ESIE LOCALE. 209 

médecine de Grosvenor-place ; toutes furent concluantes, 
et chez les animaux et chez l'homme. Mais il fallut une 
heure pour obtenir un résultat. Le professeur Waller, en 
répétant les expériences de M. Richardson, s'assura que 
l'électricité ne jouait aucun rôle, et que les effets observés 
devaient être attribués exclusivement à l'application des 
médicaments narcotiques sur la peau. (Perrin et Lalle- 
mand, Traité d' anesthésie chirurgicale, 1865.) 

La « Revue des Nouveautés médicales » (n° 9, décem- 
bre 1891) publie une communication du journal anglais 
« the Lancet » qui a pour titre : Nouveau Procédé a 1 ' Anes- 
thésie par l'emploi simultané de la cocaïne et de l'élec- 
tricité. 

Voici la communication : 

« Le procédé indiqué par Harries peut être utile pour 
obtenir l'anesthésie de la peau par la cocaïne. Mais sous 
ce rapport, sa complexité plus grande le rend inférieur 
aux injections interstitielles. C'est surtout comme moyen 
d'analgésie dans les affections douloureuses, tenaces et 
rebelles aux moyens ordinaires, qu'il mérite d'être 
essayé. Son emploi chez deux malades atteints, l'un 
d'une névralgie sus-orbitaire consécutive à un zona 
ophtalmique, l'autre d'une sciatique ayant résisté aux 
pointes de feu et au chlorure de méthyle, nous a donné 
un réel succès. 

« Ce procédé est basé sur le « transport » qui s'opère du 
pôle positif au pôle négatif du courant continu. En for- 
mant l'électrode positif par un tampon recouvert de fla- 
nelle, bien imbibée de la solution de cocaïne à 10 pour 100, 
le passage du courant détermine l'absorption de la 
cocaïne. Harries emploie un courant de 25 milliampères, 
qu'il maintient pendant quarante minutes. Le courant 
passe, bien entendu, pendant tout ce temps, dans le 
même sens, sans mouvement. Harries n'a jamais observé 
le moindre accident d'intoxication. Si l'on employait un 
courant aussi intense et aussi prolongé, une certaine sur- 
veillance serait indispensable, au point de vue des effets 
caustiques possibles. Chez notre malade à la névralgie 

14 



210 ANESTHESIE LOCALE. 

orbitaire, l'intensité n'a jamais dépassé 5 milliampères, 
une certaine prudence étant nécessaire au voisinage de 
l'œil, et la durée des séances de dix minutes. Le soula- 
gement n'en fut pas moins très marqué dès la troisième 
séance. Il est utile de nettoyer, avec un peu d'eau tiède 
alcoolisée, le point de la peau où l'on applique l'électrode 
pointu pour augmenter la facilité d'absorption. 

« Quelle est dans cette méthode la part d'influence due 
à la cocaïne et la part due au courant continu? Quelle 
est peut-être même la part attribuable à l'effet moral que 
possède tout nouveau traitement? Il est bien difficile de 
le dire, le procédé qui semble pouvoir rendre des ser- 
vices dans un assez grand nombre de cas et d'affections 
douloureuses ne mérite pas moins d'être connu. » 

Gomme on le voit, ce procédé n'est autre chose que la 
reprise du narcotisme voltaïque de Richardson. 



8° Antipyrine. 

L'antipyrine, que l'on a appelée aussi analgésine ou 
diméthyloxyquinizine, se présente sous l'aspect d'une 
poudre blanche, cristalline, inodore quand elle est pure. 
Elle a une saveur amère très marquée. 

Cet analgésique a été découvert en 1884 par L. Knorr, 
de Munich, et étudié d'abord en Allemagne, puis en 
France, en Italie, en Suisse, comme antithermique. 

L'antipyrine est soluble dans son poids d'eau, dans 
l'éther, l'alcool et le chloroforme : elle fond entre 111 et 
112°. 

Le perchlorure de fer la colore en rouge brun ; l'acide 
azotique, chargé de vapeurs nitreuses, en bleu verdâtre, 
et l'acide chlorhydrique fumant, en vert. 

Elle est précipitée de sa solution aqueuse par une solu- 
tion de tannin à 1 pour 100. 

Elle augmente beaucoup la solubilité des sels de qui- 
nine et de caféine. 

Préparation. — On obtient l'antipyrine en faisant agir 



ANESTHEâlE LOCALE. 211 

à 100°, dans des tubes scellés, du chlorure de méthyle 
sur roxyméthylquinizine. Cette dernière combinaison 
s'obtient elle-même par l'action de l'éther acétacétique 
sur la phénylhydrosine. 

Pour la purifier, on l'agite avec beaucoup d'éther, et 
on fait évaporer la solution. 

On doit éviter d'associer l'antipyrine à certaines sub- 
stances telles que : le salicylate de soucie, le naphtol, le 
chloral, l'acide phénique. Il résulte de l'association de ces 
corps avec l'antipyrine des produits nouveaux, encore im- 
parfaitement connus et qui peuvent n'être pas inoffensifs. 

L'antipyrine est un antithermique très actif, mais, ce 
qui est beaucoup plus important, un analgésique parfois 
souverain. On l'a utilement employée dans la migraine, 
la chorée, le diabète sucré, le diabète inique. On lui 
attribue aussi des propriétés antilaiteuses et une action 
réelle et efficace contre le mal de mer. Enfin, on la re- 
commande aussi comme hémostatique, mais cette pro- 
priété est loin d'être parfaitement démontrée. 

On l'administre en potions, pilules, poudre, solutions, 
élixir, ou injections sous-cutanées; elle n'est pas très 
toxique. On admet généralement qu'il faut 1 gr. 60 d'an- 
tipyrine par kilogramme d'animal pour produire des 
effets toxiques. 

Employée comme anti thermique, elle peut être admi- 
nistrée à la dose de 1 à 5 grammes par jour, par frac- 
tions de gr. 50. Comme analgésique, on peut élever la 
dose jusqu'à 5 grammes par jour. 

L'antipyrine étant avant tout un analgésique, son rôle 
est bien indiqué en obstétrique, dans les périodes dou- 
loureuses de l'accouchement. Le D' E. Laget,de Marseille, 
l'a employée pour la première fois, le 30 novembre 1887, 
pour un cas d'accouchement prématuré excessivement 
douloureux ; il administra l'antipyrine en lavements 
(4- grammes pour 200 d'eau), donnés en deux fois à une 
heure d'intervalle. Dès îe second lavement les douleurs 
cessèrent complètement, sans que la marche du travail 
fût ralentie. 



'212 A1SESTIIESÏE LOCALE. 

A peu près à la même époque le D r Rivière, de Bor- 
deaux, s'en était servi avec succès contre les tranchées 
utérines violentes. 

Le 15 mars 1888, M. Queirel, de Marseille, fit sur le 
même sujet, à l'Académie de médecine, une importante 
communication (Semaine médicale, 14 mars 1880) : 

« L'antipyrine, à la dose de 25 centigrammes en 
injection sous-cutanée, peut être employée à toutes les 
périodes de la parturition. Si une première injection ne 
suffit pas, on peut en donner une seconde deux heures 
après. En général, l'action du médicament se fait sentir 
vingt à vingt-cinq minutes après son administration. 

« Il n'y a pas d'influence fâcheuse sur la marche du 
travail, ni sur la délivrance qui a toujours été normale. 
C'est surtout à la période de dilatation que cet agent est 
précieux. Les femmes sentent très peu les douleurs, et 
les contractions continuent jusqu'à complète dilatation 
avec une régularité satisfaisante. Bien des accouchées 
ont une période d'expulsion même fort peu doulou- 
reuse. 

« Sur les vingt cas où nous avons eu recours à cette 
méthode, quinze fois elle a été suivie des résultats annon- 
cés plus haut. Sur ces quinze femmes, onze étaient mul- 
tipares et les quatre autres primipares. Sur les cinq 
réfractaires il n'y avait qu'une seule multipare et qualre 
primipares, ce qui semblerait indiquer que l'action de 
l'antipyrine est plus sensible chez les multipares que 
sur les primipares. Toutes ces femmes ont eu des pré- 
sentations du vertex. 

« Ces recherches sont encore trop nouvelles pour que 
nous ayons pu étudier les causes qui empêchent l'ancs- 
thésie de se produire dans tous les cas. Mais pour le 
moment nous pouvons déjà affirmer qu'il n'y a aucune 
contre : indication à employer l'antipyrine comme agent 
anesthésique dans les douleurs de l'enfantement. » 

Dans une courte communication (Wiademoscie Lekars- 
kie, n° 10, 1888, n° 289) (New Orléans médical and sur- 
gical journal, 1888, p. 235), le D r Lielski, assistant au 



ANESTHESIE LOCALE. 215 

Lemberg Hospital (Gallicie), établit qu'il a donné l'anti- 
pyrine dans trois cas de travail à terme, et dans un cas 
d'avortement à quatre mois. Il arrive à la conclusion 
que ce médicament est, à beaucoup d'égards, bien supé- 
rieur à tous les autres moyens jusqu'à présent recom- 
mandés pour diminuer les douleurs du travail. Il a donné 
d'habitude 1 gramme d'antipyrine et, si c'est nécessaire, 
répété la dose toutes les deux heures. Le résultat a été 
invariablement excellent. Quelques minutes après chaque 
dose, les douleurs cessaient à peu près complètement, 
sans diminution de la contraction utérine. Les malades 
sentaient seulement les douleurs accompagnant le pas- 
sage de la tête à travers le canal génital. Mais ces dou- 
leurs étaient bien moindres que celles éprouvées aux 
précédents accouchements. 

Dans le numéro du 50 juillet 1888 du Bulletin de thé- 
rapeutique, M. Imbert de la Touche, de Lyon, vante éga- 
lement l'emploi de l'antipyrine administrée avec de la 
cocaïne en injections sous-cutanées. 

Le D r Fauchon, d'Orléans (Bulletin de thérapeutique, 
50 septembre 1888), emploie l'antipyrine associée à la 
cocaïne, en injections hypodermiques renouvelées, si 
besoin est; il emploie la solution suivante, qui lui a 
donné de très heureux résultats : 

Antipyrine 2 grammes. 

Chlorhydrate de cocaïne gr. 04 c. 

Eau distillée 4 grammes. 

Chaque seringue de Pravaz contient 50 centigrammes 
d'antipyrine, et 1 centigramme de cocaïne. 

M. Fauchon donne les détails de l'observation, qu'il 
termine ainsi : « Depuis l'injection d'antipyrine jusqu'à 
la terminaison complète de l'accouchement, je suis 
frappé du calme de la parturiente et de la modération de 
ses gémissements. Mon accouchée du reste m'affirma 
dans la suite que, de tous ses accouchements, le dernier 
avait été de beaucoup le moins douloureux .» 



214 ANESTHÉSIE LOCALE. 

C'est donc en toute confiance dans la réussite que 
nous avons 1 , en 1888, à la Maternité de la Charité, tenté 
remploi de l'antipyrine pendant l'accouchement, en 
nous servant, pour les injections sous-cutanées, de la 
solution suivante : 



Antipyrine 7 gr. 50 c. 

Chlorhydrate de cocaïne 10 

Eau 20 grammes. 

qui renferme un peu moins de 50 centigrammes d'an- 
tipyrine par seringue de Pravaz. 

Le résultat n'a pas été conforme à notre attente. Sur 
dix observations, sept fois l'effet semble avoir été nul, 
deux fois il y a eu un léger soulagement ; une fois seule- 
ment soulagement notable. 

Les résultats obtenus par le D r Misrachi, de Salonique, 
ne sont pas beaucoup plus probants : sur 21 cas dans 
lesquels il a administré l'antipyrine, larga memw, par la 
bouche, en lavements ou en injections hypodermiques, il 
n'a eu que six fois un soulagement notable : dans tous les 
autres cas l'effet a été à peu près nul ou complètement 
nul. 

M. Rousaglia a obtenu d'excellents résultats de l'admi- 
nistration de l'antipyrine dans les coliques utérines , il 
l'administrait à la dose de 2 grammes en lavements. 
(Revue thérapeutique médicale chirurgicale, 1889.) 

Ces observations et ces communications nous auto- 
risent à formuler les conclusions suivantes : 

1° Chez certaines femmes particulièrement impression- 
nables, l'administration de l'antipyrine pendant le tra- 
vail semble produire un soulagement réel, mais le plus 
souvent léger, dû soit à l'action propre du médicament, 
soit plutôt à l'influence morale et suggestive de l'injection 
hypodermique. 



1. Travaux d'obstétrique, t. I, p. 499. En collaboration avec 
M. Lefebvre. 



ANESTIIESIE LOCALE. 215 

2 U Dans la majorité des cas, l'action de l'antipyrine est 
nulle. 

5° Comme le fait remarquer le D r Chaigneau (Étude 
comparative des divers agents anesthésiques employés 
dans les accouchements naturels, 1890), il peut se faire 
cependant que les résultats peu satisfaisants de nos obser- 
vations aient eu, en partie, pour cause une trop faible 
dose d'antipyrine par chaque injection, et des injections 
trop distantes les unes des autres. 

4° Donc, sans nier les bons résultats qu'on peut excep- 
tionnellement obtenir à l'aide de ce médicament, son 
heureuse influence sur les douleurs de l'accouchement 
doit être considérée comme très inconstante, e on ne 
peut, en aucune façon, le mettre en parallèle avec le 
chloral, ou le chloroforme à dose obstétricale, dont la 
puissance anesthésique est aujourd'hui incontestable. 



9° Cocaïne. 

Sommaire. — Découverte. — Préparation. — Action physiologique. 
— De l'emploi de la cocaïne dans la pratique de l'art dentaire. — 
Applications médicales. — Applications chirurgicales. — Gynéco- 
logie et obstétrique. — Cocaïnisme aigu. — Intoxication par la 
cocaïne. — Moyens de la combattre. — Précautions à prendre sui- 
vant les régions .dans lesquelles on opère. — Accidents. — Lait 
de cocaïne. — Expériences de M. Maurel. — Isococaïne. — Tropa- 
cocaïne. — Phénate de cocaïne. 



La cocaïne (C 17 H 21 AzO) est un alcaloïde extrait des 
feuilles de ïErytkroxylon coca (Pérou, Bolivie). 

La paternité de la découverte de cet alcaloïde est vive- 
ment discutée; les uns en attribuent l'honneur à l'Alle- 
mand Niemann (1859); les autres à S. R.Percy, de New- 
York (1857); enfin, suivant une dernière version, cette 
découverte devrait le jour à Gordek, de New- York, en 
1855. 

La question de priorité n'est pas encore jugée, malgré 
différents travaux, entre autres ceux de Maïz et Schroff, 
en 1862, de Poupard, Fauvel, Rondot,Elley (1877 à 1880), 



246 ANESTHESIE LOCALE. 

de Van Aurep (1880). Ce n'est qu'en 188-4, à la suite des 
publications de Sigmund Freund, et surtout de Karl 
Kôller, de Vienne, que ce nouvel agent thérapeutique 
s'est répandu avec une grande rapidité. 

Les premiers expérimentateurs s'occupant, en effet, 
principalement des phénomènes généraux, classaient la 
cocaïne au nombre des médicaments essentiellement 
toniques, anli-déperditeurs, et n'avaient pas vu son action 
anesthésique. 

Au congrès de Heidelberg, en 1884, Karl Kôller apporta 
une série d'expériences qui démontraient l'action bien- 
faisante de la cocaïne sur les yeux, en même temps que 
son action anesthésique. 

Les savants français ne s'étaient pas laissé devancer 
dans cette voie; en 1877 le D r Fauvel signalait, dans la 
Gazette des Hôpitaux, l'action anesthésique de la cocaïne 
sur les muqueuses du larynx; et en 1882 le D r Laborde 
la signalait de nouveau, étendant cette action aux mu- 
queuses des yeux, du nez et du pharynx. 

Le mouvement était commencé et continuait avec une 
telle rapidité que la littérature médicale est déjà encom- 
brée par la quantité considérable des différents articles 
publiés sur ce médicament. 

La préparation de la cocaïne se fait au Pérou et en 
Bolivie, c'est-à-dire sur les lieux de culture de la coca ; 
elle arrive en Europe à l'état brut, en galettes compri- 
mées. Elle est purifiée, transformée et cristallisée. 

Cet alcaloïde, peu soluble dans l'eau, se dissout facile- 
ment dans l'alcool, le chloroforme, l'éther, les huiles, 
la vaseline; il cristallise et forme des prismes rhomboï- 
daux, non volatils, incolores, inodores, d'un goût amer; 
ils fondent à 98 degrés. 

Avec les acides citrique, benzoïque, sulfurique, tan- 
nique, chlorhydrique, etc., la cocaïne forme de nom- 
breux sels, parmi lesquels le sulfate et surtout le chlor- 
hydrate sont les plus employés. 

Dans la pratique de l'anesthésie le chlorhydrate est 
préféré aux autres sels, parce qu'en raison de sa grande 



ANESTHESIE LOCALE. 217 

solubilité dans l'eau il est aisément utilisable pour les 
injections hypodermiques. 

Le chlorhydrate de cocaïne est un sel très blanc ; les 
cristaux ont la forme de troncs de prismes à six faces, et 
conservent le goût amer de la cocaïne. 

Action physiologique. — - Les effets physiologiques de 
l'emploi de la cocaïne chez l'homme ont été l'objet de 
nombreuses recherches. 

Schroff signale des vertiges, des troubles de la mé- 
moire, un peu de surdité. 

Fronmuller, Tarchanov et Ploss trouvent une action 
primitive stimulante sur le cerveau, et une action secon- 
daire narcotique. 

L'anesthésie sur les muqueuses de l'œil, du nez, du 
larynx, du pharynx est indiquée par les docteurs Fauvel 
et Laborde. 

La cocaïne exerce sur le cœur une action déprimante : 
quelques personnes, même avec de faibles doses, pâlis- 
sent et se plaignent d'une grande faiblesse, les mouve- 
ments du cœur devenant irréguliers et petits, le pouls à 
peine distinct. 

Le système nerveux subit aussi son influence : les nerfs 
périphériques sont anesthésiés dans la limite de la sur- 
face injectée, l'anesthésie s'arrêtant exactement à l'en- 
droit où cesse la pénétration du liquide dans les tissus. 

Cette action si localisée de la cocaïne a été démontrée 
par les expériences de Paul Bert, qui avait constaté que 
sur une plaie, recouverte d'un tampon de charpie imbi- 
bée de cocaïne, quelques points qui, par l'interposition 
de brins de charpie, ne s'étaient point trouvés en contact 
direct avec le liquide, restaient douloureux, alors que 
tout le reste de la plaie était insensible. 

Cette localisation si absolue, si tranchée des effets anes- 
thésiques de la cocaïne est importante à noter : elle exige 
que le praticien prenne toutes les précautions nécessaires 
pour être certain que le liquide a atteint tous les points 
de l'organe à analgésier. 

L'administration de la cocaïne provoque ordinairement 



218 ANESTHES1E LOCALE. 

de la loquacité, suivie bientôt d'une anxiété plus ou moins 
grande, et quelquefois d'hallucinations passagères. 

On observe une légère augmentation de la température 
du corps. A hautes doses la cocaïne amène des accidents 
dont la gravité augmente avec le degré d'intoxication et 
l'état pathologique des malades. Dans ces circonstances 
l'élher, le chloral, le chloroforme sont des antidotes 
utiles, et par une juste réciprocité, la cocaïne est un 
contrepoison indiqué dans les cas d'empoisonnement par 
les mêmes substances. Le nitrite d'amyle est également 
un excellent antidote de la cocaïne. 

1° Emploi de la cocaïne dans la pratique de Vart dentaire. 
— Dès que les propriétés analgésiques de la cocaïne com- 
mencèrent à être connues, les dentistes, effrayés des dan- 
gers que présentait l'usage du protoxyde d'azote, accueil- 
lirent avec enthousiasme ce nouvel agent qui leur 
paraissait si inoffensif. On l'administra sans précautions : 
peu importait que le malade absorbât une plus ou moins 
grande quantité de la solution de chlorhydrate concentré 
souvent à doses exagérées ; les imprudences réitérées ne 
tardèrent pas à porter leurs fruits; deux cas de mort, 
survenus, l'un à Lille, l'autre à Paris, signalés à grand 
bruit par les journaux, répandirent l'alarme et appelèrent 
l'attention du gouvernement et de la Chambre, qui ont 
interdit l'emploi des anesthésiques à tout dentiste qui 
n'est pas médecin. 

Et cependant, si on réfléchit au nombre considérable 
d'anesthésies pratiquées par les dentistes, bien souvent 
sans précautions, depuis le jour où les propriétés anal- 
gésiques de la cocaïne ont été découvertes jusqu'au mo- 
ment actuel, on a le droit de conclure que, manié avec 
prudence, ce nouvel agent peut être considéré comme 
inoffensif. 

Dans une série d'articles publiés clans Y Actualité médi- 
cale (1891), leD r Respaut soutient cette thèse, et indique, 
avec de minutieux détails, les précautions à prendre par 
les dentistes dans leurs opérations. Nous résumerons 
brièvement ces recommandations. 



ANESTIIESIE LOCALE. 210 

Solution fraîche de chlorhydrate de cocaïne à 5 1/2 pour 
100. Dans le cas où l'on a à extraire une dent ayant de 
la périostite, employer une solution plus forte, de 6 à 

8 pour 100, suivant le degré de lapériostite. 

Se servir d'une seringue du calibre de celle de Pravaz, 
mais deux fois plus longue, pour pouvoir atteindre plus 
facilement les dents du fond de la bouche. Le docteur 
Respaut y fait ajouter deux ailettes qui lui donnent un 
point d'appui solide lorsqu'il faut pousser le liquide dans 
des régions difficiles à distendre. 

Éviter avec grand soin que le liquide de la solution 
tombe dans la bouche et soit avalé avec la salive, et, pour 
cela, apporter les plus grandes précautions dans la pra- 
tique de l'injection ; entourer toujours la dent malade de 
coton hydrophile, placé de façon à recueillir le liquide 
qui pourrait s'échapper. 

Le D r Buisseret, de Bruxelles, signale, dans \a Revue de 
larmigologie, les hémorragies dues à la cocaïne à la 
suite de l'amygdalotomie, quelquefois 6, 7, 8 et même 

9 heures après l'opération; et il a noté dans beaucoup de 
cas ces hémorragies tardives après des extractions den- 
taires. 

Aussi fera-t-on bien de donner les instructions à suivre 
en pareille circonstance (glace, tamponnement) à ceux 
qui entourent l'opéré, si l'hémorragie se produisait en 
l'absence du médecin. 

2° Applications médicales. — Cet ouvrage ne s'occu- 
pant exclusivement que des anesthésiques, nous n'au- 
rions pas à parler des propriétés thérapeutiques de la 
cocaïne; cependant, comme dans la plus grande partie des 
cas elle agit comme un analgésique, nous résumerons 
rapidement, et en quelques mots, les circonstances dans 
lesquelles elle peut être utile et rendre des services im- 
portants. 

Dans toutes les maladies douloureuses de l'œil, sauf le 
glaucome, les instillations répétées, huit à dix fois par 
jour, d'une solution de chlorhydrate de cocaïne à 1 pour 
100 donnent des résultats très satisfaisants. 



220 ANESTHÉSIE LOCALE. 

Dans l'otite aiguë, l'otite chronique, les abcès du con- 
duit auditif, le furoncle, etc., la cocaïne intervient favo- 
rablement et enlève la douleur. 

Il en est de même pour les affections nasales, coryza 
aigu ou chronique, rhinite aiguë ou hypertrophique; sous 
l'influence des badigeonnages des muqueuses, on les voit 
s'affaisser, se dégonfler rapidement. Dans le coryza des 
foins, hay-fever, une injection dans chaque narine d'une 
solution au quatre centième calme l'excitation locale, ar- 
rête les éternuements et a une action sédative sur le sys- 
tème nerveux tout entier. 

Dans la stomatite simple ou mercurielle, les diverses 
gingivites, l'emploi de la cocaïne produit de très heureux 
effets; non seulement elle calme la douleur, mais elle a 
aussi un effet curatif égal, si ce n'est supérieur, à celui 
du chlorate de potasse ou du borate de soude. 

L'action bienfaisante de la cocaïne dans les maladies 
du larynx a été signalée dès le début de sa découverte ; 
elle facilite l'examen des parties malades et le diagnostic, 
et est en même temps un agent curatif puissant. « Grâce 
à la cocaïne, dit le docteur Gougenheim, les malades at- 
teints d'ulcérations tuberculeuses du larynx peuvent se 
nourrir, en même temps que la toux diminue, la douleur 
et la gêne diminuent également et la dysphagie dispa- 
raît. » 

Gougenheim la considère comme très utile dans la co- 
queluche ; White l'emploie avec succès en pulvérisations 
dans la laryngite striduleùse chez les enfants. Elle rend, 
en un mot, des services signalés dans toutes les maladies 
œdémateuses du fond de la gorge, et elle agit non seule- 
ment comme analgésique, mais aussi comme agent théra- 
peutique. M. W.-J. Miller a inventé un vaporisateur qui 
rend pour toutes les maladies de la gorge d'excellents 
services (fîg. 25). 

La cocaïne joue un rôle très important dans les mala- 
dies de l'estomac ; les badigeonnages de la gorge , précé- 
dant de 15 minutes environ l'introduction de la sonde, 
toutes les fois que le lavage de l'estomac est nécessaire, 



ANESTHÉSIE LOCALE. 221 

suppriment complètement la sensibilité de la muqueuse 
pharyngo-buccale, et permettent de pratiquer sans incon- 
vénient l'opération du lavage. 

Dujardin-Beaumetz l'emploie pour calmer les douleurs 
et les vomissements de la gastralgie ou de toute autre 
maladie de l'estomac. 

On obtient également d'excellents résultats dans les 




Fig. 25. — Vaporisateur Miller. 

cas de névralgie de l'estomac, de hoquet tenace; dans les 
anémies, accompagnées de dyspepsie gastro-intestinale, 
son emploi abat l'éréthisme nerveux et relève les forces. 

Contre tous les vomissements en général, et en parti- 
culier contre ceux de la tuberculose (Rienzi), elle réussit 
mieux que les autres moyens. 

MM. Engelmann, Fraipont, Mathews Corner l'ont em- 
ployée victorieusement contre les vomissements incoer- 
cibles de la grossesse ; alors que tous les moyens ordinai- 
res avaient échoué, 50 gouttes d'une solution à 2 pour 



222 ANESTHESIE LOCALE. 

100, prise trois fois par jour, arrêta les vomissements et 
permit la nutrition. 

La cocaïne est aussi un médicament utile contre les 
faims fréquentes et lipothymiques (pollakiphagie doulou- 
reuse) qui coïncident avec les gastralgies des chloro- 
anémies et des flux leucorrhéiques. 

La cocaïne n'est pas seulement un anesthésique et un 
analgésique, elle est aussi un antiseptique sérieux. D'après 
le D r Dubois, elle agit en produisant un ralentissement 
dans les fermentations. 

M.Luton a remarqué qu'adminislrée'ji la dose de 25 cen- 
tigrammes, les diverses sécrétions, sueurs, urines, pro- 
duits de suppuration, matières fécales, perdent leur féti- 
dité ; il propose donc de l'employer à l'intérieur à la place 
de l'acide phénique et du sublimé dans la période adyna- 
mique de la fièvre typhoïde. 

M. Ory l'a employée dans la variole et a publié cinq 
observations qui prouvent que la cocaïne est utilisable 
sans inconvénient, même pour les enfants. 

M. Ricau, de Condé-Smendou (Algérie) , s'en est servi dans 
une épidémie de variole qui sévissait principalement sur 
les indigènes. Il donnait 40 à 80 gouttes, suivant l'âge, 
d'une solution à 5 pour 100, soit 10 à 20 gouttes, toutes 
les six heures. Il cite entre autres un cas de variole noire 
avec forte fièvre et délire dans lequel la cocaïne a sûre- 
ment sauvé la vie du malade. 

M. Luton a employé la cocaïne avec succès chez une pe- 
tite fille atteinte d'angine diphtérique, avec coryza pseudo- 
membraneux et menace de croup. Voici sa formule : 

P. Eau sucrée à la saccharine. . . . 125 grammes. 

Perchlorure de fer liquide à 500°. 2 — à 0,25 
Chlorhydrate de cocaïne gr. 25 0,05 

F. S. A. — 1 cuillerée abouche de 2 heures en 2 heu- 
res, à jeun (pour un adulte). 

Pour un enfant, la dose de chlorhydrate est réduite à 
10 centigrammes, et on ne donne qu'une cuillerée à des- 
sert à la fois. 



ANESTHÉSIE LOCALE. 223 

Enfin, dans la septicémie secondaire de la fièvre ty- 
phoïde la cocaïne abaisse la température : on l'emploie en 
injections hypodermiques à 2 pour 100. 

5° Applications chirurgicales. — Dans les applications 
chirurgicales la cocaïne est employée en badigeonnages, 
instillations et injections hypodermiques. 

Nous avons déjà parlé précédemment de l'action anes- 
thésiante des badigeonnages de cocaïne sur les muqueuses 
(conjonctive, buccale, laryngée, etc.), ranesthésie s'ob- 
tient facilement et permet au praticien l'exploration, 
l'examen des tissus malades. L'emploi des injections hy- 



Fig. 26. — Injection de la cocaïne pour produire Fanesthésie. 

podermiques est moins simple et exige de grandes pré- 
cautions. 

La technique opératoire est différente suivant chaque 
opération et la région dans laquelle on doit opérer; dans 
certains cas, il faut agir seulement sur la peau ; dans d'au- 
tres, sur celle-ci et les tissus sous-jacents. 

Dans le premier cas, lorsqu'il s'agit seulement d'anes- 
thésier la peau, on doit pousser l'injection dans l'épais- 
seur du derme et non dans le tissu cellulaire sous-cutané: 
l'anestliésie est ainsi plus profonde, et il faut une quan- 
tité de liquide moindre. On est certain de rester dans le 
derme par la résistance qu'éprouve Paiguille dans sa 
marche progressive, résistance qui cesse dès qu'elle pé- 



224 ANESTI1ESIE LOCALE. 

nètre en dessous, et par la traînée blanchâtre avec léger 
bourrelet que' présente la peau sur tout le trajet de l'in- 
jection. 

On se sert d'une seringue de Pravaz ordinaire munie d'une 
aiguille de 5 à 6 centimètres de longueur (fig. 26) ; on 
pousse lentement le piston en même temps que l'aiguille 
marche, afin de bien faire pénétrer la cocaïne sur tout le 
trajet; de cette façon la cocaïne précède, pour ainsi dire, 
la pointe de l'aiguille, et le malade ne perçoit que la pre- 
mière piqûre, sensation que l'on peut même faire à peu 
près disparaître en déposant à l'avance quelques gouttes 
du liquide sur le point à piquer. Si le trajet doit dépasser 
5 centimètres on s'arrête, et on recommence une nou- 
velle injection en prenant son point de départ sur l'extré- 
mité anesthésiée de la première injection. On entoure 
aussi complètement la partie à opérer; le procédé qui 
donne une anesthésie parfaite suffit pour l'ablation des 
tumeurs bénignes, d'un lipome, d'un fibrome, d'une 
loupe, etc. 

L'anesthésie étant localisée au trajet de l'aiguille, bien 
que ce trajet soit indiqué par la traînée blanchâtre, il est 
utile, pour plus de sûreté, de l'indiquer par un trait à 
la teinture d'iode, afin que le bistouri le suive exacte- 
ment. > 

Dans le second cas, lorsqu'il faut anesthésier les tissus 
sous-jacents, on commence comme précédemment, puis 
on continue à pousser l'aiguille sous la peau, en pous- 
sant doucement le liquide, qui se répand ainsi sur tout le 
trajet, et on termine alors l'injection dans le tissu cellu- 
lulaire sous-jacent. 

M. Léonard Corning, de New-York, emploie les injections 
hypodermiques de chlorhydrate de cocaïne et procède de 
la manière suivante : 

Il commence par marquer au crayon les veines superfi- 
cielles, pour éviter toute chance de les piquer; il rend 
ensuite le membre exsangue au moyen d'un bandage élas- 
tique ou du tube d'Esmarch. Il injecte alors, à partir du 
bandage, de trois à cinq gouttes d'une solution de chlor- 



A>"ESTI1ESIE LOCALE. 225 

hydrate de cocaïne à 1 ou 2 pour 100; cette injection est 
superficielle et a pour but d'insensibiliser la peau. Dès que 
ce résultat est obtenu, il fait une vingtaine et plus de pi- 
qûres, de la même solution, dans les tissus plus profonds 
en suivant avec soin toute la surface à insensibiliser. 11 
applique alors un tourniquet à la limite supérieure de 
la zone anesthésique, et fait son opération quelques mi- 
nutes après. 

Comme le fait remarquer le D r D. "W. Buxton, dans son 
Traité des Anesthésiques (Londres, 1888), cette façon de 
procéder est basée sur cette théorie que, en empêchant 
le retour du sang veineux, on prévient le transport de 
l'anesthésique au delà de l'aire d'injection : la dilution 
du médicament dans le sang est en même temps et par 
cela même ralentie et amoindrie. 

En d'autres termes, la cocaïne, au lieu d'être rapide- 
ment transportée dans la circulation , pénètre , par ce 
moyen, lentement dans les tissus et exerce son action sur 
la terminaison des nerfs périphériques. 

M. Corning emploie aussi dans ce but des anneaux spé- 
ciaux et des colliers hémostatiques pour obtenir le même 
« emprisonnement de l'anesthésique » . 

Cette méthode peut rendre de grands services, mais elle 
n'est pas absolument exempte de danger, à cause du grand 
nombre d'injections qu'elle nécessite. 

En appréciant à sa juste valeur cette théorie, il y a lieu 
de considérer que la compression du membre par le ban- 
dage et par le tourniquet le rend déjà presque insensible, 
c'est ce qui explique pourquoi Corning n'emploie que de 
faibles doses de cocaïne. 

L'action analgésique de la cocaïne est tout aussi efficace 
sur les tissus enflammés que sur la peau saine ; elle 
permet l'ouverture sans douleur des abcès, des bu- 
bons, etc. : mais dans ce cas la dose doit être un peu 
plus forte. 

La cocaïne donne de très bons résultats dans les ma- 
ladies de l'appareil génito-urinaire. Dans les cystites 
aiguës ou chroniques, les blennorrhagies, elle calme la 

15 



226 ANESTHESIE LOCALE. 

douleur, diminue l'inflammation. Dans les rétrécisse- 
ments de l'urèthre, lorsque le cathétérisme est difficile, 
une injection de solution de cocaïne insensibilise le canal, 
et permet l'introduction des sondes. 

Elle a été utilisée également avec avantage dans la 
lithotritie. Brum, de Tubingue, qui L'a employée le premier 
dans ce but, cite un cas où, après avoir injecté une solu- 
tion à 2 pour 100 remplacée au bout de dix minutes par 
une solution boriquée, il pouvait, en vingt-deux minutes, 
avoir 55 reprises sans douleur. 

Dans la cure de l'hydrocèle, l'injection de teinture 
d'iode toujours si douloureuse, et si inquiétante, devient 
facile et sans douleur par l'injection préalable d'une solu- 
tion de cocaïne. 

Même résultat heureux pour la réduction des phymosis 
ouparaphymosis, ponction de l'orchite, excisions de végé- 
tation sur la verge, cautérisation du gland dans les balanites. 

M. Pozzi a pu, grâce à la cocaïne, enlever sans douleur 
des kystes des grandes lèvres, opérer des bartholinites, 
etc. — Fraenkel a fait, par ce même moyen, des cautéri- 
sations, des excisions, etc. 

Des opérations plus importantes ont pu être tentées et 
réussies; des ongles incarnés, des kystes sébacés, des épi- 
théliomas des lèvres, de la langue, ont été enlevés sans 
douleur. 

Reclus a opéré une hernie étranglée et douloureuse, 
le patient n'a eu aucune douleur. 

Pour les opérations sur le rectum, l'analgésie est com- 
plète, mais le mode opératoire est moins simple : il faut 
d'abord introduire dans l'anus un tampon imbibé d'une 
solution à 2 pour 100 et faire ensuite sur tout le pour- 
tour de l'anus une série d'injections interstitielles d'une 
demi-seringue, en forme de couronne : il faut repartir 
avec soin la cocaïne sur toute la hauteur du sphincter : le 
toucher rectal avec l'index gauche permet de sentir l'ai- 
guille à mesure qu'on l'enfonce doucement en poussant 
en même temps le piston. — On peut ainsi dilater com- 
plètement le sphincter sans la moindre douleur. 



ANESTIIES1E LOCALE. 227 

M. Malherbe, de Nantes, cite un cas de névralgie faciale 
rebelle, durant depuis dix-neuf ans, et ayant cédé à des 
injections de cocaïne pratiquées loco dolenti; une autre 
observation du même auteur et trois autres faits de Popolî 
démontrent les bons effets de cette médication. 

M. Malherbe fait observer que, les accidents de cocaï- 
nisme aigu (angoisse précordiale, affaiblissement du 
pouls, lipothymies, syncopes) survenant le plus souvent 
lorsque l'injection est pratiquée à la tête ou à la face, il 
faut commencer par des doses faibles de 1 à 2 centigrammes, 
à 5 centigrammes au plus. 

Les formules qu'il emploie indifféremment sont 
celles-ci : 

1° Eau distillée. - 20 grammes. 

Chlorhydrate de cocaïne 1 — 

2°Eau distillée 20 — 

Acide borique gr. 50 c. 

Chlorhydrate de cocaïne 1 gramme. 

5° Eau distillée 10 à 15 gr. 

Glycérine neutre 10 à 5 gr. 

Chlorhydrate de cocaïne 1 gramme. 

Les deux dernières formules donnent des solutions ne 
se laissant point envahir par les moisissures, comme les 
solutions dans l'eau distillée. — Injecter une demi-serin- 
gue, ou même un quart de seringue. 

Le mode d'administration est semblable à celui que 
nous avons déjà cité. — Avancer doucement l'aiguille 
en poussant le piston de façon qu'une goutte de 
liquide précède pour ainsi dire l'aiguille : retirer et 
avancer l'aiguille, changer un peu sa direction en pous- 
sant le piston, de manière que le liquide s'étale dans 
le territoire douloureux. Ces injections doivent être 
répétées deux ou trois fois par semaine. 

Nous terminerons cette étude rapide d^s applications 
chirurgicales de la cocaïne en citant les observations 
présentées au Congrès de chirurgie par le l) r Reclus, et 



228 ANESTHÉSIE LOCALE. 

les préceptes .qu'il donne sur l'emploi de cet anesthé- 
sique. 

« Malgré mes communications répétées, je vois avec 
peine que la cocaïne n'est pas entrée dans la pratique 
courante; on lui reproche d'être inefficace et dangereuse, 
j'ai fait plus de 700 injections de cocaïne dans un but 
analgésique, et je viens en appeler à nouveau devant vous 
de cet abandon. 

« D'abord, les injections intradermiques sont seules 
efficaces; les badigeonnages cutanés sont de nul effet; 
seuls les badigeonnages muqueux peuvent être utilisés 
exceptionnellement pour quelques opérations légères. Les 
injections cocaïnisées dans le lavage des hydrocèles et 
des vieilles hydarthroses m'ont donné les meilleurs 
résultats. 

« J'ai dit que les injections interstitielles seules ont une 
véritable valeur dans les opérations sur les téguments ; 
encore faut-il prendre la précaution de pousser l'injection 
dans l'épaisseur du derme et non dans le tissu cellulaire 
sous-cutané. Si les parties molles à traverser sont très 
épaisses, il sera à propos de faire plusieurs injections 
superposées. 

« Dans ces conditions, l'analgésie est toujours obtenue : 
elle n'est pas du tout, comme on l'a dit, inefficace dans 
les tissus enflammés. Quant à la durée de l'effet obtenu 
par ces injections interstitielles ainsi conduites, je dirai 
que j'ai vu ces effets se continuer pendant trois quarts 
d'heure et une heure : j'ai pu pratiquer des cures radicales 
sans aucune douleur. Les os seuls semblent rebelles à 
cette action calmante. Dans les affections ano-rectales et 
dans les opérations si douloureuses qu'elles nécessitent, 
l'usage de tampons imbibés de solution à 2 pour 100 et 
d'une série d'injections interstitielles en forme de cou- 
ronne assure une analgésie complète, au point que la 
dilatation du rectum même devient possible sans dou- 
leur. 

« En ce qui concerne la quantité de cocaïne que l'on 
peut employer, il est assez difficile de se prononcer d'une 



ANESTIIESIE LOCALE. 229 

façon absolue, mais ce qui est important pour la pratique, 
c'est que 6, 8, 10 centigrammes n'ont jamais provoqué le 
moindre accident sérieux clans le service chirurgical 
auquel nous sommes attaché. Nous ne craindrions pas 
de dépasser ces doses, mais cela est véritablement inutile, 
puisque 8 à 10 centigrammes permettent de faire une 
cure radicale d'hydrocèle, une cure radicale de hernie, 
un anus iliaque, une gastrotomie, des ablations de tumeurs 
sous-cutanées volumineuses, des amputations de doigts, 
d'orteils, etc. 

« En ce qui concerne la dilution, il semble que la 
solution de cocaïne ne doit pas être faite à un titre trop 
élevé. La solution à 5 pour 100 a été remplacée par une 
autre à 2 pour 100, et depuis le mois de juin, époque de 
la substitution, nous n'en avons pas eu le moindre ennui. 
De nombreuses opérations ont cependant été faites depuis 
ce moment; nous en relevons 25 importantes, parmi les- 
quelles nous citerons des castrations, des cures radicales 
d'hydrocèles, des cures radicales de hernies et deux 
gastrotomies. 

« Quant aux dangers dont on accuse la cocaïne, je dirai 
que j'ai pratiqué 700 opérations sans accidents; que les 
recherches bibliographiques très complètes auxquelles 
je me suis livré avec mes élèves ne m'ont révélé que 
4 morts; encore avait-on injecté des doses considérables : 
75 centigrammes, 1 gr. 20, 1 gr. 25. Jamais au-dessous 
de 75 centigrammes il n'y a eu d'accidents graves. Il 
y a cependant quelques accidents : pâleur de la face, 
anhélation, loquacité, tendance syncopale; mais avec les 
doses ordinaires, 20 centigrammes au plus, les acci- 
dents sont très rares. D'ailleurs 10 à 12 centigrammes, 
soit cinq seringues de Pravaz, suffisent le plus ordinaire- 
ment. 

« En résumé, la cocaïne est une substance excellente, 
fidèle, efficace; il suffit de la manier avec précaution, 
comme tant d'autres alcaloïdes à la disposition des mé- 
decins. )) 

Ces préceptes peuvent se résumer ainsi : 



230 ANESTHES1E LOCALE. 

1° Eviter de faire des injections dans les vaisseaux 
sanguins; 

2° Employer une solution faible (2 pour 100) ; 

5° Placer le sujet dans une position horizontale. 

Au 21 e Congrès de la Société allemande de chirurgie, 
Berlin, juin 1892, M. Schleich a fait la communication 
suivante : « L'anesthésie locale par l'éther a ses inconvé- 
nients bien connus. D'autre part, les injections de cocaïne 
sont dangereuses, même avec des doses ne dépassant pas 
5 centigrammes. Ces injections sont beaucoup plus effi- 
caces lorsqu'elles, sont faites dans l'épaisseur même de 
la plaie que lorsqu'elles sont pratiquées dans le tissu 
sous- cutané. 

a Par des expériences sur moi-même et sur d'autres 
personnes, j'ai cherché à déterminer quelle est la plus 
faible solution de cocaïne capable de produire un effet 
anesthésique en injections intra-dermiques. Or j'ai trouvé 
qu'une solution au l/5000 e donnait encore une anesthésie 
locale suffisante. 

« Finalement, j'ai essayé l'eau distillée et j'ai obtenu 
également l'anesthésie, mais l'injection elle-même est 
douloureuse. Par contre, une solution de 0,2 pour 100 de 
chlorure de sodium produit une anesthésie locale sans 
que l'injection ait l'inconvénient que nous venons de 
signaler. J'ai ensuite eu l'idée de combiner les solutions 
de cocaïne et de chlorure de sodium. Or j'ai trouvé qu'une 
solution de cocaïne au 1/1 0000 e était encore capable de 
produire l'anesthésie locale lorsque la cocaïne était dis- 
soute dans une solution de 0,2 pour 100 de chlorure de 
sodium. Avec des solutions aussi faibles, l'anesthésie 
locale par la cocaïne est absolument dépourvue de dan- 
ger, et comme il devient possible d'injecter une assez 
grande quantité de la solution et d'insensibiliser ainsi une 
grande étendue de tissus, je suis d'avis que l'anesthésie 
par infiltration doit être employée d'une façon générale, 
au lieu des anesthésiques généraux dont l'usage, en raison 
de leurs dangers, doit être restreint le plus possible. » 
(Sem. médic, 15 juin 1892.) 



ÀNESTHÉSIE LOCALE. 251 

¥ Gynécologie et obstétrique. — La gynécologie cl l'obsté- 
trique ne pouvaient rester indifférentes à la découverte 
de ce nouvel agent. Dès son apparition, Polk et Fraenkel 
l'ont employée pour l'anesthésie des organes génitaux de 
la femme. — En novembre 1884, Polk, avec une solu- 
tion à A pour 100, put pratiquer la suture du col de 
l'utérus. 

Des différentes observations de Frsenkel il résulte qu'on 
peut employer le chlorhydrate de cocaïne en solution 
assez concentrée de 10 à ^0 pour 100. 

1° Pour obtenir l'anesthésie; 

a. Quand on veut pratiquer une cautérisation de la 
vulve dans le cas d'inflammation blennorrhagique. — La 
cocaïne employée dans ce cas, outre l'anesthésie, produit 
une ischémie des tissus enflammés, dont la rougeur 
diminue. 

b. Quand on veut enlever des végétations vulvaires, 
des condylomes de l'urèthre, de l'anus. 

c. Lorsqu'on veut faire des cautérisations ou des scari- 
fications du col utérin chez des sujets nerveux, et aussi 
quand on veut pratiquer le eurage de la cavité utérine. 

2° Pour diminuer l'irritation réflexe ; 

a. Dans le cas de vaginisme, à l'effet de permettre le 
coït et de rendre la conception possible. 

b. Dans le cas de spasme de l'anus et du rectum à la 
suite pour obtenir une selle sans douleurs. 

— Récemment M. Doléris a employé une solution de 
chlorhydrate de cocaïne à 4 pour 100, et dans 6 cas sur 9 
où il l'a expérimentée, il a pu diminuer la douleur pro- 
duite par la dilatation du col de l'utérus, et par le passage 
du fœtus à travers l'ouverture vulvaire, en faisant des 
badigeonnages locaux avec la solution. 

M. Cazin a récemment communiqué à la Société de 
chirurgie des observations où la cocaïne permit le coït 
et la conception dans un cas de vaginisme rebelle. 

M. A. Hergott, de Nancy, a fait des applications locales 
d'une solution de chlorhydrate de cocaïne à 4 pour 100 
sur des mamelons atteints de gerçures. 



252 , ANESTIIESIE LOCALE. 

Des 9 cas où il a employé ce moyen, l'auteur tire les 
conclusions suivantes : 

\° Après l'application de la solution de cocaïne, les 
femmes ont pu donner le sein sans douleur ; 

2° Sous l'influence de ce traitement la gerçure a marché 
rapidement vers la guérison; 

5° Les cautérisations faites sur les gerçures à l'aide du 
nitrate d'argent ont été peu sensibles après l'emploi de la 
cocaïne ; 

4° La cocaïne doit être employée dès que les mame- 
lons sont sensibles, afin de prévenir la production même 
des crevasses. 

L'influence de la cocaïne sur la sensibilité du mamelon 
se conçoit facilement, étant donnée l'action anesthésiante 
de ce médicament; mais comment expliquer son action 
curative sur la plaie, sur la gerçure? 

Hergott pense qu'il faut attribuer cette heureuse in- 
fluence au repos qu'apporte au mamelon l'insensibilité 
obtenue. — Quand une femme a une gerçure et qu'elle 
donne le sein, au moment où l'enfant exerce un mouve- 
ment de succion, la plaie est ouverte, tiraillée ; la femme 
souffre, elle fait un mouvement de recul involontaire, qui 
ne contribue pas peu à distendre la plaie et à l'agrandir. 
La cocaïne, faisant disparaître la douleur, supprime le 
mouvement de recul. 

On pourrait encore invoquer d'autres mécanismes pour 
expliquer l'action curative sur les gerçures des mame- 
lons. 

La cocaïne amène l'ischémie, par conséquent diminue 
la congestion, l'irritation, l'inflammation locale, heureuse 
influence sur les plaies du sein. 

La cocaïne, par son action sur les extrémités nerveuses, 
modifie peut-être aussi l'influence des nerfs trophiques 
delà région, modification qui est susceptible d'amener la 
guérison des crevasses des mamelons. 

Quelle que soit l'explication, les faits observés par 
Hergott sont, du plus haut intérêt, car au point de vue 
pratique il n'est guère de petit accident qui soit aussi 



ANESTIIESIE LOCALE. 233 

gros de conséquences et d'ennuis pour la patiente et pour 
l'accoucheur que les gerçures des mamelons. 

L'idée d'employer la cocaïne pour combattre les dou- 
leurs du travail dans les accouchements a été réalisée 
pour la première fois, en France, en 1885. 

Le 17 janvier M. Doléris fait à l'Académie une commu- 
nication ainsi intitulée : De l'analgésie des voies génitales 
obtenue par l'application locale de la cocaïne pendant 
l'accouchement. L'auteur emploie la cocaïne, soit en solu- 
tion à 4 pour 100, soit en pommade au même titre. Les 
souffrances horribles causées chez des primipares par la 
dilatation du col disparaissent presque subitement. 

M. Jeannel se sert d'une solution à 5 pour 100 dont il 
imbibe un tampon de coton pour badigeonner le col, les 
culs-de-sac vaginaux et les parois : le tampon laissé est 
renouvelé, les douleurs se calment et finissent par dispa- 
raître, et le travail s'accélère. 

M. Barton Hirst emploie le chloroforme pendant la 
première période : lorsque la dilatation est accomplie et 
que le fœtus commence à distendre l'entrée du vagin et le 
périnée, il fait avec le doigt une application de pommade 
cocaïnisée à 4 pour 100, toutes les demi-heures jusqu'à 
expulsion complète. 

G.-R. Dalbs mentionne (dans les Nouvelles Archives 
(V obstétrique et de gynécologie, d 887) les résultats sui- 
vants : 

1° L'auteur a obtenu d'aussi bons résultats avec la 
solution de chlorhydrate de cocaïne à 6 pour 100 qu'à 
1 2 pour 100. Dans les accouchements il se sert d'une solu- 
tion à 4 pour 100 dans l'huile de ricin. En cas de col 
mince, rigide, il place sur l'orifice un tampon de ouate 
imprégnée de cocaïne qu'il renouvelle toutes les demi- 
heures jusqu'à dilatation ; 

2° Dans les cas de marche lente, il emploie des injec- 
tions hypodermiques d'un mélange d'acide sclérotinique 
(1/6 de grain) et de biméconate de morphine (I/o de 
grain), en combinant ce moyen avec les applications 
locales de cocaïne ; 



234 ANESTHESIE LOCALE. 

5° Les succès les plus satisfaisants sont obtenus, dans 
la rigidité du périnée, par des applications d'une solution 
à 12 pour 100 sur la vulve et le vagin ; la douleur est 
extraordinairement amoindrie ; 

4° De ses observations il est en droit de conclure que 
la cocaïne est précieuse chez les primipares, dans les 
présentations du siège, et dans tous les cas en général où 
la dilatation est lente et le périnée rigide; 

5° Lorsque la dilatation du col a dû être pratiquée, il 
s'est bien trouvé de tremper les tentes dilatatrices dans 
une solution huileuse de l'alcaloïde. La solution dans 
l'huile de ricin est également précieuse dans les cas 
d'irritabilité du vagin rendant difficile l'introduction du 
spéculum. 

En 1887, B -P. Hartzhome a employé avec succès le 
moyen suivant dans les accouchements laborieux : à l'aide 
d'une seringue de femme poussée aussi près du col que 
possible, il introduit un mélange de 6 parties de cocaïne, 
24 parties de vaseline, et 20 parties de glycérine. Au bout 
d'un temps très court, la douleur à la pression, à la dila- 
tation du col, à l'expansion du périnée, diminue de moitié. 

A. Selmer (Med. Rundschau) ayant injecté une seringue 
Pravaz d'une solution de cocaïne à 5 pour 100 pour calmer 
une rachialgie intense chez une femme en couches a 
remarqué que la cocaïne active notablement le travail. 
— Il s'est assuré du même fait chez une autre femme à 
efforts expulsifs très affaiblis. En même temps il nota la 
disparition des douleurs intenses du dos. Chez les deux 
femmes, les injections de cocaïne furent suivies de 
crampes douloureuses dans les membres supérieurs et 
inférieurs, qui du reste cédèrent rapidement. 

Nous avons fait, en 1890, de nouvelles expériences 
avec M. le D r Sécheyron, interne des hôpitaux. Les obser- 
vations que nous avons recueillies sont favorables à la 
cocaïne; mais pour que son action soit sûre, elle doit 
réunir plusieurs conditions : 

1° Choix du moment favorable, 5 à 10 minutes avant 
l'expulsion de la tête; 



ANESTHESIE LOCALE. 235 

2 U Solution à 1/20, demi-seringue Pravaz dans chaque 
lèvre, près de la fourchette. 

La suppression des douleurs terminales si violentes, 
douleurs concassantes, est souvent complète; parfois 
elle est incomplète ; il faut faire intervenir, en dehors 
des différences de sensibilité des femmes, la rapidité ou 
la lenteur de la période d'expulsion. Nous n'avons pas eu 
à craindre de phénomènes d'intoxication ni les déchirures 
par sortie trop brusque du fœtus. Le périnée conserve 
sa souplesse et sa résistance à la fois; les contractions 
affectent la même intensité. Ce médicament peut être 
d'un bon usage, mais, nous le déclarons, son action doit 
être réservée pour la période d'expulsion et limitée aux 
organes génitaux externes. 

Voici un cas où, le chloroforme n'ayant donné aucun 
résultat, la cocaïne en badigeonnages a amené un soula- 
gement marqué. 

Observation 58. — Mme M.... (26 octobre 1889). Accou- 
chement normal quelques jours avant terme. Présentation 
du sommet en 0. I. D. P. 

Rupture prématurée des membranes le 25, à une heure 
du soir. Début du travail le 25, à six heures du matin. 
Sa marche est normale, et les douleurs sont bien sup- 
portées. A onze heures, dilatation complète, énervement, 
agitation; la malade demande à être soulagée. Pendant 
trois contractions successives, on donne le chloroforme 
à la reine, mais sans résultat, puis on l'abandonne. 

Rotation spontanée de la tête. A midi, la tête est à la 
vulve. Douleurs vives de l'anus, de l'orifice vulvaire, qui 
sont calmées par l'application toutes les cinq minutes, 
pendant une demi-heure, de la cocaïne (solution au 1/20). 
Aussitôt que la sensibilité commence à revenir locale- 
ment, la malade redemande elle-même l'application du 
médicament et ne tarde pas, après une sensation de brû- 
lure momentanée, à accuser un véritable soulagement. 
L'expulsion est spontanée ; à ce moment il se produit 
une éraillure périnéale. L'enfant, du sexe féminin, pèse 



236 ANESTHESIE LOCALE. 

2500 grammes ; délivrance par méthode mixte 50 minutes 
plus tard. 

Pas d'hémorragie consécutive. Phlébite de la jambe 
gauche au 17 e jour. Les suites de couches avaient été 
normales jusque-là. 

Mais cet effet anesthésique n'est pas toujours obtenu. 
Nous trouvons dans un rapport médical sur l'établisse- 
ment d'accouchements de Moscou deux cas dans lesquels 
l'effet de la cocaïne a été nul. 

Dans le premier cas, on badigeonna avec un pinceau, 
en s'aidant du spéculum, les lèvres du col avec une solu- 
tion à la proportion de 10 pour 100. On badigeonna ainsi 
à sept reprises, pendant une minute chaque fois, et en 
laissant cinq minutes d'intervalle entre chaque espace. La 
malade assure qu'elle n'avait éprouvé aucun soulagement. 

Dans le second cas, le même badigeonnage fut appliqué 
dans la même mesure pendant la période de dilatation 
complète et de dégagement de la tête, et également sans 
provoquer de soulagement. 

Au contraire, le D r Fraenkel, en employant une solu- 
tion à 4 pour 100 de cocaïne, et en badigeonnant pendant 
trois ou quatre minutes, obtint en 15 applications 15 ré- 
sultats satisfaisants. 

Le D r Fischel, en appliquant de la même façon une 
solution à 2 1/2 pour 100 de cocaïne, réussit à provoquer 
une disparition complète ou presque complète des dou- 
leurs pendant vingt minutes. 

Le D r Jeannel, en expérimentant avec une solution à 
5 pour 100 de cocaïne, obtint, sur cinq applications, trois 
soulagements de la durée d'un quart d'heure. 

La cocaïne pourra donc être utilisée avec avantage dans 
la période du travail de l'accouchement, bien que l'effet 
analgésique que l'on désire obtenir ne soit pas toujours 
certain. Son emploi en badigeonnages répétés atténue et 
supprime souvent les douleurs terminales si violentes, sur- 
tout chez les primipares; elle devient, dans ce cas, pour le 
praticien, un auxiliaire puissant et d'une innocuité parfaite. 



ANESTHESIE LOCALE. 237 

Cocaïnisme aigu. — Intoxication par la cocaïne. — 
Depuis le jour où la cocaïne est entrée dans le domaine de 
la thérapeutique, les journaux médicaux ont enregistré 
des cas d'intoxication consécutive à son emploi, et relaté 
les accidents plus ou moins graves, quelques-uns mortels, 
qui sont survenus au cours des opérations. Ces accidents 
sont très variables ; tantôt légers et rapides : angoisse 
simple, excitation, loquacité ; tantôt plus graves : syncope, 
arrêt de la respiration, pâleur extrême; enfin mortels. 
Manheim en cite neuf cas, précédés de convulsions, délire, 
cyanose, et, dans un de ces cas, ayant amené l'albumi- 
nurie. Mais l'examen des conditions dans lesquelles ces 
accidents mortels se sont produits atténue considérable- 
ment leur portée. Dans sept de ces cas mortels sur neuf, 
les doses étaient exagérées et le titre de la solution trop 
élevé; dans les deux autres cas, l'un des malades était 
atteint d'un spasme de la glotte, l'autre de diphtérie. La 
mort peut donc avoir été causée aussi bien par la maladie 
que par la cocaïne. 

Il y a lieu également de considérer la partie du corps 
dans laquelle se fait l'injection ; ainsi, la muqueuse vési- 
cale saine ne résorbe pas le liquide injecté et supporte 
de fortes doses; le rectum, au contraire, absorbe large- 
ment ; les fortes doses sont menaçantes ; deux des cas 
de mort cités par Manheim ont été la conséquence d'une 
injection de 1 gr. 50 dans le rectum dans un des cas, et 
de 1 gr. 52 dans l'autre. L'urèthre a aussi un pouvoir 
absorbant dangereux; Sims rapporte un cas où une in- 
jection de 80 centigrammes dans l'urèthre a amené la 
mort; dans un second cas, cité par le même médecin, 
le résultat a été favorable : une injection uréthrale de 
65 centigr. de chlorate de cocaïne dans 16 grammes 
d'eau fut retenue un quart d'heure dans le canal; vingt 
minutes après, pupilles dilatées, agitation, subdélirium, 
pouls très rapide et fort. Les troubles intellectuels durèrent 
trois quarts d'heure et furent suivis d'une céphalalgie vio- 
lente et d'une perte passagère de la mémoire ; le len- 
demain, l'état était bon. — Enfin, il faut redoubler de 



238 ANESTHESIE LOCALE. 

précautions lorsque l'injection doit être faite à la face ou 
à la tête; la 'plus grande partie des accidents graves 
signalés se rapportent à des injections faites dans ces 
régions, dans lesquelles il ne faut employer que les doses 
les plus faibles et ne pas dépasser deux à trois centi- 
grammes, deux au plus en une fois. 

L'emploi du tube d'Esmarch, toutes les fois que son 
application est possible, a rendu de très grands services; 
l'application du tube d'Esmarch empêche la diffusion 
de la cocaïne et éloigne par conséquent les dangers 
d'intoxication en renforçant en même temps l'anesthésie 
locale. Le D r Kummer recommande une bonne saignée 
de la plaie, une partie de la cocaïne s'écoulant avec 
le sang. Les injections les plus dangereuses sont en effet 
les injections perdues, c'est-à-dire celles non suivies 
d'opérations. 

L'idiosyncrasie joue également un rôle dans l'adminis- 
tration de la cocaïne; il est certain que les anémiques, 
les cardiaques, les nerveux sont plus sujets que les autres 
à l'intoxication cocaïnique ; il faut donc que le praticien 
tienne compte des susceptibilités indispensables qui 
peuvent devenir, dans certains cas, des contre-indications 
absolues , par exemple la présence de lésions rénales ; 
mais, d'une manière générale, la cocaïne devra être 
employée avec une très grande prudence chez les vieil- 
lards, les cardiaques, les nerveux et les débilités. Pour 
ceux-là surtout, M. Dujardin-Beaumetz recommande de 
les placer dans le décubitus horizontal, afin de prévenir 
l'anémie cérébrale. Dans le même ordre d'idées, M. R. 
Lépine, de Lyon, conseille l'inhalation de trois gouttes 
de nitrite d'amyle immédiatement avant l'injection ; cette 
faible dose est, d'après lui, sans inconvénient, et a une 
action préventive certaine. Enfin tous les médecins s'ac- 
cordent à recommander de rassurer le patient, la peur, 
la terreur de l'opération jouant un grand rôle dans le 
développement des accidents cérébraux. 

Si, malgré toutes ces précautions, des accidents sur- 
viennent, le traitement doit être symptomatique ; si la 



ANESTHESIE LOCALE. 259 

cocaïne a été ingérée par l'estomac, provoquer le plus 
rapidement possible des vomissements et combattre 
ensuite les phénomènes à mesure qu'ils se présentent. 

Dans le cas d'intoxication par injections hypodermiques, 
employer d'abord les stimulants, le café, les alcools, les 
injections de caféine; si les symptômes s'aggravent, les 
inhalations de nitrite d'amyle, les injections d'éther, 
la faradisation, la respiration artificielle. 

Dans les cas de convulsions, recourir au chloroforme, 
au chloral, à l'opium : ces trois agents ont rendu des 
services dans des cas semblables,, et surtout les deux 
premiers ont été très utiles. 

Un médecin canadien, M. Cornell, a publié l'observa- 
tion d'une jeune fille de seize ans à laquelle on avait fait 
une injection de cocaïne dans les gencives pour l'extrac- 
tion d'une dent. Cette injection produisit chez la jeune 
fille une excitation erotique sous l'influence de laquelle 
elle se mit à prendre des attitudes lascives et à prononcer 
des paroles obscènes. 

Dans la séance du 15 janvier 1892 de la Société de 
chirurgie de Paris, M. Berger lit une lettre de M. le 
professeur Germain Sée, rappelant qu'il a publié deux 
articles sur les accidents dus à la cocaïne. Dans ces articles 
figurent deux statistiques, une de 90 accidents dont 
10 mortels, une autre de 170 accidents avec 11 morts. 
M. Germain Sée s'y déclare adversaire de la cocaïne, qu'il 
juge un remède très infidèle et très dangereux. 

D'après M. Heclus, l'action de la cocaïne est d'autant 
moins dangereuse que la solution est plus diluée. Une 
injection de 2 à 6 centigr. faite sous la peau et disséminée 
produit une anesthésie complète sans que l'on ait à craindre 
d'accidents sérieux. La sécurité n'est jamais absolue, pas 
plus qu'avec les autres alcaloïdes; mais il ne faut pas 
abandonner l'emploi du médicament. 

M. Reclus fait de plus observer que, lorsqu'il a à anes- 
thésier la tunique vaginale, qui est une des régions les 
plus dangereuses, il ne dépasse jamais la dose de 20 cen- 



240 ANESTHESIE LOCALE. 

tigrammes de cocaïne; la dose maniable est, d'après lui, 
comprise entre 5 et 20 centigrammes. 

Les faibles doses ne sont pas cependant absolument 
inoffensives. M. Quénu a observé des accidents inquiétants 
chez un malade à qui il avait injecté 4 centigrammes sous 
la peau et 1 centigramme dans une hydrocèle dont il voulait 
faire la cure radicale. 

Lorens rapporte trois cas d'intoxication consécutifs 
à l'injection dans le col utérin de doses très faibles 
de cocaïne : 0,0075; 0,01; 0,02. 

Le danger de la cocaïne est donc, en dehors de l'idio- 
syncrasie particulière des sujets, avec laquelle il faut 
compter, et qui indique bien ceux chez qui il faut 
s'abstenir, tels que les alcooliques et les cardiaques, etc., 
dans la diversité des effets de tolérance du médicament 
suivant les différentes régions de l'organisme dans les- 
quelles on opère. D'après M. Félizet, il n'y a pas de dose 
de cocaïne, quelque faible qu'elle soit, qui mette d'une 
manière certaine à l'abri de tout danger. Nous ne par- 
tageons pas cette opinion, mais il n'en est pas moins vrai 
qu'il faut manier cet anesthésique avec la plus grande 
prudence et employer les doses les plus faibles, surtout 
lorsqu'on opère dans des parties douées d'un grand 
pouvoir d'absorption, ou bien encore lorsque l'usage 
de la bande d'Esmarch n'est pas possible. 

Les accidents que produit dans l'organisme l'empoisoi;- 
nement aigu par la cocaïne sont nettement indiqués dans 
le Journal de Médecine de Paris (1892). Ces troubles sont : 

1° Troubles psychiques, c'est-à-dire : obnubilation de 
la pensée, tintements d'oreille, état vertigineux, etc. 

2° Troubles sensitifs ; diminution de la sensibilité 
générale et de la sensibilité tactile. 

5° Troubles de la motilité : titubations, convulsions, 
tremblements, tétanisation des muscles respiratoires, 
d'où dyspnée, asphyxie. 

¥ Troubles circulatoires : état syncopal, dilatation de 
la pupille, état vultueux du visage, auquel succède la 
pâleur, ataxie des muscles cardiaques, etc. 



ANESTHÉSIE LOCALE. 241 

M. Ch. Eloy donne les moyens de combattre ces divers 
symptômes, soit qu'ils se présentent tous ensemble, ou 
simplement en partie chez un malade empoisonné par la 
cocaïne. 

Il est d'abord urgent, d'après lui, de prévenir la syn- 
cope, puis il faut combattre le collapsus respiratoire et 
cardiaque. 

Il recommande au début de placer le malade dans la 
position horizontale, afin de diminuer l'état syncopal; de 
faire des aspersions d'eau froide sur le visage : contre les 
convulsions, pratiquer des enveloppements froids. 

« S'il y a menace d'asphyxie, flagellation, massage, 
respiration artificielle. 

« Contre la tétanisation des muscles respiratoires, on 
peut employer les inhalations chloroformiques. 

« Contre la pâleur, les inhalations de nitrite d'amyle, 
afin de provoquer la vaso-dilatation, de modifier la pres- 
sion artérielle et de diminuer l'encombrement de la cir- 
culation centrale au profit de la circulation périphérique. 

« Si ces moyens sont insuffisants, on administrera au 
malade, du café et de la caféine; si la déglutition est im- 
possible, on aura recours aux injections hypodermiques 
d'éther (1, 2 ou o seringues) et à celles de caféine. » 

M. Chouppe conseille (Bulletin médical, 10 janvier 1892) 
d'ajouter aux moyens indiqués par M. Eloy les injections 
hypodermiques de morphine; d'après lui, sous l'action de 
la morphine, les malades supportent sans accidents des 
doses plus considérables de cocaïne : il l'explique par ce 
fait que la morphine diminuant « l'activité des cellules 
cérébrales, celles-ci deviennent moins aptes à subir l'exci- 
tation que cause la cocaïne » . 

Il conseille donc de pratiquer, dès le début des acci- 
dents, des injections hypodermiques de chlorhydrate de 
morphine, à la dose de 3 à 4 centigrammes. 

L'article se termine par la recommandation, surtout 
aux dentistes, de renoncer à l'emploi de la cocaïne 
comme anesthésique local (Journal de médecine de Paris. 
n°du 1 er mai 1892). 

16 



242 ANESTIIESIE LOCALE. 

Nous trou vans dans le Bulletin général de thérapeutique 
(29 février 1892) une note très intéressante sur les pro- 
priétés anesthésiques de la cocaïne. 

D'après M. Bignon, de Lima, auteur de cette note, les 
propriétés anesthésiques sont nulles dans les solutions de 
cocaïne franchement acides ; mais elles ne disparaissent 
pas, elles y sont simplement à l'état latent, et reparais- 
sent dès qu'on neutralise l'acide de la solution. 

Tous les acides minéraux ou organiques masquent la 
propriété anesthésique. 

La plupart des chlorhydrates de cocaïne cristallisés 
gardent une quantité appréciable d'acide, et ne donnent 
par conséquent pas toute la puissance anesthésique de 
l'alcaloïde employé. La différence de pouvoir anesthé- 
sique peut varier du simple au double. 

Il faut donc, avant d'employer une solution de chlor- 
hydrate de cocaïne, avoir soin de la neutraliser Ce 
résultat ne s'obtient qu'aux dépens de sa limpidité, sa 
solution devient légèrement opaline. 

C'est à cette différence dans le degré d'acidité des solu- 
tions que M. Bignon attribue les divergences sur les 
doses nécessaires à l'anesthésie. 

L'intensité anesthésique atteint son maximum lors- 
qu'après neutralisation de l'acide, le chlorhydrate se 
trouve en suspension dans un liquide légèrement alcalin, 
que l'auteur appelle un lait de cocaïne. 

Pour obtenir ce lait de cocaïne, il précipite le ehlor- . 
hydrate de cocaïne, ou un autre sel, par un léger excès 
de carbonate de soude ; la puissance anesthésique de ce 
lait est d'autant plus grande qu'il a été obtenu ave< des 
liqueurs plus concentrées, la quantité d'alcaloïde élant 
d'ailleurs la même. 

Le lait de cocaïne doit être préparé au moment de s'en 
servir; sans cette précaution la cocaïne se précipite, se 
masse, et son effet est beaucoup moins efficace. 
M. Bignon ajoute : 

« Il serait à désirer que l'on essayât des injections 
sous-cutanées de lait de cocaïne; les essais faits sur les 



ANESTHESIE LOCALE. '245 

chiens m'ont paru encourageants. L'absorption dans le 
torrent circulatoire a paru atténuée et retardée. Cepen- 
dant tous mes efforts pour localiser Faction ont échoué 
jusqu'à présent. » 

L'auteur cite, à l'appui de sa théorie, les expériences 
qu'il a faites sur lui-même en prenant pour terrain d'ex- 
périmentation la muqueuse buccale, avec laquelle il met 
l'alcaloïde en contact. 

La dose de 10 centigrammes en lait produit au bout de 
quatre minutes, dit-il, une anesthésie telle que les mâ- 
choires et la gorge semblent paralysées. 

Cette dose lui paraît être celle qui est nécessaire pour 
les opérations chirurgicales. 

Dans la même publication (lo mars 1892), M. Maurel, 
professeur agrégé à la Faculté de médecine de Toulouse, 
étudie les causes de la mort par la cocaïne. 

D'après ses expériences sur le sang de l'homme et sur 
celui du lapin, il conclut que la mort peut se produire 
de deux manières : par saturation du sang, ou par 
embolies, selon que la cocaïne arriverait en contact du 
sang à un titre non toxique, ou toxique pour les leuco- 
cytes. 

Il tire des faits qu'il cite des conclusions pratiques 
qu'il termine ainsi : 

« Dans tous les cas, dans les injections hypodermiques 
rien ne pouvant nous garantir que la canule n'a pas 
déchiré quelque veinule ou quelque lymphatique, et que 
par conséquent une partie de l'injection ne sera pas mise 
directement en contact avec le sang, il faut renoncer à 
toutes les solutions supérieures à 15 centigrammes de 
chlorhydrate de cocaïne pour 100 grammes d'eau distil- 
lée. 

« Seules les solutions les plus faibles sont sûrement 
sans danger, et à la condition de les employer, surtout si 
l'on descend à 5 centigrammes, on pourra injecter des 
quantités relativement considérables par la voie hypoder- 
mique, sans produire d'accidents. 

a Le danger des injections hypodermiques de chlorhy- 



24i ANESTHÉSIE LOCALE. 

drate de cocaïne viendrait donc d'abord du titre des 
solutions employées et non de la quantité de cocaïne 
injectée ; et ensuite de la pénétration accidentelle des 
solutions toxiques dans les vaisseaux. » 

Isococaïne. — L'isococaïne, nouvel anestbésique, dérivé 
de la cocaïne, fond à 44 degrés; elle forme, avec l'acide 
chlorhydrique, l'acide nitrique et l'acide inhydrique des 
sels peu solubles. Les propriétés physiologiques de l'iso- 
cocaïne seraient analogues à celles de la cocaïne. Elle 
déterminerait l'anesthésie beaucoup plus rapidement. 
Toutefois son emploi dans les maladies des yeux ne serait 
pas à recommander, à cause de ses propriétés irritantes, 
plus énergiques que celles de son isomère. (Moniteur 
thérapeutique, n° 4, 6 avril 1891.) 

Tropacocaine . — Elle fut isolée de la coca du Japon 
par Giesel, et M. Liebermann l'a obtenue par voie synthé- 
tique. 

Le chlorhydrate de tropacocaine paraît être un puis- 
sant analgésique local, supérieur sous certains rapports 
à la cocaïne : il serait aussi moins toxique et légèrement 
antiseptique. Dans la chirurgie oculaire on se sert d'une 
solution à 5 pour 100, dont on instille une à deux gouttes. 

On peut diminuer l'hyperhémie transitoire et le picote- 
ment provoqués au début par la tropacocaine en incorpo- 
rant cette substance à la solution dite physiologique de 
chlorure de sodium (à 0,6 pour 100). (Sem. méd., 51 août 
1892.) 

Phénate de cocaïne. — Le D r Von Oefele, de Hengersberg, 
remplace le chlorhydrate de cocaïne par le phénate de 
cocaïne. D'après lui, ce nouveau sel n'a aucun des incon- 
vénients du chlorhydrate, au point de vue toxique, mais 
il a de plus des propriétés anesthésiques et thérapeutiques 
bien plus actives. 

Un des grands inconvénients de l'emploi du chlorhy- 
drate de cocaïne est, en effet, sa grande solubilité, cause 
principale des accidents toxiques : cette solubilité affai- 
blit de plus l'anesthésie locale, puisqu'elle transporte 
l'agent anesthésique loin de la région où l'on voudrait 



ANESTIIÉSIE LOCALE. '245 

le circonscrire. Le phénate de cocaïne évite ces graves 
inconvénients; il n'es! pas soluble dans l'organisme, il 
n'est par conséquent pas résorbé et son action anesthé- 
sique locale se prolonge plus longtemps. 

Ce nouveau produit présentantdes avantages au point de 
vue antiseptique, on peut l'employer de préférence, sur-- 
tout dans les injections hypodermiques. 

Les doses sont les mêmes que celles employées pour le 
chlorhydrate de cocaïne. 

Voici la formule des injections hypodermiques : 

Phénate de cocaïne. ... 10 centigrammes 
faire dissoudre dans : 

Alcool 5 grammes 

ajoutez : 

Eau distillée 5 grammes 

F. S. A. — Injecter le contenu de 1 à 3 seringues 
Pravaz de cette solution. (Journal de médecine de Paris, 
n° 14?, 5 avril 1892. — Bévue de thérapeutique, n° 7, 
5 avril 1892.) 

10° Méthodes mixtes. 

Le danger que présente l'absorption de la cocaïne a 
été l'objet de recherches nombreuses. Déjà, par la bande 
d'Esmarch et autres moyens de compression, on a essayé 
d'arrêter la cocaïne sur le lieu même où se faisaient les 
injections, et de l'empêcher d'aller au delà; les méthodes 
mixtes qui suivent tendent au même but. 

1° Cocaïne et éther. — M. le D 1 ' Courlin, de Bordeaux, 
préconise un nouveau mode d'emploi de la cocaïne en chi- 
rurgie, consistant dans l'imprégnation des tissus ententes 
avec la solution de cocaïne. Voici comment il procède : 
s'il s'agit d'une tumeur siégeant sous la peau, il fait usage 



246 ANESTHESIE LOCALE. 

de l'éther sulfurique en pulvérisation avec l'appareil de 
Richardson jusqu'à congélation des tissus; ceci fait, il pra- 
tique la section de la peau au bistouri, et au moyen de 
petites éponges stérilisées trempées dans une solution de 
cocaïne à 1 gramme pour 50 grammes d'eau distillée, il 
fait un badigeonnage des parties cruentées, qu'il pratique 
un certain nombre de fois suivant la durée de l'opération. 

Sous l'influence de ce badigeonnage M. Courtin a noté 
une coloration vermillon del'épanchement sanguin et une 
abondance un peu plus considérable de l'écoulement du 
sang. 

Avant de pratiquer les sutures, il a soin de faire un 
dernier badigeonnage des surfaces cruentées de la peau, 
de façon à éviter la douleur des points de suture. 

S'il s'agit d'une tumeur siégeant sous une muqueuse, il 
remplace les pulvérisations d'éther par un badigeonnage, 
de cinq minutes de durée environ, de la surface de la 
muqueuse, avec la même solution de cocaïne, et il procède 
de la même façon que dans le premier cas pourl'énucléa- 
tion de la tumeur. 

Il réduit ainsi au minimum le pouvoir d'absorption de 
la substance médicamenteuse, qui est entraînée en grande 
partie par l'écoulement sanguin, 

M. Courtin a pu enlever ainsi, sans douleur, un lipome 
de la nuque, gros comme un œuf de poule; une loupe du 
cuir chevelu, un autre lipome de la paroi abdominale et 
un kyste dermoïde du volume d'une mandarine occupant 
le plancher de la bouche. Dans aucun cas, il n'a observé 
d'accidents, et la réunion primitive des plaies a été 
obtenue. 

2° Cocaïne, beurre de cacao, éther. — Le D 1 * J. Corning, de 
New-York, a imaginé un nouveau procédé d'anesthésie 
locale (Semaine médicale, 15 janvier 1892), qu'il croit 
appelé à rendre de grands services en chirurgie, ainsi 
qu'en médecine pour le traitement de certaines douleurs 
localisées. 

Voici comment procède M. Corning : 

Il commence par injecter dans la peau de la région à 



A.NESTHKSIE LOCALE. Ul 

anesthésier une solution de cocaïne à 2 ou 5 pour 100, 
puis, après avoir retiré la seringue, mais en laissant son 
aiguille en place, il adapte à cette aiguille une autre 
seringue remplie de beurre de cacao liquéfié par la cha- 
leur, et injecte ce liquide; il soumet ensuite la région aux 
pulvérisations d'éther. Le refroidissement produit par ces 
pulvérisations amène la solidification du beurre de cacao 
injecté dans la peau. La circulation dans les capillaires de 
la peau se trouvant suspendue par suite de cette solidifi- 
cation, la solution de cocaïne n'est pas absorbée, mais 
elle reste en place, continuant à agir sur la terminaison 
des nerfs sensibles, et à entretenir ainsi l'anesthésie. Dès 
qu'on cesse les pulvérisations, le beurre de cacao se liqué- 
fie par la chaleur du corps. L'absorption du beurre de 
cacao ainsi que celle de la solution de cocaïne commence 
à se produire, et l'anesthésie tend à disparaître. Mais si 
l'on continue les pulvérisations d'éther sans interruption, 
on peut faire persister l'anesthésie pendant un temps assez 
long, variant de une à deux heures, surtout lorsqu'on a 
soin de diminuer la tension naturelle de la peau en éle- 
vant, par des tractions exercées de la périphérie vers le 
centre, un pli cutané tout autour de la région anesthé- 
siée. 

Pour faciliter l'application de sa méthode, M. Corning a 
fait construire un petit appareil composé de deux seringues 
juxtaposées qui, au moyen d'un tube bifurqué, aboutissent 
à une aiguille commune : l'une des seringues, d'une capa- 
cité de 5 centimètres cubes, est destinée à la solution 
de cocaïne; l'autre, réservée au beurre de cacao liquéfié, 
peut en contenir 20 centimètres cubes. 



248 ANESTHESIE GÉNÉRALE. 



CONCLUSIONS GÉNÉRALES 

Arrivés au terme de cette étude, nous croyons utile d'en 
résumer en quelques lignes les diverses parties, en sui- 
vant l'ordre dans lequel nous les avons établies. 

I. Anesthésie générale. — L'anesthésie générale a 
maintenant droit de cité dans la chirurgie moderne. La 
nécessité de supprimer la douleur dans les opérations un 
peu importantes est une vérité reconnue par tous, admise 
par tous sans contestations, sans protestations : l'una- 
nimité est absolue. Mais dès qu'il est question des moyens 
d'obtenir cette anesthésie, la scène change et les diver- 
gences d'opinions se manifestent : chacun préconise son 
système favori, celui dont il a le plus l'habitude. Ces 
moyens sont nombreux; nous allons les passer succes- 
sivement en revue et nous indiquerons quelle est notre 
opinion, quelles sont nos préférences. 

Méthodes simples. — L'amylène a eu un instant de 
vogue, instant bien court du reste : son action violente 
sur le système musculaire, sa grande volatilité, son 
intlammabilité même à distance, son prix très élevé, son 
odeur désagréable, l'ont bien vite fait abandonner. 

Son dérivé, le pental, employé par quelques médecins 
de Vienne, ne convient qu'aux opérations de courte durée : 
il présente, en partie, les inconvénients et les dangers de 
l'amylème; il est peu connu en France. 

Le bromure (Véthyle donne une anesthésie rapide, mais 
qui disparaît immédiatement dès que les inhalations 
cessent : il ne peut donc être utilisé que pour les opé- 
rations de courte durée; à ce titre l'École de Vienne 
l'emploie fréquemment; son action est cependant plus 
profonde qu'on pourrait le croire d'après ce qu'en disent 
ses partisans : il amène parfois du délire, des convulsions ; 
son innocuité est loin d'être absolue, nous lui préférons 
d'autres anesthésiques. 



ANESTHÉSIE GÉNÉRALE. 240 

Le chloral peut rendre d'excellents services pour les 
accouchements naturels : administré avec prudence, il 
est d'une innocuité parfaite ; il est sans rival pendant la 
première période ; il a été employé avec succès contre 
l'éclampsie, et, dans le cours de la grossesse, contre les 
douleurs de l'avortement. Dans l'accouchement, il régula- 
rise les contractions et parfois accélère un peu le travail. 
L'anesthésie qu'il procure étant peu profonde, il doit 
céder la place au chloroforme dès qu'une intervention de 
l'accoucheur est nécessaire. 

Son emploi est contre-indiqué en présence d'une affec- 
tion cardiaque ou d'un grand état d'épuisement. 

Le chlorure oVéthyle, découvert par les Hollandais, a été 
essayé en Angleterre, soit seul, soit avec le protoxyde 
d'azote : l'anesthésie générale l'a abandonné ; nous le re- 
trouverons plus utilisé par l'anesthésie locale. 

Véther a été jusqu'à la découverte du chloroforme 
l'anesthésique par excellence ; son succès était incontesté ; 
l'art dentaire, la pratique chirurgicale, l'obstétrique l'em- 
ployaient journellement, et malgré les inconvénients que 
présente son administration, il a été, jusqu'à l'apparition 
de son rival, admis par toutes les écoles, et principale- 
ment en Angleterre et en Amérique. Aujourd'hui encore 
Londres, Boston, Genève, Naples, Lyon le préconisent 
avec ardeur; le procès est toujours pendant entre les 
deux agents rivaux, la lutte est vive de part et d'autre. 
La question : Véther est-il préférable au chloroforme? sou- 
lève de nombreuses discussions, les brochures abondent, 
les argumentations pour et contre se multiplient. Quant 
à nous, tous les plaidoyers en sa faveur ne nous ont pas 
convaincus. Nous lui reprochons surtout : son action plus 
lente et moins puissante que celle du chloroforme; son 
inflammabilité, même à distance, qui rend son emploi si 
dangereux; sa grande volatilité qui nécessite des appa- 
reils spéciaux, fort ingénieux sans doute, mais encom- 
brants, et toujours gênants, surtout en obstétrique. Nous 
dirons donc bien nettement que, dans tous les cas d'anes- 
thésie générale, nous lui préférons le chloroforme. 



250 ANESTIIES1E GENERALE. 

Le protoxyde d'azote a l'honneur d'avoir été le premier 
des anesthésiqùes et d'avoir ouvert la voie dans laquelle 
l'ont bientôt suivi et dépassé l'éther d'abord et le chloro- 
forme ensuite. Les remarquables travaux de P. Bert ont 
fait de ce gaz un agent anesthésique d'une innocuité à 
peu près complète, s'il est administré avec circonspec- 
tion, en tenant compte des indications certaines que 
donnent à l'anesthésiste l'aspect du visage du patient et 
le rythme de sa respiration. Mais cette innocuité n'est 
obtenue que lorsque le mélange titré d'air et de protoxyde 
d'azote est administré sous pression, c'est-à-dire dans une 
de ces grandes cloches qu'ont fait construire M. Fontaine 
à Paris, et M. Martin à Lyon. Cette condition rend l'emploi 
de cet anesthésique peu pratique, en obstétrique surtout, 
et l'a empêché de se généraliser. 

Somnambulisme. Hypnotisme. — Le magnétisme ani- 
mal, découvert par Mesmer, abandonné et repris plu- 
sieurs fois depuis cette époque, discrédité par le charla- 
tanisme et la spéculation, est cependant un véritable anes- 
thésique qui a fait ses preuves, et qui, dans la pratique 
de la chirurgie, et de l'obstétrique, a à son actif des opé- 
rations accomplies sans que les malades aient éprouvé 
la moindre douleur ; mais c'est un champ d'études en- 
core bien inexploré et dans lequel les savants à venir 
feront, nous l'espérons, de nombreuses et précieuses 
découvertes. Dans l'état actuel de la science, l'hypnoti- 
sation, quel que soit le moyen employé pour l'obtenir, 
passes magnétiques, fixation d'un objet brillant, miroirs 
rotatifs de M. Luys, n'a d'action que sur certaines orga- 
nisations ; elle exige de plus, pour arriver à la suppres- 
sion de la douleur dans l'opération, un entraînement 
préalable antérieur de longue durée ; elle est donc incer- 
taine, elle est aussi fugitive et capricieuse : c'est un ser- 
viteur infidèle qui se dérobe au moment où l'on croyait 
pouvoir compter sur lui, au moment où il devenait le 
plus nécessaire. 

L'anesthésie générale trouvera donc facilement des 
agents plus fidèles ; en obstétrique, nous l'avons dit, il 



ANESTIIESIE GÉNÉRALE. 251 

peut rendre quelques services dans la première période 
du travail, chez certaines femmes entraînées depuis plu- 
sieurs mois, mais il vaut beaucoup mieux, à notre avis, 
appeler à son secours des anesthésiques plus certains, et 
surtout le chloroforme à dose obstétricale. 

Chloroforme. — Voici, nos lecteurs l'ont déjà compris, 
notre anesthésique de prédilection, et il mérite à tous 
égards nos préférences. Sa découverte restera un événe- 
ment dans la science médicale : dès que ses propriétés 
anesthésiques commencent à être connues, il entre en lutte 
avec un rival solidement établi déjà, et s'il ne le renverse 
pas complètement, il se fait du moins à côté de lui une 
large place : son succès va grandissant; la pratique chi- 
rurgicale l'a définitivement adopté, et l'obstétrique, qui, 
en France, lui a si longtemps et si obstinément fermé sa 
porte, commence à l'entr'ouvrir et, nous le souhaitons 
vivement, la lui laissera bientôt ouverte à deux battants. 
Ses partisans sont nombreux et chantent ses louanges; les 
champions de l'éther pourraient seuls apporter, dans ce 
concert d'éloges, une note discordante. Ses adversaires 
invoquent contre lui les résultats de statistiques : M. Jul- 
liard, de Genève, a trouvé 1 mort sur 5 258 chloroformi- 
sations, et 1 mort sur 14987 éthérisations. C'est possible, 
et nous ne discutons pas ces données, mais, à nos yeux, 
le mode d'administration en est la cause, et cette 
proportion, favorable à l'éther, changera de facteurs 
lorsque la méthode à doses fractionnées sera devenue plus 
générale. 

En obstétrique, tous les anesthésiques ont été essayés 
et ne peuvent lui disputer la palme ; le chloral seul, qui 
a avec lui tant d'analogie, peut lui servir d'auxiliaire, 
dans la première période du travail seulement; l'usage 
du chloroforme à la reine, c'est-à-dire du chloroforme à 
dose obstétricale, offre de si grands avantages, étant sans 
inconvénients dans les accouchements naturels, qu'il 
devient de plus en plus fréquent. Il est absolument sans 
danger : s'il existe quelques cas de mort subite sous 
l'influence du chloroforme employé pendant l'accouche- 



252 ANESTHESIE GENERALE. 

ment à dose chirurgicale, on n'en connaît aucun avec 
l'anesthésie obstétricale. 

Aussi voyons-nous la vive opposition que lui ont faite 
certains accoucheurs s'atténuer de jour en jour, et elle 
ne tardera pas à disparaître. 

Quant à nous, partisans convaincus du chloroforme, 
nous poserons comme des axiomes les deux propositions 
suivantes : 

Dans toutes les opérations chirurgicales, et. en obsté- 
trique, quand l'intervention de l'accoucheur est néces- 
saire, et qu'il faut avoir recours ta l'anesthésie générale, 
n'hésitez pas à employer le chloroforme et la méthode à 
doses fractionnées. 

Dans les accouchements naturels, soulagez les douleurs 
de la parturiente par le chloroforme à dose obstétricale. 

Méthode des mélanges. — La méthode dite des mé- 
langes est principalement employée en Angleterre ; tous 
les mélanges se composent de chloroforme, d'éther et 
d'alcool ; ils diffèrent entre eux par les proportions. Le 
mélange A. C. E. est le plus répandu; on l'emploie dans 
tous les cas où l'éther est contre-indiqué ; ils nécessitent 
tous des appareils spéciaux. Nous avons décrit dans le 
cours de cet ouvrage les objections que soulève leur 
emploi et nous ne saurions les conseiller. 

Méthodes mixtes. — L'idée d'employer simultanément 
plusieurs anesthésiques, de manière à corriger ainsi les 
inconvénients particuliers à chacun d'eux, était bien natu- 
relle ; cette idée a été mise en pratique de diverses ma- 
nières, et malheureusement les résultats n'ont pas été 
aussi satisfaisants que pouvait le faire espérer la théorie. 

Chloroforme et morphine. — Les avantages que pré- 
sente cette association ne compensent pas assez ses incon- 
vénients; elle a de plus un danger qui lui est particulier, 
stupeur prolongée et abaissement de la température ; à 
notre avis, elle est mauvaise. 

Morphine et éther. — Essais nombreux peu satisfai- 
sants, combinaison à éviter. 

Chloral et chloroforme. — Cette méthode de Forné a 



ANESTHÉS1E GENERALE. 253 

soulevé de vives discussions : dans la pratique chirurgi- 
cale on lui reproche avec juste raison ce long et dange- 
reux sommeil qui suit l'opération ; en obstétrique, elle ne 
présente pas de tels avantages qu'il faille la préférer au 
chloroforme employé seul. 

Chloral et étlier. — Combinaison peu satisfaisante. 

Chloral, morphine et chloroforme. — Même reproche 
qu'à la méthode de Forné ; le réveil est long à venir et 
ne se fait pas complètement ; le malade reste pendant un 
certain temps dans un état de somnolence et d'assoupis- 
sement qui peut devenir dangereux. 

Chloral et morphine. — Cette méthode préconisée par 
MM. Cadéac et Malet est peu connue ; elle ne nous paraît 
être encore qu'à la période d'expériences. 

Atropine, morphine et chloroforme. — ■ Cette méthode 
ne supprime pas les accidents respiratoires ; nous lui fai- 
sons de plus le même reproche qu'aux autres associa- 
tions de la morphine et du chloroforme : la prolongation 
du sommeil après l'opération. 

Protoxyde d'azote et éther. — Cette association exige 
un appareil spécial : elle ne supprime aucun des incon- 
vénients de l 'éther employé seul, et présente de plus un 
grave inconvénient, signalé par P. Bert; le mélange des 
vapeurs est détonant. 

II. Anesthésie locale. — L'anesthésie locale a pris 
naissance avec la première manifestation de la douleur; 
dès que l'homme a souffert, il a cherché à atténuer, sinon 
à faire disparaître complètement cette souffrance; aussi 
les moyens, déjà nombreux, voiént-ils leur nombre s'ac- 
croître tous les jours; malheureusement aucun d'eux 
n'est absolument certain, aucun d'eux n'est exempt 
d'inconvénients. 

1° Des réfrigérants. — a. Mélanges. — Le froid insen- 
sibilise la peau, de là l'idée de le produire artificielle- 
ment pour les opérations superficielles et de courte 
durée; le mélange de glace, de sel et de chlorhydrate 
d'ammoniaque présente toute la sécurité désirable. 



254 ANESTHESIE LOCALE. 

b. Bromure, d'éthyle. — La grande volatilité du bro- 
mure d'éthyle a été utilisée; projeté sur la peau, il pro- 
duit un froid considérable, mais l'insensibilité est peu 
profonde, elle dure peu, il faut opérer vite. 

c. Chlorure d'éthyle. — Le chlorure d'éthyle produit 
également un grand froid, il est beaucoup plus employé 
que le bromure ; il est absolument sans danger, n'exige 
aucun appareil spécial, et peut rendre de grands services 
pour toutes les opérations rapides. 

cl. Chlorure de méthyle. — L'emploi du chlorure de 
méthyle est moins simple ; le froid qu'il produit est telle- 
ment intense qu'il dépasse rapidement le but et désor- 
ganise les tissus si on le projette directement sur la peau; 
de là le procédé du stypage de M. Bailly, et du double 
stype imaginé par M. Martin, pour l'anesthésie den- 
taire. 

e. Acide carbonique liquéfié. — Production de froid, 
et anesthésie qui dure de une à deux minutes. 

f. Acide carbonique solidifié. — Même production de 
froid, insensibilité complète, plus profonde et de plus 
longue durée. 

g. Éthérisation localisée. — La vaporisation de l'éther 
sur la peau produit également un grand froid, et cette 
propriété bien connue devait le faire considérer comme 
un des plus sûrs moyens d'obtenir l'anesthésie locale ; 
aussi les recherches dans ce sens ont-elles été nom- 
breuses, et nombreux aussi les appareils de vaporisation : 
l'appareil de Richardson et celui de Mathieu sont, à notre 
avis, les plus pratiques. 

2° Acide carbonique. — L'acide carbonique n'a réussi, 
jusqu'à ce jour, qu'à calmer certaines douleurs ; ce n'est 
pas un anesthésique. 

5° Infiltration artificielle des tissus avec de Veau. — 
Ce procédé d'anesthésie locale, inventé par M. Schleich, 
de Berlin, serait très avantageux si l'expérience venait 
confirmer les affirmations de l'auteur. 

¥ Les narcotiques. — Les narcotiques, c'est-à-dire 
l'opium et ses dérivés, ont été également expérimentés ; 



ANESTHÉS1E LOCALE. 255 

dans la pratique chirurgicale, comme en obstétrique, ils 
ont rendu des services, mais leur action est plutôt stu- 
péfiante, ce ne sont pas des anesthésiques. 

5° La compression. — Employée avec certains anesthé- 
siques, la compression peut être un auxiliaire utile, mais 
non un moyen absolu d'anesthésie locale. 

6° L'électricité. — Le courant électrique n'est pas un 
agent anesthésique. 

7° Narcotisme voltaïque. — Ce procédé a réussi à 
calmer la douleur et peut rendre des services, mais ses 
résultats heureux ne peuvent-ils être attribués simple- 
ment qu'à l'emploi de la cocaïne ? 

8° Antipyrine. — L'antipyrine est avant tout un anal- 
gésique, et à ce titre peut rendre de grands services; en 
obstétrique, elle a été expérimentée à toutes les périodes 
de la parturition, mais les résultats ont été très diffé- 
rents : à nos yeux, c'est un agent très inconstant et qui 
ne saurait être mis en parallèle avec le chloroforme ad- 
ministré à dose obstétricale. 

9° La cocaïne. — Analgésique de premier ordre, anes- 
thésique local des plus actifs, la cocaïne a été, depuis sa 
découverte jusqu'à nos jours, l'objet de nombreuses con- 
troverses ; employée au début sans discernement et sans 
mesure, elle occasionna des accidents mortels qui furent 
le point de départ de nouvelles recherches, de nombreux 
travaux dont l'art dentaire, la thérapeutique, l'anesthé- 
sie locale ont tiré grand profit. Le chlorhydrate de 
cocaïne se prête, suivant les cas, à tous les modes d'admi- 
nistration, solutions, instillations, badigeonnages, injec- 
tions hypodermiques; il rend à la gynécologie d'impor- 
tants services; en obstétrique, appliqué localement sur 
le col et sur la vulve, il a amené une diminution notable 
de la douleur ; néanmoins son emploi ne s'est pas géné- 
ralisé. 

Nous avons décrit les troubles que produit dans l'or- 
ganisme l'intoxication cocaïnique et les moyens de les 
combattre ; il ne faudra pas oublier que l'idiosyncrasie 
joue ici un grand rôle et signale les contre-indications 



256 ANESTUESIE LOCALE. 

de l'anesthésique; il faudra avoir également toujours pré- 
sent à l'esprit que les doses maniables dépendent aussi 
beaucoup des régions de l'organisme dans lesquelles on 
opère, le degré de tolérance du médicament étant très 
différent suivant ces régions. 

Nous ne saurions donc trop recommander d'apporter 
la plus grande prudence dans le maniement de cet anes- 
thésiqiie et d'employer les doses les plus faibles surtout 
dans les régions, qui ont. un grand pouvoir d'absorption. 

Le lait de cocaïne n'est autre chose que du chlorhy- 
drate de cocaïne neutralisé. D'après M.Bignon, de Lima, 
la suppression des acides donne à l'anesthésique toute 
son énergie, et présente l'avantage d'obtenir les mêmes 
résultats d'une manière certaine et avec des doses plus 
faibles. 

Nous signalons également l'apparition du phénate de 
cocaïne, qui, moins soluble que le chlorhydrate, suppri- 
merait la cause principale des accidents toxiques. 

Méthodes mixtes d'anesthésie locale. 

1° Cocaïne et éther. — Ce procédé, de M. Courtin, a 
pour but de diminuer autant que, possible l'absorption de 
la cocaïne. 

!2° Cocaïne. Beurre de cacao. Ether. — Cette manière 
d'opérer, imaginée par M. Corming, de New-York, a éga- 
lement le même but : empêcher la diffusion de la cocaïne 
dans la'circulation. 

En résumé, pour l'anesthésie locale, c'est à la cocaïne, 
employée à faibles doses, que nous accordons la préfé- 
rence, de même que nous l'avons donnée au chloroforme 
pour l'anesthésie générale. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 



Tapes. 

Préface 1 

Historique 1 

Anesthésie chirurgicale 5 

Anesthésie obstétricale 15 

CHAPITRE PREMIER 
ANESTHÉSIE GÉNÉRALE 



A. — Méthodes simples. 

1° Amylène 17 

Préparation 18 

Caractères 18 

Effets physiologiques 18 

Dangers 19 

2° Pental . 20 

Caractères 20 

Ilydrure d'amyle 21 

Chlorure d'amyle 21 

5° Bromure d'c'Lhyle 21 

Découvert 21 

Préparation 21 

Effets 22 

Administration 25 

Dangers 24 

Du bromure d'éthyle en obstétrique 25 

17 



258 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 

4° Chloral 25 

Découverte ' 25 

Caractères 26 

Effets physiologiques 26 

Mode d'administration 27 

Intoxication 28 

Traitement 28 

Injections intra- veineuses 29 

5° Chlorure d'éthyle 29 

Caractères 29 

Préparation 50 

Effets 50 

Mode d'administration 51 

6° Éther. 52 

Préparation 52 

Purification 52 

Caractères 55 

Découverte de ses propriétés anesthésiques 55 

Action physiologique 55 

Contre-indications 57 

Mode d'administration 58 

Inhalateur Clover 59 

Effets des inhalations 42 

Accidents 45 

Injections hypodermiques 46 

De l'éther en obstétrique 47 

7° Protoxyde d'azole 49 

Caractères 49 

Préparation et purification 49 

Inhalations ' 50 

Appareil Heymen-Billard 51 

Mémoire de P. Bert . . . 55 

Cloche Fontaine fixe 57 

Cloche Fontaine mobile 58 

Travaux de M. Martin, de Lyon 59 

Du protoxyde d'azote en obstétrique 65 

8° Somnambulisme , . 66 

Historique 66 

Magnétisme 66 

Léthargie 66 

Catalepsie 66 

Somnambulisme 66 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 259 

L'hypnotisme en obstétrique 74 

État second d'Azam 80 

Fascination 81 

Travaux de M. Luys 81 

Conclusions 82 

9° Chloroforme ou Formène trichloré 84 

Découverte 84 

Synthèse 85 

Préparation 85 

Purification 87 

Propriétés 88 

Impuretés 91 

Causes d'altération 92 

Moyens d'y remédier . . . 9ï 

Tubes 94 

Élimination 96 

Recherches dans l'urine 96 

De la chloroformisation à la lumière du gaz d'éclairage. 98 

Toxicologie 101 

Doses toxiques 101 

Recherches dans les cas d'empoisonnement ...... 102 

Appareil 105 

Effets physiologiques 104 

Processus 107 

Poumons 107 

Cœur 108 

Doses iractionnées (hislorique). 109 

Doses massives. 109 

Mode d'administration 111 

Tubes 112 

Flacons 113 

Vaseline 115 

Incidents 121 

Surveillance active 122 

De la face 122 

Des yeux . 125 

Langue 125 

Salivation 128 

Respiration 128 

Son rythme 129 

Réflexes 150 

Position de Treudeltnburg 151 

Avantages du procédé des doses fractionnées 152 

Méthode de P. Rert 135 

Mélanges titrés 154 

Machine de Dubois 135 



200 TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 

Indicationset contre-indications 157 

Analgésie obstétricale 141 

Moment de l'administration 142 

Avantages 142 

Contre-indications 142 

Accidents 145 

Hémorragies 145 

Fœtus 144 

Mère 145 

. Mode d'administration 145 

État de la pupille 145 

Indications et contre-indications 145 

Cornet à chloroforme de la marine 147 

Appareil de M. le professeur Le Fort 148 

Appareil de M. le professeur Guyon 149 

Inhalateur de Junkcr 149 

Appareil à anesthésie, modèle Galante 152 

Appareil à anesthésie, modèle d'armée 155 

Appareil du D r Budin 154 

Appareil du D r Nicaise 150 

Respiration artificielle 150 

Inversion totale de Wélaton 158 

Procédé Kœnig 158 

Procédé Maas 158 

Nitrite d'amyle 158 

Électricité 159 

Respiration artificielle par insufflation pulmonaire. . . 100 

Appareil Laborde 100 

Anesthésie générale. — Conclusions 102 

Anesthésie obstétricale. — Conclusions 105 



B. — Méthode des mélanges. 

Mélange A. CE 100 

Mélange de Yienne 108 

Mélange de Linhart 108 

Méthylène 108 

Mélange de Billrolh 108 



C. — Méthodes mixtes. 

1° Chloroforme et. morphine 170 

2° Morphine et e'ther 172 

5° Chloral et morphine 172 

4° Chloral et éther 174 

5° Chloral, morphine et chloroforme 174 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 261 

0° Chioral et morphine 176 

7° Atropine, morphine et. chloroforme 176 

8" Protoxyde d'azote et éther 1 78 

9° Bromure d'éthyle et chloroforme 180 



CHAPITRE II 
ANESTHÉSIE LOCALE 

1° Les réfrigérants 187 

A. Mélanges 187 

B. Bromure d'éthyle 189 

C. Chlorure d'éthyle 190 

D. Chlorure de méthyle 195 

E. Acide carbonique liquide . 195 

F.. Acide carbonique solidifié 195 

G. Éthérisation localisée 196 

Appareil Guérard 197 

Pulvérisateur de Pdchardson 199 

2° Acide carbonique 200 

5° Infiltration artificielle des tissus avec de l'eau 205 

4° Les narcotiques 204 

5° La compression , . . . 206 

6° Électricité 207 

7° Narcotisme voltàique ' 208 

8° Anlipyrine 210 

9° Cocaïne 215 

Découverte 215 

Préparation . 216 

Action physiologique 217 

Dans la pratique de l'art dentaire 218 

Applications médicales 219 

Applications chirurgicales ....... 225 

Gynécologie et obstétrique. 251 

Cocaïnisme aigu 257 

Intoxication par la cocaïne. 257 

Moyens de la combattre . 257 



262 TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 

Précaution? à prendre suivant les régions dans lesquelles 

on opère 257 

Accidents 240 

Lait de cocaïne 242 

Expériences de M. Maurel 243 

Isococaïne 244 

Tropacocaïne 244 

Phénate de cocaïne 244 

10° Méthodes mixtes 245 

1° Cocaïne et éther 245 

2° Cocaïne, beurre de cacao, éther 246 

Conclusions générales.. . • 248 



TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES 



Accidents d'éthérisation . . 45 

— chloroformiques. — Mo- 
yens d'y remédier . . . . 156 

Acide carbonique, 10, 200, 254 
Acide carbonique liquide, 

195, 254 
Acide carbonique solidifié, 

195, 254 
Action toxique du chloro- 
forme donné à doses 

massives, 106, 107, 108, 109 

Alcoogèle 106 

Amyle (Chlorure d') . . 20, 21 

Amyle (Hydrure d') . . 20, 21 

Amyle (Nitrite d') 158 

Amylène 10, 17 

Analgésie obstétricale. . . 141 

— Conclusions 163 

— Indications et contre-in- 
dications 145 

Anesthésie chirurgicale. . 5 
Anesthésie en général. . . 5 
Anesthésie générale (Con- 
clusions) 162 

— (Méthodes simples d') . 17 
Anesthésie locale. . . 186, 253 

— par infiltration artifi- 
cielle des tissus avec de 
l'eau ....... 203, 254 



— (Méthodes mixtes d') . 245 
Anesthésie obstétricale.. . 13 
Antidotes du chloroforme, 158 
Antipyrine. . . . 10, 210, 255 
Appareil à anesthésie, mo- 
dèle d'armée 153 

— modèle Galante 152 

— de M. Guérard 197 

— Guyon 149 

— Le Fort 148 

— Budin 153 

— Laborde 160 

— Nicaise 155 

Atropine, morphine et chlo- 
roforme .176, 255 

Avantages du procédé des 

doses^ fractionnées. . . 133 

Azam (État second d'), 66, 80 

Azote (Protoxyde d'). . . 6 



Bromure d'éthyle, 9, 21 , 180, 254 

Bromure d'éthyle et chlo- 
roforme 1 80 

Bromure d'éthyle, pendant 

l'accouchement 25 

Budin (Appareil du B r ) , 153 



264 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



Carbone (Oxyde de). . . . 
Carbone (Sulfure de). . . 
Carbonique (Acide), 10, 200 , 

Catalepsie 66, 

Causes d'altération du chlo- 
roforme 

Cbloracétisation 

Chloral 10, 

Chloral et chloroforme, 1 72, 

— et éther 174, 

— et morphine . . .176, 

— (Injections de) 

— (Intoxication par le) . . 

— (Lavements de). . . . 

— morphine et chloro- 
forme 174, 

— pendant l'accouchement. 

— .(Posologie) 

Chloralamide 

Chlorhydrate de cocaïne, 1 1 , 

215 

Chloroforme. . 9, 12, 84, 
Chloroforme à la Reine, 

— (Accidents) 

— (Avantages) 

— (Contre-indications).. . 

— (Etat de la pupille) . . 

— (Fœtus) 

— (Hémorragies) .... 

— (Mère) . 

— (Mode d'administration) 

— (Moment de l'adminis- 
tration) 

— (Caractères de pureté 
du) 

— (Causes d'altération du) 

— (Découverte) 

— (Doses toxiques du) . . 

— (Effets phvsiologiques 
du). ... . 

— (Élimination du) . . . 



10 

200 
254 

75 

95 
198 

25 
253 

253 
253 

27 
28 
2 7 

255 
26 
27 
11 

255- 
251 
141 
145 
142 
142 
145 
144 
145 
145 
145 

142 

91 

92 

84 

101 

104 

96 



— et morphine. 

— (Impuretés du) 

— (Indications et contre- 
indications) 

— (Moyen de remédier aux 
causes d'altération du) . 

— (Préparation du) . . . 

— (Propriétés du) .... 

— (Purification du) .... 

— (Recherches du) dans 
les cas d'empoisonne- 
ment) 

— (Recherches du) dans 
l'urine 

— (Synthèse du) .... 

— (Toxicologie du) .... 

— (Tube à) 

Chloroformisation à la lu- 
mière artificielle du gaz 
d'éclairage 

Chlorure d'amyle 

Chlorure de méthyle, 195, 

Chlorure d'éthyle, ^29, 190, 

Chlorure d'éthyle (Emploi 
du) dans l'extraction des 
dents 

Clover (Inhalateur de). . . 

Clover (Procédé de) , Pro- 
toxyde d'azote et éther. 

Cocaïne (Action physiolo- 
gique de la) 

Cocaïne (Applications médi- 
cales) 

Cocaïne, beurre de cacao, 
éther 246, 

Cocaïne (Chlorhydrate de), 
11 215, 

Cocaïne (De la) dans la 
gynécologie et l'obstétri- 
que 

Cocaïne (emploi de la) 
dans la pratique de l'art 
dentaire) 

Cocaïne et éther . . 245, 

Cocaïne (Injection de la) 
pour produire l'anesthé- 
sie 



170, 252 



91 

137 

94 
85 
88 
87 



102 

96 

85 

101 

94 



98 

20 

254 

254 



192 
58 

178 

217 

216 

256 

255 

251 



218 
256 



225 



TADLE ALPHABETIQUE DES MATIERES. 



Cocaïne (observations du 

D r Reclus) 

Cocaïne (Lait de) 

Cocaïnisme aigu 

Compression De la), 206, 
Compression des vaisseaux 

du cou 

Compression des tissus. . 
Conclusions générales. . . 
Congélation des tissus. . 
Contre-indications de l'éther 
Cornet à chloroforme de la 

marine 



227 
242 
257 
255 

5 

4 
248 

4 
57 

147 



Dastre et Morat (Procédés 
de) 176, 255 

Doses fractionnées (Admi- 
nistration du chloro- 
forme à) 114 

Doses fractionnées (Avan- 
tages du procédé des). . 152 

Doses toxiques du chloro- 
forme 101 

Dubois (Machine à anesthé- 
sier de) 155 



Electricité (L') en cas d'ac- 
cident chloroformi que. . 

Elimination du chloroforme 
Etal second d'Azarn. . 66, 
Ether 6,8,11, 

— (Action physiologique) . 

— (Ancsthésie par 1'). . . 

— (Caractères) 

Ether chlorhydrique . . . 
Ether (Contre -indications 

de 1') 

— (Effets de l'inhalation 
de 1') 

— en obstétrique .... 

— Historique 

— (Injections hypodermi- 
ques d') 

— (Mode d'administration 
de l'j 

— préparation 

— pulvérisé 

— purification 

Ethérisation (Accidents de 

n ' 

Ethérisation localisée, 196, 

Élhérogèle 

E th vie (Bromure d' ; \ 9, 21, 

180 

Elhyle (Chlorure d'), 29, 

190 

Ethylène monochloré (Hy- 

drure d') 

Erythrophléine 



265 



159 
96 
80 



46 

58 

52 

198 

52 

45 
254 
106 



254 

254 

29 
11 



Effets des inhalations de 

l'éther 42 

Effets physiologiques du 

chloroforme 104 

Electricité 11 

Electricité. .... 107, 255 



Fascination. ... 66, 81, 82 
Flacon compte-gouttes pour 

chloroformisation. . . . 112 
Formène trichloré .... 84 
Formules pour injections 
hypodermiques de co- 
caïne 227 

Forné (Méthode de). 172, 255 



266 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



Gelsémine H 

Guérard (Appareil de M.) . 197 
Guyon (Appareil de M. le 

professeur) 149 



Haschisch 4 

Heymen - Billard ( Inhala- 
teur d') 51 

Historique (Anesthèsie gé- 
nérale) 3 

Hydrogèle 106 

Hydrure d'arayle 20 

Hydrure d'éthylène mono- 
chloré . 29 

Hypnotisme 66 

Hypnotisme (Del'). Conclu- 
sions 82 

Hypnotisme dans l'obslé- 
* trique (De F) ... 66, 74 



J K 



Impuretés du chloroforme. 91 

Indications et contre-indi- 
cations de l'anesthésie 
obstétricale 145 

Indications et contre-indi- 
cations du chloroforme. 137 

Infiltration artificielle des 
tissus avec de l'eau (Anes- 
thèsie locale par 1'), 203, 254 

Inhalateur de Ciover ... 38 



Inhalateur de Junker. . . 

Inhalateur de protoxyde 
d'azote 

Inhalateur Heymen-Billard 

Inhalateur Ormsby .... 

Injections de chloral . . . 

Injections de cocaïne pour 
produire l'anesthésie. . 

Injections hypodermiques 
de cocaïne (Formules d') 

Injections hypodermiques 
d'éther 

Instruments et procédés di- 
vers de chloroformisation 

Insufflation pulmonaire 
(Respiration artificielle 

Pari') 

Intoxication par la cocaïne 
Intoxication par la cocaïne 

(Moyens de combattre F), 

241 

Intoxication par le chloral 
Intoxication par le chloral 

(Traitement de F). . . . 
Inversion totale de Néiaton 

Isococaïne . . 

Ivresse alcoolique 

Junker (Inhalateur de) . . . 

Kérosolène 

Kœnig (Procédé) 



149 

50 
51 

42 
27 

223 

227 

46 

147 



160 

237 



256 

28 

28 

158 

244 

4 

149 

10 
158 



Laborde (Appareil). . . . 160 

Lait de cocaïne. . . 242, 256 
Langue (De la) pendant la 

chloroformisation . . . 125 

Lavements de chloral ... 27 
Le Fort (Appareil de M. le 

professeur) 148 

Léthargie 66, 75 

Luys (Travaux de M.), 66, 

81 82 

Lycoperdon (Proteus). . . 10 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



267 



Maas (Procédé du D r ) . . . 158 
Machine à anestliésier de 

Dubois 135 

Magnétisme 5, 66 

Maurel (Expériences de M.) 
sur les causes de la mort 

par la cocaïne 245 

Mélange A. C. E 166 

Mélange de Billroth ... 168 

Mélange Linhart 168 

Mélange de Richardson . . 200 
Mélange de Vienne .... 168 
Mélanges réfrigérants, 187. 255 

Mélanges titré? 134 

Memphis (Pierre de). ... 4 

Mesmérisme 5 

Méthode combinée de Cl. 

Bernard (chloroforme et 

morphine). . . . 170, 252 

Méthode de Forné . 172, 255 

Méthode des mélanges 

(anesthésie générale), 

166 '. 252 

Méthode de M. Martin (pro- 

toxyde d'azote) 64 

Méthode de M. P. Bert 

(chloroforme) 135 

Méthodes mixtes (anesthé ■ 

sie générale). . . 170, 252 
Méthodes mixtes d'anesthé- 

sie locale 245 

Méthodes simples (anes- 
thésie générale) .... 17 
Méthyle (Chlorure de), lL>5 254 

Méthylène. , 168 

Miller (Vaporisateur de) . . 221 
Mode d'administration de 

l'éther. 58 

Mode d'administration du 

chloroforme 111 

Morphine et éther . 172, 252 



Moyens de combattre l'into- 
xication par la cocaïne. 241 
Moyens violents ... . 5 



Narcose de Nussbaum (chlo- 
roforme et morphine), 

170 252 

Narcotiques (Les). . 204, 254 

Narcctisme voltaïque, 208. 255 

Nélaton (Inversion totale de) 158 

Nicaise (Procédé du D 1 ). . 156 

Nitrite d'amyle 158 



Obstétrique (Éther en) . . 47 

Opiacées (Préparations). . 4 

Ormsby (Inhalateur) ... 42 

Oxyde de carbone .... 10 



Pental 20 

Phénate de cocaïne .... 245 

Physiologie de l'éther. . . 55 

Pierre de Memphis. ... 4 

Pinces tire-langue. ... 118 

Pince tire-langue de Collin. 126 

Pince du D r Berger. . . . 127 
Pince du D r Lucas-Cham- 

pionnière 127 

Position de Trendelenburg, 151 

Préparation de l'éther. . , 52 

Préparation du chloroforme. 85 
Préparation du protoxyde 

d'azote 49 

Procédé de Clover. . . . 178 
Procédé déDastre et Morat, 

176 253 



268 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



Procédé de M. Crjgnier. . 

Procédé de Trélat (chloral, 
morphine et chlorofor- 
me) 174, 

Procédé du D r Maas. . . . 

Procédé du D r ÎNïcaise. . . 

Procédé Kœnig 

Procédé Poitou-Duplessy. . 

Propriétés du chloroforme, 

Protoxyde d'azote. . 0, 7 , 

— (Caractères du) .... 

— Cloches à air 

— Cloche Fontaine lixe. . 

— Cloche Fontaine mo- 
bile 

— et éther .... 178, 

— (Expériences de Paul 
Bert avec le) . . . 

— (Inhalateur de) ... . 

— Méthode de M. Martin. 

— (Préparation du) . . . 

— (Purification du). . . . 
Purification de I'éther. . 
Purification du chloro- 
forme 

Purification du protoxyde 
d'azote 

Pulvérisateur de Richard - 
son 

Pulvérisation (Mélange de 
M. Schleich) 



192 



255 
158 
156 
158 
180 



55 
50 
64 
49 
49 
52 

87 

49 

199 

204 



Recherches du chloroforme 
dans les cas d'empoison- 
nement 102 

Recherches du chloroforme 
dans l'urine 96 

Réfrigérants (les). . 187, 265 

Respiration artificielle. . . 156 



Respiration artificielle par 
insufflation pulmonaire. 160 

Respiration (De la) pendant 
la chloroformisation . . 128 

Richardson (Mélange de).. 200 

Richardson (Pulvérisateur 
de) 199 



Salivation (De la) pendant 

la chloroformisation . . 128 

Sommeil naturel 5 

Somnambulisme ... 66, 75 

Sulfure de carbone . . . 200 
Surveillance pendant la 

chloroformisation . . . 122 



Toxicologie du chloroforme 
Traitement de l'intoxication 
par le chloral. .... 
Trélat (Procédé de), 174, 
Trendelenburg (Position de) 

Tropacocaïne 

Tube à chloroforme. . . . 



Vaporisateur de Miller. . 

Vaseline (De la) pendant 
l'administration du chlo- 
roforme 

Vomissements pendant l'a- 
nesthésie par F éther. . 

Vomissements pendant la 
chloroformisation. . . . 



101 

28 
255 
131 

244 
94 



221 



115 



45 



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Les eaux de la source SAINT-LEGER sont de fort bonnes eaux 
digestives; elles sont très bien appropriées aux Dyspepsies gas- 
triques et intestinales catarrhales. Durand-Fardel 

Membre de V Académie de médecine 
Les eaux de la source SAINT-LÉGER sont les seules qui com- 
battent efficacement les Altérations de la digestion, de la sécré- 
tion urinaire, de la respiration cutanée. Elles régularisent les 
grandes fonctions qui constituent l'acte capital de nutrition. 

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Parmi les ferrugineuses, nous mentionnerons en première ligne 
la source SAINT-LÉGER; elle excite l'appétit, amène la Diurèse. 
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près égales de soude et de magnésie, eaux de lixiviation formées par ies 
infiltrations superficielles et renfermant, par conséquent, des éléments mor- 
bifiques, est tout d'abord de nécessiter l'ingestion d'une forte dose de liquide 
et d'être, par leur amertume, à ce point insupportables aux estomacs déli- 
cats que l'appréhension seule du breuvage peut aller parfois jusqu'à l'im- 
possibilité d'avaler. 

Aussi les médecins préfèrent-ils ordonner l'Eau de la source rie La Salud, 
à Carabana (province rie Madrid), qui émerge de ce terrain tertiaire si riche 
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intolérance de l'estomac une action à la fois douce, rapide et énergique. 

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de Carabana pris le matin à jeun. Dans les cas spéciaux, consulter son médecin. 

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Engorgement du tube digestif, Embarras gastriques et intestinaux, Cons- 
tipation habituelle et accidents consécutifs, Congestions diverses, Affections 
biliaires et hépatiques. 

ACADÉMIE DE MÉDECINE DE PARIS, 1885. L'Académie, approuvant 
les conclusions de son rapporteur, le professeur Profst, se prononce pour 
l'usage de l'Eau minérale naturelle purgative de Carabana 

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L'idée d'associer le gaïacol à l'iodoforme dans le traitement de la 
tuberculose pulmonaire, de la pleurésie d'origine tuberculeuse et 
des bronchites aiguës et chroniques appartient à M. le docteur Picot, 
professeur de clinique à la Faculté de médecine de Bordeaux, (Aca- 
démie de médecine, mars 1891, Congrès de la tuberculose, août 1891). 

Dans plusieurs études remarquables, il en a précisé les indications, 
formulé les doses et signalé les incontestables avantages. 

S'inspirant des travaux de M. le docteur Picot, M. Sérafon, phar- 
macien à Bordeaux, a préparé une solution et des capsules qui, 
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