Skip to main content

Full text of "Annales"

See other formats


-»-. 




IISÎ 



m 



m 




n 



Ulli^ 






jj 




11 






DU 



LUXEMBOURG, 



ANNALES. 



N.B L'Institut n'est responsable d'aucune des idées et des opinions émises par ses membres: 
il se borne à les publier, lorsque les documents lui paraissent dignes de voir le jour 



rH" mmimm:mBz 



-mrmM'^ 



ANNÉE 1912. 



Prix: 7.50. 




Arlon. - Imprimerie & Lithographie F. Bruck. 
1912. 






i n n m ï 



m ^» ê 




W f 



y y lui 



fj ** 



DU 



LUXEMBOURG. 



m 



1 1 



m 



m 



1 

Jl 



Li 




1 



DU 



LUXEMBOURG. 



ANNALES. 



N.B L' Institut n'est responsable d'aucune des idées et des opinions émises par ses membres 
il se borne à les publier, lorsque les documents lui paraissent dignes de voir le jour. 



i^mm. M^ :sk: m:^ ^wl/' : 



ANNEE 1912. 



Prix : 7.50. 



■^^ 



m^éu 



n9(^ 



Arlon. - Imprimerie & Lithographie F. Bruck. 
1912. 




T'A) • 



IMP. F BRUCK 




Les Eneilles à travers les Ages 

PAR 

l'abbé E. GONROTTE 

Curé d'Eneille 

Docteur en Philosophie et Lettres 
Ancien professeur de rhétorique au Séminaire de Bastogne. 



SOURCES. 

Le fonds de Neufmoustier^ aux archives provinciales de Liège, mis à ma 
disposition par les archivistes Léon Lahaye et Armand Tihon, à qui j'adresse 
mes remercîments ainsi qu'aux personnes qui m'ont fourni des documents : M. le 
Juge Fabri, d'Eneille ; M. Eugène Haverland, à Virton ; Madame de Favereau, de 
Grandhan ; M. le Juge de Gerlache, de Durbuy. 

Un diplôme de Charles le Gros, — mélanges Kurth — par Léon Lahaye. 
Vaillant, Liège. 

Histoire de Laroche et Durbuy. A. de Leuze. Arlon, Briick. 

Histoire dJAuvelais et d'Arsimont. Abbés Glausset et Mauclet. Namur, 
Servais. 

Bulletin du Dictionnaire général de la Langue wallonne. Vaillant, 
Liège, 1907, et Annuaire de la Société Liégeoise de Littérature wallonne., 
1908 : Les monnaies et les mesures anciennes au pays de Liège, par 
Lequarré. 

'Le stock d'Eneille et les actes de la Cour d'Eneille, 2 manuscrits conser- 
vés au château de Grandhan. 



— 2 — 
La Famille de Lailtvc, par le R. P. de Gerlache S. J. (les Brialmont). 
La Famille van de)' Sêraien, par Piot. 
Les Communes luxembourgeoises , par Emile Tandel. 
Les registres de la commune et de la cure de Grandhan. 
Les archives de Petite-Somme, conservées à Somrne-Leuze. 
Les archives de la cure d'Eneille, comprenant : 

r « Un registre de rente appartenant à l'englis de Sent Margarit commen" 
sant^al Sens Andri 1510 », écrit en français de l'époque, fortement influencé par 
le parler local, 1510-1540. 

2" Un fragment du registre des baptêmes, 1605-1627. 

3" Un registre des hypothèques, cens et rentes dûs à réalise d'Eneille, 
1665-1752. 

4'» Un registre idem de 1746 à 1827 et 1722 à 1783. 

5*» Deux registres des anniversaires de la paroisse, 1668-1702 et 1770. 

6" Un formulaire d'actes publics en français ou eyi latin à Cusage du 
curé Le Charpentier . 

7° A partir de I79d, les registres des baptêmes, des mariages, des 
défunts, et les registres de la Fabrique depuis 1808. 

8° Une série de testaments, de transports, d'actes de mariage, etc.^ 
depuis 1623. 

Histoire numismatique du Comté, puis Duché de Luxembourg et de ses 
fiefs, par Edouard Bernay s et Jules Vannérus. Bruxelles. Hayez, 1910. 

Les Annales de la Société archéologique de Namur, tome XX% 1894. 

Les premiers siècles de l'abbaye de Stavelot-Malmédy , par J Yernaux. 
Liège. Gormaux, 1911. 

Tous les détails qui ne sont pas renseignés autrement se trouvent aux ar-chives 
d'Eneille. 



CHAPITRE 1er. 

TOPOGRAPHIE,, HâMEAUE, CHEMIMB ET 

LIEOX DITS. 

§ I. 

Situation et Population. 



La paroisse des Eneilles, au pays de Durbuy, dans la jolie ceinture des collines 
qui l'enveloppe, — eneîlei, dirait le grec, sans aucune prétention étymologique — 
est une des plus antiques localités du Luxembourg septentrional, enclavée dans 
la province de Namur, qui lui refuse passage, et séparée du reste de l'univers 
par VEau d'OioHIie, au lit profond et large. C'est une section de la commune de 
Grandhan. Située à 8 kil de Durbuy, à 12 de Marche, elle est bornée au sud 
par les communes de Baillonville, de Noiseux, de Fronville, à l'est par le terri- 
toire de Grandhan ; de Petite-Somme et de Somme-Leuze au nord ; de Heure et 
de Baillonville à l'ouest. Elle est desservie par la poste de Durbuy, par les gares 
de Barvaux (il kil ) et de Melreux (9 kil.), par la malle-poste de Melreux-Noi- 
seux-Haversin, et par le téléphone à la Barrière de Grandhan (4 kil.) Son terri- 
toire mesure 581 hectares, 76 ares, 79 centiares, dont 77 hectares, 77 ares et 
20 centiares de bois d'afiouage. 

Dans son lamentable isolement, sans chemin praticable vers Noiseux, sans 
pont sur rOurthe, sans relations vers le nord, la population d'Eneilles est en 
décroissance chaque année. Elle comptait 247 habitants en 1891 pour 49 ména- 
ges ; le recensement de 1910 n'en porte plus que 209, répartis en 55 ménages. 
11 y a 27 enfants en âge d'école, une trentaine de célibataires au-dessus de trente 
ans, deux naissances en moyenne par an, quand on en trouve 17 en 1845, 



— 4 



Orographie. 



De la route de Monteuville à Grandhan, le seul point d'où les deux Eneilles 
étalent leur coquetterie aux regards du touriste, Grande Enellle, à l'ouest, appa- 
raît au fond d'une vaste plaine (176 m. d'altitude), avec sa vieille église aux 
flancs du Fromental (186 m.) et sa couvée de petites maisons blanches, éche- 
lonnées le long de la route, qui grimpe péniblement vers les sommets du Oros- 
thie?"; séparée de Petite Eneille par le fer à cheval boisé du thier de Base (230 
m.) au bout duquel s'éparpillent à l'est, sur la déclivité du plateau découvert, les 
chaumines, les fermes et le château. • 

Le reste du territoire, au nord, forme un larçe dos d'âne, raviné en cent 
endroits et mamelonné à souhait pour le plaisir des yeux, fermé à l'ouest par le 
bois d'Eneille et donnant naissance à maints ruisselets, à maints torrents, qui, 
aux jours de grandes pluies, se précipitent en grondant, de cascade en cascade, 
dans la courbe majestueuse de VOurthe. 




Pliol. Eug. Ilavcriand. 

L'Ourtlie à Eneille. — Au fonii : Grande Eneille. 



5 — 



Hydrographie. 

L'Ourthe, au midi, fait limite entre les provinces de Luxembourg etdeNamur 
sur l'espace de 500 niètres, entre les territoires de Noiseux, Fronviile et Eneille. 
Elle y présente régulièrement 10 mètres de largeur, coulant de l'ouest à l'est, 
tantôt gazouillante et rapide sur ses cailloux nacrés, tantôt dormante et perfide 
au-dessus d'insondables gouffres ; partout bordée de touffes de saules, de joncs, 
d'iris. 

Autrefois, l'Ourthe était navigable jusqu'aux Eneilles, qui avaient dans la 
baie des Lelches, un port minuscule très commode pour le ravitaillement du 
pays, par les bateaux venant de Liège, Barvaux et Durbuy. 

La limite namuroise, au sud et à l'ouest est formée par l'Ourthe, le ruisseau 
des Sourdants, les rys de Villemonl et des Fonds de Braye, qui dessinent de 
façon si originale sur les cartes de Belgique l'arrête externe de ce long pied de 
nez que la province de Luxembourg fait éternellement à son ingrate sœur jumelle 
de Namur, en sa pauvre terre bloquée des Eneilles. Moins connu des géographes 
et presque mort-né, le ruisseau du Tronleux, à Grande Eneille, tire son filet 
d'eau claire de la fontaine du Tronleux, et dégringole au plus vite dans le ruis- 
seau des Sourdants, à cinq cents pas de sa source, après avoir recueilli le trop 
plein de la fontaine Ste-Marguerite, si poétique derrière son cadre de haies vives, 
et raccordée au presbytère par la voie souterraine d'un vulgaire tuyau de plomb 
à jet intermittent. 

Petite Eneille a de l'eau à profusion, à fleur de côte, avec ses sources d'eau 
pure, ses étangs fangeux, aimés de la tanche ; ses mares aux canards, ses ruis- 
selets sans nom, ravinant à d'énormes profondeurs les terres et le parc du châ- 
teau, pour aboutir dans l'Ourthe en deux versants, celui d'Eneille et celui du 
Chène-à-Han, notamment par l'embouchure du grand Ry, au passage d'eau entre 
Eneille et Grandhan. 



Nature du sol. 
Productions minérales, végétales, animales. 

Nous devons à notre excellent ami M. Eugène Haverland la notice suivante 
d'après les levés, tracés et légendes de MM. Maximilien Lohest et Michel 
Mourlon : 

- La plus grande partie du scus-sol d(s detx Eneilks est constitué par 



l'Assise dite de iMarieinbourg du Famennien inférieur. Cette assise se compose 
de schistes souvent violacés avec psammiles à Rhynchonella Dumontî, fossile 
dont on trouve de nombreux gisements, particulièrement le long de la route de 
Grande Eneille à Petite Eneille. Cette assise est comme enveloppée par un 
vaste fer-à-cheval dont les branches se développent suivant une direction NW, 
N, NE, E et S E et qui est formé par l'Assise de Senzeilles, assise inférieure à 
la précédente, du même Etage Famennien. L'Assise de Senzeilles est composée, 
(aux Enneilles) de schistes, souvent verdâtres et noduleux, Rhynchonella 
Omallusi, fossile dont on rencontre de nombreux exemplaires dans toute cette 
partie du territoire. Dans toute la branche septentrionale de ce fer-à-cheval se 
trouve également le Cirthia Murchisoniana. 

Parallèment à cette même branche, et encore plus au nord, s'étend, suivant 
une direction S W — N E, une large bande de schistes, dits Schistes de 
Matagne ou de Barvaux, foncés, très feuilletés, à Cordiola retrostriata et 
petits Qoniatites ferrugineux. On y trouve aussi Chonefes armata et la 
variété à ailes allongées du joli Spirifer Verneuilli. En fait de minéraux, la 
pyrite ou sulfure de fer. 

L'extrémité d'une autre bande de ces mêmes schistes se montre au Nord-Est 
de Petite Eneille. 

Quant au sol, il se compose, sur les hauteurs et sur les pentes, de détritus et 
éboulis des roches sous-jacentes ; sur les plateaux, d'un peu de Umon ; dans le 
fond des vallées, d'une large et forte nappe d'alluvions appartenant au quater- 
naire supérieur ou moderne. » 

Il y a quelques années, on a retiré, des alluvions des bords de l'Ourthe, un 
tronc d'arbre, noir comme ébène, lequel a servi à construire un bois de lit, que 
l'on peut voir chez Justin Lecomte de Petite Eneille. 

Le sol d'Eneille est argileux dans les parties basses, particulièrement dans les 
prairies, où, plusieurs fois l'année, l'Ourthe déborde et laisse son jaune limon, 
au grand détriment des foins, qui trop souvent d'ailleurs s'embarquent d'eux- 
mêmes pour Maestricht; le sol est à base de schiste, à peine recouvert d'une 
mince couche d'humus sur les hauteurs et formant çà et là des rochers à pic, 
qui se désagrègent sous l'action des eaux et croulent en masses énormes dans 
les ravins et les fossés. Au nord-est sur la limite de Somme-Leuze, on exploite 
une carrière de marbre rouge, malheureusement trop friable pour la statuaire, 
mais excellent pour recharger les routes et faire de beaux pavements. Non 
loin de là, commence la zone calcareuse : les pierres grises de Côreux sont 
bonnes pour la bâtisse. 

Fertile dans la plaine et sur le versant des collines exposées au midi, le 



territoire d'Eneille est très aride sur les plateaux dénudés. Les années de séche- 
resse y sont des années de famine : tout y brûle dans l'argile durcie ou dans le 
schiste ingrat. Le salut est dans les pluies abondantes. D'après un fermier du pays, 
«« en été il faudrait ici de la pluie toute la nuit et du brouillard toute la journée ». 
Dans ces conditions humides, tout y pousse, gras pâturages et belles céréales ; 
seulement, attention aux caprices de l'Ourthe ! Les arbres fruitiers y donnent 
des produits de la meilleure qualité. Dans les bois dominent le chêne et le hêtre ; 
dans les terrains vagues, les genêts, la bruyère, qui reculent de plus en plus 
devant les plantations d'aulnes, de bouleaux, de sapins. Sur les rochers et dans 
les fondrières, il y a de fantastiques entrelacements de ronces aux mûres trucu- 
lentes ; et partout des revêtements de mousses piquées de fleurs aux brillantes 
corolles, parmi lesquelles je signale à l'attention des botanistes : le corydale, le 
cynoglosse, la dame d'onze heures, le calamus, l'ail des ours, la digitale jaune, 
et ce feu d'artifice perpétuel de l'œillet des Chartreux, à travers les lames 
schisteuses. 

Dés les premiers jours du printemps, le paradis d'Eneille s'anime de mille 
chants d'oiseaux, et comme dans le bois sacré de Golone — c'est en la Grèce 
antique — « les nombreux rossignols aux nombreuses ailes, comme dit Sophocle, 
y chantent nuit et jour ". Ce qui frappe le plus l'étranger qui vient à la belle 
saison goûter la sohtude d'Eneille, c'est la multitude infinie d'oiseaux de toute 
taille et de tout cri, depuis le héron et le canard sauvage jusqu'au merle chan- 
teur et au roitelet-colibri. 

La chasse d'Eneille est renommée. Cinq gardes locaux en défendent l'entrée 
aux profanes. Les lapins pullulent et pilulent dans les bois, les talus, les jardins ; 
les compagnies de perdreaux y courent sur les routes comme les poussins dans 
les rues ; le lièvre y est à l'aise ; le faisan tient bien dans nos bois. Le renard, la 
belette, la fouine, le putois connaissent nos poulaillers. Le blaireau dort sous les 
côtes ensoleillées, où se réchauffent et se jouent, dans la sonorité des feuilles 
sèches, l'orvet et le lézard. La mouche de Saint-Jean sillonne nos nuits d'été 
avec sa lanterne d'acétylène. 

La pêche est une des meilleures qui soient depuis la source et le confluent des 
deux Ourthes, jusqu'à la Meuse ; mais le poisson y est avisé, capricieux. Certains 
jours, il se donne sans réserve aux professionnels de la ligne : on dirait un suicide 
en masse décidé par la république des eaux. Ces jours de liesse sont rares et l'on 
ne peut pas dire que la ligne nourrisse son homme, malgré la multitude de poissons 
de toute espèce dans une pèche louée et bien gardée. Les locataires eux-mêmes 
y font de rares apparitions ; tandis que les lignards de Noiseux, de Marche et de 
Liège, ne laissent point passer un jour de pêche légale, sans venir, même au 
cœur de l'hiver, guetter le saumon, le brochet, la tanche, la perche, la truite, 



le barbeau, le liautus, le clievenne, la brème, l'anguille et le menu fretin, chaque 
espèce selon sa saison. 

Climatologie. 



Le climat d'Eneille est double : rude sur les sommets (230 m.) exposés à la 
bise ; doux, mais traître dans la vallée (176 m ), à cause des courants d'air et des 
brouillards de l'Ourthe. L'hiver, c'est un spectacle curieux à observer des hauteurs 
du Gros-Chêne (350 m). Derrière vous, le plateau uniforme du Gondroz ; en 
face, l'Ardenne toute blanche, sur un vaste horizon elliptique, depuis Perrière, 
par St-Roch, Erezée, Samrée, Nassogne, jusqu'à Marloie etHaversin, à une dis- 
tance rayonnante de 7, 10 et 5 lieues, à l'est et au sud : telle la vallée du Rhône 
vue de Leysin. Au loin — j'allais dire le Mont Blanc calme et majestueux 
(Labiche) — au loin donc, la ceinture de neige sur la haute Ardenne et sur la 
déclivité des pentes ; et tout au fond de la cuve, Grandhan et les Eneilles avec 
leurs prairies toujours vertes. Car la neige y dure peu, et le moindre rayon de 
soleil y a des réverbérations intenses. Ecoutez ce récit merveilleux transcrit in 
perpetuam rei memoriam par le curé Randollet : 

« Le 30 novembre 1771, jour de Saint André, apôtre, on a cueilli des fraises 
dans le bois du Ghayneux, entre les deux Eneilles. Elles étaient aussi bonnes et 
bien mûres qu'en été ; et ce même jour il faisait aussi chaud et beau serein, sans 
la moindre gelée, qu'aux plus beaux jours d'arrière-saison. Enfin, de mémoire 
d'homme on n'a vu une si belle année. Depuis le printemps jusqu'à ce jour, il a 
fait constamment le plus beau temps qu'on puisse désirer, c'est-à-dire une tem- 
pérature assez chaude, sans sécheresse, de temps en temps rafraîchie par de 
bonnes pluies et fortes rosées. Aussi, il y a près d'un mois que l'on a vu dans les 
wassends semés au commencement de septembre, les premiers montants noués, 
et généralement les grains sont de toute beauté. Ils sont même trop beaux. Dieu 
veuille les conserver. Ita est «. Randollet. 

L'année 1911a bien marqué ce que vaut le sol d'Eneille en temps de sécheresse. 
Les gelées de mai, malgré les pluies qui ont suivi, n'ont permis qu'une demi- 
récolte de foins. Les chaleurs tropicales de juin-octobre ont donné de la qualité 
aux céréales et à toute espèce de fruits, quand ils n'ont pas séché sur les arbres. 
Les regains ont manqué ; les pommes de terre cuisaient dans le schiste, où 
beaucoup d'arbres et d'arbustes sont morts de soif. L'automne fut piteux de 
décors et de produits : 

" apricis coquitur vindemia saxis ". 



— 9 



§ IL 

Hameaux, Chemins et Lieux-dits, 



Deux hameaux forment la paroisse : Grande Eneille et Petite Eneille. A 
Grande Eneille se rattachent Petite Noiseux, une maison seule, derrière le 
ruisseau des Sourdants, au territoire de Noiseux (province de Namur) ; et Bois 
d'Eneille, trois chaumières sur la route de Marche à Liège. 

Grande Eneille est reliée à Petite Eneille par une route construite en 1883. 
La route provinciale de Grande Eneille au Sainpont date de 1902. Elle fut décla- 
rée provinciale en 1908, en prévision de son prolongement sur Noiseux. 

C'est tout un poème en 24 chants que la construction de cette route d'Eneille 
à Noiseux. Les Eneillais, 24 ans durant, l'ont réclamée en vain comme la voie 
du salut. Un premier plan dressé en 1909 et se montant à environ 103,000 francs 
pour les deux kilomètres qui nous séparent de la civilisation, fut rejeté par la 
commune de Noiseux, qui ne trouve aucun intérêt à travailler pour le voisin. 
Réduit de 20,000 francs par le conseil communal de Grandhan, il a été ainsi 
approuvé par le ministre de l'agriculture. Nous sommes en 1912, et c'est toujours 
entre Eneille et Noiseux le charme sans cesse renaissant des montagnes russes 
aux giclantes ornières. 

En attendant l'ouverture de l'année jubilaire — un jubilé de 25 ans d'espoirs 
déçus — faisons le tour du territoire des Eneilles, et citons par ordre alphabé- 
tique les lieux-dits, d'après le cadastre et les vieilles archives du presbytère. 

A. En Abluhan ou Nabluhan (avec prothèse de n), l'Aire al Gôre (Gôre = 
Coudrier). 

B. So Base, al Basse Adam, al Basse Gaillard. (Basse = flaque d'eau) — 
(Adam, Gaillard = noms de familles d'Eneille du 16^ siècle), A Baty Dewarre. 
Au grand Battis. (Dewarre, nom de famille du 15® siècle) (Battis ou Baty= une 
pelouse non fermée, au milieu ou à côté d'un village ; ainsi nommée parce que 
l'herbe en est battue par les bestiaux ou les passants, dit le dictionnaire roman, 
imprimé à Bouillon en 1742). 

Li Bwès d'Eneille, li Bwès du seigneur (aujourd'hui : li Bwès del fontaine), al 
boque du Bwès {Boche de Boys, en 1519), â bon Bonnî, è Bonihan ou Bonix- 
hant, â solo de Bonihan, â Bouhon (1510) ^ au Buisson. 

C. El Commune, eu a Gommina (anciennes terres de la communauté d'Eneille), 



- 10 — 

en Co?'iil, le Cot^lil du Colonel, le Corlil du Lion, le Cortil du château 
dessous l'église, al Couley destruyt ylhe (1510), al creux Saint Pir, al rodje 
Creux. 

D. So Djoupré ou Djouprelle, les treus djournas. 

E. E l'Enclos 

F. Al Paye, dizo Pays, so les Fiefs ou so les Fys (anciens fîefs dépendant de 
la cour féodale de Liège), e Fond d'Braye (Braye = fange), è Fond dé Trou dé 
Bwés, Fond dé Bon Bonni, Fosse Djacque, Fosse Houtton ou Hotton, Fosse 
Sie Marçarit {\ôiO), Fosse Zabay ou Zabeau ou Isabeau, {anciens noms 
ou prénoms locaux), Fosse dé Tchayneux, Fosse délie rodje Creux, Fosse 
des Leus, Fosse dé Mouni ou dé Molinay, en Frenu (1510). 

H. So Halin, so Hasval ou Hasvâ, la Heppe (heppe = hache de charpentier, 
dite épaule de mouton : ce terrain en a la forme). 

L. a Léable, à Letches (laiches), So les lits (du moulin). 

M. E Mardjai ou Margai (pré Margai = Margaritae), so Morimont, è 
Mousty. 

A^. E Naiveu (lieu où s'arrêtaient les bateaux, naves)), so Neitchet ou é 
Neytchept ou é neye Tchet, au gros Nez CoUin. 

0. A l'ovreux ou l'avreux (avec a sourd ; lieu où l'on refaisait les bateaux). 

P. li Pasay dé Tchêne à Han, é setche Patchi, so 1' Plain d'Sâcire, so 1' Plain 
délie rodje Creux {plain, opposé de fosse) au Péri de Tchêne à ^îan., é Pré du 
Pont, é Pré Collard, Pré d'Mâtche (Marche), a Pré dé Cortil, li savadje Pré, â 
Pré Péronne, Pré de Treylis {treillis) à l'encont de Cenglis (église) 
( /5* siècle), è Pré à Baye. 

Q So les Quoades (les Choades, en 1510) ou les Quartes en Abluhan. 

/?. A Rays Collard, en Regnelée ou Regnerée ou sur le Rengle (1510), 
Rondlchamps (champs disposés en rond, actuellement boisés), Ry d'Mardjai, 
Grand Ry. 

S. La saison du Pasay ou Paçeau ou délie Piedsente dé Tchêne à Han (saison, 
terme agricole, désignant une certaine étendue de terrains semés des mêmes 
produits). E Salcire ou Sâcire ou Saucier, al Saulx (lieu planté de saules), dizeu 
Sâcire, è Sievâ ou Tchevâ. 

7. Thier de Base ou de Basse (d'après ses flaques d'eau), so Texhée, Thier 
de Croqs (Crocus ? il y croit en abondance une espèce de fleur de ce genre), è 
gros Thier, è Tronleux (planté de tronles = trembles). 

V. En Verontol (1510), a Vevy (vivier), âclôssés Voyes. 



11 — 



W. A Wayay ou Wea'js (1510), a Wé Pire ou Wez Pire (Pire, nom de 
famille), a Petit Wayai ou Petit Wez (gué), au Grand Wayai. 

Z È Zoupire ou Sous Pire. 



CHAPITRE Jl 

E PRÉHISTÛHIQPE, 



L'époque préhistorique comprend l'âge de la pierre, l'âge du bronze, l'âge du 
1er, selon que les hommes de ces époques lointaines employaient pour leurs 
instruments le fer, le bronze ou la pierre. 

Dans l'état actuel des sciences préhistoriques, il semble que l'âge de la pierre 
se divise en 

période éolithique (utilisation d'éclats naturels), 
» paléolithique (pierre taillée), 
» néolithique (pierre polie). 

D'aucuns placent comme intermédiaire entre les deux dernières, la période 
tardenoisienne. 

La période éolithique semble n'avoir pas laissé de traces dans le Luxem- 
bourg : d'après Rutot, l'homme utilisait les (apis naturels de sileœ, tels qu'il 
les trouvait en certaines régions : Baraque Michel, vallées de la Sambre et de la 
Meuse, pays de Mons, bassin de l'Ourthe inférieure, vers Tilflf. Le même auteur 
pense que des peuplades éolithiques se seraient conservées jusqu'en pleine 
période néolithique (populations dites fténusiennes). 

Durant la période paléolithique, l'homme vit à l'entrée des grottes, se livre 
à la pêche et à la chasse. C'est l'époque du manmouth, de l'ours des cavernes, 
de l'hippopotame à narines cloisonnées, du renne etc. Eneille a certainement vu 
l'homme paléolithique, qui a laissé des traces dans les grottes de la vallée de 
l'Aisne et de l'Ourthe inférieure. 

La période tardenoisienne voit apparaître, vers la fin de l'âge du renne, 
une population pratiquant une industrie toute spéciale, composée de petits 
instruments très délicats. A l'origine, elle vivait dans les grottes (Remouchamps), 
puis paraît s'être transportée sur les plateaux, peut-être à la suite des crues et 



- 12 




Trois silex de la station néolithique du 
Thier de Base. Grand, nat. 
Rec. et del. Eug. Haverland, I9il. 

(Musée de l'Inst. arch. d'Arlon;, 



des inondations (plateaux de Remouchamps,de 
la vallée de la Meuse, près de Rivière ; Gampine 
limbourgeoise). On n'a pas jusqu'ici retrouvé de 
traces, dans les environs d'Eneille, de cette 
population qui devait être très paisible et vivait 
de la pêche. 

La période néolithique ou de la pierre 
polie est caractérisée par les monuments 
mégalithiques : dolmens, grands polissoirs, 
pierres levées etc. L'homme vit principalement 
sur les hauts plateaux à horizons étendus, 
dans le voisinage des sources. Il utilise excep- 
tionnellement les grottes, surtout pour les 
sépultures. Il connaît la poterie, s'adonne à la 
chasse, employant pour cela des pointes de 
flèches à ailerons. Il y en a des traces a 
Eneille : une petite station néohthique bien 
caractérisée, au bout de l'allée de sapins qui 




Plnjl. Edouard l'élit. 



Le Dolmen de Wéri.'^ 



13 — 



monte au thier de Bise, sur le plateau légèrement incliné vers le sud-est, 
d'où l'on découvre très distinctement à trois lieues les hauts plateaux de Wéris 
et d'Oppagne (dolmens). M. Eugène Haverland y a trouvé une vingtaine d'éclats 
de silex, la plupart craquelés par le feu, restes abandonnés sans doute par une 
population très pauvre et dépourvue de matière première : quelques lames et 
pointes assez rudimentaires, un fragment de hache polie, ayant servi de percu- 
teur et craquelé par le feu, des fragments de plaques de psammite, dont l'un 
porte deux raies parallèles, produites par frottement (polissoirs ?) . 

Les âges du bronze et du fer correspondent à peu près à l'époque gauloise. 



CHAPITRE III. 

EMEILLE A L'ÉPÛQPÊ ROMAINE ET 
A L'ÉPOQUE FRAMQIIE. — ÉTYMOLOGIE. 

§1. 

Époque romaine. 

1. A l'époque de la conquête romaine, le territoire d'Eneille était à la limite 
méridionale du pays des Gondi'uses, tribu cliente des Trévires. Cette tribu occu- 
pait la région située au nord de la Famenne, sur la rive gauche de l'Ourthe, 
Urta, un nom celtique latinisé. Notre petit coin de terre, aux fertiles prairies, 
appelées encore « les Prés sous la ville », se prêtait bien à l'établissement d'une 
villa ou centre d'exploitation agricole, noyau du futur village d'Eneille, près de 
l'endroit où la voie romaine de Tongres à Arlon franchit la rivière. Venant du 
nord, cette ancienne voie enjambe la Meuse à Ponthière, et, passant par Béemont, 
la Posterie, près de Ghardeneux, où l'on a découvert en 1910 des constructions 
romaines, elle descend vers l'Ourthe par le lieu dit « au Vieux Chemin », lais- 
sant les fermes de Chêne à Han à gauche, pour traverser la rivière en aval du 
moulin d'Eneille ; à un endroit guéablc où se retrouve encore actuellement, au 
fond de l'eau, le dallage destiné à faciliter autrefois le passage des lourds chariots 
de guerre. 



— 14 — 

Klle longeait la rive droite sur une «listance tb 80 mètres, et montait obli- 
quement la côte, entre Monteuville et Grandhan. Recouverte d'iiumus dans la 
vallée, elle reparait au sommet du plateau en un tronçon de 100 mètres, parfai- 
tement conservée. Par Melreux, Soy, Marcour, Mande-St-Etienne, elle va 
rejoindre à Arlon la grande voie de Reims à Trêves. A signaler aussi plusieurs 
diverliciUes, au bord desquels, particulièrement au Baty Dewarre, la charrue 
met fréquemment au jour de vieux fers de mules. 




l'Itot. Petit. 



Le Gué du Moulin, 
prés de l'endroit où la voie romaine francliit l'Ourtlie. 



Devant l'entrée de l'école se voit nettement, à fleur de sol, marquée au feu, 
l'ouverture d'un grand four creusé dans le schiste, dont la ligne supérieure, en 
carré arrondi aux angles, se recourbe du côté sud, où se trouvait la prise d'air. 
Remblayé et nivelé depuis la construction de l'école, ce four a été vidé jusqu'au 
fond à la demande de M. Eugène Haverland, le 20 août 1911. Le fond est légère- 
ment en fond de bateau. Les parois présentent les traces d'un feu violent. On y a 
retrouvé noircies et calcinées les pierres qui en formaient le rebord ou la voûte 
au-dessus du sol, effondrées dans l'argile rougie, sur tout le périmètre. Il mesure 
3 mètres 65 de côté et l m. 50 dans sa plus grande profondeur. La tradition 
locale désigne cette excavation comme un four crématoire de l'époque romaine. 
C'est peu probable. Autrefois, une longue barre de fer le chevauchait d'un bord 
à l'autre. On n'a retrouvé à la place du foyer qu'une poignée de terre noire et 
quelques charbons. 

On parle aussi d'un autel du dieu Pan trouvé jadis sur l'emplacement de 
l'église. 



— i5 — 

§ II. 

Époque Franque. 
1. Les Tombeaux mérovingiens. 

En face de Grande Eneille, sur la hauteur du thier de Base, à l'endroit même 
où il se termine en promontoire, dominant à pic toute la vallée, M. Haverland 
a mis à découvert deux tombes mérovingiennes, le 3 novembre 1911. Elles sont 
orientées du N W au S E. Inclinées comme la pente du terrain, elles ont une 
profondeur qui varie entre 1 mètre et 0™40. Larges de 0™60, l'une a 2 mètres 
de long, l'autre l'^SS ; juxtaposées avec un entre deux de O^TS, Elles sont 
taillées dans le schiste et d'un travail très soigné. La plus grande ne contenait 
plus aucun débris humain ; dans l'autre se trouvaient encore quelques osse- 
ments décomposés par l'action des eaux et sucés par les radicelles qui les enser- 
raient de toutes parts. L'absence d'armes ou de poteries permet de les rapporter 
à la fin de l'époque mérovingienne. Des fouilles plus complètes mettraient 
sûrement à jour un ancien cimetière : il y a cinquante ans on avait déjà re- 
trouvé au même endroit un squelette accompagné d'une pointe de fer. 

Entre Petite Eneille et Chêne à Han, on signale aussi une tombe de ce genre 
au thier de Rock. 

2. Les Carolingiens. 

A cinq minutes de Grande Eneille, sur le territoire de Noiseux, le plateau de 
l'Armont garde des traces d'un ancien campement d'un type tout à fait unique, 
qui passe pour un camp carolingien. 

En voici la description d'après un article anonyme (auteur Alfred Becquet) des 
Annales de la Société archéologique de Namur (i). 

« Nous croyons utile de signaler à nos lecteurs, qu'intéresse l'histoire de notre 
province, l'emplacement d'un camp de l'époque carlovingienne à l'extrémité 
nord-est du canton de Rochefort et près de la chaussée romaine allant d'Arlon à 
Tongres. Il est situé dans la commune de Noiseux, sur une colline abritée des 
vents du Nord et à une très petite distance des bords de l'Ourthe. 

Cette colline aride et déserte porte le nom de Larmont, nom qu'un lettré du 
village nous assurait être la traduction de armorum trions. On remarque en 
cet endroit, sur une espace de plus de 1500 mètres, une quantité de fosses 



(1) Tome XX% 1S94, 3' livraison, pages 310 et suivantes. 



— 16 — 

creusées dans un schiste très dur. Il y en a de toutes formes et de toutes dimen- 
sions : carrées, rondes, ovales, en demi-cercle, etc. Les plus grandes ont 
environ un mètre de largeur sur autant de profondeur ; les rondes, qui sont les 
plus répandues, n'ont que trente centimètres de diamètre sur cinquante à 
soixante de profondeur. Ces dernières renferment des restes de pieux ou de forts 
piquets en bois qui avaient été primitivement calés avec des galets provenant de 
rOurthe, et que l'on retrouve encore en place. Les fosses carrées contiennent 
souvent aussi des restes de bois : dans l'une d'elles nous trouvâmes encore un 
cadre formé de quatre forts madriers en chêne, placé contre les parois du fond. 

Six fosses carrées étaient creusées en quinconce vers le milieu du Larmont ; 
leur disposition régulière nous fait supposer qu'elles avaient servi à maintenir 
les montants d'une construction en bois. Toutes les autres fosses que nous avons 
reconnues nous ont paru établies sans ordre, et comme au hasard. 

On ne peut faire que des conjectures sur la destination de ces trous ; celle qui 
nous paraît la plus probable est qu'ils étaient destinés à maintenir des piquets 
de tentes, de baraques, de palissades, à servir de trous de loup et à d'autres 
défenses de campagne. 

L'emplacement de la cuisine se distingue encore parfaitement : le foyer, établi 
sur le sol, était entouré d'un double fossé creusé en forme de bacs. Gomme le 
terrain est légèrement en pente, il est assez probable que ceux-ci servaient à 
retenir et à écouler les eaux, qui, sans cette protection, se seraient répandues 
sur le foyer. On voit aussi dans la partie nord du Larmont deux puits creusés 
dans le schiste ; ils ont un mètre cinquante de diamètre à leur ouverture. 

Nous n'avons remarqué aucune trace de fossés ni de maçonnerie, mais le sol 
est couvert de débris de poterie commune, principalement dans le voisinage de 
la cuisine. Cette poterie, d'un gris ardoise, est mince, dure et sonore comme les 
grès. Ces caractères appartiennent à la poterie de l'époque carlovingienne dont 
le musée de Namur possède de nombreux spécimens. On y trouve aussi des 
fragments de tuiles romaines ; ils provenaient peut-être de la toiture de la 
construction dont nous avons signalé la présence vers le milieu du camp ; au 
IX'^ siècle on se servait encore fréquemment de la tuile romaine pour couvrir les 
habitations de quelque importance. Il est possible aussi que ces fragments de 
tuiles aient été amenés, avec les terres, d'un champ voisin, où l'on voit les 
restes d'une petite construction de caractère romain. 

La colline de Larmont était parfaitement choisie pour l'assiette d'un camp : 
elle était bien abritée, voisine de l'Ourthe et d'une chaussée romaine qui, à 
cette époque, était la voie la plus praticable pour la marche des armées. 

Si l'étude des lieux nous a engagés à faire remonter son établissement aux 
Garlovingiens, on peut aussi supposer, avec quelque raison, que ce camp dut 



— 17 — 

être occupé au commencement du IX^ siècle, pendant les guerres interminables 
que se firent entre eux Louis le Débonnaire et ses fils, guerres qui eurent 
plusieurs fois pour théâtre le sud de la Belgique ». 

D'autre part voici ce que je lis dans Kurth (1) : 

« Quand Lothaire II mourut en 869, ses oncles Charles le Chauve et Louis le 
Germanique se jetèrent sur son héritage et le partagèrent entre eux. Le cours 
de la Meuse et celui de /'Ourthe servirent de frontière : Louis le Germa- 
nique reçut ce qui était à iest ; Charles le Chauve ce qui était à l'ouest. 

A la mort de Louis, Charles voulut s'emparer du tout, mais il fut honteuse- 
ment battu à Andernach par Louis III, et peu de temps après, quand Charles fut 
mort, Louis III fit expier aux fils de Charles la faute de leur père en leur enle- 
vant la part de la Lotharingie (879). 

Nous étions de la sorte rattachés à l'Allemagne, et quand le roi de ce pays, 
Charles le Gros, fut devenu empereur, nous nous trouvâmes de nouveau réunis 
avec toutes les autres provinces franques sous l'autorité unique d'un souverain. » 

Tout fait donc supposer (histoire, plan, poteries) que l'Armont est réellement 
un camp carolingien. 

3. Ëtymologie. 



« Un diplôme de Pépin de Herstal, rendu entre 687 et 714, probablement 
en 692 (date de la fondation de la paroisse de Lierneux), nous apprend que 
le maire du palais fait don à l'Abbé de Stavelot et à ses moines, de la villa de 
Lierneux et de ses dépendances, parmi lesquelles est cité un endroit appelé 
Unalia. Nous ne possédons plus le texte de cette donation ; mais son exis- 
tence nous est formellement attestée par des sources diplomatiques contempo- 
raines (1) «. 

Unalia est cité encore comme dépendance de Lierneux dans une charte du 15 
août 747, par laquelle le maire du palais Carloman, avant de se retirer au 
couvent du Mont Cassin, restitue à l'Abbaye de Stavelot villa^n aliquam quae 
vocitatur Lethernau, una cum appenditiis et adjacentiis suis, quorum 
vocabula sunt : Br astis {Bra), Feronio (Ferot-sous-Mîj), Unalia et Alda- 
nias {Odeigne) (2). 



(1) Histoire de Belgique racontée aux enfants des écoles, pp. 34-35, Namur, De Roisin. 

(2) Yernaux Le^ Premiers Siècles de l'Abbave de Stavelot-Malmédy, page 33. 

£ 



— 18 — 

La iiosition ci l;i iiatui'e de cet Unalia se précisent dans un diplôme signé 
en 887 par l'empereur d'Allemagne, Charles le Gros, et par son neveu naturel et 
successeur Arnould de Carinthie, à Lustnau, domaine royal situé non loin de 
l'endroit où lo Rhin pénètre dans le lac de Constance. Cet acte impérial publié 
peu de temps avant la déposition de Charles, donne à un certain Hrotmundus, 
entre autres 92 mansa, m villa HaManzia {Havelange) in pago Condro- 
dense {Condrostinse?) ; in villa Unaija, super fluvio Urtae, mansa un'"' : 
quatre manses dans la villa Unalia, sur la rivière d'Ourthe. 

La villa Unalia, sur l'Ourthe, non loin d'Havelange, non loin de Ferot-sous- 
My, ne peut être que la villa des Eneilles. 

Plus tard, une bulle du pape Alexandre III à l'Abbé de Neufmoustier (15 mars 
1178), cite dans la longue liste des cures incorporées à Neufmoustier le nom 
d'Eneille sous la forme Anale : « Nous prenons sous notre protection votre 
possession de Anale avec son église. Anale, au singulier, désigne ici Grande 
Eneille, où se trouve l'église paroissiale. Le pluriel Analia (alias Unalia) 
désignerait les deux Eneilles. 

Anale, Analia est devenu successivement Anelhe (1504), Eyneylhe, Eynelhe, 
Enelhe (16*^ siècle). Les formes Eneille ou les Enneilles ne se trouvent qu'à 
partir du 17^ siècle, dans les registres paroissiaux. 

Nous adoptons la forme Eneille, comme plus conforme à son origine latine : 
Grande Eneille, Petite Eneille, les deux Eneilles. Quant au sens des mots 
Analia (Unalia), judicent peritiores : cela ne ressemble à rien de connu, 
sinon que l'on dit encore aujourd'hui le trou d'Eneille^ comme on dit Esch-le- 
trou, sur la Sûre. Il n'y a rien de commun entre l'étymologie d'Eneille (Anale) 
et le nom du ruisseau de l'Enalle (Alsena), affluent de la Salm, cité dans un 
ancien diplôme comme frontière du pays de Stavelot. 

4. Les quatre manses d'Eneille à l'époque franque. 

A l'époque de la possession stavelotaine, du VIP au IX* siècle, le domaine 
de l'Abbaye était divisé en « villae » de différentes grandeurs. Parfois l'Abbaye 
n'acquiert dans une « villa » que quelques manses ou des parties de manses. 

« Les « villae » comprenaient deux parties essentielles, le manse seigneurial 
(mansus indominicatus) exploité directement par les serfs de l'Abbaye (familia), 
et les tenures des paysans grevées de certaines charges fixées par la coutume. 



(1) Halkin et Roland. Recueil des chartes de Stavelot-Malmédy, I, 52. — Léon Lahave, Mélanges 
Kurth. 



— 19 — 

Le manse seigneurial comprend d'abord la maison d'tiabitation ... résidence 
du maitre .,. ; il contient aussi des maisons plus petites où demeurent les 
esclaves (serfs domestiques) et des bâtiments industriels ou agricoles qu'en- 
toure un mur ; plus loin, ce sont des champs de culture, des prés, des vignes, 
des bois. Au manse seigneurial se rattachent encore le moulin et le plus souvent 
une église. 

A la tête de chaque villa se trouvait un maire, « major ou villicus ». Sous le 
maire viennent un certain nombre d'agents qui l'aidaient à administrer sa 
circonscription : decani, forestarii, venatores, magistri operum etc. 

Au point de vue politique, l'autorité souveraine était représentée par des agents 
intermédiaires, connus sous le nom dejudices : ducs, comtes, centeniers, etc. 

A l'Abbaye tout était centralisé entre les mains d'un double pouvoir : l'avoué, 
suppléant de l'Abbé comme souverain justicier, et le prévôt, son instrument 
pour la gestion des propriétés monastiques (1) »». 



(1) Yernaux, op. cit. 92, 95-9 



— 20 



CHAPITRE IV. 



§ I. 



La Seigneurie d'Eneille au Comté de Durbuy. 

La seigneurie d'Eneille date de l'époque féodo-communale. En 1389, elle est en 
mains des d'Ochain ou de Xhoce, dont une héritière épouse Gilles de Brialmont. 
Eneille était une des seize seigneuries féodales et foncières dépendant du comté 
(plus tard de la prévôté) de Durbuy (1). 




l'Iiiit. Alhert. 



LA VILLE LE DURBUY. 
Le Château. — L'église. — L'ancien lit de l'Ourtlie. 



•« Le comté de Durbuy fut primitivement un apanage des puînés de la maison 
de Namur. Nous y trouvons, en 1124, un comte Henri, qualifié de «« puer «, et 
en 1163, le comte de Luxembourg, Henri l'Aveugle, cède à sa sœur, Alix de 



(1) A. de Leuze : Hl.stolre de Laroche et Durbuy, p. 236. 



— 21 — 

Hainaut, tous les alleux qu'il possède dans les comtés de Laroche et de 
Durbuy (1). La première race des comtes de Du rbuy s'éteignit donc entre ces 
deux dates; son auteur était Henri (t 1089), fils d'Albert II de Namur (1018- 
1064). Perdu par Henri l'Aveugle avec tous ses autres domaines, le comté fut 
repris par son gendre, Thibaut de Bar, et demeura dès lors au Luxembourg, 
Henri le Blondel le céda, le 23 juin 1247, à son frère Gérard, en exécution d'un 
accord du 24 avril 1244, par lequel Ermesindeet son fils Henri avaient autorisé 
Gérard à réclamer sa part d'héritage aussitôt après le décès de sa mère. Gérard 
survécut à tous les siens et mourut presque octogénaire entre 1298 et 1303, ne 
laissant que des filles ; l'une d'elles qui avait épousé le sire de Grandpré et 
d'Houffalize, éleva des prétentions sur Durbuy contre Henri VII de Luxembourg, 
réclamant, lui aussi, la propriété de cette terre. Les deux parties s'en remirent 
à l'arbitrage de Béatrice d'Avesnes, dont la sentence décida, le 29 décembre 1303, 
que Durbuy revenait au comte de Luxembourg, à charge pour lui d'indemniser 
les Grandpré (2) ». 

Il est souvent question, dans les plus vieilles archives d'Eneille, des mesures 
et de la monnaie de Durbuy. 

Gérard, frère de Henri V, le Blondel, avait ouvert « un atelier monétaire à 
Durbuy au cours de l'année 1298, très vraisemblablement de l'aveu de Henri 
VII, car l'unique quart de gros qui nous en reste est au nom de ce souverain 
et reproduit fidèlement ceux qu'on faisait à Luxembourg. Cette mesure déplut 
à Hugues de Ghâlons, évèque de Liège (1296-1301), sans doute parce que 
ce prélat, qui falsifiait outrageusement le numéraire de sa principauté, ne se sou- 
ciait pas de voir établir une comparaison entre les nouvelles monnaies et son 
mauvais billon ; il fit faire des remontrances à Luxembourg, sous prétexte que 
l'atelier de Durbuy était un péril pour l'évèché, et le 12 novembre 1298 Gérard 
dut céder (3) ». La charte de renonciation porte entre autres le sceau d'Evrard 
d'Ochain : un écu à deux lions léopardés superposés, tel que nous le retrou- 
vons en tête de la pierre tombale de Henri de Brialmont, seigneur d'Eneille qui 
avait épousé Anne d'Ochain, à la fin du XVI« siècle. Les armes des d'Ochain 
sont à peu de chose près celles de Normandie. 

« En 1354, l'année même où le Luxembourg fut érigé en duché, Charles IV 
donne le comté de Durbuy à Wenceslas I", comte de Luxembourg, qui l'assigne, 
comme Chiny, et antérieurement Laroche, pour douaire à sa femme Jeanne de 
Brabant. 



(1) La seigneurie de Durbuy n'a jamai.s été du comté d'Ardenne et son territoire ne fut jamais que 
passagèrement uni à celui de Laroche, sans former avec lui une unité politique. Voir Le Comté de 
Laroche, par V. Habran, au T. XLVI des Annales de l'Institut archéologique d'Arlon, p. 272. 

(2) Edouard Bernays et Jules Vannérus. Histoire numismatique du Comté puis du Duché de Luxem- 
bourg et de ses Fiefs. Bruxelles, Hayez. 1910 — pages 74-75. 

(3) Bernays et Vannérus, loc. cit. 



— 22 — 

La duchesse entra eflectivement en possession de ces biens au décès de son 
mari, mais les rétrocéda, le 3 septembre 1390, en échange d'une rente viagère 
de 3,500 francs d'or (1). » Depuis cette époque les comtés de Laroche et de 
Durbuy suivirent les destinées générales du duché de Luxembourg. 

A cause des frais de guerre qui mettaient les princes dans la nécessité de 
tî-afiquer de leurs sujets comme d'un vil troupeau, la terre de Durbuy, comme 
d'autres terres luxembourgeoises, fut souvent engagée à divers créanciers, entre 
autres (1354), aux comtes de Virnembourg, puis aux de laMarck, de qui Charles- 
Quint la dégagea, en 1525, pour l'engager à nouveau, en 1539, au comte Jean 
d'Oost-Frise (Oostvrieslant), gouverneur du duché de Limbourg. Le retrait de 
la seigneurie se fit en 1609 ; puis jusqu'en 1628, Durbuy n'eut d'autres maîtres 
que les souverains de la Belgique en personne (2) . Philippe IV la vendit à titre 
précaire à Antoine Schetz, comte de Grobbendonck. Depuis 1756, elle est à titre 
définitif aux mains de la famille d'Ursel, qui la posséda avec ses prérogatives, 
jusqu'à la révolution française, pour ne garder, après, que le château et ses 
dépendances (3). 

Il sera fait parfois allusion dans l'histoire d'Kneille à l'époque où la terre de 
Durbuy était à l'engagère. 

Le territoire d'Eneille était dit pays d'Empire^ pays du roi^ pays du roi 
d'Espagne, par opposition au pays de Liège et au pays de Stavelot, restés 
indépendants jusqu'à la Révolution. 

Sous le règne des Archiducs Albert et Isabelle, eut lieu un essai d'unification 
de la monnaie dans la terre de Durbuy. « L'on soUoit user et allouer à Durbuy 
et par toute la terre, toute sorte de monnoie selon qu'elle avait cours au païs de 
Liège ; mais le 5 aoùst 1603, a été publié à son de tambour, en la ville de 
Durbuy, une ordonnance envoyée du Conseil de Luxembourg, du 10 juillet au 
dit an, ensemble deux placartz ; l'ung, donné à Bruxelles, le 16 novembre 1599, 
et l'autre à Gand, en l'an 1602, par lesquels fut interdit de plus prendre ni allouer 
aucune sorte de monnoie doresnavant, sinon au cours de Brabant, et porte par 
les dits placartz, ce qu'ast depuis été observé » (4). Dans les registres de cens et 
rentes d'Eneille, on trouve concurremment les florins brabants et la monnaie de 
Liège, souvent les deux ensemble dans le même compte. 



(1) Bernays et Vannérus Ihid., pp. 74-75. 

(2) A. de Leuze, op. cit., p. 278. 

(3) A. de Leuze, op. cit., p. 292. 

(4) A. de Leuze, Histoire de Durbuy : Coiiiniunes luxembourgeoises. 



— 23 — 

§ IL 

Les Seigneurs d'Eneille. 

Eustache de Hamal t 1252, bâtit le château de Brialmont, près de Ghênée, 
(aujourd'hui entre Tilflf et Méry). Son petit fils, Wéry de Hamal, chevalier, 
seigneur de Brialmont épouse Jeanne de Fraipont. 

Leur fils, Gilles de Hamal, seigneur de Vaudemont, est à la bataille de Bast- 
weiler en 1371. Il épouse l« N. de Renesse, 2° Lutgarde de Gortil. Il fut du parti 
des Waroux, dans la guerre des Awans et des Waroux. 

Son fils Jean, seigneur de Brialmont épouse Jeanne de Saulcy. 

De là, Gilles, seigneur de Brialmont, chevalier, qui épouse la fille de Gilles 
d'Ochain, haut-avoué de Xhoce, et de Jeanne de Moges. Gilles d'Ochain (alias 
Giloteau de Xhoce) était seigneur d'Eneille en 1389. 

De Gilles de Brialmont et Demoiselle de Xhoce naît : 

Jean de Brialmont, premier seigneur du nom à Eneille. 

Il épouse Marie de Hamal. 

De là, Thierry de Brialmont (t 1511) qui avait épousé Jeanne de Filly, fille de 
Jacquemin et de Marguerite d'Autel . 

Leurs biens sont partagés entre leurs enfants en 1534. 

Leur fils Jean de Brialmont, seigneur d'Eneille et de Neufmoustier, épouse en 
novembre 1529, Marguerite Garpentier, fille du seigneur de Walyn et de Lisogne 
et de Bertheline de Bombaye. 

De là, Jean de Brialmont, chevalier, seigneur des Eneilles et de Neufmoustier, 
épouse 1°, en octobre 1556, Marguerite du Sart, morte en 1593, fille de Guillaume 
et de Marguerite Lardinoy de Ville ; 2" Anne de Glerve, veuve de Gorbeau de 
Monfort. 

Enfant du l^'' mariage, Henri de Brialmont, seigneur des Eneilles, épouse 1°, 
en décembre 1585, Jeanne de Bois de Soheit, fille de Gilles, seigneur de Soheit 
et de Marie de Fraipont; 2°, en juin 1594, Anne d'Ochain, de Jemeppe, fille de 
Gilles, mayeur de Marche, et d'Anne de Vervy. Il meurt en 1624; sa 2^^^ femme, 
en 1630. 

Enfants du 2™^ mariage : Jean qui suit; 1° Jean-Paul, baron de Brialmont, 
colonel au service de S. M. I., qui épousa Anne-Albertine, comtesse de Fursten- 
berg; 2" Jeanne, religieuse de Ste-Aldegonde, à Huy. 



— 24 — 

Jean de Brialmont, seigneur des Eneilles, Vaux, Wallay (t 7 décembre 1673), 
avait épousé en 1630 Marie de BHer, dame héritière de Wallay et de Reppe, 
morte le 23 septembre 1645, fille de Nicolas de Bîier (1), Haxele, Wallay et 
Reppe, membre de l'ordre équestre du comté de Namur etc., et d'Elisabeth de 
Cellicer, dont : 

Ignace de Brialmont, écuyer, seigneur des Eneilles, de Vaux, Wallay, Reppe 
et de Morvilîe. Il épousa r Marie-Jeanne Brant de Brabant, morte sans hoirs ; 
2" en 1709, Marguerite Gérardine de Coppin, fllle de Pierre-Louis de Goppin, 
haut justicier de Beausaint, Falaën, Waillimont et Montaigle, et de Marguerite 
de Lamock de Botassart. Marguerite de Goppin mourut le 21 mars 1752, ne 
laissant que 3 filles : 1° Marie-Josèphe de Brialmont, dame de Wallay et de 
Reppe, mariée le 28 septembre 1731, à Gharles-Fortuné-Henri baron van der 
Straten, fils d'Oger-Jean van der Stratenet deLambertine, comtesse de Marchin ; 
2" Adrienne-Gharlotte de Brialmont, épouse à Monsieur de Witry (2). Dame 
Gérardine, par son testament du 15 mai 1752, institua pour ses héritières « ses 
trois chères filles, recommandant beaucoup pour l'amour de Jésus-Christ la 
paix et l'union entre elles et leurs familles ». 

Elle a une attention spéciale pour Adrienne-Gharlotte, qui restait avec elle. 
« Voulant reconnaître les bons services qu'elle a reçus et qu'elle attend encore 
de sa très-chère fille Adriane-Gharlotte de Brialmont de Wallay, elle lui laisse 
et légate hors part toute sa vaisselle d'argent, item une rente d'environ 24 écus 
de revenu annuel, qu'elle a acquise depuis son veuvage, et que lui doit la com- 
munauté d'Ocquier, item la moitié de la rente acquise par son mari, et dont le 
capital est mis sur la bourgeoisie de Namur avec d'autres capitaux. » 

Par le mariage de Marie-Josèphe de Brialmont avec Gharles-Fortuné-FIenri 
van der Straten, et par donation d' Adriane-Gharlotte, le domaine seigneurial 
passe à la famille van der Straten. 



(\) Dans le chœur de l'église de Durbuy est conservée une peinture sur bois, revers d'un volet 
de triptytiiie dont l'avers a été recouvert d'une couche de peinture grossière, à l'huile. Ce tableau 
représente un chevalier agenouillé et accompagni' de son patron, Saint Nicolas, et d'une fillette 
également agenouillée. Dans un coin, le blason des de Blier. Ce chevalier est évidemment Nicolas 
de Blier, accompagné sans doute ik; sn fille Marie dont il est i^uestion ici. Eug. Haverland. 

(2) De Gerlache : Lalttre. 



— 25 — 



Tableau généalogique des Hamal-Brialmont ou Rrialmont d'Eneille. 



Eustache de Hamal t 1252, bâtit le château de Brialmont. 



Wery de Hamal-Brialmont et Jeanne de Fraipont. 



o-ii ^ u 1 + N. deRenesse. 

Gilles de Hamal et , , , , ^ .., 

i Lutgarde de Gortil. 



Jean de Brialmont et Jeanne de Saulcy. 



(14« siècle) Gilles de Brialmont et N. d'Ochain, de Xhoce, ss'" d'Eneille. 



Jean de Brialmont d'Eneille et Marie de Hamal. 



151t. Thiry de Brialmont et Jeanne" de Filly. 



1529. Jean de Brialmont et Marguerite Garpentier. 



Jean de Brialmont et 



Marguerite du Sart t 1593. 
Anne de Glerve. 



1624 Henri de Brialmont et 



Jeanne de Bois 1585. 
Anne d'Ochain 1594-1630. 



l Marie de Blier t lti45. 
T 1673 Jean de Brialmont et J ,„x »^ -^ ^ r^ 

f (?) Marguerite de Prez. 



l Marie-Jeanne Brant de Brabant. 

t 1726 (?) Ignace de Brialmont et J ,, . ^ . ,. , ^ . ,,-r,r> i-rco\ 
^ ' ^ f Marg^-GerardmedeGoppm (1709-1752). 



Marie- Josèphe et Gh.-F. -Henri van der Straten. 
Adrienne-Gharlotte t 1785. 
Marie-Aldegonde et M"" de Witry. 



— 26 — 

Ces détails sont conformes à un fragment généalogique de la famille van der 
Straten, par le père de Gerlache (1) ; sauf que ce fragment ne signale pas la pos- 
session de la seigneurie d'Eneille par les de Xhoce. Ce fait est consigné dans une 
charte originale de l'abbaye de Neufnioustier, datée du 15 mai 1542 «Par devant 
la cour de Neufmoustier, Johan de Bréamont, seigneur d'Enelhe, représentant 
ses père et mère, — et avant eux Giloteau de Xhoce, qui fit relief le 6 février 
1389, comme seigneur d'Enelhe, — relève ses biens à Eneilhe parmi quatre gros 
tournois et deux chapons (2) ». 

En 1489, messire Jacque, seigneur d'Eneille, relève la même rente que Gilo- 
teau de Xhoce en 1389 (3). 

En 1504, elle est payée par Thiry de Brialmont. 

D'autre part, le plus ancien registre des rentes de Ste-Marguerite signale le 
même Thiry comme payant un muid d'avoine à l'église d'Eneille jusqu'en 1519, 
avec cette mention, qu'après sa mort (1511), elle est acquittée par messire 
Jacque. 

De 1524 à 1546 la rente de Neufmoustier est payée par Jean de Brialmont. 
En 1609, un autre Jean de Brialmont refusant de la payer, s'adresse au Conseil 
provincial de Luxembourg, qui lui donne tort et l'oblige comme ses ancêtres. 

La reddition des comptes des mambours, qui se faisait en la maison du 
seigneur d'Eneille, peut-être parce que le cofïre de Ste-Marguerite y était refuge^ 
est souvent signée par Jean et par Nicolas Briabnont, le même qui sera 
parrain delà cloche de 1672. 

Outre les Brialmont indiqués ci-dessus, la liste des anniversaires d'Eneille 
cite Jacques de Brialmont et Mademoiselle Marguerite de Hespée, sa femme ; 
Jean de Grune et Jeanne de Brialmont ; Martin de Brialmont ; Thiry de Brial- 
mont et Grégoire son frère ; Thiry de Brialmont et Marguerite Piron ou Pirard. 

Dans un fragment des registres des baptêmes, je trouve au 29 juin 1606, 
Thiry de Brialmont, fils de Thiry et de Marguerite Pirard. Une note ajoute 
qu'il mourut tué, en 1648. 

Ces derniers ne figurent plus comme seigneurs d'Eneille, probablement à 
cause de la mésalliance. 

Dans un procès de 1623, Thiry de Brialmont est cité parmi ceux qui font 
opposition au seigneur d'alors. 

A la fin du XVII^ siècle et au début du XVIIF, une certaine Marguerite de 



(1) de Gerlache. Laittre. 

(2) Fonds (le Neurmoiistier, arcliives de Liège. 

(3) Fonds de Neufnioustier. Ibid. 



— 27 — 

Prez, Dame d'Eneille, concentre autour d'elle toute l'activité de la maison 
seigneuriale. 

En 1678 et en 1683, dans une contestation avec la fabrique, elle paraît, avec 
les nobles et vertueux seigneurs d'Eneille, (sans doute Everard et Ignace de 
Brialmont) comme héritière et représentant de feu Jean de Brialmont, décédé 
en 1673 ; l'avocat de Stiennon, son gendre, faisant partie pour elle. 

Elle est citée dans le récit de la bénédiction de la tour de l'église en 1689, sous 
le nom de Dame Marguerite de Prez, dame douairière des Eneilles. 

Dans un bail qu'elle fait en 1695, par devant le curé Le Charpentier, avec le 
manant Wera Cornet, pour la ferme de Comblain-au-Pont, elle est dénommée 
Dame Marguerite de Prez, dame des Eneilles et Wallay, et son mari Jean-Eve- 
rard de Fraipont signe après elle le contrat, en la maison de la dite Dame 
d'Eneille. 

Dans une action qu'elle intente, en 1700, à Sire Pierre-Gilles de Vivario, c'est 
noble dame Marguerite de Prez, veuve en premières noces (sic) de feu noble sei- 
gneur Jean de Fraipont, dame des Eneilles. 

Nous la retrouvons encore en 1703, dans une constitutio pro domino de 
Stiennon, rédigée en latin par le curé Le Charpentier, in œdibus dominœ tem- 
poralis des Eneilles, acte dans lequel un clerc du diocèse de Liège réclame 
contre Hubert de Prez, prêtre, et contre son frère Nicolas, qui l'avait présenté 
pour le bénéfice de St-Jean-Baptiste et de St-Jean l'Evangéliste à Grivegnée. 

Lors de la levée de fonds pour la restauration du presbytère, elle est taxée à 
part comme le seigneur, à 14 florins; et, depuis la mort de Jean de Brialmont, 
en 1673, elle paie concurremment avec les seigneurs ou le seigneur d'Eneille 
jusqu'en 1707, les cens et rentes de l'église. 

A l'âge de 82 ans, elle renouvelle son privilège d'une messe basse le dimanche, 
dans l'oratoire de sa maison de résidence à Petite Eneille. 

Après sa mort il y a des tiraillements entre sa famille et celle du seigneur. En 
1717, Ignace de Brialmont, pour satisfaire à la demande de caution pour les 
frais du procès qu'il soutient en appel par devant Messieurs du Conseil ordinaire 
de Liège, contre Demoiselle de Stiennon, engage par acte passé devant le curé 
Le Charpentier, notaire, et trois témoins, sa censé de l'Alloux en la seigneurie de 
Montgauthier, pays de Liège, avec tous prés, terres, bois, haies en dépendant lui 
appartagés et dévolus après la mort de feu Madame Marguerite Lamock, Dame 
de Beausaint, sa belle-mère, et généralement tous ses biens cens et rentes. 

Quant à la branche liégeoise des Brialmont, son dernier descendant, le lieute- 
nant-général Brialmont, est mort à Bruxelles le 21 juillet 1903. Il s'est fait un 



— 28 - 

graml nom dai)s l'histoire militaire contemporaine, en Belgique et à l'étranger : 
c'est le créateur des forts de la Meuse. 

Les Brialmont d'Eneille avaient le titre d'écuyer. Leur blason porte : Fuselé 
d'argent à cinq fuseaux de gueules, le fuseau central chargé d'un lion d'argent, 
cimier : un bouc issant d'argent. 

On peut le voir encore sur l'ancienne porte d'entrée du château de Petite-Somme. 

Voici maintenant quelques détails sur la seconde famille seigneuriale des 
Eneilles. 

De Charles-Fortuné- Henri van der Straten et de Marie-Josèphe Brialmont 
naquirent onze enfants, dont un jésuite, une religieuse, un capitaine au régiment 
de Vierset et deux chanoines du chapitre impérial de Saint Servais à Maestricht. 
Le dernier, Jean-Henri, était aussi chanoine de la cathédrale de Liège. 

L'ainé, Charles-François-Joseph, qui succéda à son père, le 27 mars 17.59, 
porta le titre de baron jusqu'à son élévation au titre de comte par Louis XVI 
(1788-1789). Par naissance, il était pair du comté de Rochefort, seigneur de 
Waillet, du Mont, de Fresnoy, de Cerfontaine et de Ponthoz. C'est le premier 
des van der Straten qui devient seigneur des Eneilles, par acte de donation de 
sa tante Adrienne-Charlotte de Brialmont, en date du 23 juillet 1768 (1). 

Dans son testament du 30 août 1771, Adrienne-Charlotte règle comme suit la 
succession d'Eneille : « Il convient que la terre et la seigneurie d'Eneille et le 
fief de Vaux soient dans la part de ma sœur de Waillet pour être possédés 
ensuite par indivis par mes neveux et nièces de la maison de Waillet qui seront 
dans l'état céhba taire (2). » 

Avant d'être seigneur des Eneilles, Charles-François-.Joseph était entré, en 
1749, au service de l'impératrice Marie-Thérèse; en 1756 il combattit en Bo- 
hême, dans l'armée du comte de Daun qui s'opposait aux envahissements du roi 
de Prusse. A la bataille de KoUin, 1757, il fut avec ses troupes au plus fort de 
la mêlée, et se distingua au bombardement de la place de Zittau, puis il partit 
pour le siège de Schweidnitz, en Silésie. De ce siège il fait une longue relation 
au comte de Ferraris. Il termine par ce trait qui montre son héroïsme : 

«' Pendant la nuit du 10 au 11 novembre, l'ordre de l'assaut ayant été donné, 
on appliqua des échelles aux murailles des forteresses, et notre bataillon qui 
était de tranchée, monte à l'assaut ; le feu de l'ennemi cessa une demi-heure 
après, et moi, je tombai des échelles dans la descente qui conduisait à une 
poterne. Deux soldats du régiment de Wurtemberg, qui s'y étaient réfugiés 
pendant que le feu de la place rendait la nuit aussi belle que le jour, me secou- 



ai) De Gerlanhe : Laittre. 

(2) Piot : la famille van <ier Straten. 



— 29 — 

rurent et me transportèrent hors de cette retraite, mais ils n'empêchèrent pas 
que je n'eusse la jambe cassée «. 

Le 31 juillet 1768, il fut reçu à l'Etat noble du duché de Luxembourg et 
comté de Ghiny, du chef de la seigneurie des Eneilles et sur preuves de noblesse, 
ancienne et chevaleresque. 

11 avait épousé, le 13 août 1763, sa cousine germaine Marie-Louise d'Ever- 
lange de Witry, qui mourut le 9 mars 1777, et fut inhumée dans la chapelle 
seigneuriale de Waillet. 

Charles-François-Joseph van der Staten s'établit en 1780 au château de Ger- 
fontaine, près de Maubeuge. Membre de l'ordre de la noblesse du Hainaut fran- 
çais en 1787, il assista aux assemblées générales des trois ordres jusqu'en 1789, 
à titre de seigneur de Gerfontaine. Il fut ainsi appelé à prendre part aux déli- 
bérations des Etats de l'ordre de la noblesse du Hainaut sur les questions les plus 
brûlantes qui préoccupaient la France à cette époque. « Il y engageait avec 
chaleur son ordre et celui du clergé à concéder l'impôt ; il trouvait juste que le 
tiers-état pût parvenir librement aux dignités, aux charges et emplois dans le 
militaire, la robe et l'église, tout en se montrant sur certains points très jaloux 
de défendre les prérogatives de son ordre, les droits seigneuriaux, corvée, main- 
morte, propriété légitime de la noblesse, disait-il, à laquelle on ne peut toucher 
sans injustice, parce qu'elle est fondée dans son origine sur un contrat réciproque 
et sur une possession constante et immémoriale ». 

Il y dénonçait aussi en termes très sensés les dangers de la liberté de la 
presse : « autant vaudrait, disait-il, demander la faculté de vendre publiquement 
sans contrôle les poisons les plus subtils ; » et si par malheur elle devenait le 
vœu général de la France, « que du moins Sa Majesté exhorte plus que jamais 
les évêques à veiller sérieusement sur ces publications dangereuses. « 

En 1789, il fut élu pour se rendre à Paris aux Etats-Généraux et y représen- 
ter la noblesse du Hainaut ; mais il déclina cet honneur. 

Il avait épousé en secondes noces, le 19 février 1780, Marie-Gécile-Agnès de 
Maulde, dame héritière de Gerfontaine. 

Il mourut au château de Gerfontaine, le 13 juillet 1791 ; sa femme quitta 
bientôt après ses terres de France pour aller chercher en Allemagne la sécurité 
que les persécutions révolutionnaires enlevaient aux familles de noblesse fran- 
çaise. 

Elle mourut au château de Waillet, le 19 février 1800. 

Le comte laissait de sa première femme cinq enfants. 

Le troisième, Alexandre-Gharlés, lui succéda. Il était né le 2 novembre 1767. 
Après la création du royaume des Pays-Bas, Guillaume F"" le nomma membre 



— so- 
dé l'ordre oqueslfe du grand-duché de Luxembourg, sous le litre de bai'on van 
der Straten-Waillet, qui était celui que sa famille avait porté aux Pays-Bas 
autrichiens. Puisque la charte française, octroyée par Louis XVIII en 1815 
restituait à la noblesse ses anciens titres, la famille de Straten, devenue fran- 
çaise depuis 1780, pouvait revendiquer ses droits au titre de comte, que le roi 
Louis XVI lui avait concédé ; mais Alexandre-Charles, se prévalant de l'arrêté 
réglementaire du 23 mai 1817, ne transmit au conseil héraldique de La Haye 
aucun des actes qui pouvaient lui faire reconnaître le titre de comte français 
C'est pour ce motif qu'il fut inscrit au Journal officiel du royaume et aux 
Etats de Luxembourg et de Namur, avec la qualification de baron, qui est 
devenue le titre de sa branche (1). 

Le baron van der Straten-Waillet mourut le 24 avril 1826, comme on peut le 
voir par son épitaphe, en la chapelle seigneuriale de l'église de Waillet : 

« Ci gisent très-noble et très-illustre seigneur Gharles-Joseph- 
Alexandre, baron van der Straten-Waillet, chevalier, seigneur de 
Waillet, du Mont, des Enneilles, et en partie de Triant, membre de 
l'ordre équestre du royaume des Pays-Bas, né au château de Ponthoz, 

LE 2 novembre 1767, DÉgÉdÉ AU CHATEAU DE WAILLET, LE 24 AVRIL 1826, 
ET SA PREMIÈRE ÉPOUSE, TRÈS-NOBLE ET TRÈS-ILLUSTRE DAME CHARLOTTE, 
BARONNE DE POUILLY, DE GORNAY, CHANOINESSE DU CHAPITRE DE StE-ALDE- 
GONDE A MAUBEUGE, FILLE D'ANDRÉ, MARQUIS DE POUILLY, MARQUIS DE 

Lançon, baron de Cornay, et de Louise -Elisabeth-Charlotte de Lar- 

DENOYS DE ViLLE, DÉgÉdÉE AU CHATEAU DE WaILLET LE 13 OCTOBRE 1809 ». 

Alexandre-Charles avait épousé en second mariage Marie-Josèphe-Henriette, 
fille d'Alard, baron van Eyll de Soncholt, seigneur de Hollebeek, et de Marie- 
Anne-Aldegonde van der Straten. 

Elle mourut le 29 mai 1829. Il eut du premier lit six enfants et deux du second. 

Henri, son cinquième enfant, né le 10 décembre 1804, a hérité des anciennes 
seigneuries de Waillet, du Mont et des Eneilles, et a épousé le l®"" septembre 1830, 
Louise de Bar, fille de Pierre-Ernest, chevalier de Bex et d'Agnès d'Emale. 

Il en eut 1° Henri, né le 18 juillet 1831. 

2° Marie, née le 18 novembre 1832. 

3° Marie-Hyacinthe-Amélie, née le 26 juin 1834. 

4" François-Louis, né le 13 août 1836. 

5° Pauline, née le 25 décembre 1838 (1). 



(1> De Gerlache : Laittre. 



— 31 — 

Tableau généalogique des van (1er Slralen-Waillet. seigneurs d'Eoeille. 

Charles-Fortuné Henri van der Straten et Marie-Josèphe de Brialmont. 

t 1791 Charles-François-Joseph van der Straten et Marie-Louise d'Everlange. 

Jean-Henri van der Straten, dit l'abbé de Waillet t 1822. 

Dieudonnée-Ignace de Brialmont t 1830. 

t 1826 Alexandre-Charles van der Straten et Charlotte de Pouilly t 1809. 

Henri van der Straten et Louise de Bex. 

Charles van der Straten t 1910. 

Joseph van der Straten. 

Armes: Fascé d'azur et d'argent de 8 pièces ; au chef d'or, chargé de 3 
membres d'aigle, arrachés de gueules, les serres en bas. 

Casque couronné. 

Cimier : un membre d'aigle de l'écu, entre un vol de sable. 
Lambr. : d'argent et d'azur. 

Supp. : 2 aigles regardantes, de sable, languées de gueules, tenant chacune 
une bannière fascée d'argent et d'azur de 8 pièces. 

Devise : preux et loyal. 

A sa mort (1822), le chanoine Jean-Henri van der Straten avait laissé le 
domaine des Eneilles à sa sœur Dieudonnée-Ignace, la dernière survivante des 
onze enfants de Charles-Fortuné-Henri, morte à Namur, en 1832. Elle-même 
avait fait donation à son petit-neveu, Monsieur Henri van der Straten de Waillet, 
fils d'Alexandre-Charles. 

Il vendit, le 7 août 1834, son domaine des Enneilles, consistant en un château 
avec bâtiments d'habitation et d'exploitation, cour, jardins, vergers, prés, 
pâtures, terres, trieux, bois et broussailles, le tout d'une contenance d'environ 
113 bonniers, pour le prix de 33,000 francs, payables en cinq termes, à Guil- 
laume-Renier-Joseph Lambermont, propriétaire domicilié dans la commune 
d'Esneux, à charge par le dit acquéreur de payer à perpétuité à l'entière dé- 
charge et indemnité du vendeur entre autres : cinq cent quarante-sept francs 
de rente, dus en vertu du testament mystique de la demoiselle Adrienne-Char- 



— 32 — 

lotte 'le Briahi]ont, reçu pai- le notaire Genoret d'Ochain, le 13 avril 1771, 
réalisé à la cour de Durbuy le 30 avril 1785, en faveur 1^' de Monsieur van 
der Stralen d'Etalle, 2° de la famille van Eyll de Doyon, 3° des deux demoiselles 
Guillelmine et Pauline van der Straten, sœurs mineui'es du vendeur. Ces trois 
rentes formant un capital de 21,600 francs. 

L'acquéreur prenait aussi à sa charge onze cent quarante-cinq litrons, 
nonante-quatre dés (trente-sept setiers, une quarte et un mêlais d'épeautre), 
évalués douze cent nouante-cinq francs dus à la fabrique de l'église succursale 
des Eneilles; et à la même fabrique dix-neuf francs vingt-trois centimes (vingt- 
deux escalins, treize sols et neuf deniers argent de Luxembourg) en trois textes 
au principal évalué trois cent quatre-vingt-quatre francs soixantes centimes. 

Toutes ces rentes dues à la fabrique d'Eneilles ont été reconnues par titres- 
nouvels passés devant Peduzy, notaire à Bande, le 15 mars 1833. 

« Conditionné, ne font pas partie de la présente vente les deux petits jardins 
sis au village des Eneilles détenus actuellement par le desservant de ce lieu et 
tenant l'un du levant à la veuve Gérard et du couchant à Julien Marchai ; et 
l'autre du levant au cimetière et du midi à Jean-Antoine Collin, à la veuve 
Farigoul et autres. 

Le 15 juillet 1843, la veuve Lambermont et ses enfants vendent le domaine, 
contenant alors environ 122 hectares à François Gollignon, cultivateur à Jeme[)pe 
(Marche), pour la somme de 49,990 francs 40 centimes, ce qui avec les capitaux 
de rentes donne pour prix de ces immeubles la somme de 100,000 francs. 

Enfin le 28 mai 1851, les époux 
Gollignon revendirent à Monsieur 
Victor Fabri, avocat près de la 
Cour d'appel de Liège, le domaine 
contenant cent trente hectares, 
pour le prix de 105,000 francs en 
diminution duquel l'acheteur payait 
les charges hypothécaires se mon- 
tant à 69,476 frs 36 centimes (1). 

Le Château et le domaine agrandi 
appartiennent actuellement à 
Monsieur Joseph Fabri-Gapitaine, 
de Liège, qui y fait chaque an- 
née sa villégiature de printemps et d'été, continuant les traditions de bien- 
faisance et de piété des anciens seigneurs. 




l'hot. Eu(f. Huverland. 

Petite Eneille. Le Château. 



M) Archives du château d'Eneille. 



— 33 — 




De Joseph Fabri et Cécile Capitaine 
sont nés : 

François Fabri, avocat à Liège, 
Marguerite Fabri, religieuse de St- 

Vincent de Paul, 
Jean, Lucie et Pierre Fabri. 

.Armes de la famille Fabri. — L ecu 
est d'argent à l'enclume de sable accostée 
de deux lions, affrontés de gueules armés 
et lampassés de même, soutenant un 
marteau de sable couronné d'or. 

Le heaume est d'acier, tourné à dex- 
tre, grillé et liseré d'or, doublé d'azur. 

Cimier : Un demi lion tenant un mar- 
teau couronné, aux couleurs de l'écu. 

Les feuillages sont en dedans d'argent, 
en dehors de gueules. 

Devise : Fabricando Fabri Fimus. 



Armes de la famille Capitaine. — 
L'écu est d'argent à la fasce de sable, 
portant en chef 3 merlettes de sable, et 
en abîme une étoile à six raies de gueu- 
les, accostée de deux pampres au naturel 
(les feuilles et les tiges sont de sinople, 
les grappes sont de pourpre). 

Le heaume est d'argent, grillé et liseré 
d'or doublé de gueules. 

Cimier : deux ailes éployées d'argent 
portant en abîme une merlette de sable. 

Les feuillages sont en dedans d'argent, 
en dehors de sable. 




CAPITAINE. 



— 34 — 

i III. 

Droits seigueuriaux. 

Un ancien texte résume ainsi les droits des seigneurs d'Eneille : « Le 30 juillet 
1610, Jean de Brialmont dénombre :' la seigneurie d'Eneille, maisons, cens, 
rentes, amendes, corvées etc. Il crée maïeur, échevins et autres officiers de jus- 
tice, qui jugent au civil et au criminel, sauf que l'exécution des criminels appar- 
tient au seigneur de Durbuy. Il tient en arrière-flef de Durbuy la Cour de Vaux, 
à Grandhan, ayant plusieurs hommes qui tiennent aucunes pièces d'héritage 
mouvantes de la dite Cour, qu'ils relèvent de lui ". 

Le seigneur d'Eneille avait le droit de chasse et le droit de pêche ; de lui aussi 
dépendaient les bois d'aisances, le droit de pâture et le moulin banal (1). 

A ces différents titres les manants d'Eneille étaient ses sujets. 

A sa mort, le seigneur des Eneilles avait les honneurs de l'oraison funèbre. 
Une lettre nous reste à ce sujet du curé Le Charpentier : 

« Monsieur et très révérend Doyen, 

Je viens en tout respect supplier votre Révérence de la part de Monsieur 
d'Eneille, d'assister aux obsèques de feu Monsieur de Wallay^ son frère ; et 
comme il était en peine à qui il donnerait la préférence, des Pères Carmes ou des 
Pères Récollets, j'ai dit que c'était le devoir de votre Révérence. C'est pourquoi 
je vous prie de ne pas me dédire et vous tenir préparé. Il y aura une belle com- 
pagnie d'ecclésiastiques. J'aurai l'honneur de vous attendre le soir, afin de vous 
délasser «. 

Les seigneurs avaient leur oratoire ou chapelle privée dans leur résidence de 
Petite Eneille, comme l'indique la requête suivante (sans date) adressée par 
la Dame des Eneilles à Mgr le vicaire général de Liège : 

« Remontre en toute soubmission à Votre Illustrissime Révérence, Margueritte 
de Prez, douairière des Eneilles et Wallay, âgée de 82 ans et assez valétudi- 
naire, que sa résidence de la Petite Enneille est distante de l'église d'une demi- 
lieue ou environ — chemin fort m.ontagneux, de manière qu'il m'est presque 
impossible de m'y rendre pour entendre la messe. Cause pourquoi elle recourt à 
«tVotre Illustrissime Révérence, la suppliant bien humblement de vouloir accor- 



d) Le moulin, après avoir longtemps appartenu à la ramille Hamoir, fut revendu en 1910 à 
Jo-5epti Deprez. 



— 35 — 



der la permission à Monsieur François Gillet, chapelain de Grande Somme, de 
biner dans son oratoire, en sa maison de résidence, où elle a eu auparavant la 
permission défaire dire la messe, qui s'y est toujours dite jusqu'à la mort d'un 
certain Messire Everard de Blier, prêtre, natif de la paroisse ». 

Everard de Blier, d'après sa pierre tombale, est mort en août 1702. 



En 1709, Ignace de Brialmont ob- 
tint aussi le privilège à vie d'une 
binaison au château de Petite 
Eneille. 

Les seigneurs étaient enterrés dans 
l'église, ordinairement sous le chœur. 
Ainsi, en 1752 Dame Gérardine de 
Goppin, dans son testament, « dé- 
signe pour lieu de sa sépulture le 
chœur de l'église d'Eneille, près de 
son honoré mari, voulant que «es 
obsèques y soient faites le plus possi- 
ble honorablement selon son état et 
condition. " 

Parmi les nombreuses tombes de 
l'église, nous n'en trouvons plus 
qu'une de la famille seigneuriale : 

Ci gistent nobles S' Henri de 
Brialmont S'' des Enneilles qui 

TRÉPASSÂT l'an 1574 LE 31™® 
OCTOBRE : ET DE DaMOISELLE ANNE 

Dochain dit Jemeppe SA 
compaigne morte l'an 1630. 




Phot. Edouard Petit 
Tombe de Henri de Brialmont et d'Anne d'Ochain. 



Au centre se trouvent les armes 
seigneuriales : les blasons des Brial- 
mont et Dochain, reliés par un nœud d'am.our ; à droite et à gauche, les quar- 
tiers de famille : 

Brialmont, du Sart, Garpentier, Lardinoy, 
OcHAiN, Saive, Vervy, Hevver. 

Heuver est une localité près de Malines. ■ 



36 — 



IV. 



Le Fief d'Eneille. 

A côté du domaine seigneurial il y avait à Eneille un petit fief dépendant de 
la Cour féodale de Liège. Il était situé au nord du territoire, joignant le Pays du 
Roi en la commune de Somme, qui se divise encore aujourd'hui comme autrefois 
en Pays du Roi et Pays de Liège. 

A l'origine il appartenait aux familles nobles de la région. 

En 1437, nous le trouvons en mains de Sire Lorent d'Anthine. Il est vendu à 
Jean Bouttier, puis à Jean Rondial. La famille Rondial (Rondeau) le conserve 
jusqu'en 1648, et le livre aux Ponsart. Puis, par ventes successives de 1687, 
1718, 1723, 1725, 1728, 11 vient à la famille Gollin, qui le garde jusqu'en 1784. 
Anne-Marie Gollin le revend à Charles-Michel d'Ambremont, pour 48 écus de 
rente viagère. Les d'Ambremont le laissent par héritage à M. de Favereau (1). 

Le souvenir de ce fief est conservé dans le nom des lieux-dits : So les Fys 
(sur les Fiefs), Bois des Fys (Bois des Fiefs). 



(1) Archives provinciales de Liège. 



— 37 — 

CHAPITRE V. 

LA CÛPR DE lUSTIOE. 
§ ï. 

Le Mayeur et les Échevins. 

La Cour d'Eneille comprenait un mayeur et quatre échevins aidés d'un gref- 
fier et d'un sergent. 

Le nombre et la compétence des membres de la Cour variaient d'une commune 
à l'autre, ainsi que leur mode de nomination. Dans les registres d'Eneille ne se 
trouvent jamais cités plus de quatre noms d'échevins. Ailleurs il y eu avait 
généralement sept. 

E^ 1513, la Cour d'Eneille avait pour mayeur Jean Jacob, et pour échevins 
Juliot Detro, Mathy de Kesne, Jean Rondias et Henri le Maréchal. 

En 1735, la Cour se composait du mayeur de Blier, échevin lui-même, et des 
trois échevins Pirard, Bourdon et GoUin. 

Aux Eneilles, le mayeur et les échevins étaient nommés par le seigneur. Citons 
une pièce authentique : « Nous, Ignace de Brialmont, seigneur des deux Eneilles, 
Wallay, Reppeetc, soussigné, voulant pourvoir à chacun l'administration de 
la justice par le nombre des échevins à ce requis, avons donné et conféré, comme 
par les présentes donnons et conférons, à Henry Pirard de la petite Eneille, 
une des eschevinautés vacquantes en notre Cour et Justice du dit Eneille, avec 
tous les droits et émoluments annexés et dépendants de la dite eschevinauté ; et 
ce aux devoirs et obligations de droit nous compétents et dûs, requérant partant 
notre susdite Justice de l'admettre suivant la coutume, et un chacun de nos 
sujets de le reconnaître pour tel. En foy de quoy avons signé la présente et 
muni du cachet ordinaire de nos armes. 

« Donné à Eneille, le huitième mars mil sept cent dix-sept ». I. de Brialmont. 

« Le neuf mars mil sept cent et dix-sept, le s' Henry Pirard, repris un blancq 
de cette, at été admis à l'Estat d'Eschevinage et en passe le serment accoutumé. 
Par ordre, C.-J. Froidmont ». 

C'est indiquer d'une façon bien précise la source du pouvoir, la nomination en 



— 38 - 

cas de vacance d'un siège, nomination à vie probablement, comme cela se faisait 
ailleurs ; le caractère non gratuit de la fonction, l'admission obligatoire par le 
collège des magistrats et la reconnaissance par les sujets, les garanties d'authen- 
ticité et le serment initial. 

Le mayeur était révocable à la volonté du seigneur. Les échevins ne pouvaient 
être révoqués que pour des motifs très graves. 

Quant à la compétence, la Cour jugeait au civil et au criminel, avec la réserve 
indiquée dans les droits seigneuriaux. 

Les archives d'Eneille ne font mention d'aucun procès criminel. 

Les autres points de sa compétence nous apparaissent en détail dans les actes 
de la Cour d'Eneille. Voici quelques exemples, choisis dans diflérents ordres 
d'attributions. 

1. En 1513 la Cour d'Eneille autorise en faveur de Mathy le Ghastelain, jadis 
d'Eneille, une réduction à lui faite par les mambours Jean Jacob et Jean Ponsart, 
de deux postulats et 9 aidants, que son père Poncelet avait déjà payés à l'é- 
glise Sainte-Marguerite. 

2. En 1623, dans un procès concernant le gaspillage qui se fait dans les bois 




l'Iiol. Ed. Petit. 



Le Huis d'Eneille. 



— 39 — 

d'aisances du seigneur, Henri de Brialmont, agissant au nom de son père, Jean 
de Brialmont, obtient de la justice d'Eneille la sentence suivante : « Les manants 
qui auront nécessité de bâtir, ayant obtenu congé du seigneur de pouvoir faire 
abattre des arbres à cet effet, et en auront eu la marque du forestier du seigneur, 
seront tenus de les faire mener hors des bois en déans un an en tout, de les faire 
employer à leurs bâtiments, sauf que pour empêchement légitime, ils n'aient pu 
les faire ouvrer ; et ce, sous peine d'amende, selon qu'il se fait en autres lieux 
voisins en pareil cas «. 

3. Le 26 avril 1728, à la requête du procureur Pirard de la Cour d'Eneille, 
sont criés bannis deux particuliers de Baillonville et de Noiseux, pour n'avoir 
pas obéi à un commandement qui les condamnait à payer leurs obtentions à la 
vente du curé Le Charpentier décédé. Ce commandement et ce cri de bannisse- 
ment émane du mayeur et échevins de la souveraine justice de la Cité et Pays 
de Liège. 

4. Aux plaids du 26 janvier 1734, le curé Grofay, comme mambour principal 
des pauvres de sa paroisse, commence contre Jean Gollin, dit de Porcheresse, 
échevin de la Cour d'Eneille, Pierre Colar de Deulin et Jean Duchesne d'Eneille, 
représentant les Ponsart, un procès qui se continue aux plaids du 8 et du 26 
février, du 8 mars 1 734, pour réclamer un muid d'épeautre, dont restait en arrière 
un seller et un quart, depuis plusieurs années. Les débats, devant la Cour des 
plaids, durèrent jusqu'au 7 juin 1735 et aboutirent à la condamnation des 
défaillants, et pour Collin, à une subhastation ou saisie de 17 bêles à laine lui 
appartenant et ramenées dans l'élable de la veuve Pirard d'Eneille, où elles 
furent vendues après trois jours. Les frais du procès s'élevèrent à plus de 30 flo- 
rins, parmi lesquels on compte 18 sous pour celui qui a gardé les bêtes pendant 
trois jours. 

5. Le 17 avril 1735, la Cour des mayeur et échevins ordonne de commu- 
niquer au même Gollin une protestation du curé Grofay, réclamant de lui le 
paiement intégral du pot de vin qu'il devait de temps immémorial pour le distri- 
buer aux fidèles à Pâques. Cette année et la précédente, il n'en avait livré qu'une 
bouteille, tout au plus la moitié de ce qu'il devait. 

6. En 1732, la dame d'Eneille est en procès devant la Cour, avec les manants 
d'Eneille, comme il résulte d'une enquête et d'une contre-enquête tenues à Hotton, 
chez la veuve Reculemont, le 9 et 10 septembre. L'enquête se fait à l'instance 
des communs habitants d'Eneille, emprenans pour Jean Lefebvre, Théodore 
Thiry et consorts, intimés, contre la Dame de Coppin, veuve de feu Ignace de 
BrialmoDt, écuyer, seigneur d'Eneille et Wallay, appelante par devant 
J.-B. Martiny, commissaire de la cause, et F. Collignon, adjoint, assumés en 
exécution du règlement de la Cour du 8 février. 



— 40 — 

Dix-sept témoins interrogés, dont l'un de Hotton, les autres, de Noiseux, 
Fronville, Melreux, Monteuville, Grandhan, Eneille, déclarent tous à peu près 
uniformément » qu'ils ont toujours vu poisser à Eneille, à fer pendant le jour, 
à fer et à feu pendant la nuit, l'hiver sur une nacelle ou sur la glace ; l'été, en 
entrant dans l'eau ; sinon, qu'il faudrait être à l'embuscade sur le bord ou 
hurlai/ de la rivière pendant le clair du soleil, ce qui serait encore inutile, à 
moins de tuer le poisson avec un fusil. »» 

Dans la contre-enquête tenue à l'instance de Dame de Goppin, 20 témoins 
sont interrogés, natifs de Marcour, Hotton, Werpin, Hampteau, Petithan, 
Rendeux-St-Lambert, qui viennent tous déclarer ne savoir comment on poisse à 
Eneille ; mais de toutes leurs dépositions il résulte qu'on poisse à Eneille comme 
partout ailleurs, à fer et à feu, dans les conditions que nous avons indiquées 
plus haut. 

7. Une des principales occupations de la cour des mayeur et échevins, c'était, 
surtout depuis un édit d'Albert et Isabelle (8 avril 1623), la charge d'enregistrer 
les ventes et la plupart des transactions civiles, tels que les prêts, donations, 
testaments, transports, échanges, afin de donner à tous ces actes une valeur 
légale. 

Ainsi pour une vente de deux sartages, faite en 1724 par devant André le 
Charpentier, notaire apostolique, le greffier, Pirard, écrit en marge : « Le 17 
mars 1730, fut le présent acte réalisé et registre à la cour des Enellles, pour y 
sortir ses effets, par déshéritance du transporteur Noël Ottelet de Noiseux, et 
adhéritance de l'acquéreur, Herman-Joseph Dupont, sauf et garde le bon droit 
d'un chacun, et fut mis en garde de loi ». 

Grâce à ces extraits du Rôle de la Cour des Eneilles conservés en grande 
partie au château de Grandhan, on peut voir quelle était la jurisprudence de 
l'époque en matière de testaments et de transports. 

En voici un exemple intéressant pour Eneilles : 

Le 10 novembre 1705 comparut devant le notaire Schaepen de Maestricht, 
Jean-François Ponsart, du pays du roi d'Espagne, de la village de petite 
Eneye^ lequel étant malade au lit d'une blessure, dispose de tous ses biens en 
cas qu'il viendrait mourir, laissant au pont de la dite ville un demi-écu une fois 
et un patar à St-Lambert de Liège, une fois, et institue sa femme Anne-Marie 
Henri Jaspar Guillaume de Malmédy, héritière de tous ses biens où et en quelle 
place ils sont situés (Eneille, Grandhan, Fronville), à condition de donner aux 
pauvres 18 écus. Les témoins étaient J.-B. Hausman, caporal de la compagnie 
de Monsieur le capitaine Godillière, au régiment de Monsieur le comte de Dona 
et Guillaume Spyckers, habitant de Maestricht. 



— 41 — 

Cet acte est enregistré à la Cour de Maestricht en la forme suivante : « Nous 
bourgmestre et conseillers jurés de la ville de Maestricht attestons et certifions 
par cette, que Renier Schaepen est notaire public, catholique-romain, résidant 
en cette ville, et qu'à ses actes et documents par lui signés, comme la présente, 
on ajoute foi plénière tant en justice qu'en dehors d'icelle. En foi de quoi avons 
lait dépêcher la présente sous la signature d'un de nos secrétaires et munir du 
scel commun de cette ville, ce 20 septembre 1709. Etait signé par ordre d'iceux, 
Hen. Thisus. Le cachet était de cire verde'. » 

De l'an 1713, les Cours d'Eneille, de Grandhan, de Fronville, enregistrent un 
transport gager des dits biens fait par Anne-Marie Guillaume, veuve en pre- 
mières noces de François Ponsart, présentement femme de Lorent Sauvage, 
bourgeois de Malmédy, en faveur du sieur Warny, prêtre bénéficier de l'autel 
Ste-Barbe, à Somme. Ce transport avait été fait à Marche, par devant le notaire 
Goffart, le 3 mars 1713. 

Du 29 mars et du 5 avril 1725 il y a aux Cours de Fronville et d'Eneille un 
retrait de Monsieur Gouverneur, capitaine de cavalerie pour le service de Sa 
Majesté très chrétienne, d'entre les mains du sieur Warny, qui refuse de rendre 
vêture, par la voie amiable, des biens gagèrement transportés. De là, procès. 

Ce capitaine Gouverneur agissait par contrat passé à Malmédy, par devant le 
notaire Dorgué, dans la sallette de l'abbaye impériale, en présence du R^ S^"" Dom 
Gélestin de Verhouter, capitalaire de l'abbaye et du sieur Etienne Lavalle, 
mayeur et échevin du ban de Fronville, au nom de Anne-Marie Henri Jaspar et 
de son troisième mari, Hendrick Deroed. En faveur de ce dernier, elle fait une 
donation entre vifs de ses biens, cens et rentes situés au pays d'Eneille, au détri- 
ment de son fils, Philippe-Charles Sauvage, le 5 septembre 1741, en la maison 
du sieur Delsemme à Jupille (Liège), par devant Barthélémy-Hubert Mathei, 
notaire de la Cour de Liège. 

Le 31 octobre de la même année, nouveau transport et renom des mêmes biens, 
de la part de Henri Deroed en faveur du sieur Guillaume Bonjean, de Fraiture, 
dans la maison de monsieur l'avocat Massar de Jenhez, situé au Souverain Pont, 
paroisse St-Etienne à Liège. Cet acte est enregistré aux Cours de Fronville et 
d'Eneille, le l^"- juillet 1750. 

Et tout cela finit par un dernier transport fait par Guillaume Bonjean en 
faveur de son parent, l'avocat Danthine de Petite Eneille, au prix de 700 florins 
brabants, par devant Nicolas Georis, notaire de Liège, en la maison de l'avocat 
Danthine, située dans la paroisse St-Adalbert à Liège, dans la rue St-Jean, le 
cinq du mois de février 1755 (1). 



(1> Le stock d'Eneille, au château de Grandhan. 



— 42 — 

Délégués du seigneur- à la Cour d'Eneille, le mayeur ou les échevins pouvaient 
aussi le représenter devant des Cours étrangères. C'est ainsi que l'an mil sept 
cent vingt-six, Ignace de Brialmont déclare « commettre et constituer Henry 
Pirard, Eschevin de notre Cour d'Enneille pour en notre nom et de notre parte 
comparaître par devant la Courte dite Jean Beaudhuin jugeante à Wéris, et y 
faire tous reliefs et autres devoirs par nous dûs et afférents «. 

Conclusion. La Cour d'Eneille, sauf appel au Conseil du Luxembourg, jugeait 
définitivement au civil dans les causés réelles et personnelles ; et dans les causes 
criminelles, instruisait le procès « jusques à dire droit «, puis remettait la cause 
et le criminel au prévôt de Durbuy, qui avec sept échevins composait la 
Haute-Cour. 

Depuis la période bourguignonne, il pouvait aussi y avoir appel du Conseil 
de Luxembourg au Grand Conseil de Malines. A cette cour suprême ressor- 
tissaient les provinces belges, excepté le Brabant et le Hainaut et les principautés 
de Liège et Stavelot. 

Nous trouverons dans la suite de cette histoire plusieurs cas d'appel à Luxem- 
bourg et à Malines. 

i n. 

Le Greffier et le Sergent. 

« Le Greffier, disent les abbés Clausset et Mauclet dans leur belle histoire 
d'Auvelais, était un personnage important. Souvent il était le seul lettré du col- 
lège. Comme on ne trouvait pas dans chaque village un homme capable d'en 
remplir les fonctions, on devait fréquemment recourir aux bons offices d'un 
étranger et l'on rencontre de nombreux exemples de scribes desservant simulta- 
nément plusieurs greffes scabinaux ». — La Cour d'Eneille eut longtemps pour 
greffier un de Blier résidant à Fisenne. 

« Le greffier rédigeait une sorte de procès-verbal des séances du tribunal, 
tenait note des diverses phases des procédures, et il libellait ordinairement les 
jugements. Il transcrivait d'abord sur des feuilles de parchemin, plus tard dans 
des registres, les contrats soumis à la formalité de la réalisation et en dépêchait 
des copies authentiques. Il dressait aussi les assiettes des tailles ; en un mot, 
tenait toutes les écritures (1) ". 



(1) Clausset et Mauclet : Histoire d'Auvelais et d'Arsimont pp. 70-71. Namur, Serval.*. 



- 43 - 

Parmi les Greffiers d'Eneille, nous trouvons Nicolas Duchesne, au commence- 
ment du 17^ siècle ; et plus tard, Froidmond, de Blier, Tirtia, Dujardin. 

Le Sergent était une espèce d'huissier chargé de citer les parties devant le 
tribunal et de signifier aux intéressés les requêtes des particuliers et les décisions 
de la Cour. Ainsi, en 1725, le sergent Jean Borlon signifie à Joseph Leboutte, 
au nom de la Cour d'Eneille, qu'il a à comparaître aux fins de venir se voir con- 
damner au paiement de dix écus au curé André Le Charpentier, son créancier. 

Suppôt de la Cour, le sergent l'était naturellement aussi du seigneur : Le 7 
mai 1786, un assemblement s'est tenu dans la maison pastorale d'Eneille, avec la 
permission de très noble Dame des Eneilles, Adriane-Gharlotte de Brialmont, et 
à la semonce de Henri Drouba, son sergent, surséant de la Petite Eneille, au 
sujet des difficultés survenues entre le révérend sieur Randollet, curé, et les 
manants, à propos de la nomination d'un maître d'école. 

« Le sergent assistait aux séances pour assurer l'ordre ; il était agent 
exécutif quand il s'agissait d'appréhender un coupable, de saisir des gages, de 
procéder à des ventes publiques (1) «. 

Au point de vue communal, le sergent cumulait ses fonctions de justicier avec 
celles de garde-champêtre. 

CHAPITRE VI. 

LA COMMONAPTÉ. 

1 . Plaids généraux. A côté des plaids judiciaires, il y avait à Eneille, comme 
dans toutes les communautés, l'antique institution des plaids généraux, d'origine 
franke, c'est-à-dire, des assemblées de tous les chefs de famille, réunis à des 
moments déterminés pour discuter au sujet de leurs intérêts communs. 

Les plaids généraux se tenaient de droit trois fois par an, à des époques fixes, 
et pouvaient encore avoir lieu à divers moments de l'année, avec la permission 
du seigneur, 

« L'assemblée se tenait le plus souvent devant l'église, au cimetière, ou dans 
la maison pastorale, souvent à l'issue de la messe. Le mayeur, représentant le 
pouvoir seigneurial, présidait les séances, entouré des membres de la justice. 
Tous les chefs de famille, hommes ou même femmes veuves, avaient le droit et 
l'obligation d'assister aux plaids généraux. 



(1) Clausset et Mauclet, op. cit. pp. 71-72. 



— 44 — 

On y donnait lecture des vieilles chartes, afin que chacun connût tous ses 
droits et toutes ses obligations. On promulguait aussi les ordonnances des souve- 
rains, les édits et les défenses des seigneurs. 

La gestion des propriétés communes et notamment la réglementation des 
coupes de bois, les mesures à prendre pour sauvegarder les anciens privilèges ; 
les procès à intenter ou à soutenir dans ce but, le choix des mandataires à em- 
ployer devant la justice, l'entretien de la voirie, les réparations à effectuer à 
l'église, au cimetière, à la maison pastorale, les emprunts à contracter ou les 
contributions à lever pour subvenir aux charges, l'audition des comptes étaient 
les principaux objets portés à l'ordre du jour des plaids généraux (1) ». 

La taille d'Eneille pour 1770 se monte à 13 fl. 2 sols, 1 gigot, parmi lesquels 
le curé paie 34 sous, 2 liards. Le plus imposé, André Servais, paie 51 sous ; les 
6 plus pauvres, 1 gigot ; d'après l'assiette de la taille dressée dans la maison de 
Philippe Legrand, par les assieurs Noël Gathy, Jean Servais, André Hollon 
(HoUogne), Philippe Legrand. 

Citons maintenant quelques affaires traitées dans les assemblées de la commu- 
nauté. 

Aux plaids généraux tenus le 7^ jour de l'an 1623 (plaids des Rois ou de 
l'Epiphanie), le seigneur Henri Brialmont en personne a remontré aux manants 
que diverses fois plusieurs habitants se sont plaints tant aux plaids généraux 
qu'aux autres plaids de ce que les gens ayant le plus de moyen intéressaient fort 
leur pâturage, prenant troupes de moutons exorbitamment et plus que leurs 
pâtures ne peuvent porter, au grand préjudice de leurs bêtes à cornes. Il leur a 
proposé de charger en tout par les deux villages d'Eneille, trois cents moutons 
par dessus son troupeau ordinaire, à répartir proportionnellement ou bien sui- 
vant les héritages de chacun, ou bien suivant l'assiette de la taille de Sa Majesté, 
ou bien autrement de façon convenable et raisonnable. Pour à quoi répondre 
s'étant les dits manants tirés à part se sont retournés par devers le seigneur et 
la Justice avec diverses opinions, sur le fait de la répartition. Pour laquelle 
diversité accommoder, le seigneur a requis les mayeur et échevins de prendre 
et recevoir les opinions de chacun particulièrement. 

« Trois ont déclaré vouloir prendre des moutons à leur plaisir et sans règle ; 
six ont déclaré vouloir que la répartition se fît à l'advenant des héritages ; vingt- 
cinq ont déclaré vouloir qu'il fût fait à proportion de la taille payée au Prince 
par chacun, 

« Le sieur Belleamye, curé des Eneilles, a déclaré qu'il se contenterait d'en 
prendre autant que le plus riche laboureur en prendra en conformité de sa 
taille. 



(1) Classet et Mauclfit, op. cit. pp. 75-76. 



— 45 — 

« Le seigneur acteur accepte et reproduit le besoigné cy fait en cette Cour, le 
7 de ce mois, sur les plaids généraux derniers contenant les règles volontaires 
arrêtées entre lui et ses sujets, excepté quatre requérants. » 

« Donc tous les habitants, sauf quatre, parmi lesquels Thiry de Brialmont et 
sire Jacques Rondeau, prêtre, demeurant à la Petite Eneille, se sont ralliés à la 
majorité. Sur ce, les mayeur et échevins donnent permis de prendre bestes à 
laine conformément à la dite assiette et advenant de trois cents moutons, outre 
et par dessus la troupe du seigneur, et ce par provision, jusqu'à ce qu'autrement 
en soit ordonné ». 

Le 11 janvier 1623, ils accordent aussi au seigneur acteur défaut contre les 
quatre non comparants, qui adressent une requête à Monseigneur le Gouverneur, 
Président et gens du Conseil de Luxembourg, invoquant leur paisible possession 
depuis 20, 30, 40, 50 ans. Le Conseil de Luxembourg communique leur requête 
à Henri de Brialmont, le 19 janvier 1623. La suite du débat nous manque. 

2, Le Mayeur, les Echevins, les Gbnteniers, le Sergent. A Eneille, 
le mayeur et les échevins de la Cour de justice cumulaient aussi les fonctions 
communales, avec les deux centeniers, restes des anciennes institutions féodales, 
nommés également par le seigneur. 

Les fonctions du mayeur ou bourgmestre se bornaient à l'administration des 
biens communaux, à la réquisition de journées de travail à prester par les habi- 
tants pour les travaux publics, à la surveillance générale des biens et des chemins. 

Nous verrons les centeniers intervenir une fois dans les débats relatifs à la 
restauration du presbytère, à propos d'une levée de contribution due par les 
particuliers. Ils commandaient aussi les rinages, c'est-à-dire, les réunions à jour 
fixe et annuelles, où se débattaient les affaires de la communauté. 

Le sergent, comme fonctionnaire communal, outre son rôle de garde-champê- 
tre, devait annoncer les plaids extraordinaires par affiches, et aller de maison 
en maison, convoquer tous les manants « parlant à eux-mêmes, leurs femmes, 
enfants, domestiques », et leur notifiant le lieu, l'heure, l'objet de l'assemblée. 
Au moment de la réunion, il sonnait la cloche paroissiale. 

3. Charges publiques. De l'époque féodo-communale nos archives ne disent 
rien sur les redevances des manants vis-à-vis du seigneur. Le curé lui devait tous 
les sept ans une journée de faulx aux foins, par corvée ; deux annuellement pour 
raccense de l'eau proche de la maison de cure, deux setiers d'avoine comme 
laboureur pour la vente du bois ; à la fête des Rois, il paie sept bons liards à la 
recette seigneuriale. Ces redevances durent jusqu'à la fin de l'ancien régime. 

Dans la suite, à partir de l'époque bourguignonne, outre la taille fixée par les 
5 assieurs de la communauté, «« les Etats de chaque province votaient annuel- 



— 46 — 

leinent les aides et subsides, c'est-à-dire, leur part dans les dépenses générales 
du gouvernement. L'aide votée par « la province de Luxembourg « était répartie 
entre les divers corps sociaux : clergé, villes, noblesse, plat pays. 

" La contribution globale du plat pays était divisée entre les bailliages et les 
prévôtés, puis on déterminait la portion pour laquelle chaque communauté 
interviendrait. Le mayeur et les échevins de la Cour ayant reçu le billet qui les 
informait de la somme réclamée aux habitants de leur juridiction faisaient l'as- 
siette de la taille, c'est-à-dire taxaient chacun suivant sa fortune, en prenant 
pour base la quantité de bonniers ou de journaux de terre qu'ils détenaient (1) ». 

D'après une répartition faite par le lieutenant prévôt de Durbuy, en date du 
20 février 1767, Eneille devait payer 81 florins, 14 patars et 3 deniers, la moitié 
au 15 du courant, un quart au 15 juillet, l'autre quart au 15 d'octobre suivant, 
à peine d'exécution en mains de M. Malempré, à Marche, avec le demi-sol par 
florin. Item pour le soutien de la Cour du duc Charles, payable comme dessus, 
14 florins brabants 14 patars. La taille était payable à Marche (Eneille et la 
prévôté de Durbuy faisant partie du quartier de Marche). Les envois ont coûté 
pour les deux années 1765 et 1766, 8 escalins. 

Le 6 février 1769, le sieur de Blier, greffier de la Cour d'Eneille, à la demande 
du comte Philippe de Gobenzl envoie la réponse de la dite Cour sur l'estimation 
des biens-fonds faite par ceux de la justice d'Eneille aidés de leurs experts en 
vue de la repartition de la taille due à Sa Majesté. 

Le journal de bonne terre labourable y est estimé àun setier et demi d'épeautre 
à comble, pour la première année ; à trois quarts d'avoine aussi comble, pour la 
deuxième année ; la troisième se repose. Suit l'estimation des terres médiocres, 
des mauvaises terres, des trixhes labourables, des sarlages à vingt ans. 

Le cent de bon foin est estimé à 15 sols, le cent de médiocre à 7, le cent de 
mauvais, de même que le regain à 5. 

Un chapon est estimé à deux escalins (14 sous), une poule 7 sols, un œuf trois 
deniers (un quart de sol) ; une journée de faulx d'un manœuvre 17 sols, quand 
on ne nourrit pas le manœuvre, et quand on le nourrit, 10 sols. 

Le prix d'une livre de laine est de 8 sols ; à quelle occasion on prie de faire 
attention que dans les étables du curé, la livre est taxée 10 sols, par abus. 

Une ordonnance de Marie-Thérèse, en date du 20 mai 1779, régie comme suit 
la contribution foncière : 

« Ghers et bien-aimés, sur le compte qui nous a été rendu de votre représen- 
tation du 26® février dernier concernant l'article 13 de notre ordonnance du 21 



(t) Clausset et Mauclet, op. cit. p. 81. 



— 47 — 

mars 1771, nous vous faisons la présente, à la délibération du Sérénissime Duc 
Charles-Alexandre de Lorraine, Gouverneur et capitaine général des Païs-Bas, 
pour vous dire que le vrai sens du dit article n'étant et ne pouvant être autre 
que de faire contribuer par les propriétaires des cens et rentes foncières, une 
partie de l'imposition proportionnée au montant de la rente et au produit du 
fonds qui en est chargé, il est tout simple qu'en cas de difficulté pour déterminer 
cette proportion, il sera fait une évaluation par experts du produit ou de la 
valeur réelle du fonds, sans égard à l'évaluation portée au cadastre ; de manière 
par exemple que si un fonds chargé de 50 sols de rente, cotisé dans l'imposition 
à 20 sols, est estimé valoir réellement un produit de 200 sols, le tenancier devra 
supporter dans les 20 sols de l'imposition quinze sols, et le rentier les 5 sols 
restants. Selon quoi vous aurez à vous régler tant à l'égard du cas qui fait l'objet 
de votre dite représentation, que de tous autres cas de cette espèce qui peuvent 
se présenter dans la suite ». 

Le clergé avait son rôle à part dans la répartition générale de l'impôt. Le 
curé d'Eneille payait comme décimaleur et comme laboureur. 

En 1778, pour une dîme de 250 florins brabants, il paie 17 florins, 12 sous, 
6 deniers. 

Quand, pour fait de guerre ou autre calamité publique, un curé ou une com- 
munauté avaient subi de grands dommages, ils pouvaient exposer leur situation 
au Conseil du Luxembourg, qui généralement réduisait leur taille pour l'année 
suivante, si les réclamations lui parvenaient à temps et étaient trouvées légitimes. 

L'ordre du clergé était représenté à Luxembourg par les abbés de Saint- 
Maximin (Trêves), de Munster (Luxembourg), d'Echternach, de Saint-Hubert, 
d'Orval et le prieur d'Houflalize. 

Gomme laboureur, le curé d'Eneille, pour 7 journaux 156 verges de terres 
labourables, dont deux jours de la première classe ; la moitié du résidu de la 
deuxième ; le reste de la troisième classe, payait à la taille l florin, 2 sous et 6 
deniers, en évaluant le sou à 0.06 et le denier à i/3 de sou. 

Pour 9 jours, 102 verges de terres sartables, dont 4 de la première classe, il 
payait 4 sous, 7 deniers. 

Pour un jour, 106 verges de jardin et de verger, il payait 14 sous. Pour un 
jour, 159 verges de prairies, dont un tiers de la première classe, un tiers de la 
deuxième, un tiers de la troisième, il payait 14 sous, trois deniers. 

Pour 9 bêtes à cornes, l florin, 13 sous, 9 deniers. 

Pour cinq chevaux, 1 florin, 17 sous, 6 deniers. 

Pour vingt-deux bètes à laine, 16 sous, 6 deniers. 

Pour l'industrie d'un domestique laboureur, 13 sous et 3 deniers. 



— 48 — 

Outre la contribution ordinaire pour les aides de Sa Majesté, le clergé, comme 
le plat pays, devait payer ou parfois offrait gratuitement des subsides extraor- 
dinaires comme le prouvent les lettres suivantes adressées au doyen du concile 
ou du doyenné d'Ouffet. 

Le 9 février 1708, le doyen de Luxembourg, A. Feller, lui écrit : « Si nous 
avons tant tardé à vous envoyer le second mandement pour la contribution, le 
fait en est que nous étions avertis qu'il y avait cette année des frais extraordi- 
naires à répartir, et que le Roi avait nommé une jointe de Mfe'"" le comte d'Autel 
et de quelques seigneurs pour les régler. Nous avons présenté la requête à la 
dite jointe pour que le secrétaire de l'Etat soit obligé de nous donner connais- 
sance tant de la somme générale du clergé que de la quote-part des frais venant 
à sa charge ; et après tout bien examiné, il s'est trouvé que nous avons réparti 
au juste la moitié de notre somme. Ainsi votre doyenné a été taxé à 143 V2 écus, 
dans la dernière répartition générale ; vous ferez lever la même somme pour 
achever le paiement de la présente année, et la répartition subdivisionnelle du 
premier paiement vous servira pour celui-ci ». 

En 1737, le doyen du concile d'Ouflfet était le curé Maréchal de Grandhan. 
Nous retrouvons dans ses papiers une acceptation d'un don gratuit du clergé 
séculier, par S, A. R. Marie-Elisabeth, en ces termes : 

« Etant informée par le rapport qu'on nous a fait de votre acte d'accord du 8 
février 1737 que vous présentez à S. M. un don de 12,000' florins brabants 
pour l'assister à supporter les dépens immenses auxquels l'engage la présente 
guerre contre les infidèles, et ayant ce don agréable, nous l'avons accepté au 
nom de notre très cher frère et seigneur, et nous vous remercions par la pré- 
sente à condition que vous fassiez remettre incessamment cette somme à Bruxel- 
les, entre les mains de l'administrateur de la caisse de guerre ». 

Enfin, voici une autre dépêche officielle au même doyen du concile d'Ouffet, 
curé de Grandhan, et qui prouve que le même subside volontaire a été payé plu- 
sieurs fois. 

« J'ai l'honneur de vous avertir que l'Etat ecclésiastique de cette province, 
assemblé à Luxembourg le 20 du mois de novembre, ayant accordé volontaire- 
ment à S. M. 1. et G. un subside ordinaire et extraordinaire de 12.000 fl. pour 
l'année 1739, notre clergé séculier, suivant la transaction de 1712, en est pour 
6720 florins brabants. Les deniers de recette et vacations portent avec les consi- 
dérations des confrères endommagés par les trois F (1), la somme de 292 fl. B., 
faisant ensemble celle de 7012 fl. B., dans laquelle votre doyenné d'Ouffet est 
taxé suivant le pied ordinaire à 499 florins brabants, 9 sols et 7 liards payables. 



(1) Les trois grands Fléaux : le Feu, le Fer, la Famine. 



— 49 — 

la moitié an 15 février prochain, un quart au 15 juillet, un quart au 15 octobre 
de l'année 1739, entre les mains du receveur du dit clergé, monsieur Groffay, 
résidant à Marche, le tout, augmenté de 58 fl. 19, pour frais d'exécution ». 

La taxe de la province de Luxembourg, à cette date, tant pour les subsides 
ordinaires qu'extraordinaires, se montait à 280,000 florins brabants « hors de 
laquelle le clergé s'est volontairement chargé des 12,000 fl. stipulés plus haut. 

La taxe ecclésiastique du doyenné d'Ouflet était répartie entre les intéressés 
par le vice-doyen ou collecteur du concile, qui fut longtemps un curé d'Eneille : 
Noël Depierreux. Voici ce qu'il nous renseigne pour l'an 1664. » La répartition 
de la taxe due à Sa Majesté catholique aux mois d'avril et mai 1664, se portait 
cette année à 445 florins brabants, pour le doyaume d'Ouflet, solvable en déans 
la St-Remy prochain, laquelle a été répartie en la ville de Durbuy, le 2 septem- 
bre, en présence des curés du concile, qui ont payé en tout 468 fl., 13 patars, 
dont 13 florins brabants pour la cure d'Eneille, 18 pour Tohogne, 11 pour 
Durbuy, 3 pour Barvaux, etc., etc. 

« Dans les 468 fl. sont compris le port à Marche par la messagère, 22 pat. ; les 
vacations des oflîciers et répartisseurs, 14 fl. ; par ainsi, ily a d'excrescence 9 fl. 
1 pat. Et de la pénultième et dernière taxe le collecteur renseigne d'excrescence 
47 fl. 17 pat. : soit pour les trois dernières taxes, 56 fl. 18 pat. d'excrescence. 

» J'ai reçu en outre, dit le vice-doyen, 15 fl. pour le révérend Prélat de Neuf- 
moustier, ce qui est son entier contingent. — Le 5 décembre, recevant les deux 
dernières taxes du révérend ofïîcial de Marcour, portant 36 fl. brabants, je lui ai 
décompté 8 florins, pour les deux journées de vacation pour la répartition faite à 
Durbuy, le 2 septembre 1664, et trois patakons en tout pour les deux précé- 
dentes portant 15 fl. 4 pat. ; et, collecteur représentant un doyen, moi, je prends 
pour mes vacations, pour les trois précédentes, trois patakons ; et pour la der- 
nière, 4 fl. 4 pat. à déduire hors des excrescences. — Le 1" décembre 1664, j'ai 
décompté au vénérable pasteur de Durbuy, douze florins pour payer le vin 
du dîner ». 

En dehors du domaine ecclésiastique, il y avait un collecteur laïc, qui, comme 
les antiques publicains, prenait la levée des tailles au rabais, c'est-à-dire qu'on 
l'adjugeait à qui s'offrait à la percevoir en prenant comme salaire le tantième le 
moins élevé. Il rendait compte de ses opérations à la Cour de justice et à l'as- 
semblée des manants. Pour l'audition des comptes, le mayeur, les échevins, le 
greflïer, le sergent étaient rétribués comme pour établir l'assiette de l'impôt. 

4. Les Revenus et les Biens communaux. 

De tous temps, les revenus d'Eneille furent assez maigres. La taille commu- 

4 



— 50 — 

nale, les bois, la pêche ne devaient pas faire monter haut le budget annuel, 
d'autant plus que ces deux derniers postes relevaient du droit seigneurial, et 
que l'église Ste-Marguerite possédait une partie des bois. Il y avait assez bien de 
terres communes, qu'on appelle encore « La Commune », à l'est du territoire des 
Eneilles, sur lesquelles par tradition perdure le droit de vaine pâture, comme 
sur les terres du château à partir de la Toussaint. D'ailleurs il n'existe plus 
aucun compte des anciens temps. 

En 1910, la location de la chasse rapporte 750 frs. à la section d'Eneille. 

Chaque habitant paie une moyenne de 5 à 8 francs pour sa part de bois 
d'affouage, soit un revenu de 250 francs environ par an. 

Les additionnels se montent à 0.30 centimes. Les propriétaires paient 5 7o du 
revenu cadastral. 

5. RÉGIME ADMINISTRATIF. 

Sous le régime français, issu de la Révolution, Eneille fait partie du départe- 
ment des Forêts, avec pour maire, M. Hamoir. 

Réunie quelques années à Monteuville et à la commune de Petite Somme, 
elle appartient depuis 1826 à la commune de Grandhan. 

Administration communale en 1910 : 

Bourgmestre : Henri Rondelet, à Petithan. 
Conseillers d'Eneille : Nestor Collin, échevin. 

Joseph Deprez. 
Secrétaire : Adolphe Désirotte, de Grandhan 
Receveur communal : Henri Despas, de Grandhan. 

En temps normal. Petite Eneille est à vingt minutes de Grandhan, à trois 
quarts d'heure de Petithan ; mais quand les ponts de bois sont renversés aux 
passages d'eau de Chêne à Han et du moulin, et quand les barquettes ne mar- 
chent plus par suite des crues de l'Ourthe ou de la débâcle des glaçons, Eneille 
est à deux lieues de Grandhan, à une et demie de Petithan. 

On a essayé depuis cent ans tous les groupements possibles pour faire à Eneille 
une situation communale sortable. La topogi-aphie s'y oppose. 

6. Ancienne Population. Les Manants d'Eneille, les notables. 

Le plus vieux document qui nous renseigne sur l'ancienne population 
d'Eneille, c'est le procès des moutons, en 1623 : les deux Eneilles comptent alors 



— 51 — 

37 ménages. Il y en a 29 en 1695, d'après le procès pour la restauration de la 
maison pastorale. Entre ces deux dates, survient la peste de 1636, qui fait à 
Eneille de nombreuses victimes. Dans un fragment du registre des baptêmes, de 
1605 à 1627, nous comptons jusque 18 jeunes gens, en dessous de 20 ans, nés 
entre 1616 et 1627, dont la mort est signalée en 1636. Citons-les pour mémoire : 
Marie, fille de Michel le Maréchal et de Jeanne Ponsart, née le 19 août 1616. — 
Roland, fils de Jean Thyes et de Catherine Rondeau, né le 2 janvier 1617. — 
Toussaint, fils de Jean Toussaint et de Marguerite Ponsart, né le 17 janvier 
1619. — Jeanne fille de Bernard et de Marguerite Ponsart, née le 19 juillet 1619. 
— Anne, fille de Jean Thyes et de Catherine Rondeau, née le 16 novembre 
1628. — Marguerite et Anne, sœurs jumelles, filles de Jean Bernard et de 
Jeanne Ponsart, nées le 21 mars 1621. — Marguerite, fille de Jean Toussaint et 
Marguerite Ponsart, née le 25 octobre 1622. — Jean, fils de Jean Thyes et de 
Catherine Rondeau, né le 8 décembre 1622. — Jean, fils de Jean Toussaint et de 
Marguerite Ponsart, né le 23 novembre 1623. — Anne, fille de Jean Bernard et 
de Jeanne son épouse, née le 2 décembre 1623. — Jeanne, fille de Henri Trina, 
moulnier et de Jeanne Demarteau, née le 27 juin 1625. — Tierry, fils de 
François de Leuze et d'Antoinette de Molin, né le 20 novembre 1625.— Jeanne, 
fille de Jean Toussaint et de Marguerite Bernard, née le 13 février 1626. — 
Marguerite, fille de Hubert de Tohogne et de Marguerite Ponsart, née le 25 
octobre 1626. — Pierre, fils de Jean de Leuze et d'Antoinette de Molin, né le 
4 janvier 1627. — Ponce, fils de Poncelet Ponsart et de Jeanne de Trina, né le 
8 juillet 1627. — Jean, fils de Jean Toussaint et de Marguerite Bernard, né le 
22 décembre 1627. 

Remarquez les 5 enfants morts dans la famille Toussaint en 1636. Cette famille 
que nous trouvons déjà dans la liste de 1623, ne reparaît plus dans celle de 1695. 
11 n'y a du reste que 5 familles qui soient portées à la fois sur les deux listes de 
1623 et de 1695 : les Ponsart, les Gollin, les Lecomte, les Gérard, les Pire. 

Si la peste de 1636 a changé presque tous les noms à Eneille, c'est qu'il y est 
revenu de nouveaux habitants en majorité étrangers: c'était un repeuplement 
nécessaire. 

Disons un mot sur l'origine probable de ce fléau. 

L'Europe était alors en plein dans la Guerre de Trente ans. L'empereur Fer- 
dinand H avait répondu à l'attaque de la France « en envoyant dans le Luxem- 
bourg 32,000 Croates, Polonais et Hongrois, se joindre aux troupes espagnoles, 
avec lesquelles ils devaient envahir la France (juin 1635) ; mais ces hordes sau- 
vag'^s se crurent ou plutôt feignirent de se croire en pays ennemi aussitôt après 



— 52 — 

avoir franchi la Mosollc (l) -, Ravajjçeant tout sur son passage, « l'année austro- 
espagnole parvint jusque près de Pai-is ; mais énergiquement repoussée, elle se 
replia en hâte sur le Luxembourg, où elle établit ses quartiers d'hiver. 

Ce fut pour la [)fovince la plus épouvantable de toutes les catastrophes qui 
s'étaient abattues sur elle jusqu'ici : les Impériaux prirent possession du plat 
pays et des villes, se livrant aux plus honteux excès, infligeant aux habitants 
des tortures sans nom pour leur extorquer de l'argent qu'ils n'avaient pas, ou des 
vivres dont ils étaient tout aussi dépourvus, ou encore, par simple désœuvrement, 
pour l'unique plaisir de tuer et de détruire. La conséquence de cette invasion fut 
une cherté inouïe des choses les plus nécessaires à l'existence, si bien que la livre 
de fromage vint à coûter 10 sous, et le setier de froment (18 litres) 48 sous, d'où 
une famine affreuse ; la misère atteignit un tel degré, que l'on vit des mères 
égorger leurs enfants pour s'en repaître, et les bourgeois des villes se nourrir de 
cadavres qu'ils allaient détérer dans les cimetières. Il n'en fallait pas tant pour 
provoquer des épidémies ; aussi la peste ne tarda-t-elle pas à faire son apparition 
et à sévir avec une telle violence qu'elle enleva les deux tiers de la population 
dès le début de l'hiver (1636) (1) «. 

Aux Eneilles, nous l'avons dit, cinq familles à peine y survécurent, et après 
60 ans, le nombre des ménages n'était pas encore remonté jusqu'au chiffr-e de 37, 
comme le donne notre première liste. 

Parmi les notables d'Eneille emportés par la peste, signalons Messire Jacques 
Rondeau, prêtre, demeurant à Petite Eneille. Nous en avons un acte authenti- 
que (2) dans sa déclaration de volonté dernière, recueillie et consignée par le 
curé Pierre Belleamye. 

Cet acte a été fait à la hauteur d'Eneille sur le thier qu'on dit la Fosse des 
Frênes, quelque peu éloigné de la logette qu'on lui avait fait dresser expressé- 
ment à raison de son infection. 

Il n'y eut pas moyen de lui faire signer de sa main sa déclaration. On prit 
pour témoins Jean Delrée, Henry Gérard moulnier, Henri GoUin, Pierre de 
Brialmont, le jeune, et le curé Pierre Belleamye. 

Jacques Rondeau y confirmait une donation du 26 octobre 1624, faite devant 
la justice de Fronville en faveur de ses neveu et nièce Jacques et Jehenne 
Pirard, enfants de son demi-frère Jehan Pirard et d'Elisabeth Duchesne. Puis il 
ordonnait par codicille qu'on fit des anniversaires annuellem.ent à l'église d'Eneille, 



(i) Bernays et Vannérus, op. cit. p. 374. 
(2( Archives du chfiteau <le Grandhan. 



i 



— 53 — 

à charge pour ses neveu et nièce de payer tous les ans au curé un daller, mon- 
naie du Roi, 

Le curé l'ayant interrogé si on ne lui devait aucune chose, il déclara que 
Evrard de Noiseux lui devait vingt-quatre florins brabants d'argent prêté, et 
Guillaume le Gharlier de Baillonville dix-sept patacons pour biens lui vendus ; et 
Henri Gille de Baillonville lui devait quarante florins brabants seulement tant 
pour laines à lui délivrées que pour grains ; et autrement, quittant le reste de 
toutes autres prétentions qu'il pourrait avoir à rencontre du dit Henri, en faveur 
de Marie sa fille, et ce pour bonnes considérations ; que Henri GoUin lui devait 
32 patacons, lesquels aussi il lui quittait. 

» En outre, dit le curé, m' ayant enquis et demandé ce qu'il pouvait devoir 
à autrui, il répondit devoir à Jean Scion d'Eneille, une charrée d'ancinnes, et 
à Roland de Moirville deux à trois pots de bière, ne pensant devoir à homme du 
monde autre chose, excepté qu'il déclara avoir mis de côté trente-trois florins 
brabants, qu'il chargeait ses héritiers de donner à Roland de Grandhan pour la 
regrosse d'une terre qu'il lui avait achetée ». 

Les pestiférés n'étaient pas enterrés au cimetière, mais en pleine campagne au 
lieu-dit « La Maladrèie ». 

Jacques Rondeau avait une fortune considérable. Elle fut le noyau du second 
domaine de Petite Eneille, sorte de domaine bourgeois, enclavé aujourd'hui 
encore, comme au temps féodal, dans l'ancien domaine des seigneurs. Par un 
concours d'alliances et d'héritages, la peste aidant, ce domaine vient aux mains 
des Pirard, puis des Danthine, puis des de Favereau. 

Jacques Pirard, l'héritier de Jacques Rondeau, était fils de Jean Pirard- 
Duchesne, demi-frère de Jacques Rondeau, dont la mère, Bertheline de Brial- 
mont, veuve de Thiry Rondeau, avait épousé en secondes noces, à la fin du 
XVP siècle, Jean Pirard le Maréchal, le vieux, père de Pirard-Duchesne : " Jean 
Pirard le Maréchal et Bertheline avaient un second fils qui mourut sans hoirs, 
écrit Pierre Pirard en 1710, et ainsi, icelui Jacques, prêtre, avait hérité de tous 
les biens tant du côté de son père Rondeau, que de la dite Demoiselle Berthehne 
sa mère ; lesquels biens il promit de donner en convenances de mariage à Jean 
Pirard, le jeune, fils unique en secondes noces de Bertheline ; tellement que 
Jean Pirard a hérité de tous les biens de Thiry Rondeau. 

Pirard le Maréchal avait eu déjà d'une première femme sept enfants, lesquels, 
selon les coutumes du pays de Luxembourg devaient également partir par tête 
à tous biens provenant de leur père, excepté les acquettes faites pendant les 
mariages, qui allaient aux enfants respectifs de ces mariages; maisiceux enfants 
du premier lit venant à pauvreté vendirent et engagèrent leurs biens et parts 



— 54 — 

tant à leur père, étant déjà rallié en secondes noces, qu'au dit Sire Jacques, qui 
laissait tout au profit de Jean Pirard, son demi-frère unique des secondes noces 
de sa mère, et ce dernier a encore par là succédé à tous les biens et acquettes 
de son père, et a eu le bien entier, après plusieurs années de séparation. Et 
icelui Jean a eu deux enfants, fils et fille ; elle mariée à Gengoux de Baillon- 
ville, et le fils à Anne de Blier, duquel descend mon père. Les enfants du pre- 
mier mariage de Pirard le Maréchal sont présentement (1710) les l'irard de 
Grandhan. « 

Pierre Pirard, l'auteur de ce grimoire, épouse Agnès Danthine, fille de Lam- 
bert Danthine, et arrière petite-fille de Gui Danthine et de Marguerite de 
Sottrez. 

Ils eurent un fils unique, Henri Pirard, né le 9 mars 1688, souvent cité dans 
nos archives comme échevin et greffier d'Eneille. Il mourut en 1735, laissant 
sa fortune à l'avocat Henri-François-Joseph Danthine de Liège, mort céliba- 
taire, qui la passe à Auguste-Charles-Marie de Favereau, fils d'Albert- 
Antoine, chevalier de Favereau, et de Marguerite-Gabrielle Danthine de Liège. 

La pierre tombale d'Agnès Danthine, dans l'église d'Eneille, porte ces simples 
mots : 

Ci gist Agnès 
Danthine 

ÂGÉE DE 93 
ANS. 1740 

Le blason des Danthine, que l'on trouve sur la pierre tombale de son fils, 
Henri Pirard, porte écartelé au premier et au quatrième un chevron, au deu- 
xième et au troisième un lion. 

Dans les armes de Henri Pirard, les lions sont remplacés par des fasces. Son 
blason et celui des Danthine, sur sa tombe, sont timbrés d'un heaume, un lion 
issant. Voici son épitaphe : 

Ci GIT LE SIEUR 

HenriPirard 

FILS DE Pierre 

Pirard et D^'ie 

AgnèsDanthine 

Eschevin et Greffier 

Des Eneilles, décédé le 

9 T^re 1735 

Requiescat in page 



— 55 — 

Cette inscription est gravée sur un piédestal en forme de cloche supportant un 
sarcophage surmonté des deux blasons susdits (au lieu des blasons on trouve 
souvent des statues dans les tombes princières de l'époque). 

L'abbé de Blier avait aussi sa tombe dans l'église avec ses armes. Le blason 
de la famille de Blier portait d'argent à trois fasces d'azur, au premier canton 
d'or à une rose de gueules, soutenue de sinople et boutonnée d'or, d'après Riet- 
stap (Armoriai général). Cependant, ni dans la pierre tombale d'Eneille, ni dans 
le volet du rétable de l'église de Durbuy (portrait de Nicolas de Blier et de sa 
fille) la rose n'est soutenue ni barbée. Il n'y a qu'une simple rose héraldique, 
stylisée et sans tige ni feuille (1). 

Voici l'épitaphe de l'abbé de Blier : 

Hic jaget vbnï'"''s dnus 

EVERARDUS DE BlIER 

Presbyter qui obyt 
8A 7BRIS A.0 1702 

Requiescat in page. 

Les de Blier ont été anoblis le 20 juillet 1618, Luxbg., dit Rietstap. 

Les plus anciennes familles dont les descendants habitent encore Eneilles sont 
les Collin et les Ponsart, déjà cités dans les anniversaires du XV^ siècle. Nos 
archives nomment Jean Colin, capitaine de la cavalerie du Condroz, Louis 
Colin, prêtre, Jean-Henri Colin, chanoine de Scléen, dans la première moitié 
du XVIII* siècle, et dans la seconde moitié, André Colin, curé de Natoye, pro- 
priétaire d'une bergerie à Petite Noiseux, en 1771. Ils payaient chaque année 
des rentes à l'église pour la communauté de Porcheresse. Ce sont les Colin, 
jadis de Porcheresse ou dits de Porcheresse. 

De 1600 à 1700, on trouve les familles Gérard, Raskin, le Mouton, Pirlottin 
(Pirottin, Pirotton), Lecomte, Pire, Warnier (Warny), Collard (Colla). 

De 1700 à 1800 : Modave, Michel, Etienne, Houart, Dachoulle (Dachouffe), 
Drouba, Ottelet. 

De 1800 à 1815 : Bougelet, Farigoul, Julien Maréchal, Quirin. 

A part les deux familles de souche cinq fois séculaire, la population d'Eneille 
a toujours été très flottante. 



C) Voir aussi Communes Luxembourgeoises, T. V, p. 321 



— 56 — 




Phot. Ed. Petit. 



GRANDE ENEILLE. 
Vieille maipon de style liégeois. 



Les fermes d'Eneille et 
celles de Chêne à Han 
n'ont pas peu contribué 
à renouveler les noms 
et les familles dans la 
paroisse. 

En 1793, il y avait à 
Grand Eneille 3 labou- 
reurs, 2 maisons de la 2^" 
classe, 14 de la 3^ 

A Petite Eneille, 2 la- 
boureurs, 2 maisons de 
la 2« classe, 7 de la 3% 
en tout, 30 maisons (1). 



CHAPITRE VIL 

■ L A W A K Û I S e E . 
§ I. 

Les Origines — la Patronne — l'ancienne Division 
ecclésiastique — la Collation de la Cure. 

1 . « Au témoignage d'un antique curé d'Eneille, qui a écrit l'avoir vu dans un 
registre de l'abbaye de Neufmoustier, l'église paroissiale date de l'an 1000 (2). « 

Il est impossible de préciser l'époque où le culte chrétien, dans nos pays, rem- 
plaça le culte païen. Mais sans aucun doute, la villa d'Eneille dut être visitée de 
bonne heure par les premiers apôtres du Gondroz, traversée qu'elle était par sa 
voie romaine, aboutissant à Tongres et à Trêves, deux centres de civilisation 
chrétienne aux premiers siècles de notre ère. 

2. La Patronne. L'autel de Ste. Marguerite y remplaça-t-il immédiatement 
l'autel du dieu Pan? C'est peu probable, puisque le culte de Ste. Marguerite ne 
s'est répandu en occident que depuis les Croisades. 

La paroisse d'Eneille existait avant son incorporation à Neufmoustier ; elle 
est peut-être de fondation stavelotaine, puisque la terre d'Eneille relevait de 
Stavelot depuis la donation de Pépin de Herstal, au VII» siècle, jusqu'à la dona- 
tion de Charles le Gros, à la fin du IX*^ siècle. 



(1) Communes luocembourgeoises. Grandlian. (2) Note de M. Georig, ancien curé d'Enei-lle. 



— 57 — 

On sait d'ailleurs que les paroisses de Tohogne et d'Ocquier, non loin d'ici, 
ont été fondées au VIP siècle par S. Sigolin, abbé de Stavelot, successeur de 
S. Remacle. 

Quoi qu'il en soit, Sainte Marguerite, vierge et martyre, est de temps immé- 
morial patronne de la paroisse. 

Elle a pu nous venir avec les chanoines augustins de Pierre l'Hermite, desser- 
vants de la cure, comme vicaires perpétuels de Neufmoustier. 

D'autre part, Ste. Marguerite est fort en honneur dans le nord du Luxem. 
bourg et dans le diocèse de Liège. Il y a les roches ou les grès Ste-Marguerite 
près de Durbuy, comme il y a la montagne Ste-Marguerite à Laroche. 

3. Dans Yancienne organisation ecclésiastique, la paroisse d'Eneille, comme 
la plus grande partie du vieux duché de Luxembourg, appartenait au diocèse de 
Liège, divisé en huit archidiaconés, subdivisés eux-mêmes en doyaumes ou 
doyennés. 

Eneiile était une des 70 paroisses du concile d'Ouffet, archidiaconé du Gon- 
droz, jusqu'à la nouvelle circonscription des cures ou succursales, réglée par le 
décret impérial du 30 septembre 1807, qui la plaça dans le doyenné de Durbuy. 

Les églises paroissiales de l'ancien diocèse de Liège étaient divisées en églises 
majeures ou entières, en églises médianes et en quartes chapelles, selon qu'elles 
payaient le tout, la moitié ou le quart de la taxe ecclésiastique due à l'évêque, à 
l'archidiacre et au doyen. Les archidiacres étaient des espèces de vicaires géné- 
raux, souvent inamovibles, chargés d'abord de la direction des aflaires tempo- 
relles pour les églises situées dans leur circonscription. « Ils visitaient les éghses 
majeures et médianes et y donnaient l'institution aux curés canoniquement nom- 
més par les collateurs, tandis que ces fonctions étaient exercées dans les quartes 
chapelles par le doyen. On croit avec assez de fondement que les églises majeures 
sont les églises-mères primitives, que les médianes sont issues d'un démembre- 
ment à une époque déjà ancienne, et que les quartes chapelles sont des églises 
filiales érigées en paroisses à une époque plus moderne (1). 

On peut lire à l'appendice la répartition des églises du Concile d'Ouffet dans 
cet ancien cadre. Eneiile était une église médiane. 

Les curés de chaque paroisse, toujours au diocèse de Liège, choisissaient leur 
doyen parmi les curés de leur ressort, sous la présidence de l'archidiacre. Il 
était prescrit aux doyens de convoquer les curés en synodes ou conciles un cer- 
tain nombre de fois déterminé. De là le nom de Concile donné aux doyennés. 
Ces conciles étaient encore divisés en confréries : 

Dans le concile d'Ouffet, Eneiile faisait partie de la confrérie de Wéris. Nos 



(2) Claus.set et Mauclet, op. cit., p. loy. 



— 58 — 

conférences ecclésiastiques d'aujourd'iiui ne sont que la reproduction de ces an- 
ciens conciles. 

Dans le doyenné d'Oufïet il y avait 5 classes de 6 ou 7 curés chacune, chaque 
classe nommait un défi niteur. Les définiteurs confèrent ensemble sur les difTé- 
rentes affaires, mais ne définissent rien sans l'avis de ceux de leur classe. Outre 
le définiteur, il y a un collecteur de tailles. Chaque année on nomme 5 assoieurs 
de tailles, qui agissent de concert avec le collecteur. » (Deldef, curé à Tohogne). 

Le doyen était appelé officiai, en tant que juge des causes ecclésiastiques 
dans son doyenné. Il y avait appel de ses sentences à l'official de Liège. Il se 
faisait aider, pour différents services, par un curé de son canton, appelé vicaire 
du doyen, vice-doyen. 

Les doyens et vice-doyens conservaient leur résidence dans la paroisse à la- 
quelle ils étaient attachés, parce que ces charges étaient indépendantes de la cure 
ou du chef-lieu. C'est ainsi que nous verrons le doyen ou l'official tantôt à Petit- 
han, tantôt à Grandhan, Melreux, Rendeux, Marcour, Harzé, parfois même à 
Ouffet. Ces paroisses étaient momentanément le centre du doyenné ; mais géné- 
ralement les réunions étaient fixées à Durbuy. 

Les taxes ecclésiastiques dues à l'évêque, à l'archidiacre et au doyen s'appelaient 
iura cathedrici et obsonii, ou simplement Yobsonium et le cathedricum , le 
cathédrique et l'obsonique. Pour les amateurs de plus amples détails, nous trans- 
crivons en appendice ce que nous avons trouvé là-dessus dans nos archives. 

Le curé d'Eneille, comme curé moyen, payait la moitié de la taxe totale, soit 
10 gros de cathédrique (le gros valait trois livres), plus un gros pour la regis- 
Iratio^ et un gros pour la quittance ; et 5 gros d'obsonique, seclusis registra- 
tione et quittancia. 

Le cathédrique se payait avant la St-Blaise, chaque quatrième année bissex- 
tile ; et l'obsonique, l'année antébissextile. 

4. Le Patronage ou collation de la Cure : son incorporation à Neuf- 
moustier. 

Eneille et son église étaient déjà possession de l'abbaye de Neufmoustier en 
1178, d'après la bulle d'Alexandre III, qui cite « Anale » dans la longue liste des 
cures incorporées à Neufmoustier : « Possessionem vestram de Anale, cum 
ecclesia protectione nostra suscipimus " (1). 

L'incorporation est un acte de l'autorité pontificale en vertu duquel une église 
paroissiale perd son autonomie et devient filiale d'une autre église ou d'un 
monastère. Elle n'a plus aucune part dans le choix de ses pasteurs, qui prennent 



(1) Fonds de Neufmoustier. Archives de Liège. 



— 59 — 

désormais la qualité de vicaires perpétuels. Ils sont présentés et entretenus par 
la nouvelle église-mère, suivant les conditions déterminées par levêque » (1). 

Neufmoustier, près de Huy, était un monastère de Chanoines réguliers de St. 
Augustin, qui pouvaient être envoyés m vicariam perpetuam dans les 
paroisses dont l'abbaye avait la possession ; car la possession d'une église 
donnait le droit de patronage ou de collation à la cure. En général, celui qui 
percevait la dîme avait l'obligation de fournir le service religieux. Si, comme 
cela devait être en principe, l'évêque lui-même levait la dîme, il avait le droit et 
l'obligation de nommer le curé. Si, par octroi, par abus, la dîme était perçue par 
un seigneur laïc ou ecclésiastique, c'était le seigneur ou l'abbé, c'est-à-dire le 
patron qui avait le droit de présenter le curé à l'évêque, qui n'avait qu'à vérifier 
sa capacité et devait le nommer. 

Le patronage d'Eneille appartenait à l'abbaye de Neufmoustier depuis que le 
droit de lever la dîme et de présenter le curé lui avait été donné par un person- 
nage qui antérieurement était décimateur et patron d'Eneille. 

Tous les monastères, lors de leur fondation, recevaient de certains bienfaiteurs 
des dîmes et des patronats. Nous verrons plus loin Jean Donis, prêtre de Durbuy 
affirmer gratuitement que la cure d'Eneille a été présentée à Neufmoustier par 
un seigneur d'Eneille, ancien coUateur. C'est probable, mais pas prouvé. 

Donc, dès avant 1178, les refigieux de Neufmoustier étaient en possession pai- 
sible de la cure d'Eneille ; cette situation a duré jusqu'en 1547, année où pour la 
première fois, la possession leur fut contestée par Jean Donis. 

Avant de passer en revue les curés d'Eneille, vicaires perpétuels de Neufmous- 
tier, jusqu'à la Révolution française, il sera utile de résumer l'histoire de l'abbaye 
du Neufmoustier. 

«' Le premier établissement du Neufmoustier date de 1101. 

Au retour de la première croisade, selon le récit des chroniqueurs, le bateau 
qui portait Pierre UHermite et divers seigneurs belges, entre autres Gonon de 
Montaigu et Lambert de Clermont, fut assailli par une tempête violente. Les 
passagers promirent d'élever une église à la gloire de Dieu, s'ils échappaient au 
naufrage. Parvenus heureusement au port, ils accomplirent leur vœu et choi- 
sirent la ville de Huy, pour y édifier, en dehors des murs, une église qu'ils pla- 
cèrent sous le vocable de St-Jean-Baptiste et du St-Sépulcre. Pierre l'Hermite 
y réunit plusieurs prêtres et leur donna la règle de St. Augustin ; il fut le premier 
prieur de la nouvelle éghse (novum monasterium : Noumosty, Neufmoustier), et 
le resta jusqu'à sa mort (8 juillet 1115). 



(1) Lenoir : Histoire de Villers-sur-Semois. 



— 60 — 

Cette église l'ut consacrée en 1130, par l'évéque de Liège, Alexandre. Après 
des débuts assez difficiles, le monastère prospéra grâce aux libéralités des princes 
et des particuliers, sufiisamment nombreuses pour que le diplôme du pape Alexan- 
dre III (1178) mentionne les biens du Neufmoustier à Huy, Castres, Eneille 
(Anale), Petit-Bois, Modave, Villers, Seraing, Lamontzée, Terwagne, etc. 

D'autres bulles confirmèrent la précédente, notamment en 1248 et en 1260. 

En 1208, tum propter ampliationem, tum propter amœnitatem etsitum 
loci et ecclesiae exaltationem, l'évéque de Liège, Hugues de Pierrepont, avait 
changé le prieuré en abbaye, et le chanoine Alexandre en fut le premier abbé. 

Cependant la mémoire de Pierre l'Hermite y avait été oubliée : ses restes 
reposaient dans une tombe modeste, qu'il s'était choisie lui-même en dehors de 




l'hot. G. Herrnuns, édit. Anvers. 

Le tombeau de Pierre rHeriiiite. 



l'église, sous la gouttière. Un chanoine, Maurice de Neufmoustier, l'interpolateur 
de la chronique de Troisfontaine et de Gilles d'Orval, résolut de lui faire rendre 
les honneurs dus au fondateur du Neufmoustier et à l'apôtre des Croisades. Le 
5 octobre 1242, on transporta les précieux restes en grande pompe dans l'éghse» 



— 1)1 — 

où un service solennel fut célébré ; puis dans la Crypte, devant l'autel des apôtres 
St. Philippe et St. Jacques. Ils y furent vénérés jusqu'à la Révolution française. 

L'abbaye du Neufmoustier comptait généralement dix chanoines. Outre l'abbé, 
elle n'avait comme dignitaires que le prieur et le prévôt. Le prévôt était en même 
temps curé de St-Nicolas à Huy, et le chanoine le plus âgé était d'ordinaire curé 
d'Eneille. Outre la cure d'Eneille, les Augustins du Neumoustier ne desservirent 
que St-NicoIas et St-Etienne à Huy; encore ces deux églises furent-elles réu- 
nies en 1624. Quant à l'église de Castres, citée en 1178, elle fut échangée avec 
St- Jacques de Liège. 

La vie du monastère ne fut pas toujours paisible : il y eut des conflits nom- 
breux et des procès continuels, tantôt contre les particuliers, tantôt contre la 
ville, tantôt contre l'église de Ste-Marie à Huy ; avec cette dernière, surtout 
pour des questions de préséance : ordre à suivre dans les processions, dans les 
sonneries de cloches le Samedi saint ; d'autres débats concernaient l'administra- 
tion des sacrements, la sépulture des laïcs dans l'église du Neufmoustier, etc. etc. 
Commencés en 1212, ces procès se renouvelèrent jusqu'à la suppression de 
l'abbaye. 

A l'intérieur même, il y eut des orages entre l'Abbé et ses chanoines, les 
seconds reprochant au premier une trop grande parcimonie dans les distributions 
qu'il leur faisait. Aussi, dès 1287, on divisa les biens et les revenus du couvent 
en deux parts : l'une servant à l'entretien de l'Abbé et aux dépenses générales, 
l'autre était afifectée à l'entretien du prieur et des chanoines. Cela ne mit pas fin 
aux difficultés, et les chanoines, gens pratiques, usèrent d'un autre moyen : à la 
mort de chaque Abbé, les survivants, avant de procéder à l'élection du nouveau, 
concluaient un accord, que tous promettaient de respecter, spécifiant les droits, 
privilèges, devoirs des chanoines, le montant de leur pension et de leur apport 
en nature, etc. 

Chose assez explicable, mais peu compatible avec une bonne administration et 
une vie religieuse parfaite, les chanoines s'accordèrent des faveurs de plus en plus 
grandes ; de là, difficultés pour le nouvel élu de tenir les promesses du contrat, 
et parfois, conflits qui pourtant assez rarement tournèrent à l'état aigu. Au 
XVHF siècle cependant, l'AbbéThéodore-Eustache de Ponty dut quitter la maison 
et se contenter d'une pension viagère ; et son successeur, François-Joseph-Ignace 
de Lemede, quarantième et dernier Abbé, n'échappa au même sort que grâce (!) 
à la Révolution française, qui mit tout le monde d'accord en confisquant le couvent. 

En 1797, l'abbaye ne renfermait plus que trois chanoines ; un quatrième s'était 
enfui par peur. 



— 62 — 

Déjà l'abbaye était mutilée, et l'église transformée en magasin à fourrages pour 
l'armée républicaine. 

A sa suppression, l'abbaye possédait, outre ses bâtiments conventuels à Huy, 
divers biens, notamment 80 bonniers de terre à Petit Bois, 32 à Meeâe, des bois 
à Vierset, Neuville, Villers-le-Bouillet, où elle avait aussi des parts de houillières. 
Les rentes en argent et en nature formaient un capital de plus de 210,000 francs. 
L'abbaye fut vendue au prix de 342,000 francs, à J. Gosuin, en 1797, comme 
bien national. 




Phot. Cr. Hennans, édit. Anvers. 

LE CHATEAU DE NEUFMOUSTIER 
(ancienne abbaye). 



Elle passa en 1854 à M. Charles Godin. Il fit édifier en 1857, sur le caveau qui 
avait contenu le tombeau de Pierre l'Hermite, une statue en pierre, représentant 
le promoteur des Croisades, léguée en 1911 à la ville de Huy (1). 

L'exposé qui précède, outre qu'il rattache assez directement la paroisse d'Eneille 
à l'histoire des Croisades, a encore l'avantage de nous faire comprendre certaines 
particularités propres à la nomination des curés d'Eneille, par exemple, pourquoi 
ils se disaient vestits de l'Abbé et du Chapitre de Neufmoustier, et pourquoi la 
résignation se faisait en mains de cette double autorité, diversement intéressée, 
comme nous venons de le raconter. 



(1) Note de M. Tihon, archiviste à Liège, puis à Bruxelles. 



— 63 — 

« II. 
Les curés d'Eneille. 

Un obituaire (martyrologium) de l'abbaye de Neufmoustier nous a conservé 
les noms de quelques curés de la fin du XV^ siècle et de la première moitié du 
XVP : Albert de Wastefale, Josse, dit Golot, Jacques Dorto t 1512, Gédéon 
Colle, curé d'Eneille de 1510 à 1516 ; alors il devint prieur de Neufmoustier et 
fut remplacé par Henri de Grée, Trader noster Jubitarius, dit l'obituaire, pour 
rappeler ses 50 ans de profession religieuse. De ces deux derniers les archives 
d'Eneille possèdent le registre des cens et rentes et les comptes de fabrique 
(1510-1540). 

Henri de Grée est remplacé par Thierry d'Amay en 1544, puis c'est Nicolas 
Longpré en 1546, eti Glausse en 1547. 

A cette époque lointaine, le remplacement d'un curé à Eneille comportait la 
procédure suivante : 

1° la résignation de la cure par le titulaire qu'il s'agissait de remplacer ; 
2" l'examen et le certificat de capacité ; 3° les bulles pontificales acceptant la 
résignation et mandant la mise en possession ; 4° les lettres de présentation 
(à l'Ordinaire), d'investiture (par l'Archidiacre), et d'installation (par le Doyen) ; 
5" le placet de Sa Majesté ; 6^ la prise de possession par devant notaire. 

Ainsi nous voyons en 1544 les chanoines de Neufmoustier adresser au pape 
Paul ni une supplique annonçant la démission du curé d'Eneille, Henri de Grée, 
et demandant de le remplacer par Thierry d'Amay. Une petite bulle du 4 février 
1544, confère la cure à'Eignelle au nouveau titulaire ; et une autre de la même 
date, mande à l'évêque de Feltre, à Nicolas Ponsart (d'Eneille) et à Martin 
OlTermans, chanoine de Liège, de mettre Thierry d'Amay, chanoine de Neuf, 
moustier, en possession de la cure. Le 5 mars 1544, Antoine, évêque de Sabine, 
fait savoir aux deux mêmes personnages que Henri de Grée, chanoine de Neuf- 
moustier, âgé de plus de 70 ans, a résigné la cure à'Eiffneile, qu'il avait desservie 
pendant plus de 20 ans, et que le Pape Paul HI a nommé à sa place un autre 
chanoine. Le 7 mars 1544, Thomas Gampégius, évêque de Feltre, en vertu des 
deux bulles pontificales du 4 février, envoie ses lettres d'installation à Thierry 
d'Amay, qui prend possession, le 27 mai, par devant Nicolas Lozé, notaire. 

Les chanoines augustins se succédaient ainsi régulièrement à Eneille jusqu'au 
jour où Jean Donis provoqua contre eux une ordonnance du Conseil de Luxem- 
bourg, 24 janvier 1547. Il remontre au Conseil que la cure d'Eneille est à la 



— H4 — 

collation du seigneur d'Kneille, que jadis elle a été présentée à un religieux de 
Neufmoustier par le dit seigneur, que les chanoines, lorsqu'ils apprenaient que le 
curé était ancien homme et sur le bord de la fosse lui faisaient résigner son 
bénéfice en la main d'un autre religieux, sans l'avoir représenté au vrai collateur, 
comme cela devait se faire selon les lois canoniques, si bien que la connaissance 
du droit de présentation lut abolie ; que, circonvenu par leurs intrigues, un évêque 
de Liège (il ne dit pas son nom), a incorporé la cure au Neufmoustier; que, 
depuis ce temps, les chanoines ont toujours retenu ce bénéfice par résignation ; 
que depuis 7 mois un religieux occupe la cure contre les ordonnances de Sa Majesté 
et sans placet ; qu'Antoine de Metz, officier de Durbuy, a présenté le bénéfice au 
remontrant ; mais que, lorsque celui-ci se fut transporté à Eneille et eut pris 
possession de l'église, le religieux pcr vim et clains, à force d'armes, a débouté 
et déchassé le dit remontrant à son très gros regret. 

En conséquence, le Conseil du Luxembourg ordonne au religieux de se désister 
et départir du dit bénéfice, ou de montrer ses titres et placet de Sa Majesté. 

Le 1^'" février, Henri Basein, huissier du Conseil du Luxembourg se transporte 
à Eneille et fait lecture de ce mandement au serviteur du religieux Clausse, en 
l'absence de §on maître. Puis au mois de septembre suivant, l'archidiacre du 
Condroz, Everard de Manderscheid, à qui Antoine de Metz, au nom du comte 
d'Oostvrieslant, seigneur de Durbuy, a présenté Jean Donis à la cure d'Eneille, 
dont il prétend avoir le patronat, lui donne l'investiture. Le 18 du même mois, a 
lieu la mise en possession par le notaire Doumal. 

Pour démontrer que la cure était à la collation du seigneur d'Eneille, Jean 
Donis s'était basé sur les raisons juridiques suivantes : 

« Les résignations sont contraires aux chartes et privilèges de Sa Majesté, 
comme propriétaire de la terre de Durbuy. Les chanoines de Neufmoustier ont 
résigné sans reconnaître la juridiction impériale, ni les seigneurs de Durbuy. La 
possession de la cure par ceux de Neufmoustier ne doit valoir ; car il n'y a pas 
de prescriptions contre les droits des princes et majestés. 

Ainsi, le comte Everard de la Marche a donné la cure de Bourlon, laquelle avait 
été possédée longtemps par les frères mineurs de Huy, et cette possession a été 
trouvée de nulle valeur ; et à présent, la collation de la cure de Bourlon est en la 
main du seigneur de Durbuy. Les nobles et gentilshommes de la terre de Durbuy 
pourront accorder que toutes les collations de la dite terre sont de droit laïcales. 
Il est chose notoire que les seigneurs de Durbuy sont en possession de donner les 
cures de leur seigneurie, comme celle de Grandhan et Petithan, et celle d'Izier et 
Phisen ; de même la cure d'Eneille, détenue par ceux de Neufmoustier, doit 
revenir. 



— 65 — 

La possession de ceux de Neufmoustier n'est pas possession mais exploitation 
dérogeant le droit de Sa Majesté impériale. 

Ils ont fait beaucoup de résignations à Rome pour avoir plus grande possession, 
sans avoir jamais obtenu placet. 

Les chartes de Jean, roi de Bohême et duc de Luxembourg, écrites en lettres 
d'or, disent que toutes les collations de Durbuy sont patronage laïcal. 

Il y a 12 ans, ceux d'Eneille ont usé de la loi de Liège ; mais il a été trouvé 
ensuite qu'Eneille était du ressort du Luxembourg. Il est à supposer que les 
chanoines de Neufmoustier ont pris possession de la cure d'Eneille pendant que 
Durbuy était à l'engagère et que les seigneurs pargaigiers ne se sont pas souciés 
de récupérer les biens perdus, comme le font les officiers actuels. 

Pour que l'Abbé ait collation du bénéfice, il faudrait par le droit canon que ce 
bénéfice soit incorporé à l'abbaye par le Saint-Siège apostolique, avec le consen- 
tement du patron. 

Ceux de Neufmoustier, comme curés d'Eneille, ont contribué à la taille du 
Luxembourg, en faisant obtention de leur lettre de Rome ; mais sans montrer de 
placet de Sa Majesté. 

La ville et le château de Durbuy ont été occupés par les Français et les Lié- 
geois ; les impériaux ont mis le siège devant la ville, qui a été brûlée avant sa 
reddition. A présent, elle n'est pas encore réparée ; par quoi possession prise 
d'icelui temps ne doit valoir. De même, au temps que personne n'habitait Durbuy, 
et que les gens d'armes du roi de France occupaient le château, la possession 
prise alors ne doit porter préjudice à l'empereur. Enfin la possession que ceux 
de Neufmoustier disent avoir de la cure d'Eneille n'est point possession, mais 
torsion ». 

Il est à croire que Jean Donis n'a pas joui longtemps de la cure d'Eneille et 
que les religieux rentrèrent bientôt dans leur ancien droit. Car Thierry d'Amay 
revient une seconde fois comme curé à Eneille. Le 10 novembre 1558, Robert de 
Berghe, évêque de Liège, fait savoir que Thierry d'Amay, chanoine de Neuf- 
moustier, après avoir joui de la cure d'Eneille, a résigné cette charge et s'est 
retiré à Neufmoustier, où il a fondé une messe septimanale. 

En 1566, nous retrouvons comme curé d'Eneille Arnould du Bois, dit Sohey, ou 
Arnoldus Sylvius ou Sylanus ; en 1573, Bertrand de Perwez ; et, la même année 
Arnould de Sohey, qui revient un instant, et est remplacé par Jean Tixhon, cha- 
noine de Notre-Dame à Huy, qui vient comme procurator d'Arnould de Sohey. 

Le 31 février 1575, Everard de Manderscheid, archidiacre du Gondroz fait 
savoir qu'Arnould de Sohey, chanoine de Neufmoustier a résigné la cure 

5 



— 66 — 

d'Eneille, que l'Abbé de Neufmoustier a présenté Léonard Henroteau et qu'il l'a 
admis à la dite cure. Or nous avons de la même année la copie d'une bulle du 
pape Grégoire qui confie la cure d'Eneille à Guillaume de Granhan, prêtre du 
diocèse de Liège : mais celui-ci l'ayant résignée, le pape la confère à Jean Monet 
et ordonne à l'offlcial de Liège de l'installer. 

De là un nouveau procès entre Jean Monet et Léonard Henroteau. 

Sire Jean Monet, curé de Wéris, convoitait depuis longtemps la cure d'Eneille. 
Il avait boulé en tète à Jean de Brialmont, seigneur foncier d'Eneille, que le 
droit de patronat et présentation de la cure lui appartenait. Ces propos furent 
agréables au seigneur qui désirait s'exempter des dîmes qu'il devait au curé 
comme les autres paroissiens. Aussi, lorsque Arnould de Sohey mourut, à l'heure 
de minuit, le 30 janvier 1575, le seigneur de Brialmont s'empressa d'agir. Dès le 
lendemain de bon matin il donna collation absolue au curé de Wéris, comme s'il 
ne fût besoin d'autre institution ; si bien que l'archidiacre du Gondroz refusa de 
l'investir. 

Jean de Brialmont avait même employé la violence ; avec quelques-uns de ses 
manants il était venu rompre la muraille du cimetière et forcer la serrure de la 
porte de l'église, en présence de Waty Warnant, chanoine de Neufmoustier, qui 
protesta vivement. 

Il y avait en ce moment trois curés prétendant à la cure d'Eneille. Jean Tixhon, 
qui résigna le 30 janvier 1576 entre les mains de Josse d'Orgeo, en faveur de 
Léonard Henroteau de Serey (Seraing), lequel allait continuer contre Jean 
Monet un procès qui dura jusqu'en 1580, 

Dans le courant de 1576, Jean Monet provoque une enquête contre le chanoine 
Henroteau et l'on cite comme témoins sire Gloze de Petite-Somme, prêtre ; sire 
Henri Buisson de Marche, vice-curé de Granhan, et différents paroissiens d'E- 
neille, qui déclarent que le défendeur est de bonne vie et mœurs et qu'il remplit 
bien son office. 

Le 13 juillet 1577, le Conseil du Luxembourg accorde la recrédence de la 
cure en faveur de Jean Monet. Mais le 15 août suivant, une sentence du Grand 
Conseil de Malines révoque celle du Conseil du Luxembourg, disant que la pos- 
session de Neufmoustier est légitime et confirmée par décision papale, faisant 
sans doute allusion à la bulle de 1178. En conséquence, il renvoie l'affaire au 
Conseil de Namur, qui donne raison aux chanoines et déboute sire Monet, 30 
juin 1582. 

Pendant le procès, on avait séquestré les biens de la cure, et nommé adminis- 
trateur des biens Jean Lambert de Grandhan, voué de Fronville et prévôt de 
Durbuy, qui refusa de rendre compte de sa gestion. Une sentence du Conseil de 
Namur lui ordonna de liquider, le vingt-trois juin 1583, 



— 67 — 

Il nous reste du temps de Léonard flenroteau deux documents concernant 
certaines charges du curé : l'un, du 2 novembre 1577, où, à sa demande, Everard 
de Manderscheid lui envoie le montant des droits reçus par l'archidiacre, 
lors de l'investiture des curés d'Eneille, ses prédécesseurs ; l'autre, c'est une dé- 
claration du 2 novembre 1600 : l'offlcial et les curés du concile d'Ouffet attestent 
que le curé d'Eneille n'est tenu en raison de la grosse dîme qu'il perçoit qu'à 
fournir taurum et verrem, secundum antiquam et inveieratam consue- 
tudinem. 

Après résignation de Léonard de Seraing, le 22 juin 1602, Everard de Man- 
derscheid investit de la cure d'Eneille Wynand Périlleux, chanoine de Neuf- 
moustier présenté par l'Abbé. La mise en possession se fait par le notaire Nicolas 
Colette, pasteur de Méan. 

Wynand Périlleux, présenté à Eneille par son Abbé avait d'abord été ajourné 
(25 avril 1601); Lambertus Lampceanus, de Ville, est admis à desservir l'église 
d'Eneille ; puis, la même autorisation est accordée à Wynand Périlleux (16 juin 
1601) ; enfin, Wynand est admis comme curé d'Eneille, à condition de prendre 
un vicaire honnête, instruit et approuvé, jusqu'à ce que lui-même soit trouvé 
capable. Gela n'empêche pas le dit Wynand d'être nommé abbé de Neufmoustier, 
en 1604. Il résigne en faveur de Pierre de Villers, le 26 octobre. 

Le 11 juin 1618, Jean d'Elderen, archidiacre, investit Pierre Belleamye, cha- 
noine de Neufmoustier, de la cure d'Eaeille, vacante par résignation de Pierre 
Pierrotte, dont on ne dit pas autre chose, non plus que du successeur de Bellea- 
mye, le chanoine Grltte, qui fut ici le dernier moine de Neufmoustier, le dernier 
chanoine d'Eneille (i). 

Il fut remplacé à sa mort par un prêtre séculier, Noël de Pierreux, qui vint à 
Eneille « d'abord comme desserviteur provisoire, l'an 1635—1636, lorsque la 
peste et mortalité infectait tout le diocèse de Liège et les pays circon voisins. « 
Il fut quelque temps coadjuteur des deux derniers chanoines, avant sa nomina- 
tion définitive. 

Pour Noëli de Pierreux comme pour tous les prêtres séculiers qui vont se 
succéder à Eneille investis de Neufmoustier, à la procédure indiquée plus haut 
pour la nomination d'un curé, on ajoute le serment ou l'obligation de ne pouvoir 
résigner, ni permuter de cure à l'insu et sans l'agréation du révérend prélat et 
chapitre des chanoines de Neufmoustier. Il prêta ce serment à l'Abbé Louy 
Nihoul, qui le présenta le 15 mars 1637 ; ceux de Neufmoustier ne voulant plus 
venir à Eneille. 

Une autre formalité qui n'existait pas non plus jusque là, c'est la réception du 



vl) Fonds de Neufmoustier, aux archives provinciales de Liège. 



I 



— 68 — 

saint rochet. Le même jour de mars, Noël de Pierreux reconnaît avoir reçu 
habitum seu rochetum des chanoines de Neufmoustier, uniquement afin d'ob- 
tenir la cure d'Eneille. Uniquement, c'est-à-dire qu'il déclarait n'avoir pas droit 
aux revenus des chanoines. 

Les prêtres séculiers, comme autre fois les moines, venaient à Eneille, in 
vicariam perpetuam, comme vicaires perpétuels de l'abbaye. Ce système des 
vestits (vestitus rocheto) de Neufmoustier dura jusqu'à la Révolution française. 

1. Noël de Pierreux était un enfant du pays. Il y avait à Septon une Cour 
de Pierreux, dont les actes sont conservés aux archives de Petite-Somme. Le 
nouveau curé d'Eneille appartenait à cette famille de justiciers. Son père Bernard 
de Pierreux avait épousé Marie de Longueville, le 12 mars 1594. Bernard de 
Pierreux était le fils de Jean de Pierreux (t 1589) et de Jehenne de Bohon 
(t 1590), qui avaient une messe anniversaire à Grandhan. Le nom de Noël est 
héréditaire dans la famille des Longueville, comme on peut le voir dans leur 
tableau généalogique, cité dans les Communes luxembourgeoises à l'article 
Longueville, section de la commune de Tohogne. La liste des anniversaires de 
Petite-Somme renseigne qu'on paie annuellement un escalin pour chanter vigiles 
et messe à l'intention de vénérable Messire Noël de Pierreux, ancien curé d'E- 
neille. Il y avait aussi pour lui une ancienne fondation à Eneille, où Messire de 
Pierreux fut curé pendant 53 ans. Dix ans avant sa mort, il écrit dans ses livres 
de comptes : 

« Je soussigné. Vénérable Sire Noël de Pierreux, vestit du Noumosty, curé 
d'Enneilles, et vice-doyen du Concile d'Ouffet, ai aujourd'hui, 23 octobre 1679, la 
43^ année de ma résidence pastorale des dites Enneilles, fait faire ma fosse de 
sépulture par Jean de Champion, demeurant à Deulin, et ai y apposé une tombe 
de pierre avec mes armoiries en quatre quartiers, la dite pierre de tombe repo- 
sant devant le grand crucifix de la dite église, où ai choisi ma sépulture, remet- 
tant mon corps et mon âme au pied de Dieu, priant et suppliant vouloir bénir 
mon âme, de la recevoir en sa sainte grâce au royaume du paradis. La dite tombe 
de pierre entièrement accommodée revient au prix de vingt florins brabants ». 
Or, cette belle pierre, maintenant fort abîmée, a servi longtemps de seuil au 
porche de l'église. Elle porte l'épitaphe suivante : 

1636-1688 
icy gist vénérable sire 
Noël de Pierreux, vestit 
DU Noumosty, pasteur des 
Enneilles et vice doyen 
DU Concile d'Ouffet, qui 
trépassât le 15^ jour 
du mois de janvier 1688 
Année dk sa résidence pasto- 
rale LA 53». Priez Dieu pour son Ame. 



— 69 — 

A droite et à gauche de ses armes on lit : Pierreux, Longueville. Son écusson 
porte un aigle biceps. 

2. André Le Charpentier, qui vint après lui, avait d'abord été chapelain 
aux Flémalles, à Souxhon et à Hollogne-aux-Pierres ; c'est connu par les nom- 
breux actes notariés qu'il apporta ici, venant de ces trois premiers postes. 
« Vénérable Messire André Le Charpentier at commencé sa résidence pastorale 
des Eneilles à la St-Jean 1688, étant investit du sacré Rochet par le Révérend 
Nicolas Dauvin, très digne Abbé de Noumosty-lez-Huy, et reçu de tous les Srs. 
chanoines du chapitre », dit une note de sa main. 

Il était fils d'André Le Charpentier d'Eneille et de Jehenne Piron. Nous le 
savons par un acte de partage de 1679, où André Le Charpentier donne de son 
vivant ses biens sis à Eneille, et sur le ban d'Eneille, depuis le Bois du Rond- 
champs à l'ouest, jusqu'au ry de Savon, près de Durbuy, en somme, une fortune 
considérable, à ses quatre enfants : Messire André, Jehenne, Marie et Mathieu 
Le Charpentier. En outre des terrains, Messire André avait avec sa sœur Jehenne, 
chacun la mitant de la maison d'en haut, la mitant du fournil et des autres édi- 
fices et jardin y joignant, et aussi la mitant du cortil du château sous l'église 
avec la mitant des arbres à fruits. 

Marie et Mathieu avaient chacun la mitant de la maison d'en bas et des édi- 
fices y joignant, ainsi que la mitant du jardin derrière. 

Touchant l'usufruit vital d'André leur père, ses enfants lui promettaient de 
payer solidairement chacun annuellement 10 patacons, faisant en monnaye 
braibant 24 florins. Le paiement devait se faire en deux termes, le premier à 
la Saint-Jean-Baptiste, le deuxième au Noël. Si les dits enfants ou aucun d'iceux 
refuse de payer les dix patacons, le père pourra sans voie de procès remettre la 
main à la part entière du défaillant et en disposer à son bon plaisir, et l'argent 
de l'usufruit vital du père se mettra en mains du Vénérable Messire André, pour 
le distribuer en ses nécessités. 

André Le Charpentier est donc un enfant d'Eneille, devenu curé de sa paroisse 
natale ; cela se voit assez souvent sous l'ancien régime. Son ministère parmi 
les siens fut très laborieux. Sa devise, gravée sur sa pierre tombale : in laho- 
ribus a juvenfute mea, se justifie par la puissante activité qu'il a déployée 
dans la restauration de l'église et de la maison pastorale, et dans ses fonctions 
de notaire apostolique, sans cesse consulté et mis en réquisition dans toutes les 
paroisses voisines pour sa science du droit ecclésiastique et du droit civil, dont 
il a laissé de nombreux formulaires et de nombreux actes en latin et en fran- 
çais. 

Succédant à un vieux curé qui avait passé plus de 60 ans dans la paroisse, et 



— 70 — 

qui, comme tous les vieux, s'était habitué à ses vieilles masures, le nouveau 
venu trouva la maison de cure très délabrée. Ce fut pour lui une source de 
longues difficultés avec ses paroissiens et compatriotes. Mais si au cours de ces 
luttes il a pu se dire parfois que « nul n'est prophète chez soi, » on ne le vit 
jamais dans ses justes réclamations dépasser le ton de la stricte équité ni de la 
douce urbanité, qui se monte rarement jusqu'à l'aigre-doux. On le verra par la 
suite, dans l'aflaire de la restauration des édifices pastoraux. 

André Le Charpentier avait deux neveux prêtres, l'un curé à Anthinnes, 
l'autre récollet à Liège. 

Il mourut le 15 mars 1727. 

Voici son épitaphe : 

In laboribus a juventute mha 

D. 0. M. 
HiG JACET Rd"s D°"s André- 
as Le Charpentier, ves- 
TITUS Novimonasterii 
Pastor des Enneilles 
Spatio 39 annorum qui 

OBIIT 15» MENSIS MARTII 

AnnI 1727 
VlATOR PRECARE PRO EO 
REQUIESCAT IN PAGE. 

Ses armes parlantes sont une interprétation de sa devise : m laboribus a 
juventute mea et même de son nom Le Charpentier : elles portent un chevron 
accompagné d'une hache (dextre) et d'une sorte de trident (senestre) posés en 
sautoir, et d'une ruche posée en pointe. 

André Le Charpentier avait fondé à Eneille une messe septimanale, savoir 
tous les lundis de chaque semaine, pour le repos de son âme et de tous les fidèles 
trépassés, au taux de 30 florins, trois patars, trois liards, un gigot, dont les 
manants et surséants de Porcheresse payaient 15 florins, trois patars, trois 
liards, un gigot, aflectés sur la généralité de leurs biens, par acte passé devant 
le notaire d'Ambremont et réalisé à la cour d'Havelahge, le 3 mars 1722. Cette 
rente était payée par les Colin ; le reste, par deux particuliers de Noiseux. 

3. Lambert Grofay fut le troisième curé séculier à Eneille, investi par le 
Révérend Abbé seigneur Henri-Ferdinand de Jacquemaert de Neufmoustier. Nous 
ne savons rien de ses origines. 

Il avait pour devise ^ dilexi décorent domus tuae ». 

« ^d majorem Dei gloriam domusque ejus decorem, écrit-il, anno 1742, 
novwn confession a le ; cnino 1743, duo altaria, uniim ad honorent £. M. 



— 71 — 

Virginis, alterum sanctae MargarUae,Patronae]miusparochiae;etanno 
i744,sedUia communiae cclesiae nostrae propriis expensis fieri curavî, 
item feretrum et duo majora candelabra lignea ». Il semble bien que c'est 
du curé Grofay que viennent toutes ces vieilles choses encore en usage dans 
l'église. On trouvera plus loin tout le détail de son œuvre qui justifie si bien ces 
mots de son épitaphe : «« ecclesiae decorem maxime dilexit et promovit ». 
Il eut sa part aussi dans l'achèvement de la vieille maison pastorale. La note 
distinctive de son caractère, c'est une grande générosité. Il payait de sa personne 
et de sa bourse, et ses écrits ne laissent entrevoir aucune trace de difficultés 
entre lui et ses paroissiens. 

Il avait comme auxiliaires, successivement ses neveux, l'abbé Michel et l'abbé 
Patron. Il mourut le 17 novembre 1753, comme l'indique sa pierre tombale : 

Hic jacet 
Venerabilis Dominus 
Lambertus Grofay 
Vestitus Novimonasterii 
Pastor in Enneilles per 

AnNOS 26, CUJUS ECCLESIiE 
DECOREM MAXIME DILEXJT 
ET PROMOVIT. ObIIT 

17 novembris 1753 
Requiesgat in pack. Amen. 

Sur la pierre tombale figure un blason, portant un chevron accompagné de 
trois marguerites : deux en chef et une en pointe. 

Vénérable Sire Lambert Grofay avait fondé une messe basse annuelle à dire le 
jour de son trépas, sur une partie du petit pré dessous-le-Mont. 

Item une deuxième messe tant pour lui que pour son neveu Lambert-Joseph 
Michel, vicaire d'Eneille et bénéficier de St-Paul à Liège. 

La tombe de ce dernier dont il ne reste que deux fragments renseigne sa mort 
en 17 mai 1753. 

Elle est le seul monument qui reste de la longue série des vicaires-marguilliers 
à Eneille. 

4, Le curé Losseau qui lui succéda signe au registre des rentes, (vice-curé) ou 
desserviteur des Eneilles, en même temps que N. Patron, vicaire des Bneilles, 
la reddition des comptes de l'église, le 10 mars 1754. 

Nous donnons la pièce intégralement pour montrer une fois pour toutes, com- 
ment cette formalité se réglait sous l'ancien régime. 



— 72 — 

« Le 10 mars 1754, les manants de la communauté et paroisse des Eneilles 
ayant été convoqués pendant la messe solennelle du premier et second dimanche 
de carême pour être présents et entendre les comptes de l'église du dit Eneille, 
du consentement et aveu de Monsieur Losseau établi desserviteur de la paroisse, 
présent aux dits comptes, à l'intervention de Jean-Pierre Georlet, curé de Pe- 
tite-Somme, exécuteur testamentaire de feu sire Lambert Grofay, révérend curé 
des Eneilles, et de Monsieur Pierre-François-Louis Bornai, révérend curé de 
Statte et de Monsieur Nicolas-Henri Patron, prêtre vicaire des Eneilles, tous les 
deux héritiers mobiliaires du dit feu curé des Eneilles, le tout compté et exacte- 
ment liquidé de part et d'autre entre les manants soussignés et les susnommés, 
il se trouve que l'église d'Eneilles a de boni 93 écus, deux sous, sept petits 
liards, qui ont été enfermés dans une bourse de peau appartenant à l'église 
et mis en dépôt entre les mains de Philippe Legrand, manant d'Eneille, 
pour le garder en fidèle et honnête homme, comme le sien propre, qui pourra 
le confier aux soins et garde de Mademoiselle des Eneilles, dame du dit lieu, en 
cas qu'elle veuille bien s'en charger ; lesquels manants soussignés ont constitué 
le révérend N. Patron, vicaire, pour vendre les grains de l'église argent comp- 
tant, dont il remettra le provenu dans la bourse de l'église, à l'assistance des 
manants qui s'y voudront trouver après semonce ; les dits héritiers mobiliaires 
déchargés de toute obligation touchant la recette et administration des biens de 
la dite église pendant la vie de feu Monsieur Lambert Grofay jusque et ci-inclus 
le 10 mars 1754. En foi de quoy les manants ont signé et marqué cette pièce, 
et messieurs les héritiers, desserviteur et exécuteur testamentaire susdits, les 
jours, mois et an que dessus. » Six manants sur huit ne savaient signer. 

Le 2 juin 1754, Monsieur Patron rend compte aux manants de sa commission 
et de sa gestion. 

6. Le 30 juin 1754, après l'advertance par deux fois dans l'église paroissiale, 
Philippe Legrand a remis eu mains de Monsieur Devillier, curé moderne des 
Eneilles, les 73 écus, deux sous, 7 liards, qui lui avaient été remis par Monsieur 
Georlet. 

C'est tout ce que l'on sait de Monsieur Devillier, qui du reste ne fit pas long 
séjour à Eneille. 

6. Pierre-François Grade le remplaça en 1755. Il était depuis sa sortie du 
séminaire (1754), bénéficier de l'église de Jumet. 

Voici ce que nous en dit son successeur, M. Randollet, ayec une petite pointe 
de malice : « Reverendus Dominus Grade, ab anno 1755, in Eneilles 
pastor, desiderio ministerium maius implendi^ majorique anîmarwn 
curaevacandi, prope Huum, curam de Statte obtinuit,resignaio hocpas- 
toratu, quem invitus aut certe nolens volens acquievit et accepit. Hoc 



~ 7^ — 

omis et munus eœcepit Joannes-Josephus Randollet, ex Halma, in paro- 
chia de Wellin 27^ aprilis 1725 natus, patria luœemburgensis, altaris 
sancii Huberti et Agathae in Fronville beneficiatus , nec non in Deulin 
sancti Remacli officio utens. 

D'après cette note, Monsieur Grade ne serait venu à Eneille, qu'à son corps 
défendant. Il y reste quinze ans. Monsieur Randollet lui reproche une certaine 
négligence à poursuivre les défaillants en matière de rentes. 

Dans une lettre au Prince-Evêque de Liège, il demandait de pouvoir résigner 
la cure d'Eneille en faveur de Monsieur Randollet, cum reservatione modicae 
pensionis ducentorum Brabantiae florinorum, .... vel permutaiionem 
cum eodem inire erga simplex beneficium ecclesiasiicum. 

Nous savons par un mot de Monsieur le curé Georis qu'il mourut à Statte, 
lieu de sa naissance, un an et demi après son arrivée, inconsolable d'avoir quitté 
Eneille et surtout repentant de son arrangement avec Monsieur Randollet. 

Nous donnons en appendice son acte de résignation à Neufmoustier, du con- 
sentement de l'Abbé et des Chanoines, alors au nombre de 15, comme l'indique 
par hasard, une surcharge au texte de la formule de résignation. 

7. Jean-Joseph Randollet, deHalma (Wellin), avant de venir à Eneille, était 
bénéficier de Fronville et Deulin. Dès son arrivée ici, il s'occupe de réorganiser 
l'école et de nommer un vicaire-marguillier. Les premiers curés séculiers d'Eneille 
s'étant dévoués à la restauration de l'église et du presbytère. Monsieur Randollet 
eut à soigner surtout les revenus de l'église et de la cure et il parvint à créer 
pour un curé d'Eneille une situation matérielle assez bonne. Nous l'établirons 
plus loin d'après ses comptes. Ce fut un grand défenseur de la dîme et des droits 
pastoraux et il a laissé sur ce sujet des pages bien écrites, un véritable plaidoyer, 
dont l'avaient chargé les curés de la confrérie de Wéris, sans doute à cause de 
sa science et de sa plume facile. 

Curé des Eneilles depuis 1110, il signe encore, jusqu'en 1786, non plus les 
registres de la paroisse, qu'il cesse en 1782, mais un petit journal ou chasserai 
des rentes annuelles de l'église. Il mourut en décembre 1794. On est en pleine 
période révolutionnaire, c'est le néant dans les archives d'Eneille jusqu'en 1796. 

Du mois de janvier 1796, au mois d'avril, je trouve M. Garnier, desserviteur 
d'Eneille ; puis d'avril à juillet M. Bottin ; et de juillet 1796 à 1804, Hubert An- 
toine, qui tiennent pour 1796 le registre des baptêmes, des mariages et des décès. 

Il n'y a rien pour 1797 ; à partir de 1798, les inscriptions sont régulières. 

8. Entré dans la paroisse à la St-Jean 1795, selon M. Georis, le curé ANTOINE 
vit la suppression de la paroisse, puis sa réunion à Grandhan, l'année 1804. La 
tradition rapporte qu'il s'était présenté ici déguisé en maquignon, chez le maire 



— 74 — 

d'alors, Fol"- Pire, qui semploya plus d'une fois à le soustraire aux recherches des 
traqueurs de prêtres. Il devint curé deOrandhan, tout en restant administrateur 
d'Eneille, jusqu'en i808. Se?'ve nequam ! ait dominus Qeoris ; nam rogatus 
a domino lempDf^ali des Eneilles ut aedifîcia pastoralia ac bona eccle- 
siastica publiée vendila redimeret, redemit quidem^ sed proprio nomine, 
caque iterum ut sua cuidam advenae vendidit sacrilège. Interdicto mul- 
tatus, rediit ex Grandhan ad suos in Terioagne, ubi mortuus est omnino 
contemptus. Ainsi finit le dernier vestit de Neufmoustier. 

Dans les comptes de Fabrique pour les années 1807 à 1810, on paie en tout 
122 f. 35 au vicaire Spic pour ses obits et devoirs religieux pendant les années 
1807 et 1808. Monsieur Spic ne fut que vicaire pendant la suppression de la cure, 
dit M. Georis. 

9. Jean-Joseph Thiry, le 6 septembre 1808, fut nommé à la succursale des 
Eneilles par Mgr Pisani de la Gaude, lors de la nouvelle circonscription des cures 
et succursales, conformément au décret du 30 septembre 1807. II mourut à 
Eneille le 13 juin 1825. Le reste de l'année, la paroisse fut administrée par 
M. Lhermite. 

10. Au 1*'' janvier 1826, Englebert Georis, né à Hives (Laroche), le 4 août 
1794, fait prêtre à la Trinité 1823, à Namur, vicaire à Dinant pendant deux 
ans, et à Gendron pendant cinq mois, fut nommé à la cure d'Eneille. 

« Ce qu'il y a de remarquable pendant les années de la résidence pastorale 
d'Englebert Georis — lui-même le rapporte en ces termes le 28 juillet 1841 —, 
c'est qu'il prit à coeur les intérêts de la Fabrique, et que, aidé du Conseil, il remit 
tout en ordre, sépara et spécifia parmi les rentes, que l'on paie d'après les titres 
nouveaux, celles qui sont pour anniversaires, et celles qui sont pour l'entretien 
de l'église, comme on le voit dans le registre sommier de 1837. Il soigna aussi de 
son mieux l'église qu'il avait trouvée dans un dénûment complet de linge, de 
meubles et de bien des objets nécessaires pour la décence et la solennité des offices. 
Dilexi decorem domus Doniini, j'ose le dire, que Dieu me le permette, non 
pas pour m'en glorifier, mais uniquement pour que mes successeurs en fassent 
encore plus que moi, pour la propreté du Lieu-Saint, que je n'ai pas négligé. 
Aussi Monseigneur l'Evêque Dehesselle, lorsqu'il vint confirmer le jour de la 
Saint-Jean 1839, eut la bonté de me dire que j'avais une église et une paroisse 
comme un couvent ». 

Il mourut le 17 février 1844, âgé de 50 ans, d'une maladie de langueur, La 
cure fut alors administrée par H.-I. Biette, curé de Grandhan. 

11. Il eut pour successeur Philippe Prémont, né à Vecmont (Laroche), le 15 
mars 1815, vicaire à Habay en 1841, curé à Lavacherie en 1842, à Eneille en 
1844, où il mourut en retraite, le 13 avril 1889. L'abbé Prémont continua l'œuvre 



— 75 — 

du curé Georis, régla définitivement le paiement et le rachat des rentes, sans 
négliger non plus la beauté du Saint-Lieu, et multipliant les œuvres de piété 
dans le petit couvent de Monsieur Georis. 

12. Il fut remplacé(1879-1907)par l'abbé Victor Gaspar, d'Erezée,qui, durant 
cette époque de troubles et de renaissance sociale, sut créer et entretenir toute 
une floraison d'œuvres locales, sous l'antique patronage de Ste. Marguerite, 
v^rge et martyre. 

§111. 

La Cure, ses revenus et ses charges, La maison pastorale. 

Les vicaires-marguilliers. 

Les écoles paroissiales et communales. 

Le principal revenu du curé d'Eneille était formé par le douaire et par les 
grosses et menues dîmes que lui devaient ses paroissiens. 

1. Le douaire. Une liste des biens de cure envoyée par les marguilliers de la 
Fabrique d'Eneille à la Direction générale du culte catholique, le 23 novembre 
18i7, porte à 5 hectares 28 ares l'ensemble des terres, sarts, prairies, jardins, 
qui formaient les biens de la cure, donnant un revenu annuel de 310 francs. 

Il y avait une prairie de 20 ares sur Grandhan et deux prairies de 73 ares et 
de 2 ares sur Noiseux. Dix pièces étaient sans charges, 17 chargées d'anniver- 
saires. Citons les principales de ces terres : le doyar de la commune, un demi- 
bonnier (ou 50 ares en 1817), le doyar du thier de Base, un journal et demi (ou 
61 ares) ; la maladrée, 31 verges (ou 5 ares) ; la terre du Grand Ry, 24 verges, 
le doyar sur les Fièvres (les Fiefs), un demi-bonnier ; la terre dessous Va, 24 
verges ; la Fosse prêtre, 30 verges, et le sart, 76 verges ; l'ahènire dessous l'é- 
glise, 12 verges, celle de dessous le Mousty, 10 verges ; la houblonnière, 9 verges ; 
le jardin, 33 verges ; le doyar, prairie et petit pré, 135 verges ; la prairie dessous 
le grand pré, 10 verges, le jardin des coucous, 7 verges, etc. 

C'est un leg de Fiacre de Noiseux et de Jean Lecomte, pour chanter vigile et 
messe, qui avait donné au curé Randollet la propriété du jardin aux coucous, 
joignant et devant la maison de cure. Il était de petit rapport et ne pouvait 
servir qu'à y faire passer le chemin en question et pour renfermer une cour 
devant la maison pastorale. 

En 1773, avec l'autorisation d'Adrianne-Charlotte de Brialmont, le curé avait 
changé le chemin « qui passait exactement contre la cure » pour le mettre un 
peu plus loin. Cette transposition avantageuse à la cure ne portait aucun pré- 
judice ni au public ni aux particuliers, et le chemin devenait plus commode, 



— 76 — 

plus court et plus aisé. La dame y trouvait aussi l'avantage de prendre les eaux 
et lavasses plus haut, pour les conduire sur sa prairie en temps et lieu. Le curé 
devait mettre le nouveau chemin en état, et s'engager à ne pas détourner le 
cours des eaux, ni, sous prétexte de propriété d'étang, les vendre ni accenser à 
personne. 

2. La dîme. L'abbaye de Neufmoustier, avons nous dit, en possession d'E- 
neille, avait le patronage et la collation de la cure avec le droit d'y lever la 
dime pour assurer le service religieux. 

De fait, c'était le titulaire de la cure, chanoine régulier ou prêtre séculier qui 
levait la dime paroissiale, du reste à peine suffisante pour son entretien. Nulle 
part il n'est dit que le curé d'Eneille rendait quoi que ce soit à Neufmoustier. 
Nous savons pourtant qu'il n'avait point part dans les revenus des chanoines. 

Puisque l'occasion s'offre ici d'elle-même, faisons une courte digression sur 
cette antique chose si décriée : la dîme ! 

De la dime, il y a déjà des antécédents dans la loi mosaïque. Quelques cano- 
nistes ont voulu la fonder sur cette tradition et la rendre obligatoire de droit 
divin ; mais on oublie qu'elle tenait lieu de propriété foncière chez les Juifs 
(puisque la tribu de Lévi n'avait pas eu sa part de la Terre promise) ; tandis 
qu'au moyen-âge le clergé cumulait la dîme et la propriété. La dîme avait pour 
base un contrat avec les grands propriétaires du territoire où le clergé rural 
s'établissait. Or, la dîme ne pouvait se payer en argent : l'argent était trop rare 
autrefois ; on la paya en nature, et, longtemps, de bon gré. Qn a crié contre 
cette institution surtout quand elle commença à peser sur la petite propriété, 
résultat du morcellement des héritages. C'est une exagération de dire qu'elle 
était vexatoire et nuisible à l'agriculture. Les Anglais, gens de pratique positive 
et amis des traditions, l'ont maintenue jusque dans ces derniers temps. Aussi, 
quand la Révolution française abolit la dîme, le décret ajoutait : sauf à aviser 
par un autre moyen aux frais du culte : logement du curé, son entretien, 
soutien des pauvres et de la Fabrique. 

Le décret disait encore que la dîme serait perçue en attendant. Elle dis- 
parut quand même, peu après, et le budget du culte, quoique porté en principe, 
ne fut établi que plus tard. On vendit donc les terres grevées de dîmes ; l'ache- 
teur payait un dixième en moins : c'était lui faire un cadeau, au détriment du 
clergé et de l'Etat. 

La dîme du curé Randollet, en 1778, se composait comme suit, d'après les cal- 
culs du manœuvre Jean-Joseph Thomas, qui l'avait battue pour les repreneurs. 

12 muids et demi (env. 30 hectol.) d'épeautre, à trois écus le muid. 
8 muids et sept setiers de wassend (seigle), à six escalins le setier. 



— 77 — 

16 muids d'avoine et deux setiers, à deux escalins le setier. 

6 setiers (env. 180 litres) d'orge, à quatre escalins le setier. 

4 setiers de potages (pois, vesces, faveltes), à quatre escalins, 

14 setiers de drawe, à cinq plaquettes le setier. 

1236 bottes de paille et seize de potages, l'une portant l'autre, à dix bons liards 
(env. 2 sous V2), ce qui fait pour les pailles 55 écus ; plus, au moins 5 écus, pour 
les petites pailles. 

Le curé laissait les potages mêlés, de même que l'orge pour diminution des 
mesures, et quatre écus et demi au manœuvre, pour frais de collecte ; il laissait 
aussi 7 muids d'épeautre et le quart de la paille à certain M' Merche ; et, toute 
soustraction faite, sa dîme se montait à 250 florins. 

Le revenu du curé, à la plus belle époque, au temps de sire Randollet, valait 
donc environ 550 francs, d'après l'estimation du douaire et de la dîme. 

Là-dessus il devait s'entretenir et acquitter toutes ses charges: environ 15 
florins pour les aides ordinaires de Sa Majesté, sans compter les aides extraordi- 
naires ; la taille communale, l'obsonique et le cathédrique, la rente et les corvées 
du château. Il devait annuellement 3 livres de cire à la Fabrique, deux setiers 
d'avoine pour la rente du bois, deux setiers d'avoine à un curé de Grandhan et 
autant à un curé de Fron ville ; soit en tout une trentaine de florins. 

Le curé Randollet faisait valoir son bien par l'intermédiaire d'un domestique 
laboureur ou par son frère, aidé souvent par Noël Dewar, censier de GoUin, à 
Petite Eneille, devenu en 1775 le censier du curé, qui lui paye annuellement jus- 
que 88 florins pour différents travaux agricoles et pour de nombreux charrois, 
entre autres, en 1775, deux charrois de houille qu'il va charger à Rivage au prix 
de 15 florins par voyage, pour la briqueterie du curé ; puis plusieurs charrois de 
bois à Petite Eneille, où le curé faisait fabriquer sa bière. Mais ni le curé ni le 
censier ne semblent faire fortune dans la culture. En 1786, Dewar doit vendre 
tous ses biens à Eneille pour payer ses arriérés à l'église, à la cure et à divers 
créanciers. D'autre part, nous voyons, le 29 août 1788, le Chanoine Lhoneux, 
cessionnaire du curé Randollet, qui avait été bénéficier de Deuhn, dans un acte 
signé au château même de Deulin, a/?w de pourvoir d'une façon plus conve- 
nable que ci-devant à la pension alimentaire du dit curé, lui recéder à cet 
effet toutes les rentes de sa cure, de son bénéfice et tous les arriérés, de même 
que tout le produit des terres labourables et des sartages qui seront à lever et 
percevoir cette année par le curé d'Eneille. Il lui cédait encore ce qu'on pourrait 
appeler la menue dîme : celle des crompires, chanvre et lin, à son profit et au 
profit de son fermier conformément à son bail. 

Quant au casuel du curé, voici une pièce qui nous renseignera parfaitement sur 
la situation des curés de l'ancien régime, à la veille de la révolution française. 



— 78 — 

C'est une lettre éci'ite par le curé Randollet, à l'archidiacre du Condroz, au nom 
de tous les curés du concile d'Ouffet, qui l'avaient choisi pour leur porte- voix. 

« Nous, tous les curés du décanat d'Ouffet, dans votre archidiaconé du Condroz, 
au duché de Luxembourg, soussignés, remontrons à Votre Illustre Seigneurie, 
que quelque ancienne que soit notre possession d'exiger des droits pastoraux, que 
les ancêtres de nos paroissiens respectaient et considéraient comme un droit 
de fondation ou d'érection de cure, tels que de payer par chaque famille un 
pain aux jours de Noël, Pâques et Pentecôte et aux trois jours des Rogations, les 
œufs de Pâques en nature ou par rédemption, item les droits de mariage et de 
sépulture, registration de baptême, le droit pour recevoir les femmes à l'église, 
item la quote-part du marguillier ; il est néanmoins que plusieurs de nos con- 
frères sont en contention avec leurs paroissiens, les uns dans un point, les autres 
dans un autre, et tous exposés à y être, au sujet des susdits droits, sous prétexte 
qu'ils ne sont point entérinés au Conseil provincial de Luxembourg, 

Ce qui augmente nos peines et nous remplit d'amertume, c'est que ces con- 
tentions n'ont d'autre perspective que de nous distraire de nos devoirs et faire 
manquer le bui principal de notre mission, qui est, aussi bien que l'instruction, 
la paix et l'union avec nos ouailles, parmi lesquelles il ne se trouve que trop de 
ces esprits inquiets et tracassiers, qui, après avoir troublé le bon ordre et assez 
souvent manqué aux devoirs de la religion, nous taxent d'injustice dans nos 
prétentions, entraînent la multitude et se réunissent tous, sous l'appas séduisant 
de l'indépendance, pour nous résister ouvertement en toute occasion, et toujours 
avec mépris, lorsqu'il s'agit de nos intérêts temporels, sous prétexte que nos 
statuts archidiaconaux, quoique suivis de temps immémoriaux, ne sont point 
revêtus du placet de Sa Majesté, notre auguste Souveraine. 

Cause que nous supphons très humblement Votre Illustre Seigneurie de rece- 
voir favorablement le recours que nous prenons vers elle pour obtenir cette 
sanction royale, avec tel changement ou modification qu'il vous plaira de pro- 
poser à Sa Majesté. 

Il n'est point de sacrifice, Mgr, que nous ne fussions inclinés de faire au bien 
d'un accord stable, uniforme et respectivement obligatoire ; mais qu'il nous soit 
permis d'onserver que nous supportons déjà tant de charges, tant de peines et de 
disgrâces dans notre ministère, et que la plupart des suppliants n'ont point la 
rétribution condigne pour vivre honorablement selon leur caractère ; et, par 
une suite nécessaire, sont hors d'état d'assister à nourrir et vêtir les pauvres, 
bien moins encore s'ils devaient plaider pour leurs droits, qui font le principal 
de leurs revenus. 

Qu'il nous soit permis de faire une deuxième observation. 



— 79 — 

En supposant que le curé ne tire plus ses droits pastoraux, qui ne sont qu'une 
bagatelle accidentelle pour le particulier, qu'en reviendrait-il au bien public ? 

Le paroissien n'en deviendrait-il pas plus insolent encore par son indépen- 
dance ? Le contraire de la supposition produit nécessairement un bien ; il excite 
l'un à remplir exactement ses devoirs, et retient les autres dans la subordina- 
tion. Il en faut convenir, s'il n'y avait plus de rétribution attachée à l'exercice 
de quelques-uns de nos devoirs, ou plutôt, aux actes de notre juridiction, le far- 
deau en deviendrait certainement plus pesant : l'homme de l'église est toujours 
homme, et par ainsi, dans notre état comme dans ceux du monde, l'ouvrier est 
digne de son salaire ; mais il faut une loi qui oblige indistinctement : tels seraient 
nos statuts archidiaconaux, si Votre Seigneurie daignait employer ses bons 
offices pour obtenir le placet royal du troisième tome de Manigart, soit en tout 
ou en partie, pour ce qui concerne les droits pastoraux de notre décanat, situé 
dans votre archidiaconé, au duché de Luxembourg ». 

Avec tout cela, le pauvre curé d'Eneille se faisait encore voler ses dîmes par 
le curé de Grandhan dans les terres du Ghesne-à-Han, que le voisin, nouvel 
arrivé dans le pays, prétendait siennes. « Pour la première fois, mon confrère, 
que vous paraissez sur cet horizon, lui écrit-il en 1779, c'est un coup d'essai qui 
ne se sent pas de la timidité ; notamment que je vous ai fait dire le jour même 
que vous avez enlevé ma dîme, de compter exactement ce que vous y lèveriez, 
pour nous rencontrer ailleurs ». Il demande compensation sur la dîme de deux 
autres terres, pour équivaler à ce qu'il requiert, et propose de s'en rapporter à 
l'arbitrage de gens intelligents et désintéressés, comme seule voie et seul moyen 
d'être dispensés d'entrer en plus grande difficulté. 

Un cas de ce genre s'était déjà présenté en 1722, entre André Le Charpentier 
et le curé Gharlier de Grandhan, au sujet de la dîme et de la terre du sergent et 
de la terre de Jean de Marche. 

Sous de Pierreux, le charriage est confié à plusieurs paroissiens : Jaspar, 
Gérard, Gollin, de la Hault, Biaise, Poncelet, Ponsart, qui probablement accom- 
pagnés des piqueurs de dîme faisaient au jour voulu le tour du ban ou d'un coin 
déterminé, pour piquer dans les tasseaux la part du curé. 

Gitons quelques notes : « La veille Saint Laurent, Hubert Jaspar a ramené une 
charée de seigle, commençant â Grand Ry et retournant â Thier de Base. — 
Une charée de 25 jarbes deseur le Bois et retournant deseur Salcire. Le lende- 
main Sainte Marguerite, une charée commençant à la Haye et finant dévier 
l'Enclos. Jaspar a été rechercher quelques jarbes à Jean de la Hault en Salcire, 
pendant qu'on estait allé voire le révérend Doyen. Le 12^ jour d'aoust, Jaspar, 
une charée commençant aux Fiefz et finant en la Gommune. La veille Saint 
Laurent, Henri Gérard, une charée avec 7 jarbes Henri Noël. Jaspar, 13 jarbes 



— 80 — 

de seigle, sur le Thier de Base et retournant parTronsleu. Jean delà Hault, 
cinq jarbes deseur le Bois et retournant par Ghaply au sart Hofurlin. — Jaspar, 
une charée de foing retournant de la guernet du seigneur d'Eneille. — 3 jarbes 
de bled, deux de vesces et 3 moulots de foing. Jaspar a charié dix charées de 
blancs grains et 2 charées de foing ; je lui ai donné deux patakons. — La veuve 
Jacques, 4 jarbes de seigle, ramenées de sa grange. » 

Sur le rôle des piqueurs de dime, les mayeur et échevins d'Eneille ont fait 
publier deux fois, d'abord le 1®"" mai 1781, puis le 6 juillet 1794 par le sergent 
Henri Drouba, aux plaids généraux d'Eneille, une ordonnance portée par le Con- 
seil de Luxembourg, le 26 juillet 1771, en faveur delà Baronne Minekwitz de 
Porcheresse et Graide et Sire Jean-Nicolas Gomins, curé d'Opont et de Naomé, 
concernant le terrage de Graide et de Porcheresse, et la dîme dans les districts 
de ces deux villages et celui de Naomé. Cette pièce a pu venir à Eneille par l'en- 
tremise du curé RandoUet, originaire de Halma. En voici le résumé, 

« La Baronne et le curé susdits rappellent qu'au mépris du règlement de 1587 
défendant aux propriétaires de charoier leurs grains de la nuit, ni après le cou- 
chant ni avant la levée du soleil, les dits propriétaires vont les charoier dans le 
temps qui leur plaît, ne s'attachant pas non plus d'avertir les dîmeurs ou piqueurs 
de dime, ni même le terrageur à domicile, se contentant de crier à la campagne 
soit faiblement, soit fortement « à la dîme « lorsqu'ils chargent les grains ; et 
comme il est moralement impossible que ces cris portés toujours à des heures et 
des moments choisis, auxquels ils savent que le dîmeur ou le terrageur ne peut 
pas être à portée d'entendre, il arrive qu'en éludant ainsi l'esprit de l'ordonnance 
susmentionnée, ils retiennent à leur disposition la quantité et la quotité de la 
dime qu'ils veulent bien laisser, sans qu'il soit bonnement possible que les déci- 
mateurs parviennent à la connaissance de ce qu'on peut avoir laissé de trop peu 
sur le terrain pour les dîmes et terrages. etc. 

Le Conseil de Luxembourg donne permission de constituer des piqueurs dans 
chaque village et de les faire mettre à serment à l'effet tant de lever les dîmes et 
terrage que de faire rapport de ceux qui auront enlevé les grains en contravention 
de l'ordonnance du 17 juillet 1587, et ordonne aux habitants de chaque village 
d'avertir les dits piqueurs respectivement en leur domicile avant d'enlever les 
grains, sous peine de cent florins d'or d'amende ». 

En publiant cette pièce à Eneille on avertissait les habitants que les nommés 
Antoine Dachouffe de la Petite Eneille, et François Lecomte de la Grande Eneille, 
étaient établis et sermentés dimeurs ou piqueurs de dîmç pour toute la juridic- 
tion des Eneilles. 

Le dimeur ne prenait pas toujours invariablement une gerbe sur dix. C'étaient 
parfois deux gerbes sur treize, tant des fonds et chapeaux que des autres gerbes 



— 81 — 

des tasseaux, comme à Porcheresse et à Graide ; parfois, une gerbe de douze, 
comme à Naomé. 

La dîme et le douaire disparurent à la Révolution. On tenta cependant de 
récupérer dans la suite une partie des biens de la cure. Voici comment : 

Un arrêté du roi Guillaume, en date du 19 août i8ll,remei la fabrique 
d'EneWe en droit de profiter des pièces de biens qui n'auraient pas été 
vendues de leur ci-devant bien de cure. Or, le procès-verbal d'adjudication 
ne portait qu'une partie des pièces situées sur la commune d'Eneille et aucune 
de celles qui se trouvent sur les communes de Grandhan, Fronville et Noiseux. 
On put prouver d'après les actes de création que les pièces de biens situées sur 
les communes étrangères, consistant en prairies, terres labourables et sartables, 
avaient étéafiectées pour des anniversaires. Le conseil de Fabrique, en séance 
du 19 mars 1827, les revendiqua au profit de la Fabrique, qui ferait acquitter les 
obligations dont elles étaient chargées. En conséquence, le conseil supplie la 
Députation des Etats du Grand-Duché de Luxembourg de vouloir bien les auto- 
riser à cet effet contre tous les détenteurs actuels des pièces du bien de cure, 
situées sur les communes étrangères. 

Le 11 août 1827, les détenteurs furent invités à venir déclarer à quel titre ils 
possédaient ces biens, devant le conseil de Fabrique, qui siégea de 8 heures à 10 
heures en les attendant. Aucun ne s'est présenté. 

De là trois procès que la Fabrique perdit en première instance à Dinant contre 
les trois détenteurs, en l'année 1833. La Fabrique interjeta appel de ces trois 
jugements, sûre d'après l'avocat Zoude de Liège, qu'ils ne pouvaient manquer 
d'être révoqués. 

Selon toute apparence, l'avocat se trompait, car on ne voit nulle part que les 
biens revendiqués aient fait retour à la Fabrique. D'autre part, une lettre de 
Monsieur Aug. van der Straten-Ponthoz à M. Georis dit que l'un de ses avocats, 
M, Adams, trouve la prescription un moyen puissant pour ses adversaires, 
parce qu'il faudrait prouver la mauvaise foi. 

Sauf ce point secondaire, concernant les terrains non compris dans l'acte de 
vente, les acquéreurs des biens de la cure ne devaient plus être inquiets, ni in- 
quiétés, depuis le concordat de 1811, entre Pie VII et Napoléon, 

§ IV. 
La maison pastorale. 

On appelle aujourd'hui encore la cure, le groupe de maisons qui fait face au 
presbytère actuel. C'est la résidence des anciens pasteurs d'Eneille, fort transfor- 

6 



— 82 — 

mee maintenant, les granges et les étables étant converties en quartiers habi- 
tables. 

La restauration de la maison pastorale au 17^ siècle a mis en branle pendant 
des années toute la paroisse et toutes les autorités compétentes, civiles et reli- 
gieuses. 

Avant de résumer ces longs débats, rappelons les principes de droit commun 
en cette matière. 

La construction, restauration, réparation et entretien des maisons pastorales, 
comme des églises paroissiales, étant une charge inhérente aux dîmes ecclésias- 
tiques, devait être supportée par les décimateurs ecclésiastiques ou par les laïcs 
qui auraient acquis ces dîmes des ecclésiastiques depuis le concile de Latran, 
tenu en 1179. La dépense, pour les églises du moins, ne devait être fournie par 
eux qu'après qu'on aurait prélevé les revenus de la Fabrique et la quote-part 
des bénéflciers proportionnelle aux fruits qu'ils percevaient dans l'église où était 
leur bénéfice. 

A défaut de ces trois moyens, et c'était le cas à Eneille pour ce qui concernait 
le presbytère, « il y sera suppléé, dit une ordonnance de Marie-Thérèse en 1769, 
reprenant pour son compte une jurisprudence antérieure, il y sera suppléé par 
les habitants de la paroisse qui y reçoivent la nourriture spirituelle, sur le pied 
qui sera réglé par l'octroi qu'ils devront obtenir pour cet effet de Nous, comme 
ci-devant. » 

Donc en 1688, à l'arrivée du curé Le Charpentier, les édifices pastoraux me- 
naçaient ruine. A la demande du nouveau curé, le 21 juin 1688, la grange pas- 
torale et autres édifices adjacents furent visités par la Justice des Eneilles qui 
jugea ces bâtimens réparables de fond en comble. 

Les années qui suivirent se passèrent en instances et en protestations de la 
part du pasteur, qui, « prévoyant la briève ruine des dits maisonnages, courait 
grand risque et péril d'être ses domestiques accablés aussi bien que ses bestiaux ». 

En 1692, 1693, 1694, les seigneur et manants, paroissiens d'Eneille, sont 
résolus à faire les réparations, mais ne les font pas quand même. 

Un acte daté de Fizenne, le pénultième de mai 1693, et signé L. de Blier, 
« ordonne qu'à la requête de sire André Le Charpentier soit signifié aux seigneur, 
manants et paroissiens, qu'à son entrée dans la cure ayant fait visiter par la Jus- 
tice du lieu les maisonnages pastoraux, ils se sont trouvés fort défectueux et 
sujets à réparation, particulièrement la grange et le fournil. En suite de quoi 
ayant été résolus de les réparer et ayant obtenu permission d'abattre une quan- 
tité de chênes dans les bois communaux, où les habitants ont leur usage, sans 
préjudice des droits du seigneur, une partie a été ramenée et le reste est demeuré 
dans les bois, où les chênes pourrissent, pendant que les maisonnages menacent 



— 83 — 

ruine, le curé vient par cette solliciter ou semoncer le seigneur, manants et 
paroissiens de s'acquitter de leurs obligations au plus tôt ; protester, comme il 
fait, de tous dommages et intérêts qu'il reçoit de leurs délais et négligence, 
ensemble de tous périls et inconvénients qui pourront en résulter ». 

Jean Lecomte, sergent d'Eneille, intima copie de cette ordonnance à Pierre 
Pirard, Jean Borlon, Charles Pire, Jean Wathy, et pour la connaissance des 
résidus manants, afficha à la porte de l'église aussi une copie, le 20 juin 1693. 

En 1(593 et 1694, on se décide à charrier les chênes et en partie les autres 
matériaux. 

Les charpentiers ont commencé de quarrer les chênes environ les mois de 
février-mars 1694. Les manants pour convenir de leurs journées et salaires ainsi 
que de leur bière ont constitué Pierre Firard et Jean Borlon. Ce dernier est venu 
sur leurs ouvrages demander ce quils prétendaient gagner. Le dimanche, à la 
sortie de la grand'messe, il fait récit à la communauté qu'ils voulaient gagner 
chacun deux escalins (env. i fr. 20) jusqu'à un tel temps, et par après, les jours 
étant plus longs, deux escalins et demi sans rehausse (1). 

Pendant le travail, les charpentiers ayant demandé de l'argent, le pasteur a 
prié les constitués d'aller de maison à maison, afin que chaque ménage donnât un 
écu à bon compte pour les ouvriers ; mais pas un n'a voulu payer. Ensuite Jean 
Lecomte est venu prier le curé d'avoir patience et qu'on en ferait pour un meilleur. 

Dans le mois de juin, on a tiré la vieille grange en bas, à eôçt de prendre et 
faire resservir tous les bois propres à bâtir. 

Le 2 juillet, on a dressé la grange et autres édifices sur les mêmes fondements 
où était la vieille, avec l'assistance de la plus grande partie des paroissiens. 

Par après, les charpentiers ont bâti des étables de porcs avec les vieux bois et 
les ont replacés au haut voilé de la même largeur qu'ils étaient ci-devant à la 
basse parois de la vieille, ne venant qu'à la longueur des vieux étables de porcs. 

Or, est-il que le tout étant achevé et compte fait avec les ouvriers, question 
d'avoir de l'argent pour les payer, le pasteur a semonce plusieurs fois ses parois- 
siens d'en vider, jusqu'à ce qu'il a été obligé de les faire citer devant l'official 
forain à eflet de les faire venir au paiement de leur quote-part, selon la répartition 
qu'il avait fait présenter à chacun en particulier. Ils ont demandé ajournement 
et renvoyé à leur juge compétent pour n'être traitables ni responsables devant 
un juge ecclésiastique ; ce qui leur a été accordé. 

L'état de frais des travaux, fait en juillet 1694, se montait à 163 francs et 
quinze patars, comprenant le prix dû aux charpentiers 106 fr. 16 pat. ; aux 
maçons 6 fr. ; au couvreur 6 fr. 15 p. ; à celui qui a fait les hennés 13 fr. 16 p. ; 



(1) A cette époque, l'nrgent avait une valeur marchande deux à trois fois plus grande qu'aujourd'liui. 



— 84 — 

à la l'oiunu' qui a l'ait le moi-tier six jours, gagnant neuf sous pai- jour, en laissant 
la moitié pour son manœuvre ; à Jacques de Warre pour couper 40 chênes et les 
mettre à corde, au prix de dix liards chaque, soit 5 francs ; au menuisier pour 7 
journées et demie, 6 frs. et 15 p. ; pour l'achat de 200 lattes, 3 fr. 18 p. ; aux 
scieurs 15 fr., etc. etc. 

La répartition de ce que chaque ménage devait donner au-dessus de ses 
journées et charriages s'élevantà 139 fr. Il manquait donc encore 24 fr. pour faire 
la somme de 163 francs. 

Sur l'ajournement accordé par la Cour d'Eneille, les manants ont demandé d'en 
venir à un accord. Alors, ils ont trouvé les bâtiments trop amples, bien qu'ils 
eussent consenti précédemment à les rebâtir sur les anciens fondements, puis 
ils ont chicané sur l'abatis de l'étable des porcs ; puis sur de vieilles portes qu'on 
aurait pu feire resservir pour diminuer les frais d'achat et de sciage des chênes ! 

A partir d'ici, cela dégénère en querelle d'allemand : On reproche au pasteur 
d'avoir pris les vieux bois restants. Or, il les réservait pour faire un fournil gran- 
dement nécessaire ; il avait mis, à la place, des bois achetés aux héritiers de feu 
Noël de Pierreux, son prédécesseur. 

De plus, passé cinq ou six ans, il avait fait mettre chaque année des waz 
(paille de wassend triée) sur la grange, à effet de mettre ses bestiaux et fourrages 
à couvert ; outre plus de trente corvées et journées qu'il a fait faire sans y 
être tenu. 

Après avoir rappelé tous ces faits, le curé adresse la consultation suivante à 
un magistrat de Durbuy : 

On demande si les paroissiens sont fondés dans leurs prétentions de tout ou en 
partie ; et si on venait à un accord et répartition sur chaque ménage, le pasteur 
serait-il obligé de prendre séparément la quote-part d'un chacun en particulier ; 
ou bien les paroissiens ne sont-ils pas tenus et obligés de collecter et faire la 
masse totale ? 

Le magistrat répondit : « Vu le fait ci-dessus et la visite de 1688, le soussigné, 
eu égard que les bâtiments en question sont encore plus ruineux qu'ils ne l'étaient 
en 1682, six ans auparavant, et que les paroissiens ont consenti aux réparations 
sans opposition, est de sentiment au premier état, qu'à présent qu'elles sont faites, 
ils ne sont plus recevables à les blâmer, par la maxime de droit : quod semel 
placuii, amplius displicere non potest^ c.-à-d. ce qui une fois a été décidé ne 
peut plus être rapporté ; outre qu'il ne parait d'aucunes réparations voluptuaires 
ou superflues, auxquelles les paroissiens ne seraient pas tenus par l'article 6 et 
suivants du chapitre V de Domibus pastorum des statuts archidiaconaux ; et 
s'il y avait différend considérable, il devrait être décidé à l'arbitrage du Révérend 
Archidiacre ; les statuts le déclarent. 



— 85 - 

Au second chef, il est manifeste que le curé n'est pas tenu de faire la collecté 
des quotes de chaque paroissien. Cette collecte est une partie de leur obligation, 
qu'ils doivent exécuter entre eux : l'exemple est journalier en toutes les autres 
obligations de communauté. 

Délibéré à Durbuy, le 2 décembre 1694. Signé A. D. Rossignon. 

Quelques jours avant cette date, le 18 novembre, sur requête du pasteur 
d'Eneille, l'official Jean d'Awan, avait convoqué, devant lui à Petithan, par 
l'intermédiaire de Jean Parmentier, marguillier, les habitants d'Eneille, pour y 
dire leurs raisons, le 25 du courant, à 10 heures du matin. 

Le 22 novembre, le marguillier insinua la chose à Pierre Pirard et à Jean 
Lecomte, constitués de la paroisse d'Eneille ; item une copie à Jean Borlon ; et, 
allant de maison en maison, lut la requête du curé avec l'apostille de l'official 
aux manants paroissiens défaillants. 

Parmi tous ces pourparlers avec la justice d'Eneille et l'official de Petithan, 
le curé, voyant la résistance de ses paroissiens, réduits d'ailleurs pour la 
plupart à la mendicité, avait proposé à l'examinateur synodal, Joannes Le 
Beau, et à l'archidiacre du Condroz, Gaspar de Stockem, d'engager un muid 
d'épeautre (env. 2 hectolitres et demi), hors des revenus de l'église, pour sup- 
pléer au défaut de ceux qui ne pourraient payer, avec promesse de le dégager 
quand il plairait aux autorités ecclésiastiques. 

L'archidiacre accorda la permission pour le terme.de 6 ans, le 6 avril 1694, 
sur ces considérations, émises par l'examinateur synodal, que la restauration 
était urgente, que la permission était accordée pour un temps et pour le soula- 
gement des pauvres, n'y ayant rien en cela de contraire au but des constitutions 
apostoliques. 

Nul paroissien ne voulut prendre à ses gages le muid d'épeautre ; les ouvriers 
avaient déjà fait une partie de la restauration et réclamaient leur dû, ce qui 
força le curé à emprunter, pour les payer, 30 écus à son confrère d'Ocquier, et 
à intenter un procès par devant Messeigneurs du Conseil de Luxembourg, au 
commencement de l'année 1695. Quinze ménages se décidèrent à payer leur 
cotisation et firent signifier aux douze autres défaillants, dont le seigneur et la 
Dame, qu'ils acceptaient la répartition, et protestaient de tous dommages et 
intérêts qu'ils pourraient recevoir au regard des dépenses du procès. C'était le 5 
février 1695. 

Le même jour, en présence et à l'intervention de Henri le Rousseau, de Longue- 
vifie, et d'Arnould Claude, d'Heure, témoins ; de Jean Lecomte, centenier de la 
Grande Eneille et de Jean Borlon, centenier de la Petite Eneille, pour assoupir 
la difficulté esmeute et arrêter le procès, on décida que chaque ménage de la 



— 86 



paroisse, au nombre de 27, sera obligé de payer incessamment aux susdits 
centeniers, lesquels conjointement avec le curé feront la collecte, \ 4 escalins au- 
dessus de tous charriages, journées et autres dépenses laites à l'entour des bâti- 
ments pastoraux. 

Neuf ménages seulement purent payer sur le champ, y compris le seigneur et 
la Dame ; les 18 autres demandèrent du délai, se basant sur la permission de 
l'archidiacre. Au mois de mai suivant, huit autres ménages avaient encore payé 
leur cotisation, soit ensemble 7 écus (env. 34 frs.), lesquels joints aux 25 écus 
d'épargne que les mambours de l'église, Charles Pire et Jean Lecomte, avaient 
en caisse pour les années 1693 et 1694, servirent à rembourser au curé d'Ocquier 
ses trente écus et leur intérêt d'un an, plus encore un écu et demi payé à 
M, Doupré, collecteur de l'archidiacre. 

Après tous ces débats, 
il restait encore à loger 
le curé. Ce fut le premier 
souci de M. Grofay, l'an- 
née qui suivit sa venue à 
Eneille. 

Aux plaids généraux 
du 12 janvier 1728, tous 
manants des deux Eneil- 
les présents, comme aussi 
Révérend Messire Grofay , 
il fut convenu entre eux 
d'employer 70 écus hors 
des cent que redevaient 
les héritiers du défunt 
curé Le Charpentier, pour 
construire un quartier de 
maison pastorale, à la- 
quelle le curé contribuait 
du sien pour 30 écus ; les 
charriages et la main 
d'œuvre étant faits par 
les manants également, 
suivant une juste répar- 
tition, à laquelle contribuaient en argent ceux qui n'avaient pas travaillé et 
charrié pour leur quote-part, tous protestant ne vouloir rien payer au-dessus de 
ce qu'ils sont tenus. 

Tantae molis erat tam pulchram condere curam ! 




Phot. Eug. Haverldiiii. 

Grande Eneille. — Le Presbytère actuel. 



— 87 



Et cette belle cure, qui avait coûté tant d'eôorts, devait, comme le douaire et 
les biens de fabrique, être vendue à des étrangers : 

Barbarus has segetes 



Cependant, grâce à la générosité des seigneurs d'Eneiile, un nouveau presby- 
tère fut bâti sur la colline qui fait face à l'ancienne cure. Le presbytère et ses 
deux jardins, réservés lors de la vente du château, appartiennent encore à la 
famille van der Straten-Waillet, qui les laisse gracieusement à la disposition de 
la Fabrique et du curé, bénéficiaire en outre d'une rente annuelle établie par 
Henri van der Straten, à la demande de Mademoiselle d'Eneiile, sa grande tante, 
Dieudonnée-Ignace van der Straten-Waillet, morte religieuse à Namur, en i832. 

Très précaire à l'origine, jusqu'en 1848, — il n'y avait à l'étage qu'une seule 
chambre ; au rez-de-chaussée, le bureau du curé était l'un des petits réduits qui 
forment l'arrière-cuisine ; la chambre de gauche servait d'école — le presbytère 
actuel, sans être de loin le plus confortable du Luxembourg, en est peut-être le 
plus joli, avec ses collines boisées qui l'encadrent du levant au couchant, avec 
ses terrasses en forteresse fleuries de lilas, d'aubépines et de roses, avec sa vue 
sur les méandres de l'Ourthe et sa perspective sur la plaine toujours verte que 
terminent à l'horizon lointain les sombres plateaux de l'Ardenne. 

Laudaturque domus longos quae prospicit agros. 

Vrai tableau de genre, avec la grange et l'étable, les remises et le fournil, en 
style d'Eneiile : la tuile, le chaume et le torchis, symboles d'un temps qui n'est 
plus à la dime ni aux curés laboureurs. 



— 88 



§ V. 



Les Vicaires-Marguilliers. Les Écoles paroissiales 
et communales. 

L'école paroissiale, sous la responsabilité du curé, se tenait dans une salle de 
l'ancienne ou de la nouvelle cure. L'éducation de l'enfance était confiée le plus 
souvent à un vicaire, prètre-marguillier, qui aide aussi le curé dans ses fonc- 
tions pastorales. Le plus ancien vicaire signalé dans nos registres paroissiaux 
est sire Jean Catoul, parrain d'Anna Gilsoul, en septembre 1608. Puis, c'est 
Georges d'Orlho, chapelain, parrain de Georges de la Haulten 1622. 

Quelle était à Eneilie la situation de ces prêtres-marguilliers ? Nous pouvons 
le dire au moins pour le temps du curé Randollet. 

Dès son arrivée, en 1770, le 2 décembre, Messire Randollet reçoit une dépu- 
tation de ses paroissiens lui demandant de leur accorder un digne prêtre, capable 
d'être ensemble vicaire et marguillier, pour leur dire la messe basse les jours de 
dimanches et fêtes et pour tenir bien dûment l'école, depuis la fête de tous les 
saints, jusqu'à Pâques, 

D'accord avec le curé, les paroissiens s'obligèrent de payer chacun annuelle- 
ment, en trois termes égaux douze escalins (env. 7 frs. 30), au curé pour son 
vicaire, à commencer le dimanche des Avents et à finir à pareil jour, l'an révolu. 
Les paroissiens s'obligent en outre de faire lever et reproduire cette somme en 
la maison paroissiale aux termes fixés, tous étant tenus solidairement. Ils auront 
la messe demandée dite à leur intention et à heure compétente pour la plus 
grande utilité des deux villages. Il est également stipulé que les veuves ayant un 
chef de ménage paieront la rétribution en entier. Il est aussi expressément sti- 
pulé que le curé et son vicaire auront ensemble deux mois de vacances par 
année, pendant lesquels les paroissiens n'auront qu'une messe paroissiale, dont 
avis sera donné la semaine auparavant. 

Le vicaire-marguillier fut l'abbé Dochain jusqu'au 10 mai 1774. Alors le Révé- 
rend sire Hubert Maréchal, ci-devant vicaire à Jemeppe, se présenta au curé et 
à la communauté vinagèrement assemblée, qui a député ses commis au bourg- 
mestre pour faire la convenance suivante : « Gomme il a été arrêté aux plaids 
généraux derniers, le gage de marguillier et de vicaire ensemble consiste en 
autant d'écus à couronne (env. 6 frs.), faisant chaque dix escalins deux sous, 
qu'il y a de manants dans cette paroisse, le tout payable par les deux commis 



- 89 — 

députés, hors de la caisse de la communauté, en deux termes, la moitié au Noël, 
et 'le résidu à la St-Jean, 24 juin, qui sera le terme de la première année révo- 
lue et ainsi d'année en année. « 

Le curé assigne au vicaire, hors de la même caisse, les deux escalins de droits 
pastoraux par chaque manant pour salaire des vigiles et des anniversaires fondés, 
tant en grains qu'en argent, et pour les confessions. 

Jean-Hubert Maréchal s'engage à dire la messe, fêtes et dimanches, vers 
l'heure de l'aurore, pour la grande commodité de la paroisse, et à l'intention des 
fidèles le dimanche seulement. Il s'engage ensuite à tenir l'école depuis la Tous- 
saint jusqu'à Pâques, pour quoi il lèvera la rente des pauvres, tant qu'il n'en 
sera pas autrement disposé. Et comme il n'y a pas de maison vicariale, la com- 
munauté devra lui en fournir une convenable jusqu'à ce qu'on en ait bâti une à 
portée de l'église. Et pour lors le vicaire devra sonner au gré du curé à midi et 
au soir. 

Ces arrangements ne tiennent pas longtemps ; et la question scolaire se repré- 
sente plus d'une fois au cours du ministère du curé Randollet. 

Nous trouvons en cette matière une sentence du Conseil souverain du Luxem- 
bourg, datée du 25 avril 1786, donnant raison au curé contre ses paroissiens, qui 
décident d'en appeler à une autre chambre. Le 7 mai intervient un nouvel accord : 
on paierait un écu (env. 4 fr. 80) à raison de chaque ménage ou feu, qui seront 
trouvés chaque année aux Eneilles et participant aux aisances de la communauté ; 
le vicaire aura une part égale à chaque manant dans les aisances et émoluments 
de la communauté, toutes charges communales déduites. On s'oblige à acheter 
ou à bâtir une maison avec deux places au rez-de-chaussée, avec un petit jardin, 
et à l'entretien de la maison. Outre les dimanches et les fêtes, le vicaire dira une 
messe tous les lundis pour les trépassés. Le curé lui comptera dix écus (env. 48 
fr.) chaque année pour ses fonctions de marguillier. Si l'on ne trouve pas de 
vicaire pour tenir l'école, on prendra un laïc auquel avec les autres avantages 
faits au vicaire, on donnera pour traitement cinq plaquettes (env. 3 fr.) par an 
et par ménage. 

A cette époque 1786, il y avait à Eneille 24 ménages, sans compter la cure et 
le château. J'ignore comment se termina la question ; mais, de même que parfois 
on ne trouvait pas un mambour pour l'église, de même, à défaut de vicaire, on 
ne trouvait pas toujours un marguillier laïc à Eneille. C'est ainsi qu'en 1778, les 
paroissiens ayant refusé de payer le marguillier, disant que c'était aux décima- 
teurs à le fournir, le curé a loué pour la fête de la Toussaint un marguillier 
étranger, Jean Renauld de Marloie, à qui il a payé par année 15 écus argent de 
Liège. La situationaduréjusqu'après la Toussaint 1780. L'école fut alors tenue par 
le vicaire-marguillier, Sire Dehive, à qui le curé donna pour rétribution la table 



— 90 - 

et le logement pendant deux mois et plus, à raison de 12 sous du roi par jour. Il 
toucha en outre 4 couronnes pour ses droits d'anniversaires, plus la dime des 
pauvres. Entré à la Toussaint, il quitta le 5 février 1781. 

En 1778 et 1782, le curé dut tenir l'école lui-même ; et ce qui lui fut payé, il le 
distribua aux pauvres les plus nécessiteux, la rente des pauvres servant alors à 
payer le maître d'école, à Eneille comme en beaucoup d'endroits : c'était une 
façon de donner aux pauvres l'école gratuite. 

On voit par les signatures des testaments et des pièces officielles que bon nom- 
bre d'anciens savaient signer ; mais péniblement. La plupart se contentaient 
d'apposer leur croix ou leur marque. 

" Il est à remarquer que, dans les écoles paroissiales, les élèves étaient géné- 
ralement partagés en deux catégories : les écrivants et les non écrivants. Les 
écrivants devaient payer le double des autres pour leur écolage, et en outre 
l'encre, le papier, les plumes. Il en résultait que plusieurs enfants, notamment 
ceux des classes pauvres, sortaient de l'école sachant bien lire, mais sans avoir 
touché la plume. Il n'est donc pas tout à fait juste de considérer comme illettrés 
tous ceux qni dans les actes publics remplacent leur signature par une croix 
« pour ne sçavoir écrire » (Glausset et Mauclet). 

Je me rappelle avoir vu dans mon enfance un ouvrage scolaire intitulé : 
Cinquante sortes d'écritures. C'était la reproduction de diverses écritures 
manuscrites, depuis la belle et nette anglaise, jusqu'à l'indéchiffrable « pattes de 
mouches » : le traité de lecture avec difficulté graduée ! Gomme pendant, pour 
l'écriture, un recueil de textes en lettres moulées, avec, en tête, une fine gravure 
représentant le magister devant son pupitre, dans une attitude impeccable de 
greffier : buste droit ; en main la gracieuse plume d'oie, sur laquelle s'allongent 
trois doigts fuselés, les deux autres formant chevalet. 

Depuis 1830 jusqu'en 1857, l'école, pour ainsi dire ambulante, changea cinq 
fois de local. En tout dernier lieu, la classe se tenait dans un quartier de maison 
en torchis : S'^fiO de long, 3'"20 de large, 2"'65 de haut ; ni cour, ni préau ; les 
récréations et le reste sur la voie publique. Mobilier rudimentaire : une chaise, 
une table, pour le maître, l'image du Christ et le faisceau de baguettes de coudrier. 
Les élèves avaient pour tout bagage classique la Croisette, le petit et le grand 
catéchisme, la bible de Martin de Noirlieu, le traité de politesse : toutes bonnes 
choses, qui manquent dans beaucoup d'écoles savantes de nos jours. Les maîtres 
primitifs, Defays, Gollin, Roland cumulaient l'emploi d'instituteur avec celui de 
laboureur, couvreur de toits, fabricant de mannes et de balais. Jean-Joseph 
Gollin, ayant dû quitter le poste pour faire son service militaire, le curé Georis 
tint lui-même école au presbytère. 

L'inspection était confiée à un notable du pays: notaire, juge, médecin. On 



I 



— 91 — 

cite le cas de tel médecin-inspecteur, qui, avant l'inspection de la classe, demande 
tout bonnement au maître de le raser, en présence des élèves. 

Il pratiquait à sa façon la méthode Froebel et l'enseignement occasionnel. 

La caractéristique de l'enseignement à cette époque était naturellement l'ab- 
sence complète de méthode. 

Pour la lecture, on apprenait à l'enfant toutes les lettres de l'alphabet. Les 
lettres connues, on abordait seulement les combinaisons des lettres, deux à deux 
d'abord. 

Il y avait cependant une certaine gradation dans les exercices. Après la com- 
binaison des lettres deux à deux, puis trois à trois, venait celle des syllabes pour 
former les mots. Le procédé de lecture était absolument illogique : chaque élève 
allait lire le morceau près du maître, assis à son pupitre, tandis que les autres 
suivaient plus ou moins ou bavardaient entre eux. Toute la classe y passait ; 
puis, commençait la lecture en chœur, scandée par le bruit de cigale du délicieux 
signal. Pas de questions sur le texte, pas d'explications de mots. Parfois les 
enfants étaient priés d'apporter de chez eux des sujets de lecture. On les voyait 
alors arriver qui avec une gazette, qui avec un almanach, qui avec un catalogue, 
le tout recruté dans les bons ménages de l'endroit, et chacun de lire en classe ce 
qu'il avait apporté. 

Apprendre les quatre règles, c'était tout le but à atteindre en calcul. 

Conséquence : sur 84 habitants nés dans la commune de Grandhan, on en 
trouve 14 ne sachant ni hre ni écrire de 1826 à 1835. 

Pour encourager ses élèves, le maître distribuait des images. Les plus appli- 
qués étaient investis d'emplois de confiance: scier du bois, nettoyer la classe 
avec l'arrosoir en pain de sucre renversé, tenir la main des petits et diriger 
leurs timides essais sur l'ardoise ou le cahier, leur faire répéter les lettres. 

Dans les punitions, le châtiment corporel dominait : le maître distribuait à 
tour de bras Vhuile de coudrier sur le dos, sur la tète, sur la pointe des pieds, 
sur le bout des doigts ; mises à genoux sur une vive arrête, les bras levés tenant 
une bûche ou un gros livre ; bonnet d'àne, transcriptions, retenues, expulsions, 
le tout terminé souvent par l'invasion d'une mère en furie venant en pleine classe 
prendre la défense de sa progéniture. 

Chaque élève apportait à tour de rôle le bois nécessaire au chauffage de la 
classe. Le maître recevait souvent des cadeaux : des galettes au nouvel an, à 
Pâques des œufs, des tartes à la fête, à la St-Nicolas des conques. 

A partir de 1842, tout se perfectionne, surtout avec le nouveau local bâti en 
1857 et les nouveaux maîtres diplômés de Nivelles, Malonne et Carlsbourg : 
Devillez (1855), Rossignon (1856-57), Schmit (1857-61), Lucien Feltesse (1861- 
1896), Florent Feltesse (1896-1910), Diogène Hubin (1910). 



92 — 



Sur 6->7 personnes, de 1846 à 1892, on n'en trouve plus (pie 3 ne sachant lire 
ni écrire, dans toute la commune de Grandhan (1). 



§vi. 



L'Église Sainte-Marguerite. Le Mobilier. La Fabrique. 



1. L'église Ste-Marguerite, coquettement assise au flanc de la colline, avec ses 
vieux murs de pierres grises tranchant sur la verdure du fromental, entourée de 
son antique cimetière où reposent dix siècles endormis, forme avec les bâtisses 

de l'école et du presby- 
tère en briques rouges, 
un groupe délicieux à 
l'œil, un motif d'aqua- 
relle, qui a tenté le pin- 
ceau de plus d'un artiste. 
Elle est exactement 
orientée, comme toutes 
les vieilles églises. Da- 
tant de l'époque romane 
elle en a gardé le cachet 
sévère, malgré ses mul- 
tiples restaurations. La 
vieille tour massive, son 
parvis percé de meur- 
trières, ses trois portails 
en plein cintre, ses co- 
lonnes et sa grande ar- 
cade à l'entrée du chœur, 
lui-même en gothique 
tertiaire ; ses fenêtres 
en ogive, avaient depuis 
longtemps attiré l'at- 
tention des amis de l'art 
chrétien. Le 10 janvier 
1910, une décision mi- 
nistérielle l'a placée parmi les monuments de troisième classe. 




l'Iiut. Eug. Haverland. 

Grande Eneille. — Le Porche do TÉglise. 



<l) Note de M. Florent Feltesse, ancien In.^tituteur d'Eneille. 



— 93 — 

Antérieure à U78 et à la bulle d'Alexandre III, rien ne s'oppose à ce qu'elle 
date réellement de l'an mil, comme le rapporte un ancien religieux de Neuf- 
moustier qui écrit l'avoir lu dans les annales de l'abbaye. 

Le chœur fut restauré en 1633. Les nervures et l'aspect général sont peu régu- 
liers. Du milieu de la nef, le chœur parait légèrement incliné vers la gauche. 
C'est que, d'après Lequarré, dans son traité des mesures au pays de Liège : 
« Les maçons n'èstît wère adon ustiyî corne oùy po fé des dreutès royes^ 
qwand c'est qu'èle èstît on po longues. C'est coula qui d'vins lès grandes 
églises {et même dans les petites comme à Eneille), qu'ont stu batèyes i-a 
passé treus, qwate, cints ans, on veut téle-f'èy des finiesses qui sont deûs, 
treûs pôces pu hautes di soù {seuil) eune qui l'aute. C'est coula ossu qu'on 
veut l'Keur di ces èglîses-la clintchî 'ne miète so l'costé, rapportai roye 
de mitan dèl grande alêye. 1-enn 'a qui volet qu' les architèques d'adon 
l'arît fait èn-èsprès po r'prèsinter l'tiesse de Bon Diu sol creûs on pô 
clintchêye de filintche costé. Ci sèreût vrêy, si l'Keur di totes les églises 
clintchîve todi dé mimne sins ; mins i-a dès cisses qui n'clintchèt nin, èt^ 
wice qu'èle èl fêt, tôt as teitre c'est vès l'hlintche main, tôt as teûre vès 
l'dreùte, qui l'Keur est fou roye avou l'grande alêye : c'est corne i-a- 
touméve ". Le même auteur explique l'irrégularité des nervures par l'absence 
du mètre aux multiples divisions, permettant de prendre des mesures précises. 
Les maçons de village se servaient d'une grande règle qui dirigeait l'œil à la 
diable dans le domaine de l'à-peu-près. 

En 1665, Noël de Pierreux restaure la nef et agrandit les deux fenêtres — 
les fenêtres de gauche et la 3*^ à droite sont de date récente — refait les deux 
boiseries du chœur, — l'une est encore au jubé. (Une ligne en retrait, à courbe 
romane, sur les deux murs latéraux, à l'entrée du chœur, semble indiquer qu'il 
y avait là deux chapelles, l'une dédiée à la Ste. Vierge ; l'autre à S te. Marguerite, 
en face de laquelle fut enterré le greffier Pirard). 

En 1689, André Le Charpentier fait « la réparation de la tour entière et église 
d'illecque, laquelle nous avons commencée, dit-il, le deuxième avril 1689, la veille 
de l'Invention Ste. Croix, après avoir invoqué l'assistance de Dieu, de la Ste. Vierge 
et de notre bonne patronne Ste. Marguerite — solennellement par le très saint 
sacrifice de la messe, le Vénérable étant exposé ; lequel achevé, nous sommes 
allés procession nellement aux fondements de la tour, pour y bénir les trois pre- 
mières pierres, laquelle bénédiction étant faite et trois collectes dites en l'hon- 
neur de St. Joseph, Ste. Marguerite et Ste. Barbe, Noble Dame Madame Mar- 
guerite de Prez, dame douairière des Enneilles, a rais la première pierre, moi, la 
seconde, et Monsieur de Prez, frère de la dite Dame, la troisième ; et par après, 
la plus saine partie de mes paroissiens sont descendus l'un après l'autre dans les 



— 94 — 

fondements, Irappei- sur les tcois pierres avec le marteau des maçons ». Elle fut 
achevée le deux juillet 1689. La tour entière comprenait 25 verges de murailles 
et trois portails de pierres neufs. Le portail intérieur, faisant face à la nef, porte 
la date de 1689. 

Le tout a coûté 181 patagons et six eskelins. 

Le coffre Ste. Marguerite suffit presqu'à lui seul pour couvrir ces frais de 
réparation. En 1687 et en 1688, on y avait trouvé en deux saquelets 157 pata- 
gons et demi et 18 patars. Des dons particuliers firent le reste. 

Pour disposer ainsi de l'argent de l'église il avait fallu l'autorisation du Révé- 
rend officiai forain au Luxembourg, Jean d'Awan,curé de Petithan, qui l'accorde 
pour cette fois seulement, le 29 avril 1689. La requête qui lui fut adressée par 
le curé, le seigneur et les paroissiens d'Eneille, remontre la nécessité pressante 
qu'il y a de réparer incessamment la tour de leur église, » voulant tomber et 
défectueuse de trois côtés. Et comme cette charge est incombante aux manants, 
lesquels dans la conjoncture présente, outre les pierres et autres matériaux qu'ils 
ont fourni bien avec de la peine, sont incapables de donner autre chose, " les 
suppliants demandent à l'ofïîcial la permission de prendre les dépens nécessaires 
pour la main-d'œuvre hors de l'épargne des revenus de l'église « qui est bien 
ornée et ne manque de rien. » Il y eut le jour de la pose de la première pierre 
de grandes festivités à Eneille : le compte des mambours de cette année porte 24 
patars (env. l fr. 40), pour les ménestriers. 

L'an 1777, le 9 du mois de mai, vers les onze heures et trois quarts du soir, 
la flèche de l'église fut foudroyée. C'est depuis lors qu'elle offre à l'œil cet aspect 
tronqué de pain de sucre entamé, qui contraste si fort avec la grâce de la tulipe 
renversée qui domine le parvis accolé à la tour. Voici la relation du fait par un 
témoin autorisé : « Ce jour là nous avons essuyé Voragand le plus furieux. De 
mémoire d'homme, il n'en est point arrivé de semblable. En quatre ou cinq 
minutes de temps tout a été entièrement ravagé et dévasté par la grêle et par 
le vent si impétueux qu'il a renversé plusieurs maisons, arraché les arbres les 
plus forts, chesnes, hêtres, tilleux ; et les wassends, qui étaient tous en épis, 
ont été entièrement non ravagés, mais hachés, au point qu'en bien des endroits 
il n'en restait le moindre vestige, la terre trop légère ayant été pour ainsi dire 
labourée et couverte de grêlons de la grosseur d'un œuf de pigeon, à un demi- 
pied de haut. 

Cet affreux orage s'est formé au-delà du Hainaut français, et a passé par Va- 
lenciennes, déjà avec la même violence et faisant les mêmes dégâts, prenant sa 
direction sur ce pays, dont les Eneilles et Noiseux se trouvaient malheureuse- 
ment dans le centre — les voisins des deux côtés n'ayant pas également souffert 



— 95 — 

de la grêle — et a été flni, à ce que nous avons pu apprendre, dans les déserts 
du pays de Salm. Sa largeur ordinaire n'était qu'environ deux lieues. 

L'inexpérience nous a été très nuisible : les plus laborieux de ceux qui ne 
manquaient point de ressources ont remis la charrue dans les endroits ensemen- 
cés de wassend, pour y resemer de l'orge ou de l'avoine, qui n'ont point du tout 
réussi ; et ceux qui ont laissé leur terre et essarts à la merci de Dieu, ont encore 
recueilli quelque chose : environ une moitié de récolte ordinaire ; car si on s'était 
gardé d'y mettre un peu trop longtemps le bétail, on était ravi avec admiration 
de voir repousser les grains de ceux qui n'avaient point eu la force de relabou- 
rer et qui les avaient affranchis de la pâture». Hoc descripsit RandoUet, 
pasior in Eneilles. 

Le même curé RandoUet, si poétique dans ses narrations et si pratique dans 
ses comptes, consigne aux Exposita de 1777 les notules suivantes : 

Après l'affreux ouragan de 1777, les Demelenne de Marche ont travaillé quatre 
jours aux réparations du toit de l'église et de la flèche, deux jours à 28 sous et 
deux à 17 V2 ; puis, il leur compte cinq pintes de bière à 1 florin ; note qu'ils ont 
employé deux mille ardoises de Herbeumont à vingt-deux escalins le miUe, deux 
mille clous de lattes à 28 sous le mille; marque 1 fl. 16 sous pour le chartier qui 
est allé chercher le tout à Marche ; plus 18 florins de plomb acheté chez la Veuve 
Grépin ; ce qui, avec divers menus frais, donne pour la réparation de la flèche 
et du toit environ 55 florins. 

En 1813 et en 1815, les murs délateur et de l'église furent encore réparés 
pour une somme de 209 florins. 

La dernière grosse réparation a commencé vers la St-Pierre 1840, et fini à la 
même époque en 1841, du temps de M. Georis, qui écrit que « l'éghse fut rétablie 
presqu'à neuf, puisque les travaux s'élevèrent à plus de 6000 francs, prélevés 
en partie sur une coupe extraordinaire d'une contenance égale à l'ordinaire de 
deux années, au bois d'Eneille, y compris les chênes de l'année courante, pour 
une valeur de 2500 francs », 

La sacristie^ avec le comble, fut faite en 1704, avec trois charrées de pier- 
res cherchées sur Côreux, comme d'ailleurs toutes les pierres pour les murailles 
de l'église et du cimetière. Elle fut pourvue d'une armoire en chêne, pour remi- 
ser les ornements et vases sacrés. C'est un modèle du genre, très commode ; mais 
aujourd'hui trop petite pour contenir toutes nos richesses ornementales. 

Un retrait du mur rappelle qu'il y avait en face de l'autel une ouverture per- 
mettant aux seigneurs d'assister à la messe de la sacristie même. 

En 1741, Lambert Grofay fait faire l'échelle pour la montée aux cloches ; en 



I 



— 96 — 

1744, la nionlée de l'église — un petit escalier taillé dans le roc aboutissant à 
l'entrée réservée aujourd'hui au curé — les piliers et la porte de la montée ; 

il fait relever et raccommoder le 
grenier et les deux fenêtres de 
la chambre au-dessus du parvis, 
servant de remise à divers objets 
usuels. 

Le colombier, au-dessus du 
chœur, date de i526, au temps du 
curé de Grée. Son établissement a 
coûté 10 florins. 

A remarquer au-dessus du clo- 
cher, du chevet de la nef et du 
chœur, trois croix en fer battu 
très élégantes ; et, enclavé dans la 
maçonnerie de la tour, un crucifix 
de pierre, si vieux et si étrange 
dans sa forme de têtard, qu'il doit 
remonter très loin dans l'histoire 
du style décoratif. C'est probable- 
ment une croix tombale du XV* 
siècle. 




Phot. Eug. Haverland. 

GRANDE ENNEILLE. 

Ancienne croix <)u cimetière encastrée 

dans la tour de l'église. 



2. Le mobilier. — Le grand autel fut placé en 1710. Il avait été amené de 
Durbuy par des bateliers qui ont reçu 12 escalins (env. 7 f. 30). On y a travaillé 
sur place environ 100 jours, à partir du 25 mai. Le tout a coûté 295 florins 
et 4 patars, savoir le piédestal avec le tabernacle, les colonnes, le tpmpane, 
la corniche, les chapiteaux, la moulure, le tableau avec les planches, les 
quatre anges (il n'y en a plus que deux), la couronne impériale au-dessus 
du tabernacle, y compris les frais du sculpteur Hallet et du peintre Riga, les 
deux de Liège. 

Un des compartiments du tabernacle, réservé aux expositions solennelles, 
représente, en bas relief. Dieu le Père sortant d'un nuage, sur un vol de ché- 
rubins. 

On voit par le détail des pièces qu'il s'agit là de notre maître-autel d'aujour- 
d'hui, en style renaissance, si bien en désaccord avec le caractère de tout 
l'édifice. 

Les deux petits autels, dans le même style, moins artistiques pourtant, ont 
été placés en 1743, par Lambert Grofay, l'un en l'honneur de la Ste. Vierge, 



— 97 — 

l'autre en l'honneur de Ste. Marguerite, patronne de l'église. Avec le grand 
autel ils forment un groupe qui pourrait être très harmonieux, s'il était dans un 
autre cadre ; et si à droite et à gauche, ils ne masquaient de façon déplorable la 
grande arcade du chœur. 

Les trois autels sont garnis de façon très cossue par les vieux chandeliers en 
cuivre, véritables dinanderies, apportées probablement de la ville de Huy, ce 
centre de l'art du cuivre aux temps anciens, par les chanoines de Neufmoustier, 




Phot. Ed. Petit. 



L'expositorium ou\ert et les anges adorateurs. 



de qui viennent aussi sans aucun doute nos deux meubles les plus précieux, la 
crédence et le baptistère. La crédence est un édicule des débuts de la renaissance, 
composé d'une niche, portée sur une colonne ornée de feuillages ; la niche est 
surmontée d'un tympan ayant au centre une tête ailée de chérubins et terminé 
par un fleuron formé de grappes de raisins. Le baptistère, en pierre bleue, avec 
son vaste couvercle en cuivre battu, avec sa cuve quadrangulaire ornée de têtes 



— 98 — 

humaines représentant les quatre fleuves du paradis terrestre, avec sa colonne 
massive cantonnée de quatre colonnettes, dont la base moulurée est reliée aux 
angles par des griffes, date du XIF siècle, comme les baptistères de Russon 
et de Flônes, qui lui ressemblent. On ne voit pas dans les archives à quelle 
époque ces deux merveilles ont été placées dans l'église, ce qui indiquerait 
qu'elles y étaient avant 1510, date de nos plus anciens registres. 




l'hot. Edouard l'rlil. 

GRANDE ENEILLE. 
L'autel de la Sainte Vierge. L'arc triomphal et le chœur. L'autel de Sainte Marguerite. 

André le Charpentier parle une seule fois des Saints Fonts ; c'est pour dire 
qu'il les a fait renfermer. Peut-être veut-il dire que c'est lui qui les avait si 
malencontreusement murés de trois quarts dans la niche ofi ils restèrent invi- 
sibles et inabordables jusqu'en août 19U. 

La partie supérieure était protégée par un débris de balustrade en style re- 
naissance, encadré dans une arcade détachée des anciennes stalles du chœur. 
La balustrade clôturait le chœur au droit de l'arc triomphal, dans lequel sont 
encore les encoches qui emboîtaient ses deux extrémités. 

Le chœur fut agrandi à cette époque de l'espace correspondant aux deux petits 
autels, entièrement pavé en marbre de St-Remy, avec belle rosace centrale, 



— 99 — 

cerclant de noir une merveilleuse étoile en marbre rouge, noir, blanc et bleu, 
en dessous de la lampe ardente. 

L'église Ste-Marguerite était bien meublée, et tout allait bien dans ses finances, 
jusqu'aux dates malheureuses où elle subit plusieurs pillages successifs, au temps 
des guerres du XVIP siècle. Nous en parlerons plus loin. Mais il y avait dans le 
pays d'autres pillards que les soldats étrangers, et l'église d'Eneille fut souvent 
visitée par les voleurs, même jusqu'en l'an de grâce 1910. 

« La nuit du 29 au 30 décembre 1739, l'église d'Eneille a été volée par des fri- 
pons qu'on n'a jamais pu découvrir. Après avoir cassé un barreau à la fenêtre de 
la sacristie, ils ont forcé toutes les portes des armoires, levé hors de sa place la 




Phot. Ed. Petit. 



GRANDE ENEILLE. — Vue prise du Jubé. 



tour du tabernacle, enlevé une belle remontrance toute en argent, un beau calice 
tout d'argent et un ciboire de même, jeté les saintes hosties sur l'autel et derrière 
les chandeliers; puis deux calices avec deux voiles, dont l'un a été retrouvé, qui 
est celui avec Jésus Cordi en or, trois mois après le vol, dans un houle (talus) 
de terre. Ils ont seulement laissé les pieds des dits calices, n'étant que de cuivre. 
On a retrouvé les deux pieds dans les prunelliers, près du cimetière ». 

On y a remis deux coupes d'argent. L'église d'Eneille a encore un de ces calices 
au pied de cuivre argenté portant comme inscription : « par légat de messire 
Jean Fabricius, dit le Maréchal, natif de ce village et vice-pasteur de St-André 
à Liège, 1631 ». 



— 100 — 

" Le curé (îrofay refournit ensuite son église des autres vases sacrés sans avoir 
intéressé en rien la communauté, sinon Madame d'Eneille, les demoiselles ses 
filles, la vieille Agnès Danthine et Antoine Bonjean, son beau-frère, qui eurent 
la charité de l'assister. 

Parmi ces vases sacrés il y avait un calice acheté à Liège pour 138 florins 
(environ 165 fi's.), pour lesquels les paroissiens, de bon cœur, lui laissèrent trois 
livres de cire pour le compenser de ce qu'il l'avait payé de son ai'gent. Ce n'était 




Pliot. Ed. Petit. 

GRANDE ENEILLE. 

Image de la Sainte Vierge. 



La voûte du chœur. 



pas la moitié de sa valeur, mais, dit le curé, « je l'ai fait volontiers pour l'amour 
de Dieu et la décoration de sa maison, à laquelle j'ai travaillé autant que j'ai pu 
depuis mon entrée dans la cure ». En retour de ces largesses, il demandait, 
en cas que le Seigneur le rappelât subitement, d'avoir de l'église une chasuble, 
aube, amict et reste, pour être enseveli, ayant donné de son argent deux aubes 
et une belle chasuble. 

Le 18 août 1751, nouveau vol avec effraction, dont coût 27 florins de répara- 
tions, entre autres pour les barreaux de la sacristie. 



101 




A la fin du mois d'aoftt 1752, écrit le curé RandoUet, Mademoiselle Adriane- 
Charlotte de Brialmont-Wallay, présentement Dame des Eneilles, a eu la bonté 
d'envoyer à mon prédécesseur une assiette et deux burettes d'argent pour nous 
en servir dans notre église, ce que j'annote ici pour mémoire, afin de me sou- 
venir et mes successeurs de prier Dieu pour elle dans les saints saciifices de la 
messe, surtout les fêtes solennelles ». ^ 

Ces burettes et cette assiette, d'une grande valeur, sont marquées aux armes 
* V des Brialmont et sont datées de 1744 ». Elles 

étaient sans doute comprises dans l'argenterie 
donnée hors part à sa fille Adriane-Gharlotte par 
Gérardine de Goppin, morte en 1752 ; et ont dû 
servir auparavant pour la messe au château. 

En 1770,1a même 
demoiselle « nous 
a prêté la pierre 
d'autel pour servir 
à l'autel de la Vier- 
ge Marie., situé à 
droite dans la nef 
de notre église, jus- 
qu'à ce qu'elle ou 
les héritières la re- 
demandent, dont je lui ai donné un billet d'obli- 
gation, » dit le même RandoUet. 

Le confessional et l'harmonium ont été donnés 
par Monsieur Prémont. Le lustre en style Louis 
XVI, qui décore la nef, est un don des demoiselles 
Marie-Josèphe et Marie-Anne GoUin. Il a coûté 
300 francs. Les deux grands candélabres des jours 
de fête ont été faits sur le modèle de cet ancien 
lustre, mais avec moins d'art. 

La statue de S. Roch porte sur le socle l'inscrip- 
tion suivante : Joannes Wilmotie, picior, et 
Augustus de Fave^^eau, ynagister et disci- 
pulus, sculpserunt dederunique Anearum 
ecclesiae anno 1816. Gette statue, en terre 
cuite, ne manque pas d'élégance. 

La statue de Ste. Marguerite et surtout celles 
des anges adorateurs, rappellent la façon du 
sculpteur Jean Delcour (1627-1707) (1). 



Phot. Eug. Haverland 
et Ed. Petit. 

GRANDE ENEILLE. 
Burettes et plateau du XVlii' .siècle 




Phut. Eug. Haverland. 

GHANDE ENEILLE. 
Créilenc.3. 



(1) Voir pages 



— 102 



La statue de St. Donat et la crèche sont des dons de la famille Fabri. 
Le chemin de la croix en toile peinte, date des débuts du ministère de 
M. Prémont. 
La chaire n'a de remarquable que Tange à la trompette sacrée. 
Naguère l'arcade du chœur était ornée d'une série de statuettes en bois repré- 
sentant les douze apôtres, groupés en demi-cercle aux deux côtés de Notre-Sei- 
gneur. « Sans valeur artistique, ces statuettes aux attitudes bizarres avaient 

donné lieu à des jeux de mots 
peu décents, de sorte que 
leur suppression s'imposait » 
dit le rapport du Commis- 
saire d'arrondissement, M. 
Gilles, chargé par le minis- 
tre de la Justice et le Gou- 
verneur de la province de 
réintégrer ces petits saints 
drôles, onze ans après qu'ils 
avaient disparu sans laisser 
leur adresse. 

La Vierge de Lourdes est 
pleine de grâce et de majesté. 

Les cloches. — Comme 
toutes les cloches, elles ont 
été souvent fondues et refon- 
dues. Citons un cas. Le jour 
de la Visitation N.-D. 1672, 
Nicolas de Brialmont, sei- 
gneur des Eneilles et Wallay , 
fut choisi comme parrain de 
la nouvelle cloche, baptisée 
Marguerite, patronne de l'é- 
glise. La marraine fut noble 
demoiselle Andriane Char- 
lotte de Hamal, fille du sei- 
gneur de Petite-Somme. La précédente avait été brisée en sonnant le deuxième 
coup de la messe basse. 

Il y eut à Eneille tantôt une cloche, tantôt deux. L'avant-dernière est célèbre 
par son poids, 1600 kilos, son beau timbre de basse, qu'on entendait de Marenne, 
à 3 lieues, à vol d'oiseau, bien entendu. Ses débris ont donné les deux cloches 
actuelles. 




Phot. Eug. Haverland. 

GHANDE ENEILLE. 



La cuve baptismale. 



— 103 — 



L'une porte comme inscription : Convoco populos ad sancta festa Dei ; 
l'autre ; Te nascente cecini, te moriente gemam. 

(A. Causard. Tellin, 1902.) Ce qui veut dire : Je convoque les foules av^ 
saintes fêtes de Dieu 

Je Vax chanté naissant, je 
te pleurerai mourant. 

De la grosse cloche furent 
parrain et mari'aine les châte- 
lains d'Eneille, M. Joseph Fabri 
et sa nièce, M«»e Marie du 
Monceau de Liège. 

De la petite, Nestor et Lucie 
GoUin de Grande Eneille. 

— Dans le courant du mois 
d'août 1911, les pierres tom- 
bales, éparses dans l'église, fu- 
rent relevées et dressées autour 
du chœur, qui, grâce à cette 
décoration séculaire, retrouve 
son cachet d'antique et solen- 
nelle gravité. Plusieurs de ces 
pierres mesurent 1.59 x 0.95, 
0"22 centim.étres d'épaisseur, 
et pèsent un peu moins de 
1000 kilos. 

De cette année date aussi la 
translation des Saints Fonts à 
leur place naturelle, sous un 4*^ 
et nouveau portail au fond de 
l'église. Ce travail, qui a duré 
vingt jours, fut exécuté à souhait par François Dachouffe et ses fils, aidés des 
frères Grignet et Auguste Linhet, sous la direction de M. Eugène Haverland, 
architecte. 

3. La Fabrique. Les revenus et les charges. Les mambours de l'église 
et des pauvres . Les biens de la Fabrique étaient administrés par un ou plusieurs 
mambours, conjointement avec le curé, mambour principal. 

L'église Ste-Marguerite était déjà considérablement dotée au commencement 
du XVI* siècle. Le registre des rentes renseigne pour 1510 deux deniers de cens 




Phot. Euy. Haverland. 

Tête d'angle de la cuve baptismale. 



— 104 



en argent ; en nature, 1 1 muids et 5 setiers d'avoine ; 9 muids et 3 setiers 
d'épeautre, parmi lesquels un muid et quatre setiers d'épeautre pour les pauvres. 
Les héritages Ste-Marguerite se composaient alors de 27 pièces do terres 
labourables ou prairies, sans compter « le Fosse Ste-Marguerite, si long et si 
large qu'il s'estend, en bois, en haies et en terres ". Les déboursements dépas- 
sent les recettes de 14 aidants et 5 blancs. 

En voici le détail : a curé 
un muid de spelt por feir les 
comptes Ste-Marguerite. — 
por les chandelles et despans 
du chandelion ; pour del chyr 
(cire) al chandlues, à paske, 
al pandicosse et al tossés, 
96 aidants 1/2 — por a curé 
por feir le puens de lammes 
(le pain de la messe), 2 ai- 
dants (48 sous), por des 
hosty 3 aidants, — por al 
amône (les pauvres) ; — por 
le dey (3 aidants), por le 
sah à pashe (3 aidants 
monnoye de Dry but). Nous 
ne parvenons pas à com- 
prendre ces deux expressions 
locales. Plus tard on lit : 
pour le cley ou le clé ou le 
vin a cena ou de sena ; pour 
le cley de mostire à tenir le 
sena ou le sens cène (la sainte 
Gène) ; pour une skot ou 
schoy le jour de sin Sen, en 
la maison du vestit. On lit 




PUot. Ed. Petit. 

GRANDE ENEILLE. Le baptistère. 



aussi por le sak à Paske et papier imbibé. 

Ce compte de 1510 se borne au strict nécessaire, et comme dans toutes les 
paroisses de l'époque, les plus fortes dépenses sont pour le luminaire. 

Dans le compte de 1512, figurent 28 aidants pour aleiz alyge (à Liège) pour 
le affeir Set Margarit, à casse del porclamation ; 9 aidants pour sa bienvenue, 
à mossieur le Doyn deqsilhe (du concile) : cette mention i-evient tous les ans, 
ce qui dénote que la visite du doyen était obligatoire une fois par an. L'archi- 



— 105 — 

diacre visitait aussi souvent la paroisse. Au compte de 1516, il touche 10 aidants 
en outre de sa bienvenue, pour le parvis qui n'avait pas été fait au jour qu'ils 
avin meiu (au lieu de l'archidiacre on écrit presque toujours les archidiacres). 

Peu à peu les postes du compte se multiplient avec les besoins de l'église. Le 
prix du vin et de l'huile ne paraît aux comptes qu'à partir du curé Randollet, 
qui renseigne pour pain, vin, huile, 18 fl. brabants ou 14 fl. de Liège. 

Les derniers comptes du même curé en 1782 donnent un revenu total de 16 
muids d'avoine et 6 d'épeautre (environ 53 hectolitres des deux sortes), plus 4 
florins de cens en argent. 

A cette époque on doit aux pauvres deux muids d'épeautre (env. 5 hectolitres) ; 
mais il y a des défaillants ou retardataires pour le paiement, de sorte que le curé 
distribue ce qui a été payé, seulement aux plus pauvres. Au XVP siècle la rente 
des pauvres monte jusqu'à huit muids et demi d'épeautre. 

Cette variation dans la rente des pauvres et sa diminution peuvent s'expliquer 
par la même cause qui préside aux réductions des anniversaires pour les morts. 

Des cas de réduction se sont présentés plusieurs fois, notamment en 1769, 
lorsque la Commission des Tabelles du Haut Command de Durbuy, dans un nou- 
veau jet de taille, a exigé le dixième denier, au heu de 10 petits liards sur les 
rentes foncières. 

Le curé Randollet réclame en ces termes : " Les rentes qu'on paie au curé, 
à la Fabrique pour les défunts ou pour les pauvres, ne sont que des 
rentes perpétuelles que les pieux fondateurs ont légatées, chargeant 
leurs héritiers ou certaines pièces de leurs biens pour certaine quantité 
de messes ou d'aumônes. Ce n'est point le curé ou la Fabrique, c'est-à- 
dire, les créanciers, qui ont remis du bien sous certaine redevance de 
rentes foncières ; ce sont les fondateurs ; c'est à ces derniers de pâtir 
lors de l'augmentation de taille foncière, les morts en fait de légat n'é- 
tant pas de meilleure condition que les vivants, lorsque la fondation périt 
ou qu'elle diminue malgré ou contre la volonté de la Fabrique ou du curé 
légataire. 

Supposant que quelqu'un ait fondé dix messes, et que sa volonté fût 
que ses enfants ou héritiers paieraient dix setiers d'avoine, ceux-ci vou- 
lant en vertu des tabelles retenir le dixième, le fondateur doit nécessai- 
rement perdre la dixième rnesse, puisqu'un setier d'avoine, évalué au 
Command de Durbuy à 8 sous, fait à peine le montant de l'honoraire 
d'une messe et surtout d'un anniversaire ; et quand même la rétribution 
serait du double, il n'appartient plus aux débiteurs de la restreindre ou 
diminuer. lien est de même pour toutes les autres fondations, par pro- 



— 106 



portion, qui de leur naàirc soni libres et doivent le d mcurer au risque 

et péril du fondateur. 
D'autre part, comme ce n'est pas avec du grain qu'on paie les aides 

de Sa Majesté, ce n'est pas non plus avec du grain qu'on devrait payer 

la Fabrique et le Curé. 
Le compte de 1511 porte 7 setiers d'épeautre à payer au curé pour décharger 

les anniversaires Stassar. 

Sous le curé du 
Pierreux, il y avait 
déjà 91 messes anni- 
versaires, dont 22 avec 
vigiles. Actuellement 
il y a 131 messes fon- 
dées, parmi lesquelles 
se trouvent encore les 
messes portées au ta- 
bleau du 15* siècle. 

Le plus ancien do- 
cument de la Fabrique 
d'Eneille, c'est la liste 
des anniversaires ins- 
crits sur le parchemin 
qui recouvre le regis- 
tre des rentes de 1510 
à 1541. Il date du 
commencement du 15'' 
siècle. 

Pmus. Jehan de bri- 
animt et demzelle che 
feme qui ont lesit por 
leur anniversaire le 
quar de pré de trelis 
alencontre de l'englis. 

Badou et demzelle 
Isabei che feme un 
setiers vigilhe. 

adam deneilhe un setiers. Tyri d'Amal (alias d'Herbet) et maghrit che feme 
1 setier — le petit Colin et agat che feme 1 setier — pirlotin 1 setier — Mathy 
decêne et maroye che feme 1 setier — lambier le tils Jeha alar 1 setier davon — 




Phut. Kug. Haverland . 

tiRANDE ENEILLE. 
Ange adorateur flu tabernacle. 



— 107 — 

lambier lenfo (Lampho) I setier davon et pirà rondia un setiers davon — por le 

feme henri dardenne — Isabeal le feme ponsar l setier — Catelin le feme 

Jehanson 1 setier — linard rondia 1 setier et dame Isabeal — Jehan le Gastelen 
1 setier. 

La liste des biens de la Fabrique d'Eneille, transmise à la Direction générale 
des affaires du culte, en 1817, renseigne 300 ares de terrains, dont 174 sur 
Noiseux, le tout estimé à 141 florins 75 cents de revenu annuel, déduction faite 
des frais de culture. Il 
y avait 6 sartages, 5 
prairies, 2 trieux, 2 
terres, soit 16 pièces, 
grevées chacune d'une 
messe hebdomadaire. 
Jusqu'en 1817, ces 
biens, comme ceux de 
la cure, étaient en 
mains de 3 détenteurs, 
considérés comme lo- 
cataires, payant 63 fr. 
72 de location pour 
les biens de l'église, 
plus 310 francs pour 
les biens delà cure (1). 
La vente Antoine n'é- 
tait pas encore rati- 
fiée (2). De là le procès 
que nous avons rap- 
porté au sujet des 
biens de cure. 

Les prairies que la 
Fabrique possède ac- 
tuellement sur Noi- 
seux ont été achetées 
en 1 864 pour la somme 
de 8840 frs. La vente 
des foins se montait 
en 1908 à 233 francs, 
en 1909 à 497. Depuis, ces prairies sont louées pour 9 ans au prix de 387 frs 75. 




Phot. Eug. Haverland. 

GRANDE ENEILLE. 
Ange adorateur du tabernacle. 



(1) Arcliives de Somiue-Leu/.e. r2) Voir page 74. 



— 108 — 

Les inambours étaient chargés de recueillir pendant l'année de leur gestion 
les rentes de l'église et la rente des pauvres, et de les répartir, celle des pauvres, 
le jour du Vendredi Saint ou bon Vendredi ; celles de l'église, dans le courant 
de l'année, entre les différents services du culte paroissial. Leur année commen- 
çait à la St-André ; et généralement, le jour de la Conception de Notre-Dame, 
ils rendaient compte de leurs recettes en nature ou en argent et de tous les 
déboursements qu'ils avaient faits. Au XVP siècle, cette formalité de la reddi- 
tion des comptes se faisait à l'église, après la messe, en présence du curé et de 
tous les paroissiens précédemment convoqués du haut de la chaire ; plus tard, 
en présence de quelques-uns seulement, à qui l'on demandait leur signature ou 
leur marque comme témoins. A cette date on trouve régulièrement deux mam.- 
bours agissant de concert. 

Au XVIF siècle et au xyill"^, il n'y en a plus qu'un pour chaque année, pre- 
nant un muid d'épeautre pour sa peine, et encore il arriva plus d'une fois qu'on 
ne trouve personne pour cette pieuse corvée, qui devenait difficile, surtout quand 
il fallait poursuivre les défaillants. 

Un mambour," s'il y consent, peut être continué dans sa charge pour plusieurs 
années consécutives. Les étrangers qui viennent s'installer dans la paroisse y 
sont nommés à leur tour d'après l'ancienneté de leur résidence, du moins au 
temps de Messire André Le Charpentier, comme on peut le conclure du fait 
suivant que nous allons rapporter tout au long parce qu'il jette une grande 
lumière sur la nature de cette charge et sur le mode de nomination. 

En l'année 1707, André le Charpentier remontre au Révérend officiai forain, 
curé de Rendeux, qu'en la 19* année de sa résidence pastorale à Eneille, il a, 
conjointement avec le mambour de son égUse, choisi, le dimanche vers la Saint- 
André, un nouveau mambour pour lever les rentes de son église et commencera 
faire le devoir au Noël suivant. 

Or, un certain Jean Vincent, meunier, son paroissien depuis plus de trois ans 
et demi et plus ancien domicilié, ayant été choisi, refuse. C'est pourquoi le curé 
s'adresse à l'official, le juge ecclésiastique compétent pour ce cas, le priant d'or- 
donner à Jean Vincent d'accepter la charge de mambour, à raison que les débi- 
teurs de la Fabrique prétendent de payer tous les jours, et le condamner aux 
frais. 

Jean Vincent, plus ou moins soutenu par l'official, avait attaqué le curé dans 
son église au grand scandale des paroissiens ; et il s'était montré malhonnête 
envers le seigneur d'Eneille qui, à la réquisition du curé, l'avait gratifié d'un 
échevinage pour le mettre à couvert de la milice ; il avait même quitté le moulin 
seigneurial pour aller moudre ailleurs. 



— 109 — 

Le curé terminait son réquisitoire par cette péroraison dénotant un tiomme 
qui n'a pas froid aux yeux : 

« Quoi faire, quoi juger de tout cela, sinon que s'appuyant sur la grande faveur 
qu'il a de votre Révérence, il s'imagine qu'il peut tout faire ; et de là, voyez 
s'il est juste de me condamner sans m'avoir ouï, au premier rapport de personne 
semblable, sans obtenir autre formalité que celle que votre passion vous a sug- 
gérée. Permettez que je vous dise, Monsieur, que vous avez paru un peu trop 
violent en cette rencontre, aussi bien que dans plusieurs autres, en me faisant 
passer pour un ladre, puisque vous n'avez jamais eu sujet de douter de la passion 
que i'ai de vous servir, et de me dire en cette qualité, Monsieur, Votre très 
humble serviteur ». 

Quelques années plus tard, le curé RandoUet, dans une situation analogue, 
prit la chose moins au tragique : ne trouvant pas de mambour, il se contenta de 
faire lever les rentes tout simplement par ses domestiques, aux conditions ordi- 
naires. 

Mais Sire Le Charpentier nous paraît plus à cheval sur son droit. Antérieu- 
rement déjà, en 1690, il avait eu des difficultés avec son mambour Pierre Lipsin, 
qui, « se trouvant rarement à l'église et ayant négligé de faire payer les débiteurs 
est assez présomptueux, comme il va migrer au mois de mai prochain, de vouloir 
s'en aller avec tous les émoluments qu'un mambour a accoutumé de percevoir. 
Cause pour quoi il supplie le Révérend officiai forain au Luxembourg, curé de 
Petithan, d'ordonner à Pierre Lipsin de mettre un autre en sa place, à ses frais, 
pour faire le devoir jusqu'à la fin de l'année, ou du moins ne pouvoir prétendre 
hors du muid qu'il retient, qu'à la rate (au pro rata) du temps et le condamner 
aux frais engendrés et à engendrer «. 

L'official fait comparaître le mambour à Petithan, le 26 avril 1691, pour les 9 
heures du matin, afin de répondre pertinemment. Et, dès le 24, Pierre Pirard, 
échevin de la Cour des Eneilles, relate avoir insinué la requête du curé avec 
l'apostille de l'official, à Pierre Lipsin, mambour de l'église d'Eneille, en parlant 
à lui-même. 

On avait vu un cas pareil dans le passé : en 1677, le mambour Jean Henry, 
après la mort de sa femme, s'était fait soldat à l'incognito, sans rendre compte 
de sa recette. 

Les fonds de l'église Ste-Marguerite étaient déposés par le curé et le mambour 
dans un cofifre à trois clefs, le coffre Ste-Marguerite. Pour plus de sûreté, on le 
réfugiait au château d'Eneille. Outre les frais du culte, le coffre Ste-Marguerite, 
quand il y avait des respargnes, et que les paroissiens étaient trop pauvres 
pour supporter leur charge envers l'éghse, servait parfois à payer les frais d'en- 
tretien du mobilier. 



— 110 — 

r.es comptes de l'église et des inambours étaient soumis au contrôle de l'évêque 
ou de l'oflicial : en vertu d'un décret du pape Grégoire XIV, de l'an i59l, les 
revenus devaient être enregistrés dans les bureaux de l'Office. Cette registration 
est souvent notée sur les livres de la Fabrique d'Eneille, avec sa date. 

En 1678, lors d'une revision générale des comptes de l'église et des mambours, 
faite à Melreux par Lambert Varlet, officiai du concile d'Ouffet, « il a reconnu 
des notules de quelques restances à la charge de feu noble et généreux Jean de 
Brialmont, seigneur d'Eneille et Wallay, qui devront se calculer au contenu des 
registres, lesquelles, nous a affirmé le révérend pasteur, manu pectori apposita, 
bien savoir de n'avoir été réellement payées, quoiqu'elles soient portées en 
compte ; et ainsi sont restées en surséance, sur la parole du noble seigneur, qui 
avait toute sa vie été zélé pour l'embellissement et entretien de l'église, et se 
proposait de faire l'application des restances par ses propres soins et diligence 
accoutumée, si la mort ne lui avait coupé ses desseins ; sur quoi, nous réservons 
et retenons entendre les nobles et vertueux seigneurs et Dame d'Eneille, héritiers 
du défunt, pour, leur cause ouïe, y être disposé de piano, si faire se peut, selon 
la clémence de notre mère la Ste. Eglise ». 

Cette question fut tranchée par l'archidiacre Herman de Stockhem, lors de sa 
visite paroissiale à Eneille. Il décida que la Dame d'Eneille, représentant feu 
noble Jean de Brialmont, en payant la moitié de la dette, qui se montait à 145 
florins, onze patars et demi et un gigot, ne pourrait être molestée pour le 
résidu. — Fait en la maison pastorale d'Eneille, en présence du pasteur Noël de 
Pierreux et de l'avocat de Stiennon, partie faisant pour la dite Dame, sa belle- 
mère, le 14 septembre 1683. 

La charge de mambour de l'église et des pauvres disparut avec l'ancien régime 
pour être remplacée par le conseil de Fabrique et le bureau de bienfaisance. Le 
bureau de bienfaisance, à Grandhan, dispose d'une somme de 600 francs pour les 
3 sections de la commune. 

A Eneille, le conseil de Fabrique s'organise pour la première fois, le 13 janvier 
1811, conformément aux lois du 30 décembre 1809. Le curé Thiry convoque les 
membres, nommés tant par Monsieur le Préfet du département (des Forêts) que 
par Mgr l'Evêque. Les charges sont réparties par le sort du scrutin en présence 
du desservant et du maire, M. Hamoir (propriétaire du moulin d'Eneille), de la 
manière suivante : 

Président, Joseph Collin, 
Secrétaire, Antoine Dachouffe, 
Marguilliers, Jean Collin, trésorier, 
Joseph HoUogne, 
et Joseph Farigoul. 



— 111 — 

Le premier compte que rend le sieur Joseph Hollogne en sa qualité de mar- 
guillier caissier externe de la succursale des Kneilles, depuis janvier 1807, jus- 
qu'au 31 décembre 1810, porte pour les trois années ensemble 942 f. 39 de re- 
cettes effectuées et 228 f. 68 à recouvrer ; les dépenses se montent à 816 f. 12 
pour les années 1808, 1810, 1811 . Après cette date, la reddition des comptes se 
fait tous les ans. 

Après la Révolution, jusqu'en 1814, les rentes dues à l'église étaient mêlées 
aux rentes dues à la cure. C'est le curé Thiry qui commença à les faire payer 
séparément. 

M. Georis nous a dit plus haut comment il a séparé, en 1837, les rentes pour 
anniversaires des rentes pour l'entretien de l'église. 

En 1851, le conseil de Fabrique avait pris la décision suivante : 

Vu les demandes formulées par plusieurs débiteurs à l'effet de rembourser à la 
Fabrique certaines rentes au prix de quarante francs le setier (30 litres), 

Considérant que ces remboursements sont très avantageux à la Fabrique, 

Le Conseil arrête : 

Que toutes les demandes proposées à ce taux seront acceptées et seront 
appliquées de la manière suivante : 1° placements hypothécaires à 5 % ; 
2" achat de prairies pouvant donner approximativement un revenu de 5 %. 

A partir de 1836, il était loisible aux débiteurs des rentes de les payer en 
argent, tantôt 85 centimes, tantôt un franc et dix centimes pour le setier d'a- 
voine ; et 80 centimes ou un franc et cinq centimes pour l'épeautre, annuelle- 
ment. 

Pendant le pastorat de Monsieur l'abbé Prémont, toutes les rentes de l'église 
furent remboursées : travail qui a demandé beaucoup de patience ; et dans cer- 
tains cas, aussi difficile que la pacification des Parisiens, selon le mot de son 
notaire, en 1871. 




Phot. .V/"" Fahri. 

Les Fonts. 



— H2 — 

CHAPITRE VIll. 

LA YIE POLITIQUE. 

iDstitiitions civiles, judiciaires, fiscales. — Le Placet et 
les deux Pouvoirs. — Les Faits de guerre. 

i . A toutes les périodes de l'histoire, nous avons trouvé des traces de l'existence 
et de la situation politique d'Eneille sous les différents régimes qui se sont succédé 
en Belgique. Il ne sera pas inutile de rappeler ici, dans un rapide tableau, tout 
le passé d'Eneille au point de vue de la politique générale. 

A l'époque romaine (57 av. J.-G. — 445 ap. J.-C), avec son antique voie de 
Tongres à Trêves ; à l'époque franque (445-853) avec la restitution de Garloman 
à l'abbaye de Stavelot (747) ; à l'époque féodo-communale, avec l'empereur 
d'Allemagne, Charles le Gros, et son bénéficiaire Hrotmundus (887), c'est la villa 
Unalia ou Analia ; puis, c'est la seigneurie d'Eneille avec ses châtelains, vas- 
saux des seigneurs de Durbuy, vassaux eux-mêmes des ducs de Luxembourg et 
des souverains belges, à savoir : 1» les Ducs de Bourgogne (1384-1482), avec les 
Etats provinciaux (Conseil de Luxembourg : six conseillers dont trois nobles et 
trois lettrés, un procureur général et son substitut, un greffier et un receveur 
des exploits, un chapelain et six huissiers) ; — avec les Etats généraux et le gou- 
verneur capitaine général du Luxembourg, président du Conseil, intermédiaires 
entre le Souverain et les Etats de Province ; — avec Conseil communal et Justice 
locale subordonnée au Conseil de Luxembourg et au Grand Conseil ou Cour 
suprême de Malines ; 2° les princes Austro-Espagnols, jusqu'à l'abdication de 
Charles-Quint (1482-1555) ; 3" les princes espagnols : Philippe II (t 1598), 
Albert et Isabelle (1598-1621), Philippe IV et Charles II (1621-1700); 4° les 
Autrichiens, en lutte avec Louis XIV et Louis XV : Charles VI, Marie-Thérèse, 
Joseph II (1700-1794) ; avec un rouage en plus, le Conseil suprême des Pays-Bas, 
à Vienne; 5' la période franco-hollandaise, avec les effets de la Révolution 
française et du régime hollandais ; 6° la période d'indépendance, de paix et de 
prospérité nationales. Au milieu de tout cela, Eneille forme une petite unité poli- 
tique parfaite. Sous l'ancien régime, la communauté a son bourgmestre et ses 
plaids ; la Cour d'Eneille, ses mayeur et échevins, son greffier et tous les officiers 
subalternes ; elle a son notaire dans la personne du curé, immatriculé de la Cour 
épiscopale de Liège. Il n'y manquait que le signe patibulaire ; mais à quoi bon 
une potence parmi ses paisibles habitants ! 



— 113 — 

Dans l'ancien temps, on ne voit guère l'autorité supérieure intervenir à Eneille 
qu'en matière fiscale, pour la levée des tailles ordinaires ou extraordinaires et 
pour les contributions de guerre, par l'entremise des gouverneurs généraux, tels 
que le comte de Gobenzl, Charles-Alexandre de Lorraine, Marie-Elisabeth de 
Hongrie, etc., sans compter, malgré les sauvegardes du Roi de Prusse, les réqui- 
sitions et les pillages ; le tout se terminant par la vente des biens ecclésiastiques, 
inutilement réclamés sous le roi Guillaume de Hollande, qui tracassait aussi le 
pays à sa façon. 

2. Le Placet. Une autre source de conflits c'était le droit de placet. Le placet 
à l'origine était un acte de protection que les princes accordaient aux lois et à 
l'organisation ecclésiastiques. Le plus grand nombre de leurs édits en matière de 
ce genre concernait ou bien la forme dans laquelle les actes de la Cour de Rome 
devaient être admis, ou bien l'exercice de la juridiction ecclésiastique, les dimes, 
les bénéfices, l'admission aux cures, les biens ecclésiastiques, les privilèges des 
clercs. Nous avons vu des exemples de ces conflits à Eneille dans le procès de 
Jean Monis, qui conteste sa juridiction à un religieux de Neufmoustier, sous 
prétexte qu'il occupe la cure contre les ordonnances de Sa Majesté et sans placet. 
Le curé Randollet rappelle que les paroissiens ne veulent plus payer les droits 
pastoraux, disant qu'ils ne sont pas soumis au placet^ et il propose comme 
moyen efficace pour les sauver, l'octroi du placet royal. C'était demander pro- 
tection à un droit dont les princes ont abusé bien souvent contre l'église. 

Signalons ici en passant, comme acte de l'autorité souveraine, une pieuse 
ordonnance de Marie-Thérèse, pour montrer jusqu'où allait parfois, sous son 
règne, malgré certains empiétements qui préparent le Joséphisme, le bon accord 
entre le pouvoir politique et le pouvoir spirituel dans les affaires du culte. 

« Le Gouverneur président et gens du Conseil provincial de Sa Majesté font 
savoir au curé d'Eneille, par l'intermédiaire du doyen d'Ouflfet, le 10 janvier 1753, 
que la piété qui anime toutes les actions de l'impératrice reine et la vénération 
particulière qu'elle a pour Saint Camille de Lellis, l'ont engagée à requérir le 
pape Benoit XIV de permettre la récitation de son office et la célébration de la 
messe en son honneur dans tous les Etats de la domination autrichienne, ce que 
le Saint-Père a bénignement accordé aux instances de cette auguste princesse, le 
29 mai 1752. Le gouverneur et le Conseil provincial étaient chargés de faire les 
dispositions requises pour l'exécution dans le Grand Duché de Luxembourg et le 
Comté de Chiny «. 

Cette copie était conforme à la pièce jointe que le Directeur général in publi- 
ais cameralibus avait fait parvenir au Conseil suprême des Pays-Bas à Vienne. 



— 114 — 

3. Les Faits de Guerre. Durant les guerres de la succession d'Espagne et de 
la succession d'Autriche (1648-1715), Louis XIV et Louis XV envahissent plu- 
sieurs fois la Belgique. 

Le contre-coup de ces luttes politiques se fait sentir jusqu'à Eneille. 

En l'an 1673, on déduit au compte du inambour Lambert Colin " les pertes 
qu'il a soufiertes dans sou administration par les armées allemandes, tant en ses 
propres biens qu'en biens de l'église «. A l'église, les Allemands avaient pris trois 
clas, c'est-à-dire, trois livres de cire, à 18 patars (env. 1 fr.) le cla, quoiqu'on 
eiH déjà payé à la sauvegarde de l'armée Ghauanacq 48 patars (env. 2 fr. 60) 
pour la conservation des grains et des ornements de l'église. 

Puis les Français pillent l'église à leur tour, y dérobent 12 florins et 2 patars 
(env. 14 fr. 50). 

Enfin l'église et la maison du seigneur ayant été pillées et brûlées, le calice et 
les ornements dérobés, c'est Madame d'Eneille, Marguerite de Prez, qui les a 
rachetés. 

Au compte de 1690, on porte 3 florins pour raccommoder la serrure et la 
porte de l'église, brisée par les Allemands, et douze florins pour remplacer une 
chasuble verte prise par eux. 

Le 18 août 1694, l'église est entièrement pillée par les fourrageurs de l'armée 
Mg"" le Dauphin, savoir la brigade de Rottembourg, campée à Vinaimont-lez-Huy. 
Le coffre de Ste-Marguerite fut trouvé brisé et volé de toutes les épargnes qu'il 
contenait, savoir les recettes des deux mambours successifs, Pierre Lipsen et 
Hubert Lecresse. 

Pendant la cinquième guerre de Louis XIV, Eneille fut épargné grâce à une 
sauvegarde accordée par le commissaire de guerre du roi de Prusse à Monsieur 
de Cassai, seigneur de Grandhan, qui s'était soumis à la contribution de 
guerre, « demandée de la part de Sa Majesté le roi de Prusse à la j)rovince de 
Luxembourg, promettant de la payer en terme de trois semaines, tant pour sa 
maison de Grandhan que pour Ste-Ode, la ville et la prévôté de Durbuy, y com- 
pris gentilshommes et ecclésiastiques de tout le doyaume d'Ouffet ». 

Cette pièce est datée de Huy, le 13 juillet 1713, et signée Bitter. 

Une autre sauvegarde avait déjà été envoyée de Berlin, le 27 juin 1713, au 
clergé du doyaume d'Ouflet. 

De par Sa Majesté le Roy de Prusse. 

Sa Majesté ayant pris sous sa protection et sauvegarde les doyen, vice doyen, 
déflniteurs, curés et chapelains du doyaume de Harzé (le doyen du Concile d'Ouffet 
était alors le curé de Harzé) dans la province de Luxembourg, leurs domestiques, 
bestiaux, maisons, meubles, biens et tout ce qui leur appartient dans les endroits 



— 115 — 

de leurs cures, il est défendu expressément à tous les officiers tant de pied qu'à 
cheval, à tous les commandants de gros et petits partis et à vous, les soldats, 
cavaliers et dragons de service de Sa Majesté, de ne loger, fourrager, exécuter, 
piller, ni faire aucune vexation que ce puisse être aux dits ecclésiastiques du 
doyaume de Harzé, dans la province de Luxembourg, attendu qu'ils ont payé la 
quote-part des contributions qui leur a été imposée pour la douzième année de la 
guerre, finissant le 15 de mai mil sept cent-quatorze ; mais au contraire de les 
laisser paisiblement Jouir de l'effet de la présente sauvegarde et de leur prêter 
aide et assistance, si vous en êtes requis, à peine d'être châtiés corporellement, 
pourvu qu'ils ne fassent rien de préjudiciable au service de Sa Majesté ou de ses 
alliés et toutes autres troupes de l'empire. La présente sauvegarde ne sera valable 
en original ou copie authentique que jusqu'au i5* de may de l'an mil sept cent 
quatorze, où il faudra être muni d'une nouvelle sauvegarde. Signé : Frédéric 
Guillaume. 

Nous trouvons cette sauvegarde renouvelée encore en 1718 et signée de Happe. 

Un récit de ces temps malheureux nous a été laissé par M. Georlet, curé de 
Petite-Somme qui résume de la façon suivante les événements militaires pour 
les années 1744 à 1748, à l'époque des guerres de la succession d'Autriche, abou- 
tissant au traité d'Aix-la-Chapelle. 

« L'an 1744, à la Saint-Nicolas, apparut dans l'air une comète qui, au com- 
mencement, paraissait assez petite, marchant d'orient en occident, mais qui 
ayant grandi à proportion de son cours, avait une queue d'au moins quarante 
pieds de longueur. Elle a terminé son cours le jour de Saint-Mathias 1745, vers 
les six heures du soir. 

La guerre s'est allumée la même année ou plutôt s'est communiquée aux Pays- 
Bas, que les Français ont entièrement conquis en deux campagnes, sauf le 
Luxembourg, qui a eu le bonheur de demeurer neutre pendant toute la guerre, 
par les soins de son brave gouverneur, le maréchal de Neiperg, en vertu d'un 
traité fait avec le maréchal de Belleisle, gouverneur des Trois-Evêchés. 

L'armée de l'impératrice et reine de Hongrie et de Bohême, Marie-Thérèse 
d'Autriche, fille aînée de feu le sérénissime empereur Charles VI, étant partie de 
Bréda avec ses alliés, pour aller couvrir Namur, seule ville des Pays-Bas qui 
restait au pouvoir de notre reine, et, vers le commencement de juillet 1746, 
s'étant postée sur la Méhaigne, petite rivière qui se décharge dans la Meuse au- 
dessous de Huy, les Français, campés au Mazy, près de Gembloux, ayant occupé 
le camp de Vinalmont, la ville de Huy et la montagne de Saint-Gilles lez Liège, 
pour couper les vivres à l'armée alliée, elle a été obligée d'abandonner son camp, 
de passer la Meuse au dessus d'Andenne, et ayant campé quelques jours à Ohet 
en Condroz, d'où seul elle pouvait tirer des vivres, elle dut partir subitement et 
défila en cinq colonnes par le Bois de Boffeut, Ocquier et Ponthoz, sur Hamoir, 



— llrt — 

Fairon, Bornai, Diirbiiy et le Marteau (Eneille) pour, par Aywaille et les envi- 
rons aller repasser- la Meuse sous Visé et se poster le long de la citadelle de Liège 
et du Geer, petite rivière qui se décharge par la Hesbaye à Maestricht. Le défilé 
des troupes a duré cinq jours, pour finir le jour de notre dédicace, 4 septembre 
1746. On aurait peine à exprimer les ravages semés dans les campagnes et les 
maisons, sur la route de cette armée, par les maraudeurs. Les avoines ont été 
presque toutes consommées dans les champs par la cavalerie, et depuis le village 
de Petite-Somme, au-dessus duquel il est passé plus de 10,000 hussards, Croates 
et Pandoures, jusqu'à Ouffet, ce n'était que tentes dressées dans le séjour et mar- 
che continuelle des troupes. L'armée entière comprenait plus de 100,000 hommes. 
Anglais, Hessois, Hanovriens, Hollandais et les troupes irrégulières. 

Nous avions deux sauvegardes au château, qui ont préservé Petite-Somme ; 
mais Septon a beaucoup souffert. Toutes les églises ont été conservées et res- 
pectées ainsi que les châteaux ; le reste fut fort maltraité. 

Après le passage des troupes, les maladies ont régné sur toute la route et 
dans les endroits où les deux armées ont campé. Elles se sont séparées à la rai- 
octobre, après une bataille donnée aux murs de Liège, à Rocour, où l'aile gauche 
de l'armée alliée a eu du pis. Le soleil parut tout en sang (l), le premier et le deux 
septembre, au plus fort du passage. On aurait pu approprier ce texte de l'Evan- 
gile : Erunt signa in sole et in terris pressura gentium prae timoré. Le 
duc Charles de Lorraine commandait en chef l'armée alliée. 

Elle est hivernée partie en Hollande, savoir : Bavarois auxiliaires, Anglais et 
Hollandais ; les Hessois et Hanovriens chez eux ; les Autrichiens, partie au pays 
de Liège, partie au Limbourg et le reste dans la province de Luxembourg, en 
deçà de Laroche. Il n'ont pas été cantonnés jusqu'à ce jour, 21 novembre 1746. 

Pendant le passage de l'armée, il a fallu sur-le-champ livrer les rations de pain 
aux troupes, et comme personne ne s'y attendait et que la moisson de dur grain 
ne faisait que finir, les moulins étaient si occupés que sur quatre lieues de lar- 
geur on avait peine à trouver un moment pour moudre, peine à avoir du grain 
battu, et presque point de temps pour cuire, de manière que notre petit village 
a dû fournil- en 30 heures de temps 150 pains de 7 livres ; encore lallut-il les 
conduire par delà Ayv/aille, excepté 50 qui ont été livrés à Petithan, où les 
Hussards ont campé deux jours. Septon a dû livrer 300 pains, à peine d'être 
brûlé. 

L'année suivante, 1747, on a eu des quartiers d'hiver de Hussards, qui cou- 
viaient le quartier général autrichien établi à Verviers. Ils ont été délogés au 



(J) Aujourd'hui, 17 nvril 1912, pendant réclipse de soleil qui dura de 11 heures à 13 heures passées, 
je dois un moment interrompre la correction de cette page 116, faute de lumière sutllsante, en plein 
midi. Ces sortes de phénomènes ne manquent pas d'Impressionner vivement les simples, et ... j'en suis. 



— 117 — 

mois d'avril 1748 par une division de l'armée française, commandée par Monsieur 
de Lowendhal, maréchal de France, qui a débouché subitement et à l'insu de 
tout le monde, par Marche, Durbuy, Barvaux, Aywaille, de façon que Durbuy 
seul a eu pour sa part 4500 hommes au séjour, auxquels il a fallu livrer foin, 
paille, bois, pain et chariots, sans cependant enfreindre la neutralité de la pro- 
vince de Luxembourg. Une autre division de l'armée française a débouché en 
même temps par Arlon, tandis que le Maréchal de Saxe ayant feint d'entre- 
prendre le siège de Bar-le-Duc, tombait tout à coup sur Maestricht, dont le siège 
fut fait dans les formes, et où l'armistice fut publié, après la prise de la ville, le 
30 avril 1748, avec les préliminaires de la paix conclue à Aix-la-Chapelle. 

Après cela, on eut des cantonnements d'Autrichiens dans la terre de Durbuy 
et de Laroche, savoir le régiment de ligne dragons, depuis le mois de juillet jus- 
qu'à la Noël de 1748. Le reste de l'armée autrichienne était cantonné dans 
toute la province, d'où ils ne sont sortis que sur le commencement de 1749, 
après la publication de la paix conclue à Aix-la-Chapelle, au mois d'octobre 
1748, et après le règlement des évacuations publié à Bruxelles, au mois de 
décembre. Comme Namur était une des dernières places du voisinage à évacuer 
par les Français qui s'en étaient rendus maîtres en 1746, tous les régiments 
autrichiens d'infanterie ont dû prendre la route du Pays-Bas, par Huy et ont 
dû passer dans le plus mauvais temps du monde, par des pluies continuelles, 
en janvier 1749, partie par Petite-Somme, où il y a eu 8 logements, partie par 
Somme et Durbuy et les villages circonvoisins de la province, ce qui a causé de 
gros embarras, outre les frais de convois de bagage jusqu'à Huy, et la nourri- 
ture qu'il fallait fournir aux troupes pendant leur passage. Ces régiments étaient 
Los Rios, Prié, Salm, Arberg etc. La cavalerie et l'artillerie ont pris leur route 
par Namur, après l'évacuation française. Dieu nous préserve de pareilles visites, 
longe fac a noMs, Domine » (l). 

Le traité d'Aix-la-Chapelle, comme celui d'Utrecht en 1713, rendait les pro- 
vinces belges à l'Autriche et elles lui restèrent jusqu'en 1794, pour retomber 
alors pendant 20 ans au pouvoir de la France et de la Révolution française. 

A part la vente des biens de l'église et de la cure, vers 1796, le souvenir du 
régime politique de la Révolution est à peu près nul dans la tradition populaire 
à Eneille. On y parle vaguement d'une cloche disparue, à la suite du décret de 
1797, qui n'autorisait plus qu'une cloche dans chaque commune, et encore avec 
défense de s'en servir pour les exercices du culte. 

Cette cloche aurait été descendue d'abord dans un gouffre de l'Ourthe au-dessus 
du moulin, attelée, comme disent les paysans, à une chaîne fixée au bord de la 



(1) Archives de Somme-Leuze. 



— 118 — 

rivière. La cachette n'étant plus sûre, on reprit la cloche pour l'enfouir dans ta 
bergerie Dachouffe de Petite Eneille. Là elle aurait été découverte, sur dénon- 
ciation, et emportée par les républicains. 

Il y a, dans une maison particulière d'Eneille, mais venant de Ghardeneux, 
une armoire originale, qui servait d'autel à un prêtre proscrit, l'abbé Gavroy, 
pour dire la messe en cachette aux fidèles de la région. Réfugié dans la famille 
Bouillon, il y vécut en sécurité, sans être jamais signalé aux rabatteurs de la 
Convention. Eneille a été plusieurs fois visité par la bande du fameux Poncelet, 
celui-là qui un jour fit boire son cheval dans le bénitier de l'église de Rochefort. 

CHAPITRE IX. 

LA Y/m SOCIALE. 

Langage — Mœurs et Coutumes. 

1 . Le Langage. — Le patois d'Eneille est à peu de chose près le délicieux 
patois de Liège. Dans l'isolement où se trouvent les Eneilles, le patois s'y est 
conservé très pur. 

Pour en donner une idée et pour marquer en même temps la valeur des 
anciennes monnaies, si souvent citées dans notre texte, voici, en dialecte d'Eneille, 
une adaptation de l'article publié en dialecte liégeois dans le Bulletin du Diction- 
naire général de la langue wallonne (1907), par le Professeur N. Lequarré. Les 
syllabes et les mots en italique marquent les variantes propres au dialecte 
eneillais. 

Nous donnons plus loin, d'après le même auteur, en dialecte liégeois pour per- 
mettre la comparaison avec le dialecte d'Eneille, quelques notions sur les mesures 
et les poids anciens cités dans notre histoire. 

Li Manôye a vî Payis d'Lidje. 

(Dialecte d'Eneille). 

« Sins r gros live qui 1' baron Jules de Tchèstrètd' Hanèfe a scris, l'an 1890, sol 
manôye de vi Payis d' Lidje (1), i n' freût nin a s' ritrover d'vins lès manôyes 
d'avâ ci de timps passé. Et minme, avou ci savant lîve la, ons a co de ruse, de 



(1) Numinnintiiiue i/e la l'f-itiripavtt^ ilf l.ii-rip pt lie ses dOpi-nihmcfn (Bouillon, Looz), Bruxelles, 
18»0, II1-4'. 



— 119 — 

tirer l'afaire a clér, pace qui, so ô pô pus d' noûf cints ans, nos avans avou, co 
pus d' cinquante princes-èvèques qu' ont battou manôye ; qu'on 'nnè fôrdjeût 
divins tôt plein dès pièces, corne a Lîdje, a Gurindje tôt près d' Hasse et pus tard 
a Hasse, a Dinant, a Fosse, a Hu, a Masék, a Mastrék, a Saint-Trond, a Tongue, 
a Twin, et a Visé ; et qu'on î v'seût dès pèces di tote sôr di cougnes avou l's 
armes di Lidje, dèl Hèsbaye, di Duras', di Moha, dèl Campine, di Horn, del 
Gondroz, di Bouyon, d'où qu'on frawtinew^ vol'tî, pace qui ç' n' ésteût nin terre 
d'Ampire — et de payis d'inte li Sambe et 1' Moûse. 

Corne vos 1' vèyez, c'èst-a s'i piède. 

Ci n' sèrefit co rin s'i n'aveût avou è payis qui l' manôye dèl Principauté, mins 
i nos d'meûre co traze et traze ôrdonances dès princes-èvèques et dès Gris d' Pèron 
qui marquèt a k'bin qu'ons èsteût oblidjî di r'çùr difèrinnès pèces d'ôr et d'ardjint 
dèl Bavîre, dèl Bourgogne, di Cologne, di Djuliér, di l'Espagne, dèl Flande, di 
France, dèl Guèle, de Hinnaut, d'Inglitère, de Luxembourg, di Nameùr, di l'Au- 
triche, de Portugal, d'Utrèk, et dès autes et dès autes. 

G'èst-on foù grand ovrèdje di r'qwèri tôt coula et i mèl farè bin lèyè po pus 
tard et n' diviser asteur qui dèl manôye di Lidje de timps d' nos treûs ou qwéte 
dièrins princes-èvèques. 

Mins i gnat co 'n-aute hame èl vôye : c'est qui 1' no d' quéquès pèces a candji 
d' valeur avou lès annèyes. 

Lès vyès djins savèt co bin çou qu' c'èsteût on" aidant et on patar vola passé 
cint ans. A réz', po 1' ci qu' l'areût roûvî, i-gnat ne tchanson di tos bwègnés 
rapwètroûles qu' ènnè wade li sov'nance : 

Qwète aidants c'èst-on patar ; 
L'ardjint est fait po rôler ; 
L' ci qu' va-t-a dj' va so 'ne èk'nèye 
S' fait pus nahî qu'a roter. 

Inte nos autes seûye-t-i dit, lî ci qu'a scris ces rôyes-la ni s' doteût wère qui 
r deûsinme mitan de dih-noûvinme siéke vièreût dès ciclisses a cavaye so 'ne 
monteùre qui n' ravise nin co si ma one èk'nèye, po li spèheûr de mons. 

Disqu'a l'an saze cints on n' dîviseût nin d' patars è payis d' Lîdje. Çou qu'ons 
a loumé dispôy on patar, d'avance on l' loumeve on' aidant, corne on s'ènnè pout 
ahèyemint assurer d'vins 'ne cinquantinne di Gris dès Manôyes a Pérou d' Lidje 
dispôy l'an 1477 disqu'a ût' di djun 1600, et qu'on' imprimeur, Guiyame-Henri 
Streel, « imprimeur de son Altesse sérénissime «, a rassonlé d'vins on lîve di l'an 



— 120 — 

1675 (1). Gés aks-la réglèt po k'bin d' florins et d'aidants d' Lidje i faléve prinde 
télés et tëlès péces d'ôr et d'ardjint dès autes payis. 

Li Cri d' Pèron de lU' d'octôbe di l'an 1600 fait treûs côs 11 rapport inte 11 
manôye di Lidje et 1' clsse dèl Braibant. Vo-nnè-ci one dès treùs : « Le Florin 
" d'or forgé sur le pied du St-Empire a onze flor. liég. et huit aid. et clnquante- 
" sept patars monnoye de Brabant «. 

57 patars ou 2 florins es 17 patars dèl Braibant valint donc il florins et 8 
aidants ou 228 aidants d' Lidje. Corne 57 est tôt djusse li qwart dl 228, on florin 
de Braibant valent qvfèie florins d' Lidje et on patar brabançon qwète aidants 
lidjwès. 

Cèst-âhy a comprinde, corne nosse planquèt Hlnri Simon fait dire a Kinave 
divins « Brique et Mwèrti ». 

Mins, çou qui n' lèt d'imbarasser fwèrt, c'est qui, slns noie èspllcacion dé 
monde, lès Gris d' Pèron d' Lîdje qui sûvèt, a parti de 20 dl fèvrîr di l'an 1601, 
ni marquèt pus 1' valeur dès manôyes d'â-d'foû avou dès florins et dès aidants 
d' Lîdje, mins avou dès florins et dès patars de Brabant. 

Coula s' passéve dès timps d'Ernest dl Bavîre. Pusqul nos coplnans, vos r'mar- 
querez qui dj' nèl dllome nin prlnce-èvèque dl Lîdje. Vocl poqwè. 

G'èsteût r sahon qu' l'èglîse dl Lîdje, come lès clsses di tos lès diyocéses de 
wèsinèdje, aveût a t'nl lès protestants a gougne. Tote li sogne dès catoliques 
èsteùt qu'an èvèque ni tapahe 11 cote sol baye — come 11 cas s'aveût dèdja pré- 
slnté è l'Alemagne — qu'l n' si marlahe et qu'l n' fihe dèsbins dis 5' église one 
propriété laïque qui passereût a ses éfants. Tôt 1' monde sét qu' c'êst-alnsl qui 
r Prusse a k' minci vola tôt asteûr qwète cints ans. C'est po coula qui, tôt d'où 
qu'ons aveût a r'crainde oweafalre parèye, lès tchènonnes tchùsihm/ polès posses 
d'archèvèque ou d'èvèque dès fis, dès frés ou dès nèvéùs d' grands seigneurs qui 
passm^ po dès ©mes sûr, pace qui leû famile èsteût rik'nohowe tôt costé come 
fleur dl catolique. Mins dès s'-faltès familes, ènn' aveût nin a r'dohe et po 
prév'ni 1' dandjî, on n' si djlnna wère d'aler conte lès pus anciènès Iwès 
d' l'Église, tôt lèyan d'manl laïque lès grands seigneurs qu'ons aveût tchùsi come 
èvèques et, çou qu'ès-ossl pés, tôt l'zi pèrmètant d'avu d'vins lès mains deûs' treûs 
qwète diyocéses d'on côp et tèle-féy co pus. Portant tos lès cls qui k'nohèt on 
pô r roudrouhe, savèt bin qui, tôt parèy qu'in-ome ni pout avu d'on côp deûs 
feumes d'adreût, in-èvèque ni pout èsse al tlèsse di deûs diyocéses, puisqu'il est 
marié a sis-t'-égllse, come si rond d'ôr èl mosteùre. 

Po 'nnè rlv'nl a Lîdje, Ernest di Bavîre èsteût archevêque di Cologne, èvèque 



(1) Éitits et Publications <les Monnayes, otc. Liège, 1675, petit in-4v 



— 121 — 

di Lîdje (1581-1612), di Frèsingue (ou Freisingen, èl Bavire, a sét' bonès eûres 
di Mûnik), di Hildeshem (ou Hildesheim, asteur èl Prusse, a cinq ou sih eûres 
di Hanôve), di Meùster (ou Munster èl Wèsfalèye) et abé di Stavelot. Si nèveû 
quel rimplaça a Lidje di 1612 a 1650, fourit ossi archevêque di Cologne, évèque 
di Lîdje, di Hildeshem, di Meùstèr et Paderborn, sins èsse priyèsse nin pus qui 
s' inonnonke. Mins l' treûsinme duc di Bavîre, Miyin-Hinri, nèveû da Ferdinand, 
qui fourit ossi archevêque di Cologne, èvèque di Lîdje, di Hildeshem et d' Meùs- 
ter djusqu'à 3 d' djun 1688, si fit consacrer èvèque on'an et 'ne qwinzinne di 
djoûs après avu rimplacè s' monnonke, mins i ne vala nin bècôp mis pol case. 
C'est lu, avou s' fameûs réglèmint d' 1684, qui r'hapa tos leûs dreûts as trinte- 
deùs mèstîs. 

Vo-nos-la bin Ion éri d'Èrnest di Bavîre et de mandemint qu'i fit l'an 1606 po 
fé k'nohe qu'i-aveût fait fôordiè 'ne noûve manôye di keûve qu'èsteût on vrêy 
patar, mins qu'i louméve, todi 'n-aidant, magré 1' candjemint d' 1601. Voci çou 
qu'i d'héve : 

« Savoir faisons, come pour la commodité de nos subjets, avons fait forger 
» par notre monnoyeur de Liège certains deniers de cuivre d'un aidan liégeois 
" et autres de douze sols liégeois avec notre efïigie d'un costé et nos armoiries 
«' de l'autre, ordonnons partant a tous et chacun manans et surceans de cestui 
«' nostre dit payi de Liège a tel prix les recepvoir et laisser avoir cours sur peine 
« de trois florins d'amende a appliquer comme de coustume, a quel effet ordon- 
« nons et commandons a notre souverain mayeur et son lieutenant de faire 
« publier ceste, mettre en garde la loi (1) et la faire estroitement et inviolable- 
» ment garder, car nostre plaisir est tel et sérieuse volonté. » 

One vintinne d'annêyes divant, on prince èvèque n'areût wèsou bâte manôye 
sins prinde l'avis dès tchènonnes et dire qu'i l'aveût pris, et i n'areût wèsou 
dire as Lidjwès : vos f'rez tel et télemint, pace qu'i m' plaît. 

C'est mutwèt pace qui lès princes di Bavîre, qui lès tchènonnes di Saint- 
Lambiè nos avit d'né come maîsses, fît si bin a leù manîre qui nos n' trovans 
d'vins lès vis écrits nou poyèdje di mandemint qu'areutcandjî lès aidants d' Lidje 
a patars. A réz', l'afaire si fit di p'tit a p'tit, inte 1600 et 1650. Ak'mincemint, on 
meta « florins et patars de Braibant «, et al longue dé timps « patars di Brai- 
bant, manôye di Lîdje «, po fini avou 1' drôle di nom « patars di Braibant- 
Lîdje. » 

Qwand 1' manôye di Lîdje fourit assiowe vès 1720 pon' pus wère bodji disqu'al 
Bèvolucion francèse, voci kmint qu'on comptéve et qu'on payei</ ava ci : 

L'unité d' manôye a Lîdje estent 1' florin, on nom qui vint d' Ion et d' haut, 



(1) Li mandemint est dé 16 d'avri ; li cour des èchèvins l' iiiéta al wade li 18. 



— 122 — 

pusqui lès prumis, qu' èslmi dès pèces d'ôr, ont stu fôrdjîs a Floreuce, è l'Italie, 
l'an 1252. On 'nnè fit bin vite quasî d'vins tos lés payis. Ç fouyfli rwèd' France 
saint I.ouwis qui k'minça, lès autes sùvît, et, bin de timps a Ion, on luma totes 
lès pèces d'ôr dès florins. A djourdliu éco li noin d' florin d'ôr a d' moré as 
djènès fleurs di savadje cécorèye qui crèhèt d'vins nos prés. Gome lès pèces d'ôr 
(l'a saint Louwis SiVint on' fleur d' lis dès costé d" pèe, i-a dès cis qu'ont pinsé 
qu' c'est po coula qu'on l's a loumé florins. Eco fareût-i savou s'on 'nn' a batou 
d'vant 1252. Totefwès Florence n'est po rin d'vins 1' nom dès florins. 

Après lès florins d'ôr, on fôrdja dés cis d'ardjint : c'ést-on s'-fait qui fourit 
l'unité pol manôye a Lidje. Qwand c'est qui 1' Rèvolucion nos eût apwèrté 
r franc et lés çantimes, on taxa 1' valeur d'on florin d' Lîdje a on franc vint-on 
Centimes et cinquante-sî cintinmes di çantimes. 

On florin d' Lidje si Xowxneût a pus sovint on carlus' . Dji n'a polou trové dis- 
qu'asteûr si 1' nom vint dès Carolus qui li rwè d' France Tchâle VIII a fait fôrdjî 
et qu'on louméve on blanc, ou bin d'aute pâ. 

Li carlus' di Lidje waleût vint patars et, d'vant l'an 1600, corne nos l'avans 
dit, vint aidants. C'est dé Brabant, n' l'avans vèyou, qui 1' nom d' patara v'nou 
a Lîdje. Iffnat qui volet qui 1' mot patar séreût 1' nom tihon Peter ou Pire, on 
pô mèsbrudji, et qu'ons areût d'né a 'ne manôye qu' aveût d'on costé lès deûs clés 
d' saint Pire è creûs. Mins in fareût prover qui 1' mot patar est flamind, et d'vins 
r timps lés tihons dèl Brabant dihm^ stuyver po on patar, Scheler é Dictio- 
iiaire da Grandgagnage dit : « Patar est une déformation de patac, qui est le 
primitif du patacon «. Mins dj' nèl pou creùre, tant 1' difèrint est grand inte on 
patar et on patacon, corne nos 1' vièrans tôt asteûr. 

Divant 1600, on patar dé Brabant valeùt qwète aidants d' Lidje, qu'ons sleût 
bin vite loumer dès patar tôt l'zi fant piède lès treûs qwarts di leû valeur. Mins 
r patar, raminé ainsi a on vintinme dé florin ou dé carlus' di Lîdje, vala todi 
qwète aidants, qui xHè&iint naturélemint pus que 1' qwart di çou qu'avm^ stu. 

Avou r tarif di vés 1800, l'ancyin aidant d' Lîdje ou patar vaXeût si çantimes 
et sèptante-ùt méyinmes di çantime [6^ 078], et l'aidant, qu' énn' esteùt l' qwart, 
on pô pus d'on çantime et d'mèy ou 1* 5195. 

Divins l' timps, i-aveùt falou v'mi'-qwète sous po fé 'n-aidant d' Lidje et mut- 
wét fôrdjive-t-on adon dès pèces di kertve d'on sou, magré qu' dj' énn aye oyou 
a parler noi pa. Mins, s'èle èsiint p'tites, éle arm^ co stu apougnaves assez, 
pusqu'avou 1' tarif di 1800, tchaskeune areût valou on pô pus d'on qwart di 
C-antime ou 0*= 2533. 

Mins, qwand c'est qu' l'aidant d' Lidje fout d'toumé a qwnrt d'on patar di 



— 123 — 

Lidje, on n' poléve pus sondji a fé dès pèces d'on sou, et on s' continta d' bâte des 
cisses d'on d'mèy aidant, qu'on loumew/ dès âoze-sous. 

È francès, qwand on voléve dire êire sans argent, on d'heût : n'avoir pas 
un liard ou n'avoir pas un rouge liard, et asteurn' avoir pas un centime. 
Divins 1* timps, on Lîdjwès areût dit parèy : djin'a nin on doze-sous sor mi^ 
ou, po-z-ablâmer 'ne saqwè : dji n' è dèreû nin on doze-sous. 

Ainsi, po racotcheter tote l'afaire, de timps d' nos dièrins princes-èvèques, on 
carlus' valeût vint patars ; on patar, qwète aidants, et on' aidant, vint'-qwète 
doze-50MS. 

Mins quélès pèces aveût-on ? Tôt k'minçant po li d'zos, on 'nn' aveût d' treùs 
sors : dès cisses di keûve, dès cisses d'ardjint et dès cisses d'ôr. 

Lès pèces di keûve èsiint : li doze-sous, l'aidant, li pèce di deùs aidants et 
r patar. A Lidje, on loumeût li pèce di deûs aidants one bouhe, d'après l' tihon 
busch, qu'èsteùt one pèce a pô près parèye d'Ah ou Aix-la-Chapelle. El Braibant, 
li bouhe èsteût on djigot. On s'a sièrvou quèque timps di s' mot-la a Lîdje, et, si 
dj' tin bin, c'est co ènèt a Nivèle on çantime. 

Lès pèces d'ardjint èstm^ 1' blanmûse, li skèlin, li dobe sikèlin ou carlus', et 
r patacon. 

One blanmûse valew^cinq' patars ou l' mitan d'on skèlin. El manôye à'asteur, 
ci sèreût on pô pus d' trinte çantimes ou 30 çantimes et 39 cintinmes. Grandga- 
gnage fait v'ni 1' mot dèl Wèsfalèye, d'où qu'i gn'aveut one pèce d'on' ûtiume 
di dalèr — qu'areùt valou voci ine blanmûse et d'mèye — et qui tireùt si nom 
di s' coleûr : blaumueser, bleûve manôye, pace qu'èle èsteût faite d'ardjint et 
d'èk (ink, zinc) fondons èssonle ou d' composicion. On scrèy li nom d' treûs mani- 
res : blanmûse, blamûse et blâmùse, Gome lès blanmûses èstint fwèrt tènes di 
tèye, on lès louméve quéquefèy dès plaquètes. 

Li skèlin vd\eùt di patars ou, è nosse manôye d'asteur, swèssante çantimes et 
sèptante-ût cintinmes, ainsi quasi swèssante-onk. C'est co on mot tihon : schel- 
ling, qui vout dire one saqwè qui hil'tèye, de verbe schellen, hil'ter, soner. Lès 
Inglès r dinèt co asteur a one di leûs pèces d'ardjint, qui vat on franc et on 
qwart, come li mark d'Alemagne : c'est l' shilling ou chèlin. 

Li dobe sikèlin, c'èsteùt 1' florin ou 1' carlus', qui vâreût ènèt on franc vint-on 
çantimes et cinquante-si cintinmes. Dj'a come one dimèye idêye qui lès Lîdjwès 
ont d'né 1' nom d' carlus' a florin d' Brabant qwand c'est qu'a v'nou è leû payîs, 
po r distinguer dès florins d' Lidje, çou qui lèreût co bin supôser qui l' nom pro- 
vinreût d' l'impèreûr Charlè-Quint, et, qwand lès deûs florins ont stu parèys, li 
nom d' carlus' a d'moré a florin d' Lîdje. , 

Cou qui m'fait pinser ainsi, c'est qui 1' minme afaire a-st-arivé de timps dès 



— 124 — 

Holandès. Lefts péces d'ôf di di gulden ou florins ont d'ynoré è nosse payis bin 
liés annèyes après V Rèvolucion d' l'an Trinte. Dj'énn'a vèyou co traze et traze è 
bureau d'à m' père, et on n' lès louméve may qui dès pèces di dî carlus'. On lès 
loukive todi avou 'ne grande atincion, pace qu'èle valint on franc et saze çantimes 
di pus qu' lès napolèyons, qu'avît pris 1' pièce dès louwis d'ôr. 

Ad'dizeûr de carlus', li pus grosse pèce d'ardjint de payis èsteût l' patacon, 
qui valéve qwète carlus'. Li patacon èst-ine manôye qu'a v'nou d' l'Espagne 
divins lès Payis-Bas et èl Franche-Comté, c'est one saqwè d' sûr. G'èsteùt 'ne 
piasse espagnole. Dj'a li — d'ji v's èl rind po çou qu'i m' cosse — qui 1' nom 
espagnol patacon sèreùt on mot arabe : bâ iâca^ mètou po abou tâca, qui vout 
A\ve paître dèl flnièsse^ pace qui lès Arabes arît pris po lès deûs montants d'ine 
finiésse lès colones d'Èrcule qu'èstit r'présintèyes so cèrtinnès manôyes d'Espagne. 

A Lidje, les p'titès djins et minme lès bordjeûs ni Ktoûrnint wère lès pèces 
d'ôr. Lès cisses d'ardjint èstm^ pus apougnâves et fini pus d'haut. C'est sùremint 
po coula qu'on d'hew d'on' ome, qwand on l' louk po ritche : Cila^ î-a dès 
paiacons. 

Lès courones di France ou écus de six livres passint a pus sovint a Lidje 
po cinq carlus' tôt ronds qwand n' 'nn' aveût qu'one. Mins, d'après l' cri d' Pèron, 
avou r piète d'on payis a l'aute, èle ni valint djusse voci qui qwète carlus' et 
dîh'-nouf patars, et on n' màqueiU nin d' discompter 1' patar qwand c'est qui 
r payemint 'nnè valeùt lès ponnes. Lès d'mèyès courones ou écus de trois 
livres passent a l'advinaut. 

Po lès courones di Bradant ou courones dèl Royène — dji m' madjène qui 
cisse Royène la èsteût Marèye-Thèrése d'Autriche — on lès prind a Lidje po 
qwète patars di mons qu' lès courones di France. Cèsses-ceY estint lès pus 
comunes et on lès Xoxxmeût simplumint courones. 

Po lès pèces d'ôr, s' on 'nnè veut qu'arabe so lès cris d' Pèron, on n' 'nn' a may 
bècôp batou a Lîdje, pace qui 1' payis èsteût trop p'tit et qu'on s' sièrveut 
ahèyemint dès cisses dès autès nacions, pusqu'on lès prindéve quasi tôt costé, 
sins wè-d' tchwè piède dissus. So li d'dièrin, i-aveût deûs sors di pèces d'ôr è 
payis : li florin d'ôr et 1' ducat. 

Li florin d'ôr èsteût d'abîme ancyin, ca d'vins tos lès vis réglumints, al cam- 
pagne corne èl vèye, c'est todi a fwèce d'amindes di treûs florins d'ôr ou de dobe 
qu'on pareule, di qwè rwiner on pauve maswir. k dîh-ûtinme siéke, li florin 
d'ôr valeur cinq' carlus' ou on pô pus d' sî francs. C'èsteût 'ne pèce a pô près dèl 
grandeur di nos pèces d'ôr di di fi-ancs, mins bècôp pus tène. On 'nnè vèyéve wère 
et tote li sogne de ci qui r'çûvéve one si-faite manôye, c'èsteût dèl piède ; ossi 
r èwalpéve-t-i d'vins on bokèt d' papi po lî fé t'ni pus d' pièce è s' boûse. 



— 125 — 

Li ducat, qu'aveût stu fabriqué po l' prumi côp èl Sicile divant l'an 1200, qui 
t'néve si nom d'ine divise è latin qu'èsteùt d'ssus : 

SU tibi, Christe, datus quem tu régis iste ducatus 

et qu'aveût passé dèl Sicile é l'Alemagne é a Lîdje, v^Xeût voci ût carlus', dî 
patars, deûs aidants et on doze-50M5. Vos trouverez mutwét drôle qu'on n'auhe 
nin qwérou a d'ner a ducat, corne a nos pèces d'ôr, li valeur d'on nombe tôt 
rond d' carlus'. Mins 1' prince qui lès v'seu fé, ôrdonew d'ènné tèyî ot'tant a 
marc ou a li d'méye live d'ôr et i valm/ çou qu'i valint : tant pés vat po lès cis 
qu'avm^ dès comptes a fé. A réz', i estm^ acustoumés, ca d'vins l' trintinne di 
pèces d'ôr d'a-d'foû qu' lès cris d' Pèron accèptint, c'èsteùt d' tchance d'ènnè rès- 
contrer one qui s' valeur toumahe djusse a dès carlus' sins patars et sins aidants. 

Lès djins d'asfeur trovèt qu' lès manôyes, corne lès mèseûres de timps passé, 
c'èsteùt 'ne saqwè d' fameûs'dimint èbrouhiné et, Diu m' pardone, i n' s'e maque 
wère qui n' traitèhe di bièsses lès djins d'adon. D'abord tchaskeun' n'aveût a 
k'nohe qui lès manôyes di s' prôpe payis et, s'i-aveùt minme a Lîdje dès banquis 
et dès candjeûs qui k'toùrnit d' totes sôr di pèces, il avm^ lès Gris d' Pèron po 
s' guider. 

Di m' djonne timps, qwand dj'a stu è scole, i nos faleût aprinde tôt coula : 
è l'arismètique on lès loumeût ïès partèyes àliquotes, qui nosse brave vî maisse 
nos feût prononcer aliqwotes pace qui, d'heùt-i-i, c'èsteùt on mot latin ; lès 
toursiveùs d'inte nos autes lès loumit partèyes as clicotes. C'èsteùt bin pus 
malahy po nos autes qui po lès vyès djins qu'a vint 1' manôye a l'advinant, tôt 
fant qu' nos autes i nos è idXeût fè dès francs et dès çantimes. È s' vos m' diman- 
dez poqwè qu'on n's aprindew/ coula, dji v' dire — magré qu' nos n'è savent rin 
adon ~ qu' c'èsteùt djustumint po-z-ac'mwède è payis lès manôyes et lès mè- 
seûres dèl Rèvolucion francèse. G'èst-owe afaire qu'a pris pus d' cinquante ans, 
di k'tchissé lés vyès mesures et lès vyes manôyes, pace qui lés djins î èsUni 
trop-z-acustumés, Èximpe lès Inglès, qui passèt portant po fwèrt sùtis, et 
qu' n'ont co polou disqu'asteùr ac'mwéde lès novèlès mèseûres é leù payis, et 
portant i rik'nohèt qu'éle sont mèeùs qu' lès leurs . 

Vers ci ignat one cintinne d'annêyes, tos lès comptes dès mairerèyes, de 
çouvèrnèmint, dèl douwane, dés r'civeûs d' contribucions, etc., èstint faits a 
francs et a çantimes, mins quasi totes lés djins, avou dés pèces d'onk, di deûs, 
di cinq' et d' di çantimes, comptm/ todi a patars. 

Divant d'aler pus Ion, i n' si met' nin ma qu' dji v' dije qu'igna co 'ne cwèr- 
néte dèl province di Lîdje d'où qu'on compte todi a patars et a-z-aidants, G'ést-è 
payis dé Rwè ou l'ancyin duché d' Limbourg, as martchîs d'Hève, d'as Batices 
et n'a-wère a ci d'Abe. On i vint 1' boûre al live — qn'èsi-asteur on d'mèy kilo 



— 126 — 

— èl a oftaiil ti' palars èl d'aidants. Hximpe : a inarchi dèl saminne passêye, 
on v' dirèl qui 1' boùre a stu a vint'-qwète patars in-aidant mons. Si vos loukîz 
r gazète, vos vertr? qu'on a vindou li d'méy kilo d' boûre a 1 franc 45 cantimes, 
pace qui 1' gazeti, lu, ni wèsereût d'viser d' lîves, di patars ni d'aidants. Volez- 
ve savii poqwè qu'on vint 1' boAre ainsi ? Dji v's èl va dire. Lès vatchelis de 
payis de Rwè sont turtos on pô — ou minme bècôp — pice-crosses : c'est 1' mèsti 
(luèl veut. Corne on n' sareût ramourner 1' manôye de vî payis d' Lîdje avou 
r cisse d'nsieur tôt tournant djusse et qui l' fracsion profite todi a ci qui live l'ard- 
Jint, li vatcheli r'çût, po tchaque live di bofire, one tote petite saqwè d' trop' 
qui n' li vat qui vint'-cinq ou cinquante cantimes po tote si batêye, mins c'est 
todi ot'tant. 

Qwand Napolèyon, l'an qwinze, fout r'vièrsé po tôt, lès Belges avm^ to dièl 
liesse leûs vyes mèseùres et leûs vyes manôyes et s'ènn' aveùt-i d'vins zèls qui 
comptint bin qu' tôt coula aleftt raviker. 

C'a siou V gouvèrnèmint holandès qu' s'i a 1' mis pris po-z-animer 1' candje- 
mint di p'tit a p'tit, tôt d'nant lès vis noms as novèlès mèseùres, come one èl ou 
one ône po on mète ; on hop (une coupe) po on lite ; one mudde (un muid) po 
on stî, etc. 

Pol manôye, ci fout co quasi parèy. I prit l' vi nom d' florin ou gulden, qu'on 
louma carlus' a Lîdje, magré qui l'oufie quasi 1' dobe di valeur di l'ancyin carlus', 
pusqu'i passéve po 2 francs 11 cantimes 6402, mins i-èl parta, come li franc 
l'aveût stu, è cint p'titès pèces di keûve, qu'on louma on çant, èl pl^ce di hon- 
derdste, pace qui 1' mot roman çant, qui n'a qu'one sillabe, rôle bècôp mis qui 
r mot tihon, qu'est malahy a dire, minme po lès Holandès. I fôrdja dès pèces di 
keûve d'on d'mèy çant et d'on çant ; dès cisses di composicion d' vint'-cinq' çans 
avou on grand dobe (W), qu'on louma bin dé timps a long dès pèces di nouf pa_ 
tars, pace qui c'èsteût quasi djusse coula ; dès pèces di cinquante çants ou d'on 
d'mèy carlus', dès cisses d'on carlus', etc. 

A ç' sudjèt-la — et ç' sèrè po fini — dj'a 'ne rimarque a fé qui trouve si pièce 
voci. 

È françès, li cintinme partèye d'on gulden come li cisse d'on dalèr d'Amérique, 
si scrèy cent^ come li nombe cint' et s' prononce san, todi come li nombe. 

Lès Holandès ont fait a leù mot cent on pluriel tihon centen et on roman 
cents avou 'ne 5 al caive. 

Divins lès campagnes tôt atoû d' Lîdje, djusqu'à d'vins lès dièrinnès annêyes, 
on a dit on çant et dès çants (pron. 5an), mins a Lîdje minme, sùremint pace 
qui r mot riv'new^ pus sovint a pluriel qu'a singulier, on a dit çans' tôt fant sinti 
\'s et minme, en on bastardé francès, cens' . 



— 127 — 

Ci n'est nin co tôt. Li Lidjwès a fait de mot çant, qu'èsteùt masculia, on mot 
féminin « one çans' » tôt H clapant 'ne s a singulier. Nos scolis ont brohé d'ssus 
po dire è leû francès une cens' et minme une cèn', et diusqu'a nos scriyeûs d' 
comèdèye, quèlzi sonne qu'i djasèt mis 1' walon, tôt mètant sol cov'teûre di leù 
pièce qu'on 1' vint trinte-cinq' çans' tel et télemint. Sins 1' savow et sins 1' voli 
i djasèt bel et bin tihon, ca 1' mot nos vint dès Holandès et i n'a asteur dès çants 
coma manôye qu'èl Holande et as États-Unis. 

Qwand ci n' sèreût qu' po sacler foû dé francès d' Lidje dès vîl'meûsès ièbes 
come une cens' et une cèn' , dès cens' et dès cèn', qui' marquèhe qu'on vint leû 
comèdèye septante çantimes, pusqu'ossi bin ci sèrè 70 çantimes qu'i m' farèt payî.» 

J'ai publié ce texte, avant tout, pour donner au lecteur une idée du patois 
d'Eneille. 

Si, avec ces détails, quelqu'un voulait évaluer en numéraire moderne les 
anciennes monnaies réelleset de compte, souvent notées dans les pages précédentes, 
il devrait savoir la valeur de l'argent à l'époque où ces monnaies avaient cours, 
puis rechercher les conditions économiques dans lesquelles se trouvait le pays 
émetteur ; alors seulement essayer de traduire en monnaie actuelle. Cette opéra- 
tion est des plus délicates. 

<- Ainsi, par exemple, il est avéré que l'argent avait au XI V^ siècle un pouvoir 
d'achat de 15 à 20 fois supérieur à celui qu'il a de nos jours. Si donc une mon- 
naie pèse 3 grammes ei titre 0,500 millièmes arg. fin, le gramme d'argent pur 
valant aujourd'hui 0.08 f. ladite monnaie vaut 3x0.08 = 0.12 f.x 15 = 1.80 fr. 

2 

Voici un cas d'application facile : en 1415, on a payé 2 gros à 2 ouvriers pour 
jeter en bas des remparts de Luxembourg un cheval mort qui empestait la rue. 
— Que valaient ces 2 gros ? 

Si on ne tient pas compte du pouvoir d'achat de l'argent à cette époque, on 
obtient l'absurdité suivante : 1 gros titre environ 0.400 miUièmes en moyenne, 
et pèse 2.84 gr., donc, le gramme d'argent pur valant 0.08 f. on obtient : 
2.84X0.08X400=0.09 f. env. 

100 

Pas même 10 centimes par gros, pour chaque homme employé à la susdite 
besogne ! 

Il faut donc multiplier la valeur intrinsèque actuelle par le pouvoir d'achat de 
l'argent en 1415, soit 0.09 x 20 = 1.80 fr., prix conforme au bon sens et à 
la réalité, et on arrive à 3.60 f. pour le salaire de chacun. 

Autre exemple, pris dans notre texte, page 49 : le curé d'Eneille, collecteur 
du concile d'Ouflet, prend 3 patacons pour 3 vacations à Durbuy lors de la ré- 
partition de la taille de Sa Majesté, en 1064 ; ce qui ferait 4 frs. 20, si l'on se 
tient à la valeur intrinsèque de l'argent, et 14 frs. en argent monnayé sur la 



— 128 — 

l):ise (lu rapport 1:15, régissant encore actuellement le numéraire de l'union 
latine, mais qui ne correspond plus à la réalité. 

Erreur pourtant. Le patagon est une pièce d'argent titrant 0,874, arg. fin, et 
valant 48 sous, monnaie du temps: l 1/-2 patagon =- 1 couronne d'or; la cou- 
ronne d'or titrait 21 carats, 6 gr., ce qui fait en millièmes 0,895, d'où il résul- 
terait, si on n'y prenait garde, que 1 1/2 patagon, ou 42 grammes d'argent à 
0,874, représenteraient en argent marchand 2 frs., et en argent monnayé, 
rapport l : 15, un peu moins que 8 frs. Tandis que la couronne d'or, pesant 3 
grammes 34 et titrant 0,895, vaudrait aujourd'hui, comme valeur intrinsèque 
8 frs 35 : d'où le non sens, que 2 frs d'argent =- 8 frs 35 d'or. Et cette hérésie 
provient de ce que l'on n'a pas tenu compte du rapport de l'or et de l'argent 
au XVIP siècle, qui était alors de 1 : 12, et de la cherté de la vie lors de la 
guerre de 30 ans : avec cela, on va loin des 4 frs 20, valeur intrinsèque de 
3 patagons, ou des 14 francs, auxquels nous les avons taxés plus haut. 

N'oubhons pas non plus que nos 5 frs. actuels ne valent que 1 fr. 90, et même 
moins, de valeur intrinsèque « (1). 

Le texte wallon publié ci-dessus, ne tient compte que de la valeur intrinsèque 
des anciennes monnaies, comme aussi les évaluations que nous avons parfois 
risquées précédemment. 

Or, sous Marie-Thérèse encore, donc à une époque assez récente, le pouvoir 
d'achat de l'argent était près de trois fois supérieur à ce qu'il est aujourd'hui. 

Quand par conséquent nous disons, page 77, que le revenu d'un curé d'Eneille 
s'élevait à 550 francs environ, il faut entendre deux à trois fois plus, comme 
valeur actuelle. 

La situation matérielle de nos jours ne vaut même plus cela. 

(Sed) Vatis avarus 
Non temere est animus : versus amai, hoc studet unum. 

Horace. Epît. II, l, 119-120. 

Mesures de Longueur. 

(Dialecte liégeois). 

" L'unité, à Lîdje comme aute pa, c'esteut 1' pîd. 0ns aveilt d' deûs sors de pîds. 

Li pîd d' S* Lambiè èsteût 'ne gote pus court qui 1' ci d' S* Houbiè : i valéve 
djusse 0™29 17795. Gome nos l'avans dit, on n' s'è sièrvéve qui po mèserer lès 
tères. Voci k'mint qu'on s'î prindéve. 

Li mèsereû aveût 'ne grèye pîce di saze pîds ou on pô pus d' 4°"668, qu'on 
louméve ine vèdje. Lès vis Romains loumît pertica leu vèdje qu'èsteût d' dî pîds. 



(\) D'après M. l'avocat Bernays, d'Anvers. 



— 129 — 

È France, on 'nnè fit 1' « perche » ou pîce, mins pol longueur on peut dire qu'i- 
aveût otetant d' « perches » qui d' payis. 

Qwand c'est qu'on voléve mèserer 'ne tère, on k'mincîve a eune dès cwènes 
tot-z-apliquant 1' vèdje so l'arôye et on plantéve deûs piquets as deùs bèchètes 
dèi vèdje. Coula fait, on rapliquéve li vèdje tour à tour as deûs piquets, tôt 
r mètant di sqwére avou l'arôye — a l'oûy po 1' pus sovint, ou avou deûs ficelés 
dèl minme longueur qwand on voléve mèserer fwért djusse. On plantéve codeûs 
piquets a deûs novêlès bètchètes dèl vèdje, et on s'assuréve qui 1' vèdje touméve 
djusse inte les deûs dièrins piquets. On aveût ainsi on pèçot d' tére di saze pîds 
so saze è qwareûre ou d' deûs cints cinquante sî pîds ramourenés : c'est çou qu'on 
louméve ine pitite vèdje. Qwand 1' mèsereû aveût mèseré vint s'-faits pèçots, 
ons aveût 'ne grande vèdje. Li p'tite vèdje valéve 0*''e2179 et 1' grande vèdje 

4ares3589, 

Vint grantès vèdjes fît on bouni. C'est co on mot latin bonnarium, qui pro- 
vint d' borna., mèsbrudjî a bonna è latin d' couhène et qui vout dire rinna. 

I-a sèt' ou ût cints ans d' cial, on louméve bouni ine tére qu'aveût stu mèserèye 
et qu'ons î aveût planté dès rinnas. On n' fève coula qu' po lès tères qu'on tchèr- 
wéve ou, d'vins lès tiers, po lès cis qu'on n' poléve cultiver qu'ai hawe. Lès prés, 
lès bwès et lès marasses n'avît nin dès rinnas et s'ènn'avît-i nin mèsahe : c'èsteût 
dès bins d' comeune ou di c'mogne qu'èstît banaves. 

Pitit a p'tit on d'na 1' valeur di vint grantès vèdjes a 'ne tére qu'aveût des 
rinnas et on 'nnè fit 1' mèseûre d'on bounî. Di ç' timps-la, divins lès bons tèreûs, 
corne èl Hèsbaye, ine cinse èsteût d'ordinaire di doze bounîs. C'est çou qu'i faléve 
a on maswir ou manant po viker lu et s' feume, ses èfants, ses sièrfs et ses biès- 
ses. On louméve ine sifaite cinse è latin mansus, qui vout dire ine demeure 
d'abord et puis ine valeur di doze bounîs. Di l'aute costé dèl Moûse, wice qu'i-a 
dès tiers et dès croupèts, lès cinses a vît pus d' doze bounîs et c'est coula qu'on 
pout 1ère divins lès vis aks dès afaire corne çouci : « I lî d'na on manse d'on 
manse et d'mèy «, çou qui vout dire : i lî d'na 'ne cinse di dîh-ût bounîs. 

Li mot » manse » ni poléve aut'mint qui di s' kisèmer tôt wice qu'ons a djasé 
r latin de vî timps. On trouve co èl Lorinne meix ou meis, èl Provance mas, 
èl Bretagne ma, èl Nôrmandèye mois (mwès') et è nosse payis moxhe ou 
mohe. C'est d' la qu'a v'nou mohon, a Vèrvî manhon, qui tint 1' pus près a 
latin 7nansio. Et, come on d'héve ine manhon, ine mohon, lès cis d' Lîdje ont 
volou fé r malîn tôt mètant îne e al cowe de mot et tôt d'hant ine mohone, tôt 
djusse come lès Francès ont djudjî qu' faléve dire une bure èl pièce d'ow bure, 

come nos autes on beûr. 

9 



— 130 — 

On s' sièrvéve quéqaefèy ossu po mèserer lès téres de ajourna, è francès 
« journal ». C'est çou qu'on pout labourer so 'ne djournèye. É payis d' Lîdje, on 
djourna valéve cinq' grantès védjes ou 1' qwart d'on bounî. Mins atoû d' nos 
autes, è payîs d'Lîmbourg et è ci d'Luxembourg, sûremins qu' lès ornes è lès 
blesses èstît pus djintis, ca on djourna î valéve ût grantès vèdjes. 

Mutwèt qui 1' pîd d' S* Lambîè, sol posteure dèl catèdrale, n'èsteût nin ossi 
ahèy a mèserer djusse qui 1' ci d' S' Houbiè, ou bin qu' lès mèsereûs avit ma 
tèyî leû vèdje di saze pîds. Ga i-aveût quéques viyèdjes è payis d' Lîdje qu'avit 
left vèdje a part. 

On mèseréve à Vône lès draps, lès stofes, les teûles, lès nales, lès cowètes et 
tos afaires ainsi. 

L'ône di Lîdje valéve deûs pîds et on qwart di St. -Houbiè (Ord. dé 5 di djanvîr 
1687), çou qui fait 0"631 ou quasi tôt djusse lès deux tîs d'on mète. Ossu d'vins 
nos botiques compte-t-on co oûy li mète po lue ône et d'mèye. 



Mèseûres po lès grains, lès favêtes, 
lès vèces, lès peûs et l'sé. 



Po totes ces dinrèyes-la, l'unîté c'èsteût li sti. 

Li mot sti^,è francès «* setier «, è vî francès « sestier », provint de latin sex- 
tarius, ine mèseûre qu'èsteût l'sîhinme partèye d'ine pus grande, li congius. 

L'ôrdonance de 5 di djanvîr 1689 nos dit çou qu'on stî deût t'ni : «< Le setier à 
mesurer le grain tiendra, comme du passé, vingt-quatre pots ou quartes au vin 
(p. 135) «. Nos vièrans pus bas qu'on pot valéve cinquante pôces di St. -Houbiè 
ramourenés dès treûs sins. 

On stî t'néve qwate qivates ; li qwate, qwate pognous ou pougnous ; et 
l'pognou qwate mèseûres. 

Li stî èsteût fait d' deûr bwès, tôt rond, ossi ladje dizeûr qui d'zos et avou on 
fond tôt plat. I-èsteût cèclé d'fiér atoû ; dès sqwéres di fier tinît 1' fond as 
montants po qu' li d'vins n'bodjasse may. So li d'zeûr, ine reûde baguète di fier 
èl trivièrséve pol mwètèye d'on bwérd a l'aute et èle èsteût at'nowe a mitant 
d'ine aute baguète di fier hazèye é fond. C'est por la qu'on apougnîve li stî. 

On fève dès d'mèyes-sitis, dès qwates, dès pognous, dès d'mèys-pognous et dès 
mèseûres, tôt coula d'bwès. 

On d'vise quéquefèy d'on grand stî. Dji n'a polou saveur a djusse çou qu 



- 131 — 

c'èsteût, mins voci çou qu' dj'a trové d'vins lès vis aks qui djâsèt d' rintes. On 
mèseréve di deùs Dianîres a stî : po lès deûrs grains — wassin ou regnon, spéte 
ou blé et frumint — après aveûr impli li stî, on passéve li stritche dissus po qu'i 
fouche a ras' ; po lès marsèdjes — wèdjes, avonne, favètes et vèces, — on hopéve 
li stî tant qu'ons è poléve mète, et c'èsteût l'atch'teû qu'apougnîve li flér d'à 
mitant tôt passant s' main è grain et tôt 'nnè fant r'toumer 1' mons possibe. On 
louméve çoula on hopé stî : dji m' madjène qui c'èsteût 1' grand stî. 

I faléve ût stîs po on moy c'est co 'nemèseûre dès Romains: modius, è francès 
" muid «, Li moy di Lîjde valéve tôt près d' deûs hèctolites et d'mèy (245 lites 
6952). D'vins I' timps, on n' cultivéve quasî atoû Lidje qui 1' wassin et 1' blé, 
quéquefèy lès deûs èssonle : c'èsteût dèl mèsteûre. Lès grains d' blé sont si bin 
sèrés deùs à deûs èl paye quels èwalpêye, qu'i n' vinèt nin foû minme tôt les 
bâtant. On stî d' blé est bêcôp pu lèdjîr qu'on stî d'wassin, et on dj'va d'moûni 
pwèrtéve ahèymint on moy ou ût stîs (J' blé, c'est po çoula qu'on d'héve a pus 
sovint ine tchèdje di blé él pièce de dire on moy. 

Guy on peûse li se : dé vî timps, on 1' vindéve come lès grains al mèseûre. I 
nos è d'meûre on spot : ainsi on cinsî qu'a on noû varlèt et qui s'aparçut qu'i 
n' lî convint wêre, dîrè d' lu : I n' magnerè may on stî d' se èl mohone. 



Mèseûres po Y vin, li bire, li pèquet Tôle, etc. 



L'unité d' mèseûre po tôt çoula ésteût a Lîdje li pot ou qwate. 

Li pot d' Lîdje tinéve come nos l'avans dit tot-rade, cinquante pôces di 
St.-Houbiè ramourenés dès treûs sins, ou 1 lite 279665. Li pot t'néve deûs pintes ; 
li pinte, deûs sopènes. et 1' sopène, qwate mèseûres ou roquèyes. 



Lès Peûs, Pwès ou Pesants. 



Quasî d'vins tôt nos payis d'Europe, li live èsteût l'unité d' pwès. Èle prov'- 
néve dès Romains quel loumît libra ou as libralis, mins' le aveût ou tôt plin 
ou bècôp d'cwèli ava lès vôyes, et on nnè poléve dire sins s' roûvi : otetant 
d'pays, otetant d' lives. 



— 132 



Li livR dès Romains qu'aveût t'nou doze onces ou unciœ so li d'ièrin, peûsereût 
orty 321 grames 238 ou a quèques grames près li tîs' d'en kilo. A Lîdje, si les 
papis dès ancyins nos rac'sègnét çou qui faléve po on pid et po on pot, i n' nos 
d'hèt nin çou qu'ine live pèséve. L'ôi'donance de 5 di djanvir 1689 si continte de 
dire : « La livre commune devra contenir, comme de tout temps, seize onces, 
et la petite livre douze onces... La livre anx chandelles de suif devra peser deux 
livres communes et un demi-quateron ». Ainsi li lîve di Lîdje valéve saze onces, 
et d'après lès rapwètroûles qu'on 'nn' a fait avou lès noûvès mèseûres dèl Révo- 
lution, èle pèséve 467 grames 093. Ine once di Lîdje valéve ût gros et V gros, 
septante défis grains. Ainsi on grain pèséve on tôt pô pus qu'on d'mèy déci- 
grame (0 gr. 05067). 

2. Mœurs et cou- 
tumes. La population 
d'Eneille s'adonne avant 
tout à l'agriculture et à 
l'élevage du bétail. Pour 
se rendre compte des us 
et coutumes d'autrefois 
en cette matière, il suffit 
de parcourir les vieux 
baux et contrats agri- 
coles. 

Dans l'ancien temps, 
un bail s'appelle un 
• stuyt ou stuitte local. 
Il est de trois ans ou de 
trois à six et de six à 
neuf, prenant cours au 
premier jour de mai et 
finissant à pareil jour 
les dits trois, six ou 
neuf ans révolus et 
expirés. 

Par acte notarié du 
27 février 1695, Noble 
Dame Marguerite de Preit, dame des Eneilles et Wallay déclare établir Wéra 
Cornet, manant de Gomblen-a-Pont pour bovier en sa censé du fond de Josse, 
ban de Combien, pour un stuyt de trois ans continuels, à partir de mai suivant. 
Cornet labourera ses terres de toutes royes et si à temps et fidèlement au dire 
des bons laboureurs, qu'à sa faute la dite dame n'endure aucun frais et intérêt. 




l'kol. Emj. Haverlanil. 



Groupe de cullivateur.'i 



— 133 — 

Tous les grains croissants sur les champs d'icelle censé se partageront sans 
fraude à la jarbe, au jour de la moisson. Cornet devra les engranger à ses frais. 

Les fruits des arbres et autres menus fruits seront partagés également comme 
les grains, hormis, que la dîme des fiefs et autres provenant de la basse-cour, 
icelle dame se la réserve. 

Pour les réparations des toits et parois et autres choses y survenantes et 




Pliot. Euij. HaverluHil. 



Grande Eneille. 



nécessaires, le censier chariera tous les matériaux et nourrira les ouvriers dont 
les journées seront à payer à la charge de la dame, laquelle encore paiera un 
muid d'épeautre et un demi-muid d'avoine à un ouvrier d'août ; le reste à la 
charge du censier. 

Si le censier reçoit de la dame par prêt grains pour alimenter sa famille, il 
devra rendre ce grain fidèlement avant la sortie des trois ans révolus. 

La dame lui mettra quatre bœufs de charrue, dont le censier devra répondre. 

En cas de renoncement, on s'avertira dès le mois de novembre ou a la Saint- 
Martin avant le mai de la dernière année. 

Finalement Cornet sera tenu de donner un pain de sucre à la dame, pour le 
vin de stuyte, et comme il y a cent charrées de môles (marne) tirées, le censier 
les devra charrier sur les terres de la censé pendant les trois années de son 



— 134 — 

stu3le, à condition que s'il vient à sortir après les trois ans il devra être indem- 
nisé des charrées qu'il n'aura retiré ses peines et graisses. 

— Citons encore quelques clauses du stuitte local passé en 1722 entre le sieur 
Jean Colin, capitaine de la cavalerie du Condroz et son censier Jean Servais. 

« Le censier sera obligé de bien et fidèlement labourer toutes les terres de la 
censé, et les engraisser tant les éloignées que les prochaines, et surtout les jeter 
contre mont en les labourant. 

En cas où le preneur vînt à labourer quelque terre à des particuliers par 
moitié, il devra laisser à sa sortie la moitié part des pailles qui auront provenu 
sur icelle, à la réserve de celles provenant de son chef, qu'il lui sera libre de 
reprendre. 

Il devra payer tous cen^ et rentes dont les biens sont chargés, de même que 
les tailles et subsides, sans nulle réserve. 

Sera obligé le dit fermier de faire mettre chaque année un cent de waux 
(=- waz, paille triée) sur le toit des bâtiments à ses frais, et faire deux corvées, 
s'il en est requis, avec son charriot. 

Il devra planter ou faire planter six jeunes arbres chaque année. 

Sera obligé de rendre annuellement quinze écus (env. 74 f.), au Noël, 

Est conditionné que s'il arrivait quelque ravage de gens de guerre ou chose 
semblable, le sieur rendeur devra y avoir égard, à condition que le preneur 
ait soin d'avertir de bonne heure le sieur son maitre. Gomme gage, il oblige la 
généralité de ses biens meubles et immeubles présents et futurs. » 

— Une particularité de l'élevage du bétail, c'est le cheptel, pratiqué encore jus- 
qu'en ces derniers temps entre les campagnards, qui mettent à nourrisson une 
ou plusieurs bêtes, pour un temps déterminé. 

En 1515 la Fabrique achetait deux bœufs à la femme Jehan Gollîn qui les re- 
tenait à nourrisson pour trois ans, dont coût 15 postulats. 

« Aujourd'hui, 25 juillet 1659, écrit le curé de Pierreux, sont comparus par 
devant moi en personnes sieur Jean- Hubert Dezasse et Jean-Martin Ponsart, 
lieutenant réformé, lesquels m'ont déclaré être tombés d'accord touchant trois 
bestes à cornes que le dit Jean-Hubert Dezasse prins à nourrisson au dit Jean- 
Martin Ponsart pour temps des trois ans, à commencer au jour saint Jacques, 
apostre, 25 de julet, an susdit 1659 et finissant la troisième année, ans et jours 
révolus, et ont été les dicts trois bestes estimées à quatorze patacons à la croix 
(env. 66 fr.) ou valeur d'iceulx, lesquels bestes sont deux vaches à laict et une 
génisse d'environ deux ans. Une des dicts vaches at le poil brun et langue (nom) 
jolie. Or, le tout est conditionné et rapporté au dictum et selon la coutume des 



— 135 — 

gens de bien et nourriciers de ce pays. Est ainsi arrêté en notre maison pasto- 
rale d'Eneille les jour, mois et an vu supra. En foi de quoy ont les dicts inté- 
ressés soubsigné en manière de cour, nom, surnom et signature accoutumée. » 
— L'un semble écrire avec une allumette, l'autre avec une aiguille. 

Les troupeaux de moutons étaient aussi pour une bonne part dans les revenus 
de la culture ancienne. Il en a déjà été question dans un procès entre le seigneur 
d'Eneille et ses manants. 

Transcrivons ici une pièce intéressante à ce sujet. « L'an 1690, du mois d'oc- 
tobre le 13® jour, ont personnellement comparu devant moi, notaire apostolique, 
dit le curé Le Charpentier, Noble et Révérend Sire Jacques de Bouylle d'une 
part, et honnêtes personnes Lambert Gollin et Jean Ponsart d'autre part ; là 
même a été convenu et arrêté que les derniers comparants tiendront et hiver- 
neront un troupeau de moutons au dit de Bouylle, consistant en deux cent et 
vingt moutons, parmi trente-deux sous liégeois par chaque tête des dits onze 
vingt moutons, parmi quoi le dit Bouylle mettra douze moutons de surplus pour 
suppléer à ceux qui pourraient mourir pendant l'hivernement, sans rien donner 
pour leur nourriture; mais bien ajoutera au dit troupeau deux brebis qui après 
avoir enlevé leurs agneaux suivront aux nourrisseurs, et les agneaux au souvent 
dit de Bouylle. 

Bien conditionné toutefois que s'il survient quelque orage de guerre, de sorte 
que par le feu immis ou par des soldats fourrageurs les fourrages venaient à 
être péris avant que l'hiver soit fini, pour lors les nourrisseurs seront tenus de 
les entretenir, le plus honnêtement qu'un père de famille pourrait faire en cas 
pareil, du reste qui leur en pourrait demeurer de tel orage. Et puis après, le dit 
de Bouylle sera tenu d'achapter le surplus où il se pourra, et en décompter seu- 
lement la moitié du prix qu'il aura déboursé, et l'autre moitié sera à la charge 
des nourrisseurs, qui en tel cas devront mener les dits fourrages. En outre a 
aussi été conditionné que s'il arrive que les dits moutons seraient enlevés tous 
ou en partie par les gens de guerre sans qu'on les ait pu récupérer, et que cela 
soit arrivé avant la tondaye, le maître vienne à perdre tous ou en partie ses 
moutons, les nourriciers perdront aussi tout ou en partie le tantième des deniers 
qui leur en devront venir en vertu de la présente convention ; mais si telle dis- 
grâce survenait après la tondaye, pour lors le dit sire perdra ses moutons et les 
nourriciers seront payés indisputablement, par le maître, de la moitié de tout 
le tantième qui leur est arrêté par le présent contrat, et'perdront tant seulement 
l'autre moitié ou en partie, en suite des moutons qui auront été enlevés du trou- 
peau. A aussi été conditionné que les seconds comparants seront obligés de faire 
laver les moutons, et nourrir les tondeurs à leurs frais, parmi leur laissant 
suivre les crottes. Gomme encore s'il survient quelque imposition sur les dites 



— 136 — 

bètes à laine, soit à raison des contributions et autre sujet, cela sera à la charge 
des nourrisseurs, parmi tout quoi ils agiront en gens de bien, pour ce que les 
dits moutons soient bien hivernes, et auront bon soin de subministrer ce qui est 
nécessaire tant au troupeau qu'au berger. « Les témoins étaient Jeanne Le 
Charpentier et Jeanne François, la servante du curé. 

La laine se filait sur place par les professionnelles du pays. Gela ressort de la 
déclaration suivante faite pour Jean Japin devant le curé Le Charpentier, 
notaire, en faveur de Martine le Gharlier, le 7 mai 1724, laveuse de mouton, 
fileuse de laine et en somme bonne à tout faire. 

Comparaissent comme témoins : 1° Marie Vescoven, déclarant que pendant l'an 
passé et durant celui-ci, elle aurait employé pour gagner ses journées une cer- 
taine Martine le Charlier; 2" Jeanne Massart et Jeanne Reraacle, déclarant 
l'avoir mise en œuvre pendant la moisson de l'an 1723 et à d'autres travailles, 
comme à foyer dedans le jardin, défaire le fumier aux champs; et d'avoir bonne 
connaissance qu'elle a assisté à laver les moutons de la censé de Somme, et 
qu'elle a filé pendant deux hivers pour Nanon Fornay ; 3° Lorrain Remacle, 
déclarant aussi avoir fait filer pendant les deux dernières années consécutives, 
étant domicilié à Somme-le-Temple, la dite Martine le Charlier. 

A paît quelques familles de riches propriétaires, comme les Rondeau, les 
Pirard, les Colin et les Ponsart, la plupart des habitants d'Eneille étaient ré- 
duits à la mendicité : c'est le mot du curé Le Charpentier. Le curé lui-même, 
malgré ses sept. chevaux, sâ dîme et son censîer, notamment Dewarre au temps 
de Randollet, n'avait pas l'air d'en mener très large, quoiqu'il fût sous ce rapport 
encore bien mieux loti que beaucoup de ses confrères : le chiffre proportionnel 
de la taille au doyenné d'Oufifet, le montre à l'évidence. 

Le censier Dewarre payait sa dette au curé par des labours et des charrois, 
de la paille, du foin, du trèfle à 8 patars (0.48) la livre, des poulets : cinq couples 
représentaient la valeur de 3 fr. 50. 

Les ouvriers s'acquittaient, comme aujourd'hui du reste, par des travaux ma- 
nuels de toute espèce : tel creusait pour le curé une fosse à prendre les renards, 
tel lui tondait ses moutons, tel lui plaquait ses ruches. Il est à noter que la plu- 
part des curés d'Eneille avaient des colons et des mouches. 

Le curé Grofay laisse en mourant la cire de se^ mouches pour le luminaire du 
S. Sacrement ; et durant sa vie, il laissait pour la même destination la chan- 
delle qu'on lui donnait à Eneîlle ou dans les villages voisins pour recommander 
les morts. 

Au point de vue commercial, les Eneilles étant enclavées dans le pays de 
Liège, dit Randollet, on y mit dans le commerce l'évaluation des espèces en 
monnaie de Liège aussi bien que le prix des denrées. 




Phot. A'(/. Petit. 



Rentrée ilu bois d'altouage. 



— 137 — 

Les comptes réduisent souvent les florins liégeois en florins brabants. 

La plupart des transactions commerciales se faisaient en nature. L'argent ne 
devait pas courir les rues quand les œufs étaient à quatre pour un sou, la tonne 
de bière à 14 escalins (env. 8 fr.), le quartau de vin de Bar à 4 écus (env. 17 fr.), 
l'aune de toile à 6 liards, l'aune de seron à 14 liards, d'après le curé Le Char- 
pentier. 

Et parmi tout cela, quel était le prix du beurre ? 

Le curé de Pierreux va nous le dire : « Le 14^ de l'an 1664, j'ai délivré 46 
livres de bœur ou vairlet du sieur de Ghesne, lieutenant prévôt de Durbuy, 
pour envoyer à Luxembourg, à raison de 4 patacons, faisant 9 florins 12 sous 
(env. 11 francs). 

Les redevances, les dîmes, les créances se payaient donc en nature, comme 
aussi généralement les rentes de la Fabrique (il y avait peu de cens en argent 
à Eneille) ; mais les bras cassés se payaient en nature et en argent. Ainsi, le 4* 
octobre 1718, par devant le curé Le Charpentier et en présence des témoins 
en bas dénommés, comparurent personnellement George Zobel et Jean de 
Chesne, tous les deux habitants d'Eneille la grande, lesquels ont déclaré être 
d'accord par ensemble au sujet du bras que le dit Zobel avait eu cassé en deux 
endroits par le fils de Jean de Chesne, en la manière suivante, savoir : que Jean 
de Chesne payera entièrement le chirurgien et donnera en outre 7 écus à Zobel 
pour toutes prétentions qu'il pourrait prétendre tant pour des journées que pour 
tous autres frais et intérest causés par ses blessures, et pour faire les dits sept 
écus le dit de Chesne lui a là même astallé deux muids d'espaute que le sieur 
Jean CoUin lui doit donner soit à Eneille soit à Remon, et cela au plus tôt, les 
dits deux muîds faisant quatre écus ; et les trois autres, le dit de Chesne s'oblige 
de les lui compter fidèlement en espèces au Noël prochainement venant, jusques 
à là que s'il arrivait faute, le souvent dit Zobel jouira de son droit comme si le 
présent accord ne serait arrivé ; au moyen de tout quoi ils demeureront bons 
amis. Ce fait et passé en notre maison pastorale, en présence de Mathieu Le 
Charpentier et Hubert Malemprez, témoins à ce requis. 

Pour continuer notre étude de mœurs dans son cadre économique et social, 
ajoutons que le souvent dit Zobel, pauvre manant comme le montrera l'état de 
son meuble, ne parait pas s'être guéri de ses blessures, car trois ans après, le 
dernier jour de l'an 1721, nous le voyons comparaître à nouveau devant le curé 
notaire avec Louis Stordeur de Ponthoz pour déclarer « que le dit Stordeur lui 
devant annuellement deux muids d'épeautre de rente, affectés sur la généralité 
de ses biens à Ponthoz, il décide de les lui céder et transporter à toujours avec 
tous canons arriérés, à charge que Stordeur sera obligé de payer les exèques de 
feue Judith Creyr, épouse Zobel, et toutes autres redevabililés du transporteur. 



— 138 — 

En second lieu, de le noui'rir, alimenter et entretenir d'habits à sa maison de 
Ponthoz sa vie durante ; et après sa morte lui faire faire pareillement ses 
exèques. « Le curé avait d'avance facilité cet accord en fixant aux deux particu- 
liers un rendez-vous dans la maison du Brave, au grand Pont. 

Le 2* jour de l'an 1722, George Zobel part pour Ponthoz avec son chétif mo- 
bilier, savoir: « un lit de plumes avec un travers et un coussin et deux couvertes 
de petite valeur — un coffre de farine assez passable — une petite fripone de 
couleur, minime — un noret à lignes et un tablier — trois sacs et environ trois 
setiers d'avoine — un poêle à faire des ameiettes — une petite mai de farine — 
un bodet d'osier et un autre de paille remplis de houblon ou environ six clas 
(livres) — un chaudron et une petite marmite de fer. — Lesquels meubles Louis 
Stordeur a chargés sur son chariot sur lequel George Zobel estait, à effet de le 
mener à sa maison de Ponthoz. » 

Dans la plupart des inventaires de meubles de cette époque il est fait mention 
d'une provision de houblon. Elle était réservée à la fabrication de la bière, qui se 
faisait, pour les manants comme pour le curé, à la brassine de Petite Eneille. 
Chacun y conduisait les matières premières nécessaires, le bois ou le charbon et 
les tonneaux. 

La bière tenait une grande place dans l'alimentation, avec le pain, le beurre, 
le fromage et la bouillie ou les hrais d'avoine, remplaçant les pommes de terre, 
qui n'apparaissent à Eneille qu'en 1788. 

Un procès du' curé Le Charpentier avec le meunier Le Boutte, pour dix écus 
prêtés et non rendus, nous apprend que le curé n'en a reçu en déduction que les 
moutures de ses ôrams, à raison d'un escalin par muid. 

Nous venons de voir avec le cas Zobel, quelle pouvait être ici la richesse d'un 
pauvre au XVIIP^ siècle. 

En voici un autre exemple d'après le plus vieux testament conservé dans nos 
archives et passé devant le curé Belleamye. 

L'an 1623, du mois de janvier le 7™® jour, Maroye Pirard laisse à Jehenne 
Pirard un cortil — à Anne de Marie un cottereau noir avec deux bouts de 
trippes — à Marie, fille au dit Pirard, une paire de linceuls et une nappe ; à sa 
sœur Jehenne, femme à Jean-Pierre, une paire de linceuls — aux filles Balthazar, 
un corset et une jaquette — à Jehenne, fille de Thiry, une vache et une génisse 
— aux enfants Pirard, la moitié d'une terre qu'elle a au Chamont. 

Il n'est pas rare, dans les anciens testaments de voir ainsi les femmes du 
peuple céder à une parente, à une amie leurs cottereaux, leurs corsets, leurs 
jaquettes et leurs gibons. C'est la simplicité antique et à coup sûr l'absence de 
luxe ; mais très bien l'affaire des microbes et des fiebvres. 



— 139 — 

Voici à se sujet toute la thérapeutique du curé de Pierreux. Peut-être ses remèdes 
familiers ont-ils encore du bon après trois cents ans de macérage. 

A l'accès de la fiebvre. 

Recipe, jobade et laitue, de chacune une poignée ; les estamper ensemble y 
ajoutant deux blancs d'œufs, demie poignée de sel, demie poignée de mie de pain 
brun, de rechef le tout ensemble les estamper y ajoutant un peu d'huile et de tout 
cela en faire une emplastre entre deux blancs linges pour appliquer sur le front, 
un peu auparavant la dicte emplastre chauffée estant secq, et la fault renouveler 
pour l'espace de deux ou trois jours. 

Remède pour tirer la chaleur de la fiebvre. 

Il fault appliquer aux deux plantes des pieds du vieux levain, uns œuf d'oye, 
du noire savon aussi gros que deux gailles ; du sel, demie poignée ; de la suif de 
cheminée un bon cuiller, ensemble tout estamper, et aussitôt la fiebvre passée le 
tout oster. 

La jobade liée sur les deux poignes est aussi fort bonne. 
Pour boire au malade. 

Il fault prendre une petite poignée de surelles de brebis, autant de bourrache 
et les faire bouillir dans une taile et demi de laict clère, l'espace d'un jour et demi ; 
puis il la fault couler parmi un fin linge blanc estant frais. Il en boira à son soif 
principalement pendant la fiebvre ; après quoy on ajoutera un cuiller de recipe 
qu'ordonnera le docteur. 

La personne tremblante ne doit manger pendant la fiebvre ; mais, un ou deux 
jour après, un chandeau de cerfuille et bourrache lui serat bon et bon adpont. 

Item les prunes, item un papin de farine d'avoine, l'eau du dit papin bouillie 
dans des laitues. Il ne boirat que bière médiocre. La chair et les œufs lui sont 
nuisibles. 



— 140 — 

CHAPITRE X. 

LA ¥IE REMGIEOSE. 

Les événements que nous venons de raconter ne forment que le côté matériel, 
parfois mesquin, de la vie quotidienne. Nous allons essayer de faire surgir de 
nos vieilles annales l'âme religieuse d'Eneille. 

La religion fut toujours en honneur dans la paroisse, et la piété est un patri- 
moine héréditaire dans les familles. 
Le centre de la vie religieuse est avant tout le culte de la St^ Eucharistie. 

L'antique église d'Eneille, ce petit bijou de l'art roman, proclame à travers 
les âges la foi eucharistique des âdèles et des pasteurs, dont plusieurs ont pris 
pour devise : " Dilexi decorem domus iuae, j'ai aimé la beauté de ta maison.» 

La splendeur du vieux tabernacle, à l'impériale couronne, la richesse de 
l'ostensoir et des vases sacrés, le luxe dès ornements sacerdotaux les plus anciens, 
nous redisent de leur voix séculaire les honneurs rendus par nos devanciers à 
la royauté mystique du Dieu de l'Hostie. 

liCS pierres tumulaires elles-mêmes, à travers l'usure de leurs armes, de leurs 
titres et de leurs inscriptions, remettent devant les yeux de l'imagination rê- 
veuse, l'affluence des générations pieuses qui se sont succédées à la Table sainte 
du petit Cénale d'Eneille pendant plus de neuf cents ans ! 

De tout temps, à de rares exceptions, la totalité des paroissiens y communie 
à Pâques et le grand nombre aux grandes fêtes de l'année. 

C'est un déshonneur public et comme un deuil familial de n'être plus admis 
aux sacrements. A preuve, l'opinion actuellement régnante encore, à preuve 
aussi, cette singulière lettre adressée par un fidèle d'Eneille à son curé le 6 jan- 
vier 1830. 

« Il est étonnant, Monsieur le curé, qu'en votre qualité de desservant, vous 
refusez d'admettre mon fils, votre paroissien, au tribunal de pénitence et à la 
communion. 

Je doute, Monsieur, que vous soyez fondé dans ce refus, et par ainsi mainte- 
nir le scandale qui en résulte. 

Si mon fils vous paraît égaré, il est de votre devoir de le rappeler ; et puisque 
vous en avez les moyens, employez-les, je vous y engage très instamment pour 
ma tranquillité paternelle et pour le salut de mon fils. 



— 141 — 

Je reste persuadé, Monsieur, que vous allez faire attention à mes désirs et que 
vous y ferez droit sans caprice. 

Votre très humble et très obéissant paroissien. « 

Les XVP, XVII* et XVIIP siècles ne sont pas à la communion fréquente. Il y 
a du Jansénisme dans l'air, à Eneille comme partout. Dans les comptes de 1510, 
le curé reçoit deux aidants (48 sous) pour faire le pain de la messe ; et les 
hosties reviennent à trois aidants. En 1515, le curé Gédéon Colle renseigne dans 
ses comptes pour une pinte de vin a Noë pour acomeyls 21 sous. Jean 
GoUin, avons-nous vu, devait à Pâques un quart de vin mesure de Drybu pour 
achomelyr les parochiens. Le curé de Pierreux écrit : un quart de vin pour 
distribuer aux paroissiens communiants à Pasques, ou bien, pour com- 
munier aux Pasques les paroichains, ou encore pour administrer lespa- 
roichains aux Pasques. Cette redevance se paie par la famille Colin jusqu'à 
la révolution française; mais à la fin on n'indique plus sa destination. 

D'après ces textes, il semblerait qu'autrefois les fidèles communiaient sous les 
deux espèces. Il n'en est rien pourtant. Car si la communion pascale est obliga- 
toire depuis le quatrième concile de Latran (1215), la communion sous les deux 
espèces, dans l'église romaine, n'a jamais été nécessaire de précepte divin, ni de 
précepte ecclésiastique. Les papes l'ont autorisée quelque fois. Ainsi au concile 
de Trente (1545-1563), l'empereur Ferdinand et le roi de France, Charles IX, 
demandaient que l'on rendît au peuple l'usage de la coupe, comme cela existe 
encore dans l'église grecque. Les Pères du concile (21^ session), laissèrent à la 
prudence du pape Pie IV, d'accorder cette grâce ou de la refuser. 

D'autre part, dans beaucoup d'églises s'était introduite la coutume de distri- 
buer du vin non consacré aux fidèles qui avaient communié, comme en beaucoup 
d'églises, particulièrement en France, on distribue du pain bénit. Cette distribu- 
tion de vin existait donc à Eneille, et peut être aussi celle du pain bénit. 

Au temps des curés Grofay et Grade, le prix des hosties grandes et petites 
est de 2 florins 4 sous (28 sous) ; en 1815, les comptes de Fabrique portent 3 
francs; en 1910, 15 francs, ce qui représente plus de deux mille hosties consa- 
crées annuellement dans la minuscule paroisse d'Eneille. 

Le récent décret de Pie X sur la communion fréquente ne fera qu'augmenter 
le chiffre des communions. J'en ai pour gage le bienveillant accueil fait au décret 
et la fidélité des parents à mener eux-mêmes les enfants à la Table sainte au 
jour de la communion privée. 

La communion privée s'est faite ici pour la première fois le dimanche de la 
Sainte Famille, 22 janvier 1911 ; la seconde à la fête de Saint Joseph. 

Cérémonie touchante dans sa simplicité : famille par famille, les enfants 



— 142 — 

encadrés de leurs parents, de leurs frères, de leurs sœurs ; puis le gros de la 
paroisse, dans une communion générale, le drapeau national flottant au 
clocher, chacun priant pour les siens, pour la paroisse, pour la patrie, pour le 
pape du décret eucharistique. 

La dévotion au Saint Sacrement se manifestait encore autrefois par une fête 
spéciale le jour du jeudi Saint et par les prières des Quarante Heures^ 
pour lesquelles on faisait une collecte destinée à la cire qui brûlera devant 
le Très- Saint Sacrement. Le jeudi Saint, après l'office de l'église, le curé, 
chanoine de Neufmoustier, recevait à sa table les confrères et les dignitaires de 
fabrique, dans un écot ou festin de Gêne. 

Le rétablissement de la Confrérie et de la fête de l'adoration perpétuelle dans le 
diocèse de Namur date du 30 janvier 1832. L'adoration à Eneille fut fixée au 17 
décembre. Le curé Randollet parle déjà de l'adoration perpétuelle en 1782. Depuis 
1868, existe ici Y association de Vadoration perpétuelle et de Vœwore des 
églises pauvres. C'est à cela que notre église doit l'avantage d'être si bien pourvue 
en ornements de tout genre. 

En 1910, le conseil central de l'œuvre nous envoie le diplôme qu'il se plaît à 
offrir aux paroisses les plus ferventes à remplir leurs engagements au premier 
dimanche de chaque mois. 

L'œuvre de la visite quotidienne marche à souhait dans la paroisse. Les 
offices y sont bien fréquentés, même en semaine. Le chant grégorien y est 
exécuté dans toute sa beauté, sous l'habile direction de Monsieur l'instituteur 
Hubin, qui dirige sa chorale avec une maîtrise égale aux meilleurs chantres de 
cathédrale. 

Les missions paroissiales sont l'objet d'un règlement épiscopal de 1834. 

En 1838 fut donnée à Eneille, sous M. Georis, une mission qui commença 
le 9 décembre, 2® dimanche des Avents, aux vêpres, sous la présidence de 
Monsieur Arnould, très digne et révérend doyen de Marche qui, outre les deux 
beaux sermons d'ouverture et de clôture, en donna plusieurs autres très touchants. 
Les prédicateurs furent Monsieur Merck, très révérend Doyen de Melreux ; M. 
Hubert curé de Borsu, orateur très distingué qui donna 14 sermons; M. Michel, 
curé de Barvaux-Condroz et M. Béchet, curé de Waillet. Il y eut un grand 
nombre d'ecclésiastiques. Ceux qui prirent part aux confessions furent M. Fabry, 
curé de Noiseux ; Fouat, curé d'Heure ; Bricoux, curé de Somme ; Moreau, curé 
de Bonsaint ; Cartier, curé de Maffe, et les cinq prédicateurs. Un jour on y vit 
aussi M. le Doyen de Durbuy, le curé de Tohogne, celui de Porcheresse, qui y 
bénit les chapelets ; celui de Haversin, qui confessa aussi quelques personnes, et 
celui de Hodister. La mission avait réussi parfaitement bien et produisit les plus 
heureux effets. » 



— 143 — 

De temps immémorial, les curés d'Eneilles faisaient venir un religieux, ordi- 
nairement un Père Récollet, pour prêcher la Passion pendant la Semaine 
Sainte. 

« L'an 1772, pour la grande gloire de Dieu et le salut des âmes, dit le curé 
Randollet, j'ai prié le vénérable Père Ancion, Récollet, de nous accorder les 
stations du chemin de la croix, ce qu'il a fait à ma très grande satisfaction et 
édification des fidèles par une solennité qui a duré trois jours, et avons opéré 
ensemble et par l'assistance de mes confrères et des terminaires des fruits spiri- 
tuels, comme au jubilé. J'ai payé à l'assistant du dit Père 14 escalins vieux pour 
les 14 images des stations, et 2 couronnes au menuisier pour les cadres. » 

Depuis, les missions se sont données régulièrement avec la participation una- 
nime des fidèles, sauf en 1872, où il y eut cinq abstentions. La dernière date de 
1904, comme le rappelle la belle croix de mission qui décore notre église. 

Les confréries du Sacré-Cœur de Jésus et du Très Saint Cœur de Marie furent 
établies par M. l'abbé Prémont, en 1873 et en 1876. Cette dernière a son centre 
à Notre-Dame des Victoires à Paris. Lors de son établissement à Eneille se 
passa un petit incident qui le retarda de quatre années. Par erreur, la demande 
d'agrégation avait été dirigée sur la Métropole de Paris qui porte aussi le titre 
de Notre-Dame. L'archiprêtre ne la retrouva que quatre ans après, en rangeant 
des papiers. Cette erreur avait nécessité une double demande et l'envoi d'un 
duplicata de l'acte d'érection par Mgr l'Evèque de Namur. 

C'est de cette époque que datent les deux statues qui sont à droite et à 
gauche de la nef ; comme aussi la dévotion du premier vendredi du mois, 
si pieusement suivie à Eneille. 

La congrégation de la Bonne ilt/or^ fut établie en 1851, le Tiers Ordre en 
1856, l'Apostolat de la prière en 1872, pendant la mission prêchée par les 
PP. Rédemptoristes Van Breusse et S. Omer. 

Les fêtes les plus solennisées, outre les quatre grandes fêtes annuelles, étaient 
autrefois la Purification et la Conception N.-D. Jusqu'en 1770, à la Purifica- 
tion, on distribuait à l'office les chandelles à tous les paroissiens et paroissiennes 
et même jusqu'aux enfants. Le curé Randollet, trouvant cet usage abusif, l'a 
supprimé. « Mon refus, dit-il, a occasionné bien des murmures.... Mais j'ai con- 
tinué à les donner comme de coutume, à Messieurs de la Justice, aux servants 
à l'autel et aux chanteurs jusqu'à nouvelle disposition. » En 1781, il joint aux 
précéd^ts, Mademoiselle d'Eneille, Madame van der Straten-Waillet et les deux 
demoiselles van der Straten, ses filles. 

Il y a deux processions par an : à la fête du S. Sacrement et à l'Assomption. 
Celle-ci va de l'Eglise à Petite Eneille, comme au dernier jour des Rogations. 



— 144 — 

A la Conception Notre-Dame, les mambours rendaient leurs comptes, comme 
nous l'avons vu, dès le 15*^ siècle. 

Après les fêtes de Notre Seigneur et de la Ste. Vierge, venait la fête de la 
patrone, Ste. Marguerite, vierge et martyre. 

Sa mère était morte en lui donnant le jour. Elevée dans le christianisme par 
sa nout^rice, elle resta fidèle à sa foi. Son brutal de père, prêtre des idoles, la 
livra lui-même aux bourreaux, l'an 275, à Antioche de Pisidie. Son corps se 
garde à Monte Fiascone en Toscane. 

Le poète latin Vida a fait deux hymnes en son honneur. Dans la première, il 
conjure la sainte de jeter un œil de compassion sur l'Italie, ravagée alors par la 
guerre. Il y parle de la dévotion qu'avaient pour elle les mères présentes, pas- 
sées et futures, dévotion qui est encore fort en vogue dans les provinces méri- 
dionales de la France, ainsi qu'à Eneille, où l'on vient de loin en pèlerinage de 
supplication ou d'action de grâces. 

Dans le passé, Ste. Marguerite était comme la caissière de l'église, avec son 
coffre aux respargnes ; et de très bonne heure elle fut la pourvoyeuse des rentes 
culturelles à Eneille. On faisait sa fête à l'église et dans les familles, fête toute 
religieuse comme aujourd'hui encore, sanctifiée le matin par une communion 
générale. Les comptes des mambours du XVP siècle portent 4 1/2 aidants pour 
mestry (ménestrier) luy jour del sainth Magrit. 

Toutes les œuvres sociales de la paroisse sont mises sous son patronage : 
coopérative Ste. Marguerite, mutualité Ste. Marguerite, bibliothèque Ste. Mar- 
guerite, club St.e. Marguerite, et naguère, la laiterie Ste. Marguerite. 

L'autre fête d'Eneille, anniversaire de la dédicace de l'église, se célébrait de- 
puis des siècles le premier dimanche de septembre. Ce jour-là était très incom- 
mode pour diflérentes raisons soumises par le curé Randollet, d'accord avec les 
paroissiens, à Mgr François-Charles de Verbruck, évêque et prince de Liège. 
Il la transféra, le 5 janvier 1774, au deuxième dimanche d'octobre. 

La paroisse d'Eneille garde le souvenir de deux visites épiscopales : Mgr de 
Hesselle et Mgr Gravez y vinrent confirmer en 1839 et en 1876. 

Monsieur Georis, dans une courte note, rappelle ainsi les effets de la première. 

« Un grand bienfait qui a été presque aussi avantageux que la dernière mis- 
sion pour le salut des âmes, c'est la visite de Mgr Dehesselle, révérendissime 
Evoque de Namur. Le 23 juin 1839, dimanche après les vêpres, dix confesseurs 
se trouvèrent réunis et entendirent les confessions de tous les paroissiens, à l'ex- 
ception de huit, dont quatre vieilles gens qui ne purent y venir. Le lendemain, 
jour de St.-Jean, Monseigneur arriva vers les 8 h. 1/2 du matin. Sa Grandeur 




Pliot. Eli. Petit. 



Les Rogations sur les crêtes schisteuses de Petite Eaeille. 



— 145 — 

célébra la messe, distribua la Sainte Communion à tous, prêcha ; fit les prières 
pour les morts sur le cimetière, la visite de l'église, le catéchisme aux enfants, 
administra la confirmation et finit la cérémonie vers 12 heures. Elle fut très 
satisfaite de tout, quitta Eneille à cinq heures. Ce fut une belle solennité et un 
jour de fête pour la paroisse. « 

De la confirmation, remontons au baptême. On voit par les vieux registres 
paroissiaux que les enfants recevaient le baptême dès le jour de leur naissance, 
le lendemain au plus tard. La plupart des garçons s'appelaient Pierre, Jacques 
ou Jean ; quelques-uns Mathieu, Mathias, Philippe — Noël, Toussaint — 
Lambert, Hubert— Gabriel, Gaspar, Thierry, Roland, Arnould, Henri, Antoine, 
Gilles. Actuellement encore on donne presque toujours le surnom de Gilles aux 
garçons ; Ghislaine, aux filles. C'est pour les préserver des convulsions. 

Dans la liste des baptêmes de 1605-1627, presque toutes les filles s'appellent 
ou Marguerite ou Anne ou Jeanne ou Isabelle ou Marie. Nous n'y trouvons pas 
de Joseph, ce qui prouve que le culte de St. -Joseph, quoique toujours associé à 
celui de Jésus et de Marie, n'était pas si populaire à Eneille qu'il l'est aujourd'hui. 

Les curés Pierre de Villers, Pierre Belleamye, Sire Jacques Rondeau ; les 
vicaires Jean Catoul et Georges d'Ortho sont cités souvent comme parrains. 
Sur l'espace de 20 ans, les Dames ou les Demoiselles de Brialmont sont 13 fois 
marraines ; Jean de Brialmont, 1 fois parrain d'enfants du peuple. 

La même liste des baptêmes montre que les naissances étaient nombreuses, de 
7 à 10 chaque année pour une trentaine de ménages. La mortalité infantile y 
apparaît considérable. 

Pas de naissance à Eneille sans mariage, autrefois. Les vieux registres sont 
édifiants sous ce rapport. D'ailleurs le mariage civil n'était pas encore inventé. 
Tous les mariages se solennisaient à l'église ; le contrat se passait devant le 
curé, notaire apostolique, deux témoins et les plus proches parents. « Pour le 
mariage à solenniser, si Dieu et la Ste. Eglise y consentent » — ainsi débute 
le contrat de mariage fait le 27 janvier 1681, entre Nicolas, fils de feu Henri 
Gérard, en son vivant moulnier d'Eneille, d'une part, et Anne, fille de feu Pon- 
celet Arnould Ponsar, veuve Lambert Colin, d'autre part; le curé Noël de Pier- 
reux signe le contrat comme notaire, avec Jean de Borlon, marlier, et Jean du 
Marteau, comme témoins, et les proches parents : Blase et (la marque) Mary 
Jacques Poncelet. 

Si Dieu et la Ste Eglise y consentent : on lit cette pieuse réserve en tête 
de tous les contrats de mariage de cette époque. 

La piété de nos ancêtres se révèle dans tous leurs actes privés et publics, 
particulièrement, dans la rédaction de leurs testaments, dont l'introduction est 

10 



— 146 — 

comme un acte de préparation à la mort, et où se trouvent exprimés leurs sen- 
timents de cliarité envers Dieu, leurs proches et les pauvres. Citons comme 
modèles les testaments de Henri l^irard et de sa mère Agnès Danthine. 

hi nomme satictissimae Trinitatis^ amen. 

Je soussigné, affligé d'une longue et pénible incommodité, néantmoins en 
plein sens, mémoir et jugement, considérant la certitude de la morte et l'incer- 
titude de l'heure d'icelle, qui très souvent cause ruine de familles par querelles, 
disputes et procès, si par ordonnance et disposition des défuncts n'y est apporté 
remède convenable, voulant à ce obvier, ay fait et ordonné et ordonne par les 
présentes, mon testament et disposition de dernière volonté en la forme et ma- 
iiière suivante : 

Premier, après avoir recommandé mon âme à Dieu son Créateur et Rédemp- 
seur Jésus-Christ, à la glorieuse Vierge Marie, à mes patrons et patrones et à 
toute la Cour céleste, lorsqu'elle partira de cette vallée de misère, je choisis la 
sépulture de mon corps sous une tombe à mettre en l'église d'Eneille, à l'opposite 
de la chapelle Sainte-Marguerite, où je veux que mes obsèques soient faites 
suivant mon état, le tout sans pompe et à la charge et discrétion de mon héritier 
conditionnel subdénommé. 

Et quant aux biens, cens et rentes que le seigneur m'at élargit en ce monde, 
soyent acquêts, obventions, successions paternels ou maternels ou collatérales et 
autres dont j'ai pouvoir et puissance de disposer, j'institue en iceux pour mon 
héritière universelle ma très chère mère Agnès Danthine, veuve de feu Pierre 
Pirard, mon très honoré père, au cas elle me survive ; si point, j'institue comme 
dessus mon dit héritier, le sieur Henri- François-Joseph Danthine, jurisconsulte 
et avocat à la cour épiscopale de Liège, mon cousin germain maternel ; et en cas 
ma dite mère survive, je lui substitue pour mon dit héritier, mon dit cousin, à 
charge de condition expresse que mon dit substitué sera tenu et obligé d'avoir 
toute complaisance et un soin très grand et très particulier de ma dite mère, 
pour que rien ne lui manque dans son âge avancé, et de luy subministrer toutes 
sortes de douceurs qu'elle exigera de luy le reste de sa vie, comme j'ai fait pen- 
dant la m.ienne, sinon, je donne pouvoir et autorité à ma dite mère de et à son 
bon plaisir et vouloir, charger mes biens susdits d'une somme de deux mille 
florins brabants liégeois ou autant que bon lui semblera ; à charge aussi pour 
mon dit cousin, si institution arrive, faire faire mes exèques comme j'ay prédé- 
claré ; et, si la substitution, celles de ma mère en la même manière ; et dans 
l'un et l'autre cas, faire dire cinq cents messes pour le repos de mon âme, de 
mes père et mère et parents trépassés, le plutôt que faire se pourrat ; comme 
aussi de donner incontinant après les dites institution ou substitution éventuelles 



— 147 — 

ouvertes, trois cents florins semblables une fois à chacune de ses sœurs, si lors 
elles sont trouvées civilement vivantes. 

Telle est ma dernière volonté que je veux et ordonne devoir sortir ses pleins 
effets suivant le contenu des présentes, révoquant et cassant toutes autres dis- 
positions antérieures, s'il s'en trouvait ; constituant tous porteurs pour la faire 
réaliser pardevant toutes courtes compétentes. Ainsi ordonné et disposé mon 
dit testament à Eneille, lieu de ma résidence, le vingt trois septembre mille sept 
cent trente- quatre, et en corroboration et signe de vérité j'ay signé et muni 
cette du cachet de mes armes. Henry Pirard, Greffier d'Eneille et notaire imma- 
triculé de Liège 1734. » 

Le dernier testament de sa mère, Agnès Danthine, qui lui survécut encore 6 
ans, est fait par devant le curé Grofay. Elle choisit le lieu, de sa sépulture dans 
l'église d'Eneille, près de son très cher fils; elle reprend les clauses du testament 
de son fils, ainsi que le codicille y ajouté, qui fondait trois anniversaires perpé- 
tuels dans l'église d'Eneille ; et, parmi différents autres legs, elle donne aux pau- 
vres de la paroisse « ce qui pourra lui être dû à sa mort, comme canons arriérés 
des rentes lui dues et dettes qui lui seront dues. « 

L'ancienne législation jusqu'à l'édit de Joseph II (26 juin 1784), permettait les 
inhumations dans l'intérieur des égUses. Les seigneurs d'Eneille, les gens de la 
Cour, les curés et les autres ecclésiastiques avaient le droit d'y désigner le lieu 
de leur sépulture. C'était un acte de leur piété et un hommage à leur dignité. 
Ils voulaient reposer sous les yeux de Ste. Marguerite, ou au pied de la croix, 
tels le greffier Pirard, le curé de Pierreux et tant d'autres. 

J'aime la poésie du petit cimetière d'Eneille, avec ses tilleuls séculaires, avec 
ses vieilles petites croix en fer rouillé, plusieurs très élégantes, sans noms et 
sans dates, qui nous laisseraient ignorer, par exemple, que le 15 juillet 1680, 
Léonard Pir, fils de Jean Pir et de Jeanne Pirard, est enterré derrière le chœur, 
au pied du premier tilleul, si la main du vieux curé de Pierreux n'avait marqué 
ce souvenir dans les archives ; — vieilles petites croix muettes, qui nous laisse- 
raient ignorer encore, sans la mémoire du vieux fossoyeur, François Pire, que 
tel coin inoccupé, aussi derrière le chœur, abrite les cendres de Jeanne Toussaint, 
de Dinant, la digne servante du curé Georis, morte assez mystérieusement, 10 
jours après son maître, — elle fut exhumée et autopsiée 14 jours après son en- 
terrement, sur soupçon d'empoisonnement criminel — le 27 février 1844, sans 
tenants ni aboutissants de parenté dans la paroisse. 

Cette circonstance permit à Monsieur le Doyen Verhagen, de Durbuy, lors 
de sa visite en octobre 1910, de désigner, d'accord avec l'échevin et le curé, la 
place qui entoure cette croix, comme lieu de sépulture réservé aux enfants morts 
sans baptême. 



— 148 — 

Les pins anciennes inscriptions tombales datent de 1844. A partir de cette 
époque, quelques belles tombes en pierre grise ou en ardoise de Martelange, 
décorent le champ des morts. 

La population d'Eneille est très fidèle au culte des morts. 

Elle comprend que le cimetière, participant aux privilèges du Lieu Saint, dort 
être considéré comme le jardin de l'église, Kerhliof; et son entretien a fait de 
tout temps le souci de l'initiative privée et des pouvoirs publics. Elle comprend 
« que le corps du chrétien, par la réception des sacrements, par son association 
à la vie morale et aux mérites de l'âme, par sa participation future à la fin der-- 
niére, à la gloire et à la félicité éternelles, est digne de tous les respects. Elle 
comprend que les corps des fidèles décédés dans la paix du Seigneur ne perdent 
pas avec la vie du temps leur qualité de membres de Jésus-Christ, et que la mort 
ne rompt aucunement les liens spirituels qui nous attachent à nos frères défunts «. 

Le cimetière d'Eneille, aussi ancien que l'église, est entre tous un lieu vénérable 
et sacré. C'est le prolongement dans le temps du cimetière mérovingien décou- 
vert en 1857 et réouvert en 1911 au sommet du Fromental. 

Plus loin, sous les taillis du thier de Base, densas inier corylos, le prome- 
neur aventureux s'arrête étonné devant un tumulus encadré d'épicéas, près duquel 
s'étalent en cercle sur une belle esplanade d'énormes pierres, qui font rêver de 
l'ancien autel du dieu Pan, le dieu des Eneilles, à l'époque où les vétérans de 
Rome fondaient la villa Unalia. Or vous êtes tout simplement devant la tombe 
de ce fameux anglais lord Ashley, assassiné en 1842. 

Lord Ashley, un original, dont on garde le portrait au château de 
Grandhan, habitait avec un seul domestique les grands bâtiments de la ferme de 
de Favereau à Petite Eneille, une vaste maison du XVIIP siècle, au centre d'un 
merveilleux panorama, dans la solitude sauvage des fourrés giboyeux. Ce nou- 
veau René avait les goûts romantiques de son temps. Il aimait la chasse et la 
pêche ; un vrai trappeur de l'Arkansas. Avec cela, des idées humanitaires, 
comme son compatriote et ami le docteur Scudi, qui demeurait à Grande Eneille, 
adoré des indigènes dont il guérissait tous les maux. Ils avaient fondé à Petite 
Eneille une loge aristocratique où les gros bonnets de la franc-maçonnerie régio- 
nale tenaient leurs réunions. C'est à leur intention que lord Ashley avait fait 
aménager le plain du thier de Grocqz et du thier de Base, transformés en jardins 
anglais, en terrasses, belvédères, promenades, dans la splendeur des acacias, 
des marroniers, des noyers, qu'on est étonné de voir aujourd'hui disputer le 
terrain aux chênes et aux épines. Il avait rêvé d'élever là, pour y recevoir 
ses frères conventuels, un chalet de plaisance, dont les riches maté- 
riaux, à pied d'œuvre, attendent toujours l'architecte et le maçon : bases de 



— 149 — 

colonnes, tambours, chapiteaux aux belles moulures, débris de la cathédrale 
St -Lambert de Liège et de la vieille église de Tilleur, dignes d'une meilleure desti- 
née (1), aujourd'hui en train de s'eflriter comme la mémoire de lord Ashley. 
Car les vieux d'Eneille, dont je tiens ces détails, ne sont pas toujours d'accord 
pour nous narrer sa vie et son trépas. 

Sa famille le détestait, parait-il, et cherchait à se débarrasser de lui. Un jour 
son domestique périt d'un coup de feu dans la maison même du maître. Peu de 
temps après, ce fut le tour de lord Ashley : son cadavre fut retrouvé au fond de 
rOurthe, près du pont d'Hotton, portant encore sa montre en or. Il fut enterré 
au thier de Base, par les soins d'un ami, en compagnie d'une bouteille de vin et 
d'un paquet de tabac. mortels, ignorants de leur destinée ! dirait Bossuet. 

Ainsi donc tout le thier de Base sert de dortoir ( cœmeterium) à la population 
d'Eneille, depuis au moins quinze siècles assurément. 

De là surgiront un jour tous les Eneillais, païens et chrétiens, quand la trom- 
pette du jugement dernier lancera dans la vallée de l'Ourthe son appel éclatant : 

Sur cite mortui, venite in fudicium. 

La trompe sonne et tout frissonne, 
Jusqu'aux tombeaux elle résonne, 
Et nous convoque au pied du trône. 





M 


wl 



A Fontibus salus. 



(1) Ces reliques, par la gracieuseté de Monsieur et Madame de Favereau.de Grandhan, vont désormais 
décorer la terrasse du presbytère d'Eneille. 



150 



ÉPILOQPE, 



Fin lier iyi2 



Nous attendons toujours la route de Noiseux. Un commissaire spécial a fait 
en octobre dernier l'expertise des terrains d'emprise. Depuis, tout dort encore 
une fois dans les cartons. On ne peut plus sortir d'ici qu'en auto du moyen- 
âge. N'allez pas croire pourtant qu'on s'ennuie aux Eneilles. Il vient de s'y 
fonder une société sportive et dramatique, sous le nom de Club Sainte- 
Marguerite, à l'initiative de trois jeunes humanistes de l'Institut Sainte-Mar- 
guerite, établi au presbytère (1) : Baron Félix d'Anethan, Vicomte Edouard 
Petit de Montfleury, Marquis Robert de Ritïlart : parties de football dans 
les prés Sous-la- Ville, auxquelles s'intéresse toute la paroisse, le dimanche, 
avant et après les vêpres ; séances dramatiques et récréatives au Casino du 
Fromental, sorti de terre comme par enchantement, à la mi-mars 1912 : places 
pour 300 personnes. On accourt de tous les villages voisins, à Grande Eneille, 
transformé en nouvel Oberammergau. Et les foules s'en retournent enchantées et 
en chantant le chant local des Eneilles, qui résume admirablement la situation 
topographique et historique de la paroisse. 

CHANT DES ENEILLES. 

1 . Aux Eneilles, c'est un pays, 
Où l'on reçoit bien les amis ; 
C'est dans le nez de la province. 
Près de Mirlipimpin-la-cinse. 

Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Aux deux Eneilles, c'est charmant. 

2. Petite Eneille est sur le dos 
Du plus joli de nos coteaux : 
De là se voient toute l'Ardenne 
Et le Condroz et la Famenne. 

Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Petite Eneille, c'est charmant. 



(J) Plusieurs élèves en sont sortis avec le diplnine .rhumanités complètes, entérina par le jury 
d'homiiiogatlon. 



— 151 — 

3. Et Grande Eneille est dans le fond, 
Sous la colline en demi-rond, 

Et ses prés verts vont jusqu'à l'Ourthe, 
Sans que la vue y soit plus courte. 
Ah, ah, ah, mais vraiment, 

A Grande Eneille, c'est charmant. 

4 . Les deux Eneilles voient le train 
Et son panache très lointain ; 
Le sifflet des locomotives 
N'arrive pas jusqu'à nos rives 

Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Aux deux Eneilles, c'est charmant. 

5. Notre curé roule en auto. 
Il passe toujours au galop, 

Très bien campé comme un gros moine. 
Sur son moteur à gaz d'avoine. 
Ah, ah, ah, mais vraiment, 

Curé d'Eneille, c'est charmant. 

6. Son église est aux flancs des monts ; 
A droite, à gauche, deux maisons : 
A gauche, le vieux presbytère, 

A droite, le palais scolaire. 
Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Ce coin d'Eneille est bien charmant. 

7. On fréquente vêpres, salut, 
Qu'il lasse chaud ou qu'il ait plu ; 
Et tous nos gens vont à la messe, 
Et tous nos gens vont à confesse. 

Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Oui, gens d'Eneille, c'est charmant. 

8. Petite Eneille a le château 
Dont le parc se mire dans l'eau. 
Avec autour deux grandes fermes, 
Fidèles à payer leurs termes. 

Ah, ah, ah, mais vraiment, 

A l'autre Eneille, c'est charmant. 



— 152 — 

y. Vieille église, école, château, 

Avec l'un et l'autre hameau, 

Font tous ensemble bon ménage, 

Gomme aux beaux jours du moyen-âge. 
Ah, ah, ah, mais vraiment, 

Le vieux Eneille était charmant. 

10. Derrière, c'est le casino, 

Tout goudronné de bas en haut ; 
En huit jours il sortit de terre, 
Mais peut braver grêle et tonnerre. 
Ah, ah, ah, mais vraiment. 

Pour Grande Eneille, c'est charmant. 

1 1 . Venez donc voir, n'ayez pas peur, 
On vous prendra sur le moteur. 
Sur le moteur à gaz d'avoine. 

Vous chanterez comme un gros moine : 
Ah, ah, ah, mais vraiment, 

Aux deux Eneilles, c'est charmant. 

12. Grâce aux Favei»eaux et Franchi mont, 
On va pouvoir franchir le mont, 

Qui sépare Noiseux d'Eneilles, 
Sans se crotter jusqu'aux oreilles. 
Ah, ah, ah, mais vraiment, 
Eneille, alors, sera charmant. 

Le 15 Mars 1912, Monsieur le Baron de Favereau, Président du Sénat, 
Ministre d'Etat, nous communique la dépèche suivante de Monsieur le Ministre 
de l'Agriculture. 

Bruxelles, le H Mars 19i2. 

" J'ai l'honneur de vous faire connaître que je viens d'approuver le projet de 
construction d'un chemin vicinal entre les villages de Noiseux et les Enneilles, 
sur le territoire des communes de Noiseux et de Grand'han. 

Mon département interviendra à concurrence de la moitié dans la dépense à 
résulter de l'exécution de ce travail. » 



— 153 — 

EN FIN ! 

Dès les premiers jours de mai i9l2, la commune de Noiseux a eu la gracieu- 
seté de faire apposer l'affiche de consolation au mur de notre église : 

COMMUNES DE NOISEUX ET DE GRAND'HAN. 



ADJ UDICATION 

DE TRAVAUX. 



Le JEUDI 20 JUIN 1912, à 10 heures du matin, en la salle communale de 
Noiseux, 

Les Collèges des Bourgmestres et Echevins des communes de Noiseux et de 
Grand'Han procéderont à l'ouverture des soumissions régulièrement parvenues 
pour les travaux de construction du chemin de grande communination de 
Noiseux aux Enneilles sur les territoires de Noiseux et de Grand'Han. 
Les travaux forment un seul lot d'adjudication. 

Montant du devis, frs. 83292,67 

Cautionnement, 5000,00 

Pour être valables : les soumissions seront rédigées sur timbre de 0,50 c, 
conformément au modèle donné au cahier des charges. Elles seront adressées à 
Monsieur le Bourgmestre de Noiseux par lettre recommandée remise à la poste 
le 17 Juin au plus tard, et seront accompagnées du reçu de cautionnement versé 
préalablement entre les mains du Receveur communal de Noiseux ou dans une 
agence de la banque nationale. — Les frais d'adjudication sont à la charge de 
l'entrepreneur et seront payés comptant. 

Les soumissions seront mises sous double enveloppe, et l'enveloppe 
intérieure portera la suscription suivante : Soumission pour la construc- 
tion du chemin de grande communication de Noiseux aux Enneilles. 

Les plans, devis et cahier des charges sont déposés au Secrétariat 
communal où les amateurs peuvent en prendre connaissance. 
Noiseux, le 6 Mai 1912. 
Le Secrétaire, Le Bourgmestre, 

P. C. DEPIERREUX. J- LOMBA. 



154 — 



EXO D O S. 

Depuis l'an dernier la population a diminué ici grandement : plusieurs 
familles sont parties pour aller chercher fortune ailleurs. Nous sommes réduits 
à cent quatre-vingt-dix habitants. 

Il n'y a plus eu de naissances depuis le mois de septembre 1911. 

On attend du neuf pourtant. . . . dans la boite aux lettres : les araignées n'y 
tissent pas encore leur toile ; mais une mésange y a élu domicile, y a calé son nid 
dans le fond, y a pOndu douze œufs. Elle les couve depuis quinze jours et ne se 
dérange même plus pour le facteur, ni pour la correspondance, qu'elle reçoit sur 
ses ailes éployées. 

20 mai 1912, éclosion de la jeune famille. Serait-ce un symbole de renais- 
sance ? Acceptons-en l'augure. 



— 155 



AFFEMDICE. 

Les ménages d'Eneille en 1623. 



1. Le curé Belleamye. 

2. Henri de Brialmont, 

seigneur d'Eneille. 

3. Sire Jacques Rondeau, prêtre. 

4. Thiry de Brialmont. 

5. Antoine Ponsart. 

6. Henri Gollin. 

7. Jean de Soy. 

8. Piron de Restinée. 

9. Pirard le Maréchal. 

10. Noël Deveux. 

11. Jean Demolin. 

12. Jean Gérard. 

13. Jacques Biaise. 

14. Noël Valentin. 

15. Jean Leclercq. 

16. Jean de Leuze. 

17. Mathieu Le charpentier. 

18. Thomas Charpentier. 

19. Arnould Ponsart. 

Les ménages 

1. Le curé Le Charpentier. 

2. Le seigneur de Brialmont. 

3. La dame d'Eneille. 
i. Jean Borlon. 

5. Jacques de Warre. 

6. Pierre Pirard. 

7. Pierre Pirotte. 

8. Hubert Lecresse. 

9. Jean Ponsart. 

10. Hermant de Pont. 
IL Catherine Ponsart. 

12. Jacques Pocket. 

13. Henri Gérard. 

14. Jean de Marche. 

15. Jean Lecomte. 



20. Gaspard de Tohogne. 

21. Jean Pire. 

22. Jean Dottrez. 

23. Jean de Thys. 

24 . Jean Renard 

25. Rolland Ponsart. 

26. Pierre Collin. 

27. Martin Adam. 

28. Jean de Bray. 

29. Jean Tossaint. 

30. Guillaume Lecomte. 

31. Jean de Chêne. 

32. Mathieu Collin. 

33. Jean de Bois. 
34 Pierre del Coulée. 

35. Henri de Trina. 

36. Noël Leclercq. 

37. Bernard-Ponsart, dont la fille, 
Petra (Pirkine), mourut noyée en 
1641, et fut enterrée à Esneux. 

d'Eneille en 1 695. 

16. Jean-Martin Ponsart. 

17. Les filles Lambert. 

18. Lorrain Martin. 

19. La vefve Raeskin. 

20. Charles Pire. 

21. Nicolas Gérard. 

22. Les enfants Jean Rolland. 

23. Antoine Collin. 

24. La vefve Lambert Collin. 

25. La relicte Henri Gollin. 

26. Jean Mathieu. 

27. Jean Parmentier. 
2S. La vefve Noël Lizen. 
29. La relicte Jean Lorrain. 



- 156 



Le curé de Pierreux tenait une liste des églises majeures, médianes et quartes 
chapelles. 

Il fait suivre la première série de cette note : 

Octodecim istae parochiae integ^^ae, integrum debent cathedra ticum, 
scilicet, 20 grossos, seclusis registratione et quittancia. 

Parmi ces paroisses je relève : 

Clavier. d. pastor ... 60 m. siliginis et avenae. 

Combien. monasterium malmundarense. 

Dochamps. Sanctae Grucis Leod. capitulum, 36 m. 

Fronville. Capitulum Huense. 

Hans magna (Grandhan) . Commendator et princeps 
Rarbançons pro medietate. 

Izier. dominus temporalis de Soy et représentantes Guillelmum 

Sauter, medietatem 

Melreux. d. Abbas Sancti Huberti pro una tertia et d. Abbas Vallis 

Sancli Lamberti pro una tertia, d. Cornes de Rochefort uti 
dominus temporalis de Waha, et d. Abbas scholarium Leod. 
alteram tertiam débet. 80 m. 

Ockier. Reverendus Prior monasterii stabulensis. 

Tohonia d. pastor. 70 m. 

Mediae ecclesiae. 

1. Eneilles. d. pastor. 30 m. 

2. Fisenne. d. pastor. 30. speltae et avenae. 

3. Nandren. Rd. d. abbas vallis Sancti Lamberti, 

4. Ny. Ecclesia cathedralis namurcensis. 
5 

6 

7 

8. SummaTempIi. Rd. d. commandator Villarii Templorum. 

9. Scy. d. temporalis. 30 m. 

10. Strey. capitulum Huense et dominus commendator, medietatem 

11. Vierset. d. pastor. 

12. Wil... Rd. Abbas de Valford^ 

13. Villarum Templorum. d. commendator. 

14. Cyelle. 8. m. 

Quatuordecim istae ecclesiae debent medietatem cathedratici, scilicet 10 
grossos. registratio unum et quittancia unum. 



— 157 — 

Quartes chapelles. 
Citons encore quelques noms du pays : 

RESCRIPTIONES 

Bouinalia. d. abbas S. Huberti ..... 24 m. 

Bonsin. Gapitulum S. Pétri Leod. débet duas tertias 

partes et d. pastor duas partes alterius ter- 

tiae partis, d. de Viron alteram. 
Borlon. Fratres minores huenses et d. pastor mediatim 20 m. 

Hans parva (Petithan). d. pastor 24 m. 

Heyd. parochiani 14 m. 

Marcourt. d. pastor 60 m. 

Mons S. Dionysii (Jusaine) 48 m. 

Méan. d. pastor, abbas S. Huberti medietatem, de 

Viron unam quartam... de Gambys aliam 

partem. 



Pro receptione jurium cathedratici et obsonii. 

Cathedraticum cedit solvendum précise ante festum Sti Blasii, quarto quo- 
queanno bissextili, et obsonium, anno antebissextili. 

(Quoad cathedraticum) pro qualibet intégra Ecclesia debentur 20 grossi vete- 
res, valentes très stupheros et sex solidos, valentes secundum D. Nicolaum 

Maino, sigilliferum Suae Gelsitudinis 3 flr 5 

Media aut mediana Ecclesia débet 10 grosses : . . . 1 flr 12 1/2 

Tertiana aut quarta Gapella débet 6 grossos : . . . — 19 1/2 

Ex grossis, integrae et mediae competunt Suae Gelsitudini duae tertiae. 

Altéra tertia pars competit R^o Archidiacono et Decano, scilicet duae partes 
Archidiacono et tertia Decano. 

Pro obsonio autem intégra Ecclesia tenetur ad 10 grossos, seu ad medietatem 
20 grossorum. Et média Ecclesia ad medietatem 10 grossorum scilicet ad 5 
grossos ; qui grossi dividuntur ut supra. 

Sed quoad cathedraticum et obsonium in quartis Gapellis, quartae Gapellae 
debent pro cathedratico sex grossos et pro obsonio très grossos, scilicet medie- 
tatem cathedratici. 

lam vero notandum quod decanus solus et in solidum habet in suis quartis 
Gapellis non modo obsonium sed et cathedraticum sine eo quod Serenissimus 
Episcopus et Archidiaconus loci aliquid habeat de ejusmodi obsonio et cathe- 
dratico. Sic refert Dnus Ghristianus D'Anelonse quondam decanus Ghristianitatis 
Uffeensis, electus anno 1500, in fine maii. Et sic etiam habetur in mandato 



— 158 — 

relaxatoa R'"" Kpiscopo leodiensi, Erardo de Marca, anno 1508, 19* februarii ; 
per quod evidentissime api)aiet cathedralicum et obsonium quartaruin capella- 
rum conipetere Decanis. Similiter habetur scriptum in quodam veteri registro 
Dni Decani (nom illisible) quod obsonium de quartis Gapellis speclat in solidum 
soli Decano, ita ut nuUi de eoruin cathedratico et obsonio computum reddere 
teneatur. 



Aniio 1774, 28^ augusti, ego Aegidius De Bra, rector Ecclesiae de Harzé, fui 
clectus ad decanatum Goncilii Uflensis sub Arohidiaconatu Gondrozii. 

Gathedraticum fuit solvenduin in festo Sti Blasii anno 1676, uti et obsonium 
anno praecedenti, sed neutrum. propter bella fuitsolutum, nec etiam, ob eamdem 
causam obsonium 1679 et cathedraticum 1680. 

At circa médium septembris 1680, per Secretarium sigilli majoris suae Gelsi- 
tudinis Maximilliani a Bavaria Episcopi, ad nos transmissae fuerunt monitoriales 
ex parte ejusdem Episcopi pro solutione cathedratici et obsonii non solum ter- 
mini ultimi, sed omnium aiiorum praeteritorum non solutorum, et solvendorum 
intra quindecim dies a monitione pastoribus facta realiter et cum effeçtu sub 
poenis contentis in praedicto mandate, nisi satisfecerint ; idemque per expressum 
misi ad singulos pastores et decanos percipientes exemplum unum praedictae 
monitionis et mandati, ne causam excusationis et ignorantiae allegare postea 
possent, et hoc circa 24 mensis currentis, ut apparet in recepissis pastorum. 

Secundum autem epistolas D"^' Martini sigilliferi Sti Episcopi receptus 30^ 
7 bris 1680, nulius pastorum et décima torum solvit termines 1671, 1675, 1679, 
tam catliedratici quam obsonii, uti apparet per registra et computum ultimum 
n^i Decani Jamart, nisi aliter per quittancias doceatur ; et sic erat solvendum 
obsonium pro terminis 1671, 1675, 1679, cathedraticum vero pro 1670, 1674, 
1678, 1680, 1684, 1688, 1692, 1696. 



D'après les Avis et Résolutions de Monsieur Didier, avocat au Gonseil de 
Luxembourg sur quelques points douteux dressés par le Révérend Doyen d'Ortho, 
en Ardenne : 

Le droit tant d'obsonium, dont appartient au Doyen la 3* parte, que le cathe- 
draticum, dont au Doyen la 9*= parte, est très ancien. 

De fait il se doit par ceux qui possèdent les dîmes : prélats, pasteurs et autres, 



— 159 — 

tant laïcs qu'ecclésiastiques, combien que par le laps de teoaps une partie des laïcs 
s'en veuillent émanciper, et depuis 10 à 12 ans, les troubles des guerres et la 
moralité des redevables en ont du tout empêché la levée ; tant il y a que Zopaeus 
dans ses Résolutions, appelle les dits droits jura dominica et impresciptibilia. 
Concernant ce dernier point, l'avocat du Conseil répond : quod jus cathedraticum 
prescribi non possit. 



En l'an 1696, écrit encore le Doyen De Bra, ayant reçu des mandements de la 
part de Monseigneur le Coadministrateur, pour faire payer par les curés et autres 
percevans disme dans le doyenné d'Ouffet, les droits du cathédratique et de l'ob- 
sonique, je dépêchai aussitôt un messager à tous les curés, le 17, 18, 19 et 20 
octobre, un exemplaire du dit inandement pour chaque curé, leur ordonnant de 
donner un récépissé d'icelui par écrit signé de leur main propre, afin qu'ils ne 
prétextent pas cause d'ignorance ; et j'ai fait tenir à Monsieur Martin gardescei 
de S. A. pour s'en servir en son temps en cas de besoin. Voire, comme je suis à 
un bout du doyenné, j'ai en prié et commis le Révérend Martiny, curé d'Ocquier 
et vice-doyen, qui est au milieu du doyenné pour qu'il î^owrfraeï prendre la peine 
de recevoir les dits droits de cathédratique, afin que mon éloignement ne leur 
fît de la peine ; mais le tout en vain ; puisqu'il n'a pu recevoir que fort peu de 
chose, comme il peut se voir par ses receptas. 



Acte de Résignation de la cure des Eneilles par le curé Grade, en faveur 

du curé Randollet. 

Anno D'à' 1770, mensis januarii die sexta, coram me notario et testibus infra 
denominati et specialiter vocatis personaliter comparuerunt in loco capitulari 
sohto et capitulantes R. R. P. P. Du Fon Barré Prior, etautoritate Reverendis- 
simi, Illustrissimi et Gellissimi Dni Dni Episcopi Leodiensis, tam in spiritua- 
libus quam in temporalibus administrator deputatus, De Tinlot, De Lemede, 
de Reul, de Bouxhon et Terwaigne, omnes capitulares abbatiae Novi Monasterii, 
Novum Monasterium nuncupati, ordinis Sti Augustini, prope Huum, qui nobis 
spontanée declaraverunt consense pro ut tenore praesentium consentiunt, qua- 
tenus venerabilis Dnus Grade, vicarius perpetuus parochiae loci des Eneilles, 
diœcesis leodiensis, ipsam parochialem ecclesiam seu vicariam perpetuam, cujus 
collatio,ldum vacat ad libatos comparentes spectare ommino dignos- 
citur, eamdem dimittere ac resignare valeat, etiam sibi reservata pensione, ad 
et in favorem Rndi Dni Josephi Randollet, presbyteri ejusdem dioecesis, quem ad 
eflectum profato monasterio nostro aggregeverunt, sub conditione tamen quod 
dictus Josephus Randollet, nequeat ulterius, favore alterius cujusvis hancce resi- 



— 160 — 

gnare seu permutare absque speciali consensu Abbatis et Capitularîum tune 
temporis existentium (15\ ad quem eflfectum solitum in manibus Prions et Gapi- 
liilarium in mea et testium praesentia praostitit jurainentum de non resignando 
seu pernuitando liaucee vicariam perpetuarn. 

* 

* * 

Au temps du curéGrofay, Eneille avait deux notaires résidents : le curé lui- 
même et le greffier Henri Pirard. Le protocole du notaire Pirard, rien que pour 
les deux années 1731 et 1732, contient plus de deux cents actes et contrats de 
tous genres, passés à Eneille et dans les villages voisins. 11 y a entre autres le 
contrat de mariage entre noble Seigneur Gharles-Fortunat de Vanderstraten, 
chevalier, seigneur de Frénoy et Noble Demoiselle Marie-Josèphe de Brialmont. 

Mais la pièce la plus curieuse est la suivante : 

Déclaration Joseph- Clément Dejozé sur Foccision de N. N. Berry. 

« Aujourd'hui, troisième janvier, mille sept cent trente et un, par devant moi, 
notaire public soussigné, et en présence des témoins en fin de cette dénommés, 
personnellement comparut un nommé Joseph -Clément Déjozé, soi-disant lié- 
geois, baptisé en l'éghse de Seraing-sur-Meuse, et fils du lieutenant colonel 
Guillaume Dejozé, le dit comparant présentement enrôlé au service de Sa Majesté 
très chrétienne, n'ayant, pour raisons inférieures, voulu déclarer son régiment, 
à nous cependant le dit comparant inconnu, lequel de sa pure et libre, franche 
et spontanée volonté, sans persuasion de personne, nous a déclaré qu'ayant eu 
le malheur, avec un sien camarade, appelé Saint-Martin, d'avoir occis, la veille 
de Saint Thomas 1729, un jeune homme de la ville d'Aix-la-Chapelle, constitué 
dans les ordres, appelé Berry, il se serait enfui et sauvé du pays de Liège, après 
avoir commis ce crime, avec le dit Saint-Martin, crainte d'être appréhendés, dès 
qu'ils ont vu qu'on remuait cette affaire ; et que s'étant ainsi sauvé, icelui com- 
parant aurait appris qu'on taxait le seigneur Baron de Waha de ce crime, de 
manière que le comparant, outre les remords particuliers qu'il ressent du dit 
fait, se trouve encore autant plus inquiet dans sa conscience et son âme d'avoir 
appris cette fausse accusation contre le dit seigneur de Waha, au préjudice de 
son honneur et de sa famille, quoi qu'il en fût très innocent ; à raison de quoi le 
dit comparant ne faisant aucun bien depuis, voulant aussi se réconcilier avec 
Dieu, et profiter du temps d'un saint jubilé qui se présente à gagner, et par le 
moyen duquel il désire ardemment de pouvoir obtenir grâce du Seigneur et 
l'absolution de son confesseur, se perfondant pourtant sur l'avis de quelques 
confesseurs, lesquels il a consultés à cet effet, qu'il ne pourra obtenir l'absolu- 
tion de son crime avant d'avoir déclaré la vérité du fait et d'avoir fait connaître 
par une déclaration évidente, publique et authentique, l'innocence du seigneur 
de Waha, crainte que l'innocence ne fût opprimée, et si le comparant avait à 



— 161 — 

mourir avant cette déclaration, la vérité ne pourrait plus être reconnue, attendu 
qu'il ne sait pas ce que son complice Saint-Martin est devenu ; à raison de quoi 
le dit comparant, pour la décharge de sa conscience, est obligé de déclarer, 
comme par cette présente il iléclare, qu'on ne doit accuser ni soupçonner autre 
personne du crime en question, sinon lui comparant et ce susdit Saint-Martin, 
et que la chose est arrivée en la manière suivante, savoir : que le jour susdit, 
veille Saint Thomas, vers les deux heures après midi, le dit comparant et le dit 
Saint-Martin se sont fortuitement trouvés au commencem.ent de la chaussée qui 
va de Liège à Saint-Trond, en une grosse neuve maison rouge, à main droite, 
dans laquelle étant par hasard tous les deux entrés, ils y ont vu le dit seigneur 
de Waha avec le dit Berry, ce dernier témoignant d'attendre quelque charrette, 
voiture ou autre occasion pour pouvoir mettre ou porter jusqu'à Saint-Trond 
une longue valise de cuir qu'il avait avec lui ; de quoi s'étant le dit Saint-Martin 
aperçu il s'aurait oflfert de la porter comme allant aussi le même chemin ; que 
là-dessus^^Berry l'aurait remercié, disant qu'il attendrait encore, et qu'il espérait 
qu'il viendrait quelque voiture ou autre occasion ; mais ayant inutilement 
attendu jusque vers trois heures et demie, le comparant avec son compagnon se 
mirent en devoir de partir pour poursuivre leur chemin ; et en sortant, le dit 
comparant réitéra au dit Berry les mêmes offres pour porter sa valise, lui di- 
sant qu'il n'en serait pas incommodé, ce que le dit Berry accepta et dit qu'il 
partirait avec eux. Ensuite le dit seigneur de Waha s'en est retourné après 
avoir donné l'adieu et souhaité bon voyage au dit Berry, en lui recommandant 
la lettre qu'il lui avait donnée pour son beau-père. Après quoi, chemin faisant 
ensemble, à une bonne demi-lieue de là, ils ont rencontré quelques chartiers 
sur la voiture d'un desquels la valise fut mise et un petit sacquelet d'étudiant, 
et ils entrèrent dans un cabaret avec les dits charetiers, où ils burent ensemble 
de la bière, ayant bu auparavant de la Hougaerde, tellement que le comparant 
acheva de s'y faire sou, aussi bien que son compagnon Saint-Martin et le dit 
Berry. Ils ont ensuite poursuivi leur route ; et la nuit les ayant surpris, le dit 
Saint-Martin aurait repris la valise de la charette et la mit dans un petit caba- 
ret, à main gauche de la chaussée, à un petit quart d'heure de la seconde bar- 
rière, où il dit que c'était une valise à Monsieur le Baron d'Aubec ; qu'il la re- 
prendrait en repassant, et trouvant que le dit comparant avec le dit Berry avait 
entretemps pris l'avance, en chemin, il tira deux coups de pistolet, auxquels le 
comparant, qui tenait le dit Berry dans ses bras pour se soutenir, répondit par 
deux coups pareils de pistolet. 

Et le dit Saint-Martin les vint retrouver chez le bailli Lessoine, où ayant en- 
core bu un pot de bière et ne pouvant plus boire davantage, le dit bailli qui 
selon toute apparence s'en aperçut oôrit à ce jeune homme Berry, vêtu d'habits 
tirant sur le gris-brun, avec un manteau bleu, de rester chez lui, à quoi il répon- 

11 



— 162 — 

dit qu'il ne voulait point quitter sa compagnie et qu'il irait encore bien loger à 
Oreye, et voulut le dit Berry donner une pièce de vingt-cinq sous pour payer, le 
(lit comparant lui dit d'avoir payé ; sur quoi ils sont sortis, et, étant arrivés à un 
quar-t de lieu de hi, le comparant avec le dit Saint-Martin le menèrent en bas de 
la levée, vis-à-vis d'une voûte soutenant la chaussée, dans la croyance qu'il avait 
quelque chose sur lui et dans sa valise qui était assez pesante ; puis le comparant 
avec le dit Saint- Martin renversèrent le dit Berry et lui ont coupé la tête et le 
déshabillé ; puis, l'ont trainé dessous la voûte de la chaussée ; et, crainte qu'il 
ne serait reconnu, ils ont emporté la tète à un quart de lieu de là et l'ont enterrée 
à côté de la chaussée. Après cela, le dit Saint-Martin a été reprendre la valise 
dans le cabaret. Etant en après retournés à Liège, où s'étant ensuite aperçus 
que la chose pourrait être reconnue, et qu'on en faisait de grandes recherches, le 
comparant s'est trouvé obligé de même que le dit Saint-Martin, de se sauver et 
de s'écarter comme ils ont fait, jusqu'à présent que la conscience du comparant 
l'oblige de revenir pour faire cette déclaration pour la décharge du dit seigneur 
de Waha, déclarant le dit comparant que le dessus est véritablement le fait 
comme il s'est passé, et que, pour ce faire, il n'a reçu aucuns conseils, inductions, 
persuasions, or, ni promesses du dit seigneur de Waha ni d'aucune personne de 
sa parenté, directement ni indirectement, et que le seigneur de Waha est de 
toute manière innocent du fait et du crime, dont le comparant a appris qu'on 
voulait le charger; le dit comparant avec le dit Saint-Martin étant seuls coupa- 
bles du dit crime, qu'ils ont commis d'eux-mêmes, dans la croyance que la dé- 
pouille de ce jeune homme et de sa valise serait considérable, à quoi a aussi con- 
tribué la boisson dans laquelle ils étaient, tellement que la conscience du com- 
parant l'a obligé de venir de lui-même personnellement passer cette déclaration 
pour faire voir l'innocence du dit seigneur de Waha ; qui pourra s'en servir, ou 
les siens, s'ils le trouvent convenir ; le tout affirmé par serment prêté en mains 
de moi, le dit notaire ; présents les dits témoins, en foi et vérité de sa présente 
déclaration, ce qu'il déclare qu'il ferait par devant la justice de Liège s'il osait 
s'y retrouver. 

Ainsi fait, déclaré et affirmé, en la maison de la demoiselle Massart, à Dén- 
ient, ban de Fronville(i), y présents comme témoins Révérend sieur Jean Henry 
Grégoire, vicaire de Deulent, et le sieur Renier Hardy, bourgeois de la ville de 
Huy, lesquels avec le comparant, âgé de 29 ans, comme il a déclaré, haut de 
cinq pieds et trois pouces de France, à cheveux longs noirs, à visage plat et 
large, nez aquilin, les yeux bruns, gros sourcils noirs, de même que sa barbe, 
avec moi, le dit notaire, ont soussigné la présente. 

Henry Firard, notaire immatriculé suivant l'édit dernier 
de son Altesse de Liège, au premier présent et requis 
In fidem. 173i (2) «. 

M) Les de Waha étalent :«eigneurs de Fronville. (2) Archives du château de Grandhan. 



— 163 — 



M. Victor Fabri, avocat près la Cour d'appel de Liège, qui se rendit acquéreur 
du Domaine des Eneilles, le 12 avril 1851, était le S'"*^ fils de M. Arsène Fabri 
de Seny, avocat, membre de la deuxième chambre des Etats-Généraux de Hol- 
lande etc., et de Dame Marie- Joséphine de Longrée, fille de Gharles-Henri- 
Joseph, chevalier de Longrée et de Marie de Bourguignon, Dame de Gens. La 
famille Fabri de Seny, dont un des membres possède encore actuellement le 
château, habita ce village et celui de Parfondrieux, depuis la fin du XV^ siècle, 
jusqu'à la fin du XVÏIP, où elle se fixa successivement à Thuin, puis définitive- 
ment à Liège, en la personne de Henri-Ernest Fabri de Seny, père d'Arsène 
Fabri, déjà nommé. 

Henri-Ernest Fabry de Seny obtint d'abord le diplôme de bourgeois de Thuin 
et fut grefiSer de la ville de Thuin ; puis, le 20 septembre 1769, celui de bour- 
geois de Liège, avec reconnaissance et inscription de ses armes à rofiSce du 
Hérault d'armes de S. M. L et R. Le 3 septembre 1770,11 fut reçu, comme avocat, 
membre de la Chambre Saint-André. Il épousa, le 17 août 1772, Dame Thérèse 
du Bois, fille d'Antoine-Joseph du Bois, de Thuin, et de Dame Marie-Barbe de 
Kertigny. 

M. Victor Fabri avait épousé Mademoiselle Adélaïde Mersch, dont la famille 
possédait certaines terres dans le pays de Durbuy. A sa mort la propriété des 
Eneilles échut à son fils, M. Joseph Fabri, propriétaire actuel, ancien avocat 
près la Cour d'appel de Liège, ancien magistrat à Marche, qui épousa, le 9 juin 
1886, Mademoiselle Cécile Capitaine, fille de M. Ulysse Capitaine, bibliophile 
Liégeois, et de Dame Mélanie Pirlot. 

Casimir-François-Ulysse Capitaine naquit à Liège, le 23 décembre 1828 et 
mourut à Rome, le 21 mars 1871. Il était fils de Balthasar-Félix Capitaine et de 
Catherine-Elisabeth- Joséphine Seroux . 

La famille Capitaine est une famille d'origine luxembourgeoise, établie à Liège 
depuis des générations. 

Ulysse Capitaine est un grand bienfaiteur de la ville de Liège. 

Voici le début de son testament : 

«' Je lègue à ma ville natale ma bibliothèque liégeoise, mon médaillier, ma 
collection de sceaux, de gravures, de cartes géographiques et d'autographes, à 
la condition expresse que des personnes compétentes soient chargées d'en dresser 
un catalogue complet et détaillé, dont l'impression devra être achevée endéans 
les deux années qui suivront ma mort. " 

Le legs fait à la ville de Liège comporte, d'après les renseignements que j'ai 



— 164 - 

obtenus des auteurs du Catalogue, 11,435 volumes et brochures, 226 manuscrits, 
218 autographes, 2031 gravures, plans, cartes, etc., 3093 médailles en bronze, 
coins ou matrices en cuivre, monnaies liégeoises (or, argent et cuivre) etc., en 
tout 16,993 numéros, auxquels il (aut ajouter des collections de journaux pu- 
bliés à Liège, des diplômes et autres parchemins, quelques portraits peints à 
l'huile et divers objets d'antiquité. Le public Uégeois a eu l'occasion, en 1869, 
d'apprécier une partie des richesses d'Ulysse en fait de gravures de notre an- 
cienne école ; quant au médaillier, il jouit dans le monde des numismates d'une 
réputation qui s'est étendue bien au-delà de nos frontières. 

La ville de Liège s'est montrée reconnaissante. Le Conseil communal, à l'una- 
nimité, à décidé qu'un buste d'Ulysse Capitaine serait placé sur le meuble qui 
renferme sa collection de monnaies, et qu'un terrain serait réservé au défunt, 
dans la partie du cimetière où est déposée la dépouille mortelle des citoyens qui 
ont particulièrement honoré la patrie (1). 



Armes et origine de la famille de Favereau de Graodhan : 

1' Vairé d'argent et d'azur à la bande de gueules. 2° De sinople à la fasce 
d'argent. 3" D'argent au hon de sable, couronné d'or et lampassé de gueules, 
placé sur une terrasse de sinople et accompagné à dextre d'un arbre du même. 

(Comm. lux. T. V, p. 237.) 

Il y avait à Grandhan une cour de Vaux, dépendant des Rrialmont d'Eneille, 
et une autre, dite cour de Fraisne. 

Vers 1500, Jehan de Fraisne, seigneur de Grandhan, vendit ses propriétés à 
Jehan de Chaisne, dont nous trouvons la famille souvent citée dans les annales 
d'Eneille, sous le nom Decène, de Kesne, du Chêne. 

Cette famille les vendit à son tour vers 1725 à la famille seigneuriale de 
Cassai, qui les revendit, en 1828, à M. le Baron Auguste-Charles-Marie de 
Favereau, né à Eneille, le 12 du mois d'août 1796, 6n pleine Révolution fran- 
çaise. (Voir page 54). 

Voici son acte de naissance et de baptême inscrit sur un petit chasserai, 
commencé par MM. GarnieretBottin, desserviteurs provisoires, et continué par 
le curé Antoine. 

« L'an mille sept cent quatre-vingt et seize, le douzième jour du mois d'août, 
est né à Eneille, diocèse de Liège, province de Luxembourg, à quatre heures du 
matin, et baptisé le même jour vers les onze heures, Auguste-Charles-Marie, fils 
légitime de Monsieur Albert-Antoine, chevalier de Favereau, qui a été baptisé à 



(1) A. Leroy. Ulysse Capitaine, sa vie et ses travaux. Liège, Desoer. 



— 165 — 

la paroisse de N.-D. au Pont, et de Marguerite-Gabrielle-Joseph Danthinne, née 
à Liège et baptisée dans l'église de St-Adalbert, au dit Liège, lequel enfant a eu 
pour parrain M. Charles-Antoine de Favereau, son oncle paternel, et pour 
marraine, Marie-Agnès-Gatherine-Joseph d'Anthinne, sa tante maternelle, les- 
quels ont signé le présent enregistrement avec moi. 

Ita est. Hubert Antoine, curé. 

Cette année 179(5, il y eut à Eneille 9 naissances, deux mariages et deux 
décès. 



Autrefois, les fermes du Marteau et de Chêne à Han faisaient partie de la 
paroisse d'Eneille. 

Chêne à Han s'en est détaché de lui-même, il y a près de vingt ans, pour se 
réunir à la paroisse de Grandhan, plus rapprochée et d'accès plus commode, 
quand l'Ourthe permet le passage. 

Le Marteau est depuis plus longtemps rattaché officiellement à Petithan, qui 
n'en est qu'à une portée de fusil, sur la rive droite de l'Ourthe, reliée à l'autre 
rive par le pont de la route vers Somme, construite en 1866-1868. 

En février 1830, le curé de Petithan avertit par lettre son confrère d'Eneille 
qu'il s'est permis d'empiéter sur sa juridiction en administrant les derniers 
sacrements au fermier du Marteau, dans un cas d'urgence, insinuant qu'il était 
plus facile au messager de traverser l'Ourthe à cheval, que de venir par le sen- 
tier des chèvres de Côreux, à la cure d'Eneille distante d'une lieue. 



Il y a deux chapelles dans la paroisse, l'une à Petite Eneille, dédiée à la 
Sainte-Vierge ; l'autre à Petite Noiseux, bâtie en l'honneur de Sainte-Begge, par 
la famille Ponsart, au siècle dernier. Elle appartient maintenant à Nestor 
Lecarte-Ponsart. On y vient de loin pour invoquer la sainte contre certaines 
maladies infantiles. Sa démolition est prévue dans le projet de la route Noiseux- 
Eneille. 



La paroisse d'Eneille compte plusieurs de ses enfants dans les ordres séculiers 
et réguliers : les abbés Adolphe et Léon Feltesse, l'abbé Joseph Lefebvre, Maurice 
Feltesse, frère des écoles chrétiennes, sœur Marie-Edmond, de la providence de 
Peltre, née Louise Feltesse et sœur Séraphine, franciscaine de Manage, née 
Marie-Louise Lecomte. 



— 166 — 

Membres du club « Ste-Marguerite. » 

Président d'honneur : Maître François Fabri. 
Président : Hubin Diogéne. 



Secrétaires 



Trésorier : Grignet Hubert. 

Robert Rifflart. 

Edouard Petit. 

Félix d'Anethan. Léon Deprez. 

Louis Lefebvre. Octave Warny. 

Emile Michel. Joseph Linhet. 

Emile Lecomte. Joseph Pi rotton. 

Lucien Bohon. Victor Pire. 

Emile Méan. Ottelet Nestor. 

Ernest Lecomte. Deprez Félix. 

Constant Famerée. Dachouâe Fernand. 

Arthur Etienne. - François Deprez. 

Adolphe Dachouflfe. Louis Famerée. 

Nestor Mengal. Gérard Clément. 

Céleste Jamotton. Henri Grignet. 

Henri Leroy, Joseph GoUin. 



— 167 



A 

Adalbert (Saint), 14. 

Adams, 81. 

Aix-la-Chapelle, 117. 

Albert II, 21. 

Alexandre III, 58. 

AUoux, 27. 

Ainbremont (d'), 36. 

Anale, 18 et suiv. 

Andenne, 115. 

André (Saint), 8. 

Anethan (d'), 150. 

Anthinne (d'), 36, 53, 54, 146, 162. 

Anthinnes, 70. 

Antioche, 144. 

Antoine, 73, 107. 

Arberg, 117. 

Ardenne (comté d'), 8 

Arlon, 13, 14, 15, 21. 

Arnould, 142. 

Ashley, 148, 149. 

Aubec (d'), 159. 

Autel (d'), 23, 48. 

Avesnes (Béatrice d'), 21 . 

Awan (d'), 85. 

Awans, 23. 

Aywaille, 116. 



Badoii, 106. 
Baillonville, 3, 39, 52. 
Balthazar, 138. 
Bar (Thibaut de), 21. 



Bar (vin de), 137. 

Baïaque-Michel, li. 

Barbe (Sainte), 41. 

Barvaux-Gondroz, 142. 

Barvaux-s/Ourthe, 3, 5, 6, 49. 

Basein, 64. 

Bastweiler, 23. 

Beausaint, 24. 

Bavière (Maximilien de), 156. 

Béchet, 142. 

Becquet, 15. 

Béemont, 13. 

Belleamye, 44 et suiv. 

Belleisle, 115. 

Benoit XIV, 113. 

Berghe (de), 65. 

Berlin, 114. 

Bernard, 51. 

Bernays, 21, 52, 128. 

Berry, 158, 159. 

Bex (de), 31. 

Biette, 74. 

Biaise (Saint), 58,1.56. 

Blier (de), 24, 46, 54, 55, 82. 

Bois (de), 23. 

Bois-Bofleut, 115. 

Bombay e (de), 23. 

Bornai, 72, 155. 

Bonjean, 100. 

Bonsaint, 142, 155. 

Borlon, 37, 155. 

Bossuet, 149. 

Bottin, 73. 

Bougelet, 117. 



— 168 



Bouillon, 117. 
HoiH'lon, 64. 
Buuxhon (de), 157. 
Bouylie (de), 135. 
Bra, 17, 156, 157 
Brabant (Brant de), 24 
Bréda, 115. 

Brialmont (de), passiin. 
l^iiisson, 66. 



Camille (Saint), 113. 

Gampégius, 63. 

Campine, 12. 

Capitaine, 33, 161. 

Carinthie (Arnould de), 18. 

Carloman, 17, 112. 

Carolingiens, 15. 

Gaiisbourg, 91. 

Carpentier, 23. 

Cassai (de), 114. 

Castres, 60. 

Catoul, 88, 145. 

Causard, 103. 

Cellicer, 24. 

Cens, 161. 

Cerfontaine, 28, 29. 

Chàlons (Hugues de), 24. 

Champion, 68. 

Ghardeneux, 13. 

Charles- Alexandre, 113. 

Charles II, 112. 

Charles le Chauve, 17. 

Charles le Gros, 17, 18, 56, 112. 

Charles IV, 

Charles Quint, 112. 

Charlier, 53, 79, 136. 

Charpentier (le), passiin 

Chauanacq, 114. 

Ghayneux, 8. 



Chêne (de), passim. 
Chêne à Han, passim. 
Ghiny, 21, 29, 113. 
Claude, 85. 
Glausse, 63. 
Clausset, 43 et suiv. 
Clavier, 154. 
Clerfve(de), 23. 
Glermont (de), 53. 
Gloze, 66. 
Gobenzl, 113. 
Colla, 55. 
Colle, 55. 
Colette, 67 
CoUignon, 32, 39. 
Gollin, passim. 
Combien, 132, 154. 
Condroz, passim. 
Constance (lac de), 18. 
Coppin (de), 24, 39. 
Corbeau de Montfort, 23. 
Cornay, 30. 
Cornet, 27, 132. 
Cortil (de), 23. 
Croates, 51, 116. 
Crocqz (thier de), 148. 
Gyelle, 154. 

D 

Dachouflfe, passim. 
Dardenne, 107. 
Dauvin, 69. 
Daun (de), 28. 
Defoy, 90. 
Dehesselle, 74, 144. 
Dejosé, 158, 159. 
Deldef, 58 
Delrée, 52. 
Delsemme, 41 . 
Demarteau, 51. 



— 169 — 



Deprez, 50. 
Deroed, 41. 
Désirotte, 50. 
Dezasse, 134. 
Despas, 50. 
Detro, 37. 
Deulin, passim. 
Deviller, 91. 
Devillier, 72. 
Dewarre, 14, 84, 136. 
Didier, 156. 
Dochamps, 154. 
Bonis, 59, 63, 64. 
Dorto, 63. 
Doumal, 64. 
Doupré, 86. 
Drouba, 55, 80. 
Dupont, 40. 

E 

Eignelie, 63. 
Elderen (d'), 67. 
Enalle, 18. 
Emale, 30. 
Erezée, 8. 
Ermesinde, 21. 
Esch-le-Trou, 18. 
Esneux, 153. 
Etalle, 32. 
Etienne, 55. 
Etienne (Saint), 41. 
Everlange (d'), 31. 



Fabri, 32, 33, 103, 161. 
Fabricius, 99. 
Fairon, 116. 
Famenne, 13. 
Falaën, 34. 
Farigoul, 55. 



Favereau (de), 53, ICI, 149, 162. 

Feller, 48. 

Feltesse, 91, 92, 165. 

Feltre, 63. 

Ferdinand II, 51. 

Ferot-sous-My, 17. 

Fiacre, 75. 

Fizenne, 82, 154. 

Flône, 98. 

Fon Barré (du), 157. 

Fornay, 136. 

Fouat, 142. 

Fraipont (de), 23, 27. 

François, 136. 

Fresnes (fosse des), 52. 

Fresnoy, 28. 

Froebel, 91. 

Froidmont, 37. 

Fronville, 3, 5, 40, 52. 

Furstenberg (de), 23. 

G 

Garnier, 73. 
Gaspar, 74, 
Gavroy, 117. 
Geer, 116. 
Gembloux, 115. 
Generet, 32. 
Gengoux, 54. 
Georis N., 41. 
Georis E., 73 et suiv. 
Georlet, 72. 
Gérard (comte), 21. 
Gérard, 51 et suiv. 
Gerlache (de), 1, 24. 
Gille, 53. 
Gilles, 102. 
Gilles (Saint), 115. 
Gillet, 35. 



170 — 



Gilsoul, 88. 
Godillière, 40. 
Qodin, 62, 
Gomins, 80. 
Gosuin, 62. 
Grade, 72, 73. 
Graide, 80, 81. 
Grandhan, passim. 
Grandpré, 21. 
Grand-Ry, 5. 
Grée (de), 63. 
Grégoire, 160. 
Grégoire (pape), 66. 
Grégoire XVI, 110. 
Grignet, 103. 
Grivegnée, 27. 
Grobbendonck, 22. 
Grofay, 39, 70 et suiv. 
Grofay (Marche;, 49. 
Gros-Chêne, 8. . 
Grune (de), 24. 
Guillaume, 41. 
Guillaume I^^ 29, 81, 113. 

H 

Habay, 74, 

Habran, 21. 

Hainaut (Alix de), 20. 

Hallet, 96. 

Halkin, 18. 

Halma, 73, 80. 

Hamal (de), 23, 102. 

Hamoir, 50, 110, 115. 

Hampteau, 40. 

Hardy, 160. 

Ilarzé, 58, 114, 156. 

Hault (de la), 79, 88. 

Ilausman, 40. 

Havelange, 18, 70. 

Haverland, 5, 12, 13, 14, 103. 



Haversiu, 3, 8. 

Haxfle, 24. 

Henri (comte), 20, 21. 

Henri l'Aveugle, 20 

Henri le Blondel, 21. 

Henri VII, 21. 

Hermite (Pierre 1'), 59 et suiv. 

Henroteau, 66. 

Herstal (Pépin d'), 56. 

Henry, 109. 

Hepsée (de), 24. 

Heure, 3, 85, 142. 

Heu ver, 35. 

Heyd, 155. 

Hodister, 143. 

HoUebeeke, 30 

Hollogne, 44, 111. 

Hongrois, 51. 

Hotton, 40. 

Houart, 55. 

Houffalize, 21, 47. 

Hrotmundus, 18, 112. 

Hubert, 142. 

Hubert (Saint), 47. . 

Hubin, 91, 142. 

Huy, passim. 



Izier, 64, 154. 



Jacquemaert (de), 70. 
Jamart, 156. 
Jaspar, 40, 79. 
Jemeppe, 35. 
Joseph II, 112. 
Josse (Golot), 63. 
Jusaine, 155. 
Jupille, 41. 



— 171 



K 

Kertigny (de), 70. 
Kollin, 28. 
Kurth, 17. 

L 

Lahaye, 1, 18. 
Laittres, 2, 24, 26, 28. 
Lambert, 66. 
Lambert (Saint), 40, 149. 
Lambermont, 31. 
Lamock (de la), 24, 27. 
Lampceanus, 67. 
Lardinoy, 23, 30. 
Larmont, 15, 16, 17. 
Laroche, 21, 22. 
Lavacherie, 74. 
Lecomte, 6, 51, etc. 
Lecresse, 114. 
Legrand, 44, 72. 
Lemede (de). 61, 157. 
Leuze (de), 20, 22, 51. 
Leysin, 8. 
Lhoneux, 77. 
Liège, passim. 
Lierneux, 17. 
Lieux-dits, 9, 11, 79, 80. 
Lirihet, 103. 
Lipsin, 109, 114. 
Lisogne (de), 23. 
Lohest, 5. 
Longpré, 63. 
Longrée (de), 161. 
Longueville, 68, 85. 
Losé, 63. 
Losseau, 71. 
Lothaire II, 17. 
Lotharingie, 17. 
Louis le Débonnaire, 17. 
Louis le Germanique, 17. 



Louis III. 

Louis XVI, 112, 114. 
Louis XV, 114. 
Louis XVI. 
Lowendhal, 117. 
Lustnau, 18. 
Luxembourg, passim. 

M 

Maestricht, 6, 28, 40, 41, 116. 

Maffe, 142. 

Malempré, 46. 

Malemprez, 137. 

Malines (Conseil de), 66. 

Malmédy, 40, 41. 

Malonne, 91. 

Mande-St-Etienne, 14. 

Manderscheid (Evrard de), 64, 65, 67 

Marche, passim. 

Marchin (de), 24 

Marck (de la), 22. 

Marcour, 14, 40, 49, 53, 155. 

Maréchal, 48, 51, 53, 55, etc. 

Marenne, 102. 

Marguerite (Sainte), passim. 

Marie-Elisabeth, 48, 113. 

Marie-Thérèse, 46, 82, 112, 113, 115. 

Mariembourg, 6. 

Marteau (le), jadis paroisse 

d'Eneille, 116, 165. 
Marteau (du), 145. 
Martin, 157. 
Martiny, 39, 156. 
Massar, 41, 136. 
Matagne, 6. 
Mathei, 41. 
Maubeuge, 29, 30. 
Mauclet, 43 et suiv. 
Maximin (Saint), 47. 



— 172 



Mazy, 115. 
Méan, 67, 155. 
Meeffe, 62. 
Méhaigne, 116. 
Melreux, 3, 40. 58, 110. 
Mérovingiens, 16, 148. 
Metz (Antoine de), 64. 
Meuse, 7, 11, 28. 
Michel, 55, 71. 
Mineckwitz, 80. 
Modave, 55,. 60. 
Moges (de), 23. 
Molin (de), 51. 
Monceau (du), 103. 
Moïiis, 113. 
Mons, 11. 
Mont, 28. 
Montaigle, 24. 
Monlaigu (Gonon de), 58. 
Mont-blanc, 8. 
Mont-Cassin, 17. 
Monte Fiascone, 143. 
Monteuville, 3, 40, 50. 
Montgauthier, 27. 
Molrville, 53. 
Monet, 66. 
Morville, 24 
Mourlon, 5. 
Mouton (le), 55. 
Munster, 47. 

N 

Namur, passioi. 
Namur (Conseil de), 66. 
Nandren, 154. 
Naomé, 80, 81. 
Napoléon I^^ 81. 
Nassogne, 8, 
Neipperg, 115. 
Neumoustier, passim. 



Neuville, 62. 

Nihoul, 67. 

Nivelles, 71. 

Noirlieu (Martin de), 90. 

iNfoiseux, passim. 

Ny, 1.54. 

O 

Oberaramergau, 149. 
Ochain (d'), 20, 21. 
Ocquier, 57, 86, 115, 164. 
Odeigne, 17. 
Ofiermans, 63. 
Opont, 80. 
Oppagne, 13. 
Oreye, 160. 
Orgeo (d'), 66. 
Ortho (d'), 88. 
Orval, 46, 60. 
Ouffet, passim. 
Ourthe, passim. 



Pan (dieu), 14, 56, 148. 
Pandoures, 116. 
Parmentier, 85. 
Patron, 71, 72. 
Paul III, 63. 
Peduzy, 32. 
Périlleux, 67. 
Perwez, 65. 
Petite Noiseux, passim. 
Petite Somme, passim. 
Petithan, passim. 
Philippe II, 112. 
Philippe IV, 112. 
Phisen, 64. 
Pie VII, 18. 



173 



PieX. 

Pierreux (de), 49, 67, 137, 139. 

Pierrette, 67. 

Piot, 28. 

Pirard, passim. 

Pire, 51 et suiv. 

Pirlot, 161. 

Pirlottin, 55. 

Piron, 26, 69. 

Pirotton, 55. 

Polonais, 51. 

Poncelet, 79, 145. 

Ponsart, passim. 

Ponthière, 13. 

Ponthoz, 28, 115. 

Ponty (de), 61. 

Porcheresse, 55, 70, 80, 112. 

Pouilly (de), 30, 31. 

Prémont, 74 et suiv. 

Prez (de), 27, 93, 114, 132. 

Prié, 117. 

Prusse (roi de), 113, 114. 



Quirin, 55. 



Q 



R 



RandoUet, 8, 73 et suiv. 
Rasquin, 55. 
Reculemont, 39. 
Reims, 14. 
Remacle, 136. 
Remacle (Saint), 98. 
Remy (Saint), 98. 
Renauld, 89. 

Rendeux, 40, 45, 58, 108. 
Renesse (de), 23. 
Reppe (de), 24. 
Reul(de),57. 
Rietstap, 55. 



Rifflart, 150. 
Riga, 17. 
Rivage, 17. 
Rivière, 12. 
Roch (Saint), 8. 
Roche fort, 28. 
Rock (thier de), 15. 
Roland, 18, 90. 
Rome, 161. 
Rondeau, 36 à 53 
Rondelet, 50. 
Ronchamps, 69. 
Rossignon, 85, 91. 
Rottembourg, 114. 
Rousseau, 85, 
Russon, 98. 

S 

Saive, 35. 

Saint-Martin, 158, 159. 
Saint-Omer, 143. 
Saint Trond, 159. 
Salm, 117. 
Sambre, 11. 
Samrée, 8. 
Sart (du), 23. 
Saulcy (de), 23. 
Sauvage, 40. 
Savon (Ry de), 69. 
Schetz, 22. 
Schmit, 91. 
Senzeilles, 6. 
Servais, 44, 134. 
Schaepen, 41. 
Schweidnitz, 28. 
Scion, 53. 
Scy, 154. 
Seny, 161. 
Seraing, 60. 
Seroux, 161. 



— 174 — 



Sigolin (saint), 57. 
Sohey, 23, 66. 
Somme-Leiize, 3, 6, 36. 
Soinine le temple, 136, 154. 
Sourdants, 5. 
Soy, U. 
Spic, 74. 
Spyckers, 40. 
Statte, 72. 
Stavelot, 17, 56. 
Stiennon (de), 27, 110. 
Stockem (de), 85. 
Strey, 154. 
Sftre (la), 18. 



Terwagne, 60, 73, 157. 

Thiry, 39, 74, 110, 138. 

Thisus, 41. 

Thyes, 51. 

Thomas, 76. 

Thuin. 161. 

Tihon, 62. 

Tilfl, 8. 

Tilleur, 149. 

Tinlot (de), 157, 

Tixhon, 65, 66. 

Tohogne, 49,57. 68, 142, 154. 

Tongres, 13, 15. 56. 

Toussaint, 51. 

Trêves, 14, 56. 

Tî'évires, 13 

Trina (de), 51. 

Troisfontaines, 60 

Tronleux, 5. 



U 



Unalia, 17, 18. 
Ursel (d';, 22. 



Utrecht, 117. 



Van Breusse, 143. 

Van der Straten, 24, 81, 87 

Van Eyll, 30. 

Vannérus, 21, 52. 

Varlet, 110. 

Vaudemonl,23. 

Vaux, 24, 28, 164. 

Verhagen, 147. 

Verbrùck, 144. 

Verhouter (de), 41. 

Vervy, 23. 

Vescoven, 136. 

Vienne, 112. 

Vierset, 28, 62, 154. 

Ville, 30, 67. 

Villemont (Ry de), 5. 

Viilers (de), 67. 

Villers le Bouillet, 60, 62. 

Viilers le Temple, 154. 

Vinaimont, 114, 115. 

Vincent, 108. 

Virnembourg, 22. 

Vivario(de), 27. 

W 

Walia (de), 159. 
Waillimont, 24. 
Wallay, passim. 
Walyn (de), 23. 
Warnant, 66. 
Warny, 41, 55. 
Waroux, 23. 
Wastefale (de), 23. 
Wattry, 83. 
Wenceslas 1^\ 21. 



175 



Wéris, 13, 57. 
Werpin, 40. 
Wilmotte, 101. 
Wittry (de), 24, 29. 
Wurtemberg, 28. 

X 

Xhoce (de), 20, 23, 26. 



Yernaux, 17 



Ziltau, 28 
Zobel, 137. 
Zoude, 81. 



ERRATA. 



de Hespée, lisez : de Hepsée, p. 26. 



Laittre, « 

Classet, » 

sancta, » 

nascente, " 

succédées, » 

culturelles, » 



Laittres, p. 2, 24, 26, 28. 
Glausset, p. 44. note, 
singula, p. 103. 
natum, p. 103. 
succédé, p. 140. 
cultuelles, p. 144. 



177 — 



Table des Matières. 



Sources et bibliographie 

Chapitre I. Topographie. — Ghemins, hameaux et lieux-dits . 

Chapitre II. Epoque préhistorique. Les silex d'Eneille. 

Chapitre III. Epoque romaine, époque franque. Rlymologie . 

Chapitre IV. La seigneurie d'Eneille. Les seigneurs. Les droits 
seigneuriaux 

Chapitre V. La Cour de Justice. Le mayeur et les échevins. Le 
greffier et le sergent 

Chapitre VI. La communauté Les plaids généraux Le mayeur, 
les échevins, les centeniers, les sergents. — Les 
charges publiques. Les revenus et les biens com- 
munaux. Régime administratif. Ancienne popu- 
lation : les manants d'Eneille, les notables . 

Chapitre VII. La paroisse. Les origines. La Patronne. L'ancienne 
division ecclésiastique. La collation de la cure et 
l'abbaye de Neufmoustier. — Les curés d'Eneille. 
La cure, ses revenus et ses charges. La maison 
pastorale. Les vicaires-marguilliers. Les écoles 
paroissiales et communales. L'église Ste-Margue- 
rite. Le mobilier. La Fabrique .... 

Chapitre VIII. La vie politique. Institutions civiles, judiciaires, fis- 
cales. Le placet et les deux pouvoirs. Les faits 
de guerre .... ... 

Chapitre IX. La vie sociale. Langage. Mœurs et coutumes 

Chapitre X. La vie religieuse 

Epilogue 

Appendice 

Table onomastique 



PAGES 

1-2 

3 

11 

13 

"20 

37 



43 



56 

112 

118 

140 
150 
155 
167 



ll^i 



178 



PLANCHES 



Vallée (le l'Ourthe devant Eneille . . . . 

L'Ourthe à Eneille 

Trois silex de la station néolithique du thiei' de Base. 

Le Dolmen de Wéris 

Le Pont et le Gué du Moulin 

La ville de Durbuy 

Petite Eneille. — Le château 

Armes des Fabri 

" Capitaine 

Tombe de Henri de Brialmont et d'Anne d'Ochain . 

Le Bois d'Eneille 

Grande Eneille. — Vieille maison de style liégeois . 

Tombeau de Pierre l'Hermite . . . 

Le château de Neufmoustier ..... 

Le Presbytère actuel de Grande-Eneille . 

Grande-Eneilie. — Le presbytère, l'église St.e-Marguei'ite et réc( 

Le Porche de l'église de Grande Eneille . 

Ancienne croix du cimetière encastrée dans la toui' de l'église 

L'expositorium t)uvert et les anges adorateurs . 

L'intérieur de l'église de Grande Eneille 

» « vue prise du jubé 



La Ste- Vierge 



Burettes et Plateau du XVIIF siècle 
La Grédence . . . . • 
La Cuve baptismale . 
Tète d'angle de la cuve baptismale 
Le Baptistère .... 
Ange adorateur du Tabernacle. 

Les Fonts baptismaux 
Groupe de cultivateurs 
Grande Eneille. — Le Centre . 
Rentrée du bois d'adouage 
Les Rogations .... 



île 



PAGES 
1 

4 

12 

12 

14 

20 

32 

33 

33 

35 

38 

56 

60 

62 

86 

87 

92 

96 

97 

98 

99 

100 

lUl 

101 

102 

103 

104 

106 

107 

111 

132 

133 

135 

143 



TINTIGNY 

PENDANT LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE 



ET SOUS 



LA DOMINATION FRANÇAISE 



AVANT- PROPOS 



La tourmente révolutionnaire qui éclata en France en 
1789 et qui ne tarda pas à s'étendre à toute l'Europe occi- 
dentale, ne date guère que d'un siècle, et, cependant, le 
souvenir des horreurs et des désordres qu'elle suscita dans 
nos villages, particulièrement à ses débuts, y est pour 
ainsi dire perdu parmi le peuple. 

Quelques faits particuliers, quelque dramatique histoire 
sont bien rappelés encore dans les récits bien souvent 
incohérents qui se font au coin du feu pendant les longues 
veillées de l'hiver ; mais ces faits, presque toujours déna- 
turés par une tradition peu soucieuse d'exactitude, sont 
passés du domaine de l'histoire dans celui de la légende 
et ne présentent plus aujourd'hui qu'une valeur histori- 
que tout à fait relative. 

Il est infiniment regrettable que chaque village n'ait 
point alors possédé quelque Blanchart, chroniqueur et 

12 



— 180 — 

annaliste, qui eût enregistré jour par jour tous les faits qui 
se seraient déroulés sous ses yeux dans sa localité. 

Quel puissant attrait un tel journal n'offrirait-il pas 
aujourd'hui ! Avec quelle avidité et quel intérêt, petits et 
grands en feraient la lecture ! 

Mais dans le trouble profond où furent jetées nos paisibles 
populations, au milieu des pillages, des massacres et des 
vexations de toutes sortes qui les accablèrent, il ne vint 
à personne l'idée de noter les actes odieux perpétrés jour- 
nellement dans nos villages par la soldatesque étrangère et 
par les agents rapaces auxquels notre malheureux pays 
servit trop longtemps de proie facile et résignée. 

Certes, beaucoup de personnes connaissent aujourd'hui 
la suite des faits généraux qui ont marqué la domination 
française dans notre pays, mais bien rares sont celles qui 
possèdent l'histoire particulière de leur localité pendant 
cette période. 

Une véritable bonne fortune m'a mis entre les mains 
toutes les pièces émanées de l'administration communale 
de Tintigny, à l'occasion de ses rapports avec les envahis- 
seurs, ainsi que les actes et arrêtés, correspondances, etc., 
des autorités françaises, tant militaires que civiles, pendant 
la période qui s'étend depuis les premières invasions des 
révolutionnaires dans notre province, jusqu'à la chute de 
l'empire napoléonien et la réunion de notre pays à la 
Hollande. (1) 

Il m'a paru qu'il ne serait pas sans intérêt de dresser, 
au moyen de ces documents, un tableau fidèle de la suite 
des faits qui se sont produits à Tintigny pendant l'une 
des périodes les plus mouvementées de son histoire. 

A vrai dire, s'il ne s'était agi que de cette commune 
exclusivement, peut-être eussé-je hésité à faire ce travail. 

Mais tous les faits généraux, tous les actes administra- 
tifs, toutes les réquisitions injustes et ruineuses qui mar- 

(1) Toutes ces pièces reposent aux archives de l'Etat, à Arlon, et m'ont été obli- 
geamment communiquées par M. l'arcliiviste Mîcliaëlis, 



— 181 — 

quèrent les premières années de l'invasion française, s' étant 
produits en même temps et de la même façon dans tous 
nos villages ; le même système de pillages, de violences et 
de vexations de toutes sortes ayant sévi partout avec la 
même impitoyable rigueur, chaque commune trouvera 
dans ce récit l'historique de ce qui s'est passé chez elle à la 
même époque et aux mêmes dates ; l'histoire de l'une sera 
l'histoire de toutes les autres ; car aucune d'elles, dans le 
Luxembourg méridional surtout, n'échappa aux fureurs 
de l'invasion et à ses tristes suites. 

Au moment où les hordes républicaines franchirent pour 
la première fois les frontières du Luxembourg, Tintigny 
dépendait de la seigneurie de Yillemont, dont il était le 
chef-lieu. Cette ancienne et importante circonscription féo- 
dale comprenait également les villages de Breuvanne et 
d'Ansart, qui formaient en ce temps-là des communautés 
ou mairies distinctes ; ceux de Han et de Poncelle cons- 
tituaient avec Tintigny, la mairie de ce nom. 

La juridiction de Villemont s'exerçait en outre sur les 
communautés de Bellefontaine-Lahage et de Saint-Vin- 
cent-Rawez, et s'étendait ainsi sur un territoire de plus 
de 6000 hectares. 

Ce riche domaine était alors possédé par la puissante 
famille de Trazegnies, dont l'un des membres, le comte 
Maximilien-Richard de Trazegnies, colonel pensionné de 
cavalerie au service de S. M. I. et R., âgé et célibataire, 
habitait le château avec une domesticité assez restreinte (1), 
et y vivait retiré, taciturne et un peu farouche. 

Villemont possédait la haute, la moyenne et la basse 
justice. L'autorité administrative et judiciaire y était exer- 
cée par un tribunal composé de quatre juges ordinaires, 
inamovibles, et de plusieurs féodaux ou juges féodaux. 



(1) C'étaient Barbe Changi, François et Anne Nennig, frère et sœur, originaires de 
Bruges. Anne Nennig épousa Nicolas Sindic, natif de Strainchamps, et meunier au 
moulin de Tintigny, lez ViUemont. 



— 182 _ 

Ces derniers étaient des feudataires relevant des seigneurs 
de Villeniont en raison des fiefs qu'ils possédaient. 

L'un des juges ordinaires avait le titre d'officier de Vil- 
Icinont et remplissait les fonctions de chef-juge et d'accusa- 
teur ou de ministère public. Il saisissait le tribunal des 
délits relevés dans l'étendue de la juridiction et poursui- 
vait les accusés devant les juges. 

Les juges ordinaires siégeaient en permanence et 
jugaient les affaires de peu d'importance. Les féodaux 
étaient convoqués pour les causes criminelles et celles 
impliquant u chastoy corporel, mort, fustigation, mutilation 
de membre ou bannissement. )> 

Une autre institution remarquable fonctionnait parallè- 
lement à la justice seigneuriale ; c'était le corps des 
masuyers ou justice des masuyers. 

De même que le collège municipal régissant les commu- 
nautés d'habitants, cette institution comprenait un maïeur, 
un lieutemmi maïeur, cinq échevins, un clerc-juré ou greffier 
et un sergent. 

La justice des masuyers avait pour mission de veiller, 
dans chacun des villages de la seigneurie, aux intérêts 
du maître, de dénoncer ou réprimer les infractions et délits 
qui étaient de nature à porter atteinte à ses droits. 

Dans le temps où la Révolution commençait à jeter le 
trouble dans nos villages, c'est-à-dire en l'année 1793, le 
tribunal de Villemont était ainsi composé : 

Adrien Goffinet, officier, chef-juge, notaire, procureur 
et haut mayeur de la seigneurie, né aux Bulles, le 10 jan- 
vier 1763, demeurant à Tintigny ; 

Jacques Hénoumont, facteur du fourneau de Rawez ; 

J. B. de Prouvy, seigneur en partie du Ménil, y résidant ; 

Joseph Magnette, d'Etalle ; 

Henri-Philippe Henry, greffier et receveur de la sei- 
gneurie, demeurant à Tintigny ; 



— 183 — 

Philippe Rossignon, sergent d'office, aussi de Tin- 
tigny. 

Ce tribunal continua à fonctionner, au moins jusque 
dans le courant de l'année 1794, comme en témoignent 
quelques causes assez curieuses qui y furent encore jugées 
dans les premiers mois de cette année. 

L'anarchie marque ensuite la transition entre cette épo- 
que et l'établissement des justices de paix, au mois 
d'août 1795. 

* 
* * 

Le 20 avril 1792, la France déclarait la guerre à l'Autri- 
che, qui venait de lancer V ultimatum devenu désormais 
historique. 

Le plan de campagne, élaboré par Dumouriez, avait pour 
base cette vue dominante: «La France ne doit s'acharner 
« politiquement qu'à un seul ennemi, qu'à l'Autriche, pour 
« lui ravir les Pays-Bas, remplis de mécontents et à la por- 
« tée de la France, conquête qui, ajoutant à ses forces mo- 
« raies et matérielles, formera ainsi le premier nœud de 
« l'alliance des peuples contre les rois. » 

Les hostilités commencent au mois d'août ; les Prussiens 
sont les premiers soldats que voient nos villages. Quoique 
alliés de V Autriche, ils y commettent, en passant pour 
aller porter la guerre en France, force déprédations de 
toutes sortes. Le 14 août ils s'emparent de Longwy ; ils 
bombardent ensuite Verdun qui capitule, mais vont se 
faire battre par Dumouriez, à Valmy, le 20 septembre. 
Après cette défaite, ils rebroussent chemin pour rentrer en 
Allemagne. Ils repassent, en majeure partie, par le Luxem- 
bourg, et semblent vouloir s'y venger, sur de paisibles 
populations, de leur récente défaite. 

« Ils y ont marché, disent les Etats dans leurs rapports, 
« plutôt en ennemis qu'en alliés, sans ordre ni disciphne, 
« pillant et enlevant aux habitants tous les meubles, bé- 
« tail et vivres qu'ils ont pu trouver et emporter. 



— 181 — 

« ]\Iais une dévastation plus générale et plus cruelle 
u encore était réservée à la fureur des factieux français ; 
u ils ont commencé à l'exercer dans tous les districts des 
u frontières de la partie méridionale de cette province, où 
' ils ont pillé tout ce que les habitants possédaient en 
u meubles et elTets, et ceux qu'ils n'ont pu enlever, ils les 
« ont fracassés, de même que les portes et fenêtres des mai- 
ce sons, ainsi que d'autres parties d'une destruction aisée 
« et de peu de durée, ce qu'ils n'ont pas exécuté sans faire 
« soulTrir aux pauvres habitants qui tombaient sous leurs 
a mains, les outrages les plus inhumains. » 

Tel sera l'état déplorable des cantons méridionaux du 
Luxembourg pendant les années 1793 et 1794, jusqu'à ce 
qu'enfin, la bataille de Fleurus, gagnée par les Français 
le 26 juin 1794, plaçant définitivement notre pays sous leur 
domination, ils y établiront un semblant d'administration 
régulière, qui ramènera un peu d'ordre et de tranquillité 
parmi les malheureuses populations traquées sans pitié et 
ruinées sans merci durant ces deux cruelles années. 

Comme au cours des siècles précédents, la partie de 
notre province la plus voisine de la France fut encore 
cette fois-ci la principale victime d'une lutte implacable et 
acharnée entre les deux pays. L'été de 1792 vit les premières 
violations d.e notre territoire par les hordes révolutionnai- 
res, surgissant depuis lors sans cesse et à l'improviste, 
souvent la nuit, des forteresses assises sur notre frontière, 
Longwy, Montmédy, Sedan. 

Des troupes de pillards avides de désordres et de vio- 
lences, les accompagnent et se livrent aux pires excès, 
volant, incendiant et massacrant tout sur leur passage. 
L'anarchie est complète, il n'y a plus d'autorité. A l'appro- 
che de ces nouveaux Vandales, les habitants éperdus, 
affolés, fuient au plus profond des bois, entraînant avec eux 
leurs troupeaux et emportant ce qu'ils ont de plus précieux. 
Ils s'y tiennent cachés aussi longtemps qu'est signalée la 
présence de leurs inhumains ennemis, et ils ne rentrent 
dans leurs demeures dévastées que pour les fuir bientôt 
encore. 



— 185 — 

Des engagements continuels ont lieu entre les troupes 
autrichiennes venant de la direction d'Orval et de la wSoye, 
harcelées sans reJâche par les sans-culottes que la victoire, 
par une sorte d'amère dérision, favorise presque continuel- 
lement. A leur arrivée dans les vihages, ils les trouvent dé- 
serts ; ils pillent, détruisent et incendient à plaisir ; ensuite, 
pareils à un torrent dévastateur, ils s'avancent plus loin en 
poursuivant leurs cruelles et odieuses dévastations. 



Il m'a paru utile, pour l'intelligence de ce qui va suivre, 
de donner d'abord, en manière de préface, les quelques 
indications préliminaires qui précèdent. 

Cela dit, j'aborde sans autre préambule, ce qui doit faire 
l'objet de cette notice, c'est-à-dire l'histoire de Tintigny 
pendant la période révolutionnaire et sous la domination 
française. 

J'en retracerai les diverses péripéties sous forme de jour- 
nal ; c'est celle qui me paraît le mieux appropriée à cette 
matière, parce qu'elle offre l'avantage de pouvoir présenter 
dans l'ordre le plus logique, la succession des faits qui se 
sont déroulés dans nos villages pendant la période de 
vingt années que dura le régime français, successivement 
anarchique, républicain et monarchique. 

Je rapporterai d'abord quelques faits locaux qui se 
sont produits pendant les années de la période révolution- 
naire antérieure à 1794, époque à laquelle prennent cours 
les documents qu'il m'a été donné de consulter. 



— 186 — 

1789 

Lorsque la Révolution éclate en France, tout est en état normal, et la 
(laix rèi^no à Tintii^ny, sous l'adminislraLion seigneuriale et assez débonnaire 
(le Villenionl. 

L'agriculture est l'occupation principale de la population. Tous les pou- 
voirs fraternisent. Le maire est Gérard Drême et son lieutenant, Henri 
Hésibois. La paroisse a pour curé J.-H.-J. Duchemin, natif de Nadrin 
(Wibrin), en fonctions depuis 1770 ; il est secondé par un vicaire, Nicolas 
Simon, déjà mentionné comme occupant cette charge en 1749. 

L'instruction primaire y est donnée par un instituteur, Henri-Joseph 
Guillaume. 

Le bénéfice de Saint-Michel, en la chapelle seigneuriale, à côté du chœur de 
l'église, fondé en partie par noble dame Bonne d'Ongnies, dame de Ville- 
mont, en 1608, et en partie par noble dame Anne-François de Mérode, com- 
tesse de Lannoy et dame de Villemont, en 1691, est détenu par Jacques 
Bonnerue, natif de Tintigny, prêtre curé de Rouvroy et définiteur du décanat 
rural de Longuyon ; un autre bénéfice, celui de l'autel Ste-Anne, a pour 
titulaire l'abbé F.-J. Lepeucq. 

Sont mentionnés encore en 1789 : 

Sire Charles GolTin, prêtre de Tintigny, où il était né, dit l'auteur de 
V Histoire de Sainte-Marie, en 1761. Un peu plus tard, il est vicaire à Etalle, 
et, en 1805, curé à Ste-Marie. Il prit sa retraite en 1829, et se retira dans sa 
famille, à Tintigny, où il mourut le 16 juillet 1834. 

Le sieur Pierre Boly, demeurant à Tintigny, est chirurgien-juré de la 
Seigneurie de Villemont. 

Le 30 mars, mourut Joseph Rossignon, prêtre, natif de Tintigny, y rési- 
dant, ex-jésuite. 

Le 28 mai, naissance de Anne- Joséphine- Juhe, fille de Adrien Gcffinet, 
notaire et officier de la seigneurie de Villemont, et de Marie-Bernardine 
Tinant, son épouse, demeurant ensemble à Tintigny. 



1790 

Le 17 août, décès à Tintigny, du sieur Henri Henry, officier de la sei- 
gneurie du Ménil et juge en plusieurs seigneuries. 

Le 25 octobre, naissance à Breuvanne de Eléonore-Henriette Josèphe, 
fille de Jean-Baptiste de Prouvy, écuyer, ancien officier au service de S. M. 
I. et R., et de M°ie Louise Martine de Saintignon, résidant ensemble au dit 
Breuvanne. Parr. : Claude-Nicolas de Prouw, officier au service de France, 



— 187 — 

représenté par Henri Lambert-Joseph de Prouvy, résidant à Breuvanne ; 
marr. : M°ie Catherine-Marguerite- Victoire de Jacque, dite Rosière, demeu- 
rant à Tintigny. 

Le 16 décembre, naissance à Tintigny, de Henri-Phihppe, fils de Jean- 
François Guillaume, avocat, et de Marie- Jeannne Mahillon. Parr. : Henri- 
Philippe Henry, greffier et receveur de la seigneurie de Villemont. 

Le 29 décembre, décès à Tintigny, de sire Nicolas Simon, prêtre-vicaire de 
la paroisse. 

1791 

Le 12 février, naissance de Philippe, fils légitime de Henri-Philippe Henry, 
greffier et receveur de la seigneurie de Villemont. 

Le 22 février, naissance de Jean-Baptiste-Charles-Chrétien, fils du sieur 
Adrien Goffînet, notaire et officier de Villemont. 

Le curé Duchemin écrit le 6 septembre : il m'a été produit une lettre 
signée de M. le comte de Clauwez, lieutenant-colonel au service de S. 
M. L et R., datée du camp de Brahorva, en Servie, du 7 juin 1790, qui 
annonce à M^e d'Avelaing, résidant à Bellefontaine, la mort de l'un de ses 
fils, qu'elle m'a dit être Charles d'Avelaing, enseigne (1) dans ce régiment. 

En cette année 1791, les habitants d'Ansart se trouvèrent dans l'obliga- 
tion, par ordre de « Messieurs les Députés des Etats de la province », de 
construire un nouveau chemin allant d'Ansart à Tintigny et suivant une 
nouvelle direction tracée par un piqueur (2) désigné à cette fin, par le Con- 
seil provincial. 

L'ancien chemin, la voie toute primitive reliant les deux villages, parvenait 
au lieu de Gravière par un long détour. Cet ancien chemin est figuré aujour- 
d'hui par une prairie demi-circulaire, longue de plusieurs centaines de mètres 
et d'une largeur moyenne seulement d'une vingtaine, commençant à l'entrée 
du village d'Ansart et aboutissant k Gravière. La route actuelle, construite en 
ligne droite, représente à peu près le diamètre ou la corde du demi-cercle 
que forme cette prairie, et a réduit par conséquent d'un tiers environ la 
distance d'Ansart à Gravière. En ce dernier endroit prenait naissance un 
bras de dérivation de la Semois, se dirigeant en hgne droite, cà travers les 
prairies, jusqu'en amont de Breuvanne. Le lit de cette sorte de canal est 
encore parfaitement visible sur toute son étendue, de Gravière à Breuvanne. 
Un pont était donc indispensable à l'endroit où le chemin d'Ansart à Tinti- 
gny franchissait ce bras de la Semois, et il y en existait alors un en bois, 
appelé le pont de Gravière, nom ^"^lequel ce lieu dit est encore parfois dési- 
gné aujourd'hui. 



(1) Degré de la hiérarchie militaire correspondant au grade moderne de sous- 
lieutenant. 

(2) Adjoint à un conducteur des ponts et chaussées. 



— 188 _ 

.le rapporterai ici, à titre (locumeiilaire, les principaux points de la coii- 
venlioii inlerveiuie entre la comniunaulé d'Ansart et les entrepreneurs de 
la route ; elle renferme des données très-curieuses sur les procédés de cons- 
truction des chemins vicinaux employés à cette époque, sur le temps que 
l'on y consacrait, et aussi parce qu'elle précise les nombreux changements 
opérés depuis lors dans la configuration des lieux, entre Ansart etTintigny. 

Cette pièce débutait de la manière suivante : 

« Cejourd'hui, vingt trois novembre mil sept cent quatre-vingt et onze, 
par devant moi (1) notaire royal de la résidence de Tintigny soussigné, et 

en présence sont comparus les communs habitants de 

la mairie d'Ansart dûment convoqués et vinagèrement assemblés au lieu 
et de la manière ordinaire et accoutumée, lesquels ont dit que par ordre de 
Messieurs les Députés des Etats de cette prrvince, ils seraient chargés de la 
construction d'un nouveau chemin allant d'Ansart à Tintigny et passant 
par une nouvelle direction leur désignée par le piqueur Mangin de. Luxem- 
bourg, contenant trois cent-cinquante toises environ, c'tst-à-diie depuis la 
levée qui aboutit au pont de Gravière jusqu'au piquet qui se trouve planté 
vis-à-vis la maison de ferme du sieur de Jacque de Tintigny et où réside le 
nommé George Henry » 

Après quelques détails sur les préliminaires qui ont abouti à la résolution 
prise par les Etats, les formalités d'affichage et d'adjudication, le document 
continue ainsi : 

« S'ils avaient été obligés d'agréer le prix de l'adjudication, ils auraient 
dû payer quarante-huit sols de chaque toise ; mais comme au moyen de ce 
nouveau chemin, l'ancien qui faisait le tour au Bie (2) devient inutile ; ils 
ont résolu de céder ledit ancien chemin aux entrepreneurs, ainsi que le che- 
min des morts,' qui devient aussi inutile ; ce qui a été accepté par Vincent 
Rion de Tintigny, Jacques Iker et Henri- Joseph Halbardier, du dit Ansart, 
ici présents et acceptant, savoir qu'ils se chargent et s'obligent à cons- 
truire le nouveau chemin, à commencer jusqu'à , de la 

largeur de trente-deux pieds de Saint-Lambert, avec deux fossés aux côtés, 
de la largeur de chacun quatre pieds, en diminuant dans le fond ; qu'ils élève- 
ront ce chemin à la hauteur des piquets qui ont été plantés par le piqueur 
Hulsier, qu'ils chargeront le dit chemin de bons graviers à la largeur de 
seize pieds et à la hauteur (épaisseur) de dix-huit pouces dans le milieu du 
chemin et de neuf pouces sur les côtés ; qu'ils feront et construiront deux 
murs en chaux et sur iceux poseront un pont en bois au lieu dit au pont de 
Gravière, et ce, à la hauteur de l'ancienne chaussée qui aboutit au dit pont, 
duquel ils répondront pendant une année ; que les dits acceptants rendront 
le dit chemin parfait et recevable au gré de l'ofTicier de la seigneurie de 



(1) Adrien Gofflnet. 

(2) Lieu dit situé sur la rive droite de la Rulles et de la Semois, vers leur confluent, 
et où il n'y a que des prairies. Doit ce nom au voisinage des deux cours d'eau. 



— 189 — 

Villemont, et ce au plus tard dans trois années (!) c'est-à-dire un tiers du dit 
chemin cliaque année. 

(( Pour et en contre change de quoi que les dits entrepreneurs 

indemniseront les particuliers sur les héritages desquels le dit nouveau 
chemin aura sa direction, et qu'ils rendront à la dite communauté un louis 
d'or neuf ; et parmi aussi que les dits entrepreneurs laisseront un passage 
libre par l'ancien chemin, du côté d'Ansart, tant pour la sortie des foins des 
prairies situées au lieu dit au Bie que pour le pâturage du bétail des parti- 
culiers propriétaires des dites prairies, et qu'après le quinze octobre de 
chaque année, ils laisseront le dit ancien chemin au vain pâturage, sans 
pouvoir préteiidre aucune indemnité ; conditionné ainsi que les dits che- 
mins ; conditionné encore que la communauté fournira aux 

entrepreneurs tous les bois nécessaires pour la construction du nouveau pont 
de Graviére, parmi cependant qu'on emploiera avant tout les bois du vieux 

pont de Graviére, et malgré qu'il soit dit ci-devant Consentant les 

parties à la réalisation des présentes. 

« Ainsi fait et passé au dit Ansart en présence de Henri Joseph et Nicolas 
Renauld, tous deux jeunes hommes résidant au dit lieu, qui comme té- 
moins à ce requis, ont signé avec les comparants et moi notaire, lecture 
faite. 

'( Sont signés : Jean- Joseph Gardien, centenier ; Joseph Renauld, 
maire ; Jean - Nicolas, échevin ; Jacques Harquin ; Jean - Nicolas 
Renauld ; Guillaume Iker ; la marque de Nicolas Debray ; Alexandre 
Magin ; Jean-Joseph Tinturier ; Jean Nicolas, le jeune ; la marque de 
Joseph Halbardier ; N. Rion ; H.-J. Halbardier, avec paraphe ; J. Iker, 
Henri-Joseph Renauld ; Nicolas Renauld, et A. Goffînet, notaire, avec 
trait de plume. 

Suit la réalisation. 

« Soit réalisé. Tintigny, le 2 décembre 1791. 

« Était signé : A. Goffînet, avec traits de plume. » 

Cette route, de si minime étendue, subit de nombreuses vicissitudes 
pendant le long temps que dura sa construction ; la réception définitive 
n'en fut faite que dix-huit ans plus tard, en 1809 ! 



1792 



ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Avril. — Premières hostilités. Deux divisions françaises pénètrent 
dans le Hainaut et s'avancent vers Mons et Tournai. Echec complet. * 

24 août. — Bataille de Valmy. Défaite des Prussiens. 



— l^^O — 

Septembre. — Dumouricz s'avance contre les Pays-Bas autrichiens à 
la lèle (le Vannée de BcUjunu', de Valenciennes sur Mons, étant appuyé : 
à droite par l'année des Ardennes, de Givet sur Naraur, et à gauche, par 
l'iuinée du Xord, de Lille sur Tournay. 

Le due de Saxe-Teschen el deux généraux belges, Clerfayt et Reaulieu 
défendent nos provinces. 

(). novembre. — Ils sont battus à Jemappes, et en moins d'un mois, les 
iM'ançais conquièrent la Belgique entière et forcent les Autrichiens à se 
retirer jusque derrière la Hoer. 

ÉPHÉMÉRIDES ADMINISTRATIVES. 

20 SEPTEMBRE. — ' La Couvention nationale succède à l'Assemblée 
législative. 

V'^ séance : al^olition de la royauté, proclamation de la République. 

15 déeemhre. — La Convention adopte un décret prescrivant aux géné- 
raux de gouverner militairement le pays conquis, de dissoudre toutes les 
anciennes autorités, de mettre sous le séquestre les biens des nobles, des 
églises et des communautés. 

Des agents de la Convention se partagent notre pays et forcent les habi- 
tants à coups de sabre et de fusil, de demander leur agrégation à la Répu- 
blique française ; le pays entier est mis au pillage. 

FAITS LOCAUX. 

21 avril. — Décès de Pierre Boày, chirurgien-juré de la seigneurie de 
Villemont. ~ 

9 mai. — Naissance de Louis-Constant Désiré, fils du sieur Adrien 
Goffmet, officier de la seigneurie de Villemont, notaire et procureur, et 
de Marie-Louise-Bernardine Tinant, résidant à Tintigny. 

— Mauvaises récoltes. 



1793 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Première coalition contre la France : Angleterre, Espagne, Empire ger- 
manique, Rome et Naples. 

Les ennemis se pressent aux Alpes, aux Pyrénées, en Belgique et sur le 
Rhin. La Convention décrète une levée de .300.000 hommes. 

18 mars. — Dumouriez est battu à Neerwinden. Evacuation de la 
Belgique. 



— 191 — 

La Convention décrète une levée en masse du peuple. 

Bientôt les Français reprennent partout l'ofTensive; combats devant 
Arlon les 7 et 9 juin ; les républicains sont victorieux, s'emparent de la 
ville et en chassent les Autrichiens. 

ÉPHÉMÉRIDES ADMINISTRATIVES. 

10 mars-29 oclobre. — Le 10 mars, la Convention établit un tribunal 
criminel qui, le 29 octobre, prend le nom de tribunal révolutionnaire, 
d'odieuse et sanglante mémoire. 

28 avril. — L'archiduc Charles d'Autriche, nommé capitaine général 
de la Belgique, prend possession. 

FAITS LOCAUX. 

Les registres paroissiaux mentionnent en cette année : 

24 janvier. — Décès de sire Louis-François de Lamock, ci-devant curé 
d'Allamont, en France, et résidant depuis plusieurs mois à Tintigny. 

14 mai. — Naissance de Marie-Françoise, fille de Henri-Philippe Henry, 
greffier et receveur de la seigneurie de Villemont, et de Jeanne Gobert, 
résidant à Tintigny. 

A diverses dates : 

— Le sieur François-Joel du Houx, baron de Crèvecœur, résidant à 
Breuvanne. 

— Nicolas-Louis, écrivain, résidant à Tintigny. 

— Sire François Louis Clesse, prêtre, né et résidant à Tintigny ; vicaire de 
cette paroisse (1791-1801), puis desservant (1801-1810). Transféré à cette 
date à la cure de Rossignol ; y décédé le 10 juillet 1841. 

— Henri-Joseph Guillaume, maître d'école à Tintigny (1789-1796). 

— Guillaume Hubert, de Tintigny, sergent d'office de la seigneurie de 

Villemont. 

* 
* * 

Avec cette année s'ouvre, pour les populations riveraines de la Vire, du 
Ton et de la Semois, une des périodes les plus désastreuses de leur histoire. 
C'est, en effet, par les vallées de ces trois rivières que vont s'acheminer, 
pour se précipiter vers l'Allemagne, les hordes indisciplinées des sans-culot- 
tes, arrivant de France à flots pressés et qui, pareils à un ouragan dévasta- 
teur, sèmeront partout sur leur passage, la ruine, la désolation et même 
la mort. 

Des bandes de soudards, ivres de butin et de sang, se ruent sur les cantons 
méridionaux de notre province, parce que celle-ci appartient à l'Autriche ; 
ils s'y vengent à usure, avec rage et barbarie, sur des populations sans 



— 102 — 

délensc ni défenseur, de la déroute que leurs armes viennent d'essuyer à 
Neerwinden.Toul fuit devant leur fureurdévastatrice,et les hordes de pillards 
et de malandrins qui les suivent aehèvent la ruine des villages abandonnés. 
Les habitants épouvantés se sont précipités vers les bois, dont la profondeur 
et l'élendue ne leur fournissent même pas une retraite assurée contre les 
poursuites de leurs cruels ennemis. 

Cependant, le 23 juin, entre deux alertes, les pauvres habitants de Tinti- 
gny sont revenus à leurs demeures dévastées. Vers le milieu de la journée, 
des portes s'entr'ouvrent craintivement, et l'on entend se répéter, de maison 
à maison, de rue à rue, ces mots sinistres : « Ourvaux brûle ! Ourvaux 
brûle ! « 

Orval, la puissante abbaye, livrée aux flammes par ces scélérats ! Est-ce 
Dieu possible ! Rien n'est donc plus en sûreté? C'est bien l'abomination de 
la désolation! Ah ! fuyons de nouveau Et de nouveau la foule se pré- 
cipite vers les bois. 

Et la lugubre année 1793 s'écoule ainsi tout entière dans les plus cruelles 
alarmes. 



1794 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

16 et 17 avril. — Nouvelles rencontres des Autrichiens et des Français 
près d'Arlon. Ces derniers sont victorieux. Retraite des Autrichiens. 

30 auril. — Dans la nuit du 30 avril, les Autrichiens exécutent un retour 
offensif. Ils reprennent Arlon, chassent et poursuivent les Français jusque 
sous les glacis "de Longwy. 

27 juin. — Victoire des Français à Fleurus. Les anglo-hollandais se 
retirent dans les Provinces-Unies et les impériaux repassent le Rhin. 

ÉPHÉMÉRIDES ADMINISTRATIVES. 

La Terreur : mai-août-septembre 1793 a» 9 thermidor an II (27 juillet 
1794). — 

FAITS LOCAUX. 

20 janvier. — Naissance de Anne-Barbe-Louise-Sophie, fille de sieur 
Adrien Goffinet, officier de la seigneurie de Villemont, notaire et procureur, 
et de Marie-Louise-Bernardine Tinant, résidants à Tintigny. 

30 mars. — A huit heures du matin est décédé à Tintigny, muni du 
sacrement de l'extrème-onction, n'ayant pu, à cause du délire, recevoir le 
Saint-Viatique, Monsieur Maximilien, comte de Trazegnies, seigneur de 
Villemont, colonel pensionné de cavalerie au service de Sa Maj. Imp. et 
Royale, et le lendemain son corps a été inhumé dans le cimetière de 
Tintigny. 



— 193 — 

1er décembre. — Naissance à Tintigny, de Marie-Magdeleine-Antoinette, 
fille du sieur Benoît-Emmanuel Foncin, mayeur royal de la ville de Virton 
et juge assesseur des prévôtés de Virton et Saint-Mard, et de D^i^ Marie- 
Magdeleine Antoinette Rossignon, résidant temporairement à Tintigny. 

— Jacques Houlmont, cloutier, centenier (1) actuel de Tintigny. Le 8 

floréal an V (27 avril 1797) adjoint municipal de la commune, décédé 

le 2 mai 1806. 

* 
* * 

L'année 1794 ne s'ouvre pas sous de meilleures auspices pour nos villa- 
ges. Rien n'arrête plus la fureur des soudards de la République. Les exac- 
tions, les violences et les meurtres perpétrés contre d'inoffensifs campa- 
gnards, se multiplient, c'est le règne de la Terreur. 

Les pauvres paysans réfugiés dans les bois, n'y sont pas à l'abri des balles 
de ces forcenés qui les traquent jusque dans leurs retraites et les abattent 
à coups de fusil, comme de vulgaires animaux, sans distinction d'âge ni de 
sexe. Je vais bientôt en fournir la preuve. 

Cependant, la justice seigneuriale de Villemont, bien chancelante, sans 
doute, fonctionne encore, mais des ferments d'insubordination et d'irrespect 
envers cette vieille institution s'étaient déjà glissés, au contact des idées 
nouvelles, parmi certains éléments des populations villageoises. 

11 janvier. — • Des patrouilles de nuit avaient été ordonnées dans toutes 
les localités, par les autorités militaires autrichiennes (2). Le 11 janvier, 
l'officier delà seigneurie, Adrien Goffinet, porte plainte, par devant les juges 
ordinaires, contre un certain nombre de bourgeois récalcitrants. Chargé, 
dit-il et pressé par le pouvoir militaire de faire exactement la garde et 
patrouille et de poursuivre tous ceux qui se trouveraient en défaut d'ac- 
comphr leurs obligations à cet égard, il a reçu rapport que le 9 du dit mois 
de janvier, Henri- Joseph Halbardier, Jean-Delimes, Jean- Joseph Tinturier 
et J. B. Nicolas, et, le 8, Henri-Joseph Didrige, Jean Renaud, Jean-Pierre 
Louche et François Richard, tous du village d'Ansart, ont été trouvés en 
défaut de faire, aux dits jours, les gardes et patrouilles qui leur avaient été 
commandées ; il conclut, à charge des quatre premiers, à une amende de dix 
écus, et à pareille à charge des quatre autres, le tout conformément à l'art. 
14 de l'ordonnance du 26 juillet 1749. 

L'officier demande en outre que Halbardier soit condamné à une 
amende supplémentaire de 20 florins d'or, pour les insultes qu'il vient 
de se permettre à l'égard du dit officier, en proférant à cette audience, les 
mots de f..., jurant et disant qu'il se f... de lui, et ne cessant de l'injurier. 



(1) Le centenier tirait le centième denier de la recette communale, et 40 sols par 
journée nécessaire de vacation. — Connu. lux., III, 27. 

(2) Voir à ce sujet la lettre adressée à « Messieurs du Magistrat de Virton par le 
lieutenant Traguern des Chevaux Légers de Lempr. « — Corn. licx. III, 86. 



— 194 — 

Les autres accusés allèguent pour leur justification que s'ils ont été 
en retard de faire la garde et de patrouiller, c'est à cause du grand froid 
et parce qu'il n'y avait pas de bois au corps de garde ; ils promettent de 
se rendre (U)rénavant au dit corps de garde, se soumettant au surplus à 
ce qu'il |)laira à la cour de statuer. 

Tenanl compte de leurs explications et de leur soumission, la cour 
absout les prévenus avec « défense de plus récidiver. » 

A l'égard de llalbardier qui, dans cette assemblée, « vient de tenir des 
proposles plus injurieux à l'égard de l'ofTicier plaignant et même de la cour, 
les juges assesseurs au siège de Villemont, ordonnent à l'ajourné de con- 
venir ou disconvenir catégoriquement des injures dont plainte, le condam- 
nent aux droits du premier rapport et mandent au premier sergent 
requis de mettre la présente à exécution. » 

Fait à Tintigny, le 24 janvier 1794. « 

Signé : J.-B. de Prouvy, J. Magnette, Rossignon, Hénoumont, H. -P. 
Henry. 

29 mars. — Une autre affaire non moins curieuse au point de vue de la 
législation qui régissait à cette époque l'ouverture et la tenue des débits 
de boissons, fut soumis au jugement de la même cour dans sa séance du 
29 mars. 

L'oflicier de la seigneurie y portait plainte à charge d'un nommé 
André Deheke, résidant depuis peu de temps à Tintigny, et qui s'y 
était établi sans « avoir produit au plaignant aucun certificat de ses vie 
et mœurs de la justice de son dernier domicile. » 

Deheke était en outre inculpé de « s'être permis de tenir cabaret et 
caifé au dit Tintigny sans avoir obtenu la permission de l'officier plai- 
gnant, ce qu'il ne pouvait cependant faire qu'après une permission écrite, 
conformément à l'art. 5 de l'ordonnance du 25 juin 1765. » 

Non content d'avoir manqué aux prescriptions du dit article, le pré- 
venu, au grand scandale du public, et au mépris des ordonnances, rece- 
vait chez lui des personnes relevant de la juridiction de Villemont, non 
seulement les jours de dimanche pendant les offices divins, mais aussi la 
nuit après les heures de retraite, « leur distribuant eau-de-vie et cafïé. « 

Pour tous ces faits, le plaignant requiert contre l'accusé sa condamna- 
tion à une amende de 20 florins et aux dépens, avec défense de tenir 
cabaret à l'avenir, « à peine plus grièfe. » 

« Ouï le requérant et faisant droit à ses conclusions, la cour condamne 
Deheke à l'amende de 20 florins, conformément à l'ordonnance précitée. » 

Ce même 29 mars encore, la cour statuant sur une autre plainte, con- 
damne J.-B. Drème à une amende de deux florins d'or et aux dépens, 
pour avoir maltraité un domestique de J.-B. Flamion, meunier de Lahage 
« de paroles el d'un coup de pied ». 



— 195 — 

Comme on le voit, les humbles eux-mêmes trouvaient protection auprès 
de la vieille justice seigneuriale. Mais elle était expirante, et ce furent là 
les dernières causes traduites devant les juges de Villemont. 

30 mars. — Le lendemain 30 mars, le dernier représentant du régime 
féodal dans ce puissant domaine, le comte Maximilien de Trazegnies, 
qui s'était enfui du château, mourait à Tintigny, chez son receveur, 
H. -P. Henry, greffier de la seigneurie. 

L'agitation croissait de toutes parts, et les violences contre la propriété 
et contre les personnes se multipliaient. A la fm les campagnards exas- 
pérés, songèrent à résister. Dans plusieurs cantons, des corps de volon- 
taires furent rapidement constitués et armés pour défendre contre les 
envahisseurs leurs familles et leurs biens. 

Leurs efforts et leur p èsM%tie e furent surtout dirigés vers la région de 
Virton, qui était la plus cruellement éprouvée. Les volontaires s'y con- 
centrèrent, et la seigneurie de Villemont fournit son contingent. Le 19 
février, 44 hommes de Bellefontaine, de Lahage et des environs arri- 
vaient à Virton dès le matin, et l'on procédait aussitôt à la bénédiction 
des armes. 

Tous ces hommes n'étaient rien moins que des soldats ; aussi, n'est- 
ce qu'une guerre de guérillas que tentèrent les chouans luxembourgeois, 
s'abritant surtout dans les bois, y faisant le coup de feu à chaque occasion 
favorable, mais provoquant par là même, de terribles représailles contre 
les villages et contre ceux qui ne les avaient pas abandonnés. 

16 avril. — Pour tâcher de mettre fin à ces escarmouches continuelles 
et souvent meurtrières, le commandant de Montmédy fit sommer tous les 
villages, depuis la Chiers jusqu'à la Semois, d'avoir à livrer sans aucun 
délai, la totalité de leurs armes, quelles qu'elles fussent, sous peine d'in- 
cendie et d'exécution sommaire. 

On savait déjà de quoi les sans-culottes étaient capables, aussi s'em- 
pressa-t-on de satisfaire à ce menaçant ultimatum ; mais les volontaires 
cachés dans les bois détenaient presque tous les fusils. Les Français s'en 
irritèrent. 

«Le mercredi saint, 16 avril 1794, une colonne de brigands, dit l'abbéWelter, 
« ayant à sa tête le sanguinaire Debaune, commandant de Montmédy^ ci-de- 
« vant menuisier à Thonne-les-Prés, attaqua vers midi le piquet autrichien 
« de la Grange au-Bois, et les volontaires armés de Virton et des endroits 
« voisins. Ceux-ci cédèrent devant le nombre après avoir combattu toute 
« la journée. Outrés d'une résistance opiniâtre, les Français entrèrent le soir 
« à Belmont et Ethe avec l'artillerie, et incendièrent les deux villages la nuit 
« du jeudi-saint. Ce jour-là, ils brûlèrent encore le château de Laclaireau, 
« appartenant au général de Briey, et tous les édifices en dépendant. » 

13 



— 196 _ 

17 avril. — Le château de Lalour, avec neuf maisons, subit le même sort 
le 17 avril. » 

L'abbé Welter ajoute que les personnes de sa paroisse qui tombèrent 
au pouvoir de l'ennemi furent massacrés de la -manière la plus barbare. 

UNE PAGE SANGLANTE. 

31 mai. — Ces représailles cruelles s'exerçaient de tous côtés, et le 31 
mai fut un jour de terreur et de deuil pour la paroisse de Tintigny. La 
chasse à l'homme y fut organisée, et, en ce jour printanier, au moment où la 
nature paraît les bois de ses plus riches décors, la sauvagerie des soldats 
républicains les rougissait du sang de nombreuses et innocentes victimes. 

Le curé Duchemin qui, malgré la dureté des temps, continuait à inscrire 
régulièrement les naissances, les mariages et les décès de ses paroissiens, 
enregistre de la manière suivante la sanglante hécatombe du 31 mai : 

« Le 31 mai, a été tué par les Français, Jean-Louis Orban de Lahage(l), 
manouvricr ; son corps a été trouvé au lieu dit : « le Chemin des bœufs », 
entre Bellefontaine et le bois, et le lendemain il a été enterré dans le cime- 
tière de Tintigny. » 

« Le 31 mai a été tué par les troupes françaises, Jean Lambillon de 
Lahage, manouvrier, et le lendemain, etc. » 

« Le 31 mai a été tué par les troupes françaises, Guillaume Rion de 
Saint-Vincent, garçon ; son corps a été trouvé au lieu dit « la Grand' route », et 
le lendemain, etc. » 

« Le 31 mai 1794, a été tué par les troupes françaises, près du village de 
Poncel, Jean,-François André, garçon, et le surlendemain, etc. » 

« Le 31 mai, a été tué près du village de Poncel, par les troupes françaises, 
Nicolas Hubert, du dit Poncel, pâtre. » 

« Le 31 mai a été tué par les troupes françaises, au lieu dit le haut des 
Minières, dans le bois, Jacques Clesse, de Bellefontaine, laboureur, et le 
surlendemain, il a été enterré dans le cimetière de Tintigny. » 

« Le 31 mai a été tué par les troupes françaises, à l'entrée du bois, du 
côté de Bellefontaine, Jean-Nicolas Courtois, du dit Bellefontaine, garçon 
et le surlendemain, etc. » 

« Le 31 mai a été tué par les troupes françaises, vers l'entrée du bois, du 
côté de Bellefontaine, Claude Rampel, du dit Bellefontaine, manouvrier, 
et le surlendemain, etc. » 



(1) A cette époque, Lahage, Bellefontaine et St-Vincent appartenaient encore à la 
circonscription pai'oissiale de Tintigny. 



— 197 — 

« Le. 31 mai, a été tué par les troupes françaises, Pierre Copin, résidant à 
Bellefontaine, autrefois hermite de la petite Cranière ; son corps a été trouvé 
au-dessus de la Blanche fontaine, dans le bois de Tintigny, le 5 juin et le même 
jour, il a été enterré, etc. » 

a Le 31 mai, a été tuée à l'entrée du bois de Tintigny, par les troupes fran- 
çaises, Marguerite Hubert, de Tintigny, son corps a été trouvé seulement le 
9 juin suivant et a été enterré le même jour dans le cimetière de Tintigny. >> 

* 
* * 

On voit, par ces extraits, que la battue avait été générale ce jour-là dans 
la seigneurie de Villemont ; on traquait et on tuait de tous les côtés à la fois 
les pauvres habitants. Les sans-culottes se vengeaient ainsi, sur des gens sans 
défense, de la défaite qu'ils venaient de subir, à Arlon, le 30 avril, et de leur 
expulsion de cette ville. 

Ces scènes de désordre et de barbarie continuèrent dans le Luxembourg 
méridional pendant tout le printemps de cette année 1794. 

27 juin. — Après la bataille de Fleurus, gagnée par les Français, le 27 juin, 
les Autrichiens, ayant abandonné le pays, notre province se trouva livrée 
à la merci d'une nuée d'agents républicains, revêtus de mandats plus où 
moins réguliers, et qui rivalisèrent d'ardeur pour pressurer les pauvres habi- 
tants, victimes déjà de tant de ruineuses réquisitions. 

9 octobre. — Le 18 vendémiaire an III (9 octobre 1794), le représentant 
du peuple Frécine frappa le Luxembourg d'une contribution de 400.000 
florins. La seigneurie de Villemont paya pour sa quote-part environ 300 
florins. 

En outre de cette imposition en numéraire, Tintigny et les autres villages 
de la seigneurie, furent encore requis de livrer à Montmédy un certain nom- 
bre de têtes de bétail, dont l'agent Ponsart, de cette ville, vint faire le choix 
et le dénombrement. 

Pour garantir la fidélité de la fourniture, il emmena avec lui, à son départ, 
une des notabilités du village, Louis Rion, qui fut gardé comme otage jus- 
qu'à complète satisfaction. 

En échange de ces fournitures, les municipalités reçurent des bons, dont 
le montant devait venir en déduction de contributions futures à imposer 
aux communautés. 

Une administration régionale provisoire pour la partie sud du Luxembourg 
venait d'être constituée à Habay-la-Neuve par les représentants du peuple 
qui y avaient établi commissaire délégué le citoyen Bernard Stevenotte, 
directeur de forges, à Neupont-Chanly. 

l'^r décembre. — Par circulaire datée du 11 frimaire an III, (l^r décembre 
1794), Stevenotte prescrivait à toutes les municipalités de lui fournir exac- 
tement, dans un bref délai, des relevés eu tableaux : 1» de la population 



— 19S — 

2" du holail ; ii" clos grains cL fourrages ; 4» des marchandises ; 5» enfin des 
hois et matières minérales existant dans le ressort de leurs juridictions res- 
pectives. Les administrations devaient lui faire connaître en outre les som- 
mes (jui se trouvaient pour le moment dans les caisses publicpies, et dresser 
une liste des personnes émigrées ayant des propriétés foncières ou mobilières, 
revenus, créances ou prétentions dans leur ressort. 

Les oflicier et juges de la seigneurie de Villemont y représentaient encore 
l'autorité principale, et c'est à eux que parvint le lendemain, 2 décembre, 
la circulaire susdite. Ils se mirent aussitôt en devoir d'y satisfaire, et dès le 
17 du même mois, ils adressaient au citoyen Stevenotte, tous les renseigne- 
ments réclamés. 

La marquise de Trazegnies, Marie-Caroline-Ermeline de Namur-Joncret, 
et son fils, Philippe, propriétaires et seigneurs du riche domaine de Villemont, 
habitaient alors Bruxelles. Devant la pénible obligation dans laquelle nos 
juges se trouvèrent de les déclarer absents, sachant d'ailleurs à quoi leurs 
maîtres et bienfaiteurs se trouveraient exposés du chef de leurs déclarations, 
ils levèrent la difficulté en donnant à leur rapport sur ce point, la forme que 
voici : 

« Nous n'avons nulle connaissance qu'aucun émigré ayt des propriétés 
(( foncières ni mobilières, aucun revenu, créance, ni prétention dans cette 
« juridiction, si l'on excepte la veuve d'Avelaing de Bellefontaine, qui se 
« trouve actuellement dans la ville de Luxembourg depuis bien antérieure- 
« ment au blocus.de cette place, et au sujet de laquelle nous avons fait dres- 
« ser le recensement également joint en expédition, en attendant que vous 
« nous fassiez connaître les intentions des représentants du peuple à cet 
« égard, de même que concernant le seigneur de Villemont, dont la résidence 
« habiluelle esl aux Pays-Bas (1), ce qui nous a suggéré le doute s'il devait 
« être compris dans la classe des absents. » 

A. Goffînet, J. Magnette, J. Henoumont, H. -P. Henry. 

Je ne reproduirai pas ici les statistiques dont il vient d'être question ; on 
les trouvera au tome 46 des Annales de l'Institut archéologique du Luxem- 
bourg, année 1911, p. 104 et suivantes. 



1795 

ÉPHÉMÉRIDE MILITAIRE. 

C.onquête de la rive gauche du Rhin, ratifiée par la paix de Bâle, conclue 
le 17 mai. 

ÉPHÉiMÉRIDES ADMINISTRATIVES. 

9 janvier. — Dès le début de cette année, le 9 janvier (20 nivôse, an III), 
une administration provisoire pour le Luxembourg, est établie à Saint- 



(1) On (lésipnait alors et l'on entend encore cliez nous de nos jours par Pays-Bas, 
toute la partie de la Belgicjue située au-delà de la Meuse. 



— 199 — 

Hubert. Elle est composée de 9 membres ou administrateurs ; parmi lesquels 
il faut mentionner le citoyen Bernard Stevenotte, déjà envoyé précédemment 
par les Représentants du peuple français, en qualité de commissaire délégué 
auprès de l'Administration régionale de Habay-la-Neuve. 

31 janvier. — L'Administration provisoire de Saint-Hubert est installée 
dans ses fonctions le 12 pluviôse an III (31 janvier 1795) et prend immédia- 
tement séance. 

* * 

3 mars. — On a vu à la date du 9 octobre 1794, que la seigneurie de Villemont 
frappée d'une contribution en numéraire de 300 florins, avait été en outre 
astreinte à la livraison, à Montmédy, d'un certain nombre de têtes de bétail, 
dont l'agent Ponsart était venu faire la désignation, et que celui-ci, en se reti- 
rant avait emmené un otage comme garantie de la fourniture complète au 
jour marqué. 

Les habitants de Tintigny ne tardèrent pas à satisfaire à cette réquisition, 
et quelques jours plus tard, Adrien GoiTinet, Lambert Lenfant et Henri- 
Philippe Henry, désignés par leurs concitoyens à cet effet, arrivaient à Mont- 
médy, avec leur bétail. 

Pendant que les préposés en faisaient la réception, ils se transportèrent 
chez le commissaire de guerre N... (1) afin de recevoir le bon de paiement 
pour les bestiaux qu'ils avaient amenés. Au lieu de leur délivrer immédiate- 
ment cette pièce, le commissaire les entretint longtemps de diverses choses, 
entre autres, des services qu'il pouvait leur rendre dans les fournitures de 
contributions ultérieures, des pertes qu'il avait essuyées du fait des Autri- 
chiens, et des moyens que lui et sa sœur avaient employés avec les commis- 
saires ennemis pour rendre les contributions moins onéreuses. 

Le& délégués comprirent de suite où voulait en venir leur interlocuteur et 
jugèrent que le moyen le plus sûr de hâter la délivrance de leur bon était de 
lui offrir un peu d'argent. Ils lui présentèrent donc vingt-quatre livres en 
numéraire, en le priant d'accepter de leur part ce gage de gratitude. 

Il fit d'abord mine de les refuser, mais quelqu'un étant venu frapper à la 
porte, il s'empressa d'empocher l'argent et de délivrer aux délégués la pièce 
qu'ils attendaient. 

A leur retour à Tintigny, ils s'empressèrent d'instruire leurs commettants 
de ce qui leur était arrivé, déclarant qu'ils avaient déboursé cet argent afin 
d'éviter les retards qu'ils craignaient d'essuyer pour l'obtention de leur bon ; . 
ils ajoutaient qu'ils étaient décidés à en supporter la perte, si leurs conci- 
toyens n'approuvaient pas leur conduite. 

Elle fut ratifiée à l'unanimité dans une séance tenue le 13 ventôse an III 
(3 mars 1795). 



(1) Es n'ont pas osé divulguer autrement son nom. 



— 200 _ 

Le même jour vil se produire une protestation des communs habitants 
dv Brouvannc.eonlro une imputation portée à leur charge, au sujet de détour- 
nemeuls qui devaient s'être produits dans les vivres des troupes Irançaises de 
passage. 

Le 10 venlôse (28 février) le commissaire Martel avait réquisitionné tous 
les chariots et voitures de nos villages pour le transport de ces troupes, de 
leurs bagages et de leurs approvisionnements. Des vols de vivres avaient 
été constatés et les soupçons s'étaient portés sur les charretiers ce Breuvanne. 

Ils étaient innocents, à en juger du moins par la forme de la protestation 
que la communauté adressait, dés le 3 mars, aux autorités militaires de 
ALintmédy. 

On y disait notamment que les communs habitants du village de Breu- 
vanne, au duché de Luxembourg, comlé de Chiny, réunis au domicile de 
Jacques Henry le jeune, au sujet de l'accusation de vol formulée à leur 
charge, « déclarent sous la foi de leur conscience, qu'ils ne connaissent rien 
« des dites malversations, n'ayant d'ailleurs pas été réquisitionnés pour le 
« transport de ces choses, ce qu'ils certifient pour véritable et attestent sur 
« la foi de leurs serments. » 

Jacques Henry, mayeur. — Jean Génin, échevin. — Jean-Joseph Pireaux, 
centenier. 

17 mars. — Le 11^ de nivôse, 3^ année républicaine (31 décembre 1794), 
l'Administration de Saint-Hubert, en suite d'un arrêté des représentants du 
peuple, avait établi, sur toutes les communautés, une contribution de sou- 
liers, à fournir dans le délai de 3 mois. Le prix devait en être versé aux inté- 
ressés au moment de la livraison. La seigneurie de Villemont fut des premières 
à satisfaire à l'obligation que lui imposait le susdit arrêté. 

En effet, dès le 27 ventôse an III (17 mars 1795), l'officier de la seigneurie, 
Adrien Goffinet, toujours en fonctions, « adressait « aux citoyens membres 
de l'Administration du Luxembourg, à Saint-Hubert, « son contingent de 
souliers, en accompagnant cet envoi de la lettre ci-après, qui mérite d'être 
reproduite ici. Elle montre à quel degré d'humiliation la crainte des agents 
de la république avait réduit les fonctionnaires du régime déchu. 

« Citoyens, 

« D'après la sous-répartition faite par ceux du Magistrat de Saint-Hubert, 
« en suite de l'arrêté des Représentants du peuple sous la date du 11^ nivôse 
« 3^ année républicaine, au sujet d'une réquisition de souliers pour le service 
« des braves défenseurs de la patrie, la seigneurie de Villemont ayant été 
« imposée à cent quatre vingt deux paires, c'est avec une satisfaction bien 
« sensible que j'ai vu les habitants de cette seigneurie s'empresser de satis- 
« faire à cette réquisition, mais comme elle ne m'indique aucun endroit ni au- 
« cun commissaire préposé à la recette de ces souliers, je ne puis que vous les 
« adresser, dans l'attente que vous voudrez les faire recevoir et délivrer 



^ 2Ô1 — 

« décharge au conducteur, qui est autorisé à en recevoir le prix fixé par les 
« arrêtés des Représentants du peuple français. 

« Salut et fraternité. » 

« A. GoFFiNET, Officier de Villemont. 

« Tintigny, le 27 ventôse 3® année républicaine. » 

Le même jour, le dit officier adressait encore aux administrateurs à Saint- 
Hubert, la requête ci-après : 

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ 

« Aux citoyens, membres de l'Administration du Luxembourg, à Saint- 
Hubert. 

« Citoyens, 

« Le soussigné, chargé jusqu'à présent par état de l'administration des bois 
communaux de la seigneurie de Villemont, comprenant les villages de Tin- 
tigny, Ansart, Bellefontaine, Breuvanne, Lahage, Saint-Vincent, Han et 
Poncelle, se trouve pressé par les habitants de ces endroits, qui presque tous 
sont dépourvus de chauffage, de continuer les devoirs de son office à cet 
égard ; mais comme il croit y trouver un obstacle dans l'art. 4 de l'arrêté 
des représentants du peuple, daté de Bruxelles, le 4^ jour des sans-culottides 
an 2® de la République (20 septembre 1794), il s'adresse à vous. Citoyens 
préposés à la conservation des droits du peuple, vous requérant de déclarer, 
soit par disposition ou interprétation du dit article, si le dit soussigné, en sa 
prédite qualité, peut obtempérer aux justes réclamations et réquisitions des 
dits habitants, d'autant plus pressantes que le temps de la coupe des bois 
devient très-instant. » 

« Salut et fraternité. 

A. GoFFiNET, Officier de Villemont. 

« Tintigny, le 27 ventôse, 3^ année républicaine. » 

19 mars. — L'Administration de Saint-Hubert ne tarda guère à statuer 
sur cette requête, et dès le lendemain du jour où elle lui parvenait, elle pre- 
nait l'arrêté favorable suivant : 

« Séance du 29, matin. 

« Vu la pétition du citoyen Goffinet, stipulant pour les communes de la 
ci-devant seigneurie de Villemont, composée des villages de Tintigny, Ansart, 
Bellefontaine, Breuvanne, Lahage, Saint- Vincent, Han et Poncel. 

« L'Administration, l'agent national entendu, arrête que l'Inspecteur par- 
ticulier des bois et forêts se transportera ou enverra un sous-inspecteur dans 
les bois communaux de la seigneurie de Villemont, à l'effet de reconnaître 
et constater ce que chacune des communes composant cette seigneurie est 
fondée à prétendre pour son chauffage, en dresser procès-verbal pour, icelui 
fait, être rapporté à l'Administration qui statuera ce qu'il appartiendra. » 

« Charlot, Président. » 



— 202 — 

7 juin. — La ville de Luxembourg, dont l'investissement avait commencé 
le 2.") novembre 1794, se rendit aux Français le 19 prairial an III (7 juin 1795), 
après un siège de cent quatre vingt-quatre jours. Elle fut frappée d'une con- 
tribulion d'environ un million de francs. 

L'.Vihninistralion provisoire du Luxembourg, qui avait siégé jusque là 
à Sainl-llubcrl, fui Iraiiférée dans la capitale par un arrêté des représentants 
du peuple, daté du jour même de l'entrée des vainqueurs dans cette ville. 

On vit bientôt }- allluer, venant de toutes les directions, des approvision- 
nements de toutes sortes, munitions, denrées alimentaires, fourrages, paille, 
bois, hommes et chevaux. La plupart de ces choses étaient réquisitionnées 
dans les villages luxembourgeois, en même temps que les chariots et les voi- 
tures nécessaires à leur transport. Chaque localité était tenue de fournir un 
nombre déterminé de véhicules, calculé d'après le chiffre de sa population. 

22 juin. — Un parc considérable de ces approvisionnements était établi 
à Habay-la-Neuve, et c'est vers cet endroit que convergeaient les transports 
de nos villages. 

A tort ou à raison, la communauté de IMortinsart venait de protester 
auprès de l'Administration contre la prestation d'une voiture lui imposée à 
partir du l^r messidor (19 juin). 

Elle prétextait qu'elle était encore de service à ce moment au dit parc. 

La réclamation fut prise en considération, et l'Administration, en séance 
du 4 messidor (22 juin), prit un arrêté aux termes duquel elle décidait, l'agent 
national entendu, que « la voiture requise de la commune de Mortinsart, 
serait fournie par celle de Tinleni (sic). » 

Les articles de cet arrêté valent d'être cités : 

Art. 2. — La dite voiture sera attelée de deux bons chevaux, munie 
d'échelles, cordes et perches. 

Art. 3. — Elle devra se trouver le 6 messidor, huit heures du matin, au 
parc de Habay-la-Neuve. 

Art. 4. — ■ Le maire, sindic, et centenier sont personnellement responsables 
de l'exécution de la présente réquisition. 

Art. 5. — Le présent arrêté sera envoyé au chef du parc de Haba3% ainsi 
qu'aux communes de Mortinsart et de Tintent. 

(Signé) F.\illy (1) secrétaire-adjoint. 

27 juin. — La Convention Nationale avait décrété là confiscation, au pro- 
fit de la République, de tous les biens des églises, des monastères et des 
nobles absents émigrés, et le séquestre avait été mis immédiatement sur tous 
ces biens, en attendant leur mise en vente au bénéfice de la nation. 



(1) Failly (Jacques-Louis), de Dormans, (Marne), ex-adniinistrateur du dépaT*tement 
des Forêts, du 23 floréal an VI (12 mai 1798) au 4 nivôse an VII (24 décembre 1798). 



— 203 — 

Le 12 pluviôse an III (31 janvier 1795), l'Administration d'arrondisse- 
ment du Luxembourg avait reçu de l'Administration centrale de la Belgique, 
le jour même de son installation à Saint-Hubert, une circulaire où on lisait : 

« Depuis l'établissement des administrations d'arrondissement, nous 
avons recommandé de procéder à la formation des listes de tous les émigrés, 
ou absents du pays qui ne sont pas rentrés dans leurs foyers depuis que les 
Français sont en possession de la Belgique. 

« Nous avons aussi recommandé la plus grande exactitude et la plus 
prompte formation des inventaires chez tous les émigrés ou absents, afin de 
faire procéder sans retard, aux ventes du mobilier, qui est exposé à des dila- 
pidations continuelles par suite des lenteurs qu'éprouvent ces ventes. » 

Après la mort du comte Maximilien de Trazegnies, arrivée, ainsi qu'il a 
été dit, le 30 mars 1794, Villemont, qui lui était échu en vertu d'un pacte 
de famille, faisait retour à la veuve de son frère aîné, le marquis Joseph- 
Lothaire, laquelle habitait Bruxelles depuis plusieurs années, ainsi que son 
fils et unique héritier Philippe. 

Villemont, considéré dès lors comme abandonné par ses propriétaires, fut 
saisi par les agents de la République, le château et tout ce qu'il renfermait 
placé sous séquestre, et les archives enlevées et transportées à Virton par le 
receveur des Domaines Burton. 

A la réquisition du Directeur Suin des Domaines nationaux de la Bel- 
gique, poursuite et diligence du receveur des Domaines nationaux de Virton, 
devaient être mis en adjudication, sur les heux, à la date du 9 messidor (27 
juin) : 10 les propriétés du ci-devant comte tle Latour, général autrichien ; 
20 les propriétés du ci-devant comte de Briey, jardin et château de Ruette- 
la Grande ; 3o celles du ci-devant marquis de Trazegnies, château et propriété 

de Villemont ; 4° celle du ci-devant Neunheuser, à Aigremont ; et 

d'autres appartenant à divers absents, réputés émigrés du canton de Virton. 

On va voir que l'opposition de la marquise, appuyée sur ses titres de pro- 
priété et sur des attestations de résidence et de non émigration arrêta court 
Tes mesures de spoliation déjà prises à l'égard de ses propriétés luxembour- 
geoises. 

28 juin. — L'Administration d'arrondissement pour le Luxembourg n'avait 
été établie que provisoirement à Saint-Hubert. Le 28 juin, alors que les Fran- 
çais se trouvaient en pleine et définitive possession de la capitale du duché, 
cette administration y fut tranférée et, à partir de ce jour, y siégea régulière- 
ment. 

C'est auprès d'elle que la marquise de Trazegnies, dame de Villemont, 
va protester contre les atteintes portées à ses droits de propriété et contre le 
séquestre dont ses biens venaient d'être frappés. 

Afin de ne pas scinder le récit de ce qui touche à cette affaire, laquelle 
marquera la fin du régime féodal à Villemont, je vais rapporter brièvement 



— 201 — 

la suite tics faits qui se produisirent au sujet des revendications de la mar- 
t|uise, représentée à Tintigny par le receveur et grelfier de la seigneurie, 
I lenri-Philippe Henry. 

Marie-Caroline-Ermeline de Namur Joncret, marquise de Trazegnies, 
après la mort de son époux, Joseph-Lothaire de Trazegnies, arrivée le 9 mai 
1781, avait abondonné Villemont qui. en vertu du pacte de famille déjà 
cité, échéait à son beau-frère, Maximilien-Richard de Trazegnies. 

Elle rentra avec son fils, en son château de Trazegnies, et, après quelques 
années de séjour dans ce domaine, se retira au couvent de Berlaymont, à 
Bruxelles, où elle se proposait de finir ses jours. 

Au moment de l'entrée victorieuse des troupes françaises en Belgique, 
son fils Philippe, qui était également établi à Bruxelles, engagea vivement sa 
mère, pour plus de sûreté, à venir habiter avo'^ lui. Cédant à ses instances, la 
marquise quitta le couvent de Berlaymont et alla se loger rue aux Laines, 
où Philippe avait sa résidence habituelle. 

« J'y fis transporter, dit-elle, dans une première requête adressée au com- 
missaire Chupiet, tous mes meubles et effets, tant ceux que j'avais au cou- 
vent de Berlaymont que ceux de ma campagne à Trazegnies, le greffier de 
cet endroit et quelques paysans s'y firent aussi conduire des matelas, des 
habillements et autres efïets que je ne connais pas moi-même, et quelques 
cofTres contenant les papiers de difîérents greffes, pour les mettre à couvert 
des batailles qui se faisaient tous les jours en cet endroit. 

« Je me croyais là dans une nouvelle demeure bien tranquille, lorsque tout 
à coup, il y a environ six semaines, on est venu de la part du dit citoyen 
commissaire, me faire sortir de la dite maison avec les gens qui sont à mon 
service, sans me laisser suivre autre chose que quelques nippes servant à 
notre corps, sous prétexte que mon fils était absent et que je n'avais rien 
déclaré. 

« Sur quoi j'observe, citoyen, que mon fils n'avait exactement rien que 
ce que je voulais bien lui donner, et que le peu de meubles dont il se servait 
étaient encore à moi, et pour en convaincre le citoyen commissaire, on joint 
ici trois déclarations qui constatent la vérité de tout ce que je viens d'avancer. 

« Elle vous supplie donc, au nom de la justice et de l'humanité, citoyen, 
de vouloir bien lui faire la grâce de la remettre en possession de ses propriétés. 

« Salut et fraternité. 

« Trazegnies. 

« Bruxelles, le 18 brumaire 3^ année républicaine (8 novembre 1794). « 

Après avoir été successivement soumise à l'avis de l'Administration d'ar- 
rondissement du Brabant, du Directeur des Domaines nationaux, de l'Ad- 
ministration centrale et supérieure de la Belgique, et enfin du Comité de 
surveillance, la requête de la comtesse de Villemont provoqua de la part de 
ce dernier pouvoir, la déclaration formelle suivante : 



_ 205 _ 

« Le comité de surveillance estimant que la veuve Trazegnies n'est pas 
comprise dans la classe des émigrés, n'avait pas cru devoir examiner ses 
papiers. Sur l'observation de l'émigration de son fils, deux de nos membres 
se sont transportés dans sa maison qui était sous le scellé, et après avoir pris 
inspection de tous les papiers, on n'a rien trouvé de suspect ou contraire 
aux intérêts de la République française. En conséquence, le Comité croit que 
la pétitionnaire peut obtenir sa demande (réintégration dans la possession 
de tous ses biens) sans aucun inconvénient. 

«Bruxelles, le 18 pluviôse, 3^ année républicaii e (6 février 1795). » 

Lamothe, S''^. G.-I. Claysens, Président. 

Les pièces dont la marquise fait état dans sa requête au citoyen commis- 
saire Chupiet, étaient les suivantes : 

a) Déclaration des maire et officiers municipaux de la ville de Bruxelles, 
certifiant que la veuve Trazegnies n'est pas émigrée. 

b) Déclaration des mêmes magistrats, attestant la non émigration du ci- 
toyen Philippe Trazegnies. 

Bruxelles, le 18 thermidor an III (5 août 1795). 

Comme on le voit par la déclaration qui précède, la marquise de Traze- 
gnies et son fils Philippe habitaient Bruxelles lorsque les Français, par voie 
de conquête, prirent possession du Luxembourg et y appliquèrent les lois 
de la confiscation des biens, décrétées contre les nobles émigrés ou absents. 

Vu la difficulté et la lenteur des communications à cette époque troublée, 
les relations entre les juges de Villemont et leurs seigneurs s'étaient trou- 
vées interrompues à ce point que l'officier de la seigneurie, chargé de fournir 
aux représentants du peuple la liste des émigrés de sa circonscription, accom- 
pagné d'un inventaire détaillé de leurs biens, répond en ces termes au com- 
missaire délégué Bernard Stevenotte. 

« En ce qui concerne le seigneur de Villemont, dont la résidence habituelle 
« est aux Pays-Bas, nous sommes dans l'incertitude de savoir s'il doit être 
« compris dans la classe des absents. » 

Ce doute n'embarrassa guère l'administration spoliatrice, qui décréta d'em- 
blée la mise sous séquestre de tous les biens des seigneurs de Villemont, répu- 
tés, sans autre forme, émigrés ou absents. 

Le receveur des Domaines nationaux à Virton fit aussitôt transporter dans 
sa résidence, les archives et tous les autres papiers qui se trouvaient; à Ville- 
mont ; en même temps il faisait apposer les scellés sur le mobilier du château, 
que venait de laisser dans l'abandon la mort du comte Maximilien-Richard 
de Trazegnies. 

Heureusement, le receveur de la se'gneur^e put se mettre à temps en 
rapport avec la marquise, qui venait de produire, devant l'administration 



— 203 — 

(l'arroiulissomenl du Brabanl, ses preuves dç uon émigration et d'être remise, 
par le fail. en possession de tous ses biens. 

Elle s"enij)ressa d'enjoindre à son régisseur de protester en son nom, au- 
près de l'Administration du Luxembourg, eontre cette usurpation, et de pro- 
duire, à l'appui de sa requête, les attestations et décisions émanées de l'au- 
torité centrale. 

L'Administration luxembourgeoise ne pouvait que déférer à une requête 
lui présentée dans de telles conditions. Aussi se hâta-t-elle d'y faire droit, 
malgré quelques objections de l'Inspecteur des Domaines nationaux, au sujet 
des preuves de propriété fournies par la marquise de Trazegnies et estimées 
par lui insuffisantes. 

L'arrêté pris par l'Administration dans sa séance du 29 fructidor an III 
(15 septembre 1795), rappelait le sujet du litige et les décisions intervenues. 

En voici la partie principale : 

« Vu la pétition de la citoyenne veuve Trazegnies demandant la levée des 
scellés et la remise par le receveur des Domaines à Virton des titres et papiers 
relatifs à la seigneurie de Villemont. 

« Vu l'arrêté de l'Administration centrale qui la déclare non émigrée, 
ensemble l'arrêté de l'Administration du Brabant, exécutoire de celui de 
l'administration centrale. 

« Vu le certificat de la Municipalité de Bruxelles, portant que le citoyen 
Trazegnies, fils de la pétitionnaire, est réellement dans la dite ville. 

(' Vu aussi l'avis de l'Inspecteur des Domaines nationaux conforme à la 
demande, 

L'Administration, 

« Considérant qu'il résulte des pièces ci-dessus énoncées que la citoyenne 
Trazegnies n'est aucunement dans le cas des lois contre les absents ou 
émigrés. 

L'agent national entendu, arrête : 

« Au vu du présent arrêté, le Receveur des Domaines de Virton remettra 
sous bref état double à la pétitionnaire ou à son fondé de pouvoirs, les titres 
et papiers relatifs à sa propriété de Villemont, lesquels se trouvent entre ses 
mains par suite du séquestre. » 

La marquise de Trazegnies était lasse d'une propriété si lointaine et qui 
venait de lui susciter tant de soucis ; craignant d'ailleurs d'eu voir surgir 
dans l'avenir de nouvelles causes de tribulations, elle résolut de sacrifier ce 
domaine que l'illustre maison dont elle portait le nom avait possédé pendant 
un siècle et demi. A une date qu'il ne m'a pas été possible de préciser, mais 
certainement tout à la fin du 18^ ou dès le commencement du 19^ siècle, elle 
fit mettre Villemont en vente. 



— 207 — 

Cette belle propriété, avec ses dépendances, fut acquise parle baron Henri- 
François de Paul- Joseph d'Anethan de la Trapperie, qui en était proprié- 
taire au mois de novembre 1806, ainsi qu'en témoigne un acte passé à cette 
date par-devant le notaire impérial J.-B. Alexandre, résidant à Tintigny. 

Dans un autre document du 30 frimaire an V (20 décembre 1796), on voit 
encore le domaine en la possession du marquis de Trazegnies. C'est donc 
entre ces deux dates assez rapprochées qu'en fut faite la cession à l'acquéreur. 

10 août. — ■ Le 23 thermidor an III (10 août 1795), un arrêté du représen- 
tant du peuple Joubert supprima, dans le pays de Luxembourg, le conseil 
souverain, toutes les justices criminelles et civiles, les remplaçant par un tri- 
bunal civil au chef-lieu, et cinq tribunaux correctionnels, dont un à Habay- 
la Neuve. 

Au nombre des juges du tribunal de Luxembourg figura, dès le principe, 
le citoyen d'Anethan de la Trapperie, maître de forges et négociant. 

— V. Ann. Inst. arch. du Luxemb., t. 20, pp. 1-13. 

Par le fait de cet arrêté, les juges de Villemont perdirent leurs emplois ; 
mais comme ils étaient, dans leur rayon, à peu près les seuls aptes à des fonc- 
tions administratives et judiciaires, et que la République choisissait de pré- 
férence ses agents parmi les hommes de loi et les personnages notables du 
pays, de nouvelles charges furent immédiatement offertes, à titre de com- 
pensation, aux magistrats dépossédés. Ils les acceptèrent, pour ne point briser 
une carrière qui s'était ouverte pour eux sous les plus favorables auspices. 

Henri Philippe Henry devint agent municipal de Tintigny et juge de paix 
du canton d'Étalle ; Adrien Gofïinet fut nommé commissaire du Directoire 
exécutif près l'administration municipale du même canton ; on créa Hénou- 
mont receveur à vie pour la circonscription de Tintigny et Jos. Magnette 
fut attaché à l'administration municipale du canton. 

Dans certains milieux, on a fait aux juges de Villemont un grief d'avoir 
accepté ces fonctions et d'être en très au service d'un gouvernement spoliateur. 
Mais on oublie que la Belgique était alors définitivement conquise et faisait 
partie intégrante du territoire français, sans aucune idée de retour à l'ancien 
état de choses. En servant la République, ils ne croyaient donc faillir à aucun 
devoir de conscience. Fonctionnaires, ils n'avaient pas à se faire les juges du 
gouvernement qui les rétribuait ; il ne leur incombait que de remplir ponc- 
tuellement et scrupuleusement les charges dont ils étaient investis. C'est 
bien ainsi, d'ailleurs, qu'en jugèrent leurs familles, toutes des plus honorables, 
et qui auraient su provoquer de leur part un refus justifié, si elles avaient jugé 
ces fonctions incompatibles avec leur honneur. 

Ne vit-on pas M. d'Anethan de la Trapperie accepter lui-même immédia- 
tement, lors de la création des tribunaux de police correctionnelle, un poste 
de juge à celui de Luxembourg? 

Qui sait enfin si ces jeunes gens, car tous étaient jeunes, n'avaient pasformé 
le dessein de mettre l'influence qu'ils tiendraient de leurs fonctions mêmes. 



— 208 — 

au service de leur commune et d'éviter à celle-ci, ou au moins d'en atténuer 
les rigueurs, les charges souvent vexatoires qui devaient peser sur nos vil- 
lages pendant la dure période de la domination française? Et il n'y a pas à 
douter qu'ils n'aient souvent atteint ce but et épargné à leurs concitoyens 
une foule de diiïicultés et de maux. 

Mais c'est surtout contre Adrien GofTmet, à cause des fonctions spéciales 
qu'il remplissait, que la vindicte populaire s'est donné carrière ; et la légende, 
qui est souvent le contre-pied de l'histoire, ne s'est pas fait faute d'accabler 
sa mémoire. 

Examinons un instant, aussi impartialement que possible, quelle était la 
situation de l'ancien officier de Villemont, au moment de la suppression des 
justices féodales. 

En sa qualité de chef-juge et d'accusateur ou de ministère public, il s'était 
certainement attiré de nombreuses inimitiés, surtout parmi la classe alors la 
plus sujette à se trouver en conflits fréquents avec la justice seigneuriale. Et 
l'on sait que celle-ci n'était pas tendre pour toutes les contraventions qui 
lésaient les intérêts du maître, délits de bois, de pèche, de chasse, vol ou pil- 
lage de récoltes, etc. 

Des rancunes, des haines s'étaient accumulées contre lui, et il n'y a rien 
d'étonnant à ce que la légende du bon Dieu de Pitié se soit créée de toutes 
pièces lorsque se produisit la mort quasi inopinée du commissaire du Direc- 
toire exécutif. 

D'aucuns crurent y voir une punition du Ciel. On raconte, à Tintigny du 
moins, qu'étant allé à Villers-dt-Orval, donner l'ordre de fermer l'église et 
d'abattre la croix du clocher, il avait rencontré, à son retour, au milieu des 
bois, près du bon Dieu de Pitié, un dément à demi-nu, couvert de longues 
tiges de lierre qu'il agitait, et qui avait voulu lui barrer le passage. 

Pris de frayeur et croyant à une apparition surnaturelle, Goffmet aurait 
éperonné son cheval et regagné à bride abattue Tintigny, où, arrivé couvert 
de sueur et tremblant de fièvre, il se serait mis au lit et n'aurait pas tardé à 
expirer après une agonie affreuse, tourmenté par d'horribles visions. 

Or, rien de tout cela n'est vrai, ni même vraisemblable. Les cérémonies 
du culte catholique avaient été suspendues et les églises fermées deux ans 
auparavant, le 26 septembre 1797 ; Adrien Goffinet ne pouvait donc pas être 
allé à Villers-dt-Orval pour remplir la mission dont on lui fît un grief, d'au- 
tant plus que cette commune ne ressortissait pas de sa juridiction. Il n'y a 
guère d'apparence non plus qu'à la date du 25 mars il ait pu rencontrer un 
fou à demi-nu dans les bois d'Orval. et, cette rencontre se fût-elle produite, 
qu'elle n'eût certainement pas impressionné un homme peu superstitieux, 
jeune, fort et bien armé, au point de lui causer cette frayeur qui devait pro- 
duire de si terribles suites. 

Non, Adrien Goffmet est mort — et je tiens la chose d'un de ses contempo- 
rains du village alors âgé de douze ans — d'une pneumonie aiguë, désignée 



— 209 — 

en ce temps-là sous le nom de fluxion de poitrine, entouré des membres de 
sa famille et de ses intimes, parmi lesquels son voisin et bien cher ami, le 
docteur Joachim Renaud, dont les soins affectueux ne parvinrent pas à 
conjurer une issue rapide et fatale. 

Il n'était âgé que de 36 ans (1). 

Adrien Goffinet habitait à Tintigny le bel immeuble qu'il avait récemment 
acquis et restauré, et que l'on voit encore aujourd'hui, à la sortie du village, 
à gauche, sur la route de Saint-Vincent. Le docteur Renaud occupait à 
quelques pas de là, un autre immeuble qui est encore maintenant la pro- 
priété des descendants de sa famille. 

Je citerai une dernière preuve, et non la moins convaincante, que Goffmet 
n'était pas l'homme impie que l'on a voulu représenter et dont on a essayé 
de ternir la mémoire. 

C'est une lettre qu'il écrivit courageusement au citoyen Failly, commis- 
saire du Directoire exécutif, près d'Administration centrale, en faveur de 
M. Duchemin, curé de Tintigny, en vue d'obtenir pour celui-ci, un adoucisse- 
ment des rigueurs dont on usait alors à l'égard des prêtres non assermentés. 

Combien de fonctionnaires de la République eussent osé alors intervenir 
en faveur de l'un de ces prêtres? 

Il ne craignit pas, en entreprenant cette démarche, de se rendre suspect 
aux yeux de ses chefs, et de compromettre ainsi sérieusement sa situation. 

Voici cette lettre : 

DÉPARTEMENT 

des 
FORÊTS 



LIBERTE EGALITE 



CANTON 



D'ÉTALLE Tintigny, le 14 frimaire 7^ année de la République fran- 
çaise, une et indivisible (4 décembre 1798). 

Goffinet, Commissaire du Directoire exécutif, prés l'administration 
municipale du canton d'Etalle, 

Au citoyen Failly, commissaire du Directoire exécutif prés le Dépar- 
tement des Forêts. 

Citoyen commissaire, 

« Le nommé Henri-Joseph Duchemin, ci-devant curé de Tintigny, ayant 
obtenu un certificat d'infirmité lui délivré par le citoyen Rogier, officier de 
santé, j'ai cru que je ne pouvais me refuser à attester la vérité de ce certificat, 
pour avoir reconnu le dit Duchemin comme infirme depuis plusieurs années ; 



(1) Voir son acte de décès à la date du 25 mars 1799. 



— 210 — 

il à (l'aillours été déclaré Ici depuis sa détention à Luxembourg, outre qu'il 
est encore sexagénaire (1) : il doit vous faire parvenir ce cerlilicat cpie je vous 
prie de ne point regarder pour Cire exagéré, ni sa personne pour être dangereuse 
dans aucun cas. » 

« Salut et fraternité, 

« Votre concitoyen, 

« A. GOFFINET. » 

En assumant la charge de commissaire du Directoire exécutif, après avoir 
rempli celle d'accusateur public, le pauvre Goiïinet tombait de Charybde 
en Scylla, au point de vue de l'impopularité attachée à ses fonctions. « Les 
commissaires du Directoire exécutif près les administrations centrales et 
municipales, disait l'art. 191 de la Constitution, surveillent et requerrent 
l'exécution des lois. » 

Cette considération seule suffit à expliquer l'animadversion intense qui 
s'était attachée à son nom. 

J'ajouterai, pour clore cette parenthèse, un peu longue déjà, que Henri- 
Philippe Henry, fonctionnaire de la République, fut le père d'une nombreuse 
et très honorable famille, dont deux membres occupèrent de hautes situations 
dans l'état ecclésiastique, et qu'il a gardé, malgré les événements, l'entière 
confiance de la marquise de Trazegnies, dont il resta le régisseur dévoué et 
intègre, comme il le fut ensuite de M. d'Anethan, le nouveau propriétaire 
de Villemont, qui le maintint dans cette charge jusqu'à l'arrivée du baron 
d'Huart, en 1819.. 

Adrien Goffînet n'eut pas une descendance moins distinguée ; l'un de ses 
petits-fils, le général baron Goffînet, fut revêtu, dans ces derniers temps, à la 
cour de Belgique, des plus hautes et des plus enviables dignités. 

22 août — Une nouvelle constitution est octroyée à la France, et aux pro- 
vinces conquises, le 5 fructidor an III (22 août 1795). 

Ratifiée par le peuple le 1*^'' vendémiaire an IV (23 septembre), cette charte 
porte, au point de vue administratif, les dispositions principales suivantes : 

Le territoire est divisé en départements, ceux-ci en cantons et ces derniers 
en communes ou municipalités. 

Un agent municipal et un adjoint s'occupent seuls des afïaires exclusive- 
ment locales. 



Chaque canton a une administration municipale qui siège au chef-lieu. 

Cette assemblée est constituée par la réunion de tous les agents munici- 
mx du canton. 

Auprès des administrations municipales cantonales sont établies des com- 



(1) Goffinet exaf^-érait encore, à dessein sans doute, l'âge du curé Duchemin, qui 
n'avait alors que 55 ans , 



— 211 — 

missaires du gouvernement central, chargés de solliciter l'expédition des 
affaires de l'Etat ou l'exécution des lois. Ce sont les commissaires du Direc- 
toire exécutif. 

Les communes élisent pour deux ans leur agent mun-cipal et leur adjoint. 
Cette élection a lieu après le 1er germinal (21 mars). 

Les règles administratives qui viennent d'être énoncées restèrent en vigueur 
jusqu'à l'établissement de la constitution du 28 pluviôse an VIII (17 février 
1800). 

31 août. — A la date du 31 août (14 fructidor an III), il est procédé à la 
première division territoriale et administrative des provinces belges. 

8 septembre. — Par délibération du 22 fructidor an III (8 septembre 1795), 
l'Administration d'arrondissement juge nécessaire de faire disparaître tout 
ce qui pouvait rappeler l'ancienne organisation judiciaire ; elle décide que 
« tous les signes distinctiis des ci-devant justices, hautes, moyennes et basses, 
tels que potences, fourches patibulaires, carcans et autres existant dans 
l'étendue des différentes communes, seront abattus et détruits, et les pierres 
et bois enlevés dans la huiLaine de la notification de l'arrêté. » 

27 septembre. — Ce jour marque encore une date mémorable dans les 
annales de la première République française. 

Par arrêté du 5 vendémiaire an IV (27 septembre 1795), l'Administration 
centrale de Bruxelles impose à tous les corps constitués, judiciaires et admi- 
nistratifs, de même qu'à tous les fonctionnaires, i'obhgation de faire usage, 
dans tous leurs actes et expéditions, du calendrier républicain seul, à partir 
du fei" brumaire suivant (13 octobre 1795). 

Vers la fin du même mois de septembre, la commune de Tintigny est 
astreinte à fournir deux voitures pendant sept jours, au parc établi à Luxem- 
bourg, pour y efïectuer le transport des bois de chauffage destinés à l'appro- 
visionnement militaire de la dite ville. 

Ce service, fait par les charretiers Henri-Joseph Collignon et Henri-Joseph 
Sansoin, tous les deux de Tintigny, est liquidé au moyen de deux bons de 
42 florins, délivrés à la décharge de la commune et imputables sur les impo- 
sitions de celle-ci, conformément à un arrêté du 9 fructidor an V (26 août 
1797). 

Ces bons sont émis à Luxembourg, seulement à la date du 24 brumaire 
an VI (14 novembre 1797), par le commissaire Bochkolt, du 3^ bureau de 
l'Administration centrale du département des Forêts. 

' 4 octobre. — La Convention nationale, dans un décret du 9 vendémiaire 
an IV (4 octobre 1795), prononce la réunion définitive et intégrale des anciens 
Pays-Bas à la République française. 

26 octobre. — La même assemblée arrête sa dissolution et termine ses 
séances le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795). Réunie pour la première fois, 

14 



— 212 — 

le 20 septembre 1792, elle avait donc duré 3 ans 1 mois et 6 jours exactement, 
« Aucune assemblée, dit Th. Juste, n'a laissé de souvenirs plus terribles, et 
quoiciu'elle vécût continuellement au milieu d'épouvantables tempêtes, elle 
sut cependant préserver la France de l'invasion étrangère. » 

18 novembre. — Le 27 brumaire an IV (18 novembre 1795) est également 
dissoute l'Administration d'arrondissement Saint-Hubert-Luxembourg ; 
elle fait place à un nouvel organisme, celui du département des Forêts, 
composé de cinq administrateurs et d'un commissaire du Directoire exécutif. 

Jacques-Louis Failly, de Dormans (Marne) rcj^nplit cette dernière charge 
du 23 floréal an VI (12 mai 1798) au 4 nivôse an VII (24 décembre 1798). 



1796 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 
Bonaparte prend le commandement de l'armée d'Italie. 
Jourdan commande l'armée de Sambre-et-Meuse. 
Moreau commande l'armée du Rhin. 
11 avril. — Montenotte. 
3 août. — Castiglione. 
15 novembre. — Arcole. 

• ÉPHÉMÉRIDES ADxMINISTRATIVES. 

A l'état civil de Tintigny, l'année 1796 est incomplète. Les registres sont 
tenus par le curé jusque fin mai, après quoi ils passent aux autorités civiles. 

Baptêmes, jusqu'au 12 mai, 32. 

Mariages, jusqu'au 23 mai, 8. 

Décès, jusqu'au 22 avril, 8. 

A partir du 21 thermidor an IV (8 août 1796), les actes sont signés : H. -P. 
Henry, agent municipal. 

Le premier mariage, le 9 vendémiaire an IV (l^i" octobre 1796) ; le premier 
décès le 24 thermidor an IV (11 août 1796). 

Bellefontaine, Lahage et St-Vincent n'y figurent plus. 

On trouve à la date du 10 mai : H. -P. Henry, agent municipal de la com- 
mune de Tintigny ; Jacques Houlmont, adjoint. A cette date, le centenier, 
qui est Joseph-Hubert, exerce encore ses fonctions. 



— 213 — 

ÉPHÉMÉRIDES LOCALES. 

Jos. Guillaume, maître d'école, résidant à Tintigny. Apparaît la première 
fois en cette qualité en 1789. 

François-Louis Clesse, prêtre vicaire à Tintingy. Remplit ces fonctions 
dès 1791. 

Henri-Joseph Henry, prêtre résidant à Tintigny, fils de Henri Henry, 
officier de la seigneurie du Ménil et juge en plusieurs seigneuries. 

Le 5 avril, décès à Tintigny de Cécile de Jacque, ci-devant religieuse à 

Juvigny. 

* 

* * 

Mars- Avril. 

Ici se place un épisode mémorable de la résistance qu'une partie de la popu- 
lation opposait au régime républicain. 

L'esprit de révolte était surtout motivé par l'obligation du service militaire, 
auquel les lois de la République astreignaient les jeunes gens de toutes les 
classes de la société. 

Ce service militaire forcé était une nouveauté qu'il était malaisé de faire 
pénétrer brusquement dans les mœurs d'un peuple à qui, jusqu'alors, le 
recrutement des armées n'avait jamais demandé que des- engagements 
volontaires. 

D'ailleurs, la désignation pour le service militaire équivalait en quelque 
sorte à un arrêt de mort à l'égard de celui que frappait le sort, si l'on songe 
aux guerres meurtrières qu'avait alors à soutenir sans trêve la République 
contre l'Europe coalisée. C'était l'effioi des familles. Aussi une effervescence 
générale ne tarda-t-elle pas à se manifester parmi la population de plusieurs 
cantons du Luxembourg méridional. 

Je ne toucherai à ce sujet que pour ce qui concerne la part qu'y prit la 
commune de Tintigny, renvoyant pour le surplus à la relation qui en a été 
donnée au tome V, p. 642, des Communes luxembourgeoises. 

Le foyer de la rébellion se trouvait à Tintigny même, d'où le mouvement 
était secrètement et habilement dirigé. 

Les convictions religieuses de la population, dit le commissaire Duportail, 
chargé d'une enquête sur la situation, avaient contribué à faciliter le soulè- 
vement. Il avait été surtout provoqué et était courageusement entretenu 
par les trois frères Lenfant, dont deux étaient étudiants en théologie, et le 
troisième, novice aux Récollets ; ils étaient secondés dans leur propagande 
par Henri- Joseph Conrotte, ancien chartreux, et Henri Devillez, ex-jésuite, 
retiré chez son parent, Conrotte père, et, enfin, par le curé de Villers-sur 
Semois. Tous étaient liés entre eux par une étroite amitié ; ils devaient sur- 
tout leur influence à cette circonstance, qu'ils donnaient l'instruction aux 
enfants de Tintigny et des environs. 



— 214 — 

« Ils ré[iauilaic'nt des écits incendiaires et faisaient signer des listes d'en- 
gagenienl [)our résister aux l'rançais. » 

Ces exeilalions avaient produit leurs fruits, et les cantons de Virton et 
d'Etalle étaient en révolte ouverte contre la loi de conscription. 

Le tirage au sort devait avoir lieu à Etalle le 25 germinal (14 avril). Appelé 
par ses fonctions à assurer l'exécution de la loi, Adrien Goffinet, commissaire 
du Directoire, devait se rendre ce jour-là, dès le matin, de Tintigny, lieu 
de sa résidence, au chef-lieu du canton. 

Les jeunes conscrits des alentours ne l'ignoraient pas et avaient résolu 
sa mort. Quelques-uns des plus déterminés, postés dans le parc du château 
de Sainte-Marie, attendaient son passage, armés de fusils. Tout à coup irré- 
solus, à la vue de leur victime, et craignant sans doute aussi pour leurs vil- 
lages les plus terribles représailles, ils abaissèrent leurs armes et le laissèrent 
passer. 

Le même jour, après-midi, le gros des insurgés se trouve aux prises, dans 
le bois d'Etalle, avec les troupes répubhcaines, venues pour prêter main- 
forte aux autorités ; on y tiraille jusqu'au soir sans résultat apparent, mais 
entre temps, les chefs des rebelles ayant appris que des forces importantes 
venaient d'être envoyées contre eux, licencièrent leurs hommes, et le 26 au 
matin, les bois étaient évacués. 

Aussitôt commence la répression ; des colonnes mobiles sont placées dans 
tous les villages, on désarme les habitants et on les charge de logements mili- 
taires ; Duportaiï fait fouiller de fond en comble Tintigny, où il croyait 
découvrir les Lenfant, Conrotte et Devillez, mais c'est en vain ; ils avaient 
su se soustraire à toute recherche. 

Cependant la plupart des insurgés ont été saisis ou ont fait volontaire- 
ment leur soumission ; les innocents sont relâchés et les plus coupables sont 
envoyés à Luxembourg où il doit être statué sur leur sort. 

L'ordre paraît rétabli et le commissaire Duportaiï croit pouvoir conclure 
son rapport en disant : « Il n'y a plus aucune apparence de troubles dans le 
département, et les coupables échappés à nos recherches sont en trop petit 
nombre pour qu'on puisse en concevoir de l'inquiétude. La tranquillité 
règne dans tous les cantons. » 

Fit-on retomber sur Tintigny, la responsabiUté des troubles auxquels 
quelques-uns de ses habitants venaient d'être si activement mêlés, et que 
la répression directe n'avait pu atteindre? On doit le croire lorsque l'on voit 
la malheureuse commune inondée de troupes et frappée d'une prestation de 
300 rations de pain et d'autant de viande, ainsi que de la fourniture de vingl- 
qiiatre chariols à quatre chevaux pendant la durée des mêmes mois de germinal 
et floréal. Et encore ne s'inquiétait-on guère de l'indemniser de ces charges 
écrasantes, car ce n'est que deux années plus tard, et probablement à la 
suite d'instantes et multiples démarches, que l'Administration municipale 
du canton se décida à lui délivrer une reconnaissance de ces fournitures, ainsi 
que cela ressort des deux pièces ci-après : 



— 215 — 

Département des Forêts. — Canton d'Etallo. 

Commune de Tintigny. 

« Nous membres de l'Administration municipale du canton d'Etalle, attes- 
tons que la commune de Tintigny, même canton, a fourni trois cents rations 
de pain et autant de viande pendant le courant des mois de germinal et floréal 
an IVe (21 mars-20 mai 1796) aux troupes auxiliaires stationnées dans la 
dite commune, qu'il n'a été délivré aucune quittance militaire et que la réqui- 
sition qui a donné lieu à cette fourniture a été égaré.» 

« Fait à Etalle, le 14 nivôse an VI (3 janvier 1798). 

J. Hubert, J.-B. Bourguignon, Tschoffen. 

Département des Forêts. — Canton d'Etalle. 

Commune de Tintigny. 

« Nous, membres de l'Administration municipale du canton d'Etalle, attes- 
tons que la commune de Tintigny a fourni vingt-quatre voitures à quatre che- 
vaux pendant le courant de germinal et floréal an lY^ aux troupes auxiliaires 
cantonnées dans la dite commune, pour aller chercher du pain et de la viande 
depuis Tintigny jusqu'à Arlon, distance de cinq lieues, qu'il n'a été donné 
aucune quittance militaire, etc. » 

J. Hubert, J.-B. Bourguignon, Tschoffen. 
Vu par moi, commissaire du Directoire exécutif. 

A. GOFFINET. 

A valoir sur les impositions conformément à l'arrêté du 9 frimaire an V 
(29 novembre 1796). 

* 
* * 

On peut induire de cette seconde pièce qu'outre les deux compagnies de 
150 hommes auxquels la commune devait fournir le pain et la viande, un 
nombre beaucoup plus considérable de soldats y étaient cantonnés, puis- 
qu'il fallait vingt-quatre chariots à quatre chevaux pour aller chercher à 
Arlon le pain et la viande nécessaires à leur consommation. 

10 mai. — Durant cette ère d'agitation générale, on avait un peu perdu 
de vue ce qui touchait aux intérêts particuliers des habitants, et l'on était 
arrivé à la date du 21 floréal (10 mai) sans avoir encore procédé à la distri- 
bution ordinaire de l'affouage. Cependant tous les ménages, accablés par les 
charges des logements militaires, devaient en avoir le plus urgent besoin. 
Peut-être les formalités administratives nouvelles en avaient-elles retardé 
jusqu'alors la distribution ; toujours est-il qu'un fonctionnaire de l'adminis- 
tration centrale fut envoyé à Tintigny, aux fins d'effectuer le récolement de 
la coupe de 1796. 

Le procès-verbal rédigé par cet agent nous a été conservé ; je le reproduirai 
ici, parce qu'il présente un réel intérêt au point de vue de l'indivision qui 



— 216 — 

oxislail ak)rs pour les bois entre les diiîérentes localités qui formaient aupa- 
ravant la seigneurie de Villemont (1). 

L'auteur de ce procès-verbal avait peut-être de réelles aptitudes pour les 
fondions qu'il exerçait, mais il était pour sûr fort étranger aux règles les plus 
élémentaires de la grammaire et de l'orthographe. 

Du s'en fera une idée à la lecture de son rapport : 

Bois et Forêts. 

Département des Forêts. — Arrondissement de Virton. 

u Verbal du recolement de la couppe annuel et ordinaire de la commune de 
Tintigny, an (Han) et Poncel, adjoint Belle fontaine et la Hage ipour l'an 
1796 V. s. 

« L'an quatre de la République française, une et indivisible, le vingt un 
floréal (10 mai) à cinq heures de relevé je soussignée s : inspecteur des bois et 
forêts de l'administration centrale de Luxembourg, séante au dit Luxem- 
bourg, demeurant ordinairement à Izel, arrondissement de Virton, porteui 
de ma commission duement enregistrée, certifie m'être transporté aujour- 
d'hui à l'heure susdite au bois de la commune de Tintigny, dont la commune 
de la Hache et la commune de Belle fontaine tire la même part que la ditte 
commune de Tintigny, au canton appelé Bouviveaux, accompagnie du citoyen 
Henry, agent municipal de la commune de Tintigny et de Jacques Houimont, 
adjoint et de Joseph Hubert, sentenier de la dite commune et Jean Bap- 
tisse Laguerre forestiers, et de Vincent Maître jean agent municipal de la 
commune de Belle fontaine et de Joseph André, adjoint et Joseph Dansart, 
et Jean-Batisse Balon forestiers, partie faisante pour la commune de la Hache, 
à l'effet de procéder au recollement de vingt quatre arpens, ou environs 
de bois qui est la couppe a recroissance de 17 ans, étant arrivé au lieu susdit 
j'ai bien vu que la couppe était exploitée en bon père de famille garnie plus 
que suffisance de chênes anciens et modernes, charmes et hêtres anciens et 
modernes, qui est l'essance de leurs bois, et aiant suit exactement les règles 
et arrêtée des loix forestiers, pour la ditte exploitations aiant laisser pour 
reserve et balliveaux en chênes anciens et hêtres anciens quatre cent et 
quatre vingt et quatre pied, en modernes et de Fage de la même qualitée que 
si dessus, dix sept cent et quatre vingt pied, la couppe annuelle des dittes 
communes rapportera à chaque feu une corde et demy, dont la commune de 
Tintigny, Poncel et An ne faisant qu'une se trouvent composée de cent qua- 
rante feux, et Belle fontaine et la Hache de même, la susditte couppe se 
trouve située sur le ban de la commune de la Hache, tenant au levant au 
grand bois de la même commune, au midi, au taillis de 1795, au couchant 
aux terres labourables de la Hache et au nord à la couppe de 1797, le tout 
aiant été fait d'après l'arrêtée du 14 frimaire article sept. 



(1) Cette indivision datait vraisemblablement de l'époque où ces localités furent 
affranchies à la loi de Beauiiiont (1258), par le seigneur de Villemont, de concert avec 
le comte de Ghiny, qui leur octroya, à cette occasion, « l'aisance de ses bois ». 



- 217 — 

Fait à la commune de Tintigny dans la maison du citoyen Jacque Houl- 
mont, adjoint municipal le jour mois et an que dessus et signées d'après lec- 
ture faite. 

Etaient signés : H. P. Henry, agent. 

Par copie conforme : J. Houlmont, adjoint ; J. J. Ericot, s : inspecteur 
des bois et forêts pour l'arrondissement de Virton. 

V : m. Jean agent ; André, adj.oint. 

Il ressort bien du contenu de cette pièce que la communauté d'Ansart 
n'avait alors aucune part dans les bois que possédaient par indivis Tintigny 
et Bellefontaine. Mais lui appartenait, en propriété exclusive, le bois de 
la Prise, dont le produit des coupes ordinaires paraissait suffire aux besoins 
de sa population qui, d'après le recensement du 18 décembre 1794, comptait 
41 ménages et 204 individus. 

C'est ce qui semble ressortir du procès-verbal de récolement de la coupe 
de 1796, dressé par le même fonctionnaire le 25 germinal (14 avril) et dans 
lequel, après le préambule habituel il ajoute les détails intéressants qui sui- 
vent : 

« certifie m'être transporté aujourd'hui au lieux dit la Prise 

contenant 45 arpen , mesure ordinaire du pays, accompagné du citoyen 
.J. : Nicolas Pieret sentenier de la commune d'Ansart et de Joseph Halbardier, 
forestier du dit bois, et Nicolas Evrard, garde du bois des domaines, à l'effet 
de faire le recollement de leur couppe ordinaire de 1796, étant arrivé sur le 
lieu susdit j'ai vu que la ditte coupe ne contenoit que de la haute futail en 
chênes et même les 45 arpens entière exceptée un petit canton, qu'il si trouve 
quelque mauvaise raspe dont la majeur partie sont garnis d'épines ; la couppe 
susdite pour être partagée entre les habitants de la susditte contient (pour 
consiste) en cinquante deux chênes et cinq charmes et un hêtre qui pourrait 
leur faire en raport à chaque particulier de cinq quart de cordes, qui est le por- 
duit annuelle de leur bois communeau, aiant fait tomber tous les dépérissant 
et au retour de l'âge, lequel dans le nombre il n'est s'en trouve aucun qui 
puissent servir pour la marine ni les arseneaux, le dit bois est située etc., etc.» 

22 mai. — Tintigny gémissait sous le lourd fardeau d'une occupation mili- 
taire exorbitante. Mais les réquisitions et les prestations de toute nature dont 
on n'avait cessé de l'accabler pendant la période d'avril-mai ne devaient pas 
encore marquer, pour ses malheureux habitants, le terme de leurs épreuves. 

Dans les premiers jours du mois de prairial une nouvelle compagnie, appar- 
tenant à la colonne mobile, vint prendre ses quartiers dans le village. Aussi- 
tôt, réquisition de voitures pour le service des troupes. Mais les habitants, 
exaspérés déjà par tant de charges continuelles, refusent d'y satisfaire, allé- 
guant qu'aucune réquisition de l'Administration centrale ne leur a été adressée. 

En présence de cette situation, le commandant de la compagnie porte 
aussitôt plainte auprès des autorités de Luxembourg, et, dans le style mili- 
taire emphatique de l'époque, écrit ce qui suit : 



— 218 -- 

C-olonuc mobile. 

(".ompagnie auxiliaire. — 78^ demi-brigade. 

Tintigui, le 3 prairial (22 mai) IV^ année. 

Le chef de la compagnie, 

Aux ciloyens composant l'Administration centrale du département 
des Forêts, à Luxembourg. 

Citoyens, 

« Je me suis présenté dans dilïérents villages, pour obtenir des voitures à 
reflet d'aller chercher des elïets d'habillement dans les magasins de la Répu- 
blique à Thionville, afin de couvrir nos soldats qui sont entièrement nuds. 
Les difïérentes communes se sont refusées à m'en fournir faute que je 
n'avais pas à leur présenter une réquisition de vous. 

Ainsi je vous invite donc, au nom de l'humanité française, de m'en faire 
passer une sur l'instant qui puisse me servir dans tous les cas où le bien du 
service l'exigera. 

Salut et fraternité. 

Duché, Capitaine. 

P. S. — Nous ne pouvons pas aller chercher nos vivres faute de cette réqui- 
sition et jusqu'alors on ne nous avait pas fait cette difficulté. » 

Transmise immédiatement au commissaire des guerres, cette requête 
donna lieu de sa part à la réponse suivante adressée d'urgence à l'Adminis- 
tration départementale : 

Place de Luxembourg. 

(( L'Administration du Département des Forêts est invitée d'autoriser 
le commandant de la compagnie auxiliaire de la 78"^ demi-brigade à se faire 
fournir de la commune de Tintigny où la dite compagnie est cantonnée, ou 
de l'administration du canton, toutes les fois que le besoin du service l'exigera, 
les voitures nécessaires pour le transport des vivres et efïets d'habillement 
dont la dite compagnie pourra avoir besoin. » 

" Luxembourg, le 4 prairial IV<^ année républicaine (23 mai 1796). 

Le commissaire des guerres, 
Desnoyers. 

A son tour, l'Administration centrale du département dans sa séance du 
même jour, prit l'arrêté motivé, dont suit la teneur, curieuse à plus d'un titre : 

Extrait du procès-verbal de la séance du 4 prairial 4^ année. 

'< Vu la réquisition du Commissaire des guerres Desnoyers de ce jour, de 
faire mettre à la disposition du commandant de la compagnie auxiliaire de 



— 219 — 

la 78^ demi-brigade cantonnée dans la commune de Tintigny les voitures 
nécessaires pour le transport des vivres et elïets d'habillement dont elle a 
besoin. 

L'Ado°, le O'*^ du D^e ex : entendu arrête : 

Art. 1er. 

La commune de Tintigny fournira, à la réquisition et première demande, 
au commandant de la compagnie de la 78^ demi-brigade, les voitures néces- 
saires pour aller chercher les vivres et effets dont elle a besoin. 

Art. 2. 

(^es voitures ne seronL fournies que lorsque l'urgence du service l'exigera, 
et au cas que cette commune soit surchargée par cette fourniture, rAd°° M^^ 
d'Etalle fera fournir par d'autres communes les plus voisines de ce cantonne- 
ment, les voitures dont il s'agit. Le dit commandant s'adressera à la dite 
Administration à cette lin. 

Art. 3. 

Ces voitures ne seront tenues que de faire une station, c'est-à-dire 5 ou 6 
heues de distance de leur domicile. Le dit commandant est autorisé à les faire 
relever et remplacer par les Ado°s des cantons ou communes où elles se trou- 
veront à cette distance. 

Art. 4. 

Expédition du présent arrêté sera envoyée à l'Ado" M^^^ d'Etalle, au dit 
commandant et à la dite commune pour son exécution. » 

Pour expédition conforme : 

CONCEMONT. 

10 juin - 25 septembre. — Outre les troupes cantonnées dans la commune, 
les habitants de Tintigny eurent encore à subir, depuis le commencement de 
juin jusqu'à la fm de septembre, les charges et les réquisitions nécessitées 
par le passage de l'armée de Sambre et Meuse. Le pays était inondé de soldats, 
et des convois interminables de vivres, d'armes et de munitions encombraient 
toutes les routes. Arrachés aux travaux des champs, dont la plupart restaient 
en friche, les malheureux cultivateurs se voyaient forcés de mettre, sans trêve 
ni repos, leurs chevaux et leurs chariots au service des armées. 

La déclaration suivante délivrée à l'un d'entre eux, dépeint suffisamment 
cette lamentable situation : 

Parc de Luxembourg. 

Equipages M^es. — Services aux'es. 

Armée de Sambre et Meuse. 

(( Je soussigné, chef du parc des dits équipages, certifie et atteste que le 
citoyen Henri Aubrion, de la commune de Tintigny, canton d'Etalle, a fait 



— 220 — 

coiitinuellemeiil le service avec sa voiture et ses quatre chevaux, sans aucune 
rétribution (!), depuis le 22 prairial lY^ année (10 juin 1796), jusqu'au cin- 
quième jour complémentaire (22 septembre) où il a perdu un de ses chevaux 
par mort casuelle, et que depuis cette époque, il a continué de le faire avec 
ses trois autres jusqu'au 4 vendémaire cinquième année (25 septembre). 

En foi de quoi, je lui ai délivré le présent pour lui servir et valoir au besoin. » 

Le chef du parc, 

LÉTACHE. 

5 septembre. — Le 19 fructidor an IV (5 septembre 1796), fut votée la loi 
établissant la conscription dans toute l'étendue du territoire français. 

A partir de ce jour, cette loi pesa lourdement sur le pays et devint bientôt 
odieuse aux populations. 

Elle prévoyait l'inscription au rôle annuel de tous les jeunes gens âges de 
vingt ans, parmi lesquels le sort désignait ceux qui devaient être soldats. 

Les conscrits auxquels le sort avait été favorable ne pouvaient cependant 
pas se considérer comme étant définitivement libérés. La loi, en effet, avait 
posé ceci en principe : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la 
patrie. » 

Les jeunes gens âgés de 20 à 25 ans et que le sort avait épargnés, formaient 
cinq classes annuelles^ dont tous les membres étaient inscrits sur des listes 
où ils étaient classés par rang d'âge. Le gouvernement pouvait puiser sur 
ces listes selon ses besoins, en appelant d'abord la plus jeune classe et en com- 
mençant, dans cette classe, par les plus jeunes conscrits. 

13 décembre. — Pendant que la République se mettait ainsi en mesure de 
fournir aux besoins toujours renaissants de ses armées, ses agents poursui- 
vaient dans notre pays, l'accaparement des biens ecclésiastiques. 

Le Bénéfice Sainte-Anne, fondé en l'église paroissiale, n'avait pas échappé 
à leur attention. 

Un commissaire spécial, envoyé à Tintigny pour en faire l'estimation, trans- 
mit à ses chefs le désinvolte procès-verbal suivant de cette opération : 

Etalle, le 23 frimaire an V (13 décembre 1796). 

« Le citoyen Mirondot, commissaire de l'Administration, au citoyen Failly, 
administrateur du département des Forêts. 

« Je vous envoyé, citoyen et ami, six procès-verbaux d'estimation de biens 
nationaux dépendants tant de la ci-devant abbaye d'Orval, que du Bénéfice 
Sainte-Anne, dont le chef-lieu est Tintigny. 

« Ce bénéfice est sans charge d'âmes. Le gouvernement autrichien en était 
le collateur, c'est ce qui m'a déterminé à le prendre en passant. Je vous en ai 
parlé. Vous m'avez répondu dans le principe que jusqu'à présent il ne s'agis- 



— 221 — 

sait que des biens du clergé régulier et vous n'avez pas désapprouvé ma con- 
duite, qui ne fait qu'anticiper sur les événements et a le mérite d'assurer à 
la République des objets qui auraient pu échapper. 

« Respects à vos aimables citoyennes, civilités et amitiés de la part des 
miennes. 

« Je suis de tout mon cœur, votre citoyen et ami, 

MiRONDOT. 

A la suite de ce rapport, l'Administration décida la mise en vente du dit 
bénéfice et en fixa la date au l^i" ventôse an V (19 février 1797). 

Les parents du fondateur ou plutôt leurs héritiers, car le bénéfice était 
de création fort ancienne, songèrent aussitôt à mettre opposition à cette 
aliénation abusive. 

A cette fin, les ayants droit qui étaient pour lors les nommés J.-B. Laguerre, 
Henri François, Philippe Rossignon et Guillaume Hubert, tous de Tintigny, 
adressèrent à l'Administratioç centrale du département des Forêts, une 
requête tendante à ce qu'il soit sursis à la vente et adjudication des biens du 
bénéfice Sainte-Anne, érigé en leur éghse paroissiale et que ces biens leur 
soient attribués à titre d'héritiers et plus proches parents du fondateur. 

Voici cette pièce : 

Citoyens Administrateurs, 

« Les pétitionnaires vous exposent que venant d'être informés que la vente 
au profit de la nation des biens composant le bénéfice Sainte-Anne érigé 
en l'église paroissiale de Tintigny, seroit fixée au premier ventôse prochain, 
ils se croient, d'après les lois, fondés à réclamer ces biens, non seulement en 
leur qualité d'héritiers et plus proches parents des donateurs d'iceux et 
fondateurs du dit bénéfice, mais aussi parce que les dispositions des dits 
donateurs portent qu'en cas de suppression de ce bénéfice, les biens en retour- 
neront à sa famille, selon que les exposants le justifieront par la production 
des titres afférents, et ce qui d'ailleurs est si vrai que jamais le bénéfice n'a 
pu, suivant l'une des conditions de son érection, être conféré qu'à ceux qui 
se prouvaient être les plus proches parents des susdits fondateurs et dona- 
teurs. 

' Parmi quoi, ils réitèrent leur demande ci-dessus formée, aux offres de 
la justifier le plus tôt possible, faisant élection de domicile en celui de leur 
défenseur officieux soussigné. » 

« Salut et fraternité. 

Signé : J. F. Guillaume, avec paraphe. 

Luxembourg, le 24 pluviôse an cinq (12 février 1797). 

Observations en marge : 

a) Les pétitionnaires produiront leurs titres pour qu'ils soient examinés 



— 222 — 

par i'Admiiiislralion et qu'il soil ensuite statué par elle sur ce qu'il appar- 
tiendra. 

Luxembourg, le 14 ventôse an V (4 mars 1797). 

Faillv ; DuPORTAiL, S'"*^ en chef. 

b) Soit le mémoire ci-contre envoyé à ïad°^ municipale du canton d'EtalIe 
pour donner son avis sur la réclamation qui en fait l'objet, et le faire remettre 
à l'ado" centrale dans le délai d'une décade. 

DUPORTAIL. 

11 eût été intéressant de connaître la suite donnée à cette affaire ; mais 
l'absence de tout document s'y rapportant ne m'a pas permis de savoir 
quelle en fut l'issue. 

Quoiqu'il en soit, le bénéfice de Sainte-Anne ne survécut pas à la tour- 
mente révolutionnaire ; les biens seuls affectés autrefois à l'établissement de 
cette œuvre en ont perpétué le souvenir, et l'on désigne encore aujourd'hui 
sous le nom de Bénéfice, les jardins et prairies situés entre la rue Perdue, la 
Semois, et le ruisseau de Villemont lesquels biens en constituaient le fonds 
principal (1). 

20 décembre. — Aucun bien d'église ne devait échapper à la rapacité des 
agents de la République. 

Au mois de novembre 1267, Wauthier de Wees, seigneur de Villemont, 
donnait « pour Dieu et en aumosne, à tous jours mais à tenir, à l'éghse d'Orval, 
« dois muis vertenois de bief moniale, à panre au molin de Poncel, dou meil- 
« lour qui i serat. » 

Cette redevance avait été régulièrement et loyalement acquittée durant 
le cours de plusieurs siècles, et les religieux d'Orval la percevaient encore 
au moment où éclata la terrible révolution qui devait marquer la fm du célè- 
bre monastère. 

Le relevé des biens de l'abbaj^e avait révélé aux sbires républicains l'exis- 
tence de cette rente ; aussi l'administration centrale s'empressa-t-elle, dès 
qu'elle lui fût signalée, de dépêcher un commissaire spécial pour procéder 
à son estimation et en préparer la mise en vente consécutive. 

Le procès-verbal d'estimation est curieux à plus d'un titre, mais l'étendue 
de cette pièce ne me permet que d'en citer les passages les plus intéressants, 
surtout ceux qui sont relatifs à l'estimation de la valeur des grains à cette 
époque et aux mesures alors en usage. 

Voici ces divers extraits : 

No 79 du 4e état des estimations (1). 



(1) Par testament en date du 26 juin 1769, Guillaume Huberti, pour lors titulaire 
du bénéfice Ste-Anne donne « pour augmentation de revenu, la grange, escurie et 
jardin y attenants et à lui appartenant en propriété ». — A?^ch. pat^oiss. 



— 223 — 

« L'an cinq de la république française, une et indivisible, le 30 frimaire 
(20 décembre 1796), en exécution de la commission à moi délivrée par l'Admi- 
nistration centrale du département des Forêts en date du 5 brumaire, enre- 
gistrée le premier frimaire présent mois, Je Marie-Gabriel Mirondot, expert 
soussigné, demeurant au Chatelet, commune de Habay-la-Neuve, me suis 
transporté, assisté du citoyen Adrien Goffînet, commissaire du Directoire 
exécutif près l'administration municipale du canton d'Etalle, par moi requis, 
au moulin de Poncelle, dont la propriété appartient au citoyen Trazegnies 
de Villemont, le dit moulin tenu à loyer par le citoyen Guillaume Claisse, 
lequel est tenu de payer aux religieux d'Or\'^al, un rendage annuel de deux 
muids de seigle, ou 48 bichets mesure de Virton. Lesquels deux muids de 
seigle étaient affectés par la dite abbaye au payement des gages de leur 
garde chasse de la ci-devant prévôté et seigneurie d'Etalle. 

Et après avoir conféré avec le dit citoyen Goffmet, commissaire du pou- 
voir exécutif et le receveur des Domaines de l'arrondissement sur l'avantage 
ou le désavantage qui pourrait résulter de la division de ce rendage, nous 
avons déterminé de concert avec le dit citoyen Goffmet, qu'il n'est pas 
dans le cas d'être divisé et qu'il doit former un seul lot d'adjudication ; en 
conséquence, nous avons procédé à l'estimation ainsi qu'il suit : 

« Le prix du halage des grains vendus sur le marché de Virton n'ayant pas 
été tenu exactement pendant les dix dernières années, nous avons pris pour 
base, faute de mercuriale, le rapport fait tout récemment par le receveur 
des subsides à la résidence de Virton, à l'administration centrale, que nous 
a transmis le citoyen Gillet, commissaire du pouvoir exécutif près l'adminis- 
tration municipale du canton de Virton, d'après lequel le quintal (1) de fro- 
ment est estimé dix livres (2) et le seigle sept livres aussi le quintal. Ainsi, 
d'après cette donnée, les quarante huit bichets formant ensemble environ 
douze quintaux, donnent un revenu annuel en deniers, de quatre-vingt- 
quatre livres, de laquelle déduisant le cinquième formant la somme de seize 
livres seize sols pour contribution dont le dit rendage est présumé devoir 
être chargé, n'étant pas porté sur le rolle des contributions, reste net celle 
de soixante-sept livres quatre sols. D'après lesquels délais et le prix commun 
des grains dans le canton de Virton et celui d'Etalle, j'estime les dits quarante- 
huit bichets de seigle à percevoir sur le moulin de Poncelle chaque année, à 
raison de dix-huit fois le revenu, à une somme principale de douze cent 
neuf livres douze sols, pour être vendus en un seul lot conformément à la 
loi du 17 fructidor dernier et à l'arrêté du Directoire exécutif du 23 du même 
mois. » 

« De tout quoi, j'ai dressé le présent procès-verbal que le dit citoyen Adrien 
Goffmet, commissaire du Directoire exécutif près l'administration munici- 
pale du canton d'Etalle a signé avec moi. 

Fait les jour, mois et an que dessus.» 

Mirondot : A. Goffînet. 



(1) 1 quintal = 100 kg. 

(2) 1 livre = 1 franc ; 1 franc = 20 sols ou sous. 



— 224 — 
Vu par le soussigné Receveur des Domaines à Habay. 



Perin. 



Vu à l'administration municipale du canton d'EtalIe le 5 nivôse an V 
(25 décembre 1796). 

J. Magnette. 

1797 

EPHEMËRIDES ADMINISTRATIVES. 

H. -P. Henry, jusqu'alors agent municipal de la commune de Tintigny 
est nommé juge de paix du canton d'Etalle. Il est encore agent municipal 
le 12 avril, c'est à cette date qu'il apparaît comme tel pour la dernière fois- 

Il a pour successeur Joseph Hubert, 29 ans, ancien aide-greffier de la 
justice de Villemont. 

Une attestation délivrée par la commune le 26 thermidor (13 août) est 
signée : H.-P. Henry, sans autre indication; Joseph Hubert, agent muni- 
cipal. 

Leurs nominations respectives aux fonctions de juge de paix et d'agent 
municipal ont eu lieu apparemment vers cette date. 

Le 11 vendémiaire an VI (2 octobre 1797), premier acte de l'état civil 
signé : Jos. Hubert, agent municipal. 

Jacques Houlmont, reste adjoint municipal. 

Tintigny contribua, pour la plus large part, à la formation du premier 
tribunal de justice de paix du canton d'Etalle : 

Henri-Philippe Henry, ancien greffier de la haute justice de Villemont, 
juge de paix, 32 ans, demeurant à Tintigny. 

Henri-Joseph Rion, huissier du tribunal de paix, 25 ans, domicilié à 
Tintigny. 

Joseph Renaud 63 ans, assesseur au tribunal de paix du canton d'Etalle, 
demeurant à Ansart. 

Gille George, assesseur au tribunal de paix du canton d'Etalle, 62 ans, 
demeurant à Tintigny. 

Jean Iker. greffier du juge de paix, âgé de 26 ans, demeurant à Tintigny, 
secrétaire communal. 

EPHEMERIDE MILITAIRE. 

17 octobre. — Traité de Campo-Formio. La Belgique, la Savoie et Nice 
sont cédées à la France. 



— 225 — 

FAIT LOCAL. 

23 brumaire an VI (13 novembre 1797). Décès à Breu vanne de Louise- 
Martine de Saintignon, épouse de Jean-Baptiste de Prouvy, seigneur du 

Ménil. 

* 

4 février. — Le pouvoir central venait de décréter que la comptabilité des 
fabriques d'églises serait dorénavant soumise au contrôle des autorités 
civiles. C'était un acheminement vers leur suppression et la vente de leurs 
biens, que le gouvernement républicain ne devait pas tarder à réaliser. 

Le 16 pluviôse an V (4 février 1797), les membres du conseil de fabrique 
sont réunis au presbytère sous la présidence du curé Duchemin, pour ouïr 
la reddition du compte de l'exercice précédent. Ce compte est présenté par 
Vincent Maîtrejean, de Bellefontaine, receveur, ass'sté de Jean-Nicolas Maî- 
trejean et de Henri Goffin, membres, tous les deux aussi de Bellefontaine (1), 
qui se sont trouvés à cette liquidation, sur convocation ordinaire. 

« Pendant l'exposition du dit compte, même moment seize pluviôse cin- 
quième année, est intervenu le citoyen Goffinet, commissaire du Directoire 
exécutif près l'administration municipale du canton d'Etalle, accompagné 
du citoyen Henry, agent municipal de Tintigny, lesquels après avoir pris 
vision tant de la recette que de la dépense du compte ci-dessus, l'ont arrêté 
comme il est dit en la clôture d'icellui. 

« Fait et arrêté au dit Tintigny le seize pluviôse cinquième année. » 

Suivent les signatures. 

21 mars-1 juin. — Il était d'usage autrefois, de délivrer gratuitement 
aux bourgeois, les bois nécessaires à la confection de leurs instruments ara- 
toires et à la construction ou à la réfection de leurs maisons. Aucun ne se 
faisait faute d'user et même souvent d'abuser de cette remarquable faveur. 

Le citoyen Adrien Goffmet, commissaire du Directoire exécutif et ci-devant 
juge et officier de la seigneurie de Villemont, s'était fixé à Tintigny tout au 
début de l'exercice de sa nouvelle charge. Né aux Bulles, le 10 janvier 1763, 
il avait épousé le l^r août 1786, Bernardine- Joséphine Tinant, née à Rom- 
poncelle, en 1763. 

Il avait songé dès lors à s'établir définitivement à Tintigny et, à cet effet, 
il avait successivement acquis, de 1790 à 1793, des héritiers de Jean Médy, 
en son vivant chirurgien-juré de la seigneurie de Villemont, les portions com- 
pétentes à chacun d'eux, dans la maison occupée auparavant par le praticien 
décédé, et connue sous le nom de maison Médy. Elle était située dans la partie 
du village désignée alors sous le nom de Petite Tintigny, sur le chemin de 
Saint-Vincent. Elle existe encore de nos jours. C'était une belle et spacieuse 
habitation, mais de construction déjà ancienne. 



(i; Paroisse de Tintigny, à cette époque. 



— 226 — 

Gollinet résolut de la reconstruire et de l'embellir. Il s'était bien promis 
d'user à cette fin de la faculté consacrée par la coutume, et de se procurer 
gratuilenient et à sulfisance tous les bois nécessaires aux travaux qu'il avait 
projetés. 

11 élait assuré d'avance que la demande qu'il allait faire, si démesurée 
qu'elle pût paraître, serait pariouj: favorablement accueillie. Il ne pouvait 
en être autrement, toutes les autorités à l'approbation desquelles cette 
demande devait être soumise, ou avaient à compter avec lui en raison des 
fonctions qu'il exerçait, ou étaient de ses amis. xMirondot, inspecteur des bois 
et forêts, entretenait avec lui des relations suivies ; H.-P. Henry, agent muni- 
cipal de la commune de Tintigny et Joseph JMagnette, le membre le plus 
influent de l'administration municipale du canton d'Etalle, étaient ses 
anciens collègues de la haute justice de Villemont. 

Le premier soin d'Adrien GofTinet fut de faire établir, par un agent 
officiel, un devis détaillé de la quantité d'arbres qui lui serait nécessaire pour 
conduire à bonne fin l'importante restauration dont il avait élaboré les plans. 
Cet agent rendit compte de la manière suivante de l'estimation à laquelle 
il avait procédé. 

« L'an cinq de la République française, une et indivisible, le premier ger- 
minal (21 janvier 1797), je soussigné, Lambert Gribaumont, charpentier 
juré de la commune de Belleiontaine, me suis transporté, à l'invitation du 
citoyen Adrien Goffînet, de la commune de Tintigny, sur un bâtiment situé 
en ce dernier endroit, à lui appartenant et qu'il veut faire rétablir, à l'effet 
de reconnaître et constater la quantité et la qualité des arbres chênes qui lui 
sont nécessaires pour achever et reconstruire son bâtiment susmentionné ; 
j'ai, d'après une visite dûment faite, reconnu qu'il était absolument nécessaire 
au dit citoyen Goffînet, de la quantité de soixante quatre pieds cVarhres chênes 
de la qualité 'comme s'en suit, savoir : 

Pour deux places à main droite en entrant, quinze sommiers de 
dix-huit pieds de longueur chacun, ci 15 

Pour les deux vestibules, douze sommiers de dix-huit pieds l'un 
ci 12 

Pour une place au-dessus des caves sur le derrière, douze som- 
miers de treize pieds l'un, ci 12 

Pour une autre place au-dessus des mêmes caves, onze sommiers 
de dix-huit pieds l'un, ci 11 

Pour la réparation du toit, quatre vernes de vingt-pieds l'une, ci . 4 

Pour deux places à côté de la cuisine, dix sommiers de quatorze 
pieds l'un, ci 10 



Total .... 64 

Fait et reconnu à Tintigny, les jour, mois et an que dessus. » 

Lambert Gribaumont. 



— 227 — 

« Vu et vérifié par l'agent municipal de Tintigny, le l^r germinal an V. « 

H.-P. Henry. 

Nanti de cette estimation, à laquelle il avait évidemment collaboré, Golïi- 
net adresse à l'administration centrale du département des Forêts, la requête 
ci-après : 

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ 

Tintigny, le 6 germinal an V (26 mars 1797). 

Citoyens Administrateurs, 

« Le citoyen Adrien Gofïinet, commissaire du Directoire exécutif près l'admi- 
nistration municipale du canton d'Etalle, demeurant à Tintigny, soussigné 
possède une maison située au dit lieu qui se trouve en très mauvais état et 
pour le rétablissement de laquelle il lui est absolument nécessaire de soixante- 
quatre arbres chênes pour sommiers et vernes, suivant qu'il est justifié 
par l'acte ci-joint, dressé d'après visite du charpentier et attesté par l'agent 
municipal. 

« Comme il a toujours été d'usage que les habitants obtenaient dans les 
bois communaux les bois de bâtiment nécessaires lorsqu'il s'en trouvait en 
suffisance dans les coupes, et que par la déclaration ci-jointe des agents 
municipaux et forestiers, il est constaté qu'il existe dans la coupe ordinaire 
de Tintigny pour le chauffage de 1797 v. s., est une quantité d'arbres chênes 
dont on peut disposer et qui surpasse le nombre nécessaire au soussigné, il 
vous invite, en conséquence, citoyens administrateurs, à lui accorder soi- 
xante-quatre arbres chênes dans la coupe des bois de Tintigny de 1797 v. s., 
pour être employés à son bâtiment, et d'autoriser qui de droit pour lui en 
faire la délivrance. 

A GOFFINET. 

Le même jour, les autorités municipales de Tintigny et de Bellefontaine, 
dont les bois étaient indivis, émettent un avis favorable : 

« L'an cinq de la République française, le 6 germinal, nous soussignés, 
Henri-Philippe Henry, agent municipal de Tintigny et Vincent Maîtrejean, 
agent de Bellefontaine, Jacques Dessaint et Jean Pierson, forestiers des bois 
communaux de Tintigny, déclarons que la coupe ordinaire de chauffage de 
ces communes pour 1797 v. s., est exploitée dans la raspe : qu'outre le 
nombre de balivaux de haute futaye et surtout en espèce de chênes 
qui doivent rester par arpent conformément aux lois et arrêtés, on peut 
faire tomber dans la dite coupe la quantité de cent et dix arbres chênes pour 
être employés à la réfection et construction des bâtiments des citoyens de la 
commune qui en constateraient le besoin, suivant les anciens usages, nous 
déclarons au surplus que dans le nombre de ces chênes aucun ne peut ser- 
vir à la marine. 

« Fait les jour, mois et an que dessus. » 

H.-P. Henry, agent ; V : m : Jean, agent ; Jacques Dessaint, forestier ; 
Jean Pierson, forestier. 

15 



— 228 — 

Le 8 germinal (2(S mars) l"ai>eul municipal de Tintigny déclare qu'il est 
vrai que Lambert Gnl)aumi)nL de Bellefontaiue est un ancien charpentier 
juré, et que les bourgeois de Tintigny ayant des bois communaux, ont eu 
(le tout temps le droit, en cas de reconstruction ou même d'érection de bâti- 
ments neufs, de s'y faire marquer et désigner les arbres chênes dont ils 
pourraient avoir besoin pour la charpente de ces bâtiments. 

Le 17 germinal (6 avril) la demande de Gollinet est soumise à l'examen 
de l'administration municipale du canton d'Etalle, qui se borne à y apposer 
son visa, revêtu des signatures des citoyens Magnette et H. Jeanty. 

L'inspecteur des bois et forêts, requis à son tour d'émettre son avis déclare : 

« D'après le visa de l'administration municipale du canton d'Etalle, les 
certiticats des agents forestiers de Tintigny, le soussigné ne voit aucun empê- 
chement à faire en faveur du pétitionnaire une exception à l'arrêté du 29 ven- 
démiaire an V (2 octobre 1796), puisqu'il résulte des certificats que la coupe 
annuelle dont la raspe (1) est abattue et enlevée, peut produire au-delà de 
la quantité de chênes reprise au devis, sans dégrader le bois, et en laissant le 
nombre de bahvaux des trois âges prescrits par l'ordonnance, w 

« Le 19 germinal an V (8 avril 1797) ». 

MiRONDOT. 

Ahn de hâter l'accomplissement de toutes les formalités requises en 
pareille circonstance, l'agent municipal de Tintigny, H.-P. Henry, se hâte 
de délivrer au citoyen Goflinet, le 23 germinal (12 avril), une déclaration 
par laquelle il atteste que le pétitionnaire a réellement besoin de soixante- 
([uaire arbres chênes pour achever la reconstruction de sa maison située au 
dit lieu et qu'tV a déjà tous les autres matériaux prêts à V effet de cette recon- 
struction. 

Sur ces entrefaites, Philippe Rossignon, ex-sergent d'office de l,a ci-devant 
justice de Villemont, qui faisait aussi efïectuer à sa demeure d'importantes 
restaurations, jugea le moment favorable, de conx:ert sans doute avec GofTi- 
net, de demander aussi, aux autorités compétentes, la délivrance gratuite 
des bois dont il avait besoin. Mais il fut plus modéré et ne demanda que trente 
chênes. 

Le 21 floréal (10 mai) la requête d'Adrien Goffinet et celle de Phihppe 
Rossignon étant venues à l'avis du sous-inspecteur des bois et forêts, 
comme il était de règle, celui-ci donne cet avis dans les termes ci-après : 

'( Le citoyen GofTmet, domicilié à Tintigny, et le citoyen Rossignon, de 
la même commune, se sont pourvus près l'Administration centrale pour 
obtenir des bois de bâtiment pris dans les bois communaux pour achever les 
réparations de leurs maisons. La demande leur est octroyée ; ils absorbe- 
ront la majeure partie des chênes de la coupe de cette année (!) ; le sous-in- 



(1) Raspe, futaie, grosse branche ou baliveau d'un arl)re de futaie. 



— 229 — 

specteur estime néanmoins que ceux qu'on peut faire tomber sans dégrader 
le bois et en laissant la quantité de baliveaux prescrits par les ordonnances, 
on peut satisfaire aux besoins de ces deux citoyens. » 

« A Habay-la-Neuve, le 21 floréal an V (10 mai 1797) ». 

T : Stevenotte, s : inspecteur. 

Il ne manquait plus aux pétitionnaires que l'agréation de l'Administra- 
tion centrale ; elle ne se fit pas trop attendre, et la séance dans laquelle la 
requête des deux citoyens fut examinée se clôtura par l'intéressant arrêté 
qu'on va lire : 

« Vu la pétition des citoyens Goffinet et Rossignon de la commune de Tin- 
tigny, l'avis de l'inspecteur des bois en date du 19 germinal an V ; l'état de 
la quantité de bois nécessaire aux pétitionnaires constaté par l'agent muni- 
cipal de Tintigny ; un certificat des agents municipaux de Tintigny et Belle- 
fontaine, constatant que l'on peut disposer de 110 chênes dans la coupe de 
1797 du bois communal de Tintigny ; l'Administration considérant que de 
tout temps les habitants de Tintigny ont joui chi droit de prendre dans leur 
bois communal celui nécessaire pour leuiv. constructions, lorsque la nécessité 
en était constatée ; 

Le commissaire du Directoire entendu, arrête : 

Art. 1er 

Le sous-inspecteur des bois du canton d'Etalle est autorisé à désigner, 
marquer et délivrer aux pétitionnaires, dans le bois communal de Tintigny, 
coupe de 1797, la quantité d'arbres désignée au devis du charpentier du 1er 
germinal dernier. 

Art. 2. 

Les pétitionnaires se conformeront aux lois et aux usages du pays dans 
l'exploitation des d. arbres, laquelle au surplus sera surveillée par le> agent 
et adjoint municipaux de Tintigny et le sous-inspecteur. 

Art. 3. 

Il seront tenus de justifier l'usage qu'ils en auront fait dans un an de ce 
jour à l'administration municipale du canton. 

Art. 4. 

Expédition du présent arrêté sera remise aux pétitionnaires et au sous- 
inspecteur, lequel dressera procès-verbal de la délivran."e du dit bois et le 
transmettra au secrétariat de l'Administration centrale. 

Délivré en séance, le 13^ prairial an V (l^r juin 1797) ». 

N. Reuter ; BocHKOLTZ ; Dewilde ; Legier ; Seyler, secrétaire en chef. 

Il ne restait plus qu'à délivrer aux intéressés les arbres leur accordés si 
généreusement. 



— 230 — 

llonformémont à la décision ci-dessus de l'Administration centrale, le 
sous-inspecleur des bois et forets se transporta sur les lieux et procéda à la 
désignation des chênes qui devaient être abattus pour satisfaire aux besoins 
des pétitionnaires. 

11 rendit compte de sa mission dans le procès-verbal dont suit la teneur : 

(( L'an cinq de la République française, une et indivisible, le 19 prairial 
(7 juin 1797), ensuite de deux arrêtés de l'Administration centrale du dépar- 
tement des Forêts, tous deux en date du 13 courant (le'" juin), par lesquels 
il est accordé aux citoyens Adrien GofTinet et Philippe Rossignon, tous deux 
de la commune de Tintigny, canton d'Etalle, des bois pour reconstruire leurs 
bâtiments, 

« Je soussigné, Toussaint Stevenotte, sous-inspecteur des bois et forêts 
de l'arrondissement de Habay-la-Neuve, résidant au CJiatelet, d'après la 
commission qui m'a été dépêchée par les susdits arrêtés, me suis transporté 
dans les bois communaux de Tintigny, coupe ordinaire de 1797, v. s., accom- 
pagné des citoyens Vincent Maîtrejean et Jacques Houlmont, agent et adjoint 
municipaux, Jacques Dessaint et J.-B. Laguerre, forestiers des dits bois, 
et Lambert Gribaumont, charpentier, et en présence d'iceux j'ai désigné, 
marqué et délivré dans la dite coupe, conformément aux susdits arrêtés, 
savoir au dit citoyen GofTinet, la quantité de soixante-quatre arbres chênes, 
et au citoyen Rossignon celle de trente arbres chênes ; parmi que les dits 
citoyens se conformeront aux lois forestières et conditions portées aux sus- 
dits arrêtés, chacun pour ce qui le concerne. 

(( Ainsi fait à Tintigny, les jour, mois et an que dessus (1) ». 

T. Stevenotte, sous-inspecteur ; J. Houlmont, adjoint ; H. J. Rossi- 
gnon ; A. GoFFiNET ; Lamb. Gribaumont ; Jacques Dessaint, forestier. 

Je me suis étendu un peu longement sur ce point, afin de rappeler un 
antique usage, aujourd'hui aboli, et de faire connaître les diverses formalités 
auxquelles était soumis l'exercice de ce précieux privilège. 

Il était, certes, très louable et fort utile, en vue du bien même de la com- 
munauté, d'encourager par un don de cette nature les bourgeois qui confec- 
tionnaient des instruments aratoires ou qui construisaient des maisons ; 
mais on conviendra que l'octroi de pareille faveur eût dû avoir une limite 
au-delà de laquelle il n'eût été permis de faire exception pour personne. Agir 
comme le firent en faveur de Rossignon et surtout de Goffinet des autorités 
trop complaisantes, c'était frustrer les autres bourgeois d'une notable partie 
de l'affouage qui aurait dû équitablement leur être attribué. On n'hésita pas 
cependant, dans le cas en question, de distraire du patrimoine commun 
l'énorme quantité de quaire-uingl-qualorze arbres chênes qui, estimés au prix 
moyen et assez minime de 50 francs l'un, constituaient pour cesdeux citoyens 
un fort joli cadeau, (".es arbres, en efïet, ne pouvaient être de petite taille, 



(1) Il est à noter que les diverses pièces émanées des agents locaux ou rédigées sur 
les lieux, sont toutes écrites de la main de Goffinet et apparemment élaborées par lui. 



— 231 — 

si Ton songe qu'ils devaient servir à confectionner des vernes et des sommiers 
énormes, comme ceux que l'on peut voir encore dans plus d'une ancienne 
maison de la commune. 

lei' septembre. — Le système des réquisitions à outrance continuait à 
sévir et à accabler les malheureux campagnards. On accumulait àLuxembourg 
des approvisionnements immenses, si l'on en juge par la quantité considé- 
rable de fourrage et de paille que dut livrer à ce moment la seule commune de 
Tintigny. Il est vrai que ces livraisons se faisaient contre des bons de paie- 
ment, mais ceux-ci n'étaient jamais recouvrables en espèces ; ils demeuraient 
exclusivement imputables sur les impositions, et l'on avait toujours bien soin 
de proportionner celles-ci à l'importance des livraisons faites par les four- 
nisseurs. 

Voici un exemple de la forme dans laquelle étaient traités ces marchés : 

Département des Forêts. — Place de Luxembourg. 

Canton d'Etalle. — Commune de Tintigny. 

Reçu la quantité de trente-cinq quintaux de paille, livrés au magasin de 
la place de Luxembourg, par le citoyen Henry de la commune de Tintigny. 
canton d'Etalle, éloignée de dix lieues du magasin, en exécution de l'arrêté 
du 8 pluviôse an cinquième (27 janvier 1797), de l'Administration centrale 
du département des Forêts. 

Délivré en la place de Luxembourg le 15 fructidor cinquième année de la 
République (l^'" septembre 1797). 

Le garde magasin. Vu par le commissaire des guerres, 

DupoY. Dubois. 

Vu bon par le commissaire de l'Administration centrale, pour la somme de 
cent cinq francs dix-huit sols, y compris le transport, imputable sur les impo- 
sitions, conformément à l'art. VIII du susdit arrêté, et annoté au registre 
sous le no 633. 

Dewilde. 

Suit le relevé des différentes fournitures faites par la commune de Tintigny. 

Même reçu pour vingt-sept quintaux de paille livrés par le citoyen Henry 
de la commune de Tintigny, pour la somme de quatre-vingt-un francs qua- 
torze sols. 

Luxembourg, le 15 fructidor 5^ année (l^r septembre 1797). 

— Id., pour quarante quintaux de paille livrés par le citoyen Garand de 
Tintigny, pour la somme de cent-vingt-six francs dix sols. 

Luxembourg, le 30 vendémiaire 6^ année (21 octobre 1797). 



(1) Soit environ 3 francs le quintal, transport compris. 



-^ 232 — 

— 1(1. pour (lix-sopl quintaux de paille livrés par le citoyen Ricaille de 
Tintigny, pour la somme de cinquante-un francs huit sols. 

Luxembourg, le 4 brumaire 6^ année (25 octobre 1797). 

Id. pour vingt-cinq quintaux de foin livrés par le citoyen Henry le 
jeune de Tintigny, pour la somme de quatre-vingt-huit francs trois sols. 

Luxembourg, le 13 brumaire 6^ année (3 novembre 1797). 

— Id. pour vingt-un quintaux de foin livrés par le citoyen Henry de Tin- 
tigny, pour la somme de quatre-vingt-huit francs trois sols. 

Luxembourg, le 13 brumaire 6« année. 

— Id. pour vingt-un quintaux de paille livrés par le citoyen Henry de 
Tintigny, pour la somme de soixante-trois francs onze sols. 

Luxembourg, le 21 brumaire 6^ année (11 novembre 1797). 

— Id. pour quatre-vingts quintaux de paille livrés par le citoyen Henry de 
Tintigny, pour la somme de soixante-trois francs dix sols. 

Luxembourg, le 21 brumaire 6® année. 

— Id. pour vingt-deux quintaux vingt-cinq livres de paille livrés par le 
citoyen Henry de Tintigny pour la somme de soixante sept francs six sols. 

Luxembourg, le 21 brumaire 6^ année. 

— Id. pour huit quintaux d'avoine livrés par le citoyen Delaitre de la 
commune de Breuvanne, pour la somme de nonante-quatre francs. 

Luxembourg, le 9 frimaire 6^ année (29 novembre 1797). 

Nota. — Le présent a été donné en acompte des subsides par le citoyen 
Delaitre du Rossignolle. 

Tintigny, le 27 frimaire 6^ année (17 décembre 1797). 

26 septembre. — On en était arrivé au moment le plus critique et le plus 
périlleux de toute la période révolutionnaire. Des énergumènes, dans des 
harangues exaltées, s'employaient partout à faire proclamer la suppression 
des cultes et à obliger les prêtres catholiques à abjurer leurs erreurs. Leurs 
philippiques haineuses portèrent bientôt leurs funestes fruits ; les églises 
furent fermées, la célébration du culte interdite, et les prêtres non asser- 
mentés poursuivis, traqués sans relâche. 

Les populations luxembourgeoises, profondément attachées à leurs 
croyances, souffrirent beaucoup de ces excès. 

L'abbé Clesse (1), alors vicaire de Tintigny, écrit à ce sujet dans un registre 
paroissial : 



(1) Né à Tintigny le 4 juin 1763, ordonné prêtre à Trêves le 19 septembre 1789. 
Déporté à l'ile de Ré, il en revint eu 1800, desservit la cure de Tintigny jusque vers 
1810 ; fut ensuite curé à Rossignol et y mourut le 10 juillet 1841. 



— 233 — 

« Suivent les actes de baptême conférés dans la paroisse de Tintigny pen- 
dant le temps qu'a duré la persécution de France contre les prêtres qui 
s'étaient refusés à prêter le serment impie exigé par le Directoire de Paris, 
en vertu de la loi du 19 fructidor an V^ (30 août 1797), par moi François- 
Louis Clesse, desservant provisoirement la succursale de Tintigny, 1804. 

(( On a laissé de faire les fonctions publiques du culte catholique dans cette 
paroisse, en vertu de la loi précitée, le 26 septembre 1797. L'année suivante, 
je fus déporté à l'île de Rhé, d'après une loi impie du Directoire de Paris, 
lancée contre les prêtres insoumis, où je suis resté pendant un an renfermé 
dans la citadelle de cette île, ainsi qu'un millier de prêtres de toutes les 
parties de la France et des pays réunis. Etant rendu à ma patrie (1799) en 
vertu de l'arrêté des consuls de la République, j'ai repris mes fonctions com- 
me vicaire, le curé Duchemin n'étant pas encore mort (l),non pas publique- 
ment, parce que le Concordat n'avait pas encore paru, mais bien en secret. » 

26 octobre. — A cette date est mentionnée la fourniture, par le curé Duche- 
min, de Tintigny, de 58 quintaux de grains prélevés sur les dîmes et trans- 
portés à Luxembourg pour les magasins militaires de la place. 

Il est délivré à l'occasion de cette fourniture, un bon portant la somme de 
cent quarante et un franc quinze sols, pour frais de transport, « distance de 
dix lieues, à raison de dix sols par lieue et par quintal. » Ce bon devait être 
reçu pour comptant en numéraire par les receveurs et collecteurs en paie- 
ment et déduction des impositions personnelles, tant ordinaires qu'extra- 
ordinaires, pour l'année 1797 (vieux style), conformément à l'arrêté de 
l'administration centrale du 14 frimaire précédent (2 décembre 1796). 

2 décembre. — Les besoins de la guerre réclamaient un accroissement et 
un renouvellement continuel de matériel, surtout de canons. Mais il y avait 
pénurie de métal pour la fonte de ces engins de mort. 

Afin d'y pourvoir, l'Administration centrale du département des Forêts 
décréta, par un arrêté en date du 12 frimaire an VI (2 décembre 1797), la 
saisie de toutes les cloches des églises paroissiales et des maisons religieuses, 
à l'exception d'une par chef-lieu de canton. 

Une protestation générale s'éleva contre cette mesure ; on fit ressortir 
surtout qu'il ne serait plus possible, en cas d'alarme, de sonner le tocsin 
pour réclamer du secours, surtout la nuit. 

Ces plaintes étaient fondées et l'Administration, revenant en partie sur 
son arrêté, voulut bien consentir à ce que chaque commune conservât l'une 
de ses cloches, pour parer à toute éventualité en cas de besoin. 

Il est de tradition, à Tintigny, que les habitants sauvèrent leurs cloches 
en les transportant dans la Semois, en un endroit situé un peu au-dessus chi 
village et appelé le Trou des Groseilliers. 



(1) Le curé Duchemin mourut le 29 fructidor an IX (16 septembre 1801), à l'âge de 
57 ans. 



— 234 — 

Il V eut sans (luLiLe un peu d'exagération dans cette alTaire des cloches; 
ce que l'on dit que firent les habitants de Tintigny pour sauver les leurs 
oùt-il été toléré par les autorités administratives et militaires, et surtout par 
le commissaire du Directoire qui habitait la commune? Il est permis d'en 
douter. Ce qui est certain, c'est qu'elles échappèrent toutes les deux à l'arrêt 
de saisie et se trouvent encore actuellement dans la tour de l'église (1); les 
inscriptions très anciennes qu'elles portent sur leur pourtour et qui rappellent 
la générosité des seigneurs de Villemont, le prouvent suffisamment. 

J'ai reproduit ailleurs ces inscriptions (2). 



1798 

Le gouvernement républicain avait décrété la saisie et l'attribution au 
domaine public de tous les biens des cures et des fabriques d'églises, sous 
prétexte de restitution de ces biens au domaine national. 

La procédure administrative suivie en cette circonstance offrant un inté- 
rêt tout spécial pour notre localité, je reproduirai ici intégralement les dif- 
férentes pièces qui en font l'objet et qui retraceront mieux que tout récit 
le tableau des faits qui se déroulèrent à cette occasion dans notre commune. 

Commencées en mars 1798, les opérations de saisie et de vente se pour- 
suivirent jusqu'à la fin de l'année 1800. 

En voici l'exposé : 

Procès-verbal d'estimation. 

Cure et Fabrique de Tintigny. 

« L'an six de la République française, les 6, 7, 8 et 9 germinal (26, 27, 28 
et 29 mars), je soussigné Paul-Augustin Grandjean, demeurant à Etalle, 
expert nommé par délibération de l'Administration centrale du département 
des Forêts en date du 13 frimaire dernier (3 décembre 1797), à l'effet de pro- 
céder à l'évaluation en revenu et en capital sur le pied de 1790, du domaine 
national ci-après désigné, me suis en conséquence de la commission à moi 
donnée par la dite administration en date du 14 du dit mois de frimaire, trans- 
j)orté assisté du citoyen Adrien Goffinet, commissaire du Directoire exécutif 
prés l'administration municipale du canton d'Etalle, par moi requis, sur un 
bien national appelé le bien de la cure et celui de la fabrique de Tintigny, 
situé sur le territoire de la commune du dit lieu, dont les terres ont été louées 
pour trois années et les prairies pour une, pardevant la municipalité du dit 
canton, à N. Tschofîen, agent de Fouches, le 27 ventôse dernier (17 mars), 
pour la somme de cinq cent cinquante-neuf livres ; et après avoir pris des 
renseignements tant auprès du receveur du domaine national de l'arrondis- 



(1) On pourrait également faire la même constatation dans beaucoup de nos clochers. 

(2) Notice historique sur la Seigneurie de ViUeynont, dans Ann. de l'Institut 
archéol. du Luxemh., tome XLVI, p. 47. 



— 235 — 

sèment qu'auprès des anciens locataires, il résulte que le bien de la cure et 
celui de la fabrique consistent dans les objets qui suivent : 

« En maison et dépendances, douze journaux de terres sartables, dix jour- 
naux de terres labourables, onze journaux de prairies, situés sur la com- 
mune de Tintigny, provenant de la cure et fabrique du dit Tintigny, affer- 
més le 27 nivôse dernier à Nicolas Tschofïen, savoir les terres pour troi ans, 
les prairies et la maison pour une année. 

I. — La maison curiale située au dit Tintigny, avec un jardin potager à 
côté de la maison et y attenant du derrière, entouré de murs'du côté de la 
rue' avec un verger dans lequel il y a une douzaine de vieux arbres à fruits, 
ainsi que quelques quenouilles et espaliers dans le potager ; cette maison est 
joignant la rue du côté du nord et consiste en une cuisine, trois chambres 
et un petit cabinet au rez-de-chaussée, en haut trois chambres ; à côté de la 
cuisine se trouve encore une place qui sert de bûcherie, et au-dessus de ce 
liâtiment qui est couvert en ardoises, règne un grenier ; joignant la maison 
il y a une écurie fort étroite et une grange, l'une et l'autre couvertes en bar- 
deaux (1) et dépendant de la dite maison qui exige beaucoup de réparations. 

II. — Terres labourables dépendant de la cure et fabrique de Tintigny. 

Dix journaux environ de terre labourable situés sur les communes de 
Tintigny, Ansart, Bellefontaine et Breu vanne, le journal de 160 verges, 
la verge de 16 pieds de Saint-Lambert, estimés à 60 livres le journal, produi- 
sant de revenu annuel trois livres le journal, lesquels dix journaux j'estime 
valoir, à raison de vingt fois le revenu, à une somme de six cents livres. 

Suit le détail de ces terres savoir : 

1. Deux journaux dessous la Longue Haie, royer (2) le grand chemin du 
nord et Jean-Nicolas Conrotte, du midi. 

2. Deux journaux au même endroit, royer Jean-Nicolas Pascal du midi et 
Jean- Joseph Pireau du nord. 

3. Un journal à la Fosse-Husnel (3), royer Joseph Pascal, du midi et les 
prairies d'autres côtés. 

4. Deux journaux au-dessus de la Longue-Haie, royer Joseph Pascal, 
du midi et Jean Cordier du levant. 



(1) Planches minces employées au lieu d'ardoises. 

(2) Royer, limité par. 

(3) La Fosse Hussenet ou Huclwnet, entre Tintigny et Ansart, joignant les 
Bris-Fossés, appelée anciennement étang de la Mâjoleresse (Majoresse, en 1787), et, 
actuellement, la Fosse du Ziglot. Cet étang fut ouvert en 1541, avec l'autorisation de 
Baudouin de Barbanson, seigneur de Villemont et receveur du comté de Chiny pour 
l'empereur Gliarles-Quint ; il tut octroyé à un nommé Jehan le Haulchar (famille nol)le) 
d'Ansart, qui payait^ chaque année, de ce chef, une redevance de 4 deniers. 

Les Fosse Gosneur (à Froidefontaine) et Fosse Hussenet appartenaient, en 1754. à 
la fabrique de l'église de Tintigny . 
A la Fosse Gosneur, il y avait un bâtiment. 



- 23fi - 

,'). L'U (.lomi-jounial sur le I)aii (.l'Ausart, royer Joscpli Martilly du levant 
cl Jean-Nicolas Renaukl du couchant. 

(j. Trois demi-journaux sur le ban de Beliefontaine, royer la veuve Saussu 
du Nord, la veuve Allard du midi, Vincent Maîtrejean et Henri Bayard 
d'autres côtés. 

7. Un demi-journal au Gros Terme, royer la veuve Déomc du midi et Guil- 
laume Renaud du nord. 

8. Un demi-journal derrière Han, royer Jacques Salpétier du midi et 
Guillaume Cordier du nord. 

III. Terres sartables dépendant de la cure et fabrique de Tintigny. 

Douze journaux de terres sartables scitués sur la commune de La Hage, 
que l'on ne cultive que de 12 à 15 ans; les locataires n'ont jamais rendu plus 
d'un escalin de province par année pour chaque journal, ])ouvant produire 
de revenu annuel douze sous, lesquels douze journaux j'estime valoir, à 
raison de vingt fois le revenu net, une somme principale de cent quarante- 
quatre livres. 

Suit le détail de ces terres, savoir : 

T. Sept journaux sur le Lary, royer Joseph (follet du midi et Jean Henry, 
de La Hage, du nord. 

2. Deux journaux près du bois, royer la veuve Nicolas du couchant et la 
veuve Fosty du levant. 

3. LTn journal près le bois le Chevalier, royer le bois du couchant et les 
terres du levant. 

4. Deux journaux derrière La Hage, royer Trazegnies du midi el Jean 
Henry du nord. 

IV. Prairies de la cure et fabrique de Tintigny. 

Onze journaux de prairies environ scituées sur les communes de Tintigny, 
Ansart, Breuvanne, Villers, Rulles et Harinsart, dont une partie sujette 
aux inondations, pouvant produire de revenu net annuel huit Hvres le jour- 
nal, lesquels onze journaux j'estime valoir, à raison de vingt fois le revenu, 
une somme principale de dix-sept cent soixante livres. 

Suit le détail de ces prairies, savoir : 

1. Un journal dit le pré de la Coiie, à Tintigny, royer Lambert Lenfant 
du midi, Joseph Pascal du nord et le grand chemin du Levant. 

2. Un journal sous Breuvanne, roj'^er les tournailles des prairies du midi 
et Jean ('.ordier du nord. 

3. Un journal .sous Breuvanne, royer Jacques Henry du midi et du nord. 



— 237 — 

4. Un huitième de journal aux Aoiots, l)an d'Ansart, lieu dit Losson, royer 
veuve Iker du levant. 

5. Deux demi-journaux aux Neufs-Prés, ban d'Ansart, royer Gilbert- 
Antoine George du levant et Lambert Lenfant du couchant. 

6. Un demi-journal aux Vieux Prés, l'oyer les terres laboural)les du levant 
et Jean-Nicolas Renaud du couchant. 

7. Un huitième de journal à Ferbâ, ban de Breu vanne, royer la veuve 
Lafontaine du midi et Jean-Baptiste Prouvy (de) du nord. 

8. Un huitième de journal au Gué de la Sarie, royer François Gofïin du 
côté du levant. 

9. Un huitième de journal à la Rochette,royeT Pierre Guillaume du levant. 

10. Un demi-jour à Randam pré, han de Villers,se contréchangeant d'année 
en année avec Gilbert-Antoine George et l'émigré Looz. 

11. Un quart de journal au Brufossé, royer Pierre- Joseph Gardien d'An- 
sart du couchant et les héritiers de la veuve Renaud du levant. 

12. Un huitième de journal à la Corre, royer la veuve Mathieu Iker, du 
nord, et Jean-Nicolas Renaud d'autres côtés. 

13. Un demi-journal à Hony (haut nid?), royer Henri François du nord 
et la veuve Déome d'autres côtés. 

14. Un quart de journal au Rond Pré, royer Joseph Resibois du levant et 
le ruisseau d'autres côtés. 

15. Un demi-journal à Campe, royer la rivière de Semois du nord. 

16. Un demi-journal à la Fosse Cosneure, royer Jean Clesse du levant et 
Henri Hubert du couchant. 

17. Un huitième de journal à Gillebéponl, royer la veuve Guillaume du 
levant et les aisances communales d'autres côtés. 

18. Un quart de journal à Cottéhan, royer Jean Hubert, du couchant, et 
aboutissant à la rivière. 

19. Trois quarts de journal à la Ligne, royer J.-B. Huart du levant et 
François Renson d'autres côtés. 

20. Un grand quart de journal à Be^ain/osse, royer Jean Cordier du levant 
et les terres labourables du midi. 

21. Un demi-journal au By, royer la rivière du midi et François Jacques 
d'autres côtés. 

22. Un quart de journal aux Aviots, royer Jean Cordier du levant et la 
rivière d'un autre côté. 

23. Une muUe de foin dans un pré aux héritiers Jean Cordier de Breu- 
vanne. 



— 238 — 

24. Un huitième de journal à Robépré, royer les terres labourables du levant 
ol les comparsonniers (1) d'autres côtés. 

25. Vn demi-journal à (Inndemant, royer Guillaume Hubert du couchant 
et rémigré Looz du levant. 

26. Deux petites prairies consistant en deux huitièmes de journal, à Gan- 
demant. Tune se contréchangeant avec Jean-Nicolas Maîtrejean, et l'autre, 
royer les terres labourables et les comparsonniers d'autres côtés. 

27. Un mille de foin environ, à prendre dans le ban au-dessus de Villers- 
sur-Semois, dépendant de Villemont. 

28. Un huitième de journal le long de la Sivanne, ban d'Ansart, royer le 
ruisseau du nord. 

29. Deux petites parties de prairies dans le pré de Pascal Marnedi^. 

30. Une mulle de foin à Nolépré, royer les comparsonniers de tous côtés. 

31. Une petite prairie à Moiievaux, royer l'émigré Looz du levant. 

32. Un petit pré au Heine, royer les terres labourables au levant. 

33. Un huitième de journal sous le moulin de Poncel, royer le ruisseau du 
levant. 

34. Un huitième de journal aux Ilettes, royer la veuve Mathieu Iker du 
levant et du midi. 

35. Un huitième de journal à la Hachelle, ban de Villers, royer les héri- 
tiers Gilles Lefèvre du levant et Thomas Louis du couchant. 

36. Un petit pré à Bellefontaine, royer Vincent Maîtrejean du levant et 
les communes d'autres. 

Arrêté à Tintigny, le 9 germinal VI^ année (29 mars). 

A. GoFFiNET. ; A. Grand.jean. 

Voici comment il fut procédé à la vente de ces divers biens : 

(Aire et fabrique de Tintigny. 

No 1435 des ventes. 

« L'an VI de la République française, une et indivisible, le 6 du mois de 
messidor (24 juin 1798) à dix heures du matin. 

(( En exécution des lois des 16 brumaire, 2 fructidor an V (6 nov. 1796, 
19 août 1797), 9 vendémiaire, 16 et 24 frimaire an VI (30 septembre 6 et 14 



(1) Comparsonnier , cotnpersonnier ou comparçonnier .- associé solidaire, pour la 
tenure d'une terre, avec; redevance au seigneur. 
Cohéritier, copartageant. 



— 239 — 

décembre 1797), qui urdouneiit la vente des biens nationaux dans toute 
l'étendue de la République. 

« Nous, Administrateurs du département des Forêts, nous sommes trans- 
portés, accompagnés du citoyen Legier, commissaire du Directoire exécutif 
prés notre Administration, où étant, le dit commissaire du Directoire exé- 
cutif a annoncé qu'il allait être procédé à la réception des premières enchères 
pour la vente des biens ci-après désignés, faisant le n» 1435, de l'état des 
biens de la cure et fabrique de Tintigny, et indiqués par l'affiche spéciale du 
25 germinal dernier (13 juin 1798), art. ô, dont il a été donné lecture, laquelle 
affiche a été bien dûment publiée et apposée dans les lieux prescrits par la 
loi, suivant les certificats ci-annexés des officiers municipaux des communes 
où sont situés les biens, lesquels biens consistent : 

(Suit le détail donné au procès-verbal d'estimation). 

« Les dits biens appartenant à la République française, comme provenant 
de la cure et fabrique de Tintigny, et formant un seul lot d'estimation, lequel 
suivant le procès-verbal de Paul-Augustin Grandjean expert, en date des 
6, 7, 8 et 9 germinal dernier, et enregistré le 19 floréal suivant (8 mai 1798), 
a été porté, en revenu rigoureusement estimé, à la somme de cent quatre- 
vingt cinq francs vingt centimes, et en capital à celle de trois mille sept cent 
quatre francs (!). 

« Lesquels biens seront adjugés définitivement dans une séance qui aura 
lieu le 11 messidor courant (29 juin 1798), au plus offrant et dernier enché- 
risseur, sous les conditions ci-après : (suit l'exposé de ces conditions en vingt- 
cinq articles). 

« Après quoi, nous avons provoqué les offres des citoyens présents, sur la 
somme de deux mille sept cent soixante et dix-huit francs, égale aux trois 
quarts de l'estimation du dit bien. 

« Aucune offre n'ayant été faite, nous avons ainsi arrêté le présent procès- 
verbal de première criée, lequel a été signé et nous avons indiqué au 

onze messidor courant (29 juin) la séance d'adjudication définitive. 

« Fait à Luxembourg, les jour, mois et an que dessus. » 

HovELMAN ; Arnoul ; CoLLARD ; Failly. 

— Ce n'était donc ici qu'une simple formahté, une sorte d'avertissement 
à l'instar du premier coup de cloche qui annonce aux fidèles l'heure pro- 
chaine de l'office divin ; elle avait pour but, apparemment, de permettre aux 
amateurs, par un laps de temps suffisant de former leur opinion et de prendre 
leurs dispositions pour parer aux obligations d'une acquisition éventuelle. 

L'absence de toute enchère, dans d'autres circonstances analogues, mon- 
tre bien qu'il en était ainsi. 

Séance cV adjudication définitive. 
« Le onzième jour du mois de messidor l'an six de la RépubUque fran- 
çaise, une et indivisible, à midi. 



- 240 — 

« Nous, Administrateurs du département des Forêts, accompagnés du 
citoyen Failly, commissaire du Directoire exécutif près notre Administra- 
tion, nous étant rendus dans la salle , etc. — comme précédemment 

— nous avons ouvert les enchères sur la somme de deux mille sept cent soi- 
xante-dix huit francs, qui est le montant des trois quarts de l'estimation. 

« En conséquence, nous avons fait allumer un premier feu pendant la durée 
duquel il a été offert par le citoyen Mirondot la somme de cinquante mille 
francs ; par le citoyen Ivlartet, celle de soixante mille francs ; par le citoyen 
Mirondot celle de cent mille francs ; par le citoyen Goffinet, celle de cent cin- 
quante mille francs ; par le citoyen Mirondot, celle de deux cent mille francs. 

« Pendant le second feu, il a été offert par le citoyen Goffmet, la somme de 
deux cent cinquante mille francs ; par le citoyen Mirondot, celle de deux 
cent soixante mille francs 

u Pendant le troisième feu, il a été offert par le citoyen Goninet, la somme 
de deux cent quatre-vingt deux mille francs. 

(( Et il a été allumé un dernier feu, lequel s'étant éteint sans qu'il ait été 
fait i^endant sa durée aucune enchère, l'Administration du département, 
jugeant les enchères portées à leur taux véritable (!), a adjugé au citoyen 
Adrien Goffinet, demeurant au Tintigny, comme dernier enchérisseur, les 
biens désignés au présent procès-verbal, pour le prix et somme de deux cent 
quatre-vingt deux mille francs, aux clauses, charges et conditions portées 
par le dit procès-verbal et prescrites par les lois, que le dit citoyen a déclaré 
bien connaître, et a signé avec nous. 

« Fait à Luxembourg, les dits jour, mois et an que dessus. » 

A. GoFFiNÇT ; Darizu ; Arnoul ; Mirondot ; Failly. 

Enregistré à Luxembourg, le huit thermidor an VI (26 juillet 1798). 

Reçu deux cent quatre-vingt deux francs. 

Fauvelle. 

Déclaration de command (1). 

« L'an six de la République française, le 12^ du mois de messidor (30 juin 
1798), à dix heures du matin, est comparu au secrétariat du département des 
Forêts, séant à Luxembourg, le citoyen Goffmet, demeurant à Tintigny, 
canton d'Etalle, département des Forêts, acquéreur par procès-verbal 
d'hier, du domaine national situé à Tintigny, canton dudit Etalle, ayant ci- 
devant appartenu à la cure et fabrique de Tintigny, et consistant en maison, 
jardins, enclos, prairies, terres labourables et sartables. 

« Lequel a déclaré qu'en vertu de la réserve par lui faite lors de l'adjudica- 
tion du dit domaine, il nommait pour ses commands, les citoyens Henri- 
Philippe Henry, résidant à Tintigny, et Jacques Iker, à Ausart, chacun pour 



(1) Celui au commandement duquel on se porte aciiuéreur ou adjudicataire. 



— 241 — 

un huitième, se réservant les trois quarts pour, après acceptation faite, dans 
les six mois, à dater de ce jour, être le dit citoyen subrogé aux droits du décla- 
rant dans l'acquisition du bien sus désigné, de laquelle déclaration il a de- 
mandé acte, qui lui a été donné les jour, mois et an que dessus, et a signé avec 
moi, secrétaire en chef du département. » 

MiRONDOT ; A. GOFFINET. 

'( Et le même jour 12 messidor de l'an six de la République française, est 
comparu au secrétariat de l'Administration centrale, le citoyen Jacques 
Iker, demeurant à Ansart, lequel a accepté la déclaration ci-dessus, et a signé 
avec le secrétaire en chef du département. » 

MiRONDOT ; J. Iker. 

« Enregistré à Luxembourg, le huit thermidor an VI (26 juillet 1798) «. 

(( Reçu deux francs. Fauvelle. 

Cette seconde mise en vente, pas plus que la première, ne devait être défi- 
nitive, bien qu'elle fût annoncée comme telle. Tout le prouve ; le taux mani- 
festement outré des enchères et de l'adjudication, le public forcément res- 
treint y ayant pris part, ne laissent aucun doute à cet égard. Aussi le procès- 
verbal porte-t-il en marge la mention suivante : 

(( Revendu le 26 frimaire an IX (^17 décembre 1800) ». 

Alin de ne pas scinder ce qui a trait à ce sujet, je vais déroger pour un ins- 
tant à l'ordre chronologique que j'ai suivi jusqu'ici et exposer la suite des 
opérations nécessitées pour la revente des l)iens détaillés aux articles précé- 
dents, laquelle se fit en vertu des lois et arrêtés des consuls mentionnés 
ci-après. 

Loi du 26 vendémiaire an VII (17 octobre 1798) 

et 
Arrêtés des Consuls des 15 nivôse, 22 ventôse et 9 floréal an VIII (5 janvier, 

12 mars et 29 avril 1800). 

« L'an neuf de la République française, une et indivisible, le vingt-unième 
jour du mois de frimaire (12 décembre 1800), à dix heures du matin. 

« En exécution de la loi du 26 vendémiaire an VII (17 octobre 1798) et 
des arrêtés des Consuls ci-dessus mentionnés relatifs à la vente des biens natio- 
naux dans toute l'étendue de la République. 

« Nous, Préfet du département des Forêts, nous sommes transporté dans 
la salle ordinaire de nos séances, où étant, nous avons annoncé qu'il allait 
être procédé à la réception des premières enchères pour la vente des biens 
ci-après désignés lesquels biens consistent 

« Dans une maison et dépendances ; 4 hectares 27 ares 74 mètres 48 déci- 
mètres (1) — douze journaux — de terres sartables ; 3 hectares 56 ares 45 



(1) On avait, entretemps, procédé à un nouveau mesurage plus rigoureux de tous 
les terrains, d'après le nouveau système des mesures décrété par la loi du 19 frimaire 
an VIII (10 décembre 1799). 



— 242 — 

mètres 40 décimètres dix journaux — de terres labourables ; 3 hectares 92 
ares 9 mètres 91 décimètres — onze journaux de prairies — situés sur la 
commune de Tintigny et circonvoisines, provenant de la cure et fabrique du 
dïi lieu et rentrés dans les mains de la Nation en vertu des lois des 11 fri- 
maire et 18 pluviôsean VIII (2 décembre 1799 et 7 février 1800), et formant 
un seul lot (l'estimation, lequel, suivant le procès-verbal de Paul-Augustin 
Grandjean expert, en date des 6, 7, 8 et 9 germinal an VI et enregistré le 19 
floréal suivant, a été porté en revenu rigoureusement estimé, à la somme de 
cent quatre vingt cinq francs vingt centimes, faisant en capital au dernier 
huit, celle de mille quatre cent quatre-vingt-deux francs, lesquels biens 
seront adjugés définitivement dans une séance qu; aura lieu le 26 frimaire 
(17 décembre), au plus ofTrant et dernier enchérisseur, sous les conditions 
ci- après : 

Suivent ces conditions en 38 articles. 

« Et le vingt-sixième du mois de frimaire de l'an IX (17 décembre 1800), 
de la République française, une et indivisible, à onze heures du matin, 

« Nous, Préfet du département des Forêts, nous étant rendu dans la salle 
des séances, nous avons annoncé que, d'après la publication faite par l'affiche 
du 26 brumaire dernier (12 décembre 1800), apposée à cet effet dans les lieux 
prescrits par la loi, ainsi qu'il est justifié par les certificats ci-annexés des 
maires des communes où sont situés les biens à adjuger, il allait être procédé 
à l'adjudication définitive des dits biens, dont la contenance est plus au long 
détaillée dans le procès-verbal de la première criée qui a eu lieu le 21 du 
mois courant. 

« Et de suite, ayant donné lecture des dites affiches, du procès-verbal de 
la première séance, des détails y portés sur la consistance de l'objet mis en 
vente, et des clauses, charges et conditions y détaillées, nous avons ouvert 
les enchères sur la somme de mille quatre cent quatre-vingt-deux francs qui 
est le montant de l'estimation. 

« En conséquence, nous avons fait allumer un premier feu, pendant la 
durée duquel il a été offert, par le citoyen Hubert, la somme de mille cinq 
cents francs ; 

Par le citoyen Gellé, celle de mille six cents francs ; 

Par le citoyen Hubert, celle de mille huit cents francs ; 

Par le citoyen Taillé, celle de deux mille francs ; 

Par le citoyen Gellé, celle de deux mille six cents francs. 

« Pendant le second feu, il a été offert parle citoyen Hubert, la somme de 
trois mille francs ; 

Par le citoyen Gellé, celle de trois mille deux cents francs. 

« Et il a été allumé un dernier feu. lequel s'étant éteint sans qu'il ait été 
fait pendant sa durée aucune enchère, le Préfet, jugeant les enchères portées 



— 243 — 

à leur taux véritable, a adjugé au citoyen Gellé Jean-B., demeurant à Luxem- 
bourg, fondé de pouvoir du citoyen Herman-Joseph Collard de Neufchâteau, 
par procuration ci-après, comme dernier enchérisseur, les biens désignés au 
présent procès-verbal, pour le prix et somme de trois mille deux cents francs 
aux clauses, charges et conditions portées par le dit procès-verbal et pres- 
crites par les lois que le dit citoyen a déclaré bien connaître, et a signé avec 
nous. 

« Fait à Luxembourg, les jour, mois et an que dessus. » 

Gellé Pour le Préfet : 

fondé de pouvoir du Le secrétaire général, 

citoyen Collard, de Neufchâteau, Tinant. 

« Enregistré à Luxembourg, le six nivôse an IX (27 décembre 1800), 
fol. 126, vo case 4. 

« Reçu soixante-quatre francs et six francs pour la subo° de guerre. 

Fauvelle. 

Procuration du citoyen Collard, sur timbre de 50 centimes. 

« Je soussigné, Herman-Joseph Collard, sous-préfet de l'arrondissement 
de Neufchâteau, commet et constitue le citoj^en Jean-Baptiste Gellé, em- 
ployé à la préfecture, à l'efïet de pour moi et en mon nom acquérir les biens 
de la ci-devant cure et fabrique de Tintigny, et ceux de la ci-devant cure de 
Saint-Pierre, situés en cet arrondissement. 

« Neufchâteau, le vingt-un frimaire an neuf (12 décembre 1800). » 

* 
* * 

On aura remarqué que des fonctionnaires de l'ordre administratif seuls 
prirent part aux adjudications successives auxquelles furent soumis les biens 
dont il vient d'être question, et, d'autre part, que ces adjudications eurent 
toujours lieu en l'hôtel de la préfecture, à Luxembourg. 

Ces deux circonstances étaient certainement de nature à nuire considé- 
rablement au résultat de la vente, aucun particulier ne se sentant disposé 
à entreprendre le voyage de Luxembourg, alors assez difficile, pour aller 
disputer à des agents de l'Administration des biens dont l'acquisition était 
loin d'offrir à ce moment toutes les garanties désirables. 

Le citoyen Collard resta donc adjudicataire, pour un prix dérisoire, d'un 
ensemble de biens d'une valeur au moins décuple (1), et l'on s'étonne même 
que le citoyen Hubert, maire de Tintigny, osât se mesurer, dans cette circons- 
tance, avec le sous-préfet, son supérieur immédiat. 



(1) La maison presbytérale seule fut revendue à la commune, quelque années plus 
tard, pour la somme de 4455 francs. 

16 



— 244 — 

Octobre. — L'automne de 1798 vil la mise à exécution des lois édictées 
contre les prêtres inassermentés. 

Tous ceux qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile de 
1790, furent décrétés d'arrestation et déportés hors du territoire continental 
de la République. 

Au mois d'octobre, les agents républicains commis à l'exécution des 
décrets, parcoururent le pays accompagnés de gendarmes et procédèrent à 
l'arrestation de tous les prêtres réfractaires ; ceux-ci furent d'abord dirigés 
vers Luxembourg, où la concentration devait en être faite, puis transportés 
aux îles de Hé et d'Oléron que l'on avait choisies comme lieu de déportation 
générale. 

Plusieurs prêtres, originaires de Tintigny, y étaient à ce moment réfugiés 
ou y exerçaient secrètement leur ministère ; tous étaient en opposition avec 
la loi. C'étaient le curé de la paroisse, Henri- Joseph Duchemin, et son vicaire 
François-Louis Clesse ; François-Joseph Lepeucq, bénéficier de l'autel 
Sainte-Anne ; Charles Goffm, vicaire d'Etalle ; l'abbé Fournier, vicaire de 
Rossignol (1) ; Henri-Joseph Henry, prêtre résidant à Tintigny ; enfin, l'abbé 
Georges, vicaire de Lahage qui, pour échapper à l'exil, se tenait caché depuis 
quelque temps ; mais les sbires républicains ayant pris sa mère en otage, il 
se livra et se joignit aux autres condamnés. 

Je tiens de l'un de mes aïeuls le fait que voici et dont il fut le témoin, 
étant alors âgé de douze ans. 

Tous ces prêtres venaient d'être chargés sur deux charrettes escortées 
de soldats. Les parents, les amis, les paroissiens entouraient les pauvres véhi- 
cules et faisaient tout en pleurs leurs adieux à ceux qui partaient pour l'exil. 
Comme le triste convoi tardait à se mettre en route, retenu de force, en quel- 
que sorte, par la foule rassemblée à l'entour, survient un officier qui, tout en 
colère, s'adressant aux hommes de l'escorte : « Tirez dessus », leur dit-il. Ce 
fut aussitôt dans toutes les directions, une fuite éperdue qui dispensa les 
soldats de mettre à exécution l'ordre cruel qu'ils venaient de recevoir. 

Et les deux pauvres charrettes s'acheminèrent vers Etalle, première 
étape du douloureux voyage. 

A Luxembourg, on fit une sorte de triage parmi les déportés ; les vieux 
et les infirmes n'allèrent pas plus loin et furent enfermés dans les prisons de 
la ville. Au nombre de ceux-ci se trouvèrent l'abbé Georges, atteint d'une 
déviation prononcée de la colonne vertébrale, et le curé Duchemin, valétu- 
dinaire depuis plusieurs années et qui, à l'intervention du citoyen Adrien 
Golfinet auprès du citoyen Failly, commissaire du Directoire exécutif près 
l'Administration centrale du département des Forêts, fut élargi dès le mois 
de décembre. Il revint à Tintigny où il vécut retiré jusqu'à sa mort surve- 
nue le 29 fructidor an IX (16 septembre 1801). 



(1) Rossignol dépendait encore alors de la paroisse de Tintigny 



— 245 — 

L'abbé Clesse a fait lui-même le récit de sa déportation dans une note que 
j"ai reproduite à la date du 26 septembre. Il rentra dans sa famille vers la 
fin de l'année 1799. ::::_ ( ^', "- - 



1799 

EPHEMÈRIDE MILITAIRE 

Journée du 18 brumaire an VIII (9 novembre) qui donne le pouvoir à 
Bonaparte. Il est nommé consul le 11 novembre. 

FAIT LOCAL. 

Le 13 mars, décès de François de Jacques, écuyer, âgé de 78 ans, époux 
de Elisabeth de Pirombœuf, en sa maison à Tintigny. Déclaration par un 
neveu, François de Jacques, de la commune tle Granvoir, 45 ans. 



25 mars. — On trouve au registre des décès de l'état civil de Tintigny, pour 
l'an VII, l'acte suivant, que je résume : 

» 5 germinal (25 mars), déclaration de décès du citoyen Adrien Gotfmet 
commissaire du Directoire exécutif prés l'Administration municipale du 
canton d'Etalle, âgé de 36 ans, par les citoyens François-Joachim Renaud, 
officier de santé, âgé de 32 ans, et Alexandre Hubert, manœuvre, 26 ans, 
tous les deux voisins et amis du citoyen Goffmet. 

En raison de la personnalité du défunt, cette mort quasi inopinée causa 
un certain émoi dans la commune et aux environs. 

Les hautes fonctions dont Adrien GofTinet se trouva revêtu, quoique bien 
jeune encore, avaient donné à son nom une précoce célébrité. 

Notaire, haut mayeur et chef juge de la seigneurie de Villemont, il devint, 
après la suppression des justices féodales, commissaire du Directoir exécutif 
près l'Administration municipale du canton d'Etalle. Ces nouvelles fonctions 
lui donnaient pour attributions de « surveiller et de requérir l'exécution 
des lois. » 

Accusateur pubhc auprès de la haute justice de Villemont, chargé de faire 
appHquer les lois sous le gouvernement républicain, il s'était attiré l'anti 
pathie, voire même la haine de tous ceux contre lesquels le hasard des cir- 
constances l'avaient appelé à requérir. Il s'était fait une renommée à l'ins- 
tar de certain huissier redoutable qui vivait autrefois dans le pays, et auquel 
la vindicte populaire avait généreusement décerné le surnom significatif 
de Lucifer. 

Aussi, à la nouvelle de la mort prématurée de Goffinet, les ressentiments 
jusqu'alors prudemment contenus se donnèrent carrière, et diverses légen- 
des s'échafïaudèrent sur les causes de la rapidité de son décès. 



— 246 — 

l\n-poUios par la Iradilioii, ces récits souvent imaginaires sont parvenus 
jusqu'à nous amplifiés, déformés et rendus impressionnants à plaisir. J'ai 
essayé ailleurs (1) de remettre les choses au point à cet égard, en m'appuyant 
sur des documents authentiques et le témoignage d'un contemporain dont 
la bonne foi ne peut être mise en doute. 

Pendant la durée de sa courte carrière au service de la République, Adrien 
Golïinet avait eu l'occasion de se rendre acquéreur, à des conditions très 
avantageuses, de divers biens dont la possession suscita à sa veuve de sérieux 
embarras pendant plusieurs années. 

Il était enchérisseur, on l'a vu, à la première vente des biens de la cure et 
de la fabrique de Tintigny. Peut-être voulait-il uniquement, de concert 
avec ses commands, Henry et Iker, empêcher que ces biens ne passent en 
des mains étrangères. Il ne se désista que devant les prétentions du sous- 
préfet Collard, à qui ils furent définitivement adjugés. 

GofTinet ne se trouva sans doute pas en état de solder immédiatement 
le montant de ses acquisitions. Aussi jugea- t-il prudent de se garantir con- 
tre l'éventualité d'une revente, prévue en cas de non libération dans un délai 
déterminé. Par exploit de l'huissier Meisner, en date du 25 messidor an V 
(13 juillet 1798), il fit signifier au citoyen Boferding, greffier du premier 
tribunal civil du département des Forêts, « que le dit citoyen commissaire, 
en exécution de la loi du 16 brumaire an V (6 nov. 1796), était opposant et 
s'opposait à toutes ventes qui pourraient être faites de tous meubles, immeu- 
bles, rentes foncières et constituées, droits fonciers et incorporels appar- 
tenant au citoyen Adrien Goflfmet, demeurant à Tintigny, canton d'Etalle, 
département des Forêts, acquéreur d'un domaine national par procès-verbal 
du 6 pluviôse an VI (25 janvier 1798), jusqu'à ce que le dit citoyen Adrien 
GofTinet ait entièrement acquitté le montant de la dite acquisition. » 

Telles sont les garanties que la loi précitée du 16 brumaire an V accordait 
aux acquéreurs des biens ecclésiastiques, afin de vaincre les hésitations et les 
incertitudes qui se manifestaient quant à la stabiUté des acquisitions réa- 
lisées ; elle avait en même temps pour but d'accroître le nombre des amateurs 
et d'élever par le fait le taux des enchères et le montant des adjudications. 

A la mort d'Adrien GofTinet, survenue le 25 mars 1799, sa veuve consultée 
par l'Administration sur le point de savoir si elle avait l'intention de conser- 
ver les acquisitions de domaines nationaux faites par son mari, répondit 
par la déclaration suivante, datée du 21 prairial an VII (9 juin 1799) : 

« La soussignée, Joséphine Tinant, veuve Goffinet, domiciliée à Tintigny, 
canton d'Etalle, en ce département, déclare en vertu de l'art. 2 de la loi 
du 16 floréal dernier (5 mai 1799), qu'elle est dans l'intention de conserver 
les acquisitions de domaines nationaux faites par son mari, et ; /Aie est 
prête à signer les obligations exigées par l'art. 4, de quoi elle demande acte. » 



(1) Sous la date du 10 août 1795. 



— 247 — 

« Tintigny, le 21 prairial an VII (9 juin 1799) de la République française 
une et indivisible. » 

Jos. TiNANT, veuve Goffinet. 

Cette déclaration fut notifiée le 26 du même mois au citoyen Delattre, 
commissaire du Directoire exécutif près l'Administration centrale du Dépar- 
tement des Forêts, par le citoyen Mathias Muth, ancien sergent du ci-devant 
magistrat de Luxembourg, et alors huissier audiencier près le tribunal civil 
du dit département. 

En conséquence, la veuve Goffinet souscrivit, conformément à la loi et 
par fondé de pouvoir, deux obligations identiques dont suit la teneur : 

République française. 

Aliénation des domaines nationaux. 

Loi du 11 frimaire an VIII. 

« Le soussigné Jacquier, président du tribunal criminel, fondé de pouvoir 
de Joséphine Tinant, veuve Adrien Goffinet, de Tintigny, en date du 16 
nivôse courant (6 janvier 1800), enregistré 21 du même mois, acquéreur, etc.. 
s'oblige à payer le premier germinal an VIII fine (22 mars 1800) au porteur 
et au domicile du receveur général des contributions du département des 
Forêts, la somme de cinquante-quatre livres vingt-deux centimes en capital, 
entièrement en numéraire, pour acquit de la première obligation sur le prix 
du dit domaine. » 

Jacquier. 

Adrien Goffinet s'était rendu adjudicataire du bois de la Sarte (1) proche 
de Villers-sur-Semois, mais il n'avait pas soldé le prix de son acquisition. 
Sa veuve n'ayant pas satisfait davantage à ses obligations, ce bien national 
était rentré dès l'an VII sous la main du Gouvernement qui, prévoyant une 
revente prochaine, assumait chaque année la charge des contributions et 
des frais de garde. 

Aussitôt mis en possession de ce beau domaine, Goffinet avait fait couper 
le bois à blanc étoc (2), et sa veuve, malgré la situation fausse dans laquelle 
elle se trouvai!, continuait à jouir du recrû du bois. En 1808, il allait être 
revendu, lorsque la veuve Goffinet fit payer parlesmains d'un sieur Daleyden, 
de Paris, le capital et les intérêts du prix de l'acquisition du 6 pluviôse an 
VI (25 janvier 1798) ; cependant le bois resta sous la surveillance des agents 
forestiers, « attendu que le citoyen Goffinet, sa veuve et héritiers n'avaient 
payé jusqu'alors, ni contributions, ni frais de garde. » 

Cette situation se prolongea jus'qu'en 1811, mais la longanimité de l'Admi- 
nistration devait avoir des bornes. La veuve Goffinet ne s'étant pas encore 



(1) Ce bois d'une contenance de 47 hectares 60 ares, entrait pour autant dans celle 
des bois de la ci-devant abbaye d'Orval, nommés le Ghenel, le Banel, la Sarte et le 
Ghênois, évaluée au total à 1237 journaux 95 verges ou 415 hectares environ. 

(2) A blanc étoc, au rez-du-pied et sans laisser de baliveaux. 



— 248 — 

l'ail porter au rôle des contributions pour cette année-là, il lui fut fait som- 
mation, dès le 24 janvier, en son domicile,. alors à Bellefontaine, par minis- 
tère de l'huissier Mortehan, de Breuvanne, d'avoir à payer au Receveur des 
Domaines tous les arriérés, contributions et frais de garde, dus par elle à 
cette date. 

Cette sommation ne produisit aucun effet. Le Directeur des Domaines 
demanda alors qu'il y fut ordonné par le Préfet, qu'à la diligence des agents 
forestiers, il serait balivé dans le bois de la Sarte, une coupe suffisante pour 
couvrir le Domaine de ses avances, et le prix en être payé comptant entre 
les mains du receveur des Domaines à Etalle. 

Sur ces entrefaites, le sieur Daleyden, à qui la veuve Gofïinet venait de 
revendre la Sarte, s'étant libéré en principal et en frais, la vente de la coupe 
projetée n'eut pas lieu. 

18 mai. — Vente de la chapelle Lorelle. — Il existait, dans la propriété de 
N'illemont, une chapelle dite chapelle Lorette, située sur le chemin qui relie 
le château à la route de Jamoigne et à proximité de cette dernière. 

Cette chapelle, quoique érigée par les seigneurs de Villemont, dans leur 
propriété et à leur usage exclusif, avait été déclarée bien national et saisie 
à ce titre par le citoyen Mirondot, commissaire chargé par l'Administration 
centrale du département de relever, dans le canton d'Etalle, les divers biens 
ecclésiastiques en état de faire retour au domaine national, en vertu des lois 
des 11 frimaire et 18 pluviôse an VIII (2 déc. 1799 et 7 février 1800). 

Le citoyen Paul-Augustin Grandjean, chargé de faire l'expertise de la 
chapelle Lorette en même temps que celle de la chapelle de St- Antoine, à 
Etalle, décrit et estime la première dans les termes suivants : 

« Je soussigné, etc., certihe que le jour ci-dessus, étant assisté du citoyen 
Pierre Jeanty, commissaire du Directoire exécutif (1) et muni de l'arrêté du 
14 germinal dernier, je me suis transporté sur une petite chapelle entièrement 
détériorée (2) appelée la chapelle Lorette, couverte en ardoises très défec- 
tueuses, située sur un chemin qui conduit de Tintigny à Jamoigne, près d'un 
bois nommé le Chênois, contenant environ neuf toises de murailles en bio- 
cailles, avec une mauvaise porte d'entrée de pierre de taille, laquelle j'estime 
en total, attendu son délabrement, à quinze francs, et la démolition à cinq 
francs, ainsi la valeur de la dite chapelle sera net de dix francs. » 

L'expert ajoute en note : 

« La maison curiale de Tintigny a été vendue au profit de la République, 
et l'on dit qu'il n'en existe pas d'autre dans cette commune. 



(1) Successeur de Adrien Gofflnet. 

(2) La propriété de Villemont se trouvait hvrée, pour ainsi dire, à l'abandon depuis 
la mort du dernier proi)nétaire, le comte Maximilien de Traze.^nies, arrivée le 30 mars 
1794 ; rien d'étonnant donc a ce que la chapelle Lorette se trouvât fort délabrée « et 
entièrement détériorée »», surtout après les premières invasions des sans-culottes 
répubhcains dans nos contrées. 



— 249 — 

« D'après les renseignements pris chez les anciens et notables de la commune 
de Tintigny, je soussigné Paul Augustin Grandjean, demeurant à Etalle, 
expert ci-devant dénommé, déclare n'avoir trouvé aucun fonds ni revenus 
d'aucune nature qui soient attachés à la chapelle dont le procés-verbal d'es- 
timation est écrit d'autre part ; en foi de quoi, j'ai signé au dit Tintigny le 
12e thermidor an VII (30 juillet 1799) ». 

Jeanty ; Grandjean. 

De même que pour la vente des biens de la cure et de la fabrique, uneséance 
de première criée eut lieu le 11® du mois de vendémiaire an IX (3 octobre 
1800) ; on faisait connaître à cette occasion que « suivant le procès-verbal 
de l'expert Grandjean, les biens provenant de la dite chapelle Lorette avaient 
été portés, en revenus rigoureusement estimés, à la somme de dix francs, 
faisant en capital au denier quarante, celle de quatre-vingts francs, el 
qu'aucune offre n'ayant été faite, la vente définitive était fixée au 16 ven- 
démiaire suivant. » 

Ce jour-là, les enchères furent ouvertes sur la somme de quatre-vingt 
francs, montant de l'estimation. 

Pendant le premier feu, il fut offert, par le citoyen Richard, la somme de 
quatre-vingt-cinq francs ; par le citoyen Recht, celle de quatre-vingt-dix 
francs. 

Un dernier feu ayant été allumé sans que pendant sa durée aucune nou- 
velle enchère se fût produite, le Préfet, jugeant les enchères portées à leur 
taux véritable, adjugea au citoyen Pierre Recht, demeurant à Arlon, les 
biens désignés au procès-verbal, pour prix et somme de quatre-vingt-dix 
francs. 

La chapelle Lorette ne tarda pas à disparaître, comme le prescrivait un 
arrêté du Directoire en date du 11 ventôse an VIII (l^r mars 1800), portant 
que « les adjudicataires seront tenus de faire démolir, aussitôt leur adjudi- 
cation, les bâtiments des oratoires ou chapelles acquis par eux, et d'en déblayer 
de suite et combler le terrain, faute de quoi les sous-Préfets feront procéder 
aux dites démolitions aux frais des adjudicataires. » 

L'emplacement de la vieille chapelle se remarquait encore il y a quelque 
quarante ans ; un christ en fonte, portant la date de 1812, et qui a disparu 
depuis, y en avait perpétué le souvenir. 

Une nouvelle chapelle Lorette, beaucoup plus monumentale que l'ancienne, 
fut édifiée par les soins et la piété du baron Vincent d'Huart, de l'autre côté 
du chemin, vis-à-vis du lieu qu'avait occupé l'oratoire primitif. 



— 250 — 

1800 

ÈPHEMÈRIDES MILITAIRES. 
9 juin. — Moutebcllo. 
11 juin. — Marengo. 

ÈPHEMÈRIDES ADMINISTRATIVES. 

Bonaparte, revenu subitement d'Egypte, renverse le Directoire le 18 bru- 
maire an VIII (9 nov. 1795) et organise le Consulat. 

La constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) est abolie, et une nou- 
velle loi fondamentale votée le 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799) et 
mise en activité le 3 nivôse suivant (24 décembre). 

L'installation des nouveaux pouvoirs fut suivie de la loi du 28 pluviôse 
an VIII (17 février 1800), organisant l'administration départementale et 
municipale. 

Cette nouvelle organisation attribuait entre autres pouvoirs au Préfet : 

13. — La réception des jugements rendus contre les déserteurs, et la pour- 
suite dans les trois jours, sur les biens du condamné, du paiement du prix 
des effets d'armement, habillement ou équipement emportés, et des frais 
de recherche, capture et conduite. 

14. — La surveillance sur la disparition des armes de guerre et elïets 
d'équipement par les militaires ; la recherche par l'intermédiaire des maires 
et adjoints, des détenteurs ou receleurs, et leur dénonciation aux tribunaux. 

Le préfet nommait et pouvait révoquer les maires et les adjoints, ainsi 
que les membres des conseils municipaux. 

Le sous-préfet faisait la répartition, entre les divers cantons de justice 
de paix de son arrondissement de la part qui était attribuée à ces derniers 
dans le contingent de la conscription. 

Par la loi du 28 pluviôse an VIII, chaque commune eut un conseil muni- 
cipal de dix membres. Ces conseillers étaient nommés pour trois ans et 
étaient rééligibles. 

Les maires et adjoints restaient 5 ans en place et étaient rééligibles. Les 
maires devaient être choisis dans les conseils municipaux. 

Le 19 floréal an Vlll (9 mai 1800) Joseph Hubert est nommé maire pro- 
visoire de Tintigny, et le 2 messidor suivant (21 juin), maire à titr c linitif. 

Le premier conseil municipal de Tintigny, élu le 22 vendémiaire an IX 
(14 octobre 1800), fut constitué de la manière suivante : 

Hubert, Joseph, 31 ans, maire du 2 messidor an VIII, marchand. 



— 251 — 

Cordier, Jean, 51 ans, adjoint » » cultivateur. 

George, Gilbert, 61 ans, cons. comm. du 22 vend''^ an IX, id. 

Lahure, Nicolas, 52 ans, » » id. 

Rossignon, Philippe, 58 ans » » cordonnier. 

Henry, Philippe-H., 33 ans. » » juge de paix, renier 

Iker, Jacques, 38 ans, » » cultivateur . 

Ricaille, Jean, 52 ans, » » manœuvre. 

Guillaume, Guillaume, 42 ans, » » cultivateur. 

George, Matliieu, 37 ans, » » id. 



Préfets du département des forêts : 

Birnbaum, Jean, nommé le 23 ventôse an VIII (13 mars 1800) ; installé 
le 22 germinal suivant (12 avril 1800). 

Lacoste, Jean-Baptiste, nommé le 9 frimaire an IX (30 novembre 1800), 
installé le 9 nivôse an IX (30 décembre 1800). 



* 
* * 



6 mars. — Une loi du 16 ventôse an VIII (6 mars 1800) vi^nt apporter 
quelque allégement à l'odieuse conscription qui pesait si lourdement sur nos 
populations. 

Cette loi autorisait le remplacement en faveur « des citoyens qui seraient 
reconnus plus utiles à l'Etat, en continuant leurs travaux et leurs études 
qu'en faisant partie de l'armée. «Ces jeunes gens eurent la faculté de se libé- 
rer du service militaire en fournissant un remplaçant qu'ils se procuraient 
à prix d'argent, ou en versant dans les caisses de l'Etat une somme de 300 
francs. 

Bonaparte, après le 18 brumaire, étendit encore les avantages de cette 
mesure, en dispensant du service, les soutiens de famille, les fils uniques des 
veuves, l'aîné de trois orphelins, le frère du milicien. 

Malgré cette réelle atténuation de ce que la loi sur le recrutement avait 
de rigoureux, elle continuait à accabler plus particulièrement le peuple et 
devenait plus odieuse à mesure que se multipliaient les levées, nécessitées 
par des guerres quasi permanentes. Ses inflexibles dispositions provoquèrent 
des désertions nombreuses et le recours à des ruses inimaginables, nonobs- 
tant les peines multiples et sévères comminées contre tous les insoumis. 

Levée extraordinaire de clievaux. 

Septembre 1799-jiiillet 1800. — Après avoir, par la loi du 19 fructidor an 
VI (5 septembre 1798), établi la circonscription qui mettait en coupe réglée 
la jeunesse valide de notre pays, pour l'envoyer sur tous les champs de car- 
nage européens, le gouvernement républicain avait décrété l'organisation 
de grandes armées permanentes, capables de résister à l'Europe coalisée. 



— 252 — 

Des corps uouvellemcul constitués, artillerie à cheval, cavalerie légère, 
équipages militaires, train d'artillerie, nécessitèrent brusquement une quan- 
tité considérable de chevaux. 

La loi du 4 vendémiaire an VIII (26 septembre 1799) décrétant qu'il 
serait fait une levée extraordinaire de chevaux pour pourvoir à ces divers 
services, vint enlever en grand nombre à l'agriculture ses auxiliaires les plus 
précieux. 

Cette levée était fixée au trentième et, au besoin, au vingtième, parmi 
les chevaux de 5 à 9 ans. 

Chaque cheval était fourni par un groupe de propriétaires qui s'entendaient 
entre eux pour la hvraison de l'animal et pour l'attribution à qui de droil, 
du montant de la fourniture. 

Des prix fort rémunérateurs pour l'époque ctaient accordés aux vendeurs ; 
reste à savoir si ceux-ci, pour en obtenir la liquidation, n'éprouvaient pas 
trop de difficultés ou d'atermoiements. 

Quoiqu'il en soit, le paiement, aux termes de la susdite loi, devait être 
fait « à la partie prenante, soit par imputation sur ses contributions et sa 
cote à la subvention de guerre, soit en numéraire, en cas qu'elle ait acquitté 
les dites cotes. » 

Il est curieux de relire les noms et qualités des membres composant la 
commission devant laquelle les animaux requis devaient être produits et 
examinés à Luxembourg. C'étaient : Fenouil, commissaire des guerres ; 
Vigneron, chef d'escadron ; Louctier, capitaine ; Letellier, lieutenant ; Her- 
bret, maréchal des logis ; Blanchard, brigadier ; Petit, maréchal-expert, 
tous au 24^ régiment de cavalerie en garnison à Luxembourg. 

Tintigny fournit cinq chevaux comme en témoignent les mandats de paie- 
ment suivants, délivrés aux intéressés : 

Le 27 messidor an VIII (16 juillet 1800) mandat pour prix d'un cheval 
estimé 252 francs fourni par les citoyens Gilbert-Antoine George, Henri 
Maîtrejean, Nicolas Lahure, les héritiers de la veuve Déome, de Tintigny, 
canton d'Etalle. 

Le 27 messidor, mandat pour un cheval estimé 312 francs, requis sur les 
citoyens Joseph Lothaire, les fermiers de Poncelle, F. Goffm et Henri Fran- 
çois le jeune, de Tintigny. 

Le 2 thermidor an VIII (21 juillet 1800), mandat pour un cheval estimé 
270 francs, requis sur les citoyens J.-B. Prouvy, J. Cordier, V^ Henry, J.-J. 
Pireaux, J. Paschal l'aîné et J. Ricaille, de Tintigny. 

Le 2 thermidor, mandat pour un cheval estimé 360 francs, requis sur les 
citoyens Jean Cordier, Mathieu George, J.-B. Prouvy, François Henry, 
de Tintigny. 

Le 2 thermidor an VIII, mandat pour un cheval estimé 240 francs, requis 
sur les citoyens V^ Jacques, Jacques Salpetier, V^ Iker, de Tintigny. 



253 



* 
* * 



23 septembre 1800. — 22 septembre 1801. 

(An IX). 

Grande mortalité d'enfants. 

Une cruelle épidémie, sur la nature de laquelle il ne nous a été conservé 
aucune indication, sévit cette année-là dans la commune, parmi les enfants 
en-dessous de l'âge de douze ans, et porta la désolation et le deuil dans de nom- 
breuses familles. 

Les registres de l'état civil mentionnent pour la période indiquée ci-dessus, 
septembre 1800 à septembre 1801, 35 décès d'enfants de l'âge de un à douze 
ans. 

Il fallut ajouter des feuilles supplémentaires à ces registres qui, par suite 
du nombre considérable et imprévu des décès, se trouvèrent insuffisants 
tels qu'ils avaient été formés au début de l'année. 

Le fléau ne limita pas exclusivement ses ravages à l'an IX, car pendant la 
période 1801-1802, on relève encore, à l'état civil, onze nouveaux décès 
d'enfants du même âge. 

M. l'abbé Tillière, dans son Histoire de Jamoigne, rapporte que, du 2 mars 
au 9 juillet 1795, il mourut dans cette paroisse, 35 enfants, dont 18 pendant 
le seul mois d'avril. 

C'était cinq ans plus tôt qu'à Tintigny. La redoutable épidémie, après 
être restée à l'état latenL pendant quelques années aux alentours de Jamoigne, 
remonta-t-elle le cours de la Semois, pour atteindre Tintigny seulement en 
1800, et y faire en une année, un même nombre de victimes ? 

Il serait curieux de savoir si elle a sévi en amont et en aval des deux 
localités si cruellement frappées et à quel moment. 



1801 

ÉPHEMÈRIDE MILITAIRE. 

9 février. — Traité de Lunéville. Les conquêtes de la France sont ratifiées. 

EPHÈMERIDES LOCALES. 

« Premier germinal an IX (22 mars 1801) acte de décès de Henri Devillez, 
ex-jésuite, résidant à Ansart, décédé le 17 ventôse dernier (8 mars), âgé de 
70 ans, né à Tintigny. Témoins : Jacques Iker, laboureur, demeurant à An- 
sart, neveu du côté maternel ; Jean Iker, greffier du juge de paix, demeurant 
à Tintigny, secrétaire communal, neveu du côté maternel. » 



— 254 — 

Nota. - M. J.-B. Dourel, dans Ami. de l'Iusl. arch. du Luxemb., l. VI 
(1870), p. 213, cite ce prèlre au nombre des écrivains luxembourgeois, et 
donne à son sujet les renseignements qui suivent, mais erronés, en partie, 
comme on pourra le remarquer. 

« Devillez (Henri), né à Ansart, paroisse de Tintigny en 1757 (!), mort le 
17 février (ventôse) 1801. 

u On a de lui : 

1 . — Choix de 140 cantiques. 

2. — Carmina e Selectis. » 

* 
* * 

» Le 29 fructidor (16 septembre) acte de décès de Jacques-Henri Duchemin, 
ci-devant curé, âgé de 57 ans, né à Naudré (1), département des Forêts, 
demeurant à Tintigny. 

Témoins : Jean-Joseph Duchemin, ci-devant curé, frère du défunt, et 
N.-M. Guiot, manœuvre. « 

On trouve à cette date : Jean- Jacques Mortehan, huissier du tribunal 
civil du 1er arrondissement du département des Forêts, résidant à Breuvanne ; 
Jeanne-Marguerite Cordier, son épouse. 

19 avril. — Chevaux d'arlillerie mis en dépôt chez des particuliers. En exé- 
cution d'un arrêt des Consuls du 29 germinal an IX (19 avril 1801), un cheval 
du train d'artillerie est mis provisoirement en dépôt chez le maire, Jos. 
Hubert, avec faculté pour celui-ci de s'en servir comme de son propre bien, 
mais aussi avec l'obligation de le reproduire à la première réquisition. 

Le cheval étant venu à mourir chez le dépositaire, ce dernier fut mis en 
demeure, malgré ses protestations, de payer au trésor public une somme de 
;^60 francs, à laquelle avait été fixée, par expert, la valeur de l'animal. 

En acceptant et en recevant sans restriction le cheval en dépôt, disaient 
les instructions, Hubert s'était engagé implicitement à le restituer. 

Novembre \80\-mars 1803. — Réfection des ponts de Breuvanne. — Les 
ponts de bois jetés sur la Semois et sur son affluent la Sivanne, à Breuvanne, 
se trouvaient en ce temps-là, dans un état de vétusté qui mettait continuelle- 
ment en péril la vie des piétons et surtout des équipages obligés de s'en servir. 

La municipalité de Tintigny, dont Breuvanne était ressortissant, s'émut 
de cette situation. Il fut donc délibéré en séance du Conseil, qu'il serait pro- 
cédé sans retard à la reconstruction de ces ponts, et qu'à cette fin, l'on s'adres- 
serait aux autorités compétentes, en vue d'obtenir la délivrance de trente 
arbres chênes, jugés nécessaires à la réfection des dits ponts. 

En conséquence, Joseph Hubert et Jean Cordier, respectivement maire et 



(1) Nadrin, dépendance de la commune de Wibrin. 



— 255 — 

adjoint de la commune de Tintigny, s'adressèrent, le 23 brumaire an X 
(14 novembre 1801), au Préfet du département et lui exposèrent « que les 
ponts placés sur la rivière de Semois et le ruisseau de la Sivanne, communi- 
quant du village de Breuvanne, dépendant de la dite mairie, avec Rossignol, 
se trouvaient dans un tel état de délabrement, que si l'on n'y faisait pas 
promptement les réparations nécessaires, les communications avec Rossi- 
gnol et Neufchâteau deviendraient impossibles. » 

Ils ajoutaient que les « habitants de Breuvanne, à qui incombait la répara- 
tion de ces ponts, n'ayant aucuns bois particuliers, mais seulement un droit 
d'usage dans la forêt de Chiny, aux Croisettes de Rossignol, ils suppliaient 
le Préfet de leur faire désigner, par l'Administration forestière, les trente 
arbres chênes qui leur étaient nécessaires à cet efïet, selon l'estimation du char- 
pentier expert, Henri-Joseph Halbardier, du village d'Ansart. » 

Celui-ci, dans son procès-verbal daté du 18 brumaire an X (9 novembre 
1801), déclare « avoir fait visite, à la réquisition des habitants de la commune 
deBreuvanne, sur leurs ponts situés sur la rivière de la Semois et ruisseaux y 
adjacents, sur l'étendue du fmage de leur ban, estime que pour la réfection 
et construction de leurs ponts sur la dite rivière et ruisseaux, il est nécessaire 
de la quantité de trente corps d'arbres en chênes de différentes grandeurs 
et grosseurs, suivant notre connaissance. » 

L'inspecteur des bois et forêts, à qui fut aussitôt transmise par le sous-pré- 
fet de Neufchâteau, la réclamation de l'administration municipale de Tin- 
tigny, fit savoir, à la date du 28 brumaire (19 novembre), qu'ayant « pris 
lecture de la pétition des maire et adjoint de la commune de Breuvanne (sic), 
du devis y annexé, et ayant examiné par lui-même l'état des lieux, estime 
qu'il est instant, pour la sûreté publique et pour celle en particuher des habi- 
tants de Breuvanne et des rives de la Semois, de réparer les ponts de cette 
commune ; en conséquence de délivrer dans la forêt nationale de Chiny, 
canton des Croisettes de Rossignol, où les dits habitants sont usagers, les 
trente corps d'arbres de chênes estimés nécessaires pour la dite reconstruc- 
tion, en déterminant leur longueur et grosseur et à charge : 

fo Que les branches qui en proviendront seront converties en cordes pour 
le chauffage des dits habitants, et en déduction d'icelui ; 

20 Que l'emploi des dits corps d'arbres demeurera sous la surveillance des 
agents forestiers et la responsabilité des dits maire et adjoint, pour la recons- 
truction des dits ponts. » 

Cette déhbération est ensuite soumise h l'avis du conservateur des forêts, 
lequel accorde son agréation en ces termes : 

« Le Conservateur des forêts du 33" arrondissement, vu la pétition ci- 
jointe des maire et adjoint de la commune de Tintigny, et le devis y annexé : 
ensemble les observations et avis de l'Inspecteur des forêts de l'arrondisse- 
ment de Neufchâteau, estime qu'il y a lieu d'en adopter les dispositions dans 
tout son contenu. » 

« A Metz, le 19 frimaire an dix (10 décembre 1801). » Durand. 



— 2n6 — 

Transmise t'iiliii au prélel du départemeiil, celui-ci (ioniie aussi sou appro- 
bation, eu la subordouuaul aux conditions stiindées par l'inspecteur des bois 
et forêts dans son rapport sur la dite pétition et en rappelant en outre qu' « un 
arrêté en date du 15 germinal an VIII ( 5 avril 1800^ de la ci-devant udminis- 
I ration centrale a maintenu provisoirement les habitants de la commune de 
Breuvanne dans les droits d'usage quils ont dans la foret domcmiale deChing.y> 

Les corps d'arl)res nécessaires à la reconstruction des ponts mentionnés 
dans la requête des maire et adjoint de Tintigny, ayant été délivrés aux péti- 
tionnaires par l'inspecteur des bois de l'arrondissement de Neufchâteau, 
dans la coupe de l'an dix des Croisettes de Rossignol, les travaux furent 
poussés avec activité et menés à bonne fin en moins d'une année, comme en 
fait foi la déclaration ci-après du charpentier juré Gribaumont : 

« Je soussigné Lambert Gribaumont, charpentier juré des mairies de Tin- 
tigny et Bellefontaine, déclare par cette, que les trente chênes qui ont été 
accordés par arrêté du préfet aux habitants de Breuvanne pour la construc- 
tion d'un pont à placer sur la rivière de Semois, au bas du village de Breu- 
vanne, ont été vraiment employés à cette construction ; atteste en outre 
qu'il a été employé de plus cinq arbres que les habitants ont dû acheter 
comme n'en ayant pas assez. 

« Dont acte à Bellefontaine, le l^i' ventôse an onze (20 février 1803). » 

Lambert Gribaumont. 

Ces ponts de bois, au nombre de trois, auront disparu pour faire place aux 
beaux ponts en pierre actuels, contruits en même temps que la route de Tin- 
tigny à Neufchâteau, de 1848 à 1850. 



1802 

EPHEMÈRIDES HISTORIQUES. 

25 mars. — Traité d'Amiens. 

8 avril. — Concordat avec le pape Pie VII. 

2 août. — Napoléon, consul à vie. 

EPHEMÈRIDE LOCALE. 

Nicolas-Marc Guiot est porté comme exerçant la profession d'instituteur 
à Tintigny la première fois le 30 nivôse an X (20 janvier 1802) ; jusqu'alors 
il est témoin à presque tous les actes de l'état civil et y est désigné comme 
manœuvre. Pjeul-ôtre n'enseignait-il qu'en hiver. Il était probablement le 
frère de Grégoire Guiot, que l'on trouve maître d'école à St-Vincent en l'an 
IV (13 juillet 1796). Disparaît en décembre 1805. Très belle écriture. 



257 



* 

* * 



16 lévrier. — Vente d'une coupe de bois au profil des habiLanis de Tinligny, 
Ansart, Han et Poncelle. Un fait curieux dans les annales de la commune se 
produisit à cette date. Une coupe extraordinaire de bois fut vendue à un maî- 
tre de forges, et le produit de cette vente partagé entre les habitants. 

C'est ce que rappelle la pièce suivante : 

(( L'an dix de la République française, une et indivisible, le 27 pluviôse 
(16 février 1802), le produit de la coupe des bois de Tintigny, Bellefontaine 
et Lahage, vendue au citoyen Prestat, directeur au fourneau de Rabais, près 
de Virton, a été partagé entre les dits villages en raison du nombre de bour- 
geois de chacun, de manière que Tintigny, Han, Poncelle et Ansart en con- 
tenant cent quatre-vingt-cinq, Bellefontaine et Lahage cent quarante-sept, 
le produit de la dite coupe consistant en mille cinq cent soixante cordes, 
sur le pied de deux livres dix sous l'une (!), donne la somme de trois mille 
neuf cents livres. 

« En conséquence, il compète aux premières communes la somme de deux 
mille soixante-treize livres dix-neuf centimes. 

Celles de Bellefontaine et Lahage, la somme de mille sept cent vingt-six 
livres, quatre-vingt centimes, observant qu'il vient à chaque bourgeois, de 
cette répartition, onze livres, septante quatre centimes. 

« Ainsi fait et réparti entre nous soussignés à Tintigny, le jour susdit, 
lecture faite. » 

Joseph André ; Jacques Thirv ; Jos. Hubert ; H.-P. Henry ; J. Draime ; 
Martin-Martin . 

9 avril. — Rétablissemenl du culte catholique. 

Le Concordat intervenu entre Napoléon et le pape Pie Vil, après des 
négociations laborieuses, fut signé le 15 juillet 1801 ; converti en loi le 8 
avril 1802, il fut solennellement publié le 18 avril, jour de Pâques. 

Le Pape l'avait promulgué dès le 9 avril et, à dater de ce jour, les églises 
furent officiellement rouvertes, et toutes les cérémonies du culte catholique, 
intérieures et extérieures, autorisées comme auparavant et placées dès lors 
sous la protection des lois. 

Lorsque l'on sut, dans nos villages, que les négociations allaient bientôt 
aboutir, ce fut partout une véritable explosion de joie parmi le peuple ; les 
prêtres, rentrés dans leurs paroisses, et à l'abri désormais des poursuites et 
des vexations, avaient dès le mois de mars précédent, repris leurs fonctions 
et célébré de nouveau ouvertement et régulièrement les offices dans leurs 
églises. 

Le curé Duchemin étant mort en 1801, son vicaire, l'abbé Clesse, revenu 
de son exil à l'île de Ré, assuma, à Tintigny, les fonctions curiales, dans les- 
quelles il fut confirmé peu de temps après par l'autorité ecclésiastique. 



— 258 — 

1() aoùl. — hJihjiiclc hygiénique. — Le 28 thermidor au X (16 août 1802), 
le sous-préfet de Neufchàteau fait rapport au préfet au sujet d'uue enquête 
qu'il a présidée à Tintigny, à l'elTet de constater l'état des malades et de carac- 
tériser une maladie épidémique que l'on croyait y exister depuis quelque 
temps. 

Cette enquête a fait connaître qu'il n'existait aucun malade, excepté 
Jean-Antoine Dufréne et sa femme, ainsi que Jean-Mathieu Guirche. 

H Le premier a un petit furoncle sur une main, et la seconde en a deux, pres- 
que guéris, lui survenus à la suite d'une fièvre scarlatine ; deux de ses enfants 
vienneul de mourir de cette maladie. » 

On ne dit pas de quelle alïection Guirche était atteint. 



1803 

Février. — Pensions ecclésiastiques. — Une des dispositions réparatrices 
du Concordat était l'attribution d'une pension de retraite aux membres 
des ordres religieux supprimés ou dispersés par la révolution. 

Les intéressés, pour en obtenir l'octroi, devaient satisfaire à différentes 
obligations, que l'on trouve énumérées dans la demande ci-après, adressée 
par un ex-capucin d'Arlon, originaire de Tintigny, et y vivant retiré dans sa 
famille : 

« Au Préfet du département des Forêts, 

« Jean-Joseph Jacob, prêtre, ci-devant capucin à Arlon, arrondissement 
de Luxembourg, en ce département, domicilié à Tintigny, arrondissement de 
Neufchàteau, "vous prie, citoyen Préfet, de vouloir le porter sur le tableau 
des pensionnaires ecclésiastiques, à l'efîet de recevoir la pension que la loi 
lui assigne en remplacement du bon qu'elle lui avait accordé et qu'il n'a point 
reçu. 

Pour appuyer cette demande, le pétitionnaire a l'honneur de vous pro- 
duire, sous le no 1, un acte de vie certé (!) et 2° celui de résidence affiché aux 
termes de la loi. Sous le n» 3, son extrait de naissance, sous le n^ 4 la déclara- 
tion qu'il n'a recueilli aucune succession, et sous le n» 5 son acte d'adhésion 
au Concordat. » 

(( Salut et respect. « Jean- Joseph Jacob. 

« Ci-devant capucin à Arlon. » 

Ces diverses pièces avaient été délivrées aux pétitionnaires par l'adminis- 
tration municipale de Tintigny. 

La première portait que « le citoyen Jean-Joseph Jacob, âgé de cinquante- 
huit ans, prêtre ci-devant capucin à Arlon, taille de réside et a résidé 

sans interruption à Tintigny, dans la maison appartenant à Jeanne-Marie 



— 259 — 

Moneau, veuve de feu Jeaii-Alexandre Jacob, depuis sa suppression arrivée 
en l'an V, jusqu'à présent. 

« Fait à la maison commune de Tintigny, le 21 pluviôse an XI (10 février 
1803). » 

Dans la seconde, les maire et adjoint attestaient que le certificat ci-dessus 
« avait été publié et affiché trois jours de suite aux termes de la loi. » 

La déclaration d'adhésion au Concordat était faite dans les termes suivants: 

« Je soussigné déclare adhérer au Concordat et être de communion avec 
l'évêque de Metz, nommé par le premier consul et institué par le Souverain- 
Pontife. » 

Jean-Joseph Jacob. 

L'ex-capucin eut rapidement satisfaction. En effet, dès le 6 ventôse an XI 
(25 février 1803), paraissait un arrêté préfectoral fixant dans les termes ci- 
après, la pension accordée « au citoyen Jean- Joseph Jacob. » 

Le Préfet, 

« Vu 1° l'extrait, etc 

« Considérant qu'il résulte des pièces ci-dessus rappelées, que le pétition- 
naire a été religieux profès sous le nom de Bazile au dit couvent lors de sa 
suppression et qu'en cette qualité il a droit au bénéfice de la loi du 11 ven- 
tôse an VIII (l^r mars 1800) qui accorde des pensions aux membres du cler- 
gé et des établissements religieux supprimés dans les neuf départements 
réunis en vertu des 15 fructidor an IV et 5 frimaire an VI (l^r sept. 1796 et 
25 nov. 1797). 

« Considérant qu'aux termes de l'arrêté des Consuls du 3 prairial an X 
(23 mai 1802), les pensions ne courent qu'à dater du jour de la liquidation, 

Arrête : 

« Art. 1er Le citoyen Jean- Joseph Jacob, ex-religieux du couvent des 
ci-devant capucins d'Arlon, âgé au 11 ventôse an VIII (1<^'' mars 1800) de 
55 ans, 6 mois et 13 jours, recevra, à compter du jour de la hquidation, une 
pension annuelle de 800 francs, conformément à la loi du 26 février 1790. 

Art. 2. Cette pension diminuera en proportion des revenus calculés au 
denier vingt des capitaux qui écherront au pensionnaire par succession ; il 
sera en conséquence tenu, conformément à l'art. 7 de la loi du 17 nivôse an II 
(6 janvier 1794), de déclarer les valeurs qu'il aura recueillies de ce chef, à 
peine d'être privé de sa pension et condamné à une amende quadruple des 
sommes qu'il aura indûment perçues. » 

« Art. 3. Le présent sera expédié au pétitionnaire. 

« Fait à Luxembourg, le 6 ventôse an XI (25 février 1803). » 

Le Préfet, 
J. -B. Lacoste. 
17 



— 260 — 

Le capucin J.-J. Jacob ne jouil de cette pension que pendant quatre 
années ; il mourul à Tinligny le 13 mai 1807. 

Même demande avec mêmes formalités et pièces produites, de la part du 
citoyen Henri-Joseph Degolîre, né à Tinligny le 24 novembre 1737, ex-reli- 
gieux du couvent des ci-devant Hécollets à Virton, où il était religieux 
profés sous le nom de Boniface. 

Pension annuelle de 800 francs, conformément à la loi du 26 février 1790. 

ô septembre. — Amelioralion des clieinins vicinaux. — Un relevé curieux 
de l'état des chemins vicinaux tels qu'ils existaient à cette époque, fut dressé 
en exécution d'un arrêté du Préfet en date du 8 prairial an XI (7 juin 1803). 

L'administration municipale était invitée à faire connaître dans un rap- 
port succint, l'état de ces chemins, avec l'indication des parties qui néces- 
sitaient des réparations ou des améliorations urgentes, ainsi que des sommes 
que la commune se proposait d'aflecter aux travaux qu'il convenait d'y 
effectuer. 

Le tableau produit par les édiles de Tintigny laisse pressentir ce que 
devait être à cette époque la vicinalité de la commune. Elle se trouvait, sans 
aucun doute, dans le déplorable état que décrit trente ans plus tard, un gou- 
verneur de la province. 

Parlant de la voirie vicinale luxembourgeoise, ce fonctionnaire disait : 

« Ici, ce sont des chemins tels que le pied de l'homme ou des animaux les 
a faits, escarpés et étroits, souvent couverts de glace, devant lesquels le 
voyageur s'arrête incertain ; là, au contraire, profonds et encaissés, coupés 
par l'eau des torrents, véritables fondrières où les hommes et les bestiaux 
courent sans cesse risque de périr (1). 

Quels changements et quels progrès ont été réalisés depuis ce temps ! Des 
routes nombreuses et parfaitement entretenues sillonnent aujourd'hui le 
territoire communal dans toutes les directions et établissent entre Tintigny 
et tous les villages environnants des communications faciles et rapides. 

Voici le tableau fourni par la municipalité de Tintigny : 

« 1. — Depuis la maison Jean Iker (au carrefour des routes actuelles 
d'Arlon à Bouillon et de Marbehan à Virton) jusqu'à la rivière de Semois — 
l décamètres — de toute nécessité — absolument défectueux — frais de 
réparation, 230 francs. 

Observât. — Travaux troj) considérables pour être effectués avant l'hiver. 

2. — De Tintigny vers Poncelle — longueur sur le territoire, 60 décamètres 
ou perches métriques — de toute nécessité — à conserver et réparer — état 
défectueux — frais, 50 francs. 



(1) Comm. luxemb., tome I, p. 617. 



— 261 — 

Travaux trop considérables, etc (A chaque article). 

3. — De Poncelle vers Sainte-Marie — 79 décamètres — de toute nécessité 

— à conserver et réparer — frais, 50 francs. 

4. — De Han vers Villers-sur-Semois — 90 décamètres — de toute néces- 
sité — à conserver et réparer — défectueux — frais, 50 francs. 

5. — De Tintigny vers Rossignol, passant par Breuvanne — 150 déca- 
mètres — de toute nécessité — à conserver et réparer — défectueux — frais, 
150 francs. 

6. — D'Ansart vers VilIers-sur-Semois — 20 décamètres — de toute néces- 
sité — à conserver et réparer — défectueux — frais, 30 francs. 

7. — Chemin d'Ansart conduisant à la couture — 30 décamètres — de 
toute nécessité — à conserver et réparer — défectueux — frais, 30 francs. 

8. — De Poncelle au moulin du dit — 50 décamètres — de toute néces- 
sité — à conserver et réparer — défectueux — frais, 80 francs. 

9. — D'Ansart vers Rossignol — 80 décamètres — de toute nécessité — 
à conserver et réparer — défectueux — frais, 100 francs. 

10. — De Han par Gravière à Ansart — 200 décamètres — très inutile — 
à supprimer. Devenu inutile à cause d'autres chemins plus praticables (1). 

11. — -De Poncelles vers Ste-Marie par la Grande Pièce — 250 décamètres 

— très inutile — à supprimer. Devenu inutile à cause d'autres chemins plus 
praticables. (2) 

« Arrêté par nous membres du Conseil municipal de Tintigny, canton 
d'Etalîe, département des Forêts, à la somme de sept cent soixante-dix 
francs. 

« Fait en l'assemblée du 18^ fructidor an XI (5 sept. 1803). » 

J. Hubert ; H. -P. Henry ; Jean Ricaille ; J. Iker ; P. Rossignon ; 
G. Guillaume. 

12 novembre. — Formation des collèges électoraux. — Des renseignements 
circonstanciés devaient être fournis par les citoyens pouvant être éventuelle- 
ment appelés, par leur état social, à faire partie des collèges électoraux 
d'arrondissement et de département, à se porter candidats, pour les places 
de juges de paix et des suppléants, etc. 

Je ne reproduirai ici que ceux de ces renseignements qui concernent les 
notabilités administratives de Tintigny, d'après les questionnaires auxquels 
les intéressés avaient à répondre, en vue de faire connaître s'ils remplissaient 
les conditions requises aux fins sus-indiquées. 



(1) Par le village de Tintigny. 

(2) 11 est à noter qu'aucun de ces chemins n'était alors empierré. C'est tout au [tlus 
si clans les rues du village, de la bloeaille rudimentai rement étendue donnait au 
roulage un fond plus résistant. 



— 262 — 

Canloii (rKlallo, 1»'' arroiulissomcul du (lépartemeiil des Forêts. 

1. Quels sont vos noms et prénoms ? — Hubert, Joseph. 

2. Voire âge? — Trente-cinq ans. 

3. L'époque de votre naissance ? — 5 décembre 1768. 
1. Votre domicile? — Tintigny. 

.'). Eles-vous célibataire, marié ou veuf? — Marié, 

(î. C.ombien avez-vous d'enfants? — Trois enfants. 

7. Quelle était votre profession avant 1789? — Marchand. 

8. Depuis 1789? — Agent municipal depuis l'an IV ; ensuite maire. 

9. A combien évaluez-vous votre fortune personnelle, et en quoi consiste- 
l-elle? — A quatre mille francs en biens fonds. 

Certifié véritable par moi soussigné. 

J. Hubert. 

A Tintigny, le 20 brumaire an XI I® (12 novembre 1803). 

Henri-Philippe Henry, né le 16 juillet 1766, âgé de trente-huit ans, domi- 
cilié à Tintigny, marié, six enfants ; avant 1789, greffier de la justice de Ville- 
mont ; depuis 1789, agent municipal en l'an IV, et depuis, juge de paix. 

Fortune personnelle, quinze mille francs en capitaux et biens fonds. 

Alexandre, Jean-Baptiste, notaire impérial, né le 27 mars 1774, âgé de 
36 ans huit mois moins 14 jours, domicihé à Tintigny, célibataire. 

Employé à la sous-préfecture de Neufchâteau pendant cinq ans, et notaire 
depuis l'an XIII ou 1805. 

Sans fortune personnelle. 

Iker, Jacques-Mathieu, né le 9 décembre 1759, âgé de quarante-cinq ans, 
domicilié à Ansart, mairie de Tintigny, marié, cinq enfants ; avant 1789, 
cultivateur- depuis, id. — Fortune pers., quinze mille francs en biens-fonds. 

Iker, Jean, né le 28 janvier 1771, âgé de trente-trois ans, domicihé à 
Tintigny, marié, six enfants ; avant 1789, marchand ; depuis 1789, agent 
municipal en l'an III et IV ; depuis l'an V jusqu'en l'an X, greffier de la jus- 
tice de paix ; actuellement, premier suppléant. 

Fortune personnelle, dix mille francs en biens fonds. (1) 



(1) Possédant une forte instruction et ayant de la fortune, Jean Iker, frère du pré- 
cédent, remplit diverses charges i)u])liques pendant la durée de sa longue carrière. II 
fut agent municipal en l'an III et en l'an IV, secrétaire communal en 1801, premier 
suppléant de la justice de paix du canton d'Etalle en 1803, membre du conseil munici- 
pal et groffler de la dite justice (\e paix en 1807, enfin conseiller provincial du canton 
d'Etalle, de 1839 à 1848.' 



— 263 — 

1804 

ÉPHÉMÉRIDE MILITAIRE. 

18 mai. — Napoléon empereur. 

ÉPHÉMÉRIDE LOCALE. 

Jean Cordier, résidant à Breu vanne, adjoint au maire, remplit les fonctions 

d'officier de l'état civil. 

* 
* * 

1er février. — A propos d'un déserteur. — L'ogre de la guerre réclamait 
sans cesse de nouvelles victimes, et les levées de jeunes gens se poursuivaient 
sans relâche dans nos villages. 

On partait bien pour l'armée mais il était assez rare qu'on en revînt. Cette 
idée était la terreur des familles, et, tout naturellement, un peu la crainte 
des conscrits. Aussi, depuis que l'état de guerre était devenu pour ainsi dire 
permanent pour la France, les désertions se multipliaient, et les ruses et 
subterfuges mis en œuvre pour se soustraire à l'obligation du service mili- 
taire prenaient des proportions déconcertantes, malgré les rigueurs que les 
lois comminaient contre les déserteurs et les réfractaires. 

Le patriotisme des Luxembourgeois pour la patrie française n'était pas si 
débordant que d'aucuns se sont plu à le dire. 

Les peines prévues par les règlements militaires contre les insoumis étaient 
les suivantes : 

A l'égard des parenis. 

a) Amende de 1500 francs. S'ils ne pouvaient r 'acquitter immédiatement en 
numéraire, il était procédé à la vente de leurs biens jusqu'à concurrence de 
cette somme. 

b) Les garnisaires, ordinairement au nombre de deux ; c'étaient des sol- 



II exerçait la profession de marchand et était pro()riétaire de la belle maison cons- 
truite par son père eu 1743, la seule à deux étages qu'il y eut alors et même jusqu'eu 
ces derniers temps à Tintigny, située au carrefour des routes d'Arlon à Bouillon et 
de Marhehan à Virton . 

Fort éprouvé dans ses affections familiales, il perdit successivement, le 14 juin 1806, 
un fils, Mathieu- Joseph, âgé de 14 ans ; le 20 janvier 1807, une fille, Marie-Marguerite, 
âgée de 13 ans ; le 10 avril suivant, une autre fille, Suzanne, âgée de 12 ans ; le 10 
déceml)re de la même année, son épouse, Marguerite Schcmit, âgée de 40 ans ; enfin, 
le 4 mai 1809, son fils Maximilien, âgé de 18 ans 9 mois, brigadier au 3« régmient de 
hussards de l'empereur, vint mourir chez son père en passant en détachement a 
Tintigny . 



— 264 — 

liais qiio Von iiislallaiL au (lomicilf. du déserteur et que seç parents devaient 
nourrir et loger jusqu'à ce qu'il se tut soumis à la loi (1). 

(•) La colonne mobile, corps de troupes détaché pour parcourir le paj/S et 
établir les garnisaires chez les parents des réfractaires, qui devaient, par 
surcroît, héberger toute la colonne au passage. 

(/) Les parents au second degré encouraient eux-mêmes une certaine res- 
ponsabilité du fait de l'insoumission d'un conscrit, et ils étaient tenus, sous 
peine de recevoir aussi des garnisaires, de se mettre à sa recherche et de le 
livrer aux autorités militaires. 

e) Enlin, s'il arrivait que les frais d'entretien des garnisaires eussent épuisé 
complètement celui qui en avait la charge, la commune lui était substituée 
dans ses obligations. 

A Végard du réfradaire. 

' a) Sept années de travaux publics ; 

b) L'envoi en garnison au régiment de Belle-Ile, qui était une compagnie 
disciplinaire. 

c) A la seconde désertion, la peine du boulet. Les condamnés à cette peine 
traînaient un boulet de 8 (huit livres), attaché à une chaîne de 2 mètres 50 
de long. 

L'ensemble des peines comminées tant à l'égard de l'insoumis que contre 
ses parents, s'appelait l'exécution militaire. 

Pour l'honneur de leur commune, la plupart des déserteurs et des réfrac- 
taires de Tintigny vinrent à résipiscence. 

Jean-Baptiste Cordier, tils de Guillaume, conscrit réfractaire de l'an XII, 
est condamné avec ses père et mère du village de Han, mairie de Tintigny, 
à l'amende de 1500 francs, par jugement du 11 pluviôse an XII (l^r février 
1804), pour avoir déserté en route, étant dirigé sur le 108<^ régiment de 
ligne. Ce conscrit s'étant représenté volontairement le 2 mai pour se rendre 
sous les drapeaux, a été rayé de la liste des réfractaires, et ses parents dispensés 
de payer l'amende de 1500 francs. Les meubles étaient déjà vendus et avaient 
seulement produit 85 fr. 95 c. ; la vente des immeubles, par expropriation 
forcée, était fixée au 6 mai. Les poursuites furent arrêtées, mais les frais 
déjà faits, et s'élevant à 20() fr. 07 c, durent être liquidés par les parents. 

7 juin. — DélimitcUion du territoire conmmncd. — Le 18 prairial an XII 
(7 juin 1804), le conseil municipal de Tintigny est réuni en séance extraor- 
dinaire. Sont présents, les citoyens Hubert, Henry, Jacques Iker, Valentin 
Iker, Jean Ricaille, Guillaume Guillaume et Philippe Rossignon. 

Cette réunion est teime d'urgence pour satisfaire à l'arrêté du Préfet du 



(i) Le souvenir des gar^r/saires s'est conservé chez le peuple qui, sans savoir 
pour(|uoi, désigne encore, sous cette dénomination, les parasites de la tête. 



— 265 — 

4 prairial (24 mai), portant convocation du Conseil à ce jour, à l'efïet de choi- 
sir deux personnes connaissant parfaitement le territoire communal, pour 
remplir les fonctions cV indicateurs près de l'arpenteur et de l'expert chargés 
de procéder à la délimitation du dit territoire, conformément à l'arrêté du 
Gouvernement du 27 vendémiaire dernier (20 octobre Î803). 

Le Conseil estimant qu'il convient de prendre des mesures spéciales afin 
qu'aucune erreur ne se produise dans un travail d'une telle importance, est 
d'avis d'adjoindre un troisième expert aux deux premiers, en considération 
de la grande étendue du territoire de cette mairie et surtout des bans de 
Breuvanne, IVIénil et Ansart, qui formaient auparavant des communautés 
séparées. 

Nomme en conséquence aux fonctions d'indicateurs, les citoyens Nicolas 
François, de Breuvanne, Antoine Latour, d'Ansart et Guillaume Guillaume, 
de Pou celle. 

Décide que le prix de leurs journées leur sera payé par la commune, à 
raison de un franc vingt-cinq centimes par journée d'ouvrage. 

15 juillet. — Le maire, J. Hubert, sollicite un emploi. 

La République, par une loi en date du 5 ventôse an XI (25 février 1804), 
avait décidé d'admettre les membres des conseils municipaux reconnus 
capables et dignes, dans l'administration des Droits réunis. 

Se fondant sur cette décision et sur les services rendus par lui à la chose 
publique, Jos. Hubert, par pétition en date du 26 messidor an XII (15 juil- 
let 1804), adressée à M. Lacoste, préfet du département des Forêts, sollicite 
un emploi dans la susdite administration. 

Il fait valoir à l'appui de sa demande qu'il a administré la. commune de 
Tintigny, sans interruption, depuis le commencement de l'an IV, tant en 
qualité d'agent municipal que de maire, le tout gratuitement et « sans contra- 
vention tant du côté du gouvernement que de la commune. » 

Il prie en conséquence le préfet de vouloir bien l'inscrire sur le tableau 
des aspirants aux dites fonctions et d'y joindre une recommandation ou. un 
avis favorable. 

Le sous-préfet, en apostille, estime qu'il y a lieu d'accueillir cette requête. 



1805 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Troisième coalition : Angleterre, Russie et Autriche. 

2 décembre. — Austerlitz. 

26 décembre. — Traité de Presbourg qui met fin à la troisième coalition. 



266 — 



* 

* * 



12 seplembre. — Convois militaires. — L'aimée 1805 fut, pour Tintiguy, 
une des plus calmes du régime français. 

Il n'y a guère à signaler ([u'une réquisition de chariots, assez lourde toute 
fois, imposée à la commune dans la forme suivante : 

Département des F'orêts. 

Premier arrondissement communal. 

Neufchâteau, le 25 fructidor an XIII (12 septembre 1805). 

Le sous-préfet, 

» Invite et requiert le maire de la commune de Tintigny de fournir douze 
voilures à quatre colliers, pourvues de grandes échelles. 

« Ces voitures destinées à transporter des effets militaires jusqu'à Arlon, 
devront être rendues à Neufchâteau le 29 fructidor courant (16 septembre), 
vers les quatre heures de l'après-midi. Le payement sera effectué par qui de 
droit. 

COLLARD. 

Sceau de la sous-[)réfecture. 

Vu arrivée à Arlon, le 30 fructidor an XIII (17 septembre). 

RÉSIBOIS. 

Sceau de la mairie d'Arlon. 

10 nivôse an XIV (31 décembre 1805). — Fin de 1ère républicaine. 

Napoléon s'était décidé à sacrifier le calendrier républicain à la cour de 
Rome. 

Le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805), la commission du Sénat fit 
ratifier le projet du gouvernement impérial de reprendre le calendrier gré- 
gorien, qui fut ofliciellement rétabli le 1^'' janvier 1806. 

Cet acte important est mentionné à l'état civil dans les termes suivants ; 

« Nous maire et adjoint de la commune de Tintigny, arrondissement de 
Neufchâteau, avons arrêté aujourd'hui à 6 heures du soir le présent registre 
des actes de mariage, en exécution de l'art. 4 du décret impérial du 24 fri- 
maire an XIV (15 décembre 1805) pour, à partir de demain premier janvier 
(1806), employer le calendrier grégorien. 

« Fait en la maison commune le 10 nivôse an XIV (31 décembre 1805). » 



— 267 — 

1806 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 
Quatrième coalition : Prusse et Russie. 
14 octobre. — La Prusse est battue à léna. 
27 octobre. — Déclaration du blocus continental. 

ÉPHÉMÉRIDES LOCALES. 

24 janvier. — Acte de naissance de Henri-Antoine-Joseph-Eloi du Faing, 
fils de M. Godefroid du Faing, âgé de 44 ans, rentier, résidant à Tintigny, 
et de son épouse, dame Marie- Joseph-Louise de Nonancourt. 

Nicolas-Marc Guiot, instituteur, témoin à la plupart des actes de l'état civil 
depuis le commencement de 1802, signe en cette qualité le dernier acte de 
décès le 28 frimaire an XIV (19 décembre 1805). A la suite de cet acte vient 
la mention du changement de calendrier; cette date aura été sans doute aussi 
celle du départ de l'instituteur Guiot. Le 3 novembre 1807 « comparaît le 
nommé Henri-Josepli Conrotte, instituteur primaire de la commune de Tin- 
tigny, y résidant. » 

François-Louis (Tesse est desservant depuis Tan XII, et est alors âgé de 
41 ans. 

Dates diverses. — Conscrits de 1806. — Le conscrit dt. l'an XIV, Jean 
Magin, d'Ansart, mairie de Tintigny, déserte en route, en allant rejoindre 
son corps sur lequel il avait été dirigé; s 'étant représenté volontairement, il 
est amnistié. 

Bulletin adressé à sa famille en 1813 : 

Cuirassiers. — Classe de l'an XIV. 
Magin, Jean, d'Ansart, fils de Alexandre et de Marguerite Nicolas. 
Egaré dans la retraite de Moscou. 

Certifié ; les Membres du Conseil d'Administration à Thionville, le 20 sep- 
tembre 1813. 

Signé : Vmoux, Bollanger, Lefèvre, Brugnon. 

Un autre insoumis de cette année, le nommé Résibois, Jean-Baptiste, 
occasionna à sa famille et à l'Administration municipale de très graves 
embarras qui ne prirent fin, pour ainsi dire, qu'avec le régime napoléonien. 

Réfractaire dès son appel sous les drapeaux, il est arrêté par la gendar- 
merie dans le département des Ardennes, et dirigé sur Belle-Ile. Le garni- 
saire qui avait été établi à son domicile est alors retiré. 



— 268 — 

Le 10 mai 1812, ce soldai (léserle, eu emportant sou habillemeut complet, 
ses armes et bagages. 

Aussitôt les autorités militaires rétablisseut la colouue mobile chez sou 
père et imposent à tous ses pareuts jusqu'au second degré inclusivement, 
l'obligation de se mettre à sa recherche et de le ramener, sous peine de rece- 
voir aussi des garnisaires. 

Une. lettre, dont je vais donner quelques extraits, renferme des indications 
curieuses au sujet des mesures de rigueur appliquées aux réfractaires, et qui 
montrent bien jusqu'où s'étendait la responsabilité de leurs familles. 

« Tintigny, le 19 septembre 1813. 

« .Jean-Joseph Gardien, cultivateur, Jean-Baptiste Flamion, manœuvre, 
résidants à Poncelle ; Jean-Baptiste Robert et Jacques Robert, résidants à 
Tintigny, tous les quatre parents à degré proche à Résibois, Jean-Baptiste, 
conscrit réfractaire ou soi-disant déserteur, à Monsieur le baron Jourdan, 
préfet du département des Forêts, chevalier de la Légion d'honneur. 

« Nous avons l'honneur de vous représenter qu'ayant été inquiétés dans 
le temps par la colonne mobile pour la reproduction du dit Résibois, pour lors 
réfractaire efTectif, il est parvenu à notre connaissance que le dit Résibois 
s'était réfugié au village d'Ecombes, département des Ardennes, arrondisse- 
ment de Sedan, là où nous étant transportés, sommes parvenus à le faire 
arrêter par la gendarmerie ; de là, il a été conduit au régiment de Belle-Ile, 
vers l'époque du 10 mai 1812. » 



« Au moment où nous croyions être à l'abri de toute recherche, nous venons 
d'apprendre, par notre maire, que ce jeune homme aurait déserté une seconde 
fois, ce que nous ne pouvons pas croire, parce qu'il est de la plus grande vérité 
que nous n'avons plus eu la moindre nouvelle de lui depuis le courant du 
mois de juin 1812, époque à laquelle il est passé par ici pour se rendre en Alle- 
magne. Ce jeune homme n'a plus ni père ni mère, ni biens, et ne pourrait se 
réfugier au pays. Il y aurait donc injustice à charger ses parents inférieurs (!) 
de sa recherche ; nous osons espérer en conséquence de votre sollicitude 
paternelle que vous nous épargnerez la disgrâce de voir arriver chez nous la 
colonne mobile, vous priant, etc. » 

Le 13 octobre 1813, le maire de Tintigny informe le chef du bureau mili- 
taire que la colonne mobile est placée chez les parents du soldat Résibois, 
depuis sa désertion, bien qu'il n'ait jamais reparu au pays. 

La requête ci-dessus ne put donc être prise en considération. 

8 mars. — Enrôlement volontaire. — François-Louis-IMarie- Joseph-Eugène 
de Prouvy, fils de J.-B. de Prouvy, seigneur du Ménil. conscrit de l'an 1806, 
n'étant pas encore mis en activité, demande au Préfet à passer dans l'armée 
active et à servir dans le 2^ régiment de chasseurs à cheval. 



— 269 — 

Il réclame en même temps une feuille de route pour rejoindre ce corps. — 
Agrée. 

Le 20 juin 1806, le Préfet demande à l'administration municipale qu'il 
lui soit adressé sans retard les titres et diplômes dont les médecins, chirur- 
giens, pharmaciens, sages-femmes, etc. doivent être munis pour pouvoir 
remplir leur état. 

Transmission des titres de Suzanne Résibois, pour les fonctions de sage- 
femme. 

4 octobre. — Certificat d'existence. 

24e régiment de ligne. 

« Jean-Nicolas Henry, de Breuvanne, est en activité de service depuis le 
4 octobre 1806, au 24^ régiment de ligne, à Treuenbritzen (Saxe). » 

Le chef de bataillon, 

LiBERT. 



1807 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Ayant formé la quatrième coalition contre la France, la Prusse et la Russie 
sont vaincues, la première à léna, le 14 octobre 1806, et la seconde à Fried- 
land, le 14 juin 1807. 

8 juillet. — Traité de Tilsit. Fin de la quatrième coalition. 
6 juin. — Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. 

15 juillet. — Murât, roi de Naples. 

ÉPHÉMÉRIDES LOCALES. 

9 avril. — Acte de décès de Victoire de Prouvy,âgée de 24 ans ; déclarants : 

J.-B. de Prouvy, membre du conseil municipal de Tintigny, père de la 
dite Victoire de Prouvy, issue de son mariage avec Marie-Louise de Sain- 
tignon, et Gabriel de Prouvy, cultivateur, frère de la dite Victoire, tous les 
deux résidant au Ménil. 

28 avril. — Acte de décès de Elisabeth de Pirombœuf, veuve de feu le 
sieur François de Jacque, âgée de soixante-dix-huit ans, décédée en sa mai- 
son à Tintigny. 

2 août. — Acte de décès de Marie-Sophie de Prouvy, jeune fille âgée de 17 
ans, résidant à Poncelle, fille de défunt Théodore-Ignace de Prouvy, en son 
vivant résidant à Jamoigne, et de Marie-Françoise-Denis, son épouse, rési- 
dant actuellement à Poncelle. 



- 270 — 

y novembre. — Acte de décès de Nicolle Hinque, veuve de défunt le sieur 
du Faing, âgée de soixante-quinze ans, résidant à Tintigny. 

28 novembre. — Monsieur J.-B. de Prouvy, propriétaire et membre du 
conseil municipal de Tintigny, et Jacques Henry, de Breuvanne, font décla- 
ration do décès de Monsieur Henri du Faing, célibataire, âgé de quatre- 
vingt-dix ans et huit mois, résidant au Ménil ; le premier témoin est son neveu 

à cause de sa f émane. 

* 

* * 

Conscription de 1807. 

Jeunes gens de cette classe définitivement réformés par le Conseil de recru- 
tement : 

André, Lambert, de Tintigny, contributions 26 fr. 11 

Robert, Jacques id. id. 21 fr. 55 

Collignon, Henri-Jos., de Poncelle id. 10 fr. 20 

Certifié par le percepteur à vie de Tintigny. 

HÉNOUMONT. 

20 octobre. — Certificat de présence. — Bastin, Jean-Nicolas, soldat au 108^ 
régiment de ligne, n'a plus donné de ses nouvelles depuis la bataille d'Auster- 
litz (2 décembre 1805). Le chef de bataillon Lacroix, fï. de major, fait connaî- 
tre au Commissaire ordonnateur de la l^e division militaire qui a demandé 
des renseignements au sujet de ce soldat, que celui-ci est présent à la compa- 
gnie des voltigeurs du 3® bataillon du dit régiment, faisant partie de la 3'' divi- 
sion du 'M corps de la grande armée campée pour lors à Gawlow,près de Var- 
sovie. 

— D'Anvers, le 20 octobre 1807. 

Ce soldat, originaire de Tintigny, est mort à l'hôpital St-Joseph, à Posen, 
en Pologne. 

1808 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Cinquième coalition : Angleterre, Autriche, Péninsule hispanique. 
1808-1811. — Guerre d'Espagne. 

ÉPHÉMÉRIDE ADMINISTRATIVE. 

Jourdan (baron André-Joseph), nommé préfet du département des Forêts, 
le 8 mai 1808, est installé en cette qualité le 15 juillet suivant. 

21 janvier. — Nomination <run adjoint municipal. — Le sieur Jean (^ordier, 
adjoint municipal depuis plusieurs années, ayant résigné ses fonctions, il 
fallut pourvoir à la vacance de cette charge. 



— 271 — 

Afin de pouvoir fixer plus judicieusement son choix, le préfet écrivit con- 
fidentiellement, le 21 janvier, au maire d'Arlon, Ant. Résibois, originaire 
de Tintigny, le priant de lui désigner sans délai celui des propriétaires de 
cette commune qui, par ses qualités personnelles et son attachement au Gou- 
vernement, mériterait d'être appelé aux fonctions d'adjoint, en remplacement 
du sieur Cordier. 

M. Résibois s'assurerait à l'avance des dispositions du candidat à occuper 
cette place ; en outre, la mairie de Tintigny étant composée de plusieurs vil- 
lages, le préfet désirerait placer l'adjoint dans l'un de ceux où le maire ne soit 
pas domicilié, et le plus important par sa population, après le chef -lieu de 
la mairie. 

Le 29 du même mois, M. Résibois informe le préfet qu'il croit pouvoir lui 
proposer, en toute confiance, pour remplacer le démissionnaire, le sieur Jean 
Ricaille, domicilié à Han, et percepteur des contributions, homme probe, 
jouissant d'une grande considération et possédant les capacités suffisantes 
pour remplir avec distinction la fonction qui pourrait lui être conférée. 

Le préfet, se référant entièrement à ces indications, prend aussitôt l'arrêté 
suivant : 

(( En vertu de l'art. 20 de la loi du 20 pluviôse an VIU, 

Le Préfet du département des Forêts, 

Nomme Ricaille, Jean, cultivateur, domicilié à Han, aux fonctions d'ad- 
joint municipal de la commune de Tintigny, en remplacement du sieur Cor- 
dier, démissionnaire. 

P'ait à Luxembourg, le fer février 1808. 

Lacoste. 

14 mai. — Le chemin d'Ansart à Tintigny menacé de destruction partielle. 
— Ce chemin, décrété, comme on l'a vu, en 1791, et dont la réception aura 
lieu seulement en 1811, était dès 1808, menacé de destruction par suite de 
l'action des eaux de la Semois. 

C'est ce qu'atteste la délibération suivante du conseil municipal de Tin- 
tigny. Je la reproduis en raison de son importance au point de vue de la con- 
figuration du cours de la Semois, entre Gravière et Tintigny. 

Séance du 14 mai 1808. 

Présents : MM. Hubert, maire ; François Devillers, Jean Iker, Jean- Joseph 
Renauld, Jean-Baptiste Alexandre et Jacques Iker, membres du conseil 
municipal de Tintigny. 

« Considérant que l'utilité publique commande impérieusement de préve- 
nir la destruction totale du grand chemin qui conduit de Tintigny à Ansart 
en ce que la rivière de Semois, par l'effet d'un coude où elle frappe violemment 
contre le dit chemin, au point que le dit chemin sera entièrement coupé en 
moins d'un an, ce qui occasionnerait une perte irréparable en interrompant 



_ 272 

la comniuiiicalioii des tleux commîmes eL en outre celle pour les charbonr et 
fers de foute qui alimentent en partie les forges de Waillimont, Berchiwez, 
Laclaireau et plusieurs autres. 

« Considérant qu'il est de toute impossibilité de porter remède à ce mal 
sinon en faisant prendre un antre cours à la rivière ; que ce nouveau cours 
peut se faire commodément et avantageusement, en l'ouvrant sur la propriété 
de Henry, François, propriétaire cultivateur à Tintigny, ou plutôt sur la 
propriété de cette commune, puisque le dit Henry François ne la tient qu'en 
engagère pour le terme de huit années (1), surtout qu'à la grande crue des 
eaux ce nouveau cours a lieu. 

« Que ce nouveau cours demanderait quarante mètres de longueur sur douze 
de largeur. 

« ("onsidérant enfin que tous les moyens o ;L été employés pour empêcher 
la ruine imminente du dit grand chemin, mais inutilement ; sur tous ces puis- 
sants motifs et pour l'utilité publique, le conseil municipal demande l'auto- 
risation d'acquérir quarante mètres de longueur sur douze mètres de lar- 
geur, dans un pré appartenant an dit François, situé au territoire de Tintigny, 
cà lieu dit Norulles, et de vendre deux cent quarante mètres de longueur sur 
douze de largeur que formera l'ancien lit de la rivière de Semois,pourle pro- 
duit être employé à l'achat du terrain à acquérir du dit François ; le surplus 
versé dans la caisse du percepteur pour servir aux besoins urgents de la com- 
mune. » 

Le 15 août 1808, le Préfet communique cette délibération à l'ingénieur 
en chef des Ponts et chaussées et l'invite à lui donner son avis sur cet objet 
pour pouvoir y statuer en connaissance de cause. 

Le 5 septembre, l'ingénieur écrit que pour répondre « pertinemment » à 
la demande du Préfet, il est nécessaire qu'il se transporte sur les lieux et 
qu'il en lève le plan, ce qui nécessitera, pour la commune de Tintigny, une 
dépense qu'il estime s'élever à 144 francs. 

Les communes de Tintigny et d'Ansart, intéressées à la conservation du 
chemin dont il s'agit, sont invitées, le 12 septembre, par le sous-préfet de 
Neuf château, à faire le dépôt de la dite somme de 144 francs, entre les mains 
de l'ingénieur en chef, contre récépissé. 

Le maire de Tintigny répond le 22 novembre que les communes d'Ansart 
et de Tintigny ne pourraient jamais faire la dépense des 144 francs demandés, 
parce qu' « il n'y a aucun fonds en caisse, ni espoir d'en avoir. » 

« Que si la somme de 144 francs est absolument de rigueur, on sera forcé 
d'abandonner le projet, et par là obligé de voir un chemin de première néces- 
sité et d'une utilité indispensable anéanti. )> 



(1) Cette propriété est la prairie de yôridles, que la Gomraunauté de Tintigny pos- 
sède de temps Immémorial et qu'au cours des siècles elle aliéna sous condition de la 
faculté de rachat, toutes les fois qu'elle se trouva en embarras financier. 



— 273 — 

Cependant, à la suite de diverses correspondances échangées à ce sujet 
entre le maire et le sous-préfet, il fut convenu que l'on s'en rapporterait à 
un homme de l'art des environs, ce que l'ingénieur lui-même approuva, vu 
l'impossibilité où se trouvait la commune de Tintigny de consigner la somme 
de 144 francs. 

On doit supposer que les travaux auront été effectués selon les intentions 
du conseil municipal, car, le 12 juin 1812, le dit conseil ayant été assemblé 
en séance extraordinaire pour donner son avis au sujet des personnes qui 
seraient chargées de recevoir le chemin d'Ansart à Tintigny, conformément 
à l'acte notarié du 23 novembre 1791, il fut résolu que le conseil municipal 
lui-même se transporterait en corps sur le dit chemin, « pour dresser procès- 
verbal si ce chemiin avait été fait conformément aux clauses, charges et con- 
ditions du dit acte notarié, » 

Avaient signé au procès-verbal : 

H. Dorvo, J.-B. de Prouvy, H. -P. Henry, F. Devillers, H. Iker, J. Hubert, 
J.-J. Mortehan, G. Guillaume et J.-B. Alexandre. 

Dans une séance subséquente, le conseil considérant que les conditions 
exigées par l'acte prérappelé avaient été exactement remplies, pour s'en être 
assuré en se transportant sur les lieux, déclara « que les dits pont et chemin 
étaient reçus, mais qu'aux termes du dit acte notarié, les entrepreneurs res- 
teraient responsables du dit ouvrage pendant un an. » 

17 juin. — Enrôlement volontaire. — Par lettre datée du 17 juin 1808, le 
préfet Lacoste recommande au major du 3^ régiment de hussards, le jeune 
Maximilien Iker, de Tintigny, qui a contracté un enrôlement volontaire dans 
ce régiment. 

Dans sa lettre, le préfet laisse échapper le suggestif aveu que voici : 

(( Mais quel que soit le mérite personnel, on a toujours besoin de protection 
pour obtenir de l'avancement. » 

Le jeune Maximilien Iker, brigadier au 3^ régiment des hussards de l'Em- 
pereur, mourut chez son père, Jean Iker, qu'il était venu saluer en passant 
en détachement, le 4 mai 1809 ; il n'était âgé que de 18 ans 9 mois. 

20 octobre. — Un conscrit soupçonné de mutilation volontaire. — Nicolas 
Iker, d'Ansart, soupçonné de s'être mutilé la première phalange de l'index 
et du médium de la main droite, pour se soustraire au service de l'armée 
active auquel il était appelé, est mis à la disposition de la gendarmerie pour 
être conduit dans une compagnie de pionniers. 

Son père réclame contre cette décision du conseil de recrutement et offre 
de prouver par témoins que cette mutilation est le résultat d'un accident. 



-- 274 — 

1809 

ÉPHÉMÉRIDE MILITAIRE. 

() juilUi. -Bataille de Wagram. 
Vin (le la cinquième coalition. 

ÉPHÉMÉRIDE LOCALE. 

4 mai. Henri-Philippe Heniy, juge de paix du canton d'Etalle, est nom- 
mé conseiller municipal, en remplacement du sieur Rossignon, Philippe, 
décédé. 

12 mai. — Le Conseil municipal — J.-B. de Prouvy, Jean Iker, Jacques 
Iker, Devillers, Lenfant, Alexandre et Hubert — sollicite l'autorisation de 
vendre quatre cordes et demie de bois et vingt-quatre arbres chênes restant 
de la coupe de cette année, pour le produit être employé à l'acquit du loyer de 
la maison du desservant de la paroisse, et le surplus servir à faire une porte 
principale à l'église de Tintigny, laquelle se trouve en mauvais état. 

Avis favorable de l'inspecteur des bois et forêts, Aubin-Wiart. — Auto- 
risation accordée. 

6 juillet. — Information du décès d'un militaire. — Après Wagram. Les 
maires étaient informés, mais souvent après un laps de temps assez long, de 
la mort, sur le champ de bataille ou dans un hôpital, des militaires originaires 
de leurs communes. 

Voici un exemple de la forme dans laquelle se faisait cette notification : 

62e de ligne. 

Classe de 1809. 

Jacob Charles, fils de feu Alexandre et de Jeanne-Marie Moneau, né à 
Tintigny, le 17 mars 1789. 

Départ du département, le 29 octobre 1808. (1) 

Incorporation, le 7 décembre 1808. 

No 6758. — Fusilier de la 3^ compagnie du 2^ bataillon. 

Est mort à l'hôpital de Vienne, le 5 octobre 1809, par suite de blessures. 

Certifié par nous. Membres du Conseil d'Administration. 

Marseille, le 20 mai 1810. 

Signé : Du Commun, capitaine ; Gravelet, capitaine ; Regnault, major. 



(1) n y avait eu levée anticipative. 



— 275 — 

17 décembre. — Certificat d'incorporation. — Les Membres du Conseil 
d'Administration du 28^ régiment d'infanterie légère certifient que J.-B. 
Henry, d'Ansart, conscrit de 1809, a été reçu sous les drapeaux le 2 novembre 
1809, et immatriculé sous le n^ (3718. 

A Mayence, le 17 décembre 1809. 

20 décembre. — Fin du dépôt. — Bastin, Louis, de Tintigny, est placé à la 
tin du dépôt (1), comme ayant un frère mort en activité, à l'hôpital St-Joseph 
à Posen, en Pologne. — Voir à la date du 20 octobre 1807. 



1810 

ÉPHÉMÉRIDES HISTORIQUES, 
l^r avril. — Mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche. 
Juillet. — Réunion de la Hollande à l'Empire français. 

* 

5 janvier. — Dispenses de service aclij. — Jacob, Henri-Alexandre, de Tin- 
tigny, et Camus, Jean-Joseph, d'Ansart, conscrits de 1806, demandent 
à être placés à la fin du dépôt, comme ayant chacun un frère en activité de 
service. Les classes auxquelles appartenaient ces conscrits venaient d'être 
rappelées sous les drapeaux. 

27 février. — Rachat du presbytère. — La maison presbytérale, avec ses 
dépendances, ainsi que tous les biens appartenant à la fabrique de l'église, 
avaient été adjugés au citoyen Collard, sous-préfet de Neufchâteau, le 
6 frimaire an IX (16 décembre 1800), pour le prix et somme de trois mille 
deux cents francs. 

Or, l'art. 92 du décret impérial du 30 décembre 1809 stipulait que la 
commune était tenue de fournir au curé un presbytère ^ ou à défaut de pres- 
bytère, un logement, ou à défaut de logement, une indemnité pécuniaire 
équivalente. 

En présence de cette alternative inéluctable, la municipalité ne crut 
pouvoir mieux agir qu'en rachetant à son nouveau propriétaire la maison 
curiale qui, par sa situation et sa disposition se prêtait mieux que toute autre 
à une telle destination. 

A cette fin, l'administration communale entra en pourparlers avec le 
sous-préfet Collard, qui consentit à lui rétrocéder son acquisition moyennant 
la somme de 4,455 francs, payable par moitiés, l'une en 1811 et l'autre en 
1812. 



(l) Portion de corps de troupes destiné à demeurer dans une ffarnison quand le reste 
se mobilise. 



18 



— 276 — 

Le. marché ayant été conclu à ces conditions, le desservant, Jacques 
Lhonu'l, rouira en possession du vieux presbytère, ({ui resta depuis lors aiïecté 
à l'usage que lui avaient assigné ses premiers fondateurs, les jésuites de 
Luxembourg, dont le monogramme se voyait encore il y a quelque trente 
ans au-dessus de la porte principale. 

Pour se libérer, la commune se vit dans la nécessité d'imposer à tous les 
chefs de ménage, pendant les deux années susdites, une contribution extraor- 
dinaire qui suscita quelques protestations, mais que la généralité accepta 
comme le mode le plus équitable de satisfaire aux obligations de la commu- 
nauté. 

Aiilres difficultés financières. — La commune, en ce moment, n'était guère 
en fonds, épuisée par les contributions et les réquisitions de toutes sortes des 
années antérieures. 

Déjà, en 1808, elle se trouvait dans l'impossibilité de consigner une somme 
de 144 francs, estimée nécessaire par l'ingénieur en chef des ponts et chaus- 
sées, pour le tracé des plans de redressement du cours de la Semois et de 
réfection du chemin d'Ansart à Tintigny. 

A la même date du 27 février, qui venait de marquer le rachat du presby- 
tère, le receveur de l'enregistrement à Etalle prévenait le maire de Tintigny 
que l'inspecteur de son bureau s'était concerté avec l'inspecteur des eaux et 
forêts à l'effet d'assurer le recouvrement du montant du traitement avancé 
par le Gouvernement aux gardes des bois de la commune pendant les années 

XII, XIII, XIV et 1806. En conséquence, il avait été arrêté qu'aucune coupe 
n'aurait lieu cette année au profit de la commune débitrice, à moins que 
celle-ci ne se fût auparavant libérée. 

En séance extraordinaire du 2 avril, le conseil municipal convoqué à ce 
sujet déclara unanimement qu'il était préférable de prélever sur la commune 
une cotisation pour faire face à cette charge, plutôt que de distraire une por- 
tion de la coupe, puisque jusqu'à ce jour ce mode avait été suivi avec avan- 
tage en d'autres cas urgents. 

L'arriéré dû par la commune était cependant relativement assez minime. 
Voici comment le receveur de l'enregistrement en avait établi le relevé : 

« Etat du traitement des gardes forestiers et des frais d'arpentage dus par 
les communes de Tintigny, Han, Poncelle et Ansart, pour l'exercice de 1810, 
et montant de l'arriéré dû par la commune d'Ansart pour les années XII, 

XIII, XIV et 1806, dont le domaine a fait l'avance : 

Tintigny, Han, Poncelle et Ansart 250 » 

Ansart seul 36 » 

Frais d'arpentage dans lesquels Ansart ne paye rien cette année . . 33 75 

Total 401 75 



— 277 — 

25 mars. — Décret impérial d'amnistie. — A l'occasion de son mariage avec 
l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, célébré le l^i" avril, l'empereur 
Napoléon avait fait publier, dès le 25 mars, un décret d'amnistie générale 
en faveur de tous les militaires insoumis, déserteurs ou réfractaires à cette 
date. 

Afin de mettre un terme aux poursuites et aux rigueurs dont ils étaient 
l'objet et soustraire leurs familles ou leurs communes aux mesures sévères 
déjà prises à leur égard, le plus grand nombre des défaillants firent leur sou- 
mission, quittèrent leurs refuges et se représentèrent aux autorités dont ils 
relevaient. 

Les bienfaits de la clémence impériale s'étendirent à Tintigny : 

Lambinet .Joseph, fils de Jean et de Thérèse Nicolas, né le 16 février 1790, 
à Breuvanne, déserteur du premier régiment des cuirassiers, 2^ compagnie, 
6*^ escadro]!, à la suite du décret, réclame son pardon et promet de rejoindre 
son corps et d'y servir avec fidélité S. M. l'Empereur et Roi, sachant qu'une 
nouvelle désertion l'exposerait à la peine du boulet. ^lalgré cela, son père, 
Jean Lambinet, a chez-lui Vexécution militaire. Le maire de Tintigny signale 
le cas au chef du bureau militaire, et dès le lendemain, le préfet donne l'ordre 
de lever la garnison du domicile de Lambinet. 

Urbain François, fils de Hubert et d'Anne-Joseph Pireau, né à Breuvanne 
le 16 octobre 1790, déserteur du 4*^ bataillon de sapeurs, est amnistié en vertu 
du même décret impérial, et dirigé sur son dépôt, à Metz. Fait la même décla- 
ration que le précédent. 

30 mars. Mort alarmée. — Jean-Baptiste Thiry, fusilier au 108^ régiment 
de ligne, 4^ bataillon, V^ compagnie, meurt à Malines, le 30 mars 1910. 

19 mai. Certificat d'existence. — Camus, Henri-Joseph, classe de 1809, né 
le 27 février 1789, à Ansart, fils de Jean-Baptiste et de Elisabeth Delime. 

Incorporé le 29 novembre 1809 au 6^ régiment léger ; y sert en qualité de 
chasseur dans la V'^ compagnie du 5^ bataillon, où il était présent le l^r 
février 1810, jour de son départ pour rejoindre les bataillons de guerre en 
Espagne. 

Déclaration datée de Phalsbourg, le 19 mai 1810. 

lei" septembre. — Scrutin pour le collège électoral de département, pour le 
collège électoral cV arrondisse ment et pour les candidats à la justice de paix et 
à la suppléance de cette justice. — A la date du l^r septembre eut lieu dans 
toutes les communes un scrutin pour la désignation des membres du collège 
départemental, du collège d'arrondissement et des candidats à la justice 
de paix et à la suppléance de cette justice. 

Je reproduirai in-extenso le procès-verbal de ce scrutin à cause de l'intérêt 
qu'il présente tant au point de vue des opérations qu'il nécessitait qu'àcelui 
des indications qu'il fournit au sujet des notabilités du canton d'Etalle à 
cette époque. On y remarquera aussi l'analogie frappante qui existait entre 



— 278 — 

plusiours clos oporaLioiis de ce scrutin cL diverses dispusilioiis de notre législa- 
tion électorale actuelle. 

Procès-verbal d'élection. 
« L'an mil huit cent tiix, le premier septembre, 

Nous soussigné Henri-Philippe Henry, juge de paix du canton d'Etalle, 
premier arrondissement du département des Forêts, nommé président de 
l'assemblée cantonale de Tintigny, au dit canton, à cause de l'absence du 
maire Hubert, nous nous sommes rendus au lever du soleil dans la maison 
d'école ilu dit Tintigny, lieu désigné pour la tenue des assemblées, où après 
être restés fort longtemps, et personne ne s'y étant rendu, nous avons ajourné 
les opérations à demain deux, à huit heures du matin. Nous nous y som- 
mes rendus derechef et nous y avons trouvé les sieurs J.-B. de Prouvy, 
propriétaire au Ménil, et Jean Iker, greffier de la justice de paix, l'un et 
l'autre faisant partie de la liste des dix plus imposés de la section de Tintigny, 
et comme il ne s'est présenté personne de ceux qui composent la liste des 
plus âgés de la même section, nous avons dû composer le bureau des deux 
premiers, après quoi nous avons, avec les deux sus nommés choisis pour 
scrutateurs, procédé à la nomination du secrétaire, et les voix s'étant réu- 
nies sur Jean-Joseph Mortehan, huissier du tribunal de première instance, 
demeurant à Breuvanne, après ce, nous président, avons proclamé le bureau 
définitif, et ayant fait annoncer au son de la caisse que les ayant droit de 
vote pouvaient se présenter pour faire leurs bulletins, et nous étant en 
tout conformés au règlement du 17 janvier 1806, et aux instructions du 
ministre de l'intérieur, notamment sur le serment exigé tant des membres 
du bureau que des votants, ceux-ci ont déposé leurs bulletins de la manière 
exigée par la loi, dans les boëtes destinées à les recevoir. 11 a été procédé à 
l'ouverture du premier scrutin jusques à six heures après-midi, heure à 
laquelle nous avons ordonné qu'il fût clos et dépouillé. 

En procédant au dépouillement nous avons d'abord vérifié que le nombre 
des bulletins était égal à celui des personnes cjui avaient donné leur suffrage, 
et inscrit sur la liste que nous avons tenue à cet effet, et il est résulté de ce 
dépouillement savoir : 

4 

Pour le collège électoral de département. 

fo Que M. Robert- Joseph de Laittres, propriétaire à Rossignol, au dit 
canton d'Etalle, a obtenu vingt-quatre suffrages. 

2° Que M. d'Anethan, père, maître de forges à la Trapperie, au même 
canton, en a obtenu neuf. 

3° Que M. Jean-Martin Tchofïen, président de ce canton, domicilié à 
Fouches, en a obtenu six. 

40 Que M. Demarteau, rentier à Habay-la-Vieille, en a obtenu huit. 

5° Que M. Henri-Philippe Henry, juge de paix du canton d'Etalle, en a 
obtenu un. 



— 279 — 
Collège électoral (V arrondissement. 

1° Que M. J.-B. Alexandre, notaire à Tintigny, au dit canton, en a obtenu 
treize. 

2° Que M. Jean Iker, greffier de la justice de paix, au même Tintigny, 
en a obtenu treize. 

3° Que Al. J.-B. Welter, propriétaire à Habay-la-Neuve, en a obtenu 
vingt et un. 

40 Que M. Gaspar- Joseph Verniol, médecin à Etalle, en a obtenu sept. 

50 Que M. de Laittres, rentier à Rossignol, en a obtenu dix. 

6Q Que M. J.-B. de Gerlache, maître de forges à Biourge, canton de Neuf- 
château, en a obtenu neuf. 

70 Que M. Demarteau, rentier à Habay-la-vieille, en a obtenu cinq. 

80 Que M. Mortehan, huissier à Breuvanne, au dit canton, en a obtenu six. 

90 Que M. J. B. de Prouvy, rentier, demeurant au Ménil, en a obtenu sept. 

10° Que M. Henri Maîtrejean, rentier à Bellefontaine, au dit canton, en a 
obtenu deux. 

llo Que M. Henri-Phihppe Henry, juge de paix du canton d'Etalle, 
demeurant à Tintigny, en a obtenu trois. 

Candidats à la justice de paix. 

1° Que M. Demarteau, rentier à Habay-la- Vieille, en a obtenu vingt-trois. 

2° Que M. Jean-Martin Tchoffen, président de ce canton, demeurant à 
Fouches, en a obtenu quatorze. 

3^ Que M. J.-B. Welter, rentier, demeurant à Habay-la-Neuve, en a 
obtenu dix. 

40 Que M. J.-B. Alexandre, notaire à Tintigny, en a obtenu un. 
Suppléants de la justice de paix. 

1° Que M. Pierre-François Marchai, propriétaire, demeurant à Etalle, 
en a obtenu vingt-quatre. 

2° Que M. Jean Bian, propriétaire, au même lieu, en a obtenu dix-sept. 

30 Que M. J.-B. Alexandre, notaire à Tintigny, en a obtenu quinze. 

40 Que M. Jean-Martin Tchoffen, président de ce canton, demeurant à 
Fouches, en a obtenu un. 

50 Que M. Gaspar- Joseph Verniol, médecin du dit Etalle, en a obtenu trois. 

60 Que M. J.-B. de Prouvy, propriétaire au Ménil, en a obtenu douze. 



— 280 — 

l'^ Que M. J.-B. Welter, propriétaire à Habay-la-Neuvc, en a obtenu 
vingt et un.. 

8» Que M. Demarteau, résidant à Habay-la- Vieille, en a obtenu un. 

9^' Que M. Jean Iker, grefïier, demeurant au dit Tintigny, en a obtenu 
deux. 

Ainsi clos et rédigé par nous, président et scrutateurs sus nommés, assistés 
du secrétaire, à Tintigny, le deux septembre mil huit cent dix, à six heures 
après-midi. » 

H.-P. Henry. J.-B. de Prouvy. J. Iker. 

J.-J MORTEHAN. 

2e Scrutin. 
« L'an mil huit cent dix, le cinq septembre, 

En conséquence du dépouillement des scrutins des différentes assemblées 
cantonales, qui s'est fait par devant M. Tchofïen, président du canton d'Etalle, 
premier arrondissment du département des Forêts, et en son domicile, le 
quatre du courant et duquel dépouillement et recensement général, il est 
résulté qu'il reste encore à élire. 

Savoir : 

Un membre pour le collège électoral de département. 

Trois pour le collège électoral d'arrondissement. 

Un candidat aux fonctions de juge de paix, et finalement quatre pour les 
fonctions de suppléant de juge de paix. 

« Nous, Henri-Philippe Henry, président de l'assemblée sectionnaire de 
Tintigny, canton, arrondissement et département que dessus, avons fait 
annoncer de la manière ordinaire et à soleil levant, qu'il allait être procédé 
sur le champ à un second scrutin pour l'élection des personnes ci-dessus. 

« Et nous étant rendu à soleil levant dans la maison d'école, y avons 
trouvé nos scrutateurs précédents, les sieurs de Prouvy, propriétaire au 
Ménil, Jean Iker, greffier de la justice de paix, ainsi que le secrétaire ]Mor- 
tehan, avec lesquels nous avons formé le bureau et reçu les bulletins des vo- 
tants de la manière exigée par la loi et les instructions de Son Excellence 
le Ministre de l'Intérieur. 

« Ayant tenu le scrutin ouvert depuis le soleil levant jusqu'au soleil 
couchant, et n'ayant point reçu la moitié ni les trois quarts des suffrages des 
ayants droit de voter, avons ajourné la continuation des scrutins à demain 
six. 

« Et le six, à soleil levant, nous étant encore réuni à nos scrutateurs et 
secrétaire dénommés ci-devant, et transporté en la dite maison d'école, y 
sommes restés jusqu'à six heures de l'après-midi et comme les trente heures 



— 281 — 

accordées par la loi pour donner les votes étant écoulées, nous avons ordonné 
le dépouillement des scrutins. 

« En y procédant, nous avons d'abord reconnu que le nombre des bulletins 
était égal à celui des personnes qui avaient voté, et de ce dépouillement il est 
résulté : 

1» Pour le collège électoral de département. 

Que Cordier Jean, le jeune, laboureur, à Breuvanne, en a obtenu huit. 

2° Pour le Collège électoral d'arrondissement. 

Que Momback, Jean-Louis, maire de Habay-la-Neuve, en a obtenu huit . 

Poncelet, Jean-Louis, propriétaire au dit Etalle, en a obtenu huit. 

Leclère, Jean-Pierre, marchand au dit Habay-la-Neuve, en a obtenu huit. 

4° Pour la nomination du candidat aux fonctions de juge de paix, 

Que M. Alexandre, Jean-Baptiste, notaire à Tintigny, en a obtenu sept. 

50 Pour la nomination des candidats aux fonctions de suppléant de juge 
de paix, 

Que le sieur Tschofîen, président de l'assemblée de ce canton d'Etalle, 
résidant à Fouches, en a obtenu huit. 

Demarteau, rentier, résidant à Habay-la-Vieille, en a obtenu huit ; 

Gilson, maire actuel de Habay-la-Vieille, en a obtenu huit. 

Maréchal, Pierre-François, propriétaire au dit Etalle, en a obtenu huil. 

« De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, et icelui signé 
le dit jour six septembre à six heures de l'après-midi. » 

H.-P. Henry. J.-B. de Prouvy. L. Iker. 

J.-J. MORTEHAN. 

15 octobre. — Le littéraleur Hyacinthe-Madelaine Dorvo à Tintigny. — De 
date immémoriale, il est de coutume, à Tintigny, que des jeunes gens, surtout 
des jeunes filles, quittent le village pour aller se mettre en service à Paris. 
Une demoiselle Bastin, dont la famille habitait l'ancienne maison Vivinus, 
proche le ruisseau du Guénèvin,y était vers le commencement du siècle; elle 
y connut le littérateur Dorvo et devint son épouse. 

Cet écrivain très apprécié était né à Rennes, en Bretagne, le 10 novem- 
bre 1768. 

11 est l'auteur d'une vingtaine de pièces de théâtre estimées,les unes en vers, 
les autres en prose, et dont les deux principales, la mort de Duguesclin, eu 
3 actes, et V Envieux, en 5 actes et en vers, furent jouées à la Comédie fran- 
çaise. 11 écrivit en outre plusieurs romans de réelle valeur, des épîtres et enfin 



— 282 — 

im poème sur la rovoluliou française de 1830, dédié à Louis-Philippe, et 
imprimé à Paris en 1831. 

On trouvera la liste de ces diverses œuvres dans le Dictionnaire des hommes 
de lettres et des artistes de la Belgique, par Vandermaelen, p. 59. 

La femme de Uorvo décida bientôt son mari à venir habiter Tintigny, 
son village natal. Les époux y furent précédés de la recommandation sui- 
vante, qu'un haut personnage de la capitale, dont je n'ai pu déchiffrer la 
signature, adressait au préfet du département : 

« Paris, le 15 octobre 1810. 
« Monsieur le Baron, 

« M. Dorvo étant dans l'intention d'aller s'établir à Tintigny, près de Neuf- 
château des Moulins à vent (!!), je vous prie de lui être utile autant qu'il 
dépendra de vous, toutes les fois qu'il réclamera vos bons offices, afin de lui 
éviter les difficultés qui pourraient se présenter contre cet établissement. 

« Ce projet réalisé ne peut qu'être avantageux pour le pays, et sous ce rap- 
port, il doit mériter protection. 

« Je vous serai très reconnaissant, Monsieur le Baron, des bontés que vous 
voudrez bien avoir pour M. Dorvo. Il mérite qu'on lui porte intérêt. 

(' Agréez, Monsieur le Baron, l'assurance de ma considération distinguée. 

Le Comte N... » 

c( A Monsieur le Baron Jourdan, Préfet du département des Forêts, à 
Luxembourg. » 

Arrivé peu après à Tintigny, le ménage Dorvo occupa d'abord la maison 
habitée dans la suite par feu le docteur Poncelet, puis par l'auteur de cette 
notice ; il fit Construire la belle habitation dénommée autrefois' au Balcon, 
et où demeurèrent après lui les demoiselles de Grand voir, puis M. le notaire 
Lefèvre-Allard, et enfin M. Léop. Robert-Gigot, qui l'occupe actuellement. 

Sans doute qu'il survint avec le temps, à Dorvo, certains revers de fortune, 
car il dut dans la suite abandonner cette maison, pour aller en occuper 
successivement deux autres, la première possédée après lui par Victor Orban, 
et la seconde par Henri Halbardier, dit Croûque, celle-ci vis-à-vis et à 
deux pas de celle qu'il avait fait édifier à grands frais. 

C'est dans cette dernière qu'il mourut subitement, alors qu'il était occupé 
à balayer lui-même sa cuisine. 

24 octobre. — Capitaine retraité. — Pendant une période de vingt années, 
Tintigny fournit à la République et à l'Empire de nombreux soldats, parmi 
lesquels il s'en trouva un au moins qui sortit du rang et parvint au grade de 
commandant d'une compagnie. 

Le sieur Renson, capitaine d'artillerie de marine, de la commune de Tinti- 
gny (sans doute de Poncelle), y retiré, demande, à la date du 24 octobre, que 



— 283 — 

sa pension, s'élevant à la somme annuelle de 1129 francs, lui soit payée à sa 
résidence/ Il obtient satisfaction. 



1811 

ÉPHÉMÉRIDE MILITAIRE. 
Mars. — Masséna est contraint d'évacuer le Portugal. 

Fonctionnaires communaux. 

Jos. Hubert, maire. 

Jean Ricaille, adjoint-maire, résidant à Han. 

Jacques Lhomel, prêtre desservant la succursale de la mairie. 

Henri-Jos. Conrotte, instituteur primaire de la mairie, secrétaire com- 
munal. 

Antoine Lambotte, garde-champêtre, résidant à Tintigny. 

* 

* * 

En vertu de la constitution consulaire de l'an VIII, la nomination et la ré- 
vocation des maires, adjoints et conseillers municipaux appartenait au 
préfet. 

Lorsque la démission d'un titulaire était portée à la connaissance de ce 
fonctionnaire, il prescrivait aussitôt une enquête en vue de s'assurer des motifs 
réels de cette démission et d'en provoquer le retrait, si les raisons invoquées 
ne lui paraissaient pas suffisamment plausibles. 

En cas d'agréation des motifs allégués par l'intéressé, le maire était invité 
à proposer un candidat apte à remplir la fonction vacante. 

On va voir se dérouler cette procédure, dans le cas d'un conseiller municipal 
démissionnaire. 

20 février-l7 mai. — Le 20 février, le sieur Henri François, cultivateur à 
Tintigny, expose au sous-préfet qu'il est, depuis plus de quatre ans, conseiller 
municipal de cette commune, mais qu'ayant besoin de vaquer entièrement à 
ses aiïaires particulières, il le supplie d'agréer sa démission des dites fonctions 
qu'il déclare ne pouvoir plus remplir à dater de ce jour. 

Cette requête est renvoyée, le 25 février, au maire de Tintigny, invité à 
donner ses « observations et avis » et présenter, s'il y a lieu, un candidat en 
remplacement du démissionnaire. 

Le 4 mars, le maire Hubert écrit au sous-préfet qu'il lui paraît que l'on 
peut accepter la démission du pétitionnaire, « d'autant que son réel mobile 
est la persuasion intime qu'il a de son défaut de capacité à remplir une 



— 284 — 

fonclion de celle imporlanee^). En conséquence, il propose, pour le remplacer, 
M. Hyacinthe Dorvo, « homme de lettres, connu par plusieurs ouvrages de 
mérite, càgé de quarante-deux ans, résidant à Tintigny ». 

Le sous-préfet ajoute à cette lettre, en apostille, le 14 mars, qu'il y a lieu 
de pourvoir au remplacement du sieur Henri François, et que le candidat 
proposé est propre à fixer le choix du Préfet. 

Le 11 avril, ce dernier retourne le dossier au sous-préfet de Neufchâteau, 
à l'effet d'engager le sieur Henri François à faire connaître les motifs réels de 
sa démission, qui paraissent provenir de quelque mésintelligence entre le 
maire et lui. 

Invité à fournir les explications réclamées, l'intéressé écrit, le 22 avril, au 
préfet « qu'ayant eu le malheur de perdre depuis peu sa femme et deux filles 
majeures, les seuls enfants issus de >on mariage et qui partageaient avec lui 
les soins du ménage et les travaux de l'agricaiture, il est obligé de porter seul 
le fardeau de ses affaires personnelles ». Il ajoute que « trop d'occupations et 
les inquiétudes d'esprit que lui ont causé ses malheurs lui sont les motifs 
bien légitimes de se retirer de toutes fonctions publiques, dans un âge dont 
le poid; se fait de plus en plus sentir ». 

Le Préfet, se rendant à ces raisons et en reconnaissant la légitimité, prend 
alors l'arrêté suivant : 

Le Préfet du département des Forêts ; 

« En vertu de l'art. 20 de la loi du 28 pluviôse an VIII, 

Nomme le sieur Dorvo Hyacinthe, 
homme de lettres, 
aux fonctions de conseiller municipal de Tintigny, eu remplacement du 
sieur Henri François, démissionnaire. 

« Le sous-préfet de Neufchâteau est chargé de l'exécution du présent et 
de nous en rendre compte. 

(( Fait à Luxembourg, le 17 mai 181L » 

JOURDAN. 

Prestation de serment : 

« .Je jure obéissance aux constitutions de l'empire et fidélité à l'Empereur. » 

28 mai. — Désertions. Garnisaires. — Le capitaine de la gendarmerie 
impériale à Luxembourg informe le préfet, baron Jourdan, que le nommé 
Tinturier, Henri- Joseph, d'Ansart, est déserteur du, fer régiment des cara- 
biniers, et ne se trouve pas sur la Ii?te pour recevoir des garnisaires. Il le 
prie en conséquence, de vouloir bien donner des ordres pour que des garni- 
saires soient placés chez les parents du fuyard. 

28 noûl. — Aubrion, Jean-Nicolas, de Tintigny, soldat au 21 ^ régiment 
d'infanterie légère, déserte le 28 août 1811.11 est condamné le 18 septembre 
de la même année à sept ans de travaux publics et à V amende de 1500 francs. 



— 285 — 

Rentré à son corps le 17 avril 1812, il est acquitté par jugement du même jour. 

Information datée de Wesel (au confluent de la Lippe et du Rhin), le 
12 octobre 1812. 

L'étoile du maître pâlissait, les rigueurs des lois se relâchaient et l'on était 
d'autant plus porté à la clémence que l'on avait, plus que jamais, besoin de 
tous les soldats. Ces actes d'indulgence facile avaient implicitement pour but 
d'inciter tous les déserteurs et réfractaires à faire leur soumission. 

26 octobre. — Réparation de la maison d'école. — En séance de ce jour, le 
conseil municipal décide la vente d'un certain nombre de chênes et de cordes 
de bois marqués dans la coupe de l'année, pour le produit être employé à la 
réparation de la maison d'école, qui était en très mauvais état. Ces réparations 
devaient comprendre la couverture du bâtiment en ardoises, le placement 
d'une porte en planches au levant, la réfection des planchers et le récrépis- 
sage des murs extérieurs. 

Ont signé au procès-verbal : H. -P. Henry, J.Iker, G. Guillaume, J.-J. Mor- 
tehan, Jacques Iker, J.-B. Alexandre et J. Ricaille, adjoint. 

Henri- Jos. Conrotte, secrétaire. 

28 décembre. — Nouvelle démission. — J.-B. de Prouvy, autrefois seigneur 
en partie du Ménil et y résidant, était depuis plusieurs années membre du 
conseil municipal de Tintigny. Devenu infirme et vieux, il songea à résigner 
ses fonctions et à faire correspondre cette renonciation avec la fin de l'année. 

En conséquence, il fit part au maire de sa résolution, le 28 décembre, dans 
les termes suivants : 

« Je viens m'adresser à vous, Monsieur, pour vous prier de vouloir bien 
représenter de ma part à M. le Préfet qu'étant âgé de soixante-sept ans, 
infirme, ne marchant, ne voyant, n'entendant qu'avec beaucoup de difficulté ; 
qu'étant d'ailleurs éloigné du chef-lieu où se tiennent les séances ordinaires 
du conseil municipal de trois quarts de lieue, je ne puis plus y assister. Je 
prie donc humblement M. le Préfet de m'accorder ma démission. » 

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur, 

Votre très humble serviteur. 
J.-B. de Prouvy. » 

Le maire ayant insisté auprès de M. de Prouvy pour qu'il conserve ses 
fonctions, celui-ci lui écrit de nouveau, près d'un an plus tard, le 25 novembre 
1812 : 

« Monsieur, 

« En réponse à la lettre gracieuse et honnête que vous avez bien voulu 
m'écrire, j'ai l'honneur de vous dire que je persiste dans ma demande ; les 
mêmes raisons existant que lorsque je l'ai faite, et, de plus, une atteinte de 



— 280 — 

paralysie me met, comme vous savez, Monsieur, hors d'état d'aller à Tinti- 
giiy, lieu ordinaire des séances. 

(( J'ai riiouneur d'être, avec considération, Monsieur, 

« Votre très humble serviteur. 
« J.-B. de Prouvy. » 

La résolution du démissionnaire paraissant irrévocable, et son état d'infir- 
mité ne lui permettant réellement plus d'assister aux séances du conseil, 
le préfet lui nomma un remplaçant, mais seulement l'année suivante, le 
désarroi commençant alors à envahir toutes les administrations : 

« Le Préfet du département des Forêts, 

« En vertu de l'art. 20 de la loi du 28 pluviôse an VIII, 

« Nomme le sieur Guiot. Jean-Henri, propriétaire à Breuvanne, aux fonctions 
de conseiller municipal de la commune de Tintigny, en remplacement du 
sieur de Prouvy, J.-B., démissionnaire. 

« Fait à Luxembourg, le 30 avril 1813. 

JOURDAN. » 



1812 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Sixième coalition contre la France : Russie, Suéde, Angleterre, Espagne. 

Une armée de 4,50,000 hommes, la grande Armée, est dirigée contre la 
Russie. 

Le 14 septembre, 100,000 hommes seulement font leur entrée à Moscou. 

13 octobre. — La retraite commence. 

26, 27 et 28 novembre. — Passage désastreux de la Bérézina. 

La moitié de l'armée y périt. 

* 
* * 

18 janvier. — J.-B. Henry, d'Ansart, classe de 1809, 4^ corps, bataillon 
auxiliaire formé à Versailles, est fait prisonnier de guerre par les Anglais, 
le 18 janvier, à Rodrigo (Espagne). 

5 mars. — Garde nationale. — Le préfet du département des forêts, baron 
de l'Empire et membre de la Légion d'honneur, informe le sieur Renaud, 
Jean- Joseph, fds de Jean et d'Anne-Marie Gardien, domicilié à Ansart, 
porté sur la liste conscriptionnelle de 1811, dan., le canton d'Etalle, sous le 
n<^ 90, servant de base à la formation du premier ban de la garde nationale, 
que S. M. l'Empereur et Roi vient d'ordonner la mise en activité de 



— 287 — 

quatre-vingts coliortes de gardes nationaux ; il lui ordonne en conséquence de 
se rendre avec ses bagages devant le capitaine de recrutement à l'hôtel 
de la mairie, à Luxembourg, le 5 mars, à 10 heures du matin, pour être 
dirigé sur Metz. 

Dom Arsène (1), curé de Tinligny. — Henri Freimuth, en religion dom 
Arsène, né à Hondelange, près d'Arlon, le 7 janvier 1757, fut le dernier profès 
d'Orval et le dernier survivant des religieux du célèbre monastère. Après la 
dispersion des moines, il vécut pendant quelque temps à Villers-devant- 
Orval, puis devint curé de St- Vincent en 1808. Transféré en 1812 à la cure de 
Tintigny, il remplit les fonctions sacerdotales dans cette paroisse pendant un 
quart de siècle. 

Il y mourut le 21 avril 1837, âgé de 80 ans. 

Sa pierre tombale, fixée au mur, à côté de l'entrée de la sacristie, porte 
l'inscription suivante, composée par lui-même, et à laquelle il ne restait à 
ajouter que la date du décès : 

1). O. M. 
Viator, paulisper adsta et vide : 
Heri mihi et tibi hodie. 
Hic jacet 
Arsenius Fremuth, 
Monachus et pastor. 
Miser et miserabilis, 
Misericordiam Dei expectans, • 

Cui tu, o dilecte, 
Misero preces pende 
Natus 7 januarii 1757, 
Obiit 24 aprihs 1837. 



1813 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 

Napoléon continue sa retraite vers la France. 

Succès de Lutzen, 29 avril, et de Bautzen, 20 et 21 mai. 

Défaite de Leipzig, 16, 18 et 19 octobre. 

Fin octobre. — Les Français repassent le Rhin. 



(1) Son portrait, qui se trouve au musée archéologique d'Arlon, provient de la 
galerie de peintures de rab])aye d'Orval. — Don de M. le curé Loes, de Hondelange. 
Comm. luxemb., t. I, p. 723. 



— 288 — 



* 
* * 



23 janvier. — Levée de chevaux. — Héquisilion . — liijuiictiou au sieur 
Jacques Iker, propriétaire d'un cheval hongre et d'une jument non pleine, 
dont signalement, de faire conduire les dits chevaux cà Neufchâteau, où ils 
devront être représentés à M. le sous-Préfet, le 23 janvier 1813, à huit heures 
précises du malin, à l'elTet d'être dirigés en convoi sur le chef-lieu du départe- 
ment, pour concourir comme chevaux destinés cà la formation du contingent 
assigné à cet arrondissement dans la levée de 180 chevaux ordonnée par 
décret impérial du 4 janvier 1813. 

1*^'' février. — Enrôlements volontaires. — La situation de l'empire devenait 
critique, et l'on faisait en ce moment appel aux jeunes gens de bonne volonté, 
en les engageant, par la perspective d'un glorieux avenir, à embrasser la 
carrière des armes. Beaucoup répondirent à cet apel, et de tous les points 
de la France des volontaires accoururent se ranger sous les aigles menacées, 
pour défendre la patrie en danger. 

Le pi" février, Defourneau, Pierre- Joseph, né à Tintigny le 28 novembre 
1791, sollicitait, dans ces conditions, son enrôlement pour servir dans le 
corps des chasseurs à cheval. 

17) avril. — Certificats de présence à l'armée. — Beaucoup de personnes, à 
Tintigny, se souviennent encore de Henri-Joseph Fosty, soldat de Napoléon 
et médaillé de Ste-Hélène. 

Il avait gardé une allure martiale, portait la moustache et l'impériale à 
l'instar des vieux grognards de l'empereur ; sa blouse, d'une coupe particu- 
lière, avait des épaulières et était complètement ouverte sur le devant ; sa 
casquette affectait la forme d'un képi ; bref, il avait conservé le cachet d'un 
vrai soldat, d'un vieux brave des grandes armées, avec lesquelles il avait 
pérégriné par toute l'Europe. , 

Au commencement de cette année néfaste pour les armée de la France, le 
certificat suivant de sa présence sous les drapeaux, parvint au maire de la 
commune : 

6e corps d'armée. 

Infanterie légère, l^e compagnie, 3^ bataillon. 

Fosty, Henri- Joseph, de Tintigny. 

Classe de 1811. 

Fils de Jean- Joseph et de Marie-Joseph Guick. 

Incorporé le 18 avril 1811. 

« Le dénommé ci-dessus était présent à l'époque du 15 avril 1813, en qualité 
de caporal à la f^ compagnie du l^i" bataillon, d'après les dernières mutations 
reçues, et il sert en qualité de conscrit de la classe de 1811 du département 
des Forêts. » 



— 289 — 

L'année d'auparavant, la pièce ci-après avait déjà été transmise aux auto- 
rités municipales de Tintigny. 

6e régiment d'infanterie légère. 

Certificat de présence au corps. 

« Nous membres composant le conseil éventuel du 3^ bataillon du 6^ régi- 
ment d'infanterie légère, faisant partie du 2^ régiment de marche, armée de 
réserve du Portugal, certifions que le nommé Fosty, Henri-Joseph, caporal 

à la V^ compagnie du susdit bataillon et régiment arrivé au corps le 

18 avril 1811, conscrit de 181 1 du département des Forêts, compris sur la liste 
de désignation du canton d'Etalle sous le n^ 26, est présent à la V^ compa- 
gnie du susdit bataillon et régiment. 

« Fait à Lapuebla (Espagne), le 12 mai 1812. 

« Les Membres composant le Conseil d'administration : 

Lenvoyé, président ; Raulin, capitaine ; J.-B. Vermieux capitaine ; 
MoREAU, capitaine ; Cochonnet, adjudant. 

16 avril. — Nouvelle réquisition de chevaux. — En exécution d'un décret 
impérial du 25 mars, la commune de Tintigny eut à fournir un cheval rem- 
plissant les conditions déterminées, partie à sa charge, partie à la charge de 
l'Etat. 

Le maire ayant constaté qu'il n'existait pas dans la commune de cheval 
réunissant les conditions requises pour satisfaire à la dite réquisition, les 
principaux cultivateurs et propriétaires de chevaux, convoqués le 16 avril, 
en vertu d'un ordre du Préfet,daté du 10 du même mois, traitèrent pour cette 
fourniture, d'un commun accord et à la majorité des voix, avec le sieur 
Jacques Iker, propriétaire à Ansart, lequel s'engagea à livrer, à la décharge 
de la commune, le cheval réquisitionné, moyennant le prix et somme de six 
cent cinquante francs. Il recevrait en acompte la part du gouvernement, si 
toutefois le gouvernement payait le l^i- juin suivant, comme l'indiquait la 
lettre du Préfet, et le restant lui serait remis à la même époque par la com- 
mune. Au cas de non payement par l'Etat à la date fixée, le tout tomberait 
à la charge dt la commune, et le Préfet serait prié d'adopter un mode de répar- 
tition qui lui serait présenté à cette fin. 

Fait et passé à Tintigny, en autant de minutes que d'intéressés, le dit jour 
16 avril 1813. 

Avaient signé : François Richard, Joseph Hubert, Jean-Joseph Pireaux, 
Jean-Nicolas Lejeune, Henri Jacob, pour sa mère, Joseph Jacques, ^Mathieu 
Rion, Henri- Joseph Louppe, Jean Cordier, Jacques Salpetier, Jean-Joseph 
Déome, Pierre-Joseph Georges, Jacques Henry, Jacques Iker et Joseph 
Hubert, maire. 

Cette pièce révèle déjà l'incertitude dans laquelle on se trouvait au sujet 
du payement de la quote-part incombant au gouvernement dans la liquidation 



— 290 — 

(le cette fourniture. Un pessimisme de mauvais augure lumtait les esprits, 
el Ton sentait vaguement que les choses prenaient une tournure défavorable 
et que l'on touchait au déclin, peut-être à la ruine de l'empire. 

La suite de cette aflaire laissera pressentir le désarroi final, la chute pro- 
chaine. 

Le 2 juin, le maire écrit au sous-préfet que le payement de la part contribu- 
tive de l'Etat, fixé au 1^'' juin, n'étant pas effectué, la somme de 650 francs 
londiera à la charge des propriétaires, « sauf à eux de retirer le bon ou le prix 
promis par le Gouvernement » ; le fournisseur réclamant cette somme, le 
maire prie le sous-préfet de solliciter près du préfet l'autorisation de la répar- 
tir au marc le franc ou à tel autre mode qu'il jugera convenir. 

Le maire n'ayant pas encore reçu la susdite autorisation à la date du 9 
juillet, rappelle au sous-préfet sa lettre du 2 juin. Comme il n'y est pas donné 
suite davantage, il écrit de nouveau aux mêmes fins le 31 juillet. Il dit qu'il 
s'est même rendu à la préfecture, mais qu'il n'a pu rencontrer M. le Préfet. 
M. Fery, chef de bureau, lui a dit que les pièces relatives à cette afïaire 
n'étaient pas parvenues à la préfecture. 

Il fallut tout recommencer. 

Le 30 septembre, M. Hubert renouvelle ses instances. « Je suis peiné, dit-il, 
de ne recevoir aucune réponse. Je vous assure que c'est la plus grande disgrâce 
que je puisse éprouver. » 

Le même propriétaire, Jacques Iker, qui avait fourni le cheval pour la 
commune de Bellefontaine, y rencontrait les mêmes difficultés. 

Enfin, le maire de Tintigny, dans une dernière supplique, prie en grâce 
le sous-préfet de rappeler de nouveau cette affaire à la bienveillance de 
'SI. le Préfet, en la lui dépeignant comme une chose de la plus grande urgence. 

Les renseignements s'arrêtent à cette date. On sait ce qu'il advint quel- 
ques mois plus tard. 

La quote-part du gouvernement devait être de 400 francs. 

20 septembre. — Le conscrit de l'an XIV, Jean Magin, d'Ansart, mairie de 
Tintigny, avait déserté en route, en allant rejoindre le corps sur lequel il était 
dirigé. Il fut amnistié pour s'être représenté volontairement. 

Enrégimenté dans la grande armée pour la campagne de Russie, il périt 
dans la retraite de Moscou, comme l'atteste la déclaration suivante : 

11 e corps d'armée. — Cuirassiers. 

Classe de l'an XIV. — Magin, Jean, d'Ansart. 

Fils de Alexandre et de Marguerite Nicolas. 

Sert comme réfractaire. 

Egaré dans la retraite de Moscou. 



— 291 — 

Certifié : les Membres du Conseil d'administration, à Thionville, le 20 
septembre 1813. Signé : Vmoux, Boulangé, Lefèvre, Brugnon. 

27 novembre. — Le 27 novembre 1813, le maire Hubert écrit au préfet qu'il 
n'a rien négligé pour faire rentrer le déserteur Mathieu Iker, mais que ses 
démarches n'ont eu aucun succès. C'est à son père, dit-il, qu'il faut attribuer 
« la persévérance de Iker dans le crime (!), car c'est lui qui le recèle, c'est lui 
seul qui lui donne asile et qui le nourrit ». Il assure le préfet qu'aucun des 
habitants de la mairie qu'il administre ne voudrait se faire le complice de cet 
individu en lui assurant une retraite. « J'ai communiqué votre lettre au père, 
ajoute-t-il, elle n'a produit aucun efTet. C'est conséquemment contre lui que 
les mesures de rigueur que vous me signalez doivent être dirigées, et non contre 
une malheureuse commune qui n'a cessé de montrer un zèle soutenu pour le 
service de la patrie et de son Prince, et qui ne compte que le sieur Iker comme 
déserteur. » 

Le Préfet se rendit aux raisons du maire de Tintigny et envoya aussitôt 
un garnisaire chez Yalentin Iker. 

Cette mesure amena le déserteur à résipiscence ; il fit sa soumission, 
réintégra son corps et fut, selon la coutume, aussitôt amnistié. Ce qui le 
prouve, c'est le certificat ci-après, délivré au garnisaire lors de son départ de 
chez Iker : 

« Nous, maire de Tintigny, premier arrondissement des Forêts soussigné, 
certifions que le sieur Roubo, soldat au 18*^ régiment de ligne, envoyé dans 
cette commune en qualité de garnisaire et placé chez Yalentin Iker, à cause 
de l'un de ses fils, conscrit réfractaire, depuis le 17 novembre courant jusqu'à 
cejourd'hui, s'est comporté en homme d'honneur et de probité, et qu'aucune 
plainte à son égard ne nous est parvenue. 

« En vérification de quoi, je lui ai délivré le présent, pour lui valoir et 
servir en cas de besoin. » 

« Tintigny, le 30 novembre 1813. » 

« J. Hubert. » 

Le même certificat fut délivré au soldat Dorgin, envoyé à Poncelle chez 
J.-B. Résibois, déserteur impénitent, depuis longtemps disparu du pays et 
dont il a été précédemment question. 

Ces pièces montrent à l'évidence que les garnisaires placés chez les parents 
des réfractaires, étaient tenus de s'y conduire en « hommes d'honneur et de 
probité»; c'était une légère atténuation de tout ce que ce système avait d'ini- 
que et de vexatoire. 

30 novembre. — Renouvellement de la seconde moitié des conseils municipaux. 
— Malgré le trouble profond dans lequel les événements venaient de jeter 
les diverses administrations de l'empire, on ne laissa pas de procéder, à la 
date prescrite, c'est-à-dire à la fin de novembre, au renouvellement de la 
seconde moitié des conseils municipaux. 

19 



— 292 — 

(lelle formnlilé donna lieu, pour Tinligny, à la présentation des listes 
suivantes : 

Membres qui dcixticnl irslcr en place : 

Alexandre, J.-B., notaire, 35 ans, 800 francs de revenu, 
Renault!, .Jean-Jos., rentier, 39 ans, 1000 francs de revenu. 
IMortehan, Jean- Jacques, huissier, 40 ans, 800 francs de revenu. 
Guiot, Jean-Henri, propriétaire, 46 ans, 600 francs de revenu. 
Thiry, Joseph, propriétaire, 56 ans, 400 francs de revenu 

Membres à remplacer : 
Iker, Jacques. 

Iker, Jean, grefTier du juge de paix. 
Guillaume, Guillaume. 
Henri, Philippe-Henri, juge de paix. 

Dorvo, Hyacinthe. 

Candidats présentés : 

Iker, Jacques, propriétaire, 52 ans, 1000 francs de revenu (l^r) 

Renauld, Jean-Nic, id. 35 ans, 1500 francs » (2e) 



Piraux, Jean-Jos., id. 53 ans, 800 francs » (3^) 

Courette, Henri- Jos., id. 36 ans, 600 francs n (4^) 

Guillaume, Guillaume, id. 56 ans, 200 francs « (5^) 

Henry, François, l'aîné id. 60 ans, 700 francs » 

Rossignon, George, id. 35 ans, 400 francs » 

Nicolas, Jean id. 46 ans, 400 francs » 

Salpetier, Jacques id. 56 ans, 400 francs » 

Casaquy, François-Hub., instituteur, 40 ans, aucun revenu. 

Réunissent les capacités, l'attachement au gouvernement et offrent une 
garantie suffisante. 

Fait et proposé par le maire soussigné. 

A Tintigny, le 30 novembre 1813. 

J. Hubert. 

Avis du sous-préfet : 

Le sous-préfet est d'avis que les cinq premiers candidats sont propres 
à fixer le choix. 

Neuf château, le 29 décembre 1813. 

H. D'houdetot. 



— 293 — 

1814 

ÉPHÉMÉRIDES MILITAIRES. 
31 mars. — Paris ouvre ses portes aux alliés, 
ler avril. — Déchéance de Napoléon. 
3 mai. — L'Empereur arrive à l'île d'Elbe. 

* 

* * 

8 septembre. — Réfraetairc amnistié. — ]\laurice, Picrre-Jos., de la commune 
deTintigny, réfractaire de 1814, se représente volontairement le8 septembre. 
Le Préfet donne ordre au commamlant des garnisaires de l'arrondissement 
de Neufchâteau de faire retirer sur le champ les garnisaires placés à son 
domicile, et au sous-préfet, celui de cesser toutes poursuites au sujet de 
l'amende, et de suivre la même marche pour tous lesréfractaires qui se repré- 
senteront. 

1815 

ÉPHÉMÉRIDES HISTORIQUES ET MILITAIRES. 

l*^»" mars. — Napoléon débarque à Cannes. 
16 juin. — Défaite des Prussiens à Ligny. 

18 juin. — Waterloo. 

* 

* * 

Afin de mettre en évidence le régime transitoire qui succéda à la puissante 
domination française, je reproduirai ici un arrêté réglementant l'afïermage 
de la pêche dans le* cours d'eau traversant le territoire communal. 

Par arrêté du Directeur du cercle de Neufchâteau, en date du 6 mai 1815, 
le Bourguemaître (!) de Tintigny est autorisé à « procéder à la ferme de la 
pêche des rivières et des ruisseaux qui traversent le territoire de sa commune ». 

Le fermier devra toutefois « être subordonné à certaines conditions restrei- 
gnant sa jouissance, de manière à conserver la pêche pour en faire une nou- 
velle adjudication à l'expiration du bail. Telles sont par exemple les défenses 
de pêcher durant le temps de frai, surtout dans la Semois, où la truite 
abonde (!), ou de se servir d'engins, harnais ou autres instruments inventés 
pour le dépeuplement des rivières et prohibés par les ordonnances relatives aux 
pêches domaniales. » 

Arrêté. 

« Vu la demande de M. le Bourgmestre de la commune de Tintigny en date 
du 20 septembre 1814,tendante à ce que la pêche de cette commune soit mise 
en adjudication. 



—'294 — 

« Vu aussi l'avis de M. le Mnilrc des Eaux et Forcis du cercle porlaiit que 
la demande peut être accueillie. 

u Le Directeur du cercle de Neufchâteau, département des Forêts, 

« Arrête : 

Art. 1er. 

« Il sera j)rocédé par devant M. le Bourgmestre de Tintigny, pour le terme 
de trois années consécutives, à la location de la pêche des rivières et ruisseaux 
(pii traversent le territoire de sa commune, à l'intervention de M. le Maître 
des Eaux et Forêts et en présence du Percepteur à vie. 

Art. 2. 

« Le montant de l'adjudication sera versé dans la caisse du dit Percepteur, 
aux époques qui seront déterminées dans le procès-verbal d'adjudication 
et employé, sur mandat de M. le Bourgmestre, à l'acquit des dépenses com- 
munales légalement autorisées. 

Art. 3. 

« L'adjudicataire sera tenu de fournir une caution solvable, ainsi que de 
payer les frais d'adjudication, de timbre et d'enregistrement, au moment 
même de l'adjudication. 

Art. 4. 

« Le présent sera soumis à l'approbation de M. le Commissaire génércd, 
à quel efïet il lui sera transmis avec les pièces y mentionnées. » 

« Neufchâtcau, le 6 mai 1815. 

« Le Directeur du cercle, » 



1814 - 1815 - 1817 



La cataclysme final vient de se dérouler dans les sombres plaines de 
Waterloo et de Mont-St- Jean. Les armées des puissances du nord etde l'est de 
l'Europe franchissent successivement le Rhin et se répandent sur les fron- 
tières de l'ancienne France ; d'innombrables cohortes parlant toutes les lan- 
gues se succèdent pendant des semaines sur tous les chemins du bas Luxem- 
bourg qui mènent vers Sedan ; des Baskhirs et des Kirghiz foulent notre sol, 
comme un peu auparavant les petits conscrits de nos villages avaient porté 
leurs pas jusqu'à Moscou. 

Des réquisitions épuisantes frappent les communes et les particuliers ; 
on revoit l'invasion avec ses horreurs et ses ruines. Toutefois, les chefs des 
armées alliés, qui entraient, disaient-ils, dans le Luxembourg non en ennemis, 
mais en libérateurs, avaient donné l'assurance que toutes les fournitures 
faites par les communes et par les habitants leur seraient intégralement 



— 295 — 

payées, et qu'ils seraient de même indemnisés de tous les frais que leur aurait 
occasionnés le passage des troupes étrangères. 

Cependant, la liquidation des prestations imposées aux municipalités se 
fit attendre jusqu'en 1817. 

Voici l'état qu'en produisit pour sa part la commune de Tintigny : 

Relevé général des fournilures j ailes pour le service des armées alliées, par 
les communes ou les habitanls du Grimd-Duché de Luxembourg, à la liqui- 
dcUion et V acquillemenl desquelles il n'a pas élé pourvu jusqu'ici à la charge de 
l'Etat. 

Arrondissement de Neuf château. 
Commune de Tintigny. 
Années pendant lesquelles les fournitures ont eu lieu : 1814 et 1815. 
Vivres, 2055 fis (florins). 
Fourrages, 1074 fis. 
Com])usti!)le, bois et lumière, néant. 
Fournitures aux hôpitaux, néant. 
Total, 3129 fis. 
Transports par terre, 3403 fis. 
Objets d'habillement et d'équipement, 484 fis. 
Main-d'œuvre, 28 fis. 
Total, 3963 fis. 
Total des deux catégories, 7092 fis. 

« Certifié véritable par nous maire de la commune de Tintigny, le 16 
août 1817. » 

J. Hubert. 

Ici s'arrête la modeste tâche que je me suis imposée. 

Depuis un siècle, notre Luxembourg jouit d'une paix profonde, et nul 
d'entre nous n'a connu les horreurs de la guerre et des invasions, ces funestes 
et cruels fléaux qui n'ont cessé, au cours des âges, d'accabler et de ruiner nos 
infortunés ancêtres. Aucune période de paix d'une telle durée n'a favorisé 
nos heureuses campagnes depuis les origines de l'histoire. Puisse cette ère 
de bonheur et de prospérité durer indéfiniment ! 

C'est le vœu sincère que je forme en achevant cette notice. 

E. LIÉGEOIS. 
12 février 1912. 



I^> t^^ m^^Lm Jim 



D'UN 





de Houffalize et des environs. 



INTRODUCTION 



Pendant bien longtemps, les recherches toponymiques n'eurent pour objet que les 
noms géographiques. 

Ces recherches, semble-t-il, devaient convaincre cependant les auteurs qu'un nombre 
assez considérable de ces noms ne sont devenus proprement géographiques qu'après 
avoir été à l'origine purement topographiques. 

Peut-être l'ont-ils compris aussi, toutefois, selon les apparences ils n'ont considéré 
que comme tout à fait modernes, la plupart des dénominations de cette seconde caté- 
gorie, c'est-à-dire nos lieux dits. 

Et pourtant, parmi ces dernières, combien ont été comprises dans la première caté- 
gorie pendant plusieurs générations ! 

Combien d'autres, rangées toujours dans la seconde, peuvent revendiquer une ori 
ginc également ancienne ! Car, quoi qu'en disent des contemporains, chaque époque a 
donné naissance à des noms topographiques. Que d'autres encore, sans remonter aussi 
loin, n'en présentent pas moins d'intérêt par ce qu'elles nous apprennent des usages 
du passé ! 

Enfin, négliger, comme on Ta fait, l'étude des lieux dits n'est-ce pas laisser fatalement 
inexpliqués ou mal interprétés quantité de vocables géographiques? 

C'est seulement vers le milieu du XIX^ siècle, que ces diverses raisons commencent 
à être comprises des savants. 

Je n'ai pas à m'occuper ici de ce qui a été fait dans les autres régions. Chez nous, 
Jeantin, dans ses ouvrages historiques, attira à plusieurs reprises l'attention du monde 



— 297 — 

archéologique sur cette étude. Vers 1876, l'abbé Sulbout reprit l'idée de Jeantin dans 
une séance de notre Société et demanda en conséquence qu'on s'adressât aux institu- 
teurs pour obtenir la désignation des lieux dits et des petits cours d'eau avec leur déno- 
mination locale ». Chose regrettable, cette proposition ne recueillit pas l'assentiment 
du Comité permanent. (1) 

Dix ans plus tard, au Congrès archéologique d'Anvers, M. Kurth, émit le vœu « de 
voir les Sociétés archéologiques recueillir les noms de lieu d'une manière systématique 
et complète sous forme de glossaires raisonnes. » Ce vœu, il le renouvela encore au Con- 
grès de Namur, en 1887, et unissant même l'exemple aux préceptes, il fit paraître bien- 
tôt son Glossaire toponyinique de Saint-Léger. 

Malheureusement — il l'a reconnu depuis également — son prosélytisme n'a guère 
porté plus de fruits que celui de ses prédécesseurs. 

Sauf pour un nombre restreint de monographies, les Communes Luxembourgeoises , 
parues vers 1890, ne laissent que fort peu de place à la toponymie. 

Aujourd'hui, notre Société semble enfin entrer dans la voie déjà suivie par celles des 
contrées voisines. Sur la proposition de l'un de ses membres, elle a demandé l'an dernier 
aux amateurs de « dresser un catalogue des lieux dits de leur commune et d'en con- 
signer l'origine », comme aussi de « dresser un catalogue de livres que l'on pourrait uti- 
lement consulter pour l'étude précédente. » Elle a publié récemment mes Recherches 
sur la toponymie du pays Gawnet, et deux autres glossaires sont annoncés. 

Espérons, que cette fois, le bon élan est donné et que d'ici peu de temps, nous aurons 
une petite collection de glossaires luxembourgeois. 

C'est dans le seul but d'y contribuer, que je m'y suis décidé à présenter ces quelques 
notes, recueillies jadis sur le pays de HoufTalize. 

J'ai eu soin de les rafraîchir et de les compléter, voire même de les rectifier, au contact 
d'un homme du pays, M. Kobs Léon, ancien clerc de notaire, auquel je tiens à exprimer 
ici mes meilleurs remerciements. 

Habitant l'étranger, je n'ai pu, à mon grand regret, comme déjà pour mes travaux 
précédents, explorer les Archives de l'Etat, et je n'ai pas été plus heureux auprès des 
particuliers. J'ai cependant tiré parti du tome IV des Communes Luxembourgeoises 
de feu M. Tandel. Je souhaite que celui qui reprendra cette œuvre ait à sa disposition 
tous les éléments nécessaires. 

Cette fois encore, je ne me suis pas astreint à la disposition suivie par les quelques 



(1) Au reste, même si elle avait été acceptée, il est fort douteux que Sulbout et la plupart de ses con- 
temporains, à pn juger par les spécimens d'étyniologie dont pullulent leurs productions, eussent su tirer 
parti des matériaux fournis par l'enquête. Le plus grand nombre, imbus d'illusions historiques ou archéo- 
logiques, ignorent totalement, ou peu s'en faut, l'existence de règles sur la formation des mots de la 
langue. 

Veut-on plus de détails? Les uns s'imaginent avoir découvert dans tels lieux-dits (Champai, Campi- 
naire, Fosset, Fossé du Blocus, Prelle), les emplacements des camps ou des champs de bataille de la 
guerre des Gaules, sans s'enquérir si ces désignations existent ailleurs, ou si la toponymie rappelle des 
guerres plus récentes, par exemple celle des Patriotes avec l'Autriche en 1789, ou celle de 1792-1794, 
ou encore si les traditions locales alléguées n'ont pas été propagées par quelques érudils qui les auraient 
forgées de toutes pièces en s'appuyant uniquement sur les noms ! Des archéologues, à cause de la pré- 
sence de vestiges de Rome en tels endroits, ne manquent pas d'en interpréter les désignations à leur 
façon; c.-à-d. en associant celles-ci à l'idée ([u'ils se font delà destination ancienne des lieux, lors 
même que... deux lettres seulement sont communes aux radicaux prétendus et à ces désignalions, 
comme on peut le constater par l'étymologie de granarium proposée pour Engreux ! 

En un mot, c'était à qui retrouverait cimetières, villas, bains, tuileries, temples, autels, divinités, 
basses-cours, etc. Ces étymologies nous ont voulu la boutade suivante : « La toponymie est l'art de faire 
dire aux noms de lieu tout ce qu'on veut ! » 



— 298 — 

glossaires publiés jusqu'à ce jour. Je me suis tenu à l'ordre alphabétique, qui présente 
certains avantages incontestables. Tout d'abord, il épargne certaines répétitions dans 
lesquelles on tombe inévitablement si l'on étudie à part les noms de chacune des sec- 
tions cadastrales, ou même si on classe ces noms sous les rubriques Champs, Prés, 
Bois et Chemins. Qui ne connaît, en effet, de ces cantons partie cultivés, partie boi- 
sés et partie convertis en prairies ? La disposition alphabétique, en outre, facilite sin- 
gulièrement les recherches à quiconque veut se documenter. 

On me reprochera peut-être d'être trop sobre de renseignements étrangers à la linguis- 
tique et à l'histoire. Il me semble qu'un glossaire de ce genre ne doit pas être un traité 
de géographie, encore moins un livre d'impressions. Pas trop donc d'indications sur la 
nature, l'emplacement, les tenants et aboutissants, etc. : excepté lorsqu'il s'agit de déter- 
miner la signification d'une dénomination nouvelle ou d'en identifier une ancienne, 
ces commentaires sont, quoi qu'on en pense, souvent superflus et ne peuvent intéresser 
tout au plus qu'une partie des lecteurs indigènes, et encore. Je ne suis pas trop partisan 
de cartes et plans contemporains qui risquent fort de n'être pas consultés du tout. 

A l'instar de ce que j'ai fait en mes Recherches sur la topon. du pays Gaumet, j'ai 
réservé un chapitre aux environs. Ceci ne dispensera pas de faire un jour le glossaire de 
chacune des communes voisines. 

Pas plus que pour mes travaux précédents, je n'ai la prétention d'apporter ici quelque 
chose de parfait. Mon seul désir est d'être utile. 

Au reste, il faut s'y attendre, lorsqu'on aura une bonne quantité de vocabulaires sem- 
blables, un travail d'ensemble rectifiera maints jugements prématurés et interprétera 
bien des points que ces vocabulaires avaient laissé inexpliqués. 

Je crois rendre également service en faisant suivre le présent glossaire d'un petit 
appendice bibliographique. Ce qui répond d'ailleurs à un des desiderata de la Société. 

Hayange, 14 Mai 1911. 



— 299 ~ 

1. Houffalizc. 

Formes anciennes : a) Latine : 1147 Alta falesia ; b) Romanes : 1176-1180 
Hufalis, 1180 Houf alise, 1200 Euphaliz, 1231 Hef alizé, 1235 Huejalize, etc. ; 
c) Thioiscs : 1403 Hiijjles, 1481-1499 Houlfleische, Hulsweless, refaites évi- 
demment sur le thème roman. Adjectif : 1244 Huffaliensis, pour hufïalisiensis. 

« Houfalise, dit M. Ch. Laurent dans Tandel, Communes Luxembour- 
geoises, IV, p. 233-234, est une des rares localités luxembourgeoises dont 
l'étymologie n'a pas donné lieu à des explications absurdes. Ce mot signifie 
évidemment haute roche (1) ; il a été donné à la localité qui a pris naissance 
autour de l'ancien château, qui était bâti en partie sur un rocher très escarpé. 
Falise, en haut allemand felisa, s'est conservé dans le mot falaise et se 
retrouve dans de nombreuses localités wallonnes et germaniques : Reinerus 
de Falisa en 1172, Trejalise en 1225 (Ernst, hist. du Umbourg, t. VI, 
p. 2, 149, 205, la Falise (W. P., an. 1344, n^ 1669 et an. 1342, n^ 1509), 
Falise (prov. de Namur), Fallais (prov. de Liège) ; Fellz et Holenfeliz dans 
le Grand-Duché de Luxembourg. Houfalise a son équivalent dans Hohenfels 
ou Arx Hovilez, dont parle Browc? (2). Aucun document ne prouve, ccmmc 
le soutient Schayes, qu'on ait dit Hohenfels avant de dire Houfalise ; falise 
en eiïet est une forme plus ancienne que fels et la première forme qu'on ren- 
contre, AUafalesia, est une latinisation de la forme romane, de même que 
AUasilva Hautcseille (3), Aliavilla Hautcville et AUaripa Auterive... » 

A son tour, M. G. Kurth, dans sa Frontière linguistique, I, p. 420-422, 
écrit : « Houf f alizé vient manifestement de deux termes dont l'un remonte 
à l'allemand fels, rocher, et dont l'autre pourrait être aussi bien le français 
haut que l'allemand hohe. Il y a même, à première vue, une certaine proba- 
bilité plus grande en faveur de la langue qui explique les deux éléments du 
mot cà la fois. Mais les présomptions en faveur d'une origine germanique 
s'affaiblissent si l'on considère que le mot falise avait pénétré avec sa valeur 
d'appellatif dans le latin du moyen-âge, et de là, avec le même sens, dans 
tous les patois français de la frontière, depuis le Luxembourg Jusqu'au 
Boulonnais (4). S'il a, depuis lors, disparu de la langue commune, il a sub- 
sisté dans un assez grand nombre de noms toponymiques pour qu'il ne reste 
aucun doute sur sa fréquence primitive. A preuve les lieux dits suivants : 



(1) GrANDGAGN.\GE. Mémoire sur les anciens noms de lieux, p. W. 

(2) Ann. trevir, II, 244. 

(3) Sans doute d'après ce passai de Grandgagnage : « On ne peut nier que seille ait été un nom 
appelant pour forèl. L'abbaye de Haute-Seille en Lorraine s'appelait Alta Sijlm, et beaucoup de bois 
dans l'Ardcnne portent les noms de Baseille et Haseille, c'est-à-dire basse et haute foret ». Ce a quoi 
Houzé (Etude sur la signifie, des n. de 1.) répond : « Il ne semble pas que ce (seiUc) puisse être du 
substantif latin sijlva, qui a pris en roman les formules selve, seauve, sauve, etc., » chez nous, sijlva 
aurait donné saive. Il ne faut donc pas rendre Basseille et Haseille (hascllc ? = coudraie, caurc) par 
Bassa Sylva et A lia Si/lva . 

Les traductions Alta Sylva pour Haute-Seille, Sylva et A'cnnw pour Celles, etc., ne son! que des jeux 
de mots monastiques, comme beaucoup d'autres. 

(4) Ducange, à la vérité, ne connaît pas falisia, mais il se trouve à la date du Xe siècle dans le Tra7is- 
latio StiEugenii, qui a été rédigé dans l'Entre-Sambre-et-Meuse : » Relinere autem illum cum vellent qui 
cum eo erant, timentes ne in fruste membra ejus colliderenlur, si de rupe mirae altitudinis in qna stabat 
descenderet, repente antequam illum langèrent ex cacumino falisiae se praecipitem dédit, s G. K. 



— 300 — 

.4 /(-! (alise (Saiiilcz). 

.1 la roche de Houff alise (I loUaiigo). 

.1/ Faliche (Wardiii). 

Coirjalise (Louvoigné). 

F alise (Baisy-Thy). 

La Falise (Rhisiics). 

Falisc (Malmédy). 

Falize (Laneffe). 

Falize (Lierneux.) 

Falisolle (Namur). 

Les Falaises, rocher (St-Michel, Meuse). 

Ilaiile et basse Falize (Rinxent, Pas-de-C.) 

Haiiie Falise (Audriiighem, P.-de-C.) 

Géralf alise (Ligneuville, Prusse rhén.) 

Malfalise, sur la Sambre (Charleroi). 

Frejalizs 1204 (Plaine vaux, Liège). 

Al falihuele (Schoonbroodt, Val-St-Lambert, n» 381). 

Je prie le lecteur de bien vouloir remarquer l'identité de ce vocable topo- 
nymique avec le mot de falaise, resté dans le français actuel avec le sens de: 
rochers escarpés le long de la mer. Il ne faudrait cependant pas croire que 
les deux termes, bien qu'ils dérivent du même radical, aient une origine 
identique. Falaise a été pris par le français actuel dans le vocabulaire des 
Normands de Normandie, qui le tenaient de leurs ancêtres Scandinaves, et 
a reçu le sens spécial (1) qu'il a aujourd'hui dans la langue classique ; jalise 
au contraire, était universellement employé dans les patois de frontière, 
avec le sens tout général qu'il avait en allemand, et n'a pas été accueilli dans 
la langue littéraire, où son cadet a pris place. De part et d'autre, cependant, 
le mot est bien romanisé, et sa présence dans un nom de lieu ne peut pas être 
invoquée d'une manière générale comme une preuve de la nationalité ger- 
manique de la population qui l'a appliqué à sa localité. » 

Aux listes précédentes, qu'il me soit permis d'ajouter : 

a) Variante citée, jalise : 

La Falise l.-d. à Arville. 

La Falise, I.-d. au confluent de l'Ourthe et du Laval. 

La Faliche, l.-d. à Behême. 

La Falise de Bienne-haul, à Longwilly. 

Al Falize, à Baclain. 

Le Mont Falhize, h Huy. 

Coiicoiij alise, à Menufontaine. 

Gemont falize, 1663-1667, dans le tome IV des Communes Lux., p. 392. 

Nifalize, à Spa. 



(■1) Sans doute, ./ate'se avait la même signification que nolve falise, sinon on ne trouverait pas des 
Falaises en Normandie, à une assez longue distance de l'Océan. 



— 301 — 

b) Variante : falaise. 

Falaise, dép. des Ardennes. 

la Falaise, dép. de Seine-et-Oise. 

c) Variante : falaise, qui a échappé à AI. Kurth et qui provient d'un 
thème primitif, falesa, falesia : 

La Falaise, l.-d. à Neufchâteau. 

La Falaise, citée par F. Hutin, (Fr. Macédone), Carlshourg aulr. Saus- 
sure, p. 153 ; 

La Falaise, à Jupille (pr. de Liège). 
Les petites Falaises, à Rocliehaut. 
Les roches de Burtonfarloige, à Dohan. 
Les roches de Biermifaloige, à Sensenruth. 
Falaise, dép. de la Somme. 

d) Forme diminitive : 

Le bois de Falizeul, à Aile. 

Falhoule, 1663-1667, cité dans Les Comm. Luxemb., t. IV, p. 392. 

On sait également que Laroche a été traduit en Welschefels en 1328, 
Welschenfels en 1420, Welschewal:, en 1429, par opposition à Fels, littérale- 
ment Deutsche Fels, francisé en Larochette. 

Tout en reconnaissant cependant que certains adjectifs restaient inva- 
riables, dans l'ancienne langue, lorsqu'ils étaient employés dans des sub- 
stantifs féminins, — d'où Rochehaut, grand'rue — , je ne me sens pas con- 
vaincu comme les auteurs précités sur le sens de la première partie du mot 
Houffalize. En tout cas, on ne peut invoquer la forme de 1147, Altafalesia, 
lors même qu'on admet l'authenticité du document d'où elle est tirée. Il 
est reconnu que depuis le X'^ siècle, c'est-à-dire depuis l'époque où les déno- 
minations vulgaires s'étaient éloignées de leurs formes primitives, surtout 
aux XI I^ et XI 11^ siècles, les rédacteurs des documents latins, embarrassés 
pour donner à certains noms de lieux une forme en cette langue, tantôt se 
bornaient à transcrire les formes vulgaires, tantôt les latinisaient en y ajou- 
tant une désinence latine, ou assez souvent les traduisaient d'après l'éty- 
mologie qu'ils leur attribuaient, basée sur l'analogie de son des syllabes 
avec des mots du langage commun ; ce qui constitue ni plus ni moins le pro- 
cédé du calembour. Dans la même pièce de 1147, l'ancien Walecurte Wal- 
court devient Walicuria, qui a un autre sens. 

Un phonétiste ne s'y méprendra pas ; al donne, en règle générale, â en 
wallon ardennais, à preuve : hâcé (hausser), Nafontainne (Alba fontana, 
offic' Arbrefontaine), âté (autel), tchènâ (chenal, canal), tchâ (chaux), tchâci 
(chausser), tchâfé (chauffer), fà (faux), nm (mal), pâme (paume), pâplre 
(paupière), Sâcet = Sâceu (de salicetum), Wâ (Vaux), va (vaut, de valet). 

Je sais qu'il existe des exceptions dans le parler actuel ; ce sont probable- 
ment des emprunts. Pour moi, hâcé est assez concluant : on disait hâ au lieu 
de hau, autrefois, mais jamais hou. 



— 302 — 

Vn indice, sinon une preuve, que cette signification n'était pas si Irans- 
parenlc, c'est que dans les nombreux doeuments connus sur noire localité, 
on ne retrouve plus jamais la traduction (illa jalisia, haute roche. 

Ou bien hou dissimule un antre qualilicalif ignoré aujourd'hui, oli bien 
c'est l'altération d'un nom d'homme. N'a-t-on pas Wilbauroche, Thibau- 
roche, la Rochefoucauld, Libertpierre, Géralfalise? 

Je rapproche : Houfosse, à Jalhay, Houmonl, et peut-être Alhoumont. 
Quel serait ce nom d'homme? Ici encore, on ne peut que conjecturer : 

1" Hobo, connu par des Hôbing, HiifFingcn, Howelange germaniques ; 

2° Hugo, en roman Hugues et dont le dérivé le plus connu est Hugbert 
ou Hubert (wall. Hubêr, Houbêr) ; 

3» Hodo, d'où le nom de Sainte Hothilda, en roman Houe, ainsi que : 
Hudding, Houdeng, Houtaing,' Houthem, Huttwil, Huttenheim, Houde- 
mont, Hodinsart, Hodinfosse, Houdaincourt, Hudelinsart. 

Au lieu de donner Houon, Huon ou Hodonfalize, Hoboni, Hugoni, Hodoni- 
falisia ont pu former IIov, Hug, Hodj alise, de même que Bosoni vallis et 
Hadonicrucem sont devenus Bousval et Hautcroix (flam. Heykruis) ; 

40 Hodulphe, devenu par contraction Houlf, Hou ; 

5*^ Hadulphe, contracté en Haulf, Houlf, Hou. 

6° Huldo : cf. 847 Huliheim Houtaing (Hain), Holdingen (Gr. D. de Lux.) 

La chute de la consonne dentale intervocalique se constate déjà au X« siè- 
cle : on trouve notamment cnueia envie, de invidia, dans la Vie de Si-Léger, 
écrite à cette époque ; elle devient assez fréquente au XI^, ex. : meïsme 
(avant medisme), pècchëur, enuaïr, fier, beneïçun, (bénédiction), parais 
(paradis), juïce (de judicium), chcëre (de cathedra), aorer (adorer), 1033 
Flerusium (cf. 868 Flederciolum Flenrjoux, son diminutif) ; enfin, an XH, 
on ne compte plus qu'un petit nombre d'exceptions, variable suivant les 
dialectes romans. J'extrais des documents du pays : 1143 Praella = 1171 
Praelle = 119G Pre/e auj . Presles-sur-Sambre, plus anciennement Pratellis 
ou Pralella, 1139 Gimella Jemcllc = au IX^ siècle Gamedella, XII s. Waii- 
soîre = X^ Valciodorus, XI I^ s. Lernou Lierneux = 862 Ledernaus, 1147, 
Roulmonl = même siècle Rodolfisberg (dans un document rédigé à Himme- 
rode) Roumont. 

Le plus souvent, du moins, il en cnt ainsi généralement dans les mots du 
langage usuel, aprè*: cette chute de /, d intervocaliqucs, l'hiatus a été adouci 
par un yod, principalement après a, e, i. Voici pourtant quelques exceptions : 
Prestes et les nombreuses Prelle, Prâlc, rond, Waulsorl, le Maine (Meduana, 
XI^ siècle Mehena), Fronville (Frcdonis villa), St-Mard (S. Medardus), 
bénir. On (Wadingo), .Jemelle, Oret (Adclrctia pour Adelretium^, /^aucoar/ 
(Radulfi curte), la Mène (Medonia), Rodolfi mons Roumont. 

.le ne m'attarde pas sur la vocalisation de ulf, ul et de Hold, Hou, puisque 
le phénomène se serait produit pour Alla falesia également. Beaucoup croient 
qu'il ne date que du XI I^ siècle ; en réalité, il se constate dès le XI^, exemple : 



— 303 — 

« Le blanc osberc (halsberg, haiibeii) li ad desclos el cors. 
... Tant chevauchèrent es veies et chemins... » (Chanson de Roland). 
« U en la teste un en auler liu... Altresi qui faus Jugement fait... » (Lois 
de Guillaume le Conquérant.) 



2. Lieux-dits du territoire communal de Houffalize. 

Abaye : Pré VAbeye (l'Abî). Rappelle l'ancienne abbaye du Val des Éco- 
liers, fondée en 1235, par Thierry et Henri, seigneurs de Houfïalize, à l'Hôpital 
Sainte-Catherine, transférée en 1244, au pré dit Angulus et supprimée par 
les édits de .Joseph H, en 1785. 

Angulus : 1244 « in prato nostro subtus Hufîalize, in loco qui dicitur 
Angulus » ; même année « ordinis Vallis Scolarum, dicti de Angulo Dei », 
1252 « el angle Deu ». Le presbytère en occupe l'emplacement. 

Basse : la Ville Basse. 

Battis (les). A la même signification qu'ailleurs en Wallonie (voir mes 
Recherches sur la lopon. du pays gaumet, p. 54). Je rapproche encore : le 
Baltis des deux puissances, cité par Roland, Les Comm. Namuroises (Auvelais, 
pass.) et indivis jusque vers la fin du XVIII*^ siècle entre les communautés 
d'Auvelais-le-Comté, qui relevait du comté de Namur, et d'Auvelais-Ie- 
Voisin, qui dépendait de la principauté de Liège ; le Baty des Awes, c'est-à- 
dire des oies, terrain vague à Beaufays (Liège). (1) 

Belle femme (Al.), cabaret. Nom de fantaisie. 

BocHY : voy. Erbonbouchy. 

Bois (le) ; Derrière le bois. Bois des Moines en patois : o bwès des Mônnes. 
Je crois utile d'intercaler un mot sur la locution o, rendue souvent à tort, 
par l'article contracté français cm (al), cfui est traduit ici par â (ex. : à Corty). 

A mon avis, o renferme le vieux mot français ens, dérivé apparemment du 
la t. intus et que je retrouve dans : 

« Quant cil sobt ens, lor flors de.scendent, » (Flore et Blanceflore, poésie du XII^ siècle) 
a Quant il vint enz, e vit Ysolt ». (Tristan, poésie du même siècle). 
« A celle journée. . . fist l'on ouvrir la porte de la nef, et mist l'on touz nos chevaus ens». 
(Jehan de Joinville, XIII, XW siècle.) 

« Sau ce ki li masueir avoient ens lor pasturage. » (Charte de Floreffc de 1257). 

)) Al Sint-Lorint, 

Li feû â sart et 1' four in ». (Dicton météorologique wallon). 

Ens, se combina : 1° Avec l'article et la préposition en : a) Ens en le : 

« Enz enl fou la getterent ». (Cantilène de Ste-Eulalie, IX^ siècle). 



(1) Chose probablement ignorée de beaucoup de wallonisants, un certain mot batte est encore connu 
dans l'Ardenne orientale avec le sens de o quartier d'un ban débanné pour la vaine pâture » d'où aussi 
par extension « temps pendant lequel dure la vaine pâture. » Battis a aussi son diminulif, que j'observe 
notamment à Noire-fontaine [le Batigé) et à Rochehaut (Baptisé). 



— 304 — 

u En quinze Unis fu eus d (1) cors navrez ». (Guillaume (l'( )renjj^e, VU*-' siècle.) 
« Qu'il n'eiist ens el vregiet planté. « (II non de Bordeaus, XII'' siècle.) 
b) Ens en les et ens es (2 ) : 
« Soies seiir, car ens es chiex. 

Vous a Diex fait sages esliex. » (Jehan Bodel, Le Jeu St-Nicolas, XIII^ s.) 
Ille en se Prés, Yle ens es Prez, formes du XV*^ siècle de Islc-le-Pré. 
Cette expression existe encore dans èz es, oz es: «Oz-ès tchamps, oz-ès picls, dit-on au 
pays de Houfîalize. Elle apparaît aussi dans : 
Oz-ès Chèrâs (v. plus loin). 
Aux effàts a Cierreux. 
Aux ejfontenais à Courtil, 
Aux Evis prés à Bovigny. 
Aux Ecawettes au même territoire, 
Os-ès deux Oûrthes. 
Aux Erreux à Arbrefontaine. 
2° Avec l'article contracté au : 

« Bauduïris de Sebourc fu ens ou paradis. » (Baud. de Sebourg, XIV^ s.) 
3° Avec çà ou ci dans ceens, caenz, céans, mot connu. 
4" Avec là dans laienz, leens : 
« Nesune maie choze ne puet laianz entrer. » (Roman d'Alexandre, XII® s.) 

5° Probablement avec en et de dans endéans, encore employé dans le style com- 
mercial. 

BoRJEU : Sur Borjeii, « su bordjeii ». Bordjeu = bourgeois, est le sobriquet 
des Houfîalisois et rappelle leur ancienne condition. Une forêt voisine s'ap- 
pelle encore la Forci des Bourgeois, parce que les bourgeois y avaient leurs 
usages. Cf. aussi la Tornée borgeuse, à Limerlé. 

BouYETAi,. prairie avec étang. J'ai rencontré plusieurs homonymes, notam- 
ment la Fonlaine des BcuUais à St-I^éger. Comme le gaumet bulté, ce mot 
signifie baratte. Cependant, je crois que par extension il a été appliqué 
aussi aux fruits du nénuphar et du nuphar, et de là à ces plantes mêmes. 
Dans mon village natal, ces deux significations existent simultanément. (3) 

Brassine (la) 1600 : voy. Comm. Luxemb. IV, p. 372. Lieu inconnu. 

Champ : Dièrain champ (le), en 1681 écrit « le dernier champ » ; 1244 
Guericluunps, peut-être pour Werichamp ou le champ de Wederic, Wéry (?) 

Censé (la) 1682? 

Chapelle: Chapelle Sle-Anne; Chapelle Sl-Roch; 1862 Chapelle Si-Nicolas; 
Voie des Chapelles, dénomination ancienne, car on ne voit pas quelles étaient 
les chapelles se trouvant sur ce chemin. 



(d) PourenZ; cf encore : 

« El fossé les uni fait niër » (Romande Rou, \1I s.) 

Un des plus prodoinmes qu'on trouverai el ban de (Uieren (Testament de Henri de Houftalize, -1272). 

(2) « Devroienl bien mettre leur cure Es buns livres « lit-on dans une fable de Marie de France (XIII s.) 

(3) Seulement on dit hidté et non bidté, mais cen'est-là qu'un mince détail. 



— 305 — 

Château : Vieux Château (le), abattu vers 1692 ; Nouveau Châleau, cons- 
truit ou reconstruit en 1628. 

Chaudron (Pré). 

Chavée (la), de exeavala ; Rue de la Chavée ; Chemin de la Chavée. 

Chavés sarts, « les tchavés sârts » : tchavé signifiait creusé. 

Chayons : Les longs chayons. Chayons ou mieux schayon, schaillon = fr. 
échelon. C'est un pré accidenté. 

Chemin : Chemin des bœufs ; Chemin de la chavée ; Chemin du couvent ; 
Chemin de Mabompré ; Chemin du moulin ; Chemin de St-Roch. 

Cherâvoye, c'est-à-dire la voie charriable. Dénomination assez commune. 

Chession, qu'on pourrait traduire en français par Châtillon. Un document 
de 1794 parle d'un autre Chession, situé sous Brisy. 

Coin : voy. Angélus. 

CoRTY : Corty maire Pire ; les Cortys ; Au-dessus des Cortys ; Derrière les 
Cortys. On sait que Corty est le nom wallon du jardin. 

Coûte rôye (Al) = les courts sillons. 

Couvent (le) ; Derrière le couvent. 

Crachîre (Al), qui signifie terre bien engraissée, bien fumée. 

Cresse (al), = à la crête ; Devant la cresse. 

Crainpré. Je connais un Craincourt français qui était anciennement 
Sicrcunne curte (la ferme de Sigramn) et qui a dû passer par les formes inter- 
médiaires Scraincourt et Ecraincourt. L'apocope me paraît peu explicable 
autrement. Wigiscourt a donné Giscou (pays de Beauraing) en passant par 
Igiscourt (cf. wal. Inenne pour Winenne, Haut pour Waux), et Sévescourt 
n'a été altéré en Fescou (même contrée) qu'après une forme S'vescourt, pro- 
noncée inévitablement Sfescour, puis Fescour. Le traitement de 1' se initial 
est régulièrement suc, sic en ardcnnais, sch dans certains cas : scrîre, scrinî, 
schové, schâle, schume : Crainpré ne vient donc pas de Sicramné pratum. 
C'est peut être un ancien fircdinpré = pré de Grato : cf. mes Recherches sur 
la topon., p. 64-65. 

Creux : voy. Nemonl des croix. 

Crucifix (le Grand) 1682. 

DiÉRAIN CHAMP (Ic), cité. 

Dessous mon Pierre. Mon, ailleurs cunon, émon, signifie chez. 

Eau : Porte à Fecui (la) ; Par delà Vecui, « po d'ià l'êwe », 1682 le preit en 
delà l'eau. 

Entre les deux viviers 1682. 

Erbonbouchy, Bouchy, Boschy = de boscus bois. Erbon est ici sans doute 
un nom d'homme. Cf. le Gros Buchy à Carlsbourg, Erpo nom d'un témoin 
dans une charte de 975 dans Beyer Urkundenbuch. 

Ermitage (1'). Dans sa déclaration de foi et hommage faite au roi de 
France en 1682, le seigneur d'Houfïalize dit : « ...J'ay aussi un petit bois de 
haut fustage au lieu dit dernier champs, ...où j'ay faict bastir un Hermitage, 
et y résident deux hermites... » 



— 306 — 

EwKNNE (01). Si ce nom s'appliquait à une prairie, je dirais qu'il vient de 
èwe (eau) ; mais ce n'est pas le cas. On écrit aussi « o les wênnes ». 

Fa Gérard (le) : fa, de fagus, hêtre. 

Fagne (la) : La censé de hi fagne 1682. 

Fin de ville : extrémité. 

FoLLERiE (Al), 1612 la foullerie. 

Fontaine : voy. Gerdin font aine. 

Fosses d'Ourthe (les). 

Galitte fosse, ou mieux Gali de fosse : Galis Defosse? 

Gerdinfontaine : la fontaine de Gardo. 

GoTEROLTLE (Al), syuonyme de goullelle. 

Grand Pré (le). 

Gremîpré : le pré de Grimhar (cf. Grimoald, Grimbert dans Grimbié- 
mont, Grimard, Grimon.) 

Guerichamps 1244, cité. 

Hambas (les). Coteau. 

Haye (01), bois. Nom fort répandu. 

Hazars des Bailles 1682 (les). 

Hazy. Synonyme de Hasois, constaté à Arsimont, et de la même famille 
que haslier et hallier. 

HiERLOT : Devant le Hierlot. Hierlot est aussi le nom d'un hameau proche 
Lierneux. 

Hodris (les), terres-broussailles. 

HÔPITAL (1') ; 1235 Hospitale Stae-Calharinae. 

Horbonne. ou Orbonne. 

Jardin : le jardin à la porte ; le Jardin entre deux viviers ; le Grand Jardin 
scitué sur le Marché 1682. 

Laids Prés (les). 

Lilion 1682 : « prairie renfermée dicte Lilion, joindante à la rivière et 
aux mures de la ville. » 

Lutons : voy. Trou des Lutons. 

Marché (le). 

Menonpré : le pré de Mano. Cf. Ste-Menehould (S. Manechildis), Menon- 
ville, Manulfivilla, qui d'après Quicherat et Giry serait Marville (Eure-et- 
Loire), Mannenheim 826 dans Beyer, Urkund. 

Mont : voy. Sertomont et Nemont des creux. 

Montagne : Sur la Montaigne, 1682. 

Moulin (le) ; le Moulin Lemaire-Poncin. 

Nemont des croix, « an' èmont des creux » : au-dessus de croix. On se 
tromperait gravement si l'on croyait que les expressions anwnt et avcd sont 
du monopole des géographes. L'auteur de la Chcmson de Roland (Xl^ siècle), 
dit déjà : 



— 307 — 

« Li quenz Rollanz revient de pasmeisuns, 
Sur piez se drecet, mais il ad grant dulur, 
Guardet aval et si guardet amunt. » 

Je lis ausGi dans Amis el Amiles, poésie du XII^ siècle : 

« L i cuens tint... 

Jambes et ventre et le cors contremont, 

Pies, cuisses, mains, les espaules amont. » ; 

et dans le Roman du Renaii, de la même époque : 

Cl Le seel quide aiuont sachier. .. 

... Qant il furent el tertre amont .. » 

Je pourrais citer également autant d'exemples pour aval : je me borne à 
rappeler les vieux mots hwâ = lauvan, qui signifie littéralement « là-aval » 
auâ = auau (avau-la-ville, avau le ])os) et paT l-avau pour « partout en val. » 

NoHAiPRÉ, en 1244, Nohianprc, qu'il faut lire Nohiaupré. La forme romane 
la plus ancienne ne serait-elle pas Xoselpret ou Oselpref^ Dans ce cas, on aurait 
Nosheldi pratum ou Osheldi pratum : cf. Nosseghem, Osseghem, Usingen, 
Osmonville, et pour la prosthèse de Vn dans la seconde hypothèse : Xollômoni 
n. wallon de Ollomont, Nallioumonl, id. de Alhoumont, Nâfontainne, id. de 
Arbrefontaine (Alba fontana). 

Notons : voy. Trou des Xidons. 

Ordonne, cité. 

OuRTHE (1'), la rivière d'Ourthe orientale, qui vient du hameau d'Ourthe 
(Beho) se réunit à l'Ourthe occidentale en face d'Ortho, après un parcours 
de 38 km. Formes archaïques : Urta 870 et 893, Orie895, Orta 1235, Ourihe 
et Ourtha 1244. L'Ourthe a donné son nom à l'Ourth cité, en 1235 Orte, à 
Ourthe-lez-Ste-Marie, à Ortheuville, anciennement Orihomnlle, à Ortho, en 
888 Orlao, au Xlfe siècle Hoiihou, Oriou. 

Elle a pour homonymes : 1° Oiia l'Orthe française ; 2^ le masculin Ortho 
de 636 (« Chambo secta super Ortho fluviolo), identifié généralement avec 
notre Ourthe, mais qui désigne, je crois, plutôt le ruisseau d'Our, passant au 
hameau du même nom, écrit Oiirt en 1267 (1), ou bien la Lesse même (2), 
ou mieux encore l'Othain afiluent de la Chiers passant à Othe et à Ham-de- 
vant-Marville. (3) 



(1) Dans ce cas, Chambo, serait un Ilan-sur-Ourl disparu, ou Han-sur-Lesse. Qu'on ne crie pas au 
tour de force pour cette dernière conjecture : en 700, Ecliternacli est dit o sito. . . super fluvio Deda » 
au lieu de « Sura » ; en 968 Hosingen est placé à la fois dans le comté de Bastogne et sur l'Alzette ; un 
document de 144o même fait passer la Wimbre à Ave (a Ave sur Yinhre »), localité arrosée par le 
ruisseau dit l'Ave. On conçoit que l'éloignement et l'absence de notions géographiques induisent parfois 
en erreur. 

(2) Aujourd'hui encore, dans le pays de Paliseul, on vous dira que la Lesse a sa source sur le terri- 
toire de Cadsbourg. M. Kurth, à l'art. Drakena (la Senne) de sa Front-Livguist, (I, -142-3), fait remar- 
quer judicieusement que les anciens n'avaient pas des idées aussi arrêtées que les nôtres sur l'identité 
d'un cours d'eau et de ses affluents : « Souvent pour eux, écrit-il, c'est l'affluent qui est le lleuve et qui, 
par conséquent, donne son nom à celui-ci, au moins sur unepartie de son cours !. Il cite l'exemple de 
Matines que deux actes des IX^ et Xe siècles ont situé sur le Dénier. 

(3) (Ha et Ot-iniis eussent donné en effet, à mon avis, Oye ou Oue, Oyin ou Ouin ; à preuve : alaudam 
rom. aloue, caudam pat. queù, queuye, coù, rotam roue, pat. rue, gaudiam joie, pat. fr. joye. 11 se trou- 
vait donc avant t une autre consonne qui en a assuré la conseï vation. Pourquoi ne serait-ce pas r ? 

20 



— 308 — 

Quoiqu'il eu soil, Ourlhc, ne dérivo que d'uu radical Uiia : Otia eût abouti 
au wallon Gale, Walc. 

M. Roland (Topon. Namuroise, p. 200) se demande s'il ne fautpasvoirdans 
Orla, Uiia un composé de : a) Ora, = Ura, identique à Ura l'Eure gardoise et 
l'Aurach allemand, et /)) la, observé dans Salta la Salza, afïluent de la Saale 
(Sala), Saiia la Sari lie, Miuia la Meurthe, (cf. Mura, qui désigne plusieurs 
rivières et localités, d'après D'Arbois de Jubainville). Je me le demande aussi, 
à cause du voisinage de l'Ourge d'Orgeo (VII^ siècle Uriacuin d'où l'adj. 
iiriacinse, 888 Urio) et de l'Our, anciennement Urva. 

Pachy (le), qui, par exception sans doute, a le même sens que les Paqiiis 
gaumets et lorrains. Serait-ce le même que le Pasquis des seigneurs cité dans le 
dénombrement du comte de Rivière en 1682? J'en doute. 

Parc Philippe (le). 

Par DELA l'eau. 

Pasai de Rrihy, le sentier de Brisy. 

Pierreuse. J'ai noté ailleurs des Charneuse, Fechereuse, Spineuse, Saus- 
scige, Bouleuse. 

Pont (le) ; le Pont Henckarl 1716 : cf. le Pré Henkarl à Vissoul. 

Porte : la Porte à Veau ; le Jardin al porte. Il y avait jadis trois portes 
percées dans les murailles de la ville : la porte Delcommune, la porte à l'eau 
et la porte de la brasserie (Com. Lux., IV, 240.) 

Pré : Chaoupi'é ; Crinpré ; Gremîpré ; Menonpré, Nohaipré ; Grand Pré ; 
les Laids Prés ; Pré de V Abbaye ; le Pré Chaudron ; le Pré Gérard Mounî ; 
1682 le Pré Backas. 

Promenade (A la). 

Randoux. Est-ce un nom en o/as? ou un nom patronymique? 

Roye : V. Coule rôye. 

Route : la Route de Liège à Bastogne ; route de Laroche ; route de JMabom- 
pré ; etc. 

Rue : la Rue de la Chavée ; la Rue du haut Pont ; la Rue du Pont ; la 
Rue de la Porte à l'eau ; la Rue de la Ville-Basse. 

Ruz de C'owAN, le ruisseau qui vient de Cowan. 

Saint-Roch ; Chemin de St-Roch. 

Sainte-Anne (Chapelle). 

Sarts : les Chavés sarts. 

Sertômont, le mont de Sertold : cf. le n. de fam. Sertilly, dérivé apparemment 
du nom d'une localité française, le prén. Sarlrad cité par Beyer, Urkund, 
I, p. 762. 

Spandeus (les). Sans doute de « spandc » épandre ; endroit où l'on a répandu 
des fourneaux d'essartage. 

Stoqueus. Le synonyme des Slocky, Toquis, Slocoit, que j'ai cités en mes 
Recherches sur la Top. du pays qaumel. La terminaison doit être le lat. elum : 
cf. Enngreu, Velreu, Cheneux, etc. 



— 309 — 

Tannerie Cawe... 

Taille-pire = taille-pierres. 

Thier : le Thier ; le Thier du Juge ; le Thier Lambin ; le Thier du Moulin ; 
le Thier des Xûlons; le Thier des pourçais. Thier: éminence, hauteur; le même 
que les Ternies, Ternes, signalés dans d'autres régions. 

Trou des Nutons (le). Excavation assez spacieuse creusée dans une col- 
line baignée par l'Ourthe, et que la légende fait habiter par des génies dits 
Nsitons, parce qu'ils ne sortaient que la nuit. Il y a des Trous de Mutons, 
de Sotais, de Satis, en beaucoup d'endroits. 

Val : le Val (va) de Taverneux. 

Vieux Château (le), cité. 

Voie (vôye) : Voie des Chapelles ; Voie de Cowan ; Voie de Messe : le chemin 
par où l'on va à la messe, à l'église ; Voie des Morts : chemin du cimetière ; 
Voie du moulin ; Voie des tanneries ; Voie des Taverneux ; Cherâvôye, cité ; 
Vdte Voye (li) = chemin vert. 

Ville (la) ; la Ville Basse. 
Viviers : Les deux viviers 1682. 

WoYAis (les), c'est-à-dire les petits gués. Cf. : Waya, à Hemptinne-lez- 
Eghezée, Wayaux (Hain), anciennement Wadeal. 
Zayî (sur le), bosquet. 



3. Notes sur les environs. 



AcHOu.FFE, hameau de la commune de Wibrin ; en 1504 Axhoff, 1537 Achoff 
1586 Achouwe. Semble se déduire philologiquement de Axobia, Assobia, 
Ascobia, ou de Axobrium, etc. A rapprocher, suivant le cas : Brannovii 
(peuple gaulois), Lexovii, id. Esuvii, ici. Mandubii, id. Saluvii, id. Lexovium 
Lisieux et Luxeuil, Marbrovium identifié avec Marboué, Karubium Qua- 
roube, Blandovium Blendef-lez-Louveigné, Carcuvium station de l'Itinéraire 
d'Antonin en Tarraconaise, Templovium Templeuve, Argubium Argoubes, 
Argobium Argœuves, Quadruvium Carouge-en-Vaud, Erpruvium, Her- 
pruvia, Erproeve et Y prouve, Eprave (Eprauvc), Bertruvium 868 à rechercher 
dans l'ancien pagus laudunensis, Danubius et Danuvius le Danube ou Donau, 
Mescloeve, ]Mécleuves-lez-Metz, Insubres (peuple gaul.), Vernodubrum et 
Saint-Laurent-de- l'^rnarouères, aujourd'hui St-Chinian-en-Roussillon, .SV«/- 
deurio Escaudœuvres (sur l'Escaut), Solobria Soulièvres, Sodobria Suévres, 
Donobrium Deneuvre, Vandopera et Vendeuvre auj. St-Léonard-des-Bois, 
Celeoveres, Celuevres, Zolwre, Zelobrio et Solubrio Soleuvre ou Zolwer, Benœu- 
vre, Meobrio, ^loyeuvre, Grossœuvre (latinisé par étymologie populaire en 
Grandis Sylva), Axonna, Axenna et Axuenna l'Aisne française et peut-être 
l'Aisne luxembourgeoise, Axima auj. St-Jacome-en-Savoie, Axa, rivière de 
Bretagne, Tricasses (peuple gaul., d'où Trecae Troyes), les cogn. Ascillus et 
Ascula, etc. 



— 310 — 

Alhoumont ou Nalhouinoiil, en 1332 alhuyinonl. 1390 Alhumont. A défaut 
de formes plus archaïques, il est difficile de soupçonner l'origine de ce nom. 
Serait-ce un ancien Arzoïimont'? Ou un Arl-lc-Iluunwnr? L'une et l'autre 
hypothèse juslilieraient la non-vocalisation de a/ et l'aspiration de Vh qui suit. 
Cf. Art-sur-Meurlhe. 

Ambrongne 1663-1667, cité, avec Lomeré, Baclain, Sterpigny, Anselly, 
Brisy, Gemonl/allizc, Houl)iémont, les Tailles et Falhoule, p. 392 des Comm. 
Lu.veniboiirg., IV, ou Anibroigne 1682. ( « Nous appartient aussy la disme 
entière d'Ambroigne, les deux tierces parties de la disme des Tailles... ») 
cité ibid. p. 401. Ne serait-ce pas un nom hydronymique? Il y a assez de ruis- 
seaux dans ces parages. Je rapproche : Amana l'Ohm et l'Emmen, Amesis 
l'Ems, Amblava l'Amblève ou Amel, Emblon le Nèblon, Ambara l'Ammer. 

Ancy, ancien village détruit, dit la tradition, auj. l.-d. près de Sommerain. 
M. Kurth (Frontière Ling., I, p. 489) l'identifie avec Ausegias de 915 ou 922, 
cité par Ritz, Urkiinden, p. 16, et veut le ramener à un primitif Alciaciim. 
La phonétique ne donne pas raison à I\I. Kurth (1). Je crois plutôt avec M. 
Roland (Top. Namur, 413-415) que cet Ausegias (pour Auseias) désigne 
Oisy (Namur), en 1287 Auci, en 1217 Osiis, d'autant plus que ce dernier avait 
pour collateur l'abbé de Stavelot. Notre Ancy me paraît être VAnselhi de 1250 
(« pris à ma dame — lisez dîme — d'Anselhi et de Vaus »), vers 1663 Ancelly, 
en 1682 Anseilly, mentionné dans les Comm. Luiemb., IV, pp. 275, 392 et 
401. D'un primitif Ansiliaciis, formé ou de Anselo, diminutif de Anso (cf. 
Anslar Anlier, Ansesart Ansart) ou du gentilice Ansilius, de la même famille 
que Ansicius, Ansio, connus par les inscriptions (Voy. Holder, AUceltischer 
Sprachschatz). 

Assi-N (') à Bovigny, Langlire, les Assins, à Tavigny. Sans doute = pré, 
champ accensé, donné à ferme. Au féminin, on a VAssince, plus répandu. 

Baclain, en 1466, BacJden. Est, à mon avis, un nom germanique en ing : 
cf. Cherain et Bihain. On peut rapprocher, pour le radical — r Bakelo sans 
doute un nom d'homme — Bechlingen, et aussi Bacunweis Becquevoort, 
Baconfoy, Becquincourt, Beckingen, Balgsliidt, Baldilingas PalUng. 

BerheuvÂ, l.-d.- de Tavigny. N'est-ce pas Berzeiwal, le vallon de Bersod : 
cf. Bersileas Bersillies (Hain.) 

Berisménil : le mansionile de Bery (Bero, Baro -f iacum : cf Adalbero, 
Bérégise, Berry). En wallon, on dit simplement « lu Mwênnî » : exem- 
ple très curieux. Qui sait si un certain nombre des désignations comme 
Laval, le Mont, ne sont pas dans le même cas. Je rapprocherai aussi le gau- 
met « Lu haut » pour « lu haut St-Walfra », le Mont-St-Walfroy. 

Bernistap, à Tavigny. Siape signifie encore dans certaines régions « bali- 
veau ». Berni serait un nom d'homme : Bern-ic oïl Bern-her et Bernier. Cf. 
des Bernîmont, Bernihez, Bernissart. 

Beuleux 1682 (Les Comm. Lux., IV, 396), bois. Comme le Beulel de Bras, 
de Livarchamps, le Bôlet de Villance, le Bolleus d'Othée,le Boulois de Chiny, 



(1) Que al iiritnilif soit déjà vocalisé au X^ siècle, je ne le croirai jamais. 



— 311 — 

de Herbeumont, les Bioleux de Cierreiix, le Boulleroy, de Forges (Chimay), 
signifie boulaie, bois de bouleaux. 

BiÈNÂCHÈNÂ, à Cetturu. C'est-à-dire le chenal, le canal, le fossé de Bénard. 

BiHAiN : 895 Bûsanch, 1426 Bihaing. Avec Delafontaine, je rapproche 
Bissen (G. D.) écrit Bisanga au X^ siècle. M. Kurth (Frontière I, 478-479) a 
tort, me semble-t-il, de voir en Biisanch un nom celtique à disinence-anc, 
intermédiaire entre ac et le germ. in ^.:de ses six exemples, cjuatre (Belsonanc) 
Busanc, Charanc et Wardanc) sont situés dans le voisinage de la limite des 
deux langues et les auteurs français hésitent pour leurs nombreux ain, an, 
ans, eng, ant, ent, ens, dont une quantité assez notable sont écrits avec la 
désinence encum dans des textes postromains. 

BoNNERUE, prononcez Bon'ru : en 1541 Bonnery. Ne vient pas de rue, 
mais de ru, ruisseau. La première partie serait-elle un nom d'homme, comme 
Bono? Je rapproche : Boconis mons Bouquemont (Meuse), Taunacun-i villa. 
Tonneville (Seine Infér.) A propos de ce dernier, je dirai qu'il existe bon nom- 
bre de noms semblables en Normandie : Sotteville, Motteville, Beuzeville, 
Gainneville, Yvetot, Manneville, Appeville, Toulïreville, Sottevast, Quitte 
bœuf, Criquetot, etc. Beaucoup de ceux-ci, on le sait, ne remontent pas au- 
delà des invasions normandes. 

BoviGNY : 873 Bovenneias ? 1130 Bovingeis. D'un primitif Boviniacus ou 
Bobiniacus, dérivé ou du gentilice gallo-romain Bovinius, ou du nom d'hom- 
me germanique Bobo et 13000. Cf pour ce dernier : Bobenheim, Bobingen, 
Bobstadt, Bubendorf, Bubenreuth, Bubikon, Boewange (X^ siècle Buvingas), 
Buvange, Bobonis cella Boncelles. Bovigny a pour homonymes, en outre, 
Bovegné sous Goé, Bouvigné (Orne), Bouvignies (Hain) et Bogny (Ardennes ; 
1136 Boviniacus). 

Brisy ou Brihy == 1541 Brichy (Brixhy?), est également une dénomination 
en-iacus et dérive peut-être des gentilices Brictius pu Brisius. Cf. Brisiacus 
Breisach (allem.) 

Bru : Le moulin du Bru, à Cetturu ; 1550 le brus de Mons ; « Item doibvent 
faicher et fener le brus de Mons et mener au chasteau de Houlîalize. « (Com. 
Lux., IV, 355). Ainsi que je l'ai dit p. 16, de mes Recherches sur la Topon. 
du pays gaum., ce vocable avait primitivement le sens de forêt réservée à la 
chasse, qu'il conserva assez longtemps dans certaines régions (1), mais qu'il 
échangea de bonne heure par ici contre celui de pré seigneurial. 

BuLziN 1682 (Com. Lux., IV, 401 : « Nous sommes aussy seigneur foncier 
de la court de Bulzin, aiant pouvoir de créer et destituer un mayeur, etc.» ) 
Bulkin même année (Ibid., 402 : Les rentes dictes « les peschirons » ...au 
village de Limerlé le huit janvier, pour tapise (?) de tailles de la cour de Bul- 
kin, douze florins onze sols. ») J'ignore où se trouvait cet endroit qui n'est 



(-1) Je crois qu'il a encore celle signification dans ses deux vers tirés d'une Pastourelle du XlIIe siècle : 
«... Que ces oiselez ne tient 
De chanter en bois n'en bmil. . . » 
Cf. aussi le bois de Uniile p. Gl de Duvivier, Rerh sîir le Uainaut ancien, un autre (?) p. 530 du même, 
un troisième p. 211, Druelh nemus p. 323-224, Brolium ibid. : Bnliiim « excelsa silva « en ilo8 dans 
Ducange, Gloss. 



— 312 — 

pas à confondre avec Baclain, cité aussi dans le même document. Prononçait- 
on Biilcin ou Bûcin'l jMème désinence qu'en Baclain, Cherain, Bihain et pro- 
bablement de même origine. 

CÉDROGNE (la), forêt ; le ruisseau de la Cédrogne. 1235 Sedrones (vilL), 
foret de Sedrones ; 1242 Sendrogne. Pour moi, c'est une appellation hydro- 
nymique, à rapprocher de Sidrona, la Sitter, rivière d'Allemagne et de 
Sedena le Serain (pour Sénain) français. 

Chenet (le), à Mont : en 1529 le Chcnneux de Mons ; le Chenet à Bihain. 
Identique à nos Chenois, Chanou gaumets. La signification (chênaie) en est 
])ien connue ; néanmoins j'estime que ce petit renseignement pourra servir 
à cpiiconque voudra un jour étudier le suffixe etuni en Wallonie. 

(".iiERAiN : 666 Charaneo, 1235 Cherein, 1244 Cluraing. Nom germanique 
en ing. Cf. Carestat 1016 (Foerstem.) 

Chèras : Os-cs ehèras, à Mont ; ehâleau des Cheras. Voir art. Charrau dans 
mes Recherches, etc., p. 58. 

Chevral, affinent de l'Ourthe, à Achoufïe et venant du bois St-Jean. 
Diminutif de Cabera = Capera, équivalent de Gahara que je rencontrerai 
plus loin. 

CiTATTE : Al Citalte, l.-d. à Tavigny. Je ne connais pas l'étymologie de ce 
vocable. Ce ne peut être évidemment le lat. civitatem ni le germ. stadt, qui 
ont donné ou eussent donné cité, cité, stéy. Peut-être se retrouve-t-il dans : 
Rasladt 1. d. à Wibrin, et Rastadt entre Vellereux et Bertogne. 

Combes (les), à Mabompré. Nom fort répandu en France, où il est encore 
usité couramment avec le sens de vallon. Cf. les Camhes, à Tintigny. 

CowAN : 1235 Quant, 1244 Couant, Couan, Cowan, 1255 Chuan, etc. J'ai 
noté un Cohan, dans l'Aisne. (Fr.) ; mais je crains assez que ce ne soit un nom 
de la famille-de -m^en, comme on le croit pour plusieurs appellations revêtues 
de la désinence an - ans, ent dans ces régions. Le nôtre peut se ramener à 
l'un des primitifs suivants : 

a) Cucuant et Cucant : cf. Cocuneda (local), Coca ou Cuca (cogn.), Cocasus 
(id.) Cocillus (id.) Cucalus (id.), Cocuro (id.) Cocus (id.), Coconiaco (loc), 
Medu-anto Méan {^),Bier- ant le Biran beaurinois, Graun-cmto vico (loc), Juv- 
anlus (cogn.), Junantus (id ; coc), Ivantus (cogn.), Namcmlus (id.) etc. 
(Voir notamment Holder, Altceltischer Sprachschatz, pass.) ; 

b) Cutuant ou Cutant : cf. Cotus (cogn. d'un notable éduen), Colillus (cogn.), 
Cotu (id.), Cotuantii (peuple, dans Strabon), Cotuco (cogn.?), Cotulo (id.), 
Cutullus (id.) Cuda (id.), Cudius (id.) etc. (Holder, cité, pass.) 

r) Moins sûrement : Cuvant ; cf. Covennos (île, dans Ptolémie), Covcrna 
(lieu), Covolus (inscript.) Holder, ibid.), Cucubarrum, Cucuvarum, Couard 
(France). On sait que ce village était jadis un endroit assez considérable et, 
cjue sa paroisse est très ancienne : Houfialize, primitivement, faisait partie 
de cette dernière. 

CoMPOGNE : 1145 Coinpendium in Ardunna, 1238 Compagne, 1240 Com- 
ponia, 1244 Coponia, 1249 Copoinhe et Compoihne, 1250 Copogne, 1270 



— 313 — 

Copongne. Avec M. Roland (Topoii. Namuroisc, 489), je doule que Com- 
pendiwn de 1145 se rapporte à Compogiie, ou sinon, ce n'est qu'une traduction 
liasardée : il n'y a pas de raison assez plausible pour admettre que compendium 
ait eu ici un autre traitement qu'en France, où il a engendré Compains et 
{^ompiègne. Il est certain qu'on disait déjà au XIII^ siècle « Copogne », si 
pas « Qu'pogne », puisqu'il y a hésitation entre Com et Co dans l'orthographe. 
Cette forme dialectale peut remonter bien plus haut. Il faut donc recourir à 
deux hypothèses : a) Coinponia, dérivé de Compo :=^ cumbo: voy. dans Holder 
Andacoinboriiis, Arecunibii ; b) Copponia, non documenté, mais qu'on peut 
toutefois rapprocher des cogn. Copillos, Copinus, Copiius, cités par le même 
auteur. 

Darzy, l.-d. à Mont. Comme Darciacus mentionné dans Pardessus, Diplo- 
mala, etc. n. 587, Darsiacum Darcey (Côte d'Or), Darsac (Ht^-Loire), rentre 
dans la famille des dénominations en accus. Pour la première fois, rappr. 
Condercus, Derceia, Derco, Inderca, Dercenna, Indercillus, dans Holder, 
ouv. cité, pass. 

Dînez : 1252 Dynei, Rentre aussi dans la famille du précédent, par le 
suffixe. Il faut noter cependant la divergence du traitement : de même qu'en 
Lomré, Samrée, Ottré, Régné, Jévigné, Erezée, Lohéré, Borzée, etc., le nom 
a conservé son ancienne forme romane, tandis que Darzy, Tavigny, Bovigny, 
Rogery, Filly, Bourcy, Hardigny, etc., ont évolué de ici à i plus ou moins 
long. 

Dinez peut provenir : 

fo de Diniacus, comme Digny, (Eure-et-L.) ; 

2° de Ditiniaciis, comme Dithinéis Pétigny (Nam.) ; cf. aussi des Det- 
tingen, Ditzingen, Tétange germaniques ; 

3° de Disiniacus, duquel sont à rapprocher plusieurs Thizy, Dissais, Dis- 
say, Dessat, etc., français. 

En eiïet, il est à remarquer, dans nos contrées, lorsque la syllabe initiale 
de radicaux en iniacus de plus de deux syllabes (non compris la désinence us), 
est brève, la seconde s'èlide souvent, c'est-à-dire que Vi devient muet, et 
les terminaisons gné, gny, se réduisent à né, ny. Voici quelques exemples : 

Rett'nî, Vadenay, de Reiiiniacum, Wadiniacuni ; 

Lucenay, Crisnée, Bouchenî, Gochenée, Trèjnî, de Luciniacum, Chris- 
liniaca, Businiacus, Gosiniaca, Trasiniaca ; 

Harnî, Merny, de Hariniaca, Meriniacum ; 

Yernée, de Erliniaca ; 

Franquenies, de Franconiaca ; 

Gimnée, de Geminiaca ; 

Gouveny, Giveny, de Cubiniacus, Gabiniacus. 

La chute de Vi de la seconde syllabe a pu se produire de bonne heure et 
entraîner plus tard celle de / (Ditianicus et Ditgney et Diné) ou celle de s, 
phénomène qui s'est accompli dans Masigniacum jNIagny-en-Vexin, Pici- 



— 314 — 

niacuin Piiicv (Aubo), et j)r()l)a!)lemciit eu Chisniacuiu (Ihiiiy, Prisneij 
Prény. (1) 

Engreux : 1242 Emjroiil, si jeu crois Pral, 152U Ennegreu ; en wallon 
Enngret, Eimgreii. Ces deux variantes dialectales trahissent un primitif en 
eliim. Se ait-ce Nurarelum'7 Je ne le crois pas : ce radical a donné en Lorraine 
l)lusieur.s Norroy, pour Nogroit, dont le g a disparu de bonne heure. Pour- 
quel aura l-il conservé le g ici, quand cette lettre ou une équivalente disparaît 
dans neur, de negrum, pèlerin, de peregrinum, sermint, de sacramenlum'? Et 
puis, nu s'altérerait-il en enn"? 

Renfermerait-il le mot goreu, goret = Goroil Goreux (Voroux-Goreux) et 
le l.-d. è Goreu (1678 Goreux) de Jupille, dans lequel la première syllabe est 
brève et par conséquent, susceptible de se changer en gr'? Dans ce cas, il res- 
terait à expliquer enn. On m'a suggéré le rapprochement du wall. « en' éri » en 
arrière, mais ce n'est pas le même cas : dans cet exemple, n est dû à la liaison 
du premier è avec la syllabe initiale de îri ; devant un mot commençant par 
une consonne, on n'aurait évidemment pas cet n. Risquera-t-on è (n) cgreu"! 
En pareils cas, la forme du nom reste apparente, ou tout au plus s'agré- 
mented'un n prosthétique, comme dans les wall. Nollômont et Nalhoumont. 
Je n'ose pas supposer non plus que primitivement on disait en le garoil, 
puis successivement è V greu, pour aboutir à è n' goreu. On n'a point 
d'exemples semblables ; au contraire, on trouve « o tchèneû, otchènet,ofayi)>, 
ou encore par la chute de l'article, assez fréquente, Freyneux, Rovrai, Che- 
nois, Esneux. 

Je préférerais l'hypothèse de Ennincoritum & Ennencoredum, qui peut 
amener « Enngret, Enngreu « : en original s'est altéré en è ou s'est amuï dans 
Hendreia et chandregia la Hédrée, Warentiacus et Warencias Warzy, Haren- 
zey Harzé, Lorenceis Lorcé, intus ens et èz ou oz (dans oz-cs...) Rapprochez, 
pour cette étymologie celtique : a) Enno (cogn.), Ennissa (id.), Enguriacum 
St-Jean d'Angely, Ingauni (peuple), Alvinca (cogn.), Ellinco (lieu dans Pline), 
Bodincomagus (id. en Ligurie) ; h) Anderiium Antérieux (Cantal), Augus- 
loritum Limoges. Rilon, rituni, d'après plusieurs celtistes, signifiait gué. Je 
rappelle la position d'Engreux, situé à proximité de l'Ourthe. 

Ertonfontaine, sur Mont. Probablement la fontaine d'Ortho. Cf. Artaing 
Artet (Liège). 

EspÈCHES (les) 1682 (Comm. Luxemb., t. cité, p. 397), Al Sepeche à Stein- 
bach. Je leur connais plusieurs homonymes en Ardenne, nommément à 
Rochehaut, Auby, Vivy et Vonèche. Je crois que c'est l'adjectif épaisse. 
S'appliquent ou s'appliquaient à des bois. 

Faien (le). Diminutif du vieux mot fay ou fa, hêtre. Cf. le Foyin, sur Arville. 

Floumont, près d'Ortho. J'ai noté dans Quicherat (De la form. franc, 
des anc. n. de 1.) un Flodobo monte. Flou pourrait aussi être Flodulf ou Fro- 
dulf. 



(1) Pour les noms en iliacum, cf. aussi : 

Waldiliaca Vodelée, Martiliaciis , Maclet ou Martlef, Gosiliaca, Gosselies, Waniliaca Wagnelée, 
ViriUacus Verly, GalUniacus Jaulny ou Jauny, Buçadiacus Bicqueley . 



— 315 — 

Fraiture : 996 Fractura, 1250 Freture, 1272 Frailures. Synonyme de 
Frély, 1. d. à Jalhay, de Fretieres, Fêter auj. Fter (Serville, Nam.) et dérive 
comme eux du lat. f racla brèche = défrichement? 

Garcy, l.-d. à Mont-le-Ban, où se trouvait un village autrefois, à ce que 
rapporte certaine tradition. Ce nom ne serait-il pas une métathèse de Gracy, 
à la façon de parfond pour profond. Gracy viendrait d'un primitif Graciacus, 
Gratiacus, de même que beaucoup de Grazay, Grézieu, Grazac, Gressey, 
Grésy, Gressy, Grézac, Grézieux, Grazago. Ou un ancien Gosartiacum 
G'zarcy et Gharcy? Cf. le prénom Goson. 

GiVES, GivRY et GivRouLLE. Situés le premier sur l'Eau de Rollé, les deux 
autres sur l'Orneau ou ruisseau de Mande-St-Etienne. Gives paraît être 
pour Givres, lequel est peut-être l'ancienne dénomination du ruisseau de 
Rollé et qui vient de Giu-ara : cf. Givunna, le Givonne (Ardennes), ou de 
Gab-ara : cf. Gabellus n. d'un affluent du Pô dans Pline, Gabris Gièvres (Loir 
et Cher), et aussi Gabrila, Gabrillus (cogn.) et Gabromagus mentionnés par 
Holder, ouv. cité p. 1511. 

Nos deux petits cours d'eau ont pu être confondus : de là Givry, dénomi- 
nation en iacLis tirée de celle du ruisseau, comme 762 Casleaca sur le ruis- 
seau connu Casetla, Gtaniaciim de Glanis le Glain, Tiliacum Tilly du 
Tylus ou Tyle, Lethernaciim ou Ledernaii Lierneux de la Lederna ou Lienne, 
Ortao Ortho^ de Urta l'Ourthe, Alzingen de Alisuntia l'Alzette, Usingen de 
l'Usa. 

Il y a eu, semble-t-il, pareille confusion entre le ruisseau d'Aiseau et celui 
de Fosses, tous deux Bebrona et Bervenna auj. Biesme, entre l'Ornot ou Or- 
neau (Orn + ot, eau) d'Onoz et l'Orne sous-affluent de la Dyle, entre celle- 
ci et son affluent le Tyle, ainsi qu'entre les deux bras de l'Ourthe. Givroulle 
est évidemment le diminutif de l'un des deux autres vocables. 

Hardigny est, je crois, un ancien Hardiniacus, formé du prén. germa- 
nique connu Hardo, Harto (Eberhard, Bernhard, Hardwin, etc.) 

Hariwez, sur î\Iont-le-Ban, C'est-à-dire le gué de Haric. Cf. pour ce nom 
d'homme Wernher et Garnier, Heringhen (Her-inghem), Heringen, Harel- 
dingen et Harlange (Har-eld), Hersele Herzeele, Namicho (Nam-ico), Hczeca 
(Hez + ica). 

Hez, dans Belhez, Chabreheid, St-Pierrehez, etc. J'ai dit ailleurs que ce 
mot était le german. heid. = bruyère, broussaille. 

HouBiÉMONT : 1682 (Comm. Lux., p. 401). Le mont, la hauteur de Hubert. 
On voit que Hue donne bien Hou, ainsi que je l'ai écrit à l'art. Houiïalize. 
Bert s'altère en biert et bié, comme dans Joubiéval, Lambiévâ. 

Langlire. Probablement pour VAnglière (angularia). 

LiMERLÉ, en ail. Lamscher pour Lamsler, Lamsçhler ; anciennement 
Lommerslair, Limerley, Linmrlé, Lamerly. Renferme l'ancien suffixe germ. 
lar = séjour, demeure. 

LiRY, à Mabompré. Peut se traduire par Liriacus ou par Leodariacus et 
Leodriacus, ou encore par Lidriacus. Cf. Litrange (Brab.), en 1598 Lieteringe, 



— 31G — 

Lcudicus Liège, pour Lîgc (wal. Lîdjo), Lérouville (Meuse), les ii. de famille 
Leray et Ser ville. 

LoMRÉ, au XVI I^ sicele Lomeré, et qui a dû s'écrire Loinenj, à preuve le 
nom de famille Tvomr^'. Pourrait-être un ancien Liidomaricus, dérivé du 
n. germ. Ludomar (cf. Hlodomir, Hlodowig et Louis, Hladulf et Ludolphe ou 
C'.loud.) 

Mattonrus 1552, à Cherain, (Comm. Lux., t. cité, p. 357), Masonniz 1561 
(Ibid., 361) Quelle est la bonne orthographe? Je ne puis répondre. Quant au 
suffixe, je crois que c'est ru = ruche, ruisseau. 

Meusin (le) ou ruisseau de Belle Meuse ; appelé également ruisseau de 
Martinmoulin, sur certaines cartes, mais erronément, car le vrai ruisseau 
de Martinmoulin descend des Tailles ; vient du bois de Bérimesnil et se jette 
dans rOurthe. J'ai déjà cité ce petit affluent à l'art. Semois de mes Recher- 
ches, etc., et en ai indiqué la synonymie avec la lieuse (^losa). 

Mont-le-Ban, 1235, Banno, 1613 le banc du Mont. Aurait été la partie 
serve de ^lont, par opposition à l'autre, qui se sera appelée Mont-Ia-Ville, 
j\Iont-la-Franchisc, au moins quelque temps. 

ÀIoxt-St-jMartin, et Sl-Marlin, l.-d. de Bovigny. La légende du pays dit 
que celui-ci est l'emplacement d'un ancien village homonyme, détruit par 
les Barbares. (?) 

N'est-ce pas le même que le Mont-St-Martin cité en 1308 (le r^Iont-St- 
Martin), 1310 (paroisse de Mont-St-M.), 1531 (par. de Montmartin, iNîons 
Sain et Martin, 1575 (id.) 1598 (la cour de ]\I.-St-M.) et en 1759 (id.)? Voir 
Com. Lux., t. cite, pp. 236, 288, 372 et 622, Vannerus, Biens et Revenus dans 
clergé luxemb. en 1575, pp. 110, 210 et 222. 

Nadrin (pron. Nâ), section de Wibrin. Semble être un Aldringen primitif, 
vocable assez commun en terre germanique et dérivé de Aldhar Aider. 
Ici, il y aurait'prosthése de n, comme dans les wall. Nollômont, Nâlhoûmont, 
comme dans Nawiscourt, forme du XVIII<^ siècle pour Aviscourt. On ne con- 
naît pas de formes assez anciennes de Nadrin; c'est pourquoi je me contente de 
cette hypothèse bien vraisemblable d'ailleurs. 

Ollomont, que j'ai cité, déjà à plusieurs reprises, pourrait correspondre àun 
ancien Olodi Mons = la hauteur d'Olod. Cf. a) Olingen (G.-D. de Lux.) 
Olhain (Pas de Cal.), Olincthun (ibid.), Oeleghem (Flandre oc.) ; /)) Benul- 
zfeld Ville siècle auj.Binsfeld (G.-D. de Lux.), où Vs est la marque du génitif, 
Fulcoiiaca et Fulchosies Faucousy (Aisne). 

Ottre a tout l'air d'un ancien Ollariacum, issu du n. d'homme germ. 
Othar, connu par des Ottringen, Oeutrange. 

Plain de Bonneru (sur le), l.-d. à ]Mabompré. Plain est un vieux mot, 
encore usité par endroits, équivalent au classique plaine. 
« Li dui baron... 

Sont descendu dou palais jus au plain. » 
lit-on dans Amis el Amiles, poésie du XII" siècle. 



~ 317 — 

PiREYES (Os-ès) : dans les Pierrées, dirait-on en France Suffixe ala, comme 
dans Ramée, Schavée, Bosquée, chaussée, Pavée, (Vie.) etc ; qu'il ne faut pas 
confondre avec V cye liégeois, qui correspond en outre aux français il (le) 
et ie. 

PouHOU, à Mont-le-Ban. Du lat. puteolus. On connaît le mot poiihon, 
plus fréquent. 

PoujOMONT 1671 (Com. Lux., IV, p. 393), bois appartenant autrefois 
aux seigneurs de Houfïalize. J'ai noté aussi une graphie Pauyomonl. 

Prales (les), sur Bovigny. Cette dénomination également rendue par 
Préalle, Praïellc, Prèle, Prelle, Presles, Praule, est excessivement commune, 
et s'applique généralemeut à des prairies, sinon à des villages(Presles, Prelle, 
la Préalle, la Prèle). J'ai dit ailleurs qu'on y a vu à tort des praeliuin ou 
champs de bataille et que le vrai radical est praiella, forme sous laquelle se 
présentent à nous les plus anciens de ces vocables. Praielle était encore 
usité aux XII et XIII*^ siècles ; on trouve à cette époque : 

« Moult fu biaus li vregier 

Et gente la praële » (Roman d'Alexandre). 

« Je l'oï an la praielle » (Chanson anonyme). 

Rachamps : wall. Ralchan, anciennement Radians 1088, Rachamps 
(Grande) 1469, XVI I*^ siècle Rechamps, Rapto campo, Rasi campo, Rigido 
campo. Paraît à première vue un composé de campus campagne : mais je 
doute que Ra soit un nom d'homme Rado ou un des qualificatifs rasus, rap- 
tus, rigidus. De plus, la graphie de 1088 prouve que cette signification n'était 
pas universellement apparente. Cantus est un radical gaulois employé éga- 
lement comme second terme : cf. Avicantus, Rigocantiis, Virocantus, Medio- 
cantiis (lieu), Brolccmli (Bréchamps, Eure-et-L.) énumérés dans Holder, 
AUcell, Sprachsch, le cognomen Abascanlus que je trouve dans Allmer, Ins- 
criplions de Vienne, III, 18 et VIII*^ siècle Machantus Mochamps. 

Règne, en 1469 Regny. D'Arbois de Jubainville (Recherches de l'origine 
de la propriété, etc., p. 393) mentionne 52 Regney, Regny, Reignac, Reignat 
Reigny, Reignac, Rigné, Rigneux, disséminés sur le sol français et les ramène 
tous à un primitif Renniacus, dérivé d'un gentilice Rennius. Régné peut 
aussi se déduire de Rageniacus, formé du nom d'homme germ. Rageno ou 
Regino, assez connu. 

Rettigny : 1235 Relcneis, 1244 Retiigny, 1551 Reiltiny ; en allem. Rellen. 
De Raltiniacus = fonds du germ. Ratto : cf. des Rattenberg, Ratzing en 
terre allemande. 

Ronce (la), affluent de la Salm qui arrose Langlire. Ne serait-ce pas le 
même radical que les Rancia Rance françaises? 

RÔSET, l.-d. à Buret. Correspond à un primitif Rauselum, lieu planté de 
roseaux, de même que le Rôsoy de Tintigny. 

RouvROY, en wallon Rovrai, en ail. Rim}erl, anciennement : 1437 le tiesche 
Roiwereau, 1451 al tièche Riveries, 1682 le Tiche Roiweroy. La dénomination 
allemande prouverait que c'est un primitif Roborelum, comme Roiwroy- 



— 318 — 

iez-Virloii et Rovreux à Bovigiiy ; dans ce cas, la forme wallonne serait le 
diminutif. Mais Rûwert ne serait-il pas plutôt un ancien Ruweralh, avec 
ralh = rolh comme dans Wolmerath? 

Taverneux, autrefois : Tiwernou 11 18 et 1143, Tavernois, 1235, 1242, 1244 
et 1289, Tavernoi 12r)9, Tauernee 1468, etc. Je ne sais pas s'il faut accorder 
beaucoup de confiance aux graphies en oi : au XIII^ siècle, cette diphtongue 
était probablement déjà altérée, dans ce pays, en eu ; c'est ainsi qu'on trouve 
moible pour meuble dans un texte de 1272, alois pour alleuds dans une charte 
de 1248, Velroy en 1270 = Vellrud en 1244 et Vellerut en 1238, Vervuelh 
Vervoz (Virvaus = Virviacum et 862 Vervigium) = en 1317 Vervoy. Taver- 
neux peut donc être ramené à un primitif Tabernaus ou Tavernaus, 
vocable celtique, dérivé d'un nom d'homme Tabernos (?). Pour ce dernier, 
rappr. : 1° Tab-in-iacus Tawigny, 2° Ept-ern-aciis Echternach, Med-ern-acus 
Medernach, Mett-ern-iacus Metternich, Mand-ern-acus Manternach. 

ToMBLAiNE, l.~d. à Bethomont. De tombelle, petite tombe, suivi du suf- 
fixe anus, ana de Hawène, Touraine, etc. 

Trôneux (le), à Renglez. Identique aux Trablou et Trembloy gaumets 
et aux Trianoy du Hainaut. 

Vacheresse : le Nyâ des Vacheresses, sur Bihain. Nyâ (cf. le gaum. nyau, 
nuyau) signifie à la fois nid et nichet. Vacheresse est ici le féminin de vacher. 

J'ai parlé du suffixe eresse comme objet d'étude dans mes Recherches. 
Quelques mois après la rédaction des lignes que je lui ai consacrées, parais- 
saient précisément les Nouveaux Essais de Philologie française de M. A. Tho- 
mas, avec un article documenté sur ce suffixe. C'est une désinence, nous dit ce 
dernier, formée à l'origine par l'addition de icius aux mots en aris, arius, 
mais qui, dans la suite, a été ajoutée en bloc à une certaine quantité de thè- 
mes. Il y a en réalité deux suffixes dans cette terminaison, fo rissa eresse, 
quand le thème était composé de (a) tor et (a) or et eur, ex. : venderesse, de 
vinditor vendeur, et par analogie quand il finissait par or et eur ; 2° arica et 
erèce, quand le radical était terminé par aris, arius, ex. : wal. pwartcherèce, 
féminin du pwartchî (porcher), vatcherèce, fém. de vatchî (vacher). 

Vellereux, dit aussi Vellrel en wall., est écrit Vellerul en 1238, Vellruel 
en 1244, Velleruel en 1250, Vilroy en 1270 et 1362, Velleroit en 1307, Veleroie 
et Villeru au XY^ siècle, etc. L'une des formes wallonnes condamne l'éty- 
mologie de villariolum proposée par M. Kurth, Front. Ling. I, p. 409. Le 
thème primitif devait être terminé par eluni ou iUun. Je connais de nom un 
Velleret français, mais c'est un ancien Velatuduruiii + et ; ainsi qu'un Ville- 
roy meusien, qui est peut-être un primitif Villariacus: je note aux environs 
Salviacus Sauvoy, Reffroy, Broussey, Vaduni Void (= wez), et dans la même 
région Fonliniacus Fcntenoy, Montenoy, ]\Ialleroy (?), le Void, Nantois, 
Tonnoy, Palnoy, Nançois, Manois, Renauvoid, d'après lesquels on peut cons- 
stater une altération en oi d'un ancien é, particulière à la Lorraine. Il est à 
peu près certain que 1'/ (ou les 2 /) si cette lettre existait dans le thème pri- 
mitif, était anciennement suivi d'une voyelle, sinon elle se serait vocalisée 
comme dans Melsin, Maissin, Bellerinus, ])lusi(Hirs Beauraing (dont l'un est 



— 319 — 

en wal. Biarin), bellilalein « baité ». Je n'ose pas recourir à des primitifs 
Vernaretum (Vern arius + etum), Viminaretum (Vimin-arius + etum), 
malgré les exemples de Boulier (gaum. boûli) = boule ou bouleau, Boulleroy 
= Boulois, osier = 1. oisus, peuplier = plope (pour pople), et quoique le chan- 
gement de rn-r ou de mn-r et nnr en // paraisse assez admissible à première 
vue. Pour le moment, je me contente de rapprocher Villa relia, Villaregia, 
Vellereille (Hain), Valleroy (Meurth.-et-M.), id. (Vosges) et Vallerois (H^e 
Saône). 

ViLLYE, l.-d. à Mont où l'on a découvert des vestiges assez importants 
de l'époque romaine. On peut proposer un primitif Villiacus ou Villiaca, 
propriété de Vilius ou Villius, comme pour Villac (Dordogne), Villey-Crécry 
(Côte d'Or), Villeu (Ain). 

VissouLE : 1587 la Vissoule ; en wal. Visroule. Paraît être le diminutif 
d'un ancien Visse, qui, je crois, serait le nom antique du ruisseau de Co- 
wan ; à l'appui de cette hypothèse, je rapproche : Vis urgis ou Wis eraha 
le Wéser, Ves ère la Vesdre, ou Weser, Vis usia la Vesouze, Visa la Voise, 
Vis ula la Visule, affluent de la Méhaigne, Ves ona la Visone italienne, Wis 
apa la Wiseppe, Ves-unna et Vesunnia citées par Jullian. Hist. de la Gaule, 
I, 115, le Vezon, sous afïl. de la Moselle, et la Vesse à Assesse. 

Visroule n'est pas nécessairement le diminutif de Visera : certains dimi- 
nutifs ont été formés avec r, par imitation avec d'autres où les désinences 
suivaient un r final. C'est ainsi qu'on a : 

Pisseroule, Pisserotte, à côté de Pissot, Pichot, Pichoux. 

Goteroule à côté de Gottale, Gouttelle. 

Ponceray et Ponceret à côté de Ponçai, Pançai, Poncel. 

Bocrai, à côté de Boschet, Boqueteau. 

Rouillerot, à côté de Rouilly (Aube). 

Quincerot (Yonne) à côté de Quincey (Quintiacus). 

Wacherais (les), à Bovigny, de Wachai (des Prâles). 

Arlondel, Herlondeal, Orlondel, Alundea, Arlundrel. auj. Allondrelle, en 
gaum. Alondrié (voy. mes Recherches, p. 38). 

Enfin, fr. puceron, moucheron, liseron, poétereau, pâquerette, gaum. 
boutcheré, tchapiran, houppré ou houppran, tchiquerotte, coqré, placeré, 
lîtré (ailleurs lîté), mouseré, wall. latrê, cottrê, mossuria, fourtchrè, 
fouyeré, hatcherè, lamerè, lèherè, leûvrè, lombrê, nokerê, (cf. ailleurs nokette) 
pèserê, samroû (essaim), coultroû (culot) vosgien gratteré (aill. grattereau, 
gratteron), étrangers à la toponymie (1). 

Wachai des Prâles (le, au) et les Wacherais des Prâles, (ou le), à Bovigny ; 
LES Wachaux à Mont. On a beaucoup écrit déjà sur ce vocable, relevé en 
cent endroits : 



(1) Malgré M. Feller (art. dans les nos 3.4 de 1910, du Bullet. du Dictionn. Général de la Langue 
Wall., 77-121), je persiste à croire, en présence de celte liste assez copieuse, à l'existence de désinences 
- rel, - reau, - rai, - ron, - roule, formés par analogie avec des primitifs en el, - on, dont la première 
partie avait déjà r. 

Cette même particularité existe dans les dialectes allemands : Lammerchen, Schânerchen, Haserchen, 
diminutifs de Lamm, Schong, Hôse. 



— 320 — 

Anciens : 
XIV*^ siècle Wiri.vhnyc, à Freeren. 

1311 les Warisseaux, à Villers-Deux-Eglises, 

1312 les Warrssias, à Pelil-Leez, 

1340 le Werissial de Faurecliinnes (P'arcienncs), auj. le Warickat. 

1348 Werisealpia à Boirs. 

1350 Weriscalpinin dictum le grant Bronk à Roclenge-lez-Bassenge. 

1356 Werisealpia, à Visé. 

1378 Werissay à Heure-le-Romain. 

1393 les Waressias, à Thiméon. 

1504 Weri.vhas délie Borgois à Beaufays, auj. le Wcrihê. 

1541 Waressai, auj. Warichel (au cadastre), à Forges. 

XYIII^ siècle, les Waressaix, à Saintes. 

Etc., etc. 

Contemporains : 
Le Wassai, à Hollange. 
Le Walchet, à Villers-la-bonne-eau. 
Le Wâchel, à Saint-Léger. 
Les Waressais, à Montbliart. 
Les Warissais, à Rance. 
Les Wariehelles, à Momignies. 
Le Petit Wariehel, à Hemptinnes (Egh.) 
Le Werichel des chevaux, à Au vêlais. 
Les Werichets, à Avernas-le-Bauduin. 
Le Petit Werichel, à Lincent. 
Etc., etc. 

Ducange — on l'a dit avant moi — avait deviné le sens exact de ce mot : 
« loca publica quae incolarum usibus permittuntur. » Seulement l'étymologie 
de « water (= aqua) + scliap (= ductus) » qu'il propose ne me paraît pas 
admissible et je ne suis pas seul de cet avis. Ducange a travaillé, pour cette 
interprétation sur des chartes de l'époque romane, dont bon nombre de lati- 
nisations ne sont que médiocres. Elle n'explique pas, surtout, les variantes 
« warichet », « warissia » et « warichellc « (2) M. Vanderkindere a avancé, 
contrairement à Ducange et à ses copistes, que le mot n'a rien de commun 
avec water et « se rattache au même radical que waretiim ». 

JM. Vanderkindere maintient cependant la deuxième partie, scap. 



(2) Waiifs raphim n'eût donné que les finales - clioi, liai ; ce qui appert de : stjnapem séné, 
rlavem clé, caviiin chai, sapin sais ; cf. aussi J'abam fève, Amblava Amblève, amabam aimève, Grez- 
Doiceau ^ 15o7 Grave en fiant. — Srapiiim eût pu même dégager un i après c, d'où une forme, 
comme Warchi : cf. incrcatnm martchi, capiim ( -= caput) rom. chief (ior. cliî, goum. tchû), scalam 
gaum. chùlc, cliieule pour chîlc, piscare pèchi ou pèchi. 



— 321 — 

Pour moi, waiischel = waressia, waressai, wachai et wirichai, warischelle, 
werischet et waschaii ne sont que des diminutifs de ce waretum, en roman 
giiarris, garis, giicret, waret : 

Ou ce dernier aura été traité comme un primitif en ilium, ou bien les ter- 
minaisons cel et sia = ce = hé, celle, cet, çaii sont respectivement les dési- 
nences diminutives celles, celle, cet (formée par imitation) et ciolus (forgée de 
même). Je rapproclie pour ces dérivations : Faygé, Clienisay, Fîzé, Cot'hê, 
Rebisiiel = Rebjoux, Coldricioliis Coudrecieux, Conisuel Conjoux, Lomne- 
suele Lampsoul, ^lissoul, Flamizoul, Stapsoul, Rohon = Richot, vx fr. 
berceuil = fr. mod. berceau, diminutif respectifs de Fagetum Pays, Chenis, 
= Chenet, (pour Chenois), Fî ou fief, Curticulus et curtile Courtil ou Corty, 
Rabais, Coudray, Colnidum Conneux, Lumma Lomme, Médis My, Flamierge, 
Stabulis Stave, riuus et Ru ou Ry, berce ; et aussi Saussure, Saulzoir et Saus- 
souze, équivalents de Saliceliim Sosoye, Saucy, Sâceu, Sâsset. 

WiBRiN, autrefois Wibrant, Wybren, etc., est encore un ancien nom en- 
ing, formé apparemmenl du prénom germ. Wibhar, dérivé de Wibo ou 
Wipo, plus connu. 

WicouRT, dont j'ai noté une forme archaïque, Wicoiirt, est peut-être la 
ferme ou court de Wido, en rom. Guidon ou Gui, ou de Luduvic et Louis. 

WiLLOGNE : 1586 Villogne. Malgré Wz7/ppo , la Wilpe allemande, Wiliiwa 
la Woluwe ])raliançonne, et peut être la Wiltz, je n'ose pas trop supposer 
à Willogne une origine hydronymique. On peut tout aussi bien, d'ailleurs, en 
faire une ancienne Willonia (ou encore Willonacum), dérivée du nom 
d'homme Willo, probablement germanique (cf. Wilhelm et Guillaume. 
Willibald et Guillebaud). 



322 



APPENDICE BIBLIOGRAPHIQUE CRITIQUE. 



Prat. — Elymologies des noms de lieux de la province de Luxembourg (1866) 

Etude sur V orthographe et les étymologies des noms de lieux dans la province de Lux., 

dans les Annales de notre Institut, année 1854. 
Travaux bien faibles. Malgré l'exemple d'Avitacus, qu'il savait dérivé du cogno- 
men Avitus, Prat ne peut tirer aucun parti des noms en y, é. Quelquefois, il 
forgea des étymologies qui vont totalement à rencontre des formes anciennes 
citées. Chercha, sans contrôle, ses interprétations dans de Smet, Kreglinger, 
De La Fontaine, Legonidec (Dictionn. breton), etc., voire même chez l'extra- 
vagant Jeantin, tous auteurs médiocres. 

Qi'iCHERAT. — De la formation française des anciens mots de lieux (1867). — Très recom- 
mandable. Certaines de ses identifications sont cependant à vérifier. Je n'ad- 
mets pas non plus que dans Maceria (Mézières, Maizière, etc.) Vi se soit déplacé 
puisqu'on a, dans plusieurs régions Mazère, Magère ; pas non plus dans les 
noms en aria et ière, sinon Calcaria, Frumentaria, Roncaria ne seraient pas 
devenus Chockier, Fromentières, Ronquières, mais Choisière, Fromencière, 
Roncière ; aria a donné d'abord eria, puis en roman ère, alors (mais ancienne- 
ment) l'è de ère s'est diphtongue en iè, comme l'e de febris fièvre (wal. fîve), 
de Beveris Bièvres (wal. Bîve), de petra pierre. Cette explication s'applique 
aussi aux noms en orium et oir = eux : cf. potio poison, vox, voix. L't de iacurn 
n'a pas reçu l'accent comme le croit Quicherat : iacum est devenu successive- 
ment : iagum, iegum, ieium (au moins dans l'orthographe), iei, puis i, ieu ou è 
suivant les zones 

GiRV. — Manuel de diplomatique (1894). — La topon3'mie est traitée au chapitre 111 
du livre III. Y fait un classement par époque de radicaux toponymiques. Com- 
plète donc utilement l'ouvrage précédent. 

HouzÉ. — Etat sur la signification des noms de lieux en France (1864). — Bon travail 
également. Toutefois, se base trop sur des langues néo-celtiques : « les textes 
celtiques anciens manquent et on est forcé de prendre un peu par-ci par-là, 
de manière à faire un espèce de paléontologie » toponymique, dit- il. Je ne crois 
pas, dit-il avec lui que Mezengiacum Mézangé soit à identifier avec Mansio 
(573), Mansiones [111), ni que Masingiacum (pour Masigniacum) Magny 
vienne de mansionile, ni que les Sailly, Cellieu' etc., proviennent du celt caill 
(forêt), car ce dernier eût donné plutôt des Chailly, Cailly. Se trompe aussi 
lorsqu'il dit que « c'est en flamand qu'on prononce Mahanges, Jamonges », 
formes anciennes de Méhaigne, Jamoîgne. 

KuRTH. — La Frontière linguistique en Belgique et dans le nord de la France, 2 vol. 
(1196-98). — Ouvrage important avec énormément de bons renseignements. 
Restant sur le terrain toponymique, je me permets les quelques observations 
de détails suivantes. Se basant sur des graphies du IX»" siècle, c'est-à-dire du 
commencement de l'époque romane, l'auteur croit que le suffixe bise provient 
d'une forme bacia et becia : je suis d'avis que bacia eût donné plutôt baise, 



— 323 — 

comme vraisemblablement en Barbaise (Ard. fr.) ; cf. aussi basia, baise, sar- 
matia, Sermaize, pacem paix, punaciam punacem, punaise ; le voisinage du 
flamand, comme celui des wallons, becq, issus de cette langue, milite en faveur 
d'un radical bêcia (== bécus), qui peut donner, bise : cf. ecclesiam église, decem 
dix, Alesia Alise. On dira qu'il existe une forme Raurebacya du VII<^ siècle, 
mais elle est tirée d'un document de l'Allemagne et qui nous prouve que cette 
romanisation se fût produite de ce côté de la frontière? Je m'explique par 
le peu de connaissance du wallon qu'a M. Kurth, le scrupule de ne pas faire 
figurer Erbaut dans la liste du radical bach : dans la région on a cependant 
fau (de fagues), boje (baise), ôye (aise). Je ne ferais pas rentrer dans la famille 
des hofstadt le l.-d. des Houstaches, qui, me semble-t-il, vient plutôt de hulsti 
et houx. Amougies au XIV*^ siècle Arnelgus (pour Amolgtis), Amolgus ne doit 
pas dériver d'un Ameliacum. Baranzy, en gaum. Barazy, provient, je crois, 
de Barentiacum et non de Barontiacum. Je raierais aussi de la famille de RotJii- 
liacum ; a) Rumegies, au XIII" siècle Ruemegeias, Rumelgiis et Remegies, 
b) Ramegnies, anc* Ramelgiis et c) Rumillies autr. Rumineis ; a) la forme 
Remelgies est évidemment pour Relmegies ; b) dans Ramelgies, l est pour n\ 
enfin c) dans Rumillies, lli provient de gni, comme dans Imiée, autre Imignée, 
Fromiée anc. Fratnegnies. Séchery s'explique plus naturellement par le wallon 
que par un hypothétique Securiacum. Se trompe aussi, lorsque, voulant expli- 
quer le changement de Rura en Rulles, il cite Isers Izel et Robermont Robel- 
mont ; en patois on dit Igé et Roubémonl. 

Glossaire toponymique de la commune de Saint-Léger, dans les Annales de la Fédé- 
ration archéolog. et historique de Belgique (1886). — A rectifié depuis l'explica- 
tion du vocable Laquemanne. Laisse sans interprétation Contrebois (cf. con- 
tremont), la Troyère (trowîre = trouée), Vauzé (vaUicellus), Hardomont 
(Hardaldi m), Snémux (Sunharii v.) Je crois qu'il se trompe quand il dit que 
Houdlevaux vient de ultra, que Laufosse signifie fosse du loup et que des com- 
posés de ce genre sont communs en wallon luxembourgeois (?) 

Majerou, dans nos Annales, ann. 1885. 
Roland (chan). — Toponymie namuroise, tome I. — Ce tome ne s'occupe que des 
périodes celtiques et gallo-romaine. Bon ouvrage. Débute par un résumé 
phonétique des accidents rencontrés. A l'exemple de plusieurs auteurs français, 
fait dériver certains noms en iacus de mots de la langue usuelle (si/ca, wons, etc.) 
malgré l'absence de textes sûrs. J'ai dit ailleurs qu'il se trompait au sujet du 
Majerou, virtonais, de Biran-Beauraing, de Fter (Fretère) et de Hastière. Je 
doute fort de l'identification de Beezjontana avec Relief ontaine, de Graveloit- 
Fayt avec Gros-Fays. Pour Vuaninga,ie pense vu la forme méd\é\a\eWenagtie, 
que /ig est déjà pour gn. Cenelia (aqua) et Ceneils (au masculin? pour le ha- 
meau), Senoye, peuvent provenir de Cenecua Ceneca,Le Haigneau d'Hingeon 
n'est-il pas un ancien Hingeonneau, au lieu d'être un hypothétique Henio?? 
Avec Tourneur je doute également que Bailaus soit vértablement celtique : 
cette graphie est basée d'ailleurs sur une forme de l'époque romane, Bailos, 
qui pourrait être pour Bailois, et dans tous les cas, on connaît des Bailoy, 
Bailet, Baileux. Je ne suis pas non plus pour le g inorganique de Vendelgeias = 
Vendengias auj. Vendengies, de Ramulgieas Ramulceias Ramousies, de Goi7ien- 
geias = Gomenceias Gomezée, etc., ni pour le c épenthétique de Fulcod- 
Ciacum et Fulchosies (Fulc-ot-iacum) Faucouzy, Rabodciacum et Rabousies 
(Radbot-iacum) Rabozée, etc. Wallay ne vient-il pas d'un primitif Wase- 
liacus, plutôt que de Valliacus, qui eût formé Vailly, Vaille : après /• et s, 
niacum donne de même presque toujours ny, né au lieu de gny, gné. Je serais 
d'avis aussi que Amée, Anthée et Lonzéû sont à classer dans la famille des 

21 



— 324 — 

dénominations en iacus, iacca (1) ; Latinne ou Lautenne, Maillen, Géminé, 
Gedinne, dans celle des noms en inus, ina. L'e de Falemania n'est pas inor- 
ganique, car alors on aurait eu Fautnagne au lieu de Falmagne. Focagne 
n'est-il pas Forcagne, comme Focant est pour Fourcant : focanea semble-t-il, 
se serait altéré en fouagne, de même que focalia, focaria l'ont été en foyailles 
et fouyîre ; enfm, les deux interprétations de Lavedoie sont aussi douteuses 
l'une que l'autre ; si lavatorium a donné Lavadou dans le Cantal, il a fourni 
Laveu à Chantemelle et à Strainchamps, et je ne pense pas que dans le pays 
de la Meuse le traitement soit différent. 

Astanetum, art. paru dans les Mélanges Kurth (II, 289-293). Le radical reste 
obscur ; l'auteur, qui y voit le germ. ast (branche), ne nous dit pas ce qu'il 
fait de an, et puis, comme on Fa déjà dit, il est difficile de passer du sens de 
branche à celui de taillis. 

Les Communes Namuroises, publiées avec plusieurs collaborateurs. Fascicules de 
Auvelais, Arsimont, Froidfontaine et Hemptinne, donnent toujours un relevé 
de lieux dits avec formes anciennes. Pour Auvelois ou Auvelais, je ne crois pas 
que ois ou et puisse venir de ocium, qui donnerait plutôt eu, u, ô ; le Haveloi 
(1095) cité dans les références est évidemment pour Havelus et ne se prononce 
pas comme on le prononcerait aujourd'hui (Haveloa), de même que Semoye 
(XlIIe siècle) est pour Semuye, sm]. Semuy. Les auteurs, en ce qui con- 
cerne l'étymologie d'Arsimont = le mont où croisse des harts (arces), 
d'après eux, ne disent pas ce qu'ils font de Vi de la deuxième syllabe. N'est- 
ce pas plutôt un ancien Arcic ou Arcic-mont : cf. Ersingen, Arsonval, Erquin- 
ghem. Je doute également qu'en Haimentinas, il y ait eu épenthèse de eut après 
le radical Haimo. Foerstemann ne mentionne pas le nom d'homme Haiment, 
mais ne peut-on pas le supposer par analogie avec Walecand,Winand, Eugend 
(Oyend,- Ouen), Folkent, (dans Folkendingen) Hayent dans (Hagendingen)? 

Hatzelfeld, Darmesteter et Thomas. — Traité de la formation de la langue française, 
dans leur Dictionnaire. — Très bon. 

J. Feller. — Phonétique du Gaumet et du Wallon comparés, précédant le Lexique du 
Patois gaumet de Ed. Liégeois. — Bon également. Toutefois, je ne suis pas 
d'avis que Lochno (Rossignol) provienne de luciniolus, qui,' me semble-t-il, 
eût produit lochneu, lochnû; lochno est un diminutif en ot de luscinia, et non 
en olus, encore moins en uculus. Je sais qu'on veut faire venir notre solot, 
sulot (soleil = sole, soha) de soliculus, à cause d'exemples anciens comme ceux- 
ci : « Et ourons les oez de nostre pense as raiz del urai soloilh », « Et quand li 
hom deu astoit eschalfeiz el mult chault soloilh »; mais, dans la pièce d'où est 
extrait le second exemple, je trouve précisément la forme «soleilh », ce qui me 
fait supposer que soloilh se prononçait comme solheil, soleil. Djunou, djuno 
provient de gen-u = culus ; nous n'avons pas d'exemples certains en wallon 
ni en gaumet de o venant de Iculus. 

A. Grignard (S.-J.) — Phonétique et morphologie des dialectes de V Ouest-wallon, édit. 
par M. J. Feller, dans le Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature wal., 
tome 50. — Bon. 

A. CuNsoN. — Glossaire toponymique de F rancor champs, dans le Bulletin de la même 
Société, tome 46. Je dirais presque que Fauteur est atteint de germanomanie. 
Sa Crisnère ne serait-elle pas tout simplement une cressonnière? Son Rus- 
teuboû (pâturage), un composé de boii (bœuf)? La Coquelle du département du 



(-1) D'autant plus que d'autres noms en - ée se trouvent dans le voisinage : Suarlée, Cognelée, 
Rosée, Hayée, Oinézée, etc., etc. que M. Roland classe dans la catégorie des primitifs en - iacus. 



— 325 — 

Cantal n'est-elle pas une petite « Conque » (cf. nos Conques, Conquille)? Com- 
bien je préfère la traduction de Cot'hê en « cortiseau » à l'étymologie celtique 
de « coat, cot. ! » 

E. DoNY., — Toponymie de Forges, dans le tome 51 du Bulletin de la même Société que 
précédemment. Bon. Je crois que son Boulleroy, comme un Bollery que j'ai 
noté ailleurs, dérive de « boulier = boule » bouleau, de même que Pommeraie 
et Mesleroy, viennent de pommier et de « mesplier » = néflier. 

E. Jacquemotte et J. Lejeune. — Glossaire toponymique de la commune de Jupille, 
éditée après revision par M. J. Haust, et parue dans le tome 49 du Bulletin 
de la Société susdite. Très bon. Je n'aurais pas cependant rapproché de Jupille 
le Joppécourt (Jupecuria 1570) lorrain, qui peut venir avec plus de vraisem- 
blance de Godbert-court. 

Glossaire topon. de la commune de Beaufays, dans le tome 52 du Bulletin de la même 
Société. Bon également. Il me semble que Pireus est tout aussi bien un ancien 
Pierroit qu'un petrosus, et j'en vois une quasi-preuve dans les noms Chayneu, 
Fayneu, Fayeu ou Faweû, Frayneu du même glossaire. 

L. Roger. — Recherches sur la toponymie du pays Gaumet, et plus spécialement sur celle 
de Jamoigne. dans le tome 45 des Annales de l'Institut Archéologique d'Arlon, 
Mes propres éludes m'ont convaincu que je m'étais trompé relativement à 
à VEpusum dans la Notitia Dignitatum, Epusio dans Grégoire de Tours, plus 
tard Eçotium, Yvotis, Eçodium, etc. Je me suis trompé également dans l'expli- 
cation de Fontenoille : la désinence latine a est d'abord tombée, puis vers le 
Xle siècle, le t de etelle s'est amuï et plus tard elle s'est changé en oille (selle). 
Ainsi que pour Ferbas, où la première, partie ne doit pas être un nom d'homme ; 
je rapproche des Ferbach,Verbach,Ferembach, Fellbach,Forbach. Page270-78, 
au lieu de Ulnetum, lire Alnetum (art. Osnes). On m'a reproché d'avoir suivi 
M. Kurth pour l'interprétation de nos deux Meix. Je le répète, Meix-devant- 
Virton, de 1183 jusque vers le XV^ siècle, est toujours écrit Mers ou Meirs ; 
Meix-le-Tige est rendu de même par Mers en 1255 et en 1309, par Mer rfans 
un texte allemand de 1494, et cette dernière forme subsiste encore dans cette 
langue. C'est donc sur plus d'une graphie que M. Kurth et moi tablons! Et de 
plus,il n'y arien d'insolite dans le changement deren sch dans les monosyllabes. 
Fours, court, ver, mur, vert, hier ne sont-ils pas altérés en Fouches, couche, 
véche, mùche ou muhhe, voche, iehe, les uns en gaumet, les autres en lorrain 
et en messin? Peut-être nos Termes viennent-ils d'une forme b.-lat. tertinus, 
qui avait produit ici terme, comme consuetudinem et incudinem ont engendré 
coutume et enclume, tandis qu'en France elle aurait donné tertre, de même, 
que ordinem et tympanum sont devenus ordre et timbre. Enfin, Prâille n'est- 
il pas tout simplement pour pratelle et praïelle? 

Notes toponymiques et archéologiques pour servir à Vhistoire de la frontière des langues 
dans le Luxembourg. Dans le tableau des composés de bach, j'aurais pu ajouter : 
Rombas, (X» siècle Ramesbach) et Rombize (nom de fam.) correspondant à 
Rombach, Rumbach, Rumich, Rumbeck, Eansbach. J'ai eu connaissance 
trop tard du discours prononcé par M. Wolfram, de la Gesellschaft fur 
lothr. Geschichte und Altertumskunde, au Congrès Anthropologique tenu en 
août 1901, à Metz, pour pouvoir en tirer parti. Je me hâte d'ajouter que, sauf 
pour la question de l'origine de la frontière (l'influence d'une voie romaine, 
pour U. W), nous sommes généralement d'accord. 



— 326 — 

Je compte démoulror jîrochaincmciil ([iie le vocable sler est le slirpus de 
Ducange, et non le germ. statt comme je l'ai cru après d'autres. 

J. Ff.lleh, Les noms de lieux en ster. Je crois que l'étude du type Rogisler 
prouverait que ces dénominations sont bien plus anciennes que ne le suppose 
l'auteur, même dans le cas où elles auraient été formées peu après l'altération 
du prénom Rotgarius en Rogî, Rodgî. La diphtongaison en -ier qui a amené 
en wall. î se constate dès le X^ siècle : je trouve dans le cartulaire de Stavelot 
une forme Moriermont de 943 pour l'actuel ]\lorimont,et dans la chanson de 
Roland du même siècle, l'ortographe piez pour pied. Au XI^ siècle, elle est plus 
fréquente: 1066 Thelieres { < Tegularias), 1067 Clavieres ( < Clavarias), vers 
1060 Maliers ( < Maslario), 1049 Roslier ( < Roslerum), 1070 Thauiers 
( < Tabernis), 1049 Fen ères ( < Ferrarias). La déformation en -i- se rencontre 
même à cette dernière époque : 1082 Clavires ; mais surtout au XII^ : 1171- 
1178 Perirs, 1191 Franires ( < Fraxnarias), 1188 Folhires ( <* Focarias), 
1137 Cherbonires ( < Carbonaria), 1195 Maslir, 1148 Felchires ( <* Filicarias). 
L'r de Mirwart ne provient pas de / (Mir-wald), comme l'avait cru également 
M. Kurth : -en 955, il est écrit Mirvot, de même vers 1034, en 1139 Miruolt, 
en 1184 Mirvolh. (Le même, Cartul. de St-Hubert). A part cela, l'ouvrage 
n'en reste pas moins très recommandable. 

La frontière des langues. 

1. Dans la Revue d'Ardenne el d'Argonne, n° de mai-juin de cette année, 
p. 140-144, M. Bruneau rend compte notamment de mon article intitulé 
« Notes toponymiques et a chéologiques pour servir à l'histoire de la frontière 
des langues dans le Luxembourg ». Tout en reconnaissant que, dans l'ensem- 
ble, mon étude « est un excellent recueil de matériaux de première main, qui 
sera toujours utile à consulter », il regrette que pour cette question, je n'ap- 
porte ni faits particuliers exactement établis ni raisons générales vraiment 
probantes », que je n'aie <( même pas entrevu le problème de la géographie 
humaine », que je « décide des questions locales au moyen de l'histoire géné- 
rale » et que je n'aie pas toujours précisé mes références. Le croirait-on ? 
M. Br. tombe lui-même dans ce dernier défaut : il ne lui eût guère coûté non 
plus, de citer au moins quelques uns des faits inexactement prouvés et les 
raisons non probantes. Je n'entrevois pas, en outre, le motif qui permet à 
^I. Br. de conclure, dans ce qu'il appelle géographie humaine, du général au 
particulier (citation de Vidal. Lablache), alors qu'il me reproche semblable 
argumentation en histoire. 

Point de faits exactement établis ! Et les affirmations de M. K. qui restent 
bien vraisemblables ! C'est facile à dire ! Mais le premier venu qui lira à la fois 
mon étude et la critique de M. Br. reconnaîtra que celui-ci n'a rien fait pour 
prouver à la fois que ma théorie est invraisemblable et que celle de l'auteur 
de la Frontière Linguistique — où M. Bruneau croit trouver un solide appui 
pour sa dialectologie, mais qu'il ne me paraît pas connaître à fond — repose 
sur des faits prouvés scientifiquement ! J'attends donc le plaisir de lire M. Br. 
surles points suivants que, par délicatesse, je n'ai fait qu'effleurer l'an dernier. 
Qu'il prenne donc en main la célèbre Frontière Ling., tome I, p. 527, et il y 
lira ces lignes que l'auteur adresse aux historiens qui, comme Mathieu, 
prétendent que la Belgique septentrionale fut, jusqu'à la fin de la période 



— 327 — 

romaine, habitée par des populations germaniques restées inaccessibles à la 
civilisation de Rome : « La vérité, c'est que ces régions étaient à cette époque 
entièrement incultes. Les forêts et les marécages en occupaient presque toute 
l'étendue... Le sol était formé d'une multitude d'ilôts. Les abords de St-Omer 
étaient des îles flottantes... Les noms de broeck et de meer, si fréquents dans 
la toponymie de ces régions, donnent une idée de leur caractère marécageux. 
Ce que les eaux laissaient à la terre était pris par la forêt. On peut lire dans 
César la description des retraites des Ménapiens. La Vita Bavonis nous donne 
une idée de ce qu'était la région de Thourout encore au XI*^ siècle : toute en 
forêts ! A travers toute la Flandre courait l'immense forêt que les chroni- 
queurs ont appelée le Neiniis sine iniserlcordia. Bruges, Gand, Ypres, Thou- 
rout, Rouiers, Courtrai sont cernées par les forêts au VI I^ siècle... » 

Que M. Br. rapproche de ce passage celui (p. 545-547) où le même auteur 
affirme que lorsque les Saliens passèrent en Belgique, ce fut la Carbonaria 
Sylva qui arrêta leur première expansion territoriale ! D'une part, la forêt 
» sans miséricorde « et les marais de la Flandre ne rebutant pas les envahis- 
seurs, et de l'autre, la Charbonnière empêchant leur colonisation ! Il aurait 
fallu prouver péremptoirement que celle-ci était plus inaccessible que 
l'autre : (1) où est cette preuve ? 

Ce n'est pas tout. Le même auteur, toujours parlant des Ripuaires, 
(p. 554-555) nous dit : « La limite qu'ils assignèrent à leurs occupations, ce fut, 
comme toujours, la forêt, la vaste et profonde forêt des Ardennes... Malgré la 
destruction de l'antique Arduenna, ses débris gigantesques sont encore assez 
nombreux et assez importants pour nous permettre de reconstruire, par la 
pensée, les larges espaces boisés qui séparaient alors les Allemands des Wal- 
lons. Partout, en effet, où il reste des parties considérables de la forêt des 
Ardennes, elles continuent à faire la démarcation des deux races ». Puis il 
énumère 15 villages wallons séparés par des bois de 14 localités germaniques. 
Il y en a bien davantage qui ne sont pas dans le même cas, ainsi que le montre 
le tableau ci-dessous, dans lequel j'oppose chaque fois une ou deux agglomé- 
rations romanes à leurs vis-à-vis allemandes : 

Halanzy, Gennevaux Aix-sur-Cloie. 

Rachecourt. Battincourt. 

Châtillon. Meix-Ie-Tige. (2) 



(1) D'après un troisième passatçe (Ibid., I, 321-322), l'accumulation des noms en in répandus dans les 
arrondissements de Tournai, Valenciennes, Cambrai et Douai, s'expliquerait par l'hypothèse vraisem- 
blable d'une colonisation germanique en niasse à l'époque des conquêtes de Clodion. Et cependant, ce 
pays était anciennement recouvert, comme le reste du kainaut, par la Charbonnière, qui atteignait même 
Arras. 

Pour moi, si la Carbonaria sylva est rappelée comme limite naturelle dans la Lcx Salica, c'est à défaut 
de rivière coulant dans le même sens et dans la même région : il n'y est pas fait mention de la forêt 
d'Orléans, encore à présent le plus grand massif feuillu de la France. tVoy. notamm. Jullian, Hist. de la 
Gaule, I, 91. note 1, et Doniet, lli.st. de la forêt d'Orl). à cause de la présence de la Loire. Plusieurs des 
citations postérieures où la Charbonnière est considérée encore comme frontière, ne sont que des clichés 
banaux, dans le genre que celui qu'employait Hugues de Fleury, décrivant l'Ardenne du Xlle siècle avec 
les termes du conquérant des Gaules (voy. Piot, Les Pagis, 13o) . M. Pirenne, Hist. de Belgique, \). -13, 
croit que la colonisation dans les terrains plats des Flandres était plus aisée qu'ailleurs n'exigeant pas de 
longs travaux d'épartage et de défrichement. Mais alors pourquoi encore au XlIIe siècles les comtes de 
Flandre elles ducs de Brabant sont-ils obligés défaire défricher, pour leur compte propre, de vastes 
étendues incultes, d'en donner d'autres aux abbayes et de contribuer à l'assèchement des polders et des 
marécages de l'intérieur ? (p. 28G.) 

(2) Anciennement Allemand. 



— 328 — 

Vance. Sampont. 

TT , i Nobressart. 

•^' ) Hachy. 

Fauvillers. Bodange. 

Livar champs. Bcttlange. 

Thiversoux. Lutrebois. (1) 

Beuouchamps, Ilarzy. Niederwampach. 

Loiigvilly. Oberwampach. 

iMoinet. Crendal, Tratteii. 

Rouvroy. Helzingen. 

Cetturu. Limerlé. (1) 

Gouvy. Watermaal, Holdingen. 

Rogery. Beho. 

Commanster. Maldingen. Braiinlaiif. 

Ondinval. Schôppen. 
Faymoiiville, Weismes. \ 

Geuzaine, Bruyères. [ Weywertz. 

Champagne. ) 

Limbourg. Baelen. 

Clermont. Henrichapellc. 
Pourquoi devrait-on attacher plus d'importance à la première liste cju'à 
la mienne ? (2) 

(1) Anciennement Allemand. 

(2) Y sont cités du côté wallon : a) Villers-la-bonne-eau, alors que la section de Lutrebois, qui serait 
d'origine germanique (p. 346 et 398), est plus éloignée de la frontière que le chef-lieu de la commune et 
enclavée dans les bois ; b) Vance, dont l'idiùme aurait été l'allemand (p. 31) lors de la fondation du 
hameau de Torlrue. Pour renchérir, on y oppose St-Vilh, Meyerode et Amel à Ligneuville, Bellevaux, 
Jlalleux, Petil-Thier et Vielsalm, et on laisse de cùté les villages allemands de Hinderhausen, Rodt, Ober- 
Emmels, Recht, Brïicken, Engelsdorf, Montenau, Iveldingen et Elbertingen, beaucoup plus rapprochés de 
la limite, et les localités romanes de Mont-le-Soy, Bui'tonville, Ennal, Logbiermez, Houvegnez. De même 
pour Bastogne, Uarlange et Winseler M. Bruneau m'a avoué lui-même avoir été frappé de l'absence 
complète de forêts entre certaines localités romanes et leurs vis-à-vis allemandes ; nifiis il prétend, avec 
exagération, je crois, que « l'état géographique actuel ne signifie rien pour l'époque ancienne. » 

L'argument qu'on peut tirer des ditTérentes dialectales expliquées par une forêt séparant deux groupes 
de villages, ne me paraît pas toujours concluant. Ainsi par exemple, je crois qu'il y a plus de difl'érence 
entre le parler d'Izel et celui de Jamoigne — deux localités cependant unies autrefois par un même lien 
spirituel — qu'entre le patois de cette dernière et celui de Yirton. La toponymie ne contredit pas en 
général la phonétique de ces parlers actuels. Elle nous montre notamment la déformation de on en an à 
Gérouville et à Herbeumont même . 

Ces bois, là où ils existaient n'avaient pas le rôle que certains leur attribuent. Déjà avant l'époque des 
villes neuves, les paysans y avaient, moyennant des prestations plus ou moins arbitraires, droit d'usage 
et de paccage. 

De plus, les anciennes circonscriptions paroissiales étaient naturellement très vastes et englobaient 
donc beaucoup de localités séparées souvent par des bois. Ce fut le cas à Jamoigne, à Tintigny, à Anlier, 
à Orgeo, à Paliseul, à Ortho, à Mersch. Une tradition veut même que l'église dont on aurait retrouvé les 
vestiges au l.-d. à la Vieille Eglise, près de la Misbourg, c'est-à-dire en pleine forêt d'Anlier, servait 
pour Fauvillers, Witry, Martelange, Léglise, etc. Si ce n'est pas vrai, n'est-ce pas au moins vraisem- 
blable? 

Et puis, au moyen-âge, on voyageait relativement beaucoup. Des paroisses entières couraient proces- 
sionnellement aux tombeaux des saints, par exemple, à Stenay, à St-Hubert, à St-Walfroid, à Echternach. 

Qu'on ne dise donc plus que certains endroits séparés par la forêt n'avaient pas entre eux le moindre 
relation. 

On ne doit pas oublier non plus que les hommes libres et les nobles francs avaient leurs possessions 
souvent des deux côtés à la fois de la frontière : par exemple, le testament du diacre Grimon en 034. 

Supposons même un instant que les forêts ont une certaine influence dans la répartition des dialectes 
d'une même langue. Celte influence serait-elle réellement identique dans le cas d'une forêt-frontière ? 
La frontière ne pouvait-elle pas exister primitivement sans la présence de bois ? De deux localités fondées 
sur cette limite, la première romane, la seconde thioise, l'une devait-elle cesser complète ment de parler 
son idiome particulier pour la seule raison de la non existence d'une barrière sylvestre ? 



— 329 — 

On pourrait s'imaginer d'après ce passage que VArdiiciina sijlva (1) du côté 
de l'Est ne s'étendait que jusqu'à la ligne idéale de la frontière linguistique, 
et qu'au delà les bois ont disparu depuis bien longtemps. Comme si V Arduenna 
de César, de Strabon et de Tacite n'avait jamais rejoint les rives du Rhin ! 
On n'a pas non plus démontré que la portion romane de cette forêt avait été 
beaucoup plus rebelle à la colonisation romaine. Au contraire, cette partie 
est aussi riche que les régions voisines en antiquités gallo-romaines : voir 
dans nos Annales des articles de MI\I. Geubel, Sulbout, Prat, Sibenaler, de Loë, 
Andrin, de Muyser, Tandel, Loes, Dubois et Malget, à ce sujet. L'antique 
Ardenne comprenait évidemment l'Eifel et probablement (2) les forêts trans- 
rhéranes du Rothaar Gebirge et du Westerwald; peut-être même se plongeait- 
elle plus avant dans l'Egge, le Teiitoburger Wald, le Habicht W., le Solling, 
l'Ohm, le Dûn, le Hainleite et le Harz, qui sont de même composition géolo- 
giques. Ainsi s'expliquerait la dénomination de Osning portée par trois 
portions connues de cette vaste étendue sylvestre (3). Un coup d'œil jeté sur 
une carte complète (4) montre qu'aujourd'hui encore les massifs boisés sont 
au moins aussi nombreux en Eeslick et en Eifel que dans notre Ardenne. 
UUrkiindenbiich de Beyer nous apporte maintes mentions de bois et de 
défréchissements anciens en pays rhénan : 1, pp. 10, 57, 65, 113, 125, 131, 206, 
235, 240, 267, 277, 299, 301, 308, 312 ; II, pp. 15, 18, etc. De plus, les noms 
en -scheid, sans compter ceux en -roth également fréquents, abondent dans 
toute la région située entre Dusseldorf et la Sure, et même en-deçà : l'auteur 
de la Front. Ling. en a compté 30 sur la feuille de Malmédy de Liebenow, 
9 dans celle d'A'x-la-Chapelle,33 dans celle de Neuerburg, 14 dans celle de 
Bernkastel et 22 dans le Luxembourg (5). Moi-même, j'en ai relevé davantage, 
sur des feuilles de l'état-major allemand. Et si l'on y ajoutait les lieux dits ! 

Si l'on devait en croire le livre de la Frontière Linguist., I, p. 31 et 555, les 
Allemands, se trouvant trop resserrés, firent irruption dans la forêt, la cognée 
en mains, et y fondèrent bientôt de nombreux villages dont les noms en rode 
et ert ne peuvent guère remonter au delà du IX^ siècle (Attert, Almeroth, 
Bonnert, etc.) Dans une autre région ardennaise, au moins aussi peu fertile, 
c'est-à-dire les Hautes Pagnes, on trouve vers 670 : Sicco Campo Setchamps, 
la Yia Mansuerisca, les petits ruisseaux de Stagnebachus le Steinbach, de 
Didiloni rivus et de Rarobacco, la colline boisée de Vulfebergo, la plantation 
de Helmini roboretwn, la source cVAlba Fontana, Summa Siggino Aviaco et 
sa vanne, Audastvilare, Refta Recht, toutes dénominations attestant que 
les colons germaniques s'étaient rencontrés déjà depuis un certain laps de 
temps avec les Romains. 

D'autre part, l'enquête sur les noms géographiques dont l'étymologie est 



(1) Cf. aussi Pirenne, Ilist. de Belg., p. 14 ; Bulletin du Touring Club de Uelg., no du 30 Janvier 
•1908, art. signé Heino, p. 27, dans lequel je relève cette fleur : « Notre Luxembourg est encore tout 
en forêts. 

(2) Cf. Jullian, Hist. de la Gaule, I, p. 94. 

(3) Ce sont, outre TEeslick actuelle, une partie du Teutoburger W., voisine d'Osnabriick apparemment 
(Oesterley, Histoir.-Géog. Wôrterb.. p. 447) et une forêt, plus rapprochée, située de ce côté du Rhin 
(Lacomblet, 1, nos 310 et 343). Le nom de VHarcijnia s., lui-même, n'est resté qu'au Harz, 

(4) Voir notamm. celle jointe à la Front. Ling, 
(b) P. 539, 



— 330 — 

germanique, a prouvé au savant écrivain de la Frontière Ling. (voir pp. 256- 
3',KS) que la région colonisée par les Francs du VI^ au VIII^ siècle dépassait 
la limile actuelle, englobant les localités de Meix-lc-Tige, Hollange, Stein- 
bach, Lutremange, Lutrebois et Villers-Tortrue, au moins ! Les « pacifiques 
ombrages» de la «vaste et profonde forêt», «largement étendus entre les Gallo- 
Homains et les barbares » à l'origine, se trouvaient, venons-nous de voir, de 
ce côté de la frontière. Mais dans l'espace entre les villages de Mussy-la-Ville, 
Baranzy, Sivry, Witry, Assenois, Bastogne, Wardin, Tavigny, Ancy, Cherain, 
Sterpigny, Bovigny, Giveny — qui, d'après lui, sont tous d'origine gallo- 
romaine (cf. pp. 465, 466, 478, 489, 492, 495, 504, 509, 512, 513, 515 et 518) — 
et la zone franque des VIe-VIIIe siècles, il n'y a pas de quoi justifier l'adverbe 
largement joint au participe étendus. 

Je connais l'objection que plusieurs vont me poser : « Avant l'arrivée des 
nouveaux colons aux points frontières, les bois ont pu recroître à l'emplace- 
ment des villas romaines abandonnées ! « Mais que l'on me dise auparavant 
combien il a fallu de temps approximativement pour que des bâtiments 
semblables — où entraient avec parcimonie chaux et ciment — disparussent 
complètement ! Que l'on me dise également ce qu'il faut penser de nos 
Maceriae, Macerielum, Tiimbeiiim, Hofstalt, même en restant dans le domaine 
de la toponymie ! Et puis, quelle origine ont Kerschen, INIessancy, Clémency, 
Fingich, Toernich, Arlon, Sesselich, Hachy, Warnach, Surré, Troine, etc. ? 

Enfm, — pourquoi ^I. K. et ses défenseurs ont-ils paru vouloir l'éluder ? — 
on découvre assez fréquemment en deçà de la frontière des idiomes, même au 
cœur des bois, aussi bien qu'au delà, des cimetières et des objets présentant 
tous les caractères de l'époque mérovingienne. Il n'y a pas à en douter : les 
Francs se sont établis en Ardenne comme ailleurs en petit nombre, soit ; mais 
ils s'y sont établis, et ce petit nombre est encore relativement important, à en 
juger par la quantité de sépultures inhumées à ce jour. 

Maintenant, qu'on me dise de quel côté se trouvent le plus de faits précis 
et conçoit-on qu'au nom d'une théorie aussi discutable que celle de M. K., 
quelqu'un ait pu écrire que mes efforts n'ont servi tout simplement qu' « à 
mettre en doute le témoignage des documents du moyen-âge » ! (1) 

2. Il me faut dire également un petit mot de la critique qu'a faite M. Feller 
de ma notice, dans le Bulletin du dictionnaire général de la langue wallonne, 
ns 3-4 de 1911, p. 119-125. M. F. se demande si j'ai bien saisi la portée des 
théories que j'entreprends de réfuter. Est-ce ma faute si, avant que je ne me 
mette à écrire, d'autres les ont comprises dans le même sens que moi ! (2) 

Quant à la contradiction qu'il relève dans la toute première phrase du 



(1) Depuis 'a rédaction de ces lignes, j'ai eu l'occasion de faire un peu plus connaissance avec mon 
honorable et savant condradicteur, qui a dii m'avouer que mon explication est possible. Ceci obtenu, 
je lui pose la question autrement : Pourquoi la limite n'csl-elle pas à Priim et à l'Idarwald? 

(2) Par exemple, M. F. ferait bien, dans l'intérêt de la science, de nous donner la vraie teneur 
(avec garantie) des passages suivants de la Front Ling. : p. 14, il (titre), -123, 128, 148 ( » la roma- 
nisation de La Hulpe paraissant antérieure à l'époque — Xllle siècle — où sont nés la plupart des noms 
de lieux » ) -167 ( a le XlIIe siècle, c.-à-d. l'époque où la toponymie rurale ne venait que de naître i ), 
221, etc. 



— 331 — 

chapitre préliminaire, ignorait-il que cette contradiction se trouve précisé- 
ment dans le passage auquel il renvoie dans sa note 1 de la page 120: j'en ai 
à peine changé quelques termes ! Et le vocable trabloux, où M. Feller 1 a-t-il 
noté comme nom commun en patois gaumet actuel ? Il oppose l'étymologie 
de M. Kurth (jiiseranum et susseranum) à celle que je propose (sufï. germ. -ing) 
pour Juseret et Susseret, mais sans prouver non plus que -anum devient -et 
en chestrolet. Langloie n'est pas identique à Longolare Longlier, puisqu'en 
896 il est écrit Anglaria (Halkin et Roi. Cartul. de Stavelot, p. 116). De plus, 
M. F., qui a écrit quelque part que la toponymie démontrera de plus en plus 
que les Francs se sont glissés par petits groupes par les interstices de la forêt, 
si la masse n'a fait que la côtoyer — ce qui implique ou bien que le noms de 
lieux wallons à étymologies germaniques ont été créés par eux, ou bien qu'ils 
ont été appliqués par les wallons à l'aide de termes empruntés aux thiois, 
et d'une façon comme de l'autre, ce qui confirme ma théorie des îlots allo- 
glottes — . M. F., dis-je, me reproche encore l'absence de distinctions pruden- 
tes entre vocables d'origine franque appliqués par les Francs mêmes, et ceux 
de même origine appliqués par les Romains. A part pour le qualificatif cron, 
je ne crois pas le reproche fondé. Lorsque les endroits auxquels ces sortes de. 
noms ont été donnés, sont situés sur la limite des idiomes, il y a une forte 
présomption en faveur de l'hypothèse de fondations germaniques. 

L. R. 



Premier comte de la Roche 



AVANT- PROPOS 



L'histoire nous a conservé si peu de souvenirs de la vie 
du premier comte de la Roche qu'il nous sera impossible 
de porter sur l'homme et sur l'administrateur un jugement 
formel et absolu. Notre dessein ne peut donc être de tracer 
le véritable portrait du fondateur de la Roche. Tout en 
nous gardant des suggestions parfois trop fallacieuses de 
l'analogie autant que des errements d'une imagination 
mal bridée nous n'avancerons, en dehors des données histo- 
riques, que ce qui aura quelque droit a être logiquement 
appliqué à notre héros et, par conséquent, ce qui pourra 
être crû au moins avec vraisemblance. 



— 333 — 
§ 1er. — Naissance de Henri. 

L'antique oppidum Aduaiicorum placé au confluent de la Sambre et de la 
Meuse devint, au moyen âge, le castrum Namucum (1). Ce dernier était un 
bâtiment oblong, revêtu d'épaisses murailles et flanqué de huit tours 
élancées (2). Les eaux calmes d'un étang aujourd'hui disparu mouillaient 
ses robustes assises et reflétaient l'image fidèle du manoir des comtes de 
Namur. Il ne reste de ce castel féodal qu'une amorce de voûte issant d'une 
des deux tours que renferme la première enceinte de la citadelle bâtie, au 
commencement du XIX^ siècle, dans les limites de l'ancienne. C'est dans ce 
« chastral riche et fort redouteit » (3) sinon au manoir de Floreffe, séjour 
fréquent (4) des comtes de Namur et futur berceau des fils de saint Norbert 
en Belgique (5), que naquit, vers 1068, le fondateur de la dynastie rochoise. 
Son père, Albert III de Namur, était un prince opulent et un vaillant capi- 
taine (6). La comtesse Ida, sa mère, unie en premières noces à Frédéric de 
Luxembourg, était fille de Bernard II de Saxe (7). 

A la mort du comte namurois arrivée le 22 juin 1102 (8) Henri l'un de ses 
fils avait obtenu la Roche et son teriitoire. 

§ IL — Sa famille. 

La famille du premier comte de la Roche fut l'une des plus nobles de la 
Lotharingie et ])rilla aux premiers rangs de la société. Le cardinal Frédéric, 



(1) SiGEBERTUs Gemblacensis, Clironicd cum omnibus aiictariis dans les MONUM. 
GERM. SCRIPT., T. VIII, p. 327. 

(2) Galliot, Histoire générale ecclésiastique et civile de la ville et province de Namur, 
Liège, 1788-91, T. III, p. 31. 

(3) R. P. DE Marne, Histoire du comté de Namur, Liège, 1781, T. I., p. 257. 

(4) R. P. Bertholet, Histoire civile et ecclésiastique du duché de Luxembourg et comté de 
Chinij, Luxembourg, 1741-43, T. IV, livre 31, p. 5. 

(5) Chanoine V. Barbier, Histoire de l'abbaye de Floreffe, Namur, 1S92, T. I., p. 1(5. 

(6) B. Delescluze, Le comté de laRoche et le tribunal de la Paix dans BULLETIN DE 
LA SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE DU DIOCÈSE DE LIÈGE, T. IX, pp. 263 et 
passim. 

(7) M. S. P. Ernst, LUsloire du Limbourg, édition Lavalleye, Liège, 1838, T. II, p. 78, 
et note 4. 

(8) R. P. de Smedt, Vilasancti Huberli dans ACTA SANCTORUM, T. I de novembre, 
page 765, fait suivre le nom d'Albert III des dates 1063-1105 et renvoie à la note 3 qui 
dit : Cfr. J. Borgxet in BIBLIOGRAPHIE NATIONALE (de la Belgique), T. I, pp. 
197-198. 

EuG. DEL Marmol, Rechcrches sur les comtes de Namur du nom d'Albert dans les ANNA- 
LES DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NAMUR, T.X, Ire livraison, Namur, 
1868, écrit après le nom d'Albert III, f : en 1105 ou 1106. 

Albert III est mort en 1102. C'est prouvé par Bresslau et Vanderkinderc. Les deux char- 
tes de 1105 qui ont retardé sa mort jusque 1106 ne sont pas authentiques dans leur forme 
actuelle. En outre Godefroid, son fils aîné, est comte de Namur en 1102, d'après une charte 
originale publiée dans V. Barbier, Histoire du Chapitre de Sclcnjn, p. 233. Nous lisons 
aussi dans VObituaire de Saint-Gérard, publié dans les ANALECTES POUR SERVIR 
A L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE, 2^ série, T. H, p. 325 : « X Kal. Julii, Adalberlus 
cornes Namurcensis. » La date précise du décès du père de Henri I de la Roche est donc le 
22 juin 1102. 



— 334 — 

fils de Gothélon I*"'', duc de Lothier, était le grand oncle maternel de Henri. 
]\Ialgré la confiance dont ce prince de l'Eglise jouissait auprès de la cour 
romaine, Frédéric renonça aux honneurs humains et échangea, au Mont- 
Cassin, l'habit de conseiller papal contre le froc sévère des fils de saint Benoît. 
Laniodestiedece cardinal devenumoine,decenoble de la maison d'Ardenne(l) 
était telle que son étonnement égala sa douleur lorsque, le 2 août 1047, il 
se vit salué pape sous le nom d"Etienne X. Le nouveau pontife animé déjà 
de l'esprit de réforme et, en cela, précurseur de Grégoire VII, s'employa 
surtout à former dans les prêtres la sainteté qui en fait de dignes ministres 
de Dieu. Une violente et soudaine maladie le surprit à Florence où il mourut 
le 29 mars 1058 (2). 

Si nous parcourons la lignée des ancêtres du premier comte de la Roche, 
nous rencontrons Charles de Lorraine, duc de Lothier, dont la fille Ermen- 
garde avait épousé Albert pr de Namur. Ce prince était le frère de Lothaire, 
roi de France, fils cadet de Louis IV et petit-fils de Charles le Simple descen- 
dant direct de Charlemagne. Le comte rochois était duc de vieille et illustre 
noblesse. 

Godefroid, frère aine de Henri, succéda à son père comme comte de Namur. 
Le cadet (3) également nommé Godefroid (4) obtint Durbuy en apanage. 
Frédéric, fils aussi du comte namurois, fut formé à la piété par son aïeule 
Régelinde, sœur du pape Etienne X, laquelle, devenue veuve, s'était consa- 
crée à Dieu dans la retraite. Envoyé à Liège pour y fréquenter l'école si renom- 
mée de la cathédrale, le noble adolescent y acquit une solide instruction. A 
la mort de l'évêque Otbert, la majorité des suffrages du clergé du diocèse 
et de la cathédrale se porta sur la personne de Frédéric alors prévôt de Saint- 
Lambert. Le saint évêque mourut le 27 mai 1121 empoisonné par les par- 
tisans de son compétiteur au siège épiscopal (5). 



(1) Ardiienna est formé de deux mots celtiques ar et gwenn devenu duenn qui signifient 
la fagne ou, ce qui est moins sûr, haute fagne. L'étude mieux approfondie de rétymologie 
A' Ardiienna m'a fait abandonner l'opinion d'un crudit allemand dont je me fis l'interprète 
dans mon étude Le comté de la Roche (ANN. INST. ARCH. DU LUX., T. XLVI, p. 
255.) pour adopter celle de M. Kurth exposée dans REVUE DE L'INSTR. PUBL. EN 
BELGIQUE, T. XVIII, pp. 408-411. 

(2) J.-E. Darras, Histoire générale de l'Eglise, Paris, 1857, T. III, pp. 81-83. 

(3) Cantatorium, édition Hanquet, Bruxelles, 1906, p. 42 note 3, p. 221, note 1, p. 255, 
note 1, émet sur le nombre et l'âge des fils d'Albert III, des données qui se contredisent. 

(4) Il est rare que deux enfants d'une même famille soient désignés par le même nom. 
Au cours de mes lectures je n'ai plus rencontré ce fait que dans les Archives de Ste-Ode, 
parchemin H H, à L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, à Arlon. 
Le 20 août 1598, ai -je vu, ont comparu par devant les Prévôt et hommes du château ville et 
comté de la Roche en Ardenne le vieux Jean Rollè de la Vacherie, maiieur du dit lieu, et le 
jeune Jean Rollé, son frère... Les fils d'Albert III du nom de Godefroid devaient aussi 
avoir leur cognomen pour les distinguer. Nous touchons d'ailleurs à l'époque où chacun 
portera deux noms, le nomen (nom de baptême) qui deviendra notre prcenomcn et le 
cognomen, qui est aujourd'hui le nomen, le gentilice ou nom de famille et c'est 
précisément l'homonymie qui a été une des premières causes de cette double appellation. 
(Voyez A. Ginv, Manuel de diplonmtique, Paris, 1894, p. 352). 

(5) Ch. Pollet, Histoire ecclésiastique de l'ancien diocèse de Liège, Liège, 1860, II, pp. 
271-275. 



— 335 — 

Albert, autre frère de Henri, appelé de la Roche quoiqu'aucun document 
diplomatique connu ne lui décerne ce titre, élut son séjour en Palestine. Veuf 
en premières noces, Albert épousa en 1119 Manille, veuve de Hugues du 
Puiset, qui ne lui présenta pas d'enfants. Le roi Bauduin H de Jérusalem lui 
donna, à l'occasion de ce mariage, la ville de Jaffa (1). 

Pour faire connaître tout ce que je sais de la famille d'Henri l^r^ il me 
reste à dire quelques mots de son neveu qui s'appelait Frédéric et qui était 
fils du premier lit d'Albert. Frédéric de la Roche tenait sa dénomination 
nobiliaire de son père Albert chez qui elle peut s'expliquer par le partage 
des biens maternels : Godefroid, nous l'avons dit, avait les biens du père, le 
comté de Namur, Henri et Albert furent dotés de ceux provenants de la 
mère lui laissés par son premier mari le duc Frédéric de Luxembourg : 
Henri hérita du comté de la Roche et de l'avouerie de Stavelot et Albert dut 
recevoir quelque apanage ou dignité de ce même comté. Frédéric, prévôt 
et archidiacre de Liège, partit en 1141 pour la Palestine afin d'aller baiser 
le sol où reposaient les cendres de son père et pour y vénérer les lieux qui 
furent le théâtre des grands mystères de la foi catholique ; peut-être le gain 
ou les honneurs s'ajoutaient-ils aux motifs plus nobles de cet exode. Tels 
beaucoup de nos compatriotes belges qui voguent aujourd'hui vers le conti- 
nent africain. Bel homme, peu lettré, mais d'une prudence rare il fut évêque 
de Saint-Jean-d'Acre, anciennement Ptolémaïs, puis archevêque de Tyr. 
L'abbé de Florennes et l'ancien prévôt de Saint-Lambert ont dû jadis se 
rencontrer et se lier d'amitié dans la ville de Liège: ainsi s'explique aisément 
pourquoi Frédéric envoya de sa ville épiscopale au monastère namurois, 
parmi d'autres reliques, une partie du chef de saint Jean-Baptiste le Pré- 
curseur (2). Monseigneur Frédéric de la Roche mourut à Naplouse, le 30 
octobre 1174, et fut inhumé à Jérusalem. Son oncle, le prince-évêque de Liège, 
avait, lui aussi, visité les Lieux-Saints et son neveu Richard, fils de Gode- 
froid de Durbuy, et évêque de Verdun, y avait rencontré la mort, en 1171, 
au cours d'un pèlerinage (3). Ces voyages fréquents vers la Palestine à cette 
époque trouvent leur explication en ce que les croisades ont rendu l'idée de 
ce long itinéraire moins effrayante ; puis, la traversée et le séjour là-bas 
sont facilités par les Chevaliers de Saint- Jean, les Templiers et l'ordre 
Teutonique. Ajoutons que les rois de Jérusalem et plus tard les empereurs 
latins ne pouvaient manquer de protéger dans ces pays lointains des euro- 
péens de leur nation et surtout, comme ici, de leur famille. 

§ III ^ — Son adolescence. 

L'histoire ne nous apprend rien de Henri que de l'avoué. L'officier public, 
le justicier, l'administrateur, le guerrier et le lettré nous restent inconnus. 



(1) D. Ursmer Berlière, Frédéric de la Roche dans ANNALES DE L'INSTITUT 
ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, T. XLIII, p. 70 et passim et S. P. Ernst, 
Des comtes de Durbuy et de la Roche au XI^ et XII" siècles, Liège, 1836, p. 10 et passim. 

(2) M. l'abhé Gustave Mauclet, Saint- Jean-Baptiste, sa vie, son culte à Florennes, 
Namur, 1904, p. 39. 

(3) L. Vanderkindere. La formcdion territoriale des principautés belges au moyen-âge, 
Bruxelles, 1902, T. II, p. 225. 



— 336 — 

Nous ne pouvons non plus le suivre dans sa vie intime pour surprendre sa 
piété et son cœur. Si j'envisage pourtant notre comte sous ces diiïérents 
aspects ce n'est qu'un prétexte pour esquisser son temps et dépeindre la 
société médiévale qui seront comme le base d'albâtre à travers lequel nous 
devinerons îissez sûrement les faits et gestes de notre héros. 

fleuri, lils de famille noble, reçut une culture littéraire sous des maîtres 
distingués. 

Déjà à l'époque carolingienne Liège, notre ville épiscopale, avait donné 
des signes remarquables de vitalité intellectuelle (1). Sans compter l'école 
palatine aux côtés du souverain, il y a en ce moment la savante école de la 
cathédrale sur les bancs de laquelle s'est assis Frédéric, fils comme Henri 
du comte namurois et qui ceindra la mître après Otbert. Chaque paroisse 
devait aussi posséder une école attenante à l'église ou au presbytère et qui 
distribuait gratuitement les connaissances les plus élémentaires aux enfants 
du travailleur penché sur la glèbe. C'est dans l'école externe des abbayes 
que les mains des moines rompent le pain de la science aux fils des familles 
plus aisées, tandis que les portes de l'école interne s'ouvrent devant les pieux 
adolescents qui se destinent à la prêtrise (2). L'éclat que jettent les hautes 
études ne pâlira que bien tard dans le rayonnement des universités. Cette 
période d'âpre attachement à l'étude et de grandeur intellectuelle, instaurée 
dans le diocèse par nos évèques, devient entre leurs mains, au moment oppor- 
tun, un puissant levier pour relever les prêtres asservis à l'esprit de vassalité 
et les isser à la sainteté de leur état. Humble, austère, amoureux de la science, 
l'abbé Thierry a fait de Saint-Hubert, l'abbaye la plus célèbre du monde par 
le nombre et la ferveur de ses religieux. C'est là apparemment qu'a étudié 
le jeune Henri, car ses parents s'y rendent quelquefois par dévotion (3), le 
comte namurois est un bienfaiteur de l'abbaye (4) et, le 27 août 1086, 
Albert HI se mêle à la pieuse assemblée venue pour assister aux funérailles 
de l'abbé Thierry (5). Waulsort et Hastière, étages le long de la Meuse qui 
traverse, avec le calme de l'intime jouissance, le tableau grandiose et la 
majesté sauvage d'une nature vierge, sollicitaient aussi à l'envi les préfé- 
rences du jeune namurois. Les moines stavelotains, de leur côté, se croyaient 
peut-être quelque droit à voir venir se placer sous leur férule le fils de leur 
avoué. 



(1) Chanoine A. Gauchie, La querelle des investitures dans les diocèses de Lièqe et de Cam- 
brai û^ns HECVEIL DE TRAVAUX PUBLIÉS PAR LES MEMBRES DÉ LA COM- 
MISSION D'HISTOIRE sous la direction de M. Ch. Moeller, 2" fascicule 1890, Introduc- 
tion, p. XLVII et F. A. Specht, Geschichle des Unterrichtsivescns in Deulschlcmd, Stutt- 
fîart, 1885, p. 337. 

(2) V. Habran, Le comté de ta Roche et le comté de Nannir'dans le Lothier, p. 41 : His- 
toire de la France, Paris, 1746, T. VII, XI^ siècle, Etat des lettres en France pendant ce siècle, 
§ XXVIII, pp. 23-24 et D. U. Berlière, Les écoles abbcdiales au moijen chje (écoles externes) 
p. 500 dans Le MESSAGER DES FIDÈLES, Maredsous, 1889. 

(3) Cantatorium, pp. 42-43. Quand l'édition n'est pas indiquée, il s'agit de l'édition de 
M. Hanquet, professeur à l'Université de Liège. 

(4) Ibidem, pp. 120, 133 et 186. 

(5) Ibidem, p. 127. 



— 337 — 

Henri apprit le latin, le calcul digital, connut de mémoire tout le psautier(l). 
Sous la direction d'Helbert (2) Texécution des mélodies calmes et graves de 
l'ofTice liturgique, écrites en notation diastématique autour d'une ligne lon- 
gitudinale tracée avec un style à la pointe sèche dans l'épaisseur du vélin, 
lui était familière aux yeux étonnés des vieux moines qui voyaient cet ado- 
lescent si bien chanter à vue ce qu'ils n'avaient eux-mêmes appris que par 
l'oreille (3). A partir de cette époque, les compositeurs commencèrent à 
perdre de vue la simplicité primitive, la discrétion dont l'art grégorien s'était 
longtemps fait une loi (4). Notre étudiant s'adonna ensuite, pour autant qu'il 
eut de capacités, aux études littéraires et scientifiques. Chaque classe ne pou- 
vait compter ordinairement plus de dix élèves. Les fêtes chômées étaient 
nombreuses et suffisaient, autant que nos vacances actuelles, pour reposer 
l'esprit et ravigoter les muscles de la jeunesse estudiantine du moyen âge. 
Les élèves étaient assis et à distance les uns des autres. On s'imagine sans nul 
effort comme la verge d'un bon maître ardennais venait de temps à autre 
caresser l'échiné du jeune espiègle namurois. Le livre classique n'existait 
pas. Les professeurs, bibliothèques vivantes, qui se faisaient une gloire de 
distribuer pour rien les fruits d'or de la science, vieillissaient dans le métier. 
Le maître commentait les chefs-d'œuvre de la littérature chrétienne et 
païenne et donnait beaucoup d'importance à la versification. Nous igno- 
rons si la langue grecque figurait au programme des études (5). L'ensei- 
gnement comprenait aussi, avec quelques notions de droit, la rédaction des 
actes officiels, la géographie, surtout l'arithmétique avec l'emploi du zéro 
et des chiffres dits arabes quoique d'origine indoue, l'histoire naturelle, la 
géométrie et même l'astronomie puisque nous voyons l'évêque Eracle, au 
X<^ siècle, apprendre à des soldats, qu'épouvantait une obscurité survenue 
en plein jour, comment l'éclipsé du soleil est un phénomène naturel (6). La 
dialectique est estimée dans le Lothier au XI*^ siècle et prélude à la grande 
théologie scolastique du moyen âge. Encore et toujours les savants se pré- 
occupent des deux fausses sciences l'alchimie et l'astrologie. La médecine est 
fort primitive et l'hygiène quasiment inconnue : on entend les échos de 
Salerne et de Afontpellier. 



(1) G. KuRTH. Nolger de Liège, pp. 270-271 et passim. 

(2) Cantatorium, p. 25 et F. -A. Speciit, op. cit., p. 140. 

(3) Le plain-chant issu de la cantilène hébraïque et de la musique grecque possède une 
«raphie qui lui est propre et qui a son histoire. Durant le premier millénaire, elle n'a guère 
à sa disposition pour liourer la mélodie et sa rythmique que des lettres puis des points et 
des accents : c'est la notation neumatique, elle n'est qu'un aide-mémoire. Au XP siècle, 
Gui d'Arezzo traça des lignes sur et entre lesquelles ce moine disposa les neumes : c'est la 
notation diastématique ; celle-ci est précisée pour l'œil. Que la notation s'affirme dès les 
XIV «^ et XV "^ siècles en notes carrées et losangées c'est simple évolution calligraphique. 

(4) Ant. Auda, L'Ecole liégeoise au XI I" siècle. L'office de Saint Trudon, Paris, 1911, 
p. 17. Ce fut le premier pas vers cette décadence de la cantilène ecclésiastique que les 
siècles suivants jusqu'au milieu du XIX« ne feront qu'accentuer et qui seront, peut-être à 
jamais, les témoins du naufrage de la notion authentique du rythme propre au plain-chant 
et de l'exécution traditionnelfe intégrale de ses signes graphiques. 

(5) F.-A. Specht, op. cit., p. 104. 

(fi) G. KuRTH, Nolger de Liège, l, 286. 



— 338 — 

Chargé de. ce bagage scientifique acquis à l'école des moines, les clercs 
comme Frédéric (1), frère de Henri, se rendaient sous les voûtes de Técole 
épiscopale pour s'y assimiler en plus la théologie, l'exégèse, la liturgie, le 
droit canon et la patristique. 

A l'heure où Henri viendra habiter l'Ardenne, cependant que le peuple 
créera ces légendes romanesques que nous retrouvons trop souvent dans 
l'histoire liégeoise, la plume très lettrée d'un moine hubertin (2) retracera 
tout un demi-siècle de l'existence de sa chère abbaye, sa vie intérieure, 
ses contacts et ses heurts avec la société de cette époque en résumant 
les chartes de la seconde moitié du XI^ siècle et, ainsi même, cet 
érudit fortifiera du sceau de la certitude cette œuvre historique, la 
Chronique de Saini-Hubert dite Cantaiorium, si remarquable même parmi 
les écrits du moyen âge. Nous devons ici déplorer, avec des larmes dans la 
voix, l'incendie du 5 juin 1130, le plus grand désastre qu'ait atteint les archi- 
ves de l'abbaye de Saint-Hubert pendant le cours de sa longue existence (3) 
parce qu'il a complètement privé nos mains de ces volumineux manuscrits 
en papyrus ou en parchemin que Henri a dû connaître par Robert, le moine 
bibliothécaire, et qui, à nos yeux curieux et ravis, auraient sans nul doute 
révélé par le menu, sous leur écriture cursive ou Caroline, l'histoire intellec- 
tuelle, agricole, religieuse et sociale de l'Ardenne dans le haut moyen âge. 



IV. — Son mariage. 



Lorsque lui échut la couronne comtale, Henri pouvait avoir vingt-huit ans, 
c'est-à-dire la fleur de l'âge, de la piété, du talent et de la distinction. C'est 
alors sans doute que le gentilhomme mit sa main dans la main de Mathilde, 
comtesse de Limtaourg, fille de Henri l^"^, de la maison d'Arlon, comte de 



(1) n Sa lettre à l'église de Malines, dit M. le chanoine Balau, Les sources de l'Histoire de 
Liège au moyen âge, 1903, p. 177, seul écrit qui nous reste de l'évêque Frédéric, révèle du 
talent et des connaissances. L'auteur y prend la défense du prévôt de cette église et prouve 
par divers exemples qu'un serment arraché par la violence ne lie pas la conscience. » 
Cette lettre est reproduite dans Martine et Durand, Ampl. Coll., T. I, col. 653 et suiv. 

(2) C'est ce clerc qui le premier se servit d'une dénomination latine, Rupes (Cant., 
pp.l32 et 255), pour traduire Roca, Roka, Rocha, lu Rotza (la Rouche, la Roiche, la Roche), 
appellation romane qui servait à désigner un travail dcdéfense,laforteresse d'un seigneur, 
un château fort. La traduction est donc fautive puisque rupes signifie la roche, le rocher, 
mais en rendant Roca par Rupes, le moine hubertin a procédé comme les écrivains de son 
temps qui attribuaient aux noms de lieu un sens d'après l'analogie de son des syllabes. 
C'est ce principe qui leur faisait traduire p. e. Sannois par Cenium Xuces ; ils seraient restés 
aussi logiques en le traduisant par Sine Xuce (Voir A. Giry, op. cit., pp. 399 et 404). La 
traduction correcte de la Roche est castellum ou casfrum, termes classiques ou Finnitas, 
terme féodal, mots que nous rendons aujourd'hui par la forteresse et qu'on traduisait par 
Roca, la Roche. La dénomination vulgaire du château a prévalu et elle a passé à la ville 
qui la garde et dont il fut le noyau. 

(3) G. KuRTii. Chartes de l'abbaye de Saint-Hubert, Introduction, pp. IV-V et Friede- 
RicH Cramer, Geschichte der Erziehung und des Unterrichtes in den Niederlanden ivùh- 
rend des Mitlelalters, Stralsund, 1843, pp. II M 12. 



— 339 — 

Limbourg et créé duc de Lothier le 25 décembre 1101 (1). Mathilde était la 
cousine de son noble époux par son bisaïeul Frédéric de Luxembourg (1065), 
premier mari de Ide de Saxe qui avait convolé en secondes noces avec Albert 
III de Namur. Cette noble personne était éclairée, cultivée et instruite. 
Jusqu'à son mariage, prière, étude, vertu, travail telle a été sa vie : nul doute 
qu'elle va prendre sa part de tous les soucis et de tous les travaux du comte 
de la Roche. INIathilde sera pour son fidèle mari, une lumière, un charme, un 
secours et un repos ; et, certes, le château de la Roche deviendra le sanctuaire 
d'une véritable famille patriarcale où la théologie est toute en sentiment et 
la morale toute en action. 

De leur union naquirent : P Godefroid, qui fut le deuxième comte de la 
Roche ; 2^ Mathilde qui épousa en premières noces (2) Thierry de Walcourt, 
dont la fille Béatrix maria Winand de Houfïalize et le fils Werry III Gerberge, 
comtesse de Alontaigu ; 3° Henri II qui succéda à son père Godefroid ; 4° 
Béatrix. Beatrix et son fils Godefroid de Bréda seront présents, en 1152, à 
l'acte par lequel Henri II de la Roche donnera à l'abbaye de Saint-Hubert 
une chapelle située en Freyr. 



V. — Sa piété. 



L'éducation que Henri reçut à Namur à l'ombre de l'église Saint-Pierre (3) 
l'atmosphère religieuse de l'école monastique, ses relations professionnelles 
avec les moines stavelotains et ses visites amicales et pieuses à l'abbaye 
de Saint-Hubert avaient dû infuser dans l'âme de notre comte une piété 
aussi éclairée que sincère et ardente. Levé tôt, le comte fait sa prière; puis, 
la lourde porte du castel où se révèle plus de solidité que d'architecture. 



(1) L'existence et le mariage de cette princesse, dit Ernst, op. cit., p. 272, se prouvent 
par une pièce de l'an 1148 tirée des archives de l'abbaye de Stavelot et publiée par Dom 
Martène dans VETERUM MONUM. AMPL. COLLECT., I, II, p. 125 et ANNAL. 
BENEDICT., lib. 79, § 38, T. VI, p. 450. 

Cette charte est reproduite par J. Halkix et G. -G. Roland, Chartes de l'abbaye de Sta- 
velot- M almedij, T. I, n" 208, p. 413, où nous lisons : ...Heinrico de Rupe et Heinrico de 
Lembarch, quorum aller, id est de Rupe, udvocatus ecclesie nostre eral et allerius Heinrici 
amite filius... Henri de la Roche ici mentionné est Henri II, fils de Henri I, dont nous 
racontons l'histoire, et ce Henri de Limbourg est Henri II de Limbourg. Le premier Henri 
II de la Roche, est fils de la sœur du père de Henri H de Limbourg, le texte de cette charte 
l'indique clairement^:; or, le père de Henri II de Limbourg est Waleran, fils de Henri I de 
Waleran Limbourg. 'Donc, Henri I de la Roche, père de Henri II de la Roche, a marié la 
sœur de Waleran c'est-à-dire la fille de Henri I de Limbourg, qui est Mathilde. 

(2) Gisleberti Chronicon Hanoniense, édition Vanderkindere, p. 77 et note 1 de la page 
151 et Chronica Albrici monachi irium fontium a monacho novi monasterii Hoiensis inter 
polata, dans M. G. H. SS., T. XXIII, p. 853. 

(3) Cette église collégiale desservie par douze chanoines était placée à la pointe du donjon 
du château et dominait la ville de Namur. (V. Barbier, Obitnaire du chapitre de Saint- 
Pierre cm château de Namur Louvain, 1905, pp. 5-6.) 



22 



— 310 — 

grince sur ses gonds et Henri, accompagné de la comlesse et de leurs enfants, 
descend à la petite église de la lîoche (1). 

Juscpralors les églises avaient été conslruiles eu bois et en torchis, mais 
ou commence à employer la pierre. L'église Saint-Gilles à Saint-Hubert, 
lillc de cette époque, est un type remarquable du style roman dans sa plus 
sévère expression (2). A la Roche, la chapelle due à l'influence de la 
famille princiére était sans doute en pierre et, Charlemagne déjà l'avait 
ordonné pour toutes les églises de l'Empire, ses parois trahissaient une sobre 
polychromie sans perspective linéaire ou aérienne mais qui était un enseigne- 
mentpourllenrietses pieux rocliois(3). L'entretien des églises incombait aux 
décimateurs : les guerres ruineuses qui éloignaient souvent les seigneurs de 
leur famille et paralysaient l'agriculture n'était pas de nature à contribuer 
à la richesse des édifices du culte. 

L'église où Henri va entendre la messe est une pièce rectangulaire, non 
voûtée, mais lambrissée à la mode antique, petite, aux fenêtres étroites, sans 
mobilier ni sacristie. Dans le chevet plat, s'ouvre une niche hémisphérique 
moins élevée, où se dresse l'autel, simple pierre surmontée de la croix et des 
chandeliers. Une peinture en indique le patron (4), saint Nicolas (5). Cet 
autel est recouvert de deux nappes tissées sans doute par IMathilde. Est-ce 
que deux siècles plus tôt Grimvara, la première femme connue de Marche, 
n'avait pas fourni le couvre-autel à l'église de son lieu natal construite en 
bois et dédiée à saint Remacle et ne revendiquait-elle pas pour elle seule 
l'honneur de lessiver cet ouvrage sorti de ses mains (6)? Au-dessus de l'autel, 
une tenture le protège contre toute immondice et des courtines brodées par les 
damoiselles du château sont appendues aux deux côtés. Le missel recouvert 



(1) La Roche était de la paroisse d'Ortho et de la chrétienté de Bastognc (archidiaconé 
dit d'Ardenne, diocèse de I.iège). Son premier chapelain connu est Wcry, GiiiJcriciis, en 
1152 (G. KuRTU, Charles de l'abbaye de Sainl-IIiihcrl, n» XCI, p. 117) ; le premier curé 
connu d'Ortho est Lambert, en 1152 (Ibidem), et le premier doyen connu deBastot^ne est 
Alard, en 1104 (Canlalorinm p. 246). 

(2) Cette église paroissiale, au temps de Henri I de la Roche, avait déjà le titre de Saint- 
Gilles, mais primitivement elle était dite de Saint-Denis (Canlalorinm, p. 243). L'antique 
portail en voie de restauration situé du côté du midi et la crypte, sous le grand chœur, 
faite avec des pierres provenant des ruines romaines d'Arlon (Canlalorinm, p. 49), visi- 
bles encore actuellement l'un et l'autre dans l'ancienne église des moines à Saint-Hubert, 
sont des vestiges émouvants de l'église abbatiale qui fut témoin des pieuses visites de Henri 
de la Roche. 

(3) Henry Lesêtre, La Paroisse dans Bibliothèque d'économie sociale sous la 
direction de M. Henri Jolj- de l'Institut, 1906, pp. 38-39 et Chanoine Reusens, Elé- 
ments d'archéologie chrétienne, Louvain, 1886, T. II, pp. 409-410. 

(4) N.TII.T.1ÈRK, Histoire de Sainte-Marie à Nochet, Namur, 1909, p. Cl. Cette simple 
image est l'origine de nos gigantesques et peu esthétiques retables actuels. 

(5) La plus ancienne mention du patronage de saint Nicolas pour la Roche, à ma con- 
naissance, date du 14 décembre 1352 : al englize sancl Xicolai/ del roichc est-il écrit dans un 
testament (Greffe scabinal de la Roche). Déjà, le 2 avril 1076, l'évêque de Metz consacra 
une chapelle où l'on voyait un autel de Saint-Nicolas dans l'église abbatiale de Saint- 
Hubert (Cantcdorium, p. 95) et l'on peut dire que le culte de ce saint est resté populaire 
jusqu'aujourd'hui en Ardenne. 

(6) G. KuRTH. Marche et Waha dans BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'ART CHRÉ- 
TIEN DU DIOCÈSE DE NAMUR, l<r fascicule, p. 17. 



— 341 — 

d"un linge propre est sur l'autel ainsi que le calice (1). Un mouchoir est attaché 
à l'autel pour permettre au prêtre de s'essuyer la bouche et le visage. Il 
ne se voit nulle part ni poussière ni toiles d'araignée. Une étoffe de lin recouvre 
la piscine. L'Eucharistie est conservée avec soin dans une armoire fermée à 
clef et encastrée dans le mur du côté du nord (2). 

Mais attention ! Le chapelain a récité prime et la messe est commencée. 
Les vêtements sacerdotaux sont blancs. Le manipule est long de deux pieds, 
l'étole pend jusqu'au parement de l'aube. Le cordon, lemanuterge, le corporal, 
tout est sans tache et sans déchirure. Sous l'aube le prêtre a revêtu une 
tunique de lin. 

Le comte de la Roche est au premier rang du côté du midi (3). Le prédi- 
cateur parle en se promenant et son exposé simple et substantiel de la doc- 
trine catholique est serti de multiples recommandations pratiques. Les 
paroissiens feront leur testament en présence du curé de la paroisse et surtout 
ils ne dilTcreront pas cet acte jusqu'aux angoisses de la mort ; les dettes y 
seront clairement détaillées et, après avoir indiqué les moyens de les payer, 
ils n'oublieront pas, dans leurs legs, la cathédrale Saint-Lambert, l'église 
d'Ortho, leur chapelle, les monastères de la région. La veille de Pâques 
et de la Pentecôte, les parrains et marraines devront porter les nouveaux- 
nés à Ortho pour recevoir le baptême par immersion et, quand ces enfants 
auront atteint l'âge de sept ans, les parents les conduiront à l'évêque lors 
de son passage dam la paroisse pour la confirmation. Pour ce jour, il leur 
couperont les cheveux qui pendent sur le front, leur laveront le front et les 
muniront de bandelettes de toile épaisse, propre et blanche, sans couture et 
sans nœud, d'une largeur de trois doigts et d'une longueur de deux pieds. 
Trois jours après la confirmation, les parents amèneront leurs enfants à la 
chapelle et le prêtre leur lavera le front, brûlera les bandelettes et versera 
l'eau du lavage dans la piscine avec les cendres. La pénitence ne peut être 
administrée à l'église avant le lever ni après le coucher du soleil et le ministre 
de ce sacrement doit être revêtu du surplis et ne jamais regarder en face son 
pénitent. Les rochoises se rendent à l'église par groupes et entrent au 



(1) Les prescriptions se rapportant à la liturgie ou à la vie et aux devoirs du clergé men- 
tionnées dans la présente étude ont été tirées, à moins d'indication contraire, des Statuts 
synodaux de Jean de Flandre, évêque de Liège, du 2G février 1288, publiés en 1908, par 
E. ScHOOLMEESTERS. Nous sommcs résolus, dit Jean de Flandre, dans le préambule, de 
réunir dans une compilation unique les constitutions synodales de nos prédécesseurs, et celles 
que nous portons et ajoutons aux leurs. Cette traduction est de Mgr le vicaire général de 
l'évêque de Liège. 

(2) G. de Waha, prévôt et châtelain de la Roche, demandait par son testament du 3 juillet 
1620 à être enterré dans le chœur de l'éç/lise côté à l' opposite du lieu où le S. Sacrement repose. 
(Cour féod. de la Roche aux Arch. de l'Etcd, à Arlon.) 

(3) A l'église, les places d'honneur, comme généralement encore aujourd'hui, étaient les 
plus proches du chœur et personne ne voulait être des derniers puisqu'il a fallu, à un cer- 
tain moment, assigner sa place à chaque famille. Je trouve, en effet, qu'en 1673, deux famil- 
les de Baconfov, qui occupaient le même banc à Tenneville, prétendirent un jour toutes 
deux à la partie du banc qui touchait à l'allée du chœur. La lutte des coudes ne prit lin que 
lorsque l'une d'elles eut donné une prairie à l'église pour avoir droit d'occuper la première 
moitié du banc, l'autre famille devant dès lors se contenter des places du côté du mur 
{Gref. scab. de la cour de Wiompont aux x\rch. de i'E., à A.) 



— 312 — 

confessionnal la tète et le cou voilés, les regards baissés. Les criminels 
notoires sont expulsés de Téglise le mercredi des cendres et n'y peuvent 
rentrer t[ui' le jeudi saint. C'est à l'église baptismale d'Ortho que tous, 
vicaire et rocliois, entendent la messe aux grandes fêtes de Pâques, de la 
Pentecôte, de Noël, de l'Epiphanie et de l'Ascension (1). A ces occasions, 
tous les paroissiens reçoivent debout et dévotement, les hommes sur la 
main nue, les femmes sur un linge, le corps de Jésus-Christ qu'ils portent à 
la bouche, puis tous également boivent à la même coupe le sang du Sauveur 
(2). C'est sous le lambris de cette église que l'esclave a acquis la liberté, 
c'est entre ses parois décorées que le peuple trouve son théâtre, son forum 
et son hôtel de ville, dans sa tour que la faiblesse en cas d'alerte cherche sa 
défense, en face de son autel que les jeunes couples unissent solennellement 
leurs destinées, à ses pieds que morts tous viennent se reposer. 

Après la messe, le bangarde, sur la place devant l'église, proclame les 
publications civiles. Accompagnons le vicaire jusqu'en sa demeure proche 
l'église. La maison presbytérale est en torchis (3). C'est assurément parmi nos 
montagnes, à la Roche peut-être, que ce prêtre a vu le jour. Il porte la tonsure 
bien visible. Une longue chevelure inonde ses épaules et une belle barbe lui 
descend sur la poitrine (4) ; mais, qu'il ne s'avise pas de la tortiller en pointes 
sous les narines ! Les statuts veillent. Ses habits sont de dimension conve- 
nable, de couleur unie et sombre, le manteau sans manches : c'est le costume 
clérical (5). Si la personne qui sert à table où la frugalité est familière et les 
excès de boissons inconnus n'est pas une proche parente, elle doit être âgée 
d'au moins soixante ans. Défense est faite aux clercs de jouer aux dés ou de 
s'associer aux joueurs. Les quelques manuscrits essentiels composent toute 
la bibliothèque. On ne doit voir à la cure ni oiseau de chasse ni chien de 



(1) J. Paquay, Les paroisses de l'ancien concile de Tonqres dans BULLETIN DE LA 
SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE DU DIOCÈSE DE LIÈGE, T. XVlll, p. 14. Voyez 
aussi Imbart de la Tour, Les paroisses rurales du IV au XI<^ siècle, 1900, p. 130 
CDroits du cure au IX<^ siècle). Il appert d'un acte du 8 juillet 1580 que les paroissiens de 
Tenneville,Baconfoy et Ramont recevaient du curé de Cens primum et ultimum sacramen- 
tum et assistaient à la messe dans l'église-mcre les jours de Pâques, Noël et Pentecôte 
(Arch. par. de Cens.) 

(2) Th. Pierret. Manuel d'archéologie, Paris, 1870, n" 449. 

(3) Encore au XVIIP siècle, le 22 février 1777, le curé d'Erneuville, dans une requête 
présentée au Conseil provincial à fin d'obliger les décimateurs à remettre son presbytère 
en bon état, écrivait qu'il ne pourrait plus habiter décemment sans risquer d'être pillé par 
les vagabonds qui peuvent facilement entrer tant par les fenêtres que par les parois qui sont 
de bois et d'argile, presque pourries. Le 17 juillet 1782, le Conseil de Luxembourg déclarait 
que le presbijtère d'Erneuville sera rétabli en pierres ou briques... {Archives de Ste-Ode, 
Liasse NN, à l'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, à Arlon.) 

(4) A. Van Hove, Les statuts stjnodaux liégeois de 1585, Louvain, 1907, p. 57. Barbcun 
si non abradant, quemadmodum vêtus Leodiennnm consuetudo et constitutiones antiquac 
posiularent... 

(5) Cet habit devait se caractériser à l'instar du costume actuel des prêtres allemands 
par une redingote longue et noire, seulement au lieu du pantalon, c'était une culotte courte 
qui se rencontrait aux genoux avec des bas entièrement découverts : c'est ce que me semble 
indiquer du moins ce passage du testament de Henri Lambert, vicaire à Libin, du 8 juillet 
1784 : 'I II laisse à son filleul ses boucles d'argent des souliers et des jarretières. » {Gref. scab. 
de Grandchamps.) 



— 343 — 

chasse. Toutes les fonctions du ministère, le vicaire les accomplit gratuite- 
ment; la coutume de faire des olTrandes est respectée mais celles-ci deviendront 
obligatoires. Les dîmes aussi, dans le principe, étaient libres : à cause de la 
négligence de certains, Charlemagne en fit une loi (1) ; il faut d'ailleurs que le 
prêtre entretienne l'école, la matricule, qu'il accueille les étrangers et les 
pèlerins. 

Comme il est certain que Henri prit part aux manifestations religieuses de 
son temps, je dirai un mot des croix de Saint-Hubert. C'étaient des proces- 
sions propitiatoires que la totalité des habitants du décanat de Bastogne 
sous la conduite du clergé, faisaient chaque année au tombeau de saint 
Hubert (2). Les fidèles partaient, à jeun et à pieds nus, en priant et en chantant. 
La procession était précédée de la croix. Les moines venaient processionnelle- 
ment à leur rencontre et les introduisaient dans la vaste église de l'abbaye. 
Là Henri dut connaître le charme de ces heures bénies dans lesquelles l'âme 
se dérobe à toutes les préoccupations du pouvoir pour ne vivre qu'en Dieu. 
Sans doute le comte de la Roche fut-il maintes fois témoin de la taille et des 
guérisons miraculeuses obtenues par ceux qui s'y soumettaient. Chaque 
miracle était salué par le chant du Te Deiim auquel se mêlaient la sonnerie 
des cloches et les cris d'allégresse de la nombreuse assemblée. Les pèlerins 
faisaient leur dévotion, déposaient leurs offrantes, un pain et un fromage 
par famille, et repartaient le cœur plein de joie (3). 

Henri faisait chaque année un autre voyage à Saint-Hubert, c'est lorsqu'il 
s'associait aux chasseurs ardennais pour apporter à saint Hubert, leur 
patron, les prémices de la chasse. C'était de tradition. Un jour, Frédéric 
premier mari de la mère de Henri de la Roche, arrivait au monastère suivi 
de ses veneurs portant un sanglier et lui-même les épaules chargées de la 
hure de l'animal qu'il déposa dévotement devant l'autel. « Nous avons vu, 
écrit le chroniqueur de l'abbaye, le duc Godefroid oiïrir à cette église cinq 
cerfs avec leurs peaux et un loup vivant. (J) ». 



(1) Imbart de la Tour, op. cit., pp. 160-163. 

(2) Ces processions se disent aussi les bancrolx ou croix l>anales de Saint-Hubert. Le 
ban signifiait un territoire ou Ijien les habitants de ce territoire ; plus tard ce terme fut 
pris pour l'édit public, notifié souvent au son de la cloche, convoquant les hommes du ban, 
puis enfin pour la proclamation elle-même faite aux hommes du ban réunis. (Voyez J. Ceys- 
SENs, Le droit de banalité, Liège, 1806, pp. 5-6.) Quant au mot croix, il était synonyme de 
notre mot procession. J'en ai acquis la certitude au cours de la lecture des Archives parois- 
siales de Remagne du XVIL' siècle el de plus j'ai rencontré dans un Record du 12 avril 
1448 concernant les limites de la cour de Prelle (Archives de Sainte-Ode, liasse S, à l'INS- 
TITUT ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, à ArIon)un lieu-dit appelé le repos des 
croix des Rogcdions. Les croix ou bancroix de St-Hubert étaient donc des processions an- 
nuelles organisées par les habitants d'un teriùtoire déterminé vers le bourg célèbre qui 
possédait les reliques de l'apôtre des Ardennes. La procession présidée par le doyen de 
Bastogne s'appelait les croix d'Ardenne. 

(3)G. KuRTH, Les premiers siècles de l'abbaije de Saint-Hubert dans COMPTE RENDU 
DES SÉANCES DE LA COMMISSION ROYALE D'HISTOIRE, T. VIII, pp. 49 et 52. 

(4) CANTATORIUM, pp. 132-133, traduction de de Robaulx de Soumoy, La chroni- 
que de Saint-Hubert, p. 98. 

Le texte original débute ainsi : Qui (le duc Frédéric) cum adhuc rudis antique et débite 
consuetudinis cognosceret ex débita exsolvendas becdo Huberlo cum primitias singularum 
ferarum cuuuie vencdionis totius silve Arducnnensis... {Cantcdorium, p. 132). 



— 344 — 
§ VI. — Sa journée. 

. La vie de Menri est active et sa journée bien remplie. Rentré de la messe 
dans ce castel qui abrite son amour paternel et une heureuse famille qui gran- 



Le P. de Smet avait assurément ce texte sous les yeux lorsque, considérant saint Hubert 
comme patron des chasseurs, il écrivit (Vila sancti Iliiberli dans ACTA SANCTORUM, T. 
I de novembre, ]).921) ■....(idniodiirn uctiis consiieliido offereiidi sancto Hiiberto venationis pri- 
inilias qui cullus forte antiqiiiori ciilliii idoloUdrico JJianae siibstitutiis est. 

Le célèbre boUandiste a en vue ici sans doute une substitution médiate. Je m'explique. 
Le remplacement du culte rendu à Diane à la mode des îjens adonnés à l'art de vénerie 
(Adrianus, Cijnegelicon, cap. 33 ; Beugxot, Histoire de la destruction du paganisme en 
Occident, T. II, p. 316 : Martin, Religion des Gaulois, T. II, p. 43 et 99 et Alexandre 
\Vn.TiiKiAr, Luxemburijum Romanum, p. 40.) par le culte de saint Hubert n'a pu se faire 
immédiatement pour la bonne raison qu'à l'époque où fleurit le culte de saint Hubert 
celui de Diane était déjà desséché depuis longtemps dans les cœurs. En effet, le catalogue 
des trente paganerics encore existantes et la formule d'abjuration à trois faux dieux non 
encore oubliés qui suivent le procès-verbal des actes du synode tenu, le 1er mars 743, à 
Kstines-au-Val, en Hainaut, sous la jjrésidence de saint Boniface {Slan. de la bibl. du 
Vatican, n° 577, folio, 6, d'après Th. Lejeune, Recherches sur la résidence des rois francs 
aux Estinnes, Anvers 18.57, pp. 20-46), ne mentionnent pas même le nom de la divine chas- 
seresse. Il n'y a là rien pour étonner ceux qui savent que déjà en 585 saint Walfroy avait 
brisé, sur les bords de la Chiers, une statue représentant sur une colonne cette divinité 
païenne. Est donc bien généreux à l'égard de Diane, à mon avis, qui lui accorde que quand 
son culte a disparu saint Hubert (t727) vivait encore et qu'à aucun moment du VIII" 
siècle le culte du pontife ne pouvait encore être ni si intense ni si notoire que pour remplacer 
immédiatement le culte de cette déesse. De plus, au témoignage du grand historien belge 
qui a étudié particulièrement les premiers siècles de l'abbaje ardennaise, c'est le VIII* 
siècle qui fut le dernier témoin des dernières susperstitions païennes en Belgique. « Encore 
au VIII« siècle, écrit M. Kurth (Les origines de la civilisation chrétienne, II,i03),la vie reli- 
gieuse des Francs de Belgique était tout entière sous le charme des vieux mythes et du 
vieux culte. Attirés par l'horreur mystérieuse des bosquets sacrés, ils couraient en secret, 
souvent au sortir du festin eucharistique, offrir des sacrifices ou célébrer des fêtes devant 
les dolmens, au pied des arbres, au bord des fontaines. » 

Mais, où trouver ici le trait d'union entre les deux cultes païen et chrétien enseigné par 
saint Grégoire le Grand pour la facile conversion des idolâtres? Si saint Hubert et son 
compagnon saint Bérégise ont achevé l'évangélisation de l'Ardenne et bâti l'abbaye d'An- 
dage (Vita sancti Beregisi dans Acta SS., T. I d'oct., p. 482), ces apôtres du Christ auront 
respecté la coutume immémoriale qui amenait dans cette solitude les adorateurs de Diane 
tout en apprenant aux Barbares à déposer leurs pieuses offrandes sur l'autel dédié à saint 
Pierre patron de l'église des moines élevée au milieu des régions les plus forestières de 
l'Europe et des populations les plus passionément adonnées à la poursuite du gibier. Là, 
le chasseur ardennais converti garda joyeusement son pèlerinage habituel compatible avec 
la nouvelle religion, mais purifié désormais par la pensée chrétienne. Beaucoup plus tard, 
quand le patronage de l'apôtre des Ardennes éclipsera dans nos régions celui du prince 
des apôtres, ce qui n'a pu vraisemblablement devenir définitif qu'après que les restes 
mortels du saint évêque eurent été transférés à Andage (825), alors seulement les nemrods 
de l'Ardenne offrirent les prémices de leurs butins cynégétiques à saint Hubert, dévotion 
qualifiée déjà au X'' siècle de coutume ancienne (Sliracula sancti Hubcrti II, 15). Une 
preuve à ajouter de la substitution immédiate du culte, non de saint Hubert, mais de saint 
Pierre aux adorations que recevait Diane, c'est qu'au XI« siècle encore, les fervents de la 
chasse, comme le duc Frédéric, portaient leurs offrandes, non pas sous le tombeau de leur 
patron placé au-dessus du pavement entre l'abside et le niaître-autel, mais devant cet autel 
même de saint Pierre (Cantcdorium, p. 132) comme cela s'était toujours pratiqué sans doute 
avant la présence du glorieux corps dans l'église monastique. 

Ce qui suit pour répondre à une objection qui vient de surgir peut-être dans l'esprit du 
lecteur. 

Prétendre que tout geste de paganerie avait radicalement disparu dès le IX« siècle 
serait fatuité, puisque le concile de Trêves de 1227 défend d'honorer encore les fontaines 
et les arbres (canon L III) et celui de 1238 défend aux femmes de se vanter de chevaucher 
la nuit avec Diane (canon LXVII), mais je dénie à l'idole préférée de nos devanciers 
païens, laquelle je vise spécialement dans cette note trop longue, un culte collectif et 
public en Ardenne après le premier quart du huitième siècle. Je pense avoir quelque peu 



— 345 — 

dit à ses côtés, la suzerain reçoit ses vassaux, entend leurs doléances et leurs 
suppliques: car il est le pivot et le centre, de la vie publique. Dans la salle du 
rez de chaussée, le comte de la Roche préside d'abord la haute cour féodale 
avec les grands seigneurs du comté, puis la cour supérieure de justice aidé 
des mayeur, échevins, greffier et sergent. En attendant l'institution du con- 
seil provincial de Luxembourg les sentences sontréviséesà Namur(l). La jus- 
tice inférieure, sans compter les plaids généraux, abondait sous l'ancien ré- 
gime (2). Cela s'explique en partie par la quote-part des amendes que per- 
cevaient les président et assesseurs. Ces créations judiciaires sont dues fré- 
quemment à la générosité de la couronne qui a voulu récompenser des 
preux pour leur constant dévouement à la chose publique, la propriété du 
sol emportant le droit de justice. 

Au dîner on sert du gibier, de la volaille et du poisson car notre sire 
s'adonne à la pêche quand il n'est pas en Freyr ou dans les bois de la Roche 
ou de Saint-Remacle à la poursuite d'un chevreuil. En 1106, un jour que 
Henri, assis à table en face du chapelain et entouré de sa famille, des pages 
et de quelques amis, était servi par un propriétaire de Mont, les convives 
voient tout à coup le serviteur qui chancelle et laisse choir sur son pied la 
soupière bouillante qu'il porte dans ses mains. Les brûlures profondes pro- 
voquent à l'instant des douleurs telles que le malheureux serviteur croit 
entrevoir la mort et, tombant cà genoux dans la salle, il fait avec des crie 
larmoyants, sa confession publique : vers le 15 mai, au matin, pendant qus 
le receveur (3) de Saint-Hubert reposait tranquillement chez lui, cet avare 
manant, pour échapper au paiement du cens annuel, aurait décapité le moine 
pendant son sommeil, si son neveu n'eût arrêté son bras déjà levé tenant une 
épée et ne l'eût ainsi empêché de commettre un horrible sacrilège (4). 

Quelle émotion, ce jour-là, au château de la Roche ! 

Le chapelain apprenait aux enfants le respect des parents, le culte des 
ancêtres, les lois de l'honneur, la crainte de forligner (5) et inculquait à ces 
jeunes âmes, avec la connaissance et l'amour de la religion, les sentiments 



étayé mon opinion. Au reste, si en notre XX» siècle, nous scrutions de près toutes les pra- 
tiques religieuses individuelles, ne découvririons nous pas encore de ci de là quelque rite 
supcrslilieux, quelque acte de paganerie matérielle surtout chez les gens qui n'ont pas du 
christianisme une connaissance sufTisante? Personne cependant et avec raison ne s'avisera 
de dire qu'il y a encore des païens en Belgique. 

(1) J. BoRGNET, De l'origine du conseil provincial de Namur dans ANNALES DE LA 
SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NAMUR, T. X, 4" livraison, pp. 446, et note 2 de la 
même page. La plus ancienne mention du Conseil des comtes de Namur trouvée par M.Bor- 
gnet est de 1315. Dans les chartes des comtes et dans les archives du Souverain bailliage 
de Namur, il y a cependant des actes qui indiquent qu'un tribunal fonctionnait et jouait 
le même rôle à la fin du XIII^ siècle que le conseil provincial joua plus tard lorsqu'il fut 
nettement distinct de la cour féodale ou Souverain bailliage. Pourrait-on nier que ce corps 
judiciaire existât au temps d'Albert IIP? 

(2) M. l'abbé Coxrotte, Les Eneilles à travers les âges, Arlon, 1912, pp. 37-44. 

(3) Le village de Mont appartenait à l'abbaye hubertine depuis 1096, mais la jouissance 
de ses revenus ne lui était accordée que depuis quelques jours {Cantcdoriiim, pp. 253-255.) 

(4) Caniatorium, p. 255. 

(5) N. TiLLiÈRE, Opus citatum, p. 47. 



— 346 — 

chovalere.squcs et tout ce qui est à rhouneur de l'humanité : les nobles sen- 
timents, les belles actions, le dévouement généreux, le respect de la fai])lesse. 
L'idée de patrie n'existait pas : l'esprit provincial était le seul esprit public. 

Les soins de Tavouerie absorbaient bien des journées du seigneur de la Roche. 
Les archives stavelotaines nous apprennent, en eiïet, et nous le verrons lors- 
que nous nous occuperons de l'avoué, que Henri ne s'épargnait ni efïort ni 
démarche et qu'il savait mettre la constance dans l'action pour mener à 
bonne hn des entreprises parfois fort délicates. 

Souvent encore, au second étage du donjon, réuni avec sa famille, Henri 
recevait ses hôtes, car l'hospitalité était large. L'un de ses habitués était 
Conon de Montagu. Ce comte occupait le château planté sur un piton de 
montagne, en face de Marcour, à la place du calvaire qui se dresse devant la 
chapelle actuelle de saint Thibaut. Henri et Conon sont des intimes car, le 
3 septembre 1104 ils cheminent ensemble vers Stavelot pour assister à la fête 
de saint Remacle. Au demeurant, la conversation de Conon intéresse autant 
qu'elle édifie. Qu'on en juge. Le 15 août 1096, Conon, parti avec ses deux gars 
pour la croisade en compagnie de son ami Godefroid de Bouillon, avait tra- 
versé l'Allemagne, la Hongrie, la Bulgarie, l'empire grec, le Bosphore, pris 
part à la conquête de Nicée et de Dorylée et aux deux sièges d'Antioche. 
Ici le père avait vu tomber à ses pieds, mortellement blessé par un secta- 
teur du faux prophète, son cher fils Gozelon. Après la prise de Jérusalem 
et la création du royaume chrétien, Conon revint avec Pierre l'Ermite et 
leur bateau essuya une furieuse tempête (1). Le vaillant croisé rentrait à Mont- 
agu au commencement de 1100. Sa femme qui, au départ, lui avait souhaité 
la victoire et un heureux retour, la pieuse comtesse Ida, était morte. Conon 
étalait ce riche trésor d'impressions et de souvenirs dans cette belle lan- 
gue romane, trait d'union entre le celtique et notre patois, formée d'un 
mélange de celtique, de tudesque ou thiois et surtout de latin (2). Pour la 
religion, la maison de IMontagu était aussi prodigue de son argent que de 
son sang : c'est elle qui donnera Wembay à Saint-Hubert, qui fondera les 
abbayes de Saint-Remy, du Val-Saint-Lambert et le prieuré d'Aywaille. La 
dévotion de cette famil'e pour saint Thibaut était notoire (3). Notre comte 
ne jouit pas longtemps d'un si heureux voisinage : le seigneur de Montagu 
mourut le 30 avril 1105 et fut enterré à Saint-Hubert, auprès de son père. 

Plusieurs membres de la pieuse maison de la Roche étant dans les saints ordres, 
la conversation au château devait tomber fréquemment sur les joies et les 
tiistesses de l'Eglise. A l'heure où Henri ceignit la couronne comtale, le feu 



(1) CiiAxoixE C.-G. Roland. Les comtes de Rocheforl dans ANNALES DE LA SOCIÉTÉ 
ARCHÉOLOGIQUE DE NAMUR, T. XX, Ire livraison, passim. 

(2) L'abbé J.-J. Bourassé. Archéologie chrétienne, Tours, 1871, p. 120, dit : « La langue 
romane est la langue romaine altérée par le mélange d'un grand nombre de mots barbares. " 
Voyez Lacombe, Dictionnaire de la langue romane, Paris, 1768, pp. XXXVIII-XXXIX et 
Joseph Demarteau, Le Wallon son histoire et sa littcraliire, Liège, 1889, p. 33. 

(3) Cii. Jamotte. Montaigu de saint Thibcail, édition A. de Leuze, Namur, 1898, p. 47 
et Godefroid Heu.schenius, Vita santi Theobaldi dans ACTA SANCTORUM, 1867, T. 
VII de juin, p. 541. 



— 347 — 

de la querelle des investitures ou de la lutte entre le sacerdoce et l'empire, 
fruit de la féodalité, activé par les vents politiques, religieux et littéraires, 
embrasait tout le diocèse (1). La mitre épiscopale était sur la tête du s'- 
moniaque Otbert qui, de sa crosse majestueuse transformée un jour dans la 
sombre forêt de ]\Iii\vart en vulgaire tiique de brigand, rossa jusqu'au sang 
un groupe de pieux moines de Saint-Hubert (2). Lui-même capturé peu après 
par Henri de Durbuy, oncle de Henri de la Roche, fut placé sur un cheval 
si maigre et si fougueux qu'aprè ; un( longue < t furieuse galopade, le pontife 
en fut meurtri piesque à mort (3). On comprend que le comte de Durbuy 
communiait aux idées grégorieijnes de ce monastère ardennais qui avait tenu 
tête à l'indigne prélat et dont les abbés furent les plus âpres adversaires 
d'Otbert et les derniers et plus célèbres champions de la cause papale en 
Ardenne.La mort de l'empereur Henri IV, à Liège, en 1106, et la soumission 
de notre évêque au pape amenèrent dans le diocèse la fin d'un schisme qui 
avait duré quinze ans. C'est l'heure aussi où les élections de nos évêques 
comme celles des pontifes romains secouèrent le joug asservissant du pou- 
voir temporel. L'Eglise fut victorieuse en ce tournant de l'histoire, parce 
qu'elle sut recouvrer par au moins autant d'habileté que d'énergie (4) cet 
affranchissement qui délivrera son clergé de la simonie et du dérèglement (5). 
Parmi les pionniers ardennais de cette grande réforme il convient d'écrire 
au tableau d'honneur les noms de l'abbé Thierry de Saint-Hubert, de l'abbé 
Poppon de Stavelot, du pape ardennais Etienne X, grand oncle du premier 
comte de la Roche, et de Frédéric d'Ardenne, comte de Verdun. Le sire 
de la Roche aura la noble fierté de voir un instant son frère, Frédéric de 
Namur (f 1119), assis sur le siège de saint Remacle et de saint Hubert. 

Le Saint-Empire, l'Eglise, les ancêtres, le respect du droit, quels plus nobles 
sujets de conversation? Les enfants de Henri, avides d'émotions, suivaient 
en frémissant les péripéties de l'épopée orientale et leurs âmes sensibles 
s'enflammaient aux récits des combats lointains. Leurs frais éclats de rire 
ainsi que les jeux aux échecs ou aux dés venaient varier le charme de la 
société (6). Au sein de ces réunions intimes et familiales, interrompues par- 



Ci) Alfred Gauchie, Opiis cilaliim, deuxième partie, 1891. Ce fascicule s'occupe exclu- 
sivement du schisme dans notre diocèse et le diocèse de Cambrai ; S. Balau, op. cit., pp. 
265-266 et Erxst Dummler, Zur Geschichle des Invesliturslrcitcs im Bisthum Luttich 
dans NEUES ARCHIVDERGESELLSCHAFTFÛR ALTERE DEUTSCHE GESCHI- 
CHTE, Hanno ver, 1886, BandXl, pp. 175-194. 

(2) Cantatoriiim, p. 218. 

(3) Ibidem, p,219.Les allures insolites de cesdiscussions disciplinaires ne s'accommodent 
pas plus mal avec l'esprit cliréticn du moyen âge que les duels et les assassinats du XX'' 
siècle avec notre civilisation Inimanitaire. 

(4) G. KuRTH, L'Eglise aux tournants de l'histoire, 1905, p. 76. 

(5) R. P. Bertholet, opus citatum, livre 23, pp. 166 et 199 ; G. Kurth, La cité de Liège au 
moyen âge, 1909, T. I, p. 88 et note 1 ; Chanoine .M. Lecler, Les principaux abus contre 
lesquels eut cï lutter s. Grégoire VII dans COLLATIONES NAMURCENSES, T. X, Fas- 
cic. 5, pp. 292-306 et A. Cauchie, opus, cit., 1, p. XXXVII. 

(6) L'archéologie vient quelquefois corroborer nos données historiques. C'est ainsi que 
les fouilles opérées au château de la Roche, en 1903, sous la direction de M. le chanoine de 
Leuze, ont mis à jour d'innombrables tessons de poteries des XIP et peut-être du XP 
siècle, un dé à iouer en os, six dames ou pions de jeu, en os gravé que l'on peut certes rap- 
porter au XIP ou au XP siècle. Voir BULLETIN DES MUSÉES ROYAUX DES ARTS 
DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS, 2^ année, n» 12, p. 93. 



— 348 — 

fois par le récit d'un pèlerin ou le chant d'un trouvère, la comtesse Mathilde 
avec une humeur enjouée était souvent l'inspiratrice des conversations 
sérieuses ; elle y prêtait une oreille intelligente et de ci de là dirigeait dis- 
crètement les jugements, redressait les pensées (1). 

La dernière rencontre de la famille comtale s'est faite à la chapelle domes- 
tique. Les rayons du soleil rougissant la sablière des Agelires ont disputé la 
çîme du donjon de la forteresse à l'ombre dans lac(uelle était déjà plongée la 
Roche, le bramement des cerfs s'élève intermittent du fond d'Hermeux, la 
nuit répand de la terre au ciel ses ténèbres et son repos. 

La journée de Henri l, on le voit, est celle d'un comte et d'un chrétien. 

§ VIL — Ses sujets (2). 

La prédilection du comte de la Roche, comme chez les anciens rois, était 
pour la vie des champs et elle le mettait souvent en contact immédiat avec ses 
sujets. Le prince poussait le loquet en bois de la chaumière du serf avec la 
même joie qu'il frappait du heurtoir à la porte du seigneur. Noble et simple, 
il s'asseyait à leur foyer, s'enquérait de leurs soucis, les aidait de ses conseils. 
Ce qui préoccupait surtout Henri dans ses visites, c'étaient la culture des 
terres et leur rapport. Le régime foncier qui est à la base de l'économie rurale 
est encore celui instauré dans nos contrées par les romains et il se maintiendra 
jusqu'à la fin du XVHIe siècle. Le sol est partagé en vastes exploitations 
rurales correspondant généralement aux limites de nos sections communale? 
actuelles (3). La famille royale en possédait un bon nom!)re en Ardcnne sui- 
tout aux temps carolingiens mais, depuis lors, beaucoup ont été concédées en 
bénéfices par les rois à seule fm de se faire des vassaux et des défenseurs ou 
de récompenser quelques signalés services. L'unité de la propriété était la 
villa. Celle-ci, désignée du nom de son fondateur ou de son propriétaire, s'est 



(1) Les commentaires de feu IMgr Landriot, ancien archevêque de Reims, sur le chapitre 
XXX I*' du Livre des proverbes, sous le titre de La femme forte (2 vol.) et sur des versets 
épars de l'Ecriture sainte publiés dans La femme pieuse (1 vol.) du même auteur, consti- 
tuent des monuments impérissables. La littérature profane met aussi sous la plume de ses 
princes, des expressions qui pei;4ncnt bien, du moins sous certains aspects, le caractère de 
la femme au sein de la famille. Ainsi Schiller écrit : 

« Und drinnen waltet 
Die zùchtige Hausfrau, 
Und herrschet weise 
Im hâuslichen Kreise. » 
(Das Lied der Glocke dans Schillers sammtliche Werke, Stùttgard und Tubingen, 1835, 
Band I, p. 394.) 

Son ami Gœthe dans Ilcrmann und Dorothea nous a légué sur la même pensée ce vers 
délicieux : 

'< Denn durch Dienen allojn gclangt sie endlich zum Herrschen. « (Edition Lévv, Paris, 
1892, page 86.) 

(2) Le lecteur doit ici plus spécialement se rappeler que l'évolution de la société est très 
lente et très complexe, qu'il faut de là réduire ce fait historique à sa plus simple expression 
et que, par conséquent, le meilleur tableau de la situation féodale même d'un seul comté 
ne peut répondre toujours, pour chaque seigneurie et pour toutes les époques, à la réalité 
concrète des choses. 

(3) Paul Allard, Eludes d'iiisloire et d'archéologie, 1899, p. 288. 



— 349 — 

suffit jusque là à elle-même. Cet individualisme de la villa explique, du moins 
en partie, les particularités de langages, de caractère, de mentalité qui ont 
jusqu'aujourd'hui quelque peu diiïérencié nos paroisses. L'unité économique, 
la villa, a servi de base à l'unité religieuse comme à l'unité politique. Aussi, 
retrouvons-nous la villa romaine peut-être, sûrement la villa carolingienne 
dans la circonscription de l'ancienne paroisse et aussi dans le ressort de l'an- 
cienne cour de justice (1). La villa, encore au temps de Henri de la Roche, 
comprend la partie du maître : corps de logis pour sa famille avec dépendan- 
ces pour les ateliers et gens attachés à sa personne (2). Sa demeure n'est sou- 
vent qu'une maison en bois remparée de gazon et entourée de fossés remplis 
d'eau poissonneuse. De la pointe du pignon, les roucoulements de doux pi- 
geons s'épandent au-dessus des gros poiriers tout fleuris rose et tout bour- 
donnants d'abeilles. Proche le pont-levis un grand chien, plein d'importance, 
dont l'image agitée se profile au fond du canal, fait retentir les échos de sa 
large voix tandis qu'il balance majestueusement sa queue opulente. Le 
maître fixait parfois sa demeure sur une élévation défendue par la raideur des 
escarpements. Souvent cette habitation a fait place à nos châteaux modernes. 
L'église paroissiale est proche, à moins que le dominus ou senior, n'habite- 
rait pas au centre de l'exploitation (3) ou qu'elle ne serait pas l'antique cha- 
pelle castrale agrandie. Saint Benoît s'est inspiré de la distribution 
romaine de ce principal groupe de bâtiments pour la construction de ses 
abbayes (4). Le seigneur sera souvent absent à cause des guerres. Le service 
militaire général, on le sait, a été établi par Charlcmagne et repose, au temps 
de notre comte, principalement sur les classes riches et moyennes. Il n'y a 
de soldats qu'en temps de guerre : les armées permanentes ne feront leur 
apparition qu'au XV^ siècle. Durant l'éloignement du seigneur, c'est un 
admodiateur, le villicus, maïeur (5), qui gère ses intérêts et qui, aidé des 
scabini (6), préside le tribunal en qui se concentrent l'administration et la jus- 
tice. L'autre partie de la villa est composée de manses ou tenures situés dans 
sa périphérie lesquels consistent surtout en terrains écobués (7) possédés 
précairement d'abord, puis viagèrement par les manants ou tenanciers, les 
masuyrs, qui paient au maître un cens annuel. Plus tard, cette occupation 
sera héréditaire, mais dans tous les cas, le serf ou vilain reste attaché à sa 
terre et il en suit la destinée. Voyez d'ailleurs: le comte Gozelon de Bastogne, 
en 1070, a donné Pinsamont avec les serfs qui l'habitent (8) ; en 1082, l'évêque 



(1) J. Brassine. Formation des paroisses du concile de Hozémonl clans BULLETIN DE LA 
SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE DU DIOCÈSE DE LIÈGE, T. XIV, pp. 330 et 340. 

(2) H. PiREXNE, Histoire de Belgique, I, p. 128 ; Fustel de Coulange, L'alleu et le 
domaine rural, pp. 441-442 ; J. YERNAUx,opzzs c/Za/izm, pp. 351-352 et Cantatorium, pp. 12, 
13, 14, 35, 39, 42 et 130. 

(3) Imbart de la Tour. Opus citcdum, p. 108. 

(4) A. Bequet, Les grands domaines et les villas de l'Entre-Sambre-et-Meuse sous l'Empire 
romain dans ANNALES DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NAMUR, T. XX, 
lr« livraison, p. 16. 

(5) Cantcdorium, pp. 40, 43 et 44. 

(6) Ibidem, pp. 17, 39 et 226. 

(7) Ibidem, p. 41, Apud villam... excisis in foresta sartis, féconda ibi provenerat messis, 
p. 240... vastatis eticmi sartis rusticorum... 

(8) Ibidem, p. 132, ...tradidit legaliter beato Huberto perpetuo habcndum Montcm Pincionis 
cum familia... 



— 350 — 

Henri a acheté Bras et Grupont avec leurs serfs (1) et Lambert de Montagu 
(t 11 17) graliliera les moines luibertins de terres situées à Wembay avec les 
ilonze lamilles ([ui les cuUivent (2). ("/est la classe inférieure. L'épithète de 
casalus, donnée par l'historien ardennais du XI*-' siècle (3) à un manant du 
pays d'HoulTalize jette le jour sur la classe moyenne à l'époque du comte 
Henri I. Un casatus est un serf investi à vie d'une terre moyennant une modi- 
que redevance à son donateur et quelque corvée honorable à la cour du comte. 
Cette tenure se nomme (ief, censive ou alleu, selon la valeur de la redevance. 
Nous connaissons l'aristocratie, cette classe où se recrutent les chevaliers : 
les seigneurs, seuls et véritables propriétaires,la composent et cumulent toutes 
les fonctions judiciaires et administratives. Henri I, président de la cour féo- 
dale de la Roche, remettait en séance publique au fds aîné du maître défunt 
ou à rac({uéreur de la seigneurie un gazon et un rameau : c'était le mode 
symbolique de la transmission de la propriété, per cespilem el ramuin (4). 
Entre ces trois classes sociales il existe d'autres nuances intermédiaires créées 
par le plus ou moins de prestations exigées (5). La communauté diffère de la 
seigneurie qui compte surtout des maisons et des manants en ce qu'elle 
emporte avant tout l'idée de territoire ; elle est indépendante du seigneur et 
s'administre elle-même par un centenier et autres délégués qu'elle se choisit 
périodiquement. 

La campagne se couvre de soille (6), de spelt (7), de wassin(8), d'orge, 
d'avoine, de lin, de millet, de houblon et de chanvre. L'élevage clu bétail, 
des porcs et des bêtes à laine est intense, la basse-cour est bien peuplée. Les 
droits de chasse et de poisse, de paisson pour la herde, les chèvres et moutons, 



(1) Ibidem, p. 106, ...duo qiioqiic allodia scilicet Braz et Griiispontcm ciim... el familia... 

(2) G. KuRTH. Charles, no LXXVI, p. 92, ...dedil nobis très mansos in Winbaij d diiode- 
ciin f ami lias. 

(3) Canlaloriam, p. 255. 

(4) Ibidem, p. 221. Plus tard lorsque le nombre des propriétaires, des' hommes libres, 
s'accroît les basses justices aussi donnent l'investiture des biens non fiefïés par la tradition 
de la bûchette qui passait des mains du vendeur dans celles du mayeur pour être remise 
à l'acquéreur. Il y avait en outre la prise de possession réelle. Le 25 mai 1744, C. F. de Varion 
de la Roche prit possession de la seigneurie de Journal par la planlalion d'un maij devant 
la maison du fermier du diet seiyneur et par différentes décharges de fusils faites à l'interven 
lion du curé de Champion et du baron du Mesnil prestre et des esehei'ins de la Roche. (Gref. 
scab. de .Journal aux Arch. de l'Etat, à Arlon.) Le 5 octobre 1776 le baron de Goër de Forest 
l)rit possession du bois de ^Vit<nv l)ar Venlcvemenl d'un cjazon et la coupe de ([uelques bran- 
chages et autres formalités. (Arch. de Ste-Ode à l'IXST. ARCH. DU LUX.) Voilà des échos 
de la tradition qui avait cours au temps du Henri I de la Roche et qui devait prendre sa 
source dans les coutumes du peuple de (;iovis. Voir G. Kurtii, Manuel d'histoire unluer- 
selle, Xamur, 1912, pp. 144-147. 

(5) La coutume générale du Luxembourg dont la rédaction commencée en 1570 ne fut 
terminée qu'en 1623 divise les biens en biens d'église, biens nobles et héritages de servile 
condition et elle reconnaît cinq catégories de personnes : les gens d'église, les nobles, les 
francs hommes, les bourgeois et les gens de servile conditioi'i. (E. Tandel, Les communes 
luxembourgeoises, I, 67). Les francs bourgeois, les allodiaux et les hommes-monsieur, trois 
catégories propres au comté de la Roche qui avait sa coutume locale inspirée de celles du 
Luxembourg et de Liège, se rapprochaient beaucoup de l'une ou de l'autre des catégories 
susdites. 

(6) Forme romane du mot seigle, en latin sccale. 
(!) Epeautre, du tudesque Speltz. 

(8) Seigle semé à l'approche de l'hiver, peut-être de Wasser (allemand), Water (anglais), 
eau ou de IV/zi/tT (allemand et anglais), hiver. 



— Sol- 
de paiiage et de glandée pour la sonre, d'usage des aisances et du gros bois, 
sont réglés entre les manants avec ou rarement sans le seigneur. Tous nos 
légumes remplissent depuis longtemps les jardins ; car les villas carolin- 
giennes furent des modèles du genre que nos ancêtres ont parfaitement 
copiés. Sous l'avare clarté du crasset et le large manteau de la cheminée, 
devant la crémallière enfumée et les chenets en cuivre aux têtes de lions, le 
filage, le tissage et la vannerie interrompus par la prière de tous ou cadencés 
par des noëls qu'accompagnent le son de la navette et le ronflement du rouet, 
occupent les longues soirées d'hiver. Les chaumières éparpillées depuis la paix 
romaine au milieu des pourpris de ces obscurs travailleurs forment actuelle- 
ment nos villages. IL'hygiène de ces réduits exigus étant aussi rare que les re- 
lations commerciales de leurs hôtes avec d'autres contrées, la population sera 
périodiquement décimée par la lèpre et la famine, qui parfois anéantirent des 
localités entières. Plus tard, lorsque la Roche sera affranchie, c'est-à-dire indé- 
pendante, qu'elle s'administrera par les hommes qu'elle se sera librement 
choisis, les serfs ruraux s'y rendront pour posséder plus de sécurité. Les hobe- 
reaux de la campagne devront alors, s'ils ne veulent pas voir déserter leurs 
terres, accorder la même liberté et les mêmes avantages à leurs colons, res- 
treindre l'arbitraire fiscal, se soumettre à des lois fixes qui formeront bientôt 
le droit coutumier pour les redevances et les corvées. Celles-ci avec le droit 
de mainmorte, seules survivances de l'esclavage primitif, se perpétueront 
longtemps encore puisque nous constatons qu'en 1766, dans la seigneurie 
de Grainchamps qui comprenait la paroisse d'Erneuville telle qu'elle existe 
encore aujourd'hui, « chaque des 28 manants doit tous les ans au seigneur 
de Grandchamps, outre une poule plus la dîme à l'onzième et deux stiés 
d'avoine par mesnage, un jour de faulx pour le foin et pour l'avoine parmi la 
nourriture estimée à trois escalins (1). » L'économiste qui voudra émettre un 
jugement sur ces obligations des mainmortables sous l'ancien régime ne 
peut pas perdre de vue qu'elles proviennent de ce jour éloigné où les terres 
furent distribuées gratuitement par les propriétaires à ceux qui ne possé- 
daient rien (2). 

La religion du Christ au service de princes aussi pieux que Henri I^r, 
comte de la Roche, a été le plus fort stimulant pour faire de l'antique esclave 
nomade et païen le propriétaire fier parce qu'indépendant de nos jours. 

§ VIII. — Son avouerie. 

Les monastères bénédictins de Stavelot et de Malmedy, destinés à recevoir 
la direction d'un même abbé, furent fondés au milieu du VI I^ siècle par saint 
Remacle grâce à la munificence du roi Sigebert III (f 656). La royauté et 
l'Eglise lotharingienne se soutenaient mutuellement contre l'aristocratie 
laïque. Voilà pourquoi le domaine territorial des religieux stavelotains 



(1) TABELLES CADASTRALES de Marie-Thérèse (seigneurie de Grandchamps ) aux 
ARCHIVES DE L'ETAT, à Arlon. 

(2) Paul Allard, Esclaves, serfs et mainmortables, 1894, pp. 67-74 et 134-156. 



— 352 — 

« 

jouil assez tôt d\inc situation juridique défaveur. Ainsi aucun ofTicier public 
ne pouvait franchir les limites de la terre monastique, soit pour présider un 
tribunal, soit pour lever des amendes, soit pour percevoir des impôts. Ce 
privilège d'être affranchi de l'autorité administrative, judiciaire et fiscale 
des aoenls royaux s'appelait l'immunité (1). L'al)bé de Stavelot-Malmedy 
élait donc un seigneur immuniste c'est-à-dire qu'entre le souverain et lui 
il n'y avait personne, il était dans ses terres l'officier royal et il en tenait dans 
ses mains tous les pouvoirs. Cette autorité remise sous sa crosse par les 
diplômes de Childéric II, Thierry III et Louis de Germanique (2), l'abbé ne 
l)ouvait pas l'exercer par lui-même, défense divine étant faite au prêtre de 
s'immiscer dans les affaires séculières (3). Force était donc au seigneur mitre 
de se servir d'un intermédiaire. Celui-ci prit le nom d'avoué, advocalus (4). 
Cet officier, déjà grand propriétaire foncier du pays (5), avait dans ses attri- 
])utions l'administration civile, judiciaire et féodale sur tout le domaine 
monastique et ce personnage insigne, une fois choisi par l'abbé, n'avait plus 
qu'à recevoir du roi la capacité d'exercer la haute justice pour siéger au milieu 
des échevins, y représenter l'abbaye, la défendre dans ses rapports avec 
l'étranger et devant les justices séculières et intervenir dans les traditions de 
biens faites au profit des moines. 

Les richesses des moines et de certaines églises tentaient beaucoup de 
gens, et comme on était dans un temps d'anarchie et de violence et qu'il n'y 
avait personne pour défendre militairement le territoire immunitaire contre 
ses ennemis tant du lointain que du voisinage, elles étaient à la merci de 
tous les déprédateurs. L'ombre du grand empereur avait disparu, la faiblesse 
de ses fils, la piraterie des Normands, la situation géographique du Lothier 
ballotté entre deux grandes nations, la turbulence de certains ducs, la que- 
relle des investitures, l'éloignement du souverain, les guerres entre seigneurs 
indigènes, telles sont les causes qui maintinrent nos régions dans l'inquié- 
tude de 811- à 1098, c'est-à-dire depuis la mort de Charlemagne jusqu'à la 
première croisade. En décembre 881, les religieux de Stavelot durent se retirer 
à Bogny avec le corps de saint Remacle pendant que les Normands incen- 
diaient leur église (6). Tout porte à croire que l'année suivante qui vit Prûm, 
Trêves et Remich saccagés par ces hordes marchant sur Metz, un détache- 
ment du gros de l'armée se porta vers le monastère stavelotain pour le piller. 
Il est même probable que le flot de l'invasion a pénétré jusque l'opulent monas- 
tère hubertin qui se cachait dans nos forêts (7). Vers 953, les Hongrois incen- 



(1) G. KuRTH, Notger de Liège, I, p. IG: Idem, La cité de Liège, I, p. 10 et Idem, Les ori- 
gines de la civilisation chrétienne, II, p. 7.3. 

(2) J. YERXAUx,Les premiers siècles de l'abbaye de Slavelot-Malmedi;. dans BULLETIN 
DE LA SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE DU DIOCÈSE DE LIÈGE, 1910, T. XIX, 
p. 349. 

(3) Saint Paul, E pitre à Thimolhée, cliap. II, verset 4. 

(4) On l'appelle ausi vidamc, qui vices domini gerit. 

(5) Charles Pergameni, L'avouerie ecclésiastique belge, Gaiid, 1907, ]). 56 et passini. 

(6) J. Yernaux, Opus citcdum, p. 382 et passim. 

. (7) G. KuRTH. Les premiers siècles de l'abbaye de Saint-Hubert, pp. 54, 55 et 71et P. Claes- 
SENS, Les civilisateurs chrétiens de la Belgique, 1872, pp. 181-185. 

Le cartulairc de Prûm, écrit en 893 et recopié en 1222, porte que la basilica de Wardanc 
(Wardin lez Bastogne) a été détruite par les païens en 881. Voir A. NE YEN, Histoire de 
Bastogne, p. 18 et note 2. 



— 353 — 

dièrent Malmedy (1). Des seigneurs n'osent plus sortir pour participer aux 
offices paioissiaux : dès lors ils auront leurs chapelains. Les évêques se sont 
retirés au fond de leurs demeures et le peuple se voit sevré de la joie de cour- 
ber son front sous leur main bénissante (2). On comprend qu'après ces ter- 
reurs et dans une situation si instable et si critique, les religieux s'assurèrent 
contre d'autres pirateries, non par eux-mêmes car la discipline ecclésias- 
tique défend aux prêtres de porter les armes, mais en se plaçant sous la pro- 
tection d'un seigneur puissant qui s'intitula l'avoué militaire. L'autre était 
l'avoué judiciaire. Le prince de Liège, notre évêque, était dans la même néces- 
sité : si les archidiacres étaient les conseillers du pontife dans l'ordre spirituel 
le seigneur avait ses avoués, dont le principal de la maison d'Ardenne (3), 
poui l'aider dans l'ordre temporel. Dans le même sens l'empereur était aussi 
l'avoué du pape. A Stavelot- Malmedy les deux avoueries se confondaient 
sur la même tête. Cette double avouerie dont la chronique peut se résumer 
en disant qu'elle fut avantageuse, puis nuisible et enfin inutile aux religieux, 
existait dès 900. En général les comtes septentrionaux d'Ardenne furent 
avoués de Stavelot et les comtes méridionaux avoués de Saint-Hubert. Elle 
fut d'abord confiée ici aux ducs de Lotharingie. Nos ducs étant avoués de 
Stavelot, c'est par là qu'on comprend que la veuve de Frédéric put apporter 
cette avouerie à son second mari, Albert III de Namur (4), et que ce privi- 
lège fut attaché héréditairement au territoire de la Roche compris dans la 
dot de Ida de Saxe (5). Par là même qu'elle devint héréditaire cette institu- 
tion mérovingienne fut inamovible. Dès lors l'abbé n'aurait pu déposer un 
avoué pi évaricateur pour les mêmes raisons qui privaient la royauté de la 
libre disposition des bénéfices et charges comtales. Outre l'avoué il y avait 
sous-avoué et avoués locaux (6). 

Déjà en 1088 notre futur comte de la Roche avait exercé les fonctions 
d'avoué de Stavelot, lorsque Macaire de Chimay et Boson de Barse,en expia- 
tion du meurtre d'Adélard de Lizen, sous-avoué de Stavelot, donnèrent à 
l'église de Stavelot leurs alleux de Boulaide et de Berlé avec la dîme de 
Ba vigne (7). 

C'est en 1102, que Henri est cité la première fois comme avoué de Stavelot 
et comte delà Roche. Cet acte rapporte que le sous-avoué Thiébaut, giâce à 



(1) J. Halkin et C. Roland. Recueil des chartes de l'abbaye de Slaveloi-Malmedij, l, 
p. 203, charte du 2 novembre 1007 (?) . . .monasterium priore a Hiingris conbiislo renovcdum... 

(2) R. P. Bertiiolet. Opiis cilalnm, T. III, pp. 168 et 199. 

(3) A. Gauchie, Op. cit., Introduction, p. XXVIII. 

(4) V. Habran. Le comté de la Roche. Origine du comté de la Roche dans ANNALES DE 
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, 1911, p. 271. Voyez aussi 
Halkin et Roland, Opus citatum, Introduction pp. VI- IX et Ernst, opus citatum, II, 
p. 97 note 1. 

(5) WiLHEiM RiTZ, Urkunden und Abhandlungcn zur Geschichte, etc., lien Bandes Ite 
Abthcilnnii, Aaclien, 1824, p. 56, no 41. 

(6) Cfr. J. Vannérus, Les avoués de Luxembourg et de Chiny dans ANNALES DE 
L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DU LUXEMBOURG, 1909, T. XLIY, pp. 1-58 ; 
Idem, Les avoués d'Arlon dans MÉLANGES GODEFROID KURTH, 1908, T. I. 
pp. 123-135 ; J. Yernaux, opus citatum, pp. 348-349 ; Cantatorium, pp. 17, 55, 57, 103, 
104, 145, 184, 226 et 239 et Charles Pergameni, Immunités (mtéféodales et avouerie 
ecclésiastique dans REVUE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN BELGIQUE, 1912, 
pp. 329-343. 

(7) Halkin et Roland, opus citatum, charte n» 1119, pp. 243-244. 



— 354 — 

l'iiilorvoiilion du comte et avoué Henri, parvint à obtenir des religieux sta- 
velolains la dîme île Marche à la condition de payer quatre livres tous les ans 
à la Saint-André. Marche avait été donné à l'abbaye par saint Remacle (1). 

Henri I*^'' de la Roche intervient en présence de Herman, comte de Salm, 
et d'autres, lorsque Rigold d'Assonce,s'étant d'abord engagé par serment à 
restituer le village de Germigny au monastère de Stavelot el: ayant fait con- 
firmer cet engagement par de-i garants dans une assemblée tenue à Chai- 
rière, le () juillet 1104, il réitère solennellement serment sur le corps de saint 
Remacle, dans l'église de Stavelot, à la fête de ce saint patron (2). 

L'avoué apparaît ainsi que le sous-avoué lorsque, en 1105, Gérulfe et sa 
femme Berlende laissent aux moines de Stavelot leurs biens de IMormont, 
de Bassenge et de Hollogne pour le salut de leurs fds Winand et Héribert 
qui avaient été tués le même jour et avaient reçu leur sépulture au monas- 
tère, et aussi pour être enterrés à côté de leurs enfants (3). 

Henri est encore témoin à un acte de 1107 par lequel Berte, dame noble, 
donne à l'abbaye trois serfs avec les terres auxquelles ils sont attachés au 
village de Bra (4). 

En 1118, c'est en présence de l'avoué Henri et du sous-avoué Pierre qu'un 
noble, nommé Boson et sa femme Helinde, à la prière d^ l'abbé Popon et de 
ses moines, fondent un autel sous la tour dans l'église abbatiale, en lui assignant 
pour dotation leur alleu de Taverneux (5). 

Il en est de même en 1123, à Stavelot, lorsque les habtants de Genneret 
déclarent avec la ratification de Warner, abbé de Stavelot-Malmedy, et de 
de toute la communauté, qu'ils ne doivent payer aucune redevance ni tenir 
plaid au village d'Ocquier (6). 

En 1124, 4'abbé Cuonon déclare en présence de notre conite-avouè, de 
son fils Henri, de Henri de Durbuy encore enfant et de son tuteur Godefroid 
de Esch, et de sa mère, la comtesse Alix de Grand-Pré, que, grâce aux per- 
sévérants efforts de l'avoué, ma(/no nisii el ingénie labore, il a pu mettre fin 
aux longues contestations qui s'étaient élevées au sujet de l'église de Bra- 
lez-Stavelot. Nouvelle intervention de l'avoué lorsque, en 1126, l'abbé 
Cuonon accense à Hugues le Veneur la terre de Chooz (7). 

C'est encore par Henri l'avoué qu'en 1128 Roland de Doreux donna à 
l'église de Stavelot vingt serfs et ce qu'il possédait en dîme ou en alleu à 
Pondrôme et aux environs (8). 



(1) Ibidem, p. 304, note 1 et Wilheim Ritz, op. cit., p. GO, n° 45. 

(2) Ibidem, charte, n» 135, pp. 274-277. 

(3) Ibidem, charte, n» 136, pp. 277-279. 

(4) Ibidem, charte, n" 138, pp. 281-282. 

(5) Ibidem, charte, n» 140, pp. 284-285. 

(6) Ibidem, charte no 142, pp. 287-288. 

(7) Ibidem, charte no 143, pp. 289-291. 

(8) Ibidem, charte no 148, pp. 300-301. 



— 355 — 

L'abbaye de Stavelot-Malmedy n'a pu s'assurer le concours protecteur 
d'un si puissant avoué sans lui fournir de gros émoluments. Outre la cession 
d'une part déterminée de leurs revenus, tel le tiers des amendes aux trois 
plaids généraux et des amendes judiciaires et d'autres avantages, elle lui 
cédait une certaine étendue territoriale (1). Les abbés laïcs ou ecclésiastiques 
aux mains indignes et rapaccs des IX^ et X^ siècles, n'avaient pas peu con- 
tribué sans doute à introduire cet esprit vénal dans la vie économique des 
abbayes du moyen âge (2). 

Jusqu'en 1130 déjà dix-huit localités avec leurs territoires comprenant 
300 manses provenant de l'abbaye stavelotaine constituaient le fief d'avoue- 
rie aux mains de Henri, comte de la Roche. Ce sont entre autres Lignières (3), 
Marche (4), Humain (5), Jupille (6), Chéoux (7), Cielle (8), Halleux (9), 
Hodister (10), Lavaux (11), Ortheuville (12) et Warisy (13). Il faut encore 
ajouter à ce territoire le ])ois de la Roche et la forêt de Freyr (14). 

Il me faudrait remonter bien haut dans les temps moyenâgeux pour éta- 
blir les titres de propriété du monastère stavelotain sur ces localités. Le but 
du présent travail me défend cette attrayante digression. 

On conçoit d'après ces largesses que la mambournie de Stavelot-Malmédy, 
véritable fief, a été un puissant facteur des plus beaux joyaux de la couronne 
de nos comtes et du prestige des princes qui en ornèrent leur front. 

Henri comme tous les avoués lotharingiens, et en cela trop fidèle imita- 
teui de ses ancêtres, fut plutôt un spoliateur qu'un défenseur du domaine 
ecclésiastique placé sous sa tutelle. Trois diplômes contemporains du fils 
d'Albert III et qui concernent spécialement son avouerie nous autorisent 
à juger l'avoué avec quelque rigueur. Lothaire III veut réagir contre les 
abus d'une institution qui ne répond plus à sa destination originelle ; et, à 
cet effet, ses trois lettres (15) mettent une digue aux prétentions excessives 



(1) Ibidem, Introduction, p. IX et charte no 151, p. 304. 

(2) Y. Yernaux, op. cit., p. 433. 

(3) Ibidem, opiis citaliim, pp. 339 et 341. 

(4) Ibidem, p. 344. 

(5) Ibidem, p. 416. 

(6) Ibidem, p. 419. 

(7) Ibidem, p. 423. 

(8) Halkin et Rolaxd, opus cilalum, p. 304, note 1. 

(9) Ibidem. 

(10) Ibidem. 

(11) Ibidem. 

(12) Ibidem. 

(13) Ibidem. 

(14) Ibidem. 

(15) Halkix et Roland, opus citatnm, pp. 314-315, diplôme du 13 avril 1131,... advo- 
cati... nullam prorsus exadionem facerc... ; pp. 323-325, diplôme du 17 août 113G, ... sed 
aduocahis qui a nobis et ab ipso abhate beneficium propter hoc ipsum (toute expédition mili- 
taire) habet, sine supplemento abbatis vel omnium suonim diligenter exsolvat ; pp. 348-351, 
bulle d'or du 22 septembre 1137, Advocatas expeditionem et arma pro summa et débita 
sut beneficii nobis successoribus noslris procuret. . . 

23 



— 356 — 

et aux mesures vexatoires et arbitraires de l'avoué (1), suppriment ses subal- 
ternes, eux surtout oppresseurs des paysans, restreignent son domaine juris- 
(liclionnel, diminuent ses émoluments et déclarent que le service d'ost dû à 
lomporour se fera aux frais de cet agent sans qu'à cet égard il soit jamais 
liormis d'inquiéter l'abbé, la famille, ni les possessions de saint Remacle. 

Plus tard, nous le constaterons au sujet de Henri 11, troisième comte de 
la Roche, aux injonctions impériales se joindra la voix menaçante du souve- 
rain pontife mais tous ces moyens resteront impuissants à réfréner l'esprit 
de lucre des comtes rochois avoués des moines de Stavelot-Malmedy. 

La plume de l'historien doit ajouter que ces excès sont plus imputables à 
l'époque qu'à nos princes. 

§ IX. — Son exemption du tribunal de la paix. 

Assurément tout le peuple du XI^ siècle était chrétien, mais pas au point 
d'exclure toutes les injustices et toutes les violences. Les seigneurs temporel? 
qui auraient dû êt-e les garants de la paix publique étaient les premiers 
à la violer. Certains incendiaient les églises ou s'emparaient de leurs granges 
et de leurs biens, d'autres emprisonnaient les personnes ecclésiastiques ou 
les empêchaient par des menaces ou des voies de fait de se rendre à leurs églises 
pour y remplir les fonctions de leur ministère (2). Ce n'étaient que noises et 
querelles depuis le serf le plus humble jusqu'au plus puissant feudataire. 
Les riches se faisaient voleurs de grand chemin, dépouillaient les marchands, 
ravageaient la moisson du pauvre et abusaient de leur force à l'égard du 
peuple. Cet état permanent de trouble et d'anarchie était funeste à l'indus- 
trie et au commerce. Les monastères même que les rois pieux avaient fondés 
ou dotés et qu'entretenait encore la foi généreuse des humbles, étaient con- 
voités et souvent dévalisés. L'excommunication (3) lancée maintes fois 
contre les dévastateurs et les détenteurs injustes de ces patrimoines sacrés 
et les confirmations (4) de leurs biens et privilèges accordés par les papes 



(1) Voyez DE RoBAULX DE SouMOY, Chronique de l'abbaye de St-Hubert, 4« partie : De 
l'avouerie de Saint-Hubert et des seigneurs de Mirwart, pp. 199-218 ; puis, pp. 55, 56 et 
81 et MM. Roland et Guilmix, Hemptinne dans Les communes namuroises, 1907, 
p. 17. 

(2) E. Schoolmeesters, op, cit., pp. XI-XII. 

(3) J. Halkin et C. -J.Roland, ■ op. cil., Bulles du 28 décembre 1143 p. 367 et du 30 
décembre, même année, du pape Cclestin II, p. 368. 

(4) Ibidem, Bulles de Vitalien, septembre 660, p. 16 ; de Léon III, 28 février 803, p. 62 ; 
de Grégoire V, 2 juin 996, pp. 195 et 198 ; de Léon IX, 3 septembre 1049, p. 230 et 5 octo- 
bre 1049 p. 232 ; de Innocent II, 3 mai 1140, p. 352 ; de Lucius II, 10 novembre 1144, 
p. 372 ; de Eugène III, 6 juin 1146, p. 378 ; janvier-février 1148? p.401 et 9 janvier 1152, 
p. 454 ; lettres de Brunon, archevêque de Cologne, 31 octobre 953 (?), pp. 169-171 ; de 
Hcribert, id., 1007 ('?), pp. 202-204 ; de Arnoul, id., 1140,' pp. 357-359 et d'Albéron II, 
cvêque de Liège, pp. 344-346 ; les diplômes de Childéric II, 6 septembre 670, p. 20 et 663- 
674, p. 25 ; de'^Dagobert II, 1 août 677, p. 27 ; de Thierry II, 681, p. 30 et vers 681, p. 33; 
de Childéric III, juillet 744 (?), p. 43 ; de Louis le Pieux, 1 octobre 814, p. 64 ; de Lothaire 
II, 12 avril 862,}). 82 et 13 avril,même année, p. 89; de Louis le Germanique, 10 juin 873, 
]). 91 ; de Louis le Jeune, 26 mai 877, p. 97 ; de Louis l'Enfant, 10 septembre 902 p. 117 î 
de Henri 1", 8 juin 935, p. 146 ; de Otton 1% 1 février 950, p. 162 ; de Otton III, 27 février 
987, p. 192 ; de Conrad H, 1033, p. 209 et, 18 avril 1036, p. 211 ; de Henri III, 5 juin 1040, 
p. 212 ; de Henri IV, 1065, p. 234 et,22 novembre 1089, p. 258 ; de Lothaire 111,13 avril 
1131, p. 315; 17 août 1136, p. 323 et 22 septembre 1137, p. 330 ; de Conrad III, 11 avril 
1138, p. 335 ; et de Frédéric P>-, 9 mars 1152, p. 456 et G. Kurtii, Charles de l'abbaije de 



— 357 — 

et les souverains sont des preuves bien manifestes de l'insécurité qui envelop- 
pait ces asiles de la science et de la religion. 

L'Eglise, fondée par le Prince de la paix pour porter la tranquilité aux cons- 
ciences et aux nations, »ouiïrait de cette situation. La paix n'est-elle pas la 
première condition de la vie civilisée? Supprimer les abus de force, faire 
régner plus d'harmonie entre les classes sociales, mettre fin à ces guerres 
atroces et interminables qu'allumaient entre seigneurs voisins des motifs 
futile. : telle fut la noble cause au service de laquelle l'Eglise mit son influence 
et, si son succès ne fut pas complet, ce sera toujours pour ses pontifes un 
éternel honneur, en face de la civilisation, d'avoir caressé ce rêve grandiose 
d'une paix perpétuelle régnant sur le monde, rêve glorieux que le noble tzar 
de Russie, Nicolas II, félicité par le pape Léon XIII, a repris et tenté de 
réaliser à la fin du siècle dernier. 

Les évéques, anciens soldats mitres de l'empereur, mais à cette heure 
humbles prêtres du Christ convertis à l'idée clunisienne (l)dela halte des 
armes, entreprirent à leur tour l'éducation civique des seigneurs féodaux et 
leur firent comprendre que le pacifisme émane de la doctrine catholique, que 
la guerre n'est qu'un mal nécessaire pour défendre le droit, protéger les faibles 
et réprimer l'iniquité. 

Dans sa sagesse l'Eglise procéda par étapes. Sa parole autorisée parvint 
à liguer les seigneurs et à leur faire convenir qu'en tout temps les prêtres, 
les pèlerins, les voyageurs, les marchands, les cultivateurs et les femmes 
ne devaient jamais être molestés : c'est la Paix. 

Le port des armes fut défendu ici depuis le soleil levant du vendredi 
jusqu'à celui du lundi de chaque semaine, depuis l'Avent inclusivement jus- 
qu'à l'Epiphanie et depuis la Septuagésisme jusqu'à l'octave de la Pentecôte, 
aux vigiles, aux quatre-temps, aux fêtes du diocèse et de l'Eglise, les deux 
jours qui précédaient ou suivaient ces fêtes : c'est la Trêve-Dieu (2). 

Ces ligues de la paix du moyen âge mettaient le monde sur le chemin de 
la paix universelle. Elles ne supprimèrent pas complètement les guerres pri- 
vées, mais elles en diminuèrent le nombre et les horreurs (3). De plus, ces 
associations des X^ et XI^ siècles sonnèrent l'abandon du vieux droit franc 



Saint-Hubert en Anlenne, Y. I, Bulles de Grégoire VII, 29 avril 1074, p. 39 et, 1074, p. 41; 
deHinorius 11,19 avril 1129, p. 98 et d'Innocent 11,17 avril 1139, p. 104 ; lettres de Henri I, 
évcque de Liège, 1075, p. 45 ; de Renaud, archevêque de Reims, 1086, p. 64, et d'Albe- 
ron I, évcque "de Liège, 1126, p. 97 et diplôme de Henri IV, 25 juin 1079, p. 29. 

(1) A partir du X'' siècle une véritable renaissance monasticiuc s'opéra sous l'impulsion 
féconde du glorieux ordre de Cluny qui devait être le principal propagateur des idées de 
reforme. Vovez J.-B. Brugerette, Grégoire VII et la réforme du XI° siècle dans la COL- 
LECTION "science et religion, p. 15 ; A, Gauchie, op. cit., U<^ partie, introduc- 
tion, p. XXXIX et A. DE Brimont, Un pape au moyen âge, Urbain II, Paris, 1862, pp. 
67-85. 

(2) M. l'abbé Erxst, Histoire du Limbourg, édition Ed. Lavalleye, T. II, p. 158 et sqq. ; 
Edmond Poullet, Origines, développements et transformations des institutions dans les 
anciens Paijs-Bas, 1882, T. I., p. 202; Aegidii Aureaevallis religiosi Gesta pontificum leo- 
diensium, Leodn', 1613, T. II, p. 38 et M. G. H. SS., T, XXV, pp, 89-90 qui reproduisent 
l'ouvrage précédent de Gilles d'Orval. Mon énumération comprend les temps de halte qui 
existaient avant et sous Henri le Pacifique. 

(3) G. KuRTH, Manuel d'histoire de Belgique, p. 45 et Idem, Abrégé de l'histoire de Bel- 
gique, p, 32. 



— 338 — 

el le (.ummoncomcnt d'une évoluliuii juridique réclamée par les besoins nou- 
veaux : deux fruits précieux du travail pacifiste des évèques. Plus tard, les 
citadins en tirèrent encore Tidée de conclure entre eux des associations ana- 
logues ayant un caracLère municipal. Si les Trèves-Dicu n'ont pas été le 
germe des communes, elles ont placé au berceau de ces créations démocra- 
tiques des modèles qu'elles ont eus sous les yeux et qui ont été contre l'esprit 
individualiste un stimulant des plus effîcaces (1). 

Bien (pie décrétées par des conciles et établies réglementairement dans une 
grande partie de l'Europe, les ligues de la paix ne survécurent pas à l'époque 
qui avait présidé à leur format' on. 

Henri de Veidun, évêque de Liège (1076-1091), résolut de faire revivre 
dans son diocèse, ces lois bienfaisantes et d'y ajouter de nouvelles disposi- 
tions mieux adaptées à l'esprit du temps: c'est la Paix-Dieu. 

Comme sanction de ces règlements, les seigneurs Albert de Namur, Conon 
de IMontagu, Conrad de Luxembourg, Godefroid de Bouillon et la plupart 
des princes de la Belgique orientale (2), établirent à Liège, avant 1083, le 
Tribunal de la Paix, qui devait juger des contraventions aux lois nouvelle- 
ment promulguées dans le diocèse (3). Ce tribunal siégeait entre la 
cathédrale et l'église Notre-Dame-aux-Fonts. Le princc-évêque convo- 
quait les membres et présidait les séances avec, comme assesseurs, les prin- 
cipaux du clergé, les échevins de la ville et les magnats du diocèse. Les causes 
étaient introduites le samedi et serfs et nobles pouvaient porter leurs plaintes. 
Le tribunal siégeait le dimanche. L'accusé avait la faculté d'affirmer son 
innocence par serment, le tribunal prononçait l'acquittement. Le condamné 
devait se conformer à la sentence sous peine de bannissement ou d'excom- 
munication comme il lui était loisible de réclamer le jugement de Dieu. Dans 
ce cas un combat avait lieu sur la place du Marché entre l'accusé et l'appe- 
lant en présence des échevins (4). Les armes étaient l'épée et la hache ou 
le bâton selon que les lutteurs étaient libres ou serfs. Preuve manifeste que 
la justice aveugle de l'époque barbare n'avait pas encore complètement 
disparu des mœurs publiques et que subsistait encore, du moins en fait, le 
souvenir des anciennes ordalies (5). Que nous sommes loin cependant déjà 
de ces temps où le coup de poing ou la hache apportait la conclusion de 
tout débat et où la vengeance privée seule pouvait punir le coupable ! 

Cette juridiction qui vécut jusqu'en 1467 était absolument volontaire et 
n'y étaient soumis que les territoires dont les feudataires y avaient adhéré 
d'avance par un acte formel (6). C'était une paix consentie parla volonté réflé- 
chie des consciences. Qu'à côté, notre paix armée du XX^ siècle, rêvée au 



(1) G. KuRTH, La cité de Lièijc an moyen dge, Introduction, pp. XXXI-XXXII. 

(2) Ernst, op. cit., p. 149, cite les noms de tous ces princes. 

(3) G. KuRTH. La cité de Liège, I, pp. 49,67 et 126 ; II, p. 20 et III, p. 83. 

(4) Ernst, op. cit., p. 153 donne tous les détails de cette procédure. 

(5) Edmond Poullet, op. cil., I, pp. 430 et sqq., 534 et 840 ; II, pp. 66, 99, 177, 188, 
193 et 790. 

(6) .\. Delescluse, op. cit., passim. 



— 359 — 

milieu des canons et des cuirassés, nous paraît fragile ! La Trêve-Dieu déjà 
avait revêtu le même caractère de liberté. C'est d'ailleurs le seul naturel. En 
efîet, comment comprendre que des seigneurs lassés de querelles, des tra- 
vailleurs avides de tranquilité et de repos, veuillent imposer par les armes 
une institution qui ne pourra jamais sortir ses heureux efïets qu'au profit 
de sujets qui, de leur bon et plein gré, l'auront acceptée des mains aimées de 
leurs princes? Pour bien saisir cette mentalité, il faut se représenter qu'alors 
le mot de paix avait le même prestige qu'en d'autres temps devait avoir 
celui de liberté et qu'a de nos jours celui de justice. 

Le comté de la Roche, sous Henri I et ses successeurs, ne fut pas soumis à 
ce tribunal de paix. Le fait est attesté dès le XIII^ siècle (1). Moins d'un 
siècle après, en 1343, les démêlés de l'évêque de Liège et du comte de Luxem- 
bourg, au sujet de leurs prétentions respectives sur la Roche, se terminaient 
à l'amiable le l*^^" juillet de cette année et un acte émané de l'évêque en cette 
circonstance constate que l'on ne peut attraire à sa barre ni les bourgeoL de 
la Roche ni les habitants du comté (2). Comment expliquer cette franchise? 
Une réponse sera donnée, trois siècles plus tard, par Jean d'Outremeuse 
(t L399) (3). Le pillard comte de la Roche, selon ce chroniqueur doublé d'un 
romancier, n'ayant pas voulu sceller l'accord conclu entre différents seigneurs 
le 18 mai 1084, les signataires auraient ravagé l'Ardenne et assiégé Henri P'" 
dans son château de la Roche. Après un long siège le rusé comte, réduit par 
la famine, aurait lâché dans le camp ennemi une truie repue à crever. A 
cette vue, les princes désespérés se seraient éloignés d'une forteresse encore 
si bien munie de vivres après un long siège en convenant que le chef-lieu du 
comté et son territoire à une lieue à la ronde bénéficieraient derexemption(4). 
Cette légende a été acceptée comme vérité pendant cinq siècles. 

Des seigneurs qui conviennent de vivre en paix et de trancher leurs diffé- 
rents par un arbitre, violeront-ils leur contrat, s'exposeï ont-ils à compromet- 
tre leur œuvre à peine établie pour recruter par la force un nouvel adhérent 
qui n'attendra qu'une occasion favorable pour resaisir son indépendance? 



(1) J'ai lu dans les Gesta pontificum tiingrensiam, trcifedensiiim et leodiensium abbreoiaia 
reproduits dans Mon. Germ. Hist. SS., XXV, 131 : « Scd nobilis cornes del Rouclie se et 
suam terrain exemit omnibus in curia régis pro se et suis terris hominibusve ac dignitatibus 
consentientibus. » Ce texte ne se trouve pas dans le manuscrit de cet ouvrage possédé par la 
Bibliothèque royale de Belgique sous le n» 19627. 

(2) Voici les termes de cet acte qui concernent l'accord en question : « On ne puist de 
cest jour en avant appeleir devant nous evesques a la paix de Liège les bourgeois de la ville 
de la Roiche et Ardenne demeurant en ladicte ville résidemment ni assis cex qui demourent 
residemment dedans le terme de la conteit c^e la Roiche comme nous soiens souffisamment 
enformez que li bourgois dessusdis et li menans en ladicte eonteit de la Roiche quant a ce 
d'ancienneteit en doivent être frans. » Table chronolocjiqiie des chartes et diplômes etc., 
publiés par M. Wiirth-Pâquet dans les PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ HISTO- 
RIQUE DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG, T. XXI, charte n» 1593, p. 22. 
J'ai trouvé une preuve non moins catégorique de cette exemption dans un Record de la 
Cour féod. de la Roche (A-RCH. DE L'ÉTAT, à Arlon) en date du 18 mars 1427 : «...nous 
tenons, dit cet acte, sceaux de marche en famen estre de la conteit de la Roich et partant 
teneons que ils ne doivent est point appeleir à la dict paix... » 

(3) Jean d'Outremeuse, Ly Mijreiir des histors, Livre II, pp. 277-280 dans les publica- 
tions de la Com. roy. d'hist., édit. MM. Borgnet et Bormans, 7 vol., Bruxelles, 1864-1887. 

(4) Ernst, op. cit., II, 161-162, exhibe par le menu ce combat imaginaire. 



— 360 — 

Xul ne le pensera surtout aujourd'luii que nous voyons quarante-quatre 
puissances amenées par la persuasion à adhérer à la Cour d'arbitrage inter- 
nationale. Elle est aussi toute spontanée l'adhésion des Etats de l'Amérique 
centrale au tribunal arbitral de Carthago auquel ces républiques doivent 
depuis six ans de ne plus se faire la guerre. Tout souverain est libre de se 
faire représenter à La Haye et nul n'a la pensée de partir en guerre contre 
les Etats de Costa-Rica, Libéria et Monaco dont les noms ne figurent pas 
dans le contrat de 1907. Il n'en fut pas autrement en cette fin du XI"^ siècle 
où, nous l'avons dit, tout le monde avait soif de calme et de paix. Henri I^r 
n'a pas voulu se soumettre au tribunal de l'évêque, c'est l'unique raison de 
l'exemption de notre comté de cette juridiction liégeoise. 

Pour quels motifs Henri I^f de la Roche n'a-t-il pas voulu se soumettre 
au Tribunal de la Paix? A défaut de documents je recourrai à l'hypothèse 
et je conclurai d'après la logique des faits. 

L'exemption fut réelle, le texte (1) des Gesla abbreviata ne nous permet pas 
d'en douter. Cet acte d'autorité de la part d'un simple comte nous étonne 
cependant quelque peu quand par après nous ne voyons que des empereurs 
ou un puissant duc de Bourgogne oser toucher à cette institution pour la 
confirmer ou en affranchir. 

Henri est un papiste. Cette mentalité orthodoxe et romaine le comte de 
la Roche l'a puisée dans sa famille bercé qu'il était sur les genoux de son aïeule 
Régelinde, sœur d'un pape ; et puis, ses relations avec les moines de Saint- 
Hubert, qui jamais ne furent rien moins qu'impérialistes dans la querelle des 
investitures, ne firent que confirmer en lui cette conviction. Notre comte 
n'est donc pas un partisan de l'intrus Otbert qui occupe le siège de saint 
Lambert depuis 109L L'occasion est belle de soustraire ses sujets à un tri- 
bunal présidé par l'indigne pontife. Aussi le comte la saisit-il avec empresse- 
ment pour écarter de la tête de ses chers rochois la houlette de ce faux pasteur. 

Depuis son adolescence le fils d'Albert HI a vu fonctionner cette procédure 
judiciaire. Son père rentré de Liège, au soir des audiences, a bien des fois 
raconté à ses beaux gars, devant l'àtre flambant de la grande salle du donjon 
namurois, les différentes péripéties de ces jugements. Pendant vingt ans 
Henri a pu apprécier les bienfaits, comme ses oreilles ont pu entendre les 
critiques à l'adresse de cette juridiction ; et, si le jeune comte ne l'a pas admise, 
une fois les reines du pouvoir dans ses mains, c'est qu'il en avait reconnu au 
moins l'inutilité pour ses sujets rochois. 

Peut-être aussi l'institution ne répondait-elle plus aux aspirations popu- 
laires qui tendaient à ce que les manants fussent administrés et jugés par 
leurs propres délégués. Ces idées qui s'acheminent vers la commune se font 
jour du moins dans les villes. Henri en administrateur averti a reconnu que 
ce tribunal n'a plus son opportunité originelle, que c'est une institution peut- 
être fort critiquée par les rochois, une servitude même, dénomination que 
suggère naturellement le mot exemit du chroniqueur. 



(1) Reproduit plus haut, page 359, note 1. 



— 361 — 

Henri I sait encore que ses terriens, sous leurs chaumières de torchis, ont 
des mœurs calmes et de modestes aspirations, car ils sont agriculteurs et éle- 
veurs de bestiaux par conséquent peu enclins à la guerre et aux querelles, 
que les seigneurs clairsemés dans les bruyères et les taillis s'adonnent pas- 
sionnément à la chasse et n'ont d'autres soucis que de percevoir les cens de 
leurs serfs et de leur administrer la justice. Les abus de force étaient donc 
plus que rares parmi ces familles patriarcales et les juridictions locales leur 
suffisaient amplement. 

Si ces hypothèses ne semblent pas satisfaisantes pour expliquer l'opinion 
du premier comte de la Roche de refuser la juridiction liégeoise, je les cède 
au lecteur. 

Certains disent que cette exemption ne doit pas être attribuée au fondateur de 
la dynastie rochoise,mais qu'elle est venue de son père Albert III de Namur. 
C'est là une autre erreur. Un historien liégeois (1551- f 1617) reproduisant 
une chronique du XI 11*^ siècle avait omis d'ajouter au nom de notre comte 
la forme romane del rouche (1) dans le passage où il est question de cette exem- 
ption et comme dans la phrase précédente du chroniqueur médiéval il s'agit 
d'Albert de Namur, l'exemption fut attribuée au comte namurois par les 
lecteurs trop naïfs du négligent copiste. 

§ X. — Sa mort et ses funérailles. 

Henri avait donc abrité son âge mûr. et sa vieillesse dans cette demture 
agreste bâtie sur un rocher nu en face des verdoyants coteaux qui y font un 
coude comme pour embrasser la rivière et l'église dans une étreinte joyeuse. 
Arrivé au soir de sa vie, le vieillard assis sur la terrasse bordée de genêts aux 
corolles d'or du manoir aimé, plonge, maintenant plus souvent que jadis, 
son regard vers ce côté de l'horizon coupé par Corimont et Cereux lequel 
dresse au-dessus du bourg le signe salutaire du gibet (2). Ses pensées jaillissent 



(1) Les annotateurs des Gcsla abbreviala dans les Mon. Gcrm.H. .S.S.,XXV, 131, affectent 
le nom du fief del Roiiche, cow\ç\\\i dans le passage cité p. 32, note 1, de ces mots : « del Rouche 
deest M. Chr. B. » On ne possède plus le manuscrit de ce Magnum Chronicon Belgicum, mais 
Chapeaville qui, dans son ouvrage Gcsla pontificiim T., T. et L., Liège, 1()13, II, 39, en repro- 
duit le texte, omet les mots del Rouehe.LeP.de Marne visant ce passage tronqué écrit dans 
Ernst, op. cit., II, 162, n<> 1 : « Il peut y avoir quelque omission dans ce texte, qu'il faudra 
peut-être remplir par le met de linpe placé après celui de cornes. » Si ce moine historien 
avait eu la chance de tomber sur le manuscrit original des Gesta oèôrei'/o^a qui se tenait blotti 
dans la bibliothèque du séminaire de Luxembourg, il n'aurait pas manqué d'être, comme 
nous, carrément affirmatif. Le travail du chanoine et vicaire général Jean Chapeaville 
n'est qu'une juxtaposition coordonnée des études de ses prédécesseurs historiens Hariger, 
Anselme, Gilles d'Orval, Godelscac, Nicolas, etc., à laquelle il se contente d'ajouter des 
annotationes à la fin de chaque chapitre. Le passage qui nous préoccupe ligure dans la première 
des trois annotationes de la page susdite. La voici à part les termes incidents : « De hac 
lege et pace sic loquitur Maç/niim Chronicon Belgicum : cum nimiae fièrent strages homi- 
num et incendia, et praedaè et rapinae... concilio Alberti comitis Namurcensis ...pacem 
composuit omnibus... profuturam... quae pax anno pontificatus Hcnrici decimi quarti 
in expeditione Romana per Henricum regem quartum, et principes confirmata, et episcopo 
Henrico datae literae : sed Comes se et suam terram exemit ex hac pace : et ideo hic episco- 
pus deinceps pacificus vocatus est. » 

(2) Les exécutions des criminels avaient lieu à la Roche au lieu-dit Ceureux ancienne- 
ment Cereux (Archives de Ste-Ode, liasse X, à l'INST. ARCHÉOL. DU LUX., à Arlon). 



— 362 — 

nombrousos el fuient vers ces multiples collines aux flancs peuplés d'hommes 
et couverts île moissons, aux pics ()m!)ragés de forêts d'où émergent ça et 
là une grise roche ou un massif castel, au pied baignant dans les eaux lim- 
pides de rOurthe et du Bronze, de la Siire et du Laval, de la Lomme et de la 
1 lalmaiche qui se déroulent avec des courbes bizarres au milieu des régions 
pittoresques de son vaste comté (1) ; puis, réfléchissant que, pendant son 
règne, il a édifié ses sujets par ses vertus de probe chevalier et de chrétien 
sans reproche, qu'il a été un émule des moines de Stavelot et de Saint-Hubert 
pour améliorer la situation sociale et économique des prolétaires, qu'il a 
étendu partout le règne de la justice tout autant que celui de la charité, 
qu'il a versé ainsi plus de paix et de bonheur au sein des plus humbles foyers, 
Henri doit se dire, sans doute, qu'après une existence qui a valu la peine 
d'être vécue il n'y a pas d'amertume à mourir. 

Notre comte était septuagénaire : les boucles de ses cheveux étaient blan- 
ches comme la neige et ses joues brunes comme le feuillage du chêne. Une 
maladie, messagère de sa fm, le visita. C'était avant le 5 juin 1139 (2). Digne 
pendant sa vie, le père du comté de la Roche fut grand en face de la mort : 
Henri I parle et c'est pour demander le prêtre. Avec quelle humilité le des- 
cendant des pieux comtes de Namur offre à Dieu le sacrifice de sa vie et 
accepte de voir se briser les liens de l'amitié, de l'autorité, de la chair et du 
sang ! Pour rassembler, à l'église, les fidèles qui accompagneront, en rang 
et respectueusement, le T. S. Sacrement, on sonne la cloche de la façon 
convenue, puis la sainte communion est portée à l'auguste malade. Le prêtre 
cil marchant précédé de la sonnette et de la lanterne récite des psaumes, des 
litanies et oraisons pendant tout le parcours. Le corps du Seigneur est porté 
avec un souverain respect dans un calice recouvert d'un couvercle surmonté 
d'une croix et orné d'un voile à franges de soie. Le pasteur demande au comte 
de la Roche s'il croit que, sous cette forme de l'hostie, réside le corps du Sei- 
gneur, né de la Vierge Marie, torturé sur la croix, ressuscité le troisième 
jour. « Oui, je le crois » est la réponse; puis, le saint Viatique est administré 
au princier moribond. Les rochois vivement impressionnés par cette scène 
grandiose en sa simplicité redescendent jusque l'église avec le prêtre qui porte 
toujours le corps du Seigneur. 

Henri I, sur son lit qu'entourent son épouse et ses enfants en pleurs, la 
main surl'épée et les yeux sur le crucifix, récite d'une voix sombre et saccadée, 
le Paler, Y Ave (3) et le Credo, puis le cher comte s'éteint doucement comme 
une lampe qui a consumé son huile tandis que l'on entend dans la grande 
salle où, par les archères, l'aurore filtre ses teintes de rose, le murmure des 



(1) Nous croyons pouvoir publier, en annexe à une étude subséquente, la carte géogra- 
phique du comté de la Roche à l'époque de la maison de la Roche. 

(2) Chanoine A. de Leuze. La Roche et son comté, 1907, p. 29. 

(3) Les hagiographes des temps mérovingiens ont mis sur les lèvres de leurs héros mou- 
rants saint HulHTt {Acia SS.), sainte Ode, veuve (IbicL), etc., les paroles vénérables du 
Palcr et du Credo. Comme la Salutation angélique entra dans la liturgie officielle dès avant 
le XI« siècle, nous pouvons croire que les chrétiens du temps de Henri I de la Roche se fai- 
saient, déjà alors comme aujourd'hui, une douce obligation de joindre. cette prière au 
Noire Père et au Je crois en Dieu au cours des angoisses de l'agonie. 



— 363 — 

prières liturgiques des moines de Stavelot et de Saint-Hubert accourus au 
chevet de leur ami et protecteur. 

Le curé de la paroisse s'empresse, aussitôt après le décès, de réciter le 
De profundis et l'oraison pi es du cadavre. La cloche de l'église, pendant plu- 
sieurs semaines, asperge l'air de sons lugubres et le moulin fait taire son habi- 
tuel tic tac (1). Le corps n'est pas gardé au château : on le porte à l'église où, 
chaque nuit, les matines sont chantées, puis, l'ofTice de nocturne terminé, 
le vicaire congédie l'assistance et ferme le lieu saint. Toutes les cours du comté 
ont reçu notification officielle du décès et la triste nouvelle met les cœurs dans 
une étreinte douloureuse. Le reste du jour, le serf, la tête basse, suit ses grands 
bœufs, muet et pensif. C'est que Henri avait augmenté le comté sans coup 
férir. L'histoire vraie, en eiïet, n'implique notre bien-aimé prince dans aucune 
guerre pas même dans le combat de Huy qui valut à son frère le siège épis- 
copal de Liège : d'humeur pacifique Henri n'eut d'amour que pour le devoir, 
son castel et sa famille. 

Ce prince magnanime avait régné plus par le cœur que par le sceptre. 

Un cortège imposant accompagna la dépouille mortelle jusqu'à l'église 
d'Ortho où les quatre prêtres qui l'y déposèrent se tenaient aux quatre coins 
de la bière (2). Le doyen de Bastogne, qui avait le privilège d'enterrer les 
nobles de sa chrétienté, présida le service funèbre. A l'issue de la messe, 
après le Non intres et le Siibvenite, quatre diacres chantèrent successive- 
ment le commencement d'un des quatre évangiles. Ce chant alternait avec 
des responsoirs et des oraisons pendant lesquels le célébrant encensait et as- 
pergeait le cercueil et la tombe vierge ouverte devant l'autel de saint Rémi (3). 
Cela terminé, les diacres portèrent le cercueil au bord de la fosse où l'on 
entonna les psaumes Confilemini Domino, Quoniam bonus, Quemadmoclum desi- 
derat, Jubilate et Memenlo qui comme le Benedidus expriment l'allégresse de 
l'àme à son entrée dans le séjour de l'éternité bienheureuse. L'auguste défunt 
fut ensuite descendu dans la fosse et le doyen l'aspergea encore en récitant les 



(1) Le moulin banal de la Roche au temps de Henri I tournait sur le Bronze et, déjà en 
1354, on l'appelait li vie mollin par opposition sans doute au moulin récemment construit 
à l'intérieur des fortifications. Celui-ci occupa, pendant plus de cinq siècles, l'emplacement 
actuel du Cercle catholique. Ses roues étaient mues par l'eau d'un bief qui la premait en 
aval de Harcé-GofTe et, grossi du ruisseau de Gohettc, la rendait à l'Ourthe au-delà de l'en- 
droit appelé, dès le second quart du XIV <■ siècle, la porte du Gravier. 

(2) J. Ceyssens, Les doi]ens ruraux dans l'ancien diocèse de Liège dans BULLETIN 
SOCIÉTÉ D'ART ET D'HIST. LIÈGE, T. IX, pp. 57-58, où j'ai puisé le rite des funé- 
railles qu'en va lire. ,AI. l'abbé Cevssens s'est inspiré, pour écrire ce qui a trait aux funé- 
railles, de l'ancien rituel liégeois qui se trouve en manuscrit à la bibliothèque de l'Uni- 
versité de Liège et qui a été reproduit dans les Analecles. C'est du moins ce que m'a 
écrit l'un de mes estiniés^orrespondants, mais il m'a été impossible jusqu'à cette heure 
de me procurer cet ouvrage. 

(3) En 1570. le sire de Villcrs choisit sa sépulture dedans leur mère église à Xotre-Dame 
à Samré. (Cour féod. de la R.) Le 1 juin 1611, Henri de Hamptel, seigneur de Prelle, et son 
épouse Catherine de Herlinval demandent d'être sépallurés dans l'église de Roumont, 
auprès de leurs prédécesseurs. (Arch. de Sle-Ode). Les Piret de Ste-Ode, au XVII<" siècle, repo- 
sèrent dans l'église de Tenneville. (Ibid.) Le seigneur de Cielle en vertu d'un acte du 23 
décembre 165l'sera inhumé en la nave de l'éqlise de Cielle auprès de feue sa mère. {Gref. seab. 
de Cielle.) C'est ainsi que le pavé de nos vieilles églises n'était composé que de pierres tom- 
bales. 



— 364 — 

prières par lesquelles l'Eglise demandait pour le comte Henri le bonheur 
de la résurrection glorieuse et de la vie éternelle. I^],nfin, le célébrant jeta 
la première j)elletée de terre et, pendant i\uc les assistants continuaient cette 
funèbre besogne, les piètres i)salmodièrent les psaumes Domine probasli me, 
Domine exaiidi, Laudate et d'autres prière. . 

Le doyen reçut pour ses honoraires la cire, l'offrande et le drap mortuaire 
sur lequel la comtesse Mathilde et ses enfants Godefroid, Henri, Mathilde et 
Beatrix avaient déposé une pièce d'or (1). 

Sous les dalles voyantes de Téglise romane d'Ortho, notre premier comte, 
Henri I, sommeille dans sa tombe et le pieux fidèle ignore qu'il foule aux 
pieds la cendre sacrée du fondateur de la Hoche. Le vieux bourg rochois, 
nimbé de légendes, lève vers le ciel limpide sa tète et ses épaules décharnées 
sous un lierre narquois et redit aux curieux, par la voix plaintive de ses seuls 
hôtes les noirs sapins qu'agite le vent, la caducité des grandeurs humaines. 

Tout comme au temps de Henri, les cerfs et les chevreuils errent encore 
avec majesté sous l'ombrage de nos chênes houleux et dans sa ravine dentelée, 
là-bas, rOurthe écumeuse envoie toujours avec son déclic moqueur ses ondes 
cristallines vers le pays mosan. 

V. Habran. 



(1) C'est par cette disposilioii du vieux droit coulumior que s'explique comment messire 
de Coppin, seipneur de Beausaint, a pu écrire dans son testament du 9 mars 1727 que 
l'on portera au doijen une pièce d'or soie qu'il si trouve (aux obsèques du testateur) ou point. 
{Cour féod. de la R.) 



— 365 — 



o 
o 

ce 

_C0 
(D 

C 
O 
co 



w 


ce 


u 


s 


H— 1 




Q 


j5 


Z 3 


^ « 


w 


"a 


Oh 


(D 

3 


< 


.5" 




""00 




_o 




co 




^<D 




C 




-<D 




•Qû 




3 




CO 




-£ 




JQ 




CO 




h- 



l-H S 






© r-J 



O 



Q 5 



K 

a 
o 






w G 

03 -3 

a LO 

§ o 

2 "3 



t< s 







13 






O 






a 






•O) 




d 






fcD 




o 


'© 




s 


J 




"l-^ 


<D 




Q 


^ 




■H 


œ 




0^ 


3 




fe 


cr- 





o ^ 

o s 



H 




K 


t^ 


O 


>i 


O 


H 


p:! 


o 


< 


'^ 


h-i 


o 


H 


3 


o 


W 




<© 


u 


t> 


2 




Q 


tn 


-a 


Ci 


D5 




IJH 





X ■ 
H o 

•a o 



Q 

o 









w 



P 

S 

H 



9 ^ 



r^ 2 



— 366 — 



TABLE DES MATIÈRES 







PAGES. 




Avant-propos 


332 


§1- 


— Naissance de Henri I, premier comte de la Roche. 


333 


§ II. 


— Sa famille 


333 


§ m. 


— Son adolescence 


335 


§ IV. 


— Son mariage 


338 


§ V. 


— Sa piété 


339 


§ VI. 


— Sa journée 


344 


§ VII. 


— Ses sujets ......... 


348 


§ VIII. 


— Son avouerie 


351 


§ IX. 


— Son exemption du Tribunal de la Paix .... 


356 


§ X. 


— Sa mort et ses funérailles , . 


361 




Appendice : Tableau généalogique de la Maison de la Roche 


365 



FIN. 



NOTICE 



SEIGNEURIE DE GRUNE 



JVÎ. le Comte jVîaurice-'paul-françois de Kamaix 

CONSEILLER DE LÉGATION HONORAIRE DE S. M. LE FOI DES BELGES, 
ANCIEN MEMBRE DE LA CHAMBRE DES REl'RÉSENTANTS. SÉNATEUR POUR L'ARRONDISSEMENT D'ANVERS. 




24 



368 — 



GRUNE. 



Grune qui, avant la Révolution française, s'orthographiait Grunes, Grusne 
et Grunne, est un village de 500 habitants situé dans l'arrondissement de 
Marche, à cinq kilomètres de Nassogne, son chef-lieu de canton. Son château, 
qui date du commencement du XVIP siècle, était, sous la féodalité, le siège 
d'une seigneurie hautaine se relevant en plein fief de la Cour féodale du comté 
de Laroche. 

Le seigneur y exerçait la justice par un mayeur et des échevins qu'il nommait 
lui-môme et destituait à volonté. Ce mayeur et ces échevins avaient « cognois- 
sance de touttes causes civilles et criminelles, réelles et personnelles ; ibidem, 
de toutz contratz, venditions, deschanges, œuvres, accense, arrentements et 
transports tant héritables et gagières pour estre tenu et approuvez de valleurs, 
lesquels se doivent faire, passer par devant euls. « (1) 

Gomme tous les possesseurs d'un plein fief, le seigneur de Grune était tenu de 
« comparoistre au siège féodal de Laroche toutes et quantes fois il en était 
requis, pour assister à la judicature des causes féodales « et aussi ■• d'estre 
toujours monté et tenir cheval et armes pour aux occurences comparoistre avec 
les' autres hommes de fiefs es lieux et places là où le service du prince l'exi- 
geait et selon qu'il était semond et commandé par le prévost et capitaine de 
La Roche, es main duquel il devait chaque fois prester le serment de féaulté. » 

Les possesseurs d'un plein fief devaient payer au domaine Ijuit reaulx d'or 
pour les reliefs qui se faisaient à chaque changement d'héritiers et aussi le 
treizième denier « en cas de vente, aliénation et transport » du fief. (2) 

Avant la Révolution, Grune, au point de vue religieux, dépendait de la 
paroisse de Nassogne ; après le Concordat, ce village fut réuni à la paroisse de 
Bande ; vers 1836, il fut détaché de cette paroisse et forma une cure indépen- 
dante, ressortissant au doyenné de Nassogne. 



SEIGNEURS DE GRUNNE. 

Le premier seigneur de Grunne dont il est fait mention dans nos Annales 
Luxembourgeoises, est Henri de Wellin qui vivait dans le commencement du 
XIV^ siècle. 



(1) Coutumes de Grune. Voir les Communes Luxembourgeoises. 

(2) Cour féodale de Laroche. Reg 1591-1626. P. 99 voet Reg. 1626-1662. P. 348 RV Erections en pleit 
fiefs des seigneuries de Ste-Oudn et de Hennet. 



— 369 — 

Henri de Wellin descendait de l'ancienne famille noble de Wellin qui portait : 
d'azur à deux léopards d'argent, l'un sur l'autre. 

Aux émaux de l'écu près, les armoiries des de Wellin sont celles des 
d'Ochain que la légende dit être issus des ducs de Normandie (l) et qui portaient 
de gueules à deux léopards d'argent, l'un sur l'autre. Les de Wellin et les 
d'Ochain étaient sans doute deux branches d'une seule et même famille. 

Une branche de la famille de Wellin s'établit à Venatte sous Grupet. C'est de 
cette branche que descend Henri de Wellin, seigneur de Grunne, de Crupet et 
de Masbourg. Il en est question dans les actes de 1290, 1293, 1317, 1333 (2). 
En 1317, au mois de février, Henri donne des lettres de franchise au village de 
Grunne et, le 9 février, même année, il règle les droits et les devoirs de ses 
habitants ; à cet acte interviennent comme témoins, son frère, Gobert de Wellin, 
Godefrin de Resteigne, et Masson de Nassogne. 

En 1333, Jean de Bohême, comte de Luxembourg et de Laroche lui donna en 
accroissance du fief de Grunne trois hommes qu'il possédait à Grune avec tous 
les droits seigneuriaux qui lui appartenaient sur eux. 

Nous trouvons un document daté de 1318 qui mentionne un Thirion de Bras 
comme seigneur de Masbourg et de Grunne. Il est à remarquer que ce même 
Thirion avait juré le règlement des droits et des devoirs des gens de Grunne 
donné en 1317 par Henri de Wellin (3). Il y a lieu de supposer qu'il était de la 
famille de Wellin ou allié à cette famille. On ne trouve plus Thirion de Bras 
mentionné après cette date. 



De Wellin, la seigneurie de Grune passa aux Trina, sans doute par le ma- 
riage de Marie de Wellin avec Lambolin de Trina, châtelain de Lomprez, puis 
seigneur de Harzé (4). 

« Trina ou Trinal, en la terre de Durbuy, dit Bertholet (5), avait d'argent à 
un simple aigle éployé de sable, à bec et pieds d'or. L'an 1312, vivait Jacquemar 
de Trinal, prévôt de Laroche, qui fut présent à l'accord fait entre les abbés et 
les religieux de Saint-Hubert, et Arnoux de Pettange, touchant la juridiction 
que les moines prétendaient en la bass9 cour de ce chevalier. Les années sui- 



(1) Corn. Lux. T. V. P 112. - (2) T. viB P. 1193. - (3) T v. P. 595. — (4) T. viB. p. 1 192. 
(5) Bertholet. Hist. de Luxembourg T. VII. P. 488. 



— 370 — 

vantes parlent encore avec éloges de ces seigneurs, qui ont été du siège des 
nobles et qui ont donné aux Carmes et à l'église paroissiale de Marche quelques 
biens, entr'aulres l'hermitage du Saint-Esprit et la grande prairie au dessous, 
avec la dime de Hanipteau. » 

Trina ou Trinal est situé dans le canton d'Erezée et fait partie de la commune 
de Beffe. 

Une branche de la famille de Trina s'établit à Izier ; elle est dite Sarter, le 
Sarter, de Sarter. Dans la première moitié du XVI* siècle, vivait Guillaume de 
Trina, écuyer, seigneur de la Thour à Izier, qui avait épousé Marguerite de 
Vilhain (1). 

En 14t)4r, le 27 juin, Jehan de Trinar, chevalier, seigneur de Grunne et de 
Masbourg, confirme les privilèges accordés aux habitants de Grunne par Henri 
de Wellin, en février 1317 et, le 9 février 1473, il déclare s'être transporté à 
Halleux et y avoir ordonné aux prévôt et hommes de Laroche, en Ardenne, 
d'aller à chef de sens à Luxembourg, en vertu de lettres obtenues par l'abbaye 
de St-Hubert, de Guillaume de Grenart (2). 

Jean de Trina était fils de Hubin ou Hubert de Trina, écuyer, mayeur de Huy 
en 1414, et de Marie dite Magleine de Schœnvorst de Fexhe, seconde fille à 
Henri Schœnvorst de Fexhe, chevaher. Le 13 août 1476, il releva de la cour 
féodale des princes évêques de Liège, les seigneuries d'Aaz etd'Hermée par l'obit 
et le testament de Bertheloine de Fexhe, sa tante. Il épousa, en premières noces, 
N. de Hemt'icourt, fille de Jean de Hemricourt, et, en secondes, noces Catherine 
de Strailes, fille de Ameil Baré de Strailes, chevalier, seigneur d'Othée, et de 
Jeanne de Hamal de Soy, fille d'Eustache. 

Jean de Trina était submayeur de Liège le 23 mai 1457, subbailli de Liège 
le 27 janvier 1477 ; il vivait le 2 janvier et le 12 mars 1459, le 19 avril 1467, le 
29 mars 1476 ; le 8 avril 1478, il est dit : Messire Jean de Trinar, chevalier, 
seigneur de Grunne, d'Aaz etd'Hermée [Cour féodale desprmces évêques de 
Liège). Jean de Trina était aussi mayeur de Marche : c'est ce que nous apprend 
l'acte cité plus haut du 9 février 1473 ; il avait une sœur du nom de Catherine 
qui vivait le 7 juillet 1402 {Cour féodale ci-dessus). 



Sur la fin du XV" siècle, la seigneurie de Grunne était entrée dans la famille 
de Hemricourt par le mariage de Ernould Bozeal d'Hemricourt avec Jeanne de 
Trina, dame de Grunne. 



(1) Le P'oit. Man. !• partie. XXII. 

(2) Coin. Lux. T. V. P, 595. 



— 371 — 

Dans la première moitié du XIIF siècle, vivait Thomas, sire de Hemricourt 
qui portait de gueules à une bande d'argent ; il avait épousé une fille de Heyne- 
mant de Hoctebierges (1) et eut de son mariage six enfants, entr'autres Robert 
de Grennewy, chevalier. Robert changea, sans doute comme puîné, les émaux 
des armoiries paternelles et porta d'argent à une bande de gueules ; il laissa 
Ernould Bozeal I et une fille. 

Ernould Bozeal I eut trois fils, messire Thiry, Ernould Bozeal II, Robert et 
une fille nommée demoiselle Grygon. 

" Ernut Bozeal (II). . . . soy mariât en la conteit de Namur, et en sont issus 
ly Bozeas et assy chilh de Nanynes, mannans en la conteit de Namur, et por- 
tant les armes de Hemricourt : d'argent à la bende de gueles » (2). 

Ernould Bozeal II eut un fils du même nom Ernould Bozeal III d'Hemricourt. 

Ernould Bozeal III avait été, avant 1341, en expédition contre le roi de 
France ; il est mentionné comme bailli d'Entre-Meuse-et-Archeen 1358, mayeur 
de Namur jusqu'au 21 mars 1361, puis à partir du 17 mai de la même année ; il 
devint ensuite bailli du comté à partir de 1363 jusqu'en 1366, et semble avoir 
vécu jusqu'en 1401. 

Le comte de Namur lui céda ses propriétés de Mozet, à charge de les tenir en 
fief; Ernould, de son côté, lui fit hommage de ses nombreux biens allodiauxsitués 
en ce même lieu, qui lui furent rendus en fief; Ernould les releva en 1361. La 
même année, il acquit la seigneurie de Moinil. Il eut plusieurs enfants de Marie, 
fille de Gobin d'Avin, mayeur de Namur, entr'autres, Ernould Bozeal IV et 
Ghobart, seigneur de Moinil, époux de Marie d'Assonleville (3). Ce dernier 
releva Moinil le 20 août 1402 par transport de son frère Ernould qui venait d'en 
faire le relief comme fils aine (4). Ernould Bozeal IV, dit Ernould Bozeal 
d'Hemricourt de Mozin (de Mozeti, fut mayeur de Namur de 1370 au 14 janvier 
1378 ; il fit relief en 1392 et en 1401 des fiefs de Mozet et, le 23 février 1413, il 
releva de la cour féodale de Liège par la mort de Gollart délie Court d'Ambresin, 
autrement dit d'Avin, son grand père (5). Il épousa en dernières noces une fille 
de Mathieu de Gorioul, Marguerite, dont il eut un fils, nommé Libert de Leuze, 
une fille Marie et un fils Ernould V (6). 



(1) Hodebierge, dépendance de Melin-sui'-Gobertange, canton de Jodoigne. 

(2-4-5) Miroir des nobles de la Ilesbaye, édition du chevalier C. de Bornian, publiée en 1910, 1" vol., 
pp. 168-169-18.3, 184 (notes). 

C3-6) Annales de la Société archéologique de Namur, t. 25. Les Échevins de Xciivur par Rodriguez 
pp. 28-29-36-37. 



— 372 — 

Ernould V releva Mozet en 1425 et eut de sa femme Marie de Gorioul huit 
enfants, entr'autres, Ernould VI qui devint seigneur de Grunnepar son mariage 
avec Jeanne de Trina, dame de Grunne. 

Ernould VI eut de Jeanne de Trina : Antoine, qui suit ; Ysabeau, femme de 
Godefroid Gaillard ; Henri ; Anne ; Marguerite, épouse de Thiery Martin, 
éohevin ; Jeanne, épouse de Jean de Vinamont. 

Antoine d'Hemricourt de Mozet, émancipé en 1512, échevin de Saint-Aubain 
de 1517 à 1532, fut seigneur de Grunne ; il testa le 6 février 1548 et mourut le 
25 mai 1549. 11 avait épousé 1" Anne Marotte, fille de Jean Marotte, bourg- 
mestre de Namur de 1512 à 1516, de 1520 à 1530, et d'Ysabeau le Potier; 
2° Agnès Marotte II eut sept enfants : Jeanne (du premier lit) épousa Jean 
de Maillen ; Thiery (du second lit) épousa Guillemette de Ramelot ; Gilles, qui 
suit ; Jean ; Ysabeau qui épousa, le 9 octobre 1549, Goex van Inden ; Cathe- 
rine qui épousa Mathias de Maillen qui vivait de 1560 à 1592 ; Anne (2). 

Il écartela ses armes de celles de Trina comme le prouve son scel de 1522 (3). 

Gilles de Hemricourt de Mozet, écuyer, seigneur de Grusne, second flls 
des précédents, obtint la seigneurie dont il fit relief en 1555. 11 épousa Antoi- 
nette, fille de Biaise Pierotte, échevin de Namur de 1528 à 1530, et de Anne, 
fille de Jean de l'Espinée. Gilles était mort en 1562, et Antoinette, à cette époque, 
avait convolé en secondes noces avec Thiery Peelmans (4). 

Gilles de Hemricourt de Mozet eut pour successeur à la seigneurie de Grunne 
son fils Jean, écuyer, bailli de Fançon. Jean épousa Anne Moreau, dame de 
Thon et de Namèche, fille de Godefroid, seigneur de Thon, et de Jeanne de 
Bervoets, dame de Namèche ; il releva la seigneurie de Grunne le 25 septembre 
1585 et était mort le 28 mars 1592. A cette époque Jehan d'Argenteau releva 
les usufruits de la seigneurie de Grunne, relief qu'il renouvela le 20 octobre 
1605, en sa quaUté de second époux de Anne Moreau, dame de Thon (5). 

Gilles de Hemricourt de Mozet, fils de Jean et d'Anne Moreau de Thon, 
seigneur de Grusne, de Thon, de Namèche, de Magery et de Harzin, capitaine 
d'une compagnie des Esleux Luxembourgeois, membre de l'Etat noble de Luxem- 
bourg, épousa à Laroche le 2 octobre 1610, Anne de Waha de Baillonville, 
baptisée le 2 octobre 1592, fille de Georges, chevalier, seigneur de Jemeppe, de 
Ramezée, capitaine, prévôt et haut gruyer de la ville et du comté de Laroche, 
et d'Isabelle d'Awans, fille de Louis d'Awans, chevalier, et de Jeanne Hugonel. 



(1-2) Ann. de la Soc.ai-ch. de Namur, T. 25, pane ■155 {notes), page 239. 

(3) Poplimont. T. V. page 244. 

(4) Annales de la Société archéologique de Naniui-, T. XXV, page 20?. 

(5) Cour féodale de Laroche. Reg. 1563-1590. P 148, Rv — Reg. 1591-1626. P. 8 R", P. 68 V. 




MOZETZ 





l'^EFVOT 





1)AVAN I 




I EnMJME I 




IHVGONEILM 




HoBLE Ho n£&ILL£ DENozETZ 5IGNE 
DE aHEVNZ CAP'-e x)\^^£ COMPAIGNIE 
DESESLEVX LVXEMBC)VRGE0I5 POVR LE 
SERVICE DESSeRNISIEM ArcHIDVCQZ 
DE 2RAÎBkti £.T î^OiLZ D/^MOlS£LLE 
AHNE I>E WaHA ûIT BaLLoVILLE 
] FEMME DVDFT SiGNCVRS 



Kufî. Haveiland Del. 



Daprès les croquis de M. de Ramaix tils 



— 373 — 

La maison forte de Grunne ayant été détruite par un incendie, il fit, en 1613, 
construire un château avec fossés, pont-levis et poivrières. Ce château est de 
style gothique, de forme rectangulaire, avec hautes tours carrées placées aux 
angles opposés. 

Gilles de Mozet plaça au dessus du pont-levis une pierre avec ses armoiries 
et celles de sa lemme accompagnées de leurs quartiers : 

Mozet, Thon, Trina, Bervoets, Waha, Dawans, Esmines, Hugonelle. 

Sur l'autre façade il fit enchâsser deux pierres armoiriées : Mozet- Waha et 
portant la date de 1613, l'autre contenant l'inscription suivante : 

'' Noble Home Gille de Mozetz Sgne de Greune Gap^^ d'une compaignie des 
« Esleux luxembourgeois pour le service des Sernisiem Archiducqz de Braiban 
« et noble damoiselle Anne de Waha dit Balloville femme audit Signeurs. » 

Gilles de Mozet fit construire en même temps à l'extrémité du parc une cha- 
pelle destinée à l'usage des châtelains et du village. Il y réserva aux châtelains 
une place dans le chœur et une entrée spéciale. 

Cette chapelle fut ultérieurement agrandie et transformée, en 1836, en église 
paroissiale. 

A cette époque on enleva du chœur, pour les placer à l'entrée, trois grandes 
pierres tombales et une petite, en-dessous desquelles on trouva des ossements, 
vraisemblablement des comtes de Grune. Les pierres ne possédaient ni armoi- 
ries, ni inscriptions, mais elles semblaient avoir été martelées, fort probable- 
ment au temps de la Révolution française, par le commissaire de la Convention 
nommé P. . . , dont M. Lamotte dans son " Etude sur le comté de Rochefort -, 
raconte les hauts faits en ces termes, page 482 (1) : 

" Quelques jours plus tard, le commissaire monté sur un cheval noir parcou- 
rut l'un après l'autre tous les villages. Il entrait à cheval dans les églises et 
chapelles brisant les fenêtres à vitres armoiriées, abattant les statues des 
saints à coups de perche, martelant les armoiries des pierres tombales. Il 
arrachait les croix, enlevant les aigles et les lions, abattait les gibets, eiïvayâiii' 
partout les villageois par ses blasphèmes et ses menaces. " 

A la page 505, M. Lamotte ajoute : 

« P., l'exécuteur complaisant de toutes les mesures rigoureuses qui alarmaient 



(1) Namur, Douxtils-Delvaux, 1898. 



— 374 — 

le pays, avait autant d'adversaires que le canton contenait d'honnêtes gens. 
Le plus décidé et le plus ardent de tous était sans contredit le juge de paix 
Deloncin. » 

« Le 25 mars et le 27 mai 1799, il osa réclamer au Directoire « au nom de 
tout le canton alarmé, » la destitution d'un homme qui semblait s'acharner à 
faire mépriser le gouvernement. " 

« Il l'accusait bien hautement de nombreux méfaits dont plusieurs furent 
certifiés le 19 septembre 1799 par une assemblée de douze agents municipaux 
réunis par les circonstances à Eprave afin de se soustraire à l'influence du 
commissaire et à l'effet d'émettre une opinion libre et tranquille. » 

Gilles de Hemricourt de Mozet releva la seigneurie de Grunne par suite du 
décès de son père, Jehan de Mozet, le 29 septembre 1609 : il releva de même le 
13 août 1632 par Jacques de Samerey, curé de Jupille, tout ce qui lui apparte- 
nait à la seigneurie de Harsin en vertu de la donation lui faite par Marguerite 
et Henri de Hamoire (1). 

Le 17 novembre 1646, Gilles releva aussi le fief de Namèche par décès de 
François Bervoels, son proche parent, fief qu'il donna à Gilles, son fils aine, le 
27 novembre 1653 (i). En 1672, le 19 février, il acquit, à titre d'engagère, les 
villages de Magery, Magerotte, Houmont, La Vasselle et Pinsammont, et dé- 
nombra, le 27 août suivant," la haute justice des villages de Magery, Magerotte, 
Houdmont, La Vasselle et Pinsaumont esclissés de la prévôté de Basiogne pour 
former la seigneurie indépendante, dite de Magery, par suite de son achat, y 
compris tous les droits seigneuriaux. « 

Il dénombra aussi « la haute justice du village de Harzin, séparé de même de 
la seigneurie de Marche, dans les mêmes conditions avec tous les droits 
seigneuriaux (3). 

Gilles de Hemricourt de Mozet et sa femme testèrent le 3 novembre 1634 : 
celle-ci mourut peu de temps après (4). Gilles épousa 2° Marthe de Magery, 
veuve de Alexandre d'Everlange, chevalier (5). Il était mort le 14 avril 1676, 
comme le prouve le relief de Grusne fait, à cette époque, par son petit fils 
Georges de Mozet (6). 



(1) Coin. Lux., T. V, pp.59fl, 613. - (.3) T. IV, p. 629. — (5) T. VI*, p. 251. 

(2) St. Boimans. Fiefs du comté de Namur. 
(4) de Stein. Année 1899, p. 210. 

(6) Il sera question de ce relief plus loin. 



— 375 — 

Georges de Hemricourt de Mozet, écuyer, seigneur de Grusne et de Harzin, 
fils de Gilles, capitaine d'une compagnie de chevaux légers au service de S. M. 
Catholique, épousa, le 30 septembre 1666, Catherine Claude Florence de 
Coppin de Conjoux, fille de Jean de Goppin de Conjoux, écuyer, seigneur de 
Beausaint et de Marguerite d'Orjo. 

Ils eurent trois enfants: George qui suit, Maria et Marthe qui épousa, en 1687, 
Guillaume Charles de Pinchart, écuyer (1). 

Le 15 mars 1672 Georges de Mozet obtint la pleine juridiction, haute, 
moyenne et basse, sur la seigneurie de Harzin (2). 

George de Hemricourt de Mozet, écuyer, seigneur de Grusne et de Harzin, 
contracta mariage le 24 juin 1699 avec Françoise Christophorinede Lambertye, 
chanoinesse du chapitre noble de Remiremont, fille de Goerges marquis de Lam- 
bertye, baron de Cons, seigneur de Drouville, maréchal de Lorraine, conseiller 
de S. A. R. le duc de Lorraine, grand bailli et gouverneur de Nancy et de Chris- 
tine, comtesse de Lenoncourt. 

Il fut chambellan de S. A. R. le duc de Lorraine, premier député de l'Etat 
noble du duché de Luxembourg. 

Le 14 avril 1676, Georges releva par noble Pierre Louis de Coppin, écuyer, 
seigneur de Beausaint, la seigneurie de Grusne, lui dévolue par la mort de son 
grand père, noble Gilles de Mozet, seigneur de Grunne (3), et le 17 octobre 1686, 
il releva sa part de la seigneurie foncière de Harzin mouvant en commun 
fief (4). Il mourut au château de Grunne le 27 avril 1749 (5). Il laissa : 

l" Anne Françoise Georgette de Hemricourt de Mozet, chanoinesse du 
chapitre noble de Remiremont en Lorraine, née au château de Grunne le 4 
juin 1700. Elle épousa Denis, Charles Joseph de Hamal, seigneur de Petit 
Somme (6). 

2° Nicolas François Joseph de Hemricourt de Mozet, né au château de Grunne 
le 25 décembre 1701, fut chambellan et conseiller intime de S. A. R. et S., 
colonel propriétaire d'un régiment au nom de Grunne, felii- maréchal des armées 



(I ) Poplimont. T. V., p. 247. — (5-6) p. 247. 

(2) Com. Lux., T. V, p. 595 et p. 611. - (3) p. 606. — (4) p. 616. 



— 376 - 

impériales, envoyé extraordinaire du duc de Lorraine, au couronnement de 
Frédéric II et à la paix d'Aix-la-Chapelle. 

Il fut créé comte de Grunne et du Saint Empire, en même temps que ses 
frères, le 14 avril 1747, par l'empereur François I, à l'occasion de son couronne- 
ment. 

Le 2 janvier 1751 messire Nicolas Joseph de Mozet de Grusne releva la 
seigneurie do Grunne lui dévolue par la mort de noble et illustre seigneur 
messire Georges de Mozet, seigneur de Grunne, son père, et en vertu du par- 
tage fait entre lui et ses frères et sœurs, comtes et comtesses de Mozet de 
Grunne, des biens de feu leur dit père et de illustre dame Madame Ghristopho- 
rine, née Marquise de Lambertye, leur mère (1). 

Il décéda au château de Grune sans alliance, le 15 février 1751, des suites de 
blessures reçues dans ses campagnes et fut enterré dans la chapelle du 
château (2). 

3° Philippe Antoine de Hemricourt de Mozet qui suit. 

4° Charles Antoine de Hemricourt de Mozet, né au château de Grunne, le 8 
février 1708, chambellan du St Empire d'Autriche, colonel du régiment des cui- 
rassiers de Stampach, créé comte de Grunne et du St Empire, le 14 avril 1747, 
en même temps que ses frères, fut nommé prévôt de la haute cour de Laroche 
le 6 avril 1756. 

Le 17 novembre 1752, Charles Antoine, comte de Mozet et de Gr.unne, vendit à 
nobleetillustre seigneur Philippe Antoine, comte de Mozet de Grunne, son frère, 
général major des armées de sa dite Majesté, ses droits à la succession de feu 
noble et illustre seigneur Nicolas, comte de Mozet de Grunne, leur frère, pour 
1000 patacons (3). 

Il est mort à Laroche (4). 

5» Anne Marguerite Ignace de Plemricourt de Mozet, chanoinesse du chapitre 
noble de Remiremont en Lorraine, née le 4 juin 1709. 

6" Louise Françoise Dieudonnée de Hemricourt de- Mozet, née au château de 
Grunne le 19 juin 1715, contracta mariage, le 17 octobre 1742, avec Philippe 



(1) Com, Lux. T. V. page 59ti. — (3) paga596. 

(2) Poplimonl, T. V, p. 248. - (4) p. 248. 



— 377 — 

Joseph de Pinchart, seigneur de Wartet et de Ville en Waret, écuyer, flls de 
Guillaume Charles de Pinchart et de Marie Marthe de Hemricourt de Mozet (1). 

7" Robert de Hemricourt de Mozet, né au château de Grunne, tué à la bataille 
de Krotzka le 22 juillet 1739. Il était capitaine du régiment de Thiingen (2). 

8" Vincent de Hemricourt de Mozet, né au château de Grunne, colonel au 
régiment d'infanterie de Grunne, tué à Prague le 21 août 1742 (3). 

9° Louis de Hemricourt de Mozet, né au château de Grunne, chambellan, co- 
lonel au régiment d'infanterie Charles de Lorraine, tué à Hohenfriedberg le 4 
juin 1745 (4). 

Phihppe-Antoine de Hemricourt de Mozet, seigneur de Grunne et de Harsin, 
second fils de Georges et de Françoise de Lambertye, naquit au château de 
Grunne le 26 novembre 1702. 

Il épousa Anne-Thérèse comtesse Esterhazy de Kadendorf, fille de François- 
Joseph comte Esterhazy de Kadendorf, chambellan de l'empereur d'Autriche et 
de Françoise-Amélie comtesse Erdôd Palfry. 

Il fut successivement page de l'électeur de Bavière, chambellan du Prince- 
Evêque de Liège et de l'Empereur d'Autriche, général de cavalerie au service de 
S. M. I. et R., et fut créé comte de Grunne et du St-Empire en même temps 
que ses frères. 

Le 23 novembre 1752 le comte Charles-Antoine lui vendit ses droits dans la 
succession de feu le comte Nicolas, leur frère (5). 

Le 8 février 1753, fut effectuée la réalisation d'un acte de partage fait, le 7 
janvier 1753, entre les héritiers de feu Messire Georges-Louis de Mozet de 
Grune et de dame Françoise Ghristophorine Eléonore née marquise de Lam- 
bertye, leur père et leur mère, et de M""*^ Nicolas-François-Joseph de Mozet de 
Grune, comte du St-Empire, chambellan de Leurs M. I. , lieutenant-général 
etc. . . , leur frère aîné. Intervinrent dans ce partage : 

1) M^^ Charles-Antoine de Mozet de Grune ; 

2) Dame Anne-Marguerite-Ignace, comtesse de Mozet de Grune, chanoinesse 
du noble chapitre de Remiremont en Lorraine ; 

3) Dame Louise-Françoise-Dieudonnée, comtesse de Mozet de Grune, douai- 



(1-2) Poplimont T. V. pp. 248-249. - (3-4) Page 249. 
(5) Corn. Lux. T. V. p. 596. 



— 378 — 

rière de Rr** Philippe-Joseph de Pinchart, écuyer seigneur de Wartet, tant pour 
elle que pour son fils unique, mineur d'ans ; 

4) M*"* Jean-Gharles-François-Joseph Dauvin, seigneur de Burdinnes, comme 
mari de dame Françoise-Louise-Eléonore-Joseph de Hamal, et aussi par com- 
mission de son beau-père Messire Denis-Gharles-Joseph de Hamal, seigneur de 
Petite-Somme, usufruitier des biens délaissés par dame Anne-Françoise-Geor- 
gette, comtesse de Mozet de Grune, et tuteur des trois filles laissées de son 
mariage ; 

5) Messire Philippe-Antoine comte Mozet de Grune, général major de cavale- 
l'ie, devenu l'ainé par la mort de Nicolas obtint Grune, Harsin et leurs dépen- 
dances, le moulin de Bande, les deux censés de Jallet en Gondroz, la censé de 
Robermont, près de Virton etc. . . , sous les charges et conditions spécifiées 
dans l'acte (1). 

Messire Philippe-Antoine mourut àNamur le 17 mai 1753 (2). Le 5 décembre 
1754, son fils Ferdinand, comte de Mozet de Grunue, lieutenant colonel au ré- 
giment de Puebla, releva la seigneurie de Grunne par la mort de son père Phi- 
lippe-Antoine. En 1781, le 20 septembre, il fit le même relief, mais cette fois 
au nom de son frère Messire Philippe de Mozet de Pinchart, comte de Grunne, 
dont il sera question ci-après. Ferdinand à cette époque était général au service 
de S. M. I. et R. <3). 

Philippe-Antoine-Marie-Joseph de Hemricourt de Mozet, comte de Grunne et 
du St-Empire., seigneur de (}runne, de Gastillon, de Harzin etc. , né le 12 février 
Î732 à Niek (Hongrie), était le second fils de Philippe-Antoine. 11 releva le 
nom de Pinchart en vertu du testament de Henri-Hubert de Pinchart, seigneur 
de Wartet, de Ville en Waret et de Frizet, frère de Philippe-Joseph et fils de 
Guillaume-Charles de Pinchart. 

Il avait hérité par adoption tous les biens de la famille Pinchart à condition 
de relever le nom et decarleler ses armes, des armes de cette famille 

Il épousa, le 15 juin 1761, Madeleine-Ghristine-Rachel de Holstein, fille 
unique de Léopold de Holstein, écuyer, major de la garde noble de l'Electeur de 
Saxe, et de Marie de Kempis de Sterneuburg. Elle est morte à Vienne le 9 mai 
1811. 

Il fut membre des Etats nobles du comté de Namur et du duché de Luxem- 
bourg; servit d'abord au régiment de son oncle Nicolas et fut nommé, en raison 



(1-3) Ck)m. JLux,, t. V, p. 597. 
(2) Etat-civil de Namur. 



— 379 — 

de sa bravoure, major sur le champ de bataille de Torgau en Saxe en 1760 ; il 
devint colonel, puis général major commandant la forteresse de Konigingratz, 
Bohême, où il mourut le 3 avril 1797 (1). 

Phihppe Antoine eut deux fils : 

A) Philippe Ferdinand Marie de Hemricourt de Mozet, comte de Grunne- 
Pinchart et du Saint Empire, seigneur de Grunne, de Wartet et de Ville en 
Waret, de Frizet, seigneur de Markt d'Odesberg, d'UUman de Taxen, de la for- 
teresse de Puygarten en Autriche, né à Dresde le 15 mai 1762, capitaine au 
régiment des dragons de l'Empereur, 1790, puis colonel au régiment de Puebla, 
chambellan en 1791, général major en 1800, conseiller intime de l'Empereur en 
1810, grand maréchal de la cour de S. A. I. l'archiduc Charles. 

Il épousa à Bruxelles le 25 septembre 1801 Marie Françoise Rosalie, baronne 
de Felz, fille du baron de Felz et de Mœsdorff, secrétaire d'Etat des Pays-Bas 
autrichiens et de Mathilde Lucie Helman, dame de Termeeren. 

Il mourut à. Vienne le 26 janvier 1854 (2). Il est le chef de la branche d'Au- 
triche. 

B) Joseph Mathias Charles ou Carloman, Thomas Marie de Hemricourt de 
Mozet, comte de Grunne et du St Empire, seigneur de Grunne, de Wartet, de 
Ville en Waret, de Oastillon, de Beau Logis, etc. , né à Dresde, le 20 février 
1769, mort à sa campagne à Elbville (Nassau) le 6 octobre 1853. 

11 fut chambellan de S. M. I. et R. en 1799, lieutenant colonel du régiment 
des dragons de Latour, puis général major. Il fut grièvement blessé à la bataille 
d'Aspern. Il rentra en 1811 dans les Pays-Bas et par suite d'un arrangement 
avec son père le comte Philippe Ferdinand de Grune, il prit possession des 
biens de la famille dans ce pays. En 1815 il passa au service des Pays-Bas en 
qualité de lieutenant général. 

Il avait épousé à Bruxelles le 28 janvier 1812, Elise Françoise Scholastique 
Tabithe, baronne de Secus, dame de la Croix étoilée, née le 2 avril 1791, flUe 
de François Marie Joseph, baron de Secus, seigneur de Baufife, de Nairre et de 
Marie Joseph Tabithe Helman de Termeeren. 

Le comte Joseph Charles de Grunne est le chef de la branche de Belgique (3). 



Il) Poplimont, t. V, p. 256. — (2) p. 251. — Ci) p. 251. 



— 380 — 



L'an XIV de la République française, le 13 brumaire (4 novembre 1805), 
Messire Philippe-Ferdinand de Mozet de Pinchart, comte de Grunne, chambel- 
lan, chevalier de l'ordre de Marie-Thérèse, général major au service de S. M. 
l'Empereur et Roi, et Messire Charles de Mozet de Pinchart, comte de Grunne, 
chambellan, lieutenant colonel d'un régiment de dragons au même service, 
etc., etc., domiciliés en Allemagne, vendirent, par l'intermédiaire des citoyens 
Philippe-Eugène Fontaine et Pierre-Joseph-Alexis Douxchamps, hommes de 
loi, domiciliés à Namur, agissant en vertu d'une procuration authen- 
tique datée du 12 fructidor an IV et par acte du notaire Paul-François-Joseph 
Ghislain, de Namur (département de Sambre et Meuse), à Nicolas Boumal de 
Barvaux sur Ourthe, la terre de Grune comprenant château, fermes, moulin, 
terres sur Grune et Bande, et bois sur Grune et Roy, ainsi que tous les droits 
quelconques sans réserve aucune des vendeurs sur la terre de Grune et ses dé- 
pendances. 

Boumal porte écartelé au F'' d'or au buste de more de sable, tortillé d'argent, 
vêtu de gueules ; au 2® d'azur, au 3" et au 4® d'argent à une masse d'or brochant 
du 3^ au 2*'. 

Nicolas Boumal était fils de Lambert Boumal et de Jeanne Petithan. Il mou- 
rut célibataire le 3 mai 1806. Dans son testament, datant du 12 février 1806, 
après plusieurs legs particuliers faits à sa famille, il institue pour héritiers uni- 
versels, de to'us ses biens, meubles et immeubles non légatés, où ils, puissent être 
mouvants et situés, son neveu Lambert-Joseph Thonus, fils de Marie-Jeanne 
Boumal, sa sœur, et de Nicolas Thonus, et son épouse, Hubertine de Leuze, fille 
de sa sœur Anne-Marguerite Boumal, épouse de Jean-Louis de Leuze. 

Lambert-Joseph Thonus et son épouse, héritèrent, en vertu du testament de 
Nicolas Boumal, du domaine de Grune. Ce domaine resta dans la famille Thonus 
jusqu'en 1837, époque où il fut vendu, par suite de partage, à M. Pety de Thozée. 

La famille Thonus, originaire du pays de Liège, s'établit à Barvaux, dans la 
seconde moitié du XVIP siècle ; elle porte parti au 1 d'or à la bande de gueules, 
au franc quartier d'azur, au lion d'argent lampassé de gueules ; au 2 d'argent 
à une flamme tortillante de gueules mouvante vers le chef. Cimier : le lion de 
l'écu . 

Lambert Joseph Thonus, membre des Etats provinciaux de l'ordre des cam_ 
pagnes pour le district de Marche de 1820 à 1823, mourut le 4 mai 1823, lais- 
sant une nombreuse famille ; son épouse mourut le 23 septembre 1836. 



(1) Le Fort. Manuscrits, 3o partie. Bornai. 



— 381 — 

Lambert Joseph Thonus fit combler les fossés du château, enlever le pont- 
levis et démolir les poivrières. 



En suite de leur partage, comme nous l'avons dit plus haut, les enfants Tho- 
nus-de Leuze vendirent, par devant M. le notaire Bourguignon de Marche, le 
domaine de Grune, le 23 octobre 1837, à M'" Théodore, Augustin Joseph Petit, 
conseiller à la cour d'appel à Liège. 

Le domaine comprenait, à cette époque, sous les communes de Grune, Bande, 
Harsin et Roy 472 hectares 24 ares 25 centiares. 

Pety de Thozée porte coupé au 1 de gueules au lion d'argent ; au 2 pourpré à 
trois tourteaux d'argent. 

M"" Pety de Thozée avait épousé Marie Julie Gofïlot ; il mourut à Liège le 3 
octobre 1870 ; son épouse mourut à Grune le 16 août 1855. M. Pety fit restau- 
rer le château en 1851. 

* * 

En 1871, le 5 avril, M. Théodore- Jules- Joseph Pety de Thozée, ancien mem- 
bre de la chambre des représentants, consul général de Belgique au Brésil, ob- 
tint le domaine de Grune en partage, et, le 25 septembre 1890, le vendit à M. le 
comte Maurice-Paul-François de Ramaix, conseiller honoraire de Légation de 
S . M . le Roi des Belges, ancien membre de la chambre des représentants, ac- 
tuellement sénateur pour l'arrondissement d'Anvers. 

La famille de Ramaix, établie depuis des siècles dans le Hainaut, était d'ori- 
gine liégeoise ; elle porte d'or à trois têtes et cols de cerf au naturel, au chef de 
sable chargé de 3 croix pattées d'or. 

Né le 2 mars 1850, à St-Josse-ten-Noode, Monsieur le comte de Ramaix épousa, 
en premières noces, le 23 janvier 1877, à Anvers, Mademoiselle Cécile-Marie- 
Joseph Athanase de Meester, fille de Monsieur Athanase de Meester, sénateur, et 
de Madame Eulalie de Terwangne, qui mourut à Anvers le 22 novembre 1882, 
laissant : 

1° Gaston-Marie-Joseph Athanase-Gislain de Ramaix, né à Bruxelles le 18 mai 
1878, actuellement secrétaire de Légation ; 

2° Marie-Joseph-Gécile-Françoise-Ghislaine,née à Berlin, le 5 novembre 1879. 
Elle a épousé à Anvers le 25 novembre 1903, Raymond-Marie-François, vicomte 
de BioUey, membre de la Chambre des Représentants; 

3° Amaury-Marie-Joseph-Edouard-Ghislain de Ramaix, né à Berlin le 11 mai 
1881, actuellement secrétaire de Légation. 

En secondes noces, Monsieur le comte de Ramaix épousa, à La Haye, le 26 



— 382 — 

novembre 1884, Mademoiselle Marie Suermondt, fliie de Monsieur Camille 
Suermondt et de Madame Elisabeth Van Hoboken. De ce ménage est née à La 
Haye, le 7 avril 1886, Hedwige-Marie-Joseph-Elisabeth-Emilie-Paul de Ramaix 
qui a épousé à Anvers, le 15 janvier 1806, Raoul-Adolphe-Ghislain-Marie-Jo- 
seph Van de Werve de Vornelaer. 

En 1890, le domaine de Grune comprenait, sous les communes de Grune, 
Bande, Nassogne, Harsin, Roy, Hodister et Lignières, 239 hectares 44 ares 45 
centiares. M. le comte de Ramaix accrut notablement l'étendue de ce domaine 
par les nombreuses acquisitions qu'il fit depuis lors. En outre, en 1894, il fit 
restaurer et agrandir le château tout en lui conservant scrupuleusement son 
style primitif.— Puisse-t-il jouir longtemps du fruit de ses travaux et vivre heu- 
reux dans sa belle et splendide propriété. 



Am. de LEUZE, chanoine 
de la Cathédrale de Namur. 



Miettes historiques 



A FLORENVILLE. 



I. 

LE DROIT DE HAUTE Itl'STiCE, 



Le 15 février 1785, à la tombée de la nuit, un assassinat était 
commis dans le bois dit la Haye, au tournant du chemin qui 
vient d'Izel à Florenville. 

Prévenue par la rumeur publique, la justice ne s'attarda pas à 
des lenteurs de procédure. Dès le lendemain, le Capitaine-Prévôt 
de la juridiction, ministère public d'alors, provoquait une instruc- 
tion complète de l'affaire, instruction qui fut vivement conduite : 

Le 26 février, après visite et reconnaissance du cadavre par les 
chirurgiens, ordre d'arrêter le coupable présumé. 

(( Il sera pris et appréhendé au corps et constitué prisonnier 
« en cette juridiction 

(( Le sarot rond et le fusil à deux coups que le décretté avait 
« sur lui le dit jour, 15 du courant, seront apportés et déposés 
(( au greffe de céans pour servir en ce que de raison. » 

Le 15 mars, ordre de confronter l'accusé avec les témoins en- 
tendus à l'enquête. 

Enfin, le 30 avril, jugement de condamnation : 

25 



— 384 — 

« Entre le s"" Capitaine et Prévôt des ville et Prévôté deChiny, 
« plaignant ; 

« Biaise G..., dit Blaisot, du village de Florenville, accusé et 
« arrêté : 

a Vn les pièces du procès extraordinairement instruit à l'ins- 
« tance du plaignant, fournies par inventaire jusqu'aux lettres ; 

« Les juges assesseurs du siège prévôtal de Ghiny et assumés, 
« faisant droit, déclarent led. accusé et arrêté suffisamment 
« atteint et convaincu, tant par les informations et recollements 
« qu-e coiifrontation, d'avoir le mardy, 15 février dernier, vers six 
(( heures ou six heures et demy du soir, tué de deux coups de 
(i fusil à double canon chargé de dragées de fer, tirés coup sur 
(( coup, le nommé Nicolas Colin, vivant marchand résidant aud. 
(( Florenville, revenant aud. lieu du village d'Izel, et cela au coin 
« du bois dit la Haye, à portée dud. Florenville, comme aussi 
« d'avoir lâché et tiré d'autres coups de fusil sur des particuliers, 
« notamment sur le sous-brigadier Leblan, pour lors de poste à 
« Remagne, et se trouvant audit Florenville ; 

« Pour réparation de quoi et d'autres excès résultans des actes 
(t dud. procès-, condamnons led arrêté et accusé à être livré ès- 
<-( mains de l'Exécuteur des hautes œuvres pour être pendu et étran- 
M glé au signe patibulaire de cette juridiction, jusqu'à ce que mort 
« s'ensuive, le condamnant à ce, ensemble à la confiscation de ses 
(( biens et aux dépens de la poursuite. 

« Faitàlzel le 30 avril 1785. Signés J.-B. Duhatloy, F.-J. Tinant. 
(L De Laittres, de laMock, Dufaingd'Aigremont, F.-L. De Prouvy, 
« Martin Daront, — J.-L. Tinant, clerc-juré. )) 

La victime avait eu le tort de prêter sur parole 300 écus à son 
assassin. 

Ce dernier fut exécuté à la potence de Chiny suivant la formule 
du jugement (1). 

Ce fut, dit la tradition, la dernière exécution faite à cet endroit 
en vertu du droit féodal de haute justice ; quelques temps après, 
le comté de Chiny était annexé à la France avec abolition de 
toutes les juridictions particulières. 



(1) Le lieu dit à La Potence, exisie encore au cadastre de la commune de Chiny. 
Il se trouve i gauche du chemin en venant de Florenville, sur un plateau bien eu vue qui domine à 
cet i-ndruit la vallée de la Semois. 



— 385 — 

L'affaire eut son épilogue. 

Le 13 février de l'année suivante, Nicolas et Joseph les G..., 
du village de Florenville, « déclarés suftisamment atteints et 
(c convaincus d'avoir cherché à suborner par différentes reprises 
« et à engager sous offres d'argent, de denrées et autres effets, 
« plusieurs témoins à porter un témoignage faux au procès 
<.( instruit à charge de Biaise G..., dit Blaisot, leur frère, exécuté à 
« mort dans le courant de Tannée dernière, 

a. Vu que les offres en induction n'ont pas été suivies d'effet 
(.( ni d'exécution, » furent condamnés : a à un bannissement de 
« trois ans hors de la juridiction et solidairement aux dépens de 
« la poursuite, avec défense à l'un et l'autre de récidiver et 
« d'enfreindre leur ban, sous peine plus griève. » 

(Archives de l'Etat à x\rlon.) 



Cette exécution eut, en son temps, un grand retentissement dans 
la contrée. L'autorité avait voulu un châtiment exemplaire. A cet 
effet, on y fit assister les enfants des écoles, groupés en cercle 
au pied du gibet, ainsi qu'un nombreux public de Florenville et 
des environs. 

A tort ou à raison, l'opinion publique voulut rattacher l'affaire 
à celle de l'assassinat de M. le comte de l'Espine, prévôt de 
Virton, tué au château de Laclaireau le 20 décembre 1775, d'un 
coup de feu tiré à travers la fenêtre au moment du souper, assas- 
sinat dont l'auteur ne fut pas découvert. A ce moment, G. . . . dit 
le Blaisot, était garde des bois à Laclaireau ; il vint ensuite s'éta- 
blir comme maitre-cabaretier à Florenville. 



Nous relèverons la formule de l'arrêt de mort ci-dessus. 

Cette formule, qui parait étrange aujourd'hui, avait alors sa 
raison d'être, parait-il. Elle se retrouve dans un arrêt précédent 
de la justice d'Orval, de septembre 1774, à charge d'un habitant 
de Limes : il sera livré aux mains de l'exécuteur des hautes-œuvres 
pour être conduit au lieu du supplice accoutumé ; être pendu par son 
col et étranglé jusqu'à ce que mort s'ensuive^ etc. 

Elle se retrouve encore dans un jugement rendu à Lessines un 
siècle auparavant, le 2 octobre 1681. Ici il s'agit d'une femme: 



— 386 — ■ 

Condamne la dite à être exécutée par le feu, premièrement étranglée 
tant que la mort a'ensuioe. 

La revue Jadis, de Soignies, livraison de novembre 1910, donne 
l'explication suivante : 

« Autrefois le condamné avait grâce entière si la corde se rom- 
« pait pendant l'exécution. 

« Et cela arrivait si souvent que le Parlement de Bordeaux pro- 
<( posa et fît adopter, le 24 avril 1524, une nouvelle formule : 
« Pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive. » 

« Cette résolution coupa court à la chance du pendu. )) 

Le condamné était encore gracié si une jeune fille consentait à 
l'épouser immédiatement et à le suivre en exil en dehors du res- 
sort judiciaire. 

Blaisot, marié, ne pouvait profiter de cette dernière éven- 
tualité. 



Au moment du procès, la famille de l'un des membres de la 
cour prévôlale de Ghiny, absent lors du jugement, M. d'Orsin- 
faing, Henri-Gilles, écuyer, seigneur du Ménil, occupait à Floren- 
ville la maison habitée aujourd'hui par M. Dubras, rentier. 



II 

DIMES ET REB'EY-àl^CES; FÉÛBALES, 



A Florenville, prévôté de Ghiny, les dîmes et les redevances 
d'origine féodale étaient perçues avec rigueur. Le souvenir en est 
resté vivace dans la population longtemps après leur abolition. 

Le détail de ces redevances, pris à différentes époques, montre 
qu'il s'agissait non de perceptions revenant à un seigneur local, 
mais de droits plutôt fonciers, vendus et rachetés, nombre de 
fois, par des personnalités différentes, en se subdivisant, pour 
arriver finalement en mains de propriétaires complètement étran- 
gers l'un à l'autre et môme à la localité. 

Voici quelques indications relevées aux archives de l'Etat, tant 
à Luxembourg qu'à Arlon. 

a) Au Besoigné (recensement) concernant l'ayde ecclésiastique, 



— 387 — 

en 1571, le curé de Florenville, en personne, déclare : Les cha- 
noines (V Y voix ont le 6^ es-dites dismes et le reste appartient à quel- 
ques gentilhommes layz. 

h) 6 JLiin-lO août 1686. — Vente par Denis de Lestrieax, comme 
mari de dame Anne-Marguerite de Breiderbach — et dame Sibille 
Aldegonde de Breiderbacii, née de Heisgen, — suivant la permis- 
sion et octroy du Conseil de Luxembourg, 

à demoiselle Marie-Catherine de Monflin, vetVe de feu le s*" 
Nicolas de Paschal, écuyer, sgr du Mesnil en partie, demeurant 
à Florenville, 

d'un neufe en la dismedu village de Martué, de la paroisse dud^ 
Florenville, — moyennant la somme de 20 escus en surplus de 
celle de 66 escus cinq escalins que les cédants ont reçus en bons 
deniers comptant et dont ils ont donné quittance à Bertrange. 

c) 12 septembre 1715. — Jean Otto de Witimont, prestre, Ecuyer 
et féodal de la prévosté de Chiny, résidant à Florenville, vend au 
R. P. Pierre- François Weydert, recteur du collège des pères de 
la compagnie de Jésus à Luxembourg, acceptant pour ledit col- 
lège 

la neufiesme partie dans la grosse et menue dixme de Floren- 
ville, telle que le dit sieur vendeur l'a acquise par contrat d'achapt 
du 19« de 9'''-« 1685, 

pour le prix et somme de 1400 florins Brabant, faisant 500 escus 
de 56 sols chacun. 



2 décembre 1721. François Dumont, Escuier capnc prévost et 
gruier des ville et prévosté de Chiny, résident à Izel, vend, à tittre 
de gager grâce et facultez de rachat, au s"" Philippe françois de 
pachal ausy Escuyer seigneur de florenville, menil, maton et 
autres lieux résident aud. Florenville. 

Seize quartel de saigle et autant davoine mesure de Charignant 
bon grain bien conditionné à prendre et avoir sur le cinquièsme 
quyapartient aud. seigt" vendeur dans les deux tiers de la moitié 
de la grosse dixmes des vilages de pin et izel et à livrer chacque 
années aud. sieur acquéreur sur ses greniers aud. florenville au 
jour et datte des pr^^s de toute autre hipotecque et redevance, — 
moiennant la somme de 160 escus à 56 sols brabant en principal, 
non compris les frais des pr^*^». 



— 388 — 

Parmi les dénombrements féodaux, nous trouvons : 

Le 12 décembre 1605, Marie-Cliristine, veuve, née comtesse 
d'Egmont, princesse de Mansfelt, etc., rend foi et hommage au 
Souverain pour les droits féodaux non détaillés qu'elle possède à 
Florenville, Ghassepierre, Termes, Ivoix et divers autres dans le 
Grand-Duché de Luxembourg, « promettant de faire et laisser 
« tout ce que bonne et loyale vassale et fidèle subjecte doit faire 
« et laisser de droit et coustume. » 

Au relief général de 1758-1760, prescrit par l'ordonnance 
royale du 29 janvier 1753, figurent côte à côte : 

1° La princesse de Loewenstein-Wertheim, dénombrement pour 
Neufchàteau, Hotton, Mellier, Florenuille, arrière-fiefs ; 

2" Le prince de Stolberg, pour Neufchàteau, Mellier, Florenville, 
Martué ; 

3» Jeanne-Marie de Piromboeuf, veuve Sagebin, pour Floren- 
ville ; 

4" de Nonancourt, Philippe-Joseph, gentilhomme, seigneur de 
Mathon en partie, pour Florenuille, Martué. 

Pour ce dernier, les Annales de l'Institut ont publié (1906, 
p. 254) l'acte de cession, en 1766, de ses propriétés et des droits 
et prérogatives attachés au château de Florenville : « droit de 
« chasse et de pêche sur l'étendue des bans et juridiction de 
« Florenville et Martuée, — droit de tenir colombier ou pigeons 
« de champs ou fuyards, — droit à un banc de préséance fermé 
(( et placé en tête de la nef de l'égUse paroissiale, devant l'autel 
« de N.-Dame. » 

Le dénombrement de 1758, comprend en plus les 2/3 dans un 
tiers de la grosse et menue dîme de Florenville et le tiers entier 
dans la grosse et menue dime de Martuée, les dites portions de 
dîmes faisant partie du fief. » (Archives de l'Etat à Luxembourg.) 



La perception de ces multiples redevances se faisait avec 
rigueur et non sans difficulté parfois. 

Le 4 décembre 1786, la Cour prévôtale de Chiny admet, sur 
poursuites des collecteurs, huit habitants de Florenville « à faire la 
<i preuve, par eux offerte au procès, que depuis quarante ans et 
« plus les habitants dud. Florenville sont en possession d'avoir 
« semé de la navette sur le ban dud. lieu, sans que la dime en 



— 389 — 

« ait jamais été livrée, à l'exception de l'année dernière ; — sauf 
« aux demandeurs leur preuve du contraire. » 

Nous n'avons pas trouvé l'arrêt tranchant détinitivement la 
contestation. 

A ce moment les décimateurs ou propriétaires de la dime à 
Florenville sont : 

S. A. le prince-régnant de Lewenstein-Wertheim ; 

Les rev. Doyen et Ciiapitre d'Yvoix-Garignan ; 

Sire pre_Fois Maboge, curé de Florenville ; 

Jean-Henri d'Orsinfaing, capitaine au régiment de Bruncken, 
au service de S. M. l'Empereur et Roi ; 

François de Jacque, Ecuyer, demeurant à Tintigny ; 

Bernard Stevenotte, Directeur des forges de Neupont, y de- 
meurant ; 

Jean Gustin, Echevin de la Justice dud. Florenville 

et Louis-Joseph TerfT, demeurant à Gharleville. 



Le registre de justice mentionne diverses tentatives de fraude. 

Un habitant est condamné par la Cour à une amende de 3 
florins d'or pour n'avoir pas versé la dime ordinaire d'une gerbe 
de seigle sur dix, - une gerbe et demie de froment, — auec in- 
jonction d'être à l'avenir plus exact au fait de la dime, sous telle 
peine qu'il appartiendra. 

L'année suivante, des cultivateurs chargeaient des gerbes de 
seigle sur un champ à eux appartenant, sans y laisser aucune gerbe 
de dîmes. 

A l'arrivée de l'agent percepteur, sur une 30^ de gerbes déjà 
sur la voiture, — ont voulu donner deux gerbes qu'ils prenaient 
dans la plus mauvaise place et partie du champ. 

Sur l'injonction d'avoir à dimer par lignes et alternativement 
comme de droit, leur aiant ordonné de décharger leur charette pour 
en tirer la dime, ils n'ont voulu le faire, sur quoi il leur a été signi- 
fié l'aynende. 

Et comme le dit champ n'était pas lié entièrement pendant led. 
jour d'hyer et craignant que le propriétaire ne le lie pendant la nuit. 
l'agent percepteur a requis un piqueur de la dime, également 
assermenté, — à se tfansporter avec lui pendant la nuit sur led. 
champ. 

Us s'y sont effectivement transportés ensemble vers les 10 heures et 
ils ont reconnu pendant ce temps le propriétaire qui liait le reste du 



— 390 — 

champ avec la servante, lesquels ont transporté 3 gerbes mauvaises 
d'une partie du champ qui était mauvaise à Vendroit du champ où 
il y en avait de bonnes, lesijuelles trois mauvaises ainsi transportées, 
ils les ont laissées et mis pour la dlme. 
D'où contravention et poursuites devant la Cour prévôtale. 

(Archives de l'Etat à Arlon.) 



III. 

FLÛEEM TILLE k OR Y AL, 



VENTES DE BIENS NATIONAUX. 



LE GRAND FOUR. 



— Du 1(3/21 germinal an 5 (15/20 avril 1797. — « Un four ci-devant 
« bannal, situé à Florenville, provenant du ci-devant gouverne- 
ce ment autrichien, loué sans bail à Jacques Salpétierde Floren- 
« ville, qui en donnait, tout calculé, 312 livres, — décrit comme 
« suit dans l'estimation du citoyen Santino Antonelly, expert 
« demeurant à Villers-d'-Orval : 

« Un bâtiment situé sur la grande place publique de Floren- 
« ville, de 30 pieds de large sur 45 de long, contenant un four et 
« des tables pour déposer les pains. — Les murs et la toiture 
« couverts en ardoises en bon état, mais le four doit être recon- 
« struit à neuf. — Lefournier, par son bail, était autorisé à couper 
(( le bois dans l'afforêt du ci-devant gouvernement pour la con- 
<x somption dudit four; par conséquent l'on ne peut estimer 
« que le corps de bâtiment. 

« Adjugé sur une mise unique, après trois feux, au citoyen 
« Gollard, demeurant à Florenville, pour 550 livres. > 

Nota. —Ce four se trouvait sur la Grand-Place, à l'intersection 
des routes de Bouillon à Arlon et de Florenville à Neufchâteau, 
à distance des maisons voisines à cause des dangers d'incendie. 

L'adjudication avait lieu à charge de démolition. 



— 391 — 
LA FERME DES HAYONS. 

Du 16/21 Pluviôse an 5. 

Vente à Luxembourg d'une ferme dite Le Hayon, sur la com- 
mune de Florenville, provenant de l'abbaie d'Orval, consistant en 
80 journaux 40 verges de terres labourables, — 12 journaux 30 
verges de prairies, — une chennevière louée pour 5 années à 
Henry Watelet de Florenville, 

le tous sis couture de dessus la Goncie, — couture de Barsin- 
vaux, — id. du haut des fossés, dessus La Haye, id. du Hayon, 
Bois des prés. Trou margot, — la chennevière, contenant 25 
verges, aux Epairières, confinant à l'abbé Bertrand, au midy à 
Joseph Dallier, au couchant à Jean Gustin, au nord au chemin, 

l'ensemble mis à prix à 3871 francs 11 sols, soit les 3/4 de 
l'estimation, 

finalement adjugé à 5000 livres au citoyen Hubert, Henri- 
Joseph, demeurant à Virton, lequel déclare qu'il a acquis en 
prêtant son nom seulement, mais que le véritable acquéreur est 
le citoyen Pvemy, Remy, ex-religieux de la ci-devant abbaie 
d'Orval, résidant actuellement à Sansanrue, canton de Bouillon, 
département des Ardennes. 

— Enregistré à Luxembourg le 20 Vendémiaire an 5, — reçu 
40 frs en bon de retraite. 



Par un acte reçu, le 20 floréal an 5, par M. Tinant, notaire public 
à Neufchàteau, le citoyen Remy, Remy, ex-religieux de la ci- 
devant abbaie d'Orval, résidant à Sansanrue, se reconnaît acqué- 
reur 

a) de la ferme dite des Hayons, mentionnée ci-dessus; 

bj d'une ferme dite la Ferme de Hachy, provenant de la ci- 
devant abbaie de St-Hubert ; 

c) finalement d'un bois dit La Haye, à Florenville, provenant 
du ci-devant gouvernement autrichien. 



Au registre foncier de la prévôté de Ghiny, se trouve — 12 
avril 1721, vente par Jean-Otto de Wittimont, prestre, Ecuyer et 
féodal de Ghiny (voir ci-dessus) d'un morceau de jardin entre 2 
bornes qui y sont plantées et situé au lieu de Florenville appelé 



— 392 — 



vulgairement le Maiche-MahilJe, royer Tean-Jacquemin du côté du 
septent!'ion et le vendeur de l'autre et le grand chemin du devant, 
au prix de 25 escus argent courant, reçu comptant. 



L'ABBAYE D'OR VAL. 

Du 16/21 Pluviôse an 5 (4/9 février 1797). 

Vente, à Luxembourg, des ruines de la maison et de l'église 
d'Orval, ainsi décrites dans le procès-verbal d'expertise du citoyen 
Santino Antonellij, de Villers-dt-Orval, à l'assistance du citoyen 
Jean-Charles- M a7ie Cazè, commissaire du pouvoir exécutif près 
l'administration municipale du canton de Florenville, visé par la 
dite administration municipale sous la signature de Gringoire 
Ad^^, Gustave Adam et Allard, s''^ commis. 

Les Ruines. — 1» La ci-devant Abbaye d'Orval, maison très- 
spacieuse mais présentement brûlée et démolie en partie; on ne 
peut la regarder pour le présent que comme une masure. 

L'Eglise est presque toute détruite, ainsi que la plus grande 
partie du corps du bâtiment qui ne peut être habité ni en haut 
ni en bas! il n'en reste plus que les pierres et un tas de 
décombres ; les voûtes des chambres dudit bâtiment également 
détruites ; celles des caves restent en entier, mais l'eau y filtre. 

2" Les jardins, terrasses et cours adjacentes au bâtiment, y 
compris le verger qui est situé devant l'abbaye, le tout renfermé 
par des murs, contenant 29 journaux. 

Terres labourables. — 3" La Grande Couture^ devant les forges, 
contenant 70 journaux, confinant au levant au chemin de Luxem- 
bourg, au midy au bois, au couchant à la couture du Rond Ruis- 
son, au nord au bois. 

4° La Petite Couture, entre le chemin de Luxembourg et Pin, 
contenant 46 journaux. 

5° La couture dite le Recoartij, contenant 13 journaux 40 verges, 
environnée de toutes parts par les bois. 

Prairies. — 6" Une pièce située au lieu dit le Neuf Pré, enfer- 
mée de toutes parts, contenant 22 journaux. 

. 7° Une pièce au lieu dit le Pré de la Cronire, enfermée de toutes 
parts, contenant 19 journaux i verge 

8° Une pièce située au Fond de Willière dit les basses Comtesses, 
contenant 21 iournaux. 



— 393 — 

9° Une pièce située au Fond de Willière, lieu dit le Sécherand et 
Dont Charles, contenant 13 journaux. 

10° La Maison Blanche. — Brûlée et tombée jusqu'en masure, 
avec 2 jardins ; le plus petit derrière le bâtiment ; le plus consi- 
dérable est devant, joignant l'étang principal de la forge et envi- 
ronné de murs. 

Le tout mis à prix, en un seul lot, à 23,062 livres, soit les 3/4 de 
l'estimation, adjugé, sur une enchère unique, à 23,200 livres au 
citoyen J.-B. Beuvière, de Gharleville, lequel déclare qu'il a fait la 
dite acquisition en prêtant son nom seulement, mais que le véri- 
table acquéreur est le citoyen Rousseau, Vaine, demeurant à Ghar- 
leville, département des Ardennes. 

Le prix payable conformément à la loi du 17 fructidor, l'acqué- 
reur ayant justifié d'une soumission acceptée dans le mois de la 
publication de la loi du 16 brumaire an 5. 

Enregistré à Luxembourg le 22 thermidor an 5; reçu 1856 francs 
pour double droit, pour n'avoir pas fait enregistrer dans le délai 
utile. 

LES FORGES. 



Des 7/12 Pluviôse an 5. 

Les détails, quoiqu'un peu longs, décrivent avec précision l'état 
des lieux peu de temps après la catastrophe. 

Rapport des experts Marie-Gabriel Miraudot, demeurant au 
Ghatelet, commune de Habay-la-Neuve, et François-Xavier Papier, 
demeurant à Habay-la-Neuve. 

Après avoir parcouru et examiné attentivement les dites forges 
et pris à cet effet les renseignements du frère Vincent Cozier, qui 
en avait la direction, du citoyen iVndré Lejeune, maçon, demeu- 
rant à Marny, qui a travaillé à la construction et aux réparations 
de partie de ces usines, — et autres personnes et ouvriers ou con- 
naisseurs, nous avons estimé qu'il est indispensable d'ajouter aux 
forges les prés sur lesquels elles sont situées ou dont elles reçoi- 
vent les eaux, ainsi que la couture appelée Couture de Hombuisson 
ou les Champs aux Pierres, consistant en 60 journaux de terre, qui 
étaient ci-devant cultivés par les religieux, à présent en friche. 

Les forges consistent : 

Dans la halte du fourneau, 

le machi du fourneau, pour un côté seulement, 



— 394 — 

l'enceinte ou murs du fourneau, qui comprend trois cabinets 
voûtés, 

Dans les restes du massif du fourneau, dont la chemise et le 
creuset sont hors de service et de nulle valeur, dans les ancres, 
renaulds et agraffes en fer incrustés dans le massif, 

La grande forge, y compris les murs et l'emplacement de deux 
chambres d'ouvriers, 

La fenderie, boutiques et magazin, 

La petite forge, la platinnerie avec l'emplacement de deux 
chambres, 

Le grand magazin, 

La bu chérie pour la fenderie, 

La halle de la grande forge, 

La scierie à l'eau et le bocard situés dans le pré du Bocard, près 
du chemin des forges et qui, des dites forges, conduit à Limes, 

Dans la scierie à eau située à l'extrémité du Pré Dom Gille, con- 
tigû à la chaussée de l'étang. 

Dans l'emplacement de deux bocards à 4 montants, chacun 
situé dans le Pré des Forges, à côté des tas de crasse, 

Dans la maison des ouvriers de l'abbaye, qui porte en partie 
sur le mur qui sert de clôture au verger et en partie sur le mur 
qui sert de terrasse et soutient les terres du chemin de voiture 
qui, des forges, conduit à l'abbaye, à Izel et à St-Vincent, 

Dans la beuterie, 

Dans les restes de la maison des frères et de la compterie, 
dont deux chambres et un petit cellier sont recouverts et actuel- 
lement habités par les frères. 

Dans huit canneaux ou courtières avec leurs cabinets et voûtes, 
construits en pierres de taille, d'un parement seulement, de 5 
toises de long, d'une toise de hauteur, comportant, chaque cour- 
tière, 12 toises de maçonnerie. C'est par ces ouvertures que s'in- 
troduit l'eau de l'étang principal qui, par sa chute, met en mou- 
vemen les harnais de ces usines. 

Les eaux qui font mouvoir les forges d'Orval proviennent, 
savoir : 

de la fontaine St-Roch, 
de la fontaine de l'Abbé, 
. de la fontaine du Prieur, 
de la fontaine du Moulin, 
de la fontaine La Cranière. 
Ces cinq fontaines prennent leur source dans les bois situés 



— 395 — 

au dessus de l'Abbaye ; elles se réunissent dans un étang appelé 
r Etang du frère Paul, presque comblé ; de cet étang, les eaux pas- 
sent dans un second appelé l'Etang noir ; le jardin de l'abbaye, 
avec ses terrasses, lui sert de digue, à l'extrémité de laquelle, du 
côté du septentrion, est pratiqué un canal ou courtière par lequel 
elles se rendent dans un canal ouvert qui se prolonge dans toute 
la longueur du jardin, à l'issue duquel elles s'introduisent dans 
un canal couvert traversant tous les bâtiments de l'abbaye, ses 
basses-cours ; elles faisaient mouvoir, en passant, un moulin, 
une fouUerie, une scierie, etc. (Ces usines sont absolument dé- 
truites.) Elles quittent les bâtiments et basses-cours pour entrer 
par un canal pratiqué sous terre dans le verger de l'abbaye, par 
lequel elles se versent dans l'étang des forges, que nous appel- 
lerons l'étang principal ou le réservoir de toutes les eaux, quoi- 
que moindre par son étendue et sa contenance que ceux de la 
Couronée et de Rom'ouisson, parce qu'il en fait seul toute la dé- 
pense, et que les harnais du fourneau, de la grande forge, de la 
fenderie, de la petite forge et de la platinerie reçoivent par elles 
le mouvement. 

D'autres eaux proviennent du fond de Villier ; ces eaux se di-^ 
visent en deux bras, qu'on peut réunir en un seul au moïen 
d'empalements qui sont détruits et dont les emplacements 
restent. Ces deux bras fluent à droite et à gauche du pré appelé 
le pré Dom gille. Lorsque ces eaux donnent abondamment, elles 
font mouvoir une scierie située à l'extrémité de ce pré contre la 
chaussée de l'étang principal, 2 bocards à quatre montants cha- 
cun situés dans le pré des Forges, de l'autre côté de la chaussée 
de l'étang principal ; le surplus de ces eaux se rend par une 
courtière pratiquée sous le chemin qui conduit à Villier dans 
l'étang principal. La scierie et les bocards sont détruits; lorsque 
les eaux sont basses, on les réserve entièrement pour le service 
des forges. 

Les eaux de ces cinq fontaines, de ces deux ruisseaux, quoi- 
qu'abondantes, bien ménagées et conduites avec art, ne peuvent 
cependant fournir que pour deux tiers à la dépense des usines ; 
on s'est procuré l'autre tiers des étangs de la Couronnée et du 
Rombuisson ; le 1<"' est abreuvé par les eaux venant des forges de 
La Soye et des fontaines de Limes, qu'il rend à celui de Rom- 
buisson. 

C'est le ruisseau qui se forme des eaux