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Full text of "Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique"

t 



ANNALES 



DE L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE DE BELGIQUI 



ANNALES 



L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 



BE1.G10UE 



XXII 



2* SÉRIE, TOME DEUXIÈME. 



ANVERS, 

IMPRIMERIE J.-E. BUSCHMANN, RUE DES ISRAÉLITES. 
! 866. 



LIBRAI 



LES 

CATACOMBES DE ROME. 



MÉMOIRE 



M. EDMOND REUSENS, 

Membre correspondant à Louvain. 



Les catacombes de la campagne romaine sont les monuments les 
plus anciens et les plus respectables qui se présentent à l'étude 
de l'archéologue chrétien. Depuis leur découverte, qui eut lieu 
vers la fin du seizième siècle , la question de leur origine a toujours 
vivement préoccupé les savants. Bien longtemps on n'a vu , dans 
ces cimetières souterrains , que des sablonnières ou des carrières 
creusées par les Romains avant la naissance du Sauveur, et 
utilisées par les premiers fidèles pour y ensevelir leurs morts. 
Cette assertion , que nous avons tous rencontrée mille fois dans 
des ouvrages, très-recommandables d'ailleurs par le fond et par 
la forme, ne peut plus être soutenue de nos jours. Les recher- 
ches et les explorations auxquelles se sont livrés, depuis environ 
un quart de siècle , des hommes consciencieux et érudits , ont 
démontré que les catacombes de Rome sont l'œuvre exclusive 
des chrétiens. L'on peut dire, sans exagération aucune, que, 

Commissaires rapporteurs : MM. G. Hagemans et F. Ourlet. 

XXIX XXII 1 



— 6 — 

par leurs découvertes et leurs publications faites dans ces dernières 
années, le P. Marchi et les deux frères de Rossi ont donné une 
solution définitive à la question de l'origine des cimetières souter- 
rains qu'on rencontre en si grand nombre dans les environs de 
la ville éternelle. 

Les travaux et les écrits de ces savants romains et d'autres 
archéologues modernes nous ont servi de guide dans l'élude des 
catacombes. Parmi ces derniers, nous aimons à citer l'abbé 
Martigny dont l'ouvrage , intitulé Dictionnaire des antiquités 
chrétiennes, nous a été d'un grand secours. 

I. — DESCRIPTION DES CATACOMBES. 

Les catacombes de Rome sont des souterrains creusés par les 
chrétiens des premiers siècles pour y ensevelir leurs morts , pour 
y exercer les cérémonies du culte et pour y trouver une retraite 
dans les temps de persécution. 

Les auteurs ecclésiastiques ne sont pas d'accord sur l'étymolo- 
gie du mot catacombes. Les uns le font dériver des mots grecs 
kcltci, sous, et kv/i/3o , excavation; d'autres de Tvfifios, tombeau, 
tumulus, ou de k< //./?/;, vide d'une barque. Le P. Marchi lui donne 
pour racine le verbe latin cumbo qui, dans ses composés accumbo, 
decumbo, signifie être couché. 

La dénomination de catacombes, pour désigner l'ensemble des 
cimetières pratiqués sous le sol de la campagne romaine, n'était 
pas en usage pendant les premiers siècles. On appelait alors ad 
catacumbas la partie du cimetière de Saint-Calliste , près de 
l'église de Saint-Sébastien où, selon une pieuse tradition, les 
Romains avaient déposé momentanément les corps des apôtres 
S. Pierre et S. Paul, pour les soustraire aux recherches des 
chrétiens d'Orient qui étaient venus à Rome pour les enlever. Ce 
n'est qu'an moyen âge , que le nom de catacombes fut donné à 



L1L 



tous les cimetières souterrains de Rome indistinctement, et même 
à ceux qui ont été trouvés dans d'autres localités. 

Les catacombes d'après la définition que nous en avons donnée, 
avaient trois destinations : 

4° La première et la principale était de servir de cimetières 
aux chrétiens. C'est pour cette raison qu'elles forment avant tout 
un vaste réseau de galeries destinées, non pas à servir de passage 
ou de communication d'un lieu à un autre , mais à recevoir, dans 
leurs parois, des tombeaux, disposés les uns au-dessous des autres, 
par rangs plus ou moins multipliés, depuis trois jusqu'à douze, 
selon le plus ou moins d'élévation de la galerie, et le plus ou moins 
de solidité de la roche. D'ordinaire, les corps étaient placés dans 
des niches oblongues, appelées locidi, et fermées par des tablettes 
de marbre, ou par des briques (ordinairement au nombre de trois) ci- 
mentées exactement avec de la chaux , afin que l'odeur des corps en 
putréfaction ne pût s'en échapper. Les figures suivantes donneront 
une idée exacte de la manière dont les tombeaux étaient scellés et 
les corps déposés dans les niches sépulcrales. 




Loculus'fermé par trois plaques en terre cuite. 




Loculus en partie ouvert. 



8 — 




CYR/AC/tDVLCISSIMA- DEPOSim 
IN PAGE VIXIT.ANNOSXXXV^ 
.IDI3VS. MARTIIS 



l.oculus fermé par une plaque en marbre. 

Ce qui nous frappe le plus, lorsque nous examinons attentive- 
ment le plan des catacombes, c'est la régularité que présentent 
les galeries. Quelques-unes courent en ligne droite sur une longueur 
assez considérable et sont coupées, à des distances irrégulières, 
par d'autres allées qui le sont à leur tour par de nouveaux 
embranchements. Elles sont si étroites que d'ordinaire deux 
personnes ne pourraient y marcher de front. C'est un véritable 
labyrinthe où il serait téméraire et dangereux de se risquer sans 
guide. 

A ces galeries viennent aboutir, en plusieurs endroits, des 
chambres sépulcrales que l'on appelle cubicula. Ce sont des espèces 
de caveaux de famille , au fond desquels se trouve assez souvent , 
sous un monument arqué, nommé arcosolium ! , un tombeau ren- 
fermant les restes mortels de quelque illustre martyr. Ces 
monuments (que l'on rencontre cependant aussi , en assez grand 
nombre , dans les galeries comme tombeaux de simples fidèles 
élevés à leurs propres frais) étaient construits habituellement dans 
les cubicula par toute la communauté chrétienne ; ils servaient 
d'autel lorsqu'au jour anniversaire du martyre, les chrétiens 
venaient près de cette tombe tenir les assemblées, appelées stations. 

La forme des cubicula est très-variée; il en est de circulaires, 



' Voyez ci-dessous la ligure vis-à-vis de la page 11, représentant la vue de la basilique 
souterraine du cimetière de Sainte-Agnès. On y trouve quatre de ces monuments arqués 
ou arcosolia. 



de semi-circulaires, d'oclogones, d'hexagones, de pentagones; 
cependant la plupart sont carrés. Voici la vue perspective d'un 
cubiculum carré, sans arcosoliam : 




Cubiculum ou chambre sépulcrale. 

Il est des cubicula qui contiennent jusqu'à 'soixante-dix loculi , 
rangés en dix étages. Les premiers chrétiens tenaient^beaucoup à 
ce que leur sépulture fût placée le plus près possible de celle des 
saints. C'est ce qu'ils appelaient être enseveli adjnartyres', ad, 
ante, supra ou rétro sanctos. La pieuse dévotion'de reposer dans 
le voisinage du tombeau d'un martyr était telle que, quand la 
chambre sépulcrale n'était pas assez spacieuse pour recevoir tous 
les membres d'une seule famille, on creusait des loculi^àans les 
galeries, et l'on y plaçait une inscription pour dire "qu'ils appar- 
tenaientàla sépulture collective du cubiculum conligu. LeP. Marchi, 



— 10 — 

dans son excellent ouvrage sur les catacombes * , en cite des 
exemples. D'autres fois quand toutes les parois étaient garnies de 
tombeaux, on ne se faisait aucun scrupule d'entamer, pour se 
creuser de nouvelles niches, les décorations dont les chambres étaient 
ornées. C'est une des causes qui nous ont fait perdre un grand 
nombre de peintures murales des plus remarquables appartenant 
pour le moins au deuxième siècle. 

2° La seconde destination que les chrétiens ont donnée aux 
catacombes, était de servir de lieu de réunion pour y célébrer les 
cérémonies du culte , toutes les fois que , par les édits des empereurs , 
ils étaient empêchés de le faire au dehors. 

Les cryptes souterraines des catacombes 2 n'avaient été creusées 
primitivement que pour servir à l'inhumation des chrétiens. Les 
persécutions cruelles et sanglantes que l'Eglise eut à souffrir, 
pendant les trois premiers siècles , furent cause que les catacombes 
devinrent bientôt aussi les lieux où les fidèles se réunissaient pour 
la célébration des Saints Mystères. C'est pour tenir leurs assem- 
blées religieuses, que les premiers chrétiens ont construit, dans 
leurs cimetières souterrains , ces oratoires que l'on désigne ordi- 
nairement sous le nom iïéijlises ou de basiliques des catacombes. 
• Ces églises, dit Martigny, sont d'une grande simplicité; quel- 
quefois elles sont revêtues de stuc, décorées de peintures, de 
colonnes, de pilastres et d'autres ornements sculptés dans la roche 
elle-même. Dans les parois latérales, sont disposés parallèlement 
des tombeaux sur i ou 5 rangs , et même plus , suivant l'élévation 



1 Page 101. 

* D'après Michel de Hossi (lloma solterranea, l, Analisi geologica cd archilcttonica , 
p. 23 et suivantes) le mot cryplae , au pluriel , désigne l'ensemble des souterrains , c'est- 
à-dire tant les galeries que les chambres sépulcrales , et crypla , au singulier , l'une ou 
l'autre à volonté. Selon le P. Marchi et les auteurs plus anciens, ce terme aurait été 
en usage pour indiquer les petits oratoires où les fidèles se réunissaient, à certaines solen- 
nités , pour célébrer les Saints Mystères. C'est , dans ce dernier sens , qu'il est commu- 
nément employé par les auteurs qui ont écrit sur les catacombes. 




, K . pi 
rzii t 



P/j.L) dune hasiZLqzie du Cimclici-c de Scubrvt&-Àqriès \ 




Cmpe d'une partie </<■ la même basilique 



• jrchéologie deBelgiqu- 



— 11 — 

de la crypte. Un arcosolïum , qui servait ordinairement d'autel, 
se trouve au fond de l'abside , à moins que cette place ne soit occu- 
pée par la chaire du pontife: auquel cas , ou Yarcosolium manque 
ou il se trouve trop élevé pour que les Saints Mystères aient pu y 
être célébrés .... Ces chapelles souterraines ont une élévation bien 
supérieure à celles des corridors ou voies sépulcrales , et à celles 
des simples chambres funéraires appelées cubicula ; . . . elles sont 
disposées de façon à se prêter au déploiement des cérémonies , tel 
qu'il pouvait être en de pareils lieux et en de pareils temps, et aussi 
à admettre -des réunions considérables, lesquelles néanmoins ne 
pouvaient guère dépasser le nombre de soixante-dix ou quatre-vingts 
fidèles.» Dictionnaire des antiquités chrétiennes , art. Basiliques. 

Pour donner une idée claire et précise de ces basiliques souterrai- 
nes, nous reproduisons, d'après le P.Marchi et d'après Perret, 
le plan et la coupe d'une de ces chapelles souterraines, découverte 
en 1842 au cimetière de Ste- Agnès , et qui, selon toutes les 
probabilités, est antérieure au III e siècle. Nos lecteurs nous sauront 
gré de leur mettre sous les yeux ce plan publié par le P. Marchi 
et par Louis Perret. Ces deux ouvrages ne se trouvent probable- 
ment pas dans beaucoup de bibliothèques belges. 

On arrive à la chapelle par deux galeries I et G. Ces deux 
entrées rappellent la discipline de l'église sur la séparation des 
sexes. L'ensemble de l'oratoire se divise en quatre parties princi- 
pales: le presbytère K, la salle J destinée aux hommes, la salle 
destinée aux femmes, et enfin la salle H. 

Le presbytère K était exclusivement réservé aux membres du 
clergé. Au centre s'élève , taillé dans le tuf de la paroi, le siège L, 
qui servait évidemment au pontife l . De chaque côté du presby- 



4 La position du siège pontifical était la même dans les anciennes basiliques. Dans les 
églises basilicales de la ville de Rome , la chaire du pontife se trouve encore aujourd'hui 
au fond de l'abside ; dans ce cas , l'autel est placé au milieu du transsept. 



— 12 — 

tère, des bancs M, également taillés dans le tuf (dans l'intérieur 
desquels sont pratiqués des loculi (b) pour la sépulture d'enfants) 
sont adossés au pourtour et destinés aux assistants du pontife. 
L'autel se plaçait au milieu. Le presbytère contient trois a rcosoUa (a); 
il est séparé de la salle J par deux colonnes (c) sculptées dans le 
tuf et revêtues de stuc. 

La salle J est divisée en deux parties égales par deux piliers 
supportant un arc-doubleau. Chacune de ces parties renferme un 
arcosolium. 

La salle 0, qui contient quatre arcosollo faj, est divisée en deux 
parties presque égales , par deux colonnes adossées aux parois et 
surmontées d'un arc. On voit , à l'endroit P , des vestiges d'un 
pavé en marbre. 

La salle H a deux arcosolia (a). Elle est coupée en deux parties 
par la galerie IG. C'était une sorte de vestibule destiné, sans doute, 
aux catéchumènes et aux pénitents. 

Au-dessus de la galerie , au point d'intersection N de la 
galerie GI et des entrées des salles JO, s'ouvre un luminaire, 
luminare cryptae. On appelle ainsi l'ouverture verticale ou oblique, 
d'environ un mètre carré , pratiquée dans la voûte et qui donnait sur 
la campagne , ou plutôt dans les jardins et les vignes possédés 
par des chrétiens. Cette ouverture servait à faire pénétrer l'air et 
le jour jusque dans les galeries. A l'extérieur elle était entourée 
d'un petit mur qui empêchait l'eau de pluie d'y entraîner des 
alluvions. On ne peut mieux comparer ces luminaires qu'à nos 
cheminées. Lorsqu'ils traversent des couches de tuf granulaire ou 
lithoïde , ils sont sans revêtement ; s'ils rencontrent des couches 
sablonneuses, les parois en sont soutenues par un ouvrage de ma- 
çonnerie. Voyez vis-à-vis de la page 20 la figure représentant la 
coupe d'une catacombe, à la lettre b. 

Les chambres sépulcrales éclairées par un luminaire s'appelaient 
cubicula clara. Dans les endroits qui ne recevaient pas de jour , 



— 13 — 

on se servait de petites lampes destinées à guider la marche des 
fidèles et à éclairer les cérémonies religieuses qui se pratiquaient 
dans ces souterrains. 

3° La troisième destination des catacombes était de servir de 
retraite au souverain pontife , au clergé et aux fidèles dans les 
temps de persécution. 

S. Alexandre y trouva un asile au commencement du deuxième 
siècle. Vers l'an 220 , S. Calliste séjourna quelque temps dans 
le cimetière qu'il avait l'ait restaurer , et qui aujourd'hui porte 
encore son nom. S. Etienne et S. Sixte II subirent le martyre 
dans les catacombes , le premier en 257 , le second l'année sui- 
vante. S. Caïus s'y tint caché pendant environ huit ans. 

Qu'on nous permette en terminant ce paragraphe, de mettre sous 
les yeux du lecteur la description que saint Jérôme dans son 
Commentaire sur Ézéchiel , nous a laissée des catacombes ; elle 
est encore en tout point exacte de nos jours : ■ Lorsque jeune 
encore je me trouvais à Rome , pour m'y instruire aux belles let- 
tres, j'avais coutume, le dimanche, de parcourir, avec des condis- 
ciples de mon âge, les tombeaux des apôtres et des martyrs; et 
souvent je descendais dans les cryptes. Ces excavations sont creu- 
sées dans le sol , à une profondeur considérable. A droite et à 
gauche , dans les murs , se trouvent les sépultures. L'obscurité y est 
si épaisse qu'on croirait presque à la réalisation des paroles du 
prophète : les vivants descendent dans l'enfer ] (Ps. liv, 46). 
Quelques rares rayons de lumière tombent de l'orifice supérieur et 
adoucissent un peu l'horreur de ces ténèbres ; on s'imaginerait 
que c'est bien plutôt une simple ouverture qu'une fenêtre , qui 
livre passage au jour. On n'y peut d'ailleurs avancer qu'à petits 



' Dans le langage des Livres Saints les mots enfer , m/èrrcws^et inferi , signifient 
le plus souvent tombeau. C'est en ce sens qu'il est employé dans l'endroit cité par 
S. Jérôme. 



— 14 — 

pas. Une nuit profonde règne de toutes parts , et fait songer au 
vers de Virgile : 

Partout l'horreur, partout aussi le silence jette l'épouvante '. 

II. — ORIGINE DES CATACOMBES. 

Dans tous les temps , la sépulture des chrétiens a été un acte 
religieux , accompagné des prières de l'Église. Mais c'est surtout 
dans la primitive église, que l'ensevelissement des corps des mar- 
tyrs et des fidèles était considéré comme un des plus stricts devoirs 
que les vivants avaient à remplir envers leurs frères trépassés. 

Du temps de S. Cyprien, les prêtres de Rome, écrivant au clergé 
de Cartilage , insistèrent sur cette obligation : Quoi maximum 
est, corpora martyrum aut ceterorum , si non sepeliantur , 
grande periculum imminet eis , quibus incumbit hoc opus. 
(S. Cyprien, Oper. éd. Balus , Epist. h.). S. Ambroise allait 
plus loin encore : Humandis fulelium reliquiis , dit-il , vasa 
ecclesiae etiam initiata confringere, conflare , vendere licet. 
(De officiis, n, § 1-42). Pour procurer même aux plus pauvres une 
sépulture convenable , on avait formé des associations, dont les 
membres payaient chaque semaine leur obole ; la somme recueillie 
était affectée à la célébration des funérailles de ceux qui man- 
quaient de ressources. 

Ce respect pour les morts était basé sur la foi vive du dogme 

' « Dum essem Romae puer et liberalibus studiis erudirer , solebam cum ceteris 
» ejusdem aetalis et propositi , diebus dominicis , sepulcra apostolorum et martyrum 
•< circuire , crebroque cryptas ingredi , quae in terrarum profunda defossae , ex utraque 
» parte ingredientium , per parietes liabent corpora sepultorum, et ita obscura sunt 
» omnia , ut prope modum illud propheticum complealur : Descendant ad infernum 
« viventes (Ps. liv , 16), et raro desupcr lumen admissum borrorem temperet tene- 
» brarum , ut non tam fenestram quam foramen dimissi luminis putes : rursumque pede- 
■ tentim arceditur, et caeca nocte circumdatis illud Virgilianum proponitur : 
« Horror unique animos , simul ipsa silentia terrent. » 

Aen. II, 755. 



— 15 — 

de la résurrection de la chair ; il avait pour motif non pas une 
importance exagérée que les fidèles auraient attachée aux restes 
mortels de leurs frères , mais la pensée que ces corps appartiennent 
à Dieu, et qu'un jour ils doivent être rendus à la vie, transformés, 
glorieux et immortels. 

Les premiers chrétiens abhorraient la coutume des païens qui 
brûlaient les cadavres et les profanaient par des cérémonies super- 
stitieuses. Dès qu'un chrétien avait rendu le dernier soupir, ses 
proches parents lui fermaient les yeux et la bouche. Ensuite on 
lavait le corps et on l'oignait avec de la myrrhe et d'autres aro- 
mates , pour le préserver de la corruption. L'onction faite , on 
enveloppait le cadavre d'un linceul qui s'attachait avec des bande- 
lettes, soit pour que les aromates adhérassent plus parfaitement 
aux chairs , soit pour empêcher le contact de l'air extérieur avec 
le corps. Très-souvent on étendait une couche de chaux sur toute 
la surface du corps. Cet enduit faisait autour du cadavre une sorte 
de cercueil artificiel qui empêchait l'odeur résultant de la putré- 
faction de s'échapper au dehors. 

L'esprit de charité et d'union qui régnait parmi les premiers 
fidèles, et qui faisait qu'ils se considéraient tous comme frères en 
Jésus-Christ , les porta , dès le principe , à se créer des cime- 
tières communs , tout-à-fait distincts des cimetières païens. 

C'est dans les honneurs rendus aux restes mortels des défunts , 
dans les sentiments de fraternité qui animaient les premiers chré- 
tiens et dans le désir de soustraire les tombeaux aux regards et 
aux profanations des gentils que nous trouvons la raison de l'exis- 
tence des cimetières souterrains ou catacombes. 

Si l'on excepte l'Afrique où , dès les premiers siècles , on trouve 
des areae ou sépultures chrétiennes à fleur de terre , tous les pays 
convertis au christianisme offrent des nécropoles creusées sous 
terre , qui portaient le nom de cryptae , et quelquefois aussi celui 
tfarenarium ou arenaria. Il en existe encore aujourd'hui à Rome, 



— 16 — 

à Naples, à Chiusi, à Milan et à Alexandrie d'Egypte l . 11 y 
en avait autrefois en Sicile, à Messine et à Syracuse; en Espagne, 
à Elvire , à Saragosse et à Séville ; dans les Gaules , à Agaune , 
à Cologne et à Trêves. (Voyez Martigny, Dict. desantiq. chrét., 
art. Catacombes et Sépultures.) 

Nous ne nous occuperons , dans notre exposé , que des cata- 
combes de Rome , parce qu'elles sont les principales , les mieux 
explorées et les plus illustres par les souvenirs historiques qui s'y 
rattachent En effet, on peut les appeler, sans exagération aucune, 
le berceau du christianisme. 

La première question qui se présente à notre examen, c'est la 
suivante : Les catacombes de Rome sont-elles V œuvre exclusive 
des chrétiens? Ont-elles été creusées par eux principalement pour 
y ensevelir les corps des fidèles; ou bien, ne doit-on y voir que 
d'anciennes carrières, latomiae , ou des saisonnières abandonnées, 
arenariae , pratiquées par les païens dans le but d'en extraire le 
sable et d'autres matériaux utiles pour les constructions, et que 
les chrétiens se seraient appropriées pour en faire leurs cimetières , 
et y tenir leurs assemblées religieuses pendant les persécutions? 

A cette question capitale nous répondrons qu'à l'exception de 
quelques petites parties d'anciennes sablonnières , appropriées par 
les premiers fidèles pour en faire des lieux de sépulture, toutes 
les autres excavations souterraines de la campagne de Rome ont 
été creusées par les chrétiens seuls , dans le but prémédité d'y 
ensevelir leurs morts et d'y pratiquer leur culte dans certaines 
parties plus spacieuses disposées à cet effet. 

Nous n'ignorons pas que , pendant plus de deux siècles , l'opi- 
nion qui ne voit dans les catacombes , que des carrières et des 
sablonnières utilisées par les fidèles, a été admise par plusieurs 

' Voyez la description d'une catacombe découverte tout récemment à Alexandrie , 
dans le BuUetino ai areheologia cristiana , publié par le chevalier de Rossi , 1865 , 
pp. 57-64. 



— 17 — 

savants. Il faut cependant remarquer que tous les auteurs qu'on 
cite comme ayant défendu ce système, ne se sont pas prononcés 
catégoriquement sur la question grave et compliquée qui nous 
occupe. Ainsi , par exemple , on s'appuyerait en vain sur le senti- 
ment de Bosio; car, dans son grand ouvrage sur les catacombes, 
il ne touche en aucun point la controverse agitée plus tard ; 
ensuite il distingue clairement entre les saisonnières , grotte 
arenarie , et les galeries sépulcrales, vie cemeleriali. fRoma sotl. 
p. 4-91). Après Bosio (mort en 1629), les savants jusqu'à Buo- 
narotli ont assez généralement affirmé, sur la foi de quelques 
textes équivoques , que les catacombes de la ville éternelle avaient 
une origine profane. Au commencement du dix-huitième siècle , 
Buonarotti et Boldetli reconnurent dans les catacombes des sablon- 
nières agrandies par les chrétiens. Un peu plus tard , Lupi tira 
les conséquences des principes posés par ses devanciers; il attribua 
au travail des chrétiens la plus grande partie des excavations 
souterraines. Chose remarquable, ces trois derniers avaient exploré 
soigneusement la nécropole chrétienne, et y avaient, pour ainsi 
dire, passé une bonne partie de leur vie, en dirigeant les fouilles 
qu'on y faisait de leur temps. Boltari , dans sa Roma sotterranea , 
publiée de 1737 à 175-4, soutient que les catacombes ont été creu- 
sées dans un but mercantile pour en extraire de la pouzzolane , et 
qu'elles ont été converties en cimetières par les chrétiens. Séroux- 
d'Agincourt , Raoul-Rochette et Rôstell ont embrassé , avec 
quelques modifications, la théorie de Bottari, théorie complètement 
abandonnée de nos jours , depuis que le P. Marchi et le chevalier 
de Rossi ont soumis à un examen scientifique et approfondi la 
question de l'origine des catacombes. Nous exposerons rapidement 
les raisons décisives qu'ils allèguent pour prouver que les chrétiens 
seuls ont pratiqué la plupart des excavations souterraines dans 
l'intention d'en faire des lieux de sépulture et de prière. Leur 
assertion s'établit par deux arguments principaux , dont l'un est 



— 18 — 

tiré de l'examen géologique du terrain , et l'autre de celui de la 
structure ou des formes architectoniques des souterrains eux- 
mêmes '. 

1° Avant de développer le premier argument, il est indispen- 
sable de bien connaître la constitution du sol de la campagne 
romaine, c'est-à-dire les différentes roches, les terrains divers 
qu'on y trouve. 

Le sol de la ville de Rome et des environs est couvert, à une 
assez grande profondeur, de roches volcaniques; ça et là, on 
rencontre aussi des couches de sable marin et fluviatile. On ne 
connaît guère que deux ou trois cimetières qui traversent des gise- 
ments de ces deux dernières natures. La plupart sont creusées dans 
le sol volcanique. Les roches qui composent ce sol , portent le nom 
de tuf. On peut en distinguer trois espèces principales, savoir: le 
tuf lithoïde , le tuf granulaire et le tuf friable; ce dernier pour- 
rait , en quelque sorte , porter aussi le nom de sable. Le tuf 
lithoïde est une véritable pierre , roussâtre et légère. Il très-propre 
à être employé dans les constructions. Les anciens le nommaient 
lapis ruber et saxum quadratum. Le tuf granulaire est moins 
cohérent ; c'est un mélange de petites pierres et de matières sablon- 
neuses; il tient le milieu entre le tuf lithoïde et le tuf friable. On 
appelle pouzzolane la matière sablonneuse renfermée dans le tuf 
granulaire et friable. « Sia granulaire , sia friab'de il tufa , se e 
composto di materie aride , non terrose , e in piccoli grani , esso 
e senipre quello, che chiamamo pozzolana » (Michel de Rossi, 
ouv. cit., p. 19.) Les païens n'exploitaient que le tuf lithoïde et 
le tuf friable : celui-ci, pour l'employer dans la préparation du 
ciment; celui-là, pour en tirer des moellons. Ils négligeaient 



1 Les arguments dont nous nous servons pour prouver notre thèse, sont tirés du 
savant mémoire de Michel Etienne de Rossi (frère du chevalier Jean-Baptiste) intitulé : 
Analisi geologica ed archiletlonica , et publié comme appendice du tome 1 de la 
lioma sotterranea rrisliana, éditée à Rome en 1864. 



— 19 — 

entièrement le tuf granulaire, parce que d'un côté il n'avait pas la 
consistance nécessaire pour pouvoir être employé comme pierre 
dans les grandes constructions; et que de l'autre, il était trop 
adhérent pour pouvoir être facilement réduit en poudre, et utilisé 
dans les bâtisses. 

Il résulte de ces considérations que , dans l'intérêt de leur 
industrie , les païens , propriétaires des sablonnières et des carriè- 
res, devaient rechercher les gisements de tuf lithoïile et friable, 
et de préférence y faire des extractions. 

Si les catacombes, comme on l'a prétendu autrefois, étaient 
d'anciennes arenariae ou des latomies , elles devraient néces- 
sairement suivre les veines de tuf lilhoïde ou friable; et ceux qui 
les auraient exploitées , se seraient efforcés d'en extraire la plus 
grande quantité possible de matériaux utiles. Or que voyons-nous 
dans les catacombes? Les chrétiens laissent constamment en place 
les couches les plus recherchées par les païens : les roches de tuf 
friable, à cause de leur défaut d'adhérence qui les rendait impropres 
à l'usage auquel ils destinaient ces souterrains; et celles de tuf 
lithoïde, parce que, à raison de leur dureté excessive, elles 
exigeaient un travail trop long et trop pénible. Ils montrent une 
préférence marquée pour les roches composées de tuf granulaire; 
car, outre la facilité que celles-ci offrent pour y pratiquer des 
galeries, l'action de l'air leur donne en peu de temps la solidité 
de la pierre , de sorte qu'on peut creuser des loculi dans leurs 
parois, sans crainte de provoquer des éboulements. 

2<> L'examen des formes architecloniques des catacombes nous 
fournit aussi une preuve concluante pour établir qu'elles ont été 
creusées par les chrétiens , principalement pour en faire des lieux 
de sépulture. Ce sont partout des galeries longues , étroites x et 



1 « Ce qui caractérise principalement les hypogées chrétiens, c'est que les allées sont 
extrêmement étroites. Les moins larges , qui ne sont pas rares, ont de 55 à 70 centi- 



— 20 — 

profondes , s'entrecoupant à angle droit , et auxquelles aboutis- 
sent les cubicula. Bien souvent elles sont situées à différents 
niveaux, et passent les unes au-dessous des autres 1 . Leur 
structure démontre clairement que la seule pensée qui dirigea 
la main du fossoyeur, était de trouver le plus d'espace possible 
pour ouvrir des niches funéraires. Leurs parois sont verticales, 
tandis que celles des sablonnières décrivent une demi-ellipse con- 
jointement avec la voûte. Cette dernière forme ne se prêtait en 
aucune manière pour recevoir des loculi , d'aulant plus que, 
dans les sablonnières, les allées avaient une très-grande largeur 
(2 ou 3 mètres) ; puis elles suivaient les couches les plus utiles et 
les plus productives, et, par là, décrivaient le plus souvent des 
courbes. Le principe qui guidait les propriétaires, était le suivant : 
Extraire le plus de matériaux au moins de frais possible. 

Les fossoyeurs chrétiens 2 rencontraient-ils par hasard des 
veines de tuf litlioïde on friable , ils rétrécissaient aussitôt les 
galeries; celles-ci ne reprennent leurs dimensions habituelles, 
qu'après avoir traversé ces gisements de pierre ou de sable. Ils 
n'émoussaient jamais les angles résultant de l'intersection des 
galeries, comme cela se pratiquait dans les sablonnières pour 
faciliter l'exploitation ; et afin de ne pas nuire à la solidité des 
voûtes, ils se contentaient de creuser, en cet endroit, de petites 
niches destinées à recevoir des tombes d'enfants. 

Lorsque, dans des cas exceptionnels, les chrétiens ont utilisé 



mètres; leur largeur moyenne est de 75 à 90 centimètres; il en est peu qui aient un 
mètre; et celles qui atteignent 1 mètre 20 centimètres, ou 1 mètre et demi , sont les 
plus rares. » MlCH. DE Kossi , ouv. cit., p. 30. 

' On pourra juger de la disposition relative des différents étages par la coupe d'une 
partie du cimetière de Saint-Calliste , que nous plaçons ici en regard du texte. 

* Ou appelait fossoyeurs , fussures , ceux qui étaient chargés du soin des sépultures 
dans les catacombes. L'opinion de certains auteurs qui prétendent que les fossoyeurs 
formaient un ordre à part dans la primitive Eglise , comme les acolythes et les exorcistes, 
ne manque pas d'arguments solides. Voyez Maktigny , Dictionn. des anliq. chrét., art. 
Fossorcs . 



Mêtrcf-r- 




Wax/cr Anvers 



COUPE D'UNE CATACOMBE. 

lOuu.N ce ÙeéMM uou^dvo.ut -iJuul, ?'apv ià fev pkvuclleo pulU'Lôeo pat ? 
DEROSST^eà coup*** faï**ô <U*Mà iei àiffixento cUx^oo cVt tu. ici! on De 
tSatut-dxL'l'ioU- pou. iWuf* une iDw 3c l'a ...a.itJic cW av ;) a IV. u-J 



1 Plan ait étage supérieui 

'1 Deuxième plan . 

.3 Troisième plan . 

4 Quatrième plan . 

~~> Cinquième plan . 

AB 

CD 

EF 

GH 

.JK 



Coupes des galeries au. > di0è) 
' étages. 



—•m mm Loculi ou tombeaux 

ri ÂrcosoUa ou tombes arquées. 

h Luminaire aboutissant au 2" u ' eiage . 

C Entrées de galeries et de chambres sépulcrales. 

d Escalier conduisant au premier plan . 

e , au 2 '".''pi un . 

f du. """ iiua"."pLin. 

g du. V." au V e plan 

7; (lu U"'' 'an .')'!'.' 'plan. 



V Via Appia 

T Riuneulun tombeau ptu/rii SUrU noie .\ppu-n ne 

Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, tYXri,2 e 3éne. t il p.20. 



— 21 — 

d'anciennes arenariae , ils y ont fait , au moyen rie constructions 
en briques, des parois verticales pour y placer les tombeaux. On 
pourra se convaincre de la vérité de celte assertion par les deux 
gravures suivantes qui représentent , en coupe et en perspective , 
une allée de sablonnière , transformée en galerie sépulcrale par 
les chrétiens. Elle a été découverte dans la catacombe de S. -Hermès 
par Michel de Rossi. 




Coupe d'une galerie sépulcrale à la catacombe de St.-Hermès. 




Perspective d'un côté de galerie, à la ratacomlie de St. -Hermès 



Les formes architëctoniques des cimetières chrétiens et des 

XXIX XXII 2 



oo 

arenariae sont tellement caractéristiques qu'il est impossible de 
les confondre. Pour bien saisir cette difiërence , il suffira de jeter 
les yeux sur les deux gravures que nous plaçons ici en regard. 
La première représente une ancienne saisonnière transformée en 
cimetière; la seconde une partie d'une catacombe creusée par les 
chrétiens. Sur le plan de Yarenaria , l'œil le moins exercé dis- 
tingue parfaitement entre les anciennes allées creusées dans un 
but mercantile et les nouvelles excavations pratiquées par les 
fidèles pour y trouver des lieux de sépulture. Le contraste est 
plus frappant encore , lorsqu'on compare entre elles les iehnogra- 
phies des deux excavations. 

Avant d'aller plus loin , il nous reste à répondre aux difficultés 
qu'on nous oppose. 

1° On nous demande : En vertu de quel droit, de quelle 
tolérance les chrétiens des trois premiers siècles ont-ils pu 
posséder des sépultures communes? Les chrétiens étaient persé- 
cutés par les païens; ils constituaient une communauté défendue 
et proscrite par les lois de l'empire. Gomment s'est-il fait qu'ils 
aient pu se créer des lieux d'inhumation qui leur appartinssent en 
propre? 

Voici, en substance, comment le chevalier J.-B. de Rossi 
résout cette difficulté. Il fait d'abord observer , avec beaucoup de 
justesse , qu'il ne peut être question que de l'existence des cime- 
tières communs; parce que les chrétiens comme les païens, en 
vertu des lois romaines, avaient la faculté de se faire ériger, 
dans leur propriété, un tombeau ou un monument, ou de s'y 
faire creuser un hypogée. La difficulté se rapporte donc uniquement 
aux cimetières possédés par la société entière des fidèles, par 
l'Église elle-même et dont l'existence ne pouvait être ignorée des 
gentils. 

Aux premiers temps du christianisme , les cimetières chrétiens 
purent certainement exister paisiblement sous la tutelle des lois 




A Galeries de lu sabUmrueres. 
B Galeries creûséesparles ckre- 

timsdam le. tuffframdaàv. 
-D ( (Imstructionsen brumes faites 

parles chrétiens. 
J) Puits pour 'l'extraction de 

la,JX>UX :o/iiin, ùi//i.'/i'/iiH/ 
en /ttiiuF vr . 






et — -T-5*. 



0~ 



V 



PLAN 

d'une sabloiuiiere convertie en Cimetière chrétien, 
à la cataconibe de . ^f P/iseille . 



■ .. s ùogiedeBeldique.tïXri, 2 e Série. C II,p. 22. 




PLAN 

d une partie du 2 7 ". t 'eta</c de ht Catxuvmbe 
de Sain L- fa///, de . 



ael'AcacLèTnie d'archéologie deBeljfique.tXXÏÏ, 2 : Sèrie.cIT.p. ce 



— 23 — 

romaines et du droit privé. Dans le principe , ce n'étaient que des 
lieux de sépulture existant légalement sous le nom de tombeau de 
famille ou de tombeau d'un particulier. Les propriétaires légaux 
y admettaient les restes mortels des martyrs et des chrétiens 
pauvres. C'est, pour cette raison, que les plus anciens cimetières 
portent presque tous le nom des personnes pieuses qui en ont 
cédé l'usage à la communauté chrétienne, ou qui, comme nous 
l'attestent les Actes des martyrs, recherchaient avec avidité les 
corps des saints martyrs et des fidèles pour les inhumer dans leurs 
propriétés. Ensuite, il existait une loi romaine qui autorisait les 
associations dont le but était de se procurer en commun une sé- 
pulture convenable , au moyen d'une contribution mensuelle de 
chacun des membres. Enfin , nous savons par les témoignages des 
auteurs contemporains, qu'au troisième siècle, l'existence des 
cimetières chrétiens n'était un secret pour personne dans la ville 
de Rome. Aussi les chrétiens furent-ils souvent molestés à cette 
occasion par les édits des empereurs; et plusieurs d'entre eux 
y trouvèrent la mort, après qu'ils s'étaient réfugiés dans les cata- 
combes pour se soustraire à la rage des persécuteurs. Tout le 
monde connait le cri féroce : Coemeteria claudantur , rapporté 
par Tertullien , et qui marquait toujours une recrudescence dans 
les poursuites dirigées contre les chrétiens. (Voyez de Rossi, 
Roma sott., I, p. 102 ; et Bulletino ai archeologia crisliana , 
décembre 1865, p. 88-99. 

2° Comment , nous dit-on encore , les chre'tiens proscrits et 
persécutés pouvaient-ils creuser les catacombes sous les fonds 
de propriétaires païens? 

Nous ne nions pas qu'une grande partie de la nécropole 
chrétienne , telle que nous la connaissons aujourd'hui , se trouve 
sous des terrains qui autrefois appartenaient à des païens. Mais , 
de ce fait on ne peut, en aucune manière, conclure que ces 
galeries souterraines aient été creusées du temps où les terrains 



— 24 — 

de la surface étaient la propriété des gentils. Dans son mémoire 
sur les catacombes, Michel-Etienne de Rossi soumet à un 
examen approfondi la grave question du développement des 
cimetières chrétiens , en étayant de preuves solides les assertions 
qu'il émet. Ce sont ces preuves et ces assertions que nous allons 
résumer succinctement. 

Les lois romaines , en déclarant les sépultures sacrées et invio- 
lables, en assuraient la possession perpétuelle soit aux individus, 
soit aux familles , soit aux communautés. 

Les tombeaux étaient considérés comme des choses inaliénables 
et retirées du commerce. Les monuments funéraires étaient ordi- 
nairement entourés d'un espace de terrain plus ou moins grand, 
qui portait le nom d'area adjecta; ils avaient des galeries souter- 
raines, constituant une sorte de petit hypogée; enfin ils étaient 
souvent entourés de l'habitation d'un gardien, et d'autres édifices, 
d'une cour, de jardins et de champs qui, selon la formule 
consacrée, cedebant monumento , faisaient partie intégrante du 
monument. 

A Rome, les cimetières chrétiens étaient souterrains et avaient 
leur entrée dans les maisons , dans les jardins ou dans les vignes 
des fidèles. On pourrait donc, au besoin, supposer que les chré- 
tiens, à la faveur des ténèbres et à l'insu des païens, ont donné un 
grand développement à des galeries cachées; mais cette conjecture 
ne nous est pas même nécessaire pour trouver une' explication 
satisfaisante. 

La liberté que la loi garantissait aux chrétiens, était plus que 
suffisante; elle leur accordait, comme à tous les autres citoyens, 
la faculté d'avoir des monuments funéraires avec toutes leurs dépen- 
dances. Sans aucun doute , ils ont profité de ces dispositions léga- 
les pour acquérir des cimetières. D'ailleurs dans les commencements, 
au premier et au deuxième siècle, il ne leur fallait pas un grand 



— 25 — 

nombre d'hypogées; car un lieu de sépulture avec les terrains ad- 
jacents pouvait renfermer une multitude de lombes 1 . 

Il est donc vraisemblable que, pendant bien longtemps , les chré- 
tiens n'ont eu que des cimetières d'une étendue médiocre , ne 
dépassant guère les limites de leurs propriétés. Au quatrième siè- 
cle , lorsque Constantin , par l'édit de Milan et d'autres lois posté- 
rieures, eut confirmé solennellement les chrétiens dans la posses- 
sion de leurs cimetières, et accordé des privilèges bien grands à 
leurs lieux de sépulture , un développement extraordinaire se mani- 
festa ; les galeries furent prolongées indéfiniment, et, en se rencon- 
trant en plusieurs endroits , elles finirent par ne plus former qu'un 
seul hypogée ayant des entrées et des niveaux différents. 

La conjecture que nous venons d'émettre, n'est nullement gra- 
tuite ; elle est basée sur des observations faites en différents 
cimetières. Nous nous contenterons d'en citer une seule. 

Lorsqu'on examine avec attention le plan de la catacombe de 
Saint-Calliste , on reconnaît immédiatement plusieurs noyaux 
d'excavations primitives , reliés entre eux par des escaliers et des 
galeries à forte pente. 2 On trouvera de plus amples détails sur 
cette question dans le mémoire cité de Michel-Et. de Rossi, 
Roma sotterranea , I, Appendice, pp. 53-61. 

3° Une autre question qu'on nous propose , est la suivante : 
Quels moyens, nous dit-on, les chrétiens employaient-ils , pour 
que la terre provenant de V excavation des souterrains ne trahit 
pas l'existence des cimetières chrétiens? 

' Gruter rapporte l'inscription suivante placée sur un monument funéraire : Huit 
monumento cedtmt agri puri jugera decem. Dix arpents romains valent un peu plus 
de huit hectares et demi. On peut juger, par cette citation , de l'importance et de 
l'étendue qu'avaient certains mausolées. De Rossi a calculé que sous un espace carré 
qui aurait 48 mètres à chaque côté , on peut creuser de 250 à 300 mètres de galeries ; 
ce nombre sera doublé ou triplé, si l'on superpose différents étages. 

2 Sur le plan d'une partie du cimetière de Saint-Calliste que nous avons reproduit 
vis-à-vis de la page22, on distingue très-bien aux lettres A et B un monument primitif 
avec une vaste area de forme rectangulaire, remontant jusqu'au milieu de notre dessin. 



— 26 — 

La réponse à cette question est plus facile qu'elle ne le parait 
au premier abord. La difficulté est déjà résolue en partie par ce 
que nous avons dit ci-dessus, p. 22, de la liberté que les lois 
romaines accordaient à tout citoyen de se faire enterrer dans ses 
propriétés, et de partager ce lieu d'inhumation avec ceux qu'il vou- 
lait y admettre. En effet, si la loi garantissait à chacun la faculté 
d'établir des cimetières communs , les chrétiens pouvaient en faire 
usage aussi bien que les païens. Ils pouvaient , sous la tutelle des 
lois, au vu et au su de tout le monde, se creuser des hypogées, 
ayant une certaine grandeur. D'ailleurs, dans les commencements, 
comme nous l'avons fait remarquer, leurs cimetières étaient bien 
loin d'avoir l'étendue qu'ils ont acquise plus tard. 

Si la réponse que nous venons de donner à la question proposée, 
paraissait insuffisante, on pourrait avoir recours, pour expliquer 
le fait , à une autre conjecture. On pourrait, comme le font quel- 
ques auteurs , « supposer que , après avoir broyé et réduit en poudre 
le tuf granulaire , on le vendait , bien moins dans des vues mer- 
cantiles , que pour voiler sous les apparences d'un trafic la véri- 
table cause des excavations On a pensé encore qu'on en 

formait , dans les jardins des chrétiens , de petites collines artifi- 
cielles sur lesquelles on jetait des graines d'herbes et de plantes qui 
poussaient rapidement sur un tel sol et sous un climat si favo- 
rable. » Mautigny, Diction, des antiq. chrét., p. 118. 

< Il est un fait que nous pouvons du moins donner commme 
certain, continue iMarligny à l'endroit cité, c'est que, lorsqu'on 
avait tiré parti de toutes les parois d'un corridor pour y ensevelir 
le plus grand nombre possible de cadavres; si la galerie n'offrait 
aucun monument, tel que chapelles, cryptes de martyrs illustres, 
lieux de réunion, etc., on y transportait, parce qu'on le pouvait 
sans inconvénient, la terre provenant des fouilles. On conçoit qu'un 
tel expédient dut absorber une grande partie de cette matière embar- 
rassante. Boldetti atteste avoir souvent vérifié le fait par lui-même 



— 27 — 

et particulièrement à l'occasion de fouilles pratiquées, en 1716 , au 
cimetière de Sainte-Agnès. On y découvrit des galeries toutes com- 
blées de terre du haut en bas, et dont les parois contenaient jusqu'à 
douze rangs de loculi, tous exactement fermés par des tablettes 
de marbre et de terre cuite avec des épitaphes grecques et latines; 
plusieurs de ces tombeaux avaient pour ornement des verres à fond 
doré représentant des sujets chrétiens : mais aucun ne portait les 
objets regardés comme indices du martyre. Néanmoins, des galeries 
renfermant des tombeaux de martyrs furent quelquefois ainsi com- 
blées afin de soustraire ces saintes reliques à la fureur des idolâtres. 
De nos jours encore , les nouveaux explorateurs des catacombes 
rencontrent souvent des galeries ainsi obstruées ; et plus d'une 
fois le chevalier de Rossi a pu se glisser , pour examiner de près 
les peintures des voûtes , dans les gaines produites par l'affaisse- 
ment successif que ces terres rapportées ont subi dans le cours des 
siècles. » 

Enfin , on ne doit pas oublier qu'au moins depuis la moitié du 
troisième siècle , les païens connaissaient l'existence des cimetières 
chrétiens. 

A° Nous avons à résoudre une dernière difficulté. On nous 
oppose un grand nombre de textes tirés des écrits des auteurs 
ecclésiastiques et des Actes des martyrs, où les cimetières chré- 
tiens sont appelés tantôt cryptae arenariae , tantôt simplement 
arenarium ; et l'on veut en conclure que les catacombes ne sont 
autre chose que des sablonnières appropriées et arrangées par les 
chrétiens l . 

Nous n'examinerons pas un à un tous les passages dans lesquels 
ces dénominations sont employées pour désigner les catacombes. 
Il nous suffira d'indiquer brièvement la manière de répondre à la 
difficulté proposée. 

1 Mich.-Ét. dk Rossi reproduit la plupart de ces passages, dans le mémoire rite, 
p. 12-17. 



D'abord, pour ce qui concerne le terme de crypta arenaria, 
Michel-Etienne de Rossi prouve d'une manière évidente , qu'on se 
servait de ces mots pour désigner , non pas les fosses de pouzzo- 
lane , mais les souterrains creusés dans les roches sablonneuses : 
crypta colV aggettivo arenaria dovè indicare soltanto che il sot- 
terraneo non era construite, ma escavato in una roccia arenaria. 
Cette signification est confirmée par les faits. Trois points des 
catacombes sont quelquefois appelés cryptac arenariae : le tom- 
beau de saint Laurent, celui des saints Nérée et Achillée, et 
celui de Tertullin. Le plus connu , le plus exactement déterminé 
de ces trois points , est le tombeau de saint Laurent où , selon 
le témoignage du Liber pontijicalis , l'empereur Constantin bâtit 
une basilique supra arenariam cryptam. Le martyrologe d'Adon 
dit, en parlant du même endroit, que saints Narcisse et Crescen- 
tion furent déposés in crypta arenaria. La position de la crypte 
de saint Laurent étant bien connue , il sera facile de vérifier si 
le mot crypta arenaria doit s'entendre dans le sens de souterrain 
creusé dans une roche contenant du sable , ou bien dans celui de 
fosse de pouzzolane. Or, il est bien constaté que, dans le voisi- 
nage de la basilique de Saint-Laurent , on ne trouve que du tuf 
bien différent de la pouzzolane, et qui ne peut être utilisé en 
aucune manière. Au cimetière de Domitille, où furent ensevelis 
saints Nérée et Achillée , on peut constater le même fait : il ne 
se trouve dans toute la catacombe que des couches d'un tuf n'ayant 
rien de commun avec la pouzzolane. L'emplacement de la crypte 
de Tertullin étant inconnu , il nous est impossible d'y trouver un 
point de comparaison. 

Le mot arenariam a une signification bien différente de celle 
de crypta arenaria. Il est usité pour désigner les fosses de pouz- 
zolane. Aussi, toutes les fois qu'on le rencontre dans les actes 
des martyrs , il se rapporte à des cimetières voisins de sablon- 
nières abandonnées, ou construits dans les sablonnières mêmes. 



— 29 — 

(Voyez sur celte question importante le mémoire cité de M. E. de 
Rossi, Roma sotterranea, I, Appendice, pp. 12-39). 

III. — HISTORIQUE DES CATACOMBES. 

L'histoire des catacombes peut se diviser en trois époques ou 
périodes principales : la période de formation , la période de res- 
taurations et de visites pieuses et la période d'explorations scien- 
tifiques. 

I. La période de formation embrasse les quatres premiers 
siècles. 

Plusieurs cimetières de la ville éternelle datent du temps des 
apôtres. D'après les auteurs les plus recommandables , on doit faire 
remonter au premier siècle le cimetière de Saint-Pierre au Vatican, 
celui de Domitille, celui de Priscille, deux des cimetières qui ont 
porté le nom de Lucine , dont un sur la voie Aurélia et un autre 
sur celle d'Ostie, et enfin celui qu'on appelait anciennement 
ad catacuinbas. (Voyez ci-dessus p. 6). Ces hypogées primi- 
tifs se distinguent des souterrains creusés plus tard par des tom- 
beaux moins nombreux et par une décoration artistique et un 
genre d'épigraphie tout à fait propres. « Les peintures et sur- 
tout l'ornementation , dit le chevalier de Rossi en parlant d'une 
chambre sépulcrale du cimetière de Domitille , diffèrent tellement 
des produits des anciens pinceaux chrétiens; elles ont une si 
grande ressemblance avec les décors des tombeaux païens , qu'on 
ne se croirait pas dans le cubiculum d'un cimetière sacré, moins 
encore dans une crypte historique d'illustres martyrs , si la scène 
du Bon-Pasteur n'occupait la place principale et n'était accompagnée 
de quelques autres indices trahissant l'origine chrétienne de ce 
lieu » (Roma sotterranea, I, p. 187.) 

Un des plus anciens cimetières chrétiens , est celui d'Ostrien , 
situé sur la voie Salara. Si l'on peut s'en rapporter à une pieuse 



— 30 — 

tradition, tradition que de Rossi croit assez fondée, ce serait dans 
ce lieu même que saint Pierre aurait administré le sacrement du 
baptême à un grand nombre de fidèles. 1 

Au second et au troisième siècle , les cimetières existants furent 
agrandis successivement, et plusieurs nouveaux vinrent s'ajouter 
aux anciens. De Rossi porte à vingt-six le nombre des cimetières, 
ayant une étendue assez considérable , établis avant la conversion 
de Constantin ; et il en cite cinq qui ont été creusés depuis cette 
époque. 

Pendant le règne de Constantin et des empereurs qui lui ont 
succédé , on continua à ensevelir les corps des fidèles dans les 
catacombes. Cependant les tombeaux à ciel ouvert commencèrent 
aussi à être en usage. Dans le cours du quatrième siècle , on 
vit les sépultures souterraines diminuer à mesure que les tombeaux 
érigés à la surface du sol augmentaient. L'archéologue romain dont 
nous avons fréquemment invoqué le témoignage, atteste qu'après 
l'année 410 , on ne rencontre guère de vestiges de nouvelles sépul- 
tures faites dans les catacombes.' 2 La dernière inscription , avec 
date certaine, trouvée dans les catacombes est de l'année 4-54; 
elle se trouve sur un tombeau, pratiqué furtivement par des étran- 
gers dans un arcosolium , dont la construction est beaucoup plus 
ancienne que celle de la niche funéraire. 

De ce que nous venons de dire, on peut conclure que les cata- 
combes cessèrent de servir de lieu de sépulture au commencement 
du cinquième siècle de. l'ère chrétienne. C'est depuis ce temps 
qu'elles devinrent des sanctuaires visités par de pieux pèlerins, 
dans le but d'honorer la mémoire des martyrs. 



1 De Rossi, op. <-it. , pp. 189-191. 

* « Les auteurs qui ont, traité cette question, ont constamment affirmé que l'usage 
d'ensevelir dans les catacombes romaines fut en vigueur jusqu'à la tin du sixième ou 
jusqu'au commencement du septième siècle. Dans mon ouvrage sur les inscriptions rhré- 
liennps, j'ai montré la nullité de leurs preuves. Parmi les épitaphes sur lesquelles ils 

t lent leur opinion , les unes sont plus anciennes qu'on ne le croit communément; les 

autres sont étrangères aux cimetières souterrains. » De Rossi, Roma suit. , 1, p. 215. 



— 31 — 

II. La période de restaurations et de visites pieuses s'étend 
des premières années du cinquième siècle jusqu'au commencement 
du neuvième. 

Les réparations et les embellissements des cimetières chrétiens 
avaient déjà commencé au quatrième siècle. A peine la paix eut-elle 
été accordée à l'Eglise par l'empereur Constantin, que l'on se 
mit à rendre l'accès des catacombes plus facile en y pratiquant 
des entrées larges et des escaliers commodes aboutissant directement 
aux cryptes historiques * ; on multiplia les luminaires , luminaria 
cryptae, pour faire pénétrer l'air et la lumière dans les souterrains ; 
enfin on construisit des murailles et des voûtes destinées à prévenir 
les éboulements et à servir de soutien aux édifices élevés à la 
surface du sol Plusieurs oratoires furent décorés de peintures, de 
mosaïques et de revêtements en marbre ; dans les tombeaux et les 
chapelles, on restaura les anciennes inscriptions, et l'on en plaça 
de nouvelles. Les travaux épigraphiques du pape saint Damase 
méritent avant tout d'attirer l'attention de l'archéologue. 

Pendant les quatre siècles suivants, les cimetières continuèrent 
à être « des centres de dévotion, où affluaient les pèlerins de 
tous les pays, avides de vénérer les restes des martyrs , d'entendre 
leur éloge prononcé dans les cryptes mêmes par la voix du pontife 
suprême et d'assister au divin sacrifice qui se célébrait sur la 
pierre de leur tombeau , au jour anniversaire de leur déposition. » 
(Martigny, /. c, p. 110). Les Souverains Pontifes s'attachèrent , 
avec un soin particulier, à orner les lieux les plus fréquentés et 
à restaurer les parties délabrées par les injures du temps ou 
dévastées par les peuples barbares. Symmaque , Vigile , Jean III , 
Sergius I, Adrien I et Léon III se distinguèrent entre autres par 
leur zèle pour l'embellissement, des cimetières. 

1 On appelle cryptes historiques les chambres sépulcrales où reposaient les restes 
d'illustres martyrs. Du quatrième au neuvième siècle , ces tombeaux furent les sanc- 
tuaires visités par la pieuse foule des fidèles. 



- 32 — 

En l'année 750, les Longobards, sous la conduite du roi 
Aislulphe, ravagèrent les catacombes. C'est ce qui engagea le 
pape Paul I à l'aire ouvrir les tombes des martyrs les plus vénérés 
et les plus célèbres , afin d'en retirer les corps saints et les dis- 
tribuer aux différentes églises de la ville de Rome. Malgré les 
efforts généreux tentés par quelques-uns des successeurs de ce 
pontife pour remettre en honneur les cimetières abandonnés et 
tombant en ruine , le pape Pascal I fut obligé de suivre l'exemple 
de Paul I. Le 20 juillet 817, on transporta à l'église de Sainte- 
Praxède les corps de 2300 martyrs. « Après ces translations solen- 
nelles , dit le chevalier de Rossi , les catacombes de Rome furent 
considérées à Rome même comme ne renfermant plus de reliques 
de grands saints. Cependant Sergius II et Léon IV en firent retirer 
encore les corps de martyrs très-illustres, dirutis in coemeteriis 
jacentta. Après ces deux pontifes , il n'est plus question que 
très-rarement de recherches de reliques , faites dans les catacombes. 
C'est certainement à cette époque qu'il faut rapporter la translation 
au Panthéon de plusieurs charriots d'ossements de martyrs , 
translation qu'il ne faut pas confondre avec l'envoi de reliques * , 
fait à cette église par Boniface IV, longtemps avant qu'on eût 
touché aux tombeaux des catacombes. » flioma sotterranea, 
1, p. 221). 

A partir du milieu du neuvième siècle , la nécropole souterraine 
des chrétiens tombe dans un oubli si complet , qu'à peine il en est 



1 Aux premiers siècles de l'Église, on distinguait entre le corps et les reliques d'un 
saint. Par reliques, on entendait surtout les brandea, les huiles prises dans les lampes, 
brûlant devant les corps des saints, les vêtements et autres objets ayant été à leur 
usage. Les brandea étaient des morceaux d'étoffe qu'on avait appliqués sur les tombeaux 
des saints, ou suspendus dans les lieux où reposaient leurs restes. Voyez Muratori , 
Anecdota ex Ambrosianae bibliolhecae codieibus, II , pp. 195 et 599. Nous ferons 
remarquer que M. de Rossi , dans le passage cité, s'éloigne de l'opinion commune , qui 
attribue à Bonifiace IV la translation au Panthéon d'une grande quantilé d'ossements de 
martyrs extraits des catacombes. 



— 33 — 

encore fait mention dans les écrits des auteurs ecclésiastiques ou 
de ceux qui nous ont laissé des descriptions de la ville éternelle. 

III. Le commencement de h période d'explorations scientifiques 
doit se placer en Tannée 1578. Ce fut alors qu'un cimetière 
souterrain , découvert par le plus grand des hasards , attira 
l'attention de toute la ville de Rome à cause des {teintures dont il 
était orné , et des sarcophages qui y étaient déposés. 

Nous n'ignorons pas que , dans le cours du quinzième et au 
commencement du seizième siècle, les catacombes ont été visitées 
par quelques personnes. Des inscriptions, trouvées en plusieurs 
endroits sur les murailles , attestent ce fait. Mais il est à remar- 
quer qu'un sentiment de dévotion, ou peut-être même la seule 
curiosité et non le goût de l'étude ou des antiquités chrétiennes , 
donna lieu à ces visites '. 

Le 31 mai 1578, des ouvriers occupés à extraire de la 
pouzzolane dans une vigne située sur la droite de la voie 
Salara, à deux milles environ de la ville de Rome, mirent à 
découvert une ouverture qui aboutissait à un cimetière chrétien , 
décoré de peintures, de sarcophages et d'inscriptions. La nouvelle 
de cette découverte imprévue se répandit aussitôt par toute la 
ville, et des personnes de tout rang accoururent pour admirer 
cette merveille, cette cité souterraine. « Ce fut ce jour-là, dit 
M. de Rossi que naquit la science et le nom de Rome souterraine. • 

Dès ce moment , il y eut des savants et des artistes qui se 
mirent à copier et à réunir les peintures des catacombes. Le 
premier qui se livra à ce genre de travail fut Ciacconius, de l'ordre 
de S. -Dominique; il forma un musée de fossiles, de marbres et de 
bronzes antiques, et réunit, dans un album, les dessins d'un 
grand nombre de monuments chrétiens et de peintures des cata- 
combes. 

' Voyez snr ces visites J.-B. de Rossi , op. cit., I, pp. 2-12. 



— 34 — 

Vers la même époque , vint à Rome un gentilhomme de Louvain 
nommé Philippe Van Winghe , neveu de l'antiquaire Antoine 
Morillon. Mis en rapport avec Giacconius , il se lia bientôt d'amitié 
avec lui. Après avoir vu les dessins faits sous la direction du religieux 
dominicain , il se mit à parcourir les catacombes. Il reconnut 
aussitôt que le dessinateur de Ciacconius avait manqué de fidélité; 
c'est ce qui le décida à faire lui-même des copies plus exactes des 
sarcophages et des peintures murales. Il s'appliquait à rechercher 
la signification symbolique des scènes représentées communément 
sur les parois des cimetières chrétiens , lorsqu'il fut enlevé subite- 
ment à la fleur de l'âge, se trouvant à Florence pour y faire 
des recherches archéologiques. Les manuscrits de Van Winghe 
ont été vus et consultés à Rome par L'Heureux et par Bosio. 
En 1622, ils se trouvaient à Tournai entre les mains des frères 
Antoine et Jérôme Van Winghe. Rosweydus les mit à profit 
pour les notes dont il enrichit l'édition des œuvres de S. Paulin de 
Noie. Depuis lors on a perdu les traces de la collection principale 
formée par le jeune Louvaniste. Il ne nous est parvenu de ses 
écrits qu'un recueil d'inscriptions , conservé à la Bibliothèque 
royale de Bruxelles, section des manuscrits, nos 17872-17873. 
Il porte le titre suivant: Inscriptiones sacrae et prophanae col- 
lectae Romae et in aliis Italiae urbibus a Philipo de Winghe, 
Lovaniensi , Antonii Morillonii viri doctissimi e sorore nepotis, 
qui, dam totam lustrât Italiam, in ipso juventulis flore Florentiae 
occubuit, anno 1592. « 

En même temps que Van Winghe , se trouvait à Rome un autre 
Belge appelé Jean L'Heureux , et plus connu sous le nom de 
Macarius. Né à Gravelines, en Artois qui, à celte époque, faisait 
partie de la Belgique, il fit ses études à l'Université de Louvain 



' Voyez sur les manuscrits de Van Winghe, De Umssi , Roma soltrrranea, l, p. I i 
el suiv; el Bulletino ili arckeologia crisliana, isii."», p. 80. 



— 35 — 

et devint plus tard chanoine d'Aire, en France. Pendant un séjour 
de vingt ans qu'il fit à Rome, il s'adonna avec une véritable pas- 
sion à- l'étude des antiquités des premiers siècles chrétiens, et 
composa sur cette matière l'ouvrage intitulé : Hagioglypta sive 
picturae et sculpturae sacrae antiquiores praesertim quae 
Romae reperiuntur, explicatae a Joanne L'Heureux (Macario). 
Ce savant travail, prêt à être mis sous presse, ne vit cependant 
pas le jour du vivant de son auteur. A sa mort , arrivée en 161 4-, 
L'Heureux légua ses manuscrits au collège des Trois-Langues, 
à Louvain. Miraeus, dans son Codex regularum et constitutio- 
num clericalium (part. II, p. 97) nous apprend qu'en 1638, 
l'imprimerie des Platin se proposait de publier les Hagioglypta; 
mais rien ne fut fait. Le manuscrit passa de la bibliothèque du 
collège des Trois-Langues dans celle des Bollandistes , où il se 
trouvait encore en 1825, au moment de la vente publique de 
ce riche dépôt littéraire. Il fut acquis par M. Lammens; celui-ci 
le céda plus tard à M. Le Glay, le savant archiviste de Lille qui , 
en 1852, en publia la préface dans ses Nouveaux Analectes. 
En 1855, le comte de l'Escalopier, pressé par les instances 
du chevalier de Rossi , acheta à M. Le Glay le précieux manus- 
crit. Le P. Garrucci ayant appris que l'ouvrage de L'Heureux se 
trouvait à Paris , s'adressa au comte et lui exprima le désir de 
pouvoir publier l'intéressant mémoire. L'autorisation demandée fut 
accordée; et les Hagioglypta , approuvés pour l'impression depuis 
plus de 250 ans, * furent confiés aux presses de Firmin Didot et 
virent le jour en 1856, enrichis d'une préface et de notes dues 
aux PP. Garrucci, Cahier et Martin. 

A L'Heureux revient la gloire d'avoir le premier tenté et con- 
signé dans ses écrits l'explication des monuments figurés de l'anti- 



1 Le manuscrit porte l'approbation suivante de Luc de Druges : Potest evulgari. 
Actum Audomaropoli, 22 junii 460S , censore Francisco Luca. 



— 36 — 

quité chrétienne. Son ouvrage est des plus remarquables et 
renferme une foule d'explications et des renseignements dont nous 
pouvons, même après les immenses progrès qu'a faits la science 
archéologique , tirer un grand profit pour nos études. 

Bosio, surnommé à juste titre le Christophe Colomb de Rome 
souterraine, vivait en même temps que L'Heureux; ils étaient liés 
par une étroite amitié, fondée sur la conformité des goûts et la 
poursuite du même but. Bosio consacra trente-cinq ans de sa vie 
et des sommes considérables à fouiller les catacombes dans tous 
les sens. Au moment où il commença ses explorations, à peine 
quatre ou cinq cimetières étaient connus en partie ; il en découvrit 
environ trente, parmi lesquels il s'en trouvait de très-vastes. Il 
les parcourut et se mit à les étudier, passant parfois des jours et 
des nuits entières sous terre. Aussi fit-il une abondante moisson de 
documents parmi lesquels les copies des peintures et des inscrip- 
tions tiennent, sans contredit, le premier rang. Mais ce ne sont 
pas là les seuls mérites de Bosio. Les recherches qu'il fit d3ns les 
ouvrages des anciens sur les antiquités chrétiennes, sont tout 
aussi remarquables que ses découvertes dans les catacombes. De 
Rossi nous les fait connaître en détail dans la Roma sotterranea, 
I, pp. 31-35. 

Ce fut avec ces matériaux, qu'il entreprit le grand travail qui 
renferme la description de tous les hypogées connus de son temps 
sous le sol de la campagne romaine. Ce monument incomparable, 
qui sera toujours une des mines les plus riches pour l'étude des 
antiquités chrétiennes , ne fut publié que cinq ans après la mort 
de Bosio (f 1629), sous le titre de Roma sotterranea *-. Les 
exemplaires de ce livre furent recherchés avec tant d'avidité qu'on 



1 Le frontispice de la Roma solterranea de Bosio porte la date 1 632. Cependant un 
bref du Souverain Pontife du 6 octobre 1031 , placé à la fin de la table des chapitres , 
prouve que l'impression ne fut. pas terminée avant celle époque. 



— 37 — 

songea bientôt à en donner une traduction latine. Severano , qui 
avait surveillé l'édition de l'ouvrage posthume de Bosio, en fît une 
version très-fidèle, qui cependant n'a jamais vu le jour. En 4(351, 
parut à Rome, en 2 volumes in-folio, une traduction due à 
Paul Aringhi , intitulée: Roma sublerranea novissima pont 
Antonium Bosium et Joannem Severanum. Bien que ce titre 
semble promettre une édition revue et augmentée , la publication 
d'Aringhi n'est , en aucune façon , préférable à l'œuvre originale 
de Bosio. 

Voici , rangés par ordre chronologique , les principaux ouvrages 
publiés sur les catacombes depuis l'apparition de la Roma sotter- 
ranea d'Aringhi jusqu'à nos jours. Nous nous contentons d'e 
transcrire les titres et d'indiquer, en peu de mots, le jugement 
qu'il faut porter sur leur valeur : 

1° Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri de SS. martiri 
ed antichi cristiani. Roma, 1720, 3 tom. ordinairement reliés 
en un volume in folio. 

Fruit de plus de trente années d'études dans les cimetières chrétiens , le livre 
de Boldetti contient la description de plusieurs souterrains découverts depuis 
la publication de l'ouvrage de Bosio. 11 esta regretter que l'auteur n'y ait pas 
mis un peu plus d'ordre et de soins. Boldetti publia ses Osservazioni pour 
répondre à l'accusation que quelques érudits faisaient peser sur les explorateurs 
des catacombes, de procéder sans discernement aucun dans la reconnaissance 
des reliques des martyrs extraits des catacombes. Marangoni , auteur des 
Acta S. Viclorini et de l'opuscule De coemeterio sanclorum Thrasonis et 
Salurnini, fournit à Boldetti les renseignements relatifs à la topographie et à 
l'histoire des catacombes découvertes depuis Bosio. 

2° Bottari , Seuil are e pillure sagre estralle dai cimileri di 
Roma , pubblicate già dagli autori délia Roma sotterranea ed 
ora nuovamente date in luce colle spiegazioni. Roma, 1737- 
1754, 3 vol. in fol. 

Ce savant comraenlaire sur les planches de Bosio, connu aussi sous le nom 
de Roma sotterranea , ne s'occupe que de l'interprétation des monuments 
figurés , tirés des catacombes de Borne. Les plans des différents cimetières 
XXIX XXII 5 



— 38 — 

sont accompagnés d'une explication générale ; l'origine , la dénomination , la 
situation et l'histoire des différents hypogées sont entièrement passées sons 
silence. Enfin , de toutes les découvertes faites depuis le temps de Bosio , il 
n'en est pour ainsi aucune qui soit mentionnée dans l'ouvrage de Boltari. 

3° Marchi, soc. jesu, Monumenti délie arti cristiane pri- 
mitive nella metropoli del cristianesimo disegnoti ed illustrait. 
I. Architettura délia Roma sotteranea cristiana. Roma, 1 8-4-4 
et suiv., in-4-°. 

Dans cet ouvrage, le savant religieux établit, d'une manière péremptoire , 
l'origine exclusivement chrétienne des catacombes. A lui revient l'honneur 
d'avoir résolu celte grave question si vivement débattue pendant plus de deux 
siècles. (Voyez ci-dessus p. 16-23.) C'est le cimetière de Sainte- Agnès qui a 
surtout été exploré par le P. Marchi. Les 2 e et 3 e parties de l'ouvrage ont 
été abandonnées par l'auteur. 

4-° Perret, Catacombes de Rome. Architecture , peintures 
murales, lampes, vases, pierres précieuses gravées, instru- 
ments, objets divers, fragments de vases en verre doré, 
inscriptions, figures et symboles gravés sur pierre. Paris, 
1852-1856, 6 vol. in folio. 

La publication de Perret fut faite avec le concours du gouvernement fran- 
çais. Ce qui manque à ce magnifique ouvrage, c'est la fidélité. M. Perret, en 
voulant trop souvent embellir les peintures qu'il reproduit , s'écarte de la 
réalité ; il fait une œuvre où l'imagination de l'artiste obtient une part beaucoup 
trop large. Ensuite, plusieurs indications erronées se sont glissées dans le 
texte explicatif qui accompagne les planches. Nous ne nions pas cependant que 
la publication de M. Perret ait rendu de grands services à la science , en 
réveillant chez plusieurs personnes le goût des antiquités chrétiennes. 

5° G.-B. de Rossi , Roma solterranea cristiana descritta ed 
illustrata. Tomo I. Roma, 186-4, in-fol. 

Dans le premier volume , le seul publié jusqu'ici, l'auteur développe quel- 
ques considérations sur les cimetières chrétiens en général, et en particulier 
sur ceux de la ville de Dôme aux différentes époques qu'ils ont traversées ; 
et enfin ii nous fait connaître les cryptes de Lucine à la catacombe de Saint- 
Calliste. Les volumes suivants donneront successivement l'histoire et la description 
détaillée des autres parties des catacombes. Les talents du chevalier de Rossi , 
son zèle intelligent dans la direction d^s fouilles, ses connaissances épigra- 
phiques , ses publications précédentes , enfin une expérience de plus de vingt 



— 39 — - 

ans : tout nous fait augurer que l'ouvrage commencé sera un jour le travail le 
plus complet et le plus savant sur la nécropole chrétienne de la ville éternelle. 
Pour procéder avec une grande précision dans tout ce qui concerne les cata- 
. combes , M. de Rossi , avant d'aborder la publication de la Roma sotterranea 
s'est occupé, pendant de longues années, à reconstruire la topographie 
ancienne des cimetières chrétiens , c'est-à-dire à déterminer d'une manière 
exacte la situation respective des différents hypogées , au moyen de documents 
retrouvés dans les écrits des auteurs ecclésiastiques du moyen âge. Les renseigne- 
ments fournis par ces documents ont contribué largement aux belles décou- 
vertes qu'il a faites au cimetière de Saint-Calliste. Les tombeaux de sainte 
Cécile , de saint Corneille , et la chapelle où étaient ensevelis plusieurs papes 
martyrs du troisième et du quatrième siècles ont été retrouvés , grâce à ces 
données. M. le chevalier Jean-Baptiste de Rossi est puissamment secondé 
dans ses travaux , par son frère Michel-Etienne. C'est ce dernier qui a levé , 
avec une exactitude inconnue jusqu'ici, les plans qui sont annexés à la 
Roma sotterranea; et c'est à lui qu'est dû le savant mémoire intitulé : 
Analisi geologica ed architettonica que, dans notre travail, nous avons 
plusieurs fois mis à contribution. 

Nous devons aux soins de M. J.-B. de Rossi deux autres publications 
d'une grande importance pour l'archéologie chrétienne : le Bulletino di 
areheologia cristiana , recueil paraissant tous les mois , et les Inscriptiones 
ehristianae urbis Romae septimo saeculo anliquiores , dont le premier 
volume a été publié en 1861. 

Après avoir fait connaître les ouvrages les plus importants qui 
traitent des catacombes de Rome, il ne sera pas sans quelque 
utilité d'énumérer aussi les travaux qui , bien que d'une moindre 
étendue ou consacrés à l'examen d'un point particulier, peuvent 
venir en aide à l'archéologue dans l'étude des cimetières chrétiens. 
Voici ceux qui méritent de fixer notre attention : 

1° Fabretti, Inscriptionwn antiquarum q\m in œdibus 
paternis asservantur explicatio cum emendationibus gruterianis 
aliquot. Romae, 1699, in-fol. Le chapitre VIII, consacré aux 
inscriptions chrétiennes , contient la narration de la découverte de 
deux catacombes. 

2° A. -M. Lupi, S. J. Disnertazioni , lettere ed altre opérette, 
poste in luce da Fr. Ant. Zaccaria. Faenza, 1785, 2 vol. in4°. 



— 40 — 

3° Buonarruoti , Osservazioni sopra alcuni frammenti di 
va si antichi di veiro ornati di figure trovati n'e cimileri di 
Roma. Firenze, 1 7 1 ( > , in-i°. 

4° Marangoni, Acta S. Victorini, cum appendice decoeme- 
terio SS. Thrasonis et Satumini. Romae 1740. 

5° Settele publia plusieurs dissertations sur les monuments 
des catacombes dans le premier volume des Atti délia pontificia 
academia di archeologia. 

0° Seroux d'Agincourt, dans son Histoire de l'art par les 
monuments, s'occupe de l'iconographie des catacombes. 

7° Rostell consacre un long article aux catacombes de Home 
dans l'ouvrage : Deschreibung der Sladt Rom, publié à Stuttgard 
en 1830. 

8° Raoul-Rociiette, S Mémoires sur les antiquités chré- 
tiennesdes catacombes , insérées dans le tome XIII des Mémoîj'es 
de l'Académie des Inscriptions. Paris, 1837-1838. 

9° Gaume a public Home souterraine dans la seconde édition 
des Trois Rome. 

10° BouTiLiNi , // cemetero di Aproniano detto anche di 
S. Eugenia sulla via latina. Roma 1810. 

11° Spencei; Northcote, Guide dans les catacombes de 
Home. Rome, 1851). 

12<> Card. Wiseman, Fabiola ou l'église des catacombes. 
(Roman historique). 

13° Garhucgi , S. J., Yetri ornati di figure in oro, trovati 
net cimileri cristiani di Roma raccolti e spiegati. Secunda edi- 
zione. Roma, 1864, in-i°. 

1-4°. De Rossi, Bulletino di archeologia cristiana. Ce recueil 
mensuel, commencé en 1803, forme un volume in-i° par an. 



— 41 — 

L'histoire littéraire des catacombes que nous venons d'esquisser 
à grands traits , nous fait connaître les principaux explorateurs 
des hypogées chrétiens et les découvertes qui ont couronné leurs 
recherches depuis le milieu du XVII e siècle jusqu'à nos jours. 

Observons, en terminant, que pendant la période d'explorations 
scientifiques , les catacombes ont subi des altérations très-regret- 
tables. Les translations de corps saints, abandonnées au IX e siècle 
mais reprises au XVII e , les explorations scientifiques conduites 
parfois avec un zèle précipité et peu intelligent , les tentatives 
faites pour détacher les peintures avec l'intention de les trans- 
porter dans les musées, les extractions de matériaux utiles pour 
les bâtisses , et plusieurs autres circonstances ont si profondément 
dénaturé l'œuvre des premiers chrétiens , qu'en plusieurs endroits 
elles l'ont rendue méconnaissable. Cependant, malgré ces dévasta- 
tions, ces tombeaux vides, ces marbres brisés et ces peintures 
arrachées et réduites en poussière , les catacombes de Rome sont 
encore aujourd'hui les monuments les plus intéressants des pre- 
miers siècles de l'ère chrétienne. 



HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE. 



LETTRE 

par M. H. *< III l IUI %\> 

MEMBRE TITULAIRE A HASSELT. 
— v5^<«»qt^S=<^ 

Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

La commission d'organisation du Congrès archéologique inter- 
national , dont l'Académie a pris l'initiative, a décidé que les 
travaux seraient divisés en deux sections : l'une pour l'archéologie, 
l'autre pour l'histoire. 

Je trouve un précédent à l'appui de cette division. Les Comités 
historiques des arts et monuments de France, ont également 
divisé leurs publications en séries spéciales , faisant chacun l'objet 
de bulletins particuliers : Histoire, Archéologie, Beaux-Arts. 

Si cette division , comme je le pense , a pour mobile un simple 
intérêt d'ordre, rien de mieux. Si elle était systématique, je me 
permettrais de la critiquer comme péchant au point de vue de la 
méthode : l'archéologie est une branche de l'histoire , et à mes 
yeux les études archéologiques n'ont de valeur que si elles peuvent 
de près ou de loin se rattacher à l'éclaircissement de points his- 
toriques ; un musée d'antiquités doit être, non pas seulement un 

Commissaires rapporteurs : MM A Wageker el A Van Hasselt. 



— 43 — 

bazar de curiosités, mais un dépôt public où les gens d'éludo 
puissent trouver, au besoin, des matériaux pour déterminer le carac- 
tère d'une époque, le degré de civilisation d'une nation même, 
s'il est possible , pour suivre les traces des conflits entre les 
peuples , enfin pour remonter le cours des âges , en fixant nos 
origines et en précisant les éléments dont la combinaison nous a 
faits ce que nous sommes. 

Souvenons-nous du reproche lancé du haut de la tribune de 
l'Académie royale de Belgique à certains archéologues, qui iront se 
prosterner devant un informe pavé, s'il est du temps de Ghilpéric ! 
Séparons notre cause de ces archéologues-là , et laissons-leur leurs 
magasins de bric-à-brac : nous n'avons rien de commun avec eux. 

Mais , me dira-t-on , vous qui fouillez parfois la terre des champs 
pour en exhumer des traces d'anciens bâtiments de l'époque romaine 
et pour n'en rapporter souvent que de vieux clous , des tessons , 
des -fragments de tuiles et de briques, que faites-vous sinon 
cela même que vous critiquez? 

Eh bien ! au risque de paraître bien ambitieux peut-être , je 
vous dirai quelle est ma pensée quand on me croit uniquement 
occupé à rechercher d'aussi insignifiants débris. Veuillez-y voir 
non pas une justification personnelle, mais une explication de ma 
thèse : les études archéologiques doivent avoir l'histoire pour base 
et pour couronnement. 

Un fait s'est dégagé des fouilles opérées dans un grandjiombre 
de tertres funéraires nommés tumulus, qui remontent à l'époque 
belgo ou gallo-romaine : monuments plus importants que les 
simples sépultures des cimetières , pleins d'objets souvent revêtus 
du cachet le plus artistique , ils appartiennent selon toute vrai- 
semblance au temps de la plus grande splendeur de l'Empire, qui 
est aussi le temps où la domination de Rome était le mieux assise 
dans l'univers ancien : j'ai nommé le second siècle et les règnes 
de Trajan , d'Hadrien, d'Antonin-Pie et de Marc-Aurèle. 



— 44 — 

I 

Or, d'après un relevé soigneusement fait de toutes les monnaies 
trouvées en Belgique dans les tumulus, aucune, sans exception 
à moi connue, n'est postérieure au règne de Marc-Aurèle l . 

Voilà un fait assez singulier. La domination romaine dans 
l'ancienne Belgique n'a cependant cessé que vers le 1V« siècle ; 
pourquoi donc tout-à-coup cette interruption dans ce mode de 
sépulture dispendieuse et par conséquent opulente , qui consistait 
à jeter sur les cendres d'un mort une montagne de terre ayant 
parfois plusieurs milliers de mètres cubes? 

Voici un autre fait non moins remarquable : certaines substruc- 
tions fouillées dans les environs des tumulus, et qu'a priori, à 
raison de leur proximité et de certaines analogies dans les lieux- 
dits, etc., l'on pouvait attribuer aux populations qui élevèrent ces 
tertres , ont en effet , et à la dernière évidence , révélé cette 
parenté; je n'en veux pour preuve que la découverte d'une paire 
de petits trépieds en métal argenté ou étamé , de même grandeur, 
de même forme , sortant évidemment des mains du même ouvrier , 
et dont l'un a été trouvé dans les tumulus à Grand-Fresin 2 , 
l'autre dans les substructions voisines de Petit-Fresin (Montenaken). 
Et notez bien qu'il s'agit d'objets exceptionnels , présentant cette 
particularité que l'un sans l'autre serait un objet unique. 

Que sera-ce quand j'ajouterai que les fouilles dans l'établisse- 
ment de Petit-Fresin , révèlent plusieurs monnaies , dont pas une 
postérieure à Marc-Aurèle ? — Qu'un autre établissement, détruit 
comme le précédent par un incendie , fournit le même sigle de 



« La même observation a été faite pour certaines parties de la France par 
M. de Caumont, Abécédaire ou rudiments d'archéologie (ère gallo-romaine) , p. 40, 
note 1 , et l'abbé Cochet , La Seine inférieure historique et archéologique , p. 500, 
a même fait la remarque qu'il y a entre le règne de Commode , le successeur de Marc- 
Aurèle, et le règne de Gordien (191 à 238), une lacune d'un demi-siècle dans la série des 
monnaies romaines trouvées dans une partie importante de l'ancienne Belgique. 

* Voir l'un de ces trépieds dans !<• Bulletin des commissions royales d'art et 
d'archéologie, t. II, p. 127 , t. 111, fig. 3. 



— 45 — 

potier NEH marqué sur ses tuiles? — Que ce second établisse- 
ment, également appartenant à la population qui éleva un tumulus 
voisin , ne contenait à son tour que des monnaies de Marc-Aurèle ou 
de ses prédécesseurs? — Qu'enfin , chaque fois qu'il y a une rela- 
tion positive à établir entre un tumulus et des substructions du 
voisinage, jamais l'on n'atteint même le règne de Commode? 

Où sera le fil conducteur qui nous guidera au milieu de ees 
faits? En vain ouvre-t-on toutes les histoires de la Belgique pu- 
bliées jusqu'ici *. Rien, ni sur la civilisation avancée dont les 
tumulus portent témoignage , ni sur les populations qui auraient 
élevé les établissements voisins , ni sur l'événement qui mit un 
terme à l'existence de ceux-ci. Rien! Les historiens sautent quatre 
siècles et passent de la conquête de César à l'invasion des Franks, 
sans dire un mot du sort qu'eurent nos contrées dans l'intervalle 2 . 

Mais n'existe-t-il pas dans quelque recoin des écrivains anciens, 
l'un ou l'autre passage relatif à l'événement cherché, passage 
qu'on aurait oublié ou dont la portée n'aurait pas été comprise? 

Fouillons dans les livres, puisque la terre nous donne seule- 
ment le fait brutal , sans explication , de la destruction violente 
d'établissements importants , destruction contemporaine des pre- 
miers Antonins. 

Cherchons .... 



* D'après une conversation que j'ai eue avec M. A. Wauters, le savant professeur 
d'histoire , à l'hôtel de ville de Bruxelles et archiviste communal , j'ai lieu de croire 
que son cours fait exception et que moins laconique que ses devanciers , il a donné des 
détails plus complets sur la Belgique des premiers siècles et les événements dont elle 
fut le théâtre. 

* Un écrivain estimable qui a rendu de grands services à l'histoire , feu Schayes-, 
cherche bien à établir ce que fut la Belgique sous la domination romaine , mais non ce 
que fut la domination romaine en Belgique , ce qui est bien différent. Il parle des con- 
quérants comme s'ils n'avaient fait que passer au-dessus de notre pays, et des vaincus 
comme s'ils s'étaient perpétués purs de tout mélange avec les Romains ; dans plusieurs 
parties de notre pays , la race des anciens contendants de César était complètement 
éteinte : le nom des Nerviens est à peu près le seul des Belges des Commentaires , 
qui reparaisse encore sous l'Empire , pour la Belgique actuelle. 



— 4f> — 

Nous savons qu'un mouvement perpétuel agitait les barbares 
qui se refoulaient sans cesse les uns les autres , sans parler du 
mouvement du nord au midi , le long des côtes , des populations 
antéhistoriques auxquelles on doit les monuments de pierres brutes, 
improprement appelés celtiques, populations qui furent pourchas- 
sées partout jusqu'en Afrique, où elles s'éteignirent l . 

Nous savons, par Ammien Marcellin, que les Druides conser- 
vaient le souvenir de populations étrangères qui étaient venues se 
mêler aux Gaulois et formaient une partie de leur nation; les 
Gaulois de Bellovèse et Sigovèse et de Brennus avaient à leur 
tour fondu sur l'Italie; chez nous les Celtes avaient été chassés et 
remplacés par les Nerviens et les Éburons , venus de la Germanie; 
les Atuatiques avaient été laissés par les Cimbres comme arrière- 
garde. . . . 

En un mot , comme le fait observer un auteur très-judicieux , 
M. Fauriel, l'histoire des invasions des barbares est une histoire 
datant de toujours, et César s'était parfaitement rendu compte de 
la tendance envahissante des Germains en disant : « Il y a grand 
péril pour les Romains à ce que les Germains s'accoutument peu 
à peu à traverser le Rhin et à répandre sur la Gaule les flots de 
leurs populations 2 . • 

.... Et tout à coup, au premier siècle, Rome aurait cessé en 
Germanie la guerre d'agression, sans que jusqu'en 253, date 
généralement assignée à la première invasion des barbares, les 
Germains eussent repris l'offensive ! Voilà, disons-le hardiment, 
qui n'est pas dans la nature de ces nations nomades ; elles étaient 
douées de trop d'élasticité pour ne pas réagir, dès qu'elles ne se 



• Vnir à cel égard cfe curieuses études de MM. Bertrand et Péraud, dans laftevtté 
archéologique de Paris, année 180:J el suiv. 

* « Vùttllaiim (îermanoa consuexeere Rhenttm transite et in Gallium ma jnam 
earum multitu<linem venir? , pdpulo RomaffQ ptritulttm rulebat. » Caes. , licll. 
Gall , 1 , 33). 



- 47 - 

sentaient plus contenues par une pression assez puissante; elles 
étaient, du reste, continuellement refoulées elles-mêmes par 
d'autres peuplades qui venaient derrière elles *. 

Il s'agit , en un mot , de connaître les premiers reflux des 
barbares sur la plage romaine , de tenir compte de tout flot qui a 
balayé la grève et de ne pas se borner à considérer seulement 
comme invasions dignes d'être mentionnées par l'histoire, celles qui 
permirent aux envahisseurs de s'établir à demeure dans le pays 
envahi. 

Or des invasions nombreuses, réprimées il est vrai, mais assez 
graves et sérieuses pour qu'on ne puisse les passer sous silence, 
eurent lieu dès le règne de iMarc-Aurèle. 

Sous cet empereur , un mouvement général eut lieu aux fron- 
tières de l'Empire, depuis la Gaule jusqu'à l'Illyrie 2 ; les nations 
barbares conspirèrent à l'envi contre Rome ; les unes poussant les 
autres , elles envahirent de toutes parts le territoire de l'Empire : 
en même temps que Marc-Aurèle guerroyé contre les Marcomans , 
ses généraux Pertina* et Didius Julien, l'un et l'autre empereurs 
depuis , répriment sur d'autres points les invasions des Galtes et 
des Chauques. 

Cette dernière doit attirer tout spécialement notre attention ; 
malheureusement, les historiens n'y consacrent que deux mots : 
Didius Julien , gouverneur de la Belgique , ne parvint à résister 



1 Exemples : sous Néron , les Ansibariens pulsi a Chauds (Tacit., Ann., XIII , 55); 
sous Nerva , les Bruclères , pulsi a Ckamavis et Angrivariisi vie, narum consensu 
nationum, Io., Genn., 33), sous Marc-Aurèle, les Marcomans dont il s'agira ci-après, 
et autres nations pulste a superioribus barbaris , rusi reciperentur, bellum inferentibus. 
1. Capitol , in M. Anlonin Phil. , XIV. etc. 

1 « Génies omnes ab lllijrici limite usque ad Gallium conspiraverunl , ut Mar- 
camamti , Narisci , Uermunduri , et Quaili , Suevi , Sannulœ , Latiïnges et Buvi ; 
là aliique eum Viclovali , Sosibes , Sicoboles , Rhoxolani , Bustaruœ , Alani , 
Peucini , Custoboci. » J. Capitol, in M. Anlonin Phil., XXII. 



— 48 — 

à l'invasion des Clianques dans cette province , qu'en appelant 
tumultuairement les habitants aux armes ! . 

Quand eut lieu cet événement? 

La date en est fixée par les fastes consulaires : l'empereur en 
mémoire des succès de ses lieutenants , les désigna tous les deux 
pour le consulat ' et ce consulat où Pertinax et Julien furent à la 
fois consuls subrogés, et qui suivit sans doute de très-près leurs 
exploits, est de l'an 178 après J. C. , l'antépénultième année du 
règne de Marc-Aurèle 5 . 

Or quel chemin suivirent les Chauques pour entrer en Belgique ? 

Cette province, bornée par l'Escaut et la Seine , ne dépassait pas 
le Rhin à l'est; les Chauques, peuplade d'Outre-Rhin , avaient 
donc en tout cas ce fleuve à passer; mais sont-ils arrivés par la 
voie de Cologne , ou par celle de Nirnègue ou de Xantes à Tongres? 

La première évitait aux Chauques, qu'ils vinssent de l'Elbe ou 
d'en deçà duWeser 4 , le passage de l'Ems, de la Lippe, etc., et leur 
permettait de traverser le Rhin et la Meuse sur des ponts; enfin 
une vengeance à tirer des Agrippiniens , qur* un siècle auparavant 
avaient periidement massacré à Tolbiac une cohorte des leurs 5 , 
était un motif tout particulier pour attirer les Chauques vers 
Cologne. 

Les autres par Nirnègue et Xanten , les forçaient au contraire à 
différents passages de rivières ; puis celle-là existait-elle bien au 
second siècle? Ce qui donne lieu d'en douter, c'est que la première 



* « Belgicum sancte ac diu rexit. Ibi Gauchis , Germaniœ populis qui Albim 
(lumen accolebani , erumpentibus restait, tumultuariis auxiliis provincialium. » 
Scaktian. , in Did. Julian., 1. 

* Suite du passage de la note précédente : « ob quœ consulatum mentit testimonio 
imperatoris. » Pour Pertinax , V. Xiphiun (Suétone , éd. Nisard , p. 043), 

* GOLTZIUS, Cataluijus Consuluiii a Tiberio ad Justinianum , p. 217. 

* D'après Tacite, Mor. Germ., xxxv, les Chauques conlinaient aux Frisons et par 
conséquent à l'Ems; d'après Sparlian., I. cit., ils habitaient, outre Weser, les bords de 

■ T\m., Hist., IV, 70. 



— 49 — 

indication certaine de cette voie se trouve sur la carte de 
Peutinger, composée d'après Mannert au III e siècle, tandis que 
l'itinéraire d'Antonin, antérieur peut-être l , n'en fait pas mention. 
Enfin les Ghauques , pour arriver en Belgique , si cette province 
était le but de leur expédition , se fussent certes créé bien gratui- 
tement des obstacles à surmonter , en passant par le territoire des 
Frisons et des Bataves. 

Voilà le point historique à éclaircir, bien déterminé : n'est-ce 
pas par la voie de Cologne à Tongres que les Chauques sont 
entrés en Belgique, et les dévastations dont un grand nombre 
d'établissements belgo-romains portent les traces, ne sont-elles 
pas le résultat de cette invasion? 

Cette pensée , et non le désir de trouver dans la terre de vieux 
débris informes , a présidé à certaines fouilles opérées récemment dans 
le pays d'Outre-Meuse, complémentairement à celles de la Hesbaye. 

Grâce au concours pécuniaire du gouvernement belge et de 
l'un des propriétaires , deux établissements ont été fouillés dans 
des terrains du Limbourg hollandais (Houtem-S.-Gerlach et 
JMeerssen) appartenant à deux de nos concitoyens, MM. de Matthys 
(de Hoessell) et le baron Ludolphe de Lamberts-Cortenbach (de 
M unsler-Bilsen). Ces établissements, dont l'analogie avec ceux 
de la Hesbaye est frappante , longent la voie romaine que vient de 
retrouver M. le vicaire Habets, de Berg-Terblyt , et qui de Cologne 
se dirige sur Tongres, par Juliers et Maestricht. Ils portent des 
traces de destruction violente , et du sein de la terre ne sont 
sorties jusqu'à présent d'autres monnaies que du Haut-Empire et 
antérieures à Commode. 

L'attention est éveillée désormais sur celte nouvelle phase de 
la question ; les fouilles vont continuer dans cet esprit , tant en 
Belgique qu'en Hollande; l'on consultera les travaux antérieurs, 

' Roulez, Observations sur les voies romaines de la Belgique , Gand, 1860 , p. G. 



50 



dont quelques-uns sont encore inédits, entre autres une notice 
de M. Janssen , le savant conservateur du musée de Leyde, sur 
les fouilles opérées par lui en 1852 au Ravenbosch *, établisse- 
ment déjà exploré en 1771 par M. Pellerin , et situé dans la 
continuation de la voie bordée par les villas de Meerssen et du 
Rondebosch ; si , de l'ensemble de ces recherches comparées à 
celles de la Hesbaye, il résulte qu'aucune monnaie postérieure 
aux Antonins, ne se trouve dans aucun des établissements existant 
avant l'invasion des Chauques , et exposés à leurs premières 
fureurs à raison du voisinage de la route parcourue, il y aura 
certes de quoi asseoir avec quelque chance de certitude un juge- 
ment sérieux , et l'on pourra donner comme hypothèse fort vrai- 
semblable, qu'avant d'être réprimés par Didius Julien, les Chauques 
avaient pénétré fort avant dans la Belgique, et avaient eu le temps 
d'y semer de toutes parts des ruines. 

Cette hypothèse, arrivée à un tel degré de probabilité, aura au 
surplus une portée très-grande pour saisir sur le fait et constater 
l'état de la civilisation des populations belgo-romaines , à l'époque 
des Antonins : à la différence peut-être des invasions postérieures 
où les Franks, plutôt que de détruire, se sont approprié les habi- 
tations des vaincus, les hôtes des établissements dévastés par les 
Chauques , ont délaissé les ruines fumantes de leurs anciennes 
demeures trop peu sûres ; ils se sont peut-être réunis en agglo- 
mérations plus compactes, en abandonnant le système de villas 
isolées , système dont la reprise des invasions barbares devait avoir 
démontré l'insuffisance. Ces ruines où l'on retrouverait , sans 
mélange de populations postérieures " 2 , les traces de la civilisation 



' Il est à désirer que M. Janssen public au plus tôt ce travail. 

* M. l'abbé Habets, vire -président de la société archéologique de Maastricht , a dans 
les Publications de cette société (11, p 257 et suiv.) établi parfaitement que les bour- 
gades hel^o-romaines sont restées des centres de populations sous les Franks. Or, si l'on 
admet que la crainte des invasions a créé un grand nombre de nouveaux centres ou 



— 51 — 

de nos contrées au temps des Antonins , deviendraient ainsi autant 
de Pompéi , comblés non plus par la lave du volcan , mais par 
les nivellements de l'agriculture , et la voix qui sortirait aujour- 
d'hui de la terre aurait le droit d'être écoutée , à cause de la 
précision de ses révélations sur la civilisation antique arrêtée 
brusquement à un moment donné. 

Autre chose encore : l'on n'est pas fixé du tout sur l'époque 
de la construction des grandes routes de l'empire romain ; on sait 
seulement qu'Agrippa mit le premier la main, sous Auguste, aux 
mailles du réseau ; mais jusqu'où mena-t-il son œuvre ? 

A cet égard, M. Roulez conclut comme voici : « Aucune 
preuve ne démontre qu'une ou que plusieurs des voies militaires 
de la Belgique aient été construites sous le règne d'Auguste ; on 
doit croire toutefois que l'établissement des principales de ces 
voies remonte au temps des premiers empereurs 1 . » 

Je crois cette conclusion parfaitement fondée , et je n'ai d'autre 
prétention que celle de produire des preuves à l'appui. 

La chaussée de Nivelles, dont j'ai exploré les abords en Hesbaye, 
est antérieure aux tumulus qui la longent ; on sait en effet que 
les Romains avaient l'habitude de placer leurs tombeaux sur le 
bord des routes. 

Or les monnaies intentionnellement déposées dans les caveaux 
funéraires que surmontent ces tertres, ont permis de fixer l'époque 
des sépultures : ces monnaies nous ont donné notamment les 
règnes de Trajan et d'Hadrien comme ceux sous lesquels les der- 
niers honneurs furent rendus aux défunts. 

Mais la chaussée de Nivelles n'est pas une voie principale; 



renforcé les centres préexistants, on peut parfaitement se rendre compte de la raison 
pour laquelle les habitations isolées , non relevées après leur destruction , révèlent la 
civilisation romaine sans mélange. L'isolement d'une villa belgo-romaine non fortifiée, 
serait donc une présomption d'antériorité à la période des invasions. 
' L. cit. p. i. 



- :V2 



c'est une simple voie secondaire sans existence indépendante, et 
se ramifiant, sans continuation au-delà, à un tronc principal, la 
grande voie de Tongres à Bavay. 

Accessoire à celle-ci, elle est certainement postérieure; donc 
conclusion évidente : la grande voie de Bavay à Tongres existait 
au règne de Trajan. 

Autre conclusion : donc aussi Tongres, station centrale et 
importante de la voirie romaine, existait avant la première men- 
tion incontestée qu'on trouve d'elle, (en laissant bien entendu de 
côté la controverse sur la situation de l'Atuatuca de César, et sur 
le passage de Pline relatif à la fontaine de la Civitas Tungrorum) ; 
or, jusqu'ici, cette première trace est la mention de Tongres 
faite par le géographe Ptolémée qui llorissait vers l'an 1-40 de 
l'ère chrétienne. 

Une cinquantaine d'années de gagnées pour l'antiquité de Tongres, 
n'est pas chose indifférente; car, parla, on diminue d'autant la 
solution de continuité qui est la principale arme des adversaires 
de l'identité de Tongres avec l'Atuatuca de César ; par là , l'on 
arrive peut-être à déterminer le sens précis du mot civitas 
employé par Pline. 

Et bien! cette cinquantaine d'années est encore acquise suréro- 
gatoirement à Tongres, par les fouilles opérées; il n'a fallu pour 
cela que de simples débris de tuiles. M. de Henesse mourut 
avant l'exploration de l'établissement de Petit-Fresin dont le 
second exemplaire du petit trépied fixe si bien la contemporanéifé 
avec les tumulus de Grand-Fresin ; or M. de Renesse avait dans sa 
collection (n° 300 de la seconde vente de celle-ci , qui eut lieu à 
Gand le ht mars 4 86-4) un lot composé de divers fragments de 
vases de terre à marque de potiers , trouvées à Tongres , et dans ce 
lot, acquis par M. de Meester de Ravenstein et déposé en son 
beau musée d'Hever près de Malines, se trouve un morceau de tuile 
avec la marque NEH, la même dont je vous ai parlé plus haut. 



— 53 — 

Si le potier auquel appartenait ce sigle, vivait au commencement 
du second siècle , les produits de sa fabrication , non façonnés 
d'avance ni emmagasinés selon nos usages modernes, n'ont pu 
servi sans doute qu'à des constructions de la même époque. 

Je n'en suis pas encore , certes , à démontrer complètement 
par là l'identité de Tongres avec Atuatuca ; mais qui sait si 
quelque jour un autre morceau de tuile n'achèvera pas la démon- 
stration. Supposez qu'un jour le sol de Tongres fournisse sur un 
tuileau la marque de la XIV e légion, et voilà la question résolue. 
Pourquoi? Parce que cette légion campa dans Atuatuca sous César, 
et que depuis elle séjourna en Bretagne , en Pannonie et en 
Dalmatie, et ne reparut plus que momentanément dans notre pays 
lors de la lutte contre. Givilis. 

Le plus petit fragment de vase antique , par ses dessins, par 
l'inscription du nom du potier (car nous ne sommes plus au temps 
où l'on dédaignait ces indications comme superflues 1 ) , peut don- 
ner matière à des déductions précieuses. Quelque jour, un savant, 
complétant l'ouvrage de F'roehncr sur les Inscriptions des vases 
de terre cuite, déterminera l'époque et le lieu où vécut chaque 
potier 2 ; alors les moindres débris de la céramique antique jetteront 
un nouveau jour sur l'histoire des peuples, leur degré de civili- 
sation, l'étendue de leurs relations commerciales, etc. 



1 De Caylus , d'ordinaire si judicieux , s'est permis à cet égard une plaisanterie 
peu digne de lui : « A quoi bon , dit-il (I, p. 121) , relever ces marques de potier? 
On ne peut plus aujourd'hui donner la préférence à l'ouvrier. » 

* J'y travaille pour la Belgique et je soumettrai le résultat de mes observations au 
Congrès , en appelant son attention sur l'opportunité de semblable étude pour chacun 
des pays de l'Europe. Les tessons paraîtront un jour non moins précieux que les mon- 
naies, pour fixer les dates : il ne s'agit que d'en déterminer l'époque à l'aide des monnaies 
trouvées, de la forme des vases , de celle des caractères des sigles , etc. Déjà , par 
exemple, un très grand nombre de sigles, donnés par les Annales <le la société archéo- 
logique de Namur, VII, p. 31 , sont dès à présent datés des deux premiers siècles, 
parce qu'ils ont été trouvés dans le cimetière de Flavion , où une suite non interrompue 
et complète de monnaies s'arrête brusquement à Commode. 

XXIX XXII i 



— 54 — 

Ai-je tort, après cela, de revendiquer pour l'archéologie le 
rôle si beau d'auxiliaire de l'histoire? Ai-je tort de séparer la 
cause de la science de ces études sèches et superflues qui se con- 
tentent d'énumérer les trouvailles, et soit timidité, soit tout autre 
motif, ne se permettent jamais la moindre induction historique? 

Pour ne parler que du genre de travaux ayant l'époque 
romaine pour objet, je ne comprends pas qu'un explorateur 
d'antiquités belgo-romaines relatives aux quatre premiers siècles , 
ne soit pas profondément versé dans la connaissance des écrits de 
Tacite , de Pline , de Suétone , comme dans celle de Vopiscus , 
Spartien, Capitolin et des autres écrivains de l'histoire d'Auguste. 
A moins d'un solide fondement historique, les études archéolo- 
giques sont établies sur le sable, et autant en emporte le vent! 

Persuadé que ma pensée est bien celle des organisateurs du 
Congrès, je termine ici cette trop longue lettre en vous priant 
d'agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'expression de mes 
sentiments les plus dévoués et' les plus empressés. 

H. SCHUERMANS. 

Hasselt , le 25 octobre 1865. 



LA 



GRANDE COMMANDERIE TEUTONIQUE 

DE 

VIEUX-JONCS 1 . 



NOTICE 



par M. ARNAUD SCHAEPKENS, 

MEMRRE CORRESPONDANT A BRUXELLES. 




A. Comnianderie de l'ordre Teutonique à Maestricht. 

Les guerres des croisades , on le sait , donnèrent naissance à 
des ordres mi-religieux , mi-militaires , destinés dès leur origine 

Commissaires rapporteurs : MM. H. Schuermans et le baron Jules de St-Genois. 

' La description de la commanderie est faite d'après des notes prises il y a quelques 
années ; nous ne pouvons donc garantir au visiteur qu'il trouvera encore ce monument 
dans l'état que nous le décrivons. 




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— 57 — 



à combattre pour la défense et la protection de la Foi et à soigner 
les pèlerins pauvres et les militaires blessés ou malades. Les trois 
grands ordres qui furent institués avec cette noble mission étaient 
les Johannites ou Hospitaliers , qui devinrent plus tard chevaliers 
de Malte , les Templiers et les chevaliers de l'ordre Teutonique. 
Ces derniers avaient fondé, au XIII e siècle, la grande comman- 
derie de Vieux-Joncs dans le Limbourg, près de Hasselt. Elle était 
le chef-lieu d'une des douze provinces ou bailliages teutoniques et 
comprenait les commanderies particulières suivantes : 



i. Nouveaux-Joncs, à Maestricht. 

u. Saint-André , à Liège. 

m. Fouron -Saint-Pierre. 

iv. Gemert. 

v. Cologne. 

vi. Saint-Gilles, à Aix-la-Chapelle. 



vil. Beekevort. 
vin. Gruitrode. 

îx. Ordenge. 

x. Bernesheim. 

xi. Seersdorff. 
xu. Rammersdorff. 



La grande commanderie l de l'ordre Teutonique de Vieux-Joncs, 
près de Hasselt, a été, à différentes reprises, l'objet de recherches 
historiques et archéologiques. Mantelius, dans son Historia Los- 
sensis, a donné la date de sa fondation. Le Mire, dans son Opéra 
diplomatica, et Foppens, dans la continuation du même ouvrage, 
en ont publié plusieurs diplômes et une liste partielle des noms 
de ses grands commandeurs. Pendant ces dernières années , 
d'autres auteurs ont illustré son histoire par de savants et sérieux 
travaux. Nous citerons parmi ces derniers MM. A. Perreau 2 et 
Serrure, de Gand , pour leurs recherches numismatiques, et feu 
M. Wolters 5 , pour sa description archéologique et historique du 



1 L'archiduc Guillaume d'Autriche était le grand-maître de l'ordre Teutonique en 1861. 
Le grand-maître actuel est l'archiduc Guillaume- François-Charles , né le 21 avril 1827. 

* Recherches historiques et numismatiques sur la commanderie de Vieux- Joncs, 
Bruxelles 1848, et M. Serrure par ses travaux insérés dans le premier volume de 
la Revue numismatique Belge. 

3 Notice sur l'ancienne grande commanderie des chevaliers de l'ordre Teutonique 
dite de Vieux-Joncs, dans la province de Limbourg. 



— 58 — 

monument. Une notice, dont nous donnons le titre en note, a éga- 
lement été insérée dans l'annuaire de la province de Limbourg ', 
d'après le manuscrit de J.-S. Seesdorf, de 1607* 2 . Enfin Ernst cite 
sur le même monument un manuscrit historique de Schreiber 3 . 

L'ordre Teutonique choisit pour siège de sa grande commanderie 
dans nos contrées une chapelle élevée à l'occasion de la découverte 
d'une statue miraculeuse de la Vierge, trouvée entre les roseaux 
dans un endroit marécageux, près de Bilsen , et nommée, d'après 
l'endroit, des Joncs (de JuncisJ; cette chapelle, érigée en l'hon- 
neur de la Vierge, fut consacrée le 25 février 1216 par Thierry, 
évêque d'Eslhonie , faisant alors fonction épiscopale dans l'évèché de 
Liège. Arnould VI, comte de Looz, et sa sœur Mechtilde ou 
Mathilde, abbesse de Munster-Bilsen , la donnèrent à l'ordre 
Teutonique, avec toutes ses dépendances. Cette cession fut confirmée 
en 1220 par Hugues de Pierrepont, alors évêque de Liège 4 . 

Le plus ancien vestige qui existe encore de la commanderie 
a été passé sous silence par ceux qui ont écrit son histoire dans 
ces dernières années. C'est la grande pierre tombale qui orne 
le milieu du pavé de l'église devant le chœur et qui ferme la tombe 
d'Emond , évêque de Courlande , lequel était religieux de l'ordre 
Teutonique et suffragant du diocèse de Liège ; il mourut le 1 3 dé- 
cembre 1292. 

Sur cette pierre , une des plus belles que nous possédions en 
Belgique , mais fortement usée parce qu'elle se trouve au niveau 
du dallage de l'église, au lieu d'être élevée 5 , est gravé en creux le 

« Notice historique sur la grande commanderie de l'ordre Teutonique de Vieux- 
Joncs. (Annuaire de la province de Limbourg , Maestricht 1850). 

s Le manuscrit de J.-S. Skksdohf, qui renferme les nouveaux statuts de l'ordre , 
provient des archives de la commanderie de Gruitrode dans la Campine belge. Il se 
trouve aujourd'hui aux archives de la ville de Maestricht. 

5 Balleg Biesen beschrieben, cité au 7 me vol. pp. 373-374 de V Histoire de l'ordre 
Teutonique. Eknst le cite également dans ses Suffragants de Liège. 

* MiR/Eus, Opéra diplomatica, etc. Suppl. tome II, p. 988. 

• Elle mesure 3 mètres 31 centimètres de long sur 1 mètre 68 centimètres de large. 



— 59 — 

portrait en pied de l'évêque, bénissant de la main droite et portant 
la crosse pastorale de la main gauche. Au-dessus du baldaquin 
gothique couronnant la niche qui entoure le portrait peint 
en costume épiscopal , la mitre en tête , sont deux anges qui 
balancent des encensoirs; au pied est un dragon; deux salamandres 
vomissantes ornent le haut de la niche. La tète et la mitre de 
l'évêque , ainsi que les têtes et les mains des anges , en marbre 
blanc, sont incrustées dans la pierre bleue, et sur le bord de la 
tombe on lit l'inscription suivante en caractères gothiques arrondis ; 

Hnno imlleno bis ccnttno buobeno ac octogeno tïatum btbtt 
(!!>« screno furia feato concluso sine molfsto orr ptus 
(Smunbus çcrprubens coryoxe munbus 
(Êonspkuus forma prafulgens lamp aie morum, 
Snstructusque normâ confratrum Seutonicorum, 
£aubibus tnstanbo tfmplum Çauli renooanbo. 
Stoi'ii gaubea rra mors atroï ts et aubens 
Ijunr aublimarâl rurontnsis pantiftcatus , 
3tqite bccornnt bncult mitnrque yaratus. 

Cette inscription est citée par le baron de Wal , dans son 
Histoire de V ordre Teutonique, publiée sans nom d'auteur. 

La commanderie en elle-même est un des monu- 

7/ ments les plus importants de la Belgique , par son 

étendue et les différentes constructions dont elle est 

formée, et qui datent pour la plupart du XV e , du 

XVI e ou du XVII e siècle; des armoiries décorent les 

portes d'entrée. 

Les jardins , les prés , les bois , les vergers et les 
terres arables, qui entourent le monument, ont une 
superficie de 157 bonniers, d'après une levée faite en 1819, 
lorsque ce beau domaine fut mis en loterie par son proprié- 
taire, au capital de 251,284 florins des Pays-Bas. En 1831, 




60 — 



l'évêque de Liège offrit 350,000 francs sur un prix de 400,000, 
pour y établir la seconde section du séminaire diocésain. 





(/S 6S) 

Armes sculptes au-dessus des petites portes, à l'intérieur de la cour de la commanderie. 

L'architecture religieuse est remplacée, dans la plupart des con- 
structions , par l'art civil. Ce n'est plus que dans l'église que l'on 
retrouve le souvenir de l'origine de l'ordre et des services qu'il a 
rendus à l'humanité et à la religion. 

Une vue d'ensemble du château, représentant le corps de bâtiment 
principal, entouré des groupes des autres constructions et des 
jardins, a été publiée dans les Délices du pays de Liège. Feu 
M. Wolters a fait graver et placer en tète de sa notice la même 
gravure , réduite dans ses dimensions. Sur cette planche on voit le 
château, avec le pont jeté sur les fossés qui l'entourent. Quatre 
tours à toitures prismatiques , couvertes d'ardoises, sont aux angles, 
et à l'intérieur de la cour, formée par les quatre ailes de l'édifice, 
se trouvent deux autres tours , dont l'une sert aux cloches et aux 
timbres l de l'ancien carillon , et l'autre renferme l'escalier. Dans 

1 II existe encore deux timbres ou cloches du carillon ; l'une est en forme de ruche, 
sur l'autre le mouleur a applique' trois feuilles de rosier moulées sur nature. Sur la plus 
grande des deux, servant à indiquer l'heure on lit: 

Sanctus Lambertus a° dni lotiH revendu generose duo Joanne de Ghoer fialiœ de 



61 



le tympan de la façade principale , on voit deux écussons dont les 
armes ont été enlevées. La date de 1767, qui est restée, rappelle 
d'importants changements faits par le commandeur Reiclisach. 



200 mèlres Échelle de i à 2500. 




Plan de la grande commanderik de Vieux -Joncs. 



A. Entrée principale. 

B. BAlimont principal flanqué de tours. 



Une grande cour oblongue , bordée des deux cotés de 
bâtiments servant d'écuries , de remises et de magasins à 
fourrages, précède le château. Les deux ailes qui forment ces 



Juncis commendalore provinciali et d T Lamberlo wamesio ecclesiœ parocliialis 
Sancti Andréa a rodien pastore ejusdem balim Schieffenario. y. i. u. t. 



— 62 — 

constructions sont reliées par un grillage en fer qui fait front vers 
la campagne. 

L'église , qui s'élève près de la commanderie , est d'un style 
simple et n'a pas de caractère archilectonique prononcé. Elle fut 
commencée sous le commandeur Frambert de Lichtenberg, mort 
en 1605. Le comte Huin de Geleen, feld-maréchal de l'Empire et 
grand commandeur de l'ordre, mort le 27 août 1656, la fit 
achever. A l'extérieur elle rappelle par ses lignes l'ancienne église 
ogivale. Composé d'une seule nef vaste et large, son chœur, 
plus rétréci dans ses dimensions , se lie avec peine au monument. 
Des parties de pignons , en style ogival , sont encore conservées 
près du chœur, qui est décoré d'une statue de la Vierge avec la 
date de 1637. Des croix de l'ordre et des têtes de lions, armes 
du commandeur de Bocholt ', sont sculptées sur la frise qui borde 
les côtés latéraux , sous le toit. 

Les bâtiments , placés aux deux côtés de l'église et qui servent 
de sacristie , portent à l'extérieur de la porte d'entrée la date de 
1571. Les portiques sont liés à l'église et se prolongent jusqu'aux 
fossés du château; ils portent la date de 1635. En partie démolis, 
ils se composent encore de sept arcades en plein cintre à larges 
archivoltes reposant sur des colonnes d'ordre toscan. La façade 
qui donne sur le jardin est percée de fenêtres ogivales. Sous les 
combles , on logeait les moines quêteurs qui se présentaient à la 
commanderie , et on les nourrissait dans les caveaux ou cuisines. 

Nous signalerons encore au visiteur l'une des entrées de la 
commanderie , bâtiment isolé ayant l'aspect d'une porte et qui 
servait anciennement de refuge à douze vieillards pauvres , et plus 
tard d'école aux enfants. Elle est maintenant la demeure du vicaire 
attaché spécialement à l'église. A l'autre bout de l'avenue se trouve 



1 M. Serrure a publié dans la Revue numismatique belge (1" vol. , 2 me série), 
un jeton aux armes de ce commandeur avec la date de 1663. 



— 63 — 

l'hôtellerie , dont la porte est surmontée des armes du cardinal de 
Schonborn, commandeur de l'ordre. Sur un moulin à Hoesselt, 
non loin de Vieux-Joncs , sont sculptées les mêmes armes avec 
l'inscription suivante : 

Cardinal von schonborn bischoff 

und furst von speir teutsch or- 

dens provincial alte biessener baley. 



Ce qui signifie : Cardinal de Schonborn, évêque et prince 
(filrstj de Spire, commandeur provincial du bailliage de Vieux- 
Joncs, de Tordre Teutonique. 

L'intérieur de la résidence des commandeurs répond bien aux 
lignes monumentales qu'elle présente au dehors. Ce sont , pour la 
plupart, de grandes pièces bien éclairées, d'une forme régulière, 
d'un goût simple et sans luxe architectonique. Les apparte- 
ments , aujourd'hui privés de leur somptueux ameublement , ne 
permettent plus, sinon dans quelques débris, de retrouver le 
souvenir des richesses, du goût distingué et de l'amour des arts 

de ces grands seigneurs qui, après avoir 
brillé dans la carrière des armes, ve- 
naient terminer leurs jours dans cette 
paisible résidence d'été. La beauté de 
la nature, la richesse d'une végétation 
séculaire qui entoure cette demeure n'est 
plus animée par le mouvement de ses 
anciens habitants, et de temps en temps 
la cloche qui marque l'heure, ou le 
cri des animaux qui paissent dans 
les prés, viennent seuls interrompre le 
silence qui y règne. 




Portrait d'un commandeur au-dessus 
d'une cheminée dans l'une des tours. 



- 64 — 

Les appartements aux quatre angles étaient autrefois tendus 
de damas, de couleur différente pour chaque tour, à l'imitation 
des anciens châteaux royaux de France. C'était la tour rouge, 
la jaune, la hleue et la verte. Les couleurs de leurs tentures 
sont encore reconnaissantes , dans une ou deux de ces tours , à 
des lambeaux qui pendent contre les murs, le long de leurs 
châssis. Une des tours est encore décorée de peintures et de 
portraits qui rappellent, par la variété des costumes du XVII e siècle, 
le type des figures des derniers commandeurs. Dans quelques 
appartements il y avait du cuir de Gordoue , dans d'autres des 
plafonds travaillés en stuc et des lambris de jonc tressé. Les 
planchers portent encore les empreintes des coups de hache qu'ils 
ont reçus à l'époque où les appartements servaient de greniers 
d'abondance et de demeure à un régisseur, chargé de recevoir le 
prix des fermages en nature, après la suppression de la comman- 
derie par les républicains français. 

Plusieurs toiles décorent les pièces au rez-de-chaussée et aux 
différents étages; ce sont pour la plupart des portraits en pied, 
ou à mi-corps, des personnages appartenant aux premières familles 
allemandes dont ils portent les armoiries et qui sont peints entre 
le XVII e et le XVIII e siècle. Leurs costumes diffèrent selon 
l'époque et la mode du temps. Plusieurs commandeurs figurent 
dans ces débris de la décoration du vieux château ; ils portent de 
riches armures et sont armés de pied en cap et drapés du grand 
manteau de cérémonie. Rien, cependant, ne surpasse en intérêt 
pour l'artiste l'intérieur d'une des tours où sont groupés une suite 
de portraits de femmes et d'enfants de la famille d'un des derniers 
commandeurs. Le plafond de cette pièce est orné d'armoiries; cinq 
besants d'argent y brillent sur un fond d'azur. 

L'intérieur de cette demeure princière rappelle, par quelques 
inscriptions des meubles et des portraits , les noms des chevaliers 
ou commandeurs de l'ordre Teutonique. C'est une demeure splen- 



— 65 — 

dide délaissée, à laquelle les ravages du temps ont imprimé un 
aspect de vétusté que la riche et luxuriante nature qui l'entoure 
rend encore plus apparent. 

La chapelle particulière des commandeurs est un simple 
appartement au premier étage, relevé par la décoration d'un autel 
en style Renaissance flamand flamboyant , qui est surmonté d'une 
grande conque soutenue par deux génies. Dans le haut sont les 
armes de Huin d'Amstenraedt avec celles de l'ordre Teutonique l . 
Deux colonnes torses ornées, dans les creux, d'oiseaux et derinceaux 
dorés se détachant sur un fond couleur de bronze , soutiennent le 
couronnement. Le tableau qui décorait le milieu a été enlevé : il 
représenlait l'Assomption de la Sainte Vierge. Ce beau retable, qui 
porte si bien le caractère et la fougue de l'art flamand de la Renais- 
sance, est placé dans une niche ou chapelle qui se ferme 
à deux battants, et un escalier mobile y donne accès. 

Plusieurs anciennes cheminées décorent encore les 
appartements; sur l'une, qui est décorée d'un portrait 
ovale d'un commandeur, on lit entre deux écussons 
avec la croix de l'ordre, l'inscription suivante : 





Anno Mille-no Centeno Cum Nonageno Tune, Alemanorum 
Surreœit Nobilis Ordo. 



1 L'écusson est écartelé ; le dextre porte la croix gringolée d'argent, ayant au centre 
l'écusson orne' de trois balles de gueules sur champ d'argent. 

Le senestre porte la croix de sable de l'ordre , lisérée de blanc ou d'argent. 

L'écusson est surmonté du double heaume dont les ailes sont chargées de la même 
croix. 



— 66 — 

L'ésrlise, comme nous l'avons dit, s'élève près du château. 
Commencée sous Frambert de Lichtenberg, mort en 1605, elle 
fut terminée sous le comte Huin de Geleen , mort en 1656». 
Composée d'une seule nef vaste et bien éclairée dans le style du 
XVlIe siècle, elle a ses murs latéraux ornés de pilastres, et des 
bases de colonnes ogivales se montrent encore aux plinthes. Dans 
les lignes d'ensemble de l'édifice, on reconnaît encore le 
monument ogival démoli et que celui-ci remplace. Comme le 
château, l'église a perdu la plupart de ses ornements et de ses 
meubles. Sur le maitre-autel , dans le chœur, sont exposés des 
reliques de sainte Elisabeth ; les huit chandeliers en argent qui 
l'ornaient également autrefois n'existent plus. L'orgue , qu'on 
range parmi les plus belles de la contrée , est aujourd'hui à 
l'église d'Achel , village belge près de Ruremonde. Les vêtements 



i Voici le texte de l'inscription de la consécration ou dédicace de l'église , qui est 
gravée sur une pierre ou panneau ovale. Wolters l'a déjà donnée ainsi que la plupart 
des inscriptions sépulcrales de l'église. Ces dernières ne sont pas suivies avec une 
entière exactitude par ce laborieux investigateur : 



URBANO VIII. PONT. MAX. 

FERDINANDO III. ROM. IMP. 

FERDINANDO BAVARO ARCHIEP. 

ELECT. COL. ET EP. LEOD. 

JO. CASP. SUPR. ORD. TEUT. 

MAGISTRO. 

ECCLESIA HAEC , CUJUS FUNDAMENTA AB EMUNDO HUIJN 

DE AMSTENRODE COM. PROV. IACTA PER GODEFREDUM 

COMITEM AB HUIJN DE GELEEN S. CAES. M CAMPIMAR 

EJUS SUCCESSOREM UNA CUM AED1FICI0 ANNEXO 

ABSOLUTA, A REV. m ° D. HENRICO. EP. DIONIJS : 

SUFFRAG. LEOD. IN HONOREMB. MARLE 

DE1P. A. MDCXXXV1II, DIE 

XII. SEPT. EST CONSECRATA. 

EJUS DEDICATIO ANN1VERSARIA CELEBRATUR 

DOMINICA POST NATIVITATEM EJUSDEM 

B. MARLE, CUJUS ET.'ANNUNCIATIO HIC 

S1NGUL1S ANN1S SOLEMNITER C0L1TUR. 



— 67 — 

sacerdotaux répondaient par la richesse du travail et de la matière à 
la décoration des autels. Deux des trois autels , qui sont aux côtés 
latéraux du chœur, renferment des tableaux de Gaspard de Crayer, 
assez faibles de couleur et détériorés par le temps et le manque de 
soins. Sur l'un est saint Georges, recevant de la main d'un ange 
la bannière blanche avec la croix de gueules ; sur l'autre , consacré 
à la Vierge, est le Christ mort sur les genoux de sa mère. 

Ces toiles sont largement peintes et dénotent le talent du 
célèbre artiste anversois, ou d'un de ses habiles imitateurs, qui 
n'avait pas la vigueur du coloris de son maître. Au-dessus de la 
petite porte qui conduit à la sacristie, à gauche du chœur, sont les 
armes du baron de Bocholt , trois tètes de lion sur un écu à fond 
de sable, couronnées. A côté on lit: 

E. G. F. B. Scheffener. 
T. 0. R. 1637. 

C'est peut-être le nom de l'architecte de l'église , qui fut achevée 
en 1638. Sans parler d'autres pierres sépulcrales qui se trouvent 
dans l'église , signalons une grande dalle , placée dans le pavé 
du chœur, et ornée au centre et aux quatre angles d'anges sonnant 
la trompette , avec les mots Surgite, venite morlui ad judi- 
ciam. Les noms des commandeurs Godefroid Huin , baron de 
Geleen et de Wachtendonck , mort en 1656, et d'Edmond Huin 
d'Amstenraedt , mort le 9 avril 1634, y sont mentionnés. Le 
dernier était un grand bienfaiteur de l'ordre; en 1621, il fonda, 
avec l'agrément du grand-maitre Charles d'Autriche , le collège de 
l'ordre Teutonique à Louvain , afin que les jeunes gens qui se 
destinaient au sacerdoce et qui voulaient entrer dans l'ordre pussent 
fréquenter les cours de cette célèbre Université 1 . Le second, 



1 Valerius Andréas , Fasti. Academ. slud. gêner. I.oran. , p. 327. Nicolals 
Vernuueus , Academ. Lovan. , p. 1-5. 



- 68 — 

Godefroid Huin , feld-maréchal dans les armées impériales , se 
signala par sa bravoure dans la guerre contre les Suédois. Ces 
deux noms sont donnés avec les mêmes dates par Foppens. 
Godefroid , baron ou comte de Huin à Geleen , fit ériger la belle 
porte d'entrée de la commanderie, dont l'aspect est monumental 
et pittoresque. Une longue et large avenue conduit de là au corps 
de bâtiment principal. 

Nous terminons celte notice par une liste des grands comman- 
deurs de l'ordre qui, comme nous l'avons dit, a déjà été publiée 
par Foppens, en note, dans le quatrième volume qui fait suite à 
l'ouvrage du chanoine Le Mire, intitulé Diplomatum Belgicorum 
nova collectif), etc., en y ajoutant pour la compléter les dates et 
les noms donnés dans l'annuaire ou Jaerboek van Limburg 
de 1850. 



LISTE 



GRANDS COMMANDEURS DE L'ORDRE TEUÏOMQI 1 

I. Thierry de Guldenhaupt 1267 . 

II. Louis de Kinlwilre 1268. 

III. Matthieu de Francfort 1271 . 

IV. Hertnan de Hu-kle ou a Ryckel 1272. 

V. Nicolas , seigneur de Uom 1278 . 

VI. Thierry de llorst 1284. ' 

VII. Thierry de W'evelliocen ou Wevelighovet} 1292-1295. 

VIII. Gauthier de Papenlioven 1300-1302. 



' Entre ces deux derniers nom?, dans le manuscrit de Seesdoif, est placé Egbert d< 
Stoekeni en 1283. 



— 69 — 

IX. Thierry, seigneur de Hollande , devint commandeur en 1307 '. 

Hic fuit WilhelmiRom. Régis fîlius spurus, etc. obiit 1312. 

X. Gérard, comte de Loo%, vivait en 1322. Il était fils du comte 

Arnold de Looz et avait encore quatre frères dans l'ordre 
Teutonique ; Conrad , Lambert, Werner et Vredebete. 

XI. Rutger de Caudenbergh , succéda en 1325.* 

XII. Jean de Hoentlwrst en 1328. r ' 

Fut en même temps commandeur du bailliage d'Utrecht et chan- 
celier du duc de Brabant; il mourut en 1340. 

XIII. Gérard van Printhaghen 1 329 . 

XIV. Henry de Rondhorst ou Hondhorst 1 340 * . 

XV. Conrard de Colen ou von der Kaulen 1 351 B . 

XVI. Rutger de Vrimersen , Vlimersen ou Weimerslteim 1358 . 

Fut également commandeur du bailliage d'Utrecht, et en 1358 
grand commandeur de Coblence. 

XVII. Renier de Hoen ou Hoensbroeck , fut en même temps commandeur 

du bailliage d'Utrecht; il mourut en 1371 . 

XVIII. Henri de Lewenberg ou Leeuwenberg 1371-73. 

XIX. Renier de Hausen ou Hansen devint grand commandeur en 1389 

et mourut le 24 mai 1410. 

XX. Ivan ou Jean de Cortenbach, mort en 1434. 

XXI. Théodore de Betgenhausen ou Betenhausen , mort en 1440. 

XXII. Mathieu van der Straeten , mort en 1 460 . 

XXIII. Nicolas van der Dusen \ mort en ,1467 . 

XXIV. Jean van der Velde , mort en 1481 . 

XXV. Gérard de Sombreffe , mort en 1482. 

XXVI. Jean de Herck ou de Hauck , mort en 1503 . 

XXVII. Maximilien de Eynatten , mort en 1512. 

XXVIII. Gérard Streithagen, mourut le 21 janvier 1536. 

XXIX. Winand Breil ou de Breiel, gouverneur de Frise , de Groningue , 

et d'Overyssel, mourut le 5 janvier 1554. 

XXX. Jean de Ghoer, mort le 24 août 1572 . 

XXXI. Henri de Ruysschenberg , mort à Cologne en 1603. 

XXXII. Frambert Bock de Lichtenberg , mort le 16 novembre 1605. 



' Le même manuscrit le place en 1317. 

* Ou en 1324 , d'après le manuscrit précité. 
5 Ou en 1333, idem. 

* Ou Théodore de Rondorf. 

5 Winand de Spaubeek est cité en 1343. et Conrad de Francfort en 1349. 
Sa mort est placée à l'année 1476 d'après les Analectes de Mathieu, t. V., 
dans l'Annuaire du Limbourg , de 1850. 

XXIX XXII ! 



cité 



— 70 — 

X XXI II . Edmond Huyn d'Amstenraedt ', mort le 9 avril 1634. 

XXXIV. Gode froid Huyn , comte de Geleen, mort le 27 août 1657 . 

L'obituaire de l'église de Saint-Nicolas à Maestricht, |>orte 

27 Aug. 1657, obiit hic Trajecti excellentiss. et illustriss. 
D. Godefridus cornes de Geleyn archicommendator Junce- 
tanus. Req. in pace. 

XXXV. Edmond-Gode froid, baron de Bocltolt , mort le 26 octobre.. . . 1690. 

XXXVI. Henri de Wassenaer de Warmond, mort le 12 février 1707 ou 1709. 

XXXVII. Damien Hugo, baron de Schonborn , évêque de Spire, mort 

le 19 août 1743. 

XXXVIII. Ferdinand-Damien-Henri baron deSickingen d'Ebernburg, élu 

grand commandeur en 1743 , mort le 3 mai 1749. 

XXXIX. Léopold de Steinen-, baron de Scherffen et Kessenich , mort le 

29 juillet 1 766 . 

XL. Frunçois-Jean-Népomucène , baron de Reichsach. II fit de 

grands cbangements aux bâtiments de la commanderie , où il 

termina ses jours. 
XLI. Kerpen fut le dernier commandeur élu ou nommé ; il ne résida pas 

à la commanderie. 



* Edmond Huyn van Amsteraedt, commandeur, mort le 9 avril 1634 à Vieux-Joncs, 
était cousin du commandeur Godefroid Huyn van Geleen, né vers 1595 et mort 
à Maestricht, en 1657. Le Messager des sciences historiques de Belgique, a 
publié une 'lettre de Huyn de Geleen au président Roose, datée de Vieux-Joncs le 
19 mai 1643. 

Voir Charles Rahlenbeck , Messager des sciences historiques de Belgique , 
année 1864. 

1 Ce commandeur a fait don d'un ouvrage à la bibliothèque de la ville de Maestricht, 
portant pour titre : Historisch Diplomatischer Unterricht von des hohen Teulschen 
Ritterordens und inbesondere der Balley Hessen. On y lit la pompeuse inscription 
suivante : 

EX DONO 

NOB1L. ET EXCELS. DOMIN1 

BARONIS DE STEINEN 

ILLUSTK. 0RD1N1S THEUT0N1C1 

EQUIT1S 

MAGNI COMMENDATOHES 

BAILLI VAE DE JUNCIS 

k* k" &» 

1752. 



UNE ANCIENNE 

COLLECTION DE NUMISMATIQUE ET D'ANTIQUITÉS. 

NOTICE 

par feu M. ALBERT TOILLIEZ , 

MEMBRE CORRESPONDANT A MONS. 



On a publié, durant ces dernières années, plusieurs inventaires 
d'anciennes collections d'objets d'art et d'antiquité , dans le dou- 
ble but d'aider à faire retrouver ces objets dispersés depuis par 
tant de causes , et surtout de faire connaître l'état des connaissan- 
ces artistiques et archéologiques à diverses époques. Nous croyons 
que sous ce dernier rapport et par la naïveté de la forme , celui dont 
nous allons nous occuper, offrira quelque intérêt. Nous en som- 
mes redevable à notre ami M. Léopold Lefèvre , ingénieur civil à 
Mons; il l'avait trouvé dans un paquet de hasard, acheté dans une 
vente de livres et formé en grande partie d'ouvrages et de bro- 
chures imprimés à Dijon. 

Ce catalogue forme une plaquette petit in-folio , reliée en velin , 
et se compose de trois parties; la première, qui est imprimée et 
comprend huit pages, a pour titre : Roollc des médailles et au- 

Commissaires rapporteurs : MM. A. Scheler et II. Schoermans. 



— 72 — 

très antiqiiitez du cabinet de Monsieur Du Perier «, gentilhom- 
me de la ville d" 1 Aix en Provence, et il est déclaré à la fin que 
toutes les susdites antiquitez sont extraites de six les plus ra- 
res cabinets de la France. La deuxième et la troisième parties 
sont manuscrites et sont intitulées, celle-là : Roolle des pièces que 
je mestois réservées desquelles je ne me voulois point desfere , 
celle-ci : Aultre roolle des pièces que jay acquises de nouveau. 
On remarque au recto du feuillet de garde du commencement, 
la note manuscrite suivante : « Ce cabinet fut acheté en 1608 par 

■ Messieurs d" Aix pour Monsieur De Guise, gouverneur de la 
< province. • La troisième partie est terminée par une note ainsi 
conçue : < Plus jay acquis despuis le susdit marché faicl par 

• Monsieur de Bagarris par le commandement de sa Majesté 

■ quarante médailles d'argent pour remplir leslroit d'icelles 2 et 

• dont il y a , ou d'imperialles ou aultres une trentaine nettes et 
» rares que jacorde de donner pardessus led. marché. Faict à Aix 

■ le unxieme febvrier mil six cens et huict. Du Perier. 

Enfin , au-dessous de cette note , se trouve l'attestation d'un 
notaire royal héréditaire , dont la signature est illisible , portant 
qu'il a collationné ledit roole pour le bailler à Messieurs les pro- 
cureurs du pays. 



' Ce Du Perier , gentilhomme (V Aix en Provence, ne serait-il pas François du 
Perrier , fils de Laurent du Perrier , avocat au parlement d'Aix , dont Malherbe a 
rendu le nom si célèbre en pleurant la mort de sa fille dans cette élégie bien connue : 
Ta douleur, du Perrier, etc.? Plusieurs indices portent à le croire. Malherbe, qui l'avait 
intimement connu durant son séjour à Aix , en parle comme d'un intime ami dans deux 
lettres du 7 octobre 1607 et du l^ janvier 1608, adressées à M. du Peirèse. Ces dates 
semblent plaider en faveur de cette identité. On serait tenté d'en trouver une preuve de 
plus dans la forme même donnée à cette consolation à M. du Perrier: c'est à l'anti- 
quaire surtout que le poète paraît s'adresser en évoquant cet Opheltés-Archémore, fils de 
Lycurgue, roi deNémée, en faisant défiler devant lui ce cortège tout mythologique de 
Tithon , de la Parque, d'Alcide , de Priam, etc. Du Perier , son catalogue le prouve , 
aimait et connaissait l'antiquité. Malherbe aurait-il choisi celle-ci , comme dérivatif aux 
douleurs de son ami? La présente publication ouvre la porte à cette hypothèse. 

* C'est-à-dire pour remplit les lacunes existantes dans la collection. 



— 73 — 

Il nous paraît résulter de ce qui vient d'être exposé que 
M. Du Perier avait fait imprimer, dans une intention quelconque, 
le catalogue d'une partie de sa collection et que le parlement d'Aix, 
qui désirait offrir cette collection au gouverneur de la province , 
a voulu l'avoir toute entière , circonstance d'où sont provenus les 
suppléments manuscrits. 

Le duc de Guise dont il s'agit ici est Charles de Lorraine , fils 
aîné de Henri-le-Balafré , qui fut assassiné aux Etats de Blois en 
1588 ; l'un des chefs de la ligue de 1591 à 1594 , il avait fait 
la paix avec Henri IV à la fin de cette dernière année et en avait 
reçu à cette occasion , outre une somme de près de trois millions 
de livres, le gouvernement de la Provence ! . 

C'était , comme on sait , l'usage autrefois que les villes et les 
provinces fissent des cadeaux à leurs gouverneurs civils ou mili- 
taires lorsqu'ils entraient en fonctions , aux personnages impor- 
tants qui y passaient et même aux rois lors de leur avènement ; 
cet usage existait aussi pour les corps constitués , les corporations 
de métiers , etc. Les cadeaux consistaient d'ordinaire en sommes 
d'argent, qui souvent étaient considérables. C'est ainsi qu'on estime 
à 200,000 écus d'or les présents offerts à Philippe II , lors de 
la tournée qu'il fit avec Charles-Quint, en 154-9, dans nos pro- 
vinces, pour s'en faire reconnaître prince souverain 2 . Deux anec- 
dotes curieuses confirmeront ce que nous disons de l'importance 
qu'avaient souvent cette sorte de cadeaux ; nous les avons trouvées 
dans YEncyclopediana, Paris, Paulin, 1843. Lorsque le maréchal 
de La Ferté fit son entrée dans Metz, les juifs vinrent pour le saluer 
comme tous les autres ; quand on lui eût dit qu'ils étaient dans 
l'antichambre : « Je ne veux pas voir ces marauds-là , dit-il ; 
» ce sont eux qui ont fait mourir mon maître. » On fut donc leur 
dire que M. le maréchal ne pouvait leur parler ; en témoignant 
leurs regrets de cette circonstance , ils dirent qu'ils lui appor- 

1 Bordier et Charton, Histoire de France, édition nouvelle, t. Il, p. 107 , col . 1 
* Delewarde, Histoire générale du Hainaut, t. V, p. 455. 



— 74 — 

talent un présent de quatre mille pistoles ; le maréchal à qui l'on 
rapporta promptement cela , répondit : « Faites-les entrer ; ces 

• pauvres diables , ils ne le connaissaient ma foi ! pas , quand ils 

• l'ont crucifié. 1 > 

Le successeur de M. le duc de Vendôme 2 ( dans un gouverne- 
ment de province , accepta la bourse de mille louis qui lui fut 
présentée, selon l'usage, à son entrée; mais, lui dirent les magis- 
trats, votre prédécesseur l'avait refusée. — -Oh! répliqua le 
■■ nouveau gouverneur , ce monsieur de Vendôme était un homme 
» inimitable 3 . • L'argent était quelquefois remplacé par des pièces 
d'orfèvrerie , mais nous croyons que le cas de l'offre d'une collec- 
tion d'antiquités peut être regardé comme unique ; il prouve 
l'estime qu'on faisait de cette collection. Il est très-probable que 
ces dons n'étaient rien moins que volontaires et gracieux , bien 
qu'on les qualifiât de cette manière , mais ici cela est certain puis- 
qu'on voit par la note de M. Du Perier que le cadeau fait à M. de 
Guise, n'était que l'effet d'un ordre du roi 4 . 

On peut se demander comment le catalogue , qui devait servir 
de pièce à l'appui de l'acte d'acquisition de la collection , a pu 
arriver en Belgique ; une adresse et une note inscrites sur l'un 
des plats du volume montrent au moins qu'il est allé directement 
d'Aix à Dijon , car la première porte : A monsieur monsieur 
De Requeleyne, con r . au parlement , à la chorbonnerie , à 
Dijon , et la seconde : Ce livre m'a été envoyé par M 1 '. Tomasin 
de Maso g ne , con r . au parlement d'Aix. 

Nous avons conservé l'orthographe de notre vieux catalogue; 
mais nous avons ajouté la ponctuation , aux endroits où cela était 
indispensable. 



1 Ouvrage cité, p. 7, col. 2. 

-' Sans doute, Louis-Joseph, troisième duc de Vendôme, célèbre général sous Louis XIV et petit-fils 
de Césat de Vendôme, fils aîné de Henri IV el de Gabrielle d'Estrées. 
' i)u\ rage i ilé . p. 56, col. I 
4 Henri IV 



ro 



Roolle des médailles et autres antiquitez du cabinet de 
Monsieur Du Perier, gentilhomme de la ville d'Aix en 
Provence. 



MÉDAILLES GRANDES DE CUYVHE ET DE METAIL DE COH1NTHE 



Julius. 

Julius Cœsar du revers d'Auguste. 
Autre dudict revers. 

Autre dudit Julius et Auguste d'un costé 
et une navire au R. 

Augusfus, 
Augustus du R. de S. C restitué par 
Nerva. 

Tiberius. 

Tibeiïus du R. des deux victoires. 

Autre du Prince assis, tenant la Patere ! . 

Autre ou les testes de Qrusus et de Ger- 
manicus sortent de deux cornes d'abon- 
dance. 

Caligula. 
Caligula du R. de la couronne civique. 



Autre des trois sœurs. 

Autre de l'adlocution. 

Autre du sacrifice. 

Autre du triomphe de la Germanie. 

Claudim. 
Claudius de l'Espérance. 
Autre de l'arc sur lequel est la figure 

Equestre au milieu de deux trophées 

des ennemis. 
Autre de la couronne civique, 

Nero. 
Nero de l'Edifice. 
Autre de la Course. 
Autre du Port. 
Autre de la Rome. 
Autre de l'adlocution. 
Autre du Temple de Jarius. 



* « Pendant longtemps, dit Barthélémy dans son Manuel de numismatique ancienne, les 
» numismatistes ont cru à l'existence des monnaies en airain de Corinthe, mais il est reconnu mainte- 
» nant que c'était une erreur, fondée sur ce que plusieurs bronzes antiques sont composés d'un alliage de 
» cuivre et d'autres métaux, principalement d'étain. » 

On peut voir, au sujet de l'airain de Corinthe, les chapitres 3, G et 18 du livre XXXIV de l'Histoire 
naturelle de Pline. On y voit que de son temps déjà on faisait passer pour fabriqués de ce métal 
beaucoup d'objets qui ne l'étaient pas. 

2 Patera , vaisseau de forme circulaire et peu profond, ressemblant à une soucoupe, et servant à 
contenir des liquides et non des solides, par conséquent à boire, non à manger. (Becker, Quœst. 
Plaut. p. 50), mais employé plus particulièrement pour faire des libations. On versait le vin dans la 
patera, d'où on le répandait, soit sur la tète de la victime, soit sur l'autel. Les paiera; de qualité infé- 
rieure étaient en terre, les plus précieuses en bronze, en argent, et quelquefois en or, richement ornées 
et d'un beau travail ; quelquefois elles avaient une poignée, le plus ordinairement elles en manquaient. 
Anthony Rich, Dict. des antiquités romaines et grecques. — Voir aussi M. G. Hagemans, p. 40G 
de son Cabinet d'amateur, et le Bull descomm. Roi/, d'art et d'archëol., III, p. 327. 



— 76 - 



Galba. 
Galba de la Rome assise. 

Vilellius. 
Vitellius de la Victoire escrivant dans un 
escu. 

Vespasianus. 

Vespasianus de Titus et Domitianus. 

Autre de la Paix. 

Autre de la Victoire de la Iudée , escri- 
vant dans un escu. 

Autre de Mars victorieux. 

Autre de la santé. 

Autre de la Iudée captive. 

Autre de l'Amphithéâtre. 

Autre du Prince assis sur une chaire 
curulle. 

Titus. 

Titus de la figure* Equestre. 

Autre de Mars. 

Autre de l'Espérance. 

Autre du Piince à cheval , à qui Mars 

donne la victoire. 
Autre de la Iudée captive. 

Domitianus. 
Domitianus de la Victoire couronnant le 

Prince. 
Autre desjeux séculiers. 
Autre du Prince tenant une colonne entre 

ses bras et le pied sur le fleuve du Rhin. 
Autre de Mars. 
Autre du Prince sacrifiant. 
Autre de l'Annone '. 
Autre de la mémoire de Domitile. 



Nerva. 

Nerva de la Pyramide. 

Autre de la concorde de l'exorcite \ 

Traianus. 
Traianus du forum. 
Autre de la Basilique. 
Autre du Roy donné aux Parthes. 
Autre du Prince tenant par le col un des 

ennemis par terre. 
Autre du pont du Danube. 
Autre du Prince à cheval , poursuyvant ses 

ennemis. 
Autre de la Dace pleurant sa captivité , 

avec les trophées d'icelle. 
Autre de la Déesse Ceres et de la mesure 

du bled. 
Autre d'un aqueduCifaict par le Prince. 
Autre de la figure de la Paix tenant soubs 

ses pieds le Roy de la Dace. 
Autre de l'Italie alimentée. 
Autre de la victoire escrivant dans un 

escu. 
Autre de la providence des Dieux. 
Autre de la Fortune. 
Autre encores de la Providence. 
Autre de l'adlocution. 

Hadrianus. 
Hadrianus de l'Afrique. 
Autre de la resinuissance. 
Autre de l'exorcite de la Dace. 
Autre de la Capadoce. 
Autre du Congière 3 . 
Autre du Prince relevant de sa main toute 

la terre figurée par Cybelle , Mère des 

Dieux. 



1 Traduction trop littérale du mot Annona qui , joint à Augusti, constate le soin qu'avait pris l'em- 
pereur d'approvisionner Home. 

* Traduction par trop littérale d'exorcitus. 

"' Congiarium , largesse ou donation ayant consisté d'abord en un certain nomlirc de mesures (comjïi) 
de vin , d'huile , de sel , et plus tard en sommes d'argent nue les empereurs faisaient distribuer au 
peuple . à leurs frais. 



— 77 — 



Autre de la galère portant le Prince. 

Autre de l'adlocution. 

Autre du Prince relevant l'Espagne. 

Autre relevant l'Achaie. 

Autre ou le Prince reçoit le Monde des 

mains de Trajan. 
Autre de la providence des Dieux. 
Autre de la Mauritanie figurée par un homme 

tenant un cheval. 
Autre de l'Espagne. 
Autre de l'Egipte. 
Autre du Prince sacrifiant. 
Autre de la Iustice. 
Autre de la libéralité. 
Autre de la vertu. 
Autre de Neptune. 
Autre de la clémence. 
Autre du sacrifice pour l'advenement du 

Prince en Italie. 
Autre de la Rome. 
Autre de la seurté. 
Autre de l'abondance. 

Antoninus. 
Antoninus du congiêre. 
Autre de M. Aurelle en sa ieuuesse. 
Autre de l'Italie assise sur le monde. 
Autre du Triomphe. 
Autre du Tibre. 

Autre du temple d'Auguste restitué. 
Autre de la Phenicie. 
Autre de la Colomne. 
Autre de la paix. 
Autre du génie du Sénat. 
Autre de la Furie. 
Autre M. dudict Antoninus, ou Elius est 

d'un costé et la figure de la concorde 

au revers. 



Autre de l'Annone. 

Autre du bûcher ou l'on bruslait les corps 
des empereurs , appelle Rogus. 

Lutins. 
Lucius de l'abondance , tenant le monde 

en sa main. 
Autre de la Gallere. 
Autre d'un char tiré par deux serpents. 
Autre de l'aigle sur le monde. 

M. Aur elius. 

M. Aurelius en sa ieuuesse , du vase, sim- 
pule ', litue 2 et flambeau, simboles de 
la religion. 

Autre du prince relevant l'Italie. 

Autre de la victoire triomphale de l'Arménie. 

Autre de la santé. 

Autre de Mars. 

Autre de la Germanie , pleurant sa capti- 
vité, au dessoubs des trophées du Prince. 

Autre de la despouille de la Germanie. 

Autre de la despouille des Sarmates. 

Autre du Prince et de Lucius se tenant 
par la main. 

Autre de l'aigle portant l'ame du Prince. 

Commodus. 
Commodus du triomphe. 
Autre de la santé tenant une patere au 

devant d'une colomne sur laquelle il y 

a un serpent. 
Autre du congiêre. 
Autre du voyage du Prince. 
Autre du Prince se tenant par la main 3 . 

Pertinax. 
Pertinax de la providence des Dieux. 



1 Simpulum, grande cuiller à long manche qui servait, dans les sacrifices, à puiser en petite quantité 
le vin dans le cratère ou dans tout autre grand vaisseau, pour en faire des libations A. Rich, Dict 
d'ant. rom. et gr. 

2 Lituus, bâton augurai . 

» Sic. 



— 78 



Septimius Severus. 
Severus de l'advenement du Prince. 

Albinus. 

Albinus de la paix. 

Bassianus. 
Bassianus du cirque, 

Gela. 
Geta du Lyon berissé. 

Macrinus. 
Macrinus de la paix et de l'abondance. 
Diadumeniamis de la paix. 

Heliogabalifs. 

Heliogabalus du Revers du Prince tenant 
le monde en sa main. 



Alex. Severus, du Revers de la victoire. 

Maximinus, du Revers de la paix. 

Maximus, du litue , simpule, vase et 
strigillc *. 

Gordianus Africanus pater , de la seurté. 

Gordianus Africanus filius , de Rome vic- 
torieuse. 

Balbinus de la Concorde. 

Pupienus de la libéralité. 

Gordianus junior de la félicité du temps. 

Philippus de l'Annone. 

Pbilippus le fils de la paix éternelle. 

Decius de Jupiter Capitolinus. 

Crebonianus du Temple. 

Volusianus de la paix. 

Valerianus de Mars. 



MEDAILLES PETITES DE BRONZE ET DE METAIL DE COMNTHE. 



Julius Cœsar. 
Julius du Revers d'Auguste. 

Aiiyuslus. 
Augustus du Temple de la providence. 
Autre du fouldre de Jupiter. 
Autre de la déesse Vesta. 
Autre de l'aigle de Jupiter. 
Autre du mesme Temple de la providence. 
Autre de la Victoire , tenant le monde , 

restitué par Titus. 
Marcus Agrippa du R. de Neptune. 

Tiberius. 
Tiberius de la Déesse Vesta. 



Aultre du Revers de S. C. 

Drusus de S. C. 

Germanicus de S. G. 

Pictas du R. de S. C. 

Autre Tiberius des deux Victoires. 

Caligula. 

Caligula de la déesse Vesta. 

Cluudius. 
Claudius de la constance. 
Autre de la liberté. 

Nero. 
Nero de Macellum Augusli *. 



1 Strigilis, étrille ou racloir qui servait, en Grèce et en Italie, à enlever et à faire disparaître, en 
grattant, l'humidité et les corps étrangers répandus à la surface de la peau par la chaleur du bain de 
vapeur ou les vïelcnts exercices de la palestre. A. Rich Dicl d'ant rom. et gr 
>'.< - IL u ' cnceinl bâtiment servant de nui. lu 



— 79 



Autre du Génie. 

Autre de la Victoire. 

Autre de l'Autel de la Paix. 

Autre de l'Espérance. 

Autre dudict Nero et Drusus de la course. 

Gai ha. 
Galba de la liberté publicque. 

Vitellius. 
Vitellius de la Victoire. 

Vespasianus. 
Vespasianus de la Victoire. 
Autre de l'aigle sur le monde. 
Autre des deux cornes d'abondance. 
Autre de l'Equité. 
Autre de la félicité publique. 

Titus. 
Titus de la seuilé du peuple Romain. 
Autre de la paix. 

Domitianus., 

Domitianus de la vertu. 
Autre du Temple. 
Autre de Mars victorieux. 
Autre des ieux séculiers. 

Nerva. 
Nerva de la fortune. 

Trajanus. 

Trajanus de l'Arabie acquise. 
Autre du Prince à cheval. 
Autre de sa despouille. 
Autre de la paix et de l'abondance. 
Autres des armes dictes Ancilia. 
Autre de Mars victorieux. 

Hadrianus. 

Hadrianus de la Pieté. 
Autre de l'Espagne. 
Antre de l'Alexandrie. 
Autre de Mars. 
Autre de la santé. 



Antre de Cercs. 

/Eli us. 
/Elius de la Pannonie. 
Autre de l'Espérance. 

Antoninus. 

Antonin. de M. Aurelle en sa ieunesse. 
Autre de ses deux enfants, sortans de 

deux cornes d'abondance. 
Autre du Tibre. 
Autre du Dieu Mars, couché avec llia Rhea, 

mère de Romulus et Remus. 
Autre du fouldre de Jupiter. 
Autre de la Déesse Santé. 

Lucius. 

Lucius de la galère. 

,1/. Aurelius. 
Marc. Aurelius delà Galère. 

Commodus. 
Commodus de l'Italie assise sur le monde. 
Autre du R. de la Masse de Hercules. 
Autre de l'Aigle sur le monde. 

Seplimius Severus. 
Severus du lion portant Cibelle Mère des 

Dieux. 
Autre frappée en Grèce du R. du serpent. 

Geta. 
Geta de l'Espérance. 

Macrinus. 
Macrinus de la Foy des soldats. 

Alexander Sevems. 
Alexander du Triomphe. 

Mareus, Julius , Philippus. 

Pbilippus du chapeau de Triomphe , ou 

est escrit : Votis decemnalibus S. C 



— 80 — 



MEDAILLES GRANDES DE CUIVRE ET DE MÉTA1L DE CORINTHE DES IMPÉRATRICES. 



Agripina, Mère de Caligula , des deux 
Meulles du carpentum. 

Antonia Augusta du R. de Claudius , 
abillé en sacrificateur. 

Iulia, fille de Titus, de la Déesse Vesta. 

Sabina, femme d'Hadrianus, de la Con- 
corde. 

Faustina , femme d'Antoninus pius , de 
l'Eternité. 

Autre de Ceres. 

Autre de l'Eternité. 

Autre de Ceres. 

Autre d'Augusta. 

Autre d'Augusta victorieuse. 

Autre du Croissant avec sept estoilles. 

Faustine, femme de M. Aurelle. 
Faustina de Diane. 



Autre de Hilaritas. 

Autre de la félicité du temps. 

Autre du temple. 

Autre de Veneri Genitiïei. 

Lucilla, femme de Lucius. 
Lucille de la Fecundité. 
Autre de Iuno regina. 
Autre de Hilaritas. 

Crinpina, femme de Commodus. 
Crispina de la Concorde. 

Marcia. * 
Marcia de la Concorde. 



MEDAILLES D OR. 



Cinna du R. du Temple. 
Vespasianus du Taureau. 
Titus du mesme R. du Taureau. 
Hadrianus de Romulus et Remus allaictez 
par la Love. 



M. Aurelius de Hilaritas. 
Faustina, femme du dict Aurelius, de la 
Concorde. 



MÉDAILLES D'ARGENT CONSULAIRES. 



Romulus ou Quirinus de Ceres. 
Sabinus du ravissement des Sabines. 
Numa Pompilius de la proue d'un navire. 
Ancus Martius de la figure équestre. 



Junius Brutus du revers de Ahala. 
Regulus du combat des gladiateurs contre 

les Lyons. 
Cœlius Caldus de l'Orient. 



Marcia Otaci lia Scvcra, femme de Philippus 



— 81 



A. Postumius de la couronne d'espis de bled . 
Restio du revers de Hercules. 
jEnobartus de la proue d'un navire. 
Fabricius du R. du Pont. 
Sulla du revers de C. Pomp. Rufus. 



Pompeius du ravissement des sabines. 
Juba du temple. 

Lucius Antonius du R. de l'Orient. 
Marcus Antonius du R. d'Augustus. 
Lepidus du revers d'Augustus. 



MÉDAILLES D'ARGENT IMPÉRIALES. 



Julius Cœsar, habillé en pontife , du 
R. I. C. Cossutius. 

Autre du R. de Pompei. 

Autre du Dictateur perpétuel , de Venus 
victorieuse. 

Autre du Dictateur, de la foy , la paix, la 
justice et de la religion et du monde. 

Augustus du R. du triumvirat. 

Autre du litue , du simpule et du vase. 

Autre de la robe consulaire. 

Autre de Tarpeia avec les boucliers des- 
quels elle fut tuée. 

Autre de la couronne civique. 

Autre de la Patere. 

Autre du Temple. 

Tiberius de la Paix. 

Caligula du R. d'Agrippina. 

Claudius du Triomphe. 

Nero en sa ieunesse. 



Galba de la couronne civique. 
Autre de Jupiter Custos. 
Titus de la Vertu. 
Domitianus de la fortune. 
Nerva du litue , du simpule et du vase. 
Trajanus du Prince à cheval. 
Autre du Danube. 
Autre de viaTraiana. 
Adrianus de la libéralité faite aux soldats. 
Autre de l'Afrique. 
Autre du revers de Traianus. 
Antoninus de M. Aurelle en sa ieunesse. 
Lucius de la providence des Dieux. 
M. Aurelius de la Paix. 
Commodus de la fortune. 
Macrinus de la seurté. 
Alexandcr severus du Prince tenant le 
Monde en sa main. 



PIERRES GRAVEES. 



Une grande Cornaline , d'une Venus regar- 
dant un Cupidon qui porte un flambeau 
et une pomme , estant sur un autel. 

Un beau Jaspe rouge , de Marcus Antonius 
et Lepidus. 

Un Saphir d'eau, d'un Jupiter, estant sur 
son Aigle. 

Une grande Onyce blanche et grise , ou y 



a la teste d'une femme et des lettres 

grecques. 
Une Sardoine , d'un terme. 
Une Calcidoine, d'un Bassianus empereur. 
Un Jaspe meslé , d'un Caligula empereur. 
Un Granat, d'une teste incognue. 
Une Topasse orientale , d'un Mars. 
Un Lapis ou y a une teste d'homme , et 



— 8.2 — 



celle d'un mouton el d'un cheval . sous^- 

lenues par les pit'ds d'un Cocq. 
Une petite Onyce, de la teste d'un 

Lysimachns. 
Une autre Cornaline , d'un ours captivé 

par deux Cupidons. 
Autre , de la teste d'un Trajau. 
Autre, d'une teste incognue. 



Une autre de l'Escrevisse. '. 
Une autre , d'un petit Bacchus monté sur 
\m Bouc. 

Autre ou y a des lettres puniques. 
Autre fort antique, d'une teste barbue aussi 

incognue. 
Un Peridol, d'un Mars assis sur ses armes. 



MÉDAILLONS DE BRONZE ET D ARGENT , QUI SONT MEDAILLES l'LL'S CRANDES 
QUE LES ORDINAIRES. 



Sertorius du H. de la Biche. 

Hercules armé de la despouille du Lion , 
du R. de la foudre de Jupiter traver- 
sant une mire. 

Marcelinus consul , du R. du Temple de 
la victoire. 

Julius Ccesar du R. d'Auguslus. 

Vespasianus du R. de Mars. 

Trajanus du port d'Ostie. 

Autre d'un char tiré par quatre Lyons. 

Aurelius d'une figure tenant un cheval par 
la main. 

Faustina la Mère , de Gibelle trainee par 
deux Lyons. 

Faustina la Fille , du R. du Paon. 

Commodus et Crispina, du R. du prestre 
qui les marie , vota publica. 



Autre munie de la peau du Lion, du revers 

d'une colonnie. 
Autre de Mars victorieux. 
Aude dudicl Aurelius, tenant Lucius par 

la main; frappée en Grèce, ayant une 

province au R. 
Septimius Severus de Mars. 
Autre de deux temples. 
Bassianus, frappée en Grèce des 2 temples. 
Geta, du prince courant à cheval. 
Diadumenianus du vase , du simpulc et du 

litue. 
Scipio , avec le triomphe de Carthage. 
Philippus , père d'Alexandre le Grand , 

d'argent. 
Aloxander, roy des Epirotes, aussi d'argent. 



Ywtt petite teste de Faustine la Mère , 

n'ayant que h' bout du nez rompu. 
Une teste de Fallas, de la grandeur du 



naturel , armé'' de son morion , ayant 
aussi le bout du nez el quelque peu du 
morion rompu. 



' Voir au sujet des pierres gravées uii étaient représentés les signes du Zodiaque, la notice de 
M II Schubrhans sur une intaille trouvée au Rondenboscb sous Iloulcm [Limbourg hollandais). 
Ann de l'Acad. d'arch di Belg., t 1,2' érii 



83 



Une teste de Diane, plus petite que le 

naturel, reparé sur un buste nouveau. 
Un Cupidon d'excellente main, aussi reparé 

sur un buste. 
Deux pieds de marbre d'un petit enfant, 

aussi d'une main excellente. 
Un grand vase ou une urne tout entière , 

aussi de marbre , avec son couvercle, ou 

l'on mettait les cendres des morts, de la 

hauteur d'un pied et demy. 
Figures, et autres pièces et instruments de 

bronze. 
Un Neptune armé de son trident, porté 

sur un monstre marin , de la hauteur 

d'un pied , un poulu et une ligne et 

demye. 
Un Pallas, sans point de bras, de la hau- 
teur de sept poulus neuf lignes et 

demye. 
Un Jupiter, aussi sans point de bras, de 

la hauteur de cinq poulus huict lignes. 
Un Mercure, sans point de mains, de la 

hauteur de cinq poulus et trois lignes. 
Autre Mercure, de la hauteur de quatre 

poulus une ligne et demye. 
Autre de la hauteur de deux poulus neuf 

lignes et demye. 
Un petit fleuve qui a les bras et les pieds 

rompus, de la hauteur de deux poulus 

et neuf lignes. 
Une figure d'un jeune homme incognu , 



qui a une queue , ayant les aureilles 
d'un satyre , la bouche et les temples 
bandez , de la hauteur de onze poulus 
onze lignes. 

Un Hercules tenant sa massue, de la hau- 
teur de trois poulus cinq lignes. 

Une petite Satyre excellente , de la hauteur 
de deux poulus six lignes. 

Une petite teste d'un cheval Pégase. 

Une masque appelée la bocca de la verita. 

Une Luzerne * tout entière. 

Un cachet ou est escrit : Q. Cœli Callisti. 

Autre cachet ou est escrit :'L.AttiTrescentis 

Une petite teste de la Clémence. 

Deux mains trouvées dans un sépulcre 
avec forces anneaux de bronze serrez 
près desdictes mains, qu'on croit estre 
d'un gladiateur. 

Deux strigilles de bronze qui servoyent 
pour les Bains. 

Un couteau duquel on esgorgeoit la vic- 
time aux sacrifices. 

Un vase, aussi de bronze, servant pour 
les bains, de la hauteur de cinq pou- 
lus trois lignes. 

Une petite teste de Mouton. 

Deux grands anneaux servants pour mettre 
aux bras desdits gladiateurs. 

Un autre anneau façonné a goudrons *, 
pour le mesme effect. 

Un petit lévrier mangeant un lièvre. 



VASES ET AUTRES INSTRUMENTS DE TERRE ANTIQUE. 



Un grand vase de terre rouge , servant 
pour les sacrifices ou y a des figures 



peintes, de la hauteur de onze poulus 
moins une ligne. 



Pour hicerne, de lucerna, lampe. 
C'est-à-dire à godroiis. 



84 — 



Autre vase de la même terre , aussi tout 
entier , ou y a des ligures peintes , de 
la hauteur d'un pied neuf lignes. 

Un grand plat avec ses deux anses , aussi 
tout peint et tout entier , de la mesme 
terre rouge, de la hauteur de trois 
poulus une ligne et demye , et de la 
largeur d'un pied et un poulu. 

Un autre instrument de la même terre , 
semblable à une boite. 

Un autre fait d'une estrange façon , aussi 
tout entier. 



Un autre avec son anse, de terre noire, 
aussi tout entier, de la hauteur de sept 
poulus quatre lignes. 

Deux benesliers ' ayant la teste d'une 
Truye, servants pour les sacrifices de Ce- 
res, aussi entiers, chascun de la hauteur 
de six poulus huict lignes et demye. 

Un autre vase de terre noire, aussi entier, 
de la hauteur de sept poulus 5 lignes. 

\]ne urne de verre entière, ayant encore 
les cendres au dedans. 



Toutes les susdictes antiquités sont extraictes de six les plus rares cabinets de 
la France. 



Roolle des pièces que je mestois réservées desquelles je ne 
me voulois point desfere. 



Une teste de marbre, de la grandeur du 
naturel, ayant le nez reparé, que les 
tings tiennent estre un Annibal et les 
aultres un Hadrien Trajanus. 

Une médaille de bronze de Ciceron , du 
revers de l'adlocution. 

Une médaille d'argent d'Artemise,du revers 
d'une piramide faicte a degrés ou y a 
de petites galires * et une figure audessus. 

Une médaille de Cayus Marius , aussi d'ar- 
gent , du revers du trophée des Cimbres. 

Aultre médaille d'argent , de la femme de 
Titus, avec le revers de sa fille Julia. 



Aultre médaille d'argent, deMarcus Brutus, 
du revers des deux poignets et le 
chappeau de liberté. 

Un petit vase d'agate, trouvé en Alexandrie. 

Une cornaline montée en anneau , ou la 
face de notre seigneur est gravée , 
poisant deux escus moins seize grains. 

Un Julius Cœsar, gravé en cornaline , 
monté en anneau poisant ung escu et 
demi moins cinq grains. 

Un Hadrien taillé en camayeult * d'agate 
rousse, blanche et noire, en anneau 
poisant. deux escus douze grains. 



' Ces vases avaient sans doute été regardés comme ayant servi à contenir de l'eau lustrale ; l'auteur du 
catalogue en a naïvement fait des bénitiers. 

« Galères? 

■ Camée, de camahieu. Ce mot s'est conservé jusrjues assez avant dans XVII" siècle pour désigner le 
camée; il a passé ensuite et est resté appliqué aux peintures monochromes, imitant les effets du camée. 
De Laborde, Notice des émaux du Louvre, 11° partie, Documents et glossaire. Dans les nombreuses 
citations de l'auteur, le mot est généralement écrit comme plus haut, mais on trouve aussi camayeu et 
ramajeu. — Voir sur ce mot le Dictionnaire d'dtymotngie de M. A SCHELER.. 



85 



Une onice ou le phare est gravé, aussi 
en anneau poisant ung escu et demi 
moins cinq grains. 

Aultre onice , aussi fort belle , d'une teste 
incogneue , en anneau poisant deux 
escus quinze grains. 

Un Julius Cassar gravé, tout de son long 
assis sur ses jambes , faisant lui-même 
sa couronne, tout neud , dans une pe- 
tite cornaline , en anneau poisant un 
escu trois grains. 

Un Socrates dans une aullre cornaline , 
en anneau poisant un escu moings six 
grains. 

Une cornaline et agate blanche ou Ro- 
mulus et Remus tétant la love , sont 
gravés avec Faustulus et ficus Rumi- 
nallis, en anneau poisant deux escus 
moings seize grains. 

Un Annibal gravé dans un prisme d'es- 
meraude , eu anneau poisant un escu 
neuf grains. 



Une Faustina avec son gladiateur , gravés 

dans un jaspe vert, en anneau poisant 

un escu dix et huit grains. 
Une Venus avec deux petits Cupidons , 

gravés dans une gira^solle , en anneau 

poisant un escu moins vingt deux grains. 
Un Solon gravé dans un jaspe vert. 
Un médaillon de Tiberius , du revers du 

triumphe. 
Un médaillon d'Atinous, du revers du 

mouton. 
Un médaillon d'Adrianus, du revers delà 

course. 
Un médaillon de Didius Julianus , du 

revers du triumphe. 
Un médaillon de Gordianus , du revers de 

Hercules combattant avec ung lion. 
Un autre médaillon de Marcus Aurelius 

en sa jeunesse du revers du prince a 

cheval coronné par la victoire. 



Aultre roolle des pièces que jay acquises de nouveau. 



Une figure venue d'Egipte acheptee cinq 
cens escus par feu Cazaulx, toute nue, 
assise , tenant audevant de ses genoux 
trois petites figures semblables à celles 
qu'on trouve dans les corps des momies 
de la haulteur de deux pans moins 
quart '. 

Une teste de marbre d'une femme in- 



cogneue , presque de la grandeur du 

naturel , n'ayant que le bout du nez 

rompu. 
Une lacrimoire * de marbre toute enthierre, 

de la longeur de deux tiers de pan s . 
Une médaille d'or de Philipus , père 

d'Alexandre, du revers du Biga *, fort 

nette, poisant deux escus. 



1 Le pan ou empan est la mesure comprise entre l'extrémité du petit doigt et celle du pouce, la niaia 
étant étendue ; il équivaut à 21 centimètres environ ; la station avait donc à peu près 37 centimètres . 

4 Plutôt un unguentarium, flacon ou vase à parfums; on faisait cette sorte de vases d'albâtre ou de 
verre et même de pierres fines. Voir sur les lacrymatoires deux dissertations de M. Roulez dans le* 
Bull, de l'Acad. Roy. de Belgique, t. V et XXI, 2 e partie 

5 14 centimètres environ. 

* Char traîné par deux chevaux. 

XXIX XXII 



86 



Une médaille de Marcellus, nepveu d'Au- 
guste , de bronze , du Théâtre. 

Une médaille d'Antenous , du revers de 
Priapus audevant d'un autel. 

Un médaillon de cuivre de Dec.ius, du revers 
de la Victoire, portant une couronne de 
laurier. 

Une grande médaille grecque d'argent , 
d'une Flora , ayant pour revers un Her- 
cules avec des lettres grecques. 

Aultre médaille d'argent d'un Mars , du 
revers d'un espy de bled. 

Une médaille de bronze de Lysimaclius, du 
revers de Minerve victorieuse. 

Une médaille de Galba, de l'adlocution , 
de bronze. 

Un camayeult assez grand d'agate blanche 
et de cornaline , de la teste d'une 
femme incogneue ayant une aele au- 
dessus des cheveux. 

Une aiguë marine ou y a un monstre 
marin s'apuyant sur un daulphin et 
deux petites barques gravées. 

Un Ancus Marcius gravé dans une cor- 
naline. 

Aultre cornaline petite , d'une Agripina. 

Aultre de la teste d'une femme incogneue 



tenant un rameau entre les mains. 
Aultre, d'une impératrice incogneue. 
Aultre , d'un vase avec des herbes a l'en- 

tour dudit vase. 
Une ametiste doublée d'un cristail ou y a 

la teste gravée d'une femme aussi 

incogneue. 
Un jaspe rouge, d'un Hercules combattant 

contre un lion, avec lettres qui disent 

Cossuty. 
Aultre petit jaspe ou sont gravées les 

signes de quatre saisons de l'année. 
Un camayeult petit d'agate blanche , de la 

teste d'un homme avec son morion. 
Aultre camayeult d'agate blanche , d'une 

Faustine la lille. 
Aultre encore ou y a petit Cupidon quy 

porte des raisins , an devant duquel y a 

ung petit chien. 
Une petite onice, d'une figure tenant un 

escu en la main sur une cuirasse. 
Aultre petite onice ou y a un lion gravé 

et un homme qui le suit, dict Androdus. 
Aultre petite onice ou y a deux cornes 

d'abondance sur lesquelles il y a deux 

aigles et un trophée au millieu. 



Plus jay acquis despuis le susdict marché faict par Monsieur de Bagarris par le 
commandem* de sa Majesté, quarante médailles d'argent pour remplir lestroict d'icelles , 
dont il y a , ou imperialles ou autres , une trentaine nettes et rares que j'acorde de 
donner pardessus led. marché. Faict àAix, le nnxieme febvrier mil six cens et huict. 

DU PER1ER. 



LE CHATEAU DU DIABLE 



A QUAREGNON. 



NOTICE 

par M. LÉOPOLD DEYILLEBS, 

Membre titulaire à Mous. 



Sur le territoire de Quaregnon , non loin de leglise, à droite 
de la grand'route de Mons à Valenciennes , s'élève un monument 
en ruines , que le vulgaire désigne sous le nom fantastique de 
Château du diable. 




Château du diable à Quaregnon. 



Commissaires rapporteurs : MM. E. Gens et F.-J. Delcouht. 



— 88 — 

Ce monument, aujourd'hui entouré de constructions privées, 
consiste en une muraille épaisse , flanquée de contreforts et éle- 
vée contre un monticule factice, en argile, ayant la forme d'un 
cône tronqué et recouvert de végétaux. L'étendue qu'embrasse cette 
muraille est de 25 verges environ. 

Loin de nous l'idée de réfuter toutes les opinions émises depuis 
Jacques de Guise jusqu'à nos jours , au sujet de ce monument 
singulier. Il y a plusieurs années déjà qu'un antiquaire de mérite, 
feu Désiré Toilliez , s'est acquitté de cette tâche , dans un autre 
recueil l . 

Notre intention est de chercher à déterminer d'une manière plus 
positive , s'il est possible , l'époque à laquelle remontent les ruines 
qui nous occupent. 

Suivant Désiré Toilliez , le prétendu château aurait eu pour 
origine un vaste tumulus funéraire de l'époque gallo-romaine , 
contre lequel on aurait élevé , au VII e siècle , une maçonnerie en 
grès houiller, afin d'y établir un oratoire chrétien. « Ce tumulus, 

• ajoute-t-il , nous parait avoir été fouillé anciennement ; de 
» nouvelles fouilles pourraient sans doute faire connaître l'époque 

• de son établissement, mais non l'événement qu'il a voulu rap- 

• peler et qui est resté inconnu. • 

Nous admettons volontiers que le tertre autour duquel s'élèvent 
les murs en ruines, puisse être un tumulus ; toutefois, cette opi- 
nion aurait besoin d'être confirmée par une découverte d'objets 
antiques. Or , il est à remarquer que , jusqu'ici , l'on n'en a jamais 
vu aucun , bien que les habitants du voisinage prétendent que le 
propriétaire de ce monticule y ait trouvé des pièces de monnaie 
qu'en possesseur égoïste , il conserve mystérieusement et ne 
veut montrer à personne. Du reste , il n'y a rien d'étonnant 

1 Bulletins île la Société historique et littéraire de Tournai , t. Il , p. 328. — Voir 
aussi le Rapport fait par M. le vicaire-général Voisin sur la Notice de M. D Toillikz , 
dans le même volume , p. 322. 



— 89 — 

que la bêche mette parfois au jour, sur ce tertre , des objets de 
divers genres; l'essentiel serait que ces objets fussent examinés 
par des personnes à même de connaître à quelle époque ils appar- 
tiennent. 

Nous nous résignons donc, en l'absence de preuves palpables, 
à attendre, pour asseoir une opinion définitive à l'égard du tertre 
en question , le moment où une fouille bien dirigée aura eu lieu 
dans ce monticule. 

Quant aux murs en ruines, il y a , comme sources à consulter 
sur leur destination primitive , d'anciens écrits et la tradition. Nous 
allons les passer successivement en revue et nous en tirerons une 
conclusion , puisque tel est le but de cette notice. 

Comme autorité respectable, nous citerons d'abord le passage 
suivant d'une vie de saint Ghislain , écrite par un anonyme au 
IX e siècle ou au commencement du X e f : « Personne ne pourrait 
dire combien était grand le pieux attachement que saint Ghislain 
et la servante de Dieu Waudru s'étaient voué. Cet attachement 
persévéra jusque dans leur vieillesse. Lorsque leur grand âge 
ne leur permit plus de franchir la distance qui les séparait , ils 
firent, de commun accord, bâtir à Quaregnon fin villa Quater- 
nionej un oratoire en l'honneur de saint Quentin martyr, où ils 
se rendaient pour y avoir des conférences. La sainte fit don de 
cet oratoire à Ghislain , pour en affecter les revenus aux besoins 
de son abbaye des saints apôtres Pierre et Paul , et pour y 
recevoir les pauvres 2 . » 
Jacques de Guise 3 répéta mot pour mot ce passage de la vie 
de saint Ghislain. 

1 Cette date est fixée , comme l'a remarqué M. Voisin , par la mention que l'auteur 
fait, à la fin de son récit, de l'invasion normande. 

* La vie de saint Ghislain a été imprimée dans les Acla sanetorum Belijii , t. IV , p. 382. 

• , Histoire du Hainaut, traduction du marquis de Fortia d'Urban, t. Vil, pp. 274- 
277. M. de Fortia a confondu, dans une note, Quaregnon avec Mons . en disant que 
la première de ces localités était l'ancien Castrilocus, Castriloc ou Châteaulieu. Chàteau- 
lieu était l'emplacement du château de Mons. 



— 90 — 

Dans son « Pourtrait de Testât de mariage et de continence 

■ fait sur la vie de la très-illustre S. Wautrude, comtesse de 

- Hainau et patronne de Mons l , • p. 203, le père Jacques 

Simon broda le récit de l'hagiographe de saint Ghislain , et il 

ajouta, p. 75 de ses « Annotations sur les trois livres de la vie 

• de S. Wautrude, • le § suivant : 

De l'assiette de l'Oratoire S.-Quentin au village de Quarignon. 

• L'on tient par tradition , comme m'a dit Monsieur le Prélat 

moderne de S.-Guislain , qu'il fut dressé au village de Quarignon 

(que nomme le Ms. des privilèges de la dite abbaye, Quaregnon 

ou Quaternion) , sur un petit tertre ou colline que nous voyons 

encore auiourd'huy à la main droite du chemin par où on va de 

Mons à S.-Guislain, non guère loing de l'église du dit village. 

L'on le peut aisément connoistre par quelques vieux murs 

d'alentour, qui sont encore debout. • 

Vinchant 2 parle de l'oratoire de Quaregnon de cette manière, 

sous l'année 605 : « Environ ce temps, comme sainte Waltrude 

et saint Gislain s'entretenoient souventeffois par visites de saintes 

conférences avec désir de continuer ceste pratique salutaire, 

voici que la dite sainte , estant jà devenue vieille et infirme , 

non pas pour l'âge, ains à cause de veilles, jeûnes et autres 

austérités desquelles elle usoit , qui fut cause qu'elle ne put 

aller, selon sa coustume , trouver saint Gislain à Celle 3 , ny 

mesme ce saint aller au Chasteaulieu , pour l'infirmité de son 

âge; de sorte donc que ces deux saints conclurent , d'un commun 

accord , de faire bastir un oratoire au village de Quarignon , 

où ils pussent conférer ensemble. L'oratoire estant dressé fut 



' Arras, 1629, in-8". 

f Annales du Hainaut , MS. autographe déposé à la Bibliothèque publique de Mons. 
— Éd. des BibL, t. 11, p. 118. 

5 Nom du monastère fondé par saint Ghislain à Vrsidongue , et qui donna naissance 
à la petite ville qui pofte !•■ nom du saint. 



— 91 — 

dédié en l'honneur de saint Quentin , martyr. Là se trouvèrent 
par plusieurs fois les deux dits saints personnages pour se main- 
tenir toujours en la gaie vigueur de l'esprit. Cet oratoire se 
voit encore de présent en forme ronde , mais presque ruiné , 
situé sur une petite tertre ou colline que l'on voit à main droite 
du chemin par où on va de Mons à la ville de Saint-Gislain , 
non vis-à-vis guère long de l'église du dit village de Quarignon. 

• Quant aux revenus d'iceluy oratoire , sainte Waltrude les 
donna avant mourir à la Celle des apôtres Saint Pierre et Saint 
Paul , pour sustenter les religieux de la dite Celle , qui estaient 
vraiment pauvres et de volonté et de revenus temporels , à raison 
du nombre de religieux , qui se trouvoient en ce lieu attirés par 
l'odeur de la sainteté de saint Gislain. 

• Depuis, cest oratoire fut appelé l'Oratoire ou Chapelle de 
• Sainte-Waltrude, pour les causes que nous voyerons cy-après. » 

Le même annaliste 1 rapporte le motif qui fit donner à l'oratoire 
de Quaregnon le nom de Chapelle de Sainte-Waudru , à la récon- 
ciliation qui fut conclue , en 990 , entre les habitants de Mons et 
ceux de Hornu , par l'intermédiaire du comte de Hainaut et de 
l'abbé de Saint-Ghislain, lesquels firent porter les corps de sainte 
Waudru etdesaintGhislain à l'endroit où l'on fit cette réconciliation. 
« J'ay entendu , dit Vinchant , que le lieu où furent transportés 
les dits corps saints et où fut fait l'accord entre les Montois et 
les Hornutois, fut l'oratoire de Saint-Quintin , que l'on voit 
encore, mais ruiné, près l'église parochiale du village de 
Quarignon. Outre ce, qu'en mémoire et honneur de sainte 
Waltrude , par laquelle tel accord a esté fait , certaine dame de 
la maison de Borse fit dresser un autel en le dit oratoire, 
qu'elle fit entièrement réparer ; mais , depuis , qu'il fut ruiné 
par le feu. » 

' Éd. des Bibl., t. 11, p. 204. 



— 92 — 

Delewarde 4 et De Boussu 2 attribuent la fondation de la chapelle 
de Saint-Quentin à sainte Waudru et à saint Ghislain, qui la 
firent bâtir pour s'y entretenir des affaires spirituelles. Ils ajoutent 
que la sainte la donna à son directeur ; qu'il s'y trouvait annexé 
un hôpital où l'on recevait les pèlerins, et qu'il reste encore des 
débris de cet établissement. 

Voici maintenant comment s'exprime à l'égard de l'oratoire de 
Quaregnon , le savant dom Baudry, dans ses Annales de l'abbaye 
de Saint-Gliislain 3 : 

■ La grande union qu'il y avoit entre sainte Waudru et saint 
Ghislain augmentait de plus en plus par les fréquentes confé- 
rences qu'ils avoient ensemble, et comme la faiblesse de leur 
âge avancé ne leur permettoit pas de s'e rendre visite aussi 
souvent qu'ils le souhaitoient , ils résolurent, d'un commun 
consentement, de bâtir, à mi-chemin de Château-Lieu et du 
monastère de Saint-Gliislain, un oratoire à Quaregnon, à l'hon- 
neur de saint Quentin, martyr, où ils eurent coutume de con- 
férer ensemble sur les choses du ciel , jusques à leur extrême 
vieillesse. La sainte donna cet oratoire à saint Ghislain, avec 
l'hôpital qu'elle y joignit , tant pour l'entretien de ses religieux 
que pour y recevoir les pauvres et les pèlerins, que notre 
saint fondateur aimoit si tendrement qu'il croyoit recevoir 
Jésus-Christ en leur personne : on voit encore aujourd'huy 
quelques débris de cet oratoire , que les peuples circonvoisins 
appellent communément la tour de Sainte-Waudru , et où les 
plus simples croient , par une erreur grossière , que celle sainte 
venoit de Château-Lieu par des lieux souterrains. » 



' Histoire générale du Hainau, (1718), 1.1, p. 193-194. 
* Histoire delà ville de Saint -Ghislain (1737), p. 18- 11*. 
' Monuments pour servir a l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de 
Luxembourg , t. VIII , p. 250. 



— 93 — 

Enfin, l'abbé Hossart f attribue, sans aucun fondement, à la 
darne de la maison de Borse, dont parle Vinchant , la construction 
de l'oratoire de Saint-Quentin. 

Par ce qui précède , on voit que les diverses versions de nos 
anciens auteurs reproduisent , avec des amplifications , le texte de 
la vie de saint Ghislain , qui a rapport à l'oratoire de Quaregnon. 
On pourrait croire que ces amplifications ne sont que le fruit de 
l'imagination de ces écrivains. Mais il est à noter qu'elles ont 
pour elles l'autorité de la tradition locale. 

En effet , il existe un souvenir vivace à Mons , à Quaregnon et 
à Saint-Ghislain , que sainte Waudru et son directeur spirituel se 
rendaient à Quaregnon , pour conférer ensemble. L'oratoire de 
Saint-Quentin est indiqué par le peuple comme étant le lieu où 
ils se réunissaient , et ce qu'il y a de remarquable , c'est que 
le chemin qui passe au pied des ruines de cet oratoire conserve 
le nom, pour la partie venant de Mons, de Chemin de Madame, 
et, pour la partie venant de Saint-Ghislain , de Chemin de l'Abbé. 

Une tradition non moins opiniâtre , quoique fort bizarre , prétend 
que sainte Waudru allait à Quaregnon par une voie souterraine, 
dont on montre encore aujourd'hui l'entrée présumée, à l'ancienne 
châtellenie de Mons 2 . Vinchant parle aussi d'un usage que l'on 
avait, de son temps, lorsqu'on allait visiter la chapelle castrale, 
le jour de saint Galixte , qui en était le patron. Il rapporte que les 
Montois avaient la coutume de visiter, « portant flambeaux et 
• luminaires, • le souterrain où les corps saints de la contrée 

1 Histoire ecclésiastique et profane du Hainaut, (1792), t. I , p. 149. 

5 Paridaens, Mons, sous les rapports historiques, etc. (Mons, 1819), p. 4 — 
Hachez, Fêtes populaires à Mons, (1848), p. 23. 

L'entrée dont il s'agit , donne simplement accès aux souterrains du château , qui 
n'ont jamais été complètement explorés. Nous en avons examiné une partie, en 1858. 
Mais il est réellement impossible de les visiter jusqu'au bout. C'est, d'ailleurs, ce qui 
résulte d'un rapport adressé, vers 1811 , au préfet du département de Jemmapes, par 
M. Lefèvre, géomètre à Mons. — Voir : Annales du cercle archéologique de Mons, 
t. II, p. 420 , et nos Analectes montois , 1 er fascicule. 



— 94 — 

avaient été déposés, lors du passage des Normands. « Et d'autant, 
ajoute-t-il, que l'on croit que joignant le dit lieu, sainte Waltrude 
prenoit souventeffois son repos sur la dure pour matter et 
fortifier son corps, le dit peuple a aussy de coustume de visiter 
et honorer le lit de la dite sainte, emportant quant eux quelque 
peu de terre de ce lieu , et croyant qu'icelle terre les garan- 
tiroit contre la foudre et tempestes de l'air, par les mérites de 
la dite sainte ' . • Il est étonnant qu'après cela, Vinchant n'ait 
pas relaté l'autre tradition concernant le souterrain de Mons à 
Quaregnon , que n'a pas omise Dom Baudry , dans les Annales de 
son abbaye. 

Pour nous résumer, nous pensons que le monument en ruines , 
situé à Quaregnon , à droite de la route de Mons à Valenciennes , 
à une lieue et demie 0. de la première de ces villes et à une demi- 
lieue de celle de Saint-Ghislain , est l'oratoire de Saint-Quentin , 
dont fait mention l'auteur de la vie de saint Ghislain ; que la 
partie restée debout de l'édifice , en formait le soubassement ; enfin, 
que cet édifice a pu être élevé sur un tumulus. 

L'oratoire de Saint-Quentin , quoique ainsi appelé par nos 
annalistes , devait être , selon nous , un petit monastère contenant 
un hôpital : c'était bien certainement une dépendance de l'abbaye 
de Saint-Ghislain, qui possédait la dime de Quaregnon. 

Cet oratoire , s'il n'a pas donné naissance au village de 
Quaregnon 2 , a dû être sa première église paroissiale. Lorsque, 
plus tard, il l'ut abandonné, on construisit une autre église, sous 
l'invocation de saint Quentin, à l'endroit où s'élève l'église mo- 
derne , qui a conservé cette invocation. 

' Éd. des Bibl., t. Il, p. 154. 

' Quaregnon est cité au nombre des alleux que sainte YVaudru donna à son monastère. 
GiSLEiiEHTi Chronica Hannoniœ, éd. Du Ciiastelek , p. 15. — Chronique du Hainaul 
et de Mons, publiée par A. Lacroix, p. 34. 



TRÉSORS HISTORIQUES EN ANGLETERRE. 



NOTICE 



M. Jacques FELSENHART, 

Docteur en philosophie et lettres à Bruxelles. 



Il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe ni d'aller 
s'installer aux archives de Londres pour y déterrer les particularités 
de l'histoire d'Angleterre. C'est ce que les Anglais ont saisi avec le 
bon sens pratique qui les distingue. Bien que, comme dans la plupart 
des cas, ils aient songé d'abord à eux-mêmes, ils n'ont pas moins 
dévié du principe d'égoïsme, en rendant accessibles à tout le monde 
leurs trésors historiques, entassés depuis des siècles dans d'obscurs 
dépôts. Déjà en 1830, le gouvernement anglais avait institué une 
commission chargée de mettre au jour les documents concernant 
l'histoire d'Angleterre, à partir du règne de Henri VIII. En 1840, 
le 25 janvier, cette commission fut réorganisée sur de nouvelles 
bases. Elle se traça un programme et résolut de dresser des 
catalogues analytiques de toutes les pièces intéressant la Grande- 
Bretagne. Réduites en volumes, par le moyen d'analyses sub- 
stantielles , claires et nettes , les archives anglaises viennent se 
placer en quelque sorte sous les yeux de tout le monde. On 

Commissaires rapporteurs : MM. A. Van Hassklt et le chevalier G. Van Havre- 



— 96 — 

les domine, on les parcourt d'un regard. C'est la great ex- 
hibition des faits et des annales, le caravansérail des siècles 
passés où s'asseyent , dans leur nudité , tous les grands hommes 
d'Angleterre, que l'historien peut photographier sur place et 
présenter au public sans retouches. 

Depuis que l'impulsion a été donnée à l'esprit productif et 
créateur de l'Anglais , les volumes d'archives anglaises se sont 
succédé avec une rapidité croissante. Aujourd'hui, quatre-vingts ou 
quatre-vingt-dix Calendars ont vu le jour. C'est le titre bizarre que 
l'administration des archives anglaises a donné à ces gigantesques 
travaux. Néologisme sui generis et, qui plus est, de l'invention du 
Très-Honable Henri Hobhouse, conservateur des papiers d'Etat, que 
l'Angleterre regrette, il s'est attaché, pour se perpétuer, à cette 
longue série de volumes et ajoutera — le jour n'est pas loin — un 
titre de gloire de plus à ceux que le parlement anglais s'est acquis, 
en votant d'énormes subsides , sans amendement ni sous-amende- 
ment, pour la publication de cette œuvre éminemment nationale et 
par contre-coup cosmopolite. 

Nous ne craignons pas de l'affirmer : les Calendars sont une 
mine intarissable où poètes, romanciers et historiens trouvent leur 
profit et l'archéologue des trésors inattendus. 

En veut-on des preuves? 

Ouvrons au hasard l'un de ces volumes. Il a environ 800 pages. 
Mais quel muséum ! Il s'étend de la première année du règne 
d'Edouard VI jusqu'à la 23 e de celui d'Elisabeth, — de virginale 
mémoire, — et embrasse un espace de trente-trois ans, de 1547 
à 1580. 

Comme nous l'avons dit plus haut ou comme nous l'avons fait 
pressentir, noua sommes en présence d'un travail de réduction. Les 
documents sont analysés, privés de leurs détails. Ils ne dispensent 
pas toujours de recourir au texte original ; cela s'entend. Toutefois, 
ces pièces sont un guide sûr, un fil conducteur à travers le dédale 
des faits. 

Dans le volume que nous avons sous les yeux, les intrigues de 
Seymour, de Somerset, de Northumberland se dévoilent à mer- 



— 97 — 

veille. D'un seul coup d'œil, on pénètre les complots de Dudley, 
de Throgmorton , au règne de Marie. La révolte de Wyatt s'y des- 
sine nette et avec toutes ses péripéties. Ce sont des tableaux révolu- 
tionnaires en relief de cette époque profondément agitée. 

Après l'avènement au trône d'Elisabeth, il se fait dans les States 
Papers un changement qu'il faut noter. Ce sont les détails de la 
vie sociale qui abondent. Les Calendars les reflètent. Des particu- 
larités, des délicatesses de la vie domestique de ce tyran en jupons 
s'y révèlent en abondance et se brisent de mille manières à travers 
le prisme de la cour. Une grande simplicité et le luxe royal poussé au 
dernier degré y marchent de pair ou se heurtent. Des pensées, 
jetées en germe, trois siècles auparavant, viennent à maturité dans le 
XVI e tandis que l'invention de plusieurs machines , seulement à 
l'aurore, laisse des vestiges dans ces Calendars , en attendant que 
le XIX e y mette le sceau de sou génie particulier et progressif. 

Malgré toutes les merveilles dont nous avons été témoins, qui 
ne serait pas étonné, encore aujourd'hui, delà proposition de 
Gawen Smith ? Elle date du règne d'Elisabeth et remonte vrai- 
semblablement à l'année 1580. « Il s'agissait de construire un 
phare sur Goodwin Sands l , vingt ou quarante pieds au-dessus de 
Highwatermark et pouvant contenir ou mettre à l'abri 30 ou 40 
personnes. » On le voit , les idées grandioses regardent toujours 
du haut de quelque pyramide. 

perspicacité des proverbes ! . . . nihil novi sub sole. — Qui se 
fût dit que les revolvers pourraient bien dater de cette époque , 
si semblable à la nôtre, sur un autre fond, par l'agitation dans les 
intelligences ? 

Voici un fragment de lettre écrite par John Almain pour recom- 
mander un de ses compatriotes à Fr. Walsyngham. Nous citons tex- 
tuellement : 

u Who had invented an harquebuse that shall contain ten balls or 
pellets of lead , allh te which shall goe off one after an other, havinge 
once given lire, so that with one harquebuse one man may kill 
ten theaves or other enemies. » 

1 Bancs de sable très-dangereux situés à la côte E. du comté de Kent. 



— 98 — 

« Qui (le compatriote) a inventé une arquebuse pouvant contenir 
dix balles de plomb, lesquelles partiront l'une après l'autre, en 
lâchant une seule fois la détente, de sorte qu'avec une arquebuse un 
seul homme sera en état de tuer dix voleurs ou autres ennemis. » 

Il a fallu trois siècles pour retrouver et généraliser cette inven- 
tion fratricide. Les Anglo- Saxons en ont fait en grand la san- 
guinaire expérience ! 

Dans un autre ordre d'idées, les lettres qui excitent le plus 
l'intérêt sont celles de Sir Christopher Hatton à la reine Elisabeth. 
C'est un tableau delà vie intime, souvent orageuse, de cette grande 
et bizarre princesse, tableau de genre, où par inversion morale, 
plus d'une vertu rend hommage à l'hypocrisie. C'est encore le 
pandaemonium de toutes les passions serviles devant une seule 
idole au pied de laquelle se traîne un peuple obséquieux de cour- 
tisans. 

Voici comment ces précieuses lettres ont été conservées au 
public. Primitivement elles avaient été confiées à la garde de 
Thomas Windebank, confident et secrétaire privé de la reine. Trans- 
mises à son fils, sir Francis Windebank, secrétaire de Charles I er , 
elles ont été mêlées aux papiers d'État , lorsque Windebank alla , 
en 1640, chercher un refuge sur la terre de France. Depuis elles 
ont été en dépôt dans l'office du secrétaire d'État, où elles ont été 
gardées jusqu'à nos jours. 

Les Calendars nous montrent avec détails Elisabeth formant le 
dessein de mettre le royaume en état de défense par terre et par 
mer. On y voit éclater la sagesse de cette souveraine ; elle agrandit 
la marine, poursuit l'extinction de la piraterie et accorde les plus 
grands encouragements aux entreprises aventureuses. Ici nous 
sommes en présence des voyages de Hawkyns, de Furbisher, de 
Gilberte, de Drake et d'autres. Les Calendars fourmillent de détails 
sur ces expéditions. Ils sont aussi émouvants que pleins d'intérêt. 
Encore aujourd'hui , on ne lit pas sans émotion l'accueil chaleureux 
fait à. Drake après son voyage autour du monde. Pour sa 
récompense , il lui fut payé argent comptant 100,000 livres. 
C'est une somme énorme pour l'époque et une preuve que cette 



— 99 — 

Elisabeth, si avare, savait suivant les circonstances se dépouiller 
de cette avilissante passion, surtout chez une reine. Écoutons les 
Calendars : 

Le 26 octobre 1581, la reine écrit de Richmond à Edmond 
Treraagne, une lettre dans laquelle elle lui dit que Francis Drake 
doit envoyer un certain lingot , mais qu'il faudra lui donner 
100,000 livres et garder le secret de cette action. 

Le 8 novembre 1580, Ed. Tremagne écrit à Walsingham : « qu'il 
est grandement satisfait d'avoir été associé {par la reine) à 
Christhopher Harris dans la mission auprès de Francis Drake; 
que le butin et les captures de Francis se montent environ à un 
million et demi et qu'il a laissé dix-mille livres entre les mains de 
ce marin. » 

En feuilletant les intéressants ouvrages dont nous nous occupons, 
on est amené à un fait tout d'actualité. On y trouve le système de 
défense de l'Angleterre ; on y voit qu'à l'époque d'Elisabeth il était 
pourvu à cette nécessité par l'organisation d'une milice , par des 
revues (monstres) fixées à des intervalles déterminés , par une sur- 
veillance active, vigilante des côtes et surtout des lieux de débar- 
quement ainsi que par le soin d'élever des chevaux dans les domaines 
des gentlemen. Il y avait à cet effet des commissions qui se met- 
taient en rapport avec la noblesse et la gentry. Ce sont les rapports 
de ces commissions qui présentent l'intérêt le plus vif. Adressés 
au conseil privé, ils formaient l'objet de la plus grande attention. 
Parmi les plus remarquables et les plus intéressants, on peut citer 
ceux du Warwickshire , non seulement pour les détails, mais aussi 
parce qu'on y trouve des traces de W. Shakespeare et de sa famille. 
L'extinction de la piraterie et le croisement des races chevalines y 
sont à l'ordre du jour; c'est une preuve de plus que le caractère 
britannique n'a pas varié. Enfin , les réponses des chefs à la justice 
de paix , lesquelles étant relatives à l'exécution des lois contre les 
vagabonds, à la police des Inns et Alehouses, à l'importation et à 
l'exportation du blé (question déjà alors vitale pour l'Angleterre), 
sont autant de sujets qui excitent au plus haut point l'attention du 
statisticien et de l'économiste. 



— 100 — 

Il ne nous reste plus pour finir qu'à adresser au gouvernement 
anglais le tribut de nos modestes éloges pour la libéralité avec 
laquelle il a distribué aux bibliothèques publiques la riche collection 
de ces Calendars. Quant à l'exécution typographique , elle est 
parfaite. Les planches et les fac-similé ajoutés aux volumes, soit 
pour éclaircir le texte, soit pour donner une idée des manuscrits, ne 
laissent absolument rien à désirer. Enfin , ces documents ainsi 
classés et analysés forment une riche mine où. tous les travailleurs 
intelligents trouveront à glaner : les artistes y trouveront d'utiles 
renseignements, et la littérature historique, en général, s'applau- 
dira longtemps d'avoir découvert des ressources de tout genre. 



DE L'ÉTAT ACTUEL 

DES ÉTUDES ÉGYPTIENNES. 



MEMOIRE 



par M. F. DAURY, 

BACHELIER EN THÉOLOGIE \ L l V A I N . 



Le titre donné à ces quelques pages doit paraître bien ambi- 
tieux. Ne semble-t-il pas en effet annoncer que je vais exposer 
complètement la théorie des écritures de l'ancienne Egypte , résu- 
mer tous les ouvrages qui ont paru jusqu'à ce. jour , et porter sur 
chacun d'eux un jugement magistral? Mais qu'on se rassure, 
tel n'est pas mon but. 

Je me propose simplement de donner un aperçu général de ces 
travaux à la classe si nombreuse de personnes qui sont restées com- 
plètement en dehors de ces études. Dans cet essai , j'aurai toujours 
en vue l'homme dont toute la science égyptologique se borne à 
savoir que sur les monuments de l'Egypte se trouvent certaines 
figures étranges que l'on nomme hiéroglyphes. 

Voici de quelle manière je divise mon sujet : 

D'abord je donnerai une histoire abrégée de la naissance et des 

Commissaires rapporteurs : MM. G. Hagemans et Le Grand de Reulandt. 
XXIX XXII 1 



— 102 — 

progrès de la science égyptologique. En second lieu, j'exposerai 
la partie philologique de cette science , c'est-à-dire , celle qui se 
rapporte à l'interprétation même des monuments. En troisième 
lieu, je dirai quelques mots des conséquences scientifiques, des 
fruits que l'on tire de ces interprétations. Enfin , et en ceci je 
demande d'avance pardon de ma témérité, j'oserai parler de ce 
qui reste à faire , et surtout des obstacles qui se sont opposés 
jusqu'à ce jour aux progrès de l'archéologie égyptienne. 

I. 

Le savant égyptologue anglais , M. Samuel Birch , a déjà traité , 
avec l'autorité qui s'attache à son nom , la première partie de mon 
sujet l . Je me contenterai donc de l'esquisser, à grands traits. 

Parmi les travaux sur les hiéroglyphes qui ont précédé l'expédi- 
tion française en Egypte , on ne peut guère citer que l'ouvrage de 
Zoega sur les obélisques 2 . Zoega , dit M. Birch, était arrivé à 
deux conclusions importantes, à savoir : que les hiéroglyphes sont 
des lettres , et que les mots encadrés dans les cercles (cartouches) 
sont des noms de rois. De plus il combattit l'erreur de ses devanciers 
qui croyaient à l'emploi mystérieux des hiéroglyphes réservé à un 
petit nombre d'adeptes. 11 avait, dit Champollion , formé un ta- 
bleau de tous les signes hiéroglyphiques existants sur les obélisques 
ou les monuments égyptiens conservés à Rome et dans divers cabi- 
nets de l'Europe ; mais sa mort , trop tôt pour la science , vint 
mettre un terme à ses utiles travaux 3 . 

Peu de temps après la mort de Zoega eut lieu l'expédition fran- 
çaise, et, en 4799, la découverte par M. Boussard de la pierre si 



1 An introduction to the study of egyptian hieroglyphs , by Samuel Birch. 
London , 8°, 1857. Traduite en partie par M. Chabas , dans la Revue archéologique. 
Paris, 1858. 

1 l)i- origine obeliscorum, Romae, 1797. 

3 Champollion, Grammaire égyptienne., introduction. 



— 103 — 

célèbre de Rosette. Cette pierre, qui se trouve maintenant au Musée 
britannique , est de granit noir et de forme rectangulaire ; elle offre 
trois inscriptions en caractères différents. L'inscription supérieure, 
détruite en grande partie , est conçue en écriture hiéroglyphique ; 
le texte intermédiaire est en écriture cursive , que l'on nomme 
maintenant démotique , et enfin une inscription en langue grecque 
occupe la troisième division. Ce texte grec contient un décret 
rendu par les prêtres en l'honneur de Ptolémée V , et la dernière 
ligne de ce texte indique qu'il devait être reproduit dans tous les 
temples, de premier, de second et de troisième ordre, sous les trois 
formes d'écriture : sacrée, enchorique , grecque. Dès lors, on 
avait un point d'appui certain dans la comparaison des textes 
égyptiens et de leur traduction grecque , on possédait la clef du 
système hiéroglyphique ; il ne restait plus qu'à s'en servir. 

Cependant il fallut encore bien des tâtonnements avant que l'on 
arrivât à la science du déchiffrement. Sylvestre de Sacy, Ackerblad 
et Young tentèrent quelques essais plus ou moins heureux. Le 
dernier parvint même par des moyens mécaniques à déterminer le 
sens de certains groupes. 

Le fondateur de l'égyptologie est Champollion. Pour ne pas trop 
m'étendre sur une histoire que tout le monde connaît , je vais dire 
en deux mots comment il parvint à reconstituer l'alphabet hiérogly- 
phique. Il compara entre eux les signes qui servent à écrire les 
noms propres: Cléopatre , Ptolémée, Alexandre; puis, appliquant 
à d'autres noms de rois les quinze signes phonétiques dont cette 
comparaison lui avait donné la valeur , il lut les noms Autocrator, 
Csesar, Sebastos, Cheops, Psammétique et une foule d'autres. 
Enfin, et c'est en ce point surtout que consiste sa découverte , il 
appliqua son alphabet non plus aux seuls noms propres, mais aux 
textes eux-mêmes. Ce dernier pas franchi, la science était créée. 

Le principal ouvrage de Champollion est sa grammaire égyp- 
tienne qu'il nommait sa carte de visite à la postérité et qui ne fut 



— 104 — 

publiée qu'après sa mort. Il y caractérisa parfaitement les trois 
genres d'écriture indiqués par Clément d'Alexandrie dans un célèbre 
passage de ses Stromates , V, 047. « Ceux, dit cet écrivain, qui 
parmi les Égyptiens reçoivent de l'instruction, apprennent d'abord la 
manière d'écrire nommée épistolographique , secondement la hiéra- 
tique, employée par les hiérogram mates (scribes), enfin l'hiéro- 
glyphique , qui est la plus complète de toutes. 

Toutefois Clin mpol lion n'a guère étudié que les écritures hiéro- 
glyphique et hiératique. Sa grammaire contient le catalogue de la 
plupart des signes qui y sont usités, et presque toutes les valeurs 
attribuées à ces signes par le père de l'égyplologie ont été recon- 
nues exactes. Champollion ne s'est guère trompé que dans la 
transcription des caractères syllabiques. On trouve aussi dans cet 
ouvrage presque toutes les formes grammaticales ; mais la syntaxe 
n'y est pas traitée, et l'on comprend aisément que Champollion 
n'a eu ni le temps ni le moyen de s'en occuper. 

Après la mort de ce savant , son œuvre courut un grand 
danger et tomba dans un discrédit dont peut-être elle ne s'est 
pas encore complètement relevée dans l'opinion de bien des gens. 
Le système qu'il avait établi fut attaqué , de nouvelles théories 
furent proposées , d'anciennes rêveries furent renouvelées ; enfin , 
ce qui fut plus grave , des disciples de Champollion crurent que 
l'imagination pouvait suppléer à la discussion rigoureuse des textes. 
Grâce à cet abus on vil, par exemple, des hommes, qui d'ailleurs 
ont bien mérité de la science , prendre une collection de lettres 
pour une relation circonstanciée des faits rapportés dans l'Exode. 

Cependant, des égyptologues sérieux entrèrent dans la lice , et 
la philologie égyptienne put enfin progresser rapidement. En tète 
de ces savants on doit citer M. Lepsius , qui débuta dans les 
Annales de l'Institut de correspondance archéologique de Rome 
par une lettre à M. Rosellini, et qui depuis s'est rendu célèbre 
par une foule de publications. En France, M. le vicomte de Rougé 



— 105 — 

aborda le premier résolument un texte et le discuta dans tontes ses 
parties. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés , on peut 
citer comme particulièrement utile aux étudiants sous le rapport 
philologique son Mémoire sur le tombeau cVAhmès, Paris 1851, 
dans lequel, quoiqu'il ne s'occupe que de sept lignes d'hiéroglyphes, 
il expose parfaitement la méthode que l'on doit suivre pour inter- 
préter de longues inscriptions; sa traduction d'une stèle égyptienne 
appartenant à la bibliothèque impériale, 1 d'une stèle de Thoutmès, 
son étude sur le rituel funéraire des anciens Egyptiens, entin sa 
notice sur quelques fragments de l'inscription de Kanack. Tou- 
tefois ces deux derniers ouvrages ne peuvent être utiles au point de 
vue de la philologie qu'à ceux qui possèdent le texte égyptien du 
rituel , et les Monuments d'Egypte publiés par Lepsius. 

Parmi les nombreux auteurs qu'il faudrait maintenant citer, il n'en 
est pas, je crois, qui se mette davantage à la portée des commençants 
que M. Chabas. Il semble que son plus grand souci soit de montrer 
jusque dans ses derniers détails, le mécanisme de sa traduction. 
La seconde partie de ses Mélanges égyptologiques peut en quelque 
sorte tenir lieu de chrestomathie égyptienne. Citons comme très- 
utiles, à ce même point de vue, ses travaux sur les inscriptions de 
Radesieh , sur un hymne à Osiris , sur l'inscription d'Ibsamboul , 
sur les inscriptions des mines d'or, sur le nom de Thèbes et enfin 
sur le chapitre VI du rituel égyptien. 

Je passe maintenant aux études faites sur l'écriture hiératique 
qui nous fournit encore plus de matériaux que l'hiéroglyphique , 
pour la reconstruction de la langue perdue des pharaons. Citons 
d'abord l'étude faite par M. Chabas sur le papyrus Prisse qui, 
contenant des maximes de Ptah-Hotep, fonctionnaire du temps du 
roi Àssa de la septième dynastie , est nommé à juste titre le plus 
ancien livre du monde. 

M. de Rougé a publié dans la Revue archéologique française en 

1 Journal Asiatique. — Paris, 1 850 «t suiv. 



— 106 — 

1852 la traduction d'un papyrus nommé le roman des deux frères, 
qui parait avoir été composé pour le roi Séti II. Dans la seconde 
partie de ses Mélanges égyptologiques, M. Chabas a complété cette 
première traduction. 

En 1856, M. de Rongé a traduit un papyrus, (Sallier, III) 
qui contient le récit poétique d'un exploit de Ramsès II , dans 
l'une de ses expéditions contre les Chétas. En 1800, parurent les 
articles de M. Goodwin sur les papyrus hiératiques, et la traduc- 
tion du papyrus magique Harris de M. Chabas. 1 En 1863, ce der- 
nier traduisit encore une partie des papyrus hiératiques de Berlin. 

MM. de Saulcy et Brugsch se sont surtout occupés de l'écriture 
domotique et l'on peut dire que le dernier en a été véritablement 
le Champollion. Entre plusieurs autres ouvrages, sa Grammaire 
démotique, publiée à Berlin en 1855, contient les principes de la 
langue et de l'écriture populaire des anciens Égyptiens. Malheu- 
reusement le prix excessif de cet ouvrage le rend inutile et comme 
non-avenu pour la plupart des jeunes égyptologues. Après avoir 
déjà en 1851 fait connaître le livre intitulé Saï en sinsin (le livre 
des souffles), M. Brugsch a dernièrement publié le texte et la 
traduction de deux papyrus bilingues , c'est-à-dire hiératiques et 
démotiques, ce qui rendra très-facile la comparaison des deux 
écritures. 

Jusqu'à ce jour, il n'existe pas d'ouvrage qui réunisse en un 
faisceau tous les renseignements dispersés dans les livres que j'ai 
cités et dans bien d'autres que j'ai passés sous silence , soit 
parce que je n'ai pu les voir , soit parce que je dois y re- 
venir plus loin. Il faut donc que l'étudiant, que je suppose muni 
d'avance de solides connaissances dans la langue copte, se 
forme par la lecture de ces ouvrages au mécanisme des hiéro- 
glyphes. Quant au dictionnaire, chacun doit se le faire à soi- 

1 C'est surtout dans ce magnifique ouvrage , indispensable d'ailleurs pour la connais- 
sance de la mythologie égyptienne, que l'étudiant peut se former à la lecture des textes 
hiératiques. 



— 107 — 

même. Le dictionnaire hiéroglyphique de Champollion ne con- 
tient guère que les mots qui sont dans sa grammaire. Quelques 
autres essais de lexiques ont été publiés par Sharpe : Rudiment 
ofa vocabulary of cgyptian hieroglyphics, London, 1837; Birch 
dans l'ouvrage de M. Bunsen : jEgyptens-stelle in der Weltge- 
schichte; Brugsch , dans son étude sur la pierre de Rosette en 
1851 et aussi dans sa traduction des papyrus bilingues Rhind: 
On trouve de même des lexiques au tome second des Mélanges 
égyptologiques et au papyrus magique Harris de M. Chabas. 
Chacun doit donc réunir tous ces lexiques, les fondre en un seul 
corps et y ajouter tous les mots nouveaux qu'il rencontre chaque 
jour dans ses études ou ses lectures. On comprend de quelle 
utilité il serait de réunir toutes ces notes , éparses dans les 
portefeuilles des égyptologues ; on pourrait s'appliquer à faire 
progresser la science pendant tout le temps que l'on dépense à 
des recherches préparatoires et à des transcriptions matérielles. 

II. 

Je dois parler dans cette seconde division des diverses écritures 
égyptiennes et de la langue qu'elles expriment. 

On distingue trois espèces d'écriture : l'hiéroglyphique, 
l'hiératique et la démotique. Les hiéroglyphes formèrent l'écriture 
primitive des Égyptiens ; les deux autres , ne sont que des 
abréviations successives de ces premiers signes trop compliqués, 
qui demandaient une main habile pour les tracer, et exigeaient 
une dépense de temps considérable. On rencontre souvent des 
inscriptions qui tiennent en quelque sorte le milieu entre deux 
écritures et nous montrent à l'évidence comment s'est fait le 
passage de l'une à l'autre. 

On commença par dessiner les objets d'une façon plus grossière 
et l'on obtint des figures qui ressemblent à celles que les enfants 
ébauchent parfois sur leurs livres de classe. Puis on simplifia les 
signes, on n'en forma plus que les traits principaux, ainsi que 



— 108 — 

Champollion l'a démontre dans sa grammaire par des tableaux 
comparatifs. On peut même dire que beaucoup de signes hiéra- 
tiques , que ce savant croyait avoir été choisis arbitrairement , 
s'expliquent aisément par la comparaison avec les textes en hiéro- 
glyphes cursifs que nous possédons. 

Mais bientôt ces abréviations ne suffirent pas encore, on voulut 
écrire avec plus de rapidité , tous les angles s'arrondirent , les 
caractères durent généralement se tracer d'un seul trait, on les 
simplifia d'avantage, et l'écriture démotique fut formée. 

Toutes ces écritures se résument donc dans l'hiéroglyphique qui 
est la plus complète. Je ne m'occuperai que de cette dernière 
dans l'exposé succinct que je vais faire du système graphique des 
anciens Egyptiens. 

La série des hiéroglyphes comprend , comme le dit Champollion, 
des images de toutes les classes d'êtres que renferme la création . 
On peut les diviser de plusieurs manières; la division que donne 
Clément d'Alexandrie me parait la plus simple : « L'écriture 
» hiéroglyphique, dit-il, se divise en deux classes : l'une, cyrio- 
• logique, emploie les premières lettres alphabétiques, l'autre est 
> symbolique. » Je divise donc les hiéroglyphes en phonétiques et 
idéologiques. 

Les signes phonétiques sont des lettres ou des syllabes qui 
jouent exactement le rôle de nos caractères alphabétiques. Par 
exemple, une tige de roseau, un aigle, un bras avec la main 
ouverte , désignent la lettre A ; une sorte de poule désigne la 
lettre U ; une jambe , un oiseau de la famille des échassiers , la 
lettre B; une bouche, la lettre R; un serpent cornu, la lettre F; 
et ainsi du reste de l'alphabet. D'autres signes sont syllabiques. 

On peut affirmer que presque tous les phonétiques simples sont 
connus maintenant; il ne reste d'inconnus ou de douteux qu'un 
certain nombre de caractères syllabiques. 

Les caractères idéologiques sont ceux qui peignent soit réelle- 
ment, soit par métaphore, l'objet que l'on veut signifier. Exem- 



— 109 — 

pies : © le soleil ; pour exprimer un animal on le dessinait. 
De même ^^ une main , P^J une tète, etc. 

Par métaphore : une pousse de palmier et le soleil réunis 
signifient année {q , l'image de la lune /^ signifie mois ; la 
partie antérieure d'un lion „_g/> : devant , ce qui est devant , 
chef, seigneur, mari, proue d'une barque, avant-garde d'une 
armée , selon le contexte. 

Mais on comprend aisément que ces sortes de signes sont sus- 
ceptibles de plusieurs interprétations et, par suite, de plusieurs 
prononciations. Ainsi le signe désignant le soleil , se lit Ra , 
signifiant jour, il se lit Hrou. Ce même signe peut éveiller les idées 
suivantes : heure, moment, temps, saison , année , éclat, éclatant, 
lumineux , etc. Comment distinguer toutes ces significations ? D'une 
manière extrêmement simple , c'est-à-dire à l'aide des caractères 
phonétiques. Un même mot est donc écrit en double : une première 
fois à l'aide de caractères alphabétiques, une seconde fois à l'aide 
d'un ou même de plusieurs signes idéologiques, exactement comme 
si en français pour désigner un cheval , on écrivait les caractères 
c-h-e-v-a-1 et qu'ensuite on en dessinât la figure. Ce dernier 
dessin est ce qu'on appelle le déterminatif. Le déterminatif et le 
groupe phonétique s'expliquent mutuellement, car de son côté, le 
groupe phonétique seul ne suffit par toujours à cause du grand 
nombre d'homonymes que l'on rencontre en égyptien. Je donne 
dans ma planche II un certain nombre d'exemples qui , beaucoup 
mieux que toutes les théories , expliquent le rôle de l'élément 
phonétique et de l'élément idéologique. 

Si l'on demande maintenant quelle langue se retrouve sur les 
monuments, je réponds que c'est, comme on doit s'y attendre, la 
forme antique du copte, c'est à dire, de l'idiome dans lequel nous 
possédons une traduction de la Bible et quelques autres ouvrages. 
Certes , il y a des différences entre l'égyptien des Ramsès et celui 
de nos livres coptes ; il y a même des variations dans l'écriture 



— 110 — 

antique , tellement que l'on distingue d'ordinaire du premier 
coup d'œi! une inscription datant des Ptolémées d'une autre inscrip- 
tion remontant par exemple à la 18 e dynastie ; mais le fond 
grammatical et lexicologique reste le même , et l'on peut dire avec 
M. Chabas : c'est du copte et toujours du copie. 

Il faut pourtant avouer qu'il reste encore bien des lacunes à 
combler avant que nous soyons complètement maîtres de la langue. 
Cependant , dit M. Chabas, malgré ses obscurités et ses bizareries 
la langue des hiéroglyphes possède des avantages qui lui sont pro- 
pres : il est toujours possible , le plus souvent môme facile de 
distinguer l'intention générale d'un texte égyptien , et l'on n'est 
jamais exposé à de grandes erreurs , comme dans l'investigation 
des langues perdues à écritures alphabétique? , telles que le phé- 
nicien et les dialectes araméens. Depuis plusieurs années, la science 
du déchiffrement des hiéroglyphes possède des moyens analytiques 
suffisants pour affirmer ses résultats généraux. 

On sait qu'un dictionnaire des hiéroglyphes comprend nécessai- 
rement deux parties : un catalogue des signes et un catalogue des 
mots. Le catalogue des signes doit comprendre toutes les figures 
usitées dans les hiéroglyphes : 

4° Les ligures humaines debout , accroupies, assises , 

2° Les membres humains, 

3° Les animaux : quadrupèdes, oiseaux, reptiles, poissons, 

4° Les parties d'animaux. 

D'ordinaire , on continue ta classer de même les autres signes 
d'après leur nature : les objets célestes , les plantes , les bâtiments, 
les ustensiles, etc. Mais, comme un dictionnaire est destiné non 
pas à celui qui sait mais à celui qui ignore , je préférerais que 
l'on rangeât les ligures simplement d'après leurs formes : 

5° Les lignes droites ou à peu près droites , 

V)0 Les lignes courbes , 

7° Les signes cruciformes , 



— 111 — 

8° Les signes ronds ou ovales, triangulaires, quadiangulaires ; 
parmi ces derniers seraient rangés les bâtiments ; 

9« Les signes compliqués dont la forme se rapproche soit de 
la touffe du papyrus , soit des signes représentant les articulations 
Mes, S'en, Xep ; 

10° Enfin les figures qui ne peuvent trouver place dans aucune 
de ces divisions, comme le chariot et plusieurs signes composés. 

Cette division que j'ai suivie pour moi-même , n'est ni natu- 
relle, ni scientifique, mais elle parle aux yeux. A côté de chacun 
des signes doit se trouver sa valeur phonétique ou idéographique. 
De même, cette partie du dictionnaire doit comprendre une liste de 
tous les signes hiératiques et démotiques , qui renvoie le plus pos- 
sible à leurs origines hiéroglyphiques. La seconde partie du dic- 
tionnaire doit contenir tous les mots rangés d'après l'ordre 
alphabétique , mais pourtant écrits avec les caractères hiérogly- 
phiques ; il doit comprendre les variantes et indiquer les sources. 
Il faut, dis-je, que les mots soient donnés en caractères hiérogly- 
phiques, d'abord à cause des détermina tifs, et ensuite parce que 
certains caractères sont spécialement affectés à l'écriture de cer- 
tains mots. 

On a plusieurs manières de déterminer le sens des mots encore 
inconnus. Souvent les tableaux- sculptés ou dessinés présentent le 
nom des objets à côté des figures. Pour ne citer qu'un seul exem- 
ple, c'est ainsi que dernièrement M. Birch a découvert le nom 
égyptien de divers jeux , et en particulier du jeu de dames qui 
devait charmer les loisirs des défunts béatifiés. Dans le texte , les 
signes déterminatifs sont d'un grand secours, en ce qu'ils donnent 
parfois la figure de l'objet exprimé phonétiquement , et que du 
moins ils indiquent l'ordre d'idées dans lequel on doit chercher la 
signification. Mais le moyen principal consiste dans la comparaison 
de divers textes dans lesquels se rencontre la même expression. 
C'est pourquoi il est si important pour un égyptologue d'avoir une 



— 112 — 

foule do textes à sa disposition. Enfin les lexiques coptes peuvent 
être invoqués pour fournir une présomption ou bien une confir- 
mation. 

J'emprunte à M. Ghabas, la liste suivante d'ouvrages dans les- 
quels les monuments et les inscriptions sont reproduits avec soin : 
Lepsius. — Denkmaeler aus JEgyplen und .Ethiopien, grand 

in-folio, Berlin. 

— Todtenbuch der .Egypter, in-folio, Leipzig. 
Champollion. — Monuments de V Egypte et de la Nubie, 

in-folio , Paris. 
Prisse d'Avennes. — Monuments égyptiens, in-folio, Paris. 

— Facsimile d'un papyrus hiératique. 
Rosellini. — Monumenti Egiziani. 

Leemans. — Monuments égyptiens du musée de Leyde. 
Brugscii. — Monuments de l'Egypte, décrits, commentés et 

reproduits, in-folio, Berlin. 
Diverses collections publiées par Young, Berton, Sharpe, Greene 

et Storert. 

Les papyrus du musée britannique, les papyrus Belmore , et 
enfin l'édition du Rituel funéraire , que donne maintenant 
M. de Bougé, et les fouilles du Serapeum par M. Mariette. 



III. 



Tous les monuments de l'Egypte peuvent se rapporter à la 
religion, à l'histoire, à la science ou aux belles lettres propre- 
ment dites. 

Nulle des publications faites jusqu'à ce jour n'a étudié complè- 
tement la religion égyptienne ; cependant nous possédons sur ce 
point, plusieurs' savantes dissertations. Je citerai en particulier 
celle de M. Lepsius : Ueber den ersten /Egyplischen Gotter- 
kreis, Berlin 1851 , et Ueber die Gotter der 4 Elemente bei 



— 113 — 

den Mgypten , Berlin 1857 ; la traduction d'un bel Hymne à 
Osiris par M. Chabas ; celle de 17 e chapitre du Rituel funéraire, 
par M. de Rougé ; et un Mémoire sur la mère d'Apis, par 
M. Mariette. Ajoutons à ces études la traduction du Livre des 
Souffles , et de deux Papyrus funéraires bilingues , par 
M. Brugsch, et les traductions de deux papyrus magiques 
par MM. Birch et Chabas. 

Nous possédons sur la religion des Égyptiens plus de matériaux , 
je pense, que sur tout autre religion de l'antiquité. Les murailles 
des temples, les pierres des tombeaux , les papyrus contiennent 
une mine presque inépuisable d'hymnes , de prières , de pratiques , 
de recettes magiques et de tableaux représentant les cérémonies 
du culte. Pour comprendre l'importance de ces renseignements , 
il suffit de se rappeler que les Egyptiens ont été en rapport constant 
avec les Juifs , et que d'un autre côté c'est dans les temples de 
Memphis et de Thèbes que Pythagore , Platon et plusieurs autres 
chefs de la philosophie grecque sont venus chercher la sagesse. 
On sait aussi combien les doctrines égyptiennes eurent de part 
à la formation de ces hérésies qui désolèrent l'Église naissante. 
Plus nombreux encore sont les monuments historiques que nous 
offre le sol de l'Egypte et lorsque tous ces documents seront 
classés, nulle histoire dans l'antiquité ne sera mieux connue que 
celle des Egyptiens. Mais c'est en parlant des études faites sur 
ces monuments qu'il faut se garder de toute précipitation. Et voici 
pourquoi : « Toutes les dates inscrites sur les monuments et dans 
les papyrus de l'Egypte se rapportent non pas à une ère com- 
mune , mais simplement aux années de règne des Pharaons. 
Elles ne peuvent conséquemment offrir un moyen de nouer la 
chaîne chronologique , sauf dans un petit nombre de cas , où 
l'on rencontre quelques indications additionnelles, telles, par 
exemple , que l'évaluation de l'intervalle qui sépare deux époques 
de deux règnes différents. Aussi est-il vrai de dire que l'étude 



— 114 — 

> des monuments originaux est, quant à présent, impuissante à 
» fournir les éléments d'une chronologie suivie. • (Chabas , 
Mélanges égyptiens.) 

Le papyrus chronologique du musée de Turin , eût pu servir 
de guide; mais il a été malheureusement mis en pièces pendant 
qu'on le transportait d'un endroit à un autre; maintenant chaque 
auteur en classe les débris selon les besoins de son système. 
Les listes de Manéthon ne se prêtent pas moins docilement à tous 
les remaniements possibles. 

Nous devons cependant mentionner plusieurs essais, quoiqu'il 
n'appartienne de les juger qu'aux chefs de l'égyptologie. Lesueur, 
de Bunsen , Brunet de Presle , de Saulcy et d'autres ont cherché 
à classer les dynasties. D'autres se sont occupés d'une partie de 
cette vaste histoire ; ainsi M. Lepsius a étudié la XXII e dynastie. 
Ce même savant a discuté les fondements de la chronologie égyp- 
tienne dans l'énorme volume intitulé : Die Chronologie der 
Mgypter, qui fut suivi du Konigsbuch. M. Brugsch et M. Lauth ont 
publié tous deux la première partie de deux histoires de l'Egypte. 
On a voulu souvent fixer certaines dates au moyen de calculs 
astronomiques; la seule chose à dire sur ces essais, est que jusqu'à 
présent on n'a pas encore trouvé de base certaine sur laquelle on 
pût les appuyer. 

Je range encore sous la rubrique de l'histoire , les études 
géographiques de M. Brugsch et de M. Jacques de Rougé , qui 
publie maintenant, dans la Revue archéologique de France, une 
série d'articles sur les textes géographiques du temple d'Edfou. 

Les monuments de l'Egypte ne nous offrent que des biographies 
séparées; il faut donc étudier chacune d'elles séparément. Lors- 
qu'on possédera des traductions d'une valeur indiscutable , il est 
probable qu'on y trouvera enfin des points de contact. M. de Bougé 
qui a aussi jeté un coup d'œil sur l'ensemble de la chronologie 
égyptienne dans son Examen de V ouvrage de M. de Bunsen a publié 



— 115 — 

plusieurs travaux sur divers points particuliers de cette histoire. 
Son ouvrage sur la statue Naophore du Vatican , qui porte une 
inscription relative au règne de Cambyse , est peut-être, dit 
M. Chabas, le meilleur travail qu'on ait fait sur une inscription 
historique. On doit aussi citer ses études sur plusieurs monuments 
du règne de Thoutmès , et sur une stèle de Pianchi qui lui a fourni 
quelques rapprochements heureux avec une prophétie d'Isaïe. 
MM. Deveria et Lauth ont fait connaître le grand prêtre Baken- 
Rhonsu. M. Chabas a expliqué l'inscription d'Ibsamboul qui 
raconte une campagne de Ramsès II contre les Ghetas ; je dois 
aussi citer ses publications sur les inscriptions de Radesieh et des 
mines d'or. M. Mariette vient de publier quatre pages des archives 
officielles de l'Ethiopie. M. Brugsch, en Allemagne, et M. Birch, 
en Angleterre, ont aussi donné d'utiles travaux en ce genre. 

Laissant donc de côté tous les systèmes , voici quelques résultats 
historiques de l'égyptologie. Les fouilles de M. Mariette en faisant 
connaître les stèles des Apis et celles des rois de l'Ethiopie , jettent 
de grandes lumières sur les temps compris entre la XXI e et la 
XXVII e dynastie, c'est-à-dire depuis la fin des Ramsès, jusqu'à 
l'invasion des Perses. 

L'histoire des dynasties XVIII, XIX et XX est assez bien connue ; 
M. de Rougé place au XVIII e siècle le commencement de la 
XVIII e dynastie, c'est-à-dire l'époque de l'expulsion définitive des 
Pasteurs, expulsion sur laquelle une longue inscription tirée du 
tombeau d'Ahmès nous donne quelques détails. Cependant , dit le 
savant professeur, il n'y aurait nullement à s'étonner si l'on s'était 
trompé de deux cents ans dans cette estimation , tant les documents 
sont viciés dans l'histoire , ou incomplets sur les monuments. 

Un des travaux qui méritent une plus grande attention de la 
part de ceux qui cherchent surtout dans les études égyptiennes des 
points de contact avec les récits bibliques, se trouve dans les 
Mélanges égyptologiques de M. Chabas. Ce savant examine la 



— 116 — 

question du synchronisme de Moïse et de Ramsès II. On avait 
déjà sur ce point le récit de Manethon , et la probabilité donnée 
par le long règne de Ramsès. M. Chabas a cherché dans les 
Monuments égyptiens le fait rapporté dans l'Exode, I, 11 : « Il 
• plaça sur lui des maîtres de corvée pour qu'ils l'affligeassent 
» de leurs corvées , il bâtit les villes de Miskenoth pour Pharaon , 
» Pithom et Ramsès • 

On trouve un papyrus qui contient une brillante description du 
château de Ramsès II , château qui avoisinait soit la mer Rouge , 
soit la Méditerranée, et n'était certainement pas éloigné de la 
frontière de l'Egypte , du côté de l'Asie. Le château s'appelait la 
demeure de Ramsès, Pa-Rameses-meriamon. 

Ce fait établi , M. Chabas tire de plusieurs manuscrits des détails 
frappants sur les ouvriers qui ont travaillé pour ce Ramsès. Us 
sont nommés Aperi , nom qui correspond exactement à l'hébreu 
t3 >w ?:7-y comme Anup correspond à Anubis. Ces ouvriers 
étrangers à l'Egypte, sont placés sous la surveillance de l'armée, 
reçoivent leur nourriture tous les mois, et sont occupés à 
traîner la pierre ou à d'autres travaux pour la ville de Ramsès. 

Les mêmes Aperi ou Aberi furent occupés à bâtir le temple du 
soleil de Ramsès II au sud de Memphis. Quoique les renseignements 
trouvés jusqu'ici sur Pithom soient insuffisants, on ne peut qu'être 
frappé des faits que j'ai résumés plus haut sur la ville de Ramsès, 
et l'on ne doit conclure la presque certitude du synchronisme de 
Moïse et de Ramsès II l . 

Parmi les monuments qui se rapportent à la science , on doit 
placer un papyrus médical du musée de Berlin , traduit en grande 



1 On pourrait ajouter à ces traits qu'un prince de la cour de Ramsès se nommait 
Mos ou Moses , prince royal ijouvernenr d'Ethiopie ; Flavius Josèphe dans son livre 
des Antiquités judaïques , liv. 11 , chap. 10, raconte que Moïse , étant à la cour de 
Pharaon , a remporté une victoire sur les Éthiopiens. Cependant cette identification pré- 
sente encore de grandes difficultés. 



— 117 — 

partie par M. Chabas. On pourrait ramener à ce titre les docu- 
ments astronomiques , par exemple les Zodiaques qui ont été 
dernièrement étudiés par M. Lauth. Toutefois ces Zodiaques sont 
d'origine trop récente pour que l'on puisse en tirer des conclu- 
sions certaines sur les connaissances astronomiques des Égyptiens. 
Enfin à l'article des belles-lettres on peut placer des poèmes et 
des romans comme ceux qui ont été traduits par MM. de Rougé et 
Chabas : le poëme de Pentaour et le roman des deux frères. A 
toutes ces richesses joignons les documents judiciaires publiés dans 
les manuscrits du musée de Leyde. La poésie égyptienne est la 
véritable poésie biblique: on y retrouve souvent le même langage, 
les mêmes figures, la même sublimité. Aussi, en faisant même 
abstraction des lumières que l'histoire des Égyptiens doit apporter 
à celle des Hébreux, en laissant de côté les richesses archéologiques 
que l'Egypte nous fournit sur les mœurs, les coutumes, les 
croyances de l'Orient, je crois pouvoir affirmer que l'étude de la 
langue des hiéroglyphes est aussi utile à l'interprétation de l'Ecriture 
sainte que celle de la langue arabe. Seule parmi les nations de 
l'Orient, l'Egypte possède ce privilège, qu'elle nous est repré- 
sentée en quelque sorte comme vivante. Elle se meut , elle agit 
sous nos yeux dans ces tableaux qui recouvrent les murailles de 
ses temples et de ses palais ; elle vit dans ces lettres particulières 
que l'on retrouve après tant de siècles; elle vit dans la grandeur 
de ses conquérants et dans leur stupicle orgueil , comme dans la 
mesquine vanité des gouverneurs et des divers employés. C'est 
donc l'Egypte que nous devons étudier quand nous voulons nous 
transporter au milieu des contemporains d'Abraham, de Moïse et 
de David. 

IV. 

Après avoir jeté un rapide coup d'œil sur le chemin qu'a 
parcouru l'archéologie égyptienne depuis qu'elle a été créée par le 

XXIX XXII 8 



— 118 — 

génie de Champollion , il est aisé de voir ce qui reste à l'aire. 11 
faut avant tout, dit AI. Ghabas, augmenter nos ressources lexico- 
logiques. C'est de la partie matérielle que l'on doit s'occuper 
activement , c'est-à-dire de la recherche et de la publication des 
monuments, de la traduction des textes faciles et familiers, qui 
font avancer la science, peut-être plus lentement , mais qui 
enrichissent le vocabulaire. Enfin ce qui; l'on doit chercher avant 
tout , c'est la divulgation des études égyptiennes. 

Mais à ce propos , on doit malheureusement tenir compte d'une 
difficulté qui se rencontre spécialement dans cette branche d'études. 
Seule peut-être maintenant entre toutes les sciences, l'égyptologie 
doit encore prendre pour elle la devise de Bernard Palissy. 

Certainement , il faut rendre grâce aux gouvernements qui ont 
envoyé en Egypte des expéditions scientifiques , et qui en ont 
publié les résultats. De même il faut rendre grâce aux particuliers 
qui multiplient par l'impression les papyrus qui se trouvent en 
leur possession. Mais presque toujours ces publications ne peuvent 
être acquises que par ceux qui n'ont pas la volonté de s'en 
servir. Ce sont d'immenses in-folio qui orneront une bibliothèque de 
luxe, mais qui ne pourront pas trouver place dans celle de l'étudiant. 
Et cependant ce sont là les livres qu'il faudrait feuilleter jour et 
nuit , ce sont les livres au milieu desquels il faudrait vivre et sans 
lesquels il est impossible de travailler au progrès de la science. 

Un second obstacle à la diffusion de ces études, est le manque 
de livres élémentaires et surtout, comme je l'ai déjà dit, le 
manque de dictionnaire. Beaucoup reculent devant cette besogne 
matérielle de collationner tous les textes expliqués et d'en extraire 
tous les mots pour les ranger dans un manuscrit. De plus, il est 
difficile de se procurer toutes les brochures éparpillées en France , 
en Allemagne, en Angleterre, qui, tirées à un petit nombre 
d'exemplaires, exigent encore de grandes dépenses. 



— 119 — 

C'est à cette cause que l'on doit attribuer mon silence sur 
plusieurs ouvrages que je n'ai pu lire et dont , par conséquent , je 
ne pouvais pas parler. La moisson est grande , mais je crains 
bien que les ouvriers ne continuent à manquer, aussi longtemps 
que pour étudier l'égyptien il faudra être riche ou bien avoir 
une grande bibliothèque publique à sa disposition. 



— 120 



APPENDICE. 

Je fais suivre ce court essai de quelques planches que j'ai crues 
nécessaires pour donner à mes lecteurs une idée plus claire du 
système hiéroglyphique. 

La planche I contient un extrait de l'alphabet hiéroglyphique, 
dans l'ordre suivant: l re colonne: alphabet copte; 2 e colonne: 
prononciation figurée en lettres françaises; 3 e colonne : signes de 
l'alphabet français choisis, à défaut de caractères coptes, pour trans- 
crire les textes hiéroglyphiques ; enfin 4 e colonne : signes hiérogly- 
phiques. 

Parmi ces signes, il en est qui commencent à devenir syllabiques; 
ce sont des consonnes qui renferment un son de voyelle. J'ai 
indiqué ces signes sur le tableau. 

L'alphabet copte n'est pas complet sur cette planche, parce que 
l'ancien égyptien ou bien ne possédait pas , ou bien ne séparait pas 
certaines articulations. Pour ne citer qu'un seul exemple , R et L 
s'expriment par les mêmes signes. 

La planche II contient une courte inscription hiéroglyphique. 
J'ai cru devoir expliquer par un exemple ce que j'ai dit trop briève- 
ment du déchiffrement des inscriptions. Dans ce but , j'ai parcouru 
un volume des monuments de Lepsius , en cherchant un texte qui 
ne fut ni trop long , ni trop court et qui en même temps fut assez 
facile pour ne pas exiger de longue dissertation '. J'ai choisi une 
inscription rapportée dans \esDenkmaeler, AbtheilungHI, PI. 175g. 
Elle se trouve gravée sur un rocher entre Assouan et Philes; elle 
n'est pas achevée et son auteur s'est même arrêté après avoir 

1 J'ai aussi pris soin de n'apporter que des textes non encore expliqués, du moins à 
ma connaissance , parce que j'ignore jusqu'à quel point je puis nie servir des travaux 
déjà publiés. 



— 121 — 

gravé la première lettre d'un mot. Ce texte semble être un abrégé 
d'une inscription du temple d'Ibsamboul (Denk III, 195.) L'ori- 
ginal n'a que onze lignes , mais j'ai dû les diviser à cause de leur 
longueur. Enfin je ferai remarquer que sur ma copie j'ai autant 
que possible séparé les mois les uns des autres. 

Je passe immédiatement à la lecture du texte : 
Ligne 1. Renpe-t 2, abot S semou, heru 26, xer lien hor ra, 

ka next, ma meri , .... (deux groupes idéographiques dont 

la lecture m'est inconnue, mais dont le sens est : Seigneur de la 

haute et de la basse Egypte). 

2. Maq kem , aufu to-u (?), hor nub , user teru , aa nextu, 

3. Suten xabe, hik petiu, sxer bs'tu, neb xps , neb ta-ti 

4. Ra-user-ma-setep-en-ra , se ra, n xat-f, mai-f, neb s' au, 
amen-mai-ra-mes-su , amen-ra suten neteru 

5. num neb sa-mu-t meri, anx neter nefer mnt n , peh-li 

6. ma se nu kera lier pka ra, maiu 

7. xem het, hati-nef liefenu , m kem n 

8. at sbti aa n mnfi-u-f ' , heru kera; set 

9. n herit-f tou neb-u, rs'u to-mera-ti hik 

10. am set, susxa-nf tas'u set n fêta, [ex 
41. xeta-u , haku tma-u-sen, petpet nef 

12 (pays) meh-tu amhennu xeru n herit-f, 

13. xeta-u ha-nu ro n nu nifu-f, ta suten oun 
1-4. kem m uui , het-u-sen meh m sxeru-f, 

15. hems-sen n s'ubu xps'-f, bu sent-sen n. . . . 

16. neb-t , fx-f n kera-u no uafur-mu aameh- 

17. hu st'er-u n satennu maa-sen , suten res ape 

18. mi-u sxerou, bu hauni a Cet-u-f neb 

19. ii-n-f . ... ker xrt-u-sen er tbh 

20. nif-u n anx, hmhmu-f user n to-kens 

21. s'f-t-f her ter peti-u sakara, xeta ai 

22. m qsi-t-u n bai- u-f suten xabe neb ta-ti 
ra-user-ma-setep-en-ra 



— 122 — 

23. se-ra, n œat-f, neb sef amen-mai-ra-mes-su , amen-ra , 

num sati a 

Outre quelques éraillures de la pierre, ce texte contient quelques 
signes dont la lecture est encore douteuse ou inconnue, mais dont 
le sens est certain. En voici la traduction : 

1. L'an v 2 , au mois 3 e de la moisson (Epiphi) le 26e jour sous 
sa majesté l'Horus-soleil , taureau puissant, aimé de la déesse 
vérité , le roi de la haute et de la basse Egypte , 

2. qui prend soin de la terre de Kémé, (l'Egypte), qui châtie les 
nations , l'IIorus d'or, riche en années, grand par les victoires, 

3. le roi de la haute et de la basse Egypte, qui gouverne les 
barbares , qui renverse les rebelles , le seigneur du glaive , le 
seigneur des deux mondes , 

i. soleil, riche de justice , éprouvé par le soleil, tils du soleil, 
de ses flancs, qui l'aime, Seigneur des diadèmes, Ramsèsmeiamon 
(le bien-aimé d'Àmon), aimé d'Amon-ra , seigneur des dieux , 

5. et de Xoum de Samut; (il possède) la vie divine et gracieuse de 
Monlh pendant des milliers d'années , (il est) vaillant 

6. comme le fils de Non combattant sur les plages du soleil. Lion 

7. au cœur ferme, il épouvante cent mille (hommes) dans l'espace 

8. d'un instant; il est un mur grand pour ses soldats au jour du 
combat ; 

9. sa crainte se répand (la crainte qu'il inspire) sur tous les pays, 
la joie est dans les deux Egyptes ; le roi est 

10. en elles; il a élargi leurs frontières pour l'éternité. Terrassant 

11. les Chétas ', s'emparant de leurs villes, il a foulé aux pieds 

12. leur pays. Les peuples du Nord, les Amehenus (?) renversés 
par la peur (qu'ils ont) de lui , 

13. et lis Chétas (disent) : Ah! (soient) à notre bouche ses 
souffles ! Le roi fait être 



' Petit-£lre faut-il lire simplement Alena-t-v, les Pasteurs de l'Asie, loiifornidment 
a certaines variantes. 



— 123 — 

14-. l'Egypte en expédition , • leurs cœurs (des Egyptiens) sont 
remplis de ses desseins : 

15. ils sont assis sous l'éclat de son glaive, ils ne craignent pas 
de nations (ils ne redoutent aucun peuple) 

16. toutes. Il terrasse les guerriers de la grande eau verte (la 
mer) , les (habitants du pays de) Amhou 

17. sont renversés de même qu'eux. Le roi veille comme un chef: 

18. justes sont ses desseins, aucune injustice n'est dans toutes 
ses actions. 

19. Viennent à iui les nations étrangères avec leurs enfants, pour 
implorer 

20. les souffles de vie. Il rugit et s'empare de la Nubie, 

21 . (il est) bouillant d'ardeur pour détruire les barbares de 
Sekali ; les Chétas implorent (?) 

22. en se courbant ses esprits. Le roi de la haute et de la basse 
Egypte, le seigneur des deux mondes, Ra user ma satep en 
va (soleil riche de justice , éprouvé par le soleil) fils du soleil , 
de ses flancs , seigneur du glaive , Ramsès meiamon , amon-ra , 

Noum , Sati , A (Il faut compléter l'inscription en ces 

termes : aimé d'Amon-ra , de Noum, de Sati et d'Anuk). 



NOTES. 

Voici sur ce texte quelques notes destinées à faire saisir plus 
aisément le mécanisme des hiéroglyphes : 

Ligne l re . On y rencontre beaucoup de signes idéologiques : 

/<=>\ lune — mois. (7) soleil — jour. %^ épervier — le dieu 

Horus — le roi. — ^^ taureau, v— * Dras armt ^ d'une massue , 

symbole de la force, puissant. On trouve aussi très-souvent dans 

le courant de l'inscription le même signe employé comme déter- 



— 124 — 

minatif des mots désignant une action qui se fait par la force ou la 
violence. 

Ligne 2 e . Le signe © qui termine le second mot est le déter- 
minatif de pays. On trouve à la même ligne et en d'autres 
endroits le signe £==» qui signifie pays, nation. Je n'en connais 
pas la lecture certaine. 

Le dernier mot de celte ligne se décompose comme suit : au- 
dessus la ligne brisée N , une branche d'arbre XT, les deux lettres 
X et T puis le bras armé d'une massue comme déterminatif , enfin 
les lettres T et U, puis les signes du pluriel. La branche d'arbre 
peut être regardée comme le déterminatif du son xt. Il faut lire 
nxt-u victoires. 

Ligne 3 e . Le mot hik, gouverneur, est déterminé par un homme 
accroupi. — sœer, renverser, déterminatif : un homme couché et 
le bras armé. — bs't-u, rebelles, déter. : le bout du nez, un 
homme tenant des deux mains une massue au-dessus sa tête, puis 
les signes du pluriel. Le bout du nez comme déterminatif semble 
montrer que les Egyptiens coupèrent souvent le nez aux révoltés. 
Voyez Diodore, liv. I, c. 70. 

Ligne -4 e . Les deux groupes enfermés dans les cartouches sont 
les deux noms du roi Ramsès IL Cette inscription a donc été 
gravée sur le rocher la deuxième année du règne du Pharaon , 
contemporain de Moïse. 

Ligne 5e. Le terme : million d'années, est exprimé par un homme 
accroupi, levant les mains et portant sur la tète le signe | année. 
J'ignore la prononciation de ce signe dont le sens est certain. 

Ligne 6e. Le fils de Nou est Osiris. 

Je traduis le mot Ss^j^^peka ra les plages du soleil, à 
cause des variantes ° ^ Q et D 1\ O (Denk. III , 195). 

M. J. de Rouge cite dans ses études sur les inscriptions géogra- 
phiques du temple d'Edfou la forme /J Q désignant un terrain 



— 125 — 

chargé de troupeaux. Le mot maki lion, est exprimé phonétique- 
ment et idéographiquement. 

Ligne 7e. Ramsès II semble avoir affectionné le titre hat hefenu 
qui effraye des centaines de mille. Le têtard de grenouille déter- 
mine le mot cent mille , à cause du grand nombre de ces animaux 
que le Ntt en se retirant laissait dans les campagnes et les marais 
de l'Egypte. 

Ligne 8 e . Dans un autre endroit on trouve : il plaçait son épée 
comme un mur pour protéger ses soldats. 

Le mot sat se dit proprement de l'eau qui inonde les campagnes ; 
ici il est dit métaphoriquement de la terreur qui se répand dans 
tous les pays. Les Pharaons se complaisaient dans cette idée. Le 
même Ramsès est dépeint dans un autre endroit à peu près sous 
les mêmes couleurs : « la crainte circule dans leurs cœurs , leurs 
membres tremblent à cause de l'épouvante qu'il cause. » Ren * n 
sent-f m xat-u sen , ha-u sen m sta er tera en herit-u-f. 
Denk. III, 495, lig. 8. 

Ligne 10 e . Au lieu de susxa-nf ou trouve écrit snsxa hnf. 
J'ai fait un léger changement en lisant C3 au lieu de ra. Il faudrait 
de longues explications pour motiver cette correction que les égyp- 
tologues comprendront à première vue. Je rends le verbe fx par 
terrasser à cause de la phrase suivante : Su ma ka spet ab-tl ur 
auat sfx sark nf em xftu f. « Semblable à un taureau muni de 
deux cornes , le chef du troupeau , il terrasse , il détruit ses 
ennemis. • 

Ligne '12e. Le mot ainehennu est douteux ; peut-être faut-il 
lire mehennu. Le premier signe n'est pas assez bien formé. 

Ligne 13 e . La prière des Chétas se traduit littéralement : 
Utinam ori nostro flatus ejus ! C'est la formule pour laquelle les 



1 Cette variante m est remarquable et fixe la prononciation du mot cf. Chabas 
Mél. égyp., 1, 24. On connaît en outre la prononciation /•/■. 



- 126 — 

condamnés à mort imploraient leur grâce du Pharaon. Sur un 
tableau rapporté, Denk. III, 211, on trouve la légende suivante : 

Tel an ha-tu en to-u (?) neb nti em xfa 
Parole des chefs des nations toutes qui dans la main (en la puissance) 

hen-f ■ ur peh-ti neb suten next 

de Sa Majesté : Grand en vaillance, Seigneur, roi victorieux, 

ra aa en hem aa xopes' neb er 

soleil grand de l'Egypte, grand par le glaive, Seigneur sur la 

ton en bai s'fi-t-eq ma (éraillnre delà pierre) anima * 

montagne de fer (?) ton ardeur comme . soit 

n-nu p nef-u ssni nu su anx p nti em 
à nous le souffle de nos narines ; c'est la vie , celle qui (vient) 
kahoui-q. 
de tes bras. 

Il ne faut pourtant pas croire que les Chétas aient été exacte- 
ment réduits à ce degré de misère; mais ce n'est pas ici le lieu 
de rabattre l'orgueil de Sésostris. 

Ligne 17 e . J'ai changé ter tenu en sa tenu qui me semble 
mieux convenir pour plusieurs raisons. On pourrait cependant con- 
server ter tenu et avoir le même sens. Je me contente de 
renvoyer à la stèle de Koultan , traduite par M. Chabas : les 
Inscriptions des mines d'or. 

On trouve la même idée. Denk. III, 195, ligne 13 : 
Sar-u sen lier astet mea-sen sou. 

Leurs chefs (sont) dans la stupéfaction (quand) ils voient lui , 

user-u~f peh-ti-f- mati mentu 

ses richesses , son courage , semblable à Month ; 

mata-f ape sen ma se nu. 

il coupe leurs têtes comme le fils de Nou. 



' Anima, au lieu de ha, confirme l'interprétation qu'a donnée de cette fonnulp 
M i.oodwin , dans les Mélanges égyplologiques de M. Chauas. Tome II. 257. 









EXTRAIT DE L'ALPHABET EGYPTIEN. 


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INSCRIPTION HIEROGLYPHIQUE. 



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■ Jogie deBelgique.tXXH, 2 e Sèrie tïï 



SUITE DE L'INSCRIPTION. PL. M. 



W t/'î? n k ra ^î^ 1P£ R£ 



lîal ^Sv~ 2fe*.i « 



Sv ^îl^i ^£ if S@§| 



V° ^ ^QHII^^ÏS 



TEXTES CITES DANS LES NOTES . 



—S ±. P e £LfS f ~ I - f T,7 W K^ 



1 ( o <â 1 1 o Sl_ /w ' 7// 7 ^ 



IHi^f-A^.glflk^f^ 






DeJik.TH.jgo 



f?2C^^V 



in^ a ; $ ~:~yz Sglis 



<3s_,i^) ^è ©7) = «rg ^s ^ > ^jîk 



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/>//*. ///. 277. 



^*rr; îirtf* ^fc&jr}^ 



ïf?£Ê^si:gM 






?P~m^^U 



Dfnh-.III.jc 



'.<)>> 



Annales del'Acaièraie d'archéologie deBelgicjue.tXXII, Z e Série, t. IL 



— 127 — 

J'ai traduit res ape : veille comme un chef, à cause de la 
phrase : Anx neter nefe ken res ape oua api an nu 2.-/". — Vie 
divine et gracieuse, vainqueur, il veille seul chef qui n'a pas de 
second. Denk. III. 186. 

Ligne 18 e . Je lis mi-u ou ma-u le premier signe à cause des 

variantes : 7)^£ ma, juge, et ^ f Q Q/'TT? m ^ u > dont on P eut 
voir le sens sur une stèle d'Hamamat. Denk. III, 223 c. ligne 5. 

T'e-tu , parole fait action , comme l'hébreu 727 . 

Ligne 21 e . Dans l'inscription de Kouban déjà citée, le même 
Ramsès se vante de ce qu'il est craint jusqu'à Sekali ; c'était une 
ville voisine de Méroé. Le dernier mot de cette ligne est très- 
endommagé, je l'ai traduit par conjecture. 

Nous ignorerons sans doute toujours quel est l'auteur de cette 
inscription et pour quel motif il s'est arrêté après avoir tracé la 
première lettre d'un mot. Pour avoir un sens j'ai dû compléter 
anuk-t meri. Noum, Sati et Anuk étaient les grands dieux des 
cataractes de Philes. Cependant il est aisé de voir que les mots : 
« Le roi , etc. » forment le sujet d'un verbe qui n'est pas expri- 
mé. D'après le style ordinaire des inscriptions , nous pouvons 
présumer que celte phrase commencée devait contenir le sujet de 
l'inscription et que tout ce qui précède n'est qu'un préambule em- 
phatique du genre qui plaisait tant aux Pharaons. L'antiquité clas- 
sique nous a parlé de l'orgueil insensé de Xerxès , mais on ne 
saurait trouver ni dans les récits les plus exaltés des grecs , ni 
dans les inscriptions cunéiformes , rien qui approche des louanges 
que, par exemple , Ramsès II se fait adresser par le dieu Ptah 
flans une inscription du temple d'Isamboul. Lepsius , Denk., 
111, 194. 



LES CANONS DE BODVIGNES 



MUSÉE ROYAL D'ANTIQUITÉS, D'ARMURES ET D'ARTILLERIE 
DE BRUXELLES. 



NOTICE 



par M. P. HENRARD, 

Membre titulaire à Bruxelles. 



A une des baies de fenêtre du premier étage du bâtiment de 
la Porte de Hal à Bruxelles, dans la salle où se trouvent les col- 
lections d'armes, d'armures, etc., on remarque un certain nombre 
de bouches à feu, projectiles, etc., provenant des fouilles faites 
au château de Bouvignes, près de Dinant. • Ces objets — dit 
une note du catalogue 1 — d'une grande importance pour l'histoire 
■ de l'artillerie à la fin du règne de Charles-Quint, ont été 

• exhumés en 1858 du puits où ils avaient été jetés pèle-mèle 

• avec les défenseurs du château de Bouvignes , lorsque les Fran- 

• çais prirent celte ville d'assaut en 1554. » 

Nous ne partageons pas l'avis du savant auteur du catalogue 
quant aux noms qu'il donne aux diverses bouches à feu provenant 
de ces fouilles, ni quant à l'époque qu'il leur assigne; mais avant 
d'émettre notre opinion à ce sujet , nous donnerons une courte 
description de chacune d'elles, en leur conservant provisoirement, 

Commissaires rapporteurs : MM. le général Guillaume et le major du génie 
A Castekman. 
' Édition de 1864 , p. 57. 



— 129 — 



en face de leur numéro d'ordre, le nom sous lequel elles sont 
cataloguées. 

Z. 45. Un petit canon de main, à croc. (XV e siècle). 




Ce canon , en fer forgé d'une seule pièce et long de près d'un 
mètre , a la forme d'un tronc de cône terminé au tonnerre ainsi 
qu'à la bouche, qui est légèrement renforcée, par huit pans coupés. 
Son calibre est de 28 millimètres. La lumière est percée latérale- 
ment à une petite distance du fond de l'âme; au-dessous est 
brasée une pièce de fer servant à retenir la poudre d'amorce. Une 
autre pièce de fer en forme de crochet est fixée à la paroi infé- 
rieure, à quelque distance de la bouche. 

Cette arme est d'un travail assez soigné, bien qu'elle ait été forée 
excentriquemenl. 

Nous pensons qu'elle doit être cataloguée de la manière suivante : 

Coulevrine à main de rempart en fer forgé. (Milieu du XV e 
siècle). 

Ce fut vers l'an 1430 qu'apparurent pour la première fois les 
coulevrines à main l ; bientôt nos communes possédèrent un très- 
grand nombre de ces armes. En 1453 , Philippe-le-Bon emprunte 
des coulevriniers à Malines s et les emploie à la garde des places 
fortes dont il avait retiré les garnisons pour renforcer son armée 



' La première mention authentique que nous en connaissions, appartient aux comptes 
communaux de ia ville de Lille pour l'année 1433. Voir: De l'artillerie delà ville de 
Lille au -/4 e , •/5 e , 16 e et 17 e siècle, La. Fons Mélicocq, p. 16. 

* Gachard, Documents inédits, t. 11 , p. 126. 



— 130 — 

dans sa guerre contre les Gantois; déjà dès 1-465 Lille possède 
un serment de coulevriniers. 

La coulevrine fut employée, à l'origine, particulièrement à la 
défense des murailles. Le poids , la longueur et le calibre consi- 
dérable de celle que nous avons sous les yeux ne nous permettent 
pas de douter que telle a été sa destination. De même que la 
grande arbalète , la coulevrine de rempart ne s'épaulait pas ; son 
fût en bois reposait sur l'épaule du tireur et son crochet s'appuyant 
sur la paroi extérieure de la muraille , quand la bouche sortait 
par le créneau on trou de canonnière, était destiné à résister au 
recul. 

Z. 40. Une bombarde en douves de fer battu, cerclées, se 
chargeant par la culasse , avec boite. (XVI e siècle). 




Cette bouche à l'eu est composée de deux pièces : la volée et la 
chambre. La volée en fer forgé, du calibre de J93 mi11 , est formée 
de neuf bandes de fer longitudinalement assemblées comme les 
douves d'un tonneau , recouvertes de 9 manchons renforcés eux- 
mêmes par 5 anneaux dont 4' sur des joints de soudure et le 5 e à 
la tranche à la bouche. Toutes ces pièces sont soudées les unes 
aux autres. 

Le fond de la volée reçoit le col de la chambre , prisme à huit 
jians en fonte de fer et munir d'une anse en fer forgé, percée vers 
le milieu de sa longueur et sous l'anse d'une lumière avec calice 
peu profond. 



— 131 — 



Autre canon de la même espèce, mais dont rame n'a que 
16 centimètres de diamètre, avec boîte. 




De même modèle que la précédente , cette bouche à feu a un 
calibre et une longueur moindres. Sa construction est analogue, 
mais les anneaux de la volée ont la forme de moulures et deux 
d'entre eux, un à la bouche l'autre vers la culasse, portent un 
grain de mire en forme de trèfle ; la paroi de l'âme est détériorée 
près de la bouche , sans doute par l'effet du tir. La chambre est 
en fonte, cylindrique et munie d'une anse on fer forgé; la lumière 
est percée assez près du fond de l'âme. 

Cette bouche à feu, de même que la précédente, est un veugtaire 
(en flamand vogheleer). En effet, les bombardes sauf celles de 
très gros calibre , comme la Dulle Griete de Gand , qui à cause de 
la difficulté de la fabrication et des transports se divisaient en 
deux ou plusieurs pièces que l'on vissait les unes aux autres au 
moment de la mise en batterie, avaient toujours leurs chambres 
fixes et faisant corps avec la volée. Il n'en était pas de même du 
veuglaire : cette bouche à feu, d'origine flamande comme son 
nom l'indique , lançait des projectiles de pierre et composait au 
XVe siècle la partie la plus considérable de l'armement des 
remparts des villes et des châteaux ». Afin d'obtenir une certaine 

1 Dans un inventaire de l'artillerie de l'hôtel de ville de Paris, dressé en 1505 mais 
qui se rapporte à des armes déjà anciennes à cette époque , on compte 22 veuglaires 
parmi i\ autres pièces d'artillerie, coulevrines, serpentines, mortiers courteaux etc 

Vo.r : Etudes sur le passé et l'avenir de l'artillerie , par le prince Louis Napoléon 
Bonaparte (Napoléon III). - t. I, p. 376 , (pièces justificatives) 



— 132 — 

rapidité de tir elle possédait deux ou trois chambres qui se char- 
geaient isolément. On les fixait à la volée au moyen de coins en bois 
ou en fer qui s'interposaient entre leur fond et le fût en bois auquel 
la pièce était réunie au moyen de liens en fer ou quelquefois 
simplement en cordes. Au-dessus de la charge de poudre on 
enfonçait un tampon de bois tendre (tilleul, peuplier, etc.) de forme 
tronconique, qui avait pour but d'augmenter la tension des gaz de 
la poudre avant leur action sur le projectile. 

Z. 48. Un petit fauconneau cerclé de 16 anneaux, égale- 
ment en fer forgé, se chargeant par la culasse et muni de 
sa chambre. 




Cette bouche à feu, qui nous semble composée d'une seule lame 
en fer forgé contournée sur elle-même comme nos canons de fusil , 
est renforcée de 1(> anneaux distants l'un de l'autre de 65 milli- 
mètres, et d'un triple anneau à la bouche. Son calibre est de 
40 millimètres , et sa longueur totale d'environ 37 fois ce calibre. 
Elle est munie d'une chambre en fonte avec anse en fer forgé. 

Nous ne croyons pas nous tromper en proposant pour cette 
bouche à feu le nom de serpentine ; le fauconneau appartient en 
effet plus particulièrement au XVI e siècle , et nous dirons tantôt 
pourquoi nous pensons que les pièces d'artillerie que nous avons 
sous les yeux n'appartiennent pas à cette époque. 

Les serpentines n'étaient pas toujours à chambre, et se char- 
geaient souvent par la bouche; leurs projectiles étaient en plomb 
ou en fer forgé. 11 en était de même des coulevrines , et les 
caractères qui différenciaient ces deux sortes de bouches à feu ne 
sont pas, nous devons le dire, parfaitement connus. 



— 133 — 

Z. Trois boîtes ou chambres à feu de différentes grandeurs. 




Ces trois chambres ou boites à poudre appartiennent à des 
veuslaires. Toutes trois sont en fonte avec anse en fer forcé : 
l'une a la forme d'un prisme à 8 pans comme celle du premier 
veuglaire que nous avons examiné, et lui appartient peut-être éga- 
lement; les deux autres sont cylindriques comme celle du second , 
et ont leur lumière placée latéralement à l'anse et très près du fond 
de l'âme. Elles portent toutes deux la même marque en forme de 
flèche que nous avons reproduite sur notre dessin , ce qui paraîtrait 
indiquer qu'elles appartenaient l'une et l'autre à la même bouche à 
feu, sur laquelle une marque semblable se reproduisait sans doute. 

Ce qui différence particulièrement l'artillerie du XVI e siècle de 
celle du siècle précédent, c'est la disparition presque complète des 
pieds en fer forgé, remplacées presque partout par ceux en bronze 
et en fonte de fer, l'adoption des tourillons et l'abandon du char- 
gement par la culasse et des projectiles en pierre pour toutes les 
pièces autres que les mortiers. Déjà dès la fin du XV e siècle, ces 
caractères sont en partie ceux de l'artillerie que Charles VIII con- 
duisait avec lui en Italie ; mais ces progrès n'avaient pas été 
l'œuvre d'un jour, et avant la France les provinces soumises à 
l'autorité des ducs de Bourgogne avaient vu s'effectuer ces diverses 
améliorations. 

L'artillerie de Charles-le-Téméraire, dont de nombreux spécimens 
sont conservés dans les villes de Moral, La Neuveville et Bâle, 
depuis le jour où elles restèrent entre les mains des Suisses après 

\\l\ XXII 9 



— 134 — 

les fatales batailles de Granson et de Morat, présentent déjà 
quelques uns de ces perfectionnements: le très petit nombre de ces 
bouches à feu sont à chambres mobiles , quelques unes sont en 
bronze ou en fonte de fer, plusieurs ont des tourillons. Les tou- 
rillons étaient chose nouvelle assurément à cette époque, car s'il 
en est qui font corps et ont été visiblement forgés ou fondus avec 
les pièces dont ils font partie , il en est aussi qui sont appliqués 
après coup à des pièces déjà anciennes, plus longues, plus pesantes 
que les nouvelles. On voit que, comme à toutes les époques de 
transition , on a essayé d'utiliser ce qu'on possédait en y appliquant 
plus ou moins heureusement l'invention nouvelle *. 

Or aucun de ces caractères ne se présente dans les bouches 
à feu de Bouvignes. Toutes sont à chambre, toutes sont en fer 
forgé, aucune n'a de tourillons. Nous en concluons qu'elles 
appartiennent au XV e siècle, et, s'il nous fallait leur assigner une 
date plus précise encore, nous les attribuerions au règne de 
Philippe-le-Bon 2 . 

On pourrait nous objecter l'emploi de la fonte pour les chambres, 
alors qu'il est communément admis que ce ne fut qu'au XVI e siècle 
que ce métal servit à la fabrication des canons ; mais c'est là 
une erreur que l'étude des comptes des villes , sources authen- 
tiques s'il en fut, a permis de redresser. Dès le commencement 



1 Voir Annales de l'Académie d'archéologie , 2 e série, t. I er , p. 283, noire mémoire 
sur l'Artillerie en Belgique. 

4 Dans une relation du siège de Bouvignes par les Liégeois en 1430 appartenant à la 
chronique manuscrite de La Haye, dont M. Kervyn de Lettenhove donne des extraits 
ilans son édition de Georges Chastelain, on lit (t. 11 , p. 117, note) : 

« A cliascun costier de la ville de Bouvignes avait une grosse tour, des quelles on 
« getait de chascune ung canon plus gros d'une tête, et estaient les dits canons affustés 

pourjetter eu croix devant la porte du dit bolwerc, qui tuaient les communes par 
» nions. » 

Ne seraient-ce pas là nos deux veuglaires? 

1 MS. de la bibl. impérial. Collection Le Grand. Éludes sur le passé et l'avenir 
de C artillerie , t. I , p 37. r >. 



— 135 — 

du XV e siècle, en effet, on coulait en fonte de fer des canons de 
petit calibre , et il en était de même des chambres de veuglaire , 
car dans un inventaire de l'artillerie existant à la bastille 
St. -Antoine à Paris * en août 14-63, on lit : • Y a de ce qui fut 
« laissé par les Anglais : Un gros vuglaire de fer fusté de 
« bois ayant deux chambres de fonte. • Et en 1463, il y avait 
déjà plus de trente ans que les Anglais avaient quitté Paris. 

Toutes les chambres n'étaient cependant pas en fonte , et à côté 
de celles que nous venons de décrire , s'en trouve une quatrième , 
dont le catalogue ne parle pas, en fer forgé, composée de cinq 

anneaux soudés l'un à l'autre 
et renforcés de deux cercles de 
faible dimension, maintenant les 
pattes de l'anse. La lumière est 
très près du fond de l'âme , et 
fortement évasée par le tir. 




S'il nous était permis de proposer une explication à la présence 
de ce matériel, en somme en assez bon état de service, dans le puits 
d'où les fouilles de 1858 l'ont exhumé, nous inclinerions à penser 
que les défenseurs de Bouvignes l'y ont précipité eux-mêmes pour 
ne pas le voir tomber entre les mains de l'ennemi , quelque jour 
peut-être que leur voisins les Dinantais , dont l'inimitié pour 
Bouvignes nous a été révélée par maints chroniqueurs , les avaient 
menacés d'escalade. It n'est pas en effet dans l'habitude des 
vainqueurs de détruire l'artillerie des villes conquises , et au XVIe 
siècle comme au XIX e , les bouches à feu étaient des trophées trop 
glorieux pour qu'on ait préféré les détruire que de les emporter. 



LA BASILIQUE DE S.WILLIBRORD 

à. ECHTERNAGH, (Grand-Duché de Luxembourg). 



NOTICE 

par M. LE Dr A. NAMUR , 

MEMBRE CORRESPONDANT ÉTRANGER A LUXEMBOURfi. 

Dans une riante plaine du pays de Luxembourg, à six lieues 
et demie de la capitale du même nom , à quatre lieues de celle des 
anciens Trevirs., sur la rive de la Sure, au milieu d'un vaste bas- 
sin encadré par un cercle de hautes collines , s'élevaient jadis 
majestueusement, à côté de l'ancienne abbaye des Bénédictins à 
Echternach, les ruines de la basilique de St.-Willibrord , sans 
contredit et d'après le jugement d'hommes experts le plus im- 
portant monument religieux du Grand-Duché de Luxembourg. Nous 
disons jadis, puisqu'aujourd'hui ces ruines sont remplacées par la 
basilique même, nouvellement restaurée en grande partie. 

C'est sur cette mémorable basilique que nous désirons attirer 
l'attention des savants de tous les pays. 

Pour apprécier d'abord la valeur historique de ce monument, 
nous devons remonter à son origine. 

A la fin du VII e siècle la noble fille du roi de France Dagobert , 
sainte ïrmine, vivait dans le monastère d'Oeren à Trêves, dans 

Commissaires rapporteurs : MM. Lr. Grand de Reulandt et F. Ourlet. 



— 137 — 

la pratique des plus précieuses vertus. Elle était si charitable, 
qu'elle ne se refusait à aucune œuvre de piété ; elle ne possédait 
de grands biens que pour faire de grandes largesses ; aussi trouvâ- 
t-elle bientôt une occasion favorable de perpétuer son nom par la 
création, à l'emplacement de la ville actuelle d'Echternach , d'un 
petit monastère, destiné à soulager les pauvres et à offrir un asile 
à des moines étrangers qui, en missionnaires, viendraient en ces 
lieux pour y propager la foi chrétienne. 

Cette contrée, comme nos sources écrites et surtout l'histoire monu- 
mentale du pays le prouvent , était un siège principal du paganisme, 
dont on retrouve encore des traces au Vile e t au Ville siècle. 

Il est constaté qu'à côté du petit monastère la pieuse princesse 
fit aussi élever une église, du moins une chapelle, qui serait alors 
à considérer comme une des premières églises fondées en ces lieux. 

Il serait difficile de préciser la date de la construction de cette 
église et d'en donner la description. On sait seulement qu'en 698, 
lorsque le saint apôtre des Frisons, saint Willibrord qui plus 
tard devint aussi l'apôtre du Luxembourg , arriva à Trêves , 
précédé de sa réputation apostolique et sous la protection de Pépin 
de Herstal et des évoques Leotwinus et Basinus de Trêves , la 
pieuse bienfaitrice de ces lieux lui offrit son monastère déjà 
considérablement agrandi , pour lui servir d'asile et de retraite à 
lui et à ses compagnons , lorsque dans leur sainte mission ils si; 
verraient obligés de se soustraire aux poursuites des peuples payens, 
qu'ils avaient à combattre par le glaive de la foi. 

L'établissement devait servir en môme temps à former les 
jeunes missionnaires. Il n'entre pas dans notre plan de faire 
l'historique de ce bienfaisant établissement ; nous rappellerons 
seulement qu'après avoir lutté pendant cinquante ans contre le 
paganisme , saint Willibrord vint mourir à Echternach où il fut 
enterré et où l'on conserve encore aujourd'hui avec une grande 
vénération ses restes mortels. 



— 138 — 

Avant la mort de ce zélé propagateur de la foi , l'établissement 
confié à sa direction avait été l'objet de grandes libéralités. 

En 709 , la douzième année de Childebert 111 , Pépin deHerstal , 
qui protégeait et aimait saint Willibrord , soutint son établissement 
avec autant de zèle que sainte Irmine, sa première bienfaitrice. 

Extrait du Liber aureus Eptemacensis - Bibliothèque de Gotha. - XII e siècle. 




SAINTE IUMINE ET PEPIN PORTANT LA 11ASILIQIIE D'ECHTKRNACH. 



Il leur fcéda en propriété , à proximité de la villa d'Irmine , 
une grande partie du terrain qu'il avait acquis du duc Théodard. 

Aussi le Liber aureus d'Echternach , conservé à la bibliothèque 
de Gotha , nous représente dans une belle miniature du XII e siècle , 



— 139 — 

Pépin et sainte Irmine , portant l'église qui y est représentée sous 
la forme que probablement elle avait alors. 

L'histoire proprement dite de la basilique de Saint- Willibrord 
ne date que de l'an 1017. 

L'abbaye et l'église primitive devinrent la proie des flammes. 

L'abbé Uroldus commença la construction de la nouvelle église , 
qui est celle dont nous avons admiré et déploré les majestueuses 
ruines et que nous sommes heureux de voir presque restaurées 
complètement. Bientôt nous aurons la satisfaction de la voir se 
relever entièrement de ses cendres pour être rendue au culte. 

Achevée en 4031 , sous l'abbé Humbertus, elle fut consacrée 
la même année par l'évèque Poppon de Trêves, et en présence de 
Henri , duc de Bavière , s'opéra alors la translation des reliques 
de saint Willibrord dans la nouvelle église. Par crainte des incur- 
sions normandes, on avait caché ces précieuses reliques sous 
terre, d'où elles furent retirées cette année, pour reposer en ce 
lieu jusqu'à la suppression de l'abbaye en 1794. 

Depuis lors elles furent religieusement recueillies et conservées, 
et aujourd'hui elles reposent en paix sous le maitre-autel de l'église 
paroissiale d'Echternach. La translation dans cette église a eu lieu 
en 1828. Nous osons espérer qu'enfin, grâce aux sympathies de 
l'univers catholique , elles reprendront place dans la basilique 
restaurée, pour ne plus jamais abandonner ce vénérable sanctuaire 
que saint Willibrord s'était choisi lui-même pour dernière demeure 
de ses restes mortels. 

L'église abbatiale qui nous occupe en ce moment ne fut pas 
dès son origine ce qu'elle a été à l'époque de sa splendeur. Elle reçut 
différentes modifications dans la suite des temps , comme nous le 
ferons voir dans sa description. 

Vu le développement progressif du bâtiment pendant plusieurs 
siècles, nous ne serons pas surpris d'y reconnaître différents 



— 140 — 

genres d'architecture , qui admirablement combinés ont fait l'admi- 
ration des hommes les plus experts ' . 

Il est fort heureux qu'au XVIII e siècle, époque à laquelle les 
abbés Hartz (t 1720) et Grégoire Schouppe (t 1751) reconstrui- 
sirent à neuf, dans un style qui a été critiqué à juste titre , les bâti- 
ments de l'abbaye, l'église ne reçut que peu ou point de modifications, 
de sorte qu'elle nous fut conservée dans la forme originale et fort 
remarquable que nous allons décrire. 

Dans la construction de cette basilique, nous aurons à distinguer 
deux genres d'architecture : l'architecture romane qui caractérise 
la forme primitive, et l'architecture gothique qui se manifeste aux 
changements opérés dans le bâtiment au XIII e siècle. 

a. La basilique primitive — style roman — XI e siècle. 

L'église primitive affecte, d'après un usage continué jusqu'au 
XI e siècle, la forme d'une basilique romaine, avec cette différence 
que le fond du chœur, qui originairement se terminait en hémi- 
cycle , est rectiligne comme dans la plupart des monuments du 
même genre en Angleterre. 

Sous le chœur existe une crypte dans laquelle on entrait à droite 
et à gauche par deux escaliers, aux extrémités des nefs latéra- 
les. Ces entrées sont fermées aujourd'hui. Cette crypte est la plus 
ancienne partie de l'édifice, la seule partie qui reste de l'église 
primitive, devenue la proie des flammes en 1017. C'est dans 
ce souterrain que saint Willibrord célébrait la sainte messe; 
c'est là que sous l'autel de la S tc - Vierge il a été enseveli. 

A l'entrée de l'église, il y a un porche mesurant dans un sens 
14- pieds et dans l'autre 2 pieds 2 pouces. 



' MM. Kugler de Berlin , Sclimidt et de Wilmowski de Trêves, de Lassaulx de 
Coblence, Aiig. Reichensperger, etc. 



— 141 



L'intérieur de l'église est divisé en trois nefs par deux rangées 
de gros pilastres alternant avec des colonnes d'ordre corinthien , 




Intérieur de l'église abbatiale d'Echteruach. 



auxquelles plusieurs archéologues renommés ont attribué une 
origine romaine. Ces pilastres et ces colonnes sont réunis par des 
arcs cintrés ; à en juger par les impostes qu'on remarque encore 
aux murs latéraux correspondant avec les pilastres , ceux-ci et les 



— 142 — 

murs étaient réunis de la même manière, ce qui fait un système 
d'arcades symétriques qui frappent le visiteur à son entrée dans 
le vénérable sanctuaire '. 

L'emploi de colonnes romaines dans les églises chrétiennes n'est 
pas un fait insolite. Le sénat de Rome avait orné l'arc de triomphe 
de Constantin aux dépens de celui de Trajan. Les chrétiens sui- 
virent aveuglement cet exemple. Ils exploitèrent sans pitié les 
édifices de l'ancienne Rome ; les colonnes furent déplacées et ser- 
virent à soutenir les arcades des nefs. Des colonnes semblables se 
trouvent dans la cathédrale de Trêves. Nous nous demandons 
naturellement d'où peuvent provenir les colonnes de notre basi- 
lique. Les découvertes importantes faites en 1852 à proximité 
d'Echternach , au lieu dit • Schwarzacht ■ , permettent de supposer 
qu'il y avait autrefois en ces lieux des bâtiments très-considéra- 
bles, qui ont pu fournir ces colonnes. 

L'opinion généralement accréditée de l'origine romaine de 
ces colonnes a été récemment combattue par M. le professeur 
Auguste Mullendprff qui , pendant son séjour à Echternach , a 
pris une très-large part à la restauration en question , (Organ 
fur christliche Kunst). « Ces colonnes, dit-il, ne peuvent pas 
» être classiques , puisqu'elles portent tous les caractères de la 
• colonne romane » , ce qu'il cherche à démontrer. 

L'église avait primitivement un plafond en bois , dans la nef 
principale aussi bien que dans les nefs latérales, ce qui paraît 
suffisamment prouvé par les peintures murales dont en a vu encore 
des vestiges au-dessus des voûtes actuelles qui sont de date 
postérieure. 

Les murs paraissent avoir été décorés de semblables peintures 
dans toute leur hauteur ; tel a été le cas dans la plupart des 
bâtiments mis à découvert à Pompéi et dans les basiliques d'Italie. 

' Vue de l'intérieur île la basilique , par M. lu professeur Behg. 



— 143 — 

Un exemple analogue de telles peintures se voit dans la cathédrale 
de Trêves. 

On ignore ce que ces peintures de notre basilique ont représenté. 

Étaient-ce de simples décorations , des scènes de l'ancien ou 
du nouveau Testament, ou des figures allégoriques et symboliques? 
Les traces qui sont restées sont insuffisantes pour le démontrer. 
Aux colonnes on- a encore remarqué des vestiges de couleur brun- 
rougeâtre; aux chapiteaux des traces de vert et d'or. 

Berthels, l'historiographe de l'abbaye (XVI e siècle), vit encore 
de son temps les douze apôtres et des anges représentés sur les 
pilastres et les colonnes. D'après une ancienne notice , plusieurs de 
ces peintures ont été faites vers 1190 sous l'abbé Godefroid. 

D'après le rapport du susdit M. Mullendorff, il ne reste abso- 
lument rien des fenêtres primitives. 

Quant aux tours de l'église , on prétend que des quatre qui 
existaient, les deux qui sont contiguës au chœur appartiennent à 
l'église primitive; les deux autres à côté de l'entrée de l'église, 
sont attribuées à la moitié du XIII e siècle. Cependant sur la minia- 
ture citée du Liber aureus de Gotha , la basilique est déjà repré- 
sentée avec quatre tours et cet ouvrage précieux date sans contredit 
du XII e siècle. 

Voici les principales dimensions de l'ancienne basilique : la 
longueur totale jusqu'à l'extrémité du chœur est de 65 in 20, 
dont 17 m 00 pour le chœur. 

Largeur de la nef principale 9 m 90, hauteur de cette nef 16 m 10 ; 
largeur des nefs latérales respectivement 5 m 70 et 5 m 30 , y 
compris l'espace occupé par les colonnes et les pilastres : hauteur 
de ces nefs 8 m 4-0. Comment expliquer cette différence de largeur 
des nefs latérales? 

Pourquoi d'un autre côté l'axe du chœur forme-t-il angle 
avec celui de la nef principale? 



— 144 — 
b. La basilique modifiée au XIII e siècle — style gothique. 





fJC 0J- C u XHIN 



Plan et coupe d'après M. Schmidt de Trêves. 



Au XIII e siècle, la basilique fut modifiée d'après les progrès de 
l'art à celle époque. Le gothique succéda au roman et au byzantin. 
L'abbé Arnoldus (1242-1269) fit construire les voûtes ogivales 



— 145 — 

et les fenêtres qui existent encore en ce moment. Le plafond 
primitif, qui était en bois, était de trois pieds à peu près au- 
dessus de ces voûtes. 



c. Modifications subséquentes. 

Comme nous l'avons vu ci-dessus, la crypte primitive sous le 
chœur avait son entrée par deux escaliers dans l'intérieur de 
l'église. Plus tard ces entrées furent supprimées, probablement par 
suite de la construction de la chapelle de St. -Sébastien , élevée à 
côté du chœur par l'abbé Fisch en 4615. À cette époque on 
augmenta l'espace de la crypte par un autre souterrain construit 
sous ladite chapelle et l'on pratiqua une entrée extérieure. Les 
trois chapelles, qui sont désignées sur le plan que nous publions, 
reçurent les fenêtres qui durent disparaître à la place où l'on 
accosta les chapelles , ce qui porterait à croire facilement que ces 
chapelles sont contemporaines de l'église. Mais les retombées des 
voûtes et les consoles sur lesquelles celles-ci reposent, permettent de 
conclure à une époque postérieure , ce qui est confirmé du reste 
par l'histoire même du monument. L'une de ces chapelles en effet 
a été construite sous l'abbé Bertels , d'illustre mémoire (1594- 
1607) ; une autre par l'abbé Fisch, celle de St. -Sébastien , qui 
porte la date de 1615 inscrite dans le souterrain. 

d. La basilique après la suppression de l'abbaye en 1795. 

Lorsque la révolution de 1789 entraîna dans ses conséquences 
la suppression des établissements religieux, l'abbaye d'Echternach 
et sa basilique subirent le sort de toutes les institutions de l'espèce. 
Abandonnées dès le 10 janvier 1796 par les derniers Bénédictins, 



— 146 — 

l'abbaye et son église furent vendues le 21 du même mois comme 
domaine publie à une famille privée. Le nouveau propriétaire con- 
vertit bientôt une partie de l'abbaye en fabrique de fayence et l'église 
servit au même usage. On vit alors des hauts-fourneaux rem- 
placer les autels dans cette vénérable enceinte , et l'industrie occu- 
per la place réservée pendant des siècles au culte. 

La première profanation du plus intéressant de nos monuments 
religieux et artistiques, qui eut lieu le 7 novembre 1794 après la 
première invasion des troupes françaises, ne fut que le commence- 
ment d'une longue série de revers, que tous les amis de la religion, 
des arts et de l'histoire nationale ont amèrement regrettés, sans 
pouvoir les détourner de la déplorable victime. En 1 842 la moitié 
de l'abbaye et de l'église redevint la propriété de l'État, et servit 
dès lors de caserne au contingent fédéral luxembourgeois. 

Il ne nous appartient pas de répondre à la question de savoir 
si ce beau monument, unique dans son genre dans notre pays et 
même en deçà des Mpes, d'après le jugement de M. Kugler," de 
Berlin , n'aurait pas pu avoir un meilleur sort. 

L'incurie, la construction susdite des fours, hâtèrent tellement 
sa ruine, qu'après quelques éboulements, qui se succédèrent rapi- 
dement dans la partie appartenant à l'État, on désespéra un 
instant de la possibilité d'une restauration. 

Nous ne pouvons passer sous silence que depuis 1842, avant 
les derniers désastres, bien des démarches furent faites pour pro- 
voquer la restauration de la basilique , ainsi que sa restitution au 
culte, mais tous les efforts échouèrent malheureusement contre des 
écueils indépendants de la volonté de ceux qui se sont interpo- 
sés dans ce but. 

Enfin une lueur d'espoir se lit jour. En 18G2 nous vîmes se 
réveiller, comme par suite d'une inspiration supérieure, dans la 
bourgeoisie même d'Echternach , un sentiment de pieuse vénération 



— 147 — 

et se former dans son sein , spontanément et comme par enchan- 
tement, une association sous le nom d' Association de St -Willi- 
brord , qui se proposa pour but d'aviser aux moyens de restaurer, 
d'après le plan primitif, la basilique du saint auquel nous devons 
en grande partie la fondation du christianisme dans nos contrées. 
Nous avons félicité les Echternachois du noble sentiment qui les a 
animés et fait des vœux bien sincères pour la réalisation de cette 
louable tentative. 

Ce que bien des écritures et des démarches orales n'ont pu 
faire , la voix unanime du peuple est parvenue à l'accomplir. 

Pendant plus de cinq mois , la nouvelle association eut à lutter 
contre des obstacles et des préjugés de toute espèce ; mais encou- 
ragée par la bienveillante protection du gouvernement Grand-Ducal , 
par celle de Mgr. le vicaire apostolique, évêque d'Halicarnasse, 
et par la participation constante de la Société archéologique du 
Grand-Duché, elle ne tarda pas à attirer sur le but de sa noble 
entreprise l'attention de tous les amis de l'art et à aplanir une 
foule de difficultés qui , jusqu'alors , avaient rendu infructueuses 
les tentatives des années précédentes. 

Le lundi de la Pentecôte 1862, l'association sortit enfin de 
son état provisoire ; dans la réunion de ce jour, elle procéda à la 
nomination d'un conseil d'administration. On déploya une activité 
à toute épreuve et les habitants d'Echternach s'empressèrent de 
répondre aux aspirations des hommes qui s'étaient imposé la 
tâche d'accomplir le plus cher de leurs vœux, et offrirent la 
somme de 6,000 francs pour exécuter sans aucun retard les tra- 
vaux les plus urgents. A la nouvelle de ces généreux efforts , il 
se forma à Luxembourg une association filiale, qui contribua et 
continue encore à contribuer par tous les moyens possibles à 
l'exécution de cette œuvre éminemment patriotique. 

Au mois de novembre 1862, un événement de haute importance 



— 148 



fit naître les plus belles espérances. L'assemblée des États 
autorisa le gouvernement Grand-Ducal à faire , en faveur de la 
paroisse d'Echternach, la cession gratuite de la partie de l'église 
appartenant à l'Etat. L'autre moitié avait déjà antérieurement été 
généreusement donnée par les propriétaires qui en avaient fait 
l'acquisition en 1790 J . 

Dès lors la propriété du bâtiment fut assurée et le conseil 
d'administration put sérieusement se mettre à l'étude des travaux 
préparatoires de la restauration de l'église. Une question fort 
importante, agitée déjà en 185G par M. l'ingénieur Hartmann 
qui a bien voulu se charger de la direction des opérations de 
restauration , celle de savoir s'il fallait reconstruire l'église d'après 
le plan primitif, en se servant des anciens matériaux ou bien 
s'il fallait la restaurer, fut soumise à M. Schmidt de Trêves, 
l'auteur d'une notice fort précieuse sur notre monument. Après un 
examen sérieux le savant architecte se prononça non seulement en 

faveur d'une restauration , mais 
il déclara en outre que selon lui 
toutes les parties encore existantes 
aujourd'hui, à quelques exceptions 
près, pouvaient être sauvées et 
conservées. Après cette déclara- 
tion , on put espérer que le 
monument conserverait sa valeur 
historique, son empreinte originale 
et offrirait toujours le plus grand 
intérêt à l'archéologue cl à l'ar- 
tiste. 

Pénétré d'un sentiment de con- 




• l'ai acte du donation du 2 juin 180-2, ilad. veuve Dondelinger céda, de concert avec 
ses enfants, à la paroisse d'Echternach la moitié de l'église qui lui appartenait 



— 1 49 — 

fiance inébranlable, le comité-directeur se mit à l'œuvre, les 
travaux furent organisés sous d'heureux auspices , et aujourd'hui 
nous pouvons dire avec la plus vive satisfaction: il est sauvé 
de la destruction qui le menaçait; il est conservé à jamais cet 
important monument d'architecture , qui nous rappelle le souvenir 
du saint apôtre qui répandit le premier les bienfaits du christia- 
nisme dans nos contrées- Nos compatriotes et surtout les habitants 
d'Echternach ont prouvé que la bonne volonté . sagement dirigée 
vers un but commun, parvient à écarter les difficultés que d'abord 
l'on peut croire insurmontables. 

Aujourd'hui la belle œuvre n'est pas encore complète, mais il 
ne reste plus à exécuter que les travaux aux tours et au portail , 
aux vitraux, à l'intérieur de l'église, aux meubles, aux ornements, 
etc., de sorle que nous sommes en droit d'espérer qu'elle le sera 
dans un avenir peu éloigné. 

Pendant toute la durée des travaux , nous avons eu la satisfaction 
de voir qu'on a évité autant que possible les écueils qui se pro- 
duisent souvent dans la restauration des édifices. On a compris 
qu'en supprimant quelque chose à ce qui existait et en mettant du 
nouveau à la place, on ferait perdre de son caractère original 
au monument que nous tenons à conserver et à faire apprécier. 
Aussi a-t-on conservé les souvenirs du style romano-ogival qui 
caractérise cette construction. 

Rentrons un instant encore dans la crypte dont il a été question 
plus haut. 

Il est hors de doute que saint Willibrord vint mourir à 
Echternach et que ses restes mortels ont reposé dans les lieux 
mêmes qu'il a illustrés par un séjour mémorable , quoique souvent 
interrompu pendant 41 ans. Il mourut en 739 à l'âge de 8i ans. 
Son corps fut déposé dans la crypte du monastère sous l'autel de 
la S te -Vierge. 



XXIX 



150 




— 151 — 

Nous ne mentionnons pas ici les autres monuments sépulcraux 
qui, dans la basilique, nous offrent quelque intérêt historique. 
Comme lieu de sépulture de l'illustre apôtre , ce monument se 
recommande de lui-même à la sollicitude des chrétiens de tout 
l'univers. 

Les reliques de saint Willibrord reposent encore aujourd'hui 
dans le sarcophage primitif. Il ne nous semble pas sans intérêt d'en 
reproduire ici le dessin ainsi que celui du mausolée en bois, de 
date plus récente, qui le recouvre. 

Comme monument religieux, notre basilique excitera sans doute 
un intérêt général , auquel aucun savant ni aucun chrétien ne 
voudra rester étranger. 



flr^SO. 




Sarcophage de saint Willibrord à tfchternach . 



Comme édifice historique, il a d'abord une valeur toute parti- 
culière pour le pays qui en a conservé les ruines et qui l'a réédillé. 
Dans son origine, il est pour ainsi dire un monument national 
pour la France, sainte Irmine et Pépin appartenant à notre 
histoire commune , à une époque où aucune frontière ne nous 
séparait de nos anciens frères des Gaules. 

Ce monument pourrait-il être indifférent à la Belgique et aux 
Pays-Bas ; saint Willibrord n'a-t-il pas exercé son saint ministère 



— 152 — 

dans la province d'Anvers ; n'a-t-il pas été l'apôtre de la Frise , 
comme il a été le notre ? 

Nous nous estimerions heureux si par cette communication nous 
avions éveillé quelque sympathie en faveur de notre monument 
vraiment international. 




Basilique de St.-Willibrord à Eclilernach an XVIe siècle. 



KONINGSFEEST VAN HERTOG JAN IV 

(1422) 

DOOR 

M. Lodewijk TORFS, 

Briefwisselend lid te Antwerpen. 



Na den dood van den te Azincourt gesneuvelden hertog Antonis 
kwam de regeering van Braband in handen van een onmondig 
jongeling, Jan IV, een hartstochtelijk liefhebber van de schiet- 
spelen der gilden. Meermaals nam hij er zelf deel aan, en, door 
zijnen gemeenzamen omgang met de gildebroeders , verworf bij de 
populariteit van eenen goeden jongen, iels wat juist geen goed 
regent is. Wijle Mgr. De Ram bezal van dezen jeugdigen vorsl 
een afbeeldsel , hetwelk van zijnen persoon , als staatsman , geen 
zeer voordeelig gedacht geeft. Dit kunststuk , hetwelk de geleerde 
rector der katholijke Universiteit van den hertog Amedeus van 
Beauffort ten geschenke had ontvangen , is in olieverw geschil- 
derd op een paneelije van 34 centimeters hoogte op 24 breedte, 
en voert het jaarlal 1422. Volgens het gevoelen van deskundigen 
zou hetzelve echter het oorspronknlijk contrefeitsel niet wezen , 
maar wel eene kopij, naar gissing in de xvi e eeuw vervaardigd. Men 
kende het overigens ait eene teekening,\velke M r de Reiffenberg 

Commissaires rapporteurs : MM. Th. Van Lerius et le chevalier Léon de Ruubuise. 



— loi. — 

cr van gegevcn had in liet IVedeel zijner uilgave van de Barante's 
Histoire des ducs de Bourgogne , teekening welke nauwelijks 
melding verdient bij de keurige chrorao-lithographische plaal, door 
Mgr. De Ram zelve er van bezorgd in de Bulletins de la Commis- 
sion royale d'histoire, (3 e série le deel), en door doctor P. -G. Van 
dei\ Meersch in den Messager des sciences historiques (jaargang 
1862) wedergegeven. 

Nopens de hcrkomst van dit kopijstuk vvordt bericht , dat liet 
vveleer de zaal van den Grooten Voet- of Kruisboog van Leuven 
versierde, zonder dat men weet , hoe of wanneer het daar mag 
gekomen zijn. Op den rug van het paneel bevindt zich een perka- 
ment geplakt , bevattende negen-en-twintig vlaamsche rijmregels, 
welke wij den lezer vooreerst willen onder- het oog brengen , al 
wagon wij daarmede eene vijfde of zesde uitgave; maar bij aile 
processen moeten de stukken blijken , zullen de rechters met kennis 
van zake oordeelen. Zie hier dus deze boogschulterspoèzij , alleen- 
lijk , en om straks te melden redens , hebben wij eenen anderen 
tekst gevolgd dan dengenen van het perkament *. 

Jean 4, Duc de Brabanl , a'isnê fils du Duc Anthoine de Drabant. IAÎÎ. 

I . AIsmen duysent vierhondert en twee en twintigh telde. 

L 2. Dees Prins hot Lantjouwecl tôt Loven opstelde. 

3. Sone van Hertogh Antonius , Hertogh Jan 

A. Tôt Loven met den Cruysboghe een Cop wan , 

5. En heeft hem den Cruysboghe van Antwerpen geschoncken , 

6. Uaer menigh Guldebroeder heeft uyt gedroncken. 

7. Soo beminde den Boghe onsen edelen Landts Ileere , 

8. Bewysende de Guide soo grooten eere , 

' Dezc tekst werd ons muégedeeld door M r P. Génard , naar een handsclirift oj) het 
stadsarchief. Van den tekst door Papebrociiii;s {Annales Anlverpienses , I, 31 4) 
gegeven , en door Mertens en Torfs (Gesdiiedenis van Antwerpen, II , OU) overge- 
noinen , was geen gebraik le maken , alzoo dezelve, door zoogezegde verbeteringen in 
île spelling, blijkbaar ganscli is bedorven. Wat den tekst van het perkament betreft, 
o|i enkele varianten na konn hij met den onzen overeen. 



— 155 — 

9. Dat hy met ons don vogel selve afsclïoot, 

10. Met ilen Cruysboghc , alsoo t is gebleken bloot. 

1 1 . Waervan dat men hielt fraey Coiiinckx feeste ; 

12. My dede aile costen , minste ende meeste, 

13. T'weïck dnen in ailes raaer vier en twintigh Peeters en was , 

14. Ende doen besette den ouden B-ighe op dat pas 

15. Vier en twintigh Peeters erffelyck tôt meniorien 

10. Op t Markgraefschap van Antwerpen om synder victorien , 

17. Alsoo langhe als 't schaepken gras soude eten , 

18. Daer wy brieven af bebben in onse seereten. 

19. Ende noch eencn Cop beeft hy ons gegeven, 

20. Daer Hertogh Jan slont op gesehreven. 

21 . Als snlcken persoon dat gedaen beeft in elekx aenscbouwen , 

22. Laet ons dan den edelen Boghe in eeren houwen , 

23. Ende oock vastelyck in Christum betronwcn , 

24. Onsen naesten doende als ons selve mede , 

25. Soo leefdy Goetwillige in eeuwigen vrede. 

26. Om de weldaet die vvy van hertocb Jan bebben ontfacm ; 

27. Soo beb ickt gedaen ter liefden des Cruysbooghs verheven. 

28. Op dat syn memorie nimmermeer soude vergaen , 

29. Ende dat se by de goetwillighe scbutters altyt sou leven. 

Doen ter tyt en dede elcken gouwen Lovensen Peeter maer 
xviij st. Anno Domini 1629. 

Zie daar het geheele processtuk. Als dichterlijk gewrocht 
behoort het zeker niet onder de bloemen van den vlaamschen 
Helicon; maar hoe gebrekkig ook, het is zeer duidelijk, en zelfs 
zoodanig, dat het ons verwondert , dat cenigen der beroepen 
schrijvers reeds bij den aanvang over de twee eerste versjes bebben 
kunnen strunkelen. 

Baron Reiffenberg , bij voorbeeld , zag in het in 1422 le 
Leuven opgestelde Lantjouweel niets minder dan de aloude 
Universiteit dier stad , en Mgr. De Ham meende het Lantjouweel 
te moeten houden voor eenen eertitel , door hertog Jan aan het 



— 156 - 

leuvenschc Kruisbooggild geschonken , als ware lietzelve h et gild 
Iiij nilmunlendheid van hetgansche land gevvccst.Meer nog, Zijne 
Hoogw. beweerde, dat van de twee koppen of bekers, van welke 
in lict dichtje gesproken wordt, de Onde Voelboog van Antwerpen 
er slechts ééri kreeg, de andere , benevens de rente op het Mark- 
graafschap, zou den Kruisboog van Leuven voor zijn deel ontvangen 
hebben. 

Deze lezing, welke gansch verscheelt van degene door al de 
antwerpsche geschiedschrijvers gevolgd 1 , is door M r P.-C. Van 
der Meersch zonder eenige bemerking aangenomen. Onderzoeken 
wij ecns of zij eenigen grond bcefl; maar eerst zullen wij een 
woord zeggen over de beleekenis van Lanljouweel. 

Degene welke Reiffenberg er aan geheeht heeft, laat zich 
glad wechcijveren door het feit,dat de Universiteit van Leuven eerst 
in 142G vverd opgericht , weshalve de Aima Mater hier niet kan in 
aanmerking komen. Een Landjuweel was anderzijdsgeen titel, maar 
wel de hoogste prijs bij een referijn- of schietspel opgehangen. Over- 
drachlelijk verstond men er ook de spelen zelve door, zooals onder 
andere kan blijken uit het koninklijk octrooi voor het beroemd 
rederijkersfeest van 15(31 , in helwelk gesproken wordt van « de 
• snpplicatie der Violieren .... inhoudende hoe dat naevolgende 
» die ordonnantie, costumen ende oude hercomen,van allen ouden 

> tijden. . . geobserveert is in 'l opstellen van eenige Rcthorijcke 

> spelen , divelch men noempt het Landtjuweel, enz. 2 » 

Deze terechtwijzing zal wel voldoende zijn, om ons van verdere 
nitweidingen over dit eerste punt te verschoonen ; en wat aangaat 



1 Zie Papebrociiius , Annales , I, 313; MarsHALL, Bibliothèque des Antiquités 
bdgiques , 1 , 122; MERTENS en TORFS, Gescliieileuis van Antwerpen, 11, 414; 
Gens , Histoire. d'Anvers , p. 237. Indien Diehcxsens , in zijn Anlverpia , en 
Le Poitevin de la Croix, in zijne Histoire d'Anvers, van het Koningsfeest van 1422 
niet gewagen , dit is omdat het ondervverp des eerste zulks niet medebracht , en dat 
de andere liet burgondische tijdperk met reuzenschreden is doorgestapt. 

1 J.-F. WlLLEMS , Belgixch Muséum, 1, 161. 



- 157 - 

hel tweede, namelijk den zin van den iiihoiid van het geheele dichl- 
stuk , Mgr. De Ram moet hel onbewust zijn gewéest, dat helzelve 
op hel archief van Anlwerpen bestond , in een oud codex, uit 
hetwelk het door den stadssekretaris Valckenisse aan pater 
Papebrochius werd medegedeeld , die het in zijne Annales heeft 
opgenonien. M r Van der Meerscii schijnt deze bijzonderheid 
even min bekend te zijn geweest, schoon het I e deel der Annales 
Anlverpienses over ruim twintig jareri in het licht verschenen en 
op aile openbare bibliotheken voorhanden is 1 . Het is nu maar 
te weten , welke van de beide teksten voor den oorspronkelijke is 
te achten. De vergelijking van hel schrift zou deze vraag misschien 
laten ophelderen ; maar wij hcbben noch het perkament, noch het 
codex gezien. Bij gémis daarvan moeten wij het ding nemen gelijk 
het daar ligt. Nu , als wij er al de overtollige uitweidingen af- 
schiften , dan krijgen wij een geraamte, aan hetwelk geen beentje, 
geen vezeltje leuvensch te zien is. Men leze slechts met aandacht, 
en men zal bcvinden , dat ailes aaneen hangt en slechts een gild 
belreft, dat van den Ouden Voetboog van Anlwerpen. 

En trouwens, wat leeren wij uit het rijmwerk van den naam- 
loozen dichter? 

Na den tijd en de plaals van hel Landjuweel aangeduid te 
hebben (v. 4-2), berichl hij ons, dat Jan IV bij helzelve den vogel 
afschoot, en dat hij den daarbij gewonnen kop aan den Kruisboog 
van Anlwerpen vereerde (v. 3-6). Waarom aan ons gild en niel 
aan een ander ? Omdat de herlog onze gildebroeders de eere deed 
met hen te schieten ; hij was onder hun gezelschap (v. 7-10). 
Daarom hield men Koningsfeest op 's hertogs kosten (v. 11-13) ; 

1 Toen wij het I e deel onzer Nieuwe Gescliiedenis van Antwerpen sclireven, ontbrak 
ons tijd en plaats tôt een onderzoek van de hier besproken kwestie, en wij vergenoegden 
ons te zeggen (bl. 95) : Jan IV, in 1422, « op een Landjuweel te Leuven , door het 
» afschieten van den oppergaei eenen gulden kop of drinkbeker gewonnen bebbende, 
» gaf denzelven ten geschenke aan onzen Ouden Voetboog. » Wij lieten daarniedc de 
zaak in haar gehcel, zonder de eene of andeie lezing goed of af te keuren. 



- 158 — 

daarom stelde hij ecne rente in op het Markgraafschap van Ant- 

vverpen, en niet op het hertogdom van Braband (v. 14-18). En 
aan wie schonk hij den anderen kop ? — Aan ons ) dat is aan 
degenen die de vorige weldaden hadden genoten , aan de gilde- 
broeders van den anlwerpschen Kruisboog (v. 19-20). Deze 
laatslen worden overigens zeer klaarlijk aangeduid door hunnen 
bekenden eerlitel van Goedwittigen (v. 25 en 29). 

Aldus is het geheele dichtsluk , van het begin toi het cinde , 
ecne herinnering voor den Ouden Voetboog van Antvverpen. Edoch, 
en voor zooveel wij welen , schijnt het leuvensche gild nooit op den 
eerlitel van het onze te hebben aanspraak gemaakl. Te vergeefs 
zochten wij er naar in de stukken door M r Van Even aan 
Mgr. De Ram uit het archief van Leuven bezorgd en door den 
prelaat bij zijn opstel gevoegd. De groote gilde van den ouden 
Kruisboog, heet in die beseheeden « de Zestige , Erfschullcn 
• des broedersehaps der Zeven Weeden van 0. L. Vrouwe •, en 
liet zijn deze Zestigen,\velke (in 1423 en niet in 1422) ter begeerte 
van Jan IV werden ingesteld en van de stad Leuven (niet van deo 
hertog) hunne ordonnance of règlement ontvingcn. Zij vonnden , 
wel is waar, het puik der leuvensche gilden, doch waren daarom 
geen Landjuweel ! . 

Maar wij zullen nog verder gaan en wij beweren , dat de leu- 
vensche Kruisboog, nevens eene kopij van hetportret, ook slechls 
eene kopij van het dichtstuk bezat , en dat dit laatste oorspron- 
kelijk le Antvverpen te huis behoorde. Zie hier, hoe wij ons 
verklaren , dat ecn en ander zich op de gildekamer van Leuven 
hebbe kunnen bevinden. 



1 Bulletins de la Commission royale, d'histoire, 3c seïie, t. I, pp. 299-300. Hetlcu- 
vensche gild liad zîjnen oorsprong genomen uit een broedersrhap van 0. L. V. van de 
Zeven Weeën, helwcik aanvankelijk zijnen zetel had in de S. Calharinakapelle , op het 
Kalhelijneveld. Het yaf zich in den jure 1 332 zijn eigen règlement, en was reeds in 
1343 aïs sladsgild erkend geworden. 



— 159 — 

I Jet afbeeldsel van Jan IV voor een kopijstuk erkend zijnde, 

nioct cr crgens een orîgîneel hebben bestaan. In de xv e en xvi e 
ceuw was bel meermaals het gehruik , in de onderste lijst cens 
tafereels eenig opschrift te plaalsen ; dit gebeurde bijzonder bij 
kunslstukken voor genoolschappen vervaardigd. Uit den aanhef van 
het dichtsluk blijkt, dat helzelve voor een porlret des hertogs van 
Braband gemaakt werd. Overlezen wij nog eens de twee eerste 
regels van dit opstel : 

Alsmen duysent vierhondert en twee en tvvintigh telde 
Dees Prins het Lantjouweel tôt Loven opstelde, 

Dees Prins: — Welke prins? — Natuurlijk Jan IV, sone van 
hertoch Antonius , zooals het verder luidt. Stonden de rijmen 
tôt herinnering aan het Koningsfeest van 14-22 in de onderste lijst 
van het tafereel geschilderd of waren zij op een peikament 
geschreven? Dit doet er weinig aan; maar zeker behoorden zij lot 
des hertogs portret, en wij laten ons voorstaan , dat toen de Leu- 
venaars eene kopij van helzelve kregen, zij ook het dichtsluk 
deden afschrijven , en alzoo zou er eene kopij op den rug van eene 
andere kopij gekomen zijn. 

Dit ailes samentrekkende, zal men het niet zeer vermetel vinden , 
indien wij er grond in zoeken tôt het vermoeden, dat het oor- 
spronkelijk portret van hertog Jan IV zich op de kamer van onzen 
Ouden Voetboog hebbe bevonden. Deze kamer behoorde onder die 
huizen gestaan in de Gildenstraat, achter het Stadhuis, in 1576, 
tijdens de spaansche Furie , afbrandden , bij welke ramp het 
hertogelijk afbeeldsel met meer andere kunslschatten ligt kan ver- 
loren zijn gegaan. 

Thans hebben wij te onderzoeken , wanneer onze Oude Voetboog 
de beide bekers kan gekregen hebben. Volgens het dichtsluk ge- 
beurde dit in 1422; maar op welken tijd van dit jaar? Om deze 
vraag op te lossen , wendden wij ons toi M' 1 Alex. Pinchart , 



— 160 - 

a fdcel i ngs-o verste bij 's Hijks archief te Brussel, die de goedheid 
liail, ons'uit de algemeene rekening van Braband over gemeld jaar 
liet volgende extract te zenden , waardoor wij in staat werden 
gesteld, om bertog Jan gedurende zes weken op zijn heen- en weêr- 
reizen voet voor voet te volgen. 

A 1422 op 13 Julij was de bcrtog te Leuven; 

Van den fa lot dcn 19n te Wercbter ; 

Den 19 n dito te Rolselaer; 

Den 20 n en den 21 n te Leuven; 

Den 20" te Lier en te Anlwerpen ' ; 

Den 23>i dito te Put te; 

Van den 23 n tôt den 25 n te Bergen-op-Zoom ; 

Den 20» van Putte naar Leuven terug ; 

Den 27 n dito te Haecht; 

Van 28 Julij tôt 7 n Augustij te Leuven ; 

Den 7 n Augustij te Tongerloo en te Turnhout ; 

Den 19 n en 20 11 te Baerle en te Breda; 

Van den 21» tôt 22" Augustij staat cr niets; 

Van den 23 n tôt den 30» was bel hof te Turnhout ; 

Den 30 n dito te Ilerenthals ; 

Den 31 n dito te Leuven, waar bet bleef. 
Om deze bladzijde uit het huisboek van Jan IV niet te laten 
verloren gaan , bebben wij ze gebeel afgescbreven; want al ver- 
spreidt zij geen licbt ovcr ons boofdonderwerp , zij laat daaroni 
niet onder andere opzichten belangrijk te zijn. 

Opmerkelijk is vooreerst de snelbcid van eenige tocbten. Het 
bertogclijk hof, betwclk, volgens de toenmalige gewoonle, te paard 
reisde , moet nog al ferm doorgedraafd bebben , om in eenen dag 
van Putte naar Leuven te komen 2 : die hofstoet, die in wilde vaart 

' lu gezelschap van de hertogin , vrouwe Jacoba van Beijeren , en de heeren van 
Nassau , van Diest en van Rolselaer. 
' Blijkbaar wordt donr dit Putlc het nederlandsch-belgisch grcnsdorp bedoeld. 



— 161 — 

Je heidevlakte overvliegt, is een tafereel hetwelk wij onze schilders 
van paarden en ruilers ter studie aanbevelen. 

Maar voor een feest te Antwerpen , hetwelk natumiijk eenig 
oponthoud zou veroorzaakt hebben , vinden wij in dit itinerarium 
geene plaats; de bertog den 22 11 Julij uit Lier in onze slad aan- 
gekomen , was desanderendaags recds vveder wech. Aan eenen 
anderen kant zeggen de bescheeden, door M r VAN Even opgelczen, 
niets over hel Lan djuweel van 1422, waarbij het Koningsfeest 
zou hebben plaats gehad ; maar de omstandigheid , dat de hertog, 
na den 31" Auguslij te Leuven te zijn wedergekeerd, er zeer lang 
verbleef en dat de leuvensche kermis met Seplember invalt, laat 
veronderstellen , dat de schietspelen toen werkelijk plaats hadden, 
en dat het dezelfde zijn, uit welke onze kruisboogschutlers met 
den opperprijs terug kwamen. 

Er heerscht overigens niet weinig verwarring in al wal nopens 
de handelingen van Jan IV met onze schulgilden is aangeboekt. 
Om er te laten over oordeelen , schrijven wij letterlijk af een 
• Extract injt seker bescheet bevonden onder de pampieren ten 
complaire van M. Lenaert Van den Poel, Canderen tyden 
secretaris der Heerlyckheijt van Brecht, toecomende zyne 
gen den Grave van Hoochstraeten ende onder andere be- 
vonden dit naervolgende : 

Op S te Baven dach , anno xmi e ende tweelf, hebben de 
dekens en de oudermans van de guide van den Cruysboge 
binnen Antwerpen , Hertoch Jan van Drabant in heuren Boecs * 
Hoff genoeydt ten eelen met syn gesinne. De spyse die was: een 
Hespe, een stuk Runtvlees, een Schaepen Sehouderc, eenen 
Hamelen Boudt, eenen Bruynen Iludt spott 2 met prnymen , 
boter ende caes met een geroockte Tonge ende Frnyt , ende 
gedroncken achlentwintich gelten "' Rinschen Wyn , ende heeft 

i finngsltof? — 5 Hutspot. — ' Dp gelle Iii^ld twee potten. 



— 162 



• tvorsc. gekost ende by de Dekens in Rekcninge gebrocht oegen 



• Carolus guidon. • 



• Onder stont : colla ta concordat. 
» Geteekend : Coeckmans. • 



Toelsen wij nu dû Extract aan de geschiedenis , om ons te ver- 
gewissen , wat bet collata concordat van den scribent Coeckmans 
kan vvaard zijn , dan bevinden wij , dal Jan IV eerst in 1-415 herlog 
van Braband werd en dat de Garolusguldens in zijnen tijd nog 
niet geslagen waren. Wal het jaar- en dagdatum aangaat, beideti 
lalen zich even min overeenbrengen met een vroeger bezoek des 
jongen hertogs; edoch , helzelve wordt door den kanonik Snyders 
gesteld omirent Ilaif-Vaslen 1-413 (14-1-4 n. s.) llij was toen 
vergezeld van zijn vader en zijn broeder, en aile drie namen deel 
aan het fecslmaal door de gildebroeders 1er gelegenheid der gaai- 
schieting aangerichl '. Knoop dit nu ailes aaneen; wij, wij zien 
er geen wech meê. Het eenigste wat echt schijnt, is het menu 
van den disch, en dit bewoog ons de ganschc brok op le nemcn 9 *. 

Onverminderd mcergemelden beker, zou hertog Jan aan onzen 
Ouden Voetboog ook vereerd hebben eenen gaai van louter goud , 
hangende aan ecne kelting van hetzelfde metaal. Dit sieraad, 
hetwelk bij de zoogenaamde Koningsfeesten van liel gild door den 
hoofdnian werd aan den hais gedragen , zou in 1794 den smell- 
kroes hebben mogen ontsnappen en lhans nog hier of daar 
bewaard wonlen 5 . Wat de bekers betreft, dezelve zijn sinds lang 



1 l'.M'Eunnc.iiirs , Annules Antverpienses ,1.1, p. 273 , ad A 1413. 

- Het stuk werd ons medegedeeld door M r I'. Génard, stadsarchivist van Antwerpen. 

' De steller van een arlikel : Réjouissances publiques à Anvers, voorkomende in de 
Bibliothèque des Anlii/ belij., 1 , 122 , vvilde dit zoo weten , doch gaf er geen bewij- 
zeii van. In i 85 i , bij de lentoonstelling van oude kunststukken tôt herdenking van de 
vierde vei'ceuwing van S. Lucasgild , zou liet eene gelegenheid geweest zijn, om het 
juweel uit te pakken, en men zager werkelijkeenehalsketting [Catalogue, p. 4-1, n°G09); 
maar het zou die geweest zijn, welke de burgemeester Nik. Hockox , als lioofdman 
dur Kolveniers, liad gedragen en in 1620 aan IU'iif.ns ten geschenke gegeven. 



— 163 — 

zoek geraakt. Beiden waren koslbare stukken van de onde drijf- 
kunst. De vorirnaamste , de prijsbeker van hertog Jan, was van 
verguld zilver, en is waarschijnlijk in 157(3 bij de algemeene 
plundering van de stad met anderen huit verdwenen. 

Desniettemin bleef men het Koningsfeest van herlog Jan 
jaarlijks herdenken door een gastmaal genaamd de Vrije Brom , 
lerwijl buiten, boven de ingangspoort, een vergulde ijzeren sleutel 
van vijfde hait' voet lengte werd uitgehangen. Deze sleutel zict men 
afgebeeld , of liever liïj vormt het ruggestuk van eenen troon- 
zelel , voorkomende op zekere schilderij van het Muséum van 
Anlwcrpen , van welke wij nu ook iels willen zeggen, als met al het 
voorgaande, naar men meent, betrekking hebbende. 

Dit kunslstuk, onder n° 9G van den catalogus van 4857 voor- 
komende, en aldaar (bladz. 88-90) door M r den ridder Léo de 
Burbure zeer nauwkeurig beschreven , verbeeldt een schutlersfeest 
uit de XV e eeuw. Het is een lafereel vol leven en beweging, doch 
zeer naïef van samenstelling, en zonder genoegzame kennis van 
de regels der doorzichlkunde vervaardigd. De zinnebeelden van de 
S. Joris- en de S. Sebasliaangilde geven le kennen , dat de 
Kruis- en de Handboog aan het feest deel nemen. De gildekoning 
zit in den Iroonzetel en een dienaar biedt hem in eenen beker te 
drinken. Het tooneel is een bergachlig landschap , iets wat het 
leuvensche en niet het anlwerpsche grondgebied kenmerkt. M r de 
Burbure deed ons dan ook opmerken , dat de plaals zich zeer goed 
laat erkennen , als men onze schilderij vergelijkt bij de teekening 
van den ouden burg van Leuven *. 



1 Van Evkn , Louvain monumental, p. 117. Zie ook Schayes, Analectes, Annales 
de l'Académie d'archéologie de Belgique , XI, 35. Zie hier eenigen der samentroflin- 
gen door M 1 ', dk Buiibuur in de schilderij van het antwerpsch Muséum en de teekening 
van M r . Van Even hcstatigl Links op de schilderij (u° 4 der teekening) ziet men des 
hertogs wijnpei's ; in liet midden van ons tafereel (n° 1 der teekening) het kasteel 
van Leuven , van hclwelk ellelijke gedeelten , zooals de inkompocrt enz. zich lalen 
herkennen , alhoewel het gehouw in den aanvang der xvi p eeuw grcrotelijks i> gewijzigd 



— 164 - 

Met beroemde Koningsfeest van 1-422 zou dierhalve in den tuin 
van het herlogelijk kasteel van Leuven hebben plaats gehad , en 
vvel in den herfst , uilwijzcns de met fruit beladen boomen. Dit 
een en ander versterkt het daar straks geuile vermoeden nopens het 
tijdslip van het feest , lerwijl etlelijke deloils der scliilderij zich 
ook beter laten verklaren. Degildekoning, bij voorbeeld, zou nie- 
mand anders zijn dan hertog Jan IV, en de sleutel op den rug 
van den zetel afgebeeld , eene herinnering aan de S. Pcetersmannen 
van Leuven. De beruchle beker is niefvergeten , en zou die zijn, 
in welken men den hertog te drinken schenkt. 

Volgens de getuigenis van Papebrochius bevond deze scliilderij 
zich te zijnen lijde op de kamer van den Ouden Voelboog, en men 
las onder dezelve een opschrift , luidens hetwelk zij door zokeren 
Pieter de Gammerele was geschonken. Het stuk, in olieverw 
gepenseeld zou éditer, maar eene kopij wezen ; immers, naar 
sommiger meening zou het oorspronkelijk tafereel , even als des 
hertogs portret, ten lijde van Jan IV zijn geschilderd , en de 
vijf-en-twintig eerste verzen van het dichlstuk zouden oudtijds 
tôt dit tafereel behoord hebben. 

Wij gelooven gaarne, dat de woorden Dees Prias, enz., zich 
zoowel op het portret als op het tafereel laten toepassen , zoodra 
men aanneemt, dat de gildekoning werkelijk Jan IV voorstelt. 
Maar al achten wij ons onbevoegd, om tusschen het origineel en 
de kopij van een tafereel te beslissen , het zal ons geoorlofd 
zijn te vragen , wat het wapen \d\\ Philips den Schoone, het- 
welk in het hier besproken kunststuk prijkt , daar mag herinneren? 
1s het werkelijk een kopijstuk , dan kan dit wapen, zoowel als het 
jaarlal 1 493, niet veel meer beduiden dan de bepaling van bel 
tijdslip der vervaardiging van deze kopij. Dan, dit is niet ailes. 

geweest; rechts van liet lafereel (n° "2 der Leekening), de oude kommanderij van Chantrain ; 
eindelijk in de verte, zijnde liet hoogste gedeelte der scliilderij (u" o der teekening) , 
di'ii verslerkten toren of zoogenaamden Verloren Kosl der onde omheining van Leuven. 



165 



Het opschrift door Papebrocijius bewaard, geeft duidelijk te 
kennen, dat de gever in het daar zooeven gemelde jaar overleden 
was. Laten wij het hier invoegen. 

Dit. tafereel. gaf. Pieter. de. Gammerele. 

Hier. ter. deser. stede. 

Godt. verleent. syn. se!e. 

Den. eeuwighe. vrede. IVl.CCCG.XCIlï. 

Dus was de gever der schilderij n° 90 in 1493 dood en 
begraven , en aangezien wij op het gebied der veronderstellingen 
zijn , moet niets ons beletten te vragen , of die gever ook niet de 
maker van het stuk zou wezen? De Liggere, het is waar, bevat 
geenen Peter de Gammerele *; maar dit résister van S. Lucas- 
gild klimt ook niet hooger dan het jaar 1453 , en vermils de on- 
volmaekte uitvoering van de schilderij , volgens de kunstkenners , 
naar een vroeger tijdperk dan dat van Philips den Schoone 
verwijst, dunkt het ons, dat wij zulke vraag niet zonder grond 
hebben kunnen doen 2 . 

Wat er van zij, het tafereel n. 96 van ons Muséum moge even 
als het portret van Jan IV een kopijstuk wezen ; het dichtje 
mag aanvankelijk tôt het een of toi het ander behoord hebben , de 

1 Deze naam , naar zijn uiterlijk aanzien , schijnt een Waal of Fransehman aan te 
duiden ; maar wij zouden er veeleer een Duitscher in zien. Het fransche vnorzetsel de 
werd in dien tijd hij de eigennamen allijd overgezet door van en dierhalve is de ons 
vlaamsrhe lidwoord. De naam ziet dus op het bedrijf, de geaartheid of de afkomst des 
persoons. Nu geeft Weiland geen enkel nederduitsrh woord op , dat met gam begint , 
en bij Kiliaen vindt men slechts het verouderde Gammandercruyt (fr. Germandrèe) 
tegenwoordig iugekrompen tôt Manderkruid. Dit voldeed ons niet, en terwijl wij naar 
eenen naamzochten, die ons misschien de plaats van 's mans herkomst zou laten raden, 
kwamen wij op het saksïsr.he dorp Gamme neder. Als wij het dan reeht voor hebben , 
dan zou Gammerele (lees Gammeriel , want het moet rijmen met ziel) zooveel betee- 
kenen als Gammenaer, Gammering en dan is Peter stellig een Duitscher. 

2 Zie hier hoe Mr. de Burbure zich daarover in zijn verslag uitdrukt : « Je pense.... que 
» l'original de ce panneau, qui accuse une imperfection artistique des plus caractérisées, 
» surtout en fait de perspective , ne peut avoir été fait qu'à l'époque même où la fête des 
» archers venait d'avoir eu lieu , et dans le but d'en perpétuer le souvenir à Anvers et à 
» Louvain. » 



— 166 — 

hoofdzaak bij cleze verhandeling is, dat dit laatste geheel moet 
worden uitgelegd , als zijnde voor den Ouden Voetboog van 
Antwerpen gemaakt, al lieeft liet Koningsfeest dan ook te Leuven 
plaats gehad. 

— En de Vrije Brom , wat was dat ? 

Te recht, wij hadden ons schier piichtig gemaakt aan liet ver- 
zuim , hetwelk men onze geschiedschrijvers opzichtens dit feest 
kan te laste lesriren. Over het alsemeen waren onze oude assen 
geene opmerkers van hetgeen rondom hen omging. Gansch ver- 
slonden in de studie der latijnsche en grieksche oudheid, of 
verdiept in de uitpluizing van bestoven charters en diplomen , 
schenen zij het beneden huune waardigheid te achten, zich met 
alledaagsche volksfeesten op te houden , en lieten dit graag over 
aan de almanakmakers , tooncelschrijvers en verzenwevers. Het is 
inderdaad in dezer schriften , alsook in degene van de geestelijken 
handelende over godsdienst- en zedeplichten, dat men de spôren van 
menige onzer volkszeden en de wortels van zeer gemeene spreek- 
wijzen kan vinden. 

Trouvvens, de anders zoo rijke woordenschat van Kiliaen heeft 
ons in dezen niet kunnen helpen. Wel vindt men da'ar Brom, 
spuma (schuim), in den eigenlijken zin van ditwoord, doch 
hetwelk , als men vrije brom voor vrije sehuim wilde opvatten , 
niets zon beteekenen *. Ook bij de latere woordenboekmakers 
vonden wij geen licht en stonden wij sinds lang vruchteloos op 
den uitkijk, als wij in eens bij Willem Ogiep, te recht kwamen, 
in de vyfde uyt-komst van het tooneelstuk de Hooveerdigheut. 
Joosken, de knecht van jonker Fhanciscus, schetst daar aan 
Beyken 2 , een der slachtoflers van zijns meesters vvulpschhcid, 



' Aan de toepassing van het overdrachtelykt volksschuim , lie du peuple , fex 
popuh , zal hier wel niemaml denken, foi, 

Beyken, Bayhen, Bayen , Barbara. Ziê Willems Lyst van nederlandsche 
amen in liet Belgisch Muséum , V, 395. 



— 167 — 

de, sclirale keuken van dezen laalste met de volgende woorden : 

Ioosken. 

Tôt syn schand ? dats niet , myn Meester draeght geen schaemt schoenen , 
Hy draeght leersen , en thuys sloffen van pompoenen, 
Daer 't binnenstis uyt gehaelt, en voor ons beyd' gekockt. 
In kleir vvater , met Amonitie-broot gebrockt. 

Beyken. 
Dats lackeren brom. 

Ioosken. 

Ja hadden wy t' slechts aile daghen , 
De Saus van aile spys syn goey geteerde maghen '. 

Of wij bedriegen ons grootelijks , of vvij hebben hier het echte 
woord vast , en brom zou zooveel beteekenen aïs dooreengemeng- 
den kost, spijs , enz. 

Vrije kost , dat laat zich in allen gevalle beter verstaan dan 
vrije schuim. Men denke hier bij aan de rente in 1-422 op het 
Markgraafschap gehijpothekeerd , tôt bekostiging van den jaarlijk- 
schen maaltijd. 

Hoe het zij , drie eeuwen later werd het Koningsfeest van 
herlog Jan bij den Antwerpenaar nog herdacht, zooals kan blijken 
uit de volgende nalezing uit een der bundels van hetstadsarchief, ons 
door M r P. Génard medegedeeld : 

• Anno 1722 den 10 october hebben de Liefhebbers van den 
Cruysbogh van den ouden Voetbogh seer solemnelyck ende op 't 
prachtigste geviert het Dry honderd jaerigh jubilé van de memorie 
van Hertogh Jan. Saterdaghs den 10 october, ten half ure elf, 
naer het geluy der groote clocke , wiert aen den Autaer van den 
ouden Voetbogh (in de hoofdkerk) door den Capellaen der selve 
guide, Joannes Petrus Renders, gesonghen eene seer solemnele 
Misse met een extraordinaris schoon Musiecke , in de welcke te- 
genwoordig waeren den Edelen Heere Gansacker , buyten Borge- 

1 W. Ogikii , De seven Hoofdsoiiden , uitg. van 1682. De Hooveerdigheyt, bl. 3i. 



— 168 — 

meesler , den Edelen Heere Knyf, binnen Borgemeesler , den 
Edelen Heere Van Hove , out Borgemeester , met Myn Heer 
Van Kessel , pensionnons , onde aile de Liefhebbers van den 
Cruysbogh met hunne linysvrouwen ende ontallycke menighte van 
menschen. Den Autaer van den ouden Voetbogh was op het alder- 
costelyckste ende opt alderschoonste verciert. Boven den Autaer 
stont dit jaerschrift : 

MUnïfICo DUGI JoannI JUsta pIetas. 

Voor de Misse , onder bel gbeklanck van trompetten ende 
timbaelen , oock onder de Elevatie van de Heylighe Hostie ende 
naer de Misse wierden veele groote viercamers afgesclioten. 

eX aMore Joannïs DUCIs sGrIpsIt Joannes baptIsta 
pIetersens. » 

— En zoo was het uit zonder vrijen brom? 

Apparentelijk was het zoo uit , immers Pietersens rept er niet 
van even min als van de reden waarom Jan's nasredachtenis met 
zulke liefde gevierd werd. Misschien oordeelde de vrome man 
dit onnoodig , als zijnde een en ander zoo goed bekend als de 
jaarlijksche begankenis naar Sint-Job, op den Dam. 

Thans scheidt eene ruimte van anderhalve eeuw ons van dit 
feest , en op dezen afstand komt het oude gildewezen ons voor als 
een verslcten en uitterende lichaam, hetwclk de veele groote vier- 
camers wel voor een oogenblik konden galvaniseeren, maar geene 
niouwe levenssappen ingieten. Edoch , de instelling was van haren 
eersten oorsprong reeds te verre afgeweken, dan dat lappen of 
zalven nog zouden hebben kunnen helpen. Geheel ontzenuwd door 
eene macht van vrijbrieven , geraaklen de antwerpsche schutgilden 
allengs ondor de hand der zoogenaamde Smeerdekens, vervolgens 
onder den voet der Republiek, die lien met al de andere geprivi- 
ligièerde corporatiën vorpletterde (1794). 



L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME 

A TONGRES. 



MEMOIRE 

par M. Ch.-M.-T.- THYS, 

MEMBRE CORRESPONDANT A TONfiRF.à 



L'église de Tongres, dont les légendes , les chroniques et les 
traditions attestent l'antiquité, n'a pas, à notre connaissance, été 
jusqu'à présent l'objet d'une relation historique complète ayant 
pour but de rappeler son origine et de faire connaître toutes les 
phases qu'elle a traversées avant de devenir ce qu'elle est , c'est-à- 
dire un des plus remarquables monuments de la Belgique. 

A la vérité , quelques-unes de ses parties ont déjà été décrites; 
en 1851 notamment plusieurs des principaux documents qui la 
concernent ont été mis au jour , mais ces éléments épars n'ont 
jamais été réunis et coordonnés , de manière à en faire découler le 
récit des événements qui ont présidé à l'érection , à l'agrandisse- 
ment et à la conservation de ce premier sanctuaire cisalpin. 

C'est pour tâcher de combler cette lacune que nous présentons 
aujourd'hui ce faible essai, résultat de recherches consciencieuses. 

Commissaires rapporteurs MM. Le Grand de Reulandt et F. Durlet. 
XXIX XXII H 



V. 1677 


— 1794 


VI. 1794 


— 1846 


VII. 1846 


— 1866 



— 170 — 



DIVISION. 

I. 58 av. J.-C. —314 ap. J.-C, Conquête des Gaules par les Romains. —Éta- 

blissement du christianisme. — Fondation 
de l'église par saint Materne. 

II. 314 — 799, Saint Servais. —Invasion des Huns.— Des- 

truction de l'église. 

III. 799 — 1240, Ogier-le-Danois. — Première reconstruction de 

l'église. — Établissement du chapitre. — 
Ruine de l'église. 

IV. 1240 — 1677, Seconde reconstruction de l'église. — Destruc- 

tion de la tour. 
Grand incendie. — Première restauration. 
Abolition du culte. — Concordat. 
Seconde restauration. 



APPENDICE. 

A. Description du trésor et des ornements sacerdotaux : 

1° Le trésor , 

2° Les ornements sacerdotaux : 
i Les chapes, 
il Les chasubles, 
m Les anlipendia , vêla, etc. 

B. Inscriptions des pierres tumulaires. 

C. Catalogue de l'ameublement : 

1° de l'église , 

2° de la chapelle claustrale , 

3° du cloître , 

4° des sacristies. 

D. Catalogue des archives. 

E. Inscriptions des cloches. 

F. Tableau des membres du chapitre en 1796. 

G. Liste des prévôts du chapitre. 
II. Liste des doyens du chapitre. 
I. Liste des plébans et des curés. 




INTÉRIEUR DE LA COLLÉGIALE DE TONGRES . 



■ 'logiedeBelgLCfue.tXXIl, Z p Série t II 



, 



— 171 — 

INTRODUCTION. 

L'église de Tongres , qu'elle ait été fondée sous la forme modeste 
d'un oratoire ou d'une chapelle, remonte par son origine au berceau 
du christianisme dans la Gaule-Belgique. Nos ancêtres, plus heureux 
que tant d'autres peuples , ont été des premiers à recevoir la civi- 
lisation chrétienne. 

Deux ordres de faits ont amené cette situation. 

La Gaule, conquise par César , fut divisée en provinces. La 
Belgique, qui en était la .troisième, avait pour bornes l'Océan, le 
Rhin , la Seine et la Marne. La guerre ayant dévasté cette province, 
Auguste la repeupla par des tribus germaniques (31 av. J.-C.) 1 , 
qui , après avoir passé le Rhin , prirent le nom de Tongres 2 et 
bâtirent une ville autour de la forteresse romaine. Au témoignage 
des écrivains contemporains , cette ville prospéra tellement qu'elle 
devint bientôt très-florissante 5 . 

Agrippa , gendre de l'empereur, en fit le centre de trois grandes 
voies militaires , la première venant de Bavay , la seconde allant 
à Cologne et la troisième à Nimègue. 

Dans cette avantageuse situation topographique la cité de Tongres, 
admise aux droits des municipes et formant une étape stratégique 



1 Qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint , uc nunc Tungri , tune 
Germain vocati sint. Tacite , de Germania , cap. 2. 

Pnocopius, de Dello golhico , lib. I, cap. 12. 

WalckeiNaeu , Géographie ancienne , historique et comparée des Gaules , tome II , 
p. 284. 

D'Anville, Notice de l'ancienne Gaule , p. 7. 

1 Alualuca Thoringorum ou Tongrorum. 

5 Tite-Live , Tacite , Pline le naturaliste , Ammien Marcellin , Procope. 

Les vestiges de l'ancienne enceinte subsistent encore de nos jours. 

Sous la domination romaine , VAtuatuca Tungrorum comprenait dans son gouver- 
nement le pays de Liège , une partie du Luxembourg , le pays de Juliers, le Limbourg , 
Namur, la majeure partie du Brabant et la province d'Anvers. Le gouverneur militaire 
de la province résidait à Lowaige où se trouvent encore quelques ruines d'une forte- 
resse romaine. 



— 172 — 

entre Rome et le Rhin , était souvent foulée par les armées ; elle 
se trouvait ainsi en contact avec la capitale de l'Empire , à laquelle 
elle fournit des défenseurs f . 

La Tongrie était soumise aux lois romaines quand surgit , au 
milieu du monde payen , le christianisme qui devait le régénérer 
et donner à l'humanité opprimée la liberté et l'égalité. 

Rome traitait les peuples vaincus et incorporés dans son vaste 
empire - en barbares et en esclaves ; aussi reçurent-ils avec em- 
pressement l'évangile de Jésus-Christ , à l'abri duquel ils vé- 
curent libres et détruisirent le colosse qui les avait subjugués. 

Le christianisme apparut sous une forme simple et cependant 
avec cette puissance irrésistible que Dieu a imprimée à toutes ses 
institutions. La ruine du paganisme et du despotisme romain était 
dans les desseins de la Providence et rien ne put l'arrêter. 

Le Sauveur avait dit à ses disciples : « Allez et instruisez tous 
les peuples » , et ses disciples, fidèles à leur divine mission, se 
partagèrent les contrées pour la prédication de l'Évangile. 
Saint Pierre et saint Paul prêchent à Rome même ; de là, le prince 
des apôtres envoie ses missionnaires en Sicile , en Italie , dans 
les Gaules et sur les côtes d'Afrique. 

Pour la Gaule-Belgique , il choisit Euchère lequel , avec deux 
jeunes lévites, Valère et Materne, se rendit à Trêves, ville déjà 
très considérable du temps de César 3 . 

C'est de Trêves que la lumière de la foi se répandit sur les cités 
de Cologne et de Tongres ; c'est à saint Materne que ces deux 



' Annales de l'Académie , tome I , 3" liv. Journal de iinst. publique, fome I, 
]i. 72 , et le recueil de Guuter. 

* Cet empire le plus puissant qui ait jamais existé , comprenait cent vingt millions 
d'habitants ; ses bornes étaient le Rhin et le Danube au nord , le Tibre et l'Eupbrate à 
l'est , les déserts de l'Afrique au midi et le grand Océan à l'ouest. 

3 L'empereur en fit la métropole de la Belgique, sous le nom A' A ugusta Trevirorum ; 
elle devint la résidence du préfet du prétoire , et plus tard celle de plusieurs 
empereurs. 



— 173 — 

villes durent leur conversion et la fondation du christianisme 
dans leur sein l . Au pied du castellum d'Atuatuca , Materne bâtit 
une église qu'il dédia à la Mère du Sauveur. Ce fut la première 
qui reçut cette dédicace en deçà des Alpes. 

Les événements et les circonstances qui ont précédé , accompagné 
ou suivi l'établissement de cette église , forment la division natu- 
relle de son histoire. En effet, après la conquête de la Gaule- 
Belgique et l'anéantissement des Atuatiques et des Éburons, la 
tradition montrera une tribu germaine passant le Rhin et prenant 
le nom de Tungri qu'elle donne plus tard à la ville bâtie autour 
du castellum; puis saint Materne, l'apôtre de la Tongrie, plantant 
au pied de ce fort le signe de la rédemption et y érigeant , en 
l'honneur de Marie , le sanctuaire que saint Servais reconstruisit 
sous une forme plus vaste au IV e siècle; ensuite l'invasion des 
hordes barbares détruisant, au V e siècle, la ville et le temple que 
le comte Oger , dit le Danois , releva de ses ruines et que le 
pape Léon III consacra solennellement le 9 mai 80-4 , en pré- 
sence de l'empereur Charlemagne et de sa cour. 

Après le démembrement du vaste empire , les chroniques et les 
archives raconteront l'invasion des Normands (881), la translation 
du siège épiscopal à Liège par le pape Pascal II (1112) , la 
vengeance de Gérard comte de Looz (1180) et la perfidie de 
Henri I", duc de Brabant (1213). 

Les mêmes documents diront les désastres qu'éprouva pendant 
trois siècles la tour, successivement détruite , reconstruite, res- 
taurée, cédée à la ville et incendiée en 1677 par le général 
Calvo. 



' En même temps d'autres apôtres évangélisèrent la Gaule romaine. Ce furent 
SS. Sixte, Sinice et Menge. Ils fondirent l'église de Reims. 

Saint Paul dans son épitre aux Romains , cliap. I er , v. 8 , dit : Je rends grâces 
d'abord à mon Dieu pour vous tous par Jésus-Christ , de ce que votre foi est annoncée 
dans le monde entier. 



— 174 — 

Enfin , on verra le chapitre reprendre possession de la tour , 
rivaliser de zèle avec le magistrat pour en réparer les malheurs, 
lorsqu'arriva la suppression du culte , l'anéantissement des corps 
ecclésiastiques et la confiscation des biens par la force révolu- 
tionnaire. 

Depuis le concordat de 1801 , peu d'événements se présentent 
jusqu'en 18-4G , époque à laquelle a commencé la restauration 
en cours d'exécution. 

I. 

Conquête des Gaules par les Romains. 

Etablissement du christianisme. — Fondation de ïéglise par 
saint Materne ; an 58 avant J.-C. — 3J4 après J.-C. 

Après avoir vaincu les Teutons et les Cimbres , l'armée romaine 
envahit les Gaules (58 ans avant Jésus-Christ). 

Les Alualiques, qui habitaient la contrée arrosée par le Jaer et 
la Meuse, étaient entrés dans la ligue des Gaulois contre les 
Romains. César tourna ses armes contre eux, les vainquit et les 
réduisit en esclavage. Les Éburons , établis sur les bords de la 
Meuse et de l'Ourthe, curent le même sort. On connaît les glorieux 
malheurs de ce peuple qui , trop lier pour accepter le joug et trop 
faible pour vaincre , périt tout entier sous les coups de l'envahis- 
seur, après avoir tenu longtemps en échec les aigles romaines '. 

Une tribu germanique vint habiter les terres rendues désertes 
par l'anéanlissement de ces deux peuples. Cette tribu , après 
avoir passé le Rhin , prit le nom de Tungri a ; le territoire 
où elle se fixa fut compris dans la Belgique. Auguste avait établi 



1 CÉSAR , de Jictt. Gall. 

'■ Tacite, de Germania , cap. -2 , liv. 5 , u" 43. 



dans les Gaules des divisions territoriales conformes à son système 
politique et aux besoins de son vaste empire. 

Ce système avait pour but de faire de la ville de Rome la patrie 
de tous les peuples ; aussi les Romains introduisirent-ils chez les 
nations vaincues, leur langage et leurs institutions : celles-ci sur- 
vécurent à leur puissance *. 

Rome avait la prétention d'imposer sa civilisation au monde connu; 
mais il se faisait en même temps , dans la société , une autre 
transformation : une civilisation meilleure s'élaborait mystérieuse- 
ment sous la corruption des mœurs payennes. 

Dans un petit coin de la Judée , naquit l'enfant divin qui venait 
régénérer et sauver le monde. Cette naissance devait séparer 
l'antiquité d'une ère nouvelle, envoyer un simple pêcheur pour 
occuper le capitole et enseigner aux nations l'Évangile de la paix 
et de la liberté. 

Le commencement du christianisme dans les Gaules suivit de 
de près la conquête de ce pays par les Romains. La ville de Trêves, 
métropole de la Belgique , conserva sa prépondérance ; Cologne et 
Tongres devinrent les cités de la seconde Germanie. Tongres , 
alors connue sous le nom A'Atuatuca Tungrorum, était déjà 
très-remarquable par son étendue territoriale: une grande route 
romaine la reliait à Cologne et à Bavay , la capitale des Nerviens 2 . 

La Tongrie comprenait tout le comté de Namur , les deux tiers 
du Brabant , la partie orientale du Hainaut , le Luxembourg jus- 
qu'à la Semoy 3 et tout le pays de Liège. 

Pendant que la nouvelle cité romaine se développait, le prince 
des apôtres envoyait ses disciples dans les diverses parties du 



• Pline, Hist. nul., lib. 3, cap. 5. St. Augustin , de civilate dei, lib. XIX. 

* Ammien Marcellin , historien du IV e siècle , cap. 15. 
Aubert Le Mire , tome h r , page 635. 

5 Behj rom., lib. 20, cap. 5. Plus tard Tongres prit le nom tfAugusla Tungrorum, 
puis celui à'Octavia Tungrorum. 



— 176 — 

monde. Il choisit pour prêcher la foi du Christ dans les Gaules, 
Euchèrc , Valère et Materne , le premier comme évêque , le second 
comme diacre et le troisième comme sous-diacre. 

Tous les trois traversent les Alpes , cheminent vers la cité de 
Trêves et arrivent à Eli en Alsace ! où Materne , le plus jeune 
d'entre eux , tombe malade et succombe. Accablés de tristesse , 
Euchèrc et Valère retournent à Rome et annoncent à saint Pierre 
le malheur qui vient de les frapper. « Allez, leur dit le prince 
» des apôtres , retournez à l'endroit où vous avez enseveli 
» Materne , placez sur son corps ce bâton pastoral et le mort 
> revivra 2 . • 

Les deux disciples, pleins de confiance et de foi, reviennent au 
tombeau le quarantième jour après celui de la sépulture, exé- 
cutent ce que le maître leur avait dit, et aussitôt Materne est rendu 
à la vie 3 . 

Les trois missionnaires reprennent leur itinéraire et arrivent à 
Trêves; ils y annoncent la parole divine, convertissent beaucoup 



' Quelques auteurs disent que ce fait se passa sur les bords de l'Elli ou 111» , 
d'autres à Illkircli. V. Acta Sanctorum. Sept. IV , p. 382. D'autres encore appellent 
cet endroit Igelenheim , v. Pertz , t. X , page 1 10. 

* V. IUniGERUS apud Chapea ville , tom. I, cap. 6. 

Ce miracle a été retracé en quatre tableaux peints par le paysagiste J.-I3. Juppin , 
de Namur, et dus à la générosité du prévôt Jean-René de Neufcourt qui les fit placer 
dans le chœur de l'église actuelle, en 1722. La date du don se trouve inscrite sur 
'e fronton des tableaux , qui présentent l'iconologie résumée de la vie et de la mission 
apostolique de S. Materne. 

Le premier tableau représente les trois disciples recevant leur mission de S. Pierre. 
Le deuxième tableau représente la sépulture de Materne et ses compagnons le rappelant 
à la vie par l'attouchement du bâton pastoral. Le troisième montre Materne plantant 
la croix dans la capitale de la Tongrie , où il fonda son église. Enfin le quatrième 
tableau figure la mort du saint et la contestation entre les Tréviriens et les Colonais 
pour la possession de son corps enseveli à Trêves. 

3 Le pape Innocent 111 , dans un traité de liturgie , Lib. de Myslcr. , c. 62 , et 
dans sa déorélale cum venisset, tit. de sacra une t. , rapporte que S. Materne fut 
ressuscité par l'attouchement du bâton de St. Pierre « Pcr baculum S. Pétri de 
morte fuerat suscitaltts. » Voir aussi Daroniis , Mabillon, Pagi, Alexandre, Noël, 
J.-E. D'arras, etc. 



— 177 — 

d'infidèles et fondent l'église qu'Enchère et après lui Valère gou- 
vernent avec autant de zèle que de succès. A Valère succède 
Materne que son ardeur pour la régénération des peuples conduit 
à Cologne et dans la Tongrie où il répand abondamment la semence 
de la foi. 

Doué des plus belles vertus chrétiennes , rien ne résiste à son 
zèle et à sa persuasion. A sa voix , les idoles disparaissent et les 
temples payens sont convertis en églises. 

Les Tongrois le reçoivent comme leur premier pasteur et 
élèvent , au pied du caslellum , une chapelle que Materne dédia à 
la Vierge Marie. 

Celte dédicace, la première en deçà des Alpes dont le souvenir 
est conservé précieusement dans les archives de l'église de Ton- 
gres et consacré par une légende pieuse, remonte à l'origine 
du christianisme. Nos pères s'en sont montrés, à tous les âges, 
si fiers qu'on la trouve rappelée dans tous les monuments qui de 
près ou de loin se rattachent à l'Eglise 2 . 

Saint Materne, troisième évèque de Trêves , a donc été le fonda- 
teur et le premier évêque de Tongres *. 

Des écrivains lui ont contesté la gloire de celte fondation, 
d'autres le suppriment avec ses huit successeurs des dyptiques de 
l'église de Tongres. Le cadre restreint de ce travail ne nous permet 
pas d'entrer dans de longs développements sur ce sujet. Cependant 
les traditions, les légendes et d'autres monuments historiques 
semblent attester que déjà au premier siècle de notre ère la reli- 
gion chrétienne avait pénétré dans la Gaule. 

En 321 , un édit de l'empereur autorisa des libéralités en 
faveur des églises chrétiennes. Un autre, donné l'an 324, ordonna 



4 Prima cis Alpes B. M. V. consecrata , miraculis clara invoeatur, 

2 St. Materne est représenté portant une église à trois tours pour symboliser son 
apostolat, exercé simultanément dans les cités de Trêves, de Cologne et de Tongres. 



— 178 — 

que chaque cilé aurait son évèque propre l . En 325, les évèques, 
au nombre de trois cent dix-huit, accourent de toutes les parties 
de l'univers pour affirmer contre Àrius la divinité du Verbe. 

Pour que la situation religieuse fut arrivée à cet état dès le 
commencement du quatrième siècle , ne doit-on pas admettre la 
fondation antérieure de nombreuses congrégations chrétiennes, 
car à la fin de cette époque , de l'aveu même d'un historien 
célèbre 2 , la hiérarchie ecclésiastique et le gouvernement catholique, 
interposé entre les maîtres du monde et les peuples, se trouvaient 
déjà constitués. 

Les Belges s'étaient d'ailleurs distingués de bonne heure par 
la vivacité de leur foi ; ils avaient arrosé de leur sang les racines 
de l'arbre sacré dont la sève devait être si féconde ; ils avaient 
compris le rôle qui leur était réservé dans l'Empire romain , à la 
veille de devenir l'Empire chrétien. 

La conclusion naturelle est donc que la cité de Tongres a dû 
recevoir la parole divine en même temps que Trêves et Cologne. 
Récuser des traditions aussi bien étayées, aussi invariablement 
conservées, parce que durant cette période de malheurs et d'igno- 
rance l'histoire ne les a pas enregistrées, ce serait s'exposer à 
mettre à néant les traditions les plus constantes. 

Toutes les institutions ont leur généalogie obscurcie par les 
mêmes causes. Rome, fondée par une poignée de brigands qui se 
donnent des lois et entourent d'une enceinte leur nouvelle demeure , 
donna le jour à un peuple de héros et devint la reine du monde; 
cependant elle ne trouva des historiens que plus de cinq siècles 
après 3 . 

■ Loi première, C. de sacro sanelis ecclesiis, lib. I, Ht. "2. 

Una quoique civitas episcopum proprium habet. 0. C. de episcopis et clericis , 
lib. I , fit. 3, 1. 30. 

* GuiZOT, Histoire de la civilisation en Europe, 2c et 5 e leçons. 

5 Ce ne fut qu'après la première guerre punique que Fabius Pictor , Cineius et 
Caton le censeur, écrivirent ses Annales. 



— 179 — 

L'histoire romaine ne dit mot de la mort du Sauveur ; cependant 
Tibère, ayant reçu de Pilate les actes du procès du fils de Marie, 
proposa de placer Jésus-Christ au nombre des dieux f . 

« Qu'on ne me demande pas , disait déjà le chroniqueur 
Harigère au dixième siècle, qu'on ne me demande pas en quel 
âge ni sous le règne de quels empereurs ou consuls les 
successeurs de saint Materne ont paru dans l'Eglise , ce qu'ils ont 
fait durant leur vie, pendant combien d'années chacun d'eux 
fut évèque : les invasions des Huns dans la Gaule ont à jamais 
effacé le souvenir de tous ces saints hommes . 2 » 
Après S. Materne , l'église de Tongres compte huit évêques 
jusqu'à S. Servais, ce sont : S. Navite, S. Marcel, S. Métropole, 
S. Séverin, S. Florent, S. Martin, S. Maximin et S. Valentin. 

La plupart d'entre eux reçurent la palme du martyre en luttant 
contre l'idolâtrie et le despotisme 3 . 

L'histoire marque à grands traits les haines , les persécutions 
contre lesquelles ces athlètes de la foi devaient soutenir leur 
doctrine et défendre l'humanité. 

La congrégation apostolique avançait cependant vers le but que 
bientôt elle devait atteindre en dépit des proscriptions et des 
massacres : les verlus des chrétiens faisaient haïr ceux qui les 
pratiquaient, parce qu'elles étaient un reproche pour les vices 
opposés. 

La religion, qui devait conquérir le monde , était dénoncée comme 
subversive de tous les principes sociaux. Mais l'heure de la déca- 
dence avait sonné pour celte fière Rome qui longtemps fit trembler 
tous les peuples. 

Sous le règne de Trajan , des essaims de barbares, dont l'origine 



' Eusèbe De Coes , historien du troisième siècle , chr. Anno Doni. 38. 
4 Hamgerus, apud Chapeaville , tom. I , p. 23. 

* FOULLON , 1,12. 



— 180 — 

est à peine connue , paraissent sur les frontières de l'Italie et 
troublent l'Empire déjà vivement agité par des dissensions intestines. 
C'est avec peine que Rome défend son immense territoire , surtout 
vers le Rhin et le Danube aux bords desquels se pressent les peu- 
ples du nord cherchant un climat plus doux et des terres plus 
fertiles ! . 

Jusque là les légions avaient pu défendre le sol romain et 
refouler les nations barbares qui le menaçaient; mais des assauts 
plus terribles se préparaient à l'époque où saint Servais fut désigné 
miraculeusement pour occuper le siège épiscopal de ïongres. 

Après la mort de saint Valentin , le siège était resté vacant pen- 
dant sept années entières. La crosse pastorale, déposée sur l'autel, 
attendait qu'une main dévouée et courageuse ressaisit cet insigne 
d'une dignité qui , dans ces temps malheureux , ne servait guère 
qu'à désigner aux bourreaux les plus nobles victimes. 

Enfin le peuple de Tongres s'étant réuni , selon l'usage , pour 
élire un successeur à Valentin , il apparut au milieu de la foule 
un jeune homme qui attira tous les regards. Celui-ci alla droit à 
Servais , le conduisit à l'autel , lui remit le bâton pastoral et 
disparut. 2 . 

Aussitôt Servais fut proclamé d'une voix unanime. Le nouvel 
évèque justifia ce choix en gouvernant son peuple avec vigilance 
et charité. Il prit possession du siège sous le règne de Constantin, 
surnommé le Grand. Avec cet empereur, la religion était montée 
sur le trône. Le christianisme, qui déjà avait trouvé protection 
dans les principes de tolérance professés par Constance Chlore 5 , 
fut délivré dansles Gaules, plus tôt que dans le reste de l'Empire, 
des persécutions qui avaient été au nombre de dix depuis Néron , 
jusques et y compris Dioctétien. Ces persécutions tout en ayant fait 

' Scriîverils , Historiœ Augustœ sciiplores sex, p. 93'J. 

1 Gilles d'Oiwal apud Ciiai'Eaville. 

3 Le sage payen n'eslimail la religion des hommes que par leurs mœurs. 



— 181 — 

répandre des flots de sang' chrétien n'avaient eu d'autre résultat 
que de raffermir la foi du Christ. Le sang des martyrs fut la 
semence du christianisme qui se développa et se répandit dans 
l'univers. Constantin protégea la religion et le clergé. Déjà un 
édit de l'an 321 , avait autorisé les libéralités en faveur des églises '. 
Celle de Tongres eut bientôt des possessions particulières , qui 
s'accrurent successivement jusqu'à former le territoire d'un État 
considérable. 2 . 

C'est sous l'empereur Constantin que les diocèses furent orga- 
nisés : les métropoles des provinces devinrent les métropoles ecclé- 
siastiques. Trêves conserva ce rang- vis-à-vis des cités de Cologne 
et de Tongres ; elle devint même la résidence du préfet des Gaules 
lorsque l'Empire fut divisé en quatre grandes préfectures. 3 . 

II. 

Saint Servais. — Invasion des Huns. — ■ Destruction de l'église. 
314-799. 

L'organisation que nous venons d'indiquer était en vigueur à 
l'avènement de saint Servais, dont le courage était à la hauteur de 
sa mission. Malgré les troubles qui agitaient le pays, il développa 
l'œuvre de saint Materne 4 et bâtit, au milieu des ruines du castellum, 
une église dont les vestiges furent retrouvés au XIII e siècle •". 



1 Loi 1 . C. de sacro sanctis ecclesiis, lit. 2. 
'■ Louvrex, dissertation historique. 
3 Lib. 36 , c. de episcopis et clericis, lib. I, lit. 4. 

* Henschenius , Exeges. de cpisc. Tung. et Traject., cap, 5. Bollandus , Acla 
Sanct., tome 3, fol. 2I0 et seq. Sirmond , Conc. GalL, tome I. Fleury , Histoire 
ecclés. , tome XIV , p. 580. Aub. Mir^eus , Fasti Belgici , p. 251. 
5 V. Reg. liber gratiarum ab anno 1407, n° 7 , du catal. , p. 195. 
Jussus ab oclavia transire sepultus in isla 
Praesul basilica , modo capsa clandor et ara. 
Dealus Servatius. 
Inscription qui entoure la figure du saint sur la grande châsse dite nood-kist , à 
Maestriclit. 



— 182 — 

Les invasions des barbares ', qui vinrent inonder les Gaules sous 
les successeurs de Constantin , forcèrent Servais à quitter sa ville 
épiscopale et à transférer sa résidence à Maestricht, Trajectum 
ad Mosam. En approchant de ce pont fortifié, le saint évêque fut 
saisi d'un accès de fièvre et mourut le 13 mai 384 2 . Son corps 
fui enterré à côté de la route publique, ' à l'endroit où fut bâtie 
plus tard l'église qui porte son nom *, 

Rien de plus complet et de mieux rempli que la vie de 
saint Servais. 11 moralisait et instruisait son peuple, conciliait ou 
jugeait les différends et combattait en même temps avec ardeur 
les hérésies et le paganisme. Il assista au concile d'Arles (314), 
à celui de Sardique (347), au synode de Cologne (349) et au 
concile de Rimini (359) , où il prit un grande part à la défense de 
la foi catholique contre l'arianisme 5 . 



• Eu 388 , les Francs-Saiiens , après une soumission apparente à l'Empire , firent 
une nouvelle irruption dans la seconde Germanie et saccagèrent Tongres. AmmiëN 
Marcellin , Grégoire de Tours. 

s Grégoire de Tours, Histoire des Francs, lib. 2. cap. 5. (d. Gloire des 
confesseurs, cap. 72. 

V. Hubert Thomas , apud Schard , Rerum Germanicorum , tom. 1 , f° 337. 

Placentius , Catalogus antist. Tung., f° G2. 

G. Bucelinus , Catalogus episc. Tungr. in Germ, sacr. , pars 1 , f° 28. 

Magnum Chronicum Belgicum, apud Piiessinger, corp.jur. publ., tome 1, f° 1702. 

3 Voir l'opuscule de M. Eugène Gens, imprimé à Maestricht chez Bury-Lefebvre , 
année 1843 ; on y trouve la description des reliques conservées dans le trésor de 
l'église de St. -Servais à Maestricht, ainsi que la copie de l'attestation écrite en 1039 
et déposée dans le cercueil trouvé dans la crypte de l'église , par les évoques Nithanl 
et Gérard. Nous appelons surtout l'attention sur les N os 12 et 14 du catalogue sous les- 
quels sont décrites les châsses renfermant les reliques des SS. Valentin , Martin , 
Monulphe et Gondulphe , évoques de Tongres ; il en consterait que la liste des 
premiers évèques de Tongres est plus véridique que ne le pense M. Dufau, dont l'opinion 
est ébranlée parles critiques modernes ; certes la grande crédulité fausse l'histoire, 
mais le scepticisme conduit à un plus grand mal. Pour les époques obscures, les grands 
faits semblent devoir nous guider. 

* Ce fut saint Monulphe, 21 e évêque de Tongres , qui au VI e siècle érigea une église 
sur la tombe de saint Servais. 

11 Au concile de Mayence , tenu sous le pape Léon IX , en 104'J , l'empereur 



— 183 — 

Il avait prédit l'invasion des barbares et la destruction de 
Tongres. Cette prédiction fut accomplie lors de l'incursion des 
Francs sur le territoire romain en 388 *, et surtout par l'invasion 
d'Attila en 451 2 . 

Attila fut le premier , parmi les barbares , qui se fit un plan 
d'envahissement ; il conduit au combat des troupes animées 
d'un courage féroce ; toutes les nations sauvages soumises à son 
destin marchent avec lui. Les rois des Gépides et des Ostrogoths 
sont ses ministres; quant aux rois des nations obscures, ils se 
perdent dans la foule des courtisans ; il n'a ni faste ni mollesse, 
ni aucun de ces vices qui énervent l'âme et la flétrissent ; laborieux, 
infatigable, il croit n'avoir rien fait pour sa gloire, disent ses 
historiens, s'il lui reste une nation à subjuguer. Il reçoit dans sa 
cabane les ambassadeurs de Théodose et de Valentinien , traitant 
ces princes en sujets sans les avoir vaincus. 

Ce barbare, à la tête de troupes innombrables, franchit le Rhin 
et se précipite dans les Gaules 5 . Le pays est dévasté et pillé ; la 
terreur et l'effroi marchent devant lui. Il s'avance vers la Loire ; 



Henri 111 , qui y assistait] avec une partie de sa cour , proposa l'approbation de la 
légende de la vie et des faits de St. Servais , ce qui fut accordé. 

Teiller, Histoire générale des auteurs sacrés, tome 23, p. 013. 

Labbe et Cossart, Saerosancta concilia ad regium edilionem exacta, t. IV, p. 617. 

Sirmond , Concilia antiqua Galliœ , t. 1 , p. 11. 

• Ce fut entre ces deux époques, en 418, que la loi salique fut proclamée à 
Tessenderloo, dans la Campine (Taxandrie limbourgeoise). C'est dans cette contrée que 
Fharamond fut élu premier roi des Francs. Theudenier, fils de Ricomes , qui s'était 
donné lui-même à Tongres le titre de roi des Francs , avait été pris et mis à mort 
par les Romains. 

* D'après Henschenius et Boucher , la ville de Tongres fut ruinée par les Huns 
vers 385. 

3 Déjà au commencement du IV e siècle , il n'y avait plus que 2400 Romains pour 
occuper le Liltus Saxonicus , rivage de la mer qui s'étendait depuis l'Escaut jusqu'à la 
Seine ; 600 hommes protégeaient la seconde Belgique et 500 seulement la première 
Germanie. 

Voir la Notice de Théodose et les Commentaires de Fanciroi.e dans le tome VII 
des Antiquités de Gkevius. 



— 18-1 — 

lorsque les Romains et les Visigoths se réunirent par la crainte 
que leur inspirait ce fléau des nations. Forcé de retourner sur ses 
pas , il s'arrête dans les plaines catalauniques , appelées aujour- 
d'hui les plaines de la Champagne. 

À l'aspect des Romains , des Visigoths et de plusieurs autres 
nations farouches dont les intérêts politiques sont les mêmes, Attila 
prend la résolution de leur livrer bataille. Vaincu après un combat 
opiniâtre et sanglant, il repasse tranquillement le Rhin et le 
Danube pour aller, au-delà de ces fleuves , réparer ses pertes et 
recruter une nouvelle armée. 

Quelque temps après (452) , il pénètre en Italie et , quand on 
le croit anéanti , il reparait plus redoutable que jamais. Tout est 
saccagé sur son passage; Rome elle-même ne doit son salut qu'au 
titre sacré que lui reconnaissent les étrangers et surtout aux 
larmes du pape Léon , dont l'éloquence toucha le cœur de ce 
formidable conquérant. 

Il repasse ensuite dans les Gaules et se jette sur les contrées 
Belgiques. Il marche jusque sous les murs de Tongres et s'empare 
de cette belle et grande cité ! qui fut pillée , brûlée , dévastée et 
depuis lors ne put se relever de ses ruines 2 . 

Thorismond, roi des Visigoths, secouru par des peuples belli- 
queux en vient aux mains avec lui et le contraint d'aller chercher 
une seconde fois au-delà du Rhin une retraite précipitée. Attila 
meurt, les héritiers de ses vastes Etats se divisent, se livrent des 
combats meurtriers et amènent promptement la chute de celte 
effrayante puissance qui faisait trembler l'univers. 

Après saint Servais les diptyques épiscopaux présentent un vide 
de plus d'un siècle. L'antique cité de saint Materne était anéantie 
et, de toutes les tribus qui habitaient le dictrict de Tongres, il ne 

1 Tongres était à cette époque la cité , civitas , de la seconde Germanie. 
* Voir Chai>e\vili.e, tome I, pages 47 et 378. Joknandes, De rébus golhicis , 
C. XXIV. km. Marcellin, lib. XIV, C. 5, lih. XXXI, G. 2. 



- 185 — 

restait plus qu'une chélive population , dispersée dans les forêts 
avoisinantes. La garnison romaine s'était retirée dans le fort de 
Lagium. Clovis prit ce fort en 482 et soumit par là le reste de la 
seconde Germanie '. 

Au concile d'Orléans, que ce roi convoqua en 511 , saint Rémi 
métropolitain de Reims et les évèques de la Gaule déplorèrent 
vivement la situation désastreuse de l'évêché de Tongres. Ils y en- 
voyèrent comme évêque Agricolaiis dont la vie édifiante inspirait 
la vénération 2 . 

Agricolaiis se rendit à Tongres ; n'y trouvant pas d'abri il 
alla se fixer à Maastricht, et désormais les évèques de Tongres 
continuèrent à résider dans celte ville protégée par de puissantes 
fortifications. 

Les successeurs d'Agricolaùs furent saints Ursicin , Désignât, 
Résignât, Sulpice, Quirille, Euchère, Falco, Euchère et Domitien. 
Plusieurs de ces prélats étaient fils de puissants leudes fixés dans 
nos contrées. La dignité d'évêque était alors plus recherchée qu'au- 
cune autre magistrature, qu'aucun autre pouvoir s. 

A Domitien succéda en 558, comme 21e évêque de Tongres, 
Monulphe, fils d'un leude du gau de Dinant. C'est à ce prélat 
qu'est duc l'origine de la ville de Liège, qui plus tard jouera un si 
grand rôle dans l'histoire de la patrie. 

En l'an 578 , saint Monulphe sortit de sa résidence de 
Maestricht pour aller visiter ses domaines de Dinant. Il arriva à 
un endroit élevé d'où le regard s'étendait au loin ; vivement ému 
devant les beautés silencieuses et sublimes de la nature, il s'écrie 
tout à coup: « Voici la place choisie par le Seigneur pour le salut d'un 



1 Voir Grégoire de Tours, Histoire des Francs , liv. II , chap. 27. 
1 Bucherius, Delgium Roman., lib. XX , cap. 5 , retrace l'étendue de l'évêché de 
Tongres tel qu'il avait été rétabli par saint Rémi. 

1 Voir l'édit d'Atalaric , roi des Visigoths, dans le i e volume des Conciles de Dom 
Bouquet , Recueil des historiens de France , préface du tome II. 

XXIX XXII 12 



— 186 — 

grand nombre de fidèles, c'est ici que s'élèvera un jour une ville 
riche et puissante , qui égalera les cités les plus influentes de la 
Gaule ! » 

En prononçant ces mots , il descendit dans la vallée et guidé 
par la pensée du ciel il fonda , non loin de la Legia, un oratoire 
qu'il dédia à SS. Cùme et Damien. 

Depuis saint Monulphc jusqu'à saint Lambert, huit évoques se 
sont succédés sur le siège de Tongres. Ce furent saint Gondulphe qui 
songea sérieusement à relever Tongres de ses ruines ', saint Ebre- 
giste, saint Jean dit l'Agneau, saint Amand , saint Remacle et 
saint Théodart. 

De ces prélats, SS. Amand et Remacle furent les plus célèbres 
parleurs œuvres. Le premier exerça avec éclat à Gand et à Tournay 
l'apostolat dont le roi Dagobert l'avait fait investir ; il fonda la 
célèbre abbaye connue sous son nom et sous celui d'Elnoy ou 
d'Elnone. 

Le second, nommé évoque sur les instances du roi Sigcbert, 
fut le fondateur de l'abbaye de Slavelot. 

Vers G5G arriva à l'épiscopat un jeune homme appelé Lambert 
ou Lant-bert, fils d'Aper comte de Wintershoven. Guidé par une 
profonde piété il s'appliqua à propager la foi parmi ses ouailles ; 
la Taxandrie, province qui reçut au XII e siècle le nom de Campine, 
fut surtout le théâtre de ses travaux apostoliques. 

Lambert, en vrai serviteur de Dieu, attaqua couragement le vice 
partout où il le rencontrait. Pépin de Herstal avait répudié sa femme 
légitime Plectrude, pour s'attacher à la belle Alpaïde . - 

L'évêque en fit des remontrances sévères au maire du palais 
et le pria avec instance de rompre ces liens illicites. La Hère et 

1 Egidius apud Chapeaville , tome 1 , p. 60. — Bouille , Histoire de Liège , 
tome I , p. 42. — Placentius , Calalogus anlist. Tungr., p. 51. — Fisen , Hist. 
eccl. Leod., tome 1 , p. 82. — Archives de N.-D , MS. N° IX , f° CCXXIV. 

* Chapeaville, tome I , p. 307. — ECKHART , De rébus Francise, orientait* , 
vol. I, p. 288, GODESCHALCUS, Ad. SS. vol. VI. 



— 187 — 

orgueilleuse Alpaïde jura d'en tirer vengeance : elle engagea son 
frère Dodon, comte d'Avroy, à venger l'affront qu'elle avait reçue 
et la mort de ses deux neveux, Gall et Riold, tués par les serviteurs 
de l'évêque. 

Dodon, à la tète de quelques-uns de ses tributaires, se rendit à 
Liège et massacra pendant la nuit le courageux évêque de Tongres 
(17 septembre 696) ». 

Saint Lambert passe pour avoir le premier reçu les immunités de 
son église du roi Clovis II et de Childéric , dont les chartes de 
656 ont été confirmées par Ollion II en 981 2 et en 1206 par 
l'empereur Henri II. 

A saint Lambert succéda Hubert, aussi distingué par ses qualités 
que par sa naissance ; il arriva à l'épiscopat dans les conditions 
les plus favorables. 

Le sentiment religieux s'était emparé des grands ; les familles 
les plus illustres se faisaient gloire de se consacrer au service 
de Dieu et le souvenir de la vie sublime et de la mort glorieuse de 
saint Lambert, avait rehaussé l'éclat du siège de Tongres. 

Hubert, que les légendes disent fils de Bertrand duc d'Aquitaine, 
vécut d'abord à la cour du roi de Neustrie. Obligé de la quitter 
pour se soustraire à la tyrannie d'Ebroïn , il se retira en Austrasie 
auprès de Pépin de Herstal, son parent, et épousa Floribane fille 
du comte de Louvain. Devenu veuf, il se plaça sous la discipline 
de saint Lambert dont les leçons et les exemples le formèrent bien- 
tôt au sacerdoce. Dans un voyage que Hubert fit à Rome, le pape 
Sergius, informé du massacre de Lambert, le nomma évèque 

1 Les restes du glorieux martyr furent transportés à Maestricht dans une barque qui 
aborda au faubourg de St.-Pierre où le corps fut enseveli dans une chapelle élevée en 
expiation du forfait. Cette chapelle , qui avait échappé au vandalisme , a été déplacée 
depuis quelques années , par suite de la construction du canal latéral de la Meuse. 

L'histoire du saint martyr a été écrite par l'évêque Francon , par les chanoines 
Godescalc et Nicolas. Tous ces historiens rendent le plus éclatant hommage à ce noble 
athlète de la foi et de la morale. 

* Voir l'évêque Etienne et le chanoine Nicolas , cap. 45. 



— 188 — 

de l'église de Tongres, dignité que lui confirma Pépin de Héritai. 

L'humble village de Liège s'était développé par degrés et trans- 
formé en ville. L'évoque y bâtit une église au service de laquelle 
il attacha vingt chanoines. 

Investi par Charles Martel du gouvernement de la cité, Hubert 
entoura Liège de murs , y publia des règlements de police et donna 
des lois. Il fixa les poids et les mesures et, d'après l'historien 
Louvrex, il établit un tribunal composé de quatorze membres 
auxquels il donna un chef, appelé depuis grand maïeur. 

On admet généralement que ce saint évoque transféra la rési- 
dence épiscopale de Maeslricht à Liège, le 28 avril 709. L'illus- 
tre prélat mourut à Tervueren le- 3 novembre 727, après 
trente années d'épiscopat. 

La résidence de nos évêques à Maeslricht et à Liège n'avait 
cependant en rien altéré les droits de la cité de Tongres au siège 
épiscopal ; d'ailleurs elle n'avait eu d'autre cause que la destruction 
de cette antique cité et le défaut complet de protection au milieu 
des ruines d'Atuatuca. 

L'évèché de Tongres resta indépendant jusqu'en 74-5; le pape 
Zacharie le fit alors passer sous la dépendance de la métropole de 
Cologne et en 751. sous celle de la métropole de Mayence '. 

III. 

Ogier-le-Danois. — Première reconstruction de l'église. — Etablissement 
du chapitre. — Ruine de l'église (799-1240). 

Vers la fin du Ville siècle , surgit un homme de cœur que les 
périls des combats et les malheurs avaient éprouvé. Il est connu 

i Serrarius, Epist. S. Bonifacii, p. 191». Sirmond, Conc. uni. Cuil. I. 1, p. 558 
il 581. LUMG, Spicileg. écries, t. 1, p. 5G1 et forzets I, p. 3. Lecointe , Ann. 
e.-icl. franc, t. V. pp. 154 et 201. Labbk et CosSART, Concilia, t. VI, col. 1527 et 
îr.ôT. Hartzheim , Conc. germ. t. I. p. 61, etc. 



— 189 — 

dans l'histoire sous le num d'Oger, d'Ogier ou d'Olger, surnom- 
mé le Danois f . Ce brave paladin , compagnon d'armes des 
Roland, des Olivier, des Renaud, était originaire d'Auslrasie 2 . 
Il s'était d'abord déclaré pour les fils de Carloman et, afin d'évi- 
ter le ressentiment de Charlemagne , il se relira auprès de Didier 
roi des Lombards. Plus tard ce prince lui rendit sa faveur et lui 
donna même le comté de Looz 5 . 

Mais dégoûté de la carrière des armes et de la vie du monde , 
Ogier se relira dans le monastère de St.-Faron, près de Meaux *, 
où il mourut. Ce noble chevalier, poussé par cette piété qui distin- 
guait la liante société d'alors, reconstruisit l'église de Tongres. 
Cette reconstruction appartient à la fin du VIII e ou aux premières 
années du IX e siècle 5 . 

La nouvelle église fut consacrée par le pape Léon III le 9 mai 
SOI dans les circonstances suivantes. Charlemagne avait fait 
reconstruire l'église d'Aix-la-Chapelle, lorsque Léon III, fuyant 
Rome , vint réclamer le secours de l'empereur. Le Pape consacra 
le dôme avec le concours de 300 évoques au nombre desquels se 
trouvait Gerbald, évêque de Tongres. Celui-ci exposa au pontife que 
l'antique église de saint Materne venait enfin d'être reconstruite 
et le supplia de vouloir consacrer le nouveau temple. Léon III 
se rendit à celte prière et vint avec toute la haute assistance 



' Voir Monach. S. Gallens., lib. 111 , c. 26 , apud D. Bouquet. 

1 La plus grande incertitude plane encore sur la vie de ce bienfaiteur de Tongres. 
Quelques auteurs prétendent qu'Ogier était originaire du Danemark où son nom 
llolger Dansvre était souvent cité dans les vieilles ballades populaires. D'autres sou- 
tiennent qu'il naquit dans les Marches de l'Ardenne (Denne-MarcK). D'autres enfin, 
comme Mantelius , Ilist. Loss. , p. 22 , en font nu comte de Looz. Ce qui est sans 
conteste , c'est qu'Oger fut un des compagnons de Charlemagne et que son nom figure 
avec honneur dans les romans français. Plusieurs églises (Tongres, Horion , etc.) le 
revendiquent comme leur restaurateur. Voir Fisen , tome I, p. 110; Dyntery , 
Chronicon , lib. II , cap. XL1I , pp. 195 , 197 , 20i , etc. 

' Voir Mantelius, Hist. Loss., f s 19 et 20. 

* De Marne, Hist. du comté de Namur, Dissertations , p. 50. 

* Chapeaville , Fisen et Pertz indiquent l'année 799. 



— 190 — 

présente à Aix-la-Chapelle consacrer l'église de Tongres 'i. 

Ogier attacha à l'église vingt canonicats qu'il dota largement. 
Ce fut l'origine du chapitre auquel l'évoque Richaire accorda 
en 931 la dignité abbatiale qui , peu de temps après , fut 
convertie en prévôté 2 . On croit qu'une partie du beau cloître 
roman encore debout et presque intact appartient à l'époque de 
la reconstruction de l'église par le comte Ogier 3 . 

Cette construction a été plus vaste que celle que nous voyons 
aujourd'hui. Destinée d'abord à abriter vingt chanoines, son enceinte 
a dû s'étendre bien au-delà des bornes actuelles constamment rétrécies 
au profit de l'extension urbaine. Elle renfermait alors un dortoir, 
un réfectoire , une chapelle, une trésorerie, une salle capitulaire, 
un parloir, une bibliothèque , une boulangerie , des cloîtres , un 
lavalorium , etc. 

Prèsde là, se trouvait unemaison et capelleh l'usage de l'évèque, 
qui souvent se rendait à Tongres pour juger les contestations entre 
ses vassaux ou pour visiter l'établissement confié à ses soins 4 . 



' Celle mémorable cérémonie a élé consignée dans les archives par la légende : 
Anno a nativitate Dui 801. Léo SS. papa consecravit ecc. Tung. Marie 9 mai) que 
ulim destructa fuit per Hunnos quam reedificavit Dux Ogerus Danus et ordinavit in eâ 
20 canonicos. Reg. 5 du Catalogue , f° 195. Fisen , tome 1 , 17li. Anselme apud 
Chai'eaville , tome I. 151. 

* Fisen , tome I , page 213. 

3 Le nom de chanoine fut donné dans le IV e siècle aux cénobites qui vivaient en 
commun sous une règle commune. En G66 , le concile de Mérida (Espagne) autorisa 
dans les cathédrales cette institulion dont saint Chrodegang , évoque de Metz , publia la 
règle en 763. Successivement et déjà sous Louis-le-Débonnaire , l'institution perdit 
beaucoup de son caractère primitif, la possession de biens en propre et la vie séparée 
débilitèrent la discipline au point que plusieurs conciles, surtout celui de Trente, session XXII 
et XXIV , crurent devoir intervenir ; l'Assemblée constituante supprima les chanoines 
et quoique le concordat et les lois organiques les aient rétablis , l'institution n'a plus le 
prestige qu'il eut jadis. 

' IlEMiucounT , patron de (a temporalité , apud PolAIN , Hist. de Liège , tome 11 , 
in fine. — UnusTiiEMius , Res geslœ episcoporum Leodiens. et ducum Brabantiœ , 
f° 164. — Balcze , Capilularia regum francorum , tome II, p. 125 et seq. — 
BuncHARDUS , lib. I, cap. 87 et lib. 111, cap. 33. — Ivo, p. III, cap. 38, et 
p. V, cap. 103, Struvius, lier. germ.. script., tome 3, p. 211. 



— 191 — 

Voici comment un archéologue distingué, enlevé trop tôt à sa 
patrie et aux beaux-arts , décrit celte relique du moyen âge. 
« Le cloître de Tongres, sans contredit un de nos monuments 
du moyen âge les plus curieux et les plus élégants , consiste 
en un préau ou cour en carré long, qu'entoure une galerie à 
arcades plein-cintre , dont les archivoltes retombent sur des 
colonnettes cylindriques, alternativement isolées et accouplées, 
couronnées de chapiteaux d'un dessin aussi riche que varié, et 
qui reposent sur un stylobate continu. Celte suite d'arcades est 
plusieurs fois interrompue par des travées massives en blocs de 
sable et par deux portes qui s'ouvrent sur le préau ; au fronton 
de l'une d'elles se trouve un bas-relief en grès ferrugineux très 
délerriorié qui nous semble représenter la S te Vierge assise sur 
une chaise curule et entourée de deux anges adorateurs. Dans la 
galerie à droite , s'ouvre une porte formée de deux arcades gé- 
minées et séparées par une colonnette de même style que les 
autres , cette porte donne accès à l'ancien réfectoire , à la salle 
capitulaire et à la chapelle du chapitre \ leur construction 
paraît dater de la même époque que celle du cloître. La chapelle 
contient un autel en pierre fort ancien et dont la table est divisée 
en trois compartiments qui encadrent des figures nimbées. La 
longueur totale du cloître est de 46 mètres et sa largeur de 20. 
Les galeries sont larges de 3 mètres et ne sont point voûtées. 
» Le cloître est pavé de pierres lumulaires 2 . . » 
La reconstruction du temple et l'établissement du chapitre eurent 
pour résultat de ranimer la cité de Tongres qui se repeupla peu à peu. 
Sous le sceptre vigoureux de Charlemagne, les mouvements 
extérieurs avaient été combattus et refoulés ; la paix et la sécu- 



* Par acte reçu par le notaire Lismont le 20 septembre 1811 , l'emplacement 
sur lequel se trouve le palais de justice a été distrait du cloitre et cédé à la ville , 
moyennant cinquante francs de rente annuelle. 

* Schayes , Histoire de Varchitcclure en Belgique , t. 1 , p. 347. 



— 192 







— 193 — 

rilé étaient revenus dans les cœurs des Tongrois, trop souvent et 
trop cruellement éprouvés. 

Mais fatalement destinée aux épreuves, Tongres ne jouit pas 
longtemps de cette trêve tant désirée. Les Normands, que le glaive 
de Charlemagne avait pu arrêter, profitant de la faiblesse de ses 
successeurs et surtout de leurs dissensions intestines ' , s'étaient 
massés vers la Meuse dans le but de saisir la première occasion 
favorable à une irruption. 

En 881 , les Normands pillent et incendient la cité de Liège , le 
fort de Maestricht cl la ville de Tongres 2 . Les barbares qui s'étaient 
répandus dans le Haspingau, l'Ardenne et la Ripuarie , continuèrent 
à dévaster nos provinces jusqu'en 891. 

La victoire remportée par le roi Arnulf et l'évèque Francon 
[uès deLouvain, le 1 er septembre 891, chassa ces aventuriers du 
pays, cl depuis lors ils ne reparurent plus sur les rives de la 
Meuse. 

Ces désastres étaient à peine réparés qu'un nouveau malheur 
vint affliger la cité. Le comte Gérard de Looz , en guerre avec 
l'évèque Raoul de Zeringen, surprit la ville le 31 août 1180 "* et 

' Vers le milieu du IX e siècle PAustrasie ayant été comprise dans le royaume de 
Lotliaire , le diocèse de Tongres lit aussi partie de ce royaume. Alors la loi lomaine 
régissait encore l'Eglise, mais déjà le droit tendait à devenir réel ou territorial de per- 
sonnel qu'il était. 

* V. UtGiNo.Nis, Chronicon apud Pertz, Mon. Germ. hht., tom. 1, f° 59-2. 

Hi.ncmaiu remensis annales, apud Pertz, tom. I, f ° 513. 

Annal. Fuld. pars tertia apud Pertz, tom. 1, f s 394 et 101. 

Qesla Trevirorum apud Pertz, tom. X, f° 106. 

Chronicon Xormannorum apud Pertz, tom. 1, f° 534. 

Gest. abb. Trud. cont. tertia. pars I apud Pertz, tom. XII, f° 375. 

Chronicon Turonense apud Boio_uet, vol. IX. f° 46. Chronicon sithiense , apud 
BOUQUET, tom. IX , f° 71. 

Vita S li Rumoldi auclore Tlieoderico abbate S. Trudonis-, ibid. f° 150. 

Bollandus acla SS. vol. 1, januarii f° 529. 

3 Gilles d'Orval, Fisen et Foullon placent l'arrivée de ces événements en 1 1 70. 

Sirl'vil'S, tom. III, p. 211, Bouille et Mantelius en 1178. 

Les Annales deFloreffe, apud Pertz , tom. XVI, f* 625 indiquent 1179. 

Les Annales de Lambert le Petit (Pertz , tome XVI , f° 649) et ['Histoire des 
Gestes des abbés de St.-Trond, Pertz, tome XII, f os 335 et 369 les placent en 1180. 



— 194 — 

la livra aux flammes. Le palais épiscopal cl une grande partie de 
la ville furent réduits en cendres. Le feu se communiqua à l'église 
et y causa de grands dégâts. 

Pour expier ce forfait, Gérard fonda l'abbaye de Herkenrode et 
partit pour la Terre-Sainte. 

Avant de continuer à dérouler le triste tableau des luttes terribles 
qui ensanglantèrent le pays, on nous permettra de dire quelques 
mots sur l'organisation du collège des chanoines , car bientôt les 
destinées de l'église se confondront avec celle du chapitre. 

Cette corporation jouissait de la dime de tous les fruits croissants 
et naissants dans la ville et sa banlieue, qui comprenait les villages 
de Coninxheim , Henis, Pirange , Rixingen, Neerrepen , Mulken 
et Olfelken '. Elle avait pour dignitaires un prévôt, choisi parmi 
les tréfonciers de St. -Lambert, un doyen du chapitre, un écolàtre , 
un chantre et un officiai. 

Le prévôt conférait , outre les prébendes dans le mois de 
l'ordinaire, l'écolâtrie, la chantrerie, la plébanie, la cure 
de Mail , le rectorat de Coninxheim et les deux marguilleries de 
la collégiale. Le doyen du chapitre était visiteur perpétuel apos- 
tolique de l'hospice de St. -Jacques et du béguinage de S t0 . -Catherine, 
à Tongres. 

Jusqu'à l'an 909, les membres du chapitre vécurent en com- 
munauté ; à cette époque l'empereur Othon leur permit de se 
partager les revenus de la collégiale et de vivre séparément 
dans les maisons bâties autour de l'église dans un rayon de 
50 pas au plus 2 . Les chanoines de N.-D. ne lardèrent pas à 
user de celte faveur et s'établirent dans la partie supérieure de 



1 Le chapitre de Tongres jouissait encore de la dîme des fruits croissants sur le 
territoire de Berg et d'Elderen (concession de 1197), d'Offelken (1281), de Iloclenge 
(1221), de Xendremael, de Russon (1250), de Zammelen el de Nieuwkerke en Flandre. 

1 Statulaccclcsiœ Tungrensis de l'an 1218; charte du 8 des calendes de mars 1108. 
Ré(t. N° o du catalogue. 




. il 

CHAPITEAUX DU CLOÎTRE ROMAN 



— 195 — 

la rue de Maestricht qui a conservé la dénomination iVcncloitres '. 

En 1006, l'empereur Henri II fit passer le territoire de l'évcché 
de Tongres sous l'autorité immédiate de Liège. Celte concession 
fut suivie d'une autre plus importante encore. Tous les évèques , 
jusqu'à Obert, furent institués comme évêques de Tongres , nonob- 
stant leur résidence à Maestricht et à Liège 2 . 

Richaire prit le premier, au milieu du X e siècle, la quali- 
fication d'évèque de Liège (voir son testament du 10 novembre 
932); Eracle en fit de môme dans une charte de 961. Ces ten- 
tatives furent suivies par leurs successeurs. Cependant Théoduin , 
dans une charte de l'an 1070 , est appelé évèque de Tongres \ 

Obert, arrivé au siège en 1091, comprit qu'en présence de ces 
hésitations et surtout au point de vue du droit canon , Liège ne 
pouvait régulièrement s'attribuer le siège qui appartenait légiti- 
mement à Tongres , malgré le diplôme impérial d'Olhon II (980) 
et celui de Henri II (1006.) 

Profitant du crédit que ses services lui avaient donné auprès de 
l'empereur Henri V, il fit agir celui-ci et obtint du pape Pascal II 
la bulle de l'an 1112, qui transféra le siège épiscopal de Tongres 
à Liège 4 . Cependant la soumission de Tongres à l'évèque de 



1 Ces encloîtres jouissaient de l'immunité ecclésiastique. 

5 Au concile d'Orléans, tenu l'an 549, saint Domilien, à celui de Douzy, tenu en 871 , 
Franco, signèrent évêques de Tongres. V.Labbe, Collection des conciles, p. 1445. 
Lettre du pape Zacliarie de 751 . — Albert Le iMire, tome I , p. 641 . 

3 D'après les statuts de 1248, le chapitre archidiaconal de Tongres était composé de 
vingt chanoines; six devaient avoir la prêtrise, six devaient être diacres, six sous- 
diacres et les deux autres pouvaient être tonsurés. Les diacres et les sous-diacres étaient 
tenus d'obtenir dans l'année le grade théologique correspondant à la promotion , sous 
peine de perdre les fruits de la prébende et de se voir remplacés. 

Tout chanoine était obligé de céder à l'anniversaire canonical une rente de quatre 
mesures de seigle rachelable moyennant dix florins d'or, et à la collégiale une chape ou 
seize florins d'or. 

Statuta Eccl. Tongrensis , cap. de ordine et numéro. 

Anselme, p. 170. — Bertholet , Uist. du Luxembourg. 

* Recherches et discussions historiques sur la principauté de Liège , par le baron 
de Crassier, p. 55. 



— 11)6 — 

Liège n'était pas complète. Des tiraillements, souvent répétés, 

amenèrent enfin le pape Innocent IV à exempter le chapitre de la 
juridiction épiscopale et à le l'aire relever directement du Saint- 
Siège '. 

Ce privilège que justifiait l'origine de l'ancienne cathédrale-mère 
plaça la collégiale dans une indépendance à peu près complète 2 
et lui procura la dignité archidiaconale 3 . 

On comprendra facilement la position de' cette ville, constam- 
ment ruinée, pillée, saccagée, brûlée et dépouillée par une rivale 
prospère et puissante, en se rappelant que Liège, dont Monulphc 
avait prédit la grandeur future , ne cessait d'étendre sa puissance, 
giàce aux évoques qui étaient venus s'y fixer. Ce fut d'abord 
saint Hubert généralement regardé comme le fondateur et le légis- 
lateur de cette nouvelle cité; ce furent Francon et Etienne auxquels 
le roi Charles-le-Gros , Arnoul de Lorraine , Zuentebold , Louis 
de Lorraine et Charles-le-Simple firent d'immenses libéralités et 
accordèrent le droit de battre monnaie ; ce furent Richaire et 
Farabcrl qui obtinrent de nouvelles dotations des empereurs Othon, 
pour défendre leur autorité contre des vassaux trop puissants ; ce 



1 1251. Innocent tus Episcopus servusservorum dei dilecto filio Preposito , Decano 
il Capilulo ccclesie Tongrensis , Dyocesis Leodiensis salutem et apostolicam bene- 
dietionem . 

Sacro Sancla Romana ecclesia devotos et humiles fil i os assuele pietalis officia 
propensius diligerc consuevit. El ne pravorum hominitm molestiis ayitenlur, eos 
tanquam p'a mater sue proleclionis numine confovere. Qua pmpter dilecti in 
domino filij vestris postula tionibus grato concurrentes assensu , ecclesiam et personas 
veslras cum omnibus bonis que in presenliarum ralionobiliter possidelis et in 
futurum justis modis prestante Domino poteritis adipisci sub beali Pétri et noslra 
protectione suscipimus et presenfis scripli palroeinio communimus Nuit ergo, clc. 

Dalum Laleraid II nouas aprilis. — Pontificatus nostri anno uwlecimo. V. Statut. 
Ecci. Tungrensis f° XXIV, N" 3 du catal. 

1 Vindiciœ Decani cl capituli insig. Coll. ceci. Lt. M. Tung, publié en 1682. 

1 En 799 le concile de Tongres comptait 98 paroisses ; après 1251, il en restait encore 
71 ou 78 qui continuèrent à former le concile de Tongres, quoique la ville même n'en 
lit plus partie; jusqu'en 1251, Tongres avait également fait partie de l'archidiaconat 
de Heshave. 



— 197 — 

fut enfin Notger lequel , alliant à un grand génie la bravoure 
militaire, reçut en 980 d'Othon II non seulement la confirmation 
de toutes les libéralités antérieures, mais encore le domaine de 
l'antique cité de Tongres. 

Sous l'épiscopat de Baldéric, la principauté s'accrut en 1012 
du comté de Looz et en 1015 du marquisat de Franchimont. 
Nithard y réunit, en 1010, la dernière partie de la Hesbayc et le 
comté de Haspingau ; Théoduin , prince de la maison de Bavière , 
acquit de la comtesse Richilde la seigneurie du comté de Hainaut 
avec Beaumont et Valenciennes, et Henri de Verdun , reçut de la 
comtesse Ermengardc la ville de Waremme. Liège, on le voit, 
prospérait chaque jour davantage , tandis que Tongres ne se rele- 
vait que lentement de ses ruines. Le chapitre commençait à sup- 
porter non sans murmures la position que lui avait faite la cité de 
Monulplie. Encore quelques années de paix et la pensée amère de 
sa puissance déchue allait s'effacer, lorsque de nouvelles catastrophes 
vinrent réveiller ses douloureux souvenirs : il semblait que la fatale 
prédiction de saint Servais dût s'accomplir entièrement. 

À peine les dégâts que la guerre contre Gérard de Looz avait 
occasionnés à l'église de N.-D. eurent-ils été réparés, qu'une 
nouvelle guerre contre le duc Henri 1er d e Brabant porta, en 1212, 
le coup fatal au monument déjà gravement compromis. 

Ce prince élevait des prétentions sur le comté de iMoha que 
l'évêque de Liège possédait depuis longtemps. S'étant mis une 
première fois en campagne et ayant obtenu la paix, il profita de la 
quiétude de l'évêque pour rassembler une nouvelle armée. 

A la tète de nombreuses troupes le duc se jette sur la Hesbaye, 
la dévaste et ne s'arrête que devant les portes de Tongres. 

En vain les quelques milices longroises commandées par le 
vaillant Hubin Puilhes, seigneur de Ferme, avaient-elles essayé 
d'arrêter l'armée du duc au pont d'Ovée 1 ; accablées par le nombre 

1 Reinf.ri Annales apud Pertz, tome XVI , f° 6G7. 



— 198 — 

elles avaient été obligées de plier et Hubin fut forcé de ramener 
les débris de sa petite troupe (11 octobre 1212). La confusion 

et le désespoir régnaient dans 
Tongres. Hubin , prévoyant que 
les faibles remparts ne pour- 
raient résister aux attaques 
d'une armée nombreuse et 
aguerrie, conseilla aux plus 
timides de se réfugier dans le 
fort de Colmonl ! . 

D'autres, et en grand nom- 
bre , s'étaient dès la veille reti- 
rés à Liège emportant avec eux 
la statue miraculeuse de N.-D. 
et les reliquaires les plus pré- 
cieux de la collégiale" 2 ; le reste 
des habitants se posta sur les 
remparts. 

Le duc, à la tète de ses trou- 
pes, passe le Jaer et ordonne 
l'assaut 3 , mais les ïongrois le 
repoussent. Le grand nombre 
de morts qui jonchent le sol prouve la vaillance des défenseurs 
et l'acharnement des assiégeants; mais, trop peu nombreux pour 
empêcher l'ennemi d'escalader les murs, les Tongrois sont obligés 
de se réfugier dans la vaste église de N.-D. Hubin de Puilhes, 
quoique grièvement blessé, en défend l'entrée pendant que les 




Sceau du chapitre de Tongres. — XIII e siècle 



' Egidius apud Chapea ville, tome 2, p. 224. — Fisen, tome I, p. 291. — Foullon, 
tome I, p. 322.— Mantelius, llist. Loss., p. 216. 

1 V. Triumphiu S. Lamherli , p. 620. — Rf.ineri , Chromcon, apud. Bouquet, 
tome XV111, f°625. 

' REINER1 Annales, {oc. cit. 



— 199 — 

bourgeois lancent du haut de la tour sur les assaillants des pierres 
et des moellons l . 

Plusieurs heures se sont 
déjà écoulées depuis le com- 
mencement du siège et les 
abords du temple sont jonchés 
de cadavres. « Ne scay, dit le 

• farouche duc , cuy est celle 

> maison, ou Dieu ou le diable 

> y est oreis, mais lequel gmj 
» en soit sire deulx deux, et 

> il soyt là ens, il serat ars 

• ains guil puist estre wui- 

• diet , » et joignant l'action 
à la menace il mit le feu à 
l'église. 

Le monument presque tout 
entier fut brillé; seul le beau 
cloître échappa aux flammes. 

Ce nouvel assaut avait amené 
la ruine complète de l'église 

Contre-sceau du chapitre de Tongres.- Mlle siècle, romane. Une restauration fut 

jugée impossible; il fallut reconstruire le temple d'Ogier. 

IV. 

Seconde reconstruction de ïéglise. — Destruction de la tour. 
(1240-1677). 

Les archives ne fournissent qu'un seul document relatif au 




1 Voici comment s'exprime le naïf Jean d'OuTREMEUSE, chroniqueur du XIV e siècle : 
« Les habitants de Tongres en la thour sont monté et jectent pires et caltoux dont 
» ils tuent /es barbenrhons. Le sire de Ferme gardoyt lu porte du mostier» » 



— 200 — 

magnifique temple qui fut élevé alors. La nouvelle construction 
fut commencée le 31 mai 1240. En déblayant le terrain on 
trouva fortuitement, à la profondeur de 22 pieds, les vestiges de 
l'antique église construite par saint Servais ; ce fut sur ces 
anciennes fondations qu'on assit le beau temple gothique encore 
admiré de nos jours f . 

Il est à regretter que le nom de l'architecte n'ait pas été con- 
servé ; du reste celte lacune existe pour un grand nombre de nos 
plus beaux monuments. Serait-il vrai qu'à celte époque glorieuse 
de la belle architecture , les hommes de talent visaient à léguer à 
la postérité plutôt une œuvre que leur nom ? Toujours est-il que 
les travaux ont dû marcher avec élan et succès car, en 128G, 
l'autel paroissial fut consacré en l'honneur de la Ste. -Trinité par 
l'évêque Emond de l'ordre des chevaliers Teutoniques 2 . 

Voici la description que Schayes a donnée de ce bel et vaste 
édifice : 

« Construite en croix latine, mais à bras peu allongés, cette 
magnifique basiliqueaGG mètres de longueur dans œuvre, dont 45 
pour les nefs et 21 pour le chœur. La nef principale est séparée 
de chaque côté de ses collatéraux par 12 colonnes cruciformes et 
à chapiteaux ornés de feuilles frisées aux deux premières et à la 
dernière travée, cylindriques et avec chapiteaux à crochets aux autres 
travées. Le triforium qui règne au-dessus de leurs arcs en tiers 



1 • Anna Dni il iO , pridie ealendas Junii inceptum est novum opus ecelesie 
» Tungrensis et destruction est velus cancellum a fundamenlis et profundilate 23 
» pedum casu invention est fundamentum antique ecelesie que credilur fuisse 
i a lempore Beati Servalii et novum fundamentum est locatum super illud., V. 
Arch. de l'église : reg. 7 du calai., p. 195. 

' Voir : Archives de l'hôpital civil de Tongres , registre n° 39, p. 146 : Anno 
Uni 1286 in vigiliâ omnium sanctorum conseci alum fuit allare prochiale in ecclesia 
Tungrenti , p. Ikv. paire Dno Emmundo epo. ordinis fratrum Theulonicorum in 
honorem S Ue Trinilatis. 

Archives de l'église, reg. n°4, fol. 161 . L'autel paroissial était placé à gauche du 
chœur ; en 1794 , c'était l'autel dédié à saint Servais. 



— 201 — 

point , se compose de petites arcades lancéolées portées par des 
colonnetles cylindriques dont les chapiteaux présentent le même 
système d'ornementation que ceux des colonnes correspondantes 
des nefs. Au transept droit et aux côtés latéraux du chœur, cette 
galerie a des arceaux trilobés, mais au transept gauche les colon- 
nettes cylindriques sont remplacées par des meneaux prismatiques. 
Ces arceaux sont surmontés, à chaque travée, d'une fenêtre présen- 
tant une triple lancette dont celle du milieu dépasse en hauteur les 
deux ouvertures latérales. Le chœur, formé d'un seul vaisseau, 
est éclairé de chaque côté par deux rangs de fenêtres superposées ; 
celles du rang inférieur se trouvent derrière le triforium et se 
composent de deux lancettes géminées comprises sous un arc ogival 
majeur. Des deux vastes fenêtres dont sont ornés les murs plats 
qui terminent les transepts , celle du transept droit est parti- 
culièrement remarquable par la beauté de son dessin de style 
rayonnant. Le chevet polygonal du chœur, dont l'architecture 
rappelle le XIII e siècle, est éclairé par de longues lancettes à 
découpures. Au XIV e siècle doivent appartenir les chapelles qui, 
ornées tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de panneaux et éclairées 
chacune par une belle fenêtre mi-partie rayonnante et flamboyante, 
bordent au nombre de dix les bas côtés de la grande nef 1 . 

Leurs murs de séparation sont flanqués de colonnes cylindriques 
qui reçoivent la retombée des voûtes ogivales et à nervures croisées. 

Par son isolement, la régularité de son architecture et l'élégance 
de son ornementation, l'église de Tongres ne dément pas exté- 
rieurement la beauté de son intérieur. Des arcs-boutants à deux 
rangs d'arcs superposés soutiennent les murs de la grande nef; 
de simples contreforts renforcent ceux des bas côtés et du chœur. 
La toiture des bas côtés est cachée par une gracieuse balustrade 

' Cette opinion paraît d'autant plus probable qu'il conste de plusieurs testaments 
conservés aux archives que les frais de construction de la plupart des chapelles ont été 
supportés par la piété individuelle, voir reg. 7, f s 41, 45, 70, elc. 

XXIX IIXX 13 



— 202 — 

découpée en quatre-feuilles encadrées. La grande tour carrée, 
placée en tète des nefs, ne fut construite qu'en 1444. l Haute 
d'environ 74 mètres et demi et large de 9 mètres, elle est 
llanquée à ses angles de grands contreforts en retraite à quatre 
étages de clochetons et percée de trois étages de fenêtres à meneaux 
flamboyants 8 . » 

En-dessous de la tour , se trouvait jadis , comme maintenant 
depuis la restauration , la principale entrée par trois grandes portes 
géminées , formées par trois arcades ogivales 3 , conduisant à un 
grand porche en partie de style roman pur, ce qui semblerait 
prouver que c'est là qu'est la partie la plus ancienne de l'église 
rebâtie en 1240, ou un reste de l'édifice qui existait antérieurement. 
On pénétrait dans l'église par quatre autres entrées, dont les deux 
principales se trouvaient aux extrémités du transept et les deux 
moindres au bas de l'église près de la tour. Celles du côté du 
nord subsistent encore et méritent l'une et l'autre une mention 
spéciale. Le portail du transept nord offre un fronton qui s'élève 
à 29 mètres de hauteur; il se détache du mur et , jusqu'au tym- 
pan , est garni sur les cotés de colonnettes sveltcs et élancées, 
surmontées de pinacles à trois faces formant niches, dans lesquelles 
se trouvaient des statuettes. Au-dessus de la porte ogivale dont 
l'archivolte, creusée de profondes moulures, se termine par un pinacle 



-' On verra ci-après que déjà en 1314 la tour reconstruite fut incendiée. 

' Voici les dimensions exactes du monument : Hauteur de la tour, flèche comprise, 
73 mètres; hauteur de la maçonnerie de la tour 47 mètres 50 cent.; hauteur du sol à 
la voûte centrale 20 m. 12 c. ; hauteur du pied droit ajouté dans la tour 10 mètres. 
Longueur exlérieure (tour et contreforts compris) 89 mètres ; longueur intérieure 81 m.; 
longueur du transept 28 m. 50 c; largeur du transept 7 mètres 10 c; longueur 
extérieure depuis la chapelle de Ste-Anne jusqu'à la tour comprise 122 met. 40 cent. 

3 Ces trois portes mobiles ont été rétablies, ainsi que l'ancienne galerie qui servait 
primitivement à l'exposition des reliques. Elle se compose d'une suite de colonnettes cy- 
lindriques portant des arceaux trilobés. La niche centrale est décorée d'une grande statue 
de la Vierge posée sur un piédestal , œuvres du statuaire Puyenbroek. Trois des quatre 
entrées latérales seront aussi rétablies, la quatrième du côté du midi près de la tour est 
remplacée par une sacristie. 



— .'203 — 

orné de qualre-feuilles et de trèlles à jour, dessinés par des tores 
circulaires, se présente une grande fenêtre ogivale à lancette, 
composée d'une arcade géminée, surmontée d'un œil de bœuf et 
scindée en quatre divisions dans le sens de la hauteur par des 
meneaux cylindriques. La naissance du tympan de ce fronton est 
occupée par une galerie ou balustrade composée de quatre-feuilles 
à jour et qui a l'air de s'appuyer sur des arcatures trilobées simulées 
qui sont sculptées sur les façades du portail. Le tympan est orné 
d'arcatures ogivales du même style que celles qu'elles surmontent , 
d'un groupe en haut relief représentant le couronnement de la 
Ste. Vierge et de deux statues d'anges jouant de la cytare et de 
la flûte. 

Le portail près de la tour est encore plus remarquable ; il est 
construit en forme de porche. Sa façade présente un grand arc 
ogival simulé , encadrant une porte en arc surbaissé. L'espace ou 
tympan qui sépare ces arcs est décoré au centre d'une statue de 
St. Materne et entièrement sculpté à jour dans le style flamboyant. 
L'arc majeur est couvert d'un fronton découpé au centre, avec 
rampans bordés qui s'appuyent de chaque côté sur une tourelle 
ornée de colonnettes et de niches. Les côtés latéraux du porche, 
couvert d'une voûte ogivale , sont décorés de six statues d'apôtres 
posées sur des socles en encorbellement et surmontées de dais. 
Au fond , sous une arche ogivale , apparaissent les statues de la 
Vierge et de deux anges surmontées de dais semblables. Au 
bas se trouve la porte de l'église à arc plein cintre dont l'archi- 
volte , formée de trois tores et ornée de statuettes couronnées de 
dais représentant le jugement dernier, s'appuie sur deux colon- 
nettes cylindriques ; c'est là encore , suivant toute probabilité , une 
bâtisse antérieure à la construction de l'église actuelle. Ce portail 
se compose donc de trois styles différents , sa porte intérieure 
appartenant à l'architecture romane , la décoration de son porche au 
style ogival secondaire et sa façade au style ogival flamboyant. 

Ainsi que nous l'avons déjà énoncé , cette magnifique construc- 



— 201 — 

lion ne fut pas complète malgré les efforts du chapitre, puissam- 
ment secondé par le Saint Siège. * 

En effet, les archives démontrent qu'en 1274 2 le chanoine 
Jean de Lewis fonda un autel en l'honneur de saint Etienne. 
En 1300, le chanoine Lambert, natif de Villers-l'Évêque, fonda 
quatre chapelles latérales. En 1312, Godefroid de Werm fonda 
une autre chapelle dédiée à saint Nicolas et à sainte Catherine. En 
1343, le clerc Henri deMerlemont, fonda une sixième chapelle qui 
fut dédiée à saint Nicolas. En 1305, Jean Lebout de Gelmen et sa 
femme Béatrix Thomas fondèrent une septième chapelle dédiée 
alors à saint Sébastien , aujourd'hui à sainte Philomène. En 1403, 
André Ileys de Reepen fonda la chapelle de tous les Saints au 
fond de la galerie droite des cloîtres. Le lieu choisi pour cette 
dernière fondation peut faire présumer qu'au commencement du 
XV e siècle, les dix chapelles latérales se trouvèrent établies; 
quoi qu'il en soit , les documents ne fournissent pas d'autres indi- 
cations à se sujet 5 . 

Pendant que le chapitre s'efforçait courageusement de compléter 
son œuvre, un incendie détruisit en 1314 la tour à peine recon- 
struite. Il paraît que ce malheur fut occasionné par l'imprudence 
des ouvriers. 

Le chapitre, à bout de ressources, traita avec le magistrat pour 
la reconstruction de cette partie de l'édifice el pour la refonte des 
cloches 4 . La tour fut rebâtie, mais menaça bientôt ruine 5 



' Durant les XIII e et XIV e siècles, les papes accordèrent plusieurs indulgences en 
l'itveur de ceux qui contribueraient à celte grande œuvre et amenèrent beaucoup de 
libéralités. 

* Archives de l'église, registre n° 7, loi. 37, 41, 45 et 70, registre n° 118, folio 1 . 
s Deux registres précieux contenant, d'après le plus ancien catalogue, les ebartes et 

les actes se rapportant aux années 11G4 à 1590 et collectionnés par Salomon Henrici , 
n'ont pu être retrouvés lors de l'inventaire fait en 1843. 

* Archives de l'église , registre n° C, page 233. 

■ Kn 1434 (1435) le pape Eugène IV accorda cent jours d'indulgence à ceux qui 



— 205 — 

puisqu'un 1442 elle dut èlrc reconstruite ; une pierre encastrée 
dans la façade occidentale de la tour porte que cette reconstruc- 
tion fut commencée le 4 mai 1442 *. 

Quarante années plus tard , on se retrouva devant une nouvelle 
reconstruction dont les archives ne disent pas la cause. Cette fois 
la ville, obérée dans ses finances, prit les résolutions les plus éner- 
giques pour se créer des ressources. Malgré ses efforts, ce ne fut 
qu'en 1583 qu'elle parvint à réédifier entièrement la tour, à y 
rétablir les cloches, l'horloge et le carillon. Celte réparation, qui 
avait coûté tant de soucis, était à peine exécutée que la foudre 
incendia la tour, dans la nuit du G mai 1598. De la tour, les 
flammes atteignirent les toitures et les charpentes de l'église et 
l'on crut jin moment que toute la ville allait devenir la proie de 
ce fléau destructeur : mais le courage et les efforts des habitants 
arrêtèrent le danger 2 et la ville ordonna une nouvelle restauration. 

Grâce à la générosité des Tongrois , du chapitre et de quelques 
bienfaiteurs particuliers, le magistrat parvint à rétablir la tour, 
les cloches, l'horloge et le carillon. La croix en fer fut replacée 
sur la flèche en 1608 3 . 



visitèrent l'église et coopérèrent à la restauration du monument, fortement délabré par 
une terrible tempête le 7 octobre 1434.. 

Voir Bulletin de la Soc. scient, du Limbourg , tome V, page 347 et le manuscrit 
publié par la Société archéol. de Maastricht, tome I , page 72. 

* t Anno a nativilate. Dni. M.CCCC.XLH. mesis. maii die quarta inceptum 
fuit opus costructionis hujs tris. 

Cette pierre a été scellée dans le pavement intérieur de la tour. Ne conviendrait-il 
pas de conserver de cette façon le souvenir de la restauration de 184G. 

* Les archives de l'église et de l'hôpital ont constaté cette crise dans des termes bien 
expressifs. Voir à l'hôpital civil, le registre dit Sleper in fine. 

3 Convention avec L. Bilquin et Hub. Hock du 15 août 1608. L'existence de la tour 
fut encore une fois compromise en 1758, le 6 février le feu éclata dans la maison du 
bedeau Jean Lambrechts et se communiqua aux bois et aux meubles placés sous la tour. 
Heureusement quelques bourgeois parvinrent à éteindre cet incendie, qui n'occasionna 
que. peu de dégâts. V. Passaet boeck der mercieren, f° 3. 



— ^06 — 

V. 

Grand incendie. — Première restauration. — 1677-1794. 

Après tanl de vicissitudes, Tongres fut affligée d'un nouveau 
malheur, auquel elle ne devait pas s'attendre. Les guerres qui 
ensanglantèrent le siècle précédent avaient épuisé les finances de 
la ville. Le général Calvo, commandant la garnison française de 
Maestricht , ne cessait cependant d'exiger le payement des imposi- 
tions et cela sous menace d'exécution militaire. Ce payement n'était 
qu'un prétexte; la cause de l'irritation était l'accueil que le 
magistrat avait fait au prince d'Orange. Cette fatale rivalité 
provoqua la plus cruelle des vengeances. Pendant la nuit du 28 au 
29 août 1677, le comte Calvo envoya à Tongres des détachements 
de troupes qui, dès leur arrivée, pillèrent la ville et la livrèrent 
aux tlammes. La chronique dit « que le feu consuma la flèche et 

• les charpentes de la tour ; que les cloches , l'horloge et le carillon 

• furent détruits ; que les voûtes et les hauts murs furent calcinés ; 
» (jue l'orgue, le jubé, les sacristies, les ornements et plusieurs 
> reliques précieuses furent brûlés 1 . - 

Les flammes détruisirent les églises de St. -Nicolas et de 
St. -Materne , les chapelles des Jésuites et des Célestines, l'hôpital , 
la maison de ville, celle des échevins, les chambres des corps de 
métiers, celles des compagnies bourgeoises et 501 maisons par- 
ticulières " 2 . Dans la nuit du 48 au 10 septembre les Français 



1 Les orgues étaient de la facture du célèbre André Séverin, le constructeur de ceHcg 
de l'ancienne église abbatiale de St. -Jacques à Liège. 

Voir la Belijitjue monumentale, t. II, p. 162, née non organa que cetera Belgii 
magnificenlia superabant . . . . Voir l'induit du pape Innocent XI. Die extraordina- 
rissen orgelen. . . Voir Bulletin du Limbourg, tome II, page iO. 

5 Afin de stimuler le zèle, la ville avait institué une prime pour le premier seau d'eau 
apporté à l'occasion d'un incendie. C'est Arnold Moers de Tongres qui fut primé d'un 
patacon lors du désastre de 1077. 

Arch. de l'église, rcg. n° 10, t'° 87. 



— 207 — 

revinrent et comptant les maisons qui avaient échappé au fléau , 
ils les livrèrent à un nouveau pillage et à l'incendie. 

La consternation fut générale dans la malheureuse cité. Tout 
était réduit en cendres et Tongres n'offrait plus qu'un vasle 
champ couvert de ruines fumantes. 

Louis XIV , instruit de la calamité qui venait de frapper la ville , 
envoya le cardinal de Bourbon pour visiter la collégiale. Dès le 
10 septembre suivant, le chapitre prit des mesures pour restaurer 
les ruines ! , mais les contributions extraordinaires avaient épuisé 
les ressources et ce ne fut que le 20 mai 1678 que des ingé- 
nieurs , envoyés par le roi Louis XIV , vinrent visiter le temple et 
dresser les plans d'une restauration complète. Louis XIV, grâce 
aux prières du doyen Arnold Voets 2 , envoya 20,000 francs au 
chapitre afin de l'aider dans son œuvre réparatrice 5 . Cette somme 
bien minime, eu égard à l'énormité du désastre, fut entièrement 
absorbée par les dépenses que nécessita la construction de nou- 
veaux toits ; le 25 novembre 1678 on plaça la croix au-dessus 
du chœur 4 . 

Le baron Edmond de Boehholz, commandeur des Vieux-Joncs , 
le baron de Renesse d'Elderen et l'abbesse de Herckenrode se 
montrèrent les généreux protecteurs du chapitre de Tongres s. 
De son côté, le pape Innocent XI autorisa la fabrique par une bulle 
du 30 septembre 1682 à percevoir pendant l'année de grâce 



1 Voir Archives de N . U. Registrum capitali Tongren. in quo describuniur com- 
putus, de a 1670, n° 10 du catalogue , f° 11. 1678 septembre le 10 et 20 pour dépens 
des « ingénieurs qui ont visité l'église bruslée 3 f. 11 s. octobre le 3 et 4 pour dépens 
et honoraires de deux maistres qui ont visité ladite église. » — « 3f. 19. 16. » 

* Voir Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg , tome II , 
pp. 45 et 57. 

3 Ibid., p. 24 et suiv. 

* Au milieu du transept se dressait avant l'incendie de 1677 une tour en bois. 

5 Voir Archives de N. D. Registrum capitali Tongr,, de a 1670 n° 10 du catal. 
p. 26 , « pour icelle réparation M. le grand -commandeur, M. de Renesse baron d'Elderen, 
» et M me l'abbesse de Herckenrode ont fait libéralité d'arbres. » 



— 208 — 

les revenus de toutes les prébendes qui viendraient à vaquer pendant 
les deux années subséquentes '. 

Le 4 septembre 1684, le chapitre fit restaurer les arcs-bou- 
tants par le maçon Lambert Dirick 2 , et le i juin 1G85 il adjugea 
pour la somme de sept cents florins une fois payée, la réparation des 
des voûtes et des petites galeries à Gérard Van Clermont de 
Maestricht 3 . La même année, grâce à la générosité du prévôt 
Jean d'Elderen, la fabrique put rétablir le jubé 4 . 

Le 29 janvier 1687, la régence s'occupa de la refonte des 
cloches; la fabrique intervint dans ces dépenses pour 1753 
florins 5 . Jean Minten , Paul de Voct et Claude Peeters furent 
spécialement chargés de veiller à l'exécution de cette partie de la 
restauration. La petite dépense supplémentaire que la refonte des 
cloches occasionna à la ville semble avoir épuisé ses ressources , 
d'ailleurs déjà très-sérieusement compromises ; se trouvant dans 
l'impossibilité de réparer la tour, la ville, par décisions des 2-1 
et 29 décembre 1690 approuvées le 28 avril suivant, céda la 
propriété de la tour au chapitre de Notre-Dame, sous condition que 
les chanoines feraient restaurer le monument et que le magistrat 
conserverait le droit de faire sonner la grande cloche à certaines fêtes 
publiques, moyennant un juste salaire 6 . Rentré en possession 

1 Voir Archives de l'église de N. I). Liber documenloritin , inceplusa 1082 , u° 12 
du catalogue , p. 19. 

4 Archives de l'église de N. D. Registrum actorum . . . inceptum 1b' octobris 1681 
usque 1717, n° 11 du catalogue, p. 17. 

* Archives de l'église de N. D., même registre, n° 11 du catalogue f 2'J. 

1 Computus duorum millium florenorum bb ex donalione perillustris et generosi 
Dotnini Johanis Baronis ab Elderen cathedralis ecclesie Leod. decanii et prepositi 
Tungr.... 1686, Il aprilis solvi J. Massa pro reclure insignium perillustris 
Dotnini prepositi aliorumque ornamentorum ligneorum apponendornm in Doxali 
inferiori ecclesie si . 10 . 

Archives de N. D. Registrum capiluli Tungr. . . ab unno 1070 n° 10 du catalogue 
f° 31. 

1 Voir Archives île X. D., même registre, i" 35, v°, 

" Voir Archives de Cf. D. Liber documenlorum . . . inceptui a 1682, n° 12 du 
catalogue , f" 11 et Archives de la ville. Liber plebiscilorum 1177 in Une. 



— 209 — 

de la tour, le chapitre adjugea le 18 mai 1691 à Adam Wynants 
d'Aix-la-Chapelle la construction des assises pour les cloches *. 
Paul Joseph Grognart s'engagea le 8 décembre 1702 à fondre 
une cloche pesant environ sept cents livres à -4 sous la livre. 

Le 19 juillet 1703 Max Doupagne entreprit la construction de 
la flèche 2 et le 15 novembre 1707 M. -H. Biroquet celle de 
l'horloge 3 . 

Ces différents travaux qui absorbèrent plus de 100,000 florins 
furent dirigés par deux architectes, Adam Wynants d'Aix-la-Chapelle 
et Nicolas Closson de Liège *. 

Le 23 janvier 1710 , Georges Vanschoenbeeck, maître menuisier 
à Liège, plaça de nouvelles stalles qui coûtèrent 2575 florins. 

Le 12 décembre de la même année, Charles Nicolas Henaut et 
Christaen Swertveger entreprirent pour 1250 fl. la confection 
d'une porte en cuivre « large de G pieds, haute de 11 pieds et demi 
ou environ, à ériger au chœur de l'église de Tongres 5 . « 

Enfin le 15 juin 1725, le chapitre fit fondre par Joseph Thomas 



' Archives de N. D. Regislrum actorum.... 1684-4747, n° 1 1 du catalogue , 
f. 65 v°. 

* Voir Archives de N. D., même registre n°ll du catalogue, f° 132 et 137. 

* Voir Archives de N. D., même registre , n° 11 du catalogue f° 177, v°. 

* Reçu de M. Oger, chanoine de Tongres huit pataeons pour payement des 
dessins peines et vacations que j'ai faits pour raccommoder la tour de leur église 
ce 21 mars 1691 , estoit signé Nicolas Closson architechte 21 octobris 4692, com- 
pulum ivi cum operarys quos ad opus reparandoe turris impendit scepe memoratus 
architecius M. Adamus Wynants aquensis 

Voir Archives de N. D., Registrum capituli Tongr. ab anno 1610, n 9 10 du 
catalogue, î> . 79 et 80. 

Voir Areh. de N. D. Regislrum actorum inceplum 16 #bns 168t usque 4747, 
n° 11 du catalogue, f° 195. 

5 Voir même registre f° S 10 v°. 

Cette porte ainsi que la grille qui fermaient le chœur furent remplacées en 1751 par 
une massive construction en marbre , due à la générosité du prévôt J.-L. Doyembrugge, 
comte de Duras. 

Voici l'inscription placée sous les deux groupes qui couronnaient cette séparation : 

Joannes. LudoviciA. Doyembrugge. ex comitibus. De. Duras. Baro. ab. Rlderen. 
Decanus. Leodiensis. Prœpositus Tongrensis, etc. A" 4731. 



— 210 — 

D'awir de Huy deux nouvelles cloches [ et le 28 juillet 1732 il 
adjugea la construction du maître-autel à Martin-Benoit Termonia 
pour la somme de 12,500 francs 2 . 

11 fallut aussi réparer le dallage , fortement endommagé par 
l'incendie : les dalles tumulaires avaient été brisées et beaucoup 
de tombeaux s'étaient effondrés. Le novembre 1736 3 , le cha- 
pitre traita avec Charles Grehain pour la livraison de carreaux 
en marbre blanc et noir et le 29 mai 1739 il fit dresser par 
l'architecte Etienne Fayn le devis des principaux travaux encore à 
exécuter 4 . Durant la même année le même architecte construisit 
les six grands portiques en marbre 5 . 

La régence ayant refusé en 1733 de réparer le pavé qui s'étendait 
depuis l'église de S. -Nicolas jusqu'à celle de S.-Martcrne, malgré 
l'offre du chapitre de prendre à sa charge les frais occasionnés par 
la réparation « de quatre pieds de chaque costé ce qui s'importeroit 
« presque le tiers des cinquante neuf petites verges, • l'évêque 
Georges-Louis par une sentence du 23 juillet 1733 la condamna 
à cette réparation avec ordre d'y donner une prompte solution 6 . 

La bonne entente fut bientôt rétablie , et la pacification fut 
cimentée par le don que la régence fit au chapitre, le 30 mai 
1739, d'un emplacement près de la tour afin d'y élever une nou- 
velle sacristie 7 . 

Les contributions nombreuses dont le clergé secondaire de la 
principauté fut frappé de 1728 à 1730 8 ainsi que les passages 



1 Voir Archives de N. D. Liber diversorurn negotiorum inceptus 26 feb. 

11 19-1783, n° U du catalogue f° 48. 

1 Voir même registre , f° 92. 

5 Voir même registre , f° 99 v. 

4 Voir même registre, f° 102 v. 

8 Voir même registre, f s 128 et 129. 

* Voir même registre, f s 94 et 95. 

'■ Voit Archives de N. D. Liber diversorurn negotiorum.... inceptus 26 feb. 
1719-1183, f° 106, n° 14 du catalogue. 

' Voir même registre, f s 108-125. 



— 211 — 

continuels de troupes f empêchèrent la fabrique de continuer la 
restauration du monument; ce ne fut qu'en 1750 qu'elle put son- 
ger à remplacer les célèbres orgues d'André Séverin que l'incendie 
avait détruites. 

Le 1 l septembre, Jean-Baptiste Le Picard entreprit • de faire une 
• orgue dans notre église pareille en toutes parties ei aussi bonne 
» que celle qu'il a fait pour la noble abbaye de Herckenrode en 
» 17 H. • Cet ouvrage exigea trois années de travail et coûta 
10,000 florins de Brabant 2 ; la caisse, faite d'après les plans de 
Le Picard , fut sculptée par Termonia et coûta 2900 florins 3 . 

Le maitre-aulel consacré à la Ste. Vierge avait seul échappé à 
l'incendie de 1677; en 1(598 il fut transporté dans la nef gauche. 
Les chanoines Goemans, Caroli et De Schell ainsi que le receveur 
Vandermeer donnèrent une somme de 650 florins pour couvrir 
les frais de déplacement et d'embellissement 4 . Cet autel fut de 
nouveau démoli en 1753 et remplacé par l'autel actuel dû à la 
générosité du prévôt Jean-Louis Doyembrugge , comte de Duras 5 . 

Enfin après avoir fait refondre, le 22 avril 1782 6 , par Joseph 
et Nicolas Simon de Mons la grande cloche et traité le 27 août de la 
même année avec Henry Donnay de Gland pour de nouvelles liga- 
tures à attacher aux cloches 7 le chapitre fit confectionner par 
François Chaudoir de Liège un nouveau carillon « très sonore et 



1 Eu 1741, 4-2, i3 et 44. Voir même registre f s 152 et seq. 

* Voir Archives de X. D. même registre folio 167. Le Picard fut aussi le facteur des 
fameuses orgues de St.-Lambert à Liège. Voir Van den Steen , Essai sur lu vatli. de 
Si. -Lambert, page 138. 

s Voir Archives de X. D. même registre folio 167 v. ; l'acte porte la date du 
1:2 février 1751. 

4 Voir Archives de .V. D. Regislrum capiluli Tongr . . . de A 1070 N° 10 du cata- 
logue f° 95. 

* L'acte porte la date du 2 avril 1753; cet autel coûta 4000 fis. 

Voir Arcliives de N. D. Liber diversorum negotiorum inceptus l"> feb. 

1719-1785, f° 172, n" 14 du catalogue. 
6 Voir même registre, f° 256. 
' Même registre, f° 257 v°. 



— 212 — 

» harmonieux do trois octaves aveu ses demis tons excepté le 

• c diès et le mi bémol dans la basse de la pesanteur de cinq 

• mille livres ou environ * ! . 

La régence par un récès du 9 octobre 1782 accorda un subside 
de 1000 fis. payable en un ou deux termes et après le place- 
ment -. 

Le chapitre s'appliqua aussi à renouveler l'ameublement de 
l'église et des sacristies; malheureusement cette tâche fut au-dessus 
de ses forces. Toutefois, ce corps puissamment soutenu par le 
Saint Siège s sut faire affluer les libéralités et faire face à une 
dépense que les archives permettent d'évaluer à plus de 200,000 
florins. Il a fait tout ce qu'il a pu dans ces circonstances bien 
lalales, alors que l'immensité des perles ne lui permit pas de 
travailler d'après un plan d'ensemble. D'autre part le bon goût 
avait disparu avec l'art lui-même, et c'est là la cause qui a 
amené des constructions , des restaurations reprochables sans 
doute , mais que la critique pourrait quelque peu absoudre eu 
égard à la difficulté de la situation. La postérité doit de la re- 
connaissance au chapitre dont le courage et le dévouement lui 
ont conservé plus d'une fois la belle et monumentale église qui 
fera à jamais la gloire de Tongres. Ce collège qui avait sa raison 
d'être soit dans son institution religieuse et morale 4 , soit dans sa 
mission tutélaire de conserver la collégiale ne faillit jamais à son 



1 Voir Archives de l'église. Liber diversorum negotiorum . . . inceptus l'i feb. 
1719-1785 , f° 258. L'établissement de ce carillon coûta au chapitre plus de 9000 fl. 

* Alsoo sulk comt le tlienen lot plaisier en ornement von de geheele stadt. Voir 
Archives de l'église, registre n° 14 du catalogue, f° 259. 

5 Voir les bulles des papes Clément XI (29 nov. 1704), Clément XII (2 oct. 1731), 
Benoît XIV (19 nov. 1757), Clément XIII (6 oct. 1761), etc. etc. Archives de l'église, 
reg. , ii° 12 du catalogue, f s 86, 128, 234, 27 1, etc. 

5 Presque tous les chapitres cathédraux et collégiaux s'appliquèrent à développer le 
goût des études. Un écolàlre et plus tard un recteur des écoles instruisait la jeunesse 
tmgroi.se. Outre le chapitre attaché à la collégiale, Tongres a eu depuis l'année 1424 



— 213 — 

devoir. Malgré l'énormité du désastre , il fit tous ses efforts pour 
réparer les dégâts dus au vandalisme et à l'aveuglement d'une 
soldatesque effrénée. 

Un siècle n'avait pu suffire à la restauration de l'église , lorsque 
le chapitre, presqu'au bout de son œuvre réparatrice, éprouva une 
dernière catastrophe plus ruineuse que toutes les autres. Un grand 
mouvement agitait les esprits , l'harmonie n'existait plus nulle 
part, partout la société s'agitait et particulièrement dans la prin- 
cipauté liégeoise, lorsque l'année 1789 vit surgir et se développer 
la plus impétueuse agitation qui se fût jamais produite dans 
l'esprit des peuples. Tongres , ville sans défense sérieuse , devint 
le lieu d'étape ou de passage des bandes révolutionnaires. Après 
la bataille de Jemmapes (6 octobre 1772) les républicains arrivè- 
rent à Tongres. Un de leurs premiers exploits fut de mettre sous 
scellé militaire le mobilier des églises 1 . 

La bataille d'Aldenhoven (1er mar s 1793) fit lever le siège de 
Maestricht et évacuer Tongres par les Français , que les Autrichiens 
remplacèrent dès le G du môme mois 2 . Le comte de Briey, lieute- 
nant-colonel commandant la garnison autrichienne à Tongres , lit 



jusqu'en 1794, un chapitre régulier vivant sous la règle de Windesheim et voué 
entièrement à l'instruction de la jeunesse, 

Cette école latine a constamment obtenu une vogue justement méritée. 

' L'an 1792, le 29 décembre, l'an premier de la république française, nous sous- 
signé, commissaire établi provisoirement à l'effet d'exécuter en son entier l'art. IV du 
décret de la convention nationale du 17 brumaire, nous sommes en conséquence des 
ordres que nous avons reçus, transporté à la collégiale de Tongres où, après examen 
fait de tout ce qu'elle pouvait contenir, avons trouvé ce qui suit, savoir : 

N° 1. Trésorerie, etc. . . . 

N° II. Sacristie des vicaires.... 

N° 111. Sacristie des chanoines. . . . 

N° IV. Archives. . . . 

N° V. Secrétariat . . . 

N° VI. Sacristie des bénéficiers. . . . 

Nous avons placé le tout sous scellé, établi gardien le citoyen Vandendriesch et clos 
notre procès-verbal. (Signé) Keppel , off. liégeois : Chavanus , frater. 

* Bûchez , Histoire parlementaire, tome XXIV, page 417. 



— 214 — 

immédiatement lever les scellés. Le chapitre eut la prudence de 
mettre la circonstance à profit et de faire transporter tous les objets 
précieux de la collégiale à Hambourg' ! . 

La bataille de Fleurus (26 juin 1794) ramena les Français à 
Tongres et avec eux le gouvernement révolutionnaire. Le culte 
catholique fut aboli ; l'église paroissiale de St. -Nicolas fut convertie 
en temple de la Raison. La loi du 1 er octobre 1795 incorpora 
la Belgique à la France 2 et dès lors les lois portant suppres- 
sion du culte et du clergé y reçurent leur exécution. 

VI. 

Abolition du culte. — Concordat. — (794-1846. 

Par l'annexion de notre pays à la France tous les corps religieux 
disparurent. L'assemblée constituante, qui trouva plus facile d'abattre 
l'arbre que de l'émonder, supprima toutes les institutions qui dans 
les siècles passés avaient si efficacement concouru à l'émancipation 
de l'humanité, s 

Le 8 frimaire an VII , le domaine 4 de l'État fit vendre par le 
citoyen Dornac , receveur de l'enregistrement , le mobilier de 
l'église collégiale. Des hommes dévoués 5 avaient fait circuler une 
liste de souscription parmi les paroissiens; elle produisit i50 florins, 
15 sols et un liard (à peu près 535 francs). Ils se rendirent adju- 
dicataires des principaux meubles jusqu'à concurrence de plus de 

1 Sous la surveillance du sacristain-prêtre Antoine Moumal, le môme qui tacha long- 
temps à son domicile, à Tongres, les archives de l'église. 

* La convention nationale avait, malgré l'évacuation de la Belgique, décrété le 
8-12 mai 1793 la réunion du pays de Liège à la république française. Voir Polain , 
Ordonnances de la principauté de Liège, tome 11, p. 979, note. 

5 La loi du 15 fruct. , an IV, supprima tous les ordres religieux. 

La loi du 15 fiim. an VI supprima les chapitres séculiers , les bénéfices simples , etc. 

* La loi du 4 pluviôse an IV (24 janvier 1790) autorisa la vente des domaines natio- 
naux situés dans la Belgique et provenant des ci-devant bénéficiera, etc. 

' MM . Lozer et Fiscar. 



— 215 — 

1700 francs, somme que ces concitoyens d'élite complétèrent 
de leurs deniers. Attirés par la cupidité, quelques marchands 
liégeois étaient venus pour en acquérir; ils furent très mal menés 
par les bourgeois de Tongres et ne durent leur salut qu'aux 
agents de la municipalité qui les escortèrent jusqu'à Hamal. 

Parmi les objets si généreusement rachetés figurent les stalles 
du chœur : elles furent adjugées pour 50 francs; les orgues, 
pour 605 francs; le beau lutrin dinantais pour 105 francs; 
une grande croix en fer pour 9 francs et l'un*des grands 
tableaux du chœur pour 30 francs *. Le culte de nos pères 
semblait donc anéanti pour toujours. La croix, ce grand symbole de 
la rédemption humaine , avait été abattue ; le clergé était proscit , 
déporté 2 ; les édifices du culte étaient vendus ou profanés, le mobi- 
lier môme qui devait servir à son exercice était exproprié ; tout en 
un mot tendait sous le régime de la terreur à l'anéantissement de 
la foi. Cependant l'homme n'avait pas compté avec Dieu et cette 
puissance infinie trouvait peut-être à propos de faire éclater au 
milieu de ce cataclysme même la force de sa loi. 

En dépit de tous les calculs, en face de tous les bouleversements 
et des crimes dont la révolution se souilla, surgit un homme qui 
étonna la France et plus tard l'Europe entière. 

Cet homme, arrivé par son génie et sa valeur au premier échelon 



4 Archives de l'église. Liasses. 

* Le doyen du chapitre, R. de Bellefroid , fut le 11 octobre 1797 condamné à la 
déportation , étant prévenu d'avoir « des intelligences coupables avec le ci-devant 
» Prince-Évêque de Liège, de chercher par tous les moyens à ralentir la publication de 
» la loi salutaire du 19 fructidor, de se servir de son influence en assemblant son 
» chapitre aux fins de faire rejeter la déclaration exigée des ministres du culte. » Il 
paraît qu'ayant obtenu plus tard une mise sous surveillance il se réfugia en Weslphalie. 

Le 30 juin 1798, vingt-quatre ecclésiastiques du canton de Tongres furent également 
condamnés à la déportation . 

L'arrêté du i novembre 1798 en condamna 89 autres à la même peine. Nous voyons 
figurer sur la liste le pléban Régnier van Herck, L'Abaye, curé du béguinage et J. Lafontaine, 
récollet à Tongres . 



— 216 - 

de sa grandeur future, comprit qu'il faut une croyance religieuse, 
qu'il faut un culte à toute association humaine. Pénétré de cette 
vérité que sans religion il n'y a ni paix, ni trêve sur la terre, 
Napoléon (il avec le pape Pie VII le Concordat mémorable qui rétablit 
le culte de la religion catholique, apostolique et romaine '. 

Avant de monter sur le trône impérial , ce vrai philosophe 
porta successivement la série des lois qui restituèrent au culte 
les débris de son ancien patrimoine. 

L'ancienne collégiale de Tongres recueillit une part bien minime 
de ses anciennes dotations; celles-ci, composées pour la majeure 
partie de prébendes et de bénéfices, se trouvèrent d'abord sous Ja 
main-mise nationale et furent vendus. 

La collégiale, rendue au culte, devint paroissiale et obtint, en 
vertu des lois de restitution 2 , ceux des biens et rentes de la fabrique 
de St. -Nicolas non encore vendus , ni découverts par les admini- 
strateurs de la charité publique. 

Cette restitution fut un grand bien , en présence du dénûment 
infligé au culte. Toutefois les biens récupérés étaient grevés de 
fondations dont les frais dépassaient les revenus. Aussi plus tard 
la cour de Piome accorda-t-elle une réduction commandée par 
l'équité et les besoins du culte 3 . 

Depuis lors aucun événement ne survint, si ce n'est que le 
25 juillet 1809 la foudre incendia la flèche. Le dévouement des 
habitants en arrêta promptement les progrès et les administrateurs, 
afin d'éviter le renouvellement de semblables accidents, pourvurent 
la tour d'un paratonnerre. 



1 Loi du 18 germinal an X , art. 1 , 75. 

* Arrêtés des 26 juillet et 20 décembre 1803. 

5 Bulle du 18 juin 1825. 




A CAapeUe du S.C.de Jésus 

B „ cUS. 1 Joseph/. 

des''- Lucie, 
de SyJ)omuiique 
de la Vierge da douleurs. 
duS t' de Marie/. 
de S' Douât. 
de S» Barbe. 
ded.'Jndré 
de S?I7rilomène 
du Baptistère/. 



. 



PLAN DE L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME À TONGRES. 



— 217 — 

Deuxième restauration (1846-1866). 

VII. 

La cathédrale de Tongres avait éprouvé tant de désastres 
successifs, la mutilation de ce beau monument avait été si grande 
qu'il était en quelque sorte impossible que le conseil de fabrique pût 
songer à une restauration complète. 

Les moyens dont disposait ce collège étaient d'ailleurs insuffisants 
et les libéralités particulières n'auraient pu faire face à des besoins 
toujours renaissants. La ville, également éprouvée, n'était pas 
dans une meilleure situation et ne pouvait remédier par ses res- 
sources à la pénurie dans laquelle se trouvait l'église. 

Déjà en 1824- des tentatives furent faites pour obtenir du 
gouvernement une coopération efficace à la restauration. Un devis 
qui ne s'élevait qu'à 11,000 11. , soit 23,000 francs, fut soumis 
au roi des Pays-Bas sous la date du 9 novembre 1824 ; mais 
cette démarche, réitérée à la fin de 1825, resta stérile. Cependant 
le temple était dans un état de délabrement complet, car depuis 
qu'une main sacrilège avait été portée sur le sanctuaire et avait dissipé 
toutes les richesses de l'antique collégiale, celle-ci était restée plus 
ou moins abandonnée ; les travaux les plus nécessaires y avaient 
à peine été exécutés et cela depuis plus d'un quart de siècle. 
Cependant restaurer cette antique basilique était une pensée noble 
et digne, qui certes méritait de trouver de l'écho dans le cœur de 
Guillaume I er . C'était conserver une de ces pages glorieuses du grand 
livre de notre histoire, écrites en caractères de pierre : c'était 
renouer la chaîne mystérieuse des temps et des souvenirs ; c'était 
à la fois honorer le passé, enrichir le présent et assurer l'avenir ; 
c'était bien mériter de la patrie que de léguer à nos fils le monu- 
ment de leurs ancêtres. 

XXIX XXII I i 



— 218 — 

Les événements politiques de 1830 rendirent la Belgique libre. 
Celte situation désirée depuis des siècles , réveilla le patriotisme 
et avec lui les souvenirs des brillantes époques de l'histoire 
nationale. 

Nos destinées politiques arrivèrent aux mains d'hommes d'élite, 
comprenant le rôle que les provinces belges devaient accomplir 
dans la société européenne. Il était donc naturel que les beaux-arts 
obtinssent une prompte réhabilitation ; on comprit que le présent 
ne devait pas être indigne du passé , qu'à côté de ce grand déve- 
loppement industriel qui nous étonne, de toutes ces merveilles des 
arts qui nous éblouissent, se trouvait une autre force plus puissante 
qu'on devait instruire, améliorer, encourager et diriger vers le bien 
et le beau ; on comprit qu'il fallait contrebalancer la force de ce 
matérialisme envahissant en prenant soin de l'intelligence, de la 
moralité , de l'âme enfin. 

Le 7 janvier 1835 le gouvernement institua, sous le patro- 
nage du Roi , un comité artistique pour la conservation et la 
restauration des monuments du pays. Cette institution fut un 
bienfait pour la Belgique; les hommes appelés à former cette 
commission contribuèrent puissamment à préserver de la ruine 
les monuments les plus remarquables de la patrie. 

Il est des pays qui marquent par leur étendue territoriale ou 
par leur force militaire; mais il a été donné à la Belgique de se 
distinguer, à toutes les époques, par le génie, le culte du beau 
et la civilisation qui en découle. Aussi, depuis sa régénération po- 
litique, a-t-elle fait des progrès immenses et , malgré l'exiguïté de 
son territoire, elle est parvenue à se placer au niveau des nations 
les plus civilisées. 

Le conseil de fabrique, nommé en 1838 à la suite d'un conflit 
administratif, n'obtint la gestion des affaires que vers le mois de 
juin 1813. 



— 219 — 

Durant ce conflit, l'ancien conseil avait cédé à la ville un ter- 
rain triangulaire clos de murs et une partie des bâtiments connus 
sous le nom d'anciennes écoles du chapitre *; la superficie du terrain 
cédé était de 275 mètres carrés et faisait partie du cloître roman. 
La ville en avait fait l'acquisition afin de dégager le Palais de Jus- 
tice qu'elle faisait construire ; elle s'était engagée d'ailleurs à 
rétablir, dans le style de l'édifice, les parties découvertes par la 
démolition. La commission des monuments, informée de cette res- 
tauration députa quatre de ses membres présidés par M. le 
comte Amédée de Beauflort. 

La députation, après examen et discussion, fixa l'alignement d'a- 
près lequel la façade de la salle capitulaire devait être reconstruite 
et M. l'architecte Roelands, l'un des membres de la commission , 
fut chargé de la rédaction du plan et du devis. 

Le conseil de fabrique qui avait tant désiré d'attirer sur l'église 
la sollicitude du gouvernement , s'empressa de signaler à la dépu- 
tation la ruine qui menaçait l'ancienne cathédrale. Il n'eut qu'à se 
féliciter du résultat de cette visite officielle. 

La députation et particulièrement son honorable président pro- 
mirent leur appui au projet de restauration complète. M. le comlc 
de Beauflort, enlevé trop tôt à son utile mission , donna des en- 
couragements et de précieux conseils afin de réaliser cette œuvre, 
dont il entrevoyait la possibilité si l'on parvenait à réunir le 
concours de la commune à celui de la province et des habitants. Le 
conseil adressa d'abord au Roi, sous la date du 6 octobre 1844, 
une requête dans laquelle , tout en exposant l'histoire de notre 
basilique et en faisait ressortir son importance architectonique , 
il invoqua en sa faveur la sollicitude du gouvernement. 

A la suite de cette démarche, M. Joseph Dumont , architccle- 
dessinateur de la commission des monuments, fut chargé de rédiger 

' Acte reçu par M. Lismont, notaire, le W septembre 1841. 



- 2.'20 — 

les plans, afin que le gouvernement pût apprécier l'importance 
artistique du monument. 

Peu de jours après, M. Dumont se rendit à Tongres pour 
réunir les éléments de son travail. Le 27 mars 184-5, MM. Suys, 
Bouiiat et Dugniolle, délégués par la commission, vinrent contrôler 
ces études. Le plan fut rédigé en quatre feuilles 1 ; l'architecte y 
joignit un devis qui présumait une dépense de 272,000 francs, 
échelonnée sur seize années, de '1847 à 1862. 

Ces documents, après avoir été soumis h l'inspection du public, 
reçurent l'approbation des corps administratifs intéressés à l'œuvre. 

Un arrêté royal du 19 juin 184-6 approuva le projet de 
restauration et chargea le conseil de fabrique de l'exécuter sons la 
direction de la commission des monuments. 

La fabrique délégua deux de ses membres pour solliciter du 
département de la justice l'allocation de subsides permanents durant 
la période des travaux. De son côté , le conseil communal fixa à 
2,000 francs son intervention annuelle dans la dépense. 

Le juin suivant les délégués du conseil de fabrique , accompa- 
gnés des sénateurs Louis comte de Renesse-Breidbach , Guillaume 
comte d'Arscliot, des représentants comte Max de Renesse, Simons 
et Huveners, fuient reçus en audience par le ministre de la justice, 
M. le baron d'Anethan , et lui exposèrent l'objet de leur mission. 
Grâce à l'appui dévoué de ces honorables députés, ce haut fonc- 
tionnaire promit un léger subside de 3,000 francs sur l'exercice 
en cours. 

Afin d'attirer l'attention des hommes de goût sur l'antique cathé- 



« Os quatre feuilles donnent 1° le plan horizontal , 2° la façade principale, 3° la 
façade du nord , 4° le choeur et le transept. Il convient de compléter ces dessins par 
Imii antres, savoir: la façade sud, le plan horizontal à la hauteur des voûtes, la 
coupe longitudinale de toute l'église avec la tour , la coupe transversale du transept 
vers le chœur, la coupe transversale dans les nefs vue vers la tour, la coupe du fond 
des cloîtres, celles des chapelles qui se trouvent dans les cloîtres, en nue feuille 
contenant 1rs détails. 



— 221 — 

drale deTongres, le conseil décida de faire graver par M. L. Wiener 
de Bruxelles une médaille commémorative représentant l'église de 
Noire-Dame de ïongres et la légende abrégée de son histoire : 

Fondée par saint Materne; agrandie par saint Servais; 
dévastée parles Huns; rétablie par Oger sous Charlemagne, 799; 
consacrée par Léon III , le 9 mai 804; reconstruite, 1240; 
restaurée, 1846. 

A l'ouverture de la session du conseil provincial de 18-46, 
les conseillers Jaminé , Thys, Hermans, Gaters, J. Schaetzen , 
de Bellefroid et Rigo recommandèrent vivement la restauration de 
l'église de Tongres à la sollicitude de leurs collègues et obtin- 
rent l'allocation d'un subside annuel de 2000 francs. 

La première annuité fut inscrite au budget de l'exercice 1847 , 
sous la rubrique spéciale : subsides pour la restauration des 
monuments. 

Cette décision du conseil provincial provoqua un arrêté royal 
en date du 20 juillet 1846 qui allouait un premier subside de 
3000 francs, lequel servit au payement des plans et devis. 

Un concours aussi encourageant dès le début engagea le conseil 
à redoubler de zèle. Pour assurer l'approvisionnement des maté- 
riaux de construction dont le principal élément était la pierre 
blanche de Sichen , qui avait également servi lors de la reconstruc- 
tion du monument au XIII e siècle * , le conseil députa deux de 
ses membres, MM. Reinartz et Thys accompagnés de deux archi- 
tectes MM. Dumont et Ivens, pour se rendre aux carrières de Sibbe 
près de Fauquemont, de Sussen et de Sichen. Celles de Sibbe 
fournissent des blocs de la plus forte dimension , mais la matière 



1 V. Archives de l'église, n° 11 du catalogue, f° 20. 

Sous le rapport du coût, la pierre de France exige une dépense dix fois plus élevée. 
Quant à la pierre de Sichen, dont l'emploi a été de tout temps considérable, il importait 
seulement de bien distinguer les carrières et de choisir le produit dont le grain est. le 
plus fin et le mieux adhérent. 



ooo 



esl très-grossière et poreuse; elle cède trop facilement à l'action de 
l'air et de l'eau, surtout dans les constructions qui présentent 
des parties saillantes. Le château d'Oost, construit intégralement 
au moyen de blocs extraits à Sibbe , en fournit la preuve la moins 
douteuse. A Sussen , dans les grandes carrières du Roosberg , la 
pierre, quoique plus serrée que celle de Fauquemont, est cepen- 
dant trop poreuse et trop fragile pour les ouvrages ornementés. A 
Sichen les extractions donnent des blocs d'une dimension beaucoup 
plus petite, mais d'une qualité bien supérieure. La pierre présente 
un grain fin, dur et serré; la matière se raffermit au contact 
de l'air et devient sonore. 

Pour compléter l'expertise, des échantillons de ces diverses 
carrières furent apportés à Tongrcs et soumis à de nouvelles 
investigations qui firent donner la préférence à la carrière de 
Sichen , connue sous la dénomination « in de byl. • 

Afin de ne pas se trouver à la merci des carriers , le conseil 
acquit des terrains dont le sous-sol était encore intact et fit 
une convention avec Henri Box pour l'extraction des blocs et 
leur transport au pied de l'église, à raison de fr. 14-20 par 
mètre cube. 

L'honorable comte de Beauiïort , président de la commission des 
monuments, se rendit avec bienveillance à la demande du conseil 
de fabrique, afin de régler le commencement des travaux. Il 
présenta comme architecte-dirigeant M. Dumont , rédacteur des 
plans, et comme surveillant des travaux M. Maximilien Genin , 
employé depuis plusieurs années à la basilique de St. -Hubert. 

La restauration ne pouvant par la nature même des travaux 
se faire que par régie, il fut décidé que l'architecte agirait sous le 
contrôle de la commission des monuments ; que les ouvriers, placés 
sous la surveillance immédiate du conducteur, seraient payés au 
bout de chaque quinzaine sur un bordereau de présence journa- 
lière et que les fournitures, commandées sur les indications de 



— 223 — 

l'architecte , seraient vérifiées et reçues par le surveillant, en 
présence d'un ou de deux membres de la fabrique. 

Les travaux commencés le 23 août 1846 furent rudes et 
pénibles ; les faibles ressources se trouvèrent bientôt épuisées tant 
par le prix des divers plans que par l'acquisition des matériaux 
et surtout par l'établissement d'un échafaudage au haut de la tour. 
Pour comble de malheur, un accident déplorable faillit tout compro- 
mettre f , mais le courage et la persévérance triomphèrent de ces 
obstacles; l'honneur de la religion et la gloire du pays le deman- 
daient, le peuple des fidèles le réclamait. 

Au printemps suivant le conseil de fabrique fit examiner de 
près l'état de la tour. On découvrit que cette construction colossale, 
bâtie en arcades superposées, avait considérablement souffert. 
Depuis sa reconstruction au XV e siècle , on n'y avait fait que des 
réparations plus ou moins heureuses et depuis l'incendie de 1677 
elle n'avait plus été restaurée ni dans sa base ni dans ses massifs. 
Après chaque sinistre on avait réparé les dégâts les plus saillants. 
Les couvertures restèrent souvent et longtemps en souffrance; aussi 
l'infiltration des eaux avait si notablement dégradé les massifs que 
partout la maçonnerie était lézardée. Par suite d'écrasements et d'in- 
clinaisons, la stabilité de tout le système se trouvait gravement com- 
promise. Les fondations, assises sur un banc de sable, n'avaient 
aucun ouvrage de renforcement dans le vaste creux qui en séparait 

1 Ce vaste échafaudage était sur le point d'être entièrement terminé lorsque le 
17 décembre une planche, échappée des mains raidies d'un ouvrier, alla s'abattre contre 
l'hôtel de ville et atteignit malheureusement M. Pierre Joseph Ghinéau ; gravement blessé 
à la tête , le patient fut transporté dans une des salles de la maison communale. 
Quatre jours après, la victime de cet accident fatal succomba au milieu des regrets 
unanimes de tous ses concitoyens. Ce déplorable événement arrêta les travaux à l'exté- 
rieur de la tour. 

La visite minutieuse de l'échafaudage fit constater que les intempéries survenues 
subitement avaient seules donné lieu à ce malheur Après un échange d'explications les 
travaux furent repris à l'extérieur, le 17 avril 1847, après que l'autorité locale, à la 
sollicitation de l'architecte , eût défendu le passage et le stationnement près de l'édifice 
en réparai ion. 



o;2 4 — 

les jambages. Les habitations adossées aux contreforts formaient une 
autre cause de détérioration par leurs caves , par l'abus des 
eaux pluviales et ménagères , par des empiétements et des exca- 
vations. 

Après le désastre de 1 077 pendant lequel les maçonneries 
avaient été calcinées , l'assise des cloches avait été rétablie si mal- 
heureusement que toute sonnerie à laquelle participait le grand 
bourdon imprimait aux murs un mouvement désordonné et dange- 
reux. Enfin pour l'amélioration de la voirie, le sol extérieur avait 
été considérablement abaissé et avait mis à nu une partie des fon- 
dations déjà en souffrance. 

En présence d'un tel délabrement, il ne fut pas difficile de 
comprendre que le devis estimatif ne répondrait point à la dépense 
réelle. Il fallait nécessairement avant tout consolider les massifs , 
reprendre et fortifier les fondations, relier les murs crevassés dans 
leurs noyaux , simplifier l'assise et le jeu des cloches , solidifier 
la base de la tour par une maçonnerie intérieure élevée assez haut 
pour supporter le poids des cloches et prévenir ainsi tout mouve- 
ment irrégulier. Il était donc évident que les évaluations faites en 
1845 seraient insuffisantes et que la période assignée aux tra- 
vaux serait dépassée, car les ressources annuelles étaient limitées. 
On jugea donc prudent de signaler cette situation à la commission 
des monuments et de provoquer la visite des lieux. 

Le 21 mars 184-8 , MM. Suys, Partoes , Roget et Dugniolle 
se rendirent à Tongres. Après un examen minutieux de l'église, ils 
approuvèrent les ouvrages déjà exécutés et prescrivirent ceux que 
l'état de la tour réclamait. Les délégués n'hésitèrent pas à recon- 
naître les dangers qu'offraient les travaux. 

On continua la reprise des fondations qui furent notablement 
renforcées par une nouvelle maçonnerie élevée jusqu'à la naissance 
des anciennes galeries détruites par l'incendie. En terminant 
les pieds droits de la tour par une voûte, on solidifia considéra- 



— 225 — 

blemcnt la base de l'édifice, et l'aspect du porche devint plus agréa- 
ble. Au-dessus de cette voûte toutes les parois furent solidement 
reliées par des tirants dont l'architecte Dumont avait indiqué la 
combinaison. L'assise de la sonnerie devait ensuite être modifiée 
de manière que le poids et le mouvement portassent sur la nou- 
velle maçonnerie de renforcement, après avoir étage les cloches en 
raison de leur poids et simplifié leur jeu. 

Pendant que ces travaux extraordinaires s'exécutaient , la façade 
principale de la tour se trouva restaurée au printemps de 1849; 
la galerie centrale rétablie avait reçu la statue delà patronne, copiée 
par le sculpteur Puyenbroeck de Bruxelles sur celle qui depuis un 
temps immémorial existait sur l'autel de la Vierge. On résolut qu'en 
commémoration de la reconstruction de 1240 , cette façade et la 
statue seraient solennellement bénites le 31 mai, après une messe 
exécutée par des chanteurs pyrénéens. Cette cérémonie, à laquelle 
présida le curé-doyen délégué par l'évèque , se fit au milieu d'un 
grand concours d'habitants ; la société d'harmonie , toujours dé- 
vouée et prête à relever par sa présence l'éclat de nos fêtes , 
exécuta ses plus beaux morceaux de musique dans la galerie 
reconstruite. 

Les travaux de consolidation et ceux de restauration aux façades 
latérales furent continués avec activité. Plus d'une fois le conduc- 
teur, M. Genin, fit preuve de courage et d'un rare dévouement dans 
l'accomplissement de ses devoirs. Animant les ouvriers par l'ex- 
emple, il était constamment le premier à entamer les ouvrages 
quand le danger faisait reculer ses compagnons. Sur la proposition 
de son chef, le conseil de fabrique sollicita du gouvernement pour 
M. Genin la décoration des travailleurs. Celle distinction bien 
méritée lui fut décernée par arrêté royal du 15 juin 1851. 

Dans le cours de cette année , on se vit dans la nécessité 
d'exproprier , pour cause d'utilité publique, l'une des habitations 
adossées à la tour »; l'imp.ort de celle démolition n'avait pas élé 



- 22G — 

porté au devis ; d'autre pari les travaux imprévus augmentaient 
constamment. On jugea donc à propos d'en référer au gouvernement 
et de solliciter une augmentation de subside. Cette démarche que 
les circonstances justifiaient d'ailleurs fut bien accueillie. L'hono- 
rable ministre de la justice iixa l'allocation annuelle à 12,000 fr. 

En fouillant le sol de la tour, du côté nord , pour y con- 
tinuer le soubassement et le trottoir , le hasard fit découvrir 
le 16 avril 1852 d'abord environ 300 boulets en pierre calcaire 
de tout calibre, dont quelques échantillons se trouvent au musée 
national ; ensuite une fuite d'eau dans le conduit qui alimente la 
fontaine publique. Jusqu'à deux mètres de profondeur les fondations 
étaient entamées et le terrain joignant entièrement détrempé. 

A mesure que l'avancement des restaurations le permit , on 
plaça les grandes portes d'entrée au bas de la tour ; elles sont 
l'œuvre des frères De Keyn de St.-Jossc-ten-Noode ; ensuite le 
pied de la tour fut protégé par un grillage en fer avec candélabres 
exécuté par Ch.-Ed. iMarneffe, fondeur à Liège, sur les dessins 
de l'architecte Dumont. 

Après sept campagnes consécutives , la tour se trouva restaurée 
dans son ensemble ; le devis avait été notablement dépassé. Aussi, 
sur huit comptes, de 1847 à 1855, soumis à l'approbation du 
gouvernement , sept avaient été clos par un excédant de dépense 
qui s'était élevé pour 1818 à fr. 5,728, pour 1851 à fr. 3,747, 
et pour 185i à fr. 3,223; un seul, celui de 1850, présentait 
un boni de fr. 251-50. 

A la demande du conseil de fabrique, la commission des monu- 
ments délégua MM. Remont, Roget et Dugniolle pour inspecter 
les travaux. La vérification (Mit lieu le 7 avril 1853 et valut à 
l'architecte des félicitations sur la réussite de ces importantes et 
difficiles réparations. Les délégués arrêtèrent la série des travaux 

1 L'expropriation de la maisonelle coûta, \ compris les frais d'instances, 8094 Fr 



— 227 — 

à entreprendre après l'entier achèvement de ceux qui étaient encore 
en voie d'exécution. 

Il fut convenu que tous les cheneaux seraient en cuivre rouge ; 
que les soubassements et le trottoir, qui garantissaient déjà 
le bas de la tour , seraient continués autour de l'église ; que la 
sacristie du côté sud serait reconstruite dans le style gothique ; 
enfin qu'on restaurerait intérieurement et extérieurement les nefs 
et les chapelles latérales. 

Dans cette conférence fut discutée aussi la reconstruction de la 
flèche. La députation émit l'avis que le campanille existant ne pou- 
vait être conservé, qu'il présentait une construction bâtarde et que, 
très-disloqué d'ailleurs, il devait être reconstruit en pierre dure 
de France ou de Rocheforl, afin de protéger la tour contre le feu 
du ciel. 

Cet avis reçut l'adhésion du conseil qui proposa d'établir dans 
la tour des réservoirs destinés à retenir les eaux pluviales , afin 
d'avoir toujours un premier moyen de sauvetage en cas d'incendie. 
La députation accueillit cette idée et chargea l'architecte de pré- 
senter un plan en harmonie avec la construction générale et 
comportant les garanties indiquées. 

Toutefois, en présence des nombreux dégâts imprévus, la 
reconstruction de la flèche, bien qu'indispensable comme complé- 
ment du projet, fut remise jusqu'après la restauration du chœur. 

On suivit ponctuellement les instructions données par la com- 
mission des monuments ; les massifs dégradés ou lézardés furent 
soigneusement réparés. Ces ouvrages et ceux de restauration pro- 
prement dits aux deux basses nefs absorbèrent plusieurs campagnes. 

En 1858, les façades latérales se trouvant réparées extérieure- 
ment et intérieurement, de même que les chapelles, le conseil de 
fabrique demanda à la commission des monuments une nou- 
velle visile des travaux , car il s'agissait d'après l'architecte 
d'entamer la restauration des portails ; celui du côté méridional se 



— 228 — 

trouvait enclavé dans le prolongement du cloître et il désirait 
voir ce monument dégagé. D'autres études occupaient en ce mo- 
ment la commission qui fut forcée de différer sa visite, d'autant 
plus désirée qu'un incident sérieux menaçait d'interrompre les 
travaux. 

Le conseil de fabrique apprit, au commencement de 1858, que 
le crédit pour les monuments était épuisé ; que l'église de Tongres 
avait été provisoirement rayée du tableau des allocations et ne rece- 
vrait plus qu'un seul et dernier subside de GOOO francs sur l'exercice 
1859. Cette nouvelle fut reçue avec d'autant plus de surprise 
que le gouvernement avait été prévenu à temps que le devis 
n'était point en rapport avec les grandes dégradations successi- 
vement découvertes et que depuis 1845, époque à laquelle le devis 
avait été rédigé, la main-d'œuvre et les matériaux avaient aug- 
menté considérablement de prix. D'autre part, d'après ce devis même, 
l'Etat n'avait pas encore fourni le contingent promis et il résultait de 
l'instruction faite en 1846 que la restauration, échelonnée sur 
seize années, serait subsidiée par l'Etat durant toute cette période. 

La situation était critique et difficile ; cependant il eut été trop 
pénible de voir cesser ou môme chômer des travaux aussi utiles 
qu'urgents. Fort de l'appui bienveillant de tous les corps admi- 
nistratifs , de celui de nos députés et surtout du dévouement 
soutenu des Tongrois à leur monument, le conseil réclama du 
département de la justice, sous la date du 25 mai 1858, la con- 
tinuation du subside promis. 

Une longue correspondance s'engagea afin d'établir que la 
fabrique d'église, très-limitée dans ses ressources , avait voté en 
1846 tout ce dont elle pouvait disposer; que depuis, les progrès 
de l'agriculture avaient amené par l'augmentation de la valeur 
locative une meilleure situation , et qu'en doublant son allocation 
primitive, clic s'imposait un sacrifice que la moindre éventualité 
pouvait rendre trop onéreux pour le service du culte; que la plus 



— 229 — 

forte partie des revenus de l'église se trouvait affectée à des fonda- 
tions dont l'exonération était d'autant plus obligatoire que déjà, 
en 1824-, on avait dû solliciter de la cour de Rome une notable 
réduction sur le nombre des obits et des messes *. 

Entretemps, la restauration perdit son habile architecte; la 
mort enleva le 19 mars 1859, après une courte maladie, 
M. Joseph Dumont, auteur des plans et qui pendant douze années 
avait dirigé les travaux avec autant d'intelligence que de dévoue- 
ment. 

A la demande de la commission des monuments, le conseil 
remplaça M. Dumont par son ancien élève , M. l'architecte 
Schoonejans. 

Le 8 juillet 1859, une députation composée de MM. Partoes , 
De Man et Jules Dugniolle, vint installer le nouvel architecte et 
examiner avec lui toutes les constructions terminées ou en voie 
d'exécution. Elle lui donna des instructions, résumées dans un 
rapport adressé à M. le ministre de la justice le 18 février 1860. 

Ce rapport avait surtout le mérite de faire ressortir l'urgence 
de continuer la restauration, si l'on ne voulait bientôt se trouver 
devant des ruines. La députation , après avoir constaté la parfaite 
exécution des travaux terminés et le zèle intelligent avec lequel le 
conseil de fabrique s'acquittait de sa mission, était persuadée que 
l'État devait continuer et continuerait son intervention financière. 
Elle chargea l'architecte de dresser le plan du rétablissement du 
portail touchant à l'ancienne salle capUulaire et celui de la recon- 
struction de la façade de ce dernier bâtiment. L'exécution en fut 
différée jusqu'après la restauration du chœur et des transepts. De 
son côté le conseil continuait ses démarches pour le maintien du 
subside, lorsque le 14 septembre 1859 une circonstance heureuse 
amena à Tongres M. Charles Rogier, ministre de l'intérieur; eelui- 

1 BuUe papale en date du 18 juin 18*25 (aux archives). 



— 230 — 

ci accepta gracieusement l'invitation que lui lit le conseil de visiter 
l'un des plus beaux monuments du pays. 11 était accompagné du 
gouverneur de la province, du bourgmestre de la ville, du com- 
missaire de district, des sénateurs et représentants de l'arrondis- 
sement et de M. le comte Vander Straten-Ponthoz, grand maréchal 
de la cour. L'honorable ministre examina le monument et son trésor 
avec le plus vif intérêt; il admira ces nobles vestiges d'une époque 
glorieuse, constata l'importance qu'avait eue l'antique cité de 
Tongres et promit de recommander l'œuvre si intéressante de la 
restauration à son collègue M. le ministre de la justice. 

Tant d'efforts réunis pour défendre une cause aussi juste de- 
vaient faire espérer un bon résultat. 11 se réalisa par l'intelligente 
persistance de MM. de Renesse et Julliot qui , dans les discus- 
sions à la Chambre, firent ressortir l'obligation pour la Belgique 
de conserver ses monuments. M. Max de Renesse exposa les 
grandes phases historiques de la cité et de l'antique cathédrale de 
Tongres ; la longue série de malheurs qui avaient pesé sur elle 
jusqu'au XVIII e siècle, et proposa d'augmenter l'allocation pour la 
restauration des édifices monumentaux, afin que celui de Tongres 
pût être entièrement réparé '. Celte proposition fut adoptée et ces 
infatigables protecteurs firent connaître au conseil l'heureux succès 
qui venait de couronner leurs constants efforts. 

Sous la date du 17 avril 18G0, le département de la justice 
informa officiellement le conseil que le subside annuel de 12,000 
francs serait continué pendant six années à compter de l'exercice 
18G0. Les travaux de restauration furent poussés avec entrain ; 
la réparation de l'abside, cette partie de l'édifice qui avait tant 
souffert par l'incendie de 1G77 et dont, à cause de la détresse, 
on avait été obligé de suspendre la voûte à la charpente de la 
toiture, fut commencée au mois de mai 1800. Quatre immenses 

' Annales parlent 1856-1863, pp. 1 34-1 36. 



— 231 — 

tableaux exécutés par le peintre Juppin de Namur et représentant 
la mission de saint Materne dans la Tongrie couvraient depuis 
1722 les larges parements du chœur. Quand on les enleva , la 
détérioration la plus effrayante fut mise à découvert. Les murs pres- 
qu'entièrement calcinés s'étaient détachés de ceux du transept ; 
ils n'offraient plus aucune résistance et tombaient par fragments 
sous la main des ouvriers. Les colonneltes du triforium avaient 
considérablement dévié de leurs assises. 

Les piliers supportant la retombée de l'arc majeur étaient brûlés 
dans leur sommet , mutilés dans leur base et menaçaient d'entraîner 
dans leur chute une partie de la voûte du transept ; la voûte 
elle-même était fendue en plusieurs endroits, les pierres de taille 
formant l'entablement du triforium étaient rompues , et le gros 
mur avait une soufflure de plus de 60 centimètres ; en un mot 
on constata avec effroi que tout le chœur était ruiné. Heureu- 
sement les contreforts «extérieurs avaient déjà été réparés et 
solidifiés ; les deux sacristies latérales étaient restaurées et venaient 
offrir un utile appui. 

Après avoir pris les précautions les plus indispensables, le conseil 
manda l'architecte et sollicita d'urgence une visite des lieux par la 
commission des monuments. Celle-ci députa le 6 août 1861 
MM. Balat, De Gurte et Dugniolle présidés par M. le comte 
de t' Serclaes, gouverneur de la province. La députation, à la vue 
de cette situation grave et inattendue ordonna la construction 
immédiate d'un solide étrésillonnement dont le plan devait être le 
plus tôt possible soumis à son approbation. Elle ordonna en outre 
de stater tous les autres travaux, afin d'appliquer les ressources 
dont on disposait à la consolidation du chœur. 

Le projet d'étrésillonnement , approuvé le 29 octobre , fut 
exécuté immédiatement. La fabrique se vit encore une fois en 
présence d'une dépense imprévue et devant une prolongation des 
travaux , mais il n'était pas permis d'hésiter devant cette 
impérieuse nécessité. 



— 232 — 

On mit la main à l'œuvre ; la reconstruction des colonnes de la 
voûte et du gros mur latéral, l'ouverture de deux fenêtres bou- 
chées, le rétablissement des arcades, des meneaux, des colonnettes, 
des chapiteaux, des tores et des autres ornements du chœur occu- 
pèrent les ouvriers pendant trois campagnes; mais tout s'exécuta 
sans encombre et surtout sans accident. Ce résultat, la commission 
royale n'avait pas osé l'espérer. En faisant disparaître l'ignoble 
badigeon qui couvrait les paremenls du chœur, on découvrit d'an- 
ciennes peintures murales que le 24- juin 1862 la députation, ac- 
compagnée de MM. Piot, Geefs , Simonis , Schuermans, Perreau 
et Driesen, inspecta avec la plus grande attention. 

Après discussion , il fut admis qu'elles appartenaient à la fin du 
XV e ou au commencement du XVI e siècle. 

Voici le sujet de ces peintures à l'encaustique. 

Au plan droit on voyait, en grandeur naturelle , Jésus-Christ 
suivi de ses apôtres , d'après l'ordre indiqué par la Bible ; au plan 
opposé la sainte Vierge , saint Joseph et les petits prophètes. Au- 
dessus de chaque figure placée dans une niche trilobée , se trouvait 
une série de médaillons quadrilobés représentant d'un côté les 
différentes phases de la création , de l'autre celles de la Passion. 
On décida de faire calquer ces peintures par le peintre 
d'histoire Vander Plaetzen de Gand ; elles avaient été gravement 
endommagées par le badigeon qui les recouvrait et d'ailleurs le 
mauvais état des murs empêchait leur conservation. 

Au fond de l'abside se trouvaient trois vitraux du XVI e siècle. 
Ceux du milieu représentaient le calvaire; ceux de droite, la sainte 
Vierge , saint Materne et saint Servais; celui de gauche, les 
docteurs de l'Église. 

On agita le point de savoir s'il fallait les conserver ou en 
faire exécuter d'autres , conformes au style de l'église. Ce dernier 
parti fut généralement goûté. Ou jugea même opportun d'orner 
toul le chœur de verrières en style ogival. 



— 233 — 

Mais la question financière ne pouvait être perdue de vue. 
Chaque nouveau vitrail devait coûter 6000 francs, et déjà Ton 
ne pouvait restaurer l'édifice lui-même que pas à pas et en propor- 
tion des subsides assurés seulement pour une période limitée. 

Il n'appartenait pas au conseil d'engager l'église dans une grande 
dépense , alors que , par suite de décès , le concours si utile des 
habitants avait subi une diminution assez notable. Il fut en consé- 
quence décidé que provisoirement, sous la direction de M. Constant 
Claes peintre et membre du conseil , on ferait restaurer, par 
M. J.-L. Vandenpoorten , les vitraux existants. 

Pendant la restauration du chœur, la commission des monuments, 
prévoyant l'insuffisance du devis que cependant M. Dumont avait 
majoré de frs. 60,000, chargea l'architecte Schoonejans de lui 
présenter un aperçu de tous les travaux qui devaient compléter la 
restauration de l'église. Celui-ci rédigea un état détaillé s'élevant 
à 176,000 frs., dont il échelonna la dépense sur huit années : de 
1802 à 1870. Ce devis supplémentaire portait la dépense totale à 
frs. 486,328.03, chiffre que le gouvernement admit et inscrivit 
au tableau officiel annexé au budget du département de la justice. 

Le conseil se trouvait donc encore une fois devant une situation 
difficile qu'il s'efforça de surmonter en faisant entrevoir au gou- 
vernement que son concours devrait être continué , afin d'achever 
l'œuvre commencée; que d'ailleurs, plus tard, les moyens financiers 
de la fabrique se trouveraient engagés pour longtemps par l'acqui- 
sition d'un ameublement en harmonie avec l'édifice. 

Celte espèce de prédiction venait d'être faite lorsque le hasard la 
traduisit en action ; le conseil saisit avec empressement l'occasion 
unique qui s'offrit à lui pour poser le premier jalon de l'ameuble- 
ment futur de l'église. 

M.François Malfait, sculpteur à Bruxelles, possédait un retable 
sculpté en bois de chêne , provenant de l'église de Venray. 
En 1830, alors que les finances de cette église se trouvaient 
x\i\ xxn '5 



— 234 — 

dans le plus triste état, un prince russe du nom de SoltikotT, 
grand amateur des beaux-arts , acquit le retable passablement 
endommagé. 

Il passa ensuite entre les mains de M. Malfait qui , après 
l'avoir restauré, le montra aux artistes et à la commission des 
monuments. 

Ce collège s'empressa d'attirer l'attention du gouvernement 
sur un meuble si précieux au point de vue de l'art, afin qu'il 
n'échappât point à la patrie. Pendant que l'église de N.-D. du 
Sablon à Bruxelles et d'autres essayaient de traiter avec le posses- 
seur, le conseil de fabrique de Tongres chargea son président 
d'aller à Bruxelles pour examiner ce retable. Renseigné de la 
manière la plus certaine sur le mérite de l'objet et sur sa convenance 
toute particulière pour notre église, celui-ci engagea vivement ses 
collègues à voir par eux-mêmes cette remarquable sculpture. 

Cet avis fut suivi. Tous les membres du conseil, d'accord avec 
les habitants auxquels la photographie de l'objet avait été commu- 
niquée, exprimèrent l'idée que l'on ne pouvait laisser échapper 
une occasion aussi favorable d'acquérir un autel conforme à la 
dédicace de l'église. A la suite de démarches soutenues, appuyées 
par notre honorable gouverneur et par nos députés , l'État inter- 
vint pour plus d'un tiers dans le prix d'acquisition. La ville et la 
province votèrent un subside combiné de 1500 frs.; ainsi Tongres 
obtint pour 12,000 frs. un magnifique autel en harmonie avec 
le style général de son église. 

Durant cette intéressante négociation, les travaux du chœur 
avaient été poursuivis avec activité ; M. le Gouverneur comte de 
t' Serclaes, accompagné de M. le greffier provincial, vint les visiter 
le 27 avril 1863. 

Le 15 juin suivant, M. le baron de Roisin membre de la 
commission des monuments , accompagné de MM. Schoonejans et 
Van Ysendyck architectes, se livra à un examen approfondi du 



— 235 — 

monument ; dans l'intérêt de l'art il en fit même dessiner plusieurs 
parties. 

Pendant la campagne de 180i, le chœur se trouva consolidé 
dans ses parties principales. L'hiver fut employé à des travaux 
intérieurs, tels que la restauration des voûtes des basses nefs et le 
rétablissement des ornements du collatéral gauche. Le conseil, 
d'accord avec la commission des monuments , avisa aux moyens de 
vendre aussi avantageusement que possible l'ancien maître-autel 
en marbre, placé en 1732. Ce déplacement était exigé afin qu'on 
pût refaire les sculptures, relever l'entablement, y placer le nouvel 
autel , réparer le dallage et remettre les verrières restaurées. 
Enfin , grâce à l'intervention de la commission des momuments , 
l'ancien autel fut acquis par le conseil de l'église primaire 
d'Andenne pour 4,500 frs., sous la condition expresse que la 
démolition , l'enlèvement et le transport des pièces de marbre se 
feraient aux frais, risques et périls de l'acquéreur. Cette opération 
fut exécutée sans accident , au mois de juin 1865. 

La restauration du temple n'avait pas été ralentie; en attendant 
l'approbation du plan spécial au portail du transept méridional et 
à la façade de la salle capitulaire, on restaura une partie des murs 
du cloître vers le nord. Là encore on rencontra un délabrement 
bien plus considérable qu'on ne l'avait supposé ; l'absence de solides 
réparations et l'infiltration des eaux avaient agi jusque dans les 
fondations *. 

L'année 1865 fut marquée par des incidents inattendus et 
regrettables : le 9 mars, M. l'architecte Léopold Schoonejans, 
qui avait fait preuve de beaucoup d'énergie pendant sa trop courte 
direction, fut enlevé, à la fleur de l'âge, par une maladie dont le 
dénoûment fatal avait été précipité par son dévouement à ses 



' On incrusta dans cette partie des murs du cloître quelques pierres tuniulaires qui 
seront désormais préservées de l'usure. Il est à espérer que cette utile opération soit 
continuée. 



— 236 — 

nombreux devoirs. M. Jules Dugniolle qui , comme secrétaire de la 
commission des monuments, avait étudié et suivi pas à pas la 
restauration, succomba le 1 er mai de la môme année. 

Peu de temps après, M. le ministre de la justice informa le conseil 
de fabrique qu'en conséquence de sa dépêche du 17 avril 1860 le 
gouvernement cesserait son intervention à partir de l'année 1866. 
Le conseil se trouvait ainsi devant une double perplexité; mais il 
ne perdit pas courage. 

Le 28 mars, une députation de la commission des monuments, 
présidée par M. le gouverneur de la province et composée de 
MM. Wellens président, Remont, Piot, De Curte et Renard 
membres , vint visiter les travaux. Après une vérification minu- 
tieuse, la députation n'hésita pas à manifester sa satisfaction 
de l'heureuse restauration du chœur. Elle constata de nouveau 
le mauvais état de plusieurs colonnes de la nef centrale et donna 
des instructions sur les travaux à exécuter afin d'achever le chœur. 
D'accord avec le conseil de fabrique, elle décida que le nouvel 
architecte ferait le récolement des travaux encore à exécuter 
d'après le devis supplémentaire dressé par feu M. Schoonejans et 
qu'un exposé détaillé de la situation des travaux serait adressé au 
département de la justice. 

Dans sa séance ordinaire du 2 avril suivant, le conseil de fabrique 
nomma comme architecte de la restauration M. De Curte , membre 
de la commission des monuments. Ce choix était dicté par la con- 
sidération des talents reconnus de M. De Curte et de la parfaite 
connaissance que celui-ci avait de nos travaux par suite des nom- 
breuses visites qu'il y avait faites. 

Le nouvel architecte dressa le tableau des travaux qui devaient 
compléter la restauration et en fit l'objet d'un rapport à ses col- 
lègues de la commission. 

De son côté le conseil adressa le 10 juin 1865 à M. le minis- 
tre de la justice un exposé tendant à ce que l'intervention de 
l'État fût continuée. 



— 237 — 

Le 10 octobre suivant, une députation de la commission vint 
inspecter les vitraux replacés au chœur et les travaux exécutés 
depuis sa dernière visite. La commission centrale , sous la date du 
24 du même mois, adressa son rapport au département de la 
justice en exprimant le désir que les vastes travées du chœur 
fussent ornées en bas par des stalles prolongées jusqu'à une 
certaine hauteur, en haut par des peintures murales. Peu de temps 
après M. l'architecte De Curte fournit le relevé des ouvrages qui 
devaient compléter la restauration ; il évalua la dépense à 
130,000 frs., y compris la construction d'une nouvelle flèche *. 

En résumé, les travaux exécutés jusqu'au 1 er janvier 1866 ont 
eu pour résultat la restauration de la tour dans toutes ses parties , 
du corps de l'église dans ses deux nefs et ses chapelles , du chœur , 
du mur collatéral au nord du cloître, de l'extérieur des deux 
portails existants, de toutes les toitures et de tous les trottoirs. 

Pour compléter l'œuvre, il reste à continuer la restauration du 
cloître et de l'intérieur des deux portails, à reconstruire la façade 
de la salle capitulaire et la flèche de la tour, à ouvrir le portail 
dans le transept sud et à y placer des portes. 

A dix reprises différentes, la commission des monuments a fait 
visiter les travaux par ses délégués. Dans toutes les circonstances 
difficiles ce corps savant a protégé la restauration de l'église de 
Tongres; son dévouement à la grande mission qui lui est dévolue 
est un sûr garant qu'il continuera à soutenir l'œuvre jusqu'à son 
entier achèvement. 

' La dépense générale atteindra donc le chiffre de 500,000 frs. 



— 238 — 

APPENDICE. 

A. — Description du trésor et des ornements religieux. 

1° LE TRÉSOR. 

De tout temps, parmi les payens comme parmi les chrétiens, 
on a honoré les cendres de ceux dont les vertus étaient restées 
gravées dans le souvenir des peuples. Les Hébreux d'après Dom 
Calmet 1 conservèrent longtemps la verge d'Aaron , le serpent 
d'airain et l'amphore qui avait contenu la manne céleste; Elysée, 
dit le même auteur, ne voulut point se séparer du manteau du 
prophète Élie. On sait de quel respect les Égyptiens et les 
Komains entouraient les restes mortels de leurs aïeux et quels 
honneurs sanglants les Germains rendaient aux dépouilles mortelles 
de leurs parents , de leurs amis ou de leurs chefs. 

Lorsque le christianisme vint dissiper les ténèbres de l'ido- 
lâtrie et des fausses doctrines, dit M. Kervyn 2 , de nombreux 
martyrs arrosèrent de leur sang cette terre où l'Eglise triomphante 
venait de surgir. Doit-on s'étonner de l'admiration enthousiaste 
que le courage héroïque, presque surnaturel au milieu des plus 
affreux tourments, inspirait aux premiers chrétiens? Chaque mort 
glorieuse raffermissait la foi des néophytes et les préparait au 
martyre. Aussi attachait-on le plus grand prix à la possession 
d'une parcelle des précieux restes de ces nobles victimes. 

Le respect que l'on n'a cessé de porter aux reliques dès les 

• Dom C.M.MtT, Dut. de la bible. 

' Kkiivyn de Volkaersbeke , Messager îles sciences historiques, 1859, p IT'.i. 



— 239 — 

premiers temps du christianisme a donné aux arts l'occasion de 
se développer. La peinture, la sculpture et l'orfèvrerie se sont 
chargées d'embellir les châsses et les reliquaires , et l'on peut 
dire que la vénération pour les ossements des saints et des bien- 
heureux a imprimé aux arts, dans les pays catholiques, un mou- 
vement progressif surprenant que l'on chercherait vainement 
ailleurs. Les temples non moins que les châsses, où reposaient les 
reliques vénérées des saints, fournissaient aux artistes l'occasion 
de déployer toutes les ressourses de leurs talents. Une noble 
émulation s'établissait entre eux. Pleins de foi , ils s'inspiraient 
du génie du christianisme pour créer les innombrables chefs-d'œuvre 
que nous admirons encore aujourd'hui. « Les idées religieuses 
et les sentiments qui en dérivent — dit M. Quatremère de 
Quincy * — ont toujours été la source féconde où les arts ont 
puisé. Ces idées et ces sentiments firent renaître la peinture et 
l'alimentèrent pendant trois siècles. Il y eut aussi réciprocité de 
services , si l'on peut dire , en ce genre. Les arts et les artistes 
à leur tour contribuèrent à propager dans leurs images et à nourrir 
les sentiments de la dévotion. Mais ce qu'il faut observer, c'est 
que ces images n'arrivent réellement à produire tout leur effet , 
qu'autant que l'artiste reçoive de la foi entière qu'il porte aux êtres 
et aux idées, dont il soumet à nos sens l'apparence sous une 
forme déterminée, celte efficacité de croyance, qui est pour lui ce 
qu'est l'intimité de persuasion dans sa cause, de la part de 
l'orateur, c'est-à-dire le moyen d'action sur ceux auxquels son 
ouvrage s'adresse. Non, rien ne peut suppléer la vertu de cette 
correspondance d'affection entre le sujet à peindre et celui qui le 
peint. » 

L'ancienne cathédrale de Tôngres possède depuis les temps les 
plus reculés un des plus beaux musées religieux cl artistiques connus. 

' Ûuatremère de Quircy, Histoire de la vie et des outrages de Raphaël. Paris, 
1835, p. 130. 



— 240 — 

Cette précieuse collection , témoin irrécusable de la haute antiquité 
de l'église qui en deçà des Alpes fut la première dédiée à la 
Mère du Sauveur, se compose d'objets de plusieurs catégories. Ce 
sont d'abord des reliquaires remarquables, où le sentiment religieux 
est dignement relevé par la poésie de l'art ; ce sont des ornements 
principaux ou accessoires dont la facture et le style pur attestent 
l'état de l'art aux belles époques et l'habileté dans l'exécution ; 
ce sont enfin des vêtements sacerdotaux dont la richesse atteste 
des sentiments de piété généreuse dignement interprétés par les 
artistes du temps. 

Ce magnifique ensemble que la sollicitude du chapitre collégial 
a bien souvent sauvé du vandalisme , comme de la cupidité , 
n'avait reçu que les honneurs du plus stérile catalogue 1 . 

Les archives des années 1433, 1650, 1752, 1759 et 1790 2 
fournissent des listes où très-souvent la valeur métallique est mise 
plus en relief que la beauté de l'art. 

Grâce aux progrès archéologiques qui distinguent notre siècle, 
quelques-uns des reliquaires ont été l'objet d'une étude scien- 
tifique intelligente. Nous sommes heureux d'en profiter dans l'intérêt 
du grand monument qui mérite d'être signalé ; autant que faire se 
peut, dans tous ses détails accessoires. 



' Ces reliques étaient jadis exposées plusieurs fois 1 an à la vénération des fidèles : 
d'abord du haut de la galerie qui surmonte l'entrée de la tour; ensuite faute d'espace 
le chapitre se contenta de les étaler sur des tables dressées au transept. Un prêtre- 
sacristain était spécialement chargé de l'entretien et de la conservation du trésor. 
Antoine Moumal, le dernier qui occupa cet emploi, fut chargé en 1703 de transporter 
les reliques à Hambourg. Il les ramena à Tongres en 1804. Ce vénérable prêtre mourut 
en 1828 et fut remplacé par le sacristain laïque François Laminne. Voir Slalula ecclesie 
Tungrensis , fui. II, n° 3 du catalogue. 

GuicnviiDiN, Belgica sive inférions germamœ descrip. fol. U03. 

* Voir les Archives de l'église : Liber gratiarum eapellanorum ecclesie Tongren. 
inceplus anno I îôl folio CCXXV verso. N° 57 du catalogue. 

Le catalogue publié en 1G50 par Jean Tournay, à Liège (1res rare) et les Archives 
de Vèglise : Liber diverscrum negotiorum ci actorutn RR. 1)1). Décriai et Canonico- 
rum cccles. Tungr. 1719-1783, fol. 175 et 178, n° U du catalogue. 



241 — 



Nous tâcherons de suivre l'ordre chronologique d'après les 
époques indiquées par les savants archéologues qui ont facilité 
notre travail ; mais avant de parler du trésor, on nous permet- 
tra de dire un mot de la statue 
de la Sainte Vierge , célèbre par 
une infinité de miracles et qui a 
reçu depuis les temps les plus 
reculés le nom de : Prima cis 
Alpes. 

Cette statue, en bois de noyer, 
de grandeur naturelle, présente 
une admirable figure, chef-d'œuvre 
de la statuaire du moyen âge ; 
l'artiste l'a revêtue d'une longue 
robe azurée et ornée d'arabesques 
dorées , et d'un manteau d'or dou- 
blé d'azur. Au lieu de sceptre elle 
tient en main une grappe de rai- 
sins, qu'elle semble présenter au 
divin enfant en lui souriant avec 
mélancolie. A la manière des ma- 
dones italiennes, au lieu de cou- 
ronne , sa tète n'est ornée que 
d'une chevelure blonde relevée sur 
les tempes et dont les flots soyeux et ondoyants descendent jusqu'au 
milieu du dos ; une épée de chevalier suspendue à sa ceinture * 
achève de la distinguer de toutes les autres images que nous 
connaissons. 

II est vraiment regrettable que le préjugé s'obstine à couvrir 




Statue de Notre-Dame de Tongres. 



' Voir Pascal, Institutions de l'art chrétien, chap. VII. 



— 212 — 

ce chef-d'œuvre d'une robe et d'ornements disgracieux qui dissi- 
mulent entièrement ses formes ». 

Évangéliaire avec plaque en ivoire sculpté. 

Avant l'invention de l'imprimerie , les livres n'étaient pas aussi 
répandus qu'ils le sont de nos jours. La rareté en augmentait le 
prix; de là l'usage de couvrir et plus tard d'orner d'une couver- 
ture les ouvrages les plus utiles et les plus recherchés. Garnies 
d'abord d'un modeste velin, les couvertures des livres pieux 
surtout furent bientôt l'objet d'un faste démesuré : c'était l'or, 
l'argent et l'émail , c'étaient les pierreries et jusqu'aux diamants 
qui servirent à leur ornementation. L'art du ciseleur n'y fut pas 
étranger, sans pourtant y être indispensable; car les peuples encore 
à demi barbares préféraient ce qui flattait leurs sens plutôt que 
leur esprit, le matérialisme faussait leur goût et exerçait une 
influence funeste sur les arts gallo-romains. « Les livres, dit 
St. Jérôme , sont revêtus de pierres précieuses et le Christ nu meurt 



1 En 1225 nous trouvons mentionnée, pour la première fois, la statue de N.-D. do 
Tongres ( a ). 

Les registres de la confrérie de N.-D. ne remontent pas au-delà de 1559 et la 
plus ancienne copie d'acte contenue dans ces registres est du 17 décembre 1417 ('*). 

Cette confrérie semble avoir élé rétablie au commencement du XV e siècle ( c ). Elle 
était régie par 8 maîtres (meesteren), dont deux devaient être des chanoines et deux 
des béuéficiers ; les quatre autres étaient choisis parmi les confrères les plus notables. 
Guillaume Ruystenberch en 1 183 et Anne Mariants en 1570 léguèrent à la confrérie la 
plus grande partie de leurs biens. Vers celle époque on avait déjà réuni aux revenus 
île celte sodalité ceux du bénéfice de la présentation de la Ste-Vierge fondé le 
23 juillet 1483 par Guill. Ruystenberch. Le 21 novembre 1607, Théodore Le Page 
déposa sur l'autel de N.-D. deux étendards enlevés à l'ennemi et le 14 avril 1698 le 
lieutenant-colonel , plus tard maréchal de camp , Pierre Daremberg ( H j de Tongres en déposa 
un autre également enlevé aux troupes allemandes. 

C) Voir Woltkus, Codex diplomalicus Losseiisis, n" 188, p. 103. 
('') Voir Archives <le l'rijlise, registre n° 161 du cat. f° 33 verso. 
i c ) Voir même registre f" 26 verso. ( d ) Voir reg. n° 108, p. 31. 



— 243 — 

à la porto des églises 1 . » Dàlissier évalue à vingt-quatre le nombre 
des évangéliaires que possédait Ste. -Sophie de Conslantinople, 
tous dit-il de grand format, la plupart ornés de miniatures et 
pesant chacun deux quintaux. 

A mesure que la barbarie disparaissait pour faire place à l'art 
byzantin, disparaissait également cet abus des richesses matérielles, 
la ciselure et la sculpture firent de surprenants progrès et l'argent, 
jusqu'alors follement dépensé , servit à encourager les beaux-arts. 

Georges Cedrenius , écrivain du IX e siècle , est le premier qui 
parle d'une reliure métallique 2 ; la notitia dignitatum utriusquè 
imperii fait mention de grands livres carrés reliés en cuir de di- 
verses couleurs et décorés sur les plats du portrait de l'empereur s ; 
l'évangéliaire que Constant II donna à la basilique de Rome ruis- 
selait d'or et de pierreries précieuses 4 . Pendant le moyen âge 
principalement on se servit de lames d'ivoire pour couvrir les plats 
des livres liturgiques ; cependant on ne saurait déterminer d'une 
manière certaine l'époque de l'application de la toreutique à l'orne- 
mentation des livres; il paraît que la destination primitive des 
dyptiques consulaires suggéra l'idée de faire servir ces tableaux à 
un usage religieux ; on les désignait même sous le nom de imagi- 
nes in modo evangeliorum 5 . D'autres dyptiques ou tablettes en 
ivoire servirent , jusqu'au X me siècle, aux prêtres pour l'office des 
morts ; d'autres enfin en forme de dyptique ou de triptique servirent 
à la décoration des ambons et des devants d'autel. 

Parmi ceux qui furent employés à l'ornementation des livres, 
figure en première ligne celui de Notre-Dame de Tongres , dont 
nous allons essayer de donner la description. 

1 D'achery, Spïcilegium , 1723, t. II. 

* Ciampini, Vetera monumenta, t. I, p. 131. 

* Le moyen âge et la renaissance , t. V, f° 1 . 

* Anastase, édition migne, t. IL num. 135. 

* lbid. num. 393, 445, 569, 275, 573, et le trop fameux Diplyehon Leodieiise , 
consacré à la mémoire du consul Flavius Astvrius. 



— 244 




II HICHEELS ARC1IIT. UICI 



109 iiMirirrii 



J V u i i , i • 



— 245 — 

Au centre du plat supérieur d'un évangéliaire dont l'écriture 
indique les caractères du IX e siècle se trouve enchâssée une plaque, 
en ivoire sculpté, du plus beau travail de la deuxième moitié du 
même siècle; elle représente le calvaire et la résurrection des morts 
lorsque le Fils de Dieu expira sur la croix *. 

Ce bas-relief, d'une facture austère un peu fière, mais de 
bon goût à cause de l'absence de détails d'encadrement et de 
décoration , semble indiquer que l'artiste , se sentant fort capable 
de faire son œuvre belle , ne s'est pas soucié de la faire riche. 

Au milieu se trouve représenté le Christ crucifié, autour de la 
croix règne une bande continue , composée de quatre feuilles jux- 
taposées. Le Christ est imberbe , sa tète n'est ni nimbée ni cou- 
ronnée d'épines et les cheveux divisés en longues tresses des- 
cendent de chaque côté du front. On ne remarque pas les clous qui 
attachent le Christ à la croix; ses pieds posent sur un escabeau 
(suppedanium) en forme de petite console 2 . L'inscription (titulus) 
en haut et le serpent au pied de la croix manquent ; mais au des- 
sus de la tête du Christ, deux anges aux ailes déployées élèvent la 
lance et le porte-éponge d'une main et de l'autre soutiennent une 
couronne; plus haut, la main divine se dégage des nuages circon- 
scrits par un demi-cercle dont les extrémités s'appuyent sur le 
sommet de la croix; cette main, symbolisant la bénédiction de Dieu 
le Père, se présente ici non par la paume, mais parle dos. A droite de 
la croix, sous la figure d'une femme, s'avance l'Eglise catholique; 
elle tient dans la main droite trois feuilles ou fleurs , symbolisant 
la Sainte Trinité et dans la gauche une bannière flottante, insigne 
de la puissance. Près d'elle et le regard élevé vers son fils mourant, 



1 Ainsi que l'indiquent quatre plaques carrées en argent représentant les emblèmes 
évangéliques gravées, et les cabochons, recouvrant de pieuses enluminures, qui ornent 
le plat supérieur, ce livre a été relié de nouveau au XIV e siècle; cependant on a 
conservé le beau glyptique dont nous donnons ie dessin. 

1 Molanus, de picturis et imùginibus sacris, cap. LXXV, p. 138. 



— 246 — 

se trouve la Sainte Vierge dans l'attitude de la tristesse. A gauche, 
une autre femme , la Synagogue , en s'en allant , détourne la tète 
vers le Sauveur mourant et semble exprimer l'insulte et la colère. 
Elle élève de la main droite une palme qui était l'attribut de la 
Syrie ou de la Palestine dans l'antiquité. Saint Jean se trouve près 
de la Synagogue ; de la main gauche il tient un rouleau, volumen; 
sa tète est appuyée dans l'autre. 

Les coins supérieurs de la composition sont occupés par le soleil 
et la lune, représentés sous la forme d'un homme et d'une femme 
affrontés et portant chacun une torche. Le soleil est couronné 
d'un diadème dont les rayons, rabattus sur le plan du tableau, 
deviennent un nimbe dentelé qui encadre la face ; la lune a la tète 
surmontée d'un croissant: tous deux semblent vouloir se cacher le 
visage dans leurs mains , ce qui figure ici l'éclipsé , marque de 
deuil universel l . 

Les nuées sous les pieds des anges , comme autour du soleil et 
de la lune, sont représentées par un procédé d'école assez singulier. 

Sur le sol inférieur, sous le pied de la croix , sont assis en 
vis-à-vis : à gauche l'Océan, un homme barbu, à la chevelure 
négligée avec deux cornes en forme de serpents, tenant dans 
la main droite un poisson et de la gauche épanchant une urne ; 
adroite, la terre, une femme demi-nue allaite un serpent qui 
entoure son bras droit , tandis que de la main gauche elle élève 
une branche de laurier. Ces êtres mythologiques sont des types 
modelés sur les symboles de l'art payen, dit l'abbé Cahier 2 , mais 
qui caractérisent assez les objets de leur symbolisme. 

Entre ces deux personnifications , on voit les morts qui sortent 
de leurs sépulcres et proclament le maître de la vie dans ce sup- 
plicié du calvaire. Un des morts sort d'un petit édicule funéraire en 



« Voir le MS. 9i28 de la bibliothèque royale de Belgique (Bibl. de Bourgogne). 
* Voir Martin et CAHIER, Mélanges d'archéologie, vol. II, p. iC>. 



— 247 — 

l'orme de rotonde, un autre d'un tombeau quadrilatère, un troi- 
sième paraît sortir de la mer. 

Ce précieux dyptique mesure 18 cent, de haut sur 11 cent, de 
large. 

L'évangéliaire qu'il recouvre commence par les épitres de saint 
Jérôme au pape Damase ; elles sont suivies d'un prologue et de 
son explication qui occupent quatre feuillets. 

Après les canons écrits entre des portiques, marqués au trait, 
vient l'évangile de saint Mathieu ; puis celui de saint Marc et ceux 
de saint Luc et de saint Jean, ces deux derniers remplissant quatre 
vingt dix-huit feuillets. 

Il n'y a dans ce manuscrit ni colophon, ni miniature : trois lettres 
majuscules d'un beau style méritent seules d'être citées ; quant à 
l'écriture, le copiste s'est exclusivement servi de caractères 
romains minuscules. 

Hauteur totale de l'évangéliaire 0.28,5 ; largeur 0.20. 

Reliquaire de la sainte croix. 

Ce reliquaire, qui extérieurement a la forme d'un volume in-4- , 
est en bois de chêne , recouvert d'une plaque de cuivre doré. 
Destiné à être porté dans les processions, il est pourvu à la partie 
supérieure de deux anneaux et d'un cordon. 

Le revers est garni d'une plaque en cuivre rouge orné au centre 
d'un médaillon circulaire doré, entouré de feuillages et représentant 
la Mère du Sauveur assise sur un trône , la tête ornée d'une 
couronne et d'un nimbe circulaire et tenant en main un lis. 

L'enfant Jésus reposant sur les genoux de sa Mère est nimbé à 
la forme crucifère ; il tient d'une main un fruit et bénit de l'autre. 

La face présente un tableau dont le cadre offre en gravure sur 
fond en émail champlevé * des médaillons carrés représentant les 

' Les couleurs employées sont le bleu dont il y a trois nuances , le rouge , le blanc 
et le vert; les carnations sont ordinairement en bleu. 



— 248 — 

dix premiers évoques de l'église de Tongres. Le premier, saint 
Materne comme fondateur, tient de la main droite le bâton pastoral 
et de la main gauche le livre des Évangiles. Les neuf autres, 
saint Navite, saint Marcel, saint Métropole, saint Séverin, saint 
Florentin , saint Martin , saint Maximin , saint Valentin et saint 
Servais suivent l'ordre de leur institution et portent les insignes 
épiscopaux, la crosse et la mitre. 

Ces portraits sont séparés entre eux par dix médaillons gravés et 
exécutés dans le système à la fois historique et figuratif. Le premier 
représente Moïse, auteur du Pentateuque; d'une main, ce législa- 
teur des juifs, élève une plume emblématique ; dans l'autre il porte 
la coupe du sacrifice , aussi voit-on sur l'autel la victime expiatoire. 
Au-dessus de la plume se trouve le T, forme symbolique de la 
croix chez les Hébreux *. 

Le deuxième représente les lévites apportant des victimes desti- 
nées au sacrifice. 

Le troisième retrace la vision du grand Constantin ; l'empereur 
est endormi lorsqu'un ange lui présente le labarum avec cette 
inscription : In hoc signo vinces. 

Le quatrième représente la scène entre Cosroès, roi des Perses, 
qui après la prise de Jérusalem enleva la S te Croix et lléraclius , 
empereur romain, lequel ayant vaincu Cosroès reprit le bois sacré 
et le replaça sur le calvaire. 

Le cinquième reproduit la fameuse grappe de raisins apportée 
de la terre promise par deux Hébreux. 

Les sixième et septième représentent respectivement Élie Tes- 
bites et la pauvre veuve de Sarepta , tenant deux morceaux de bois 
placés en croix. Ce fut en faveur de cette veuve que le prophète 
Elie fit deux miracles: la multiplication de la farine et de l'huile, 
et la résurrection de son fils. 

1 Hieromvm., ni Etec, cap 9. 

Molanus , de picluris cl imaginibus sacris, cap. LXXV . , f 131 





Lo a Ni'*) 11 A' 1 ¥Q' STWS5M. 
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RELIQUAIRE DE LA ST E CROIX 



Arch"del. 



— 249 — 

Le huitième retrace le sacrifice tenté par le patriarche Abraham 
sur son fils Isaac, figure de celui que Dieu le père fit de son fils 
devenu homme. 

Le neuvième représente les Israélites, regardant le serpent 
d'airain. 

Sur le dixième et dernier médaillon , on voit le serpent élevé 
par Moïse et Aaron sur une colonne, image de la croix, surmontée 
du mot Spes. 

Le chanfrein, qui unit la bordure extérieure aux volets, est 
composé de deux lisières en cuivre doré séparées en biais par une 
bordure en argent blanc. Celle-ci est ornée d'un délicat travail de 
ciselure , qui représente des lions et des lévriers alternant au 
milieu d'une végétation merveilleuse. Sur les lisières se trouvent 
deux inscriptions en vers hexamètres portant : 

•j- Pontifes, menât, hos. inclita. Tongris. habere. 

•j* Donec. eam. potuit. Hunnorum. gens, abolere. 

Ces pontifes, la célèbre Tongrcs mérita de les posséder jusqu'à 
ce que la nation des Huns pût la détruire. 

-J- Hoc. salvatoris. tibi. Tongris. pignas. amoris. ■ — 

■j- Legia. dat. lignnm. Cunctis. venerabile. signam. — 

« Liège donne ce bois , ce signe du Sauveur vénérable à tous , 
> à toi , ô Tongres, comme un gage d'amour. » 

Au centre du cadre se trouve le reliquaire proprement dit , 
renfermant sous cristal le bois sacré en forme de croix ; la relique 
a cinq centimètres de longueur sur cinq millimètres de largeur : le 
cristal qui la couvre est retenu par un liséré en argent. Au-dessus 
se trouve le Sauveur, la tète environnée d'un nimbe crucifère et 
bénissant à la manière latine en présentant la loi sacrée. 

Aux côtés droit et gauche de la croix se voient la Mère de 
Jésus-Christ et le fidèle disciple : tous deux sont nimbés; au-dessous 
se trouvent l'Eglise et la Synagogue. L'Église est représentée sous la 
figure d'une femme couronnée et nimbée tenant une croix à oriflamme 

XXIX XXII iu 



— 250 — 

flottante et élevant un calice qui renferme le sang de la Rédemption. 

La Synagogue est figurée les yeux bandés, détournant la tète de 
la croix et tenant une tête de bœuf, pour représenter les sacrifices 
de l'ancienne loi ; elle porte en outre un drapeau brisé et renversé, 
symbole de la déchéance. 

Les emblèmes évangéliques , émaillés sur des plaques semi-cir- 
culaires en relief, ornent les quatre angles intérieurs de ce compar- 
timent. Par respect, la sainte relique est couverte de deux volets en 
cuivre doré offrant , à l'intérieur comme à l'extérieur, de riches 
ciselures. Sur l'intérieur du volet droit, on voit en haut une femme 
assise , ayant une couronne ouverte qu'entoure un nimbe circu- 
laire et tenant dans ses mains un phylactère avec l'inscription : 
« Impie desideriu meu. > C'est sainte Hélène priant Judas d'exau- 
cer ses prières : près d'elle se trouve un bûcher allumé dont elle 
semble menacer Judas qui est représenté sur la partie supérieure 
du volet gauche , conduit par une troupe de soldats. 

En-dessous du premier emblème, Hélène, sans couronne et armée 
d'une pioche , est figurée cherchant l'instrument de la Rédemp- 
tion. Elle est secondée dans sa pieuse opération par Judas, officier 
dans les troupes de l'empereur Constantin , également armé d'une 
pioche. Il paraît, d'après l'histoire, que Judas savait l'endroit où 
était enfouie la croix. Sur la partie inférieure du volet gauche, on 
voit sainte Hélène assise sur un trône; elle porte la couronne et 
le sceptre, emblèmes de la puissance, et indique de la main droite 
la vraie croix qu'elle eut le bonheur de retrouver. Sur la face exté- 
rieure des volets, fermés par une agrafe en argent, se trouvent deux 
séraphins aux ailes éployées et portant des encensoirs *. Le bord 
extérieur du cadre est orné d'une bande en cuivre parsemée de 
quatre-feuillcs au repoussé. X e siècle. Haut. 0.289, larg. 0.20. 
Largeur du cadre 0.02. 

1 Voir les : Acta sanctorutn de l'année 1851 , volume du mois de mars, et le Bulletin 
de lu Société scientifique et littéraire du Limbounj , tome I, page 1 et suiv. 




Annale. 






EVANGELIAIRE AVEC COUVERTURE AU REPOUSSE 



— 251 — 
Évangéliaire avec couverture au repoussé. 

Le manuscrit, orné de la riche couverture que nous essayerons 
de décrire, est un évangéliaire in-4° contenant les quatre évangiles, 
d'après la version de saint Jérôme , et écrit en caractères romains 
minuscules. Les évangiles sont précédés d'une préface et d'un 
prologue de saint Jérôme et des canons d'Eusèbe de Césarée, avec 
la lettre dans laquelle cet évêque du IV e siècle explique à Carpien 
le butet l'utilité de ces tableaux. Après ces canons ou chiffres indica- 
teurs qui occupent quatre pages et sont écrits entre des colonnes de 
portiques romans à double et à quadruple arcade , vient l'évangile 
de saint Mathieu qui comprend quarante feuillets (un a été coupé), 
puis vingt-huit feuillets d'un ancien missel du XV e siècle , ensuite 
l'évangile de saint Marc, auquel il manque les six premiers feuillets, 
suivi par les deux autres évangiles au complet et remplissant quatre- 
vingt-dix-neuf feuillets et demi. 

Les sommaires occupent les dix derniers feuillets. 

Au verso du dernier se trouve en capitales rustiques le colophon 
que voici : 

Ego servus servorum Di et fidelis discipulus etsi indignus 
gleuhitr ob amorem œtemi Régis atque sci Berni Confes- 
sons pro me omnibusq : Xpianis ab Adam in diem usq : Judicii 
naseentibiis et pro Domno meo Loies Giwret abbate tributum 
omni huias clero ecclesiae quantum valiierit de domo hortoq : 
jussu di verboq : nobilis populi dimittente dedi hune librum 
evangelistarum ecclesiae sci Berni in Episcopatu sci Machutis. 
Quant obrem obsecro cunctos successores eiusdem ecclesiae tara 
seniores quam etiam iuniores videlicet fidèles ut hune librum 
nullus auferre presummat l aut per aliquàm occasionem aliquo 
temporis spatio distrahere dein quicumq : illum furatus fuerit 

1 Sum est ajouté dans le manuscrit. 



9^9 

aut aliquo modo ab ipsa ecclesia subtraxerit eocccpto cum reli- 
quiis scorum in diebus festls aut lias likrulas a me conscriptas 
de hoc folio eraserit aut ipsum folium malo ingenio inciserit a 
scorum congregatione separalus et conventui diaboloru adlunctus 
sil in die tremendi indien. 

Dans ce manuscrit se rencontrent des variantes très-remarqua- 
bles qui ne se rapportent qu'à des écrits d'une haute antiquité anté- 
rieurs au IXe siècle. Par exemple, dans l'oraison dominicale (Math. 
VI) on trouve d'abord : Pater noster qui in coelis es; c'est là une 
transposition dont on ne trouve aucun exemple ailleurs ; puis : veniat 
regnum tunm et plus loin: et ne inducas nos. etc. Lq mai Amen 
est omis. 

Aussi , est-il plus que probable que notre évangéliaire devance 
l'époque où la transcription des livres commençait à se faire avec 
exactitude ; on peut donc le rapporter à la fin du IX e siècle sans 
courir grand risque de se tromper. 

Du reste, l'exécution du livre décèle dans le copiste assez 
d'habileté. Les quatre grandes initiales, composées d'entrelacs fine- 
ment dessinés et enroulés avec art, sont d'une rare fantaisie; les 
quelques enluminures sont très-originales. On y voit deux minia- 
tures qui représentent saint Mathieu et saint Jean ; ce dernier 
est revêtu de la toge et assis sur une chaise curule ornée de deux 
tètes d'aigle ; il tient de la main gauche un livre ouvert et élève de 
la main droite un calamus. 

Les deux apôtres se détachent sur un fond rose et sont encadrés 
par une bordure composée de trois filets de couleurs diverses ; au 
reste, ces miniatures manquent absolument de relief, d'effet général 
et de clair obscur. Un trait à l'encre , très-apparent , marque les 
détails, les saillies et les contours de la robe et de la face. Les 
figures courtes et massives des deux apôtres ont la tète et les 
extrémités trop fortes. L'expression plutôt stupide que méchante 
de la face est due à de grands yeux trop distants l'un de l'autre, 




" oales fcl'À i inruedArchèologiedeBelgique,tXXFI, 2*S 



Sènet ïï 



£t<à'L:ùi ';..., 4. .. 



SAINT JEAN L'EVANGE LISTE 
Miniature du [X e Siècle. 



— 253 — 

au nez long et droit, à la bouche fermée et bordée de lèvres 
épaisses; les doigts sont crochus, les draperies raides, les contours 
secs : en général les détails sont manques ; cependant , il y a dans 
l'ensemble un air de grandeur qui étonne et, quoique réduite à la 
plus simple des enluminures, celle des teintes plates, cette peinture 
est cependant agréable par la pureté des formes et la vivacité des 
couleurs. 

Quant à l'écriture (onciale allemande) elle rappelle la manière 
lombarde ; les mots sont séparés et il y a une espèce de ponctua- 
tion, mais non pas la ponctuation anglo-saxonne introduite par les 
diacres Paul Warnefrid et Alcuin, sur l'ordre de Charlemagne '. 

Cet évangéliaire précieux par lui-même se trouve sous une riche 
couverture 2 . Sur le dos et le revers, c'est un simple velours rouge, 



' S. P. Servais Dirks, Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limboura 
tome III, p. 191. 

2 Les évangéliaires, surtout à cause des honneurs publics que l'Église leur rend dans ses 
offices, ont été habituellement ornés au-dedans et au-dehors de tout ce que la calligraphie 
et l'orfèvrerie pouvaient trouver de plus somptueux dans les ressources de leur art. Au 
moyen âge les nobles , les princes et les rois témoignaient beaucoup de sollicitude pour 
l'entretien et la conservation des livres liturgiques. Un diplôme accordé par Charlemagne 
à l'abbaye de St-Bertin stipule que toutes les peaux du gibier tué devaient servir à la 
reliure des livres du monastère. Geoffroi Martel, comte d'Anjou, prescrivit en 1050 que 
le produit de la dîme des peaux de biche qu'il levait dans l'île d'Oleron serait employé 
à la reliure des livres de la bibliothèque de l'abbaye de Saintes. Guillaume , comte de 
Nevers, envoya en 1136 aux religieux de la grande chartreuse du parchemin destiné à 
la transcription des manuscrits et des peaux de vache pour la confection des reliures 
des livres de leur bibliothèque. 

Skelton, poëte anglais du X Vie siècle, nous a laissé la description d'une de ces 
somptueuses reliures qui l'avait émerveillé : 

« Les fermoirs brillaient ; la marche était toute sillonnée de filets d'or et peinte de 
» diverses manières : on y avait représenté des guêpes, des papillons, des plantes, 
)> des fleurs. Un homme malade aurait recouvré la santé en voyant cette belle reliure , 
» ce beau livre couvert de soie et d'or ; ses fermoirs d'argent valaient mille livres; là 
» vignette était éclatante de pierres précieuses et d'escarboucles et chaque autre ligne 
» d'aurum mosaïeum. (V. Messager de 1853, p. 186.) 

Si l'ornement extérieur de notre livre est bien moins ancien et précieux que le monu- 
ment qu'il recouvre, évidemment ce dernier n'atteste pas moins son style et son époque. 

11 se peut que la première couverture ait dû être renouvelée et qu'ainsi doive 
s'expliquer ce contraste. 



— 254 — 

protégé par des lames d'argent placées dans le sens de l'épais- 
seur et par cinq étoiles à six raies du même métal. Un splendide 
repoussé en argent et vermeil recouvre en entier le plat supérieur. 
Sur la bordure qui encadre le bas-relief, des chapiteaux gothiques 
et de larges feuillages , se tordant en arabesques , supportent et 
enveloppent de petits sujets sacrés , qui représentent deux fois le 
baptême du Sauveur, le Père éternel bénissant à la manière latine, 
la sainte Vierge avec l'enfant Jésus et les images de saint Jean- 
Baptiste et de saint Jean-1'Évangéliste. 

Les symboles évangéliques ciselés sur de petits médaillons car- 
rés, jadis émaillés, sont placés en relief aux coins de la couverture. 
Quatre cabochons en cristal, montés en argent, complètent la 
décoration de cette bordure, en même temps qu'ils la protègent 
lorsque le livre est ouvert : un chanfrein orné de rinceaux unit la 
bordure à la plaque. Au centre de celle-ci , on voit sous une 
arcade trilobée d'un dessin déjà indécis, la Vierge nimbée et cou- 
ronnée. Elle porte sur le bras gauche l'enfant Jésus bénissant et 
est accompagnée de saint Pierre et de saint Paul ayant pour attri- 
buts la clef et le glaive aussi bien que le livre. Deux petites roses 
à six feuilles se profilent au-dessus de l'arcade et trois entourent 
la tète de la Vierge; plus bas on en remarque encore trois autres 
à quatre feuilles. 

La Mère du Christ dépasse de toute la tète les deux apôtres et 
saint Pierre le prince des disciples est placé à la gauche de la Mère 
du Sauveur. Ce sont là des significations symboliques habituelles 
à l'esprit mystique des artistes du moyen âge ! . 

Les figures de la Vierge et des deux apôtres ne répondent pas 
par le dessin à la délicatesse des détails de la bordure. A cela 
on reconnaît l'ouvrage d'un artiste que ne guident plus les sévères 
traditions de l'école ogivale. 

1 Molanus, cap. XXXVII, f° 70. 







ieï 



; 



RELIQUAIRE DE SAINTE URSULE 



— 255 — 

Ce bel évangétiaire était celui que jusqu'à la fin du siècle dernier 
on présentait à baiser au doyen , à l'écolâtre , au chantre et aux 
membres du chapitre après l'évangile de la messe capitulaire , avec 
ces mots: « ecce lex sacra • '. XI Ve et XVe siècles 2 . 

Hauteur 336 millimètres, largeur 252. 

Reliquaire de sainte Ursule. 

Un autre ouvrage d'orfèvrerie important par la conception et la 
facture mérite toute notre attention. C'est le reliquaire en vermeil 
et cuivre doré de sainte Ursule. 

Les reliques de la sainte, une vertèbre lombaire et un os du bras, 
sont renfermées dans une tourelle à deux étages , réunis par un 
anneau mouluré et orné de pierreries. Deux niches trilobées à jour 
abritant les statuettes de deux saints relient cet anneau à la 
couronne crénelée et ornée de pierreries qui surmonte la tourelle; 
celle-ci est terminée par une flèche conique, garnie d'émaux trans- 
lucides 3 séparés par huit séries de crochets , en forme de larges 
feuilles frisées. Sur le fhuron qui couronne la flèche repose un 
globe émaillé, supportant un aigle en vermeil. 

Deux anges aux ailes éployées et revêtus de chapes sont debout 
sur des piédestaux de forme hexagone et soutiennent la partie 
supérieure de la tourelle. Celle-ci repose sur une double base 
octogone allongée , dont la première est ornée de ciselures riches 
et variées de forme géométrique. 

La base inférieure en biais est séparée de la première par un 



1 Cette coutume semble avoir remplacé une des plus anciennes cérémonies de l'Église, 
c'est-à-dire le baiser de paix que le prêtre donnait en signe de paix ou de réconciliation 
à quelques laïques avant la consécration. Le premier vestige de ce baiser de paix, on le 
trouve dans une lettre du pape Innocent I (402) à l'évêque Decentius, V. Du Perray, 
Traité des droits honorifiques, chap. XIII, p. 96. 

Voir aussi rubricae générales ecclesiae collegiatae ac archi diaconalis beatae 
Mariae Virginia oppidi Tungrensis, n° 2 de l'inventaire, f° 30. 

1 Les lames d'argent du plat postérieur et les charnières portent la date de 1617. 

3 Ces émaux représentent le chœur des anges formé par huit ligures d'anges ailés 
placés dans des niches tribolées et jouant de différents instruments de musique. 



— 256 — 

pied droit formé d'une bande continue de quatre-feuilles découpées 
à jour. 

Elle est ornée de dix dessins en émail translucide représentant 
les quatre évangélistes assis et les apôtres debout. D'élégants 
rinceaux ciselés séparent ces dix plaques de forme carrée. Sur le 
pied droit, # soutenu par quatre lions , on voit des têtes couronnées 
alternant avec des mascarons et deux anneaux , par lesquels on 
passait un cordon afin de faciliter le transport de ce petit monu- 
ment qui ne mesure pas moins de 56 centimètres de hauteur. 
Pied 0.328 sur 0.25. XI Vo siècle. 

« Le moindre croquis, dit M. Petit *, expliquera mieux qu'une 
» description , toute la grâce et la richesse de ce précieux 

• reliquaire. Peut-être y reconnaitra-t-on , comme dans la plupart 

• des ouvrages du XIV e ou du XV e siècle, des détails qui ne sont 

■ plus d'un goût bien pur; mais ce qu'on ne saurait assez 

• admirer, c'est l'heureux parti que l'artiste a su tirer d'une 

• donnée aussi simple que celle d'enchâsser dans l'or une relique 
» vénérée. Il en a fait jaillir une conception pleine de variété et 
» de vie, où les détails d'architecture et les emblèmes de la 
« religion , le métal précieux , les éclatantes couleurs des émaux 

■ et des pierreries se mêlent et se confondent avec bonheur 2 . ■ 



1 Voir Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg , tom I. 

2 Ce reliquaire n'aurait-il pas servi de tour eucharistique ? L'étage inférieur pouvait 
servir d'exposition et l'étage supérieur était destiné à contenir les hosties. Rien du reste 
ni dans l'ornementation ni mt*me dans la forme générale de ce petit monument ne prouve 
qu'il fut spécialement destiné à renfermer les reliques de sainte Ursule. Pourquoi les 
émaux représentent-ils les apôtres et les évangélistes ? Que signifie l'aigle qui couronne 
la flèche? Pourquoi les anneaux adaptés à la base? Pourquoi enfin des archanges 
soutiennent-ils l'étage supérieur ? 

V. de Caijmont, Bulletin monumental, tome IX, p. 321 , et Abécédaire d'arcli., 
p. 363. Viollet-le-Duc , Dict. raisonné du mobilier franc., tome 1, p. 246. 
Grég. Tun , De gloria martyrum , lih. I , c. I , c. 86. Mabii.lon, Vetera Anulecla, 
tome II, p. 57. Tuieiis , Dissertation sur les autels, ch. 2i. 

D. D. Mahtène et Diiiund, Voyages littéraires , tome II, p. 67. 

Du Gange, Traité historique du chef de saint Jean-Baptiste , p. 151. 

Description des reliques de saint Corneille de Compicgne , p. 55. 




RELIQUAIRE -CROIX 



— 257 — 



Reliquaires en forme de croix. 

L'insigne de l'ignominie était devenu, par le sacrifice de l'Homme- 
Dieu, l'emblème de la victoire sur le mal moral. Les siècles suc- 
cessifs se plurent à l'orner et à l'embellir par une foule d'ingé- 
nieuses modifications. L'instrument du salut fut entouré d'honneurs 
particuliers et enrichi des trésors de la nature et de l'art : on 
voulut que la croix fût un livre retraçant l'histoire complète de la 
rédemption. Le trésor de Tongres possède cinq croix remarquables 
dont trois servent de reliquaires ; les deux autres (3 et 4-) sont 
des croix stationnâtes. Celle que nous décrivons sous le numéro 4 
est exécutée dans le système à la fois historique et figuratif dans 
le sens synthétique et mérite une mention spéciale. 

1° Un pied hexagone évasé, orné de cabochons, soutient la tige 
garnie d'un nœud ciselé et orné de six boutons chargés du saint 
nom de IHESUS en niellure. 

Un petit cylindre en cristal repose sur celte tige et renferme 
des reliques de saint Géron martyr, de saint Thomas archevêque 
de Cantorbery, des ossements de saint Thébain , de saint Ambroise, 
de saint Gérard et de saint Silvain , évoques , et des reliques de 
sainte Balbine. 

Un double annelet en cuivre doré relie Je cylindre à la croix , 
dont le centre de forme carrée, est occupé par des fragments d'agathe 
et d'autres pierres , provenant de la Terre Sainte et retenus par de 
massifs crochets en cuivre. 

Quatre rayons aux formes trèflées simples et ornent le centre , 
les branches en cristal, reliées par une bande en cuivre découpé, 
se terminent par des médaillons circulaires niellés , renfermant 
des reliques de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, de saint 
Barthélémy et un fragment de la croix du Sauveur. XHIe siècle. 
Hauteur 0.505. 



— 258 — 

2<> Voici une autre croix-reliquaire dont le pied de forme carrée, 
un peu allongée , est orné de quatre cabochons en cristal montés 
en cuivre. 

Une mince tige circulaire garnie d'un massif annelet mouluré 
et de branches en cristal reliés par des bandes en cuivre doré et 
niellé repose sur cette base et soutient la croix. Le médaillon central, 
en forme de quatre-feuilles, est protégé d'un côté par un béryl en 
corne , de l'autre par une plaque en cuivre niellé : il renferme 
quelques reliques inconnues. 

Les branches en cristal s'échappent du centre et sont terminées 
par trois médaillons-reliquaires en quatre-feuilles semblables. 
Première moitié du XlVe siècle. Hauteur 0.435. 

3° La troisième croix est une croix stationnale destinée à être 
placée sur l'autel. Au milieu d'un pied hexagone évasé, orné de 
niellures et de six cabochons (cinq manquent), s'élève une longue tige 
en cristal, bordée de bandes en cuivre aux formes trèflées et coupée 
dans la moitié de sa hauteur par un médaillon circulaire en cristal *. 

Celte tige supporte la croix portant en cœur un médaillon ovale 
en cuivre doré , ciselure en demi-relief , représentant sainte 
Véronique le suaire en mains. Au revers, ce médaillon est fermé 
par un béryl. 

Quatre rayons polylobés en sections d'ogive et richement découpés 
encadrent ce médaillon et s'harmonisent heureusement avec le 
crétage dentelé ; les branches en cristal aux extrémités fleurdelisées 
sont retenues par des festons. De gros fils en cuivre, qui traversent 
et maintiennent cet ouvrage délicat et compliqué , s'adaptent au 
pied de la croix et aux fleurons. Seconde moitié du XIV e siècle. 
II. 0.590. 

4° La quatrième croix stationnale quoique moins ancienne que 
les trois autres est cependant fort remarquable. 

1 Voir Sciiaepkens , Trésor de l'art ancien. Crux. 181f>, pi. XII. 



— 259 — 



Sur un pied hexagone évasé orné et de feuillages niellés et de six 
cabochons montés en cuivre doré , placés aux angles , s'élève une 
tige dont le nœud en cristal est surmonté d'un cylindre posé 
verticalement; celui-ci est protégé par trois petits contreforts qui 

terminent des pinacles 
réunis par une couronne 
avec crétage en cuivre 
doré. Un anneau orné 
de quatre-feuilles décou- 
pées relie le cylindre 
à la croix ; le centre 
en est occupé par une 
miniature de forme car- 
rée , représentant le 
Christ en croix , entre 
la sainte Vierge et saint 
Jean : deux anges re- 
çoivent dans des coupes 
le sang du Christ expi- 
rant. Cette miniature aux 
couleurs pâles et sur fond 
d'or nous semble appar- 
tenir au XVe siècle. Les 

f.roix- reliquaire. Croisillons SOnt Ol'Ilés de 

quatre plaques d'émaux translucides, représentant la sainte Vierge, 
saint Jean , l'ange de la vie et l'emblème de la mort. Us sont 
terminés par une fleur de lis double en cristal de roche. 

Au revers, le médaillon représente la Vierge assise sur un 
trône et offrant un fruit au divin enfant. Les émaux repro- 
duisent les figures symboliques des évangélistes. XIV e et XV e siè- 
cles. H. 0.630. 

5° Une croix-reliquaire en argent , soutenue par une base en 




— 260 — 

forme de modillon porte en cœur un médaillon circulaire , 
renfermant une parcelle de la vraie croix. Ce reliquaire appartient 
au XVIIIû siècle. H. 0.527.' 

Reliquaires en forme d'ostensoirs. 

Le trésor de l'église de Tongres possède , sous la forme d'osten- 
soirs , sept reliquaires qui ont entre eux de grandes analogies. 

1° C'est d'abord un ostensoir triptyque en argent, jadis doré 
en partie , provenant de l'antique chapelle de St. -Materne qui fut 
démolie en 1804- '. 

Le pied hexagone en argent sert de base à une tige ornée d'un 
nœud hexagone chargé de l'inscription niellée : got * gef * aie * 
m y *.,. Cette tige supporte un petit monument en argent de forme 
presque carrée , fermé par deux volets et couronné par un gable 
hérissé de crochets , flanqué de deux pinacles et terminé par un 
fleuron surmonté de l'oiseau de saint Jean. 

Les deux volets étaient jadis ornés extérieurement de ciselures 
et d'émaux; c'est avec peine qu'on distingue encore , à gauche, la 
figure d'un chanoine debout portant une banderole : mater Dei 
mémento mei; à droite la silhouette d'un personnage agenouillé. 

La dégradation n'est pas moindre à l'intérieur; sur le volet 
droit on voit encore quelques traits qui semblent figurer l'archange 
Gabriel tenant une banderole avec l'inscription : Ave gratla.plena. 
Sur le volet gauche la Vierge agenouillée , complète la représen- 
tation de l'annonciation. Le corps de ce petit triptyque est divisé, 
dans le sens de la hauteur, en trois compartiments de grandeurs 
différentes renfermant en bas des reliques de saint Etienne, au milieu 



' C'était le seul temple payen de la Belgique qui avait résiste" au temps et aux hommes. 
Une pierre informe , représentant la figure du soleil , qui se trouvait au frontipice 
du trmple a été enchâssée dans le mur du chapitre où elle rappelle moins lu place du 
monument que l'acte inqualifiable de son destructeur. V. Diuesen , Tongres cl ses 
environs, p. 131. 




: . fie . 1 . ['■•- : XXII . . ' .1 

OSTENSOIR- RELIQUAIRE. 



i 



— 261 — 

un petit os soutenu par un ange dont le torse apparaît à la partie 
supérieure entre deux écussons armoriés. Le premier blason porte 
burelé d'or et de gueules de dix pièces ; le second , au chef de 
gueules, d'or losange de sable en pointe. Le gable est garni d'une 
découpure trèflée qui s'harmonise avec les festons bordant ce 
reliquaire. XVe siècle. Hauteur 0.276; largeur du carré 0.093. 

2° Un autre ostensoir-reliquaire en argent doré mérite aussi 
de fixer l'attention. Sur un pied à six lobes orné de rinceaux 
ciselés s'élève une tige hexagone très-svelte et munie d'un nœud 
orné de feuillages ciselés et de six boutons portant des roses 
gravées. 

Cette tige est surmontée d'un chapiteau sur lequel est posé 
verticalement une plaque carrée ornée de chaque côté d'une rose. 
Cette plaque accostée de deux bras polylobés , en sections d'ogive 
richement découpées, soutient un verre cylindrique allongé dont les 
extrémités sont enchâssées dans des édicules carrés ornés d'un 
fenestrage ajouré. Ce cylindre contient des reliques de saint 
Boniface, de saint Engelbert et de sainte Marguerite. 

Les édicules servent de base à deux tourelles à trois faces 
surmontées de pinacles à jour et reliés par des arcs-boulants trèfles 
et par des balustrades ornées de quatre-feuilles ajourées à une 
troisième tourelle qui s'élève du milieu du cylindre. XV e siècle. 
Hauteur 0.42 diam. du pied 0.152. 

3° Cet ostensoir-reliquaire en argent doré est à peu près sem- 
blable au précédent, sauf le pied qui a la forme d'un hexagone 
évasé orné d'un dessin géométrique au repoussé. Il y a également 
une différence dans la forme des fenestrages ; il lui manque aussi 
les fleurons qui couronnaient ses trois tourelles. Le cylindre renferme 
les reliques de saint Fabien , de saint Siméon et de saint Corneille. 
XVe siècle. Haut. 0.42, diam. du pied 0.14. 

4° Voici le plus riche des ostensoirs que possède l'église de 
Tongres ; cependant ce n'est pas le plus précieux , car déjà la 
décadence se manifeste dans quelques détails tourmentés. 



— 262 — 

Ce reliquaire est en argent doré, repoussé et ciselé. Le pied 
à six lobes est orné de pierreries et supporte la tige hexagone , 
munie d'un nœud ciselé à six boutons saillants portant le saint nom 
de JHESUS entre deux fleurs émaillées. Au-dessus du nœud , la 
tige est accostée de deux bras polylobés en sections d'ogive découpées 
qui soutiennent une chapelle hexagone surmontée à chaque angle 
d'un contrefort à triple rang de pinacles réunis par des arcs-bou- 
tanls. Ceux-ci supportent une tourelle hexagone percée de fenes- 
trages ajourées et surmontée d'une flèche pyramidale ardoisée, 
hérissée de crochets et terminée par un Christ dont la croix est 
fleurdelisée. Au pied du crucifix, mais au revers, se trouve la 
sainte Vierge. XVe siècle. H. 0.515, diamètre du pied 0.175. 

5° Ostensoir-reliquaire en argent doré , repoussé et ciselé. Sur 
le pied à six lobes orné de festons et de tètes d'anges se trouve 
l'écusson de la donatrice et cette inscription : 

MECHTELT * SCHROOTS ! * VROUWE * VAN * WERM * A 1640. 

La tige cylindrique garnie d'un nœud circulaire soutient un 
cylindre en cristal posé verticalement entre deux colonnes torses 
ciselées et ornées de rinceaux travaillés à jour qui descendent en 
accolade. 11 renferme une dent de sainte Gertrude , des reliques 
de sainte Pétronille, un fragment d'os de saint Adalbert, évoque 
de Prague , et des restes de sainte Pélagie. Les colonnes sou- 
tiennent un dôme surmonté de la statue de sainte Gertrude debout, 
la crosse (non voilée) et le livre en mains. H. 0.451, diam. de 
la base 0.16. 

6° Ostensoir-reliquaire en argent reposant sur une base à six 
lobes. La tige hexagone est garnie d'un nœud circulaire et surmon- 
tée d'une plaque ornée de fruits et de fleurs en ciselure et accostée 
de chaque coté d'un bras en forme de double modillon. Les reliques 



1 La donatrice appartenait à la brandie des Schroots qui portait : d'argent à trois 
chevrons de sable. 




OSTENSOIR-RELIQUAIRE 



-■ 



— 263 — 

de saint Sylvestre , de saint Valentin , des saints Innocents et de 
sainte Olympe martyrs, sont enchâssées dans un cylindre en cristal 
allongé et posé horizontalement : celui-ci est orné d'une crétage 
fleuronné que surmonte un édicule cylindrique portant la croix. — 
Les plaques circulaires en argent qui terminent les extrémités du 
cylindre présentent les armoiries ciselées des donateurs. Sur le pied 
de cet ostensoir on lit : Gerardus. Stevart. x et. Hermanus. 
Hustin. 2 canonici. hujus. ecclice. Tungren : ad. Del. gloria : 
honoreque. s tor . quor. reliquiœ. hic. sunt. dederunt. A 1634. 
Haut. 0.40, diamètre de la base 0.16. 

7° Ostensoir-reliquaire en argent. Sur la hase à six lobes se 
trouvent l'Annonciation de la sainte Vierge, l'Adoration des mages et 
d'élégants rinceaux ciselés. Le pied repoussé et estampé soutient la 
tige hexagone garnie d'un nœud à six boutons en ciselure. Un 
médaillon circulaire , entouré de rayons chargés de deux branches 
de laurier, renferme des reliques de sainte Philomèle ; un globe 
portant la croix couronne toute la composition. Sur le pied se 
trouve : 

In. honorem. Del. B. Marie. Virginis. et. omnium, sanc- 
torum. ex. libérait, donalione. piarum. mentium. D. Arnoldus. 
Gysbrechs. me fîeri. fecit. anno. 1604. 

Le médaillon et l'auréole sont modernes. H. 0.37, diam. de 
la base O.U. 

8° Un ostensoir-reliquaire en argent ciselé et repoussé. Le 



' La famille Stevart porte : écarlelé au premier et au quatrième de. . . . chargé d'un 

lion couronne de armé et lampassé de.... au second et au troisième de 

chargé d'une feuille de trèfle de. . . . 

« Cette famille vient d'Ecosse et porte les mêmes armes que les Douglas, qui prirent 
» ensuite le nom de Stewart, d'une fonction qu'ils avaient à la cour d'Ecosse. Ce nom 
» dégénéra en Sluart, mais fut conservé intact dans notre pays. » 

V. Catalogue du musée de Liège, p. 26. 

* Le chapeau et les floches de protonotaire apostolique timbrent les armoiries de 
H. Hustin qui porte : parti au 1 et au 4 de. . . . chargé d'un dextrochère armé d'une 
épée de. . . . au 2 et au 3 de. . . à trois croissants de. . . . placés 2 et un. 



— 264 — 

pied circulaire supporte une auréole allongée, garnie au centre 
d'un petit cylindre octogone en cristal posé verticalement qui ren- 
ferme des reliques de saint Servais. Deux anges soutenant une 
couronne terminent ce reliquaire moderne. H. 0.3G8. 

Reliquaires en forme de statuettes. 

Les douze statuettes-reliquaires dont nous allons donner une 
description succincte ornaient jadis une grande châsse conservée 
dans le trésor de l'église en 1433 *. Ces statuettes n'offrent en 
général qu'un intérêt religieux. Les draperies tourmentées, l'exa- 
gération de certaines parties , le défaut d'expression des physio- 
nomies, enfin l'ensemble de la composition indiquent que c'est 
l'œuvre d'artistes que n'inspiraient plus les belles traditions du 
moyen âge. 

Les détails , si l'on en excepte ceux des statuettes représentant 
saint Jean-l'Evangéliste , saint André , saint Jean-Baptiste et le 
Sauveur, sont négligés. 

Voici la description de ces reliquaires: 1° une statuette du 
Sauveur en argent doré en partie , debout sur une base octogone 
en cuivre doré et en argent. De sa main gauche, il soutient un 
globe en cristal surmonté d'une croix à oriflamme flottante; de sa 
droite il bénit à la manière latine. Le nimbe crucifère fixé derrière 
la tète du Sauveur est orné de pierreries et d'un camée. En guise 
de bille il porte à la hauteur de la poitrine une améthyste entourée 
de perles. Au bas de la robe se trouve l'inscription niellée Salvator 
minuit. . . et au cou de la statuette est suspendue , à une longue 
chaîne en or, une croix pectorale chargée de quatre-feuilles et 



1 Voir : Archives de l'église, Registre N° 57 du Catalogue, f. 2^5. 
Depuis nombre d'années ces statuettes ornent la maître-autel dans les grandes solen- 
nités. 



— 265 — 

émailièe d'azur ', — • l»' c moitié du XV e siècle. Hauteur 0.368 
millimètres ; 

2° Une statuette de la sainte Vierge en argent, en partie 
doré, debout sur une base octogone; la tète de la mère du Sauveur 
est ornée d'une couronne trèflée garnie de pierreries et de perles 
fines. Elle tient de la main droite un petit reliquaire en forme de 
tourelle contenant de lacté béate Marie Virginie et sur le bras 
gauche elle porte l'enfant Jésus. Sur le bord de sa robe on lit: 
Sancta Dei genitrix ora pro nobis. 

Une longue chaîne enroulée autour du cou de la Vierge supporte 
une statuette de sainte Barbe, en argent doré, debout sous un dais 
gothique. — l re moitié du XVe siècle. H. 0.360 millimètres. 

3° Une statuette de sainte Anne, en argent doré en partie, debout 
sur une base hexagone en cuivre doré. Elle porte sur le bras 
gauche la sainte Vierge assise, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux 
et offre de la main droite un fruit au divin enfant. Le médaillon 
placé au milieu de la poitrine contient des reliques. — l re moitié 
du XV e siècle. H. 0.366 millimètres. 

A° Une statuette de saint Pierre en argent doré en grande 
partie. Le saint est représenté debout sur une base hexagone en 
cuivre doré. De sa gauche il tient un livre ouvert; dans sa droite 
il porte la clef; à côté de lui un reliquaire cylindrique, posé verti- 
calement et terminé en forme de dôme surmonté de la croix , 
renferme deux dents du saint et un des clous de sa croix. — 
l re moitié du XVe siècle. — Le nimbe est moderne. H. 0.372. 

5° Une statuette de saint Paul en argent doré , debout sur une 
base hexagone en cuivre doré ; de la main gauche il tient un 
livre ouvert ; dans la droite , il porte un glaive. Sur le pied on lit : 
Sanctus Panlust. Le reliquaire de même forme que le précédent 



1 On croit généralement que c'est celle que portait le dernier doyen du chapitre Robert 
De Bellefroid , chanoine honoraire de Saint-Lambert. 

XXIX XXII 17 



— 266 — 

renferme un fragment d'os. l ie moitié du XV e siècle. •— Le 
nimbe est moderne. H. 0. 372. 

6° Une statuette de saint Jean-Dapliste, debout sur un pied 
octogone en argent ; le manteau de ce saint est doré et couvert 
de niellures. De sa main droite il montre l'agneau sans tache nimbé, 
qu'il porte sur le bras gauche. 11 tient dans la main gauche une 
longue croix fleurdelisée ornée de perles et à oriflamme flottante, 
brisée en partie. 

Nous pensons que ce reliquaire a servi jadis à l'exposition du 
saint Sacrement et que le médaillon circulaire protégé par un béryl 
qui se trouve au milieu de la poitrine du saint recevait l'Hostie 
avant que la discipline moderne n'eût défendu d'exposer le saint 
Sacrement avec des reliques. Fin du XIV e siècle. H. 0.335. 

7° Une statuette de saint Jean-1'Evangéliste , en argent doré 
en partie, debout sur un pied octogone en argent ; dans la main 
gauche il tient un élégant calice à six lobes , dont la tige garnie 
d'un nœud orné de hachures et de six boutons supporte une coupe 
ronde d'où s'échappent deux salamandres. « Il élève trois doigts 
de la main droite pour témoigner de la vérité de la sainte Trinité. 
Fin du XlVe siècle. H. 0.355. 

8° Une statuette de sainte Hélène , en argent doré en partie , 
debout sur une base en cuivre doré. Elle porte la couronne im- 
périale, tient une croix de la main droite et un livre ouvert dans 
la main gauche. Sur le pied se trouve : Sancta Helena. A côté 
d'elle un reliquaire cylindrique, posé verticalement et surmonté du 
symbole de la résurrection , contient des fragments de la vraie 



1 « Un piètre d'idoles ayant dit à cet apôtre qu'il croirait à son Dieu s'il avalait un 
» calice rempli de poison. Saint Jean accepta ; mais Dieu permit que la mort sortit de 
» la liqueur avant d'être bue, sous la forme d'un reptile. » dk Caumont. Abécédaire 
d'archéoloyie , p. 235. 

Quia ul Sanclus Isidorus scribit in libro de patribus novi testament! , bibens 
lœtiferum kuwlum , non solum evasit periculum , sed eodem prostratos poculo in 
vilœ reparavil slatum. » Molanus. De picturis et imaginibus sacris. cap. LXXI1I, p. 134. 



— 2G7 — 

croix et du sépulcre de Jésus Christ. l re moitié du XV'' siècle. Le 
nimbe est moderne. Hauteur O.-iOO millim. 

9" Une statuette de saint André, en argent doré en partie, 
debout sur une base en cuivre doré. Sur le pied droit sont ciselées 
les principales scènes du martyre de ce saint. De la main droite , 
il tient un livre ouvert; de la gauche, sa croix au milieu de laquelle 
sont enchâssées des reliques. Près de lui un reliquaire cylindrique, 
posé verticalement et orné au sommet de roses et d'une couronne 
fleuronnée d'où s'échappe un dôme surmonté de la croix , renferme 
un fragment d'os de ce saint. XV e siècle. Le nimbe est moderne. 
Hauteur 0.4-05. 

10° Une statuette de sainte Catherine, en argent doré en partie. 
La sainte est couronnée ; elle porte de la main droite un livre ouvert 
et tient de la gauche une épée. A ses pieds se trouvent la roue brisée 
et une tourelle contenant un fragment du crâne de sainte Catherine et 
une parcelle du mont Sinaï. l re moitié du XV e siècle. Le nimbe 
est moderne. Hauteur 0.350. 

41° Une statuette de saint Christophe, en argent doré en partie, 
debout sur une base semi-circulaire en cuivre argenté et ornée 
de belles ciselures de forme géométrique. 

Le saint vieillard s'appuie de la main droite sur une branche 
d'arbre renfermant des reliques et soutient sur l'épaule gauche 
l'enfant Jésus. Il est figuré enfoncé dans l'eau jusqu'à la cheville *. 
— Seconde moitié du XV e siècle. Hauteur 0.355. 

12° Une statuette de saint Sébastien , en argent doré en partie, 
debout sur une base circulaire en argent. Il est représenté percé 
de flèches et attaché à un arbre dont le pied est formé par un 
fragment considérable de l'humérus du saint. Seconde moitié du 
XVe siècle. Hauteur 0.574. 

Une base en cuivre doré de forme hexagone renferme les 

1 Voir Molaiws , tir pictyris et imaginibus xacris. Cap. LXVI, p. 121. 



268 — 



reliques de saint Barthélémy. La sfalue en argent qu'elle suppor- 
tait fut, ainsi que celle de sainte Lucie, brisée par des voleurs 
dans la nuit du 20 au 21 février 1607 *. 




Reliquaire de saint Laurent. 



Reliquaires en forme de bras. 

Le trésor de N.-D. possède sept reli- 
quaires de cette forme. Deux seulement 
méritent de fixer notre attention. Les 
cinq autres en bois peint et doré ren- 
ferment des reliques de saint Materne , 
des martyrs de Trêves et de Gorcum , 
une partie d'un os du bras de saint 
Marlius , martyr, et un fragment d'os 
de saint Clément. 

Ces reliquaires présentent la forme 
d'un avant-bras , drapé d'une manche 
large à plis retombants : trois doigts 
levés semblent, par leur position, at- 
tester la vérité du mystère de la sainte 
Trinité. 

Deux de ces reliquaires sont recou- 
verts de plaques d'argent et ornés de 
bandes de cuivre doré, découpées en 
quatre-feuilles ou chargées de rinceaux 



1 1667 21 feb. de nocte lalrocinium comissum est in sacristia nostra cancellis 

ferreis unius feneslre vi eujusdam ligni sis et fracta cista ferrea thésaurus 

ublulus est. 

Voir Archives de l'église, N° 10 du catalogue, f° 331. 

Dinœ effigies S'œ Lucie et S>' 1 Bartholomei fractœ par furem. 

Voir Archives de l'église, Registre N° 14 du Catalogue, f° 180. 

Nous trouvons encore deux autres statuettes en argent mentionnées dans les cata- 
logues de 1752 et 1790. Elles représentaient la sainte Vierge et saint Materne et étaient 
placées aux deux côtés du reliquaire de la sainte croix. Ce furent probablement celles 
que le trésorier Ant. Mounial fut forcé de vendre à Hambourg en 1794. 




Annales de l'Académie d'Archéologie le Belgique, iXXIl, 2'Sériet,JI 



Anven-. 



BUSTE REUÇUAIRE. 



— 269 — 

en filigrane de vermeil entourant des pierreries montées en cuivre 
doré. 

Ces deux reliquaires renferment une vertèbre et un os du bras 
de saint Materne, de saint Laurent et des fragments des os du 
bras et de la tête. Fin du XIII e et commencement du XIV e siècle. 
Hauteur 0.56 et 0.54. 

Reliquaires en forme de bustes. 

1° Un buste en cuivre doré et repoussé de sainte Pinosa, martyre. 
Ce buste repose sur une base octogone irrégulière , soutenue par 
quatre lions. 

Les draperies ondulées sont ornées de niellures. Au milieu de 
la poitrine entre deux bandes de cuivre posées verticalement et 
chargées de rinceaux repoussés se trouve un cabochon en cristal 
entouré de quatre rayons aux formes trèflées alternant avec des 
pierreries. Le haut de la robe est garni d'une bande de cuivre doré 
sur laquelle on lit : Caput. Sancte. Pinose. filie. régis. Cicilie. 
La face en cuivre peint est encadrée par une riche chevelure 
dorée retenue par une bande ornée de rinceaux. Une couronne 
trèflée et ornée de pierreries dissimule l'ouverture du reliquaire 
renfermant le crâne entier de la sainte. XIV e siècle. H. 0.4-32. 

2° Un buste en cuivre doré de sainte Olive. La base octogone 
irrégulière repose sur quatre lions dorés. Le buste en cuivre doré 
uni est garni à la hauteur du cou d'une bande ornée d'un cabochon 
en cristal et chargée de roses et de fleurs en cuivre appliqué. La 
tète en bois peint et doré renferme un fragment considérable du 
crâne de cette martyre, compagne de sainte Ursule. XV e siècle. 
H. 0.425. 

Agnus Dei , etc. 
1. A un cordon en soie verle est suspendu un médaillon de 



— 270 — 

forme circulaire renfermant unAgnus Uei*. Il est recouvert decorne 

translucide retenu par un petit cadre en cuivre émaillé et protégé 
par une 'croix en cuivre légèrement pâtée. Celle-ci est chargée 
de rinceaux émaillés et ornée au centre d'un écusson carré, repré- 
sentant d'un côté un agneau pascal, la tète nimbée et portant une 
croix à oriflamme llottanle ; de l'autre, le buste de la sainte Vierge 
orné d'un nimbe. Ces deux figures sont en émail translucide. Sur 
la bordure circulaire, garnie d'émaux, on lit d'un côté : Agn. D. 
miserere mei cri. aïolis, et de l'autre : Ave Maria gracia pletia 
Dus tecu. Bn. XIV e siècle. Diamètre 0.0G7. 

2. Dans une petite caisse en bois sont enfermées 33 reliquaires 
de forme ovale , portant d'un côté la figure du saint dont les reliques 
se trouvent sous cristal de l'autre côté. Une miniature byzantine 
représentant la sainte Vierge, nigra sed formosa , et une autre 
montrant la face du Christ méritent une mention spéciale. 

3. Une caisse plus petite que la précédente renferme une chaîne 
et quatre croix modernes en or, huit médailles de Léon XII, 
d'Innocent XI, de Clément VIII et de Grégoire XVI; une médaille 
en argent portant en exergue Quos Dens conjunœit homo non 
separet, et une autre avec une inscription allemande et la date 
de 1635. 

4. Sur une large corniche moulurée et ornée d'une bande con- 
tinue de quatre-feuilles ajourées s'élèvent deux colonnettes torses 
surmontées de pinacles à jour. 

Le tympan, dont les courbes conduites en doucine sont ornées 
de crochets à larges feuilles et surmontées d'un fleuron ouvert, 
est garni d'un médaillon circulaire émaillé et entouré d'orne- 
ments ajourés. 



1 Ce sunt de petites rondelles de cire que le pape bénit la semaine après l'àipies et 
que Ton distribue au peuple pendant l'octave de Pâques ou qui sont envoyées dans 
toute la chrétienté. L'Agnus Uei renfermé dans ce médaillon est du Pape Jean XXII, 
(1316-1334). 





' 



COFFRET A RELIQUES 

phyTactèRe. 



— 271 — 

L'espace compris entre les deux colonnettes est occupé par 
un autre médaillon circulaire entouré d'anges ailés et renfermant 
un Agnus Dci. Fin du XV me siècle. Hauteur 0.18. 

5. Un triptyque à peu près carré en bois de chêne peint en 
rouge et parsemé d'étoiles dorées. 

En ouvrant les deux volets , on voit la relique l fixée au centre. 
Elle est placée sous cristal , garnie d'un cordon de perles fines et 
entourée par un petit cadre en argent. 

Des pendeloques, représentant des lettres gothiques en vermeil 
découpé; des fleurs et des médaillons entourent ce cadre qui est 
surmonté d'une broderie au long point qui représente le Père éternel 
bénissant et entouré d'une auréole. 

Sur le volet droit se trouve représenté un ange qui soutient de la 
main droite une banderolle portant : Ave. Maria, gta. plena. 
Uns. tecum. 

Sur le volet gauche on voit la sainte Vierge debout , la main 
droite appuyée sur un livre; à ses pieds se trouve le lis virginal. 
Ces deux sujets sont peints sur un fond d'or parsemé de roses à 
six feuilles. XVe siècle. H. 0.48, largeur 0.46. 

6. Un coffret en bois de chêne recouvert de cuir et orné de 
neuf losanges en cuivre repoussé et émaillé qui représentent des 
fleurs de lis et des lions allongés et efflanqués, entourés de clous 
protecteurs. 

Sur le bas-côté droit un médaillon circulaire, en cuivre repoussé 
et émaillé de blanc , représente un roi couronné , assis sur son 
trône, tenant de la gauche un sceptre fleurdelisé et soutenant 
de la droite un globe surmonté d'une croix. 

Le couvercle est garni d'une bandelette en cuivre émaillé , 
qui représente des lis alternant avec des châteaux à trois tours 
crénelées 2. 

1 De capitigeo. béate. Marie. Virginia, 

- « Tout le monde sait que la fleur de lis est le signe héraldique des rois de France 
» et que les trois tours étaient les armoiries de Blanche de Castille , mère de saint Louis. 



9.72 



La serrure en cuivre est ciselée en forme de damier. L'intérieur, 
garni d'une grossière toile blanche, renferme des reliques de saint 
Gebandus, de saint Romain martyr, de saint Hyppolite et de ses 
compagnons, de saint Laurent, de saint Damase et de saint Jean; 
un petit Agnus Dei , un fragment de pierre et quelques reliques 
sans nom. XHIe siècle. Haut. 0.10, long. 0.20, largeur 0.10. 

7. Un reliquaire en bois de chêne à peu près carré. Le centre 
en est occupé par une petite plaque de marbre rouge , retenu par un 
cadre en cuivre; aux coins se trouvent les quatre emblèmes évan- 
géliques entourés de rinceaux ciselés. Le bord est orné d'une 
bande continue en cuivre doré couverte de rinceaux au repoussé. 
XlVe siècle. H. 0.127, 1. 0.095. 

Châsses. 

1° Châsse en bois recouverte de velours rouge présentant la 
forme d'un édifice terminé par un toit aigu. L'un des côtés est 
accosté de deux colonnettes en cuivre ornées d'un annelet à 
triple tore dont les chapiteaux , garnis de deux rangs de feuilles 
d'acanthe, retombent en forme de crochet et soutiennent la corniche 
saillante qui encadre les deux faces latérales. Un cordon chargé 
de filigranes et de cabochons montés en cuivre dessine cinq médail- 
lons circulaires encadrés dans un parallélogramme allongé. Celui-ci 
en supporte un autre où se profilent quatre arcs de cercle chargés 
d'arabesques en filigrane et de pierreries. Les médaillons en 
cuivre ciselé et repoussé qui ornent ce côté représentent l'Annon- 
ciation de la sainte Vierge , la Visitation de Marie , l'Annonce de 
la naissance du Christ aux Bergers et la Naissance du Sauveur. 



» Le lion allongé et efflanqué appartenait an royaume de Léon depuis longtemps uni 
» à la Caslille sous la domination de la famille de la reine Blanche ; les deux royaumes 
« une fuis réunis on en cumula les ai moines, « Dis Caumont, Abécédaire d'ar- 
i héologie , p, 294. 



— 273 — 

Le médaillon central est occupé par une croix légèrement pâtée 
en cuivre ciselé portant l'inscription INRI en émail champlevé. Le 
soleil en émail rouge se trouve à droite et la lune en émail bleu 
se trouve à gauche de la croix dont le cœur était jadis orné d'un 
cabochon. De l'autre côté de cet édifice sept colonnettes en cuivre 
cylindriques et détachées présentent au milieu de leur hauteur un 
annelet composé de trois tores. Elles reposent sur une imposte 
peu élevée et portent six arcatures continues et trilobées. Le fond 
en cuivre repoussé et parsemé de petites losanges ornées de fleurs 
existe encore en partie ; mais les six statuettes ont disparu. 
Chacun des petits côtés est orné d'une statuette en bois peint et 
doré, représentant l'une la sainte Vierge et l'autre saint Materne 
(XVII e siècle). Ces statuettes, un peu plus élevées que celles dont 
était ornée l'une des grandes façades , sont encadrées par quatre 
petits ornements en cuivre de la forme d'une épicycloïde à six 
lobes, qui occupent une partie du gable où ils étalent leurs 
feuilles concaves autour d'un clou à grosse tète. 

L'auréole de la sainte Vierge , en émail rond , est ornée de 
cercles et de feuilles de trèfle qui s'entrelacent et se combinent : 
celle de saint Materne a disparu et a été remplacée par un cabochon. 
Le toit très-aigu est recouvert de plaques d'argent ardoisées et 
bordé de cabochons recouvrant de pieuses vignettes qui alternent avec 
de petits émaux champlevés. Voici , d'après l'inventaire qui en fut 
dressé en 4677 , la liste des reliques renfermées dans cette 
châsse : des ossements de saint Servais, de sainte Elisabeth ', de 
saint Julien , de saint Urbain et des onze mille vierges ; le crâne 
de sainte Mechtilde ; des reliques de saint Pie , de saint Grégoire, 
de saint Sylvestre , de saint François , de saint Paul et de 
sainte Sabine ; un fragment de la colonne du Christ et plusieurs 



1 V. de MontaliiMBEHT , Hist. <l<: sainte Elisabeth de Hongrie, p. 101. 



— 274 — 

autres reliques (XIII e siècle). Hauteur jusqu'à la corniche 0.273 ; 
hauteur totale 0.50 ; longueur 0.885 ; largeur 0.2G5. 

2° Châsse en bois recouverte de velours rouge et construite en 
forme de croix latine. 

Les deux faces latérales sont ornées de médaillons circulaires 
en argent ciselé et repoussé représentant, d'un côté la Consécration 
de saint Materne, de l'autre côté Euchère et Valère recevant de 
saint Pierre le bâton pastoral qui doit rappeler leur jeune 
compagnon à la vie. Ces deux médaillons accostés de deux 
pilastres cannelés qui soutiennent la corniche saillante sont séparés 
par le croissillon avancé et orné d'une niche circulaire : celle-ci 
est garnie d'une petite statuette en argent représentant l'apôtre 
saint Jacques. Le reliquaire, placé au milieu de la poitrine du saint, 
renferme un fragment de la vraie croix *. 

Deux pilastres cannelés, placés de chaque côté de la niche, 
supportent la corniche ornant les quatre faces de la châsse et 
s'appuyeut sur une base moulurée soutenue par quatre petits pieds. 
Le gable placé au-dessus de chaque statuette est orné de palmes 
entrecroisées. La statuette , placée de l'autre côté , représente l'apôtre 
saint Mathias ; les médaillons, Euchère et Valère ressuscitant 
Materne, puis les apôtres ouvrant le tombeau de la sainte Vierge 
vide el rempli de roses. Les petits côtés sont ornés de deux 
médaillons circulaires représentant d'un côté la Réception de la 
sainte Vierge au temple, de l'autre côté saint Materne prêchant 
la foi dans la Tongrie. 2 

Le toit de forme convexe est recouvert de plaques en argent 
repoussé. Au pied de la statuette de saint Mathias se trouve gravé 
le nom de l'orfèvre : L. Stox. fecit. (XVII e siècle). Hauteur 0.575, 
longueur 1.075, largeur 0.45. 

1 Le nimbe du suint esl moderne ; la statuette esl du XV' siècle. 
Cette (.'liasse a été restaurée sur les ordres du conseil de fabrique, il y a dix ans, 
pai M Lambert Petcrs de Tongres, 



- 275 - 

3° Châsse en bois' 2 recouverte de velours rouge de même forme 
que la précédente. Les médaillons en cuivre argenté représentent 
d'un côté sainte Sophite et sainte Faustine ; de l'autre le Sauveur et 
la sainte Vierge. Les deux statuettes en bois peint et doré repré- 
sentent deux évêques. 

Le couvercle de forme convexe est en bois ; jadis doré. Celte 
châsse renferme, d'après la liste qui en fut dressée en 1690 par 
le prêtre-trésorier Lamberli , les reliques de saint Laurent martyr, 
de saint Hippolyle et de ses compagnons , de saint Romain , de 
saint Damase pape, de sainte Elisabeth, de sainte Valentine, de 
saint Servais , de sainte Mechtilde, de saint Sylvestre , de saint 
Vincent, de saint Paul, de saint Pierre, de saint Jacques, de 
saint Urbain , deux des crânes des onze mille vierges , des osse- 
ments de saint Léon , de sainte Barbe et de plusieurs autres saints 
et saintes 1 (XVIlIe siècle). Hauteur 0.560; largeur 0.4.-03; lon- 
gueur 1.040. 

Reliquaire de saint Materne. 

Le bâlon pastoral de saint Materne. 

Cette relique de notre premier évèque est un simple bâlon de 
voyage en bois légèrement recourbé à la partie supérieure et garni 
au bas d'un pivot en cuivre. Elle avait échappé à tous les désastres 
avant le grand incendie de 1677. Gravement endommagée par ce 
terrible fléau, le chapitre eut soin d'en recueillir les débris qu'il 
lit enchâsser dans une crosse en argent, portant le chronogramme 
et l'inscription suivants : 

sanCte tongrorUM apostoLe InterCeOe pro nobIs. 
Pastorale, peduin. theca. servatur. in. ista. 
Divi. Materni. mytra. qui. triplice. clams. 
Primus. apud. Tungros. Iws. convertendo. resedit. 

1 11 y a entre autres reliques des fragments considérables d'us de sainte Faustine recueillis 
au cimetière de Sainte-Claire à Rome. 



— 276 — 

Cette crosse de forme circulaire est composée de plaques 
d'argent reliées entre elles par des annelets. La volute très-courte 
repose sur un nœud hexagone orné de feuillages et du buste de 
saint Materne en gravure et se termine en feuillage recourbé. Une 
partie de la volute et de la hampe est à jour et garnie de corne 
translucide, ce qui permet de voir la relique l . XVIII e siècle. 
H. 1.38 avec la pointe. 

Masses, etc. 

Deux masses en argent de forme hexagone. La hampe garnie 
de cinq annelets moulurés est terminée par un chapiteau circulaire 
orné de feuillages en gravure. Sur l'une des masses se trouve la 
statue en argent de la Vierge debout, soutenant l'enfant Jésus, et 
sur l'autre celle de saint Materne également debout tenant de la 
droite le bâton pastoral et soutenant de la gauche une église à trois 
tours, emblème de son triple évèché 2 . XVII e siècle. H. 0.98. 

Deux autres masses en bois garni de cuir et de larges anneaux 
en argent , chargés de rinceaux en émail champlevé, sont lerminées 
par un globe de même métal. Au-dessus de celui-ci , on a placé de 
grandes plaques en argent repoussé et estampé, représentant 
N.-D. de Tongres, couronnée par deux anges. Au bas se trouve 
le chronogramme suivant : 

In te aUXILIatrICe 
ConfIDIMUs. 

Binon fecit. 

XVIII e siècle. Hauteur totale 1.88. 

Un index, en argent de forme hexagone effilée, terminé par une 



1 Cette crosse est l'œuvre de Porfévre Binon, dont nous trouvons le nom marqué au 
bas de la hampe. 

- Ces masses étaieul autrefois portées dans les solennités pai les bâtonniers du prévôl 
i't du chapitre, 



— 277 — 

petite main de même métal. Sur une des faces on lit: De Requite. 
decan. Tongr. XVIII e siècle. Longueur: 0.37. 

Un index en bois d'ébène garni d'annelets et terminé par un 
petit ornement en argent. Moderne. Long. 0.43. 

Croix d'autel et de procession. 

\o Ancienne croix d'autel mobile recouverte de plaques en argent 
ornées de feuillages et de rinceaux en gravure. Le nimbe en cuivre 
émaillé moderne du Christ placé au point d'intersection est au centre. 
Les emblèmes évangéliques sont ciselés dans les médaillons circu- 
laires qui précèdent les extrémités fleurdelisées de la croix. Au 
revers, on voit les figures de la Vierge, de saint Servais, de saint 
Lambert et de saint Hubert, ciselées et entourées de rinceaux; les 
médaillons circulaires représentent saint Materne, saint Lambert, 
sainte Catherine et saint Egide et les espaces intermédiaires sont 
ornés de rinceaux. XV e siècle. H. 0.321. Largeur 0.253. Le 
Christ moderne a une hauteur de 0.012. 

Cette croix se trouve aujourd'hui sur une hampe moderne en 
bois peint. 

2° Une croix de procession en argent. 

La hampe en bois de forme hexagone est recouverte de lames 
en argent dorées en partie et ornées de feuillages sur fond niellé. 
Elle est garnie de quatre nœuds circulaires en cuivre doré et ciselé 
avec six boutons circulaires ornés des bustes, repoussés et ajourés, 
de la sainte Vierge et de saint Materne alternés. La douille forme 
un édicule hexagone reposant sur un chapiteau à feuillages dans 
lequel s'emboîte la hampe. Les statuettes en argent de la sainte 
Vierge , de saint Pierre , de saint Materne , de saint Servais , de 
saint Lambert, de saint Remacle et de saint .... , séparés par des 
contreforts à pinacles, occupent les niches aménagés dans chacun 
des côtés. Au centre de la galerie trèflée et découpée à jour qui 



— 278 — 

couronne cet édicule s'élève une tige hexagone percée de lenes- 
trages soutenant la croix. 

Celle-ci est formée de plaques d'argent, dorées en partie. 
Le Christ couronné d'épines est couvert d'une ample draperie ; 
un nimbe circulaire en émail translucide occupe le centre de la 
croix. 

Les emblèmes évangéliques entourés d'anges portant les instru- 
ments de la Passion sont ciselés dans les médaillons en quatre- 
feuilles qui terminent les branches. XV e siècle. Hauteur totale 
2.50. Largeur de la croix 0.018, Haut, du Christ 0.012. 

La croix semble avoir subi une malheureuse restauration en 
1G37, date marquée au revers. 

3° Une croix de procession en cuivre argenté et doré, supportée 
par un chapiteau circulaire, doré et orné de feuillages argentés. 

La hampe en bois de forme circulaire est entourée de plaques 
en argent reliées par quatre annelets dorés. XVlIIe siècle. H. 2.82. 

4° Une croix d'autel en bois d'ébène; le Christ et quelques orne- 
ments sont en argent. XVIII e siècle H. 1.055. 

5° Une croix d'autel en bois ; le Christ, le titre et l'emblème de 
la mort sont en argent. XVIII e siècle. II. 0.024. 

Calices. 

1° Un calice, avec patène et cuiller en argent doré, dont le 
pied circulaire repose sur une base à six lobes ciselée et garnie d'un 
pied droit orné de quatre-feuilles ajourées. 

La tige hexagone très svelte est munie d'un nœud gravé et ciselé 
orné de six boulons portant des fleurs de lis découpées. La fausse 
coupe et le pied de la tige sont ornés d'une ciselure à jour. l rc moitié 
du XV e siècle. 11. 0.233. Diam. de la base 0.16; diamètre de la 
coupe 0.11. 

Dans l'intérieur du pied , sur une plaque cachant l'ancienne 
inscription , se trouve : 

t Bidl voor de ziele va» Ch. Jo. Labbée 1S°28. 




: iotfie de Belgique tXXIi, 2 e Série, t 11 

CROIX DE PROCESSION 



' 



LÙÂ S -%fx*f&r, s3n#ers 



— 279 — 

2° Un calice, avec patène et cuiller en argent doré, dont le 
pied est octogone. La tige, le nœud et la fausse coupe sont ornés 
d'arabesques estampés. Au-dessous du pied on lit: H. D. Cours 
dono dédit S. n. A° 1750. Hauteur 0.200. Diam. de la base 
0.15. Diam. de la coupe 0.095. 

3° Un calice avec patène et cuiller en argent doré en partie. Le 
pied est octogone ; la tige et le nœud portent des tètes d'anges 
et de rinceaux ciselés et repoussés. 

La fausse coupe est ornée des quatre symboles évangéliques , 
entourés de rinceaux estampés et ciselés. XVII e siècle. Haut. 0.253. 
Diamètre de la base 0.155. Diam. de la coupe 0.092. 

4° Un calice , avec patène et cuiller en argent doré , dont le 
pied circulaire repose sur une base à six lobes ornée de fleurs 
de lis ciselées , repoussées et entourées d'une bordure de quatrc- 
feuilles ajourées. La tige et la fausse coupe sont en feuillages 
ciselés. Le nœud est garni de six boutons représentant des tètes 
d'anges ciselées et repoussées. XVII e siècle. Haut 0.2G5. Diam. 
de la base 0.175. Diam. de la coupe 0.41. 

5° Un calice avec patène et cuiller en argent doré, très-simple. 
En-dessous du pied octogone, orné d'un Christ, on lit : 

Sam altaris plebaniœ anno 1760 R. Van Herch p. H. 0.257 
Diam. du pied 0.16. Diam. de la coupe 0.10. 

6° Un calice en argent avecpatène et cuiller en argent doré. Sur 
la base octogone qui supporte un pied circulaire on lit : 

H. SAREN. A. T. — VAS SN. 0. P. N. 

1739. H. 0.265. Diam. de la baseO.155.Diam.de lacoupeO,098. 

7° Un calice en argent doré uni. La fausse coupe , le nœud et 
la base sont ciselés. Au pied de la tige se trouve un Christ en 
croix également ciselé. En-dessous du pied circulaire on lit : 
J. II. Van Bloer. 

XVIII e siècle. Haut. 0.31. Diam. de la base 0.174. Diamètre 
de la coupe 0. 107. 



— 280 — 

8° Un calice on argent doré. Le pied en cuivre doré à six lobes 
coupés porte six émaux ehamplevés entourés de rinceaux et de 
feuillages ciselés et repoussés. 

La tige hexagone est gravée et le nœud est orné de six boutons 
avec le saint nom de Jésus précédé de la croix. La fausse coupe 
garnie de six feuilles d'acanthe est richement ciselée. Autour de la 
coupe on lit : Calicem salutaris accipiam et nomen Domini 
ïnvocabo. 

La patène est ornée au centre de la ligure du suaire de sainte 
Véronique gravée. (Don fait par M. le doyen Hcinartz en 1859). 
H. 027. Diamètre de la coupe 0.107. Diam. de la base 0. 1G5. 

Burettes. 

1° Un plateau ovale en argent; la bordure est ornée de quatre 
têtes d'anges ailés, de fruits et de feuillages repoussés et ciselés. 
En-dessous on voit : 

Capitulam Dongrensis (sic) 
1652. 

Diamètre 0.56 sur 0.41. 

Durcîtes en argent repoussé et ciselé. H. 0.202, diamètre de 
la coupe 0.10. 

2° Un plateau ovale en argent dont la bordure est ondoyante de 
même que celle des burettes. 1777. 

3° Un plateau en argent avec burettes de même sans ornement 
ni inscription. 

4° Un plateau en argent avec burettes de même métal. Il n'y a 
pas d'ornements, mais l'inscription prouve qu'ils ont été donnés par 
J. II. VanBloer. 

Pyxides. 

1° Une pyxide ronde en cuivre doré. Le couvercle conique à 
charnières est orné de légères ciselures et surmonté d'un petit 



— 281 — 

anneau qui servait à suspendre la pyxide au-dessus de l'autel dans 
une bourse brodée sous un dais appelé ciboire. Fabrication 
limousine. Diam. de la base 0.051 . 

2° Une pyxide ronde en argent doré. Le couvercle est orné de 
rinceaux formant des ogives qui encadrent le buste du Sauveur, 
et ceux des douze apôtres en argent repoussé ; la fausse coupe 
est ornée d'anges adorateurs , 1861. Haut. 0.09, diamètre de la 
coupe 0.10. 

3 Deux petites pyxides en argent de forme cylindrique sur- 
montées de couvercles coniques terminés par des croix. 

La partie inférieure sert de chrismatoire. Moderne. HauteurO. 1 1 . 
Diamètre de la base 0.057. 

Ciboires *. 

1° Un ciboire en argent dont la coupe est dorée. Le pied circu- 
laire orné de feuillages supporte une tige dont le nœud est garni de 
festons et de feuillages. La fausse coupe, ciselée à jour, porte 
trois médaillons ovales entourés de rinceaux, de fleurs et de fruits 
ciselés et repoussés. Le couvercle en forme de dôme est orné de 
feuillages et surmonté d'un globe portant la croix. Moderne. 
H. 0.50. Diam. delà coupe, 0.128. Diam. de la base 0.16. 

2° Un ciboire en argent doré. La base polygone est ornée d'un 
pied droit en quatre-feuilles ajourées. Elle est garnie de pierreries 
et de ciselures représentant les quatre symboles évangéliques , la 
Cène et le Christ avec les disciples d'Emmaùs entourés de rinceaux 



' Les ciboires avaient dans les premiers temps lafurme de tours (turres.) Ces tours 
eucharistiques étaient tantôt conservées dans les sacristies ou les armarium, tantôt 
suspendues au-dessus de l'autel ; c'est là l'origine des tabernacles adhérants à l'autel. 

V. Santelli, de sacris synaxibus , c. 19. Perket, Catacombes de Rome , tom. IV, 
pi. XIX n° 4. Mabillon, Vêlera analecta , tom. 11, p. 57. Gheg. Tir. De Gloria 
marlyrum, lib. 1, c. 86. Mabillon, Disserl de aiym , c. 8. Gropper , De asserva- 
tione Eucharistiœ , p. 451. 

xxix xxil in 



— 282 — 

et de feuillages. Sur la partie supérieure de la coupe se trouvent 
les deux inscriptions: Qui ma n ducat hune panem vivetinelernum, 
et aperti sunt oculi eorum et cognoverunt eum. 

Les angles de la tige hexagone, garnis par petits contreforts 
qui séparent des émaux cbamplevés, représentent la sainte Vierge, 
saint Materne, saint Servais, saint Lambert, saint Hubert et 
saint Remacle. 

Le nœud est garni de six boutons à autant de lobes émaillés et 
ornés de pierreries et de fleurs. 

La fausse coupe est formée de feuilles d'acanthe ciselées 
repoussées et ornées de rinceaux. 

Autour de la coupe on voit : + accipite et manducate et hoc 
omnes : hoc est enïm corpus meum. 

Au milieu du couvercle bordé d'un crétage de feuilles , s'élève 
un édicule hexagone garni aux angles de contreforts et orné sur les 
six faces de portiques trilobés abritant six anges adorateurs émaillés. 
La flèche s'élève en forme de pyramide ardoisée, hérissée de crochets 
et surmontée d'un crucifix fleuronné. 1853. Haut. 0.568. Diam. 
de la base 0.175. Diam.de la coupe. 0.152. 



Chrismatoires. 

1° Un chrismatoire composé de deux vases cylindriques en 
argent doré portés sur trois boules; les couvercles sont surmontés 
de la croix. 

Sur l'un se trouve la lettre , sur l'autre la lettre G. Moderne. 
Hauteur 0.087. 

2° Un chrismatoire en argent de forme cylindrique posé verticale- 
ment. Le couvercle est surmonté d'un globe supportant la croix. 
Moderne. H. 0.224. Diamètre de la base 0.057. 



— 283 



Ostensoirs. 



1° Un ostensoir en argent dont le pied circulaire repose sur une 
base à six lobes ornée de rinceaux ciselés et de l'inscription suivante: 

f Ad gloriam Dei et honorem Sancti Materni Maria de 
Juede Dna de Werm fleri curavit anno 1597 . Orale pro ea. 

Le pied orné des armoiries de la donatrice supporte la lige 
hexagone garnie d'un nœud circulaire portant six têtes d'anges 
ailées. 

La monstrance jadis cylindrique, aujourd'hui remplacée par un 
soleil , se trouve sur une base hexagone allongée. 

Aux extrémités de cette base s'élèvent deux contreforts garnis 
de niches abritant les statuettes de saint Materne et de sainte 
Catherine. De jolis rinceaux travaillés à jour se profilent en 
accolade le long de ces contreforts privés de pinacles. 

Quatre colonnettes soutiennent un baldaquin en forme de tourelle 
à six frontons surmontés d'une pyramide crochetée à jour et couronnée 
d'une croix fleuronnée. 

Une statuette de la sainte Vierge est placée dans l'étage infé- 
rieur. La tourelle , les contreforts et les colonnettes sont du 
XV e siècle. Le pied, le nœud et les rinceaux datent de 1597. Le 
soleil , l'agneau pascal et deux anges adorateurs sont modernes. 
Hauteur 0.562. 

2° Un ostensoir en cuivre doré ; le pied polylohé est orné de fleurs, 
de fruits et de tètes d'anges ailées au repoussé; la tige annelée 
est garnie d'un nœud circulaire orné de trois têtes d'anges. 

La monstrance en forme de cylindre s'élève d'une base polylobée, 
ornée de six colonnettes supportant un baldaquin garni d'un crétage 
de feuilles et surmonté d'un édicule circulaire que termine une 
croix fleuronnée. 

Cet édicule abrite une statuette de la Vierge immaculée et. sur 



— 284 — 

les culs-de-lampe attachés aux colonnettes se trouvent les statuettes 

de la Vierge et de saint Materne . 

Au bas de cet édicule deux anges soutiennent des banderoles 

portant : 

Ecce pa?iis angelorum. 

foetus cibus viatorum. 1631. 

Hauteur 0.740. 

3o Un ostensoir en argent doré à double face. Le pied à huit 
lobes est orné de huit médaillons en argent repoussé représentant 
les quatre évangélistes, la Naissance du Christ, la Cène, le Cruci- 
fiement et la Résurrection du Sauveur. Des feuillages émaillés et îles 
grappes ciselées ornent la partie supérieure du pied qui soutient 
une tige octogone ornée de fenestrages émaillés. Le nœud 
repoussé et ciselé est garni de huit boutons émaillés portant 
± M. D. C. C. C. L. X. 

Des pampres en argent blanc s'élancent de la tige et soutiennent 
en forme de console une base cylindrique ornée d'une bande 
crénelée et des statuettes de saint Ambroise et de saint Grégoire. 

La monstrance de forme cylindrique est accostée de six contre- 
forts surmontés de pinacles et reliés entre eux par des arcs- 
boutants ajourés. Sous ces arcs sont placés les statuettes de saint 
Joseph, de saint Lambert, de saint Métropole, de saint Martin, de 
saint Marcel et de saint Florentin , en argent blanc. Dans l'inté- 
rieur du cylindre se trouvent deux anges adorateurs soutenant un 
croissant garni de diamants. 

Un dais arrondi , étoile et entouré de six frontons , couronne le 
cylindre et supporte une tourelle dans laquelle est placée une sta- 
tuette de la Vierge immaculée ; entre les contreforts de cet édicule 
apparaissent deux anges tenant des instruments de musique. La 
tourelle est dominée par une pyramide hexagone ardoisée et à 
crochets, surmontée d'un crucifix fleuronné garni de diamants. 
En-dessous du pied on lit : 



— 285 — 

M. Kusters, fabricant-orfèvre en style gothique à Liège, 1860. 
Haut. 0.742. Diam. du pied 0.113. 

Chandeliers d'autel. 

1° Deux chandeliers d'autel en argent repoussé et ciselé. Le 

pied circulaire repose sur trois lions; la tige cylindrique annelée 

est ornée de feuillages , de fleurs , de fruits et d'anges. 

Au pied on lit : 

Capitulum. Tongrense. 

fieri curavit 1644. 

Hauteur 0658. 

2° Deux autres chandeliers d'autel en argent repoussé. Ils ne 
diffèrent des précédents que par la hauteur qui est de 0.605, sans 
la pointe. 

3° Deux chandeliers d'autel en argent repoussé et ciselé. Le 
pied rond est soutenu par trois boules; la tige cylindrique annelée, 
de même que le bassin, est ornée de feuillages. 

Sur le pied droit on lit : 

Mathœus Paulus Closar , 

archidiaconalis ecclesice Tongrensls 

Deçà nus dédit an no 1718. 

Hauteur 0.740, sans la pointe. 

4° Huit autres chandeliers en argent dont le pied triangulaire 
repose sur trois pattes de lion. 

La tige annelée et le bassin sont ornés de feuillages. Acquis 
en 1844. Hauteur 0.564. 

5° Deux petits chandeliers d'autel en argent, à trois branches. 
Modernes. (1843). Hauteur 0.585. Diam. du pied 0.17. 

6° Deux girandoles à deux branches en argent repoussé et ciselé. 
XVIII e siècle. Hauteur 0.35, sans les pointes. 

7° Deux girandoles à deux brandies en argent , modernes et sans 
pointes. H. 0.27. 



— 286 - 



Encensoirs et navette. 



lo Un encensoir en argent de forme courbe. Le couvercle est 
formé d'une série d'arcs en accolade entrelacés qui encadrent de petites 
ouvertures trèflées on composées de quatre-feuilles ajourées. 11 est 
surmonté d'un édicule octogone à fenêtres géminées avec gable 
crocheté garni de bustes et terminé par un clocheton à jour. Le 
pied et la partie centrale de cet encensoir sont circulaires. 
XVI e siècle. Haut. 0.31. Long, des chaînes 0.95. 

2° Un encensoir en argent également de forme courbe. Le cou- 
vercle offre une série de petites fenêtres avec pignons à jour garnies 
de fleurons et surmontées d'un édicule octogone à fenêtres géminées 
avec pyramide à jour. 

La base et le milieu de cet encensoir sont circulaires. XVI e 
siècle. Haut. 0.315. Long, des chaînes 96. 

3° Un encensoir en argent de forme courbe. Le vase inférieur est 
orné de dessins symétriques simples. Le couvercle est surmonté 
d'un édicule octogone terminé par une pyramide ajourée. XVII e 
siècle. Haut. 0.38. Long, des chaînes 0.95. 

-4° Une navette en argent coquille avec cuiller de même métal. 
XVIII e siècle. II. 0.1 16. 

Bénitiers. 

1° Un grand bénitier d'église en argent à six faces évasées, orné 
au bas et au milieu d'un cordon mouluré et reposant sur trois 
boules : l'anse est retenue par deux tètes de lion. XVII e siècle. 
Haut. 0.262 sans l'anse. 

2° Un petit bénitier d'église en argent , à huit faces ornées de 
légères ciselures. La forme générale est celle des balustres. XVII e 
siècle. Haut. 0.11. 







ENCENSOIR 






— 287 - 
Lampes à cierges. 

1° Une lampe à cierge en argent ciselé et repoussé. Le bassin 
supérieur de forme circulaire est accosté de trois cariatides retenant 
les chaînes. Un autre plus petit est relié au premier par six 
modillons. 

Sur le bord du bassin supérieur se trouvent les armoiries de la 
donatrice * et la légende ex legato Barbara van Henis , quœ 
obiit anno 1636. Haut. 0.521. Long, des chaînes 0.89. 

2° Une lampe à cierge en argent repoussé. Le bassin supérieur 
est circulaire et garni de quatre anges dont les bras tendus retiennent 
les chaînes et dont les pieds sont posés sur le bassin inférieur orné 
de tèles d'anges et terminé par une boule retenant l'anneau. 
XVHe siècle. Haut. 0.523. Long, des chaînes 1.11. 

3° Quatre lanternes en argent, composées d'ornements (leuronnés 
et surmontées d'étoiles. Elles sont fixées sur une hampe en bois 
garni de quatre annelets en argent; moderne. Haut, totale 2.48. 
Haut de la lanterne 0.865. 

Couronnes, sceptres, chapelets. 

1° Une couronne ouverte, en argent doré, appartenant à la 
statue miraculeuse de la sainte Vierge. Le bandeau est orné de 
roses, de feuillages et de tètes d'anges en cuivre argenté et sur- 
monté d'ornements fleuronnés à jour, terminés par des lis, des 
feuillages et des boules. Une belle bague garnie de diamants orne 
celte couronne. A l'intérieur se trouve l'inscription suivante : 

D. Hermanus Hustin Decanus 

D. Leonardus Paludanus canonicus 

D. Egidius Vaes eapellanus 



* La famille van Henis porte : d'argent aux trois chevrons (le sable accompagnés de 
deux éludes en lïlief de même. 



— 28S — 

II. Lambertus Hubrechts sub-plebanus 

Henricus Honthem 

Jan Menten secretarius 

Arnoldus Peœ consul 

Joannes G a en Doclor 

Willem Huysmans knaep van onse L. V. B. 

B r Arnold Schaetzen Rentm? 

van onse L. vrouive broderscap.. 

Fin do XVIIe siècle. Haut. 0.22. Diam. de la base 0.1G. Diam. 
du couronnement 0.27. 

2o Une couronne ouverte, en argent doré, composée d'ornements 
fleuronnés surmontés d'étoiles garnies de perles en cristal. Elle fut 
donnée par les élèves du collège de St. -Servais à Liège en 1810. 
Haut. 0.175. Diam. de la base 0.142, du couronnement 0.265. 

3° Une couronne ouverte en argent ornée de festons, de (leurs 
de lis et d'étoiles garnies de pierreries : cette couronne appartient 
à la statue de la sainte Vierge. Sur une banderolle on lit : DIVa , 
peCCatorVM, aVXILIatrIX. (1789). Haut. 0.195. Diam.de 
la base 0.15. Diam. du couronnement 0,28. 

4° Une couronne ouverte, en argent. Cette couronne appartient 
à la statue de la sainte Vierge et est ornée de (leurs, de feuillages 
et de pierreries. Don de -Mme CI. 1852. Haut. 0.14. Diam. 
de la base 0. 10. Diam. du couronnement 0.29. 

5° Une couronne en argent composée d'ornements fleuronnés 
el surmontée d'une petite boule portant une croix moderne. Haut. 
0.34. Diam. de la base 0.15. 

6° Une couronne en argent doré composée d'une triple bande 
d'ornements surmontés d'un globe portant une croix garnie de 
diamants. Cette couronne appartient à la statue de l'enfant Jésus; 
moderne. Don de M™ CI. Haut. 0.31. Diam. de la base 0.095. 

7" Tue couronne en argent ornée de soleils et de fleurs de lis. 



— 289 — 

Celte couronne, surmontée d'un globe doré et d'une croix, appartient 
comme les deux suivantes à la statue de l'enfant Jésus ; moderne. 
Haut. 0.20. Diam. de la base 0.09. 

8o Une couronne en argent composée d'ornements ajourés et 
surmontés d'une boule portant une croix fleurdelisée ; moderne. 
Haut. 0.17. Diam. de la base 0.085. 

9° Une couronne en argent composée comme la précédente 
d'ornements fleuron nés et terminée par la croix supportée par un 
globe doré; moderne. Haut. 0.22. Diam. de la base 0.085. 

10° Un sceptre en argent doré appartenant à la statue de la 
sainte Vierge. La tige annelée et garnie d'ornements ciselés et 
repousses est terminée par une fleur de lis couronnée. XVII e siècle. 
Haut. 0.51. 

11° Un sceptre en argent doré, orné d'annelets ciselés et 
repoussés. 11 est terminé par une étoile couronnée et surmontée 
d'une fleur de lis. XVIHe siècle. Haut. 0.50. 

12° Un sceptre en argent dont la tige est surmontée d'une fleur 
de lis. Moderne. Haut. 0.425. 

13° Un sceptre en argent surmonté d'une fleur de lis; ce 
sceptre appartient à la statue de sainte Anne. Moderne. Hauteur. 
0.20. 

14° Deux globes en argent surmontés d'une croix. Moderne. 

15° Une tige ornée de fleurs de lis en argent. Moderne. Haut. 
0.522. 

10° Une id. appartenant à la statue saint Joseph. Moderne. 
Haut. 0.37. 

17° Une vingtaine d'ex-votos en argent, de grandeur et de 
formes diverses, offerts à la statue miraculeuse de Notre-Dame. 
Modernes. 

18° Un chapelet en argent appartenant à la statue de la sainte 
Vierge. Les 90 grains en argent qui le composent offrent de 



— 290 — 

légers filigranes dessinant des fenestrages ajourés. Les dix grains- 
dizaines en argent doré présentent à peu près les mêmes dessins 
que les grains ordinaires, mais sont d'une dimension plus forte. 
Un seul de ces grains est à charnière el mesure 0.1 05 de diam. 
Un autre est de forme conique et dessine des fenestrages gothiques 
ajourés. La longueur totale de ce chapelet est de 1.79 sans la 
médaille en vermeil qui se trouve attachée au bas de la croix. 
Cette médaille représente à V avers les écussons des 13 cantons 
suisses attachés à une bande que tient une main placée au centre. 
Au revers une croix ciselée en relief portant : Si Deus nobiscum 
quis contra nos el les écussons des cantons de saint Gall (répé- 
tés) Wallis , . Drihunt , Mulhouse, Botweil et Biel. XVIfe siècle. 
Diam. 0.08. 

Deux autres médailles sont attachées à ce chapelet; la première 
est une médaille obsidionale en argent doré présentant à l'avers le 
panorama du siège d'Elfsborg, avec l'exergue : Elfsburgum. ob- 
session fortiter. a.\. may. expugnatum. féliciter XXIII. ejusd. 
a. 1612 l . Lt au revers : un cavalier au galop tourné vers la 
droite, l'épée élevée, avec l'exergue, imp. victor. Chrisliano ////.: 
C: rex. Dani: non: vand. et goto: Diam. 0.052. 

La seconde médaille aussi en argent doré présente à l'avers, 
l'Adoration des rois-mages ciselé au trait et la suscription : Magi 
ab orientent accesserunt puero soluta dicentes vir est. Math. 11. 
Au revers: l'Adoration des bergers avec la suscription: natus est 
nobis Salvator qui est Christus Dominus. Luc 11. XVII e siècle. 
Diam. 0.04-9. On remarque en outre : 

a. Un médaillon en argent, en forme de losange entouré d'un 
bourrelet tordu doré et orné de quatre fleurs de lis. 

1 « Gliristiaen IV i ir>80-ltU8) alla mettre le siège devant Elfsborg qui capitula après 
» une vive résistance. Les Danois trouvèrent dans le port six vaisseaux de guerre, de 
» l'artillerie et des munitions. » 

V. Eyriks, flisi. du Danemark , \> 257. 



- 291 — 

Il présente d'un côté la figure de la sainte Trinité, de sainte 
Anne et de la sainte Vierge. De l'autre : le St-Sacrifice de la 
messe offert par un pape couronné de la tiare. Ces deux sujets 
sont ciselés au trait. Diam. 0.047. XVI e siècle. 

b. Un médaillon en argent de forme ovale représentant d'un 
côté le Christ et la Samaritaine, de l'autre le Christ rendant la 
vue à un aveugle. XVII e siècle. 

Enfin une médaille en argent orné d'une bordure torse en argent 
doré. Cette médaille représente sainte Barbe et la Vierge imma- 
culée. Diam. 0.05. 

19° Le chapelet de l'enfant Jésus , également en argent, ne 
mesure que 0.97 de longueur. Les grains sont simples et les 
grains-dizaines semblables aux grains ordinaires du chapelet de la 
Vierge. 

Deux médailles en argent y sont attachées, l'une représente 
N.-D. de Montaigu , l'autre saint Hubert et le Christ en croix. 

La médaille qui termine ce petit chapelet est en argent et 
présente gravé d'un côté la Vierge des douleurs , de l'autre la 
Vierge immaculée. 

20° Un chapelet de cinq décades appartenant à la statue de sainte 
Anne. Les grains ordinaires sont en cristal de roche; les dizaines 
en argent de forme conique présentent de légers dessins en filigrane. 

Une foule d'ex-votos, de croix, de reliquaires, de médailles, etc. 
sont attachés à ce chapelet. 

Parmi ces dernières se trouve une médaille semblable à celle 
attachée au chapelet de la sainte Vierge et qui représente l'Adora- 
tion des rois mages avec le millésime 1549. 

Un autre médaillon en forme de losange est entouré par un 
bourrelet tordu et doré, et terminé aux angles par quatre fleurs 
de lis. Il représente d'un côté le Christ au roseau, de l'autre 
côté sainte Anne, la sainte Vierge et l'enfant Jésus; gravure du 
XV e siècle. 



- 292 — 

-M" Un chapelet avec grains en argent appartenant à la statue 
de saint Antoine. 

Une médaille circulaire représente la sainte Vierge et saint 
Jean-Baptiste ; une autre en forme de losange : le pape officiant 
et la Résurrection du Christ. 

Un lis en argent portant une figure de sainte Vierge avec la 
suscription R. L. 0. (Revu lelie onbesmet) est suspendu au bas 
de ce chapelet '. 

22 u Un chapelet en argent appartenant à la statue de la sainte 
Vierge. 

Les grains circulaires et unis n'offrent rien de remarquable. 
Long. 2 mètres. 

Dinanderies , chandeliers, lutrin, girandoles. 

De tout l'ancien ameublement la basilique de Tongres, il ne 
reste plus que quelques beaux ouvrages en cuivre , sortis des cé- 
lèbres ateliers des Copères 2 de Dinant si florissants avant la 
terrible vengeance de l'implacable Philippe de Bourgogne, en 
1466 s. 

« Les produits en sont dispersés dans les églises et les collcc- 

• lions de toute l'Europe ; mais il en est peu d'aussi remarquables 
» que ceux de notre église, à la fois pour l'élégance de la forme 

• et pour le volume 4 . 



1 Ce lis faisait partie du la duc «ration que portaient les membres de la chambre 
de rhétorique de Tongres, appelée le lis blanc et dont la devise était Ib'ijn lelie 
onbesmet. 

* Abréviation de coperslager ou de cuperes (cuprum, cuivre). 

3 Mémoires de Jacques de Gleroq, édition Reiffenbekg , liv. V. chapitre O v 2. 
/. de Henin [mémoires de) édit. de ReiffenberG. — Histoires des ducs île Bourgogne , 
vol. VI, page -146. — De Gehlaciik , Histoire de Liège, p. 15 , etc. — Gachahd, Coll. 
i/.' documents inédits concernant l'histoire de lu Belgique, vol. Il, p. 197. — Le Grand 
ht-, lin ilandt, Annules de l'Académie d'un h. de Belgique XXI, -■ série, tome I, p. 616 

1 Voir Bulletin scient, du Limbourg , tome I, page 18. 




CHANDELIER PASCAL. 






- 293 — 

C'est d'abord un chandelier pascal à pied circulaire reposant sur 
une base octogone j ornée d'une bande en quatre-feuillcs ajourées 
et supportée par trois lions ; sur la base inférieure en biais et 
séparée de la première par un pied droit on lit : 

-j- Jehans * Joses * de * Dînant * me fiste * lan * de gras * 
M * CGC * LA' * et * XII. 

Au milieu de cette base s'élève la tige ornée d'un triple annelet 
mouluré, elle a la forme d'un fût de colonne dont la base octogone 
est ornée d'une suite d'arcades trilobées à jour et dont le chapi- 
teau, décoré de glands et de feuilles de chêne, se profile en hexa- 
gone encadré dans un cercle et soutient le bassin muni de sa pointe 2 . 

Ce fût était jadis orné d'un lutrin à jour où l'on plaçait le livre 
pendant que le diacre chantait VExultet et de six branches en 
forme de girandoles qui garnissent aujourd'hui l'abside du chœurs. 
Elles offrent deux modèles très-distincts , l'un très-simple forme 
des branches à cierge ornées de crochets et surmontées d'un 
bassin rond crénelé. 

L'autre, plus orné déjà, présente deux girandoles travaillées à 
jour, ornées d'écussons et également munies d'un bassin rond 
crénelé 4; au reste toutes nous montrent « comment avec rien, 
» pour ainsi dire, les ouvriers des bonnes époques agençaient un 

• meuble , dont le dessin mieux que la description rendra la 

• grâce et la fantaisie. » 

' Celte large base mesure 2 m. 20 de tour. 

a Hauteur du chandelier, 2.595 m , sans la pointe. 

5 Nous faisons des vœux pour que bientôt ce superbe chandelier soit rétabli dans sa 
forme primitive. In pascka domini débet (prepositus) ponere super magnum candela- 
brum inler chorum et cancelliim unum magnum cereum qui débet habere. viginti 

libras cere inter candelam superioiem et inferiorem et V. Slatuta eccles. 

Tungr.,în\ I, verso n° 3, du catalogue des arcnivesde l'église. 1601, vetusta corona 
de cupro quœ ohm pendebat in choro ante magnum candelabvum vendita est libra 
ad 7 st. pro 36 florenos. 

V. Arch. de l'Église. Registre N° 10 du catalogue, fol. 331. 

4 Une girandole semblable se trouve dans les cloîtres de la cathédrale de Liège. 
M. Philips, lampiste à Liège, a cru devoir modifier la forme du bassin. 



— 294 — 

Quatre chandeliers d'élévation 1 de formes simples et semblables 
sont probablement aussi l'œuvre de Jehan Joses. 

Un fut cylindrique décoré d'un quadruple annelet et surmonté 
d'un élégant chapiteau qui soutient un large bassin rond garni 
d'une pointe, s'élève sur une base supportée par quatre pattes de 
lion reposant sur un cercle. Haut. 1.36. 

Le lutrin qui se trouve au milieu du chœur est du même artiste. 
Sur une base triangulaire , dont le pied droit en quatre-feuilles 
ajourées inscrites dans un cercle est soutenu par trois lions, s'élève 
une espèce de fût triangulaire orné de fenestrages ajourés , coupés 
par une bande de quatre-feuilles ajourées, et terminés par des gables 
crochetés et fleuronnés. Trois petits monstres sont assis sur cette 
base 2 . La tourelle est flanquée, à ses trois angles, de contreforts 
recevant l'extrémité supérieure des arcs-boutants qui se projettent 
de trois pinacles détachés dont les bases reposent sur la pointe 
du pied; sur le sommet de cette tourelle ornée de moulures et de 
quatre-feuilles inscrits dans un cercle , on lit : 

-j- HOC * OPUS * FEC1T * IOHANES * DCS 5 * IOSES * DE * DYONANTO * . 

Trois autres petits monstres sont assis sur le sommet que cou- 
ronne un globe, soutenant un aigle qui tient entre ses serres un 
dragon renversé , symbole du paganisme vaincu par la foi. 



* Ces chandeliers ont reçu ce nom parce que, placés de chaque coté de l'autel, ils 
portaient des cierges qu'on allumait avant l'élévation et qu'on éteignait après la com- 
munion. 

* Nous nous permettons d'appeler l'attention des archéologues sur le lutrin el les 
deux girandoles en cuivre jaune conservés dans l'église de Freeren (Limhourg). 

3 Mis pour diclus. 

* D'après un ancien registre intitulé : Veritas ab aiino 158,'i , N° 19 du catalogue, 
Jean de Uinant avait fondé dans l'église de N.-U. de Tongres un anniversaire qui 
devait y être célébré le 1 3 novembre de chaque année ; il avait affecté à l'exonération 
de ce service deux bonniers de terre sis à S'heeren-Elderen. Ce Jehan Joses de Dinant 
appartenait sans doute à la même famille que Jean Joset qui fut un des trois députés 
du bon métier de la batterie de Dinant, envoyés le 13 novembre 1 i(î. r > au prince- 
évèque Louis de Bourbon. 

Nous voyons encore figurer un Jehan Joset de Dinant dans un acte du 20 février 
1566. V. Annales de la Société d'archéologie de Namur, tome 3, p. 75. 




ii:^*Sï&à 




" : "m ■ ' Cil Séne.t.II. 

LUTRIN - AIGLE 



H I.'âcKeek Av 




Girandole ornée 



Girandole simple. 



(Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, t. XXII, §« série, t. II). 



— 295 — 

De ses ailes éployées il soutient les extrémités de l'arête desti- 
née à retenir l'évangéliaire composée de deux salamandres qui se 
mordent mutuellement la queue *. Hauteur 1.90 centimètres de 
chaque côté du pied. Largeur distance entre les lions 0.77. 

ORNEMENTS SACERDOTAUX. 

I. — Chapes. 

Avant de décrire d'une manière succincte les nombreuses chapes 
que possède l'église de Notre-Dame , il ne sera pas inutile de dire 
quelques mots de l'origine ainsi que des changements que les 
idées, les habitudes et les lois ecclésiastiques ont apportés dans 
ce vêtement que la religion seule a conservé jusqu'à ce jour. 

Le mot chape (du latin capa) a toujours signifié un vêtement de 
dessus. Ce vêtement dans les premiers siècles était commun aux 
deux sexes , au prêtre comme au laïque , au noble comme au 
manant. On l'appelait aussi vestis pluvialis , pluvial , car on 
s'en servait spécialement pour se garantir des intempéries de l'air. 
Le chaperon , qui d'abord forma un capuchon , perdit sa forme 
primitive. Dans la suite les chapes elles-mêmes, au lieu de former 
un habillement simple, furent décorées d'orfrois , ornés de brode- 
ries, de pierreries, d'or et d'argent. 

Ce luxe alla si loin que le concile de Metz, tenu en 888, vou- 
lant mettre un frein à cet esprit qui avait aussi gagné les prêtres, 
défendit l'usage des chapes aux gens d'église ; mais celte défense 
ne fut jamais rigoureusement observée. 

Plus lard s'introduisit l'usage de porter des chapes à manches ; 
mais sous cette nouvelle forme le vêtement , à ce qu'il parait , 
présentait un caractère trop négligé ; le concile de Latran défendit 
aux clercs et aux laïques d'en porter pour assister à l'office divin. 

1 M. Philips, lampiste à Liège, a reproduit ces belles dinanderies , en omettant 
toutefois de rappeler sur ses copies les originaux de Tongres. 



— 296 — 

Cette défense toutefois fut levée plus lard et par suite la chape 
rouge fut réservée au pape, la violette aux cardinaux et aux 
évêques et la blanche aux nouveaux baptisés. 

De nos jours le mot chape ne s'applique plus qu'à ce vêtement 
d'église s'étendant des épaules aux talons, s'agrafant sur la poi- 
trine et dont le prêtre ne se revêt qu'en certaines circonstances 
exceptionnelles '. 

Les couleurs en sont variées et s'emploient indifféremment par 
les prélats et par les simples prêtres. 

Tout évêque devait après son ordination offrir à l'église métro- 
politaine une cape 'professionnelle. 

Le prince-évêque de Liège devait en offrir une au chapitre de 
St-Lambert ; cet usage s'étendit aux prévôts des églises collégiales: 
Conrad Thibaut , chevalier de Cavres de Peer, prévôt de Tongres, 
fut le premier qui introduisit cet usage dans la principauté de Liège. 

Cette circonstance explique la possession de plusieurs chapes 
dont les armoiries attestent du reste l'origine. 

Les prévôts de Tongres pouvaient se libérer de l'obligation de 
donner une chape , en payant un droit fixe de 150 écus d'or 
affectés à l'achat et à l'entretien des ornements sacerdotaux. 

Voici l'énuméralion des principales chapes conservées à l'église 
de Notre-Dame à Tongres : 

1° Une chape en peluche noire unie galonnée et frangée d'or; 
le chaperon en broderie au passé représente la sainte Vierge 
allaitant l'enfant Jésus entouré d'une auréole d'or au milieu de 
laquelle voltigent des anges réappliqués: ce sujet de forme circu- 
laire est encadrée par une bordure chargée d'anges, de vases et 
de fleurs en broderie réappliquée. Les orfrois également en bro- 
derie au passé figurent diverses scènes de la vie de la sainte Vierge 
dans une série de médaillons circulaires qui se détachent sur un 

1 En Orient la chape serl île chasuble pour la célébration de la messe 



- 297 — 

fond de feuillage et de fleurs; le dessin uniforme, en broderie 
réappliquée, nous semble appartenir à la dernière époque des 
broderies d'Arras. 

Sur l'orfroi gauche de cetle remarquable chape se trouvent 
figurées la présentation de la sainte Vierge au temple par sainte 
Anne et saint Joachim (la sainte Vierge monte les quinze degrés 
mystiques du temple) , la rencontre de Joachim et d'Anne à la porte 
d'or 1 et la Circoncision de l'enfant Jésus; sur l'orfroi droit l'annon 
dation de la sainte Vierge , la Visitation de sainte Elisabeth et la 
naissance de Marie, mère du Sauveur. XVI e siècle. Haut, du 
chaperon 0.51. Larg. 0.53. Larg. des orfrois 0.33. 

La bille , d'argent en partie doré , porte au centre sur un fond 
jadis recouvert d'émail translucide, une statuette de la madone 
debout, entourée d'anges adorateurs; les huit lobes qui l'entourent 
représentent les bustes , en émail translucide , du Christ et de sept 
apôtres. XV e siècle. Diam. 0.15. 

2° Une chape en drap d'or moderne dont les broderies appar- 
tiennent à la dernière moitié du XVI e siècle et sont d'un éclat ex- 
traordinaire. Sur l'orfroi gauche sont figurés deux rois mages, la 
présentation de l'enfant Jésus au temple, saint Augustin et saint 
Ambroise; sur l'orfroi droit saint Pierre et saint Paul, deux saintes 
femmes et l'Annonciation de la sainte Vierge. 

Le chaperon en broderie au long point représente l'entrée du 
Sauveur à Jérusalem. Cette scène forme un groupe de sept figures. 
Tous ces sujets restaurés et réappliqués proviennent de l'église de 
Martelange (Luxembourg). Haut, du chaperon 0.50; larg. 0.487. 
Larg. des orfrois 0.24. 

La bille, d'argent en partie doré, est de forme circulaire et 
ornée au centre d'une statuette de la Vierge immaculée debout 



1 Cette scène n'est pas représentée de la manière que les livres saints l'exigent : 
« Coiiceptam esse beatam Virginem ex osculo , est fabulosum et obscurum » dit 
Molanus dans son livre de picturis et imaginibus sacris. Cliap. LXX1I, fui 132. 
XXIX XXII 19 



298 



sur un écusson représentant les armoiries du donateur. Fin du 
XVIIe siècle. Diam. 0.125. 

3° Une chape en soie damassée noire moderne. Sur le 
chaperon se trouve le Calvaire , brodé au long point et réapplique 
sur un fond d'or et d'azur. L'orfroi de gauche représente saint 
Augustin, saint Grégoire et sainte Monique; celui de droite saint 
Ambroise, saint Jérôme et sainte Hélène. Toutes ces figurines sont 
brodées au long point et reportées sur un fond d'or mêlé d'azur et 
de pourpre représentant un intérieur de temple. Nous pourrions 
ajouter que ces broderies ont subi une restauration trop soignée et 
que les couleurs sont en général trop éclatantes. Fin du XVI e 
siècle. 

Au lieu de bille , il y a une broderie représentant l'ancien sceau 
de la ville de Tongres portant en exergue : ecclesia collegiala 
B. Mar. Virg. Tungris. Haut, du chaperon 0.49. Larg. 0.45. 
Larg. des orfrois 0.27. 

4° Une chape en velours vert frangé et galonné d'or, parsemé 
de paillettes d'or et orné d'arabesques brodées en cordonnets d'or 
d'un dessin uniforme et symétrique ; le chaperon est garni d'un 
médaillon circulaire représentant, travaillée en fine broderie, la 
figure de saint Materne premier évoque de Tongres. Les orfrois en 
or natté brodés en haut relief et exécutés dans les formes lourdes 
de la Renaissance. Haut, du chaperon 0.552; larg. 0.513. 
Larg. des orfrois 0.252. 

La bille en vermeil est circulaire : un bord orné de feuillages 
en argent encadre la statuette de la madone debout et entourée, 
d'anges se détachant jadis sur un fond en émail translucide. 
XVIIe siècle. Diam. 0.17. 

5° Une chape semblable à la précédente : même bille. Le sujet 
du chaperon représente la sainte Vierge. 

0° Une chape en peluche satinée noire galonnée et frangée 
d'or sans ornements. XVII e siècle. 



— 299 — 

7° Une chape noire identique à la précédente. 

8° Une chape en velours d'Utrecht vert galonné d'or , sans 
franges, ni armoiries, ni ornements. XVII e siècle. 

9° Une chape en velours violet galonné et frangé d'argent dont 
le chaperon et les orfrois sont ornés d'arabesques fleuries, brodées 
en argent. Cette broderie dénote une œuvre de patience; les spi- 
rales les plus curieuses se mêlent aux enchevêtrures les plus 
compliquées ; le dessin du chaperon et des orfrois est uniforme 
et se trouve reproduit trois fois de chaque côté. Au bas des orfrois 
on remarque les armoiries du donateur Barthélémy Stravius, proto- 
notaire apostolique et pléban de Tongres. Aucun sujet historié ne 
se trouve sur cette chape du XVII e siècle. Haut, du chaperon 0.55, 
larg. 0.48, larg. des orfrois 0.37. 

La bille en argent de forme circulaire est ornée au centre de la 
statuette delà Vierge, debout, et entourée d'un bourrelet mouluré 
et chargé de mascarons dorés. XVIIe siècle. Diam. 0.12. 

10° Une chape en velours rouge avec paillettes et broderies en . 
or; les orfrois et le chaperon sont chargés de broderies d'or 
natté en haut relief sur fond rouge et or. Au milieu du chaperon 
se trouvent les armoiries du donateur, Libert Loefts doyen du 
chapitre de Tongres '. XVIIe siècle. Haut, du chaperon 0.551 ; 
larg. 0.54 ; larg. des orfrois 0.282. 

La bille d'argent doré a la forme d'un quatre-feuilles coupé ; 
au centre, sur un fond chargé de niellures , se trouve une statuette 
de la Vierge debout sous un dais gothique, orné de trois frontons 
ajourés, flanqués jadis de pinacles et terminé par une tourelle 
hexagone ardoisée. Deux contreforts surmontés jadis de clochetons 
s'appuyent sur la base , encadrent la statuette et soutiennent la 
tourelle. Les lobes et contre-lobes latéraux sont ornés à gauche, 
de la figure du chanoine donateur, à genoux, entouré de fleurs et 

1 D'azur au chevron d'argent, accompagné de trois gerbes d'or posées deux en chef 
et une en pointe. 



— 300 — 

portant une banderolle avec les mots Miserere mei, à droite d'un 
aigle et d'une figure d'ange soutenant un écusson armorié * recou- 
vert d'émail translucide. Sur le bord de la bille , on voit entourée 
de niellures l'inscription suivante : Ave. Gracia plena — Joes. 
Cleinjas. can. Fin du XIV e siècle. Diam. 0.165. 

11° Une chape en velours rouge brochée et frisée en or. Le 
chaperon et les orfrois brodés d'or en haut relief sur fond d'argent 
sont d'une grande richesse et représentent des vases, des fleurs, 
des feuillages et d'autres dessins analogues. Le chaperon est orné 
d'arabesques au milieu desquelles se trouvent les armoiries du 
donateur Arnold Voels, doyen du chapitre de Tongres 2 . Fin du 
XV1I° siècle. Haut, du chaperon 0.561 , larg. 0.53, larg. des 
orfrois 0.34. 

La bille d'argent en partie doré forme un quatre-feuilles au 
cjntre duquel se trouve, sur un fond parsemé d'étoiles, une sta- 
tuette de la madone debout sous un dais gothique orné de frontons, 
de pinacles et de contreforts ; les lobes latéraux sont ornés, à 
gauche, de la figure du chanoine donateur agenouillé, adroite 
d'un écusson armorié 3 gravé et recouvert d'émail. Le bord forme 
une moulure ornée de Heurs en argent blanc et d'une torsade 
enrichie d'émail translucide. XV e siècle, diam. 0.165. 

12° Une chape en satin blanc frangé et galonné d'or; les orfrois 

et le chaperon sont en brocart ; au milieu de celui-ci se trouvent 

les armoiries du donateur Jean Erasme Larmoyer, chanoine de 

Tongres 4 . XVIII e siècle. 

13° Une chape en satin vert galonné et frangé d'or; elle est 

recouverte de sarments et d'arabesques brodées en fils d'or et 

1 D'argent à la fasce d'oi' accompagnée de douze pièces de vair rangées trois en chef 
el neuf en pointe, quatre, trois et deux, au franc canton d'argent 

* De sable au chevron d'or accompagné de trois pieds d'homme coupés de même 
dont relui au point senestre de l'écu est contourné. 

5 D'azur à la fasce d'or accompagnée de sept vairs d'argent rangés deux en chef et 
cinq en pointe , trois et deux ; au franc canton d'argent chargé d'un lion de sable. 

* D'azur au [ion d'argent portant dans la dcxlre un marteau couronné d'or. 




BILLE DE CHAPE 



— 301 — 

d'argent dont le dessin uniforme et symétrique produit un sin- 
gulier effet. Au milieu du chaperon se voient les armoiries du 
donateur Mathieu Paul Closar, doyen du chapitre de Tongres *. 
Commencement du XVIII e siècle. 

La bille, d'argent en partie doré, est orné d'une statuette de la 
madone debout , placée au centre et entourée d'anges se détachant 
sur un fond d'émail translucide; les huit lobes autour représentent 
les bustes du Christ et de sept apôlres gravés et recouverts d'émail 
translucide. XVe siècle. Diam. 0.15. 

U° Une chape galonnée et frangée d'or dont la broderie en haut 
relief a été réappliquée sur du satin blanc moderne. Le chaperon 
brodé d'or natté sur fond d'argent est orné au centre des armoiries 
du donateur Jean René de Neufcourt , chanoine de St.-Lambert 
et prévôt de Tongres 2 . Les orfrois de même que le chaperon 
représentent des fleurs évidées et des sarments en broderie d'or 
natté en haut relief. Cette chape très-riche appartient au com- 
mencement du XVIIIe siècle. Haut, du chaperon 0.56; larg. 0.251 . 
Larg. des orfrois 0.33. 

La bille en argent doré est de forme circulaire et ornée d'un 
double bord parsemé de fleurs et de feuillages en argent blanc 
placés dans un creux entre deux torsades ; au centre se trouve 
une statuette figurant la Vierge debout sur les nuages sous un 
dais gothique et entourée d'anges portant des encensoirs ; le centre 
de cette bille appartenant au XVe siècle , nous parait avoir été 
restauré à la fin du XVIR Diam. 0.195. 

15° Une chape en drap d'argent moderne parsemé de fleurs et 
de fruits, frangé et galonné d'or. Sur le chaperon se trouvent 
les armoiries du donateur François comte de Hinnisdael , cha- 

• Parti d'argent à une rose de gueules entre deux cœurs de même posés en pal , 
parti d'or à la herse au naturel. 

Burelé d'argent et de sable de huit pièces chargées d'un écusson d'or au sautoir de 
gueules accompagné de quatre merlettes de sable. 



— 302 — 

nome de SU -Lambert et prévôt de Tongres ». XVIII e siècle. 

La bille en argent doré de forme circulaire est ornée de treize 
ligures, ciselées en haut relief qui représentent saint Pierre 
défendant son maître et blessant Malchus serviteur du grand 
prêtre. Fin du XVI e siècle. Diam. 0.13. 

16° Une chape en velours rouge galonné et frangé d'or. Au 
milieu du chaperon sont appliquées les armoiries du donateur 
Henri Walthère Van Beul, chanoine de Tongres. Commencement 
du XVIII e siècle. Cette chape n'a point de bille; une petite bande 
de la même étoffe que le fond rattache les deux orfrois à la hauteur 
de la poitrine. 

17° Une chape semblable avec les mêmes armoiries. 

18° Une chape en drap d'or moderne parsemé de fleurs rouges 
et vertes garni de galons et de franges en or : au milieu du 
chaperon se trouvent les armoiries du donateur Walrame Michel 
comte de Borchgrave, chanoine de St. -Lambert et prévôt de N.-D. 
de Tongres. Fin du XVIII e siècle. 

La bille d'argent en partie doré est circulaire et ornée d'une 
représentation du Christ portant la croix : composition de treize 
figures ciselées en haut relief. Fin du XVI e siècle. Diam. 0.13. 

19° Une chape en salin rouge pâle, galonné et frangé d'or. 
Au milieu du chaperon se trouvent les armoiries du donateur 
Nicolas-Adam de Palmer , chanoine de la collégiale d'Augsbourg 
et doyen de Tongres 2 . XVIII e siècle. 

20° Une chape en soie damassée violette. Cette chape , acquise 
il y a peu d'années, reproduit les dessins de ces nombreux orne- 
ments sacerdotaux qu'on rencontre dans la plupart de nos églises 
et dont la bizarrerie des couleurs ne le cède en rien à l'originalité 
des emblèmes. 

1 De sable au chef d'argent , chargé de trois merlettes de sable. 

5 Parti au premier et au quatrième d'or à la fasce crénelée de gueules, au second 
et au troisième de gueules à trois losanges d'or : l'écu a pour timbre un casque d'argent 
el pour cimier un vol d'or et de gueules chargé de même que l'écu. 



— 303 — 

La bille d'argent en partie doré est de forme circulaire et ornée 
d'une statuette de la Vierge immaculée debout et couronnée par 
deux anges. Fin du XVIÏe siècle. Diam. 0.17. 

21° Une chape en damas violet avec galons d'or ; le chaperon 
seul est garni de franges d'or. 

22° Une chape semblable à la précédente. 

23° Une chape en peluche noire avec galons d'or sans orne- 
ments ni armoiries. 

II. Chasubles. 

1° Une chasuble en satin rouge dont la croix est ornée de bro- 
deries au petit point , réappliquées sur or et soie verte. Ces bro- 
deries quoique coupées forment encore de gracieuses arabesques. 
De chaque côté de la croix se trouve l'écusson des de la Marck. 

Le vélum du calice est orné d'une petite broderie représentant 
l'enfant Jésus entouré de nuages. 

2° Un ornement complet en brocart de velours rouge et or. 
La scène du médaillon central représente le Christ attaché à l'arbre 
de la croix entre la sainte Vierge , saint Jean et les représentants 
de l'humanité régénérée. Aux extrémités de la traverse se trouvent 
deux adorateurs et, au bas, les figures bibliques du sacrifice d'Abra- 
ham et du serpent d'airain. Sur la colonne sont brodées l'Annon- 
ciation de la sainte Vierge , la Visitation et la Naissance du Sau- 
veur. Le vélum en satin rouge ornée de broderies en or porte les 
armoiries de la famille Voets. Les orfrois de la dalmalique et de la 
tunique sont ornés de nombreuses figures de saints , parmi lesquels 
on distingue les quatre évangelistes , saint Pierre, saint Mathias , 
saint Laurent , sainte Claire , saint Philippe, sainte Marie-Made- 
leine , saint Judas , saint Paul , sainte Alénie, saint Grégoire , 
saint Augustin et sainte Catherine. XVI e siècle. Larg. des orfrois 
de la chasuble 0.21. Larg. des orfrois de la dalmatique et de la 
tunique 0.12. 

3° Un ornement complet composé de trois pièces en brocart de 



— 304 — 

velours vert et or. La chasuble offre au centre de la croix une 
grande scène du crucifiement ; au-dessus de la tète du Christ ap- 
paraît le Père éternel , bénissant et couronné d'une tiare. Au 
pied de la croix se trouve le groupe des saintes femmes en pleurs 
et trois anges recueillant dans des calices d'or le sang qui jaillit 
des plaies du Sauveur. Sous cette scène , reproduite avec beau- 
coup de talent , on voit représenté le Christ portant la croix. 

Sur la colonne on remarque les images de la sainte Vierge , 
de Jésus et de saint Joseph, se détachant sur un fond en conduire. 

Chaque dalmatique est ornée de onze figures de saints et de 
saintes fortement endommagées ; on reconnaît cependant saint 
Pierre, saint Paul, saint Jean, saint André, sainte Barbe, sainte 
Catherine, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint 
Grégoire. 

Tous ces sujets ont été restaurés et réappliqués. Fin du XV e 
siècle. Larg. des orfrois de la chasuble 0.187. Largeur des 
orfrois de la dalmatique et de la tunique 0.11. 

•4° Un ornement en velours rouge composé de chasuble , dalma- 
tique et tunique avec orfrois brodés et réappliqués. 

Le sujet principal de la chasuble, en forme de qualre-feuilles 
coupées, représente la mort de la sainte Vierge brodée au long- 
point C'est un travail très-remarquable, composé de douze iîgures. 
A côté de celte scène que surmonte la figure de la sainte Trinité, 
se trouvent (Jeux personnages qui nous paraissent représenter la 
Palestine. Plus bas sont brodées les figures accouplées de saint 
Pierre et de sainte Marie-Madeleine, de saint Paul et de sainte 
Catherine. 

Il est regrettable qu'une main vandale ait enlevé la partie infé- 
rieure de ce dernier groupe pour mettre la chasuble au niveau des 
goûts modernes. Sur la colonne se trouvent représentés saint 
Jacques et sainte Ursule, saint André et sainte Geneviève. 

Les orfrois de la dalmatique et de la tunique portent les figures 



— 305 — 

suivantes toutes brodées au long point: saint Paul, la sainte Vierge, 
saint Aubin, saint Judas, sainte Marthe, saint Georges, saint 
Pierre, saint Jean l'Evangéliste , saint François , sainte Apolonie, 
saint Mathieu , saint Barthélémy , sainte Catherine, saint Sébastien, 
sainte Barbe , saint Roch et saint Philippe ; fin du XVe siècle. 
Larg. des orfrois de la chasuble 0.23. Larg. des orfrois de la 
dalmatique 0.15. 

5° Un ornement composé de trois pièces en soie blanche parsemée 
de fleurs de lis, d'aigles biceps, de fleurs, etc. Le sujet principal 
de la chasuble représente la naissance du Sauveur surmontée d'un 
ovale en broderie moderne représentant l'ancien sceau de la ville 
avec l'exergue -j- Ecclesia Collegialis B. Mar. Virg. Tungre. 
Au-dessous se trouvent deux autres scènes brodées au long point 
représentant la Visitation de Marie et l'Annonciation. 

L'orfroi de la colonne représente le Père éternel nimbé et 
couronné d'une tiare, la vision de Joachim, la rencontre de 
Joachim et de saint Anne et le même sceau. 

Les broderies des orfrois de la dalmatique représentent saint 
Jacques le majeur, saint Jérôme, saint Thomas, saint Paul, saint 
Georges, saint Jacques le mineur, saint Jean l'Évangéliste, sainte 
Agathe, saint Ambroise, saint Philippe, sainte Barbe et saint 
Laurent; celles de la tunique les figures de saint Pierre, de sainte 
Catherine, de saint Etienne, de saint Jude, de sainte Marguerite, 
de saint Augustin , de saint Grégoire , de sainte Madeleine , de 
saint Biaise, de saint Jean l'Evangéliste, de sainte Gudule et de 
saint Malhias. Ces broderies sont de toute beauté; l'exécution en 
est admirable et leur conservation parfaite; XVIe siècle. Le fond 
est moderne. Larg. des orfrois de la chasuble 0.19. Larg. des 
orfrois de la tunique 0.11. 

6° Ornement complet en soie damassée noire avec croix , cha- 
peron et colonnes en broderie riche '. La chasuble , la dalmatique 

' V. la chape n° 3. 



— 306 — 

et la tunique sont chargées d'un grand nombre de ligures de saints , 
parmi lesquelles on distingue celles des quatre évangélisles , de 
sainte Barbe et de saint Aubin, de saint Paul et de sainte Paula, 
des bienheureux Charles et Odon , de sainte Beda , de saint Jean , 
de saint Barthélémy, de sainte Monique , de saint Augustin , de 
saint Jacques, de saint Thomas, de sainte Agnès, de saint 
Etienne, de sainte Madeleine, de sainte Dymphne, de sainte Gudule, 
de saint Mathias , de sainte Alénie, de saint Adélar, de saint 
Barnabe, de sainte Ursule , de sainte Apolonie, de saint Apolon , 
de sainte Catherine, de saint Aubin, de saint Odile , de saint 
Henri, de sainte Dorothée et de l'apôtre Simon. 

Au milieu de la croix se trouve la résurrection du Sauveur. Il 
est entouré de nuages et porte dans la main droite le signe de 
la rédemption ; de l'autre il soutient un livre ouvert avec ['alpha 
et Y oméga; aux extrémités de la traverse sont placés deux anges 
adorateurs. 

Les épaulières de la dalmatique et de la tunique portent des 
sujets représentant des saints groupés deux à deux. Toutes ces 
ligures ont été restaurées et réappliquées. XVI e siècle. Larg. des 
orfrois de la chasuble 0.10, id. de ceux des dalmaliques 0.11. 

7° Un ornement composé de trois pièces en soie violette 
moderne avec broderies anciennes au long point réappliquées sur 
brocart. 

Le centre de la croix figure une grande scène de crucifiement 
avec des anges recevant dans des vases le sang des plaies du côté 
et des mains; au bas de la croix se trouve sainte Marie-Madeleine. 
Une forme de sceau , avec l'inscription : ecclesia colle gialis B. 
Mar. Virg. Tungre, sépare cette grande scène du médaillon repré- 
sentant sainte Claire. 

Sur la colonne on remarque saint François d'Assises, la sainte 
Vierge et sainte Elisabeth de Hongrie. Les colonnes des autres 
pièces sont également ornées de ligures de saints. Ce sont : saint 



— 307 - 

Laurent et saint Mathias, saint Amand et sainte Marthe, saint 
Adrien et sainte Cécile , saint Mathieu et sainte Hélène groupés 
deux à deux, saint Bonaventure, saint Biaise, saint Jean-Baptiste, 
saint Jean l'Evangéliste, saint Antoine dePadoue, l'apôtre Philippe, 
sainte Anne, saint Louis roi de France, sainte Barbe, saint 
Barthélémy (deux fois), sainte Ursule , l'apôtre Jacques le majeur, 
saint Lambert, saint Jude , sainte Marguerite, saint Hubert, 
sainte Brigitte, saint Bernard, saint André, sainte Madeleine, 
saint Pierre, sainte Catherine et saint Paul. 

Sur les traverses qui réunissent les orfrois de la dalmatique et 
de la tunique se trouvent deux figures d'anges portant les instru- 
ments de la Passion. Toutes ces broderies du XVI e siècle ont été 
trop soigneusement rentraites. Larg. des orfrois de la chasuble, 
0.22. Larg. des orfrois des dalmatiques , 0.12. 

8° Chasuble dalmatique, tunique et chape 1 en sole blanche ornée 
de fort belles broderies d'or natté en haut relief. Ces broderies 
réappliquées se composent d'arabesques contournées. 

Le centre de la croix offre dans une broderie semblable, un 
médaillon orné du monogramme de Jésus entouré de rayons. Au 
bas des ornements se trouve l'écusson du donateur , le doyen 
Arnold Voets. Fin du XVII e siècle. 

9° Un ornement composé de trois pièces en brocart rouge et 
argent et galonné en or. Au bas de la croix se trouvent les armoi- 
ries du doyen de Palmer. XVIII e siècle. 

10° Un ornement en drap d'argent. La croix et les colonnes 
de la chasuble et des dalmatiques sont en brocart rouge et or. 
XVIII e siècle. 

11° Un ornement en soie damassée violette. La croix et les 
colonnes des trois pièces qui composent cet ornemeut sont garnies 
d'une broderie figurant des (leurs et des fruits de formes et de cou- 
leurs variées. XVIII e siècle. 

1 V. la chape n° 11. 



— 308 — 

12o Un ornement en velours d'Utrecht vert. La croix et les 
colonnes de la chasuble et des dalmatiques sont marquées par de 
larges galons en or. Moderne. 

13° Un ornement composé de trois pièces en soie damassée 
blanche garnie de galons en or. Moderne. 

1-4° Un ornement composé d'une chasuble et de deux dalma- 
tiques en soie violette damassée avec galons en laine jaune. 
Moderne. 

15° Un ornement en soie damassée blanche, ornée de fleurs 
rouges, bleues et vertes. Les galons de la croix et des colonnes 
sont en or. Moderne. 

16° Un ornement en soie violette semblable au précédent. 
Moderne. 

17° Un ornement en velours noir composé de trois pièces avec 
galons en or. Moderne. 

18° Un ornement en velours rouge moderne composé de trois 
pièces. Le médaillon central de la croix représente la figure du 
saint Esprit brodé en argent et entouré d'une auréole. 

La croix et les colonnes sont chargées de broderies en haut 
relief, composées d'arabesques de fleurs et d'épis. 

III. Antipendia , vêla. 

1o Un antipendium en soie verte chargée d'arabesques en 
broderie de (ils d'or. Il est orné d'une large bande horizontale et 
de deux bandes verticales ayant 0.20 cent, de larg. garnies de 
broderies d'or en haut-relipf présentant des fleurs et des fruits. 
Le médaillon central, en broderie au long point réappliquée, 
représente la sainte Vierge portant l'enfant Jésus et saint Materne. 
Aux deux côtés du médaillon se trouve l'écusson du donateur '. 
Long. 3.35. Haut. 0.96. XVIIe siècle? 

Burelé de six pièce» d'argent el de sinople au liun de gueules à la queue fourchue 

hioclianl sui le (mit. 



— 309 — 

2° Antipendium en velours rouge orné d'une bande horizontale 
et de cinq bandes verticales chargées de quatre figures et d'ara- 
besques en broderie réappliquée de soie et de fils d'or. Toutes ces 
pièces sont empruntées à un autre ornement et très-mal agencées. 
XVI e siècle? Même long, et haut, étérioré. 

3° Antipendium en soie verte ornée d'une bande horizon- 
tale et d'une bande verticale de chaque côté. Elles sont chargées 
de broderies réappliquées d'or en haut relief, présentant des cornes 
d'abondance, des fleurs et des fruits. Long. 2.20. Larg. 1 .05. 
XVIIe siècle. 

•4° Antipendium, en soie mauve entremêlée de fils d'argent, 
chargée de fleurs en or fin. La bande horizontale et les deux 
bandes verticales sont bordées de galons et de franges en or. 
Long. 3.35. Haut. 0.9G. Moderne. 

5° Antipendium en soie blanche ornée d'une bande horizontale 
et de deux bandes verticales chargées de figures en broderie de fil 
d'or en haut relief. Il est décoré d'un médaillon central représentant 
le saint nom de Jésus en broderie d'or. Long. 2.20. Haut. 1.02 
Moderne. 

6° Antipendium en soie moirée blanche ornée d'une bande hori- 
zontale et de deux bandes verticales en brocart. Au centre se 
trouve une Vierge immaculée entourée du chronogramme : Con- 
CeptIone Sine Labe MarIe DICata. (1854). Long. 2.20. 
Haut. 1 .05. Moderne. 

7° Antipendium en satin mauve orné d'une bande horizontale 
et deux bandes verticales en soie blanche chargée de fleurs. Au 
centre se trouve le monogramme M. R. A. surmonté d'une 
couronne et entouré d'une guirlande composée d'épis et de grappes 
en broderies d'or. Long. 2.48. Haut. 096. Moderne. 

8° Antipendium en soie violette ornée de bandqg en soie mauve 
chargée de fleurs en broderie de soie. Long. 2.18. Haut. 0.96. 
Moderne. 



— 310 — 

9° Antipendium en soie blanche damassée frangée et galonnée 
en or. Long. 3.35. Haut. 96. Moderne. 

10° Antipendinm en velours noir avec franges et galons en or 
fin. Mêmes long, et haut. 

11° Antipendium en peluche noire avec galons en or fin. 
Mêmes dimensions. Moderne. 

12o Antipendium en soie rouge avec (leurs en soie blanche 
entremêlée de fils d'argent. 

13° et 14° Deux antipendia en velours noir avec franges et 
galons en or. Long. 2.20. Haut. 1.02. Moderne. 

15° et 16° Deux antipendia en peluche noire avec galons 
blancs. Long. 2.20. Haut. 1.02. Modernes. 

17° Cinq antipendia de différentes couleurs et de peu de valeur. 
Modernes. 

18° Vélum en satin blanc parsemé de feuilles de vigne en 
fils d'or. Au centre se trouve un pélican en argent entouré d'une 
auréole. Moderne. Larg. 0.51. 

19° Vélum orné au centre d'un pélican en argent entouré de 
rayons et de sarments. Au bas, de chaque côté on remarque une 
double corne d'abondance versant des grappes , des épis et des 
fleurs. Moderne. 

20° Vélum en satin rouge orné de grappes et de feuilles en fils 
d'or. Au centre on voit une figure du saint Esprit, brodé en 
argent et entouré de rayons. Moderne. 

21° Vélum en brocart de velours cramoisi et or, orné de galons 
en or et en argent. 



D. 
INSCRIPTIONS TUMULÀIRES. 



Nous continuerons par la reproduction aussi littérale que 
possible des épitaphes éparpillées dans les différentes parties de 
l'église. Nous nous appliquerons surtout à les copier textuellement, 
sans dénaturer ni les noms ni les dates. Le temps ainsi que le 
frottement continuel des pieds sur la plupart des pierres sépul- 
crales gisantes au cloître^ ont fait disparaître une foule d'inscrip- 
tions peut-être très-précieuses pour l'histoire de notre église. 

Dans la chapelle de St. -Joseph sur un monument en marbre 
blanc et noir, placé à droite de l'autel, on lit : 



I 



Hic jacet 
Rndus admodum ac amplissimus Dominus 

D. MATHEUS PAULUS CLOSAR 

œtatis suœ 67 per insignis archidiaconalis 

ecclesise beafœ Mariae Virginis oppidi Tungrensis 

Canonicatus 48 Uecanatus 32 Vir pietafi 

Seraper intenlus ao singularis devotionis 

Zelus, erga Dei-param Virginem Mariam 

per insignis ecclesiae patronam cujus domus 

prœcipue dilexit decorem 

obiit anno 1735 die 22 februarii 

Requiescat in pace. 



— 312 — 

2. Dans la mémo chapelle, au pied de l'autel sur une dalle en 
pierre bleue, on lit : 

Sepulchrum ' 

Canonicorum hujus 

arcliidiaconalis 

Ecclesiae 

R M (renovatum) 1733 

R. I. P. 

Cette dalle, de 81 centimètres de large sur GO de long, recouvre 
l'orifice du caveau des anciens chanoines. L'intérieur est bien 
conservé et est divisé en deux chambres ou compartiments séparés 
par un mur. La longueur totale du caveau est de 9,40 mètres, la 
largeur 3,05 mètres, la hauteur 3,60 mètres. La voûte ainsi que 
les parements cintrés sont en pierre de silex et en grés; les 
angles en pierres de sable. Ce caveau s'étend sous les deux 
premières chapelles à gauche 2 . 



3. Dans la chapelle du chapitre, à droite de l'autel : 

/Elernitati 
Sub marmore quoi! teris viator 

Scpultus jacet 
I{du» Ajm ac amplis mus Dominus 

D. ARNOLDUS VOETS 

hujus ecclesiae can cu8 et decanus 

qui moilis memor vivus sihi posait 

Monumentum .... 

Obiil A" 1703. Septembris die 17. 

tu qui transis lege et ora 

H. I. P. 

Aux quatre coins se trouvent les années de prêtrise (29), d'âge 
(69), decanonicat (42) et de décanat (25) du défunt. 

1 Lors de la construction de l'autel de St. -Joseph , en 1822, la partie supérieure de 
la dalle a dû être coupée. 

4 Voyez registre N° 10, folio 400 verso. 



— 313 — 



Sepulchrum 

honorati 

SAREN burgim . . . . 

die 25 aprilis 

Domicellse 

Voets 

obiit 2 februarij 1712 . . . 
Requiescat in pare 
Disce mori 



5. A gauche de l'autel : 

%£$ Hic. jacet. 
Venerabilis. vie. D 1 ». THEODER1CUS. BATENSORN. DE BUSCODUCIS. ca- 
nonicus. et. Scholasticus. huius. ecclie. — 
qui. fundavit. cotidiana. missam. hora .... — 
et. obiit. ano. a. nativitate. Dni. M CCCC. XXXVIII. 
mensis. Augusti. die. XIII. orale, 
pro eo. 



6. Devant l'autel : 

Hic. jacet. venerabilis. vir. D 1 ^. JOHANES. DE. FLÉRON. ' 

canonicus. buj. ecclesie. et. ivestit. eccle&ie de ... . 

qui. obiit. anno. a. nativitate. Dni. 

M. quadragesim. sepmo. penultima. die. 

mensis. februaiii 



Hic. jacet. sepultus. venerabilis vir. — 

raagister MARTINUS. MARTINI.... LOSCASTR1. 

canonicus. et. scolasticus. huius. ecclesie. — 

qui. obiit. anno. a. nativitate. Dni. — 

MCCCCLXXX1II. mensis. Septembris. die XIII cuj. 

aia. requiescat. in. pace. Amen. 



' Il occupait en 1381 , la seconde maison claustrale; voir : Liber slatuiorum ecclesin- 
Tungrensis , p. XXXIIII. 

XXIX XXII 20 



314 — 



Hic jacet honorabilis 

et generosus. vir. LÂBERTUS DE CORTTENBACH. canonicus. 

obiit... mesis Septebris die vice.... sima sexta cuj' 

aima requiescat in pace 

Amen . 



9. Sous un tableau à volets représentant la sainte Vierge , avec 
l'enfant Jésus et saint Jean-Baptiste : 

D. et M. THEODR1CUS. A SPROLANT et THEODR1CUS 

ME11ERS : huius ecclesise successivi, cantores 

avunculus. et nepos hic, fuimus. no sumus. 

estis. no. erilis oibus det chiislus post. 

hac vita. aeterna. amen. 

A°~Ï6l7. 



10. 



© Hic. jacet. Dus. 
THEODRICUS. DE. MALLE, canonicus. 

qui. obijt. ano. Dni. 

M.GCG.XLIX 

oiate. pro. eo. 



1 1 . Dans, les cl oi très 



Hic jacet venerabilis 
D. BARTHOLOMEUS 
GOFFIN Capellan* bass. 

huj. eccliae qui obijt 
2G 8 ,iris A" 1652 fonda 1 »' 

Missae hebdomalis rui 
lector béué 
apprecare 



13. 



U. 



15 



315 



Mémorise 

Reverendi adûî Domini ERASMI L). 

LYMBOURG liujus archidiaconalis 

eccliae Tongrensis Canonici qui 

obijt 30 9>"-is 170-2. 

JOHANNES ERASMUS LARMOYER hujus 

ccclesiae Canonicus nepos et haeres 

maîmestus posuit 

Requiescat in pace. 



Hic jacet sepultus R dus ac ven lis 

D™ 8 D. GU1LHELMUS RESTIO insignis 

eccliae collegiatse beatœ Mariœ 

Virginis oppidi Tongren Cano CU8 

qui obiit sub A. D ni 1627 mensis 

Aprilis die terlia cujus anima 

Requiescat in sancta pace. 



Sepulchrum 

AMANDI DE LAPIDE 

insignis ecelesiae Tongren Canonici 

qui 

.... singulis diebus dominicis 

in medio templi 

Cantici inviolata 

. . . . B. Virginis instituil 

Dotavit obijt XII februarii a 1630 

mortuo bene precare. 



Hic jacet révérend' et 
generosus Dominus D. 
JOANNES PAELIE buj' eccle 
siae Decanus qui obijt 
5* Martij A 1612 ejus 
aia requiescat in pace. 



— 316 — 

Au-dessus de cette inscription, sur une bande entourant l'écusson 
du défunt, on lit : 

S. JÔES evâ . . . fundator beneficij sub invoealione 
B. Mariœ V. 



16. 



17. 



Hic jacet /EG1D1US D. 

SPAVVEN filius Gérard i 

de Spawen ex-consulis 

Tongreiisis et Margartœ 

Scronx conjugum qui 

Obijt 18 8 1)ri5 A° 1637 

Requiescat in pace. 

ac obijt 1 Api il. 1682 H unicus 

doctoris IL. Huens et C LABE 

VANDENREYDT conjugum filius. 



Hodie mihi cras tibi 

VALE 

Hic jacet R. D. HERMANUS HUST1N 

Dum vixit canouicus et decanus Tung. 

fundator missse in allari B. M. V. 

legendse diebus dornirricis et festivis 

bora undeciina ' 



18. 

Hic jacet 

R dn. rj„ U8 HENRIGUS WALTERUS 

VAN BEUL hujus eccfiae 

senior canouicus et 

jubilarius întatis 73 

qui obijt 10 

May 1708 

Requiescat in pace 

« Il mourut le 16 juin 1664. Voir Reg. 10, folio 301. 



49. 



20. 



21 



W 



— 317 — 



Sepulchrum 

per-illustiïs et generosi D ni 
GHRISTOPHORI A KERKEM 

Canonici et Scliolastici Tungrensis 
qui obijt 21 7 bris 1645 
Requiescat in pace 



Deo. opt. Max. 

Mémorise Dom e JOANN^E DE HODAIGE 

reliclœ quond. hon lis ^Egidii de Lens 

Leodien. conjngum dum viverent 

Hic sepullse. R lll,s D" s LAMBERT' 

DE LENS huius eccliœ can r " s 

eorum filius hic quoq' 

sepultus moest' posuit qui obijt 

1653 mensis Januarij 

die 12 Requiescant in pace. 



Hic Jacet Dom'» CEGILiA 
GH1NEY r t:< q. honorati l)""' 
Maximiliani Van Maie D.in 

Bouchout et Juris-consulti 
obiit 20 Maitij 1653. 



Uen 5 Februarij 1745 

sterft den lieer JACOBUS 

FEST1ENS bezonderen 

weldoender desers stats 

weeshuys, ende syne 

huysvrouw joufvronw 

JOANNA GRÉGOIRE DE HARZÉ 

sterft den 2 January 1760 

Dewelcke beyde hier syn begraven 

Godt wilt haerder 

Zielen genadich zyn 

Requiescant in pace. 



23. 



24. 



25. 



26, 



318 - 



Sepulchrum 
D 1 » W1LH. VAN RUYSSEBOR.GH 
benefacl. Conf s 15. M. V. Tung. 

H T V M ' 

A 1738. 

R. I. P. 



I>. 0. M. 

Hir jacet R ,,m D. 

ARNOLDUS JACMOTTE eappellanus 

et vicarius ecclesise 

15. M. V. oppidi Tungrensis 

qui obijt 16 9 b,is 

1680. Reqniescat in pace. 



D . . M . 

Piisque exuviis Reverendi admodum 

Domini HIERONYMI MOERS I. U. L' us 

a fato conjugis domicellee ANN^E 

MARIEE AMERIC/E hujus ecclesise 

canonici qui vivere desuit XI februani 

1665 cui adjacent filii hic quoque 

ranonici R. R. adm. D. D. HERMANUS et 

GUILIELMUS HIERONYMUS quorum prior, 

obiit 17 Aprilis 1658 aller 16 X b ^ 1676. 

socero ae leviris poni curavit D. Hermanus Van 

van den Bosch hujus oppidi 

Scabinus 

Requiescant in pace. 



Sepulchrum I) 1 " 

FRANCISCI BLAVIER 

quondam canonici et 

canloris hujus eccliae 

qui obiit 22 Octobris 

lf>82. Requiescal in pace 



Renovalum 



27. 



- 319 



Hic. jacent. hono'rabilis. vir. 

WALTERUS. DE. HENISDAEL. 

als. Rolarii. quondam. scabinus Tongren. 

et. KATHERINA. DUNB1ERS. 

cjus. uxor. qui. obierunt. 

ano. a. nativitate. Domini. 

M.CCCG.XXXIX. 

Walter. vero. XXH. july. et. 

Katherina V. Augusti 

Oiate pro eis. 



28. 



88'. Hic. jacet. venerabilis. 

Vir. D" u \ L1BERTUS DE COERSWERME. 

olim. canonic? et. cantor. venerabilis. hujus. 

ecclesie. — 

Qui. obiit. ano. Dni. M.CCCC.LVI, mensis. Septembris. 

die. uUima. Cujus. anima, requiescat. — 

in. pace. 

Amen . 



29. 



D . . M . 

Un; jaccl liunoratus vir HENRICUS LOERS 

bujus insignis eeclesiœ receptor ac. 

in eadem trium missarum hebdomadalium 

fundator qui obijt ano 1681. 

X 1 "-' 5 die 14 et dom 11 * EL1SABETHA 

EOERS ejus soror quae obijt 1690 2 7 bris 

Requiescant in pace. 



30. 



Hier ligt begraven Jf MARIA PEX 

buysvrouwe van borgemeester 

11ENR1CK VOETS die sterf den 

7 dach Julii 1646 wiens 

Siele Godt genadich sy 

Den béer borgemeester 

stierft den 30 April 1680 

P.iilt voor die Sielen. 



32. 



— 320 - 

Hic jacel R- U« GUILIELM, 
HUSQUET sub-plebanus 

Turigrt'ii et Capellan . . 

huj. . eccliae qui 21 Jan 

IG5t obdormivit in Uno 

pro cuj. aia refrigio 

funiiavii missam hebdomadalem. 

Tu viator 

precare . 

Hier lieht begraven den 
eersam. JOANNES LAMBERTI 

die ghestorven is den 30 7 1 "" 

arma 1676 ende MARIA PELSERS syne huysvrouwe 

die is ghestorven den 

18 Juny A° 1693 

Parentibus suis adjacet R. D. 

GUILIELMUS LAMBERTI 37 

annis pastor in Piringen 

hujus ecclia) Capellanus 

et tliesaurarius jubillarius 

Obijt 26 9b™ A» 1714 

aetalis siiae 80 

Requiescant in pace. 



33. A droite do la chapelle de Ions les saints, une pierre tuniii- 
lire enclavée dans le mur porte : 

Hic jacet 

propre sororem suam 

MARIAM DE LA CROIX 

defunctam 12 8 lir > 5 1727. 

Reverendus admodum Dominus 

JOHANNES DE LA CROIX 

Sacerdos et Canonicus 

Tungrensis per annos 46 

qui annu œtatis 85 

obiit 7 ma Augusli 

1730 

Requiescant in pace 

Fac modo quœ morieus facfa fuisse voles 



— 321 — 

34. Dans la chapelle do tous les saints à droite de l'autel, 
(in lit sur une pierre sépulcrale : 

Hic jacet lion 1 ' 5 ARNOLUUS SCHAETZEN 

et dom» a ANNA VAN DYGK conjuges 

morte dissoluti amore in . . . dissoluti 

obiit hsec A 1075 7 h ' is die 19* 

hic A° 16-14 7 bris die 20 

ijuibus lector bene apprecare 

.... posteri tibi 

Ordine quem . . . que suo rapit illacrymabile fatum 

effugium non est superesse diu 

proies rmieste posuerunt 



35 



Hic jacet venb lls Dnus 
HUBERTUS STEVART J. U. L. 

cacus Tongrensis qui 
obiit Octobris die l a A 1608 



3(1 



Hic t jacet t sepultus i generosus t vir t 

UUMICELLUS t JACOBUS t DE t OEPENBORCH t d'us t de t 

betheii) t qui t 

obyt t ano t a i nalivitate t 

domini f M t V e t Septimo t XI i luly. . . . 

eterrraliter t in t sancta t pace t amen 1 



37 Dans les cloîtres : 



Hier onder ligt begraven .... 
. P EUMANS borger 

die sterft den en 

joufvrouwe syne 

huysvrouwe welke sterf A" 

ir.33 den 



38 



40. 



322 — 



Hier ligt begraven 

WILLEM I100NEN die sterfl 

A° 1651 den 26 9 brls 

en CAÏHAR1NA PEUMANS 

syn huysvrau is gestor- 

ven A 1640 den 12 Augusti 

en GASPAR HONEN synen 

soon stierf 



Hic jacet sepultus 

Rdu Qnoa GUiLHELMUS PEUMANTS insignis 

ecclcsiae collegiatse B. M. Virginia oppidi 

Tongrensis canonicus qui obyt anno 

D"' 1650 mensis Augusti die 21 

Requiescat in pace 



I). 0. M. 

Hic jacet honoratus U ns 

MARS1L1US PEUMANS ex-consul 

et bujns oppidi altae 

Justitue Scabinus praeses qui 

obijt ultinia die anni 1686. 

ejusq.. ncpotes MARS : PEUMANS cations 

Ruttensis et beneficiatus bujus ecclise 

obiit 16'» Janrij 1695 et CHRIST. PEUMANS 

receptor insignis Gapli Tongr qui 

obiit anno 1737 A Feb. 

His ce adjacet R. D. JOES. PEUMANS prbït. 

benef. et thesaurarius hujus eccliae qui obijt 

20 Junii 1752 cuin suo fratre R. I). PETRO 

PEUMANS, presb, benef. Tungren qui obijl 17 T»r« 

771 JOHANNES PEUMANS, benef. obijl 13 7 bri ' 17KI 



il 



- 323 



U . . M . 

Pijsquc manibus amplissimi Domini 

PI11L1PI VAN DEN REYDT hujus oppidi 

altae lustitiae scabini praesidis 

el ex Consulis fundator missse hebdlis 

qui obijt Idibus 

Xbris 1672. Parentumque ipsius 

mémorise et gratitudiuis ergo 

posuit JOËS MENTEN dicti oppidi 

a seerelis 

Requiescant in pace. 



42. Sur une pierre enclavée dans le mur, au côté gauche de la 
chapelle de Tous les saints, on lit : 



IIIS 

D. 0. M. S. 

Venerabili viro et D. CAROLO COENEN 

Herleu , Nicolaï 

F. post vitara tum in variis 

principum Belgii aulis, tum 

in militia pro catholico Hispa- 

niarum rege transactani, hujus 

ecclesiœ B. Maris oppidi 

Tongren X anis canonico ac 

Lectionis psalmorum , miserere 

mei Ueus, et de profundis, quolidie 

per sacellantim , missam 

horae Sextae, ad altare S. Joha- 

nis Evag , celebrate , pro fidelium 

animarum refrigerio recitadœ 

pro fundatori Antonius 

Monaeus ex testamento 

havres poni cura vit 

obiit A» D ni 1558 œtatis 58 

Anima ejus Requiescat 

in pace 



— 3:2 i — 

43. Un peu plus loin que cette dernière pierre, et comme elle 
enchâssée dans le mur, on voit une niche sculptée en pierre de 
sable et dont les moulures ont disparu sous une épaisse croûte 
de chaux. 

Elle est divisée en deux parties : la partie supérieure, d'une 
hauteur d'environ 35 centimètres , représente saint Hubert au 
milieu des forêts ; le cerf miraculeux est devant lui. La partie 
inférieure de -40 centimètres de hauteur représente la Mère des 
Douleurs, regardant le corps inanimé de son divin fils. 

Deux colonnettes torses supportent un fronton trilobé ; cette 
niche se termine en cul de lampe , sur lequel se trouve l'in- 
scription suivante : 

Hier : ligget : begrave : HOUBRECHT : VANDEN LIEBAERT : 

die : sterf : — : int : jaer : ons : liere : 
15:28 : du : 25 : dach : va : Augiisto : bidt : voer : die : ziele : 



u. 



Aimo . D"' . MCCCC. XXXII 
prima . die . inensis . Apiilis . 
obiit . honorabilis . vir . FORKENS . L)E 
VORDA 



45. 



Aimo t Dni t M t CCCC 

. , . . obyt i GERA.RDUS M1NEON \ 

...Mi CCCC i 

.... die t . obiil . 1 BEATRIX i 
uxor i GERARD! M1NEON t 

orale t pro 1 eis t 



— 325 — 

46. Sous un tableau peint sur bois, remarquable par la 
finesse d'exécution des figures , on voit en lettres gothiques ' : 

Hier. ligt. begrave. lier. ART. VÂT PYRINGHË. conuT. 
van deses. keiïe. die sterf. in. de. jaer. os. Heere. 

M. 1111 e e"n. XCVII. des. 

XXIIII. dachs. va. de. eve. maet. op. sinte. materus 

avot. wilt. bide. voer. die. ziele. om. Gods. wille 



■47. Dans l'église collégiale de N.-D. à Tongres, se trouvait 
jadis une pierre sur laquelle était représenté un gentilhomme 
armé de toutes pièces, accompagné de son épouse ayant sa robe 
doublée de vair et à côté de sa tète deux écussons sous vuids 
avec cette inscription : 

Anno Dni M'CCC'LXVI'XXVII die marty 

obiit domicella MARIA DE ORORNE uxor 

WALTERI DE BETUE armigeri 

anima ejus requiescat in pace 

ei Walterus p<ics obiit ano Dni MCCC. . . . 



4-e 



Anno Domini millesimo tricentesimo 

LXXVI mensis Augusti die Xli obiit 

JOHÈS deus LE BOUT DE GHELMEN 

anima ejus requie>cal in pace. Amen. 

Anno Domini millesimo. ... 

mensis february die XXII obiit BEATRIX 

filia JOHANNIS THO.VLE uxor JOHANNIS 

LE BOUT DE GHELMEN, anima ejus 

requiescat in pace Amen. * 



1 L'extième pudeur des chanoines semble s'être alarmée à cause de quelque licence 
trop naturelle aux peintres naïfs de cette époque , aussi une main fort chrétienne mais 
peu artistique a impitoyablement gratté le haut du torse de la sainte Vierge. Cette pein- 
ture appartient à l'école réaliste qui profana les nobles traditions des Memling et des 
Van Eyck. Les idées étaient tellement faussées au XVI e siècle, que le concile de 
Cambrai, tenu en 1565, prescrivit de ne placer dans les églises aucun tableau que du 
consentement des évêques et d'enlever tous ceux qui seraient jugés indécents ou con- 
traires aux types adoptés, quod non deceat neque prototypo eonyruat. 

- V. Le Fokt , Liasses. Archives de VElat à Liège. 



- 3^(5 — 

49. Sous un tableau peint sur bois que, surmonte une double 
galerie gothique en bois sculpté et qui représente la Vierge des 
Douleurs transpercée de sept épées avec la légende : Sicut lilium 
in ter spinas , ainsi que saint Florent portant la tiare et la crosse 
et le chanoine défunt à genoux , on lit l : 

Hic jacet sepultus ven lis D ns FLORENTIN . . DE 

DELFT scbolasticus dive bte Marie Virginis oppidi 

Tongren qui obyt ano Uni millesimo quin- 

getesimo Vicesimo sexto niesis novembiïs 

die decimo tercio cuj.. aia requiescat in Sancla pace amen. 

Cette œuvre est remarquable par le fini de son exécution. 



50. Sur une croix en pierre bleue placée dans le préau 



Ter memorie 

van den erw 

Heer ^EGIDIUS 

PETRUS SAMONTS bénéficier 

dezer kerke die sterft den '3 

november 1701 ende siiner 

ouders zi alhier begraven 

!', . I . P . 



51 . Dans les cloîtres : 



Ano Uni MCCC XL1I1I 

nltima die martis 

Omit Dns .... UE M1LLEN 
Scabinus Tongren Cujus aia 
Requiescat in pare .... 



1 On pense que la marque du peintre -f£ , maintefois accompagnée de deux autres 
signes J) ;f , n'est autre chose que le monogramme grec du christ £ -/? auquel nos 
peintres ont donné une forme gothique. 



52. 



53 



— 327 - 



I). 0. M. 

Hier ligt begraven den eerbaren G1LIS SERONX 

in zyn leven 

Scholtet des eerweerdigen 

Capitels van Tongeren 

die sterft anno 1606 den 29 novembris 

ende 

Joufvrouwe CATHAR1NA KELUERMANS 

zyne huysvrauwe 

die sterft anno 



. . . . Dni t M t CCC t 

(cassée) 

LXXVIl t mensis t July t die + XXI + obiit t L. . .NS t 

RULANDI t âïta t ejus 

requiescat t in pace t 



54. 



HELMO. A. MERA. quu 
. KATHERINA. ejus. 

. Sacerdos. et. 
. . . memoriate. 
. . Altéra anno XV e 
in pace. 



55. 

. . . parentes. Dnor. SYM0NI8. et. GORELINI. DE. 

LE . . . . ebs. mat. obiit. VIII . KÏ. post. 

IX annos. orate. p. eis. 



56. 



Hic. jacet. sepultus. venerabilis. vir. 

Dns 

qui. obyt. âno. Dni. XV' XXVII. 

mensis. january. die. XXX. 

cuj. aia. requiescat. in pace. 



— 328 — 



►VJlVDeîKTORe * D7V£ ♦ COGll >SQ R£ 




58. 



59. 



— 329 



Hier ligt begraeven den 

eersaemen M'' GODEFRIDUS 

DAENEN den weleken steerf 

den 18 ap is 1652 ende die eers- 

aeme ALEYDIS COPIS alias NEL1SSEN 

steerf 

Bidt godt voor 
die zielen ' 



D. 0. M. 

Hic jaeet R . D . PETRUS 

LEHÀULT dum vix.it cancus 

Tungrensis qui fundavit duas 

missas in Villario Epi unam 

Dnicis dieluis alteram 

Sabatinis obyt 20 7 b - is 1663 

Requiescat in pace. 

Amen . 



1 Les pierres tumulaires N os 57 el 58 proviennent de la chapelle d'Ovée, sous Tongres. 



X\i\ \\il 



— 330 — 
G. 

CATALOGUE DE L'AMEUBLEMENT. 



CHAPITRE I. 
MOBILIER DE L'ÉGLISE. 

Dans le chœur : 

Le maître-autel, élevé en 1732 par Martin-Benoit Termonia, 
forme une massive construction en marbre blanc et rouge de 
St. -Rémi, qui bouche les trois fenêtres du chevet. 

Cet autel y compris les deux marches a une hauteur de 9.68 
et une largeur de G. 20. 

La table proprement dite est en petit granit, de forme cubique 
et ornée de carrés moulurés. Elle mesure 3. 50 de long sur 
1 .30 de large et 1 .03 de haut. Sur la face antérieure on voit 
l'ouverture de la cavité renfermant les reliques. Un gradin en 
marbre noir poli sert de base au tabernacle en bois doré, surmonté 
d'un crucifix et d'une couronne que tiennent deux anges '. 

Sur une large base ornée de plaques en marbre blanc et rouge 
s'appuyent six colonnes en marbre rouge avec chapiteaux dorés 
supportant une frise en marbre blanc que surmonte une corniche 
saillante richement moulurée. Un dais plein-cintre en bois peint et 
doré, en forme de modillons, soutient deux anges portant les attri- 
buts papaux et forme le fronton de ce véritable monument d'archi- 
tecture moderne. 

1 Sur le tabernacle est sculpté en bas-relief le sacrifice d'Abraham. Ce tabernacle est 
dû à la générosité du doyen Closar ainsi que le prouve un cartouche placé au bas 
et orné des armoiries du donateur avec l'inscription suivante : 

INTREPIDE 

HATHiSUS PAULUS CLOSAR HUJUS 

PERINSIGNIS ARCHIDIACONALIS 

ECCI.ESI.K CANONICVS UKCANUS D. 1). 



— 331 - 

De chaque côté de l'autel une petite porte cintrée est surmontée 
des statues en bois de saint Materne et de saint Lambert *. 

Cet autel vient d'être remplacé par un rétable en bois de chêne 
sculpté provenant de l'église de Venray (Limbourg hollandais). 

Ce rétable , jusqu'à présent peu connu , était , il y a vingt ans , 
enfoui dans l'humble église d'un petit village de la Campine qui, 
ignorant le trésor qu'elle possédait dans son sein , le vendit au 
prince russe Soltikoff. Cet amateur éclairé le fit transporter à Paris 
et recourut vainement au talent des sculpteurs les plus en renom 
pour le faire restaurer. 

Franc. Malfait sculpteur de Bruxelles, appelé à Paris, entra 
en relation avec le noble Russe , se chargea de rétablir ce type 
de l'art dans sa beauté primitive et finit même par en devenir 
propriétaire. Il le restaura avec cette intelligence qui prouve son 
respect pour les anciennes traditions de l'époque ogivale et sa 
profonde connaissance de l'art gothique. 

Après toutes ces pérégrinations , l'église de Tongres , grâce 
à de nombreuses démarches, acquérit en 1863 ce bijou de l'art 
gothique. 

On en est réduit aux conjectures sur le nom de l'artiste qui 
exécuta cette œuvre remarquable 2 . Tout ce qu'on peut affirmer à 
cet égard , c'est qu'il faisait partie de la confrérie de St. -Luc 
d'Anvers. La marque , brûlée sur un des côtés latéraux et répétée 
sur chaque statuette , en fournit la preuve. 

Ce rétable de 4.70 de haut sur 3.20 de large et 0.25 de 
profondeur, a la forme d'une grande arcade surélevée , cantonnée 
de deux arcs surbaissés qui surmontent les cases de dextre et de 



1 L'autel en marbre vendu à l'église d'Andennes (Namur) a éé démoli au mois de 
juin 1865 et le rétable a été placé au mois de mars 1866. 

2 II paraît qu'un rétable du même artiste se trouve à Eroubourg en Bresse (France ) 
(Ce dernier rétable est sculpté en pierre de France.) Notre rétable a beaucoup d'analogie 
avec celui que l'on voit dans l'église de Boenendael près de Bruxelles et qui représente 
les différentes scènes du martyre de saint Christophe. 



— 332 — 

sénesfre ; il est divisé en huit compartiments disposés sur deux 
rangs superposés et animés par de naïfs et gracieux personnages 
placés sur un plan incliné d'après les lois de la perspective. Les 
grands mystères de la vie de la sainte Vierge, patronne de l'église , 
forment le sujet des nombreux groupes qui composent cet autel. 

La grande composition du milieu représente le mariage de la 
sainte Vierge. Dix personnages , dont la hauteur varie de 25 à 
30 centimètres, occupent ce compartiment; leurs costumes nous 
rappellent le XV e siècle. Au pied de la sainte Vierge on remarque 
deux anges debout soutenant sa robe traînante. Deux petits groupes 
en haut-relief placés contre les parois de ce temple gothique repré- 
sentent la naissance de la sainte Vierge et sa présentation au 
temple. 

Le premier compartiment à gauche , séparé du précédent par 
des jambages composés d'un faisceau de nervures flanqué d'un 
contrefort garni de crochets, forme un groupe de deux personnages 
et représente l'Annonciation de la sainte Vierge ; à côté se trouve 
la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. On y voit également 
Joseph et Zacharie. 

La composition placée au-dessus représente l'Adoration des 
Bergers. Celte composition de 18 figures nous montre l'enfant 
Jésus couché sur un peu de paille entre le bœuf et l'âne. Sa divine 
mère est à genoux près de lui ; saint Joseph portant une torche 
et une équerre est à gauche au milieu d'un groupe de bergers : 
deux anges adorateurs sont sur l' avant-plan. 

Les deux petits groupes placés au-dessus représentent le refus 
de l'offre de Joachim et Joachim consolé par l'ange. 

A droite en bas nous voyons d'abord la Circoncision , composition 
de sept personnages, et l'éducation de l'enfant Jésus, composition 
de quatre figures. 

Au-dessus se trouve l'Adoration des rois mages, composée de 
seize personnages. Les petits groupes représentent la vision de 



— 333 — 

sainte Anne et la rencontre d'Anne et de Joachim à la porte dorée 
de Jérusalem. 

La composition centrale supérieure , groupe de 13 personnages, 
représente la mort de la sainte Vierge ; sur lavant-plan on remarque 
les quatre évangélistes , dont les statuettes sont reproduites dans 
des niches ménagées dans les nervures séparatives. 

Au-dessus du dais ajouré qui couronne cette composition ma- 
gistrale se trouve l'Assomption de la sainte Vierge soutenue par qua- 
tre anges. Les petits groupes en haut-relief , placés sous la 
guirlande de feuilles déchiquetées , conduite en serpentant de ma- 
nière à dessiner d'élégants rinceaux ajourés qui encadrent cette 
dernière scène , représentent les sept douleurs de Marie : 

1° La présentation de l'enfant Jésus , 

2o La fuite en Egypte , 

3° La recherche du divin enfant par ses parents , 

4° La rencontre de Jésus portant sa croix , 

5° Marie au pied de la croix , 

0° La descente de la croix et 

7° La mise au tombeau du Christ , 

L'œuvre entière est surmontée d'une statue d'ange portant 
une banderole déroulée avec l'inscription : Isa/as XI. Des fleurons 
déchiquetés et des pinacles hérissés de crochets complètent l'orne- 
mentation supérieure de ce beau rétable. 

Le fouillis des feuillages et des dessins architecloniques qui 
régnent tout le long des nervures séparatives et sur les voûtes 
couvertes d'ornements et de pendentifs rappelle les enchevêtre- 
ments compliqués de l'art mauresque et constitue à lui seul un 
travail de patience inouïe. Chaque partie de ce grand ensemble 
s'harmonise avec le sentiment de la scène qu'il représente et laisse 
reposer l'œil sans le fatiguer par des surcharges et sans l'épou- 
vanter par de profonds vides. Du reste, cette œuvre est empreinte 
d'un cachet d'originalité puissante qui distinguait l'art flamand au 



— 334 — 

XV e siècle, époque où les traditions gothiques, qui quelques années 
plus tard s'effacèrent pour faire place au génie de la Renaissance, 
étaient encore dans toute leur splendeur. 

Trois gradins , coupés au centre par un tabernacle orné d'un 
beau Christ , servent de base au rétable et sont dus au ciseau du 
sculpteur F. Malfait. Le dessin en est d'une grande richesse. 

Au-dessus du rétable , on remarque les vitraux restaurés 
en 18G5 par M. Vander Poorten de Bruxelles et qui rehaussent 
l'effet produit par ce bel autel. 

Ces vitraux ornent le chevet du chœur. Le sujet de celui placé 
dans la fenêtre centrale est le crucifiement du Christ : à droite 
du crucifié se trouve la sainte Vierge , à gauche le disciple favori ; 
au-dessus du portique qui encadre ce groupe , trois figures acadé- 
miques représentent la Foi , l'Espérance et la Charité. Un pélican 
surmonte cette composition qui fut exécutée aux frais de la fabrique 
en 1550. Au pied , on a ajouté deux anges en grisaille portant les 
instruments de la Passion , les armoiries du pape Pie IX et l'in- 
scription suivante : 



A na" s Uni VIII e IV Léo ppa 

consecv' eccla Tung. Mae 

IX maii q' oli dslructa' 

fu' |i liuos q' raedificav 1 

d' oger* Dan s nrdiavit 

1 ea XX caeos. 



Le vitrail de droite représente les quatres docteurs de l'Église : 
saint Augustin, saint Grégoire, saint Jérôme et saint Ambroise. 
Celui de gauche la sainte Vierge, saint Materne et saint Servais. 
Tous deux ont été exécutés en 1548 et offrent de beaux spécimens 
d'étoffes damassées d'une grande richesse, sur lesquelles on dis- 
tingue des fleurs peintes en apprêt. 

Le dessin des figures est correct mais manque quelque peu 



- 335 — 

d'effet par suite de l'emploi des blancs, des jaunes et des couleurs 
pâles. Le cerné se fond presque entièrement dans le modelé, et la 
couleur en général reste subordonnée à la forme. 

Sur l'autel, six chandeliers en cuivre repoussé , deux girandoles 
et des canons. 

Sur les marches de V autel se trouvent quatre chandeliers 
d'élévation en cuivre; à droite le grand chandelier pascal * et de 
chaque côté de l'abside trois girandoles en cuivre 2 . 

A gauche de V autel, une tablette en marbre blanc soutenue par 
un aigle éployé en bois doré , un crucifix avec statuette de la 
Vierge en bois sculpté , deux chandeliers en cuivre jaune bosselé 
et annelé portant les armoiries du donateur et l'inscription suivante: 

FRANCISCUS 

ORANUS. ROTOE 

AUDITOR 

PKŒPOSITUS 

ECCLESI/E 

BEATiG 

MARUE 

TONGK 

EN 

Ces chandeliers sont du XVI e siècle. 

Au milieu du chœur se trouve le beau lutrin en cuivre jaune 5 , 
deux sièges pliants et un pupitre en acier poli orné d'annelets et 
de boules en cuivre. Deux grands chandeliers en cuivre dont les 
pieds triangulaires et bosselés sont soutenus par trois griffes de 
lion s'appuyant sur des boules; les tiges en sont annelées et les 
bassins en sont circulaires. XVII e siècle. 

Les côtés latéraux du chœur sont ornés d'un double rang de 
stalles superposées en bois de chêne, construites aux frais du 



1 V. Le Trésor, art. Minauderies. 

Idem. 
r ' Idem. 



- 33G - 

chapitre par Georges Van Schoonbeeck en 1710. Ces 50 stalles 
(32 scalse et 24 formée chori) ont coûté 12,575 fr. Au-dessus 
des stalles six grands tableaux dont quatre représentent les 
principaux épisodes de la vie de saint Materne, et les deux autres 
la Visitation de la sainte Vierge et la Fuite en Egypte , furent 
donnés à l'église par le prévôt Jean René de Neufcourt, en 1722. 
Les armoiries du donateur * et l'inscription suivante couronnent 
ces tableaux. 

Joes : Renatm : A Neufeour. — Conçus : Leod . archid : 
eeeliœ : B : M : V : Tung : — 

P-positus : anno. 1722. 

Ils sont dus au pinceau du peintre namurois J -B. Juppin 2. 

Ce sont de grands paysages historiques, avec des figures de gran- 
deur académique peintes, à ce qu'il paraît, par un artiste du nom 
de Plumier. Les paysages sont composés dans le genre du Poussin, 
dit M. Marinus, et sont d'une exécution extrêmement large ; ce- 
pendant sous le rapport de la composition, du sentiment et même 
du coloris ils sont sans conteste inférieurs aux œuvres de ce 
maître. Les fonds surtout sont remarquables par les détails et 
la finesse de leur exécution. 

Le chœur est clôturé par une construction en marbre d'une 
certaine élévation. Cette clôture due à la générosité du prévôt 
Jean-Louis D'oyenbrugge , comte de Duras , remplaça en 1751 
le jubé ou l'ambon. 



' Burelé d'argent et de sable de huit pièces chargées d'un éeusson d'or au sautoir 
de gueules accompagné de quatre merlettes de sable. 

* Juppin naquit à Namur en 1678, résida quelques années à Bruxelles et en Italie, 
puis se fixa définitivement à Liège en 1717 ; il mourut à Namur le 5 septembre 1729 
el fut enterré dans la collégiale de N.-D. 

L'église de St. -Martin à Liège possède six grands paysages de ce peintre ; l'église de 
Si Denis en possède quatre et la Société archéologique de Namur deux. 



— 337 — 

Deux grandes statues en bois représentant la Foi et l'Espérance 
couronnent cette construction qui s'abaisse en forme de modillon 
vers le centre ! . 

Une porte à claires voies, en cuivre jaune coulé , ferme l'entrée 

du chœifr 2 . 

Dans le transept de droite : 

Un autel en marbre rouge, à quatre colonnes, dédié à la sainte 

Vierge et construit en 1754 dans le goût du maitre-autel aux frais 

du chapitre par le même M.-B. Termonia pour le prix de 4, OOO fl. 

C'est sur cet autel que se trouve placée la statue miraculeuse 

de Notre Dame. Cette statue en bois , de grandeur naturelle à 

laquelle les légendaires ont donné le nom de Prima cis Alpes, 

est un chef-d'œuvre de la statuaire du moyen âge. 

Vis-à-vis de cet autel: 

Un grand crucifix avec Christ en bois est fixé au mur ainsi 
qu'une girandole en cuivre repoussé; les Signa miraculorum , 
composés de plusieurs chaînes entraves, cuissarts, cadenas, etc., 
placés au-dessous, appartiennent au XV e siècle 5 . 

Une lampe en cuivre repoussé et doré portant les armoiries du 
donateur et l'inscription : 

J. R. a Neufeourl conçus Leod. archid. ecc. Tongrensis 
prœposilas D. D. ao. 1719. 



« Eu- dessous de ces statues et au-dessus de deux médaillons en marbre blanc, repré- 
sentant les bustes en bas-relief de saint Jean et de saint Louis, se trouvent les armoiries 
du prévôt avec cette inscription : 

JOANNES : LUDOVICIJS. DOYENBRUGGE. EX. C0M1TIBUS. 

DE. DURAS. BARO. AB. ELDEREN. DECANUS 

LEODIENSIS. PR.ïPOSITUS. TONGRENSIS. A' 10 1751. 

* Les tableaux de Juppin ont été enlevés lors de la réparation du chœur et ne seront 
plus replacés. La clôture en marbre a été démolie en 1863. 

5 Une pieuse tradition rapporte que des pèlerins tongrois s'étant rendus en Terre- 
Sainte furent à leur retour arrêtés par les Musulmans, jetés en prison et chargés de fers. 
Ayant eu recours à la sainte Vierge ils furent miraculeusement délivrés, revinrent dans 
leur ville natale el déposèrent leurs chaînes sur l'autel de la sainte Vierge. 



— 338 — 

Un banc en bois de chêne, style gothique, pour la confrérie du 
saint Rosaire. Il fut sculpté en 1858 par Gielen de Tongres. 
Une boite renfermant des porte-flambeaux en bois. 
A droite de cet autel: 
Un piédestal gothique surmonté d'un groupe représentant Notre 
Dame de la Salette. 

Un tronc carré en chêne sculpté, style gothique. 
Trois bancs mobiles en chêne. 

Sur l'autel : 
Six chandeliers en étain, un petit crucifix avec Christ en argent 
et des canons. 

Dans le transept de gauche : 
Un autel en marbre rouge, à quatre colonnes, dédié à saint 
Servais, construit dans le goût de celui du collatéral droit. Sur 
le frontispice se trouve SVT (Servatius). 

Sur l'autel : 
Six chandeliers en cuivre jaune et deux en étain , un petit cru- 
cifix avec Christ en argent et des canons. 
A côté de l'autel : 
Trois bancs et un tronc gothique en chêne ; un piédestal go- 
thique en bois peint , surmonté d'un groupe , moulé par les 
frères Goyers , représentant la sainte famille. 
Au haut des trois nefs: 
Deux doubles bancs en chêne, style gothique, sculptés en 1858 
par Gielen. 

Deux tableaux en bois, fixés aux colonnes, indiquent les mem- 
bres de la confrérie du saint Rosaire. 

Dans la nef centrale: 
Contre le troisième pilier du côté de l'évangile, la chaire de 
vérité en bois de chêne sculpté, style Renaissance. Elle est de forme 
circulaire et décorée des bustes sculptés en bas-relief des quatre 
évanerélistes. 



— 339 — 

Le toit ou dais est surmonté de quatre modillons supportant un 
globe orné de la croix. 

Ce meuble, provenant de l'église d'un couvent, a été placé dans 
la collégiale de Tongres lors du rétablissement du culte K 
Basses-nefs , côté de l'évangile : 

Dans la première chapelle , fondée en 1306 par le chanoine 
Lambert de Villers-l'Évèque , se trouve un autel en marbre blanc , 
noir et rouge reconstruit en 1783 par le prévôt Léon-Michel 
Walrame de Geloes, ainsi que le démontre l'inscription: Domus 
altissimi decorem spirans. insigniq templi hujus , capitulo 
gratos , ac memores sensus probare gestiens. hoc pietates mo- 
numentum. 

Consecrare volait 
per illustris vir Car. JBta. Léon: Mich. Walramus. ex veteri 
prosapia De Geloes S. R. I. cornes com. Lossensis. Par. eccl. 
Sti Servatii Mosœ trajentensis S. prœposilus. coll. archid. Tun- 
grensis p. coadjutor Cathed. Leod : can: archid: in Mechlen 
Dns tlis in Tivez-Bergen-Daelgrimbg. Mechlen. Glabeik. etc. etc. 
etc. — 1783. 

Cette chapelle anciennement dédiée à saint Georges l'est aujour- 
d'hui au Sacré Cœur de Jésus , dont le tableau orne l'autel. Ce 
tableau d'un mailre inconnu est surmonté du chiffre du donateur 2 . 

Dans la deuxième chapelle, fondée par le même, on voit un 
autel en marbre blanc, bleu et ronge, reconstruit par la confré- 
rie du Rosaire en 1836, dédié anciennement à saint Laurent et 
aujourd'hui à saint Joseph. Sur l'autel se trouvent deux chande- 
liers en cuivre jaune, un crucifix en bois et des canons. Dans la 
chapelle, un banc en bois de chêne. 



' Il ^erail à désirer que, par uno heureuse occasion, on put doter l'église d'une chaire 
en harmonie avec son style d'architecture. 
- Il porte de sable à la croix dentelée d'or. 



— 340 — 

Au pied de l'autel se trouve l'ouverture du caveau servant à la 
sépulture des chanoines , et contre le parement septentrional le 
monument en marbre noir élevé à la mémoire du doyen Glosar * . 
Anciennement les bénéfices de saint Laurent de sainte Agathe et 
de la décollation de saint Jean , étaient desservis dans cette 
chapelle. 

Dans la troisième chapelle , fondée par Henri Henrot au 
XIV e siècle, un autel en marbre bleu, blanc et rouge, reconstruit 
par la confrérie et dédié anciennement à sainte Ursule et depuis 
à sainte Lucie. 

Sur l'autel se trouvent deux chandeliers en cuivre jaune , un 
crucifix en bois et des canons. 

Dans la chapelle un confessionnal sculpté en bois de chêne, sur 
le fronton duquel on lit : 

D. Joes Morsmans Can™ s 

eccliœ D. Mariœ V. Tung. 

Cinq bénéfices étaient établis avant 1774 dans cette chapelle : ceux 

de saint Judoce, de sainte Elisabeth, de la sainte Vierge, de saint 

Jean et celui de la chaire de saint Pierre. 

Dans la quatrième chapelle, fondée par Richald de Kudecoven 
au XIV e siècle, un autel en marbre blanc et rouge établi par la 
confrérie et dédié anciennement aux saints Crépin et Grispinien , 
et plus tard à saint Dominique 2 . 

Sur l'autel deux chandeliers en cuivre jaune , un crucifix en 
bois et des canons. 

Dans la chapelle un confessionnal en bois de chêne sculpté. 
Deux bénéfices, celui de saint André et celui de saint Mathieu et 
de saint Hubert, avaient leur siège dans celte chapelle. 



' V. le n° 1 des Inscriptions tumuluires. 

! En 1833 existait encore l'ancien autel en bois; an tableau représentai!) le Chrisl 
el la suinte Vierge l'ornait (probablement celui indiqué plus loin sous le n° 45 des 
épitaphes). 



- 341 — 

Dans la cinquième chapelle, fondée en 1306 par le chanoine 
Lambert , se trouve un autel en marbre blanc et rouge à colonnes 
cannelées, reconstruit par la confrérie de N.-D. *. Dédié ancien- 
nement à sainte Marie-Madeleine, il l'est aujourd'hui à la Mater 
Dolorosa. Sur l'autel on voit deux chandeliers en cuivre jaune, un 
crucifix en bois et des canons; dans la chapelle, un confessionnal 
en bois de chêne. 

Outre le bénéfice de sainte Madeleine dont la collation apparte- 
nait à l'écolâtre , deux autres bénéfices celui de saint Pierre et 
de saint Paul et celui des deux saints Jean , fondés dès 1 24-8 , 
étaient desservis dans cette chapelle. 

Basses-nefs , coté de Vépilre : 

Dans la première chapelle fondée le 6 décembre 1312 par 
Godcfroid de Werm un autel en marbre blanc et noir reconstruit 
en 1783 par le prévôt De Geloes. Une inscription et les armoi- 
ries du donateur attestent le don. 2 

Au fond de l'autel se trouve un tableau représentant le sacré 
cœur de Marie , entouré de trente-deux écussons formant les 
quartiers de noblesse du défunt. Sur l'autel , deux chandeliers en 
cuivre jaune, un crucifix en bois et des canons. 



Le tableau qui ornait l'ancien autel en bois représentait la naissance du Sauveur. 
d . . m . 

DOMUS AlIPLIbSlMI DECOREM 
SPlRAi\S 1NSIGMQ' TEMPL1 HUJUS 
CAPITULO GRATOS AC MEMORES SEN- 
SUS PRORARE GESTIEiSS HOC P1ETATIS 
MONUMËHTUJM COIVSECRARE VOlUIT 
PER ILLUSTRIS VIR CAR. BTA LEON MI- 
CHEL WALRAMUS EX VETERI PROSAPIA 
DE GELOES S. R. I. COJIES PAR : COMIT : 
LOSS : ECCL : STI SERVATII MOS.-E TRA- 
JECTENSIS ET COLL : ARCHID : TUNGRENSIS 
S. PR/EPOSITUS CATH. LEOD : CAN : ARCHID : 
IN MECHLEN ET D. IN TWEZ-BERGEN 
DAELGR1MBY MECHLEN GLACIER ETC. ETC. ETC. 
1783. 



— 342 — 

Dans la chapelle un banc en bois de chêne et la statue de sainte 
Anne, mère de la sainte Vierge. Trois bénéfices simples étaient 
fondés dans cette chapelle savoir : ceux de saint Nicolas, de sainte 
Catherine et du Sauveur. 

Dans la deuxième chapelle, fondée par Walthèreen 1282, un 
autel en marbre blanc, bleu et rouge, construit en 1830 par la 
confrérie et dédié primitivement à la sainte Croix , après à 
saint Donat. 

Sur l'autel deux chandeliers en cuivre jaune , un crucifix en 
bois , des canons. 

Le confessionnal en bois de chêne sculpté qui fait face à l'autel 
a été établi en 1849 et fait d'après les dessins de M. F. Durlet, 
architecte à Anvers. 

Dans la troisième chapelle, fondée par le chanoine Jean deSluse 
vers 1350, un autel reconstruit en marbre blanc, bleu et rouge 
par la confrérie et dédié à sainte Barbe. 

Sur l'autel deux chandeliers en cuivre jaune, un crucifix en 
bois et des canons. 

Dans la chapelle un confessionnal en bois de chêne orné des 
armoiries des donateurs les chanoines Larmoyer et Goemans. 1 . 

Dans la quatrième chapelle dite des Rhéloriciens , fondée par 
Henri de Merlemont clerc en 1313 , un autel dédié à saint André. 
Démoli en 1837 et reconstruit en marbre par la fabrique aux 
frais de la succession du docteur André Gbristiaens , cet autel 
servait à l'exonération des bénéfices simples de saint Nicolas, de 
saint Etienne, de la Nativité, de la Visitation et de l'Assomption 
de la sainte Vierge 2 . 



R. adm. D. ,1. E. Goemans R. adm D. P. F. Larmoyer 

Cane Tong. Cane Tong. 

1 Dans eette chapelle se trouvait en 1836 l'autel en bois, surmonté delà statue de 
sainl Nicolas, qui est placé dans la sixième chapelle. 



— 313 — 

Sur l'autel sont placés deux chandeliers en cuivre jaune , un 
crucifix en bois et des canons. 

Dans la chapelle se trouve un banc en bois de chêne. 

Dans la cinquième chapelle, fondée en 132(3 par Jean Le Bout 
de Gelmen et par son épouse Béatrix Thomas , un autel en marbre 
blanc et rouge, donné par la confrérie de N.-D. et dédié ancienne- 
ment à saint Sébastien , aujourd'hui à sainte Philomcne *. Sur 
l'autel se trouvent deux chandeliers en cuivre jaune , un crucifix 
en bois et des canons : dans la chapelle un confessionnal en bois 
de chêne, style gothique, exécuté en 1850 sur les dessins de 
M. F. Durlet. 

Les bénéfices de cette chapelle étaient ceux fondés en l'honneur 
de saint Sébastien et de la Vierge des sept douleurs. 

Dans la sixième Chapelle , fondée au XIV e siècle , un autel 
en bois sculpté portant la date de 1634 surmontée des armoiries 
de la famille Witten , et dédié aujourd'hui à saint Hubert. Le 
tableau qui orne cet autel représente l'Adoration des Bergers et est 
copié d'après Otto Venius 2 . Sur l'autel se trouvent un petit taber- 
nacle en bois , deux chandeliers en cuivre jaune , un crucifix en 
bois et des canons. A droite de l'autel on voit des fragments de 
peintures murales du XV e siècle. 

Dans cette chapelle sont placés les fonts baptismaux ; ils sont 
en marbre rouge de forme circulaire , portés sur un pédicule carré 
et munis d'un couvercle en cuivre repoussé sur le bord duquel on 
lit : Fait-par-Jean-Kirsch , chaudronniée à Liège 1793. 

Au bas des nefs : 
Deux doubles bancs en bois de chêne, exécutés par Ghristiaens 
Peltzer, ont été placés en 1845. 



1 On y voyait avant la reconstruction de cet autel en 1835 un tableau peint sur bois 
représentant la décollation de saint Siméon. 

s L'ancien autel en bois était encore orné en 1833 d'un tableau représentant l'insti- 
tution de la Fête-Dieu. 



— 344 — 

Un trône gothique en chêne , neuf bancs mobiles à l'usage des 
paroissiens indigents et -450 chaises publiques. 

Le jubé est en bois de chêne sculpté, avec accolades dorées au 
milieu desquelles un écusson portant trois lis blancs entourés d'épi- 
nes avec la légende : Sicut lilium in ter spinas. 

L'orgue est placé dans une caisse en bois de chêne sculpté. Le 
jeu modelé sur celui qui existait à l'abbaye de Herckenrode a été 
construit par Jean-Baptiste Le Picard le 14 septembre 1750, 
moyennant 10,000 florins. La caisse qui est l'œuvre de Martin- 
Benoit Termonia a coûté 2,900 florins. 

L'entrée de l'église placée sous le jubé est fermée par une porte 
en cuivre à claires voies qui jadis se trouvait au chœur. Elle porte 
l'inscription suivante : Christiaen Schwertflcger Leod'ms me 
fecit Ao 1711 : et coûta 1250 fis. 

Dans la grande nef contre les piliers se trouvent douze giran- 
doles avec réflecteurs en cuivre. A la voûte sont suspendues six 
lampes en cuivre émaillé dites coronae lucis , exécutées en 1855 
par le sieur Philips lampiste à Liège, au prix 1800 fis. Aux 
murs qui séparent les chapelles latérales sont appendues 14 gra- 
vures coloriées et encadrées formant le chemin de la croix •. 

CHAPITRE II. 

Mobilier de la chapelle claustrale : 

Un autel antique présentant une table en pierre bleue appuyée 
sur un sarcophage en pierre de sable , divisé en trois niches à 
sommets trilobés. Ces encadrements moulurés protégeaient trois 
figures de saints dont il ne reste plus que les auréoles. Le 
rétable est orné d'un grand bas-relief en marbre blanc repré- 
sentant la Naissance de la sainte Vierge et de six autres petits 
bas-reliefs en marbre représentant des personnages célèbres de 
l'ancienne loi, parmi lesquels on reconnait Moïse, Judith, Salomon, 

Il serait ;i désirer queces enluminures lussent remplacées par dos vitraux 



— 345 — 

et David. Deux autres sujets en plâtre représentent Adam et Eve 
mangeant le fruit défendu, et Adam et Eve chassés du paradis. 

Sur l'autel un petit tabernacle en bois doré; quatre chandeliers 
en étain et une statue de l'immaculée Conception. 

A gauche une armoire, un fauteuil, quatre grands bancs, huit 
petits bancs et un Christ en bois sur fond de velours noir encadré. 

Aux murs sont accrochés quatorze tableaux de grandeurs diffé- 
rentes : 

'1° Un tableau sur toile de grande dimension représentant saint 
Servais recevant les clefs épiscopales du prince des apôtres. Il 
formait le panneau principal d'un tryptique dont les volets sont 
perdus. Ce tableau est signé M. Dumoulin. 

2o Un tableau sur toile de forme allongée représentant la 
transfiguration du Christ. 

3° Un tableau sur bois en losange représentant le Christ 
délivrant les âmes du purgatoire. 

4° Un petit tableau peint sur toile représentant sainte Catherine. 

5° Un autre tableau, pendant du précédent, représente saint 
Georges. 

G Un tryptique, peinture sur bois, dont le panneau principal 
représente la sainte Vierge portant l'enfant Jésus sur ses genoux; 
saint Jean-Baptiste et une troupe d'enfants entourent ce groupe 
central. Sur le volet de droite figure le portrait du chanoine Van 
Sprolant, et sur celui de gauche le portrait du chanoine-chantre 
Théodore Meyers, neveu du précédent. 

Sur la face postérieure, sont peints la sainte Vierge et saint 
Materne en grisaille. Au bas de ce tryptique se trouve l'inscrip- 
tion rapportée au n° 9 des épitaphes. 

7° Un tableau peint sur toile représente saint Dominique rece- 
vant le costume de son ordre et sainte Barbe. 

8° et 9° Deux volets représentant sainte Hélène et Constantin- 
le-Grand, peintures sur bois. 

XXIX XXII -1-1 



— 346 — 

10° Un volet, peinture sur bois, représentant saint Jean-1'Evan- 
géliste et sur le premier plan le portrait du donateur agenouillé. 

Le Sauveur du monde est peint sur le revers. 

1 1 o Un volet, peinture sur bois, pendant du précédent, repré- 
sente saint Materne et le portrait du chanoine donateur agenouillé 
l'aumusse de petit gris sur Pavant-bras. 

Saint Pierre se trouve représenté sur le revers. 

12° Un volet, peinture sur bois, représentant saint Servais et 
saint Hubert. 

13° Un tableau de forme carrée, peint sur toile, représentant 
saint Materne et saint-Servais , et sur l'avant-plan le portrait du 
doyen Guillaume Kersmeckers agenouillé. 

14° Un tableau peint sur toile, avec cadre orné de modillons et 
surmonté d'une frise, représente sainte Apolonie; sur la partie 
supérieure du cadre on voit les armoiries des donateurs (Witlen 
et Pex) et le millésime 1619. 

Dans la salle du conseil de fabrique : 

Une grande table en chêne, sept fauteuils en chêne, un poêle, 
une grande armoire renfermant les archives et trois lampes. 

CHAPITRE III. 

Dans les cloîtres : 

Un confessionnal en chêne sculpté portant la date de 1688 *. 

Vingt piédestaux en bois. 

Dans les cloîtres se Irouvent les tableaux suivants : 

1° Le panneau principal d'un Iryptique dont les volets sont 
perdus. Ce tableau encadré est peint sur toile et représente l'in- 
stitution de la Fête-Dieu. 

' Il est actuellement placé dans la chapelle du Sacré-Cœur de Jésus. 



— 347 - 

2° Un volet, peinture sur bois très-détériorée , représentant saint 
Malhias et saint Jean. 

3° Un volet dont on ne voit que la face postérieure représentant 
la sainte Vierge en grisaille. 

4° Un grand tableau peint sur toile, très-détérioré, représen- 
tant saint Donat et portant la suscription suivante : Sancte Donate 
0. P. N. 

5° Un tableau, peinture sur toile, représentant le portrait du doyen 
Guillaume Iversmeckers , à genoux ; derrière lui se trouvent deux 
évêques. 

6o Un tableau, peint sur toile, représentant Bernardin de Men- 

doza délivré du purgatoire par sainte Thérèse; copie d'un tableau 

de Rubens dont l'original se trouve au musée d'Anvers, n° 267. 

7° Un volet, peinture sur bois représentant le portrait d'un 

chanoine à genoux et la figure de saint Éloi. 

8° Un tableau peint sur toile , représentant le martyre de saint 
Erasme. 

Nous y trouvons de plus , une niche en bois doré dont les bords 
sont ornés des instruments de la Passion ; sur le pied on lit : 
Attendue et videte sicut est 
dolor sicut dolor meus. 
Une autre niche à double compartiment, en bois peint ; on y lit : 
D. 0. M. 
S. M. Crispini et Crispiano 
A. D. Joannes Erasmus 
Larmoyer huius eccliœ 
canonicus et cantor 1722. 
Deux niches vitrées en chêne sculpté. 
Une grande niche vitrée renfermant un Ecce Homo. 
Un tableau-index en bois de chêne sculpté, destiné à la con- 
frérie du St. -Sacrement; il porte la date de 1725. 

Dans la chapelle de Ste.-Annc, fondée au XII e siècle, par Ydule 
sœur de Jean , un autel en bois marbré , portant : 



— 348 — 

D Ua Elisabeta Yoets R^ D. -Franc. 
Vander Meeren J. U. L. D. D. anno 1712. 
Dans la chapelle de loua les Saints, fondée vers 1408 par 
André Reys, seigneur de Reepen : 

Un autel en bois de chêne, style gothique de la fin du XV e siècle, 
avec tableau représentant la naissance du Sauveur. 
Diverses statues de saints. 

CHAPITRE IV. 

Dans la grande sacristie : 

Cinq armoires en chêne servant à renfermer les objets néces- 
saires au culte. 

Une grande armoire en chêne , doublée de tôle , renfermant le 
trésor , les chapes et les vêtements les plus précieux. 

Sur les armoires, trois châsses antiques, trois miroirs, quatre 
petits bas-reliefs en marbre occidental. Trois tableaux sur toile 
représentant saint Norbert recevant l'habit de l'ordre des Pré- 
montrés des mains de la sainte Vierge , saint Norbert acceptant de 
saint Augustin les règles de son ordre et le Christ au roseau. 
Deux autres tableaux sur bois du XV e et XVI e siècle avec inscrip- 
tions 1 . Un crucifix en ivoire sur fond de velours noir, quatre bras- 
reliquaires en bois et quelques cornes garnies de cuivre. 

Dans la vieille sacristie , quatre grandes armoires renfermant 
les habillements des clercs, les cierges, les Heurs artificielles, les 
antipendia et divers vieux objets dont le détail n'offre aucun in- 
térêt. 

Dans la sacristie au bas de l'église , deux armoires en chêne 
sculpté renfermant divers objets, un confessionnal en chêne sculpté, 
un tableau , un poêle et six chaises. 

' Voir les fyitaphes n 08 46 et 49. 



349 — 



D. 

CATALOGUE DES ARCHIVES DE L'ÉGLISE. 



TABLE. 



PREMIERE SECTION. 



Manuscrits concernant le chapitre et les églises qui en dépendaient. 

I. Chapitre de N. -D. — Documents historiques N° 1 à 19 

II. Chapitre de N.-D. — Biens et rentes » 19 à 49 

III. Chapitre de N.-D etc. — Biens , rentes, cens , mandats et dîmes 

appartenant au doyen , au chantre , à 
l'écolàtre, aux vicaires, aux bénéficiers, 

etc » 49 à 74 

IV. Plébanie. — Documents historiques et revenus i 74 à 86 

V. Pléb\nie. — Protocoles des plébans et des subplébans » 86 à 101 

VI. Bénéficiers. — Documents historiques. — Biensetrentes » 101 à 127 

VII. Église de St. -Nicolas. — Documents historiques. — Biens, rentes 

et cens » 1 27 à 1 40 

VIII . Chapelle d'Offelken.— Documents historiques et revenus » 140 à 143 

IX. Chapelle de Mulken. — Documents historiques et revenus » 143 à 152 

X. Procès Soutenus par le chapitre, les bénéficiers, 

les chapelains , les plébans, etc » 152 à 166 

XI. CoiNFrtÉRiES. — Documents historiques et revenus » 166 à 178 

XII. Varia. — Chanoines réguliers. — Obituaire de 

St-Jean. — OiatoiredeN.-D. — Mense 
épiscopale. — Méliersdes boulangers, 
etc » 178 à 191 

XIII. Nouveaux registres.— Administration des biens. — Délibéra- 

tions du conseil et du bureau des 
marguilliers, correspondance des tré- 
soriers, restauration deTéglise, etc. .. . » 191 à 210 



— 350 — 

DEUXIÈME SECTION. 

Manuscrits et imprimés concernant la liturgie , la théologie, etc. 

Manuscrits N° I à XLI 

Imprimés » XLI1 à L1V 

TROISIÈME SECTION. 

('liai les, diplômes , Imlles et autres documents sur parchemin N° là 39 



Ul'ATlilEME SECTION. 



Liasses. 



C4T4L0GL 



PUEMIEHE SECTION. 



Chapithe de N.-D. — Documents historiques. 

(Jaune) ' 
(Ch. D) 

1 . Petit in-folio , relié en veau : à la couverture est attachée une chaîne : Ancien 

rituel du Chapitre, manuscrit sur velin de 214 feuillets, XV e siècle. La 
première page manque. 

2. In-folio, relié en veau, intitulé : Ruhicae générales eeelesiae collégiaux ac archi- 

diaconalis Deatœ Maria. 1 Virgiuis oppidi Tungrensis, anno 1778, compilât» et 
conscriptœ. Ms. sur papier. 
3- ln-f', cartonné, intitulé : Liher statutorum eeelesiae Tungrensis, Ms. sur parchemin 
de 54 feuillets (XV e siècle) ; quelques actes du XVI e et XVII e siècle y ont été 
insérés. (Ce registre était , ainsi que le N° 1 , relié en veau ; une chaîne en fer 
servait à le fixer à un pupitre en pierre pour en empêcher l'enlèvement. En 
1857, la couverture , qui était en mauvais état, fut otée et une reliure moderne 
remplaça l'ancienne). 

4. In-12, relié en veau, intitulé : Nova statuta eeelesiae Tongrensis anno 1529, 

Ms. sur papier de 152 feuillets. 

5. ln-f°, cartonné, intitulé : Liber gratiarum ab anno 1407, contenant des extraits 

des deux registres de documents rassemblés par le chanoine Salomon Henrici 
ainsi que l'indication des pièces les plus importantes qui concernaient les 
chapelains de Tongres (1164-1069). — Page 143 : différents extraits du Liber 



' Afin iln facilitei les recherches, chaque subdivision est indiquée soi le dos 'in registre par uni' 
couleur différente, 



_ 351 — 

diversorum negoliorum Capituli Tongrensis (de 1595-1609). Page 176 des 
extraits : ex manuale diversorum negotiorum venerabilis Capituli per Henricum 
Vlieck, (1 582-1597). Page 191 : Des extraits du : Liber diversorum negoli- 
orum et testamentorum de Ouwerx (1544 à 1601). — In fine : extrada (a) ex 
manuale Ponthière (1633-1666). (b) Ex manuale Vlieck (1608-1619). (c) Ex 
libro negotiorum capituli anliquo ('le 1400 à 1553). 

6. ln-f°, cartonné de 26 pages, intitulé : Kepertorium litterarum et testamentorum 

Capli: Tongrensis 1565. (Le premier feuillet manque). 

7. In-f°, relié en veau, intitulé : Liber diversorum negotiorum antiquorum. Anno 

(1400-1491). 

8. In-f° , relié en veau, intitulé : Liber decimarum slutorum admissionum ad 

can-ctus et benef. testamentorum et aliorum negotiorum incipiens anno (1412- 
1422). F 100 incipiunt stuta de anno (1439-1453) et alia negotia diversa. 
F 178 : manuale Conrardi Ouwerx de anno (1540-1572). 

9. lu-f°, relié en veau , intitulé : Liber testamentorum et aliorum diversorum 

negotiorum venerabilis Capituli Tongrensis jam noviter inceptus 1609 usque 1662, 
(Détérioré). 

10. ln-f°, relié en veau, intitulé : Registrum adm. R di Capituli Tongren. in quo 

describuntur computus magistrorum labricœ, visitationesarchidiaconales, et alia 
tam praedictum Capitulum , quam ecclesiam concernentia. Item capellanorum 
bona incipiendo f° 193 ; de A. (1670-1 794j. 

11. ln-f°, relié en veau, intitulé : Registrum actorum concernentium varia negotia 

R. R. Adm. dd. decani et cauonicorum perinsignis colltœ et archidiaconalis 
ecclesiae Tuugrensis inceptum 16 octobiïs 1681 etc. usque 1717 pro tempore 
notarijs /Egidio de la Court, ^Egidio de Ponthière, F. de Fontaine et Cuil. 
ab. Cours. 

12. ln-f°, relié en veau, intitulé : Liber documentorum et aliorum diversorum 

negotiorum R di adm. Capituli iusignis Ecclesiae Collegiatae R. M. V. oppidi 
Tongren. inceptus Anno 1682-1766. 

13. ln-f°, relié en veau, intitulé : Liber stipalis bonorum ecc'esiarum Capellarum, 

altarum, Luiniuarum et Pauperum, arcbidiaconatus, Majoris et Perinsignis 
Collegiatae ecclesiae Tuugrensis subditorum renovalus anno (1700-1728). Pro 
tempore notario Guil. Cours. 
14 ln-P, relié en veau, intitulé : Liber diversorum negotiorum et actorum reverendorum , 
admodum Dominoruin Decani et Canonicorum Perinsignis Collegiatae et archidia- 
conalis Ecclesiae Tuugrensis inceptus vigesima quinta februarij (1719-1783). 
Pro tempore notario Carolo Van den Nieuwendorpe. 

15. ln-f°, relié en veau, intitulé : Manuale registrum negotioru diversoru venerabilis Capli 

Tuugren per Henricu Vlieck inceptu et ipsius sumptibus , factu anno (1582-1598) 
sunt et aliaru partiu (manque la tin). 

16. In-f°, cartonné, intitulé: Index des débiteurs du chapitre de Tongres 1750. 

17. ln-f°, cartonné, portant: Liber solutionum et quittantiarum R R adm. D. Duorum 

Canonicorum (1789-17 ni). 



— 352 — 

18. Grand in-f°, relié en veau, intitulé: Allas représentant les biens de l'illustre 

chapitre de Tongres , dessiné par Gérardot de Sermoise , 1793. 

II. 
Chapitre de N.-D. — Biens et rentes. 

Jaune. F. 

19. In-f°, relié en veau , portant au dos: Veritas ab anno 1385 et intitulé: Registrum 

redituu fabrice eeclie béate maie Tongren leodien., diocès. Ordinatum per Dum 
Johem Keymus pbrm Capellanu ejusdem eccie Anno a nat. Dni M°CCC° octuage- 
simo quinto. — F 240 : sequi tre jacen in Widoe an 1534. — F 246 : Diploma 
in favorem Notkeri episeopi Tung.de A 905, etc. Declaratio concily christianitatis 
Tung. 7 Jan. 14G1. 

20. In-f°, relié en veau, portant au dos: Antiquior Veritas anni 1385 et in fine Con- 

cordia Cum D. D. huensibus pro décima de Vliermael, et intitulé : Registru redilu 
fabrice eeclie ïïte Marie Tongren leodien. dioce. ordinatu p. Dum Johem Keymus 
plirm Capp m eiusde ecce anno a nat Dni 1385. — F 99 : Inventariu de bonis 
quondam. Egidij Cloeslerneer de Ruttis que p. mediatate filio suo et p. alia 
medietate mandato et mense sti spit. Tongren. dicit. legasse ut tdii Heere. — 
F 106: ista st bona de pecunys dni Gerardi dm de Heere milit. qui obijt ano a 
nat. dni 1398 in die bti Dyonisij et de pecunijs quoda dni Joins de Antey Canci 

et Scolastici eeclie nrae Tongren. qui obijt ano 1397 16 Junij etc 

F 116 Mensuratio. . . . terrar, sit. apud Wydoe facta nona aplis A 1526 p. 
leon de Vlytinge geometr. (1597. 13 Juin) — Concordia Cum DD. huensibus 
pro X a de Vliermale. 

21 . In-f°, relié en veau, intitulé : Registrum Sacristiœ ecclesie Collegiate R. M. Virginis 

oppidi Tongrensis erecte anno 1655 ipso die ven. Sacramenti (1737). 

22. In-f° , cartonné intitulé: Computatio redituu bonor. et obventoru fab. Tongren. 

levator. p. Dum. Johem Keymus recepto... m. Johem de Fléron et mgrm 
Gerardu de Heere canon... Admistratores seu mgros dete fabrice ano 
(1387-1404, Incomplet). 

23. ln-f° relié en veau , intitulé: Liber slutorum 1458 nsque ad Annum 1622 nec non 

expositiones in emphiteusim et hereditates. 

24. In-f°, relié en veau, intitulé : Registru seu liber redituu et bonor. membri pbendar. 

Venerabilium dnor. Decani et Capli eeclie Collegiate Rte Marie Spr Vginis 
Tongre. Collect. p. me Willielmu de Meera Receptore membri pdieti ex divs 
registris antiqs eeclie jamdicte p. ao XV e XXXII S m Regra (107 pages). 
Census anniversarior. eeclie Rte Marie Semp Vg. opidi Tongren. solvend. apud 
Tongr. ipa die Stephani martir. p. me Willielmu de mea eorumd. reeeptorem 
conceptus pro ano millio quigetesio undecio secundu regra (35 feuillets). Manmile 
reddituu an" p. ano XV e XX11I S m regra (16 feuillets). Registrum manuale 
Redditum bnnorum p. ano 1515 (43 feuillets). Registrum manuale, etc. p. 
ano 1516 (43 feuillets). Registrum sensuum caponura pro ano XV e Deeio sexto 



— 353 — 

(9 feuillets). — Registrum seu liber Rediluum bonorum , etc.... pro ano 
millio quingentesio septio (2 feuillets). 

25. In-f°, relié en veau, intitulé: Manuael oft register Librecht Mofels rentmeester 

der eerw. Capittels tôt Tongeren beginnende naeder registeren int' jaer (1561- 
1565). 

26. In-f°, relié en veau, portant au dos: Registrum fabricse ecclesise 1562-1567 

(incomplet). Anniversarioruni et fabricse. 

27. ln-f°, relié en veau , portant au dos: Manuale anniversarior. et fabricse ab ano 

1630 usque 1635 receptore Huberto ab Hennisdael. 

28. ln-f° , relié en veau portant au dos: Computus anniversarioruni inler ornnes ab 

anno 1660 usque ad 1669. (1660 et 1661 incomplets). 

29. In-f°, relié en veau, intitulé : Manuale fabricse pro annis 1771, 72 et 73. 

Registrum fabricse ecclesise Tungrensis. 

30. In-f°, relié en veau, intitulé: Registrum solutionum factarum par Fredericum 

Tournay receptorem tam ex Registro inter omnes quam inter Canonicos solos 
Reverendis Adm Dominis Dccanos et Canonicis per insignis Collegialse etarchidia- 
conalis ecclesise B. M. V. oppidi Tungrensis nec non solutionum factarum per 
eundem receptorem ex membro inter omnes venerabilibus D nis Beneficiatis ejus- 
dem ecclesise incipiens pro A (1771-1782). 

31 . ln-f° , relié en veau , intitulé : Liber stuluum membri fabricse perinsignis Coll tae 

ac arcbidiaconalis ecclesise B. M. V. oppidi Tungsis inceptus 15 febrij 1773 
notario ex Consule P. S. Winckelsels — (1792). 

32. In-f°, relié en veau, intitulé: Registrum fabricse ecclesise Tungrensis pro annis, 

1774, 1775 et 1776. 

33. Grand in-f°, relié en veau, intitulé: Registrum fabricse ecclesise Tungrensis pro 

annis 1777, 1778 et 1779. 

34. In-f°, relié en veau, intitulé: Manuale fabricse pro anni 1780 et sequentibus 

(-1786). 

35. Iu-f°, cartonné, intitulé : Registrum seu manuale mandati pro 178. .. . 

36. Petit in-f° , cartonné portant au dos: Manuale prebendarum juxta reformat. Anni 

1781. 

37 . In -f° , relié en veau , intitulé : Novum registrum anniversariorum commune inter 

R. R. adm. D. D. canonicos et R.R. D. D. bénéficiâtes perinsignis collegialse 
et arcbidiaconalis ecclesise Tungrensis ad mentem ultimse transactionis de data 
27 martij 1783 hic folio 80 registratse redactum incipiens pro anno (1783-1789). 

38. ln-f°, relié en veau, intitulé: Liber solutionum factarum tam R. R. adm D. D. 

canonicis quam beneficiatis residentibus ex registro anniversariorum nunc juxta 
ultimam transactionem de data 27 martij 1783 ad Decanum et Capilulum spec- 
tante , inceptus anno (1783-1789). 

39. Grand in-f° cartonné, intitulé : Computus membri fabricse Perinsignis collegialse 

et arcbidiaconalis ecclesise B. M. V. oppidi Tungrensis receptoris vices supplente 
pro anno 1785 et 1786. 

40. Grand in f°, relié en veau, intitulé: Regislrum manuale fabricse per insignis 



— 354 — 

collegiaUe et archidiaeonalis ecclesia; B. M. V. oppidi Tungrensis pro anno 1789 
et duobus sequentibus ordine alphabetic.o redactum. 
il. Petit in— P», cartonné, intitulé: Projectum reformations mauualis anniversariorum 
pro 1786. 

42 . Grand in-f°, relié en veau, intitulé : Registrum mamiale fabricœ pei insignis c ollegiala; 

et archidiaeonalis ecelesiae B. M. V. oppidi Tungrensis pro anno 1789 et duobus 
sequentibus ordine alpbabetieo redactum. 

43. In- f", relié en veau, intitulé : registrum anniversariorum perinsignis collegiatae 

et archideconalis ecelesiae B. M. V. Oppidi Tungrensis inter R. R. adm. B. B. 
Canonicos Solos. (Sans date ; le receveur P. Michiels a employé les 41 pre- 
miers feuillets pour y inscrire les titres des rentes dues à la fabrique jus- 
qu'en 1831). 

il. ln-f», oblong , relié en veau, portant au dos : Liber censuum de crucibus 
Y.xillatis, ab anno (1441-1615). 

45. ln-f° , relié en veau, intitulé : Registrum censuum de crucibus vexilatis , Solven- 
dorum in insigni ecclesia collegiata B. M. V. oppidi Tongren , in hebdomadu 
Peutecostes (1620-1747). 

40. ln-4° , relié en veau, intitulé: lucipit liber divisionu accidentaliu inceptus anno 
Xllll c LXX octavo sedm regra ecclie Tongren. In festo bli Egidij abbat.(1478- 
1563). 

47. ln-4°, en parebemin de 7 feuillets, intitulé : Silig. anni LXXXX décime anui 

LXXXX1 in siligne etordeo. 
Pensiones quas d. ecclesia p. anno LXXXX1 , i. silig. (L'écriture nous paraît 
être du XV e siècle; les noms des chanoines qui occupaient les 12 maisons 
claustrales et qui vécurent vers cette époque semblent conlirmer cette opinion). 

48. ln-f°, relié en velin , intitulé: Registrum pro annis 1768-69 et 70, manuale 

censuum membri inter legentes. 

III. 

Chapitre de N.-D. — Biens , rentes , cens , mandats et dîmes apparte- 
nant au doyen, au chantre, à l oculaire, aux vicaires, aux bénéjiciers, etc. 

Jaune, c. 

49. In-f°, relié en veau, intitulé: Registrum membri inter cantores scu vicarios 

insignis ecelesiae collegiatie Bealae Mariae Virginis inceptuin et renovatum per 
me christiauum Pibus ejusdem ecclesia; orgauistam et hnjus membri administra- 
torem incipiendo ab anno Domini 1739 mense X l,,is (-1798). 
.Mi. lu-P , relié en veau, intitulé : Register toebeboorende die Eerw. Ilceren Deken 
en de Capittel van 0. L. V. Kerke Tongeren van bonne incompsten soo in 
rogge , spelt, baver, gelde als huyspacht. llem van de Goederen vaut' man- 
daet en de refusien der selver Keicke voor die jaeren 1699, 1700, 1701. 
Rcntmeester Christian Peumans. '. 

' Sepl registres in- P des mandats dont 6 reliés .-oui déposé m bureau de bienfaisance de Tongres . 
ils portent pour tilrc : 



— 355 — 

51. Petit in-f, relit! en veau, intitulé; Cliens Register van onser liever Vrouwen 

hofft tôt Haeren toebehoorende die seer eerw. heeren Deken en de Capittel van 
0. L. V. Kercke Tongeren die sy hebben tôt Haeren, Bommersboven, Sammel, 
Vliermael , Niel en de daer ontrent en de wordt opgehouden dry Konigen dagh 
binnen Haeren beginnende A°~(l 736-1 747) 

52. Petit in-f°, cartonné, intitulé : Chens Register van onse lieve vrouwen hofft tôt 

Haeren toebehoorende die eerw. heeren deken en de Capittel van 0. L. V. 
Kercke Tongeren die sy hebben tôt Haeren, Bommershoven, Sammel, Vliermael, 
Niel ende daer ontieut ende wordt opgehouden dry Koningen dag binnen 
Haeren beginnende anno (1736-1793). 

53. Petit in-f°, relié en velin, intitulé: Chensen toebehoorende die eerw. Heeren 

Deken en de Capittel der collégiale en archidiaconale Kercke van 0. L. V. 
Tongeren vallende jaerlyx te betalen s' sondags naer H. H. dry Koningen binnen 
den dorpe van Genoels-Elderen voor t'jaer 1775 secundum registra (-1795). 
5i. ln-f° cartonné intitulé : Cheensen der eerw. Heeren Deken ende Capittel van 
onse L. V. Kercke Tongeren vallende jaerlycx te betaelen tôt Hardelingen op 
St.-Andries dagh glierenoveert voort jaer (1749-1771). 

55. ln-f° relié en veau, intitulé : Liber censuum capituliTong. inceptus anno (1783-1794). 

56. ln-f° relié en velin, intitulé : Registrum omnium redituum capellanorum seu fra- 

ternitatis ecclesiœ B. Mariae Tungrensis conscriptum anno D ni 1389 per d. Jhoem 
Cuen pbrm et capellanum ecelesiae pdclae seu reclorem altaris assumplionis 
B. Mariae, Renovalum per D. Joannem Keyen subplebanum Anno D ni 1709 
(1442-1780). 

57. ln-F, relié en veau, intitulé : Liber gratiarum capellanorum ecelesiae Tnngren. 

inceptus anno (1431-1599) (très-fatigué). 

58. ln-f°, relié en veau, intitulé : Liber negotiorum atque stutorum capellanorum 

Tongrensium (1561-1671). 

59. ln-4°, relié en veau, intitulé : Reg m redituum et bonorum membri dicti inter 

Cantores oppidi Tongren, renovatum anno Domini XV e LXXV111 Smrgra reuovatu 
p. d. Joem Cappea capellanu et receptore (1579-1612). Registrum bonorum 
ac reddituum membri dicti inter cantores ecclie béate Marie Virginis oppidi 
Tongren. inceptum anno 1612 (-1634). — Registrum membri inter cantores 
ecelesiae, Beatae Marias Virginis oppidi Tongrensis renovatum per dominum 
Hippolitum Le Rouge Ejusdem ecclesise succentorem anno (1656-1664). 



1. Registrum mandali eccl. B. M. V. Tung. 1500 — 1G94 

2. id. id 1G77 — 1683 

3. id. id 1772 — 1780 

4. id. id 1778 — 

5. id. id 1779 — 1787 

(i id. id 1788 — 1790 

7. id id 1792 — 1794 

11 parait qu'un grand nombre de registres, ayant appartenu au chapitre de Tongres, se trouvent au 
creffe ciu tribunal de Hasselt. 



— 356 — 

60. Petit in-f°, relié en parchemin, intitulé : Registrum membri inter canlores ecclie 

B. Maris V. oppidi Tongrensis alias Registrum Vicariorum dictae ecclesiae réno- 
vation a R"' 1675, per Uernicum Pelsers receptorem liujus membri , succenturem 
dicta; ecclesiae (-1739). 

61. In-f°, relié en parchemin, intitulé : Registrum omnium reddituum dnorum 

sacellauorum eccliae Bealae Mariae Virginia oppidi Tongren. conscriptum anno 
1580 per loem Bierwar pbrm et sacellauum dicte ecclie seu redorera altaris 
sancti Judoci. 
62 et 63. Petit in-f° relié en veau, intitulé : Registrum actorum et agitatorum in 
capitulo capellanoru Tongren. incipien. ipso die S. Remigv in anno XVI e vigesimo 
nono (-1692) Liber decretorum Dnorum capellanorum Eccliae Beatae Maria; 
Virginis oppidi Tungren inceptus , a (1629-1691 .) 

64. ln-f°, relié en veau, intitulé : Liber decretorum Uominorum capellanorum Ecdesiar 

Beatae Maria; Virginis oppidi Tongr. incept. Anno (1691-1174). 

65. Petit in-f° cartonné, intitulé : Liber decretorum et negotiorum RR. DD. capella- 

norum insignis eccliae Collegta? et parochialis B. M. V. Tungsis temp'ire Eg. 

Nossent secrius (1767-177-1.) 
Jaune L. 

66. In-f°, relié en veau, intitulé : Hic liber documentorum et litterarum concernentium 

reditus et bona RR. D. capellanorum Ecclesiae Tongrensis de membro inter 
legentes conscriptus per R. Micliaëlem Fusarium , dictae Ecclesiae Capellanum 
(1384-1481) et restauratur cum indice anno 1746 per R. D. C. Pibus. 

67. In-f°, cartonné, intitulé : Liber negotiorum seu manuale magistrorum Capellanorum 

ecclie B le Mariae Tongren. inter legentes (1476-1482). 

68. In-f°, cartonné, intitulé : Registrum Stutorum de terris pactuarys Capellanorum 

Tongren, inter legentes (1476-1576). Suite du précédent numéro. 

69. Grand in-f°, relié en veau, intitulé : Registrum membri inter legentes Rdorum 

Dnorum Capellanorum eccliae Beabe M. V. oppidi Tungrensis (1642-1666) 

70. In-f°, relié en parebemin , intitulé : Regisler der clieensen en huispacblen toebe- 

boorende die eerw. beeren Capellanen van het member onder die lesende in de 
Collégiale Kereke van onse lieve vrouwe binneu Tongeren deur my Robert 
Winckelsels als rentmeester vernieuwt vallende die clieensen jaerlyx on Si Stevens 
ende St. Jan-Baplisle dagll begiiuiende bet jaer XVII e (1700-1793). 
7 I . In-f°, relié en parchemin, intitulé: Registrum documentorum et literarum concernen- 
tium bona veneb. d. d. capellanorum ecclesiae B. M. V. Tungrensis de membro 
inter legentes anno 1701 registratum. Tune temporis dicti membri receptor 
Robertus Winkclsels (-1753). 

72. In-f", cartonné intitulé : Hic liber con Unet documenta et literae concernentium 

(sic) reditus et bona revendorum Dominum capellanorum de membro inter 
legentes incipiendo ab anno Uouiini (1746-1778) (Incomplet). 

73. ln-f°, cartonné, intitulé: Registrum manuale L) D. Dnorum capellanorum membri 

inter legentes lam in siligne spelta quara in pecunis pi m A" 1797 etiam continens 
reslanlias ab anno 1791 usmic 1796 inclusivis. Aux f' x 68-70 se trouvent les 
comptes jusqu'au -- septembre 1802, 



— 357 — 

IV. 
Plebanie. — Documents historiques et revenus. 

Rouge A. 

74. In-f° cartonné contenant les revenus et les cens perçus par Jean Coen, pléhan de 

Tongres en 1423 (les deux premiers feuillets manquent). Au f 56 se trouve : 
Registrum censuum et caponum plebanie eccie bte Marie Tongren. Conscriptum 
per me Paulum Stellinx Capellanum ccie prcripte a (1482-1518). 

75. In-f°, dépareillé , intitulé : Registrum censuum et redituum Plebaniae Ecclesiœ 

bealae Mariée Virginis Civitatis Tungrensis conscriptunm anno D ni (1449-1474) 
per Joem Boten Plebanum Tungrensem. 

76. In-f° , cartonné, intitulé : Registrum plebaniae Tungrensis conscriptum per 

D. Michaelem horrerarium de bocholdia ejusdem plebaniae plebanum (sans date). 
In fine : Register der plebanien van onser liever vrouwen kercke van Tongren 
gemach in den jaer (1502-1525). 

77. In-f°, cartonné, intitulé : Registrum d ni Tilmanni Ofkens ab anno (1505-1539). 

Registrum Joannis Ofkens plebani 1539-1559. 

78. In-f°, cartonné, intitulé : Registrum omnium provenluum seu redituum plebaniae 

coll ,ae ecclesiae beatisimae virginis et matris marias opidi Tongrensis diocesis 
leodiensis conscriptum per me d. et M. Lambertum de Valle eusdem ecclesiae 
plebanum pro annis residentiae sive possessionis meae quorum primus est 1567 
secundum registra post mortem bonorabilis viri d. Michaelis horrearij immediati 
mei praedecessoiïs , etc.... (1567-1581). 

79. In-f°, relié en veau, intitulé : Registrum plebaniae Tungrensis pro anno 1582, 

conscriptum per Hermannnm Vanderheyen (1582-1627). 

80. lu-f°, relié en parchemin: Registre des revenus de la plebanie de Tongres, 

sans titre ni date. Ecriture du XVRe siècle. 

81. ln-4°, relié en veau, intitulé : Registrum solutionum redituum plebaniae Ton- 

grensis anno 1627. Item stutus Urrarum et illorum conditiones appositae. Item 
solutionum redituum altaris B. Mariae in Beeringen cujus sum rector. Item 
reditum altaris S 1 Judoci Loscastri cujus rector est amplissimus B s Richardus 
PauliStravius Arcbidiaconus cujus ego sum constitutus receptor. Item creditorum 
ex offieio pastorali ab anno (1627-1636) conscriptum per me Barthoiomeum 
Slravium plebanum Tongrensem. 

82. In-f", relié en veau, intitulé : Registrum redituum censuum plebaniae Tongrensis 

descriptum per me Barthoiomeum Stravium plebanum Tongrensem anno 
Domini (1627-1640). 

83. In-f°, relié en veau, intitulé : Registrum plebaniae oppidi Tungrensis per me 

Barthoiomeum Stravium Plebanum Tungren conscriptum incipiens ab anno incar- 
nalionis Dni 1640 Residentiae meae vero decimo quarto (-1653). 

84. ln-f°, relié en veau, intitulé: Registrum plebaniae Tungren, per me Barthoiomeum 

Stravium plebanum Tungrensem seu personam conscriptum incipiens ab anno 
incarnationis Dni 1653 residentiae vero mcae vigesimo octavo. (-1668 Incomplet). 



— 358 — 

85. In-f° olilong, relié en veau, intitula: Registrum plebaniae Tungrensis per me 

Lambertum Ceulemahs piebanum Tongrensem conscriplura incipiens ub anno 
Domini (1709-1743). 

85 bis In-f°, cartonné", intitulé : Registrum canonum doniorum ail plebaniam Ton- 
grensem spectantium (1709-1740). 

85*« In -f° cartonné, intitulé: Reditus plebaniae Tongrensis in granis etc. (1710-1735). 

V. 
Plébame. — Protocoles des pîébans et des subplébans. 

Rouge B. 

86. In-4o, cartonné , intitulé : Protocollum Domini Joannis Ofkens plebani Tungrensis. 

1542-1558. 

87. In-4°, cartonné, intitulé: Protocollum Micbaëlis Horrearii 1544-1567. 

88. ln-f° cartonné, intitulé : Protocollum Laurenty Brabants subplebani. 1508 usque 

1578. 

89. In- f° cartonné , intitulé: Protocollum Lambérti Devalle, plebani Tongrensis, anno 

1569 usque 1581. 

90. In-f' cartonné, intitulé : Protocollum Tilmanni Boesmans subplebani ab anno 

1579-1580. — Protocollum Autotiy Hulselmans 1591-1593. 

91. In-f° cartonné, intitulé: Protocollum Hermanni Vanderheyen plebani Tungrensis 

1582-1587. 

92. Petit in-P, cartonné, intitulé: Protocollum Stepliaui Identy plebani Tong. 1587- 

1592. 

93. In-f° cartonné, intitulé : Protocollum Laurenty ab Aertsberg subpleb. T. ab a" 

1589-1615 

94. In-f°, cartonné, intitulé: Primum Protocollum Theodorici Deckery pleb T. 1591- 

1616. 

95. In-f-, cartonné, intitulé: 2 1 »" protocollum Tbeod. Deckery pteb. T. 1616-1627. 

96. Petit in-fo, cartonné, intitulé: Protocollum Bartholomey Boes subpleb. T. 1023- 

1634. 

97. In-f°, cartonné, intitulé: Protocollum Bartholomei Stravii pleb. T. ab anno 1027- 

1629. 

98. In-f°, cartonné, intitulé: Protocollum Werici Hosset subplebani 1632-1637. 

99. Petit in-f° , cartonné, intitulé : Protocollum Guilielmi Iluskel subpleb. T. 1637- 

1649. 

100. Petit in-F\ intitulé: Protocollum Husket, subplebani Tung. 1639-1654 (en feuilles). 

VI 

BÉNÉFICES. — Documents historiques, biens et rentes. 
Rose. 
101 . ln-i°, relié en veau, inlilulé : Uegister van die goederen des bénéficie oft altaer 
der vindinge van liet II. Cruys wesende iu de archidiaconale Kerke Tongeren 



— 359 — 

voor het jaer 1753, beginnunde volgens luydl der aide registers en possession 
der betalinge : synde reclor den heer N. Jacobs (-1788). 
102. In 4°, cartonné, intitulé: Dit syn de renten van Inventionis des beyligen Cruys 
nltaers in onser liever Vrouwen Kerke Tungren gescrevenen in jaer (1590-1626). 

103. In-4°, relié en parchemin, intitulé : Registrum bonorum et provenfuum Altaris 

inventionis Stae Crucis in ecclia coltà Btœ Mariae Virginis Tongrensis siti Reno- 
valum pro hoc anno 1665 redore dno Hennanno Marcelis Tongrensi (-1703). 

104. In-4°, relié en veau, intitulé : Registrum altaris S 11 Spiritus siti in ecclesia béate 

Marie Virginis oppidi Tongren. redore ejusdem Liberto Loeffsinceptum A dni 
1620 secundum Regra ac fundati P. Walteru vinitorem oppidanum Tongren. 
circa annu Dni XII e LXXX1I ad secundum pilare dexteru in ptada ecclia quod 
cum alys oibus ad pilaria fundatis altaribus Anno hoc 1620 depositu et ex 
ordinatione Nuncy Apostolici translatu ad Capella Vicina S 1 * Crucis gaudetq. 
eu alys in oibs membris (-1657). 

105. In-f° oblong, relié en parchemin, intitulé : Registrum simplicis beneficii sub in- 

vocationc B. M. Virginis et sancti Joannis Evangelistae secundœ fondationis per 
quondam Reverendum Dominwm Joannem Pael decanum in ecclesia Tongrensi 

pro a° (lege-no- 1 ). 

106. ln-4° , relié en veau, intitulé : Registrum altaris S u Sebastiani in ecclia B. M. V. 

Tungren. fundati cujus modo rector est Dnus Slephanus Franciscus del Hasse 
inceptum pro anno 1677 (-1791). — In fine Registrum S u Nicolaï Tungren. 
sub invocatione S'œ Agathee (1678-1693). 

107. In-f°, relié en veau, intitulé : Manuale registrum altaris nativitatis B. M. V. ar- 

chidiaconalis ecclesiae oppidi Tungrensis (1698-1734). — In fine sequunlur 
exposita de 1739-1755. 

108. In-f°, intitulé : In nomine Domini Amen : Begister der bempden , erven en renlen 

toebehoerende die eewige bediening opgericht door den heer Loers. 

109. In-f°, relié en veau. Intitulé : Regisler waerinne geregistreert staen de aclen ende 

andere gereclits'vverken der goederen ende incompsten gelaeten ende gelegateert 
aen het eeuwig Benificie (corrigé desveriture) in de archidiaconal en collegiaten 
kercken onser lieven vrouwen der stadt Tongeren gefondeert door wylen den 
achtbaren Henricus Loers in synen leven Rentmeester der voorschreven seer 
eerw: capittels van onser lieven vrouwen alhier in den jaere ons Heeren XVI e 
vier en tachentich den dry en twintichsten dagh des maendts November (-1729). 

110. Iu-f°, relié, formant : Le registre sommier indiquant le testament et les actes qui 

rétablissent la fondation de la bourse Loers. — La copie des comptes. — L'état 
des biens et rentes affectés à ladite fondation, etc. 

111. In-4° , relié en veau, intitulé : Registrum Reneri Gaen altaris oium setorum in 

ambitu Tungrensi rectoris pro anno (1680-1754). 

112. In-4°, relié en veau, intitulé : Registrum altaris omnium sandorum in ecclesia 

Tungrensi fundatum et dotatum per dnum Andream Reys (1717-1726) Don de 
M me Stas-Stevens. A la fin 19 feuillets de chants sacrés commençant par : « homo 
quidam fecit cœnam magnam , etc. » 



— 360 — 

113. In-4", cartonné, intitulé; Registrum pertinens ad Petrum Autonium Bafthels , 

concernant les biens du bénéfice de tous les Saints (1787-1838). 

114. ln-f°, relié en veau, intitulé : Registrum bonorum proventuum et redituum altaris 

sub invocatione S ta! Gertrudis in collegiata fundati cujus olim rector fuit 
R. d. Franeiscus Lecocq S 1 ' Pétri flandro insulensis canonicus pro anno 1707 
cnjns suecessor fuit JoèsLecocq frater ipsius bodierno tempore decanus et cano- 
nicus visetensis nunc iterum succedens Joés Godfridus Troignee basbanicus nunc 
iterum succedens MatbiasCliristianus LabbeeTungrensis anno 1793 (1707-1798). 
Les quinze premières pages manquent. 

115. ln-f° , cartonné, intitulé : Registrum redituum et proventuum altaris S' Servatij 

in collegiata arcbidiaconali ecclesia R M. V. oppidi Tung. fundati cujus pro 
tempore modernus rector est Tbomas Goffarl clericus ejusdem diocesis renovatum 
anno 1738. — Registrum altaris nativHatis beatœ Maria? Virginis archidiaconalis 
ecclesia? in oppido Tungrensi pro A 1738 secundum prœcedentia registra cujus 
rector pst Tbomas Goffart receptus et admissus 20 junii 1738. (-1800). Donné 
à l'église de N.-D. par M r A. Moreau-d'Oreye. 

116. Oblong, relié en veau, intitulé: Registrum reddituum et Ronorum Reneficiy altaris 

Sancti Nicolaï siti in ecclesia S. Nicolaï in oppido Tungrensi (1722-1759). 

117. In-f°, relié en veau, intitulé: Registrum beneficii sub invocatione Catbedrae Sancti 

Pétri in ecclesia Tungrensi cujus est rector R. D. Deodalus .lerna. Renovatum 
anno (1725-1794) F 58. Registrum residentiae et anniversariorum (1724-1787) 
F 69. Registrum Membri Capellanorum inter legentes pro anno 1725 secundum 
registra (-1787;. 

118. In-4°, cartonné, intitulé: Registrum Redditum altaris Sancti Nicolaï siti in ecclesia 

béate Marie Vir. Tongren in prima Capella cujus rector est D. Johannes Ricbet 
de Wonck supra .lecoram (1568-1621). 

119. Oblong cartonné, intitulé: Registrum subplebania; sub invocatione Sancti Nicolai 

in ecclesia R. M. V. oppidi Tongrensi in corporate cura beneficio prnedicto anno 
1592 cum obligatione ratione beneficy ad missam quindenalem in prima Capella 
rétro crucem magnam et miraculosam in eademque Capella alter subplebanus 
cliam habet suum beneficium cum eodem onere ; qiise bénéficia libéra fundala 
fueruntaDno Godefiido de Werm. A 1312. Cujusanima et parentum et amico- 
rum defunctorum Requiescat in pace et amicis viventibus dignetur Deus benedicere 
rector beneficy dicte sub invocatione Sancti Nicolai modo est Joannes Keyen ante 
Petrus Stcffen, etc. incepit anno 1701 Joes Keyen item subplebania; délièrent 
gaudere medietate accidentium plebania; secundum incorporationem factam per 
D. Ernestum Episcopum et principem Leodiensem 1592, 2l Octobris (1729- 
1739). 

120. In-f°, relié en veau, intitulé: Registrum subplebania; sub invocatione S 1 ' Nicolai 

in ecclesia R. M. V. oppidi Tungrensis incorporais cum beneficio praedicto A 1 592 
cum obligatione ratione beneficy ad missam quindenalem in prima Capella rétro 
Crucem magrram et miraculosam; in eadem que Capella aller subplebanus babet 
suum beneficium cum eodem nnere quse bénéficia libéra fundala fuerunl a Domino 



361 



Godefrido de Werm A 1312. Rector dicti benefieij modo est Antonius Ceulemans 
Trudonensis antœ Joès Keyen piae mémorise etc. incipit A 1739. Successif anno 
1742 circa festum S 1 ' Joannis Baptistse Matliias Smolders S. T. B. Foriundus 
exOverhelt in Campinia anno 1716 factus pastor in Comitatu de Hooren prope 
Mosam eodem anno circa festum S 1 ' Joannis successit Guilielmus Heckelers 
oriundus ex Sluysen prope Tungros successit anno 1786, circa festum S 1 ' Joan- 
nis, b lae Renerus Prenten oriundus ex magna Spauwen post quienalem possessio- 
nem alterius subplebanise. Pro hoc regislro dedi hœredibus pradecessoris mei 
mediam Carolinam quse a successore meo débet restitui haeredibus meis. Ita 
testor R. Prenten Subplebanus (1712-1 789). 

121 . In-4° cartonné, intitulé : Manuale registrum beneficii. S. Agathae in ecclesia S. Ni- 

colaï Tungris, 1710-1819. 

122. Petit in-f°, relié en parchemin, intitulé: Taxa cleri. Rescriptio beneficiorum cuni 

solutione taxarum (1768-1792). 

123. ln-f° cartonné, intitulé: Registrum altaris seu benefieij B. M V. Visitationis ante 

sanclarum Mariae Catharinœ et Baibarœ olim fundati ab Henrico de Merlemont 
in archidiaconali ecclesia B. M. V. Tungrensis Renovatum a redore Christiano 
Alexandro Zanders anno 1782 (-1792). 

124. In-f°, relié en parchemin, intitulé : Alexander Massin beneficatus atque vicarius. 

Bénéfice de S'-Étienne, Registre aux rentes, cens, etc. 1786-1798. 

125. In-4°, relié en veau, intitulé : Registrum seu redditus altaris S li Salvatoris in Col- 

legiata B. Marias Virginis oppidi Tongrensis, anno (1660-1718). 

126. In-1°, Cartonné intitulé: Regislrum altaris Inventionis S. Crucis in ecclia 

B. M. V. oppidi Tongrensis siti cuius est modernus rector 1). Arnoldus de 
Castro incipiens pro anno (1625-1669). V. N» s . 101 et 102. 

VII. 
Église de St. -Nicolas. — Documents historiques, biens, rentes et cens. 

Couleur cuir. 

127. In-f°, relié en veau intitulé : Soc waert dit register bescreven van heer Jan 

Coen persoen der Kercken van Tongren de Renten landen ende cheese des 
geluchts van sinter Claes Kercken van Tongeren in den Joer des gebuerte ons 
heeren Jhesu Cliristi doemen screeff dusent vier honderd ende vyffteen den 
XXlll dachs van Julie (-1666). 

128. In-f°, oblong, relié en parchemin intitulé : Manualen van S l -Nicolaes Kerck 

Tongeren 1515-1606. 

129. In~4°, cartonné, intitulé: Verdraech boeck der eerw : Heeren pastoers en 
laeten der Kercken van Sinter Claes binnen Tongren gemackt den achden dach 
october 1588 (-1672). 

130. In-f°, relié en parchemin intitulé : Register en rekeninge van jœrlycken incomsten 

der keiken van S'-Nicolaes in de Sladt Tongren voor het jaer 1608 (en 1609) 
Register van S.-Nicolaes Kercke der Sladt Torgren pro annis 1070-1694. 

XXIX XXII -2:! 



— 362 — 

131 . ln-f°, relit? en parchemin intitulé : Register van S l -i\'icolaes Kerke der Stadt Ton- 

gren pro annis 1673-167G , 1703-1736. 

132. ln-4°, relié en veau, intitulé: Reces Boeck des eerw. heer plebaen ende der 

heeren laete van die parochiale Kerke Sinte-Nicolaes Tongren begonst den 
vjfden aprilis (1700-1784). 

133. ln-f°, relié en veau , intitulé : Liber negoliorum oft Boeck der fundatien legaten 

en de andere Weldaeden &&c. in de parochiale Kerke van Sint-Nicolaes der Slad 
Tongeren by een vergaedert anno 1711 (-1790). 

134. lu-f 1 , cartonné, intitulé : Recollectie soder weeckelycke en andere gefondeerde 

Missen als jaergetyden. 

N. B. Met den teneur in 't coït der selver fundatien en informalie oock in 
cort over den actuelen validitydt en invaliditydt der selver legaeten in die 
Parochiale Kercke van Sint-Nicolaes binnen Tongeren opgesoecht anno 1715. 

135. ln-f", relié en veau, intitulé: Begister van S.-NiculaesKerck Tongren pro (1734-1 74-1). 
13G. ln-f', relié en veau, intitulé: Register oft rekeninge van S. -Nicolaes Kercke Ton- 
gren pro annis 1755-1776. 

137. In-f°, relié en veau, intitulé : Register der Kerke van den H.-Nicolaus binnen 

Tongeren ab anno 1785 (-1798) 

138. Iu-fo, relié en veau, intitulé: Register der Kercke van S'-Nicolaus te Tongeren. 

139. Revenus et anniversaires de l'église de S'-Nicolas. 

VIII. 

Chapelle d'Offelken. — Documents historiques et revenus. 

Vert. 0. 

140. ln-4 , cartonné, intitulé: Redditus Capéllœ de OlTelken, anno 1570, secun- 

dum regislra (-1590). 

141. In-f°, relié en parchemin, intitulé: Registrum omnium reddituum Capellae 

S cli -Huberti pagi de Offelken prope Tung. cujus Rector est M. Lamb. a Bus- 
co sacellanus Tung. (1628-1713). In fine: Namen der broeders en suslers van 
het loffelyck broederschap van S.-Hubertus opgerigt in de Capelle van Olfel- 
ken A 1606. Nomina mortuorum, conjugatorum, baplisatorum et confirmato- 
rutn capellœ de OlTelken (1666-1710). 

142. ln-f , relié en veau, intitulé : Novum registrum omnium redituum capellœ sancti 

Huberti pagi de Offelken prope Tung. inceptum a die 24 juny 1717 
(-1798). Cujus rector est Joannes Godcfiidus van Waeyenberch Bruxellensis. 

IX. 

Chapelle de Mulken. — Documents historiques et revenus. 

Vert. M 

143. ln-f°, oblong, cartonné , intitulé : Registrum Capellse de Mulcken prope Tongros 
pro anno 1547 , renovatum per Honorabilem viium dum Arnoldu de l'alude 



— 363 — 

eanonieum ecclie collégiale S Juis in insula apud Leodienses et Rectorem capellae 
piîîis (-1G10). 

144. In-f°, oblong, relié en veau intitulé : Registrum bonorum eapellœ Sli.-Egidij 

de Mulken renovatum a Dno Liberto Loeffs ejusdem Capella; Redore anno 
1616 (-1705). 

145. ln-f°, cartonné : Registre de la mense du St. -Esprit à Mulken de 1040-1650. 

Le litre manque. 

146. In-4°, relié en veau , intitulé : Rcgister des geluchts van Mulcken van den pacht 

der toostlanden ende renthen voor bet jaer duysent ses hondert ende tween- 
vyfticb gevallen gescrevnn door H. Gilis Vans pastoor tôt Mulken (-1675). 

147. In-4°, cartonné , intitulé : Register des heiligen geest van Mulcke van den pacht 

ende toostlanden en renthen voor bet iaer duysent ses hondert ende tween- 
vyftich gevallen ghesrrevcn door M. Gilis Vaes , pastoor tôt Mulcke (-1674). 

148. In~f°, cartonné , intitulé : Register des geluchs van Mulcken van den pacht der 

toostlanden ende renthen voor het jaer duyzent seshonderd ende negen en 
sevenlicht gevallen; geschreven door heer Thomas Timmermans, pastoor van 
Mulcken. (-1709). 

149. In -4°, relié en veau, intitulé : Register raeckende de incompsten derPasIorye van 

Mulken vernieuwt in den jaere 1735 (-1792). 

150. In-4°, relié en parchemin, intitulé : Register behelsende de rekeniuge van het 

gelurlit Mulcken sedert het jaer 1742 (-1781). 

151. In-f n , relié en veau, intilulé : Registre des biens-fonds et rentes appartenant 

à la chapelle de St -Gilles à Mulcken. 1819. 



Procès soutenus par le chapitre , les bénéficiers , les chapelains, 
les plébans , etc. 

Amarante. 

152. In-4°, cartonné , portant au dos : R. D. Decanus et capitulum contra bénéficiâtes 

eccl. Tongr. 1774. Imprimé à Rome Typis , Bernaho 1773 et 1774. 

153. In-f", cartonné, intitulé : In causa reverendi Domini van Herck plebani Tungrensis 

opponentis contra Revrrendos admodum Dominos Decanum et Capitulum insignis 
collcgiatse et arcbidiaconalis ecclesiœ dicti opidi impétrantes. 1779. 

154. In-f°, cartonné, intilulé : In causa Rndi Domini Lamberti Ceulemaus plebani 

Tungrensis Citali opponentis contra nobilem dominum capitaneum Joannem 
Guilielmum de Menten de Malbourgb (1726). 

155. In-f°, cartonné, intilulé : In causa RR. admodum DD. Decani et Capiluli insignis 

ecclesiae collegialae an arcbidiaconalis B. M. V. Tungrensis, contra RR. admodum 
DD. Decanum et capitulum ecclesiae collegiatœ et arcbidiaconalis B. M. V. 
Huensis (1765). Procès relatif à la restauration des églises de Vliermaul et de 
Hoesselt, première partie (page 1-515). 

156. In-f°, cartonné, intitulé : In causa Rndorum ad m DD. Decani et capituli insignis 



— 364 — 

ccclesiae Collégial» et arcliidiaconalis oppidi Tungrensis contra RR. adm duos 
decanum et capiluliim insignis ecclesi» collégial» et arcliidiaconalis oppidi Huensis 
(1779) 2* e partie, pages 515-85-i. 

157. In-f°, cartonné, intitulé : In causa R. R. admoduni D. D. decani et capital! 

insignis ecclesi» collégial» et arcliidiaconalis oppidi Tungrensis contra R. R. 
admoduni D. D. decanum et capitulum insignis collégial» oppidi Huensis. 
3 e partie, pages 1-G2 et pages 855-969. 

158. In-f°, cartonné , intitulé : In causa R. R. admoduni D. D. decani et capitulum 

collégial» R. M. V. Huensis. 4 e partie , pages 970-1379. 

159. In-f , cartonné, intitulé: lu causa R. R. admoduni D. D. decani et capituli 

insignis ecclesi» collégial» arcliidiaconalis R. M. V. Tongrensis contra R. R. ad- 
moduni D. D. decanum et capitulum ecclesi» collégial» arcliidiaconalis R. M. V. 
Huensis 1788. 5* partie , pages 1-159, 1387-1657. 

160. Iu-4°, cartonné, portant au dos : Clerus leod. contra facullatem Lovaniensem 1744, 

intitulé : Signatura grali» coram sanctis^imo R. P. Spinello Leodien indultorum 
super excessibus pro clero Civitatis Patri» et Diocesis Leodiensis conlra univer- 
sitatem seu facultatem artium oppidi Lovanii Meckliuiensis Diocesis. Restrictus 
Facti etJuris. Rom» ex typographia rev. cam. aposlolic» 1744. 

ICObisLe même que le n° précédent. 

161 . In-i'°, cartonné, intitulé : In causa Rndi Domini Reneri Van Herck oppidi Tungrensis 
plebani inhiberi curanlis contra Georgium Fits iuhibitum. 1767). 

162. In-f, cartonné, intitulé : In causa Rndi Dni Van Herck citati contra Unos Cliefneux 

et Warimont appelantes 1773. — Decanus et capitulum eccli» Tungrensis 
conlra Rev. Van Herck 1771. 

163. ln-l°, cartonné, (1772): Imprimés relatifs au procès entre le chapitre deTongres 

et celui de Huy , touchant la restauration des églises de Vliermael et de Hoesselt. 

164. In-f, cartonné, intitulé: In cau?a Reverendi Domini Lamberli Ceulemans pastoris 

Tongrensis opponentis avocantis conlra Reverendum Mathiam Truyens Reguinagij 
ejusdem oppidi recforem impetraiitem. (1718-1721). 

165. ln-f°, cartonné, intitulé : In causa Reverendi Domini Van Herck plebani Tungrensis 

opponentis contra reverendos dominos decanum et capitulum insignis collégial» 
arcliidiaconalis ecclesi» dicti oppidi Tongrensis impétrantes (1779). 

XI. 

Confréries. — Documents historiques et revenus. 

Bleu. 

166. In-f", relié en veau, intitulé : Manuale Register der erffreinten toebehoerende 

onser liever vrouwen Rruderscap der s'adt Tongre gevallen Auiio XV e en 
LXV1 naeden Register gemaeckt duer Aerdt Rosch ter tiet reintmiester de 
vscreven Riuderscappen (-1570). 

167. Petit in-f", cartonné, intitulé : Tabula der erffreinten ende landen toebehorender 

den Allaer presenlalionis Marie ad fabrica , in der H. Kercke onser liever 
vrouwen der sladt Tongre -1559. 



— 365 — 

Tabula der erfieinten ende landen tocbehooreiidc der Bruderscappen onzcr liever 
vrouwen der stadt Tongeren ende volghen nae die reinle des altaers voer- 
screve. (U17-1589). 

168. ln-f°, relié en parchemin, intitulé: Toustboeck waeriu oick staen aengeteekend 

die naemen van die aengenoemen Droeders in onze live vrouwe Broederscliap 
deser stadt Tongeren (1654-1786). 

169. Iu-f°, relié en parchemin, intitulé: Register van 0. L. V. Broederscliap der stadt 

Tongeren pro annis 1757-1759. 
170 ln-f°, relié en parchemin, intitulé : Register van 0. L. V. Broederscliap der stadt 
Tongeren, pro annis 1757. 

171. In-f°, relié en parchemin, intitulé : Register van 0. L. V. Broederscliap Ton- 

geren voor 1781 tôt 1795 (1806 inclus). 

172. In-f°, relié en veau, intitulé : Register onse lieve vrouwe broederscliap Tongeren 

(sans date). — Register van Sinte Barbara Broederscliap. — Register van Sinte 
Anna Broederscliap. 

173. In-f°, relié en parchemin, intitulé : Register van de Broederscappe van S' Anna 

binnen de oude ende vermaarde stadt Tongeren deur my Robert Winckelsels 
als secretaris van de selve Broederscap in 7ber 1709 vernieuwt (-1772). 

171. ln-f°, relié en veau, intitulé : Register toestaende de Broederscliap van de heilige 
Maeghet en Martelaerse Barbara in der Collegiater Kerken onser lieve vrouwen 
Tongeren behelsende de statuten ende Pauselycke Bulleu ordonnanlien passaten 
en Naemen der Broeders ende Susters des selve gemacht vernieuwt ende be- 
schreven door my Thomas Georgius de Fontaine, Secretaris in den jaer XVp 
sesen tachentich (sur les trois premières pages le secrétaire de Fontaine a des- 
siné les armoiries de plusieurs membres de la confrérie (-1787). 

175 In-f°, relié en veau, intitulé : Liber continens nomiua et cognomina Confratrum 
et Consororum Augustœ Confraternitatis S mi Altaris Sacramenli Tongris insti- 
tuts Dominica prima adventus incidente in 2dum diem Becembris anni 1736 nec 
non eorumdem obitum ac Missas pro ipsis in altari privilegiato celebratas quorum 
nomina etiam in lihro vilœ scripta sint (-1767). 

176. ln-f°, relié en veau, intitulé : Piegislrum proventuum et expositorum Confrater- 

nitatis Sanctissimi Eucharisliœ Sacramenti , Tongris instituts Dominica prima 
Adventus. Incidente in 2um diem decembris anni 1736. 

177. Iii-4°, cartonné, intitulé : Rekeninge van het Broederscliap van den H. Donatus 

(1781-1797). 

XII. 

Varia. — Chanoines réguliers. — Obituaire de S t. -Jean. — Oratoire de 
N.-D. — Même épiscopale. — Métier des boulangers, etc. 

Jaune pâle. 

178. In-f°, relié en veau, intitulé : Novum slipale ex veteri contractu omnium bonorum 

immobilium hœreditatum , Reddituum censuum debitoru spectans ad R dos Dnos 



— 360 — 

Canonicos Regulares Tongrcnses (sans date) P. 32-1. — Repertorium omnium 
copiarum Reliviorum Testamentorum aliarum que lilterarum in codicem non 
relatarum, ordine alphabetico hic designatarum 10 9bris 1 756 P. 370. Index 
seu calalogus oium Litterarum originalium in archive- juxta organuni in eccliâ 
depositarum P. 404, F 1. Stipale Denuo Renovatum in quo pro moderne- statu 
cum novis jungenlijs ponuntur in charta figurativa omnes agri nostri 1751 , 
f° 234. Index novi stipalis A 17G1. In fine: Samelen 2 laet hoven den eersten 
genoemt Vischcrs-hoff. Den anderen Reys-huff ons coomtnde van Daniel van 
Colmont, etc. (Don de M r le Notaire Vrindts). 

179. In-f", relié en parchemin : Index du n° précédent. Idem. 

180. In-f°, MS. sur veliu de 48 feuillets : Obituaire de l'église de S'. -Jean à Tongres : 

écriture des XV e et XVI e siècles. 

181 . In-f°, relié en veau , intitulé : Registre appartenant au cloistre de l'oratoire de la 

glorieuse Vierge de Marie dit le Clause à Tongres de cens et rentes, terres et 
revenus dudit cloistre (1693-1696). 

182. In-f°, relié en velin , intitulé : Register der Grondcynsen , pacht en halfscheyt 

landereyen onder Herderen, Riempst, etc. geleegen alsook den Toi lot Millen 
toestaende aen S. C. H. den Heere Prins Bisscbop van Lnyck gemaeckt en 
hernieuwt door P. Nivar admodiateur van S. C. H. voorsc. (1757-1777). 

183. In-f°, relié en velin , intitulé : Registre aux cens et terres affermées au quartier de 

Riempst et Herderen comme aussi du droit de péage à Millen vulgairement dit 
Tul appartenant à la mense épiscopale de son Altesse Monseigneur le Prince-évêque 
de Liège avec les citations et renvois tant au registre précédent fait par l'amo- 
diateur P. Nivar en 1777, qu'aux textes divisés, de même la séparation et dis- 
tinction des textes des propriétaires étrangers qui étaient confondus avec ceux 
de leurs fermiers. Puis le sommaire alphabétique de tous et chaque textes 
et ensuite copies authentiques des baux de terres affermées, fait à Maeslricht 
pendant les années 1784, 1785, 1786, 1787 et 1788 (par E. Ruylers.) 

184. ln-f°, cartonné, intitulé: Extract der Namen van aile die gehouden syn te betalen 

de cynsen ten bthoeve der bisseboppelycke Tafel van Z. C. H. den Heere Prins 
bisschop van Lnyck wegens de grnnden en erven onder Herderen, Riemst 
Millen en daer omirent geleegen zynde daer by gcvoegt waer inné deeze cynsen 
bestaen met aenvvyzing der folio tôt de texten in t' hoofd register der woonplactze 
der débiteurs, hunne jaerlyksche verschulheid in geld en graenen alsmede de 
betaelingen en leverantien gedaen voor de jaeren beginnende 1786 en eindigende 
1791. 

185. In-f°, relié en veau, intitulé: Registre aux cens seigneuriaux dus à la mense 

épiscopale de S. A. G l'évêque et prince de Liège au quartier de Herderenne , 
Rhiems , Mellin et dépendance contenant la nature desdits cens avec démons- 
tration des textes et leurs folios dans le registre principal , la demeure des débi- 
teurs et leur dette annuelle , tant en grain qu'en argent fait par Armand Ledoux 
pour le temps de son amodiation qui a commencé au St. -Jean 1792 jusqu'au 
St. -Jean 1798. 



— 367 — 

186. In-4", relié en veau , intitulé : Registrum parvi hospitalis renovatum annol"l3 

Ab Arnoldo Joseplio Dcstordeur beneficiato Tungren. ac Redore Qnartœ Capellae 
d'Offelken, née non una Cum duo Rubens ab arcbidiaconali capitulo Tungren. 
Constitutis ad legendum primum Sacrum die Mercnrii et die Veneris cnjus-libe 
hebdomadae ad altare beatse Marias Virginis. (-1820). 

187. In-4°, relié en veau , intitulé: Marguillerie (1726-1797). Revenus et droits des 

Marguilliers de l'église archidiaconale de Tongres. 

188. In-f°, cartonné, intitulé: Cheyns register toestaende Jouffrouwe Marie Cecilia de 

Ticken welcken wordt bctaelt in drn boff van Wydoye op St. Stevens darh van 
bel jaer 1711 ende door Arnold de Tieken gecontinueert ende syne huysvrouwe 
(-1759). 

189. In-f°, oblong cartonné, intitulé : Nomina eognomina conditiones et qualitates 

omnium civium et incolarum civitatis Tongrensis conscripta anno 1736 mensis 
Aprilis die 23 et conlinuata per dies sequentes. — In fine descriptio parochia— 
norum ecclesias nostrse parocbialis St.-Joannis Baptistœ Tongrensis fada per me 
subplebanum infra scriptum cum matriculario nostro R. D. Bloemen 1736, 
24 April. Dloer : parochianen der stad Tongeren. 

190. Oblong, relié en parchemin, intitulé: Dit Register hort toe hetgoet Becker ambacbt 

geuanit dcn rekenboeck inboudende aile rekeningen van aile meysters begint in 
bet Jaer ons liefs heeren Jésus Christi M. D. C. LXIII den 28 January als meys- 
ters warcn Ardt Willemans ende Jan Derden Commissaris Willem Meer, etc. 
(1663-1764). 

XIII. 

Nouveaux registres. — Administration des biens. — Délibérations du 
conseil et du bureau des marguilliers. — Correspondance des trésoriers. 
— Restauration de l'église, etc. 

191. In-fo, relié en veau, intitulé : Uécolement des rentes et biens-fonds encore exis- 

tants de la fabrique des églises primaire et de S t -Jean-Baptisle, auxiliaire de la 
ville de Tongres, ainsi que des rentes et biens-fonds transférés et aliénés desdites 
fabriques de même que anéantis par la suppression des corporations prises en 
découvertes, contestés et rédimés donnés en engagère ainsi que le compte conte- 
nant les recettes et dépenses de ladite fabrique pour Tan 1816. 

192. In-f°, cartonné, intitulé : Journal concernant les dépenses de l'adjudication et entre- 

prise des travaux de blanchissage de l'église de N.-D. de la ville de Tongres et 
autres dépenses des réparations de l'église et dépenses pour honoraires de 
M rs les Vicaires pour 1818, ainsi que les dépenses pour la contribution foncière 
de l'an 1818 et autres notes et dépenses à observer sur la fin de ce Journal, 
aussi dépenses pour l'an 1819 à la page 12. 

193. ln-f°, relié, intitulé : Église primaire de Notre-Dame de Tongres, gestion adminis- 

trative et restauration de l'église, 1838-1866. 

194. In-f°, relié, intitulé: Documents relatifs à la restauration de l'église de N.-D. de 

Tongres, 1843-1866. 



— 368 — 

195. ln-f°, relié en cuir vert, intitule' : Littera A, Sommier des recettes. 

196. In-f°, relié en cuir vert, intitulé: Littera B, Sommier des receltes. 

197. ln-f°, relié en cuir vert, intitulé: Littera C, Sommier des recettes. 

198. In-f°, relié en cuir vert, intitulé: Littera Cn. Sommier des recettes. 

199. In-fo, relié en cuir vert, intitulé: Littera D. Sommier des recettes. 

200. ln-f°, relié en cuir vert : Sommier des titres de propriété de N.-D. 

201 . Idem. des chapelles. 

202. ln-f°, relié en veau marbré, intitulé : Journal des recettes et des dépenses. 

203. In-f°, relié en veau marbré: Contenant le détail des fondations et anniversaires. 

204. ln-4°, relié en veau : Contenant l'indication des remboursements et réapplicats 

faits. Idem du trésor et des morceaux de musique. 

205. ln-f°, couvert en toile grise: Contenant d'anciens comptes de recettes et dépenses 

suivi d'un exposé des anniversaires et des services fondés. 

206. Petit in-f°, cartonné, intitulé: Catalogues de 1707-1834-1844 et 1805, des archives 

de l'église N.-D. à Tongres. 

207. Petit iii-f<\ cartonné, intitulé : Premier registre aux délibérations, 1838 à 1851. 

208. Petit in-f°, relié, intitulé : Second registre aux délibérations à partir du 6 avril 

1851 jusqu'au. . . . 

209. Petit in-f° cartonné, intitulé: Registre de correspondance, 1838 à 1866. 

DEUXIÈME SECTION. 

Manuscrits et imprimés concernant la liturgie , la théologie , etc. 

Manuscrits 1 . 

I. Évangéliairc in-fo, relié en veau, avec garniture cn cuivre, MS sur velin de 

234 feuillets, à 2 colonnes; écriture du XV e siècle. 

II. Antiphonaire , grand in-f° relié en veau, avec garniture cn cuivre ciselé, MS sur 

velin de 218 feuillets, intitulé: Adusum perinsignis Collegiatae et archidiaconalis 
ecclesiœ Beatae Marise Virginis oppidi Tongr. sumptibus f abri ose anno 1738. — 
Nicolaus Roland Leodius fecit. La fin manque. 

III. Antiphonaire, grand iu-f°, relié en veau, avec garniture en cuivre ciselé, MS sur 

velin, de 221 feuillets, intitulé : Ad usum perinsignis Gollegiatse et Archi- 
diaconalis ecclesiœ Beata) Mari» Virginis oppidi Tongrensis sumptibus fabricœ , 
anno 1738 Nicolaus Roland Leodius fecit.. 

IV. Antiphonaire, grand in-f° relié en veau, avec garniture en cuivre, MS sur velin , 

sans titre , renfermant 287 feuillets , commençant par : In festo bealœ Maris 
Egyptiare in primis Vesperis ante et p s fiàles; écriture du XV e siècle. 
V . Antiphonaire , grand in-f", relié en veau , avec garniture en cuivre , MS sur velin, 
contenant 302 feuillets, commençant par : In festo beata? Mariœ Egypliace in 
primis vesperis ant. et ps fialcs; écriture du XV 1 ' siècle. 

1 Les quinze premiers numéros ont été trouvés en 184C lors de la démolition d'un mur dans la tré- 
sorerie de l'église. 



369 



VI. ln-f°, relié en veau plein , avec garniture en cuivre , MS sur veliu , de 828 pages , 

sans l'index, intitulé : Liber / Delpare/ MaternoqUe/ epIsCopo / saCer/ Canlans/ 
aD aqUILaM offICIa / et MIssas totIUs annl / ConCeLebranDa / per DoMInos 
VICarlos/ CLare praetonantes/ plo arCliIDIaConaLIs tongrensls In DesIDerlo. 
Expensis fabriese Conscriplus per J. L. Fesljens Tongrens. 

VII . Graduel sur velin , grand in-f°, reliure en bnis , couverture en veau plein , restaurée 

et garnie de coins en cuivre. Belle écriture du XV e siècle (grandes lettres dorées , 
coloriées et très-omées) 575 feuillets sans l'index; le premier feuillet manque. 

VIII. Graduel, MS sur velin, grand in-f°, reliure en bois, couverture en veau plein , 

garnie d'ornements en cuivre ; manuscrit du XV e siècle de 575 feuillets ; 
l'index a été ajouté. Les deux premiers feuillets sont lacérés. 

IX. Passionnai du mois de décembre, grand in-f°, relié en veau, MS sur velin de 282 

feuillets, à deux colonnes, commençant par les mots : Incipit passio sancti 

Andrée apostoli Écriture du XV e siècle ; défectueux du titre et des derniers 

feuillets. L'index se trouve à la page 245. 

X. Passionnai du mois de juillet, grand in-f°, relié en veau plein, MS sur velin à 

deux colonnes de 244 feuillets commençant par les mots : Sermo beati Hieronimi 
prbi de assuptione S le Marie virg. ad Paulam et Eustochium ; écriture du 
XV e siècle. L'entête , les dernières pages et l'index ont disparu. La reliure en 
bois recouvert de veau et orné de cabochons en cuivre a beaucoup souffert. 

XI. Grand in-fo, relié en veau, avec garniture de cuivre, MS sur velin intitulé : 

Proprium Sanctorum , 1 87 feuillets , sans l'index ; écriture du XVII e siècle. 

XII. Grand in-fo, relié en velin , portant 2 Octobris : Offieium Angeli Custodis Sinister, 

1647, 10 feuillets; écriture du XVII e siècle. 

XIII. Grand in-fo, relié en veau, intitulé : Ad sinistram, commençant par les mots : 

In festui SS. Nois Jesu. 15 feuillets; écriture du XVII e siècle. 

XIV. Grand in-f°, relié en veau noir, intitulé : Offieium S u Joseph. Confessons plis 

B Marlae Vlrglnls / tUngrensIs fabrICœ eXpensls , / boUrgeoIs , et sCrlpsIt et / 
DeVoVIt, 12 feuillets; écriture du XVIII e siècle. 

XV. Grand in-f°, relié en veau noir, intitulé : Offieium S cli Joseph. Confessons sumptibus 

fabricœ anno 1748 , 12 feuillets; écriture du XVIII e siècle. 

XVI. Antiphonaire en parchemin très-détérioré et tout dépareillé , commençant au 

feuillet 99 ; écriture du XVI e siècle. 

XVII. Graduel, grand in-f°, relié en veau , intitulé : Liber canonicorum regul. Tungr. ad 

usum cantorum A 1706, commençant par les mots: Venite pro tempore 
paschali seu paschate. 

XVIII. Antiphonaire, grand in-folio, relié en veau avec garniture en cuivre, commen- 

çant par : dominica 1 Advent. ad primas et secundas vesperas. R. Page 94 ; 
proprium sanctorum in feslo nativitalis domini ad primas vesperas R. Incomplet 
à la fin; 142 pages; écriture du XVII e siècle. 
XIX Antiphonaire, petit in-f°, MS sur velin, relié en veau de 191 pages intitulé : 
P. P. T. B. D. L. V. anno 1797. Tungrensis. Commençant par les mots : 
Salvum me fac. Détérioré. 



— 370 — 

XX. Antiphonaire , pciit inf°, MS sur velin avec agrafes et coins en cuivre de 

200 pages : liber fcsloruni , sans entête. — Délérioré. 

XXI. Antiphonaire, petit in-f°, MS sur velin , relié en veau de 83 feuillets, portant : 

In usum insignis eccles. Tungrensis ; sans entête ; hymnes à la première page 
commençant par les mots : Anth. de Dta. Maria Vge decanlâda Cora Ymagie 
eide ah advetu Dni usq nat. xpi. Orné d'une miniature représentant l'Annon- 
ciation de la S le Vierge; XV e siècle. 

XXII. Petit in-f°, MS sur velin, relié en veau noir avec garniture en cuivre, de 

85 feuillets sur deux colonnes . commençant par « Ferla secunda ad funtes 
collecta. » Écriture du XV e siècle. Plusieurs ajoutes ont été faites en tête. La 
dernière partie, intitulée : Commemoratio pro pluribus defunctis, fut ajoutée 
en 1737. 

XXIII. Petit in-f°, MS sur velin, relié en veau noir, de 23 feuillets (3 feuillets 

manquent). Antiphonaire du XV e siècle. A la page 24 calendriers et tables, 
vigiles et vêpres pour le jour des morts et pour les obsèques des chanoines ; 
écriture du XVII e siècle ; page 41 , calendrier des fêtes mobiles de 1669 à 1700 ; 
écriture du XVII e siècle. In fine : Fragments extraits de l'obituaire du chapitre. 

XXIV. In-4° , relié en veau , intitulé : Lectiones quadragesima) ad usum per insignis et 

archidiaconalis ecclesiae B M. V. oppidi Tungrensis : thoMas hazeUs VIoLInlsta 
LeoDIUs sCr'psit. 88 pages, incomplet; écriture du XVIII e siècle. 

XXV. In-f°, broché , intitulé : Lectiones hebdomadae majoris scripsit Nicolaus Josephus 

Bourgeois Poeta Tungris a 1743 , 24 pages. 

XXVI. In-f°, relié en veau noir, intitulé : Ofiicium defunctorum Reverendo admod : Domino 

J. Vaudenier perinsig, ecclesiae collegiatae et archidiacon. B. M. V. Tungris 
canonico neenon canton vigilantissimo dedicatum A° 1748. 

Pages non numérotées. — In fine : Ordo cantandi officium defunctorum in 
ecclesia Tungrensis in vesperis malutinis et laudibus defunctorum in die animarum. 

En 1860 on a mis en tête de ce vol. un Graduale romanum. 

XXVII. Oraisons, in-4°, relié en veau, intitulé : feria 4* cinerum et feria 5 a in cœna 

domini ; 68 feuillets; écriture du XVIII e siècle A la page 59 : Benedictio fonlis ; 
écriture du XV e siècle. 

XXVIII. Passionnai in-f°, relié en veau noir, portant imprimé sur la couverture : Capituli 
Tungrensis anno 1680 ; pages non numérotées, à filets et tranches dorées. 

\\l\. Antiphonaire in-4°, relié en veau noir, intitulé : Responsoria in stationibus in medio 
templi in solemnioribus Feslis cantanda 1696. Ad usum R Ji D ni Erasmi de 
Limbourg canonici Tongren ; pages non numérotées (XVII e siècle). 

XXX. Antiphonaire in-4", relié en veau noir, intitulé : In festo conceplionis B. M. V. ad 

primas vesperas ; pages non numérotées (XVIII e siècle). 

XXXI. ln-4°, relié en veau noir, garni de petits clous en argent, intitulé : Officium defunc- 

torum ad usum Reverendi ad modum ac amplissimi. Dni Mathei Pauli Closar 
insignis ac archidiaconalis ecclesiae Tungrensis Decani anno 1731. Pages non 
numérotées. 

XXXII. antiphonaire in-4°, relié en veau noir avec agrafes en argent, 47 feuillets; 
écriture du XVII» siècle, intitulé : In die nativitatis Domini. 



— 371 — 

XXXIII. Id. de 47 feuillets. 

XXXIV. 1(1-8°, relié en veau , pages non numérotées : Pièces pro necessitatibus presen- 
tilius ex Sacra Scriptura et ecclesia? orationibus desumptae boUrgeols Me 
eXaraVIt; pHsqUe fabrICae qUaestorlbUs DICaVIt. 

XXXV. In-8°, relié en veau, pages non numérotées, intitulé : Preces pro necessita- 
tibus prœsentibus ex Sacra Scriptura et ecclesise orationibus desumptœ ; écri- 
ture du XVII e siècle. 

XXXVI. Processionnal in-i°, relié en veau noir, intitulé : In festo natalis Dni. . . (107 
feuillets détériorés) ; écriture du XVII e siècle. 

XXXVII. Processionnal in-8°, MS sur velin , relié en veau avtc agrafes en cuivre, 
portant : Liber Dominorum Canonicorum Tongrensium ; 71 feuillets, commen- 
çant par : In die natal Dni processio fit p. Claustru etc.; écriture du XV e siècle. 

XXXVIII. Processionnal in -8°, MS. sur velin de 167 feuillets, relié en veau avec 
agrafes en cuivre; les derniers feuillets sont détériorés; écriture du XVI e siècle ; 
commence par : In pma dnica advetus Dni ad possessione 

XXXIX. Passionnai in-f°, relié en veau avec agrafes en argent, doré sur tranche, pages 
non numérotées , portant : Ad usum perinsignis eccliœ collégiale et archidia- 
conalis B. M. Virginis oppidi Tungrensis A° MDCCXLVII sumptibus fabrice 
Nicolaus J Bourgeois fecit. 

XL. Graduel in-f°, MS. sur velin , relié en veau noir, de 51 pages, portant : Liber ad 
usum perinsignis collégiale et arcbidiaconalis ecdesie B. M. Virginis oppidi 
Tungrensis anno MDCCXXXXII. 

XLI. Graduel in-f°, relié en veau, sans entête; très-détérioré. 



Imprimés. 

XL1I. Iu-f , relié en veau, avec agrafes en cuivre, intitulé : Epistolœ et Evan- 

gelia totius anni Autwerpiae ex officina Plantiniana Balthazaris Moreti 

MDCLXXXVI. 

XLIII. Petit in-f°, relié en veau avec agrafes en cuivre, intitulé : Missale ad usum 
insignis ecclesie Leodiensis Anhverpie typis Johannis Ruremunden 1552. 

XLIV. In-f°, relié en veau , intitulé : Missale Romanum Antwerpie ex officina Planti- 
niana Balthazaris Moreti MDCLXXXI1. In fine : Appendix ad missale Romanum 
continens varias missas et commemorationes proprias S. S. dioc. Leod. 1707. 

XLV. In-f°, relié en veau, intitulé : Missale Sacri ordinis predicatorum. Parisius, 
apud viduam Claudii de Hansij MDCCXXI. 

XL VI. In-f°, relié en veau, intitulé: Missale Romanum Antwerpie. Détérioré. 

XL VIL In-4°, relié en veau et doré sur tranche, intitulé : Breviarium Leodiense... Leodii 
in officina typographica Everardi Kints et démentis Plomleux MDCCLXVI. 
Les quatre parties. 

XLV11I. In-4°, relié en veau, avec garniture en cuivre et doré sur tranche, intitulé : 



— 372 — 

Breviarium Leodicnsc . . . . même édition , à la lin plusieurs feuillets MSS , 
intitulés : Officia propria ecclesiœ Tungrensis. (La pars hiealis manque.) 

XLIX. In-i°, relie en peau de chagrin brune, à filets dorés et doré sur tranche, inti- 
tulé : Breviarium Leodiense même édition. Don de M. le chanoine de 

Saren. (Lapais verna manque.) 

L. ln-f°, dépareillé, intitulé : Mean observationes et res judicala?. Tome I. 

Ll. In-4°, cartonné, intitulé : lu titulum XLI , libri III, decretalium dissertatio 

canonica de divinis offieiis. Romse 1771. 

LU. Missel in-fo, dépareillé, commençant à la page 41. 

LUI. Grand in-fo, reliure en bois, couverture en veau plein avec agrafes et coins 
en cuivre, intitulé : Bibiia Sacra quid in bac editione a theologis Lovaniensihus 
praestitum sit eorum prœfatio indicat. Anlwerpiœ ex oflicina Chrislopbori Plan- 
tini MDLXXX11I. 

L1V. ln-f° , relié en veau noir, intitulé: Miss;e defunctorum Juxta usum ccclesiœ 
romans. Anlwerpiœ ex architypographia Plantiniana MDCCLIII. 

TROISIÈME SECTION. 

Charte*, diplômes, bulles et autres documents sur parchemin. i 

1° XIII e siècle. 

N° 1 . l v 208. Dalum in die béate Lucie Virginis et martyris anno Dni MCC octavo. 

Sentence rendue par Marchoald , archidiacre de Liège et prévôt de Tongres , 
contre quelques chanoines, quelques bénéficiées et contre le pléban Nicolas , 
accusés d'inconduite. 

Original sur parchemin ; le sceau est perdu. 
N° '2. 1271 . — Datum âno Dni M CC° LXX primo, feria tertia post dominicain Judica. 



1 Presque toutes les chartes dont nous donnons ici l'analyse ont été transcrites en 1598 , par le 
chanoine Henri Salomon dans deux volumes in-folio qui, formaient les Libri Chartarum ecclcsiœ 
Tungrensis. 

Le premier volume comprenait la copie authentique de plus de 100 diplômes, etc., donnés depuis 
l'année 1 104 jusqu'à 1403. 

Le second volume renfermait plus de 300 chartes et se terminait à l'année 1590. C'était le recueil le 
plus complet des sources concernant le chapitre de l'église de Tongres. Diplômes, huiles , paix , sta- 
tuts , records , mandements, conventions , décrets, testaments, nominations , en un mot tous les docu- 
ments précieux ou utiles s'y trouvaient réunis. 

Ces cartulaires, œuvres de patience, avaient demandé plusieurs années d'un travail intelligent et soutenu 
pendant lesquelles le chanoine Henri Salomon avait été dispensé de toute assistance au chœur et aux 
autres offices religieux Ou conservait également dans la librairie de N.-D. (plus tard op den spiegliel) 
les chartes originales ; elles étaient ainsi que le prouve le Uepertorium dressé en 1505 (voyez le n* 6 
de la première section) soigneusement gardées dans des tiroirs (Capsuke) numérotés et étiquetés. 

En 179i, les archives furent déposées chez le prétre-sacristain Antoine Minimal jusqu'en 1810. Qua- 
rante chartes échappèrent à la convoitise d'antiquaires peu scrupuleux. Trente-deux autres furent trans- 
portées à Paris , où elles figurent sous le n° 9209, fonds latin, de la Bibliothèque impériale. Les 
précieux cartulaires et beaucoup de chartes tombèrent entre des mains inlidèles. 



— 373 — 

Sentence arbitrale rendue par Marchoald prévôt de Tongres, Amel doyen 
de St. -Denis à Liège et Peanus chanoine de N.-D. à Tongres, au sujet d'un 
différent qui avait surgi entre le chapitre et l'écolàtre de N.-D. relativement à 
la résidence de ce dernier. 

Original sur parchemin avec des fragments du sceau, avec conlre-scel du 
doyen Amel en cire brune ; les deux autres sceaux sont perdus. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le n° 62, fol. 36. 
N° 3. 1284. — Daturn anno Domini MCC ocluagesima quarto feria sexta post domini- 
cam Jubilate. 

Sentence rendue par Guillaume de Attrebalo chanoine do St. -Lambert à 
Liège, nommé juge par l'évêque Jean , pour terminer le différend qui s'était 
élevé relativement à la situation de l'autel paroissial dans l'église de Tongres. 
« L'autel en bois, jadis placé au milieu de l'église, sera démoli et la messe 
» paroissiale sera dite désormais à l'autel établi par l'écolàtre Régnier à 
» droite du chœur. » 

Original sur parchemin , le sceau est enlevé. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le n 68, fol. 44. 

2o XIV e siècle. 

No 4. 1307.— Anno nativitatis Domini M°CCC° Septimo indictioue quinta IX Kal. 
Augusti Pontificatus Dni Clementis pape V 1 ' anno secundo. 

Décision du prévôt Albert Codolus accordant à la fabrique le revenu de la 
seconde année de grâce de toute prébende cannoniale qui viendra à vaquer 
pendant les trente années suivantes, afin de l'aider dans l'achèvement de la 
construction du temple. 

Original sur parchemin avec paraphe et signature du pléban Guillaume, 
les deux sceaux pendant à des bandes de parchemin sont enlevés. 
Transcrit dans le premier cartulaire, sous le n° 75, fol. 60. 
N° 5. 1348. — Acta fuerunt hœc Tongris in Capilulo ecclie B le Marie predicte sub 
anno nativitatis ejusdem domini millesimo tricentesimo quadringentesimo oc- 
tavo. Indiclione prima mensis novembiis die VIII. 

Instrument notarié dressé par Arnold Rufi de Tongres, constatant que le 
doyen, le chapitre et les bénéficiera ont remis à six arbitres la solution de quel- 
ques différends qui s'étaient élevés entre eux. 

Original sur parchemin revêtu de la signature dudit notaire et muni 
de son paraphe. 
Transcrit dans le premier cartulaire, sous le n° 114, fol. 117. 
No 6. 1353. — Acta fuerunt hase Leodii in hospitio habitationis dicti dni Pbilippi ao 
nat. Dni millo CCC° quinquagesimo tertio. 

Instrument notarié passé par devant Guillaume dit de Gembloux, notaire im- 
périal et clerc du diocèse de Liège, constatant la transaction faite entre le doyen 
et le chapitre d'une part et le prévôt de l'autre au sujet des oblations faites 



— 374. — 

par divers chrétiens devant un vieux crucifix placé vis-à-vis de la table dite 
de la fabrique. 

Original sur parchemin , revêtu de la signature et du paraphe du notaire, 
de l'approbation du prévôt, du doyen et du chapitre de l'église de Tongres 
ainsi que de celles d'Englebprt évêque de Liège , du vice-doyen et du 
chapitre de St. -Lambert , muni du scel en cire rouge du prévôt Ange de 
Filys-Ursi et du scel et du contre-scel du chapitre de Tongres. Le sceau 
de l'évoque et celui du chapitre de St. -Lambert manquent. 
Transcrit dans le premier carlulaire de l'église sous le n° 119, f° 1"23. 
N" 7. 1355. — Datum anno a nativitate Dni millésime tricentesirao quioquagesimo 
quinto mensis Junij die décima seplima. 

Ordonnance rendue par le chapitre de N.-D. et relative à la perception 
des revenus échus et des arriérés du dit chapitre. 

Original sur parchemin muni d'un fragment du scel du chapitre 
pendant à une double queue de parchemin. 
N° 8. 1359. — Anno a nat. Dni millio CCO quinquagesimo nono indictione duo- 
decima mensis februarij die vicesima tertia hora summe misse decantate. 

Instrument notarié dressé par Nicolas dit le Pevreis de Sombreffe notaire 
impérial et de la cour de Liège , clerc du dit diocèse , constatant la pro- 
testation faite par le chapitre de Tongres contre la nomination de Jacques 
de Visschel que Ange de Filys-Ursi prévôt de Tongres, d'après le conseil du 
chanoine deNoithof, venait dénommer recteur du béguinage de Tongres. Le 
chapitre avait nommé Walter de Cortenaken , en remplacement de Jacques 
de Gunia décédé. 

Original sur parchemin revêtu de la signature et du paraphe du notaire. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le N° 125, fol. 130. 
N° 9. 1371. — Anno a nativitate Dni millésime tricentesimo septuagesimo prmo. 
Indictione nona mensis octobris die penultima. 

Instrument notarié, dressé par le notaire Nicolas clerc du diocèse de Liège, 
constatant la sentence arbitrale prononcée par Antoine de Fies et Martin 
Benty au sujet de difficultés survenues entre le prévôt et la fabrique de 
l'église de Tongres , relativement aux droits respectifs des adversaires et à 
certaines charges à supporter par l'une ou l'autre des deux parties. 

Original sur parchemin revêtu de la signature et du paraphe du 
notaire de même que du vidimus du prévôt Renard de I'ypemo du 
doyen et du chapitre de l'église N.-D. Les quatre sceaux qui y 
pendaient sont enlevés. 
Transcrit dans le premier cartulaire, sous le n° 113, fol. 164. 
N u 10. 137i. — Acta fuerunt liée in capitulo eclesie béate Marie Tungrcnsis , anno 
a nativitate domini millésime tricentesimo septuagesimo quarto indictione 
duodecima mensis Junij die décima septima. 

Instrument notarié dressé par Nicolas dit Beerken , notaire impérial et de 
la cour de Liège et du diacre du même diocèse, relatant une sentence arbitrale 



— 375 — 

portée par Guillaume Je Hernario chanoine , Jean Daniel Déballe et Régnier 
son frère, touchant quelques terres appartenant à l'église de N.-D. 

Original sur parchemin avec la signature et le paraphe du notaire de 
même qu'avec le vidimus des arbitres. 
Les deux sceaux sont enlevés. 
N° 11 . 1830. — Anno a nativitate Domini millesimo tricentesimo octuagesimo mensis 
Julij die undecima. 

Instrument notarié dressé par Gilles Anima de Tongres, notaire impérial 
et de la cour de Liège, portant déclaration que devant le chapitre de N.-D. 
sont comparus : les jurés et le conseil de la ville, les recteurs et les mambours 
de la chapelle de St. -Jean et de St. -Nicolas d'une part, elle pléban Jean Ave 
Maria d'autre part , que les premiers ont reconnu et déclaré que de temps 
immémorial le service divin se faisait journellement dans l'église de St.-Nicolas 
et dans celle de St. -Jean et que le vice-doyen et le chapitre ordonnèrent de 
continuer régulièrement le service. 

Original sur parchemin revêtu de la signature et du paragraphe du 
dit notaire. 

Le sceau est enlevé. 
Transcrit dans le premier cartulaire , fo 284. 
N° 12. 1390. — Anno a nativitate domini millesimo tricentesimo nonagesimo feria 
quarta post festum beati luce evangeliste. 

Instrument notarié dressé par Guillaume Abbatis de Tongres , clerc du 
diocèse de Liège et notaire impérial, constatant la défense faite par le chapitre 
de Tongres d'écrire dans les livres appartenant à ladite église. 

Original sur parchemin revêtu de la signature et du paraphe du 
dit notaire. 
Le sceau est enlevé. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le n u 159, fo 203. 
N° 13. 1396. — Gbeschiet tôt Werrae in den Jare ons heren gheboerte dusent drie 
hondert sesse ende neghentich des vyf ende twintichste dags van Junio. 

Accord passé entre Gilles Heze écoutête , Guillaume van Vriherme , Jean 
Van Lichtvelt , Pierre Horremont , Guillaume Cleynen de Hoesselt , Jean 
Jacobs , Godenart Van Werme et Jean Swogher, échevins de la cour de 
justice de Werme tenu par le seigneur Henri Marchéal , seigneur de 
Auvilgen en Condroz et de Werme, chevalier de Werme, d'une part et 
M. Gérard Van Heer, chanoine de Tongres, au nom du chapitre de N.-D. 
d'autre part : Henri Marchéal s'engage à payer au chapitre les cens , 
rentes et dîmes des biens de Harlingen possédés par ledit chapitre. 
Original sur parchemin. Trois sceaux enlevés. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le n° 108, fol. 109. 

3° XVe siècle. 
N° 14. 1403. — Anno a nativitate Domini millesimo quadringentesimo tertio, 



376 



indictione secundura stilum curie Lcodien. undecima ; mensis decembris die 
décima nctava. 

Ordonnance rendue par le chapitre de Tongres concernant la nomination 
d'un nouveau doyen en remplacement de Radulphe de Rivo , décédé. 

Original sur parchemin avec signature et paraphe du notaire Guillaume 
dit Ahatis de Tongres : le sceau qui pendait à une double queue de 
parchemin est perdu. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 2, fol. 1 p. 2. 
N° 15. 1404. — Datum et actum Tungris in aula domus claustralis bonorabilis viri 
domini Walteri de Malle canonici ecclesie béate Marie Tungrensis predicte. 
Anno a nalivitate Domini millésime- quadringentesimo quarto indictione duode- 
cima die quarta mensis octobris hora post summam missam in dicta ecclesia 
Tungrensi decantatam. 

Provision de Gérard de Heers au doyenné de Tongres; cette provision 
fut donnée sur la demande du pape Boniface ta Gérard fils naturel de Gérard, 
seigneur de Heers, licencié es lois, chanoine-diacre de Notre-Dame et 
recteur de la chapelle de Binderveld , malgré les instances de Nicolas Burin 
licencié es lois et doyen de l'église de N.-D. à Huy. 

Original sur parchemin avec signalure et paraphe du notaire Guillaume ; 
le sceau est enlevé. 
N° 16. 1424. —Anno Domino millésime quadringentesimo vicesimo quarto mensis Julij 
diè décima septima. 

Lettres par lesquelles les chanoines réguliers de l'hospice fondé par Richard 
de Luyke constituent une rente perpétuelle d'une mesure de seigle à 
payer chaque année au pléban de Tongres , le jour de la fête de la Purifica- 
tion de la Sainte Vierge pour lui tenir lieu des oblations qu'on faisait lors 
des enterrements dans ledit couvent. 

Original sur parchemin , traces du sceau des chanoines réguliers et 
grand sceau de la ville de Tongres en cire brune. 
Le sceau du pléban Jean Coen manque. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 36, f° 24. 
N° 17 . 1435. — Anno a nalivitate Domini quadringentesimo tricentesimo quinto, indictione 
décima tercia mensis Junij diè tercia hora slalim post summam missam in 
ecclesia Leodiensi decatantam. 

Instrument notarié dressé par Woulghcrus de Rosele de Turnhout , clerc 
du diocèse de Cambrai , notaire impérial de la cour de Liège , constatant 
l'accord fait entre Théodore Batcnsoen écolâtre, Libert de Corswarem chantre, 
au nom du chapitre de Tongres d'une part , et Henri de Houtcn de Lens-sur- 
Gcer , Jean Volsamque de. ... , Jacques de Gerenvilhe et Collard d'Ammely 
île Birgeley , d'autre part,- au sujet des oblations à faire chaque année dans 
l'église de Tongres, le jour de la Pentecôte. 

Original sur parchemin avec la signature et le paraphe du notaire de 
Rosele. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire, sous le n° GO, f°56. 



— 377 — 

N° 18. 1441 . — Anno a nativitate Domini , millésime» emadringentesimo quadragesimo 
primo , indictione quinta die deçjnia nona mensis Octobris. 

Acte notarié dressé" par le notaire Gisbert de Brochuyse de Urdinge, clerc 
du diocèse de Cologne et notaire impérial, constatant la garantie donnée au cha- 
pitre deïongrespar Jean de Waclitendonrk prévôt de Cologne, pour le paye- 
ment des frais que pourrait occasionner sa nomination au canonicat vacant 
dans l'église de Tongres. 

Original sur parchemin avec signature et paraphe du notaire. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 75, f° 73. 
N'o I8bisl444.. — Dat. Rome apud sanctum petrum anno incarnalionis dominice mille- 
simo quadringentesimo quadragesimo quarto. 

Bulle du pape Eugène IV accordant au chapitre la faculté de réunir 
en un seul bénéfice, à cause du peu de revenus de la fondation et de la 
difficulté de trouver des bénéficiers capables, les fondations du saint Sauveur et 
de la sainte Vierge dans la chapelle de Merlemont à celles de saint Pierre 
et saint Paul , de saint Lambert , de sainte Anne et de saint Servais. 

Original sur parchemin ; plomb pendant à un cordon en soie rouge 
et jaune portant à l'avers tEugenius PP. IV et au revers deux têtes avec 
la suscriptiou SPASPE. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 84, f° 8"2. 
N° 19. 1452. Datum Rome apud sanctum Petrum anno Incarnalionis Domini millesimo 
quadringentesimo quinquagesimo secundo quinte» nonnarum Octobris Pontifi- 
catus nostri anno sexto. 

Bulle du pape Nicolas , accordant à Herman Zamien , Recteur de 
l'autel de saint Jean-Évangéliste le rectorat de l'église de St. -Martin 
à Veustherck. 

Original sur parchemin en mauvais état, le sceau est enlevé. 
N° 20. 1458. — Geschiet int jaer der Saliger geboerte ons hère Jesu Christi dusent 
vier hundert ende vyftich ende acht in die maent van februario sies daech. 
Lettres de l'écoulête et des échevins delà cour de Herck près de Colmont, 
constatant l'acquisition d'une rente de sept mesures de seigle faite par Chré- 
tien Roberts , au nom des chapelains de Tongres , de Henri Mont de Koelmont. 
Original sur parchemin avec deux fragments de sceau; les cinq autres 
sont enlevés. 
N° 21. 1476. — Int joir dusent vierhondert ende zes ent seventich den negge en 
twynticlisten daechs in novembry. 

Lettres des jurés et tenants delà cour censale du chapitre à Widoie , con- 
statant l'acquisition faite par Henri Alphurus et Jean Vantricht chapelains de 
Tongres au nom des bénéficiers , d'une rente d'une mesure de seigle affectée 
sur une maison et courtil situé sous la juridiction de Widoie , et appartenant 
à Guillaume Marcelys, fabricant de drap et habitant de Tongres. 
Original sur parchemin ; les sept sceaux sont enlevés. 

XXIX XXII 24 



— 378 — 

No 22. 1° 1471. — Anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo septuagesimo 
primo mensis Januarij die vicesima quarta. 

Lettres du doyen et du chapitre de N.-D. approuvant la fondation d'un 
bénéfice dans l'église de St.-Nicolas, faite par Mabilie veuve de Jean Tels et 
autorisant la consécration de l'autel sous l'invocation de la sainte Vierge et de 
saint Nicolas, à condition d'\ affecter un revenu de cinq muids de seigle, 
mesure de Tongres. Le recteur de son coté était obligé de célébrer trois 
messes par semaine pour le repos de l'âme de la fondatrice et de son mari. 
Original sur parchemin. 
2° 14-71. — Anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo septuagesimo 
primo mensis januarij die vicesima septima 

Lettres du pléban Jean Boten par lesquelles il reconnaît à Mabilie veuve de 
Jean Tels le droit de nommer les trois premiers bénéficiers de l'autel de 
St.-Nicolas qu'elle venait de fonder dans l'église de St.-Nicolas à Tongres. 
Original sur parchemin avec la signature du pléban ; le sceau qui réunis- 
sait les deux pièces est enlevé. 
3° 1471. — Anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo septuage- 
simo primo mensis martij die undecima. 

Attestation donnée par Jean, évêque de liber iensem, constatant qu'il a con- 
sacré l'autel et qu'il l'a dédié à la sainte Vierge et à saint Nicolas. 
Original sur parchemin ; le sceau est enlevé. 
No 22 1,is . 1475. — Anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo septuagesimo 
quinto die vero secunda mensis martij. 

Bulle de Guillermus cardinal et évêque d'Ostie, Philippe cardinal et évêque 
de Poitiers , Ange évêque de Prénesle , Marc cardinal de saint Marc , 
Baptiste de sainte Anastasie, Olivier de saint Eusèbe , Etienne de saint 
Adrien, Philippe de saint Pierre et de saint Marcelin, etc.. accordant, 
à la demande de la confrérie de Sainte-Barbe , de son recteur Egide de 
Hamme et du prévôt Laurent Hugo d'Elderen , une indulgence de cent jours 
à ceux qui visiteront la chapelle de Sainte-Barbe , les jours de sa fête , celui de 
l'assomption de la sainte Vierge , le dimanche après la fête de la dédicace 
de l'église , le jour de la fête de St.-Laurent et de S l0 -Catherine. Cette 
indulgence était accordée afin d'aider la confrérie dans la réparation , l'entretien, 
etc. , de la dite chapelle et des ornements religieux nécessaires à la célébration 
du culte '. 

Original sur parchemin ; les sept sceaux sont enlevés. 

1 Nous donnons ci-joint le calque réduit à la moitié de sa grandeur du mut Guillermus dont la pre- 
mière lettre tourneurc est formée d'enroulements, de feuilles et de fleurs réunies par des lignes capricieu- 
sement disposées. 

Cette lettre sert de cadre à une miniature représentant la face du Christ entourée d'un nimbe 
crucifère Le trait n'est plus tracé à la plume mais remplacé par une bande noire : au reste le XV siècle 
•■si l'époque l'a plus brillante de l'histoire de la miniature. « Il semble , dit M. Durieux dans son mémoire 
sur les Miniatures de Cambrai , que le moyen âge agonisant ait épuisé tout ce qui lui restait d'origi- 
nalité, de génie même, pour varier les ornements dont il a décoré les manuscrits. » Les couleurs les plus 



— 379 — 

N° 23. 1477. — In den joer ons heren Jesu-Christi dusent vier hondert seven ende 
seventich. 

Lettres des tenants-jurés de la cour censale appartenant à Damoiseau 
Goswin van Widoe constatant l'acquisition faite par Walter Pruymaerts, 
chapelain de l'église de N.-D. d'une rente de quatre mesures de seigle 
de Guillaume Bausmans , fils d'Arnold Bausmans de Pirange et de son 
fils Arnold Bausmans, assisté de son tuteur Jean Reys 
Original sur parchemin ; les sept sceaux sont, enlevés. 
N° 24. 1490. Datum anno a nativitate domini millesimo quadrigentesimo nonagesimo 
mensis augustij die vicesima quarta. 

Lettres de Jean de Homes , évoque de Liège, approuvant la fondation 
faite par Jacques Guldevoet, Tilman de Clivis et par d'autres pieuses 
personnes du bénéfice de St.-Michel , archange , dans l'église de St. -Jean 
à Tongres. 

Original sur parchemin avec signature de Coitenbach ; le sceau est 
enlevé. 
Transcrit dans le premier cartulaire sous le n° 16° f° 250. 
N° 25. 1494. — Datum Rome apud sar.ctum petrum anno Incarnationis dominice 
millesimo quadringentesimo nonagesimo quarto. 

Bulle du pape Alexandre aux abbés de St. -Laurent à Liège et de 

Ste.-Gertrude à Louvain et au doyen de N.-D. à Aix-la-Chapelle, par 

laquelle il les nomme juges afin de terminer le procès qui s'était élevé 

entre le chapitre de N.-D. et l'écolàtre Jean Billiton , relatif à la résidence 

et aux charges de ce dernier. 

Original sur parchemin avec vidimus du notaire; le sceau est enlevé. 

N° 26. 1492. — Anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo nonagesimo 

secundo mensis februarij die vicesima quarta. 

Lettres du chapitre de N.-D. confirmant, l'accord fait entre le 
pléban Jean Boten et les chanoines réguliers de Tongres qui s'étaient 
engagés à payer annuellement le jour de la St. -Etienne deux chapons 
au chapitre. 



chatoyantes s'étalent à l'envie sur les rinceaux multicolores qui forment la lettre principale ; le lapis 
lazuli , le carmin d'Orient et le vert de sinople ne le cèdent en rien à l'éclat de l'or. 

Les autres lettres onciales du mot Guillermus sont peintes alternativement en bleu ou dorées. 

Par un singulier caprice d'artiste, particulier aux types conventionnels des traditions byzantines, la face 
de l'Homme-Dieu est modelée par de larges demi-teintes noires et par des ombres légères tracées en 
blanc. 

Sur la même charte se trouve une miniature représentant sainte Barbe revêtue d'une robe d'azur et d'un 
manteau de pourpre doublé de siuople. Dans la main gauche elle porte un livre et de la droite elle sou- 
tient une tour. Le manteau d'une grande ténuité de couleur et dont les plis parallèles ne manquent pas 
de grâce et de légèreté est seul achevé ; le reste n'est qu'ébauché et a subi une retouche au trait noir. 

Comme d'habitude l'habile imagier a négligé de signer son œuvre ; c'est du reste selon toute pro- 
babilité le factum d'un enlumineur attaché à la chancellerie papale. 



— 380 — 

Ils s'étaient engagés en outre à n'enterrer aucun habitant de la ville 
dans leur cimetière sans avoir payé les droits dus de ce chef à l'église 
de N.-D. 

Original sur parchemin ; deux sceaux enlevés (détérioré). 

Transcrit dans le deuxième cartulaire f° 167. 
N° 27. 1491. — Datum sic et actum in monasterio nostro in aula alla sub anno a 
nativilate domini millesimo fpjadringentesimo nonagesimo quarto indic- 
tione duodecima die vero Martis décima nona mensis augusti hora 
vesperorum vel quasi. 

Acte dressé par Nicolas Marchant , notaire apostolique et impérial , 
constatant la décision portée par Bartholomé de Longo-Campo, abbé 
de St-Laurent à Liège, par l'abbé de S te -Gerlrude à Louvain et par 
le doyen d'Aix-la-Chapelle nommés juges par le pape Alexandre VI 
pour te'rminer le différend qui s'était élevé entre le chapitre de Tongres 
et Jean Billiton, écolatre de cette église. Ils ordonnent à ce dernier de 
résider dans ia paroisse de Tongres et de payer les droits de sa charge. 

Original sur parchemin avec signature et paraphe du notaire. Un 

sceau enlevé. 
• Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 165 f°. 173. 
N° 28 1495, — Datum anno a nativitate domini millesimo quadringentesimo nonage- 
simo quinto mensis maij die vero vicesima. 

Nouvelle sentence rendue par les mêmes et confirmant celle du 
19 août 1494. 

Original sur parchemin avec signature de Nicolas de Virgine , notaire. 
Le sceau pendant à une queue de parchemin est enlevé. 
Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n° 166 , fol. 175. 
N" 29. Sans lieu ni date. 

Page en parchemin , écriture du XV e siècle , faisant partie d'un registre 
terrier et indiquant les terres du chapitre de Tongies, situées dans la 
campagne de Widoie. 

Transcrit dans le deuxième cartulaire sous le n» 20, fol. 21 . 



-1°. — XVI" siècle. 

v 30. 1545, Datum ex Civilate Noslra Leodiensi anno domini millesimo quingentesimo 
quadragesimo quinto mfmsis decembris die duodecima. 

Lettres de l'évêque Georges d'Autriche nommant Gilles Dumonts, prêtre 
du diocèse de Cambrai, chanoine de la collégiale de S le -Croix à Liège. 
Original sur parchemin avec signature du prince-évêque Georges et 
vidimus du secrétaire Weert; le sceau manque. 



— 381 — 

5°. — XVWe siècle. 

N" 31.1680. — Datura in civitate nostra Leodiensi sub signatura viearij nostri in 
spiritualibus generalis pti et sigillo nostro solito , hac quinta Julij 1G80. 

Lettres de Maximilien-Henri de Bavière , prince-évêque de Liège au 
pléban Daniel Peeters pour lui recommander , à cause des nombreuses 
occupations du vicaire-général Ernest de Surlet, de visiter le couvent de 
S te -Claire à Tongres et pour lui permettre l'accès de ce couvent aussi 
souvent que cela sera nécessaire, à condition d'envoyer au vicaire pré- 
nommé la relation écrite de sa visite. 

Original sur papier avec signature du vicaire -général baron de Surlet. 
Le sceau manque. 

6°. - XVIII» siècle. 

N" 32. 1702. — Datum Rome in Curia innocentiana hac die 19 julij 1702. 

Lettres de Charles de Mannis protonolaire apostolique référendaire à la 

cour de Rome, accordant à Daniel Peetersune remise de quatre mois pour 

se défendre contre Nicolas Creir, nommé comme lui pléban de Tongres. 

Original sur parchemin avec, signature de Charles de Mannis ; le 

sceau manque. 

N" 33. — 1730. Anno Domini xvijc trigesimo mensis januarij die vigesima quarta. 

Lettres de Michel Clercx, archidiacre de la Hesbaie , nommant Renier 

Van Herck, marguillier, vicaire et desservant de la messe du matin 

dans l'église de Grand -Jamine. Les charges en avaient été remplies par 

Sébastien Barlholeyns , curé de Grand-Jamine , depuis le départ de 

Vincent Motmans. 

Original sur papier avec signature de M. Clercx, de G. Stevart , 

secrétaire , et de Ch. Frésart , notaire , avec la constatation par le curé 

S. Bartholeyns que Marcel Bartholeyns a pris possession du dit bénéfice 

le 9 févriei 1730 au nom de Renier Van Herck ; le sceau manque. 

N" 31. 1758. — Datum Rome apud S. Mariam Majorem sub annulo Piscatoris die 

XV11I julij MDCCLVI1I pontificatis nostri anno primo. 

Bulle du pape Clément XIII , établissant l'autel de la Ste. -Croix , 
situé dans l'église de N.-D. à Tongres comme autel privilégié et y 
attachant des indulgences spéciales. 

Original sur parchemin avec signature de Ed. Stoupy, vicaire-général 
et de J. Horius. 
N° 35. 1764. — Datum Rome apud Sanctam Mariam Majorem decimo kalendas marti 
anno sexto. 

Certificat délivré par Jean-Baptiste Denis, secrétaire, constatant que Léo- 
nard Bottin , prêtre du diocèse de Liège, a obtenu le bénéiice fondé sous 
l'invocation de la chaire de St. -Pierre dans l'église de N.-D. à Tongres. 

Original sur papier; sceau et signature dudit secrétaire avec la signi- 
fication faite au chapitre de Tongres par J. Moreau, secrétaire. 



— 382 — 

N° 36. 1766.— Datum Rome apud S. Mariam Majorem sub annulo Piscatoris die XII 
septembris MDCCLXV1 pontificatis nostii anno nono. 
Bulle du pape Clément XIII , prorogeant de six mois la nomination de 
Renier Van Ikrck , comme pléban de Tongres , afin de faire connaître la 
démission donnée par le pléban Renier Van Herck, oncle du postulant. 
Original sur parchemin avec signature de Pofficial Briinner; le sceau 
est enlevé. 
No 37. 1771. — Datum sub signatura et sigillo nostro praesentibus sub imprcsso, sub 
anno a nalivitate Domini millesimo seplingentesimo septuagesimo primo 
mensis aprilis die vicesima tertia. 

Permission accordée par Gaspard-Lambert Clercx , prévôt de Liège, à 
Arnold Gilson de Tongres d'épouser Thérèse Bensdal de Liège. 
Original sur papier avec signature de Lambert Clercx. 
N° J77G. — Veneris die 19 a aprilis 1776. 

Ordonnance rendue par le doyen du chapitre , de célébrer le Jubilé uni- 
versel accordé par Pie VI, le 28 avril 1776, et de faire des processions. 
Original sur papier, avec signature du secrétaire P. S. Winckelsels. 

QUATRIÈME SECTION. 

LIASSES. 

Nous eussions désiré terminer le classement des archives de 
l'église , qui se trouvaient dans le plus grand désordre , mais le 
temps nous a manqué. 

Parmi les liasses dont le classement est achevé, il s'en trouve 
une portant au dos : Matrimonia solemnizata Tungris ab anno 
1567-1G36; quatorze liasses de testaments , conventions, con- 
trats, etc., dressés par les plébans et subplébans depuis l'année 
1630 jusqu'en 1794- ; une liasse relative à un procès soutenu par 
le recteur du Béguinage contre le pléban se rapportant à l'année 
1720 et une autre relative à des procès soutenus par le pléban 
Ceulcmans contre le chapitre , contre les subplébans ou contre 
les bénéficiers. Une autre liasse contient de nombreux documents 
relatifs à la Révolution française. 

Enfin , outre dix-neuf cartons renfermant les minutes et les 
comptes de la restauration de l'église depuis 1847 jusqu'en 1865, 



— 383 — 

nous avons encore remarqué une grande quantité de comptes, budgets, 
procès, etc., tant de l'ancien chapitre que de la fabrique actuelle. 



E. 



INSCRIPTIONS DES CLOCHES. 



1 




Marie Vlrglnls honorl 
eX CapItVLI Donc 

Divœ Virgini dicata fabrieaî 
Expensis Ma refundor 
Joseph Simon Nicolausque 
Filii Lolharingi refondunt. 



t 



IHS 



Q8 Salus populi gloria 

Sub Maternî pracsidio ex Tungrensis 
Capituli gratia refusa. 
Sancte Materne 



(Armoiries.) Ora pro nobis. 

Edmondus Godefrid. Baro. 

in Bockholtz Orey 

perillustris ordinis 

Teutonici commendator 

provincialis. 



(Armoiries.) 

Joès Ludovicus Baro 

De Elderen deca- 

nus cathedralis 

Ecclesise Leodiensis 

prœpositus Tungrensis. 




384 — 



IHS 



eX [nslgnls oCtaVIaril CapltULI MUnere 
ha;C refUsa et sanCtae Anna? ConseCrata 

Sains populi gloria 
Joès Vandermeer nunc secto Consul 
Libertus Morsmans juris ulriusque 
Licentiatus consul 
Salus populi 
Gloria. 



(Armoiries.) (Armoiries.) (Armoiries ) 

Joannes Minten Paulus Voedt Glaudius 

hujus oppidi .1.. U. L. Peeters juratus 

Medirus juratus Drossardus et receptor 

in Rutten ; Tungr. 

Restaurationi turris et campanis refundendis 

curatores. 

A.B. 1687. 



Exurens lurrim calvo prodegit et aéra 

Chaudoir Leodiensis 

FabrlCa at eXUstUM DUpLICat 

aerls opUs. 

Josepho Virginis Sponso Capitulais 

Tungrense gratuito refudit. 

5. 

In Honorem divi Pétri gratuito 
Capituli œre refusa 

Salus populi 
Gloria. 




A. 



n. 



385 — 



6. 



Sancli Pauli nomen gessi et gero Me 

refudit Paulus Josephus 

Grognart Leody anno 1703. 

Haec reparalio fit sed per 

fabricam 

ex fabrice Dono divo Paulo devovetur. 

7. 

Chaudoir. - 1733. 
N.-B. Sur les trois autres cloches on ne voit que le nom du fabricant Chaudoir. 

F. 
TABLEAU DES MEMBRES DU CHAPITRE EN 1796. 

Voici la composition du chapitre collégial et archidiaconal de 
Notre-Dame au moment où la Révolution française, abolissant le culte 
divin, vint supprimer le dernier vestige de la primitive cathédrale.. 

Date de la réception. 

23 sept. 1793. Coesar-Marie-Constantin comte deMÉAN DE BEAUR1EUX, 

chanoine tréfoncier du chapitre calhédral de Liège en 1784, président 
delà chambre des finances, chancelier de la principauté, etc., etc. 
Prévôt , décédé à Liège le 19 juillet 1833. 

Chanoines. 

1 1 août 1763. Robert-Jean-Dominique de BELLEFROID de COLMONT, né à 
Tongres le 30 octobre 1750, chanoine de Tongres le 11 août 1763 , élu 
Doyen le 21 avril 1789 , mort à Tongres le 16 février 1827. 

13 juin 1758. François-Joseph-Louis baron d'EVERLANGE de W1TRY, né à 
Witry (Luxembourg) en 1735, décédé à Tongres le 24 vend, an II. 

10 février 1761. Antoine-Bernard MOREAU, né à Liège en 1730, chantre en 
1778 , décédé à Tongres le 15 octobre 1813. 
en 1762. Nicolas GUERMANT, né à Awans le 12 juillet 1727, protono- 
taire apostolique et curé de Bernau , décédé à Tongres le 10 avril 1807. 
en 1764. Arnold baron de SERAINGde HOLLOGNE, prévôt de la collégiale 
des 12 apôtres à Cologne et officiai, décédé à Tongres le 27 pluviôse an VII. 

13 janvier 1767. Joseph-Antoine d'OMALIUS. 

20 avril 1769. Antoine-Lambert de GROUTARS, chanoine de St. -Pierre à 
Liège , mort à Sclessin. 



— 386 — 

29 novembre 1770. Jean-Pierre MAILLART , sous-diacre né à Liège le 
29 novembre 1748, chanoine du chapitre impérial de St. -Servais à 
Maestricht le 21 août 1789, décédé à Tongres le 2 octobre 1810. 
10 septembre 1771. François-Melciiior, vicomte DE LA FONTAINE 

D'HARNONCOURT. 
2 septembre 1772. Paul-Eustache-Arnold-Joseph VAN DER MAESEN, né 
à Maestricht en 1754, écolâtre en 1785, décédé à Tongres le 10 
novembre 183G. 
En 1774. Lambert-Jacques-Charles-Barthélemy MAGNÉE, né à Liège en 

1755 , décédé à Tongres le 9 août 1818. 
En 1776. François-André GUERMANT. 
12 octobre 1778. Henri-Joseph D'HUVETTERRE, officiai en 1783, chanoine 
de St. -Pierre à Anderlecht en 1786, décédé à Bruxelles. 
En 1780. Antoine Baron d'EVERLANGE DE VITRY, né à Vitry (Luxembourg) 

en 1745 , décédé à Tongres. 
En 1784. Arnold-Charles-Joseph MAGNÉE, né à Liège, décédé à Horn. 
En 1788. Balthazar-Arnold DE BELLEFROID , Dé à Tongres le 29 octo- 
bre 1767, décédé bourgmestre de Pirange le 9 mai 1849. 
En 1 789. Laurent-Antoine DE MALSEN, né à Zolre en 1 740, décédé à Tongres 
le 16 octobre 1811. 
21 mai 1792. Jean-Michel-Laurent DE SAREN , né à Tongres le 11 août 

1769 , prêtre en 1794, décédé à Tongres le 13 janvier 1853 *. 
31 juillet 1792. Pierre-Antoine BARTHELS , né à Tongres, décédé à Win- 

tershoven le 30 janvier 1838. 
14 mars 1793. Mathieu-Jacques BETTONVILLE. 

Secrétaire du chapitre. 

— J. A. VAN DEN DRIESC11E, notaire apostolique et immatriculé de Liège, 
élu secrétaire du chapitre en remplacement de Paul-Servais Winckelsels, 
décédé le 16 janvier 1783. 



1 Ce fut le dernier chanoine de l'église collégiale de Tongres et à ce titre nous 
croyons pouvoir lui consacrer quelques lignes. Le jeune de Saren , après avoir terminé 
ses études humanitaires chez les chanoines réguliers , se rendit à Rome où il entra au 
collège germanique ; après y avoir achevé son cours de philosophie et de théologie , 
il revint dans sa ville natale. Nommé coadjuteur de son frère Henri-Balthazar de Saren, 
chanoine de N.-D., le 21 mai 1792, il fut ordonné prêtre en 1191; en 1796 il se 
réfugia en Westphalie , revint en 1802 et alla se fixer à Chênée , mais bientôt il revint 
à Tongres où il passa le reste de ses jours , à la grande édification de tous ceux qui 
l'ont connu. 



— 387 — 

Receveur du chapitre. 

Antoine-Godefroid LOIX, nommé en 1792. 

Agent et homme d'affaires du chapitre. 

Frédéric TOURNAY, nommé le 2 avril 1792. 

Ecrivain du chapitre. 

Antoine-Godefroid LOIX, prêtre, nommé le 4 septembre 1788. 

Pléban. 

Renier VAN HERCK, né à Grand-Jamine le 22 février 1733, prêtre en 
1757, curé de Rixingen en 1758, subpléban de Tongres en 1762, 
pléban en 1767 , décédé curé de Tongres le 7 septembre 1808. 

Subplébans. 

Séverin-Materne SGHAETZEN , né à Tongres le 30 février 1766, prêtre 
en 1787, sub-pléban en 1793, desservant de l'église de St.-Jean et de 
l'hôpital en 1803, décédé à Tongres le 21 janvier 1826. 

Henri HENROTTE, né à Millen en 1750, prêtre en 1774, subpléban en 1794. 

BénépZciers qui avaient droit de résidence. 

Mathias GROUWELS, bénéficier de St.-Jean-Baptiste, né à Itteren en 1721, 
décédé à Tongres le 20 prairial an VI. 

Jean 1ERNA , bénéficier de St.-Pierre et de St. -Paul, vicaire de N.-D., né à 
Glain en 1725, décédé à Tongres le 7 avril 1806. La collation de ce bé- 
néfice appartenait au doyen et au plus ancien chanoine, 

Remacle DE RISWYCK, maître de chant, recteur de la chapelle de St.-Materne 
et bénéficier de St. -Servais : ce dernier bénéfice fondé au XIII e siècle 
par Ricbald de Rudecoven vit ses revenus augmentés successivement par 
les donations du chanoine Jean de Huldertingen en 1274 et de l'écolàtre 
Jean de Antey, le 9 juin 1397. 

IN. COURS, bénéficier de la conception de la Ste. -Vierge. 

Jean-Joseph HENROTTE, bénéficier de St.-Georges et de St. -Sébastien , 
recteur de N.-D. de Anima à Rome. Le bénéfice de St. -Sébastien avait été 
fondé en 1365 par Jean Lebout de Gelmen et par sa femme Béatrix Thomas. 
Le bénéfice et la chapelle St. -George avaient été établis en 1305 par le 
chanoine Lambert de Villers-l'Évêque. 

Antoine-Joseph BINON , bénéficier de l'invention de la sainte Croix : ce 
bénéfice fondé en 1309 par Henri Henrot fut uni le 17 février 1782 à la 
plébanie, mais la bulle papale ne devait sortir son entier effet qu'après la 
mort du titulaire. 



— 388 — 

Robert GILISSEN, né à Tongres en 1728, prêtre en 1752, décédé à 

Tongres le 8 février 1821 , bénéficier des deux saints Jean. 
Nicolas-Pascal MAILLART , né à Liège le 23 décembre 1 730 , bénéficier 

de St. -Hubert et de Ste. -Cécile, organiste et vicaire de Notre-Dame. 
Jean-Guillaume LABHAYE, né à Tongres en 1742, prêtre et vicaire en 

1766, bénéficier de la chapelle de Ste. -Anne. Cette chapelle, reconstruite au 

XVIIc siècle ', fut fondée au commencement du XIP> siècle par Ydule sœur 

de Jean. Guillaume Labhaye mourut à Tongres le 31 décembre 1810. 
J. LOUWETTE , bénéficier de Ste. -Barbe. Ce bénéfice avait été fondé vers le 

XIVc siècle par le chanoine Jean de Sluse. 
Toussaint SCHAFFS, né à Moulingen en mai 1743 , prêtre en 1768, béné- 
ficier de S'e. -Agathe , décédé à Tongres le 1 janvier 1813. 
Mathieu-Chrétien LABBÉE, né à Tongres en 1772, prêtre en 1796, 

bénéficier de la chaire de St. -Pierre , décédé desservant des hospices de 

Tongres le 13 mars 1810. 
Robert DE BELLEFR01D , doyen du chapitre et bénéficier de St. -Jean 

l'Évangéliste. Ce bénéfice avait été fondé en 1267 par l'écolâfre Renier. 
H.-J. GOFFART , bénéficier de la S tc .- Vierge; il mourut le 3 octobre 1791 

et le bénéfice resta vacant. 
Arnold JANSEN, né à Bommershoven en 1733 , prêtre en 1756, recteur de 

la chapelle des Lépreux dédiée à St. -Antoine et située hors de la porte de 

Maeslricht. 
N. BOUX, bénéficier de fautel de St. -Nicolas fondé le 11 juin 1343 par Henri 

de Merlemont. 
Jean GUERMANT , bénéficier de l'autel dédié à St.-Judocc. Cet autel fut 

fondé vers le commencement du XlVe siècle par le chanoine Jean Otton. 
Olivier SCHAFFS, né à Moulingen en 1749, bénéficier de l'autel dédié au 

St. -Esprit. Ce bénéfice avait été fondé vers 1282 par un certain Waltcr, 

vigneron à Tongres. 
Pierre-Antoine BARTHELS, chanoine, bénéficier de la chapelle de tous 

les saints. Cette chapelle avait été fondée et dotée vers 1406 par André 

Reys seigneur de Repen ; les revenus de ce bénéfice furent augmentés 

par la donation faite le 26 avril 1630 par l'épouse du bourgmestre Henri 

Vincquedes. 
Jean-Michel POLLAERS, né à Oplieux le 19 décembre 1749, prêtre en 

1772 , bénéficier de l'Assomption de la sainte Vierge, décédé à Tongres le 

22 juillet 1821. 



1 Le chanoine Denis Scronx augmenta les revenus de cette chapelle le 18 novem- 
bre 1587. 



— 389 — 

Alexandre ZANDERS , né à Tongres en 1746, prêtre et vicaire en 1780, 

bénéficier de l'autel dédié au Sauveur , décédé à Tongres en 1823. 
N. SCHMISING, bénéficier de l'autel de St. -André. 
Alexandre-Joseph DE VOET, né à Hoesselt, prêtre et bénéficier de l'autel 

de la S'e. -Croix , fondé en 1309 par le chanoine Henri Henrot. 
Jean-Michel-Laurent DE SAREN, chanoine de la collégiale et desservant 

de la fondation faite le 23 novembre 1684 par Henri Loers \ 
A. N. MASSIN, bénéficier de l'autel dédié h saint Etienne. La chapelle ainsi 

que le bénéfice avaient été fondés en 1274 par le chanoine Jean de Lewis. 
Antoine-Bernard MOREAU , chanoine de la collégiale et bénéficier de l'autel 

de St. -Michel. La collation de ce bénéfice appartenait au chantre de N.-D. 
Guillaume-Arnold LOIX , né àTongrcs en 1756, prêtre en 1780, recteur 

des écoles, décédé à Tongres le 3 février 1806. 
N. VOS, bénéficier de l'autel placé sous l'invocation de l'Annonciation de la 

S te . -Vierge. Cet autel situé dans la chapelle du chapitre avait été fondé et 

doté en 1461. 
Hurert-Denis MOREAU, bénéficier de St. -Laurent, décédé à Orey. 
Henri-Joseph D'HUVETTERRE , chanoine de la collégiale et bénéficier de 

l'autel de S'e-Marie-Madelaine. C'était le plus ancien bénéfice fondé dans 

la collégiale; avant la reconstruction de la tour en 1442 il y avait au bas 

de l'église une chapelle dédiée à sainte Madelaine; le chanoine Jean de 

Huldertingen augmenta les revenus de ce bénéfice en 1274. 
Guillaume-Louis FRANÇOIS, né à Tongres le 29 mais 1770, vicaire, puis 

bénéficier de l'autel de la Visitation de la S l '-Vierge fondé, paraît-il, en 

1343 par Henri de Merlemont. 
KNAPEN, bénéficier de S'e-Catherine. 
Guillaume-Martin BOOTEN, né à Tongres en 1744, bénéficier de l'autel de 

laS te -Vierge et de St.-Jean l'Évangéliste. Ce bénéfice avait été fondé par le 

doyen Pauli en 1612 et augmenté en 1625 par le chanoine Barthélemi 

Briet de Tongres. Booten mourut à Tongres le II juillet 1811. 
Antoine-Godefroid LOIX, né à Tongres en 1748. prêtre en 1773, écrivain 

du chapitre le 4 septembre 1788, receveur du chapitre en 1792, recteur 

de la confrérie de la S l e- Vierge. 



' Les arrêtés de 1818 et du 22 février 1822 avaient placé cette fondation parmi celles 
des bourses d'études. Un arrêté roy;d de 1854 rectifia cette erreur qui fut la cause de 
la conservation des biens de ce bénéfice, simple. 

Le fondateur Henri Loers fut baptisé à Tongres le 19 février 1617; il était fils de 
Henri Loers et de Gertrude Pex et mourut receveur du chapitre de Tongres le 
14 décembre 1G84. 



— 390 — 

A ces différents bénéfices dont nous venons d'indiquer les desservants, il faut 

ajouter : 
Celui de St.-Mathieu et de St. -Hubert, fondé au XHIe siècle par Richard de 

Rudecoven et uni au doyenné le 25 juin 1784, 
Celui de S te -Élisabeth, fondé par Henri Henrot, 
Celui de la Décollation de saint Jean-Baptiste, 
Celui des Sept Douleurs établi avant 1655 dans la grande sacristie, 
Celui de S te -Gertrude, 
Celui de l'Exaltation de la S te -Croix fondé vers le XIV e siècle ; ce bénéfice 

dont les revenus avaient été considérablement augmentés par la donation, 

faite par Marie, Anne et Gilles Witten et approuvée par révoque le 1'" juin 

1683 , fut uni au rectorat de Berg le 9 juin 1787, 
Celui de St. -Nicolas fondé le 6 décembre 1312 par Godefroid de Werm et 

uni le 21 octobre 1592 à la première subplébanie, 
Celui de la Nativité de la sainte Vierge 
Et celui de St. -Lambert, desservi par l'organiste et dont l'autel était placé à 

la gauche du chœur. 

Noms des prieurs, chapelains, curés et bënéfîciers qui prenaient leurs 
institutions canoniques du chapitre archidiaconal. 

— Louis-Hubert JANSEN, né à Tongres en 1770, prêtre en 1795, prieur de 

l'hôpital de St. -Jacques le 20 octobre 1795 décédé à Tongres le 6 janvier 
1809. 

— Pierre-joseph L'ABBAYE, né à Tongres en 1747, ordonné prêtre en 1771, 

curé du béguinage de S le -Catherine en 1788 et bénéficier de l'autel de 
Ste_Agathe fondé dans l'église de St. -Nicolas. 

— Chrétien LIESENS, né à Genoels-Elderen le 6 mai 1769, curé de Mail et 

Sluse. La collation de cette cure appartenait au pape et au prévôt de 
Tongres. 

— Toussaint SCHAFFS, recteur de l'autel dédié à la sainte Vierge et placé dans 

l'église de Mail ; la collation de ce bénéfice appartenait au curé de Mail. 

— Jean-Arnold SCHMISING, né à Tongres en 1725, prêtre en 1748, recteur 

de Hcnis en 1756 4 . 

— N. W1LMOTS, recteur de Pirange. 

— Jean-Martin D'HUYS, né à Rixingcn en 1762, ordonné prêtre en 1786, 

recteur de Rixingen en 1788. 

— N. RAMAECKERS, recteur de Widoie. 

' En 1795, il eut comme coadjutcur son neveu Jean-Dominique Selimising, né à 
Tongres en 1755, frère mineur en 1775, lecteur en théologie en 1782, gardien du 
couvent de Tongres en 1795, décédé à Tongres le 27 mars 18U. 



— 391 — 

— BOELEN, recteur de Neerrepen. 

— Renier VAN HERCK, bénéficier de l'autel de la S te .-Vierge à Neerrepen. 

— Mathieu Herman l'ABBÉE, né à Tongres en 1750, prêtre en 1773, sub- 

pléban en 1780, recteur de la chapelle d'Offelken en 1791. 

— François-Lambert-Joseph BERDEN, né à Tongres le 28 septembre 1733, 

prêtre en 1757, recteur de l'église de Coninxheim en 1760, bénéficier de 
l'autel de N.-D. établi dans la même église. 

— Antoine DEVIVIER, né à Glons le 3 septembre 1749, recteur de la chapelle 

de Mulken en 1783, décédé à Tongres le 8 juillet 1818. 

— Winand GEUTEN, bénéficier de l'autel de St. -Denis fondé en 1425, dans 

l'église de St. -Nicolas par Antoine Moens de Tongres. Cette fondation 
fut approuvée le 20 mai 1435 par le cardinal Julien légat du Saint-Siège. 

— Renier VAN HERCK, recteur du bénéfice de St. -Nicolas, fondé par Mabilie 

veuve de Jean Tels, le 27 janvier 1471 , dans l'église de St. -Nicolas à 
Tongres; la collation de ce bénéfice appartenait au pléban. 

— N. LATOUR, bénéficier de l'autel de St.-Éloi, établi dans la même église; 

la collation de ce bénéfice appartenait également au pléban de Tongres. 

— Jean VAN OOST, bénéficier de l'autel de N.-D., fondé dans l'église de 

St. -Jean à Tongres; la collation de ce bénéfice appartenait depuis le 
22 avril 1780 au pléban. 

— Pierre DAENEN , nommé bénéficier de l'autel dédié à sainte Catherine le 

16 janvier 1764. Ce bénéfice établi dans l'église du béguinage de Tongres en 
1495, par 12 béguines, fut autorisé le 26 août 1490 par Jean de Hornes. 

— Livin JANNÉ, bénéficier de saint Joseph dans la même église; ce bénéfice 

fondé par Marguerite d'Elderen , béguine , fut approuvé le 24 juillet 1525 
par l'évêque Érard. 

— Pierre GHYSENS, né à Tongres en 1769, prêtre en 1795, recteur de 

N.-D., fondé dans l'église du béguinage par Marie de Steyvord et érigé en 
bénéfice par le chapitre le 28 février 1515. 

— Joseph DEPLOIGE, né à Tongres en 1757, prêtre en 1782, vicaire du 

béguinage en 1784. 

— Louis COENEN, né à Looz en 1768, prêtre en 1791, vicaire du béguinage 

en 1792 '. 

— Antoine MOUMAL, né à Villers-l'Ëvêque en 1761, prêtre en 1787, trésorier 

de la collégiale le 10 octobre 1790, décédé à Tongres. 

— Jean-Michel POLLAERS, bénéficier et prêtre sacristain. 

— Pierre WYNANTS, né à Tongres en 1766, prêtre en 1791, marguillier de 

St.-Jean , porte-verge du chapitre. 

1 Le bénéfice de saint Jean-Baptiste fondé dans l'église du même nom était desservi 
par un des vicaires de l'église collégiale ; il en était de même du bénéfice de St.-Michel 
fondé en 1 190 par Jacques Guldevoet. 



392 



LISTE DES PRÉVÔTS DU CHAPITRE. 

Dès les premiers siècles de l'Église on voit apparaître des pré- 
vôts , prepositi fprœ ponerej , placés à la tète de ces réunions de 
clercs qui plus tard (V e siècle) prirent le nom de chanoines. 
L'apôtre saint Paul 1 , saint Cyprien 2 , Tertullien s désignent 
sous le nom de prévôts les évoques, chefs des presbytères. 

Les évoques dirigèrent longtemps seuls les chapitres et adminis- 
trèrent les biens des collégiales : mais l'étendue de leurs diocèses , 
et les. charges augmentées avec le nombre toujours croissant des 
fidèles , les obligèrent de s'adjoindre quelques membres du clergé 
chargés spécialement de la direction des chapitres collégiaux. Ces 
prêtres prirent le nom de dispensatores, procuratores , defensores 
ou cura tores : leur mission était à la fois spirituelle et temporelle *. 

Bientôt ils furent appelés abbates, titre que l'évêque Richaire 
confirma en 938 pour la collégiale de Tongres ». 

Ce titre à'abbas ne tarda pas à apporter de la confusion , car 
souvent on ne distinguait pas assez entre une abbaye ou chapitre 
régulier et une autre communauté religieuse ou chapitre séculier 
qui n'avait de commun avec le premier que le nom ; aussi au 



« Ep. ad Ileb. CX1II , v. 17. Obedite prepositis vestris et subjacete eis. Ipsi enim 
pervigilant quasi ralionem pro animabus vestris reddituri 

2 Pamelius inCypr. ad martyres. Quantum perniciosa res est ad sequentium lapsuni 
ruina prepositi , in tantum contra utile est et salutare , cum se episcopus per firma- 
mentum Qdei fratribus prœbet imitandum 

s Tertullianus ad martyres. . . . 

* V. Régula cunonicorum , les canons 138 et 139 du concile d'Aix-la-Chapelle , 
tenu en 816, et le canon 24 du concile de Reims , tenu en 813 , id. f° 90. 

' V. Kiskn , Foui.lon , Ciupkayille et les autres historiens de Liège. 



— 393 — 

XIII e siècle substitua-t-on la qualification de pmpositus fprœ-ponere) 
à celle iï abbas *. 

La nomination du prévôt de Tongres appartenait à l'évêque de 
Liège et quoique son choix ne fût limité par aucune règle, d'ordi- 
naire le prévôt était chanoine de la cathédrale de St-Lambert 2. 
Ceux-ci n'avaient pas toujours le caractère sacerdotal et leur rési- 
dence était fixée auprès de l'évêque. A Tongres, où la charge d'âmes 
exigeait continuellement leur présence , ils se firent remplacer par 
des légats ou vice-prévôts, prenant le nom de persona, investitus 
ou plebanus. Lorsque par une bulle du pape Innocent IV le cha- 
pitre fut affranchi de la juridiction spirituelle de l'évêque de Liège 
et élevé à la dignité archidiaconale , ce collège obtint le droit de 
nommer ses prévôts pendant tous les mois de l'année. 

Une habitude constante et de plus le besoin d'une protection effi- 
cace engagea le chapitre à restreindre son choix parmi les chanoines 
Tréfonciers. L'élection devait être ratifiée par le pape endéans les 
six mois et le nouveau prévôt devait, la main sur le livre des 
évangiles, prêter le serment prescrit par les statuts 3 ; ensuite il 



1 Abbas secularis Tongrensis ecclesiœ non abbas sed prsepositus appellatur. V. Jura 
preposili Eccl. Tung. , p. 6. 

Walo abbas Tungrensis. V. Chapeaville , tora. 11 , p. 76. Albertus Codolus de 
Parma' canonicus Leodiensis et secularis ecclesiœ Tungrensis abbas. V. Archives de 
l'église, registre «° 7 , f° 77. 

2 V. Archives de l'église , registre n° 3, f°ij et n° 8, f° 57. Voir aussi les bulles 
de Sixte V, des nones de mai 1585 et d'Urbain VIII , des kalendes d'avril 1626 , décla- 
rant que les prévôts ne peuvent être élus que parmi les chanoines de St. -Lambert. 
Ces deux bulles furent données à la demande du chapitre des Tréfonciers. 

s Voici le serment que prêtait le prévôt , le jour de sa réception : 
« Ego N. juro me habere canonicum ingressum in ista prepositura ad quam sunï 
presentatus et quod fidelis ero ipsi ecclesie ïongrensi. Item juro quod ecclesiam Ton- 
grensem personnasque et libertates ipsius ecclesie pro posse meo defendam. ac privilégia 
consuetudines. ordinationes statuta licita et honesta servabo. Item juro quod bona 
ipsius ecclesie et prepositure fideliter pro meo posse conservabo et si que perdita vel 
alienata sint recupabo ac omnia onera débita ratione dicte prepositure in ecclesia 
Tongrensi michi incumbentia supportabo. Sic Deus me adjuvet et hec sancla dei evan- 
gelia corporaliter a me tacta. » 

XXIX XXII -J5 



— 394 — 

était proclamé prévôt par le doyen *. Ses fonctions se bornaient à 
défendre les intérêts, les droits et les libertés du chapitre, à 
veiller à l'entretien de l'église , de son mobilier et de ses orne- 
ments et à procurer le luminaire 2 , l'encens et les vases sacrés. 
Son administration devint donc purement temporelle. Il jouissait 
des dîmes de Mall-Sluse, de Jamine et de Bolens près de Hannut 3 . 

Annuellement vers les Pâques chaque habitant devait lui payer 
deux deniers appelés deniers du feu 4. 

Le prévôt avait une cour de justice composée d'un maycur, de 
sept échevins et d'un secrétaire, ils élaient appelés hommes de 
fief du révérend seigneur prévôt ; il avait de plus un forestier 
et un porte-verge 5 . Sa juridiction comprenait l'église, les cloîtres 
et lous les bâtiments qui en dépendaient, le cimetière et les mai- 
sons des chanoines. Cependant il n'avait aucune juridiction, soit 
spirituelle , soit temporelle, sur les chanoines ou sur les autres 



1 Voici la formule usitée pour faire celte proclamation : 

« Ego. N. . . . Decanus Tungrcnsis nominibus meo et omnium in his milii consen- 
tienlium invocata gralia spiritus sancti et gloriosissime virginis Marie ecclesie lnijus 

patrone Reverendam admodum et perillustrem. Dominum canonicum Leodiensem 

ut in spiritualibus et temporalibus providum in nostrum ac liujus nostre ecclesie 

preposilum eligo electum pronuntio et in communitate coram vobis publico. In Domine 
patris et filii et spiritus sancti. » Voir Arcbives de l'église, reg. n° 5 in fine, f° 8. 

* Il ne faut pas confondre le luminaire avec le mot luminaria servant à désigner les 
revenus de la fabrique. 

5 Le prévôt Hugues céda en 1197 au chapitre les dîmes de Berg , de Hardelingen, etc. 
Le prévôt Marcuald lui céda en 1244 celles de lierg et d'Aldor (Elderun). 

1 Voir Stutula ceci. Ttingr. Archives de l'église, n° 3 du catalogue , f° Il : 

« Ad custodiam perlinet. ... et census capitalis de hominibus qui sunt de familia 
(paroisse) béate Marie in Tungris et notandum quod quidam qui sune de familia béate 
Muiie solvunt censum capitalem custodi ad luminaria ecclesie et illi ponunt censum suuin 
super sioistrum cornu altaris 

« Item quolibet anno in paseba Domini quilibet manens in opido Tungrensi qui babet 
focum ut liospicium pur se tenetur dare duos denarios leodienses qui vocantur denaria 
ijînis » 

'• Lu mayeur et le forestier élaient révocables à volonté, mais les échevins étaient 
nommés ;'i vie. Voir Archives de l'église , registre n° 7 du catalogue , p. 221. 



— 395 — 

prêtres attachés à la collégiale. Le prévôt avait encore le droit de 
préséance à l'église ; au chapitre il n'avait que voix consultative 1 . 

Le nouvel élu devait, le jour de son installation, donner 150 écus; 
celte somme était spécialement affectée à l'achat d'ornements 
religieux 2. 

En 1584, le prévôt Thibaut de Gavres introduisit l'usage de 
donner une chape dont la valeur ne pouvait être moindre de 
100 écus. 

En 1585 une bulle du pape Sixte V, donnée à la demande du 
chapitre de St. -Lambert, ordonna que les prévôts de toutes les col- 
légiales de la principauté de Liège devaient être choisis parmi les 
chanoines Tréfonciers. Cette ordonnance fut renouvelée par une 
bulle du pape Urbain VIII , donnée le premier des kalendes 
d'avril 1626. 

En 1763, le prince-évèque demanda à Sa Sainteté de confier 
la nomination du prévôt de Tongres à l'évêque ; mais le chapitre 
prévenu obtint le 4 des nones de mai 1764 une bulle confirmant 
les droits que le Saint-Siège lui avait octroyés en 1254 s. 

Dans le principe le prévôt avait la collation de presque tous les 
bénéfices et de toutes les charges de la collégiale de Notre-Dame ; 
l'institution canonique ou la confirmation appartenait à l'évêque. 
Depuis 1254 le prévôt ne conféra plus et dans le mois de l'ordi- 
naire seulement que la chanlrerie, Técolâtrerie, la plébanie, la cure 
de Mail et Sluse , le rectorat de Coninxheim , celui du béguinage 
de Tongres , et les deux marguilleries de N.-D. Il nommait aussi 
aux canonicats de N.-D. vacants pendant les mois de l'ordinaire 4 , 



1 Louvrex, dis. 8, n° 16. — Mean , observ. 279 , n° 3. 

e Voir Sohet , Inslitutes de droit , liv. I , titre XV , chap. IV , n° 32 , et registre 
n° 10 du catalogue , p. 482. 

3 Voir Archives de l'église , registre n° 14 , p. 165. 

4 Ces mois étaient ceux de février, d'avril, de juin, d'août, d'octobre et de décembre. 



— 39G — 

les antres étaient réservés au pape et l'institution canonique des 
nouveaux élus appartenait au chapitre archidiaconal. 

Voici les noms des différents prévôts de la collégiale de Tongres 
depuis le commencement du XII e siècle : 

1 . Le premier prévôt de Tongres que nous trouvons est FRÉDÉRIC. Il était 

fils d'un comte de Namur d'après de llenisdael et tréfoncier de S 1 . -Lam- 
bert. C'est en sa qualité de prévôt que nous le voyons figurer dans un 
décret du 8 des kalendes de mars 1 108 réglant la succession aux maisons 
claustrales *. 

2. Eu 1131 WALO, fils d'un comte de Montaigu, ligure parmi les membres 

du chapitre calhédral avec la qualification d'abbé de Tongres 2 . 

3. SIMON, chanoine de St. -Lambert à Liège et prévôt de Tongres, fut chargé 

par le chapitre de N.-D., la 12 e indiction de l'année 1164, d'établir une 
pieuse confraternité entre le chapitre de Tongres et le monastère de 
Heylissem 3 . 

4. Arnulphe DE GR1MBERGE , chanoine de Liège, était prévôt de la collégiale 

de Tongres en 1178. 

5. Hugues DE PIERREPONT, chanoine de Liège, grand prévôt de St. -Lambert 

en 1 19-1 et prévôt de Tongres, donna en 1197 au chapitre de Tongres les 
obédiences de Berg, Hardelingen , Widoie, Henis, Pirange, Olfelken et 
Herck \ Promu à l'épiscopat en 1200, il renonça à la prévôté et nomma 
à sa place 

6. RAOUL ou RODOLPHE, chanoine de St. -Lambert, archidiacre de Liège et 

prévôt de Nivelles. En 1204 celui-ci confirma les donations faites par 
son prédécesseur \ 

7. MARCHOALD , chanoine de St. -Lambert, archidiacre de Liège et prévôt de 

Tongres, réprimanda le jour de sainte Lucie 1208 plusieurs chanoines 
dont la conduite n'était pas exempte de reproches °. 

8. RODOLPHE, chanoine de Liège et prévôt de Tongres, donna au chapitre de 

N.-D. en 1215 toutes les obédiences qui appartenaient à la prévôté. Cette 
donation faite du consentement de l'évèque Hugues et approuvée par le 
chapitre de Liège fut confirmée par le pape Honorais 111 en 1224 7 . 

9. JEAN, chanoine de St. -Lambert, pénitencier du pape, doyen de Liège et 

' Voir Slatuta ecclesiœ Tongrensis , n° 3 du catalogue, f° XXXVI. 

* Voir CiiAPEA ville , Gest. Pont. Tung., tome 11, p. 70. 

3 Voir Slatuta ecclesiœ Tungrensis , n° 3 du catalogue , fo XXV. 

1 Voir Archives de l'église. Liasses. 

5 Voir ibidem. 

Voir lu n" 1 des chartes. 

Voii Archives de l'église. Liasses. 



— 397 — 

prévôt de Tongres, permit en 1240 aux béguines de Sainte-Catherine , de 
fréquenter l'église de l'hôpital établi hors de la porte de la Croix à Ton- 
gres et d'avoir un directeur spirituel '. 

10. Le prévôt MARCUALD, chanoine de St. -Lambert, archidiacre de Liège, céda 

au chapitre l'église et la dîme de Berg en 1244. En 1248, il fut chargé 
par l'évêque Henri et par le cardinal Pierre, légat du S. -S., de visiter 
l'église de Tongres et de réformer les statuts du chapitre 2 . 
En 1257, il consentit à l'établissement de l'église du Béguinage à l'endroit 
dit : Mure 5 . 

11. Herman DE RAVELSBERCH, chanoine de St.-Lambert en 1288, prévôt de 

Tongres en 1295, mourut le 15 octobre 1297. Il fonda un anniversaire 
que le chapitre devait faire célébrer annuellement le jour de son décès *. 

12. Albert CODOLUS de Parma, chanoine de St.-Lambert et prévôt de N.-D. 

rendit une décision en faveur du chapitre, le 9 des kalendcs d'août 1307 6 . 

1 3 . Angèle DES URSINS (de filiis URS1), chanoine de Liège, prévôt de Tongres 

en 1353. En 1356 il nomma recteur du béguinage Jacques de Visschel ; 
le chapitre de Tongres protesta contre celte nomination le 23 février 1357 6 . 

14. Renaud DE PYPERNAU, chanoine-tréfoncier et prévôt de N.-D. de Tongres 

est cité dans un acte du 31 octobre 1371 7 . 

15. Guillaume SCHEN'CK, chanoine de St.-Lambert figure comme prévôt de 

Tongres dans un acte de 1390 8 . 

16. Jean DE HACCOURT, chanoine de Liège en 1388, prévôt de Tongres. Il 

assista à la ratification de la paix de Tongres ou des XVI , signée le 
28 août 1403. Il mourut en mars 1410 9 . 

17. Godefroid de VLODORP, chanoine de St.-Lambert en 1412, doyen d'Aix, 

prévôt de Tongres en 1413. Il mourut le 3 novembre 1416 UI . 

18. Bertrand DE BOVERIA, chanoine de Liège et prévôt de Tongres. En 1426 

il nomma un écolàtre ". 

19. Jean BARË DE SURLET, chanoine de St.-Lambert et de St. -Martin à 



1 Voir Archives du béguinage. lïeyister der fundatiens en collaliens , fo 51 . 

2 Voir Statuta ecclesiœ Tunyrensis , no 3 du catalogue, fo XXI. 

3 Voir Archives de l'église , reg. no 10 du catalogue , fo 370. 
* Voir idem , reg. n° 19 du catalogue, fo 40. 

b Voir le no 4 des chartes et registres no 7 , f° 77 , no 5, fo 00. 

6 Voir le no 8 des chartes. 

7 Voir le no 9 des chartes et le registre no 5 du catalogue, fo 70. 

8 Voir Archives de l'église, reg. no 7 du catalogue, fo 117 verso. 

9 Voir ibidem, fo209. 

10 Voir ibidem. 

" Voir Jura prœposili ecclesiœ Toiiyrensis . Leod. 1G56, p. 9, reg. no 7, p. 216 
et reg. no 8, fo 54 verso. 



— 398 — 

Liège en 1420, prévôt de N.-D. à Tongres, de St. -Denis à Liège et de 
N.-D. à Maeseyck. Il conféra un canonicat à Emeric Groy, le 3 janvier 
1435 ' et mourut le 12 mars 1446. 

20. Jean DE WACHTENDONCK, chanoine de St.-Lambert et prévôt de N.-D. 
de Tongres en 1411 2 . 

2!. Guillaume DE CLUGNY, chanoine de St.-Lambert en 1469, protonotaire 
apostolique, administrateur perpétuel des évèchés de Wormset de Poitiers, 
grand chancelier de France sous Louis XII, évèque de Poitiers et prévôt 
de Tongres. Il nomma le 9 août 1476, Arnold Lamberti recteur du bégui- 
nage de Tongres en remplacement de Jacques de Biessen, alias Kcrsmec- 
kers décédé \ 

22. Jean DE SUBLET, chanoine de Liège et prévôt de Tongres en 1484 *. 

23. Pierre DE CORTEMBACH , licencié es lois, chanoine de St.-Lambert le 

. 23 avril 1486, prévôt de Tongres le 21 août 1487, chanoine de St. -Paul, 
cardinal, sigilifer de St.-Lambert, archidiacre du Hainaut, mort le 2 avril 
1520 6 . 

24. Arnold-Charles BARON DE LALAING, chanoine de St.-Lambert le 7 avril 

1520, prévôt de Tongres le 25 juin 1520, archidiacre du Hainaut, évoque 
de Canaries °. 

25. Gilles DE LA BLOCQUER1E, licencié en théologie, chanoine de St.-Lam- 

bert le 6 juin 1516, prévôt de Tongres le 16 juillet 1520, grand officiai de 
Liège et grand archidiacre du Hainaut 7 . 

26. Guillaume D'ENCKEVORT, licencié en théologie, chanoine de St.-Lambert 

en 1506, prévôt de Tongres le 19 mai 1523, archidiacre de la Famennc, 
évèque de Tortose , cardinal en 1523, évèque d'Utrccbt, mort à Rome en 
juin 1534 8 . 

27. P. ASCANIUS , chanoine de St.-Lambert, prévôt de Tongres le 4 octobre 

1538, évèque d'Arménie °. 

28. Arnold Chevalier DE BOCHOLTZ zu Broeck, chanoine de St.-Lambert 

en 1544, prévôt de Tongres le 16 février 1549 10 , prévôt de Liège le 



I Voir Archives de l'église , reg . no 8 du catalogue , fa 55 verso , 
s Voir ibidem. 

3 Voir ibidem , reg. no 57 du catalogue , fo 120 verso. 

4 Voir ibidem, reg. no 5, fo 10 verso. 

" Voir ibidem , reg. no 46 et reg. no 5 , fo 19 verso. 

" Voir ibidem , reg. no 5 , f° 23 et reg. n° 4G , f° 

7 Voir Vindiciœ decani et capituli Tong. Leod. 1656 , p 16. 

" Voir Delvaux , Biographie liégoise, p. 41. 

II Voir Archives de l'église, reg. n° 46, f° 

'" V. Archives de l'Hôpital, registre intitulé : Sleper, f° CCV1. 



399 



2 août 1558, écolàlrc puis costc clans la métropole de Mayence, costo et 
chantre de St. -Etienne à Mayence , prévôt de St -Adalbert à Aix-la- 
Chapelle, de N.-D. aux. degrés à Cologne et de Hildesheim , prieur de 
Sf.-Séverin en Condroz, coste de St-Lamhert , mort le 25 janvier 15G8. 

29. Jean VVITTEN de Tongres \ , chanoine, de N.-D. , puis chanoine de 

St.-Lamhert en 1533, grand-écolâtre, archidiacre d'Ardennes, prévôt de 
Tongres en 1568 , grand chancelier. 
Par disposition testamentaire du 18 décembre 1582 il fonda deux bourses 
d'étude et mourut à Liège le 7 mars 1584. 

30. François d , ORANUS(D'[1EUR), chanoinede St.-Lamhert, prévôt de Tongres 

en 1684, auditeur de la sainte Rote. Il donna à l'église deux chandeliers 
en cuivre bosselé et prit sa démission deux mois après son élection 2 . 

31. Conrad THIBAUT, Chevalier de Cavre de Peer, chanoine de St-Lam- 

bert le 2 août 1543, prévôt de Tongres le 17 mars 1584, prévôt de 
St. -Martin et grand prévôt de St.-Lamhert, renonça à la prévôté de 
Tongres le 14 avril 1594 3 . 
33. Gérard VOSSIUS de Looz *, licencié es arts et docteur en théologie, pro- 
tonotaire apostolique, chanoine de St.-Lamhert le 6 septembre 1586, 
chanoine de St. -Jean à Liège, prévôt de Tongres en 1594 5 . Mort à 
Liège le 25 mars 1609°. 

33. Arnold Chevalier DE BOCHOLTZ de Groesbeeck d'Orey, chanoine 

de St.-Lamhert en 1620, prévôt de Tongres en 1626. 

34. Ernest DE BILEHÉ de Vierset , chanoine de St. -Lambert en 1621, 

prévôt de Tongres le 15 février 1632, conseiller privé de son altesse le 
prince-évêque, archidiacre de Campine et des conciles d'Eick, Beringen 
Susteren , Wassemberg , Ravenstein et Megen , mort le 6 juin 1646. 7 . 

1 Jean Witten naquit à Tongres vers 1510 de Gillis Witten et de Gertrude Vrancken. 
Le prévôt Jean Witten fut, enterré dans la première chapelle à droite du chœur de 
l'ancienne cathédrale de S'-Lambert à Liège. « Elle était remarquable par son devant 
d'autel en bois avec des figures en marbre qui s'y trouvaient incrustées et représen- 
taient le grand chancelier Jean Witten et un Tréfoncier son collègue, les genoux enterre; 
les mêmes personnages et leurs patrons, étaient peints sur les vitraux. » V. Van den 
Steen. Essai sur la cath. de St. -Lambert, page 57. 

2 V. Archives de l'église , registres n° 5, f° 176 et n° 15, f° 292. 

Il était fils de François d'Heur et de Catherine de Pottier. V. Loyens, Recueil des 
bourgmestres de Liège, p. 381. 

3 V. Archives de l'église, reg. n° 5, f° 188, n° 15, f° 33. 

* Il naquit à Looz en 1547 de Guillaume Vossius et de Jeanne Voskens. 

5 V. Archives de l'église, registre u° 5 du catalogue, f° 170. 

6 V. Bouille, Histoire de Liège, tome III, p. 100; Jos. Daius , Histoire de Looz , 
tome 11, p. 20. 

7 V. Archives de l'église , registre n° 5, fol. 20. 



400 



35. Arnold BARON DE HOENSBROECK Quadt-Mechelen , Bociioltz, Be- 
niNC.EN OSTHAMECAN, clianoinc de St. -Lambert en 1 G3G , nommé prévôt 
de Tongres en 1646, prévôt de Hildesheim, chanoine de Magdebourg et 
d'IIalberstad. Son élection ayant donné lieu à quelques difficultés, le pape 
nomma, le 3 juillet 1646 , 

30. Laurent DE MÉAN, docteur en droit , ' clianoinc de Liège en 1039, archi- 
diacre du Hainaut et des conciles de Slatlc , Chatelet, Thuin et Florennes 
en 1059 , écolàtre de St -Lambert en 1644. 11 soutint un long procès con- 
tre Arnold de Iloensbroeck et finit par triompher. De Méan , froissé de ce 
que le chapitre avait pris le parti de son concurrent, publia en 1050 une 
brochure intitulé -.Jura prœpositi eccîesiœ Tongrensis, dans laquelle il 
s'attribua des pouvoirs qu'aucun autre prévôt n'avait eus avant lui. Le 
chapitre de son côté lança une réponse véhémente sous le titre de Vindicœ 
Decani et Capituli. . . D. M. V Tongris. Le prévôt publia une nouvelle 
brochure et le chapitre se préparait à y répondre , lorsque l'autorité 
supérieure intervint et fit cesser ce petit scandale 2 . 11 mourut à Liège, le 
4 avril 1082. 

37. Ulderic Arnold de RENESSE raron d'Elderen, chanoine de St.-Lam- 

bert, le 9 septembre 1007, prévôt de Tongres en 1077, mort le 15 dé- 
cembre 1089. 

38. Pierre-Norrert DE SIMON1S de Liverlo, docteur es droits, seigneur de 

Betho , chanoine de St. -Lambert, le 27 août 1070, prévôt de Tongres en 
1090, prévôt de Saint-Denis, mort le 20 septembre 1091 3 . 

39. Jean-René DE NEUFCOUBT de Sluse , licencié es droits, chanoine de 

St. -Lambert en 1077, et prévôt deN.-D. de Tongres en 1091. Ce digne 

'Laurent de Méan naquit en 1G06 de Pierre de Méan, échevin de Liège et com- 
missaire déciseur de S. A. à Maestricht , et d'Anne Gherinx fille du médecin tongrois 
Phillippe Gherinx. Il mourut à Liège le 4- avril 1682 et fut enterré au vieux chœur de 
la cathédrale sous une pierre tumulaire portant: 

SEPULCHRUM 

Reverendi admodum et perillustris Dni Laurenlii de Mean hujus eccîesiœ dura vixit 
Canonici et scholastici ne in eadem Harmonica urchidiaconi ; eccîesiœ D. M. V. 
oppidi Tongrensis Prœpositi, etc. 

V. Recueil des bourgmestre de Liège , par Loyers, p. 182. 

* Voir Duplication Htlérarum executorialium in favorem perillustris /{ ,u ad m 
Domini D. Laurentii de Mean canonici et archidiaconi in ecclesia Leodiensi, nec 
non prœpositi Eccîesiœ Collegialœ B. M. V. oppidi Tongrensis. 

contra 
/.'//. 1)1). Capitulum Decanum et canonicos dicta' Eccîesiœ Tongrcn. relaxatorum . 
(Leod. 1G82 , brochure de 19 pages.) 

' 11 rebâtit le chœur de l'église de Mulken ainsi que le prouve l'inscription qu'on lit 
sur les vitraux. 



— 401 — 

ecclésiastique contribua beaucoup à la restauration de l'église, ruinée par 
l'incendie et donna les six grands tableaux qui ornent le chœur, une lampe 
à cierges en cuivre doré et une chape très-riche. Il mourut à Liège le 
23 octobre 1720. 

40. François-Chevalier DE HINNISDAEL, comte de Craynhem St.-Pierre 1 

et de St. -Etienne sur Woluwe, chanoine de St. -Lambert, après la 
mort de son épouse 2 le 7 octobre 1716 3 ; prévôt de Tongres le 18 novem- 
bre 1720, mort à Malines le juillet 1728. Il donna une chape encore 
conservée au trésor l . 

41. Jean-Louis d'OYEMBRUGGE , comte de Duras, baron d'Elderen et de 

Roost, chanoine de St. -Lambert en 1720, abbé de Dinant, archidiacre 
d'Ardcnnes le 27 novembre 1720, prévôt de Tongres en 1720, grand 
doyen de St. -Lambert le 7 avril 1729, prévôt de St .-Lambert , archi- 
diacre des conciles de Bastogne et de Stavelot , conseiller privé de Son 
Altesse le prince-évèque, mort le 18 avril 1753. Il donna la porte en 
cuivre et la séparation en marbre du chœur de l'église. 

42. Charles-Nicolas-Alexandre comte D'OULTREMONT de Warfusée 5 , 

chanoine de St. -Lambert le 5 octobre 1737, prévôt de N.-D. en 1753, 
élu prince-évèque de Liège, duc de Bouillon, marquis de Francbimont , 
comte de Looz et de Homes, baron de Herstal le 20 avril 17G3 c , inauguré 
le 11 juin 1764. Il renonça à la prévôté en 1763 et fut remplacé par 

43. Walramme-iMichel comte DE BORCHGRAVE 7 , baron d'Elderen , 



1 II était fils do Mathieu Lambert de Hinnîsdael , s 1 ' de Moiislreuil et de Jeanne 
Marie de Simonis. François de Hinnisdael fui créé comte par lettres patentes de Charles VI, 
le 10 février 1723. 

Voir Archives de l'Etat à Liège. Diplômes impériaux, II, p. 347. 

2 Son épouse , morte à l'âge de 20 ans , se nommait Marie-Anne-Florenee-Thérèse 
de Berchcm. 

3 Son tombeau en marbre blanc sculpté par Delcourt se trouve à Tongres dans l'église 
de l'hôpital. . 

* Voir le n° 15, des chapes. 

* Charles comte d'Oultremont naquit à Liège le 26 juin 1716 et y mourut le 
22 octobre 1771. 

6 En 1763 il demanda au Saint-Siège de confier la nomination des prévôts àl'évèque 
de Liège; mais le pape Clément envoya le 4 des nones de mai 1764 une bulle confir- 
matoire des anciens droits du chapitre de Tongres. Voir Archives de l'église , registre 
n° 14, fo 165. 

7 11 était fils de Michel-François baron de Borchgrave , seigneur de Bovelingen et de 
Marie de Geloes, chanoinesse d'Espinal. 

Les membres de la famille de Borchgrave reçurent le titre de comtes du S. E. B. 
par lettres patentes de 1745. Voir Archives de l'Etal à Liège. Lefokt, III , p. 366 à 369. 
Ibidem Diplômes impériaux et C. P., II, p. 311. 



— 402 — 

de Gënoels-Elderen, Seilles, Membruggen et Mali., chanoine de 
St. -Lambert en 1741. Il devint grand prévôt de St. -Lambert le 13 novem- 
bre 1772 , président de la chambre des finances de la principauté de Liège, 
membre des nobles des comtés de Looz et de Namuret mourut au château 
de Gcnoels-Elderen le 19 juin 1782. 

Il fit don au chapitre de la chape décrite sous le n° 18. 
H. Charles-Jean-Baptiste-Léonard-Michel WALRAMME, comte de Geloes 
et du saint Empire Romain, chanoine de Saint-Lambert en 1759, pair 
du comté de Looz, prévôt de St. -Servais à Maestricht , président de la 
chambre des finances de S. A., prévôt de Tongres en 1782, archi- 
diacre de Brabant et de Mechelen, seigneur de Mechelen , de Daelgrimby, 
Twez-Bergen, Glabeek , etc. 

Il donna les deux autels en marbre qui se trouvent dans les deux premières 
chapelles de l'église de N.-D. 

45. Ferdinand-Conrard Baron de HAXE de Hamal, Seign. de Bierset, 

Hamal, Nederheim, Paifve, etc., chanoine tréfoncier après la mort de 
son épouse en 1749, prévôt de Ste. -Croix, archidiacre d'Ardennes et des 
conciles de Stavelot et de Bastogne , prévôt de N.-D. de Tongres le 22 
août 1791, grand prévôt de Liège le 15 juillet 1782, mort en 1793. Le 
dernier prévôt de la collégiale fut 

46. César-Marie-Constantin Comte de RIÉAN et de Beaurieux, chanoine 

Tréfoncier en 1784, président de la chambre des finances de S. A., prévôt 
de St. -Jacques à Liège, prévôt de Tongres le 23 septembre 1793 , mort 
à Liège le 19 juillet 1833. 

II. 
LISTE DES DOYENS DU CHAPITRE. 

L'église grecque fut la première qui, imitant ce qui existait 
déjà dans l'administration civile et militaire, divisa le clergé eu 
doyennés l . 

A la tète de chaque doyenné elle plaça un decanus {SeicaSapxo<; , 
chef de dix hommes). 



' On se servait du mot Decanus chez les Romains pour désigner un juge inférieur 
qui rendait la justice à dix villages. 

Les Deeani étaient préposés sur dix ofiieiers inférieurs dans le palais des empereurs 
de Constantinople. 



— 403 — 

Il parait que ces premiers doyens furent de simples laïques , 
considérés plutôt comme des protecteurs que comme des chefs : vers 
le VIII e siècle les abbés ou prévôts, qui jusqu'alors avaient nommé 
les doyens, cédèrent ce droit aux chapitres : ils s'en réservèrent 
l'approbation et l'évoque eut l'institution canonique lorsque les 
doyens devinrent les chefs spirituels des chapitres. 

Après la bulle donnée en 1254 par le pape Innocent IV, les 
doyens de N.-D. furent élus par le chapitre f et reçurent l'insti- 
tution canonique du Saint-Siège. 

Aussi à la mort du doyen Radulphe de Rivo , arrivée le 
3 novembre 1403, le plus ancien chanoine convoqua-t-il de suite 
après les obsèques* tous les chanoines résidents afin de pourvoir 
au remplacement du doyen décédé. Celte fois, d'après la chronique, 
deux partis se trouvèrent en présence. Quelques chanoines voulaient 
nommer Gérard de Heers licencié ès-lois , diacre et recteur de la 
chapelle de St. -Jean-Baptiste à Bindervelt ; les autres se pronon- 
çaient en faveur de Nicolas Burin , doyen de Huy et chanoine de 
Tongres. 

Pour mettre un terme à ces dissensions intestines qui souvent 
avaient divisé les membres du chapitre, le vice-doyen Gilles de Fies 
fit décider que les élections se feraient désormais au scrutin secret 
et que les bulletins seraient recueillis par trois scrutateurs nommés 
parmi les membres du chapitre assistés du notaire et de deux témoins. 

Quinze chanoines furent présents au vote du 18 décembre 1403; 
Gérard de Heers obtint 1 2 voix , fut admis à la prestation du ser- 
ment prescrit par les statuts 2 et proclamé doyen du chapitre. 



1 Electio decani pertinet ad canonicos Tungrenses et quotienscumque vacat Decanatus 
dicli canonici résidentes debent intrare in capitulum et perfigere certam diem ad 
eligondum decanum. 

Voir Statuta ecclesiœ Tong., n" 3 du catalogue, f° iiij. 

- Voici la formule du serment que le doyen devait prêter au chœur de l'église en 
présence du chapitre des bénéficiers , du pléban et des recteurs : 

» Ego N. juro me habere canonicum ingressum in isto decanatu de quo michi auctorita- 



— 404 — 

Nicolas Burin s'opposa à cette élection soutenant que l'élu 
Gérard était fils naturel du chevalier Gérard, seigneur de Heers; 
le pape Boniface IX la confirma cependant, mais décréta, le 12 des 
kalendes de mai 1404, qu'à l'avenir on n'admettrait aucun cha- 
noine qu'après avoir justifié qu'il était descendant légitime dans 
les deux degrés de ses ascendants l . 

Après cette digression nous signalerons en quelques mots les 
prérogatives attachées à la dignité décanale. 

Le doyen de Tongres jouissait partout de la primauté 2 , il exerçait 
sa juridiction sur les chanoines et sur tous ceux qui dépendaient 
du chapitre; il fixait les réunions en dehors des trois chapitres 
généraux , surveillait la conduite des chanomes et des autres 
subordonnés et punissait les déliquants 5 . 

11 avait l'obligation d'entendre la confession des chanoines et 

te apostoliea est provisum et quod nicliil dedi vel promisi pro ipso assequendo. Item 
juro hereditates jura et bona ipsins decanatus que invenero conservare et si que dispersa 
vel alienata fuerint pro posse reeuperare. Item juro cum capitulo liujus ecclesie residen- 
tiam facere personalem , ac i n fia annum nunc incipientem me ad ordinem sacerdotalem 
quantum in me fuerit facere ac procurare promoveri. Item juro oflîcium débita ac onera 
dicti decanatus per me seu suflicientem hujus ecclesie canonicum prebentatum si absens 
sive impeditus ex legitimis causis fuero exercere facere et sustenlare nec non libeitates 
statuta et consuetudines hujus ecclesie et presertim statulum et consuetudinem de dic-to 
decanatu non tenendo absque canonicatu et prebenda inviolabilité! 1 observare. Item 
juro in eventum in quem canonicus prebendatus hujus ecclesie non remansero quod 
decanatui sine aliqua diflicultate ac ejus possessioni cedam , ipsumque realitcr dimitlam 
et admissionem ad ipsum decanalum habitam pro non facta babebo. Item juro me pre- 
missa omnia pro posse meo observaturum sic me deus adjuvet et bec sancla dei euangelia. » 
V. Slaluta eccl. Tong., f° XL111. 

1 Cette défense fut renouvelée par l'évêque Gérard de Groesbeeck , en 1580. V. Ar- 
chives de l'église , registre n° 5 , f° 1 16. 

8 Stallus decani in clioro est in sinistro choro in summo stallo et similiter in ca- 
pitulo V. Statuta , f° iiij. 

3 Oflîcium decani est exercere jurisdictionem et disciplinam in omnes canonicos et vi- 
carios et clericos chori et omnes emancipatos et plebanos et eorum vicarios ac omnes 
sacerdntps célébrantes in capellis quibuslibet et altaribus ville Tungrensis et in capellis 
pertinentibus ad parochiam tungrensem. V. Statuta, f° iiij. 

Decanns jurisdictionem exercet in suppositos ecclesiae scilicet notarium quatuor vergife- 
ros, receptores , villicos prapositi et capituli, advocatum, syndicum, fiscum , rectorem 
scolarum, duos submonitores, mensuratorem et pistorcm. Voir Nova statuta ecclesiœ 
Tongrensis , n° 4 du catalogue , p. 99. 



— 405 — 

des bénéficiera , de célébrer la messe aux principales fêtes de l'année 
et les obsèques des chanoines défunts. Aus?i les statuts pres- 
crivaient-ils que l'élu qui n'était pas prêtre devait recevoir la prê- 
trise endéans l'année de sa nomination au doyenné *. 

Le doyen de N.-D. conférait le rectorat de la chapelle dédiée 
à Sl e -Marie-Madelaine et celui de la chapelle des Lépreux ; 
plus tard il conféra aussi le rectorat de Sammelen et le bénéfice 
de la Ste. -Vierge et de St. -Jean-Baptiste fondé en 1612 par le 
doyen Pauli 2 . 

Les revenus attachés au doyenné modiques dans le principe 
consistaient en quelques cens payés par les communes de Vrechele, 
de Bindele , de Vlude, de Gherwen, de Lende, de Bridai et 
à'Erpenkeym 3 ; plus tard on y ajouta une partie de la dime des 
fruits croissant à Berg et à Elderen ainsi qu'une redevance à 
charge de la cure de Nieuwkerken (pays de Waes). 

Voici par ordre chronologique les noms des doyens du chapitre 
de Tongres , mentionnés dans les archives : 

). EUAI1US était doyen du chapitre en l!6i; il fut député avec le prévôt 
Simon, par le chapitre de Tongres, pour établir une confraternité avec les 
membres du monastère de Heylissem *. 

2. ROBERT était doyen en 1 193 , il mourut le 28 juin 1 194 \ 

3. GORDAN était doyen vers 1195°. 

4. PIERRE était doyen en 1206 \ 

5. JACQUES l'était en 1220 8 . 



1 V. Statuta eccl. Tong, no 3 du catalogue , f° XII verso. 

* V. Archives de N.-D., registre n<> 10 du catalogue, f u 3U. 

3 Le 25 juin 1784, le doyen et le chapitre de Liège unirent le bénéfice de St. -Mathieu 
et de St. -Hubert au doyenné. 

* V. Statuta eccl. Tongr., n° 3 du catalogue, f° XXV. 
5 V. ibid., f° XXXVI. 

e V. Jos. Dams, Hist. de Looz , t. II, p. 7 des documents historiques de l'église. 

7 V. Stalula f° XXXVII. Le doyen Pierre occupait à cette époque la quatrième 
maison claustrale. 

8 V. ibid., f° XXXVII verso. 



— 406 — 




G. En 1234 nous trouvons à la tète du cha- 
pitre GILBERT \ il fut remplacé par 

7. AMEL;le 1 octobre 1236, il porta un 
jugement en faveur des frères et sœurs 
de l'hôpital de Tongres contre les 
héritiers de Merica s . 

8. En 1267 ROBERT était revêtu de la 
dignité décanale 3 . 

9. JEAN était doyen en 1273 *. 

10. En 1307 le prévôt et le chapitre de 
Tongres décidèrent que les revenus, 
cens et dîmes perçus par Técolàlre 
le seraient désormais par le receveur 
du chapitre qui paierait annuellement 
à l'écolàtre 70 mesures de grains. 
ULRIC est qualifié de doyen dans cet 
acte daté du 3 juillet 1307 5 . 

11. JACQUES DE CODOLUS, chanoine de 
N.-D. en 1307, figure comme doyen 
en 1317 \ 

12. GILLES est indiqué comme doyen dans 
un acte de 1345 7 . 

13. JACQUES DE ADAiMIS DE PARMA était doyen en 1359 ; il fonda un anni- 

versaire à célébrer annuellement le jour de sa mort (20 mai) 8 . 

14. RADULPHE (Rodolphe ou Raoul) DE RIVO, né à Bréda vers le milieu du 

XIVc siècle, maître es arts, licencié es lois, bachelier es droit canon et 
chanoine de N.-D., fut élu doyen vers 1381 °. 
Pendant son séjour à Tongres, il composa une chronique comprenant les années 
1347 à 1383. Cette chronique intitulée : Gesla trium ponti ficum Leodiensi uni 
Engelberti a Marka Joannis de Arkel et Arnoldi de Home, fut publiée 



1 V. Archives de l'hôpital. Parchemin n° LXXXIX. De euria de merica. Nous 
reproduisons le dessin du sceau de ce doyen. 

8 V. Archives de l'hôpital, n° LXXXIX des parchemins. 

" V. mêmes archives, parchemin n° LX1. 

1 V. mêmes archives , parchemin n° LXX1V. 

5 V. Archives de l'église N.-D. Registre n° 7 du catalogue, p. 77 et registre n°3, 
f° XXXVI verso. 

V. Ibidem, p. 78 et reg. n" 3, f° XXXVII. 

7 V. Archives de l'hôpital, parchemin n° XCVI. 

8 V. Archives de l'église N.-D. Registre n° 19, P9, registre n° 3, P XXXVII et 
registre n° 5, f" 67. 

' J V. Stalula eccles. Tongrensis, n" 3 du catalogue, f" XXXIII. 



— 407 — 

par le chanoine Chapeaville dans le troisième volume de ses Gesla Ponti- 
ficum. 11 laissa encore : De canonum observantia liber, imprimé à Cologne en 
1568 et à Rome en 1590 ' ; Calendarius ecclesiasticas generalis, imprimé en 
1568 à Louvain. Depsalterio observando, manuscrit déposé à la bibliothèque 
royale sous le numéro 2,000 * ; Manipulas de gramatica , un Marlyro- 
logium en vers et un Catalogus librorum manuscriptorum per Belgium. 
Le doyen de Rivo s'appliqua à faire revivre l'observance rigoureuse des 
statuts 3 ; il testa le 5 novembre 1401 \ mourut à Tongres le 3 novembre 
1403, et fut enterré devant la chapelle de tous les Saints \ 

15. Gérard DE HEERS, fils naturel de Gérard, seigneur de Heers, succéda à de 

Rivo. Il était licencié es droit, chanoine de N.-D. en 1394 et recteur de 
la chapelle de Bindervelt. Son élection donna lieu à quelques difficultés 
mais fut approuvée par le Saint-Siège. Comme son prédécesseur, Gérard 
fut un bibliophile distingué. Il testa le 23 mars 1408 ° et mourut à 
Tongres le 19 octobre 1410. 

16. Son successeur immédiat nous est inconnu: nous pensons que ce fut Arnold 

YWANI, qui après la mort de Gérard occupa sa maison claustrale 7 . 

17. Le 3 mai 1445, G1SELBERT DE EEL fut élu doyen; il était chanoine de 

N.-D. depuis le 5 septembre 1430. Après sa mort en 1457 8 le chapitre 
choisit pour lui succéder : 

18. Régnier TIELEN, chanoine de N.-D. depuis le 1er m ai 1450 9 . 

19. Guillaume CALDENBERCH succéda à Tielen et mourut le 9 février 1484 ,0 . 

20. Guillaume KERSMECKERS fut élu le 14 mars 1484 " et après sa mort rem- 

placé par 

1 V. Dibliolheca palrum, tom. XIV. col. 1618. et Maxima bibliolbeca veterum 
patrum, tom. XXVI, f° 289. 

* Voir le jugement porté sur la chronique de Radulphe par Bektholet dans le discours 
préliminaire de son Histoire de l'église et de la principauté de Liège. Bulletin de l'insti- 
tut archéol. liégeois, tom III, p. 291. 

3 V. Archives de l'église N.-D. registre n° 3, du catalogue, f° XXXIII. 

i V. mêmes archives registre n° 7, du catalogue, f° 215. 

5 Chaque année le jour de la commémoration des morts , le chapitre se rendait en 
procession à l'endroit où le doyen Radulphe était enterré et y récitait le de profundis. 
V. Archives de l'église Rubricœ générales ecclesiœ, registre n° 2 du catalogue, p. 62. 

6 V. Archives de l'église, registre n° 7, f° 106. 

1 V. Archives de l'église, registre no 3, f XXXVII verso. 

8 V. mêmes archives, registre n° 57 du catalogue, f° 149 et 274. 

9 V. mêmes archives, registre n° 8, f° 160. 

10 V. mêmes archives, registre n° 57, f° 30. 

" V. mêmes archives, registre n° 46, f° 12. Il portait : d'argent à lafasce d'or accom- 
pagnée de neuf pièces de vair rangées trois en tête et six en pointe quatre et deux , 
au franc canton de gueules chargé d'un A d'or. 



— 408 — 

21 . Guillaume TIERSSEMETIS qui testa le 5 avril 1508 « . 

22. Guillaume KERSMECKERS, probablement neveu de l'avant-dernier doyen, 

fut reçu chanoine de iN.-D. le 2 mai 1505. Après la mort de Tierssemetis, il 
fut nommé doyen le 9 août 1508 : il donna un tableau dont il n'existe 
plus que les deux volets , représentant le donateur à genoux ; derrière lui 
se trouvent deux évêques. 

23. En 1570, Henri VAN ES était doyen ; il avait été reçu chanoine le 10 sep- 

tembre 1540; il testa le 14 octobre 1578. 

24. Hugo M1LIT1S lui succéda ; il mourut en 1596. 

25. Jean PAEL ou PAULI, licencié es lois, chanoine de Tongres depuis le 7 

janvier 1591, fut élu doyen le 11 juin 159G *. Son élection fut continuée 
peu de temps après par le pape Clément VIII. 11 testa le 23 février 1612 s , 
légua sa maison au chapitre et fonda un bénélice simple qu'il plaça sous la 
protection de la sainte Vierge et de saint Jean-Bapliste : la collation de ce 
bénéfice fut réservée à ses successeurs dans le décanat. Pael mourut à 
Tongres le 5 mars ICI 2 et fut enterré dans l'allée droite du cloître où l'on 
voit sa pierre tumulaire *. 

26. Arnold WITTEN succéda au doyen Pael : il testa le 21 mars 1633 ° et 

mourut à Tongres le 29 septembre 1637. 

27. Mathieu DE CASTRO fut choisi en remplacement d'Arnold Witten , le 4 no- 

vembre 1637 °. Son élection fut à ce qu'il paraît confirmée, le 13 novembre 
1637, parle prévôt Ernest de Billebé 7 . 11 testa le 21 janvier 1626 8 et 
mourut le 9 août 1638. 

28. Lidert LOEFFS, chanoine de Tongres le 21 février 1628, fut élu doyen en 

1638 °. Son élection semble avoir été confirmée, par le même prévôt le 
2 octobre 1638 >o. Il fonda un anniversaire, donna une chapeau chapitre 
et mourut à Tongres le 4 janvier 1654. 

29. Son successeur fut Herman HUSTIN, chanoine de Tongres depuis le 20 jan- 

vier 1613. Son élection eut lieu le II février 1654 " et donna lieu à 
quelques difficultés qui heureusement se terminèrent à l'amiable. En 1643, 

1 V. Archives de l'église , registre n° 5 , f° 21. 

* V. Archives de l'église de N.-D., registre n° 10, f" 316. 

3 V. mêmes archives, registres n° 9, f (1 5 , n° 10, f" 311 et n° 105, f' 1. 

1 V. Le n° 15 des épitaphes. 

5 V. Archives de l'église, registre n" 9, p. lf>7. 

V. Archives de l'église, registre n u 10, p. 31(i. 

7 V. Jura prœpositi ceclesiœ Tongrensis, p. 15. 

8 V. Archives de l'église, registre n° 10, f<> 322. 

9 V. Archives de l'église, registre n 9, p. 104. 
"' V. Jura prœpositi, p. 15. 

" V. Archives de l'église, registre u° 10, p. 310. 



— 409 — 

il donna un reliquaire en argent encore conserve" dans le trésor de N.-D. \ 
Herman Hùstin testa le . . . mars 1G21 ; il était sur le point de célébrer 
son jubilé de cinquante années de canonicat lorsque la mort vint le sur- 
prendre le 1G juin 1662 2 . 

30. Léonaiid PALUUANUS, licencié es lois, chanoine de St.-Martin à Russon, et 

chanoine de Tongres depuis le 6 octobre 1652 3 , fut élu doyen en rem- 
placement de Herman Hustin. 11 mourut à Tongres le 1er novembre \qqq 
et le chapitre nomma à sa place 

31 . Pieuue DEL VAUX, chanoine de N.-D. depuis le 9 mars 1651 ; ce doyen 

mourut à Tongres le 26 septembre 1679 \ 

32. Aknold DE VOET ou VOETS, né à Tongres le 4 mars 1634 \ chanoine de 

N.-D. le 22 septembre 1660, prêtre en 1674, succéda le 16 février 1680 
à Del Vaux. 
Les démarches constantes de ce digne doyen engagèrent le roi Louis XIV 
à donner 20,000 francs pour la restauration de l'église brûlée par le 
général français comte Calvo, mais cette somme fut absorbée par rétablis- 
sement d'un nouveau toit. Voets abandonna généreusement à la fabrique 
la plus grande partie des revenus de sa prébende , donna un ornement 
complet G en satin brodé d'or, provoqua la générosité des citoyens , des 
chanoines, du prévôt et du commandeur des Vieux-Joncs, obtint des 
bulles du Saint-Siège et mena à bonne fin l'œuvre si difficile qu'il avait 
commencée. En mourant il eut la consolation de voir l'église rétablie, 
si pas dans son antique splendeur , du moins convenablement restaurée. 
Pendant sa vie il fit construire dans la chapelle du chapitre un tombeau 
recouvert d'une plaque en marbre blanc , mentionnant l'époque de sa 
mort, 17 septembre 1703, son âge 69 , ses années de canonicat 42 , 
de prêtrise 29 et de doyenné 23 7 . 

33. Mathieu-Paul CLOSAR de Liège , chanoine de Tongres depuis le 13 jan- 

vier 1687, avait été témoin du dévouement de son prédécesseur, aussi 
marcha-t-il noblement sur ses traces ; il compléta la restauration de 
l'édifice en meublant l'église , donna le tabernacle qui ornait le maître- 
autel , offrit une belle chape au chapitre , reconstruisit la première 



V. le reliquaire ostensoir, n° 6. 
V. Archives de l'église, registre n° 9, p. 360. 
V. Archives de l'église, registre n° 9, f os 287 et 339. 
V. Archives de l'église, registre n° 9, p. 283. 
V. Il était fils de Henri De Voet et de Marie Pex. 
V. le ii° 1 1 des chapes et le n° 8 des chasubles. 
V. le n° 3 des épitaphes. 
XXIX XXII 26 



— 410 — 

maison claustrale et mourut à Tongres le 22 février 173i, âgé de 67 ans. 
Il fut enterré dans le caveau destiné spécialement à la sépulture des 
chanoines; ses héritiers lui firent élever un monument en marbre hlanc 
et noir , dressé contre le mur de la chapelle dédiée à saint Joseph. 

31. GoDEFHOiD-PiEnnE de REQU1LÉ , chanoine de N.-D. , succéda à Closar 
en 1735. Aucun fait important ne s'accomplit pendant le temps que dura 
son décanat ; il mourut à Tongres le 18 mars 1752. 

35. Jean-Balthazar de PRÉ fut nommé en remplacement de de Requilé. Il 
était chanoine de N.-D. depuis le 12 octohre 173G et avait été sur le 
point de succéder à Closar. Le doyen de Prez mourut à Tongres en 17GG. 
II paraît que les difficultés qui s'élevèrent entre les memhres du chapitre, 
empêchèrent la nomination d'un nouveau doyen, car depuis 17G6 
jusqu'en 1775 nous trouvons à la tète du chapitre des vice-doyens choi- 
sis annuellement. 

3G. Enfin en 1775 Nicolas-Adam de PALMER , chanoine de Bonn et d'Augs- 
bourg , membre du chapitre de Tongres depuis le 7 avril 1753 et 
officiai en I7G2, fut élu doyen. Il administra avec zèle les biens de 
l'église , rétablit la discipline dans le chapitre et donna un ornement 
complet en satin rouge à la fabrique. 

Le doyen de Palmer mourut en 178 ( J et fut remplacé le 21 avril de la 
même année par 

37. Bohert-Jean-Dominique DE BELLEFROID DE COLMONT, né à Tongres 
le 30 octobre 1750. Il était fils de Chrétien-Arnold de Bellefroid, seigneur 
de Colmont et d'Hélène-Rose-Élisabetb Driesens. Après avoir achevé 
ses études chez les chanoines réguliers , le jeune Robert se rendit à Rome 
où il étudia la théologie : quoique absent il obtint le 11 août 1763 une 
prébende dans la collégiale de Tongres et le 21 avril 1789 il fut élu 
doyen du chapitre. Il venait d'être nommé chanoine honoraire de la 
cathédrale de Liège lorsque la révolution française éclata. Condamné à la 
déportation par arrêt du Directoire du 11 octobre 1797 pour « avoir eu 
» des intelligences coupables avec le ci-devant prinec-évèque de Liège 
» et s'être servi de son influence en assemblant le chapitre aux fins de 
» faire rejeter la déclaration exigée des ministres du culte » il obtint 
cependant une mise sous surveillance et se réfugia en Wcstphalie. 

Revenus à Tongres en 1801, les membres du chapitre supprimé voulurent 
partager entre eux les reliquaires et les ornements sacerdotaux de 
l'ancienne collégiale ; le digne doyen de Bellefroid céda généreusement 
sa part à la fabrique et fit partager son noble désintéressement par tous 
ses anciens confrères. 

Boberl de Bellefroid fut le dernier doyen du chapitre de N.-D. , qui exista 
pendant 10U0 ans depuis Charlcmagne jusqu'à Napoléon 1er. il mourut à 
Tongres le 1G février 1827. 



411 — 



LISTE DES PLÉBANS ET DES CURÉS. 

Le pléban ' de Tongres , assisté des deux subplébans, devait 
administrer les sacrements et instruire dans la religion les habitants 
de la ville de Tongres et de sa banlieue. C'était donc le véritable curé 
de cette communauté religieuse. La nomination du pléban appar- 
tenait au Saint-Siège cl au prévôt. Le chapitre archidiaconal donnait 
l'institution canonique au nouvel élu 2 . Le pléban était protono- 
laire apostolique ; il devait tenir régulièrement les registres des 
naissances , des mariages et des décès 3 et avait la collation des 
rectorats de Henis, de Widoie , d'Oflelken et de Rixingen , du 
rectorat et du bénéfice de la S tc . -Vierge à Neerrepen , des béné- 
fices de St. -Nicolas, de St.-Eloi et de S te . -Agathe, fondés dans 
l'église de St. -Nicolas , et de celui de la S te . -Vierge fondée dans 
l'église de St. -Jean à Tongres. 

En 1562 les bénéfices de St. -Nicolas et de S te . -Catherine 
furent incorporés dans les subplébanies ; la collation en passa 
au pléban qui renonça à celle des chapelles de Pirange et de 



1 De Plebs, peuple, curam plebis liabens. Les plébans portaient indifféremment les 
noms de inve&tîbus, persona, jilebanus, etc. On trouve fréquemment dans les actes du 
XIV e et du XV e siècle : Die persoen van Tongeren, etc. 

2 Le pléban jouissait du droit de résidence avec les autres bénéiieiers de la collégiale. 

3 V. Conc. Frid. sess. XXIV. 

Avant son entrée en fonctions , il devait , la main posée sur l'évangile , prêter le 
serment suivant prescrit par les statuts : 

« Ego N. juro me habere canonicum ingressum in isla plebania ad quam sum admis- 
sus. Item juro esse obediens et tidelis Domino preposilo decano et capilulo islius ecclesie 
tanquam vero meo archidiacono in omnibus licilis et honestis. Item juro me nunquam 
contra dictos decanum et capitulum facere conspirationem nec per me vel alios palam vel 
occulte fieii procurabo sed contra conspiratores taies si que essent dictis decano et capi- 
lulo totis viribus assistere. Item juro hereditates jura et bona dicte plebanie que invenero 
pro meo posse conservare et que perdita vel alienata fuerint recuperare, » 



— 412 — 

Mulcken ; cet échange fut approuvé le 21 octobre 1592 par le 
prince-évéque Ernest tic Bavière l . 

Par transaction conclue entre le chapitre et le pléban , ce der- 
nier céda le 22 avril 1780 la collation du bénéfice simple de la 
S t0 .-Vierge fondée dans l'église de St. -Jean. En compensation 
de cette cession , une. huile du 25 janvier 1783 unit le bénéfice de 
l'invention de la sainte Croix à la plébanie. 

Les règles de conduite spéciales aux plébans et aux suhplébans 
avaient été stipulées par le prévôt Marcuald en 1248 et par le 
nonce CaralTa en 1529 2. 

1 . Le premier pléban indiqué dans les archives est NICOLAS. 11 fut démis de 

ses fonctions par le prévôt Marcuald en 1208 3 . 

2. TUÉOBALD, doyen de St. -Denis à Liège, lui succéda 11 vivait encore en 1 248 4 . 

3. En 1272 s GODEFROID investilus Tongrensis et protonotaire apostolique 

dressa le testament de la béguine Mella de Scarmnrc 6 . 

4. En 1380 JEAN dit AVE MARIA était pléban. 11 testa le 20 août 1400 7 . 

I! avait reçu le surnom de Ave Maria parce que ce fut lui qui le premier 



« Item juro me cedere si aliquis habeat melius jus in ista plebania. Item juro nicliil 
contra slatula libertates jura et consuetudincs bonas antiquas et approbatas hujus ccclesie 
scienter altemptare neque atlemptari contra ipsas per me , alium vel alios directe vel 
indirecte proeurabo sed ipsas pro posse meo defendere diligenler et conservare. Item 
juro contentus esse portione quani predecessores mei plebani liujus ecclesîe babuerunt 
de dicta plebania nec super augmcntalionc portionis plebania capitulum per me alium vel 
alios nulle modo aliquo tempore palam vul occulte vexabo vel proeurabo quovis modo. 
Item juro ecclesiam istam anuiversaria omnia et fabrieam pro posse meo ubicumque 
fuero et potero promovere. Item juro servitium et oflieium dicte plébanie sccundiim sui 
fundationem institutionem que statuta et consiietudiueni hujus ecclesie lideliter eum suis 
oneribns per me et coadjutores suflicientes quos singulis annis sieut moris est dielis 
decano et capitulo presentabo facere et exercere Item juro me omnia premissa facturum 
observaturum et adimpleturum sic Ueus me adjuvet et bec sanela Dei ewangelia. » 

« V. Archives de l'église, registre n° 3, f" XX1I1 et registre n" 4, f° 2. 

s V. Archives de l'église, registre u° 10, f° 1. 

15 V. le n° 1 des chartes. 

4 V. Archives de l'église, registre n° 3, f° XXIII. 

1 Archives de l'ancien béguinage de Tongres, déposées à l'hôpital. Liassc-leslam. n° 17. 

" Malgré toutes nos recherches il nous a élé impossible de combler la lacune qui 
existe entre les plébans Godefroid et Jean. 

1 V. Archives de l'église, registre n n 85, f" 102 et registre n° 7, i'° 208. 



— 413 — 

introduisit à Tongres l'usage d'annoncer (rois fois par jour Yangelus ou 
Y ave Maria >. 

5. Jean eut pour successeur G0DFR01D GOEX qui, brise par l'âge, permuta 

le 10 septembre 1410 2 avec 

6. JEAN COEN, bénéficier de l'autel de l'assomplion de la sainte Vierge. Par 

testament du 6 octobre 1139 3 Coen augmenta les revenus de la fondation 
de son prédécesseur. 

7. JEAN BOTEN ou BOETEN lui succéda le 19 octobre 1139*. Les succes- 

seurs immédiats de Boten , furent 

8. Jean VANDERBECK , nommé le 15 août 1 490 s. 

9. Tilman OFRENS, nommé le 30 août 1512°, 

10. Jean OFKENS, nommé le 28 février 15i0, mort à Tongres le 15 mars 1560 7 , 

11. Michel HORREAR1US de Borcbolt, nommé le 31 octobre 1561 s et 

12. Lambert DE VALLE (vanden Daele) de Bois-le-Duc, nommé le 6 juillet 

1567 par le prince-évèque délégué du pape 9 . 

13. Herman VANDERHEYEN, de Bruxelles, fut nommé pléban en 1582 et eut 

pour successeur ,u 

14. Etienne IDENTIUS , nommé le 27 juin 1587 ■«. 

15. En 1593 Théodore DECKERIUS (Deckers) lui succéda. Il mourut à Tongres 

le 18 septembre 1626 et eut pour successeur IS 

16. Barthélemi STRAVIUS ,s (Slrauven) , bachelier en théologie, nommé en 

1626 et confirmé par le chapitre le 9 mars 1627 '*; le pape Urbain VIII 
le nomma protonotaire apostolique le 12 novembre 1626 Stravitis recon- 



' Les bulles des papes Jean XXII en 1316 et Callixte II en 1456 établirent cette 
pieuse pratique dans toute la chrétienté. V Dict. hist. des cultes relig. établis dans 
le monde, vol. II, et le grand Répertoire universel des sciences ecclésiastiques, p 46. 

Le chapitre de Tongres approuva la fondation faite par le pléban Jean le 1!) sept. 
1438. V. Archives de l'église, registre n° 5, f° 2. 

■ V. Aichives de l'église, registre n° 8, f° 37. 

3 V. même registre, f° 40. 

* V. Archives de l'église, registre n J 8, f° 66. 

5 V. Archives de l'église, registre n° 8 du calalogue, f° 80. 

c V. Archives de l'église, registre n° 77. 

7 V. le même registre, in medio. 

8 V. Archives de l'église, registre n° 76, f° 1°. 

V. Archives de l'église, registre n° 78 du catalogue, f° 1°. 

10 V. mêmes archives, registre n° 79. 

o V. Archives de l'église, registre n° 92 du catalogue. 
,s V. Archives de la ville: Regisler mortùorum. 

13 Barthélémy Stravius naquit à Looz vers 1600, de Herman Strauvon et d'Elisabeth 
Honinx. 

11 V. Archives de l'église, registres n os 81, 82, 83 et 84. 



— 414 — 

struisit en 1G31 la maison pastorale, donna à la collégiale une chape * et 
mourut en 1GG8 victime de son dévouement s . 

17. Daniel PETERS, qui succéda à Stravius, cul à soutenir un procès contre 

Nicolas Creyer qui avait été nommé par le chapitre. Il triompha de son 
compétiteur et mourut à Tongres le 31 août 1708 3 . 

18. Jacques BUECKEN, licencié en théologie qui lui succéda , fut en 1700 

nommé curé de Ste -Catherine a Maestricht et chanoine de St. -Servais. 
10. Lambert CEULEMANS l succéda à Jacques Buecken. 11 mourut le 31 octo- 
bre 1741 et fut remplacé par 

20. Léonard KARFS, subpléban de Tongres. Celui-ci mourut le 12 juillet 1712. 

21. Pierre-Dominique JANSEN de Tongres lui succéda la même année. Il 

avait été subpléban et curé de Widoie. Jansen mourut en 1740. 

22. Régnier VAN I1ERCK fut nommé en 1750. Brisé par l'âge et inhabile à 

remplir les devoirs de sa charge il donna sa démission en 1707 et mourut 
à Tongres le 30 octobre 1760. 

23. Son neveu Régnier VAN IIERCK , né le 22 février 1733 à Grand-Jamine , 

curé de Rixingen et subpléban de Tongres, le remplaça eu 1767. Ce 
fut le dernier pléban de Tongres. Condamné à la déportation , il fut 
obligé de se cacher pendant la tourmente révolutionnaire ; mais ayant 
obtenu sa mise sous surveillance , il s'empressa de revenir au près de son 
troupeau. Il parvint à soustraire les ornements religieux à la rapacité des 
inspecteurs français, empêcha la vente du mobilier de l'église de St. -Jean 
et racheta celui de l'église de St. -Nicolas qu'on venait de convertir en 
temple décadaire. Grâce à ses efforts persévérants, le domaine restitua la 
plus grande partie des biens des églises de St. -Jean et de St. -Nicolas. 
En 1801 il bénit le nouveau cimetière, établi conformément à l'art. 2 du 
décret du 23 prairial an XII , et mourut curé de Tongres le 7 sep- 
tembre 1808. 

24. Jean-Nicolas LEXIS, né à Maestricht , ancien religieux du couvent des 

Beggards de cette ville, le remplaça en 1800. L'envie et la jalousie lui 
suscitèrent de nombreuses dillicultés qu'il parvint à vaincre par la patience 
et la bonté. 11 mourut à Tongres le 22 octobre 183G. 

25. M. Jean-Léonard REINARTZ, né à Waubach (Limbourg hollandais) le 



' V. la description des chapes, n° !). 

* On conserve encore à la maison pastorale le portrait de cet homme dévoué. 

8 Voici ce qui se trouve marqué sur le registre des morts après l'inscription du décès 
de Peters : Benefaetor omnium siimlins ist in ecclesia S u Johannis. 

* Ce fut par ses soins que le pape Clément XII approuva, en 173G, rétablissement de 
la confrérie du St. -Sacrement dans l'église de N.-D. V. Archives de l'église, registre 



— 415 — 

23 juillet 1806 , ordonné prêtre en 1830 , vicaire puis curé de Houthem- 
St.-Gerlache , fut nommé doyen de Tongres le 8 novembre 1836 et 
installe le 21 décembre de la même année '. 
Tous les ecclésiastiques du canton auxquels s'étaient associés les habitants 
de Tongres et des environs célébrèrent le 22 mai 1855 le jubilé de 25 ans 
de prêtrise et le 3 juin 1862 celui de 25 années de décanat de notre 
respectable pasteur i . 



n n 175 du catalogue, f°3. Voici le chronogramme composé pour en conserver le souvenir : 

CoxfiutehnItas 

saCiiosanCtI saCkaMent! 

zeLoso poi'ULI ToxgkensIs CoNCUnsU 

eXUrc-It. 

1 Un arrêté royal du 26 décembre 1838 éleva la cure de la 2 e classe à la l ere . 

2 V. Jabelfeesl van tien wel-eerweerden Ileer J.-L. Reinarts , pastoor-deken 
le Tongerçn, gevierd op tien 5 jttny 1862, gévolgd van de feestrede, uitaespro- 
lien tloov tien Ileer L. Rabais. Tongeren , 1863. 



LES 

MERCENAIRES dits BRABANÇONS, 

AU MOYEN AGE. 



NOTICE 

par M. P. HENRARD, 

MEMBRE TITULAIRE A BRUXELLES, 

_Bj=«)=*3— . 

L'obligation du service militaire était l'un des caractères fon- 
damentaux de la féodalité. Sa durée, indéfinie sans doute dans le 
principe , n'avait pas tardé à être limitée par des usages fondés 
particulièrement sur la pauvreté de la petite noblesse, et bientôt 
il avait été de règle que les fiefs ordinaires n'obligeaient à servir 
que pendant une période de quarante jours , les fiefs de chevalier 
vingt jours et les fiefs de haubert- dix seulement l . Le royaume 
de Jérusalem, vu sa position particulière , formait seul une excep- 
tion : la durée du service y était d'un an 2 . 

Limité par le temps, le service militaire l'était aussi par la 
distance ; certains vassaux ne devaient suivre leur seigneur qu'à 
une journée de marche de leur fief, d'autres à moins encore. 



1 Ducange, Feudum militiœ. 

* Assises de Jérusalem, c. 230. 

Commissaires rapporteurs : MM. le général Guillaume et A. Pinchart. 



— 417 — 

Il devait résulter nécessairement de ces restrictions l'impossibilité 
matérielle de tenir campagne; on pouvait faire une expédition , 
surprendre un château, ravager une petite étendue de pays, il 
était à peu près impossible de tenter une conquête ou même d'as- 
siéger une ville. 

A la vérité , les vassaux consentaient fréquemment à prolonger 
la durée de leur service à la condition d'être indemnisés par une 
solde ou par le butin ; mais la grande quantité de serviteurs, 
souvent non combattants, qu'ils emmenaient avec eux exigeait pour 
son entretien des frais considérables dont le payement, parfois irré- 
gulier, amenait des mécontentements qui se traduisaient presque 
toujours par la désertion de gens qu'aucune obligation féodale ne 
retenait plus sous les armes. 

Aussi les princes préféraient-ils , pour leurs expéditions de 
longue haleine, faire marché à moindre prix avec des aventuriers, 
sortis pour la plupart des rangs du peuple , poussés dans la carrière 
des armes par l'absence de sécurité résultant des querelles jour- 
nalières des barons et qui embrassaient avec la même indifférence 
toutes les causes pourvu qu'elles offrissent butin et profils. 

Les provinces belges , en proie dans toute leur étendue aux 
désordres créés par des luttes qu'à son éternel honneur l'Église 
avait essayé de restreindre à l'aide de trêves ou de paix de Dieu 
qui s'étendirent bientôt au reste de la chrétienté , avaient de 
bonne heure fourni de ces soldats, renommés parmi les plus vail- 
lants et qui avaient été porter au loin leur humeur batailleuse. 

Sans remonter plus haut que le XI e siècle , on avait vu dès 
1017 Tostig, frère du roi saxon Harold, tenter la fortune sur 
les côtes septentrionales de l'Angleterre avec des aventuriers 
rassemblés en Frise, en Hollande et en Flandre *. 



Hogeri deHovedln, Annales, p. 448; apud lier uni anglic. script., éd. Savile. 



— 118 — 

Quand Guillaume-le-Conquérant avait fait publier son ban de 
guerre dans les provinces voisines de Normandie , offrait une forte 
solde et le pillage de l'Angleterre à tout homme robuste et de haute 
taille qui voudrait le servir de l'épée, de la lance et de l'arbalète ' , 
il en était encore venu un grand nombre des Flandres. Parmi ceux 
qui se (irent remarquer dans cette expédition , les annalistes nous 
ont conservé les noms de Gilbert de Gand , qui était l'un des com- 
mandants d'York quand cette ville fut reprise par les Danois venus 
sous les ordres du fils et du frère du roi Swcn au secours des Saxons 
(10G9) 2 , de Dreux Bruère, qui eut en partage toute l'Ile formée 
par l'Océan et les rivières à la pointe la plus orientale de l'Yorkshire 
et épousa même une parente de Guillaume 3 , de Gherbaud enfin 
qui porta le premier le nom de Comte de Cheslcr *. 

En 1088, sous le règne de Guillaume-le-Roux , parmi les 
aventuriers normands que Robert fils d'Aymon introduisit dans la 
vallée de Glamorgan à la faveur de la guerre civile qui avait éclaté 
chez les Gallois méridionaux, on remarque les noms de Robert de 
St-Quentin et de Jean le Flamand 3 . 

Plus tard encore , pendant les guerres que quelques gentils- 
hommes normands firent à Guillaume-le-Roux et à Henri I er , en 
faveur de leur frère aine Robert, une grande quantité de Flamands 
passèrent le détroit appelés par l'un ou l'autre des deux partis 
sur la promesse d'être largement récompensés par les domaines 
pris sur les Gallois ou les Normands vaincus; et quand, sous 
Henri I? r , Richard comte d'Eu, en Normandie, conquit la province 
galloise de Divet ou de Pembroeke , ce furent ses auxiliaires 



1 Oai)F.mc Vital, p. 4D5 et Roman deRou. 

-' Chron. Saxon, Gîbson, p. 174. 

' DugdaWs baronage, p. GO. — Monast. anglic. , 11, p. 796. 

' Orderic Vital, p 5*22. — Thierry, Hist. de lu conquête d'Angleterre, liv.1V. 

'• Cambrian Biography , p. 197, liv. VIII. 



— 419 — 

flamands qui, à cause de son adresse à tirer de l'are, lui donnèrent 
le surnom de Slrongboghe resté héréditaire dans sa famille l . 

A cette époque donc ces aventuriers formaient déjà un corps, 
irrégulier sans doute et peu discipliné, mais distinct des autres et 
très-nombreux puisque le surnom qu'ils donnent à leur chef et 
qui prévaut bien qu'appartenant à une langue étrangère à celle que 
parle le noble Normand , est adopté par lui : baptême populaire 
qui lui est une assurance de la fidélité de ses parrains. 

Cependant ce ne sont pas encore là , dans toute l'acception du 
mot , des mercenaires ; ce sont plutôt des colons conquérant en 
soldats la terre sur laquelle ils vont s'établir, luttant sans cesse 
pour la conserver et transmettant à leurs descendants celte habi- 
tude des armes qui, près d'un siècle plus tard (1170) sous les 
ordres du petit-fils de Richard Slrongboghe,- après avoir fait d'eux 
les alliés utiles de Dermot , fils de Morrogh , roi du territoire de 
Leinster en Irlande, les conduira à la conquête de cette île 2 . 

Mais il n'en est plus de même des bandes que nos provinces , 
déjà alors si riches et si peuplées 3 , fournissent bientôt en grand 
nombre et qui abandonnent le pays pour aller sous l'un ou l'autre 
chef se mettre à la solde des étrangers. 

En M 39, dans la lutte qui éclate en Angleterre entre Etienne 
de Chartres, proclamé roi le 2G décembre 1137, et l'empress 
Malhilde , les bandes qui soutiennent l'un et l'autre parti et dont 
Guillaume d'Ypres, fils naturel de Philippe frère de Robert II 
comte de Flandre, est l'un des chefs, sont en grande partie com- 
posées de Bretons et de Flamands 4, que les annalistes dépeignent 
comme des loups affamés. Elles furent longtemps le soutien le plus 



1 Giraldus Cambrensis, Itinérar, Walliœ,\i. 724. — AU'J. Thierry, liv. VIII. 
■ Giraldus Cambrensis, flibernia expwjnata; Camdea , Anglica , Hibernica, etc. 
pp. 760 et 761. (V. Aug. Thierry, liv. X). 

3 Suger , Vita Ludovici Grossi; Dom Bouquet, t. XII. 

4 Currebatur ad euni au omnium generum militibus et a levis armaturœ bominibus 
maximèijiie ex Flandrià et Britannià (Ap. Scriplores rerum francicarum, t. XII, p. 23). 



— 120 — 

énergique du roi Etienne , et après le bataille de Lincoln (1141) 
où l'empress eut la victoire , Guillaume d'Ypres avec ce qu'il put 
en ramasser continua la guerre et fit remettre Etienne en liberté. 
La province de Kent lui fut donnée en récompense, et plusieurs 
de ses compagnons sortis des derniers rangs du peuple durent à 
leur vaillance des titres de noblesse: ainsi Gilbert, fils de Walter, 
l'ut créé comte de Lincoln ' et le Flamand Théobald devint le fon- 
dateur de l'illustre maison des Douglas d'Ecosse 2 . Mais à la mort 
d'Etienne, Henri d'Anjou, en prenant possession de la couronne 
(1 15-1) se hâta de faire quitter l'Angleterre à tous ces étrangers 3 ; 
ta leur arrivée sur le continent ils allèrent grossir les rangs des 
mercenaires connus sous le nom de Brabançons et qui, parlant la 
même langue qu'eux , étaient en quelque sorte leurs compatriotes. 

C'est vers le milieu du XII e siècle que ces derniers avaient 
commencé à se faire connaître. Sans doute bien des causes avaient 
concouru à la formation de leurs bandes : les débris de l'expédition 
d'outre-mer et les victimes des grandes inondations qui changèrent 
si souvent à cette époque la configuration de notre littoral y appor- 
tèrent leur contingent, mais aucun de ces faits généraux ne donne 
l'explication du nom particulier qu'elles portent et sous lequel elles 
se rendirent célèbres entre toutes dans l'histoire. 

Ce nom de Brabançon qui apparaît alors pour la première fois 
avec la signification de mercenaire , à l'exclusion de celui de 
Flamand jusqu'alors généralement donné aux soldats de cette 
espèce levés dans nos provinces 4 , prouve évidemment que ce 
furent les habitants du Brabant qui, au moins à l'origine, en 
fournirent la plus grande part, et c'est aux événements dont cette 

' Hearne, Liber niger Scaccarii, vol. II, fol. 399. 

* Van Brussel, Hist. du commerce et de la marine eu Belgique , t. 1, p. 155. 
Voir aussi sur Guillaume d'Ypres la Notice du chanoine De Smet, dans le tome XV des 
Nouveaux mémoires de l'Académie royale de Belgique. 

* Walt. Hemingi-ort, lib. II, c 1, ad ann. MCLIV. 
1 Notice sur Guill. d'Ypres , p. 5. 



— 421 — 

province fut le théâtre à celle époque qu'il faut demander les 
causes de leur formation. 

Or, parmi ceux qui remplissent cette période si obscure encore 
de noire histoire nationale , deux surtout nous paraissent y avoir 
contribué tout particulièrement : la guerre de Grimbergen et 
l'hérésie de Tanchelin. 

La querelle qui avait éclaté entre Godefroid-le-Barbu et les 
Bcrlhoud , à propos du refus de ces grands feudalaires de rendre 
hommage au duc de Brabant pour la seigneurie de Grimbergen , 
n'était pas encore apaisée lors de l'avènement de Godefroid III et 
depuis vingt ans que duraient les hostilités « la misère et la mort, 

• dit le religieux d'Afïïighem continuateur de Sigebert de Gem- 

• bloux ', s'était répandue comme une maladie contagieuse sur la 

• seigneurie de Malines et le pays environnant. » Tour à tour 
ruinés par les deux partis, les laboureurs quittaient le sol qu'ils 
arrosaient en vain de leurs sueurs, laissant leurs terres incultes 
ou, pour résister à l'oppression , se constituaient en bandes armées 
dont les représailles devaient nécessairement dégénérer en bri- 
gandages. 

Après la destruction de la forteresse de Grimbergen (1154), qui 
termina cette guerre dont le fait principal, la bataille de Ransbeke 
(11-47) où Godefroid III assista dans son berceau suspendu à un 
arbre, est encore controversé 2 , le Brabant recouvra pour quelque 
temps la paix et la tranquillité ; mais bien peu de ceux que ces 
troubles prolongés avaient déshabitués du travail relevèrent leur 
chaumière incendiée et retournèrent à la charrue ; unis et les armes 
à la main ils s'étaient faits les égaux de leurs oppresseurs ; ils 
restèrent en armes. 



1 Ad an. MCLIX. 

- Voir Examen critique de$ anciens monuments sur lesquels les historiens ont 
fondé le récit de lu guerre de Grimbergen , par le chanoine de SjikT. Mémoires de 
l'Académie, t. XV. 



— 422 — 

D'autres victimes, celles du fanatisme religieux, étaient venues 
se joindre à eux. Au commencement du XII e siècle , vers 110G , 
à la faveur du schisme qui avait éclaté dans l'Eglise, l'hérésiarque 
Tanchelin ou Tanchelm qui se prétendait fils de Dieu , niait la 
présence réelle de J.-C. dans l'Eucharistie et déclamait surtout 
contre la hiérarchie ecclésiastique et la perception de la dîme, avait 
eiitrainé à sa suite une grande masse de peuple non seulement à 
Anvers où il avait commencé ses prédications, mais dans le diocèse 
d'Ulrecht, le Brabant et môme les Flandres. 

Banni en 1115 par le duc de Brabant et peu de jours après 
assassiné par un prêtre , Tanchelm avait eu pour successeur le 
moine défroqué Everwacher et le forgeron Manassès , qui conti- 
nuèrent les prédications jusqu'en 1 12i. A celle époque saint Norbert 
et douze religieux de l'ordre des Prémonlrés, qu'il venait de fon- 
der, furent appelés à Anvers , et , « en moins d'un an , dit un 

• historien ' , il eut ramené an bercail de l'Église tous les 
< esprits égarés , et l'hérésie se trouva si complètement exler- 

• minée qu'il n'en est plus question désormais dans les annales 

• anversoises. • 

En réalité l'hérésie avait si peu disparu que trente-cinq ans 
plus lard elle était encore prêchée à Cologne avec éloquence par 
Arnold, Harsile et Thierry. Egbcrt , abbé de Schonau, envoyé 
pour les réduire au silence et n'étant pas parvenu à les convaincre 
de leur erreur, les livra au bras séculier qui les condamna au 
bûcher -. 

Dans le Brabant, les disciples de Tanchelm avaient sans doute 
été soumis à la même juridiction, et persécutés, bannis comme 
leur chef, ils avaient dû quitter leur patrie. Quelques-uns peut- 
être allèrent coloniser l'Allemagne; d'autres plus nombreux se 
réunirent à ceux que la misère avait voués au brigandage. 

' Eue. Gkns , Histoire tic la ville d'Anvers, p. 38. 
■ I). Cu.mi-t, Histoire île Lorraine, t. II, p. 570. 



- 423 — 

Celle double origine se manifeste par les noms de cotereaux et 
de Routiers que ces bandes portèrent bientôt concurremment avec 
celui de Brabançons et par leur conduite à l'égard du clergé. 

En effet, partout où elles portent leurs dévastations, ce sont 
particulièrement les prêtres et les moines qui deviennent leurs 
victimes. « Ces pillards, larrons infâmes et excommuniés, dit 
■ la Chronique de St-Dehis *', grand dol'eur faisaient, car ils 
» ardaient les monastères et les églises et traînaient après eux es 
• liens les prêtres et les gens d'église. • Et plus loin encore, 
elle les appelle ■ ramas de robeurs et pillars qui ardaient les 
» monastères et fustigaient les clercs. » Tous les écrivains reli- 
gieux dépeignent les Brabançons avec les mêmes couleurs et le 
3 e concile de Latran , les assimilant aux Albigeois , les accuse de 
se conduire comme des payens à l'égard des chrétiens dont iis 
n'épargnent ni les églises, ni les monastères, ni l'âge, ni le sexe. 

Tantôt à la solde de la noblesse féodale , tantôt combattant pour 
leur propre compte, ils étaient devenus un fléau pour l'Europe 
centrale, quand vers M 64, à la persuasion du clergé, Frédéric 
Barberousse, Louis VII, le duc de Lorraine, le comte de Cham- 
pagne et un grand nombre d'évèques et de nobles se réunirent à 
Vaucouleurs pour s'entendre afin de les anéantir. Un traité fut 
signé par l'empereur et le roi de France , par lequel ils s'enga- 
geaient à poursuivre, chacun sur son territoire respectif, les 
Brabançons, cavaliers ou fantassins, sauf ceux qui s'étaient 
mariés sur les terres de quelques seigneurs ou mis à leur solde 
avant la convention. Mathieu de Lorraine et Henri de Troyes se 
porlèrenls garants du traité, les évoques lancèrent l'excommunica- 
tion sur quiconque employerait ces mercenaires , et les nobles 
jurèrent de ravager ses terres dans les quarante jours qui suivraient 
l'avertissement 2 . 

1 T. 11 , chap. 2. 

* D. Martkne , Ampliss. coll., t. 11, col. 880 et suiv., el Dibl. de l'école des 
Chattes, t. 111, p. 125 et suiv. 



- 434 — 

Rien ne prouve cependant que ce traité ait jamais reçu son 
exécution , car deux ans plus tard Frédéric avait à sa solde un 
corps nombreux de Brabançons , et c'est à leur tête que Christian 
de Buch, archevêque schismatique de iMayencc, pénétra à sa suite 
en Italie pendant l'automne de 11GG et contribua l'année suivante 
à la capitulation de la ville éternelle ». 

Quand , après avoir échappé à l'épidémie qui ravagea son année 
et emporta ses principaux officiers , l'empereur dut reprendre le 
chemin de l'Allemagne devant les forces que les communes lom- 
bardes alliées entre elles avaient réunies contre lui, ce fut encore 
à Christian de Buch et a ses Brabançons qu'il dut la conservation 
de la ville de Cè:ies qui seule lui resta fidèle -. Aussi en 1174-, 
en rentrant en Italie par le mont Cénis, son armée était-elle 
composée en majeure partie de Brabançons auxquels s'étaient joints 
un grand nombre de Flamands 3 et de Liégeois que les successeurs 
de l'évèque Henry de Leyen , à son exemple, envoyèrent au secours 
de l'empereur 4 . 

Il n'était pas seul du reste à employer ces bandes : en 1166 
Guillaume de Chalons en entretenait également 5 ; mais ce furent 
surtout les rois d'Angleterre qui.cn les prenant à leur service, leur 
donnèrent une énorme extension et les firent se décupler. 

Henri-lc-Jeunc, couronné roi par l'évèque d'York pendant la 
vie cl par les ordres de son père Henri II , qui avait semblé par 



' Moi!Ex.\ , p. 1145. Braibemones qui erant forlissimi . . . 

■ Aluekt Stad., ad anno 1 172 : Ciun Brabantims per Lombardiam et Thusciam 
otnnia depopulans. 

3 Romuald, Chronc, p. 212 e : n ... collecta magna muliitudine Brebitionum el 
amaliorura conductiliorum miliium , luli potenter intrav'U. — Vila Alc.r. III , p. 103 D : 
« Ilabebat enim circa s<; multitudinem copiosam barbaries genlis , quos de Platidria et 
aliis circumpositis locis elegerat » —V. de Haulleville, Histoire des communes 
lombardes, t II , liv. Il , cliap. III. 

' Chapeaville, vol. 11 , p. 105. 

r ' Grande chronique de France. Hist. de France, t. XII, p. 205. « Li Cuens GuiUaume 
de Cliâlons, . . . assembla grant poplc d'une gent que on apele Brabançons. •> 



— 425 — 

là vouloir le mettre sur le même rang que lui, mais ne lui accordait 
en définitive que de vains honneurs sans aucun pouvoir, avait voulu 
hâter la prise de possession réelle de la couronne d'Angleterre et 
en 1183, aidé de ses deux frères, Richard comte de Poitiers et 
Geoffroy comte de Bretagne , auxquels s'étaient joints le roi de 
France et le comte de Flandre , il s'était révolté contre son père 
et avait entraîné dans sa cause une grande quantité de barons 
que leur haine pour Henri II lui avait donnés pour alliés. 

Celui-ci, pris au dépourvu et ne pouvant réunir autour de lui 
qu'un petit nombre de vassaux restés fidèles , appelle à son aide 
les Brabançons f . Il en rassemble jusqu'à 20,000 en Normandie 2 . 
A la tète de 10,000 d'entre eux, il marche sur le roi de France , 
l'atteint près de Verneuil , massacre son arrière-garde et l'oblige 
à traiter 3 ; rejoignant ensuite l'autre partie de ses troupes qui 
avait pénétré en Bretagne, il met les Bretons en déroute et les 
force à s'enfermer dans leurs châteaux et dans la ville de Dol qu'il 
prend en quelques jours 4 . 

Après avoir essayé de conclure la paix à Gisors, il marche avec 
ses Brabançons contre son fils Richard qui s'était jeté dans le 
Poitou et l'Angoumois, s'empare de Saintes, de Taillebourg, et 
dévaste toute la frontière du Poitou. Puis sur l'avis qu'il reçoit du 
passage en Angleterre de Henri-le-Jeune et du comte de Flandre 
qui se sont alliés au roi Guillaume d'Ecosse , il s'embarque avec 
ses mercenaires à Harfleur, descend dans son royaume, surprend 
et écrase ses ennemis qui trop surs de la victoire avaient éparpillé 
leurs forces 5 . 



' Benedict Petroburg , ap. script, rer. gallic. et francic, t. XIII. p. 155. Biaban- 
ceros suos, de quibus plus cœteris confidebat. . . . 

! Roger, de Hoved. , p. 534 : Viginti millia Biabancenorum qui lldelitei servie - 
runt illi. 

3 Guil. Neubrig, lib. Il, c. 28 et Bhompton. Chron. ann 1173. 

* Guil. Neubrig , lib. II , c. 28, p. 204. Éd. Hearne. 

5 Guil. Neubrig, lib. II, c. 20. — Dom Bouquet , t. XIII. 

XXIX XXII 21 



— 420 — 

11 repasse ensuite le détroit assez à temps pour forcer le roi 
de France et le comte de Flandre à lever le siège de Rouen (1 174), 
et bientôt après oblige ses fils à demander la paix (30 septembre). 

Comme on le voit les bandes brabançonnes sont devenues de 
véritables armées. De leur origine il ne reste plus rien que le nom, 
et encore tend-il à disparaître devant celui plus général de 
routiers l ou de colereaux 2 , qui s'adressait également à tous 
les mercenaires de cette époque , Aragonais , Basques , Navarrois, 
Mainades [mcijsneden) ou Tiaverdins. 

Ce nom de routiers dérive du latin rupta ou ruta (paysan ou 
laboureur) bien plus sûrement que du vieux mot français rot ou 
rolte, troupe. Comme celui de cotereau 5 , qui signifiait habitant 
des campagnes 4 , il rappelait la classe où se recrutaient ces mer- 
cenaires; originaires de tous pays, Flamands, Gascons, Allemands, 
Hennuyers, Brabançons 5 , la plupart sont des serfs qui se sont 
arrachés à la glèbe pour chercher la sécurité et l'indépendance que 

1 Guil. Neubrig, « Stipendiais Brabantionem copias, quos rutes vocant » 

2 Cil Caterel, cil Brebaçons , ce sont deables, dit au Xlil« siècle Gauthier de Coinsi, 
dans ses Louanges de N.-D., lib. II, cap. II, 2, v. 310. 

3 Coterie a longtemps signifié une société de paysans tenant des terres viles ou 
roturières; tenir en coterie se disait en opposition de tenir à fief et à cens. Coller, en 
anglais, signifie encore paysan, colti , en wallon de Liège, cultivateur. (Voir aussi 
Gantrel , Mémoire sur la part que les Flamands ont prise à la conquête d'Angleterre 
par les Normands. — Nouvelles archives historiques, t. 11 , p 323 et suivantes). 

4 Daniel, Histoire de la milice française, p. 140, fait dériver le nom de Cotereaux du 
grand couteau ou coterel dont ils se servaient dans le midi de la France. C'est le contraire 
qui est vrai. Ce nom était en effet usité en Flandres et en Angleterre longtemps avant 
l'existence de ces bandes armées. (Voir Galbert , Vie de Charles-le-lion , p. 19 et 
Monaslicum Anglicanum, t. III, p. 305). Dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale 
de Paris (suppl. fr. n° 2489, fol. G, v°) renfermant une vie de S. Thomas de 
Canierbury par Garnier de Pont-S^-Maxënce , on trouve que le prélat comme 
chancelier d'Angleterre : 

De chevaiers vassals grant mesnies teneit 

Et duns et livreisuns richement lur deneit ; 

Kortereus et archers et sergans reteneit. 
'■' GiraLD Cambr., liv. C. « Coterelli Flandrenses conducti. » Gauf. Vos, Chron. 
c. 73. « Primo Basculi, post roodum Theutonici, Flandrenses, et ut ruslice loquar, 
Brabansons , Hannuyers. . . » 



— 427 — 

leur pairie leur refuse. Dès lors, vivant en soldats, s'ils s'arrêtent 
c'est en pays conquis , s'ils s'attachent à la terre c'est à celle que 
la victoire leur a donnée ; jamais chez eux ces aspirations à 
retourner aux lieux qui les ont vus naître et où ils n'ont trouvé 
que misère et tyrannie. 

Après la paix de 1174, Henri II conserva à sa solde une partie 
de ses Brabançons à la faveur de l'impôt de 60 sous angevins par 
fief de haubert qu'il fit payer à ses barons sous le nom de • droit 
d'escuage » pour les exempter du service militaire. Les autres 
furent congédiés et , obligés de demander au butin de chaque jour 
leurs moyens d'existence, ils recommencèrent leurs dévastations. 
Prenant pour centre de leurs opérations quelque château fortifié, 
ils s'en servent comme place de refuge et de là dévastent tout le 
pays aux environs et particulièrement les biens du clergé, qui use 
contre eux des armes temporelles et spirituelles. Ainsi , c'est à la 
voix de Gérard, évèque de Limoges, qu'en 1 177 Adhémar V et les 
populations du Limousin marchent contre le château de Beaufort, 
s'en emparent et massacrent 2,000 routiers, hommes et femmes, 
qui l'occupaient l ; en 1179, c'est Pons, évèque de Narbonne , 
qui lance contre eux l'interdit , et , la même année , le concile de 
Latran décrète contre ceux qui les emploient et les soutiennent les 
peines ecclésiastiques réservées aux hérétiques et accorde la pro- 
tection de l'Église et des indulgences à ceux qui les combattent 2 . 

Mais il était difficile de réunir contre eux tous les membres de 
celte noblesse féodale qui, sur une moindre échelle, vivait de la 
même vie. Les grandes guerres seules avaient le privilège de faire 
cesser leurs brigandages pendant qu'ils étaient employés comme 
troupes régulières contre l'ennemi. Tel fut le cas en 1181 quand 
Philippe-Auguste , après s'être soustrait à la tutelle du comte de 



1 Geoffroy de Vigeois, p. 446, t. XII, du Recueil des Hist. de France. — Voir 
Bibl. de l'école des Chartes, t. 111, p. 123. Les Routiers au XII e siècle par GéraUD. 
* Coll. des conciles de Mansi, t. XXII, cal. 232, 233. 



— 428 — 

Flandre, vit tout-à-coup ce dernier entraîner à la révolte ses vas- 
saux auxquels il avait fait croire que le roi de France voulait raser 
leurs châteaux '. Incapable de résister, Philippe avait appelé à son 
aide Henri II , qui lui envoya ses trois fils conduisant les fieffés 
d'Angleterre et 10,000 Brabançons. Quelques succès en Bour- 
gogne ramenèrent bientôt une grande partie de la noblesse à la 
cause du roi, et la médiation de Guillaume, archevêque de Reims, 
suspendit les hostilités entre Philippe-Auguste et le comte de 
Flandre. 

Le licenciement des deux armées rendit les Brabançons à leur 
vie de désordre. Ils se répandirent sur la France entière « s'at- 
» tachant au peuple comme une véritable vermine • , dit un chroni- 
queur, enlevant toute sécurité aux relations commerciales et 
obligeant les malheureux habitants des campagnes à chercher un 
refuge dans les villes fermées , qui bien souvent elles-mêmes 
n'étaient pas à l'abri de leurs dévastations. 

Parmi ces dernières, la ville de Puy en Auvergne souffrait 
particulièrement de leur présence dans ses environs. La fête de 
l'Ascension voyait en effet se réunir chaque année dans ses murs 
les nobles et les marchands du pays et de l'étranger, source de 
bien-être pour les habitants , source de profits pour les chanoines 
de l'église où était exposée la Vierge miraculeuse , but de ce 
pèlerinage. La peur des routiers ayant considérablement diminué 
le nombre des pieux voyageurs , les offrandes s'en ressentirent 
considérablement. C'est alors que profilant de la simplicité d'un 
pauvre charpentier nommé Durand , qui avait la coutume de passer 
la nuit en oraison dans l'église consacrée à la Mère de Dieu, un 
chanoine eut l'idée de lui faire apparaître la Vierge elle-même qui 
lui commanda de réprimer les colereaux qui dévastaient la 
campagne 2. 

1 Raoul de Dicbt, Imag. hist., ad anno 1181 , p. 012. 

1 Grandes chroniques de France, t. IV, p. 21. Éd. P. Paris. 



— 429 — 

Durand annonça bientôt au peuple la mission qu'il avait reçue 
du ciel ; le chanoine se fit l'apôtre et le prédicateur éloquent de 
cet illuminé, le peuple crédule s'attacha à ses pas et bientôt fut 
fondée la Confrérie des amis de la paix. Au moment de revêtir 
l'uniforme composé d'un chaperon de toile blanche qui leur couvrait 
la tête et d'une image en plomb de la Vierge du Puy avec 
les mots : « Agnns Dei qui tollis peccata mundi , doua 
nobis pacem, • les confrères promettaient de travailler de tout 
leur pouvoir à la destruction des routiers, colereaux.et Bra- 
bançons. On les compta bientôt par centaines de mille. Philippe- 
Auguste , alors en guerre dans le Berry , détacha vers eux 
quelques-uns de ses hommes d'armes pour les diriger, et cette 
troupe innombrable mais indisciplinée se mit en campagne à la 
recherche des bandes. Dix-sept mille Brabançons qui se rendaient 
en Bourgogne, en traversant le Bourbonnais et le Berry après 
avoir dévasté l'Aquitaine au nom du roi d'Angleterre ! , atteints 
par les encapuchonnés , se laissèrent massacrer presque sans ré- 
sistance près de Gharenton 2 le 20 juillet 1183 : onze à douze 
mille d'entre eux restèrent sur le terrain. D'autres bandes pres- 
que aussi nombreuses tombèrent encore dans l'Auvergne et le 
Rouergue sous les coups des confrères de la paix ; mais bientôt, 
orgueilleux de leurs succès, ceux-ci ambitionnèrent l'honneur de 
détruire toutes sortes d'abus. Ils parcoururent les campagnes en 
prêchant l'égalité au nom de l'Evangile , défendant aux seigneurs 
d'exiger aucune redevance de leurs terres, aucun travail de leurs 
serfs. Cette jacquerie anticipée menaçant de prendre d'immenses 
proportions, les nobles furent obligés de se liguer à leur tour pour 
leur faire la chasse. L'année 1184 en vit détruire des milliers; 
beaucoup d'entre eux allèrent grossir les bandes de routiers contre 
lesquelles ils avaient pris les armes. 

« Vita Lucii, 111, p. 476, cal. 1, A (Murât., script., t. III.) 
2 Limite des départements de l'Allier et du Cher. 



— 430 — 

C'est que ces mercenaires étaient toujours certains de trouver salut 
et protection sous l'étendard d'Angleterre ; en 1189 les Braban- 
çons forment la principale force de l'armée que le roi Richard 
Cœur-de-Lion conduit en Palestine ; ce sont ses chefs Mercader, 
Geoffroy de La Haye, Guill. Gorram et Ph. le Gallois qu'il nomme 
ses fidèles dans une charte qui est arrivée jusqu'à nous *, et c'est 
à leur intention qu'il promulgue, au moment de s'embarquer, ces 
statuts de discipline si sévères mais si bien en rapport avec l'espèce 
d'hommes qui composaient ces bandes. Quiconque avait tué , y 
était-il dit , devait être enseveli avec le cadavre de sa victime ou 
jeté avec lui dans la mer; quiconque avait levé le couteau sur un 
autre avait le poing coupé. Le blasphème ou l'injure se payait une 
once d'argent par parole mauvaise ; le voleur était tondu comme 
un champion, couvert de poix bouillante et roulé dans la plume, 
puis débarqué dans cet état aussitôt que la terre était en vue 2 . 

A son retour , c'est encore avec ses fidèles Brabançons 
que le roi Richard va combattre Geoffroy de Rançon , comte 
d'Angoulème vassal des Plantagenets , qui s'était donné au roi de 
France , et Mercader les conduit 5 ; c'est Mercader qui après la 
rupture des conférences de Verneuil avec Philippe-Auguste s'em- 
pare d'Issoudun 4 ; c'est près de lui encore que se trouvait 
Richard quand devant le château de Ghaluz il est frappé par le 
trait d'arbalète qui devait causer sa mort , et c'est ce chef de bandes 
qui, malgré la prière du roi mourant, suspend à un arbre au 
moyen d'une courroie , l'arbalétrier qui s'était avoué l'auteur de 
cette mort 5 . 



1 Pièces justificatives des Comles-Evéques , par H. Géiiaud. Bibl. de l'école des 
Chart. t. V, p. 36. 
1 Ryuer, Diplom. collect., t. 1. 
s Rogeri de Hoveden, ad anno 1194. 
* Rigord, Gest. Philip. Aug., Duchesne, t. V, p. 35. 
5 Rogem de Hoveden, ad anno 1109. 



— 431 — 

Les rois de France pendant un certain temps eurent aussi des 
routiers à leur solde. Philippe-Auguste , qui avait appris à les 
apprécier, compta même Cadoc, l'un de leurs chefs créé plus tard 
seigneur de Gaillon, parmi ses favoris ; mais c'était particulièrement 
à la guerre de siège qu'il les employait , témoin Château-Gaillard 
en Normandie dont il ne s'empara qu'avec leur aide (1204) ! , et 
le siège d'Angers où il les envoya directement en marchant à la 
conquête de Poitou ; ce furent encore eux qui , placés sur sa flotte 
dans sa campagne de Flandres , se montrèrent les plus avides 
dans le pillage de la ville de Damme. Ces mercenaires cependant 
lui étaient moins nécessaires qu'aux rois anglais : sous son 
règne en effet le pouvoir royal avait grandi aux dépens de la 
noblesse qui s'était vue écrasée maintes fois dans ses tentatives de 
rébellion ; après la mort du roi Richard , la conquête des provinces 
qui relevaient de la couronne d'Angleterre avait été pour les nobles 
vassaux une source de profits qui les avaient retenus sous les armes 
passé le temps accoutumé. De nouveaux fiefs avaient été créés, 
d'autres s'étaient arrondis, l'hommage simple avait presque partout 
été remplacé par le lige qui obligeait le vassal à suivre son seigneur 
dans toutes ses expéditions et à ses propres dépens ; à le servir 
contra omnes et feminas qui possunt vivere et mori, comme 
s'exprimaient les actes de ligéité 2 ; et les armées royales, plus fortes 
et plus fidèles que jamais , avaient pu rejeter l'aide de ces bandes 
de Gascons et d'Aragonais qui menaçaient de s'éterniser, grâce à 
la protection que leurs services militaires leur avaient value. 

En Angleterre , au contraire , Jean-sans-Terre , sans cesse en 
lutte avec la noblesse, avait repris à son service les Brabançons de 
son frère Richard, et Lupicare et Brandimer avaient succédé 



1 Guill. le Breton, Philippéide, ch. 8. 

* Boutaric, Institutions militaires de la France, p. 12-1. 



— 432 - 

comme chefs à Mercader dont le nom disparait de l'histoire avec 
celui du roi dont il avait été le fidèle compagnon. 

Ce n'était pas un des moindres griefs des barons anglais que 
l'existence sur leur sol de ces étrangers armés dont quelques-uns 
avaient été revêtus de charges de la couronne ou avaient obtenu 
des titres de noblesse ou des manoirs fortifiés '.. Aussi quand, 
devenus les maîtres, ils se firent octroyer par le roi Jean la Grande 
Charte , base de toutes leurs 'libertés , ils lui firent signer l'enga- 
gement de chasser tous les étrangers - tous les parents de Gérard 

• d'Ath, savoir: Engelram , André et Pierre, Guy de Sanzelles , 
» Guy de Cisoing, la femme de Gérard d'Ath avec tous ses 

• enfants, Geoffroy de Martène et ses frères et généralement tous 
» les Flamands et tous les routiers qui travaillent à la destruction 
» du royaume 2 . » 

Mais aussitôt qu'il put s'échapper de leurs mains, Jean-sans- 
Terre s'empressa d'appeler à son secours de nouvelles bandes bra- 
bançonnes auxquelles il promit le partage des fiefs de son royaume , 
et qui lui permirent de recommencer la guerre avec succès 3 . 

Sa mort dispersa les routiers dont un grand nombre quitta 
l'Angleterre ; les autres continuèrent à y vivre à la solde de la 
couronne ou des barons. En 1220, la noblesse anglaise insista 
pour obtenir leur renvoi définitif et une proclamation publiée à cet 
effet à Londres ordonna à tout étranger non commerçant de quitter 
le royaume 4 . L'armée de Henri III en 1224 en possédait cependant 
encore un grand nombre parmi lesquels nous citerons Godscale de 
Maghclines et Henri de Capclle. 

Sur le continent, au commencement du XIII e siècle, nous 
trouvons les Brabançons, fidèles à leur origine, dans les rangs 

1 Parmi les Flamands que le roi Jean s'était attachés on remarque Richard <■ Fl\n- 
dhensis, » shérif de Cornouailles et Robert, avoué de Béthune, dont le père Baudouin 
fut créé comte d'Albemarle. (En. VanBhussel, t. I, p. 24.) 

» Em. Van Biu:ssel, t. I , p. 213, note. 

■• Mathieu Paris, p. 221 à 231. 

1 Em. Van Biilssel , t. 1, p. 21 i. 



— 433 — 

des Albigeois, et leur nom cilé parmi les routiers que le comte 
de Toulouse au concile de St-Gilles, en 1209, prend l'engage- 
ment de chasser de ses terres *. 

En 1214, ils sont les plus intréprides parmi les confédérés 
qui combattent contre l'armée française de Philippe-Auguste dans 
la plaine de Bouvines. Une partie de ceux qui survécurent passèrent 
en Angleterre, mais un plus grand nombre encore périt dans le 
désastre de la flotte que Hugues de Boves conduisit à l'île de 
Wight au secours du roi Jean et qui périt toute entière, ense- 
velissant dans les flots plus de -40,000 victimes. 

Au commencement du XIII e siècle, l'affaiblissement de la féoda- 
lité avait fait succéder une trêve relative aux querelles particulières 
et sans cesse renaissantes des siècles précédents ; le commerce et 
l'industrie avaient aussitôt pris un merveilleux essor, et partout 
s'était fait sentir un besoin de paix et de sécurité qui devait rendre 
les peuples moins patients à supporter les brigandages des routiers, 
en même temps que la création des milices communales leur per- 
mettait de se défendre et offrait aux souverains le moyen de se 
passer du service des mercenaires. 

Dans le midi, après la paix de 1229 qui fit cesser la croisade 
contre les Albigeois et licencier un grand nombre de routiers ' 2 , on 



4 D. Vaissète, Hisl. du Languedoc, t. III, p. 163. — Les Croisés comptaient aussi 
des rouliers dans leurs rangs. Ils embrassaient du reste toutes les causes et peut-être, 
lors du siège de Constantinople par les Croisés en 1203, les défenseurs de la tour de 
Galalha que quelques historiens appellent des Waranges (Villoison , Dissertation 
sur lesWarangues), que Villehardouin nomme Angles et Danois, mais où d'autres ont vu 
des sergents deLouvain et de Hollande (Bibl. des Croisades, t. III, p. 14; lettre du C le . de 
S.-Pol au duc de Brabant) , n'étaient-ils que des Brabançons qui, au retour de la 
croisade , s'étaient mis à la solde des empereurs grecs. 

1 II y avait des Brabançons dans Avignon assiégé. Pu. Mouskès, vers 26073, (t. Il , 
Ed. de la Comm. d'histoire), dit: 

Et ci firent gianl vilaunie 

Les Aubugois , et felonnie 

As Braibençons et as Flamens 

Et as autres estranges gens 

Qu'il tenoient en lor soudée. 



- 4,34 - 

vit se former à Rocadamour une fédération de seigneurs et de 
communes dans le but de se défendre contre leurs courses et leurs 
extorsions. 

Dans le nord , on usa d'un moyen qui devait être employé 
encore dans la suite par Duguesclin et Charles VII à l'égard des 
Grandes Compagnies et des Ecorcheurs. Il existait en Allemagne sur 
les bords de l'Elbe , aux environs de Staden, une secte hérétique qui 
portait le nom de Sladings. Une expédition fut préparée contre eux ; 
Henri , (ils du duc de Brabant, Arnould d'Audenarde, les comtes de 
Clèves et de Hollande et beaucoup d'autres seigneurs entraînèrent 
à leur suite les Brabançons qui , revenus dans leur patrie , con- 
sumaient dans le désordre leur besoin d'activité, les jetèrent sur 
ces malheureux qui furent presque tous massacrés et leur distri- 
buèrent leurs terres (1233). 

Ainsi disparurent ces bandes qui pendant près d'un siècle 
s'étaient rendues si redoutables par leur courage et leur nombre. 
Mais l'esprit d'aventure qui les animait subsista longtemps encore 
après eux dans nos provinces et en 1380, lors de l'invasion des 
Anglais en France , parmi ceux qui vinrent se ranger sous leurs 
étendards on comptait, dit Froissard , beaucoup de Flamands, de 
Brabançons et d'Hennuyers « lesquels où qu'ils soient et qu'ils 
• vont, veulent estre en vins et en viandes et en délices jusques 
» au cou '. » 

Nous n'abandonnerons pas ce sujet sans dire un mot de la com- 
position et de la manière de combattre des Brabançons. Fantassins 
pour la plupart , un certain nombre d'entre eux cependant com- 
battaient à cheval ainsi qu'il résulte des termes mômes du traité 
entre Louis VII et Frédéric Barberousse dont nous avons parlé plus 
haut. La lance ou plutôt la pique , nationale chez les Germains , 
était leur arme de prédilection et ils y étaient parfaitement exercés. 

' Fuoissaud, liv. Il , chap. 65. 



— 435 - 

Divisés en petites troupes , rangés en demi -cercles « comme le 
• chœur d'une chapelle » , dit Guillaume le Breton, ils formaient de 
la sorte autant de petites redoutes vivantes laissant entre elles des 
intervalles pour le passage de la cavalerie. qui , après la charge, 
venait se reformer sous leur protection *. 

A Bouvines (1214) ils résistèrent ainsi, sans être entamés à la 
première charge de Philippe-Auguste et à l'effort des milices com- 
munales qui se firent écraser par la cavalerie impériale , passant 
dans les intervalles 2 . A la fin de la bataille, un corps de 700 
d'entre eux ne succomba que sous les coups de 2000 fantassins 
que Thomas de St-Valéry lança contre eux, et une autre bande, 
qui combattait sous les ordres du comte de Boulogne, ne fut taillée 
en pièces par 3000 sergents à cheval qu'après qu'on eût roulé 
sur eux, à force de bras, des chariots de guerre pour la rompre. 
Vaillance inutile, mais qui prouvait qu'après douze siècles le courage 
des Belges, exalté par César, n'avait pas dégénéré. 



1 Chron. de St.-Denis, V. Bkial, p. 411 ; le comte de Bologne avait « un double 
parc de sergens à pied , bien armés, joints et serrés ensemble à la circuité et manière 
d'une roue ; dedans ce cercle il y avait une petite entrée par où le comte revenait et 
sortait quand il voulait. » 

* Guil. le Brkton , ch. XI, p. 607. 



RENSEIGNEMENTS 



CONCERNANT 



L'AMIE D'ANTOINE VAN DYCK 
A SAVENTHEM. 



NOTICE 

par M. L. GALESLOOT 

MEMBRE TITULAIRE A BRUXELLES. 



Dans une notice précédente ' je disais que j'espérais que 
M. Van den Broeck parviendrait à établir la filiation de la belle 
et intéressante maîtresse , ou plutôt de la prétendue d'Antoine Van 
Dyek. J'ai la satisfaction de faire connaître à l'Académie que les 
recherches de M. Van den Broeck ont eu un heureux résultat. Mais 
avant d'en donner le résumé , il importe de relever une erreur 
commise par le capitaine Van Ophcm dans l'attestation annexée à 
la notice précitée , parce que cette erreur pourrait faire suspecter 
quelque peu le témoignage de ce neveu d'Isabelle. Il importe aussi 
de prouver auparavant que c'est bien Isabelle qui fut recherchée 
en mariage, à Savenlhem, par l'illustre peintre anversois, attendu 
que plusieurs des auteurs qui parlent de cet épisode de sa vie , 

1 Voy. les Annales de /' Académie, tome XX, p. 36. 

Commissaires rapporteurs : MM. le chevalier Gustave van Havre et. Th. vanLeuius. 



— 437 — 

Mensart entre autres * , citent toujours une Anne van Saventhem 
ou Van Ophem , comme étant celle qui fit une si vive impression 
sur son cœur. 

La mémoire a mal servi le capitaine Van Ophem quand il dé- 
clare que le tableau de saint Martin à Saventhem a été peint vers 
1629. Le séjour de Van Dyck dans ce village remonte à l'an 1621 . 
Il doit s'y être arrêté pendant une partie du printemps et pendant 
tout l'été de cette même année ; vers l'automne il partit pour 
Venise avec le chevalier vénitien Nanni , envoyé par Rubens 
pour déterminer son élève à se remettre en voyage. Il avait alors 
22 ans. En 1629 il était de retour d'Italie depuis trois années , 
et déjà il était question de son passage en Angleterre où , comme 
on sait , il vécut jusqu'à sa mort. Celte erreur de date du capitaine 
est bien excusable chez un vieillard âgé de quatre-vingt-onze ans , 
mais il n'a pas pu se tromper en désignant sa tante Isabelle comme 
ayant été recherchée par Van Dyck. Il était , comme il conste de 
divers actes et du testament 2 , le confident chargé des affaires de 
cette tante , qui lui avait laissé un bel héritage. Ce témoignage 
si positif du capitaine suffirait à lui seul pour lever tout doute , 
mais je suis en mesure d'y ajouter la preuve irrécusable qu'Anne 
Van Ophem n'est certainement pas la personne à qui Van Dyck 
faisait une cour si assidue à Saventhem. Anne était la sœur 
ainée d'Isabelle ; elle était mariée dès 1613, au moins , à Jean 
Goossens 5 , puisque leur premier enfant connu fut baptisé en 
l'église de Ste-Catherine le 2 août 1614. Elle et son mari, à 
qui elle avait donné une nombreuse lignée , ont toujours habité 
Bruxelles , tantôt dans la paroisse de Ste-Catherine , tantôt dans 



1 Le peintre amateur et curieux. Voy. aux pp. 1G0, 16I et 195 de la l re partie, 
où il parle d'un tableau de Van Dyck qui se trouvait au château de Tervueren et repré- 
sentant, selon lui, Anne Van Ophem ou van Saventhem, la maîtresse du peintre. 

* Voy. aux Annexes, n° 111. 

! Voy. ibid. la généalogie, sub. n° 11. 



— 438 — 

celle de St-Géry, ce qui est démontré par les actes de naissance des 
enfants qui se suivent de près et dont le dernier est né en 1G30. 
Les époux Goossens étaient déjà morts en 1G35, lors du partage 
des biens des parents d'Anne. 

Maintenant on se demande comment le nom d'Anne a été sub- 
stitué à celui d'Isabelle ? Pourquoi , dans la tradition , ce nom a 
prévalu plutôt que celui de Madeleine ou de Marie, autres sœurs 
d'Isabelle qui, n'étant pas mariées en 1621 ', résidaient probable- 
ment avec cette dernière chez leurs parents? Ce sont là des ques- 
tions difficiles à résoudre, et je crois qu'il vaut mieux attendre la 
découverte de quelque document positif qui les tranche, que de se 
perdre à cet égard dans le dédale des conjectures. Quant à avoir 
si Isabelle a été la maîtresse , dans la mauvaise acception de ce 
mot, du célèbre artiste, cette insinuation injurieuse pour notre 
héroïne , de la part de quelques écrivains , est tout-à-fait erronée. 
La vérité est que Van Dyck recherchait vivement la main d'Isabelle 
Van Ophem qui , comme nous l'avons vu , demeurait chez ses 
parents et qu'il ne put l'obtenir. Le témoignage de Van Gestel , 
auteur contemporain de la prétendue du grand peintre, est formel 
à cet égard. Voici l'expression dont il se sert : . . . . filia incolœ 
hujus pagi (Saventhem) quœ ipsi in amore erat et cujus nuptias 

AYIDÈ SOLLICITABAT ET TAMEN OBTINERE NON VALU1T. Ce refus 

peut avoir été basé sur le jeune âge d'Isabelle, car nous verrons 
qu'en 1621 elle n'avait guère que 16 ou 17 ans. Peut-être 
Hubens lui-même a-t-il insisté auprès du drossard et de sa femme 
pour empêcher ce mariage , qui eût pu détourner son élève de 
se rendre en Italie et de s'y perfectionner dans son art. 

Après avoir prouvé qu'Isabelle Van Ophem est bien celle qui 
avait su fixer si longtemps le volage Antoine , je ferai connaître 



1 Voy. la généalogie. 



— 439 — 

tout ce que les investigations de M. Vanden Broeck et mes propres 
recherches nous ont appris sur cette intéressante personne. 

Isabelle, ou mieux Elisabeth Van Ophem comme elle signait 
d'habitude, descendait de la noble famille de ce nom '. Elle était 
le septième enfant de Martin Van Ophem 2 qui fut, pendant 
quarante-trois ans , d'abord raaïeur de Saventhem, ensuite drossard 
de la baronnie de ce nom , et d'Anne Vander Elst , qui parait 
avoir apporté une jolie fortune à son mari. On ne sait rien de 
positif sur la naissance d'Isabelle, les registres de la paroisse de 
Saventhem, où elle est probablement née, ne remontant qu'à 
l'année 1674-. Selon toute apparence, elle vint au monde vers 
1605. Elle est désignée comme étant encore célibataire dans 
l'acte de partage des biens de ses parents 5 , du 28 mars 1635. 
Ses sœurs s'étant toutes mariées jeunes et Isabelle ayant tardé 
assez longtemps à prendre un époux , pourrait-on en conclure que 
le souvenir du brillant cavalier , de l'artiste riche et déjà célèbre 
qui avait demandé sa main ne s'est pas éteint de sitôt dans son 
cœur? Je ne sais. Ce qu'il y a de certain c'est qu'elle conserva 
l'amour des tableaux, car l'on verra, par son testament, qu'elle en 
possédait une belle collection. Quoi qu'il en soit, la prétendue de 
Van Dyck fut mariée deux fois. Elle épousa d'abord François 
De Niel ou De Nielle , sur la famille duquel je n'ai aucun ren- 
seignement, sauf que je vois que' la sœur de François épousa le 
baron de la Massa 4 . Un acte du mois d'octobre 1655 prouve 
qu'à cette époque De Nielle vivait encore. 

Après la mort de ce premier époux, Isabelle devint la femme de 
Nicolas Croiseau ou Croisseaux , commissaire aux vivres au ser- 



1 Voy. l'annexe n° I. 

* Voy. la généalogie. 

3 Elle hérita pour sa part d'une vingtaine de bonniers de terre. 

* Voy. la généalogie. 



— 440 — 

vice de l'Espagne , dont la famille m'est inconnue. Je n'ai pu 
trouver la date d'aucune de ces deux unions d'Isabelle, qui n'eut 
jamais d'enfants. Elle décéda à Vilvorde, où elle et son mari 
paraissent avoir passé les dernières années de leur vie , le 
12 février 1 70 1 . Groiscau l'avait précédé dans la tombe le 29 juillet 
1088. D'après le désir qu'elle en témoigna dans son testament, 
Isabelle Van Ophem fut enterrée dans l'église du couvent de 
Tenlroost \ à Vilvorde, à côté de son mari. Aucune pierre tu- 
mulaire, ni inscription n'y rappelle aujourd'hui leur mémoire. La 
demeure des époux Groiseau à Vilvorde est inconnue aussi. Gomme 
malheureusement la toile où Van Dyek avait représenté sa belle 
maîtresse sous les traits de la Vierge est perdu à jamais, nous ne 
savons rien de sa personne, sinon qu'elle était douée d'une grande 
beauté. L'amour du grand artiste en est une preuve suffisante. 
Isabelle paraît avoir conservé une bonne santé et une grande 
énergie jusque dans l'âge le plus avancé. A quatre-vingt-dix ans 
ou approchant, en 1694-, elle soutenait encore un procès contre le 
magistrat de Vilvorde, qui voulait loger chez elle le colonel de 
Matha, au service des Provinces-Unies. (Elle avait droit sans doute 
à l'exemption du logement militaire, comme veuve d'officier). La 
signature de son testament est tracée d'une main bien ferme pour 
une femme de si grand âge. J'ai cru devoir donner le texte de ce 
testament en entier, parce qu'il émane d'une personne intéressante 
à divers titres. On y verra que, eu égard à l'époque où elle vivait, 
Isabelle était riche. 

La généalogie et les renseignements sur la famille Van Ophem 
sont l'œuvre de M. J. Vanden Broeck , rentier à Bruxelles, qui a 
eu l'obligeance de me les communiquer. Les actes divers que j'ai 
cités reposent aux Archives du royaume. 



' Voy. pour l'iiistoire de ce couvent, A. Waiters, Histoire des environs de Bruxelles, 
tome II, p. 500. 



— 441 — 

ANNEXES. 

I. 
Notes diverses concernant les VAN OPHEM. 

On trouve les armoiries rie la famille Van Ophem , d'argent à la bande fuselée de 
gueules de cinq pièces , dans l'Histoire de la ville de Bruxelles par Henné et 
W.\UTEns, tome 11, page 547, planche XIX, (dessin A). Le blason complet avec la 
devise « Iktrout op Hem » se trouve dans les manuscrits N os 15960 et 15961 de la 
Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles. 

Les Van Ophem étaient nobles. Ils sont cités comme tels par Butkens, depuis Henri III, 
duc de Brabant. Ils ont été alliés à plusieurs familles distinguées du pays et de l'étranger, 
entr'autres à des familles ducales de Venise, comme les Mocenigo. Un Jean d'Ophem 
signa la fameuse charte de Cortenberg de 1312, et fut l'un des seigneurs que le duc de 
Brabant chargea, en 1316, de renoncer, en son nom, aux alliances conclues entre son 
pays et le Hainaut. Le chevalier Adam d'Ophem assista, en 1336, au traité de 
Termonde, conclu entre la Flandre et le Brabant; en 1339, le chevalier Lambert, 
seigneur d'Ophem, promit de suivre le duc Jean III à la guerre contre la France, à 
la condition qu'il lui serait payé trente livres de vieux gros. Un Jean d'Ophem , chevalier, 
était un des chefs de l'armée du duc Wenceslas à la bataille de Bastweiler, en 1371. 

Les fonctions d'amman de Bruxelles ont été occupées en 1341 et 1342 par Josse 
Van Ophem; en 1378 par Jean Van Ophem; en 1388 par sire Jean Van Ophem 
chevalier, lequel est cité comme maître d'hôtel des ducs de Brabant, en 1390, 1403 
et 1411. 

Un Guillaume Van Ophem était châtelain de Vilvorde en 1406. 

En outre , plusieurs Van Ophem ont été bourgmestres , échevins et receveurs de la 
ville de Bruxelles, depuis 1410 jusqu'en 1627. 

Un André Van Ophem a été prélat de l'abbaye de Coudenberg à Bruxelles , de 1688 
à 1705. 

Par suite du mariage de Guillaume Van Ophem (renseigné sub. 3 au document ci-joint) 
avec Isabelle Clutinck, lille de Jean et de Jeanne Van Coudenberg, leurs descendants 
se rattachent aux lignages de Bruxelles par trois voies différentes , à savoir : Ophem , 
Clutinck et Coudenberg. 

Parmi les nombreux domaines que la famille Van Ophem de 
Bruxelles a possédés aulrefois, nous citerons la château d'Herlaer à 
Vilvorde (VoirWAUTEBS, Hist. des environs de Bruxelles, tome II , 
page 520). Ce domaine fut vendu en 1459 par Henri Van Ophem , 
chevalier, de concert avec son frère Jean et sa fille Marguerite à 
Jean de Bourgogne, fils naturel du duc Jean-sans-Pcur. 



242 — 



Fragment généalogique de la famille VAN OPHEM , 
d'après des actes authentiques et inédits. 

1 . Corneille Van Ophem, (ils de Jean, était, en 1390 et 14-11, un des huit chefs de la 

gilde de la draperie à Bruxelles; il faisait partie du lignage de Sweerts en 1406. 
Il épousa Marie Van der Balelit dite S'Box, dont Gérard qui suit. 

2. Gérard Van Ophem épousa Marguerite Van Vorsihuysen et procréa: Guillaume qui 

suit sub 3 , Catherine , Adam , Jean et Gérard Van Ophem , lequel épousa Mar- 
guerite Schobers ou Cockers dont postérité, dans laquelle se rencontre Jacques 
Van Ophem, receveur général de Brabant, seigneur d'Over et de Neder-IIeembeek , 
d'Aa et de la franchise de Luttre, créé chevalier le 12 août 1025, mort conseiller 
et commis des domaines et finances des Pays-Bas, le 23 février 1648; son unique 
enfant, Maiie-Ëlisabeth Van Ophem, épousa don Paul-Melchior De Villegas, dont 
est issue la famille des comtes de Villegas encore existante. 

3. Guillaume Van Ophem, fils du précédent, épousa Isabelle Clutinek, fille de Jean, 

échevin de Bruxelles, et de Jeanne Van Coudenberg. Ils habitaient Saventhem où 
ils ont été enterrés devant le chœur de l'église. Le mari est mort en 1483. Le 
partage des biens de leur succession doit avoir été fait devant les hommes de fief 
et échevins de Saventhem et Strrrebeek , le 15 juillet 1497. Ils ont eu des 
enfants parmi lesquels le suivant: 

4. Engelbert Van Ophem, épousa Marguerite Vander Meeren, de la famille de J. Vander 

Meeren , seigneur de Saventhem, Sterrebeek, etc., bourgmestre de Bruxelles. Ils 
ont été enterrés à Saventhem près de leurs parents. Le partage de leurs biens a 
été fait par acte passé devant les échevins de Saventhem, le 26 février 1537. 
Ils ont eu les enfants qui suivent : 

a. Martin Van Ophem, qui a été marié à Pélronille Cretsaerts , dont postérité. 

b. Ursule Van Ophem, qui épousa Antoine Lemmcns, dont postérité. 

c. Catherine Van Ophem, qui épousa Jaspar Van den Horycke, dont postérité 

</. Michel Van 'Ophem, qui épousa: 1° Elisabeth R y dams, 2° Marie Kemmers ou 
Ue Kemers. C'est de lui que descend Michel Van Ophem, docteur et premier pro- 
fesseur en médecine à l'Université de Louvain , marié : à 1° Marguerite Weyms, 
2° à Marguerite Diericx, et dont une fille, Jeanne Van Ophem, née à Louvain dans la 
paroisse de St-Pierre, le 23 avril 1638, épousa François-Ferdinand Van Ophem , 
mentionné ci-après sub 9. 

e. Maximilien Van Ophem, renseigné ci- après sub 5. 

/'. Jean Van Ophem, sans alliance connue et qui est mort sans postérité. 

(/. Guillaume Van Ophem, qui épousa Elisabeth De Kempcnere, dont postérité. 

h. Engelbert Van Ophem, mort sans postérité. 

5. Maximilien Van Ophem , fils du précédent, épousa Catherine Stroobants. Leurs enfants 



— 443 — 

sont dénommés dans trois actes de vente de biens passés, l'un devant les écher 
vins de Saventhem, le 22 janvier 1590, et les deux autres devant les échevins de 
Tervueren, le 19 juin 1598 et le 5 juin 1601 ; ces enfants sont : 

a. Engelbert Van Ophem, qui épousa Barbe Culens. Ils habitaient Saventhem et ont 
laissé une nombreuse postérité, comprenant les auteurs de M. Van Ophem, notaire à 
Aerschot, de M. Van Ophem, brasseur au Château d'Oi' à Uecle, et de Gertrude 
Van Ophem , qui fut mariée à Henri Govaerts, bis-aïeule maternelle de M. Jean 
Van den Broeck, ancien administrateur-gérant de la Société des manufactures de 
glaces, etc., rue de Jéricho, à Bruxelles. 

b. Martin Van Ophem, renseigné ci-après sub 6. 

c. Jean Van Ophem, dont la postérité est inconnue. 

(/. Ursule Van Ophem, qui épousa Jean Van Mastraeten, dont trois filles. 

6. Martin Van Ophem, fils du précédent, épousa Anne Mariaens , dont Martin ren- 

seigné ci-après , sub 7, Guillaume ou Guillelmine, Engelbert, Jérôme et François 
Van Ophem, ce dernier baptisé en l'église de S le -Gudule à Bruxelles, le 22 janvier 
1588. A l'exception du suivant, les autres fils paraissent être morts sans 
postérité. 

7. Martin Van Ophem, fils du précédent, épousa Anne Van der Elst, fille de Lambert 

et de Madeleine Cuelens. Ce Martin a été le premier drossard de la baronnie de 
Saventhem, et dans un manuscrit faisant partie des archives héraldiques du Mi- 
nistère des affaires étrangères à Bruxelles, n° 5, tome 6, folio 61, on trouve 
l'inscription lumulaire suivante portant en lète les armes du défunt qui sont : 
d'argent à la bande fuselée de gueules de cinq pièces : 

» Hier leyt begraeven den Eersaemen .lu 1 ' Martin Van Ophem , in synen leven 
» meyer ende eersten Drossaert deser baenderye van Saventhem, heerlichede van 
» Sterrebeke, den tytvan 43jaeren, die slerft den 1 december intjaer ons Heeren 
» 1634. Ende die Eersame Jouffrouwc Anne Vander Elst, syne huysvrouwe, die 
» slerft den 23 mey 1633. Bidt Godt voor de sielen. » 

Le partage de leurs biens a été fait par acte passé devant les échevins de 
Saventhem le 28 mars 1635. Leurs enfants sont: 

a. Martin Van Ophem, qui épousa Marie Van Meerbeek ; il est mort sans postérité. 

b. François Van Ophem, renseigné ci-après sub 8. 

c. Anne Van Ophem qui épousa Jean Goossens, dont 8 enfants baptisés à Bruxelles, 
dans les paroisses de S te - Catherine et de St-Géiy, le premier le 2 août 1614 
et le dernier le 13 janvier 1630. Père et mère n'existaient plus à la date de l'acte 
de partage du 28 mars 1635 énoncé plus haut; leur plus jeune fille, Elisabeth 
Goossens , a été mariée avec Martin Bubens , dont postérité. 

d. Pétronille Van Ophem, mariée 1° à Léonard de Mallhys, 2°à Nicolas Van Gemel ; 
elle est morte sans postérité. 

e. Madeleine Van Ophem qui épousa à Saventhem , le 15 janvier 1623 , Jean Finet 
ou Phinet. Les registres de la paroisse de S ,e -Gudule à Bruxelles renseignent 
4 de leurs enfants, baptisés le premier le 30 janvier 1625, le dernier le 21 octobre 
1630. La mère était morte lors du partage des biens de ses parents, le 28 mars 



— 444 - 

1635 ; l'une de ses filles a été mariée au docteur François Lombaerts, dont postérité. 
/'. Marie Van Opheio qui épousa , à Saventhem , le 28 septembre 1625, Guillaume De 

Coninck , dont 4 enfants baptisés dans la paroisse de S le -Gudule à Bruxelles , le 
premier le 9 septembre 1626 et le dernier le 18 avril 1632. La mère était morte 
lors du partage des biens de ses parents, le 28 mars 1635. 

rj. Isabelle ou Elisabeth Van Opliem, qualifiée de célibataire dans l'acte de partage 
des biens de ses parents, passé le 28 mars 1635, a épousé aptes en î ,es noces 
François De Nielle, (ils de Christophe et de Marguerite Van Nyverzeele, dont la fille 
Marguerite épousa Charles baron de la Massa. Les époux De Nirlle-Van Ophem 
vivaient en octobre 1655. En secondes noces Isabelle Van Ophem a épousé 
Nicolas Croiseau, Commissaris van vivers au service de Sa Majesté , avec lequel 
elle vivait en mars 1678. Le testament du dit Croiseau a été passé devant le 
notaire Jérôme De Druyn à Bruxelles, le 17 juillet 1688; il y est qualifié d'époux 
d'Isabelle Van Ophem , laquelle signe Elisabeth Van Ophem. Celle-ci a fait son 
testament par acte passé le 16 mai 1694, devant le notaire F. Lelieboom à 
Vilvorde. Elle est morte le 12 février 1701 à Vilvorde et son mari, N. Croiseau, 
le 29 juillet 1688, aussi à Vilvorde. Aucune trace d'enfants. 

/(. Jeanne Van Ophem , qualifiée de célibataire dans l'acte de partage des biens de ses 
parents, passé le 28 mars 1635, et qui épousa après Henri Van Pauhuysen, licencié 
en droit. La femme est morte avant le 22 octobre 1655 et n'a pas laissé de pos- 
térité ; son testament a été passé devant le curé de Wechtere , le 5 novembre 1651. 

François Van Ophem , fils du précédent et drossard de Saventhem , s'est marié à 
Bruxelles, dans la paroisse de S le -Gudule , le 15 février 1618, à Isabelle De 
Hullegaerden, fille de Paul, médecin de l'archiduc Albert, et de D 11,J . . . . Kichardt. 
Le mari est mort le 10 décembre 1680; son testament a été passé devant le 
notaire Claessens le 9 juillet 1677 ; la femme doit être décédée le 27 février 1714. 
Leurs enfants sont : 

a. François-Ferdinand Van Ophem renseigné ci-après sub 9. 

b. Isabelle Van Ophem, fille dévote. 

c. Marie-Thérèse Van Ophem, qui a été mariée à Pierre- François- Félix De Mey , 
dont postérité. 

d. Catherine Van Ophem dont la suite est inconnue. 

e . Alexandre-Nicolas Van Ophem, cornette au service de Sa Majesté, épousa à 
Bruxelles, dans la paroisse de S l8 -Gudule, le 21 août 1697, Claire Sotelo ; il est 
mort avant mars 1718, laissant une fille: Isabelle-Claire Van Ophem, baptisée 
dans ladite paroisse de S le -Gudule, le 18 février 1698, et qui s'est mariée dans la 
même paroisse le 6 octobre 1727 à Antoine-Joseph Hagheman, dont postérité. 

/'. Antoine Van Ophem, chanoine d'Anderlecht, enterré dans l'église des Auguslius 

à Bruxelles le 11 octobre 1721 , comme il conste des registres de la paroisse 

de S le -Gudule. 
fj. Henri-Gabriel Van Ophem, marié : 1° à Gertrude Van Muysenwinckel et 

2° à Marie Van Herdenbergh , alias Van Oudenbcrg, dont postérité encore existante 

mais déchue. 



— 445 — 

/(. Guillaume-Antoine Van Ophem, baptisé dans la paroisse de S' e -Gudule à Bruxelles , 
le 16 mai 1668 et dont la suite est inconnue. 
9. François-Ferdinand Van Ophem , fils du précédent, a été drossard de Saventhem, 
capitaine de cavalerie au service de Sa Majesté et seigneur de Bourgival sous 
Isque '. 11 épousa à Bruxelles, dans la paroisse de S'e-Gudule, le 15 novembre 
1676, Jeanne Van Ophem rensc ignée plus haut sub 4. On ignore la date du décès 
de la femme ; le mari a été enterré dans l'église de Si-Pierre, à Louvain , le 27 
septembre 1740. Ils ont eu deux enfants dont on ne connaît pas la postérité 
et qui sont : 

«. Nicolas-François Van Ophem, baptisé dans la paroisse de Finisterrc à Bruxelles, 
le 9 janvier 1678. 

b. Charles -Livin Van Ophem, baptisé dans la paroisse de S le -Gudule à Bruxelles, 
le 29 mai 1680. 



III. 

Testament d'Isabelle VAN OPHEM. 

In Nominé Domini Am:n. By den inhauden van desen tegenwoordigen openbaeren 
instrumente van testamente zij kont ende kennelijck eeneniegclijcken dat in den jaere 
ons Heeren 1694, op den 16 e dags der maent van meye, voor mij openbaer nots bij den 
souverijnen Baede van Brabànt gpadmitteert , binnen de stadt van Vilvoorden reside- 
rende , ende in de prensentie van de getuijgen hier onder geuoempt comen ende 
gecompareert is in propren persoene Jo e Isabella van Ophem , wed e wijlen den heere 
cornmissaris Croiseau, mij Not. s wel bekent , gezond van lichaeme, gaende ende staende, 
haere memorie ende verstant wel maehtieh wesende ende gebruijkende , gelijk dat ons 
is gebleken. Be welcke bekende ende verclaerde dat zij , aenmerkende de broosheijt der 
menschelijcker natur ende datter niet sekerder en is dan de doodt, ende niets onsekerer 
dan de uure der selver; ende daeromme wel bedacht sijnde, onbedwongen van jemanden soo 
sij sijde ende verclaerde , heeft gemaeckt geordonneerd ende gesloten , maeckt ordon- 
neert ende sluijt bij desen haeren testamente ende vuijtterste wille , wederroepende , 
casserende, doodt ende te niet doende aile andere voorgaende testamenten , codicillen ofte 
donatien, voor datum van desen gemaeckt, bekent ende gepasseert , wiHende ende 
begeerende dat dit haer testament ende vuijtterste wille sal stadt grijpen , van weerden 
gehauden worden , ende sijn volcomen effect sorteren sa! , t' sij bij forme van testament 
codicille donatie inter vivo Ivel causa mords , oft andersints , soo ende gelijck t'selve 
alderleerst sal connen bestaen , schoon aile gerequireerde solemniteijten soo volgens 
rechten a!s costuijmen hier inné niet en waeren geobserveeit , aen de welcke sij heeft 
gerenuntieert , gelijk sij renuntieert mits desen. 

1 Bourgival, (Voy. l'Histoire des environs de Bruxelles , tome III, p. 480 et 501). 



— 446 — 

lu den jeersten beveelt sij testatrice haere ziele, soo wanneer de selve sal comen te 
scheijden vuijt haeren lirhaeme aen Godt Almaehtig, haeren Schepper, Maria sijnder 
gebenedeijder Moeder , ende aile den hemelschen geselschappe ende hacr doodt lichaem 
ter geweyde aerde, begeerende t'selve begraeven te worden in de kereke vanOnse-L.-Vro. 
ten-Troost alhier alwaer haeren man saliger is begraeven , ende dat volgens haeren 
standt ende comlitie , begeirende dat corts naer hacr afllijvichheijt zutten worden gecc- 
lebreert twee hondert gelesene missen van requiem, voor ieder der weleke sal worden 
betaell ses stuijv. , ende dat in alsulcken cloosters ende kercken daer lut haeren naer te 
noemen exécuteur testamentair sal gelieven. 

Commende voorts totter dispositie van aile haere tijdelijke goederen , hacr bij Godt 
Almachlieh op deser werelt verleent, soo lact ende maekt zij restatrice aen Jo we Maria 
Theresia van Opbem , docliter wijlen den heere François van Ophem , in sijnen levene 
drossaert van het graefschap van Erps , Quarebbe ' bandcrye van Saventhcm , Sterre- 
beke ende Nossegem , ende vro. Isabella de Hullegaerde , des testatrice broeder en 
swaegerinne , alsnu getrauwt melten heere De Meye , de somme van vier duysent 
guldens cens , boven die meubelen die sij testatrice aen baer metten levende lijve heeft 
gegeven , ende van nu an" is genietcnde, mitsgaders alnoch boven die lyffrente van vier 
hondert guldens t'sjaers aen haergemaekt ende gelegateert bij wijlen haeren man saliger, deu 
heere commissaris Croiseau , volgens sijnen testamente gepasseert voor den Nots Hiero- 

nijmus De Bruijn ende sekere getuigen op den , de welke sij naerder testatrice 

alllijvicheijt sal trekken ecde vinden tôt laste van de erffgenaemen desselfs haeren man 
saliger; sluijtende de selve haere nichte Maria-Theresia van Ophem daermede vuijt haere 
voordere goederen , begeirende dat de selve hacr mrtte voorsch. vier duijzent guldens 
eens, boven die meubelen ende lijffrente sal vergenoeght ende content hauden , sonder 
iet voorders te connen ofte moegen te pretenderen tôt laste van haere te nomincrenc 
erffgenaeme vuijt wat hooffde het sij ofte niet. 

Item, laet ende maekt sij Testatrice aen Joffe Isabella Van Ophem, geestelijcke dochtere 
haere nichte ende meter -, sustere der voorsijrie Jo e Maria-Theresia den ledekant met 
cen groen behansel , bedde , hooftpullinck , sargie ende silvere weijwater vat 

Item , laet ende maekt de voors. Isabella Van Ophem de somme van twee hondert 
guldens eens de weleke sij naer de Testatrice alllijvicheijt sal trekken en vinden tôt laste 
van den proviadoor Thenarts oft sijne erffge. 

Item , maekt ende laet sij teslatric aen Joff e Catharina Van Ophem , haere nichte , 
sustere der voors. twee Jouff" het ledekant met het blauw behansel, bedde, hooftpullinck. 

Item , maekt end*s legateert sij testatrice aen Ju e Maria Goosscns, begijntje op het groot 
begijnhoff lot Mechelan eene renl van vier hondert guldens capitael, die sij testatrice, is 
trekkende lot laste van den heere p.b. re 3 . De Couinck , wooneude lotBrussel, weleke 
voors. rente is maer op simple obligatie. 



1 Quarebbe , aujourd'hui Querps, 
'-' C'est-à-dire filleule. 
•" Presbyter. 



— 447 — 

Item, maekt en legateert sij testatrice aen Joff e Catliarina Goossens, suster der voors. 
Jouff e begijner, eene rente van hondert guldens capilael , met die verloopen van die, 
tût iaste van die wed e van Frans Lombarts , getrauwt met lieer Meer drossaert der 
Banderije van Meerbeeck. 

Item , laet ende maeckt sij testatrice aen de selve Joff e Calharina Goossens hondert 
guldens eens, die sij testatrice is trekkende ende naer haere afflijvicheijt sal vinden lot 
laste van den proviadoor Thenarts oft sijne erffgenaeme. 

Item, maekt ende legateert sij testatrice alnoch aen de voorss. Jo e Catliarina Goossens 
boven die rente van hondert guldens capitael en boven die hondert guldens eens, tôt laste 
van proviadoor Thenarts haer roodt behansel met het haute ledikant, bedde ende twee 
paer slaeppelaekeiis ende een halff dosijn van haer Testatrice hemden ende vijftig guldens 
eens in gelde. 

Item, soo laet ende maeckt sij testatrice aen Maria De Molder voor haeren getrauwen 
dienst een halff blinder lants gelegen tôt Saventhem in lut Goddevelt, tegcnwoordich in 
huere beseten bij Bertel Janssens. 

Item, maekt ende legateert sij testatrice aen .lonk r Nicolaus-Franeiscus Van Ophem 
sone wijlen ' tien heere capiteijn van peerden Françnis-Ferdinande Van Ophem, ende 
vr e Van Ophem , de somme van drie hondert guldens eens , de welcke sij testatrice is 
vindende en naer haere afflijwicheijt sai moeten Irekken van den proviadooi Thenarts of 
sijne erffge. 

Item, laet ende maeckt sij testatrice aen Jo c Isabella Rubbens de somme van vyftict 
guldens eens die sij testatrice heeft geleent aen haer matant van Naemen. 

Item, laet ende maekt aen Guillaume-François De Meye haeren peter* de somme van 
hondert guldens eens die welcke sij is vindende tôt laste van den proviadoor Thenarts 
ofte sijne erffge. 

Comende voorts totle dispositie van aile haere resterende goederen , soo meubelen a!s 
immeubelen , van wat natuere die selve moegen wesen , egeene vuitgeesondert nochte 
gereserveert , soo laet ende maeckt de testatrice aile die selve aen heer François-Fer- 
dinande. Van Ophem, heere vanBourgival, capiteijn van peerden, d'heer Nicolaus-Alcxander 
Van Ophem, cornet gereformeert ten dienste van sijne Ma', d'heer Henricus-Gabtïel Van 
Ophem , ende d'heer Guiilielmus-Antonius Van Ophem , mitsgaeders aen Jouff™ Isabella 
ende Catharina Van Ophem, aile kinderen van wijlen den voors. François Van Ophem 
ende vro e Isabella de Hullegaerde , nomirende de selve haere eenige ende universele 
erffgenaemen , met vollen recht van justitutie om aile deselve goederen bij hun respectieve 
hooffde gelijk gedeijlt ende gepartageert te worden. Willende ende begeijrende dat aile 
het geene voorsch. is punctuelijck sal worden onderhauden ende achtervolght , sonder 
contradiclie. Ende op dat dit. haer testament en vuijlterste wille te beter saude worden 
achtervolght ende volbracht in aile sijne puncten, soo ist dat sij testatrice kiest ende stelt 
voor exécuteur testamentair van dit haer testament den voors. heere Franchois-Fer- 



1 C'est une erreur comme on le verra plus bas. Le capitaine est mort en 1740. 
Voir la Généalogie, sub. II. 
- Filleul. 



— 448 — 

dinand Van Ophem , capiteijn van peerden &*, haeren neve , met vollen maglit van ailes 
te doen ende dirigeren naer rechten , laelende aen den selven daer voor , boven het 
geene voors. is , eene van haere sclioonste sehilderijen naer sijnen keus. 

Adhererende nijettemin alteijt sij testatrice haer minderen , meerderen ende veran- 
deren soo dickwils het haer goet duncken ende gelieven sal nopende dit haer Testament. 

Aldus gcdaen ende gepasseerl binnen Vilvoorden, ten dage, maende ende jaere als boven, 
ter prcsentie van Gillis Lanbeers, Franchois Langenberg, als getuijgen hier over ge- 
roepen en gebeden , de welcke beneffens die testatrice gevraeghl sijnde oft sij conden 
sehrijven , heeft den voorss. Franchois Langenberg geantwoordt neen , ende den voors. 
Gillis Lanbeers, beneffens de testatrice dut jae , ende dienvolgens de minute doser 
beneffens mij notaiis onderteekent. 

Signé Elisabeth VAN OPHEM. 
Signe Giellis LANBEERS. 

+ 
Dit is lift hantmerck van Frans. Langenberg 
verclaerende niet te connen sehrijven. 
Mij présent als Nots. 

Quod allestor 

F. LEL1EBOOM ff Nots. 




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LA CHASSE DE S. REMACLE 

A STAVELOï. 



NOTICE 

par M. Arsène de NOUE, 

MEMBRE CORRESPONDANT ÉTRANGER A MALMEDY. 



Le 1 er octobre 1795, l'ancienne principauté de Stavelot, em- 
portée par le flot ravageur de la Révolution , était incorporée à la 
France; elle perdait son nom à jamais. Elle était bien vieille, elle 
avait vécu onze siècles et quarante-sept ans. 

La tempête avait déraciné jusqu'aux fondements séculaires ; non 
seulement le prince et les moines de cette principauté ecclésias- 
tique avaient pris le chemin de l'exil , mais les monuments mêmes 
de son antique histoire avaient disparu. Les documents, la biblio- 
thèque , les objets d'art , les souvenirs , tout était enlevé et l'admi- 
rable église , chef-d'œuvre du style romano-byzantin , n'avait pu , 
malgré sa splendeur , arrêter la main sacrilège du vandalisme 
révolutionnaire. 

Cependant, après le vaste naufrage, deux épaves vinrent échouer 

Commissaires rapporteurs : MM. A. Van Hassfxt el M.-L. Polaix. 



— 452 — 

aux rivages de la patrie ; chose étonnante , ce furent deux vieilles 
reliques de vieux et grands saints : saint Remacle , le fondateur, 
et saint Poppon , le restaurateur du onzième siècle. 

Nous allons nous occuper du cercueil qui contient le corps de 
saint Remacle et décrire cette châsse , l'une des plus précieuses et 
des plus belles que possède la Belgique. 

Ce vieux souvenir de la fondation qui résume aujourd'hui tout 
ce qui reste de ces temps antiques , ces reliques vénérables , ce 
sarcophage devant lequel l'historien , l'archéologue s'arrêtent 
pensifs, nous force de remonter avec lui la source des âges et de 
redire en sa présence, dans une esquisse rapide, ce que fut ce 
fondateur , ce qu'a été sa fondation avant de décrire l'objet artis- 
tique, cette gloire de Stavelot et son plus précieux trésor. 

I. — SAINT REMACLE. 

La vie de ce grand apôtre des Ardennes a été écrite pour la pre- 
mière fois au neuvième siècle , cent quatre-vingts ans après sa 
mort, par un moine de l'abbaye de Stavelot et Mabillon nous a 
conservé sa légende *; c'est ce même anonyme qui a composé le 
premier livre des miracles 2 . Au X e siècle , un autre moine de 
Stavelot , l'immortel Notger, dont de savants travaux ont aujour- 
d'hui complètement vengé la mémoire sacrée, retoucha ce premier 
travail 3 ; au même siècle , le chroniqueur Hariger amplifia la 
version de Notger 4 . Fisen, dans ses Flores, Laurenty , dans sa 
chronique, nous ont donné de nouvelles éditions, et enfin Ghes- 
quièrc et les Bollandistcs ont couronné ces travaux biogra- 



< Sœcul. secundo Beued. , page 488 
2 Histoire littéraire de. France, V, 94. 
5 Apud Snrium V , 3 sept. 

1 Apud Chapeau ville , tome 1. Thietmar, dont parle Chapeauville , n'est autre que 
le vieil auteur de Stavelot. 



— 453 — 

phiques 1 , el partout où ont passé ces savants pionniers, ils ont, 
à travers les ronces de la chronologie et les mystères de la légende , 
tracé les larges et royales voies où le voyageur même le plus 
inexpérimenté ne peut plus s'égarer. 

Remacle était né de parents nobles , dans la province de la 
première Aquitaine. Son père avait nom Albuce, sa mère était 
Mattime ou iMariana. Les savants placent l'année de sa naissance 
entre 612 et 624. 

Sa vie s'écoula pendant le septième siècle, siècle de sainteté et 
de gloire pour l'Eglise et de la fondation des monastères d'Occident; 
époque à la fois vivace et aux mœurs barbares, origine de la puis- 
sance de ces fiers Maires du Palais , un des vieux honneurs de la 
Belgique et de la décrépitude royale , où le peuple traita la royauté 
comme une vieille loque et les rois comme des reliques vivantes 
que l'on place à l'ombre solitaire des sanctuaires monastiques ; 
jour de départ enfin, au milieu des assassinats de rois, de reines 
et d'enfants de rois, de la prépondérance des Francs orientaux sur 
les Francs occidentaux. 

Saint Remacle fut d'abord l'élève de saint Sulpice ; saint Eloi , 
cet ardent propagateur de la vie monastique, le distingua bientôt et 
le plaça dans le monastère de Solignac qu'il avait fondé et qui 
était déjà florissant (637); saint Remacle en devint le premier 
abbé 2 . 

Dagobert, ce roi qui résume si bien son siècle, ce bon roi 
qui fut un empoisonneur , un débauché et pourtant le fondateur de 
Saint-Denis , ce capitole des Français où se conservaient leurs 
chroniques, avec les cendres royales, comme les pièces à l'appui 
des faits , Dagobert appela Remacle à sa cour , ce qui a fait dire à 



1 Ghesquière , Acta 55. Belg.— Acla SS. 3 Sept.— Fisen, Flores Eccles. Leod., 
p. 396. — Manuscrit Laurenty. 
°- Mabillon, parte 2. Sœruli 3 bened. — Tom. 1, A.nnalium pp. 352 et 353. 



— 454 — 

quelques biographes postérieurs qu'il le nomma son chancelier ' . 

Sigebert avait succédé au bon roi dans l'Austrasie (632) et ce 
fondateur de monastères rencontra dans Remacle le saint architecte 
de ses libéralités inouïes 2 . Saint Judon de Metz sacra saint Remacle 
qui devint évoque régionnaire, selon Mabillon et Martène , c'est- 
à-dire sans diocèse fixe , mais destiné à porter l'Évangile aux 
nations idolâtres 3 . Au milieu de ces courses apostoliques, notre 
saint jeta les fondements du monastère de Cugnon sur la Semoi 
et en devient le premier abbé (64-4-647) 4 . 

Cependant c'était la destinée de Remacle de semer en tous lieux 
des monastères sous ses pas fécondants. Il s'enfonce dans les 
déserts et les vastes solitudes de l'Ardenne. 

Il traverse les fagnes, fanias transit, arrive sur les bords de la 
Warchennc et trouvant ces lieux , dit le légendaire , favorable à 
l'habitation par leurs eaux poissonneuses et leurs gras pâturages, 
il y renverse les pierres de la Diane germaine, bénit les fontaines 
et en ces lieux il plante la croix; Malmedy est fondé (648). 

Après une administration de trois ans, saint Amand résigne 
ses fonctions d'évêque de Maeslricht 3 . « Le peuple, l'élection des 
prêtres , l'assemblée des grands , l'acclamation de tous les ordres » 
appellent saint Remacle pour le remplacer sur ce siège illustre 
(650) 6 . Il n'oublie pas cependant ses chères Ardennes. 

1 Non satis constat, dit Mabillon, Ann. bened. II, p. 834. 

* Duodecim monasteria œdificavit inter quœ eminents Stabulaus et Malmunda- 
rium. Vila St-Sigerberli ap. Ghesquière , III, 07. 

3 Mabillon, / c. Acta SS. — Martène, Impérial Stabul. vindicia, 21 . 

1 Martène, Amplis, collect. Il, p. 6 et Mabillon, //, 1091 et annalium I, 352. 
— Galtiu Ctiristiana II, 185. — Acta SS. I Februarii, p. 371. 

5 Nous disons Maestricht et non Tongres , parce qu'il n'est plus guères permis au- 
jourd'hui, après les judicieux commentaires de Henschenuîs et de J. Veluius (Giiksquièiie, 
III, 431-437) d'admettre l'autre opinion. 

650. D'après les documents de Stavelot , Amand a régné trois ans , c'est incontesté, 
mais on diffère sur l'époque de son avènement. Fisen et Chapeauville le fixent à l'an 
637 ; Alberic à l'an Oit ; Henschenius à 647 ; Mabillon et Maktène après 017 ; 
LtcoiNTE et St. Marthe placent l'élévation de saint Remacle i 653, Calmet à 652, 
Pagi ;> 649. 



— 455 — 

Malmedy était situé dans le diocèse de Cologne , il s'avance 
donc, dit Notger, vers l'Occident , traverse le ruisseau de Challes 
qui formait la limite des deux diocèses , arrive au pied d'une 
montagne sur les bords de l'Amblève , mais s'apercevant que ces 
lieux étaient trop resserrés dans les montagnes, revient vers l'Orient 
et fonde son monastère dans un lieu qui , depuis des temps reculés , 
s'appelait Stabulaus (650). C'était l'année de son élévation au 
siège de Maestricht , la deuxième du pontificat de Martin , la 
troisième depuis la mort de Dagobert. Il conserve la charge d'abbé 
et donne à ses disciples les règles et les exemples des moines 
d'Egypte et des solitaires de la Thébaïde, et vaque en môme temps 
aux innombrables devoirs de l'administration de son vaste diocèse. 

Sigebert apprit avec joie cette nouvelle plantation de la foi dans 
les solitudes de l'Ardenne et l'enrichit de ses dons. 

L'évêque Remacle établit un de ses moines du nom de Théodart 
pour administrer, pendant ses absences, les deux monastères et 
bientôt (660), fatigué du tumulte, il revient dans sa chère solitude 
et choisit ce même Théodart pour son successeur au siège de 
Maestricht ex permissu Régis et Principum et Clerï totiusque 
populi assensu. 

Le retour de saint llemacle attira de nombreux disciples à 
Stavelot, et si l'on ne peut, en aucun cas, compter parmi eux 
ni saint Lambert ni saint Hubert , il fut le maître de saint Théodart, 
de Babolin et d'Hadelin , ce noble d'Aquitaine , le fondateur et le 
premier abbé de Celles près de Dinant que Pépin de Herstal combla 
de largesses qui tournèrent plus tard au profit de Visé. 

Tout ce que dit Notger des donations faites à saint Hemacle 
et de son voyage à Rome ne supportent pas la critique historique; 
Notger n'était pas fort en chronologie. 

L'année de la mort de ce grand homme est encore couverte 
d'obscurité. Nous la fixons à l'an 669. Mabillon la reporte à l'an 
661, puis la retarde jusqu'en 664, Martènc après 666, Lecointe 



— 456 — 

à l'an 068, les Bollandistes à 669, Fisen , Bortholet et Dewez à 
l'an 675, le moine Sigebert et Laurenty à 691. Ces différentes 
suppositions proviennent de la manière dont les divers auteurs 
datent les diplômes des fondations. 

Nous n'avons ni le pouvoir ni le droit de discuter les innom- 
brables miracles dont les hagiographes ont parfumé les vénérables 
reliques de saint Remacle. Cependant le pays de Stavelot peut 
être justement fier de son fondateur et sa sainteté a été reconnue 
comme incontestée et incontestable par toutes les autorités compé- 
tentes *. Son culte est honoré dans de nombreux diocèses dont 
nous ne citerons que ceux de Liège , Trêves , Cologne , Verdun , 
Wurtzbourg, Mayence, Tournai et Cambrai 2 . 

Sa fondation avait jeté de profondes racines, il est resté au 
milieu d'elle jusqu'à son écroulement, car, nous dit Martène qui 
visita ces lieux célèbres avant la Révolution , « outre le corps de 
saint Remacle , on montre encore dans le trésor sa chasuble , son 
étole , son manipule , sa chape , ses sandales , sa cucule et son 
peigne ». Tout cela a disparu, mais le corps du fondateur et son 
cercueil reposent encore aux lieux où fut autrefois la capitale du 
pays de Stavelot. 

II. — l'ancien pays de stavelot. 

Remacle avait donc planté son pays dans un coin austrasien de 
la sombre Ardenne dont la vaste forêt, dit César, baignait ses racines 
au Rhin , traversait la Moselle, étendait ses bras gigantesques sur 
le pays Rhénan pour aller porter ses ombres aux flots de l'Océan. 
L'aigle romaine y avait étouffe dans ses serres l'Eburonie vaillante 



1 Mabillon , Secund. Sec. Dened. 488. — Molanus indiculum sanct. et natales 
— MiR/EUS in fuslis , p. 510. — A. S. S. S sept. — Marlijroloijii , Galesini Pari- 
siensis. — Mautène, Ampl. Coll. VI. 675. 

* Acta SS. Tom I, febr. p. 635. — Breviarium Coloniense, anni 1498. 



— 457 — 

qui s'y était abritée et l'avait englobée dans la seconde Germanie; 
mais chassée elle-même , Rome avait reculé devant les barbares 
et en 532 ce pays faisait partie de l'Austrasie *. C'est dans cette 
contrée que Remacle fonda Stavelot , qui devint ville et donna , à 
l'instar de toutes les capitales voisines, son nom au pays. Ce bap- 
tême imposé par le saint résista, intact et glorieux, à tous les bou- 
leversements. L'Austrasie perdit son nom, la Lorraine s'en empara, 
Stavelot suivit les destinées de ce dernier pays 2 et passa avec lui 
à l'Allemagne (922-925). Lorsque Sigismond fit de ce grand état, 
une confédération d'états (141 1) et qu'Albert eût divisé l'Allemagne 
en six cercles , le pays de Stavelot fut incorporé dans le cinquième 
qui comprenait le Bas-Rhin , les Pays-Pas et la Westphalie. Plus 
tard, à la nouvelle division en dix cercles, dans la diète de 
Cologne (1512), division confirmée par Charles V, le pays de 
Stavelot fit partie du huitième cercle : celui de Westphalie, le plus 
abondant en hommes de guerre. Enfin , Stavelot ne perdit son nom 
qu'avec la destruction du vieil empire d'Allemagne. Bien qu'ap- 
partenant à la grande famille féodale, les chefs du pays de Stavelot 
sauvèrent leur petite principauté par la force de leur caractère 
religieux , et empêchèrent qu'elle ne fût ensevelie sous les ruines 
de la féodalité. 

Dans les derniers temps et jusqu'à la Révolution, la principauté 
de Stavelot , bornée au nord par le duché de Limbourg , à l'est 
et au sud par le Luxembourg , au nord-ouest par le marquisat de 
Franchimont et le Condroz, se composait des postelleries de Stavelot 



' Grégoire de Tours, Hist. livre 5, chap. 14 , 19. — Annales metenses ad 
annum 688. O&terliuden, Luijden , Liulen , Laden, Leuten des Osters habitants 
orientaux. Puis, Notger in vita S 1 Remacli dit: Austrasia osler-reicli. — Freueg chap. 
38 et 40. — Aimoin lib. 4. Chap. v 27. 

2 L'abbaye de Stavelot est spécialement mentionnée dans le célèbre partage entre 
Mersen et Herstal (870) et attribuée à Louis de Germanie. Annal, bert. a 869. Apud 
BoucQut/r Vil, p. 109. — Mir/eus, Opéra diplomatica , vol. I, p. 28. 



— 458 — 

et de Matmedy et du comté de Logne, formant ensemble une popu- 
lation de 28,000 habitants. 

Ce petit pays , épanoui à l'ombre de la libre, exempte et impé- 
riale abbaye, ne releva jamais au temporel que de l'empereur et 
au spirituel que du siège apostolique , immédiatement. Et cela dès 
son origine. En effet, bien que situé au comté d'Ardenne qui l'en- 
serrait de toutes parts, Stavelot ne figure dans aucun des nom- 
breux diplômes qui font mention de ce célèbre gau. La plus grande 
propriété des rois d'Austrasie fut la forêt des Ardennes et ces rois 
ne l'appelaient jamais autrement que notre forêt 1 . Stavelot y trouva 
son enclave sacrée et devint, dès l'abord, franchise ecclésiastique 
dans la propriété privée du souverain. 

Nous ne voulons pas refaire ici l'histoire de ce petit peuple, 
mais présenter dans une esquisse rapide les particularités saillantes 
et uniques dans l'histoire civile et ecclésiastique qui ressorlent de 
la constitution primitive et de la suite de l'histoire de cette princi- 
pauté. 

Dès l'origine, l'abbé de Stavelot cacha sous sa cucule des droits 
régaliens et nous apparaît sous le double aspect avec lequel il 
traversa le moyen âge et les temps modernes. Dans l'ordre 
spirituel , comme membre immédiat de l'Eglise romaine et chef 
ecclésiastique; dans l'ordre temporel, comme haut vassal de l'empire 
et membre de la grande famille féodale et ensuite de celle des 
souverains. Voyons donc dans ces deux ordres cet assemblage 
tout à la fois , pour parler selon l'archéologie polyamatype et po- 
lychrome. 

L'abbaye de Stavelot, qui ne relevait que de Rome 2 , était com- 

1 In Terra noslra silvà Arduennense. Diplôme de Sigebert. Martène, ampl. coll. II, 6. 
— In forestre nostra Arduenna fondation de Cugnon. — Lacomblet , Urkundenb., 
1, p. 20, in silvâ nostra Arduenna. 

* Bulles de Silvestre de l'an 1000 apud MartÈne amplis, collect. 11, p. 54, - 
de Grégoire V , de l'an 996. Ibidem , p. 52 , — de Léon IX , de l'an 1019. Ibidem , 
p. 07 et suiv. les trois dernières bulles en original aux archives de Dusseldorf. 



— 459 — 

posée de deux monastères égaux, Stavelot et Malmedy , frères 
jumeaux qui , dès leur origine géminée , avaient été réunis cano- 
niquement et à perpétuité pour ne former qu'une abbaye impé- 
riale , libre et exempte *. 

Dès le VIII e siècle, nous voyons les grandes abbayes, dans 
leur riche exubérance, tantôt fonder des colonies ■, tantôt recevoir 
des rois d'autres monastères en dons : sous Charlemagne , sous 
Pépin-le-Bref qui donna au pape Paul le monastère du mont 
Soracte 3 , dont son frère Carloman avait sanctifié les cellules; tan- 
tôt recueillir dans leur sein et sous leur protection des monastères 
déchus. Dans tous ces cas, ces monastères n'étaient que des Celles 
ou prévôtés qui ne possédaient ni les droits réels d'aliénation , ni 
les droits personnels de profession, ni ceux à' élection. Stavelot et 
Malmedy, enfants du même fondateur, reçurent seuls la plénitude 
de ces trois espèces de droit : Prior et malmimdariense monas- 
terhim, disait l'empereur Léopold , cum Priore et monasterio 
Stabulensi unum abbatial et principatus corpus sunt, quem ad- 
modum ex actis, ac ipsismet Stabulensinm elogiis et observantiœ, 
continuai vetustate constat. 

Nous n'ignorons pas que plusieurs prieurés en France , ceux de 
Cluny par exemple, jouissaient de grands droits, mais nous 
attendons toujours la preuve que leurs moines aient eu droit 
d'élection; tout au plus si leur prieur seul, dans quelques Celles, 
venait s'asseoir inter pares du monastère supérieur, aux grands 
jours des élections. 

L'abbaye de Stavelot qui n'était à'aucun diocèse se composait 
de deux monastères dont l'un, Stavelot, était situé dans le diocèse 
de Liège, et l'autre, Malmedy, dans celui de Cologne. La petite 
rivière de la Ghalle formait la séparation , et lorsque l'Europe 



1 Specilegium Ecries., IV, 781. 
■ Captul. aquisgrani canon., 45. 
s Epistola Carolina, XII. 



— 460 — 

tenait ses assises à Vienne pour parquer les peuples et les nations, 
cette petite rivière et cette séparation diocésaine fut encore admise 
pour la frontière entre la Prusse et les Pays-Bas. Cent ans après 
la fondation de saint Remacle, l'abbaye de Foulde reçut aussi son 
patrimoine de fondation des deux côtés de la Foulde qui séparait 
aussi deux diocèses, mais l'abbaye n'était pas géminée. 

Enfin une dernière particularité ecclésiastique se rencontre dans 
le caractère des abbés. 

Les moines de Stavelot suivirent d'abord la règle de saint 
Colomban * et se rangèrent bientôt sous la bannière de saint 
Benoit, de cet ordre célèbre qui devait, par une triple gloire, 
convertir l'Europe, défricher ses déserts et rallumer dans son 
sein le flambeau des sciences. Nous trouvons à la tète de chaque 
abbaye un abbé (abba , père). Ces abbés dans la suite des temps 
'furent tantôt réguliers , c'est-à-dire élus selon les règles cano- 
niques; tantôt abbés commendataires , aux tristes jours où les 
abbayes furent données en fief à de hauts personnages ou à des 
soldats et Charles Martel ouvrit la marche en les donnant à ses 
soudoyers; tantôt abbés mitres, avec droit de porter les insignes 
de la prélature; tantôt abbés-évêques, avec juridiction épiscopale, 
tantôt princes-abbés avec droit de siège et voix délibérative aux 
diètes de l'empire; tantôt enfin abbés-laïques et abbés-comtes, 
c'est-à-dire non revêtus du sacerdoce. Or l'abbaye de Stavelot, 
pendant le cours des longs siècles de son existence, vit à sa 
tête des abbés revêtus de tous ces différents titres, avec cette 
distinction toutefois , quoi qu'en dise le savant Martône , que les 
abbés-évêques ne le furent que ex accidente et jamais ipso facto , 
c'est-à-dire que la qualité d'évèque ne fut , dans aucun temps , 
inhérente à la dignité abbatiale de Stavelot. 

Si nous passons à l'ordre civil , nous rencontrons encore dans 

' Gallia Christiana , III . 940. 



— 461 — 

la principauté de Stavelot quelques particularités exclusives. 
Le prince-abbé ne relevait que de l'empereur et son pays 
jouissait de la grande immunité. 

Lorsque les rois permettaient à de pieux anachorètes d'élever 
leurs tintoria in locis vastœ solitudinis , ils apposaient toujours 
à la concession le devoir fiscal de payer la redevance que l'on 
appelait census. C'était de règle ; les monastères qui prétendaient 
en être exempts devaient, ainsi qu'on le voit dans le 6 e canon du 
concile d'Orléans (511), fournir la preuve qu'ils jouissaient de 
immunitate. C'était une reconnaissance de souveraineté. Stavelot 
en fut revêtu dès son origine *. 

L'abbé de Stavelot fut prince, d'abord d'après le principe 
adopté , selon Tacite , chez les Germains pour tous les chefs qui 
jus per pagos et vicos dixerant 2 , et ensuite il devint prince 
d'empire votum et sessionem in comitiis habens 3 . 

Mais ici se présente encore une particularité. Les monastères 
exemptés du census n'en devaient pas moins le service militaire et 
le payement de quelques tributs à l'empereur 4 ; les princes seuls 
en étaient exempts et cependant Stavelot fut le seul monastère 
dont l'abbé fut élevé à la dignité de prince et dut en même temps 
le service militaire. De là l'existence, au pays de Stavelot, de ces 
puissants avoués dont nous avons ailleurs retracé la turbulente 
histoire. 

En outre les abbés de Stavelot étaient comtes de Logne , de ce 
château-fort dont les grandes ruines redisent aux échos du rocher 
gigantesque les formidables noms de Wibald , de Léon X , 



' Ut hoc totum teneant atque possideant cimi emunitate Charte de 666 apud 
Polain , Recueil de lois, p. 3. 

2 Coringius. Dissert, de civibus imperii.— Bœilokus, lib. 7, Nolitia Imperii Romani. 

3 Anno 813 Carolus Episcopis, abbalibm m loco positis Rheganus tit. 2. 6. 10. — 
Hincmar , de ord. palatii. Epist. M. 

4 Apud Baluzium, tom. I, p. 589. Nolitia île monasteriis quiregi mihtiam debent. 



— 462 - 

de François I er , de Charles V, du Sanglier des Ardennes, de Nassau 
et enfin d'Albert et d'Isabelle *, et murmurent au voyageur la tou- 
chante légende de la grotte à la galle d'or. 

Nous rappellerons enfin en passant les célèbres écoles de Sta- 
velot, les rivales de celles de Liège et déjà célèbres avant elles; 
un seul exemple suffit pour prouver leur supériorité , c'est qu'au 
temps de Poppon , au onzième siècle, elles fournissaient des abbés 
à quinze des plus illustres abbayes de l'époque ; nous citerons les 
noms de ses chroniqueurs Jean, Zantfliet, Everhelme ; de ses 
grands-mailres Druthmar , Notger , Reinard , Thierry ; de ses 
grands hommes Wibald , Poppon ; de ses artistes , ces fameux 
copistes du onzième siècle , ces modernes peintres et sculpteurs : 
les Delcourt, les Ruxthiel. Mais nous n'oublierons pas ces belles 
bibliothèques et tous ces grands ouvrages classiques sauvés par 
Wibald et ses moines; son chartier qui ne le cédait en importance 
pour le nombre et la valeur des documents qu'à celui de St-Denis. 

Il n'y a pas jusqu'au langage qui ne puisse , dans cet ancien 
pays , appeler les sérieuses études de l'archéologue et du savant. 
En effet, le pays de Stavelot , par son enclave dans le diocèse de 
Cologne, fit reculer la langue tudesque jusqu'à ses frontières. 

L'église de Stavelot était encore un chef-d'œuvre du style 
romano-byzantin et elle contenait des richesses archéologiques 
immenses. 

Toutes ces grandeurs , toutes ces richesses avaient traversé les 
siècles, cachées sous la robe d'humilité de ces puissants moines ; 
tout a été dispersé, tout cela a disparu , et nous allons nous occuper 
de la dernière ruine qui est le résumé de toutes ces grandes choses 
et qui a été pendant douze siècles le muet témoin de toutes ces 
splendeurs et de tous ces abaissements. 



' Études historiques sur le pays île Stavelot, pag. "203-283. 



— 463 — 
III. — LA CHASSE. 

La première étude de l'archéologue devant un monument est de 
préciser son acte de naissance. Les uns, et ce sont les savants, pro- 
cèdent par synthèse et donnent au monument son baptême de visu 
et a priori par la constatation de ses caractères formels , techniques 
et architectoniques ; on sait cependant à quelles hypothèses et à 
quelles étranges erreurs cette grande méthode conduit l'investiga- 
teur par l'incertitude même de ces caractères et de ces formes 
plastiques. En effet, est-on d'accord sur le caractère même pré- 
dominant de l'art gothique, sur l'ogive? Sur son origine? Sur 
l'époque où elle est apparue aux yeux charmés de l'Europe? 
D'autres, au contraire, préfèrent la preuve analytique et cherchent 
dans les monuments historiques l'âge des chefs-d'œuvre que le 
moyen-âge ou l'antiquité nous ont légués. C'est la marche la 
plus sûre, si on peut la combiner avec la première; elle reste la 
plus convaincante en général lorsqu'on l'emploie môme seule et 
que l'on ne la fait pas dépendre de subtiles hypothèses , d'inter- 
prétations de textes et de discussions contestées. Devant la châsse 
de saint Remacle, nous serons assez heureux pour produire ces 
preuves incontestables puisées aux sources historiques. 

Le savant Martène nous dit d'abord 1 : « On croit à Stavelot que 
c'est saint Goduin , quatrième abbé qui a fait faire cette châsse, 
parce que, dit-on, c'est lui qui le tira de l'oratoire de Saint-Martin 
où il avait été enterré pour le transférer dans la principale église 
où i,l l'exposa dans un lieu éminent, mais elle ne nous paraît pas 
d'une si grande antiquité; je serais plus porté à croire que c'est 
l'ouvrage de saint Poppon ou de Wibaldus. » 

Nous trouvons l'origine de la fausse tradition de Stavelot dans 
le passage suivant d'un ancien manuscrit publié par Marlène 2 et 



1 Voyage littéraire de deux Bénédictins , II, p. 157. 
- Maktène, Amplissima Colleit., Il, col. 60. 



— 464 — 

qui porte : « Nam sicut a patribus noslris veredicâ relatione est 
relatum scripto que proditum , Goduinus , qui quartus in regimine 
loci beato confessori abba successit (670), ab oratorio S li Martini, 
ubi prius humalum continebatur, in monasterium principale SS. 
apostolorum Pétri et Pauli ab ipso sagaci industrie constructum 
ac consecratum offîciosà devotione VII. Galend. Julii transtutit 
(Vide Bollandini operis lom V Junii pag. 4) quseque etiam in 
tain magnifico negotio expediebunt , congruo honore effleaciter ad 
implavit. Siquidam lecticam auro , argentoque suis expensis 
dignâ decoris prserogativà fabricatam pneparavit, in quam jam 
arida ossa a corruptâ ejus carne sequestrata locavit, retroque 
altare prœscriptorum apostolorum in sublime, ut esset omnibus 
evidens, condigno apparatu statuit. » 

Bien que Martène , d'après les termes mêmes de l'auteur , 
proclame que l'écrivain qui raconte celte invention du cercueil de 
Remacle en 1040 soit un témoin oculaire, sa narration toute 
entière prouve le contraire, et ce n'est qu'un pseudo-turpin au 
petit pied. La preuve archéologique et historique en est évidente. 
Dans les premiers siècles du moyen âge , les corps des saints 
reposaient dans les cryptes sous les souterrains des autels, et les 
temples formaient comme leur mausolée ; ce n'est que vers le 
XI e siècle, dans les églises d'Occident, que ces corps saints furent 
tirés de leurs cryptes , pour être exposés sur les autels à la 
vénération des fidèles , dans de riches reliquaires représentant aux 
XII e et XIII e siècles des chapelles et des églises '. 

Mais la fausseté de tout ce récit apparaît mieux encore aux 
yeux de l'histoire. Cet anonyme nous raconte des faits extraordi- 
naires du règne de saint Poppon, dont Everhelme, l'ami, l'écrivain 
de la vie de ce grand homme , ne nous dit rien dans sa longue 
biographie ; il y a plus , cet anonyme oculaire fait succéder à 

D 1 Fu. Bock , Der reliquienschatz w Aachen, 18G0, p, 43. 



— 465 — 

saint Poppon dans l'abbaye de Stavelot , un abbé [Petrus contre 
l'existence duquel l'histoire, la chronologie, la suite des abbés et 
tous les dyptiques de l'abbaye protestent à la fois. 

La tradition de Goduin repose donc sur une fausse historiette , 
mais la vue de la châsse même et son élégante splendeur renverse 
mieux encore cette hypothèse. Enfin Goduin est mort en 685 , et 
sur l'un des longs côtés de la châsse nous allons trouver la statue 
de saint Lambert, mort en 709 c'est-à-dire après saint Goduin. 
C'est la fable du loup et de l'agneau. 

Notre châsse ne peut non plus dater des VIII e et IX e siècles , 
époque où les Normands (812-934) , 

La très-horrible gent 

Qui fust dezous le fermament , 

laissaient sur leurs pas , à travers les Ardennes , cette longue 
traînée de feu et de sang dont Reginon de Prume nous a décrit 
les navrants spectacles , avec les abbayes désertes , les temples 
détruits, les moines pauvres et errants, et n'apportant plus, pen- 
dant de longues années encore, au pied des sanctuaires ruinés, 
que l'ignorance et quelquefois la dépravation. 

Serait-ce saint Poppon qui a fait construire ce reliquaire ? Et 
l'abbé à l'auréole qui se trouve dans l'écusson , avec la crosse 
et la mitre, sur la partie extérieure du trône de la Vierge, n'est-il pas 
la signature de l'auteur? Nous ne le pensons pas, parce que d'abord 
les trônes du Sauveur et de la Vierge qui ornent les deux pignons 
sont évidemment des ajoutes et postérieurs à la confection de la 
châsse ou tout au moins travaillés dans les derniers temps de son 
achèvement; ensuite les abbés de Stavelot n'obtinrent que sous 
Wibald le droit de porter les insignes de l'épiscopat * ; enfin 



1 Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum epist. Wibald. 430 pag. 566 et epist. 
431 pag. 567.— Martène, Ampliss. colkct. 11, epistolœ W/ftaMi 404 et 405. Études 
historiques sur le pays de Stavelot, pag. 255 et 72. 

XXIX XXII 29 



— 466 — 

Éverhelme , qui dans la vie de saint Poppon énumère avec de longs 
détails ' non-seulement les églises construites par ce grand homme 
mais même les calices d'or dûs à ses libéralités, ne dit pas un mot 
de la châsse de saint Remacle dont les reliques cependant furent 
portées en grande procession, sous saint Poppon et àStavelot même, 
par l'empereur d'Allemagne. 

Serait-ce Wibald?Nous n'oserions ici répondre par la négative; 
bien de graves présomptions au contraire nous portent à regarder 
Wibald comme le premier promoteur de notre beau reliquaire. 
C'est d'abord la profonde vénération de cet homme illustre pour 
saint Remacle 2 . Nous trouvons ensuite dans les lettres de Wibald, 
sa correspondance avec un orfèvre auquel il reproche ses lenteurs : 
Soient homincs artistse frequentius non observare promissa, dum 
plura ad aperandum recipiunt quam perficere possunt; radix omnium 
malorum cupiditas 5 . 

Nous savons que Wibald a enrichi ses églises de précieux 
monuments d'orfèvrerie; nous connaissons ses rapports nombreux 
avec l'Orient, le voyage de son frère en Palestine avec l'empe- 
reur Conrad , et nous y trouvons l'origine de ces innombrables 
gemmes orientales qui sont semées à pleines mains sur le cercueil 
de Remacle. 

Enfin l'histoire archéologique nous apprend que les particuliers 
ou les communautés qui se proposaient d'ériger un monument de 
l'art y consacraient de longues années , qu'ils amassaient successi- 



1 Mabillon, Acta SS. Dend. VI. page 515. 

2 ' VVibaldus Bernardo Episc. « Venientes ante altare illud, ubi benedietionem episco- 
palem in nomen et ofticium Abbatis suscepimus, (20 avril 1130), commovit nos repente 
quidam familiaris et intimus amor queni ad patronum ojusdem Ioci , sanctissimum vide- 
licet confessorem atque Pontificem Christi Remaclum. Apud Jaffé, epist. 150pag. 256. — 
Apud Martène epist. 131. Et encore apud Jaffé epist. 176 pag. 297 et Martène 
epist. 160. 

3 Apud Jaffé epist. 119. — Apud Martène epist. 100. 



— 467 — 

vement, comme de bonnes œuvres, l'or, l'argent, les pierres 
précieuses et les faisaient parvenir à l'artiste auquel de longues 
années étaient nécessaires pour mettre la dernière main à ces 
chefs-d'œuvre qui demandaient tant de science , tant d'art et des 
connaissances théoriques et pratiques si variées et si étonnantes. 
Lorsque l'on s'arrête, saisi d'admiration, devant la châsse de 
Stavelot qui porte l'empreinte de plusieurs époques on est donc 
en droit de conclure que le souffle d'Orient , apporté par Wibald 
en ces lieux célèbres , a fait éclore sur notre sol cette riche flo- 
raison byzantine. Toutefois , elle ne parvint à son splendide et 
entier épanouissement que dans la seconde moitié du Xlle siècle 
et nous pouvons en produire la preuve historique. 

Mabillon * nous a conservé deux lettres, l'une de 1263 l'autre 
de 1268, adressées par les moines de Stavelot à l'abbé Àrchambaud 
de Solignac qui leur avait demandé des reliques de saint Remacle. 
Dans la première, nous lisons ce qui suit : « Verum quia de 
corpore ejus fS ti RemacliJ ad prsesens aliquid consolatorium vestrse 
paternitati sincère, sicut desiderii nostri affectus expostulat, 
transmittere non valemus; ne vestra tamen precatio apud nos 
frustrari videatur, cum illam summo proponamus studio ad im- 
plere; de baculo pastorali , de casulâ, in quâ jacuit tumulatus, 
et de sandaliis ejus vestrse devotioni transmittimus istâ vice : 
scientes indubitanter , quod de corpore memorati Patroni nostri 
vestrse pietati condecentem transmittemus portionem , cùm de 

CAPSA IN CAPSAM , QUAM GLORIOSAM FIERI FECIMUS , tvansfem 

contigerit corpus : quod erit in brevi , Domino disponente. 
Datum Stabulaus anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo 
tertio, idibus Junii. ■ 

Dans la lettre de 1268 des mêmes moines, nous voyons qu'ils 
accomplissent leur promesse en envoyant à Solignac un bras de 

1 Sœculo 2 lienedictino , page I09'2. 



— 468 — 

saint Hcmacle dont le corps avait été solennellement transféré dans 
la nouvelle et glorieuse châsse : « per quos (nuntios) veslrœ 
dilectioni transmittimus brachium venerabilis Patris nostri R. Re- 
macli , et de reliquiis undecim millium Virginum ; nec non et de 
reliquiis Thebœorum martyrum. • C'était le 13 mai 1268 , sous le 
règne de ce trop célèbre Henri de Gueldres , le prince de Stavelot 
dont Zantiliet nous a laissé le portrait en deux lignes : 
C'était un homme de grande naissance , de mœurs dépravées , 
sanguinaire, avare et débauché. » 

La seconde question à résoudre est celle-ci : Quel est l'auteur 
de ce chef-d'œuvre? 

Ce nom glorieux , nous ne pourrons le tirer de l'oubli de ces 
siècles religieux ; connaît-on le nom de ces géants , de ces grands 
bâtisseurs de cathédrales , de ces immortels ouvriers, de ces 
sublimes anonymes? Cependant , si nous ne pouvons rendre à 
l'admiration des siècles ce nom enseveli dans son humilité , nous 
pouvons au moins reconnaître l'école , l'atelier d'où est sortie la 
lipsanotheca de Stavelot. 

Outre les célèbres argentiers et émailleurs de Limoges , deux 
immortelles confraternitates aurifabrorum florissaient au XI e et au 
XII e siècles dans les chefs-lieux des deux diocèses, au milieu des- 
quels était assise , libre et indépendante , la principauté ecclésias- 
tique de Stavelot : nous avons nommé Liège et Cologne. Les 
précieux reliquaires de Cologne, ceux d'Aix-la-Chapelle en partie; 
l'ont la gloire de Cologne ; mais Liège a le droit de revendiquer 
les magnifiques reliquaires de saint Servais de Maastricht, de Huy, 
de Tournai et de Stavelot. Ce point a été fixé par le chanoine Bock*. 

Mais passons à la description : 

La châsse de saint Remacle forme un long quadrilatère de forme 
basilique, recouverte d'un toit à dos d'âne, terminée aux deux 

1 Bock , loco citalo , pago 49. 



— 469 — 

côtés allongés par deux frontons avec pignons à angles droits. 

Elle mesure en longueur un mètre 96 centimètres , en largeur 
59 centimètres , en hauteur 82 centimètres depuis le plan hori- 
zontal de la base jusqu'à l'élégante galerie supérieure qui la cou- 
ronne. Son poids est de 215 kilogrammes. Elle forme malgré sa 
masse un gracieux et svelte ensemble. 

Ce qui frappe tout d'abord , c'est l'époque de transition qu'elle 
représente dans toutes ses parties , les proportions géométriques des 
statues , des bas-reliefs, des rondes-bosses, l'expression grave et 
religieuse des personnages , le parallélisme exact des plis pressés 
des tuniques avec leurs pierres précieuses enchâssées , le tout 
obtenu par le procédé sur du moulage , l'absence de perspective 
aux genoux et aux pieds sans chaussure , les sujets représentés 
en bas-reliefs sur les versants du toit et qui sont ceux générale- 
ment adoptés au XII e siècle, les nimbes, tous en forme de disque 
et en émail opaque , espèces de plats placés à l'arrière-plan et 
derrière toutes les tètes des saints personnages, semblables à ceux 
que portent les anges et les saints de la cathédrale de Paris ; puis, 
d'autre part , la statue du Christ élevée à l'un des frontons , belle 
d'expression malgré la raideur des membres , frappante de ressem- 
blance avec des statues de reliquaires du XIII e siècle , et sur un 
trône orné du trilobé , ces dais aux riches découpures , ces trèfles , 
ces quatre-feuilles émaillés , ces violettes , ces feuilles entablées , 
ces émaux cloisonnés ; tout cela forme un caractère arehitectonique 
de l'époque de transition du style roman au style ogival. Nous le 
plaçons donc entre le reliquaire de Charlemagne et celui de la 
sainte Vierge d'Aix-la-Chapelle , dont le dernier surtout a avec lui 
de grandes ressemblances , si on en excepte toutefois sa forme qui 
n'est déjà plus celle d'une basilique mais celle d'une croix latine. 

Le fini du travail , la richesse des ornements , cette perfection 
de tous les détails , la beauté des statues et surtout des bas-reliefs 
planiformes des champs creux et carrés du toit, le grand art 



— 470 — 

déployé dans la fusion sur l'argent et le cuivre de tous ces émaux 
en champ-levé, et même cloisonnes dans les pommes d'amour , 
l'enchâssure des pierres précieuses avec leurs [délicats filigranes, 
la ciselure des parties saillantes de cette belle frise à jour, des dais 
et surtout de l'admirable broderie en cuivre qui s'enroule avec ses 
grillons , ses monstres , ses animaux fantastiques autour de la base, 
et enfin ces pommes d'amour qui s'élèvent gracieuses, délicates, avec 
leurs émaux variés, leurs fleurs, leurs prodigues variétés au-dessus de 
la frise et de chaque dais, cette multitude de gemmes orientales, de 
topazes, anémyses, rubis, émeraudes, saphyrs taillés en cabochons; 
tout cela place , sans conteste , la lipsanotheca de Stavelot parmi les 
plus beaux reliquaires qui nous soient restés des XII e et XII e siècles. 
Malheureusement , le cœur se serre en contemplant l'œuvre du van- 
dalisme et peut-être aussi des transports , et la dégradation de la 
chasse et la triste absence d'un grand nombre de pierres précieuses. 
Nous ne possédons pas les connaissances voulues pour pouvoir 
apprécier la valeur de ces joyaux , nous ne pouvons du reste les 
soumettre aux deux épreuves ordinaires concernant la dureté et la 
double réfraction, mais plusieurs ont certainement de la valeur, 
bien que les pierres les plus précieuses aient été enlevées et particu- 
lièrement une agate d'un grand prix , dont Martène nous parle et 
qui représentait un empereur romain l . 

Venons au détail : sur le premier fronton on voit la statue du 
Sauveur, haute de 27 centimètres; il est assis sur un trône velu d'une 
longue tunique, tenant de la main gauche et avec une grande raideur 
le globe et la main droite portée en avant avec les deux premiers 
doigts levés et la chevelure dorée (ypvaoxopa) au feu. Il est abrité 



1 On sait, que la plupart des riches reliquaires sont ornés d'onyx , de camées romains 
et payens de grande valeur cl nous renvoyons pour l'appréciation de ces pierres , leur 
symbolisme , leur importance archéologique et au point de vue chrétien , au savant 
travail du célèbre Ckeuzer. Zur Gemmenkunde. A'itike yesclmillene Steine, Lcipsick 
1834. 



— 471 — 

sous une forme de trèfle en plein-cinlre qui sert d'encadrement 
au tympan. Comme nous l'avons déjà dit, ce trône , ainsi que celui 
de la Vierge à l'extrémité opposée, sont des ajoutes ou plutôt datent 
des derniers temps de la confection. 

On lit autour de la statue et dans l'arrière voussure l'inscription 
suivante en lettres d'or sur fond d'azur : 

►& SOIaVSKB GT.€(RMOaPv$0 GV. 

,ntr GRe^- e -vBeiutfo * % ■ 

Soins ab œtemo creo c une ta , creata guberno. 

Ce n'est pas encore l'écriture gothique , mais nous avons 
remarque dans les autres inscriptions plusieurs JH gothiques. 

Ce vers est encore une date, par le caractère et par le fonds. 
Ce ne sont pas les caractères romains, qui ont régné jusqu'au 
XII e siècle , et ce ne sont pas non plus les caractères anguleux et 
gothiques du XIII e siècle. En outre ce genre de vers léonin , dans 
cette fausse imitation de quelques vers de Virgile , n'a été mis en 
vogue que par Leonius, religieux de Saint-Viclor à Paris, qui vivait 
vers le milieu du XII e siècle. 

Sur l'autre portail on voit également assise sur un riche trône 
et sous un dais semblable , ornée d'un riche diadème tout endom- 
magé et dont les pierres ont été enlevées, la mère du Sauveur tenant 
son fils sur ses bras et avec une inscription qui est de nouveau un 
vers léonin inscrit en lettres d'or sur fond d'azur et avec les mêmes 
caractères et qui porte : 

Tu michi nate pater, et tu michi filia mater. 

La statue de la Vierge a 33 centimètres de hauteur. 
Derrière ces deux haut-reliefs on voit le nimbe circulaire et tout 
le gable du pignon est fermé par un espèce d'appareil réticulé, mais 



— 472 — 

opaque et qui ne laisse pas pénétrer l'œil dans l'hiéron. Une chose à 
remarquer c'est l'apposition aux deux côtés du trône de la Vierge 
de deux ronds au milieu desquels se trouvent des écussons 
triangulaires représentant l'un un abbé et l'autre une haie au na- 
turel. Nous ne connaissons pas le porteur de ces armes. 

Comme dans tous les reliquaires similaires, les deux longs côtés 
sont ornés des statues des douze apôtres et de celles de saint 
Remacle et de saint Lambert , abrités sous d'élégants dais triangu- 
laires surmontés de pommes d'amour plus petites mais de même 
forme que celles qui couronnent le monument et dont nous parlons 
plus bas. 

Les apôtres sont assis , revêtus de tuniques presque uniformes 
dans les regonflements et les plis, et pieds nus; saint Remacle au 
milieu, d'un côté, et saint Lambert de l'autre sont revêtus des 
habits pontificaux et de chaussures pointues. 

Chaque statue a son dais et est séparée par d'élégantes colon- 
nettes qui ont été enlevées du côté de saint Lambert , partie beau- 
coup plus détériorée et dont plusieurs dais sont découronnés de 
leurs pommes. Les nimbes aux émaux fuses en champ-levé sont 
variés à l'infini. Les pommes d'amour avec quelques émaux cloi- 
sonnés représentent des fleurs et ont la forme de grandes pommes. 

Ces statues , avec le nom du saint autour du plein-cintre de la 
niche en lettres d'or sur fond bleu , sont placées dans l'ordre 
suivant et portent leurs attributs ordinaires : 

1° Saint Pierre tenant les clefs de la main droite et de la main 
gauche une croix enrichie de pierres précieuses dont plusieurs 
manquent. 

2° Saint André , le Protoclète , portant la croix de son supplice , 
(crux decussata). 

3° Saint Jean avec les Évangiles et la chaudière d'huile bouil- 
lante dans laquelle il fut jeté. 

Saint Remacle en habits pontificaux parsemés de pierres précieuses, 
tenant le livre des Evangiles. 



— 473 — 

4° Saint Jacques le mineur; ses emblèmes manquent. 

5° Saint Barthélémy , portant d'une main le couteau avec lequel 
il fut écorché vif avant son crucifiement et de l'autre l'Évangile 
qu'il prêcha en Arabie. 

6° Saint Simon (Zelotes) , déroulant un phylactère qui porte ces 
mots : Pax in nomme Domini. 

De l'autre côté : 

7° Saint Thadée (Jude et Lebbée le courageux), avec son épitre. 

8° Saint Mathieu avec son Évangile. 

9° Saint Philippe avec la croix sur laquelle il fut crucifié à 
Hiérople pour s'être opposé au culte des serpents. 

Saint Lambert, avec les livres saints. 

10° Saint Thomas (Dydyme) avec l'Évangile et la lance sym- 
bolisant son martyre chez les Parthes. 

11° Saint Jacques majeur avec un long bâton qui paraît avoir 
été ajouté à la place du glaive qui lui trancha la tête. 

12° Saint Paul avec le glaive. 

Les tuniques de ces apôtres sont semées de pierreries qui se 
répandent sur les livres , sur les colliers ; les figures sont graves 
et religieuses mais inférieures pour la beauté d'expression et de fini 
aux bas-reliefs qui représentent sur les plans inclinés du toit les 
mystères et dont nous allons nous occuper. Ce sont encore les 
sujets qui sont fréquemment traités au XII e siècle par les or- 
fèvres, les statuaires et les ciseleurs. Ces méplats sont divisés de 
chaque côté en quatre quadrilatères dont les bas-reliefs représentent, 

Du côté de saint Remacle: 

\o L'Annonciation. L'ange présente à Marie un cartouche 
portant le salut: Ave Maria, gratia plena. 

2o La Naissance de J.-C. Saint Joseph, Marie couchée près de 
l'enfant Jésus au berceau , et dans l'arrière-plan la tète d'un bœuf. 

3° V Adoration des mages. Les trois mages, la mère et l'enfant. 

■4° La Présentation au temple. Ce tableau qui nous a paru le 



— 474 — 

mieux réussi ; le plus beau et le plus remarquable se compose de 
cinq figures : Marie présente l'enfant à Siméon , elle est suivie de 
Joseph et d'Anne la prophétesse. La scène est simple, mais pleine 
de vie, les personnages sont d'une belle expression, d'une onctueuse 
gravité, ils sont sans raideur et les habillements ont de la mollesse. 

Du côté de saint Lambert : 

1° La Cène, saint Pierre est aux pieds du Christ. Parmi les 
douze apôtres, la tète de saint Jean qui se détache isolée sur le sein 
de son Dieu produit un effet singulier par l'absence de toute 
perspective et par la raideur de la pose. 

2° Le Crucifiement. C'est la traduction de la sublime scène 
tracée par saint Jean: Slabant antem juxta crucem Jesu mater 
ejus et soror matris ejus Maria Cleophoe et Maria Magdalena. 

Et discipulum stantem quem diligebat En outre, 

une des figures a les yeux bandés. Serait-ce peut-être le symbo- 
lisme de l'aveuglement des juifs? 

3° La Résurrection. Ce tableau avec ses deux gardiens dormants 
est sans perspective. 

4° L'Ascension. Treize figurants , deux anges et le Sauveur 
déroulant un phylactère avec ces mots: Viri galilœi quam mira- 
mini et quemadmodum vidisti eum. 

Nous arrivons enfin à la belle galerie formant frise où l'artiste 
a déployé comme à la base toutes les délicatesses de la ciselure et 
vaincu toutes les difficultés de la fusion des émaux. Celte élégante 
broderie percée à jour est surmontée de ces pommes d'amour qui, 
selon quelques auteurs , symbolisent les fruits et les fleurs des 
bonnes œuvres qui s'élèvent, comme un pur encens de suavité 
odorem suavitatis , vers les cieux et selon d'autres comme de riches 
couronnements, comme des ornements naturels et tout-à-fait artis- 
tiques nécessaires pour donner de l'élévation, de la légèreté, de 
la grâce au monument. 

Ces pommes, qui donnent la plus haute idée de la perfection des 



— 475 — 

creusets employés à la fusion, sont mobiles. Elles sont formées 
d'émaux en champ-levé et cloisonnés de nuances diverses qui 
représentent des fleurs, des violettes, des trèfles, des lis, dans des 
vases circulaires tantôt ovales tantôt en forme de cœur. Les pom- 
mes des deux extrémités et celles du milieu, en effet, sont ovales et 
les réceptacles des fleurs en forme de cœur, tandis que les inter- 
médiaires, plus petites de forme, sont cylindriques; les premières 
sont en outre octogones, les secondes quadricapsulaires. Ces 
ornements , ces percées , ces émaux , ces filigranes, tout enfin est 
d'une élégance, d'une finesse remarquables et retient l'œil ébloui 
de tant de perfections. 

Quant à la matière , toutes les statues , les trônes , les bas- 
reliefs, enfin toutes les rondes-bosses sont en vermeil et le reste 
en cuivre fortement doré. Les plaques sont clouées , comme dans 
tous les reliquaires similaires *, sur des vaigres ou planches en 
bois formant cercueil intérieur, au milieu duquel se trouve, entourée 
de soie rouge, la petite boîte qui contient les ossements de 
saint Remacle. 

L'état défectueux de cette châsse s'explique d'une part par les 
tempêtes qu'elle dut traverser , par les longs voyages et plus 
particulièrement par le dernier. En effet, à l'approche du flot 
dévastateur qui venait de France, les moines emportèrent leurs 
trésors et que pouvaient-ils, après leur Dieu, avoir de plus 
précieux que les restes sacrés de leur fondateur. La châsse resta 
donc , avec les pauvres exilés , sur la terre étrangère pendant dix 
ans et ils la ramenèrent fidèlement avec le reliquaire de saint 
Poppon au pays de Stavelot, avec les jours réparateurs. Ces reliques 
furent reconnues par l'autorité légitime et placées dans l'église pa- 
roissiale de Saint-Sébastien dont elles sont le plus bel ornement 2 . 

' D r Justi. Elisabeth die keilige, pag. 241. — P. SS. Kaentzeler, Der die Gebeine 
Karls des Grossen &ù Aachen enthaltende Behàlter, page 4. 
2 Officia SS. Ecoles. Leod. Die III sept. pag. 7. 



- 476 — 

En 1860, l'évêque de Liège procéda de nouveau à la reconnais- 
sance de ces reliques et l'église de Malmedy, qui ne possédait rien 
qui rappelât son fondateur, obtint une portioncule de saint Remacle. 

Quoi qu'il en soit , dans son état actuel , la llpsanotheca de 
Stavelot est encore aujourd'hui l'un des chefs-d'œuvre les mieux 
conservés et les plus remarquables du XII e et du XIII e siècle; elle 
est une des plus riches floraisons de l'orfèvrerie , de la ciselure , 
de l'art de l'émailleur de ces siècles chrétiens ; elle se place 
hardiment à côté des célèbres reliquaires de Cologne , d'Aix-la- 
Chapelle, de Marburg et de tous ceux sortis des ateliers de Liège. 
Elle nous fait vivement regretter la perte de ces objets d'art que 
les moines ignorants de Stavelot avaient accumulés dans leur 
monastère : ces calices d'or, ces ornements dûs à la munificence 
de saint Poppon et dont parle l'auteur de sa vie , ces dinanderies , 
ces couronnes, ces reliquaires de Malmedy et de Stavelot, ces 
rétables de Wibald dont le manuscrit de Laurenty nous a révélé 
l'existence; grandes et belles choses qui ont été emportées par 
la Révolution et par ses suppôts subalternes. 



LA VEUVE, 

FABLIAU INÉDIT DE GAUTHIER LE LONG, 

TROUVÈRE TOURNAISIEN , 

PUBLIÉ PAR 

M. AUG. SCHELER, 

Membre titulaire à Bruxelles. 

Le manuscrit de la bibliothèque royale de Turin coté L. v. 32 , 
le même qui m'a été d'un si grand secours pour l'édition des Dits 
de Baudouin de Condé , renfermait aussi , perdu dans une suite 
de poésies d'un contenu moral ou dévot , la pièce inédite suivante 
dont j'ai pris copie avec toute la fidélité possible. 

Ce qui captivait particulièrement mon attention , en rencontrant 
la pièce de Gauthier Le Long , c'est moins son mérite littéraire , 
lequel d'ailleurs n'est en aucune manière inférieur à celui de la plu- 
part des pièces du genre publiées dans ces derniers temps, que la 
circonstance que le nom de l'auteur appartient à l'histoire litté- 
raire du pays et que cette unique pièce du poëte tournaisien n'est 
connue encore que par une sèche et imparfaite analyse, faite 
il y a 90 ans par Le Grand d'Aussy (t. III , p. 55). 

Commissaires- rapporteurs : MM. L. Galesloot et P. Henrard. 



— 478 — 

Voici ce qu'on trouve à son sujet dans V Histoire littéraire de 
France (t. XXIII, p. 172) qui, ainsi que M. Arthur Dinaux 
dans les Trouvères de la Flandre et du Tournaisis (p. 185), 
range Gauthier parmi les poètes du XIII e siècle : 

«C'est encore un fâcheux tableau des ménages de la bourgeoisie 
que les aventures de la Veuve qui , après avoir fait parade de sa 
douleur à la mort, de son premier époux et avoir refusé tour à 
tour en mariage, par coquetterie plutôt que par désespoir, un 
riche bourgeois de Tournai , puis le jeune Baudouin , Godefroi , 
Favin *, Guillebot , Jean, choisit enfin , comme l'héroïne du fabu- 
liste, un malotru dont il faut qu'elle endure la mauvaise humeur, 
les reproches et même les coups de bâton. Le récit de Gauthier 
Le Long ne saurait être comparé aux deux fables de Lafonlaine 
(liv. VI, fable 21; liv. VII, fable 5), mais ne manque cepen- 
dant ni de vivacité , ni d'esprit. Imbert (t. I, p. 268), cette fois, 
en a fait une assez jolie nouvelle. • 

Dire que le poëme est un fabliau du moyen âge retraçant une 
scène d'intérieur de la vie bourgeoise, c'est faire prévoir que le 
ton en sera quelque peu libre et que le langage des personnes qui 
y figurent portera l'empreinte de cette crudité d'expression qui se 
mêlait si facilement aux expansions du vieil esprit gaulois. 

Au point de vue de la langue je n'y ai rien remarqué qui dis- 
tinguât notre auteur ; en ce qui concerne le tour et la grammaire, 
j'y ai retrouvé toutes les particularités de l'époque. Par contre , 
j'ai découvert un certain nombre de termes nouveaux qui pa- 
raissent appartenir au terroir et dont je ne suis pas toujours 
parvenu à déterminer ni même deviner la signification. De ce 
chef seul la pièce méritait d'être soumise à l'attention des archéo- 
logues de la langue. 

Quelques passages sont restés obscurs par suite de la défectuo- 

1 Lisez Focuin 



— 479 — 

site de notre texte. Malheureusement , Le Grand d'Àussy ne nous 
a point indiqué le manuscrit qui lui a servi pour son analyse (le 
mot traduction ne convient nullement) et MM. Leclerc et Dinaux 
qui, après lui, se sont occupés de Le Long , ne paraissent pas en 
connaître non plus. Cela m'a privé de l'avantage de recourir à un 
collationnement pour parer à l'inintelligibilité de plusieurs endroits 
de notre fabliau. Les quelques corrections que j'ai introduites dans 
le texte et qui sont signalées au bas des pages ne seront point 
contestées , je pense , par les érudits compétents. 

Je laisse la question de la nationalité de Gauthier Le Long dans 
le vague où elle se trouve ; la mention de Tournai au v. 336 
peut n'être amenée que par la rime , il est vrai , et n'autorise pas 
à autre chose qu'à placer la scène du fabliau dans les environs de 
cette ville. Cependant on est en droit d'inférer de certains traits 
du poëme , surtout des nombreux noms propres qu'il renferme , 
que l'auteur connaissait parfaitement le théâtre sur lequel il pro- 
duit l'héroïne de sa composition. 

Quelques éclaircissements philologiques placés à la suite du 
poëme trouveront bon accueil , je l'espère , auprès des amateurs 
de la philologie romane. 



— 480 



LA VEUVE. 



Sangnour, je vous velh chastoyer: 
» Ne devons aler ostoyer 
» En un ost dont nus ne retorne. » 
Saveis cornent on les atorne, 
5 Chiaus ki sont en cel ost semons ? 
On les lieve sor .ij. limons, 
Si les port' on de grant ravine 
Vers le mostier, pance sovine , 
Et sa feme le siet après. 

10 Chil qui à li montent * plus près, 
Le tiennent , par bras et par mains , 
Des pâmes batre, c'est do mains; 
Car ele crie à haute vois : 
« C'est merveilhe comment je vois , 

15 » Dulce dame, sainte Marie, 
» Con sui dolante et esmarie ! 
» Jà Diés ne doinst que 2 je tant voie 
» Ke je repas par ceste voie , 
>> Si soie avec mon sangnour mise , 

20 » Cui je avoi ma foi promise. 

» Mult m'est ceste .vie aspre et sure ; 
» C'est merveille comment je dure. » 

Devant l'entrée del mostier , 
Là recommence son mestier 



i Ms. moule. 

* Ms. con p. que. 



— 481 — 

25 De criher haut et durement. 
Et li prestres isnelement, 
Ki convoite l'offrande à prendre , 
lleuve les chandoiles esprendre , 
Ne ne fait pas longes trioles 

30 Car ilh convoite les chandoiles. 
Cant li services ' est fines 
Et li cors ensi atorneis 
K'ilh est couchiés, toz en envers 2 
En terre noire avec les vers , 

35 La dame cort après salhir. 
Ki dont le veïst tressalhir 
Et les œlz ovrir et clugnier, 
Et l'un poing en l'autre fichier , 
Il desist bien , selonc mon sens : 

40 « Ceste puet bien perdre son sens. » 
Cant li cors fu en terre mis , 
Es vos entor li ses amis , 
Ki tost le ramoinent ariere 
Et si le tienent par deriere 

45 Et à son hostel le ramainent. 
Si voisin , ki entor li mainent, 
Li font boire de l'aiguë froide, 
Por ce que ses duez li refroide. 
A l'entrée de sa maison, 

50 Là recommence sa raison 
De crier haut et durement : 
« Vrai Diex ! que j'ai le cuer dolant ! 
» Sire , qu'asteis vos devenus ? 
» Vous n'esteis mie revenus? 

55 » Sire, con vos m'esteis enblez ! 
» Con nostre avoirs estoit dobleiz 



* Ms service. L'sest réclamé par la grammaire et la mesure. 
2 Ms. evers. 
XXIX XXII 30 



— 482 — 

• Et que no choze nos venoit , 
» Et con ilh vos bien avenoit 
» Aler contreval vostre cort ! 

60 » Con vos seioient vo drap cort , 
» Sire! Ousi faisoient li nuef , 
» Ki furent fait à l'anrenuef. 
»> Ahi ! con j'ai awant songié , 
» Encor ne l'aie je annonchiet, 

65 » De lais songes et de hisdeus ! 
» A bien le m'avertisse Deus ! 
» Sire , encor songoie l'atryer 
» Ke vos astiés en ce mostier , 
» S'astoieut andui li hus cloz ; 

70 » Or astez vos en terre encloz : 
» Chist songes est bien avoiris. 
» Si songai que astiés 1 vestis 
» D'une grande 2 chape à piron ; 
» En celé aiwe faisiés le pion , 

75 » Ains puis ne reveniés desore: 

» Or astez mors en mult pou d'oie. 
» Et puis me vint en mon avis , 
» Mais je le conte mult envis : 
« Chaiens venoit .i. colenbiaus , 
80 » Ki mult estoit et gens et biaus , 
» Ki s'asioit dedens mon soing, 
» Et cest assiet refaisoit soing, 
» Mais ne sai que ce senefie. 
» Sire , à ceste dan-aine fie. . . » 

85 Dont commence 3 li runemens , 
Li conseil et li parleinens 



i Ms. que von astiés. 

1 Le Ms porte ijranl ; le féminin grande étant lout aussi usuel que j/ran/, du temps 
de Gauthier Le Long, Ji-l'ai préféré ici dans l'intérêt de la mesure. 

5 Ms. Dont recomence , leçon contraire à la mesure 



- 483 — 

Des parentes et des cusines, 
Et des veehiens et des voisines, 
' Si li dient: — « Ma dulce amie, 

90 a Or ne vos desconfortez mie , 
» Mes lessiés tôt ce duel ester; 
» Penseis de vos remarier. 
— » Remarier ? maie aventure ! 1 
» Teneis en pais , je n'en ai cure. » 

95 Li autres dist : — « Ma belle done, 
» Vos reprendereis un preudome 
• Ki ne sera faus ne lechieres. * — 
Ki dont le veïst faire cbières 
Et respondre par mal talent : 
100 — i Certes, je n'ai de ce talent , 
» De Damedeu soit ilh maudis , 
» Ki jà mais me dira tez dis , 
» Car ne moi vienent pas à bel. » 
Or maudist ele son lembel. 

105 Or vos lairons chi de la dame , 
Qui conte son duel et son dame , " 2 
Si dirons après de celi 
Ki ne volt faire bien por li. 
Ilh fu meneis à la grant cort , 

110 Où on le fist tenir mult cort ; 
Se ilh ne sout rendre raison , 
On le prist à poi d'ocoison. 
Sovent regratoit sa maisnie , 
Cui ilh avoit suëf norrie , 

115 Et ses parens et ses amis , 
Où il avoit son avoir mis , 



' Ms. Par maie aventure. 
* Ms. Son dampne. 



— 484 — 

Et si huce à dolente chière 

Sa molhier, qu'il tant avoit chiere; 

Mais la dame est en autre point : 

120 Unedolors al cuer li point, 
Ki le sorlieve en contremont, 
Car li doiens le resomont, 
Ki désire à mangier char crue , 
Ki n'est de paon ne de grue , 

125 Ains est des andoilles pendans 
Où li plusor sont atendans. 

La dame n'a mais de mort cure, 
Ains soi reblanchoie et rescure 
Et fait janise et molekins 

130 Et redresse ses raverquins 
Et fait cos muscas acorez 
Et commence ses estinez 
Et veste reube à remuyers. 
Ausi con uns ostoirs muiers, 

135 Ki se va par l'air enbatant, 
Se va la dame déportant , 
Mostrant son cors de rue en rue. 
Mult simplement les gens salue 
Et les encline jusqu'en terre ; 

140 Mult sovent clout la boce et serre, 
Or n'est ele pas perecheuse , 
Dure ne aspre ne tencheuse, 
Ains est plus dolce que canelle , 
Et plus tornans et plus isnele 

145 Ke ne soit rute ne venvole; 
Avec les œlz li cuers s'en vole. 

Or vos ai dit de sa manière , 
Con faitement elle se mire; 



— 485 — 

Or vos raconterai briément 

150 Un petit de son errement. 
Le lundi comence son œvre; 
Dont n'encontre blonde ne noire 
K'ele ne face à li entendre , 
Por tant k'ele le vœlhe atendre. 

155 Mnlt est or ses corages liez; 
Ele l'envoie en plusor liez 
Où. on n'a gaires de li cure. 
La nuis n'est onkes si oscure 
Ke ses cuer9 ne voist en nuiere , 

160 Et dist sovent: « Ce m'est aviere, 
» Je avenrai bien à celui, 
» Il a mult bial valet l en lui; 
» Et chil n'aroit cure de mi 
» S'or en parolent 2 mi ami , 

165 » Et chil autre ne m'aroit cez , 
» Il n'a mie valhant douz œz; 
» Chil est trop haus et chil trop vies, 
» Je poroie bien faire miés. » 
Ensi toute nuit estudie, 

170 Car ilh n'est Ici li contredie, 
Et cant ce vient la matinée, 
Si dist : « De bune œre fui née 
« Ke n'ai mais privé ne estrange 

, 5 

175 » Ne brun ne blanc ne bis ne roz; 
»> Or est mes chenevaus derous. » 
Or n'a ele soing de lochier , 
Ne de plaidier ne de closcier , 
Ains se fait mult et clere et saine. 

180 Sovent pour le blanchir se saine, 
Et s'ele a la teste chenue, 

' Ms. valez, leçon contraire à la grammaire qui veut la formé du régime. 
• Ms. enparoleur. 

' Lacune d'un vers. 



— 486 — 

A mult envis la porte nue ; 

Ains se fait sovent sage et simple 

Et si remet avant sa guimple 
185 Por ses viez grenes l recovrir 

Ki rasemblent az œs ovrir. 

Or n'a ele soin g de repunre ; 

Il ne l'estœt mie semonre, 

S'on fait noces, qu'ele n'i soit ; 
190 Or n'a ele ne fain ne soit, 

Or ne li faut fors que li rains 

Ki le mal li cache des rains ; 

Celui aquiert bien et porcace. 

Ses enfans ensus de li chace 
195 Et bece ausi con la geline 
Ki desouz le cok s'ageline. 
Nuitons devient ses eschalcire 
Et si fait chandoiles de cire , 
K'elle offre par us et par nombre, 
200 Ke Dex des enfans le descombre 
Et ke la pute mors les prengne. 
« Por eus ne trui je qui me prengne ; 
» A ! qui s'i oserait enbattre ! » 
Dont se rêva à iauz conbattre , 
205 Si fiert et grate et pice et mort 
Et les maudist de maie mort. 
Ce fait la dame, et plus aseis; 
Car s'ele a deners amasseis, 
Volentiers avec li les porte, 
210 Et dist : « Uns lions devers la porte 
» Me les 2 paia dès huy matin , »> 
Puis nome Tybert et Martin, 
Ki l'en doient encore .vii. tans , 
Et si li paierout par tans, 



1 Ms grates. 
' Ms l.r mes. 



— 487 — 

215 a Mon essient ains ' .xv. dis. » 
Mult se fait rice par ses dis, 
Et s'ele encontre nouveliere, 
Ki d'annonchier soit costumière, 
Lors s'acoste dejoste ii , 

220 Et se li dist : — « Ce poise mi , 
» Ke ne sui auques vostre acointe , 
» Car vos n'esteis mie trop cointe, 
» Si vos ai grant picha amée 
» Et si me sui sovent esrnée 

225 » D'aler o vos esbanoyer ; 
» Il ne vos doit pas anoyer 
» Se je parole un poi à vos — 
» Car vos deveis monter à nos, 
» Ce me soloit ma mère dire, — 

230 » Mais je ai en mon cuer grant ire 
» De mon sangnour que j'ai perdu , 
» Mais mi ami m'ont deffendu 
» Ke je laisse mon duel ester, 
» Car je n'i puis riens conquester. 

235 » Certes, mes sires m'iert mult bons, 
» 11 me faisoit mult de mes bons 
» Et de chauoher et de vestir ; 
» Il m'avoit fait jà ravestir 
» De sa maison et de son estre. 

240 » Il avoit mult le cuer honeste, 
» Mais ilh n'avoit point de délit 
» Ke li preudome ont en lor lit : 
» Car cant mes sire astoit couchiés, 
" M'ert ses eus en mon sainch 2 tichiés, 
245 " Là s'endormoit tote la nuit, 
» Si n'en avoi autre déduit ; 



M* ii ni. 
Ms . Saireh 



— 488 — 

» Ce nie devoit mult enuier. 
» Certes, jà nel vos quier noier, 

» Mes sires est d'avoir sopris 

^50 » Anchois que je l'ewisse pris, 
» Et j'astoie une baiselette 
» A une tenre marnelette, 
» Et vos astiés uns enfanchons 
» Ausi petis eom uns pinchons, 

255 » S'aliés corant après vo mère, 
» Ki à la moie estoit commère, 
» S'ame soit hui en bon repos ! 
» J'ai asseis et pailes et pos, 
» Huges et sièges et chailis , 

260 » Blances cuetes et dras de lis, 

» J'ai assez draz lingnes et langues, 

» Si ai encor de douz lanages : 

» De la grosse, de la menue. 

» Ma maisons n'est mie trop nue, 

» Ains i pert al dit de tamaint, 

» Que preude femme et riche i maint 

565 » Car, certes, j'ai mult bel harnais, 
» Je ai encor tez .ij. benaus, 
» Li uns en fu fais al m'estor, 

270 » A l'or reverseit tôt entor ; 

» Mes sires l'avoit forment chier... 
» Mais je n'ai cure d'anunchier 
» Se j'ai ce ke Dex m'a doné. 
» Vos conissiez bien Deudoné, 

275 » Et aussi faites vos Herbert 
» Et Balduin , le filh Gobert : 
» Saveis vos riens de lor afaire ? 
» ! n'i * veuc mariage faire ; 
» Mais c'est merveilhe de la gent : 

280 » On quide en tel liu de l'argent 



Ms. " ne ni. 



— 489 — 

» Où 'il n'en a mie pi en té, 

» Li plusorsunt mult endeté ; 

» Mais je sui riche femme à force. 

» On voit asseiz del fust l'ascorce , 

285 » Mais on ne seit qu'il a dedens ; 

» Lor 2 avoirs va aussi ke vens, 

» Mais li miens est bien apparans, 

» Je fai asseis de dras par ans, 

» Et si sui preude feme et sage, 

290 » S'ai awant eu maint message 

" De plusors 3 qui sont ci parent : 

» Li melhor en sont no parent. 

» Enne connissiez vos Gomer ? 

» Celui ose je bien nomer. 

295 » Por Gomer ne le di je mie, 

» Mais je vos dirai, dulce amie, 

» L'atrier me dist une devine, 

» Ki me fist estendre 4 sovine 

» Et muchier parmi un chercler 5 , 

300 » Ke je aroie un jouvencel : 

» Car, certes, j'ai mult bel avoir 

» Por un bel jovenciel avoir. 

» Dulce amie, penseis de mi, 

» S'ilh y avoit nul vostre ami 

305 » Ki auques fust preus et seneiz, 

» Il seroit mult bien asseneis. 

» Et vos, soies preus et senée, 

» Car s'astoi par vos assenée, 

» Vos en ariés bon guerredon, 

< Ms. Or p. où. 

' Ms. Lors. 

" Ms. plusor ; il faut un s au cas -régime. 

4 Ms. estaindre. 

5 La rime indique que chercler représente un vocable alléié; je corrigerais volon- 
tiers chercel , mais ce mot ne convient pas pour le sens (on ne peut guère se cacher , 
tout de son long, dans un cerceau) , à moins que chercel ne représente aussi quelque 
forme patoise du bas-latin sarcellus, cercueil. 



— 490 — 

310 » Se Diex me face vrai pardon. 

» Mais je ne vos velh tant prometre, 

» Conques ne m'en soch entremettre, 

» Mais sachiés mult bien, tôt de fit, 

" Se la chose torne à profit, 

315 « Tos en sereis mult bien chauchie. 

* Or prendez garde en la chauchie 

» Et en x essem et en nœf bore , 

» Queis est li fiz dame Ginbort 

» Et li fiz sangnour Godefroit 2 ; 

320 » Il se fist avant ier mult froit 2 , 

» Cant on l'aparla d'Issabel. 

» S'ilh vos devoit venir à bel, 

» Je ne m'en départisse anuit, 

« Mais je crien qu'il ne vous anuit : 

325 » Je vos mech jor al diemenche, 

» Si sera avec vos Clamence, 

» S'arons des pûmes et des nois 

» Et de cel bon vin de l'Onois. 

» Alez à Deu, dame, mais ent 

330 » Revenez moi veoir sovent. 

» Chil qui maint delez vo maison 

» Me samble de mult graut raison , 

» Il m'a awant mult regardée , 

» Mais je me sui mult bien gardée 

335 » Conques vers lui ne me tornai. 

» II maint 5 uns preudons à Tornai , 

n Ki m'appartient de par mon père, 

» Si m'a parleit d'un sien compère 

» Ki est et riches et manans 

340 » Et est mult près de lui manans , 



1 J'ai ajouté le premier en . pour compléter le ver? 

2 Ces deux vers sont intervertis dans le manuscrit. 

\1 / munit 



— 491 — 

» Mais il est vies, ce m'at on dit, 
» Si l'ai awant asseis maudit : 
» Car foi que doi à Saint Linart, 
» Suer, je n'ai cure de vielhart , 

345 » Et puis qu'il vient à la bescosse 
» Je n'ai cure de garbe scose. 
» Or vous dirai d'un mien parent 
« Il ne maint mie chi parent, 
» Il me volait rendre converse. . . . 

350 Celé le fiert à palme enverse, 
Et à ce mot si s'en départ , 
Et celé s'en va d'autre part , 
Ki en maint liu le dist et conte. 

Or en orés par tens le conte , 

355 Con faitement la dame esploite. 
Car Golyas forment le coite 
Et li maus dont ele est esprise , 
Qu'ele en a un sachiet à prise. 
Puis qu'ele le tient en ses las , 

360 II se puet bien tenir por las : 
S'il ne sait auques d'enviaus , 
S'il n'est remuans et isniaus , 
Et s'il ne sait bien cottener 
Et bien froier et cropener, 

365 II iert al matin mal venus; 
De ce ne li puet aidier nus , 
Qu'il n'ait sa loche mal lavée 
Tantost con la dame iert levée. 
Or est li cas batus en l'estre, 

370 Or comence li maus à naistre 
Et la noise et li reprovier. 
» Nos avons chaiens ,i. brehier, 



Ms beseizlce. 



— 19:2 — 

» Un defeli, un dehuré! 
" Haï! corn Demedex me heit, 
375 » Ki tant ou de preudomes chiés, 
» Et de cortois et d'ensignés, 
» Si pris un chaitif par nature. 
» Tôt chil aient malaventure 
» Qui m'en fisent assenement, 
380 » Car ilh m'ont mis en grant tormeut. 
» Il ne demande autre dangier 
» Con de dormir et de mangier : 
» C'est ses déduis et ses depors. 
» Toute jour ronke con i. pors; 
385 » Et ne suije bien mal venue, 
» Cant ilh me sent delez li nue 
» Et ilh se torne d'autre part ? 
» A poi ke li cuers ne me part. 
» Sire, ce ne faisiés vos mie , 
390 >< Ains m'appeliés très dulce amie, 
» Et je vous appeloie ami, 
» Dont vous retourniez devers mi, 
» Si me baisiés mult dolcement 
» Et disiés al commencement : 
395 » » Ma bêle dulce kastelaine, 

» » Con vos avez dulce l'alaine ! » » 
» Et chiz ribauz me tient plus vil 
» Ke le fumier de son cortilh ; 
» Je ne le doi gaires amer. 
400 » Car fuist il ors ultre la mer! — 
» Et chil respont à celé fois : 
— -) Dame, vos astez en defois, 
» Je vous aire mult envis, 
» Car trop aveis torbé ce vis. 
105 » On ne puet mies totans faire , 
» Ce savez bien , icel afaire. 



— 493 — 

» Quez dyables le feroit tôt tans ! < 

» En non Dieu , je sui recreanz : 

» Se vilain ont biaz bues par hores, 

410 » Si ne sont mies tos tans mores; 

» On puet bien si destraindre l'ive, 

» K'ilh n'i a sève ne salive. 

» Si m'avez destraint et sachié , 

» Ke vos m'avez à mort jugié 

415 » Et ke, bien veoir lepoés, 

» On dist que je sui craventés. 

» Ce est voirs , par sainte Marie : 

» Trop a li hons la char hardie , 

» Cui li dyables sy sorprent, 

420 » Ke vielhe feme à enfans prent , 

» Car il n'iert jà .i. jor sans lime . 

» Venez avant , ma dame grime , 

» Si me paies les .xxx. mars 

» Ke me promesistes domars 

425 » Entrosque je fesoie l'euvre 

» Où ilh covient la crupe muevre. 2 

— » Aï » fait ele, « fouz cou vers, 

» Vous dewistis iestre convers 3 

» U rendus à une abeïe ! 

430 » Voir, je devroi estre banie , 

» Cant je lessai por vos Jehan , 

» Ki a sa terre et son ahan , 

» Et Godefroi et Balduin , 

» Et Gillebert et Focuin , 

435 » Si pris trestot le plus malvais 

» Ki soit d'Orliens jusqu'à Bialvais. 

1 II faul , pour satisfaire à la mesure , ou lire dyables en deux syllabes ou effacer 
le pronom le. Le dernier parti est le meilleur, puisqu'il faut lire dyubles en trois syllabes 
quelques vers plus loin . 

* Ms. crupe mure. 

3 J'ai lu convers dans le Ms ; je pense qu'il faut ou couvers (cache*) ou avers ou 
cuivers (perfide) ou pervers. 



— 494 — 

» Tant m'aveis tolut et emblé , 
» Ke n'ai mais avaine ne bleiz ; 
» Bien est ma maison escovée. 

440 » Vous astez d'une orde covée, 
» Car je conoi bien vo parentes , 
» Les chaitives et les dolen tes, 
» Et yo serors et vos aintains , 
» Ki toutes sont ordes putains; 

445 s Et ne fu celé vo cusine , 
» Ki tante fois a jut sovine 1 
» Et out .xiiii. en fan s d'un prestre ' ? 
» Vos ne deveiz mies bons estre. » — 
A ce mot li preudons li saut , 

450 Ilh ne dist mie « Dex vos saut », 
Ains le saisi par ses linbars , 
Se li doue des esclubars : 
Tant li promet et tant li done , 
Ke tous ses dis li gueredone. 

455 Cant ilh l'en ot donet asseis, 
Tant qu'il fu sus lens et lassés , 
La dame en sa chambre se muce 
Tôt sans chapel et sans amuce. 
Là suce ses couz et repose 

460 Et dist sovent à chief de pose : 
« Leres , con vos m'aveis traïe ! 
» Or m'a Dieu la mort otroïe , 
» Et si me mete en tele voie 
» Où je l'ame mon sangnour voie , 

465 » Et ke la moie le porsiwe 
» Et k'ele soit avec la siwe » . 
Atant dcfent l'uis à ovrir, 
Et si se fait bien chaut covrir , 
Si fait faire des chaudelés 2 , 

Les premiers nmis de ce? deux vers, h el et, sont intervertis dans le Ms 
Ma Et si fait fuite de ehaudelhes. 



— 495 — 

470 Des restons et des wastelés, 
Si se banane tant et atempre , 
Et main et soir, et tart et tempre, 
Ke celé chose est trespassée. 
Or est garie et respassée ; 

475 Ce m'est avis et ce me samble 
Qu'andoi sont revenu ensemble. 
Tant k'il pora ferir des maz , 
Sera tous pardonnez li maus. 
Or est li biaus cliaz rehuchiez , 

480 Or n'est illi férus ne tochiez , 
Ains est li cossins retorneiz 
Et li escames destorneis ; 
Or est illi amez et servis , 
Or a ilh tôt à son devis , 

485 Et si vos di bien de rechief : 

» Pitiet de cul trait leus de chief ». 

Vos ki les femmes despitiés, 

Por Deu vo pri et por pitié , 

Sovengne vos à icele hore 

490 K'ele est desous et vos desore. 

De vos qui esteis aduin, 

i 

Ne soies de riens en esmai : 
Li aduin ont melhor mai 
495 Ke n'ont li félon conbatant, 

Ki les noises vont commenchant. 
Gauthiers li Lons dist en la fin 
Ke chil n'a mie le quer fin 
Ki sa feme laidenge et koze 
500 Ne ki li demande autre kose 
Ke ses autres voisines font. 
Jà n'en vuelh parler plus parfont 2 . 

' Ce vers manque au manuscrit. 

* Ms. ;'ep. ./«. 



— 496 — 



NOTES EXPLICATIVES. 



1 Chasloyer, enseigner, donner un avis. 

2 Osloyer , aller en guerre ou camper. Je traduirai : « N'allons pas camper dans 

un lieu dont personne ne revient. » C'est, ce me semble , un avis motivé par 
les folles exclamations de la veuve , qui appela la mort à son secours pour 
soulager sou deuil et à qui mil en a pris. Le Grand d'Aussy, dans son simulacre 
de traduction, rend ainsi ces deux vers : « Je. veux vous parler d'une grande 
bataille dans laquelle tout le monde succombe à son tour. » Cela me fait 
supposer qu'il a lu Ke devons, etc., au lieu de Ne devons, ce qui en erfet rendrait, 
celte entrée en matière plus facile à comprendre. 
K Saveis , la désinence eis alterne dans mon Ms. avec es. 

8 Pance sovine, la panse en l'air ; cp. vv. 298 et M6. 

9 Siet , suit; forme insolite pour siut , sieut. — 5a pour lor; transition brusque 

du rapport numérique, transition familière aux trouvères. 

10 o Ceux qui lui tiennent de plus près. « 

1 1 Tienenl, retiennent, empêchent. 

12 Do = dou , du Ou bien serait-ce une variété de vis (de vivre) ? 
1 i Vois, je marche. 

1 7 « Que Dieu ne permette que je le voie (= qu'il m'arrive, en ail. dass ich es erlebe), 

que je repasse par ce chemin. » 
22 Durer, continuer d'exister. 
25 Crilier ; h diérétique, resté dans trahir, envahir. 

28 Rueve (prononcez reuvé), indic. prés, de rouver, demander, commander. 

29 Triole est un substantif omis dans les glossaires ; je n'bésiste pas à le rapporter 

au verbe Irioler que je trouve dans Roquefoit avec le sens de « aller et venir, 

perdre son temps. » Quant à trioler, j'y vois le même radical qui a donné 

delrier (retarder), joint à un suffixe diminutif. 
37 Clugner est le même mot que cligner. On trouve aussi ciuigner et cliner. 
■13 Ramoinent, deux vers plus bas ramainent, ramènent. Le présent moine de mener 

est parfaitement correct. 
46 Mainenl, = lat. manent, demeurent 
48 Duez, nom. sing. de duel, deuil. 



— 497 — 

53 Asteis, esteis (êtes), astez-, est encore une forme courante dans les patois du Nord ; 
elle se rapporte à l'infinitif ester = stare. 

62 Anrenuef, nouvel an ; litt. renouvellement de l'année ; renuef est le subst. 

verbal de renouer. Je n'ai encore rencontré le terme anrenuef que dans Jean de 
Condé, Dit de le mortel vie, 89 ; il manque aux glossaires. 

63 Awant, auparavant, dans le temps, récemment; cp. v. 290. 

64 Encor suivi du subj., = bien que. 

65 Le sens ancien et fondamental de hicdeus, hideux est « borrible » (pr. ce qui 

fait dresser les cheveux). Le mot vient de hispidus. 

66 Avertir, détourner. 

67 L'atryer, l'autrier, l'autre jour. 

73 Je ne sais ce que c'est qu'une chape à piron. Ce dernier mot serait-il un nom 

propre, de sorte qu'il s'agirait de la « chape à Pierre, le voisin » ? 

74 Pion, subst. verbal de plonger, en picard plonquer. 

81 Soing, sein. Au v. 244 nous aurons la forme sainch. 

82 « Et cette circonstance me donnait également à réfléchir. » Assiet, subst. verbal 

de asseoir, donc action de s'asseoir. 

85 Runement, murmure, du verbe runer. 

86 Li conseil est un nominatif pluriel. 

87 Vechien, voisin, it. vicino , esp. vecino. 
94 Tenir en pais , se tenir tranquille , se taire. 
98 Faire chieres, faire des mines. 

104 Je ne sais ce qu'il faut entendre par lernbel. 

107 Ce passage m'embarrasse fort; quel est le malheureux dont il va être question et 
« ki ne volt faire bien por li? » Rien ne l'indique et l'on ne devine pas comment 
il se rattache à notre histoire. Le Grand d'Aussy, dans son analyse, ne touche 
pas d'une syllabe à cet épisode , qui pourrait bien s'être glissé par mégarde dans 
le contexte de notre manuscrit. — Serait-il question de la manière dont le 
mari, si chaudement pleuré, était traité de son vivant? Plusieurs petits traits du 
récit rendent cette conjecture peu plausible. 

107 Celi. « Vers le milieu du XIII e siècle, dit Burguy (1 , 155), on commence à voir 
introduire cheli pour chelui. » 

112 A poi d'ocoison , pour le moindre motif. 

126 Atendre à , rechercher. 

129 Janise (ou jainse?) m'est inconnu; molehin s'appelait la fine étoffe de toile 

dont on faisait les vêtements légers, puis, par extension, les robes faites de 
cette étoffe. Delà les mots mulquinier , midquinerie. 

130 et suiv. Raverguins, cosmuscas acorez, estinez(ou eslivez), remuyers sont pour 

moi des termes inintelligibles, sur lesquels j'appelle l'attention des lexicographes. 

134 Ostoirs muiers , autour qui a passé la mue. 

142 Tencheuse , querelleuse. 

145 Ce vers reste également à expliquer. Rute et renvoie servent de termes de com- 
paraison à l'attitude dégagée , aux mouvements vifs et fringants de la jeune 
XXIX XXII 31 



— 498 — 

veuve ; sont-ce des plantes, des animaux ? Venvole ne m'est connu que comme 
exprimant « chose sans valeur » ; Renart, I, v. 3909-10 : 
Et que il tient tout à vanvole 
Certes son dit et sa parole. 

146 L'Allemand dit: « Aus den Augen , aus dem Sinne. >» Loin des yeux, loin du 
cœur . _ ,, Q u i procul ex ocnlis , procul est a limine mentis. » 

148 Se mirer , ici — prendre soin de sa personne, pour paraître sous les aspects les 
avantageux. 

156 Je corrige ici , au profit du sens et de la mesure, Et l'envoie en Ele l'envoie. 
Ce liez , qui semble mis ici pour lieux , est fort étrange. Lieux ne peut en 
aucune manière prendre la forme liez ; ce mot représente donc le pluriel de 
let, côté, sous une forme diplithonguée que je ne me souviens pas d'avoir 
jamais rencontrée ailleurs. « Elle fait promener son cœur de tous les cotés, 
s'arrêtant tantôt à Paul, tantôt à Pierre. » 

159 Je ne comprends pas l'expression en nuiere. 

160 C'est aviere , = c'est avéré. Aviere paraît être , comme délivre, un de ces 

adjectifs radicaux dégagés de verbes de la première conjugaison dont la langue 
italienne est particulièrement riche. Je ne l'ai encore rencontré que dans Philippe 
Mouskès, compatriote de Gauthier Le Long, où je trouve au v. 10,805 : ce 
m'est aviere. 

161 Tournure bien connue de l'ancienne langue pour dire : « C'est un beau garçon. » 

Voy. Dits de Baudouin et de Jean de Condé , t. II, ma noie, p. 409, v. 34. 

164 Et quant à celui-là , il n'aurait souci de moi, si mes amis allaient lui en souffler mot. 

165 Ne m'arait œz , ne me serait pas nécessaire, ne me conviendrait pas. 

176 « Voilà tout mon tissu de projets rompu. » Chenevaus , auj. canevas. 

177 « Dès lors elle se soucie fort peu de réfléchir sur le pour et le contre. » Lochier , 

être ébranlé , hésiter. 

179 « Mais elle s'empresse de se rendre aussi fraîche et séduisante que possible. » 

180 « Souvent toutefois elle se tourmente (lit t. elle fait le signe de la croix) sur ce 

que ses cheveux commencent à grisonner. » 

184 Guimple , morceau d'étoffe dont les femmes se couvraient la tête et dont elles 

se servaient quelquefois , comme aujourd'hui , de voiles. 

185 Grenes , voy. ma note du Glossaire de Lille, p. 9. 

186 Ce vers reste obscur. « Qui frappent la vue du premier regard * ? 

187 Repunre , sens neutre , se cacher , se tenir à l'écart. 
191-2 « Que le rameau qui lui chasse le mal de ses reins. » 
193 Aquerre, ici = requerre. 

195 Bechier signifie d'ordinaire becqueter ; je ne sais si ce sens convient ici. 

197 J'attends d'autrui les éclaircissements sur le sens de ce vers. 

205 Pice , de picliier , piquer. 

215 Par tans, bientôt, cp. v. 354. 

21" Nouveliere , une caucannière. 

220 Ce discours est plein de naturel, de vie et de mouvement. 



— 499 — 

221 Cointe, fier, hautain. 

224 S'esmer, avoir envie. 

225 Esbanoyer , s'amuser, et particulièrement « faire un tour de promenade. » 
229 « Car vous devez, au dire de ma mère, être un peu de la famille. » Monter à, 

n'a pas d'autre sens ici. Il est synonyme Appartenir, qui vient plus bas, v. 337. 
Voy. aussi v. 10. 
232 De /fendre , ici = ordonner. — 237. Mes bons, mes caprices. 

237 Chaucher (chausser), fournir de vêtements, synonyme de vestir ; ep. v. 315. 

238 « Il m'avait déjà mis en possession... » 

249 Estre d'avoir sopris est une curieuse expression p. possédait de la fortune. 
251 Baiseletle , fillette. 

258 Pailes signifie ici , à ce qu'il me semble , non pas des tissus de drap ou des cou- 

vertures, mais des poêles de cuisine , et répond ainsi non pas kpallium, mais 
à palella. Ce dernier type a d'abord fait paële (paesle), puis par contraction 
paile; ep. catena , chaëne , chaîne. La conversion enfin de ai en oi , adonné 
tant pour paile = pallium , que pour paile =putella, le mot moderne poêle. 

259 Chailit de chaëlit , chaalit , comme paile de paële ; auj. châlit , voy. mon 

Dictionnaire d'étymologie. 

260 Cuele (prononcez keute) , ailleurs coûte, kieute , etc., matelas, lit de plume. 
262 De deux sortes de laine. 

267 Harnais parait s'appliquer ici à tout l'ameublement de la maison. 

268 Benaus de benal , benel , diminutif de benne , banne , mot appliqué à différents 

meubles destinés à renfermer des objets : panier , vase à mesurer , botte , 
tombereau Je ne sais pas à quel objet la veuve fait ici allusion ; il devait être 
précieux puisqu'il était garni (bordé ou doublé) d'or tout autour. — Notez ici 
la mauvaise rime harnais : benaus. 

269 Al m'est or , à mon installation ; c'est le seul sens que je puisse trouver à ces 

mots ; mais comment estor, subst. verbal de estorer (instaurare), se trouve-t-il 
employé comme féminin ? 
272 Tout en protestant qu'elle ne tient pas à vanter ses richesses , elle le fait avec 

une intention bien marquée qui n'échappait pas à la commère. 
284- Ascorce, écorce; as p. es, : comme astez p. estez. — Pour la pensée, cp. Scarron: 
On juge du bois par l'écorce 
Et du dedans par le dehors. 

291 Ci parent, voy. pi. loin, v. 348. 

292 No parent (nos égaux) , de notre taille (sous le rapport de la fortune), ou , ce 

qui est plus probable , de notre âge. 
295 La veuve excepte Gomer du nombre de ceux qui lui ont fait des propositions (v. 290.) 

306 Assenei , établi , marié. 

307 « Et vous, mettez-y toute votre bienveillance à mon égard et votre intelligence. » 
Cette répétition des mêmes adjectifs , employés deux vers plus haut , fait 

mauvais effet. 
311 Tant équivaut ici à tant seulement. 



— 500 — 

312 « Car je n'ai jamais su en agir ainsi » (c.-à-d. promettre pour ne pas tenir). 

316 et ss. La veuve signale à sa commère quelques noms qu'elle recommande parti- 
culièrement à son attention et dont elle indique, à ce qu'il paraît, la demeure, 
par les mots en la chauchie (chaussée) et les autres qui suivent. Je renonce 
à faire le commentaire de ces derniers. 

320 Cette froideur envers Isabelle de la part du « fils à M. Godefroit » a pour la 
veuve de l'importance, comme on pense bien. — Sentant qu'elle a déjà fait 
assez de confidences , celle-ci a l'air de cesser ici son entretien et de ren- 
voyer sa commère au dimanche; mais au moment de le faire (au v. 331), il 
lui vient une nouvelle idée, qui la fait déborder de nouveau. 

325 Voy. pour la forme diemenche , mon Diciionnaire d'étymologie. 

326 Je n'ai pas connaissance de ce bon vin de l'Aunois, 

320 Alez à Dieu (avec Dieu) , formule variée de à Dieu vos cornant. — Cet ent 
(= en) ; placé à la fin du vers, constitue un enjambement peu gracieux. 

3 15 Bescosse se trouve , dans le glossaire de Barbazan (d'où il a passé dans celui de 
Roquefort), traduit par secousse , agitation. Cette signification convient par- 
faitement ici, prise dans un sens obscène. 

346 Garbe scose (ou escosse), gerbe dont on a fait sortir le grain et dont il ne reste 
que la paille. Cp. Philippe Mouskès , 5466 : 
Mi chevalier de prime baibe 
Si n'ont cure tfescouse barbe ', 
c.-à-d. ils ne se contentent pas d'une gerbe secouée, d'une gerbe de paille. 
Barbe p. gerbe se trouve dans les locutions bien connues barbe de paille ou 
barbe de feurre. 

348 Où parent, dans ces parages, voy. ma note , Dit du lévrier de Jean de Condé, 

v. 1347. 

349 La commère, impatientée de ces bordées de confidences, lève tout à coup le pied, 

sans même laisser à son interlocutrice le temps d'achever sa phrase. 

350 « Du dos de la main ». 

356 Le sens de celte locution proverbiale est facile à saisir; je n'avais, cependant, 

pas encore rencontré le géant Goliath , grâce à sa parenté onomastique avec 

goulu. Goliafre personnifie la concupiscence charnelle. 
361 Enviaus (de enviai), provocations, agaceries. Voy. Baud. de Condé , p. 425. 
363 Collener (peut-être faut-il lire colrener), s'approcher charnellement, vient sans doute 

de coule , keute (= culcila) ou de contre (=culcitra). Hécarl donne cotronner. 

Les deux verbes qui suivent sont des synonymes. Pour cropener , cp. v. 426. 
367 J'attends un inlci prête pour ce vers, dont le sens précis m'échappe. 

372 Brehier m'est inconnu; c'est sans doute une forme Yariée de brehain , impuissant. 

373 Undefeû, un défunt (defunclus , qui a cessé de fonctionner). Le mot est un 

composé de feu (d'où notre adj. feu) , mort , sur l'élymologie duqui-l je 



1 M du Reiffenberg a bien mal compris ce passage en l'interprétant ainsi : Barbe secouée: « Qui ne 
se font pas prier pour secouer la barbe à quelqu'un , c'est-a-dire hardis , perillens. >< 



— 501 — 

renvoie au Dictionnaire de Littré. (Ce savant philologue aurait pu citer encore 

l'expression durfeil , malheureux , que je trouve dans le lai de l'Oiselet 

(Barbazan, 111, p. 126), et qui prouve en faveur du primitif fuîulus). 

Defeil p. défunt est aussi consigné dans le glossaire du comte Jaubert. — 

Uehurè m'est inconnu. Serait-ce un composé de de + eiiré, malheureux , la 

lettre h servant simplement de signe diététique? 
375 Chiés est inexplicable. Le vers exprime : « qui ai refusé ou laissé passer tant 

de beaux partis ». 
379 « Qui me l'ont indiqué et proposé pour mari ». 
381 Dangier a ici un sens extraordinaire, déduit de celui de garde, protection , savoir : 

« soins, égards ». 
384 Ronker p. ronfler est nouveau pour moi. Roquefort a rouchier , et le glossaire 

montois de M. Sigart donne roukler, qui reproduit le flam. rockelen, ail. rôcheln. 
400 Ors , hors , dehors. 
402 Eslre en defois signifie d'ordinaire : être interdit, défendu ; mais ici le sens ne s'y 

accommode pas. Celui-ci paraît être « vous êtes dans votre tort ». 
408 Un recréant est celui qui n'en peut plus. 
410 Je ne saisis pas le sens de mores. 
410 Ive, jument, du latin equa. 

421 Lime , chose qui ronge, chagrin ; cette application métaphorique du mot lime se 

rencontre aussi dans l'italien lima. 

422 Grime, chagrine , irritée. Cet adjectif manque , avec cette signification, dans 

les glossaires français. Nous le trouvons dans les troubadours avec le même 
sens, ainsi que les dérivés grimât; grinar, grinena, grinos. Pour son étymo- 
logie, voy. mon Dictionnaire. Littré ne connaît pas notre grim comme un ancien 
adjectif de la langue ; Diez n'en fait pas mention non plus. 

424 Domars , variété de demars dimars , dies Martis, mardi. 

432 Alian, peine, labeur, — labour, — terre de labour, champ. Voy. l'article 
ahanz, dans le Dictionnaire wallon de M. Grandgagnage. 

439 Escover , balayer; bas-latin scopare , de scopae , menues branches , d'où le vfr. 
escouve , qui a laissé les diminutifs écouvette et écouuillon. 

449 Li saut, s'élance sur elle; cette locution salir à est fréquente, cp. Jean de 

Condé, Lévrier 973 : A lui viennent et chius lor saut (cp. v. 998 , Et il lor 
lance enmi les vis). 

450 Limbars m'est inconnu ; c'est sans doute quelque dérivé de limbus , bordure, 

lisière , bandeaux? 

451 Esclubars constitue encore une nouvelle acquisition pour un futur dictionnaire de 

la langue romane. Sa signification se présente d'elle-même. Quant à son 
origine, on serait tenté de mettre en avant le flam. kloppen , ail. kloppen. 

456 5ms semble être p. sous et le nom. sing. de soûl, forme conlracte de saoul, 
rassasié. Ou est-ce l'adv. sus , dessus , à expliquer par « à faire cette opéra- 
tion ? » — Lens , lent, qui se ralentit par suite de faiigue. 

460 A chief de pose , après s'être reposée. 



— 502 — 

463 La pauvre femme, abîmée d'humiliations, appelle la mort pour aller rejoindre son 

premier mari. 
466 La forme siwe (p. seue , sieue , soue , soie) paraît être particulière à l'idiome 
de Tournai ; elle se produit dans une charte de Tournai de 1230, insérée au 

tome II de la Chronique de Ph Mouskès. 

469 Chaudelet , « échaudé , biscuit, gâteau plat et sans œufs » (Roquefort). Les 

dictionnaires de Bescherelle et de Littré donnent le mot avec l'orthographe 
chaudelait, défini par « espèce de gâteau composé de lait , de farine et d'anis. » 

470 Reslon, raton, crêpe. A Mons on dit aussi reton. — Wastelet , diminutif de 

wastel , gâteau. 
47" Ferir de maz n'est pas clair. — La paix revient au ménage ; la femme redouble 
d'attentions. 

486 Je ne saisis pas le sens de ce dicton. 

487 La moralité qui suit perd de vue la première partie du fabliau, qui nous pré- 

sente la veuve inconsolable et si tôt consolée ; elle ne se rapporte qu'au dernier 
tableau, en prêchant aux maris la pitié pour les faiblesses de leurs épouses. 

491 Aduin (prononcez adouin) est un mot inconnu; il paraît signifier : doux, pacifique. 

594 Mai , bon temps , plaisir. 



L'ENCEINTE ACTUELLE DE 'CONGRES 

A-T-ELLE UNE ORIGINE ROMAINE? 



NOTICE 

PAR M. LE CHEVALIER C. DE BORMAN , 

MEMBRE CORRESPONDANT A SCHALKHOYEN. 



Cette question a été résolue affirmativement par la plupart de 
nos archéologues qui , comme on sait , assignent à la ville trois 
enceintes différentes, remontant toutes trois au temps des Romains*. 

D'après ces écrivains, les murs qui renferment les remparts 
actuels auraient été construits et reconstruits à différentes époques 
sur des substructions ou des soubassements, dont l'origine romaine, 
disent-ils, ne saurait être révoquée en doute; de façon qu'en aucun 
temps la ville de Tongres ne se serait étendue au-delà des limites 
que nous lui connaissons aujourd'hui. Quant à la troisième enceinte, 
celle qui s'élève dans les champs d'alentour et dont l'impérissable 
solidité semble défier les hommes et le temps , elle servait , nous 
dit-on , « indépendamment de sa destination de première ligne de 

1 Parmi ces archéologues on range à tort feu notre savant confrère A.-G.-B. Schayes. 
Tout ce qu'il a dit des murs de Tongres ne se rapporte évidemment qu'à l'enceinte 
extérieure. 

Commissaires rapporteurs: MM. H. Schuermans et le chevalier L. de Burbure. 



— 504 — 

défense, à abriter et à protéger la population des campagnes qui 
venait s'y réfugier lois de l'apparition de l'ennemi. » 

Cette circonstance anormale d'une triple ou, pour mieux dire, 
d'une double enceinte (le castellum? ne paraissant avoir été 
qu'une espèce de fort intérieur) , l'explication tant soit peu singu- 
lière qu'on en donnait et surtout la différence essentielle qui 
caractérise les deux enceintes , puisque l'une s'élève sur le sol 
primitif, tandis que l'autre est construite sur un rempart de terre 
muni d'un fossé, ces motifs, dis-je, m'avaient depuis longtemps 
fait concevoir des doutes sur la prétendue antiquité des remparts 
de Tongres , doutes qui ne furent point dissipés par l'inspection 
que je fis à diverses reprises de ces murs , entre les portes de 
Liège et de St-Trond , c'est-à-dire aux endroits mêmes où l'on 
prétendait retrouver les caractères les plus anciens. 

J'acquis bientôt la conviction que si l'antiquité de la grande 
enceinte restait inattaquable , l'origine de la seconde ne pouvait 
remonter au-delà du moyen âge , voire môme qu'elle ne dépassait 
pas le XIII e siècle. 

Je ne nie pas qu'on y trouve des vestiges nombreux de matériaux 
beaucoup plus anciens : mais c'est précisément parce que les murs 
de Tongres contiennent des fragments de ciment , de tuf , de 
tuiles à rebords et autres débris de constructions romaines, que 
j'affirme qu'ils n'ont pas été bâtis par les successeurs de César. 
Jamais le peuple-roi ne se fût avisé d'édifier les remparts d'une 
cité avec de vieux matériaux pris dans les décombres. 

Le moyen âge, au contraire, n'y regardait pas de si près ; le 
numéraire était rare, les transports onéreux; on s'emparait des 
éléments que l'on trouvait sous la main. Témoin la lourde Vliermacl, 
le chœur de la vieille église de Guygovcn, le château de Colmont, 
etc., constructions datant du X e au XII e siècle, où la tuile romaine 
ramassée dans les champs voisins et employée, faute de mieux, s'est 
conservée parfaitement reconnaissable. Mais pourquoi chercher 



— 505 — 

ailleurs des exemples : les murs de Tongres eux-mêmes n'ont-ils 
pas été reconstruits en 1499 4 avec les pierres provenant des 
démolitions de Golmont ? 

Qui donc oserait, après cela, affirmer que pour bâtir ces mêmes 
murs au XII e ou au XIII e siècle on n'ait pas démoli des fragments 
considérables de la grande enceinte. Cette supposition si naturelle 
expliquerait mieux que toute autre la similitude des ciments analysés. 

Au surplus, je ne me suis pas proposé d'entamer une discussion 
en règle , mon but est uniquement de produire un document qui , 
s'il ne tranche pas la question, sera au moins de nature à ébranler 
la conviction si absolue de mes adversaires. Il en résulte à l'évi- 
dence que le fossé qui s'étend entre les portes de St-Trond et de 
Coninxheim n'a été creusé qu'en 14-47 ou environ 2 , et qu'aupa- 
ravant il y avait à sa place des maisons et des jardins. Cette pièce , 
qui intéresse encore à d'autres titres , est tirée du cartulaire des 
chanoines réguliers de Tongres, gros in-folio copié en l'an 1558 
sur un volume plus ancien et offrant , par conséquent , tous les 
caractères désirables d'authenticité. 

Avant d'en mettre le texte sous les yeux de mes lecteurs , je ne 
crois pas inutile d'en donner une analyse succincte. 

Les chanoines réguliers de l'ordre de St-Augustin , établis à 
Tongres depuis une vingtaine d'années seulement, y avaient si bien 
prospéré qu'ils s'étaient trouvés en mesure d'avancer à la ville une 



1 Voir mon Histoire du château de Colmont , p. 30. Une copie du registre aux 
plébiscites place ce fait en 1509 , mais le registre original porte : Op den lesten dag 
van meye A a xcix. 

- M. Driesen sera bien embarrassé de justifier son assertion , lui qui écrivait en 1860 : 
« Les fossés de la ville de Tongres, comblés aujourd'hui en partie et destinés à 
» disparaître dans un avenir prochain , sont sans contredit le plus ancien vestige de 
» l'antique Atuatuca. Les assises des murs qui les dominent sont évidemment de 
» construction romaine; mais les fossés eux-mêmes remontent plus haut, puisque 
» Sabinus et Cotta trouvèrent tout fait le camp d'Atuatuca qu'ils se contentèrent 
» probablement de fortifier davantage. » 



— 506 — 

somme de cent postulats destinés à parfaire un capital de quatre 
cents florins du Rhin, que la ville devait à l'évèque de Liège. De 
plus, ils avaient cédé à la ville tous les droits et avantages qu'ils 
retiraient d'une propriété située juste à côté de la porte de 
St-Trond , à gauche en sortant, où se trouvait autrefois la maison 
d'un certain Tilman Cockarts et qui était indispensable à l'achè- 
vement du nouveau fossé ; enfin ils avaient renoncé, au profit de 
la ville , à une petite rente hypothéquée sur un jardin situé entre 
les portes de St-Trond et de Goninxheim et converti récemment 
en nouveau fossé. 

En retour de ces avantages la ville dut leur faire aussi quelques 
concessions. D'abord, elle leur céda le terrain situé entre les murs 
et le fossé de la ville depuis la Porte de pierre ou de Goninxheim, 
Steynre poort, jusqu'au Jaer, ainsi que le rempart intérieur, 
avec la condition expresse qu'ils ne pourraient pratiquer dans les 
murs ou les remparts aucune porte, ni ouverture quelconque. En 
second lieu, elle exempta les réguliers de l'établissement d'une 
roue hydraulique destinée à conduire, par tuyaux, les eaux du Jaer 
dans la ville. Enfin, il fut stipulé que si la régence menait à bonne 
fin le projet qu'elle avait d'amener en ville les eaux de quelque 
fontaine située aux environs , le couvent contribuerait dans la 
dépense pour une somme de quarante florins du Rhin , mais qu'il 
aurait le droit de faire à la conduite une prise d'eau, par des 
tuyaux dont le diamètre intérieur ne pourrait excéder celui du petit 
scel de la ville. 



— 507 — 

ANNEXE. 

In den naem Gods, Amen. Wy borghemeisteren ende gesworen raet ende allen 
die gemeynten der stadt van Tongren gemeynlick doen condt ende kenlick allen 
lueden , daer toe tuyghen ende gestaen vermits desen openen onse lettren , dat 
wy om der minlicker gonsten wille op dese lyt ons geschiet vermits den eerbaren 
Religiosen des cloesters ende godshuys van der regulieren onser stadt , als van 
der summen van hondert postulatus gulden, die wy bekennen ontfaen ende 
bekeert le hebben in die summe van vier hondert rynsgulden , die wy sint 
Jansmisse neest voorleden sculdich waren te betalen onsen lieven genedighen 
heer van Luydick , ende overmits dat sy ons verleent ende gegeven liebben allen 
alsulcke bâte als sy hebbende waren aen die plaetse ende hoefken buyten ende 
neven cruysport ter slincker liant gelegen als men ter vorschr. porten wtgaet , 
daer Tilman Cokarts woense opstonde , ons ende onser stadt zeer grootelick 
dienende om den nuwen grave die daer neven begonnen was te volmakene , 
ende noch meer overmits dat sy te weten die selve religiose heeren des cloesters 
der Regulieren voersc. ons ende onse stadt vorsc. quyt gescolden hebben ten 
ewighen daghen alsulcke vier penninghen ceis end eij capuynen die wy bon jarlix 
sculdich waren van eynre plaelsen , die eens eynen hoff te wesen plach , gelegen 
tusschen die voersc. Cruysport ende Stynreport onser stadt, die nu bekeert is 
in den niuiven graven neestvoerscreven. Daerom ende oeck om lions goets innich 
ende devoet gebets wille , dat sy daegelix doende syn voer ons ende int gemeyn 
voer allen kerstenheyt, soe bekennen wy voer ons ende onse nacomelingen hon 
ende honnen nacomelingen wederom verleent ende gegeven te hebben , alnoch 
verlenen ende gheven peyselick ende vredelick te hebbene , te besittene , te 
bantplichten ende te gebruycken ten ewighen daghen alsulcke plaetse als 
gelegen is buyten Miser stadt muere, alrenaest hons cloesters voersc, te weten 
tusschen die moer ende dat water van onser stadt grave gelegen tusschen 
steynreport vorscreven ende Velinx torn , comende tôt aen die Jecker metten 
ghange ende walle binnen des selven moers reyckende ende streckende van 
Steynreporten doere Velinx toren vorscreven tôt Loerre waecket toe, staendeop den 
bornick van den smalenwyer, ende dit alsoe verre alst onser stadt toebehort ende 
aengaet , ende anders niet ; by alsoe ende claerlick daer in ondersproken dat die 
heren des cloesters voersc. noch lion nacomers nu noch in toecomende tyden in 
die muer noch in den wa! in egheynre wys eynighe gaten , dueren noch porten 
maken en sullen noch laten maecken. Ende overmits de punten voer ende nae- 
bescreven soe hebben wy affgenomen ende quytgescouwen den selven heren ende 
honnen nacomelinghen voer ons ende onse nacomelinghen ten ewighen daghen 
alsulcken last ende cost van te bouwene wter Jekeren onser stadt voersc. met 
eynen rade alsulcken fonteyn oft waterpyp als sy ons sculdich waren , beheltelick 



— 508 — 

ons ende onse nacomelingen ten ewighen daghen ons aysements van gliange te 
liebbene ende te gebruyckene alsoe dicke ende menichwerwen , als sich des 
nootgeboren sali , van water van brande van vuere oft ter moer ter weringhe te 
trecken in manire van orloghe , oft oeck die muere , torne, waketten , oft sgelyx 
te doen berbouwen oft te hermaken met mans personen gelyck der brieff daer 
aff wesende claerlick begrypt ende inbelt. Oiulersproecken oeck daer in , dat soe 
wanneer onse stadt in toecomende tyden gemaect zal bebben een fonteyn , dat 
Godt gbeve, spruvtende , oft comende wt sprinckbornen als staende syn te Loyde 
oft daeromtrent oft op andere goede bequeme plaetsen onser stadt wel dienende , 
water ghevende binnen onser stadt voerscreven , als dan ende niet eer soe 
sal dat voorsc régulier cloester ons noch te goede doen , gheven ende verbon- 
den staen te belalen in hulpen des costs der selver onser fonteynen , die 
summe van xl rynsgulden eens , by alsoe dat dat cloester vorsc. des waters oft 
conducts van der stadt fonteinen , ter neester plaetsen daer die fonteyn oft conduct 
hen alreneest comen sal, eyn portie oft quanliteit , die bon nootdorstich sy , le 
minsten alsoe veel waters als eyn pyp dragben macb , die de wytde hedde onser 
stadt cleyne segels van saecken , opden rugge ons groten segels hier gedruct is , 
hebben sullen , genieten ende gebruycken altyt , het sy van binnen oft van onder 
der aerden oft daer boven te leyen ende te brengen , te des selven cloeters behoeff 
ter steden ende ter plaetsen, daer den cloester aire best bequemelick syn sali, 
gelieven ende genueglien , sonder der stadt fontyn oft conduct te quetsene oft te 
hinderen in eyniger wys , ende al op des cloesters cost anxt ende scade alsoe 
verre als honre portien ende quanliteit die sy daer wt hebben oft hebben sullen , 
aengheit en aendreecht ende anders niet ende al sonder argeliste. 

In luygenisse der waerheit allen der dingen voerscreven , soe hebben wy bor- 
geineisteren gesworen ende raet der stadt van Tongren voerscreven, met wille 
weten , consent ende gemeynen gevolch allen der ambachten onser stadt vor- 
screven , onsen groten segel melten cleynen achter daer op druckende desen 
opene lettren doen aenhangen. In den jaer der zeliger geborlen ons liefs heren 
Jesu Christi dusent vierhondert ende xlvij in junio xxvi daghe. 

Aldus onderteikent : Walterus Rotarii, secretarius oppidi predicli. 

(Archives du gouvernement provincial à Hasselt. — 
Cartulaire du couvent des chanoines réguliers de 
de Tongres , f° 418 v"). 



ÉGLISES DES ENVIRONS DE MONS. 



NOTICE 

PAR 

M. LÉOPOLD DEVILLERS, 

MEMBRE TITULAIRE A MONS. 



Les églises paroissiales des environs de Mons sont généralement 
des édifices modernes ou sans importance au point de vue monu- 
mental. II n'en était pas de même autrefois. Mais la manie de tout 
remplacer nous a privé de plus d'une construction curieuse sous 
le rapport architectonique. C'est ainsi que récemment nous avons 
vu démolir deux petites églises qui , certes , n'étaient pas dénuées 
de cachet artistique. Nous voulons parler de l'église de Mai- 
sières , dont le chœur était situé à gauche de la nef, et de celle 
de Ciply qui avait un aspect si pittoresque ». 

Sans doute , on ne manquera pas de nous objecter que ces 
édifices tombaient de vétusté et que , en outre, les paroissiens y 
étaient trop à l'étroit. Mais sont-ce bien toujours là les véritables 
motifs qui font tant désirer la démolition de choses qu'on ne 
sait guères remplacer convenablement? Ces motifs sont, du reste, 

' Une vue de l'église de Ciply a été lithograpliiée dans la Collection de vues prises 
dans l'ancienne enceinte et dans, les environs de la ville de Mons par G. L'Heureux, 
peintre et dessinateur (Mons, 1826.) 

Commissaires rapporteurs : MM. le chevalier L. de Burbure et A. Casterman. 



— 510 — 

peu sérieux à nos yeux, nous l'avouons, et l'expérience vient à 
l'appui de notre opinion. Si, par exemple, nous examinons de 
près la nouvelle église de Cuesmes, les nombreuses lézardes que 
nous y apercevons nous la font considérer comme bien plus 
caduque que l'édifice ancien i ne pouvait l'être , et pour prouver 
combien le second motif est souvent conlrouvé, nous raconterons 
un fait qui s'est passé dans l'église de Giply, sous le règne de 
Marie-Thérèse. A cette époque , les habitants de ce village 
prétendaient que leur curé, décimateur de sa paroisse, devait, aux 
termes des anciennes chartes du Ilainaut , apporter son contingent 
à l'agrandissement de l'église , vu que la population s'était fort 
accrue. Mais le pasteur sut, par un stratagème assez plaisant, 
éluder cette demande. Il invita, un jour de fête, tous ses paroissiens 
à se rendre exactement à l'église quinze jours après, ayant quelque 
chose d'important à leur communiquer. Au jour indiqué, chacun 
y arriva avec empressement. Le curé engagea ses ouailles à s'ap- 
procher de lui le plus près possible, puis leur dit de se retourner 
pour s'assurer que l'emplacement vide qu'ils laissaient derrière eux 
élait plus que suffisant pour contenir les personnes absentes. Ainsi 
fut terminé le différend. 

Disons maintenant quelques mots de ce qui est encore digne 
d'être cité des églises de nos environs. 

C'est, d'abord, le beau porche de l'église de Baudour. Ce porche 

abrite des bancs , placés de chaque côté et surmontés d'arcades à 

"meneaux à jour. Dans le fond, est la porte de l'église. L'ensemble 

de cette construction est pur, harmonieux, et les proportions en 

sont excellentes. 

L'église d'Obourg avant sa reconstruction, devait être bien 
curieuse, si l'on en juge par ce qui reste de l'édifice ogival, 
savoir : la tour et le portail pratiqué dans le soubassement de 

1 Ce dernier édifice se trouvait sur un autre point de la commune. La nouvelle église 
est au centre du village , à front de la Placé. 



— 511 — 



cette tour. Si ce portail ne peut pas être cité comme un modèle 
ses ogives et ses ornements, malgré quelques irrégularités assez 
choquantes , produisent un fort bon effet , ainsi que l'a fait 




portail de l'église d'odourg. 



remarquer M. l'architecte Vincent ', et sa situation sur une hau- 
teur contribue beaucoup à lui donner un caractère de majesté peu 
ordinaire. Le bas-relief placé au sommet du portail est traité d'une 



1 Rapport fait au conseil provincial du Hainaut par la députation permanente, 
session de 1865, p. 224. 



— 512 — 

façon fort naïve. Il représente saint Martin à cheval, tenant l'épée 
haute d'une main et abandonnant, de l'autre, la moitié de son man- 
teau au diable, qui a pris la figure d'un pauvre homme. Au-dessus 
de ce sujet, on voit dans un phylactère un millésime (15..), dont 
les deux derniers chiffres sont usés. Le clocher se termine par une 
flèche élevée et tlanquée de quatre aiguilles. A l'intérieur, on 
remarque sous la tour une belle voûte ogivale, dont les comparti- 
ments sont en briques d'un beau rouge et les arêtes en pierre 
calcaire. 

Quant à l'église moderne, il est impossible d'imaginer rien de 
plus mesquin, et on ne pourrait en souffrir la vue, si l'on n'était 
arrêté par un tableau de maître , qu'un pinceau maladroit a pré- 
tendument restauré. Ce tableau provient d'un petit oratoire con- 
struit en 1 G 16 sur le territoire d'Obourg , à l'honneur de saint 
Macaire 1 . 11 représente la translation du corps de saint Macaire. 
Le fond de ce tableau est rempli par un paysage dont l'ensemble 
embrasse une vue de Mous, d'Obourg cl de l'abbaye de Saint- 
Denis-en-Broqueroie. Cette toile rappelle le souvenir de la solen- 
nité qui eut lieu le 28 septembre 1G15, lorsque le clergé, les 
députés des états de llainaut et le magistrat de Mous vinrent 
jusqu'au pont d'Obourg recevoir des mains de l'abbé de Saint- 
Denis, Henri de Buzegnies, la châsse de saint Macaire qui avait 
été envoyée de Gand par l'archevêque Vander Burch pour être 
exposée, à Mons, à la vénération publique, à l'effet d'obtenir par 
la puissante intercession de ce patron la délivrance de la peste 
qui sévissait en cette ville. 

L'église d'Hyon, quoique datant de 1527 (millésime du 
clocher), n'a aucun caractère monumental. Elle est entièrement 
construite en briques. Sa porte d'entrée, au bas du clocher, est 
encadrée d'une ogive en pierre bleue. Nous avons relevé dans la 

1 V. F. Hachez, La peste de 1648 à Mons, pages 8 à 12. 



— 513 — 



nef de cette église, l'épilaphe suivante qu'accompagnent les quar- 
tiers de noblesse des défunts : 



ICI GIST MESSIRE PHILIPPE 

FRANEAU CHEVALIER SEIG 1 ' 

DE HYON. ARRE ET ATTRE. VENIZE 

&. &., EN SON VIVANT PRÉVOST 

DE LA VILLE DE MON'S. QUI 

TREPASSA LE 16 e IOUR D'AVRIL 

1586. PRIE DIEU POUR 

SON AME. 

1CY GISENT MESSIRE SEVERIN 

FRANEAU CHEVALIER SEIG r DE 

HYON & a ET DAME ADRIENNE 

VAN DER RURG SON ESPOVSE. ET 

MESSIRE PHILIPPE FRANEAU SEIG 1 ". 

DE HYON, RARON DE GOMEGNIES, 

SON FILS, GENTILHOMME DE 

L'HOSTEL DE L'ARCHIDUC ALBERT, 

ET DAME CATHERINE BARBE d'yVE 

SON ESPOVSE , ET MESSIRE PIERE 

JOSEPH SEIG r DE HYON LEUR FILS 

CAPITAINE AU SERVICE DE SA MAl té 

CATHOLIQUE, MORT LE 18 DE JUIN 

1683 EN CÉLIRAT. ET DAM e CLAIRE 

JOLENTE FRANEAU DAME DUDIT 

HYON, SA SŒUR, MORTE LE 31 MAI 

1716, ET PYIS DAME ADRIENNE 

ISABELLE FRANEAU DAME DUDIT 

LIEU MORTE LE JANVIER 

1727. 

REQUIESCAT IN PACE. 

L'église ogivale d'Havre, dont les fenêtres ont conservé leurs 

XXIX XXII 3-2 



— 514 — 

meneaux, n'offre d'intéressant que deux épitaphes de membres de 
la famille des seigneurs de cette localité; nous y reviendrons, en 
parlant du château. Cette église date de la seconde moitié du 
XVI e siècle. Le chœur a été construit en 1569, ainsi qu'on le 
remarque par deux pierres , posées l'une à l'intérieur et l'autre à 
l'extérieur du chevet. La première porte trois fleurs de lis d'or 
sur fond d'azur et le millésime 1509. Sur la seconde, on lit : 

PAR C. P. DE CrOY 

A° 1569. 



LES ANCIENNES BANQUES DE TONGRES. 



NOTICE 

par M. GÉRARD JANSEN, 

ARCHÉOLOGUE A TONGRES. 



Au XIII e siècle, il existait à Tongres une rue appelée, comme 
aujourd'hui, rue des Chiens, lionstrate, vicus cank ou viens 
canum i . 

La description que nous en trouvons dans les archives contem- 
poraines serait encore fidèle aujourd'hui, si la forme des maisons 
n'avait pas changé après le grand désastre de 1677 2. 

Mal alignée, mal pavée, éclairée par le soleil et par la lune, 
c'est un réseau de petits bourbiers confinant par une extrémité au 
forum ou Grand'Place et par l'autre à la petite rue des Dames , 
dames traie. 

Avant 1269, la rue des Chiens était exclusivement habitée par 
des juifs qui s'y livraient à des transactions de prêt et de troc. 



' Archives de l'église N.-D. à Tongres. Viens diclus honstrate dans le Veritas 

ab anno 1383 , p. 121 , n° 19 du catalogue Vicus canis dans le même registre, 

p. 46. . . . Vicus canum dans le Register censuum et caponum plebanie A 1423 , 
page 15 , n° 14 du catalogue. 

* Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg , tom. II , p. 41, 
note première. 

Commissaires rapporteurs : MM. H. Schuermans et le chevalier L. de Buiîbure. 



— 516 — 

On ignore vers quelle époque ils fixèrent leur séjour à Tongres ; 
seulement plusieurs vieux documents échappés aux désastres 
du temps nous font entrevoir que déjà, avant le X e siècle, les 
marchands israélites exerçaient leur commerce d'argent dans 
presque toutes les lionnes villes du pays de Liège. Ils y occupaient 
un quartier spécial entièrement séparé des autres parties de la 
ville et stigmatisé, en signe do mépris, par une épithète mal 
sonnante *. 

Les juifs ne participaient pas à la jouissance des droits civiques 
et les habitants ne pouvaient communiquer avec eux que pour 
autant qu'ils eussent besoin de leurs offices. Quand ils venaient 
s'établir dans une bonne ville, la régence les soumettait à une 
taxe semblable au droit dont les bestiaux sont encore frappés sur 
la plupart de nos marchés. 

La réprobation universelle à laquelle on les vouait, avait 
cependant moins pour cause ranathème que l'église catholique 
faisait et fait encore peser sur eux , que leur insigne mauvaise foi 
devenue proverbiale. A Huy, par exemple, à raison de leur con- 
duite, le magistrat dut les proscrire à jamais de la ville 2 . 

Vers la fin du XII e siècle, quelques-uns prétendent que ce fut 
vers le milieu du XIII e , d'autres reculent la date jusqu'au XV e , 
les juifs furent remplacés dans les opérations de banque, dans 
toute la chrétienté , par les Lombards 3 . 

1 A Huy on appelait la rue des Chiens chinrue , à Liège chinstrée, et dans plusieurs 
villes flamandes, telles que Maestricht , Ilasselt , St~Trond , Maeseyck et Tongres. . . . 
hondstraet. 

' Saumery, Hélices du pays de Liège, tome II, p. 21. 

8 M. Beugnot prétend que l'institution primitive des banques est due aux juifs qui se 
décorèrent du nom de Lombards, un jour que le roi les eût bannis de France avec 
toutes leurs mauvaises spéculations. [Des banques publiques deprêt sur gages et dfi 
leurs inconvénients , Paris, 1829). 

M. Géraud , en s 'appuyant sur le livre de la taille de Paris sous Philippe-le-Bel, 
assoie lui que le nom de Lombards fut donné aux commerçants italiens qui s'établirent 
en France vers la fin du XII e siècle. (Pu. Lebas , Dictionnaire encyclopédique, 
tome II , p. 305.) 



— 517 — 

A Tongres, les Lombards occupèrent pendant quelque temps la 
rue des Chiens comme leurs devanciers, sans être comme eux 
livrés au mépris public *. Plus tard ils se confondirent avec les 
autres habitants et, vers le XIV e siècle, une maison importante 
dirigée par un Lombard 2 se trouvait établie dans la rue du Caillou 
ou du Galet , kydel ou kieselstrate 3 . Ailleurs les Lombards se 
fixèrent généralement dans une même rue qualifiée de leur nom 
générique ou du nom de leurs opérations : rue des Lombards , 
Lombardslraet , Lombardslreet à Londres et pont au Change à 
Paris 4 . 

Les premiers Lombards qui soient venus en Belgique y furent 
employés par les papes à la perception de X annale, espèce d'impôt 
dont étaient grevés les bénéfices ecclésiastiques 5 . Dans certains 
endroits ils formaient entre eux une confrérie présidée, comme 
presque toutes les corporations du moyen âge , par deux maîtres 
et deux gouverneurs. 

La nécessité d'avoir de ces argentarii était devenue alors ur- 
gente. Nous n'avons pas trouvé le vrai motif de ce besoin, car 
les archives de ce temps l'attribuent à des causes variables. Chose 
acquise à l'histoire pourtant , c'est que les dépenses militaires 
contraignaient quelquefois les seigneurs à faire de gros emprunts 
et , pour obtenir de l'argent , à mettre leurs propriétés en gage. 
Il est arrivé bien souvent, pendant les luttes fratricides qui ont 

1 Archives du bureau de bienfaisance : Reghter van Doervaert , A" 1500 , f° xiij 

« het huys van Jean Moersmans geleghen neffens dat lonibardenhuys in die hondstrale. » 

* Archives de N.-D. — Stipule spectans ad R âos Regulares tungrenses, f° 196, 
n° 178 du catalogue 

« Haec doraus sita est in de Kiedelstrate binnen Tongren neffens en tusschen die 
» wooningen lysens voorscreven ter lombaerden huys en de Trichterslrate wert. » 

5 Par suite d'une corruption d'orthographe , cette rue porte aujourd'hui le nom de 
rue des Sarraux, Kielenstraet. 

* Léopold Devillehs , La chapelle des Lombards à Mons , Annales de l'Académie 
d'archéologie, t. xvii , p. 135. 

' Statula ecclesie Tungrensis , fol. xxv , n° 3 du catal. — Bulla de annata camere 
apostolice de Grégoire XI, a 1372. 



— 518 — 

désolé le règne des princes de la foi et du glaive, que des villes 
entières furent réduites à néant et que l'envahisseur inhumain 
obligea les rares habitants échappés au carnage de recourir aux 
libéralités d'une ville voisine pour payer les exorbitantes contri- 
butions dont il frappa sans pitié les ruines fumantes de leur mal- 
heureuse patrie '. 

Les Lombards savaient habilement profiter de ces terribles 
moments de désarroi et parfois ils spéculaient d'une manière 
odieuse sur la gène publique. Bientôt la population ne les prit 
pas moins en horreur que les juifs ; aussi réclama-t-elle avec 
instance la suppression de leur honteux trafic. 

Dans le concile général de Latran , tenu en 1215, le pape 
Innocent III lança contre eux l'anathème synodal , intimant aux 
fidèles la défense de les fréquenter 2 . En 1302, Févêque Adolphe 
de Waldeck , suivant à la lettre les ordres partis du Vatican , les 
chassa ignominieusement de son diocèse 3 . 

Mais les exactions militaires avaient occasionné une extrême 
pénurie d'argent; tous les petits bourgeois et manants étaient 
complètement ruinés et les seigneurs eux-mêmes ne pouvaient plus 
suffire aux impôts par leurs revenus , de sorte que bientôt les 
souverains furent obligés de tolérer de nouveau , dans une cer- 



< Archives communales de Tongres; Liber plebiscilorum, f° xxvij : décision du magis- 
trat du 6 décembre 1199 « van gbeen gelt kunnen te gheven om de ruyters te betalen 
» soo verre die van St-Truyden gelyck ons sicgelen want onder den gemeynen man 
>> geene peiiningen en wistop te brengen ». 

* « Synodali décrète statuimus ut si de cœtero quoeunque pretexlu Judœi a Christia- 
» nis graves immoderata seu usinas extorserint, Christianorum eis participium subtra- 
» liatur, donec de immoderato gravamine salisfecerint competenter. Unde Christiani, 
« compellantur ab eorum commercio abstinere ». 

{Traité des billets, de 16Si , p. 249.) 

5 « Hic Adolphus Lombardos usurarios quos scabini leodienses lucri gratia confovebant 
» ai inatus non clypeo vcl galea , sed mitra et baculo pastorali , fractis domorum suarum 

foribus a civitate penitus exlirpavit. » 

(Chai'Ealville, Gesta pontificum Leodiensium; t. II; p. 358 — Fisen , 

Hisloria ecclesiœ Leodiensis, tome II, f°. 41. 



— 519 — 

taine mesure, les Lombards et leurs subtilités usuraires. Pour les 
attirer ils furent même contraints de leur accorder certains privi- 
lèges. A Liège « ils furent admis — ce qui , jusqu'alors , leur 
avait été refusé par les bulles romaines et les statuts synodaux 1 
— à jouir des sacrements , à être enterrés en terre chrétienne 
et à faire les oblations aux prêtres. Leurs femmes, leurs enfants 
et leurs domestiques eurent droit aux mêmes égards de la part 
des ecclésiastiques 2 . On leur octroya , en outre , le droit de 
bourgeoisie, le libre exercice de leur commerce et l'exemption 
des corvées, des tailles et du service militaire 3 . » 
Les mêmes privilèges leur furent octroyés à Tongres. Le 1 «"juillet 
1570, Michel Pourguyn demanda au magistrat l'autorisation 
d'établir une table de prêt pour un Piémonlais, appelé Mathieu à 
la Franck, dont il se portait garant. La régence s'empressa d'accé- 
der à sa demande et, le 8 août de la même année, Mathieu à la 



i Un extrait des statuts synodaux de l'an 1287 , publiés par l'évêque Jean de Flandre, 
donnera, pensons-nous, la mesure des rigueurs employées dans ce temps contre les 
usuriers dont la contagion s'étendit , d'après M. De Decker , jusque dans le sanctuaire. 

« I. Excommunicamus et excommunitatos denunciamus omnes usuraiios manifestos , 
» et sigulis diebus dominicis et festivis a quolibet sacerdote denuntientur exeommunicati. 

» II. Nullus sacerdos oblationes manifestorum usurariorum recipiat nec ad commu- 
» nionem eos admittat , nisi usurarius manifestas satisfecerit de usuris. 

» 111. Nullus testamentis manifesti usurarii intersit, nec ad penitentiam vel commu- 
» nionem eos admittat, nisi de usuris satisfecerit secundum formam constitutionis domini 
» Gregory pape, et testamenta manifestorum usurariorum qui secundum formam dicte 
» constutionis sati>fecerint ad sacramenta ecclesiaslica admittantur 

» V. Percipimus etiam singulis sacerdotibus paroebialibus, quod moneant in parocbiis 
» suis fréquenter in generali et in speciali de quibus constiterit usurarios , et infamatos 
» publiée de usuris aut contractibus illicitis désistant infra septemdies a tempore dicte 
» monitionis : alioquin ex tune ipsi usurarii et preemptores excommunicentur in speciali, 
» et diffamati si se non purgaverint , pro convietis habeantur, et si taliter monili et 
» excommunieati reseipiscere noluerint , nominatim excommunicentur. ». — Slatuta 
synodalia ecclesie leodiensis, A . 1287. 

* Lettre du prévôt de Liège de 1 349 dans le Bulletin de l'Institut liégeois , t. III . 
p. 318. 

5 « Civitas concedit fœneraforibus immunitatem a corvatis , tàliis et servitia belli ; 
» item , jus civitatis et libéra? negotionis. » — Epitoma documentorum civitatis 
leodiensis : Statut du "28 mai 1349 



— 520 — 

Franck put tenir une maison de prêt ou de gage (lecnhuis) à con- 
dition de se faire admettre dans un des douze corps de métiers de la 
ville. Il avait la permission d'échanger les monnaies, de prendre 
des effets à gage sauf des armes ou des munitions de guerre et de 
faire, au taux hebdomadaire d'un sou par florin , des prêts ne 
dépassant pas la somme de six florins de Brabant. Les dépôts et 
les emprunts étaient garantis par des lettres de gage qui pouvaient 
être renouvelées quand elles étaient lacérées ou perdues , mais qui 
devenaient caduques le jour où l'engagement réciproque du préteur 
et de l'emprunteur cessait d'exister. 

Pour être assimilés aux autres citoyens de la ville et jouir 
comme eux du droit de cité (het porterscappej et du droit de bour- 
geoisie fhet borgerseappe) les banquiers , de même que leur fa- 
mille et leurs employés, étaient tenus de faire élection de domicile 
dans la cité et de jurer fidélité au prince-évêque , au magistrat et 
aux us et coutumes du pays de Liège. Ils ne contribuaient qu'aux 
charges et aux impôts civils et se trouvaient exempts des corvées 
et du service militaire. La durée de leur concession était ordinai- 
rement de douze années pendant lesquelles les milices citoyennes 
devaient veiller à l'inviolabilité de leur domicile, et les cours de 
justice les admettre à tout prouver sans témoins sous la foi du 
serment. 

A Mathieu à la Franck succéda, le 1 er août '1582, Dominique 
Ramelis. Moins heureux que son prédécesseur, celui-ci vit en peu 
de temps tous ses fonds compromis par de malheureuses spécula- 
tions. Pour qu'il pût se libérer honorablement envers ses créan- 
ciers, le magistrat fut obligé de lui accorder la permission de 
vendre sa concession au changeur Busla de Hasselt. Le 31 octobre 
1586, les deux banquiers passèrent un contrat qui fut ratifié par 
le conseil des métiers le 31 décembre suivant. Busla fournit à 
Ramelis une somme de 2,250 florins pour payer les dettes de la 
banque, le conserva dans ses fonctions de directeur et lui promit 



— 521 — 

un appointeront de 5 livres flamandes ou 30 florins de Brabant, 
prenant cours à partir du 1 er janvier 1587. 

Huit ans plus tard, le 28 juillet 1605, la régence délia Busla 
de son engagement et consentit à ce qu'il cédât son comptoir à Jean 
Mutis auquel elle octroya, le 20 septembre 1606, une nouvelle 
concession de douze années , à charge de payer annuellement pour 
l'entretien des édifices publics une somme de 25 florins de Brabant 1 . 

Bien que nos ancêtres eussent gratifié les Lombards de nombreux 
privilèges , ils conservaient néanmoins une certaine méfiance pour 
leurs opérations financières. Soyons plus justes, nous qui voyons 
le résultat de leurs œuvres, et disons que si l'histoire contempo- 
raine leur reproche de honteuses dilapidations, la postérité leur 
est redevable d'un des meilleurs moyens de transactions commer- 
ciales connus jusqu'à ce jour. En vérité, ne nous ont-ils pas fait 
connaître la lettre de change, cet acte par lequel une personne 
cède à une autre , pour un prix convenu , les fonds dont elle est 
créancière et qui nous permet de disposer de notre argent en toute 
occurence sans trop de frais et sans perdre un temps précieux? 

Dans le principe, la lettre de change consistait en une simple 
procuration ou billet délivré par le propriétaire à celui qui allait 
toucher pour lui soit une créance, soit le revenu d'un bien ou 
l'intérêt d'un capital. Avant l'établissement des routes postales, 
les voyages lointains étaient fort dispendieux ; c'est pourquoi 
plusieurs personnes, confiantes dans la loyauté publique que l'on 
considérait alors comme la plus sûre hypothèque , avaient pris 
l'habitude, pour régler leurs affaires en pays étranger, de se servir 
de l'intermédiaire des voyageurs. 

Les anciens ne connaissaient pas l'usage d'échanger de l'argent 
contre des lettres ; aussi le droit romain ne mentionne-t-il que le 
cambium ou le change des monnaies. Plusieurs historiens, il est 

' V. Liber negotiorum ab anno 4SI7, pp. 61, 150, 154 verso, 166 et annexes n°» 3, 
i , 5 et 6 . 



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vrai, trop fortement épris de la rugueuse civilisation romaine, 
aiment d'attribuer à celle-ci tous les grands bienfaits d'ordre 
social. Cependant, dans le cours de leurs arides recherches, ils 
n'ont pas trouvé, si nous ne nous abusons, que sur les marchés 
de l'ancienne Rome on ait jamais donné au papier une valeur 
conventionnelle équivalente à la valeur monétaire des métaux. Les 
lettres équimonétaires ont été introduites au moyen âge , selon 
Merlin , ■ pour éviter le transport réel de l'argent ce qui, outre 
les frais et les risques, apportait un relard considérable au com- 
merce que l'on ne vit fleurir que depuis l'usage des lettres de 
change. Soit que le négociant tire des lettres de change, soit qu'il 
prenne sur place des lettres tirées par d'autres négociants, il 
est payé de ses ventes ou il paye ses achats en lettres de 
change '. > 

On a confondu longtemps les lettres de change avec les contrats 
de change, espèce de convention écrite que les marchands forains, 
allant aux marchés de Champagne, de Lyon et de Brie, faisaient 
avec les personnes qui leur achetaient à crédit. En 1294, Philippe- 
le-Bel frappa ces contrats d'un impôt appelé pîte. C'est l'ordon- 
nance mal interprétée de ce prince qui a fait dire à Giovanni 
Villani, dans son Histoire universelle, et à Savary, dans son 
Parfait négociant, que l'invention des lettres de change était 
antérieure aux Lombards et que l'honneur en revenait aux juifs. 
Mais Dupuis de la Serra, qui offre plus de crédit en celte matière, 
assure d'accord avec l'historien de Rubys qu'elle fut l'œuvre des 
Gibelins de la Lombardie. Ceux-ci, après leur défaite par les 
Guelphes, s'étaient retirés à Amsterdam où ils établirent le com- 
merce des lettres de change (polizza di cambioj pour toucher le 
revenu des biens qu'ils avaient délaissés dans leur pays natal. 
Quoi qu'il en soit , le premier édit qui fait mention des lettres 

1 Merlin , Répertoire de jurisprudence , t. XVIII, p. 15;). 



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de change fut donné par Louis XI, au mois de mars 1462; 
les lettres-patentes de Philippe de Valois du 6 août 134-9, que 
l'on invoque quelquefois , n'ont trait qu'au change public des 
monnaies. 

« Selon toutes les probabilités, les lettres de change avaient chez 
■ nous une origine très-ancienne. Liège, siège d'une des princi- 
> pales églises de la chrétienté , avait des rapports très-fréquents 
• avec Rome et les autres grandes villes de l'Italie '. » 

Il en était de même du chapitre de Tongres , plus ancien 
que celui de Liège. A dater du XIII e siècle, les jeunes cha- 
noines avaient la permission d'achever leurs études théologiques 
en pays étranger, dans certaines universités spécialement indiquées 
par le statut canonial et dans ce cas ils touchaient le revenu de 
leur canonicat au moyen de lettres de change 2 . Ces lettres, con- 
tresignées par le recteur de l'université , devaient être envoyées 
tous les trois mois au chapitre , sous peine pour les étudiants de 
perdre le revenu de leur prébende. Comme il eût été difficile, 
sinon impossible, pour les prébendiers, vu le manque de correspon- 
dances régulières, de communiquer à temps avec leurs supérieurs, 
ils avaient recours au changeur qui leur escomptait leurs cachets. 

L'origine des changeurs (wisseleerenj est fort ancienne. De 
temps immémorial ils ont fait le change des monnaies et le com- 
merce des billets. Lorsque la Belgique gémissait sous le joug 
espagnol et que les Nérons de Castille , pour mieux opprimer les 



' Volumus quod liuiusmodi canonicus in studio residens pre ipso anno secundo sid ea 
portione contentus quod reciperet de huiusrnodi grosso si in ecclesia predicta personaliter 
resideret. Transactis autem dictis duobus annis recipet ut superius est declaratum. 
Loco vero huiusrnodi studii sunt haec in alemania, saxonîa. In regno francie. Parisius. 
Aureliani et suessio et provincia Monspesulan. In Ytalica Bononum et Padua. In hijs 
locis vigent studia generalia. — Slatula ecclesie Tungrensis , fol. x... Décret du 
1-2 mars 1336. 

* Archives de N.-D. — In libro gratiarum ab anno 4407, n° 5 du catal. 1° Lit— 
tera studii Johannis Nicolaï du 13 juin 1453 ; 2° celle de Coniard Gaveren du 2 sep- 
tembre 1582 ; 3° une«autre de Arnold Witten du 24 avril 1584 , etc 



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vigoureuses gildes flamandes , portaient sans cesse des entraves à 
leurs florissantes industries et dirigeaient contre elles les plus 
fanatiques persécutions, la plupart des marchands de Tongres 
transportèrent leur commerce sur des" places étrangères et, pour que 
le fruit de leurs peines ne devint pas la proie du tyran, ils con- 
fièrent à leur retour leur argent aux banquiers. 

Les halles de Mous, d'Aix-la-Chapelle et d'Amsterdam étaient 
les plus fréquentées par nos marchands, quoiqu'on y exigeât d'eux 
un fort droit de stationnement (htt hallegelt). C'est que le ciel 
y était calme et serein et que l'on y respirait un air libre. 

A la suite de la suppression des marchés de la Flandre, Londres 
et Amsterdam acquirent le monopole du commerce. Ce droit devint 
alors si exorbitant que le magistrat de Tongres, pour éviter que 
nos commerçants ne se ruinassent et que la ville ne perdit son 
unique source de prospérité, avisa de mettre ce tribut à la charge 
du trésor communal *. Dans cette circonstance, pour acquitter 
régulièrement la dette , il recourait au changeur qui seul , à cette 
époque, n'était pas entravé dans ses opérations. C'était aussi le 
changeur qui faisait parvenir aux marchands forains le prix des 
céréales , qu'en temps de guerre ou de famine ils achetaient pour 
compte de la ville, à la halle d'Amsterdam. Ayons hâte de dire 
que pendant celte période de troubles incessants et d'indicibles 
cruautés la misère était tellement grande dans le pays que l'on n'y 
trouvait plus de quoi suffire à son existence. 

Toutes les industries chômaient à Tongres. Les tisserands et 
les drapiers émigraient en grand nombre vers l'Allemagne , 
l'Angleterre et l'Italie où les jalouses rivales des opulentes cités 
de Gand , de Bruges et d'Anvers les attiraient par l'appât des en- 
couragements considérables qu'elles accordaient à l'industrie 2 . Les 



' Liber plebiscitorum ab anno 1 i77 , fui. clxxy. Décision du magistrat en date 
du 28 avril 1545. 
' \'ous avons trouvé plusieurs preuves de ces émigrations lointaines dans les registres 



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ouvriers belges , dont les mœurs étaient rigides et la mâle activité 
se retrempait dans l'émulation , parvenaient quelquefois à réaliser 
dans leur nouvelle patrie de grandes fortunes. Quand , après 
quelques années d'exil , ils voulaient regagner leurs pénates , la 
peur d'être rançonnés pendant le voyage leur donnait souvent de 
vives inquiétudes. Heureusement qu'ils trouvaient toujours un 
banquier auquel ils pouvaient confier le montant de leurs petites 
économies jusqu'à ce qu'un temps plus propice leur permît de 
recueillir sans crainte les fruits de leur travail. 

Dans plusieurs localités les changeurs jouissaient, non sans 
qu'ils le méritassent, de la plus grande confiance. La régence les 
investissait même du droit de contrôler les monnaies; eux seuls 
d'ailleurs étaient au courant de la valeur des titres monétaires. 

Sous le régne d'Érard de la Marck, la confusion de ces titres 
était telle et le nombre des pièces fausses et fictives si considérable 
que ce prince, pour assurer le crédit de son trésor, fut obligé de 
décréter un tableau officiel des monnaies ayant cours légal dans le 
pays de Liège et d'édicter les peines les plus sévères contre ceux 
qui émettaient de la fausse monnaie *. Le nombre des différentes 
espèces de monnaies d'or et d'argent, dont la circulation fut alors 

des métiers et dans les archives de la ville. Voici ce que nous lisons, entre autres, dans le 
Liber plebiscilorum , fol. cix : 

« Wilhem Danen laken meker heeftgewerct 30 milen boven Norls (Niort?) als oick te 
» Florentie ». 

1 Au siècle dernier le faux monnayage prit une telle extension que les évoques ont 
senti plus d'une fois le besoin de lancer des mandements sanglants contre les faux mon- 
nayurs; nous citerons entre antres : 1° le mandement exécutoire de George-Louis du 
14 mars 1726 , réitérant la déclaration que les fabricateurs ou recuigneurs d'espèces 
d'or et d'argent ne doivent jouir d'aucun privilège qui puisse empêcher qu'on ne 
s'assure de leur personne , et stipulant , en outre , que ceux ou celles qui contreferont 
de la monnaie au coin de quelque prince étranger seront passibles de la peine de 
mort, à la potence , et 2° l'édit de Charles déclarant que les fausses pièces d'un sou 
marquées aux armes du prince, Jean-Théodore, et composées de cuivre jaune, ne sont 
point recevables et que les fabricateurs de telles pièces seront poursuivis et châtiés 
comme coupables du crime de faux. 

(Liste chronologique des édits du pays de Liège, pp. 124 et 319). 



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autorisée, s'élevait à plus de deux cents. Cette profusion de 
genres de monnaies n'est pas étonnante à une époque où presque 
toutes les bonnes villes et beaucoup de grands seigneurs usaient 
du droit régalien. 

Comme la plupart des cités du pays de Liège, Tongres eut un 
atelier monétaire dont la rue de la Monnaie (Muntstraet) conserve 
encore le souvenir. Ce qui nous permet de croire qu'anciennement 
on y monnayait, ce sont d'abord les vieux coins de monnaies 
déterrés , il y a peu d'années , aux portes de la ville ; ensuite les 
trois pièces de monnaies tongroises dont nous essayerons de 
donner la description : 

l°Gros tournois frappé par l'évèqueJean d'Arckcl (1364-1 378); 

Av. Buste d'évêqne mitre de face, portant sur la poitrine l'écu 
d'Arckel. Légende : 

: IOH . EP S.LEOD : : ; 

le tout encadré par une bordure de fleurs de lis, au-dessus de 
la mitre du buste les armes d'Arckel ; 

Rev. Dans le cliamp une croix pattée, traversant la 2 e légende. 
Légendes : 

S8 BNDICTV ; S1T NOME \ 

DNI I NRI ; IHV \ XP1 

MON — ETÀ — TON — GNS 

2° Demi gros tournois au même type : 

Av. Légende : — X ion : ep — s : leod X 
Rev. Légendes : — sit . NOME : DNI : 

NR : - - BNDICTV 

MON — ETA — TON — GRS 

3o Florin d'or frappé par l'évêque d'Arnould de Horn (1378- 
4390). 

Av. Deux écussons (l'un au double aigle, l'autre au lion à 
gauche dans un cercle à six ogives trilobées dans leur intérieur : 
Légende : Clefs en sautoir; arnoldvs. 

EPS . LEODIENS 



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Rev. Saint Pierre assis dans une niche tenant clef et croix; 

Légende : moneta (deux clefs en sautoir) tongn '. 

Dans les anciens comptes de la ville il est souvent fait mention 
d'un muytmeester ou directeur de la monnaie et d'un koermeester 
ou réviseur, tous deux nommés et salariés par la régence. Le 
réviseur avait le contrôle des espèces monnayées et exerçait des 
poursuites contre les faux monnayurs. L'épreuve qu'il faisait subir 
aux monnaies consistait principalement à les faire résonner sur 
une pierre dure, et il jugeait de leur valeur ou du degré de l'alliage 
par le son métallique qu'elles rendaient 2 . Lorsque l'atelier moné- 

* Nous devons ces quelques renseignements sur l'atelier monétaire de Tongres à la 
gracieuse obligeance de M. A. Perreau , numismate distingué et président de la Société 
scientifique et littéraire du Limbourg. 

La première monnaie dont nous avons donné la description figure dans l'histoire 
numismatique du comte de Renesse-Breidbach, pi. VIII ; la seconde fait partie de la 
collection du petit séminaire de St-Trond et la troisième se trouvait anciennement dans le 
cabinet de M. Vandermeer, à Tongres. Ce sont les seules monnaies tongroises que nous 
connaissions. Il existe en outre deux méreaux tongrois dont l'un , en cuivre gravé , se 
trouve dans le cabinet de M. Perreau ; il appartient à l'ancienne corporation des teinturiers. 

Av. Deux ouvriers occupés l'un à teindre , l'autre à tordre des écheveaux de fil: au- 
dessus de la couronne 

Rev. Dans le champ, au centre d'une bordure guillochée : JAN — VAN DE 
DRIESSCHE. 

L'autre méreau, en plomb, fut frappé pour le chapitre de l'église N.-D.; il est dessiné 
dans l'ouvrage de M. de Renesse précité, pi. 75 : 

Av. Buste à droite de la Vierge dans un cercle perlé 

Rev. *C* — BMV* — 'TVN*' 1679. 

Ce fut au moyen de ces méreaux que le chapitre constata, à partir de l'année 1601 , 
la présence des chanoines au service divin. A l'entrée du chœur, chaque chanoine ou 
bénéficier recevait un jeton de présence qu'on lui échangeait à la fin du mois contre 
une monnaie équivalente. Plus tard , au XVIII e siècle, le distributeur des méreaux fut 
remplacé par un punctator qui annotait la présence des chanoines sur une tablette 
au moyen d'un petit point dont il appostillait leur nom. 

Voir Liber Gratiarum ab anno H07 , fol. 157 verso et les liasses du chapitre: 

Decretum de plumbetis distribuendis a° 1601 post agnus Dei et post benedictus 
et magnificat pastores qui legitimi impediti et habent diebus dominicis in proces- 
sionibus habet plumbetum de 2 gdran. aliis verô diebus de 1 gretlse. distribntor habet 
f. lb. per annum reddent plombeta , in capitula singulis mensibus. 

4 Ou désignait cette opération par le mot klinkmuyten ou klinkmuyteren , ex- 
pression qui , il y a environ trente ans , était encore familière à nos écoliers. Nous 
pensons que le mot minjl n'est qu'une abréviation de muynt (monnaie) occasionnée par 
l'omission du thylte qui remplaçait la lettre n dans les vieilles écritures. 



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taire fut supprimé *, le contrôle des monnaies échut en partage 
au directeur du comptoir d'échange. 

La première indication précise des tables de prêt et de change 
que nous trouvions dans les archives communales remonte au 
28 mai U79 2 . 

L'évêque de Liège délégua alors Jean Sonderlanls, chanoine 
de N.-D., pour concéder une banque à un mercier du nom de 
Renier Gaens. 

Pour toutes les opérations à faire, le changeur pouvait perce- 
voir un droit de change d'un liard par griffon , à condition de 
n'émettre d'autres monnaies que celles du pays de Liège. 11 avait 
en outre la mission de confisquer les pièces étrangères qui n'accu- 
saient pas le poids légal et de marteler ou d'échiqueter toutes les 
pièces fausses ou fictives, excepté en temps de gène, quand la 
circulation des monnaies était libre et l'agiotage puni d'une 
amende de 20 florins du Rhin ; la même peine frappait ceux qui 
exerçaient clandestinement le commerce de l'argent 3 . 

' L'annotation suivante nous fait supposer que cette suppression eut lieu vers la fin 
du XIV e siècle : « Eene plaels gecoght van Andries R